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A. DUJARRIC-DESCOMBES
DES MARQUIS
DE GUMOND EN PÉRIGORD
DES
ARCHIVES DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES COLLECTIONNEURS d’eX-LIRRIS
MACON
PHOTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
1902
A. DUJARRIC-DESCOMBES
LES EX-LIBRIS
DES MARQUIS
DE CUMOND EN PÉRIGORD
EXTRAIT
DES
ARCHIVES DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES COLLECTIONNEURS d’eX-LIRRIS
MACON
PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
1902
LES EX-LIBRIS
DES MARQUIS DE CUMOND EN PÉRIGORD
EST en étudiant des Ex-Libris comme ceux de la famille
du Lan, qui ont été reproduits dans cette revue1, ou
d’autres analogues, qu’on apprécie tout l’intérêt que ces
petites compositions, remplies de grâce et de finesse,
écloses à une période de suprême élégance, venaient ajouter
aux vieux livres dont ils ont partagé les vicissitudes.
Non seulement l’influence des goûts particuliers et de la mode s’y réflète
comme dans tous les arts du luxe, mais on y retrouve encore la souvenance
d’une foule de jolies choses à jamais disparues. Placé au seuil même du
volume, comme l’a si bien dit un de nos collègues de la Société archéolo
gique et historique du Limousin2, l’Ex-Libris défend la mémoire de son
ancien maître. Le champ des associations d’idées s’élargissant alors, l’imagi
nation évoque le personnage représenté par son blason, les incidents de sa
vie, toute son histoire enfin.
C’est ainsi que la bibliothèque du château de Cumond, dans le canton de
Saint-Aulaye et l’arrondissement de Ribérac (Dordogne), offre aux érudits
l’agréable prestige des souvenirs historiques et locaux. Les deux Ex-libris que
l’on y rencontre, et dont nous donnons ci-après les dessins, nous permet
tront de constater une fois de plus que l’amour des livres n’a rien d’incompa
tible avec les races guerrières.
En parcourant l’histoire de la maison d’Arlot, à laquelle ils appartenaient,
il est facile de se convaincre que les seigneurs de Frugie3 et de Cumond
avaient appris autre chose que la danse, la chasse et le maniement des armes;
leur esprit avait reçu de bonne heure, au contraire, une culture plus soignée
que celle de beaucoup de gentilhommes contemporains.
L’aïeul de celui qui fit graver le premier des Ex-libris que nous reprodui
sons, avant de se lancer dans la carrière militaire où il devait s’illustrer,
notamment au siège de Gravelines, en 1644, avait été l’élève d’un maître de
savoir d’un mérite très rare, Guillaume Guyllemey. Celui-ci avait étudié les
1. Numéro d’août 1901, page 120.
2. A. Fray-Fournier. Les Ex-libris limousins et marchois, 1894.
3. Saint-Pierre-de-Frugie, canton de Jumilhac-le-Grand.
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lettres et la philosophie dans les universités, y avait gagné tous les grades
jusqu’au diplôme de docteur ès-arts. Après avoir achevé l’instruction du
futur capitaine au régiment de Montmége, il s’était attaché à lui et avait pris
sa retraite au château de Cumond, où il mourut dans un âge avancé.
Rien ne montre mieux le cas que l’on faisait dans la maison d’Arlot
des éducateurs de la jeunesse vraiment dignes de ce titre, que ce trait
si honorable pour ceux qui savaient donner un pareil témoignage de recon
naissance et pour celui qui en était l’objet.
On comprendra dès lors que Léonard d’Arlot de Frugie, seigneur de
Cumond, La Linde, Sallebœuf, etc., élevé, comme son grand-père, dans la
culture des lettres et des arts, n’ait point cherché à créer une bibliothèque,
parce qu’il était d’absolu bon ton d’en avoir; car, s’il fut épris des livres, ce
fut pour en tirer un noble profit.
Il était né à Cumond le 2 septembre 1701. Il fît ses preuves de noblesse
depuis 1480 pour entrer aux pages de la Grande-Écurie, où il fut reçu en
avril 1715. Depuis 1718, on le voit servir en qualité d’enseigne aux GardesFrançaises, jusqu’à l'année 1724, où il donna sa démission pour se marier
avec une cousine de Mesdames du Lau d’Allemans et de Montardy, Françoise
de Jaubert, demoiselle de La Courre, appelée de Saint-Gelais dans certains
actes, bien qu elle ne lut pas de la branche des Jaubert, qui hérita des biens
et noms de l’illustre maison de Saint-Gelais.
Le marquis de Cumond et de Frugie mourut le 18 mars 1771. L’inventaire
dressé après sa mort fait connaître le noyau de bibliothèque qu’il avait formé
dans ces deux châteaux de Périgord, avec le catalogue des ouvrages qui la
composaient.
Les inventaires sont précieux sous plus d’un rapport. Ils le sont surtout
quand ils nous fixent, comme celui-ci, sur l’importance et la composition des
anciennes bibliothèques souvent dispersées de la province. Rien ne saurait
suppléer aux catalogues qu’ils en transmettent ; ils perpétuent la mémoire de
leurs premiers possesseurs qui, s’ils n’ont pas brillé dans leur siècle par
une grande supériorité, laissent du moins une trace dans les annales de la
bibliophilie. Ces catalogues sont pour la postérité les révélateurs, quelque
peu indiscrets peut-être, de leurs préférences intellectuelles et morales.
M. le marquis de Cumond, notre très obligeant collègue de la Société
historique et archéologique du Périgord, a bien voulu extraire pour nous de
ses archives familiales la partie de l’inventaire de 1771 relative aux livres :
ils y figurent au nombre de 210 environ. Ce sont, en général, des ouvrages
d'histoire, de science, de littérature et de religion.
Le blason de la famille est le principal motif de l’Ex-libris dont ils sont
revêtus : D’asor, à /rois étoiles d'argent rangées en fasce, accompagnées en
chef (Tun croissant de même et en pointe d'un arlot (ou grappe de raisin],
aussi d'argent figé et feuille de sinople.
L’ornementation qui encadre Vécu est à la fois simple et élégante. Une
banderole placée au-dessous de la vignette porte les mots : J)e la bibliothèque
de Mr d’Arlot m,s de Frugie.
De son mariage avec Françoise de Jaubert, ce dernier laissa treize enfants.
L’aîné, marié avec une nièce du chancelier d’Argenson, fut capitaine et gagna
la croix de Saint-Louis sur les champs de bataille de l’Allemagne et de
l’Italie; un autre, ecclésiastique, devint vicaire général du diocèse d’Aleth;
Louis fut l'auteur de la branche de Saint-Saud, dignement représentée
aujourd’hui par M. le comte de Saint-Saud, notre zélé collègue de la Société
historique et archéologique du Périgord; le troisième, Léonard, a continué
la descendance.
Celui-ci naquit à Cumond le 16 octobre 1729. Destiné d’abord â l’Église,
devenu ensuite le chef de sa maison par la mort successive de ses deux frères
aines, il prit, à 32 ans, le parti des armes. Il fit, en qualité de lieutenant au
régiment des grenadiers de France, toutes les campagnes d’Allemagne et ne
quitta le service qu’après la signature du traité de Paris, en 1764. U épousa,
l’année suivante, Marie-Jacqueline-Augusline de La Cropte, fille du marquis
de Beauvais et de Chanlérac, et d'Etiennette-Charlolte-IïippoIyle de Salignac
de La Molhe-Fénelon : celle dame était la nièce du dernier évêque d’Aleth,
abbé de Sérv, dont l’Ex-libris méritera ici une mention particulière.
Léonard d’Arlot, marquis de Frugie et de Cumond, mourut à Bordeaux le
19 novembre 1787. Chez lui aussi le métier des armes, si valeureusement
exercé, n’excluait pas le goût des choses de l’esprit.
11 avait réuni â son château de Cumond les deux bibliothèques de son père.
Il y ajouta même quelques centaines de volumes de philosophie, théologie,
histoire, poésie, sciences et arts, entre autres une rare collection sur les arts et
l’industrie, en vingt volumes grand in-folio, ornés de nombreuses planches
(1762 à 1775).
Il modifia l’Ex-libris de son père en y faisant ajouter le nom de Cumond :
De la bibliothèque de M. le M'* de Frugie et de Cumond.
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Son violon, de -1611, signé marquis Delair d’Oiseaux, ainsi que deux petits
volumes in-4° richement reliés et gravés (Paris, chez M. de La Chevârdière,
rue du Roule, à la Croix d’Or), contenant les ariettes du temps les plus
à la mode, témoignent, d’autre part, de ses goûts artistiques.
Ce fut encore un de ces bibliophiles qui recherchent les livres non pour la
vaine et stérile satisfaction d’un amour-propre ignorant, comme il s’en est
trouvé dans tous les temps, mais pour les délicates jouissances qu’ils pro
curent.
Son fils unique, Louis-Marie d’Arlot, grand-père du marquis actuel, n’avait
que seize ans, était orphelin et depuis deux ans cadet gentilhomme au régi
ment de Champagne, lorsque la Révolution éclata. Les pillards de toute pro
venance, qui vinrent dévaster son château, prisant beaucoup moins les livres
que les meubles et les tentures, touchèrent fort peu à ceux-là. Aussi, quand
la tourmente fut passée, put-il reconstituer la bibliothèque de Cumond.
R avait épousé la fille du marquis de Boistillé, qui avait hérité de l’esprit et
du charme de la société la plus raffinée du xvine siècle; elle faisait des vers,
dont la grâce facile et le tour badin étaient très appréciés dans le cercle de
ses nombreux parents et amis.
M. le marquis de Cumond est resté fidèle aux enseignements de ses prédé
cesseurs. La Société historique et archéologique du Périgord lui est rede
vable de diverses communications, dans lesquelles l’amour du clocher s’allie
à une érudition de bon aloi. Sa bibliothèque, dont nous avons rappelé les
origines, renferme aujourd’hui plus de 2.000 volumes, qui attestent la variété
de ses connaissances, en même temps que son goût sérieux et éclairé.
A. Dujarric-Descomkes.
BE LA V
MACON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
Fait partie de Les Ex-Libris du Marquis de Cumond en Périgord
