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A. DUJARRIC-DESCOMBES
EX-LIBRIS DE DEUX PRÉLATS
DE
LA
MAISON DE LA CROPTE
EXTRAIT
DES
ARCHIVES DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES COLLECTIONNEURS
MACON
PROTAT
frères, imprimeurs
1903
d’eX-LIRRIS
EX-LIBRIS DE DEUX PRÉLATS
DE LA MAISON DE LA GROPTE
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E nom de Saint-Gelais figure avec honneur dans les annales
poétiques du xvie siècle.
Octavien, mort en 1502 sur le siège épiscopal d’Angoulême,
fut un des premiers qui essayèrent de faire passer les beautés
de Virgile dans notre langue. Mellin, un des poètes les plus
instruits de son temps, marcha sur les traces de Villon et
rivalisa sérieusement avec Marot; il mérita d’être appelé V Ovide français et
d’être choisi par Henri II pour être garde de la Bibliothèque de Fontaine
bleau. Enfin, Charles, archidiacre de Lyon, cultiva aussi avec quelque succès
la littérature.
L’esprit littéraire de cette famille de Saint-Gelais, qui posséda en Périgord
la seigneurie de Saint-Aulaye, se transmit par le sang à ses nombreux descen
dants. Nous avons eu déjà l’occasion de le montrer, dans celte Revue, avec
le marquis d’Allëmans, interrompant les traditions guerrières de la maison Du
Lau, pour devenir un des disciples du P. Malebranche et auteur de projets
économiques aussi fortement écrits que raisonnés, et avec les marquis de
Cumond, chez lesquels le souci d’une bibliothèque choisie était loin d’être
incompatible avec le noble métier des armes.
C’est probablement encore à une alliance avec les Saint-Gelais que les pré
lats dont nous avons à parler aujourd’hui ont dû, en partie du moins, leur
amour pour les livres. Il faut dire aussi que la mère de Fénelon était issue de
leur famille.
Cette maison, qui tire son nom et son origine de la paroisse de La Cropte,
située à trois lieues sud-est de Périgueux, a toujours tenu un rang distingué
dans la noblesse, par son ancienneté, ses services et ses alliances. Elle a donné
trois évêques à l’Eglise : l’un à Sarlat, en 1416 ; un autre, évêque et comte de
de Noyon, pair de France, et le troisième, à Alet. C’est aux deux derniers
qu’appartenaient les Ex-libris 1 dont nous offrons ci-après la reproduction.
1. Ils font partie de la collection de notre docte ami M. Jules Pellisson, juge au tribunal civil de
Périgueux.
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La vie de ces prélats fut autrement digne que celle de leurs prédécesseurs,
les Sainl-Gelais. Ils n’eurent pas, comme l’évêque Octavien, à chercher, par
un zèle pastoral, à effacer des scandales de jeunesse : car, à Noyon comme à
Alet, leur mémoire est restée en vénération.
Jean-Pierre de La Cropte, comte de Bourzac, fui marié avec Isaheau de
Jauberi Sainl-Gelais, demoiselle de Saint-Séverin, fille du seigneur d’Allemans,
et de Suzanne de Raymond. Leur fils, François-Isaac, qui réunit sur sa tête
les seigneuries de Bourzac, La Molhe-Saint-Privat, du Mas-de-Montel et de
Vandoire, où il mourut en 1738, fit partie de la société intimé du duc de
Vendôme, au charme de laquelle il contribuait par des couplets facilement
improvisés, moins remarquables par leur correction que par le trait et la grâce.
C’est du second mariage de cet homme d’esprit avec Marie-Anne Van
Gangelt, d’une famille originaire de Hollande, que naquit à Paris, le 29 juil
let 1696, Jean-François de La Cropte, dit l’abbé de Bourzac.
Docteur de Sorbonne en 1726, il succéda à son compatriote d’origine,
l’abbé de Taillefer, dans la collégiale de Saint-Martial de Limoges; il obtint
ses bulles le 24 juillet 1730, pour cette abbaye, dont il prit possession par le
sieur d’Artigeas. son procureur. Il était vicaire général de Févêque de
Limoges quand il fut nommé à l’évêché de Noyon, le 28 août 1733 : il fut
sacré à Paris dans l’église paroissiale de Saint-Sulpice, le 7 novembre 1734,
et se démit alors de l’abbaye de Saint-Martial.
Il prit séance au parlement, en qualité de pair de France, le 9 mars 1739,
fut un des prélats de la province de Reims députés à l’assemblée du clergé
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de France en 1742 ; nommé, le 15 avril 1745, à l’abbaye de Saint-Quentindu-Mont, près Péronne ; enfin, élu, en mai 1762, un des présidents de l’assem
blée générale du clergé, à Paris.
A ces détails, fournis par Viton de Saint-Allais, on peut ajouter que
Mgr de Bourzac lutta contre son chapitre, qui prétendait à des exemptions,
et qu’il signa, en juin 1762, une lettre collective de douze évêques en faveur
des Jésuites.
Quelques mois avant son sacre, nous le trouvons en Périgord, au château
paternel de Vandoire. II procéda, dans l’église paroissiale du lieu, au baptême
de deux cloches, dédiées l’une à Saint-Saturnin, l’autre à Sainte-lladegonde,
dont son père et son frère consanguin furent parrains (17 mai 1734).
Ce dernier, François-Isaac de La Cropte, comte de Bourzac, marquis de
La Jarrie, était maître de camp de cavalerie, premier gentilhomme de la
chambre du prince de Conti et chevalier de Saint-Louis. Ce fut à Noyon, au
palais épiscopal, le 31 juillet 1758, que la mort vint le surprendre, à l’âge
de 78 ans ; il fut enterré le lendemain en l’église cathédrale et dans la cha
pelle de Saint-Nicolas.
Mgr de Bourzac ne survécut à son frère qu’une huitaine d’années. Lé
21 janvier 1766, il fit son testament, par lequel il instituait pour sa léga
taire universelle la veuve de son frère, née AcharcI de Joumard, et mourut le
surlendemain, âgé de 69 ans et 6 mois. Son corps fut exposé pendant trois
jours et inhumé à côté de son frère.
Son activité littéraire s’était bornée à la publication d’un bréviaire pour son
diocèse, Breviarium Noviomense, qu'il donna de sa propre autorité. Avant
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son élévation à l’épiscopat, il avait déjà fait graver pour son usage le premier
V'Ex-Libris, dont nous devons la communication à M. Henri Tausin.
Devenu évêque, sa bibliothèque s’étant augmentée, il fit graver un second
Ex-Libris, qui se composait, comme le précédent et comme d'ailleurs son sceau
épiscopal*, d’un écusson aux armes de La Cropte : D'azur, à la bande d'or,
accompagnée de deux fleurs de lys du même, placé dans un cartouche sur
monté d'une couronne de comte ; le tout enveloppé du manteau d’azur, doublé
d hermine, de pair de France, avec cette inscription : Joannes Franciscus de
La Cropte de Bourzac, episcopus cornes Noviomensis, par Francise.
/Farte HearœTe Achard
de/oamard de LetjtefomkMÇde Bourzac -
La belle-sœur à laquelle il laissa sa fortune, Marie-Henriette Achard (ou
des Achards) de Joumard, fille de feu Louis Achard de Joumard, vicomte de
Légé, et d’Elisabeth de La Faye, avait épousé Ï'rançois-Isaac de La Cropte,
son frère aîné, par contrat du 28 février 1744. Comme légataire de l’évêque,
elle fit un accord, le 12 février 1767, avec le successeur de ce dernier,
Charles de Broglie. Elle mourut, âgée d’environ 62 ans, au palais du
Luxembourg, à Paris, le 23 janvier 1787.
A l’exemple de son vénéré beau-frère, elle avait revêtu les livres de sa
bibliothèque particulière de YEx-Libris ci-dessus, qui nous a également été
communiqué par M. H. Tausin.
Il se compose de deux écussons ovales accolés : celui de dextre, aux armes
de son mari ; celui de sénestre, aux armes de sa famille : Écartelé aux 1 et 4
d'argent à 3 fasces abaissées de gueules, surmontées de trois doubles deltas
de sable entrelacés l'un dans l'autre, qui est d'Achard [ou des Achards') ; aux
2 et 3 d'azur à 3 annelets posés 2 et 1, qui est de Joumard.
Mgr de Bourzac avait .appelé auprès de lui Charles de La Cropte de
Chantérac, son neveu, qui de bonne heure s’était aussi destiné à l’état ecclé
siastique, et, pour le récompenser de sa piété, il le nomma chanoine de sa
cathédrale, à l’âge de neuf ans, selon la pratique de l’ancienne Église de
France.
1. Ph. de Bosredon, Sigillographie du Périgord, 1880, p. 242, n° 395.
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Ce jeune chanoine, petit-fils d’une Salignac-Fénelon et fils d’une Bourdeille,
était né au château de Cliantérac en Périgord, le 6 avril 1724.
Il fit à Paris ses humanités et deux ans de philosophie dans le collège des
nobles de Saint-Sulpice, où il prit le grade de maître ès-arts. Il étudia dix
ans àd'Université de la Sorbonne, et obtint le grade de docteur en théologie.
Il reçut ensuite les ordres sacrés et revint à Noyon, où il fut nommé par son
oncle vicaire général.
En 1754, l’abbé de Cliantérac fut élu vicaire général, avec juridiction
séparée dans le district de Moulins, au diocèse d’Autun. Son habile adminis-
Cha/derac, a/daadiea/œMaJÙz
de Sery
tration dans ce poste d’honneur lui mérita de devenir supérieur général des
Carmélites, avec le droit de visiter leurs maisons. Peu après, il assista, en
qualité de député du clergé, à l’assemblée ecclésiastique tenue à Paris, et le
cardinal de La Rochefoucauld lui donna en commande l’abbaye royale de
Serry, située dans le diocèse d’Amiens.
Il avait alors formé sa bibliothèque. A l’exemple de son oncle, pour mar
quer ses livres d’un signe particulier de possession, il fit graver l’Ex-libris
ci-dessus, composé d’un écu aux armes de La Cropte, dans un cartouche sur
monté d’une couronne ducale, avec la mitre et la crosse abbatiales; au-dessous,
cette inscription : Carolus de La Cropte de Chanterac, abbas beatæ Mariæ de
Sery.
Il conserva cette riche abbaye jusqu’à la suppression des biens ecclésias
tiques, ce qui lui permit d’entreprendre les constructions de toute espèce qui
ont rempli et illustré sa carrière épiscopale.
Il était grand vicaire du diocèse d’Autun, après l’avoir été de celui de
Moulins, lorsqu’il fut nommé évêque d’Alet le 2 janvier 1763. 11 fut sacré le
19 juin suivant L
1. Le 29 janvier 1763, il assista au contrat de mariage de Léonard d’Arlot, seigneur de Cumond,
avec Marie-Jacqueline-Augustine de La Cropte de Chanterac, fille de son frère aîné et d’IIippolyteEtiennette-Charlotte de Salignac de La Mothe-Fénelon.
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Il lit le plus de bien qu’il put dans son diocèse, dont il fut le dernier
évêque, son siège ayant été supprimé par le concordat de 1801. A son génie
administratif et à sa charité, on dut la création de nouvelles routes, destinées
à apporter les bienfaits de la vie à des pays abandonnés ; aussi lui donna-t-on
le nom d'évêque des roules.
A la Révolution, il passa en Espagne, où il mourut presque septuagénaire,
le 27 avril 1793, à Sabadell.
Sa famille a conservé un volume des Ordonnances de ses visites pastorales,
et son portrait peint : il y est représenté assis sur un fauteuil devant sa table
de travail ; il écrit, la main gauche reposant ouverte sur son genou dans l’at
titude d’un homme qui réfléchit; sa tête, magnifique, ornée d’une belle
chevelure, encadre un visage dont la douceur et la modestie saisissent de
respect et inspirent la vénération : tout dans le jeu de la physionomie dénote
une intelligence d’élite.
L’abbé Lasserre, curé d’Alet-sur-Aude, a écrit une Vie abrégée de
Mgr Charles La Cropte de Chantérac, 35e et dernier évêque d'Alet (Carcas
sonne, Paris, 1877, brochure in-8° de 30 pages).
A. Dujarric-Descombes.
MACON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS
Fait partie de Ex-libris de deux prélats de la maison de La Cropte
