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ANATOLE
DE ROUMEJOUX
Président de la Société historique et archéologique du Périgord,
Inspecteur de la Société, française d’Archéologie.
(1832-1902)
Anatole de ROUMEJOUX
Président de la Société historique et archéologique du Périgord,
Inspecteur de la Société française d’Archéologie.
<i Un deuil cruel, profondément ressenti par tous ses membres, et
dont le triste écho a retenti bien au delà des limites de notre Compa
gnie, vient, en cette période de l'année qui lui semble particulière
ment fatale, de frapper la Société historique et archéologique du
Périgord.
» Le 1er juillet, s’éteignait à Périgueux, notre président et ami bien
cher Anatole de Roumejoux. Il semblait tellement que la vigueur de
sa constitution, l’activité de sa vie, la jeunesse de son caractère
devaient triompher, même de la violence du mal qui l’avait subite
ment frappé, que la triste nouvelle annoncée en termes émus par
M. Dujarric-Descombes au début de notre séance mensuelle, aussitôt
levée en signe de deuil, provoqua parmi nos confrères, avec les sen
timents des plus sincères regrets, une douloureuse surprise. Ce sont
ces sentiments, dont M. Villepelet se faisait l’interprète, au nom de la
Société tout entière, en un discours plein de cœur, à l’issue des
obsèques, et avant que le triste cortège s’éloignant de Périgueux,
conduisît à sa dernière demeure, dans la chapelle du château de Ros
signol qu’il avait tant aimé, celui qui depuis neuf années avait été
l’inspirateur et le directeur de nos travaux.
» C’est avec un sentiment de profonde tristesse que je vais essayer
pour répondre au désir exprimé dans notre dernière séance, de
compléter ces discours et de conserver parmi nous le souvenir plus
intime de cette figure sympathique. M. de Roumejoux était né le 27
novembre 1832, au château de Rossignol,dans la commune de Chalagnac, qui était entré dans sa famille, originaire des frontières du
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Limousin et du Périgord, par le mariage de son père avec Mademoi
selle de Fayard, et l’on peut dire quo sa vie tout entière s’y est
écoulée.
» Après avoir commencé ses études au petit collège d’Àzerat,
il les termina à Poitiers, et à une époque où il était de mode,
parmi les jeunes gens, de rester dans leur province et d’y vivre en
gentilshommes campagnards, il s’intéressa à l’histoire du passé de
son pays et publia dans une revue, qui malheureusement dura peu,
mais ne fut pas sans influence sur la direction des esprits à cette
époque, Le Chroniqueur du Périgord et du Limousin, un certain
nombre de monographies des hommes illustres de notre pays,
Lagrange-Chancel, Cyrano de Bergerac, Alain de Solminhiac, etc-,
et en même temps des études sur quelques faits historiques de notre
histoire. Mais le. Congrès que la Société française d’Archéologie tint,
en 1858, à Périgueux, décida de ses goûts, et M. de Gaumont, qui
avait apprécié ses aptitudes pour l’archéologie monumentale, l’y
dirigea et l’y encouragea.
» Aussi, depuis lors, M. de Roumejoux, qui, en 1864, avait succédé
à Félix de Verneilh comme inspecteur de la Société dans la Dordo
gne, devint un des collaborateurs attitrés du Bulletin monumental ;
il suivait assidûment les Congrès et chaque année il comptait parmi
les membres qui lui apportaient le concours le plus actif et le plus
dévoué, et que l’on se réjouissait le plus de voir fidèle à ses rendezvous.
» C’est qu’en effet M. de Roumejoux, aussi bien dans les Sociétés
auxquelles il collaborait, que plus tard à la Société historique et
archéologique du Périgord, se faisait aimer de tous ceux qui l’ont
connu par la droiture de son caractère et par une franchise pleine de
bonhommie, autant qu’il se faisait apprécier pour la sûreté de ses
connaissances,.Aussi n’avait-il parmi nous que des amis, et les nom
breux témoignages d’affectueux regrets venus de toute part, sont la
meilleure preuve de la considération et de l’estime qu’il inspirait.
» Il avait la passion de l’archéologie ; ses innombrables carnets de
notes et albums de voyage témoignant du soin qu’il mettait à étudier
les monuments, à les dessiner, à les comparer aussi bien dans ses
nombreuses excursions dans les différentes parties de la France,
qu’à Périgueux, et dans le Périgord qu’il connaissait à fond, n’hési
tant jamais à se déplacer quand on lui signalait dans notre pays quel
que chose d’intéressant.
» Son mariage avec Mademoiselle de Flaujac, d’une des plus ancien
nes maisons du Quercy, l’y attira souvent et lui fit faire de fréquents sé
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jours à Cahors, où il devint un des membres les plus actifs de la Société
des Etudes littéraires, scientifiques et artistiques du Lot et où il ne
tarda pas à connaître tous Id’s monuments du pays. Je ne peux m’em
pêcher de citer parmi ses publications qui concernent cette province,
un album des plus intéressants des Rues de Cahors où il a reproduit
fidèlement la plupart des demeures pittoresques de cette vieille ville.
Aussi dans nos réunions, ses observations étaient-elles toujours inté
ressantes à écouter, aussi bien que les articles qu’il communiquait à
nos publications instructifs à lire. Ses travaux toujours exposés sous
la forme la plus courtoise et avec une grande simplicité, mais mar
qués d’un grand sens archéologique, sont pleins de recherche et
soigneusement étudiés, les descriptions nettes et précises.
» Nous ne pouvons ici reproduire la nomenclature considérable de
ses œuvres : lui-même l’a dressée dans le précieux et important
ouvrage qu’il publia dans ces dernières années en collaboration de
MM. Philippe de Bosredon et Villepelet, la Bibliographie générale
du Périgord, à laquelle il avait tracé la voie dans un premier essai.
Le chiffre de ses articles et brochures s’élève à plus de cent-vingt,
dont une grande partie traitent de monuments ou de faits historiques
relatifs au Périgord, à ses monuments et à son histoire. Le Bulletin
de la Société historique et archéologique poursuit la publication d’une
série d’articles commencés peu avant sa mort, précieuse contribution
à l’histoire de notre pays intitulée : Essai sur les guerres de Reli
gion en Périgord, qui sont le fruit de longues recherches et repré
sentent une somme de travail considérable.
» Au moment de la fondation de la Société historique et archéolo
gique du Périgord, M. de Roumejouxfut l’un de ceux qui concourut
avec le plus d’ardeur à sa création ; depuis la chute du Chroniqueur,
c’était dans les Annales de la Société d’agriculture, sciences et
arts de la Dordogne, que les archéologues et les historiens pouvaient
seulement faire connaître leurs travaux, et l’on comprend à quel
besoin répondait la nouvelle Société et l’accueil qu’elle reçut aussitôt.
Nous en avons eu le témoignage le plus évident dans ces excursions
annuelles de la Société que M. de Roumejoux organisait avec autant
d’intérêt que d’agrément, dans une partie différente du département,
et dont il donnait presque toujours un compte-rendu, aussi exact
qu’instructif. Ces excursions, en témoignant de l’intérêt de la Société
pour le pays,et en la faisant connaître au loin,ont constamment été pour
nous et pour notre président, une occasion de recevoir l’accueil le
plus aimable et le plus empressé partout où il les a dirigées.
» M. de Roumejoux était devenu vice-président de notre Société
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en 1811, après la mort de l’abbé Bernaret ; il remplaça M. Hardy comme
président en 1893, lorsque celui-ci succomba brisé par un cruel mal
heur, et depuis neuf ans il dirigeait la Société avec une compétence,
une affabilité et un dévouement à laquelle chacun se plaisait à rendre
hommage et qu’une voix autorisée ne manqua pas de lui exprimer
le jour où elle célébra ses noces d’argent.
» Anatole de Roumejoux passait presque tout son temps à la cam
pagne où il menait une vie très active, partagée entre le soin de ses
propriétés, la chasse qu'il pratiqua toujours avec ardeur, et se3 goûts
favoris, l’archéologie, le dessin ; car il illustrait lui-même, avec une
grande exactitude, la plupart de ses articles, la sculpture sur bois
pour laquelle il avait un réel talent. Aussi avait-il conservé jusque
«dans ses dernières années une jeunesse physique et morale que nous
admirions tous. Jouissant du respect et de la confiance des habitants
de sa commune, ses conseils étaient écoutés et il contribua à décider
et à faire achever la restauration de l’église de Chalagnac ; mais sa
modestie ne lui fit jamais rien ambitionner, et sans intransigeance,
mais avec fermeté , il ne varia jamais dans les sentiments de foi
politique et religieuse qui avaient été la règle de toute sa vie et dans
lesquels il s'e3t éteint avec courage. Homme du foyer et de la vie de
famille avant tout, il y laisse un vide profond et irréparable devant
lequel nous nous inclinons avec respect. Le vide que vient d’éprouver
notre Société n’est pas moins grand, travailleur aimable et instruit,
ne connaissant que les sentiments les plus élevés, d’un abord facile
et bienveillant, je suis sur d’être ici l’interprète de tous ceux qui
l’ont connu en présentant la vie d’Anatole de Roumejoux comme un
exemple à ceux d’entre nous qui veulent allier aux devoirs du monde
les satisfactions que donnent à un esprit cultivé l'amour du passé et
de ses monuments, et l’accomplissement rigoureux des devoirs de la
famille et de la société. »