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Quelle situation pour une mère qui, depuis tant
d’années ne vit que dans l’espoir de retrouver son
fils! 11 est là devant elle, et, soit qu’elle parle, soi!
qu'elle se taise, le péril qui le menace n’est pas
moins grand; car Polyphonie a plus d’intérêt encore
à le faire périr que l’assassin d’Egisthe. Le trouble
de Mérope, les regards attendris qu elle attache sur
son lits éveillent les soupçons du tyran, qui ordonne
aussitôt à ses soldats d’immoler Egislhe.
C’est alors que Mérope, se jetant entre Egislhe et
les soldats, s’écrie :
Barbare ! il est mon fils!
A partir de ce moment, .Mérope n’est plus que
mère : elle oublie sa dignité de reine; elle oublie
l’horreur que lui inspire Polyphonie, et, se précipi
tant à ses pieds, elle dit :
Ayez pitié des pleurs dont mes yeux sont noyés.
Que vous faut-il de plus ? Mérope est à vos pieds,
Mérope les embrasse et craint votre colère.
A cet effort affreux, jugez si je suis mère,
Jugez de mes tourments. Ma détestable erreur
Ce matin de mon fils allait percer le cœur.
Je pleure à vos genoux mon crime involontaire.
Cruel 1 vous qui vouliez lui tenir lieu de père,
Qui deviez protéger scs jours infortunés,
Le voilà devant vous et vous l’assassinez !
Son père est mort, hélas ! par un crime funeste :
Sauvez le fils ! je puis oublier tout le reste;
Sauvez le sang des dieux et de vos souverains ’
11 est seul, sans défense, il est entre vos mains.
Qu'il vive et c’est assez.
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Polyphonie n’est ému ni par les prières ni parles
larmes de Mérope; mais la politique veut qu'il
épargne le fils, pour épouser la mère et Mérope con
sent, comme Andromaque, à donner sa main au
tyran quelle abhorre, résolue de se tuer dès qu’elle
aura par cet acte de dévouement, assuré un protec
teur à son fils. Tout se dispose donc pour la céré
monie et Polyphonté permet à Egisthe d’y venir. Le
dénouement, facile à prévoir, vient bientôt nous
apprendre que Polyphonté est tombé sous les coups
d’Egisthe au moment où il s’avançait vers l’autel
avec Mérope.
Tel est, en résumé, cette pièce qui est, comme
on fa dit, toute proportion gardée, l’Af/iftKe de
Voltaire. L’ordonnance de celle tragédie a, en elîet,
la simplicité majestueuse d’un temple grec , les
figures ont celle netteté de contours qui rappelle la
sculpture antique et les passions y sont naturelles et
contenues.
A propos de Mérope, on raconte que, à la pre
mière répétition, Voltaire reprocha à M| 0 Dumesnil
de ne pas employer assez de chaleur et de force eu
invectivant Polyphonie. «Mais il faudrait avoir le
diable au corps, dit M"’ Dumesnil, pour arriver au
ton que vous voulez me faire prendre. »
— .«Eli! vraiment oui, Mademoiselle, c’est, le
diable au corps qu’il faut avoir pour exceller dans
tous les arts. Oui, oui, sans lo diable au corps on ne
peut être ni bon poète ni bon comédien. »
G.
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Mademoiselle AGAR ne peut plus donner
que quelques représentations ; l’autorisation
de voyager qui lui a été accordée, dans le but
de remplir les engagements qui avaient été
pris antérieurement sur la promesse de son
concours, devant atteindre son terme dans un
délai assez court, aussi la Direction des Repré
sentations du Répertoire classique et moderne
rappelle-t-elle que la représentation qui doit
avoir lieu sera la dernière qui pourra être
donnée avec le concours de Mademoiselle
AGAR.
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bp '
imprimerie du i’c/if .Vuiseft/ais, T. Samat, quai du Canal, 15.
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Fait partie de Mérope
