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L’Aiglon
M. Edmond x’z x^Z x*Z \I/ \»z X*Z
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jjfôiEN que très jeune, puisqu’il est né en 1868.
Al. Edmond Rostand est.un homme fort célè
bre : l'immense succès de Cyrano de Bergerac a
procuré à son nom une renommée universelle.
M. Rostand est un poète du plus grand mérite.
un poète exquis dont l'esprit raffiné, l’âme délicate,
franche, sincère et vibrante trouvent des accents
capables aussi bien d’aller droit au cœur des artistes
que d'émouvoir délicieusement les foules. C’est un
auteur dramatique des mieux inspirés, réunissant
en lui les plus merveilleuses qualités de théâtre
qu'il soit possible de rêver, aussi grand metteur
en scène que metteur en œuvre. C’est, dans toute
l’acception du mot, un pur et merveilleux artiste.
Les détails intimes de sa vie se réduisent à peu
de choses : il vit surtout dans ses œuvres.
Natif de Marseille, issu d'une famille très connue
et très estimée, M. Rostand commença dans cette
ville ses études qu'il termina, à Paris, au collège
Stanislas. Il fit soij droit en publiant ses premiers
vers et débuta au théâtre (il avait alors vingt ans) avec le Gant Bouge, vaudeville
en quatre actes, en collaboration avec Lée, qui fut représenté à Cluny en 1888.
Trois ans plus tard, M. Rostand déposait ingénûment chez Leclercq, le con
cierge du Théâtre-Français, le livret des Bpmanesques, gracieuse et charmante
comédie qu’on vient de reprendre rue de Richelieu. Cette œuvre, présentée dans
ces conditions, fut, chose extraordinaire, reçue par le Comité, le 14 juin 1892, et
jouée le 21 mai 1894; l’Académie Française le remarqua et lui décerna le prix
Boirac (4.000 fr.), réservé à la meilleure pièce jouée durant l’année à la Comédie.
Puis ce furent la ‘Princesse Lointaine, avec musique de scène de Gabriel Pierné,
donnée par M«>« Sarah Bernhardt à la Renaissance; cette magnifique Samaritaine
si remplie de foi et d’expression profonde, également jouée à la Renaissance par
Sarah, et enfin Cyrano, dont la première représentation fut fêtée comme un des
plus beaux triomphes de l'art moderne français.
Aujourd’hui, c’est L tdiglon qui porte aux nues le talent du jeune poète et
affirme plus que jamais ses qualités maîtresses de metteur en scène hors ligne et
de ciseleur incomparable de vers.
Thérèse..............................
Marie-Louise....................
L'Archiduchesse..............
Fanny Essler..................
La Comtesse....................
La Grande-Maitresse...
Une D"* d'honneur........
Olga, Dlla d’honneur....
Une Paysanne..................
L'île Archiduchesse........
Un Masque.......................
La Duchesse....................
Un Domino.......................
Un Masque......................
Une Paysanne..................
Une Bergère.......... ..........
Mina.....................................
Demoiselle d’honneur...
Une Paysanne..................
Un Travesti......................
S. SEYLOR
GIESZ
PARMENTIER
LA VOULZY
LUNÉVILLE
E. RICHARD
VERNEUIL
LENÉCHEL '
DARGELÈS
RAPHAELLE
BERTHA
D ALSSOFF
BOYER
AUBER
JAZON
RICHARDET
LESTRADE
BENTA
D ALSOFF
PHERNIS
Général Hartmann .
Forcsti......................
Morchain...................
Sandor........................
CHEVALIER
AUBER
LOTI
JAZON
Messieurs
Archiducs
Marraoiu .........................
Le Tailleur.................... .
L’Attaché français.... .
Prokesch ......................... .
Gcntz................................ .
Tiburce............................ .
Scdlinskv........................
Un Oflicicr.................... .
Lord Cowley................ .
Le Docteur.................... .
Bombéllcs........ .............. .
Vicomte d'Otrante.... .
D’Obenaus...................... .
Le Sergent.................... .
Un Policier.................... .
Dietrichstcin.................. .
Pionet.............................. .
Un Montagnard............ .
Goubeau.......................... .
Le Chanteur............ ..... .
Un Domino.................... .
Petit Archiduc.............. .
Petite Archiduchesse.. .
nlUnAHLJ
DESMARES
AMYOT
BARGÉS
ROUSSEL
HABAY
B03CHER
RETORNAY
ALEXANDRI
MIGNAN
SÉNÉCHAL
LYONEL
GERMAIN
RICHARD
SAINT-ELME
VIARTOT
CHARPENTIER
GERMAIN
MIGNAN
CHARPENTIER
D'ALSOFF
Petit JULIEN
Petite JEANNE
?s, Gardes-nobles, Trabans, Officiers, Soldats,
Infanterie autrichienne, Paysans croates et hongrois, etc.
Al. Henri Fouquier, dans le Figaro :
La soirée d'hier marquera une date dans
l'histoire du théâtre de notre temps. L'Aigton n'est pas seulement un magnifique
succès pour le théâtre, le poète et son
interprète, c'est encore une évolutioft,
plus accentuée que dans Cyrano de Ber
gerac, que le drame historique accomplit
pour se rapprocher de l’épopée. L'imagi
nation du poète, s’affranchissant des
règles ordinaires du théâtre, a grandi le
cadre du drame romantique. Des appari
tions classiques, nous sommes arrivés,
dans le tableau de -Wagram. à une sorte
d'évocation des âmes, qui “est une chose
puissante, d’un artifice ingénieux et neuf.
L'IIistoire apparait à nos yeux avec ses
mystérieux dessous, non les dessous de
l'anecdote, mais ceux de la loi, inconnue
mais pressentie, qui régit les choses
humaines. C'est cette échappée sur le
mystère de la vie qui m’a frappé d'abord
dans l’œuvre, comme une chose d’une
beauté absolue et encore inédite à la scène.
M. Léon Kerst, dans le Petit Jour
nal :
L'Aiglon est une œuvre splendide, d'une
vaillance, d'une générosité, d'une jeunesse
inouïes; et le poète qui l’a signée est
grand entre les plus grands.
L'Aiglon n’est pas autre chose que
l’apologie en six actes de Napoléon I".
De pièce, il y en a à peine. Tout l'immense
plaisir qu’on y éprouve résulte de la maî
trise incomparable avec laquelle l’auteur
utilise le moindre épisode, inventé par sa
féconde imagination, pour en faire un
« morceau » achevé, un bijou rare, ciselé
de telle sorte que l'art du joaillier l’em
porte constamment.
AL Catulle Alendès, dans le Journal :
Applaudissements, acclamations, trépi
gnements, tout un beau délire de fête!
voilà comment le drame romantique est
mort. Idéal dans la Princesse lointaine.
sacré dans la Samaritaine, précieusement
sentimental et picaresqucmcnt héroïque
dans Cyrano de Bergerac, le voici, dans
Y Aiglon, pareil à la fois à' une chronique
shakespearienne et à un rêve d’histoire.
Pour ceux dont ce fut le noble soin de ne
pas laisser s'éteindre, après les maîtres
qui rallumèrent, le flambeau romantique,
la joie est profonde de le voir rayonner
encore avec tant de splendeur d’ans la
nouvelle main qui le secoue éperdument,
et quelle aurore éclatante et charmante
pour le siècle qui naît, cette jeune gloire
d’Edmond Rostand ! Nous y réchauffons,
vieux poètes, nos rêves enfin débiles et
frileux.
Al. Lucien Aluhlfeld. dans YFcho de
Paris :
L’Aiglon, qui est un triomphe, est
encore, et avant tout, un grand succès
poétique. Le plus glorieux théâtre toujours
fut en vers.............................................................
Indéfiniment, des bravos sanctionnerôn,
la gloire de YAiglon qui se leva, ce soirt
si haute, si pure, extraordinaire.
écrivant L’Aiglon, M. Rostand a réalisé un rêve qu’il avait formé étant
t
enfant, lorsque, placé en face de son lit, le portrait du Roi de Rome frap
pait chaque matin ses regards et lui souriait de son sourire mélancolique et
doux.
L’action de L’Aiglon se passe, de 1830 à 1832, en Autriche,
I. — Au premier acte, le rideau s’ouvre
sur un salon.
En une société frivole, qui ne songe
qu’au plaisir, à côté de sa mère, Marie-Louise,
qui s’emploie jalousement à effacer de l’es
prit de son fils tout souvenir de Napoléon,
le jeune duc, exaltant eu son âme le souvenir
de l’héritage de gloire que lui a légué son
père, s’insurge constamment contre Metternich et ceux qui le tiennent prisonnier. En
vain essaye-t-011 de le distraire : dans la col
lection de papillons qu’on lui présente dans
ce but, il ne veut voir que l’épingle qui retient
la pauvre bête prisonnière et aux leçons d’al
lemand de son professeur qui lui reproche de
ne point connaître que la France se dit Das
Frankreich, il répond fièrement ;
.............................. ...................................... Mais, pleutre,
Je n’aime pas beaucoup que la France soit neutre,
Aussi est-ce un petit scandale à la cour,
lorsqu'une nouvelle lectrice, prenant sans
méfiance un livre familier du prince........ (Ce
livre s'ouvre seul aux feuillets souvent lus)...
lit à haute voix des passages exaltant l’Empe
reur et le Roi de Rome.
Après quelques scènes d’exposition, voici
l’intrigue qui commence. Voulant être agréa
ble à son fils, Marie-Louise a fait venir de
Paris un tailleur et une habilleuse apportant
les dernières modes de la capitale. Or ces deux
personnages ne sont autres que des conspira-
M"- Jane Grumbach (Le Duc de Reiclistadt).
l’hot. Olivier», Manmille.
teurs qui viennent auprès du duc pour le
décider à rentrer en France afin de s'emparer
du trône.
Mais l’Aiglon ne se sent pas prêt... Je
vous demande encore trois cents nuits d'in
somnie... Gagné toutefois au projet, il promet
de fuir dès le soir après qu'il aura tenté, comme
il a promis à sa mère, une dernière démarche
auprès de l’empereur Franz, son grand-père.
Les habilleurs partis, entrent les profes
seurs d'histoire que Metternich a Choisis pour
son impérial prisonnier.
Ceux-ci lui apprennent que, depuis 1806,
il s’est passé peu d’événements importants en
Europe. — « Et l’Empereur, qu’a-t-il donc
fait? demande l’Aiglon. — Quel Empereur?
s’exclament les professeurs. — Mon père. »
Et, après avoir retracé la carrière de Napo
léon le Grand, le duc, parlant de son père,
à Austerlitz, s'écrie :
— Il dit en galopant sur le front de bandière :
« Amis, il faut finir par un coup de tonnerre ! »
Il va, tachant de gris l’état-major vermeil.
L’armée est une mer: il attend le soleil.
Il le voit se lever du haut d’un promontoire
Et, d’un sourire, il met le soleil dans l'histoire.
Puis nous assistons à une charmante scène
d'amour et, à la fin, à l'entrée de la favorite, Fanny Essler, qui... ô surprise !...
en vient ici que pour faire en cachette un cours d’histoire (un vrai, cette
fois!) à son ami et lui raconter l’épopée dans toute sa splendeur. Le rideau
tombe sur le commencement de cette exquise leçon...
Et, pendant ce temps-là, la Garde impériale...
IL — Au second acte, nous sommes à Schœnbrunn, dans le salon parti
culier du duc, dit « Salon des Laques ». Dans le fond, une merveilleuse pers
pective du parc avec, en haut de la colline qui borne l’horizon, un arc de
triomphe « La Gloriette ».
A l’ouverture du rideau, Metternich s’assure en interrogeant les valets que
l’espionnage qui entoure le duc fonctionne régulièrement, et que seules les
lettres insignifiantes lui parviennent, lettres d’amour pour la plupart, qui sont
déchirées sans avoir été lues.
Ici se place encore une scène splendide.
Sur les instances de sa mère, on a fait revenir, auprès du duc de*Reichstadt,
Prokesch, un officier qu’il aimait beaucoup et avec lequel il travaillait la tactique
'Z.,.
militaire. Un bataillon de soldats eu bois sert
aux démonstrations. Quel n’est pas l’étonne
ment de l’Aiglon en voyant que ce ne sont
plus les habituels soldats autrichiens, mais
toute une petite armée française, grenadiers,
voltigeurs, cuirassiers, housards, qui, placée
devant lui, évoque à ses yeux charmés toute
l'épopée impériale ! Et aussitôt, en une hâte
fébrile, il les met à leur place de bataille sans
entendre Metternich qui est entré... Aussi
lorsque le Ministre interrompt...
Et là, passant le pont?... La garde!
s’écrie, superbe, le jeune due en se retour
nant.
1
Mais voici Marmont qui , après avoir
séjourné quelque temps au château, vient
faire ses adieux au duc auquel il n’a plus rien
à apprendre sur le compte de son père. S’étant
toutefois permis déjuger sévèrement l’Empe
reur, l'Aiglon, pâle d’indignation, fait com
prendre à celui qui a trahi son maître que
c'est à Napoléon TI qu’il parle. Mais Mar
mont, s’excusant, admire la noble indignation
du jeune homme et avoue que, s’il a aban
donné l’Empereur, c'est simplement par lassi
tude et par fatigue de toujours parcourir l'Eu
Flambeau
rope sans jamais pouvoir jouir de la vie et
Pliot. Ouvicrc, Marseille
goûter du repos.
£7 nous, les humbles... dit tout à coup un valet qui vient d'entrer et
qui, sous sa livrée acceptée pour veiller sur le Roi de Rome, n’est autre
que Flambeau, un vieux grenadier de la garde.
En une superbe période, il parle de la vie des soldats fanatisés par l'Em
pereur et le suivant partout sans murmures, heureux de conquérir et de
vaincre; aussi est-ce debout que le jeune duc entend la fin de l'invective
du vieux soldat.
Celui-ci est au courant de la conspiration et il conseille aussi une prompte
rentrée en France : partout on n’y parle que de Napoléon II et, sur tous les
objets usuels, son portrait est reproduit. Complètement remué par la vue de
tous ces témoignages d'un souvenir vivace, le duc promet de s’enfuir si l’empe
reur Franz, son grand-père, ne lui promet pas son appui pour remonter sur le
trône de France.
III. — C’est dans la même galerie des Laques que se passe le troisième acte.
L'empereur Franz y reçoit des paysans croates, et hongrois qui viennent lui
présenter des suppliques. Au dernier rang des
mendiants, se trouve le duc de Reiclistadt recou
vert d'un vaste manteau.
Il vient, lui aussi, réclamer justice et deman
der que l’héritage de son père lui soit rendu.
D’abord indigné, le vieil empereur, peu à peu
séduit par le charme de son petit-fils, va jusqu’à
lui promettre qu'il l’aidera à reconquérir son
trône; mais Metternich, malheureusement sur
venu, fait habilement comprendre toutes les
garanties qu’il faudrait pour que pareille chose
fût possible et combien il serait dangereux de
permettre à Napoléon II de rentrer en France.
Désespéré, le jeune duc rentre dans ses appar
tements, étroitement surveillés par les valets à la
dévotion de Metternich.
I.e valet chargé de veiller dans le cabinet de
travail n’est autre que Flambeau. Comme il le
fait chaque soir depuis un mois, il enlève sa
livrée et apparaît vêtu de son uniforme de gre
nadier et, après avoir coiffé le haut bonnet à poil
qui figure en panoplie sur une console, il saisit
le fusil placé auprès et commence à monter sa
garde quotidienne devant la porte, comme autre
fois lorsque l’Empereur couchait à Schœnbrunn
dans la chambre aujourd’hui occupée par son fils.
Tout d'un coup, entre Metternich qui s’apprête à se rendre au bal qu’il
offre à la cour. Apercevant sur la table le petit chapeau de Napoléon, relique
pieusement conservée, il entre en fureur et revoit le temps où le conquérant
habitait au château et lorsqu’il évoque le souvenir du grenadier qui précisément
montait la garde dans cette pièce, il voit Flambeau qui, avant fait un pas en
avant, se trouve éclairé par un rayon de lune.
Epouvanté, le ministre croit à une hallucination, et il faut l’arrivée du roi
de Rome pour qu’il revienne de sa frayeur, laissant Flambeau s’enfuir rapide
ment : car il connaît le pays, il est déjà venu.
IV. — Dans les Ruines le bal bat son plein; grâce à une substitution, le duc
de Reiclistadt peut s’enfuir sans que son absence soit remarquée et nous le
retrouvons bientôt, entouré de ceux qui l’ont aidé à fuir, à un carrefour près du
champ de bataille de Wagrarn.
V. — Au cinquième acte, nous sommes sur le champ de bataille de Wagram.
Surpris par des cavaliers lancés à sa poursuite, l’Aiglon et Flambeau sont faits
prisonniers Ce dernier, afin de ne pas être fusillé par ses ennemis, se donne un
coup de poignard au cœur et tombe mourant aux pieds de Napoléon II. Dans
son agonie, il se figure encore être à la bataille de Wagram. Ses plaintes évo-
quent dans l’âme du fils de l’Empereur
l’immense scène de carnage et de gloire
dont cette plaine a dû être témoin et, pour
suivant son rêve, celui-là fond, sabre au
clair, sur le régiment autrichien qui, pour
la manœuvre, vient rejoindre son colonel.
VI. —■ Au dernier acte, le duc est mou
rant dans une salle du château de Schœn
brunn.
Etendu sur sa couche, il se fait apporter
son berceau tout près de son lit de mort et
après s’être remémoré son existence qui
s’annonçait si brillamment et finit de façon
si misérable, il expire dans les bras de sa
mère, tandis qu’un aide de camp lui lit le
récit de son baptême.
Napoléon II vient à peine d'exhaler
son dernier soupir que Metternich ordonne
froidement :
Allons, remettcz-Iui son uniforme blanc!
C’est seulement l’incarnation du duc de Reichstadt, que je veux peindre celle
qui vient de se révéler à nous sous le costume blanc du colonel autrichien.
Grande, bien faite, d’aisance distinguée, elle a toutes les formes juvéniles
de ce jeune homme de vingt ans que la politique de Metternich prit roi, pres
que empereur — Napoléon II — transformé en un duc de Diète allemande
pour la venger d’Austerlitz.
Elle a su, avec une maîtrise admirable et une virtuosité étonnante, nous
donner les gestes, l'attitude, les vibrations de ce personnage dont la légende
commença au berceau dans les langes du roi de Rome.
Et avec une impeccabilité qui ne dément jamais, durant six longs actes, oîi
toujours en scène, toujours en mal de répliques, en halètement de tirades, pas
une fois on ne la surprend ni en dehors, ni à côté de son rôle lourd et écrasant.
Elle est tout entière à son admirable création dont rien ne la distrait ni les
bravos qui éclatent, ni les fleurs qui tombent, ni les applaudissements qui
suivent sa voix, menant l’esprit des spectateurs.
C’est une admirable artiste que cette femme qui s’oublie elle-même pour
nous donner la sensation complète de la fiction du poète et nous figurer la
conception du héros qu'elle nous peint.
Elle nous vient de l’Odéon qui est l’antichambre de la Comédie-Française.
Vraiment, en l’écoutant, en la voyant, on s’étonne qu’elle attende encore et
que M. Jules Claretie ne l’ait prise par la main pour la conduire à la place que
lui valent son talent et son mérite.
C’est qu’ici nous la voyons parfaite en tous points dans cet « Aiglon » qui
est un rôle complexe. Tour à tour, l’artiste nous montre des qualités de forces,
de grâce et de délicatesse, passant par toutes les gammes des sentiments
humains, prodiguant son âme et toute la sensation de son être.
Rude et fière, devant les insolences de ce Metternich, sorte de Ruy-Blas aristo- cratique ; caressante avec l’empereur Joseph dont le cœur se souvient parfois
qu’il est grand-père ; cinglante et hautaine en face de Marmont qui fut traître ;
douce, aimable, amicale près de son dévoué Prokesch ; enthousiaste en compa
gnie de Flambeau, sympathisant l'image de la véritable patrie perdue ; filiale,
mais en nuances de' froideur, quand elle rencontre cette insouciante et frivole
Marie-Louise, mère oublieuse, ne songeant qu’à son amant, Mlle Grumbach est
juste toujours et rend jusqu'aux demi-teintes les imprécisions de son rôle.
Son succès est grand.
Aussi il me semble qu’en voyant l'enthousiasme où nous porte son incon
testable talent, elle doit être consolée de bien de choses amères de la vie.
N’est-ce pas là d'ailleurs la satisfaction cherchée par toute âme d’artiste ?
Aussi ce n’est pas une des moindres curiosités de l’aller étudier et de sur
prendre le caractère très inédit et très artiste qu’elle donne à son rôle.
I
Né à Paris en 1866. Bachelier ès lettres. Entre au Conservatoire chez Got.
Après trois ans, sort lauréat et entre à l’Odéon avec Porel et Réjane. Joue deux
ans le répertoire classique et le Shakespeare. Suit Porel au Grand Théâtre. Crée
« Taraxion », de Lysistrata ; « Gonidec », de Pêcheurs d’Islande, et reprend
Sapho. Suit Porel au Vaudeville : crée Mm‘ Sans-Gêne. Va passer un an au théâtre
royal du Parc, à Bruxelles, où il joue « Balthazar », de V Artésienne, et Tête de
Linotte et les Lionnes Pauvres avec Maria Legault. Rentre à Paris, aux
Variétés. Joue la Vie Parisienne, la Périchole et le Petit Faust. Crée « Casimir »,
du Carnet du Diable ; « Gontran », du Pompier de Service et divers autres
rôles. Engagé chez Sarah Bernhardt, joue le « Fossoyeur », d’Hamlet ; \aDame
aux Camédas, et crée enfin l’Attaché français, dans V Aiglon, qu'il joue 237 fois.
Officier d’Académie en 1897.
)
Fait partie de L'Aiglon : programme
