FRB243226101_Res_PZ_275.pdf
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ENSEIGNEMENS
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COMPOSÉS POUR
SES
ENFANS
C'ait mil guatre cent
XVI.
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J.
TECHENER, LIBRAIRE,
PLACE DU LOUVRE.
M. DCCC. XLV.
275
Te t
Le
xv° siècle,
qui devait être si fécond en
grands événemens, qui devait être témoin
de l'émancipation des idées par la décou¬
verte de
l'imprimerie et de la chute du pou¬
voir féodal par l'ambition artificieuse de
Louis XI, s'annonça sous de tristes auspi¬
ces. Charles VI
régnait, et ce nom malheu¬
reux
rappelle à la France une époque de
deuil et de désespoir! Vertu, honneur,
croyances religieuses, amour des lettres,
tout sembla un instant s'anéantir.
sée pouvait-elle avoir du repos,
La pen¬
lorsqu'il ne
restait à chacun que
la crainte de ne pas
trouver un lieu de refuge pour abriter sa
vie? Le goût de la vérité, le sentiment du
beau, plantes délicates autant que nobles,
selon les expressions d'un grand historien
moderne, n'ayant pas un ciel pur, un soleil
brillant, une atmosphère douce, courbaient
la tête et se flétrissaient au milieu des
ora¬
ges. Tandis que le peuple, en proie aux fac¬
tions, semait
en tous
lieux le meurtre et
l'épouvante, le clergé, seul dépositaire d'une
science pleine d'erreurs, consumait ses jours
à entretenir le feu
des controverses théolo¬
giques qu'alimentaient les propositions les
plus bizarres. L'étude de la philosophie her¬
métique absorbait les richesses et les exis¬
tences; l'astrologie judiciaire, la magie,
dictaient seules des lois, et on recherchait
aveuglément dans les mystères de la nature,
la
cause
d'un sort funeste dont l'homme
garde le secret dans son propre cœur. Ainsi
grandissaient les ténèbres de la superstition
et de l'ignorance assombries
par les ténè¬
bres de la discorde!
Mais le ciel voulut reposer tant de
dou¬
leurs; on entendit alors, pour la première
fois, ce chant de consolation si plein d'a¬
de
pieux désirs, l'Imitation du
Christ, qui, fille de l'Évangile, en a toute
et
mour
la sublimité ! Ce livre célèbre fit oublier les
recueils de sentences vulgaires et de prover¬
bes moralisés où l'enfance avait
dant tout le
puisé, pen¬
moyen-âge, des leçons de sa¬
gesse.
C'est
nous
une
chose qui nous surprend,
réconcilie
avec
qui
la vie de cette terre,
l'homme
peut se défendre pour tout ce qui est bon
et juste, pour tout ce qui tend à le rendre
meilleur, pour tout ce qui le rapproche de
que le respect, l'entraînement dont
ne
la vérité et lui révèle un Dieu. L'intelligence
comprend que son plus bel éclat
ne lui vient que de la vertu, et que par la
humaine
vertu l'homme est
sa
vie
doublement heureux, de
passée à pratiquer le devoir et
des
récompenses que l'avenir lui prépare.
légendes fabuleuses
du polythéisme donnaient des lois aux na¬
tions, la recherche de la vérité fut pour ces
nations leur principale étude, comme elle
l'est encore pour nous, chrétiens, au sein
Alors même que les
d'une civilisation avancée. Les Sages de l'an¬
tiquité pénétrèrent les traditions secrètes de
l'Orient sur la cause première, sur la na-
lure el
la destination des êtres; ils recueil¬
lirent les enseignemens et les préceptes des
premiers âges, et donnèrent au monde l'idée
de sa noble origine en racontant l'histoire
des merveilles delà création. Après Socrate
et Platon, ces deux phares resplendissans
de la philosophie païenne, la vérité vint à la
voix du Christ briser les chaînes de l'escla¬
vage et les temples des faux dieux. Rachetés
de l'erreur au prix du sang de l'illustre vic¬
time, ouvrant leurs yeux à la lumière et
leurs cœurs à l'amour et à la charité, les dis¬
ciples de la religion nouvelle s'écrièrent avec
le maître : Le monde n'a qu'une loi, la mo¬
rale; l'encens ne doit brûler que pour Dieu!
En ce moment, l'homme était appelé à re¬
conquérir cet Ëden d'où l'esprit du mal l'a¬
vait tenu si long-temps exilé; il renaissait à
la joie, à l'espérance, au bonheur;
vait vers Dieu en
il s'éle¬
accomplissant les volontés
du Christ.
Malheureusement l'esprit de
lumière ne
triompha pas de tous les obstacles que le
mensonge lui opposait. Le merveilleux a
plus d'empire sur la terre que la réalité : le
Christ lui-même, afin de signaler sa puis¬
sance et
d'appeler à lui, avait dû y recourir.
Aussi, les premiers chrétiens ne purent-ils
renoncer
complètement aux croyances su¬
perstitieuses du paganisme. Le culte s'en
ressentit ; il fut enveloppé de mystères , de
cérémonies aux symboles énigmatiques et
d'actes pieux à pratiquer, appropriés le plus
souvent aux besoins d'un pouvoir
temporel
et
envahisseur. Le christianisme
pas tous ses
ne
porta
fruits. Il devait être l'expres-
sion touchante, la vivante image de l'union
éternelle jurée par l'homme au Créateur, et
l'homme lui fit perdre une partie du naturel
de la grâce
séduisante de sa beauté pre¬
mière ; il avait reçu en partage, force,
grandeur, jeunesse, et il eut sa caducité,
comme si sa destinée était
périssable. C'est
qu'il n'était plus lui-même; l'or avait été
et
allié à un métal sans valeur.
Notre
époque, à son tour, malgré l'in¬
différence apparente qu'on lui reproche,
se
préoccupe de la vérité; elle s'inquiète de
l'avenir du christianisme; elle redemande
à
l'Évangile son enseignement sans mélange
de
doctrines, pur et primitif; sa morale
toujours jeune, toujours puissante; son
amour, sa charité, qui enlacent l'humanité
des mêmes liens pour l'entraîner au même
salut social; mais elle ne veut du christia¬
nisme que l'œuvre
du Christ, et elle n'ac¬
cepte des hommes que le livre de l'Imitation
qui console en faisant espérer.
Si aucun livre du moyen-âge n'est aussi
digne d'admiration que celui que je viens de
citer, on ne doit pas cependant négliger de
faire connaître certaines poésies morales
du même temps, qui rappellent le Livre des
Sept Sages et les fameux distiques latins de
Dyonisius Cato, de ce poète qui, ne s'attendant pas à l'immense renommée que l'ave¬
nir réservait à ses vers, se cacha sous un
pseudonyme, et nous laissa ignorer le pays
où il prit naissance et l'époque de sa vie.
Depuis le ne siècle jusqu'au xive, les disti¬
ques de Caton furent le livre de prédilec¬
tion des écoles;
traduits en français, dans
première moitié du xn% par Éverard,
moine de l'abbaye de Kirkam en Écosse,
traduction que M. Le Roux de Lincy a fait
la
connaître dans son Livre des Proverbes Fran¬
çais, ils servirent depuis à exercer la verve
des trouvères, qui, par leurs poétiques pa¬
facilité et perpétué le
s'est propagé
jusqu'à nous le goût des sentences. Le xvi°
siècle se fit honneur des quatrains du con¬
raphrases ,
en ont
souvenir. C'est par eux que
seiller de Pibrac ; traduits
toutes
les langues,
d'abord dans
ils valurent plus tard à
leur auteur l'immortalité du Parnasse
de
Titon du Tillet; ceux d'un pair, membre de
l'Institut, M. de Morel Yindé, ont eu de
nos
jours un sort non moins glorieux.
De toutes les poésies du
les
moyen-âge que
distiques de Caton inspirèrent, nulles
ne sont
plus dignes d'être recueillies que cel¬
les qui se recommandent en même
temps,
et comme des restes
précieux de notre vieux
gaulois, et parce que ce sont des paroles
révérées
dues
Tels
les Enseignement
à
la
tendresse
paternelle.
de Christine de
Pisan à son fils, déjà publiés, et les Dits et
Enseignemens du seigneur de Caumont, im¬
primés maintenant pour la première fois.
Exemptes de la licence d'expressions et
d'images qui souille la plupart des produc¬
sont
tions littéraires du xivc et du xve siècles, d'une
simplicité touchante, ces œuvres rappellent
l'usage, sainct et anticque, par lequel l'amour
de la vertu se perpétuait dans les grandes
familles, comme un titre d'ennoblissement
et de
puissance; parchemins vénérables, qui
faisaient dire à Pétrarque : « La noblesse
n'a
qu'un seul avantage, celui de ne pas
manquer de bons exemples dans sa maison,
et
d'être dans la nécessité de les suivre, de
peur de ne pas être reconnu pour légitime
héritier. »
L'auteur de ce livre, Guilhem Raymond ,
V du nom, seigneur de Gaumont, Samazan
Montpouillan, Gastelnaut, et Berbiguières
les rives de la Dordogne, naquit en
Périgord en i3gi. Issu d'une maison illus¬
sur
tre dès le x° siècle, il fut un des aïeux de ces
Gaumont de La Force dont la célébi-ité est
une
de
nos
plus belles gloires.
Jeanne de Gardailhac,
Marié à
il en eut deux fils :
François Nonpar de Gaumont II, et Bran-
delys de Gaumont, seigneur de Castelnaut;
c'est pour eux qu'il se fit auteur et
poète.
L'existence du manuscrit des Dits et Ensei-
—
XVi
—
gnemens n'a pas été ignorée du P. Anselme;
il en fait mention dans l'Histoire généalogi¬
de la maison de France, mais sous une
fausse date; il appartient aujourd'hui à la
bibliothèque de Périgueux, après avoir fait
partie des livres de l'ancienne école centrale
de la Dordogne, dont il porte l'estampille.
11 était au nombre des cinq mille volumes
que le commissaire du pouvoir exécutif choi¬
sit au dépôt de Bergerac et fit transporter à
Périgueux, le 5 février 1 797, en vertu d'une
que
instruction du ministre de
l'intérieur; ils
avaient été recueillis dans les couvens et les
châteaux delà province, parmi ces derniers
se
trouvait celui des ducs de La Force.
Le format de ce manuscrit se
rapproche
de l'in-8°; une basane jaune le recouvre, et
quatre modestes liens de cuir, dont il ne
—
reste
XVII
—
plus que des débris, lui servirent au¬
trefois de fermoirs. Le texte, écrit en gothi¬
minuscule sur vingt-huit feuillets de
peau-vélin, est disposé dans le même ordre
qu'ici : le fac simile ci-joint en reproduit la
troisième page. Les gardes sont chargées de
notes, en langue patoise ou romane, rap¬
portant des extraits d'obits, concernant les
sires d'Albret, comtes de Périgord et vicom¬
tes de Limoges, alliés des seigneurs de Caumont; et le récit de la réception solennelle
faite, en 1471» par 'es habitans de CastelJaloux à Alain d'Albret, qui venait prendre
possession de leur ville.
que
Transmis
de famille
en
famille, il
est
jusqu'à nous, comme un riche legs,
dont le prix est rehaussé encore par les il¬
lustres mains qui prirent soin de sa conservenu
—
vation.
XVIII
—
Monument littéraire,
aussi bien cher à
connaît peu
ce
il
nous
est
second titre; car on
de poésies du commencement
du xve siècle, écrites en français, et dues à
des habitans du midi.
Si la
langue romane intéresse vivement
lorsqu'elle prête à la pensée d'un Bertrand
de Born ou d'un Arnaud de Mareuil toute sa
poésie, on éprouve encore un certain charme
à la voir disparaître, abandonnant à une
autre langue, qu'elle a aidé à former, les
nobles avantages dont elle sut jouir.
En ce temps-là, la langue française venait
à la vie, elle secouait les langes qui l'en¬
veloppaient, elle s'essayait à bégayer; elle
cherchait, à son tour, et l'expression et la
forme pour le caractère nouveau qu'elle s'ap¬
prêtait à revêtir. Dans cette période de tran-
sition, à la faveur des troubles politiques
et
de
tions
l'anarchie, s'opéraient deux révolu¬
:
l'une, politique; l'autre, intellec¬
tuelle; elles devaient reculer les limites de
toutes
vers
choses, et hâter les pas de la nation
Louis XI
et Rabelais.
et
François Ier, vers Marot
A la vie
agitée allait succéder
le calme; à l'absence de toutes règles gram¬
maticales, à l'incorrection du style, la pu¬
reté et l'harmonie; au
désordre, à la con¬
fusion, le flambeau d'une civilisation que
la plus belle
découverte des temps moder¬
nes
garantirait à l'avenir.
Au milieu de cette anarchie, la langue
nouvelle, celle que Froissart avait parlée,
s'appropria, retint des débris de l'ancien
langage, comme l'homme qui s'est élevé
d'une condition basse et obscure
conserve
quelquefois dans ses traits ou dans son es¬
prit un air de famille qui rappelle les parens
dont il reçut le jour, ou plutôt comme le
vainqueur se revêt des dépouilles du vaincu,
car ce fut un véritable
triomphe.
L'histoire du langage est l'histoire du
peuple; le langage est son œuvre, et il
obéit à la même fortune. Inculte et barbare
lui à
l'origine, soumis à tous les
qui avancent ou qui retardent
le progrès, ce n'est qu'en cheminant à tra¬
comme
événemens
vers
les
siècles, sous l'influence de mœurs
plus douces et d'institutions meilleures,
dans le calme et dans la prospérité, qu'il
devient pur, soigné, logique; qu'après l'âge
de fer il a son âge d'or !
On rencontre, à chaque instant, dans les
vers
de Gaumont des mots et des construc-
tioas de
phrases auxquels il a donné une
physionomie et une tournure qui, malgré
lui, se ressentent du temps et du terroir.
Souvent on croirait avoir sous les yeux, avec
quelques légères modifications, du patois périgourdin. Mais on est bien moins surpris
de ce mélange, à une époque aussi éloignée,
lorsqu'en réfléchissant à ce que je viens
de dire, on
lit avec attention les Essais de
Montaigne, de cet autre enfant du Périgord, qui, né cent quarante ans après Caurnont, sous le même ciel, il est vrai, et pres¬
que aux
mêmes lieux, conserva dans sa
manière d'écrire quelque chose de la langue
d'autrefois
de la
mère-patrie. Montai¬
gne l'avoue en ces termes : « Mon langage
françois est altéré, et en la prononciation
et
et
ailleurs, par la barbarie de mon creu. Je
—
vis jamais
ne
XYII
—
homme des contrées de deçà
qui ne sentist bien évidemment son ramage
et
qui ne bléceast les aureilles qui sont pu¬
res
l'rançoises.
»
Le manuscrit des Dits et
Enseignemens,
que nous possédons, est, comme tout sem¬
ble le prouver, l'exemplaire unique laissé
Ecrit avec soin, orné même
de lettres capitales enluminées, le calligraphe a voulu que sa plume exercée servît à
tracer le pourtraict fidèle de l'écriture et
du langage de son temps; j'ai donc mis un
soin religieux à le reproduire tel qu'il est.
par Gaumont.
orthographe incertaine et
variée, m'appliquant à respecter ce qui se¬
rait incorrection partout ailleurs, afin de
livrer à l'étude et à la curiosité l'intégrité du
texte. Ne mériterait-il pas un blâme sévère
J'ai conservé son
—
mu
—
le peintre, quelqu'habile qu'on
le suppose,
qui trouvant les tableaux du Pérugin mal
ordonnés, de mauvais goût, peu académi¬
ques, qui n'accordant aucun prix à leur ex¬
pression, oserait les retoucher, les corriger?
Car sa main téméraire nous ravirait le plai¬
sir d'apprendre à quelles leçons Raphaël, le
divin maître, se forma.
Rappelons, à ce sujet, les conseils don¬
nés par M. N. de Wailly dans les Elémens de
Paléographie : « Le premier mérite d'une
publication de ce genre, c'est d'être exact
jusqu'à la minutie; il n'est pas de barba¬
risme que la plume doive craindre de trans¬
crire; aucune faute ne doit être corrigée;
toutes doivent être scrupuleusement copiées.
Une
transcription exacte, jusque dans les
moindres détails de l'orthographe, est un
travail pénible sans cloute; mais si l'on s'é¬
règle absolue, où s'arrêterat-on? Si chacun s'arroge le droit de corriger
carte de cette
deviendra la vérité du lan¬
gage, si étroitement liée à la vérité histo¬
rique? Que l'on s'attache, au contraire, à
reproduire avec fidélité les monumens des
siècles passés; qu'un éditeur publie les in¬
corrections d'un diplôme ou d'un manus¬
les textes, que
crit, comme un historien raconte les erreurs
et
les superstitions d'un autre âge, et bien¬
tôt la science
ces
philologique, s'emparant de
élémens confus, les soumettra au travail
de l'analyse et de la classification; elle nous
révélera le secret de ces modifications suc¬
à peu la trans¬
formation complète d'un mot, et qui, par
une filiation non
interrompue, rattachent
cessives, qui préparent peu
les œuvres de nos grands écrivains à ce latin
dégénéré, dont l'orthographe et la syntaxe
barbares devaient enfanter
un
jour cette
langue claire, correcte, ingénieuse, que les
étrangers nous envieront tant que nous ne
cesserons pas de la respecter. »
Si les commentateurs et les scribes de
l'antiquité n'avaient pas altéré en tant
d'endroits divers les textes originaux, en
substituant leur orthographe novatrice et ca¬
pricieuse à celle des auteurs qu'ils transcri¬
vaient, nous n'aurions pas autant de diffi¬
cultés à vaincre pour remonter à la source
des langues modernes. On suivrait aisément
parviendrait, alors, à
constituer une science étymologique si in¬
certaine de nos jours et souvent si ridicule;
et on aurait l'espoir de retrouver ces mots
leur filiation;
on
—
XXVI
—
primitifs qui, par l'expression phonique
comme par le caractère figuré, représen¬
taient la nature intime et la forme des cho¬
ses.
Le mode poétique que Caumont a choisi
pour son Traité de Morale,
ment
augmente faible¬
l'intérêt; il est si difficile d'enfermer
de bons vers! Et qui
les moralistes, prosateurs ou
poètes, gagnent plus à être cités qu'à être
lus? Mais ce vieux parler naïf et enchanteur,
mais la tendre sollicitude qui émeut l'âme
d'un père, attachent vivement.
de bons préceptes en
ne
sait que
Témoin des cruelles dissensions dont la
France était le théâtre,
pour ceux
Caumont trembla
qu'il chérissait; tourmenté par
de sinistres terreurs,
il entrevit des jours
malheureux. Pendant que Charles VII aban-
| m
—
XXVII
—
donnait sa couronne au pillage,
la reine la
débauches; alors
l'assassinat eut des apologistes, le duc de
Bourgogne fit alliance avec le bourreau en
souillait par de publiques
lui serrant la main, de féroces bouchers dits
Cabochiens s'unirent à eux, et le pays, livré à
tous les maux
de la guerre civile, subit le
joug de l'étranger ! Retiré dans son château,
au milieu de ses enfans
qui souriaient à ses
caresses, Caumont sentit son cœur plein de
mort le surpren¬
drait, peut-être, au milieu de tant de cala¬
larmes en pensant que la
mités! Peu confiant désormais dans la for¬
tune
de la France, mais certain que le bon¬
heur est tout entier dans l'observance des
devoirs, il voulut que si les biens de la terre
jour ravis à ses enfans, ils eus¬
sent, dans les préceptes qu'il leur léguerait,
étaient un
xxviii
—
des richesses
—
inépuisables, des trésors de
consolation. Il savait cette belle pensée d'un
trouvère : Le
tout
cœur
d'un homme de bien vaut
l'or d'un pays !
Qui ne désirerait connaître mieux la vie
intime de celui qui,
à peine âgé de vingtcinq ans, unissait, déjà, à une sensibilité
exquise les sentimens élevés d'une âme pas¬
sionnée pour le bien! Qui ne prendrait plai¬
sir à se reporter avec lui dans le passé, à
l'entendre exaller la noblesse du
nom
ac¬
quise par la noblesse du cœur! Animé d'un
religieux, plein de
droiture, ses paroles reflètent sa vie. Amour
et fermeté, justice et valeur, voilà les no¬
bles passions entre lesquelles il partageait
ses
jours; il s'en glorifie dès ses premiers
courage chevaleresque,
vers.
Sa devise
ferm,
inscrite sur sa ban-
—
XXIX
—
nière; ses armoiries d'azur, à trois léopards
d'or, emblèmes de la justice et de la force,
lui servaient de talisman.
nous
offre
cet
Quel beau modèle
homme, fidèle à son amie,
contempteur de tous dons, à qui la trahison
ne
fit jamais prendre les armes, et qui, dé¬
l'orgueil, ne demanda à Dieu pour
récompense que de tourner à bien le
cœur de ses
jeunes enfans!
testant
toute
Guilhem de Caumont
mourut en
1426.
Le ciel sembla
l'appeler de bonne heure,
afin de lui épargner d'amers chagrins. Son
fils aîné ayant engagé ses armes au parti des
Anglais, attira sur sa tête un juste châti¬
ment; Charles VII rasa son château et con-
fisca ses terres. On dit que, bientôt après,
reconnaissant sa faute, il en éprouva un
repentir si sincère et si vif, qu'il entreprit le
—
XXX
—
voyage de la Palestine; à son retour, il con¬
sacra le souvenir de son
expiation par un
poème. Ainsi dans cette grande famille, l'a¬
mour des lettres commença avec l'amour
des armes. Il se continua jusqu'au duc de
La Force, qui fut maréchal de France sous
Louis XIII, et dont les Mémoires pleins d'in¬
térêt, réunis à ceux de ses fils, ont été édités
l'année dernière; et jusqu'à Charlotte-Rose
de Caumont, que ses romans
historiques,
ses
poésies et ses malheurs, ont rendue à ja¬
mais célèbre.
Brandelys, le plus jeune des enfans de
Caumont, suivit seul les conseils de
son
père. Constamment dévoué à son pays et à
prince, il prit pour femme Marguerite,
fille d'Olivier de Bretagne, comte de Penthièvre. Réintégré par Charles VII dans les
son
biens de sa maison, il obtint de
en
Louis XI,
i463, l'autorisation de rétablir les forti¬
fications du château de son frère, qui, retiré
Angleterre et devenu l'époux de Jeanne
de Durfort, ne revit plus la France!
en
Dr J.-E. GALY.
Périgueux, le 1er février 1845.
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{ouf «faillit*^ trcojCrrctfdl^ junte*
Crtumont tue ftst.
itvrn
Cuutuant.
Cantuuut.
roys choses sont que VLdtttnont a guardé :
Premièrement, à s'amye chasteté,
Prendre don de nulh home qui soit,
Ne soy armer encontre où il ne doit ;
Si avisés se savès nulhemant,
Qui est celluy que ensemble n'aye tant?
Cautwmt me fis t.
£exm Caumont.
l'an que l'on contoit mil quatre cens
premmier jour de may, je, le
et xvi, et le
l&e Caintnmt,
estant de l'aage de xxv ans, me cstoie en ung beau jar¬
din de fleurs où il avoit
toient de beaux et
foyson de oiseaux qui ehan-
gracieux chans, et en pleuseurs de
maneries don il me feirent resjouir. Si que, enprès,
je
fuy tant en pensant sur le fait de cest monde que je
veoye moult soutil et incliné à maul fère, et que tout ce
estait néant à comparer à l'autre que dure sens
me
fin. Et
merveilloie, attendu le perilh que nous avons à pas-
ser, et la mort que avons à
souffrir, laquelle nous ne
l'eure qui nous vandra sercher et
prandre. Et
savons
somnjez, de jour en jour, en celle
nous sommez
demeure, comment
si mauvaix à nous mesmes
que ne nous
gardons de faillir ; et recorder de celiez
paines que nous
avons
à
sons ,
et le bien et le gloire que auront ceulx
porter pour nostres maulx faix que
auront fait ; et que sur cella nous
deçà fai¬
qui le bien
preisons le meilleur
pour nous, qui est de bon chausir. Si
que, tout essiant
à nostre
deffault, nous ne
fussions perdus; quar une
foix nous faudra finir,
quar ceste vie n'est que transi¬
toire, et nous faudra rendre comte de nostres bienx
maux, et chacun sera guazerdonné sellon de ce
et
que aura
deservi.
Et lors, il me va souvenir
de
sont jeunes et
et
mes
petis cnfanx qui
ignocens, lesquelx je voudroie que à bien
honneur tournassent et bon
comme père doit vouloir de ces
cuer
filz. Et
eussent ,
ainxi
pourcequc, selon
nature, ilz doyvent vivre plus que moy, et que je ne leur
pourroie pas enseigner ne endoctriner, car il faudra que
je laisse cest monde comme lez autres,
me suis
pansé
que je leur feisse et laissasse, tantdiz que je y suys, ung
livre de ensenhemens, pour leur demonstrer comment
ilz
se
devront gouverner
selon se que est à ma sem-
blance. Et ay leur fait cest petit livre, nommé Cuuitumt,
où il a deux cens
enseignemens de mon entendement,
fait pour lez conregir, enlieu de moy quant je n'i seray,
ont pouront avoir pluseurs doctrines que je leur ay mis
per escrip;
afin que, quant ilz seront grans et auront
conoyssance,
voient comment
se
doivent régir
pour
atquerre bien et honneur en cest monde, et pour eschiver
ycellez diversses paines susdictes en l'autre, si par-
faictement le veulent croyre et entendre.
Combien que se je fusse bien
eusse fait
de loisir le dit livre je
plus lonc, mes je estoye occupé de besoignes à
lesquelles me failloit atendre ; et me semble qu'il souf-
fist, et est assez pour y aprandre tout bien qui le euer y
veult incliner; et n'en pourra estre que aucune ehouse
ilz n'an retieignent, ou pour fè
au
mal. Et plaise à Dieux,
le bien, ou pour foir
nostre Seigneur, que par sa
digne pitié leur doint grâce et povoir que le bien retiegnent et du mal se eslugnent ; et que ce soit fait à hon¬
neur de leurs corps
toux ceulx
et sauvation de leurs armes, et de
qui le liront et moy qui y ay traivaillé, et
ainxi soit-il. Amen.
Premièrement, croyez Dieu nostre Seigneur
Fermement comme vray créateur,
Et lui servir, craindre et doubter,
De tout ton cuer, sans point fausser.
Car de luy tout bien et toute honneur vient,
De lui part et de lui dessent ;
Et donne aux siens nonpareil gueredon
Qui le servent de loial cuer et bon.
Pour ce, fait bon servir et attendre
Cellui qui tel gueredon puet rendre,
Le meilleur qui soit jus le firmemment
Plus prouffitable et pardurablement.
Et garde toy de lui jurer,
Ses sains et sainctes ne parjurer,
Ne metre en parolle vaynne,
Quar soudre t'en pouroit gran paine.
En après, à ton Seigneur terrien
Soyes loial, sans esparjurer en rien ;
Quar pour proudoms tu en seras tenus,
Et pour le contraire, s'il estoit qu'ainxi ne fus.
Pour nulle chouse qui au monde soie
Ta loiaulté ne se fourvoie
Ne ton honneur, cornent qu'il set,
Pour de riens, si te veux tenir net.
—
8
—
Se l'on te veult en nulle guise enquerre
D'aucune chouse qui ne soit belle à faire,
Garde toy bien, ne t'y consentes,
Que deshonnours en prendroies maintes.
Homme qui soit deshonnouré
En nulle part non est de rien presé.
Ne panse point que paradis il ait
Nulle personne qui aye fait villain fait.
Le homme n'a à garder qu'une chouse
Sa loiaulté, son honneur, et ce expose
Et le tenir, sans nulh enfraindement,
Pour nulh dopte qui lui viegne au devant.
C'est bien chouse qui est de bon à faire,
Especialement qui veult aux bons retraire ;
Quar aussi bien puet-on le bien aprendre
Comme le mal, qui bien le veult entendre.
Encores plus a-il rués de mestrie
Au mal aprendre qu'au bien , je le te affie ;
Pour ce, est meilleur prandre le plus legier,
Et ainxi qu'il porte trop plus de melhorier.
Fassas du bien et auras los et grâce
De tout le monde, et davant Dieux la face
Yras lassus, au ciel as haultz degrés,
Pour les bons biens que deçà fait aurès.
De nulle riens ne soies covoyteux,
Pour tant qu'il soit bon et proffiteux ;
Que autrement fusse fait que de ton deu ,
Que auderrier s'i seroit ton perdu.
Si par covoitise de richesse avoir
Ton cuer exposes à metre en deshonnour,
Saiches, pour certain, qu'argent tost s'en yra
Et la deshonneur en toy demourera.
Soiez contens de ce que Dieux te donne
Si veulx que plus du sien te
abandonne;
Quar l'en lui doit de ces biens mercier,
Et ce faisant, t'en
pourra-il plus donner.
Cbouse qui soit faicte par fort,
Gellui qui le fet est excusé et n'a tort,
Force lui croîst, non doit
point avoir blasme,
Ne pour cella n'en puet avoir diffame.
Tandis que tu es jeunes, je te conseille
Au bien et honneur du monde
t'apareille,
Et d'aquerre en ta jeunesse
Que tu ayez repoux en viellesse.
Qui ne puet bonement servir
Soy garde bien de deservir
A son Seigneur, car je tien à mon conte
Qu'il ne fault point qui ne va à luy contre.
—
11
—
Pren ta mirencollie en paciencie
Le mieulx que pourras, et si pense
Que Dieux toy pourra melhurer
Par ton effors et avancier.
La quereille que tu aiez menée
Ne preignez autre en nulle contrée,
Par contraster à ce qu'as maintenu ;
Car ne se doit faire de droit ni de deu.
Hastif ne soiez de ta honte vangier,
Mes ymagine cornent toy pourras tourner
De l'outratge que fait t'aura hom ;
Et si regarde,
lieu, temps et saison.
Ne toy hastes point, ça il ne affiert,
Car par hastece la chouse souvant s'en pert ;
Que on dit ung reprovier en nostre lengue :
Qui trop se haste de cru en mange.
—
12
—
Àsemble ce tu pues amis,
Et ne quieres nulz ennemix
Pour toy aydier, quant tu n'auras afaire,
Encontr'à ceulx qui te vouldront mal faire.
Et quant lez ayez garde lez bien ;
Que plus maistrie y a, je tien
,
C'est de vray, et plus à fère
À les garder que à les conquerre.
Si ta richece tu l'as
Follement ne las despens pas ;
Àins, t'en donne garde et soing,
Qu'il ne toy faille au besoing.
Soiez larges, francx et cortois ;
Quar, ainxi fermement je eroys,
Ce tu le faiz en sera plus aymé,
Et pour tes ennemix doubté.
—
13 —
Qui largement ne abandonne
Du sien pour faire sa besoigne,
Atart aura chastel ne ville ;
Pour trop estraindre pert on l'enguille.
Ne toy ehaille des maux parliers,
Quar de mal dire est leur mestier ;
Et volentiers sont envieux
Toux jours de eeulx qui font le mieux.
A folles gens ne t'acompaignier,
A eulx ne pues rien gaignier,
Fors deshonneur qui suit leur compaignie
Et auderrain grant villenie.
Des vaillans gens tous diz t'ajuste ;
Oy et entent, et si escoute
Les nobles faiz que eux diront,
Ce honnouré veulx estre en cest mond.
Et ausi que tu retiegnes
Les bons enseignemens et apreignes.
N'aiez mal cuer à celluy que t'enseigne,
Qu'il n'est si sages que hon ne repraigne.
Fuy compaignie de folles fammes,
Ne lez accostumes ne tant no lez aymes
Que en perdisses ta besoigne,
Dont maint ung en prent vergoigne.
En ta jeunece toy estudie
D'aquerre honneur et vaillantie,
Si que tu puisses par ta diligence
Avoir en vieillece chevance.
Ne attendes point pour dire bien feray
Demain o l'autre ce que fère vouldray,
Car chascun jour vait le temps allavant,
Et temps perdu ne retourne leumant.
Des poures de nostre Seigneur
Preigne t'en pitié et douleur,
Fay leur du bien, quant tu pouras,
Car de Dieux bon gueredon n'auras.
Ayez sagece en toy et sens,
Afin que puisses à les gens
Donner conseil, si t'en vont demandant,
Et qu'ilz s'en puissent de toy aler louant.
Garde que ta bouche tieignes amesurée,
Que en nulle guise ne soit desordenée ;
Car c'est chouse qui est moult vergonhable,
Et fait mectre homme en lieu deshonnorable.
Tes choses en bon conseil fasses
Et ton prepoux n'en deffasses.
Fay ta besoigne et n'aten pas
A demain faire ce que huy porras.
Pluseurs chouses ne pran à comencier,
L'une pour l'antre s'en pourroit destourber;
Pour ce, à faire tropes n'en en prant,
Qui trop enbrasse poy estraint.
Porte honneur aux nobles gens,
Especialment aux anciens
Qui ont sagesse et povoir,
Se tu veulx fère ton devoir.
N'en croyes mie de logier
Ce que on te vandra repourter,
Car aucuns sont qui vont datant
Pour à tov plaire, et vont mentent.
Ne dis mal de nulle personne,
Ne parle chouse, ce elle n'estoit bonne;
Car, en cest monde, bien soy a à régir
Qui soy puet garder de fallir.
—
17
—
Qui veult bien faire a bon nom,
En toux temps est sa saison ;
Que on ne puet estre trop louué,
Ne pour bien faire reprouché.
Se mirencolie as en toy,
Corrosse ou aucun effroy,
Si le deslueigne : que pour ce,
L'en ne perçoive que soyez eourrosse.
Toute personne qui aye en toy fiance
Pour le regart de ta belle semblance,
Si garde bien n'ait dommage pour toy,
Que reprochié seroyez en bonne foy.
Ne attendes pas quant seras vieux
Faire alors ce que ores tu peux,
Mas, fay du bien quant tu pouras;
Soviegne toy que tu morras.
—
18
—
Qui trop tarde à faire sa besoigne
S'il en est près il s'en desluigne,
Car destourbier, pour certain,
Y puet venir du soir à lendemain.
Pour ce, si as chouse preste en ta main,
Qu'il soit ton honneur et prouffit de certain,
Ne le aloignez point à le fère, ce riens vaut,
Car l'en doit batre le fer cant il est chaut.
Ce que as promis si aten,
Car le don octroyé n'es pas tien ;
Fay en brief, puis donnes las,
Ce veux donner deux foix donras.
Ne soustiegnes malvaise quereille
Qui n'est bonne, raisonnable, ni belle;
Que mauvaix droit Dieux ne veult soustenir,
Ains qui le soustient les envoyé punir.
Vueilles donner plustost que querre,
Et pardonner que mercy requerre.
Ne fay chouse à homme du mond
De quoy te faille à demander perdon.
Ne vuelhes point respondre à toute chouse,
Car aucuns sont qui parlent sovent en glose ;
Ou si tu parles respont bien sagement
Sans descourrir ton cuer acunement.
Garde toy bien de trop parler,
Car trop parle est tenu mesongier ;
Et quant dit voir l'on ni donne créance,
Pour le mentir de sa acostumance.
Se tu as femme, que soies marié,
Ayme le bien et garde chasteté,
Ce veux complir de Dieux son mandement,
Et en vivras trop plus honnestement.
—
20
—
N'en aicz point envie des famés,
Ne en tiels faitz ne te affanes ;
Quar tant t'y pourroiez encliner
Que tez besoignez n'en anroient mestier.
Ains que commenses,
te avise
Ce que veux 1ère, en quel guise
La lin du fait pourra en devenir,
Par plusors maux eschiver et fouir.
Avise toy bien comment qu'il scet,
Devant famme ne parles let,
Que encontr'à toy mesmes tu parleroyes,
Et poy de honneur en celle gaigneroyes.
Chufles, ne jangles, ne nulle bordeure
A homme vieux ne faces, qu'ilz n'ont cure
Mes, soulace toy aux qui prennent plaisir
Del tel soulas que ne tourne à desplasir.
MRv
—
21
—
Parle poy et amesurécment,
Sans dire riens deshonnestement;
Regarde bien, ains que tu parleras,
Si est bien dit ce que dire vouldras.
De ta lengue soiez seur de tère,
Car c'est morcel que maint ung mal feit fère,
Que communément l'on dit que : lengue n'a point d'os
Mais bien en fet rompre de gros.
Ne mainsprises ton ennemi,
Crains le et doubte, je toy dy,
Jusques atant que le voyes en place,
Et lors ta paour et ton doubte t'espasse.
Qui encontre l'aguillon lier et joint
Puet bien dire deux foix se point ;
Donques, sur ce ayes entendence
Que à ton Seigneur ne faces désobéissance.
4
I
i
À ton Seigneur n'en veuillez inpugner,
Ne manipoille encontre luy sercher,
Car estre pourroies feru de sa fonde ;
Que qui au ciel escrache sur la chière li
Tient justice et droyture ,
Et ne fais tort ne forfaiture
A nulluy contra raison,
Si veux avoir sagece et bon nom.
Du autruy fait ne te vueuilles mesler,
Car parilleux est à ss' i bouter,
Cenon qu'il fust ton paren ou amy,
Et encore avise un poy et pence-y.
A celluy qui aydier doys
Ne failles point à nulle foix,
Ayde luy par ta foy
Si cum vouldroies que l'en fisse à toy.
—
23
—
Laisse railher les gens de toy,
N'en donnez riens que l'on parle du Roy ;
Fay ton devoir et avieigne que poura,
Dieux à lion droit touz diz aidera.
Soiez parent de bastiment de mur,
Qu'en toux tes faiz soies certain et ceur ;
Car l'engin que le mur fait tremler,
Ce il fiert souvent, ne puet durer entier.
Tien toy quoy de ce qu'as en segret,
Qu'il ne te pusse estre par nul retret ;
Que par toy soit le conseil descouvert,
Car diffamé en seroies par sert.
Nul faux conseil ne soit par toy donné,
Car ce seroit grande desloiaulté,
Et à toy chouse moult vergoignable,
Et seroies du dommage coupable.
24
—
Porte toy gent et honnest de ta vesteure,
Humble, courtois
,
de belle parleure ;
N'ayez orguielh qui est à toux puant,
Et ainsi seras plus aimé de la gent.
De armes ensuy le mestier,
Soies vaillans, ardis et fier ;
Et derrier ne soiez veu ,
Ce tu veux faire ton deu.
Pense toux jours des biens aquerre T
Et les tiens, pour riens, ne desfere ;
Yueille plus par toy ester
Qui vivre en autruy dangier.
Ne toy lises tant en l'aide de ton maistre
Que par toy mesmes n'aiez bien, s'il puet estre ;
Car au reynart veoir puis
Qu'en sa maison tient deux partuys.
Tien ton estât honnestament,
Bien ordenné et regléement,
Par mesure bien parfète,
Ains que soit force qu'elle s'i mette.
Et si en ton hostel veux à homme fère teste
Ne bâtez chien, ne à nul dire escote ;
Car par le batre est semblant que il toy poise,
Et pour l'escoute qu'il y faut quelque chose.
De estre amoreux je ne te faiz deffence,
Quar par amours tout bon homme s'avance;
Ains que ce soit, je toy prie,
Secret, sans faire villenie.
Des famés n'en soiez mal disant,
Qu'il n'est pas dit de gentillece vrayement;
Pour ce, toy deffant à parler de elles,
Fors que tout bien cella ne
vueil qu'icelles.
—
26
—
Ne soiez de rien esbais,
Ne estre par cbouse trop pensis ,
Mes prent confort et met courage
Et mesmement qui te veult fère outratge.
Nul homme qui ait servi justice
Ne le enquietez , pour nulle guise ,
Se ne veulx ton mal pourchacier,
Au quel mal fère il sera le premier.
Homme qui ait commenssié malvaix fait,
Je te conseille, en toy ne soit retrait ;
Fuy le de toy, n'en ayes cures,
Car qui en fait une bien feroit dues.
Nul gentil homme n'enqueres de vil feit,
Ne li aconseil, car ne seroit bien fait;
Pensse toy mesmes qui à tu enquerroit
Quel gré en sentiroyez, ne comment te plerroit.
En cest monde-ci maine bonne vie
Joyeusement et en bonne compaignie;
Car autre chouse tu ne enporteras,
Cenon les biens que deçà fait auras.
Le monde s'en va sans retourner,
Pour ce, ne espargnes de toy bien pourchacer ;
Ne sambles pas ceulx qui bâtent lez boysons
Et les autres vont prandre lez oyssillons.
Ce que as amprumté et promis à paier,
Pence qu'il le toy faut ratourner,
Tien vérité et t'en esforce
Si veulx estre sire de l'autruy borce.
Au monde, en nulle manière,
La chouse qui te fait nessère
N'en laysses point afoler,
Ce toy fait besoing ne mestier.
—
28
—
Ne vuelhes si ault estât tenir
Que ne le puisses maintenir ;
Mes pran le tiel que le puisses pourtei',
Car mieux te vaut s'il fallait abayssier.
Se tu es seigneur de terra ou de pais
Fay que tu soiez animez de tes subgis ;
Et ce faisant, tu pues, en vérité,
Seurement estre Sire clamé.
Ne tengues officiers convoyteux,
Descourtois ni malicieux,
Que à ton peuple feissent oultrage,
Car ilz pourroient laissier ton heretatge.
Ne vulhes tant sans raison abracier
Du fait du monde, ne ajouster ;
Car il est sert que tout defalhira
Et l'arme sans fin durera.
Pour perte de biens ne d'amis
Ne te despoir ne esbais,
Que Dieux est assez puissant
Pour toy aydier et fère
conpetent.
Trop covoyteux ne soiez, ne eschas,
Car covoytise ne se acorde pas
En charité; ains, l'en veult mal mortel;
Pour ce, le boute foras de ton hostel.
Va pour le monde honneur querre,
Les bons voyages ensuyre et fère,
Si veux de toy compte l'en face ;
Car il est folz qui pour soy n'en
pourchace.
Se fortune t'a mis en prospérité
De aucuns biens, terre ou hérité,
Mentrez que l'as pance d'aquerrc,
Ains que s'entorne, que puis y a trop
à fère.
—
30 —
Ce ton voulor ne pues acomplir
De la chose que tu as en désir,
Ja pour cella point ne te corresser,
Car, autre foix, Dieux te pourra aidier.
Teyse toy de faire mal sans chouse
Pour tant qu'aucun de fère le te louse ;
Car le monde est trop soutil, je t'afie,
Et qui ont mal iist ne toy fie.
De plaidier n'ayez envie,
Chouse est qui fait trop grant mirencolie,
Et fait despendre l'avoir et le héritage,
Et sont troys chouses qu'à homme font
dommage.
Le jeu des dez toy vueil deffendre,
Quar à jouer ne pues gueres aprendre
Fors ravier, que pour cella descent
De lequel chouse, puisses tout mal en vient.
s?
—
31
—
De bien faire ne toy vanter,
Car ce bien faix bien sera qui louer ;
Mès que toy gardes de mesdire et fère,
Quar, quant est fait, l'en n'en se puet retrère.
Pour le honneur du monde avoir
Pence en bien faire ton devoir ;
Tu voix d'iceux qui font autrement
Comme l'en parle, derrière etdavant.
Se par toy est prins lieu pour assaillir,
Ne seuffres pas de femme envilenir,
Maugre le sien, à nul de ta compaignie;
Car c'est pechie moult grant, je le te alie.
Fuy au mal et fay le bien,
Les bons enseignemens apren,
Autrement l'en le toy pourroit assez dire,
Qu'autant vauldroit, comme sur, le ne escripre.
Chose que tu aies donnée
Jamais ne soit par toy plus demandée,
Ne le service que aucun fait auras ,
Garde toy bien, ne li retrayez pas.
A ceulx qui toy ont bien servi
Les gueredonne, je t'en pri,
Affin que les autres qui avec toy seront
Y preignent excemple, et mieux t'en serviront.
Soiez gracieux à toutes gens,
Umble, courtois et de beau parlemens ;
Pourtant si es grant senhor ne te dois trop prisier,
Ains te doys plus, certes, humilier.
Ayez paciencie en tes maux,
Consolation et repaux,
Et laisse fère nostre Seigneur
Qui toy puet fère bien et honneur.
Se que tien est ne met pas en conoissance,
Car je toy dy, de vray, sans point doubtance,
Qu'en dit : son chaperon veult mettre
Est bien grant chouse s'il n'en pert la cournete.
Pour toy cuidier qu'il ne
fusse sceu
N'acommet chouse encontra ton deu ;
Que à paines est fait sans faille,
Si parfont fu que fum n'en saille.
Ne mainsprises meindre de toy
Quar toux sommez creez de Dieu le Roy ;
Et cellui qui par bon cuer c'est avancié
Est bien raison de estre prisié.
Ne vueilhes trop continuer
Entre tes subgiz, ne user ;
Quar sobre deprivadance
Engendre souvent mesprisance.
Tavernes et nosses toy deffant d'y aler,
De jour en jour n'y a que mal parler ;
Et là ouyras, pour certains,
Diz d'arcabotz et de putains.
Qui parle mal gracieusement
Ne serche point responce honnestement ;
Par beau parler boche n'en chiet,
Et ce puet dire sans nul mal fet.
Se aucun te veult par envie miner
Pance de luy contraminer,
Si que il puisse ces mauvaix tours
Cognoistre son entente au rebours.
Ne pregnez faiz à lever
Si fort que ne pusses pourter,
Car il soy fait mal chargier
De ce que puis, malgré sien, fault leissier.
N'ayez plesir du mal d'autruy,
Laisse le dire et conter par autruy ;
Et pour cella point ne t'esjouir,
Car tu ne scès qu'il t'est en devenir.
Ne promet chose que ne vueillez tenir,
Car tu feroies ta parolle mentir ;
Et ce vouloiez plus promettre du tien
Il seroit doubte qu'on ne te creux rien.
Se l'on toy envoie lettre obscure
A la responce ne t'en descreuve
De ce que veult l'autre savoir,
Si qu'il ne puisse entendre ton voloir.
Pour toy tenir de robes en estas
Ton heritatge pour ce ne vandes pas ;
Ça ce faisant ne te seroit hondrance,
Ains à la fin vendroies en meschance.
Pour covoitise ne praignez biens d'autruv,
Car c'est pechie moult grant qui
le ensuy,
reproverbe voir :
Que qui mal fait mal doit avoir.
Et que ay oy dire ung
Ce tu voix que mal t'a à venir
Pance comment t'en pourras garentir ;
Que l'en fet la tempeste et pierre conjurer
Quant on la voit descendre pour tomber.
Celluy est sages qui soy mesmes chastie
Quant il conois sa faulta et sa folie,
Et puis amprès soy
garde d'y torner ;
Tieux homs sans faille se fait bien alouer.
enseignement,
Des sages gens qui mal n'en vont amant;
Pren example, doctrine y
Et atant à ce que tu auras à fère,
Sans qu'autre chouse ne t'en
desfere.
—
37
—
Se tu te veux vengier d'un outratge
Ne comence pas par poy d'ourage,
Mèsfay bon coup, qu'aussi bon gré n'auras
Com du petit, et mieux vangé seras.
Ce à personne veux mal fère ou enuy
Voies que le tort soit de luy ;
Que ainxi, pour certain , ta chouse bien yra
Car ton bon droit Dieux soustiendra.
Ne pregnez chouse à comencer
Que à ton honneur ne puisses achaver,
Car diroient pluseurs de gens
Que parti n'estoit de bon sens.
Ce tu as femme à marier,
Tant de douaire ne promet à paier
Que amprès fausist vendre ton héritage,
Dont maint hostel en chiet en grant dommage.
5
—
38
—
A femme ne demandes conseil
Se non du fait de ton hostel ;
Mes, ce toy donne bon conseil, le retient
Et que le fasses; mes poy lour en devient.
Soies diligent en tes besoignes
Pour eschiver maintez vergoignes,
Car, diligence porte la flour
Et des vertus est la melhour.
Pour biens mondains, oultratgeux n'en soyez mie,
N'ayez orgueil, ne sur autruy envie;
Que là ont plus hault monté seras,
Ce tombes, plus gran cop douras.
Boute te avant, se veux honneurs,
Entre les cours des grans seigneurs,
Sans reculer, ne tant ne quant,
Ne demorer que on t'ailhe conviant.
Se as à gouverner gent,
Je t'an pri, parfaitement;
Soyez lez umble et beau parlier
Et larges de tes biens donner.
Par eschaceté avant n'en puyeras,
Pour mon conseil ester la laiceras ;
Mes largement abandonne le tien
Se avancié veux estre ne avoir bien.
Fol est qui en fol se fie
Et fol qui falb et ne se chastie,
Et fol qui ensuvt tant son vouloir,
Et plus fol qui cuyde trop valoir.
Qui n'a bon sen doit avoir bon creu,
Et ainxi, pour cert, n'est detout fol
Quar on doit croyre, sans contredit,
De son honneur faire et son prouffit.
tenu
De toiiz les maux treuve le pire
Slirencolie et pechie de ire,
Et garde que en toy ne s'enclose ;
Quar trop fait mal là on se pose.
Si tu veux vivre longement
Soyez liez, joyeux et chantant,
Et pance de l'arme,
tandiz que tu pouras,
Si veulx avoir paradis quant morras.
/
Paradis est de bon gaignier
Qui soy garde de mal fère et serchier,
Et qui par le contraire va
Péril est qu'il n'i entre ja.
Ce la personne vouloit considérer,
Une foix le jour, et penser
De ceulx d'enfer le leur martir,
11 se garderoit de faillir.
Et ce savoit la gloire et la joye
Que ont ceulx de paradis la voye ,
Bien croyt, par sert, que n'auroient désir;
Car le meilleur est bien de bon choisir.
Ne serchez chouse que mal tourne à nully
S'il ne t'a tort, qu'il pourrait estre ainxi
Que dommage ne auroiez et hayne ;
Qui mal serche et le treuve n'en pert pas sa payne.
Defant toy fort ce l'en te veult acommettre,
Car mieulx te vault que si toy laissiez batre ;
Et qui bien se torne en cuer félon
Treuve touz temps meilleur comparaison.
A ton comencement prant bonnes coustumes,
Tielx comme lez prandras faudra que tu lez usez,
Et fay que ellez soient honnestez et plaisant
Que l'en ne toy pusse faire escharniment.
Ja, portant, si est foison de biens
Et n'as assez si lez garda et tiens ;
Quar tiel temps venir pourroit
Que souffrayture t'en feroit.
Se l'on parle avec toy entant la question
Pour respondre mieux par raison,
Et avise un poy, emprès que dit sera,
Car ta responce mieux en vauldra.
Se aucun parle follement
De toy que ne soiez présent,
Laisse aller; qu'il te fait plus de honneur
Qu'à luy, sans faille, disant sa deshonneur.
Qui de parole visse te soumonee
A
ce ne
fay point de responce ;
Quar j'ay oy dire : qu'à fol parler
Est sa responce teisier.
Loyalraent sierf ton mestre, ce tu l'as,
De lu y cl i bien et le sien garderas,
Et son secret ne descrueve à nulluy ;
Umble, courtois soies, quant seras davant luy.
De autre chose te avise,
Ce as mestre, serf le bien à sa guise ;
Et ce en deux ans n'en as avancement,
Ton temps y pertz,
de là en avant!
Se l'on te vouloie encharger de parler
Devers ton mestre, ne t'en vueillez mesler;
Que messatgier de l'oustel, par raison,
Doit avoir ars le mus en un tison.
L'on ne doit pas, quant que vient à le bouche,
Dire tantost la chouse que trop touche ;
Qu'aucune foix vault mieux un bon taisier,
En vérité , que trop souvant parler.
Tien trompetes et menestriés,
Qu'il/ l'ont fère mains alegriers ;
Et qui est alegres en vit plus fort,
Cum que faillir ne puet la mort.
Tant de bon temps comme tu te donras
Atant è cest monde plus en vaudras ;
Quar, pour ce que l'en y a à demourer,
On y doit vivre touz diz en alegrier.
Garde ton conselh on le diras
Car le monde périlleux trouveras,
Que on ne scet en qui fier
Tant est mauvaix pour enginhier.
Ains que à personne ton cuer descreuves,
Saichiez qu'il est et que le usez ;
Et à ton ami, à sempre, sans mestier,
Pour conoislre qu'il feroit au mestier.
Pourtant, ce tu ne veux mie
Prendre soulas en compaignie,
Laisse esbatre ceulx qui en tu seront,
Quar on doit fère pleisir à ceulx qui en font
Ce l'on guera te comence
De tourner à luy contre pense,
Comment pourras lui descevoir
Et contraster à son povoir.
Homme rioteux ne tegnez près de toy,
Car il sourdroit tiel pelleye ou effroy
Que seroit doubte de en perdre ta gent,
Qu'il mettroit mal là où il ne eusse cent.
De lousenger ausi n'en ayez cure,
Car de lousenges il te feroit pasture
Disant mesonges par toy fère plésance
Et te mettroit en tes gens mal volhauce.
—
46
—
Loucx comptes ne vueilhes ensuir,
Riote et peleye en suit sans desfaillir;
Et l'en puet bien tant serchier
De ce que puis se pourroit bien passer.
En hostel ont te soiez norri
Garde toy bien ne ailles contre ly;
Car ne seroit à toy point de bonté,
5
Ains, sans faulte, seroiez reprouché.
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if
Et ce est ainsi que sur toy ait envie
N'en ayez point nulle mirencolie;
Mieux vault que l'en aye envie sur toy
Que si l'en en avoit pitié, en bonne foy.
Sachiez, pour sert, qu'envie ne se tien
Sur homme pourre ne au qui ne vault rien;
Don ne toy chaille de celuy qui est envieux,
Car, pour un mal que tu n'as il n'a deux.
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lit;
Ce homme fol toy donne sage parole
Ne le refuses, ce tout est personne foie;
Quar un folz homs parle sitost de sen
Comme un sages, mes non pas si souven.
Je oy tostemps dire l'enfan pour non savoir,
Euvre la bouche et dit voir ;
Pour ce, doit on aucune foix croire
Ce que lui semble bon et necessare.
Hondrant les gens est sen par gens ondré,
Pour ce lez ondre ce veux estre prisé
Et lionnouré ; car tu ondrez à toy
Portant honneur as autres, par ma foy.
Ne vueillez estre conteur de novellez
Ce non que bien elles fussent certaines,
Que autre vendroit le contraire conter
Et l'en te tendroit pour un grant messongier.
—
48
—
Sur autruy gens ne treuves riens que dire
Car il porroit de toy parler plus pire,
Jassoit que il n'en seroit vérité,
Mès, fusse o non, si seroit-il parlé.
Ce tu es en garde de place mis
Et es assegié pour tes ennemix,
Garde que à eulx non ayez parlement,
Car lieu que parle ne se tien longuement.
Et ce est en champ où il aye battalle,
Que ilz se voient feytu , cornent qu'il ailhe ;
Que l'en toy voye devant aie sembler,
Que à qui ne dois a nulh honneur donner.
Fay de loisir toute ta chose,
Car mieux se fait quant l'en se pose,
Que trop hastece ne vault rien,
Qu'il ne se puet faire si bien.
Ains du besoing met bé remède
De ce que toy fault, que alors est hore ;
Quar, en après, si estoit défaillent
Ne se pourroit faire si bonnement.
Ne veullez pas tant dourmir
Que pour attendre à cel plaisir
Ta besoigne laissez ester,
Que puis amprès ne t'y pourroiez torner.
De trop hastece n'ayez affaire chouse,
Pour tant qu'aucuns de faire te le lose ;
Avise ung poy et t'en retret,
Que tel pourroit estre ne voudroiez avoir ft
Le mal et le bien garde à qui feras,
A qui ont mal fais à garder t'en auras ;
Quant est à l'autre, ne te faut dobter rien,
Que qui bien sierf bon gueredon aten.
—
50
—
N'en vueillez point complir tout ton courage
Soubdéemant, que venir t'en pourroit dommage;
Mès, laysse espasser ta collère paisiblement
Pour le besoigne faire plus sagement.
Ce aucuns devant toy dient chose mauvaise
Fay qu'ilz conoissent qu'à toy cella ne plaise,
Car presen toy tout mal ce doit cesser,
Ou, si que non, tu lez en faiz lesser.
Se tu voix gens en conseilh ajoustés
Ni alhes point, ny vueillez estre près;
Garde toy bien de toy y bouter,
Se non que aucun te venist appeller.
Et en conselh, ne à respon
Sans demander à tu la question ;
Di ta raison, quant la toy faudra dire,
Si sagement qu'on ne s'en puisse rire.
Ce tu es assiz à talle, en ung hostel,
Ne toy met s'hault que le mestre d'oustel,
Toy aye à dire : Que te tires en bas,
Qu'honneur en ce ne guaigneroiez pas.
Pren le temps cum voix venir,
Pour nulle ehouse ne toy esbair ;
Tu voix assez mal au monde se mener,
Mès non y a tant que Dieux n'en puisse oster
Se tu es esleu ambaisseur
D'aucune ehouse à grant seigneur,
Fay que le ensuyvez honnestement
La besoigne et diligenment.
Outrage ne fay à nulluy,
Quar, il pourrait estre ainssi,
Jassoit que à toy ne fust à comparer,
Que aucune foix il se vouldroit vanger.
Si vueillez bien ta terre gouverner,
Et garde toy de celle mal mener,
Car, ce savoyez de ceulx qui n'en ont rien
Cornent ilz font, tu le garderoiez bien.
Ayez bon conseilh de tez gens,
Sans ycelluy n'en faces riens,
Que user de teste sans restraindre
A paynes t'en pourra bien prendre.
Si entreprens voyatge à commencer
Ne vueillez pas ta terre tant charger
Par tes despens, que quant tu tourneras
Ton estât fussa torné du hault au bas.
Ce du bien veux avoir metre t'i fault lez mainz,
Car ne vient pas par soy, mes Dieux et touz lez saintz
T'i ayderont allors en ce que tu feras ;
Pour ce, tribailhe-y et alors tu n'auras.
—
53
—
Le mal vient tost et le bien tart,
De l'un dez deux auras ta part ;
Mès au bien avoir toy affayne,
Qu'à paynez vient nul bien sans payne.
Les plus grans princes sierf et les plus grans seigneurs,
Quar de là puis avoir et adjouster biens et honneurs,
Et par ton bon service auras bons gueredons,
Que là on est le grant eaue ha l'en lez grans peyssons.
Ne soiez pas parent de la chandèle
Que pour aux autres l'ère lumière,
Soy consumis jusques atant qu'il n'y a rien,
Et garde toy que à tu ainssi n'en pren.
Portant, ce à tu semble estre assez puissant
Ne fay chouse à nulh qui se tiegne mal content,
Pour ton
orgueil que as de l'aver du monde ;
Quar pierre vire et cheval tombe.
6
Qui plus hault monte que ne doit
Plus Las descent que n'en vouldroit ;
Je n'en di pas que l'on ne doye monter,
Mes l'en ne se doit pour ce orguilh donner.
Homme que tu aiez loué
Ne soye par toy desloué,
Que à ta parolle yroyez contredisant
Laquel redire ne se doit nullement.
En autru teste ne te bouter
Cenon que l'en taille convier,
Que puis te fausist à retrère,
Qu'il n'est pas bel tirer arière.
Pour les defuncs fay Dieux prier
Que leurs armes vueille sauver ;
Quar nostres prières entendent
Et du bien fait à Dieux grâces en rendent.
Les poures malades va visiter,
Fay lez plaisir et bien pour conforter
Ainxi feras ton honneur
Et le mandement de nostre Seigneur.
A pourez pucéles marier,
Je t'en prv, vueillez aydier ;
Quar c'est une euvre qui le feit
Qui de Dieux n'a bon regret.
Quant pour toux j'ay prié toy
Ne obliez pas à moy,
Quant me faudra à finir
De moy toy vueille souvenir.
Au monde ne te atandes tant
Que Dieux servir t'ailhe obliant;
De larme toy vueille menbrer
Quar tu ne puez deçà tostemps durer.
—
56
—
Tu as ayssi de bons enseignemens
Que je toy dy et enseigne pour ton biens,
Et si t'en pry que les retien,
Quar le meilleur en sera tien.
Cumbien ce je fusse bien de loisir
Les chouses pour mieux courregir
Je t'en lessasse pluseurs,
Mès il faut que je panse ailleurs.
A trestoux ceulx et celles qui en cest livre liront,
Caumont,
Nostre Seigneur du ciel que moy vueilhe sauver
Et par sa digne grâce mes pechies pardonner.
Je vous pry et supplie, priez pour moy
Crplirit tes fcy et euoeguemeus
due Caumont flot pour ceo eufaue.
Jenn
Caunumt.
GLOSSAIRE.
GLOSSAIRE.
A.
A : a, à, il a. a il : y a-t-il.
Aage : âge.
Abayssier : abaisser, humilier.
Abracier : embrasser.
Accostumance : coutume.
Accostumer : accoutumer.
Achaver : achever.
Acommettre : confier, commettre,
provoquer.
Acompaignier : fréquenter.
Aconseiller : conseiller.
Acunement : aucunement.
Adjouster : ajouter, adjoindre,
acquérir.
Advient : advient, arrive.
Affaner , ayner eyner : travail¬
,
ler, s'appliquer.
Affier : assurer, certifier.
Affiert : convient, sied.
Afie : affirme.
Afoler : désirer avec passion.
Aguillon :
aiguillon.
Ains : mais, a moins que, avant.
Ainxi : ainsi.
Ajouster : réunir, considérer.
Ajuster : associer, fréquenter.
Alegre : allègre, joyeux.
Alegrier : joie, plaisir.
Alhe , coment qu'il aliies : comme
qu'il arrive.
Allavant : en avant.
Aloignez : éloigne.
Alouer : louer.
Amant : aimant.
Amesuré, ée : retenu, ue.
Amesuréement : avec retenue.
Ambaisseur : ambassadeur.
Ammez : aimé.
Amoreux : amoureux.
Amprunté : emprunté.
Apareiller : disposer, former.
Apaynez : à peine.
Aquerre : acquérir.
Arcabotz : artificieux, trompeur.
Arme : âme, arme.
Arrere : arrière.
Ars : brûlé.
As : aux.
Asempre : pour toujours.
Assaillir : assiéger.
Assegié : assiégé.
Atant : autant, attends.
Atard : tard.
Atendre : confier, achever, occu¬
per, attendre.
Atorner : retourner.
Au, a au que : à qui.
Aucun, une : quelqu'un, une.
Aucunement : parfois, en quelque
manière.
Aui.t : haut, élevé.
Autru : autrui.
Avancier : avancer.
Aver : avoir, fortune.
Clamer : proclamer.
Coment : comment,
Aviser : réfléchir.
Avisés : avisé.
en
quelque
sorte.
Aydier : aider.
Ayssi : ici.
Commenssié : commencé.
B.
Batalle : bataille.
Bayssier : baisser.
BÉ : bien, bon.
Bel : beau.
Besoignes : affaires, besognes.
Besoing : besoin.
Boche : bouche.
Borce : bourse.
Bordes : mauvais lieux,
Bordeures : actions malhonnêtes
Bouter : mettre.
Boysons : buissons.
Brief : aussitôt, brièvement.
bordel.
C.
Cant : quand.
Cas : événement, cas.
Ce : ce, cet, ceci, cela, se, si.
Cel : ce, cet, celui-ci, celui-là.
Cenon : sinon.
Cest : ce, cet, ces.
Ceur : sur.
Chaille, ne toy chaille : ne t(
soucie.
Chaperon : chaperon, coiffure.
Charger : imposer.
Chastel : château.
Chausir : choisir.
Ciievance : richesse, bonheur.
Chière : chair, visage.
Ciiiet , il chiet : il choit, il tombe.
Chouse : chose.
Chuffles : railleries.
Complir : accomplir, finir.
Confort : force, espoir.
Conforter : soutenir.
Conpaignie : compagnie.
Conparaison : opposition, combat.
Confetent : content.
Conquerre : conquérir.
Conregir : diriger.
Courregir : corriger.
Conselh : conseil.
Consumis : consumé.
Conte : compte.
Continuer : fréquenter.
Contra : contre.
Contraminer : déjouer.
Contraster : opposer, riposter.
Cop : coup.
Corossé : courroussé.
corresser , courrosse, er : COUrroux, courrousser.
Cortois : courtois.
Corupte : corrompu.
Cournette : cornette.
Covoiteux, ise : convoiteux, ise.
Créance : croyance.
Creu , creux : croyance, cru.
Croist : croit, force à.
Cuer : cœur.
Cuidier : croire, s'imaginer.
Cum : comme, même, que.
Cumbien : comme, quoique, si.
Cure : soin.
D.
Dangier : danger ,
Davant : devant.
crainte.
Deçà : ici-bas.
Deefaillent : manquant.
Deffaiu.ira : périra, tombera.
Deffance : défense.
Deffasses : renonce, change.
Deffablt : faute.
Defuncs : défunts.
Demonstrer : démontrer.
Demorer,
tendre.
ourer :
demeurer, at¬
Deprivadance : familiarité.
Derrain : dernier.
Derrier, au derrier : à la fin.
Descevoir : tromper.
Descourrir : découvrir.
Descourtois : discourtois.
Descouvert : découvert.
Descuevres : découvre.
Deservir : servir.
Desfaire : détruire.
Desfere : éloigner, abandonner.
Deshonnour : déshonneur.
Desloué : dénigré.
Deslueigné , desluigné ; éloigné.
Descendre : dépenser.
Despens : dépenses.
Desplaisir : déplaisir.
Despoir : désespérer.
Dessaisir : dessaisir, priver.
Dessent : descend.
Destourber : détourner.
Destourbier : trouble, désordre.
Detout : du tout.
Deu : devoir.
Devenir : arriver.
Devers : contre.
Di, dient : dis, disent.
Dicts, dits, diz : dits, leçons.
Dieux, Diu : Dieu.
Diffames: diffamation, honte.
Diz : jours.
Doint : donne, accorde.
Donnez : donner, accorder, n'en
donnez : ne souffrez pas.
Donques : donc.
Donras : tu donneras.
Dopte : dot, présent.
Doubtance : crainte,'doute.
Doubte, er : crainte, craindre.
Douras : tu souffriras.
Dourmir : dormir.
Doye : doive.
Droyture : équité, droiture.
Duire, il duit : il convient.
Durer : durer, vivre.
Dy : dis. toy dy : je te dis.
EE : en, dans.
Effors : effort, aide.
Effroy : effroi, danger.
Empesciié : empêché, occupé.
En : en, on, contre, avec.
En après : après.
Encharger : charger.
Enclos, se : enfermé, ée.
Encontra : contre.
Encontre : contre, rencontre.
Endevenir : arriver, advenir.
Enfraindement : infraction, faute.
Engin : moyen, machine.
Enginhier : tromper.
Enguille : anguille.
Enlieu : au lieu.
Enprès : après, auprès.
Enquf.rre : enquérir, chercher.
Enseniiemens : enseignemens.
Ensuir , uyre : suivre,
entrepren¬
dre.
Ensuyvez : suivez, achevez.
7
—
62 —
Entendement : esprit, invention.
Entent : entends.
Entente : intention.
Entorner : retourner, revenir.
Fai.i.ih : commettre des fautes.
Famé : renommée, femme.
Famme : femme.
Fassas : fais, v, faire.
Enuy : ennui.
Envilenir : déshonorer.
Fault, ilfadlt : il faut, il se trompe
Es : en, dans.
Esbair : ébahir, étonner.
Esbatre : amuser, ébattre.
Eschaceté : avarice.
Escharniment : peine , honte.
Eschas : avare, mondain.
Eschiver : esquiver, éviter.
Esciant : connaissance.
Escoter , escouter : écouter.
Escraciier : cracher.
Escrip, escripre : écrit, écrire.
Esjouir : réjouir.
Esleu : élu.
Eslugnent : éloignent.
Esparjurer : parjurer.
Espasser : espacer, éloigner.
Especiai.ment : spécialement.
Essiant : arrivant.
Estas : état, position, fortune.
Estât : état de bien, de maison.
Ester : être, reposer.
Estoie : étais.
Estraindre : étreindre.
Eulx : eux.
Euvre : œuvre, bonne action.
Euvre : ouvre, v, ouvrir.
Explicit : m. lat. il finit, fin.
F.
Face : face, fasse, v, faire.
Faict, faix : fait, action.
Faulta : faute.
Fausist : fallut-il.
Fausser : commettre des fautes.
Faux : faux, méchant.
Fay : fais, v, faire.
Faytu : traitre, coupable de forfai¬
ture, lâche.
Fè, fère : faire, fet, fey : il fait.
Feirent : firent, fait, fist : il fit.
Félon : traitre.
Ferm : ferme, courageux.
Feru : frappé.
Feste : fête.
Fiance : confiance.
Fier : frappe, rude, dur.
Fier : se fier, confier.
Fises : tu te confies.
Foir : fuir.
Foix : fois.
Fol , folh , folz : fou.
Fonde : fronde.
Foras : dehors.
Fors : hormis, excepté.
Fort : force.
Fouir : fuir.
Foy : foi, fois.
Franchise : liberté, franchise.
Francx : franc.
Fum : fumée.
Fuy , je fuy : je fus.
G.
Faille : faute.
Gaignier : gagner.
FaÎlloit : fallait, trompait.
Falh il falh : il se trompe.
Garda : garde, conserve.
Garde : prends garde.
,
Gent : gens, serviteurs, gentil.
Glose : interprétation méchante.
Gré : gré, contentement.
Guardé : gardé.
Guazerdonné : récompensé.
Gueredon : récompense, service.
Guera : guerre.
Guise : manière.
H.
Ha : a. iia l'en : y a-t-il là-dedans.
IIastece : hâte, promptitude.
Hault : haut, élevé.
Hayne : haine.
Heretatge : héritage.
Hérité : héritage, fortune.
Hom, homs : homme.
Hon : on.
IIondrance : honneur.
Hondrant, dre, É : honorant, er, é.
Honnouré : honoré.
Hore : heure.
Hostel : hôtel, habitation.
Huy : aujourd'hui.
L.
Laiceras : laisseras.
Laissier , lesser : laisser, perdre
Large : généreux.
Las : les.
Lassus : là-haut.
Lausangier : flatteur.
Legiër : léger, facile.
Let : laid.
Leumant : vraiment.
Lez : les, à eux.
Li : le , lui, à lui.
Logier : logis.
Lonc : long, considérable.
Los : louange.
Loser : louer.
Loucx : lieux.
Lousenges, lousengier
:
louan
ges, flatteur.
Louser : louer, flatter.
LouuÉ : loué, flatté.
Loyalment : loyalement.
Ly : le, lui, à lui.
M.
I.
Ignocens : innocens.
Incliner : pencher, se porter à.
Inpugner : combattre, contrarier.
Ire : colère.
Iroyez : irois.
J.
Ja : jamais, mais, déjà.
Jangles : moqueries.
Jassoit : quoique.
Joint : près, rapproché.
Jus : sous.
Maine : mène, v, mener.
Mainspriser : mépriser.
Mainste : mainte, plusieurs.
Malvais, se : mauvais, se.
Mandement : commandement.
Maneries : manières.
Manipoille : querelle.
Maugre : malgré.
Maulx : mal.
Maux : méchans.
Me : moi, me.
Mectre : frapper, punir.
Meindre : moindre.
Melhorier , melhour : meilleur.
Melhurer : améliorer.
Menatgier : ménager, économe.
Menbrer : se souvenir.
Mener , se mener : se conduire.
Menestriés : danses, fêtes.
Mentrez : tandis que.
Mercier : remercier.
Mercy : merci, pitié.
Merveii.loie : émerveillais.
Mès : davantage, mais.
Meschance : pauvreté.
Mesler : mêler.
Mesmement : même, surtout.
Mesonges : mensonges.
Messongier : mensonger, menteur.
Mestier : métier, besoin, service.
Mestre : maître.
Mestrie : travail, difficulté.
Mez : mais.
Mie : pas, point, moins.
Miner : tendre des embûches.
Mirencolie : mélancolie, chagrin.
Mond : monde.
Montre : pompe, richesse.
Morcel : morceau.
Moult : beaucoup.
Mus : museau.
N.
Necessare, nessère : nécessaire.
Net : sans tache.
No : ne.
Noise : noise, querelle.
Nostre : notre.
Novellez : nouvelles.
Nul, sans nul : sans doute.
Nulh : nul, aucun, quelqu'un.
Nulhemant : nullement.
Nulluy, nully : à aucun.
0.
0 : ou.
Obliez : oubliez.
Obscur, e : secret, te.
Octroyé : accordé.
Officiers : serviteurs, gouverneurs
On : on, ont, où.
Ondrance : honneur.
Onde f,, é : honorer, ré.
Ont : où , ont.
Ores : maintenant.
Orguilh : orgueil.
Oster : ôter.
Oultratgeux: outrageux, insolent
Ourage : ouvrage.
Oustel : hôtel, demeure.
Oy : entends.
Oyssii.lons : oiseaux.
P.
Pance : pense.
Paour : peur.
Par : par, pour.
Pardurablement : durablement,
éternellement.
Parent : pareil, semblable.
Parfaictement : parfaitement.
Par fête : parfaite.
Parfont : profond.
Parilleux : périlleux.
Parlement : discours, paroles.
Parleur, re : parler, langage.
Partuys : pertuis, ouverture.
Passer: passer, éprouver, courir.
Pasture :
pâture.
Pechie : péché.
Pelleye : dispute, procès.
Pensis : pensif.
Per : par.
—
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Perdon : pardon.
Q-
Perilh : péril.
Pertz : perds.
Quant : quant, quand, combien.
Quar : car, c'est pourquoi.
Que : que, quelque.
Querre : chercher.
Quiere : acquière, cherche.
Quoy, se tenir quoy : se taire.
Peyssons : poissons.
Plaidier : plaider.
Plazer : plaisir.
Pleisir : plaisir.
Plerroit : plairait.
Plésanc.e : plaisir.
Plésir : plaisir.
Pluseurs : plusieurs.
Plusors : plusieurs.
Point, se point : se chagrine
R.
,
se
repent.
Poise, te toise : te fâche.
Porrait : pourrait.
Porhas : tu pourras.
Portant : porlant, pourtant.
Pour : pour, par.
Pource que : parce que.
PooRCHAC.ier : pourchasser.
Podre : pauvre.
Pourter : porter.
Povoir : pouvoir.
Poy : peu.
Preissions : prissions.
Pren : prends.
Prépoux : promesse.
Presé : prisé, estimé.
Prins : pris.
Prisié : prisé.
Proudoms : prud'homme.
Proufit : profit.
Pry : prie, v, prier.
Pucèle : jeune fille.
Puet : il peut.
Puez : tu peux.
Puis : puis après, tu peux.
Puisses : tu puisses, puis après.
Puyeras, n'en puyeras : ne t'en
élèveras.
—
Ratourner : retourner, rendre.
Ravier : ravir, voler.
Recoroer : souvenir.
Redire : redire, contre-dire.
Régir : conduire.
Regléement : avec ordre.
Regret : retour, chose agréable.
Repau ï : repos.
Repourter : rapporter, redire.
Repoux : repos.
Repraigne : reprenne.
Reprouché : reproché.
Reprovier : proverbe.
Restraindre : retenir.
Retieignent : retiennent.
.
Retraire, ère, 1ère: retirer.
Retrayez : retirez, enlevez.
Retret : retraite, éloignement.
Reynart : renard.
Richece : richesse.
Riens : choses.
Riote : dispute.
Rioteux : disputeur.
S.
Saichiez : sachez.
Saille : sorte, v, sortir.
Sains, ctes : saints, saintes.
Sambler : ressembler.
s
Sauvation : salut, rédemption.
Savès: savais, connaissais.
Scès : tu sais.
Scet : il sait.
Sceu : su. v, savoir.
Se : se, si, ce.
Semblance: jugement, figure.
Sempre : toujours.
Sen : sens, raison.
Senhor : seigneur.
Senon : sinon.
Sens : sans, sens.
Sercher : chercher.
Serchier : chercher.
Sert : certain, certainement.
Set : soit.
Seuffre : souffre.
Seur : sur.
Si : si, oui, et.
Sierf : sert, serviteur.
Sierfvir : servir.
Sire : sire, maître , sûr, certain.
Sitost : aussitôt, autant.
Sobre : trop, par-dessus.
Soing: soin.
Somnjez : songez.
Soubdéement : soudainement.
Soudre : sourdre, naître.
Souffist : suffit.
Souffrayture : souffrance.
Soulacer : se divertir.
Soumoncer : semoncer, avertir.
Soutil : subtil, rusé.
Sovieigne : souvienne.
Subgis : sujets.
Susdictes : susdites.
T.
Taisier : silence, discrétion.
Talle : table.
Tantdiz : tandis.
Tantost : aussitôt.
Tegnez : tenez.
Tendroit : tiendrait.
Tengues : tu tiennes.
Tère : taire.
Terra : terre.
Terrien : terrestre.
Teste : tète.
Teyse toi : garde-toi.
Tiel : tel.
Tielx : tels.
Tiebx : tels.
Ton : ton bien.
Torné : tourné, renversé.
Tost : aussitôt.
Tostemps : tous temps, toujours.
Tousdiz : toujours.
Toy : toi, à toi.
Traivaillé : travaillé.
Transitoire : passager.
Tremler : trembler.
Trestotjx : tous.
Treuves : trouve.
Tribailhes : travaille.
Tropes : trop.
Tu : tu, te, toi.
u.
Umble : humble.
Ung : un.
User : se servir, faire.
V.
Vaillantie : vaillance.
Vait : va.
Vault : il vaut.
Vayn , ne : vain, ne.
Vendra : viendra.
Venist : il vint.
Veoye : lu vois, vois.
Vergoigne : honte.
Vergonhabi.e : honteux.
Vestedre : habillement.
Viegne : vienne.
Villenie : scandale.
Vire : tourne.
Visse : vice, vicieux, outrageux.
Volentiers : volontiers.
Voliiance: volonté, malvoi.hance:
malveillance.
Voloir : vouloir, volonté.
VotiLOR : vouloir, volonté.
Y.
¥ : y, î, et.
Ycelles : celles.
Yra : ira.
Yras : tu iras.
Yroiez : tu irais.
IMPRIMÉ
PAR
FAURE
a
ET
RASTOUIL,
périgueux.
TIRÉ A CENT EXEMPLAIRES.
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Fait partie de Livre Caumont où sont contenus les Dits et enseignemens du seigneur de Caumont composés pour ses enfans l'an mil quatre-cent XVI (Le)
