FRB243226101_Res_PZ_323.pdf
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A M. LE MARQUIS
DETOURNY,
INTENDANT
DE GVIENNE.
ONSIEUPv,
Les Penfèes
Diverjes
qui compofènt cepetitVo;
BIBLIOTHEQUE!"
de la ville
(DE PÉRîGUEUX
a
lume j firnt daes
enfians du
loifir, liés dans u;,ie Pro¬
qui sefirme heurcufe de visere fous votre
vince
adminifirafim-5 pur l'eJuflice que vous y
rendele caractère
de douceur que trouvent
en vous tous
fis kabitanst t
infatigables
que vousprenex.de l amé¬
pur les Joins
ainjique de Fem¬
bellir. Si c cfi un titre qui
mautorifie, Monfieur, a
avoir ïhonneur de vous
les préfienter
en enviJage un autre dans les
liorer
,
ibontés que vous
avez,
toujours témoignées a mon
Pere (dj k
moi, pour me
flater que vous agrérctg
cet hommage de mon
attachôment
de ma
re-
connoiJfince.N appréhendc\point que je i'accom¬
pagne des éloges que
mous
mcrite\. Je [jais
jtrop que quoiqu'on fut
la fincéritéje la rend-rois
moins■ agréable k vos
y eus. Mon unique objet
en ceci
cfl de vous plai¬
re
,
(ejr de
vous
mar¬
quer le profond rejpecl
a
ij
•tL<v£c
lequel fui l honneur
d'être,
MONSI EV.Ki
Votre très-humble & tresobciffant Serviteur
Front Cohuilhe.
Préfident à l'Eleétiofl
de Pei igueux.
jj3*
Jjf
à-~à~ *"*--4r *•• *-.
*-•*•"*" *-'•*-•*'-*•• à- *-«•-*- *-•■ *•••*-••*-• k-i*"
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•■*-*■ •»••• *•-*••
■k-^rifr^T^r^r--<3$
P RE'FJCE.
AP r e' s deeftdifférens
fiction ou¬
où
Ja
vrages
morale
,
répandue
avec tant d'arc
que les
maximes les plus féveres y
font faifies avec plaifir, il
,
ne
meparoîc pas que pour
l'infmuer, il y ait une fa¬
çon plus agréable que cel¬
les des penfëes détachées.
Ce font autant de miroirs
qui nous repréfentent nos
défauts, autant de peintu¬
res
qui nous font connoî-
P RL'FsîCE.
tre
ce
que nous fommeS"»
On y voie
l'amour propre
dans roue fonjour. On s'y
reconnoîc à chaque pas.
On craint que les autres en
les lifanc
nous
n'apprennent à
connoître. On eft
obligé de convenir que les
hommes ne fe nourrihent
que d'orgueil & de vanité,
&:
que ce qu'on honore
quelquefois chez-eux du
nom de vertu, n'efl:
qu'un
vice adroicemenc
déguifé.
D'un autre côté on n'ed
pas moins furpris d'y con>
ii aérer la grandeur &; la
nature de
l'homme, par
rapport à la Divinité les
avantages qu'elle lui pro¬
met
&L les routes qu'il
,
,
P R£ RACE.
droit tenir pour s'en rendre
poflefleur.
Il n'en efb pas de même
d'un Traité de morale : les
uns n'en fuivent point les
raifonnemens ; les autres
en
contcftent les principes,
&refufent d'y trouver leur
condamnation. Un tel li¬
vre ne convient pas à tout
le monde, ou du moins peu
de perfonnes fe croient
obligées de le lire 5 on s'i¬
magine que ce qu'on fçait
déjà fuffit pour vivre en
homme raifonnable,& que
lereften'eft bon que'pour
la fpéculation. L'expérien¬
ce le
prouve: les hommes
ne s'attachent guéres à un
ouvrage
de morale, établi
PREr FACE:
fur des raifonnemens méta
p h y fi q u e s 5 c a r fa n s c o m p r
qu'il faudroic une at¬
férieufes
pour examiner fi les prin¬
cipes qu'on leur propofe
ter
tention des plus
font folides, fi les confé-
quenees qu'on en tire font
jvilles
ils
fçauroient
envifager une chaîne de
vérités
,
,
ne
qui les choquequi leur
roient fanscelfe ,
prouveroient
durement
leur nature eft cor¬
rompue & qu'ils font enfevelis dan s un abyfme d'er¬
que
,
reurs.
11 faut abfolument
dédommager l'amour pro¬
les hommes femblent être convenus de lui
céder à un point, que s'ils
pre ; Se
F RI? F ACE
confentenc qu'on leurfafle
connoître leur folie , ils
prétendent toujours qu'on
leur parle comme s'ils
étoient fages. Il n'eft fouvent
permis de ne leur dire
qu'à demi-mot ce qu'on
fouhaite leur faire enten¬
dre. C'efl: pourquoi des
réflexions courtes, vives
& folides,
fur les devoirs,
la grandeur & la foiblefle
de l'homme, peuvent être
non-feulement à fa portée,
l'arrêter l'étonner , mais
encore le forcer de rentrer
en foi-même
par les prin¬
,
cipes inconteftables fur lefquels elles doivent être
fondées.
Les Réflexions deJ'Enx-
Préface.
|>"ereur Marc-Aurele font
lefeul ouvrage que l'anti¬
offre
Les leçons
qu'il s'y fait à lui-même
quité Païenne
nous
dans ce genre.
touchant la maniéré de
bien vivre , renferment
la plus pure morale que le
Paganifme nous ait laifiée.Il a des penfées élevées.
Il établit quelquefois de
grands principes $ maisfes
Réflexions ne font pas tou¬
jours j uftes, il en a même
qui font absolument fauffes. Faut-il s'en étonner?
Si les Païens reconnoiffoient une puiffance in-
créée , ils ne fçavoient pas
nous la
repréfenter avec
les attributs qui lui font né
PREFACE.
ceflairemenc attachés. Ce
feul point les empêehoic
de tirer de juftes conféquenees
fur l'immortali¬
té de l'a me, fur la corrup¬
tion de l'homme, 8e fur fes
devoirs. Difons cependant
que Marc-Aurele a décou¬
vert des vérités qui font:
très-conformes à l'Evangi¬
le, & que fon livre fera
toujours l'admiration des
gens de bien , & la honte
de ces efprirs forts , qui
fous le nom fpécieux de
zélé pour la vérité , refufent de reconnaître des
fe'ntimens que la lumière
naturelle infpire à tous les
hommes.
Il n'appartenoit qu'a la
T RE' F AC E.
Religion Chrétienne de
nous donner une
idée pure
de l'Etre Suprême,de nous
apprendre la fource de nos
défordres & les moyens
d'en fortir. Elle feule
pou¬
voit nous faire
apperce-
voir que nous fournies les
jouets de notre amour pro¬
pre, & qu'il corrompt fans
ceffela raifon abandonnée
à elle-même. Comme elle
pouvoit g,uérirnos maux,
elle feule pouvoit nous les
faire connoître.
Parmiles Auteurs mo¬
dernes il y en a trois
qui fe
font acquis une
grande ré¬
putation dans ce genre d'é¬
crire. Monfieur de la Ro-
chefoucaud eil le premier
PREFACE.
/qui paroît avoir écritdes
penfées détachées : lanature
lui donna une haute
nailfance
avec
un
efpric
fin & délicat. Il s'exprime
heureufementfans que fon
ftyle foit recherché ; fies
penfées font nobles, & fu-
blimes ; on fent que c'effc
un homme de
qualité qui
parle, Sique l'étude qu'il
faifoit du monde lui
avoit donné une
en
parfaite
connoifianee.
M.Pafcal entreprît unplus
■grand ouvrage &plus uti¬
le à la Religion.Quoiqu'il
n'ait pas eu le defiein de
faire un recueil de fes peu-
fées,on peut, ce me femble,
les confidérer comme fit
PREFACE.
parées. Il vouloir éclairer
i'efprit de l'homme par les
fentimens du
Réflexions
ne
coeur
j
fes
manquent
<que d'être à la place qu'il
leur deftinoit ; elles nous
donnent une jufte idée de
nous-mêmes 5 elles nous
font entrevoir l'élévation
du génie de l'Auteur, & re¬
gretter l'ouvrage qu'il méditoit.
M. de la Bruyere vint
enfuite bc prit une route
différente. Il étudia les
hommes dans un autre
,
goût.Il découvrit leurs pafllions, leurs défauts & leurs
vices
bi les caraélérifa
d'une maniéré flnguliere.
"Les perfonnalités qu'il ré,
F RE' FACE.
pandoit dans fon livre, le
firent d'abord remarquer.
Comme il comprit que c'étoir un fur moyen d'avoir
des Lecteurs,il de un grand
nombre de portraits. Des
Critiques ont voulu dire
qu'ils n'étoient pas tous
naturels, auffibien que bon
ftyle ; que quelquefois il
outré dans fes penfées, ainfi que dans fes ex^
étoit
preffions. Je penfeixris que
l'on ouvrage n'a
ceux
déplu qu'à
qui s'y font reconnus,
l'atten¬
que pour s'attirer
tion des Leéteurs les moins
éclairés , il ne pouvoir fe
difpenfer de charger fes
portraits ; & c'eft ce quç
difoit Moliere fur une ma-
PRE' F ACE.
tîere à-peu-près femblabîe.
■Son
-livre fera toujours
eftimé des connoiiîeurs.
Les Réflexions
y font jufl
tes, l'ironie ne manque ja¬
mais d'y être fpirituelle Se
bien placée , le ton de
Philofophe qu'il prend lui
donne un air chagrin qui
plaît, Se qui rend attentif
qu'il
tendoit plus à
corriger
On voit clairement
l'extérieur de l'homme Se
les défauts naturels,
qu'à
Je rendre fage Se parfait.
Rien ne paroxt d'abord
plus aifé que de faire des
Réflexions morales. Il efl:
vrai qu'on en fait fouveht
fans y penfer.
tous
Il y a dans
lesPays des proverbes
qui
F 'REF AC E.
qui font en effet d'exceîlentes maximes. On penfe
quelquefois plus férieufequ'on ne croit ; mais
veut-on exprimer en peu
de mots une penfée mora¬
le fur le cœur de l'homme,
ment
combien il eft diffi¬
cile de rendre fa penfée
avec netteté , de la faire
on fent
envifager précifément du
côté qu'on veut la préfenter, & de maniéré qu'on
ne
puiffe la prendre dans
un autre
fens. Si M.delà
Rochefoucauld, Se les au¬
n'y ont pas toujours
réuffi, je dois encore moins
tres
préfumer que l'Auteur de
ce
petit volume ait appro¬
ché de leurs beautés,Se que
JPIV E FA CE.
les défauts
qu'on y peut
méritent autant
d'indulgence que ceux qui
trouver >
ont
échapé à ces grands
génies. Quoi qu'il en foit,
il n'y a rien dans ceRecueil
quine mérite l'approbation
d'un homme raisonnable,
qui cherche à démêler le
vrai d'avec le faux
,
& les
moyens de fe conduire
dans le chemin de la vertu. ;
Ces fortes de Réflexions i
ne doivent point être tou¬
interprêtées à la ri¬
gueur. Il y\ en a qui font
tes
faufles dansunfens, & vé¬
ritables dans un autre. Je
qu'il m'efl: permis
d'exiger une indulgence
crois
dont
quelques - unes- des
F RE' F ACE.
penfées de M.de la Rochefoucaud ontbefoin, Celleci par exemple : La fobrieté
efi L'amour de la fanté , ou.
;
L'impuifjance
de mander
beaucoup.. Elle eft vraie à
legard de ceux qui font
dégoûtés, ou de ceux qui
craignent que les grands
repas n'altèrent leur fanté;
)
[
1
:
;
;
,
:
s
-
mais elle fera très-fauflé il
l'on fait attention qu'il y a
des perfonnes qui,fans fonger à conferver leur fanté.,
-1
mènent une
t
re
2
s
2
s
vie exemplai-
par leur piété Se leur
tempérance. Il y a même
dans cet Auteur quelques
autres penfées qui ont un
fens dangereux, à les prendre à la rigueur ; telle elt;
P RPF ACE.
Celle-ci :Quand on ne trouve
pas fon repos en foi-mime',
il efi inutile de le chercher
ailleurs.
Il faut avertir le public
qu'en 1727, l'Auteur fit
inférer dans les Mémoires
de Littérature & d'Hiftoire du Pere Demolets
environ deux cens Réfle¬
xions qu'il a voit autrefois '
écrites
5
mais il y a fait
depuis des changemens fi
confidérables, & en a re¬
tranché 1111 fi grand nom¬
bre, qu'à peine aujourd'hui
feroit-il poflible d'en reconnoître foixante dans
ce nouveau Recueil.
L
-
^
Pense'es
! PENSÉES
DIVERSES.
-
s
I.
t
*
'H o M M E fe préfene
toujours par deux
^
faces différentes ; on
ne
le confidère point attenti¬
vement
fans admirer fa gran¬
fans plaindre fa
fi l'une &
l'autre en étaient inféparables.-
deur
,
mifère ,
ou
comme
A-
Pense'es
Z
II.
L'efprit fe perd dans (es
penfées ,• parce qu'il veut tout
fçavoir ; le cœur fe perd dans
fes defirs, parce qu'il veut tout
pofleder ; & fi nous nous at¬
tachons à tant de chofes c'efi
parce qu'il n'y a qu'un feul ob¬
jet qui foit digne de nous.
,
III.
Une vie
longue , un bon¬
heur parfait,
des amitiés fin-
cères & folides ,, un amour
confiant & fidèle, des vérités
utiles, clairement démontrées t
ce
font de belles efpéranees,
plûtôt d'agréables menfonges qui nous amufent, que l'i¬
magination entretient & em¬
bellit & fur lefquels la fainç
raifon ne compte jamais,.
ou
,
diverses;
s
IV.
La Religion feule peut faire
connoître l'Homme &
vers,ce qu'ils font,ce
l'Uni¬
qu'ils de-
vroient être & ce qu'ils feront :
elle e IV,pour ainfi dire, un cilin-
dre, qui dans une fi grande
,
peut feul mettre
touteschofes dans leur vérita¬
ccnfufion
ble point de
vûe.
V.
On
ne
fe fâcheroit jamais
mal-à-propos , fi l'on fçavoit
fentir le plaifir d'être plus raifonnable que les autres.
VI.
Si l'homme fe connoifloit
parfaitement, il ne croiroit pas
toujours être auffi heureux qu'il
le penfe , mais il lui feroit faA ij
P E N S E' E Sr
cile de le devenir folidementl
4
V I I.
Les pallions que la nature
defavoue font des vices , cel¬
les qu'elle infpire
& innocentes
:
font limples
c'efl à
nous
d'avoir de l'horreur pour les
premières
,
& de ne pas rendre
les autres criminelles.
VIII.
L'amour propre
fçait faire
les plus grandes métamorphofes ; il déguife, comme il lui
plaît, la vertu en vice , & le
rice en vertu , & il le fait lî
bien qu'il a pu faire avancer à
des efprits qui fe vantoient le
plus de pénétration
,
que deux
choies fi réelles & fi oppofées
n'étoientque dépurés chimères.
Ç
DIVERSES.
IX.
On peut fçavoir le monde &
s'ignorer foi-môme, mais quand
on fe connoît, il n'eit pas dif¬
ficile de connoître les autres.
X.
montre
grandeur ne fe
que pour fe faire ad¬
mirer
la véritable grandeur
La fau fie
:
aime à fe cacher de peur d'ê¬
tre
admirée, & quand elle efi:
obligée de paroître, elle laifie
appercevoir autant qu'elle peut
l'égalité que la nature a mife
entre tous les
hommes.
X I.
Ce que
en notre
les autres penfent
faveur , nous foutient
plus de
plaifir que ce que nous en pen¬
& nous fait fouvent
sons nous-mêmes,
A iij
6
Pense'es
XII.
On ne
veut
&
on
n'efpere
être heureux que parce
qu'on
peut le devenir -, & c'eft une
bonne preuve que
malgré la
corruption des hommes Dieu
ne les a
pas abandonnés,
XIII,
Nous donnons
prefque h
chaque inliant des marques de
élévation ou de notre
foiblefle , Se c'eit être
injulîe
notre
ou
cruel , que
de s'attacher
uniquement à faire fentir que
nous ne fommes
que ridicules*
X IV.
Si la
Religion & les pallions
étoient d'accord , l'homme le
leroit bientôt avec lui-même
;
& les combats
qu'il fera ton-
7
DIVERSESjours obligé de
foutenir à ce
conf¬
fujet, feront une preuve
qu'il eft coupable , mais
qu'il peut devenir innocent.
iante
XV.
Perfonne n'ofe dire ni même
penfer qu'il ne le connoît pas :
en
faut-il davantage pour prou¬
ver que l'on peut
doit fe connoîtrc ?
& que l'on
XVI.
Comme nous n'eulfions
cru
que nous
on ne nous
ne
point
danfons mal, fi
l'eût pas dit, nous
foupçonnerions jamais que
de la vanité, fi
nous
avons
on ne
nous le faifoit pas
fen-
tir.
XVII.
On eft quelquefois affezméA iiij
S
Pense'és
chant pour trouver plus de
plaî-
lir dans l'efpérance de Se ven¬
ger , que de chagrin dans l'in¬
jure qu'on a reçue.
XVIII.
Nous
beau nous ef"
avons
timer & nous
plaindre
trouverons toujours
,
nous
mille per¬
sonnes qui ne font
pas û heureufes que nous , &
qui méri¬
tent
de l'être
davantage.
X IX.
Comment ne nous
applau¬
dirions-nous pas quand on nous
loue, puifque nous nous louons
Souvent dans le tems même
qu'on nous blâme.
XX.
Le Sage difparoît
quand on
le louer ou
pour en être loué.
le cherche
pour
BIVERSES.
«j
XXI.
Les loix
humaines les plus
parfaites , tendent plus à em¬
pêcher le mal qu'à procurer le
bien : on peut les obfer ver tou¬
tes fans être véritablement ver¬
tueux ; mais les loix de la Re¬
ligion élèvent l'efprit à la plus
haute perfection , & ne fembient parler des vices que par
nécelîlté.
XXII.
La libéralité feule fait plus
de bruit ,
& s'attire plus de
louanges que toutes les au¬
tres vertus enfemble , parce
que
c'eft celle où les hom¬
mes
trouvent
compte.
le mieux leur
P E N S E* E S
âo
XXIII.
Nous voulons qu'on nous
aime avee nos défauts, & nous ve
haï (Tons quelquefois les autres nc
à caufe de leurs bonnes
qua- (ll
lités.
te
XXIV.
Celui qui nous demande le
fecret, en nous découvrant le
lien fans nécelfité, nous donne
v
même tems l'exemple de ce
à
en
e
qu'il nous défend.
»
XXV.
On doit toujours
,
fc défier
de l'amitié d'une perfonne
qui
c
*
1
n'en a pas fxneerement
pour
'
tout le monde,
l 1
XXVI.
Peu de chofe réconcilie les
amis, parce que peu de chofe
les defunit.
11
DIVERSES.
XXVII.
II nous femble qu'une
pour effacer tous
vertu fuffit
nos
vices
feule
,
& qu'il ne faut
qu'un feul vice pour ternir tou¬
tes les vertus des autres.
X XVI II.
Nous faifons fans ceffe
vœux
des
qui ne feront jamais
exaucés, nous jouiffons avec
dégoût de tous les biens que
nature nous a donnés avec tant
la
de profufton :
c'cft ainfi qu'ou¬
nous la
bliant fes bienfaits ,
ingratitude
vengeons de notre
,
& que nous devenons
au¬
teurs de nos propres maux.
XXIX.
les
On penfe
quelquefois fi bien,
qu'on ne peut mieux penferj
Pense'ês
12
mais il eft rare que l'on
parle
fi bien qu'on ne parlât mieux
une
fécondé fois.
XXX.
Une femme doit confiderer
un
mari jaloux comme un ma¬
^
qu
fi
•Ail
lade qu'on n'ofe abandonner un
feul inftant.
qu
XXXI.
La galanterie eû
vé
trop à la
mode pour plaindre une hon¬
nête femme qui doit
fuppor- n'
ter la jalouiie d'un mari
honnête homme qui cft
tle paroître jaloux.
; & un n>
obligé &
g,
XXXII.
te
Le pardon des ennemis eft
e'
parmi les vertus ce que la
eft parmi les cri,
trahifon
mes.
£
f<=
il:
rI{
diverses;
XXXIII.
t-f
tl!i< Lareconnoiffance, toute rare
qu'elle eft, le feroit bien plus,
fi l'on croyoit que les autres
e!
Aillent defintéreffés.
,a'
XXXIV.
tl1
larmes
que celles qu'on répand fur de
Ia
n'
H n'y a de véritables
véritables maux.
XXXVI.
Après avoir bien difputé , il
n'efl: rien de fi ridicule que de
n'avoir plus rien à répliquer,
& de laifler voir par fes geftes
perfide
toujours dans fon lentiment :
& fes maniérés qu'on
e'eft le défaut ordinaire des pe¬
tits efprits Se de ceux qui dé*
fendent des opinions départi ;
ils ne manquent jamais de faire
14
Pense'E s.
rire les plaifans , & de faii
pitié aux perfonnes raifoim
bles.
s
fo
XXXVI.
On nous donne fouvent i,
plaifir en nous trompant ; mai
n'en prenons guère
être détrompés.
nous
XXXVII.
L'amour propre eft intére
fé à
diftinguer avec foin l't
mulation de l'envie
ces
;
m
mais i
deux pallions ne font
la même chofe, elles vont
ps
prci
que toujours de compagnie.
XXXVIII.
Les envieux devroient ton
jours penfer que ceux qui leu
paroilfentheureux, méritent è
l'être, ou qu'ils ne le font pas.
DIVERSES.
fait
nre
n
XXXIX.
L'envie cefferoit bientôt par¬
mi les hommes, s'ils connoiffoient parfaitement leur véri¬
table état.
XL.
Il femble que
tout ce
les fots font
qu'ils peuvent pour pa-
roître ce qu'ils font, quand ils
fe trouvent avec des gens d'ef-
prit.
XLI.
Nous trouvons
facilement
des excufes pour les
défauts
que nous ne voulons pas quit¬
& des louanges pour les
fommes pas
obligés d'avoir.
ter ,
vertus que nous ne
X L11.
Notre vie eft trop longue
I.,
r*
Pense'es
pour ne pas former des deffeins ; mais elle eft trop courte
pour les exécuter.
X L I I I.
A confidérer la félicité que
la plûpart des hommes recher¬
chent en cette vie, & les ob¬
jets dont ils la font dépendre,
auroit peine à s'imaginer
qu'ils voulurent férieufement
on
fe rendre heureux.
XLIV.
On prouvera toujours la fo-
lidité de la
Religion Chré¬
tienne , par l'inconftance
de
l'efprit humain. On penfe, on
raifonne
,
on
écrit différem¬
dans chaque liecle : les
modes , les fciences , le ftile,
ment
le goût, les préjugés , tout va¬
rie
DIVERSES.
Z/
rie & prend de nouvelles for¬
f.
mes à
tous momens :
on voit
cependant que cette Religion
eft invariable ; il faut donc
conclure qu'elle n'eft point
l'ouvrage des hommes. C'cfl:
donc en vain que les plus puiffans, les plus hardis , & les
plus habiles d'entr'eux ont fait
,
tout ce
qu'ils ont pûpour l'a¬
néantir , ou du moins pour la
défigurer entièrement ; ils-auroient réuffi fans doute fi elle
n'étoit pasauffi immuable que
fon Auteur..
XL V.
Heloife vouloir devenir fça.
vante pour fon
plaifir ; Abai-
lard croyoit que fon fçavoirlui.
attireroit une
gloire immcrB
Pense'es
i8
telle : mais l'amour en décida
bien différemment ; il
rendit
Heloïlé malheureufe , & cou¬
vrit Abaillard d'un éternel op¬
probre.
XL VI.
La fortune peut nous rendre
heureux au-delà de nos efpérances ;
mais elle ne le fçau-
roit faire félon nos defirs.
XL VII.
S'il nous eft difficile de connoitre les défauts des
nes
perfon-
que nous aimons , com¬
ment
appercevrions - nous les
nôtres ?
XL VIII.
Il eff permis de flatter la va¬
nité des autres , quand on veut
fincerementles corriger, com-
DIVERSES.'
19
pour guérir certains ma¬
lades , il faut convenir avec
me
eux
qu'ils fe portent bien.
X LIX.
Si l'on confidere le temps
que l'homme fouhaiteroit vi¬
vre fur
la terre , il fcmble ne
fe réveiller qu'un indant, & fe
rendormir pour toujours.
L.
La raillerie la plus picquante
ed celle dont on ne peut fe fâ¬
cher fans fe rendre encore plus
ridicule»
LI.
peuple a toujours été
trop groflier pour inventer des
divinités ; il n'ed pas moins vrai
que fi elles n'avoient pas été
établies, les plus grands poliBij
Le
2.0
P E N S E' E S.
tiques n'auroient jamais ima¬
giné que les hommes fe laifferoient conduire par-là : il faut
donc que l'idée d'une Religion
nefoit l'ouvrage ni des peu¬
ples ni des politiques.
LU.
Les difcours des beaux
çf-
prits manquent fouvent de folidité , femblables à ces étoiles
qui brillent beaucoup , & qui
donnent que de foibles
ne
lueurs.
liii.
Si c'eft la foibleffe de l'elprit
qui fait naître les ferupules, ils '
font toujours affligeans > mais
ils deviennent agréables quand
l'amour propre en elH'antenr,
I
DIVERSES.
21
LIV.
Il y a
de grands défauts ,
qu'on appelle , avec raifon ,
communs
à tous les homme? ,
mais il eft peu de vertus
leur foient communes.
qui
LV.
propofe
objet ;
maislajaloulîe nous les repréfente prefque tous.
L'amour ne
nous
ordinairement qu'un
LV I.
H ne faut pas exiger de cer¬
taines gens qu'ils foupçonnent
que quelqu'autre a
peut-être
plus de mérite qu'eux , cette
idée feroit trop affligeante ; on
ne veut
pas même qu'ils croient
qu'on-peut égaler leur mérite
ils n'en fçauroient foutenir le
2i
Pense'es
paralelle ; mais ne pourroientils pas penlcr quelquefois qu'il
n'elf pas abfolument
impofli-
ble d'en approcher.
L V11.
L'orgueil groffit tous les au¬
tres défauts ,
rure bizarre
ve
comme une pa¬
& éclatante relè¬
la laideur d'une perfonne.)
LVIIÏ.
Il y a plus de liaifon & de
commerce entre
les méchans,
qu'entre les gens de bien, &
par malheur encore , les pre¬
miers fe mêlent plus que les
autres des
grandes affaires.
LI X.
Nous
avons tort
de nous
plaindre de l'inftabilité des chofes humaines
puifque nous
,
.0-5
DIVERSES.
changeons nous-mêmes encore
plus fouvent ; & à tout pren¬
dre , on peut dire qu'il y a dansle monde une
iance
certaine conf¬
à laquelle on eft obligé
de fe conformer ,
nous
& que c'eil
feuls qu'il faut accufer do
légèretés
LX,
On dit fouvent malgré
foi
& l'oiv
fçait pas toujours dire co¬
que l'on penfe.-
tout ce
que l'on fent,
ne
LXI.
vieil¬
A mefure que le monde
lit , il femble que les hommes
oublient de plus en plus
les
fentimens que la {impie nature
femblables à ces
enfans libertins qui ne- fe fou-
leur infpire,
t'4
Pense'es
plus des fages corr-
viennent
feils cle leurs
peres quand ils
font devenus
grands.
L X11.
L'homme n'eft content de
foi, que lorfqu'il écoute tou¬
jours la raifon ou qu'il ne l'é¬
coute jamais.
,
L X 111.
On n'aime pas la folitude
ou
parce qu'on
r
y fait ' v.. trop
de réflexion , ou
parce qu'on
n'en fçait pas faire affez.
L X I V.
Une femme peut
être furprife d'avoir pris de l'amour ;
mais elle ne l'eft
jamais d'en
avoir donné.
LX V.
Alexandre ayoit trop de dé-
DIVERSES
2.5
fauts pour être un Dieu : plaifante divinité dont le foible ett
la fuperftition.
Il femble que
ce feroit aux devins à conlulter
les dieux ; mais cette nouvelle
divinité .confulteles devins.
LX VI.
Dans les divers accidens de
la vie ,
il faut fi peu s'aban¬
donner au chagrin, qu'il eft ri¬
dicule de le faire ,
me
il
quand mê¬
remedieroit aux maux
dont on fe plaint.
LX VII.
Quelque tendreffe que nous
ayons pour nos amis, nous ten¬
toujours un fecret plaifir
notre félicité plus
grande que la leur.
tons
de croire
C
Pense'es
L X V111.
i6
tJn feul homme fuffit pont
troubler l'univers : l'hiftoire en
fournit des exemples ; mais l'u¬
nivers entier ne fuffit pas pour
rendre un feul homme tran¬
quille.
L XIX.
Les fous reçoivent les con-
feils des fages, comme les
fages reçoivent les confeiis des
fous.
L X X.
Les flatteurs ont cet avanta¬
ge fur les Peintres, qu'ils peu¬
vent
ceux
défigurer entièrement
qu'ils prétendent repré-
fenter, & ils connoiflent fi bien
les grands, qu'ils ne craignent
jamais d'être contredits.
DIVERSES.
1J
LXXI.
Un fameux Poëte en faifant
la defcription de l'homme , a
conclut, c et oit bien la peine, de
naître : on peut donc dire avec
plus de raifon , c'étoit bien la
peine de faire naître l'Uhiv'ers ;
quand on confidére l'agitation,
l'in.conftance & la fin de tou¬
tes chofes. Cependant outre
le mouvement, & les différen¬
configurations des corps
qui le compofent, il s'y trouve
des êtres qui fe mettent infi¬
tes
,
niment au-delfus de tous les au¬
parce qu'ils ont des idées
diftin&es de vertu, de vé¬
tres ,
rité, d'éternité & de perfeûion,
qui n'ont rien de commun avec
tout ce
qui fe fait par le mou veC ij
I
iS
ment.
P E N S E' E S
Faut-il auffi conclure
que toutes ces grandes idées ,
ne font qu'imaginaires, & qu'il
n'y a de réalité que dans ce qui
fe paffe , & fo détruit à chaque
inftant.
L X X 11.
L'ennui qui ne manque ja¬
mais d'accompagner l'oifiveté
eft un avertiffement naturel de
la néceffité du travail.
LXXIII.
Si les avantages de ce monde
pouvoient rendre l'homme
heureux
peut-être ne lui fe-;
roit-il pas fi facile d'en jouir.
,
L X XI V.
Nous ne mettons jamais la
mort dans
fon véritable point
de vûe ; elle nous paroit, ou
29
DIVERSES.
éloignée.
trop proche, ou trop
De-là vient que l'idée que nous
en
caufe fouvent en
frayeur ridicule , 011
avons ,
nous une
une
indifférence criminelle.
LXX V.
On n'cfl jamais
pour
affezfçavnnt
connoître toute fon igno¬
rance,ni affez malheureux pour
fentir toute fa mifere.
L XVI.
Les
fentimens de
l'amour
font bien plus vifs que ceux
de
l'eftime, parce que les premiers
prennent leur fource de la na¬
ture, & les autres de laraifon.
L XXXVII.
On connoîtplus facilement
le mal qu'il faut éviter , que
bien qu'on eft obligé de
C iij
le
faire.
30
P £ n s e' e s
C'eft pour cela qu'on eft tou¬
jours content de foi, quand on
ne fo croit
pas méchant.
L XXVIII.
Convenons avec les avares,
que l'on n'a que ce qu'on épar¬
gne , pourvu qu'ils avouent
qu'on ne pofféde le bien qu'au¬
qu'on en jouit.
tant
LXXIX.
Il ne faut pas fo flatter d'a¬
voir de grands fontimens d'hu¬
manité , s'ils n'augmentent de
plus en plus à la vue de la mifére, & même de la malice des
autres.
LX XX,
Àléxandre n'avoit peut-être
pas tant de tort,
un
de fouhaiter i
Homère pour écrire fori
r
DIVERSES.
■
31
hifloire ; car ce Poète fçavoit
belles couleurs aux
donner de
aftions les plus
criminelles , &
Qui voudroit
cependant fe montrer tel qu'il
les plus ridicules.
eft, ne demanderoit pas un tel
hillorien ?
Lxxxr.
La fortune
eft û volage ,
qu'il fomble qu'elle cherche
inutilement quelqu'un qui loit
digne de fes faveurs ; mais elle
fans faire part
defoninconftance.
en fait rarement,
L X X X 11.
Pour être véritablement fa-
alfez de
ge , ce n'elt pas
connoître la folie des hommes , &
continuelle¬
pafferoit fa vie
de s'en mocquer
ment j celui qui
C iiij
31
Pense' es
à parcourir les
loges des Petites
Maifons , & à faire remarquer
en
riant l'état de ces malheu¬
reux ,
mériteroit fans-doute d'y
être renfermé lui-même.
L XXXIII.
Si la raillerie
renferme
ne
pas une elpece d'éloge de ceux
à qui elle s'adreffe
,
on
doit
toujours craindre qu'ellene foit
reçue comme une injure. Il
faut du moins laiflêr voir bien
clairement qu'on cherche plu¬
tôt à divertir les autres
,
fe divertir foi-même.
qu'à
L XX XI V.
La vertu
difparoit aufli-tôt
qu'on veut la faire paroître.
LXXXV.
Il n'y a peut-être
perfonne ,
33
DIVERSES.
qui n'ait droit de fe plaindre des
autres
& qui n'ait donné lieu
de fe plaindre de lui.
,
LXXX VI.
Si nous ne voulions nous don¬
ner que
mes ,
pour ce que nous
nous ne
fouî¬
trouverions pas
éprouvât.
mauvais qu'on nous
LXXX V I I.
deftinés
La nature nous a
pour un tems à
pour toujours à
l'amour , &
l'amitié.
LXXX VIII.
En confolant nos amis, nous
prenons toujours
fir à penfer
quelque plai-
à nos maux ou
à notre félicité.
LX XX IX.
Il feroit difficile
de parler
d'Efope > fans faire le portrait
34
Pense'es
d'un efpece de monftre. Il étoit
pauvre, infirme, efclave, prefque muet, entièrement
ré ; enfin , il
défigu¬
paroifloit être le
rebut de la
nature, & de la
fortune. On fçait
que fa vie
étoit fimple ,
ne
que fes
pallions
l'empêcherent jamais de
fuivre les fentimens
que la lu- ;
miere naturelle lui
infpiroit,
qu'il les a fouvent exprimés en
prêtant fa voix à des animaux ,
qu'il fait moralifer ; peu de per-
fonnes voudroient fans
lui rcfiémbler
,
doute
en tout cela.
Cependant l'hilioire n'a point
de place plus riante
,
ni plus
digne d'être envié d'un honnê¬
te homme ,
.parle de lui.
qui veut que l'on
diverses.
35
XC.
La-Philofophie peut donner
l'idée de la véritable amitié ;
mais la R eligion feule fait les
véritables amis.
XCI.
Nous ne fommes' pas
reux
,
heu¬
parce que nous nous
cmpreflbns trop â le devenir.
XCII.
Nous regardons
prefque des
mômes yeux , ceux qui refufent de nous faire plaifir ,
&
qui cherchent à nous
nuire, comme li tout le monde
étoit obligé de concourir à no,
ceux
tre félicité.
XCIII.
Les flatteurs trouvent leur
compte
auprès des grands,
3<5
Pense^ES
comme les Médecins
auprès des
malades imaginaires : ceux-ci
payent pour des maux qu'ils
n'ont pas, & les autres
pour
des
qu'ils
vertus
devroient
avoir.
X C I V.
Si
fort
nous
nous
ennuions fi
nous-mêmes, pour¬
quoi trouvons nous mauvais
que notre compagnie foit quel¬
quefois onereufe aux autres }
avec
X C V.
Les fots
veulent toujours
faire voir qu'ils ont de
mais les gens
l'efprit ;
d'efprit n'en veu¬
lent avoir qu'avec leurs fem-
blables.
C X V I.
Les Philofophes
& les Au-
dïv ers es;
37
de Théâtre fe
de
porter les hommes à la vertu.
teurs des pièces
font ventés mal-à-propos
Comédiens ne peuvent
divertir qu'en remuant les paf.
Les
fions, & la Philofophie ne par¬
le point de les calmer
fans en¬
nuyer.
XC VII.
La calomnie qui
eft un vice
li cornmnn parmi les hommes ,
prouve du moins qu'ils font
fouvent plus capables d'inven¬
que de le faire.
XC VIII.
ter le mal
Nous
ne
cédons volontiers
qu'à ceux qui ne cèdent à perfonne.
XCIX.
Il eft plus utile à la fociéte
Pense'^S
civile de connoître quand on
3" 8"
incommode les autres
,
que
quand on leur plaît. On n'efl
pas obligé de les divertir, mais
il efl défendu de les ennuyer.
C.
La probité d'un avare
n'efl
pas moins fufpede que l'hon¬
neur d'une
coquette.
CI.
Paufanias offrit aux Dieux
un
trépied d'or, qu'il avoit en¬
levé aux ennemis ; mais afin
que la poftérité ne s'y méprît
pas , il fit graver que c'eft par
là valeur, qu'il avoit vaincu
les Barbares. Il prétendoit faire
un
préfent plutôt
que
des
remercimens. C'efl ainfi que
les Payens rapportoient tout à
DIVERSES.
11
ie
d
IS '
39
les principes de leur Religion & de
leur morale. Il eft vrai que la
eux, en fuivant même
maniéré dont Pàufanias faifoit
fon offrande, choqua les Grecs;
mais il paroît allez que leur in¬
térêt propre , ou leur vanité
plutôt que la gloire de leurs
Dieux, étoitla feule caufe de
leur murmure.
cii.
Il n'y a qu'un pas de l'indif¬
férence à l'amour , de l'amour
à la jaloufie, & de la jaloufie à
la fureur.
cm.
Si nous penfions férieufement
fur ce qui nous confole , nous
aurions honte de notre afflic¬
tion , car nous nous
confo-
I
40
P E N S E' E S
fi peu cle choie ,
Ions pour
qu'il ne valoit pas la peine de
s'affliger.
CIV.
Les chefs des Seûes héréti¬
ques' imitent les Princes, qui
pour peuplerune nouvelle Vil*
le ; accordent toujours de
grands privilèges à ceux qui
voudront s'y établir.
CV.
Il y a fans doute des héréti¬
ques de bonne foi, qui recon-
noîtroient facilement leur er¬
reur, s'ils étoient inftruits com¬
me il
faut. Mais ceux qui trou¬
blent la Religion pour domi¬
& pour fe faire un grand
, ne
reviennent prefque
jamais ; & s'ils avoient des ar¬
ner ,
nom
mes
DIVERSES.
mes aufli
41
bien que des livres ,
Conquérans ,
des Doéleurs. La
plupart de leurs écrits ne font
que des déclarations de guerre
ils feroient des
& non pas
fous les beaux déhors d'amour
de la paix, & de la vérité.
C VI.
On ne parloit point d'héré-
fies dans la Religion Layenne ,
parce que toutes les pallions y
trouvoint leur compte.
G V11.
Nous ne nous louerions pas
fi fouvent ,
fi nous penfions
que les autres nous
alfez.
louent
CVIII.
L'homme ferait bien
plus
heureux, fi le defir de pofféder,
D
4z
ne
Pense' es
duroit pas plus que le plailîf
de la poffeffion.
CIX.
Le tems de la jeuneffe ne du¬
re
qu'autant qu'il faut pour
laiffer entrevoir
à l'homme
l'heureux état qu'il a perdu.
CX.
Le ri qui nouséchape
mal
gré nous, quand on nous loue,
eft le plus fur témoignage de h
bonne opinion que nous avons
de nous mêmes.
CXI.
On combat fouvent les rai-
fons des autres par des injures ;
mais il eft bien rare qu'on ne
réponde aux
des raifons.
injures que par
DIVERSES.
43
CXII.
On ne fait point de préfent
fans en retenir quelque chofe :
penfe à la reconnoiffance
qu'on attend , ou l'on a du
moins le plaifir de publier fon
on
délintéreffement.
CXIII.
qui ne fçavent
point le contenter , femblent
vouloir forcer les petits à
Les grands
leur procurer une
félicité con¬
tinuelle ; ceux qui fe
croyent
milerables, les vont fupplier
de les rendre heureux. C'eft
,
ainfi que les uns,
tres
& les au¬
qu'ils
fe demandent ce
n'ont point
?
& ce qu'ils ne
pourront jamais fe donner,
Dij
P E N S E5 E sr
44
CXIV.
Nous allons volontiers au-
devant d'une maîtreffe , mais
voudrions que nos amis,
nous
vinffent au-devant de nous.
cxv.
Caton ne voulut pas confulter
l'Oracle, fur le fuccès delà
guerre civile:/e Sage,difoit il,fi
prépare, toujours à tous les êvenemens.
Mais le genre de fa mort
ne prouve
que trop ,
qu'il ne
s'y étoit pas affez bien préparé,
& que fa vanité , 011 le peu de
foi qu'il ajoutoit aux prédic¬
tions le faifoient parler ainli,
plutôt que fa fagcffe & fa feq
,
xneté.
C X VI.
Ceux qui n'ont pas d'efprity
DIVERSES."
4?
craignent rarement d'en man¬
quer, tandis que ceux qui n'en
manquent pas, s'apperçoivent
fouvent qu'ils auroient
befoiil
d'en avoir davantage.
CXVII.
La curiofité n'eft fi naturelle
à l'homme , que parce qu'il
lui manque toujours quelque
ehofe, & qu'il ne fçait où le
qu'il n'aime
point par principe les chofes
nouvelles
il ne s'y attache
trouver : de forte
,
avec
tant d'avidité
que parce
que tout ce qu'il a vu, ne fçau¬
rait le contenter.
CXVIII.
Les
Légiflateurs ont beau
confulter la Juftice & la raifon dans tout ce qu'ils ordoar
4-6
P E N S' E E S
lient, l'intérêt, & la malignité
trouveront
toujours mieux
leur compte, à tirer des con-
féquences des loix humaines
que de celles de la nature.
CXIX.
Un homme qui efpere enco¬
re une
longue vie, parce qu'il
de la vigueur,
eft fenblable
qui
ne croit
pas mourir parce qu'il
fe porte bien.
a
a un
criminel condamné ,
cxx.
Il eft difficile de fe faire un
grand nom ; mais il en coûte
peut-être plus de ne vouloir
s'en faire aucun.
CXXI.
Il femble que
la nature s'épuifa pour perfectionner Alci-
DIVERSES.
biade , &
47
qu'Alcibiade n'ou¬
blia l ien pour déshonnorer la
nature.
CXXI.
Il eft étonnant qu'on accufe
les Médecins d'atéifme , & les
Sçavans de vanité ; la connoiffance de la nature prouve
ad¬
mirablement fon auteur ,
&
l'étude du cœur de l'homme ,
ne
peut infpirer que des fentid'humilité.
mens
CXXIII.
On ne fort de
l'enfance que
par degré, & fouvent on y re¬
tombe tout-à-coup.
CX XIV.
l'âge on ne
parle tant du paffé , que parce
que le préfent ne .peut faire
Sur le déclin de
48
Pense'es
affez d'impreffion, &
de l'avenir en feroit
que l'idée
trop.
cxxv.
L'envie & la médifance
font fi fouvent aux
prifes avec
la beauté,
qu'il eft peut-être
plus facile aux belles perfonnes d'être
chaftes, que d'en
avoir la réputation.
CXXVI.
Les hommes font une trouSi
pe d'infortunés, quife promet¬
tent
réciproquement de fe
rendre heureux , & qui
affez fous pour
s'imaginer
font
qu'ils
réuffiront.
C XXVII.
La fociété civile n'a
peutêtre rien de plus
précieux ,
que les
perfonnes qui paroiffent
49
DIVERSES.
fent inutiles,
& qui ne le font
pas.
C X X V111.
La vanité eft la mere
d'une
irijuftice continuelle ; elle s'at¬
tribue fans façon tout ce qui
n'eft point à elle , & refufe
prefque toujours aux autres ,
ce qui peut leur appartenir.
C X XIX.
A
conlidéxer les
louanges
outrées , que certaines gens le
donnent réciproquement , on
diroit qu'ils veulent fe tourner
en ridicules, ou fe moquer
de ceux qui les écoutent.
cxxx.
Si ceux qui s'aiment, fecon-
noiffoient parfaitement,
E
leur
Pense'es.
amitié finirait bientôt, ou dureroit autant que la vie.
CXXXI.
Tentons à tous
Nous
mo-
mens
les limites de notre ef-
prit
& nous cherchons en
,
vain celles de notre cœur.
CX XX'II.
La
plûpart des vieilles
gens parlent fouvent de leur
âge & de la mort ; mais il y
en a
peu qui veulent qu'on leur
en
parle.
C XX XIII.
Les Romans
& tous les
qui roulent fur l'a¬
mour
groflifient fi fort les ob¬
jets, qu'ils nous donnent l'idée
de cette pafiîon
à peu près
,
ouvrages
,
,
comme
l'occéan nous
repré»
D EVE R SES;
fi •
fente un petit ruiffeau. Il femblè que leurs Auteurs ne fon-
gent qu'à déguifer , & à con¬
tredire la
nature.
De
forte
qu'un homme de bon fens
dont le cœur n'eft point cor¬
rompu, en eft bientôt dégoûté.
Et fi quelque Roman mérite
d'être lû
c'eft celui de
Don
Quichote, parce qu'il elt luiune
fatyre continuelle
même
des Romans.
CXXXI V.
Nbïis
critiquons avec tant
défauts d'autrui,
de plailir les
que nous laiffons appercevoir
malgré nous, que nous fommès fâchés de ce
qu'ils ne font
pas plus grands.
E
ij
5%
Pense'es
C XXXV.
.
Ceux
qui dévorent conti¬
nuellement les livres ,
reffemqui
ajnaffent toujours du bien
qui ne s'en fervent jamais, &
qui ne fçavent pas même en
quoi il confifte.
blent à ces riches avares,
,
C X XX VI.
Le filence des
gens d'efprlt
efl; un langage fi naturel,
que
les fots le peuvent
compren¬
dre ; mais les gens d'efprit n'en¬
tendent fouvent rien à celui des
fots.
C XXX VII.
L'obfcurité qu'Ariftote fem-
ble affecter dans fes écrits
lui
plus de
louanges & de reproches qu'il
a
fans doute attiré
,
DIVERS É S.
lie méritoit. Ses
53
Seûateurs, &
fouvent
fes ennemis lui ont
fait dire ce qu'il n'a jamais pen-
fé. Mais s'il a eu tant de vogue
dans certains tems , c'eft peut-
être parce que chacun a cru
trouver dans les ouvrages de
cet Auteur
fou fentiment par¬
ticulier.
qxxxvrn.
Quoique les remords foient
.prefque les feules armes de la
raifon qu'on offenfe, ils ne re¬
firent pas plus aux grandes
pallions, que les flots de la
mer à de ^violentes tempêtes.
C X XX IX.
Nous ne croyons jamais
mieux connoître nos amis, que
quand nous voulons les quitter.
E iij
P e n s e' e s
54
C XL.
On
attribue fouvent
aux
grands hommes plus de vertu
qu'ils n'en croient avoir ; & ils
n'en ont jamais autant
qu'ils le
penfent.
CX LL
Le monde eft fi
que ceux
corrompit,
qui le connoifîent
bien, doivent fans doute être
furpris du bien que l'on y
fait, & du mal que l'onn'y fait
,
pas.
CXLII.
Pourquoi les Athées travail¬
lent-ils
avec
tant
de foin à
prouver que la mort nous ré¬
duit à rien, &
quelle eft la
fin de toutes chofes ? Sommesnous trop
heureux pour vow*
DIVERSES.
55
loir nous priver de l'efpérance,
qui eft prefque le feul bien qui
nous refte ? Quand même ils
devraient nous accufer de fo¬
lie n'aurions-nous pas raifon
de nous plaindre d'eux, com¬
,
me
fît à fes amis cet infenfé
d'Athènes, qui s'imaginoit que
les VaifTeaux qui arri-
"tous
voient au Port de Pyrée, lui
appartenoient : Tétois heureux,
difoit-il, & vous m'avez rendu
miférabU , en me faifant guérir.
CXLIII.
Quand nous fuyons les hon¬
voulons du moins
-qu'ils nous fuivent.
neurs , nous
C X L I V.
On ne parle fi
fouvent des
vices des autres , que pour
E iiij
1
Pense'es-
56
oublier les fiens propres , o«t
pour faire valoir fes vertus, ou
du moins pour goûter le plaifir
d'avoir des femblables.
CXLV.
Nous devrions être infenfi-
bles aux amufemens de lavie ;
& ce qu'on appelle affaires im¬
portantes ne devroit nous fervir que d'amufement.
CXLVI.
L'impunité régnera toujours
plus que la juftice parce qu'il
,
s'en faut bien que tous les cri¬
mes
foient connus des Juges,
& que les
tous
Juges puiffent punir
qui leur-font
les crimes
connus.
C XL VII.
Il n'y a que le vice
qui puiffe
1
57
DIVERSES
déshonorer ,
nous
& nous
voudrions quelquefois que
vice feul fût honoré.
le
CXLVIII.
On a dit que
le fommeil efl
la figure de la mort ; ne
peut-
dire aufïi que nos fonges font l'image de notre vie.
on pas
CXLIX.
Nous confidérons la
plupart
des biens de la vie comme
fi
ils devoient toujours durer
&
faire notre félicité. Cependant
tout
paffe en un infiant, & ce
qui paffe fi vite ennuie même
avant de paffer.
CL.
feroit capable de
nous ennuyer, fi nous n'étions
Rien ne
devenus ennuyeux à nous
mes,
mê¬
*}8
Pense'es
C L I.
Les Anatomiftes font
furpris,
comment la machine de l'hom¬
me foible &
fragile peut con-
ferver fi long-tems fa vie & fa
vigueur ; mais ceux qui connoiiTcnt toute l'excellence de
l'efprit humain doivent être
plus furpris de cette efpece de
,
léthargie,où il eftprefque tou¬
jours plongé.
CL1I.
Quoique la vraie félicité foit
Irréparable de la vertu
veut
,
on
toujours être heureux,
fage.
avant que de devenir
CL III.
Nous ne nous oublions
mais fi bien,
le de nous,
ja¬
que lorfqu'on par¬
ou
que nous en
parlons nous-mêmes.
DIVERSES.
59
CLIV.
fouvent
de donner des confeils à ceux
qui croient que nous aurions
Nous nous melons
befoin des leurs.
CL V.
L'efpérance cil le feul bien
croient pas
heureux, & cefeulbien s'éva¬
nouit auffi-tôt qu'ils obtiennent
ce qu'ils fouhaitent ; la place
marquée au plaifir de la pofTeffion eft précifément entre le
defir & le dégoût.
de ceux qui ne fe
CL VI.
La modération dans la bon¬
ne
fortune .elî plus
difficile à
conferver , que la patience
dans les plus grands maux,
6o
Pense'f.s
wi
CL VII.
Comme on ne s'offenfe point
de recevoir un
coup
de pied
d'un aveugle un homme d'efprit ne fçait point fe plaindre
des injures d'un Tôt.
m
po
,
CLVIII.
Les incrédules n'ont com¬
mencé à douter de la vérité de
1°
la Religion Chrétienne ,
qu'en
fouhaitant qu'elle fût faufle. Ils
fe laiffent aveugler
par leurs
pallions, & s'abandonnent à
d'efprit,
<jui ne voit point ce qui eft, &
qui cherche ce qui n'eft pas. Il
-une certaine bizarrerie
.eft trille de le dire , mais rien
n'ell plus vrai, qu'ils ne fortiront
point de cette malheur euqu'en fouhai-
fe incertitude,
DIVERSES."
6ï
que cette Religion foit
irraie; & en avouant qu'il n'y a
iittt
point de defir plus raifonnable,'
plus digne de l'honnête
tomme.
CLIX.
Ceux qui nous parlent
des
défauts d'une perfonne fans la
nommer, nous dérobent
tou-
jours la moitié duplaifir.
CLX.
On trouve des
peines dans
les plus grands plaifirs ; mais il
des chagrins fi fenfibles
qu'on n'y trouve jamais de
y a
confolation.
CLXI.
On tâche volontiers d'infpî-'
rerde l'amour à la
perfonne
qu'on veut époufer ; mais bien-
Pense'es
tôt après on croit
que
elle à nous en donner.
c'efi: à
CL XII.
Nous
ne
fommes pas entier
indignes des louanges
qu'on nous donne ; fi nous fouhaitons d'être tels
qu'on nous
rement
dépeint.
C L X 111.
II y a une maniéré de
parler
de fes bonnes
qualités ,
qui
n'eft pas moins noble,
que cel¬
le d'avouer fincérement fes dé¬
fauts.
e l x iv.
La patience eft une
parfaite
image du lommeil ; fi elle ne
difîipe pas tous les maux de la
vie, elle fçait lesafloupir au¬
tant qu'elle dure.
-
DIVERSES.
6y
e L X V.
;
Sans la malignité de notre?.,
cœur, nous
prendrions plaifir
à oublier le mal qui fe fait dans
le monde , pour ne parler que
dit bien qui devroit s'y faire.
C L X VI.
La précipitation de l'efprit à
décider fur le champ , efl une
trille preuve de l'ardeur qu'il
a
pour la vérité.
CLXVII.
Il n'y a prefque perfonne ,
qui ne fût plus obligeant, s'il
étoit plus afiûré de la reconnoilfance.
CLXVIII.
Tous les âges ont des vices
& des défauts
qui leur font
propres ; mais il n'y a point de
Pensh'es
qui leur foient attachées.
particulier.
-vertus
i
CLXIX.
Nous
ne
demanderions pas
toujours le fentiment de nos
amis
fi nous ne comptions
pas qu'il fera conforme au
,
nôtre.
C L X X.
Gn
dit que
les premiers
groffiers,
qu'ils fabriquèrent des Dieux
qui leur reffembloient. En effet
a
hommes étoient fi
la force & la valeur étoient
leur plus
beau partage ; mais
l'efprit humain devenant enfuite plus poli &
plus raifonna.
ble,comme a utems.de Socrate,
çn.enrichit la Divinité de ver¬
tus
plus nobles & plus dignes
d'elle
diverses;
65
d'elle. Cette réflexion
peut
conduire à une autre bien fa¬
vorable au ChrifHanifme : Les
efprits font aujourd'hui beau¬
coup plus fçavans &plus polis
que dans les fiécles paffés. Toutela terre reconnoît la fauffeté
de ces êtres imaginaires,&
l'on
n'en'parle, pour ainfi dire, que
par dérifion. Cependant on
partout un Dieu cruci¬
fié , c'eft-à-dire , un Dieu bien
adore
inférieur
en
apparence
aux
plus petits Dieux de l'antiqui¬
té. D'où peut venir un change¬
ment fi
fubit & fi furprenant ?
n'a-t-il pas lui-même quelque
chofe de Divin }
CLXX I.
Quand nos pallions devienF
ëS
Pense'es
nent un
peu tranquilles , elles
reflemblent à des ennemis fa¬
tigués , qui ne fe retirent que
acquérir de nouvelles
pour
forces.
CLXXII.
Si
Alexandre
le nom d'homme ,
eût mérité
il n'auroit
pas voulu paffer pour un Dieu,
C L X X 111.
Il Semble que
c'eft un bel
éloge pour Aléxandre ; L a terre
Je tût àfon afpecl. Mais que penfoit-elle dans fon filence ? &
quand elle eut laliberté de par¬
ler, que dit-elle de lui ?
CLXXIV.
Une femme belle &
Spiri¬
accomplie quand
elle veut qu'on faffe
plutôt cas
tuelle efl
,
DIVERSES.
de Ton efprit, que de fa beau¬
té.
CLXXV.
Ceux qui parlent le plus de
politique, n'ont ordinairement
que des vues très-bornées. Ils
veulent fans cefle corriger tout
ce
qui fe fait dans le monde ,
parce qu'ils fe croient bi^h
plus éclairés que ceux qui gou¬
vernent. C'eft à peu près com¬
me files vers
luifans vouloient
réformer le mouvement des
Allres, parce qu'ils jettent' un
peu de lumière.
CLXXVI.
Les gens d'efprits'obfervent
entr'eitx ,
& les fots s'obfer-
vent fouvent
gens
moins avec les
d'efprit , qu'avec leurs
F ij
femblables.
PenSE' E S
<5 8
CL XX VII.
Nous
nous
moquons
(
do
qui nefon t humbles que
par baffeflé ; mais la préfonee
de ceux qui le font véritable*
ment
nous interdit & nous
ceux
,
1
i
]
]
i
humilie nous-mêmes.
CL XX VIII.
Quelqu'odieufe que nous
paroilïe la vanité, des autres,
nous ne fçavons la combattre
que par celle que nous avons,
CL X X I X.
Iln'eil point de Médecin li
habile
qui n'ait reconnu l'in¬
certitude de fon art, ni de fi
ignorant qui n'ait éprouvé que
le hazard peut produire d'heu¬
reux fuccès
:
car
tous les pro¬
grès de la Médecine n'ont en-
-
DIVERSES.'
tore abouti
6g
qu'à tuer fûrement
les hommes, quand elle veut,
quelquefois fans
principes trop certains. Ainfi
l'on peut dire que les Médecins
n'auroient pas beaucoup de
vogue
fi l'on fe défioit de
& à les guérir
,
qu'ils
doivent s'en défier eux-mêmes,
leurs lumières
autant
CLXXX.
Les différentes maniérés d'ad¬
mirer les chofes font bientôt
connoître l'efprit ou la bêtife
de celui qui admire.
CLX XXI.
Pourquoi nous plaignonsquand on nous reprend :
nous
nous
n'en fommes ni moins
coupables
cens,
ni moins inno»
P E N S Ë*' E S
7°
CL XX XII.
Les conyerfations
peuvent
toujours être de quelque utili¬
té
quand on ne prend pas
plaifir à entendre dire du bien
de foi, ni du mal des autres.
,
cxxxiri.
L'amour nous perfuade que
nous connoiflons
parfaitement
la perfonne
dans le
en
tems
qui nous plaît
même qu'il nous
ôte la véritable connoif-
fance.
CL XX XIV.
L'inquiétude qui précédé les
premiers fentimens de l'amour,
eft un
préfage prefqu'affuré du.
repentir qui la fuit.
CLXXXV.
Nous n'avouons
quëlque-
DIVERSES.
•
71
fois notre ignorance en certai¬
nes
chofes , que pour faire
croire que
ce que nous
fça-
vons, vaut bien ce que nous
ne
fçavons pas.
CLXXXVI.
Ceux qui ne paroiffent pas
tirer vanité de leur mérite ou
font extrê¬
vains ou véritable'
de leur élévation,
mement
ment humbles.
C LXXXVIL
Plus on étudiera la Religion,
plus on trouvera de vaines dif¬
ficultés pour la combattre, &
de folides preuves pour la
fou-
tenir.
CLXXXVIII.
On ne veut fe rendre
né-
eeffaire dans le monde, que
Pe nse'es
72,
parce qu'on
elt devenu inuti¬
le à foi-même.
CLXXXIX.
Nous lions continuellement
nos
pallions avec celles d'au-
trui, comme li le poids des nô¬
tres n'étoit pas
allez, rude.
cxc.
Les
louanges des flatteurs
font li excelîives, qu'elles aver¬
tirent aulîi-tôt de ne les pas
croire. Elles font un voile,
dont on couvre les yeux des
grands, & un lignai pour ceux
qui les entendent louer.
C XCI.
Les limites de notre
nous
efprit
font fouvent.de la peine,
p arce qu'elles humilient notre
vanité , ou qu'elles nous font
craindre
73f
DIVERSES.
craindre de nous tromper dans
nos
intérêts particuliers : mais
les limites que nos pallions
mettent à notre cœur nous dé-
laflent, pour ainli dire, & nous
arrêtent avec plailir.
C X C11.
Nous aimons mieux
nous
qu'on
écoute, quand nous ra¬
contons des
bagatelles, que de
dire de bonnes choies fans être
écoutés.
CXCIII.
Il ell permis à l'homme de le
répandre au dehors, pourvu -A
qu'il foit toujours prêt de ren¬
trer en lui-même.
C X C IV.
Nous avons
autant
d'aver-
fion à réfléchir fur nous-mêG
P E N S E' E S
mes, que de plaifir à en pal"*
<74
1er.
CXC V.
Le mépris ou l'indifférence
qui fuccédent à l'admiration ,
font prefque toujours bien fon¬
dés.
c x c v r.
Suivant les Athées,'tous les
hommes fe perdent à la fin de
la vie dans une efpece de néant,
comme les fleuves clans la mer;
mais eft
-
il permis de
parler
ainfi ? 11 n'efl: peut-être pas fur
que nous difparoiffions de cet¬
S'il en faut croire
te maniéré.
des perfonnes de bon fens plu-
fieurs fe font fauvés, & fe trou¬
vent
à l'abri du naufrage géné¬
ral dont on nous parle. Il faut
DIVERSES.
75
donc tâcher de faire comme
peut tout hazarder ,
quand il s'agit de tout perdre.
Ceux, qui comptent de périr
éux : on
fans reffource
doivent-ils fe
moquer, quand on fait de férieufes réflexions là-defliis,
&
mcpriferle refle du monde qui
ne veut
pas les imiter ? Ne feroit-on pas indigné contre un
criminel prêta périr, qui infalteroit à fon complice ,
qui
voyant un rayon d'efpërance
de fléchir fes
Juges , n'otiblie
rien de tout ce qui peut lui faire
éviter la mort ?
C XC VII.
aimons mieux
être
haïs que méprii'és , parce
qu'il
Nous
u'eA rien de plus facile que de
G ij
76
P E N S E' E S
rendre haine pour haine : mais
il ne dépend pas toujours
de
nous
d'avoir du mépris pour
ceux
qui nous méprirent.
CX C VIII.
Lorfque nos défauts nous
paroiffent de bonnes qualités,
nous
devons craindre de pen-
fer bientôt
que nos bonnes
qualités font des défauts.
C X C I X.
Nous fommes toujours cu¬
rieux de fçavoir ce que les au¬
tres
nous
penfent de
nous ;
mais
oublions facilement
que nous en
ce
devons penfer
nous-mêmes.
C C.
Si on refufe les plaifirs qui
fe prélentent, c'elî parce qu'on
DIVERSES.
en
77
fonhaite de plus grands ; &
l'on aime
quelquefois mieux
s'ennuyer que de ne fc divertir
qu'à demi.
CCI.
d'heureux
tempéramens , qui éloignent
Il y a fans doute
du vice & qui rendent la vertu
plus facile ; mais on ne prouve
point par-là qu'ils font tout en
nous. La liberté nous ell fi na¬
turelle que le fentiment inté¬
rieur, quejnous avons de nous,
mêmes , ne nous apprend pas
mieux notre propre exiftence.
De forte
qu'il ne tombera ja¬
mais dans un efprit bien fenfé ,
qu'il ne dépendoit pas de Né¬
ron de continuer d'être honnê¬
te homme ; & que Titus, après
G iij
7S
Pense'es
fes égatemens , ne pouvoït fe
dilpenfer de devenir un grand
Prince.
C CIL
Si l'on veut juflifier le
mé¬
certaines
pris qu'on a pour
perfonnes, il faut laitier voir
clairement fpi'on lent pour
elles une véritable amitié.
C C 111.
La malignité du cœur
diminuer avec le
tems ;
peut
mais
la ioiblefle de
l'efprit augmen¬
te toujours de
plus en plus.
CCIV.
Si les fpeéfacles étoient l'é¬
cole de la vertu, comme 011
veut
le perfuader, les Comé¬
diens devroient fans doute
y
être ienlibles ; & parmi un fr
D1V
ERSES.
quelques-uns
grand nombre
en
79
donneroient l'exemple : ce¬
pendant perfonne ne s'efl en¬
core avifé de p enfer que pour
devenir vertueux , il
fcroit
peut-être à propos de fe faire
Comédien.
c cv.
Le fyftême de
fe devoit
laMétempfyco-
être fans doute
la
plus douce confolation des
anciens Philofophes contre les
horreurs de la mort : cette fic¬
tion ingénieufe
les raffuroit,
ainfi dire,
vivre toujours. Tant il cft vrai
que les hommes étoient nés
pour ne pas mourir , & que
les ténèbres de leur efprit ne
pouvoient obfcurcir entié& les faifoit, pour
G iiij
So
Pense'es
l'idée
rement
de
l'immorta¬
lité.
CC VI.
Le plaifir de l'imitation
que
la nature
mes ,
infpire à tous les hom¬
& qu'ils prennent même
fans s'en appercevoir , eft une
marque fcnfible
faits pour
avoit
tous
qu'elle les
les rendre
égaux.
C C VII.
Les plus habiles
fait de
gens auroient
grandes fotiles dans
certaines occafions, fi les fots
n'avoient pris les devants.
CCVIII.
Pour fuivre toute fa raifon
il faudroit pouvoir raflembler
la fimplicité d'un
enfant, l'ac¬
tivité d'un jeune homme , &
l'expérience d'un vieillard.
1
Si
DIVERSES.
CCIX.
Quand on devient incorri¬
gible fur fes défauts ,1a honte
ou
la vanité y ont fouvent
plus
l'habitude ; parce
qu'on ne peut fe réfoudre à
démentir tout le cours de fa
de part que
vie.On croiroits'anéantir,pour
ainfi dire , & devenir un autre
homme
que l'on ne
connoît
pas.
ccx.
naiffante
avant même
qu'elle s'en apperçoive ; mais
•enfuite elle s'obftine à l'admi¬
On loue la beauté
d'une jeune fille ,
lorfque les autres n'y pen¬
sent plus.
rer ,
CCXI.
C'cft la nature qui nous inf-
§2
Pense'ES
pire les fentimens de l'amour,
& l'amour détruit Couvent tous
les autres fentimens de la na¬
ture.
CCXII.
Nous prenons Couvent
de plaifir
plus
à parler des dé¬
fauts de nos ennemis
,
que de
bonnes qualités , comme
fi dans certaines occafions
nos
,
nous
avions moins d'amour
pour nous, que de haine pour
les autres.
CCXIII.
Nous méritions
qu'un ami
nous
quittât, fi nous cédons de
l'aimer après fon refroidilTement.
CCXIV.
La jaîoufie de
l'époux rcC-
8^
DIVERSES,
fcmble à la haine ; mais celle
de
l'amant
reffem-ble à l'a¬
mour.
CC XV.
Lois
qu'elles
L'abus que l'on fait des
eli une grande preuve
font abfolument néceffaires ; &
l'on ne comprendra
jamais,fans
le fecours de la Religion, com¬
ment les hommes en on
fait de
de fi belles, & pourquoi
ils les
violent û fouvent.
CCXVI.
Deux chofes femblent faire
impreffions fur les
impies : la fuperflitiondes gens
greffiers , qui les rend prefque
idolâtres ; & l'ufage que de
mauvais politiques font de la
Religion pour venir à bout de
de grandes
84
Pense'es
leurs deffeins. Mais ' pour déci¬
der une fi
grande queftion ,
faut-il choiiir
des
hommes
aveuglés, les uns par l'igno¬
les autres par l'ambi¬
tion : les premiers ne
fçavent
pas chercher la vérité, les fé¬
rance ,
conds feroient fâchés de la
trouver ;
& tout confidéré, il
n'y a dans cette matière de bon
Juge que l'homme véritable¬
ment Chrétien.
CCXVII.
Il eft vrai que la
Religion a
fervi malgré elle aux deffeins
des ambitieux ; mais auffi les
ambitieux ont toujours fecoi>
dé malgré eux les deffeins de
la Religion,
85
diverses.
CCXVIII.
fi
obligeans , fi nous ne vou¬
Nous ne croirions pas être
lions pas qu'on nous
gation.
eût obli¬
CCXIX.
L'Univers fut le
jouet dix
peuple Romain , & le peuple
Romain le fut fouvent d'un
feul homme.
ccxx.
Les flatteurs font auprès des
Grands les plus cruels ennemis
3e la vertu ; & malheureufe-
preR
que les feuls qui peuvent êtrç
ment
pour elle , ils font
fes proteûeurs.
GCXXI.
L'empire des fens eflbien'pluS
étendu que celui de la raifon 3
S6
Pense'es
c'ell: pourquoi l'on forme des
toutes fur les difcours, & Ton
décide fur les exemples.
c ex xii.
Les liaifons que les hommes
forment entr'eux font plus du¬
rables, quand elles font fon¬
l'égale portée des efprits, plutôt que fur la môme
dées fur
inclination des cœurs.
CC XXIII.
L'envie cil prefque inféparable de l'ambition ; & nous
ferions fouvent contens de no¬
tre
état, fi les autres ne vou-
ioient pasfortir du leur.
CCXXIV.
Il
manque à l'amitié les
empreflemens de l'amour, & à
l'amour la durée de l'amitié.
DIVERSES.
87
ccxxv.
On eft fâché de n'être pas
connu ;
mais on ne l'eft point
de ne fe pas connoître.
C C X X V I.
Si
nous
nous
connoiffions
parfaitement, nous ne fouhaiterions point de nous faire un
nom ■; & nous voulons rare¬
ment nous montrer par les en¬
droits, qui nous cara&erifent lç
mieux.
G C XXVII.
Les
Philofophes par leurs
beaux difcours n'ont pas mieux
corrigé les vices des hommes ,
que les Peintres remédient aux
défauts du corps par leurs por¬
traits : car la
raifon feule ne
fçauroit nous arrêter dans la
I
S8
Pense'eï
pente que nous avons au mal.
Ii faut chercher ailleurs de plus
grandes reffources , & leurs
belles réflexions n'ont guéres
plus de pouvoir pour calmer
une violente
paffion , que les
feux d'artifice pour diminuer
la vivacité du Soleil.
C C XX VIII.
Nous reconnoilîons les au¬
tres dans nos
défauts , & nous
tâchons toujours de
nous re-
connoître dans leurs bonnes
qualités.
CCXXIX.
Puifque nous devenons quel¬
quefois infenfibles fur nos pro¬
pres maux
il n'clf pas fur,
prenant que nous nous conto-
lions fi ailëment de ceux d'au-
trui.
CCXXX.
sg
Sdîverses:
C C X X X.
Quand on ne furmonte qu'une
paffion , on ne fait qu'augmen¬
ter la
force des autres.
CCXXXI.
Nous
voulons qu'on fe fie
toujours à nous, & même dans
le tems que nous nous défions
de nous-mêmes.
C C XXXII.
[
Il manque à
me
l'honnête hom¬
de n'avoir pas befoin des
méchans ; mais il faudrait en¬
core
fent
puf-
que les méchans ne
fe paffer des gens
de
biens.
CCXXXI II.
toujours les
moindres défauts dans les auttes, & nous voudrions fouNous blâmons
H
_jt
—
P E N'S E' E S
'C)0
qu'on louât
grands vices.
vent
nos
plus
CCXXXI V.
Avant de fe plaindre
de Tes
maux, on devrait être afluré
qu'on ne les méritoit pas.
*
ccxxxv.
Quand nous avons fait pour
parens tout ce que la raifon exige de nous , la nature
nos
devrait nous les faire confidérer comme
étrangers.
CCXXXVI.
La folitude elt fans doute un
fur moyen de fauver la vertu
de la corruption
du monde ,
& cependant nous étions faits
pour vivre tous en focieté.
CCXXXVII.
Nous jouilîbns de la vie eu
fil VERSES*
9*
craignant continuellement
la
mort, comme ces poflcffeurs .
injuftes qui n'attendent que le
moment d'être
dépoffédés.
CG XXXV II I.
Il elt vrai que malgré un gé¬
nie fupirieur , ceux qui gou¬
vernent
négligent quelquefois
d'entrer dans le détail. Un char
bien conduit s'il
les miférables
qui n'ont pas la force de s'en
garantir : mais auffi ceux qui
n'eft jamais
brife en paflant
s'attachent
trop à leurs propres intérêts,
& n'ont pas allez de lumières ,
pour comprendre que,dans les
grandes places, on ne peut agir
que par des vues générales ,que les loix humaines ne par¬
font gouvernes ,
ti ij
Pense'es
çï
tent
pas d'affez bonnes mains
& qu'il
n'y a que les Loix divines qui
puiffent être utiles à chaque
pour remédier à tout,
homme en particulier.
CCXXXIX.
Quand nous croyons avoir
trop d'égard pour les autres.,
nous devons toujours craindre
que nous n'en ayons pas allez.
CC XL.
On a dit que
celui qui ne
fçait pas cliffimuler ne fçait pas
regner : la penfée ne feroit-elle
pas plus jufte , fi l'on eût dit,
qu'il valoit mieux ne pas re¬
gner, que d'être obligé de cliffi¬
muler.
CCXLL
Lespaffions ont admis vo-
DIVERSES.
91
lontiers la pluralité des Dieux;
mais quand la raifon
n'en admettre qu'un
ont tâché
n'a voulu
feul, elles
de n'en laiffer rece¬
voir aucun.
CCXLIL
Quand on veut perfuader
qu'on a de l'efprit à ceux qui
n'en ont pas , on en manque
foi-même ; & la plus grande
marque de fotife ,
c'eft d'être
fenfible aux louanges des fots»
CCXLIII.
On
attribue quelquefois à
notre
vanité, des défauts de
tempérament ; mais nous ne
manquons point d'attribuer
notre
k
tempérament les effets,
de notre vanité.
P È N S E* E S
$4
C C X LI V.
Il faut ménager
les hommes
des enfans, & fouffnr
comme
quelquefois d'en être traité foimême
comme
fi l'on n'ètoit
qu'un enfant.
C C X L V.
Les fots peuvent fc conno>
tre ; mais
les gens d'efprit fe
connoiiTent, & connoifient les
autres.
C CX L VI.
Notre félicité fera
toujours
faufie &
imaginaire
elle nous paroîtra plus
en la
,
quand
grande,
comparant à celle des au¬
tres.
CCXLVII.
Puifque nous éprouvons tous
les jours que
l'efpérance nous-
DIVERSES,
95
la pofleiTiori
dégoûte , pourquoi nous
empreiTons-nous tant à jouir
des avantages de la vie ?
anime , & que
nous
ccxLviri.
On fe fait fouvent du mal
pour nuire aux autres ; maison
ne s'en fait point pour leur fai¬
re du
bien,
CCXL1X,
Les fots
prennent fouvent
confeil du premier venu ; mais
les gens d'efprit n'en ont jamais
pris que de leurs femblables.C C L,
Deux femmes qui fe reffem-
blent
,
mettent toujours entr'ellesune grande différence,
C C LI.
Les occafions promptes font
9S
Pense'es
fouvent faire de grands crimes,
& rarement exercer de grandes
vertus.
cc lii.
Notre vanité
trouve
fon
dans la leâùre d'un
grand nombre de Livres , fans
compte
que nous nous appercevions
qu'ils multiplient nos doutes
fans les éclaircir , & qu'ils ne
font que nous donner de fauffes
confolations fur
notre
igno¬
rance.
CCLIIL
C'eft: toujours par inclina¬
tion que l'on fréquente les bel¬
les femmes ; mais on s'attache
quelquefois par vanité à celles
qui n'ont que de l'efprit, pour
faire croire qu'on n'en manque
pas.
CCLIV,
97
DIVERSES.
C C L I V.
Nous-n'oublions jamais mieux
notre
foiblelfe,que quand nous
voulons mal-à-propos
fentir notre
faire
autorité : en fai-
fant trembler ceux qui en dé-.
pendent, nous prêtons fouvent
àrire à ceux qui n'en dépen¬
dent pas.
CCLV.
L'amour le plus violent lailfe
quelquefois échapper des traits
d'indifférence
que l'amitié la
plus fimple auroit peine à par¬
,
donner.
CCLVI.
Ceux qui penfent fur le
dé¬
clin de l'âge à rétablir leur fan-
té après l'avoir ruinée par leurs
débauches ,
relfemblent aux
I
98
P E N S E' E S
prodigues , qui fe repentent
d'avoir facrifié de grands biens
à des grandes folies , & qui
cherchent inutilement à réparer
leur mifére. Les uns ne réuffif-
fent pas mieux que les autres,
parce que les premiers ont per¬
du leurs forces } & les féconds
leur crédit.
CC L VI1.
Les uns font peu de cas deS
Sciences , parce qu'ils en igno¬
rent le
prix -, les autres les efti-
ment trop ,
parce
connoiffent pas les
qu'ils n'eu
défauts.
C C L VIII.
Les tours ingénieux que l'on
prend pour mettre au jour des
fentimens corrompus , laiffent
toujours comprendre qu'on,
diverses.
99:
£Îl fâché de n'ofer s'exprimer,
plus grofiiérement.
CCLIX.
Nous occupons un fi grand
efpace dans notre imagina¬
tion
qu'il n'en relie pour les
autres qu'autant qu'il en faut
pour nous faire paraître plus
grands.
,
CCLX.
Nous
jugeons prefque tou¬
jours hien des autres , lorfiqu'en les condamnant, nous
voudrions qu'ils ne fuifent pas
coupables.
C C L X I.
Le nombre
prodigieux des
Livres qu'on a faits, n'eft point
une
preuve qu'il y a des gens
véritablement fçavans, nimê-
Iij
roo
Pense'es
que les plus éclairés puiffent le devenir. Il n'en faut
me
peut-être pas davantage pour
prouver qu'ils ne le feront ja¬
mais ; mais on en peut furement conclure que les hom¬
mes étoient nés pour fçavoir
tout.
CCLXII.
On réfléchit bien plus long*
tems
pour faire le bien , que
pour s'abandonner au mal.
CCLXIIL
La fortune
vent
prodigue fou-
fes plus grandes faveurs
à ceux qui n'en méritent aucu¬
ne; il femble
que certaines gens
n'ont qu'à difliper leurs biens
pour
devenir enfuite plus ri¬
ches -, mais la nature ne multi-
DIVERSES.
101
plie pas ainfi Tes dons, elle ne
les accorde jamais qu'une fois;
& ceux qui en abufent font tou¬
jours punis de leur ingratitude.
C CLXIV.
pareffe, la vanité s'ac"
cordent fou vent enfemble : on
La
fcroit bien fâché de ne pouvoir
certaines affai¬
quoiqu'on ne veuille pas
pas entrer dans
res
,
s'en mêler.
CC LXV.
L'inquiétude & le dégoût,
qui accompagnent l'état que
nous fouhaitions avec tant d'ar¬
deur ,
& que nous avons en¬
fin obtenu , font une preuve
indigne de
ou que nous étions in¬
dignes de lui,
certaine qu'il étoit
nous ,
^•/BIBLIOTHEQUE, } % ujjj
101'
FenS'E'ES-'
CCLX VI.
Annibai craignant
de tomber
O
entre les mains de fes
ennemis,
s'empoifonna : Enfin, dit-il,
délivrons les Romains de la
crainte que nous leur donnons
depuis fi longtems. C'efl ainfl
que nous déguifons fouvent
notre honte
,
& que nous
voulons môme en tirer va-'
nité.
C CLXVII.
L'homme devroit avoir une
fi haute idée de lui-même
, que
tout ce
qui l'agite en ce monde
mérite fi peu fon attention
,
qu'il n'y devroit jamais trou¬
ni de quoi
s'affliger, ni de
quoi fe confolcr,.
ver
103
DIVERSES.
C CL XVIII.
L'amitié n'a peut-être rien
de plus doux
que l'idée
d'un
ennemi qui cherchoit à nous
nuire
qui a befoin de nous,
,
à qui nous
voulonsfaire plaifir.
CCLXIX.
Les hommes corrompent
tout
,
mêmes
parce qu'ils font euxcorrompus. Il n'e-ft
point de crime à qui ils n'aient
ni
donné le nom de vertu ,
■de vertu qu'ils n'aient
accufé
de foibieffe ou de folie ;
forte
de
qu'ils font capables de
louer les plus grands vices , &
de condamner les plus grandes
vertus.
CCLXX.
Nous parlons de nous
I iij
plus
i04
pense'es
fouvent aux autres qu'à nous-
mêmes.
C CLXXI.
L'idolâtrie prouve invinci¬
blement qu'il y a dans le prO'
pre fond de l'homme une
idee
réelle de la Divinité, & que
cette idée n'ell point par con-
féquent l'ouvrage des politi¬
ques ; mais comment fera-t-ort
voir qu'ils ont mieux trouvé
leur compte dans la Religion
des Chrétiens
que dans celle
,
des Idolâtres ? En faut-il da¬
vantage pour faire voir que
la
Religion en général n'ell
point une invention de la poli¬
tique , & que le Chriftianifme
le doit-être moins que toute
autre
à çaufe de fa grande
DIVERSES.
ïOf
févérité. On nepouvoit choifir
plus mauvais frein pour
hommes. Il efl
aifé de démontrer toutes ces
vérités, malgré toutes les ténè¬
bres dont les impies tâchent de
les envelopper.
un
contenir les
CCLXXII.
Un flatteur de profeflion elt
ordinairement fi rempli de dé¬
fauts , cpte s'il
falloit opter, il
aimeroit mieux dire.nettement
aux Grands ce qu'ils font, que?
ce
qu'il eft lui-même.
C C L X X 111.
Ariflote ne croyoit pas nous
quand il compofoit
tromper ,
la véritable
félicité de tous
les avantages dont on peut
jouir pendant la vie ; mais il le
*06
P E N S e' £ S'
trompoit lui-même bien groifiérement.
C G L X X IV.
Nous affectons fou vent de
donner aux autres des louan¬
ges outrées, pour nous épar¬
gner la peine d'en donner plus
fouvent.
CCLXXV.
Les gens
lages agiflenf tou¬
jours avec tant de précaution,
qu'ils femblent dépendre cntiéerement
de tout, dans le tems
qu'ils ne dépendent que d'euxmêmes.
CCLXXVI.
Qu'eft-ce que la vie d'un {Im¬
pie Capitaine dans les com¬
mentaires de Céfar ?
Qu'eftce
que la vie de Céfar dans
DIVERSES.
107
l'Hiftoire Romaine ? Qu'eft-cc
Romaine dans-
que l'Hiftoire
celle de l'Univers ?
cclxxvii.
Il en eft de l'efprit comme:
du courage , lorfque la pru¬
dence ne les conduit pas. On
peut-être aimé des uns, & fe
faire craindre des autres ; mais
dans le public onpalîe-toujours
pour un fou.
ccLxxviir.
L'homme méchant s'applau¬
dit de ne pas faire tout le mal
qu'il peut ; le galant homme fe
contente
ordinairement de ce
qu'il n'en fait point ; & le véri¬
table Chrétien s'afflige de ne
pouvoir pas faire toutes fortes
de biens,.
F
Pense'es
ïoS
CCLXXIX.
Nous
d<
parlons quelquefois
ai
dans le deffein d'inftruire les
a:
autres, lorfqu'iis ne nous écou¬
tent
que
pour nous
mitruire
nous-mêmes.
t:
CCLXXX,
£
Nous penfons plus fouventà
r
défennuyer qu'à prendre
duplaifir : & l'ennui fe nourrit
£i bien de tout, que les plus
nous
1
!
grands divertiffemens n'abolitilTent qu'à le rendre plus long
& plus fenfible.
C CLXXXI.
<
;
La pudeur eil fans doute un
des plus grands charmes de la
beauté ; mais ce n'eft
qu'un
ornement dans la
première jeu"
neffe : elle ne mérite le nom
!
mm
■
diverses,
109
eft
de vertu que quand elle
affez heureufe pour augmenter
avec
lâ'ge.
CCLXXXII.
Nous fommes tellement def-
tinés à être heureux , que tout
ce
qui retarde notre félicité
rend enfuite plus agréa,
nous la
ble, comme pour nous dédom¬
mager du tems perdu.
CCLXXXII I.
Il y a des pallions que
les
vieillards ne connoiflent prefque plus que.de nom ; il y en
a d'autres qui fe fortifient en
eux,& celles qui commencentà
s'alfoiblir les tourmentent fouvent
plus que toutes les autres.
C C LX XXIV.
On admire l'homme dans fes
P e n s e" e s
110
penfées ; on le méprife clans
fes delTeins &dans Tes aûions;
le
plaint dans fes remords ;
reconnoît plus quand
il fe rappelle à lui-même &
çcju'il fe convertit.
on
on ne le
CCLXXX V.
La plupart des
hommes tâ¬
chent de fe juftifier les uns cle"
■vant
les
autres
,
comme ces
.coupables renfermés qui fe
eonnoiffent tels qu'ils font , &
de qui cependant le fupplice
^'apprête tous les jours.
,
CC LXXXVI.
L'amour propre n'eft pas
affez ingénieux pour nous ca¬
cher tous nos défauts, & nous
fouhaiterions fouvent que les
louanges qu'on nous donne,
DIVERSES.
III
puiffent feulement nous fervir
d'excufe.
CCLXXXVII.
L'homme dans la vigueur de
Page oublie , pour ainfi dire p
8e la
femble fe
les bienfaits de la nature ;
nature
à fon tour
venger , en oubliant l'homme
dans la vieilleffe.
C CLXXX VIII.
Les louanges
font fi agréa»
Lies, qu'il y a même des gens
d'efprit qui ne font pas infenfiLles à celles qu'ils reçoivent
des fots
comme les belles
femmes ne dédaignent pas tou¬
jours les cajoleries des plus
,
laids.
CCLXXXIX.
Pans le grand fpecfacle que
pense'es
l'Univers nous préfente , les
bons efprits fçavent admirer
l'ouvrier, les efprits bornés ne
confidérent que l'ouvrage , les
efprits forts n'admirent ni l'ou¬
vrage , ni l'ouvrier, pour s'ad¬
mirer uniquement eux - mê¬
'ix i
mes.
ccxc.
Ceux qui ne fongent qu'à fe
faire craindre , veulent feule¬
fçavoir ce que l'on dit fur
leur compte ; mais ceux qui
tâchent de fe faire aimer, s'in¬
ment
forment avec foin de ce que
l'on penfe d'eux.
C C X C I.
Les hommes ne font pas heu¬
qu'ils ne veulent
l'être que par le fentiment&
reux ,
parce
qu'il
lïj'
DIVERSES.'
qu'il faut qu'ils le foient par la
raifon: ils fçaventenquoi confifte un bonheur folide ; mais
comme il ne
fe fait pas fentir ,
ils s'en dégoûtent.
un
Ils fentcnt
bonheur frivole, & ils cher¬
dans une
d'objets tout ce qui
chent inutilement
multitude
peut
l'entretenir. Cependant
celui-là feul elt véritablement
perdroit rien
l'Univers
entier difparoîtroit à fesycux.
heureux , qui ne
de fa félicité quand
ccxcn.
Les fots devroicnt éviter
les
le même
femmes évi¬
gens d'efprits , avec
foin que certaines
tent
celles qui
leur paroiffent
plus belles.
K,
rr4
Pense'es
CCXCIII.
Les fots ne
manquent jamais
de matière pour
parler aux au¬
tres ,
ni les gens d'efprit pour
parler à eux-mêmes.
CCX.CI V.
Les plus grands événemens
dépendent fouvent de peu de
chofes. Si les nourrices d'Ale¬
xandre, & de Céfar fe fuffent
diverties à leur faire peur ,
peut-être euffent ils été
poltrons toute leur vie..
-
des»
ccxcv..
On doit
tout craindre d'une
belle femme ,
core
qui compte en¬
plus fur fes artifices, que
fur fa beauté.
C C X C VI.
LTne femme
qui aime férieu-
DIVERSES.'
Ilf
fement , ne veut être aimée
mais celle qui
de
que d'un feul ;
n'aime point, le veut être
tout le monde.
CCXCVII.
Il y a
ordinairement beau¬
plus d'opiniâtreté, dans
qui fe trompent, que dans
ceux qui ne fe trompent pas ;
coup
ceux
d'intérêt, & la vanité
parce que
des premiers,trouvent un
leur compte
meil¬
à demeurer dans
l'erreur , & que les autres
pré¬
fèrent leur repos au zélé ,
ti
&
l'amour qu'ils doivent avoir
pour la vérité.
CCXCVII I.
Les grands
doivent cet avan¬
tage à la fortune ,
qu'il dépend
d'eux de fe mettre au nombre
K
ij
*i5
Pense'es"
des petits, &
que les petits nS
peuvent qu'avec beaucoup de
peine fe mettre au nombre de§
grands.
CCXCIX.
On efl
toujours plus hent
reux, quand on veut faire lè
bonheur des autres ; & fi l'on
y
réuffit, c'eft jouir à la fois dà
deux félicités
qu'on ne doi$
jamais féparer.
,
ccc.
Nous
ne
I'injuftice
,
devons haïr que
&
nous
n'avon|
fouvent de la haine, que
parc^
que nous fommes injuftes,
ceci.
îl eft ridicule de fe
plaindre
de tout ; mais on efl bien
de pitié,
de tout.
digne
quand on fe moque
.
Il/
DIVERSES.'
CCCII.
pouvoit com¬
prendre combien il mérite d'ê¬
Si l'homme
malheureux , le moindre
fentiment de plaifir le furprendroit ; & s'il connoiffoit par¬
faitement à quel bonheur il
tre
étoit deftiné,
les plus grands
plaifirs ne ferviroient qu'à le
rendre encore plus inconfolable.
On
tour fi
CCCIIL
donne
fouvent
ttsi
malin aux fautes que l'ont
critique dans les autres , que
l'on ne feroit pas fi coupable
de les avoir faites, & de n'en
point parler.
C C C IV.
Les
perfonnes de
probité
ri S
Pense'es
fouhaitent d'être imitées de
; mais les méchans ne voudraient
pas avoir
tout le monde
tant de
femblables , parce que
leur intérêt
n'y trouve pas tou¬
jours fon compte.
C CC V.
L'hypocrilie n'a jamais allez
de force pour foutenir fon maf-
'que aulîî. long-tem» qu'elle
voudrait : car il devient
peu-à-
peu tranfparent pour ceux
qui
ont de bons
yeux.
CCCV1.
lien eft des
me des
efpérances com¬
prédirions : pour une
qui réuffit, il y en a mille qui
font faulTes.
Si
CCCV II.
l'Idolâtrie ayoit fuccédé
119
DIVERSES.
au
Chriltianifme ; il n'y aurait
rien
d'extraordinaire. Il fuffit
de connoître la corruption dit
cœur
humain, pour compren¬
dre que ce changement
devoir.
arriver.Maisquoi déplus éton¬
nant
que de voir la ReligionChrétienne- préférée prefque
tout-à-coup à celle des Païens 9.
& quoi de plus propre à faire
foupçonner aux bons efprits ,
,
qu'il y en aune véritable,qu'el¬
le quelle foit.
CCCVIII.
Pour s'imaginer avec
que la Religion en
raifoiv
général eft
l'ouvrage de la politique , il
faudrait que les Souverains
enflent mieux trouvé leur
compte dans la Religion
Chré-
P E N S E' E S
120
tienne ,
que dans celle des
Païens , & que l'Evangile fût
plus favorable à leurs deffeins
que les fables & les luperllitions du Paganifme ; mais en
confultant les
mentaux
points fonda¬
de la Religion qu'on
appelloit nouvelle on voit
qu'ils font direâement oppofés
à l'ambition à la fauffe politi¬
que , au defpotifme. On pour
,
,
roit citer une foule de maxi¬
qui le prouvent évidem¬
que lEglife univerfelle
n'a celle de prêcher
& fur
lefquelles les vrais Chrétiens
ont
toujours été inébranla¬
mes ,
ment ,
,
bles.
CCCIX.
On
a
toujours parlé des
corps
-DIVERSES.
I2.I
•Corps & des efprits comme de
deux êtres généralement con¬
Et l'on n'a parlé que de
ceux-là.Tous lesPhilofophes &
nus.
lesPoëtes en font remplis.Non,
dilênt certains Athées , il n'y
d'exiftant que la fubftance
étendue ; elle feule peut ren¬
.a
fermer toutes les fùbftances, &
les efprits ne font que l'ouvrage
de l'imagination , c'eft à-dire,
d'une certaine façon de penfer
qui invente tout ce qui lui plaît.
Mais d'où vient que tous les
peuples ont été perfuadés qu'ils
y a des êtres qui n'ont rien de
commun
avec
la matière ?
Pourquoi l'imagination dans
.
les grands génies qui ont étudié
la
nature ,
s'eft-elle arrêtée
L
Pens e'es
112
en
fi beau chemin } Elle ell or¬
dinairement fi bizarre , & fi
féconde, qu'elle n'auroit pas
manqué d'inventer une infini¬
té d'autres êtres ,
qui ne fe,
ni des
roient ni des corps
efprits, & d'en peupler l'Uninivers comme elle l'a rempli de
fauffes Divinités.
donc
Elle peut
défigurer tous les êtres
les embellir & les
exiflans ,
rendre ridicules de mille diffé¬
rentes manières ; mais elle n'en
fçauroit créer, l'es forces ne
vont point jufques-là, de forte
qu'on fera toujours obligé de
convenir
que l'efprit & le
corps font réellement diftinûs,
& qu'on ne peut les confon¬
,
dre fans renverfer les notions
0l VERSE S
Ii3
& les plus
les plus communes
raifonnables.
c ccx.
Demandons aux incrédules
s'il exifte quelque vérité fixe ,
permanente, & qui ne dépende
point du fyltcme de l'Univers,
c'efl-à-dire , du mouvement,
& des différens corps qui la
compofent ; s'ils répondent
qu'il y a des vérités de cette
elpéce , ils fieront obligés de
conclure que nous avons une
connoilfiance dillinéïe de quel¬
que chofie qui n'eft pas maté¬
riel : s'ils difient qu'il n'y a point
de ces fiortes de vérités fixes,
parce qu'ils feroient contraints
d'avouer qu'elles font éternel¬
les ,
demandons-leur fur quel
L ij
•fondement ils appuient
leur
fon¬
opinion : il faudroitque ce
dement fût fixe & invariable »
de forte qu'ils fe trouvent
dans
la néceflité d'avouer & de dcfavouer en
même tems.
CCCXI.
La crainte de la mort nous
détourne fans doute de faire
de grands crimes , comme l'a¬
mour de
la vie nous détourne
fouvent d'exercer de grandes
vertus.
C C C X11.
Nous ne trouvons point de
confolation
folide
dans
les
affligions, parce que nous ne la
cherchons que dans des objets
-à-peu-près femblables à ceus;
qui ont caufé nos maux.
DIVERS Eî,
CCCXIII.
On 11e goûte
les plaifirs du
eft
vice, qu'en oubliant qu'il en
l'auteur ; mais ceux de la vertu
deviennent encore plus fenfi.-
bles, quand on penfe qu'elle
feule les produit.
CCCXIV.
Quand nous convenons de
défauts nous ne croyons
point qu'ils entrent dans notre
caraûere ni qu'ils falfentune
nos
,
,
partie de nous-mêmes.
C C C X V.
Il y a fouvent en
nous une
certaine aâivité, qui vient de
notre
parefle.
CCCXVI.
les difcours
de la critique, quand on ne
On abrège bien
L iij
1x6
P E N S ë' E S
recherche pas avec empreffement l'eftime du
public ; parce
l'humilité ell la vertu qui s'ac¬
commode le mieux
avec
les
défauts des autres.
CCÇXVII.
Quand nous fommes feuls
le mérite que nous
croyons
avoir ,
fufHt pour contenter
notre vanité ; mais
quand nous
nous trouvons avec les
nous tâchons de mettre
autres,
la leur
à contribution.
cccxviri.
nous humilions fouvent par artifice
, pour
obliger
les autres à s'humilier
vérita¬
blement.
Nous
CCCXIX.
-Un Prince vraiment
grand ,
Ï27
DIVERSES.
fçait faire fentir fa grandeur,
fans laiffer appercevoir
qu'il la
tonnait lui-même.
cccxx.
Notre vanité n'eft jamais
mieux flatée que quand nous
,
difputer deux perfonnes qui tâchent de nous
mettre chacune de leur côté ,
en croyant que notre approba¬
écoutons
tion va décider.
CCCXXI.
Quand la vanité ou l'envie
obligées de louer les
a&ions des autres elles trou¬
vent toujours qu'il y manque
quelque chofe.
font
,
CCCXXII.
Nous publions
volontiers le
mérite qui n'eftpas favorifé de
L iiij
ii8
Pense'ES
la fortune, parce que cette efKme contente notre
vanité, fans
exciter notre envie.
C CCXXIII.
Notre vanité ne cède à l'ufage qu'avec contrainte, & nous
y
faifons céder notre raifon
avec
indifférence.
CCCXX1V.
La timidité peut quelquefois
être un effet du tempérament ;
mais la vanité y contribue plus
qu'on ne croit , & l'on fe
montreroit toujours hardiment
ii l'on étoit affuré d'être ap¬
plaudi.
cccxxv.
Pour prouver que
l'intérêt
cède à la vanité , & la vanité
à l'intérêt, il faut chercher un
119
DIVERSE S.
Grand qui
promette des ré-
'compenses , & un dateur qui
les attende.
CCCXXVI.
vanité ce qu'on
fait dans certaines occafionsj,
mais la honte empêche fouvent
de dire ce qu'on auroit voulu
On dit par
a
faire,
CC CXXVII.
Les uns veulent abfolument
contenter leur vanité , &
alTcz pour d'autres
c'efl
d'en avoir
les moyens.
CCCXXVIII,
•
Le monde efl un aiîemblagc
monftrueux de vérités & d'er¬
reurs ,
de riehefies & de pau¬
vreté , de paix & de guerre,
de vertus & de vices.
Et pref-
I30
Pense* Es
;
que tous les homqjes, meurent
fans l'avoir connu. Il
n'y a que
les bons efprits ,
qui
fçavent,
pour'ainfi dire,le tirera l'alam¬
bic , afin d'en
faut.
juger comme il
C€ CXXIX.
A confidérer de
quelle ma¬
niéré les hommes devroient
vivre fur la terre
,
il femblc
qu'un chacun de nous efl un
Sauvage qui ne fçait ni la
langue, ni les coutumes ni
,
les Loix de la vie humaine.
c ccxxx.
Tous conviennent
qu'il leur
manque quelque chofe, & ceux
qui fe croient les plus
le
heureux^
font, que parce qu'ils
efpérent d'augmenter encore
ne
leur félicité.
DIVERSES.
G G C X X X I.
Les richefles &
font
ï 3Ï
la pauvreté
appercevoir des vertus &
qu'on ignore pour
des vices ,
l'ordinaire dans une médiocre
fortune.
CCCXXXII.
Il eft dangereux de
connoître
le monde ; mais quand on ne
le quitte pas
entièrement , il
de
eft encore plus dangereux
ne
le pas connoître.
CCCXXXIII.
Si Ponpouvoit pefer au jufte
les plaiftrs que l'efpérance &
la pofleftion donnent aux
hom¬
ferions furpris de
voir qu'une agréable erreur ,
mes, nous
les a rendus plus heureux que
Paccompliffement de leurs fouhaits.
Pense'es
*32.
CC C XXXIV.
On cherche la félicité en ce
monde , comme les
Chymiftes
imaginaires cherchent For : ils
prétendent le trouver oh il
n'eftpas, & fe réjouiffent quel¬
ques momens
quand après
beaucoup de peines, ils ont
,
,
trouvé une vaine matière ,
lui relTemble mal.
qui
cccxxxv,
goûtons quelquefois
mieux les douceurs de
l'amitié,
quand nos amis nous racon¬
tent leurs
peines, que lorfqa'ils "
Nous
nous font le détail de leur bon¬
ne fortune,
CCCXXXVI.
Quelqu'avantage que nous
fouhaitions à nos amis, nous
DIVERSES.
ne
133'
fommes jamais fâchés qu'ils
ayent befoin de nous.
CCCXXXVII.
Nous faifons
quelquefois des
mais nous
prefque toujours
amis par occafion ;
les quittons
de deffein prémédité.
cccxxxvim.
On eft ordinairement infen-
fible, quand on veuf paroître
plus compatiffant pour les au¬
tres
que pour foi-même.,
CCCXXXIX.
Quoique l'amitié n'ait pas
pouvoir que l'amour ,
elle fçait mieux égaler deux
perfonnes qui s'aiment.
tant de
CGC XL.
Nousconfentons qu'on nous
aime par intérêt, pourvu
qu'on
ï 34
Pense'es
cache adroitement le motif de
cet amour.
CCCXLI.
Comme les hommes ont in¬
terdit aux femmes les occupa¬
tions les
plus importantes, il
femble que pour fe venger, elles
tâchent de les entretenir dans
l'oiliveté.
c c ex lu.
Une femme furannée ,
fait
fouvent par politique ce qu'el¬
le faifoit autrefois par pudeur.
C C C XL III.
La beauté frappe avant le ma¬
riage , & c'ell: prefque la pre¬
mière chofe qu'on perd de vue
dans la fuite.
CCCXLIV.
•
La préfence de l'objet
qui
135
diverses.
caufe notre j'aloufie, nous de¬
vient Couvent ennuyeufe, dans
Se tems que fon abfence nous
jctteroit dans le trouble.
CCCXLV.]
Un mari ne doit pas toujours
agir comme s'il étoit allure que
fon époufe eft des plus
chalies,
il eft obligé de montrer au pu¬
qu'ils ont l'un & l'autre
blic
de la délicateffe fur ce point ;
mais
une
conduit
femme de mérite fe
comme
H fon mari
étoit jaloux.
C C C X L VI.
La
jaloufie qui femble n'a-
'voir pour objet que la perfon*
ne
cpi'on aime, prouve cepen¬
dant mieux que toutes les autres
pallions , que l'on n'aime que
foi-même.
136
Pense'es
CCCXLVII.
,
Les louanges que
l'amour
prodigue , font les plus frivo¬
les &, les mieux écoutées.
CCCXLVII ï.
La preuve la moins équivo¬
que qu'une femme cil amoureu¬
se , c'ell quand elle penfe plus
à fon Amant qu'à fa beauté.
CCCXLIX.
La
pudeur ellune politique
qui affaifonne les
plailirs qu'elle femble refufer.
naturelle
,
CCCL.
Les coquettes connoilïent l'ajnour fans le fentir ;
& les préxieufesle fentent fans le con^
jioître.
CCCLI.
^
La jaloufie femble annoncer
fans
137
DIVERSES.
fans celle qu'elle veut cacher
un
thréfor qu'on peut enlever
avec
facilité.
C C CLII.
pudeur cft la vertu que
La
imi¬
le vice fe plaît le moins à
ter ,
& qu'il imite le plus fou-
vent.
C C C LIII.
Le penchant que nous
avons
à faire part de nos fecrets, peut
bien prouver qu'il n'y en
vrait point
de¬
avoir parmi les
hommes.
C CCLIV.
On ne découvre
quelquefois
des fecrets importuns, que pour
ne pas
laiffer languir la convef
fation,
M
138
Pe N s e'e SC CCLV.
L'éloge qui femble le plus
fincére, effc
flateur & le plus
celui que l'on fait de
nous, fans
croire que nous en ferons in¬
formés.
CCCLVI.
Les
louanges qui ne
font pas
dues
,
nous
nous
flattent
ordinairement plus que celles
que nous méritons.
C CCLVII.
Nous tâchons toujours de
faire paroître de l'efprit,
quand
nous
fommes obligés de dire
que nous n'en n'avons pas.
C C C LVIII.
La variété plaît fi fort,
homme
qu'un
d'efprit quitte fou-
vent fes
pareils po ur fe défen-
nuier avec des fots.
D I V E R S E Si
139
CCCLIX.
Pour ne pas avouer cjue cer¬
taines perfonnes
de l'ef-
ont
prit , on aime mieux
qu'elles ont de la folie.
dire
CCCLX.
Les plus
grands defleins ne
concertés >
qu'ils ne laiffent entrevoir que
la prudence humaine a des in¬
font jamais fi bien
tervalles auffi bien que la fo"
lie.
CCCLXI.
A la journée
de Pharfale y
Pompée reffentit la crainte que
Céfar auroit dit avoir & Céfar eut la confiance qui ne de,
voit pas manquer à Pompée.
C C C L X 11.
:
Si l'on ne fçavoit pas que
Mij
Pense'es
f*40
Cefar a compofé fes Commen¬
taires , on ne diroit point qu'il
en
eft l'Auteur ; mais il feroit
facile de
celui qui
s'appercevoir que
les a écrits, étoit de
fes amis.
CCCLXIII.
Après un certain tems la ré¬
putation paroît un bien li min¬
ce & fi équivoque ,
que la
Vertu n'y trouve point de quoi
fe foutenir, ni le vice de quoi fe
démentir.
CCCLXIV.
Les gens naturellement timi¬
des font plus à plaindre que
les
aveugles ; ceux-ci fuivent
tranquillement le guide qu'ils
ont pris i & les autres fe
repen.tent fouvent de ce qu'ils sint
14!
DIVERSES.
fait fans
fçavoir ce qu'ils de-»
voient faire.
CCCLXV.
Il eft permis d'être plus habi"
le que les autres;mais il
eft dan¬
gereux de le paroître.
CCCLXVI.
Les plus grands
defleins ne
réufliftent fouvent que par les
endroits qui
dévoient natu¬
rellement les faire manquer.
CCCLXVI I.
;
,
Il faut fçavoir s'ennuyer,pouf
être perfuadé
qu'il ne dépend
que de nous d'être
tranquilles. *
CÇ C LX VIII.
La crainte de l'ennui con¬
tribue fouvent plus au
merce de
com¬
la vie , que lé plaiftp'
de la fociété.
*.
i%i
Pense'es"
CCCLXIX.
Il y a des
gens qui ne pren¬
nent des
en ont
emplois que quand ils
befoin ; & d'autres qui
les quittent quand
les emplois
auroient befoin d'eux.
CC CLXX.
Il y en a encore d'autres
qui
s'acquittent mal de leur em¬
ploi que parce qu'ils croient
ne
,
qu'il eft au-deffous de leur mé~
rite.
CCCLXXI.
Notre
joie eft bien com¬
battue , quand nous entendons
parler
avantageufement
de
devant ceux qui n'y
prennent pas plaifir.
CCCLXXII.
nous
,
Lorfqu'on nous raconte unfr
DIVERSES.
145
action digne de louange , nous
cherchons fouvent en nousmêmes
un
exemple fembla-
ble.
CCCLXXIII.
Quand nous confultons quel»
qu'un, nous voulons toujours
montrer que nous fçavons aumoins quelque chofe de ce que
nous lui demandons ; & lui de
fon côté n'oublie rien pour
nous faire penfer que nous
avions befoin de fes lumiè¬
res.
CCCLXXIV.
Comme l'intérêt & la vanité
font le mobile des a étions hu¬
maines
,
nous devons
pref-
qu'autant à ceux qui nous obli¬
gent fans y penfer, qu'à ceux
P E N S E' E S
qui femblent n'avoir en
que notre utilité.
>144
vue
C C G L X X V.
Si l'on croit nous furpaffer,
nous
trouvons
nous
imite.
mauvais qu'on
CCCLXXVI.
La parefle eft un grand vice;
mais
des
qui fait agir la plupart
hommes, ne vaut pas
ce
mieux.
CCCLXXVII.
On
eft
également fou de
prendre des plailirs pour évi¬
ter le travail, ou de travailler
pour être en état dans la fuite
de jouir des plailirs.
CCCLXXVIII.
Les ritheffes font naturelle¬
ment une fi
grande impreffion >
I45
DIVERSES.
fion, qu'elles attirent fouvent
le refpeû de ceux même qui
les méprifent.
C CCXLXXIX.
n'ont pas affez
de reconnoiffance envers les
Les Grands
petits : ils ont pourtant plus
d'intérêt qu'ils ne penfent à les
conferver ; car fans ceux-ci,
ce
qu'on appelle grandeur dans
le monde, difparoîtroit
entière¬
ment.
CC CLXXX.
Quand on loue les vertus de
fes ancêtres , on oublie fouvent
qu'on imite leurs vices.
CCCLXXXI.
plus
Divinités des
Nous ne reconnoiffons
les différentes
Païens ,
mais nous cherchons
N
Pense'es
empreffement tout
qu'ils en attendoient.
ï4(5
avec
ce
CCCLXXXII.
Si les Vieillards examinoient
comment ils ont
palle leurs vie,
ils verroient que les pallions
des autres les ont prefqu'autant
occupés
que
les leurs
pro¬
pres.
CCCLXXXII I.
Le corps donne à Fefprit
deux grandes fecouffes, quand
il eft dans toute fa
vigueur,
& quand il s'afFoiblit fenliblement.
CCCLXXXIV.
Nous fommes doublement la
dupe des fauffes louanges
qu'on nous donne ; car en nous
trompant, elles nous font croi-
■
147
DIVERSES.
re
qu'elles trompent auffi les
autres.
C CCLXXXV.
nonchalance des
La
per-
fonn espubliques dans leurs de¬
voirs
n'a
maux
auffi
point caufé des
grands que ceux
qu'un zélé indifcret afouvent
répandus.
CCCLXXXVI.
Pour trouver fupportable la
il faut pardonner
& s'attendre qu'on ne
vie civile
tout
nous
,
,
pardonnera rien.
CCCLXXXVI I.
Quand on a befoin des au¬
il eft plus important de
tres ,
connoître leurs défauts que
leurs bonnes qualités.
Ni;
P E N S E' E S
C CCLXXX VIII.
I48
Les fots aiment mieux dire
des bêtifes que de ne pas par¬
ler ; mais les gens d'efprit fe
taifent fouvent quand ilspourroient dire de bonnes chofes.
CCCLXXXIX.
Il y a une fote admiration j
qui répand également du ridi¬
cule , & fur celui qui admire j,
& fur celui qui eft admiré.
cccxc.
Quand on parle de foi, on
doit toujours craindre de deve¬
nir fot.
C C C X CI.
Quoique nous eftimions les
profi¬
Loix de la civilité, nous
tons
volontiers des honneurs
qui endifpenfent.
y49
b-i verses.
CCCXCII.
t
-Quelques ridicules que foient
deffeins, nous nous gardonsbicn, de nousenprendre
nos
imous-mêmes , quand ils ne
jéuïïilTent pas,
c c c x c .1 r,
Ç La paffion du jeu n'a point
iété aufli forte chez les Payeris,
Qu'elle l'eft parmi nous ; car ils
fi'auroient pas
manqué d'en
faire une Divinité.
CCCXCîV,
V
La
gravité qu'on refpecïe
pcrfonnes, n'eft
dans certaines
le plus fouvent, que
la lenteur
appéfanti par les
années, 011 ufé par les excès.
d'un corps
cccxcv.
On fait toujours
l'éloge de
N-iij
iyo
^a juftice
Pense'ES'""
quand on ne peut
tromper les autres & que l'on
,
,
craint d'en être
trompé.
C C C X C VI.
On raconte volontiers
féfj
malheurs ; mais la
plupart dé1
qui fe croient heureux,
n'oferoient dire
précifémenÇ»
ceux
en
quoi confifte leur félicité»!
CCCXCVII.
II femble
que les plaifirs
la fociété civile
plus grands
\
de^
deviendroien^
li les hommes
cachoient les défauts du
cœur,
ils veulent
comme
ceux du
,
couvrir
corps.
CCCXCVIII.
Racine
reconnut les
effets
que produifent les fpeûacles 3
& l'on
rapporte qu'il demanda
15*
DIVERSES."
que fes tragédies ne fuffent
plus
jouées, grâce qui lui fût refufée,
qu'on devoit lui accorder, &
qu'il ne méritoit pas d'obte¬
nir.
CCCXCIX.
L'idée d'un ennemi qui cher¬
che inutilement à fe venger,
quelquefois plus,que
celle d'un ami qui nous veut du
nous flate
bien.
ccc c.
L'eftime générale , ou le mé¬
pris public , font toujours Id
partage des Grands, des Au¬
teurs
& des belles femmes.
,
C C C C I.
Pendant la vie de
Grands ,
on
ajoute fouvent
foi aux difcours des
mais
certains
flateurs ;
après leur mort on in-
Pens e'es
terprête le filence des gens de
bien.
CCCCII.
On referve fouvent les
plus
grandes louanges pour ceux
qui méritent les plus grands
reproches, parce que les mé¬
dians ne veulent point être
Joues, ou veulent l'être avec
,
excès.
CCCCIII.
La plupart des livres nou¬
veaux
qui inondent le Public,
jreffemblent à
cette
grande
quantité de mets mal prépa¬
rés qui datent la vanité de
ceux qui les
donnent, & qui
ennuyent toujours les conviyes qui ont le bon goût.
,
153
DIVERSES.
CCCCIV.
Prefque toutes les difputes
que les Sçavans
forment en-
tr'eux,refTemblent aux combats
no&urnes. On ne fçàit
de quel
les
côté tourne l'avantage, &
combattans même ne fçavent
où ils font.
c c c c y.
Ce que les
hommes fçavent
dans la plupart des
chofes de
réduit prefque
à prouver qu'il n'eft pas impof-
la nature , fe
fible que les
me
chofes foient com¬
ils les expliquent.
C C C CVI.
Bruyere a mis au corn-»
mencement de fon livre une
traduction des c<ira£teres de
La
Théophralte, qui lui ontfervi}
Pense'és
1^4
dit-il, de modèle, & qu'il loue
extrêmement ; mais ce n'ell
peut-être pas fans raifon qu'ils
vont
tous
deux
de
com¬
pagnie. Il femble que c'eftune
ombre qu'il a placée à
propos,
pour relever fon propre méri¬
eft rare , &
pour ne pas
dire impolïïble
te : il
,
qu'un Auteur
que fon
veuille à fes
dépens
ouvrage fafle honneur à celui
d'un autre.
CCCCVII.
Sur le déclin de
l'âge, l'hom¬
me fent bientôt la
foiblefîe de
fon corps ; mais il
tems
ignore longefprit.
CCCCVIII.
celle de fon
L'amour que certains Vieil¬
lards ont pour la vie
,
eft une
•*
diverses;
155
efpéce de défefpoir 5
qui les
à ce qui
attache opiniâtrement
leur échape.
CCCCIX.
la jeunefîe
de former beaucoup de dou¬
tes ; mais dans un âge avancé
ne doit fonger qu'à éclaircir
Il eft permis dans
on
les plus importans.
C C C C X.
vieillelTe feroit
l'âge le plus heureux, fila raifon pouvoitregagner ce que les
pallions lui ont fait perdre ;mais
Le tems de la
ordinaire¬
quand elles l'ont devan*
elles lui furvivent
ment ,
cée de beaucoup.
CCCC XI.
Quoique notre vie fe pafle
dans une agitation
continuelle y
136
Pense* es
nous arrivons
prefque toujours
bout, fans avoir éprouvé
jufqu'oùpeut aller notre force,
au
& notre foibleffe.
CCCCXII.
Les
grands plailîrs paffent
bientôt, & en nous ôtant le
peu de
tranquillité dont nous
pourrions jouir ils ne nous
laiffent que de l'amertume. De
forte qu'ils n'aboutiffent
qu'à
nous faire fentir
plus vivement
dans la fuite tout le
poids de
notre mifere. Ils
refîemblent à
ces
lueurs, qui pendant la nuit
éclairent un
moment, & qui
,
en
difparoiffant rendent les té¬
nèbres plus affreufes.
CCCCXIII.
Les plaifirs
imaginaires font
diverses;
•les plus vifs &
I
les plus fenfi-
bles , parce qu'il y a de l'amertume dans ceux
qu'on appelle
réels.
CCCCXIV.
Les bornes que la
fimple natu¬
plaifirs les rendent
infipides, & celles que la raifon y met, les rendent impor¬
re met aux
tuns.
ccccxv.
Il y a des gens fi peu fecrets^
que l'on diroit qu'ils fe
croient
obligés de rendre compte au
public de toutes leurs affaires ;
& certains curieux qui s'imagi¬
nent que leur tranquillité dér
pend de les fçavoir.
CCCCXVI.
Il ne fuffit pas de ne médire
Pense'es
■jamais des autres , il ne faut
■entendre qu'à regret le mal
qu'on en dit, & oublier même,
s'il fe peut, qu'on en puiffe
•jjS
dire.
CCCCXVII.
On ne craint d'ordinaire les
médifans,que parce qu'on aime
-les dateurs.
CCCCXVIII.
La
plupart de ceux qui ne
de
pieufes libéralités
qu'à la mort, agiffent finement
avec Dieu, femblables aux po¬
litiques qui négocient tou¬
jours quands ils ne rifquent
.«en
& qu'ils ne peuvent que
font
,
gagner.
CCCCXIX.
On découvre les traits delà
diverses;
159
Divinité, dans les Religions les
plus fauffes & les plus ridicu¬
les ; & il a toujours été difficile
que des gens trop zélés ne miffent du leur dans la véritable.
ccccxx.
Les fuperfttions des
Païens
étoie nt une fource intariffable
entretenoient
l'ignorance & la fotife des peu¬
ples ; elles obligeoient les gens
d'efprit & de bon fens à être
hypocrites malgré eux ; elles
de maux. Elles
augmentoient la cupidité des
Prêtres qui ne trouvoient leur
compte qu'à les multiplier,
en
condamnant fevérement
tout ce
qui pouvoit donner en-;
trée au Chriftianifme.
Pense'es
i6o
CCCCXXI.
plaignons des
&
des maux qui nous affligent ;
mais fi nous fçavions profiter
du tems qu'ils nous laifient,
nous
comprendrions claire¬
ment qu'il s'en faut bien que
nous
foyonsauffi malheureux
que nouspenfons.
Nous nous
affaires qui nous occupent,
CCCCXXII.
On efi: plus content
d'être
malheureux avec la patience,
que d'être brufque & impa¬
tient avec beaucoup de pros¬
périté.
CCCCXXIII.
L'amour propre nous
fait
Supporter nos défauts avec plaiîfûr quand ils ne font pas con&
nus; •
mm
DIVERSES.
nus ;
iéi
mais il devient un terri¬
ble cenfeur quand
nous en
les autres
font fentir le ridicule.
CCCCXXIV.
Quand nous
oublions ce
que nous fommes ,
nons
nous deve¬
toujours ce que nous ne
devons pas être.
ccccxxv.
Nous ferons toujours en di¬
vorce avec les hommes , fi
prétendons qu'ils foient
raifonnables que nous
croyons l'être.
nous
auffi
CCCCXXVI.
Ceux qui n'ont perdu l'efprit qu'à demi , font plus à
plaindre que ceux quil'ont per¬
du entièrement.
0
i6z
Pense'es
CCCCXXVII.
Celui qui mérite des
éloges
véritables, eft toujours prêt à
donner la préférence à de bons
avertiffemens.
CCCCXXVIII.
II y a des
trouvent
gens fi habiles qu'ils
le fecret de pafler
pour modeftes, & de contenter
leur vanité.
CCCCXXIX.
La crainte & la timidité font
en même tems utiles
vantageufes :
,
& défa-
elles cachent
pour l'ordinaire des vertus &
des vices,
que la hardieffe feroit paroître.
CCCCXXX.
La
nature
a
bien fait les
chofes en gros ; mais il femble
l6j
DIVERSES.
qu'elle s'eft extrêmement négli¬
gée dansle détail.
CCCCX.XXL
Il femble que la nature en
formant fes ouvrages avec tant
d'habileté & les laiffant li fra¬
giles , ait feulement voulu nous
,
donner à
connoître ce qu'elle
pouvoit faire.
CCCCXXXII.
guéres
quand les
La raifon ne rentre
dans fes droits, que
pallions ne les lui difputent
plus.
CCCCXXXIII.
C'eft une grande marque de
probité, que de' fe montrer tel
que l'on eft auxperfonnes mê¬
me de qui l'on doit fe défier.
on
Pense'ES
j6 4
CCCCXXXIV.
Les hommes apprennent aux
femmes
mour ;
ce
que
c'eft que l'a¬
& les femmes leur ap¬
prennent ce que
c'eft que la
galanterie.
c cccxxxv.
Le efforts que l'on fait pour
aimer, font autant de degrés
qui conduifent à une plus gran¬
de indifférence.
ccccxxxvr.
Nous parlons
volontiers de
premières inclinations, S£
de nos derniers déplaifirs.
nos
CCCCXXXVII.
Il y a des haines fi envénî-;
mées , que la mort même d'un
ennemi ne peut les
affouvir, &
les moindres faveurs
éteignent
DIVERSES.
I 5JT
«quelquefois l'amour le plus
violent.
CCCCXXXVIII.
certains
fots, qui ne le paroiffent pas
autant qu'ils le font ; parce que
leur malice couvre une bonne
On voit
fouvent
partie de leur fotifes.
C CCCXXXIX.
Ceux qui fuivent par raifori
les Loix de la politelfe, ne fçavent
ne
point critiquer ceux qui
les obferventpas.
C C C C X L.
Ceux qu'on
appelle nouvel-
liftes, ne font occupes que des
grands événemens , & ne def-»
cendent prefque jamais du
grand théâtre de l'Univers.
Mais il y a des gens qui font
i68
Pense'es
peut-être encore plus curieux J
& qui fe contentent cle
fçavoir
feulement ce qui fe paffe dans la
maifon de leur voifin.
CCCCXLI.
Il dépend toujours
de
nous
mettre
de nous,'
au-deffus des
mauvaifes
critiques. Il fuffit
oublier, ou du moins
de les méprifer comme elles
de les
,
le méritent.
Ce ne font que
des éclairs qui n'incommodent
qu'autant qu'on les regarde
fixement.
CCCCXLII.
Lafoiidité manque aux biens
de la fortune, & l'éclat à ceux
de la vertu.
CCCCXLII I.
Pour l'homme véritablement
167
DIVERSES.'
fage , il n'eft point dejoie mé¬
diocre, ni de légère inquiétude.
CCCCXLIV.
La Philofophie peut
les pallions qui
calmer
ne font qu'ef¬
fleurer le cœur, comme la
mé¬
decine foulage certains maux ;
mais l'une ni l'autre ne pe uvent
entièrement guérir les maladies
violentes de
l'efprit &
du
corps.
CCCCXLV.
pre£
que toujours de croire que les
autres écoutent avec plailir ce
que nous leur racontons avec
Nous nous trompons
•
paflion.
CCCCXLVI.
■
La nature nous fait voir trop
à dé couvert ce qu'elle veut que.
Pense'eâ
i68
nous connoiffions
, pour pouvoir nous flater que nous devi¬
qu'elle nous cache
depuis fi long-tems.Elle refîemble à un bon pere de famille
qui fait bien les affaires de fes
enfans
& qui va toujours fon
train malgré leurs plaintes con¬
nerons ce
,
tinuelles.
CCCCXLVII.
Les
hardis fçavent
s'emparer de l'efprit des autres,
gens
& fe rendre maîtres de tout.
Un homme timide
paroît un
qui voudroit qu'on
le prévînt, & qu'on devinât ce
qu'il demande.
efclave
CCCCXLVIII.
Les confolations
ne
font
plaifir qu'à ceux qui fentent
qu'ils
PENSE'E S DIVERSES. 169
qu'ils ne. feront pas long-tems
affligés.
CCCCXLIX.
L'occaflon fait fouvent plus
de vertus & de vices , que les
réflexions les plus férieufes.
CCCCL.
I Si
nous
manquons
des
moyens néceflaires pour exé¬
cuter nos
defleins , c'efl: une
preuve infaillible que nous ne
devions pas les former.
FIN.
TABLE
Des matières contenues
dans ces Réflexions. Le
premier Chiffre indi¬
que la page ,
le fécond
indique la Réfle&ion.
A.-
ABailard, Page iji
UjL Réflexion 45.
Activité, P. 125. R. 315.
Admiration
P. 69. R. 180,
y
P. 74R. 195. P. 148.
R.389.
Afflictions, P. 39. R. 103.
ALcibiadi P. 46. R. 121.
Alexandre,P. 24. R. 65. P. 30.
,
R. 80. P. 66. R. \~jr. 173,
P. 114. R. 194..
Amant, P. 8i. R. 214.
Ambitieux, (les) P. 84. R.2I7»
I
DES MATIERES.
Ambition ,P.
86. R. 223.
26.
88.
Atlas , (les) P. 10. R.
P. 25. R. 67. P. 32. R.
P. 35. R. 90. P. 44.
119.
P. 53. R. 139. P. 64.
R.
R. 169.
P. 132. R.
336. P. 133. R. 337.
P. 82. R. 2.13.
Amitié ,
(P) P. 33. R. 87.
R.
P. 3 5. R. 90. P. 86.
224.
P. 103. R. 268. P. 132.
R.
355;
Amitiés dont on doit fe défier,
P. 10. R. 25.
Amitiésfincerès &folides, P. 2.
R.3.
Amour, (1') P. 21. R. 55. P.
R.
P.
R.
P. 81.
29. R. 76. P. 33.
87.
39. R. 102. P. 49.
130.
P. 70. R. 183. 184.
R. 211. P. 86. R. 224.P. 97.
R. 255.
'Amour confiant & fidele , P. 2.
R. 3.
'Amourpropre, P. 4. R. 8. P. 20
R. 53. P. 82.R, 212. P. 110.
pii
P1
TABLE
R. 286. P. 140. R. 423.
Amufemens, P. 56. R. 145.
Anatomifes, P. 58. R. 151.
Annibal, P. 102. R. 266.
Arifote, P. 52. R. X37. P.
R. 273.
'Athées , P. 54. R. 142. P. 74.
R. 196.
Avares, P. 38. R. 100, P. 52,
R. 135.
Autorité, P. 97. R. 254.
B.
Beauté, Page48.R. 125. P. 8r.
R. 210. P. 134. R. 343.
Beaûx-efprïts, P. ib. R. 52.
( les) P. 29. R, 77. P.
30. R. 78. P. x00. R. 262.
Blâme
P. 89. R. 233.
,
,
Bonheur , P. 6. R. 12. P. 18.R.
4<S. P. 35. R. 91. P. 109.
R. 283. P. 116. R. 299. P.
130. R. 330.
Bonheurparfait,
112.
R. 291,
P. 2. R. 2, P4
DES
MATIERES.
Jufle mefure du Bonheur, P. 8.
R. 18.
Bruyère, ( la ) P. 15 3. R. 406.
C.
Calomnie, Page 37. R. 97.
Caton
P. 44. R. 115*
Ccfetr, P. XI4.R. Z94. P. 139.
R. 361. 362.
Chagrin , ( le ) P. 15. R. 66.
,
,
P. 61. R. 160.
Chefs des Sectes hérétiques , P.
40. R. 104.
.
le) P. 107. R. 238.
Chrétien,
Chymijles P. 132. R. 334.
,
Coeur, ( le ) P. 2. R. 2. P. 47.
R. 122. P. 50. R. 131.
Comédiens, P. 36. R. 96. P. 78.
Pl. 204.
ConHoiffiince de foi-méme , P. 3.
R. 6. P. 5, R. 9. P. 7. R. 15.
P. 18. R. 48. P. 73, R. 193.
P. 76. R, 199. P. 87. R. 2.2,5.
226,
P
iij
TABLE
Confeils, P. 59. R. 154.
Confolatïon P. 39. R. 103. P.
124. R. 312. P. 168. R. 448.
Converfations P. 70. R. 182.
Coquettes ( les ) P. 38. R. 100.
,
,
,
P. 136. R. 350.
Corps, (le) P. x 20. R. 309.
P. 146. R. 383.
Curiojité, P. 45. R. 117.
D.
Défauts cTautrui
R. 134.
,
Page KI.
Défauts communs à tous les hom¬
mes, P. 21. R.
^4.
Défauts difficiles a connoître
P. ig. R. 47.
Défauts qtdon exeufe , P. 14,
R.41.
Deffeins les plus grands, P. 13 9.
R. 340. P. 141. R. 366.
Difcours des Beaux-efprits, P.
.
20.
R. 52.
Difputes, P. 13. R. 36. P. 42.
R.
ni.
DES MATIERES.
E.
Egardspour Its autres, Page 92."
R.239.
Elévation de l'homme P. 6. R.
,
13Emulation ,
P. 14. R. 37.
Enfance, P. 47. R. 123.
Ennemis , P. 12. R. 32. P. 82.
R. 212.
Ennui, P. 28. R. 72. P. 57.
R. 150. P. 76. R. 200. P.
108. R. 280. P. 141. R. 367.
368.
Envie, P. 14. R. 37. P. 15.
R. 39. P. 48. R. 125. P. 86.
R. 223. P. 127. R. 321.
Envieux, P. 14. R. 38.
Epoux, P. 82. R. 214. P. 135»
R. 345.
Epreuve, P. 33. R. 86.
Efope , P. 3 3. R. 89.
Efpérance , ( 1' ) P. 59. R. 155.
P. 94.
R. 247. P. 118. R.
306. P. 131. R. 333.
TABLE
Efprit, ( r ) p. 2. R. 2. P. 44.
R. 116. P. 50. R. 131. P.
58. R. 151. P. 72. R. 191.
P. 107. R. 276. P 120. R.
.
309. P. 138. R. 357.
Efprits bornes P.111. R. 289.
Efprits-forts P. 111. R. 189.
Éfiime, P. 29. R. 76.
Êfinie de foi-même, P. 8. R. 18.
P. 21. R. 56. P.42. R. 110.
P. 99. R. 259.
Evenemens, P. 114. R. 294,
,
,
F.
Félicité chimérique
, Page 16,
R.43. P. 94. R. 246.
Femmes
( les ) P. 24. R. 44,
P. 66. R. 174. P. 95.R. 250.
P. 96. R. 253. P. m. R,
288. P. 114. R. 295;, 296.
P. 134. R. 341. 342.P.
13ç.
R. 345. P. 136. R. 348. P,
166. R.-434.
Flateurs, P. 26. R. 70. P, 35,
,
DES MATIERES.
P. 85
Foiblejje de lefprit , P. 78
Ri 203.
Foiblejje de l'homme, P. 6. R. 13
Fortune
( la) P. 18. R. 46
P. 31. R. 81. P. 100. R.263,
Foux, (les) P. 26. R. 69.
R.
R. 93. P. 72.
190.
R. xxo. P. 105. R. 2,72.
,
G.
Galanterie , Page 12. R. 31.
Gens de bien , P. 22. R. 58.
36. R. 95«
136. P. 60. R. 157.
P. 69.R. 176. P.94. R. 245.
P. 95. R. 249. P. 114. Pv.
293. P. 148. R. 388.
Genihardis P. 163. R. 447«
Gouvernement, P. 91. R. 238.
Grand-nom P. 46. R. 120.
Grands
( les ) P. 26. R. 70.
P. 35. R. 93. P. 42. R.
113. P. 115. R. 298.P. 145»
■Qéns d'efprit , P.
P. 52.R.
,
,
,
R. 379. P. 151.
R..401.
TABLE
Grands hommes,P. 54. R. 140.
Grandeur vraie &
faujje , P. 5.
R. 10.
Gravité , P. 149. R.
394.
Grecs s ( les
) P, 38, R, 101.
H.
J
Haine> Page 75. R. 197. P.
n6. R, 300. P. 166, R.
437-
Hdûijé, P. 17 R. 45.
Héréfies, P. 41. R. 106.
Hérétiques, P. 40. R. 104. lO^.
Homère, P. 30. R. 80.
Homme,(V)P.i.R. I. P. 3.R.4.
6. P. 6. R. 13. 14. P. 16.
43. P. 19. R. 49. P. zx.
R.
R.
54. P. zz. R. 59. P. Z3, R.
61. P. Z4. R. 62. P. z6. R.
68. P. Z8-R.73.P. 37. R.
97. P. 41. R. 108. P. 45. R.
117. P. 48. R. iz6. P. 79.
R. 205. P. 94. R. Z44. P.
99.
R. az6i. P,
102.
R. 267.
-
DES MATIERÉS.
.P. 103. R. 269, P. 109. R,
284. P. 110. R. 285. P. 11 x.
R. 287. P. 112, R. 291. P.
117. R.302. P. 130.R. 329.
P.166.R. 434.
Honnête-homme, (F) P. 89. R.
232. P. 107. R. 278.
Honneurs, (les ) P. 5 5. R. 143.
Honte, (la) P. 102. R.
166,
P. 129. R. 326.
Humanité , P. 30. R. 79.
Hypocrijîe , P. 118. R. 305,
Jaloujïe, Page 12. R. 30. 31,
P. 21. R. 5 5. P. 39. R. 102.
P. 82. R.214. P. 134. R.
344. P. 135. R. 346.
Idolâtrie, P. 104. R. 271. P»
118. R. 307.
Jçu, P. 149- R- 393JeuneJJe . (la) P. ,42. R, 109,
P. 155. R. 409.
Ignorance , P, 29, R. 75. P>70«
TABLE
Imagination , ( 1' ) P. 12.0. R.
309.
Impies , P. 83. R. 216.
Impunité , P. 56; R. 146.
Inconjlance , P. 12. R. 59.
Incrédules P. 60. R. 158. P.
123. R. 310.
,
Indifférence, P. 39. R, 102.
Ingratitude envers la nature , P.
11.
R. 28.
Injures -, P. 42. R. i 11.
Injujlice envers lès autres & en¬
vers nous-mêmes,P.10. R. 23.
P. 11. R. 27. P:. 117- R. 303.
Infenjibilité, P. 88. R. 229.
Intérêt, ( 1' ) P. 45. R. 118.
L.
Larmes véritables, Page 13. Ré¬
flexion 34.
Liaifons entre les hommes , P. 86.
-R. 222.
Libéralité, P. 9, R. 22.
Liberté naturelle à l'homme , P.
77. R. 201.
Livres
DES "MATIERES:
Livres, ( les ) P. 5 2. R. 13 5. Pj
96. R. 251. P. 99. R, 261.
152. R. 403.
Loix, ( les ) P. 83. R. 213:
Loix de la Religion, P.
9. R. 2r.'
Loix humaines P.
9. R. 21. P.
45. R. 118.
Louange, ( la ) P. 8. R. 19. 20.
P. 49. R. 129. P. 62. R. i6z.
,
P.
nu
R. 288. P.
136. R.
347. P. 138. R. 356.
Louange propre P. 8. R. 19.
Louanges fauJJ'es , P. 146. R.'
,
•
384Lauangcs outrées,P. 106.R. 274,
Louanges des fois, P. 93 .R. 242.
M
Maitrejfe
, Page 44. R. 114.
Mal, ( le ) P. 29.11. 77. P. 95.
R. 248.
Malades imaginaires, P. 3 5. R.
93/
Malignité, P. 45. R. Il8. P. 63,
R, 165. P. 78. R. 203.
Q
T A B LE
P. Ï2. R. 30
88. R. 2 29
Méchanceté, P. 7. II. 17.
Médians ( les ) P. 22. R. 58.
P. 89. R. 232. P. 107. R.
■-Mari jaloux ,
Mci tv dlaurtui , P,
j
278. P. 117. R. 304. P. 152.
R. 402. R. 179.
Médecins, P. 35. R. 93. P. 47.
R. 123. P. 68.
Médifana , P. 48. R. 125. P.
155.;R. 417.
Mépris, P. 75. R. 197. P.
78,
Mérite, (le) P. 21. R. 50. P.
R. 202.
127. R. 322.
MétcmpJ'ycofe, ( la ) P. 78. R.
205.
.
Mifere , P. 29. R. 75.
Madération .dans la profpéritè 1
P. 59.
R. .156.
Monde, ( le ) P. 22. R. 59.
P.
R. 141. P.
129. R. 328. P. 131. R, 332.
Se Moquer , P. 116. R. 301.
Mort, (la) P. ^8« R. 74*
28. R. 73. P. 58.
124. R.
311.
pES MATIERES*
N.
Nature, (la)P. u. R. 28. P.
46. R. 121. P. 47. R. 122.
P. 81. R.
211.
P. 100. R.
263. P. 111.R. 287.P. 164.
R. 430. P. 169. R. 446.
Néron, P. 77. R. 201,
Nouvellijles, P. 167. R, 440.
O.
Objlinations dansfon (intiment,
P. 13.R. 36.
Occajion, P. 95. R. 251. P.
169. R. 449.
Oijiyeté, P. 28. R. 72.
Opiniâtreté, P. 115. R. 297,
■Orgueil, P. 22. R. 57.
P.
Pardon des ennemis 3 P. 12. R;
TABLE 3
(les) P. 90. R. 255!
PareJJ'e, P. IOI.R. 264. P. 148,
L
Pkrens
R.
,
376.
Parole,
(la) P. n. R.29. R.
23. R. 60. P. 108. R. 279.
Paffîons, P. 4. R. 7. P. 6.R. 14.
P.63.R. 171.P.72.R. 189.
P. 89. R. 230. P. 93. R«
241.
Patience, P. 62. R.
^
165.
Paufcinias , P. 38. R. 101.'
Pauvreté, P. 131. R. 331.
Payens , (les) P. 39. R. 101.
Perfonnes publiques ,, P. 147,
il. 385.
Petits , (les) P. 43. R. 113. P,
113.R. 298.
Philosophes, (les) P. 85. R;
r 27.
Pfzlofopkie, ( la) P. 33. R.9?.
P. 37. R. 96. P. 169. R. 444.
Se plaindre .
P. 116. R. 3 o 1.
Plaifir de Vimitation , P. 80. R.
i
"
Plaifir de la pojjejjion 2 P,
DES MATIERES.
R. 108. P. 59. R.
155. P.
131 •R. 3 3 3-,
Plaijir d'être raifonnable, P. 3,
R
5.
Plaifirs , ( les ) P. 61. R. léo.
P. 76. R. 200. P. 156. R.
412.413.
Politique, ( la) P. 69. R. 17^.
Pompée (P. 139. Pv. 361.
Précieufes (les) P. 136. R,
,
,
3 }°;
Précipitations à décider, P. 63.
R. 166.
Prédictions,P. 118. R. 306.
Préfens , P. 43. R. 112.
Prince vraiment grand, P. 126.
R.319.
Prodigues, P. 97. R. 256.
Prudence humaine
P. 139.. R.
,
3,60.
108. R. 281. P.
136. R. 349. P. 137. R.
Pudeur , P.
fiacine, P, 1 50. R, 398.
Q, H
TABLE
■Raillerie , (la) P. 32.. R. 83.
Raillerie la plus piquante , P,
19. R. KO.
Raifon , (la ) P. 24. R.
P,
80. R. 208. P. 85. R. 22-7'
P. 128. R. 323. P. 165. R.
432.
Raifons, P. 42. R. 111.
ReconnoijJiin.ce , P. 13. R. 33.'
Réflexion fur foi-même , P. 73.
R-194Rcligion . ( la ) P. 3. R. 4. P»
6. R. 14, P. 9. R. 21. P. 19.
R. 51. P. 35.R.90. P. 71. R.
157. P. 83. R. 215. P. 84.
R. 217. P. 119. R. 308.
Religion Chrétienne, P. 16. R,
44. P. 64. R. 170. P. 104
R. 271. P. 119. R. 308.
Religion Payenne, P. 41. R,
106.
Remords, P. 53. R. 138.
Répréhenfon , P, 69. R. 181,
Réputation P. 140. R. 363.
Richefes , P. 131.R. 331. P
144. R. 378.
,
DES MATIERES.
Romains, ( les ) P, 85. R. 219.
Ram ans y P. 50. R. 133*
S.
Sage , (le ) P. 8. R. 20. P. 31.
t
îl.82.
Sages , ( les ) P. 26. R. 69. P.
106. R. 275.
Sçavans , ( les ) P. 47. R. 122.
'P. 153. R. 404.
Sciences , P. 98. 257.
Scrupules affligeans ou agréables,
P. 20. R". 53.
Secret, P. 10. R. 24. P.
R* 3 5 3- 3 54-
137.
„
Sens y (
les) P. 85. R. 221.
Société y P. 37. R. 99. P.48.R»
127.
Solitude y P. 24. R. 63. P. 90»
R. 236.
Sommeil y P. 57. R. 148.
Songes , P. 57. R. 148.
Sotife , P. 93. P . 242»
Sots, (les) P. 15. R.40.P. 3 5.
TABLE
R. 95-P. 52. R. i y' P.
R. 176. P. 94. R. 24
Gif,
5. P.
95. R. 549. P. 113. R. 292.
P.
114. R. 293. P. 148. R.
388.
Spectacles, P. 78. R. 204.
Superjiitions des Payensf, 1
R. 420.
T.
Tempérament
P. 77. R. 201 »
P. 93. R. 243.
Timidité, P. 123. R. 324. P,
,
164. R. 429.
Titus, P. 77. R. 201.
Tours ingénieux, P98. R. 258,
Travail, P. 28. R. 72.
V.
Vanité, P. 7. R. 3<5. P. 49. R.
128. P. 68. R. 178. P.
93.
R. 243. P. 101. R.
264. P..
127. R. 320. 321. P. 128.R.
323. P. 129. R. 326. 327
MATIERES.
*
Vanité qu'onpeutfiater, P.
18.
DES
R. 48.
Variété, P. 138. R. 358.
Vengeante , P. 7. R. 17.
Vertu , ( la
) P. 4. R. 8. P. 30.
R. 84. P. 58.R. 152. P. 85.
R. 220. P. 125. R. 313.
R. 41.
(le) P. 4. R. 8. P. 56.
R. 147. P. 125. R. 3 13.
Vie (la) P. 15. R. 42. P. 19.
R. 49. P. 57. R. 149. P. 90.
R. 237. P. 124. R. 3rr.
Vie longue , P. 2. R. 3. P. 46,
Vertus qu'on loue, P. 1 5.
,
,
R. 1x9.
Vieillards ,
P. <ro. R. 132. P.
97. R. 256. P.109.
P. 146. R. 382. P.
R. 283.
154. R.
408.
Vieillejfe, P. 47. R. 1249P. 15 5.
R. 410.
Univers , ( 1' ) P. 3. R. 4. P. 26.
R. 68. P. 27. R. 71. P. m»
R. 289.
Fin de la Table des Matières
ERRATA.
AGE 54- ligne f , l/fc\ il y fit
graver , même page ligne 18, l/fcz,
enviée"
Page 57. ligne 1, lifezvantée.
l'âge 41 ligne 7, l/Jez d'amour pour
la paix 5 & pour la vérité.
l'âge 4 3 ligne 7 , l/fcz fe contenter.
Page 8 ; ligne 9 , on lifez. ont.
Page 89 ligne 15 , biens l/fcz bien.
l'âge loi ligne ii, que l'Jc\ &.
Page 1 j i ligne 1 , puillent lif pullent.
Page 1 f4. ligne f, un life\ une.
Page 10 j- ligne f, toutes lifez mal'
grél es ténébres.
Page 111 ligne it , Se life^ou.
Page 113 ligne 8 , la l/fcz. le.
Page tfg ligne 10, otez point.
Page 1
ligne 3, & h'fez mais.
APPROBATION.
J'AI
lu parle ordre
de Mon-un
feigneur
Chancelier
manuicrit intitulé : Réflexions.
& je n'y
ai rien trouvé qui puiiTë en em¬
Sentences & maximes ,
pêcher l'impreffion, A Paris
ce 15 Avril 1751, Picquet.
PRIVILEGE DU ROI.
Dieu,
A
Confeillers les.
Parlement,
OUIS
par la grâce de
Roi de France Se de Navarre :
nos aînés Se féaux
,
Gens tenant nos Cours de
Maîtres des Requêtes
,
ordinaires de
notre
Hôtel, grand ConfcilPrévôt
Sénéchaux, leurs
de Paris, Baiilifs,
1 icutenans Civils, & autres nos
Juili-
Salut. No¬
tre amé le lieurCoKUiLHt,Préfident en
1 Elcétion de PcrigueuxNous a fait
expofer qu'ildélirerait faire imprimer
i'c donner au Plublic un ouvrage qui a
pour titre. Rflexions . Sentences &■
maximes. S'il nous plailbit lui accordée
ciersqu'il appartiendra.
nos Lettres de Pcrmilîion
pour ce nfcelTaires : A ces causes
voulant fa¬
vorablement traiter l'Expofant, Nous
lui avons permis Se permettons par ces
Préfentes de faire Imprimer ledit Ou¬
vrage
en un ou plulicurs Volumes Se
,
,
autantde fois que bon lui femblera , &
de le faire vendre & débiter
notre
trois
Royaume pendant le
années
par tout
tems de
confécutives, à compter
du jour de la datte des Préfcntes. Faifons défenfes à tous Imprimeurs, Li¬
braires & autres perforants de quelque
qualité & condition qu'elles foreur,d'en
introduire d'impreilron étrangère dans
aucun lieu de notre obéiflancc
,
à la
charge que ces Préfentes feront enréciftrees tout au long fur le Regiftre dé
la Communauté des
Imprïnuiurs & Li¬
braires de Paris, dans trois mois de la
datte d'icelles, que l'imprellton dudit
Ouvrage fera faite dans notre Royau¬
me & non
ailleurs, en bon papie:s£c
bon caraéleres, conformément à Lit
feuille imprimée , attachée pour mo¬
delé fous le contre feel des
Préfeutes,
que I Impétrant fe conformera en tout
aux Reglemcns de la Librairie
, & nottament a celui du 10 Avril
172.5
qu'a¬
vant île
l'expofer en vente le Manufcrir.
qui aura fervi de copie à l'inprcflîon
«1 id.it
Ouvrage, fera remis dans le mè
nu- état ou
l'approbation y aura éré
donnée, ès mains de notre très-cher Ss
féal Chevalier Chancelier de France
le lient de Lamoignon , Se qu'il cillera
,
-
,
cnfùite remis deux Exemplaires dans
Bibliothèque publique , un dans
celle de notre Château du Louvre, uu
dans celle de notredic très-cher & féal
•Chevalier Chancelier de France le fieur
de Lamoignon , & un dans celle de
-notre
i
notre très-cher & féal Chevalier
Garde
des Sceaux dé France, le fieur deMachault Commandeur de nos Ordres ,
le tout à peine de nullité des Préfentes;
-du contenu defquelies vous mandons,
,
& enjoignons de faire jouir leditExpo-
pofant &. fes ayans caufes, pleinement
&c paifiblement, fans fournir qu'il leur
foit fait aucun trouble ou empêche¬
ment. Voulons qu'à la copie des Pré¬
fentes qui fera imprimée tout au long
au
à la fin dudic
commencement ou
Ouvrage, foi foit ajoutée comme à
l'original. Commandons au premier
notre Huiiïïcr ou Sergent fur ce requis
•de faire pour l'exécution d'icelles tous
Aétes requis & néceiïaires, fans de¬
mander autre permiflion , & nonobftant clameur de Flaro Charte Nor¬
mande & Lettres à ce contraires. Car
,
tel eft notre plaifir. D o n n'e' à 'Verfailles le trentième jour du mois d'A¬
vril', l'an de grance mil fept cent cin¬
quante un, &de notre Regne le trentefixiéme. Par le Roi en fon Confcil.
Signé, S A IN S O N.
Regifiré fur le Regijlre Xll. de la
Chambre Royale & Sindica le des Li¬
braires & Imprimeurs de Paris. Nam,
I
conformément aux Régie*
toutesperjonnes'de quelque qualité quellesJotefit,attires que les Libraires & Im¬
primeurs
de -vendre , débiter &• faire
afficher aucuns Livres pour les vendre
j 87 .fol. 460.
vins de 1713.
qui fait défenjès.art.lV. à
-y
j
en
leurs noms , Joit qu'ils s'en dijtnt les
& à la charge
à lajMjdite Chambre neuf
Exemplaires pi.efmts par l'art. CVill._
du meme Rtg cment. A Parts le 4 Mai
Auteurs ou autrement i
de fournir
J7ji .LE
!
GRAS , Stndic.
_
»
Fait partie de Pensées diverses Par Mr. Etienne Coeuilhe Président à l’Élection de Périgueux
