FRB243226101_Res_PZ_629.pdf
- extracted text
-
fajcp/^
fajfa^&t
c>
if
fa
/£ a~v vif /&£ ^/T^yf^^- ^
_
/- ét/ï^x_ji^
<£-e_.
-tS~/ S' e^s" J*—
J&,
Les Familles Vauthier, Denis
et Chappé vous prient de
l'honneur d'assister aux Obsèques de Monsieur
Edmond VAUTHIER , architecte, décédé aujourd'hui
leur faire
8
avril, dans la k 3° année de son âge, muni
de l'Eglise.
ments
Le
des Sacre¬
Service aura lieu demain
lundi, à. une heure de
l'après-midi, dans l'église paroissiale de Saint-F? ont.
On se réunira
à la maison mortuaire, route deJj^is,
n° 10.
Périgueux, 8 Avril 1866.
IS88 —
Impr. Rouchame rl <>
—
Hier ont eu lieu
au
milieu d'une nombreuse
assistance, malgré le temps épouvantable qui a duré
toulela journée, les funérailles
de M. Vauthier, ar¬
des travaux de SaintFront. M. Vauthier, jeune encore, a été enlevé rapi¬
dement à sa famille et ses amis par une angine qui,
en trois jours, a triomphé de sa constitution, robuste
pourtant. Il laisse inachevée une œuvre grandiose, qui
eut suffi à la renommée d'un grand artiste, et qu'il
conduisait avec autant d'intelligence que de savoir,
sous l'inspiration de M. .Abadie dont les idées et les
dessins ne pouvaient trouver un meilleur interprète,
Il y a dix ans que cette réédification colossale est
chitecte préposé à la direction
commencée, et M. Vauthier fut dès le début le bras
droit de l'architecte diocésain qui l'a projetée et en¬
treprise. Pendant ces dix années, appelé sur bien des
points du département, le vaillant travailleur a rebâti
bien des églises, construit grand nombre de maisons
particulières, tracé bien des plans, dont sa mort, hé-
devait laisser tant d'inachevés 1 C'était un
homme de talent et d'avenir ; sa perte, cruelle pour
les siens, trop prompte pour tousv sera vivement
ressentie dans le Périgord entier.
S"*"11
6las !
L'Empereur vient d'accorder sur sa cassette 80
mille francs, pour aider les RR. PP. Trapistes, dans
leurs travaux d'amélioration agricole des Dombes.
La maison fondée par ces religieux, dans une pensée
de dévoûment tt de salut public au milieu de ce pays
insalubre, a pour prieur le représentant d'une de nos
plus anciennes et illustres maisons du Périgord, M.
le Mis de Ladouze d'Abzac, connu dans son ordre sous
le nom de Père Marie-Augustin, et dont le château
paternel s'élève à quelques kilomètres de Périgueux,
dans la commune de Champcevinel.
Ce zélé religieux, qui a tout abandonné, richesse et
position heureuse dans le monde, pour la pauvreté
volontaire, vient d'être nommé abbé de son monas¬
tère, érigé en abbaye dernièrement par bulle pontifi¬
,
(
,
j
,
j
,
j
]
(
<
I
—
cale. Il a dû être béni solennellement
hier
en
,
cette
qualité en présence de plusieurs membres de sa fa¬
mille,qui ont fait le voyage de la Bresse pour assister
à cette touchante et belle cérémonie.
Il a été question de l'établissement d'un couvent
de trapistes dans la Double,et ces moines défricheurs,
comme à Staouéli, comme en Bretagne, comme dans
le Maine, comme dans les Dombes, comme partout,
apporteraient la richesse et là santé au dépens de leur
vie ; mais on assure qu'en ce moment ils manquent
de sujets disponibles. C'est que c'est une rude exis¬
tence que celle que ces vaillants cénobites, que tant
de braves gens ignorants et qui ne voudraient pas se
charger d'aussi durs travaux, appellent avec naïveté
des fainéants. Combien de laborieux travailleurs qui
s'effrairaient de la tâche entreprise par ces paretieux!
I
j
JS" 33
M-
/
a ~f
£, /"
v ^
jj
^
^/(û ^_^V^jT^^,_fJ>
*
6X^
*-^3/
df~-^~< c/&
J*
'/^^C^ fS/r
} a^n
f? -n cj—>
f*
t
(
4;
-
s/s
-
^SïsSi
^
/^. -3-sy-jc cJj,
'
I
c Oxs7
J-y~s<
S'
4
•^f * c^yjt-^
'
£-OA-<
'
J*
/^ /^TU^/^£ j '&r~7 *r_jf^-: ^ff'
-V
c33< <y +
/
JJ
(
J'^yr
^^//'
^
*/S*■ Lj
^ V".^
F'ïaC^-^ é^fr^
&£ ^ €^~<—r~
' ~y
v
,
<J *
,
ïs
M)je-
&A A?7
<*-+ ^ / *-V«^>
<-- SJ. V
"*
* o>^-*~-2
^y^/ /2/) ^-t^oc—^
jJ&A Aa—
7
^
^ -5^"
^
f y£x^< jr r*<y
?—/ — S-^y-
}
y_
"*•-*
<&*'
Q-
/
y
^
rn.
,<^
X,<Jjr-
~£tz->~-
y
rï
f
■
'/ZV~^ r,:.—^ M
y <U-*-*n
/
^ ^
__a
/9
/
éi&U
y*
^ ^ ^'S/&**s S/tit.
^ié'
\,o-J<C*^SE3 dh&&/
Q<?
'
^yJty
K
cS^-t^
■^X-&- f.-<s—]/^d-7
^ ^ /^--^
"ysSr^-
<???7^>,
;/ayyft c/ i-L-^j
<AL.
Z%s.. SL<4£, '■&,*>
frutrrr? ^ i-
uZ^i-
US-1~~>-
y^y^-/^
-xy C^y
/i
i*
f^-^'^^-<_x//
<CV <zz^y
c/t:,
-£~3\
r
—y
.y-z-o~// f.y
^^
y^Z^d^y
-?tp éc^i
/^,
^c)
ts^x^y^
£-4/^ d
-éhy£
sd^ddc*^
^y £sw ,
-
^
-y^yT^-
o £1^'L.-^f
^ ot_-t. -^t-J-
^
'V^>jp
^yi^-V ?)
^
/
i*y/sa-^,
6^^?,
<rd
Q
Ja~~^ -/C,
'-'
^
s
W
7 "<-*.'
/
«^Au uy^
<?-^f~yL^*-,' y^-c^, y^-y&a^oJ^
<^lv.,j£rr~t? gj^y>^ry^-o
dz>Y -&—^
'p/
'/4* 7JL.
Jn s4*
&
c-^ P*d ^d-ij
/
f
d<f~i*J^Z aJ^"
■é-7-^^ds
xj
^
y A^<
^/yy>7 •
<?-7xy-
/^ ^ZrZ/l-', ?//ï/S^J'<^/ A
l/a^Z / y^ <Wi ^
<y?-. ^-s
ù~>rjt^e-7->-' i&c ' /Q «
-^a^y Q0^3 O-^'
/£*
<*^/—
4sf~ <?* **r &>-t St.y~
f
c
z-
✓£
<*~W*- ^«o*.
~-~<y
l/e^cr-^t^if
&//'<>
-
" <Z--f /,
AA
AA//œ//;A
ô/Cy
A, a/
<aS- A
ï
0-£/dL*iyf~
A^t^Aj .A/Ay^' A
AA^u^A
r
fo fiyS
y*
s7J??lA
/
^
A/y^cns
AtyAy^^^
<yA A^At œ/Y
c
eAru*y, &<A*-7
\
13. LU.
«rv\
uu~-
y Ym
£-/:
Y.7éd.
r
p-Z- 6^3
c.
I AgboM
Cailouin, lieu de singulière dévotion
France, voiro
plusieurs endroits de la chrétienté pour
les précieuses reliques d'un des Suaires de
i
et
renommé par toute la
en
notre
Sauveur, i
Anliq. de la France, p. 780, "éd. de
M. DC. XXXI.
L'église de Përigueux et de Sarlat possède dans le.
^saint Suaire de Cadouin un véritable trésor. Bien
que
dépôt sacré n'ait pas cessé d'être parmi nods l'objet
d'un culte particulier, depuis la révolution, il est loi'il
■de recevoir les honneurs que lui avait rendus la
piété des
siècles précédents. Au xvnc siècle, le P. Léonard Frizon,
célébrant dans ses poésies latines ce très-antique et trèsassuré monument de la religion, cet ornement bril¬
lant de la France : Religionis antiquissimum certissimumque tnonumentum, Galliee amplissimum
ornamentum (i) , le proposait à la vénération
publi¬
que, ad venerationem propono. Sans exclure le noble
but que voulait atteindre dans ses vers l'illustre reli¬
gieux, la présente étude n'est qu'un acte d'amour
■ce
et de reconnaissance envers le saint Suaire,
haut par une âme chrétienne qui, ayant
fait tout
réuni pieuse¬
ment les principaux documents relatifs à cette
insigne
•relique, les vient présenter simplement à quelques-uns
des enfants de la sainte Église. Que le culte du saint
^Suaire recouvre enfin parmi nous son
antique splen¬
deur! Et, puisque nous assistons à l'heure sainte de
la résurrection de nos vénérables traditions,
que parmi
toutes, que par-dessus toutes, celle-ci reprenne sa
place d'honneur !
Sic âge, Franciam
Tuere ; sic rursùs per omnes
Christiadas tua fama curral ! (i)
(1) Leonardi Frizon, S. J. Opéra poelica, loin. u. p. 342.
Paris. M. DC. LXXV.
(2) L. Frizon, p. 327.
I.
îi existe
plus d'un suaire de notre Seigneur. La
manière d'ensevelir chez les Juifs en exigeait un cer¬
tain nombre. Le
Corps adorable de Jésus-Christ fut
mis dans le tombeau, enveloppé de parfums et entouré
de plusieurs linges. Saint Mathieu nous
l'apprend
(ch. xix. v. 39 et 40). Après la résurrection, S. Pierre
trouva le suaire qui avait été placé sur la tète du di¬
vin crucifié et sur le haut de son
corps, mis à part et
séparé des autres linges : Sudarium quod fuerat
super caput ejus, non cum linteaminibus sed sepuratim involutum. (S. Jean. xx. v. 7.) C'est dans un
semblable état que le même évangéliste nous
repré¬
sente Lazare quand il sortit de son
sépulcre. (S. Jean
xi. v.
44.)
Il n'y a donc rien, il ne peut y avoir rien d'étonnant
à ce que plusieurs églises se glorifient du bonheur de
posséder des saints Suaires. Il serait même surprenant
qu'il n'en fut pas ainsi. A défaut de l'histoire, la rai¬
son, le cœur et la foi nous diraient avec quel pieux
respect on conserva, dès les premiers jours de l'Eglise,
les reliques des Saints, avec quelle attention surtout
on poursuivit du soin le
plus vigilant les instruments
qui avaient été consacrés dans la Passion par le con¬
tact du corps vénérable du Fils de Dieu, et avaient
ainsi coopéré immédiatement à la rédemption du
monde. On peut assurer, en toute vérité, que la tradi¬
tion s'empara d'eux dès le principe pour ne les quitter
jamais. Il y a eu plusieurs Suaires, il doit donc exister
diverses traditions affirmant la présence en divers
lieux de ces linges vénérables.
Tous les monuments concernant celui qui repose
dans l'église de Cadouin s'accordent à nous assurer
que c'est celui dont parle l'apôtre saint Jean et qui se
trouvait sur la tête de Jésus-Christ. Le plus ancien
écrivain qui nous en parle est le vénérable Bède ou le
très-vieil auteur du traité de Locis Sanctis.
Baronius,
dans ses Annales (ann. 678),
Vie des Saints,
Ribadéneira, dans sa
Marchant, dans son sermon de l'in¬
vention de la sainte Croix, et autres écrivains
estima¬
bles, ont répété son récit. Un juif vola cette
relique.
Elle lui apporta les biens de l'âme : il se
convertit, et
celles du corps : il s'enrichit. A son lit de
mort, il fit
deux parts de son héritage, l'une
comprenant le saint
Suaire, l'autre se composant de richesses de ce monde.
Il les présenta au choix de ses deux enfants.
L'aîné
préféra l'argent, et, par une punition manifeste, en peu
d'années il
fut réduit à une extrême
indigence. Le
plus jeune trouva dans son Suaire un talent qui fruc¬
tifia à la fois pour le temps et
pour l'éternité. Cette
bénédiction s'étendit sur sa maison
jusqu'à la cin¬
quième génération. La précieuse relique tomba alors
entre les mains des juifs
infidèles, et leur rapporta
encore, mais seulement des biens temporels. Les chré¬
tiens, désirant vivement rentrer en possession d'un si
grand trésor, les infidèles, ne voulant à aucun prix
s'en désaisir, il s'éleva enlr'euxune
grande discussion.
Pour la calmer, les contondants eurent
recours à
Mahurias, roi des Sarrazins, successeur d'Omar, qui
nostrà œtate fuit, dit l'écrivain. Ce
prince pensa qu'un
prodige trancherait le différend et montrerait la vo¬
lonté et la puissance du Dieu des
juifs et des chrétiens.
Un grand feu est allumé, le saint Suaire
y est jeté;
mais, chose admirable, il voltige au-dessus des flammes
et va se reposer enfin entre les mains
d'un chrétien
perdu dans la foule.
Tel est le récit de l'auteur du livre de Locis
Sanctis.
Tellela tradition qui s'attachait à cette
relique sacrée:
Quod noster frater Arculplius vidit et osculalus est,'
mensuram habens
longitudinis quasi octo pedes. Elle
voyage de l'évèque
fut consignée dans la relation du
Arculphe en terre sainte, que nous avons encore. Elle
suivit, en Occident, le saint Suaire.
résultats précieux, les Croisades va¬
l'Occident un grand nombre de saintes
Entre autres
lurent à
reliques, dont il est fait mention dans l'histoire de
l'Eglise. Le Périgord, en particulier, leur dut son
saint Suaire.
Nous lisons dans le Dictionnaire de Moreri, tome h,
413, au mot Cadouin : « Quelques-uns disent que,
fut Raimond de St-Giiies, comte de Toulouse,
p.
»
ce
qui apporta le saint Suaire enFrance. » Celte asser¬
fondement : elle est peut-être basée
sur le séjour prolongé que fit cette relique dans la,
capitale des comtes de Toulouse, à qui on attribua
ainsi le bonheur de l'avoir portée de laterre sainte.
Ce sentiment est isolé et sans preuve.
À côté de la relation du pèlerinage d'Arculphe en
Palestine, on lit, en très-ancienne écriture, une vieille,
chronique. Adhémar de Montheil, évêque du Puy,
légat du Saint-Siège dans la première croisade, ren¬
contra notre saint Suaire à Antioche, où on l'avait
porté, ainsi que bien d'autres reliques, pour le sous¬
traire aux profanations des musulmans, qui, en ce
temps-là, foulaient aux pieds la cité sainte. Grâce à
son éminente position, il en put faire l'acquisition l'an
1098. Mais, sur le point d'être enlevé par la maladie
qui fit périr tant d'autres guerriers, il remit son trésor
à un prêtre de son Eglise. Ce prêtre se hâta de s'em¬
barquer. Frappé à mort lui aussi durant la traversée ,
il laissa son dépôt à un ecclésiastique attaché à sa.
personne et originaire des environs de Cadouin. Le
chanoine Tarde, le savant annaliste de l'Eglise de
Sarlat, raconte comment cet ecclésiastique s'y prit
»
tion n'a aucun
cachant à l'ardente
il
prit « un baril, au milieu duquel il fit un moyen de
bois qui le divisa en deux. Dans l'une de ces parties.
pour sauver la sainfe relique en la
convoitise des autres chrétiens, ses compagnons,
»
—
3
—
dans l'autre il y mettait sà
boisson; et en celte sorte le porta dans son pays
i il y lfiit ce sacré linge, et
»
natal, dans une église proche Cadcuin, laquelle il
en charge. » Ainsi, comme le remarque le
P. Dupuy, la mort de l'évêque Adhëmar « revint ait
profit spirituel et bonheur de celle province. »
»
»
avait
Ce fut vers l'an M 12, commel'assurentlachronique
bitée plus haut, le chanoine Tarde
et les autres histo¬
riens en général, que le saint Suaire fit son entrée en
Périgord. Avec lui furent apportées la tradition, qui en
était inséparable, et la narration des événements,
auxquels il se trouvait mêlé. (1)
L'humble sanctuaire du pauvre clerc n'était pas le
dernier asyle que Dieu avait destiné à abriter le linge
glorieux. Un prodige éclatant le montra bientôt. Au
milieu d'un violent incendie qui, en l'absence dit
prêtre, consuma le village et l'église, le saint Suaire,
déposé près de l'autel, resta intact. Les moines de
Cadouin, récemment établis dans le voisinage, accou¬
rurent et l'emportèrent dans leur retraite, prétendant
qu'il leur appartenait « pour » l'avoir conservé au
hasard de leur vie (2). »
(1) « Sudarium Domini de quo suprà teligimus in historiâ
Antiochcna , modà est in Âbbatia de Caduinii... » Voir toute
celte relation Ex. Chron. Alherici, chez les Bénédictins de
S. Maur, Recueil des Historiens de Gaule, etc., t. xiu. p.695.
Paris. 1786. — On la voit aussi dans la Collection dite de
Dom Grenier, t. lxxvi, p. 75.
(1) Tarde, p. 11-2. Nous citons toujours la copie Gillet
appartenant à la Biblioihèque de Périgueux. — Le Propre
du diocèse de Sarlal de 1677 (Paris, Muguet) met cet événe¬
ment à l'an
1117.
—
6
II.
Cadouin ! tel était l'endroit providentiellement des¬
tiné de Dieu pour recevoir l'un des Suaires de Notre-
Seigneur. Situé dans une gorge profondément en¬
caissée entre deux chaînes de hautes collines, ce lieu
silencieux et désert était bien choisi pour être le tom¬
beau vivant d'une relique de la mort du Fils de Dieu.
Les vieilles annales font
sur
ce
site des remarques
qui conduisent à cette pensée. Son nom même aurait,
paraîtrait-il, prophétisé dès le principe ses destinées
à venir et ses gloires futures. (1)
En 1114, le bienheureux Robert d'Arbriselles, dans
ses courses apostoliques , vint à
l'érigueux. Devant
l'évèque, Guillaume d'Auberoclîc, et le chapitre de la
collégiale Saint-Front, « il fit un si divin sermon,
»
qu'on le jugea digne de le récompenser par une do» nation. » On lui donna la terre de
Cadouin, posses¬
sion de l'évèque et du chapitre, pour y établir des
religieuses de Fontevrault (2). Le ciel avait d'autres
desseins. En 1115, le B. Robert, de concert avec l'abbesse de Fontevrault, Pétronille de Chcmillé, céda les
biens dont l'évèque et le chapitre du Puy-Saint-Front,
ainsi que les seigneurs de Beynac et de Biron
(3) lui
avaient fait présent, à Géraud de Sales, ami de Robert,
socio meo... amicissimo, une des plus pures gloires
monastiques du Périgord (4). Ce bienheureux se mit
(1) «Par un rapprochement assez bizarre, l'endroit où est
conservé te Suaire, Cadouin, signifie en celtique, d'après
Bullct, conserver linge. » Guienne Hisloriq. et Monum., 1.1.
p. 1-27.
(2) Celte donation.se lit au tome CXLXII de la Patrologic
de M. Migne, col. 1093.
(3) Cette donation de Guill. de Biron est indiquée dans
Brecquigny , t. ii. p. 430, et daus
d'Achéry, Spic. t. xi. p. 314. Deux autres sont indiquées à
les Tables chronolog. de
la suite de celle-ci.
•
(4) La donation se voit au même tome de la Palrologie,
col. 1088.
sous la
juridiction d'Henry, abbé de Poniigny, « et à
Cadouin, se reconnaît
» la
septième de la filiation de Poniigny et l'onzième
» de l'ordre de
Cirteaux. » C'est aux premiers
religieux
de cette Maison que Dieu voulut confier la
garde du
»
raison de ce, celle abbaye de
saint Suaire. Ils le recueillirent dans l'incendie
dont
il
vient d'être parlé, et le
portèrent dans leur monastère,
«
auquel ce bon ecclésiastique, quelques jours après,
» vint faire ses
humbles suppliques de leur rendre ce
»
qu'il avait apporté au péril de sa vie; et ne l'ayant
»
pu obtenir, supplia aSectueusement le supérieur -de
» le recevoir au
nombre de ses religieux ; ce
qu'ayant
»
obienu, il consacra le restant de ses jours pour
vivre et mourir aux pieds de la sainte
relique (1).» Il
la garda toute sa vie
(2), il mourut en l'aimant et « fut
enterré dans le sépulchre
qui relève deux pieds sur
» le
pavé de la chappelle de la Mâgdelcine, » non loin
du Suaire quil avait tant
chéri, beaucoup l'estimant
»
»
saint.
L'Orient, célèbre par le séjour et les visions des
patriarches et des prophètes, illustré par la vie et la
mort du Verbe de Dieu fait
homme, ne devait pas
toujours tout avoir. Pierre, le fondement vivant de la
sainte Eglise, transporta l'arche divine à
Antioche,
d abord, et à Rome
ensuite, c'est-à-dire au cœur de
l'Occident; ainsi marcha dans ses vols merveilleux et
ses
élancements surnaturels la Maison
deLorette;
Suaire; ainsi enfin tous les principaux
ainsi notre
monuments de la piété chrétienne. Pour enflammer
cœur des
le
fidèles, le Fils de Dieu voulut que les reli¬
ques de sa passion fussent disséminées en divers lieux;
et pour peu
qu'on y fasse attention, Cadouin occupe
place convenable dans cette sorte de carte surna¬
turelle et mystique.
une
(1) Dupuy. — Estât.,etc., p. 29, p. ii.
(2) Tarde. — Mémoires, p. 112.
Pour abriter le saint. Suaire, ii fallait un monument
majestueux. Les moines se mirent à l'œuvre. «Ce fur
à bâtir
l'église qui est aujourd'hui sur pied et fut parachevée et consacrée l'an mil cent trente-neuf (3). » La
vieille chronique déjà citée dit : « In hoc loco magna» kabetur Ecclesia in honore de Sudario
quod insepulchro super caput et corpus.... fuit. » L'aneienne église, la Salvétat, était dédiée à la sainte
Vierge, ainsi que le prouvent deux inscriptions qui)
bous ont été conservées. La nouvelle fut pareillement
»
l'an mil cent dix-huit qu'ils commencèrent
»
»
»
dédiée à Notre-Dame.
Très-solenellement consacrée, non en 1139, comr
me l'a
dit plus haut le P. Dupuy,
mais en 1134, le<
dimanche, cinq des nones d'octobre (4) par les évêques de Périgueux, d'Agen et d'Angoulême , en pré¬
sence de onze Abbés, protégée par la très-sainte Mère
de Dieu, abritant le Suaire de son divin Fils, elle fut
toujours doublement vénérable. Elle a bravé les
siècles et les révolutions, elle est debout sous nos
yeux et nous pouvons l'admirer encore.
Notre but n'est pas de la décrire en détail
ni d'en
donner une monographie, bien qu'elle mérite assuré¬
spéciale. « Elle est d'atrès-remarquable par son architecture, qui
» est tout en plein cintre, avec la corniche en damier
»
qui se retrouve dans tant d'églises romanes. La;
» voûte seule est en
ogive très-primitive. La façadement l'honneur d'une étude
»
bord
(3) Dupuy, p. 30.
(4) Prop. de Sarlat de 1677, p. 67. — C'est la date donnée
par le Gallia Chrisliana, dont voici la traduction ; le 4»
Abbé fut Ramulphe , sous lequel eut lieu, l'an 1154, indic¬
tion 3«, épacte 15", le 5 des Nones d'Octobre (3 de ce mois),
jour de Dimanchela, Dédicace de l'église deCadouin. Elle fut
faite par Raymond, évêque de Périgueux; Hélie , évoque
d'Agen ; Hugues cvèque d'Angoulême. Cette église fut con¬
sacrée en l'honneur de notre Seigneur, de la sainte Vierge
^t de tous les Saints... Anastase IV, souverain Pontife...
—
9
—
elle ofl're un couronnement semihexagonal, soutenu par une colonnade de neuf arcades en plein cintre, d'une grande élégance. C'est
» un type tout-à-fait méridional, de même que la petite coupole qui s'élève au-dessus du transept. Le
» chœur est parfait, et les enroulements en feuillages
» des cinq croisées qui l'éclairent, d'une grande
délicatesse, malgré le badigeon qui les recouvre (1). A
la voûte de ce chœuç, se trouve la peinture la plus
remarquable du moyen-âge que j'aie rencontrée en
France : c'est une fresque qui représente la résurrection de Notre Seigneur (2). En Italie, cetle fresque
qui rivaliserait avec quelques-unes des plus célèbres que j'aie vues, serait à peu près de la fin duxve siècle. Je- ne connais pas assez l'histoire de
» l'art en France pour
en conjecturer la date même
approximative, et, dans le pays, on n'a pu fournir
aucun renseignement ni sur son époque ni sur son
est originale :
»
»
»
»
»
»
»
»
»
>
»
»
»
»
auteur...
»
trouve un autre chefd'oeuvre, car on dirait que les chefs-d'œuvre des
» trois arts se sont donné rendez-vous dans ce coin
» de terre oublié et presque inconnu dans les envi» rons mêmes. C'est le cloître intérieur de l'ancien
» monastère, vrai bijou de l'époque la
plus brillante
» de la transition qui a précédé la Renaissance, mar»
A côté de celte église, se
»
qué au sceau de l'influence mauresque et orientale
qui envahit alors l'imagination française. Je crois
j>
qu'il n'existe pas en France un morceau de ce temps
»
plus riche, plus fini, plus orné. Si on avait le cour
» rage d'y trouver un défaut, ce serait la profusion
» des détails, la beaulé vraiment trop coquette des or»
»
(1) Elle est en forme de croix latine, ayant trois nefs, ter¬
minées par trois absides. Elle a 48
mètres de longueur ; de
largeur au transept près de 23 mètres ; et de longueur dans,
la nef et les deux bas côtés près de 20 mètres. — La façade a
été prise à la chambre obscure par M.
A. Charrière.
(2) Cetle résurrection ayant été pour le saint Suaire une
source de gloire, la fresque qui la représente est par-là même
une
glorification du S. Suaire.
—
io
—
nements. On est tenté de croire
d'abord que l'imagination du sculpteur s'est abandonnée sans peine
» à ses
caprices; mais en examinant de plus près, on
» reconnaît
qu'il n'y a rien dans cette incroyable
» abondance
qui ne soit strictement en harmonie avec
»
»
»
la sainteté du lieu, rien qui n'ait été dominé
»
inspiration profondément religieuse... (1). »
j>
trouvent enfouis des
»
de sculpture et d'architecture,
par une
Oui, cela est vrai, à Cadouin, dans un désert, « se
chefs-d'œuvre de peinture,
» entassés par la
piété des siècles, et c'est un hommage éloquent que
l'art a rendu à la présence du Saint-Suaire. Chose di¬
gne de remarque, tous les détails du trône de l'Abhé
se
rapportent à la passion de Notrc-Seigneur dont l'é¬
glise possédait une relique si brillante. En voici les
sujets : Adam et Eve chassés, Abel tué par Caïn, Noé
et sa femme : telles sont les
figures ; Jésus-Christ au
Calvaire, la sainte Vierge et saint Jean, sainte Made¬
leine à ses côtés, et le démon enchaîné, telle la réalité
;
procession de religieux, lhibbé en tète, allant au
Calvaire, telle l'application. Les autres sculptures du
une
(1) M. le comte de Montalcmbert, œuvres complètes, t. vi,
p. 38 et suiv. — C'est par erreur que l'illustre écrivain at¬
tribue à S. Bernard la fondation de Cadouin. — Plusieurs
auteurs très-connus ont parlé en détail des cloîtres de
douin.— M.
Ca¬
Daguzan garde général des forêts, chef de
service du département de la Dordogne, à
Bergerac, a donné
plusieurs dessins de l'Abbaye. On peut encore voir, à la fin
de l'Histoire des Villes de Guicnnc une belle
reproduction
d'une des gallerics du cloître. — « Un fait
remarquable, dit
M. Daguzan
c'est que le temps qui continue l'œuvre des¬
tructive de l'homme, dans le cloître de Cadouin, a
entrepris
à rebours sa tâche de
démolisseur,détachant, pulvérisant les
pierres les plus récemment posées et paraissant disposé à res¬
pecter encore les anciennes conslruclious. » La providence,
en les
épargnant ainsi, veut sans doute qu'on se haie de les
réparer.
,
,
,
cloître commentent en diverses manières cette pensée
fondamentale de la Rédemption. C'est bien l'idée de
la Rédemption qui est sculptée dans les cloîtres de
Cadouin. Ce Jonas et ce Job dont ils redisent l'histoire
ne sont que l'image de J.-C., l'homme des douleurs,
qui resta trois jours dans les entrailles de la terre. Ce
Lazare, dont l'âme est emportée dans le sein d'A¬
braham, ce mauvais riclic, dont les démons attendent
le dernier soupir, représentent les hommes qui, pro¬
fitant de la Rédemption, iront au paradis, et les hom¬
qui, en dédaignant les bienfaits, tomberont par
leur faute dans les enfers. La scène du jugement der¬
mes
nier fera ce terrible et éternel discernement, et dans
la vie les vices et les vertus sont mélangés encore
plus que sous les arcs séculaires de Cadouin. L'église
appelle N.-S. le prix, talentum, du mondé et c'est le
saint suaire qui a renfermé ce talent II l'a renfermé
sans le garder, car il devait fructifier
pour la gloire de
Dieu qui éclatera également dans la récompense des
bons et la pu-nition des méchants.(1) Telle est l'hymne
que chante avec tant d'à-propos le cloître de Cadouin.
Quant à l'Abbaye elle-même, le chanoine Tarde nous
dit : « Lorsque le saint Suaire fut apporté à Cadouin
c'était seulement un petit monastère de moines
»
blancs, qui vivaient d'aumônes, sous la conduite de
l'un d'iceux et sous l'autorité de l'évêque diocésain.
» Ils n'avaient d'autre
église que la -chapelle de St» Michel,
qu'on voit à présent du côté de l'église et
»
qui ne sert aujourd'hui que pour la sépulture des
»
religieux, avec un petit enclos qui paraît plus vieux
»
que le reste du bâtiment. L'an M 06, l'évêque de
»
Périgueux leur concéda l'église de la Salvctal pour
» la
posséder à perpétuité, laquelle a été depuis pa,
»
»
»
roissiale de Cadouin. L'année 1 M 5, ils furent reçus
(1) Le sacrifice d'Isaac représenté dans la 4° travée de 1»
galerie de l'Est fait une allusion si manifeste au sacrifice de
la Croix qu'il est inutile de l'indiquer.
—
en
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
12
—
l'ordre de Citeaux... L'an 1118,
ils jetèrent les
premiers fondements de l'église qui subsiste encore
en son entier, et l'an 1140, le Pape, par Bulle
expresse, approuva et confirma les concessions faites
en leur faveur et leur donna certains privilèges...
Cette Abbaye s'augmenta par la ménagerie des pre-miers religieux, parles dixmes que l'évêque et
Chapitre de Périgueux leur donnèrent et par les
bienfaits d'une reine d'Angleterre, fille de France,
des ducs de Guienne, des seigneurs de Biron et
Beynac et autres seigneurs du pays. » (1)
convention, passée entre
(1) Mém., p. 113. — Dans la
l'Abbé de Cadouin et celui de Pontigny,
devant Adhémar ,
évêque de Périgueux , et llélie, archevêque de Bordeaux ,
instrumenta du Callia
abbayes filles de Cadouin ;
insérée dans le tome n, parmi les
compte sept
Christiana
,
Gondonii
(Aginn.), Fonlis Willelmi (Vazaten.), Faëzise
on
(Burdigal.), Bonnae Vallis (Pietav.), S. Marcelli (Cadurcen.),
Ardurelli (Albig.), Clarianse (EInens.). Tarde y ajoute celle
de Beaulieu, au Carbon-Blanc-lèz-Bordeaux, p. 115. La
fécondité si remarquable d'une petite abbaye périgourdine,
qui étonnait Innocent III, s'explique par la présence du
saint
lui donnait une importance exceptionnelle. —
Nous ne parlons qu'en passant de l'Abbaye de Cadouin, et
seulement par rapport au saint Suaire qui est l'unique objet
de notre étude. Pour ceux qui voudraient plus de détails , on
peut indiquer la vie du B. Geraud de Sales dans l'Amplissima collcctio de Martène et Durand, tome vi. col. 989. La
Suaire qui
1067, où
Abbés est
dans le Gallia Christiana, tome n. col. 1538 et suiv., la
chroniq.de S. Max. col. Hist. de France, xii. p. 405. llélyot,
Histoire des Ordres religieux, t. vi. p. 609. LA'bbaye de
Cadouin. La Bibliothèque des Chartes, tome ih. p. 444, et v»
série, 1862, tome m. p. 299. Le P. Dupuy, Estât de l'Eglise
du Périgord. Le chanoine Tarde. La Guienne monumentale.
Le Chroniqueur du Périgord. Le tome X d'octobre des
vie de Bobert d'Arbrissel, par Balthasar Pavillon ,
l'on trouve des détails sur la fondation. La liste des
147.
Bollandisles. L'histoire delà Grande Sauve, t. n,p.
Le tome iv du Novus Thésaurus anecdotum en divers lieux.
—
13
—
saint Suaire fut peinte dans un ta¬
resta 508 ans dans l'église abbatiale, du
La tradition du
bleau qui
côté de l'Évangile. On y yoyait « agraffé »
métal
sur
« l'ancien
et gravé
et autentique tillre » que cite
parle en détail le rare
livre intitulé : « Histoire du saint Suaire
et du sacré Bandeau de Jésus-Christ notre Rédem¬
pteur... mise en lumière par les prieur et religieux
réformés de ladite abbaye. » (Paris. M. DC. XLIII.) (2).
Tandis que l'Eglise formait une châsse animée
gardant le saint Suaire, tandis que ce tableau et cette
inscription avec la tombe où l'humble prêtre dormait
le sommeil de la mort en étaient l'authentique immua¬
ble, le petit livre qui vient d'être cité en devint par
la suite l'authentique mobile et volant, si l'on pouvait
parler ainsi. Car, comme le dit M«r de Lingendes,
évêque de Sarlat, dans 'l'approbation qu'il lui donna,
et que lui donna, après lui, le théologal de la cathé¬
le P. Dupuy, page 27, et dont
et précieux
drale, le 26 octobre 1643, « pour la justification du
» contenu
en i-celui, avons fait transporter dans
épiscopal les anciens titres, livres et
»
notre palais
»
registres de ladite abbaye, lesquels nous ont été
»
représentés en bonne et anthentique forme eti-ceux
opuscule
(2) Nous devons la communication de ce précieux
Lapeyre, bibliothécaire de la ville de Périgueux.
Vers 1820, on voyait à Cadouin , un volume manuscrit
relatif à l'histoire de l'Abbaye. — On y voit encore un opus¬
cule contenant, avec quelques notes, les litanies du saint
Suaire et d'autres prières en son honneur. — Les auteurs du
Gallia Christiana parlent d'une histoire du S. Suaire par un
anonyme de Cadouin , éditée à Tulle, chczDalvy, 1682.—
Çne histoire abrégée du saint Suaire fut aussi imprimée à,
Angoulême en 1651.— Il existe encore un petit in-4" de 31
à M.
—
la même histoire et renfermant
Mgr de LiageDdes, les détails sur
pages, contenant l'abrégé de
de plus le procès-verbal de
la Confrérie du saint Suaire , etc.
—
14
—
fidèlement conférez avec ladite histoire et
trouver
» entièrement
conformes l'un à l'autre.... »
>»
D'où il
résulte que dès le
principe, l'Abbaye écrivit chaque
jour sa tradition et
recueillit d'âge en
âge tout ce qui
concernait le trésor de son saini Suaire :
permanent et variable qui grossissait authentique
d'heure en
heure. Ainsi le pratiquait, du
reste, tous les monas¬
tères qui eurent par-là en
grande partie, occasion de
sauver l'histoire, les arts et les
lettres. Le cloître luimême, quand il fut hàli plus tard dans toute sa
ri¬
chesse, en montrant l'Abbé se dirigeant avec sa
com¬
munauté vers le calvaire, comme s'il
allait chercher
le saint Suaire, était lui
aussi, par cet anachronisme
,
,
significatif, un monument authentique de la même
tradition. En sorte qu'à
Cadouin, hommes, livres,
et monuments, tout
parle à ia fois du même objet, et
que le saint Suaire est l'âme de cette localité
et le
centre unique de son histoire.
ÎII.
Dieu seul connaît parfaitement le
mouvement qui
s'est produit autour du saint
Suaire. Lui seul sait les
prières et les soupirs des cœurs
les pas des pèlerins, les miraclesfidèles, le nombre et
opérés et les témoi¬
gnages de piété laissés dans
l'abbaye.
Vouloir les dé¬
crire tous, serait tenter
l'impossible. Les moines
eux-
mêmes, malgré leur vigilance et leur
empressement,
n'ont pu y réussir. Encore moins
le pourrait-on au¬
jourd'hui, puisque les anciens historiens se
plaignent,
à plusieurs
reprises, du naufrage qui a englouti les
riches
traditions de Cadouin, n'en laissant
subsister
que des fragments, « tabulas ex
ingenti superiorum
lemporum naufragin reliquœ. » Les
départs du saint
Suaire, que Dieu permit pour augmenter
la gloire de
la sainte
relique,
et
aussi
sans doute pour apprendre
au
Périgord à mieux apprécier le bonheur de la
séder; le protestantisme et la révolution ont fait pos¬
per*
—
15
—
dre une grande partie des documents de son histoire,
donne néanmoins une idée des
te qui en est resté
grandes richesses qu'ils devaient contenir. Le célèbre
procès-verbal de I\Br de Lingendes, évèque de Sarlat,
en serait à lui seul une preuve
complète. En 1644, le
six septembre, cet illustre pontife, sur la demande
des religieux, se rendit à Cadouin,
accompagné de
plusieurs réguliers et docteurs en théologie. Il se fit
exhiber et vérifia lui-même les bulles,
lettres-patentes,
diplômes, registres et autres actes relatifs au saint
Suaire. Cet examen fini, il déclara « qu'i/ ne
croyait
»
point qu'il se trouvât dans toute la chrétienté une
»
relique mieux avérée. » Il dressa de cette visite un
instrument si authentique et si motivé, qu'on
peut
l'appeler une pièce décisive (1); et transporté de joie,
il laissa déborder les sentiments de son àme dans un
éloquent discours : splendidàque illd sud facundid
sinaonem augustissimam celebravit (2).
Quatorze souverains pontifes ont consacré, par
leurs bulles, la dévotion au saint Suaire. Le Gallia
chrisliana cite Clément III, Innocent VIII, Boniface VII Jules II, Grégoire XI, Alexandre IV, Clé¬
ment VII [3); l'tlistoire du saint Suaire
désigne, en
,
outre, Paul III, Urbain V; Tarde, Léon X et Alexan¬
dre VI. Le Propre du diocèse de Sarlat dit
expressé¬
ment : Ne lanto deposilo Ecclesiaslica deesset
batio... post exactam illius verilalis
appro-
perquisitionem,
qualuordecim Summi Pontifices, in us Clemens
(1) Ce procès-verbal avait été imprimé en 1664. M. Vauthier, architecte diocésain, l'a fait réimprimer. Il existait
manuscrit à Cadouin.
(2) I.éon. Frizon. — On sait que Mgr de Lingendes
l'un des grands orateurs de son époque.
(3) Tome n, col. 1539.
étai1
—
16
—
Papa IFl... commendarunt (1). L'objet de ces bulles
est d'exciter en toutes
manières la piété des fidèles à
honorer la sainte relique de Cadouin. Elles accordent
à l'Abbaye toutes sortes de faveurs et de privilèges ;
elles la prennent sous la protection spéciale du siège
apostolique : elles engagent les rois et les seigneurs à
la favoriser et à l'enrichir : elles concèdent à ceux qui
la visitent et se font aggréger à sa confrérie les indul¬
gences les plus précieuses. Enfin, elles affirment l'au¬
thenticité du saint Suaire et attestent qu'il opère
chaque jour les plus grands prodiges : lettre authen¬
tique et témoignage certain donné par le Très-Haut
lui-même. Tel est le résumé qu'en donnent tous les
historiens.
Quand, durant les guerres d'Aquitaine, les Anglais
eurent pillé Cadouin,
le pape Nicolas V eut recours à
la menace d'excommunication, pour les forcer à res¬
tituer les richesses qu'ils avaient saerilégement
dérobées (1446).
Te Vaticani relligionibus
Sanxêre bisseptem ordine pressuies (2).
Les archevêques et évêques témoignèrent aussi de
leur religion envers le saint Suaire. On les voyait
venir en personne à Cadouin et y laisser ce grand
nombre de diplômes et leltres-pastentes dont nous
parle l'histoire : quàm plurimi arcliiepiscopi et episcopi suis diplomalibus ac patentibus litleris com¬
mendarunt (3). Ils autorisaient dans leurs diocèses les
quêtes pour la confrérie, et fondaient dans l'abbaye
des messes quotidiennes pour le repos de leur âme,
ainsi que le firent, entre autres, Jean de Mareuil,
(1) h noct. Icct. vi.
(•2) Léon. Frizon.
(3; Le procès-verbal de M*r de Lingendes cite les arche¬
vêques et évèqnes de Bordeaux, Aueh, Toulouse, Montauban, Angoulème, Cahors, Périgueux, Rodez, Condoin, etc.
—
17
—
■êvèque d'Uscz en 1483, et Godefroy d'Estissac,
évêque de Maillezaie en 1342.
La tradition affirme que saint Bernard a visité Cadouin. Envoyé en Aquitaine en 1147 prêcher contre les
Henrioiens ,nl vint en Périgord combattre les Aposto¬
liques : .... Henriciani hwretici in Petrocorios effusi,
'Pontio duce et antesignano (4). Il passa à Bergerac
in castro quod dicitur Bragerach (5), à Sarlat, où il
fit le célèbre miracle des pains (6), et à Cahors (7)1
Le souvenir de ses
prédications est'resté vivant dans
le pays. Il y a un endroit appelé
,
la Vigne-de-Saint-
Bernard, et la chapelle de droite dans l'église lui était
dédiée avec cette inscription accompagnant sa statue :
Mellifluens ecclesiœ doctor. Quels durent être les
transports de cette âme douce et ardente en face du
saint Suaire! Le vénérable Alain de Solminihac, évê¬
que de Cahors, fit le même voyage. « Comme son
»
patron saint Charles âvait visité par dévotion le saint
Suaire qui est à Turin , il voulut visiter celuy qui
» est en l'abbaye
de Cadouin... en laquelle s'étant
» rendu
après avoir fait une longue oraison devant ce
» saint linceul, il le baisa et rebaisa fort dévotement
» et particulièrement aux lieux qui paraissaient empourprés de ce sang précieux qui a été la rançon de
»toutle monde (1). » Bien d'autres saints ont dû venir
corporellement visiter cette relique; tous l'ont visitée
en esprit dans leurs ferventes oraisons sur la mort et
»
»
ensevelissement du Fils de Dieu.
Les rois rivalisèrent de zèle avec les
papes et les
évêques. L'histoire du saint-suaire de Caaouin (Paris,
$5) Patrol. Migne, t. clxxxv, col. 862.
(3) Ib. col. 41t. n. 3. — Il opéra quelques prodiges.
(6j Ib. col. 313, n. 18. Cfr. Ratisbonne, t. il, p. 251.
(7) Ib. col. 411.
(t) Vie,etc; par le p. Chastenet, 1. ni, p. 679.
1663.
Cahor».
>
—•
18 —
J. Bessin, 1644), dit que saint Louis allant s'embar¬
quer à Aygues-Mortes en 1269,
vint à Cadouin (page
48.) Ce fait est relaté dans le propre des saints de
Sarlat et dans les archives de l'abbaye (Tarde, p. 138,
et Dupuy, p. 94.) Les autres historiens le rapportent.
Rien de plus naturel. Ce saint roi, qui en 1244, visi¬
tait Rocamadour (2), devait, ce semble, en 1269, au
moment où il allait s'embarquer pour sa deuxième
croisade, se mettre sous la protection du saint-suaire
comme sous l'égide d'un invincible drapeau.
Charles V fit aussi un pèlerinage à Cadouin. Le roi
Charles VI envoya chercher le saint-suaire à Tou¬
louse, où il avait été transporté, ainsi qu'il sera dit
plus tard et fit faire une npuvaine en son honneur,
pour le rétablissement de sa santé : Rex Carolux sextus
œgerjubet id Lutetiam deferri (3). Ce prince infor¬
tuné envoya en 1396 une grande somme d'argent à
Cadouin pour orner le lieu où devait être
saint-suaire à son retour de Toulouse. Louis XI le vît
replacé le
grandes larmes et dévotion. Il donna 4,000 livres
la fondation d'une messe
quotidienne, chantée à perpétuité; et en augmenta les
biens pour l'entretien de 60 religieux. (1) Dans la que¬
relle qui s'éleva entre Pierre de Combort, évêque d'Eavec
de rentes à l'abbaye pour
(2) Majus chronicon Lemovic.—Recueil des Hist. de Fr.„
tom. xxi. p. 766.
(3) Propr. Sari., ex arch.Caduini.
(1) II assura une pareille rente (de 4,000 livres) à l' Abbaye
de Cadouin sur les Sénéchaussées de Toulouse, de Périgofd
et d'Alby, sur les Jtigeries de Verdun et de Rivicrs et sur la
Baronie île Badefols. » Hist. de l'Eglise Gall. 1. xlix. t. s vu,
p. 191. Dans le même ouvrage, p. 196, on lit cet extrait des
Manuscrit de M. Le Grand : « Par lettres du 24 février 1480
à Tours, il donne à 1 Abbaye de Cadouin , la Terre , Chatellcnie et Seigneurie de Badefol
Par lettres du 8 mai
1840 à Mâcon. le Roi mande au Parlement, qu'il a dodné
quatre mille livres de rente à l'Abbaye de Cadouin, en
l'honneur et révérence du S Suaire qui est là, et il ordonne
d'enregistrer celte donation. »
—
19 —
vi eux et administrateur
d'Obazine, et Pierre de Gain,
touchant la possession du saintsuaire, Charles VII ordonna de rendre la sainte reli¬
que à ses anciens gardiens. Charles VIII acéorda de
nombreux privilèges à Cadouin, et Louis XII, en 1501,
àbbé de Cadouin
,
fiermitquêtes
aux Abbés
d'aller etouvenir
chez les peuples
en personne
par procureurs.
Mgrfaire
de
eurs
Lingendes eut en main, en 1644, les lettres patentes
de saint Louis, de Charles V, VI, VII, VIII, et de
Louis XII.
Eléonore d'Aquitaine visita l'ahbaye et vénéra le
saint-suaire. La reine épouse de Charles VI, celle de
Charles VII lui présentèrent leurs vœux, et celle du
roi Louis VII l'honora en personne « et est tenue
pour fondatrice de cette abbaye pour les grands biens
Qu'elle ydévotion
fit (2). » Anne
de Bretagne
grand
drap d'or laissa
orné en
de gage
e
sa
un
ses
-armes.
Détailler les marques de religion données par nos
rois à Cadouin, à cause du saint-suaire, serait bien
difficile. La localité leur dut l'exemption des tailles ;
des franchises, des foires, des marchés, des privilèges
èt plusieurs autres faveurs précieuses.
Les souverains étrangers, les rois d'Angleterre et
d'Arragon, honorèrent pareillemont notre relique. (3)
Certè, legimus autographa A. Anglerum reginœ et
Richardi filii régis anglorum... et Alphonsi régis
Arragoniœ, dit le Gallia christiana. Alphonse de Castille, à l'exemple de ses prédécesseurs, prit sous sa
protection, en 1244, les biens que Cadouin possédait
dans ses états et y attacha le droit d'asyle. Une reine
d'Arragon donna des chasubles ornées de ses armes.
Quant aux seigneurs qui ont favorisé Cadouin et
honoré le saint Suaire, c'est par nombre incalculable
(2) Procès-verbal, p. 10, éd. E. V.
(3) L'histoire du S. Suaire dit que des rois d'Angleterre
et d'Arragon vinrent à Cadouin ; que plusieurs autres reines
.de France y firent des pèlerinages , des vœux et des dons.
Un des Papes d'Avignon y serait venu (p. 47). Elle le ra;
conte_ « conformément au rapport de personnes dignes de foi
a
qui nous ont asseuré l'avoir leu en des auttentiques doctt»
ments que nous n'avons peu recouvrer. »
—
20 —
ÎueLimeuillui
les chroniques
donnent
nousdeslesbiens
présentent.
considérables
Les seigneurs
; Pierre
a
Bertrand de Castillon, la terre de Castillonnés ; Agnès
de Monpont, une redevance en bois et des revenus
pour un obit ; un bourgeois du Puy-Saint-Front lui
cède l'église de la Daurade, près de la Cité. L'Abbaye
possédait un nombre considérable de moulins et de
fermes, une partie de la rivière la Dordogne, desdimes
et des redevances « à n'en plus finir. » Une reine de
France, une comtesse de la Marche, la ville de Tou¬
louse, oflrirent des coffres d'argent, et Eymeric de
Gontaut, un de pur or pour renfermer le saint Suai¬
re (1). Les chasubles et autres ornements laissés de¬
vant le saint Suaire furent en fort grand nombre. Les
plus nobles maisons de France figurent dans la
liste des bienfaiteurs de l'abbaye : on y lit les noms
de Bourbon, de Navarre, d'Albret, de Bretagne, de
Foix, de Turenne, de la Trémouille, de Biron etc.
Monfort prêta à l'abbaye le secours de sa vaillante
épée contre de puissants ennemis, contre d'Algais, gou¬
verneur de Biron, et l'Abbé permettait au sénéchal de
Gascogne de jeter les fondements de la ville de Beaur
mont (1272). La ville de Condoin offrit un calice d'or
pour être préservée de la peste.
Ce n'étaient pas seulement les sommités sociales qui
s'inclinaient ainsi devant le saint Suaire, c'était le
peuple en foule qui accourait aux pieds de la sainte
relique. On venait des contrées voisines, du Lan-'
guedoc, du Bordelais, de la Saintonge, du Limousin,
de l'Auvergne, du Bourbonnais, du Poitou, du Berry,
dit la chronique ; et même dépassant ces limites, le'
(1) Le chapitre général de Liteaux, an Î230, ordonna que
coffre d'or servirait toujours et exclusivement à garder le
saint Suaire... : in eadem wbbatiâ in perpetmm... Solo usui
cm concessum est penitùs observetur. (Liber usuum ordinis
Cisterciensis. — Hist. du S. Suaire, 1644, p. 50.) — Les
coffres d'argent furent consacrés à la garde des autres reli¬
ques de Cadouin. On en comptait cinq : celui qui renfer¬
mait le S. Suaire quand Eymeric donna le sien ; celui d'Eymeric ; celui d'une cotnlesse de la Marche
celui de la ville
de Toulouse « coffre d'argent orné de cristal » ; celui de la
peine épouse de Charles VII.
ce
—
21
—
du Périgord des
pèlerins de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Angleterre et
mouvement amenait dans un coin
était telle qu'on fut contraint
pour les étrangers
et d'élever un hôpital pour les malades. Tous les
sentiers amenaient des visiteurs. Ils vénéraient la
sainte relique, ils passaient des heures à la contem¬
pler (1 ), ils recevaient les pardons et gagnaient les
indulgences accordées par les souverains pontifes,
s'aggrégeaient à la confrérie, se recommandaient à
de l'Espagne. L'aflluence
de bâtir plus de soixante maisons
Notre-Dame et au saint Suaire, priaient pour les leurs,
et après
avoir déposé le poids de leurs péchés et reçu
les saints sacrements de l'Eglise, Ils revenaient joyeux
et consolés au pays natal raconter les grandeurs et les
bienfaits de Cadouin. Dieu seul et ses anges ont connu
les émotions saintes des âmes des pauvres, leurs
dévotions et les modestes offrandes qu'ils ont laissées
celles des
confluen-
à l'église, souvent plus précieuses que
riches et des puissants. A fidelibus undique
itibus mira devotione colitur (2).
A tant d'hommages le ciel
avait ajouté sa sanction.
l'Un nombre prodigieux de miracles accomplis dès le
principe, justifia et augmenta la foi des chrétiens.
Qu'encore que nous n'ayons pas recouvré seule» ment la 4e partie des livres et registres oû ancien» nement on décrivait les miracles opérés par la vertu
» du saint Suaire, non plus que des autres anciens
documents de la maison, ceci empêchant qu'on
»
puisse aujourd'hui rapporter toutes les choses
» mémorables qui se sont passées au regard d'icelui,
» néanmoins il reste encore des dits miracles plus de
» 2000 et entre lesquels se retrouve la ressuscitation
»
déplus de 60 morts, » (3) L'auteur rapporte ensuite
«
»
(1) On la montrait solennement trois fois par an : 1« le
deuxième dimanche après Pâques, dimanche du bon pasteur
qui était mort pour ses brebis, jour auquel le diocèse de
Sarlat célébrait la fêle du S. Suaire ; 2° le dimanche de la
Pentecôte, jour de la fondation de la sainteJEglise, véritable
Eve née du sommeil, c'est-à-dire de la mort de J.-C. ; 3° le
jour de la Nativité de Notre-Dame 7 patronne de l'Abbaye.
C'était bien souvent un évêque qui faisait cette oslension
qui avait à chaque fois, huit jours durant.
(2) Prop. Sari., p. 68. — Les Espagnols surtout râclaient
le tombeau du bon
prêtre et en emportaient des parcelles.
(Hfst. p. 55.)
(3) Hist. du S. Suaire, p. 79.
—
22' ~
402 cas miraculeux. Les documents les plus récents
parlent tous de la vertu surnaturelle du saint Suaire.
Le propre de Sarlat de 1677 disait : et adhuc ho'die'
multis fulget miraculis. Le Gallia christiana tient le
même langage. Les lettre patentes données aux quê¬
teurs de la confrérie du saint Suaire par l'archevêque
de Toulouse, l'Abbé de Citeaux, l'Abbé de Cadouin et
les vicaires généraux de Périgueux ; tous les his¬
toriens récents font également mention des mêmes
prodiges opérés par la sainte relique. Aucun événe¬
ment n'est mieux attesté par des affirmations con¬
temporaines. « Je suis étonné, dit le père Dupuy, sur
la merveille des miracles approuvez et vérifiez par
l'archevêque de Tholoze, l'an 1413, lesquels conti» nuèrent dans cette province, suivant le témoignage
» de l'archevêque de Bourdeaux Arturus de Montaui ban, baillé l'an 1470. (1) » M«r de Lingendes
»
»
constata sur preuves, que les
miracles n'avaient pas
discontinué depuis l'an 1200 jusques vers 1500. L'his¬
toire nous apprend que les prodiges, pour être' moins
nombreux, ne cessèrent pas depuis à Cadouin..1
f
v
«
IV.
Ces faits et cette gloire qui viennent de se
dérouler
interruption et sans ombre, ne se réalisèrent pas
de la sorte dans l'histoire. L'abbaye de Cadouin connut
de loin en loin des époques de deuil et des jours de
tristesse. Dès 1198, Innocent III (2) écrivait à Raymond
de Castelnaud qu'il était nécessaire de réformer les
religieux. Dieu lui-même, peut-être pour les punir ou
sans
vigilance, les priva de leur
consit
le schismqui était dans l'église (3) » craignant que les Anglaie
les exciter à une perpétuelle
trésor. Au xive siècle, Bertrand de Molinis, »
» dérant la guerre qui était en Guienne et
»
n'enlevassent le saint Suaire (4) le prit
secrètemens
(1) Estât, p. 152.
(2) Patrologie, t. ccxiv. col. 128-29. — Cïr. col. 709 .
(3) Tarde, p. 212.
(4) Les Anglais tenant pour Urbain VI, au fond vrai Pape,
regardaient les Français, tenant pour le faux Clément VII ,
comme excommunié*s et indignes de posséder le S. Suaire.
L'àmour propre nationale ou peut-être des considérations
moins élevées les poussaient aussi à vouloir porter la vénéra¬
ble relique en Angleterre. Le ciel ne le permit pas. Qu'y
serait-elle devenue lors de la prétendue réforme ?
—
■et le transporta à
23
—
Toulouse en 1392. (1) Il le déposa
l'église du Taur « dans une petite armoire entaillée
»"dans le mur, derrière le maître-autel, » ditLafaille,
et afin d'en conserver la possession, il se logea devant
cette église avec quelques religieux qu'il avait amenés
à sa suite. On peut lire dans le père Dupuy les détails
de cette translation page 122, partie 2°. Le 28e d'oc¬
tobre, l'archeyêque de Toulouse, Pierre de St-Martial,
« accompagné de neuf évêques, le porta par la Ville,
« où plus de trente mille âmes, soit forains ou habi» tants, s'estaient assemblez. » Alors, un des chapitres
généraux de l'ordre de Citeaux ordonna, en vertu de
la sainle obéissance et sous peine de déposition à
l'abbé de Cadouin d'entretenir devant la sainte relique
en
ivin (2).
3uatre
religieux
pourquifaire
comme
d'usage
le service
Le prêtre
l'avait
apportée
d'Orient
n'avait
jamais voulu la quitter, l'ordre de Citeaux imita cette
louchante fidélité et mérita ainsi le titre de « gardien
du saint Suaire » que l'histoire lui a donné. (3) « L'an
» 1394, dit Tarde, un grand procès est intenté en la
» cour du pape, entre le peuple du Périgord, le pro» cureur fiscal du pape et le
procureur général de
» l'ordre de Citeaux. joint au peuple demandeur d'une
»
part, et requérant que le saint Suaire soit remis à
» Cadouin... et Bertrand Dumoulin, Abbé de Cadouin
» et le chapitre de St-Etienne de Toulouse, défendeurs
» et insistants à ce qu'il demeure à Toulouse, comme
» y étant plus assuré, d'autre part. Il y eut plusieurs
» légations de part et d'autre vers le pape, vers Te roi
» et l'abbé de Citeaux. Plusieurs prélats s'assemblè» rent cette année-là à Toulouse à ce sujet, dit Tarde.
»
»
Super guibus, ajoute Bertrandi, incurid Romand
diu fuit litigatum. » Pour le moment, il fut
enfin
décidé qu'il resterait où il était, sous certaines condi¬
tions stipulées en faveur de l'abbé de Cadouin. Les con¬
ventions furent que le saint Suaire de Jésus-Cfirist
appartenait audit ordre et spécialement audit Cadouin;
qu audit Abbé de Cadouin et à ses religieux qui es¬
taient avec lui serait donné par chacun an pour leur
nourriture, qu'aux dépens de la ville seraient achetées
maisons pour leur servir de retraite et demeure ;
qu'aux memesdépe'tis on les rendrait libres et exempts
(1) On fit en vers patois nn chronogramme pour désigner
cette année. Il se trouve dans Las Joyas del gay Saber,
pu¬
bliées par J. B. Noulet, p. 269.
(2) Thesaur. novus anecdot. t. iv. col. 1613.
(3) Chacun des Abbés réguliers ajoutaient à ces titres :
A Sede Apostolicâ habens regimen et
9. N. /. C.
custodiam S, Sudarii.
—
24
—
de toutes tailles et impôts et qu'ils jouiraient de tous
les profits et émoluments qui proviendraient des vœux
et offrandes que feraient les fidèles.
(I) Toulouse
le garda et l'entoura des plus grands honneurs, ainsi
que l'attestent les monuments de cette grande église.
La ville lui fit présent d'un coffre d'argent orné decristal ; les habitants'donnèrent « des luminaires, unéinfinité d'autres argenteries et ornements précieux, »
ils firent « de beaux legs et donations » et Charles VII.
voulut que ces biens demeurassent « amortis et dédiés
à Dieu et exempts de toutè charge. » En ce
temps-là,
Charles VI ordonna à Louis de Sanserre, son conné¬
table, de le porter à Paris. A cette nouvelle, la ville-,
s'émeut « étrangement, » l'effervescence ne se calma
que sur la promesse de son> retour prochain. L'archeT
vêque de Toulouse, l'abbé de Cadouinr l'assesseur des
capitouls et le syndic de la ville l'accompagnèrent, il
fut' déposé, â son arrivée, dans la
chapelle de l'hôtel
St-Paul. Après la neuvaine célébrée pour le rétablisse'
ment de la santé du roi, ou l'exposa à la vénération du.
peuple de Paris dans l'église dès Bernardins, après
quoi il fut rapporté à Toulouse : cui, ultimo novembris obviam itum estab universis civitatis ordinibus,.
dit le Propre Sarladais. Le Laboureur, dans son his¬
toire de Charles vi, tirée des manuscrits latinsde
Thou,.
1. xix, ch. i, ou tome i, p. 406,
parlant du prétendu,'
Suaire, ne peut s'empêcher d'ajouter : « Le roy fit:
»
une neuvaine la my-août et tous les jours il assista
» à la messe et fit ses
prières devant la relique, mais
» comme il
n'y eut qu'un seul intervalle de 3 jours,
» les
religieux la reprirent et la portèrent en l'église
» des
Bernardins, où elle demeura un mois exposée ,
»
à la dévotion et à la libéralité des fidèles
»
qui y accoururent de toutes parts et qui l'ènrichi-
pèlerins
rent de leurs offrandes. »
Des prodiges incalculables suivirent la rentrée du
S. Suaire : «Le nombre sans nombre de
grands et
»
»
»
»
»
autentiques miracles que Dieu voulut opérer dans
tout le pays Tholozain,
lorsque ce gage sacré leur
fut rendu, sont incroyables, dit le P.
Dupuy, jë
veu
les fragmens de leur vérification et m'estoune
grandement qu'en ce siècle nostre ferveur soit tant
attiédie, puisque nous avons maintenant en notre,
»
puissance ce que les rois, les princes et les villes
»
ont si épefdûment désiré.
(2) »
Pendant ce temps-là, privée de son suaire, ou
pour;
mieux dire, de soœ âme, l'abbaye tomba dans un
»
»
w
(1) Hist. p. 64.
(2) Estats, u p. 128.
H
y:
4
a
S3E
■
grand délaissement, dans une extrême détresse. (I)
On comprit alors qu'en toute manière, laprécicusereli
que était tout son être et. toute sa vie. Les religieux
sentirent vivement le vide affreux que son absencelaissait parmi eux. Ils ne cessaient de la regretter. Les
plus jeunes dès leur entrée dans l'ordre juraient de
ne pas perdre de vue le saint suaire éloigné d'eux.
Enfin, voyant l'Aquitaine pacifiée, ils résolurent de le
rapporter à Cadouin. L'an 1455, quelques-uns d'en-
tr'eux étudiants,à Toulouse ayant fait mouler des
clefs semblables à; celles des capitouls l'enlevèrent
secrètement de d'Eglise' du Tawr et le portèrent à
Cadouin. La nouvelle de son arrivée « réjouit grande¬
ment le Pétigord. » Avec quelle joie particulière il fut
reçu à l'Abbaye, on le conçoit. « Surquoi, dit Tardé ,
» est formé un grand procès entre le chapitre de St_
» Etienne
de Toulouse et le monastère de Cadouin
(
de
pour lequel terminer, Petrus Bonaldi, évèque
Sarlat et l'abbé Dunias, frère de l'abbé de Cadouin
» sont élus arbitres par les parties,
lesquelles ordon» nent
que le saint suaire demeurera à Cadouin où il
» est encore et y a demeuré du depuis sans en sortir,
» si ce n'est du temps du roi Louis XI, lequel étant à
»
»
Poitiers, voulut le voir et manda à l'abbé et religieux de le lui apporter, ce qu'ils firent et après
qu'il l'eut vu, le rapportèrent à Cadoiiin, (2) » L'ai-*
légresse causée par son retour dura peu. Toute crainte
n'étant pas dissipée, pour le mettre à l'abri d'un nouvel,
accident, on le porta secrètement dans l'abbaye d'Obasine, près de Tulle, en Limousin.
La ville de Toulouse fit d'éneFgiques réclamations
auprès d'u roi Louis XI, demandant l'observation des
clauses stipulées et représentant « que même pour
» l'honneur delà Françe,
il était expédient qu'une
relique si renommée dans l'Europe et visitée de
», tant d'étrangers, fut conservée en une ville célèbre
» comme Tolose et non pas dans
un désert. » (3)
Plaidée d'abord devant le parlement de Toulouse,
évoquée ensuite à celui de Paris, l'affaire eut cette
conclusion que le S. Suaire demeurerai à perpétuité a
Cadoin. Mais ce n'était paslafin, après sept nouvelles
années de privations, en 1463 , quand les moines
de Cadouin voulurent reprendre leur trésor, les re¬
ligieux d'Obasine et l'évêque d'Evreux, Pierre d&,
Combort, administrateur perpétuel du monastère,
»
»
»
».
(1) Le chapitre de Citeaux lui donna un bénéfice: Ùnitur
Gondonium ob ejus paupertatem. (Novos Tues. iv. c.
(2) Méra. p. 223.
(3) Ilist. p. 70.
1622.)
leur firent une vive opposition. Heureusement, un dé¬
du roi Charles VII ordonna enfin qu'il leur fût
restitué. Ce fut le 1 0 juin <1463, par les soins de Pierre
de Gain que le saint Suaire rentra dans son église. La
mention de cet heureux événement fut gravée sur son
tombeau « qu'il voulut être proche de celuy du bon
cret
Périgourdin » comme souvenir du principalHic jacet Petrus de
Gain... per cujus opern récupération fuit SS. Sudarum, videlicet die decimo Junii anno Dni 1463. » Ce
fût probablement à partir de cette époque que le linge
sacré fut placé dans un coffre de fer et suspendu à la
voûte du sanctuaire : In arcâ ferreâ pendente è cartierà Sanctuarii, tribusque ca.tenis ferreis alligatâ. (1 ) Sur la demande des religieux et avec le con¬
cours des Etats du Périgord, le roi Charles permit de
prélever un impôt afin de réparer le monastère qui
avait tant souffert de la privation de sa relique. La
ferveur des fidèles parut se réveiller et un commen¬
cement de splendeur se lever sur l'Abbaye. « En fort
peu de temps l'Eglise se vit remplie et décorée de
Prestre
acte de son administration : «
fdusieurs chapes, chasubles et tapisseries comme de
ampes, chandeliers, croix et calices. » Mais au
début du XVIe siècle, la dévotion se refroidit et les
pèlerinages, dit la chronique, se convertirent en foi¬
Vers 1520, Cadouin tomba en com¬
mande, c'est-à-dire, entre des mains étrangères et
res et marchez.
eut par conséquent beaucoup à souffrir. Le protes¬
tantisme lui porta des coups encore plus rudes. Cal¬
vin (2), s'était moqué de la pluralité des suaires et di¬
sait que si on admettait celui de Besançon, il fallait
rejeter entre' autres celui de Cadouin. Le ministr e
Castabadie l'attaqua plus particulièrement dans un
livre imprimé à Genève. Des blessures plus sensibles
que celles de la plume furent ressenties. L'Abbaye fut
prise « les Huguenots ayant possédé le monastère
pendant plus de soixante ans, tout y était tombé en
»'confusion, » les moines furent dispersés, l'office
divin interrompu, le sanctuaire profané, la confrérie
suspendue et les trésors pillés. Dans tous ces malheurs,
le saint Suaire fut « dénué de son coffret d'argent » et
transporté au château de Montferrand, appartenant à
la maison de Biron, « où il demeura cacné pendant
plusieurs années. »
»
(1) Gall. Christ, n. c. 1538. La voûte porte encore les
vestiges de cette suspension.
•
-
"k-
~
'
(2) Recueil de ses opuscules- (Traité des reliques.) M. PC.
m. p. 846. Genève:.
—
27 —
Fugienti asyîum Sindoni fidurn patet
Turrita Bironidomus (t).
L'orage fut violent, il exerça au loin ses ravages.
chronique montre toute la contrée désolée aux
;
alentours, Sarlat, Montignac, Domme, Belvès, Monpazier, Issigeac, Villefranche, etc, attaqués ou même
ravagés cruellement par les hérétiques (2). Les pos¬
sesseurs de l'Abbaye, quoique protestants, « la pré¬
servèrent de l'incendie que la fureur des religionnaires
fit ressentir quasi à toutes les églises du pays. »
« A raisons des guerres et de l'hérésie et en peu de
(
temps, » la dévotion aux reliques de Cadouin « s'a:
*
La
néantit tellement, que ces précieux joyaux tombèrent
comme dans l'oubly et à peine à 7 ou 8 lieues ès en¬
viron avait-on connaissance d'icieux. » (3) Quand la
paix se fit, le saint Suaire fut rapporté à Cadouin. Son
culte reprit quelque éclat dans le xvne siècle. L'Abbaye
fui alors réformée ainsi qu'on le voit dans le livre
cité plus haut et dédié à Anne d'Autriche, régente du
royaume durant la minorité de Louis XIV, son fils.
L'histoire imprimée en 1644 parle de quelques objec¬
tions faites par les nombreux visiteurs aux religieux
«
depuis environ trois ans qu'ils ont commencé à
remettre au jour leur suaire. » Tous les ouvrages
du temps attestent cet heureux retour de piété (4).
Le vent mauvais qui ne cessa de souffler si tristement
durant le xviue siècle, diminua sans l'interrompre, le
flot des fidèles visiteurs. A la fin de cette triste époque,
une seconde tempête se déchaîna plus furieuse que
la précédente sous le dernier Abbé Biaise Piroux.
La révolution profana l'égise sans la détruire, assassina
en 1792, le prieur dom Pierre de Bolet delà Caze (5),
brûla en place publique l'histoire du couvent, les ti¬
tres et les manuscrits : « J'ai eu sous les yeux, dit
» M. Daguzan une vieille couverture parcheminée,
»
portant pour suscription .-Registres des redevan• ces du coffre-fort. On ne s'étonne point que l'enve»
loppe seule soit restée. (6) » Le principal, l'essentiel,
le saint Suaire fut heureusement caché par une âme
(1) Léon. Frizon. Loc. citât.
(2) Tarde, Dupny, etc., — et les autres chroniques de
l'époque.
(3) Hist. — Introd.
(4) Etat des archevêchés, etc., tome I. p. 216, etc. Et les
autres écrivains du temps.
;
(S) Nobiliaire deGuienne,par Gilvy, t. 2.
(6) Notes sur l'église et !ë cloître de Cadouin.
>
pieuse dans une forèi des environs.
,
terrible qu'elle fût, cette triste révolution
passa comme les autres et, une fois de plus, le Suaire
revint en triomphe dans sa pacifique demeure (1). II y
est rentré. Il y est encore. Mais que sont devenues les
solennités des jours anciens? où sont les pèlerins qui y
affluaient si nombreux? Pourquoi se sont-elles tues
Pour
ces
psalmodies sacrées de l'office divin qui ne ces¬
rendaient la nuit même
à cette
abbaye tant aimée ses premières splendeurs, d'angéliques religieux et de saintes cérémonies?
saient jamais de retentir et
brillante comme le jour ? Qui donc rendra
dépouille
le
Comme celui dont il couvrit la
sacrée,
saint Suaire a été tour à tour errant et honoré, aimé et
poursuivi ; il a eu des jours de gloire et des jours de
deuil : toujours associé au culte du divin
Maître dont
les destinées. C'est une loi gé¬
nérale. Dieu le permet ainsi afin que l'histoire même
■des saintes reliques tourne à l'instruction et àu profit
des âmes. Nous verrions des réalités ineffables, si
nous comprenions le rôle et l'influence de toutes ces
sacrées dépouillés dans l'harmonie du gouvernement
il partage intimement
de la sainte église.
de Cadouin donc été belle
La place du linge sacré
a
dans les annales de l'Eglise et dans celles de la France.
Elle eut été plus considérable encore,
la concernant entassés manuscrits au fond
obscure province, eussent été
com¬
si les documents
d'une
publiés dès les
mencements de l'imprimerie. Cette révélation aurait
frappé l'attention des grands écrivains de cet âge que
ne sollilaient alors ni l'Abbaye tellement délabrée
qu'on ne peut la voir qu'avec compassion, » ni le
S. Suaire tellement oublié que les alentours seuls le
«
connaissaient à peine. (2)
V.
La tradition vivante dans la pierre,
et dans les mouvements des
dans l'histoire
peuples devait aussi se
reproduire dans la divine liturgie qui représente les
Îensées
et les
de très
l'Eglise.
1644,du M&rsaintde
ingendes
vitàsentiments
Cadouin un
vieil En
office
Suaire qui rèmontait à cinq cents ans
environ, c'est-
4
(1) Le mot PAX est écrit sur la porte.
sj
(2) On en trouve des mentions diverses dans Chiffeterde
linleis, etc.. 1624, p. 161 ; les Bollandistes Acla SS. 1.1.
Felir. p. 456; Cale! . Hist. du Languedoc; Lafaille, Annales
de Toulouse; Dominicy, de Sudariis capitis Chrlsti, p. 18;
Grelser, de Çruce ; Quaresmius, de Terrâ Sanctâ.
—
29
—
à-dire à peu près à son arrivée enPérigord. Le diocèse
de Sarlat en célébrait la fête le deuxième dimanche
après Pâques, dimanche du bon pasteur. Nous vou¬
drions pouvoir insérer ici le bel office donné par M«r
de Fénelon en 1677. Deux leçons du n nocturne sont
tirées du cartulaire de l'abbaye : Ex chartis M. S.
monast. Cad unie mis, p. 66. (I) Dans l'intérieur de
(1) Le Bréviaire de Mgr de Montesquiou de 1776 consèrv a
fidèlement la féte et la tradition du S. Suaire. I'ars verna ,
p. cii : usservalur, innumeris illustratum miraculis. — C'est
une chose digne d'attention, cette
époque , qui vit attaquer
les autres traditions, respecta l'histoire du saint Suaire de
Cadouin.—« On y conservait, dans un coffre de fer attaché par
»
quatre chaînes de fer, et qui pendait de la voûte du sanc-
tuaire, le saint Suaire de Jésus-Christ, qui y fut apporté
par un prêtre de Périgueux. Cette respectable relique y
» attira un
grand concours de peuple, et Dieu, à plusieurs
»
»
fois, accorda des miracles à leur dévotion. » (Biblioth.
sacrée, tome v, p. 404, V. Cadouin.) — « Dans le diocèse de
» Sarlat se trouve
l'abbaye de Cadouin, de l'ordre de Cî» teaux, à une lieue et demie de Limeil,
vers le midi. Ce
» lieu,
qui est du Haul-Périgord, est devenu célèbre par le
» culte
que l'on y rend à un Suaire, qui passe pour un de
» ceux
qui ont servi à couvrir la tête de Jésus-Christ dans le
» tombeau. Celle abbaye fût bâtie vers l'an 1119, et la reli—
»
que y fût apportée peu d'années après, » dit Baillet luimême. (Tome x, Topogr. des Saints, p. 226. Paris. M.
DCC. XXXIX. Voir au t. ix, p. 276-8, un long article de
ce même auteur.) — Lamarlinière , dans son Dictionnaire,
»
après avoir rapporté ce qui précède, ajoute : « Quoique cette
Maison fut de l'ordre de Citeaux, saint Bernard cependant,
dans sa lettre 126 aux évêques d'Aquitaine, la met dans
» une
classe particulière, parce que sa filiation lui sem» blait faire un
corps spécial. Voyez là-dessus l'observation
»
»
de dom Martène, à la page 186 du 6 tome des Annales Bénédiclines, où il fait voir que mal à propos jusqu'alors on
». a lu Cadumenses dans cette lettre de saint
Bernard, au lietï
» de Çadunienses.»
(Tome h, p. 14.) Il existe plusieurs autres
témoignages analogues. Celui du dictionnaire de Trévoux"
est très-explicite : « ... Il n'y a guère de reliques qui ait
plus de preuves de vérité que le S. Suaire de Toulouse... Il
s'en faut beaucoup que le S. Suaire de Turin et celui de;
Besançon ne soient aussi autorisés. » T. vu. p. 864. Paris.
M. DCC. LXXI. Dom Calmet rapporte notre tradition, seu¬
lement, il est inexacte en quelques détails. (Dict. de la Bible,
t. v, p. 303, éd. in-8".
»
»
Pour montrer la manière dont l'Encyclopédie du siècle
dernier traitait les questions les plus graves, citons les lignes
suivantes : « Le mot Suaire désigne encore une espèce de
voile, dont on couvrait la tête et le visage des morts...
Mais ce mot est particulièrement consacré à désigner le
voile que le Sauveur avait sur sa tète dans le tombeau.
»
Plusieurs églises se disputent l'honneur d'avoir ce
»
»
»
—
30 —
1 Abbaye, une confrérie enrôlait une foule d'âmes dans
une dévotion plus
spéciale. « L'an 1525, dit Tardé, le
pape Paul ni érigea une confrérie universelle en
»
»
»
l'honneur et sous le nom du saint Suaire de JésusChrist à Cadouin, en confirmant celle qui avait été
érigée par Innocent vin, Boniface vii, Jules h, Clément m, Grégoire xt, Alexandre iv, Clément vu,
» Léon
x,
Alexandre vr, Urbain v. (1) » Dans
l'abrégé de l'histoire du saint Suaire, in-4°, on trouve
à la page 22 des détails sur cette institution : « de
»
»
l'ancienne et célèbre confrairie érigée en l'honneur
de J. C. et de son saint Suaire. » A la suite, p 25
et 26, sont les antiennes, oraisons et autres prières,
et enfin la' lettre par laquelle le général de Citeaux
associe tous les confrères à l'ordre et à ses mérites.
Ce général était Glaude Vaussin. Cette confrérie
»
»
comptait des membres dans les plus nobles maisons
de France. Elle en avait
en
Espagne, en Italie, en
Angleterre, à Naples, en Sicile, a Majorque, à Minorque et « autres semblables pays éloignez. (2) » Elle
enrôlait des villes entières. Ses quêteurs allaient par¬
tout. « Les Abbé et religieux envoyaient des procu¬
reurs et syndics par autorité Apostolique et
par la
permission des rois et des évêques non-seulement
dans toutes les provinces de la France, mais aussi
des royaumes d'Espagne, de Naples, de Sicile et
autres. » (3)
Suaire, ce qui doit au moins faire soupçonner qu'aucune
le possède. On le montre à Turin, à Toulouse, à Besan» çon, à Sarlat, à
Compiègne... Celui de Turin a été con» firmé pour le véritable
par quatre bulles du Saint-Siège...
»
» ne
»
®
»
Mais celui de Toulouse est autorisé par quatorze bulles des
papes, à commencer par celle de Clément .III, en 1190,
c'est à-dire sur.la fin d'un des plus grands siècles d'igno-
rance et de. barbarie. »
Encycl., tome xv, V. Suaire.
Neufchastel. M. DCC. LXV. Il est à regretter que l'Ency¬
clopédie du xix8., rédigée dans un esprit bien meilleur, n'ait
,pas approfondi cette question et se soit bornée à rapporter
»
le
système erroné de Bergier V. Suaire, 1" édition. L'Ency¬
clopédie Théologique de M. Migne, t. i3% c. 399 est plus
.exacte. Elle ne donne pas néanmoins les raisons
qui lui font
,mettre en doute si le Suaire de Cadouin ne serait pas une
-partie de celui de Turin. De plus, sa rédaction fait supposer
qu'elle ignore la présence actuelle du saint Suaire à Cadouin.
Voir encore l Encyclopédie Théologique de MM. Glaire et
de Walsh, t. îv, p. 725.
(1) P. 252. — Nous citons toujours la copie Gillet.
(2) Procès-verbal de Mgr de Lingendes, p. 12. (Ed. E. Y-)
(3) Hist. p. 58.
—
31
—
C'est ici le cœur de notre étude. Parti d'Orient, nous
avons vu le saint Suaire arriver en Périgord, où un
monument multiple lui a été élevé : monument d'ar-
chJecture, de sculpture et de peinture dans le cloître
et l'église ; monument de respect, de culte et d'amour
dans les actes des papes, des pontifes, des rois, des
peuples et des saints ; monument de consécration
surnaturelle dans les miracles innombrables que Dieu
a daigné opérer par lui ; monument liturgique dans
les offices sacrés et dans la confrérie, et enfin monu¬
ment historique dans tous ces témoignages réunis, il
ne reste
plus qu'à le considérer en lui-même.
Habebat autem longitudinis octo pedes » dit le
livre de Locis Sanctis ; « mensuram labens longi» tudinis quasi Octo pedes, » dit la relation d'Arcul«
phe. « Il est de lin, selon le jugement de toutes les
»
-personnes entendues qui l'on considéré avec atten» tion, » dit l'histoire du saint Suaire, mêlé « de
»
grandes tâches de couleur bleuâtre, » provenant
des onguents, « de sueur et de sang meurtri. »
C'est ce qui a fait dire à Campégius, dans son traité
des Lieux saints de France : « entre les suaires de
» Jésus-Christ, celui deCadouin, qui semble tirer
» sur le rouge, était le plus près du corps. »
Il est encore reconnaissable à ces traits. Salongueur
et de 2 mètres 88 centimètres et sa longueur d'un mè¬
tre 24. Il est orné d'une ancienne et curieuse bordure
imitant une sorte de mosaïque et porte des tâches de
sang avec les traces des aromates. Il est déposé dans la
chapelle qui est à droite du sanctuaire et couvert d'un
drap précieux dans un coffret de bois fermé par des
charnières et une serrure d'argent surmontée d armoi¬
ries (1). Une dame de la maison de Saint-Exupéry a
fait présent à la sainte relique d'une belle doublure.
C'est bien là le Suaire, mais ce n'est pas lui tout
entier. Il a une sorte d'essence surnaturelle qu'il faut
considérer aussi sous peine de ne pas le connaître
complètement. Dans ce frêle lin, le cœur aperçoit une
sorte d'autre tissu
composé de lumière et de force qui
la
rayonne aux yeux des ames attentives. En attestant
mort de Jésus-Christ, il prêche hautement l'amour du
Fils de Dieu. Le Seigneur l'a dit lui-même : Il n'y a
sa vie pour
qu'on chérit. (S. Jean. xv. 13.) La charité est
forte comme la mort. (Cant. vin. 6.) Il rend un écla¬
tant témoignage à la vérité de la résurrection et montre
que Dieu lui même est venu racheter et délivrer les
pas de plus grand amour que de donner
ceux
(1) Décrites dans l'Abbaye de Cadouin, p. 9.
3.2
—
hommes par la vertu et les mérites de son adorable
Passion. Il rappelle même le souvenir de la très-douce
Vierge Marie, car la tradition apprend qu'il l'ut donné
par Notre Dame à Joseph d'Arimathie. Or, si elle avait
préparé une tunique pour son fils vivant, elle n'avait
pas omis, sans doute, de préparer un Suaire pour re¬
cevoir ses derniers restes, pour abriter du moins son
chef sacré. (1)
Que de dogmes étincelants dans une relique l Cette
lumière doit être douce pour toutes les âmes ! Nous
avons été aimés jusqu'à la mort par un Dieu ! Comme
'celui de Jésus-Christ, notre corps, ressuscitant, lais¬
sera son suaire dans la terre. Il y a dans l'éternité une
vie infiniment meilleure que celle du temps. Rachetés
:par le sang d'un Dieu, c'est un devoir pour nous d'es¬
timer beaucoup notre âme et de garder notre liberté
;contre les erreurs qui asservissent l'intelligence aussi
bien que contre les vices qui rendent la volonté es¬
clave.
L'ensevelissement de notre
Seigneur est le propre
esprit de la vie chrétienne. Par le baplême, dit SPaul, le fidèle est enseveli avec Jésus-Christ en Dieu.
C'est ce suaire moral qui est symbolisé par le Suaire
physique.
Le lin né de la terre et péniblement blanchi figure
notre Seigneur, véritable Herbe du Foulon, né de
Marie et glorifié par la Passion. Dans l'ancienne loi, le
grand prêtre était revêtu d'une tunique de lin, image
du véritable grand-prêtre couvert dans le tombeau du
.
Suaire sa robe sacerdotale. En souvenir de ces mys¬
tères, l'Eglise a ordonné que le corporal destiné à sou¬
tenir le corps de J.-C. sur l'autel fut de lin et que le
Vêtement du prêtre, quand il renouvelle la mort du
Seigneur, fut aussi de lin. C'est de ce lin blanc et pré¬
cieux que doit être revêtu, quant à l'âme, tout vrai
fidèle : Vous avez revêtu Jésus-Christ, dit S. Paul.
Avec cette lumière, le Suaire renferme une grande
Car, linge vulgaire en apparence, il a remué lé
monde et opéré des prodiges sans nombre. Il montre
vertu.
(1) Ge Suaire ne suffisant pas, Joseph fut contraint d'a'eheler d'autres linges.—JVlélaphraste, Ribadénéira parlent
de cette tradition. « Mèaae, ajoute un écrivain, ce ne serait
pas sans fondement qu'on croirait que ce Suaire... fut fait
et tissu de ses mains virginales. » (Hist. p. 40.) — Cetté
relique rappelle aussi l'atteution qu'eut saint Jean de né
pas entrer dans le sépulcre, quoique arrivé le premier, afin
que saint Pierre, le Prince des Apôtres, y pénétrât avant lui.
[S. Jean XX. 5.)
la puissance et la divinité de celui qui choisit ce qui
n'est pas pour détruire ce qui est. Tous ceux qui l'ont
touciié par le corps et par l'âme ont été guéris. Il en
sera de même à l'avenir.
Le pape S. Grégoire le Grand fait de belles ré¬
flexions sur sur la position qu'occupait le S. Suaire
dans le sépulcre quand S. Pierre l'y découvrit. Il la
conserve encore : il est séparé des autres linges, il est
plié, il est en un seul lieu. (1)
«
0 doux vestiges, ô amoureuses traces de la
» mort et
passion du sauveur de nos âmes, vous êtes
». demeurés à l'église comme le divin étendard, comme
» le sacré
drapeau sous lequel se doivent ranger ses
» enfants
pour combattre et vaincre leur plus cruel
» ennemi... Ces sacrés et
précieux onguens qui pa» raissent sont
pour guérir en tout temps les plaies
» les
plus mortelles et les plus incurables qu'ait pu
» faire à leurs âmes le
péché. Accourez peuples fidè...
»
»
les et venez adorer ce précieux linge dans lequel a
été enseveli Jésus-Christ.
»
»
»
Que toute la terre vous adore, ô divin Jésus, et
chante sans cesse des hymnes et cantiques à l'hon:
de votre saint Suaire. (2). »
Ave sacrum^Sudarium — Christi notatum sanguine,
Verœ salutis symbolum — Dignum perenni carminé.
Deus potenti numine — Te protegit sub ignibus.
Ut te perenni nomine —Nostris canamus laudibus.
Multis nitens miraculis — Cunctos adornas limites,
Magnisque de periculis — Fidos tneris milites.
Tu fons perennis grati® — Dona salutem gentibus
Pacemque conscienti® — Ecclesiœ da civibus. (3)
P. Dion.
(1) Patrol. Migne. tom. lxxvi. col. 1175.
(2) Abrégé de l'histoire du S. Suaire, p. 25.
(3) Proprium Sarlat. p. 72.
j SlBLlOTi
j
'
DE : >, - ;|_LE
W • -HlGUEl "
La sainte couronne.
Notre contrée, celle qui
composait jadis l'évêché
yénération des fidèles deux re¬
liques bien précieuses :
Le Trésor de
l'église de Cadouin renferme l'un des
trois suaires qui
enveloppaient le corps du Sauveur ;
et la chapelle des Pénitents blancs
de Sarlat possède
une parcelle de la Sainte
Couronne d'épines.
Personne n'ignore la marche
triomphale de la
Sainte
de Sarlat, offre à la
Couronne à travers les pays et les
âges et ses
glorieuses étapes ; Jérusalem, Constantinople, Venise
et Paris.
On sait comment ce diadème de la
mort d'un Dieu,
gardé et vénéré si longtemps â Constantinople, fut
en -1258
donné h Saint-Louis et à la France
par
l'Empereur d'Orient Baudouin de Courtenai.
Le fils de Blanche de
celte conquête
Castille, plus heureux de
que de la conquête d'un royaume, fut
au-devant de la sainte relique avec son frère
comte d'Artois.
Robert,
Les deux princes,
nus-pieds, dépouillés de leurs
habits royaux, prirent la chasse sur leurs
épaules et,
à travers les flots des Parisiens
prosternés, ils la
portèrent à la chapelle royale du paliis de la cité.
Trois enveloppes la protégeaient; une
d'or, une d'ar¬
gent, une de bois de cèdre. Le roi voulut en ajouter
une de pierre, et la Sainte
Chapelle, le bijou architec¬
tural du 15e siècle, s'éleva,
témoignage pieux de la
ferveur de Louis IX, monument
splendide, magnifi¬
quement restauré de nos jours et rendu au culte
par l'Empereur Napoléon III.
Le II novembre 1795, la Sainte
Couronne, accusée
de servir d'aliment à la
superstition, fut mandée à la
barre de la Convention et, de là,
envoyée à la Mon¬
naie de Paris. — On fondait alors les
cloches de
Bronze pour faire des gros sous; les châsses d'or et
d'argent ne pouvaient être oubliées.
Les libres penseurs de cette
époque jugèrent ce¬
pendant qu'un des instruments authentiques de l'a¬
gonie de Jésus-Christ avait encore une certaine
valeur historique , et il fut placé et
catalogué dans
le cabinet des médailles de la
Bibliothèque na¬
tionale. C'est dans cet asile que la Sainte Couronne
fut retrouvée le 26 octobre i804 et rendue h la vé¬
nération publique par S. Em. Mgr le cardinal de Bel-
loi, archevêque de Paris.
Un Sarladais, à qui notre ville doitbeaucoup d'œu¬
pieuses, M- l'abbé de Lacalprade, chanoine de
l'église métropolitaine de Paris, demanda et obtint
pour sa ville natale une faveur peur ainsi dire sans
vres
i
i
:
i
i
t
précédents
Une parcelle, détachée de la Sainte Couronne et
placée dans un écrin d'argent, fut confiée à M. l'abbé
Pomarel et apportée à M. de Bétou, le saint curé dont
le souvenir est toujours vivant parmi nous. Suivant
l'intention du donateur, la précieuse relique fut, en
1808, solennellement transportée dans l'ancienne chapelle des Récollets pour y être gardée à perpétuité
par les confrères Pénitents blancs.
Une fête commémorative et triennale fut instituée,
Ce jubilé sarladais a été célébré dimanche dernier
avec une pompe
digne des vieux jours de foi de la vil¬
le de Sarlat.
Le matin, à la messe solennelle,
la Société chorale
conduite par son habile directeur, a dignement payé
son tribut d'adoration au Dieu fait homme qui, sur
i
r
>
,
i
i
l'autel, renouvelait mystérieusement son sacrifice en
présence d'un témoin muet du supplice sanglant du
Calvaire.
Le soir, après les vêpres et le sermon prononcé par
le R. P. Blanc de la Société de Jésus, la procession,
contrariée par le mauvais temps, n'ayant pu sortir
suivant l'usage, la châsse vénérée a été portée autour
de l'église, laissant après elle, avec le parfum de l'en¬
cens, le souvenir de la piété de nos pères et l'espé¬
qu'elle se perpétuera d'âge en âge parmi nos
rance
descendants.
v-.
>
===&-•
-
,
^
n
j
=====
(Sarladais.)
Fait partie de Du très Saint Suaire de Notre Seigneur
