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HISTOIRES BÊTES
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
RACHILDE
Bête£
POUR oAMUSER
' LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
-'WW'---------------
35 Illustrations par JIAX .
PARIS
RENÉ
BRISSY, Éditeur
g, RUE DE LA FIDÉLITÉ, 9
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A MA MÈRE
Un jour que maman m'avait punie, je lui dis, de toute
la hauteur de mes huit ans : « Quand tu seras petite et que
je serai grande... je te fouetterai !... »
Je n'ai guère grandi.
Maman n'a pas voulu rapetisser.
Je ne puis donc tenir ma promesse, mais, en souvenir de
cette menace irrespectueuse, je dois une amende honorable.
Je dédie ce livre à Celle qui, très justement, me punissait,
quand j’avais huit ans, pour les grosses sottises que je fais à
l'heure présente ; je le lui dédie n ayant pas de petits enfants qui
puissent le lire assis en rond autour de moi.
Et j'espère que, dès que cette chère maman laura lu, ce livre
deviendra sage !...
Est-il, du reste, parmi tous les bébés du monde, purete plus
pure, grâce plus gracieuse et plus angélique beauté que ma mère ?...
Non vraiment, mes petits amis, c’est pour cela que vous
me pardonnerez de penser à elle avant de penser à vous.
Votre camarade,
RACHILDE.
A Monsieur Titi.
On m’a acheté trois francs dans le marché
aux oiseaux, à Paris. J’étais, parmi ces petites bêtes
emplumées, comme un saint devant un mur.
J’avais les yeux clos, les pattes étendues et,
quoique bien jeune encore, je résistais à toutes les
tentations, je dois ajouter que j'étais en cage aussi.
Depuis ce temps, je n’ai jamais trop compris de
quelle façon, nous les chats, nous avons à juger nos situations
vis-à-vis des serins. Sont-ils libres dans leurs prisons, et sommesnous emprisonnés dans, notre liberté, voilà ce que je ne puis
encore bien m’expliquer ! Mais je ne profite pas du doute pour
les torturer.
Je suis plus noir que diable. Je crois pouvoir affirmer que je
suis un bon chat.
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histoires bêtes
Les petites filles griffent, mordent, bondissent, vont jusqu a
jurer. Pff !... Pff !••• Moi pas !...
'
J’aime beaucoup ma mère adoptive, qui est une demoiselle
d’humeur presque tranquille, très jeune, très aimable. Je me
plaindrai, cependant, de l’exiguïté de son logis. Je suis
obligé de grimper sur le haut de son armoire à glace, pour hure
certaines choses qui ne doivent pas se... voir, et je préférerais un
joli coin de jardin où je m’occuperais un peu’d’agriculture. Mais
nous savons nous entendre, sauf ce détail. Ma jeune maîtresse
me nourrit passablement, à part la soupe grasse, que je n’aime
pas et qu’elle veut me forcer à manger, je trouve le menu suffi
sant. La viande saignante est rare, l’aile de poulet n’est pas pour
moi... Je ne réclame guère et j’attends tout de sa justice, seule
ment, je ne pense pas que ces réflexions la toucheront et qu’elle
reviendra sur son idée première, qui est de garder l’aile du pou
let, tandis que je croque des os impossibles.
Je suis fort patient; je ne volerais pas pour la couronne de
notre grand roi Rominagrobis.
Je voudrais aussi jouer de temps en temps au milieu
des serins, qui sont venus de compagnie avec moi. Ils
chantent très haut, ces serins-là, je désirerais leur don
ner quelques leçons de silence complet. Oh ! sans leur
faire le moindre mal. Ma maîtresse, en outre, ne me laisse
pas assez fureter dans ses papiers que j’aperçois toujours
épars sur sa table. Cela me vexe assez profondément, j’aime à
m’instruire et n’ai pas peur d’un brin de philosophie humaine.
Entre nous, je crois que ma maîtresse, Mademoiselle Dextravague, ne sait pas que la philosophie consiste à hausser les
épaules^sous une robe de velours, ainsi que nous le faisons, nous,
les chats de société. Je la vois pleurer, je la vois rire, sans
aucun motif! et puis elle se met, tous les matins, le nez
dans une cuvette remplie d’eau, ce qui est atroce à penser,
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
puis y trempe ses bras, ce qui donne du froid à l’âme!...
Donc, je voudrais glisser dans ces fameux papiers une à deux
notes, au sujet de la toilette et de l’éducation. Au moment de
dîner, elle n est pas souvent là ; je baille, je m’étire, je regarde la
porte, je frotte mon dos contre les chaises et je m’assure,
en touchant les aiguilles de son réveille-matin, qu’elle est en
retard.
La politesse se doit aux chats de bonne maison comme aux.
grands seigneurs.
Je m’appelle Sans-Frousse, ce qui signifie, dans le quartier
qu’habite Mademoiselle Dextravague, Sans-peur. Pour être aussi
sans-reproche, je dirai que je ne réponds pas toujours à l’appel de
ce nom, parce que si elle prenait l’habitude de me voir accourir
au premier cri, elle ne me chercherait pas dans tous les escaliers
de sa maison, ce qui me donne une réelle importance aux yeux
des voisins !...
Nous allons faire quelquefois nos provisions en
semble, je me mets dans un panier de Nice et je vais
acheter mon dîner, je choisis, je flaire, je goûte. J ai un
faible pour le mou frais... il faut qu’il soit très frais et
qu’on me le coupe par petits morceaux.
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histoires bêtes
Dans la rue,on me connaît. Tout le monde s’écrie: « Oh! qu’il
est noir!» Je suis en effet d’un noir intense, et depuis mon entice
chez Mademoiselle Dextravague, la nuit tombe une heure p us
tôt qu’auparavant...
.
J’ai les yeux verts et les moustaches longues. Je suis le plus
beau et le meilleur des chats !..,.
Si j’ai griffé ma maîtresse de temps en temps, c’est qu’elle a
la triste monomanie de retirer sa patte quand elle sent que la
mienne pique un peu. De là, des éraflures très regretta
bles !...
Je vais, avec elle, tous les matins à la poste pout faite paitii
notre courrier. Les employés me caressent, je leur donne un ron
ron poli et flatte, de ma queue, les plumes • de leurs encriers.
Puis nous allons rendre visite à une dame qui m’offre toujours
quelques bribes exquises', d’ailleurs, je vais les chercher moi-meme
dans son buffet, et si je prends ma part un peu plus grosse,
c est pour lui prouver que je ne doute pas de sa bonne volonté
à mon égard !... Je suis un bon chat, moi, vous savez !...
Je me couche tous les soirs sous l’édredon, je me mets à mon
aise et fais cent tours avant de m’installer définitivement. Chacun
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se doit au voisin !... Si ma maîtresse trouvait que je la gêne, je lui
expliquerais qu’étant plus grande que moi, elle prend plus de
place et que par conséquent elle dozï me laisser la qualité des
endroits, puisque je lui laisse la quantité. Chacun s’arrange dans la
vie, n’est-ce pas ?
Je suis très nerveux, je reve souvent que je vois une souris en
deuil, pleurant ses pauvres parents morts à la guerre... et je
m’attendris... je miaule, je pousse des gémissements de condo
léance... alors, je réveille ma maîtresse, qui m’appelle : chat de
gouttière /Dans mon indignation, je quitte mon édredon et vais
dire un mot de mes douleurs aux serins endormis... il en résulte
un tapage affreux, qui fait rentrer ma mère adoptive en elle-même
et elle vient me chercher pour interrompre la conversation noc
turne.
Heureusement, car j’ai très froid, moi, quand je suis réveillé
en sursaut.
Je lui pardonne et je reviens sous l’édredon... pour recom
mencer ma petite course dès le premier rêve douloureux.
Je serais, malgré ces misères, un chat très content si je
pouvais tuer la bête qu’elle a posée sur sa cheminée et qui
histoires bêtes
fait tic-tac jour et nuit! je l’ai précipitée onze fois sur le tapis
et jamais je n’ai vu une goutte de sang!... Il y a des betes qui
ont la vie bien dure !...
Ènfin, je tâche de l’oublier !...
J’ai un an passé, je pense demeurer ici jusqu’à ma mort,
à la condition que ma chère maîtresse voudra introduire le plat
de poisson dans son ordinaire, très régulièrement.
Je saisis l’occasion d’une absence assez longue de celle qui
écrit sur cette table pour prendre la plume à mon tour et lui
adresser, en une phrase, le témoignage de ma profonde philo
sophie :
— J'aime beaucoup ma mère adoptive, malgré ses nombreux
défauts...
Je suis un si bon chat !...
Dans le jardin de ma tante il y a une haie, dans cette haie un
trou rond comme les chiens volontaires en font qua-nd ils veulent
passer quand même.
Ce trou rond me préoccupait beaucoup depuis quelques
jours. Maintenant, je suis en train de le faire boucher, parce que
je ne veux plus qu’il donne passage au pauvre petit chien que je
vais vous peindre... et, ce maudit trou ne préoccupeia plus
personne !...
2
histoires bêtes
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aia
p.«
«■«» » ™
fille française et ensuite parce que son papa et sa maman ne
pas Chinois!...
Elle a deux yeux retroussés , un petit nez tout épate, une
de groseille trop mûr, et des
bouche fendue comme un grain
cheveux jaune citron.
Nénette n’est pas jolie; par dessus le marche, elle a un gros
chat qui la griffe des pieds à la tete.
Mes cousins sont tous grands, beaux, bruns, pas griffes, très
hardis.
.
Quatre gaillards superbes (deux filles et deux garçons). Mais
voilà, ils sont tous plus mal élevés que le chat de Nenette. Ils cas
sent les poiriers de ma tante, foulent ses gazons, détruisent ses
bordures, arrachent ses pivoines et poussent, tous à la fois, des
cris infernaux.
Le jardin est magnifique, seulement, de mémoire de jardinier,
il n’a jamais rien produit du temps de la bande dévastatrice,
et ce temps est tout l’été.
Nénette, la voisine,.a un petit jardin en angle, c’est-à-dire que
lorsqu’on s’y promène on a les deux coudes sur les deux clôtures,
deux haies, dont les racines mangent peu à peu le reste du terrain.
Il y vient du persil, des violettes, une salade et trois roses.
Les araignées tendent des toiles tellement épaisses d’une haie
à l’autre que la pluie ne peut atteindre la salade (d’ailleurs les che
nilles finissent la dernière feuille au moment où j’écris). Alors, il
n’y a guère à contempler que les roses. Nénette en était très hère.
Les parents de cette petite sont d’anciens concierges; ils
ne jardinent pas, le père seulement tire, de loin en loin, les lise
rons qui étouffent le plus grand des rosiers; cela lui rappelle le
cordon de sa loge. Et puis la mère appelle Nénette, qui se sauve,
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n
car Nénette se sauve toujours. Elle va passer par le trou rond.,
et bonsoir, pas plus de Nénette que sur la main!...
La petite va rejoindre les quatre grands. C’est son unique joie
son plus précieux bonheur, son plaisir le plus parfait. Elle serait
très bien dans son petit angle à faire la dame ou à jouer à la sowm
verte... mais point; Nénette ne rêve que'cette fugue par le trou en
question. Elle arrive, l’air soumis, le tablier sale et son chat dans
les bras. Les quatregrands jubilentparce que Nénette étant en faute
ils peuvent la faire enrager sans courir les.risques d’un blâme. Le
chat se sauve.Alors Nénette suit, riant de son rire chinois et silen
cieux. Ils lui font faire toutes leurs sottises. C’est elle qui arracie
les fleurs convoitées, vole les fruits défendus, casse les vitres de la
serre met le sable des allées en un seul tas. C’est Nenette qui
assume toutes les responsabilités. Vous croyez qu’en recompense
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- M *•»'
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de tartine!... Et elle ne se plaint pas. Quand on joue au furet, elle
est en dehors de la ficelle et elle attache un cordon, qu on lut prête
par charité, à une chaise, tout près des autres, et elle fart couru
ses mains comme les autres, mais, naturellement, sans jamais
attraper l’anneau, puisqu’elle n’en a pas, et elle chante d un petit
ton triste : « Il court... il court, le furet du bois, Mesdames .... »
Quand les grands jouent à cache cache, elle cherche ses pou
pées qu’elle cache elle-même parce qu’elle est trouvée trop petite
pour jouer avec les autres.
On la trouve toujours trop petite, du reste, excepté pour les
inventions dangereuses !
_
,
,
Puis on lui dit : « Va chercher ton chat ! » Elle va le chercher
tout de suite, et on se met à le lui torturer de mille façons • on a
été jusqu a le lui pendre par la queue. Elle n’a osé rien dire.
" Va chercher tes trois roses ! » Elle va les cueillir sans un
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regret, elle les apporte et on les lui effeuille devant le nez. Elle
ne souffle pas.
« Va chercher ta belle poupée. » Elle apporte sa belle poupée
et on en fait un massacre des innocents (à un personnage) sansqu’elle verse une larme. Elle est si bien dans ce monde inconnu
des quatre grands ! Une fois, elle a pleuré, on s’était enfermé dans
la serre et elle était dehors assise sur une potiche renversée.
C’est là que j’ai fait connaissance de Nénette.
— Qui es-tu, petite ?
— Je suis le petit torchon !
— Comment... le... oh !...
— Ils m’appellent comme ça.» Et elle riait de nouveau de son
rire chinois.
— Que veux-tu ?
— Rien!... Je m’amuse!
— A quoi ?
— Je joue au... (elle hésitait comme prise de vertige devant l’im
mensité de sa satisfaction.) Je joueà la petite fille qui ne joue pas !...»
Et elle fit un gros soupir de bonheur. Elle était réellement tics
heureuse. Moi, j’ai tiré l’oreille de mes cousins avec une colère
qu’ils ne s’expliquent encore pas, et je fais boucher ce trou rond,
dans la haie. Ils ne la martyriseront plus... Mais, voilà...,, elle
est là-bas qui pleure au milieu de son angle ; elle me maudit, et
c’est eux qu'elle adore !...
__ Mimi, vous qui êtes jolie, pas chinoise et très gatee,
si vous pouviez me dire ce qui se passe dans la cervelle de
Nénette, vous me feriez bien plaisir !...
A un petit roi.
Guic! Me voici !... je me présente!... Le bec prêt au combat,
la patte en avant, l’aile en éventail!... je suis le Merle blanc!
Je suis Fifi-le-Décidé !... Un oiseau des plus rares! Un oiseau
qui sait tout et qui a tout vu!...
Depuis que je suis tombé du haut d’une mansarde, sur
l’épaule de ma bonne maîtresse, Mrae Sérieuse, je fais la pluie
et le beau temps ici. On me regarde comme le roi de la création!
D’abord la vie s’annoncait mal ; né d’un moineau pauvre et
d’une linotte riche, j’avais été adopté par un jeune musicien venu
d’Italie, à pied, jusqu’à Paris. Il me faisait manger de l’oignon
cru à mon déjeuner et de l’oignon cuit à mon dîner!... De temps
en temps, une mie de pain trempée dans du vin a cinquante
centimes le litre.
J’étais désespéré.
Je me sentais digne d’un autre sort.
z
IO
histoires bêles
Et, un beau matin d’été, je me suis précipité dans la brise des
aventures, une brise qui passait justement.
Je choisis, de loin, l’épaule de cette dame entra mille épaules
parce que cette dame avait un grand nez. Tous les musiciens ont
un grand nez, et j’aime beaucoup la musique lorsqu’elle est
dépouillée de l’oignon cru !...
Désormais j’étais quelqu’un.
C’est-à-dire, Fifi-le-Décidé^ un oiseau avec lequel on prend
des précautions oratoires et des mitaines fines !...
Du reste, à ma seule apparition, ma bonne maîtresse,
Mme Sérieuse, a perdu la tête !
Oh ! il n’y a pas à faire des rires en dessous !... Ni à chercher
a me mettre un grain de sel dessus... c’est comme ça .. j’appelle en
champ clos tous ceux qui voudraient me prouver le contraire !...
On ne bouge plus ?
Bien'... Je suis content de vous et je vais continuer :
Madame Sérieuse a une belle cage remplie de mangeoires anti
ques et de godets peints en couleurs. Des grappes de mil pendent
de tous les côtés, et plusieurs portraits d’oiseaux célèbres sont
açcrochés aux barreaux. De ci, de là, des objets d’art tels que des
échaudés sculptés venus des Indes, une serinette géante faite en
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I?
■dents d éléphants et des nids en duvet de canards. Je connais tout,
j’use de tout.-
Ma cage particulière reste ouverte et je peux faire mes études
à mon aise.
Vous savez, moi, je suis un oiseau instruit, et si ce n’était mes
leçons de musique, je ferais une révolution aussi facilement que je
donne ce coup de bec à cet os de seiche !...
Alors, je ne perds pas un coup d’œil de tout ce qui se passe
autour de ma plume!...
Je suis, d’ailleurs, taillé pour le combat. Je pèse une once,
mon dos est brun, mon ventre gris et j’ai un petit rabat noir
du plus incroyable effet, sous le cou.
J’entends dire par tous les arrivants que je suis un oiseau des
Iles. Il se peut... Pourquoi un moineau et une linotte ne seraientils pas des Iles!... Il n’y a qu’à se donner la peine de naître
là-bas !...
Je chante d’une façon particulière : j’imite d’abord le pinson,
puis la fauvette, et enfin je reviens, avec des transitions chromati
ques et savantes, au simple cuic.... cuic des autres moineaux du
dehors !
La première fois que j’ai chanté un petit air de ma compo
sition, ma maîtresse est allée chercher Mrae Lantin, sa concierge,
histoires bêtes
pour qu’elle ait à témoigner en Justice de la pureté de ma voix, si
•
• rJmt se permettait d en douter.
jamais un insol
P
choses
.là, ma maîtresse!...
choses-là
E11C
concierge a juré de dire la vérité, toute la vérité.
Mmc Lantin, sa concierge, a ju
Nous sommes tranquilles.....
Avez-vous fini demie rire
(Dites donc, vous, le bébé blond!..
au nez... Si je quitte mon perchoir, je vais vous cribler de coups,
de bec !.... Ah! mais !...)
Là..., soyez calme!... Quelquefois, assise devant la serinette
géante, Mme Sérieuse me joue un morceau et, dodelinant de la
tête, roulant des yeux, je bats la mesure, car, entre nous, elle
est moins forte que... ma méthode, sa méthode!
Elle fait des tas de choses inutiles avec ses doigts, et elle
n’ouvre même pas la bouche.
Quelle pitié!... Au lieu de filer de beaux petits sons très aigus,,
les uns après les autres, elle chante tout à la fois.
Déplorable !... J’ai besoin d’y veiller, allez! Cela me donne un.
mal affreux!...
Ensuite, elle se met à coudre quelques ailes de rechange et à;
préparer des huppes de plumes neuves pour les jours de longs vols.
Et je prends la peine de compter ses points, d’apporter son.
fil, de trier ses aiguilles.
Elle n’a pas un ordre excessif depuis que nous vivons-
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ensemble.... Je trouve souvent des timbres-poste et de la ficelle
avec les pelotons de laine. Je vais tout fourrer dans un pli de
rideau, connu de moi seul, pour lui simplifier la besogne.
Le soir, je dîne à côté d’elle. Mon couvert est mis dans sa
main, et quand je suis pressé, je pique ma miette de choix dans le
plat servi chaud.
Puis je bois dans le même verre, soit du vin pur, soit de
l’eau sucrée.
Je couche sur son traversin pour pouvoir la réveiller de bonne
heure, et nous chantons, dès l’aube, un petit duo quelle commence
à savoir passablement....
Je me baigne, elle se peigne.. . Nous sommes heureux.
(Qu’est-ce que vous avez à me regarder en riant, vous, la
,petite fille brune ?...)
J’ai été malade. Elle m’a fait soigner par un docteur expéri
menté qui a prétendu que j’avais la pépie.
Et alors, comme c’était la mue, je me suis guéri tout seul.
Il y a bien un point noir!... C’est la fille de cette pauvre
Mme Sérieuse, une pie-grièche qui apporte son chat deux fois
par semaine en disant : « Maman, s il est mort, voici le corbil-
■lard!...» Mais je la bats si dru, que cette horreur d'enfant mal
perchée est obligée de remiser son chat dans un co n. Des qu elle
me fait ensuite une politesse je me retourne, et....
Maintenant, resterai-je longtemps ici.-... Les passions p
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tiques ou l’amour de l’art me prendront-ils à mon nid d’adoption :
.... Laissez-moi réfléchir à cette'question!...
Eh bien ! non, je ne m’en irai pas, voyez-vous, carM”’ Sérieuse
et moi nous sommes liés par la douceur d’une meme pensee .
Le ciel !
Et c’est si rare de penser, quand on est deux, a la même
chose!...... Cuic!...
A Mademoiselle Hélène.
Ce jour-là, sans trop savoir ce qui nous arriverait, nous
citions dans la maison, le coeur tout oppressé par une joie vague.
Mon frère me disait souvent à l’oreille :
• — Il sera peut-être en bois !...
Je le regardais sans comprendre, car je pensais :
— Pourvu qu’elle ait une robe solide et qu’on puisse la
déshabiller !
Lui, il espérait un fusil; moi, je rêvais une poupée.
L’oncle devait venir : c’était certain, il n’y manquait jamais.
Cependant nous nous faisions des terreurs folles.
— Oh ! bégayait Carlo, si le premier de l’an n’était pas pour
aujourd’hui.
— Oh! répétais-je, en lui serrant les bras, si l’oncle tombait
parterre, ça glisse tant ! s’il cassait tout !...
Nous ne nous imaginions pas qu’il pût lui-même se casser
quelque chose. Hélas! le jardin brillait de givre comme un grand
étalage de sucre candi; et puis, dans les allées, il y avait une
poudre de neige fine, qui vue derrière les vitres, nous faisait venir
l’eau à la bouche.
Papa écrivait près de la cheminée du salon ; dès que nous
approchions, il criait chut ! en reprenant de l’encre. Nous n’osions
plus taper des pieds et nous poursuivre au fond du corridor. Il
nous avait appris qu’il écrivait de beaux souhaits à ses amis et
qu’il ne fallait pas effrayer ses idées. Alors nous nous amusions a
HISTOIRES BÊTES
'22
attendre : Un drôle de jeu qui nous donnait des frissons chaque
f0'S c” rio necomprenahrien aux lettres ; moi, j’étais préoccupée des
idées de papa ; je me figurais voir sur son bureau un tas d oiseaux
prêts à s’envoler au moindre bruit et je me serai bien gardee d
vrir la fenêtre.
.
.
Un instant Carlo se dirigea vers la cuisine, puis il revin en
disant très bas :
— L’oncle ne vient pas !
— Eh bien ?
— J’en ferai un avec le manche du balai !
Il avait l’air résolu.
— Un quoi ? ripostai-je vivement.
— Un fusil !... Tu verras. J’y collerai du papier et un morceau
de ta montre en fer blanc, tu sais ?
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JO!
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— Non ! la montre est à moi !
— Ah ! je te la prendrai.
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
— Non !
— Je h veux !
Nous élevions la voix a côté du bureau; nous nous regardions
les yeux dans les yeux, crispant nos poings.
Sacrebleu !... les enfants, grommela papa, mes idées se per
dent : ce n’est pas facile d’écrire ces satanées lettres!
Je me tus et poussai mon frère en baissant malgré moi le front
à cause des idées qui s’échappaient au-dessus de ma tête et dont
je croyais sentir les ailes.
Soudain un gros coup de cloche retentit.
— L’oncle, fit papa tranquillement.
Carlo courut en avant; moi, épouvantée par ce bonheur qui
me tombait à la fois dans les oreilles et dans le cœur, je demeurai
immobile, les cheveux raides.
L’oncle entra. Il nous parut gelé, mais il tenait son sac, et ça
faisait des bosses tant il y avait d’affaires dedans.
Carlo tira le sac en poussant des clameurs terribles; je fis une
révérence : il me semblait qu’avec un peu de politesse la poupée
serait plus belle.
L’oncle nous embrassa en secouant sur nous les perles de sa
longue barbe, puis il nous mit à la porte; nous savions bien ce
que cela voulait dire.
Dans l’ombre du corridor, Carlo et moi nous nous égrati
gnions de plaisir :
_ Elle aura une robe bouffante, balbutiai-je, en ravageant les
cheveux frisés de Carlo.
_ Il aura deux chiens, comme celui de papa, hurlait Carlo,
me mordant l’épaule.
La servante sortit de la cuisine pour savoir ce que signifiait
tout ce train ; elle portait avec elle une bonne odeur de sauce.
Je tremblais, je sautais à la pensée que ma poupée mangerait
histoires bêtes
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le soir dans mon assiette; je la voyais assise sur la table et se
léchant les doigts.
Carlo, pour se calmer, demanda un morceau de pain trempe,
mais la porte se rouvrit; nous entendîmes un gros rire. Papa se
frottait les mains; il avait lâché ses idées et arpentait la chambre,
répétant :
— Vont-ils être heureux! Vont-ils être heureux, ces marmots !
— D’abord les demoiselles! fit l’oncle en contenant mon
frère qui me bousculait.
Il me mena devant un fauteuil, tandis que Carlo, sans rien
attendre, se précipitait à quatre pattes sur le fusil qui gardait mon
trésor.
Oui, la poupée était là : une joufflue tout en chemise dont les
bras se tendaient à petite mère.
Je ressentis une telle commotion que je faillis tomber sur mon
frère encore à quatre pattes.
— Tu lui feras des pantalons, dit papa, attendri par cette nudité
rose.
Il oubliait que le-s poupées sont des femmes.
Mon oncle ajouta :
— Non, une grande robe! Tiens,tu couperas dans les rideaux.
Et il me désigna les mousselines des fenêtres, riant toujours.
Moi, je n’osais la toucher; j’étais trop saisie par cette mater
nité qui m’emplissait le cœur.
Une fille! mon Dieu!... J’avais une fille ! Une fille toute nue,
toute glacée, toute ahurie, qu’il me faudrait rhabiller, réchauffer,
rassurer. Allez donc vivre en paix une seule minute.
Brusquement, je repoussai mon frère, et, sans penser qu’il
pourrait la briser, je lui criai :
— Tü lui feras mal !
Apres la distribution des remercîments et des baisers, Carlo
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
emporta son fusil, j emportai ma fille. Il était soldat, moi j’étais
mère.
G était une chose accomplie. Nous serons sérieux le reste de
notre existence. J’arrondissais mes bras sous le petit corps, lourd
à force d’être potelé, je la pressais doucement en me penchant, et
je mettais la moitié de mon regard dans le sien. Nous nous admi
rions mutuellement. Elle avait des cheveux blonds, aoux comme
de la soie, moi, j’avais une perruque bouclée comme de la laine de
4
HISTOIRES BÊTES
2Ô
mouton • elle avait une prunelle bleue, transparente, et moi j’avais
“es yeux’ de faïence; elle avait des joues pâles et mot un tetnt de
porcelaine : c’était mon portrait vivant, quoi....
P Carlo faisait l’exercice, soutenant respectueusement son ust
avec un sarrau pour ne pas en ternir la crosse luisante ; en attendant
le coup,-il clignait les paupières.
— Attention, criait-il.
Et vite je pressais les oreilles de ma fille pour qu elle n en-
tendît pas le bouchon contie le mur.
J’avais trouvé ses oreilles à la même place que les miennes,
ce qui augmentait notre ressemblance.
Au dîner, Carlo accrocha le fusil derrière sa chaise et me dit
d’un ton pénétré :
C’est pour les chats, tu comprends! Ils viennent manger ta
fille. Pif! Paf ! Je les flanque morts sous la table!
Par reconnaissance, j’embrassai mon frère pendant qu’on
m’attachait ma serviette.
Papa et l’oncle causaient à voix basse; nous, nous ne disions
rien, mais c’était bien intéressant tout de même, parce que ma pou
pée, assise sur la nappe, avait les pieds dans la sauce, et que Carlo
tirait les chats par la queue pour les mieux viser.
— Elle rit! murmurai-je, émerveillée.
Mon frère se cambrait.
— C’est de me les voir tous carabiner, répondit-il fièrement.
Et il lui passait des miettes.
Au dessert, n’y tenant plus, nous descendîmes de notre
chaise pour jouer ; nous fîmes le tour de la table pendant une
heure; moi, je faisais la maman, lui, le colonel, et les chats
faisaient les chats. Nous endormions la petite qui pleurait. Carlo,
pour la consoler, lui barbouillait la figure avec de la tarte.
On nous envoya coucher de bonne heure, malgré la solennité
de cette piemière naissance. Ça nous était fort égal, car nos jouets
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
27
devaient nous suivre. Nous couchions dans une chambre tout en
haut de la maison : la bonne la fermait à clef, et là nous dormions
le plus possible pour ne pas voir le noir entourant nos deux lits
côte à côte. Carlo allongea son fusil sous son traversin ; moi,
j’installai ma poupée chérie sur mes vêtements, au milieu de ma
chambre, bien arrangés comme un berceau. Je lui mis mon
mouchoir jusqu’au menton, puis on souffla la chandelle et la
clef tourna dans la serrure. Carlo tomba sur son oreiller comme
un vrai plomb : moi, j’étais maman et les mamans ne dorment
pas.
Dès que j’avais reçu ce petit être rose, j’avais compris ça.
Aussi, l’œil fixe, je le regardais sommeiller : heureusement
qu’une énorme lune brillait dans les carreaux. Le bon Dieu, ayant
pitié de ma poltronnerie habituelle, me prêtait sa lampe afin que
je n’eusse pas peur en accomplissant mon devoir. Je devins si
hère de veiller toute seule dans la grande maison, je me sentis
tant de courage que je voulus avoir un peu froid comme ma
poupée. Je me découvris les bras.
Sans Carlo, ce gros bêta qui ronflait, j’aurais volontiers
chanté un refrain de nourrice !
Vous ne vous imaginez pas combien c’était reposant, cette
veillée calme et douce, devant une poupée qui dormait. J étais
forte oh ! mais forte ! J’aurais voulu voir un fantôme, j aurais
voulu tuer un voleur, j’aurais voulu la défendre contre une armée
de ces bêtes effrayantes qui viennent des enluminures d’Epinal
avec des dents monstres et des pattes ornées de sabres.
Cette lune blanche me lavait le front de sa lumière glacee.
Je comptais sur mes doigts pour savoir combien de minutes
emplissaient ma nuit, puis je plongeais mon coude bravement dans
le traversin je soupirais... j’étais bien, j étais très bien.
Tout à oup un grattement sonore m’arriva à travers la
U.
m
O”
s
20
HISTOIRES bêtes
la tête. La lampe du ciel s’était éteinte derrière un mur je ne
voyais plus que les étoiles, mais ces tristes lueur de bou.
valaient pas la clarté de la lune.
Le grattement continuait. Il me sembla qu’une boule d ombre
se détachait du plancher et s’avançait vers ma poupee. C était nom
comme du velours, et lorsque ce fut près d’elle, ça fit : Couic .
Je bondis affolée.
— Carlo !
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
29
Il se réveilla, morceau par morceau, sortant un bras, écartant
une main.
— Quoi ? dit-il enfin tout grognon.
— Une bête, Carlo... deux bêtes, trois bêtes... Ah ! mon
Dieu ! il y en a presque cinq.
Il bondit à son tour et se frotta les yeux.
— Mon fusil ?
Je poussai un vésitable cri maternel.
— Ça mange ma poupée!
Et je me levai dans mes draps, me demandant si je devais
descendre ou grimper le long des rideaux pour ne pas être mangée
-aussi.
’
‘
Carlo, épouvanté, examina le plancher.
— Ce sont des rats! fit-il en grelottant.
Il chercha son fusil.
— Bouge pas, sœur!
Je pleurais, éperdue. Les corps noirâtres passaient et repas
saient sur le corps rose de ma pauvre fille ; ils dérangeaient le
mouchoir. Le rat, mon Dieu, c’est le loup de la poupée ! Comme
elle devait avoir peur ! Us flairaient sa figure où l’odeur de tarte
était restée. L’un d’eux s’arrêta sur un mollet. Elle demeurait
tranquille : son regard d’émail reflétait les étoiles et ses bras se
tendaient en avant avec une risette.
Les rats grinçaient des mâchoires. Tout de.bon, ils la man
geaient! Elle embaumait le son nouveau; sa peau était neuve, et
les monstres fourraient leurs museaux dans sa poitrine crevee : le
son coulait à flots!... Je me tordais les mains.
Carlo vint me rejoindre.
U s’adossa au lit, tapa des pieds, mais les rats ne se déran
geaient seulement pas.
la finissent, chuchotait Carlo, de moins en
— J’ai peur qu’ils
moins brave.
HISTOIRES BÊTES
3°
— Pourquoi, Carlo ?
— C’est qu’après ils nous mangeront.
Au hasard, il tira le bouchon de son fusil. Quand il fallut
aller le reprendre, il n’osa point, car un des assassins grignotait
sa balle.
— Marchons ensemble, dis-je avec désespoir!
— Non ! pour ce qui reste de ta poupée, ce n’est pas la peine !
Demain, je trouverai un autre bouchon.
Le son coulait toujours. Ils décousaient toujours la peau.
lime semblait qu’on me mordait la poitrine. Je leur lançai
une bottine, un bas, mon jupon, la casquette de mon père. Si
j’avais eu le fusil, je les aurais tous écrasés avec la crosse! On man
geait ma fille, et j’y voyais rouge, moi, dans cette grande nuit
d’hi'ver.
Carlo eut l’idée de faire le chat : les bêtes reculèrent enfin, et
la bande sinistre rentra dans le trou du plancher. Mais il était trop
tard : ma poupée gisait inerte sur sa petite couche, la tête retour
née, les jambes flasques. Ses pauvres bras se tendaient encore, et
rien d’horrible comme ces deux membres roses émergeant dans
cette mare de son, de ce tas de peau devenu chaire morte.
Je retournai sa face souriante : elle gardait sa risette, ses che
veux soyeux, ses yeux pleins de transparence d’étoile, mais ce
visage impassible avait maintenant quelque chose de si doux, de
si navrant, que moi, enfant, j’en eus une émotion de femme!
Je m’agenouillai dans ma longue robe de nuit et cherchai au
fond de mon âme à peine éclose comment pouvait se dire une
prière pour la poupée.
Carlo ramassa le son et tâcha d’arranger les jambes : il pleu
rait aussi et sa douleur de petit homme était touchante. Il regar
dait bien son fusil intact; cependant, il avait un gros chagrin. Il
alla se recoucher.
— Je ferai le chat, s’ils reviennent, me dit-il, n’aie pas peur!
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
Peur? oh! non... Je m’étendis sur ce cadavre rose et déchiré
je collai ma bouche contre ce front de porcelaine, puis j’attendis’
toute ensevelie dans cette ombre, que les rats, après avoir dévoré
la fille, vinssent dévorer la mère.
Il y avait aux quatre coins de la chambre des meubles allant
se profiler sur le mur en silhouettes étranges; la gelée faisait cra
quer les vitres, et, derrière les vitres, le ciel glissait une à une ses
larmes d’argent. La frayeur m’aurait tuée si le sommeil ne m’eût
prise au milieu d’un sanglot...
Le lendemain, personne ne voulut croire à l’histoire des rats.
— Les enfants, disait-on, n’ont pas de pitié pour leurs jouets.
Jamais l’oncle ne voulut me rendre une autre fille. Du reste,
ce n’est que par la douleur que les poupées sont vos poupées.
Jamais je n’en aurais aimé une autre!
On ne voulut pas nous croire, et pourtant, moi, qui vous
raconte ces sottises, j’ai le sourire aux lèvres, mais une larme sur
la joue. Oui, une larme tout entière pour une poupée. Et lorsque
je vois un rat trotter sous une chaise, je vais comme une folle à la
rencontre de mon fils, qui a eu hier trente ans sonnés!
A Nino Mèlandri, en souvenir de deux larmes versées
à propos d’une éclipse.
On l’avait trouve par une belle nuit de Saint-Jean, au bord de
la prairie, couché sur le foin parfumé tout entouré de marguerites
et de boutons d’or.
Qui donc avait osé jeter là un petit enfant nu ?
Des femmes, en le voyant, en eurent presque peur.
Ce n’est pas bien effrayant, un nouveau-né, mais celui-ci... oh!
celui-ci avait des yeux tout brillants. Il regardait la Lune et la Lune
le regardait.
.
Scs cheveux étaient noirs, son corps verdâtre, son visage pa e.
Il remuait doucement, sans crier. Du côté de la meule qui lui ser
vait de berceau, les arbres allongeaient leurs ombres, tordus, echevêles comme des fantômes.
Un brouillard se levait sur l’étang, au fond du paysage,
cnonait peu cà peu le sommet de la meule.
ses yeux brillants.
Un gros nuage, aussitôt, cac c
yis
penché de la Lune et
histoires bêtes
54
couvrit la prairie de rosée, si subitement qu’on put croire que
des larmes tombaient de l’astre mélancolique.
Alors, les femmes chuchotèrent :
« Celui que nous emportons doit avoir la Lune pour mar
raine !... »
Ce qui signifie, en la langue de la contrée : « Il n a point reçu
le baptême. »
*
* *
Le village se souvient encore du filleul de la Lune ! On disait
qu’il était fou... Pensez-donc! Lorsqu’on naît sur de folles herbes,
on ne peut que devenir un illuminé.
C’était pourtant un beau petit garçon de quinze ans, mais il
ne voulait rien faire !
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
3S
Il passait son temps à chercher de la chaleur en hiver et de
1 ombre en été. Il n’était heureux qu’au mois de juin, quand il
pouvait aller, à l’heure des dames et de Angélus du soir, se rouler
dans les foins mûrs. Il respirait la poussière odorante qui entoure
les menthes sauvages, buvait l’eau qui emperle la mousse et regardait la Lune, sa belle marraine.
On pi étendait que c’était elle qui remplissait les yeux de l’en
fant d’étincelles vertes.
Chez sa mère adoptive, une pauvre paysanne, le jeune inno-'
cent s était fait un lit de terre sèche et il dormait là tout le jour.
Vint une nuit de Saint-Jean, une nuit bien chaude. Le filleul
delà Lune sortit de sa maison, prit une faux à lame fine et se
dirigea du côté de sa prairie natale en se disant : «J’aurai meilleur
courage à travailler le soir que le matin. Ma marraine me verra et
me donnera du cœur. »
Le ciel, cette prairie de la Lune, était semé de marguerites en
feu. Le champ était rempli d’étoiles blanches. Au loin, sur l’étang,
la robe d’une fée traînait dans les roseaux. Par moments, la robe
s’élevait et venait au devant du faucheur.
Le filleul de la Lune jeta bravement sa lame très aiguisée dans
les herbes, qui déjà tremblaient de crainte, et il répétait : « Mar
raine, aidez-moi à travailler pour la mère que vous m’avez
choisie. »
Et sa faux, irritée par les longs doigts rayonnants de la Lune,
lançait des éclairs verts.
Mais le brouillard montait. Il enveloppa bientôt le jeune
garçon, faisant gris ses cheveux noirs. Les fleurs du pré s’amon
celèrent autour de lui comme des jonchées mortuaires, et il répétait
toujours, plein d’une ardeur inconnue : « Marraine! Marraine!
Donnez-moi du courage !... »
Soudain le sol se déroba sous les pieds du faucheur, un lroid
glacial le saisit, le brouillard léger devint lourd à ses épaules. Sa
histoires BÊTES
36
s’était glissée dans
■ n l1 ’avau
nvait conduit
a 1 étang. EU
perfide marraine
cor
lui nvec des sourires livides. Il
U fou”, il crut qu’elle s’était précipitée du
l’eau et elle frissonnait
voulut la sauver, le pauvre
haut du ciel et il. alla la rc>°‘n
'
corps et ce fut fini»
L’eau de l’étang ondula un peu
Au bout de la prairie, à la place même où, quinze ans aupa
ravant, on avait trouvé le filleul de la Lune, un gros ver luisant
se mit à scintiller.
Les paysans du village pensèrent que ce pouvait bien être 1 ame
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’FSPRIT
37
du pauvre noyé, de ce petit garçon né sur de folles herbes et qui
avait été, sa vie durant, un illuminé.
Je pense, mon cher Nino, que vous savez le nom scientifique
du ver luisant et les particularités curieuses de son existence. Mais
si vous êtes embarrassé par un détail fantastique de cette légende,
adressez-vous à votre papa, le poète; les poètes comme lui expli-
quent tout!
A Mademoiselle Madeleine.
On m’appelait Pierrot, on l’appelait Pierrotte. Nous n’allions
jamais l’un sans l’autre, nous nous aimions beaucoup. Les deux
maisons de chez nous se touchaient et nous avions eu la même
nourrice. Nous allions à l’école ensemble avec deux paniers pareils
et chacun un morceau du même fromage.
Pierrotte avait la figure ronde et rouge comme une pomme
d’api; moi, j’avais la figure ronde et noire comme une pomme de
terre. Elle portait une robe de drap luisant qu’on lui avait taillée
dans une jupe de sa marraine (elle en avait quatre de ces robeslà! faites dans le même jupon). Moi, j’avais un beau pantalon
coupé dans une jambe à mon grand-père. Quand nous partions
pour le village, on nous regardait passer! Sans compter que nous
pensions et disions toujours les .mêmes choses! Elle me poussait
le coude :
« Hein? Pierrot... », qu’elle faisait.
Je hochais la tête.
« Oui! Pierrotte... », que je disais.
Nous avions donc chaque fois la même pensée.
Par exemple, moi j’avais un parapluie et elle n’en avait pas,
ca faisait une grosse différence entre nous. Ah! un beau parapluie
qui en valait deux. Lorsque nous étions dessous, nous avions l’air
de deux petits melons sous une énorme cloche. En hiver, mon
parapluie était bleu, à cause de sa première couleur qui revenait.
HISTOIRES BÊTES
40
En été, il était jaune, à cause du soleil qui le séchait quas. comme
te prêter le gros bleu. » L’été :« Pierrette, je vas te prêter
grand jaune. » Les gens se figuraient que nous en avions un par
personne.
. ,
Un jour, nous étions partis avec le gros bleu. Le chemin de
l’école était plein de neige, le ciel se cassait en petits morceaux sur
le dos de notre parapluie : Clac! Clac!... il en passait parfois a
travers les trous. Les arbres étaient raides comme des fourches et
nous crions raides comme des arbres. Ah! oui, nous n’avions pas
chaud ce jour-là! Pierrotte avait mis sa robe sur sa tête, mais son
autre jupon était si court qu’elle se gelait les mollets. Ça me fai
sait pitié. Elle traînait scs sabots, Pierrotte! Si elle n’avait pas eu
un édredon de bouillie grillée sur le cœur, je crois qu’elle serait
encore froide à l’heure qu’il est; moi je fourrais mes mains dans la
t-r.
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POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
41
ceinture de mon pantalon : ça me refroidissait l’estomac et ça ne
me chauffait guère les doigts.
Pierrotte tenait le parapluie « pour faire l’homme ». Ça m’al
lait joliment, à cause d’un brin de fer qui brûlait tant il était
glacé.
Quand nos maisons furent perdues derrière les taillis du bois,
je commençai le jeu.
Faut vous dire que j avais inventé un beau jeu pour les
matins de neige, un jeu qui nous amusait beaucoup. Du reste,
j’étais très fort pour amuser Pierrotte.
— Pierrotte, commençai-je, s’il venait un loup!.,.
Alors elle me serrait le bras avec le manche du parapluie,
elle écarquillait ses gros yeux.
42
HISTOIRES BÊTES
— Oui !... s’il venait un loup ?...
Mais elle le disait très bas : c’est çà qui prouvait que c’était
une femme. Moi, j’étais un homme, parce que je criais très haut :
— S’il venait un loup, Pierrotte !...
Le jeu c’était de faire peur à l’autre en ayant peur pour son
propre compte. Moi, je faisais le cri d un loup . Heu... eu... eu..!
j’imitais bien çà !...
Pierrotte se cognait contre mon épaule en se cachant la figure;
puis je tapais des sabots pour éloigner la bête, je me baissais en
disant :
_ Pierrotte ! le voilà qui revient... Ah ! Pierrotte, il va nous
manger !
S’il m’arrivait de dire :
— Il va te manger !...
— Je me mettais devant elle pour la défendre, elle fourrait
le gros bleu devant moi et nous restions cois, bien serrés, n’osant
souffler.
Seulement je me pressais à avoir une frayeur épouvantable à
cause du parapluie qu’elle tenait devant ma figure.
— Si le loup était derrière pour de bon.
Dam ! çà se pourrait très bien, puisque je n’étais plus sûr du
contraire ! je me mettais à trembler. Pierrotte, faisant corps avec
moi, tremblait aussi, de sorte que nous finissions par être telle
ment cflrayés tous les deux, que nous en pleurions pendant des
heures !...
Mais si je disais : Pierrotte ! il va me manger ! — Elle faisait
la brave, elle se plaçait en avant : Ah ! méchant loup ! Tu ne le
mangeras pas Pierrot ! Non, tu ne le mangeras pas !..._ C’est
qu’elle était crâne, allez !...
Je la poussais.
Vas-y donc, au loup ! Vas-y !...
Etant derrière elle, je me sentis intrépide, car pour me
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
43
croquer, notre loup eût été obligé de croquer d’abord Pierrotte,
Pierrotte grasse à point ! Il m’eut dédaigné après un aussi fameux
repas. Je poussais donc Pierrotte par les épaules ; elle s’arc-boutait,
criait, puis finalement, se retournait en colère et le jeu se termi
nât pai une bourrade. Ah ! que nous nous amusions bien avec
notre grosse peur du loup ?
A force de parler du loup, le proverbe dit qu’on en voit la
queue. Ce matin-là, nous fîmes mieux que d’en voir la queue.
L’affreux animal se montra tout entier.
C’était au fond du chemin creux, où il y avait de la neige par
charrettes en hiver : nous enfoncions. Pierrotte avait le bord de
sa robe trempé comme au sortir de la lessive.
Je commençai mon refrain.
— S’il venait un loup !...
— Non ! dit Pierrotte. Ça enfonce trop ici !
Je serrai son bras, je mis le gros bleu en avant et nous voilà
pataugeant sans rien dire.
De temps en temps, je regardais Pierrette par derrière. Selon
son habitude, elle avait sa robe sur sa tête. Ses pauvres mollets
étaient rouges comme deux tisons. Pierrotte n avait jamais de
chemises. Ça me donnait un frisson terrible à croire que, ma’gré
la saison, des hannetons me grimpaient dans le dos ?... Pauvre
Pierrotte !... si j’avais eu, moi,un jupon si court, je serais toujours
resté assis.
Voilà que cette diable d’idée du loup me revient encore..
— Baisse ta robe, Pierrette, s’il venait un loup !... je me
figurais que les mollets rouges le mettraient en appétit.
° _ Non ! dit la petite qui était très entêtée, je ne veux pas du
loup.
— Mais, Pierrotte?...
idée, lorsque le parapluie lui
J’allais lui expliquer mon
échappa des mains.
44
HISTOIRES BÊTES
— ■ Le voilà, dit-elle éperdue !
En effet, c’était lui, j’en restais cloué à ma place.
Il avait une grosse tête velue, brune, sur des pattes sèches,
des yeux de braise, des oreilles en pointes de couteau. Seigneur
mon Dieu !...
Ma chemise (j’en mettais toujours une, moi) était a tordre, tant
je suais en dépit du froid et de la neige. Pierrotte ne pouvait rien
mouiller, elle, mais elle était devenue aussi blanche qu’elle avait
été rouge. Et le parapluie qui s’en allait ! Il faisait du vent et il
tournait sur son bâton gonflé, comme le sont les grandes filles à
la danse le dimanche.
Pierrotte disait : Le loup... ou... ou... ou...ou !...
Moi je marmotais :Mon parapluie... uie... uie.
Çà ne pouvait pas durer.
La bête se mit sur son dernier train, juste en face de nous.
— Pierrotte, dis-je en pleurant, donnons-lui notre fromage.
— Oui, fit-elle aveclemême sanglot,donne-lui ton fromage !...
— Non, donne-lui le tien!
— Ah! mais!... dit Pierrotte, reprenant couleur.
— Ah ! mais !... fis-je à mon tour un peu en colère.
Le loup remua la queue, se pourlécha le museau. Il ne fallait
pas perdre une minute! J’ouvris mon panier, j’y pris mon
alphabet.
— Attrape ! criai-je ; et je le lançai à la tête de ce loup !...
— Il sent donc le fromage, ton alphabet? demanda Pierrotte
en fuyant avec moi.
Un peu... la couverture est sale. Et puis je ne sais pas
ma leçon. J’aime mieux qu’il le mange ! »
Enfin nous osâmes regarder derrière nous. Jugez de notre
stupeui. Le loup nous suivait tranquille comme un petit âne
chargé. Il portait mon alphabet à sa gueule!...
POUR AMUSER LES PETITS ENFANTS D’ESPRIT
4$
— Je crois, dit Pierrotte honteuse, que c’est Tob, le chien
du vieux berger!
— Tob! criai-je.
Le chien arriva tout content et me rendit mon alphabet.
—^Faudra pas dire que c’était un chien, murmura Pierrote,
sur le seuil de l’école.
Bien entendu, j’avais la même pensée.
,
_ Non, Pierrotte, je conterai que je l’ai tue d un coup de
livre Not’maître ne demandera pas la leçon !...
poêle de la classe.
<Nous n’avons jamais revu ce loup!...
Dédié à Taul Badin.
Il était, sur une fenetre, une fleur bleue, une fleur douce et
triste comme un œil de mère qui a beaucoup pleuré.
Dans sa potiche de terre sèche, elle agonisait lentement depuis
huit jours, sans une goutte d’eau. La rue lui envoyait sa pous
sière empoisonnée, et, pareille à la petite poitrinaire que tuent les
fatigues des rondes, mais qui ne veut plus se passer de ces fatigues,
HISTOIRES BÊTES
la fleur penchait au dessus du bruit sa corolle bleue, bien grande
ouverte. Elle guettait un coin du ruisseau où tourbillonnait une
onde presque fraîche, un coin, là bas, près d’une borne-fontaine.
Chaque matin elle se penchait davantage, espérant enfin tomber
dans le vent pour être apportée doucement jusqu’à ce ruisseau
inutile. — Mon Dieu, disait-elle, que d’eau perdue!.... Et elle ne
pouvait détacher son regard bleu de la place bénie.
Il était, derrière la fenêtre, une enfant blonde. Elle avait des
joues roses comme l’aurore d’un ciel de printemps et les deux bras
pleins de fossettes.
Elle riait toujours.
Une fois, finissant de déjeuner, un gros gâteau à la main,
elle ouvrit la fenêtre. Puis, la poussière qui montait l’ayant fait
tousser un peu, elle alla chercher un verre d’eau, d’une eau filtrée,
limpide comme un diamant uni.
Elle but jusqu’à la dernière goutte....
....Et la fleur mourut.
★
4
4
Ce n’est pas vous, monsieur Paul, vous si bon et si gentil,
qui ne compicndriez pas les souffrances d’une fleur abandonnée.
A.'V—
A M. Jean Passerieux.
Dans le pays, tout le monde se posait cette question: «Pour
quoi Monsieur de Grosse-Maison-Blanche ne tue-t-il pas la moin
dre pièce de gibier, alors qu’il a de si beaux chiens? »
Ah ! voilà !.....
Tob et Tom étaient deux beaux chiens, en effet. Tob était
noir avec trois taches de
sur le dos. Tom était/ch avec trois
taches noires. Et ces brigands s’entendaient comme deux voleurs
au fond du même grenier.
Tob avait dit à Tom « C’est assez que nous, chiens, nous
chassions quand nous n’en avons pas envie, sans qu il faille
encore rapporter le gibier à notre maître. Je te propose, moi, o en
terrer lièvres et perdrix à une place marquée d’avance et, quand la
chasse sera finie, nous irons souper. »
7
histoires bêtes
50
« Houah! Houah!... » répondit Tom.
Ils signèrent un pacte. Chacun donna à l’autre un poil de son
oreille et une paille de sa niche, et,dèslelendemam, ils débutèrent
dans l’art de chasser pour leur propre compte.
Monsieur
Je dois dire qu’ils chassèrent mieux qu’auparavant. Monsæur
de Grosse-Maison-Blanche tirait-il une perdrix ? Aussitôt les deux
garnements de partir à fond de train sur la bête blessée, de la
pousser ferme dans un petit coin sûr, de creuser, à huit pattes,
un trou derrière un arbre ou une pierre et de refermer le plus
promptement possible ce garde-manger mystérieux.
Et Monsieur de Grosse-Maison-Blanchc, pendant ce temps,
examinait l’espace, doutant de la portée de son fusil.
Un fusil tout neuf!
Cela dura jusqu au moment suprême où lob et Tom eurent
un différent.
Ils se disputèrent, un jour de fermeture, sur un énorme lièvre
tout farci de serpolet. Tob tenait la tête, Tom tenait la queue et
FOUR AMUSER LES PETITS' ENFANTS D’ESPRIT
51
on entendait des craquements dans la peau de la malheureuse vic
time qui respirait encore !...
« C’est pour mon trou du côté du vieux sapin! » grognait
Tob.
« C'est pour ma cachette, derrière le petit chêne! » hurlait
Tom.
Survint Monsieur
de Grosse-Maison-Blanche un fouet à la
/Houah !... Houah !... » firent ensemble nos deux héros.
Et depuis ce jour de fermeture Tob et Tom courent mo.ns
vite en avant.
Ils ne volent plus !...
m’écoute là-bas veut une moralité
Si le joli petit garçon qui
,,
histoires bétes
à cette histoire, je lui dirai que la chasse est une très mauvaise
chose, puisqu’elle force les gens à tuer les pauvres lievres et a
fouetter les pauvres chiens.
Sable de^ CQatiè^e^
Dédicace......................................................................................................................
Réflexions d’un bon chat......................................................... ■'.............................
Nénette......................................................................................................................
......................................................................................................................................
La Mort d’une Poupée.............................................. . ...............................................
Le Filleul de la Lune............................................................................................... '
Pierrot et Pierrotte ... *................................... '..................................................
La Fleur martyre......................................................................................................
Paire de Chiens-........................................................................................................
Achevé Aimcriner
clt
(René (Brissy.
*J J 9,■ rzie de lez Fidélité
le 2y décernere 1884
Fait partie de Histoires bêtes pour amuser les petits enfants d'esprit
