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Médias

Fait partie de Le Salon Périgourdin de 1890

extracted text
LE

SALON PÉRIGOURDIN
DE

1890
PAR

33 A. TPI Y JLj3L.E.

Etude

sur

h 3*

Exposition organisée par la

Société des Beaux-Arts de la D or dogue.

PERIGUEUX
IMPRIMERIE' DE

LA

DORDOGNE,

1890e

ANC.

DUPONT ET

Cie

LE

PÉRIGOURDIN

SALON

DE

1890
PAR

BATHYLLE.

Etilde

sur

la 3e

Exposition organisée par la

Société des Beaux-Arts de la

SE TROUVE A
A

Et

Dordogne.

PÉRIGUEUX

L'IMPRIMERIE DE LA DORDOGNE
Chez

l'Auteur, 7,

chez

M.

PÉRIGUEUX
rue

GERVAISE,

des

Vieux-Augustins

91,

Rue

de

Bordeaux.

IMPRIMERIE

DE

LA

DORDOGNE, ANC. DUPONT ET Cie

1890.

AVERTISSEMENT

Cette modeste étude, publiée d'abord dans
les colonnes du Journal de la

maintenant
l'orme de

présentée

au

Dordogne, est

public

sous

la

brochure, afin de permettre aux

nombreux

artistes

et

amateurs,

qui

en

avaient exprimé le désir, de conserver

un

souvenir durable de la troisième

exposition

organisée par la Société des Beaux-Arts de
la Dordogne.

Le Salon
avec

Pèrigourdin de 1890, coïncidant

le Concours

régional agricole, a été

particulièrement brillant ;
dans

un

son

installation

élégant pavillon construit sur les

allées de Tourny, en face la
préfecture, ne
laissait rien à désirer. Aussi les artistes ont

répondu
des

avec empressement

organisateurs et ils ont

à l'invitation

envoyé,

TABLE.

en

nombre, leurs plus beaux ouvrages.
Une

grande part de ce succès est dû au
Pages

puissant et judicieux patronage de la muni¬
cipalité de Périgueux, qui n'a rien négligé
pour fournir aux

organisa leurs les moyens

matériels d'atteindre un résultat satisfaisant
et.

en

vue

de l'éducation artistique du

même

temps, précieux au point de

public.
A. B.

Avertissement

\

I. Le Salon Périgourdin

5

II. Les Portraits

7

III. Les Tableaux d'histoire et les
sujets

militaires

11

IV. Les Paysages et les Animaux

17

Y. Les Marines

35

VI. Les

39

sujets de genre

VII. Les natures mortes et les fleurs

47

VIII. Les aquarelles

51

IX. Les pastels, les dessins et

la cérami¬

que

55

X. La sculpture

61

LE SALON PÉRIGOURDIN
-eotoao^-

••

,1

I

Notre

spirituel collaborateur Schlem, dans
pétillant article sur le vernissage, a pris
soin d'annoncer, dans les termes les plus ai¬
mables, l'étude que nous allons entreprendre
pour les lecteurs du Journal de la Dordogne.
Notre collaborateur ayant indiqué et la dis¬
position des salles du pavillon des beaux-arts
et, en grande partie, ce que chacune d'elles
son

renferme, il a ainsi grandement facilité notre
tâche, nous dispensant pour l'avenir, de tous
détails, si nous pouvons dire, topographiques.
Le Salon Périgourdin actuel se distingue de

*

ses devanciers non seulement par un
plus
grand nombre d'œuvres d'art réunies ; mais
surtout par une variété d'ouvrages telle, qu'on
peut affirmer que tous les genres, avec lesquels

les artistes manifestent leurs

pensées,

y

sont

dignement représentés.

Gela nous décide à diviser cette étude en au¬

tant de

parties qu'il y a de genres différents.

LES PORTRAITS.

successivement : Les por¬
traits, les tableaux d'histoire et les sujets mili¬
taires, les paysages et les animaux, les mari¬
Nous verrons

donc

les tableaux de genre, les natures-mortes
fleurs, les aquarelles, les pastels et des¬
sins, la céramique, et enfin, les sculptures.
La route est maintenant tracée, entamons

nes,

et les

vite la première

étape.

En entrant à l'exposition par la porte princi¬
pale, l'œil du visiteur est bien vite attiré du
côté du beau Portrait de Mme J. M., peint avec
une science consommée par M. J. Machard.
Cette œuvre a été étudiée par le maître dans
tous ses détails, et cependant l'unité, véritable
source du Beau, y est si bien observée
que
l'ouvrage paraît comme coulé d'un seul jet.
La pose gracieuse et pleine de distinction de
la jeune femme, assise sur le côté d'un large
fauteuil, et la douce expression de la physiono¬
mie y sont d'un naturel absolu ; le visage
révèle la quiétude de l'esprit et les aimables
pensées qui l'occupent.

La carnation de la tête et des mains est fine,
transparente, et d'un teint léger et mat avec
lequel s'allie parfaitement le costume bleu
foncé. Le fond, d'une coloration chaude et obs¬
cure, contribue à faire valoir le sujet et il en

complète l'harmonie générale.
A côté de ce morceau de choix,

il faut placer



son

8 —



digne pendant, le Portrait de M. C.par

M. François Lafon.
Nous ressouvenant des

richesses artistiques
qui garnissaient toute une salle de l'exposition
de 1886, et qui étaient dues au pinceau de
celai qui fut le premier des peintres périgourdins de notre époque, nous sommes heureux
de constater aujourd'hui qu'Emile Lafon a laissé,
dans son fils, un continuateur dont lePérigord
a

le droit de se montrer fier.
Le portrait que nous avons sous les yeux

en

est la preuve la

plus évidente. Le pinceau de
l'artiste n'a-t-il pas reproduit ici le caractère
moral et intime du sujet, aussi bien que la res¬
semblance physique ?
Si cela est, il a rempli le programme du par¬
fait portraitiste.
La sympathique personnalité peinte par M.
F. Lafon est trop connue dans notre cité pour
que, dès le premier instant, le public n'ait con¬
firmé ce fait.
Tout le monde a remarqué et la pose natu¬
relle du Portrait de M. C... et la parfaite iden¬
tité morale entre le modèle et la peinture ; nous

ajouterons que ce brillant résultat a été obtenu
avec une

touche large et facile,

dénotant

un

pinceau moelleux, exercé et sûr de lui-même.
Du reste, les bons portraits ne manquent pas
à notre Salon. M. J.

Aviat,

un

des fidèles aux

Expositions périgourclines et dont le talent, à
juste titre, est si apprécié, en expose trois : Le
■portrait de Mme de la C..., plein de fraîcheur
et comme idéalisé, et les Portraits de AL D... et

de Mme D... ; tous sont précieusement peints
sur un dessin irréprochable et modelés avec
cette science du clair-obscur qui caractérise
son

remarquable talent.

9



Le modelé et le dessin impeccables, nous les
trouvons encore dans les productions de M.

Pasquet. Son principal ouvrage, le Portrait de
P...,possède de grandes qualités et,

Mme J.-G.

dans ce morceau, tout

est

fini

avec

un

soin

scrupuleux. Gela fait grand honneur à M. Pas¬
quet, qui se révèle portraitiste distingué.
Quelqu'un qui sait pénétrer l'intimité des per¬
sonnages qu'il reproduit, qui, au-delà du corps,
sait découvrir la vie et l'âme, nous le voyons
également en M. J.-A. Dupuy. Son Portrait de
AL D..., le témoigne d'une façon irrécusa¬
ble. Ce beau vieillard est là,accoudé à sa
table,
écrivant ; il réfléchit, il vit et il agit ; il répon¬
dra si vous l'interrogez, car, la physionomie
qui ne trompe pas, marque un caractère sé¬
rieux, mais aimable et accueillant.
M. Dupuy a tout aussi bien fait sentir l'ef¬
fort de la mémoire en travail, sur le visage de
la jeune écolière, qui apprend Une leçon diffi¬
cile. Enfin, son pinceau délicat a su exprimer
la paix intérieure de la candide Jeune
Périgourdine au siècle dernier.

Après cela, nous passerons bien vite devant
les ouvrages de M. Gasperi ; laissons tranquil¬
les les graves personnages que son pinceau
rapide a fixés sur la toile, avec une vivacité,
nous allions dire brutalité, toute
méridionale.
Toutefois, son Enfant de chœur chantant, n'est
pas d'une gravité telle que nous ne puissions
qualifier de drôle, la grimace qu'il présente à
nos regards.
Aussi, aimons-nous mieux aller regarder le
Portrait de Mlle d'H., agréable peinture par Mlle
M. Métivet ; ou le Portrait de M. Ar.,
que M.
Cousin présente avec sa fine moustache blon¬
de et son air fendant et résolu ; ou encore les
2



10

-

les pein¬
charmant
Portrait de Mme Georges G., de Cahors.
Nous citerons en terminant les ouvrages d'un
essaim d'artistes appartenant au sexe beau.
Le Portrait de M. l'abbé de Barolet, sur un
fond extraordinairement meublé,
par Mlle
Lefebvre ; la Jeune fille, aux durs contours, de
Mlle Ghalus ; Blondinette, à la poitrine remon¬
tée, de Mlle Espénan et, enfin, pour la bonne
bouche, la Boudeuse, joliment peinte par Mlle

délicates colorations qui distinguent
tures de M. Diranian,
surtout son

LES TABLEAUX D'HISTOIRE
ET LES SUJETS MILITAIRES.

Firnhaber.
Et maintenant, que nous en avons fini avec
les portraits,nous allons attaquer l'histoire.

III

Le Salon Périgourdin ne contient pas un
grand nombre de tableaux d'histoire, par con¬
tre, ceux qui s'y trouvent sont d'une très belle
qualité.
Et d'abord, voici le peintre inimitable du
moyen-âge, Jean-Paul Laurens, qui a voulu en¬
voyer une œuvre de son époque de prédilec¬
tion : Edith pleurant près du trône vide de Ha-

rold IL
Ce tableau d'une touche facile et

moelleuse,
agencement des lignes, pos¬
sède bien le caractère de sobriété et de vérita¬
ble grandeur qui distingue les œuvres du maî¬

avec son

savant

tre.

Edith, la belle, vient d'apprendre qu'une

flè-



12

13



-

che acérée a tué, sur les hauteurs de la col¬
line de Senlac, le dernier des rois
AngloSaxons. Debout, appuyée sur le côté du trône
du cher Harold, elle est là,
seule, abîmée dans
la douleur.
Voilà le sujet, et maintenant voyez comme la

irrités qui, fous de rage et armés de faulx, de
bâtons où de pistolets, s'acharnent contre leur
victime. Sauveur tombe en inondant de son
sang le socle d'une croix, sur laquelle est atta¬
chée l'image de Celui qui a donné pour pré¬
cepte à tous les hommes : « Aimez-vous comme
des frères ».

comme tout

meuvent, sont bien

disposition en est empreinte de ce cachet de
simplicité qui caractérise les artistes d'élite, et
trouve

parfaite harmonie
avec la mystérieuse et sombre
poésie du fait
se

en

historique.

Ensemble et détails, facture large et dessin
correct, tout est remarquable. La décoration des
parois de la salle, les mosaïques, le trône et les
accessoires sont parfaits d'exécution et forment
un document
précieux de l'architecture an¬
glaise du Xe siècle.
Le Périgord a déjà l'honneur de posséder une

œuvre très

c'est

importante de M. J.-P. Laurens ;

la toile magistrale, représentant Jésus
chassé de lu Synagogue, qui fait l'ornement le

plus précieux de l'église paroissiale de Ribérac.
Faisons des vœux pour que le tableau d'Edith
demeure, lui aussi dans notre pays et l'enri¬
chisse d'une perle de plus.
M. E. Dupain nous a envoyé, de son
côté,une
grave et belle page : La mort de Sauveur, épi¬
sode dramatique de 1793, tiré de l'histoire de
,

France d'Henri Martin.
Cette grande composition

d'un vigoureux
tempérament d'artiste, révèle un pinceau ca¬
pable de s'attaquer aux grandes difficultés
techniques de l'art et de les vaincre vaillamment.
Le sujet, bien fait pour inspirer
toute l'hor¬
reur possible
pour les civiles discordes, est
présenté avec une savante ordonnance. Sur la
droite s'avance le flot impétueux des
paysans

Les

le paysage où ils se
enveloppés d'air et l'effet

personnages, et

lumineux, concentré vers le centre de la toile,

complète, en l'aidant, l'unité de l'action.
Tant que nous en sommes aux chouans,
examinons avec tout le soin qu'ils méritent
ceux que M. E. Carpentier a mis dans son dé¬

licieux tableau intitulé : La Vendée en 1793.
On ne sait, dans ce bel ouvrage, ce qu'il faut
le plus admirer, ou de la disposition et de la
beauté des personnages expressifs, bien cam¬

pés et solidement peints, ou de l'harmonie et
de la profondeur du paysage, sous bois, dans
lequel ils se meuvent à l'aise, entourés d'air et
de belle lumière.
Les attitudes diverses,

depuis celle du pay¬
d'avant-garde, qui, au premier plan, tend
l'oreille contre terre, jusqu'à celle du groupe
de l'arrière, que le chef contient et engage au
silence, toutes sont prises sur le vif et rendues
avec une perfection rare.
Aussi, en présence d'un talent si délicat et si
fnLj ne sommes-nous pas étonné d'apprendre
que M. Carpentier vient d'obtenir, ces jours
derniers, une deuxième médaille au Salon de
san

Paris.
Mais la Vendée n'est pas la seule contrée qui
fournisse à nos artistes des sujets dramatiques ;
M. E. de Boislecomte sait nous intéresser et
nous émouvoir, en nous transportant en Espa-



gne, où

14

-

se passe la scène représentée par son

tableau : Ferdinand VII et Godoï, épisode
des Mémoires du baron de Marbot.

tiré

Godoï, le favori de la reine,est poursuivi jus¬
que dans récurie du palais d'Aranjuez, où il
s'était réfugié, pour se dérober à la fureur po¬

pulaire. Il est là, sanglant et abattu par les
coups qu'il a reçus, et cependant il a encore
la force de refuser la grâce que lui offre son
puissant ennemi, l'héritier présomptif du trô¬
ne, Ferdinand.
Il manque, peut-être, un peu de vie et de
chaleur communicative dans l'action qui^ se
déroule ;',mais, cette réserve faite, nous n'hési¬
tons pas à déclarer l'ensemble et les détails de
ce tableau parfaitement exécutés. On pourra
voir, dans une autre salle, une seconde toile de
M. de Boislecomte, tout aussi bien étudiée et
très agréable, intitulée : Le garde devenu vieux.
Avant de passer aux sujets militaires, il faut
encore dire deux mots d'encouragement sur
les intéressantes esquisses peintes envoyées
par M. Félix, un jeune artiste périgourdin,
élève de l'Ecole des Beaux-Arts, et dont le ta¬
lent s'annonce bien. La composition de VAdo¬
ration des Mages, comme celle de VAssuérus

surprenant Haman, sont agencées avec ordre et
éclairées d'une façon piquante.
Arrivons aux troupiers. L'impétuosité de l'ac¬
tion, la véritable fougue,il faut la chercher dans
la charge commandée parlegénéral de Gallifet,
à Sedan, Ierseptembre 1870, par M. Delahaye.
L'auteur a placé les soldats héroïques sur le
côté gauche de la toile ; de là ils partent au
galop, entraînés par le chef intrépide vers
l'ennemi, supposé sur le devant et dont la pré¬
sence

n'est signalée au spectateur que par

les

projectiles et la fumée de la poudre. Les cava¬
liers s'avancent en groupes compactes ; ils sont
solidement peints et ils manœuvrent à l'aise
dans une bonne atmosphère.
Le mouvement, ou mieux la rapidité de l'ac¬
tion, a également été l'objectif de M. P. de Lapeyrière qui présente trois toiles : Le 8e cui¬
rassiers à Reischoffen, VEcole d'escadrons et En
reconnaissance dans le sud Orauais. Il faut dire

ici, que si nous découvrons dans ces ouvrages
des qualités incontestables,comme l'observation

des valeurs et la bonne lumière, nous regret¬
tons en même temps de nous heurter à un
dessin quelque peu lâché, de parti-pris peut-

être, que la fougue seule peut excuser.
Nous terminerons pour aujourd'hui par deux
toiles avec lesquelles M. E. Bellangé nous dé¬
crit, par le menu, la vie des camps et il nous
familiarise avec les mœurs gaies de nos braves
troupiers.
Son principal tableau, représentant Le dé¬
luge au camp de Saint-Maur, est particulière¬
ment attrayant par le naturel absolu avec le¬
quel l'auteur a su rendre le caractère alerte du
soldat, qui ne cesse d'être gai même dans les
circonstances les plus désagréables.
Un bon pied d'eau couvre le sol du camp ;
les tentes et le reste, tout est envahi et la pluie
continue à tomber avec force. Et les braves de
faire « contre mauvaise fortune bon cœur »,
en sauvant et en emportant tout ce qu'ils peu¬
vent, jusqu'au chat qui, en présence du dan¬
ger, se laisse faire, et un serin en cage.
Dans le second tableau Les dernières nouvel¬
les au camp de Chalons, M. Bellangé a groupé,
dans les poses les plus naturelles, un bon nom¬
bre de fantassins, écoutant, avec un intérêt vi-



16 —

sible, celui de leurs camarades qui,debout,fait
pour tous la lecture du « Moniteur. »
Ces toiles, placées sur la cymaise, bien à la
portée des yeux, permettent aux visiteurs
d'examiner tout à leur aise avec quelle con¬
science l'artiste a voulu étudier, et serrer de
près, chaque détail des compositions, et com¬
bien il a tenu à rendre intéressantes les

LES PAYSAGES & LES ANIMAUX.

diver¬

expressions des physionomies.
Aussi, tout en faisant quelques réserves à
propos des tentes du fond, parfois d'un con¬
tour un peu sec et d'une tonalité trop unifor¬
me, nous n'hésitons pas à déclarer que les
peintures de M. Bellangé sont bel et bien de
beaux ouvrages, sérieusement traités.
ses

La brillante école des paysagistes
contempo¬
rains est représentée à notre exposition

ouvrages importants, et

par des.
nombreux, permettant

de ' constater combien a été salutaire

et

bien¬

faisante, pour notre époque, l'influence de ces.
maîtres novateurs du genre, qui
s'appelaient :
Rousseau, Diaz, Dupré, Corot ou Millet.
Grâce à l'enseignement de ces chefs d'école,,
les paysagistes français du XIXe siècle ont le
droit de se glorifier d'avoir trouvé le se::ret de
l'interprétation intime de la nature, en la pré¬
sentant simplement, mais dans toute sa
majes¬
tueuse beauté et avec la
poésie délicate qui
s'en dégage.
Aussi ceux qui suivent d'un œil attentif les
diverses
manifestations artistiques, ont-ils
applaudi sans réserve à la consécration offi¬
cielle de cette branche de l'art; consécralion
qui vient d'avoir lieu au Salon de Paris, ou
pour la première fois la médaille d'honneur a
été décernée cette année à un paysagiste, M..

Français.

3



18



Au Salon périgourdin, le paysagiste qui tient

la première

place, tant par l'importance que
des ouvrages qu'il y a envoyés,
c'est M. Auguin.
On y compte, en effet, sept de ses toiles,
par¬
mi lesquelles se trouvent trois œuvres
capita¬
par la qualité

les : Le Calme, où les eaux horizontales et
pro¬
fondes sont si bien sous un ciel lumineux, ini¬

mitable, véritable image de l'infini ; La Vallée
du Clam, peinture sévère, inspirant
le recueil¬
lement, avec des rochers solidement construits
et des lointains profonds,
fuyants à l'infini ; en¬
fin, Les Aulnes du ruisseau, où les Notes de la
gamme verte, savamment combinées, forment
le concert le plus harmonieux.
La nature est tout aussi bien
poétisée par M.
Auguin dans ses toiles de moindres dimen¬
sions ; il suffit, pour s'en convaincre, de re¬
garder sa Belle journée d'été au bord de la Jalle
de Saint-Médard, où le soleil est comme fixé
sur la colline
que baigne le ruisseau, courant
tranquillement sur son lit de sable ; ou encore
de s'arrêter devant sa chaude Soirée d'automne
et ses frais

Bords de Vlsle.
Grâce à cette précieuse collection, M.

Auguin
permis de goûter, sous les aspects les
plus variés, les productions de son pinceau
magique ; il nous a permis de constater avec
quelle poésie pénétrante il sait interpréter les
spectacles grandioses de la nature, avec quelle
nous a

science il sait en découvrir et étaler les beautés
cachées.
Le maître a
communiqué à ses œuvres, on le
voit,l'émotion délicieuse qu'ila lui-même éprou¬
vée avec ce sentiment de la Beauté
qui est, au
dire de Platon, comme une réminiscence de la

suprême perfection

En examinant attentivement ces
peintures, à
la touche large et aisée, on a bien
vite constaté
combien M. Auguin sait s'élever au-dessus
de
la matière et quel soin il met à

élaguer de ses

les choses inutiles, à ne rien faire sans
; suivant en cela la nature elle-même,
si
admirablement sortie des mains du Créateur
qu'on n'y trouve nulle chose dépourvue d'une
perfection propre, bien suffisante pour intéres¬
œuvres
cause

ser.

Et c'est

avec sa manière bien
personnelle
qu'il sait, par chaque trait et chaque coup de
pinceau, imprimer à ses ouvrages une trace
de son grand talent
; c'est avec cela qu'il mar¬
que ses œuvres de cette grande allure, qui les
fera toujours considérer comme les
productions
d'un homme de la plus haute
valeur, d'un ar¬
tiste qui, profondément ému lui-même devant
le sujet qu'il traduit, ne s'adresse aux sens
que
pour arriver à l'âme.

Autour du maître et formant comme un cor¬

tège varié de talents souples et délicats, nous
trouvons une vaillante
phalange d'élèves, bien

nourris de saines traditions. Voici M.

Sébilleau,
qui, avec un horizon haut placé, a largement
peint une grande étendue de sable Dans la dune
de Soulac ; M. Poi-sant
qui a étudié avec beau¬
coup de finesse les beaux verts qu'il a vus Sous
les marroniers du château Chollet et
qui, de plus,
a rendu avec
une
conscience vraiment digne
d'éloges ce qu'il a trouvé Dans la salle à manger
de mon aïeul ; M. Furt, dont le
pinceau lumi¬

vaillamment fixé sur la toile La Garonne
devant Lormont et une Belle
journée de printemps
au Taillan; M.
Sahuquéqui, sous un ciel origi¬
neux a

nal

au

possible, a franchement reproduit Le

Pin franc à Cénac et peint avec talent le lit em-



pi erré du torrent qui coule au fond de sa Vallée
en Auvergne.
Pour compléter la revue des ouvrages en¬
voyés par les élèves de M.Auguin, il faut encore
placer ici Mlle Marquet, avec sa belle 1Métai¬
rie, où les poules picorent à l'aise dans la cour,
et son Automne, au ciel fin et aux tons si har¬
monieux ; Mlle Gaussens, qui présente très
agréablement le plus joli coin des Bords du Lary ; Mlle Dinguidar,dont la vue prise A Goppian
possède les plus enviables qualités de lumière
vibrante et d'agréable et juste tonalité ; il en
est de même de ses Fleurs des prés, arrangées
avec tant de goût dans un vase clair. Le goût
dans l'arrangement et la solidité de la peintu¬
re sont également choses familières à MlleBaudry qui, sous le titre l'Automne, présente des
fruits véritablement exquis. .M. Gerv.iise, de
son côté, a su prouver, avec ses Bords
de l'Isle
aux Izards, qu'il sait rendre la clarté du ciel et
la parfaite limpidité des eaux et que la gamme
colorée de l'automne n'a pas de secrets pour
lui : enfin, M. Dubost, qui a laissé de si bons
souvenirs à Périgueux, a envoyé des Blés en
Provence largement brossés dans une agréable
gamme et une Vue de Digne des plus intéres¬
santes.

Un autre maître paysagiste,

devant les pro¬
ductions duquel leè visiteurs aiment à s'arrêter,
le trouvons en M. Beauverie. Sa Femme
Puits est véritablement un beau morceau de

nous
au

peinture, où la coloration sobre et distinguée
le dispute à la précision du dessin et à la par¬
faite entente

des

valeurs.

M.

Beauverie

ex¬

pose, en outre, les Monts d'Uzore, charmant
paysage de la Loire vu sous un ciel gris très
fin.

21



Faut-il maintenant voyager au

loin ?• Suivons

nous transportera par delà les
mers, au Canada, où nous verrons son Campe¬
ment de Peaux-Bouges dans les plaines de FarWest : peinture solide où la vas-te plaine, les
tentes et le reste sont parfaitement enveloppés
de la chaude lumière du soir. Il faut aussi exa¬
miner avec intérêt la Bade de la Goulette- du
même artiste.
La Fin d'octobre à Senlis de M. Rigolot pos¬
sède une clarté incroyable et des notes variées
d'une vivacité peu commune. De beaux verts
sous un ciel fin se trouvent encore
dans son
second tableau intitulé Senlis.
M. Roullet qui

I'ijfaut signaler, de M. Audouin, l'intéressant
Paysage a Gradignan et Bordeaux et la Garonne
vus de Lormont ; de M. Jouatte, Une ferme à Veil¬
les, avec un beau coup de soleil entre les mai¬
sonnettes, et le Chemin du Paradis-Pornic ; de
M. Calvé, La Fenaison avec une large facture
et des plans bien observés ; de M. Taupin. le
fidèle Port de La Rochelle et La Corvette d'Estrée ; de M. Carl-Rosa, le paysage savamment
dessiné et peint consciencieusement qu'il a vu
En Sologne, puis le délicieux Coin de la Seine à
ChatoiL
Passons vite devant le Moulin Boiron de M.
Crémieux, de qui nous préférons l'Anse du
Prophète, et arrivons à l'importante toile où M.
Pradelles a peint, avec assurance, Le soir au
Port St-J- an; ici le ciel et l'eau se tiennent
bien et ont une facture large et savante. Les
bords de la Dorclogne et le Clair de lune du mê¬
me artiste sont également fort intéressants.
Bien agréable est aussi le Hameau de M.
Bouché, qui a parfaitement réussi à rendre la

tonalité tranquille du soir. Tout est calme déjà,



les derniers rayons du crépuscule dorent la
ferme située sur la droite, où viendront bientôt
s'abriter les moutons qui, du fond, descendent
la route

poudreuse.

En reproduisant le

Pont des Saint-Pères à
Paris, M. Vauthier s'est servi de la plus fine
coloration qu'il soit possible de voir, et nous
heureux de le trouver à côté d'autres
excellentes choses : Marie et ses poules, que M.
Brielman a placées au bord de l'eau dans un

sommes

pittoresque site ensoleillé et plein de fraîcheur;
A St-Georges, où M. Cabié a peint avec sincé¬
rité un coin de village vibrant de belle lu¬
mière.
Voici

M. F. de Chantérac, un chercheur du
vrai, qui a peint une Lande en Bretagne, avec
vigueur et habileté et le Chemin de Gagnères,
bordés de rochers résistants ; M. Vuagnat dont
les vaches En route pour le marché, peintes et
dessinées en maître, descendent la montagne
précédées d'une robuste paysanne ; M. J. Didier,
qui, lui aussi, aime à peindre les vaches et
sait les placer dans une bonne atmosphère;
tout cela est bien préférable à la Vache au pâ¬
turage de Mlle Poupelet et à la Matinée aux
Brevets de M. Roustel, de qui nous remarquons
les Ormeaux en fleurs. Des vaches il y en a aus¬
si dans la blonde Vallée du Loir à

M. Pouteau,

Lavardin de

qui présente également Un crépus¬

cule d'Automne tout éclatant de rouge.
Sans les verts, par trop uniformes, des pre¬
miers plans, nous aimerions le Chemin de la
Chesnais de M. Laronze ; l'uniformité, mais en
violet cette fois, est aussi fort accusée Dans

les Bruyères de M. Haus,

où se promène une
lourde paysanne. — Avec M. Dosque nous re¬
trouvons de bonnes notes bien posées aussi

23



bien dans le Coin de lande à
Canéjean que dans
le frais Ruisseau sous bois, à Floirac. — Des notes
d'un impressionismc de bon aloi,

mises sur

un

dessin sérieux, émaillent les
ouvrages de M. de
Lalobbe intitulés : Un soir de mars et le Quai de
Croix-de- Vie.
M. Berton a un talent incon¬


testable; ses Chèvres dans la plaine de Livry le
prouvent assez ; nous aimons beaucoup mieux

toile harmonieuse à la seconde du môme
artiste : Belle-Croix, en effet, est un motif
un
cette

peu décousu.

Aussi, nous allons examiner attentivement la

classique recherche des belles lignes qui

ca¬

ractérise la Vallée de VAnio de M. de
Curzon ;
site recueilli, avec un bel effet de lumière
con¬
centré sur la droite, près
deux paysannes de la

de la fontaine, où

campagne romaine vont
puiser de l'eau. — La parfaite ordonnance du
paysage académique peut surtout s'étudier
dans le précieux ouvrage de M. P. Flandrin
; le
dessin en est magistral et les
plans sont agen¬
cés avec une science consommée.
Il esttemps de rechercher un

peu de fraîcheur ;

nulle part nous ne la trouverons
mieuxque dans
le Petit bras de la Seine à
Poissy, où M. Berthelon a étalé toutes les richesses de sa bril¬
lante palette. — Un

ciel gris,

profond, d'une

finesse exquise, se mirant bien dans l'eau de
la Seine à Epinay, c'est celui de M.
Damoye. —
Tout à côté se trouve un autre
bijou : Les der¬
nières feuilles, de M. Iwill. — Tant

que nous

bonnes choses, n'oublions pas
de nous recueillir devant les
ouvrages sérieu¬
sement traités de M. Etienne
Martin; quelle
souplesse de pinceau dans La Casbah d'Alger et
quelle solidité clans le village En Provence, Les

en sommes aux

25

-



n

Coquelicots, du môme artiste, sous leur ciel
mouvementé, sont un vrai régal.
Jolis le sont aussi les Bords de
M. E. Clavel ; mais

la Seine de

Cahutes de Bûcherons
ont les arbres du fond quelque peu monotones.
Bruine d'Avril et la

ses

Jatte à Saint-Médard de M.

Gardère sont d'agréables peintures, bien

éclai¬

rées La bonne lumière se trouve encore dans
Lamoisson de M. Pétillion et dans sa Cour à la

Campagne où il y a beaucoup d'animation ; les
gris des murailles sont trouvés à souhait ainsi
que le ton du ciel.
Mais la série des choses excellentes n'est pas

épuisée ; M. P. Saïn en présente trois qui se
distinguent entre toutes par leurs notes bien
personnelles, et par la touche aisée et savante
avec laquelle ses ouvrages sont exécutés. Les
Environs du guichet sont particulièrement at¬
trayants, avec les chauds rayons de soleil, qui
s'insinuent au fond de l'allée centrale et à tra¬
vers



-

les feuillages des beaux arbres qui la bor¬

dent ; des louanges sans réserve sont encore
dues aux autres deux paysages de M. Saïn : Le
chemin du moulin avec son ciel lumineux et
la délicieuse Jetée de Dieppe.
Les envois de M. Bordes, un Périgourdin,

possèdent les plus enviables qualités d'études
sincères et bien vues ; dans son Effet d'hiver
sous bois, il y a des troncs d'arbres
vigoureux
et »a Tricoteuse est d'un bon naturel. — Parmi les

ternes cependant, se

trouve aussi dans les deux

Vues de Terrasson de M. Linguet. — M. Marot a
trouvé de curieux effets Sur la route et Dans le
chemin.
Dans cette catégorie,

il faut classer les ouvra¬

ges de M. Boulestin, Le chemin creux,
rée d'été, avec son ciel en feu, et Le

La soi¬

ruisseau
sous bois ; ceux de M. Rambour, Les rochers de
Penmarck, le correct Menhir de Camaret et Y Etang
de Théau ; puis les productions de M. Liot, La
Seine à St-Mammès, où les plans sont bien ob¬
servé, set le bon coin vu En Basse Normandie ;
enfin,'le charmant motif, Un jour d'avril, agréa¬
blement peint par Mme de Bouville.

Nous terminerons
pour aujourd'hui, par
quelques bons morceaux que nous trouvons
encore inscrits sur notre carnet, par exemple :
Le chemin creux et les Deux compères de M. V.
Berthéîemy ; Le soleil couchant, peint avec tant
d'assurance, par Mlle Marquette, et son joli
paysage à Arès ; La matinée brumeuse , où le
dessin est si correct, de M. Serrier ; les savants
et bons paysages de M. de La Rocca qui, avec
ses Oliviers d'Ajaccio et son
Coin de village à
Evisa, nous fait connaître les sites intéressants
de la Corse; La Grenouillère à Bougival,si fran¬
chement peinte par M. Paul Méry, de qui il ne
faut pas oublier les vaches qu'il a vues A la
,

barrière.

Puisque les animaux reviennent sous notre
plume, profitons-en pour nous délecter devant
ceux que M. Barillot, un maître du genre,expo¬

il faut classer M. Bover-Guillon ;

Périgourdfns qui savent serrer de près la nature,
les trois étu¬
des qu'il expose : La Dordogne à l'Alba, Au pied
du coteau et Printemps au Pont-Boupt, sont
des paysages minutieusement étudiés et pous¬

Ses vaches surprises par Un grain dans les
dunes du Calvados sont saisies sur le vif et par¬
faites de naturel, elles se meuvent dans un

sés à fond dans leurs moindres détails. — La fi¬

tout aussi

délité de la reproduction, avec des notes un peu

se.

paysage

aéré et fin ; La sieste est une étude
bien observée.

4

des éloges à adresser
haut mérite et un
des fidèles à nos salons. Avec La pêche, il nous
montre un jeune garçon au bord de l'eau, sur
lequel la lumière, qui se tamise à travers les
feuillages, produit les plus piquants effets ; son
étude Au printemps, est dans une gamme grise,
La critique n'a

que

à M. Smith, artiste du plus

d'une délicatesse extrême.
Nous avons réservé jusqu'ici

îa page ma¬
gistrale où M. Nozal a représenté Les ruines du
château Gaillard. Cette toile, qui a figuré à la
dernière exposition universelle, est une des
plus remarquables du Salon périgourdin. Le
maître a largement peint une vaste étendue de
pays où le visiteur, par la pensée, se promène
à l'aise. C'est dire que l'exacte observation des
plans,et des valeurs relatives,y est étudiée avec

perfection rare. Les ruines du château,
nuées de corneilles, oc¬
cupent le centre du tableau ; sur la droite se
trouve le village assis au bord de la rivière ; de
là s'étend, à l'infini, l'hémicycle des rochers
qui surplombent l'eau.
une

d'où s'échappent des

Le tout se trouve sous un ciel lumineuux et

profond et la peinture est exécutée avec une
touche sûre par une main dont la souplesse est
habituée à obéir à l'effort de la pensée.
Comme dans toutes les expositions il y a au
Salon Périgourdin des œuvres qui s'imposent,
par leur caractère sérieux, à l'attention du
public. De ce nombre sont le» tableaux de M.
A. Baudit qui, toujours fidèle à nos fêtes ar¬
tistiques, a su conquérir toutes les sympathies

de nos connaisseurs éclairés.
La variété de ses envois marque que ce maî¬
tre paysagiste,

profond observateur, sait dé¬

couvrir des motifs partout sur son

passage et

combien il sait, par son interprétation savante,
les rendre intéressants.
M. Baudit est bien du nombre de ces âmes
délicates qui placent leurs délices dans la con¬

templation des beautés de la création ;
l'unité dans le

caractère

de

par

il
réussit, comme personne, à toucher les spec¬
tateurs. Il affectionne particulièrement, et il
ses

ouvrages

les sait peindre enmaîtreconsommé,lessévères

effets des belles nuits, que les mystérieux rayons
de la lune inondent d'une lumière argentée et
douce.

Dans

ce

genre

yeux les plus agréables

nous

avons

sous

les

La nuit
sur la côte d'Aber-Vrach,
avec une piquante
réflexion de la lune dans les eaux et Le port de
Bordeaux,

spécimens

où les bateaux

se

:

détachent

en

silhouettes sombres sur le fond de la ville.
Mais le pinceau savant de M. Baudit repro¬
duit avec tout autant de perfection les éclats
de la lumière du jour, comme il est facile de le
constater dans son brillant Avril ait village d'A¬
res ou ses Filets au séchage,
solides peintures
d'une coloration extrêmement juste dans les
teintes rompues,

si fugitives et si difficiles à

imiter.
Dans les peintures de M. Baudit il y a une
variété infinie ; mais une variété qui forme un
tout, comme les mille sons d'un beau concert

qui arrivent ensemble à l'âme et la touchent
par la savante harmonie qui les unit.
C'est en recevant les conseils précieux d'un
maître aussi habile que plusieurs de nos Périgourdins sont parvenus à vaincre les nombreu¬
ses

difficultés de l'art.

net qui,



Voici d'abord M. Dar-

avec un véritable tempérament d'ar¬
tiste sachant éliminer tout détail superflu,
décrit avec concision deux- poétiques coins des



Périguetix : YIsle à Barnabe, avec
limpides sur lesquelles se concentre
le plus éclatant effet de lumière, aussi bien que
Y Isle aux Izards, avec sa douce et fine colora¬
tion, indiquent la recherche de cette louable
simplicité de moyens qui est le trait distinctif
des bons artistes, de ceux qui savent, en résu¬
mant les lignes essentielles, donner du style
aux motifs qu'ils traitent. La recherche de l'u¬
environs de
ses eaux

nité dans l'effet* et celle des sincères colora¬
tions se voit également dans les trois Natures
Mortes enlevées avec une franchise peu com¬
par M. Darnet.
Et puis, M. Gombet, dont l'exposition est des

mune

plus variées et des mieux réussies, avec le blond
paysage La moisson
les délicieuses fleurs
Chrysanthèmes ou Pivoines et églantines, bien
groupées et s'enlevant sur des fonds d'une ex¬
quise finesse. De M. Combet il y a, de plus,
trois délicates aquarelles : Marine, Mésanges
et Fleurs des Champs ; enfin le dessin d'un bel
Etang en Limousin.
,

Les fines colorations et les accents harmo¬
nieux sont aussi particuliers aux peintures de
Mme Brizon, qui, par la variété de ses produc¬
tions, fait preuve d'un talent s'adaptant aux
genres les plus divers. Son Coucher de soleil au
Mouleau est traité avec fermeté, dans une gam¬
me chaude et chatoyante ; En mer,
l'artiste a
bien vu des eaux mouvementées sous un ciel

des plus lumineux, et les Six études de paysa¬
ges, traitées avec soin et préciosité, contiennent

les

plus agréables notes ; enfin, la Petite tête
délicatement enlevée, a conquis tous
les suffrages.
d'étude,

Un artiste véritablement vaillant c'est M. Ma-

roniez ; dès l'aurore il s'installe en plein champ

29 —

et là il guette le moment précis où le soleil va
poindre à l'horizon, pour en fixer sur la toile
les premiers feux qui viennent dorer et la terre,
et la charrue et le bel attelage de chevaux, en
mouvement pour Le labour.
Parmi les vaillants, il faut classer : M. Bopp

majestueux Chêne en Sain—
tonge et son délicat Paysage à Saint-Savin ; M.
Guéry, qui a trouvé le coin le plus frais qu'on
du Pont, avec son

puisse voir près du Moulin d" Orainville-surSuippes ; M. Croegaort qui a détaillé avec com¬
plaisance un Sous-Bois verdoyant ; M. Roux,

dont la bonne lumière dans les arbres produit
bel effet dans sa Forêt de Royan ; Mlle Monta-

lier, qui a peint un site délicieux A Garzinet,
avec des troncs d'arbres d'une vigueur peu
commune, et encore un Sous bois.
N'omettons pas de citer, en passant, le Clair
de lune et les Chevreuils aux écoutes de M. Thiébaud ; la sincère étude de Meule de blé, par M.
Duval-Gozlan ; l'impressionnant Soir à Valvins,
de M. Hutin ; les superbes Natures mortes, de
M. Mussou qui, avec une sûreté de pinceau peu
commune a, en outre, fidèlement reproduit les
Démolitions du vieux châtelet d'Àngoulême ; la
fraîche Matinée de printemps, vue par M. de
Beaumont dans les Pyrénées, avec un premier
plan magistral et un fond de village quelque

d'intérieurs

peu violet; enfin, les brillantes Vues
de villes, présentées par M. Mascart, qui a
été particulièrement heureux en peignant la
Tour d'Issoudun.
11 convient maintenant d'examiner attentive¬
ment les ouvrages sérieux de M. Héron qui

possède à fond le secret de peindre les sousbois. La maison du garde dans les bois dePessac
lui a fourni l'occasion de chanter, dans la note

claire, les plus belles harmonies ; par contre,
les notes sombres de son paysage vu le Soir au

crépuscule inspirent le recueillement.
l'une comme dans

l'autre de

ces

Dans

œuvres

re¬

marquables, M. Héron nous prouve qu'il con¬

à fond la structure des arbres dont il
dessine à merveille les troncs et les brancha¬
naît
ges.

D'autres belles notes ont été données par M.
Noliiem, dans ses Quatre études réunies ensem¬
ble, et par M. Parquet qui présente une belle
personne effeuillant La Marguerite à côté d'un
cavalier qui vient de descendre de sa monture
sur la lisière du parc.—M. Fargis, lui aussi, a

rendu avec précision le Pont cassé de Périgueux
et la Fontaine de Peyte d'Excideuil, et Mme Annaly a peint à la Fin du jour, un ciel en feu
qui incendie les maisons environnantes, de
plus, elle a mis des verts blonds, bien fins, dans
son paysage du Marais de Saint-Palais.
Mais ceux qui aiment du vrai soleil, fixé sur
la toile avec un art parfait, pourront se délec¬
ter devant Y Eté à Corfou de M. d'Alheim qui,
en outre, a envoyé un délicieux Printemps
à

Venise. — La même note lumineuse a été su¬

périeurement traitée par M. Didier-Pouget,
dont le pinceau a su vaincre les plus hautes
difficultés en présentant Le haut de la côte, sur
la route poudreuse de Pau. Il fait véritablement
chaud là-dedans, aussi doit-on savoir gréa M.
Didier-Pouget d'avoir songé lui-même à tem¬
pérer les ardeurs cuisantes de son soleil par l'a¬
gréable sensation que nous procure sa Marine,
où les eaux bien mouvantes sont à point sous
un ciel des plus brillants.
Détournons les regards des peintures
de
Mlles Kermel, pour voir plutôt celles de Mlle

Arosa intitulées

: Colombineetla Varenne
dans
la vallée d'Arqués ; puis, La sieste sur les bords

duGapeaUy agréable production de M. Garaud ;
ou encore, Le
cap Saint-Mathieu, de M. F. de
Rougé, où il y a des rochers bien résistants au
milieu des flots agités de la mer. Le même au¬
teur a

peint, dans un bon sentiment, le vrai
type campagnard de La grand-mère.
Après avoir constaté l'exactitude méticuleuse
avec laquelle M. Riehet a peint le
Moulin à eau,
près Dieppe, il faut voir avec quelle largeur de
touche et avec quelle science des plans M.
Baillet interprète les sites poétiques qu'il a dé¬
couverts sur Les bords du Scorff ou dans
un Coin
d'ombre à Segré-les-Bain. — M. Darien,
un
autre artiste de talent,
expose une Ferme en
Normandie, brossée avec une habileté éton¬
nante ; sous le titre « Solitude » il fait
prome¬
ner une jeune femme dans un ravissant
pays.
M. Bauré a parfaitement bâti son Pont
de
Charenton, puis il donne la mesure de son ta¬
lent de dessinateur en présentant, avec correc¬
tion, les lignes de la Salle Melpomène. — Ap¬
plaudissons maintenant aux louables efforts
d'un jeune périgourdin, M. G. Blois. Avec son
paysage « Vlsle au Saut-du-Chevalier » il don¬
ne la mesure des
grands progrès qu'il a déjà
faits et avec le Jeune paysan ou l'étude des
Fraises il montre quelle ardeur il met à cher¬
cher sa voie.
Voici un morceau achevé : Pâturage Normand

automne, par M. Pezant. 11 y a là des vaches
à l'aise dans le gras
pâturage voisin de la forêt ; animaux et paysa¬
ge sont traités avec sincérité et forment un en¬
semble des mieux réussis.
Tont à côté de ce
bel ouvrage se tient parfaitement le Vallon à
en

d'une belle venue, bien





82



Jaubert, de
se trouve VEffet de

Gaubert fait avec hardiesse par M.

qui, un peu plus loin,
neige à Digne.
Après ces frimas, s'il fallait un peu de soleil,
on le trouverait facilement dans la délicate Ma¬
tinée au Bas-Meudon de M. Delpech ou bien
dans la classique Vallée de la Touque, précieu¬
sement peinte par M. de Fontenay. Mais, peutêtre, vaut-il mieux se tourner vers M. Durst,
un chercheur du
vrai doublé d'un poète et
d'un fin observateur ; ses Dindons dans la prai¬
rie sont un régal pour les yeux. — De belles
et bonnes volailles ont encore été peintes par
M. P.-L. Couturier. La

Poursuite d'une souris,

parles poules de la ferme, a fourni l'occasion à
cet artiste distingué de peindre tout un essaim
de volatiles, dans les poses les plus naturelles
et les mieux observées. Son Coin de basse-cour,
où il y a un coq majestueux, est un morceau
tout aussi bon ; enfin la scène intitulée : Un

piège, a été décrite de la manière la plus heu¬
reuse. C'est une fille de ferme qui,
voulant
prendre un joli coq, a semé près d'elle quel¬
ques grains de blé. Pendant que le coq picore
avee gloutonnerie, elle se baisse et,
dans un
mouvement d'une justesse absolue, elle va s'en
emparer.
11 est temps de regarder l'intéressant envoi
de M. Dorlhiac, Mauvais chemin et Sous les au¬

puis, le sévère paysage vu en Picardie,
Après l'orage, par M. de Foucaucourt et, tout
près de là, l'autre Paysage, si bien conduit par
M. Cabrit.
Un peu au-dessus se trouve VAt¬
telage de vaches en Périgord, aussi bien obser¬
vées, par Mlle Mauraud, que son Vase de roses
à la touche vigoureuse et à l'aspect décoratif.
Dans le voisinage se trouvent quatre impresbiers ;



33



sions lestement enlevées
par M. Mage, de qui
il faut surtout
remarquer la Jeune commu¬
niante.

Après avoir admiré, comme il convient, la
fraîche vue de La Seine à la Frette de M. Petitjean, où au bas de ravissants coteaux se trouve,
bien assis, le plus joli
village qu'il soit possible
d'imaginer, nous passerons aux Deux amis de
M. Ginlrac-Jouasset,
qui ne sont autre chose
qu'un àne des mieux réussis, et de grandeur
nature, sur le dos duquel s'appuie nonchalam¬
ment le jeune écolier à
qui il appartient. Le
même auteur a peint, comme il
fallait, le pont
du Vapeur Gironde-et-Garonne, sur
lequel il a
mis, entrautres personnages, un ecclésiasti¬
que parfaitement campé.
Nous avons réservé, pour terminer ce
chapi¬
tre, les œuvres de deux peintres qui ont con¬
sacré leurs beaux talents a la
reproduction des
plus nobles animaux. M. Grandjean donne,
avec sa Promenade au
bois, des chevaux de
-race, montés par une amazone et

un cavalier
de distinction, le tout précieusement étudié
; il
en est de même de sa
jument de course : Plai¬
santerie. Et M. Binet, de son côté, a conduit
à VAbreuvoir des chevaux
superbement peints
et dessinés en maître. Le
village, qui s'étend
sur la
gauche de la rivière, fait un fond de ta¬
bleau très agréable, le ciel est fin de
ton, et

tout l'ouvrage, où les

été

rigoureusement

ment.

plans et les valeurs ont
observés
plaît infini¬
,



5

LES MARINES.

v

Nous voici devant plusieurs bons
ouvrages,
consciencieux, intéressants, dignes d'étude,
représentant la mer avec ses caprices, sa mo¬
bilité fantasque, ses sourires ou ses fureurs.
Une des œuvres qui, dans ce genre,
frappent
le plus nos visiteurs, c'est la Marée montante à
Larmor de Mme La Villette. Sa peinture
indi¬
que vite une artiste qui a bien vu la mer,
qui l'aime et qui en a étudié les larges ondu¬
lations des lames, leur brisement capricieux et
leur solennel aspect. Dans cette œuvre
capi¬
tale, aussi bien que dans la seconde Marée
montante à Pont-Louis, le mouvement des eaux
est vrai et la couleur, comme
l'exécution, char¬
ment le spectateur. 11
y a bien là le sentiment
de l'immensité que tout le monde
éprouve eri

face de l'Océan.
La même note juste résonne
également sous
le pinceau délicat de M. Ravanne
dans ses

marines, Au

qui

vieux cabestan d Arromanclies et

Avant le départ pour la pèche, a placé, aux
pre¬
miers pians, des gens de mer parfaits de natu-



36



M. Timmermans, lui, a peint le Port de
rel.
Rouen : dans le fond il y a la ville avec ses ma¬


jestueux monuments, et, devant, les eaux du
fleuve sur lesquelles flottent à merveille les
plus beaux navires ; de plus, il a reproduit, en
homme qui s'y connaît, un tragique Coup de
vent, faisant contraste avec le spectacle plus
calme qu'il a vu Un soir à Rotterdam. — Les
te:ntes mystérieuses du soir ont séduit, de son
côté, M. ÎVlenta, en lui fournissant l'occasion de
nous offrir, avec une science consommée,
les
Environs d'Antibes. — À côté de ces

Berthélemy, avec des Bateaux de pêche bien
étudiés ; M. Pasquet qui à Roy an et à ValièreSaïntonge a fait des rochers d'une grande soli¬
dité ; M. Musin, dont Y Accalmie et la Marée
sont

particulièrement remarquées

par les bons connaisseurs ; M. Guérard qui fait
traverser Un passage difficile par une robuste

crevettes, s'aventurant sur les
M. Guédon peignant tour à tour : le Calme du soir au

pêcheuse de

rochers humides du bord de la mer ;
moment où le

soleil rouge va

disparaître de

le Retour du chalutier, lut¬
tant contre la fureur des flots et le Lever de
lune en Bretagne, avec des eaux argentées de la
plus belle venue.
Le sentiment de l'harmonie, avec des notes
suaves, attendries, est le propre de M. Marks ;
ce qui le prouve c'est sa Marée basse à Trouville et le sujet de son Eventail. — La bonne
couleur se trouve encore sur les tableaux de M.
Brun : Ses Parqueurs sur le bassin d-Arcachon
sont vus par un beau soir, sous un ciel en¬
flammé et flottent sur des eaux calmes, profon¬
l'horizon lointain ;

tout très décoratif.

Passons vite devant Venise, de M. Cobianchi,
de qui nous préférons les harmonieux éclats
des Fleurs pour le dîner ; examinons plutôt le
fin ciel du soir, vu par M. Tasset, dans le Port

d'Anvers,

ou,

encore,

les bons Bateaux char¬

bonniers, si bien enveloppés de lumière, par M.
de Portai.

Voici maintenant un dernier Clair de lune,de

morceaux

de choix, se tiennent avec honneur d'autres
artistes d'un talent très apprécié: M. P.-E.

montante

des et bien horizontales ; ses Barques de pêche
à la jetée de Royan sont groupées de la belle
manière et forment, avec le ciel et l'eau, un

Bourgault-Ducoudray, qui serait impres¬

M.

sionnant, sans quelques mollesses de pinceau.

loin, M. Forel a réussi à souhait
représentation des eaux bourbeuses de la

Un peu plus
la

Garonne vues du Quai de la Bourse de Bor¬
deaux, et puis il a groupé, d'une manière judi¬
cieuse, des bateaux variés à Bordeaux-Baca-

tan.
Quelqu'un qui voit bien ce qu'il voit et qui
peint habilement ce qu'il peint, c'est M. Louis
Bandit. Ses tableaux, Dans le port de Bordeaux
et Sur la Garonne, lui ont fourni l'occasion de
nous faire connaître avec quel entrain il
suit
remplir ses ciels de nuages lumineux, se mi¬
rant dans des eaux transparentes et mobiles,
sur lesquelles flottent admirablement
de bons
et beaux navires.

La rade de Bordeaux a, en outre, tenté le sa¬
vant

pinceau de M. A. Flameng. Sa toile pré¬
plus agréable unité ; les lignes en sont

sente la

fermés et la coloration fine,
rente. Le ciel
en

claire et transpa¬

profond, d'un gris léger, et bien

harmonie avec le fleuve et les embarcations

qui, de l'avant, s'étendent vers la gauche à
bord de quai. Tout cela est calme, avec des



38



effets tranquilles. — Ce n'est pas commela Marine
de M. de Villars, où la lame est agitée et où le
vent

s'engouffre si bien dans les voiles du

LES SUJETS DE GENRE.

na¬

vire.
Parmi nos marines les plus justement appré¬
ciées, ilfautenfin classer f'Epave de M. Le Séné¬
chal de Kerdréoret. En effet, c'est ici l'œuvre
d'un maître du genre, connaissant la mer et
sachant la reproduire dans toute sa majes¬
tueuse beauté. Voyez avec quel art il a saisi le
contour indéfinissable de la vague xnugissante,
frangée de blanche écume, qui vient déferler

la plage, aux pieds des deux marins qui
retirent l'épave ? L'aspect de tout le tableau est
d'une vérité saisissante et révèle chez l'auteur
sur

une

grande souplesse de pinceau.

VI
S'il fallait faire un choix parmi les

de cette catégorie, exposés à

tableaux

Périgueux, Le jour

des pauvres de M. D. Laugée serait évidemment
classé au premier rang. Quelques déshérités
de ce monde viennent à l'entrée d'une maison
charitable chercher ie pain qu'on a coutume
de leur distribuer. Cette scène, d'une
simpli¬
cité biblique, a fourni l'occasion à M.
Laugée
de peindre une page savante et d'un
grand
style. Le groupement des personnages, les pau¬
vres comme la femme
qui les attend, marque
une bonne entente de l'ordonnance
; les diver¬
ses attitudes sont naturelles et les
physiono¬

mies, expressives au possible,
à fond. Dans tout le

ont été étudiées
sujet il y a une homogé¬
néité parfaite : des étoffes d'une exécution
large et souple, des carnations fermes sur un
bon dessin et des

effets de

lumière

ménagés

discernement. De beaux thèmes ainsi trai¬
tés occupent sainement
l'esprit et c'est en cela,
surtout, que l'art, remplit son rôle, qui est de
avec

faire le bien.
Le tableau de M. Salzedo : La justice de
paix
est aussi une œuvre devant
laquelle le public
aime à s'arrêter. Cela tient surtout aux ex¬
pressions naturelles des divers personnages de



40



étudiées avec une rare
perfection. M. Salzedo, avec le talent précis
qui le caractérise, a bien donné la physiono¬
mie de ces audiences populaires où, malgré la
gravité du magistrat, un brin de gaité n'est
point exclu.
En quittant le grave appareil de la justice,
allons respirer à la campagne. M. Charpentier
nous convie aux environs de Beauvais
où se
trouve un excellent Berger gardant ses mou¬
tons : sujet champêtre présenté, avec talent,
par un artiste observateur qui a su imprimer
aux bêtes et à leur gardien l'allure simple qui
leur convient. Le môme auteur, avec sa tou¬
che précise, a tout aussi bien peint sa fidèle
Nature morte et sa délicate aquarelle Dans les

la scène que l'auteur a

champs.
M. Royer, un autre chercheur du vrai, a ex¬
posé trois ouvrages ; Màndoliniste, XVIIIe siè¬
cle et Pavots ; M. Brest, un Marchand de pastè¬
ques

à Constaniinople et une Rue à Eyoub,

où, sous le soleil d'Orient, il a plaqué de belles
notes vives ; M. Chateignon, La sieste et des
Faucheurs pleins de naturel ; M. Jobert, un
autre
orientaliste
une Femme à Biskra ,
dont la crâne silhouette est bien en valeur sur
un rutilant ciel du soir ; M. Laroche, une
Pê¬
cheuse de moules parfaite, assise dans la pose
,

la plus naturelle.
lon un Mendiant
du genre ; M.

M. Delhumeau a mis au sa¬

Vendéen qui est le vrai type

Lefebvre-Lourdet, une Liseuse

bien sans quelques
les mains ; Mme F.
Fleury, la belle lête d'étude « Giroflée » et la
délicieuse figure : Le modèle, où se distinguent
les plus enviables qualités de dessin et de fi¬

attentive, qui serait très
duretés de pinceau dans

nes

colorations.

41

-

-

/c-aij'.tD, pai ivi.

uoistei, ou n y a un mouvement

d'enfer, et Première visite ; Jeune fille égyp¬
tienne et Paysan fellah qui sont deux bonnes
impressions d'orient, par M. de Vergèses ; Con¬
valescence et Ça ne mord pas,
avec de belles li¬
gnes, par M. A. Serres ; A l'atelier, attrayant
morceau de M.Mousset.
M. Capya vraiment du mérite; il dessine
parfaitement et il sait composer et peindre avec
hardiesse. Le roman de Zola « VŒuvre » lui a
fourni l'occasion de
représenter Claude et
Christine, dans un intérieur de chambrette par¬
,

faitement rendu.

M. Coëylas a vu Sur Veau, et dans une bar¬
que, une jeune femme à demi-couchée qui,
n'ayant rien de mieux à faire, suit attentive¬
ment du regard les évolutions de
quelques
oies.
Des oies, et des plus belles, M. Delachaux en a placé sur ses Bords du
Loing ; le
même artiste, avec sa touche libre et distin¬
guée, a peint une Rêveuse et dessiné un réjouis¬


sant sujet où il y a une
jeune femme assise sur

le bord de l'eau, qui, entendant du
bruit, se
demande : Qui est-ce qui vient ?■
Un artiste de talent, cherchant la note
juste,
et la trouvant à souhait, c'est M.
Aridas. Son

jeune écolier En vacance est assis, de la façon
la plus naturelle, sous de frais
ombrages; le
soleil, s'insinuant à travers le feuillage, vient en
éclairer vivement certaines
parties ; ces piquan¬
tes notes, bien observées, contrastent de
la
belle façon avec les parties
qui sont dans la
pénombre. Tout cela est une brillante étude de
plein air, mais de ce plein air sérieux qui a du
fond et de la recherche,
qui est également éloi¬
gné du vulgaire et du banal, et qui ne se con6



42



tente pas

de battre la grosse caisse pour attirer
les badauds. Ces qualités précieuses
s'applint aussi bien aux autres
productions de M. Ari-

das, telles que : la Rue des Boucheries à Limoges,
La dormeuse, ou la savante
reproduction de
Y Intérieur de la cathédrale de
Limoges. — Tant
que nous tenons la note brillante, il ne faut pas
omettre de savourer Fart
parfait avec lequel

M. Bâton a réussi à fixer lé soleil sur

Ramasseuse de varech, ou à
envelopper de bonne lumière
sa

YHôte de forêt, qu'il a appuyé contre
un arbre.
Le pays des fruits d'or est aussi le
pays du


soleil; c'est là que M. Landelle a peint, comme
il le sait si bien, une gracieuse
figure qui, des¬
sinée avec science et bien en
valeur, a été par
tous justement appréciée.
—Appréciée,et c'est
justice, l'a été tout autant la souriante, affrio¬
lante et même pimpante Remouleuse de M.
Achille Fould.
Examinons maintenant l'allure libre et dis¬

tinguée qui caractérise les réjouissantes pein¬
tures de M. Ancillotti : La
pêche et Solitude. La
gaîté, par exemple, n'est pas l'affaire du la¬
quais de M. Anthonissen, qui, brisant tout par
sa maladresse
insigne, réfléchit sur ce juste
adage : Qui casse paye.
Citons, en passant — car le temps presse —
À Vétude, joli intérieur, de M. Axe
; Le cimetiè¬
re de
Saint-Troyan, avec des gris bien fins, de
Mile Baraban ; Jean
Valjean chez les religieuses,

type expressif, au milieu de beaux arbres de
jardin, de M. Caucaunier ; la remarquable Sé¬
rénade à Vérone, si brillamment
peinte par M.
de Coubertiri, qui a donné aussi Les
curieuses,
où il y a du talent, du sentiment et des
beaux
effets de lumière ; la Vieille
femme de M. Crochepierre, où il y a une grande finesse de tons

-

43

-

et une intensité d'expression

incroyable ; Le
londrès, qu'après son repas savoure un bon
vieux rentier, étendu, plutôt qu'assis, sur un
large divan, de M. Dansaert ; Soledad, aux rou¬
ges vêtements, de M. Faivre ; les Bûcherons,
parfaits de naturel, de M. Granchi Taylor ;
La visite d'un vieil ami et le
Shériff Ben-Bou-

chiha, intéressants sujets arabes, d'une saveur
de M. Huysmans ; Ophélie, a la
blonde chevelure, bien drapée
dans sa robe
bleu céleste, de Mlle Landré
; La dame à la
mantille, de M. Le Carpentier ; la profonde Rê¬
verie, de Mlle Maurice ; Le mauvais ménage,
avec des figures
expressives et bien groupées,
de M. Monfallet ; Le pêcheur à
Vépervier, à l'as¬
pect décoratif, de M. Penon.
Il faut ajouter à cela d'autres choses excel¬
lentes : de M. Moyse, Un
philosophe, à la mine
grave, assis et majestueusement drapé ; de M.
Picou, une Marguerite à sa fenêtre, dans une
pose extatique et avec un piquant effet ; de
Mme Pillini, Jeunes Bretonnes et des
Fiancés,
largement brossés dans une bonne atmosphère ;
de M. Pomey, A la ferme, où il a vu la cuisine
la mieux tenue de la contrée, tant il
y règne
une
propreté méticuleuse ; de M. Richomme,
le beau type de Romaine, avec les enfants ex¬
pressifs qu'il a vus A la Fontaine ; de M. E.
Sain, la naïve Jeannette, à l'air doux et au re¬
gard si expressif, et puis la Vendangeuse de
Capri, notée avec tant de précision de M. de
Schryver, La jeune artiste, d'une distinction
parfaite et précieusement traitée ; de M. Wertheimer, une Promenade agréable et bien vue,
et de M. Westfelt, du
plein air vivifiant, Le ma¬
tout orientale,

,

tin et Au printemps.
M. Parrot expose une

Baigneuse, qui est une



étude,

vue en

plein air, parfaitement exécu¬

tée. La dégradation des plans y est bien com¬
prise ; la figure est assise près de Peau et elle
se trouve dans une
atmosphère chaude où l'air
circule librement. Cela est peint avec une

loyale originalité, avec une touche libre, et une
pâte ferme et transparente à la fois. La servante
renvoyée, du même auteur, tristement assise
au bord d'un chemin, est
expressive au possi¬
ble, plongée qu'elle est dans ses réflexions sur
leb vicissitudes humaines.
Une autre jolie chose, bien gracieuse et
pleine
de finesses exquises, c'est la charmante enfant,

profondément absorbée à contempler Les images,
peinte par Mlle Koch.— D'un autre côté, M. Longhetti a étudié, avec son Alpigianina, le pitto¬
resque costume des femmes de l'une

des

lées aboutissant au Mont-Rose. Il

a

val¬

là des
draperies rendues avec une rare perfection, un
dessin serré de
près et un relief puissant.
Une composition agencée avec
beaucoup d'a¬
dresse, c'est l'intérieur villageois, si détaillé et
si précis, où M. Renault a placé une intéres¬
sante scène qu'il intitule La
prière de Venfant.
Avec M. Brispot, nous trouvons L'abbé Constan¬
tin, saluant, dans le parc aux beaux ombrages,
y

les deux personnes de haute distinction venues
le visiter. Tout est peint avec ce sentiment de
la vraie coloration du dehors qui
distingue les
artistes observateurs.

Voici, enfin, M. Brouillet nous ouvrant toutes
grandes les portes d'un Intérieur d'atelier meu¬
blé avec un luxe de bon a loi qui fait honneur
au peintre
maître du lieu. Ce dernier est, du
reste, là, assis devant son chevalet et prêt à
peindre la jeune personne qu'il observe.
C'est bien ici l'ouvrage d'un homme de mé¬

45

-

rite qui sait peindre et dessiner, qui
avec

compose

goût, qui a une couleur plaisante et le sen¬

timent de la distinction.

LES NATURES MORTES
ET LES FLEURS.

VII

Il faut maintenant
parler d'une catégorie de
sujets intéressants bien observés et parfois
composés très spirituellement.
Un des natures mortes
qui ont le plus captivé
l'attention du public, c'est assurémentLe
jambon
de M. Fouace. Sur une table il a
posé un appétis¬
sant jambon fumé et à
côté, faisant contraste avec
,

les tons rosés et chauds de la
chair, une bou¬
teille verdàtre, devant
laquelle se trouve une
timbale en argent ciselé. Le motif est
simple,
mais cela est peint avec une assurance
peu
commune et

une

entente

de l'effet.

parfaite de l'unité

M. Bergeret nous offre une autre
toile supé¬
rieurement traitée : son Gibier
suspendu est
d'une peinture grasse, sobre et harmonieuse
au

possible. — Bon l'est

aussi

Le melon ju-

-

48


-

M. E. Claude, qui a fait vibrer, en
même temps, les plus délicats accords avec sa
Bourriche de marguerites.
Mais les bons fruits et les fleurs agréables
sont disséminés un peu partout dans les salles.
Citons une Gerbe de lilas de Mlle Molliet, avec
des notes bien fines ; une précieuse Nature
morte deM. Moormans et celle, non moins bien
étudiée, de Mlle G. Moyse; les Chrysanthèmes de
M. G. Olivier et son étude, si serrée, de Pivoines ;
le décoratif Coin de jardin de M. Poirier; la
Bourriche de fleurs, aux tons éclatants, de Mlle
G. Rozier ; les ravissantes Violettes et aubépine
de Mlle Teissier, avec les accents les plus sa¬
teux de

voureux ;

les Jonquilles et pervenches, si adroi¬

tement groupées par Mlle Sylvestre.

Rappelons spécialement les merveilleuses
Chrysanthèmes de M. Thomas, d'une riche cou¬
leur et d'une interprétation spirituelle ; les
Huîtres et poissons de M. Troupeau et surtout
ses Giroflées, si solidement peintes; les Fruits,
excellents et bien présentés, par M. Marius ; les
Fleurs d'avril et les Roses de M. Furcy de La-

vault, groupées avec un art consommé et trai¬
tées en véritable maître ; et puis les Pivoines et
les Roses de Mlle de Lajallet, possédant une in¬
tensité de coloration peu ordinaire.
Il faut encore mentionner rapidement les
Champignons, bien nature, de Mlle Chavannaz ;
les Fleurs finement notées par M. Auché et celles
non moins fines de Mlle Beke ; les
éclatants
Camélias et mimosas de M. Bidau ; les suaves

giroflées de M. Biva, dont le pin¬
ceau a fait, avec tout autant de facilité, des
Pommes ou des Fleurs de printemps.
Par exemple des Fleurs de printemps traitées
largement et d'une façon absolument supé¬
Violettes et

49

-

rieure, ce sont les pensées dans un vase de M.
Bourgogne.
Mlle P. Caspers mérite aussi des
éloges pour
la précision de ses Roses de Nice et Mlle Breton
en mérite pour la
sincérité avec laquelle elle a
rendu un Gigot et quelques gousses d'ail.
Des fleurs, et des plus belles, ont été vues
près
d'une balustrade, à côté d'une ombrelle ou¬
verte et renversée,
par M. Constantin. Cela,
c'était pendant Le printemps ; à l'automne, le

même^artiste
a consciencieusement représenté
une Corbeille de
fruits ne laissant rien à dé¬

sirer.
Du reste, les fruits exquis ne
manquent pas.
M. J. Delanoy nous a vériblement
régalé avec
ses Reine-C laudes qu'e n vient de
cueillir, et

possédant encore le fin duvet qui les recouvrait,
et

puis avec son beau Melon

et

ses

luisantes

Aubergines.
Après les fruits, voici M. H. de Nervaux qui,
avec son Dessert, vient
compléter la série des

bonnes

choses. Le même artiste expose le
Portrait de M. X..., étude modelée soigneuse¬

ment ;
un

mais, qu'elle drôle d'idée d'avoir choisi

modèle aussi original ?

M. F. Carmes a placé des Roses et
jasmins sur
l'angle d'une cheminée et, avec cela, il a fait un
tableau de fleurs de la plus belle venue, où il
a mis des
gris très fins entre les notes gaies des

fleurs odoriférantes.

Puisque nous alternons, plaçons ici les bons

biscuizs de Mlle M. Coignet ; avec un maître
comme le sien, — M. Fouace,
n'est pas
— il
étonnant de si bien produire. — Au bord du

ruisseau, Mlle de Comblât a vu d'agréables fleurs
et, un peu plus loin, elle a peint, très bien, des
Fleurs des champs.

7



50



Citons enfin ce que M. Delmon intitule Na¬
ture morte et qui représente des bonnes pom¬
mes

luisantes, devant un cruchon en terre ; les

LES AQUARELLES

panneaux où M. Dumont a peint, très agréable¬
ment, une Bécassine et une Grive ; de M. Eis-

sautier, Un coin à la cuisine

où il y a des cui¬
vrai Paquet
d'oignons de M. Fournier ; la Mandoline et géra¬
nium, étude sincère, de Mlle Ferra ri o ; les
Huitres et vin blanc de M. Fouché, avec du
vrai citron sur le devant ; l'étude, bien venue,
d'Asperges de Mlle L. Gibert ; les Pavots et pi¬
voines, à la large facture, de Mlle Grandvoinnet : les Lilas blancs, si
lestement enlevés par
Mlle A. Maumont et les Giroflées, bien vues,par
vres

,

brillants et quelques œufs ; le

Mlle J. Maumont. Ces deux dernières artistes ont.
en outre,
exposé des Porcelaines, précieuse¬
ment finies, avec des

figures dessinées à point

et délicatement coloriées.

Il reste à voir : Brioches et marrons,

tentant

sujet de Mme Lemercier de Neuville ; le bel
arrangement de Crhysanthèmes de Mlle S. Oli¬
vier ; la fraîcheur du Bouquet de pensées de
Mlle L. Imbert ; les rubis contenus dans le Pa¬
nier de groseilles de Mlle A. Henriquet ; le Gi¬
bier, si bien arrangé sur une table, par Mme
Hewitt et ses Pivoines aux tons délicieux ;

en¬

vin

Il est temps d'arriver à la
septième salle de
l'exposition où se trouvent réunies tant de bel¬

les aquarelles, plusieurs
pastels délicats et bon
nombre d'autres agréables choses.
Voici une brillante harmonie de tons écla¬
tants, franchement posés sur un dessin
parfait :
c'est l'aquarelle que M. de
Fabry a faite devant
La villa Sagan à Cannes. — Plus
loin, s'enlevant sur des ciels d'une finesse et
d'une pro¬
fondeur incroyables, il y a trois marines de M.
Th. Caillaud : Le Transport
VAriège en rade de
Dakar, d'une exécution précise et flottant bien
sur

l'eau; Un Transport de Cochinchine, exécuté

fin, des Boses peintes, avec une science des va¬
leurs et une facilité incroyables, par Mlle M.
Jacquelin, et des Glaïeuls ou des Giroflées, bros¬

avec une

sés hardiment, par Mme J.

venues et

Villebesseyx.

ravissante gamme claire et Un Hotau
Chinois, original au possible.
M. Vianelli expose des

aquarelles des mieux
rappelant à merveille deux sites de

la brillante Venise

: Canale delV erbe et
Porta
del paradiso. — Parmi les excellentes choses il
faut aussi classer : Les bords de la Bléone de
M.
P. Martin et sa vue de Saint-Paul de
Durance

la

;

caractéristique Tête de femme de Mlle M.
Guyon ; Bredouille, d'une si agréable venue,



52

de M. Girardet et, enfin,



-

les aquarelles minu¬
de Mlle

tieusement étudiées, trop peut-être,
J. Guyon : Arabe et Femme juive.

Il convient encore de mentionner spéciale¬
Soir en automne de M. Hildebrand ; les très décoratives Chysanthèmes de
M. G.-E. Labrousse et l'harmonique Jour de fête
de Mme J.-M. Labrousse ; le délicat Sous-bois
et les frais Bords de l'Isle de M. Laparre ;
les
charmants sujets de M. J.-B. Lassaigne ; La
bonne histoire, bien rendue, de Mlle Lévy ; la
Rue Mirebeau à Bourges, si fidèlement donnée,
ment le vibrant

Mlle Le Sage et Les bords d'un étang
Dordogne,largement lavés par M. Mariol,qui,
plus loin,expose une seconde aquarellede qua¬
lité : La Dordogne près de Castelnaud.
M. G.-L. Méry, c'est à la gouache qu'il a peint

exercée, sachant vaincre de grandes difficultés.
bien observées distinguent les
ouvrages de Mlle J. Delay : Fantaisie et Choses
et autres ; ceux de Mlle H. Delay, Casque et
fleurs, puis, Santé ! ne sont pas moins at¬
trayants. — Avec Mlle M.Dulout, nous trouvons
d'autres excellentes choses
à l'aquarelle —
des Langoustes et des Fruits. — Mlle G. Le Sueur


fort bien réussi une Femme au chapeau, en
miniature.
M. E.
Fontan, un bordelais, aborde des
aquarelles d'une dimension peu commune :

a

il

en

comme

bonne vue de Meaux et Mlle Robert, dans
le même genre, a su arranger avec goût une
Danse autour d'un Faune, et puis des Fleurs
des champs. — Revenant à l'aquarelle, nous en
trouvons d'intéressants
spécimens dans Le

ruisseau, Les bords de la Dordogne et la Grande
Marée de Mlle E. Pradelles ; à côté, M. Richom-

présente, avec une grande finesse de vision,
Jeune fille jouant avec un chat.
Les fleurs peintes avec délicatesse ne fati¬
guent jamais, aussi faut-il regarder avec com¬
plaisance la Corbeille de primevères et les Pensées
etinimosas de Mlle M. Strady ; la solide Bourri¬
che de pensées de M. Vauzanges qui, en outre,
a peint quelques fruits devant servir à Unrepas
frugal. — Le goût dans l'arrangement et une
me

une

certaine suavité de coloration se trouvent en core dans les Chrysanthèmes de
Mlle Bérardier ;

les Coupes de la même artiste sont éga¬

lement

bien réussies

et

dénotent

une

main



Des notations

par

une

53

les

sait

laver

avec

une

grande dextérité,

le prouvent et la Place Mercaiiou à StMacaire et la Rue Marmory à La Réole. — L'^lsrivée du courrier a servi de prétexte à Mlle M.

Gadou-Boyer pour peindre une ravissante et
expressive jeune fille décachetant une lettre ;
très jolies le sont aussi ses autres productions :
Mon commissionnaire"etReûx Fusains.



Mme

Gadou-Boyer, elle, semble se complaire dans
les sujets sérieux ; elle y réussit, du reste, fort
bien, ses Canons d'autel et sa Duchesse de Lamballe, en miniature, sont là pour le prouver.
N'oublions pas les Vues de l'ancien Périgueux,
si fidèlement reconstituées par M. Dejean ; ni
le très intéressant Album dans lequel M. Daniel
a dessiné et peint une riche collection
de mo¬
tifs divers, bien pratiques et destinés à servir
de modèles pour la décoration céramique.
Nous ne pouvons mieux terminer l'examen
des aquarelles qu'en citant La Marne à Champigny par M. Ernest d'Hervilly.
Le poète, si apprécié par les délicats, s'est
épris de son sujet : Il a d'abord ébauché au
pinceau les rivages du fleuve, puis il y a mis
les dernières notes et il a achevé l'image en



54



raccompagnant de ces beaux vers inédits
«

C'est la Marne d'hiver et ses rives désertes....

Le limon a rendu fauves ses lourdes eaux

Que, l'été, font si vertes

LES PASTELS, LES DESSINS

Ses aulnes et ses longs roseaux ;
Mais les maigres rameaux sont veufs de leur verdur
Et les roseaux pourris flottent à l'aventure, ><

ET LA

CÉRAMIQUE.

(Ernest d'HERViLLY.)

IX

Les pastels ne sont pas en grand nombre, en
revanche presque tous ceux que possède le

Salon périgourdin sont d'une très belle venue.
Voici, d'abord, une ravissante femme endor¬
mie, modelée avec une grande finesse de tou¬
che et d'une carnation fine et transparente ;
les pavots semés sur sa couche moelleuse et le
fond sombre, discrètement étoile, désignent
clairement que M. Reyzner, l'auteur de ce

bel

ouvrage, a voulu représenter La nuit. Le même
artiste expose, plus loin, un autre piquant su¬
jet, trop ou pas assez vêtu, intitulé : VAurore.
M. Aviat, de qui nous avons déjà examiné
les portraits à l'huile, présente également, au

pastel, le doux et harmonique Portrait de Mlle
Jeanne M.

Voici, sur le même panneau, des composi¬
tions, agréables au possible, signées par M. G.
Saint-Lanne : Au bal masqué et Au concert Tu¬
nisien.La. première représente une femme tra¬
vestie à la mode du Directoire; la seconde,une

superbe Africaine. Les poses de toutes deux ont



de l'ampleur et de

56



-

l'aplomb, les têtes en sont
de Mme L. Logha-

dès, une parfaite tête de femme, vue de profil,
exprimant bien la Rêverie dans laquelle elle
est plongée ; de Mlle M. Mathieu, une mali¬
cieuse Soubrette ; de M. U. de Vieil—Gastel, le
Portrait de Mlle F... et le Portrait de Mlle

profond; de M. H. Trouville,

des

G.., ouvrages qui dénotent chez leur auteur
une recherche voulue
et parfaitement trou¬
vée— des fortes oppositions.
Dans le pastel il reste encore à voir une belle


Marine et un délicieux Printemps à G arches,
tout fleuri et bien à point, de M. Nozal ; une
Marée basse et des Rochers, hardiment enlevés
sur un
ciel bleu, par M. Pescador-Saldafia ;
enfin la Vue sur la Seine pendant l'Exposition
de 1889, notée largement avec toute la franchise
et la virtuosité qui distinguent les ouvrages du
maître M. A. Roll.
Parmi les dessins, il faut d'abord
distinguer
les deux qu'expose M. L. Drouyn, un vétéran
de l'art qui sait manier la plume avec une dex¬
térité surprenante ;

sa

Vue de Beynac et ses
sont parfaites

Ruines du château de Clialusset
d'exécution et resteront

comme

deux

docu¬

ments des plus précieux.

—Puis il y a les puis¬
santes gravures à l'ean-forte de M.
Chaigneau :
Lever cle lune et les Moutons au repos, et les
fines compositions de M. G. Mariaud : Bergère
du Périgord et les Autruches dans le désert.
En face, le précieux et puissant fusain de
M. E.-P. Boetzel, représentant le Portrait de
Victor-Hugo, exécuté d'après nature quelques
mois avant la mort du grand poète.
Dans les fusains il y a, du reste, plusieurs

spécimens très remarquables,

par

exemple

-

de M. J.-B.-L. Simon, La Hoûve, vue de Lor¬
raine, exécutée avec une science des valeurs
peu commune et les Bords de la Semoy, en
Belgique, où il y a un ciel fin et infiniment

expressives avec du caractère.
Il faut enfin mentionner :

57

:

un

charmant

coin de la forêt de Fontainebleau, A Belle-croix
et une autre belle Rivière de Fleur y ; de M. Dubost, YIscle des abbés, site étudié avec soin dans
les environs de Digne et des Bords de rivière
avec des eaux profondes comme sait les
faire
cet aimable artiste ; de M. G. Cholet, un fin
Soleil couchant ; de M, Delambre, la Mare en

forêt, dessin rehaussé de crayons de couleurs
d'un effet puissant et original ; de M. Martin du
Puytison, deux sujets de genre, saisis sur le
vif, l'un A bord d'un bâteau-mouche à Lyon, et
l'autre A Royan.

N'oublions pas le charmant Portrait d'enfant,
mélange de crayon et de sanguine, où se dé¬
cèle bien vite la griffe d'un maître : M. Bonnat.
A gauche est placée la bonne sanguine de M.
Pasquet réprésentant le Portrait de Mlle L. ;
un peu plus haut, les mines de
plomb de M.
Margarita, rappelant les plus pittoresques Si¬
tes de la Dordogne.

Citons, enfin, Souvenir d'un volontaire, dessin
à la plume de M. Miot ; un fidèle Coin de la
vieille forge, de M. J. des Moutis, et ses Souve¬
nirs d'Arcachon ; puis, examinons avec toute
l'attention

possible le Projet de la fontaine comprésenté avec
un art parfait par M. A. Lambert qui, avec son
savant dessin, a permis aux bons connaisseurs
d'apprécier, avant l'heure, ce que sera le mo¬

mémorative des eaux du Toulon,

nument

exécuté.

Au-dessous, M. Cros Puymartin, un autre ar¬
chitecte, expose une Croisée de classe, une



58



Stalle d'écurie

la Restauration d'une maison
pour école à Simeyrols ; tout cela marque
le

pratique avec lequel procède M. Gros
Puymartin dans l'exécution des travaux qui lui
sens

sont confiés.

Il reste à parler delà
céramique ; mais avant
d'en décrire les
spécimens intéressants, nous
tenons à féliciter les deux
photographes qui ont
envoyé quelques-uns des meilleurs échantil¬
lons de leurs travaux. D'un côté
nous voyons,
de M. Dorsène, une riche
collection de Por¬
traits, dans laquelle il y a des types populaires
de Pôrigueux et
quelques charges des mieux
réussies, puis, des Vues du Périgord; de l'autre
on trouve,
de M. Schettino, des Fleurs bien
groupées et éclairées judicieusement, des Vues
Gharentaises et de bons Portraitsy dont

quelques-

grandeur nature, par exemple, 1 e Père Ro¬
bert avec sa blouse
légendaire, son large cha¬
peau, son fin regard et sa physionomie épanouie.
Dans la céramique, il faut voir la finesse
du
rendu des peintures de Mlle M.
Jaussein : le
Nid, Mignon, Jamais bredouille et Amours de
Boucher; puis les délicatés productions de Mlle
Moisset qui a peint, sur
porcelaine, un ravissant
uns

Bouquet de roses, une Jeune fille d'après Chaplin

et une belle Tête et
fontaine. —M. Nava a réuni
dans un cadre quatre intéressants
sujets, très
décoratifs : deux Têtes
d'enfants et fleurettes,
le Portrait de Mme X... et une Tête de
avec

femme

bouquet ; Mlle Layotte a reproduit, agréa¬

blement, le Portrait cle Rembrand sur faïence, et
modelé, comme il convient, le Portrait de M.
L. R. sur porcelaine. —M. Pineau
met, sur'
faïence, des tons de camaïeu bleu de la plus
belle venue, ainsi que le
témoignent sa Minerve
et son

59



et

Adoration des Mages.

Un spécialiste du plus haut mérite nous le
qui expose six ravis¬
sants sujets peints sur porcelaine. En
effet,
ses Jeunes filles sont traitées avec une
science
de coloris remarquable, elles ont des physio¬
nomies douces et agréables qui produisent la
meilleure impression.
Il faut enfin louer sans réticences les émaux
de M. L. Coblenlz : Joseph et Putiphar et Castrouvons en M. Poitevin,

sandre au siège de Troie. Mme Patasson cultive
avec un égal succès ce genre difficile,
ingrat et
qui demande tant de soins ; elle a réuni ensem¬
ble quatre plaques d'émaux, genre Limoges,

représentant : les Anges de la chapelle Sixtine,
Une sainte d'après Raphaël, Le 4e commandement
et Sancta Maria Virgo.

LA SCULPTURE.

x

La difficulté de

transporter les ouvrages de
plastique
fait que toutes les Exposi¬
tions de province en contiennent fort peu
d'exemplaires. Mais, si de ce côté le Salon périgourdin a forcément suivi la loi commune, il a,
par contre, réuni quelques œuvres d'un très
grand mérite.
Signalons, d'abord, le groupe en marbre
Fart

,

l'un des maîtres éminents de la brillante
Ecole française. Deux bons amis, tel est le su¬
de

I r
*

r

fil
Il

jet que M. J. Gautherin a envoyé à Périgueux.
C'est une charmante enfant assise, les jambes
à demi croisées, et tenant, entre ses bras gra¬
cieusement arrondis, la tête d'un petit agneau,
qui s'approche sans crainte. Dans ce bel
ouvrage, on sent le statuaire à l'éducation forte,
épris de son thème gracieux ; le modelé est ab¬
solument remarquable et rend dans tout son
éclat l'épanouissement des

statuette

argenté représentant La

moisson

en

bronze

'

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la forme d'une robuste

paysanne qui, la
faucille à la main, emporte sous son bras une
sous

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formes enfantines.

M. Gautherin a donné également une



62




gerbe de blé. La justesse des
mouvements de
la
figure, sa démarche,son regard plein de vie,
sont autant de
qualités qui impriment à ce
bronze, d'une vigueur peu
commune, un grand
caractère.
Un autre morceau de

le

groupe que M. E.

superbe sculpture,c'est
Prévôt

a

course

intitulé : La

interrompue. Ce sont deux figures nues
de grandeur naturelle
; l'une, blessée par une
épine est couchée sur le dos et lève son
pied
compagnon, debout, examine avec at¬

que son

tention. Les lignes générales
sont bien coordon¬
nées et l'ensemble du
groupe
leure impression ; l'étude desproduit la meil¬
muscles y est
poussée à fond et les attaches sont
fines et
d'une parfaite exécution.
Le
même artiste
expose,dans une seconde sali e,
L'improvisateur
gracieuse statuette représentant
un jeune ita¬
lien qui, une mandoline à la
est là, assis,
main,
débitant ses chansonnettes.
Tout à côté, il y a
quelques bustes remar¬
quables ; d'abord, une jeune femtne
arrangée avec goût par M. Labarre, Coquette,
qui pré¬
sente
également une ravissante Danseuse mau¬
;
resque puis, de M. Achard, une tête
sive, gaie, enivrante, laissant voir deexpres¬
belles
dents, comme il convient à une franche Rieuse
;
enfin, de Mlle de Montégut,
Françouneto, char¬
mant buste, modelé
avec soin et extrêmement
expressif, interprétant à souhait- la
peinture
laissée par Jasmin, dans ces
vers méridio¬
>

naux :

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»
»
»

Françouneto a dus els bious coumo

Semblo que l'on prendro las rozos àduslugrets;

Sus sas gaoutos

Sous piels soun

manados

rapoùtinados

bruns, rebillounats ;

»
»

63



Sa bouco semblo une cirèjo,
Sas dents encrumiyon la néjo ;

»

Jasmin.
M. M. de Roffignac, avec sentaient si
appré¬
cié par les connaisseurs, expose deux bronzes :

Un groupe de chiens Bassets,

observés en véri¬

table artiste et admirablement rendus dans des
poses d'un naturel absolu ; un Chien des Pyré¬
nées, finement fouillé, couché par terre et se

grattant une oreille avec sa patte relevée.

Voici d'autres bronzes très remarquables :
de M. Rivet, une Médaille, destinée aux Socié¬
tés de gymnastique,

où l'artiste a vaincu, dans
l'interprétation du sujet de circonstance, de

grandes difficultés ; de M. Bottée, deux médail¬
les modelées avec une délicatesse
exquise re¬
présentant une tète de République et uneRépu¬
blique et génie. —Voici, enfin, une Tête d'ânier
de la rue du Caire, bien nature, de M. G. Lagrange ; deux jolies statuettes en plâtre, Colombine et Polichinelle, de M. Loiseau-Rousseau ; le ressemblant Buste de Fauteur
de M.
Auché et une drôle de femme, bien
fatiguée,
Après la danse, de M. Bonis-Charancle.
Constatons, en passant, l'ingéniosité avec la¬
quelle M. F. Lachaud a combiné le fer, le bois
et le bronze pour en former un monument


sui generis—représentant
VAllégorie triomphale
de VAssaut ; puis, après avoir regardé le Vase

décoratif en pierre de Périgueux, si patiemment
fouillé par M. Loumiet, arrêtons nous,
pour
bien finir, devant un délicat spécimen d'archi¬
tecture

byzantine,ornée avec un goût et un dis¬
parfaits, vrai meuble-bijou, modes¬
tement intitulé Horloge
et qui fait le plus grand
honneur à notre artiste Périgourdin M. Grasset.
cernement

64





Nous venons de terminer l'examen des
vres

d'art

exposées

au

œu¬

Salon périgourdin de

1890.
Cette collection, la plus
importante, — en
œuvres d'art
contemporaines, — que Périgueux
ait

jamais vue dans ses murs, laissera, évi¬
demment, une trace dans les esprits éclairés.
Les visiteurs, nous avons pu le
constater, ont
été nombreux et le public s'en est vivement in¬
téressé : cela est d'un bon augure et le but de
l'Exposition aura été entièrement rempli, si on
est parvenu à raviver
quelque peu,et à généra¬
liser ce sens artistique qui est le signe distinc-

tif de toute civilisation.
En terminant, il convient

de

remercier la

Municipalité de Périgueux qui, par son patro¬
nage,et par les moyens financiers qu'elle a mis
à sa dispositions permis à
la Société des Beaux
Arts delà Dordogne de déployer tout son zèle à
l'organisation de cette belle fête artistique.
Il ne reste plus
qu'un vœu à formuler :

celui de voir nos édiles continuer leur bien¬
veillant appui à la Société des Beaux-Arts, afin
de lui permettre d'avoir, pour ses

Expositions
futures, un local convenable, dans lequel se¬
ront organisés, nous n'en doutons
pas, des
Salons toujours plus brillants, toujours
plus
intéressants, toujours plus complets, qui se¬
ront comme un foyer
artistique éclairant les
intelligences et les préparant à la saine cul¬
ture des belles choses.

Bathylle.

Périgueux, Imp. de ln Dordogne.
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DUPONT et C«.

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