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Médias

Fait partie de Les Folies Bergeracoises

extracted text
Ie Année

Prix: 10 oentîmes

LA NOUVELLE

ANNÉE

Numéros

ZGMMàTKK
114 heures en chemin de fer pour arriver au point de

départ, Roger Spadridi.



Folies-Bergeracoises,

Roger Spadridi. — Réveillon, Laurent Goutan.

Chronique fantaisiste, Truffaldin. — Le Bonhom¬
Jour de l'An, Mathieu Sans-Souci. — Théâtre.

me

reusement. Ce que je voulais vous dire est simple,

tout

mais difficile. Un obstacle

peut me donner une
jeter dans un embarras insur¬
montable. D'ailleurs, il est utile que je me fasse
bien comprendre pour ne pas me faire haïr ou

insensé ses propres réflexions.

railler.

souffrir, la femme ne
avoir cet autre attribut : consoler.

allure bête et

114 Heures en (tin le îer
pour

arriver

AU POINT DE DÉPART
HISTOIRE

ÉCRITE si TOUTE VAPEUR

(Suite)
IV

M.

dTIarbonville, Edouard pour les dames,

résolut de déclarer carrément à Mme de Korgaliskoff qu'il était follement amoureux d'elle.

Et, si elle se met encore à rire.
Grave, il chercha la solution.




Je lui répondrai qu'elle est une sotte I

Oh ! oh I
Les occasions

lui

manquaient pas. 11 ne
recula pas devant la première. 11 s'assit près d'elle
ne

et aborda franchement :

la première fois, je
l'ignore. Comment j'en ai pris l'habitude, je ne le
comprends que vaguement. Mais ce qui est bien
sûr, c'est que, si d'une parc le, d'un signe ou d'un
regard, vous me faisiez comprendre que je ne
puis plus reparaître, je sens bien que cela me bri¬
pour

serait.

Aussi je veux

tout vous dire. Eh bien ! voyez: je souffre ! — Je souffre
comme un personnage romanesque, et je sais bieq
que les plus forts de ces personnages sont ridicu¬
lisés. Mais de même que ce ne sont pas eux qui se
font ainsi, ce n'est pas moi qui fais ma douleur.
Etant dedans, je ne la surmonte pas, et si je
l'avais créée je pourrais la défaire. Mais non ; ce
n'est pas ma faute, voyez-vous ; il faut s'en pren¬
dre à un autre qu'à moi. A qui ?... à vous ! à vous
par qui je souffre et par qui je voudrais souffrir...
Je ne sais si vous me comprenez, si mon langage
est intelligible et sensé. Dire à quelqu'un qu'on
aime, c'est grave et obscur. On ne le dirait pas,
si on ne croyait être compris ; mais pour com¬
prendre cette chose là, il faut la sentir, et en être
frappé, non à l'esprit, mais au cœur ; donc pour
comprendre le cri de celui qui vous aime, il faut
vous,

le fait est ceci

Madame, lui dit-il, je ne sais pas si je suis
importun. Ce qu'il y a de certain, c'est que je

l'aimer.

souffre

comprendre, et je parle au hasard comme un
fou, comme un sot ; et voilà l'amoureux qui de¬





Et si vous ne m'aimez pas, vous ne pouvez pas
me

M. de Korgaliskoff déboucha par une porte.

Tiens, dTIarbonville! vous voilà ! bonjour,

vient ridicule...

cher ami. Tâchez de ne pas vous ennuyer.
La conversation

s'engagea entre le mari et
l'amoureuse. On parla du percement du canal de
Panama. Le Moscovite s'échauffait.
*
H

Quelqu'un entra. C'était un ancien avocat à la
Cour d'appel, M. Barlieu. Korgaliskoff était à son
affaire. M. Barlieu discourait indistinctement et
sans

préférence : politique, religion, littérature,

art, théâtres, sciences, amour, philosophie, esprit,

histoire, sucres, cordonnerie, boucherie, saisons,
soleil, pluie, fourrages, farines, navires, commis¬
sion, exportation, etc., etc.
Korgaliskoff répétait souvent qu'il aimait la
conversation de cet homme savant et que lui,
Korgaliskoff étant homme de progrès, voulant
s'occuper de tout ce qui touche à la société « et
aux lois
mystérieuses qui président à sa vie »
c'était une expression de l'avocat.
A Barlieu, toute discussion était indifférente.
En tout, il allait au fond des choses, conscien¬
cieusement, longuement, savamment même. Bien
ne lui
plaisait, tout l'intéressait. II faisait entrer
la philosophie dans une question de civilisation,
donc d'instruction, donc de lumières, donc
Mais

qu'y a-t-il donc I
t'égares !



Eh ! fauteur I tu

»

*

Edouard

Pourtant, ce qui fait qu'on dit de ces choses là
A^ors on devient victime,

*

rapprocha de la comtesse. 11 se
rassit à côté d'elle. Les deux pérorcurs s'accrochant l'un à l'autre dans une chambre à côté; la
comtesse avait les yeux baissés et se tenait dans
l'attitude d'une personne qui écoutera
jusqu'au
bout. (1)
Madame, dit-il, j'ai été interrompu malheu¬
se



(1) Le morceau qui suit est vigoureusement re¬

commandé à tout laborieux élève de rhétorique.

le

geôlier? C'est le destin, je f ad mets. Mais si
geôlier ne veut pas que je sorte, ma prison
voudra-t-elle me garder ? Ne m'écrasera-t-elle
pas? N'entendrai-je point ses quatre murs me
railler en me jetant à la tête leurs éclats de rire?
mon

Ou bien me condamneront-ils à
nel?... Quand je

leur parlerai

un

ne

silence éter¬

seront-ils pas

sourds ?

paroles de cet

Une femme

n'est donc pas comme un

ce

est de

pourrait donc

Je ne sais pas, moi, mais il me semble que
Dieu aurait dû faire les choses comme cela.




Celui-ci

tombe, celui-là le relève.



Un

être a soif, un autre ie désaltère. — Un misérable

meurt, une bonne âme le sauve. — Un homme

se

souffre, eh bien ! je n'en demande pas tant que
tout à l'heure ; je ne dis plus : Consolez ma souf¬
france ; je n'implore que ceci : Comprenez-la.
La comtesse, sans relever la tête, interrogea :
Pourquoi donc pas : partagez-là ?
■—

Edouard répartit :
Parce que c'est trop exiger. Cola, c'est forcer
à l'amour. C'est dire à quelqu'un : « j'ai une dou¬


leur, vous que j'aime, prenez un peu de cette
douleur ; mais prenez garde ! Cette douleur vous
l'aimerez vous-même, et en elle vous m'aimerez I »
C'est dire à autrui :
si autrui

«

Je t'aime, aime-moi ! » Et

veut

pas? Si ce que vous sentez, il
réprouve pas, que va-t-il advenir de cet hom¬
me ? Cet exigeant ìetombe du haut de sa
préten¬
tion orgueilleuse. II redevient ce qu'il doit être :
victime
oui, victime. N'est-ce pas là son
ne

ne





sort forcé ?

C'est

juste, dit simplement la comtesse,
mais, reprenez la première hypothèse 1
Elle releva la tête, ses yeux s'éclairèrent et elle
continua, quand dTIarbonville allait poursuivre :
Si, à cette interrogation : Yeux-lu m'aimer?
la femme répond : Je le veux bien I
Elle s'arrêta. Lui, effrayé de ce silence, bal¬




butia :


puisqu'on cesse d'être

libre. — Où donc est la prison ? elle est dans ce

aux

homme pour cela ? Tandis que l'atlribul de l'hom-

c'est qu'on y est porté fatalement, inévitablement.

mot vague qu'on dit être l'amour ; — où donc est

H



me

dans votre maison

écoutant, mêlant

Le malheureux découragé lui demanda :

me

Or, madame, voici : Comment je suis entré

Annonces.



en

Est-ce vrai ?

La comtesse demeurait muette.

Je me sens troublé et je ne

comprends plus
de machinal, d'instinctif
et de tout puissant me mène. Quoi ? si un homme


bien. (4) Quelque chose
disait à une femme

:

Youlez-vous m'aimer, et si

elle répondait :

Je veux bien ! Mais cela ce n'est
plus la prison, c'est la liberté, la liberté à deux ;
ce sont les romans, la poésie brève ! Ce sont les
grands bois avec les taillis sombres derrière le
ruisseau d'argent ! C'est le ciel sur un edin de la
terre ! C'est Dieu dans deux âmes ! C'est le sourire

à l'état

De temps en temps, Edouard s'arrêtait,

fixant
ses yeux sur la comtesse immobile. Comme elle
restait muette, il continuait comme un fou.
Mais alors

ce

sera

une

torture ;

ma

douleur

étant sans fin, mes larmes ne tariront jamais, et
mes sanglots ne m'étuufferont
pas. Je serai con¬
damné à ce supplice : me sécher sur le brasier de
amour et ne me consumer jamais. Tout à
l'heure, je voyais une prison, à présent je vois un

mon

incarné, et incarné deux fois, dans une
qualité qui fait unité I C'est l'entrelacement mys¬
térieux, mélodie charmante I C'est une note de la
grande harmonie qui est le concert, l'agencement,
le grand orchestre de la création 1 C'est l'immensité, l'éternité et la sérénité se confondant dans
ces deux petites choses : deux âmes 1 Ce sont deux
êtres qui chantent et vivent ensemble, en se répé¬
tant toujours le même mot, car ils ressentent
toujours la même impression

bûcher au milieu. Si Dieu voulait que ce ne fût

qu'une hallucination, un rêve... Mais non ! C'est
la vérité, la réalité, la vie. Oh ! je
m'y trompe
donc encore ? Toutes les fois que l'on souffre, on
devrait être bien sûr si l'on est éveillé. Cependant,
du moins, hors du sommeil, on a cette ressource :

lutter.

Ils se rapprochèrent ;

et lui, s'animant davan¬

tage :






Ce que c'est encore, c'est vous et moi !

Oui, dit-elle.
C'est vous, me

permettant de prendre un

peu de votre amour.
Mon amour ? Qui croyez-vous que j'aime ?
■—

Noyez-vous, madame, cette ressource est une
grande ironie. Lutter contre qui ? Contre vous ! et
vous, vous ne faites pas attention à moi. Ce n'est
pas s'attaquer à un adversaire qui me déteste ;
c'est s'en prendre à une force qui ne me voit pas,
qui ne me compte pas et qui aurait encore beau¬
coup de chemin à Caire pour mépriser.
Elle ne

répondait pas, l'œil fixe, elle pensait





à

Eh 1 votre mari.

Allons I vous n'y pensez pas. Si vous croyiez

que vous dites là, vous ne seriez pas venu
dire que vous m'aimez. Pourquoi? parce que
vous n'êtes pas un sot, si amoureux
que vous
ce

me

soyez. Et voilà pourquoi je vous aime.

(1) Le morceau qui suit est fort à la mode du
jour. II peut être facilement mis en musique.



Vous m'aimez?...

de mon côté, j'ai écrit

Mon

Dieu, oui. Ecoutez, Edouard, que je
ou mal, je ne le considère
pas. Je vous
assure que je vous aime bien. J'en suis sûre moi
même, et comme cela me suffit, cela doit vous


fasse bien

Nous sommes à la fin de mai, je vais

suffire

partir avec mon mari pour notre saison d'été.
C'est la première fois qu'elle me semblera ennu¬
yeuse, croyez-le. Revenez me voir ici, le 3 ou le
k août, quand le comte sera parti. C'est à vous de
guetter son départ. Ne reparaissez pas avant...
Dites au revoir à Korgaliskoff et prétextez un
voyage oublié, une affaire, n'importe quoi. Chat !
Adieu.
Edouard

disparut, non sans voler je ne sais
quoi sur les lèvres de Bluette. Sorti, il aspira l'air
à pleins poumons, heureux et fier, se sentant
plein de vie.
La comtesse alla cacher

son

émotion dans son

appartement, où elle pleura un peu, ce qui la fera
rire beaucoup,... plus tard.

(A suivre).
Roger SPADRIDI.

|oìics Sexgeraeoises
C'est par une disette universelle que s'annonce
la faim du monde.
*
*

Le

O

marchand qui vend à l'ceil, finit
toujours

par perdre ses clients de vue.
*

*

Je

*

comprends que l'on fasse son nez quant on

le casse.

se

*
d

*

Depuis quelque temps l'idée lui est venue de

faire de la voltige. Et elle s'exerce dans son
Elle est suivie dans ses promenades

parc.

par un jeune

domestique encore peu dégrossi. Un de ces ma¬
tins, les voilà partis en compagnie, et, quand on
est arrivé sur une vaste pelouse où l'on
peut tom¬
ber, sans se faire trop de mal, commencent des
exercices.
D'un

cheval

bond, Mlle de Z... saute pardessus son
avec

reusement,
un

une

sa

jupe s'accroche un peu à la selle,

dû le lui permettre, et découvre tout ce

que d'or¬

dinaire on tient soigneusement caché.
Mlle de Z... sans s'émouvoir ;

Ah ! mais non par exemple ! je

n'y renonce
répondit Henriette, ce serait vraiment trop
ridicule, de se coucher tranquillement comme
deux vieux bourgeois, pendant que les autres ri¬
raient et feraient sauter le champagne I pendant
que dans les plus paisibles familles on mange au
moins les immortelles saucisses, eu racontant quel¬
que contefantastique, autour de la traditionnelle


pas,

bûche de Noël !
Le découragement que tu croyais lire sur mon

visage, mon cher André, provenait de l'attention
que je portais à la composition d'un petit plan,
que tu approuveras, j'en suis sûre.
Tu n'as pas été sans remarquer la cour assidue
que me fait le petit vicomte Gaëtan de la Bourseronde; comme le bambin m'amusait, je n'ai pas
cru devoir le décourager, et aujourd'hui je
m'applaudis de cette heureuse inspiration. A l'occasion
de la messe de minuit, ses parents lui lâchent la
bride et lui donnent campo jusqu'à trois heures
du matin. Pour bien mettre à profit ses quelques
instants de liberté, il me supplie de lui accorder
un rendez-vous pour celte nuit. Mes
préoccupa¬
tions m'ont empêché de lui répondre, mais je
suis encore à temps, et, s'il faut te l'avouer, c'est
à lui que je me propose de faire jouer le rôle du
bienfaisant petit Jésus. Si tu veux que mon plan
réussisse laisse-moi agir seule et promets moi
tructions.
ses,

tiant :

Oui, mademoiselle, j'ai vu votre... agilité,
mais chez nous, on n'appelle pas ça comme ça !


Roger Spadridi.

RÉVEILLON
U est donc bien

décidé, ma chère Henriette,
que la ladrerie de nos fournisseurs va nous empê¬

Par un bon réveillon la nuit de la Noël.

Mais aussi,

quelle idée de placer la Noël un
vingt-cinq ? à la veille d'une fin de mois. Ah !
vraiment l'Eglise n'en fait jamais d'autres ! Tu me
dis avoir frappé vainement à toutes les portes ;

ins¬

Du reste, elles ne seront ni nombreu¬

ni difficiles, je te recommandes seulement

minuit, pour me laisser le
temps d'achever tous les préparatifs. A ce mo¬
ment, tu entreras dans notre appartement en fai¬
sant le plus de bruit possible ; c'est de ton entrée
que dépendra la réussite de mes combinaisons.
Je crois avoir compris, o divine Henriette,
Ton talent me confond, il me met à l'envers,
Et, pour que devant toi je paraisse moins bète,

Je le célèbre en vers.

Ce disant, André, pour montrer sa respectueuse
obéissance, saisit son chapeau et sortit. Restée
seule, Henriette s'approcha de son écritoire et li¬
bella le billet suivant :
«

Cher Gaëtan,

Mon

tyran s'absente ce soir,
nuit dehors, si vous voulez p-ofìter

il passera la
son éloi¬
gnement je vous attendrai ce soir à onze heures.
J'ai refusé, dans ce bot, d'assister à un grand
réveillon que quelques-uns de mes amis donnent
ce soirJ'ai pensé qu'il serait
beaucoup plus agréa¬
ble de souper tranquillement en tête-à-tête avec
vous. Je ne puis accepter le dîner que vous m'offrez
au café Anglais, je courrai risque d'y renconter M.
André, mais vous pourrez, si vous voulez, envoyer
les provisions chez moi,ce sera
beaucoup plus sûr
pour tous deux.
«

«

de

Enfin

il arriva

ce

moment attendu avec tant

d'impatience. Gaëtan de la Bourseronde se pré¬
senta en tremblant devant la maison qui abritait

l'objet de son amour, et c'est le cœur tout serré
par cette douce émotion qu'éprouvent toujours les
amoureux au moment où pour la première fois on
consent à couronner leurs feux, qu'il frappa à la
porte d'Henriette. Celle-ci vint ouvrir elle-même.
Elle sembla

prendre en pitié le trouble de son
jeune soupirant et fit tout son possible pour lui
donner un peu d'assurance. Ils s'installèrent en¬
semble devant une table copieusement servie et
commencèrent à souper en devisant de choses
banales telles que la rigueur de la saison, le peu
d'agréments qu'offre Paris pendant l'hiver, bref,
de sujets tous autres que ceux pour lesquels le
jeune Gaëtan paraissait avoir demandé un rendezvous.

Tout à coup, il demeura la

bouche ouverte, ses
joues changèrent de couleur, et il montra tous les
signes de la plus franche terreur.


Entendez-vous, dit-il à Henriette, entendez-

vous ces

pasdans l'escalier ! Je crois reconnaître la

démarche de M. André. Mon Dieu 1 si c'était lui il
me

tuerait 1

Henriette se crut

obligée de montrer elle aussi
grande frayeur, et dit :
Vous ne vous trompez pas, c'est bien André
qui monte... avant longtemps il sera là... où
vous cacher? Mais j'y pense, j'ai là un placard
vide, entrez-y vite, je vous délivrerai quand il sera
parti.
Aussitôt fait que dit, le brave Gaëtan est enfer¬
mé dans son placard, et Henriette va ouvrir à
André, qui commence déjà à manifester son im¬
patience.
Dès qu'il fut entré et qu'il eut vu les apprêts
une



du festin, il s'écria :
Je constate

Mademoiselle,
qu'on ne s'ennuie pas trop en mon absence ! Par
la sambleu ! il faut me dire quel est celui qui
partageait avec vous ce repas !
Oh ! mon ami, répondit Henriette, comment
peux-tu porter sur moi d'aussi injustes accusa¬
tions ! Ne sais-tu pas que c'est aujourd'hui la
Noël I J'ai supplié le petit Jésus de me procurer
le pain dont tu me laisses manquer, et, comme


avec

plaisir,



tu le vois, il a bien voulu m'exaucer.

Puisqu'il en est ainsi, répondit André, j'au¬
rais tort de refuser ce qui nous vient du ciel, et


pour montrer que tu n'es pas moins charita¬
ble que lui, tu me permettras bien j'espère d'en

prendre ma part.
Vous dire quelle mine faisait pendant ce collo¬
que, Gaëtan de la Bourseronde, serait chose su¬
perflue. Qu'il vous suffise de savoir qu'André ne
l'inquiéta pas davantage, et le laissa rentrer paisi¬
blement chez lui, où sa vénérable mère lui fit
cette morale qui sera aussi celle de ce conte :
Quand le petit Jésus vient délivrer la terre,
Un enfant doit rester près du sein de sa mère.

Laurent Goutan.

CHRONIQUE FANTAISISTE

Votre bien dévouée,
«

cher encore de
Fêter, selon l'usage antique et solennel,

mes

de t'absenter jusqu'à

Eh bien ! Jean, avez-vous vu mon

agilité?
Le domestique, rouge comme un
coq et balbu¬

à

notre réveillon.

adresse merveilleuse ; malheu¬

peu plus même que les convenances n'auraient



seurs, nous allons nous voir forcés de renoncer

seulemeut d'exécuter à la lettre toutes

Mlle de Z... est une de nos premières amazo¬
nes.

à mes parents de devancer
tant soit peu Renvoi mensuel ; mais il n'y a un
Dieu que pour les imbéciles. Ma cervelle est à sec
aussi bien que ma bourse, je lui ai déjà emprunté
tant d'ingénieuses combinaisons qu'elle aussi re¬
fuse impitoyablement de me venir en aide. Si de
ta part, comme ton visage paraît l'indiquer, tu as
perdu tout espoir de fléchir ces maudits fournis¬

HENRIETTE. ,

LB

NQNîZT- àN

La joie du petit vicomte fut à son comble quand
il reçut ce billet,

il s'empressa de courir chez le
lui commanda un festin digne
de Balthazar, et fit porter le tout chez son aima¬
meilleur traiteur,

ble amie.

Je ne sais si vous êtes comme moi, chères lec¬
trices, mais depuis quelques jours tout marche à
souhait dans mon modeste ménage. Mon chocolat
n'est plus rimé ; le matin, ma bonne pousse même
la complaisance jusqu'à me le porter au lit — ce

dont je ne me plains pas — car

elle est jolie,'ma

bonne! Eh ! dam, vous savez, quand on est molle¬
ment étendu et qu'on a près de soi une jolie bonne

qui vous porte votre chocolat bien chaud et bien
bon, ce n'est pas désagréable. Maig, laissons-là ma
bonne et son chocolat pour revenir à mon bon¬
heur, je dis bien mon bonheur, car vraiment je
n'ai plus à me plaindre de rien. Mes souliers sont
luisants, ils n'accusent pas la moindre tâche de
boue, on dirait, ma foi, qu'ils sont toujours neufs.
Mes habits sont propres comme s'ils sortaient de
la main du tailleur ; ma concierge m'ouvre la porte
à n'importe quelle heure de la nuit et, cela, sans le
moindre grognement — fi! la vilaine expression,
direz-vous ! — Oh ! comme l'on voit bien que vous
n'avez jamais entendu une concierge furieuse, sans
cela vous trouveriez mon

expression absolument

polie.
Ma cousine — car j'en ai une ne vous déplaise —

ange ; je dois vous avouer que c'est ce qui
m'étonne le plus. Enfin, en un mot, je suis le mor¬

un

tel le plus heureux de la terre, et moi-même, l'hom-

le plus indécrottable

qu'on puisse trouver, je
que je deviens très aimable, ah ! mais là, très
aimable. Mais, pourquoi diable ce changement dans
mon existence, pourquoi ? — Eh ! parbleu, c'est
que nous sommes au premier de l'an, c'est que ma
bonne, ma concierge et ma cousine attendent les
étrenues. Vous avez cru peut-être, ô charmantes
lectrices, que c'était pour m'ètre agréable que tout
ce qui m'entoure était devenu charmant. Eh ! bien,
vous vous êtes étrangement trompées, c'est tout
simplement pour que l'étrenne soit plus forte, pour
que ma bourse se délie plus largement. Et, une
fois le jour de l'an passé, tout redeviendra mauvais
chez moi. Mon chocolat sera rimé, et on attendra
que je descende pour me le donner ; mes souliers
seront à peine cirés, mes habits jamais brossés,
ma concierge ne m'ouvrira qu'en
grognant, et ma
cousine redeviendra ce qu'elle est, c'est-à-dire,
méchante et maussade, et cela depuis le 2 janvier
jusqu'au 25 dôcémbre.
Heureusement, chères lectrices, que vous êtes
toujours là, que vous me lisez attentivement, ce
qui, pour moi, est un grand plaisir. Aussi je ne

me

sens

veux

pas laisser commencer cette nouvelle année
dire tout ce que je souhaite pour votre

sans vous

bonheur. Aux jeunes filles un bon mariage pendant
Tannée 1887 ; aux femmes mariées un excellent
divorce ; et, en terminant, je vous offre mon coeur ;

n'ayez pas peur, il est assez gros pour que je
puisse vous en donner à chacune un petit morceau.
1886 n'est plus, vive 1887 '

Pourtant, bien que possesseur d'une éphémère
royauté, j'éveille l'attention de tous : chéri des
uns, honni des autres. C'est moi que les grandes
personnes accusent d'amener les visiteurs impor¬
tuns, les formules bêtes et mensongères ; mais je
suis aussi pour les enfants des bonheurs ingénus.
Et c'est encore moi, ô vierge, bientôt jeune fem¬
me, qui t'avances d'un pas vers la félicité désirée !
Pour l'avare je suis le jour maudit et insuppor¬
table ; ce dont je souris, car j'entends à ses côtés
un facteur qui
m'appelle « Excellence ! » et un
concierge « Majesté ! »
Pour vous, lectrices mes amies, je veux seule¬
ment être un vieillard et un juge... Vieillard, vous
pouvez m'accorder aujourd'hui, sans que vos mè¬
res y trouvent à redire, bon nombre de tendres
caresses. Juge, je vais rappeler la conduite de
deux d'entre vous pendant Tannée finie, je vais
donner à toutes

THÉâTRE DE BERGERAC
Samedi 8 janvier

UNE SEULE REPRÉSENTATION DE

M. OUVRARD
l'Etoile des Concerts de Paris
avec le

MLLE

rnudon, baryton de l'Opéra- Comique ;
M.Lacan. trial du Grand-Théâtre de

des conseils pour celle qui com¬

as

Bordeaux ; M. Pastor, pianiste.

A PRÉS LE BAL
Vaudeville en 1 acte de Delacour et Siraudin

trouver le vrai bonheur

su

dans ton amour pur, constant, immense.
Ciel est pour toi :

-Aussi le
et depuis l'heureux jour où tu

distribution :

Caudebec, M. LACAN ; Henriette, Mlle SALUSTE

laissas le bien-aimé ravir les fleurs de ton corsa¬
ge, que d'instants bénis ne lui devez-vous pas !
Continuez ainsi, vous qui aimez sincèrement,

INTERMÈDES



et puissent

les vœux du papa Jour de l'An, vous
combler à jamais des plus douces prospérités !
Vous aussi, Mariette,

Ausquichoury.

pas pu apprendre son

3. Ouvrard dans ses créations.

n'avez pas

voulu me le dire, mais
Dois-je vous rappeler la
fameuse escapade de l'automne dernier? Je pas¬
sais lentement, moi, pauvre vieux, et je vous ai
vus vous promener tous les deux seuls, dans la
campagne. Vous, mademoiselle, vous étiez au bras
de monsieur et je vous entendais dire, lui, pen¬

nom

M. Guiraudon.
Mlle

Lucie de Lamermoor,

de

2. Air

vous avez un amoureux :

je vous en félicite. Je n'ai
et vous

1. Air de Saint-Sébastien,

4. Air du Bal masqué, M.

votre choix vous honore.

Guiraudon.

5. Air du Barbier de Séville, Mlle Ausqui¬

choury.
6. Ouvrard dans ses créations.

soirée

la

chant amoureusement sa tête vers la vôtre : « Oh !
mon ami, combien je t'aime !
Combien il m'est
agréable d'admirer la nature avec toi ! Dis, qu'elle
est belle ainsi mourante, et qu'il est doux de s'ai¬
mer encore, malgré l'envolementdes beaux
jours.
Je ne sais pourquoi j'éprouve une chère langueur
à voir ainsi rouler les feuilles mortes, je ne sais
pas pourquoi j'éprouve un tel désir de m'étendre
une fois de plus sur
leurs chauds amoncelle¬

se terminera par

LES NOCES DE JEANNETTE
Opéra-Comique de Michel Carré et Jules Barbier
Musique de Victor Massé.

distribution

:

Jean, M. Guiraudon ; Jeannette, Mlle Ausquichoury ;

Thomas, M. Lacan;

ments ! »

etit-Renó, Mlle Saluste.

Vous parliez ainsi, Mariette. Et moi, le bonhom¬
Jour de l'An, qui ne pouvais suspendre un
instant mon voyage, j'ai souri, belle fille, en voyant

me

Trufaldin.

AUSQUICHOURY

Mlle Saluste» du Vaudeville;M. Gui-

Approche, toi d'abord, avec tes dix-huit ans,
petite Rosine, que je préfère à toutes tes compagnesjà cause de ta fidélité pour Marcel : c'est toi
que je veux leur proposer comme exemple. Char¬
tu

concours de

Chanteuse légère des Concerts de Bordeaux

mence.

mante enfant !

1887

Bureaux

:

7 h. 3/4. — Rideau

:

8 h. 1/2

l'amant chéri
vous

vous prendre dans ses. bras
pour
asseoir sous un chêne à moitié dépouillé, et

PRIX DES PLACES :

je me suis éloigné au bruit de vos baisers.

Jtim AeàmZ
lep

"^sìîes„

JANVIER 1887

Fauteuils, 3 fr.; Galerie, 2 fr.; Parterre
et pourtour, 1 fr.

Bergeracoises qui me lisez, je pourrais dire à
beaucoup d'entre vous qui elles aiment et comment
elles comprennent Tamour. C'est assez que le

Le bureau de location est ouvert à partir du jeudi

vieux bonhomme Jour de l'An ait montré à Rosine

6 courant, de 2 h. à

4 h. du soir.

qu'il connaît son bonheur, à Mariette qu'il a bonne
mémoire.

JOUR DE L'AN

Depuis ma naissance, voyez-vous, j'ai beaucoup
voyagé et je sais bien des choses. Mais je ne puis
parler comme je le fais aujourd'hui qu'une fois
Tan et voilà pourquoi je ne raconte pas tout. C'est
le Temps qui me manque ; c'est lui qui me pousse
vers

Pour

aujourd'hui,

charmantes lectrices, moi
tout jeune, moi votre ami,
je m'appelle le papa
Jour de l'An.
Sur mon dos, le froid manteau


des Hivers ;
Mes

sur

mon

front des rides profondes.

grands cheveux blanchissent

ma barbe

naissante se change en

tout à coup ;

longs fils d'ar¬

gent. Accablé par le poids des ans, un bâton
à la main, tout
courbé, Mathieu SansSouci devient le vieux Bonhomme
arrivant quel¬
ques jours après que son aîné, ce brave
Noël, a

noueux

fini

sa

revue

diverses.

générale des chaussures les plus

Ah !

je suis vieux, bien vieux même ! j'ai le
Temps pour ancêtre. C'est afin d'obéir à sa voix
quand il nous crie ; « Janvier ! » que, le premier
de mes trente-un frères,
je viens régner pendant
vingt-quatre heures sur tous les humains.
Voya¬
ger, voilà mon destin. J interromps ce matin ma
route, — Ce soir je reprendrai mon lent
pèlerinage
de trois cent soixante et

cinq journées !...

IMPRIMERIE NOUVELLE
Grand'Rue, 15 et 17, BERGERAC

de nouvelles destinées.

Quoi qu'il en soit, charmantes lectrices, qui que

vieille expérience, lais¬
printemps et soyez de
gentilles folles. Vivez joyeuses et chaudes comme
le veut votre jeunesse. Mon ami Printemps va
bientôt venir : jetez, avec des chansons, les touffes
de fleurs qu'il vous donnera, au nez des moroses
personnes qùi vous parleront de travaux austères.
Donnez votre lèvre au bien-aimé pour qu'il y dé¬
pose son baiser, ouvrez-lui votre cœur pour qu'il
y cache son amour. Aimez, aimez toutes, oh ! hâ¬
tez-vous d'aimer ! Et puissiez-vous, toutes aussi,
quand le vieux bonhomme Jour de l'An reviendra
au temps que vous savez — avoir à lui raconter
de grandes et saintes joies éprouvées !

vous

soyez, croyez-en ma
adorer en votre

sez-vous

CARTES DE VISITE
AMBE

1887

En typographie sur carton bristol... .le cent


sur carton ivoire....




2 00



2

50

les 10.

1

50

En gravure relief, s. cart. mat ou ivoire.le cent

3 00

les Zo.

2 00







1

Mathieu Sans-Souci.

.

fr. d'augmentation par cent pour les cartes deuil.
Ajouter 30 c. pour les recevoir franco p. poste

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