FRB243226101_P2-801_1886_008.pdf
Médias
Fait partie de L'Entr'acte périgourdin
- extracted text
-
Prix : 10 centimes
Première Année
Numéro 8
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LITTERATURE, ARTS, THEATs
ABONNEMENTS
Six mois.
'COMMERCE, INDUSTRIE
INSERTIONS
Annonces,
Réclames.
L? ENTR'ACTE
PÉRIG0URD1N.
un ancien
ami, aubergiste à Périgueux, qui ré¬
pondit le surlendemain : « Envoyez-moi la 111lette, avec son extrait de naissance, et dites-lui
qu'elle gagnera içi beaucoup d'argent.... »
Alléchée par cette séduisante promesse, la
mère s'empressa de faire un petit trousseau à
le 6 Juin 1886.
Périgueux,
Lisette : elle réunit trois chemises et deux mou¬
choirs à une robe hors d'usage, y joignit un
(sonnets) ,
I
sûre !
Soigner en même temps, avec un plein succès,
Lc médecin GADAUD a su, la chose est
Ses malades nombreux et sa candidature.
II nargue maintenant ses ennemis vexés.
Son étoile rayonne, et déjà l'on assure
Qu' au sommet du pouvoir ses r égards sontfixésC'est un navigateur qui sans crainte mesure
L'ìlot du. ministère, aux écueils hérissés!
fichu, quatre paires de bas et enveloppa le tout
dans lin vieux jupon qui, d'après la bonne
femme, pouvait encore préserver du froid. Les
enfants pleurèrent en voyant partir la grande
sœur, car, en sa qualité de première venue, elle
les avait bercés tour à tour. Le père Lilot qui,
par surcroît, était tombé malade et grelottait la
lièvre au coin de la cheminée sans feu, avait
lui aussi le cœur gros en se séparant de cette
fillette de quinze ans, qui était douce et bonne
et ne lui avait jamais procuré que des satisfac¬
tions ; mais le bonhomme se consolait presque
Plaît à U opportunisme autant qu'aux radicaux,
Car très habilement il nage entre deux eaux.
Mais il est vulnérable et la source de Glane
Pourrait bien engloutir sa popularité,
II
ces
ég.oïsmes monstrueux !
Quant à Lisette, sou léger trousseau sous le
bras, elle avait pris à travers bois, pour gagner
la grande route. Les cris et les larmes de ses
chers petiots
lui avaient remué l'àme, presque
la morne tristesse de ses parents ;
elle marchait néanmoins d'un pas assuré, en
songeant qu'elle ne serait plus une charge
pour les siens... qu'elle pourrait même bientôt
leur venir en aide, et, pardonnez cette réminis¬
TH EU LIER, vraigentleman tout rempli d'élVgance.
La
richesse, à coup sûr, étant une puissance,
Theulier, que de ses dons la Fortune a doté,
Sagement s'en contente et laisse de côté
Les rêves que Gadaud fait avec persistance.
FONBELLE a d'un apôtre et la barbe et l'allure,
Puis ! onctueuse voix, et tels l'on se figure
Testament.
malgré son aspect rude;
Et comme, avant d'entrer au sein duParlement,
Un mois's'était à peine écoulé, qu'un voiturier frappait à la ferme. II remit à la mère
Lilot un paquet et une lettre. Le paquet conte¬
nait les bardes emportées par Lisette et la lettre
disait :
Chers parents,
«
Vous trouverez sous ce pli un billet de
fr. Je vous retourne, pour mes sœurs, des
vêtements qui me sont inutiles ici, car mes
maîtres m'ont fait nipper de la tête aux pieds.
» Je vous embrasse
tous et
je suis, pour la
»
ioo
vie, Votre fiHe qui vous aime.
»
II fut notaire, on dit : C'est un homme d'étude!
ZIG.
Louise Lilot. »
Avec les cent francs, on paya quelques dettes
criardes, on emplit la huche et ou"Ht provision
Lé père Lilot soigna ses fièvres et,
sitòf sur pied, il manifesta le désir d'aller Voir
la petiote, pour la prévenir que l'argent était
épuisé. Notre homme partit un dimanche matin
de bois.
HISTOIRES ET COITES PÉRIG0Ì1ÍMS
et arriva vers midi à
en
C'est
-—
au
tour de M. Lebreton.
II
nous a
promis une histoire réaliste, il faut qu'il s'exé¬
cute
.
Chose promise est chose
—
due, mes chers
amis, et je commencé :
.Mon histoire,
—
messieurs les juges, sera brève...
Oh ! là, là ! il va encore une fois nous faire
avaler la Grève des Forgerons, clama l'avocat
Duronflard, un bavard, qui aurait pourtant bien
des raisons pour laisser parler les autres.
C'est tout
simplement un vers
graphe, dis-je, et voici mon récit :
—
en
épi¬
La vie devient de plus en plus dure pour les
braves gens de la campagne. Le père Lilot
tarda pas à paraître : elle était vêtue d'une
belle robe de soie bleue, coiffée à la chien, et
son teint pâlot de jadis disparaissait sous une
couche de fard, qui lui donnait un air de santé
factice. La petiote se jeta en pleurant au cou
de son vieux père, que l'ébahissement rendait
muet. Après s'être informée de la santé de sa
de ses frères et de sa sœur, Lilotte
voulut connaître la situation pécuniaire des
siens. «
Nous sommes sans le sou ! dit le
mère,
—
rapaçe campagnard. » La fillette, tout émue,
releva ses jupes, dénoua vivement sa jarretière
prit dans son bas plusieurs pièces d'or
qu'elle tendit à son père. « — Tiens ! dit-elle ;
et
mais
quarante ans durant,, se vit, un beau jour,
réduit à la plus extrême misère, et il n'oubliera
jamais que, certain hiver, il dut maintes fois
recourir à la charité publique, pour donner
quelque pâture à sa nichée, composée de trois
mioches et de deux fillettes, dont famée, Lilotte, — on rappelait ainsi dans le village,—
allait prendre ses quinze ans à la Chandeleur.
Après avoir servi comme garçon de ferme
pendant de longues années, Jacques Lilot, qui
avait su réaliser quelques économies,' s'était
peu ! »
Eu effet, le
ses
derniers maîtres et,
mourant, ceux-ci lui avaient laissé une pe¬
en
tite propriété, qui, les économies aidant, avait
suffi longtemps aux besoins de la famille ; mais,
avec la lin de l'épargne, -les mauvais
jours sur¬
vinrent... et la marmaille aussi. "La gêné ne
tarda pas à se faire sentir dans le jeune mé-
nagov. Le pauvre Jacques avait beau arroser
de sa sueur les sillons de son champ, Je champ
no
produisait plus, et, connue il savait le fisc
impitoyable, notre homme fut obligé de vendre
quelques lopins de terre pour payer lc billet
vert da
percepteur !
Voyant qu'ils
ne pouvaient se tirer d'affaire,
les époux Lilot résolurent do so débarrasser de
leur fille aînée, et, comme elle était
petiote et
á la placer à
toujours maladive, on se décida
la ville. Bans ce but, le
père Lilot fit écrire à
après quelques hésita¬
tions, le conduisit sur Tourny, dans une ruelle
sombre, et le fit pénétrer, à sa suite, dans un
beau salon orné de glaces et de meubles
luxueux, qui éblouirent le paysan. Lisette ne
pourrait en témoigner, lui qui, après avoir trimé
•marié avec la lìlle de
Périgueux, où — soit dit
passant — il n'avait jamais mis les pieds.
Son ami f aubergiste,
LE R01 AI SE LILOTTE.
Avec toute sa pompe, avril venait d'éclore
Et couvrait, en passant, d'une neige de fleurs,
Ce cercueil importun et le baignait de pleurs.
L'aubépine avait pris sa robe rose et blanche,
Un bourgeon étoilé tremblait à chaque branche ;
Ce n'était que parfums et concerts infinis,
Tous les oiseaux chantaient sur le bord do leurs nids.
Mais tout ce que vous racontez là, mon
cher Lebreton, ne tient pas debout, interrompit
tout à coup l'avocat Duronflard. Vous n'ignorez
—
en effet, que les maisons de la place
Tourny, auxquelles vous venez de faire si dis¬
crètement allusion, sont placées sous la sur¬
veillance de la police, dont la mission consiste
pas,
surtout à en interdire l'accès aux mineures.
Je n'ajouterai qu'un mot, messieurs mes
amis. C'est que le fond de cette histoire m'a
été fourni par le brigadier Dieuaide, et ceux
—
qui douteraient de ('authenticité de mon récit
n'ont qu'à se renseigner auprès de l'ancien bri¬
gadier de police périgsurdin (1). Le lin matois
a
conté bien d'autres
et je vous les
répéterai peut-être un jour.
m'en
,
Paul LEBRETON.
1,'ensanl cheminait à travers les grands chênes,
Se tournant quelquefois, mais n'osant pas pleurer.
Pour avoir maintes fois, avec indépendance,
Contre Iopportunisme ouvertement voté.
Elle finit ainsi... Par les taillis couverts,
Les vallons embaumés, los genêts, les blés verts,
Le convoi descendit, au lever de f aurore...
cence :
Est che% les radicaux parfaitement coté
En somme, il est très doux,
engendre parfois de
autant que
Avant que dans le port il se soit abrité '.
Les bibliques héros de l'ancien
songeant qu'il aurait une bouche de inoins
en
à nourrir. La misère
II porte haut la tête, et son allure crâne-
gratté ce document et changé
l'âge de la petite défunte.
tata qu'on avait,
va-t'en...
Tu
en
auras
d'autres avant
père Lilot reçut assez d'argent
pour reconstituer son aisance perdue et, tout
allait pour le mieux dans le ménage, lorsque,
par un beau matin d'avril, le voiturier qui por¬
tait d'ordinaire les billets de 100 fr. remit à la
famille une lettre bordée de noir et ainsi conçue :
Du lever au coucher du soleil, routes les co¬
quettes de la forêt venaient jeter un regard
dans la jolie fontaine, posée comme une agrafe
de saphir sur un manteau de mousse.
C'était
une
Hirondelle, voyageuse pressée,
qui secouait dans fonde transparente la pous¬
sière de sa robe ; c'était une Mésange, petite
curieuse, qui se penchait pour voir si sa toque
de velours était bien droite ; c'était une mi¬
gnonne Fauvette, qui se drapait des heures en¬
tières dans son peignoir de satin gris; c'était...
mais il y en a tant de ces élégantes des sa¬
lons aériens, qu'on ne peut toutes les nommer !
Un soir, une Tourterelle, trop timide pour se
mirer au grand jour, vint se poser sur une
grosse pierre, recouverte de pervenches, qui
servait de tabouret à ces demoiselles. Deux ou
trois fois elle tourna la tète pour s'assurer
qu'il n'y avait pas d'indiscret. Puis, elle pro¬
céda à sa toilette. D'abord, ce furent les petits
pieds qu'on chaussa de bottines rouges ; puis,
on se noua au
cou
un
microscopique fichu
noir, destiné à garantir une gorge délicate des
atteintes de Zéphir. Puis, on lissa brin à brin
les plumes du vêtement. On prit, sous l'aile
gauche, une feuille de rose pour s'en frotter le
bec et lui donner la teinte du corail. II n'y eut
pas jusqu'aux yeux qu'on entoura d'un cercle
d'or, en trempant auparavant un ongle dans
une
—
corolle de lis.
Pour qui tant d'apprêts ? se demandait un
Coucou, blotti derrière un arbre.
L'intrus, en redingote brune, était d'un som¬
bre aspect. II faut tout dire, il aimait la Co¬
lombe et avait peut-être un rival.
Un séduisant Ramier arriva bientôt : Gilet
de satin blanc, habit à la française, Dieu qu'il
avait de grâce! On causa... de. beaucoup de
choses. Du printemps qui était revenu , des
graines qui se faisaient raires,d'un joli nid qu'un
gros Bouvreuil, rentier, venait de se bâtir. A
ce
mot de
nid, la Tourterelle baissa les pau¬
pières et lit semblant de cueillir une pâquerette
dans le gazon. Le Ramier se rapprocha :
Je sais, dit-il d'un ton confidentiel, un
architecte habile, qui, avec moins de dépense,
serait un nid plus beau.
—
—
Vraiment, balbutia—t-elle
en
effeuillant la
pâquerette du bout de sa bottine rouge.
Je puis vous en dire le nom !
—
«
Cher ami,
Ah ! vraiment...
II se nomme... Mais, sommes-nous
seuls ?
—
—
Ta fille était trop chétive pour le métier
que je Ici avais choisi : elle est morte hier, et
je f amène son corps pour que tu le fasses en¬
terrer dans le cimetière de ton village. Sa maî¬
»
qui veut être bonne jusqu'au bout, se
charge de tous les frais. »
tresse,
—
Ce billet funèbre — vous l'avez
était signé de l'ami de Lilot, de
déjà deviné
Taubergiste
périgourdin, qui arriva le lendemain, accompa¬
gnant un beau cercueil de chêne renfermant
—
—
bien
Oui, oui.
Je
nie
sais un
rival, cet affreux Coucou,
qui vous aime...
Et que je n'aime pas, murmura la Co¬
lombe.
II n'est pas ici, je l'espère ?
Le nom de l'architecte ? demanda la mi¬
—
—
—
gnonne intriguée.
les restes de la
petiote. On Lavait presque ou¬
bliée dans la famille, et le seul souci des Lilot
était maintenant de savoir si leur seconde fille
pourrait prendre la place de la pauvre morte.
Mais leur bon ami était bien trop préoccupé do
l'onlcrrement pour répondre à leurs questions !
11 voulut lui-même faire enregistrer le décès
et remettre l'extrait
de. naissance
la commune, qui, saiis -v
au
maire de
ajouter malice, cons¬
(l)Al'époque de ses démêles policiers, Dieuaide
avait
formé contre ses chefs
un
volumineux dossier,
qui a passé sous les yeux de nombre de personnes, à
Périgueux. Dans ce dossier, où se trouvaient des lettres
autrement accablantes, pour certains personnages, que
les Révélations
de M. Dufrêne, Dieuaide expliquait
grâce á quelles complicités des jeunes tilles mineu¬
res avaient
pu être introduites dans les maisons de
tolérance.
P. L.
L'ENtR'ACTE PÉRIGOURDIN.
Cet indigne Coucou !... Ah! vous ne me
trahirez pas ?...
Non.. non !...
Ecoutez !... II s'appelle l'Amour !
La Tourterelle faillit briser son miroir en se
laissant tomber dans la fontaine. Un cri lu—
—
—
gubre avait retenti !... « Cou, cou ! »
—
—
Perfide ! murmura le Ramier.
Je suis perdue ! s'écria la Colombe.
—
Que nenni ! riposta son galant en f entraî¬
nant sous bois...
Quant au méchant jaloux, il répéta longtemps
triste cri, derrière tous les couples amou¬
reux. Le dépit le dessécha et le tua. C'est peutson
être à
cause
comme un
de
cela que
Coucou. »
l'on dit :
«
Maigre
compagnait ! Cette petite tête si gaie, coiffée
sous son
gaieté éclatante, restait le visage sérieux. J'au¬
rais parié qu'il lui avait fait une scène avant de
sortir. Sans doute, parce que, en achevant de
s'habiller, en tournant autour de lui dans la
chambre, bien close et déjà obscure, elle avait
fredonné, un peu haut, la chanson que toutes
jeter le mouchoir. II lui écrivit la lettre suivante :
«
Mademoiselle, je vous aime depuis le jour
oh je vous ai vue pour la première fois. Je viens
vous le dire
aujourd'hui seulement, tant mon
les femmes murmurent tout bas :
RACHILDE.
A toute la terre,
Faire les yeux doux
!...
Ah ! chère, c'est moi qui ne vous reproche¬
rais pas d'être coquette ! Au contraire, la
Versèz le vin bleu qui tache le verre !
Voici quinze jours que. de désespoir.
De froid et de faim est morte la mère ;
La fille, à présent, va rôdant le soir.
Luisait comme avant : II boit, il oublie...
Versez ! Le remords qui vient tôt ou tard
Au fond des flacons, sous la rouge lie,
Attendant son jour, guette le pochard...
II eut hier soir le vin triste en diable
Et comme il allait en battant le mur
Vers son galetas sale et misérable,
II crut voir, en un coin obscur,
La défunte, ombre vengeresse,
Se glisser, à travers la nuit,'
Et lè passé, plein de tristesse,
Se dressa vivant devant lui.
Alors, accroupi sur sa proie,
Le Remords ricana de joie.
Et quand l'aube vint,
Au numéro vingt,
En certaine rue
Rien connue
Le vent,
Soufflant
Par la chatière,
De la fenêtre à tabatière
FANTAZIO.
LA TROUVAILLE DE BONARDOT.
J'ai connu Bonardot adolescent, et j'ai pu
m'édifier tout à mon aise au spectacle de ses
précieuses vertus.... 11 n'était pas beau, par
exemple, ah! mais non. Avec son grand nez,
son front fuyant, ses cheveux ternes collés aux
tempes, sa grande taille dégingandée, et, bro¬
chant sur le tout, Pair.... tout chose qui le ca¬
assez
bien l'idée qu'on se
la prise de l'habit,
confessionnal....
THfiATRE-COKCIRT.
l'agréable soirée qu'on peut passer, à
époque de Tannée, au Jardin d'Eté du
Grand Café do Paris !
Le dimanche et les jours de fêle, on y rencon¬
tre un auditoire un pou mêlé, généralement
bruyant et aimant à souligner, par ses applau¬
dissements, les refrains et les mois des chanson¬
nettes ; mais pénétrez dans le jardin un jour sur
semaine, le jeudi soir, par exemple, et vous serez
étonné de trouver là un public qui semble trié
le volet. Les femmes surtout
les hon¬
nêtes femmes s'entend, car la direction a rms
les autres à l'index ! — raffolent des amusants
sur
tête, mon ami, et vous agirez prudemment en
déposant la plume qui vous sert de pinceau.
quand il.est encore vêtu de cette redingote de
laquelle on dirait qu'on a pris mesure sur un
Ah !
cette
Eh! mais, eh! mais, monsieur Fantazio, vous
me paraissez en train de justifier un peu trop
votre nom. Le soleil de juin vous monte à la
fait d'un ignorantin avant
Peintures en prose.
A?
coquetterie, chez la femme, c'est le piment de
de sa longévité! C'est...
f amour et le gage
ractérisait, il rendait
Eut un corps pendu pour hochet mouvant.
Versez le vin bleu qui tache le verre !
—
Les vertus de Bonardot consistaient en ceci :
il était propre, rangé, tranquille, et, par-dessus
tout, chaste comme un saint de bois. Cette
chasteté le rendait si timide auprès des femmes
qu'on peut dire qu'il en avait peur. Aussi arrivat-il à sa 46e année qu'il était encore célibataire.
D'abord il s'était dit qu'il avait bien le temps
de se marier, et il n'essaya pas de le faire, puis,
quand il fut décidé, il était trop tard. On ne
voulut pas de lui. Voyant qu'on ne faisait pas
de cas des qualités dont il se sentait en posses¬
sion, Bonardot s'en chercha d'autres, il n'avait
pas l'embarras du choix ; mais il finit par s'en
trouver une que vous ne devineriez jamais....
11 avait trouvé qu'il était.... comment dirai-je
ça? qu'il était encore ... rosière.... A ses yeux,
c'était une qualité.... que dis-je, une qualité !...
C'était quelque chose comme une auréole !
Jusqu'ici, se dit Bonardot, les femmes
m'ont certainement mis au rang de ces libertins
si communs à Périgueux, mais quand elles vont
—
savoir....
Bonardot ne s'en disait pas davantage, mais
ses réticences dissimulaient des
montagnes d'es¬
pérances.... II fut abordé par un ami au sortir
spectacles du Théâtre-Concert. Tenez hier
soir, pendant que l'orchestre jetait au vent les
notes d'une mazurka au rythme palpitant, je
les regardais bien attentivement, nos Périgourdines, et j'éprouvais une jouissance raffinée et
de chez lui. Cet ami lui dit :
Tu ris tout seul, Bonardot, tu as quelque
délicate à les croquer... en imagination.
Voici deux grandes jeunes personnes, aux
expansif. II ouvrit entièrement son cœur. II
n'avait pas achevé de parler que son ami lui
profils fermes se détachant vigoureusement sur
le fond noir et velouté de larges chapeaux har¬
diment campés en arrière et enveloppant les
éclatait de rire au nez.
Ah ça ! vraiment, Bonardot, lui dit-il, il
entre dans tes idées de faire savoir aux femmes
dans
que.... Mais, Bonardot que tu es, tu n'y penses
pas? Si tu tiens à leur faire passer un moment
de bon temps, il n'y a pas de meilleure manière
.
deux tètes
Van Dyclc
comme
une
auréole
:
deux
descendus de leurs cadres. Leur
père, qui se plaît à les accompagner chaque
■dimanche 'à la musique, ne se fait- pas de scru¬
pule pour les conduire au Théâtre-Concert...
et il a, ma foi, bien raison.
A côté, un Chaplin : une douce figure de
jeune femme, à la bouche petite, aux chairs
rosées, aux regards noyés, perdus dans un rêve
qu'on aurait voulu partager avec elle. Des
fleurs au chapeau, des fleurs au corsage de la
robe aux nuances fugitives et changeantes,
vrai symbole de la femme Le vieux monsieur
qui lui parle est, dit- on, son parent... Heureux
parent !...
Partout des groupes où brillent des minois
féminins, et d'où s'échappent des papotages
exquis, des gazouillements délicieux.
lie ci, de là, des couples. Là bas, dans un
petit coin perdu dans sombre, une adorable
tète blonde, jeune, fraîche, ronde, un nez lin,
bouche aux lèvres rutilantes, souriant fré¬
quemment, comme pour montrer des dents su¬
perbes, et trois fossettes aux joues et au men¬
une
ton.
Et, avec cela,
un
air si parfait de bonne
humeur et de santé! J'enviais
celui.qui rac¬
connaît, son plan : il s'agissait de se présentes
nouvel aspect à une demoiselle à ma¬
d'un chapeau noir presque microscopique, re¬
levé d'une plume rose, surmontait un corps
aux formes rebondies, et, sur les épaules, tom¬
bait comme un brouillard, tant elle était légère,
fine et soyeuse, une chevelure d'un ton doux.
C'était ravissant de jeunesse et de vie. Et lui,
le malheureux, au lieu d'être gagné par cette
—
chose, il y a quelque chose là-dessous, tu n'es
pas si gai d'habitude. Tu vas me conter ça, hein ?
Bonardot était trop heureux pour n'être pas
—
de t'y prendre. Et puis, est-il bien nécessaire de
leur faire de pareilles confidences, Bonardot? Je
ne le
pense pas, et, pour ne te rien cacher, je te
dirai même que
proviennent de
deviné
j'ai peur que tes insuccès
qu'elles ont trop bien
ce
Les femmes, vois-tu, mon
ami, aiment les hommes dégourdis, et tu nel'es
pas.... Certainement, continua le conseiller de
Bonardot, la continence est une belle vertu, et
ton
cas—
je suis le premier à lui rendre hommage; elle
un homme à toutes les
époques de la
vie; 011 aime surtout à se fimaginer unie aux
grâces de la jeunesse.... Mais elle va mal à cer¬
taines figures, Bonardot; avec la tienne, elle me
produit un drôle d'effet.... Crois-moi, mon ami,
ton idée ne vaut rien, laisse-la de
côté, c'est le
meilleur conseil que je puisse te donner....
Or, ces sages avis agaçaient Bonardot, ne
le convertissaient pas, et. quand son ami et lui
se séparèrent, son idée lui souriait
plus que ja¬
honore
mais. Notre héros n'eut donc rien de
plus pressé
que d'oublier ce qu'on venait de lui dire et de
chercher à mettre son plan à exécution; on le
rier— Justement Bonardot avait depuis quel¬
ques mois une voisine de face qui lui plaisait
singulièrement, peut-être bien par les contrastes,
car autant il était
simple et entortillé, autant
elle était délurée et paraissait en savoir long....
C'était son affaire; ce fut à elle qu'il résolut de
pauvre cœur timide redoute de ne pas trouver
dans le vôtre une réciprocité dont il serait si
heureux! Je ne suis pas riche, mademoiselle, et
ne
puis vous promettre de déposer à vos pieds
charmants des trésors que je ne possède pas.
Mais ,)'ai à vous offrir quelque chose de mieux
que des biens périssables : une âme pure, un
corps immaculé.... et l'innocence que j'ai jus¬
qu'ici gardée. Méditez ceci, mademoiselle, je
prie, et croyez que tout le monde ne pour¬
rait pas en dire autant.
Bonardot. »
Cette déclaration formelle de la candeur de
vous
mœurs, suivie de la remarque insidieuse que
monde ne pourrait pas en dire autant, lui
ses
tout le
sembla un chef-d'œuvre de conception, et il en
attendit l'effet en pleine confiance.
Cette confiance ne devait pas être trompée.
Dès le lendemain, il se mit à sa fenêtre, espérant
trouver sa voisine à la sienne, et elle y parut
bientôt, en effet, et lui envoya un gracieux sa¬
lut. Bien plus : une heure après, il recevait une
lettre de M"0 Georgina (la voisine se nommait
ainsi) l'invitant à passer chez elle Pour le coup,
Bonardot faillit en perdre la tête.
Voici maintenant ce qui l'attendait. La veille
soir, après qu'elle avait eu reçu la déclaration
de notre amoureux, la voisine, qui, au nombre
de ses visiteurs, je peux dire de ses amis, comp¬
tait quelques commis (elle travaillait dans la
au
confection), avait parlé ne la lettre de Bonardot,
avait fait connaître l'étrange contenu; natu¬
rellement 011 avait ri, et finalement les jeunes
en
gens avaient proposé de s'amuser aux dépens
de Bonardot; on devait le couronner rosier. Ce
fut un projet bientôt arrêté, et des mesures fu¬
rent prises en conséquence ; de là l'invitation
qu'il recevait.
Quand Bonardot, bien endimanché, bien
pomponné se présenta le lendemain chez la voi¬
sine
.
il fut
reçu
avec
empressement.
Puis
Georgina lui demanda la permission de lui
présenter quelques amies, et elle le mit aus¬
sitôt en face de trois commis déguisés en fem¬
mes.
Bonardot était si ému
et
osait si peu les
regarder qu'il se laissa prendre au piège.
Les prétendues demoiselles jouèrent, du reste,
parfaitement leur rôle; elles entourèrent Bo¬
nardot et lui tirent mille amitiés ; pendant que
Georgina était occupée ailleurs, elles dirent à
notre principal personnage qu'elles croyaient
savoir que celle- ci avait de grandes vues sur
lui, mais qu'avant de lui accorder une entière
confiance, elle voulait en obtenir un gage sé¬
rieux. Ce gage, lui dit-on, elle le trouverait
surtout dans une
affiliation à une société dont
allait lui proposer de faire partie, et, s'il
011
acceptait, il pouvait tout espérer, pendant que,
s'il refusait, Georgina serait contrariée.
Voyez-vous, monsieur Bonardot, lui dit le
—
boute-en-train de la fête, nous voudrions vous
voir faire partie avec nous de la société du Ro¬
sier ; mais d'abord, connaissez-vous la Société
du Rosier, monsieur Bonardot?
—
—
Non, mademoiselle, fit-il modestement.
Ah! monsieur Bonardot, si vous saviez cz
qu'est cette société ! mais vous rapprendrez
bientôt, je l'espère, et un jour vous nous re¬
mercierez d'avoir cil l'idée de vous faire recevoir
parmi ses membres. Aussi je compte que vous
acceptez notre proposition, vous voulez être des
nôtres, n'est-ce pas ?
—
J'accepte, dit Bonardot, gagné parl'air de
franche amitié avec lequel on lui parlait.
Eh bien! c'est entendu; et comme person¬
nellement j'ai des grades dans la société, je
—
puis, avec le concours des demoiselles ici pré¬
sentes, procéder à votre réception, quitte à la
faire sanctionner plus tard par le grand-maître
de Tordre. Nous allons commencer par un in¬
terrogatoire sommaire. Monsieur Bonardot, ré¬
pondez à ma question : Croyez-vous à la vertu?
Ah ! mademoiselle, la vertu, c'a été le culte
—
de toute ma vie! fit Bonardot levant les mains
au ciel
pour le prendre à témoin.
Bien répondu. Apprenez-nous maintenant
si vous êtes de cet avis : on est vertueux après
—
l'épreuve, pas avant. Voyons, vous avez été
éprouvé et vous êtes sorti victorieux de l'épreu¬
Citez-nous un fait où une femme sans mo¬
ralité a tenté de vous faire dévier du droit che¬
min?
Bonardot cherchait, mais ne trouvait pas.
Hé! hé! hé! bêlait-il timidement, je ne
me souviens
pas....
ve.
—
L'ENTR'AGTE PÉRIGOURDIN.
II n'est pas possible "monsieur
—
saient pas
Bonardot,
petites tapes sur les joues; une d'elles s'assit sur
genoux; une autre lui prit la main et la
porta sur ses seins en s'excusant d'obéir ainsi
au
cérémonial obligé, en vue de l'éprouver.
faites pas prier....
Mademoiselle, un jour j'étais seul avec
ne vous
—
ses
femme....
Ah ! vous voye,z bien ! Je m'en doutais....
une
—
Bonardot était sur des charbons.
On le plaça au milieu de la chambre.
Seul avec elle, avez-vous dit?
Seuls tous les deux... Elle me regardait...
elle me regardait....
Elle devait trouver qu'il avait l'air joliment
—
—
bête, coula l'un des commis dans l'oreille de
—
voisin.
Elle vous regardait... C'est tout?
Elle médit comme ça : Parions, monsieur
Néophyte, reprit le boute-en-train, il faut
s'écria, parodiant la cérémonie du Malade ima-
—
Bonardot, que vous n'avez jamais aimé une
femme?
Bonarde, dignus es intrare
Eh! non, mademoiselle ! ai-je fait.
II ne faut pas être si simple, il faut en aimer
une.
Je n'ose pas. — II faut oser. — A quoi
bon ?
Essayez toujours. — Je ne veux pas, je
suis tranquille comme ça, je resterai tranquille.
Tu as répondu ça ? ô Bonardot ! ht le com¬
mis avec le ton de l'admiration.
—
Mots qu'il répéta par trois fois.
—
Puis il posa une couronne de fleurs blanches
la tête de Bonardot, et lui ht faire le tour
de la chambre en l'invitant à saluer chacune
des demoiselles, qui à son tour répétait :
—
sur
—
Oui, mademoiselle.
—
Bonardc, dignus es intrare, etc
Ah ! que
,
etc.
c'est bien ! ah! que c'est beau !
Tu seras rosier, Bonardot, tu ne l'as pas volé!
Cré coquin ! non, tu ne l'as pas volé !...
Quand la cérémonie fut hnie : — Bonardot,
dit le burlesque pontife des rosiers, vous voilà
Puis-,.changeant de ton : — Maintenant, avec
l'assentiment de M. Bonardot et celui de ces
lié par des liens indissolubles, ne pensez plus
aux femmes....— Si ce n'est à Mile
Georgina...
demoiselles,
protesta Bonardot.
—
nous allons prendre une légère
collation. — Georgtna, servez-nous les gâteaux
et le vin blanc.
Les commis avaient bien fait les choses; il y
avait force gâteaux et des vins blancs capiteux.
On bourra Bonardot de friandises et on le ht
boire rasades sur rasades. 11 eut bientôt la tête
montée. Néanmoins, malgré les fumées du vin,
il cherchait des yeux Georgina comme il eût fait
d'un secours contre un danger inconnu. Celleci le comprit sans doute, car elle s'approcha- et
lui dit d'un ton d'intelligence qui calma ses
—
vous mourrez....
Diable ! comme vous y allez ! s'écria Bo¬
nardot. J'ai été conduit ici par l'espoir d'être
—
jour le mari de Mlle Georgina et
Comment ! pudique Bonardot, s'écria celleci avec une feinte indignation, vous renonce¬
riez pour moi à une vie de continence qui fait
de vous l'être le plus curieux de Périgueux ! Je
ne veux
pas de ce sacrifice
J'en suis indigne!
II restait des gâteaux ; on ht boire encore Bo¬
nardot, on le ht manger, et pendant qu'un des
commis emplissait de pâtisserie une des poches
de son pantalon, un autre vidait sournoisement
un
—
moment nous causerons....
Cependant les prétendues demoiselles ne lais¬
DIRECTEUR
Soyez consacré rosier, continua l'offiçiant,
rosier vous êtes né, rosier vous avez vécu, rosier
vagues inquiétudes : — Conhez-vous à ces de¬
moiselles.... c'est pour votre bien... Dans un
m
ses
jambes un liquide qui les lui rafraîchissait,
s'écria en se secouant :
—
Que faites-vous ? Je suis inondé !
Posez votre pantalon....
Devant des demoiselles, jamais !....
Mais on ne l'écouta pas, et en un tour de
main on l'eut dépouillé de son inexpressible.
—
Quand il sévit réduit à ses caleçons, Bonardot,
honteux de se trouver si simplement vêtu, gei¬
gnant, se lamentant, se faisait une
l'escalier.
Grand Dieu! la police! Nous sommes une
société secrète, sauvons-nous!!!...
Et toute la bande se jette de ci, de là dans les
escaliers en entraînant Bonardot, qui en un clin
d'oeil se trouve dans la rue. La fraîcheur de l'air
le rappelle au sentiment de la situation. II se
voit la tète nue, les épaules nues, sans pantalon.
II veut revenir sur ses pas ; mais au moment ou
il se tourne vers la porte, il y voit apparaître
figure rébarbative et un bâton qui se lève
menaçant. Bonardot, poltron comme un lièvre,
perdant tout sang-froid, s'enfuit pour retourner
chez lui.
Mais ce n'est plus sa rue, on l'a fait sortir par
une
porte de derrière; il lui faut faire un grand
détour.
Sur son chemin il entend qu'on lui cric :
Eh ! Bonardot, qu'est-ce qu'il y a donc, tu
cours les rues en caleçons ? Ah ! polisson, je t'y
une
—
prends, cette fois, Lu t'écartes du bon chemin !
C'était son ami, son conseiller qui l'apostrophait ainsi ; mais Bonardot ne jugea pas le
moment favorable pour répondre, et
il ht
comme s'il
n'entendait pas.
Jean de La Limogeanne.
Le Gérant, SPA.
Périgueux, imp. LAPORTE, anc. Dupont et C°).
CHEF D'ORCHESTRE-
EATRE-
M. G. DONCHET.
feuille de
vigne de ses deux larges mains.
Tout à coup on entend un grand bruit dans
—
In nostro sancto corporc.
—
le contenu d'une carafe dans l'autre poche, si
bien que Bonardot, sentant'.couler le long de
—
maintenant subir la dernière épreuve, et puis
en rien de
temps ce sera fait.... Attention !
En parlant ainsi, il étendait les mains sur la
tête de Bonardot qu'il forçait à se courber et
—
son
respirer mon infortuné héros ; elles
l'embrassaient, l'agaçaient, lui donnaient de
qu'une fois au moins dans votre vie. .. Allons,
M. DOUCE.
JARDIN DU GRAND CAFÉ DE PARIS
Mieux de NT Elfen et Marthe PASCAL et de IT BLISKÀ
PREMIERE
DEUXIÈME PARTIE.
PARTIE.
1° Quadrille
ORCHESTRE.
2° Bras dessus
Mlle BLISKA.
3° Froufrou
M. BERNERON.
4°
1° Fantaisie
ORCHESTRE.
2° La Fête au village
Mlle GAILLARD.
3° Je l'ai quittée
Mlte M. CAZE.
ORCHESTRE.
4° Mazurka
ORCHESTRE.
5° Mort pour la Liberté
MUe GAILLARD.
5° L'Egyptienne
Mu« M. PASCAL
6° L'Enfant de la Forêt Noire.
Mlle M.
Galop
GAZE.
6°
7° M. VOLAY
Verre de Poiré
8° M"e ELFEN
Le p'tit
(en bis).
Le Naufragés,
L'Archange Noir,
go Miie
vin blanc (en bis)^
7° M"0 ELFEN
PASCAL,
Le Tambour (en
VOLAY,
Mon p'tit Entresol,
Lc P'tit vin d'Chámbertin,
Un
M.
8° Mlle
bis).
.
NANCY,
Dans
ses
PASCAL,
Carmen (en bis).
NANCY,
créations.
K à "O K â ,
Dans ses créations.
L'Homme-Singe.
G OISTSOMMATIOMS
G
IDE
CHQIX.
—
GLACES
ET
"SORBIITS.
