FRB243226101_P2-801_1886_013.pdf
Médias
Fait partie de L'Entr'acte périgourdin
- extracted text
-
Première Année
Numéro 13
p^^nTîirTîítTHTTTWITlffTnHTTTITTTffTTTTTTTTITffTTflffríflTTT
LITTERATURE, ARTS, T
^llllllllllllllllilllllllllllllllliliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiijji^iiiiij
'COMMERCE
INDUSTRIE
INSERTIONS
Annonces,
Réclames.
1/ENTR'ACTE
Périgueux, 15 Août 1886.
PÉR1G0URDIN.
s'en ressentait, surtout dans ce vieux quar- i porté la dévastation et la mort dans ces cen¬
tier des Barris,qui avait vu naître M. Pierre
tres ouvriers.
Un 'mois après, se trouvant à CompièMagne, le grand ministre des finan'ees de
Sa; Majesté Napoléon III.
Tous ceux qui l'ont connu vous diront que
M. Magne avait pour sa ville natale, et no¬
tamment pour lé quartier des Barris, un
attachement que nous oserions presque qua¬
lifier de passionné. Qui ne sait, dit un de
On l'a reconnu subito
Ge type bi-arre,
ses biographes, que, quand il occupait le
pouvoir, ojï n'avait, pour acquérir le con¬
incroyable :
G'est bien là notre CWép/nsto,
Oui, c'est bien là notre bon diable !
Sem a pris son meilleur crayon
d)'excelle n t ca rie a tu ris te,
de sa puissante influence, qu'à se re¬
commander du titre de Périgourdin ? Et
comme il aimait à répéter qu'il ne connais¬
cours
sait pas de climat plus beau,
de sol plus ri¬
che; de paysages plus enchanteurs que notre
ciel, notre sol et nos paysages ? C'est dans
Xt l'auréole de l'artiste
Va briller d'un nouveau rayon.
cet ordre d'idées seulement que son esprit
si mesuré se laissait aller un peu sans doute
Xa voilà, sa barbe soyeuse,
íD'un beau noir, au reflet vainqueur.....
â J "exagération.
N'oubliant pas qu'il était le íìls de ses œu¬
Cette barbe cùplus d'une heureuse
vres,
Cd suspendu son tendre coeur
!
Œ.e beau sexe, avec tant d'ardeur...
Jy'e senlblent-ils pas dire : « ÌÈ n'garde ! »,
tf tout coup-d'xilprovocateur ?...
Xa voilà sa gourmande lèvre
dJont les baisers ont fait parfont
maniait eu maître. Aussi ses anciens, tout
heureux et tout fiers des bonnes paroles que
leur adressait « Mousur Magno, » chaque
fois qu'il venait au pays, conservaient dans
moindres, détails' l'espèce dé légende
qui s'était formée ici sur la jeunesse de leur
camarade, devenu homme d'Etat, après
avoir, comme eux, « porté des sabots. »
Or, cette aiínéé-là, les affairés de l'Empire
marchant à souhait, M. Magne avait résolu,
pour se distraire, d'assister à la fête des
Barris. Quittant l'Hôtel du Pèricjord, où il était
descendu, notre éminent compatriote se
rendit, dans l'après-midi, chez le père
Leytou, un vieux tisserand qui avait été
l'arni de son père et auquel il avait récem¬
ses
íPasser le frisson., de la fièvre
!...
Cependant, il a pour coutume
dJ'étre sobre autant qu'un gourmet,
!Et si, pour plaire, il a sa plume,
Xui voil-cnjamais son plumet ?...
ÇA ses yeux bruns et sa taniques
dfeconnaissep voye) venir
IL'un des plus gros bonnets... lyriques
dJe La Fanfare l1 Avenir !...
d(ecounaisse- cet esprit rude,
dìroit mats mordant, quand il le faut...
Xa franchise est son habitude :
djtle est, peut-être, son dés'au t ! !...
....
O.
son extraction plébéienne, M. Magne
plaisait parfois à se dérider en devisant
avec, de simples artisans, camarades de son
enfance, dans notre, jovial patois, dont il
aimait la naïveté un peu égrillarde et qu'il
nier
se
'Xes voilà ses crocs que reqàrde
d)ans le sang des jolis mincis
s'en faisant gloire, et bien loin de re¬
MÉLIE.
M,
Mape Épicier,
JTun coup de baguette magique, je vou¬
drais pouvoir évoquer le décor merveilleux
qui servait autreí'ois aux habitants des Bar¬
ris pour célébrer la fête impérialiste du 15
ad ut. Un orateur de talent a su, à ce sujet,
exprimer de très éloquents regrets : « Qu'est.
devenu, — disait un jour M. Alfred Magne
au conseil général, — qu'est devenu ce pa¬
norama si pittoresque, vu de l'autre côté de
la rivière, lorsque la ville baignait dans
l'eau ses vieilles maisons aux fenêtres ogi¬
vales, ornées d'arabesques ou de rinceaux,
et pour la plupart enguirlandées de plantes
grimpantes ; lorsque la tour Barbecane s'a¬
vançait dans la rivière, ayant l'air encore de
vouloir barrer ie passage, comme au temps
jadis, et de protéger ces délicieux hôtels,
Tes uns élégants et gracieux, à terrasse sourenue par des colonnes.tes, les autres ma¬
jestueux avec leurs créneaux ouvragés,
lorsque le vieux pont, avec sa sortie créne¬
lée du côté des Barris, le barrage, le moulin
de Saint-Front, puis les maisons en bois
complétaient ce paysage plein d'attrait, que
les étrangers de passage ne manquaient
jamais d'aller voir?... »
Parions qu'aucun des vieux Périgourdins
qui me liront n'a oublié ce site si curieux ?
Vous spuvient-il des immortels soldats eu
bois découpés et peints, qu'à l'occasion de
la fête deTEmpereur, on installait sur le
vieux pont, ? Bonaparte, Hoche, Marceau et
Daumesnil, le vaillant défenseur de Vincen-'
ries, nous apparaissaient ce jour-là au milieu
des guirlandes de chêne, des trophées de
drapeaux'et venaient ainsi rappeler à lous
les glorieux souvenirs, si intimement liés,
de la première République et du premier
Empire. Le canon et les cloches, disait le
programme officiel) annonceront la* solen¬
nité du lendemain... » et le canon tonnait,
et les cloches sonnaient à toute volée. Le
chômage et la.noire misère qu'il engendre
étaient peu connus alors, et la joie, populaire
jestés de quelle façon il avait passé sa jour¬
née du 15 août. «
—
—
M. Goursat, dans
d'Enfer.
Ab! M. Goursat !... tout riche
—
la
rue
fort gracieusement, il accorda l'allocation
importante que le madré Périgourdin était
venu chercher, afin de pouvoir commencer
les travaux d'embellissement qu'il projetait
pour notre vieille cité.
Pauvre grand ministre ! lui aussi, comme
son cher Empereur, devait un jour recueillir
les fruits de Fingrâtitude humaine. Je me
sens presque humilié, dans mon vieux chau¬
vinisme local, quand je songe qu'âpres le
Quatre-Septembre, certains énergumènes
crurent devoir célébrer l'anniversaire de la
République en débaptisant la rue qui por¬
tait le nom du plus célèbre de nos enfants.
On raconte que Pierre Magne assista avec
grand calme à ces preuves d'imbécillité.
Un jour qu'on en parlait devant lui, il ré¬
pondit avec son lin sourire : « J'espère, du
moins, qu'ils ne supprimeront pas les tra¬
un
que j'ai fait
que j'ai rendus. »
vaux
exécuter et les services
Les Périgourdins rétabliront-lis la plaque
de la rue Pierrc-Magne avant d'élever la
statue qu'ils doivent à Jeu r illustre compa ¬
triote ?
Telle est la question que je me
suis posée bien souvent.
..
Paul LEBRETON.
MU «KLKssMâLkM.
Un honorablè
négociant de notre ville, très
pour sa naïveté et que nous désignerons,
si vous le voulez bien, sous le noin peu compro¬
mettant de Charlemagne, fut victime, il y a
connu
quelques mois, d'une mystification dont nous
rapportons ici les détails :
Un soir qu'il traversait rapidement la place
Bugeaud, après avoir fermé son magasin, un
plaisant de ses amis, qui le guettait au passage,
í'accosta par ces mots :
Ah ça, où cours-tu donc, si affairé ?
Ne m'en parle pas, je pars demain pour
Paris; j'ai une foule.de commissions à termi¬
ner avant ce. soir ; je ne sais où donner de la
tête. Ces voyages m'assómment, sans compter
les dépenses inouïes qu'ils occasionnent. Six
—
épicier
qu'il est, je l'aurais bientôt coulé, si j'étais
à ta place. La concurrence, vois-tu. il n'y a
pas
Je me suis fait épicier
d'Etat, et cela devrait me valoir quelque
gratitude de la part de mon souverain... »
Napoléon III rit beaucoup de l'aventure, et,
ment fourni les fonds nécessaires pour mon¬
une
petite épicerie. Je vous laisse à
comprendre si le bonhomme fut abasourdi
en voyant entrer son illustre protecteur.
Eh bien, mon brave, dit M. Pierre
Magne en serrant amicalement la main du
vieillard, comment va ton petit commerce ?
Tout doucement, répondit le père Ley¬
tou, tâchant de se remettre de son émotion.
11 y a beaucoup de mes voisins qui préten¬
dent que je ne fais pas bonne mesure et, au
lieu de venir ici, ils préfèrent passer le pont
--
pour chauffer l'enthousiasme de mes conci¬
toyens, dit en terminant l'habile homme
ter
et monter chez
HISTOIRES ET CONTES PÉHIGOMBIS
gne avec Napoléon III et l'Impératrice, le
ministre des finances raconta à Leurs Ma¬
mieux pour stimuler l'industriel et le
commerçant.
Couler M. Goursat... Diable ! s'exclama
Leytou , et comment ma modeste
boutique pqurrait-elle lutter contre cette
—
le père
grosse maison ?
Tout simplement en faisant « bonne
mesure... » Tiens, tu vas voir.
—
En ce moment, une ménagère du voisinage
—
voyages à Paris dans une année, c'est ruineux !
Mais pourquoi ne te fais-tu pas recevoir
membre de la Société des demi-places ?
La Société des demi-places ! Qu'est-ce que
—
—
c'est que ça ?
—
—
Comment, lu ne connais pas cette Société ?
Mais, mon cher, c'est la. Providence des
négociants qui, comme nous, sont obligés de
entrait et demandait demi-livre de sucre.
Voici, dit M. Magne, en remettant à la
commère un pain de sucre de dix kilos qui
se trouvait à sa portée. Dites aux voisins
qu'à cause de la fête du 15 aoùt, nous sai¬
sillonner la France sur toutes les lignes ferrées.
Geste Société, vraiment philanthropique, est
instituée depuis quelque temps et fonctionne
admirablement. 11 sutlìt de verser dans sa caisse
sons
une
—
aujourd'hui bonne mesure, et surtout-
n'oubliez pas, vous et les vôtres, de crier :
Vive F Empereur !
Vous pensez si la bonne femme, qui avait
reconnu le célèbre Périgourdin, s'empressa
de clahauder l'aventure dans le quartier
des Barris ! « Quey Moynou que siart din lo
boutiquo dò Leytou è dono tou par rè !... » ré-
pétait-on de porte en porte, et chacun de
venir faire sa provision de sucre, de café,
de sel, de poivre, de liqueur, etc. L'épicier
improvisé se.fît aider du père Leytou; mais
il vint
un
moment où nos deux commer¬
çants ne purent suffire à leur besogne, et
Magne crut devoir prévenir ses clients
qu'il était las : ». — Ma foi ! mes amis, veuil¬
lez vous servir vous-mêmes, dit-il ; je ré¬
M.
glerai ensuite avec le père Leytou... Mais né
manquez pas, ce soir,' de crier :
Vive l'Em¬
première mise de 50 fr., éfl d'après les
traités conclus entre elle et les diverses Com¬
pagnies de chemins de fer, tous ses membres
ont le privilège de voyager, fôur Vie durant, à
demi-tarif.
Pas possible ! Mais c'est merveilleux ! et
où se trouve le siège de cette Société.?
À Paris ; mais elle a des succursales dans
tous les départements. Eoub..., que tu connais
très bien, est directeur de celle de Périgueux...
Si tu veux que je te présente !
Sans aucun doute ! J'accepte avec enthou¬
siasme.
—
—
•—
Voyant le poisson mordre si facilement à l'bameçóiq le mystificateur, enchanté, donne ren¬
dez-vous pour le soir rnêrne à sa victime, chez
le soi-disant directeur, qui fut informé de suite
du rôle qui lui était dévolu et dont il se chargea
très.volontiers.
pereur ! »
En quelques instants, la boutique fut com¬
Une heure plus tard, le néophyte se faisait
recevoir solennellement membre de la Société
des demi-places, et versait non moins solennel¬
lement 50 fr. .dans la poche de ses deux amis,
et vit fêter
qui Finitièrent, en peu de mots, aux statuts et
privilèges de la Société qu'ils venaient de fonder
sans beaucoup de frais.
Demain, lui dit l'un d'eux, lorsque tu te
présenteras au guichet de la gare, tu regarderas
le receveur en louchant autant que possible, et
tu lui diras : « Périgueux-Paris, Société des
demi-places; i'ustt !... » et, en prononçant fiistl !
n'oublié pas de passer rapidement ton index de
plètement dévalisée, à la grande joie de
M. Pierre Magne, qui, durant toute la soi¬
rée; se promena dans les Barris
souverain d'une façon -aussi gaie que
bruyante, 'fout eu ayant l'air d'admirer Je
son
vieux, pontet le pittoresque moulin de St,Front. notre illustré compatriote projeta
aussi ce joùr-là les travaux d'amélioration
par lesquels il devait si utilement endiguer
l'isle et mettre les bas quartiers à i'abri des
inondations qui trop souvent, héktë! avaient
—
L'ENTR'ACTÉ PÉRIGOURDIN.
la main
droite sous le nez. Ce signe, francmaçonnique est indispensable pour te faire re¬
pour un faux frère.
t'ait pas arrêté !
Quelle- chance qu'on ne
ZAN-ZIBAR.
connaître; aussitôt le receveur te délivrera un
billet
place entière, en échange
la moitié du prix ordinaire.
m'accompagner à la gare ?
Parbleu, répondirent les deux farceurs ;
—
demain matin, à
heures, nous irons te
prendre et te faire la conduite, sois sans inquié¬
tude.
Sur
onze
mots, Charlemagne, ravi, les
quitte en leur serrant la main et les remerciant
avec effusion.
ces
A peine eut-il tourné les talons, que l'un des
compères se rendit aussitôt à la gare, auprès du
receveur, et lui dit :
Demain, au deuxième train pour Paris, un
de mes amis, une espèce d'original, légèrement
toqué, viendra vous demander un billet de
—
deuxième classe pour Paris, se disant membre
do la
Société des
demi-places. Veuillez être
prie, pour ne pas vous offus¬
quer de cette demande saugrenue, de ses gestes
excentriques, et pour lui délivrer un billet place
entière pour le prix de 23 fr. 05 c., moitié du
montant du billet ; du reste, ajouta-t-il en dé¬
posant quelques pièces de monnaie sur la pla¬
tine en cuivre du guichet, voici le complément
assez bon, je vous
de la somme.
Le receveur, n'apercevant aucun inconvé¬
nient à se prêter à cette plaisanterie, et pen¬
sant, au contraire, être utile
au
voyageur an¬
noncé en flattant sa manie, promit de se con¬
former régulièrement à ces recommandations.
Midi sonnait à l'horloge de la gare lorsque
Charlemagne, escorté de ses deux amis, se pré¬
sentait au guichet en roulant des yeux féroces,
«'imaginant loucher, et, d'une voix qu'il es¬
sayait de rendre assurée, il dit en bredouillant :
Périgueux-Paris, deuxième classe, Sociêlè des demi-places, et, passant rapidement la
—
main droite sous le nez, il siffla
un
fustt ! bien
accentué.
interloqué, se rappelle
veille, et, sans aucune
observation, délivre ou sociétaire des demiplaces un billet de deuxième classe pour Paris.
Pour lo coup, noire homme voit s'envoler
tous
ses
dans son ravissement,
soupçons, et,
entraîne à la buvette
ses
deux compagnons,
qu'il voulut abreuver généreusement.
Lorsque los affaires qui bavaient appelé à
Paris furent terminées
il n'eut rien de plus
pressé que de repartir, heureux de pouvoir
,
bénéficier encore une fois des avantages atta chés à son titre de sociétaire.
Arrivé à la gare de départ, il court au gui¬
chet, et, cette fois étant parvenu à se gratifier
d'un strabisme très réussi, il s'écrie d'une voix
retentissante, en laissant filer rapidement son
doigt devant la ligure : « Paris-Périgueux,
Société des demëplaces, etc., etc fustt ! »
L'employé, stupéfait, croit avoir affaire à un
échappé de Charenton et l'invite poliment à se
,
retirer.
Mais, monsieur, insiste Charlemagne en
roulant des yeux plus louches que jamais, et en
redoublant í'énergic de sa pantomime, faites
bien attention, je suis de la Société des demi—
places, Paris-Périgueux... fustt!
Monsieur, si
—
des...
—
Encore
une
moulins,
comme un
vulgaire bonnet de
brette, radieux à donner
—
si bien que son
une illusion
sou¬
d'auréole
propriétaire avait renoncé à
l'arborer les jours de
terme aux ravages que
soleil, pour mettre un
ses éblouissements oc¬
casionnaient parmi les yeux délicats.
La dernière fois qu'Octave..., mais c'est toute
une histoire ; si vous le voulez bien, nous allons
nous asseoir.
D'abord la présentation :
fois, monsieur, retirez-vous
j'appelle un sergent de ville !
Un groupe de curieux se formait déjà autour
du guichet.
Notre homme, peu soucieux d'attirer ainsi
l'attention du public et reconnaissant que tons
ses efforts seraient infructueux pour faire valoir
droits, paya intégralement sa place en gro¬
gnant et en pestant contre l'ignorance et 1 im¬
ses
politesse des employés.
De retour à Périgueux, il se rend aussitôt
chez le soi-disant directeur de la succursale de
la Société des demi-places, et, en termes très
lui expose son aventure au départ de
Paris.
C'est incroyable, lui répondit ce dernier.
Je suis sur que tu n'as pas su te faire reconnaî¬
amers,
—
comment as-lu demandé ton billet?
Eh! parbleu, je me suis servi de la formule
que tu m'avais indiquée : « Paris-Périgueux,
deuxième classe
Société des demi places...
luslt ! » et j'ai fait passer en même temps mon
index de la main droite comme ça : fustt !
Ah ! le nigaud, ce n'est pas Paris-Péri¬
gueux, fustt !
avec la main
droite de droite à
gauche, mais Périgueux-Paris, fustt ! avec la
main gauche de gauche à droite.
On t'aura pris
Que le ciel étonné n'avait plus entendu !
Une voix s'éleva soudain de ce délire,
— la voix de la grave raison, —
Qui donc es-tu, toi dont fardent sourire
Voix austère,
Disant
: «
En palais radieux change notre prison ? »
Alors toutes les eaux à cette voix bondirent ;
L'arbre sentit frémir ses longs rameaux flottants ;
Et les oiseaux ■— ces voix d'en haut — lui répondirent :
«
Je suis le Créateur, car je suis le Printemps !
PAUL-MICHEL.
teur, beau garçon, trente-cinq ans, toutes ses
dents, même celle — ironie amère ! — de sa¬
gesse, suffisamment chauve pour porter au
front l'enseigne des batailles livrées.
La dernière fois qu'Octave coiffa son phare,
ce fut peur se rendre à une partie champêtre à
Sainte Hélène, lui, cinquième d'une troupe
joyeuse... en dépit de la présence de deux ma¬
ris. Car, Octave se trouvait là entre deux mé¬
nages, comme un âne entre deux ruisseaux, ne
sachant lequel troubler; — il était troublant, le
malheureux, même sans chapeau !
On dîna ; les femmes très gaies, presque les¬
tes ; les maris ravis ; lui poursuivi par sa préoc¬
cupation infâme : le tirage au sort de sa vic¬
time !
11s sont ainsi, ces beaux garçons :
-
—
vous
les recevez chez vous,
à votre table, vous
leur servez ce que vous avez de meilleur en
vous et dans votre cave, votre confiance et votre
bordeaux, et ils
ne
songent qu'à se procurer
eux-mêmes le dessert.
On se leva pour rentrer : Octave
n'était pas
lìxé, mais sa préoccupation, bien qu'elle
se lut aggravée, ne lui avait rien enlevé de sa
constance en lui-même. II était fataliste — une
faiblesse chez ce garçon robuste — et croyait
que cela arrive toujours qui doit arriver, quoi
que l'on fasse d'ailleurs pour persuader au des
tin que les jambes s'usent à courir éternelle¬
ment la poste.
Tout à coup. Octave tressaillit : la lumière
venait. II s'était senti à la tète une lourdeur
inaccoutumée, tandis que, devant lui, l'un des
maris marchait, sautillait plutôt, léger, pim¬
pant, — coiffé d'un chapeau qu'Octave reconnut
tout de suite, au frisson qui courut dans ses
cheveux de propriétaire...
Le hasard a de ces coups terribles que sa
cécité seule peut lui faire pardonner. Qui donc
avait soufflé au mari cette distraction malheu¬
reuse? Pourquoi avait-il mis la main sur ce
ou sur celui du
convive? Le couvre-chef—quelque
chapeau, plutôt que sur le sien
troisième
esprit ,de trahison qu'il se fût inculqué par l'habitude d'abriter un crâne remué par les tempê¬
tes
n'était pas venu au-devant du mari : il
—
dormait, innocent, à deux pas de là, chaviré
dans l'herbe avec ses modestes compagnons...
Quos vult perdere... o Jupiter !
Le fameux chapeau n'a pas reparu sus nos
boulevards. 11 est passé à l'état'de léticne révé¬
lateur et repose, accroché au mur de la cham¬
bre d'Octave, entre deux bois de cerf et deux
fleurets en croix...
Le mari rendit le chapeau, c'est positif; mais
on dit qu'il resta coiffé. — 11 n'en croit rien ;
vous n'êtes pas tenus de faire comme lui.
FAXTASIO.
s
il
NVMFM S'MMÂÏiK ï
Les veuves Fromageot et Brinquillard, pri¬
vées de leurs enfants que le mariage avait
dispersés, et n'ayant plus rien sous la main à
aimer ici-bas, s'étaient rattrapées sur la race
canine. Leur commune passion pour les chiens
les rapprocha, les unit, et il vint un moment
où, ne pouvant plus se passer l'une de l'autre,
elles furent se loger sons le même toit et ne
se quittèrent pour ainsi dire plus : ce fut lors¬
qu'elles reçurent des mains d'une tierce personne
Mme Brinquillard un chien nouveau-né, Mme
Fromageot une jeune chienne, tous les deux
d'une même portée, le frère et la sœur.
L'amour de ces deux respectables dames pour
ces petites bêtes fut si vif qu'elles en étaient
comme folles. II est vrai aussi que les deux
chiens, qui n'étaient pas plus gros que le poing,
étaient de toute beauté et fort aimables.
La jeune chienne reçut le nom de Muzette,
qui bientôt se réduisit à Zette, et Brititi fut le
nom sous lequel on désigna le chien, qui ne
tarda pas à s'appeler Titi, au lieu de Brititi.
Brititi et Zette étaient le fifì et la fifille de la
ère et de la tatante, c'est-à-dire que Mme
me m
Fromageot était la memère de Muzette, pendant
que Mme Brinquillard était sa tatante, et Mme
Fromageot la tatante de Brititi et Mme Brin¬
quillard sa memère.
Ces deux chiens étaient plus gâtés que jamais
enfant ait été gâté. Quand ils avaient été bien
trouvait tels
sages, et naturellement on les
tous
les jours, il leur était permis de donner une
bise
petite memère et à petite tatante, bise qui
était accompagnée d'un morceau de susucre ;
à
quand ils n'avaient pas été sages, la bise était
supprimée, ainsi que le susucre, ils étaient mis
au pain sec, le châtiment pouvait même aller,
dans certains cas, jusqu'à être couchés sans
souper; mais alors, si Muzette était la coupable,
tatante Brinquillard lui donnait en cachette à
manger, pendant que memère Fromageot faisait
semblant de n'en rien voir ; et si c'était Brititi
qui avait manqué à ses devoirs, tatante Froma¬
geot venait en aide au délinquant, et memère
Brinquillard mettait la même discrétion à ne
évité.
PRIHip PRINTEKPS.
pas s'apercevoir que le châtiment était
Ces animaux n'avaient pas trois mois que les
deux dames avaient fait déjà mille projets sur
eux. 11 fallait écarter de ces têtes si
chères non
mais il fallait aussi
préserver leur noble race de toute roturière
souillure ; Brititi serait le riri (mari) de Muzette
et Muzette la fafame de Brititi, et le joli couple
seulement tous les dangers,
ne
pouvait manquer d'avoir une descendance
qui lui ferait le plus grand honneur.
Et après avoir fait tous ces beaux projets, il
n'y avait plus qu'à attendre le moment de les
réaliser; c'était un moment qui serait sans doute
lent à venir, mais enfin il viendrait! En l'attendant, chaque jour on surveillait Muzette et
Brititi n'était jamais perdu de vue. Le matin,
_
Quand le premier hiver eut jeté sur la terre
Sa couronne de neige et son linceul étroit,
Les humains, consternés en face du mystère,
quand, sous l'œil vigilant de memère ou de
tatante, ils"étaient sortis pour prendre Pair... et
Levèrent vers le ciel des yeux remplis
chez Muzette, pendant que
d'effroi.
Le soleil paresseux ne perça pas les nues ;
Rien ne vint éclairer les horizons troublés :
En
bas, pas un oiseau parmi les branches nues;
Eu haut, pas un rayon dans les cieux désolés !
Mais voici qu'un matin les neiges disparurent ; —
,
—
Et ce fut un concert de caresses sans nombre
Monsieur Octave Bichonneaud,. habitué du
—
—
tre ;
Reprendre l'entretien par l'hiver suspendu,
Grand Gâté de la Comédie, où on le surnomme
YHomme au Chapeau. — Ce sobriquet devrait
suffire à vous le faire reconnaître : artiste ama¬
vous
police.
Sapristi, monsieur, vous ne connaissez
donc pas votre métier ; je suis de la Société
011
II sortait de chez lui, — un chapeau-soie ra¬
dieux et léger, léger à s'envoler par dessus les
Octave était lixé.
continuez à faire le
mauvais plaisant, je vous fais prendre par la
—
LE CHAPEAU B'ÛCTATE,
encore
Le receveur, d'abord
aussitôt la visite de la
S'unirent pour répondre aux oiseaux qui chantaient.
Les amants, deux par deux, s'en allèrent dans sombre
du déboursé de
^— Très bien ! reprit ce bon Charlemagne, lé¬
gèrement soupçonneux, tant la chose lui parais¬
sait merveilleuse ; mais vous viendrez bien
Et les humains, pareils á des âmes errantes,
L'or pleuvait par torrents du fond des cieux ouverts. —
El, crevant leur prison, les clairs ruisseaux coururent
Sous l'herbe de leurs bords plus touffus et plus verts...
De chaque arbre du bois des chansons délirantes,
Des murmures d'amour et d'ivresse sortaient ;
cher¬
faire tout ce qui s'ensuit, Mme Fromageot
chait à voir si les instincts sexuels s'éveillaient
Mme Brinquillard
regardait de quelle manière Brititi s'y prenait
pour tomber son eau,
selon l'expression de la
digne dame, s'il s'accroupissait, comme les très
jeunes chiens, ou s'il levait la cuisse, comme
ceux qui sont adultes ; mais Brititi
ne levait
toujours pas la cuisse : quand donc lèverait-il
la cuisse ! Puis quand on était rentrées au logis,
on s'interrogeait, le résultat des observations
était consigné, on se plaignait ensemble d'être
obligées de toujours ajourner ses espérances, et
on s'encourageait à patienter.
Enfin, un matin Mme Fromageot entendit
frapper à sa porte à coups précipités ; c'était M'"e
L'ENTR'ACTE
Brinqujllard; clic lui dit sans sé donner le temps
de respirer :
11 a levé la cuisse, madame, il a levé la
—
cuisse, j'en suis sûre, je l'ai vu !
Vraiment, Mme Brinquillard, ah! quelle
chance! Eh bien! ça ne m'étonne pas : mon
rêve s'efface ; Brititi m'est apparu cette nuit en
songe; il levait la cuisse..
Mais je ne vous en
avais rien dit de peur de vous causer une fausse
joie; enfin le rêve se trouve confirmé par la
réalité ; il n'y a plus qu'à se réjouir !
—
.
fut fait. On célébra l'évècollation à laquelle prirent part
les amies qui ne riaient pas trop de la ten¬
dresse des deux dames pour leurs chiens et où
l'on mangea beaucoup de gâteaux et l'on but
force liqueurs.
Restait Muzette maintenant ; qu'elle fût prête,
ce
qui ne pouvait tarder, et le.... mariage de
Muzette et de Brititi allait pouvoir se consom¬
mer. En effet, Mme Fromageot, quatre à cinq
jours plus tard, avertissait Mme Brinquillard
que Muzette était prête....
Mais ici j'interromprai mon récit pour pré¬
senter au lecteur un nouveau personnage qui
jouera un certain rôle dans cette histoire.
Je veux parler de Mari us, un autre chien
aussi laid, celui-là, que les deux autres étaient
jolis. 11 était en outre gourmand, querelleur,
Et ce qui était dit
nement par une
effronté, libertin, volontaire et insolent. Tou¬
tefois, il n'était pas entièrement dépourvu de
qualités; il était surtout intelligent et brave.
Aussitôt que la lumière dorait les coteaux
avoisinant Périgueux, Marius se levait de dessus
sa
paille pour accompagner à son atelier son
maître, un honnête serrurier du quartier de la
Rue-Neuve, puis il le quittait pour ses pérégri¬
nations quotidiennes, et vous l'eussiez rencontré
partout à la fois, sur les places Francheville,
Bugeaud, Montaigne, Tourny, fringant, gamba¬
dant, jouant du meilleur cœur avec ses pareils, à
la fête pour les plaisirs pacifiques de méme qu'il
était de toutes les batailles, de tous les tintamares
produits dans la ville par les chiens. Dans
la saison des amours, c'est-à-dire neuf mois sur
douze, il ne cessait pas de lutter, voulant pren¬
dre part à tous les gâteaux et trouvant toujours
le moyen de la prendre.
Dieu sait les horions
qu'il gagnait à ses luttes homériques avec les
plus grands chiens de chasse, les dogues et les
boule-dogues ; quoique de la grosseur d'un
simple loulou qu'il était, il n'en craignait au¬
cun; quand la force était insuffisante, il avait
recours
à l'adresse ou à la ruse, et
il avait des
ressources inconnues aux autres
chiens, quelque
chose comme des bottes secrètes, des coups de
Jarnac qui lui servaient à se débarrasser de ri¬
dans des batailles où il aurait autrement
succombé. Armé de son collier de mâtin, collier
deux fois trop grand pour lui, que son maître
lui mettait tous les jours avant de quitter la
vaux
maison et que Marius quittait quand il s'agis¬
sait de plaire aux belles, parce qu'il nuisait à
moyens, mais qui le rendait fort quand
il fallait en découdre, Marius n'avait peur de
ses
rien, et, pour vivre aux dépens d'autrui, car il
ne se souciait
guere de la nourriture de son
maître, il était aussi ingénieux qu'il savait être
vaillant dans les combats. Les aubergistes pour¬
raient en dire long sur son compte, de même
que les commerçants des boulevards auraient
aussi à parler de son sans-façon ! L'auteur de
ces lignes le
surprit un jour levant la cuisse sur
un costume d'enfant placé sur le seuil de la
porte de la LSelle Jardinière. Outré de cette
audace, on fit mine de le chasser. Mais, au lieu
de se laisser intimider, Marius prit une attitude
si
agressive que, dans l'intérêt'de ses mollets,
jugea prudent de battre en retraite. Ou
ingénieux et rusé, ou crânement audacieux, tel
ne cessa jamais d'être Marius,
qui réussissait
dans tout ce qu'il entreprenait.
on
Les deux veuves avaient l'habitude d'aller
tous les dimanches à la musique, suivies de
Muzette et de Brititi. Un jour Mme Fromageot
voit un chien qu'elle n'avait jamais remarqué
jusque-là venir au-devant d'elle un mouchoir à
la gueule; elle porte instinctivement la main à
la poche ; elle était vide ; c'était son mouchoir
que le chien lui rapportait; ce chien, c'était
Marius.
Le pauvre animal ! me porter mon mou¬
—
choir, quelle intelligence! s'écria Mme Froma¬
geot. Et elle accompagna sa réflexion d'une
le dos de Marius. qui laissa faire,
agitant sa queue de reconnaissance et se léchant
les lèvres de volupté, car c'était si bon, des ca¬
resses, et si rare pour lui !... Depuis ce jour les
deux dames remarquèrent Marius, mais sans
penser à mal, et cependant elles furent témoins
d'un spectacle qui eût
pu leur dessiller les yeux!
caresse sur
Au moment où elles entraient dans les allées
de 1 ourny, un carlin d'un air
rageur se précipite
sur Brititi et va le rouler dans la
poussière,
lorsqu'un autre chien d'un coup de tête jette
l'agresseur de côté : c'était encore Marius.
PÉRIG0URD1N.
Décidément il y avait quelque
chose là-des¬
eh ! oui, il y avait quelque chose: Marius
tenait pour Muzette, et, pour mériter son
sous...
en
cœur, il ramassait le mouchoir de memère Fro¬
mageot et, à l'occasion,
frère.
protégeait Brititi son
Enfin, une autre fois Mme Fromageot le
surprit dans une pose de trois-quarts devant
Muzette, la regardant d'un œil langoureux, se
rengorgeant, portant beau. Remarque particu¬
lière : il avait laissé son collier... ce vilain col¬
lier qui lui allait aussi trop mal pour flirter avec
coquette comme la sœur de Brititi... Marius
posait sa candidature....
Ah ! mon vieux, ce n'est pas pour ton fichu
nez qu'on la garde, tu es bien trop laid ! fit Mme
Fromageot. Et de l'ai r dont Marius la regarda
Lapostropham ainsi, on était à se demander si
à sa manière il ne lui répondait pas :
Eh! madame, peut-être... on ne sait pas!
Ceci se passait dans les jours où Brititi met¬
tait le comble à la joie de sa maîtresse en lui
démontrant par des faits qu'il était adulte et où
Muzette en faisait de même, ce qui avait été
connu à des signes non équivoques.
Cependant Mme Brinquillard avait l'esprit si
rempli de l'idée que Brititi serait le petit ri ri de
Muzette qu'elle était à mille lieues de soupçon¬
ner qu'il en pût être autrement, et chaque fois
qu'elle voyait Marius roder autour d'elle et de
son amie, elle pensait que c'était tout bonne¬
ment parce qu'on Lavait caressé un jour. 11 eût
été plus sage peut-être de se méfier.... En effet,
les visites de Marius devenaient de plus en plus
fréquentes ; il passait cent fois par jour devant
la maison, jetant sur la porte et les escaliers un
regard furtif; les deux dames Lavaient vu agir
ainsi ; mais ce qu'elles n'avaient pas vu, c'est
que Marius était même allé jusqu'à oser entrer
dans la demeure chaste et pure de son idole. Si
une
—
—
on
Lavait suivi, on l'eût vu inspectant les lieux,
flairant les coins et recoins, semblant se livrer
à des études topographiques et tirer des plans...
Oh ! bien sûr Marius avait une idée, vous verrez
qu'il avait une idée....
Enfin le grand jour a lui ; Muzette parait être
dans les meilleures dispositions... Les deux da¬
mes se sont entendues...
Brititi va épouser
Muzette ; c'est décidé ; l'heure est fixée.... On a
dû retarder un peu l'événement, des visites
étant survenues. Mais les visites sont
on est
tait la réflexion qu'une querelle ne chan¬
pas
gerai): rien à la situation, et elles reviennent à
la raison.
Un mauvais plaisant, mari de Lune des amies
des deux veuves, les entendant se
plaindre au
sujet du dénoûment de ce drame intime, leur
dit pour les consoler :
Eh ! madame Brinquillard, au lieu de vous
plaindre comme vous le faites, vous devriez
vous réjouir, au contraire : Marius obtenant les
bonnes grâces de Muzette, c'est dans le goût du
jour, c'est le croisement des races, c'est le prolé¬
taire mêlant son sang jeune et généreux au sang
—
affaibli des vieilles aristocraties
Allez au diable, vous, avec votre croise¬
ment! une petite chienne si fine, si distinguée,
s'oublier avec ce malotru.... ah! j'en ferai une
maladie !
Mais les deux veuves finissent par en prendre
leur parti.
Cette fois, c'est une affaire manquée, disent...
—
—
elles, mais l'avenir est à nous!...
Et, sur ces mots, le calme leur rentre dans
l'esprit et la paix dans le cœur.
Jean de La Limogeanne.
1N[0S \MUSETTES
ARITHMOMANCIE.
Vous désirez savoir l'àge de mes deux cou¬
sins ? 11 y a cinq ans, en rnultiplant la somme
de
leur différence, on obtenail un
produit qui étais les deux tiers de celui que l'on
obtiendra en faisant la même opération dans
cinq ans ; le produit ainsi obtenu dans cinq ans
sera, d'ailleurs, égal au produit de leurs ûgss
actuels.
Quel est leur âge ?
leurs âges par
—
Voici la solution du problème (mot carré) pu¬
blié dans notre dernier numéro :
parties;
seules; Muzette et Brititi sont fermés
ensemble
Je renonce à décrire la physionomie des deux
dames en ce moment solennel.
Elles causent, mais par phrases entrecoupées;
elles sont assises, mais ne peuvent tenir en
place; elles se parlent, mais sans s'entendre;
elles se font répéter mutuellement ce qu'elles se
disent, et, quoiqu'elles essaient de prêterl'oreille,
elles'restent à l'ignorer;
à plaisir sans le vouloir,
elles s'agacent comme
et il vient un moment
Mme Fromageot laisse échapper un mot
d'impatience auquel Mme Brinquillard répond
par un geste un peu vif, mais c'est un mot et
un geste qu'on regrette, et les deux amies, Lune
aussi bien que l'autre malades du même mal,
se pardonnent réciproquement.
Enfin, la première Mme Brinquillard s'écrie :
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Z
Nous avons reçu dix-sept solutions conformes
à celle qui précède et
comme
nous Lavions indiqué, de la bande du journal.
Nos heureux correspondants recevront demain,
accompagnées,
la surprise promise, consistant en
d'actualité, due a la
plume de l'un des principaux collaborateurs
par la poste,
une
intéressante brochure
de V Entr'acte.
oit
—
Si nous allions voir
maintenant, il en est
peut-être temps, qu'en dites-vous, madame
F romageot ?
Patientons encore quelques
—
pond celle-ci ; mais, non moins pressée de savoir
que Mme Brinquillard, elle se ravise et dit :
Au fait, vous avez raison, allons voir—
C'est ici qu'une grande surprise les attendait.
Elles se lèvent, ouvrent la porte où se trou¬
vent les petites bêtes, et, la porte ouverte,
qu'est-ce qu'elles voient?— Muzette en conver¬
—
sation criminelle avec Marius !!!...
A ce spectacle,
la veuve Fromageot tombe à
amie, qui pousse des cris désespérés et fait
possible pour échapper au fardeau qui l'écrase, la veuve Brinquillard pesant 113 kilos
sans en excepter un gramme, et Mme Fromageot
ne pouvant opposer qu'une faible résistance, car
elle y allait modestement de ses 76 livres (38
kilos), encore c'était-il toute mouillée, selon sa
pittoresque expression , qu'elle en arrivait à ce
poids. Les 11 3 kilos de Mme Brinquillard la
suffoquent, elle va rendre l'âme; mais un mou¬
vement dans lequel elle concentre tout ce qu'elle
a de force la
dégage, et Mme Brinquillard,
aussi bien qu'elle revenue de son émotion, se
lève, et reproche amèrement à Mme Fromageot
d'avoir laissé la porte ouverte, ce qui a permis
d'entrer à cette canaille, à ce communard de
Marius, suborneur de la vertu, contempteur
son
son
l'honneur des familles.
Mme Fromageot
riposte que la coupable, c'est plutôt
fait voir de toutes
qui
On juge un braconnier
en a
les couleurs aux bons gendarmes. (1 n'est pas
de ruses
qu'il n'ait employées pour les dépister.
Un aimable Pandore
au
s'en plaignait en ces termes
jury:
(jui, messieurs, ce gredin est un maître bracon¬
et il allait même jus¬
nier. 11 nous dépistait souvent,
qu'à nous surveiller... C'est à moi surtout qu'il en
voulail le plus. 11 me suivait partout; sûrement, il
voulait né épier.
Au café :
Un habitué demande une
enveloppe au garçon,
plume, de 1 encre et une
qui est le propre neveu de
Calino.
liens, fait-il après avoir louille
.
,
,,
dans son porte¬
feuille, c'est embêtant, je croyais avoir des cartes sur
—
la renverse, la veuve Brinquillard à son tour
fait la même chute, en travers sur le corps de
de
A la cour d'assises :
—
minutes, ré¬
êmí-
imm
elle, qui,
ne'pouvant résister à sa curiosité , est venue,
sans s'en douter,
en aide au séducteur, et les
deux dames en seraient peut-être arrivées à s'en
prendre à leurs fausses nattes, si elles n'avaient
moi...
Alors le garçon, avec un sourire
tois :
Si Monsieur le veut bien, ,|e peux
des miennes.
.
,,
•
aimable et cour¬
.
—
,
.
lui prêter une
*
O
*
La logique clu
jeune Tomy :
pourquoi que tu me fais écrire alouette
avec un seul l, puisqu'elle en a deux comme les au¬
Maman,
—
tres oiseaux ?
***
Une'forte dame entre
dans un magasin de cor-
S6t—Madame, dit la marchande, veut sans doute un
corset de baleine ?
**#
Dans un lycée de jeunes
—
—
filles :
Qu'est-ce que le baiser ?
l'on formule au premier
savoir si l"entre-sol est á prendre.
MA.
C'est une demande que
éta^e pour
Le Gérant, SPA.
Périgueux, imp. LAPORTE, anc. Dupont et C*.
