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Médias

Fait partie de L'Entr'acte périgourdin

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Première Année

Prix : 10 centimes

Numéro 15

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LITTERATURE, ARTS, THEA

INDUSTRIE

ABONNEMENTS
Un an.

Si* mois.

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1' 75

FUSION

..

INSERTIONS
Annonces,

Réclames.

CONFUSION

DIrrusto M I

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ju.

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JiOTW&pt'f/LV&O

L'ENTR'ACTE

H L A UK.
Paillasse, mon ami,
Ne saute point-za-demi,
Saute pour tout le monde.
vBêranger.)

vin public blasé qui s'embête
(Et baille à bouche ■que-veux tu,
OiCcusieur Slow u s est mis dans la tète

De voye^-vous qui se torture
Tour obtenir quelque succès?
Osais il faitpileuseJiqure,
Dt le public murmure : « ^Tsseq ! »
Trenant à deux mains son courage,
Dl annonce un tour très rupin :
G'est le célèbre mariage
De la carpe avec le lapin.

Osais c'est vainement qu'il s'escrime

Dssayant d'arriver à bien,
Vainement qu'il sue et qu'il trime...
Tfn tel effort ne produit rien.
ccueilli selon ses mérites,
Ge saltimbanque malheureux
SSTe reçoit que des pommes cuites,
Z£u heu d'un rappel chaleureux.

Si, par sa blague mensongère,
De public put être intrigu
Osa in tenant il ne

gobe guère
qui fa blagué.
Dors, f histrion mélancolique
Oset ses plumes en leurs étuis
'Puis, voyant s'enfuir la pratique,
if ail relâche et Je rme son huis !
%*§■
Ge clown ventard,

CHRONIQUE
Rassurez-vous, amis lecteurs, ce n'est pas de
en

que je viens
parler aujourd'hui. Celte lettre,-qui a déjà
lait verser des îlots d'encre, est du domaine
de la politique, et il est entendu
que je ne
veux pas en faire ici. Non ! il
s'agit tout sim¬
plement d'une lettré particulière, qui m'est
parvenue ces jours derniers de Paris, et dont
l'auteur, après avoir causé de tout un peu,

vous

s'exprime en ces termes :
«

...

J'ai assisté hier à

ment

élevés

écrites et

une

signées

j'ai

vu

une vente
d'autographes à
céder à des prix relative¬

collection fort curieuse de lettres

Mme Lafarge,

l'héroïne du
sombre drame du Glandier. Par une
'singulière coïn¬
cidence, le premier lot inscrit au catalogue était com¬
posé de cent chansons de Béranger, le doux poète.
Le croirais-lu "? Le succès n'a pas été
pour le chantre
de Lisette, dont les
autographes, tu le sais aussi bien
que moi, ne courent pas les rues. On s'est acharné
par

les lettres de cette femme célèbre dans les anna¬
les judiciaires, et qui a
captivé si longtemps l'opinion
sur

publique. II ne s'agissait pas, il est vrai, de quelques
lignes jetées à la hâte, ou de quelques mots insigni¬
fiants auxquels la signature seule
peut donner un
certain prix. C'était une correspondance suivie,
adressée par Mme Lafarge à un ami de son
père, qui
l avait connue de tout temps, et
qui consacra une
grande partie de sa fortune à la défendre et à la sau¬
ver...

trouver de

nom¬

garde impériale ; sa grand'mère avait partagé
les leçons données à MUe d'Orléans par Mme de
Genlis; son grand-père maternel, M. Collard,
avait été fournisseur des armées de la Répu¬
blique ; ses tantes maternelles avaient épousé,
l'une un diplomate prussien très connu, M. de
Martens, l'autre le secrétaire général de la Ban¬
que do Franco, M. Carat. Douée de tous les
charmes de l'esprit, d'une rare et profonde intel¬
ligence, d'agréments infinis, Marie Capelle ap¬
partenait à ce haut monde, elle y avait vécu
longtemps, elle y était présente de souvenirs et
de relations. On
juge de l'intérêt puissant d'une
accusation d'empoisonnement et de vol frappant
tout à coup une femme de ce rang, de cette
position de famille et de cette éducation!
Marié Capelle , nous dit la même biographie,
exerçait une sorte de fascination étrange sur
tous ceux devant qui son nom était
prononcé.
Four les uns, ange de pureté; pour les autres,
démon du mal ; elle était pour tous une
énigme
vivante et singulièrement attrayante. « Les re¬
gards, les imaginations, les cœurs, disait, il y a
quelques années, un des nombreux écrivains
que l'étude de ce type de femme a séduits, 011
peut dire qu'elle tint tout cela enfermé avec elle
dans une cellule de prison, à Drive ou à Tulle,
Elle Ht pleurer le grave magistrat
qui deman¬
dait la répression du crime dont elle était ac¬
cusée ; elle transforma un savant en
poète et
s'en fit un champion do la dernière heure aussi
intrépide qu'éloquent. »
II y a des écrivains qui
prétendent qu'on ne
peut, au fond d'un cachot, trouver une idée. On
a dit aussi
qu'on ne pouvait se livrer aux tra¬
vaux de l'esprit pendant une traversée en mer.
Quoi qu'il en soit, Mm" Lafarge a pris la plume,
et il est incontestable qu'elle ne s'en soit victo¬
rieusement servie. Parfois, elle écrit
jusqu'à
seize pages admirablement stylées, et où il est
impossible de rencontrer un lieu commun.
La lettre que je possède, écrite
par l'accusée
de la prison de Tulle à une amie
d'enfance, cou¬
vre, recto et verso,

A PROPOS DE LETTRES.

l'hôtel Droúot, et

,

breux, partisans ! Si elle était coupable, quelle
astuce il lui fallut dépenser pour soutenir son
rôle jusqu'au bout !...
Une notice biographique, que j'ai sous les

(Somme), en 1816 ; elle était fille d'unjieutenantcolonel d'artillerie, ancien officier de la vieille

Dédaignant le vieux répertoire,
Que l'on repousse absolument,
De pitre, dans son écritcire,
pris deux plumes seulement.
(de sont deux longues plumes d'oie !
D'une pour l' Empire a gratté,
Tandis que l'autre était en proie
<sÁuprurit de la royauté.
Or, suivant une étrange mode,
Ssotre gaillard prend, sur majoi !
G es plumes et les accommode
Tour célébrer... n'importe quoi.

rédacteur

avait su, comme Tiohborne

yeux, raconte que Mnie Lafarge, née Marie-For¬
tunée Capelle, vint au monde à Villers-Hellon

De servir un tour impromptu :

la missive du Prince Victor au
chef de Y Echo de lu Dordogne

bouche par un baiser : pas

Lafarge soient précisément rares ou que je par¬
tage l'engouement des collectionneurs qui fré¬
quentent l'hôtel Drouôt; mais je reconnais, avec
beaucoup de bons esprits, que rien n'est plus ■
intéressant que ces lettres d'une prisonnière qui |

Périgueux, 11 (Septembre 1886.

dMonsieur

PÉRIG0URD1N.

»

Ces déíails, fournis par mon
correspondant,
me frappèrent aussitôt et me
rappelèrent que je
devais avoir quelque part une lettre écrite tout
entière de la main de Mm° Lafarge. Sans plus

tarder, je me mis à sa recherche, et, après avoir

fouillé longtemps et retourné en tous sens un
tas de paperasses
je réussis à mettre la main
sur le précieux
autographe,

qui reposait depuis
plusieurs années entre les pages d'un vieux
bouquin tout couvert de poussière et en partie
rongé par les rats. Heureusement, la lettre était
intacte, quoique un pou jaunie par le temps.
Mon Dieu, ce n'est pas
que les lettres de Mme

trois feuilles in-octavo d'un

papier très fin et portant à l'entête le prénom de
Mme Lafarge : Marie. L'écriture est
hardie, ra¬
pide et peu soignée ; environ six mots suffisent
à emplir la ligne. La lettre est sans
rature, et
tout dénote pourtant qu'elle est écrite d'un
pre¬
mier jet. Vers le milieu de T
épure et au pas¬
sage le plus émouvant, plusieurs mots ont pres¬
que disparu et semblent effacés par des larmes.
Est-ce la trace des pleurs de la
prisonnière,
qui, pendant que sa plume courait sur le papier,
songeait aux jours si tranquilles et si riants de
son enfance,
qu'elle pouvait comparer à l'avenir
si sombre qui lui était réservé ? Je ne saurais le
dire ; mais je crois être
agréable aux lecteurs

de YEntr'Acte en leur faisant connaître le mer¬
veilleux style de Mmc Lafarge. Voici donc le
texte de la lettre dont je
possède

Toriginal (1) :

Que Dieu garde et bénisse votre bel enfant. Je
n'ose lui envoyer un baiser, je ne veux
pas qu'une
larme ternisse le duvet de ses
petites joues : je veux
un jour de bonheur
pour lui envoyer tout l'amòur que
mon cœur lui a voué. Tu as
beaucoup souffert ; mais,
n est-ce
pas, tu es fière de ton petit ange ? Lorsque lu
l'endors sur tes genoux,
que le regard de Félix te
remercie du fils que tu lui donnes,
que sa main presse
tes deux mains, n'est-ce
pas, tu comprends que la
destinée est remplie, que c'était
peu de douleur poin¬
tant de joie? Hélas! te
rappelles tu nos rêves : ma
petite Jacqueline qui ne laissait plus un vide dans
mon âme, qui te disait ma
mère, qui à seize ans rou¬
gissait â ton fils ! Tout est fini pour moi, je vivrai
«

seule, et ma mort n'isolera pas un être bien-aimé.
L' me dis que

je suis injuste, que tu m'aimes.
mais mon Antonine ne sait-elle pas aussi
que toujours mon cœur fut ambitieux. L'affeclion que
vous me
donnez, celle que je vous porte est une joie
dont je ne saurais me passer. Un amour
unique, in¬
time serait ma vie, et c'est ma vie
que je n'espère
"

Jo le sais ;

plus, sur laquelle je pleure amèrement. Je ferme la

(1) Cette lettre a figuré au procès. Elle avait été remise
dans ce but à l'avocat.de Mme Lafarge. Me llac l'ollïït en¬
suite à .IIe Charpentier de Belcour, avocat, natif de Limo¬

ges et habitant Pèiigueux, qui la donna plus tard ;ì Eugène
Massoubre, le regretté rédacteur en chef de l'Echo (le la

Dordogne. C'est de ce dernier que je Iíi tiens.

p. L.

de sermons, j ai la fièvre

soir, je grelotte, je vais avaler de la tisane, rentiei

ce

mes

larmes et

répondre à deux des questions de ta

dernière lettre. Tu
notre

dis que

me

vieille Lalo que

Clémentine a écrit á

j'avais eu la visite d'un jeune

qui m'admirait comme une sainte Vierge, et
qui m'écrivait de si belles lettres que j'en pleurais.
Tu conclus de cela que c'est mon défenseur, et tu te
réjouis de cette intime conviction qui viendra émou¬
voir les juges !
Tu te trompes, ce n'est pas lui dont Clémentine
voulait parler. C'est un jeune homme qui est plein de
cœur, qui a vingt ans et qui est amoureux fou de mon
malli eur. Je comprends ce culte de la douleur ; il me
avocat,

.

f

ait du bien, et je remercie le noble jeune homme qui

l'apporte, sans y arrêter ma vanité ou mon cœur.
Mon avocat, lui, est un homme de trente ans ; on le
me

talent, d'une véritable puissance à la tri¬
bune; moi, je sens que c'est un noble cœur, et j'ai loi
en lui comme j'ai foi en Dieu. Je crois qu'il s'occupe

dit plein de

de ma cause avec intérêt et dévouement, avec ré¬
flexion, mais sans enthousiasme. Je serai un beau rêve
dans les vingt ans de M. Lachaud, une bonne action
dans la carrière de M. Bac...
» Tu ne veux
pas que je te parle de ce que je souf¬
fre, et tu veux savoir mes pensées. Mais, hélas ! avec
cette exception que tu m'imposes, il m'en reste lor'
peu à te dire. Je vais près de vous et je vis un peu de

votre bonheur ; j'essaie de me détacher de ce

de mettre

en .Dieu

monde,-

seul espoir et avenir. Quelquefois,

je ferme les veux, je suis à Villers-Hellon, j'entends
le galop d'un cheval,

j'embrasse mon grand-père de
joie ! Puis, c'est la
Dernière Pensée, de Weber, ce quatrième acte des
ifuguenots, que nous parlions si bien et chantions si
mal. Puis, c'est la mort de mon pauvre grand-père,
c'est cette dernière soirée où je brisai mon idole, en
toutes mes forces

brisant

mon

pour user ma

cœur, cette nuit où, ma tête sur

amour

tes ge¬

folle et je voulais mourir avec mon

noux, je devenais
..

Pour l'avenir, je ne pense rien, je n'espère rien.
Malheur à la femme qui a été flétrie par les paroles
«

du monde ! II

ne

lui reste que

la calomnie, le doute

la pitié !

ou

Ma santé est

mauvaise; j'éprouve un ma¬
laisse guère de trêve que
lorsque je suis couchée. (Ici un passage tout intime
»

assez

laise général et qui ne me

que nous ne pouvons reproduire.)
»
Le fait est qu'il y a des

choses fort inouïes
des choses que je ne puis f écrire,
niais que j'oserai peut-être te dire un soir, lorsque la
bougie sera éteinte, et nos deux lits près l'un de
l'autre, comme dans notre enfance, quand arrivait
...

dans ma destinée,

l'heure du secret.

Adieu, il est minuit, je veux ajouter quelques
une lettre que j'écris à mon
avocat ; il faut
donc te quitter.
Je serre la main de Félix ; je prie Dieu pour ton
enfant, et je t'envoie ma plus intime pensée dans mon
plus tendre baiser.
Marie. »
»

mots ù

»

On sait que Marie Capelle, veuve Lafarge,
après un procès mémorable, fut condamnée à
la peine des travaux forcés à perpétuité ; elle
passa neuf ans à la maison centrale de Mont¬
pellier, puis elle fut transférée dans la maison
de santé de Saint-Bemy. Sa santé, délabrée par
des angoisses de toutes sortes, avait provoqué
cette faveur ;

mais cet adoucissement

ne

lui

suffisait pas, et elle aspirait à la liberté com¬
plète. On se rappelle à la suite de quels inci¬
dents Louis Napoléon accorda grâce pleine et
entière à cette femme étrange.
Le 1er juin 1852, Marie Capelle se retrouva

libre, mais condamnée à mort par un arrêt plus
irrévocable que celui des hommes. Elle vécut
encore quelques mois, si cela peut s'appeler
vivre, et, le 7 novembre 1852, elle rendit le
dernier soupir aux eaux d'Ussat. Sa dépouille
mortelle repose dans le petit cimetière d'Ornolac. Une simple croix, dit fauteur des Causes
célèbres, s'élève sur cette tombe, qui renferme
celle que Dieu a jugée après les hommes !
Paul LEBRETON.

LES FEMMES QUI PASSENT
LA FEMME HEUREUSE.
A qui n'est-il pas arrivé, en
rue, de voir venir devant lui

passant dans la
une

femme

au

bras d'un homme ? Celui-ci est
grand, bien fait,
beau garçon, comme -on dit
vulgairement ; sa
barbe soignée s'étale en éventail , son bras
doucement ployé sert d'appui à une main fine
et bien gantée, dont les
doigts se croisent avec
ceux de l'autre main, formant cercle. La
femme,
dans cette pose un peu nonchalante,

allonge le

pas, et deux jolis pieds frappent le pavé à suais-

L?ENTR'ACTE PÉRIGOURDIN.

son de ceux du beau
cavalier; son corps, que
la marche fait osciller, effleure le bras
qui la
soutient. Elle est jolie, elle est petite, blonde,
très fraîche ; sa mise est
élégante, mais de cou¬
leur sombre ; son chapeau fermé, — petite

Adieu, tournures diaboliques,
Corsets, chignons, disparaissez!
Nos femmes seront authentiques :
Les jours de fraude sont passés !
C'est un plaisir, il faut voir comme

capote, disent les modistes.
Eh bien, si vous avez
passé près d'elle, la
regardant sans effronterie, elle vous aura rendu
votre regard. Elle fixera un instant sur vous ses
yeux bleus ; sa bouche sera souriante. 11 n'y
aura

Tout est bécarre maintenant;
Tout le clan de la haute gomme
Dans le bon goût va de

raconté.

y aura un brin

Mélange d'argot, de chinois;
On parle, sur notre rivage,
Le beau français, comme autrefois.

C'est une femme heureuse. Sans doute le
beau cavalier est un époux, tout nouveau peutêtre. Cette petite blonde porte la joie sur sa

Dans chaque sexe on rivalise,
C'est à qui fera pour le mieux ;
Notre mode s'idéalise,
Notre goût devient merveilleux.

personne, cela lui sert de parure et de voile; et
à travers le bonheur son
regard peut être lìxe,
il sera honnête. Elle vous dit
plus par ce coupd'oeil que tout un joyeux roman qui finit par un

Ce regard vous arrive soit comme un complé¬
si vous êtes heureux,
mais c'est rare, car en ce cas vous né sauriez
pas remarqué, —soit comme une ironie à votre
tristesse. Ah ! cela vous fera mal, et il y aura
quelque chose en vous qui criera.
de fus un jour le confident d'un pauvre garçon
qui pendant longtemps a été martyrisé par un
regard de femme.
C'était un modeste employé de la préfecture.
II entrait à son bureau vers neuf heures, je
crois, et, depuis des années, il passait sur le
même pont. II s'était marié avec une jolie fille
qui travaillait aussi dans quelque magasin. Ils
arrivaient se donnant le bras, heureux dans une
bonne lune de miel ; puis la femme tournait
d'un côté, lui d'un autre ; ils s'aimaient , c'était
le bon temps.
Un jour vint où cette vie de privation et de
misère propre — si souvent le partage de ces
petits ménages — fit fuir la femme, qui n'aimait
plus. Et le pauvre employé passa tout seul sur
le pont
11 cioisait alors en chemin

une

femme

qui,

pendue au bras d'un jeune homme, personnifiait
sans doute le
type que je décrivais tout à l'beure.
Celle femme le regardait de ce regard heureux.
Les gens que l'on rencontre chaque jour à
la même heure, au même endroit, sont
presque
des connaissances. — Et tous les matins mon


employé voyait la femme qui le regardait; il s'y
attendait, et cela lui faisait mal.
11 retrouvait dans ces
yeux Ioules les dou¬
ceurs d'un amour
autjuel il s'était attaché comme
à la consolation de la pauvreté et au bien-être
du petit foyer — amour perdu pour lui, envolé
avec un peu de son honneur et
beaucoup de sa
vie.
S'il baissait les yeux, il la sentait venir et il
la lìxait.
Elle me plaint sans doute, me disait-il,


moi je la tuerais.




Changez votre intinéraire, lui dis-je.
J'ai essayé, l'habitude est plus forte
que

la douleur.
11 est mort ! et si la femme heureuse a ren¬
contré sa modeste bière; si elle l'a regardée en
se

signant, le pauvre homme a dû tressaillir !
FANTAZIO.

Par toi tout devient naturel,
Le naturel, chose si rare!
Puisse ton règne être éternel !

Sur la trouvaille d'aujourd'hui;

Bécarre détrône la scie
Du tseing, du pscliut et puis du v'ian;
Ah ! messieurs, je vous remercie :

Quel repos pour notre tympan !
Quoi ! nous avons fini d'entendre

L'insipide : « On dirait du veau
Au naturel on veut se rendre :
Béni soit votre mot nouveau !

! »

Comme en la gamme échevelée,

Quand un dièze ou bien un bémol
Trop loin veut prendre sa volée,
Le bécarre arrête son vol.

A notre langage bizarre,
A notre mode absurde, à tout,

Puisque nous mettons un bécarre,
Le naturel revient partout.
Naturel sera le langage,
Naturelle la mode aussi ;
De se maquiller le visage
La femme n'aura nul souci.



bord vous avez contre vous M. le maire,
odieux soupçons vous l'ont rendu hostile ;

LE TROUBADOUR.

enfin, j'ai là, dans vos lettres, de quoi vous per¬
dre auprès de M. l'inspecteur d'académie....
Est-ce que, par hasard, vous voudriez me
faire croire que ma lettre renferme ...
Une faute d'orthographe ! Oui, monsieur,
une faute grosse, grosse....
Enfin, une faute à
vous perdre....
A ces mots, Cornet pâlit.
Philistine, ne mentez pas ! s'écria-t-il, j'ai
commis une faute d'orthographe, moi, Cornet ! ! !
Oui, et une faute contre les règles des par¬
ticipes, faute qui se complique d'un barbarisme.
Vipère ! tu en as menti, ce n'est pas pos¬




iÇornet avant ! (Cornu après !
ne

La commune de Bourg-les-Anons, que vous
trouveriez pas sur les cartes de la Dordogne,

possédé, il y a quelques années, l'instituteur
le plus enthousiasmé de sa profession que l'Université ait jamais inscrit dans ses fastes
Pro¬
fession ! ai-je dit. Ah ! s'il m'avait entendu
a

prononcer ce mot

profanateur! — Une profes¬

sion, instituteur! Une mission, monsieur, un
sacerdoce, vous voulez dire. Et il n'y a pas à le
contester, il était digne de remplir cette mission,
Cornet, lui qui se croyait vierge de tout accroc
à la langue française depuis l'obtention de
son brevet de capacité.

Oui, monsieur, Cornet vous eût écrit cent
pages sans que vous eussiez pu trouver à re¬

prendre une seule virgule, un seul accent à ces
pages.... du moins c'est ce qu'il croyait.
Et un jour un mauvais sergent en congé de se¬

cent

mestre, natif de Bourg-les-Anons,, ayant voulu
dire, entendant Cornet parler de son savoir,

qu'il faisait sans doute comme tout le monde,
qu'il devait se tromper quelquefois, Cornet, en
dépit de l'Université, qui ne veut pas de duel,
Cornet l'obligea

à lui rendre raison de cette

injure et fit rentrer l'ìnsolente dénégation dans
la gorge du mauvais»sergent.
Et cependant Cornet, si sûr de son orthogra¬
phe, si fier de sa mission, Cornet n'était pas
heureux. II était éperdument épris de l'institutrice, M"e Philistine, mais celle-ci mêlait beau¬
coup trop pour lui l'absinthe avec le miel. II
ne savait si oui ou non il était aimé, et, malgré

cela, il se sentait entraîné avec elle sur les pentes
du mariage sans

qu'il pût

se

retenir sur ces

pentes.
La veille du jour où commence ce récit,
Cornet, ne pouvant se décider à se coucher
revoir l'institutrice

ou

tout

au

moins sa

l'habitation de la jeune personne, et qu'avait-il
vu? Un homme sortir furtivement de chez elle.
Cet homme, c'était M. Brocart, maire de Bourg-

les-Anons, que la médisance désignait, mais à
tort, comme Damant de Philistine, malgré sa

position officielle et quoiqu'il fût le mari d'une
jolie femme. II est vrai que Philistine
prétendait que M. Brocart venait chez elle
pour se remettre en mémoire certains principes
d'arithmétique dont il avait besoin; mais cela
paraissait d'autant plus suspect à Cornet que
M. Brocart, quoiqu'il ne fût plus jeune, était
un bellâtre
ayant la réputation d'aimer les fem¬
mes. Cornet ne l'avait
pas bien reconnu, mais
sa jalousie voulait
que ce. fût M. Brocart, et il
se croyait sûr
que c'était lui.
Du reste, il saurait bientôt à quoi s'en te¬
assez

Votre « bécarre » est magnifique,.
Le bon goût revient avec lui.

Cornu après? Voyons, mademoiselle, une bonne
fois pour toutes, expliquez-vous?
Je ne veux pas plus répondre à vos injonc¬
tions qu'à vos insinuations, que je dédaigne, et

vos

demeure, s'en était allé, à onze heures du soir,
par un beau clair de lune, roder tout autour de

Je ne ferai point la critique

caleçons avant qu'il les ait posés, ainsi que le
rapporte la chronique ? Est-ce encore un de
vos moyens, le fait de risquer, quand vous êtes
en belle humeur
certains jeux de mots sur
mon nom, en disant de moi, par exemple :
Cornet avant, Cornu après? Mais d'abord,

je vous répète que j'ai un moyen sûr de vous
forcer à garder la foi jurée. Je suis armée contre
vous, et vous n'avez pas un seul appui... D'a¬

Bécarre, à toi, merci, bécarre!

sans

Beaux messieurs qui faites la mode
Et qui nous donnez le bon ton,
II faut l'a vouer, votre code
N'est pas toujours superbe, oh! non!

est-ce que vous regardez
moyen la liberté que vous prenez de
recevoir un homme la nuit, de lui remettre les
boutons de ses faux-cols à.domicile quand sa
femme n'y est pas, et de faire des reprises à ses
emportement,

qu'entendez-vous par ces mots : Cornet avant,

Le doux règne de l'áge d'or.

ment à votre bonheur,

foi jurée !

Et quels moyens avez-vous ? s'écria Cornet

,

Avec de la persévérance
De beaux jours nous aurons encor;
Bientôt renaîtra pour la France

mariage.



comme un

savant....

de bonheur

les moyens de le forcer à respecter la
avec

On a banni l'affreux langage

dans ce regard ni dédain, ni provocation,

ni indifférence : il

fait á sa réputation. 11 s'était engagé à devenir
mari ; ii l'épouserait, quelle que fût son
idée à ces égard, ayant, s'il faisait le récalcitrant,
son

nir.
Le lendemain, en effet, il se rendit chez l'ins¬
titutrice avec l'idée d'avoir une explication.

L'explication eut lieu ; elle fut orageuse. Cornet
reprocha à Philistine tous les griefs qu'il avait
sur le
cœur, et finit en disant que c'était la der¬
nière fois qu'elle le voyait.
A cette menace, la
jeune personne se répandit
en
récriminations et lui reprocha de forger
l'histoire de l'homme qu'il avait cru voir sortir
de chez elle. II voulait
rompre maintenant que
tout
Bourg-les-Anons savait qu'il avait été
question de leur mariage. II était trop tard;
elle ne souffrirait pas
qu'un tel dommage fùt







sible !!!


Pédagogue du diable! tu vas voir si j'ai

menti!... II était question, dans un passage de

de ces odieux soupçons qui n'ont
jamais pu sortir de votre pauvre tète, et, pour
cette lettre,

défendre, vous disiez : — Ces soupçons,
mademoiselle, je ne les ai point eus, et vous

vous en

écriviez : Tointus....
J'ai mis pointus, j'ai écrit pointus! en un
seul mot!... répéta Cornet. Oh! donnez-moi
la lettre, indiquez-moi le passage incriminé....
le veux voir
je ne m'en rapporte pas à toi,
femme de fraudes et d'artifices... je veux voir...


je veux toucher
je serai sûr après, mais après
seulement....
Elle lui mit la lettre sous les yeux, mais en la
tenant fortement, comme si

elle craignait qu'il

la lui arrachât des mains, et plaça un doigt sur
le passage signalé,
Hélas! on ne le trompait pas. Cornet vit. Mis
ainsi en présence de la réalité, il fut sur le point
de tomber à la renverse ; il lui fallut, pour se

soutenir, s'appuyer d'une main au barreau de

chaise.... Ainsi Philistine ne mentait pas, il
avait commis quelque chose d'inouï... Dix ans
sa

d'exercice de sa profession témoignant d'un
savoir incontesté se trouvaient ternis par une
absurdité écrite dans un moment de trouble

d'esprit, de jalousie causée par son trop grand
amour pour cette fille qui pouvait le perdre, qui

entre ses mains.... C'en était
trop, il ne le supporterait pas... Oui, mais com¬

tenait son sort

échapper à la situation? Subir la loi que
Philistine voulait lui imposer? Son orgueil se
révoltait....
Mais tout à coup il se frappa le front. Une
ment

pensée soudaine lui avait traversé l'esprit.
Mademoiselle Philistine, dit-il, vous qui
faites tant la fière, savez-vous que si vous me
menacez de montrer ma lettre, je puis vous re¬


procher, moi aussi, une énorme faute d'ortho¬
graphe! — J'ai fait une faute d'orthographe,
moi?— J'ai prononcé le mot énorme; jugez-en :
vous avez dit un jour, et mes oreilles s'en dres¬
sent encore

d'horreur,

vous avez

drais que vous le ferie\.

dit : Je vou¬

Je n'ai pas besoin de

l'ajouter, il fallait dire Jissie
Philistine savait l'orthographe de manière à
devoir être de l avis de Cornet ; mais non seu¬
lement elle nia avoir fait la faute, mais elle alla
même jusqu'à prétendre que son langage, en

supposant qu'elle l'eùt tenu, n'avait rien d'in¬
correct. Pour Cornet, c'était un comble.

Philistine, dit-il, vous vous moquez de
moi, il n'est pas possible que nous soyons en


désaccord

sur

un

point semblable ; je n'insiste

pas, vous avez tort, et c'est comme si vous en
étiez convenue....
Convenue ! oh ! non, je ne conviens de
rien ; mais, puisque vous prétendez que l'ex—

pression je voudrais que vous le feriez est in¬
correcte, prenons un juge; et tenez, voici M. le
maire qui passe, consultons-le.
Sur ces mots, elle sortit de la salle du rez-dechaussée oû elle se tenait avec Cornet et d'ou
elle avait vu passer M. Brocart, fit quelques pas

L'ENTR'ACTE

dehors, et, abordant le magistrat municipal,
elle le pria de vouloir bien entrer chez elle, en
lui faisant connaître ce qu'elle attendait de lui.
Voyons, de quoi s'agit-il ? demanda le


maire d'un air

important, une fois qu'il fut
auprès des deux instituteurs.
Voici, monsieur le maire, ce dont il est
question. Nous sommes en désaccord, monsieur
et moi, sur celle
qui vaut le mieux de ces deux
phrases : ,1e voudrais que vous le ferie\, ou
je voudrais que vous le fissie\?
Le maire n'en savait rien; mais il espéra se


tirer d'embarras et tourner la difficulté en inter¬

rogeant les deux parties.

orageux et la mine à l'envers de l'instituteur,
qu'il sait honnête et naïf, laisse errer sur ses lè¬
vres un sourire
quelque peu ironique.
Dites-moi laquelle vaut le mieux de ces
deux phrases : Je voudrais que vous le feriez,
ou je voudrais
que vous le fissiez ?
Le receveur ne cessait pas de regarder Cornet
de son même œil malicieux; il lui répondit
avec
sang-froid : — Mais, monsieur Cornet,
une semblable
question m'étonne, venant d'un


homme instruit comme vous l'êtes... II faut dire

je voudrais que vous le feriez.... Qui est-ce qui
pourrait en douter? — Qui pourrait en douter?
Moi!!! monsieur!
Mais, monsieur Cornet,


Comment avez-vous dit, vous, mademoi¬
selle ? — J'ai dit : Je voudrais que vous le feriez.
Et vous, monsieur Cornet ? — J'ai dit que
vous le fissiez. — Fissiez! vous avez dit fissiez,
monsieur Cornet ! mais vous n'y pensez pas !
Fissiez! où diable avez-vous pris ce mot ? —
Dans la grammaire... — La grammaire... la
■—





grammaire!... Mademoiselle Philistine, il n'y a
pas à douter que c'est vous qu: avez raison : il
faut dire je voudrais que vous le feriez....
Ah ! vous voyez, c'est l'opinion de M. le


maire, s'écria Philistine.

Cornet n'en revenait pas. —Monsieur le mai¬
re... monsieur le maire.... balbutia-t-il,
malgré
mon respect pour votre autorité et pour votre
personne, je crois pouvoir vous affirmer que
îa grammaire, que nous devrions consulter....
Qu'est-ce que vous me chantez là, consul¬
ter la grammaire ? Est-ce que nous avons besoin
de grammaire, pour traiter une pareille ques¬
tion? Mon savoir ne sulfirait-il pas, monsieur
l'instituteur? D'abord, je dis comme ça, moi,
c'est déjà une preuve que c'est bien dit; et je ne
suis pas le seul à parler de cette manière, mon
ier adjoint, mon 20 adjoint, mon conseil muni¬
cipal, ma commune, tout mon monde parle
comme ça, à
Bourg-les-Anons.... Vous voyez
donc bien, jeune homme, que vous avez tort !
Ah! monsieur le maire, je vous proteste, je




affirme
Mais le maire ne l'écòutait pas , il s'éloignait

vous

gravement, fier comme dut l'être Salomon âpres

jugement fameux.
Ah ! l'autorité municipale parle et il faut
que je m'incline ! s'écria Cornet exaspéré. Eh
bien! à l'autorité municipale je vais opposer
l'autorité ecclésiastique. Je cours chez M. le
curé ; il connaît sa langue
il tranchera la
question, il me donnera raison !...
Mais lorsque Cornet se présenta chez le curé,
celui-ci était malade et ne put le recevoir ; à
son



,

défaut du curé, il voulut voir le percepteur et
courut chez lui ; mais le percepteur était en

tournée. Cornet, très contrarié et toujours très

surexcité, se demandait de quel côté il devait por¬
ter ses pas pour trouver quelqu'un de son avis,
lorsqu'il fit la rencontre du brigadier de gen¬

darmerie suivi de ses hommes. — Un brigadier
est un homme quelquefois lettré, se dit Cornet,

je suis curieux de savoir si celui-ci me donnera
tort....

vous avez

tort. —

Comment !

il faudrait

dire

que vous le feriez !... Mais vous êtes donc tous
d'accord à Bourg-les-Anons pour trahir l'Uni¬
versité !
Nous sommes tous d'accord sur une


question qui ne peut pas nous diviser... La
grammaire est formelle à cet égard : il faut dire
je voudrais que vous le feriez
En présence de cette affirmation et du ton
sérieux du receveur, le pauvre Cornet se prit à
penser. —Ah! malheur! j'ai donc perdu la tête!

s'écria-t-il en laissant tomber ses bras de décou¬

ragement. Avec un homme tel que vous, mon¬
sieur le receveur, dont la compétence ne peut
être mise en doute, je dois reconnaître que j'ai
tort ; c'est donc sans raison que

Brigadier, lui cria-t-il, un mot, s'il vous
plaît ? — Qu'y a-t-il pour votre service ? — Je
voudrais savoir si vous pensez comme moi : êtesvous d'avis qu'il faut dire :
je voudrais que vous
le ferìe\ ?—Et comment que vous diriez donc,
vous? fit le gendarme, qui crut que Cornet,

malgré son air de sincérité, se moquait de lui.
Je dirais : je voudrais que vous lefissie{....
Ah! oui, et pourquoi pas que vous lefessìe\ ?
s'écria le brigadier, ne se privant pas de rire de





bon mot. Je ne peux pas vous

affirmer la¬
quelle vaut le mieux de ces expressions, mais ce
dont je puis répondre, c'est qu'à la caserne nous
disons tous je voudrais que vous le feriez, parce
que nous voulons parler en bon Français, un
militaire ne pouvant jamais parler qu'en bon
Français, entendez-vous, monsieur le mauvais
plaisant ! — Vous aussi, gendarme, vous estro¬
piez la langue, au mépris de l'Institut, de l'Aca¬
démie, de l'Université, de tout ce qu'il y a de
sacré ici-bas!

Le brigadier haussa les épaules et ne répondit

pas. Cornet recommença sa course, mais c'était
cette fois pour rentrer chez lui, car il avait
épuisé
tous les
moyens de s'informer; et de ses infor¬
mations il résultait cette triste constatation qu'il
était seul de son avis. II s'en allait donc boule¬
versé et plus que jamais l'esprit monté contre
M. Brocart, lorsqu'il voit un monsieur
qui sort
d'un chemin de traverse; cette fois il tient son

affaire, car il a reconnu dans celui qui s'avance
le receveur de d'enregistrement du canton
; il le
connaît pour s'être trouvé avec lui dans
quel¬
ques maisons riches des environs. Naturelle¬
ment, pense Cornet, voilà un homme compé¬
tent dans une question de
grammaire.
Ah ! monsieur, lui dit-il, c'est le ciel
qui
me fait vous rencontrer et vous
pouvez me tirer


d'un mortel embarras....

De quoi s'agit-il donc, mon bon monsieur
Cornet? fait le receveur, qui, voyant le


visage

Chut, remettons à plus tard l'explication
de ce qui s'est
passé.... vous saurez tout quand
il en sera
temps— — Quand nous serons ma¬
riés ?
Justement, quand nous serons mariés.
En attendant,
dormez, cela vous reposera.
Mais Cornet ne




comme

pouvait dormir; il continua
quelqu'un qui revient sur un passé

lointain, mais heureux*:
Philistine, vous
souvient-il de notre première entrevue?
Quelle
douce émotion j'en ai
gardée! Nous devisions,


amie, sur le pronom, et nos avis étaient
partagés :. vous étiez, vous, pour les beautés du
pronom personnel, je, me, moi.... Je vous ob¬
jectais que ce pronom-là, c'est la personnifica¬
tion de
Tégoïsme. Le moi est haïssable; Philis¬
tine, c est Pascal qui l'a dit,
fesais-je. C'est
pourquoi au pronom personnel je préférais le
pronom indéfini : on, quiconque, autrui. II est

mon

vague, ce pronom, mais

c'est l'idéal, c'est la
poésie... Ah! Philistine, le bon temps les
douces émotions !...
Ce bon
temps reviendra.... Mais dormez,
bavard, pour le ramener plus vite.
Tiois semaines
après ces événements, Cornet
devenait le mari de Philistine.
"

Jean de La Limogeanne.

j'accusais tout le

monde, que je traitais tous les habitants de la
commune d'ânes bâtés...

c'est moi qui étais l'âne
bâté ! A fi ! je ne vivrai jamais assez pour réparer
le dommage que pouvait causer ma fatale erreur !

Moi, Cornet! me tromper ainsi!... J'aurai quel¬
que chose de détraqué dans le cerveau; mais ce
ne sera certainement que momentané. Dieu à
coup sùr me fera la grâce de vite rétablir le
fonctionnement naturel de ma cervelle.... Oui,

monsieur, je vois bien que je suis en proie à un

certain trouble cervical... Tenez.... je sens là...
de ce côté du front.... quelque chose.... Je
suis en nage... et j'ai froid.... ma tête éclate....

je vais succomber
non.... il me reste un peu
de force.... fuyons.... Et Cornet se mit à courir
...

dans la direction de la commune; mais il avait
à peine fait vingt pas que

le receveur le vit se
porter vivement la main à la tête et s'affaisser
sur la route

Après la célébration du mariage :
Un ami de la famille prend â pari le père de la
jeune

mariée et lui demande sans crier gare :

Vous ignoriez donc que votre
gendre est un
homme taré, perdu de dettes?
Hein ! vous croyez ?
J'en suis sûr... il n'a pris votre fille
que pour
payer ses créanciers avec sa dot.
Et vous ne m'avez pas prévenu avant !...
Pas si bête : il me doit plus de vingt mille


—-







francs.

*
*

*

Opinion de Boircau sur les femmes :
Ce qui me déplaît chez les femmes
c'est leur
manie d'exhibition. Tant qu'elles ne sont pas encore
d'âge ni de forme à se décolleter, les jeunes filles
montrent tout ce qu'elles ont de
jambes. Aussitôt
qu'est venu le moment des jupes longues, elles décou¬
vrent les épaules et la poitrine, même et surtout
quand
«

,

Quelques lecteurs me diront : Votre Cornet
n'a pas le sens commun. II sait que la gram¬
maire est pour lui ; il demande plus que cela :
n'est-ce pas suffisant? que lui faut-il davantage ?
Cornet eùt pu s'en contenter, c'est vrai; mais
celui qui d'abord lui donne tort est le premier
homme de la commune; le maire ne veut pas
entendre parler de grammaire. Dès ce moment,
la grammaire, pour Cornet, ce n'est plus assez;
il lui faut une approbation verbale, une personne
qui soit de son avis et le dise, et, dans sa fougue,
car le langage de M. Brocart l'a surexcité au

plus haut point, il ne se fût pas arrêté avant
d'avoir trouvé l'homme compétent qui pouvait
lui donner cette satisfaction, si son exaltation
croissante n'avait pas dégénéré en un transport

qui coupe court à son odyssée....
Trois jours se sont passés. Cornet, ramassé
sur le sol et
transporté chez lui par les soins
du receveur, qui regrettait les suites de sa plai¬
santerie, mais s'excusait sur ce qu'il lui avait été
bien difficile de résister au plaisir de rire un
peu de la bonne tête du pauvre instituteur lui
posant la question saugrenue que l'on connaît,
Cornet, dis-je, après avoir passé trois jours dans
au cerveau



son

PÉRI GOURDIN.

les ardeurs de la fièvre, s'éveillait un matin
calme et comme revenu à la vie. II ouvrit les

yeux; Philistine fut la première personne qu'il
vit à ses côtés.
Ah! c'est vous qui êtes là, Philistine Údii-il.


Quel bonheur de vous voir!
Oui, monsieur, je ne vous ai pas quitté

elles n'ont rien à faire voir. Le tour de taille, elles le
réduisent á l'excès ; et elles arrondissent les
proé¬
minences intermédiaires à outrance
*

Entre bonnes amies :
Tu sais bien, notre

voisin de l'autre jour, aux



courses.




Tu Tas revu ?
II est venu ce matin.

Quel homme!

ma

chère.

Pas moyen de causer tranquillement avec lui : séance

tenante, il voulait commencer par la lin...
Pas sérieux alors.
Mais si ; seulement, il m'adore.
Tu crois ça !
Enfin, il m'a mis le couteau sur la gorge.
Laisse donc : pas besoin de couteau pour
neufs sur le plat !...
—-









les

*

H

*

Entre belles de nuit :
.
Alfred est venu ce matin me dire que ce soir,
avec des amis à lui, on fera une bonne
noce, et il m'a


chargée de t'inviter.




Pas une noce pour rire, je pense ?

Naturellement.

Tu

es

mariée

d'avance, c'est

convenu.
*

Chez, le coiffeur :
La barbe ?
Oui.






depuis qu'on vous a transporté dans la maison.
Les uns disaient : II aura la fièvre typhoïde ; les
autres, la variole; moi j'avais confiance, je disais:
Ce ne sera rien, et l'événement me donnera rai¬

Oui, je crois que je serai bientôt en état
de reprendre ma classe. En attendant, permettez-

son.—

vous remercier de vos bons soins et de
dire que tout est oublié... si vous voulez...

Et, l'opéralion terminée, tant bien que mal :






Combien ?
Un franc.
Tiens ! je croyais que c'était cinquante centimes.

Oui, pour une barbe simple ; mais je vous ai fait
coupure en vous rasant et j'y ai appliqué de Talun
pour cicatriser : c'est cinquante centimes d'extra.


une

#

moi de
vous

J'oublie mes griefs, oubliez les vôtres.... — Je
n'en ai jamais eu, monsieur ; c'est vous, qui
étiez un jaloux. — Je ne le serai plus, Philisti¬
ne. — Et vous ferez bien.
II y eut un silence qu'il interrompit bientôt

demandant :
Voyons, Philistine, si mon
état de santé me permet de vous poser cette
question, fixez-moi sur ce qu'il vaut le mieux
dire, que vous le feriez ou que vous le fissiez ?
II règne encore un certain trouble dans mon
esprit à ce sujet.
II faut dire que vous le fissiez ! la gram¬
maire le veut ainsi. — Vous en êtes bien sûre?
Tout à fait sûre- — J'étais donc dans le vrai
en







lorsque.... Mais s'apercevant que Cornet, à qui
l'on donnait enfin raison, prenait déjà feu, elle
l'arrêta en nxettant un doigt sur sa bouche et en
disant :

»

Bébé entre au salon,

*

où plusieurs dames sont

en

visite, et, de sa voix la plus claire :
Maman, qu'est-ce que ça veut donc dire : « Tu
t'en ferais péter la sûuventrière ? »
Mais, mon enfant, 011 11e (lit pas cela.
Mais si, maman
puisque lout à l'heure, aux
Arènes, ma bonne a répondu ça à un militaire qui lui
parlait tout bas.






,

Le comité d'un cercle a fait afficher l'avis
dans le salon de lecture :

suivant,

II est expressément défendu d'emporter dans le
jardin les journaux, pour les lire, ou pour tout autre
«

motif. »
Textuel.

ZAG.
Le Gérant, SPA.

Périgâèux, imp. LAPORTE, anc. lfupont et C1.