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Médias

Fait partie de L'Entr'acte Périgourdin

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Première Année

Prix : 10 centimes

Numéro 16

^ v

LITTERATURE, ARTS, THEATf
ABONNEMENTS

I

^WWWsMMWWMMWWsMIMss

COMMERCE,

(IIIIIHIlHMilHlHITfHIIHIIHMRIFIIIWIM

'

Annonces,

Réclames.

S

<n,\

INDUSTRIE

INSERTIONS

Six mois.

r

PÉRIGOURDIN.

^ENTR'ACTE

Périgueux, 26 ,Septembre 1886.

fils, et il suffit de cet aveu suprême pour
que le spectateur s'apitoie sur le sort de la grande
coupable, comme il s'api tel ra aussi en écoutant
les lamentations du
grotesque Triboulet, ce
son

monstre physique,

pleurant des larmes de sang
le cadavre de sa fille déshonorée. L'amour
maternel ! T amour paternel ! quels sentiments
divins... et surtout quelle mine
inépuisable pour
les dramaturges de talent. Le filon est à la
portée
de tous pmais combien peu ont su
à
la façon de Hugo !... »
sur

Vire le sport et rive tel prestesse !
A notre époque,

ilfaut aller grand train ;

Tout main tenant se fait arec vitesse

^exploiter

X t nous rirons au siècle de l'entrain.

*

*

a/1 la vapeur, que nous fîmes esclave,

Sy'ous avons joint le tonnerre dompte,
XI l'homme, i.u jour, supprimant toute entrave, \
Ghevauchera sur /'électricité.
Xn attendant,

par une voix forte, demandant:
Qui va là ?... » C'était mon excellent ami

le Dr ***, qui débouchait de la rue Saint-Front
et dont j'avais sans peine reconnu Torgane.
Où diable allez-vous donc à pareille heure ?

l'homme appelle à son aide

Xa mécanique etjait allègrement



dis-je à l'arrivant, en lui serrant la main. Si
c'est au sabbat, vous serez en retard : il est
minuit passé !

JJe longs parcours sur le vélocipède,

lis n diabolique et biqarre

fut troublé


ihstrument !

Tiens, c'est vous,

cher Lebreton !
s'écria le docteur. Je parie que vous sortez du

ocí Xérigueux circulent les bicycles



<v£u profil grêle, et notre boulevard

mon

théâtre ?
Vous l'avez

Xst sillonné par d'élégants tricycles

dit, et, à mon tour, je gage
que vous portez vos soins à quelque client un
extremis.
C'est exact... Je vais dans la rue Neuve,


Que nos club m en manoeuvrent avec art.



Gar notre ville a son club du véloce

Qui fut fondé par des parrains vaillants ;
unissant art,finance et négoce,
XI peut prétendre à des destins brillants.
Tour célébrer sa naissante influence,
Osons avons peint, sur un Crescent-Royal,
iSon président qui, très correct, s'avance,
cX'vec un chic suprême et triomphal !
Royal-CreSCENT, machine sans pareille,

pour un enfant atteint du croup. Jë Tavais vu
dans la journée et j'espérais qu'il passerait la
nuit ; mais le père est venu tantôt nf annoncer

que le petit malade est à toute extrémité.

Le croup !„. Je frissonnai... De tous les maux
dont Dieu se sert pour éprouver les mères,
celui-là est sûrement un des pires ! Le

gracieux
bébé, dont le rire frais et sonore faisait hier
encore la joie, de la
maison, est pris tout à coup

Que Xfudge livre en la perfection,
G'est q race à toi qu'un coureur fait merveille
Xtpeut se dire invincible champion.
XJe notre club, la phalange sportique

X'adoptera, merveilleux instrument,
XJt l'on verra, défaut la critique,

cus Xériqueux fleurir te recordman !

M-

«

Ce n'est rien, c'est

un

simple enrouement, » a déclaré la nourrice en
berçant le cher trésor, et on ne s'inquiète pas
outre mesure ; mais, durant la nuit, le mal s'est

aggravé. L'enl'ant est réveillé par une toux rau¬
que, sourde et comme étouffée ; chaque quinte
est suivie d'une aspiration brève, sifflante et
bientôt se produisent les saignements de nez,
les vomissements, avec ces mucosités filantes
et ces fragments membraneux
qui caractérisent
les laryngites aiguqs. « — Je suis
perdue !
s'écrie la mère ; mon enfant a le croup !... Vite
médecin!... » Le médecin arrive.... Hélas!

un

il est trop tard : bébé est mort ! L'enl'ant de
l'artisan comme le fils de roi succombent en

quelques heures sous Tlialeíne empestée de ce
fléau terrifiant!... On raconte que le
croup ayant
enlevé Tentant du roi de Hollande, Napoléon Tfr,
dont la sollicitude s'étendait à tout et sur tous,

proposa un prix de 12,000 fr. au meilleur
ouvrage qui traiterait de ce sujet. Royer Collard

remporta le prix et préconisa la bronchotomie,
qui consiste à pratiquer une ouverture soit à la
trachée-artère, soit au larynx, pour permettre à
l'air libre de pénétrer dans les poumons. C'est
ce souvenir
qui me revint subitement à Tesprit et me fit répliquer au docteur :
Votre petit malade est perdu, dites-vous.
Et pourquoi ne tenteriez-vous pas
séparation


Mtz Niait à UWMi<MZ.

de trachéotomie. que vous avez

plusieurs fois?
qA cMadame X..., la plus
et la plus

digne des épouses
dévouée des mères.

Le fond du cunte est véritoble ; [ ■
Buffon m'en est gérant : Qui pourrait en douter?

D'ailleurs, tout, dans ce genre, a droit d'çtie croyable,
Lorsque c'est devant vous qu'on peut le raconter.

(Florian.)

Minuit venait de sonner au vieux clocher de

matin, à la première heure, réclamer le concours
de quelqu'un de mes confrères ; mais il est bien
tard pour déranger l'un d'eux... et le
temps

presse. Voulez-vous m'accompagner ?
Très volontiers, dis-je, surtout si vous
pensez que je puisse vous servir en cette occa¬


sion.

Peut-çtrè ! murmura. T excellent homme en
prenant amicalement le bras. Venez d'abord,



notre antique cathédrale rajeunie, grâce au talent

me

du regretté

nous verrons

M. Abaclie et de son trop modeste
collaborateur M. Lambert.
C'était un soir d'hiver de Tannée 18... fia date

importe peu, car le fait que je vais citer n'est
à marquer dans les annales périgourdines). Je regagnais tout songeur inon
domicile, encore sous l'impression des scènes
pathétiques d'une représentation théâtrale à
laquelle je venais d'assister. J'avais revu, il est
vrai, Lucrèce Borgia. une des plus puissantes
conceptions dramatiques de Victor Hugo, et,
insensible aux morsures de là bise, mâchonnant
mon dernier
cigare, j'allais rêveur par les rues
sombres et désertes, analysant dans mon esprit
l'art incomparable avec lequel le maître avait
pétri, animé et jeté pantelant sur la scène ce
monstre moral qui a nom Lucrèce. Cette lemme
est une misérable, me
disais-je... L'auteur Ta

pas appelé

noircie à dessein pour amener sou dénouement

foudroyant... Théophile Gautier avait raison,

c'est incontestablement du procédé ; mais quel
procédé habile! « Gennaro, je suis ta mère!
crie le monstre expirant sous le fer homicide de

déjà réussie

C'était mon intention et je comptais demain



Et

ensuite.

voilà,

vers une heure du matin,
déambulant à travers les basses rues,
par une
nuit sans lune et une température au-dessous
de zéro; mais, pour conserver à ce récit tout
son cachet véridique, je dois
ajouter qu'inlcnous

vie...

»
*

*

*

Enfin, nous arrivâmes. Le chiffonnier et les
siens étaient installés dans un rez-de-chaussée
humide et malsain, composé d'une seule pièce,
donnant sur la rue. Le froid que je ressentais
à peine au-dehors, me saisit subitement en
,

pénétrant dans cet intérieur de parias. Faible¬
ment éclairés par une chandelle de suif qui

brûlait sur la cheminée, le boiteux et sa compa¬
gne, assis devant l'átre, tisonnaient un

maigre
s'éteignanl ; ils se levèrent vive¬
ment à notre approche et je
remarquai que l'un
leu qui allait

et l'autre avaient les yeux rouges et encore
humides de larmes. Leur pauvre mobilier se

composait d'un vieux bahut, d'une table Le!teuse, de quelques chaises et d'un grabat sor¬
dide, sur lequel gisait le malheureux petit être
atteint du croup. C'est çelui-là surtout qui attira
le plus vivement mon attention. II paraissait âgé
dé deux à trois ans, et sa figure délicate, enca¬
drée de cheveux blonds, se détachait nettement
sur T oreiller d'un blanc douteux. Le docteur ***
s'était approché du malade et hochait la tête en
lui t à tant le pouls, dont les battements rapides
et très faibles indiquaient la gravité de son étal.
L'infortuné bébé faisait en effet, peine à voir :
Son aphonie était complète ; son visage et ses
petites mains, que je voulus toucher à mon tour,
étaient inondés d'une sueur froide et prenaient
graduellement la lividité cadavérique. Tout
indiquait que ('asphyxie était proche et qu'il n'y
avait, pas un instant à perdre pour tenter i'impossible. Les parents avaient suivi anxieusement
i'inspection du médecin et, tout à coup, j'entendis
la mère qui demandait :
Vous le sauverez, n'est-ce pas, monsieur?
Oui! assura Thomme de l'art; mais je dois
tout d'abord vous prévenir qu'il faut que je
pra¬
tique au cou de votre enfant une incision qui
lui permettra de respirer librement. Sans cela,
il est perdu et a tout au plus un
quart d'heure
,

*

d'un malaise subit.

poète à ses heures. Ce fruit de leur automne
les aide à supporter la misère et leur fait trou¬
ver
presque douces les amertumes de leur triste

ayant pour toute ouverture une porte-fenêtre

*

J'arrivais sur la place du Greffe et mes
réflexions allaient toujours bon train,
lorsque
soudain, tout près de moi, le silence de la nuit
«

« Ces deux
déshérités, ces deux épaves
de la vie ont concentré toute leur affection sur
cette petite créature, ajouta le docteur, qui est

mant.

rieurement je maudissais la rencontre insolite
du bon docteur, car je pressentais
quelque scène
intime autrement empoignante
pour ma nature
impressionnable que la fiction dramatique qui
m'avait récemment ému au théâtre. Chemin

faisant, mon compagnon m'expliqua que les
parents de Tentant étaient de pauvres gens
d'Angoulême, établis depuis peu à Périgueux.
Le père, un bonhomme boiteux et
malingre,
pratiquait le métier de chiffonnier et combattait
péniblement sa misère en parcourant chaque
jour les rues de la ville,'où il achetait, pour les
revendre à très petits profits, les peaux de
lapins
et les vieux chiffons. La mère était,
parait-iI,
une ancienne fille de
joie qui, lassée de la
prostitution, avait épousé T infirme dont, par une
cruelle ironie du sort, elle avait eu un bébé char¬





à vivre.
Les deux

malheureux

se

consultèrent d'un

regard anxieux, et la femme, étouffant un
sanglot, alla se jeter dans les bras du mari,
dont la figure souffreteuse
marquait à cet
instant une angoisse suprême.
S'il n'y a pas moyen de faire autrement,
allez, dit Tintirme.Nous avons confiance en vous.


*
*

En

un

*

instant, les préparatifs du docteur

surent faits et il eut distribué les rôles. Pendant
que le père tenait la modeste chandelle de suif,
qui vacillait dans ses mains tremblantes, ['opé¬
rateur prit le corps inerte de Tentant et Tinstafia délicatement sur le revers du lit, nous

chargeant, la mère et moi, de le maintenir dans
position horizontale. II rétira alors d'un étui
une lame d'acier qui, en reflétant la lumière,
brilla d'une lueur sinistre, et je Ta perçus ensuite
déposant à portée de sa main la petite canule
qu'il allait tout à The ure établir dans la plaie
pour permettre le passage de l'air dans les voies
respiratoires.
Le visage si expressif et surtout si mobile du
D1' *** paraissait maintenant transfiguré. Une
sérénité calme Taxait envahi, et j'admirais le
sangfroid avec lequel il allait procéder à la terrible opération. Je' le vis empaumer résolument
son bistouri
et,-ayant talé du doigt T endroit
favorable, il enfonça doucement T acier dans
le cou du baby.... A ce moment, le petit
malade lit un soubresaut nerveux, qui me rap¬
pela le spasme douloureux du poulet qu'on
égorge. Je fermai les yeux !... La mère défail¬
une

lante venait de s'affaler sur les deux genoux,
qui me cha¬
viraient l'àme. Seul, ['opérateur n'avait pas, du
moins en apparence, partagé notre émotion,
et le père poussait des cris sourds

je le revis bientôt sonder la plaie béante et
poi¬
place
et, par son orifice, nous perçûmes un grouille¬
ment léger, indiquant que l'air circulait libre¬
ment. L'opération avait réussi !
car

étancher le sang rose qui découlait sur la
trine de Tentant. La canule fut bientôt en

*

Je n'insisterai pas sur les incidents qui sui¬
virent. Ce spectacle m'avait absolument anéanti
et mon unique souci était de

regagner la rue au
plus vite pour y respirer à Taise." Le père et la
mère pleuraient maintenant à chaudes larmes
et couvraient de baisers la
figure du petitmalade, qui semblait renaître et dont les joues
coloraient insensiblement...
Je rentrai brisé à la maison, et j'avoue que je
dormis fort- inal cette nuit-là.

se

L'ENTR'ACTE

Quelques jours après, je revis le docteur ***,
qui fumait tranquillement un cigare en arpentant
les boulevards.
Eh bien, lui
dis-je en


l'abordant, comment
porte notre petit malade de la rue Neuve ?
L'opération n'a eu aucune suite fâcheuse,
répondit l'excellent docteur. L'enfant est com¬

se

plètement rétabli, et je l'ai même aperçu hier
matin prenant ses ébats dans le ruisseau

de la

rue.

vent, se dirigea incontinent vers la salle à man¬
ger, oubliant ses autres questions.
Le brave curé allait entamer son rôti, un
modeste

petit pigeon bien dodu, lorsque la
Myotte lui annonça « qu'il fallait se rendre à
l'óglise de suite. »
Comment ! je ne puis finir de dîner ?
Non ! monsieur le curé ; c'est très pressé,




il faut y aller de suite.

Allons ! soupira le brave homme, habitué
à l'obéissance.
II se leva, et jetant les yeux sur le pigeon¬


Vous m'avez

imposé là une terrible corvée,
íis-je très sérieux, et j'aurais presque le droit
de vous réclamer une
part de vos honoraires.


PÉRIGOURDIN.

Mes honoraires ! s'exclama le bon docteur,
vous voulez rire.
Le père est venu ce matin


m'emprunter vingt francs

terme !....

pour

payer

son

et sur son verre à moitié pie,n, il allait
s'éloigner, lorsque tout á coup il se rapprocha
de la table et vida le verre, après avoir fait
neau

scintiller à la lumière le vin brillant et clair
gros rubis. « Ce serait dommage de
le laisser éventer, » soupira-t-il, et cette fois il
marcha résolûment vers la porte.
comme un

Etonnez-vous, après cela, que tant de médecins
abandonnent leurs malades pour faire de la
politique !
paul LEBRETON.

Bertrand, perdant tout espoir d'attraper un
du fameux vin, était prestement

nouveau verre

Donc, l'angelus sonnait; il pouvait être...

huit heures du soir; maître Bertrand, le sacris¬
tain de l'église d'Ouvouvóudrez, allait fermer
les portes du saint-lieu, les dernières vibrations
de la cloche s'éteignaient doucement sous les
voûtes de la vieille nef. Tout a coup, une ombre

encapuchonnée pénétra dans le sanctuaire par
l'entrebâillement du grand portail, et marcha
droit à maître Bertrand, dont on entendait le
souffle d'asthmatique du côté de la petite porte.
Avant qu'il eût le temps de tourner vers la
per¬
sonne qui venait à lui sa
majestueuse rotondité,
une
petite main se posait sur son épaule et une
voix douce, mais altérée par une forte émotion,
lui disait presqu'à l'oreille :
Monsieur Bertrand, prévenez, je vous prie,
M. le curé : il faut que je me confesse tout de


suite !
Ah! tiens! c'est vous,
venez bien tard !...


Pétronille? Vous

Je vous en prie, monsieur Bertrand, pré¬
venez vite M. le curé et dites
que ça presse.


Ça presse !

ça presse ! C'est bon à dire,
mais M. le curé dîne à cette heure, et il ne doit


pas faire bon le déranger, car il siffle (Mouve¬
ment d'effroi de Pétronille) en ce moment
quel¬
ques verres d'excellent vin vieux qu'on lui a
conduit aujourd'hui même. Ah ! mâtin ! c'est du
bon liquide, mademoiselle Pétronille, j'en sais

quelque chose, moi, j'en ai sifflé (Autre mouve¬
ment d'effroi plus prononcé).... Mais qu'avezvous, Pétronille, vous semblez malade, vous
vous agitez, hein ! vous souffrez ?
Encore une fois, monsieur Bertrand, ayez
l'obligeance de prévenir M. le curé.
D'est que... je... enfin...
Aile? ! monsieur Bertrand, dépêchez-vous,
et je ne dirai pas à votre femme que je vous ai






vu dimanche
soir au cabaret du vieil Am¬
broise.
C'est bon! c'est bon ! Mlle Pétronille, on


y va, mais surtout pas un mot de ma visite
aux Trois pintes à ma bourgeoise.
Pétronille fit un geste d'assentiment et
Bertrand se dirigea, par la sacristie, vers la
maison du curé : « Au diable les femmes et les

tilles, disait en cheminant l'honnôte sacristain ;
voyez-vous, ça voit tout, ça sait tout, ces dia¬
blesses-là ! Enlln, hum ! si le curé savait m'offrir encore un verre de ce fameux vin, comme

je le sifflerais de bon cœur. »
Tout en ruminant ces pensées, maître Ber¬
trand était arrivé à la porte du presbytère, où
il frappa deux coups discrets.
Qu'est-ce qu'il y a encore? dit de Tintérieur l'aimable voix de la Myotte, la vieille ser¬


vante du brave curé d'Ouvouvoudrez.

II y a, Myotte,

répondit Bertrand d'un air
câlin et en clignant de l'œil vers la cuisine, il y
a
que M le curé est demandé immédiatement


à Téglise.
Immédiatement ! qui est-ce qui le deman¬
de ? II dine, c'est impossible !
Mlle Myotte, dit Bertrand d'un ton tragi¬




que, il faut que M. le curé
l'église ; c'est très urgent.

vienne de suite à

Myotte, évidemment flattée de ce titre de
lui prodiguait pas sou¬

mademoiselle qu'on ne

Mais comment ?
Ah! ah ! ça vous intrigue de savoir comme





pintes, effrayait le gros Bertrand, car ledit Ber¬
trand était gratifié d'une compagne peu com¬
mode, qui parfois n'avait pas hésité à jouer du

daine du sacristain.



raconter s'est passé, et ce n'est pas bien
loin de Neutron qu'habitent les héros de cette
histoire vraie.



j'ai entendu. Pas malin, pourtant ! Vous osiez
d'un côté du confessionnal, moi de l'autre...
voilà... Hi ! hi ! et un large rire souleva la be¬

manche à balai sur le dos de son sac...ristain
de mari.
Je vous avais bien dit qu'il dînait, made¬
moiselle Pétronille, et môme qu'il n'a pas fini.
Ah ! il a siflló (Troisième mouvement d'effroi de

vous

je l'ai fait, mais le remords est venu et je n'a¬
vais plus de paix; pardonnez-moi, mon père.
Hum ! hum ! certainement je vous par¬
donne, mais vous auriez bien pu me dire cela
plus tôt ; vous m'avez retenu trois quarts
d'heure pour cette... bêtise. (Mon pauvre pi¬
geon !) Allons ! allez en paix et... ne sifflez plus.
Pétronille, agile et fière maintenant, se hâta
vers la porte de sortie. Comme elle allait des¬
cendre la première marche, maître Bertrand se
dressa devant elle : « Pétronille, je connais
votre péché, j'ai encore besoin d'aller ìn'huinecter le gosier Aux Trois Pintes, les dimanchis après le chant de vêpres ; si vous en dites
un mot à la
bourgeoise, moi je parle de votre
péché à tout le monde. »

revenu

à l'église pour annoncer à Pétronille
l'arrivée du vieux curé.
Cette petite fille, qui l'avait vu Aux trois

L'angelus du soir sonnait à grande volée... II
n'y a pas bien longtemps que ce que je vais

revenue au calme depuis son aveu, fit entendre
dans l'église sombre un sifflement prolongé.
J'avais parié de siffler dans l'église, mon père,

Pétronille) un fameux coup de son vin vieux,
allez, avant de se mettre en route.
Tu

pourrais parler un peu plus respec¬
tueusement de ton curé, Bertrand; siffler est
un mot
grossier de la façon dont tu me rap¬
pliques, dit soudain le vieux prêtre venu sans


Pétronille, confuse, descendit les marches
rien dire.
Attention à

sans

ma bourgeoise, à propos des
Trois-Pintes, hein ! cria-t-il encore dans Té—

loignement.
Quant au brave curé, son pigeon était

froid,

trois verres de
lampée, il s'é-

c'est vrai, mais il but deux ou
son fameux vin. A la dernière

c ia, en songeant sans doute à sa laborieuse
confession de tout à f heure :
Bien ne vaut le devoir accompli !


FANTASIO.

bruit.
Chose étrange, pendant que ce verbe siffler
était prononcé soit parle curé, soit par le sacris¬

tain, Pétronille s'agitait et semblait mal à l'aise.
On eût dit d'un démon tracassé par une formule
d'exorcisme.
Sous la remontrance du vénérable vieillard,
maître Bertrand baissa la tète.
C'est vous qui me demandez, ma fille, dit
le prêtre se tournant vers Pétronille. Je n'y vois


Je ne demande qu'un baiser

Sur votre bouchette si rose...
Le demander
le prendre n'ose :



Guillaume, du village de Barbet ; j'ai
grand-père, qui...
Bertrand, vous n'avez plus rien à faire ici,
dit le prêtre í'interrompant ; je fermerai les
portes, allez-vous-en...
Le curé se dirigea vers le confessionnal, re¬
vêtit le surplis. Pétronille s'engouffra dans un
au

BAISER

LE RÛKDBL DU

pas très bien, il commence à faire obscur ici ;
je ne vous reconnais pas Qui êtes-vous ?
Monsieur le curé, c'est la Pétronille, la fille

..

gros

Allez-vous me le refuser ?

connu son


Le recevoir peut me griser,
Je ne demande qu'un baiser !
Mais laissez-moi le diviser

dés côtés de la machine.
Eh bien ? ma tille...

Et goûter par petite dose,







de chose :

Le donner vous est peu

Mon père, je suis bien coupable!...

En faisant en route une pause

Courage, mon enfant, Dieu est infiniment

De façon à me bien griser...
Je 11e demande qu'un baiser !

miséricordieux.
Oh! mon père, je n'oserai jamais vous
dire... (Un sanglot.)
Allons, allons, ma chère enfant, soyez rai¬


George Herbert

,



sonnable, dites vite ce qui trouble si fort votre
conscience; vous savez bien que vous êtes sûre
du secret, et puis il y a quarante ans que je suis
dans le ministère, mon enfant, il est bien peu
de fautes que je ne connaisse pas, et il n'en
existe point que Dieu ne veuille pardonner...
Allons ! dites vite. (A part.— Mon pauvre rôti

qui va froidir !)
Je... je... je ne puis... Si vous saviez.
Oh ! c'est affreux, j'ai commis mon péché à l'é¬
glise. (Deux sanglots.)
Eh bien! ma fille, en effet, c'est une cir¬
constance aggravante ; mais, je vous le répète,
Dieu est infiniment bon. Allez vite ! (Un pigeon
froid, je n'aime pas ça, moi !)
Óh ! mon père, si vous pouviez m'aiderun
peu, je n'ose...

UN SINGULIER SÉDUCTEUR.









Vous aider!

hum!

hum!

c'est

difficile

(Je vais passer la nuit ici) ; eh bien, avez-vous

volé le tronc ?
Oh ! non, c'est bien plus grave, mon père.
Plus grave! Avez-vous dérobé quelque
ornement ou vase sacré ?
Oh ! non.
Hum! hum! Je ne vois plus... à moins








que... Mais non ! je ne peux pas vous demander
tous les péchés qui se peuvent commettre à l'é¬

glise. Allons, ma fille, du Courage, et dites vite,
je suis pressé. (Mon pauvre rôti !)
Eh bien, mon père, j'ai sifflé...
La burette au vin blanc, je parie ! Hum !
ce n'est pas bien ; mais il ne faut pas vous exa¬
gérer votre faute outre mesure, siffler du vin




Mais,

mon

père,

ce

n'est

pas ça,

j'ai

sifflé...


Quoi? la Marseillaise ? Le bedeau aurait

dû vous mettre à la porte. Oh ! la jeunesse !!


disparu aujourd'hui de la scène du monde, ainsi
que ses acteurs.
Louis Ruffin était un séducteur, et un sé¬
ducteur des plus dangereux. Rien de plus char¬
mant que sa personne; impossible pour les
femmes de le voir sans l'aimer; à ses attraits
irrésistibles il joignait la perfidie des calculs,
et rien ne préservait de ses coupables desseins,

parce que lorsque l'on s'apercevait

de la faus¬

seté de son âme et du péril qu'il y avait à se
fier à lui, le mal était sans remède, il était trop

tard, les précautions étaient devenues sans né¬

cessité.

Quand il était parvenu à circonvenir une
jeune fille, il lui tenait ce langage étrange, dont

l'apparence de sincérité ne laissait pas de prise
aux


soupçons :
Je suis un amoureux exceptionnel, made¬

moiselle, disait-il ; je ne viens pas auprès de
vous

me

présenter comme un mari, je ne le

voudrais que trop ; mais, hélas! je ne le puis. Si
voyez, c'est que je n'ai pu résister à
Tamourque vous m'avez inspiré comme mal¬
gré moi, et qu'il est difficile de se soustraire à
vous me

n'est pas un : faute grave, bien grave.


Voici une histoire qui remonte à soixante ans
moins ; je la tiens de contemporains qui ont

au

Mais, mon père, j'ai sifflé tout simple¬

ment, sifflé comme ceci, tenez! et Pétronille,

Tem pire que votre beauté exerce sur le cœur....
Ah ! que je préférerais, ou ne vous avoir jamais

rencontrée', ou m'être trouvé insensible à vos
charmes ; mais c'est le malheur de ma destinée

L'ENTR'ACTE

qué la curiosité et qui eût été fâchée de se pri¬
ver de sa
présence avant desavoir ce qu'il avait...
ou ce
qu'il n'avait pas....

d'aimer, d'aimer avec ardeur, et de voir cet
espoir, car il ne faut pas se
flatter de vous posséder, non, ce bonheur n'est

amour rester sans

Oh!

pas fait pour moi
Ce langage produisait toujours l'effet que no¬

pouvait attendre. Les jeunes

séducteur en

tre

lui demandaient pourquoi, étant
il prétendait l'être, il ne sui¬
vait pas les voies ordinaires, et n'épousait pas
celle qu'il avait choisie....
Vous épouser, mademoiselle ! plût au ciel
que cela me fût possible ; mais non, ce serait de
ma
part une insigne tromperie. Le lendemain
de notre mariage, savez-vous ce qui arriverait?
11 ne vous resterait que la ressource d'une sépa¬
ration, ou la perspective pour vous d'un avenir
manqué, incapable que je suis de m'acquitter...
personnes

amoureux comme



resta à

dans Péri-

peine alité, et chacun s'en félicita.

Quant au séducteur si bien puni, il fut ma¬
lade jusqu'à laisser croire qu'il ne s'en relève¬
rait pas. II guérit pourtant, mais la guérison
était pour lui plus malheureuse que la mort ;

horriblement mutilé, le mariage lui était
défendu, sa vie se trouvait manquée, et il vêcut
car,

isolé ,

par la destinée, absolument
si le ciel lui-même avait tenu à lui

poursuivi

comme

horreur pour les crimes qu'il avait
commis et à l'en punir comme il le méritait.
montrer son

réparation de sa faute par le mariage ; on allait
lui en faire la sommation lorsqu'on apprit
qu'une autre jeune fille se trouvant dans le mê¬
me cas devait adresser, selon son droit, la même

Que diable peut-il donc avoir? se deman-

Alors lui, qui avait calculé d'avance sur l'ef¬
fet de sa révélation, racontait un événement qui

J. de La Limogeaxne.

sommation au séducteur. Cette situation chan¬

lui était arrivé, disait-il, au régiment, peu de
temps après son incorporation dans l'armée. II
avait eu un duel, et avait reçu une blessure qui
l'avait mutilé.... 11 avait failli mourir de cette

)N[0.S

gea la résolution des

deux familles, qui, dans
l'impossibilité d'obtenir satisfaction, préférèrent
se réfugier dans un égal mépris pour le séduc¬
teur. Mais si les grands parents laissaient ainsi

blessure, et c'était tant pis qu'il ne tût pas mort,
étant mille fois préférable de perdre la vie que

tomber l'affaire, les frères des victimes résolu¬
rent de la relever. Ils étaient deux, chacune
avait le sien. Ces jeunes gens étaient bouillants
d'ardeur et également indignés ; le même cri
sortit en même temps de leur bouche : Ven¬

si misérable¬

ment.

L'histoire était racontée du ton le plus sincère
de manière à émouvoir, car Rush n possé¬

dait, en outre de ses brillantes qualités physi¬

geance !...
Ce fut d'abord à qui

ques, l'art de persuader et de toucher... Sa voix
pénétrante, ses yeux tendres donnaient à son ré¬
cit une expression qui allait à l'âme... La jeune

le premier réparerait
l'outrage; les deux familles étant représentées
par des champions également désireux d'être
les premiers à porter les coups, des amis inter¬
vinrent; on tira au sort pour connaître le nom
du favorisé : ce fut celui du frère d'Adrienne,
Gustave, qui sortit.
Le sort, comme on va voir, avait bien choisi.
Des témoins furent envoyés, et, les conditions
du combat réglées, les adversaires se rencontrè¬
rent dans le bois des Romains, près la route de

personne restait profondément émue, et quand
il avait ajouté ensuite qu'elle voulût bien lui
dire si elle le blâmait de l'aimer, ou si elle pen¬
sait devoir, après son aveu, lui commander de
rester chez lui, elle n'avait pas le courage de

prendre ce dernier parti, car il savait si bien lui
faire croire que ce serait prononcer son arrêt de
mort, qu'une jeune fil le se fût crue indigne de
vivre elle-même, que de forcer à s'éloigner d'elle
un

jours par apprendre à leurs dépens ; car, ainsi
que je l'ai donné à comprendre , l'histoire du

gueux. On entoura Gustave des plus vives mar¬
ques de sympathie ; il reçut les témoignages
d'intérêt de toutes les classes de la société. II

nommée Adrienne attira l'attention et révéla
les procédés de ce ténébreux séducteur.
La première idée de la famille de la victime
fut, bien entendu, de demander au coupable la

dait-clle. Et elle provoquait une explication.

et

Ruffin, il était frap¬
pé, et de quelle manière ! on eût dit l'intervention de la Providence ! II était frappé 'de telle
sorte que la mutilation qu'il avait feinte allait
devenir cette fois une réalité
Ce duel eut du retentissement

produisit son aventure avec une jeune personne

était étrange¬

de rester condamné à la passer

Eve; que de

personnes ayant réussi pourtant à cacher leur
faute ; quand il en quittait une, c'était pour s'a¬
dresser à une autre. II allait ainsi multiplier le
nombre de ses victimes, lorsque l'éclat que

surprise.

ment

la curiosité! elle perdit

tivement légère ; quant à

femmes n'a-t-elle pas perdues!.... Les jeunes
filles voulaient savoir.... et elles finissaient tou¬

duel et de ses suites était un conte.
Grâce à ce moyen abominable, Ruflin était
ainsi arrivé à rendre mères deux ou trois jeunes



des devoirs du mariage....
On pense si la jeune personne

PÉRIGOURDIN.

Paris, en face du cimetière actuel.

homme si malheureux et si bien fait pour

Les adversaires paraissaient

être d'égale for¬
pareillement ani¬
més, et ils s'étaient attaqués plusieurs fois sans
résultat, lorsque Gustave se sentit atteint à la
poitrine, mais en même temps son adversaire

inspirer de la pitié.
Elle lui laissait toujours, dans ce cas, la per¬
mission de jugerlui-même du momentopportun
de cesser ses visites; il les continuait donc, et,
à la laveur de ces entrevues fréquentes, il s'in¬
sinuait de plus en plus dans la confiance de la
jeune fille, dont, il faut bien le dire, il avait pi¬

ce, courageux l'un et l'autre et

était lui-même touché....
Cet incident mit fin au combat. On examina
l'état des blessures; celle de Gustave était rela¬

A

le

M LSETTKS

problème des quatre allumettes.

Fendez une allumette à son extrémité, taillezune autre en biseau, que vous introduisez
dans la fente de la première, de manière à ce

en

que les deux allumettes

forment entre elles un

certain angle ; posez-les sur une table, le som¬
met de l'angle en haut, en l'appuyant contre une
troisième allumette, voilà les préparatifs faits.
Remettez alors une quatrième allumette à quel¬

qu'un de l'assistanee, en lui demandant d'enle¬
ver en Pair, à l'aide de cette allumette, l'en¬
semble des trois premières.
Solution.
Appuyer légèrement contre les
deux premières allumettes et à quelques milli¬
mètres du sommet, pour permettre à la troi¬
sième de tomber sur celle que vous tenez ;


baisser la main pour que cette troisième puisse

pénétrer dans l'intérieur de l'angle formé par

les deux premières, puis enlever en f air l'al¬
lumette que vous tenez à la main, et sur la¬

quelle se tiendront, à cheval, les allumettes 1
et 2 d'un côté et l'allumette 3 de l'autre.
L. -A. Bruti.

l'érigueux, imp. LAPORTE, anc. Dupont et Ce

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Légendes de LEON VAN!EN

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