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Médias

Fait partie de L'Entr'acte périgourdin

extracted text
Prix

Première Ánnée

:

10 centimes

lurnéro ii

PtRIGUEUX

LITTERATURE, ARTS, THEATs
ABONNEMENTS
Un an.

Six mois.

3'

±' 75

L'ENTR'ACTE

réunion. M y
sont
adjugé le droit de nous mettre à la broche ou
civet. C'est beaucoup trop ; mais c est déja
quelque chose que nos ennemis soient réduits à
un.si petit nombre. Toutefois, ce n'est pas tout
que de constater sa bonne fortune ; il faut savoir
remercier ceux à qui nous la devons ; je vou¬

Enfin, arrivons à l'objet de. notre

plus vive allégresse et les plus chaleureux ap¬
plaudissements se tirent entendre.

Périgueux, 24 Octobre 1886.

voici. Trente

Nous savons donc maintenant où reposei
II est des lieux qui ne seront



notro tète !

Dour un maître en Pari de Vescrime,
1' EntiTacte se fend aujourd'hui,

existence est désormais assurée ! — Nous avons
enfin un abri ! telles furent les mille paroles

Je pousse une hotte pour lui.

Dupied droit ie Jais à la Otfuse
dieux appels et dis : « Ofaintenant,
Delle, que la cadence amuse,
mus allons chanter Ferdinand ! »

tierce, en quarte,

11 ne rompra pas, c'est certain ;

de celui qui prit
généreusement l'initiative de la mesure que
nous bénissons. Que ces simples paroles parties
du coeur le récompensent ! Que son esprit en¬
gendre souvent de semblables idées ! Que sa
famille prospère jusqu'à sa dernière descen¬
dance ! qu'il progresse dans sa fortune et dans
sa sagesse ! Vivent les propriétaires !
Un mot, un seul mot encore, mes amis,


ajouta une caille diserte , il serait iujuste, en
rendant hommage aux propriétaires, d'oublier

les gardes-champêtres. De même que vous avez
dit : Vivent les propriétaires! criez :

Vivent les

gardes-champêtres !

merci d'une tourbe de chasseurs sans nom et
sans science cynégétique.
Certes, on chassait

Jamais il n'a perdu la carie

qu'on atteint.
très■ crâne sur la planche,
ojfvec un sang-froid étonnant,
11 parc etprenant sa revanche,
VousJait... le coup de Jjerdinand !
lit n'est pas de ceux
Samp

II n'est ni secret,

ni formule
Qu'il ne dé/cue arec honneur ;

autrefois ; mais, du moins, si nous mourions,
c'était d'une mort glorieuse ; si nous étions
mangés, c'était par des bouches de connais¬
seurs. Grâce aux propriétaires et aux gardeschasse, ce bon temps va peut-être revenir... Oui,
j'en accepte l'augure, mes amis, le jour qui se
lève sera, je l'espère, le premier pas de fait
vers le retour à ces temps où nous avions affaire
non à un, mais à mille; où l'on metlait au carcan,
où l'on envoyait aux galères, où l'on pendait
pour un attentat contre nos personnes ! Ali ! je
dis bien, c'était le bon temps alors, continua
l'orateur. Aujourd'hui, quelles sont nos garan¬
ties? Le permis de chasse, que pour quelques
misérables francs le premier venu peut se pro¬
curer ! Quolle différence avec le temps où le roi

De Dcnnet, ce vaillant émule,

Sonnait tous tes trucs du tireur.
Vainement ou cherche une feinte,
Sela pour lui n'estpoint gênant :
11 sait éviter toute atteinte,

Et

Quand un maladroit fexaspère,
Vcus l'entendez hausser le ton ;

Osais ne craignez, pas sa colère,
Gar d est doux comme un mouton.

íJussi sa salle d'arme est-elle

Du maître escrimeur í.Ferdinand.

et pa¬

à tous
moi, dans
mes jours d'embonpoint, je regardais à deux
fois avant de m'y trotter. L'occasion, vous le
savez,

fait le larron.

Peut-on calomnier ainsi les gardes-cham¬



pêtres ! lit une vieille pie maigre venue là par

"'"pure curiosité.

tes parts.
Et de reconnaissance !
Mon cœur en déborde! clama une grive.
Je porte les propriétaires dans mon cœur 1

G'es bon, c'est bon, reprit l'ortolan; je sais
pourquoi vous parlez ainsi.
Mes amis, dit le président, ces propos
soupçonneux en pareil jour ne sont pas de mise.
Je place ma confiance entière sur les gardeschampêtres ; j'aimerais qu'on suivît mon exemple.
Oui, confiance ! confiance ! cria-t-on de tous






côtés.

Après ces mots, voyant à quel point d'enthou¬
arrivés les
esprits, le lièvre présenta sans désemparer deux
projets d'adressé et de félicitations, l'un pour

siasme et d'entraînement en étaient

réservé, l'autre pour leurs
gardiens, et ils furent signés d'emblée par ras¬
semblée tout entière, et c'est cette adresse et
ces félicitations que je fais ici connaître et que
j'adresse à qui de droit.
les maîtres du sol

J.



M

retentit



Moi aussi ! — moi aussi ! fut-il crié de tou¬



Ionjours s'accroît la clientèle

cri, sifflé sur lous les tons,

Un ortolan seul avait gardé le silence
raissait faire ses réserves.
II ne serait pas prudent de se fier
les gardes-champêtres, dit-il ; pour

autres ?

le rendez-vous du monde \'un !

ce

jusque dans la profondeur des bois.

Gontran faisait lapider son chambellan parce
qu'il avait tué un buffle ; avec celui où Enguerrand de Go u cy pendait deux chasseurs qui
avaient poursuivi un lièvre sur ses terres ! Mais
les meilleures habitudes se perdent, les mœurs
vont à la dérive, l'huinanilé lait chaque jour un
pas nouveau vers sa ruine. Heureusement, les
propriétaires veillent, et la quatrième page des
journaux est là, témoignage vivant de leur vigi¬
lance. Mes amis, je suis plein d'espoir, et vous

le maître d'armes Iferdinand.

quarante personnes se

drais savoir surtout le nom

qui s'entrecroisèrent.
Vive Dieu, mes amis ! si fila un merle beau
parleur, nous reprenons notre place au grand
foyer de l'humanité ; notre vie ne sera plus à la
merci du premier venu...; lâchasse est limi¬
tée ; les droits prohibitifs et de privilège que
93 avait anéantis vont revivre...; on va déchirer
une des pages du livre indigne où sont inscrits
les principes de 89, que des démagogues ap¬
pellent les grands principes, les immortels
principes... Jolis principes, en effet, que ceux
qui mettent un fusil à la main de tout lo monde;
jolis principes que ceux qui nous livrent à la


iTandis que moi, croisant la rime,

ou

en



plus souillés par le pied du chasseur ! — Une
terre hospitalière nous est ouverte! — Notre

ÍSiìflilfi

On peut le prendre en

PÉRIG0URD1N.

de

La Limogeanne.

•—



ajouta un perdreau.

Ah ! les honnêtes gens ! les braves gens !
fut-il dit d'un commun accord.
Une fois que l'expansîon générale eut suivi

LE



LES PROHIBITIONS DE LA CHASSE.
Qui ne s'est aperçu, depuis deux mois, en
lisant la P page de la plupart des journaux, du

grand nombre de défenses de chasse dont sont
éniaillées leurs colonnes?
Dans le temps, des publications de ce genre
étaient rares ; elles abondent maintenant, et
pour peu que cela dure, la France entière sera
mise en interdit ; aux propriétaires seuls le
droit de taire la guerre aux hôtes de la plaine
et de la montagne. Le port d'armes n'est plus
rien ; il ferait trouver grâce devant la gendar¬
merie ; mais le garde-chasse n'en tient nul

compte. Le garde-chasse, voilà le maître de la
situation ; il règne et gouverne, plus heureux
cela qu'un roi constitutionnel.
Naturellement la gent de plumé et de poil, si
intéressée dans la question, s'est émue de cet
on

état de choses, mais c'est d'une émotion douce.
On la garde, on la protège, on la 'garantit, elle

demande pas autre chose. Tremblante, en
voyant arriver l'ouverture de la chasse, elle a
repris espoir en apprenant quelle tendre solli¬

no

citude veillait sur elle dans la personne de ceUe

providence assermentée qu'on appelle le gardechasse.

Ces excellents animaux n'avaient pas

pris la parole depuis Lnfontaine, où ils nous
donnaient, à nous autres hommes, de si sages
conseils ; le honheur, la reconnaissance les ont
lait sortir de leur long mutisme, et voici ce qui
est résulté d'un congrès auquel

les avait couvequés un vieux lièvre, leur président.
C'était le Nestor des forêts.
C'était 1' patriarch' des liòvr's.

Chacun étant à son poste, et le président
ayant obtenu le silence, il déplie un journal, et,
passant lestement sur les trois premières pa¬
ges, il saute à cet endroit de la feuille où fleu¬
rissent la maison à vendre on à louer, lo chan¬
gement de domicile, le chien percìu et autres

productions littéraires de la même farine.
L'endroit, ce jour-là, était envahi par des avis
émanant des quatre points cardinaux de l'arl'ondissement et portant interdit de chasse sur
à peu près tout son parcours.
L'orateur donna lecture de ladite page, et
il n'eut pas plus tôt hui, que les inarques de la

cours, une gélinotte s'exprima en ces

son

ter¬

mes :
■—

On parle de refondre le code de la chasse ;

je me flatte qu'on ressuscitera quelques-unes
des anciennes prohibitions.


Moi, je demande simplement qu'on restaure

les potences pour les délinquants, s'écria un
lapin en tordant sa moustache.
Dieu veuille que ce vœu si modeste soit
exaucé ! ajouta un ortolan.
Après ces mots, le président reprit la parole
et dit :
Mes amis , il y a beaucoup à faire pour




nous, qui le nie ?... Mais contenlons-nous pour
le quart d'heure de ce que nous venons d'ob¬

tenir. Un fait acquis aujourd'hui, c'est que les
propriétés de beaucoup de cantons nous sont
ouvertes comme autant de refuges où nous som¬

assurés Je trouver la paix et la vie sauve.
Voici le catalogue des localités où nous est ac¬
cordée une généreuse hospitalité.
11 lut, puis poursuivit ; — Tant que vous res¬
terez dans les limites que je viens de désigner,
il n'y a aucun risque à courir ; aliez, venez,
broutez ou jouez du bec tout à votre aise...
Une vieille hase fort experte observa :
lìtes-vous sûr, monsieur le président, de
mes



que vous avancez-là ? Toutes les défenses
seront-elles observées? n'y aura-t-il pas quel-

ce

que hardi chasseur qui n'en tiendra nui compte?
Nous avons les gardes-chasse comme
garantie, fit le président. Du reste, ce que je
dis là, je le sais par expérience : voici huit jours
que je vais et que je viens sur les terrains ré¬
servés sans que j'aie fait la moindre mauvaise


rencontre.

Quant à moi, monsieur le président, ce
que je puis dire, lit l'hôte des terriers, c'est
que tel est lo respect des chasseurs pour les
ordres des propriétaires, qu'à l'un d'eux j'ai pu


de nez sans qu'il ait osé, par le
moindre coup de fusil, venger sa dignité outragée.
Oh ! mais lu os un lapin, loi ! fit le prési¬
dent. Cependanl il ne faut
se montrer ni
lier, ni provocateur. Après ça, s'il arrive malheur
à quelque téméraire, ce sera tant pis pour lui.
faire un pied



MONOCLE-

bien le lieute¬
Vairgherède qui passe et avec un
monocle, Dieu me damne ! s'écria soudain Lataillade au milieu d'un silence général.
Eh bien ! qu'y a-t-il donc de bizarre à. voir
un officier de dragons avec un carreau ? inter¬
rogea d'un ton rogne le commandant Tournier,
un vieux lignard en retraite ; il
a sans doute
épuisé son crédit, et c'est peut-être la seule
chose qu'il puisse avoir « à l'œil ».
Plaisanterie à part, il y a quelque aventure
sous roche, car lorsque le lieutenant permuta
et vint de Bombignac à Limoges , voici déjà
deux ans, il abandonna le monocle qu'il avait
toujours porté jusqu'alors, et à ceux qui lui en
demandaient la raison, il répondit évasivement,
jurant, par la fressure du Saint-Père, qu'il n'en
mettrait de sa vie; et l'on m'assura qu'il y avait


nant

Tiens ! Tiens ! mais c'est

de





de la femme là dessens.
Peste! cela me semble drôle, en
■—

effet, et

piquez fort ma curiosité, Lataillade, ajoula
le joyeux D rouant qui flairait quelque historiette
gaillarde. Mais voici justement Gourtinois ; un
journaliste ça doit tout savoir, et il va sûrement
nous renseigner.
Telle était la conversation qui venait de s'en¬
gager sur la terrasse des Philanthropes, à
Limoges, lorsque Gourtinois, la mine enjouée
et le teint frais d'un homme qui vit sans soucis,
vous

fit son entrée au cercle, où il venait tous les
soirs avant son dîner gagner quelques fiches
au wisth.
Je crois parbleu bien qu'il y a une histoire,
et une bonne histoire qui mieux est, répondit
l'aimable journaliste, mis au fait. Je la tiens
d'une vieille marquise qui en a été la specta¬
trice et me Ta contée un soir qu'elle revenait de


confesse, tout en sirotant une tasse de thé.
Une marquise!.... contez-nous ça bien
vite, Gourtinois, dit 1 trouant la prunelle dilatée.


L'histoire est assez longue, mon cher, et
je craindrais de vous ennuyer.
Mais non, mais non, répliqua le comman¬
dant, qui décidément ne semblait pas être de
belle humeur, ma migraine commence à poindre
et cela parviendra peut-être à m'endormir.
II faut vous dire, commença Courtinois
après avoirallumé un excellent puro, que notre






L'ENTR'ACTE

PÉR1G0URDIN.

dans ce creux char¬
mant, joyeux vallon qui sépare les deux monts...
que vous savez. II faisait chaud, ai-je
et

lieutenant, fils du vicomte de Vairgherède, un
sportman et un viveur de Vécole de Grammont-Caderousse, naquit avec des liottes Chan¬
tilly aux pieds et un monocle à l'œil.
Mais il est de Marseille alors, s'exclama

œillades fort indiscrètes

Lataillade.
A vingt

de prise sur la
de ce principe



deux ans, il avait grignoté le
patrimoine si fort ébréché par son père, et,
n'ayant plus à son actif.... que des dettes, il se
fit soldat. Ce fut un beau jour pour Bombignac
que celui où Vairgherède fut nommé sous-lieu¬
tenant au 48e cuirassiers.Esprit lin et distingué,
cœur chaud et généreux, âme droite et loyale
comine son épée et en ou Ire fort joli garçon, il
ne tarda pas à accrocher aux étoiles de ses épe¬
rons maints cœurs de maintes gentes damés et
damoiselles. Quand il eut épuisé le stock des
amours faciles, il
s'attaqua à des forteresses de
vertu qu'il enleva d'assaut, et il lui fallut bien¬
tôt moins de temps pour rendre un mari... inté¬
ressant que pour faire trente points de billard.
Mais un jour, ô revers! notre gai luron perdit
la gaîté avec J'appétit et devint amoureux fou,
amoureux pour le bon
motif, s'il vous plaît,
d'une jeune beauté fraîchement émoulue du
couvent, qui répondait au nom. euphonique d'A¬


mélie Ronséant.
Heu ! heu ! un joyeux nom, appuya Latail¬


lade, en claquant de la langue.
La jeune personne était charmante, une
brune piquante de dix-huit ans aux yeux pro¬
fonds et aux lèvres charnues laissant voir, quand
elle souriait, une double rangée d'adorables pe¬
tites quenottes, et de plus, de quelque côté


qu'on la regardât, elle vous présentait les plus
appétissantes rondeurs ; mais je glisse, car ce
ne sont point là mes affaires et je m'en voudrais
de scandaliser le vertueux Drouant. De Vair¬

gherède l'avait rencontrée plusieurs fois aux
mardis de la colonelle ; n'ayant plus sa mère,
elle y venait assez souvent en qualité de voisine,
pour faire un peu diversion à f ennuyeuse com¬
pagnie de son père, un richissime banquier qui
ne parlait que chèques et bordereaux. Là s'était
ébauché un petit roman d'amour, et le beau lieu¬
tenant avait facilement obtenu de mademoiselle
Amélie la permission de demander sa main.

C'est ce qu'il lit d'ailleurs, en grand apparat,
certain d'avance qu'un roturier, lut-il banquier
et millionnaire, ne pouvait qu'être

honoré de sa

démarche, mais il fut magistralement éconduit
par M. Ronséant, qui lui déclara tout net que su
tille et ses cinq cent mille

francs de dot né se¬

raient jamais pour un officier de fortune.
Vous voulez dire sans fortune, interrom¬


pit Lataillade.
Le lieutenant apprit alors que sa cOnuuête
avait été déjà demandée par M. Durosoir, un in¬
dustriel riche mais vieux et déplaisant. Néanmoins


encouragé par la belle enfant qu'il avait absolu¬
ment fascinée et

qui lui promit solennellement
qu'elle ne serait jamais qu'à lui, il attendit que
les dispositions paternelles devinssent plus favo¬
rables. Insensé qui so fie à la parole d'une
femme ! A quelque temps de là madame la co¬
lonelle donnait un grand bal où Mlle Ronséant
devait tout juste faire son entrée dans le monde.
Des fleurs partout et, dans l'étincellement des
lumières, les feux des diamants se mêlant aux
scintillements des lustres; partout aussi de jeunés et charmantes femmes encadrées entre des
uniformes dont la note un peu sévère formait le

plus heureux contraste avec les tons clairs du

velours et de la soie : tel était, vers dix heures,
suspect du salon, quand on annonça Monsieur et
Mademoiselle Ronséant. D'une élégance et d'un

dit,
le visage du lieutenant perlait de sueur. O
imprudent ! son monocle n'ayant, en effet, plus




...

,







Comme au bac, alors.
M. Ronséant a eu l'airnnble attention de se
laisser mourir il y a un an, et, d'après les con¬
seils de Madame, Durosoir, qui est maintenant




vient

trop riche pour conserver son industrie,
d'acheter tout près d'ici le château des Char-

mettes ; là mes renseignements s'arrêtent, et je
n'en sais pas plus long que le bruit public.
Nous écoutons.
On raconte que de Vairgherède est allé
faire une visite aux Gharmetfes, qu'il a été fort
bien accueilli dans la maison, par Madame
s'entend, et l'on assure qu'ayant mis la main
sur son ancien monocle, ce monocle; sans pareil,
eh ! bien, il le reporte.






Comment a-t-il pu mettre la main dessus,

puisqu'il était si bas, si bas ?... insinua Drouant

anxieux, ayant à l'œil un monocle à jonc

avec une

comme l'orchestre entonnait une valsede

Strauss,

précipita au-devant de Mlle Amélie, qui,
fort gracieusement, lui accorda In valse tant
souhaitée, et bientôt le couple heureux tour¬
noyait, l'âme envolée dans un infini d'azur. J'ai
omis, chose importante, de vous informer que
la jeune personne avait ce soir-là une ravissante
toilette dont le décolleté très galant laissait can¬
didement entrevoir les trésors de son opulent
corsage. Durant les premiers tours de danse,
tout alla bien ; malheureusement chacun s'y
mit, le pluè maigre sous-lieutenant ayant à

il

se

cœur de

taire danser ou tourner, comme il vous

plaira, la femme d'un supérieur, et ce ne fut
plus dès Lors une valse, mais une véritable
bousculade, aussi la chaleur devinl-elle insup¬
portable. De Vairgherède, dont le visage per¬
lait de sueur, n'y fit pas attention ; une seule
préoccupation assiégeait son esprit, c'était son
amour, et dans les instants d'arrêt qu'amenait
souvent dans la foule des danseurs l'inexpérience de sa danseuse, il caressait coinplaisammcnt du regard la gorge si admirablement
moulce de Mlle Ronséant. 11 parait même que
le drôle, pour se « rincer l'œil plus conscien¬
cieusement » penchait la tête et plongeait des

C'est au Gros-Cailloux.
Le père est serrurier, la mère perleuse en
dentelles. La vie est dure et souvent f argent
rare. Un jour d'hiver, petite Marguerite vint au
monde.

chair moite, glissa, et en vertu
de physique que vous devez
Le père heureux jura de ne plus boire avec
connaître, commandant....
les camarades les samedis de paie, et la mère,
Oui, oui, je connais, mais continuez donc,
encore pâlotte, se remit bravement au travail.
que diable !
11 y a une mioche à la maison, et il faut f élever,
Qui démontre que le fil à plomb suit la
cette enfant, puisque Dieu l'a donnée.
perpendiculaire, il prit la direction du regard
Elle est très jolie, mignonne , toute blonde,
et s'engouffra dans l'entrebâillement du cor¬
potelée, si rusée et si alerte que les braves gens
sage comme un sou neuf dans un tronc d'église.
du quartier, dans leur langage imagé, sent sur¬
Par malheur, la valse Unissait, et Mlle Amélie,
nommée
« nofmouche. »
à qui le gentil carreau avait jeté un froid....
A sept ans, on l'envoie à l'école communale,
ailleurs que dans le dos, ne put retenir, en rou¬
et à la lin de Tannée, comme elle a été sage et
gissant ô rendre jalouse la culotte de son cava¬ a eu un
prix, la famille en chœur va chez le
lier, un petit cri de biche effarouchée qui lit se
photographe, qui lui fait son portrait.
retourner toutes les têtes ; de Vairgherède, fort
Première joie :
en peine, tira rapidement sur le cordon pour
Not'Mouche grandit toujours.
rompre celte chaîne que, dans un autre lieu et
A seize ans, dans batelier de couture où elle
en d'autres temps, il eût trouvée fort agréable ;
travaille, elle fait la connaissance d'une fillette
mais ce petit scélérat de monocle, se trouvant
de son âge, brune autant qu'elle est blonde.
sans doute à l'aise, ouais, l'iinpertinent! s'était
Jolie
aussi la Marthe et ne demandant qu'à se
retourné tout au fond du corsage, et une élas¬
l'entendre dire.
tique pression, en même temps qu'un nouveau
Au bout de
jours d'intimité, dans
petit cri, firent comprendre au lieutenant que les causeries àquelques
voix basse, elles conviennent
ce mode inédit de pêcher — à la ligne — n'était
d'aller un soir à f Hippodrome ; et, pour cela,
vraiment pas praticable.
elles économiseront tous les jours sur les sous
On commençait à faire cercle et à chuchoter
du déjeuner.
autour du couple, mais tandis que Vairgherède
Des chapeaux sout vite fabriqués à la hâte,
tentait vainement de briser de ses doigts crispés
chapeaux
de griselte, mais allant à ravir et faits
Te cordon qui résistait, Mlle Ronséant était pas¬
pour les mignonnes têtes qu'ils coiffent.
sée du cramoisi au vert-pomme ; enfin, dans un
Elles se sont donné le mot pour dire aux
suprême effort, la soie craqua, et pendant que
parents qu'il y a beaucoup d'ouvrage à f atelier,
Mlle Amélie tombait à demi pâmée dans les
et qu'on veillera très tard le soir.
bras de son père stupéfait, notre lieutenant
En cachette, dans l'escalier, on met bien vite
s'esquivait au milieu des invités, qu'une notion
quelques pëtits cheveux sur le front, puisque
bien comprise du savoir-vivre forçait à s'éc'est la mode et riant, heureuses comme des
touffer pour ne pas rire.
pouliches en liberté, les deux gamines vont au
Mademoiselle Amélie ne put oublier la posi¬
spectacle tant désiré.
tion ridicule où l'avait si involontairement pla¬
Not'Mouche est bien heureuse, car elle adore
cée son valseur ; elle lui pardonna moins encore,
c'est une chose qu'une jeune fille doit bien | le plaisir.
II y a beaucoup de petites femmes à cheval
difficilement pardonner, — de lui avoir fait
qui ont de superbes costumes.
manquer son premier bal, et un mois après, au
Not'Mouche ouvre de grands yeux pour les
mépris de la foi jurée, elle devenait, su: les voir. «
Tiens, dit-elle tout à coup, en montrant
instances de son père, Mme Durosoir. — \ oilà
une écuyère, celle-là était à l'école avec moi.
pourquoi de Vairgheiède vint du 13° cuirasSi tu veux, la Marthe, nous nous présenterons,
sicrs au 25e dragons à Limoges, et lit le ser¬
on nous prendra peut-être, ce serait bien plus
ment de ne plus porter de monocle, car c'était
amusant que de travailler. Nous irons demain
le seul, a.ssurait-il, qui lui eut jamais permis d'y
nous présenter, veux-tu? »
voir clair.
II est fait comme elles avaient convenu.
Je comprends fort bien maintenant pour¬
Elles plaisent au directeur, qui les engage,
quoi il a abandonné son carreau, mais j'avoue
et,
au bout d'un mois, elles se trouvent, tant
ne pas comprendre pourquoi
il le reprend
elles'y ont mis d'ardeur, presque aussi bonnes
aujourd'hui.
écuyères que les antres, ce qui n'est pas grand'
Attendez donc, Lataillade, il y a une
chose, niais pins jeunes et plus gracieuses.
suite.

correct irréprochables, de Vairgherède attendait

d'or
retenu par un large ruban de soie ; à peine les
salutations d'usage eurent-elles été échangées,

MQTIVlQUeHjE.



feinte naïveté.
Peuh ! il aura sans doute dégrnffé

le cor¬

sage, répliqua Lataillade.
Eh bien, quant à moi, conclut

philosophi¬
direz ce que vous
voudrez, mon commandant, mais à dater d'au¬
jourd'hui, je ne sors plus sans un monocle.


quement Courtinois, vous

Dead-Heat.

Mais les autres ont de belles robes, tandis

qu'elle....
comme une

Not'Mouche est toujours fagotée
grisette.

L'amoureux qui lui offrirait sa première robe
de soie aurait en échange son cœur et tous les
baisers qui lui pendent aux Lèvres.
Elle est si mignonne qu'elle trouve vite un
adorateur, charmant garçon, jeune, passionné,
obéissant à ses moindres caprices.
Mais Not'Mouche est ambitieuse, et c'est si

fatigant de monter à cheval.

if lui faut bientôt un appartement luxueux,
voiture, et, pendant deux ans, elle mène la

uue

vie à outrance.

Not'Mouche rit et s'amuse , mais ses belles
couleurs s'en vont ; elle est bien pàlo ; une

petite toux sèche chagrine son amant, qui rem¬

mène dans les pays chauds , aux eaux, partout
oii il espère lui rendre la santé.
Elle , sachant qu'elle a besoin de repos, se
laisse guider.
Elle quitte à peine son

lit où elle est restée

quatre grands mois, lorsqu'une amie,
camarade de l'Hippodrome,
ses nouvelles.

ancienne

vient prendre de

« J'ai été malade, mais cela va bien, très bien ;
maintenant, je pars en Suisse; l'air des mon¬

tagnes est excellent. Ce bon docteur me croit
plus malade que je ne suis. » Et Not'Mouche

ABSENTE.

rit toujours.
Ils so'nt à l'hôtcl, au Righi.

Vous trouver... c'est voir le printemps

Etendue sur son lit, pâle, mince, mais toujours
jolie dans sa souffrance, Not'Mouche tâche de
donner quelque espérance à famant désolé.
Elle tousse, tousse très fort, et lui, inquiet
plus que de coutume, la soulève et colle sa

Avec ses lis, avec ses roses
El ses baisers á pleines dents

Cueillis sur vos lèvres mi-closes.
Ne pas vous trouver...

c'est l'hiver

bouche sur la bouche de sa maîtresse.
Le baiser dure longtemps !
Tout à coup, le visage noyé de larmes, il
recule éperdu....

Avec son jour morose et sombre,

Ses tempêtes qui fendent l'air,
Se> brouillards où le bonheur sombre.

Ilicr c'était l'hiver pour nous,

se

Not'Mouche ne rit plus, Not'Mouche est morte!

Car vide était notre demeure,

Fantazio.

Aujourd'hui nous reviendrez-vous,
Le printemps aura-t-il son heure ?
A.

Le Gérant : BILLAMBOIS.
de

L.

Périgiieux, iinp. LAPORTE, anc. Dupont et 0e.