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Médias

Fait partie de L'Entr'acte périgourdin

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Première Année.

Numéro 19

L'ENTR'AGTE PÉR1G0URDIN.

Périgueux,

ravissement. Jamais il n'avait rien vu de
plus

6 Novembre 1886.

exquis, de plus suave, de plus piquant que ce
petit nez retroussé tout plein de malice, que
cette bouche arrondie où brillaient des
petites

dents de nacre. Le soleil mettait des teintes d'or
dans ses cheveux ébouriffés, ravivait l'éclat diamente de ses
yeux et donnait un certain relief
á sa beauté.
Elle allait, venait dans sa chambre,

3tu harnais de tambour-major

3\eve'lu pçur ta circonstance,
Ofaitre Douât, chamarré d'or,
.fous ajait rire à pleine panse.
3Jes succès il a bonne part,

geant de temps à autre un regard

f,on Vappelle 3jaab ou Ghoppart,
Sa verre est fort désopilante.

<iA.ii!

G'est un amusant iM'onthabor

Qjie Douât le tambour-major !

par-dessus les moulins,

Ayant très bien su mettre à Jlot
Sa barque directoriale,

la co¬

et

quette ne manqua pas de s'apercevoir de

l'iim¬
pression qu'elle avait produite sur le célibataire.
Elle eut pour lui des mines câlines et provo¬

Avec du bonheur dans son lot,

crier sous des pas

Je t'aime !... »

précipités... Armande pâlit,

troubla, Anatole courut dans tout l'appartement, comme une souris aux abois, et s'éclipsa
bjentôt tout affolé dans un couloir. Un balcon
était à l'extrémité et, pendant qu'il enjambait

de sa colère s'éteignaient dans son cœur et les
mots trébuchaient dans sa
gorge.
La jeune femme courut à lui pour lui faire
collier de ses bras caressants; mais ce trans¬

un

port de tendresse réveilla dans le cœurdu jaloux
un
dernier reste de fureur, et il la repoussa
d'un geste nerveux et brutal.
Armande reçut celte boutade sans broncher.
Elle ne répondit pas; mais sa bouche .s'était

plissée et ses petites dents mordillèrent le bord
de ses lèvres. Ensuite, elle se laissa tomber sur

vate, allongea ses

manchettes, et, l'œil brillant,
la joue empourprée, courut se jeter aux pieds de
la sirène, lui offrant son cœur, sa main et ses
dix mille livres de rente.

Ah !
G'tst un très malin 3fcnthaber

sue 3)onat le tambour major !

la causeuse qu'elle venait de quitter,

battant la
pieds et toisant d'un regard
froid son mari, ayant flair de lui dire : « J'at¬
mesure

Armande. toute surprise, vit tout à coup
s'ouvrir devant elle des perspectives rêvées et

fous souhaitons bien franchement
(sue parmi nous jouant à l'aise,
31 incarne agréablement
331 longtemps ta gaîtéJrançaise.
Gar, sous sa joyeuse bannière,
3'lus d'une aimable cantinière.

A. h !

mait

NS-

pas ;

M EMÌÏ! WM.

maison

ne

la lisant, fit glisser ses yeux par-dessus
le pap'er pour voir la mine du jaloux. Le mo¬
ment était critique ; il fallait au plus vite se ti¬
rer de là ;
mais Armande était femme jusque
dans le bout des ongles, femme avec toutes ses
ressources. Une idée lumineuse traversa aussi¬

désemplit

les fêtes s'y succèdent et on y dîne à l a-

tôt son esprit, et elle

venant.

Séraphin Moulinard s'était assis pendant
ans devant le même bureau, pendant

vingt

vingt ans, modeste employé'du chemin de fer,
il avait gratte du papier, confectionné des let¬
tres d'avis,
aligné des chiffres tout en rêvant
une existence de
Sardanapale, des orgies de

pêche à la ligne sur les bords de F Isle, des jour¬
nées paresseuses assis sous les arbres touffus de

af¬

franchi des tortures de l'heure réglementaire,
de l'amende impitoyable, cette terrible
épée de
Damoclès dont les menaces incessantes avaient
fait tomber un à un ses cheveux et dénudé son
crâne. 11 avait bien quelquefois
songé aux dou¬
ceurs de Thymcn, entrevu dans ses rêves une
femme idéale entourée d'une troupe de bébés

qui lui grimpaient aux jambes et le délassaient
des monotones fatigues de son travail ; .mais il
avait bien vite chassé ces fallacieuses images.
Ses faibles appointements ne lui permettaient
pas un pareil luxe, lui qui, pour arriver à la
tin.de chaque mois, était obligé, selon l'expression adoptée, de tirer le diable par la queue, et
il s'enfonçait stoïquement dans sa coquille de
célibat tire à perpétuité.
Entin le sort lui sourit. Un héritage inat¬

tendu lui tomba comme du ciel. Ses rêves al¬
laient devenir des réalités. Inutile de dire qu'il
eut tót donné sa démission et
qu'il se précipita
corps perdu

dans la liberté,... Combien lui
parurent douces les premières journées !...quels
repas pantagruéliques consommés au Chapon
Fin !.. que de pipes bourrées et vidées devant
une chope de bière à la porte du
Café de Pa¬
ris!... Hélas\! la satiété arriva bientôt... Peu à
peu le vide s'était fait autour de lui depuis que
habitudes étaient bouleversées, l'en nui s'en
mêla et l'idée du mariage .lui revint. ..

ses

Après
tout, pourquoi ne me marierais-je pas ? se disait-il un matin en arpentant sa chambre et en
lançant des regards obliques et interrogateurs
dans sa glace... Sacreblcu ! je ne suis pas trop
dégradé, je pourrais bien plaire encore, que dia¬
ble!... que c'est triste un vieux garçon!...
quelle vie énervante !.
11 avait à peine fait ces réflexions
qu'une fe¬
.

qu'il conduit avec

train admirable ; en un mot,

train et l'éperon du plaisir.

un en¬

grande amitié, rit de ses facéties et l'a au moins

m'aimes plus...

n'y volt que du bleu,
et les petits mots lancés à l'oreiIle, les chuchote¬

Puis, elle sc détourna et ensevelit son front
dans ses deux mains qu'elle inonda de larmes.
Moulinard la regarda d'un air convaincu. En
retrouvant sa femme innocente ,il voyait s'ouvrir
devant lui plus belles que jamais les perspecti¬
ves de son amour et de sa félicité intérieure.
Son courroux olympien calmé, il prit d'un

malicieux vont leur train.

Appelé il y a peu de temps à Paris pour tine
affaire d'intérêt, Moulinard veut amener sa
femme, mais elle a ce jour-là une névralgie de
commande. A peine était- il parti qu'Anatole

entrait dans la maison de son ami comme un
locataire dans ses meubles, endossait sa robe
de chambre, coiffait son bonnet grec et, tout en
fumant les panatellas de d'amitié, réparait avec
l'ardente jeune femme les lacunes que faisait à
leur amour la contrainte journalière.

mouvement brusque

indignement rudoyée ; mais, elle se fit long¬
temps prier avant de pardonner.
Depuis lors, la plus grande harmonie règne
dans le ménage, et l'ami Moulinard met tout
en œuvre pour faire oublier à l'ami Anatole ses
horribles soupçons.

pas subir le sort des plus belles choses. L'aet l'amitié remplissaient toute sa vie ; un
envieux voulut détruire cette félicité.
II n'y avait pas vingt-quatre heures qu'il était
à Paris lorsqu'il reçut une lettre qui le mettait
au courant de la conduite de sa femme.
ne

Jean de L'Icakie.

mour

A ce coup

REPRQQMESa

inattendu, Moulinard entendit un

horrible tocsin bourdonner dans sa tête ;

il

les deux mains d'Arman¬

de, l'embrassa avec fougue et s'excusa del'avoir

II n'y a pas de bonheur parfait. L'existence
de Séraphin Moulinard était trop heureuse pour

ne

pouvait en croire ses yeux... II était écrasé,
anéanti, foudroyé... Armande, sa femme bienaimée, son idole, sa perfection n'était plus
qu'une vulgaire courtisane... Non, cela ne pou¬
vait pas être, Anatole, son ami, son frère, le

.le n'ai rien oublié do ce que vous me

dites.

Voilà cinq ans bientôt, par un beau soir d'été,
Et ! vous ne savez pas le niai que vous me lites,
Alors qu'au monde seul,
'

c'est vous que j'ai fêté.

aucun secret

Je ne puis plus aimer,disiez-vous,ma mignonne,
Comme vous le voulez ; mon âge et les chagrins

M'ont fait un cœur de pierre et les bonheurs qu'il donne
Ne viennent pas de vous... Ainsi va le destin !

fébrile, héla un cocher de fiacre qui le condui¬

J'ai trop souffert d'aimer lorsque j'avais votre âge,
.Une enfant comme vous, vous ressemblant un peu :
Elle avait comme vous la pâleur du visage

trahissait, lui Moulinard, qui lui avait si sou¬
vent ouvert sa

bourse et son cœur, qui

n'avait

pour lui!... quel réveil affreux !...
Après tout, il verrait bien... au diable les af¬
faires... Aussitôt il boucla sa malle d'une main
sit à la gare d'Orléans, et, la tète pleine d'idées
cornues, comme dirait Rabelais, arriva enfin à

Périgueux.
11 était m.'di. Les persiennes

de la chambre

douce lumière qu'adoucissait encorel'épaisseur
des rideaux de satin. La jeune femme, envelop¬

demi fermées, tamisaient une

pée d'un peignoir de cachemire rose, le corps
paresseusement étendu sur une causeuse, lais¬
sait reposer sa mignonne tète sur l'épaule d'Anatole. Ce n'étaient

inexplicable

l'épreuve. Séraphin, tu es un ingrat... tu ne

mant d'Armande.Le mari

plus jolie tête brune qu'aient jamais portée
épaules blanches et rondes de jeune lille.

remarquée.

ment maladroit. Je
m'ennuyais seule, éloignée
de vous et j'ai voulu, par ce petit stratagème,
hâter votre retour et mettre votre confiance à

Séraphin l'a pris en

d'Armande, à

puis deux jours seulement le quartier, ce qui
explique pourquoi Moulinard ne Pavait pasen-

faut que vous soyez bien peu clair¬
voyant, monsieur mon mari, dit-elle, pour n'a¬
voir
pas connu mon écriture sous ce déguise¬


c'est le boute-en¬

nêtre en face de la sienne s'ouvrit et encadra la

Armande, modiste en chambre, habitait de¬

sarmé.
il

quatre fois par semaine à sa table. Abuse-t-il
de cette amitié ? Au dire de certains, il est fla¬

ments

partit d'un éclat de rire si

franc, si sonore, que Moulinard se sentit dé¬

Anatole Trufard, l'élève pharmacien du coin,
est de toutes les réunions. II est
grand, blond,
ni beau ni laid, avec cela un peu artiste et grand
amateur du cotillon,

qualifiait sa femme d'épouse infidèle.

tout en

chefs, avec le public et tout ce qui l'approche.
II est aimable pour tout le monde et, en hom¬
me modèle, il accueille avec bienveillance les
invités de sa femme. Sa

et

tôt de sa poche la lettre délatrice.
Armande la lui arracha d'un tour de main et",

le morose employé toujours en bisbille avec ses

Q_ue Douât le tambour-major !

Elle fière,

Celle-ci voulut protester, mais il extirpa aussi¬

dieux, la lèvre souriante, on ne reconnaît plus

C'est un avisé Qfon thabor

ses

arrogante, lui, le buste droit, la tête haute et
dans la surexcitation qui suit une brusque et
violente attaque de jalousie. Mais la situation
ne s'était nullement détendue : tantôt'i! s'ani¬

c'est un ange de vertu, de dévouement. A le
voir maintenant le front épanoui, le regard ra¬

33n gaillard habile il a mis

avec

tends ! >•
Ils demeurèrent un instant ainsi.

s'empressa d'accepter.
Aujourd'hui Séraphin Moulinard se considère
comme l'être le
plus heureux de la création. Sapetite femme est expansive, caressante avec lui
et prend des airs de colombe effarouchée
quand
un
galant l'approche de trop près. Pour lui,

31 aura de nombreux amis,

II resta un instant dans le plus

se disaient sur
«

se

aux
rayons des beau x yeux de sa voisine. Un
soir , n'y tenant plus, il refit le nœud de sa crâ-

31 verra s'emplir ses gradins
3)e nospschutteux, de nos coquettes...

ses chefs,

heures qu'ils

tons ces mots divins :

quand ils entendirent les marches de l'escalier

Pendant plusieurs jours, Moulinard avait fait
des efforts inouïs pour se contenir; mais son
cœur lui
échappait, se dilatait et s'épanouissait

Vraiment, nos bons 3'érigou rdins
3jin feront dp belles recettes ;

corc

II y avait deux
tous les

cantes.

31 pourra dorer sa timbale.

Tourny, loin des tracasseries de

mains, que ramages d'exquises seri¬

nettes.

il y avait dans l'ondulation
souple de ses
membres une sorte de grâce féline pleine de ; l'appui de fer pour sauter dans le jardin, le mari,
le front tcut emperlé de sueur, pénétrait corn me
promesses et de séductions. Chaque fois qu'elle
une bombe dans la chambre.
se
penchait, son petit fichu de dentelle fuyait
II marcha d'un pas saccadé, les poings fer¬
ses
épaulés et montrait, dans l'encadrement de més et en jetant un regard investigateur dans
sa chemisette, aux
yeux ravis de Moulinard,
tous les coins et recoins. L'ingénuité de sa fem¬
des rondeurs veloutées, miroitantes comme le
me, le calme de ses grands yeux noirs, tout sem¬
marbre le plus pur, qui lui donnaient des fris¬
blait le convaincre de son innocence ; aussi desons de volupté.
meura-t-il un instant muet, stupéfait,et, comme
Armande avait déjà jeté quelques bribes de
le grondement d'un orage qui passe, les éclats
son bonnet
et

Car, quoi qu'il dise ou quoi qu'il chante,

à

plon¬
dans la rue,

de

ments

entre

les deux

amoureux

qu'éçhange de tendres baisers, que doux serre¬

«

Qui fait valoir les yeux bleus et tout pleins de feu.

«

Ah ! vous l avez aimée. Alors qu'est devenue
Cette adorable enfant dont vous parlez souvent ? »
Fillette ! ne ris pas ! Dans la grande avenue
D'un lointain cimetière, elle dort pour longtemps >•.
>,

«

Alors, depuis ce jour, respectant votre peine,
Pas jalouse du tout d'un amour si constant,
Avec vous je pleurais, quand,aux bords de la Seine,
Je vous la rappelais,

moi qui vous aimais tant.

Puis très loin dans les bois, vous me disiez

des choses
Qui me prenaient au cœur, car vous aviez ma foi,

L'ENTR'ACTE

Et je vous écoutais! mes joues dévenaient roses
Après nos longs baisers ! Pourtant ce n'est pas moi

PÉR1G0URDIN.

daire Rómieux, et oa s'empressa de le renvoyer
à Samt-Mandé... où il est mort.
Zanzibar.

Que tu choyais ainsi ; mais ton âme ravie
S'envolait dans mes bras vers les mortes amours !
Dans tes veux noirs alors passait toute ta vie
Et tu l'agènouillais, mains jointes et,toujours

-iitiii.va7.it

-y~' (yxy'/wag/5>- ""ïinâïìïïi hùìì~w

LE QUIPROQUO DE M11" AURORE-

Un nom jadis aimé qui de ton cœur s'élance
Et vient jusques à moi que ton rêve embellit.

publié dans le numéro 16
de ce journal, et qui produisit, dans le temps,
une certaine sensation à Périgueux, donna lieu,
en outre, à plusieurs aventures, à celle-ci, par¬

J'ai lu hier, dans une petite feuille impéria¬
liste de Paris, une nouvelle nécrologique qui a
réveillé en mon esprit tout un monde de sou¬
venirs. Celte nouvelle était pourtant très laco¬

nique et je puis la citer ici ; la voici :
Nous apprenons

»

regret la mort M.

avec

Marc

l'eiiregistremenl, qui,
depuis l'avèneinent de la République, vivait retiré a
Sl-Mandé, où 11 ne comptait, que des amis M. Ilenlave avait longtemps servi l'Empire, et il conservait
pour ce régime, cher à son cœur, un culte tout parti¬
culier Sou plus
grand plaisir était de causer du gou¬
vernement impérial et des grandes et belles amélio¬
rations dònt Napoléon 111 sut doter la France. »
de

receveur

N'en déplaise à la petite feuille parisienne en
question, nous avons connu Marc Ilenl'ave et
nous pouvons en causer aussi savamment que
Fauteur des lignes qui précèdent.
Le défunt était un bon et joyeux drille, qui a
laissé dans, la Dordogne des souvenirs assez
piquants. II futmême, dans noire département,
le héros d'une aventure que nous allons risquer
dans l'Enlr'acCe, en priant nos lecteurs de ne
pas la rééditer devant les dames... sans que
celles-ci se soient préalablement munies d'un
éventail ou de Fintéressanle petite feuille de ce

qui. à la rigueur, leur servira à dérober le

nom

saurait manquer de leur

rouge que ce récit ne
taire monter au front.

avoir fait,
non sans gloire, la campagne d'Italie...
après
avuir longtemps amusé, par ses jovialités, le
101e régiment de ligne, où il servait comme
sous-lieutenant, le bel 1 lenl'ave éprouva le be
soin de prendre sa retraite". Quelques-uns de
ses amis, bien placés dans la faveur du souve¬
rain, obtinrent pour lui — Dieu sait comme !
un
bureau d'enregistrement de troisième
classe-dans un de nos plus riches arrondisse¬
C'était vers 1868

ou

1869. Après



Henlave

ments.

accepte sans

trop réfléchir

qu'il n'est nullement préparé à semblable beso¬
gne ; et, sa nomination en poche, débarqué,
un

beau soir, clans

son

bureau, où il était im¬

pudemment attendu. II se couche aussitôt et rê¬
de se faire bien venir de la nou¬

ve aux moyens

velle clientèle
en contact.

avec

laquelle il va

se trouver

Le lendemain matin, les contribuables, qui
ont appris son arrivée, commencent à carrillonner à sa porte. Mais le nouveau fonction¬
naire avait un défaut, un lout petit défaut : il

n'aimait pas à se

lever de bonne heure ! 11 lait
doue longtemps la sourde oreille. Drelin, d rélin, drelin ! la sonnette continue à tinter. Enfin,

impatienté, il sort de son lit, court à la fettèlre,
qu'il ouvre à deux battants, retrousse sa che¬

contribuables attroupés....
chose qu'une cote de contribution ;
exhibant eniin son visage, leur adresse

mise et montre aux
tout autre

puis,
ces
simples mots :


tout

Quand vous viendrez avant midi, c'est
ce

que vous verrez

ticulièrement :

avait á cette époque, dans notre ville,
professeur de langues nommé Benoît à qui
ses habitudes d'ivrognerie avaient fait perdre sa
place au collège, et bavaient déconsidéré même
aux yeux de ses élèves, dont il reçut divers suinoms, entre autres celui de Ruffin, nom odieux
en ce moment il cause de la conduite
de celui
qui le portait et qui donna lieu à un quiproquo
assez plaisant. Le besoin, pour se maintenir,
de garder une certaine mesure, avait pourtant
un
peu retenu Benoît sur la pente où il au¬
rait tout-à-fait glissé autrement, et il avait pu
arriver à 5 i ans en vivotant de ses leçons dans
les pensionnats et les écoles; mais il y avait
gros à parier que l'àge étant là, il allait n'avoir
plus d'occupation et se trouver sans pain.
Ù:h jour qu'il contait ses peines, un ami de
café semi-plaisant, semi-sérieux lui dit :
II y

un

PASSÉ MIDI !...

De»lave, ancien

duel Ruffin,

Le

Esteulo.

de moi... Tenez-vous

le pour dit !

quelque temps de là — celle inenrtade
ayant fait du bruit — Marc Henlave craignait
pour sa place, quand le préfet d'alors, qui n'é¬
tait autre que le regretté M. de Saint-Pidgent,
À

trouvant en tournée de révision, vint à passer,
dans la localité. Vite notre jovial fonctionnaire
court chez lo maire, auquel il avait, déjà offert

se

plusieurs bons cigares, et lui demandé d'obte¬
nir pour lui une audience du premier magistral
du département. Le maire s'étant acquitté de
cette commission :

Soit, répondit spirituellement M. de SaintIhilgent. Je consens à voir M. Henlave ; mais...


passé midi !...
L'aneien lieutenant du 101- eu aurait fait
bien d'autres ; mais il ne-resla paé longtemps
dans notre département. On craignait sans
doute en haut lieu qu'il- y l'ìt oublier le légen¬

question a la suite de laquelle l'accord en¬

une

Cherchant dans mon sommeil la même ressemblance,
Tu chuchotais tout bas au chevet de mon lit,

Et puis je nrappliquais, désirant la caresse
Pour lui mieux ressembler à taire doux nies yeux. .
Amère était ma joie et douce ma tristesse ;
Et c'est toi seul pourtant qui m'as montré les cieux.

en disant qu'il préférait aux autres les femmes
qui ne sont pas grasses.
Pourtant Benoit parvint à calmer M110 Aurore
en protestant contre l'accusation de toutes les
forces de son âme, et elle lui posait un peu après

Vous devriez imiter ce personnage de



nos

caricaturistes qui, comme vous, n'ayant ni sou
ni maille, ni cheveux ni dents, s'écrie : « Dans,
la situation où je me trouve, ce que j'ai de mieux
à faire, c'est de me marier. » Inspirez vous, de

exemple, mariez-vous.

son

Me marier! mais avec qui ?
Avec M"e Aurore. — M"1' Aurore? Connais

-





environ, très verte en¬
; 3,ooo fr. de rente. — Mais quel accueil

pas.— Une tille de 5o ans
core

Je ne le sais; essayez toujours.
11 essaya, et n'eut pas à se plaindre de la ma¬
nière dont il fut reçu. Voici un échantillon du
langage tenu dans la première entrevue :
fera-t-elle

me



monsieur Benoît, ôtes-vous
moi ' — Pas encore, mais je sens
que je suis en train.de le devenir. — Avez-vous
des rhumatismes ? — Est-ce que vous croyez
Dites donc,



amoureux de

qu'ils feraient le bonheur de notre ménagé?
Dans ce cas, je regretterais de n'en pas avoir.


Fumez-vous? — Un peu, mademoiselle, mais

si cela

vous

déplaît.... — Aimez-vous les jolies

femmes? — Ah! mademoiselle, si je ne les ai¬
mais pas, me verriez-vous ici ? II
part :
Elle me pose de singulières questions...—
sieur Benoît.... joli nom, Benoît! .. vous n avez pas de maîtresse?.... — Oh !
ou a des mœurs, que diable ! — Ah !
vous êtes

ajouta à

Mon¬

mademoiselle,

de

si mauvais sujets, messieurs les hommes....

Quelles préférez-vous, les femmes maigres, ou
bien... celles qui... vous me comprenez... Et en

parlant ainsi la vieille demoiselle élevait la main
à la hauteur des seins. — 11 faut en tout une

mademoiselle, répondit Benoît,
à qui un simple coup d'oeil avait appris que,
sage mesure,

chez Mllc Aurore, tout était traité avec mo¬
dération. — Monsieur Benoît, vous êtes un es¬

prit réglé, à ce que je vois. Je vous autorise à

continuer vos visites, tout en me

réservant de

prendre le temps de vous mieux connaître avant
de me décider à vous accorder ma main.
Le lendemain Benoît revit son ami et lui ra¬
conta ce qui s'était passé dans la première entrevue; M11" Aurore était certainement tort excen¬
trique, il se trouverait néanmoins heureux d'en
pouvoir faire sa femme.
Maio le pauvre Benoît devait passer par dés
épreuves avant son mariage. A la seconde en¬

M"° Aurore lui reprocha d'être pauvre.
Comment se fait-il, lui demanda-t-elle, que

trevue


trouviez ainsi dénué de tout? — Ma¬
demoiselle, répondit-il, voici pourquoi : ma vie
entière fut vouée au culte de la vertu, la vertu
seule eut de l'empire sur moi. Or, s'il est deux
ennemis qui resteront éternellement irréconci¬
liables, c'est à coup sûr la vertu et l'argent....
De telle sorte que si vous êtes sans le sou,
c'est uniquement parce que vous êtes vertueux ;
vous vous



mais votre culte pour les petits-verres, monsieur
Benoît, est-ce qu'il fait partie de celui que vous
rendez à la vertu?.
Benoît se trouvait pris; mais il avait affaire à
une

personne

indulgente ou qui était déjà dé¬

cidée, et Forage passa,

A la troisième entrevue, les

choses faillirent

rapport qu'on lui avait
fait (sous forme de lettre anonyme), elle accusa
Benoît d'avoir une maîtresse, et, circonstance

tourner à

mal. Sur

un

aggravante, cette maîtresse aurait été, disait-elle,
de celles qui ne sont pas maigres, au contraire.
Ainsi Benoît était atteint et convaincu d'une

duplicité bien coupable,puisque non-seulement
il s'était prétendu sans maîtresse, mais encore
il avait fait une .profession de foi mensongère,

les deux futurs se trouva complet.
Monsieur Benoît, dit-elle. vous ai-je fait
visiter la pièce que je vous
vous
venez mou mari ? — Mais ce sera ,■ j espère, la

tre



de¬

destine, si

pièce que vous habiterez vous-même. Le jour,
Le jour! comment. le jour! nous au¬
rions deux chambres, celle de monsieur, celle
de madame ! Ah ! mais, je m'y oppose ; si je vous
épouse, c'est pour nc vous quitter... jamais!
Cette bouillante ardeur tìi sourire Mllc Au¬
rore, qui acheva de pardonner.
Jusqu'ici Benoît s'était assez bien tiré des
embarras qui lui avaient étc suscités; il allait

oui..



subir un dernier assaut, et ce ne serait pas le
moindre. On a vu que les tracasseries étaient

toujours provoquées par quelque lettre .anony¬
me; c'est encore une lettre anonyme qui donna
du tintouin à Benoît. Dans cette

lettre, 1 auteur

être son ami de café,
celui qui lui avait suggéré l'idée du mariage tout
en se réservant sans doute de s'amuser aux dé¬
pens des deux futurs, — Fauteur, dis-je, compa¬
rait Benoît à Ruffin, et, plaçant le premier sur
le môme pied que le second, il présentait Benoît
comme impropre au mariage; Dieu sait a quelle


que plus tard Benoît sut

préoccupation eette insinuation livrai esprit de
mon

héroïne!

la moindre

Elle allait interroger Benoit, et, à
hésitation à répondre, dehors !
Benoît ne s'attendait pas à Forage qui

mena¬
çait sa tête. Aussitôt entré, elle ne lui donna pas
le temps de respirer.

Monsieur, fit-elle, vous ne m'aviez pas dit



duel dans

jeunesse?

que vous aviez eu un
votre
Au ton, à l'animation de la vieille demoisel¬

le, Benoit comprit li gravite de la situation
soupçonner les causes. Jugeant prudent
de parler avec franchise, il répondit :
C'est vrai, mademoiselle; mais quelle était
la nécessité de vous en parler, je ne la vois pas
sans en



bien.

Monsieur vous avez



été blessé dans ce

duel?




égratignature.
Est-ce bien une

Bien peu, une simple
Une simple égratignure !

simple égratignure que vous avez reçue?
Oui, mademoiselle, une éraflure à la poi¬
trine. une blessure guérie en huit jours.


Enfin, on vous a donné un sobriquet dont
je ne me souviens pas.... aidez-moi à le cher¬


cher....
Et en parlant

ainsi, la vieille demoiselle, qui

avait un éventail à la main, car on était en été,
le tenait de manière à se cacher la figure.

Que je cherche un sobriquet.... qu'on rn'a
Mais je ne me connais pas de sobri¬



donné....

mademoiselle.... non.... je ne m'en con¬
Ah! si, au fait, je m'en sais un.... celui

quet,
nais

...

de Ruffin.

Oh ! fit la vieille fille en se cachant préci¬
pitamment le visage.


Qu'avez-vous .



mademoiselle? demanda

Benoît avec sollicitude.
Une émotion, monsieur—
maîtresse de moi.. ..


je n'ai pas été

Comment! à cause du nom de Ruffin?
Encore! monsieur Benoît ! s'écria M11" Au¬
rore en répétant son jeu d'éventail.
Eh bien! quoi ! que voyez-vous dans le
mot de Ruffin ?






mais

Je n'y vois rien, monsieur,
ce mot...
m'alarme... je ne sais pas pourquoi il vous a été
donné... il m'alarme tout de même— Voyons,
monsieur Benoît, pourquoi vous a-Don sur¬
nommé
comme vous venez de dire?
Ruffin?
A'n ! monsieur Benoît ! Je ne vous ai pas






mais de me dire
pourquoi il vous a été appliqué?

demandé de répéter ce mot,


On dirait, mademoiselle, que ce nom vous

effraie. Je

ne

trouverais rien d'étonnant à cela

je ne
Ruffin,
su¬
borneur, je me suis toujours conduit loyalement

si je méritais qu'on me l'eút infligé; mais
suis pas, grâce à Dieu, comme
un

femmes, et si quelque méchant élève
m'a donné jadis ce sobriquet ridicule,, que
faute en retombe sur lui, non sur moi!

envers les

la



Tenez, monsieur Benoît, on ne me trompe

moi, et je vous préviens que
de bonne composition, jamais
qe n'épouserai un homme que l'on a pu appe¬
pas longtemps,
quoique ]e sois
ler.... Ruffin!


Mais, mademoiselle, je n'ai rien de com¬
cet homme, je le répète, et je ne com¬

mun avec

prends pas pourquoi vous refuseriez F.offre que

qe vous fais de bien bon cœur de devenir votre
mari, sous le prétexte qu'un polisson m'a donné

pour sobriquet le nom d'un misérable!
Eh! monsieur, c'est parce que sans doute


vous

avez

plusieurs points de ressemblance

L'ENTR'ACTE

PÉRIGOURDIN.
condition sine qu'à non, vous savez !

Si ça vous plaît, c'est votre affaire ;

Ruffin... parce que vous avez eu un
duel comme lui.... que vous avez été blessé—

Mais, nous dire : c'est le non ton,

peut-être comme lui....

Non, non, messieurs, mille fois non !

avec ce....

Filempart (pudique). —Daine ! je serai pour

Ainsi que nous il faudra faire—

Comme lui, moi ! blessé comme Ruffin !...
Ah! ;e comprends maintenant...

elle comme pour tout le monde.
Le notaire. — Ah ! non 1 ah ! non !



ne vous

Et votre beau vocabulaire,

Mademoiselle,
fâchez pas, laissez-moi rire tout à mon

méprise est bonne !

Monsieur, ne riez pas, je ne ris pas. moi,
dénégations sont trop intéressées....
Pour que vous y ayez confiance, bien;
mais j'espère que vous en croirez la parole d'un

dants sur les autres questions...
sur les peccadilles du passé...

Ecoutez les conseils d'un sage,
Mes ainis Guy, Gontran, Gaston,
Ne poursuivez pas ce voyage :
Vous allez droit à Charenton !



et vos


galant homme : je n'ai rien de commun avec

Filempart.

avec

à supporter.

Peu de temps après il épousait Mlle

Aurore— et ses 3,ooo fr. de rente.

Jean de La Limogeanne.

Le Troubadour

LA CHANCE DE FILEMPART.
Un numéro de VIntermédiaire conjugal traî¬
nait sur la table du uafé. Ce fut une révélation

Mais j'ai des certificats.

c'est bon ! Pardon

notabilités, mes

présenter ce soir à quelques

amis. Je vais les inviter à venir prendre le thé
chez moi. En attendant, allez faire un te u r au

jardin... Je vais vous annoncer à ma nièce
comme un ami d'enfance. Elle ira vous tenir
compagnie, et vous commencerez à lui faire un
brin de cour. Surtout ayez
voir.

l'air de ne rien sa¬

ahuri, descendit

Filempart, de plus en plus

jardin, où Mlle Alice le rejoignit bientôt.
Dame ! il n'y alla pas par quatre chemins !...
La jeune fille n'était- pas jolie, jolie, mais enfin,
au

peine et était suffisamment
appétissante... D'ailleurs, la consigne était bien
Ma nièce n'est ni riche, ni jolie... j'en considère
nette, et Filempart lut consciencieux... Quand
le placement comme très diflicile et vous promets une
ils entrèrent dans la salle à manger, où les in¬
commission importante en cas de succès. Je n'exige times attendaient le dîner, Alice était rouge,
du prétendu que Thonorabilité et une situation bien
mais rouge...
assise. Expédiez dès que vous aurez trouvé. Je traiTiens, s'écria un des invités, en reconnais¬
lerai de gréa gré la question financière.
sant le jeune homme ; Antoine, que diable faisii

—'

séance tenante,

pour le notaire, qui envoya,
une lettre ainsi conçue :

ainsi motus

de vous laisser un moment, mais je tiens à vous

lequel Benoit lui

parlait finit par gagner la vieille demoiselle ,
qui comprenait vaguement qu'elle et lui étaient
dupes d'un mystificateur.
Ce fut la dernière tracasserie que Benoît eut



Le notaire. — C'est bon !

Ruffin, je vous le jure sur ce qu'il y a de plus

sacré !...
Le ton de bonne foi

(riant)

Voyons ! un gaillard comme vous, ça ne vous
fait pas peur. D'ailleurs, nous serons accommo¬

Où donc, messieurs If avez-vous pris ?
Je ne dis rien ; mieux vaut me taire ;
N'est-ce pas ? vous m'avez compris.

aise.... Oui, vraiment, il y a de quoi rire, et la

Je veux

que vous soyez pour elle aux petits soins.

elle avait 20 ans à

Monsieur Lecrochu, i(i, rue... Paris.

»

LE LMlMCME.

«

Inventons ! Inventons quand même !
Du nouveau, toujours du nouveau !
Nous voulons la mode suprême :
Nous ferons grand I nous ferons beau ! »

«
«

«

i

Ainsi parle l'Aréopage,
Le trio du superbe clan 1
Je n'insiste pas davantage ;
Ecoutez Guy, Gaston, Gontran :

Oui, nous voulons changer le monde !

»

lci-bas tout est par trop vieux,
Nous nageons dans Terreur profonde ! »
Beaux jeunes gens, ferez-vous mieux ?

«

«


Réformons ! réformons encore !
Ab ! messieurs, où donc allez-vous '!
Calmez le feu qui vous dévore,


•—

Un je vais vous

Signé : M0 Gibassier,

C'est donc vrai, les plus belles eboses
Durent Tespace d'un matin,
Le bécarre, comme les roses,

Tombe sous les coups du destin !
Bécarre vient de disparaître.
Son règne a trop duré, dit-on ;
Le copurchic, vient de nons naître
Le copurchic c'est le bon ton !
Et nos inventeurs minuscules
En vain fouillent feitrs cerveaux creux,
Ils accouchent de ridicules !

Plaignons ! plaignons ces malheureux !
El l'on voit sur nos promenades

Défiler du malin au soir
De véritables mascarades :
C'est le copurchic ! c'estTespoir !
Et le copurchic fait des mines,
Le beau sexe entre dans le clan :
Mesdames les Périgourdines,
Où donc est le bon Mût d'autan ?


On voit — quelle.triste surprise ! —
Nos femmes se coiffes de tours
Plus hautes qu'un clocher, d'église :
C'est la coiffure de nos jours !
On porte des choses étranges,
Des ballons, derrière et devant !....
O femmes ! vous lûtes des anges,

qujéles-vous maintenant '!

Si mes paroles sont cruelles
Excusez ma sincérité :
Ne doil-on pas, mesdemoiselles,
En tout dire la vérité ?

tu ici ?

notaire', à Étampes. »

Courrier par courrier, l'agence répondit :
«

Monsieur,

L'organisation sérieuse de notre maison nous
permet de donner suite aux demandes les plus modes¬
tes... Dès cette semaine, nous vous adresserons ùn
jeune homme des plus honorables, ayan!" lui-même
quelque fortune.
»

»

Veuillez

d'abord revêtir de votre signature l'en-

gagement ci-joint et nous
trait à nos

le renvoyer sans délai. II a

honoraires qui s'élèvenl, comme vous le

100 de la dot lolale.
Toujours à vos ordres.

verrez, au o p.
»

traiter de fous !

En vain, je n'y voudrais pas croire,
Tous mes regrets sont superflus,
Le fait est vrai, c'est de Tbisloire :
Le monde bécarre n'est plus !

Hélas !

»

»

Lecrouiiu.

Et, en effet, dès le surlendemain,

»

Filempart

débarquait à la gare.
Le digne jeune homme s'était présenté la
veille à l'agence Lecrochu, connue surtout
comme bureau de placements.
Les mariages
n'étaient qu'une des nombreuses spécialités de
la maison. A temps perdu, on s'occupait gneore
de recouvrements véreux, on renseignait les
maris inquiets, etc., etc.
Filempart expliqua son affaire en deux mots :
garçon au

restaurant du Gigot cuit à point, il

patron à la suite d'une discus¬
sion. Mais après huit jours de noces, il se trou¬
vait sans un sou vaillant. Très joli de jouer les
Androclès, ajoutail-il ; seulement il faut vivre,
avait quitté son

lion pour
vous tirer cette épine du pied. A tout prix il lui

et tout le monde ne

trouve pas un

fallait trouver une nouvelle place...
Voici ! dit Lecrochu, après avoir regardé
les certificats; j'ai
deux commandes pour

C'est de rage certainement.
Votre copurchic qui s'éveille,
Nous le condamnons au trépas!
Ce que vous appelez merveille,
Le monde sage n'en veut pas !

Quoi! vous posez pour l'élégance,
Pour la coupe de vos vestons?
Eli bien ! là, vrai, sans médisance,
Vous étés dans Terreur, mes bons !
Eh ! que nous importe la coupe
De votre veston étriqué ?

Que dans une longue chaloupe
Votre pied se soit embarqué ?
Portez des chapeaux à sonnettes,
Un pardessus jaune-serin ;

Mettez des grelots aux manchettes,
On rira sur votre chemin !

Mon premier patron ! Oh ! je vous reconnais
bien !... Sans reproche, votre maison était une
vraie bóìte pour les domestiques... Ce n'était

ici... Je suis à tu et à toi avee le
père Gibassier... Demandez-lui comme il traite
ses domestiques...
On devine la scène qui s'ensuivit. Tout se

pas comine

découvrit et le notaire, qui avait annoncé à tout
le monde Tarrivée d'un gendre sans pareil, en
li.it pour sa courte honte... Dans le pays, on en
lit. des gorges chaudes pendant six
Inutile d'ajouter que Filempart
épousa

mois.
n'en

pas moins Mile Alice. II était trop tard pour re¬
culer après la scène du jardin.

Estampes : un gendre chez Gibassier, ce n'est
pas voire affaire ; et un domestique chez Sauguinède. le maire. Lassez au ghichet n° (ì ; on
vous donnera une lettre d'introduction auprès

l.'àge des femmes :

personne, bien

pour une jeune
qu'elle ait depuis longtemps Irisé la

quarantaine.
On parlait, devant elle, d'une autre dame qui a la
même prétention :
Quand je pense qu'elle a le toupet de se dire
plus jeune que moi! lit Mme X... Elle a juste dix


de plus.
Vous en êtes sûre ?
Autant qu'on peut l'ètre ;
sance !..

ans





*

chez maître Gibassier.
On devine la scène bizarre qui s'ensuivit.
Le notaire, voyant en Filempart le mari an¬

noncé, lo reçut à bras ouverts.
Diable ! se dit notre héros ; c'est bien poli

*

café :
Monsieur, vous avez un air insolent qui ne me

Petit dialogue entendu au


plaît pas !
—-, On n'est pas maître de l'airq Toi
p a ut avoir...
Si fait, monsieur !


Alors, pourquoi avez-vous l'air si bête ? ..



passion : le gros bleu, et dont les idées man¬
quaient souvent de lucidité. Si bien qu'il s'em¬
pêtra dans les commandes, et expédia le client

j'ai assisté à sa nais¬

*

de ce dernier.

Filempart s'approcha du plumitif qui trônait
au D, un vieux bohème qui n'avait plus qu'une

Fantazio.

Mme X... veut absolument passer



*
5

*

L'autre jour, dans un chef-lieu d'arrondissement,

le

président du tribunal interrompl un avocat prolixe :
M0 D..., je vous en prie, l'alfajrë est des plus


simples, soyez bref.
Alors M" D

montrant son

adversaire, prononce

quelques mots :

ces


Lui tort, moi raison, vous bon juge !

El il

se

rassit.



pour un patron... pour sûr cet animal-là n'a ja¬
mais eu de domestique... c'est encore un par¬
venu, un enrichi,

quoi !...

Exçusez-moi de vous recevoir sans céré¬
monie, continuait le notaire... mais je suis en
train de bâcler un acte de mariage fort pressé...


Messieurs, venez que je vous fasse
lin petit bout de compliment ;
Crac ! voilà ma plume qui casse !

»

M. de La Róublardière ! s'écrie Filempart.



c'est ma spécialité, les contrats de mariage !...
J'arrange ça comme pas un ! je vous le lirai...
vous verrez.

dit Filempart méfiant, c'est
pour éviter la question des gages. Lardon,
monsieur, je ne suis pas intéressé, mais je se¬


Tout ça, se

rais bien aise de savoir...
Le notaire. — Bon, bon !

ça

n'a' pas d'im¬

portance. Ma femme disait quarante, mais nous
irons jusqu'à quarante-cinq. (Le notaire parle
naturellement cìe 45 mille fr.)

tant est que vous rendiez ma nièce heureuse.




!

voisin:
Voyez donc á Torcheslre, quel nombre effrayant

de chauves-.; uu vrai tas do cailloux.
Nous révenons à l'âge de pierre


!

*

# #

La comédie dans les coulisses

!

Mlle Gredinelte, une étoile de troisième grandeur,
a amené son íils, charmant bébé âgé de trois ans, au

foyer des artistes. Mais Tentant a eu envie de dormir
au bout de dix minutes, et il a fallu l'cnvoyer se cou

troi¬

cher. Une bonne camarade, qui ne parait qu'au
sième acte, entre dans le foyer, on lui raconte la vi¬
site du netit.
Ali ! dit—elltí, j'aurais bien voulu le voir. Com¬


ment es!-il?

Penh !
monde.




Filempart (bondissant). — Quarante-cinq
mille francs et ma bouteille chaque jour ?
Le notaire (distrait). — Oui ! oui ! l'impor¬

Filempart.

La comédie dans la salle de speelacle
Un spectateur des premières à sou

rien d'extraordinaire.

comme

tout le

Alors, il ressemble à son père.

ZAG.
Le Gérant :

B1LLAMBOIS.

Hein ! que je rende heu¬

reuse ?

Le notaire (vivement)- —

Ah ! eut ! c'est la

Pcrigucux, imp. LAPORTE, anc. Dupunl et O.