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Fait partie de La politique du Maréchal. Paix et travail
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La Politique du Maréchal
Puisque nous allons être appelés dans quelques
semaines à nommer une nouvelle Chambre, il est
temps d’en causer un peu, pour prendre un parti
réfléchi, comme doivent faire les gens raison
nables.
L’ancienne majorité ayant déclaré la guerre au
maréchal de Mac-Mahon et au Sénat, le Maréchal
a dissous la Chambre. L’opposition nous conseille
de réélire ses anciens députés ; le Gouvernement
nous conseille au contraire de nommer des députés
qui soient d’accord, avec le Maréchal.
Qui faut-il croire ?
Pour nous décider là-dessus, il faut d’abord
examiner le passé de ceux qui font appel à notre
confiance, les services qu’ils ont rendus au pays.
D’un côté, le maréchal de Mac-Mahon ; de l’autre,
l’ancienne majorité et M. Gambetta, son chef.
Il faut ensuite nous demander ce qui arrivera
si nous donnons raison au Maréchal et ce qui
arrivera si nous donnons gain de cause à l'oppo
sition.,
i
— 2 --
Le Maréchal
Celui-là, tout le inonde le connaît.'
C’est un soldat qui a gagné tous ses grades à la
pointe de l’épée. Depuis quarante-cinq ans il se
bat pour la France.
En Afrique, en Orient, en Italie, partout où il y
avait un danger, on l’a vu exposer sa vie et verser
son sang pour la patrie.
Il a toute la franchise d’un soldat. Nous pou
vons donc nous fier à sa parole. Ce qu’il promet,
il le tiendra ; ce qu’il dit, il le fera. Il n’a jamais
menti, ni trompé. Il ne commencera pas.
Il a gouverné l’Algérie avec une grande capacité,
également juste pour le colon et pour l’Arabe. Il
s’est montré aussi bon administrateur que général
courageux, et il s’est révélé comme un homme de
sage progrès.
On prétend que- le Maréchal est le chef d’un
gouvernement clérical. Quelle plaisanterie !
Tout le monde sait bien qu’un vieux soldat qui
fait la guerre depuis quarante-cinq ans n’est pas
un clérical. Il a des sentiments religieux, comme
vous, comme moi, comme tous les braves gens.
Quand on a souvent vu la mort de près, on res
pecte Dieu. Il veut qu’on n’insulte ni la religion,
ni les ministres du culte, et il a bien raison. Mais
il veut aussi que chacun reste à sa place : le
prêtre dans l'église, le maire dans la maison com
mune, et que chacun puisse croire ce qu’il veut,
pourvu qu’il laisse les autres tranquilles. Est-ce
qu'il ne l’a pas prouvé quand il a écrit sa fameuse
lettre relative à la liberté de conscience pour les
musulmans d’Algérie? La voici cette lettre :
Comme représentant du pouvoir, je déclare repousser
hautement toute idée de refouler dans le désert les popu
lations indigènes dont la France s'est engagée par des
traités à respecter la religion et la propriété et dont les
droits sont garantis par les lois. Non-seulement le Gou
vernement repousse cette idée de refoulement, mais il
fait tous ses efforts pour arriver à fusionner les races et
à former, un jour, un seul peuple... Si les indigènes
apprenaient que l'on veut les forcer à renoncer à leur
religion et il quitter leur pays, ne se méfieraient-ils pas
de la charité que nous leur faisons? Ne pourraient-ils
pas dire que nous voulons profiter de l'état
de détresse où ils se trouvent pour leur
faire acheter par le sacrifice de leur reli
gion le pain que nous leur donnons?
Ce n’est pas tout. Avez-vous réfléchi aux graves conséquences que peut avoir la proposition de mettre un
peuple dans cette double alternative ou de changer de
religion ou de quitter son pays ? St la justice et l'huma
nité ne nous défendaient pas d'avoir recours à de pa
reilles mesures, laprudence seule devrait nous l’interdire.
Et l’on voudrait nous faire prendre pour un
clérical celui qui a écrit cette lettre, allons donc!
Puisqu’il savait si bien respecter la liberté reli
gieuse des Arabes, il saura à plus forte raison
respecter celle des Français.
On a dit aussi que le Maréchal nous amènerait
la guerre. Et pourquoi cela? Il a fait la guerre
trop longtemps pour ne pas savoir ce qu’elle a
d’horrible, et il a. comme on dit, son bâton de
Maréchal. N’avez-vous pas remarqué que, dans la
vie ordinaire, les hommes les plus vigoureux sont
les moins batailleurs? En politique, c’est la même
chose : le plus courageux est celui qui redoute
le plus la guerre pour son pays.
Les gouvernements de l’Europe le savent bien,
et c’est pour cela qu’ils estiment le Maréchal de
Mac-Mahon. Victor-Emmanuel a été son frère
d’armes en Italie et les Allemands respectent leur
courageux adversaire. Aussi quand, il y a deux
ans, nous avons été à la veille d’avoir la guerre,
c’est le Maréchal qui nous en a préservés. C’est
grâce à la confiance qu’il inspire que les difficultés
se sont aplanies.
Ce qu’il a fait, il y a deux ans, sans s’en van
ter, — à tel point que vous n’en n’avez peut-être
rien su, — il le fera de nouveau et il le fera d’au
tant mieux que nous lui donnerons une Chambre
qui le fortifiera au lieu de l’affaiblir devant l’é
tranger. Si nous voulons la paix, nommons donc
une bonne Chambre.
En fin de compte nous connaissons le Maréchal,
neus savons d’où il vient, qui il est, et sa vie
passée répond pour lui. Il n’est pas de ces gens
qui promettent tout pour arriver et qui font le
contraire quand ils sont au pouvoir. Voilà donc un
homme en qui on peut avoir confiance. Parlons
maintenant des autres.
L’ancienne Majorité
Son histoire est écrite en une ligne : Beaucoup
de bruit pour rien. Elle a passé son temps à casser
des élections, comme si elle avait voulu faire croira
à l’Europe que le suffrage universel no sait pas ce
qu'il fait et que nous nous laissons mener comme
des enfants. C’est bien flatteur pour nous tous
Ensuite, elle a insulté et provoqué la minorité.
Elle aurait bien mieux fait de nous voter quelques
bonnes lois et de décider l’exécution de quelques
chemins de fer. Après tout, si nous nommons et si
nous payons des députés, ce n’est pas pour qu’ils
se disputent entre eux et qu’ils affaiblissent le
pouvoir. On les nomme pour qu’ils travaillent
au bien du pays. Tâchons donc cette fois da
choisir des hommes pratiques qui fassent moins
de longs discours et plus de bonne besogne.
Quant au chef de la majorité, c’est M. Gambetta.
Il nous a coûté assez cher pour que nous le con
naissions. C’est lui qui voulait la guerre à ou
trance.
On voit bien qu’il n’allait pas sur les champs
de batailla et qu’il ne payait ni de son sang, ni de
sa bourse. Aujourd’hui il fait le pacifique, mais
comment voulez-vous que l’Europe puisse le
croire ?
Ses meilleurs amis ont insulté l’Empereur de
Russie quand il est venu à Paris; chaque jour ils
attaquent les principes qui sont les plus chers
aux gouvernements de nos voisins. Voilà un joli
chef à prendre pour avoir des alliés en Europe,
et pour persuader que nous voulons la paix.
Que ferait-il d’ailleurs s’il arrivait au pouvoir?
On l’a déjà vu à l’œuvre et c’est à l’œuvre qu’il
faut juger l’artisan.
— 6 —
Lui qui parle tant de liberté,- il n’a pas voulu
faire les élections, et il a supprimé nos conseils
généraux et nos conseils municipaux. Lui qui
parle tant dela paix, il a fait la guerre à outrance,
à ce point que M. Thiers l’a appelé fou furieux.
Son programme, nous le connaissons, il l’a
donné à Belleville en 1869, et il ne le renie point.
11 veut que le culte ne sait plus payé par le Gou
vernement, c’est-à-dire qu’il veut fermer les égli
ses. 11 veut que tous les fonctionnaires soient à
l’élection, ce qui ferait un beau gâchis. Il veut
que l’armée soit remplacée par une grande garda
nationale, ce qui ferait que nous serions tous sol
dats, toute notre vie, comme si nous n'avions
pas autre chose à faire.
Allons, avec ces beaux parleurs à double lan
gage, qui disent blanc pour avoir nos votes et qui
font rouge quand nous les avons nommés, on ne
peut jamais compter sur rien.
Comparons un peu
Pendant la dernière campagne, le Maréchal de
Mac-Mahon ne parlait pas de guerre à outrance et
il se battait si bien qu’il a été blessé; M. Gam
betta, pendant ce temps, trouvait qu’on ne sa
battait jamais assez et faisait de la politique.
Le Maréchal n’a jamais menti, il n'a jamais
rien promis sans le tenir; M. Gambetta ne parle
que de la liberté quand il est dans l’opposition,
et il a été le plus rude des dictateurs lorsqu’il a
eu le pouvoir
7 —
Le Maréchal a une grande situation en Franco
et en Europe : tous les souverains le connaissent,’
notamment Victor-Emmanuel, aux côtés duquel il
a combattu en Italie; aussi le Maréchal nous a
conservé la paix depuis trois ans. M. Gambetta a
prêché la guerre, ses amis ont insulté l’Empereur
de Russie,et lui-même n’a pas une position sociale
qui lui permette d’inspirer confiance aux Monar
ques qui gouvernent les autres peuples.
Le Maréchal veut l’ordre, le maintien de la
Constitution, le respect de la loi, le progrès sage;
M. Gambetta est le chef de la révolution ! Or, on
sait ce que les révolutions nous ont déjà coûté.
Les travailleurs, les agriculteurs, tous ceux
enfin qui concourent de leur mieux à la prospérité
du pays savent à quoi s'en tenir sur ces grands
réformateurs qui veulent tout changer; à les
croire, nos pères étaient des imbéciles qui na
savaient rien faire. Il faut labourer comme ceci,
il faut semer comme cela. Un beau jour ils achè
tent un bien, et il ne faut pas trois ans pour
qu’ils soient ruinés.
En politique, c’est la même chose, avec cette
différence que les réformateurs au lieu de sa
ruiner eux-mêmes ruinent les contribuables.
Il faut aimer le progrès, mais avant de changer
les choses, il faut étudier et réfléchir. Celui qui
veut changer à tort et à travers, sous prétexte de
mieux faire que les autres, marche à la ruina et
ne fait rien qui vaille.
Soutenons donc le Maréchal et entourons-le
d’hommes capables qui aiment le progrès, mais
— 8
'
qui sachent que la prudence est la première
vertu qu’on demande à un' mandataire. Quant aux
avocats, gardons-lés pour plaider nos procès si
nous avons le malheur d’en avoir. Ils nous coûteront encore assez cher !
Ce qui arrivera si les élections sont
hostiles
Ce qui arrivera d’abord, c’est que les pouvoirs
publics, au lieu de s’accorder pour faire nos
affaires, passeront leur temps à lutter entre
eux.
Le Maréchal est nommé jusqu’en 1880. Il ne
s’en ira pas auparavant et il ne se séparera pas
de ses amis. Il l’a promis, il tiendra sa pro
messe.
Le Sénat, qui approuve la politique du Maré
chal, ne peut pas être modifié avant 1879.
Voilà donc deux pouvoirs qui marchent en
semble.
Si la Chambre n’est pas d’accord avec eux, elle
pourra les contrarier, les gêner, les empêcher de
travailler, mais elle-même ne pourra rien faire.
Les affaires ne marcheront pas.
Les travaux n’iront pas.
L’argent se cachera.
La consommation diminuera, car lorsque les
affaires vont mal, chacun regarde à la dépense.
Et l’Europe se moquera d’un pays qui, au len
demain de grands malheurs et à la veille de rece
voir les étrangers invités à l’Exposition univer-
selle, donne le spectacle de la discorde. Aussi les
étrangers se garderont bien de venir, car lors
qu’on va chez les gens ce n’est pas pour les voir
se disputer. Voilà donc l’Exposition compromise.
Après trois ans de troubles, d’agitations^ de
malaise, le Maréchal s’en ira et alors nous aurons
le gouvernement des radicaux avec le programme
de Belleville.
A l’intérieur, ce sera la Commune à bref délai.
On commencera par faire revenir l’Assemblée à
Paris ; et comme on rétablira en même temps la
garde nationale, l’Assemblée, n’en aura, pas pour
longtemps. Un beau jour elle sera envahie, et voilà
Paris, maître encore une fois de la France, dissol
vant les conseils généraux, cassant les conseils
municipaux, taillant et rognant sans nous con
sulter, comme on a fait en 1848 et au 4 Septembre.
À l’extérieur, ce sera certainement la guerre,
car les autres gouvernements ne se soucient pas
qu’on donne de mauvais exemples et de mauvais
conseils à leurs peuples. Le jour où la Commune
triomphera en France, nous aurons toute l’Europe
sur les bras. C’est pour le coup que M. Gambetta
pourra parier de la guerre à outrance.
Et qui est-ce qui payera les frais de la nouvelle
Commune et de la nouvelle guerre? Ce seront
encore les gens de travail et d’économie, notam
ment les paysans.
Trois ans de troubles pour commencer, la Com
mune et la guerre pour finir, voilà ce que nous
vaudraient des élections hostiles au Maréchal.
Sans doute il y a d’anciens députés qui ne sont
— 10 —
pas radicaux ; mais qu’est-ce que cela nous fait
s’ils marchent avec les radicaux ? Celui qui ouvre
ma porte à mon ennemi me fait autant de tort que
mon ennemi lui-même. Ceux qui ne sont pas
d’accord avec les radicaux ne doivent pas aller
avec eux, et rien ne les empêche de suivre le
Maréchal, car le Maréchal ne repousse que les
radicaux et ceux qui leur obéissent.
C’est comme lorsqu’on parle de M. Thiers pour
l’opposer au Maréchal de Mac-Mahon.
D’abord le pouvoir n’est pas vacant, et il ne le
sera pas avant 1880. M. Thiers, qui a aujourd’hui
quatre-vingts ans bien sonnés, en aura alors
quatre-vingt-trois, si Dieu lui prête vie. Combien
de temps le garderions-nous?
Ensuite, si M. Gambetta parle de M. Thiers,
c’est parce qu’il sait très-bien que M. Thiers
n’aurait pas la majorité parmi les trois cent
soixante-trois. Avant le vote, on nous parte de
M. Thiers qui a rendu de véritables services au
pays, pour nous rassurer un peu ; après les élecitons, il ne sera plus question que de M. Gam
betta, qui est le véritable chef prétendant à rem
placer le Maréchal.
Le meilleur moyen de ne pas nous tromper et
de ne pas être trompés, c’est donc- de voter pour
les candidats du Maréchal. Ceux qui ne sont,pas
avec lui sont contre lui, et ceux qui sont contre
lui sont les radicaux ou les précurseurs des
radicaux, car il suffit aux hommes modérés de
rompre publiquement avec les radicaux pour
que le Maréchal les accueille.
11 —
Ce qui arrivera si la Chambre
est conservatrice
Il arrivera que nous aurons trois ans de tran
quillité pendant lesquels les pouvoirs, étant d’ac
cord, feront les affaires du pays, au lieu do se
quereller.
0n dit que trois ans ce n’est guère, qu’il vau
drait mieux quelque chose de définitif et qu’il
faut dire dés a présent ce que l’on fera dans trois
ans.
Prenons toujours les trois ans, employons-les
bien, nous verrons ensuite.
Puisque chacun a son idée sur le Gouvernement
définitif et que le Maréchal est là pour trois ans,
mettons-nous toujours (d'accordpour vivre pen
dant ce temps-là. Après trois ans de calme, nous
serons plus près de nous entendre.
A chaque jour suffit sa tâche. Ne nous disputons
donc passur ceque nous ferons dans trois ans, et
occupons-nous seulement de ce que nous avons à
faire aujourd’hui, c’est-à-dire de nous assurer
trois années de calme et de paix.
Que de choses un bon gouvernement peut faire
en trois ans !
D’abord comme on s’occupera moins de poli
tique, on abordera les questions d’affaires. On songéra à exécuter les grands travaux publics qui pro
fitent à tous et à chacun en particulier, et
comme les pouvoirs publics seront d’accord rien
ne les empêchera de mener à bien tous ces grands
projets qui nous intéressent tous
— 12 —
L’argent qui attend dans les caves de la Banque
de France viendra commanditer les entreprises
utiles.
L’Exposition universelle pourra avoir lieu. Les
étrangers viendront en foule et apporteront dans
le pays .beaucoup d’argent dont tout .le monde
profitera.
L’Europe, enfin, rassurée par la présence au
pouvoir de l’homme illustre qu’elle connaît et es
time, et nous voyant occupés de nos affaires, ne
doutera pas de nos sentiments pacifiques et ne
songera pas à nous faire la guerre.
N’est-ce donc rien que de nous assurer tous ces
biens pendant trois ans ?
Laissons dire les impatients et ne songeons
qu’à fortifier le présent, car c’est encore le moyen
le meilleur de préparer l’avenir.
En résumé
Nous n’avonspas à choisir entre la République,
L’Empire et la Royauté, puisque le sort du pays
est fixé pour trois ans.
Nous avons à choisir entre trois ans de troubles
et trois ans de calme ; trois ans de calme qui nous
prépareront à bien fonder un gouvernement défi
nitif ou trois ans de troubles qui nous conduiront
certainement à la Commune et à la guerre.
Voilà pourquoi le mieux à faire est de voter en
masse pour les candidats du Maréchal. Voter pour
ses candidats c’est voter pour la paix au dedans
et au dehors.
PXEJS n CtfrBIMEKIE A, POUGIN, 13, QUAI VOLTAIRE — 8711»
