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Médias
Fait partie de Fables
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LACHAMBEAUD1E
PIERRE
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FABLES
Aquarellées
par
A. V1MAR
Préface
de
BOURGOIN
A.
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PERiGUEUX I
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PARIS
LIBRAIRIE
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CH.
DELAGRAVE
Rue Soufflot,
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V
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PRÉFACE
i
Pierre
Lachambeaudie
naquit à Montignac-sur-Vézère (Dordogne), le 16 dé¬
[806; il était fils de P. Lachambeaudie, ancien volontaire des armées de la
République, percepteur des contributions dans cette ville, et d'Anne Mayaudon, qui
cembre
mourut en lui donnant le jour.
Le jeune Pierre,
élevé jusqu'à neuf ans chez un maître d'école, puis au collège
Montignac, — où il eut pour maîtres MM. Granché, auteur estimé d'un recueil
de fables, et Courtaud, l'helléniste connu, — laissa de bonne heure percer son goût
pour la poésie. Malgré ses nombreux succès d'écolier, son père lui interdit pourtant
de faire des vers, et le voua à l'état ecclésiastique. Il fut donc, à dix-sept ans, envoyé
au séminaire de Sarlat. Mais, de même que La Fontaine, enfermé chez les Oratoriens de Saint-Magloire, passait son temps à lire Villon et Marot, de même Lacham¬
beaudie, claquemuré à Sarlat, étudiait plutôt les œuvres de Népomucène Lemercier
et d'Arnault que la Somme de saint Thomas. Après quelques mois de séjour au
séminaire, il en est expulsé pour avoir composé et fait circuler une chanson
bachique. Sa famille en frémit
Outrée, elle le renie et le chasse. Et voilà notre
jeune poète, à peine âgé de vingt ans, obligé de subvenir désormais à son existence.
Mais la profession de poète était loin alors d'être lucrative ! Aussi l'infortuné devientil tour à tour maître d'études au collège de Montignac, puis au collège de Brive,
teneur de livres chez un négociant, colporteur, marchand de cantiques et de cha¬
pelets; enfin, en 1832, petit employé au chemin de fer de Roanne. Entre temps, il
de
I
<r
publier, grâce à une souscription, un premier recueil de vers intitulé :
1829, Sarlat).
A Roanne, il fait la connaissance de M. Fialin, plus tard comte de Persigny, qui
lui ouvre les colonnes des Échos de la Loire, journal dont il était le directeur.
Lachambeaudie devient bientôt rédacteur en chef de ce journal, et peut ainsi
faire connaître au public les fables qu'il a composées dans sa vie errante et malheu¬
reuse. Le succès qu'elles obtiennent l'engage à se rendre à Paris où il espère
atteindre une « renommée éclatante ». Il part, comme il l'a dit lui-même, « l'illu¬
sion en croupe ». Mais, à Paris, que de déceptions l'attendent! Que de mauvais
jours s'écoulent pour lui! Il ne trouve pas d'éditeur pour ses fables, et ses petites
économies sont rapidement épuisées. 11 en est réduit, pendant quelques années, à
faire toutes sortes de métiers pour assurer son existence. Répétiteur à la pension
Massin. ouvrier fleuriste, employé de commerce, interprète d'un anglais, professeur
de langue française, chanteur de ses vers dans les concerts populaires, telles sont
les professions variées qu'il est obligé de remplir pour vivre, jusqu'au jour où le
père Enfantin, dont il est devenu le disciple en entrant dans le groupe des SaintSimoniens, lui donne les moyens de publier un recueil de fables. Mme Gatti de
Gamond, qui tenait une librairie phalanstérienne, lui en fait à ses frais une première
édition (1899).
A partir de ce moment, la destinée semble sourire à Lachambeaudie. Il entre en
relations avec les grands auteurs de l'époque. Il est admis au Caveau; Béranger le
prend en affection; Scribe et Lamennais l'honorent de leur amitié. C'est aussi le
temps où Lachambeaudie, à cause des idées démocratiques qu'il exprime, reçoit le
surnom de La Fontaine socialiste. Ses fables ont sept éditions successives, dont
une illustrée. Emile Souvestre lui donne une préface; Théodore Burette, Augustin
Choto, critiques en renom, lui consacrent des articles élogieux. Il connaît enfin le
succès, presque la gloire. Ce n'est pas tout : comme La Fontaine, à qui il ressemble
singulièrement par sa vie un peu nomade, par son caractère optimiste et rêveur, il
reçoit dans le salon d'une autre M,ue de la Sablière, de Mrae Ancelot, auteur drama¬
tique et femme d'un académicien connu, l'accueil le plus flatteur; là, il lit quelques
fables devant un auditoire d'élite; et, en 1844, l'Académie française lui décerne
avait pu
Essais poétiques (juin
de Maillé-Latour-Landry, qu'il partage avec Pierre Dupont, le chansonnier.
quatrième édition de ses œuvres lui vaut encore une médaille de deux mille
francs, « prélevée sur les fonds légués par Montyon pour les ouvrages utiles aux
le prix
La
mœurs ».
Le voilà tout à fait célèbre. Ses
compatriotes sont fiers de lui; et quand il
natale, qu'il a toujours bien aimée, il y est accueilli avec
enthousiasme. Le 8 janvier 1848, en effet, les ouvriers de Montignac lui offrent un
banquet de plus de cinquante couverts, dans lequel le poète est chaleureusement
revient dans
sa
ville
acclamé.
Cependant, l'horizon s'assombrit, l'orage approche. Lachambeaudie, républicain
sincère et passionné, prend une part active au mouvement qui fait éclore la deuxième
République; mais, compromis par des amis maladroits, il est, dans les derniers
jours de février, arrêté comme conspirateur et enfermé à Bicêtre. Mis en liberté le
14 juillet suivant, grâce à l'intervention de Béranger (à qui il a adressé, à cette occa¬
sion, un quatrain reconnaissant), il est de nouveau arrêté au coup d'État de 1851,
à cause de ses opinions républicaines, puis interné sur le vaisseau le Duguesclin,
en partance pour Cayenne. Forçat politique, il va connaître la triste vie du bagne,
quand M. de Persigny, alors personnage puissant et bientôt ministre, se souvenant
de son ancien collaborateur des Échos de la Loire, le fait élargir. Mais il lui faut
néanmoins prendre le chemin de l'exil. Alors Lachambeaudie se retire à Bruxelles.
Là, il publie un petit recueil intitulé : Fleurs d'exil, qui se composait, ainsi qu'il l'a
dit lui-même, de morceaux faits dans les casemates, sur les pontons et en Belgique.
Deux ans après, des négociants français s'étant cotisés pour une souscription à
son bénéfice, il fait imprimer une charmante édition portant pour titre : Œuvres
complètes. En août 1856, Béranger obtient pour Lachambeaudie l'amnistie plénière.
Notre poète rentre alors en France, passe quelques mois en Périgord et s'installe à
Villemomble où il reste six années, puis définitivement à Paris. Rendu plus prudent
par ses mésaventures et ses déceptions politiques, Lachambeaudie, durant ces der¬
nières années, s'adonne uniquement à la poésie; il publie une nouvelle édition de
ses fables {chez Pagnerré), les débite et les joue, pour ainsi dire, dans les concerts
mondains ou populaires, donne quelques petites compositions en patois périgourdin, fait enfin paraître un nouveau recueil de poésies intitulé : Fleurs de Fillemomble, où sa Muse chante deux petits villages où il a passé d'heureux jours. En
1865, édite à ses frais un choix de Cent Fables, et en 1867 un petit volume inti¬
tulé : Prose et Fers, qui contient une sorte d'autobiographie et fournit de précieuses
indications sur l'origine de quelques-unes de ses fables.
Il meurt, toujours populaire et honoré, en 1872.
II
Les amertumes d'une vie de
l'homme de bonne trempe et
lutte, où il essuie souvent la défaite, mûrissent
n'abattent point son courage. Il en a été ainsi pour
Lachambeaudie. Ce
qui frappe, en effet, quand on lit son œuvre, c'est la sérénité
de l'auteur, son optimisme inaltérable, sa confiance absolue dans l'avenir. Et les
sentiments généreux qui ont soutenu l'homme dans cette existence tourmentée, on
les retrouve fidèlement exprimés dans ses fables.
La principale source de son inspiration
la société,
est l'amour de l'humanité : il a observé
il a compris et senti les inégalités, les injustices dont souffre le peuple.
Comme les anciens
fabulistes, il
use
de l'allégorie pour faire entendre de dures
vérités aux puissants, et pour tâcher de consoler les déshérités.
Un certain nombre de ses fables, comme la Goutte d'Eau, la Rose la plus belle,
la Neige, semblent sortir un peu de ce cadre et n'être que le
produit d'une imagina¬
tion juvénile, que n'ont point encore désabusée les tristes réalités de l'existence.
Mais la plupart de ses pièces sont nées des différentes circonstances de la vie
pénible qu'il a menée, de l'observation attentive des passions des hommes, du
désir ardent qu'il nourrissait, avec les Saint-Simoniens, de réformer l'état social et
de rendre les hommes plus heureux.
Tout d'abord, Lachambeaudie fait la guerre à l'égoïsme et à la haine. Il n'y a
pas pour lui de plus belles vertus que la fraternité et la solidarité. Dans la fable la
Cigale, la Fourmi et la Colombe, il redresse la morale si dure et si froide de La Fon¬
taine, pour rappeler aux hommes qu'il faut être charitable toujours, sans le
moindre espoir de profit, à son détriment même. Dans le Savetier et son Voisin, il
regrette que le Savetier de La Fontaine ait rapporté ses cent écus au financier; car
s'il les eût gardés, il aurait pu les prêter à son voisin le fermier qui est pressé par
le besoin, et il n'eût perdu ni sa chanson, ni son somme. Les riches, dit-il ailleurs,
devraient avoir pour seul plaisir de répandre des bienfaits. Il convient que leur
maison soit ouverte aux malheureux :
Tu dois
au
voyageur sous tes murs
Le froment pour sa
arrêté,
faim, le chevet pour sa tête.
-K 4
d'hospitalité ne va pas sans un amour profond de 1 humanité tout
entière, et particulièrement du peuple souffrant et misérable. Honneur donc, dit le
poète, à l'homme qui, comme le Raisin, est heureux d'être écrasé s'il doit un jouiêtre utile; honneur au penseur qui se sacrifie pour la science; honneur à la femme
compatissante qui adopte l'enfant perdu; honneur à l'avocat d'une cause sublime
qui, pour ses frères,
Ce devoir
Bravant la colère des
Gémit dans les cachots
Pour être heureux, dans la
ou
rois,
mourut sur la croix.
vie, il faut s'aimer, s'entr'aider, s'unir,
s'associer.
déjà se trouve exprimée, dans la jolie fable des Deux Abeilles, l'idée de
mutualité, qui a si bien fait son chemin depuis. Au temps de Lachambeaudie, il n'y
avait guère de sociétés de secours mutuels; et les mutualités scolaires, les grandes
A et les « petites Cavé » n'étaient point prévues par les législateurs. On doit donc
aimer le poète qui, le premier, dans la générosité de son cœur, a pressenti les bien¬
Ainsi
faits de l'association, et s'est écrié :
Aux champs de l'avenir mon âme enfin s'envole,
Et se plaît à rêver, pour toute nation,
Les banquets fraternels,
sainte communion
Qu'enfants nous faisions à l'école.
(Le Déjeuner à l'Ecole.)
Pour établir cette union universelle que rêve le poète, cette harmonie, source de
prospérité et du bien-être des peuples, il faut renoncer non seulement à nos
haines privées, mais surtout aux haines de classe et de race. Tous les hommes
sont frères, quelle que soit leur religion; la guerre est une institution barbare; le
glaive a fait son temps; et dans une gracieuse image, le poète nous retrace ces
époques futures de paix générale, où l'abeille fera son miel dans le casque aban¬
la
donné du soldat redevenu laboureur.
cependant à cet état heureux que si nous relevons l'agricul¬
ture et si nous instruisons le peuple. 11 faut noter ici que, si Lachambeaudie a été
Nous n'arriverons
parfois victime de ses théories politiques et humanitaires, il n'a jamais souhaité
qu'on fît appel aux moyens violents pour réformer la société. Selon lui, les peuples
secoueront le joug de la tyrannie par l'instruction et par le travail bien organisé.
Liberté! liberté; mot sonore, doux songe,
Que vingt siècles encor n'ont pu réaliser!
Si tu veux que ce mot ne soit plus un mensonge,
Peuple, c'est le travail qu'il faut organiser.
5
<■
Et dans la fable de Soc-raie,
Heraclite et Démocrite, Socrate fait ainsi la leçon
deux philosophes, dont l'un rit et l'autre pleure de la misère humaine :
aux
Pour nos frères,
dit-il, ni pitié, ni mépris;
11 est vain de pleurer,
il est cruel de rire ;
Mais il faut les aimer, mais il faut les instruire.
L'instruction libéralement répandue
parmi les enfants de la nation et le travail
bien organisé, c'est-à-dire réglé et équitablement rétribué, voilà les deux moyens
pacifiques sur lesquels le poète compte pour réaliser son idéal social. Peut-on dire
qu'il s'est trompé dans ses rêves? Et n'est-ce pas une consolation que de voir
aujourd'hui mises en pratique ses théories qui paraissaient alors dangereuses et
subversives?
Lachambeaudie croit donc au progrès social, dû au
selon
dans
progrès de la science qui,
lui, ne fera jamais banqueroute. Dans la fable du Cheval et la Locomotive, et
poème de la Vapeur, il se prononce très hardiment en faveur des inven¬
tions modernes, et il déclare hautement qu'il faut sortir de l'ornière. La routine, en
son
effet, est un des plus grands fléaux de l'humanité : tous les préjugés viennent
d'elle; il fout les extirper, les anéantir, comme on brûle la ronce parasite et vivace.
(Le Laboureur et les Ronces.)
Lachambeaudie
même été
amené, par
ses idées relatives à l'instruction du
peuple, à esquisser un système d'éducation. Il désirerait avant tout qu'on n'élevât
pas les enfants en serre chaude :
a
Trop souvent parmi nous on élève l'enfant
Dans une sphère étroite, en un cercle étouffant.
A se développer comme la tige est lente !
On perd, dans sa prison, la force et la beauté!
Au corps, à l'âme, au cœur, ainsi qu'à toute plante,
Frères, il faut l'espace, il faut la liberté.
(Les Glands et les Pots.)
Sans
doute, le poète ne veut pas parler ici d'une liberté sans limites. Mais il
souhaitait, à l'époque des noirs et sévères internats, que l'enfant jouît un peu de la
vie physique si
naturelle à son âge; qu'il n'eût pas à redouter, suivant l'expression
de Montaigne « la trogne effroyable du maître » ; qu'il ne fût pas claustré dans une
geôle et mené avec la férule. Dans une de ses plus jolies fables, intitulée : Fleur de
santé, il préconise les exercices corporels, les grandes marches, les courses par
monts et par vaux. Que dirait-il aujourd'hui, s'il voyait nos collégiens et nos élèves
6
+■
des écoles, armés de pied en cap, faire de longues
excursions dans les montagnes,
revêtus de costumes légers qui leur donnent l'apparence d'athlètes athéniens,
affronter dans les « Lendits », les périls de la lutte, de la course et du saut?
ou,
Telles sont les idées
générales qui animent l'œuvre de Lachambeaudie. 11 est
difficile d'énumérer tous les préceptes, inspirés par l'expérience, dont elle est semée;
il suffira au lecteur de feuilleter son œuvre, pour qu'il y trouve nombre de conseils
pratiques, donnés avec une inaltérable bonhomie.
Quand
nous
entendre que
disons
«
bonhomie »,
nous ne
voulons cependant pas faire
notre poète n'est jamais malicieux, qu'il ne connaît point l'arme si
aiguë de la satire. Loin de là; si Lachambeaudie n'était pas un peu satirique, il ne
serait pas vraiment fabuliste. Nombreux, en effet, sont les traits dirigés contre les
méchants de toute espèce, les mauvais rois, les juges iniques, les courtisans, les
flatteurs, les plagiaires, les journalistes à gages; contre les critiques malintentionnés,
les députés égoïstes, les utopistes, qui, comme certaine poule de sa fable, couvent
des cailloux; contre les oiseaux de nuit, qui, dans leur haine de la lumière, vou¬
draient pouvoir éteindre le soleil; contre les hypocrites, les protecteurs intéressés,
les rimeurs rocailleux, les caméléons politiques; enfin et surtout contre tous les
hommes qui abusent de leur autorité ou de leur puissance passagère pour opprimer
le faible et satisfaire leurs appétits malsains.
On peut l'affirmer sans crainte : la morale de Lachambeaudie est beaucoup plus
noble et infiniment plus pratique que celle de son illustre devancier La Fontaine.
D'abord Lachambeaudie croit, comme J.-J. Rousseau, que l'homme est bon par
nature. Aussi, contrairement à ce qu'on voit chez La Fontaine, rencontre-t-on dans
ses fables peu d'animaux malfaisants : le renard et le loup y apparaissent deux ou
trois fois seulement. Mais, en revanche, il y a beaucoup de chiens, de moutons, de
bœufs, de tourterelles, de chevaux, de cygnes, d'oisons et de dindons; beaucoup
aussi d'enfants, d'arbres et de fleurs. N'est-ce pas là comme un critérium de l'opti¬
misme et de la bonté de notre poète? De plus, là où La Fontaine se borne à
constater le mal sans indiquer le remède, Lachambeaudie nous avertit du péril, en
nous montrant la voie à suivre pour éviter les fautes ou pour nous épargner, des
déceptions.
Si, sous ce rapport, il n'est pas téméraire de comparer le fabuliste périgourdin
au
grand fabuliste du xvne siècle, ce serait de l'admiration exagérée ou un
manque de goût que de tenter le moindre parallèle, en ce qui concerne la forme
purement littéraire. La Fontaine est peut-être, avec Victor Hugo, le plus grand poète
+
7
+
français; Lachambeaudie n'est qu'un versificateur aimable et correct, simple et clair;
de passer en proverbe, ceux-ci par exemple :
il a des vers heureux et dignes
A l'avare inhumain notre mépris est dû.
Je préfère un bon cœur à tout l'esprit du monde.
Oui, rêver du bonheur, c'est du bonheur encore.
Je redoute bien plus l'atmosphère des cours,
Que l'orage et la foudre et l'ongle des vautours;
Sous le nom de bonheur, vous m'offrez l'esclavage,
Et votre cage d'or est toujours une cage.
(Le Prince et h Rossignol.)
Mais, en général, il manque d'éclat. Le romantisme ne semble pas avoir eu sur
lui une influence marquée; et la couleur, la richesse des
images, le pittoresque de
l'expression, qui caractérisent les poètes de cette école, ne sont pas les traits domi¬
nants de la poésie de Lachambeaudie.
Ce qui, à nos yeux, relève cette forme un peu familière et pédestre, c'est la
pensée dont elle est animée, et c'est à cause de cette pensée généreuse que les
enfants doivent lire et apprendre par cœur la plupart de ses fables. Ils y puiseront
des conseils pratiques et de sages leçons ; ils y apprendront combien il est beau
d'être, dans la vie, équitable et tolérant, charitable et probe; l'exemple intéressant,
donné par le poète, gravera plus profondément le précepte dans leurs jeunes cer¬
veaux; en un mot, ils auront là comme un petit code d'instruction civique, qui
pourra, en maintes circonstances, les avertir et les diriger plus efficacement que les
plus savants traités de morale.
A.
e
Bourgoin.
L'HIRONDELLE ET LE CHIEN
»
Octobre commençait, l'automne sur son aile
Ramenait les frimas précurseurs de l'hiver,
Et l'on voyait déjà s'enfuir une Hirondelle,
Quittant le toit propice à sa famille ouvert.
Un Chien, de la maison active sentinelle,
Lui dit :
«
Tu pars, tu quittes ces lambris
Oh tu trouvas de chauds abris,
Oh chacun admirait ta naissante couvée,
Oh par votre présence on se croyait béni,
Oh comme un vrai trésor on conservait ton nid!... »
L'Hirondelle répond : « L'époque est arrivée
Oh sur ces toits hospitaliers
Fondent les ouragans que l'Aquilon déchaîne,
Oh viennent des hivers les corbeaux familiers.
Mes compagnes et moi, nous allons par milliers
Cherchant pour la saison prochaine
Un vent plus frais, un ciel plus bleu.
Au retour du printemps nous reviendrons peut-être :
Adieu!
11
<■
,"3
—
Pour moi, que l'ouragan gronde aux toits de mon maître
Ou que de beaux soleils lui donnent de beaux jours,
Soumis à son destin, je lui serai fidèle... »
Courtisans, faux amis, parasites, toujours,
Quand le ciel devient noir, imitent l'Hirondelle.
L'ANE
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ET
LES
->
i3
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ŒUFS
L'ANE ET
LES ŒUFS
*
Devant maître Baudet l on disait une fois :
«
It est bon d'avaler, pour s'éclaircir la voix,
merveilles
Notre âne, à cet avis prêtant ses deux oreilles,
Des œufs tout frais pondus, et l'on fera
Voit dans le poulailler mainte poule qui pond.
Vers les nids il ne fait qu'un bond
Pour s'emparer des œufs... Il en goba cinquante,
Et chanta... comme un âne chante.
A ce beau résultat mon lecteur s'attendait :
Un baudet, quoi qu'il fasse, est toujours un baudet
i5
LA BUCHE ET LE CHARBON
»
Au sein de l'âtre, en hiver,
Une Bûche de bois vert
De pleurs inondait la cendre,
Poussait de longs soupirs, de longs gémissements.
Un Charbon, lassé de Ventendre,
Lui dit : « Pourquoi ce bruit? —
Vois quels sont mes tourments!
Répond-elle. — En voyant les pleurs dont tu t'abreuves,
Reprend le Charbon, je conclus
Que tu subis ici tes premières épreuves;
Mais moi, j'ai tant souffert que je ne pleure plus. »
->
17
L'ANE ET SON MAITRE
£
Généreux, bienfaisant, un Maître prétendait
Devoir du bât honteux affranchir son Baudet.
On dit que t'animai lui parla de la sorte :
«
Depuis que je suis né, chaque jour je le porte;
Mon père et mes aïeux le portèrent aussi,
Et, certes, ces gens-là me valaient, Dieu merci!
Je refuse vos dons; j'aurais mauvaise grâce,
Moi, Baudet misérable, à renier ma race... »
Combien voit-on de gens, sottement entêtés,
Qui, nés avec le bât, veulent mourir bâtés!
HOMÈRE
»•
Un soir, quand du soleil le flambeau se reflète
Sur les cités et les hameaux,
Homère sommeillait, et sa lyre muette
Pendait aux branches des ormeaux.
Tout à coup un son vague arrive à son oreille,
Ce murmure inconnu l'éveille;
Il voit un papillon sur le luth arrêté,
Dont l'aile, en frémissant, cherche la liberté.
«
Il a perdu, dit-il, la poussière divine
Qui soutenait son vol aux cieux;
Mais il mourra sur la corde argentine,
Parmi des sons délicieux...
Voilà l'image de ma vie :
En chantant j'ai brisé l'essor
Qui mène vers les biens une foule ravie,
Et l'indigence fut mon sort.
Eh bien! j'expirerai dans le plus beau délire,
En célébrant les dieux,
la gloire, la beauté,
Et peut-être la brise, en passant sur ma lyre,
Portera mes concerts à l'immortalité...
19
»
LA FLEUR ET LE NUAGE
s
L'été règne.
Une Fleur, languissante au vallon,
Appelle un Nuage qui passe :
«
O toi qui voles dans l'espace
Sur les ailes de l'Aquilon,
Verse-moi tes flots de rosée,
Et par toi ma tige arrosée
Verra renaître son printemps...
—
J'y penserai, dit le Nuage;
Mais je dois remplir un message :
Attends!... »
Il s'éloigne; elle meurt, vers la terre penchée.
Le Nuage revint sur la Fleur desséchée
Répandre, mais trop tard, ses ondes par torrents.
Toujours le malheureux nous trouve indifférents ;
Mais sous le fardeau qu'il succombe,
Souvent nous allons sur sa tombe
Semer de vains regrets, de stériles trésors :
Ni largesses, ni pleurs ne réveillent les morts.
20
-fr
->
2 1
LE DOGUE
s
Un gros Dogue passait; un lourdaud le rencontre;
Aussitôt il lui montre
Une pierre et lui dit : « Apporte! ou de ma main
Tu seras sanglé d'importance. »
Le Chien ne s'émeut pas de cette impertinence ;
Il fait la sourde oreille et poursuit son chemin.
Mais un petit enfant lui fait signe; il s'arrête.
L'enfant cueille une rose, et joyeux, la lui jette.
Le Dogue avec rapidité
S'élance,
Et sans peine il accorde à l'amabilité
Ce qu'il refuse à l'insolence.
L'ENFANT ET LE CHIEN
£
Gabriel, l'écolier, l'espiègle personnage,
de son âge
La gourmandise est le plus gros péché),
Dans une armoire, un jour, vit un gâteau caché.
Or, la tentation fut si forte, si forte,
Que d'une main furtive il entr'ouvrit la porte,
Et saisit le gâteau. Du frauduleux repas
Médor seul fut témoin : Médor ne dormait pas.
Il garda le silence, en âme charitable.
A quelque temps de là, flairant sur une table
Un pain que par hasard on venait d'oublier,
Et le gourmand surtout (on sait que
Médor s'en régala sans se faire prier.
Voleur abominable,
Le bien que l'on dérobe est-ce donc notre bien?
C'est .parler en Galon, lui répondit le Chien;
Mais je n'ai pas perdu mémoire
De certain gros gâteau pris dans certaine armoire...
Gabriel l'aperçut : «
—
Gabriel, tu rougis... Ecoute Gabriel,
Veux-tu que tes conseils ne soient jamais frivoles?
Garde qu'à tes belles paroles
Ta conduite ne donne un démenti formel... »
^
28
L'OR ET LES PERLES
»
Un voyageur, passant sur des monts
escarpés,
Vit des travailleurs occupés
A faire dans le roc des entailles énormes.
Infortunés, dit-il, tailler ces blocs informes,
C'est un rude travail pour un mince trésor!
«
—
Non, s'écrie un passant, ce sont des mines d'Or!
Aussitôt l'étranger, poursuivant son voyage,
Arrive vers la mer et s'arrête au rivage.
Or, voyant au loin des plongeurs
Qui visitaient des flots les sombres profondeurs,
« Ces
fous rasent, dit-il, l'écueil épouvantable,
Pour rapporter enfin... des cailloux et du sable! »
A lors un pêcheur lui répond :
«
L'écueil est menaçant, le gouffre est redoutable,
Mais on voit des Perles au fond! »
Apôtres, qui venez régénérant te monde,
Ne brisez de dégoût la pioche ni la sonde;
Fouilles, fouillez cncor.
La montagne est aride et la mer est profonde ;
Mais vous y trouverez des Perles et de
->
21)
<-
l'Or!
LA
MOUILLÉE
ROSE
*
Aline avec sa nièce, aux champs allant un jour,
Voit la reine des fleurs, la Rose, son amour,
Courbant son sein baigné de larmes matinales.
Pour la débarrasser de l'humide fardeau,
Elle agite la tige, et les frêles pétales
S'éparpillent soudain avec les gouttes d'eau.
La pauvre enfant pleurait : « Aline, dit sa mère,
Voilà ce qu'ont produit tes soins inopportuns.
Bientôt un doux soleil, aspirant l 'onde amère,
T'aurait rendu la fleur avec tous ses parfums.
Ma fille, il est, crois-moi, des blessures cruelles
Que l'amitié doit respecter;
Il est des maux que sur ses ailes
Le
Temps lui seul peut emporter. »
LE LIVRE ET
L'ÉPÉE
»
Dans un obscur réduit, une longue Rapière
Se couvrait, chaque jour, de rouille et de poussière.
Apercevant un Livre, elle lui parle ainsi :
Que je hais le repos ou je languis ici!
Tu reçois les honneurs et chacun me délaisse;
«
Et je suis cependant plus utile que toi.
mollesse,
Je vole droit au but; tout tremble devant moi.
Je voudrais, m'éloignant de ces froides murailles,
Vivre, comme autrefois, de sang et de batailles... »
Tandis que dans les cœurs tu sèmes la
Le Livre lui répond : « Le Glaive a fait son temps '
On ne convertit plus par la force brutale.
Ralentis, noble preux, ta valeur martiale;
Où je vois des amis, tu vois des combattants.
Tu portes en tous lieux la haine et la vengeance,
Et moi je prêche à tous paix, amour, espérance.
Quand tu vas promenant tes sanglantes fureurs.
Par de sages conseils je corrige les mœurs :
->•
31
-4r
Allons, garde ta rouille et renonce à la guerre.
Voit-on le laboureur toujours creuser la terre?
Il dételle ses bœufs, il pose l'aiguillon,
Et puis sa main répand le grain dans le sillon.
Ainsi, comme le soc tu sus remplir ton rôle.
Moi, je vais désormais, répandant ma parole,
Faire germer pour tous des épis nourriciers :
Laisse-moi l'avenir, et dors sur tes lauriers. »
❖
32
<-
LE BŒUF GRAS ET SON COMPAGNON
£
A pas lents le Bœuf gras,
délaissant le village,
Allait du carnaval augmenter les plaisirs.
Un de ses compagnons revient du labourage,
longs soupirs :
Heureux frère! tu pars, oubliant la charrue,
Et lorsque, couronné de festons et de fleurs.
Roi fastueux et fier, tu suivras chaque rue
Et lui parle en ces mots, après de
«
Aux acclamations de la foule accourue,
Moi, j'aurai pour partage et les jougs et les pleurs... »
Le Laboureur lui dit : « N'envions pas sa gloire :
Son triomphe d'un jour le conduit à la mort! »
L'histoire du Bœuf gras, c'est aussi notre histoire :
Rarement la grandeur est un bienfait du Sort...
■*-
35
-4r
—__
LA
LOCOMOTIVE
->
37
ET
LE
CHEVAL
LA LOCOMOTIVE
ET LE CHEVAL
*
Un Cheval vit, an jour, sur un chemin de fer,
Une Locomotive, à la gueule enflammée,
Aux mobiles ressorts, aux longs fois de fumée.
«
En vain, s'écria-t-il, ô fille de l'Enfer,
En vain tu voudrais nuire à notre renommée,
Une palme immortelle est promise à nos fronts,
Et toi, sous le hangar, honteuse et délaissée,
Tu pleureras ta gloire en naissant
éclipsée.
De vitesse avec moi veux-tu lutter? — Luttons!
Dit la Machine; enfin ta vanité me lasse. »
Elle roule, elle roule, et dévore l'espace.
Il galope, il galope, et d'un sabot léger
Il soulève le sable et vole dans la plaine;
Mais il se berce, hélas! d'un espoir mensonger.
Inondé de sueur, épuisé, hors d'haleine,
Bientôt, l'imprudent tombe et termine ses jours;
Et que fait sa rivale? Elle roule toujours.
La routine au progrès veut disputer l'empire ;
Le progrès toujours marche, et
->
39 <-
la routine expire.
LA FOURMI
LA CIGALE,
ET LA COLOMBE
«
Eh bien! danses maintenant! »
A dit la Fourmi cruelle.
La Colombe survenant :
«
Pour la Cigale, dit-elle,
J'ai des graines à son choix,
Si la pauvre créature
Ne reçut de la Nature,
Pour tout trésor, que sa voix,
De faim faut-il qu'elle meure?
Vous travailles à toute heure;
Elle chante les moissons :
Ainsi tous nous remplissons
La loi que Nature impose. »
L'Oiseau sans dire autre chose,
A tire-d'aile aussitôt
Part, et rapporte bientôt
Force grains dont la Cigale
A son aise se régale.
O Fourmi, ta dureté
A l'égoïste peut plaire;
Colombe, moi je préfère
Ta tendre simplicité!
->
41
<r
LA MOUCHE ET LE MOUCHERON
»
Sage, craintif, docile aux conseils de sa mère,
Loin du feu voltigeait un jeune Moucheron.
La Chandelle lui dit : « Poltron!
D'un péril idéal, d'une folle chimère
Cesse enfin de t'épouvanter.
Viens au plus tôt, viens habiter
Le magique palais que ma flamme environne.
Des sylphes, des lutins y font une couronne
D'azur et de saphir... elle sera pour toi :
Approche, approche... et lu vas être roi! »
Que fit le Moucheron? vous le savez d'avance :
Ebloui, fasciné, vers la flamme il s'élance,
Et dans le beau palais il rencontre la mort.
Une Mouche était là, vieille prude, et la dame
A l'écart observait le drame.
«
Cet insensé, dit-elle, a mérité son sort;
Pourquoi s'envolait-il sur une mèche ardente?
Que la jeunesse est imprudente ! »
Tandis qu'ainsi notre Mouche parlait,
Elle voit sur la table un vase plein de lait.
«
Dans ce nectar, dit la friande,
On trouve plaisir et profit :
Là, du moins, il n'est pas de feu qu'on appréhende... »
Mais on peut s'y noyer... et c'est ce qu'elle fit.
42
4-
LUCY ET SA
POUPÉE
*
Au soin de ses enfants une mère assidue
Tendrement à Lucy, chaque jour, adressait
Reproches et conseils bien mérités, Dieu sait!
Reproches et conseils étaient peine perdue.
En revanche, Lucy prenait sur ses genoux
Et, coupable, tançait sa Poupée innocente.
«
Vous êtes, disait-elle, ah! j'en rougis pour vous,
Méchante, paresseuse et désobéissante ;
Il faut vous corriger de ces vilains défauts... »
C'était, de point en point, le sermon de sa mère.
La Poupée à la fin, lui réplique : « Ma chère,
Ce qui, tombant sur moi, tombe toujours à faux,
Je le renvoie à son adresse;
A toi ces discours-là furent faits pour ton bien.
Épargne-moi, Lucy, tes leçons de sagesse,
Et remplis des devoirs que tu prêches si bien. »
•5-434
LA
SOURCE
»
s
Lorsque l'Eté sur la terre
Etend son brûlant manteau,
s
Comme un Eden solitaire
Fleurit au pied du coteau
Un pré riant et fertile.
Ailleurs, quand le sol stérile
Est morne, silencieux,
Là s'ouvre un charmant asile
Pour l'oiseau mélodieux ;
Dans l'atmosphère embrasée
On voit monter, doux espoir!
Un brouillard qui, vers le soir,
Retombe en fraîche rosée...
Or ce pré toujours vert, même au sein de l'été,
A qui doit-il la sève et la fertilité?
C'est à la Source féconde
Qui répand sous les fleurs les trésors de son onde
Ainsi, dans l'obscurité,
Se cache la bienfaisance,
Et, seules, ses vertus signalent sa présence.
->44 +
L'ŒUF DE POULE
*
Croyez-moi, de vos tendres mères
Ne repoussez jamais les soins;
Elles seules, enfants, connaissent vos besoins :
Liberté trop précoce a des suites ameres.
Par Cocotte couvé, certain Œuf se lassa
De vivre, disait-il, dans une ombre étemelle,
Et l'imprudent hors du nid se glissa,
Fier de se dérober à l'aile maternelle.
De ses frères bientôt (ils étaient plus de vingt),
Sortit maint joli coq, mainte douce poidette.
Et lui, sait-on ce qu'il devint?
Il fut croqué par la Belette.
+
47
+
tf
LE
i:il
CORMORAN
ET
LES
RAYONS
->
<-
49
DE
LA
LUNE
LE
CORMORAN
ET LES RAYONS DE LA LUNE
»•
Un Cormoran suivait les bords d'une rivière.
Il était nuit; du haut des cieux
La lune baignait sa lumière
Dans l'onde aux plis capricieux.
Notre oiseau, que la faim tourmente,
Croit voir de mille poissons d'or
Glisser l'image séduisante.
Il plonge et ne prend rien ; il plonge, rien encor ;
Il s'élance vingt fois, et vingt fois perd sa peine.
D'un nuage bientôt la lune se couvrant,
Maint poisson se montra sous le flot transparent ;
Mais les prenant alors pour une forme vaine,
A jeun partit le Cormoran.
Fortune, gloire, amour, comme un trompeur mirage,
Fît-on pour vous saisir mille efforts superflus,
Vous vous offres souvent (ne perdons pas courage!)
A celui qui, lassé, ne vous attendait plus.
5i
-4-
-
■»-
52
'
L'ESCARGOT ET LA CHENILLE
*
Par habitude, par système,
O vous qui courtisez ou repoussez autrui
Pour son habit, non pour lui-même,
C'est à vous que j'adresse une fable aujourd'hui.
Jadis vers l'Escargot se glissa la Chenille.
«
Bonjour, dit-elle, mon voisin,
Ou plutôt mon cousin,
Car tous deux nous rampons. — Moi, de votre famille !
Reprend maître Escargot, vraiment, vous radotez;
Fi! la vilaine créature!
Je ne vous connais pas, vieille folle ; partez ! »
Et la Chenille part sans relever l'injure.
A quelque temps de là, sur le gazon fleuri,
Un beau Papillon dont les ailes
Semblaient faire jaillir des milliers d'étincelles,
Voltigeait, voltigeait : « Approche, mon chéri,
Dit l'Escargot; causons ensemble;
Qu'un lien fraternel à jamais nous rassemble.
Tais-toi, répond l'Insecte; oh! de grâce, tais-toi,
Lâche orgueilleux! ce qui te plaît en moi,
Je le sais trop, c'est mon aile qui brille,
Car tu me repoussas impitoyablement
—
Lorsque j'étais encore une pauvre Chenille. »
A
ces
mots disparut le Papillon charmant,
Et l'Escargot honteux rentra dans sa coquille.
>
53
^
LA
CONQUE ET L'ENFANT
A MA SŒUR
Un Enfant aperçoit sur une cheminée
Une Conque jadis par la vague entraînée
Sur un rivage lointain.
Il l'applique à son oreille,
Puis il entend, ô merveille!
Un bruit étrange, incertain.
«
D'où vient, dit-il, ce bruit qui cause ma surprise?
—
C'est la voix de la mer que caresse la brise;
Son souvenir, en moi, toujours résonne ainsi. »
0 ma sœur, en nous aussi
Murmure une voix touchante,
De la terre natale écho mystérieux.
Quels que soient nos destins, en toute heure, en tous lieux,
Elle parle à nos cœurs de la patrie absente.
54
<-
LA
MÈRE, L'ENFANT
ET LE VIEILLARD
£
Vois ce Vieillard là-bas, sur le bord du chemin :
«
Va, mon fils, jusqu'ici conduis-le par la main;
De ta voix la plus douce apaise sa souffrance :
La vieillesse sourit aux grâces de l'enfance. »
L'Enfant part; mais bientôt revenant sur ses pas :
«
Mère, il ne souffre point, puisqu'il ne pleure pas;
Car, moi, toutes les fois que j'ai du mal, je pleure.
—
Retourne à lui, mon fils; amène-le sur l'heure;
Je veux connaître ses besoins.
Son regard soucieux, son front ridé' qui penche,
Voilà, de ses ennuis, d'infaillibles témoins...
Crois-moi, si par des pleurs la douleur ne s'épanche,
Mon fils, on n'en souffre pas moins. »
55
LA ROSE ET L'HOMME SANS YEUX
ET SANS ODORAT
*
«
Je déteste la Rose et ses dards inhumains!
Ils percent mon habit et déchirent mes mains!
Qu'on vante désormais ta beauté sans pareille,
Et ton parfum si doux... Rose, maudite fleur,
Tu n'as à mon avis ni beauté, ni senteur. »
Notre Homme se trompait, et ce n'est pas merveille
Que la colère seule à ce point l'égarât :
Il lui manquait deux sens, la vue et l'odorat.
Lorsque vous entendes plus d'un esprit morose,
Nier votre croyance et vos rêves chéris,
Femme, poète, enfant, ne soyez pas surpris :
Songes au malheureux qui méprisait la Rose.
56
4-
L'HERMINE ET LE RAT
£
Sur un terrain rocailleux
Vivaient le Rat et VHermine ;
Bientôt ils furent tous deux
Menacés de la famine.
De son trou le Rat sortant
Dit à sa blanche compagne :
«
Vois, par delà cet étang,
Comme est riche la campagne ;
De fermes, d'arbres, d'oiseaux
Et de fruits elle est couverte.
Suis-moi, traversons les eaux;
Dans notre lande déserte
La faim nous accablerait.
Quoi! dit l'Hermine, il faudrait
Me salir à cette fange?
—
—
—
Eh! qu'importe si l'on mange!...
Non, dit-elle, en vérité!
Va-t'en, je veux rester pure;
Ah .'.plutôt la pauvreté
Et la mort qu 'une souillure! »
->
5<j
•£-
60
LA
FERMIÈRE, LA VACHE
ET LE COCHON
£
«
Fermière, d'où vous vient une douleur si forte?
—
Hélas! ma belle Vache est morte,
Elle qui tous les jours venait
Répandre sous mes doigts les sources de sou lait;
Elle si bonne, pauvre bête,
Que les petits oiseaux se posaient sur sa tête,
Qu'elle allait caresser l'enfant qui l'appelait!
C'est une perte irréparable,
Hélas! j'en suis inconsolable. »
Vers ses voisins, plus tard, notre Fermière allait,
Criant : « Venez tous, venez vite!
A partager ma joie, amis, je vous invite.
Pour faire un excellent régal.
Préparez les chaudrons, les poêles et les broches :
J'ai tué mon Cochon, ce méchant animal
Dont chacun fuyait les approches.
Vous le savez, quand, par hasard,
De sa nourriture abondante
Quelques chiens affamés réclamaient une part,
Soudain il leur montrait une dent menaçante...
->
63
<-
—
,———
Même lorsqu'il était repu,
Écoutant les instincts d'un esprit corrompu,
De son auge il foulait les restes dans la fange.
Vivant, il fut avare; il est mort, qu'on le mange!
Égoïsme et bonté, sous deux masques divers,
Peuvent se reconnaître en mes fragiles vers.
Si l'un, pendant sa vie à nous nuire s'attache,
L'autre par des bienfaits épanche son amour.
Aussi, par un juste retour,
Vache,
Et l'on se réjouit de la mort du Cochon...
Avare, à toi cette leçon!
On pleure la mort de la
64
4-
SAMEDI ET
DIMANCHE
£
Une nuit, le poing sur la hanche,
Samedi disait à Dimanche :
«
Est-ce pour toi
Que nous nous épuisons, nous, cinq frères et moi?
Ne sommes-nous pas tous de la même famille?
Lorsque sous la fatigue on nous voit haletants,
Monsieur le paresseux en grand seigneur s'habille;
A chanter, à danser, monsieur passe son temps.
Toujours de nos labeurs vivras-tu sans rien faire? »
Dimanche répondit : « Mon frère,
Vous vous livres chacun à des soins importants,
Je l'avoue; eh bien! moi, que vous croyes futile,
Autant que vous je suis utile.
Après un long travail, comme il faut des loisirs,
C'est moi qui m'intéresse à vos rares plaisirs ;
Les danses, les festins , les jeux, les promenades,
A moi vous les devez, ô mes bons camarades!
Enfin, ô doux échange, ô fraternelle loi!
Je vous amuse, et vous, vous travailles pour moi. »
•>-
65
<-
LE TORRENT
»
Des flancs d'une montagne une onde jaillissante,
Torrent impétueux, cascade mugissante,
Creusait d'affreux sillons dans les champs désolés.
Elle avait renversé mainte digue impuissante.
Un jour, aux paysans vers la source assemblés,
Un voyageur disait : « Pour cette onde sauvage,
Qjui tout entraîne et tout ravage,
Pratiques dans le roc un oblique chemin,
Et par mille détours, vous la verres, docile,
Suivre le cours lent et facile
Que lui tracera votre main,
Et de ses rives odorantes
Se répandra la vie en vos moissons riantes. »
Le conseil était bon, et, dès le lendemain,
Pleins d'espérance et de courage,
Nos gens se mirent à l'ouvrage.
On fit un doux ruisseau d'un
Torrent destructeur,
De l'ennemi d'hier on fit un bienfaiteur.
Que l'amour remplace la crainte;
Par la menace et la contrainte
Un mauvais naturel est en vain combattu.
Mais Téducation fraternelle, prudente,
De chaque passion adoucissant la pente,
D'un vice originel peut faire une vertu.
->
66
4-
LA TRUFFE ET LA POMME DE TERRE
»
A la Pomme de terre on voidait marier
La
Truffe; mais, craignant de se mésallier,
Celle-ci, d'une voix altière,
S'écria : « Moi, m'associer
A cette vile roturière!
Moi qui règne aux festins du riche et du gourmet,
Avoir pour compagnon cet être sans noblesse,
Unir son goût maussade à mon divin fumet!
Ah! ce manque d'égards me confond et me blesse.
Ailes aux champs, ma mie, ailes aux carrefours
Nourrir le peuple, vos amours... »
La Parmentière
Alors reprit :
«
Il ne te convient pas d'être avec moi si fière.
Car nous sommes deux sœurs qu'un même sol nourrit.
Oui, j'en fais vanité si tu m'en fais un crime;
Celui que la misère opprime
A moi jamais vainement Peut recours.
Je pourrais, te rendant offense pour offense,
Te reprocher les vilains tours
Qu'à plus d'un estomac, qu'à mainte conscience...
Mais chut! tu me comprends,
Et plus que toi, je serai charitable.
Tu méprises le pauvre et recherches les grands...
Je suis utile à tous : n'est-ce pas préférable? »
>
67 <r
LE FLEUVE ET
L'OCÉAN
*
Vers l'Océan un Fleuve immense
Roulait, majestueux, par sa pente entraîné.
L'Océan, d'algues couronné,
Ainsi parle au sujet qui tombe en sa puissance :
Que tu dois regretter, ô Fleuve fortuné,
Et tes flots glorieux où voguait l'espérance
Sur des vaisseaux chargés des plus riches trésors,
«
Et les mille cités assises sur tes bords!...
—
Tout ce que je regrette, ô roi de l'onde
amère,
C'est l'étroite vallée où, ruisseau transparent,
Non loin de la source, ma mère,
Sous les fleurs j'allais m'égarant ;
Je baignais des agneaux la toison douce et blonde,
Dans mes roseaux chantaient les oiseaux amoureux.
Il dit et va payer le tribut de son onde
A l'Océan tumultueux.
Au faîte de la gloire, au sein de l'opulence,
Quel homme ne se plaît à remonter le cours
De Vexistence,
Pour se mirer encor dans les limpides jours
De son enfance?
•=>
G8
<■
LES OISEAUX DE NUIT
ET LA
LUMIÈRE
Hôte d'un vieux castel, monseigneur le Hibou,
A l'heure de minuit, s'échappant de son trou,
Appelle les oiseaux que le grand jour effraie.
A sa voix, le Grand-Duc, la Chouette, l'Orfraie,
Le Chat-Huant et les Chauves-Souris,
Par des miaulements et des cris
Rassemblent aussitôt leurs bataillons funèbres.
«
Compagnons, compagnons ! dit le sinistre oiseau,
Allons, sans nul retard, détruire le flambeau
Dont l'éclat nous poursuit au sein de nos ténèbres.
Les paysans étaient plus modestes jadis :
Ou la résine grésillante,
Ou quelque huile fétide, aux solives pendante,
De sa lueur blafarde attristait leur taudis.
Ce fameux siècle des lumières,
Ainsi que les châteaux, envahit les chaumières...
La chandelle est venue et la bougie après;
L'Homme compte les jours par d'incessants progrès,
Et nous sommes perdus si nous le laissons faire.
Des globes réflecteurs, des verres grossissants
JI
-4-
Font rejaillir dans l'atmosphère
Mille rayons éblouissants.
Vous le dirai-je, hélas! l'Homme, ennemi des ombres,
Pour nous chasser enjin de nos retraites sombres,
S'éclaire avec le gaz et l'électricité!
Mais sur vous vainement je n'aurai pas compté,
Et nous étoufferons cette flamme nouvelle
Qui de notre rival protège le sommeil.
Ah! pour jouir en paix d'une nuit éternelle,
De même puissions-nous éteindre le soleil! »
Aussitôt, les oiseaux, avec un bruit horrible,
Fondent sur la lumière, à leurs coups insensible.
Qu' arriva-t-il? Vous allez le savoir :
Chacun d'eux à la flamme ayant brûlé son aile
Et sa prunelle,
\Regagna, comme il put, son nocturne manoir,
Et le pauvre Hibou mourut de désespoir.
O Chauves-Souris sépulcrales,
Hiboux qui fréquentez les vieilles cathédrales,
Chats-Huants de la Bourse et des donjons poudreux,
Du Progrès, croyez-moi, le flambeau ne doit craindre
Ni vos noirs bataillons, ni vos plans ténébreux.
Jamais, en vérité, vous ne pourrez l'éteindre!
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LES SAUVAGES ET LE VIOLON
*
Porté par l'Océan vers un peuple sauvage,
Un virtuose allait sur le rivage,
Son Violon en main, pour calmer ses ennuis.
On l'entendait, toutes les nuits,
Faire éclater son âme en notes gémissantes,
En accents belliqueux. Sous ses doigts, tour à tour,
Retentissaient la guerre et la paix et l'amour.
Sa pensée inspirait les cordes frémissantes.
Pour la première fois les échos d'alentour
Redisaient de tels sons. La peuplade, attentive,
Se tenait en extase et l'oreille captive.
Un soir qu'il s'était endormi
Près de son instrument, son trésor, son ami,
Les Sauvages lui dérobèrent
Un confident si précieux,
Et triomphalement sur un trône portèrent
Ce fétiche de bois, ce roi mélodieux,
Pour leur bonheur, sans doute, envoyé par les dieux.
«
Il sait certainement les choses qu'il imite
Avec tant d'harmonie et tant de vérité.
Donnons-lui, dirent-ils, un pouvoir sans limite ;
Il réalisera tout ce qu'il a chanté. »
Ils comprirent bientôt leur méprise grossière,
Et, tout- confus, dans la poussière,
Ils lancèrent Sa Majesté.
L'un d'eux, de la connaître avide,
L'examinant à fond, la trouva creuse et vide.
De tout être il ne faut exiger, croyez-moi,
Que ce qui sied à sa nature.
Du Violon chez nous, trop souvent, sur ma foi,
Se renouvelle l'aventure.
Parce qu'un homme chante ouj'ait de beaux discours,
On le croit profond politique.
Etes-vous orateur, ou poète, ou critique,
Vous deviendrez, un de ces jours
Ministre, ambassadeur, agent diplomatique...
Peuple, dans cette erreur tomberas-tu toujours ?
LES DEUX ABEILLES
»
Dans le creux d'un vieux mur, et languissante et frêle,
Se lamentait d'une voix grêle
Une Abeille qui, sans parents,
Au hasard promenait ses pénates errants.
Nulle sécurité : ses rayons presque vides
Offraient ample curée à des fourmis avides.
Une autre Abeille arrive et lui dit : « O ma sœur,
Pourquoi donc vivre ainsi solitaire, isolée?
Viens : le Printemps s'éveille au fond de la vallée,
Nous ouvrant ses trésors de parfum, de douceur.
Tandis qu'ici, malade, inconsolée,
Tu n'as pas un ami, pas un seul défenseur,
Dans la ruche, là-bas, une chaîne commune
Nous lie étroitement à la même fortune.
Qui cimenta ces nœuds? L'intérêt, l'amitié.
Dans le bien, dans le mal nous sommes de moitié.
Vigilantes, laborieuses,
Vivant sans jatousie et sans ambition,
Nous avons su trouver le secret d'être heureuses...
Ce secret, quel est-il? L'Association. »
77
«
LE
PÉLICAN ET SES PETITS
*
Un pêcheur vit près d'un étang
Un Pélican dont la nichée,
Avide, s'abreuvait à ses flancs attachée.
Chaque Petit criait, de plaisir palpitant,
Et l'oiseau généreux, épuisé, haletant,
Leur taisait sa douleur amère.
«
Cesses, dit le pêcheur, cet horrible festin ;
Malheureux, vous buvez le sang de votre père!... »
Hélas! du Pélican plusieurs ont le destin :
Enfants, savez-vous bien par quels durs sacrifices
A vos besoins, à vos caprices
Répondent, chaque jour, vos parents empressés?
Et vous, jeunes esprits vers l'avenir fixés,
Vous à qui des savants, des sages, des prophètes,
Pour vous rendre meilleurs, pour vous rendre plus forts,
Donnent le pain de l'âme, après le pain du corps,
Songez-vous quelquefois, au milieu de vos fêtes,
Combien ils ont souffert et comment ils sont morts?
LE CRAPAUD
ET
L'ÉPHÉMÈRE
»
Le soir, l'Ephémère
Voit venir la mort.
Du sein d'une pierre
Le Crapaud qui sort
Lui dit : «
Que je te plains! comme le Sort te traite
Avec rigueur! tu n'as vu qu'un seid jour ;
Moi, j'ai passé mille ans au fond de ma retraite... »
Mais l'autre : «
—
—
—
Éprouvas-tu les douceurs de l'amour?
Jamais! — De l'amitié? — Pas même.
Eh! que fais-tu? — Rien. — Ta vie est un problème.
J'étais seul, immobile en ma froide prison,
De l'heure ni de la saison
Ne faisant nulle différence.
—
Vieillard, ton sort fut triste et digne de pitié;
Quant à moi, dont tu plains la rapide existence,
J'ai connu le travail, l'amour et l'amitié.
J'eus des émotions, toi, nulle jouissance...
Adieu, je vais mourir ; sois-en bien convaincu,
Moi, qui n'ai vu qu'un jour, plus que toi j'ai vécu,. »
»
79
<-
LE ROSEAU DU
ET LE ROSEAU DU
LAC
TORRENT
£
abrité,
Un vert Roseau vivait au sein d'un lac limpide ;
Un autre, par les flots, par les vents agité,
Contre les ouragans sous les monts
Sur les bords d'un torrent rapide,
Triste et débite, gémissait.
«
Pourquoi jeter aux cieux une plainte éternelle? »
Dit le Roseau bercé par l'onde maternelle,
brise caressait.
Quelqu'un lui répondit : « En butte à la tourmente,
Trop justement, hélas! ton frère se lamente.
Lui qu'avec tant d'amour la
Sans le hasard capricieux
Qui lui fit un destin à ses vœux si contraire,
Il se balancerait, calme et silencieux.
Le bonheur est pour toi, le malheur pour ton
frère;
nul souci...
A sa place, crois-moi, tu te plaindrais aussi. »
Il souffre sans relâche, et tu n'as
80
-4r
LES
DEUX POULES
*
Une Poule aveugle grattait
Sur un fumier d'où ressortait
Du bléfriand en abondance.
Derrière, l'œil ouvert, une autre qui guettait
A plein gosier becquetait, becquetait.
Que d'oisifs orgueilleux, par une injuste chance,
Dans le travail d'autrui trouvent leur subsistance.
S"
83
-4r
^
84
■
#!
•
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-
•
■
■
»
f- «
■
LE
LION
CAPTIF
Devant un beau Lion d'Afrique
Un jour que j'étais arrêté,
J'admirais à la fois sa prunelle électrique,
Sa crinière ondoyante et son poil magnifique,
Où respirait la force avec la majesté.
Dans sa cage de fer, perdant toute noblesse,
On le voyait tourner sans cesse;
D'un lamentable hurlement
Il entrecoupait constamment
Ses mouvements fiévreux qui donnaient le vertige.
Avisant un gardien : « Apprenez-moi, lui dis-je,
Pourquoi cet animal, si fier en liberté,
Use ainsi les instants de sa captivité. »
Il répondit : « Le feu qui coule dans ses veines,
De ce fils du désert cause les plaintes vaines
Et l'inquiète activité.
—
Mais si tous vos captifs étaient unis ensemble,
Ils deviendraient bientôt, du moins il me le semble,
Plus calmes, plus heureux...
—
Non pas! on les verrait se déchirer entre eux. »
->
87
-s-
ENCHAÎNÉ
L'AIGLE
*
Au sommet du Caucase, un Aigle dans son aire
S'éveille, et se livrant à de nobles transports :
«
J'irai ravir sa proie au tigre sanguinaire ;
Je vaincrai mes rivaux les plus fiers, les plus forts,
Et j'espère qu'un jour, pour prix de mes efforts,
Je porterai le dieu qui porte le tonnerre! »
Sa grande aile, à ces mots, se déploie, et son corps
S'agite, mais en vain;... ses serres obstinées
Refusent leur service; un Satyre odieux
Sur le rocher, la nuit, les avait enchaînées.
L'Aigle, c'est le génie aux élans glorieux,
Souvent la pauvreté, riant de son extase,
Dans un réseau de fer tient ses membres liés.
->
89 <-
L'ENFANT ET LA PENDULE
»
Un Enfant, affligé d'une paresse extrême,
Sur ses cahiers se lamentait.
La classe allait sonner, c'était l'heure du thème,
Et le thème n'était pas fait.
Croyant tromper le maître... il se trompait lui-même!
Il conçut un plan merveilleux ;
Et notre jeune paresseux
De la Pendule paternelle
Arrêta l'aiguille, espérant,
L'ignorant,
A son gré, désormais, fixer l'heure cruelle.
Mais l'Horloge soudain : «
Tu t'es mépris, dit-elle;
En vain tu veux hâter ou retarder mes pas :
Tu n'arrêteras point dans sa course éternelle
Le
Temps qui fuit rapide et qui ne revient pas! »
->
90 4
LE
PISSENLIT
9
Un nom malsonnant ou vulgaire
Au succès parfois est fatal :
Témoin la douce fleur qu'aux champs je vis naguère,
Et qui meurt dans l'oubli sur le terrain natal.
Au soleil éclatait sa jaune collerette,
Et je lui dis : «
Tendre Fleurette,
Je ne te vis jamais illustrer le crayon,
Ni le savant pinceau de l'artiste en renom,
A côté de tes sœurs, la blanche Pâquerette,
L'Anémone, l'Iris, le Sceau de Salomon,
Et tant d'autres encor dont je tairai le nom.
Jamais tu n'apparus dans un bouquet de fête,
Ni dans les vers brillants qu'enfante le poète,
Ni dans un vase étrusque, ornement de salon...
—
Mes compagnes, répondit-elle,
Ont un nom qui les ennoblit;
Moi, pauvrette, on m'appelle
Pissenlit.
>91
%
<r
LE PAPILLON
ET LE CHOU
*
vent,
Du chèvrefeuille au lis, du jasmin à la rose.
Un Papillon volait, plus léger que le
Le Chou, qui le nourrit avant
Sa brillante métamorphose :
«
Viens, mon fils, lui dit-il, un instant pose-toi
Sur moi...
—
Quoi! je m'abaisserais à ceux de ton. espèce,
0 race informe, lourde, épaisse!
Répond brutalement le rival des Zéphyrs.
Laisse-moi savourer, au gré de mes désirs,
Les sucs les plus exquis et les fleurs les
plus belles.
A ces mots, le Chou repartit :
«
Mon petit,
Tu n'étais pas si fier, quand, privé
de tes ailes,
Chenille, tu rongeais mes feuilles maternelles.
Mais, comme toi, plus d'un, il faut en convenir,
Osa, pendant le sort prospère,
Renier ses amis et rougir de son père,
Et des bienfaits reçus perdit le
-5-
92
<-
souvenir. »
LES MOUTONS ET LE RENARD
£
«
Moutons, dit le Renard, au Lion rendes grâce;
C'est le sauveur de notre race.
IL a daigné nous délivrer
Du Loup, notre ennemi, qu'il vient de dévorer,
Sous mes yeux, là-bas, dans la plaine.
—
Oui, le service est grand, chacun en conviendra,
Répond Robin, le porte-laine ;
Mais, dis-moi, du Lion qui nous délivrera? »
->
!P
<r
LES BŒUFS ET LA BERGERONNETTE,
LA
A
FÉE ET SA FILLEULE
BÉRANGER ET LAMENNAIS
Maîtres, si devant vous je reste bouche close,
Dans un double récit apprenez-en la cause :
Deux Bœufs traçant, dès l'aube, un fertile sillon,
Derrière eux voletait une Bergeronnette.
«
Viens-tu pour labourer, ou saisir l'aiguillon? »
Dirent-ils en riant. Aussitôt la pauvrette :
«
Je viens dans vos labeurs, trouvant de bons repas,
Vivre des vermisseaux qui naissent sous vos pas. »
Au temps jadis vivait une charmante Fée.
Rivale du divin Orphée,
Pour parler, pour chanter, quand ses lèvres s'ouvraient
Elle aurait attendri te cœur le plus farouche,
Et, prodige inouï! les perles de sa bouche
Ruisselaient.
Sa Filleule, un beau jour, sur ses genoux assise,
Et muette, écoutant, la Fée en fut surprise;
»
99
<-
Quoi! vous me demandes
Pourquoi sur vos genoux je suis silencieuse?
C'est que je cueille, avide et d'une main pieuse,
Et l'enfant répondit : «
Les perles que vous répandes. »
Maîtres, si devant vous je reste bouche close,
Par ce double récit vous en saves la cause.
ÎOO
<■
LE RAISIN
»
Je disais an Fruit de la vigne :
«
De pitié que ton sort est digne!
Tu vas être écrasé par le pressoir maudit!... »
Mais le Raisin me répondit :
«
Ami, loin de me plaindre, ah! j'accueille avec joie
La mort que le Destin m'envoie...
A tous elle projitera
Car de mes veines jaillira
Ce vin si pétillant, cette liqueur de jlamme,
Qui donne au corps la force et qui réjouit l'âme. »
Avec ravissement j'écoutai cette voix,
Et je crus entendre à la fois
Ces hommes que transporte un généreux délire,
Tous, jusques au trépas, bravant l'adversité,
Heureux et fiers que leur martyre
j fsf0
Soit utile à l'humanité.
[ et J A \/,.
->
ioi
-s-
iJ:
LE MIROIR ET LE RUISSEAU
LE
MIROIR
A-t-on, sans le savoir, des taches à la face,
Je les dévoile franchement.
RUISSEAU
LE
Moi, je les montre également;
Mais je fais mieux; je les efface.
»
102
-S-
L'ECLAIR ET L'ARC-EN-CIEL
£
A
l'Arc-en-ciel, l'Eclair dit en passant :
«
Ma tâche est glorieuse!
Dans la nuit la plus ténébreuse,
De mon foyer s'échappe un jour éblouissant.
—
A toi, dit l'Arc-en-ciel, tout bon cœur me
préfère;
Tandis qu'au sein de l'atmosphère
Ta perfide lueur porte un feu menaçant,
Moi, j'annonce aux mortels la fin de leur souffrance.
Juge combien nous différons :
A la terre nous inspirons,
Toi la crainte, et moi l'espérance. »
io3
«■
LE VOYAGEUR ET LE
POTEAU
£
Dans les champs, vers un carrefouv
Oïi différents sentiers en divers lieux conduisent,
Un
«
Voyageur s'arrête un jour.
Enfin, reposons-nous, car mes forces s'épuisent;
Depuis l'aube, dit-il, je porte un lourd fardeau. »
Comme il parle, voilà qu'à l'angle d'une route
Ainsi le harangue un Poteau :
«
Au bourg le plus voisin vous vous rendes, sans doute;
Retenez les conseils que je vais vous donner :
Marches toujours à droite et sans vous détourner.
Quelques milles de plus à parcourir encore,
Espace qu 'un boiteux en quatre pas dévore,
Des bois, une prairie, une plaine, un coteau,
Bref, le trajet le plus facile...
—
Eh bien, marche toi-même. — Oh! répond le Poteau,
Je montre les chemins, mais je reste immobile. »
Comme lui tels et tels, je vous le dis tout bas,
Nous indiquent la route et ne la suivent pas.
104
^
L'HABIT DE MON
GRAND-PÈRE
*
Mon Grand-Père avait un Habit
Qui, par hérédité, jusqu'à moi se transmit.
Mon aïeul, qui parvint à l'extrême vieillesse,
A sa mort seule le quitta ;
Cent fois mon père le porta
Dans les beaux jours de sa jeunesse ;
Puis votre serviteur enfant en hérita.
Messieurs, à ma pensée il apparaît encore,
Avec son drap chamois doublé de soie aurore,
Ses pans flottants et ses larges boutons.
Dans cet accoutrement, je marchais tête fière,
Me rendant à l'église aux jours de grands sermons.
Les basques descendaient plus bas que mes talons,
Et, battant le pavé, soulevaient la poussière :
On riait, je ne riais point.
Tels et tels qui, de point en point,
Exigent, s'attachant à la mode nouvelle,
Les étoffes de prix, la forme la plus belle,
Mais dont l'œil est toujours en arrière fixé,
Dont l'esprit rétrograde, esclave du passé,
Se refuse au progrès en qui le inonde espère,
Portent, sans s'en douter, l'Habit de leur Grand-Père.
I08
-4r
L'ORCHESTRE
»
Deux amis, le premier pessimiste et railleur,
L'autre rêvant pour tous un avenir meilleur,
Chaudement soutenaient leurs différents systèmes.
«
Mon cher, vous poursuives d'insolubles problèmes,
Dit enfin le Sceptique ; il y faut renoncer.
De votre Eldorado nous devons nous passer.
Loin de vous confier aux mensonges d'un prisme,
Descendes au réel; songes à l'égoïsme
Qui tient les hommes divisés.
Les voyes-vous de caractères,
De vœux et de besoins constamment opposés?
Comment associer ces éléments contraires?
Tous les beaux résultats, par des rêveurs promis,
Ce sont les fruits dorés du pays des Chimères.
Je le crois comme vous : les hommes seront frères ;
Mais toujours ils vivront en frères ennemis. »
->
109
<r
A riposter l'autre s'apprête,
Lorsque d'un grand concert l'affiche les arrête.
Ils prennent place. En ce moment,
Chaque instrument,
Sur tous les tous, à part, sans mesure, résonne.
C'est un bruit, un vacarme à rendre les gens sourds.
Mais ce tohu-bohu n'épouvante personne :
Tout concert, on le sait, prélude ainsi toujours.
«
Du chaos social, je trouve ici l'emblème! »
Dit noire pessimiste en reprenant son thème.
Le parallèle est peu flatteur;
Mais il offre l'attrait de la vérité même.
Il parlait; tout à coup l'archet
»
régulateur
Soumet les instruments à sa loi fraternelle.
Pas un ne s'y montre rebelle ;
Le rôle est à chacun sagement adapté ;
Et le rauque clairon, et le hautbois si tendre,
Et la flûte au son velouté,
Ensemble ou tour à tour savent se faire entendre.
Depuis le violon, virtuose accompli,
Jusqu'au triangle monotone,
A nul on n'imposa le silence et l'oubli.
L'Orchestre pleure, gronde, tonne ;
C'est l'amour, c'est la paix, la guerre, l'ouragan.
De cette immense voix, de ce foyer géant
L'harmonie en torrents roule et se précipite.
Tout l'auditoire est enchanté,
Et de bonheur tout cœur palpite.
«
Ami, dit le croyant, de plaisir transporté,
ï
I 10
«•
Loin de vous, désormais, le doute et l'ironie;
Le contraste des sons a produit l'harmonie :
C'est le tableau vivant de la fraternité,
Et l'unité naîtra de la diversité! »
III
LE
MARTEAU
*
D'une barre de fer an fragment retiré,
Et tout rouge, sortant de la fournaise ardente,
Sur l'enclume à grands coups est battu, torturé.
En vain le malheureux gémit et se lamente.
Quand de ce dur Marteau serai-je délivré? »
Dit-il; mais ô prodige! aux tourments il échappe;
«
En Marteau se transfigurant,
L'esclave qui se fait tyran
Aujourd'hui sur l'enclume à coups redoublés frappe.
Ce valet qui, lassé d'un joug injurieux,
A son tour devient maître, et maître impérieux ;
L'indomptable tribun, farouche patriote,
Qui saisit le pouvoir et commande en despote ;
La victime d'hier, transformée en bourreau,
Ne sont-ils pas ce fer qu'on façonne en Marteau?
->
112
<■
h
'
I
LE LABOUREUR ET LES RONCES
te-
D'un champ que dévoraient la Ronce et le Chardon,
Un Laboureur, certain jour, fit l'emplette.
De tout germe mauvais, pour faire place nette,
Il saisit une faux, il allume un brandon,
Il arme ses voisins, ses amis et sa femme.
Mais contre la croisade une Ronce réclame,
Et dit :
«
Vous avez tort, sans contredit,
De porter contre nous et le fer et la flamme.
Ce champ fut de tout temps notre propriété,
Et par droit de conquête, et par droit d'héritage. »
Le Campagnard répond : « La Belle, en vérité,
Que m'importe ton bavardage?
Vous nuisez à mon labourage;
Plaignez-vous tant que vous voudrez,
Mesdames, vous y passerez. »
0 vous, qui du bonheur étouffez la semence,
Préjugés, vieux abus, trop bien enracinés,
Dans le champ social Le progrès qui s'avance
Bientôt, j'en ai l'espoir, vous aura moissonnés!
I
15
dr
LES DEUX MOINEAUX
y
Vers la fin du printemps, saison des pâquerettes,
Saison riche pour les poètes,
Mais bien pauvre pour les oiseaux,
Aux champs habitaient deux Moineaux.
Bientôt n'ayant plus de quoi vivre,
Au désespoir, le plus jeune se livre.
L'autre lui dit : « Je vais au loin
Pourvoir à ce pressant besoin;
Sans doute le Ciel aura soin
De veiller à notre existence.
Que des grains ou des fruits tombent en ma puissance
Je les cueille et viens sans retard
T'apporter la meilleure part ;
En attendant prends patience.
Adieu! » Disant ces mots, il part.
Longtemps il vole en vain; rien ne s'offre à sa vue.
Sur le soir, cependant, il trouve un cerisier ;
Or, les fruits étant mûrs, il mange à plein gosier,
Il mange, le glouton, jusqu'à la nuit venue,
119
Et trop vite oubliant que son frère avait faim,
Il s'endort jusqu'au lendemain.
Au lever du soleil, vers le nid, il se hâte,
Portant des fruits au bec, des fruits à chaque patte.
Il vole, vole, arrive; hélas! il n'est plus temps,
Car son frère était mort depuis quelques instants.
Tel, issu des rangs populaires,
Au pain des grandeurs s'engraissa,
Qui laisse dans l'oubli le nid qui le berça,
Et, dans leur infortune, abandonne ses frères.
->•
120
<•
LES VENTS
»
De tous les coins du monde, en leur antre assemblés
Les Vents se racontaient leurs prouesses récentes.
Orgueilleux, ils disaient les éléments troublés,
Du désert les tombes brûlantes,
Sur les flots les mâts fracassés,
Et dans les champs, moissons, arbres, toits renversés.
Les brigands, au récit de semblables ravages,
Poussaient des hurlements sauvages.
Zéphire, d'épouvante et d'horreur interdit,
Se tenant à l'écart, n'avait encor rien dit.
Interrogé par eux, enfin il répondit :
«
Frères, mon haleine et mes ailes
Ont garanti les fleurs des ardeurs du soleil ;
J'ai caressé, dans leur sommeil,
Le pauvre laboureur, les tendres tourterelles;
Pour les bergers et leurs troupeaux
J'ai rafraîchi les purs ruisseaux... »
■T
121
A cet aveu naïf du timide Zéphire,
On entend des éclats de rire,
Des hourras, des mugissements,
Capables d'ébranler jusqu'en leurs fondements
Les plus solides tours, les plus altières cimes.
Lui, s'enfuyant, leur dit : « Soyez fiers de vos crimes;
Pour moi, je suis heureux des bienfaits que je rends. »
•»
122
4-
LA GRENOUILLE ET L'ÉCARLATI
Une Grenouille sort du fond de son marais.
Que voit-elle? ô surprise! ô joie!
Un butin merveilleux, une éclatante proie.
Elle aura, sans peine et sans frais,
Un morceau succulent, le festin le plus rare.
«
Adieu les vermisseaux et l'herbe de la mare!
Dit-elle; il me faut désormais
Des mets
Dignes de votre souveraine :
Ne ries pas, des eaux je suis la reine! »
A ces mots, elle saute et nage vers le bord,
Fière de s'emparer de la royale aubaine.
Or, qu'était-ce? un chiffon d'Écarlate... et la mort!
•¥
123
-4-
LA POMME D'API ET LE VER
*
Une Pomme d'api brillait dans un verger;
Jamais dessert de roi n'en eut de plus jolie,
Pour voir son incarnat, sa peau fraîche et polie,
Les papillons près d'elle aimaient à voltiger.
Maints polissons revenant de l'école,
A coups de pierre, à coups de gaule,
L'auraient mise en quartiers; mais des buissons touffus
Opposaient un rempart à nos gamins confus.
Qu'elle est fière! des fruits elle se croit la reine.
Vanité! car bientôt la jeune souveraine
Se sentit dévorer par un Ver assassin
Qu'un soleil de printemps fit éclore en son sein.
Sous le sort le plus beau, sous les biens qu'on envie,
Le plus souvent se cache une douleur,
Hélas! et sans qu'on le convie,
A nos joyeux festins vient s'asseoir le malheur.
124
-4"
L'ANE ET
LE CHIEN
*
Un jour, maître Baudet dit avec insolence :
«
Ce gros Chien dont chacun vante la vigilance,
Je le vois tout le jour dans sa niche endormi. »
Quelqu'un répliqua : « Mon ami,
Sur ce fidèle Argus, il ne faut que l'on glose :
C'est vrai, le jour il se repose;
Mais contre le voleur qui vient rôder sans bruit
Il est debout toute la nuit! »
LE RHONE ET LE LAC DE
GENÈVE
4*
Le Rhône, rapide, écumant,
Roule du haut des monts et se fraie un passage
A travers les eaux du lac Léman.
Le Lac lui dit un jour : « Ecoute un avis sage :
Dans mon lit calme et pur endors-toi mollement.
Quelle impatience t'irrite?
Vois, contre les vents orageux,
De mille sommets neigeux
L'éternel rempart nous abrite.
Pour goûter désormais un facile repos,
Laisse mon onde avec tes fois
Se marier et se confondre... »
Mais le Fleuve, sans lui repondre,
Précipite sa course. Ah! c'est qu'il veut remplir
Sa tâche utile et glorieuse,
Quoiqu'en ses profondeurs une mer furieuse
Doive bientôt l'ensevelir.
Tout fier du but qu'il se propose,
Il se hâte, et chaque cité
129
Et chaque rive qu'il arrose
Lui doivent la richesse et la fertilité.
Beau Fleuve, ainsi que toi jamais ne se repose
Celui qu'une foi vive est venue agiter.
Par sa seule pensée il se laisse conduire,
El, tout seid au devoir dont il sait s'acquitter,
Le danger ne peut l'arrêter,
Le plaisir ne peut le séduire
»
l30
<r
LA VIGNE ET
L'ORMEAU
£
«
Laisses-moi m'attacher à votre tronc robuste,
Vigne à l'Ormeau, son voisin,
Sans vous, adieu ma tige, adieu mon doux raisin!
Disait un jour la
Je ne suis qu'un fragile arbuste
Que les bœufs fouleront sous leurs sabots pesants,
animal vorace.
Ormeau, pour que je vive, accueilles-moi, de grâce,
Et que viendra brouter quelque
Et vous me verres tous les ans,
De mes pampres fleuris vous faire une couronne;
Et puis le vent de chaque automne,
Faisant sur vos rameaux flotter mon fruit vermeil,
Vous seres l'Ormeau sans pareil... »
L'arbre, plein de bonté, reçut la jeune plante,
Qui longtemps vit éclore une moisson brillante,
appui.
Quand de nombreux hivers eurent fondu sur lui,
Les Aquilons, riant de sa faiblesse,
Contre son front ridé vinrent en menaçant;
Et grandit, vigoureuse, autour de son
Mais l'arbuste reconnaissant
Fut pour l'Ormeau débile un bâton de
-7-
I 3 I
<■
vieillesse.
LA FLAMME ET LA
FUMÉE
»
D'un faisceau de ramure en un bois allumée,
Sorlaient des tourbillons de flamme et de fumée.
La Flamme dit enfin : « Pourquoi me suivre ainsi?
Par toi, l'air que j'éclaire est soudain obscurci. »
La Fumée en ces mots répondit à la Flamme :
«
Je ternis ton éclat, ma sœur, je l'avoûrai;
Mais, que cela m'attire ou l'éloge ou le blâme,
Toujours je t'accompagnerai. »
La Flamme, c'est la gloire; et l'autre... c'est
De l'envie ici-bas toute gloire est suivie.
l'envie :
LES DEUX CANARDS
Deux Canards barbotaient tout le long d'une mare :
«
Mon frère, dit l'un d'eux, que dis-tu du Mouton?
Quant à moi, je le trouve ignare,
Paresseux, maladroit, poltron,
Car, entre nous, que sait-il faire?
Bêler, brouter, dormir du matin jusqu'au soir,
N'est-ce pas toute son affaire?
Mais parle-moi du Singe; ah! c'est lui qu'il faut voir
Dans sa cage il fait sans cesse
Mille et mille tours d'adresse...
—
Oui, dit l'autre Canard, il est plein de savoir ;
Mais il n'aime personne, et personne ne l'aime :
De la méchanceté, c'est le funeste emblème;
Gare à qui loin de lui ne sait pas se tenir;
Le Mouton est plus bête, il faut en convenir ;
Mais il est estimé de chacun à la ronde ;
Il est sensible et doux, et ce pauvre animal
Ne fit jamais le moindre mal. »
je préfère un bon cœur à tout l'esprit du monde.
LE VOYAGEUR
*
,
Un homme, gravissant des montagnes arides,
Ne voyait depuis trois longs jours,
Que des rocs escarpés, les ailes des vautours,
Des abîmes proj'onds et des torrents rapides.
Sentant ses pieds meurtris aux ronces du chemin,
Et voulant terminer de pénibles voyages,
Il maudit le sort inhumain
Qui l'abandonne ainsi sur des rochers sauvages,
Et demande à la mort un plus beau lendemain.
Il allait s'élancer au fond des précipices,
Q'iand un pâtre l'arrête, et, lui tendant la main,
Lui dit :
«
Vives sous de meilleurs auspices,
Frère, de votre cœur chassez le désespoir ;
Courage! suivez-moi ce soir ;
De ces monts sourcilleux, nous gagnerons le faîte.
Sous un manteau de fleurs, sous des habits de fête,
éternel.
Là, vous partagerez sous un toit fraternel,
La Terre y voit régner un printemps
Le lait de nos brebis et l'eau de nos fontaines;
■¥
137
<■
Vous verrez sous vos pieds les terrestres domaines,
Et sur vous passeront les étoiles du Ciel. »
Peuple dont le pied saigne aux buissons de la route,
Ainsi tu marches, et, sans doute,
Dans les sentiers mauvais tu saigneras encor.
Garde que ton courage aux cailloux ne se brise :
Bientôt tu parviendras à la terre promise
Où doit briller pour tous un nouvel âge d'or.
138
ér
L'INSTRUMENT
LE LIVRE ET
*
Quelle cacophonie, et quel bruit irritant!
Je t'assure, mon cher, que j'aimerais autant
Les sons de la guimbarde ou de la serinette,
«
Que le clapotement de ta vieille épinette...
Eh! mais, cela suffit pour exercer la main,
—
Mon fils est encore un gamin ;
Mais quand il sera grand, je lui ferai
D'un excellent piano de Pleyel ou
—
l'emplette
d'Érard...
Et tu vas, ô routine aussi sotte que vieille!
De ton enfant fausser l'oreille,
tard!...
Et puis quel est encor ce Livre élémentaire ?
De superstitions où la raison s'altère,
En attendant ce jour qui brillera trop
C'est un tissu... — Je le sais bien;
l'âge
De discerner le faux du vrai, le mal du bien,
Aux pieds il foulera l'inutile bagage.
Mais lorsque mon fils aura
»
139 <r
—
Et tu vas commencer, c'est logique, vraiment!
Par lui fausser le jugement?
Tu veux, semant l'erreur, récolter la sagesse!
Pour qu'elle chante juste et pense mûrement,
Que faut-il à l'enfance, ainsi qu'à la jeunesse?
Un bon Livré, un bon Instrument. »
140
-4-
MÉDOR
MÉDOR
*
Efflanqué, souffreteux, constamment enchaîné,
Médov dans son chenil hurlait comme un damné.
Quand près de lui chacun passe et repasse,
Tous à l'envi savent le fustiger ;
Mais aucun ne lui donne un seul os à ronger.
Pourquoi? — C'est que Médor n'est pas de bonde race,
C'est qu'il n'a pas le poil assez fin, assez beau.
Le maître pour Azor réserve les caresses,
Les morceaux délicats, les soins, les gentillesses ;
Médor a les coups pour cadeau.
Le Maître, armé d'un fouet, gagne un jour le tonneau
Ou notre paria traîne son existence :
«
Je m'en vais, lui dit-il, t'étriller d'importance,
Et payer dignement ton infernal sabbat. »
Disant ces mots, il le bat, il le bat,
Tant que son pauvre dos n'est plus qu 'une blessure.
Mais de sa chaîne enfin Médor se délivrant
S'élance au cou de son tyran,
Et lui fait à la face une large morsure.
Les domestiques accourant
Vont délivrer leur maître et saisir le coupable.
4-
143
4-
Chacun s'efforce alors d'inventer un tourment.
Capable d'expier ce crime abominable.
«
Il faut le fusiller, dit quelqu'un... — Doucement!
Il faut l'ecorcher vif... — Non pas, il faut le pendre
C'est un bruit à ne plus s'entendre.
Mais un voisin leur dit : « Amis, assurément
Vous auriez évité ce triste événement,
Si vous aviez voulu, du Chien brisant la chaîne,
Lui ménager un meilleur sort.
Or, maintenant, quelque genre de mort
Que lui prépare votre haine,
Je soutiendrai toujours que vous seuls avez tort,
Car vous pouviez en faire un serviteur fidèle,
Et vous n'en avez fait qu'un esclave insoumis. »
Chez nous un crime est-il commis,
Tous nos législateurs, se piquant d'un beau zèle,
Forgent cent lois pour le punir :
Que font-ils pour le prévenir?...
144
<r
———-
4
LES
DEUX
->
COQS
14.S <-
•
II
il.
LES
DEUX COQS
»
Dans Albion, deux Coqs pour le combat dressés
Sur l'arène un beau jour, menaçants, hérissés,
Promettaient une lutte, et des plus acharnées.
Déjà l'on pariait banknotes et guinées;
Déjà des spectateurs les rangs étaient pressés...
L'un de nos champions tout à coup se ravise,
Et dit :
«
Pour le plaisir, pour l'intérêt d'autrui,
Nous allons aujourd'hui
Nous battre! c'est sottise.
Ami, loin de nous attaquer,
Gardons nos forces toujours prêtes
Contre les ennemis qui viendraient pour croquer
Et notre grain, et nos poulettes...
A ces mots, laissant là les Anglais
»
ébahis,
Et dans les airs se frayant un passage,
Nos Coqs en liberté gagnèrent le pays.
Ne suivra-t-on jamais un exemple si sage?
•*-
[47
<-
LE
ROUGE-GORGE
*
Lorsque naquirent les oiseaux,
Les plus mélodieux ainsi que les plus beaux,
Chaque année, au printemps, voulurent apparaître ;
naître!
Pour les autres, dit-il, les fleurs, les arbres verts;
Pour moi, les toits de chaume et les tristes hivers!
Moi, j'irai, quand la neige aura blanchi la terre,
Le Rouge-Gorge seul : « En hiver je veux
En sa cabane solitaire
Visiter l'humble pauvreté.
A ma vue, à ma voix, peut-être,
Avec l'oubli des maux, elle sentira naître
Et l'espérance et la gaîté. »
Ailes, quand le semeur sème l'avoine, l'orge
Ou le froment,
Il vous racontera plus d'un récit charmant
Sur son ami le Rouge-Gorge.
Cet oiseau, n'est-ce pas la Consolation
Remplissant ici-bas sa sainte mission?
Aux lieux où rit un sort prospère
Ne la cherches jamais; partout où vous verres
Une âme gémissante, un cœur qui désespère,
C'est là que vous la trouveres.
->
149
LE VENT ET LE SABLE
&
Un jour, dans le désert, le
Vent impétueux
El le Sable mouvant se disputaient tous deux.
Le premier disait : « Je renverse!
—
Je bâtis! » disait l'autre à la partie adverse.
Un Derviche en ces mois jugea le différend :
«
O
Vent, tu dois céder la victoire à ton frère,
Car tout cœur généreux préfère
Le fondateur au conquérant. »
■S-
i5o <?
LE ROI ET LES MINES D'OR
*
Dans nn pays fertile en mines d'or,
Un Prince, à son orgueil donnant un libre essor,
Disait : « Les Mines du Potose,
Près des nôtres, ma foi, vaudraient fort peu de chose,
Et Crésus, entre nous, n'était qu'un mendiant.
Les merveilles de l'Orient
Vont pâlir à ma voix ainsi qu'un vain fantôme :
Je veux que, dès demain, on pave mon royaume
De ce métal divin à l'éclat sans pareil,
Et que cent palais d'or éclipsent le soleil! »
Pauvres, qui vous courbes sans cesse
Pour de maigres épis, sur des sillons ingrats,
De plus nobles travaux réclament tous vos bras;
Dans les flancs de la
Terre est l'unique richesse !... »
Dès qu'un Roi dit : « Je veux! » sans aucun examen,
Les courtisans disent : Amen!
Ils applaudirent tous à cette œuvre insensée.
La Reine, alors, voyant la glèbe délaissée
>
151
Pour une futile moisson,
Réserve à son époux une haute leçon :
Une femme a toujours quelque sage pensée.
Elle annonce, pour certain jour,
Un festin somptueux au monarque, à sa cour.
Le jour dit, au salon la foule qui s'avance,
Des mets les plus exquis savoure l'espérance.
L'heure du banquet sonne, et l'on apporte enfin
plus fin,
Qu'on place en observant l'ordre et la symétrie.
C'est, pensa-t-on d'abord, pure plaisanterie!
On veut, par ces retards, aiguiser notre faim;
Des plats tout chargés d'or, mais de l'or le
«
Patience! les dents vont faire leur office. »
On attend le second service :
Au second, au dernier, qu'apporte-t-on encor?
De l'or ; puis au dessert? de l'or, toujours de l'or.
«
Vous le voyez, Seigneur, dit la sage Princesse,
Ce métal attrayant n'est qu'un fictif trésor,
Et sans l'Agriculture il n'est pas de richesse!... »
-*■
152
<•
LE
LABOUREUR
»
D'un terrain rocailleux maudissant la culture,
Guillot laisse ses bœufs errer à l'aventure,
Brise et rejette au loin l'impuissant aiguillon,
S'assied, désespéré, sur un triste sillon,
Et dit :
«
Je ne veux plus, sur un sol infertile,
Supporter les sueurs d'un labeur inutile;
Dans ces champs de cailloux, de ronces hérissés,
Vingt bœufs, avant le soir, tomberaient harassés ;
Puis les oiseaux du Ciel, avant qu'il soit en herbe,
Dévoreront les grains par ma main dispersés,
Et, plus tard, la tempête et les vents courroucés
Ne me laisseront pas récolter une gerbe.., »
Aussitôt un passant, qui l'avait entendu,
Vient lui rendre en ces mots l'espoir qu'il a perdu :
«
Tu t'imposes, sans doute, une pénible tâche;
Eh bien! jusqu'à la fin, poursuis-la sans relâche ;
A rrache, chaque jour, avec acharnement,
Les ronces, les cailloux qui causent ton tourment,
Et tu verras, malgré les oiseaux et l'orage,
D'abondantes moissons te payer ton courage... »
155
<r
Vous qui de l'avenir creuses les vastes champs,
Et semes du progrès la semence céleste,
Si plus d'un épi meurt sous le pied des méchants,
De l'incrédulité si le souffle est funeste,
Saches d'un dur labeur vaincre les longs ennuis;
Par la persévérance enfantes des prodiges.
De grandes vérités mûriront sur leurs tiges,
Dont les peuples un jour recueilleront les fruits.
■¥
l56
-4-
LES GRENOUILLES ET LES NUAGES
£
C'était un soir d'été; d'électriques Nuages,
Apportant dans leur sein l'ouragan destructeur,
Partout répandaient la terreur.
Les Grenouilles soudain, du fond des marécages,
De leurs coassements font retentir les airs.
«
C'est choisir à propos l'heure de vos concerts!
Leur dit un Campagnard ; oses-vous, Inhumaines,
Chanter quand les torrents vont ravager nos plaines?
—
Oui, nous chantons, en vérité,
Car l'ouragan par vous si redouté
Doit de flots bienfaisants enrichir nos domaines. »
Ainsi, toujours quelqu'un sait exploiter pour lui
Les désastres publics, la commune détresse;
Ainsi dans les larmes d'autrui
Quelqu'un trouve toujours des sujets d'allégresse.
->
i5y <■
LE PAPILLON ET LA
GUÊPE
»
Au sein d'une prairie,
Verdoyante, fleurie,
Voltige un Papillon.
Survient un autre insecte armé de l'aiguillon :
C'est la Guêpe inhumaine.
«
Déserte mon domaine!
Dit-elle; à moi le suc et le parfum des fleurs! »
Le Papillon répond : « Pour toi seule l'aurore
A-t-elle fait éclore
Ce nectar embaumé, ces suaves couleurs ?
Moi, du bout de ma trompe et du bout de mes ailes
Caresser doucement les corolles nouvelles,
Voilà mon bonheur, mon plaisir ;.
Ne peux-tu, comme moi, te repaître à loisir?
—
Ton bonheur me rend malheureuse ! »
La Guêpe furieuse,
A ces mots s'élançant,
De son dard perce et tue un rival innocent.
Dans le monde quelle est la Guêpe de ma fable?
C'est l'égoïsme insatiable.
❖
i58
4-
LA FLEUR DE
SANTÉ
*
Un jeune homme, dormant le jour, veillant
la nuit,
Sur ses traits voit descendre une pâleur extrême,
Et la santé, ce bien suprême,
A tire-d'aile aussi s'enfuit.
Un vieux docteur, un honnête homme,
Que pour sa science on renomme,
Lui dit : « Si vous voulez guérir,
Chaque matin, dès l'aube, il vous faut parcourir,
Et le mont verdoyant, et la plaine fleurie.
Bientôt vous trouverez, au fond de la prairie,
Une fleur précieuse. En son sein velouté
Le printemps toujours brille. Elle est rose; on
Fleur de santé.
l'appelle
»
Aux avis du docteur le jeune homme fidèle,
Dès l'aube, chaque jour, visitait à la fois
Les jardins, les prés et les bois,
Cherchant partout la fleur si belle
Qui devait lui verser la force et le bonheur.
Pendant quelques longs mois il avait, plein d'ardeur,
159 «s-
Parcouru les monts et la plaine,
Sans voir briller la plante, objet de tous ses vœux.
Enfin, perdant courage, il va conter sa peine
Au bon vieillard qui, tout joyeux,
Le prenant par la main, vers un miroir l'entraîne.
«
De mon expérience, ah! vous aviez douté! »
Lui dit-il. Le jeune homme, ô surprise, ô merveille!
Sur sa joue aperçoit, rayonnante et vermeille,
La Fleur de santé.
■»
IÔO
-4r
TABLE
£
Pages.
i
Préface
Les deux Abeilles
77
L'Aigle enchaîné
89
L'Ane et les Œufs
15
127
L'Ane et le Chien
L'Ane et son Maître
18
Le Bœuf gras et son Compagnon
35
Les Bœufs et la Bergeronnette,
la Fée et sa Filleule
99
17
135
La Bûche et le Charbon
Les deux Canards
La Conque et l'Enfant
41
54
Les deux Coqs
147
La Cigale, la Fourmi et la
Colombe
Le Cormoran et les Rayons de la Lune
51
l'Éphémère
79
23
Le Crapaud et
Le Dogue
103
27
90
L'Éclair et l'Arc-en-Ciel
L'Enfant et le Chien
L'Enfant et la Pendule
L'Escargot et la Chenille
53
La Fermière, la Vache et le Cochon
63
La Flamme et la Fumée
La Fleur de santé
132
1 59
La Fleur et le Nuage
20
Le Fleuve et i'Océan
68
La Grenouille et l'Écarlate
123
Les Grenouilles et les Nuages
137
L'Habit de mon Grand-Père
107
59
11
19
155
L'Hermine et le Rat
L'Hirondelle et le Chien
Homère
Le Laboureur
-S-
16 r
Pages.
Le Laboureur et les Ronces
11 ç
Le Lion captif
87
Le Livre et l'Epée
31
Le Livre et l'Instrument
139
39
La Locomotive et le Cheval
Lucy et sa Poupée
43
Le Marteau
112
143
Médor
Les Moutons et le Renard
55
102
119
42
93
L'Œuf de poule
47
Les Oiseaux de nuit et la Lumière
71
29
109
La Mère, l'Enfant et le Vieillard
Le Miroir et le Ruisseau
Les deux Moineaux
La Mouche et le Moucheron
L'Or et les Perles
L'Orchestre
Le Papillon et le Chou
92
Le Papillon et la Guêpe
158
Le Pélican et ses Petits.
78
Le Pissenlit
9'
La Pomme d'api et le Ver
124
Les deux Poules
83
Le Raisin
101
129
151
Le Rhône et le Lac de Genève
Le Roi et les Mines d'or
Le Roseau du Lac et le Roseau du Torrent
La Rose et l'Homme sans yeux et sans odorat
80
56
La Rose mouillée
30
Le Rouge-Gorge
149
Samedi et Dimanche
65
Les Sauvages et le Violon
75
La Source
44
»Le Torrent
La Truffe et la Pomme de terre
Le Vent et le Sable
Les Vents
La Vigne et l'Ormeau
Le Voyageur
Le Voyageur et le Poteau
8IBLWTHLQUE
I Cr LA VILLE
| DE f*EHIGUEUX
66
67
15°
121
ni
'37
104
ACHEVÉ
le 29
Sur
les
Novembre 1902
Presses
20, rue
D'IMPRIMER
de
Fernand
Schmidt
du Dragon, Paris
POUR
LA
LIBRAIRIE
CH.
DELAGRAVE
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