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Fait partie de Pèlerinage à Notre-Dame de Capelou : près Belvès (Dordogne)
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PÈLERINAGE
NOTRE-DAME/'^
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DE CAPELOU
Près Bolvès (Dordogne)
PAH
L’abbé
AI.
MONMONT
D12058
PKiifGi e; \
PÉRIGUEUX
CHEZ J. BOUNET, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
cours Micliel-Montaigne, 24.
1869.
PÈLERINAGE
A
NOTRE-DAME DE GAPELOU.
La pratique des pèlerinages est intimement liée
au sentiment religieux de tous les peuples et re
monte aux temps les plus reculés. Les fervents
chrétiens de la primitive Eglise visitaient, au prix
de mille dangers et d’incroyables fatigues, le saint
Sépulcre à Jérusalem et l’humble maison de Na
zareth. Au IVe siècle, quand le bras des persécu
teurs se fut lassé, les peuples affranchis se hâtè
rent de profiter des grands bienfaits de la liberté
religieuse, pour accomplir aussi de pieuses et
lointaines pérégrinations. Au moyen-âge, chaque
royaume, chaque province possédait quelque
— 4 —
sanctuaire plus ou moins célèbre, où les géné
rations reconnaissantes venaient s’agenouiller et
prier. Pour ne citer que les plus illustres, c’étaient
les tombeaux des saints Apôtres à Rome, de saint
Jacques-de-Compostelle en Espagne, de saint
Thomas-de-Cantorbéry en Angleterre, et dans
notre France catholique, les tombeaux de saint
Martin de Tours , le grand moine-évêque , et de
sainte Radegonde de Poitiers.
Notre Périgord, dont le sol est couvert de mo
numents religieux élevés de siècle en siècle par le
patient génie des générations monastiques , notre
Périgord avait aussi ses lieux de pèlerinage, moins
connus sans doute, moins fréquentés , beaucoup
plus humbles, en un mot, mais visités toutefois
par de nombreuses phalanges de pieux voyageurs.
Au premier rang de ces pèlerinages, mais après
Cadouin, qui possède, comme on sait, une des
plus précieuses et des plus insignes reliques, se
place Notre-Dame-de-Capelou.
La petite chapelle de ce nom est humblement
assise sur les pentes rapides d’un coteau désert,
entre de hautes collines couvertes de grands bois.
Rien ne signale ce sanctuaire pauvre et nu à
l’atteniion du touriste ou des savants : ce n’est
point un monument, une œuvre d’art dont les
splendeurs architecturales flattent la curiosité pu
blique et attirent les regards des plus indifférents ;
seule,lafoi du chrétienaconduit depuis des siècles,
— 5 —
et conduit encore chaque année dans ce lieu les po
pulations reconnaissantes. Qu’on se représente
une construction vulgaire, une pauvre chapelle
sans voûte, aux murs humides, au pavé inégal,
ombragée par des ormeaux plusieurs fois séculai
res. A quelques pas, en avant et au-dessous de
l’entrée principale, jaillit une source abondante
dont les eaux fraîches et transparentes sont avide
ment recueillies par les pèlerins. A L’intérieur de
ce sanctuaire si humble, si dépouillé, l’œil distin
gue quelques peintures murales à demi-efTacées
par le temps et l'humidité. A côté du maître-autel,
le moins pauvre des trois, sur un petit trône en
bois orné de quelques fleurs, est placée la statue
miraculeuse. Cette image, en pierre très-dure, me
sure vingt-cinq centimètres de hauteur. Elle porte
le cachet d’une haute antiquité et les traces des
injures du temps. La Vierge est représentée assise;
sur ses genoux repose le corps inanimé de son di
vin Fils. Telle est cette humble chapelle de Capelou, dont le dénûment frappe tout d’abord, et rap
pelle involontairement à la pensée la divine pau
vreté de Bethléem.
A quelle époque remonte la fondation de ce
sanctuaire ? A quels événements se rattache cette
fondation? On ne saurait le déterminer d’une ma
nière précise ; les documents authentiques nous
manquent à cet égard. Mais voici ce que racontent
les traditions populaires du pays :
— 6 —
« A une époque déjà reculée, un berger gardait
son troupeau sur la lisière de la forêt qu'on ap
pelle Bessède, à l’endroit où se trouve actuelle
ment la chapelle de Notre-Dame-de-Capelou.
» Il remarqua que l’une de ses vaches, au lieu
de paître, comme les autres, restait presque tou
jours dans un endroit écarté, près d’un fourré de
ronces et de buissons. D’abord, il n’y fit pas gran
de attention. Mais, comme cela durait depuis plu
sieurs jours, et que la vache n’en donnait pas
moins une quantité de lait aussi considérable que
les autres, qui paissaient continuellement, il fut
frappé de cette circonstance, et il pensa qu’il de
vait y avoir quelque chose d'extraordinaire.
» Il se rendit donc à l’endroit où la vache se
tenait habituellement, on dirait presque en con
templation ; et, ayant écarté, avec son bâton, les
ronces et les broussailles, il découvrit une petite
statue en pierre de la Très-Sainte Vierge, ayant
la forme que l’on donne ordinairement à Marie,
quand on la représente sous le nom deNotre-Damede-Pilié.
» Frappé de ce spectacle, le berger alla, en tou
te hâte, avertir le clergé de Belvès. On se rendit
en procession à l’endroit où était la statue ; et,
après l’avoir vénérée, on la porta en grande dévo
tion à l'église paroissiale, et on la déposa sur un
autel dédié à la Très-Sainte-Vierge.
— 1 —
» Mais, grand fût l’étonnement de tout le mon
de, lorsque, le lendemain, on ne retrouva plus la
statue sur l’autel, où elle avait été exposée à la
vénération des fidèles. Comme on ne supposait pas
qu’elle eût été l’objet d’un sacrilège, on pensa
qu’elle avait été rapportée miraculeusement au lieu
où elle avait été découverte.
» On s’y rendit aussitôt, et on y trouva, en ef
fet, la même statue. On comprit, par ce prodige,
que Marie voulait être honorée en cet endroit, et
on lui érigea une petite chapelle, d’où probable
ment est venu le nom de Capelou, du latin Capellula, petite chapelle (1). »
Quoiqu’il en soit de cette tradition, légende
pieuse ou récit vrai, ce que nul ne contestera, ce
qui frappe tous les regards, c’est le mouvement
de foi, l’élan de piété des pèlerins, attirés en foule
à Capelou par les nombreux prodiges qui s’y sont
opérés depuis un temps immémorial. L’affluence
de ces pieux visiteurs était si considérable autre
fois, qu’à certaines époques de l’année, la ville de
Belvès ne pouvait suffire à les contenir. Pour leur
procurer un abri pendant la nuit, les habitants se
voyaient forcés de construire des tentes en pleine
campagne. Quel spectacle plus saisissant que celui
de ces foules émues, frémissantes, hommes, fem(1) Notice sur Notre-Dame-de-Capelou, par M. l’abbé
Dambier, curé de Belvès.
— 8 —
mes, enfants, accourues au prix de mille fatigues
des extrémités du Périgord ou des provinces voi
sines, pour vénérer une humble image, implorer
la protection de Marie ou la remercier de ses fa
veurs !
Il est extrêmement regrettable que les archives
paroissiales n’aient pas conservé la relation des
guérisons miraculeuses opérées autrefois à Capelou, et dont les traditions du pays gardent encore
quelques vagues souvenirs. Depuis son arrivée à
Belvès, M. l’abbé Dambier, curé de cette ville, s’est
appliqué à rechercher les faits plus récents dont
les témoins sont encore vivants. 11 a interrogé les
pèlerins et recueilli de leur propre bouche le récit
des faveurs signalées dues à la puissante protec
tion de Notre-Dame-de-Capelou. Les limites de
notre modeste travail ne nous permettent pas de
relater ces faits extraordinaires; qu’il nous suffise
de rapporter le trait suivant dont la ville de Bel
vès tout entière fut, dans les premières années
de ce siècle, le témoin émerveillé et reconnais
sant :
a Le sieur Boyer, de la paroisse de Belvès,
était dans son enfance d’une constitution si délica
te et si faible, qu’on ne pensail pas qu’il pût vivre.
Sa mère l’ayant voué à Notre-Dame-de-Capelou,
il se fortifia à vue d’œil, devint plus tard robus
te, et vécut jusqu’à un âge avancé, sans que sa
santé se ressentit de sa faiblesse primitive.
— 9 —
» En reconnaissance de celle protection visible
de la Très-Sainte Vierge, il faisait célébrer, chaque
année, une messe en l’honneur de Notre-Dame-deCapelou. La vérité nous oblige à dire cependant
qu’il fut très-irrégulier dans l’accomplissement de
ses devoirs religieux.
» Vers l'âge de 40 ans, il devint aveugle, et,
après avoir employé inutilement tous les secours
de la médecine, il eut l’idée d’avoir recours à Notre-Dame-de-Capelou. Il s’y fit conduire ; on dit la
sainte messe pour lui ; et, à peine le saint sacri
fice était-il terminé, qu’il recouvra l’usage com
plet de la vue, qui lui est restée bonne jusqu’à sa
mort.
» Ce fait, connu de tout Belvès, m’avait déjà été
raconté par plusieurs personnes; mais pour plus de
certitude, jevoulus le recueillir de la bouche même
de ce vieillard. J’allai donc chez lui tout exprès,
l’année même de sa mort, et, l’ayant interrogé sur
ce fait, il m’en donna l’assurance la plus formelle
et dans des termes qui doivent être rapportés ici :
« Monsieur le curé, me dit-il, en fait de
religion, je n’en crois pas plus qu’il ne faut ;
mais, pour ce qui est du fait de ma guérison
miraculeuse, j’y crois et je donnerais tout mon
sang pour l’attester, si cela était nécessaire. »
Dans la bouche de ce bon vieillard, ce témoignage
avait d’autant plus de valeur qu’il ne passait pas
— 10 —
pour dévot, et qu’il n’avait pas mêmefait encore sa
première communion. Il ne tarda pas à la faire, et
mourut dans de très-bons sentiments (1). »
On pourrait citer encore une trentaine de
guérisons extraordinaires ; nous renvoyons le
lecteur désireux de les connaître à l’intéressante
notice de M. l’abbé Dambier.
De nos jours, les multitudes ne viennent plus aussi
nombreuses qu’autrefois à Capelou. Le souffle impur
de l’incrédulité, au dernier siècle, en passant sur les
âmes, a diminué la foi et paralysé l’ardeur généreuse
et sainte des cœurs catholiques. Toutefois, il est
juste de le dire, les traditions pieuses de nos pères
ne sont point entièrement abandonnées. Pour vous
en convaincre, cher lecteur, reportez-vous par la
pensée au 8 septembre, fête de la Nativité, et ve
nez avec moi en pèlerinage.
Après avoir rapidement franchi, sur les ailes de
la vapeur, la distance qui sépare les rives de l’Isle
des bords de la Dordogne et salué du regard les
pittoresques contrées traversées par la ligne d’A
gen : les curieuses grottes de Miremont, pleines
d’ossements et de silex, et naguère explorées par
les savants ; la vieille église de Tayac avec son
magnifique portail du xie siècle ; les flots paisibles
(I) Notice sur $ otre-Dan c-de-Capelou. Cet opuscule se
vend au profit du pèlerinage ; on le trouve chez l’auteur, à
Belvès, et à Capelou.
— 11 —
où se mire coquettement la ville du Bugue, et en
fin, la charmante et fertile plaine de Siorac, nous
voici à la gare de Belvès. Gravissons maintenant
les pentes escarpées de la montagne, et tâchons
d’atteindre, sans trop de fatigues, les hauteurs for
tifiées derrière lesquelles s’abrite fièrement la vieille
cité belvésoise. Un mouvement extraordinaire
règne dans celte petite ville aux rues étroites, tor
tueuses, et noircies par le temps. Voici l’antique
église ogivale, le cimetière planté de cyprès et le
chemin pierreux, bordé de haies vives, qui conduit
de Belvès à Capelou. Il est 7 heures du matin.
Sons un soleil qui monte splendide à l’horizon et
nous inonde de lumière, les pèlerins se dirigent à
rangs pressés vers le rustique sanctuaire. Tous les
âges, tous les costumes, toutes les conditions se
trouvent mêlés en ce jour de sainte allégresse :
l’enfant marche à côté du vieillard, l'humble pay
sanne et la modeste ouvrière coudoient les dames
opulentes. Cependant, chose touchante, les pau
vres et les petits sont de beaucoup les plus nom
breux sur le chemin de Capelou.
A travers les branches vertes et touffues des
vieux ormeaux, n’apercevez-vous pas le toit de
l'humble chapelle? Quatre mille pèlerins sont là,
accourus de divers points du département, du
Quercy, de l’Agenais, campés en plein air, au
milieu de ces champs, de ces prairies et de ces
— 12 —
attendant de pouvoir pénétrer à leur tour dans l’é
troite enceinte, les uns récitent dévotement leur
rosaire, les autres chantent de pieux cantiques ou
puisent à la fontaine réputée miraculeuse, l’eau
salutaire qu’ils emporteront au foyer domestique.
A. l’intérieur du sanctuaire, quel beau et tou
chant spectacle I Depuis 6 heures du malin, les
messes se succèdent sans interruption aux trois
autels. Les fidèles qui sortent sont aussitôt rempla
cés par ceux qui attendent impatiemment au de
hors. Avec quelle ferveur ils assistent au saint
sacrifice et s’approchent de la table sacrée ! Quel
empressement à vénérer la statue miraculeuse !
Les objets : croix, médailles, chapelets, scapu
laires, vêtements, petits pains et vases d’eau pour
les malades, que l’on fait toucher à la sainte image,
sont tellement nombreux, que les prêtres chargés
de cet office ont peine à suffire à leur lâche labo
rieuse. Ainsi s'écoule la matinée tout entière.
Cependant, les cloches de Belvès, sonnées à
toute volée, annoncent la cérémonie du soir que
l’exiguité de la chapelle ne permet pas d’accomplir
à Capelou. Les pèlerins font une dernière visite à
la statue miraculeuse, se désaltèrent encore une
fois dans le cristal de la fontaine, jettent un der
nier regard sur l’humble sanctuaire, et, douce
ment émus, quittent le désert pour reprendre le
chemin bruyant de la ville. L’église paroissiale,
malgré ses proportions considérables, ne peut
— 13 —
contenir la multitude des fidèles qui reflue au de
hors. Une trentaine d’ecclésiastiques, en habit de
choeur, que leur dévotion a conduits à Capelou,
prennent place dans le sanctuaire. Les vêpres so
lennelles, présidées par le curé de la paroisse, sont
chantées avec accompagnement d’orgue par des
chœurs de jeunes filles, dont la voix pure alterne
avec les accents plus mâles des jeunes hommes.
A l’issue des vêpres, un missionnaire diocésain
monte en chaire et prononce devant cet immense
auditoire si recueilli, si plein de foi, un discours
approprié à la circonstance. La bénédiction du
T.-S. Sacrement clôture ces belles et touchantes
cérémonies, et les pèlerins se retirent, heureux
des émotions saintes d’une journée si chrétienne
ment remplie, heureux aussi, peut-être, des fa
veurs extraordinaires queleur tendre dévotion pour
Marie leur a méritées. Le lendemain et les jours
suivants, pendant toute la durée de l’octave de la
Nativité, d’autres pèlerins viendront en ce lieu,
avec la même foi naïve, le môme empressement
et le même amour. Au jour désigné pour chacune
des paroisses environnantes, les pieux fidèles de
ces localités y viendront aussi sous la conduite de
leur pasteur, avec croix et bannières déployées,
célébrer par des chants et des prières la puis
sance et les bienfaits de l’humble Madone de
Capelou.
Capelou réunit, on le voit, tous les éléments qui
— 14 —
font la prospérité d’un pèlerinage : il a plu à la
Très-Sainte Vierge de manifester par des prodiges,
sa prédilection pour ce lieu désert ; les foules
émues y accourent plus nombreuses chaque an
née ; le concile d’Agen, tenu en 1859, l’a classé
au rang des sanctuaires les plus vénérés de la
province ecclésiastique de Bordeaux ; les souve
rains pontifes Grégoire XVI et Pie IX l’ont enri
chi des plus précieuses indulgences. Que lui man
que-t-il donc pour reconquérir ses splendeurs pas
sées ? un sanctuaire plus vaste, plus en rapport
avec les exigences du culte, plus décent et- plus
digne de la majesté de Celle que les pèlerins vien
nent invoquer.
Ce sanctuaire est déjà à moitié construit : la
première pierre en fut posée par Mgr Georges, de
vénérée mémoire ; les murs du chœur et d’une
partie de la nef ont même atteint quatre mètres
d’élévation, et montrent à l’œil charmé leur élé
gante architecture romane. Pourquoi les travaux
ont-ils été interrompus ?
Celte interruption forcée, exclusivement due au
manque de ressources, ne sera pas, croyonsnous, de longue durée. Notre pieux et savant évê
que a la pensée bien arrêtée de continuer l’œuvre
de son vénérable prédécesseur, et de hâter avec le
produit d'une quête diocésaine, l’achèvement de
ce sanctuaire tant désiré. Les vœux de tous les
hommes religieux suivront le zélé prélat dans
— 15 —
l'accomplissement de ce louable et sympathique
projet.
En attendant la construction d’un sanctuaire
plus digne de votre Mère, continuez, pieux pèlerins
à vous rendie à rangs pressés à Capelou. Ah ! que
j’aime votre enthousiasme religieux, vos libres et
généreux élans, vos chants simples et pieux !
Gardez toujours l’ardeur de votre foi, le culte et
l’amour de tout ce qui est grand et sacré. Vous
ne connaissez, pour la plupart, que la vie simple et
modeste des champs ; eh bien ! ne portez jamais
envie à ces populations incroyantes qui, au sein de
nos villes, glissent si rapidement sur la pente fatale
du sensualisme et d’un luxe effréné. Restez au mi
lieu de vos superbes horizons, de vos vertes cam
pagnes, de vos champs féconds, de vos prairies
émaillées ; au milieu de cette grande et belle na
ture dont les magnificences élèvent sans effort,
vos âmes vers le divin Auteur de tontes choses.
Malgré les défections et les lâchetés de noire
temps, soyez jusqu’à la fin, fermes, inébranlables,
invinciblement attachés à la foi de vos pères, à
cette religion catholique, qui non-seulement assu
re notre éternelle félicité, mais
bonheur de l’homme ici-bas.
Périgueux. — imprimerie J, Bounet, coi
