FRB243226101_PZ-712.pdf
Médias
Fait partie de Poésie descriptive
- extracted text
-
POÉSIE
PAR H. MARC DUVERDIER,
d'Excideuil (Dordogne).
SA1NT-YRIEIX,
Imprimerie de Noyer et Ce,
DESCRIPTIVE,
PAR M, MARC DUVERDIER.
BiBLIOTHEQUE
DELA VILLE
DE PÉRIGUEUX
Quand, au bosquet frais et paisible
La feuille doucement frémit,
Mortels ! heureux le cœur sensible
Qui s’émeut, à son léger bruit !
Entrée d'Excideuil par le Périgord. — Description des rochers-de Saint-Martin et de
leur site pittoresque. — Réflexion sur la
ville et de son ancien château. — Entrée du
Limousin par les gorges d'’Eycendièras.
•— Le meunier Jean. — Description du
château de Lafarge et de son usine.
C’est l'heure où de Phébus la lumière incertaine
De ses pâles rayons vient effleurer la plaine.
D’un crépuscule obscur le rideau s’est ouvert;
Le regard satisfait mesure un tapis vert; (1)
Sa bordure est la Loue, (2) onde aimable et légère
Que longe de rochers une épaisse lisière.
Leur dentelure brune et blanchâtre, à la fois,
Des âges a subi le caprice et les lois.
De leurs flancs crevassés l’eau jaillit et ruissèle.
Plus loin , un antre froid en ses contours recèle
«Le merveilleux aspect de cristaux lamelleux.
Mille enfants d’une voûte aux diamants anguleux»
D’un muet labyrinthe où, la face baissée.
L’on redoute le poids d'une roche affaissée ;
Où d’un flambeau mourant la tremblante lueur
De corridors fuyants s’en vient grossir l’horreur,
A ce dédaleobscur nulle possible issue?.:
De l’œil observateur l’espérance déçue
Recule au bout, devant un point plus rétréci.
Par un air vaporeux , tout-à-coup obscurci,
Le jour de ce tombeau s’affaiblit et décline.
Des miasmes impurs obsèdent la poitrine.;
El du cœur strangulé le battement, plus sourd,
Imprime la pâleur au front suant et lourd,
— Que n'ose l'écrivain qu’un vif désir enflamme !
Il ne connaît, ne suit qu'un noble élan de l’âme,,
Et léguant ses travaux à la postérités
Veut les savoir empreints du sceau de vérité.
— Près de là, de Pey-Thot la fontaine limpide
S’étend surabondante à la surface humide.
Aminci par la base, énorme piédestal.
Un rocher éternel protège son cristal.
Des flancs de ce vieux père issue avec le monde.
Pr étant son transparent â sa coiffure blonde,
L’aimable fille irrigue et rafraîchit ces lieux,
Joignez à son murmure Un site merveilleux»
Où tout ce que nature a de plus pittoresque
S'offre â l’œil étonné sous un aspect grotesque.
Non loin , sa sœur jumelle, au bassin façonné
Par un cercle de mur naguère emprisonné,
Toit au sommet du roc la pompe industrieuse
Appeler, par élans, son onde paresseuse,
— 3 —
Dont un ample filon , grâce à l’art et ses soins.
D’une famille entière étanche les besoins. (3)
Dirai-je de ces lieux l’abord rendu facile?
Des champs fertilisés par une main habile?
Un jardin ? un bocage ou des chênes épais
Invitent au repos sous leurs ombrages frais?
Si la nature et l’art, se montrant tout propices,
Ont fait de ces beaux champs un séjour de délices ;
Si le bois a son ombre et la roche , ses pleurs ;
A leur base, au milieu de nos aimables sœurs,
Contre l’oubli des temps conservatrice heureuse,
Vieux débris restaurés , ruine précieuse.
Une chapelle sainte, en son grisâtre aspect,
Au cœur de tout passant imprime le respect.
Ecoutons sur ce point le siècle et sa chronique
— Là dort le froid parvis d’une abbaye antique ; j
Témoin un vieux moulin des âges vénéré,
Qui seul, du nom d’Abbesse y subsiste honoré.
— Sur leur fondation nulle époque certaine.
Archéologue ardent qu’un but utile amène,
Oppose au dur regret de ne la savoir pas,
L’horizon merveilleux qu’un céleste compas,
De ce roc comme centre à la ville voisine,
Excideuil, an nom triste cl clé périgourdine ,
Traça plus rembruni vers le froid Limousin.
Vois ces rouges coteaux où mûrit le raisin :
Là s’écoulent des jours plus sereins et plus calmes;
Là ne retentit plus le tocsin des alarmes;
Là d’un fier étranger les affreux bataillons
N’accourent plus en foule inonder nos sillons ;
Et d’un glaive mortel armant leur main impie,
Implacablesvautours dévorer ma patrie.
Dont le nom, (je l'ai dit) symbole de douleurs,
Révéle de l'Anglais les sanglantes fureurs,
Et dont les murs, d'après la tradition vulgaire,
Ont subi, par deux fois, la torche incendiaire.
— Et vous qu’à nos malheurs unit un sort égal,
Majestueux débris d’un castel féodal,
Vieilles tours qui, debout devant six cents années,
Elevez, jusqu’aux cieux vos têtes couronnées;
Dont la base profonde , assise au rocher noir,
Touche aux froids souterrains de l’antique manoir ;
Arabesques donjons ou se drape en bordure
D’un lierre toujours vert la fuyante ceinture ,
Salut ! — Mânes (4) muets qui, loin de l'œil du jour,
Dés longtemps enchaînés au souterrain séjour,
Reposez saturés de discordes civiles;
Vous dont le joug de fer mit au cœur de nos villes
Le théâtre sanglant de tragiques horreurs ;
Nos pères ont subi h; poids de vos erreurs :
Ils ont doté leurs fils d'un livre héréditaire
Rouge encor du cachet d’un pouvoir arbitraire;
Dernier sang féodal , famille des Escars, (5)
Qui régnas absolue au sein de ces remparts ;
Dont une église antique et Veuve désolée
Vit, en des jours de deuil, tomber le mausolée;
Princesse châtelaine, ô toi, fière Isabeau (6)
Perçant la froide voûte et la nuit du tombeau.
S'ils se levaient, vos yeux , sur cette triste enceinte;
Où le dépit rabique effaçant toute empreinte
Des signes fastueux de votre vanité ,
Crut ainsi recouvrer ses jours de liberté; (7)
Où deux énormes tours, de leur cime ébréchée
Virent tomber la pierre avec peine arrachée;
5 —
—
Ou, sous un fer impie, au bas d’un roc profond
lin sanctuaire (8) saint vit crouler son plafond ;
A l’aspect de ces lieux dépouillés de leurs charmes,
Un remords déchirant ferait, couler vos larmes ;
Tous vos vieux devanciers , que le Ténare a vus,
Pâliraient au récit de ces faits imprévus ;
Trembleraient que le peuple, aveugle dans son ire,.
Aux souvenirs cuisants d’un siècle de martyre
Unissant le tableau de leurs noms exécrés,
N’accourût furieux en leurs caveaux (9) sacrés;
Et d’un glaive vengeur fouillant ces catacombes ;
Tirant leurs-os poudreux du cœur des noires lombes ;
Invoquant à témoin l’ombre de ses aïeux ;
Ne dispersât aux vents des restes odieux.
Oh ! quoique en sa douleur , devenu sacrilège,.
Si ce peuple courbé sous un dur privilège,
Si ce peuple, (à ma foi croyez sans hésiter)
En vos noires prisons venait vous visiter.
Ge serait pour verser sur vos froids reliquaires
Le baume précieux de ses douces prières ;
Et, faisant de sa haine un entier abandon,
De vos graves erreurs obtenir le pardon,
Adieu : dormez en paix en votre obscur séjour!
Vieux angles réfracteurs des échos d’alentour,
Adieu :sur votre base immobile et profonde ;
Bravez la faux du Temps, passez avec le Monde!.
Puissent vos lianes noircis et privés d’écusson
Fournie au despotisme une utile leçon!.
Oh! dans vos murs(10) mouillés des pleurs de l’esclavage
Quand un pied scrutateur trouve un libre passage;
Lorsq,ue ne tourne plus sur scs pivots profonds.
Une porte grillée arrachée à ses gonds ;
Ou qu’un lugubre fer, dans sa triple serrure,
Ne vient plus augmenter l’horreur de la torture;
Quand, après six cents ans de tristesse et de deuil»
Le ciel à l’innocence a fermé votre seuil ;
Tout entier aux transports d’une énivrante extase,
Saluant, à genoux , votre imposante base.
Laissant là du passé le cruel souvenir,
J invoque de mes vœux un prospère avenir!
Mais, c’est trop s’arrêter aux voûtes sépulcrales;
C’est trancher un projet de peintures rurales :
Ecartant de mon front l’ombre des noirs cyprès,
Je vais chercher au bois la verdure et le frais;
Retremper mon esprit au cristal qui l’abreuve.
Ou projeter mes vers au murmure du fleuve.
Ainsi que les bosquets du riant Périgord,
Vous avez vos accents , noires portes du nord,
Aux lieux où deux coteaux, qu’une onde bleue embrasse
Semblent mêler aux cieux leur imposante masse.
De tant de majesté je m’arrête surpris :
Ma lyre aime à chanter vos sauvages abris.
Du point le plus ardu d’une mouvante cime.
Mon regard suspendu sur le flot qui s’abîme,
L’observé mugissant aux gorges du coteau,
Le suit, s’ouvrant la pelle ou levant le marteau.
— D’un doux saisissement quand mon âme sommeille,
Fils de Borée, au moins, épargnez mon oreille.
Et des heureux instants que nature m' a faits,
Par vos longs sifflements ne troublez point la paix.
Silence.... Un dieu puissant me possède et m'inspire.
Moi, je vais célébrer, dans un touchant délire,
L’industrieux meunier (12) avec son toit pailleux
Entouré froidement d'un terrain rocailleux :
.‘J JUEil.i
Son chaume à Sans-Souci n’offre rien qui s’égale.
Etranger aux accès d’une danse rivale.
Jamais de doux accords n’en ont charmé le-seuil ;
Et, soit que la nature., en sa robe de deuil.
Livre aux enfants du nord l’asile solitaire ;
Soit qu’en un vert printemps , favorable au mystère
Le bois le voile à l’œil,. de ses rameaux épais;
Des hurlements affreux des nuits troublent la paix;
Sur do l'œil vigilant d’un gardien fidèle.
A ces mille gloutons il oppose son aile.
Son moulin est pour lui son gagne pain, son tout ;
Sous son habile main d’une aube à l’autre il moût,
Et sa famille entière aisément se sature
Du produit quotidien d’une honnête mouture.
Que nul agent fiscal ne saurait octroyer.
Ignoré des mortels, vers son obscur foyer,
Lorsque la sombre nuit descend de fa colline .
S’il dirige ses pas,, de la ville voisine,
Le vaporeux Bacchus possède son cerveau ;
Et côteaux et vallons lui semblent au niveau.
Puis, sur un pont (13) branlant, d’une longueur extrême
Que d’un chérie encor tendre il a jeté lui-même,
Il se hasarde; il va ; chancelle au moins vingt fois;
Mais, grâce au faible appui d’un garde-fou de bois ,
De son pied incertain il a touché la rive ;
Sous le modeste toit tout gaiment il arrive.
Il a vu ses enfants, autour d’un âtre obscur,
Se livrer aux transports du plaisir le plus pur
Par des contes naïfs égayant la veillée ,
— 8 —
La mère, au milieu d’eux, tient la troupe éveillée.
Le chef de la famille au cercle s’est assis ;
Et d’un air satisfait nourrissant ses récits,
Des affaires du jour il, précise la chance.
Ses calculs vont, bientôt, lui mener l’abondance,
Et, grâce aux doux trésors d’un zèle industrieux,
Il nourrira ses fils, d’un pain laborieux.
La noire ambition n’altère point son âme,
Avec la pauvreté l’honneur : c’est son programme.
Pierre de ses vieux ans sera le sûr appui.
Pierre peu désireux et probe comme lui,
Grandi dans le moulin sous les jeux de son père,
Un jour sera le chef de sa famille entière.
Le vieux bonhomme Jean ainsi se l’est promis,
Qu'entre ses sages mains l’héritage transmis.
Le verra prévenir sa mère en sa vieillesse;
De ses frères nombreux mériter la tendresse ;
Et mieux que certains fats, pavanés de vélin.
Cultiver la franchise, aux murs blancs du moulin.
Oh ! combien cet espoir le pénètre et le touche !
Cet heureux ideal va posséder sa couche.
Au lieu de ces souhaits étrangers à son cœur
De res rêves dorés qui seuls font le bonheur :
Bien loin de ces lambris où la gaîté bannie
Prépare au coeur cupide une lente agonie ;
C’est Pierre jouissant d'un paisible avenir ;
Pierre, roi d’un berceau que le ciel doit bénir,.
A son père courbé sous le travail et l’âge
Préparant une tombe et pleurant son veuvage.
Oh ! qu’il était sincère et pénible, à la fois,
— 9 —
Cet adieu qu’en sa bouche une tremblante vois
Murmura , saluant la sépulcrale pierre!
Le cæur du bon vieux Jean avait tant aime Pierre !
C’est ainsi qu’enfanté par les récits du soir,
Au chevet du meunier ce songe vient s’asseoir.
Songe qu’à son réveil il goûtera sans crainte
Sur son cœur palpitant douce en sera l’empreinte;
Sensible il a vécu ; calme il verra sa fin.
— Que ne suis-je meunier, enfant de ton moulin !
Que ne puis-je t’y suivre, et voir, en ta demeure,
Autour de ton grabat, que ce beau rêve effleure.
L’ange léger des nuits caressant ton sommeil !
L’amitié de sa flamme éclairant ton réveil!
L’innocence, debout au seuil de l’humble chaume,
Déversant sur les jours les trésors de son baume,
Goûtés trop rarement des somptueux lambris,
Et dont toi seul , ô Jean ! toi seul connais le prix!
— Et le cœur absorbé de sensibles extases,
Je mûris du destin les variantes phases,
Zéphyre au chaume obscur a porté mes adieux.
-Je suis à l’horizon maint palais radieux,
Et, tenant à la main un trébuchet fidèle,
Je pèse les degrés d’une inégale échelle.
Il a fui, mon esprit r il s’éloigne avec l’eau ,
Et quittant à regret le modeste berceau ,
Il touche aux bords fleuris où, d’une fraîche allée
Par le charme annexé la lumière voilée.
Prête au recueillement des méditations.
— Oh, j’aime, bois charmant, tes inspirations!
Oui, belle est ton entrée en un riant parterre
Qui parfume le seuil d’une maison (14) princière,
A la riche structure, au beau reflet d’azur !
«
— 10 —Et contrastant gaîment avec un tertre obscur.
Doux en sont les loisirs quand la rose effeuillée
Couvre le vert cristal dont sa base est mouillée.
Aimable est son rayon qui s’étend , à la fois,
Sur le coteau vineux , sur la friche et le bois.
Par un léger perron noble est son avenue,
En une vaste cour offrant sa grille nue
À l’angle d’un jardin où, sur un réservoir,
Plus d’un saule pleureur courbe son rameau noir ;
Où , quand les noirs frimais ont soufflé la froidure ;
Quand du triste espalier privé de sa verdure,
La dépouille s’entasse au miroir ondoyant,
Le pin pyramidal se dresse verdoyant.
— Beau séjour ! un abri, (15) sous le nom d’ermitage
A ton flanc suspendu , voit de son gris ombrage
Un comte et ses enfants goûter les frais plaisirs
Du nectar le plus pur abreuver leurs loisirs;
Ou, se désaltérant d’un liquide à la glace ,
Oublier les travaux d’un jour brûlant de chasse.
— Mais, un battement sourd a fait trembler le sol.
Mon désir curieux plus bas plonge son vol.
Avançons......sous le toit d’une bruyante usine (16)
Maint ouvrier chargeur incessamment chemine.
L’un, courbé sous le poids d’un-énorme fardeau,
Monte une échelle ardue , et présente au fourneau
Un bac qu’au gouffre ardent bientôt il précipite.
Au foyer dévorant, qu’un vent rapide excite,
L’autre, par le charbon alimente le feu.
D’une gueule enflammée un gaz subtil et bleu
S’échappe et, plus obscur, vers le ciel se condense.
A l’œil blanc du fourneau , plus bas , où plus intense
La chaleur a dissout le brûlant minéral ,
Un troisième, (17) épurant le liquide métal,
--11 -En écarte avec soin, la crasse dure et verte,
Dont trop abondamment l’embouchure est couverte»
Mais, bientôt, affranchi par une habile main ,
Dans des conduits sableux se faisant un chemin ,
Le liquide bouillonne et fuit de son cratère.
Blanchissant, déversé dans des moules de terre,
Plus froid il s’arrondit sous la formé de pot,
Au lit d’un sable pur une plaque en éclot ;
De sujets fabuleux il reproduit l’image ;
Plus souple, il se transforme en un léger grillage,
Et suit, en serpentant, les gracieux contours,
Dont un mouleur habile a réparti les jours.
Deux jumeaux ont jailli des laves enflammées.
Dans leurs fossés brillants vingt gueuses enfermées,
Vont bientôt s’ébrécher en un creuset nouveau
Un cyclope à l’œil blanc les affûte au fourneau ;
En étreint un fragment dans sa pince tenace,
Et, d’un nerveux élan , sous le marteau le placé.
Sa main en divers sens le retourne et le bat ;
Selon qu’il le désiré , il le met rond ou plat ;
Bref, sur le dos étroit d’une bruyante enclume,
Dont le bas humecté, sans cesse tremble et fume,
L’industrieux Yutéain le promène à sou gré ;
Sous le marteau pesant, l'allonge par degré;
Et d’un dernier travail attiédissant la pièce,
A coups retentissants la polit et la dresse.
12
Aux sons d’une lyre bruyante
Que plus d’un héros soit chanté :
Ou , que d’une plume savante
Le Irait de flamme soit vanté;
Que, par une docte énergie-.
De Brutus levant le poignard ,
D'un coup mortel, la tragédie
Ravisse à Rome son César ;
Que, par une satire habile,
Par des couplets naïfs et verts,
L’aimable acteur du vaudeville
Nous rend nos vices bien chers ;
Loin de ces aigles du Parnasse ,
Borné dans son obscur rayon,
A peine il laissera sa trace,.
L’essai de mon faible crayon.
Ainsi qu’un léger météore
Que le moindre souffle détruit,
A peine viendront-ils d’éclore,
Mes chants, qu’ils passeront sans bruit.
— Vous, consulter Progné fidèle.
Combien son nid lui semble beau !
Elle aime à caresser de l’aile
Le bord pailleux de son berceau ;
Et, va-t-elle, effleurant la plage
De son vol joyeux, incessant?
Partout elle nourrit l’image
Des lieux qu’elle vit en naissant.
— Moi, plus heureux en ma tendresse
Jamais je n’exilai mes pas
De ceux où grandit ma jeunesse ;
— 13 -2
J’en observai les doux appas ;
Et, si je vais semant la rose,
Sur les beaux sites d’alentour ;
L’encens n’est pour rien dans la chose ;
Lecteur, donnez tout à l’amour.
15 —
—
(1) Immense prairie formant un bassin magnifique et longeant la
partie orientale de la ville d'Excidcuil.
(2) Petite rivière qui alimente plusieurs moulins et usines.
,(3) Le propriétaire de la charmante campagne où se trouve la fontaine
■précitée , li’a rien négligé pour son embellissement : mais il a fort ha
bilement réuni l'utile à l’agréable, par la confection d’unepompe dont
le jeu merveilleux porte une eau abondante et limpide aux robineis-de
sa riche habitation.
(4) L’auteur fait ici un appel aux ombres des diverses familles qui
ontoccupé le château. Il signale . en outre, celle longue série d’un pé
nible asservissement où , esclave de volontés seigneuriales les .plus
absolues, frappé d'énormes et iniques rétributions, devenu l'instrument
-de guerres acharnées de proche à proche, de seigneur à seigneur,
le peuple courbait son front humilié devant le char superbe d'une
féodalité sanguinaire et redoutée.
(5) D’après une tradition séculaire et incontestable-, les seigneurs
Escarts , des derniers occupants, possédaient, à l’ancienne église des
Frères mineurs, vulgairement dite des Péres, un magnifique mau
solée dont la destruction est due aux fureurs de 93. Dans celle église ,
aujourd’hui veuve de ses autels, on voyait, à genoux sur une énorme
pierre ornée de sculptures arabesques, la statue de Mme Escart en
robe flottante,ouvrage d'un ciseau habile. En face, et debout sur le
même plan , était celle du seigneur Escart, son époux, tenant par la
main leur jeune fils , qui en occupait le milieu.
(6) Dernière princesse châtelaine dont la ville d’Excideuil possède
encore la signature.
(7, Durant les jours orageux de la révolution, la mesure de la pa
tience du peuple comblée . il se leva comme un géant, ce même peu
ple, victime mutilée, et n’écoutant que son aveugle indignation , ne
puf soutenir plus long-temps l’aspect de ces remparts braquant sur
lui leurs cent meurtrières. Il lui semblait doux de détruire tous ces insignes d'un pouvoir dominateur et privilégié, ces écussons superbes,
offrant en relief, et par ordre chronologique, les armoiries des diver
ses familles féodales. Par là il crut pallier à son âme inquiète le pé
nible souvenir de ses souffrances, et se régénérer au baptême d’une
liberté qui l’avait fui depuis long-temps. Il voulut renverser ces sta
tues colossales du despotisme, et deux énormes tours virent ébrécher
leurs créneaux.
~ 16 —
(8) Chapelle adossée aux deux tours du vieux château, et qui fut
démolie dans les mêmes jours.
(9) Il paraît constantI que la base de ce château est percée d’immenses sou
terrains , et une porte murée , d'un ceintre ovale , située au levant, est,
d'après la chronique populaire, leur point de pénétration. Il serait à
souhaiter que monsieur le duc de Périgord. cédant au désir d'enrichir
les annales du siècle , de notions utiles et intéressantes, en fit opérer
la fouille. L'archéologie lui en saurait gré.
(10) Les prisonniers, faitsdans divers combats partiels, étaient en
fermés dans la froide enceinte de ces tours, où ils ne voyaient jamais
la lumière. et n’avaient pour nourriture que des aliments grossiers.
L’accent lugubre d’une élimine clé. tournant dans sa triple serrure; le
bruit sourd des grilles et des verrous, roulant sous la main d'un in
exorable geôlier, devaient, à n’en point douter, achever de navrer
l'âme de ces malheureux.
(11) Côteaux vus à la gauche d’un site aimable et très aéré, dit
d'Eycendieras, remarquable par l'aile restante d’une ancienne châtellenie. confrontant à une mais ni. récemment bâtie et de magnifique
structure. Ces tertresénormes, baignés, à leur base, parla rivière, pré
sentent, de loin, un point de vue obscur, et signalent assez l’entrée du
Limousin.
(12) C'est dans leurs gorges sauvages, sur un terrain aride et ro
cailleux, qu’un meunier pauvre, mais laborieux, fixa son habitation.
Le mécanisme de son moulin est dû à son industrie.
(13) La citation de ce pont n'est nullement fictive, il existe ainsi que
nous le disons, composé de jeunes chênes dans toute leur longueur,
et peu solidement fixés. Un homme au cerveau froid ne s'y. bazarderait
point sans crainte. Attribuons à l’habitude, aidée de l’effet d’un Dieu
bien puissant. la confiance avec laquelle notre bon meunier le traverse
nuitamment sans nul fâcheux résultat.
(14) Magnifique maison de Lafarge dont l’aimable parterre, dominant sur fa rivière qui en mouille la base, donne entrée à une allée de
charmes mariés en berceau.
■ ■ •
El ..
,
(15) On remarque, située au flanc d'un tertre grisqui longe cette al
lée. et comme suspendue, une petite cabane portant vulgairement le
nom d’ermitage. Quoique couverte d'un chaume obscur, et d’un exté
rieur très médiocre son intérieur est richement décoré.
(16) Forge située tout joignant le susdit château tet qu'il compte
parmi ses nombreuses propriétés.
SAINT-YRIEIX, -- IMPRIMERIE DE NOYER ETeC
