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Médias

Fait partie de Ecole théorique et pratique d'horlogerie : fondée à Périgueux (Dordogne), sous le patronage de l'administration supérieure et du Conseil générale du département.

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THÉORIQUE ET PRATIQUE
D’HORLOGERIE,
Fondée à Périgneux (Dordogne).
SOUS LE PATRONAGE

DE L’ADMINISTRATION SUPERIEURE ET DU CONSEIL GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT ,

PAR M. NUMA CONTE,
Horloger.

1839.

1840.

Médaille à I'Exposition

Prime d'Encouragement

GÉNÉRALE

DE MILLE FR,

des produits de l’Industrie

votée par le Conseil général

française.

do la Dordogne.

PERIGUEUX;
IMPRIMERIE DUPONT, RUE TAILLEFER.

1840.

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THEORIQUE ET PRATIQUE
d'Horlogerie.

NOTICE.
De tous les arts mécaniques, celui de l’horlogerie est peut-être le moins généra­
lement apprécié, et cependant, plus qu’aucun autre, il devrait avoir droit à la
sollicitude de notre gouvernement. Long-temps sa place fut marquée au premier
rang, et au XVI.e siècle surtout, il florissait en France de tout l’éclat d’un art
utile hautement protégé.
Depuis cette époque, il a été frappé d’une déchéance bien funeste, dont on ne
peut raisonnablement rechercher la cause que dans les événements divers qui se
sont succédé.
Lorsque, vers le milieu du XVI.e siècle, l’édit de Nantes eut accordé aide et
protection à tous les étrangers et à toutes les croyances religieuses, un nombre
considérable d’ouvriers de toutes les nations vinrent en France, où vivait alors
un célèbre mécanicien hollandais du nom de Huygens. Ils venaient s’instruire au
contact du génie et de la science , et bientôt des fabriques nombreuses furent éta­
blies. Dirigées par un maître aussi habile que Huygens , elles eurent bientôt ac­
quis une importance qu’elles ne devaient malheureusement pas perpétuer. La
politique de Louis XIV ayant dicté, en 1685, la révocation de l'édit de Nantes,
effrayés, comme tant d’autres, des conséquences funestes qu’ils prévoyaient, pres­
que tous les artistes étrangers s’enfuirent dans leur patrie, où ils transportèrent
leur industrie et leur talent.
C’est de ce moment que nous sommes devenus tributaires de l’étranger pour la
fabrication de l’horlogerie usuelle en montres. Aucun gouvernement n’a encore
suffisamment cherché les moyens de réédifier en France ce que l’édit de Nantes a

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brisé : tandis que les Anglais, au contraire , ont dépensé plusieurs millions à en­
courager et à propager chez eux cette branche de l’industrie.
Et, cependant, aucune nation ne peut rivaliser avec la nôtre pour la fabrica­
tion des pièces d’horlogerie. Aujourd’hui, les pendules et les pièces de haute
précision se font avec la plus haute perfection en France, où rien cependant n’a
été fait par le gouvernement pour favoriser plus spécialement cette industrie.
La réputation de ces ouvrages est européenne et n’a pas de rivale. Il n’en
est pas de même de l’horlogerie usuelle en montres : pour cette dernière par­
tie, on se borne à l’ébauche des pièces. Les mouvements sont exportés en blanc
à la Chaux-de-Fonds ou à Genève, où ils sont finis. Ils repassent ensuite la
frontière, et sont livrés au commerce par ceux-là même qui les ont ébauchés.
On comprend, dès-lors, quels énormes bénéfices se perdent dans ce double trajet.
C’est à un tel état de choses que nous avons cherché à remédier, et nous
croyons que la fondation de notre établissement concourra puissamment à pré­
parer, sinon à amener complètement ce résultat. Telle est la pensée natio­
nale et philanthropique à laquelle est due l’idée première de l’Ecole théorique et
pratique d’horlogerie.
Plan de l'établissement.
Six élèves seront présentés chaque année par le département de la Dordogne,
et admis au concours qui s’ouvrira à cet effet devant une commission désignée
par M. le préfet. Ces élèves seront reçus gratuitement à l’école : il n’y aura
d’exclusion pour aucun d’eux, s’ils savent seulement lire et écrire et s’ils ont
quelques notions d’arithmétique. (Voir l’article 7 des statuts.)
Ces connaissances ne pourraient cependant leur suffire pour l’étude de l’hor­
logerie, qui exige des connaissances de mathématiques, de physique,»de gnomonique, de chimie, de métallurgie et des alliages : c’est pour cela que nous
attacherons à notre établissement des cours de ces sciences indispensables. Rien
ne sera négligé pour donner aux élèves tous les moyens d’instruction nécessaire.
Une bibliothèque industrielle, des collections d’ouvrages qui traitent de l’hor­
logerie seront mis à la disposition des élèves , et contribueront d’une manière
efficace à les préparer aux détails et aux difficultés de l’exécution.
Afin que l’action des organes et les modifications dans les divers actes de la
main soient plus distinctes et mieux senties, les élèves débuteront par les tra­
vaux de la pendule d’un moyen volume. On apprend plus facilement à limer
et à tourner sur des objets d’une forte dimension. Ce n’est ensuite que graduel­
lement qu’on arrive à acquérir la souplesse organique nécessaire pour travail­
ler à des objets plus petits.
Les études dureront cinq années, pendant lesquelles les élèves suivront suc-

cessivement les diverses sections qui gradueront les connaissances qu’ils doivent
acquérir.
Et lorsque , enfin, un élève aura travaillé pendant cinq ans à l’école, il y aura
pour lui un avenir assuré ; car il pourra, s’il le veut, rester attaché à l’établisse­
ment en qualité d’ouvrier. (Voir l’article 16 des statuts.)
C’est de ce moment que l’établissement que nous projetons aura réellement ac­
quis une grande importance artistique et industrielle ; car l’Ecole théorique et pra­
tique d’horlogerie aura créé tout naturellement une fabrique, en l’affranchissant
d’avance de cette grande éventualité : —l’établissement d’une clientèle.
En effet, nous avons la certitude acquise de pouvoir utiliser les deux dernières
années, ou, tout au moins, la dernière année que les élèves passeront à l’école à
confectionner des pièces d’horlogerie qui, bien qu’ayant encore peu d’importance
par elles-mêmes, devront être recherchées avec empressement par le commerce,
qui trouvera dans ces ouvrages perfection et économie. Nous ajouterons même que
notre intention étant de nous borner à la fabrication de l’horlogerie usuelle de
commerce en pendules et en montres , nous n’aurons point à lutter contre la len­
teur du placement des ouvrages de haute précision.
En nous livrant toutefois à la fabrication des pièces d’horlogerie, nous n’avons
pas voulu exclure une autre branche bien importante de notre art : — le rhabil­
lage des montres. L’art de réparer les montres est, pour le moins, aussi important
que celui de les finir. Nous occuperons donc les élèves à ce travail pendant les
derniers temps de leur séjour à l’école, et nous leur ferons suivre exactement
les méthodes adoptées par les grands artistes qui ont posé les principes de cette
partie si importante de l’horlogerie.
Affranchissement du pays.

Jamais institution ne se présenta sous un jour aussi favorable que celui de l’Ecole
théorique et pratique d’horlogerie. Nous en examinerons rapidement les princi­
paux avantages dans leurs conséquences avec l’état actuel de l’art.
D’abord, et en première ligne, nous placerons l’affranchissement du pays, parce
que c’est là le but principal que nous nous sommes imposé.
Cet affranchissement est possible ; car ce que des ouvriers font en Suisse, des
ouvriers peuvent le faire en France. Et pour arriver à ce résultat, il ne faut que
former des artistes nombreux et capables, en leur apprenant non-seulement à
ébaucher, mais encore à finir les pièces qui leur seront confiées : réunir, enfin,
dans un même atelier les travaux de l’école française et ceux de l’école suisse,
et en faire l’application relative. — Si en France, aujourd’hui, on se borne à la
fabrication des pendules et des pièces de haute précision , c’est que le nombre des
ouvriers capables est très restreint, et que, plutôt que de chercher à en créer

— 4 —
de nouveaux, l’esprit de spéculation a préféré recourir aux fabriques établies de­
puis long-temps en Suisse. Ou comprend, en effet, que pour instruire des ouvriers
assez nombreux qui puissent exécuter la quantité prodigieuse de montres qui
s’exportent en blanc annuellement, et qui, pour la seule fabrique de MM. Japy
frères, ne s’élèvent pas à moins de 216,000, il eût fallu y consacrer bien des
années. Ce n’était donc pas par la création immédiate d’une fabrique qu’il fallait
entreprendre d’opérer cette révolution si désirable pour l’art de l’horlogerie en
France; c’est à une école spéciale qu’il appartenait de donner la première im­
pulsion vers notre affranchissement artistique.
Des hommes haut placés par leur savoir et leur talent ont déploré l’importance
qui a été volontairement donnée aux fabriques étrangères; mais l’intérêt mer­
cantile du présent a étouffé l’écho que leurs paroles devaient avoir.
Avantages pour le commerce.
Il y aura perfection et économie pour les acheteurs dans les travaux de l’Ecole
théorique et pratique d’horlogerie. — Perfection, parce qu’elle naît tout naturel­
lement de l’intelligence de l’ouvrier qui saura joindre la théorie à la pratique.
— Economie, puisque nous serons affranchis d’abord de ce droit fiscal qui grève
les ouvrages des fabriques actuelles de France lorsqu’ils passent par deux fois la
frontière pour aller en Suisse et en revenir, et que, d’un autre côté, les frais d’exé­
cution seront réduits ici à des conditions autrement avantageuses que dans quel
autre établissement que ce soit.
Avenir des élèves.
À l’expiration des cinq années que les élèves devront passer à l’école , une
carrière honorable et lucrative sera ouverte devant eux ; car il est incontesta­
ble que des ouvriers formés ainsi avec soin, seront recherchés par tous les
chefs d’établissement. Indépendamment de cet avantage, nous avons encore voulu,
par l’article 16 des statuts, leur assurer, du moment même de leur sortie de
l’école, la priorité d’admission dans la fabrique d’horlogerie qui en est la consé­
quence , et où ils recevront des appointements en rapport avec leurs progrès à
l’école et les connaissances qu’il n’aura tenu qu’à eux d’acquérir.
Jusqu’à présent un père de famille, pour faire apprendre à son fils l’étal d’hor­
loger tel qu’il est compris presque partout, c’est-à-dire imparfaitement, était
obligé de faire le sacrifice d’une somme assez élevée, sans être pour cela dis­
pensé d’engager plusieurs années de temps. Celte somme était fort onéreuse
pour une famille peu fortunée, et devenait souvent un obstacle insurmontable.
Il n’en sera plus de même aujourd’hui.

— 5 —
La durée de l’engagement, que nous avons fixée à cinq années, ne devra pas
paraître exagérée, puisqu’une partie de ce temps devra être employée à l’é­
tude des sciences appliquées à l’horlogerie, et qui malheureusement sont toujours
négligées. Il est vrai qu’un horloger n’a pas ordinairement besoin de pénétrer
dans les profondeurs de la géométrie, dans toute la science de la physique
et de la chimie; mais il importe qu’il en connaisse au moins les principaux
éléments.
L’Ecole théorique et pratique d’horloqerie ne saurait donc être considérée comme
une entreprise commerciale ; elle est, au contraire, toute nationale, et mérite à
ce titre la sanction et les encouragements du pays pour lequel elle est créée, et.
auquel nous sommes heureux et fier d’en rapporter tous les avantages : à lui
seul doit appartenir la gloire de cette utile initiative artistique.
Numa CONTE.

ÉCOLE THÉORIQUE ET PRATIQUE D’HORLOGERIE.
STATUTS.


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L’École théorique et pratique d’horlogerie doit concourir au progrès de
cet art en France, et établir dans le département de la Dordogne une industrie
nouvelle et avantageuse pour le pays. Le but de cette institution est l’exécution
de pièces d’horlogerie déjà livrées au commerce ou d’une bonne création.
Accomplir ainsi une œuvre d’utilité générale, et en même temps procurer aux
jeunes gens doués de quelques dispositions pour l’étude et le travail un état
honorable, indépendant et lucratif, tel est le résultat auquel tend toute l’orga­
nisation de l’école.
Art. 2.
La direction de l’école appartient à M. Numa Conte, qui pourra s’adjoindre un
sous-directeur.
Art. 3.
Les élèves recevront gratuitement l’enseignement théorique et pratique de
l’horlogerie. L’étude de celte partie exigeant des connaissances de mécanique,

de mathématiques, de physique élémentaire, de dessin linéaire, etc., les élèves
suivront un cours de ces sciences et en feront l’application à leurs travaux.
Art. 4.
L’étude de l’horlogerie a été divisée en cinq séries, que chacun des élèves
devra suivre successivement et d’année en année. Il y aura un chef pour chaque
section.
Art. 5.
Les outils et machines seront fournis aux élèves gratuitement; ceux qui seront
confectionnés par eux resteront à l’établissement.
Art. 6.
Le nombre des élèves est indéterminé. Six places sont mises chaque année à la
disposition du département de la Dordogne. Les élèves de ce département se­
ront seuls admis gratuitement à l’école.
Art. 7.
Les élèves devront être âgés de douze à quinze ans, savoir lire et écrire cor­
rectement, et connaître les quatre premières règles de l’arithmétique.
Art. 8.
Les élèves s’engageront à rester à l’école pendant cinq années consécutives,
qui commenceront toujours le l.cr novembre. Le directeur conserve son recours
civil contre les parents de ceux des élèves présentés par le département de la
Dordogne qui viendraient à quitter l’établissement, soit de leur propre volonté ,
soit en forçant le directeur à les renvoyer; et pour ceux dont l’admission sera
traitée directement par les parents, le chiffre des dommages et intérêts exigibles
dans ce cas sera fixé par le traité d’engagement et déposé à l’avance.
Art. 9.
Nul élève sorti ou renvoyé de l’école ne pourra , en aucun cas, y être admis de
nouveau.
Art. 10.
Les travaux de l’école devant commencer chaque année le l.er novembre, nul
élève ne pourra être admis à une autre époque.

Art. 11.
Un comité de trois membres sera nommé par M. le préfet. Il prononcera sur
l’admission des élèves, surveillera les cours qu’ils devront suivre, proposera les
modifications à apporter à l’enseignement, prononcera le renvoi des élèves sur la
provocation du directeur, et fera chaque année un rapport public sur les progrès
et les avantages de l’établissement.

— 7 —
Art. 12.
Une exposition des produits de l’école théorique et pratique aura lieu chaque
année. Des récompenses seront accordées aux élèves les plus méritants.
Art. 13.
Les produits de la fabrique seront présentés à la société d’encouragement, à
l’académie de l’industrie et à l’exposition de l’industrie à Paris. Il sera fait men­
tion du nom des élèves qui se seront distingués.
Art. 14.
A sa sortie, chaque élève recevra un diplôme de capacité, sur lequel seront
mentionnées les récompenses qu’il aura méritées pendant son séjour à l’école.
Art. 15.
En cas de dissolution de l’école pratique, M. Numa Conte, directeur, s’en­
gage personnellement à continuer l’enseignement des élèves déjà admis jusqu’à
l’expiration de leur engagement.
Art. 16.
Une fabrique d’horlogerie étant la conséquence inévitable de l’école théorique
et pratique, celte fabrique sera instituée à l’expiration de la cinquième année
de l’existence de l’école. Auront la priorité pour l'admission comme ouvriers,
les élèves qui sortiront de l’école : ils recevront alors des appointements en rap­
port avec les progrès qu’ils auront faits.
Art. 17.
Avec le concours de MM. les membres du comité, des modifications pourront
être apportées aux présens statuts.
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CONSEIL D’ARRONDISSEMENT DE PÉRIGUEUX.
Rapport présenté par M. Mathet , secrétaire-général.
Un jeune artiste distingué de Périgueux, M. Numa Conte, a conçu la pen­
sée de doter sa ville natale d’une école théorique et pratique d’horlogerie. Vous
ne lirez pas sans un vif intérêt la notice qu’il vous adresse, et dans laquelle
se trouve exposé de la manière la plus simple et la plus lucide le projet d’é-

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tablissement de cette école, suivi du projet des statuts qui doivent en régir la
fondation. En songeant combien notre département est encore arriéré en fait
d’industrie manufacturière, vous sentirez, messieurs, tout le mérite d’une con­
ception qui n’a rien moins pour but que de soustraire la France à un énorme
tribut quelle paie encore à l’étranger. L’auteur de cette utile conception est
déjà assez connu par son talent et son habileté pour devoir inspirer la con­
fiance dans le succès de son entreprise, et le patriotique désintéressement dont
il fait preuve, par les obligations qu’il offre spontanément de contracter avec
le pays, semble devoir lui concilier votre faveur et votre bienveillante recom­
mandation auprès du conseil général. Ce sera pour lui un honorable encoura­
gement auquel il attache un grand prix, et dont il attend un puissant effet,
pour l’accomplissement et la réussite de son dessein.

Extrait du procès-verbal.

Si une conception heureuse ne devait obtenir que des éloges à son auteur, la
mention la plus honorable serait acquise à l’établissement d’une école d’horlogerie
que se propose de fonder dans notre département, M. Numa Conte.
IMais il appartiendra au conseil général et à l’administration supérieure de fé­
conder une idée qui renferme tant de résultats utiles, en appuyant le jeune ar­
tiste engagé dans son habile entreprise de l’influence morale que doit produire
une haute approbation, et en le recommandant à l’intérêt et à la protection du
gouvernement.
Un établissement aussi incontestablement avantageux mérite d’être encou­
ragé , et il le sera dans un état où, malgré le progrès des arts , le commerce de­
meure encore aujourd’hui tributaire d’un état voisin.
Il le sera dans un département où s’exploitent un petit nombre d’industries, et
qui pourra se prévaloir d’avoir , un des premiers, accueilli, encouragé, natura­
lisé cette industrie nouvelle.
Il présente un gage de succès dans la capacité connue de l’auteur du projet,
dans ses connaissances acquises de l’art qu’il pratique avec une distinction déjà
plusieurs fois couronnée pour d’habiles inventions.
Le conseil est heureux, en recommandant à la bienveillance et à la sollicitude
du conseil général et de l’administration la conception de M. Conte et le pro­
gramme qui l’explique, d’appeler cet intérêt sur l’un de ses concitoyens dont le
nom peut être appelé à honorer le pays.

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CONSEIL GÉNÉRAL DE LA DORDOGNE.
Extrait «lu Rapport de M. Romieu préfet du département.
Déjà, messieurs, vous avez pu constater comme moi le mouvement pro­
gressif de l’industrie du département depuis quelques années. Parmi les lauréats
de la dernière exposition de Paris, vous avez certainement remarqué avec plai­
sir le nom de M. Numa Conte, jeune horloger mécanicien de Périgueux. Cet
élève distingué des meilleurs maîtres de la capitale, stimulé par son premier
succès dans une lutte où l’émulation fit des prodiges, a eu l’idce de fonder
dans sa ville natale une école théorique et pratique d’horlogerie. Cette école
aurait pour but d’arriver, dans le terme de cinq années (temps nécessaire à
former des élèves), à l’établissement d’une fabrique d’horlogerie où tous les ou­
vrages seraient finis et perfectionnés sans le secours des ouvriers de Genève,
au talent desquels il a fallu que la France payât jusqu’à ce jour un tribut.
Outre le bénéfice réel qui résulterait de cette innovation pour le commerce par
l’affranchissement du droit fiscal qui grève les ouvrages venant de l’étranger,
c’est encore là une de ces entreprises artistiques dont le succès serait vérita­
blement glorieux à protéger.
Six élèves pourraient être présentés chaque année par le département de la
Dordogne au directeur de l’école théorique et pratique pour être admis gra­
tuitement, après un concours dont l’administration réglerait le programme. Des
cours de gnomonique et de métallurgie seraient ajoutés à l’enseignement spé­
cial. Une bibliothèque industrielle et des collections d’ouvrages compléteraient
les éléments de l’instruction.
Après cinq années d’études, l’élève pourrait rester attaché en qualité d’ou­
vrier à la fabrique qui devrait suivre ce premier établissement, avec des appointements en rapport avec ses progrès. Cette durée de cinq ans ne peut pa­
raître exagérée lorsque l’on pense qu’en ce moment les élèves horlogers sont
obligés de sacrifier d’abord une somme assez élevée pour indemniser le maî­
tre de ses leçons, sans être pour cela dispensés de s’engager pour plusieurs
années.
...
Je vois, messieurs, dans ce projet, dont je suivrai la réalisation avec le
plus vif intérêt, une nouvelle voie ouverte à l’industrie dans notre départe­
ment; s’il est secondé et si le plan s’exécute, ce peut être aussi une source

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réelle d’économie et de perfectionnement pour toute l’horlogerie en France.
J’ai pensé que vous seriez jaloux de seconder une inspiration dont le but est
d’un véritable avenir pour notre pays. En tout état de cause, je vous propose
le vote d’une allocation de 1,000 fr. comme prime d’encouragement.

Extrait du PROCÉS-VERBAL de la séance du 27 août 184O.
M. le préfet demandait qu’une prime d’encouragement de mille francs fût dé­
cernée à M. Numa Conte, fondateur d’une école pratique d’horlogerie à Périgueux.
Les succès de M. Conte, artiste distingué et lauréat d’une des dernières exposi­
tions , ont fait concevoir à ce magistrat un très heureux résultat du projet soumis
au conseil. — Plusieurs orateurs, au nombre desquels se distingue M. Romieu,
prennent successivement la parole et développent les principaux avantages de cet
établissement.
Le conseil général vote le crédit demandé.

COMITE DE DIRECTION.

Arrêté du Préfet.

Le PRÉFET du département de la Dordogne ,
Vu la délibération du conseil général, en date du 27 août dernier, qui al­
loue au budget de 1811 un crédit de 1,000 fr. pour être accordé, à titre d’en­
couragement, à M. Numa Conte, pour la fondation à Périgueux d’une école
théorique et pratique d’horlogerie;
Vu l’art. 11 des statuts de ladite école, portant :
« Un comité, composé de trois membres, sera nommé par M. le préfet. Ce
« comité prononcera sur l’admission des élèves, surveillera les cours qu’ils de« vront suivre, proposera les modifications à apporter à l’enseignement, pro-

11 —
« noncera le renvoi des élèves sur la provocation du directeur, et fera, cha« que année, un rapport public sur les progrès et les avantages de l’établis« sement » ;
ARRÊTE :
Art. l.er Sont nommés membres du comité de l’école théorique et pratique
d’horlogerie fondée à Périgueux par M. Numa Conte, sous le patronage du
conseil général et de l’autorité administrative supérieure, savoir :
M. le MAIRE DE PÉRIGUEUX;
M. FOURNIER-LAURIÈRE, membre du conseil général du département;
M. MAROT3, ingénieur en chef des mines.
Art. 2. La première réunion du comité de l’école d’horlogerie aura lieu le
15 octobre prochain, en l’hôtel de la préfecture. Dans cette séance, le comité
statuera sur l’admission des élèves qui se seront fait inscrire pour suivre les cours
de l’école. Le nombre des élèves à admettre en 1840 est fixé à six, confor­
mément à l’article 6 des statuts.
Fait à Périgueux, le 9 septembre 1840.
Le préfet de la Dordogne, Auguste ROMIEU.

Le concours pour l’admission des élèves aura lieu le 15 octobre 1840, dans une
des salles de la préfecture. — Les jeunes gens devront se faire inscrire avant cette
époque à la préfecture de la Dordogne, l.re division. — Les travaux de l’école
commenceront le l.cr novembre.

Périgueux,

Imprimerie DUPONT.

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COMITE DE DIRECTION

MM. Romieu , préfet de la Dordogne, président ;
Le Maire de Périgueüx ;
Marrot , ingénieur des mines ;
Fournier-Laurière, avocat, membre du conseil général.

L’ouverture des cours est fixée au l.er novembre de chaque année.
— Les élèves qui voudront concourir à l’admission, devront se faire
inscrire à la préfecture de la Dordogne (l.rc division), avant le 15
octobre.

lies élèves seront admis gratiaâtement.

NOTA. — La Notice 'sur l’établissement et les Statuts qui le'régissent seront envoyés
sans frais à ceux qui en feront la demande franco à M. Nüma. CONTE, directeur, rue
Taillcfcr, n.° 1.