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Fait partie de Hommage au capitaine Malafaye

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ACHILLE AUCHÉ
MAINTENEUR DE L’ÉCOLE FÉLIBRÉENNE DU PÉRIGORD
LAURÉAT DES JEUX DE L’ÉGLANTINE
ET DES ANNALES

LITTÉRAIRES DE PARIS

!

0 Muse! inspire-moi pour tracer les louanges
De celui qui marchait dans l’austère chemin ;
Prête-moi tes accents, que ton sourire d’ange
Vienne éclairer mes sens, comme un lambeau divin.
Frappé du souvenir de l’homme charitable,
Je le revois encor, portant quelques secours
A tous les pauvres gens que le malheur accable,
A trace des bienfaits restait sur son parcours.
Plein d'admiration pour cette âme si belle,
Comment pourrai-je peindre un homme si parfait?
Et je vais essayer, de mon pinceau fidèle,
D’esquisser, dans ces vers, ce sublime portrait,
De chanter les vertus de ce bon capitaine
Qui pour les malheureux fut un puissant soutien :
Il venait consoler le pauvre dans sa peine,
Et toujours souriant savait faire le bien.
De l’amour fraternel, il fut le vrai modèle,
Il partit pour son frère, et les larmes aux yeux,
Il embrasse sa mère, en se séparant d’elle
Le cœur gros de soupirs, il lui fait ses adieux.
C’est ainsi qu’à vingt ans, pour servir sa patrie,
Il quitte sa famille et court au champ d’honneur ;
Ce soldat courageux, du fond de l’Algérie,
Se distingue bientôt par sa noble valeur .

- 2 Il est aimé de tous sur la terre africaine,
C’est le bon conseiller, c’est le sage Mentor
Qui sait toucher le cœur et combattre la haine,
Et son langage franc épanche ses trésors.
Et ce peuple est heureux d'être sous son égide,
D’écouter ses avis, dictés par la raison ;
Et cet autre Bugeaud, par ses conseils les guide
Et leur fait entrevoir un nouvel horizon.
La trompette a sonné le signal des alarmes !
Le soldat laboureur doit quitter ses travaux ;
La guerre est déclarée, il faut prendre les armes,
Et le voilà debout, pour l’honneur du drapeau.
Il suit ces bataillons, ces phalanges d’élites,
Qui vont chercher la mort ou cueillir des lauriers.
Devant Sébastopol, ces hommes de mérite,
Furent tous des héros, de courageux guerriers.
Pour marcher en avant, on creuse des tranchées :
C’est la nuit. Le canon vient de cesser le feu :
La compagnie est là, pêle-mêle couchée,
Et chacun met son âme à la garde de Dieu.
Le capitaine veille au salut de ses hommes,
Tout est silencieux, chacun s’endort bientôt ;
Aux fatigues du jour a succédé le somme.
Mais, soudain, une attaque a troublé le repos :
Tout à coup, l’ennemi, s’avançant en grand nombre,
Frappe, frappe toujours, sème partout la mort,
Et là, sont les mourants, qui gémissent dans l’ombre :
C’est l’horreur de la guerre et son triste décor !
Et, dans la sombre nuit, les nombreuses victimes
Restent là, sans abri, sans secours, sans rien voir.
Pas une étoile au ciel, ni bivouac sur les cimes
Dont les faibles lueurs feraient naître l’espoir.

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— 3 —
Le jour paraît enfin, et calme les alarmes
De ces pauvres blessés, respirant faiblement,
Puis, des hommes sont là, des Russes, frères d’armes
Qui viennent les soigner dans leurs derniers moments
Et toi, vaillant soldat, atteint de dix blessures,
De ton généreux sang, lu traces le chemin,
Et calme, patient, sans plaintes, sans murmures,
A ceux qui t’ont frappé, tu vas tendre la main.
Et, craignant de mourir sans revoir ta famille,
Tu comptes les trouver un jour au paradis.
Dans cet heureux séjour où toute vertu brille,
Tout près de l’Eternel, être tous réunis.
Et ta belle âme est prête à quitter cette terre !
Mais Dieu n’a pas voulu te recevoir encor
Tu vivras pour aimer ta chère et tendre mère
Et ton cœur répandra ses plus riches trésors.
Sur un lit d’hôpital, tu souffres pour la France;
Tu fus grand, résigné, même dans la douleur,
Et sur ton cœur l’on mit la digne récompense :
La croix de Chevalier, gagnée au champ d’honneur.
Et, durant les longs jours de ta convalescence,
Tu soignes les blessés, consoles les mourants,
Tu leur montres le ciel, leur suprême espérance,
Et le bonheur paraît dans leurs yeux expirants.
Tu prodiguais tes soins aux nombreuses victimes,
Aux petits comme aux grands, même à tes ennemis.
Gortschakoff t’admira dans tes œuvres sublimes,
Touché de tes bienfaits, il devint ton ami..........
Tout meurtri, tu revins dans ta ville natale,
C’est là que désormais tu vivras parmi nous,
Et nous apprécierons ta douceur sans égale,
Ta divine bonté, ton charme le plus doux.

L’ardente charité fut toujours ton mobile.
Pour les pauvres souffrants, tu donnas tout ton cœur.
Affable, généreux, sachant te rendre utile,
Dans le bien que tu fis, tu trouvas le bonheur.
Ta modeste vertu, peinte sur ton visage,
Inspirait à nous tous le respect le plus grand,
De saint Vincent de Paul, la ressemblante image,
Comme lui tu soignais les tout petits enfants.
Et ta noble figure, au chevet du malade,
Fait naître l’espérance et lui donne la foi ;
Ici, point de grandeur, point de lit de parade,
Sur un pauvre grabat, le patient est sans voix.
La charité te suit, soulageant la misère
(Cette fille du ciel au sourire si pur),
Elle est là près de toi, quand tu fais ta prière,
Et dans le paradis tu la revois bien sûr.
Nous venons en ce jour pour célébrer la gloire,
Pour perpétuer ton nom, qui vivra parmi nous.
D’universels échos diront, en la mémoire.
Nos éternels regrets, nos souvenirs bien doux.
Et pour tous tes bienfaits rayonnant sur ta tète,
L’estime et le respect sont gravés dans nos cœurs.
Et nous te saluons ! et notre âme est en tête
En chantant tes exploits réunis tous en chœur.
Malafaye, aujourd’hui, ce bronze nous retrace
Tes plus belles vertus, tes plus beaux sentiments.
Et Vergt est glorieux d’avoir sur cette place
Ton buste, qui sera son plus bel ornement !

Achille AUCHÉ.
Vergt, le 28 juin 1903.
Périgueux. — Imprimerie-Lithographie Ronteix, rue Gambetta, 7.