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Fait partie de Le Mariage de Tortillon : poème burlesque

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POÈME BURLESQUE

par

Achille AUCHE
Auteur de la FILLE TROMPEE
Làuréat des Jeux de /l'Eglantine,
et des A nnales de PA RIS________
. ©.-

Tous Droits Réservés

Le mariage de Tortillon
POEME BURLESQUE
"j BIBLIOTHEQUE ,
I DE LA VILLE I
DE PÉRIGUEUX !

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Le nommé Tortillon aimait une rosière
Fraîche comme un bouquet, une fleur printanière.
Elle fut couronnée avec un grand éclat,
Un beau jour de dimanche, en le bourg d'Eyvirat.

Oh ! qu’elle était charmante, assise sur l’estrade !
Recevant la couronne, avec une accolade !

C’est depuis ce jour-là, que le pauvre amoureux,
La voyait dans un songe ! il en était heureux ;
Et, pour réaliser les plaisirs de ce songe,
Même après son réveil, son esprit le prolonge !

Il partait tous les soirs, de chez lui s’en allait
Voir cette jeune fille aux rustiques attraits ;
Et lorsqu’il était là, près de sa jouvencelle,
Il sentait dans son cœur jaillir une étincelle !
Et tout abasourdi, plein d’admiration,
Il éprouvait soudain comme une émotion !

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Il voulait, pour lui seul, avoir tous les prémices
De cette âme innocente ignorant l’artifice,
Car elle avait acquis son titre de candeur,
Dans le noble tournoi, tout parsemé de fleurs !

« La pomme à la plus belle ! » a dit l’antique adage ;
Un plus heureux a dit : « La rose à la plus sage ! »

Et, dans un doux propos, notre jeune amoureux
Lui dépeignait sa flamme en de tendres aveux !
Et disait : Madelon ! ma douce fiancée !
Dans huit jours, avec moi tu seras mariée.
Dans les chemins, partout, et sur notre parcours,
Le coucou chantera pour fêter nos amours.
Son chant m’a toujours plu. Des amours printanières,
C’est lui qui sait bercer les cœurs à sa manière.
Aussi, je suis content de l’entendre chanter ;
11 nous réjouira, puisqu’il sait nous charmer.

Je veux, entends-tu bien, pour ce grand jour de f'ête,
Que tu fasses la raie au milieu de la tête ;
Des frisettes surtout, même un accroche-cœur,
Replié sur la tempe en formant une fleur ;
Quelques tire-bouchons, tombant en spirales,
Feront bien sur ton cou, qu’aucun autre n’égale.
A tes pieds Lu mettras de jolis brodequins
Qui seront reluqués, le fait est bien certain.

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Et puis je veux aussi, pour orner ton corsage,
Un superbe bouquet entouré de feuillage.
Une couronne enfin, où la fleur d’oranger
Paraîtra sur ton front comme un voile léger.

Quand nous irons ainsi tous les deux à l’église,
Chacune se dira : Mon Dieu, qu’elle est bien mise !
Sa robe, bariolée en de riches couleurs,
Ferait bien pour un peintre, un bon décorateur.
Ce simple jugement porté sur ton costume
Prouvera ton bon goût, du moins, je le présume.
J’aime tes affiquets. Ce jaune me plait bien,
Il ressemble à l’oiseau d’Ignace le voisin.
Mais ce n’est pas le tout : je veux qu’une musique
Vienne pour entraîner notre danse rustique.
J’ai fait venir exprès le vieux ménétrier,
Qui jouera du violon, en marchant le premier.
Il nous fera valser, là-bas, sous la charmille,
Et les jeunes garçons promèneront les filles.
Nous boirons du vin blanc à tire-larigot,
Et nous folâtrerons, en courant au galop.
Madelon, étonnée, à Tortillon réplique :
Quoi ? mon cher fiancé ? que d’honneur tu te piques !
Tu t'abuses, je crois, eh ! mon cher prétendu,
De vouloir étaler autant de superflu.

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Du superflu pour toi ? dit Tortillon sans rire,
Mais je donnerai tout, et ce n’est pas peu dire.

Quand on n’a rien du tout, réplique Madelon,
On fait de beaux projets, sans rime ni raison.

Oh ! ne te moques pas, ingrate fille d’Eve !
Laisse-moi jusqu’au bout continuer mon rêve !
Je disais et je veux, je veux, pour ce grand jour,
Dépenser tout pour toi, pour toi, mon cher amour.
Et pour te le prouver, le voyage de noce
Viendra tout clôturer, si tous mes vœux s’exaucent.

Le lendemain matin, sur notre char à banc,
Nous filerons tous deux comme file le vent !
Et nous arriverons de bonne heure à la ville:
Le trajet sera court, car la route est facile.

Notre but, en partant, est de voir Périgueux,
Et non pas l’Italie, où rien n’est curieux.
On parle de musée, où sont des toiles peintes,
En de riches couleurs de mille et mille teintes.
Ce sont de grands tableaux, qu’on dit être fameux.
Nous en verrons aussi, peut-être, à Périgueux.

Mais le jour du marché, sur les places publiques,
Nous pourrons admirer des choses très comiques.

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Des bateleurs surtout, des marchands de chansons,
Un hercule en maillot, soulevant un canon !
Ici, c’est un lutteur ; là, c’est l’homme sauvage,
Qui mange de l’étoupe, et la mange avec rage !!
Que ne verrons-nous pas, si tous les baladins
Viennent pour amuser bien des Périgourdins.

Presque au fond de Tourny, près de la Préfecture,
On a peint des sujets, dit-on, d’après nature.
C’est la chaste Suzanne, et deux vieux sans pareils
Qui restent tête nue aux rayons du soleil,
Même par tous les temps et quand la neige tombe !
Ils contemplent toujours cette belle colombe !
Ils restent fascinés. Pour eux, rien n’est plus beau
Que de voir leur voisine écartant son rideau.
Le premier est narquois, l’autre ébauche un sourire
En voyant de Suzanne un torse qu’il admire.
Et le vieux Céladon, au crâne aux trois cheveux,
Reste là, pétrifié, comme un pauvre amoureux.
«

On dit que Poincaré, passant dans ces parages,
Salua de la main ces différents visages ;
Sa suite en lit autant, chacun rit de bon cœur
En voyant ces minois au sourire enchanteur !

Celui qui me l’a dit, c’est le sonneur de cloches,
Qui m’a narré tout ça devant ses quatre mioches.

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Tu le connais pour sûr, c'est Firmin le tambour,
Annonçant au public les nouvelles du .jour.
Il m’a dit : Tortillon, mènes-y ta promise ;
Ce sera pour vous deux une grande surprise.
Toi qui n’as jamais vu que le bout de ton nez,
Tu seras ahurie, et moi fort étonné.

Ce n’est donc pas la peine, en ces jours d’allégresse,
D’aller bien loin, bien loin pour sceller nos tendresses.
Restons près de chez nous, Périgueux nous suffit,
Et là, nous trouverons une chambre, un bon lit.

Comme hôtel, nous irons dans une simple auberge,
Où, sans grand tralala, le patron vous héberge.
Sur son enseigne on lit : Tous les dimanches, bal !
On loge tout le monde, à pied et à cheval.
La cuisine est bien grande, un feu brûle dans l’âtre,
Qui donne aux quatre murs une couleur rougeâtre ;
Et la fille d'auberge, au bras robuste et blanc,
Lave les vieux planchers tous les cinq ou six ans.

Dans tous les grands hôtels, sur les parquets on glisse,
Et l’on peut, en tombant, se casser une cuisse.
Et, pour toi, dans ce cas, ce serait un affront,
De montrer ta blessure en levant ton jupon.
Si l'on ne tombe pas, notre bourse est la cible
Où la note d’hôtel ferait des trous sensibles.

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C’est pour de menus riens, servis par un garçon,
Comme de petits fours ou bien des macarons,
Accompagnés parfois de sorbets à la glace,
Et qu'on ne peut manger sans faire la grimace !

Ailleurs, nous serons mieux, rien n’est froid, tout est chaud,
Et l’on n’est pas surpris, en payant son écot.
Pour bien nous régaler, mais surtout pour te plaire,
Un bon lapin sauté fera bien notre affaire.
Quelque peu de persil, et fortement poivré,
Je ne me plaindrai pas qu’il soit exagéré ;
Ce sera pour nous deux une bonne ribote :
En nous donnant du nerf, le poivre ravigote.

Donc, après déjeuner dans notre restaurant,
Et quand nous aurons bu notre chaud mazagran,
Tous deux nous irons voir les anciennes arènes.
Nous resterons deux jours pour que tu te promènes.
Et pour bien t’amuser, ou du moins je le crois,
Je te ferai monter sur les chevaux de bois.
Ça coûtera deux sous, le prix est abordable ;
Le patron du manège est vraiment raisonnable.
Tu pourras, si tu veux, faire deux ou trois tours.
L’orgue de barbarie a trompette et tambour !

Si la tête te tourne, entends-tu, ma poulette,
Tu tiendras ton cheval, avant qu’il ne s'arrête,

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Car tu pourrais tomber, les quatre fers en l’air !
On t’entendrais crier : Oh ! quel bazar d’enfer !
Et le malin public, voyant tes jarretelles,
Dirait en se moquant : Quelle est cette donzelle ?
Et d’où sort-elle donc ? de quelque cabanon ?
Cette pauvre insensée a perdu la raison !

Voyez comme elle rit, et comme elle est contente.
Elle croit, à nos yeux, être très étonnante !
Et que fait-elle ici, sur les chevaux de bois ?
Voyez, elle chancelle, et va tomber, je crois.
Son galurin, posé de travers sur la tête,
Lui donne vraiment l’air d'une femme en goguette.
Et son pauvre nigaud, tout à califourchon
Se tient à côté d’elle et fait le fanfaron.

Moi, Tortillon, vexé d’entendre un tel langage,
Je te dirai, Mamour : Que ces gens-là m’enragent !
Fuyons, fuyons ces lieux ! Fuyons ces quolibets,
Qui nous sont adressés par tous ces paltoquets !
Prenons vite tous deux nos cliques et nos claques,
Pour aller voir plus loin de nouvelles baraques.

A quelques pas de là, ce sera Franconi,
Un cirque où les chevaux ne sont pas endormis.
En sortant, nous verrons de grandes balançoires ;
Nous monterons dessus pour faire notre poire.

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— 11 —

Nous dévisagerons, du haut de ce perchoir,
Les badauds curieux, qui cherchent à nous voir.
Et tous les deux assis, en dominant la foule,
J’aurai l’air d’un pigeon qui près de toi roucoule !

Puis, avec les deux mains sur la corde en tirant,
Tu seras près de moi comme un oiseau volant.

Tous, de te voir ainsi te lancer dans l'espace,
Personne n’osera te traiter de limace.
Tous ceux qui te blaguaient, il n’y a qu’un moment,
Reconnaîtront l’erreur de leur faux jugement.
Tu les regarderas, et d’un air sardonique
Tu sauras les braver en leur faisant la nique.

Après avoir couru du matin jusqu’au soir,
Nous irons tous les deux sur un banc nous asseoir.
Si tu veux des gâteaux (pas de choux à la crème
Que font les pâtissiers, les enfants seuls les aiment),
A chaque coin de rue on vend des tortillons,
Nous en mangerons deux, puisqu’ils portent mon nom.

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El pour te rafraîchir, nous pourrons, oui, ma chère,
Au Café de Paris siffler deux bocks de bière.
Pour la première fois, là lu verras Guignol,
Et de jeunes gommeux qui se poussent du col.
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! BIBLIOTHEQUE
! DE LA VILLE I
i DE PÉRIGUEUX

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Ils te feront de l’œil, mais toi, prudente et sage,
Tu baisseras les yeux en fixant ton corsage.
Et nous nous moquerons de ces godelureaux,
Qui par tous les moyens veulent faire les beaux.

Et puis nous rentrerons tous les deux au village,
Et la lune de miel sera notre partage.
Là, nous verrons grandir de petits rejetons,
Qui seront dignes fils du fameux Tortillon.

Achille AUCHÉ.

I B|eLtQfHÈoun
J r,D£; LA VILLE

Typo-Lithographie Ronteix, rue Gambetta, 7, Périgueux.