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Médias

Fait partie de Banquet offert par la Société historique et archéologique du Périgord à son nouveaux président M. le Marquis de Fayolle

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B A N Q TJ PJ T
OFFERT PAR LA

SOCIÉTÉ HISTORIQUE & ARCHÉOLOGIQUE
du pérIgord
À son nouveau président M. le Marquis de Fayolle

Jeudi soir, 4 décembre 1903, à 7 heures,
au grand hôtel du Commerce, !a Société his­
torique et archéologique du Périgord a fêté,
par un bril iant banquet, l’élection récente
de M. le marquis de Fayolle comme son
président.
Etaient présents, outre ce dernier, MM. Ch.
Aublant, Beaudet-Vitel, Fernand de Bellussières, Alexandre de Bosredon, Basse, le
chanoine Brugière, le marquis de Carbonnier-Marzac, l'abbé Chastaing, le marquis
de Cumond, Dennery, Edouard DecouxLagoutte, Délugin, Deschamps, Didon, Dorséne, Dose, Dnbst, Dujarric Descombes, le
docteur Dumont, Charles Durand, d'Escatha,
le docteur Faure, Féaux, Gendraud, Fernand
Gille-Lagrange, Gantier du Soûlas, Gan­
tier Maine de Biran, ie marquis de Gourgue, l’abbé Goyhenèche, le docteur LadeviRoche, le marquis de La Garde, Georges
Lagrange, Lamothe-Pradelle, Lespinas, Mar chadier, docteur Millet-Lacombe, le marquis
de Montferrand, Pouyaud, l’abbé Prieur,
Ribette, E. Roux, le comte de Royère, Saint-

_ 2 _
Martin, Sarlande, Thomasson de SaintPierre, le baron de Verneilh-Puyraseau, Villepelet.
S’étaient fait excuser : MM. Archez-Biran,
le comte d'Argy, Corneiihan, le marquis de
Castelnaud-Essenault, Delsuc, Durieux, Du­
rand de Ramefort, Duvergier de Hauranne,
René Fage, président de la Société histori­
que et archéologique du Limousin, P. Faure,
Féray Bugeaud d’Isly.Gros de Béler, Grenier,
le colonel baron des Hautchamps, Huet,
Lafargue, Gabriel Lafon, Pouyadou-Latour,
comte de Lestrade, docteur de Laurière, mar­
quis de Marcillac, baron de Nervaux, lecolonel
marquis de Malet, Mège Lavignotte, deMonteil, comte Charles de Montferrand, Pas­
quet, Prat-Dumas, Pécou, de Presles, du
Rieu de Meynadié, comte Martial de Roffignac, Ronteix, Rousselet, comte de SaintSaud, Sarlandie des Rieux, le comte Schœffer.
La carte du menu, dessinée par M. Char­
les Durand, mérite une mention toute par­
ticulière. Elle restera comme un souvenir
intéressant de cette soirée.
Pliée en deux feuillets, elle porte sur le
premier côté la date du banquet et le sceau
de la Société archéologique avec ce titre :
Banquet offert par la Société historique et
archéologique du Périgord à son nouveau
président M, le Marquis de Fayolle.
Au-dessous, le lion lampassé, armé et cou­
ronné des armes de Fayolle.
A l’intérieur, sur toute la longueur des
feuillets, se dresse dans le haut le château
de Fayolle, gracieusement encadré d’une

branche de gui, au bas de laquelle est sus­
pendu le chaley, la modeste lampe du tra­
vailleur, emblème de la Société.
La première lettre du mot « Menu » est la
reproduction fidèle d'une M, tirée d’un livre
d’heures du diocèse de Paris (xve siècle) que
possède la bibliothèque de Périgueux,
Voici la liste des mets habilemenent pré­
parés par le Grand hôtel du Commerce :
chaque arrondissement de la Dordogne y a
fourni, comme on va le voir, ses produits
culinaires les plus appréciés :
POTAGE

Consommé au Tapioca
Hors-d’œuvre variés
POISSON

Soles à la Courtois
ENTRÉES

Foie de Canard à la Périgueux
Civet de Lièvre du Nontronnais
Filet de Bœuf à la Bergeracoise
RÔTI

Dinde truffée de Sarlat
LÉGUME

Oronges à la Ribérac
Salade
ENTREMETS

Royal-Pudding au Rhum
Bombe Glacée
Desserts
VINS
Château Clos d’Estournel 1892
Champagne

Dans l’exécution de ce menu, M. Didon
s’est montré, ainsi que les convives lui en ont

— 4 fait le compliment, un digne successeur du
célèbre cuisinier périgourdin du xviiie siècle,
Courtois, dont le nom est heureusement
rappelé ci-dessus.
Au champagne, M. Gantier de Biran, viceprésidentde la Société pour l’arrondissement
de Bergerac, s’est levé et a prononcé les pa­
roles suivantes :
Monsieur le Président,
En me désignant pour vous souhaiter ici la bien­
venue, le bureau de la Société historique et archéo­
logique du Périgord m’a fait un honneur auquel je
suis particulièrement sensible, et dont je tiens à le
remercier tout d’abord. Cet honneur revenait à d’au­
tres, assurément plus autorisés que moi. Si j’ai
consenti néanmoins à prendre aujourd’hui laparole, c’est parce que, le jour même de votre élection,
j’avais manifesté la pensée, bien simple et bien
naturelle, de fêter cet événement par un banquet,
et de resser;er ainsi, dans une réunion plus intime
que nos séances ordinaires, les liens de bonne
confraternité qui nous unissent tous.
Quand la mort nous eut enlevé celui qui mar­
chait si dignement à notre tête, le regretté M. de
Roumejoux, celle perte nous causa de vifs regrets,
dont vous fûtes l’interprète ému.
Qui allions-nous porter à la présidence ? La ré­
ponse ne se fit pas attendre : elle fut unanime. Vous
étiez (c’est le cas de le dire) l’homme de la situation :
aussi toute compétition s’effaça-t-eile devant vous,
même la plus légitime et la plus respectable.
C’est que vous n’êtes pas seulement, comme on
l’écrivait récemment dans une Revue périgourdine,
« un archéologue érudit, un critique avisé, un écri­
vain délicat, " Vous n’êtes pas seulement un con­
naisseur émérite, dont le goût précoce s’est déve­
loppé et affiné par la fréquentation des chefs-d'œu­
vre de l’art. Vous avez plus encore, à notre point

de vue ; et votre modestie me permettra de le pro­
clamer. Vous savez, et fort heureusement vous pou­
vez vous dévouer à une oeuvre, y consacrer votre
intelligence, votre activité et votre temps.
N’en donnez-vous pas une preuve quotidienne
en employant tous vos instants à l’organisation de
ce beau Musée du Périgord, dont vous êtes le con­
servateur? Il serait,d’ailleurs, injuste de ne pas rap­
peler les noms des vaillants collaborateurs qui vous
ont aidé à mener à bien cette œuvre capitale :
M Féaux, conservateur adjoint, pour la disposi­
tion de nos très riches collections préhistoriques,
M. Charles Durand pour la géologie, M. Lespinas
pour les médailles.
Les qualités précieuses dont je parlais tout à
l’heure, voua les mettrez sans réserve, nous n’en
doutons pas, au service de notre société ; et vous
continuerez noblement la lignée des Galy, des
Hardy et des Roumejoux.
Pour remplir votre tâcher vous pouvez compter
sur le concours empressé de tous vos collègues.
Vous l’avez dit, M. le Président, en inaugurant
vos nouvelles fonctions, le rôle du président a sans
doute son importance; mais ce rôle n’est point ce­
lui d’une direction. C’est à la Société elle-même
qu’il appartient de produire son effort, de se tra­
cer sa voie. Que chacun apporte donc son contin­
gent à l’œuvre commune ; que les initiatives se dé­
ploient, que les recherches se multiplient.
Certes, messieurs, notre Société a fait beaucoup
depuis vingt-neuf ans qu’elle existe ; et bien lon­
gue serait la liste des travaux remarquables et ori­
ginaux qu’elle a publiés dans son Bulletin. Mais,
ne l’oublions pas, la mine n'est pas épuisée : elle
recèle encore de riches filons ; et elle réserve d’a­
gréables surprises aux travailleurs qui, le flambeau
de la science à la main, auront le courage de des­
cendre dans ses galeries souterraines.
D’ailleurs, le champ de l’histoire est vaste : il
n’embrasse pas uniquement les faits politiques et
militaires, mais les mœurs, les coutumes, les arts,

6 —
la religion, la langue et la littérature d’un pays.
C’est l'âme même d’un peuple qu'on retrouve et
qu’en fait vibrer.
'

Et quoi de plus attachant, quand on retrace les
actions de ses propres ancêtres, et quand on a,
comme les Périgourdins, des traditions si belles et si
chevaleresques à perpétuer par le burin de l’histoire ?
Le caractère généreux de notre race, vous le re­
trouverez partout dans nos annales, depuis le grand
troubadour Bertrand de Born, qui pleurait, en vers
d’une touchante beauté, la mort de son protecteur
et de son ami, le jeune roi d’Angleterre, jusqu’à
Daumesnil ce général sans peur et sans reproche,qui
ne capitulait ni devant l’ennemi, ni devant l’émeute,
Ne nous lassons pas de le répéter, Messieurs :
le patriotisme local confirme l'autre en le complé­
tant ; et l’on aime d’autant mieux la grande patrie
qu’on est plus attaché à sa province et à scn clocher.
Que l'amour du paysnatal, de cette terre qu’un
poète patriote a appeléeavec raison le sol sacré, que
cet amour continue donc à inspirer nos recherches.
Du reste, avec la collaboration incessante d’un
président animé de ces sentiments, notre Société ne
pourra qu’élargir encore le cercle de ses travaux et
accentuer sa marche vers le progrès. Pour cela,
nous faisons appel avec confiance au dévouement
de chacun, et, en particulier, à celui de nos jeunes
collègues, qui ont déjà donné plus d’une preuve de
sagacité et de talent, et qui sont l’espoir de l’avenir.
Messieurs et chers collègues, j’ai l’honneur de
porter la santé de notre distingué président, M. le
marquis de Fayolle. Je bois aussi à la prospérité de
la Société historique et archéologique du Périgord,

M. le marquis de Fayolle a répondu en ces
termes :
• Mes chers confrères,
Le témoignage d’affectueuse sympathie que vous
me donnez aujourd'hui est de ceux qui font époque
dans la vie d’un homme, et qui sont a la fois un en-

couragement dans une tâche qu’il n’envisage pas
sans inquiétude, et une indication dans la voie qui
s’ouvre devant lui. J'en suis profondément touché et
je vous en exprime ma gratitude. Après m’avoir fait
le grand honneur de m’appeler à succéder à un
ami qui a laissé parmi nous un vide profond et qui
restera un modèle par sa droiture, sa science
archéologique, son zèle pour tout ce qui intéressait
notre Société et notre pays, il me semble, vous
voyant si nombreux réunis de toutes les parties du
Périgord autour de cette table, que vous avez voulu
mieux encore que par un vote resserrer les liens de
bonne confraternité qui nous unissent tous et m’as­
surer le cordial appui de votre savoir et de votre
influence pour maintenir ensemble l’œuvre com­
mune, étendre son action et affirmer l’utilité de son
rôle.
Il y a vingt-neuf ans, quelques érudits, épris du
passé de notre pays, firent appel à fous ceux qu’at­
tirait l’étude de ses monuments et de son histoire :
la Société historique et archéologique du Périgord
sortit de leur réunion. L’un de vos vice-présidents,
M. Dujarric Descombes dont l’activité, le zèle et les
travaux sont de ceux qui honorent le plus notre
compagnie, reste aujourd’hui seul survivant des pre­
miers fondateurs ; mais, Dieu merci, si des vides
cruels ont éclairci leurs rangs, si les de Gourgue,
Verneilh, Froidefond et tant d’autres chers à notre
mémoire ont disparu, je salue ici encore nombreux
et je remercie-ceux des initiateurs de la première
heure qui ont bien voulu, comme aux origines de la
Société,nous apporter par leur présence la meilleure
preuve de leur amitié et le témoignage de la durée
de leur œuvre.

La Société, dès son début, fut accueillie avec une
faveur qui montra qu’elle répondait à un besoin
réel en fournissant aux travailleurs un centre et un
organe. Il faut le dire, les circonstances l’avaient
bien servie en lui donnant pour président un
homme qui en fut un véritable apôtre.— Nul mieux
que le docteur Galy ne savait intéresser un audi­
toire aux questions les plus ardues, nul ne pouvait

- 8 parler avec une véritable éloquence sur les sujets
les plus divers ; aucun ne lui était étranger, et sur
beaucoup son érudition était, remarquable ; mais il
possédait en outre une précieuse qualité, celle de
faire valoir ses jeunes confrères, de discerner leurs
goûts, de les encourager, il leur confiait certains
travaux, leur indiquait l’article à faire, et petit à
petit, en donnant à nos séances un attrait toujours
renouvelé, il formait autour de lui un groupe fidèle
d’archéologues et de travailleurs.
Savant modeste, cachant sous les dehors les plus
simples et les manières les plus affables, une haute
intelligence et une érudition profonde, son succes­
seur M. Hardy, quoique originaire d’une province
éloignée, n’ignorait rien de notre pays. Il avait,
en outre d’un charme naturel qui attirait vers lui,
le don d’intéresser, par la précision et la forme
impeccable de ses communications, aux trou­
vailles que son finir d’archéologue et son atten­
tion aux moindres évènements lui permettaient
d’apporter presqu’à chacune de nos réunions,
La perte de M. de Roumejoux est trop récente,
son souvenir trop présent à foutes les pensées pour
que j’aie à l’évoquer ici.
Tels sont, Messieurs, les. hommes qui ont formé
noire Société et que vous m’avez appelé à conti­
nuer. Tâche difficile et qu’avec votre collaboration
seule je puis tenter d’entreprendre. Mais, n’estce pas, votre présence ici m’en est le garant.
Aujourd’hui, par son Bulletin, la Société pénètre
dans tous les coins du Périgord, et son influence y
est indéniable. Tandis que les procès-verbaux de.
nos séances, chefs-d'œuvre d’exactitude et de
régularité, en rendent ia physionomie et en conser­
vent ies travaux, le recueil de ses planches, dues en
grand nombre au crayon d’un artiste aussi aima­
ble qu’habile, dont bientôt nous inaugurerons le
buste, forme une galerie inappréciable de nos mo­
numents et de dos illustrations. Les mémoires les
plus divers éclaircissent les problèmes de notre
histoire locale, nous initient par des détails inédits
aux coutumes-et aux mœurs d’autres âges et nous

- 9 —
apprennent à mieux connaître et à mieux aimer la
terre de cette petite patrie qui a vu naître une si
admirable floraison d’édifices religieux, d’un style
propre à notre région, où s’abritèrent les joies et
les douleurs de nos pères, de donjons et de castels
dressés dans les sites les plus pittoresques, témoins
des luttes de nos ancêtres et de leur triomphe sur
l’envahisseur, de villes et de bourgades fières de
leurs privilèges et prêtes à défendre contre tous,
leurs droits et leurs libertés.
La Société historique et archéologique a donné à
nos compatriotes le goût des choses du passé, elle
leur a appris à apprécier et à respecter les vieilles
chartes et les ruines, qui jadis n’intéressaient que
quelques antiquaires que l'on était volontiers dis­
posé à traiter de maniaques innocents.
Aujourd’hui on ne rit plus des archéologues, et
l’histoire ne se contente plus de belles phrases ou
de lieux communs, et il est facile cependant de
s’apercevoir par la mode qui pousse chacun vers les
choses anciennes qu’il est plus aisé d’en parler que
de s’y connaître. Là ne s’est pas bornée l’action
bienfaitrice de notre société : à son influence sont
dus en grande partie les accroissements et la
transformation du musée du Périgord. Si le Bulle­
tin parle le langage de la science, le musée offre
aux yeux l’objet lui-même et le sauve de la destruction. L’un complète l’autre ; aussi, par une
coïncidence que vous avez voulu rendre complète,
les conservateurs du Musée ont-ils été en même
temps les Présidents de la société, et c’est avec re­
connaissance que je cite les noms de nos confrères
qui, avec ia bonne grâce la plus absolue, nous ont
apporté pour l’organisation de ses colletions le
concours précieux de leur science et de leur dé­
vouement.
Le conservateur de nos collections préhistori­
ques, M. Féaux, pour lequel cette science n’a plus
de mystères, a organisé nos très riches séries
avec une méthode et un goût qui en facilitent l’é­
tude et en doublent la valeur. M. Charles Durand,
qui a publié sur les terrains du Périgord des tra-

- 10 —
vaux si estimés, bravant la fatigue d’établir l'ordre
dans le désordre produit par tant de déménage­
ments successifs, a classé avec la plus parfaite com­
plaisance les échantillons si nombreux des fossiles
et des minéraux, et a complété l’œuvre d’un autre
de nos confrères, M. Bleynie, qui avait déjà organisé
nos bridantes vitrines de conchyliologie, et a formé
un ensemble d’une valeur scientifique que l’on ne
pouvait soupçonner.
Enfin, notre Vice-Président, M.Lespinas, a bien
voulu identifier et classer les sceaux, les monnaies
et médailles qui, grâce à sa science numismatique,
se présentent dans un ordre chronologique qui
permet de les étudier et de les consulter avec inté­
rêt e1 profit. Tels sont les résultats obtenus direc­
tement ou indirectement par notre société, et il
semble qu’engagée si franchement dans la bonne
route il n’y ait qu'à la laisser poursuivre sa marche
en avant. Mais si nos Bulletins sont une mine des
plus riches où presque rien de ce qui touche le
Périgord, n’est absent, il ne faut pas penser qu’il
ne reste plus rien à faire. Loin de là, aujourd’hui
que l’histoire recherche avant tout la précision et ne
néglige aucun détail, et que l’archéologie est deve­
nue presqu’une science exacte, jamais les travailleurs
n’ont eu à aborder de sujets plus vastes et plus
variés. La preuve se trouve dans nos derniers
Bulletins où se rencontrent des travaux qui par
leur étendue et leur valeur dépassent la plupart de
ceux que nous ayons déjà publiés.
Aussi souhaitons-nous que l’on ne s’en remette
pas seulement au charme de la lecture des procèsverbaux de notre secrétaire général, qui semblent
pouvoir dispenser d’assister à nos séances, .mais
qu’au contraire elles soient plus nombreuses,l’intérêt
en seraplus grand, les communications gagneront à
être présentées par leurs auteurs, surtout s’il en
jaillit une discussion toujours courtoise. Enfin pour­
quoi re pas l’avouer, si nos cheveux blanchissent,
le zèle chez nous tous ne se refroidit pas, mais nous
aimerions à voir, comme du temps de M. Galy, les
jeunes s’intéresser davantage à nos travaux, y

— 11 —
prendre part et combler les vides que la mort a
ouverts dans nos rangs. Certes il en est, et j’en vois
ici, qui sont des fidèles et nous donnent souvent
d’intéressants travaux ; mais nous voudrions qu’ils
fussent la phalange qui, un jour, doit nous rem­
placer.
Enfin, il semble que quelques séances ouvertes à
tous ceux qui s’intéressent à notre œuvre, quelques
conférences sur des sujets d’histoire où d’archéolo­
gie locale ne pourraient qu’intéresser et donner à
noire société une importance éducatrice à laquelle
elle ne doit pas rester étrangère et dont elle tirerait
honneur et profit.
Mais je m’oublie, et je crains surtout de paraître
oublier les remerciements que je dois aux organisa­
teurs de cette confraternelle réunion, après laquelle
il me semble qu’un lien de plus se sera formé entre
nous ; je les offre bien sincères à MM. de Biran et
Dujarric-Descombes, qui en ont assumé l’aimable
initiative, et je prie M. Dujarric Descombes, quia
pris en main l'organisation de ce banquet, qui a
tout préparé, ce négligeant aucun détail, ve liant à
tout, d’être assuré que je lui en suis tout particulièrement reconnaissant, et que je suis certain de
n’être démenti par personne en le félicitant sur
sa réussite, et d’être l’interprète de tous.
Je tiens à adresser à M. Gh. Durand un remer­
ciement tout spécial pour le charmant menu qu’il
a destiné et qui restera un si aimable souvenir de
cette soirée. La lettrine si finement enluminée
semble échappée de quelque précieux manuscrit,
encadrant la liste originale des mets dignes d’un
programme si artistique. Merci pour voire délicate
attention et recevez mes compliments pour son exé­
cution.
Mon cher vice-président, j’ai gardé, pour termi­
ner, les remerciements que je vous dois pour lés
trop flatteuses paroles que vous m’avez adressées
et dont je suis si confus, que je crains que vous
n’ayez pris pour des réalités l’espoir que peut
faire naître en vous la communauté des goûts et
des sentiments qui dès notre première rencontre

12
m’a tira vers vous. Héritier d'un des noms qui symbolisent dans notre époque moderne la philosophie
spiritualiste, vous êtes à la fois un penseur et un
poète. Après avoir servi votre pays dans des situa­
tions élevées vous nous revenez dans toute la force
de l’âge, dans toute la plénitude des facultés qui
vous permettront de réaliser vos goûts préférés et
d étudier cette partie du Périgord d’où votre fa­
mille est originaire et où l’estime due à son mérite
l’a élevée aux plus hautes charges. Nous nous en
félicitons tous, certains de l’avantage que nous tire­
rons de votre présence plus fréquente parmi nous,
et de votre active collaboration ; permettez moi de
reporter sur notre chère Société les paroles si
aimable s que vous m’avez adressées et de lever mon
verre à sa prospérité, à vous, à tous ses membres 1

A son tour, M. Edouard Decoux-Lagoutte
a porté le teast que voici :
Messieurs,
Au milieu d’une assemblée composée tout en­
tière d’amis des belles-lettres, de personnes curieu­
ses des choses de l’esprit et nourries des souve­
nirs des grands écrivains anciens et modernes, je
puis me permettre d’évoquer une partie bien con­
nue de la littérature classique. Dans les tragédies
grecques, à côte des principaux personnages qui
mènent l’action et sans lesquels- la pièce n'exis­
terait pas, on voit apparaître la foule, le peuple, ce
qu’on appelle le Chœur. Cette masse impersonnelle
assiste aux péripéties du drame, dont elle est quel­
quefois la victime, mais elle n’est point muette et
insensible.
Par la, voix d’un des siens, elle vient commenter
les événements ; elle approuve ou maudit les pro­
tagonistes. Eh bien, si vous le voulez bien, je vais
être ici le vieillard du Chœur antique : je vais tra-

— 13 —
duire les sentiments de la foule, c’est-à-dire des
simples membres de la Société.
Je ne yeux pas féliciter notre cher Président de
son élection ; il était tellement indiqué pour ce
poste, que sqn nom est venu sur toutes les lèvres
lorsque nous avons eu le profond regret de perdre
M. de Roumejoux. L’unanimité qui l’a acclamé
était dans tous les esprits et dans tous les cœurs
avant de se traduire par un vote. C’est bien là, et
cela tend malheureusement à devenir une excep­
tion, « l’homme fait pour la place ». Avec une telle
direction, la Société ne peut que marcher à grands
pas dans la voie du progrès où elle est engagée de­
puis le jour où elle a été créée.
Que dirai-je de ses collaborateurs immédiats, de
ceux qui composent avec lui notre grand conseil ?
Je ne veux pas les louer devant eux ; leur mo­
destie ne me le permettrait pas. Mais je puis au
moins les citer : M. de Bosredon, l’homme' consi­
dérable à tous égards, qui a toujours été supérieur
aux positions qu’il a occupées, quelque importantes
qu’elles aient été, dont la modestie égale la science;
— M. Dujarric-Desbombes, dont l’érudition est
universelle et qui a traité avec succès toutes les
questions historiques qui touchent à notre province;
— M.de Biran qui porte sans faiblir un grand nom ;
— mon vieux compagnon et fidèle ami de jeu­
nesse Lespinas, numismate ot bibliophile érudit; —
M. Villepelet, ce . travailleur émérite, à l’esprit si
ouvert, si cultivé, et qui a toujours l’air de recevoir
un service quand on le met à contribution ; — M. le
chanoine Brugière, qui depuis de si longues années
accumule des matériaux pour l’histoire de notre
province, et qui en a déjà mis en œuvre une partie
avec un réel talent ; — M. Durand, dont les trop
rares écrits sont marqués au coin d’une science et
d’un sens artistique impeccables ; —enfin, l’excel­
lent trésorier M. de Saint-Pierre, qui a toujours su
remplir scs fonctions avec autant de zèle que de
tact.
Je croirais, messieurs, avoir omis une portion
de ma tâche, si je ne changeais maintenant de

14 —
rôle. Je fais partie des deux Sociétés historiques
de la Corrèze et de celle de Limoges. Je compte
un grand nombre d’amis parmi leurs membres, et,
notamment, René Fage, le distingué président de
la Société archéologique, du Limousin, qui n’a pu,
ainsi qu’on vient de vous le dire il y a quelques
instants, venir ce soir auprès de nous ; je sais l’es­
time où l’on tient chez nos voisins notre cher Pré­
sident : aussi, c’est aussi en leurs noms, sachant
que je ne serai pas désavoué, que je lui al esse
toutes leurs félicitations et que je vous invite à
lever ensemble vos verres en lui souhaitant une
longue et heureuse présidence.

Au nom du bureau, M. le marquis de
Fayolle a remercié M. Decoux-Lagoutte avec
beaucoup d’à-propos et d’esprit.
Il a été prononcé par M. le docteur LadeviRoche un dernier discours dont nous re­
grettons de ne pouvoir donner que la subs­
tance.
Après avoir salué avec joie l’élévation à
la présidence du marquis de Fayolle, eu qui
ravivent les mémoires aimées desGaly, des
Hardy et des Roumejoux, l’orateur a fait la
remarque que la grandeur des peuples leur
vient, non de leur prospérité matérielle,
mais de leurs œuvres intellectuelles. Il a
félicité la Société Historique et Archéologi­
que du Périgord de bien servir la patrie eu
faisant connaître tous les jours de plus en
plus l’histoire de notre belle province. Enfin
il a terminé en constatant que la grande
force des Sociétés Savantes leur vient de leur
pleine liberté, de leur pleine indépendance,
du faire par elles mêmes, et il a exprimé le
désir que ce régime de la pleine, liberté soit

— 15 appliqué en France à toutes les œuvres de
la pensée.
Toutes ces allocutions ont été couvertes
d’applaudissements.
Il était plus de 11 heures quand chacun
s’est retiré emportant de cette soirée une
délicieuse et ineffaçable impression.
(Extrait du Journal de la Dordogne).

f

PÉRIGUEUX. — IM P. DE LA DORDOGNE.