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Fait partie de Le Congrés : Ce qui doit le faire accepter ce qu’ on doit y traiter et moyens d’y parvenir
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LE CONGRÈS
Ce qui doit le faire accepter
ce qu’on doit y traiter
et moyens d’y parvenir
PAR
H. DRION
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
17 ET. 19, GALERIE D’ORLÉANS (PALAIS-ROYAL)
1864
LE CONGRÈS
Ce qui doit le faire accepter
Ce qu’on doit y traiter et moyens d’y parvenir
LE CONGRÈS
Ce qui doit le faire accepter
ce qu’on doit y traiter
et moyens d’y parvenir
PAR
H. DRION
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
17 ET
19, GALERIE D’ORLÉANS (pALAIS-ROYAl)
1864
LE CONGRÈS
CE QUI DOIT LE FAIRE ACCEPTER
CE QU’ON DOIT Y TRAITER ET MOYENS D’Y PARVENIR
Celui qui vient écrire ici pour un objet aussi
important et si solennel, n’a pas étudié la politique;
il avoue n’en posséder aucune notion. C’est à peine
s’il connaît ce qui est nécessaire pour communiquer,
plus ou moins bien, les jugements de l’intelligence
dont la nature lui a départi l’usage.
Ce ne sont donc point des idées cueillies dans
des champs qu’il ne connaît pas, qu’il vient ici ex-
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primer. C’est dans le simple aperçu des choses
dont chacun peut faire sa propriété et son usage,
qu’il ira les chercher, heureux qu’il sera, s’il en
l’encontre d’assez justes, pour justifier l’acte qui est
venu aujourd’hui préoccuper les esprits, et en
faveur tout à la fois de toutes ses conséquences.
Mais l'homme ne fut pas toujours ce qu’il est
aujourd’hui. C’est en l’absence de tout ce qu’il pos
sède en ce moment, qu’il dut d’abord se frayer sa
route. Et c’est parce que celui qui écrit ceci a cru
qu'on pouvait y trouver peut-être encore quelque
guide, qu’il a cherché des raisonnements, pour la
solution de la question qui occupe, dans ceux qu’on
devait se faire dans ces temps tout primitifs, et
exempts de tout ce que le temps ou les circon
stances pourraient y ajouter de nouveau.
Voyons donc ce que nous pourrons trouver dans
cette recherche et dans cet ordre d’idées.
II
Dans tous les temps un homme dut être choisi
parmi les autres hommes pour gouverner la com
munauté, qu’il s’appelât Empereur, Roi, ou Chef de
Tribu. Mais, dans le principe, supposant que le
Créateur aurait mal fait son œuvre s’il n’avait fait
la terre suffisante pour la créature qu'il y plaçait,
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chacun ayant sa part de place au soleil, qui pourrait
croire que l’homme alors ne vivait, ne marchait
vers sa destinée, qu’au prix de toute sorte de luttes,
de toute espèce de déchirements ? Et sans remonter
dans la plus haute antiquité, que pouvait être en
core alors ce peuple inconnu jusque-là, qui té
moignait de sa connaissance de la nature et de son
culte pour ses lois salutaires, en plaçant la Divinité
dans l’astre qui donne la vie à tout ce qui nous en
toure, dans le soleil? Oh! non, ce peuple, dont
l’histoire était restée mystérieuse jusque-là, et jus
qu’à ce qu’il dût être si cruellement, si barbarement
troublé par l’invasion des soldats de Fernand
Cortez et de Pizarre, ce peuple, qui adorait ce qui
donne la vie, ne pouvait, ce nous semble, cultiver à
côté tout ce qui n’a réellement pour cortège que
la mort.
Mais il est donc vrai que depuis que se révéla chez
l’homme ce mauvais côté de sa nature personnifié
par Moïse dans Caïn, l’histoire rapporte tous ses
effets produits, même depuis les temps les plus
reculés.
Cependant les suites ne sont-elles pas également
vraies ? Et y eut-il jamais, par exemple, une lutte,
toujours sanglante, de roi à roi, ou de peuple à
peuple, qui n’ait eu fatalement son châtiment ?
Il y a bien eu des guerres ayant été suivies de con
quêtes qui paraissent plus ou moins bien affermies ;
mais les mêmes procédés restant en usage, qui sait
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ce que leur réserve l’avenir ? Et, pour limiter les
citations, que sont devenues celles d’Alexandre, ou
mieux encore, celles des Romains, qui durent se
croire un instant, et à tout jamais, les maîtres du
monde ?
C’est qu’en effet, pour régir l’universalité des
choses, il y a d’autres lois que celles de la force.
La vie,en général, comporte le mouvement, et quelle
est la force qui pourrait toujours comprimer l’ex
pansion de la vie ?
Voyez cette faible plante, que la moindre brise,
tant elle est fragile, vient agiter: quelle barrière,
sans proportion avec sa fragilité, n’a-t-elle pas dû
franchir pour arriver où l’appelait l’expansion de
sa vie?
Tout ce qui gène l’expansion de la vie ou s’y op
pose est donc destiné à ne pas exister ou à être
renversé.
Et s’il en est ainsi, d’une manière irréfragable,
suivant la loi naturelle et universelle, tout ce qui en
est la déviation, à quelque degré ou de quelque
manière que ce soit, n’entraîne-t-il pas avec soi le
même accident ?
C’est peut-être, ici, sous une forme nouvelle que
la vérité se présente. Mais, pour être aperçue,
faut-il quelle soit accompagnée d’un brillant cor
tège, ou revêtue d’une robe de pourpre?
Et la vérité étant ainsi révélée, établie, aujour
d’hui, où,| sur un certain point, l’avenir semble
chargé de menace, seraient-ce les peuples, plutôt
que les chefs d’État, qui devraient sentir le besoin
de prévenir un événement plus ou moins lointain,
de chercher le salut, en se rapprochant des lois
naturelles, d’une autorité si indéniable?
Mais le mauvais côté de sa nature n’entraîne-t-il
pas aujourd’hui l’homme jusqu’à la folie?
Quoi! jamais l’industrie, les arts et la science,
ne l’avaient placé aussi près du but élevé, où, d’a
près Newton, devaient le conduire sa destinée et
son génie. Et c’est à ce moment, qu’au lieu de le
conjurer, il semble dépenser, tour à tour, le plus
pur de ses forces morales et physiques à déblayer
l’abîme dans lequel il ne saurait éviter de tomber!
Et, en vérité, quel est celui d’entre tous qui doit
se croire préservé de la chute ?
Et si nul n’est sûr de l’avenir que lui présente
l’état des choses, pour conjurer le mal présent et
ouvrir la voie d’un plus sûr avenir, à qui mieux
qu’à ceux que la destinée a mis à la tête des
peuples, appartient-il de répondre à la grande
initiative qu’a prise l’un d’eux ?
Ils sont hommes comme les autres hommes, et il
y a des obstacles sans doute; mais qu’ils envisa
gent l’avenir et descendent aussi au rôle de simples
citoyens, et ils verront tous les obstacles se dis
siper, tous leurs scrupules s’effacer
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III
La réunion du Congrès étant admise, s’accom
plissant, sa mission devra être, nous l’avons dit,
de traiter du moyen non-seulement d’arrêter le
mal présent, mais d’ouvrir la voie d’un autre et
plus sûr avenir. Et nous convenons qu’à ce sujet
les obstacles ne manquent pas non plus, et qu’il
peut être difficile de trouver une solution qu’on
appelle pratique.
En effet, si l’homme était parfait, il n’aurait ja
mais connu le mal. Nous connaissons tous les fruits
du développement du mauvais côté de sa nature.
Il n’a point changé depuis la création. Il est le
même qu’il était il y a deux et trois cents ans.
Et s’il est nécessaire de tenir compte, en partie, de
la situation acquise, il faut tenir compte aussi,
sans doute, de la cause permanente qui a produit
cette situation, c’est-à-dire du mauvais côté de la
nature de l’homme existant toujours.
Mais, dans l’histoire elle-même, ne pourrait-on
pas trouver l’indication de quelque salutaire inspi
ration?
Dans quel état se trouvait le monde lorsque ap
parut Jésus, l’homme véritablement Dieu? C’était
la confusion jusqu’au délire. L’idée morale comme
I
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l’idée sociale, à proprement parler, n’existaient pas,
ou étaient enveloppées dans de véritables ténèbres.
Et, si la loi d’amour, de justice et de paix de Jésus
n’a pas produit tous les fruits qu’on pouvait en
attendre, puisque les hommes ont continué de se
déchirer entre eux; et si elle a été même mal in
terprétée, puisque c’est au nom de cette loi de vie,
que, soit par erreur, soit par calcul, s’est répandue
la mort; si enfin ceux qui sont spécialement
chargés de l’enseigner au monde en cachent encore
tout l’éclat sous beaucoup trop de formules, le
monde étant alors, pour ainsi dire, près de s’a
bîmer dans le chaos : qui pourrait méconnaître que
cette loi divine ne soit venue, du moins, produire
une salutaire déviation ?
Nous nous sommes jusqu’ici beaucoup occupé
du mauvais côté de la nature de l'homme; mais
il est accessible aussi aux émotions d’un autre
genre. Et pourquoi, pour le but présent, et en
cet instant menaçant peut-être de quelque autre
désastre social, pourquoi n’évoquerait-on pas une
de ces grandes idées qui remuent jusqu’aux plus
grandes profondeurs ?
Depuis les temps où l’homme crut devoir faire
d’un certain emploi de la force en quelque sorte
un de ses principaux moyens de fortune, on s’est
familiarisé avec la guerre; on a fait des vertus
guerrières les plus grandes vertus ; on a fait un
héros, une espèce d’être divin, de celui qui moisi
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sonnait un plus grand nombre d’ennemis, c’està-dire un plus grand nombre de semblables. Mais,
sans vouloir nous attaquer à l’homme, mais à l’au
réole dont il est entouré, quel est celui aujourd’hui
qui, se dégageant de l’éclat d’un si faux brillant, ne
condamne pas, du plus profond de son âme, ces
biens qui ne peuvent être acquis, ces questions qui
ne peuvent être vidées, qu’au prix de villes détruites,
de contrées dévastées et de mers de sang répandu.
Et réellement, n’est-il pas dans la destinée de
l’homme de voir disparaître un jour l’emploi de pa
reils moyens ?
Eh bien, pourquoi ne serait-il pas tenté d’avan
cer un tel jour, à cette époque de tant d’avance
ment ?
On demande un programme à celui qui a pris la
grande initiative !
Pourquoi ne répondrait-il pas ?
«Après avoir réglé le présent, en nous inspirant
autant que possible des principes de la loi natu
relle, dont la violation ou l’oubli laisse la menace
des plus grands et inévitables dangers, mon pro
gramme, c’est un dogme politique que je vous pro
poserai d’établir, formellement, et en môme temps,
dogme faisant suite au dogme religieux, ou plutôt
le complétant, qui permette dorénavant à chaque
nation de se mouvoir sans trouble, du moins exté
rieur, dans toute la plénitude de son indépendance
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et suivant la vie qui lui est propre.—Et nous con
viendrons également des justes moyens d’assurer
l’observation de ce dogme. »
Voilà donc le moyen que nous emploierions
pour tourner l’obstacle né du mauvais côté de la
nature de l’homme. Et ainsi, quelque inattendu que
cela puisse paraître , règlement du présent par les
moyens indiqués par la loi naturelle qui résume
en elle la justice et la raison, et est la seule voie de
salut, et paix perpétuelle entre les nations de l’Eu
rope : tel est donc le résultat général de la solu
tion que nous concevrions, nous, pour toute la
question qui s’agite.
Nous avons beau nous forcer l’esprit; et même en
tenant compte de tout ce qui séduit l’homme icibas, nous ne voyons point, quant à nous, celui qui
aurait à perdre à cette solution.
Et en vérité, depuis quand le naturel serait-il
devenu impossible?
Et s’il ne serait pas impossible de parvenir à la
réalisation de la première partie de cette solution
en faisant appel à toutes les forces véritablement
et réellement vives de l'homme, encore une fois,
pourquoi le temps de la seconde ne serait-il pas
venu ?
Pourquoi enfin serait-il impossible de trouver un
moyen d’assurer la fidèle exécution de cette se
conde partie de la solution ?
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Mais cette idée elle-même ne viendrait-elle pas
servir comme à souhait la pensée et les sentiments
de celui qui a pris la grande initiative? Car, à une
proposition de cette nature, par quel refus pourraiton répondre ?
Et cette idée, renfermant un tel appel à la con
corde, posée, nettement formulée, proclamée, ne
trouverait-elle pas partout de nouveaux apôtres
qui, la développant, prêchant la foi nouvelle et la
faisant pénétrer partout, forceraient bien les aveugles
à s’y soumettre.
N’est-il pas vrai aussi que souvent la vérité peut
nous aveugler, tandis que nous nous en croyons
fort éloignés ?
Mais, sans autre commentaire , c’est donc ainsi,
selon nous et à notre point de vue, nous le croyons
et le disons dans toute la sincérité de notre âme,
plein de satisfaction de notre erreur, si nous nous
trompons, que devrait se formuler la proposition,
et qu’au lieu de la menace qui pèse sur l’Europe, il
peut appartenir à cette époque de voir prendre une
décision, et se formuler un contrat, dont le souve
nir, comme celui de leurs auteurs, devra se perpé
tuer jusqu’aux dernières limites du temps.
Et pourquoi ne ferait-on pas assister les peuples
eux-mêmes à cette solennité!
— 15 —
IV
Est-il bien nécessaire maintenant de s’appesantir
beaucoup sur ce que pourraient être, non pas le ré
sultat, mais les résultats d’une telle solution, dont
le premier serait de faire supprimer des moyens
coûteux de destruction, et de permettre de faire de
ce qu’ils coûtent un usage sans doute plus fécond?
Tout ce qu’on a dit de mieux pour justifier la
guerre, c’est qu’elle avait répandu la civilisation.
Mais, s’il fallait payer un tel prix la propagation de
la civilisation, cela ne deviendrait plus ici néces
saire, les communications étant devenues faciles, et
l’activité humaine devant appeler de plus en plus
les hommes à se mêler entre eux pour une autre
lutte que pour celle des sanglants combats.
Et de quel ordre ne pourrait-elle pas être toute
cette autre lutte !
11 ne faudrait pas craindre qu’il n’y eût pas de
place pour toutes les activités et toutes les intelli
gences. Et tandis que dans la paix, autant que pos
sible universelle, l’homme grandirait dans l’indus
trie qui procure le bien-être et s’élèverait de plus
en plus, par les arts et la science, dans la conquête
du beau et de l’inconnu, les gouvernements secon-
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deraient tout cet élan, en répandant en particulier,
partout, la semence de toutes les connaissances
utiles, et par conséquent celle de toutes les vertus.
Mais ce ne serait là autre chose qu’un retour vers
l’ordre de choses auquel, dès le principe, l’homme
parut être convié pour sa tranquillité comme pour
sa gloire, et dont une erreur l’a tant fait dévier. Et
réellement, bien réellement, si tout cela pouvait
s’accomplir, les rois ne recueilleraient-ils pas au
tant de tranquillité dame, de grandeur et de gloire,
à présider au développement d’une telle destinée!...
Paris. — Imprimerie de A. PARENT, rue Monsieur-le-Prince, 31.
IMPRIMERIE DE A. PARENT
rue Monsieur-le-Prince, 3i.
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