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Médias

Fait partie de Grands hommes du Périgord (Les ) : Pierre Daumesnil 1776-1832

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1895

A MON EXCELLENT AMI

GUSTAVE BAËR
TÉMOIGNAGE TRÈS AFFECTUEUX

Milhac-de-Nontron, le 24 août 1895.

PIERRE

DAUMESNIL

1770 — 1832

Sur l’une des plus belles places de Périgueux, au centre même de
l’animation et du mouvement, s’élèvent quatre statues rangées en
bel ordre qui attirent les regards des voyageurs étrangers en cette
ville. Ce sont celles de quatre grands hommes qui ont vu le jour
dans notre département et dont nous pouvons à bon droit nous
enorgueillir: j'ai nommé Bugeaud, Daumesnil, Montaigne et Fénelon.
Par une alliance remarquable de la stratégie et de la littérature, les
deux premiers doivent leur gloire aux armes et à la guerre, les deux
seconds sont célèbres surtout par leurs immortels écrits.
Ne devons-nous pas admirer cette heureuse disposition et recon­
naître avec une fierté bien excusable que le Périgord ne s’est pas
distingué spécialement dans tel ou tel genre, à l’exclusion des autres,
mais qu’il a su les concilier tous en produisant à la fois des généraux
et des écrivains?
C’est la marque d’un pays vivace et prospère que de pouvoir
cultiver à, l’occasion, soit la rude science des combats, lorsque la

PZ
C

6-0 3

— 6 patrie en danger réclame le secours de tous ses enfants, et de
changer l’épée pour la plume lorsque le fracas des armes a cessé,
lorsque la paix réparatrice et bienfaisante est venue cicatriser les
plaies de la guerre, et substituer, aux luttes sanglantes de deux
peuples déchaînés l’un contre l’autre, les salutaires occupations de la
civilisation et de la concorde.
La Dordogne a toujours montré qu'elle s'entend aussi bien à
défendre le sol menacé, qu’à enrichir notre littérature par désœuvrés
magistrales universellement estimées. Cependant, quelle que soit sa
gloire littéraire dont Fénelon et Montaigne ont été les illustres
artisans, il convient de dire, pour rester dans le vrai, qu’elle le cède
quelque peu à sa gloire militaire, je dis quelque peu, car la différence
est presque insensible, presque nulle; il est bien difficile du reste
d’en établir une scrupuleuse, entre deux éléments si peu compatibles
l’un avec l’autre. On est convenu néanmoins de dire que Daumesnil
et Bugeaud ont été plus célèbres comme généraux que Fénelon et
Montaigne comme écrivains. Je me garderai bien de discuter ici cette
opinion, que je vous laisse le soin d’apprécier à votre guise. Outre
quelle serait parfaitement oiseuse, elle constituerait une digression
inutile et m’éloignerait du sujet que j'ai choisi.
Je me propose en effet, aujourd'hui, de consacrer de modestes
pages à la mémoire de notre grand Daumesnil, et de faire revivre
encore une fois, le plus brièvement et le plus exactement possible, les
hauts faits de cet homme d’élite, dont la bravoure et l’audace furent
tels que les ennemis mêmes respectent son nom, comme la personni­
fication la plus vivante d’un patriotisme ardent, soutenu par un
indomptable courage.
Certes, je n’ai point la prétention de dire du nouveau : je ne dirai
rien qui n’ait été dit et bien dit par des historiens plus autorisés que
moi en la matière. Cependant, je crois qu’une vie comme celle de
Daumesnil, vie pleine de dévouement et de courage, est une de celle
que l’on ne doit pas oublier, car elle peut de tous côtés servir d’exem­
ple à tous les citoyens. Elle montre ce qu’est le véritable patriotisme,
et aujourd'hui, que le mot de patrie est sur toutes les bouches et

dans tous les cœurs, elle étale au grand jour quels sont les grands
sentiments qui doivent animer tous les Français, et encourager pour
l’avenir les générations futures !
Pierre Daumesnil naquit à Périgueux, en 1776. De bonne heure,
il fut poussé par une irrésistible vocation pour les armes; aussi pour
donner satisfaction à son penchant, il s’engagea à l’âge de quinze
ans, en 1791.
C'était alors la période la plus troublée de notre histoire nationale,
mais aussi la plus féconde en grandes idées et en grands hommes. La
Révolution avait commencé en 1789, Louis XVI était déchu, les
factions politiques se partageaient notre pays: la Convention s'im­
mortalisait par ses travaux gigantesques et « la victoire en chantant
nous ouvrant la carrière », montrait la reconnaissance de toute une
nation pour avoir imaginé et mis en œuvre les moyens de défense
qui sauvèrent la patrie en danger.
Daumesnil semblait prédestiné à être le témoin de grandes scènes.
En effet il vit tout : les luttes des Montagnards et des Girondins, la
hideuse Terreur, les glorieuses batailles de la République en 1793
et 1794. Il n’avait été jusque là qu’un combattant obscur, le Directoire
et le Consulat le mettent en lumière. Bonaparte, avec cette perspicacité générale qui lui faisait reconnaître du premier coup d’œil les
hommes dont il avait besoin, devina en Daumesnil un soldat dans
toute la noble acception du mot. Il ne se trompa point. Daumesnil
se rendit digne du choix dont il avait été l’objet. C’est dans la cam­
pagne d’Egypte qu’il se distingue pour la première fois; il déploie
une intrépidité telle qu’on ne le connaît bientôt plus que sous le
surnom de « Brave ». Aussi notre compatriote conquiert-il désormais
tous ses grades sur le champ de bataille, — trois fois il sauva la vie à
Bonaparte. Mais aussi celui-ci devenu empereur ne l’oublie pas dans
l’enivrement de son triomphe, et bien que Daumesnil n’ait qu’une
instruction fort ordinaire, avec cet enthousiasme et cette générosité
que la bienfaisance inspire, le grand empereur lui prodigue généreu­
sement les commandements et les honneurs.
Nous le voyons à la suite des armées à Marengo en Italie, à la

sanglante affaire d'Eylau, à Friedland, à, Eckmuld en Allemagne.
A la suite de l’insurrection du 2 mai 1808, il reçoit l’épaulette de
colonel et est placé en cette qualité, à la tête des chasseurs de la
garde impériale.
Il est aussi à Wagram en 1809 en qualité de colonel, mais le
malheur et l’adversité semblent s’être tournés contre lui, lorsque par
une ironie cruelle du sort, il reçut un boulet autrichien qui lui fra­
casse la jambe et nécessite une douloureuse amputation, qu’il
supporte, du reste, avec une résignation stoïque. Les plus cruelles
souffrances ne réussissent pas à le faire fléchir; loin de se plaindre,
il ne cesse d’encourager ses compagnons d’infortune. Cependant il
guérit. Mais pourra-t-il encore suivre comme autrefois les combat­
tants? Pourra-t-il se mêler au fort des batailles et paraître, sans peur,
devant l'ennemi? Non, la perte de son membre lui interdit de
prendre part aux combats.
Quel malheur pour lui, si brave, si hardi, si valeureux; lui, si
bien disposé à faire son devoir, car il aurait préféré la mort que de
céder devant l’ennemi ! Combien il déplore alors cette accident. Quel
désespoir pour un homme encore jeune d’être condamné à l’inactivitéIl se croit inutile à la France et maudit sa blessure !
Courage, ô vaillant colonel ! Votre carrière a été trop bien com­
mencée pour qu’elle se termine si brusquement d’une façon si
malheureuse; votre héroïsme demande plus encore et certes vous ne
serez pas abandonné. Comme les héros qui n’ont dans la détresse,
pour toutes consolations, que la satisfaction du devoir accompli,
« votre gloire vous suivra dans votre adversité » !
Son tour va venir. Napoléon l’a nommé en 1812 gouverneur du
château de Vincennes. un des forts les plus importants de Paris.
1812 arrive avec revers. La retraite de Russie, la meurtrière
bataille de Leipzig démoralisent les troupes et affaiblissent le pays.
1814 voit les invasions étrangères, Russes, Allemands, Autrichiens,
envahissent la France, saccageant tout sur leur passage, ne laissant
derrière eux que des ruines et des incendies, écrasant la vaillance
sous le nombre.

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Tout cède, tout capitule. Les victoires de Napoléon sont stériles, et
n’empêchent pas la marche victorieuse de l’ennemi, qui arrive
bientôt aux portes de Paris.
Il cerne la capitale que défendent seulement 22.000 hommes. C'est
moins un combat qu’une boucherie. Paris se rend après une défense
acharnée. Seul un fort a résisté, et malgré leur supériorité numérique
les alliés n’ont pu s’en emparer. Ce fort, c’est Vincennes, et dans
Vincennes, il y a Daumesnil, Daumesnil avec son détachement
d’artilleurs et deux cent cinquante cavaliers.
La disproportion de ses forces avec celles des assiégeants réussirat-elle à l’intimider ? Non, et avec ce sang-froid coutumier aux braves,
il fait pointer les canons, lever le pont-levis. Son empressement et
sont audace stupéfient l’ennemi, qui prend alors la résolution
d'envoyer un parlementaire à Daumesnil, pour le sommer de se
rendre; l’héroïque général montre à l’envoyé son membre mutilé,
et lui dit, pour toute réponse : « Quand vous m’aurez rendu ma
jambe, je vous rendrai la place. » L’envoyé, piqué, de cette saillie,
riposte : « Nous vous ferons sauter. » C’est bien, réplique Daumesnil
en lui indiquant du doigt un magasin où sont enfermée 1800 milles de
poudre : « Je commencerai, et nous sauterons ensemble. » Quoi donc,
ce misérable fortin ose résister à plusieurs centaines de mille hommes
excités par leurs victoires et formidablement armés! La surprise
de l’ennemi dégénère en fureur. Mais à ce jeu-là, c’est encore notre
compatriote qui a l’avantage. La grosse artillerie du fort répond
à l’artillerie des alliés et les décime en détail, au lieu que la garnison
de Vincennes, bien abritée derrière des murs épais, n’éprouve pas le
moindre dommage. Il faut renoncer de prendre la citadelle de vive
force; mieux vaut essayer d’en faire le blocus. Soit! Daumesnil a
des vivres : il attendra.
Cependant Paris a capitulé le 30 mars. L’acte de capitulation
signé par Marmont, porte que les armes laissées dans la campagne
autour de Vincennes seront livrées à l’ennemi. Daumesnil frémit à
cette nouvelle. Laissera-t-il s’accomplir ce vol sous ses yeux? Dans
la nuit du 30 au 31, il sort avec ses cavaliers, il ramène dans le



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château canons, fusils et matériel de guerre. Les alliés réclament les
armes qu’on devait leur remettre. Venez les prendre, répond l’in­
domptable gouverneur. Il avait ainsi sauvé 80 millions à la France.
Quelle joie pour ce cœur patriote ! Quelle satisfaction pour ce brave,
qui désormais se croyait inutile à son pays, de lui avoir sauvé, par
sa bravoure et sa vaillance, un matériel de guerre si important !
Irrités par cette résistance, Prussiens, Russes, Autrichiens, lèvent
le siège sans avoir pu s’emparer de Vincennes. Louis XVIII seul,
peut en obtenir les clefs, et comme récompense d’une vaillance si
merveilleuse, l’indigne monarque enlève à Daumesnil le commande­
ment de la forteresse.
L'année suivante, Napoléon revient de l’île d’Elbe, Louis XVIII
s'enfuit courageusement, Daumesnil reprend la direction de Vin­
cennes. Mais la fortune s’est lassée de favoriser l’empereur. II est
vaincu à la terrible bataille de Waterloo, l’invasion étrangère
recommence. La Champagne est de nouveau assaillie par les hordes
germaniques et slaves, qui se ruent au partage de notre pauvre
patrie impuissante. Les alliés se souviennent, avec honte, de leur
récent insuccès. Ils tiennent à honneur de s’emparer de cet imprena­
ble petit fort qui résiste seul, perdu dans les flots ennemis, ainsi
qu’un rocher dans la mer. Ils recommencent leurs menaces; elles
échouent comme la première fois : « Nous couperons l’eau qui
alimente le fort, disent les généraux. — Coupez, répond Daumesnil,
quand l’eau manquera, je mets le feu aux poudres ». Il fallait trou­
ver un autre moyen; on essaya de la corruption. Daumesnil va-t-il
se laisser prendre aux promesses trompeuses de ses ennemis? Ne
saura-t-il pas, encore une fois, leur montrer sa ténacité, enfin de
déjouer leur rôle corrupteur et infâme? Ou sait que le général français
est pauvre; on lui offre un million, s’il consent à rendre la place. —
C’est alors que le héros bondit à cette indigne proposition; son indi­
gnation éclate en paroles éloquentes et sublimes que l’histoire nous
a conservées : « Allez dire à votre général que je garde à la fois
» sa lettre de proposition et la place de Vincennes; la place, pour la
» conserver à mon pays qui me l’a confiée, la lettre, pour la donner

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» en dot à mes enfants. Ils aimeront mieux cette preuve de mon
» honneur qu’un million gagné par trahison. Vous pouvez ajouter
» que malgré ma jambe de bois et mes 23 blessures, je me sens encore
» plus de force qu’il ne m’en faut pour défendre la citadelle, ou pour
» faire sauter avec elle votre général et son armée ».
Admirable réponse qui aurait suffi à l’immortaliser, s'il ne l’avait
déjà été par ses exploits précédents.
C’est en vain que les Prussiens l’assiègent pendant cinq mois
entiers. Ils sont encore obligés de lever le camp, sans avoir pu venir
à bout de ce petit château et de ses trois cents hommes.
Qui n’est pas forcé d’admirer votre courage, après une telle conduite,
ô digne Français, dont j’essaie en ce moment de bégayer l’éloge ?
Quel est celui qui, en passant devant votre auguste et admirable
image, osera dire que vous n’avez pas été un héros tenant à l’honneur
de votre pays plutôt qu’à la fortune et au bien-être? Il serait temps,
il me semble, que votre abnégation et votre courage soient récom­
pensés !
Ce n’est qu’à Louis XVIII, roi de France, que Daumesnil se rend,
lui et sa garnison. Le roi va-t-il enfin donner une juste récompense
à ce vaillant serviteur qui lui a conservé Vincennes par son inflexible
énergie? Non, il le prive de son commandement et le met à la
retraite, comme s’il avait forfait à l’honneur en se défendant à
outrance.
Nous devrions nous abstenir de commentaires sur la conduite de
Louis XVIII vis-à-vis de Daumesnil. Mais sans vouloir entrer sur ce
point, dans un trop grand développement, nous sommes heureux de
saisir ici l’occasion de montrer, par la véracité des faits, comment
certains monarques récompensaient mal leurs sujets; en un mot, et
pour tout dire, comment on savait, sous la royauté, substituer à
l’esprit de justice et de reconnaissance, celui d’égoïsme et
d’ingratitude.
En effet, n’est-il pas honteux pour Louis XVIII d’avoir traité ainsi
celui qui lui a conservé si dignement, par son ardeur au combat et
son infatigable bravoure, ce fort, qu’il eût été sûr de perdre et de

voir disparaître dans les mains de l’ennemi? Le roi n’avait-il pas été
témoin de toutes les fatigues supportées par le vaillant général, pour
conserver Vincennes, dont son pays lui avait donné la garde?
Enfin, Daumesnil qui s’était rendu au roi. avec son armée, pour lui
remettre les clefs de la citadelle et l’assurer de tout son dévouement
pour lui et pour son pays, y a-t-il failli un seul instant? Lui, sans
fortune, qui avait refusé de s’enrichir pour ne pas compromettre son
honneur et celui de ses enfants !
C’est cette grandeur d’âme, cette générosité, ces éclatants exemples
de patriotisme qui sont ainsi récompensés? On se voit forcé d'avouer
que l’héroïsme de l’insulté fait ressortir encore davantage l’ingrati­
tude et la bassesse de l’insulteur!
Daumesnil n’a pas encore fini sa carrière, et les dernières étapes de
sa vie ne sont pas les moins intéressantes, car c’est dans cette
dernière période que tous, amis comme ennemis, alliés comme
adversaires, vont reconnaître qu’il est véritablement l’homme au
grand cœur et aux généreuses pensées. Il assiste au règne insigni­
fiant de Louis XVIII, aux troubles politiques de celui de Charles X.
En 1830, la situation s’aggrave, les abus des ministres ont aigri le
peuple qui s’agite soudainement. La révolution éclate dans toute sa
violence. Le commandement de Vincennes, devenue prison politique,
est rendu à son ancien gouverneur par le roi Louis-Philippe. Les
ministres convaincus d’avoir violé les lois et la liberté nationale y sont
incarcérés, en attendant un jugement.
Mais le peuple veut se faire justice lui-même. Renouvelant les
scènes orageuses de 1789, il se porte en masse vers le vieux donjon,
et demande avec colère qu’on lui livre les coupables. Sur un refus
catégorique, la foule s’enflamme, profère des cris de mort, prend une
attitude hostile et commence à attaquer le château. Les fossés sont
envahis, l'entrée menacée, — Daumesnil, le vieux soldat de l’Empire,
le vieux brave qui adonné son sang pour ses concitoyens, va-t-il
tirer une vengeance maintenant, et réprimer l’émeute par la vio­
lence, lui qui ne s’est battu jusque-là que contre les ennemis de son
pays? Il a bien vite pris son parti, l’audacieux que rien n’épouvante.

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Les cris retentissent de plus belle; qui sait à quels excès va se porter
une foule aveuglée par sa passion ?
Mais soudain le pont-levis s’abaisse, tous s’arrêtent attentifs et
Daumesnil, qui est alors un vieillard à cheveux blancs, s’avance seul
en avant des insurgés avec sa jambe de bois et ses décorations ; « Que
voulez-vous, mes enfants? Les têtes des accusés? Souvenez-vous
qu’elles appartiennent à la loi et que vous ne les aurez qu’avec ma
vie. Retirez-vous, ne souillez pas votre gloire. » Et par un revire­
ment subit, dont les grandes masses sont coutumières, les furieux
s’apaisent, se font humbles devant ce misérable débris de l’époque
impériale; et tous crient, en une formidable acclamation; « Il a
raison, retirons-nous, vive la Jambe de Bois ! » Ce fut le dernier
triomphe de Daumesnil. Il mourut en 1832, à Vincennes, emporté
par une épidémie de choléra; il était alors lieutenant-général. Sa
noble dépouille a été enterrée à côté du vieux château, comme s’il
Ainsi quand de tels morts sont couchés dans la tombe,
voulait, même
après
sa mort,
le protéger
le ce
défendre.
En vain
l’oubli,
nuit sombre
où va et
tout
qui tombe,
Telle a été
l'existence
de cet enfant
Périgord
dont la vie n’est
Passe
sur leur sépulcre
où nousdunous
inclinons;
joursublimes;
pour eux seuls
levant
fidèle,
qu’un tissuChaque
d’actions
il estsede
ceuxplus
dont
le poète a dit :
La gloire! aube toujours nouvelle,
Fait luire leur mémoire et redore leurs noms ! (1)

Un auteur d’un certain mérite, M. Dupin aîné, a trouvé pour lui,
un mot énergique et bien choisi. Il n’a voulu, dit-il, « ni se rendre,
ni se vendre. » Rien n’est plus juste, car Daumesnil a su résister à la
violence, à la corruption, aux menaces et aux promesses. Il n’a
eu qu’un seul but, le devoir; qu’un seul sentiment, l’honneur; qu’un
(1) Victor Hugo : Chants du Crépuscule, Hymne, page 382.



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seul procédé, le courage. Il a noblement accompli sa tâche sans faillir
un seul instant, et sans mettre en balance d’autres considérations.
Que son souvenir soit à jamais honoré et béni : que sa mémoire soit
l’objet d’un culte parmi ses compatriotes, car cet homme est de ceux
que l’on est fier de savoir nés dans le même pays que vous.
Honneur à lui, le vaillant, qui a maintenu le prestige de la gloire
française à une époque où tant d’autres trahissaient. Que d'immor­
telles louanges consacrent le souvenir de ses belles défenses, et que
sa grande ombre héroïque, se présentant sans cesse à nos yeux,
nous ramène au devoir si nous l’oublions, au chemin de l’honneur
si nous en sommes écartés.
Gloire à toi, Périgord bien aimé! Patrie de poètes et d’artistes,
de généraux et d’écrivains, de philosophes et de moralistes, d’avoir
donné à la France d’aussi grandes preuves de ta vitalité. Vieille
province aux souvenirs « héroïques et charmants » berce toujours
dans ton sein la mémoire de tes gloires passées, et continue comme
jadis, parta marche triomphale vers le progrès, à toujours mériter
dans l’avenir, la reconnaissance et l’amour de tous tes enfants.