B243226101_MZ_00056.pdf
Médias
Fait partie de Fouilles de Vésone
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FOUILLES
DE
VÉSONE
(Compte =Rendu de 1906)
PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE D. JOUCLA, .RUE LAFAYETTE, N° 19
1906
FOUILLES
DE
VÉSONE
(Compte=Rendu de 1906)
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PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE D. JOUCLA, RUE LAFAYETTE, N° 19
1906
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FOUILLES
DE
VÉSONE
(Compte- Rendu de 1906)
I.
M. le Sous-Secrétaire d'État Bérard, au cours de la visite
qu'il fit au Musée de Périgueux, en juillet 1904, exprima le
regret que des fouilles méthodiques n'aient pas été faites aux
environs de la Tour de Vésone et dans le sous-sol de la ville
gallo-romaine, berceau de la nôtre.
Ce regret, exprimé dans de pareilles circonstances, résumait,
évidemment, tout un programme d'action future. C'est ce que
comprit notre très regretté maire M. Fougeyrollas qui, à la suite
de démarches éclairées auprès de l'Administration des BeauxArts, reçut de M. le Sous-Secrétaire d'État Dujardin-Beaumetz,
la lettre suivante :
Palais-Royal, le 27 mars 1905.
Monsieur le Maire,
Vous avez bien voulu appeler mon attention sur l'intéret que présenteraient des recherches archéologiques dans le sous-sol ancien de
votre ville.
J'ai l'honneur de vous informer que je charge aujourd'hui même
M. Rapine, Architecte en chef des Monuments Historiques de la
Dordogne, de se rendre sans tarder à Périgueux afin d'étudier sur
place la question.
M. Rapine m 'adressera dès son retour un rapport sur cette mission,
ainsi que des propositions relatives aux fouilles qui pourront être
pratiquées.
J'ajoute, Monsieur le Maire, que je suis dés maintenant disposé à
faire participer dans une large mesure le budget des Beaux-Arts aux
dépenses qu'entraîneront ces recherches.
Agréez, etc.
Le Sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts,
Signé : DUJARDIN-BEAUMETZ.
A la suite de la reconnaissance faite par M. l'Architecte en
chef du Gouvernement, M. le Sous-Secrétaire d'Etat aux BeauxArts, par une dépêche du 5 juillet 1905, informa M le Préfet de
la Dordogne que l'exploration de Vésone, ainsi qu'il résultait du
rapport de M. Rapine, pouvait être menée à bonne fin en y
consacrant, pendant quatre ou cinq années, des annuités de
6,000 francs environ.
D'autre part, cette dépêche laissait pressentir que les fouilles,
pendant la première campagne, seraient à la fois exécutées —
suivant le devis produit à cet effet — dans partie du mur de
l'enceinte gallo-romaine de la Cité jusqu'à concurrence d'une
somme de 3,310 francs et, pour le surplus, de 2,690 francs, formant
le complément d'une annuité de 6,000 francs, en recherches dans
le sous-sol de Vésone ; ou, si la ville de Périgueux désirait
étendre plus encore cette première opération, une somme de
6,000 francs serait affectée aux fouilles proprement dites en engageant à part les travaux prévus au devis.
Enfin, M. Dujardin-Beaumetz priait M. le Préfet de saisir de la
question, le plus tôt possible, PAssemblée municipale, en l'invitant à faire connaître dans quelle mesure la Ville était disposée à
participer au projet d'ensemble de ces recherches, et ajoutait :
« Je proposerai volontiers à M. le Ministre d'y faire contribuer le
» budget des Beaux-Arts dans une importante proportion si la
» Municipalité témoigne elle-même de son intérêt pour ce projet,
» en le dotant d'un crédit aussi élevé que possible ».
En conséquence, le Conseil municipal, dans sa séance du
26 juillet 1905, vota, — malgré le peu d'élasticité de son budget
et considérant le grand intérêt que pouvaient offrir les recherches
projetées, — une somme de 1,000 francs, pour sa participation
annuelle aux fouilles à entreprendre et ce, pendant le temps que
courrait la subvention de l'Etat.
C'est ainsi que le 10 janvier 1906, M. le Sous-Secrétaire d'État
aux Beaux-Arts adressa à M. le député Saumande qui, pour
la réussite de cette œuvre, a donné une nouvelle preuve de son
dévouement bien connu, la lettre suivante :
Palais-Royal, le 10 janvier 1906.
Monsieur le Député et cher Collègue,
Vous avez bien voulu appeler mon intérêt sur les recherches
archéologiques projetées dans le sous-sol de la ville de Périgueux.
J'ai l'honneur de vous informer que, conformément aux dispositions
concertées entre mon Administration et la ville de Périgueux, une
première campagne de fouilles va être entreprise à bref délai. Le
budget des Beaux-Arts et le budget communal participeront à la
dépense de cettè exploration au moyen d'annuités fixées pour le
budget des Beaux- Arts à 5,000 francs et, pour le budget de la ville
de Périgueux, à 1,000 francs.
Agréez, etc.
Le Sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts,
Signé : DUJARDIN-BEAUMETZ.
Les fouilles, dès le 22 janvier, étaient commencées par
M. Lacoste, entrepreneur du Service des Monuments Historiques, dans un terrain communal dépendant de l'ancien Asile des
Vieillards, au nord de la Tour de Vésone. L'exploration de partie
du mur de l'enceinte gallo-romaine de la Cité, située en terrain
militaire, avait fait l'objet d'une demande en autorisation adressée
le 9 novembre 1905 par M. le Maire au Service du Génie.
Les premières ont suivi leur cours normal et ont été, en raison
de l'épuisement du crédit de 6,000 francs affecté à la première
annuité, terminées, pour cette campagne, en juillet dernier.
La seconde n'a pu être réalisée, l'autorisation sollicitée n'étant
pas — après plus d'un an d'attente et une instruction des plus
laborieuses — encore parvenue à la Municipalité,
II.
Avant de faire connaître, en détail, les résultats des fouilles
effectuées au cours de la présente campagne, il nous paraît
nécessaire de définir, aussi exactement que possible, l'emplacement qu'occupa jadis Vésone et la position du mur de l'enceinte
gallo-romaine de la Cité que servirent à édifier les débris de
cette ville.
L'agglomération de Vésone (voir plan d'ensemble, planche ]),
s'étendait au sud du Périgueux actuel, dans la vallée rive droite
de la rivière d'Isle, sur une étendue moyenne d'un kilomètre de
longueur et 500 mètres environ de largeur, idéalement limitée au
nord par les Arènes, au sud par une boucle de l'Isle ceinturant la
vallée, à l'est par le moulin de Sainte-Claire et à l'ouest par la
rue Paul-Bert.
Le mur de l'enceinte gallo-romaine de la Cité (voir même
plan) entourait, sur un développement d'environ 950 mètres,
avec une épaisseur moyenne de 6 mètres, une enceinte — point
haut de l'emplacement de Vésone — ayant sensiblement une
forme ovalaire.
II rejoignait au nord et à l'ouest le massif des Arènes, formant
bastion, en deux points qui restent à déterminer.
Encore en place sur environ les deux tiers de son étendue, il
débute dans ses parties visibles, à la porte Normande à l'ouest;
sert de base au Château-Barrière et aux bâtiments de la Manutention; traverse en terrasse partie des locaux affectés aux lits
militaires et passe sous l'hôtel de M. de Lestrade (1).
Après avoir franchi la rue Romaine où existait encore en 1783
une porte de ce nom, détruite à cette époque, il servait de base
au bâtiment principal de l'ancien À.sile des Vieillards, aujourd'hui
démoli. De ce point à la rue du Gymnase, existe une lacune
(1) Au cours de réparations qu'il exécuta en 1895-1896 à cet hôtel, M. de Lestrade, voulant doter son habitation de caves qui lui manquaient, fit en profondeur
dans ce mur, les fouilles que nécessitait leur établissement et en retira une grande
quantité de fûts de colonnes, de bases, de chapiteaux, de frises, d'inscriptions
d'environ 90 mètres. Puis le mur reprend et s'allonge, sensiblement parallèle à la rue Cité-Champeau, jusqu'à la rue de la Cité.
Dans ce parcours, il livre passage à la porte de Mars et reçoit
les bases de l'aile est de l'habitation de M me Mercier. De là,
il pénètre dans le couvent de Sainte-Marthe, dont il traverse
l'enclos de l'est à l'ouest, pour aboutir à la rue Bertrand-Duguesclin, dans le voisinage immédiat des Arènes.
C'est sur l'emplacement de Vésone ci-dessus délimité, d'une
contenance approximative de 50 hectares, ainsi que dans certaines parties du mur d'enceinte plus haut décrit, que les recherches
projetées doivent être effectuées.
in.
Les fouilles et explorations, objet du présent compte-rendu,
ont été entreprises à la fois sur partie du sol qu'occupa Vésone,
au nord de la Tour, dans un terrain communal dépendant de
l'ancien Asile des Vieillards et — l'autorisation d'explorer le mur
d'enceinte de la Cité, dans la traversée des locaux à usage des
lits militaires (entre les points G et H du plan, planche I), faisant
défaut, ainsi que nous l'avons exposé — eh deux autres points de
ce mur, E et F, également dans un terrain communal.
a) — Ce n'est pas la première fois que des fouilles ont été
pratiquées à la Tour de Vésone ou dans son voisinage immédiat.
MM. de Taillefer et de Mourcin, sans remonter à PEvêque
Macheco de Premeaux, dont les recherches d'ailleurs interrompues en 175 1 , par l'Intendant de Bordeaux, ne donnèrent aucun
résultat, en exécutèrent, en effet, vers 1820.
Ces souilles mirent notamment à jour le mur concentrique qui
enceint la Tour et sur lequel dut reposer une colonnade formant
un péristyle ; aussi le massif énorme de maçonnerie qui, à l'est,
formait la base d'un perron monumental aujourd'hui disparu.
lapidaires, de voussoirs d'archivolte, de chambranles ornementés et même, avec
ces matériaux de grand appareil, le plus délicat des motifs : une charmante
figurine de Pomone.
M. de Lestrade, avec un goût archéologique très sûr, a utilisé ces matériaux
pour l'ornement de son beau jardin.
Plus tard, en 1894, la Municipalité périgourdine, à la suite de
l'acquisition qu'elle fit — pour y établir un square archéologique
— du jardin au centre duquel s'élevait la Tour, fit exécuter des
fouilles importantes que continua M. l'Architecte du Gouvernement Bœswilwald, avec une subvention de l'Etat. De son côté,
la Société Historique et Archéologique du Périgord, que ces
recherches intéressaient particulièrement, pratiqua, elle aussi,
quelques sondages. Ces divers travaux conduisirent à la reconnaissance des substructïons déjà signalées par MM. de Taillefer
et de Mourcin et aussi à la découverte, à l'ouest de la Tour, d'un
vaste ensemble de bâtiments (voir plans, planches \ et II), dont le
complément ne fut recherché que de façon sommaire dans les
jardins avoisinant, au sud, la rue Claude-Bernard.
Les fouilles actuelles exécutées, ainsi que nous l'avons exposé,
au nord de la Tour, dans les jardins de l'ancien Asile des
Vieillards, ont donné des résultats inattendus qui, nous en
avons l'espérance, permettront de solutionner définitivement,
lorsqu'elles seront terminées, l'intéressante et jusqu'à ce jour
très obscure question de la Tour de Vésone.
Au" début des travaux, les renseignements oraux — à défaut
d'autres — que nous possédions, ne permettaient pas d'espérer la
moindre découverte en ce point. Cependant, comment, à la suite
des fouilles de 1894, ne pas supposer que, comme à Sanxay, la
Tour, cella d'un temple élevé à la déesse tutélaire de Vésone,
pouvait être entourée outre un peribolos, c'est-à-dire de portiques
et de vastes préaux réservés au public, de tous les bâtiments à
usage des divers services du temple ?
C'est sur cette hypothèse que, d'accord avec le Service des
Monuments historiques représenté à Périgueux, sous la haute
direction de M. l'Architecte en chef Rapine, par M. Dannery,
architecte ordinaire, nous fimes ouvrir deux tranchées coupant à
angle droit, dans ses deux axes, le terrain considéré.
Nous ne découvrîmes le sol antique qu'à une profondeur
moyenne de 3 m 45, ce qui explique — aucune fouille n'ayant
jusqu'alors été foncée aussi profondément — la croyance qu'aucune substruction ne pouvait exister en ce point.
La tranchée nord-sud, notamment, mit à jour quelques fondations de murs ; les recherches alors se précisèrent et permirent de
reconnaître, tout d'abord, sur l'entière largeur du terrain exploré,
un mur rectiligne de un mètre environ d'épaisseur (voir plans,
planches I et II et photographie, planche XIV) orienté ouest-est,
exactement perpendiculaire à la série des murs parallèles orientés
nord-sud, découverts à l'ouest de la Tour en 1894. Ce mur, au
delà de la rue des Boucheries, se retournait à angle sensiblement
droit, amorçant ainsi le troisième côté d'un vaste quadrilatère
entourant la Tour. Du quatrième côté, nous avons un point (1 du
plan, planche II) découvert en fondant la maison désignée par la
lettre J, et ainsi il ne reste qu'à rechercher les retours d'angle et
les rattachements de ces murs divers — ce que nous ferons la
campagne prochaine — pour déterminer le périmètre exact de la
vaste enceinte que nous avions supposée.
Immédiatement au joignant du long mur ouest-est et de son
retour à l'est, existe une chaussée que limite au nord un aqueduc
puis, au delà, toujours au nord,Tensemble des substructions (figurées en rouge sur les plans, planches I et II) que longeait un petit
aqueduc, en pente vers l'ouest (voir photographie, planche XIII)
dont les piédroits et le radier étaient revêtus de briques à rebord
(tegulœ) et que de minces dalles en pierre recouvraient.
Enfin, au joignant sud du long mur précité (B du plan, planche I), il a été rencontré une construction affectant la forme de
conduits de fumée ou de chaleur. Cette construction d'âge postérieur au mur était établie sur un sol de cendres, de charbons et
de débris de toutes sortes ; mais son état de délabrement était
tel qu'aucune constatation pouvant permettre d'en déduire l'usage,
n'a pu être faite. (Voir planche XIV.)
Cet ensemble de substructions formait un groupe important de
bâtiments qui devait s'étendre, ainsi qu'en témoignent certaines
amorces de murs, bien au-delà de la zone explorée (1).
Et, bien que les constructions en dépendant aient à peine été
modifiées en plan — ainsi qu'il résulte de la régularité de ce
(1) L'un d'eux même (point E du plan, planche II), passe sous le mur d'enceinte
de la Cité, assignant ainsi à ce mur un âge évidemment postérieur à celui des
substructions qu'il surmonte.
dernier — alors que le sol antique, dans les mêmes locaux, a été
recouvert par deux sols postérieurs qui en ont relevé au total, le
niveau primitif de i m 25 (voir coupe C D, planche II); certaines
adjonctions à la suite de démolitions évidentes — que confirme le
réemploi dans les mortiers de débris d'enduits à fresque dont
partie a été trouvée en place ou de fresques provenant d'autres
salles complètement détruites — ont pourtant été faites. C'est
grâce, d'ailleurs, à l'une d'elles : un contre-mur appliqué suivant
C D du plan (planche II) à une construction d'âge_ antérieur, qu'un
beau panneau de peintures à fresque (planche VIII), qui permet
de juger de l'importance de l'habitation, nous a été conservé. Au
surplus, les démolitions, sauf en certains points, étaient si profondes, que nous n'avons généralement pu reconnaître que des bases
inférieures de murs sans pouvoir déterminer l'usage des constructions qu'ils constituaient ; aucun seuil, aucun accès n'ayant pu
être reconnu.
D'autre part, les murs fondés sur le gravier argileux rougeâtre
qui constitue le sous-sol de la vallée en ce point, nous ont présenté
un dispositif de construction fort intéressant. Tous, en effet, ont
été établis sur un blocage à sec, variant de o™ 20 à o m 60 de
hauteur, sorte de statumen certainement exécuté en vue d'un
drainage et de l'assainissement de l'habitation.
Au-dessus et jusqu'à l'arasé d'établissement, les fondations
proprement dites étaient construites en maçonnerie ordinaire à
mortier. Surmontant enfin ce niveau, partout où elles existaient
encore, les maçonneries étaient parementées avec le petit appareil
semblablé à celui de la Tour : trois assises au pied de o m 33.
(Voir planche XIV.)
A la suite d'un incendie, le sol du lieu sinistré est jonché de
débris de toutes sortes : cendres, charbons, menus objets mobiliers brisés, fragments de tuiles des toits, matériaux de construction, calcinés et délités. Tel était l'aspect des décombres au
travers desquels s'étaient, depuis 16 siècles, infiltrées les terres
végétales, qu'enlevaient nos équipes dès qu'elles approchaient
des anciens sols.
Les déblais exécutés pour dégager et reconnaître les substructions que figurent nos plans, ont été considérables et des recher-
— ii —
ches très attentives et minutieuses n'ont permis de retrouver
qu'un nombre très limité d'objets intéressants :
Beaucoup de fragments da poteries lustrées rouges, fines —
dites samiennes — quelques-uns avec des marques de potiers ;
un plus grand nombre de débris de poteries communes, rouges et
noires, cols et bases d'amphores ; quelques monnaies ; une quantité de fragments de tuiles (tegulœ et imbrices); le fragment, en
marbre blanc, d'un pied de statue ; un antéfixe en grès ; telles
sont, en résumé, les découvertes mises à jour, découvertes dont
nous donnerons la nomenclature plus complète et la description
au chapitre suivant.
Et si nos trouvailles n'ont pas été abondantes et telles qu'il
était permis de l'espérer, ce qui laisse supposer un pillage ou un
déménagement complet, préalable à la' démolition ou à l'incendie
dont souffrirent ces habitations ; nos fouilles auront eu au moins
le grand avantage de nous fournir, sur les abords de la Tour de
Vésone, de nouveaux éléments qui complètent en partie ceux
découverts en 1894 et contribueront, progressivement, à arracher
à la Tour son secret.
b). — Le mur d'enceinte de la Cité que nous avons ci-dessus
décrit a été exploré — à défaut d'autres et pour la raison que
nous avons fait connaître — en deux points E et F (voir plan,
planche 1) de son périmètre, situés en terrain communal.
Ce mur, que Sébalde, évêque de Périgueux en 904, attribue
aux Sarrazins et qui comprend un parement vertical extérieur
assez soigné, formé de hautes assises à peu près régulières
juxtaposées sans mortier, derrière lequel ont été entassés à sec et
à tout venant, en un assemblage chaotique, les débris d'une
ville entière, paraît avoir été bâti dans les premières années du
v mo s iècle, à la suite d'un édit d'Honorius, enjoignant à toutes les
villes de se clore et les autorisant à employer, pour ces travaux,
les monuments antiques renversés.
Mais, à qui attribuer ce renversement de monuments ainsi
officiellement constaté ?
Est-ce à Constantin, lequel, en une belle ardeur de néophyte,
ordonna la destruction des temples païens; aux guerres intestines
f
— 12 —
ou encore à la furie dévastatrice des barbares lorsque, sous leurs
chocs si puissamment terribles, sombra l'empire romain ?
Qui nous le dira jamais !...
Quoiqu'il en soit, Fouverture aux frais de la Ville, de l'avenue
de l' Asile de Beaufort (point F du plan, planche i), a permis de
dégager, au cours de cette campagne, une partie de la courtine
située entre la porte Normande et sangle saillant, sur les bases
duquel débutent les constructions du Château-Barrière. Dans
cette courtine, le mur avait été dédoublé à une époque inconnue,
et il ne restait à la base sur sa largeur primitive de 6 mètres,
qu'une épaisseur de 2™5o environ. C'est en ce point (voir photographie, planche XV), qu 'à un mètre en contre-bas du sol actuel,
ont été découverts parmi tant d'autres matériaux remarquables
tels que frises, fûts de colonnes, chapiteaux, entablements, tombeaux et autels, deux monuments, dont l'un est du plus haut
intérêt : celui-ci un autel à Cybèle, l'autre un cippe funéraire.
Quelques fragments d'inscriptions ainsi que le torse nu d'une
statue en marbre blanc ont été également mis à jour et enlevés.
Du tout, ainsi que pour les objets trouvés dans les fouilles, nous
donnerons la description dans le chapitre qui suit.
D'autre part, au point E du plan (planches I et II), la démolition du bâtiment principal de l'ancien Asile des Vieillards, auquel
le mur d'enceinte dont il s'agit servait de base, a entraîné le
dégagement de ce dernier sur une longueur d'environ 25 mètres.
La Ville, continuant alors ses travaux de démolition, a mis à
nu jusqu 'à sa base cette partie du mur qui, dédoublé lui aussi
pour servir de carrière aux constructeurs du bâtiment qui le
surmontait — ainsi que certains matériaux retaillés nous ont
permis de le constater — présente néanmoins le plus saisissant
effet en son extraordinaire entassement de chapiteaux, de frises,
d'entablements, de bases, de fûts de colonnes, etc., tous matériaux de grand appareil permettant de supposer l'importance et
la magnificence des monuments auxquels ils appartinrent.
Le mur, dans ces deux parties, tel qu'il a été dégagé, sera
conservé ainsi que le Conseil municipal en a décidé ; des accès
faciles permettront sous peu sa visite commode, et ainsi pourront
être présentés sous un aspect attrayant, aux nombreux visiteurs
— 13 —
qu'attirent les curiosités de Vésone, les restes des monuments
qui en firent l'une des cités les plus réputées de la Gaule
romaine.
IV.
Monuments et Objets d'importance recueillis
dans les fouilles.
i° Autel à
Cy bêle.
Sur une pierre placée dans la maçonnerie d'un mur de la rue
des Casernes, pierre que, malgré les plus minutieuses recherches,
nous n'avons pu retrouver, M. le docteur Galy lut jadis l'inscription suivante :
WMINIBVS
AVG
/T MAGNA3
Numinibus augsustis) fejt
magnœ.
'Et, dans une étude fort savante que publia le Bulletin de la
Société Historique et Archéologique du Périgord (i), considérant
qu'après les mots Numinibus, aug., venait : Et magnœ..., et à la
Grande, épithète qui suffisait à faire reconnaître la divinité implorée, il en conclut que cette inscription ajoutait un nom de plus :
celui de Cybèle, dite Grande mère des Dieux, au Panthéon des
Pétrucores.
La déduction de M. Galy était fondée. Elle se trouve aujourd'hui confirmée par la découverte, récemment faite au point F du
plan, dans le mur d'enceinte de la Cité, d'un autel incontestablement dédié à cette divinité.
D'une hauteur totale de i'"52o, il est constitué, ainsi que le
représente le croquis ci-contre et les planches M, IV, V et VI, par
un fût rectangulaire de o ra ç)0o de hauteur ayant respectivement
o m 650 et o m 740 de côtés, reposant sur une base de o ra 26o de
(i) Année 1878, page 316,
- i4
hauteur et surmonté d'un couronnement de om 28o se relevant en
forme de bourrelet de o m o8o de hauteur sur ses côtés courts et
seo
Q,
Echelle au
dégageant, sur sa partie supérieure, un disque de o ra 56o de
diamètre légèrement incurvé et destiné à recevoir un membre
décoratif : vase, colonne ou statue.
- 15 Cet autel, dont les quatre faces sont couvertes : la première,
d'une inscription, les trois autres, d'attributs sculptés, ne pouvait
être, pour ce motif, adossé à une construction, II fut élevé, sans
doute, au pied du portique d'entrée d'un temple, près de l'impluvium ou sur Vimpluvium d'une habitation. II était votif et devait
rappeler un sacrifice d'expiation ou de purification — un taurobole,
ou ablution sanglante reçue dans le sein de Cybèle ou de la
terre — offert par un simple particulier à la déesse, attendu qu'il
ne comprend ni la cavité supérieure où on allumait le feu, ni le
conduit avec orifice de côté ou au bas, par lequel s'échappaient
les libations de vin ou le suc des offrandes consumées (i).
La première face comprend la dédicace inédite suivante, dont
nous devons le rétablissement et la traduction à l'obligfeance
de M. C. Jullian, alors professeur à la Faculté des Lettres de
Bordeaux et actuellement au Collège de France.
NVMINIBJVG
ÏMAGNENTRIDEVM
iVObPOlVPONSEXT
POMPON PATEPN I
SAC3*DAR3\íSPIIQVk
PÁERN V SARMA/ R O}
POSVITDEDIOVIT
yy
oy E ^
Les lettres, d'une bonne époque, varient en hauteur ainsi que
les interlignes. Les dimensions des unes et des autres sont données
par le croquis précité.
(i) Un certain nombre d'autels tauroboliques ont été découverts dans le midi
de la Gaule, à Lyon, Tain, Valence, Die, Orange, Riez, Vence, Saint-Bertrandde-Comminges, Lectoure et Bordeaux.
Le Musée de Lyon possède cinq de ces autels. Le plus ancien remonte à
l'an 168 ; le plus récent est de Tannée 197.
Et c'est à cette époque, il semble, que doit être rapportée l'érection du nôtre.
— i6 —
Numinih(usj aug(itsíis) et magnœ matri Deûm aug(ustœ)
L(ucûis) Pompon(ius) sext(i) Pompon(i) Paterni sacerd(otis)
arens(is) fil(ius) Qutr(inci) Paternus aram taurob(olicamj posuit
dedicavit que.
« Aux Dieux Augustes et à la grande mère des Dieux, auguste.
» L. Pomponius Paternus (i), de la tribu Quirina, fils de Scxtus
» Pomponius Paternus, prêtre de l'autel (d'Auguste) a élevé et
» dédié cet autel taurobolique ».
Si Jupiter était maximus ; Junon, regina; Mars, Ultor, pacifer ;
Apollon, sanctus, Diane, Incisera, et pronuba ; Vénus, Genitrix
ou Victrix ; Cybèle était magna. Fille du ciel, épouse de la terre,
mère de Jupiter, Neptune, Pluton, etc..., on la disait grande mère
des Dieux, Magna Parens Deûm. Elle était aussi confondue avec
une autre déesse, Rhe'a, la Terre, protectrice des agriculteurs.
A son culte, dont l'usage se répandit dans tout l'empireà dater
des Antonins, fut intimement associé celui d'Atys — berger
phrygien qu'elle aima — et le sacrifice du taureau, taurobolium,
en l'honncur de la mère des Dieux, fut toujours accompagné du
criobolium, ou sacrifice du bélier, offert à Atys (2).
C'est ce que cet autel, par son inscription qui le dédie à Cybèle,
et les attributs du taurobole joints à ceux d'Atys, démontre très
clairement.
Sur la deuxième face, à droite, dans un panneau refouillé de
m
o 03 sur le plan de son encadrement, sont sculptés en bas(1) Le Musée de Périgueux possède, sous les n°3 259 et 276, deux fragments
d'une inscription que M. de Taillefer, Antiquités de Vésone, t. 1, p. 288 pour
une partie, p. 281 pour l'autre; M. Galy, Catalogue du Musée, p. 58 pour une
partie, p. 50 pour l'autre, et M. le Capitaine Espérandieu, Inscriptions antiques
du Musée de Périgueux, en une mention unique p. 63, ont lu d'après une leçon
dont suit la traduction :
« Aux Dieux Mânes de Julia Luguselva, sa femme, de Julius Armenius son
» beau-père et de Julia Sacrina sa belle-mère. De son vivant
Pomp(eius)
» Paternus a construit ce tombeau, fait aussi pour lui-même ».
L'abréviation Pomp. de Tinscription a été traduite Pompeius par les trois
auteurs. Ne conviendrait-il pas, à la suite de la découverte nouvelle, de la
rétablir au nom de Pomp(onius) Paternus et de rattacher ainsi, avec vraisem-'
blance, deux inscriptions qui, se complétant, offriraient le plus vif intérêt en
montrant qu'il y a eu, à Vésone, une riche famille portant ce nom?
(2) Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de MM. Ch. Daremberg
et Edm. Saglio, tome 2, p. 1686, col, 1.
relief ; Cybèle dont le buste repose sur un petit autel portatif
auquel est accoté, à droite, un jeune taureau.
La tête de la déesse, coiffée du Corybantium, est surmontée
d'un bouquet touffu d'épis de blé d'où se détachent à droite, une
branche d'arbre portant un fruit, sur laquelle repose un oiseau ;
à gauche, deux fléaux (?), tous emblèmes de la terre et de l'agriculture dont elle était la protectrice.
A droite, sur le plat, une Syrinx à j roseaux, chalumeau champêtre de Pan dont le culte était aussi associé au sien. Pan, disait
le poète, n'est-il pas le compagnon de la grande mère, le chien
qui la suit !... (i).
Enfin, au-dessus, le Corybantimn ou bonnet des prêtres de
Cybèle dont elle-même est coiffée.
La troisième face rappelle le taurobole ou sacrifice expiatoire
dans lequel un taureau était immolé. Elle porte, sculptés en basrelief, dans un panneau refouillé de o ra 055 sur le plan de son
encadrement :
Une belle tête de taureau le front ceint d'une bandelette de
sacrifice faite de perles et de pirouettes ;
A gauche, le couteau sacré, secespita, armé du crochet destiné
à arracher les entrailles de l'animal immolé;
A droite, le Cyathus, coupe à poignée et une aiguière, sorte
$Aquimìnarium, destinés aux libations.
La quatrième face qui comprend partie des attributs d'Atys,
complète l'autel.
Elle porte, sculptés cn bas-relief, dans un panneau refouillé
de o m o3, sur le plan de son encadrement :
Une tête de bélier qu'encadrent : à gauche, la tibia longa, flûte
employée pendant les sacrifices et, à droite, la tibia curva, flûte
phrygienne de même origine que la déesse, qui servait dans les
cérémonies du culte de Cybèle.
Au-dessous, un jeu de cymbales — le Cymbalum — dont le
bruit, en honorant la déesse, excitait les transports des prêtres
de la grande mère.
(1) Dictionnaire cité, tome 2, p. 1684, col. 1,
— i8 Et ainsi, à ['inscription, est adossé l'emblème taurobolique et
aux attributs de Cybèle, ceux d'Atys.
Tel est ce beau monument taillé dans un bloc de pierre de
Périgueux. A peu près intact, il reposait sur sa quatrième face.
Sa seconde servait donc de lit de pose supérieur et à cette
circonstance est due l'ablation, sur sa largeur, de la base et du
couronnement dont les saillies gênaient pour obtenir une surface
plane d'établissement. De plus, le bas-relief représentant Cybèle,
débordait légèrement le plan de l'encadrement dans lequel il fut
sculpté. Aussi, la partie la plus saillante, le nez de la déesse, en
a-t-il un peu souffert. Ce sont là les seules mutilations importantes qu'il ait subies et, tel qu'il est encore, il représente le
document le plus précieux, parmi tant d'autres que possède notre
Musée d'antiquités.
2" Cippe funéraire.
Ce cippe (voir croquis ci-contre et planche vil), a été trouvé
dans le voisinage immédiat de l'autel ci-dessus décrit. C'est celui
que désigne la lettre M dans la planche XV.
Taillé dans un bloc de pierre de Périgueux, il est constitué
par un fût de o m 325 de hauteur sur o m 5i5 de largeur et om 470
d'épaisseur, supporté par une base biseautée de o m 2oo de hauteur
et surmonté d'un fronton de om 325 couronnant un petit entablement biseauté de o m i25. L'ensemble a une hauteur de o m 975 #
Entre les branches du fronton est figuré un croissant surmonté
d'une pomme de pin.
Sur sa face principale — les autres sont muettes — est gravée
l'inscription inédite suivante :
D • M • ET ME
MORIAE BAS
SIANI/EVIBLINyE
D(isJ M(anibus) et memoriœ Bassianice Viblinœ.
« Aux Dieux Mânes et à la mémoire de Bassiania Viblina ».
— i9 —
Les lettres, d'une assez bonne époque, bien que de facture
médiocre, ont en première et troisième lignes o m o62 de hauteur.
Celles de la deuxième ligne o m 070.
Les deux interlignes ont respectivement o m o2i et o m o36.
s
a?
t
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s:
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D
^
f
4
1
M
■«i
.5
j
575
Echelle
'f
Par la pensée, en déchiffrant cette inscription, nous avons vu
revivre Vésone, avec son cortège de travailleurs, de négociants,
de patriciens et de dames aux costumes élégants et aux noms
jolis. Bassiania nous a fait renouer connaissance avec les Caletia,
les Artelia, les Nonna, les Moneta, les Teretìna, les Comelia,
«— 20
les Julia, les Marulla et les Pompeia, qui eurent dans la cité
romaine, elles aussi, les pierres tumulaires que conserve précieusement notre Musée.
Dans le fronton du plus grand nombre de ces monuments, ainsi
que dans celui du Cippe actuellement mis à jour, figurent le
Croissant d'Hécate ou la lune, divinité infernale et céleste,
symbolisant la nuit éclairée ou le retour à la lumière, et la pomme
de pin devenue symbole funèbre, en raison de ce que la résine
servait à faire les torches, tœdœ, employées dans les funérailles.
Ce monument, en résumé fort intéressant, ajoute un document
lapidaire de plus aux richesses que nous possédons déjà.
Outre l'autel et le cippe funéraire ci-dessus décrits, il a été
trouvé dans le même mur joignant la porte Normande, divers
fragments d'inscriptions inédites dont suit la nomenclature :
i° La partie droite d'un fronton de stèle, en pierre, où l'on
distingue encore quelques traces d'un croissant et d'une pomme
de pin. Hauteur : o m 30, plus grande largeur : o m 2j, épaisseur : o m ig. Dans l'angle, à droite, la lettre M de belle forme,
de o m 075 de hauteur.
[D]
M
D(isj
M(anibus)
Aux dieux Mânes.
2° Un bloc de pierre, mutilé, de o m 4o de longueur, o m 27 de
largeur et om 25 d'épaisseur comprenant, en finale d'inscription,
les lettres fort belles S L M; les deux premières de o m o8 et la
troisième de o m 072 de hauteur.
Cette finale peut ainsi être rétablie :
[VsotumJ]
S(olvii)
L(ibens
M(erito)
II s'acquitta de son vœu, volontiers et à juste titre.
3° Un bloc de pierre, mutilé, de o m 45 de hauteur, o m 23 de
largeur et o m 36 d'épaisseur, portant le fragment suivant d'inscription en lettres rustiques de o ra o56 de hauteur :
III xi en u
///BEL////
Lecture incertaine.
— 21 —
4° Un bloc de pierre, mutilé et retaillé en forme de. sommier de
voûte, de o m 5o de longueur, o ra 28 de largeur et o m 3o d'épaisseur
portant sur deux lignes, en lettres rustiques de o nl o55 de hauteur,
la partie d'inscription suivante :
M
M EB //////
/ 'OR. IB. PO////
M(anibus) m(emoriœ) eb \\\\\
(ux)or % ib(i) po(suit)
Ce fragment est en trop mauvais état pour qu'il soit possible
d'en donner un rétablissement complet.
5° Enfin, au point E du plan (planches I et II), encore en place
dans le mur et en parement de retour, un bloc de pierre de i m 02
de longueur, o m 5o de hauteur et o m 45 d'épaisseur, portant en
tête, en lettres monumentales de o m 2i de hauteur :
CLASSV
une partie de nom, sans doute.
j°
Peintures à fresque.
Le fragment d'enduit peint à fresque qui a été découvert aux
points C et D du plan (planche II), ainsi que nous l'avons expliqué, formait, au droit du contre-mur qui lui était adossé et en ce
point seulement, — les autres parties de la construction étant
ruinées jusqu'à leur base, — le soubassement d'une salle de destination inconnue et comprenait une amorce de panneaux supérieurs.
(Planche VIII.)
Cet enduit était constitué par quatre couches juxtaposées de
mortier composé, pour les trois premières, de sable siliceux grenu
de gros et de moyen grains et, pour la quatrième, de sable fin,
avec chaux grasse.
La première de ces couches appliquée au mur étant destinée à
racheter ses saillies et à former un parement vertical d'attente,
variait entre io et 15 millimètres d'épaisseur ; les deux suivantes
avaient une épaisseur uniforme de 10 millimètres et la quatrième
— 33 —
de 5 millimètres. L'ensemble, très adhérent dans les parties
saines, formait une épaisseur variant entre 35 et 40 millimètres.
C'est sur le parement de cette quatrième couche, possédant un
poli de poterie fine, que fut appliquée la peinture à fresque, dans
le goût de celles que nous montre Pompéi.
Ainsi que l'indique la reproduction au t/io c (planche VIII) que
nous en donnons et qui est due au pinceau de M. Daniel, directeur
des travaux municipaux, le dessin — exclusivement composé de
motifs géométriques sauf dans l'entre-panneaux où sont dessinées
quelques branchettes feuillues — est simple. La peinture possède
un heureux choix de tons et l'ensemble devait produire un joli
effet.
Dès que cette fresque fut reconnue, nous estimâmes que sa
conservation s'imposait alors surtout que notre Musée ne possède
que très peu de peintures de l'époque gallo-romaine et pas du tout
de cette importance. Aussi la fìmes-nous dégager en démolissant,
avec grand soin, le contre-mur qui la masquait. M. Daniel en
exécuta préalablement un calque de lignes et de coloris et aussitôt
ensuite procéda à son enlèvement. Cette opération rendue très
délicate par l'altération de l'enduit due à de séculaires infiltrations qui en certains points avaient provoqué le décollement des
couches de mortier qui le constituaient, réussit grâce aux précautions prises. Aujourd'hui, tout ce qui a pu être conservé, réuni en
quatre panneaux de différentes grandeurs, déposés au Musée, se
trouve à l'abri de toute nouvelle dégradation.
4 0 Torse en marbre blanc.
Lors de l'ouverture de l'avenue de l' Asile de Beaufort et du
dégagement de la courtine du mur gallo-romain aux abords de la
porte Normande (point F du plan, planche I), il fut rencontré, non
dans le mur lui-même, mais dans les décombres qui étaient à son
joignant immédiat, un torse en marbre blanc dont la planche IX
donne la reproduction sur deux de ses principaux aspects.
Ce torse, aux formes vigoureuses et élégantes, dont la hauteur
est de o nl 85, nous paraît avoir fait partie de la statue d'une divinité — sensiblement de grandeur naturelle — et il nous serait
- *3 agréable d'y reconnaître Apollon dont le culte fut associé à celui
de la déesse tutélaire de Vésone, ainsi que nous l'apprend une belle
inscription possédée par notre Musée. Mais son état de mutilation
est tel que nous ne pouvons malheureusement conclure, avec
certitude, à cette identification.
Au surplus, l'anatomie de la pièce, simple copie à notre avis,
est bonne. Toutefois les grands pectoraux semblent courts et le
sternum légèrement relevé. D'autre part, les muscles dorsaux
séparés en deux parties par un pli exagéré sont en saillie un peu
marquée aux dépens de leur enveloppe charnue.
Mais, les premiers de ces défauts ne résultent-ils pas d'un effet
perspectif provenant de l'attitude du sujet et les seconds ne sont-ils
pas artifice d'artiste pour donner à l'ceuvre un relief plus puissant,
marquer des ombres caractéristiques ?
Lysippe, d'ailleurs, traita-t-il autrement son Apoxymêne dont
une copie, possédée par le Vatican, reproduit en grand relief, les
muscles et les articulations ?
Quoi qu'il en soit, le motif est intéressant et ajoutera certainement à nos collections, une belle pièce de plus.
5° Antéfixe.
L'antésixe que reproduit en vraie grandeur la planche X a été
trouvé dans le voisinage du mur gallo-romain, parmi d'antiques
décombres, au point E du plan [planche ll) dans un sondage foncé
à 4 m 50 de profondeur.
II consiste en un masque en grès dont les traits fortement
accentués présentent un grand caractère. Le front est découvert,
les cheveux dessinés en larges et souples ondulations et des
mentonnières pendantes striées, sortes de bucculœ, couvrent en
partie ses joues.
L'objet est de petites dimensions : o m 105 dans sa plus grande
hauteur, o m 070 dans sa plus grande largeur et o m 055 d'épaisseur. La
bouche grande ouverte, bouche dont les parois sont revêtues d'une
couverte rouge vernissée remarquablement conservée avec, au
centre, dans la cloison postérieure, un trou rond de o m oio de diamètre qu'une cassure a déformé, indique nettement sa destination.
C'était un antéfixe, une applique, ainsi que par surcroît il
ressort de la forme de sa face postérieure, à usage de fontaine ou
de gargouille, que traversait le tuyau de métal ou de terre cuite
appelé à déverser l'eau par l'orifke béant que présente ce curieux
objet.
6° Monnaies,
Quelques monnaies ont été trouvées dans nos fouilles (i). Nous
en devons l'identification à l'obligeance de M. Lespinas, viceprésident de la Société Historique et Archéologique du Périgord.
Ce sont :
1°
La moitié d'un moyen bronze, bien conservé, de la coIonie
de Nîmes, aux têtes d'Auguste et d'Agrippa. Au revers : un
crocodile.
2° Un moyen bronze, à l'effìgie de Claude (41 à 54). Tête à
gauche. Fruste.
3° Un moyen bronze, à l'effìgie de Vespasien (69 à 79).
40 Un grand bronze à l'effìgie de Trajan (98 à 117). Au revers:
la Concorde assise, à gauche.
5 0 Un bronze saucé, à l'effìgie de Valérien fils. Valerianus cœs.
(252 à 260). Au revers : instruments de sacrifice.
6° Un petit bronze, à l'effìgie d'Honorius (395 à 423) avec le
revers : Gloria Aug.
7 0 , 8° Deux monnaies en argent, absolument frustes.
9 0 , io°, II°, 12° Quatre petits bronzes, frustes.
7 0 Céramique et Ouvrages en terre cuite.
Les divers objets de cette nature que nous avons trouvés
consistent notamment en fragments de poterie fine à couverte
rouge lustrée, dite samienne; et commune, rouge et noire; en
tuiles de couverture et en contre-poids.
(1) Dans leur partie supérieure, plusieurs monnaies féodales ont été mises à
jour. Ce sont :
i° Une monnaie de Périgueux, aux cinq annelets ;
2° Une monnaie de Charles IV, roi de France ;
30 Une monnaie royale de France. — Fruste ;
4 0 Deux jetons du xiv« siècle, allemands, dits de la Hanse.
-hLes poteries fines sont nombreuses; malheureusement aucun
objet complet n'a été mis à jour. Toutefois, les fragments
recueillis ne paraissent pas dépourvus d'intérêt.
Ce sont des débris de pots, de vases ou de coupes plates ou
profondes, à contours unis, finement striés ou dont la circonférence, pour quelques-uns, présente des zones circulaires comprenant des frises de rinceaux et de feuillages dans lesquelles
courent des animaux et que circonscrivent d'étroits bandeaux de
demi-oves ou de perles; pour d'autres, des médaillons ou des
compartiments séparés par de fins ornements ou des détails
d'architecture où sont figurés des personnages ou des animaux
(voir planches XI et XII).
De souples feuilles d'eau, joliment jetées, ornent le revers du
col de certains vases et sur partie de l'un d'eux, trouvé dans un
terrain contigu, est représentée, d'après une statue bien connue,
la Vénus de Médicis (í) (planche XII).
Certains de ces fragments portent des marques de potiers
estampées au moyen de cachets. Nous en avons relevé douze,
la plupart inédites. Quelques-unes sont incomplètes; d'autres
figurent déjà dans les collections de notre Musée. Nous en
donnons ci-dessous le fac-similé.
(AVÂD)
(NCTVJ
(G.ANNL
(CËLËRj
(1) Un fragment de poterie analogue, exposé au Musée géologique de Londres,
représente le même sujet.
(2) Cette formule, familièrement employée et qui signifie bonjour, était, avec
le mot Salve, les souhaits d'heureux présages les plus ordinaires chez les
- 26 Les poteries communes ou objets en terre cuite ordinaire —
rouge ou noire — comprenaient une grande quantité de fragments
de vases à contours unis ou striés; de cols de pots à goulots ronds
ou pincés; d'amphores dont certains goulots étaient encore munis
du bouchon en terre cuite, obturamentnm, de contre-poids, dont
quelques-uns complets et de belle forme (í); enfin, de tuiles
plates, tegulœ, et demi-cylindriques, imbrices, pour couverture,
dont plusieurs ont pu être retirées entières des déblais.
c?° Verrerie.
Quelques menus fragments de verre, sans intérêt, ont seuls été
trouvés.
Tels sont les résultats acquis au cours de la campagne de 1906.
Ils nous paraissent concluants eu égard au champ fort limité dans
lequel nous avons pu nous mouvoir.
Très vraisemblablement, dès que le service du Génie aura
accordé l'autorisation qui, pensons-nous, ne saurait être différée
plus longtemps, d'explorer la partie du mur gallo-romain qui
traverse en terrasse certains locaux affectés aux lits militaires et
que d'autre part, à l'aide d'une subvention nouvelle de l'Etat,
outre cette exploration, nous pourrons porter nos efforts au sud
de la Tour de Vésone, à l'emplacement de la ville romaine, en
des points où le sol antique ne se trouve qu'à o m 80, au plus, en
contre-bas du terrain actuel ; très vraisemblalernent, disons-nous,
de nouvelles importantes découvertes seront faites et de nouvelles
substructions dégagées.
Et ainsi, outre les indications qui, progressivement, permettront
de repérer graphiquement les îlots de l'agglomération, ses monuRomains. Aussi, paraît-il tout naturel de voir ces mots, dont l'un. Salve, était
gravé sur nombre de seuils des portes de Pompéi, imprimés sur des vases
servant aux usages domestiques.
(1) Ces contre-poids servaient à tendre les fils sur le métier vertical. Ils étaient
attachés à l'extrémitè inférieure de la chaîne, stamen, afin que la tension permit
au peigne, pecten, poussé par le battant, spatha, de presser les fils de la trame,
subtemen. Ces poids, ainsi que nous en avons fait la remarque, se trouvent en
grand nombre dans les habitations romaines. Les étoffes étaient, en effet, tissées
dans les familles par les femmes chargées de ce soin.
ments, ses ponts et ses cloaques, c'est- à-dire d'en établir un plan
détaillé; les fouilles nouvelles offriront le précieux avantage de
mettre à jour un grand nombre d'intéressants débris de monuments, certains objets mobiliers et aussi d'autres inscriptions
lapidaires.
Ces trouvailles, ajoutées à celles que nous avons faites au cours
de la présente campagne et aussi à celles que déjà possède notre
Musée, serviront à élucider bien des points obscurs destinés, sans
cela, à rester dans l'ombre, qui, depuis seize siècles, s'épaissit
chaque jour davantage, et aideront à préciser l'histoire, encore
fort incertaine, d'une ville rasée en des temps lointains et que
l'ensemble des découvertes faites jusqu'à ce jour nous laisse
pressentir fameuse.
CH. DURAND,
Conseiller municipal délégué.
Périgueux. — Imprimerie D. JOUCLA, 19, rue Lafayette.
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