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Fait partie de Fouilles de Vésone
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FOUILLES
DE
VÉSONE
(Compte=Rendu de 1907)
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PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE D. JOUCLA, RUE LAFAYETTE, 19
I908
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FOUILLES
DE
VÉSONE
(Compte=Rendu de 1907)
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BIBLIOTHEQUE
DE LA VILLE
CE PÉRIGUEUX
PERIGUEUX
IMPRIMERIE D. JOUCLA, RUE LAFAYETTE, 19
I908
•
FOUILLES
DE
VÉSONE
(Compte-Rendu de 1907)
Les fouilles entreprises à Vésone, au cours de l'année 1907, sur
les fonds mis à la disposition du Service des Monuments Historiques, soit par autorisation de M. le Sous-Secrétaire d'État aux
Beaux-Arts, en date du 15 février 1907 (5,000 francs), soit
par délibération du Conseil municipal de Périgueux, en date
du 28 décembre 1906 (1,000 francs), ont notamment consisté en
explorations exécutées :
i° Aux abords de la Tour de Vésone ;
2° Dans la partie du mur gallo-romain, au sud de la Cité,
comprise entre les rues Romaine (porte Romaine) et Turenne
(porte Normande) sur une longueur d'environ 300 mètres.
Ces dernières ont, par surcroît, coïncidé avec la mise en état
dudit mur (ruiné ou déversé) effectuée par les soins et aux frais
de la Ville, au droit des terrasses du Château-Barrière.
I.
Explorations aux abords de la Tour de Vésone.
Ces explorations, au cours de la campagne en cause, ont donné
les plus intéressants résultats.
Jusqu'à ce jour la Tour de Vésone avait été, par M. de Taillefer d'abord, puis par MM. Galy et l'abbé Audierne ensuite,
considérée comme la Cella d'un temple dont les dépendances
exactes leur étaient inconnues.
M. de Taillefer, toutefois, après avoir émis cette hypothèse (i) :
« qu'une aire très vaste entourait l'édifice », ajoutait : « Le sol
» antique que nous avons retrouvé au pied du gros mur circulaire
» en détermine le niveau. Cette aire se terminait sans doute à
» des portiques adossés aux logements des prêtres. »
Et nos fouilles ont, en partie, confirmé cette conjecture.
La Tour et son péristyle extérieur qui en faisait un temple
périptère avaient, en effet, été construits, ainsi que l'indique la
planche II (ce que les archéologues précités n'avaient qu'incomplètement soupçonné), sensiblement au centre d'une vaste enceinte
rectangulaire entourée de portiques, et comprenait dans son intérieur, des bâtiments à usage d'habitation.
Son entrée était à Test, celle de la Tour pareillement, ainsi
qu'en témoignent, d'une part, la large brèche où exista la porte
d'accès élevée en matériaux de grand appareil, et, d'autre part,
le massif de maçonnerie qui formait, au droit de cette porte, la
base d'un perron monumental aujourd'hui disparu.
Ainsi que nous l'avons exposé dans notre compte-rendu de 1906,
des fouilles exécutées en 1820 par MM. de Taillefer et de Mourcin,
mirent à jour le mur concentrique qui enceint la Tour, mur sur
lequel dut reposer une colonnade formant un péristyle et aussi le
massif énorme de maçonnerie qui formait, à Test, la base du
perron monumental précité.
(1) Antiquités de Vésone, tome i«r, page 336.
Plus tard, en 1894, la municipalité de Périgueux, en établissant
le Square archéologique au centre duquel s'élève la Tour de
Vésone, fit exécuter aux abords de cette tour des fouilles importantes que continua M. l' Architecte du Gouvernement Bceswilvald
avec une subvention de l'Etat. De son côté, la Société historique
et archéologique du Périgord pratiqua, elle aussi, quelques
sondages en recherche.
Et cet ensemble d'efforts conduisit à la reconnaissance des
substructions déjà mises à jour par MM. de Taillefer et de
Mourcin et qui, depuis, avaient été remblayées ; aussi à la découverte — au sud de la Tour — mais seulement dans la partie
occupée par le square de Vésone, entre la rue Claude-Bernard au
sud, et le chemin de fer de Périgueux à Brive au nord, d'un vaste
groupe de bâtiments qu'indique la planche II.
Enfin, en 1906, nous découvrîmes dans le jardin de Fancien
Asile des Vieillards, entre les rues Romaine et Jacques-EmileLafon, le mur rectiligne avec son retour à l'est que donne le plan
de détails. (Planche II.)
Et dans le compte-rendu de cettë année, après avoir fait
connaître les diverses découvertes qui jalonnaient, sur quatre de
ses côtés, l'enceinte que nous avions supposée, nous déclarâmes
que, pour déterminer son périmètre exact, il ne nous restait plus
qu'à rechercher les retours d'angle des murs qui la constituaient,
et leurs rattachements.
Ce sont ces recherches^ effectuées au cours de la campagne
de 1907, qui font l'objet de la première partie du présent compterendu.
En 1858, lors de la construction du chemin de fer de Périgueux
à Brive, la tranchée ouverte près de la Tour de Vésone traversa
en écharpe, du nord à l'est, l'enceinte du Temple. Des murs en
fondation furent éventrés et leur démolition passa inaperçue aux
yeux des archéologues périgourdins.
M. l'abbé Audierne, en effet, s'exprimait ainsi à cette époque : (1)
« La tranchée pour rétablissement du chemin de fer, faite près
» de cette tour (de Vésone) n'a amené aucune découverte qui pût
(1) Epìgraphie de l'antique Vésone, page 68.
— 6 » nous faire connaître la vraie destination de ce monument. Le
» champ reste donc libre aux conjectures. »
Les fouilles de 1894 donnèrent l'éveil, celles de 1906 conduisirent à des précisions et en 1907 des explorations méthodiques
nous ont permis, malgré les difficultés inhérentes aux lieux, et en
utilisant les découvertes faites par nos devanciers, de mettre à
jour ou de reconnaître le péribole de la Tour.
Nous avons, tout d'abord, recherché les murs extérieurs formant
le périmètre enveloppant de ce péribole et nous les avons trouvés
constituant les quatre côtés d'un rectangle de vaste étendue
mesurant, en nombre rond, 141 mètres de longueur et 122 mètres
de largeur.
Ces murs de o m 90 de largeur sur les côtés Nord, Ouest et Sud,
fondés sur un sol vierge constitué par des alluvions anciennes, à
la cote sensiblement uniforme de 85 m 40 (au-dessus du niveau de la
m
mer), étaient dérasés, par démolition, à la cote moyenne de 88 00
et montraient, en quelques-unes de leurs parties, au-dessus de la
retraite de fondation, des assises régulières de moellons du petit
appareil bien connu dont la Tour est revêtue.
Des tranchées transversales nous permirent ensuite de reconm
naître sur les trois mêmes côtés, à la distance de 8 40 de cette
première enceinte, des murs parallèles variant en épaisseur
de i m 5o à i m 60, fondés comme les premiers sur le même sol et
dérasés aussi par démolition, à la cote moyenne de 86™ 70.
Puis enfin le côté Est (côté de l'entrée) nous réserva une surprise.
Ce ne furent pas alors deux murs seulement que nous rencontrâmes, mais bien trois, distants de l'enceinte extérieure, entre
leurs parements intérieurs, le deuxième de 3 m 6o et le troisième
de g™ 60.
Ces murs étaient fondés, comme les autres, sur des alluvions
anciennes, et avaient respectivement les largeurs suivantes : le
m
premier (mur d'enceinte), i m 35, le deuxième, o 80 et le troisième, i m 50.
A ce troisième mur était accolé, face à l'aire intérieure de la
Tour, un terre-plein de 5'" 85 de largeur, que nous avons reconnu
au point B du plan (planche II) et qui, arasé à la cote 87™ go, soit
à environ i m 20 au-dessus de cette aire, à laquelle un emmarchement devait donner accès, était constitué par un dallage établi
sur un lit de mortier composé de chaux grasse et de tuile pilée
de o™ 08 d'épaisseur, reposant à son tour sur une couche de béton
de chaux grasse avec fragments de briques, calcaire et cailloux,
de o m 17 d'épaisseur (1).
Ce dallage était construit sur une fondation constituée par un
blocage en maçonnerie de moëllons posés en hérisson, c'est-àdire debout, reposant sur des matériaux de démolition arrangés à
la main et, au-dessous, sur un massif de décombres ayant subi
l'action du feu. Dans ce dernier furent surtout rencontrés : des
fragments de tuiles et de briques, des charbons, des cendres, des
métaux fondus et aussi quelques objets en bronze, notamment
une fibule et un moyen bronze á l'effigie de Trajan. (Planche xxm.)
L'aplomb du dit terre-plein était revêtu (ainsi que l'indique la
vue perspective prise au point B de la planche II, photographie
planche v) d'un placage, encore partie en place, de o m 04 d'épaisseur, en pierre tendre à radiolites communément désignée sous le
nom de pierre tendre de Chancelade.
Nous ne rappellerons que pour mémoire les substructions du
groupe de bâtiments que les fouilles de 1894 mirent en grande
partie à jour à l'ouest de la Tour et nous signalerons enfin, pour
compléter la description que nous avons faite des autres, la tête
d'aqueduc qui a été découverte dans le mur ouest de l'enceinte et
dont la planche IV donne une vue perspective prise du point A
de la planche II.
Cette tête qui termine un aqueduc (très vraisemblablement le
cloaque du temple), dont le radier, établi à la cote 85 m 30 est
constitué par quatre grandes briques de o m 05 d'épaisseur posées
sur mortier, a o m 70 de largeur et une hauteur de i m 13 sous clef,
au droit du parement extérieur du mur qu'il traverse.
De la description qui précède et des indications graphiques de
la planche II, il ressort (ce qui n'avait pas encore été certainement
(1) Ce béton était de si grande dureté que pour en détacher un échantillon
destiné au Musée, nous dûmes employer une trace de carrier.
établi) que la Tour à laquelle étaient reliés, à l'ouest, des bâtiments ayant dû servir d'habitation, devait être entourée d'importants portiques destinés au public et qu'à l'est, un dispositif particulier ajoutait par son agencement et les revêtements en marbre
de ses murs (nous en avons trouvé en place quelques fragments
que nous destinons au Musée) à la grandeur architecturale et à la
richesse du groupe.
Une cour intérieure d'une certaine étendue devait, d'autre part,
exister à l'est de la Tour, face à son entrée; mais en ce point,
quelques sondages ont déjà fait reconnaître des amorces de murs
(substructions possibles d'autres bâtiments) qui en réduiraient
la superficie tout d'abord présumée.
Nous comptons sur les recherches complémentaires que nous
entreprendrons au cours de la campagne de 1908, pour élucider
ce point encore obscur et aussi pour reconnaître et expliquer le
dispositif de Tentrée est, que nous n'avons que sommairement et
seulement dans ses grandes lignes reconnu au cours de 1907.
Là ne se bornent pas encore nos observations et nous devons
ajouter quelques mots au sujet de certains niveaux arasés en béton,
que nos fouilles ont mis à jour et qui constituaient des aires de
circulation dont le Temple était entouré ou qu'il comprenait dans
son enceinte.
Une coupe transversale faite à l'est de la Tour donne le profil
schématique suivant :
D'où il résulte que ce monument et ses annexes formaient un
groupe isolé de constructions.
En effet, au nord et sur partie du côté est, une voie longeait
l'enceinte extérieure du Temple.
Au sud, des sondages en tranchée poussés à ce jour jusqu'à une
distance de 25 mètres, nous ont fait reconnaître sur toute la longueur de ce côté, avec retour à l'ouest, une aire arasée en béton
dont la destination en place publique — peut-être le Forum de
Vésone, — ne paraît devoir soulever aucune objection.
II nous reste à déterminer l'étendue de cette aire et à compléter
nos recherches dans ce sens à l'ouest et à l'est.
Dans l'intérieur du Temple, les portiques étaient dallés sensiblement au niveau des aires extérieures et la cour intérieure, établie à une altitude un peu inférieure à celle des portiques, paraît
aussi l'avoir été.
Ces divers dallages étaient en marbre blanc, à en juger par
certains échantillons recueillis dans les fouilles. Nos recherches
ultérieures nous permettront, sans doute, de solutionner définitivement la question.
Enfin, les aires de circulation à l'intérieur et à l'extérieur du
Temple, étaient établies suivant la section type ci-dessous :
Niveau du sol actuel.
Terre végétale.
1— ì—tr
Béton de chaux grasse formant aire cailloutée.
Zones alternées de graviers et de fins débris de carrière
(pichun) fortement agglutinés.
Blocage de moellons en hérisson ou matériaux de démolition en réemploi ayant subi faction du feu.
Charbons, cendres, scories. (Niveau où ont été trouvés
divers objets en bronze : fibules et moyen bronze de
Traian, ainsi que les ferrements d'une porte).
P"
Rocht
Alluvions anciennes
sableuses au sommet, passant à graviers
— 10 -—
En résumé, les fouilles exécutées en 1907 aux abords de la
Tour de Vésone ont déchiré en partie le voile qui jetait sur ce
monument une ombre qu'aucune clarté, depuis les temps antiques,
n'avait pu dissiper encore.
Elles nous ont, outre l'importance de ses constructions,
particulièrement fait connaître (ce qui est d'un extrême intérêt)
que les aires de circulation furent construites à une date évidémment postérieure à celle de la monnaie trouvée à la base de leur
fondation parmi des matériaux réemployés et provenant de constructions d'âge antérieur ruinées par le feu.
Elles nous ont aussi révélé, au niveau des dallages supérieurs,
un deuxième horizon d'incendie correspondant à la destruction
probable, encore par le feu, des annexes du Temple. C'est là une
indication précieuse que corrobore une observation du même
genre rappelée par le compte-rendu de 1906 (1).
Les fouilles projetées pour la campagne de 1908 nous permettront — nous en avons la ferme espérance — de découvrir ce qui
nous manque pour compléter les lacunes de notre plan tant à
l'intérieur qu'à l'extérieur du Temple.
Et de cet ensemble intéressant de faits, outre la consistance de
l'édifìce et son importance dans la cité gallo-romaine, nous parviendrons enfin, peut-être, à en déduire l'exacte destination.
II.
Explorations dans une partie du mur gallo-romain
de la Cité.
Lorsque Vésone ville ouverte et riche commença, dès la
seconde moitié du lll° siècle, à subir le sort de l'empire romain et
finalement céda à la furie dévastatrice des barbares ; lorsque à la
vie de l'époque, heureuse et facile, succédèrent les périls et les
alarmes, les habitants de notre cité, décimés et sans défense
(1) Fouilles de Vésone. — Compte-Rendu de igoô, page 10.
— II —
abandonnèrent les bords riants de l'Isle où Pomone (i), déesse
gracieuse, présidait à l'éclosion des tendres frondaisons et des
fleurs, et se concentrèrent en un point haut de leur cité (à l'extrême
avancée, dans la vallée, du contrefort sur lequel s'étage aujourd'hui la ville de Périgueux), qu'ils entourèrent d'un mur haut et
épais.
Ce mur, que nous avons délimité dans notre compte-rendu
de 1906, circonscrivait sur un développement d'environ 950 mètres
avec une épaisseur de 6 mètres et une hauteur au-dessus du sol
qui ne dut pas être inférieure à 10 mètres, une enceinte de cinq
hectares et demi de superficie établie pour une grande partie sur
le contrefort précité et, pour le surplus, au sud, sur une petite
étendue de la ville romaine abandonnée. La forme de cette
enceinte était sensiblement ovalaire.
Au nord et à l'ouest il rejoignait le massif des arènes formant
bastion ; 24 tours — au dire de M. de Taillefer (2) — le flanquaient et il comprenait quatre portes donnant accès dans
l'enceinte ainsi fortifiée.
Les explorations faites au cours de la campagne de 1907 ont
permis de reconnaître, à peu près complètement, un tiers environ
du mur dont il s'agit, dans la partie comprise au sud, entre les
rues Romaine (porte Romaine) et Turenne (porte Normande).
Cette fraction de mur (voir planche m), débute à l'est, dans
l'ancien Asile des Vieillards, traverse la rue Romaine, sert de
soubassement à l'hôtel de Lestrade, puis pénètre en terrain militaire (Lits militaires et Manutention) jusqu'au Château-Barrière.
Là, dans les jardins de l'Asile de Beaufort et jusqu'à la porte
Normande, le mur soutient les terrasses du dit château.
Les parties situées dans l'ancien Asile des Vieillards et dans le
nouvel Asile de Beaufort, c'est-à-dire en terrain communal, ont
(1) Pomone, déesse des fleurs et des jardins, dont une figurine charmante
(planche xx) a été trouvée dans le mur gallo-romain, sous l'hôtel de Lestrade,
avait son culte á Vésone. Cette figurine a été décrite dans le Bulletin de la
Société historique et archéologique du Périgord, tome xxix, page 51 et suiv,
(2) Antiquités de Vésone, tome n, page 175.
— 12 —
été explorées par les soins et aux frais de la Ville, au cours des
années 1906- 1907.
Celle qui sert de soubassement à l'hôtel de Lestrade a été
reconnue lorsque ce propriétaire, en 1895-1896, voulant doter son
habitation de caves qui lui manquaient, fit en profondeur dans son
massif, les fouilles que nécessitait leur établissement.
Le surplus se trouvant en terrain militaire, nous avons expliqué,
dans notre compte-rendu de 1906, que son exploration avait fait
l'objet d'une demande en autorisation adressée dès 1905 par
M. le Maire au Service du Génie et nous avons ajouté que cette
exploration n'avait pu alors être réalisée, l'autorisation sollicitée
— malgré une instruction des plus laborieuses — n'étant pas
encore parvenue à la municipalité.
II n'en a pas, heureusement, été de même en 1907. Grâce
à l'active intervention de M. Estellé, Préfet de la Dordogne,
M. le Ministre de la Guerre, à la date du 2 mai 1907, a accordé
l'autorisation d'exécuter les fouilles en question et ces fouilles ont
été commencées le 27 mai suivant.
Cette deuxième partie de notre compte-rendu a trait aux observations que nous avons faites au cours de ces diverses explorations.
D'après M. de Taillefer (1), la partie du mur gallo-romain
comprise entre la rue Romaine (porte Romaine) et la rue Turenne
(porte Normande) était flanquée de onze tours. Quatre subsistent
encore. Les autres auraient été détruites mais pourraient être
reconnues par les fondations qui existent sous le sol.
Les assertions de M. de Taillefer nous paraissent fondées. En
faisant, en effet, le lever graphique de cette partie du rempart de
la cité de Vésone, nous avons reconnu le soin " avec lequel cet
auteur avait procédé aux mesurages dont il donne le détail dans
son ouvrage et même, ce qui corrobore son opinion, c'est que, en
explorant le rempart en question, dans les Lits militaires, nous
avons reconnu suivant O P du plan (planche m) la fondation de
la troisième tour indiquée sur ce plan (ainsi d'ailleurs que les
autres, présumées et détruites) en traits pointillés.
(1) Antiquités de Vésone, tome H, page 156 et suiv.
— 13 —
Quelques auteurs ont prétendu que le mur gallo-romain de
Vésone (et cette hypothèse s'applique aussi bien aux murs de la
même époque d'un certain nombre d'autres villes de la Gaule)
avait été hâtivement construit (i) ; que les joints horizontaux en
parement, des matériaux de grand appareil qui le constituent,
avaient été obtenus par le frottement des surfaces en contact (2),
voire même en les promenant l'une sur l'autre (3) ; que pour les
joints verticaux on avait taillé les pierres obliquement et qu'on les
avait assemblées en leur faisant former des angles dièdres dont
l'arête était au niveau du parement extérieur (4) ; que les tours
reposent sur le tuf (5), etc....
Nous croyons devoir tout d'abord déclarer, en ce qui concerne
l'àge de ce mur (à moins toutefois que quelque découverte nouvelle ne vienne détruire cette hypothèse) que, n'ayant encore
rencontré dans ses parties explorées, ni inscriptions, ni médailles,
ni objets postérieurs au III e siècle, lathéorie de M. Schuermans (6),
tendant à établir qu'il fut (de même, d'ailleurs, que tous ceux
présentant les mêmes conditions d'établissement) construit à cette
époque, nous paraît la plus probable de toutes celles qui ont été
émises jusqu'à ce jour et ainsi, ce ne serait pas en conséquence
d'un édit d'Honorius, datant des premières années du V° siècle,
que cette construction aurait été effectuée, mais bien à la suite de
la reprise en l'an 277, par Probus sur les barbares, de 60 villes
des Gaules et à la nécessité qui alors s'imposa de les fortifier.
D'autre part, le mur de la cité de Vésone, dans la partie considérée, n'a pas été établi sur un sol quelconque, simplement dérasé
ou sur un tuf imaginaire, mais bien sur une fondation soignée,
parfois importante.
(1) Inscriptions antiques du Musée de Périgueux, par le Commandant Emile
Espérandieu, page 9.
(2) Idem, page 9. Renvoi de bas de page.
(3) Congrès archéologique de France,
M. Galy, page 199 et suiv.
xxv e Session,
1858.
—
Rapport de
(4) Idem. Renvois 1 et 3.
(5) Idem. Renvoi 3.
(6) De V époque oìi furent construits les murs d'enceinte des villes gallo-romaines.
A propos des remparts d'Arlon et de Tongres, par M. H. Schuermans. — Bulletin
monumental, 1878,
— 14 Entre l'ancien Asile des Vieillards et la Manutention militaire,
englobant une petite étendue de la ville romaine (ainsi que nous
l'avons expliqué page n) il repose, en effet, sur d'antiques substructions que nous avons reconnues lors des fouilles de 1906 ou
traverse des zones de terrain rapporté, contenant des débris de
toutes sortes ayant subi l'action du feu et provenant de maisons
incendiées.
A l'ancien Asile, dans Pintervalle des substructions rencontrées,
lesquelles passent sous le mur gallo-romain et continuent dans
l'enceinte nouvelle les fondations des habitations antérieures de
la ville romaine, existe, sur la largeur dudit mur, un blocage de
remplissage de deux mètres de hauteur formé d'assises de moellons
posés en hérisson et séparées par des lits épais de mortier, qui lui
sert de fondation.
Cette fondation repose à la cote 85 m 30 sur un sol constitué par
des alluvions anciennes. Son arase supérieure, sur laquelle reposent les premières assises du mur qu'elle supporte, est établie à
la cote 87™ 30.
Dans les Lits militaires (suivant O P de la planche m) un
blocage façonné comme le précédent traverse, sur i m 90 de
hauteur, un sol constitué par de nombreux débris provenant
d'habitations incendiées.
Une zone plus particulièrement riche en cendres et charbons, se
trouve au niveau 86 m 30 et correspond à l'horizon inférieur d'incendie que nous avons reconnu aux abords de la Tour de Vésone.
(Voir page 7.)
Sur ce point, la fondation du mur gallo-romain est, comme à
l'ancien Asile, implantée dans les alluvions anciennes à la
cote 85"1 20. Son arase supérieure est à la cote 87™ 10.
Au Château-Barrière (suivant M N de la planche m) la fondation, entre l'arase d'implantation rencontrée à la cote 88 m 6i et le
rocher découvert à la cote 87™ 38, se compose d'un blocage en
moellons exécuté comme il est dit ci-dessus.
Suivant K L, le niveau d'implantation est à la cote 87 ra 83 et
entre ce niveau et le rocher rencontré à la cote 87™ 33 existe une
couche d'argile rouge compacte, avec silex, communément ren-
contrée au sommet de la masse rocheuse qui constitue le sous-sol
de Périgueux.
Enfin, sur la partie en retour du mur gallo-romain, à l'entrée
du nouvel Asile et près de la porte Normande, le niveau d'implantation a été rencontré à la cote 89™ 50 et la fondation est constituée,
comme il est dit plus haut, par un blocage établi à la cote 88 m 85
sur un sol graveleux d'éboulis.
Cette fondation qui indique la préoccupation du constructeur
d'établir le mur qui nous occupe sur un sol résistant, est unè
première indication du soin qu'il apporta à son établissement.
Elle peut être présentée, pour être rendue plus intelligible, sous
la forme du schéma ci-dessous :
C'est sur cette fondation que fut établi le mur d'enceinte de la
cité de Vésone.
Ce mur, construit en élévation avec les matériaux de grand
appareil (tous percés du trou de louve) provenant des édifices de
la ville romaine, comprend un parement-enveloppe vertical extérieur (dont la planche XI donne une tranche caractéristique) formé
de hautes assises dont les joints horizontaux sont parfois discontinus et ressautent pour faciliter l'emploi de pierres d'inégales
hauteurs. (Voir planches vil, XII et XIV.) L'épaisseur de ce
parement, qui parfois comprend des fûts de colonnes dédoublés
- 16 —
suivant leur axe ou des entablements dont les lits de pose, antiques, forment parement vertical, diffère à chaque pierre et varie
entre o m 3o et i in oo. Quelques-unes, même, forment boutisses à
pénétration profonde. (Voir planches Xi et XV.)
Le tout, assez régulièrement appareillé, a certainement nécessité
un choix préalable de matériaux dont les lits sont en contact
étroit, sans mortier.
Dans les courtines, les joints verticaux n'ont pas été retouchés.
Ils sont formés par les lignes de taille antique.
II n'en est pas de même dans la construction des tours qui flanquent l'enceinte. Le parement de celles-ci a, en effet, été retaillé
à la demande de la courbure et les joints verticaux amaigris vers
l'intérieur sont normalement dirigés suivant le rayon concourant
de l'extérieur au centre de l'ouvrage.
Les lits de pose, ainsi que nous l'avons dit, sont en contact
étroit, mais ce rapprochement ne doit être attribué qu'à une
grande régularité de taille. On ne s'imagine guère, vraiment,
des blocs dont le poids, pour certains, atteint près de deux tonnes,
promenés l'un sur l'autre afin d'obtenir, par le frottement des surfaces, une grande rectitude des lits horizontaux ; d'autant plus
que nos calcaires (ce que les auteurs qui ont cité cette façon
ignoraient sans doute) sont émaillés de rognons siliceux d'une
excessive dureté qu'une pareille main-d'œuvre (outre la sujétion
d'ouvrage) ne réduirait pas commodément.
Quoi qu'il en soit, derrière ce parement furent entassées incertainement assisées et sans mortier, les unes à côté des autres, les
pierres provenant de la démolition des monuments de Vésone tels
que temples, palais, arcs de triomphe, frontons, tombeaux, etc.,
c'est-à-dire les débris d'une ville entière que les ouvriers (peut-être
dans une pensée de conservation) évitèrent presque toujours de
mutiler inutilement.
Ils se bornèrent, ainsi que nous l'avons maintes fois constaté,
à retrancher, lorsque cela était indispensable, les parlies les
plus saillantes des bases de colonnes, des entablements ou des
corniches qui auraient nui à la solidité de la construction, en
créant dans son intérieur des vides par trop considérables. Ils
- I? -
respectèrent les inscriptions que nous retrouvons intactes et autant
que possible les sculptures.
Enfin le plein fut obtenu en coulant dans les vides du sable
graveleux pur ou de fins débris de carrière (pichun).
Dans la partie supérieure de la construction à gros blocs qui
atteint à Barrière une hauteur de 7™ 50 au-dessus du sol (voir
planche XIII) le mur de Vésone fut, comme à Sens et à Bordeaux par exemple, couronné par une maçonnerie de petit appareil cubique que coupent, à intervalles sensiblement égaux, des
cordons continus de briques, ou en forme de damier.
II serait excessif, pensons-nous, d : affirmer que cette maçonnerie
n'est pas de l'âge du mur. Rien n'empêche de supposer que
les pierres monumentales faisant à un moment défaut, ce mur
fut complété suivant la méthode ordinaire.
D'autre part, enfin, comment justifier dans une fortification
semblable, la mise en œuvre des matériaux dont fut bâtie toute
une ville ? La réponse est facile.
Le volume, en effet, d'un mur tel que celui qui nous occupe,
représente au bas mot 40,000 mètres cubes de gros matériaux. Or
sans émettre encore aucune opinion ferme sur la durée de construction de ce mur (étant toutefois entendu que la mise en œuvre
d'un pareil volume de matériaux constitue une œuvre importante
irréalisable dans un court délai), il eût fallu un temps démesurément long et que ne comportaient guère les circonstances, pour
en poursuivre l'extraction en carrière. Vésone avait mis près de
trois siècles pour ce faire. Aussi dans le besoin où se trouvèrent
les populations, ayant sous la main un approvisionnement considérable immédiatement utilisable, en firent-elles l'usage que nous
savons.
Et c'est ainsi que celte solution, bien que dépourvue du merveilleux, si cher à l'homme, que certains auteurs y ont vu, nous
paraît très pratiquement conforme à la réalité des faits.
Le mur ne se présente pourtant pas dans son ensemble, avec la
hauteur et la largeur que nous lui avons assignées. II a subi, au
— 18 —
cours des âges, des modifications importantes. Traité comme
une carrièrs de pierre de taille, il a été dérasé plus ou moins en
hauteur, vidé ou dédoublé sur son épaisseur, principalement
du côté intérieur, et ses matériaux employés à l'édisication des
bâtiments auxquels il a servi de base.
C'est ainsi qu'à l'ancien Asile des Vieillards et dans la courtine
voisine de la porte Normande, il ne reste sur sa face extérieure
qu'une faible partie de son épaisseur et cependant en l'état où,
en 1906, il a été mis à découvert par les soins et aux frais de la Ville
(voir planches VI, Vil et XVI), il produit le plus impressionnant
effet en son amoncellement de chapiteaux, fûts de colonnes (lisses
ou cannelés), frises, entablements, etc., tous matériaux qui permettent de supposer l'importance et la magnificence des monuments auxquels ils appartinrent.
Sous l'Hôtel de Lestrade, le mur a été vidé pour rétablissement
de caves dont les faces intérieures montrent, sous forme d'arrachements, le curieux aspect que donne la photographie de la
planche VIII.
C'est en ce point qu'ont été, parmi tant d'autres matériaux
sculptés, mis à jour la jolie figurine de Pomone et le beau chapiteau composite que représentent la planche XX.
Dans les locaux à usage des Lits militaires, des fouilles descenm
dues à 5 m 20 ont mis à découvert trois assises faisant ensemble 1 50
d'épaisseur, composées de fûts de colonnes couchés ou debout
(quelques-uns en pierre tendre de Chancelade (i)ou des Piles (2)), de
frises et entablements constituant la base du mur antique sur
laquelle fut établi le mur de terrasse actuellement existant. Mais
cette construction a subi sur sa face intérieure' de notables remaniements. Des bâtiments du moyen-âge la surmontèrent, puis
surent incendiés, ainsi qu'en témoigne une couche deo m 40 d'épaisseur de débris de construction, carreaux ou dallage, cendres et
charbons, rencontrée en plusieurs points au niveau supérieur des
dites trois assises.
(1) Commune, canton de Péfigueux.
(2) Commune de Cornijle, canton de Savignac-lea-Eglises.
- i9 -
Une photographie (planche IX) prise suivant l'angle D de la
planche m donne une vue des découvertes faites en ce lieu.
Enfin le Service des Travaux municipaux, en vue de donner
suite au désir exprimé par le Conseil municipal, de transformer
le Château-Barrière en une annexe du Musée lapidaire de la Ville
et d'entourer cette belle ruine d'un square devant ajouter à son
pittoresque le charme de frais ombrages et de verts gazons a,
tout d'abord, réparé vers la fin de la campagne de 1907, une
brèche qui s'était produite vers 1883 dans le mur gallo-romain,
suivant M N de la planche III (voir planches x, XI et xil) au
joignant de la voie ferrée de Périgueux à Brive, puis remis à
l'aplomb une autre partie de ce mur, suivant K L de la même
planche m (voir planches XIII, XIV et xv) qu'une végétation
par trop luxuriante avait poussé au vide et déversé.
Et en ces deux derniers points encore, le mur avait été dédoublé
et les matériaux réemployés, après retaille, dans les constructions
du Château-Barrière qui le surmontent.
Suivant M N de la planche m, le parement extérieur (voir
planche Xl) avait seul été conservé pour soutenir les terrasses du
château. Son épaisseur varie de o m 45 à o ra 98 sur une hauteur de
près de 5 mètres ; et à la suite des temps, ne pouvant plus résister
à la poussée lente des terres, peut-être aussi les trépidations dues
au passage des trains y aidant, il s'était, il y a 25 ans, en partie
effondré.
La réparation dont il a été récemment l'objet et qui comprend
un contre-mur maçonné, le mét pour longtemps désormais à
l'abri de pareille éventualité.
Suivant K L de la même planche m, le parement extérieur
avec partie du massif y accolé, faisant ensemble une épaisseur
d'environ 2 mètres, avait été conservé et à la face intérieure on
appliqua le mur d'une cave (voir planche XV) dont nombre de
claveaux ou pierres d'appareil des piédroits furent débités dans
des chapiteaux ou des frises provenant du mur même auquel ladite
cave fut substituée.
— 20 —
C'est là qu'ont été découverts, parmi d'énormes soubassements,
frises et entablements, deux monuments de grand intérêt. L'un,
un autel dédié à Mercure, désigné par la lettre T (planche xv) ;
l'autre, situé un peu au-dessous : un couronnement de pilastre
dont la planche XVIII montre deux aspects.
De ces deux monuments, ainsi que pour les objets divers
trouvés dans les fouilles, nous donnerons la description dans le
chapitre qui suit.
Et ainsi, si les explorations que nous avons faites dans la partie
du mur gallo-romain de la cité de Vésone, comprise entre les
portes Romaine et Normande, nous ont bien permis de reconnaître le mode d'établissement de ce mur : massif grossièrement
assisé revêtu d'un parement-enveloppe extérieur élevé avec une
certaine recherche, nous n'avons pu découvrir encore, par suite
des ablations dont il a souffert, s'il comprenait pareil parement
du côté intérieur. Nous espérons, dans nos recherches futures,
tirer au clair, par des constatations directes, cette importante
question, dont la résolution par l'afhrmative nefait, d'ores et déjà,
aucun doute pour nous.
III.
Monuments et Objets d'importance recueillis dans
les fouilles.
/° Autel à Mercure.
Dans le livre VI, § 17 de ses Commentaires sur la guerre des
Gaules, César dit textuellement cn parlant des Gaulois :
« Mercure est le premier de leurs dieux et ils lui élèvent un
» grand nombre de statues. Ils le regardent comme l'inventeur de
» tous les arts, comme le guide des voyageurs, comme le protec» teur actif et influent du gain et du commerce
(i).
Ce qui semble bien corroborer la découverte faite en 1884, lors
de la construction d'un égout dans l'enceinte de la Cité, à4m 5o de
profondeur, d'une stèle en forme de niche, surmontée d'un fronton
dans laquelle Mercure, debout, est représenté sculpté en rondebosse.
D'après M. Hardy, alors président de la Société historique et
archéologique du Pèrigord, qui consacra à cette heureuse trouvaille
une très intéressante notice (2), la stèle en question, sorte de nicheautel (qui constitue aujourd'hui l'un des principaux ornements de
la salle des antiques du Musée du Périgord) avait dû être encastrée
dans un mur et le lieu où elle fut découverte, aux abords de la
porte principale par laquelle, en venant de Rome, on entrait dans
la Cité (3), l'autorisa à reconnaître, dans cette représentation, le
Mercure auquel les anciens aimaient à confier la garde de leurs
villes.
Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, Mercure fut certainement
vénéré à Vésone ainsi qu'en témoigne la découverte (complétant
celle de M. Hardy) faite dans le mur gallo-romain de la Cité, au
point T de la planche XV, d'un autel dédié à ce dieu par un
affranchi.
D'une hauteur totale de i m 4o cet autel est constitué, ainsi que le
représentent le croquis d'autre part et la planche XVII, par un fût à
section carrée de o m g20 de hauteur et de o m 495 de largeur, reposant sur une base de o m 270 et surmonté d'un couronnement
de o m 310 de hauteur.
(1) Deum maxime Mercurium colunt. Hujus sunt plurima simulaera : hune
omnium inventorem artium ferunt, hune viarum atque itinerum ducem, hune ad
quoestus pecuniœ mercaturasque habere vim maximam arbitrantur
(2) Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, Tome xiv,
page 99.
(3) Porte de Mars, à l'est.
— 23 —
- 23 —
Sur la face supérieure, plane, de ce couronnement, une trace
rectangulaire de o™ 020 de largeur (voir plan ci-dessous) dont les
côtés ont respectivement o m 313 et o m 282, est taillée au ciseau sur
quelques millimètres de profondeur.
Cette trace ciselée servit à former une base exactement horizontale permettant le parfait appui d'un socle, très probablement
en métal, dont elle donne la forme et les dimensions et qui dut
servir de support à une représentation de ce dieu.
Le scellement au plomb d'un goujon en fer, existant encore sur
chacun des côtés, fixait ce socle à l'autel.
Ce monument, qui comprend une belle inscription sur l'une de
ses faces et dont les trois autres sont muettes, était votif. II dut
être élevé soit au pied du portique d'entrée d'un temple, soit près
ou au centre de Y impluvium d'une habitation,
— 24 —
L'inscription comprend la dédicace inédite suivante -.
M31CVRIO
DEOAVGporricvs
ATTILLl-LlBERTV • S - L •M
Les lettres, d'une bonne époque, varient quelque peu en hauteur. 11 en est'de même des interlignes. Les dimensions des unes
et des autres sont données par lfe croquis précité.
Mercurio deo Aug [ustoj Ponticus Attilli libert (us). V (oium)
S (olvit) L (ibensj M (erito).
A Mercure, Dieu auguste, Ponticus affranchi d'Attillus. II
s'acquitta de son vœu, volontiers et à juste titre.
Tel est cet intéressant autel, taillé dans un bloc de pierre de
Périgueux. A peu près intact, seule la saillie d'un des côtés de son
couronnement a été abattue pour une pose de plus grand contact
avec la pierre voisine. II complète heureusement dans notre
Musée la stèle dont nous avons ci-dessus relaté la découverte
faite, en 1884, dans l'enceinte de la Cité.
2" Couronnement de pilastre.
Le deuxième monument que nous avons mis à jour, un peu
au-dessous de l'autel à Mercure ci-dessus décrit, représente en
plein relief, sur une hauteur d'assise de o m 4o, la partie supérieure
— 25 —
du corps d'une femme vêtue d'une longue robe, le sein gauche
découvert.
Cette sculpture, que nous n'avons pu identifier et dont la planche xvili donne deux aspects, couronnait très vraisemblablement
le sommet d'un pilastre de petit monument ou encore d'une baie
et devait être placée à une faible hauteur au-dessus du sol en
raison de la façon dont elle a été traitée. Elle nous paraît, en
effet, par sa belle allure et surtout par sa taille délicate, à la
gradine, présenter un très réel intérêt.
j° Fragment d'édicule.
Ce fragment, de petites dimensions, a été découvert à Barrière.
II comprend sur une hauteur de om 14 (voir planche xix) une '
colonnette d'angle, à section carrée, dont les deux plats externes
sont décorés de fins motifs sculptés en bas-relief et de laquelle se
détache une partie de corps humain suffisante, heureusement,
pour une détermination.
A droite, en effet, se distinguent un avant-bras et une main —
la droite — tenant un disque ou palet prêt à être lancé.
A l'opposé la gauche, bien que brisée au niveau des métacarpiens, montre entre le pouce et l'index le profil d'un deuxième
palet.
Et il nous paraît que ces deux mains appartinrent à un discobole représenté sur un édicule peut-être funéraire.
^° Monnaies.
Quelques intéressantes monnaies ont été trouvées dans nos
fouilles (1). Nous en devons l'identification à M. Lespinas, vice(1) Dans les déblais exécutés suivant K L de la planche m en vue de dégager,
sur sa face postérieure, le mur gallo-romain, trois jetons en cuivre, dits de la
Ligue Hanséatique, frappés en Allemagne, ont été mis à jour.
Ces jetons dont la légende est souvent allemande, parfois incompréhensible,
pnt été trappés depuis le xv? siècle jusqu'à Louis XIV.
I
— 26 —
président de la Société historique et archéologique du Périgord.
Ce sont :
i° Un petit bronze gaulois dont le type a été plusieurs fois déjà
rencontré à Périgueux.
Tête à gauche : Anicoios.
Revers : sanglier allant à droite. Au-dessus
Triskèle ; au-
dessous, plante ou ornement ayant la forme d'une fleur de lys.
Monnaie à placer à l'époque d'Auguste ( — 63 + 14 ans
après J.-C,).
2° Deux exemplaires de la moitié d'un moyen bronze bien
conservé de la colonie de Nîmes, aux têtes affrontées d'Auguste
et d'Agrippa. Au revers : palmier et crocodile avec l'inscription
col (oniaj Nem jausi) (26 ans après J.-C).
Quelques auteurs prétendent que ces pièces, ainsi coupées et
assez communément rencontrées,
ont pu servir d'ex-voto, de
gages d'hospitalité ou d'assurance de commerce.
3 0 Un moyen bronze, à l'effigie de Titus, fils de Vespasien,
frappé vers Fan 77 après J.-C.
T. cœs. Port. tr. p. Cos. VI censor. Tête laurée à droite.
Revers : Victoria Augusti. Victoire à droite tenant une palme
et une couronne.
*
4 0 Un moyen bronze à l'effigie de Domitien (81 à 96), frappé
vers l'an 86 après J.-C.
Imp. cœs. Domit. aug. germ. Cos. XII cens, per P. P. Tête
laurée à droite.
Revers : Virtuti Augusti. S. C. La Valeur, casquée debout
tenant un Parazonium et une haste.
5 0 Un moyen bronze à l'effigie de Trajan (98 à 1 17) frappé vers
l'an 101 après J.-C.
Imp. cœs. Nerva Traian. Aug, Germ, P. P. Tête couronnée à
droite.
Revers : Tr. Pot. Cos III/. P. P. S. C. Victoire marchant à
gauche tenant une palme et un bouclier sur lequel on lit : S. P. Q. R.
6° Pièce asséz fruste sur laquelle paraît figurée la tête d'Antonin le Pieux, avec, au revers, la Concorde assise à gauche.
Frappée vers l'an 153 de J.-C.
7 0 Un petit bronze de Victorin (265 à 267), usurpateur en
Gaule.
Imp. Victorinus P. F. aug. Buste à couronne radiée à droite.
Revers : Pax augusti. La Paix allant à gauche tenant une
branche à la main.
8° et 9 0 Deux petits bronzes de la même époque, mais trop
frustes pour être déchiffrés. Sur l'un d'eux on pourrait peut-être
lire quelques lettres se rapportant à Tetricus (267 à 273).
5 0 Céramique et ouvrages en terre cuite.
De même qn'en 1906, les fouilles de 1907 ont été très productives en objets de terre cuite. Ces objets ont surtout consisté en
fragments de poterie fine à couverte rouge lustrée, dite samienne,
et commune, rouge et noire ; aussi en tuiles de couverture, briques de construction et contre-poids de tisserands.
Les poteries fines sont nombreuses, malheureusement très
fragmentées. Toutefois un beau plat de o ra 27 de diamètre a été
mis à jour et quoique brisé, a pu être reconstitué. Les autres
fragments recueillis ne sont pas dépourvus d'intérêt.
Ce sont des débris de pots, de vases ou de coupes plates ou
profondes dont la panse de quelques-uns présente des zones circulaires comprenant des frises de rinceaux et de feuillages sur lesquelles sont figurés des animaux dans leurs attitudes familières,
et que circonscrivent les étroits bandeaux de demi-oves ou de
perles du type communément alors adopté.
Certains de ces fragments portent des marques sigillées de
potiers. Nous en avons relevé onze, la plupart inédites. Quelquesunes sont incomplètes du fait d'une cassure, d'autres figurent déjà
— 28 dans les collections de notre Musée. Nous en donnons ci-dessous
le fac-similé.
(ovirf/Vî)
(QFÌSU/
(BAS f)
0)
sVI RTHVSFEC-f)
GENVI^
Les poteries communes ou objets en terre cuite ordinaire —
rouge ou noire — comprennent une grande quantité de fragments
de vases à panses unies ou striées, de cols de pots à goulots ronds
ou pincés ; d'amphores, de contre-poids de tisserands complets et
de belle forme; de tuiles plates, tegulœ, et demi-cylindriques,
imbrices, pour couverture ; de carreaux de 0,225 de côtés et
de 0,04 d'épaisseur, de briques légèrement striées de 0,32 X °>rô
et 0,045 d'épaisseur communément employées dans les constructions ; et enfin de briques de 0,035 d'épaisseur, dont nous donnons
pi-dessous le croquis, que nous avons reconnues utilisées dans des
^....Mt. ....
(1) Provient du beau plat précité.
(2) Nous signalons cette curieuse coïncidence d'un nom de potier et de celui
du citoyen auquel Ponticus (voir autel à Mercure) doit son affranchissement,
massifs de maçonnerie, mais dont nous n'avons pu reconnaître la
destination précise qui — en raison de leur forme à crans — ne
nous a pas paru être seulement celle-là.
6° Marbres.
Ainsi que nous l'avons laissé entendre (page 9) les dallages de
la Tour de Vésone et de son peribole nous ont paru exécutés en
marbre blanc.
Nous avons, en effet, mis à jour dans les fouilles s'y rattachant :
notamment de grandes dalles de cette nature, de 0,05 d'épaisseur,
o ,n 50 de largeur et d'une longueur plus grande encore, car nous
n'en avons que des fragments ; ainsi que des carreaux de o, 1 2 X 0, 1 1 2
et 0,025 d'épaisseur dont les coupes verticales, en maigre, et les
mortiers encore adhérents au lit de pose ne laissent aucun doute à
cet égard.
Puis nous avons trouvé en abondance des fragments de cymaises, de plinthes, de baguettes, de listeaux et de moulures d'angle
— à profils parfois retournés sur leur épaisseur, — aussi en marbre blanc et l'un de ces débris (détail curieux) portait encore sur
son profil mouluré un large lingot de plomb fondu qui en avait
pris exactement l'empreinte.
Nous avons aussi découvert, à l'état fragmentaire, des marbres
pyrénéens de différentes espèces : Campan vert, Sarrancolin, brèches et lumache Iles de diverses teintes dont les dimensions, l'épaisseur et la taille indiquaient nettement la destination en dallage ou
en revêtement. Et à ce sujet, notre certitude est d'autant plus
grande que nous avons trouvé en place — fixés aux murs dans une
gaîne de mortier — quelques-uns de ces fragments.
En attendant peut-être mieux encore, nous sommes naturellement conduit à conclure, pour les annexes de la Tour, à une
richesse très grande de décoration et d'ornementation.
La Tour elle-même, d'ailleurs, n'était-elle pas, dans ses parties
Vues, revêtue de plaques de marbre, ainsi qu'en témoignent non
seulement les constatations déjà faites à ce sujet par nos devan-
— 30 —
cìers (i), mais encore les goujons ou crampons qui les tenaient
fixées à son parement et en hérissent encore la surface ?
Enfin quelques débris d'inscriptions, dont la lettre est de belle
époque (voir planche xxi) ont été, en outre, mis à jour. Le petit
nombre, par nous possédé, des fragments qui les composèrent ne
permet pas de les déchiffrer. Us n'en offrent pas moins un réel
intérêt.
yo Verrerie.
Nous avons été particulièrement favorisé, en dehors de quelques
menus fragments sans grande importance, en découvrant (malheureusement en plusieurs morceaux que nous avons toutefois pu
réunir) une belle coupe en verre de 0,123 de diamètre (voir planche xxil) de teinte vert clair, à côtes hélicoïdales dont le bord
supérieur, sur une hauteur de 0,015 paraît avoir été rodé à
l'émeri ou à la meule. Les irisations de cette pièce ajoutent à sa
beauté et contribuent à en faire un objet rare que notre Musée
conservera précieusement.
. .
8° Objets divers.
Nous avons réuni, sous cette rubrique, quelques objets en
bronze et en os découverts dans nos fouilles.
Les premiers comprennent (voir planche XXIIi) outre les monnaies que nous avons décrites, une longue épingle à cheveux (?),
un bracelet en forme de simple anneau, une broche ayant servi
d'agrafé et deux fibules dont le pied faisant un S avec l'arc,
remonte vers celui-ci pour le rejoindre en formant un œillet.
L'ardillon de ces fibules (auxquelles ressemblent étonnamment
nos épingles de nourrice) s'introduit dans une gorge allongée
évidée dans le pied.
(1) Antiquités de Vésone, tome ìor, page 342.
L'Echo de Vésone du 3 juin 1858. — Compte-iendu de lá 4e séance du Congrès
des Sociétés savantes, dans laquelle M. Galy fait une communication à ce sujet.
m
— ái —
Le second, un petit fuseau fort bien conservé quoique brisé en
deux morceaux par la pioche au moment de sa découverte.
Ces divers objets, destinés à notre Musée, ajouteront certainement aux collections qu'il comprend, quelques pièces intéressantes
de plus.
Tels sont les résultats acquis au cours de la campagne de 1907.
Ils complètent heureusement ceux de 1906 et nous avons l'espérance que la campagne prochaine, en nous permettant de continuer méthodiquement nos recherches dans le voisinage de la Tour
et aussi d'entreprendre les fouilles dans les jardins au sud, en
des lieux découverts où les constructions sont rares et ne présenteront aucun obstacle appréciable, sera au moins autant et peutêtre plus que les précédentes, fertile en précieux résultats.
CH. DURAND,
Adjoint au Maire.
Cf i-íA VIL LE
I
FOUILLES DE VÉSONE
PLAN DE DÉTAILS
zo
xx0 B du T>laaa. d'ensereLble
MUR GALLO-ROMAIN
ASILE DE BEAUFORT
arâòeá pfáHurváeó, eœísàt/iâeâ ou détruites
^Çafêceá reconsiueô- au wàiS/eï
Planche V
Fouilles de Vésone.
(Vue perspective au point B de la Planche II).
Planche VI
Planche VII
Fouilles de Vésone. — Mur Gallo-Romain.
(Vue perspective au point D de la Planche III).
Planche X
Fouilles de "Vésone. — Mur Gallo-Romain (avant sa réparation).
(Vue perspective au point E de la Planche III).
Fouilles de Vésone. — Mur Gallo-Romain (avant sa réparatio
(Vue perspective au point F de la Planche III).
Fouilles de Vésone. — Mur Gallo-Romain (après sa réparation).
(Vue perspective au point E de la Planche III).
Fouilles de Vésone. — Mur Gallo-Romain.
(Vue perspective d'ensemble au point G de la Planche 111).
Planche XV
Fouilles de Vésone. — Mur Gallo-Romain.
(Vue perspective au point I de la Planche III).
Planche XVII
Fouilles de Vésone. — Autel à Mercure.
(Échelle au i/io e).
Planche XIX
Fouilles de Vésone. - Fragment d'édicule.
(Échelle à 2/5"=).
Planche XX
Échelle i/2 grandeur.
Échelle au I/IO°.
Fouilles de Vésone. — Tête de Pomone et chapiteau.
Fouilles de Vésone. — Fragments d'inscriptions.
(Échelle au 1/5).
Planche XXII
DE PLRIGUEU:
Fouilles de Vésone. — Coupe en verre.
(Diamètre O m 123).
