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LES
CHRONIQUES
DE
JEAN TARDE
TIRAGES DE
LUXE
100 exemplaires sur papier de Hollande numérotés de 1 à 100.
50
—
sur papier Whatman numérotés de 101 à 150.
LES
CHRONIQUES
DE
JEAN TARDE
CHANOINE THÉOLOGAL ET VICAIRE GÉNÉRAL DE SARLAT
Contenant l'histoire religieuse et politique de la ville et du diocèse de Sàrlat,
depuis les origines jusqu'aux jiremières années du XVIIe siècle
ANNOTÉES
PAR
LE V TE GASTON DE GÉRARD
MEMBRE DE
LA
PRÉCÉDÉES
SOCIÉTÉ
HISTORIQUE
D'UNE
DU
PÉRIGORD
INTRODUCTION
PAR
M.
GABRIEL
TARDE
MEMBRE DE LA MÊME SOCIÉTÉ
9
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BIBLIOTHEQUE
DE LA VILLE
DE PERÍGUEUX
PARIS
H. O U D I N
ALPHONSE PICARD
LIBRAIRE — EDITEUR
Libraire des Archives Nationales
17, RUE BONAPARTE, 17
82, RUE BONAPARTE, 82
1887
JEAN
TARDE
(1561-1636)
I
II y a des sources où tout un village vient puiser, bien qu'elles ne soient
point publiques ; et rien ne montre mieux la nécessité de leur donner enfin
ce caractère. Telles ont été les Chroniques du chanoine Jean Tarde. Leurs
copies inexactes ont été si souvent citées, qu'il était grand temps de les
publier pour les érudits Cette publication aura pour premier mérite de
rejeter dans le néant nombre de variantes manuscrites, dont le moindre
défaut est d'être incomplètes et fautives. Non seulement elles suppriment
ce qu'il y a de plus intéressant et aussi déplus précis incomparablement, les
détails jusqu'ici inédits sur la lutte contre les Anglais et sur les guerres de
religion ; mais encore elles font subir au texte l'injure d'interpolations et
d'additions disparates, où s'altère et s'efface à l'œil la touche nette de notre
auteur. J'espère qu'à présent, dépouillé de tout alliage, il apparaîtra ce
qu'il est, un bon écrivain de son temps, sobre, concis, allant droit au
fait, et point trop gêné dans le justaucorps de sa phrase, qui évite les longues traînes et les réduplications de mots où se complaisent souvent ses contemporains. Son style sans vibration, mais non sans nerf, est rehaussé à
l'occasion par quelque image juste et pittoresque, et, s'il sent un peu le
terroir, il porte surtout la marque du géomètre imaginatif. Mais, si jem'arrêtais trop à ces qualités superficielles, qu'il convient de ne pas surfaire,
je ferais tort au savant dont la passion du vrai a seule rempli la vie.
Cette vie est d'ailleurs assez simple : une visite du diocèse de Sarlat par
ordre de l'évêque, en 1594, deux voyages à Rome, l'un en iS^3 } l'autre en
16 14, et des relations avec Galilée à cette dernière date, une nomination en
qualité d'aumônier ordinaire de Henri IV en 1599 : voilà les événements les
1 Nous serions coupables d'ingratitude si nous
d'une copie, soigneusement collationnée par lui,
ne nous hâtions d'exprimer ici nos remercîdu manuscrit original autographe conservé à
ments au savant P. Boutier, de la Compagnie
la Bibliothèque municipale de Toulouse, sous
de Jósus. Nous lui devons d'être en possession
la cote : Ms Section Histoire, B. n° 61
BIBUCT'HE'OUE
DE !. A V'U-E
viij
INTRODUCTION.
plus notables de cette existence. Mais par quelle singularité, en plein Périe
g-ord noir, un mathématicien, un astronome distingué, est-il né au xvi siècle? Même de nos jours, les vocations scientifiques sont rares dans notre
pays ; et, parmi les esprits éminents à divers degrés/ìont il s'honore, poètes,
moralistes ou philosophes presque tous, on compte un seul Jean Rey.
Cependant, dès 1 6 1 5, 6 ans à peine après la découverte du télescope, 4
ou 5 ans tout au plus après son premier emploi par le grand savant Florentin, un de ces merveilleux instruments, infiniment rares à cette date en
France
se dresse dans le fond du diocèse de Sarlat, à quelque vieille
fenêtre gothique de cette forteresse abrupte et déjà en ruines, sous un
rocher, qu'on appelait la Roque de Gajac. Et là, pendant 10 années consécutives, cet engin surprenant est braqué, non par quelque astrologue à
2
l' usage d'un châtelain qui se fût piqué d'imiter la cour , mais par un
véritable homme de science qui suit Galilée , par un chanoine théologal, c'est-à-dire professeur de dogme , qui ne craint pas de se déclarer
partisan de Copernic, de rejeter même les derniers épicycles conservés
par celui-ci et d'esquisser à grands traits le vrai système du monde.
Combien y avait-il alors de Français éclairés de cette lumière toute nouvelle 3 ? Ce savant, il est vrai, a son erreur de prédilection, plus chère à
son cœur que toutes les vérités d'autrui : il a découvert une constellation
dans les taches du soleil, et s'est empressé de la baptiser. Mais celte illusion est si séduisante, elle s'appuie sur des observations si méthodiques
et si persévérantes, qu'il la fait quelque temps partager, qu'on la lui envie,
qu'on la lui vole, et il se trouve en fait, après deux cent cinquante ans,
qu'elle pourrait bien contenir au fond une paillette d'or, une toute petite
parcelle de vérité.
Chose à noter aussi, cet inventeur et ce parrain d'astres imaginaires, sarladais pur sang malgré tout, aime sa patrie d'un amour passionné , dont
ce livre que nous publions est le témoignage. II en dresse le premier la
carte, il en fait le premier l'histoire, il en parle toujours avec fierté, et avec
1 Je lis, à la vérité, dans de Thon (1G09), a propos del'invention de la lunette : a Nous devons
aux Flamands cette invention, qui fut bientôt portée en France et pratiquée par nos ouvriers. Cet instrument ayant été porté en
Italie, Galilée, gentilhomme florentin, fit sur
ce modèle une lunette d'approche pour son usage
avec lant de soin qu'elle faisait paraître les
objets cent fois plus grands et trente fois plus
proches. » II suit bien de là que la France a
possédé des lunettes avant même l'Italie, mais
des lunettes très-grossières. Evidemment, celle
que Galilée construisit pour lui-même pour s'en
faire une sorte de monopole, n'a pas dû se répandre vite. Bile n'était pointdans le commerce.
Et si, en 1614, on le voit offrir en cadeau à notre
auteur quelques-uns de ses vernis, c'est que déjà
il avait eu le temps de faire à l'aide de son instrument d'importantes découvertes. Galilée,
en outre, est le premierqui ait songé à se servir
des lunettes, après les avoir perfectionnées, pour
regarder la voûte céleste.
2 s Henri IV fit venir l'astrologue et médecin
Larivière au moment de la naissance de Louis
XIII, et, quand Anne d'Autriche accoucha de
Louis XIV, un astrologue, Morin, se tenait
caché dans l'appartement pour tirer l'horoscope du futur monarque. » (Alfred Maury, La
Magie et V Astrologie .) Voir, sur Morin, le
Dictionnaire de Moréri et celui de Bayle.
3 Quelques années plus tard, il est vrai, nous
voyons se répandre en France le goût ou là
mode de l'astronomie d'amateur, (par exemple,
à Aix), mais la doctrine nouvelle était loin de
faire son chemin aussi rapidement que la mode
nouvelle. — A cette époque, quiconque avait le
goût des sciences se faisait astronome ou mathématicien, comme à présent chimiste ou
naturaliste.
INTRODUCTION.
ix
une tendresse qui surprend sous cette plume de géomètre et de géographe.
Ce serait l'amoindrir pourtant et le méconnaître que de voir dans ce patriotisme local l'âme et l'inspiration unique ou même dominante de ses travaux. S'il n'est guère de son pays qu'il adore , il est bien de son siècle ,
qu'il maudit parfois ; et les grands courants contraires ou complexes d'enthousiasme et de foi qui traversent cet âge de crise n'ont point passé sur
lui sans l'atteindre. Ils l'agitent tous ensemble ; et ce serait là une dernière
singularité à noter, si celle-ci ne lui était commune avec la plupart des plus
logiques esprits de son temps. Attaché aux vieux dogmes traditionnels ,
comme au sol natal, il les défend avec énergie contre Tinvasion des religionnaires.De là en partiesa patience àdépouiller de vieux documents, à recueillir
ce qui reste des archives paroissiales, « pillées » et « brûlées » par les héré1
tiques, et à en extraire l'histoire religieuse aussi bien que politique de sa
province, a: pour faire voir aux religionnaires et innovateurs la succession
de nos pasteurs, et montrer par icelle et par une longue et ininterrompue
possession qu'ils sontles vrais et légitimes pasteurs del'Eglise chrestienne. Î
Mais cet ennemi de Calvin est l'admirateur de Galilée ; et à cette haine
profonde de la nouveauté en religion, ajoutons de la guerre civile , il joint
l'amour non moins fervent de la nouveauté scientifique. Ce sont là les deux
âmes de cette âme. La première de ces passions, sans parler de sa curiosité
naturelle, très-vive comme on le verra, nous a sans doute valu ses Chroniques et ses Cartes même, dressées pour faciliter les visites pastorales
de plusieurs prélats de sa région ; la seconde a inspiré ses Astres de
Borbon, son traité sur la Pierre aimantée et ses écrits mathématiques. L'une
l'a probablement désigné aux fonctions de vicaire général en 1594, de chanoine théologal un peu plus tard ; l'autre paraît avoir été le mobile principal de ses voyages à Rome, et, à coup sûr, de sa visite à « rillustrissime seigneur Galileo Galilei ». Ainsi tout s'explique dans sa vie par cette double
orientation.
Cette dualité pourra sembler à plusieurs contradictoire , mais non à ceux
qui savent quel but élevé, conforme aux besoins majeurs de leur temps
et de leur patrie , se proposaient les membres éclairés du clergé
français, dans leur levée en masse contre la conquête luthérienne et
calviniste, durant toute la seconde moitié du seizième siècle. C'étaient
des réformateurs aussi, qui, en réponse à la Réforme protestante , avaient
entrepris la régénération catholique là où elle était possible encore, et avec
un succès presque égal. L'impulsion avait été donnée en 1 562, versl'époque
de la naissance de Tarde, parle concile de Trente 2 , qui, nul ne le conteste, a
été un immense effort d'épuration catholique. Mais il restait maintenant à
1 La partie politique de ses Chroniques n'en
est pas moins très-étendue, et la plus intéressante pour nous.
2 Voir notamment à ce sujet le livre récent
sur la Contre-révolution religieuse au xvi° siècle, par M. Martin Philippson, qui ne saurait
être suspect de partialité catholique.
X
INTRODUCTION.
en faire pénétrer les effets et la sève régénératrice dans le cœur des provinces les plus reculées, jusqu'aux dernières radicelles du clergé inférieur.
Louis de Salignac , l' éminent évêque de Sarlat de 1579 à 1598 , dont notre
historien fut l'amietle vicaire général , se dévoua, nous le verrons, comme
beaucoup de prélats ses contemporains, à cette œuvre patriotique à ses yeux
autant que religieuse. Le résultat commun devait être la formation de cette
grande Eglise nationale qui se résume en Bossuet et en Fénelon, comme le
mouvement rénovateur des sciencesmathématiques et de l'astronomie allait
droit à Descartes, à Newton, à Leibnitz. Par ces deux courants, momentanément convergents, où il était engagé à la fois, Tarde courait donc, sansle savoir,
comme toute T élite de son temps et de son pays, à cette majestueuse harmonie historique, transitoire il est vrai, qui allait naître de leur confluent,
et qu'on appelle le siècle de Louis XIV. Siècle unique, dont le midi fut brillant, mais dont l'aurore aussi fut belle , et plus vivante encore peut-être,
plus intéressante à étudier. Les fronts vieillis qu'elle a touchés ont un air à
part , où l'ardente originalité de l'âge précédent s'allie à la clarté tranquille
du génie nouveau.
II
Jean Tarde 1 est né à la Roque de Gajac, près de Sarlat, en 1 56 1 ou i562.
Cela résulte du passage suivant de sa chronique, où il parle du trajet d'une
armée protestante qui, en 1 568, conduite par le seigneur d'Assier, et venant
du Quercy, traversa le Sarladais. Cette armée, composée, dit-il, de 20,000
hommes de pied et de 8,000 chevaux, « la plus populeuse » que le Périgord
vit jamais , passe à gué la Dordogne à Souillac. « Après, ils viennent à Cara lux, à la Roque de Gajac, ma patrie, où, jeune enfant de six à sept ans, je
« les vis passer... » II dit ailleurs : « Durant le siège de Bertrand de la
« Cropte, évêque de Sarlat (141 6), Jean de la Cropte, son frère, était capitaine
« à la Roque de Gajac, ma chère patrie » , et il ajoute fièrement : « qui étoit en
1 La carte du Quercy est signée « <ì Joanne de
Tarde ». D'autre part, dans son Périgord
illustré, l'abbé Audierne l'appelle Jean du
Pont, sieur de Tarde. Bien que cette dernière
forme de son nom ait été usuelle officiellement
paimi les siens jusqu'à la Révolution française,
j'ai cru devoir lui conserver le nom qu'il s'est
donné lui-même dans la plupart de ses ouvrages
imprimés et sous lequel il est généralement
connu. — Je m'abstiendrai, sauf en une courte
note ci-après, de parler de sa famille, qui est
la mienne (ce qui, je l'espère, soit dit en passant, n'a pas nui à la liberté de mon jugement).
Je renvoie, sur ce point comme sur beaucoup
d'autres, à la très-intéressante étude de M. Dujarric Descombes sur la Vie et les travaux de
Jean Tarde, imprimée dans le Bulletin de laSociété historique du Périgord , et dans
son livre sur les historiens de notre province.
L'idée ne me serait jamais venue de traiter
après lui le même sujet, si la découverte de
nouveaux documents depuis 1882, date de son
travail, ne m'avait conduit à mettre en relief
certains aspects négligés par lui-même de cette
vie inconnue, et spécialement le côté scientifique.
INTRODUCTION.
« ce temps une petite ville bien close et bien forte, dépendant de la tempora« lité de l'évêché de Sarlat, laquelle ne fut jamaisprise par les Anglois i>. —
Hélas! elle était déjà bien décbue au xvie siècle, la petite cité minuscule
que je me suis évertué et complu à ressusciter ailleurs! Elle avait été, on
vient de le voir, bien moins redoutable aux hérétiques qu'aux Anglais.
Son château épiscopal croulait, avant d'être vendu. Sa force était perdue. II
ne lui restait plus que ses aigles dans le ciel; mais, dans le fort, plus
d'hommes d'armes !
N'importe , il y avait là un curé, plusieurs
prêtres résidant au bourg (énumérés dans le
terrier de la maison de Bouscot), c'est-à-dire
quelques moyens d'instruction qui ont dû suffire
au premier développement d'un esprit curieux
et bien doué. La famille de Jean Tarde était
d'ailleurs originaire de Sarlat 1 . Là encore, dans
cette cité épiscopale toute peuplée de monastères , les ressources intellectuelles ne firent pas
défaut à sa curiosité juvénile, soit chez les Cordeliers, soit parmi les chanoines du chapitre,
naguère religieux cloîtrés : leur sécularisation
venait d'avoir lieu en 1 56 1 . Naturellement, sa
vocation studieuse le prédestinait aux ordres
sacrés. Mais il ne nous reste aucun détail sur
son enfance et sa jeunesse. Tout ce qu'on peut
dire avec assurance , c'est que l'impression la plus forte et la plus
indestructible qu'il ait reçue en grandissant, a dû être celle des luttes
religieuses, qu'il nous retrace année par année avec des détails si poignants.
II est né au moment où le premier prêche protestant venait de se faire entendre
à Sarlat même ; s'il n'avait que six à sept ans quand passa à la Roque
l'armée du seigneur d'Assier, « tuant les prestres et brûlant les églises »,
il en avait dix ou onze quand les calvinistes de Dome, dans son voisinage,
donnèrent aux populations catholiques le scandale de leurs inhumations jugées indécentes, qui paraissent avoir fait grand bruit dans la contrée. II
en avait douze ou treize quand Vivant prit Sarlat en 1574, y fit tuer trois
chanoines et plusieurs habitants , piller les églises et jeter aux vents les
1 Dans l'Avertissement qu'il avait préparé pour
une édition projetée par lui des Chroniques que
nous publions, feu M. Lascoux, ancien conseiller
à la Cour de cassation, cite le fait suivant d'après
Bouffanges. « Un Michel Tarde, dit-il, fut
nommé membre de la première jurade élue
dans cette ville (Sarlat), à la suite de l'accord
intervenu, en 1298, entre les bourgeois et l'abbé
du monastère. » A la suite, c'est-à-dire 7 ans
après, comme on le verra. « M. Bouffanges,
ajoute-t-il, nous a conservé la liste des 24 citoyens qui firent partie de cette jurade. »
(Communication due à l'obligeanoe de M. Antoine Lascoux.) Si discutables qui soient assez
fréquemment les renseignements fournis par
Bouffanges, on ne peut vraiment pas supposer
que cette liste soit un fruit de son imagination,
et c'est pourquoi sans doute M. Lascoux, le
plus circonspect des érudits, a cru pouvoir ici,
par exception, être son endosseur.
INTRODUCTION.
reliques de saint Sacerdos. Chaque mois, chaque jour, pour mieux dire, apportailla nouvelle de quelque malheur, de quelque atrocité de plus, unique
aliment des conversations. Pour faire contrepoids à toutes ces douleurs de
son âme catholique, Tarde , âgé de vingt-cinq ou vingt-six ans , en 1587 }
eut la joie et T orgueil de voir le vicomte de Turenne forcé de lever le siège
de Sarlat. Faible rayon de soleil au milieu d'une telle tourmente !
. D'ailleurs, à cette dernière date, était-il encore dans sa ville natale? C'est
peu probable. II a dû faire àCahors, ou dans quelque autre ville plus éloignée,
ses études supérieures. J'ignore où il a conquis son diplôme de docteur en
droit civil et endroit canon. La Relation de ses voyages, récemment retrouvée à la Bibliothèque nationale {Fonds Périgord, t. CVI, p. 40 et s.),
nous apprend incidemment qu'en 1 5 g 1 il était à Béziers et à Marseille, où il
avait eu le temps de se faire des amis qu'il revoit en passant en 16 14. Le même
document nous dit qu'il a habité Nîmes et Uzès « èz années 1592, i5g3,
1594 », ce qui ne l'a pas empêché, en i5g3, de voir Orange à loisir, et de
résider à Avignon, d'où il est parti la même année pour se rendre à
Rome, et où il revient à la fin de son itinéraire. Une instabilité si grande
peut surprendre ; mais nous n'avons pas à nous perdre en conjectures sur ses causes. Elles se résument en cette curiosité extrême, à la fois
inquiète et patiente, en cette soif de tout savoir et de tout voir, qui
persistera jusqu'à la vieillesse de Tarde et devait à plus forte raison agiter
sa jeunesse. De quoi n'est-il pas curieux? Même en 1614, après avoir
admiré et appris à Rome tant de belles choses, « finalement, dit—il, j'ai veu
«faire la circoncision à la juiverie, chose que je n'avois jamais veu. »
Je le crois bien ! Devons-nous, après cela, nous étonner que, de 1592 à
1294, étant à Nîmes et à Uzès, il ait « pris plaisir de voir et visiter les
« ruines de cet acqueduc (le pont du Gard) depuis Fondure jusques à
« Nismes, et remarquer les nivelures d'iceluy pour les conduire sur les
montaignes de Nismes » ? L'archéologie le passionnait donc déjà. Mais son
ardeur d'esprit s'exerçait aussi sur l'Ecriture sainte. II a daté de Nîmes }
1592, ses Nomina Christi substantiva, qui, d'après le résumé donné par
Leydet(car le manuscrit 1 est perdu), semblent avoir été un essai de théologie juvénile assez fantaisiste. L'auteur distingue 57 noms donnés au Christ
par les Livres saints, et s'attache à découvrir entré eux un lien systématique. Cela devait être plus . ingénieux, à coup sûr, que profond. —
Pendant son séjour à Nîmes, Tarde avait sans doute franchi les degrés
1 II faisait partie, comme la Relation des
voyages, comme VHistoire du Sarladais, et plusieurs autres écrits, des ouvrages prêtés par
mon bisaïeul à Leydet et à Calés, chanoines
chanceladais, ainsi qu'il résulte de deux récépissés restés en ma possession et qui sont
joints à la notice de M. Dujarric-Descombes.
« Plus un troisième cahier intitulé : Nomina
« Christi substantiva, avec les armoiries du
(í sieur Tarde, qui sont dix étoiles, et au bas de
« l'écnsson se trouve le. mot Nemausi 1592 »,
dit Calés, « Traité dont le titre porte Nomina
Christi substantiva, vol. in-4° de 64 pages», dit
Leydet. — II est à croire que ce sujet a été
à la mode alors. Je lis dans une histoire de
la littérature espagnole qu'un moine poète de
l'Espagne, Louis de Léon (1527-1591), a composé un traité sur les Noms du Christ.
INTRODUCTION.
xiij
inférieurs de la hiérarchie ecclésiastique ; car, parmi les personnes qu'il
dit y avoir connues intimement, il nomme surtout des chanoines et l'évêque.
11 ne nous dit pas à quelle occasion il entreprit son voyage à Rome de
1593. Peu nous importe; nous pouvons être certains qu'il y allait surtout
pour satisfaire sa passion de nouveaux spectacles et de connaissances nouvelles. Ce voyage dura 5 mois et demi, du 3 mai au 19 octobre ; et du 27
mai au 27 septembre, pendant quatre mois entiers, notre touriste séjourna
à Rome même. C'est sans doute à la faveur de ce long séjour qu'il a eu
l'heureuse fortune de lier amitié avec l'un des plus grands mathématiciens de
l'époque, le P, Christophorus Clavius, de Bamberg, jésuite. A la vérité,
dans la première partie de sa Relation, dont il ne nous reste qu'une copie,
probablement écourtée, de la main de Leydet, il n'en est point parlé ; mais
dans la seconde partie relative au voyage de 16 14, Tarde nous dit avoir
« autrefois fort privément cogneu » ce savant éminent. Or, où pouvait-il
avoir fait sa connaissance, si ce n'est à Rome, où Clavius avait été envoyé
dès 1 58 1 par ordre de ses supérieurs, et d'où il semble, d'après Moréri, ne
s'être jamais éloigné jusqu'à sa mort en 16 12 ? Le hasard ne pouvait, certes,
mieux servir un apprenti géomètre qu'en lui faisant rencontrer « l'Euclide
du xvi e siècle », l'un des auteurs principaux de la réforme grégorienne du
calendrier, et, sinon le plus inventif, du moins le meilleur professeur de
mathématiques qu'il y eût alors. D'après de Thou *, voici quel était le
jugement de Yiète sur ce rival, qu'il aimait si peu : « II disait que Clavius
était très-propre à expliquer les principes des mathématiques et à faire
entendre avec clarté ce que les auteurs avaient inventé et écrit en différents
traités avec beaucoup d'obscurité. » On doit, je pense, attribuer en partie
à l'autorité d'un pareil exemple la brièveté lucide, la déduction nette, qui
caractérisent les écrits scientifiques de Tarde parvenus jusqu'à nous et dont
le reflet s'imprime aussi à ses ouvrages historiques. Plus tard, en outre,
l'inspiration du clair génie de Galilée a dû le fortifier dans le même sens.
En vérité, apprendre la géométrie à Rome auprès de Clavius, puis l'astronomie à Florence dans le cabinet de Galilée, c'était un rare bonheur ; et il
eût été malaisé de mieux choisir ses maîtres.
Mais les sciences exactes, à ce qu'il nous semble, n'étaient à cette date que
l'objet secondaire de sa curiosité. 11 se montre surtout sensible aux chefsd'œuvre ou aux belles ruines du passé. II parle en homme de goût, je ne
veux pas dire en connaisseur, de peiuture et de sculpture ; il s'intéresse en
archéologue à tout ce qu'il voit. A cet égard, le voyage de 1 5 g3 contraste
assez avec celui de 16 14. Dans celui-ci même, il est vrai, le côté artistique
et archéologique des choses n'est pas négligé ; notre voyageur y paraît toujours très-friand d'objets d'art ainsi que de médailles ; la petite phrase
suivante, où se résume son enthousiasme pour la cité Florentine, le montre
' V. t. IX, p. 598, édit, de la Haye, sons la date de 1603.
xiv
INTRODUCTION.
assez : « Ceux-là ne se trompent pas qui, nommant les villes d'Italie et donnant à chacune son épithète, disent Fiorenza la bella » Ce jugement sommaire résume bien, je crois, l'impression de tout artiste qui vient de traverser l'Italie. Mais, avant tout, dans ce second voyage, se révèle un esprit qui a
passé fleur et qui, venant de mordre au fruit vert des sciences, en a les
dents agacées. Tandis que, en i5o3, ce qui le passionne à Florence, ce sont
les merveilleux jardins du Pratolino, en 1614, il ne s'y étend que sur ses
visites à Galilée ; et, à Rome, il passe son temps, en 1 5g3, avec le grand
antiquaire Fulvio Ursino, en 16 14, avec l'astronome Griambergerius. S'il
s'occupe d'archéologie, toujours à cette dernière date, ce n'est plus en amateur dilettante, c'est en érudit qui s'est spécialisé, en modeste ouvrier de
la science. U ne s'agit plus d'archéologie romaine ou grecque, mais bien
sarladaise. Par exemple, à Avignon, où il passe, il demande et obtient la
faveur de faire des recherches dans les archives pontificales, « pour bien
dresser Tordre et suite des évêques de Sarlat, et sçavoir le temps qu'ils ont
esté pourvus et tenu le siège » pendant qu'Avignon était la résidence des
Papes.
III
Mais n'anticipons pas. Quelques mois à peine après le retour de Tarde à
Avignon en octobre 1 5 g3 , nous le trouvons à Sarlat. Comment et pourquoi
y était-il revenu ? Nous l'ignorons. Puisqu'en 1594 il dit avoir séjourné
encore à Nîmes, et que le 3o août de cette même année, nous le voyons à
Saint-Cyprien sur les bords de la Dor.dogne, il est probable qu'il est arrivé
surle sol natal vers le milieu de l'an. S'il avait tenu à s'écarter des factions
qui désolaient sa patrie, il aurait pu attendre quelque temps encore. A cette
date, Sarlat, ligueur dans l'âme, suivant les ardeurs de son tempérament
excessif et radical en tout temps, mais toujours généreux, n'avait pas
désarmé, ou venait de désarmer à peine ; car c'est, suivant son chroniqueur,
la dernière ville de la province qui ait accepté la trêve ou l' accalmie survenue alors par suite de l'abjuration du roi ! Quel moment pour rentrer
1 Les beautés inanimées n'avaient même pas
seules le privilège d'attirer son attention, si l'on
en juge par un passage qui m'a d'abord étonné
un peu, je l'avoue. Le 26 septembre 1614, en
se rendant à Rome, il s'arrête avee Louis de
Salignae dans les environs de Castres, et « en
attendant, dit-il, le souper, avons été voir la
verrière, et avons trouvé tout contre le four
une jeune damoyselle de rare beauté. » Notez
qu'il avait 53 ans alors et que son compagnon
de voyage était un prélat des plus mystiques,
à la veille d'abdiquer la crosse pour endosser le
froc (sauf à plaider ensuite pour ressaisir sa
crosse). On dirait que la belle jeune fille en
question, mentionnée là, en passant, sous cette
plume concise, au milieu des marbres et des
monuments italiens, lui a inspiré comme ceuxci une religieuse admiration, et de même nature. Si l'on s'étonne pourtant de voir ce chanoine, assisté de cet évêque, exprimer pour la
postérité ce sentiment édifiant, et un autre
chanoine, Leydet, le copiste abréviateur, juger
cette mention digne d'être transcrite, j'ajouterai que la fréquentation des cardinaux romains
et l'aménité des mœurs cléricales d'ancien régime peuvent fort bien expliquer ce dilettantisme large et indulgent .
INTRODUCTION.
xv
chez soi ! Un pays dévasté, ensanglanté, une anarchie et une misère sans
nom, et, pour couronner dignement les guerres religieuses, la guerre sociale. En 1594 précisément, éclatait la révolte des Croquants, dont la
gravité, vraie peut-être , ne pouvait être appréciée des contemporains.
Tarde l'a peinte vivement, mais non sans un demi-sourire. cc Ez moys
a d'apvril, may et juin, la disette fut grande en Périgord. Le quarton de
« froment se vendit cinq livres. Ceste cherté provenait du peu de montre que
« faisoit la prochaine récolte à cause que les croquants, s'estant amusés l'an« née précédente à leurs assemblées et à rouller de lieu à l'autre avec leurs
« enseignes et tambours, n'avoient pas semé les terres. Plusieurs d'entre
« eux, qui avoient vendu le soc et la hache pour achepter des armes, sont
« contraintz de revendre ces armes pour avoir du pain. Toutesfois, après
« avoir recueilli un peu de bled,ils firent bruïre le tambour comme aupara« vant... » — Mais qu'était-ce pour nos pères que le soulèvement de
quelques bandes de braillards, de pillards, de meurtriers même , après les
convulsions qu'ils venaient de ressentir ? Cela ne les empêchait pas, en
i5g4, de goûter une paix relative.
C'est alors que Jean Tarde , âgé de 32 ou 33 ans, fut choisi par l'évèque
de Sarlat pour une mission des plus importantes. Indépendamment de la
capacité qu'on devait lui reconnaître déjà, je suis disposé à penser qu'une
sympathie naturelle et une grande concordance de vues entre ce prélat et
lui expliquent cette désignation. Louis de Salignac « estoit savant et disert
« et de fort douce conversation », dit notre chroniqueur qui le loue en des
termes où Ton sent une affection reconnaissante. Député aux Etats de Blois
pour le Périgord en 1 588, orateur applaudi en diverses assemblées du clergé,
plus tard membre du conseil privé du roi, il jouissait d'un grand crédit, et
me paraît avoir dû en user en faveur de Tarde. Bien qu'il soit mort en 1 598,
peut-être est-ce sur sa recommandation, en partie du moins, que celui-ci a
été nommé en Ó99 aumônier ordinaire de Henri IV. Quoi qu'il en soit, en
1594, au lever de la nouvelle dynastie, Louis de Salignac, « désireux, dit
« Tarde, de sçavoir l'estat de son troupeau après une si longue continuation
« de troubles et apprendre en quelles églizes le service estoit faict et quelles
« estoient abandonnées, m'envoyafaire la visite de son diocèze avec un pro« moteur pour requérir et un greffier pour retenir procès-verbal et avoir par
« ce moyen une sommaire apprise de son diocèze. Ce sage prélat voyant que
« toute la province vivoit soubzle calme et abri de la trêve, se vouloit servir
« du temps pour retirer le débris de la religion etréparer les breschcs causées
« par les malheurs passés. » A cette époque, Jean Tarde était déjà chargé
d'une cure et même investi d'un canonicat. Voici les qualifications qu'il se
donne dans le procès-verbal de sa visite de l'église de Saint-Cyprien, le
3o août 1594 : « De l'authorité de Mgr l'évesque de Sarlat, nous, Jean Tarde,
docteur en droits, chanoine de l'église collégiale de Montpazier , curé de
St Cernin de l'Herm, vicaire général de Mgr... de Sarlat, suivant le pou-
xvj
INTRODUCTION.
voir à nous donné, etc. 1 ». (Bibl. Nat. Fonds Périgord, XII, 354.)
Le spectacle qui s'offrit alors à ses yeux était bien propre à confirm«r, à
sceller définitivement le jugement imprimé dès le berceau en ce ferme esprit,
en ce conservateur novateur, sur les avantages des guerres civiles. « Nous
« trouvasmes, dit—il, les esglizes de la terre de Lauzun, Biron et Baynac en
« leur entier, et des autres jusqu'à dix ou douze pour le plus. Maispour tout le
« reste elles estoient ou razées jusqu'au fondement ou à demi ruinées ou sans
« autelz ni portes, et remplies de ronces et buissons ; les bénéfices jouys par
« la noblesse 2 , ladiscipline ecclésiastique entièrement estaincte, les prestres
3
cc grandement ignorants et vitieux , et néanmoins trouvasmes un peuple qui
« s'étoit conservé en la religion catholique et qui demandoit avec soupirs et
« larmes des pasteurs pour vivre dans la religion de leurs pères. » C'est
précisémentl'in verse, on le voit, d'autres époques, où, malgré la bonne tenue
du clergé, la foi traditionnelle se retire des masses et se réfugie plus volontiers dans les classes supérieures. — Comme rien n'est plus monotone
que les bouleversements, et n'est moins original que leur pittoresque, ce
tableau, complété par ses souvenirs, lui a certainement servi à comprendre
plus tard, comme historien, le misérable état de sa province pendant la
guerre de Cent Ans. Le goût de l'histoire et son intelligence lui venaient
donc en même temps. Quand il fait le récit de temps troublés, comme on
sent bien, çà et là, à quelque trait concis et fort, l' homme qui les a
traversés , vus de près et en détail ! 11 a percé leur surface et aperçu les
passions égoïstes qui s'agitent sous les beaux programmes déployés ; il a
compris quel est le pire de leurs maux, l'incertitude, résultat de la palinodie intéressée. « Ce temps estoit grandement déplorable, dit-il en parlant
« de la lutte contre les Anglais ; on n'ozoit se fier à personne, ne sachant
« qui estoit de tel ou tel parti. On changeoitdusoir aumatin de parti, pourvu
« qu'il y eust quelque chose à butiner. » A rapprocher de la phrase incidente
ci-dessus sur les bénéfices jouis par la noblesse. A rapprocher aussi de cette
réflexion sur la prise de Sarlat par Vivant en 1574. « C'est ainsi, est-il dit,
« que Sarlat est despouillé etfaict esclave, et mis ès mains, non des Turcs,
« des Arabes ou autre nation étrangère, mais de ses propres voisins, parents
« etalliés, qui ont changé de religion pour, soubz ce prétexte, enlever, piller
« et ravir le bien de leurs compatriotes. «Les mêmes fléaux amènent les
1 II est donc probable qu'il n'était pas alors
curé de Carves. comme nous apprenons par
son testament qu'il l'était peu de temps avant
sa mort.
2 En Périgord, comme partout, et on peut
ajouter comme toujours, les nouvelles idées
s'étaient propagées d'abord dans les classes élevées. La noblesse périgourdine, si l'on en croit
de Thou, était réputée très-turbulente. « Ce païs,
dit-il en parlant de notre province, est si rempli de noblesse qu'à peine pent-il la contenir.
Les esprits, comme le marque l'étymologie du
nom {Petrocori , de petra, pierre, rocher), y
sont durs, querelleurs et remuants... On a remarqué qu'il n'y a pas en France de troubles
de quelque importance, dont les premiers fondements n'aient été jetés en Périgord. »
3 L'assemblée du clergé, en 1598, demande
entre autres choses, après s'être plainte amèrement de la corruption des moeurs, a qu'on cesse
de faire servir à des usages profanes les églises
et autres lieux sacrés, et qu'on rétablisse au
plus tôt ceux qui tombent en ruines, pour empêcher que, sous ce prétexte, les pasteurs négligent le soin des âmes qui leur sont confiées. »
INTRODUCTION.
X vij
mêmes peintures. Quand le chroniqueur écrit que, en 1441, « le château
de Montfort se trouva abandonné, tout le monde ayant quitté à cause
« de la guerre et peste », et que, en 1434, « les habitants de Temniac
« et de Carlux avoient pris la résolution de quitter le pays » pour passer en
Espagne, il a dû penser à son temps où, en i563, cc les armées qui avoient
« ravagé le Périgord Fan i562 laissèrent, comme c'estlacoustume, la famine
« et la peste en toute la province », et où « à Sarlat tous les habitants quit« tèrent la ville, sauf un consul et quelques chirurgiens ».
Cette triste tournée quasi-pastorale de 1^94, qui suggéra à Tarde l'idée
de réparer le mal des archives détruites et d'écrire l'histoire de son pays, le
détermina aussi à se faire géographe. « En visitant ainsi ce diocèze, je fis la
« carte et description géographique d'icelluypour faire voir dans ce tableau
« au dict sieur évesque et ses successeurs le champ qu'ils sont obligés de
« cultiver, laquelle fut gravée etimprimée en taille dolce et peinte en grand
« volume, sur un pan de la salle épiscopale. »En grattant lesmurs blanchis
à la chaux de cette salle épiscopale, aujourd'hui salle de concert, après avoir
été salle d'audience et club, on retrouverait peut-être les restes de cette
vénérable peinture, pauvre aïeule, je l' avoue, mais aïeule enfin de la carte de
l'état-major. — Cette carte du diocèse de Sarlat a été réimprimée , je ne
sais combien de fois, moyennant un simple changement de décor. Dans
l'une de ces éditions, de la fin du xvn e siècle probablement, ou des premières
années du xvm e , le cartouche est encadré d'amours tout nus déroulantvoluptueusement un bandeau sur le nom du vieux chanoine théologal.
Vingt ans s'écoulent de 1 594 à 16 14, qui sont la période la plus obscure
de la vie de Tarde. Sa réputation grandissait assurément; le titre d'aumônier du roi, dont il fut honoré en 1 599, ne permet pas d'en douter \
("est à cette époque qu'il a dressé ses diverses cartes, travail fatigant
qui exige l'activité physique de la jeunesse ou de l'âge mûr. La date de
leur impression est certainement bien postérieure à celle de leur exécution.
Nous en sommes sûrs pour celles du Sarladais et du Quercy. Cette dernière
« Description du pais de Quercy, à Joanne de Tarde... delineata »... avec un
joli plan de Cahors dans un coin, n'a été imprimée qu'en 1626, à notre connaissance ; cependant lui-même dit, dans sa chronique, l'avoir dressée en
1 II s'occupait de mathématiques et de mécanique. Je possède, entre autres épaves qui
me restent de lui, un petit traité De secretis
mensœ pythagoricœ, suivi de problèmes, avec
cette mention : Sarlati J. Tarde, faeiebatanno
Dominl 1599. Le cahier comprend aussi des figures représentant diverses machines. — II
B 'occupait de numismatique. Dans le même
manuscrit, je trouve une énumération de
monnaies grecques et romaines. D'ailleurs, je
sais par des inventaires de famille qu'il avait
formé une collection de médailles; et le récépissé dont j'ai déjà parlé, laissé à l'un de mes
ascendants par Leydet, mentionne, entre autres ouvrages, s Séries nummorum antiquo-
rum : c'est le catalogue du cabinet de numismatique de M. Jean Tarde, 1 vol. in-grand
format, relié et couvert en parchemin. » Enfin
il ne négligeait pas ses devoirs ecclésiastiques,
si j'en juge par ses recueils de sermons Dequatuor hominum, novissimis(lôOO), De eleemosynâ,
et par divers traités théologiques, d'ailleurs peu
importants. II selivraitàla prédication ; j'ignore
avec quel succès. En 1605, par exemple, comme
me l'apprend le titre d'un de ses opuscules religieux, il prêchait l'Avent à Martel. « ... .conmentarii intextum de divite epulone (Luc, 16),
super quo a nobis coneionatnm est yer totum
Adventum annilQ05Martelli .it
xviij
INTRODUCTION.
l
1606, suivant « commission expresse » de Mgr de Popian . En ce long
séjour qu'il fit alors au pays quercinois, Tarde noua des relations durables avec divers personnages, avecl'évêque d'abord, et sut inspirer, là comme
ailleurs, des sentiments singulièrement vifs d'affectueuse admiration, qui,
par leur exagération même, attestent le caractère sympathique de sa nature.
II avait connu alors sans doute ce chanoine Oronce, qui, i5 ans après, lui
écrivait cette lettre conservée par hasard : « Monsieur, j'oublieray plus tôt
ma main droicte que je puisse ne penser au souvenir de vous et de vos
ingénieuses conceptions et inventions... conformes à vostre esprit plain de
paisible action... C'est mon regret de le voir circonscrit en cette petite ville
qui vous tient, etc. »
Les questions archéologiques le passionnaient aussi pendant la même
période. La prouve en est, par exemple, qu'il profita de son long passage
cn Quercy pour rechercher remplacement d'Uxellodunum. On sait que
cette question a été des plus débattues parmi les archéologues. En archéologie comme en astronomie, notre auteur avait le flair des problèmes qui
divisent le plus. Ici il n'est pas tombé sur la solution vraie ; mais celle
qu'il a adoptée, l'identité supposée d'Uxellodunum et de Capdenac, a
rallié des savants tels que Champollion-Figeac et Malte-Brun, comme le
remarque M. Dujarric-Descombes, et elle a paru la plus satisfaisante jusqu'aux découvertes faites au Puy d'Yssolu en 1867. — En revanche, sur la
question non moins agitée des dolmens, la justesse de son coup d'oeil l'a
bien servi. « Dans une assez longue dissertation à ce sujet, au début de ses
chroniques, il se prononce contre les hypothèses les plus accréditées de son
temps et que la science contemporaine a seule définitivement écartées. Les
dolmens, affirme-t-il avec raison, n'ont jamais été des autels ; ils ont été
des tombeaux de chefs renommés. Et, à l'appui de sa thèse, il invoque les
mêmes faits qui ont paru probants aux érudits. M. de Roumejoux, frappé
de la sagacité dont Tarde avait fait preuve dans cette explication despierres
levées, a relevé, dans la séance de la Société archéologique du Périgord,
du 3 août 188 1 , la coïncidence de la solution proposée par notre auteur et
de celle qui est maintenant adoptée. » (Dujarric-Descombes.)
L'écrivain que je viens de citer conjecture ensuite que le projet formé
par Tarde d'écrire l'histoire du diocèse de Sarlat se rattachait à un plus vaste
1 « Jean Tarde, chanoine théologal de Sarlat,
s'était appliqué aux mathématiques. Jean de
la Croix {Séries et acta episcoporum C'adurcensium, 1617, p. 392) atteste qu'il n'était pas
moins versé dans les sciences ecclésiastiques.
11 fit la carte du Sarladais et du Quercy telle
qu'on la trouve dans le grand atlas de Blaeu
à Amsterdam. Sa méthode de lever les cartes
était assez défectueuse ; faute d'employer la trigonométrie, il ne se sert que de la boussole,
comme il paraît par un ouvrage que nous avons
de lui sous ce titre : Usage du quadrant à Vesguille aymantée... etc. » {Histoire littéraire
du Périgord, par un chanoine régulier de
Chancelade. B. N. Fonds Périgord.) — Voici
le texte de Côme de la Croix (continuateur de
Jean, mort en 1614) d'après la traduction de
M. Eyma: « Cette même année (1606), Simon
(de Popian) s'étant rencontré avec Jean Tarde,
très-digne ecclésiastique du diocèse de Sarlat,
remarquable à la fois par ses connaissances
dans la littérature sacrée et par un profond
savoir des mathématiques, le détermina à parcourir et à visiter avec soin toute la contrée
soumise à sa juridiction épiscopale... etc. »
INTRODUCTION.
xix
programme du même genre embrassant à la fois le Périgord et le . Quercy.
L 'avocat Jean de la Croix, en ce qui concerne le diocèse de Cahors, et le
P. Dupuy, en ce qui concerne Périgueux, s'en seraient partagé avec lui
l'exécution. Rien de plus vraisemblable que cette hypothèse ; et il me
semble permis d'ajouter que l'inspirateur du plan commun a pu être notre
auteur. Le P. Dupuy, qui n'était point connu avant son Estât de FEglise du Périgord, habitait Sarlat comme gardien du couvent des Récollets,
et, quand son ouvrage parut en 1629, la première des approbations de docteurs placées en tête est celle de Tarde. A quelle date ont-ils commencé l'un
et l'autre leurs recherches ? Dès le début du nouveau siècle assurément. Elles
ont exigé « beaucoup de temps et de travail », nous dit notre chanoine. Or,
nous voyons que, dès 1616, au moins, on attendait impatiemment la publication de ses écrits historiques : « Historiam episcoporum Sarlatensis eccíesise exspectamus à Joanne Tarde canonico theologo dictée ecclesise », lisonsnous dans un vieux livre intitulé : Archiepiscoporum et episcoporum Galliœ
chronologica historia, publié en 1621, mais écrit en 16 16, comme il est dit
dans le texte même. L'auteur, Jean Chenu, avocat de Paris, a résidé à Périgueux ; dans son chapitre relatif au diocèse de cette ville, il se louedel'évêque
régnant, qui lui a ouvert ses archives. Le chapitre relatif aux évêques de
Sarlat, d'où nous extrayons le passage ci-dessus, est d'une brièveté et d'une
sécheresse remarquables.
Rien n'a moins lieu d'étonner, à l'heure actuelle, que la composition d'une
carte ou une recherche historique dans des archives. Mais il faut se garder
de croire que cette fièvre de géographie et d'érudition dont nos contemporains sont dévorés, ait été fréquente à la fin du xvi e siècle. Le monde
savant commençait alors à faire ses premiers pas dans cette double voie
qu'il était réservé à notre âge d'élargir et de prolonger si merveilleusement.
Le mérite peut-être inconscient de notre auteur a été de s'orienter ici,
comme en astronomie, dans le sens de l'avenir. Le titre de Chronique donné
par lui à son histoire du Sarladais, pourrait induire en erreur : ce n'est pas
en chroniqueur proprement dit, c'est-à-dire en annaliste ignorant du passé
et narrant le présent au jour le jour, c'est plutôt en érudit fouillant les
bibliothèques, déchiffrant les manuscrits, soucieux de préciser des faits et
des dates, et non d'arrondir des phrases, qu'il a écrit ce livre, extrait de
documents depuis lors en partie détruits. Si l'on se rappelle que « dans la
seconde partie du xvi e siècle seulement la curiosité historique s'éveilla en
France 1 Ï , que les premiers essais d'histoire nationale publiés à cette
époque sont des ouvrages de polémique religieuse ou des récits littéraires
d'humanistes égarés par l'imitation de Tite-Live 2 , et qu'enfin les premiers
grands pionniers de l'érudition française, ou presque tous, les Baluze, les du
1 6. Monod, Du progrès des études historiques en France depuis le XVI E siécle. [Revue
historique, janvier-mars 1876.)
- Idem. Dupleix et Mézeray même peuvent
être rangés dans cette catégorie.
INTRODUCTION.
Cange, sont postérieurs, par la date de leurs travaux, à la mort de notre
auteur ', on se fera une juste idée du degré d'initiative et d'indépendance d'esprit que supposait son entreprise. L'érudition, qui est devenue
un fleuve immense, était de son temps un tout petit ruisseau coulant à
peine : il n'a pu s'y baigner que bien imparfaitement, mais il s'y est baigné
l'un des premiers.
IV
En somme, c'est le géographe et l'érudit pieux, c'est l'historien plus que
le savant, qui se développe en Tarde dans les quinze ou vingt années qui ont
précédé 1614. Nous pouvons nous le représenter aisément durant cette
période , soit errant de ruine en ruine dans le pays le plus pittoresque ,
soit rédigeant ses notes dans sa petite maison de la « Cour des chanoines »,
au bruit continu de l' antique fontaine qui , avec les chants d'église,
animait seule ce lieu claustral. Cette cour, qui n'a pas encore tout à fait
perdu son air de cloître, conservait alors avec intégrité ce timbre d'origine. Car on n'était pas loin du temps où le chapitre, composé de chanoines
réguliers jusqu'en 1 5 6 1 , avait été sécularisé. Emancipés malgré eux peutêtre, du matin au soir, ces religieux ont dû entretenir longtemps encore avec
un soin pieux les liens ou l'esprit de l'ancienne discipline, la règle du
silence et du travail. Je lis que Gaspard de Longueval mourut en 1609 « le
dernier des anciens réguliers ». Comme il faisait bon s'occuper d'archéologiedans ce calme et muet séjour! Aussi, sans son second voyage à Rome,
il est fort probable que Jean Tarde eût continué à creuser son sillon dans ce
même champ jusqu'à la fin de sa vie ; et ce ne serait pas un malheur pour
nous. Mais cet événement allait donner un tout autre cours aux années qui
lui restaient à vivre encore. Une singulière fantaisie épiscopale est très
vraisemblablement l'occasion de cette brusque déviation imprimée à sa
curiosité scientifique. Pourquoi allait-il à Rome ? Pour accompagner
son évêque. Et qu'allait y faire celui-ci ? Bien que Tarde évite de nous
le dire dans sa Relation, il est aisé de le deviner. Ce n'était pas seulement
une visite de bienséance ad lirnina apostolorum. Louis de Salignac, nommé
évêque de Sarlat en 1602, était le successeur et le neveu, mais non, semble-t-il, le continuateur intellectuel de l'éminent prélat dont il avait reçu le
1 « Besly, qui appartient à la grande famille des historiens jurisconsultes du XVI e siècle,
dit M. Monod, donne, dans son Histoire des
iiomtes du Poitou, publiée après sa mort en 1647,
le premier exemple d'une histoire provinciale
établie sur des documents diplomatiques. Bongars appartient également au XVI e siècle en
même temps qu'au XVII e ; mais, à partir de la
publication de ses deux recueils, en 1600 et
1611, on voit les recueils de textes et de chroniques se succéder presque sans interruption. »
Tarde eBt entré dans ce courant qui devait
mener si loin .
INTRODUCTION.
xxj
nom en héritage plus que les lumières et la haute modération. N'eut-il pas
la faiblesse, en I 6 I 3, de laisser les consuls, sous je ne sais quel prétexte,
expulser ignominieusement les Cordeliers de leur couvent, pour y loger les
Récollets? Les religieux dépossédés firent appel à Bordeaux, et, par arrêt
du Parlement en date du 9 juillet 1614, ils furent réintégrés dans leurs
immeubles. Quel bel aliment pour les conversations et les discordes sarladaiscs ! C'est au lendemain de cet arrêt qu'on voit l'évêque se rendre
auprès de la cour romaine , accompagné de Tarde, qui garde, dans sa
Belation, le plus complet silence sur ce qu'ils y ont dit et fait. Bien que
celui-ci ait blâmé dans sa chronique la conduite épiscopale, le choix de ce
compagnon de voyage s'explique assez parla connaissance qu'il avait déjà
de lTtalie, ses goûts studieux et l'ancienneté des liens qui l'unissaient à la
famille de Salignac. Mais je croirais surtout que le désir de voir Galilée,
dont il avait lu à Bordeaux, nous dit-il, — sans doute auprès de son docte
ami Robert de Balfour, — le Sidereus Nuntius, a été son mobile déterminant.
Ce livre, publié en 1 6 1 1 , a été la révélation de nouveaux continents célestes, pour ainsi dire, et a fait de Galilée, aux yeux de ses contemporains ,
une sorte de Christophe Colomb astronomique 1 . En passant à Florence ,
Tarde alla lui rendre visite et apprit de sa bouche, suivant le précieux récit
qu'il nous a laissé, les merveilles que le télescope venait de lui révéler : les
satellites de Jupiter baptisés par lui « Astres de Médicis », les phases de Vénus
qui ajoutaient une seconde lune au ciel, les taches du soleil! Par cette pullulation d'astres ou de phénomènes imprévus , les dimensions du firmament
semblaient s'accroître et ouvrir à l'esprit chercheur des perspectives infinies, comme l'apparition d'îles multiples et de mondes vierges , aux yeux
2
des navigateurs du siècle précédent , avait paru agrandir la terre . II y
avait là assurément de quoi provoquer une hallucination spéciale , qu'on
pourrait appeler stellaire, dont Tarde allait être frappé pour des années, et
à laquelle son grand interlocuteur lui-même n'a pu se soustraire entièrement. Parmi ces astres, en effet, dont celui-ci se vantait d'avoir enrichi le
ciel , plusieurs étaient imaginaires aussi, non moins que les Borbonia Sidera
de bientôt. II disait avoir vu « deux petites estoiles contigues à Saturne, qui
ne l'abandonnoient jamais et ne s'éloignoient pas de luy plus que une minute , tellement que ce planette sembloit composé do trois esloiles conjointes ensemble.. » 11 est bien démontré que c'était là une pure illusion
d'optique, presque inévitable , il ìst vrai, et produite par l'anneau de Sa1 Sidereus nuneius, magna longéque aûmirabilia pandens, snscipiendaque prepon.int nnienique, prœsertim vero philosophis atqtie astronomis, quœ à Galileo Qalìlei patritio florentine. ... perspieilli nnper à se reperti beneficio
sunt observata in lunce facìe, flxis innumeris,
lacteo circulo, stellis nebulosis, opprimé verò
in quatuor planetis circa Jovis stellam eirçumvolutis. ete... L'épître dëdicatoire est datée
de 16U. II n'y est nullement question des
taches solaires. Les taches de la lune, et surtout les satellites de Jupiter ( Astres de Médicis)
remplLscnt presque entièrement ce petit ouvrage. — Les taches solaires n'ont été découvertes qu'en 1611 par Fabricius et Galilée;
mais la priorité semble appartenir à Fabricius.
2 Ce rapprochement avait frappé les contemporains, comme nous le voyons par les
paroles de Christophorus Griambergerius à
Tarde. (V. la Belation des voyages à Rome.
xxij
INTRODUCTION.
turne découvert ultérieurement. Si un tel homme s'est trompé de la sorte ,
quelle erreur du même genre, chez les savants du même temps , n'est excusable 1 ? Hâtons-nous d'ajouter que, dans cette conversation avec le chanoine
sarladais , éclate la pénétration de Galilée , ainsi que sa noble hospitalité
d'esprit.
II est malade 2 et ne peut conduire son hôte à sa maison de campagne où
son télescope est installé, mais il promet de lui envoyer à Rome quelques uns de ses meilleurs verres et lui remet son opuscule sur les taches solaires.
II répond à toules ses questions, et, à sa seconde visite, le 14 novembre, en
présence de l'évêque de Sarlat cette fois, il déclare croire fermement que « la
terre se meut et fait le tour entier en 24 heures etque au ciel n'ya aultre mouvement quele mouvement propre et nul mouvement de rapidité (c'est-à-dire
de rotation de toute la voûte céleste autour de la terre) ». Cette conviction
devint dès ce jour celle de Tarde, qui ne l'abandonna jamais.
« Mais laissons celui-ci raconter lui-même ses visites : <r Le mardy xi, jour
« de saint Martin, sommes arrivés à Florence. Le mercredi au matin, je vis
« le seigneur Galileus Galilei, philosophe et astrologue très-fameux, lequel
« je trouvay dans sa maison et dans son lit à cause de quelque indisposition.
« Je lui représentay que sa réputation avoit passé les Alpes, traversé la
« France et estoit parvenue jusques à la mer Océane. Que à Bordeaux nous
« avions vu son Sidereus Nuntius qui nous avoit apporté la nouvelle de ces
« nouveaux cieux et nouvelles planettes ; que j'avois creu qu'il ne s'estoit
« pas arresté à ces observations, mais que il en auroit faict d'autres à suite
« de celles-là. Que, allant à Rome, je n'avois voulu passer si près de luy sans
« avoir l'honneur de le voir et l'entretenir sur ces nouveaux phénomènes. —
« Par sa réponse, après les paroles de compliment, il me dict que, quant aux
« quatre planettes qui accompaignent Jupiter, appelées Sidera Medicea par
« son Sidereus Nuntius, elles estoint vraymont estoiles et perpétuelles. Qu'il
« avoit observé fort exactement leurs mouvements et périodes, et mesmes y
« avoit dressé des éphémérides pour le temps à venir, lesquelles il me fit voir.
« Que, depuys, il avoit remarqué deux petites estoiles contigues à Saturne
« qui ne l'abandonnoint jamais et ne s'éloignoint pas de luy plus que une
« minute, tellement que ce planette sembloit composé de trois estoiles con« joinctes ensemble et disposées en ligne droite, parallèle à l'équinoxial en
« ceste sorte 0O0, celle dumilieu excédant en grandeur les deuxaultres, les« quelles du commencement il avoit creu ne faire que un mesme corps, mais
1 Galilée persista assez longtemps dans son
illusion, en dépit des objections très-sérieuses
d 'Appelle (c'est-à-dire de Scheiner) qui auraient pu l'éclairer. II tâche de les réfuter
dans ses lettres à Velsérus. — Plus tard, quand
il se rendit à l'évidence, son découragement
fut grand, et il se prit à révoquer en doute la
réalité de tout ce que les verres de ses lunettes
lui avaient fait voir. Tel dut être, je pense, le
désespoir de Tarde, si, dans les derniers temps
de sa Yie, il s'est vu forcé d'arracher du ciel,
et aussi de son cœur, ses planètes illusoires.
2 n rétait souvent à cette époque. Dans la
première de ses lettres à Velsérus sur les taches
solaires (1613), il commence par se plaindre des
.nombreuses indispositions qui l'empêchent
même d'écrire. — Ces lettres à Velsérus, sénateur d'Augsbourg, sont sans nul doute l'opuscule que Galilée donna à Tarde, comme l'atteste
la lettre latine de celui-ci reproduite plus loin.
INTRODUCTION.
xxiij
« quelque temps après il avoit vu celle du milieu toute seule et avoit demeuré
« estonné, ne sachant qu'estoint devenues les aultres ou si elles s'estoint
« anéanties, ou si Saturne les avoit dévorées comme ses propres enfants, ou
« si ce avoit esté quelque illusion du cristal de la lunette qu'il appelle en un
« mot Télescope. Qu'il avoit aussi observé que Vénus change de face tout ainsi
« que la lune, ayant à notre aspect son renouvellement, accroissement, plé« nitude et diminution. Que, en sa conjonction avec le soleil, qui se faict en
« son apogée, et au-delà du soleil lorsqu'elle est directe, ellenous montre sa
« face ronde mais fort petite, et allant à son esloignement selon Tordre des
« signes sa rondeur se diminue, et en sa plus grande distance vient en demi« cercle comme la lune au quarteron, et ce demi-cercle se diminue à mesure
« qu'elle s'aproche de son aultre conjonction qui se faict en rétrogradant et
a en son périgée ; et lors on ne voit que un petit filet de sa lumière comme à
« la lune deux joursaprès sa conjonction. Mais cettefaucille lumineuse mons« tre un corps dix fois plus grand que col luy qu'on a vu lorsqu'elle estoit en
« son auge. Ce qui montre évidemment que l'esphère de Vénus n'est pas
« inférieure au soleil et iTest pas concentrique avec la Terre, ains, selon
« l'avis des Pythagoriciens et de Copernicus, a son centre avec celluy du
« soleil et faict son mouvement àl'entourd'icelluy et non à l' entour de la Terre.
« (Me dict aussi qu'il y avoit des taches au soleil aussy vray que à la lune,
« lesquelles il avoit veues et observées, faict voir et observer à plusieurs
« prélatz et gens d'esprit à Rome et ailleurs ; que ce n'estoint pas apparen« ces seules ou illusions de la veue et du cristal, mais choses réèles ; que le
« soleil, allant du Levant au Ponant, les emportoit quand etsoy, et néan« moins elles ne restointpas d'avoir un mouvement propre et particulier, qui
« est circulaire sur la face du soleil, laquelle elles parcourent dans quatorze
« jours ou environ, descrivant sur icelle dés lignes presque semblables à
« celles que font Vénus ou Mercure quand ils passent lors de leurs conjonc« tions entre le soleil et nous. Elles ne sont pas noires ni moins lucides que
« celles de la lune quand elle passe en opposition ; n'ont pas seulement lon« gueur et largeur, mais qu'elles sont espesses; que les défauts desparalla« xes monstrent nécessairement qu'elles ne sont pas en Vair ou voisines de la
« Terre, et qu'il y a plusieurs arguments et démonstrations par lesquel« les appert que, si elles ne sont pas contigues au soleil, elles en sont
« fort proches l .) — Après tous ces discours , je l'interpellay sur les
« réfractions et moyen de former le cristal du télescope en telle sorte
1 Tout le passage que je viens d'enfermer
entre deux parenthèses est soigneusement raturé dans le manuscrit original, mais, par
bonheur, d'une encre un peu différente. En
admettant que la rature soit de la main de
l'auteur, il n'est pas supposable que l'auteur
ait cherché par là à s'approprier la part de
Galilée dans son étude des taches. En effet,
quelques pages plus loin, se trouve un passage
plus long et plus explicite encore, que Tarde
met dans la bouche des jésuites romains et qui
a trait également aux taches solaires. II y a
lieu de supposer simplement que l'écrivain, ennemi comme il l'est des redites, a cru devoir
biffer, sur deux passages rapprochés et relatifs
au même phénomène, le moins intéressant et
le moins complet.
xxiv
INTRODUCTION.
« que les objets s' agrandissent et s'aprochent à telle proportion qu'on veut.
« A cela il me respondit que ceste science n'estoit pas encore bien cogneue;
« qu'il ne sçavoit pas que personne l'eût traicté autres que ceux qui traitent
« la perspective, si ce n'est Joannes Keplerus, matématicien del'Empereur,
« qui en a faict un livre exprès, mais si obscur qu'il semble que l'autlieur
« mesme ne s'est pas entendu. De tout ce discours je fis profit seulement
« de deux termes qui sont important en l'aílaire : le premier,que tant plus le
« cristal convexe prend une portion d'un plus grand cercle et le concave d'un
« plus petit, tant plus on voit loin. L'autre, que le canon du télescope pour
« voir les estoiles n'est pas long plus de deux pieds; mais, pour voir les ob« jets qui nous sontfortprocbes et que nous ne pouvons voir à cause de leur
« petitesse, il faut que le canon aye deux ou trois brasses de longueur. Avec ce
« long canon il me dict avoir vudes mouches quiparoissoient grandes comme
« un agneau et avoit apprins qu'elles sont toutes couvertes depoils etont des
« ongles fort pointues, par le moyen desquelles elles se soustiennent et che« minent sur le verre, quoique pandues à plomb, mettant la pointe de leur
« ongle dans les pores du verre.— Sur la fin de ce discours je le priay de me
« monstrer des télescopes pour voir les dimensions tant du cristal que des
« canons. A quoi il me fictresponse avoir le tout en une maison qu'ilavoit aux
« champs à quelques milles de Florence, où il offroit de me mener tout aussi
« tost que sa disposition le permettroit et que le temps seroit beau et clair; et
« là il me feroit voir non seulement les instruments mais encore leurs cffectz
« avec promesse de me faire présent d'un de ses meilleurs télescopes.... Le
« jeudy matin, Monsieur de Sarlat est allé voir le seigneur Galilei, où je l'ai
« accompaigné. Pendant ceste visite et conférence a esté discouru de plu« sieurs observations et remarques faictes au ciel parle moyen du télescope :
« et, entre autres choses, le seigneur Galilei nous a faict voir que la
cc la surface du corps lunaire est autant raboute use que celle de la
« terre ; que, si elle estoit uniforme, bien unie et polie comme un miroir, elle
« n'envoyeroitpasles rayons du soleil vers la terre, ains qu'elle nous seroitinc< visible auciel. Ce que il amonstréparl'exemple d'un peu d'eaue en poudre
« sur le pavé, qui ne réverbère la lumière du corps opposé que le long de la
« ligne de réflection qui faict l'angle égal à celui qu'on appelle incidentice, hors
« laquelle ligne on ne voit point de réflection. II a aussi déclaré qu'il croyoit
« parfaitement que la terre se mouvoit etfaisoitle tour entier en vingtquatrc
« heures et que au cieln'y avoitaultremouvement que le mouvement propre
« et nul mouvement de rapidité.... Le (samedy) matin, j'ay encore veu le sei« gneur Galilei et, en prenant congé de luy, il m'a promis de m'escripre à
« Rome, ensemble à Monsieur de Balfour, principal au collège de Guyenne
« à Bordeaux ;et, déplus, m'a promis de m'envoyer le cristal d'un bon
« télescope, et m'envoyer le tout chez le seigneur Maturin Le Paintre, solli« citatore in Româ, à la Calata di monte Citorio, appresso il barbiero. »
cf (B. N. Ms. Fonds Périgord, CVI, folios 3i et 23.)
INTRODUCTION.
XXV
II est à supposer que si notre auteur n'avait pas été reçu par Galilée avec
des égards particuliers, il ne lui aurait pas fait trois visites consécutives.
Mais le nombre et le rapprochement de ces entrevues montrent surtout à quel
point de tels entretiens l'avaient frappé. Si l'on veut avoir une idée del'influence que le contactdu génie exerce sur les intelligences quil'approchent, il
suffit de voir Faction décisive de l'illustre Florentin sur l'archéologue sarladais transformé brusquement en astronome. Mais en même temps l'exemple
de l'un et de l'autre montre à quel point le versant de l'intelligence, la direction des forces de l'esprit, plus ou moins éminentes, dépend du fait
d'une invention accidentelle. Car, assurément, sans la découverte fortuite
du télescope, Galilée lui-même ne se serait point occupé d'astronomie avec
passion. II se serait borné à faire de la physique, par suite de la remarque,
fortuite aussi, qui le frappa dans la cathédrale de Pise. Quoi qu'il en
soit, l'enthousiasme de Tarde, loin de s'affaiblir à Rome où il se rendit
après son départ de Florence, ne fit que s'y alimenter par ses longues et
fréquentes visites au collège des Jésuites. Le P. Griambergerius, successeur
de son ancien ami le célèbre Clavius *, lui parla avec la plus vive admiration de celui que le tribunal de lTnquisition devait faire admonester Tannée
suivante et condamner quelques années plus tard. « Le ciel, lui di L— il,
semble estre conquis depuis que Galileus Galilei a le premier posé Tescalade et en a rapporté la couronne murale. »
Cet enthousiasme s'exprime en termes chaleureux, trois semaines après,
dans une lettre, dans un court billet de Tarde à Galilée, que nous avons eu
le plaisir de voir retrouvé parmi les papiers de ce grand homme conservés
à Florence 2 . II est probable que cette correspondance ne s'est pas arrêtée là,
mais il n'est pas resté trace, à nous connue, de la suite qu'elle a dû avoir 3 .
Quoi qu'il en soit, voici ce billet.
La suscription est en italien et le corps du billet en latin. La suscription
porte: « Al molto illustre signore,il signore Galileo Galilei, nobil fiorentini,
« filosofo e matematico primario del serenissimo duca di Toscana,
« In Firenza. »
4
Le texte est ainsi conçu :
« Illustrissimo ac clarissimo viro, domino Galileo Galilei, rerum mate« maticarum peritissimo, Joannes Tarde, canonicus ecclesiae Sar« latensis in Aquitaniâ et earumdem matematicarum studiosus, S.
1 « Pendant notre séjour à Rome, nous dit
Tarde, j'ay esté souvent au grand collège des
Jésuites et ay trouvé que le P. Christophorus
Clavius Bambergensis, professeur en la matématique, que j'avois autrefois cogneu fort privément, estoit décédé... »
2 Nous devons cette découverte à M. Alarico
Carli, savant archéologue florentin, dont nous
ne saurions assez louer l'obligeance, et à ramifié de M. Enrico Ferri, le célèbre criminaliste
italien. M. Carli a bien voulu nous envoyer la
copie littérale, ou plutôt le fac-similé, fait par
lui, de la lettre que nous reproduisons ;
3 L'abbé Audierne, dans son Périgord illustré,
dit, sans indiquer ses sources, que Tarde « fut
en correspondance avec Galilée. »
* L 'original se trou ve à Florence, « Biblioteca
nazionale, Manoscritti Galileiani, parte prima,
volume 7°, carta 186 recto e 187 verso. »
Indication fournie par M. Alarico Carli.
INTRODUCTION.
xxvj
« La3toretmagniperpendo(clarissime vir)tantomunercàDcoOptimoMaximo
« mefuissc donatumut initinercmco Italico dommationemtuampotuividere
« et per quosdam dies alloquiet ab eâdem multa nova et praeclara vivâvoce
« discere. Multissperomenarraturumhumanitatemtuam iugeniumquetuum
« de matematicis tam bene meritum. QuemFlorentise dedisti libellum de ma« culis solis legi et perlegi Romse maximâ cum delectatione, et spero mecum
« in Galliam deportare ut ipsum dominus Robertus Balforeus videat et
« légat. Caeterum recordor tibi dixisse Florentise nos esse Roma; mansuros
« per duos menses; sed quia, ob aliquam causam, cogimur discedere, et re
« verâ sumus discessuri circà fìnem liujus mensis decembris, volui te moni« tum esse quod si prsefato domino Balforeo es responsurus illique missurus
cc litteras, perspicillum, aut aliquid aliud, necesse est ut ante diem nata« lem, id est ante íìnem hujus mensis mittas. Si enim in principio januarii
« Romam appulerint, invenientnositer arripuisse versus natale solum. Yale« tudinem tuam intérim cura ut matematicarum studiosi te tuisque obser« vationibus et inventis diutius frui valeant.
« Româ, die 6 decembris 1614.
« Tua; dominationis devotissimus.
« Joannes Tarde,
« canonicus thoologus ecclesiœ cathcdralis
« Sarlati in Provinciâ Burdigalensi '. »
u Dirigantur et subscribantur, siplacet,litterse dominationistuae : Alsignor
« Maturino Le Paintre sollicitatore in Bomâ, alla Calata di monte Citorio
« appresso il barbiére.
1 Je demande pardon aux lettrés de traduire
le texte :
« A l'illustrissime et - très-renommé seigneur
n Galileo Galilei, mathématicien très-habile,
a Jean Tarde, chanoine de l'Eglise de Sarlat
cc en Aquitaine, très-studieux en mathéma« tiques, salut.
« Je me réjouis, très-illustre maître (je ne sais
(( comment traduire plus exactement clarissime
% vir) et je tiens à très haut prix cet avantage
« d'avoir été à ce point favorisé par la bonté de
« Dieu qu'il m'ait été donné de voir votre
« seigneurie au cours de mon voyage en Italie
d et , pendant plusieurs jours, de m'entretenir
« avec elle, d'apprendre par elle, de vive voix,
« beaucoup de choses nouvelles et remarquables.
« A un grand nombre de personnes, je l'espère,
« je dirai votre haute libéralité d'esprit (Humais, nitatem tuam est intraduisible en un seul
d mot) et le3 services que votre génie a rendus
« aux mathématiques. J'ai lu et relu à Home avec
« délices cet opuscule sur les taches du soleil
« que vous m'avez donné à Florence, et je
et compte 1 'emporter en France pour le faire
« voir et lire au sieur Robert de Balfour. — Je
il me rappelle maintenant vous avoir dit à
« Florence que nous (nous, à savoir son évêque
« et lui) devions séjourner à Rome pendant
« deux mois. Mais, comme une certaine cause
« nous force à partir et qu'effectivement nous
« partirons veis la fin de ce mois de décembre,
œ ]'a'i tenu à vous informer que , si vous voulez
« répondre audit Robert de Balfour et lui
« envoyer avec votre lettre un télescope ou
n n'importe quoi, il sera nécessaire d'envoyer
« cela avant le jour de Noël, c'est-à-dire avant
« la fin de ce mois. Si cet envoi ne parvenait à
<£ Rome qu'au commencement de janvier, il
« nous trouverait déjà en route versle sol natal.
is En attendant, soignez bien votre santé, afin
M que les amateurs de mathématiques jouissent
11 plus longtemps de votre personne, de vos
« observations et de vos découvertes.
« De votre seigneurie le très dévoué Jean
11 Tarde, chanoine théologal de l'Eglise de Sar11 lat dans la Province de Bordeaux.
« Rome, le 6 décembre 1614.
a Que les lettres de votre seigneurie soient
« adressées, s'il vous plaît, au signor, etc.. . »
INTRODUCTION.
xxvij
Le verso porte cette mention en travers, écrite de la main de Galilée :
« Joannes Tardeus, Canonicus Aquitanus. » Cette mention, ajoutée au fait
même de la conservation de ce simple billot ainsi mis à part, montre bien
que Galilée avait l'intention de répondre à son correspondant. II n'est pas
surprenant d'ailleurs que cette réponse ait été perdue, ainsi que les lettres
ultérieures de Jean Tarde. Ce qui est étrange, c'est que celle-ci ait été
sauvée de la destruction. Nous y voyons, par exemple, que Robert de Balfour,
ce savant bordelais, dont Tarde était l'ami, correspondait avec Galilée. II
semble même que notre chanoine se soit présenté chez ce dernier, porteur
d'une lettre de lui. Pourtant, le savant bibliothécaire de Florence, M. Carli,
qui nous a découvert la lettre ci-dessus, et qui connaît son Galilée par
cœur, pour avoir dépouillé page par page tous les manuscrits de son grand
compatriote, n'y a rien trouvé qui concerne « Robertus Balforeus». Sur notre
demande, il a fait des recherches à cet égard, mais sans le moindre résultat.
Dans YHistoire du collège de Guyenne, par M. Gaullieur, il est parlé avantageusement de Balfour, professeur d'origine écossaise, qui devint principal en 1602 et mourut en 1621. C'était « un mathématicien détalent, en
même temps qu'un helléniste de premier ordre » Une chaire de mathématiques est créée tout exprès pour lui par la municipalité en 159 1. II est loué
par Florimond de Rémond d'avoir fort bien gouverné « ce beau collège de
Guyenne où non seulement notre jeunesse, mais aussi une bonne partie de
celle de la France, s'élève et se nourrit ». Cette école, rivale et ennemie de
celle des Jésuites, eut alors son heure de prospérité. Le gouvernement, soit
de l'une, soit de l'autre, ne devait pas être facile : on y voit les élèves, en
1610, enlever de force, la nuit, une jeune fille, et aller en bande faire une
orgie. Les écoliers d'alors n'étaient pas moins turbulents que leurs pères.
Ou je me trompe fort, ou Tarde, en proie aune de ces fermentations extraordinaires de curiosité scientifique, dont cette époque nous donne le spectacle, n'a pas dû se préoccuper beaucoup à Rome du différend des Cordeliers
et des Récollets sarladais. Et si, par hasard, c'est quelque nouvel incident
de ce conflit monacal qui a abrégé ses visites au P. Griambergerius beaucoup
plus qu'au Vatican, je me persuade qu'il a dû maudire sans distinction les
religieux belligérants. Son désir de suivre Galilée à l'assaut du ciel et de se
livrer désormais presque exclusivement à ce labeur, fut redoublé sans doute
quand il apprit au collège des Jésuites que les nouveautés astronomiques
dont il s'émerveillait étaient déjà vulgarisées en Allemagne et en Italie, au
point d'y être connues des derniers « mitrons oubarbiers » de ces nations. L'ignorance relative de laFrance à cet égard était navrante et un bon patriote
devait avoir à cœur d'y mettre fin. « Le cœur se serre, dit Arago [Annuaire du bureau des longitudes, 1844), lorsqu'en étudiant l'histoire des
1 II a publié eu 1605 les Météores de Cléomède, et, ea 1616 et 1620. des Commentaires
sur Aristote,
xxviij
INTRODUCTION.
sciences, on voit un si magnifique mouvement intellectuel (la rénovation
de l' astronomie au commencement du xvne siècle) s'opérer sans le secours
de la France. » Or, parmi tous ces phénomènes surprenants qui venaient
de lui poser d'irritants problèmes, le plus attachant, le plus fertile en points
d'interrogation, lui parut être celui des taches solaires. Ilne se trompait pas,
et la preuve en est qu'à l'heure actuelle encore aucune explication satisfaisante de ces taches n'a été fournie 1 . Dès 1 6 14, presque toutes les hypothèses
imaginables à leur sujet avaient été formulées, comme on le voit par la Relation de notre auteur. « J'apprins que les taches découvertes àl'astre du soleil
« mettoint beaucoup de gens enpeine. Les uns pensoint que ce soit un ramas et
« assemblée depetites estoiles conglobées ensemble, peu esloignées du soleil
« quivont et viennent à l'entour d'iceluy comme Venus et Mercure ou comme
« Sidera Medicea derrière Jupiter ; les autres opinent que ce sont des cavités
« dans le corps solaire 2 ». D'autres enfin les prenaient pour des nuées. De
toutes ces hypothèses, la plus vraisemblable à la date en question, vu l'imperfection des instruments et la brièveté des observations d'alors, c'était à
coup sûr la première. Elle s'était naturellement présentée tout d'abord au
P. Scheiner qui, vers 161 1, en même temps que Fabricius et Galilée, découvrait les taches. Le mérite de Tarde n'est donc pointd'avoirimaginé celte conjecture, maisbien, ce qui est tout autrement important pour le progrès de la
science, de s'être attaché obstinément à cette idée qu'il a faite sienne, d'en
avoir détaillé, mis en relief toutes les difficultés non moins que toutes les
vraisemblances, et surtout d'avoir entrepris, pour la contrôler, de longues et
méthodiques observations prolongées pendant dix années consécutives, de
161 5 à 1625 3 . Ces observations garderaient leur valeur, n'eusscnt-elles
servi qu'à serrer de près une erreur complète. Une erreur suivie jusqu'au
bout est bientôt expulsée, au grand profit del'avenir. Au fond de cette théorie erronée d'ailleurs, il y avait peut-être, nous le verrrons, un germe de
vérité inaperçue de son auteur.
V
C'est immédiatement après son retour de Rome 4 , et probablement avec
une'dunette donnée par Galilée, que Jean Tarde se mit à observer les taches
et à enregistrer ses constatations. Nous le savons par son témoignage et aussi
1 Voir Young, le Soleil.
- Cette dernière hypothèse est, de nos jours,
celle du Père Secchi, combattue par M. Faye.
3 Quand il publia l'édition latine de ses Borbonia Sidera, en 1(120, il avait déjà fait 5 ans
d'observations, comme il le dit lui-même.
* II revint le 3 février 1615Ì « Sommes arri« vés, dit-il (l'évêque et lui), à la Roque de
« Gajac, et là nous avons remercié Dieu très« bon et très-grand et très-juste, de la grâce
« qu'il nous avait faict de nous avoir assisté
« etc. »
INTRODUCTION.
xxix
par celui du chanoine de Gérard-Latour. « Je suis curieux, écrit celui-ci à
Papebrock, le 14 avril r 663, de toutes ces choses (histoire, mathématiques,
médailles...) comme ayant succédé aux curiosités de feu M. Tarde, chanoine
théologal de nostre chapitre , qui estoit sçavant dans les mathématiques,
comme l'on voit par ses ouvrages imprimés... et par les manuscrits qui restent, surtout celluy des observations qu'ilnous afaictes des tachesdu soleilou
plutôt desplanètcs qui fontleur cours autour du soleil, ez années 161 5, 1616,
1617
» II me reste de ce manuscrit deux pages d'observations datées de
juin 161 5. D'autre part, j'en possède un autre, tenu dans le même ordre, qui
commence en août 16 19 2 et se termine le 20 mars 1625. II est probable que
l'observateur s'est lassé àpartir de cette date, car elle est suivie, sur le manuscrit, de force pagespréparées pour recevoir des enregistrements qui n'ont pas
été faits. Cette préparation consistait en grands cercles tracés d'avance au
compas, deuxparpage. Dansl'intérieur de chacun d'eux, le patient astronome
figurait ensuite par de petits pâtés d'encre la forme, la dimension, les positions successives, jour par jour, durant un mois environ, d'une même tache
sur le disque solaire. On a des échantillons imprimés de ces figures dans los
Astres de Borbon. Quelle ténacité investigatrice suppose une telle suite d'examens fatigants, meurtriers pour la vue ! Et comme on y sent bien cette soif
amoureuse des choses célestes, cette passion sans nom qui a rendu Galilée
aveugle, et qui faisait exprimer à Copernic, sur son lit de mort, l'amer regret
— de n'avoir jamais vu Mercure ! — Notons, il est vrai , que notre chanoine
avait eu l'idée de prévenir la fatigue des yeux par d'utiles précautions dont
l'exemple a été suivi : « Le plus ancien ouvrage à ma connaissance , dit
Arago , où il soit fait mention d'un verre coloré interposé entre l'œil et
l'oculaire do la lunette est de 1 620 et intitulé Borbonia -S'aéra, par Jean Tarde,
chanoine de la cathédrale de Sarlat. » [Annuaire du bureau des longitudes , 1842. Ce passage est reproduit dans Y Astronomie populaire du même
auteur, t. íij p. 124, 2 me édition.) L'idée n'était pas sans valeur, puisque , si
elle eût été mise en pratique par Galilée, elle lui aurait évité la cécité, ainsi
qu'à bien d'autres. — Malgré tout, une telle énergie de persévérance est
rare, et je crois pouvoir affirmer que jusqu'à notre siècle, nul autre recueil
d'observations individuelles sur les taches solaires, si l'on excepte l'in-folio
du P. Scheiner, n'a été à ce point prolongé et minutieux. Le climat pluvieux
de la Guyenne, par malheur, secondait mal cette patience et brisait à cha1 La lettre ajoute : «
qui serviroient beaucoup pour sçavoir si ce sont de véritables planètes, si elles estoient conférées avec celles
qu'ont fait depuis sur le mesme sujet vos PP.
Christophe Scheiner et Nicolas Zucchius. »
Effectivement, la Hosa Ursina de Scheiner est
de 1630, et l'ouvrage de Zucchi est de 1652. Ces
deux savants ont laissé leur nom dans l'histoire
de l'astronomie. Zucchius Nicolaus, notamment, jésuite de Parme, est l'inventeur des
télescopes à réflexion, les seuls qui portent
aujourd'hui ce nom. J'observe que, dans son
ouvrage sur l'Optique, publié à la dernière date
indiquée, il s'évertue a montrer que les taches
solaires ne sont pas une vaine apparence. Do
son temps encore, donc, la contradiction était
vive à cet égard .
2 Dans l'intervalle de 1G17 à 1619,- nous savons, par un passage des Astres de Borbon
que les observations avaient été continuées.
\
xxx
INTRODUCTION.
que instant le fil de recherches dont la moindre interruption inopportune
compromettait le résultat.
Elles n'ont pas été sans fruit pourtant. L'auteur, qui distingue soigneusement entre les faits constatés par lui et l'interprétation qu'il leur
donne, les a résumées en 20 observations générales, véritables lois empiriques, formulées avec précision l'une après l'autre. Là est, à mon sens, la
vraie valeur du livre, bien plus que dans la théorie élevée sur ces fondements. Parmi ces remarques ainsi étiquetées, il en est plusieurs certainement qui ont été neuves en leur temps ou généralisées pour la première
fois; mais, pour faire à Tarde la juste part d'honneur qui lui en revient et
mesurer l'importance des constatations qui lui appartiennent, il faudrait à
cet égard une érudition approfondie, jointe à une connaissance consommée
de l'astronomie. Ces deux conditions sontrares, et j'avouerai sans modestie
qu'elles me font défaut. Je lis pourtant dans un des ouvrages les plus
récents et les plus estimés sur le soleil par l'astronome américain Young,
que les taches « ont des mouvements propres (à chacune d'elles individuel- .
lement) en latitude et en longitude », et que « ce fait ne semble pas avoir
été compris des premiers observateurs, bien qu'une remarque de Scheiner, à laquelle on avait fait peu attention, indique qu'il avait entrevu la
1
vérité. » Or, ce fait que Scheiner aurait entrevu (dans sa Rosa Ursina,
publiée en i63o), Tarde l'a très nettement et bien antérieurement énoncé
dans son observation xm qu'il développe p. 48 ; et c'est un de
ses principaux arguments, très-spécieux assurément, en faveur de son
explication des taches par l'hypothèse d'astéroïdes indépendants circulant
très-près du soleil et autour de lui. En formulant cette demande, dont il
revendique la priorité, il l'oppose comme un respectueux démenti à Galilée.
« Galileus Galilei, dit-il, en la seconde épistre à Marcus Valseras, dit que
« ces planètes qu'il appelle taches ont un mouvement commun et uniforme
« et qu'elles procèdent par lignes parallèles, et de là conclud que le soleil se
« meut sur un centre et les emporte quant et soi. Mais nous, par des observa« tionsplus longues et plus exactes, avons trouvé qu'il y a divers mouvements
« entre elles, et de cette diversité colligeons que ce sont des planètes qui ont
« plusieurs et divers orbes, par lesquels ils 2 sont portés. Car, comme la lune
1 A vrai dire, il l'a très-bien vu, comme il
résulte de la p. 43 de sa Rosa Ursina, mais
il se peut parfaitement que cette observation
lui ait été suggérée par la lecture des Borbonia
Sidera, qu'il ne pouvait ne pas connaître dix
ans après leur apparition. II a grand soin
pourtant de ne jamais citer Jean Tarde, malgré
l'intempérance bibliographique qui lui est
habituelle. Ce silence ne peut être que systématique et de parti pris ; il s'explique par
celui du P. Malapert, ami de Seheiner, qui ,
nous le verrons, n'a pu se taire Iqu'avec
intention. — Quoi qu'il en soit, parmi les erreurs
que Scheiner reproche à Galilée, p. 43, est
comprise celle d'avoir dit que le mouvement
des taches est égal et parallèle, tandis que
« iidem (motus) exceptis rectilineis, semper
dissimiles et non proportionales in diversis facti
cireulis ». — Dans ce même ouvrage, il dirige,
p. 410, contre l'hypothèse des taches-planètes,
bien qu'émise par lui tout d'abord, des objections qu'il croit irréfutables et qui sont tirées
en partie des vieilles erreurs astronomiques
sur les eieux solides.
2 Ils, les planètes, que Tarde écrit presque
toujours au masculin, comme les savants du
temps, conformément à l'étymologie latine.
INTRODUCTION.
XXXj
« marche d'un pas fort viste, Saturne d'un pas fort lent, Vénus et Mercure
c< d^un pas médiocre, ainsi les planètes de Borbon ne marchent pas tous de
« mesme train, mais les uns plus viste que les autres. » — Au lieu de
nommer Scheiner, M. Young aurait donc eu plus de raison, dans le passage
ci-dessus, de nommer Tarde , qu'il cite d'ailleurs en un autre endroit,
comme l'ont cité nombre d'astronomes qui ont écrit sur le soleil.
Celte indépendance, cette autonomie des taches, telle qu'on n'a pu
encore avec exactitude mesurer la duréede larotationdu soleil surlui-même,
devait paraître, avouons-le, une terrible, une décisive réfutation de l'idée
de Galilée sur l'inhérence des taches à la masse solaire
Tant qu'on regardaitlesoleil comme un corpssolide, et noníluide,il n'y avait rien àrépliquer.
U est vrai qu'en admettant la fluidité, établie de nos jours par le spectroscope seulement, de l'enveloppe lumineuse du soleil, on rend conciliable avec celte inhérence des taches leur indépendance relative. Mais ce
genre d'inhérence n'est point celui que visait l'argumentation de notre
auteur. Gardons-nous donc de prêter à ces anciens astronomes des erreurs
grossières. Ils se trompaient bien moins qu'il ne semble à les lire superficiellement. Si les taches, par exemple, sont des cyclones solaires , comme
le veut M. Faye, remarquons qu'un cyclone, terrestre ou solaire, n'importe,
est chose indépendante, dans une certaine mesure, du globe qu'il parcourt,
et présente un mouvement de révolution lout à fait comparable à l'orbite
de satellites transiloiresqui circuleraient autour de la terre ou du soleil. —
Un terme de comparaison qui se présentait alors de lui-même, à propos de
taches, étailceluides taches de la lune, incontestables et incontestées, celleslà. Or, ces taches lunaires étaient sans mouvement propre, elles étaient
constantes, ellesn'élaientpas rondes 2 , elles étaient loin d'être aussi noires ;
en somme, elles ne ressemblaient nullement aux phénomènes solairesqu'on
appelait taches aussi. Comment la noirceur de celles-ci, par exemple, au
milieu d'un foyer de lumière, n'aurait-elle pas été attribuéeàl'interposition
de corps solides ? Tarde compare ces ombres à celle que produisent sur le
disque solaire les passages de Mercure ou de Vénus. Aquoi pouvait-il mieux
les comparer ? Vraiment, la pente de Panalogie ici était irrésistible.
II est à remarquer pourtant que nulle observation authentique et sérieuse
du passage de Mercure sur le soleil n'avait encore eu lieu à la date où
nous sommes ; car celle de 1607, que Kléper se vantait à tort d'avoir faite,
est démontrée imaginaire. C'est le 7 novembre I 63 I que, pour la première
1 II y avait d'autres objections non moins
fortes. Notamment p. 13 : « Si elles estoient
attachées au soleil... de manière que le corps
solaire, faisant un tour entier tous les mois,
les représentoit comme mouvantes, elles reviendroient en la même posture. Or, la troisième
observation fera voir qu'elles ne reviennent
pas. » II est vrai que cette objection était
opposable aussi à la thèse de Tarde, et il a de
la peine à y répondre.
2 II est vrai que toutes les taches du soleil
ne présentent pas la rondeur voulue ; mais
c'est exceptionnel, du moins quand on les regarde avec des lunettes grossières, et Tarde
explique spécieusement cette exception, en
supposant que la superposition de plusieurs satellites, de plusieurs Astres bourboniens, produit les apparences qui rembarrassent.
xxxij
INTRODUCTION.
fois, ce phénomène fut aperçu d'une manière indiscutable par Gassendi.
On voit, par les lettres de Joseph Gaultier , prieur de la Valette, compatriote et ami du célèbre astronome, à quel point cette découverte fit événement dans le monde savant d'alors, et notamment dans la pléiade scientifique, véritable signe du temps, qui se groupait à Aix autour de Peiresc, du
grand Pereisc. —(C'est ce conseiller auParlementd' Aix, magistrat d'espèce
rare, que Bayle appelait « le procureurgénéral des lettres et des sciences
françaises », et dont Balzac disait qu'il n'avait pas eu besoin d'un Auguste
pour être un Mécène. On connaît, du reste, les intéressanlespublications de
M. Tamisey de Larroque à son sujet.) Eh bien, quand le passage impatiemment attendu a été enfin observé, voici les premières réflexions qu'il
a suggérées à Joseph Gaultier, qui s'occupait d'astronomie lui-même avec
ardeur. Celui-ci ne revient pas de son étonnement, a Je pensais, écrit-il
à Peiresc le 4décembre i63 1 , qu'il (Mercure) fît la tache au soleil grandement
noire pour estre un corps plus dense 1 et opaque que les macules célestes du
soleil. Ce qui me fait doubter à présent que, sy ceste observation est véritablement de Mercure,ilnenousfaillo ratiociner autrementde ces macules solaires et qu'il ne nous soit nécessaire d'approcher àl'opinion de nostre théologal
de Sarlat qui les appelle Borbonia Sydera dans le volume qu'il en a dressé de
ses observations ; et, certainement ces macules estant si grandes et si noires
et tant visibles, puisque mesme quelquefois se sont laissé voir sans lunettes,
il est assés vraisemblable qu'elles ont un corps assez opaque et danse, car autrementne noirciroicnt pas davantage le soleil que Mercure, sitantest, comme
j'ay dit, que ceste observation soit de luy 2 ... »
Ces lignes montrent le degré de vraisemblance qui militait en faveur de
l'hypothèse de Tarde en l'état de la science et des instruments d'alors, et
qui tendait à ramener vers elle les esprits les moins disposés pour elle. Joseph
Gaultier l'est si peu, on le voit, que, pour échapper à l'obligation d'accepter
la théorie des taches planètes, il révoque en doute la réalité du passage de
Mercure. Quelques jours après, il est vrai, son doute à cet égard est dissipé;
mais je dois convenir que cela ne suffit point à lui faire adopter la théorie
sarladaise. U écrit d'Aix le i5 janvier i632 : « Je ne vous ai rien dit en ma
précédente de ce bon père qui a mis en lumière ce beau livre des macules
solaires. (Ils'agitici, à n'en pas douter, de la Bosa Ursina de Scheiner.) Nostre chanoine théologal, en son livre sur icelles, qu'il intitule Sydera Borbonia
dédié à nostre Roy régnant heureusement, bien qu'il soit homme, à mon
peu de jugement, bien capable, n'a pas rempli son dit livre de tant de
feuilles (l' ouvrage de Scheiner est un énorme in-folio), bien que de prou de
doctrine. U veut néanmoins que ces macules soient causées par des corps
célestes qu'il appelle « Sydera», sur quoy néanmoins j'en attends de plus ami Je. pense qu'il faut lire, « plus dense » et
non a plus doux ». Plus bas l'épithète
<c opaque » est également associée à celle de
« danse »
2 Correspondante,de Peiresc, Joseph Gavltie r
par M. Tamisey de Larroque, p. 36.
INTRODUCTION.
xxxiij
pies preuves que les siennes pour me le persuader. » On remarquera l'expression deux fois répélée «nostre théologal». Elle semble indiquer que
Tarde a eu des relations personnelles avec la société d'Aix. II a pu et même
dû certainement traverser cette ville dans sa période de pérégrination
méridionale (i 5g I-I 594) et y connaître Joseph Gaultier, à peu près du même
âge que lui (hé en 1564).
Revenons à son livre. II y répond très-ingénieusement à l'objection,
fort grave au reste, tirée du fait que certaines taches apparaissent parfois
inopinément au milieu du champ solaire, d'autres fois s'évanouissent
tout à coup. II ne dissimule aucune difficulté et il a réponse à tout. II ne
pouvait deviner, bien entendu, ce qu'un demi -siècle au moins d'observations pouvait seul faire découvrir et ce qui a été démontré, en fait, de nos
jours seulement, à savoir qu'il existe une variation périodique dans le
nombre des taches, dont le maximum se produit à peu près tous les dix
ans *. J'ignore ce qu'il aurait répondu à cela, et surtout aux analyses spectrales...
VI
En résumé, sa thèse s'appuyait sur des faits positifs, des plus probants
en apparence. Dois-je maintenant ajouter qu'à toutes ces raisons de Tordre
le plus scientifique, se mêlait une considération quasi-mystique (une seule,
chose bien remarquable pour l'époque ! ), je veux dire la faiblesse d'avoir
voulu venger le soleil de « l'injure » qu'on lui a faite en le supposant taché,
« comme si l'œil du monde estoit malade d'une ophthalmie » ? Certes, il
y a loin de là aux extravagances où les savants du temps noyaient leurs
plus pures conceptions. Le grand Képler lui-même était tout autrement
épris de chimèi'es. Je ne parle pas deMorin, professeur de mathématiques
— lisez d'astrologie judiciaire — au collège de France (voir Moréri), qui
jusqu'à sa mort en 1 656 combattit à outrance, avec les plus absurdes arguments, ]'« erreur » des coperniciens; ni du P. Scheiner, déjà nommé, autre
adversaire acharné, et non méprisable assurément, du mouvement de la
terre ; ni du P. Schyrle de Rheita, astronome renommé pourtant, mais
visionnaire, qui, entre autres conjectures disait: «Si Jupiter a des habitants, ils doivent être plus grands et plus beaux que les habitants de la terre,
dans la proportion des deux globes. » Noter que Jupiter est i ,3oo fois
plus gros que la terre !
1 L'économiste Stanley Jevons a cru découvrir un lien, qu'il a rêvé, entre ees maxima
des taches solaires et les crises commerciales.
Et des gens graves ont pris ce rêve au sérieux !
II était dit que ce phénomène astronomique
ferait déraisonner tout le monde et de tout
temps.
xxxiv
INTRODUCTION.
Mais, au dix-neuvième siècle même, n'avons-nous pas vu Gœthe, le grand
Gœthe, dans sa théorie des couleurs, la plus fausse et la plus chère à son
cœur de ses œuvres de science, se poser aussi en champion du soleil ?
La théorie de Newton, la vraie, qui considère les rayons colorés comme les
éléments dont la lumière blanche est simplement la combinaison , révoltait
1
cette âme d'artiste. II disait fièrement à son secrétaire Eckermann : « J'ai
vu la lumière dans toute sa pureté , dans toute sa vérité ; c'était mon devoir de lutter pour elle. Mes adversaires voulaient la ternir. Us soutenaient
ce principe : sombre fait partie de la lumière. Us prétendent en effet que les
couleurs (et les couleurs sont bien de l'ombre) sont la lumière elle-même... »
Ce n'est pas que l'idée erronée de Gœthe fût sa propriété exclusive. U en
convient : « Ma théorie des couleurs , dit-il, n'est pas absolument une nouveauté. Platon, Léonard de Vinci et d'autres excellents esprits ont en partie
trouvé et dit tout ce que j'ai moi-même trouvé et dit ; mais l'avoir retrouvé,
redit, propagé, défendu, voilà mon mérite. » Propagé ? Hélas ! non. L'illustre poète n'a pas eu cette consolation. II n'a convaincu personne, et il le sait
bien. Son isolement sur ce point est si complet qu'il en est réduit à endoctriner le bon, l'honnête Eckermann, pour compter un disciple au monde.
Ce qui n'empêche pas qu'il eût volontiers donné Faust et toutes ses poésies
pour son traité d'optique.
Notre chanoine au moins a été assez heureux pour voir se répandre au
loin et même s'enraciner la foi en ses Sidera Borbonia. Son livre a eu trois
éditions, l'une latine en 1620, les deux autres françaises, en 1622 et 1627,
cette dernière devenue extrêmement rare 2 . Son hypothèse fait date encore
3
dans l'histoire del'astronomie et son nom y est attaché . Nous avons vu que
le chanoine de Gérard-Latour, en i663, y croyait toujours, non sans quelques doutes. Si Fontenelle, dans sa Pluralité des mondes, en 1686, refuse d'y
croire, il en parle, lui l'esprit le plus net et le moins porté à s'abuser qu'il y ait
jamais eu, comme d'une erreur dont on est à peine détrompé. Voici ce qu'il
dit, avec sa préciosité habituelle, à propos des taches du soleil: « Comme
on avait découvert, peu de temps auparavant, de nouvelles planètes... que
tout le monde philosophique n'avait l'esprit rempli d'autre chose, et qu'enfin
les nouvelles planètes s'étaient mises à la mode, on jugea aussitôt que ces
taches en étaient, qu'elles avaient un mouvement autour du soleil, et
qu'elles nous en cachaient nécessairement quelque partie, en tournant leur
moitié obscure vers nous. Déjà les savants faisaient leur cour de ces prétendues planètes aux princes de l'Europe. Les uns leur donnaient le nom
d'un prince, les autres d'un autre... »
1 V. Entretiens de Gœthe avec Ecltermann,
t. I, p. 86 et p. 76 ; t. II, p. 71 .
2 Je n'en connais qu'un seul exemplaire,
possédé par M. le Président de Montégut et
faisant partie de sa collection périgourdine.
Cette édition ne différant de la précédente que
par le titre et l'adresse de l'éditeur, il y a lieu
ae supposer que oelui-ci a cherché, par un
moyen ingénieux, à accommoder les restes non
vendus de l'édition de 1622.
3 V. Arago, Hcefer, Young, etc.
INTRODUCTION.
xxxv
Ces savants, c'étaient Jean Tarde d'abord, et le P. Malapert ensuite '. Les
Astres de Bourbon avaient tant de succès que celui-ci n'avait pu résister
au désir de se les approprier en les démarquant. II avait fait hommage à la
Maison d'Autriche du fruit de son larcin , sous le nom d'Astres Austriens.
C'était la mode alors, pour parler comme Fontenelle, de donner aux astres,
vrais ou faux , des monarques pour parrains. En 1645 , huit nouveaux satellites de Jupiter, imaginaires, ont été offerts par le P. Schyrle de Rheita à
Urbain VIII et baptisés en conséquence astres Urbanoctaviens . On remplirait un firmament avec les constellations chimériques découvertes en ce
temps-là ; pseudo-cieux parmi lesquels celui de Tarde, on peut le dire, occupe le rang le plus éminent. Pour revenir à Malapert, j'ai eu la curiosité
de lire à la Bibliothèque nationale ses Austrìaca Sidera, publiés en 1 633, et
dont le titre est visiblement inspiré par les Borbonia Sidera de notre auteur.
II dit n'avoir fait ses observations avec suite qu'à partir de 161 7. Quoique
très-postérieur à Jean Tarde, dont les observations remontent plus haut et
dont l 'ouvrage a été publié treize ans avant le sien , il se garde bien de le
citer. II l'imite pourtant, et par son titre, et par la manière dont ses observations sont conduites ; et d'ailleurs il ne se fait pas faute de citer nombre d'auteurs, principalement le P. Scheiner et autres « Societatis nostrse ». La
preuve, au reste, qu'il connaissait l'ouvrage de Tarde , c'est qu'il pose en
principe et comme une vérité déjà démontrée, ce que celui-ci s'est imposé
le labeur et a eu l'illusiou spécieuse d'établir fort longuement, à savoir que
les taches du soleil sont de vraies planètes. Malapert, lui, trouvant ces planètes-là toutes faites dans le ciel, n'a que la peine de les y cueillir et d'en
faire don à Philippe IV d'Autriche. « Je te les donne, lui dit-il, ces héliocycles, si toutefois, ajoute-t-il prudemment, la postérité mereconnaît quelques
droits sur eux (si quidmihi in eos jitris posteritas idcircò esse concedií). »
Franchement, le procédé est un peu cavalier. Mais il était assez dans les
mœurs scientifiques du temps.
Pour se consoler de ces plagiats d'outre-Rhin, Jean Tarde avait un dédommagement de l'espèce la moins commune : l'admiration de ses compatriotes. Dans les vers qu'il leur a inspirés, on la sent chaleureuse et vraie, à
travers l'emphase inséparable du genre. A la find'un de ses manuscrits, je lis
les distiques suivants d'un avocat sarladais de ses amis, avec ceten-lête : « In
laudem domini Tardei, ecclesiee Sarlatensis canonici et Sacrée Theologise professons, necnon in pluribits aliìs scientiis doctoris meritissimi, Petrus Formige-
1 « Inobservation des taches du soleil fut
continuée (après les premières constatations de
Galilée) par Tarde et Malapertius. Le premier,
chanoine de Sarlat, les appelait Astres bourboniens {Borbonia Sidera... Paris, 1620). Le
second , jésuite belge, les nommait Astres
austriens, les considérant aussi comme de
petites planètes... ÇAustriaca Sidera... 1633.) »
Hist. de V astronomie par Hcefer, p. 401. Voir
également VHistoire des mathématique», par
Montucla, tome II, p. 133, où il est parlé de
Tarde et de Malapert à peu près dans les mêmes
formes.
xxxvj
INTRODUCTION.
rius, dominus de Beaupuy Juriumdoctor, apud Sarlatensespatronus causarum,
et ejus amicus obsequentissimus, hase fecit, dédit dicuvitque epigrammata. »
Sidera Borlonia agnosti, quœ nulla vetustas
Novit, Lodoïco visa snb imperio,
'farde, nec abbatum Sarlati nomina tardas
Dicere, et avta tuis commemorare typis.
Sic revocas tumulo exstinctos, sic nescia fati
Mens sedet in, tanto Sidere Borbonio 1 . »
Je ne cite pas le reste de la pièce, où Tarde est de nouveau loué d'avoir
donné « nova sidera cœlo ». On pourra la lire dans la notice de M. DujarricDescombes. II y a au frondspice de la Chronique que nous publions une
autre série de distiques ; et toujours l'bonneur d'avoir révélé les astres
borboniens est cité comme le titre le plus éclatant de notre auteur. II est
probable que la découverte de la planète Neptune a valu moins de vers latins à M. Leverrier.
Ce n'est pas tout. L'édition latine des Borbonia Sidera débute par une véritable débauche de distiques. II y a cinq petites pièces de poésies coup sur
coup, mais la plupart si mauvaises que je renonce à les citer toutes. La première, signée Gabriel de la Brousse, «.sacrœ theologiaì baccalanreus »,est±'explication, on ne peut plus obscure, de l'image du frontispice, qui représente
la face du soleil toute couverte de taches, et saluée néanmoins par un éléphant, un aigle et un serpent enroulé autour d'un obélisque. Suit un sixtain,
« hexasticum» , où il est fait un mauvais calembour sur le nom de Tarde,jeu
de mots qui aeu du succès, car on l'a vu répété plus haut. A titre de variante,
citons les ïambes suivants, de Paschal de la Brousse, « sacra? theologise
doctor, ecclesiae canonicae Sarlati canotiicus, domini Tarde devinctissimus. »
Quisquis tenebris ingeni mersus jaces,
Lucis datorem Tardeum supplex adi.
Quid dnbius hœres ? num tibi lumen dabit,
Qui liberare sordibus òolem potest ?
Traduction libre: c< Qui que tu sois, si tu es plongé dans les ténèbres,
va supplier Tarde de te guérir la vue. Pourquoi hésiles-tu ? Pourrait-il ne
2
pas te rendre la lumière, lui qui a délivré le soleil de ses souillures ? »
1 Vers traduits de la sorte, pour que le conpar un poète périgourdin, feu M. Eugène Macert laudatif des concitoyens fût plus complet,
gne, professeur au lycée Périgueux :
Les Astres de Bourbon, du vieux monde ignorés,
Tu les as découverts, sous Louis admirés,
Tarde, et, sans plus tarder, tu cites en tes pages
Des abbés de Sarlat les noms et les ouvrages ;
Tu réveilles les morts, esprit du sort vainqueur,
Et l'astre de Bourbon t'admet dans sa splendeur.
- Ajoutons qu'à la Bibliothèque nationale on
se déclare hautement partisan de Copernic ;
a fait l'honneur aux Borbonia Sidera de les
6° les Théorèmes sur la parabole, en latin aussi,
loger dans la réserve, et que le volume où ils
de Marinus Ghetaldus (1013). — L'ouvrage de
sont contenus comprend aussi: 1° une disserTarde occupe le quatrième rang. Son titre
tation latine de Képler au sujet du Nnntius
complet est : « Borbonia Sidera, id est planetce
sidereus de Galilée (1610) ; 2" la Dianoia astroqui solis limina eireomvolitant motu proprio
nomica du Florentin Sitius (1G11) ; 3° les
ac regulari , falso hactenus ab helìoscopis
lettres de Galilée à Velserus (en italien) sur les
macvlaì solis nuncupati, ex novis observationitaches du soleil (1613); i° l'ouvrage sur le
bus Joannis Tarde, canonici theologi erclesiœ
mouvement de la terre, de Philippe Langsberg
cathedralis Sarlati. ■— Parisiis, apud Joannem
(1630), Commentationes in, motum terres....
Gosselin, via Jacobω , sub signo Aquilce
ouvrage où l'auteur, mathématicien éminent,
Aureœ. MDCXX. Cum privilégia régis. »
INTRODUCTION.
xxxvij
Enfin, la légende a fait suite à la poésie. «Nos anciens, dit Bouffanges i ,
se souviennent encore de ce vieux dicton, lorsqu'on parlait d'un homme
qui étonnait par les merveilles de son savoir : c'est le diable ou c'est
Tarde. » On racontait, en effet, toujours d'après le même auteur, qu'un savant s'étant fait fort de soutenir à Rome, envers et contre tous, une thèse
« de omni re scibili D , Tarde s'yétaitrendu au jour désigné, « sonbréviaire sous
le bras et un bâton à la main », avait relevé le défi et accablé son adversaire au point de lui arracher cette exclamation : « esTardus autdiabolus 2 n.
11 pourraily avoir, dans cette anecdote, racontée autrement, un certain fond
de vérité. Suivant M. Eugène de Monzie (Le Barreau d'autrefois, p. m),
« Tarde, ayant à plaider à Rome un procès ecclésiastique, réduisit son contradicteur à s'écrier, pour dernier argument, qu'il croyait avoir affaire au
diable. Cette croyance est encore commune, dans la société romaine, à quiconque se trouve dans un extrême embarras. » Le procès ecclésiastique
dont il est ici question, ne serait-ce pas précisément la querelle de moines
qui motiva le voyage de Tarde et de son évêque à Rome en 1 6 1 4 ?
VII
Peut-être me reprochera-t-on de m'être étendu démesurément, dans ce
qui précède, sur une hypothèse erronée, abandonnée, et d'avoir ajouté
ainsi à Temphase des versificateurs qui l'ont louée, Texagération de mes développements. Mais, en somme, qu'y a-t-il de plus instructif, dans les sciences, que leurs erreurs, c'est-à-dire que leur histoire? Combien d'idées nouvelles, de théories proclamées glorieuses, réputéeslumineuses, qui ontconstellé ou constellent encore le ciel de la philosophie, depuis le cartésianisme
et l'hégélianisme jusqu'auspencérianisme peut-être, ne sont que des obscurités prises pour des profondeurs, des vides pris pour des solidités, des taches saluées planètes ! Ces constellations d'un jour, un petit agrandissement de la vue des faits les a allumées, unperfectionnement nouveau de la
lunette de l'expérience les a éteintes ou les éteindra. Toute leur vérité a
consisté dans leur à-propos, comme tout le mérite et toute l'importance de
tant d'hommes illustres. Dans le firmament de l'histoire, que de Borbonia
Sidera!
Après tout, est-il définitivement démontré que les astres de Borbon sont
un simple rêve ? Eh bien, non. Si, à n'en pas douter, la plupart des taches
1 Bien que la courte notice de BouflEange sur
Tarde contienne beaucoup d'erreurs, cet écrivain
mérite assurément créance quand il parle de ses
souvenirs personnels. D'ailleurs la légende dont
il s'agit n'est pas tout à fait oubliée encore parmi
les vieux Sarladais.
2 Même, par un grossier anachronisme, on
allait jusqu'à lui prêter pour rival vaincu Pic
de la Mirandole !
e
xxxviij
INTRODUCTION.
sont des cavités ou des éruptions (on ne sait au juste) de la masse solaire,
dans leur nombre peut fort bien se glisser quelque planète véritable indûment confondue avec elles. Le soupçon en est venu dès 1842 à M. Leverrier par l'étude de Mercure, la planète la plus rapprochée du soleil. II a
reconnu dans sa marche des anomalies qui, d'après les lois de Newton, décèlent des perturbations causées par le voisinage de corps situés entre le
soleil et cet astre, qu'il s'agisse d'ailleursd'un globe unique ou d'un anneau
d'astéroïdes. Ce sont des anomalies analogues, remarquons-le , constatées
dans l'orbite de Saturne, quii'ont mis sur la trace de Neptune. Aussi, plein
de foi dans sa méthode et les lois newtoniennes qui ont également fait
leurs preuves, réminent astronome n'a pas hésité à affirmer, dans les dernières années de sa vie, Pexistence de planètes intrà-mercurielles (c'est leur
nom consacré) qui circuleraient très-prèsdusoleil, précisémentdansla région
des Sidera Borbonia. Destinée vraiment singulière que celle de ces derniers !
Us dormaient ensevelis depuis plus de deux siècles ; les voilà quiontl'air de
ressusciter moyennant transfiguration ! Ce n'est pas moi qui fais ce rapprochement; il s'est présenté de lui-même sous la plume d'un astronome
distingué, à propos de la question, on ne peut plus agitée et brûlante, de
ces fameuses planètes intrà-mercurielles. u Qu'il me soit permis, ditM. Dallet à ce sujet l , de rappeler ici un fait curieux : en 1620, le chanoine Tarde
et un jésuite belge, Charles Malapert (M. Dallet se trompe ; celui-ci, nous
le savons, n'écrivait que treize ans après la date indiquée), supposèrent que
les taches solaires étaient causées par le passage de petites planètes que le
premier appela Borbonia Sidera et le second Austriaca Sidera. »
Maintenant, quelqu'une ou quelques-unes des planètes dont il s'agit ontelles été effectivement vues? Beaucoup de savants ont cru les voir, notamment Lescarbault; mais en sont-ils bien sûrs? M. Leverrier, lui, tenait leurs
observations pour certaines, « et il acquitcette conviction, qu'il exprima jusqu'à!' époque de sa mort, que l'existence d'une planète intrà-mercurielle, annoncée par la théorie, ne pouvait plus être révoquée en doute. » On s'est
même empressé de l'appeler Vulcain : un nom divin substitué à un nom
royal, voilà tout. Malheureusement, malgré ce baptême mythologique, de
3
nouveaux doutes ont surgi. M. Young 2 est porté à nier Vulcain. M. Barré
ne le nie pas , mais tient pour plus vraisemblable un amas de corpuscules autour du soleil. En résumé, rien de moins clair. — Pauvres astres de
Borbon ! seront-ils condamnés à rentrer pour la seconde fois dans le néant?
Ce serait peut-être fâcheux pour notre chanoine , mais surtout, chose autrement grave, pour Newton d'abord, dont les grandes lois se trouveraient
ainsi légèrement infirmées.
1
V. Dallet, Les planètes extrêmes... dans la
Hernie scientifique du 15 juillet 1882.
2 Voir, Revue scientifique, 15 oct. 1884, Discours prononcé à Philadelphie, à la réunion de
l'association américaine pour l'avancement des
sciences.
3 Revue scientifique du 27 oct. 1883.
INTRODUCTION.
xxxix
Au demeuraut, la réalité de Vulcain ou de ses équivalents corpusculaires
fût-elle établie, le mérite de notre chanoine en ceci se réduirait à une coïncidence curieuse. U vaut mieux dire à son honneur qu'il s'est attaqué à un
problème d'astronomie non résolu encore 25o ans après sa mort, et qu'il
est bien excusable de s'être trompé en cherchant à le résoudre. Mais, avant
tout, il convient de louer en lui ce qui est préférable à d'heureuses rencontres de détail , l'esprit scientifique
la fermeté et indépendance vraiment
remarquable du jugement. Gassendi, qui mourut en 1 655, n'a jamais
osé se prononcer pour le mouvement de la terre, ni avouer son admira2
tion pour Galilée . Ce n'était donc pas une médiocre hardiesse , de la
part d'un chanoine professeur en théologie, en 1620, cinq ans après l'admonestation inquisitoriale infligée au grand Florentin , que de prendre ouvertement parti pour Copernic, cet autre chanoine dont le livre avait été
blâmé « donec corrigatur », et d'exprimer pour Galilée de l'enthousiasme. II a
raison de dire, on le voit (p. 24), qu'il est « plus enclin à suivre la vérité
qu'à s'attacher aux opinions des particuliers ou aux erreurs populaires ». II
est vrai que, tout en parlant de l'astrologie judiciaire (p. 63) avec irrévérence, il semble révoquer en doute seulement (ce qui était déjà quelque
chose de rare en ce temps d'astrologues) la valeur de celte pseudo-science 3 .
Mais comme sa pensée est transparente ! Suivant lui, et son raisonnement
n'est pas contestable, les Planètes de Borbon montrent que cette « espèce
d'astrologie *» a été jusqu'à présent «vaine et frauduleuse », à moins qu'elle
n'ait été simplement « fort imparfaite » ; dans cette dernière hypothèse , il
est possible, ajoute-t-il, que la connaissance des nouveaux astres lui fasse
faire un « grand progrès ». C'est un dilemme; et la lecture de ce passage,
d'ailleurs fort court, permet d'affirmer que la première branche avait toutes
les sympathies de l'auteur, qui appelle ironiquement Jes astrologues « ces
prophètes ».
On n'en saurait douter un moment, si l'on veut bien prendre la peine de
lire cette belle page, que je ne puis m'empêcher de transcrire et qui termine
la première partie des Astres de Borbon : « Les pythagoriciens, parlant de
« la constitution du monde, meltoient le soleil immobile au centre de cet
« univers ; à l'entour duquel se tournent, non seulement les astres, mais en« core la terre. Toute la troupe des péripatéticiens s'oppose à cela, et y contre« dit opiniastrement, accusant d'impiété ceux qui disent que la terre, base et
« fondement du monde élémentaire (c'est-à-dire supportant les couches con« centriques des éléments, qui la constituent) n'est pas stable, comme s'ils
1 P. 23 et 2i, les principes de la mécanique
moderne apparaissent ; Phypothèse incidente
d'un corps parfaitement rond sur une plaine
parfaitement horizontale est à remarquer.
2 Pétri Gassendi institntioastronomicajuxtà
hypothèses tam veterum quam- reeentiorum.
(Londini, 1653, 2 e édit.) Gassendi expose les
idées de Copernic et de Tycho Brahé, sans
dire son avis, qu'il exprimait d'ailleurs librement dans l'intimité.
3 Bemarquons qu'il s'agit d'une époque où un
Képler lui-même a sacrifiait à cette superstition », dit M. Alfred Maury.
4 L'autre espèce d'astrologie, c'était l'astronomie, suivant le langage d'alors.
xl
INTRODUCTION.
« vouloient troubler le repos de la déïté terrestre. Mais, pour ce qu'il estper« mis à un chascun de philosopher, je ne doute point que plusieurs, fondés
« sur ces nouvelles apparences (sur les nouvelles découvertes dues au téles« cope) ne disent à l'avenir que Fopinion des pythagoriciens est la meilleure,
« et qu'elle mérite d'être remise en son premier crédit ; que, comme les place nètes de Borbon Vénus et Mercure, voltigent à l'entour du soleil, à la face
« duquel ils causent si souvent des marques, et parfois se cachent derrière,
« et comme Jupiter estporté sur son ciel particulier (c'est-à-dire dans son or« bite propre) avec quatre petits planètes qui toujours l'environnent, portés
« sur des orbes qui lui sont concentriques ; de même il est raisonnable que le
« monde élémentaire (le globe terrestre) aye sa révolution dans la suprême
« région de l'air(dans l'éther) où il est soustenapar sa propre pesanteur, avec
« la Lune, sa perpétuelle compagne, à l'entour duquel elle faictnéantmoins
« le circuit entier tous les mois, portée par un ciel concentrique à la terre.
« Us osteront le premier mobile (nom donné par Ptolémée au ciel des
« étoiles fixes, supposé mobile comme le ciel de chaque planète), comme un
« ciel supposé ne portant aucun astre, et comme n'estant autre chose
« qu'une conception de rapidité (c'est-à-dire qu'une illusion produite par
« la rapidité du mouvement terrestre) , soustenant qu'au ciel n'y a
« violence aucune, ni force Universelle et supérieure qui exerce quelque
« commandement ou espèce de tyrannie sur les corps inférieurs, mais que
« le mouvement des astres vient d'wte force inhérente et née avec eux et
« partant qu'ils se meuvent sans travail et sans contredit (sans résistance).
« Ils retrancheront ces excentriques, épicycles 2 et autres orbes, que les siècles
« anciens avoient inventé pour faire calculs, comme ayant trouvé un chemin
« plus court, plus facile et plus commode à faire toutes supputations néces« saires. Possible qu'ils auront opinion que toutes les estoiles qu'on appelle
« fixes sont errantes et ont leurs propres orbes sur lesquels elles font leurs
« périodes outre le cours annuel. Mais, parce qu'il n'y apoint de proportion
« entre le demi-diamètre de leur petit orbe avecl'intervalle qui est de nous à
« eux, elles semblentfixes et sans mouvement particulier.... De ces discepta« tions et contredits la vérité sera enfin reconue, et la connaissance de l'as« trologie (de l'astronomie) amplifiée, illustrée eteslevée àun plus grand de« gré d'honneur ; et les cieux donneront plus de subjet aux mortels d'ad« mirer et raconter la gloire de leur autheur. Car, comme au siècle dernier
« passé l'industrie des pilotes et le courage des mariniers a faict qu'on
« ait traversé les plus grands goulphes de la mer et qu'on ait descouvert
1 Voilà les Astres de Borbon, qui apportent
un nouvel argument d'analogie en faveur de
la thèse de Copernic et de Galilée ! Galilée
n'a donc pas à se plaindre du chanoine qui,
s'il combat son explication des taches, ne le
réfute ou ne croit le réfuter sur ce point secondaire que dans l'intérêt de son idée princi-
pale.
2 Kemarquons que Copernic lui-même, n'admettant pas le mouvement elliptique des
planètes, retenait quelques épicycles pour concilier les phénomènes avec l'hypothèse du
mouvement circulaire.
INTRODUCTION.
« un grand nombre de provinces et de royaumes, et que par ce moyen plu« sieurs milliers d'hommes ayent esté appellés à la cognoissance du vrai culte
« de Dieu, ainsi, au commencement de ce siècle, le télescope... nous a ou« vert les cieux, nous afaict voiries cabinets célestes les plus retirés et les
« plus secrets, a descouvert plusieurs cieux et plusieurs astres quin'avoient
<r esté vus auparavant... le tout afin que la sapience de Dieu se manifestast
« de plus en plus et que d'un ton plus haut nous chantions les divines
« louanges. »
Je n' affaiblirai pas par des commentaires l'impression qu'a dû laisser au
lecteur attentif ce prophétique tableau des révélations futures de l'astronomie, et aussi bien cette haute et religieuse profession de foi scientifique.
Certes, en écrivant ces lignes, le chanoine théologal de Sarlat s'est étrangement affranchi et élevé plus haut qu'il ne le pensait peut-être lui-même: il
a obtenu la récompense de ses longs efforts, le privilège, avant de mourir,
d'avoir un des premiers salué le jour nouveau, et aperçu la terrepromise...
N'y a-t-ilpas, dans deux des passages que j'ai soulignés, comme un pressentiment confus de Newton ? Si, après cette pure vision, qui n'était pas
un rêve celle-là, il a conçu, par hasard, des doutes sur la réalité des astres
chimériques dont il était trop fier, il a dû lui en coûter, je le crois, de
faire ce sacrifice à la vérité. N'importe, il a eu encore le droit de s'endormir en paix dans la sépulture canoniale de l' église Saint-Benoît, comme
un homme qui n'a point perdu le fruit de sa vie':
VIII
Je ne dirai qu'un mot du traité sur le télescope , qui fait suite aux
Astres de Borbon. C'est sans doute dans sa visite à Galilée que Tarde
conçut le projet de consacrer un livre spécial à l'explication du merveilleux instrument qui venait d'ouvrir « la porte des cieux ». Son illustre interlocuteur lui avait appris, en effet, que l'agrandissement des objets par
le télescope n'avait pas encore été bien expliqué, et qu'il n'existait aucun
traité sur cette matière, si ce n'était celui de Képler, mais « si obscur que
l'autheur mesme ne s'est pas entendu ». Le renseignement, paraît-il, était
exact ; et, suivant les historiens des sciences, l'obscurité en cette matière
se serait prolongée fort longtemps. Le mystère inhérent à la théorie de cet
instrument ajoutait à l' émerveillement causé parsespropriétés. «Les explications, dit M. Hœfer que les physiciens du xvn e et du xvm e siècle ont
données de Faction des lentilles dont se composent les lunettes d'approche et les microscopes, sont, pourlaplupart, tellement obscures et embrouil1 Histoire de la physique, p. 180.
xlij
INTRODUCTION.
lées, qu'on peut se demander si les auteurs se sont réellement compris euxmêmes. » C'est un reproche qu'on ne saurait adresser à la série des 55 propositions, fort méthodiquement enchaînées, à la façon des géomètres, par
lesquelles notre auteur prétend rendre compte des propriétés optiques qui
l'avaient tant frappé. U n'en est pas une qui ne soit d'une parfaite clarté.
Reste à savoir si l'idée principale est vraie. Une me le semble pas. Quoiqu'il
en soit, on remarquera la comparaison détaillée et développée entre la constitution anatomique de Tceil et la construction du télescope. Idée très-juste,
par exemple, autant qu'ingénieuse. J'ignore jusqu'à quel point elle était
neuve. Mais l'auteur a bien l'air de s'en faire honneur, car c'est par là qu'il
termine son ouvrage. En tout cas, ce germe n'est pas resté sans développement. Scheiner, dans sa Rosa Ursina, consacre dix grandes pages de son
in-folio (p. 1 07-1 17) à étendre, avec force figures à F appui, la comparaison
dont il s'agit
Je serai plus bref encore sur les Usages du quadrant à esquille aimantée.
Ce livre, imprimé un an seulement après sédition latine du précédent, a eu
trois éditions, la seconde en 1623, ce qui dénote son rapide succès, et la
troisième en 1 638, après la mort de l'auteur. Son mérite est de détailler
clairement et ingénieusement tous les services que la boussole peut rendre,
soit comme montre solaire, soit comme instrument à l'usage du géographe et de l'ingénieur. 11 y a 66 emplois différents énumérés successivement. L'épître dédicatoire, adressée à Mgr de Popian, « évesque, baron et
comte de Cahors », nous apprend que Tarde, sur l'invitation de ce prélat, a
conçu le dessein de composer cet écrit, en dressant la carte du Quercy à
l'aide d'une boussole.
Les écrits mathématiques de Tarde, tous manuscrits, sont à peu près entièrement perdus. Leydet et Galès signalent, dans leurs récépissés, dont j'ai
parlé, « un gros volume in-quarto, relié en veau violet, à la tête duquel
on trouve ces paroles: En ce livre sont contenus plusieurs et divers traités
en mathématiques, lesquels, je, Jean Tarde, chanoine de Sarlat, composois
r
1 TJne lettre trouvée à la Bibl. nat. (Fonds
Pèrigord,xcil, 53) nous montre que le chanoine
Tarde avait demandé à l'un de ses collègues de
Périgueux ce qu'il pensait de son traité sur le
télescope. Celui-ci, nommé Pichard, le communiqua à l'un de ses amis, Claude Aspremont,
professeur au collège de cette ville, lequel,
après avoir lu le manuscrit, lui écrivit le résumé de ses observations de détail ; il ne critiqua
nullement l'idée essentielle, a Monsieur, je
vous renvoyé le docts escrit du Télescope de
M. Tarde et vous rends grâce de ce qu'il vous a
pieu me le faire voir. Je l'ay lu avec plaisir
et y ai trouvé à apprendre, mais, puisque vous
désirez que je vous en dise tout ce que j'en
pense, je vous dirai que je le juge digne d'estre
communiqué au public et espère qu'il sera bien
venu, mais il faudroit qu'auparavant M. Tarde
le revist pour corriger quelques fautes, qui,
sans y penser, se sont glissées en récriture.. . »
Suivent ces errata, dont tout l'intérêt pour
nous est de nous montrer qu'il s'agit bien du
traité du télescope qui constitue la seconde partie des Astres de Borbon, et non d'un traité
distinct qui serait perdu, comme M. DujarricDescombes semble l'avoir cru. La lettre est
datée du Collège ce 22 février 1020. lin la
transmettant à Tarde, le chanoine Pichard lui
dit : « Le soin dont je vousparlois hierm'avoit
fait commettre la lecture de vostre traité à un
mien ami qui ne m'en avoit rendu response
lorsqu'on me pressa de bailler la mienne. Je
n'ay voulu retenir ce tesmoignage de mon
affection à demeurer in ceternmn et vitra,
Monsieur,
« Votre très humble serviteur,
« PlCHABD.
« A Périgueux, ce 23 février. »
INTRODUCTION.
xliij
et écrivois en divers temps et sous diverses occurances... Signé et paraphé parle dit sieur Tarde. A la fin de l'ouvrage se trouve : A Sarlat, l'an
1628.» Ce gros volume a disparu. U existe, ai-je dit, en ma possession ,
un tout petit traité De secretis mensee phythagoricse de 1 5gg, qui, traduit et
très-développé par l'auteur, est devenu, en 161 9, un manuscrit 1 de 64 pages in-4°, sous ce titre: « Les secrets de la table pythagoriqne, traiclé monstrant que, en icelle, est contenue toute la science des nombres tant pour la
théorie que pour lapractique. » On peut croire que toutes les utilités possibles de la table de Pythagore sont ici épuisées, comme plus haut celles de
la boussole. — Le même cahier contient une « Explication des définitions
du cinquiesme et sixiesme livre des Elémens d'Euclide Mégarien par
moy Tarde. — Sarlat, ès moys de juin et de juillet 1 6 1 9 . » Traité de 32 pages. Plus, à la fin du cahier, des « Notions élémentaires de cosmographie
et de géographie » 2 .
Bouffanges écrivait en 1 836 : « Jean Tarde, dont, en 1793, on voyait encore le portrait en pied dans la maison de feu M. Bénié, devait être de taille
moyenne, sec et robuste. Le peintre l'avait représenté en habit canonial,
une plume et un rouleau de papier à la main, une grande barbe, et la tête
chauve. » Ce tableau s'est égaré; mais il me semble qu'à défaut de ses
traits, l'écriture de notre chanoine nous le peint fort bien mentalement.
Qui l'avue une fois la reconnaîtrait entre mille, tant elle tranche par son
caractère net et fort, dense et distinct , calligraphique et bizarre , sur la
monoIonie, sur l'impersonnalité apparente des écritures de son temps, dont
pourtant elle porte si bien la marque. Rien qu'à y jeter un coup d'œil,
sans être « graphologiste » on ne peut s'empêcher de formuler sur l'auteur ce jugement : précision, fermeté , suite, activité d'esprit, mais aptitude à l'analyse et à la déduction plus qu'à la généralisation inductive, vo1 Confié par M. l'abbé Audierne.
2 Leydet (Fonds Pèrigord, t. CVI) nous a
conservé l'indication d'un manuscrit de notre
auteur relatif à la météorologie : « Chronique,
écrite de la main de J. Tarde, qui est un
catalogue des comètes, tremblements de terre,
prodiges au ciel et sur terre, dont parlent les
historiens, vol. in-4°, petit format, de 10
feuilles ou 20 pages. » Je possède : Chronologia
adintelligenduras Scriptural Sacras et prcecipuè
prophetarum, daté de Monpaxerii, anno Christi
1599 (avec les armoiries de l'auteur reproduites
plus haut avec un spécimen de sa signature).
Plus, Chronologia evangelica, Sarlati anno
1599 (avec ses armoiries encore) : le tout de sa
main et déclaré fait par lui. Idem, la Biographie succincte d'un certain nombre d'hommes
illustres. Idem, un petit opuscule peu important sur les maladies de la mémoire et son
hygiène , sujet qu'on s'étonne de voir traité par
notre chanoine, comme un simple chapitre de
physiologie cérébrale, à la façon de nos psychologues contemporains. On y apprend les
drogues qu'il faut prendre et les règles qu'il
faut suivre, dans les circonstances les plus
intimes de la vie individuelle (et conjugale),
pour conserver la lucidité de ses souvenirs. —
II arrivait assez souvent à Tarde, malgré sa
manie d'ordre et de régularité, de glisser des
hors-d'ceuvre dans ses cahiers. Dans l'un d'eux,
j'ai glané un joli sonnet d'Armand de Salignac,
qui est reproduit en entier dans ma monographie sur la Boque de Gajac : cc Que ces lieux sont
duisants à ma triste advanture letc... » Leydet
y a cueilli aussi une litanie d'expressions populaires, d'injures courantes, assez curieuse :
« Badaux de Paris, canautiers de Bourdeaux,
grenouilliers de Libourne, faumonnoyeurs de
Sainte-Foy, gabariers de la Linde, sardinaires
de Berjerac, nitoux de Périgueux, nougaillayres
(énoiseuses) de Sarlat, tricoutayres de Sorgeac,
30ugayres (joueurs, ménétriers) de Saint-Léon,
noblesse d'Auvergne, ladres du Queroy, voleurs
de Monpazier.pissards de Bodez, pauvres deValojoux, riches de Brenac, Brive-la-Gaillarde, Tullela- paillarde.», etc. J'en passe, etdes meilleures 1
On trouvera l'énumération des Cartes de
J. Tarde dans sa biographie par M. DujarricDescombes. La plus finement dessinée est oelle
du diocèse de Cahors,
xliv
INTRODUCTION.
cation scientifique à proprement parler , non philosophique. Tarde nous
présente le type accusé du savant ecclésiastique et encyclopédique de son
époque, du savant, non pas enfoui dans ses in-folios, comme on pourrait
croire, mais déployé par l'observation et les voyages, par le contact direct
des faits et le commerce personnel avec les grands esprits, et en qui se
concilient le respect traditionnel et l'aspiration rénovatrice, rattachement
au dogme orthodoxe et l'enthousiasme pour la science même suspecte
d'hérésie. Tamour des mathématiques et le goût des recherches d'érudition.
Type perdu, qui assurément ne doit plus renaître.
U est mort en 1 636, date plusieurs fois indiquée dans les pièces d'un
procès où elle avait une certaine importance , et que possède M. de
Gérard. Dans son testament où je remarque, entre autres legs de bienfaisance, un legs de 60 livres à une « pauvre fille » de la Roque, il
nomma pour héritière sa sœur Jeanne, qui , après son veuvage, était
venue demeurer avec lui, avec substitution au profit de son neveu et filleul
Jean Tarde. Ce dernier, qui avait 18 ans alors, devenu plus tard curé de
Saint-Arnaud de Belvès
composa l'ouvrage intitulé LeCrayonde l'art et de
la science, etc., qui a été souvent attribué à son oncle et parrain, par une
erreur manifeste. L'auteur des Astres de Borbon, outre qu'il n'a jamais été
curé de Saint-Amand, aune toute autre façon d'écrire et de penser. Le seul
mérite du Crayon de Fart, et il ne suffit pas, est d'être un des plus anciens
essais de vulgarisation scientifique. Mais quelle science! Quand l'auteur
parle d'astronomie, c'est en astrologue, imbu d'idées cabalistiques et anticoperniciennes. II se soucie bien de savoir si la terre tourne autour du
soleil ! U se pose d'autres problèmes, par exemple : « en quel mois le monde
a-t-il commencé? » Les uns tiennent pour mars, les autres pour septembre.
Mais il prouve par une citation hébraïque que ce dernier avis est de beaucoup
le meilleur 2 . — La date du livre, en chiffres arabes, est presque illisible, ou,
pour mieux dire, l'avant-dernier chiffre est illisible tout à fait. J'opterais, après
réflexion, pour 1 656 et non pour 1666. A cette dernière date (voir Moréri),
Alphonse Caraffa, duc de Castelnovo, Napolitain, auquel l'ouvrage est dédié,
était mort, et sa branche venait de s'éteindre avec lui ; il vivait encore en
1 656. Peut-ètre a-t-onle droit de lire 1646, mais c'est la date la plus reculée qu'on puisse choisir. — Ce second Jean Tarde est mort en 1 671. II n'est
pas même permis de voir en lui une pâle copie du premier.
G. TARDE.
1 II devint, en outre, chapelain de la chapellenie Saint-Jean-l'E vangéliste à Saint-Geniès ,
après la résignation de l'abbé de Custojoux,
d après le procès-verbal de sa prise de possession
de cette chapellenie en 1657. 11 était déjà curé
de Saint-Amand et docteur en théologie.
2 II me reste de lui un traité d'alchimie,
manuscrit, où l'auteur développe les procédés
longs, mais infaillibles (sublimation, calcina-
tion, recaloination , etc.), pour transformer en
or, si je l'ai bien compris, les cailloux blancs
des rivières. Ne nous moquons pourtant paB
trop des alchimistes, puisque M. Berthelot, l'éminent chimiste, dans un livre récent et trèscurieux (Ze» Origines de V Alchimie, 1885) vient
de révéler le fond sérieux de leurs efforts et le
côté profond de leurs doctrines.
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TABLE
GHRONOLOGIQVE
DE
L'ÉGLISE DE SARLAT
DIOCÈSE ET PAYS SARLADOIS
Monstrant le nom, ordre et suite des Prélatz qui y ont présidé,
soubz quelle religion et forme d'Essai on y a vescu , qui
et quelz ont esté les Princes et Seigneurs qui y
ont commandé, avec la fondation des villes,
sièges, prinses et reprinses d'icelles et
autres divers accidents que ce
pays a souffertz jusques
à présent.
DE OPERIBVS JOANNIS TARDE
Patria, toile caput, solitis emersa tenebris,
Ecce novurn Tardi lumine luvien habes.
Non contentus enim propriarum lumina laudum,
Paria labore suo, contribuisse tibi,
Detersit falsò maculas in sole rubentes,
Illiusque opéra purior orbis Ut,
Borbonias oculis monstrans obstare planetas,
Inde minus puram sideris esse facem.
Ecce tuum illustrât scriptis ab origine nomen
Gestaque temporibus vix bene nota suis,
Resque situ longaque diu caligine pressas
Et quse longa retrò texerat ante dies.
Nec mirum obscuris lucem illum accendere rébus
Qui fìotuit soli restituisse diem.
EPITAPHIVM EJVSDEM
Illustrata meo cœlumque solumque labore
Dum vixi et mundus quidquid uterque tenet.
Nunc etiam hospitio sibi me partitur utrumque.
Mens repetit cœlos, heic humus ossa tegit.
MOTIF ET SOMMAIRE
DE CE LIVRE
P
ont travaillé en nostre temps a mettre par escript le nom, Vordre ì la suite de tous les prélatz, archevesques etévesques de chasque diocèse de ce royaume, avec
le temps auquel Hz ont vescu, ce qu'ilz ont faict, non seulement
pour conserver la mémoire des personages qui, par leur mérite,
avoint esté appelés à telles dignités, mais aussi et principalement
pour faire voir aux religionaires et innovateurs la succession de
noz pasteurs et monstrer par icelle et par une longue et non interrompue possession qu'ilz sont les vrays et légitimes pasteurs de
l'Esglise chrestienne, car Vantiquité, qui de soy est variable et,
comme disoit un ancien, plus voisine de la divinité, ne marche
jamais sans authorité et créance, et au contraire, la nouveauté
est de soy-meme suspecte et disputable ; la prescription baille
titre et assure la possession , au lieu que la. nouveauté n a
aultre fondement que Vopinion et présomption particulière.
Un si grand nombre de préla tz qui ont vescu et succédé les uns
aux aultres avec une mesme croïance par eux publiée de vive voix
et par escript, sont des titres authentiques pour rendre claire et
hors de doubte le droit de la religion catholique. C'est le principal motif qui me porte à dresser ces manuscrits en ce qui concerne
le diocèse de Sarlat, auquel je doibz ma naissance et éducation, et
LVSIEVRS
ij
MOTIF ET SOMMAIRE DE CE LIVRE.
pour cette raison, je monstre icyetfez voir comme dans une table
le nom, ordre et suitte des prélatz qui ont commandé en l'Esglise
de Sarlat avec titre d'abbés, par l'espace de 500 ans à compter dès
Van 84*1, lorsque ceste esglise fut réformée soubz la règle de SaintBenoît, jusque à 4341 auquel temps elle fut érigée en évesché et de
là jusque à présent avec titre et qualité d'évesques, le nom, surnom et armes desquels je spécifie avec leurs principales actions et
le temps qu'ilz ont gouverné ce diocèse. Et d'autant que, avant ladicte année 4341, le pays Sarladois estoit soubz la direction des
évesques de Périgueux, je les y place chascun en son rang, pour
monstrer tout d'une suitte la succession de ceux qui ont esté les directeurs de la religion en ce pays, mais sans m'y arrester que
pour le nom et temps de leur siège, pour n'entreprendre sur la
mission d'autrui et pour contrepointer la nouveauté avec l'antiquité, les innovateurs avec les anciens possesseurs. Lors que je
seray parvenu au temps auquel noz religionaires ont commencé à
se manifester, j'ay obstenu le nom et surnom des principaux ministres qui, les premiers, ont jetté les fondemens de la, religion prétendue en ce diocèse, avec le lieu et le temps auquel Hz ont commencé. Et d'autant que Vhistoire de la religion est toujours meslée avec quelque considération de l'estât temporel, j'ay cru estre
convenable d'y joindre et entremesler plusieurs choses remarquables, qui se sont passées en ce pays Sarladois, desquels l'histoire
de France ne faict aucune mention et qui méritent néanmoins que
la mémoire en soit conservée à la postérité. Par ce moyen, je
monstre quelle estoit la religion en ce pays avant la venue de
sainct Fron, quelles traverses et altérations a reçu la chrestienne
jusque à présent, quelz affaires ont lieu a démesler noz prélatz,
quel a esté le commencement etprogrès tant de V esglise cathédrale que des collégiales, séculières et régulières, et tire de la
poussière le nom des roys, princes, grandz seigneurs et autres qui
ont fondé, doté en tout ou en partie, ou aultrement ont esté bien-
MOTIF ET SOMMAIRE DE CE LIVRE.
tíj
faiseurs de ces esglises et fay revivre noz anciens prélatz et plusieurs aultres personages qui par leur vertu ont illustré ceste
province, la mémoire et mérite desquelz s'en cdloit perdre dans
un perpétuel oubly. Je raporte aussi les changements d'estât, la
fondation des villes, en quel temps, par qui et d quelle occasion
elles ont esté construites, leurs principaux privilèges, les sièges,
prinses, reprinses et pillages, démolitions et autres ruines et désolations qu elles ont souffert, causées par les Romains, Gotz, Albigeois, Anglois et religionaires de nostre temps.
Ce que je raporte icy n'est que pour le diocèse de Sarlat : que
si, par force, j'en sortz, ce n'est que pour monstrer la dépendance
ou suitte des choses narrées.
Les particularités qui concernent la guerre des Anglais, je les
ay recueillies de Froissard et aultres bons autheurs, meus principalement des mémoires de la maison de ville de Sarlat, où les
caláers des comptes rendus annuellement par les consulz de ce
temps-là subsistent encore, lesquelz, pour donner raison de la despense, raportent les affaires qui se passoint, et quand aux troubles causés par les religionaires et aultres choses passées depuis
4560, je les raporte, pour lapluspart, sur la foy de mes propres
yeux. J'observe toujours l'ordre du temps, métode la plus naturele, comme servant de mémoire artificielle, empeschant la confusion, et procède d'un style simple, le jugeant plus digne de l'histoire que un stile relevé en métapìiores et paroles enflées, plus
convenables à la poésie et aux fables que à une véritable narration, estant le stile simple et naïf le propre et naturel stile de la
vérité.
Ces mémoires seront utiles, car Hz fuiront que nous ne serons
plus estrangers en nostre pays, et si des accidents arrivoint,
pareils à ceux qui sont icy narrés, nous apprendrons, à l'exemple
de nos devanciers, de nous conduire prudemment. Hz seront aussi
délectables, car puisque Dieu nous faict naistre avec un désir de
iiij
MOTIF ET SOMMAIRE DE CE LIVRE.
scavoir, ne pou vant avoir la cognoissance de ce qui doibt arriver
après nous, c'est beaucoup de plaisir de scavoir ce qui s'est passé
avant nous. Mais il faut advouer que ce travail est arrivé tard
et est à regretter que quelqun n'ayt heu ceste miene affection,
avant la venue et remuements de noz religionaires et avant que
les archives des esglises cathédrales et aultres eussent esté par
eux pillées et les titres brullés. Avant ce malheur, on heust pu
moissonner àpleine main et en recueillir des mémoires bien amples
avec peu de peine, au lieu que j'ay esté constraint de glaner avec
beaucoup de temps et de peine en plusieurs champs extrêmement
stériles pour y recueillir ces débris et empescher que le temps
n achevast d'y destruire les mémoires.
TABLE CHRONOLOGIQVE
DE L'ÉGLISE DE SARLAT
DIOCÈSE ET PAYS SARLADOIS
l'histoire de ce pays de Périgord comme
partie de la Guiene et la Guiene partie de la France,
je trouve ici, tant que on peut recueillir des escrits
des anciens, que nos devanciers y ont changé six fois d'estat
et de gouvernement jusques à présent. Le premier "doibt estre
compté avant la venue et conqueste de César ; le second soubz
la domination de l'empire romain j le troisiesme soubz la tyì-annie des Visigoths; le quatriesme sous l'obéyssance des
François qui nous commanderont,un temps en qualité de roys
et puys en qualité de ducs; le cinquiesme sous la subjection des
Anglois en titre de ducs, et le sixiesme soubz la royauté françoise. Ces mémoyres sont divisés selon ces six estats qui réduisent ce livre comme en six tables où sont représentées les choses
les plus remarcables qui sont venues à mes cognoissances et
qui méritent d'estre sceues, principalement par ceux qui habitent ce pays Sarladois, pour n 'estre estimés d'estrangers dans
leur patrie.
C
ONSIDÉRAIT
DV PREMIER ESTAT DV PÉRIGORD
T ovs P renons ce premier Estât en la forme qu'il estoit lors
\
que César vint faire la guerre des Gaules, sans entre-1- ^1 prendre d'aller plus avant, attendu que nous ne trouverions que ténèbres ou fables forgées à plaisir. Et, pour ceste
raison, nous prendrons, pour première date de cette table chronologique, l'an 694 de la fondation de Rome, qui revient à
56 ans avant la naissance de Jésus-Christ, auquel temps César
passa les Alpes pour venir attaquer ce pays. Alors ' chasque
province de la France avoit son estât particulier, composé de
deux ordres. |Les druides tenoiutle premier rang et les chevaliers le segond. Les_. druides avoint la charge de la religion et
de la justice, et les chevaliers s'employoient au faictdes armes,
pour la défense et conservation del'estat. Et, quand au peuple,
il pratiquoit les artz et la culture de la terre, sans avoir aucune
authorité en laArépublique, estant plus esclaves que libres. Entre ces estats il y avoit des principautés souveraines, telles que
sont aujourd'hui les ducz, comtes, marquis et autres qui commandoient comme seigneurs, mais la plus grande partie vivoit
soubz la liberté d'une république françoise, en forme d'aristocratie, conduite parles magistratz que eux mesmes élisointannuelement, les prenant de l'ordre des druides et choisissoient
les plus capables et les mieux entendus en la science politique.
1 De BelloGalUco,xi, i3.
TABLE CHRONOLOGIQVE DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
3
Toute la Gaule consistoit en telles et semblables républiques,
lesquelles, par leur mutuel accord et union faisoient que toute
la Gaule estoit une grande république, laquelle pai'oissoit principalement aux assemblées générales qu'ils faisoint tous les ans
en certaine saison de l 'année en un lieu sainct, clioisi ès confins de Chartres, qu'ilz estimoint estre comme le centre de toute
la Gaule
lesquelles assemblées estoint comme les Estatz
Généraux ou Grandz Jours de toute la nation.
Là ilz traitaient les affaires de l'estat commun et puys prononçoient aux plaintes des particuliers, provinces et à toutes choses
nécessaires pour la conservation de leurs estats et libertés.
Nous n'avons point de mémoires particuliers de ce pays, les
escritz des anciens ne nous en fornissent point; il se faut contenter de voir dans la généralité de l'estat de mesmes provinces, lequel je suppose avoit esté en forme d'aristocratie libre
et non asservi à quelque souverain, et fonde ceste opinion sur
ce que César n'en parle que comme en passant et areste tout son
discours sur les provinces qui avoint Tambition de dominer
sur les autres, laquelle ambition venoit des princes et grands
seigneurs qui vouloint conserver leur authorité et usurper
celle des autres.
Tous les Gaulois se croyoient et maintenoient estre descenì
dus du père Des ) dieu des richesses et des enfers, lieux bas et
pleins de ténèbres, pour ce que les richesses sont tirées des entrailles de la terre. A ceste occasion, ils comptoint et mesuroint
tous les espaces de temps par les nuitz et non par les jours,
d'où semble estre dérivé nostre façon de parler, quand nous
disons « à nuit » au lieu de dire « aujourd'hui». Quand à leurs
vie et coustumes, les plus remarcables sont celles cy: en tous
affaires tant particuliers que généraux, ils usoient des lettres
1 DeBello Gallico, vi, 1 3 .
2 De B. G. VI, 16.
I
4
TABLE CHRONOLOGIQUE
grecques, ce qui doibt estre entendu des caractères et non de la
langue. II n'esloit permis de parler ou deviser des choses qui
concernoint la république, sinon au conseil.
Les homes, retenant la dot de leurs femmes, mestoient pareille somme et la faisoint valoir conjointement, et le revenu
en estoit mis à part J .
Les maris avoient puissance absolue de vie et de mort sur
leurs femmes et^enfants.
Ils dédioint au dieu Mars tout le butin et toutes les dépouilles des enemis et en dressoint de grandz monceaux,àquoi
2
il n'estoitpas licite de mettre la main .
Et quand à la', sépulture 3 , ils brusloint le corps des défunctz à la façon des Grecs et jettoint dans le bûcher les choses
que le défunt avoit le plus chers et agréables, jusques aux
bestes, voire mesme leurs serviteurs et vassaux qui avoint esté
choisis à cela par les maîtres.
Ils croyoint si parfaictement à ^immortalité de l'âme et à la
métempsicose pytagorique '', qu'ilz prestoint librement de
l'argentà condition de le rendre à l'autre monde. Mais entre
toutes leurs costumes, ils en avoient une horrible et cruelle
c'est que se trouvant en quelque péril imminent de leur vie,
soit maladie ou combat, ils faisoint veu d'immoler des homes,
lesquelz après ils sacriíìoint par le ministère des druides, fondés sur l'opinion que, si la vie des homes n'est pas compensée
par celles dez autres, les dieux ne peuvent être désormais satisfaitz 5 .
Les druides 8 [avoint toute authorité et maniement de la
chose publique. Ils estoint honorés d'un tel respect que si deux
armées estoint prestes à se choquer, ils avoint le crédit de les
1 De Bello Gallico, vi, 17.
2 De B. G., vi, i5.
3 De B. G., vi, 17.
4
De B. G., vi, i3, in fine.
5 De B. G., vi, i5.
G
De B. G., vi, i3.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
b
arrester tout corne, en se mestant entre deux. Ils estoint prestres, poètes et philosophes. Comme prestres, ils avoint charge
des sacrifices tant particuliers que publiez, avecauthorité souveraine sur tout ce qui dépendoit de la religion et culte de leurs
dieux. Comme poètes 1 et philosophes, ils rédigeoint en vers les
loix de l'estat, religion et police, avec la science philosophique,
mathématique et politique, ensemble les faicts héroïques de
leurs antécesseurs et les bailloint à la jeunesse à là façon
des pytagoriciens et de Socrate, sans rien mètre par escript,
ce qu'ilz observoient comme loy inviolable, pour plus obliger
la mémoyre de leurs disciples et pour ne profaner leurs
sciences en les communiquant au vulgaire qui a coustume
de mépriser ce qui lui est familier. Ceste loy n'estoit pas
mauvoise pour eux, mais elle a grandement préjudicié aux
successeurs et à l'honneur et gloire de la nation. Elle est cause
que nous ne nous prévalons en rien de la doctrine de noz
ancestres et ne scavons quelle a esté leur valeur et faicts
héroïques ; si les estrangers ne nous eussent laissé par escript
que les Gaulois avoint ci-devant conquesté une grande partie
de la Grèce, conduit des colonies au delà des Alpes et des Pyrénées et obtenu de grandes victoires sur les Germains, An4 Tarde veut parler ici de ces druides, connus dans les régions de l'Ouest
(Irlande, Angleterre, Ecosse, Bretagne)
sous le nom de bardes, mentionnés par
plusieurs auteurs anciens : Pomponius
Mêla, Sextus Pompeius, Festus, Diodore
de Sicile, Héraclée, Lucain, Possidonius,
etc., quelques-uns antérieurs mème à
Jules César. Celui-ci, bien qu'il parle
incidemment de leurs fonctions , ne
leur donne jamais le nom de bardes.
Ces poètes, refoulés en Angleterre par
les Romains qui redoutaient l'influence
de leurs chants passionnés sur les populations vaincues, reviennent prendre
pied en Bretagne, lors de l'abandon du
pays par les armées romaines en 4 1 1 , et
se convertissent au christianisme au vie
siècle.
Tarde n'a pas donné à ces druidespoëtes le nom qui leur était plus particulièrement affecté, soit parce que ce
nom n'a laissé aucun souvenir dans nos
contrées méridionales, soit plutôt parce
que César, qu'il suit pas à pas, dans cette
partie de son œuvre, ne le donne luimême jamais.
Dans les temps modernes, de précieux
travaux sur la poésie bardique ont vu le
jour en Irlande, Angleterre, Allemagne
et France. (Les Bardes Bretons. Poésies
du vi° siècle, par le vicomte H. de la Villemarqué , membre de rinstitict., 1860,
in-8°.)
2
6
TABLE CIIRONOLOGIQVE
glois et Romains, nous ne saurions rien du tout ni pareillement de leurs lois et coustumes.
1
Les druides avoint aussi le maniement de la justice , cognoisoint de tous différents publiez et particuliers, civils et criminels, punissoint les crimes et ordonnoint des récompenses. Les
2
réfractaires estoint punis par excommunication , peine qu'ilz
estimoint la plus vive de toutes. Ils estoint exemps d'aler à la
guerre 3 et ne payoint aucunes tailles ni subsides. Ils avoint entre eux un président qui commandoitavec authorité souveraine,
lequel estant décédé, celui qui en mérite excelloit les autres
lui succédoit par élection. Ils avoint en grande vénération l'arbre que les Grecs appelointcc tyûç, fyûoç » et les Latins « robur »
qui est une espèce de chesne, lequel à cause de la force et dureté de son bois a toujours esté pris pour hiérogliphique de la
vaste fortitude et constance, et à raison de sa longue vie, a
servi de marque pour désigner la fermeté et la longue durée
des empires ; sans cet arbre ils ne faisoint aucun acte de religion , et c'est ce qui faict croire que le nom « druides » a été
pris de cet arbre. Pour la vénération de leurs dieux ils choisissoint, certains jours de l'an, le sommet des montagnes couvertes de ce boys et bien touffues et là ilz dressoint lenrs autelz
et faisoint leurs sacrifices. Ils croyoint que tout ce qui naist en
cet arbre estoit envoyé directement du ciel, et principalement
le guy qui y provient, lequel naist rarement en telz arbres,
mais quand ils en y trouvoint, ils le cueilloint fort religieusement, car l'ayant vu et remarqué, ilz attendoint le sixiesme de
la lune qui leur estoit toujours le commencement du moys,et
à tel jour, après avoir amené deux taureaux blancz et non encore
domptés au dessoubz de l'arbre et avoir à mesme appresté toutes choses nécessairesau sacrifice et festin, le prestre, vestu de
3 De Bello Gallico, vi, 1 3 .
1 De Bello Gallico, vi, 1 3 .
* De B. G., vi, i3.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
7
blanc, montoit sur cet arbre, coupoit le guy avec une faucille
d'or, lequel en tombant à terre estoit recueilli sur un manteau
blanc par ceux qui estoint au dessoubz. Après cela les sacrifices
estoint faictz èsquels on prioit les dieux rendre ce don prospère
et heureux à ceux qui en usoint. Ils croyoint que cet arbuste
apportoit de la fécondité à tout animal stérile et estre un antidote contre tout venin et un remède universel contre toutes
maladies \
J'ay rapporté toutes ces particularités des druides à cause de
l 'opinion et violente présomption que nous avons que, en ce
temps-là, il y avoit à Sarlat un temple d'Apollon ou uneescole
en laquelle les druides faisoint leurs sacrifices et enseignoint
la jeunesse, laquelle opinion est fondée sur les raisons que
nous allons déduire.
1° Premièrement Sarlat estoit en nature, ainsi que montre
l'Empereur Anthonin en son «Itinéraire », lorsque parlant des
lieux du Haut-Périgord, nomme « C'ondatum » et « Sarrum. »
II est certain que « Condatum » subsiste et « Sarrum » ne peut
estre expliqué que de Sarlat, le nom ayant esté corrompu par
l'addition d'une sillabe 2 .
2° Le nom de druide semble avoir esté tellement enraciné
à Sarlat et par tout le pays Sarladois que nous appelons encore
« droul » ceste espèce de chesne dont les druides se servoint.
3° A une petite lieue de Sarlat est une montaigne, la plus
haute de tout le pays, couverte de tels arbres, qui porte encore
le nom de « Drouille » 3 , tellement que commè Dreux, au pays
1 Cette dissertation de Tarde (pp. 3-7)
sur la religion, les mœurs et le gouvernement des Gaulois, est la traduction
presque littérale du texte de César. (De
Bello Gallico, livre vi, chap. 1 3 , 14, 1 5 ,
16, 17, 18, 19, 20, 21.)
2 L'identification de « Condate » et
de « Sarrum » avec Condat-sur-Yézère
et Sarlat est inadmissible et n'a jamais
été soutenue
On place généralement le « Condate »
de la voie romaine de Saintes à Périgueux, à Cognac (Charente), et le « Sarrum » de la même voie, à Chermont
(Charente).
3 Forêt de Drouille. communes do
8
TABLE CHRONOLOGIQVE
Chartrain, a retenu le nom des druides, à cause des fréquentes
assemblées qu'ils y faisoint, ainsi à Sarlat le nom de druide
est demeuré aux arbres et à la montaigne.
4° Les reliques du temple et de l'escole subsistent encoi'e,
car à l'entrée de l'église cathédrale et sur la corniche de la
principale porte, restent encore cinq statues de relief, de pierre
commune, et plus bas cinq autres de mesme estofe, toutes qui
ressentent grandement Fantiquité : les cinq qui sont sur la
corniche représentent les dieux qui estointen plus grand honneur et révérence entre les druides.
La première est une Minerve de gz'andeur excédant le naturel, armée d'un morion, tenant de la main gauche un peloton
et de la droite un fuseau, chargée de passement, pour monstrer
qu'elle est l'inventrice des sciences et de la manufacture \
La seconde représente un pauvre pèlerin malade appuyé sur
un baston et portant sur ses épaules en forme de paquet une
courge à metfre du vin, venu à ce temple ou à ceste escole
pour trouver du remède à son infirmité, lequel semble parler
et consulter son mal à la troisième statue qui est vestue d'une
robe couverte avec une forme de chaperon sur l'espaule, portant une boite à sa main gauche j c'est sans doubte un druide
professant la médecine qui ordonne à ce malade, ou bien c'est
Esculape, premier et principal inventeur de la médecine, ou
Hypocrate, auquel les Grecz dressèrent des statues et rendirent
mesmes honneurs que à Hercules pour avoir faict revivre la
médecine qui, depuis la mort d'Esculape et par l'espace de cinq
cens ans, avoit demeuré ensevelie. La quatriesme est Prométhée et la cinquiesrne Atlas, deux roys grands astrologues,
Dome et Groslejac. Ge nom n'est plus
officiellement employé; on dit simplement « la Forêt ».
Les noms de « Drouille » et autres
approchants sont nombreux en Périgord.
(DeGourgue,Dict.topogr. dela Dordogne.)
1
De Bello Gallico, vi, i5.
DE L 'ÉGLISE DE SARLAT.
9
chascun desquels est vestu d'un sayon jusques au jarret, une
ceinture et un baudrier avec une espe'e large et courte.
Prométhée a l'aigle sur sa poitrine qui lui béquète le cœur,
porte de sa main droite certain instrument que je suppose
estre la faulx et de la gauche un petit panier. Atlas est plus
grand et soustient de sa main droite une grande boule au dessus de sa tête pour représenter le ciel et la sphère par lui
inventée. Ces cinq statues mises en ceste haute estage estoint
peinctes comme il paroit encores et sont les marques hiérogliphiques des sciences desquelles les druides faisoint estât. Pline, lib. u. c. 8.
Minerve les représente en général, le médecin avec le malade
lib.vii.c.
monstrant la phisique et les deux derniers la science des astres
comme en estant les premiers et principaux inventeurs.
Les druides professoint toutes sciences, mais principalement
la médecine et l'astrologie. Pline (Lib. xxiv, cap. 40 , et
Lib. xxix), dict qu'ils avoint la cognoissance des plantes et se
mesloient de la médecine et (Lib. xxx, cap. i) lesapele « genus
vatum et medicorum ». César, au livre vi de la « Guei're des
Gaules », monstre en quelle estime ils avoint l'astrologie et géographie par ces paroles : « Multa de siderïbus atque eorum
motu disputant 1 ». II rapporte aussi que les] Gaulois avoint
mesme opinion des dieux que les Grecz, et que sur tout ils
adoroint Mercure, Appolou, Mars 2 , Jupiter et Minerve 5 qu'ilz
croyoint que Apollon guérissoit les malades et JMinerve enseignoit les sciences avec les ouvrages et manufactures.
Et quand à celles de la basse estage, trois d'icelles, selon mon
advis, représentent les exercisses corporels et nous font voir
que auprès de ce temple ou de ce « gymnasium » il y avoit, à
la façon des Grecz, un lieu propre pour exercer le corps, ce
qu'on pratiquoit à plusieurs fins, mais principalement pour
1 De Bello Gallico, vi, 1 3 , in fine.
a De B. G., vi, 14.
iO
TABLE CHRONOLOGIQVE
conserver la santé et peut-estre il y avoit un bain, pour la
même raison, le lieu ayant esté choisi propre à tout cela, à
cause des fontaines et vives sources qui sont dans ce valon.
Les deux premiers représentoint deux athlètes nudz au dessus
du nombril qui semblent se oindre ou se frotter, ce qui n'est
pas hors de raison, car parmi ces exercisses pratiqués pour la
santé, il en y avoit qui ne faisoint autre chose que se frotter,
comme rapporte Suétone de Vespazien, chap. 20, ou bien pour
ce qu'ilz semblent estre masle et femelle, ils se lavent dans un
bain, suivant ce que raporte César parlant de la modestie et
pudique conversation des masles avec les femelles jusque à
l'aage de 20 ans
lesquels bains, selon la coustume des
Grecs, estoient tousjours près du lieu des exercisses.
La troisième représentoit un sauteur qui faict le saut appelé
par les Grecs « ^y§icr/ip.a », en latin « cubistica saltatio » et en
françois « le saut périlleux », auquel les pieds font un touret
cercle entier, la teste demeurant au centre. Les autres deux sont
masle et femelle qui se caressent et accolent. II y a de l'apparence que c'est Mars et Vénus, ou bien Mercure et Minerve,
lesquels unis ensemble sont l'image appelé « Hermatene »,
laquelle les Grecs avoint accoustumé de mètre dans les écoles
et lieux d'exercisse, laquelle coustume fut apportée de la Grèce
en Gaule ou des Gaules en Grèce et puys en Italie, où elle estoit
pratiquée du temps de Cicéron, comme appert en l'épistre 2 du
premier livre « Ad Atticum » par ces paroles: « Quod ad me
« de Hermatena scribis per mihi gratwn est^ oriiamentum acade« miœ proprium mese et Hermès commune omnium et Minerva
ce
singulare est insigne ejus gymnasii » .
II ne faut pas doubter que ces statues n'ayent esté fabriquées
1 Ce que Jules César dit de la pureté
des mœurs de la jeunesse s'applique aux
Germains et nullement aux Gaulois aux-
quels il les oppose. (De Bello Gallico, vi,
19, in fine.)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
H
pendant ce premier estât. Ce sont statues grecques Les druides
avoint mesme opinion des dieux et de l'invention des sciences
que les Grecs, au rapport de César 2 , et est chose problématique si les Gaulois avoint appris les sciences des Grecs ou les
Grecs des Gaulois. Si ce avoit esté un temple ou lieu d'exercice
basti du temps que les Romains commandoient en ce pays, les
statues seroint de marbre, ne seroint pas si rudes, la manière
ne seroit pas si obscure et y resteroit quelque inscription ou
autre marque romaine. De lesraporter au temps des Visigolhz,
qui est le troisiesme estât de ce pays, il ne se doibt, pour ce
qu'ils estoient chrestiens quoy que non orthodoxes, même après
eux à cause que ceste province a tousjours vescu en la religion
chrestienne depuis que les Gotz en furent chassés.
Tout ce dessus bien considéré faict que nous disons avec
assurance que, en ce premier estât du Périgord, il y avoit à
Sarlat un temple d'Apollon, dieu de la magie et divination,
autheur de la poésie et musique et présidant à la médecine,
facultés et fonctions pratiquées par les druides, ou pour le moins
une escole appelée par les Grecs « gymnasium », en laquelle
les druides faisoint résidence actuelle, enseignoint la jeunesse
etpratiquoint la médecine, lesquels ayant esté chasses (comme
il sera dict en son lieu), et la religion chrestienne y ayant esté
1 De Bello Gallico, vi, 1 5.
2 L'opinion de Tarde sur l'origine des
statues qui ornaient l'ancienne cathédrale, et dont quelques-unes sont encore
sur la grande porte de l'église actuelle,
ne repose sur aucun fondement. Bien
qu'on ne puisse affirmer avec certitude
l'âge de ces statues grossières et frustes,
il est plus raisonnable de les attribuer à
l'époque romane.
L'annotateur prend occasion de cette
observation pour déclarer qu'il n'entend
nullement s'arrêter à examiner les doctrines et systèmes du chroniqueur, sur
l'histoire de notre province, pendant les
premiers âges. Cette recherche l'entraî-
nerait trop loin et offrirait d'ailleurs un
faible intérêt pour Sarlat et le Sarladais. Laissant donc au chroniqueur la
responsabilité de ses théories générales,
toutes les fois qu'elles ne touchent pas
à l'histoire de Sarlat, il ne les corrigera
que dans le cas inverse, au moyen de
textes et de documents positifs. Le lecteur
fera lui-même la part de Terreur et de la
vérité, dans les dissertations qui forment la première partie de l'œuvre de
Tarde; il se gardera toutefois d'être trop
sévère , et tiendra compte, pour être
juste, de l'état de la science critique et
historique aux premières années du
xvn e siècle.
12
TABLE CHRONOLOGIQVE
authorisée, ce lieu fut donné à quelques religieux et converti
en un monastère, et lors que, par les bienfaictz de Pépin et
de Charlemagne et autres princes et seigneurs chrestiens,
l'esglize et monastère furent bastis et réduitz en la forme des
chrestiens, ces statues furent resmuées et mises où elles sont,
comme un lieu emprumpté, pour marque de l'antiquité et
trophée de la victoire obtenue par la religion chrestienne sur
l'idolàtrie et superstition payene.
Quelques-uns pensent que les villes qui portent le nom des
provinces n'estoint pas basties au temps de César, pour ce que,
en ses Commentaires, il nomme tousjours les peuples et non
les villes, mais il y a de l'aparence qu'elles esloint basties closes
et fortifiées à la façon de ce temps là, mais César nomme les
peuples pour, en un seul mot, comprendre toute la province,
laquelle ne faisoit que une ville, à cause que ceux qui avoint
leurs demeures aux champs avoint droit de bourgeoisie en
la ville et jouyssoient de mesme privilège que les habitants,
comme les colonies et municipes entre les Romains.
11 reste dans le Périgord et dans le pays Sarladois, plus que
en autre lieu de la France 1 , une antiquité grandement méprisée
et cogneue de peu de profanes, laquelle je ne puys passer soubz
silence. C'est que, voyageant par ce pays, on truve sur les
grandz chemins quelques pierres informes longues cinq ou six
coudées, larges un tiers moins que, espesses environ une
coudée, levées sur trois autres pierres en telle sorte que le bout
1 Le département de la Dordogne, qui
embrasse à peu près l'ancienne province
du Périgord, n'est, en réalité, actuellement du moins, que le septième, selon
Tordre de Timportance numérique des
dolmens observés à la date de 1876.
Passent avant, le Morbihan, le Finistère,
le Lot, chacun avec 5oo dolmens;
TAveyron avec 245 ; l'Aude avec 226 ;
la Lozère avec 1 5 5 . La Dordogne n'en
contiendrait que 1 00. (Listes de la com-
mission de la topographie de la Gaule, 1876
citées par M. Alexandre Bertrand, 1876,
p. 1 3 5 .) II est certain,, d'ailleurs, qu'au
temps de Tarde, ce chiffre devait être
beaucoup -plus élevé, si Ton en juge par
les nombreux lieux-dits qui ont conservé
les noms de « Pègre Levado, Pègre Fiche,
Pègre Pincado, Pègre Plantado », ou
autres analogues, souvenirs de monuments mégalithiques aujourd'hui disparus.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
13
qui est vers l'orient est plus eslevé que celuy du couchant.
Ceux qui se plaisent à la recherche des antiquités demandent
à quelle occasion ces pierres ont esté là conduites et eslevées.
Quelques-uns ont pensé que c'estoint des bornes pour monstrer les divisions des terres et juridictions, mais il appert qu'elles
sont placées seulement sur les grands chemins en lieu stérile
et relevé. Les autres ont opiné que c'estoint des autels dressés
par les anciens Gaulois sur les lieux hautz pour y faire des
sacrifices certains jours de l'année, sur la closteure de la nuit,
mais il n'est pas vraysemblable que les autels eussent esté faicts
d'une façon si rude, joint que le feu auroit brizé ces pierres et
y auroit laissé quelques traces sensibles de bruslures. De nostre temps plusieurs ont faict creuzerau dessoubz de ces pierres
et y ont truvé des os du corps humain, mais qui surpassoit de
beaucoup la grandeur ordinaire des homes de présent. Ces
ossements ont vuidé la question et vérifié que ce sont des
sépulchres, mais il reste à sçavoir quand et par qui ces sépulchres ont esté érigés.
Plusieurs disent que un ouvrage si grossier ne peut partir
d'ailleurs que de la main des Visigotz, lesquels passant par
l'Italie pouvoint avoir apris des Romains à faire leur sépulchres
sur les grandz chemins, mais il est cogneu que les Gotz ensevelissent les corps dans des pierres taillées et creusées en telle
sorte que la place de la teste estoit ronde, celle des espaules
large et celle des pieds estroite. Quand à moy, je les estime plus
anciens et pense que ce sont les sépulchres des grandz seigneurs
de ce pays qui vivoint avant ce premier estât et lors des grandes
conquestes, lesquels vouloint estre ensevelis sur les grandz
chemins, afin que les passans célébi^assent la mémoire de leur
vertu militaire, et est croyable que auprès de ces sépulchres
il y avoit des autelz et des petitz bois où se faisoient les sacrifices sur le soir. Ces pierres ont le bout qui regarde le levant
3
14
TABLE CHBONOLOGIQVE
plus haut que l'autre, en considération de quelque honneur
rendu au soleil, ou bien pour mieux conserver la sépulture
pour ce que, en ce pays, Forage vient du costé d'occident. La
place estoit choisie en lieu stérile, afin que la culture de la
terre ne fust cause de troubler le repos de ceux qui là estoint
inhumés, ou bien ces anciens Gaulois faisant leurs conquestes
en Italie et afin s'estoient instruitz aux lois de Platon, lequel
en ce dialogue des lois prohibe de faire les cimetières ès lieux
fertilz : « Nullum in loco fœcundo aut agro ad culturam apto
« sepulchrum fiat : sed is locus corpora defunctorum recipiat
<c qui, ad ccetera inutilis et ad id tantum commodus^ viventes
« minime lœdit, nec enim. à vivis, neque à mortuis terrœ matris
« fœcunditas impedienda est ». Quand à la pierre, elle estoit
prise d'excessive grandeur, informe et inutile, afin que personne
ne l'enlevât pour s'en servir à d'autres usages, et c'est ce qui
les a si longuement conservées, car la pierre ni la place qu'elle
occupe ne valent pas ce qu'il cousteroit de les briser et oster.
La fin de ce premier estât doibt estre prinse aux dernières
guerres et conquestes que César fit ès Gaules, les derniers
effortz duquel furent au siège d'Excellodunum place bien
près du Périgord, notable pour la résistance qu'elle fit et en ce
que, par la prinse d'i celle, le premier estât de ce pays rendit
le dernier souspir, et c'est ce qui faict que les amateurs de
l'antiquité recherchant quel est à présent ce lieu, ceux qui ont
traduit ou commenté César varient et n'en sont pas d'accord,
mais puysque Poccasion se présente icy, je résoudrai ceste
difficulté. L'an 1606 j'euz commission expresse de passer par le
diocèse de Caors pour en dresser la carte géographique et me
servant de l'occasion, j'euz un soin particulier d'observer quel
lieu pouvoit le mieux convenir à la description que César en
i Uxellodunum. — Puy d'Issolud, commuue et canton de Veyrac, arrondisse -
ment de Gourdon (Lot),
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
15
donne et par ce moyen estre hors ce douhte et irrésolutions
pour Fadvenir. Après avoir veu tout le Quercy et prins garde
aux lieux qui sont sur les rivières, je truvai qu'il n'y a aucun
lieu auquel toutes les circonstances que César a laissé par
escript concernant tant l'assiete de la ville que les particularités du siège conviennent sinon à Cadenac, qui est à présent
une petite ville à Pextrémité du Quercy, bastie sur une montagne, environnée du fleuve du Lot et de rochers, coupée d'un
costé d'icelle aplomb et de l'austre part talussée si droit qu'elle
n'est accessible que du costé du Nord, qui n'est pas la sixiesme
partie de l'enceinte. La rivière du Lot qui, en cet endroit,
sépare le Quercy d'avec le Rouergue, luy faict presque le tour
entier, la rendant comme une presqu'ile, ainsi que monstre le
plan * d'icelle cy-apposé. Elle est à présent raccourcie, mais
les vestiges des ancienes murailles paroissent autour et monstrent son anciene estendue. Estant sur les lieux, en faisant ces
observations, le gouverneur, consulz et habitans me firent voir
leurs privilèges en bonne forme, donnés à Vincenes par Philippe-le-Long, roy de France, et datés du mois d'apvril 1320,
dans lesquels sont ces motz : « nostre ville de Cadenac, anciennement appelée Uxellodunum ». II est vraisemblable que le
changement du nom Uxellodunum en Cadenac arrive tót après
ce siège, pour marquer la cruauté de César, en ce qu'il avoit
faict couper le bout des doigtz et du nez aux habitants, si bien
que, en toutes les provinces voisines, pour désigner les habitans d'Uxellodunum, on les appeloit « capita digitorum nasique ccesa », et avec le temps, abrégeant, on prit les premières
sillabes des trois premières dictions et la première lettre de la
quatriesme, pour faire « Ca-di-na-c ». Au reste, l'assiette du lieu
faict voir à l'ceil la vanité de César (commune à tous les grandz
1 II n'y a aucune trace de plan, dans
le manuscrit original de Tarde, ni dans
les copies anciennes conservées à la Bibliothèque nationale.
16
TABLE CHRONOLOGIQVE DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
capitaines) qui se donne tant de gloire d'avoir enfermé les
assiégés d'une palissade et d'avoir coupé les veines de la fontaine, car l'un et l'autre estoit fort facile et de peu de coust,
comme aussi d'avoir empêché par ses tireurs de fronde et de
trait que les assiégés ne descendissent puiser de Peau à la
rivière. Mais, à travers ses discours, on voit la valeur et courage des assiégés qui, en une saillie, gaignèrent sa tranchée,
hruslèrent la tour de bois par luy dressée près la fontaine et le
contraignirent de se retirer dans ses.fortz, tellement que sans
la disette des vivres, quoy qu'ilz n'eussent aucune espérance de
secours, à cause des divisions qui estointdans le pays, ilz l'eussent arresté pour un long temps.
DV SECOND ESTAT DV PÉRIGORD
la domination et gouvernement
de TEmpire Romain, et son commencement doibt estre
pris environ 47 ans avant la naissance de Jésus-Christ,
auquel temps la Gaule obéyt aux aigles romaines et recognoit
le Capitole pour souverain.
C
E second estât est soubz
En ce second estât, ce pays n'avoit austres magistrats, pour le
faict des armes et administration de la justice, que ceux que le
Sénat romain leur envoyoit, lesquelz abolirent les loix et costumes ancienes pour y establir les romaines, suitte ordinaire
d'une nouvelle domination. Le peuple gaulois fut obligé d'aprendre la langue latine pour parler à ces magistrats, playder
devant eux et entendre leurs lois, éditz et ordonnances. Les
druides furent interditz par l'empereur Auguste et Tibère et
activement chassés des Gaules par Cìaudius, tant à cause des
sacrifices exécrables du sang humain qu'ilz practiquoint, que
autres superstitions contraires aux loix ì-omaines, que pour avoir
esté autheurs de plusieurs séditions, conj urations et troubles,
ainsi qu'il est raporté par Suétone en la vie de Claudius, (chap.
25), par Pline, (liv. 3 ; chap. 1 er ). Après ce banissemènt, ils.se retrouvèrent dans la forêt Hercinie où, après que la foy chrestienne
fut receue, ils deviendront religieux grandement dévotz et austères et y dresseront de beaux et grandz monastères. Les druides estant chassés de ce pays, les Romains mirent à leur place
desprestres selon leur religion, y bastirent des temples à leur
mode, édifièrent des amphitéatres, où ils pratiquèrent lem-s
18
TABLE CíIRONOLOGIQVE
jeux et espectacles et introduisirent toutes leurs idolâtries et
superstitions, telles que nous lisons encore dans leurs livres.
Les premières années de cet estât sont pleines de tumulte, à
cause des guerres civiles qui arrivent après le retour et mort
de César. Plusieurs villes de la Gaule, se prévalant de ces divisions, chassent les garnisons romaines et se remettent en leur
première liberté, mais Auguste, six ou sept ans après la mort
de César, y envoya Marcus Agrippa avec une armée qui, en peu
de temps, remit les provinces soubz l'obéyssance de l'empire,
après laquelle expédition et pour le bon succès d'icelle, Auguste
le faict désigner consul, et afin que cela soit cogneu par tout
l'empire, faict battre une monoye d'argent, portant la face d'Auguste avec cette inscription : IMP . CAESAR . mvi . IVLI . F . « l'empereur César, fìls du divin Jules », et au revers : AGRIPA . cos .
DES ., « Agripa désigné consul ».
J^'an 42 de l'empire d'Auguste, Jésus-Christ Sauveur du
monde naist en Bethléem de Judée, un jour de dimanche 25
décembre, icelluy Auguste estant consul pour la 13 e soys avec
PlautiusSilvanus, et, sous Tibère, assemble ses disciples, faict
ses prédications et miracles, offre sa vie en sacrifice propitiatoire sur la croix, est enseveli, résuscite et monte au Ciel, d'où
il envoyé son Saint-Esprit aux Apostres, lesquelz se dispersent
et vont jetter par l'univers les premiers fondements de la
religion chrestiene, ce que ils font, tant par eux que par le moyen
de leurs disciples, entre lesquels S' Martial est le premier qui
vint en la Guiene. On tient, par tradition, que c'estoit ce jeune
enfant, duquel est parlé en S 1 Jean (chap. 6), qui avoit les cinq
pains d'orge et les deux poissons avec lesquels Jésus-Christ reput ciaq mille homes et qu'il assista en qualité de serviteur à la
dernière Cène que Jésus-Christ íit avec ses apostres et apporta
l' eau dans le bassin avec laquelle Jésus-Christ lava les piedz à
ses apostres et que, après l' Ascension, il se rendit disciple de
DE L'EGLISE DE SARLAT.
19
1
S Pierre, avec lequel il demeura cinq ans en Hiérusalem et
sept en Antioche et le suivit à Rome, d'où S' Pierre l'envoya en
ce pays d'Aquitaine qui l'a tousjours advoué pour son premier
apostre. II y travailla l'espace de 24ans, faisantcontinuelement
la guerre (suivant l'étimologie de son nom) aux idolâtres et superstitions payenes. Presque en mesme temps et environ l'an
61 de la naissance de Jésus-Christ, qui revient au 5° de l'empire
de Néron, S' Fron vint prêcher l'Evangile en Périgord, car
S' Paul, après avoir demeuré deux ans prisonier à Rome, est mis
en liberté ceste année et suivant le dessein pris au chapitre 1 5 de
l'Epistre aux Romains, s'en va en Espaigne avec plusieurs disciples et en passant laisse Crescens à 1 Viene etTrophimus 2 en
Arles et envoyé S' Fron à Périgueux, accompagné d'un prêtre nommé George 3 , pour publier et faire recevoir laloy évangélique en la province du Périgord, ce que il ht fort heureusement, si bien qu'il a esté tousjours recogneu pour premier Evesque des Périgordins.
Après son décès S' Aignan 1 fut subrogé en sa place et
compté pour le second évesque de Périgord.
Sainct Clément, successeur de S 1 Pierre, ayant consacré plusieurs évesques, les envoya envii'on l'an de la naissance de
Jésus-Christ 95 e en divers endroitz des Gaules, entre lesquels
Nicasius s fut envoyé à Roan, Lucianus 6 à Beauvois, Tauri7
s
nus à Evreux, Eutropius à Xaintes. II est vraysemblable
1
Saint Crescent, disciple de l'apòtre
saint Paul, évêque de Vienne, vers 6o,
de Mayence vers 8o. Martyrisé lé 27
juin IOO (? J (Ulysse Chevalier,i?eperíoire.)
3
Saint Trophime, premier évêque
d'Arles., au commencement du n e siècle
ur
ou à la fin du i .
3
Saint Georges, premier évêque du
Puy., vers le milieu du me siècle.
(Ulysse Chevalier, Réjwrtoire )
* Saint Agnan, second évêque de Périgueux. Aucun document ne reste sur cet
évêque, que la tradition seule, recueillie
par le Père Jean Dupuy, dans son « Estât
de l'Esglise du Périgord », donne pour
successeur à saint Front,
6 Saint Nicaise, premier évêque de
Rouen, vers 290. (Lud. Lalanne, Dict.
hist., de la France; Gallia Christiana.)
6 Saint Lucien, premier évêque de
Beauvais, vers 2 5o ou 290, martyr.
(U. Chevalier ; L. Lalanne; G. Christ)
7 Saint Taurin, premier évêque d'Evreux, 111 E ou iv° siècle. (Ibid.)
8 Saint Eutrope , premier évêque de
Saintes, martyrisé au 111 E siècle. (Ibid.)
20
TABLE CHBONOLOGIQVE
qu'il envoya un coadjuteur à S' Anian pour luy succéder et
qui en fut le 3 e évesque, mais la mémoire de son nom est perdue à cause que la sémance de la foy chrestienne ayant esté
espandue en ce pays, ces saintz personages furent tôt après rudement traitez par les Empereurs romains, lesquelz se rendirent si altérés du sang de ceux qui avoint receu et embrassé
ceste doctrine, que, par leurs éditz, souvent réitérés, ilz les
faisoint exécuter à mort par mille sortes de supplices, tellement
que, par une longue suitte d'années, la religion chrestienne
demeura presque esteinte, d'où vient que ces trois premiers
siècles, il est très difficile de trouver le nom, ordi-e et suitte des
prélats, pource que souvent il n'en y avoitpas ou, s'il yenavoit,
ils n'estoint pascogneus; ils se tenoint cachés, non pour éviter
le martyre, mais à íin de se conserver pour la consolation des
íidèles qui gémissoint et suspiroint soubz ces cruelles et barbares persécutions, après lesquelles et en l'an 415 nous trouvons
Pégasius, évesque de Périgord, lequel Paulin, évesque de JNôle,
loue grandement dans Grégoire de Tours, l'appariant en toute
sorte de vertu avec les plus signalés prélatz de son temps.
Pendant ce second estât, quelques familles de Bordeaux se
rendirent recomandables à Rome par leurs mérites. Minervius
y enseignoitla rhétorique avec réputation; Auxone, poète excellent, y exerça le consulat et la famille des Avitusy estoit illustre,
tant pour la dignité consulaire et autres grandes charges que
par la piété et religion chrestienne.
Lors de ces deux estats et longtemps après, ceux qui estoint
assès forts pour tenir la campaigne estoint maistres du pays,
car il y avoit fort peu de villes closes. Celles qui sont à présent
en Périgord ont esté basties dès le fondement après l'an 1200,
comme nous monstrerons en son lieu, ou bien estoint des vilages
qui ont esté clos de murailles lors des guerres des Anglois, mais
ilz avoint un moyen de se fermer àpeu de coust, c'est qu'iíz choi-
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
21
sissoint quelque recoin de montagne ou coline qui n'estoit accessible que par un petit destroit à la façon d'une presqu'île.
Ils fermoint ce passage par une forte muraille et, lorsque les
armées passoint, ils se retiroint avec leur famille, bestial et
meubles dans ces forts. Près de Sarlat, tout contre Pesglise de
Caudon ', sur le fleuve de Dordogne, est un grand rocher,
coupé à plomb tout à l'entour, sauf du costé qu'il se tient à la
montaigne, sur lequel est une plaine, à l'entrée de laquelle on
voit les ruines d'une muraille qui la fermoit. Turnac \ qui
est proche de là et qui prend le nom du tour que la rivière
lui faict, a esté fermé tout de mesme. Dans le Quercy, en la
paroisse de Toyre 3 , près Saint-Seré *, se voit un semblable
lieu, mais plus grand, auquel les ruines de lamuraille paroissent encore hautes de deux ou trois piedz. Le fort de Ga0
vaudu en Agénois a esté pris en cette sorte, et je présupose
que sur ceste raison furent originairement pris les commencements de Caors, Cadenac 6 , Lusetz 7 , et autres places environées de rivières en forme de presqu'île.
1 Caudon, ancienne paroisse, aujourd'hui section de la commune de Dome.
2 Turnac,
3 Autoire , commune et canton de
Saint-Ceré, arrondissement ( de Figeac
(Lot).
4 Saint-Seré, aujourd'hui Saint-Ceré,
id.
canton, arrondissement de Figeac (Lot).
:— u
5
Gavaudun , canton de Montflanquin
(Lot-et-Garonne) , ancien Prieuré (0.
S. B.), dépendant de l'abbaye de Sarlat.
6 Capdenac, commune, canton et
arrondissement de Figeac (Lot).
Luzech, canton, arrondissement do
Cahors (Lot).
DV TROISIESME ESTAT DV PÉRIGORD
Périgord,
avec toute la Guiene, vient soubs la domination des
Visigotz
du consentement des Romains, changement d'estat le plus rude, le plus cruel et le plus déplorable
qu'il aye jamais souffert. L'empereurHonorius accordant ceste
année la paix, Walia Roy des Visigotz, lui baille et abandonne
toute la Guiene, scavoir de Rosne à la mer Océane et duLoyre
aux Pyrénées, pour y faire leurs demeures et en jouir à perpétuité, ce qu'il faict par l'advis de Constantius, son lieutenant
2
des Gaules, qui fut après son consort à l'Empire . Ce conseil
fut pris sur ce que ceste province estoit desja à demy occupée
par ces Visigotz, par les Vandales, François et autres, à cause de
qoy ils avoint perdu espérance de la pouvoir conserver et sur
L
'AN après la naissance de Jésus-Christ 420, le
1 Les Wisigoths font irruption dans
les Gaules en l'an 412, venant d'Italie,
sous la conduite de leur roi Ataulphe.
11s prennent Narbonne en 41 3, Toulouse
lâ mème année, selon toute probabilité,
abandonnent la Gaule en 414, chassés
par les Romains. Dans leur mouvement
de retraite, ils brûlent Bordeaux. Ataulphe est. tué à Barcelone, dans les premiers jours de septembre 4 1 5 . Sigeric
lui succède et succombe assassiné, sept
jours après son élévation ; Wallia prend
le pouvoir. Sous la conduite de ce dernier, les Wisigoths envahissent de nouveau la Gaule en 418, et obtiennent de
l'empereur Honorius cession d'une partie de la Septimanie. Toulouse devient la
capitale de ce nouveau royaume en 419.
Wallia meurt la mèrne année et a pour
successeur Théodoric. En Tannée 43 8 ,
les Huns, ayant à leur tète le roi Gariéric, font une invasion dans la Gaule, et
poussent jusque dans le Bazadais, occupé
par les Wisigoths. Attila dirige une nouvelle invasion en 450, s'empare de Metz
le jour de Pâques 45 1, est battu par
Aëtius et Théodoric, au mois de juin de
la même année, devant Orléans, et à
Mauriac, près de Troyes en Champagne,
(Campi Catalaunicï) peu après. Théodoric
est tué dans la mêlée. Thorismond, son
fils, prend le pouvoir et meurt assassiné
en 453 par ses frères Théodoric et Frédéric. Théodoric , qui lui succède ,
subit le même sort en août 466, tué par
son frère Euric. Euric monte sur ce
trône ensanglanté et meurt vers la fin de
Tannée 484.
Tarde, dans le courant des pages qui
suivent, commet plusieurs erreurs qui
sont corrigées d'avance par la note qui
précède.
a Constance, beau-frère de l'empereur
Honorius, décoré du titre d'Auguste en
412, père de Yalentinien III.
TABLE CHRONOLOGIQUE DE L ÉGLISE DE SARLAT.
23
l'opinion qu'ilz avoint conceue que ces nations estrangères se
desferoint entre elles sur la conqueste de ce pays. Néanmoins
les Visigotz chassèrent les Vandales et firent retirer les François au delà du Loire et, avec le temps, se rendirent maislresde
toute la Guienne et, par ce moyen, nos devanciers, abandonnés de l'Empire Romain, soubz les lois duquel ils avoint vescu
quatre ou cinq cents ans, sont constraintz d'obéyr à ce peuple
incivil, barbare et cruel, qui faict gloh^e de chasser, voire
mesme de massacrer les propriétaires et naturelz habitans pour
entrer en possession de leurs biens. C'est ainsi que la fortune
se joue des rnortelz ! Si les historiens ne sont point bien d'accord du temps que ce peuple barbare occupa ceste province,
cela procède de ce que,truvant de la résistance, ils employèrent
plusieui'S années avant que en estre libres possesseurs, mais je
prendz la date du temps de la concession qui leur en fut faicte
par l'Empereur Honorius et, par ce moyen, ils se trouveront
l'avoir possédée par l'espace de quatre vingt et dix ans, pendant
lequel temps ils y ont heu sixroys nommés Walia, Théodoric,
Turismond, autre Théodoric, Euric et Alaric, qui firent leur
demeure ordinaire à Tolose et parfois à Bordeaux et Poitiers.
Walia avoit succédé à Sigeric, Fan 418, et est compté pour
leur premier Roy en laGuiene. II alla faire la guerre en Espaigne, Fan 430, où il occupa les provinces que les Vandales, en
passant en Afrique, y avoint abandonné et, de là, suivit les
Vandales en Affrique, où il mourut Fan 22 de son règne.
L'an 440, Théodoric succède à Walia, pendant le règne
duquel Attila, Roy des Huns , après avoir ravagé FItalie et
plusieurs autres terres subjectes à l'Empire Romain, avec une
armée de cinq cens mille hommes, se trouvant en Gaule,
Fan 451 , est suivi par Aëtius, grand capitaine, qui avoit esté
trois fois consul à Rome et estoit lieutenant de l'Empire en la
Gaule Narbonoise, lequel, accompaigné des Fi^ançois, Visigotz
24
Bataille des
Catalens
58
4
65
4
g
4 0
TABLE CHRONOLOGIQVE
et Bourguignons qui s'estoint tous ligués et unis pour rompre
cet enemy commun, Payant suivi et comme enfermé entre les
fleuves de Garone et Tarn, ces plaines qui sont entre Tolose et
Moyssac, le contraignirent de venir aux mains et l'ataquèrent
g - v jg 0ureusemen t q ue une soixantaine mille hommes demeurèrent sur la place, d'un parti ou d'autre. Le combat dura un
jour tout entier du matin jusques au soir. Attila heut du pire
et le champ de bataille demeura à ses enemis, quoy que
Théodoric y fut occis. Cette bataille fut donnée près du village
nommé Catalens l , sur le chemin de Moyssac à Tolose, où
Attila s'estoit logé et Aëtius s'estoit fortifié sur un tertre qui,
à raison de ce, fust appelé « Mons Aetii » et depuis Montech. Le
ruisseau, qui regorgea de sang par plusieurs jours, porte encore
de présentie nom de ruisseau Sanguinaire, lequel entre dans
la Garone un peu au dessus de Castelsarrazin.
2
Théodoric ayant esté tué en ceste bataille, Turismond lui
succède et est le troisiesme roy des Visigotz en la Guiene, lequel est estranglé à Tolose par ses frères, en l'an 458, ayant régné
depuis la bataille des Catalens.
Théodoric 3 , second de nom, succède à Turismond, lequel
est aussi estranglé à Tolose l'an 465, auquel succède Eoric'', Tan
466, 5 e roy en Guiene, qui régna 20 ans. Ces Gotz estoint arriens,
enemys de la foy orthodoxe et grandement désireux d'advaucer
leur religion, à cause de quoy Eoric, considérant que l'advancement de sa religion dépendoit de la ruine de l'autre, entreprend, avec une opiniastreté estrange, de destruire la religion
catholique et, pour ce motif, prive l'Esglise de prélatz, temples
et exercisses.
' Les « Campi Catalaunici » sont une
du chroniqueur de trouver une origine
plaine entreTroyes et Châlons-sur-Marne,
historique à l'étymologie qu'il donne de
au lieu-dit « Mauriac ». Tarde, en plaMontech.
2 Turismond, voir note i, p. 22.
çant le champ de bataille entre Tou- ■
3
íouse et Moissac, commet une erreur
Théodoric, id.
4 Euric, id
qu'on ne peut expliquer que par le désir
DE L'ÉGLISE DE SARLAÏ.
25
Sidonius Appolinaire, qui vivoit l'au 480, évesque de Clermonten Auvergne, escrit au Livre 6, chap. 7, que la persécution
suscitée parEoric en l'an 476 fut telle que, les évesques de Bordeaux, Péri geux, Rodés, Limoges et autres y dénommés ayant
esté tués, personne n'estoit substitué en leur place et, par ce
moyen, les diocèses estoint abandonés et les esglises ruinées, où
on ne voyoit que des ronces et buissons et des bestes fauves qui
alloint paistre Therbe à Pentour des autelz ; la discipline ecclésiastique estoit esteinte et sembloit que la religion eût prins
fin avec ces prélatz, attendu que personne ne leur succédoit,
d'où vient que en l'esglise de Périgeux, il ne se truve personne
qui ait rempli la chaire épiscopale entre Pegasius,qui tenoitle
siège l'an 41 5, et Chronopius, quoy qu'il y ait cent ans entre
deux, tesmoignage d'une longue vacance et grande désolation.
Eoric estant décédé l'an 485, Alaric, second de nom, luy succède, sixiesme et dernier roy des Visigotz en Guiene, auquel
temps ils possédoint aussi la plus part de la province et une
grande pai-tie des Espaignes. II est vray semblable qu'ils ont
basti et donné le nom aux villes et autres lieux terminés en
« ac » si fréquentz en Périgord et Quercy, pource que ceste
terminaison ne se truve pas si fréquente au reste de la Guienne,
quoyqu'ilz l'ayent possédée par entier. II est présumé que, lors
de leur arrivée, ce pays n'estant pas si fertile que le Languedoc,
Poitou et autres provinces de la Guiene, estoit moins habité et
que ceux à qui ce pays escheut en partage, estant obligés de se
bastir, imposèrent le nom à leurs maisons et domaines conformément à leur langue. Les faicts et gestes de ces Visigotz sont
incogneuz pource qu'ils estoint barbares, sans lettres, très-ignorans et sans aucun historien; que si les estrangers n'en eussent
parlé, il ne resteroit d'eux aucun mémoire et ne scaurions pas
qu'ilz eussent esté au monde.
DV QVATRIESME ESTAT DV PÉRIGORD
soubz l'obéyssance des François,
qui ont comandé à la Guiene, de Fan 510 jusques à
852, en titre de roys d'Aquitaine et, de 852 jusques à
1152, en qualité de ducz. L'an 510, les fondemens de cet
estât sont jettés par Clovis *, cinquiesme róy des François,
quelques ans après sa conversion à la foy chrestienne, lequel, continuant les conquestes de ses prédécesseurs et considérant que ce pays estoit abandonné par l'Empire romain
et comme délaissé à qui le pouvoit occuper et, de plus,
jaloux que une nation si barbare et infatuée de l'hérésie
amène occupât une si noble province, il prend résolution
d'aller attaquer leur roy Alaric dans Poitiers, où lors il faisoit
sa demeure et, pour ce faire, il dresse son armée à Tours et,
après avoir passé le Loyre et Viene, truve que l'ennemy Fattendoit entre les rivières de Clin et de Viene, et bien près du rencontre d'icelles. Les deux armées s'ataquent si avant que Alaric
demeure mort sur la place avec une partie de son armée, que
l'autre prend la fuitte vers Bordeaux. Ceste victoire 2 acquit
à Clovis toute la Guiene, car les Gotz, se voyant sans chef et
sans armée, luy ouvrirent les portes de Poitiers. II départ son
armée en deux, baille partie d'icelle à Théodoric, son íilz,avec
G
5,
0
Cíovis roy
chrestien
E quatriesme estât est
1 Clovis I er , roi de France, né en 46 1 ,
roi en 481, meurt le 2 5 novembre 5 1 1 .
2 Le théâtre de cette célèbre bataille
est encore indéterminé. Les uns le p] a-
cent à Vouillé , canton , arrondissement
de Poitiers ; d'autres à Voulon , commune, canton de Couhé, arrondissement
de Civray (Vienne).
TABLE CHRONOLOGIQVE DE L'EGLISE DE SARLAT.
27
laquelle il faict obéyr le Périgord, Limozin, Auvergne, Roergue, Albigeois et autres provinces jusques au Rosne, et luy,
avec l'autre, poursuit les fuyards jusques à Bordeaux et les défaict
en un lieu qui depuys a porté le nom de camp Arrian et, par
abréviation, Camprian ou Comprian
Après ces deffaictes,
les Visigotz se retirèrent en Espaigne et laissèrent, la Guiene
paisible aux François. L'Empereur Anastase, pour le gratifier
de ceste victoire, luy fit présent du titre de Consul et Patricien
et d'une belle couronne d'or pour marque de Royauté. II ne
faut point doubter que Dieu, ayant regardé des yeux de sa
miséricorde l'affliction de son esglise de la Guiene, ne mit en
la volonté de ce généreux prince Faffection de chasser ces
barbares qui, par l'espace de quatre vingtz ou cent ans, avoint
si insolemment violenté la religion ortodoxe et qu'il ne bénit
ses armes pour luy donner cet heureux succès.
Après cesté deffaicle, Clovis entre victorieux dans Bourdeaux,
où il séjourne tout l'hyver et, s'en retournant, prend Angoulesme et se retire à Paris, et partant est nommé le premier roy
des François en la province de Guienne. II décéda l'an 514, laissant quatre enfans qui divisèrent l'estat de leur père en quatre
portions, chascune desqueles porta titre de royaume, auquel
partage la Guiene escheut à Clodomir, second roi de Guienne.
En ce temps, scavoir l'an 515, et soubz Fempire d'Anastase,
Justin et Justinien, et du temps de saint Benoit, patriarche des
religieux cénobites, sainct Sacerdos estoit évesque de Limoges,
personage illustre en doctrine et probité de mœurs. II estoit
a
natif de Calabre , à présent Calviac, sur les limites du Péri1 Comprian, hameau de la commune
deBiganos, arrondissement de Bordeaux.
2 Calabre. L'emplacement de cet ancien,
monastère serait à Sainte-Badegonde ,
commune de Calviac, arrondissement de
Sarlat. Sainte - Badegonde , dont on
trouve encore quelques ruines, devint
l'églisedeCalviazès, après la destruction
du monastère. (Notice de M. Marmier.) Calviac appartenait, avant la Révolution, au diocèse de Cahors, mais à
la province de Périgord, dépendant de
la sénéchaussée de Sarlat.
Yisigolhs chassés
do la Guiene.
5>4
515
S. Sacerdos
28
Antitius
TABLE CHRONOLOGIQUE
gord et Quercy, joignant le fleuve de Dordogne ; son père estoit
bourgeois de Bordeaux, nommé Laban, et sa mère avoit nom
Mundane. Le Roy Antitius fut son parrain de baptesme,car se
trouvant à Calviac tost après la naissance de cet enfan, Laban,
qui l'avoit accompaigné en ce voyage, le luy offrit pour le laver
des eaux baptismales, ce que ayant accepté, luy íit donner le
nom de Sacerdos, présageant, par quelque inspiration saincte,
qu'il seroit à l'advenir un grand prélat et, de plus, luy donna
la terre de Calviac pour à l'advenir en disposer à sa volonté.
Ce roy Antitius ne se truve ailleurs que dans l'anciene légende
de ce saint. Les historiens de la Guiene n'en font aucune mention et cela faict présumer que quelque copiste ignorant a altéré
ce nom par addition, soubstraction ou inversion de quelques
letres. Mais, pour estre esclaircy,tant du nom que du faict, et
sçavoir qui estoit ce roy, il faut voir quel estoit l'estat de la
Guiene au temps de la naissance de ce saint et, pour ce faire, il
faut premièrement noter que Baronius, en son Comentaire sur
le martyrologe romain, et autres autheurs approuvés, sont
d'accord que sainct SaCerdos estoit évesquede Limoges et exerçoit ceste charge, avec grande réputation, l'an 515. Or, il est
présumé avoir lors atteint l'aage de 60 ou 70 ans, si bien que,
déduisant 60 ou 70 de 515, sa naissance conviendra environ
l'an 445 ou 455, auquel temps les Visigotz estoint roys de la
Guiene, comme nous avons monstré au troysiesme estât de ce .
pays. De prendre Antitius pour Théodoric ou Turismond qui,
pour lors, estoint les roys des Visigotz en Guiene, cela ne se
peut et ne se doibt, pour deux raisons : l'une, que ce nom Antitius est latin et ne ressent en rien l'idiome gothisque, l'autre
que les roys Visigotz estoint arriens et persécutointl'Esglize, et
Antitius, selon la suitte de la légende, estoit un prince grandement dévot et affectionné à la religion catholique. II est donq
nécessaire de cercher Antitius ailleurs.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
29
Possible qu'il faut lire Anitius en ostant le premier t et dire
que c'estoit un prince de la famille des Anitius de laquelle
nous avons faict mention au second Estât et laquelle estoit
encore en ce temps fort noble et illustre tant à Rome que à
Bordeaux ; laquelle famille les Visigotz pouvoint avoir
laissée en son esplendeur à Bordeaux, à cause de la créance
qu'ils avoint à Rome. Ce seigneur pouvoit avoir des biens en
Périgord et cognoistre Laban comme bourgeois de Bordeaux et
l'aymer à cause de sa religion et probité et n'est pas hors d'apparence que le premier qui colligea la vie de S' Sacerdos luy
ayt donné le titre de roy au lieu de prince, mais j'estime avec
plus d'apparence qu'il faut lire Avitus, d'autant que le cardinal
Baronius, après Cassiodore, Sidonius Apollinarius et autres,
assignent l'empire de Maximus en l'an 455, lequel ne jouit de
ceste souveraine authorité que deux moys et quelques jours,
car le peuple romain, voyant qu'il avoit injustement usurpé
l'empire sur Martian, ne pouvant supporter ses insolences et
tyrannies, l'assomèrent à coups de pierre et le mirent en pièces
qui furent après jettées dans le Tibre.
La mesme année 455 ès Gaules estoit un sénateur romain
natif d'Auvergne nommé Avitus -, cogneu par tout l'empire à
cause des victoires par luy obtenues sur les François, Borguignons et Visigotz et par les magistratures et belles charges qu'il
avoit dignement exercé,lequel avoit esté faict par Maximus préffect des soldatz prétoriens des Gaules, général de la cavalerie et
son lieutenant général pour empêcher que les Visigotz n'entreprinsentau delà des bornes qui, par accord, leur avoint esté accordées et pour composer quelques différentz qui estoint entre
l'empereur et ces nations barbares. Estant donq pour ce sub1 Flavius' Mœcilius Avitus, né en Auvergne, proclamé Auguste à Toulouse
le io juillet 455, puis empereur, défait en octobre 456, évêque de Plai-
sance (U. Chevalier, Répert.) , meurt
la même année en retournant en Auvergne.
30
TABLE CHRONOLOGIQVE
ject en la Guiene,l'armée à laquelle il comniandoit ayant appris
la mort de Maximus, le proclame et déclaire empereur des Romains et leconstraint contre sa volonté de l'accepter. Le Sénat
adverti de ceste élection faict semblant de l'approuver, mais
après avoir considéré que Avitus avoit esté advancé à ses principales charges par Maximus, il changea d'advis craignant possible qu'il ne vengeât la mort de son bienfaiteur, ou pour ne
préjudiciel' à Martian qui estoit estimé légitime empereur.
Gomme donq il s'acheminoit à Rome, le Sénat luy íit scavoir
qu'il n'avoitpas agréable son élection. Avitus, ayant appris ces
nouvelles, s'arresta à Plaisance, où il se démit volontairement
de l'empire et du consulat et, pour oster tout ombrage de remuement et de trouble, se retira en son pays natal où il passa
le reste de ses ans, sans charge publique. Sidonius Apollinarius, évesque de Glermont, en Auvergne, qui estoit son gendre,
descript amplement sa vie en sa poésie intitulée : « Panegyricus
Augusto Avito socero dictus, qui est carnien VII ». II est vraysemblable que,ceste année 455, Avitus estoit venu en la Guiene
et s'estoit approché de Bordeaux,une des principales demeures
des roys Visigotz pour pourvoir au faict de sa légation et que là
estant proclamé empereur, il se retiroit le long de la Dordogne
pour passer par l'Auvergne et de là à Rome, et que estantà Calviac,il fut prié par Laban d'estre parrain de son filzet qu'il luy
donna la terre de Calviac, de laquelle il pouvoit disposer comme
lieutenant de l'empire, ou comme empereur, si c'estoit après
son élection, et ce, du consentement ou par tollérance des
Gotz, estant pour lors tout ce pays terre de conqueste *.
Saint Sacerdos estant venu en aage capable de discipline, fut
1 Certains hagiographes proposent de
lire : «le roi Ecditius filsde l'empereur
Avitus». (Chroniqued'HuguesdeFleury.
Ed. de Munster p. 127. — Lettre d'Armand de Gérard-Latour, chanoine de
Sarlat, au Bollandiste Henschenius du
29 novembre 1662.) Saint Avit, archevêque de Vienne, neveu du môme
empereur, s'appelait aussi « Ecditius
Avitus ».
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
31
-baillé ès mains de Capuanus, lors évesque de Caors, duquel
il apprit premièrement les letres humaines et puys les divines,
auquelles il se rendit si excellent qu'il estoit admiré de tous.
Capuanus, le jugeant capable de faire à l'advenir beaucoup de
fruit en l'esglise de Dieu, le receuten Tordre de cléricature.De
ce temps il y avoit un monastère à Calviac oùrésidoint 40 reli-*
gieux, lesquelz vivoint d'aumosnes, mais S 1 Sacerdos estant
venu majeur et son aage luy permettant de disposer de son revenu, il l'employa à la nourriture de ces religieux, fit bastir
leuresglise et monastère qui alloit en ruine et, au bout de
quelques années, donna tous ses biens au monastère, y entra,
y fit profession et y demeura sept ans simple religieux, au
bout desquelz il fut faict prestre et abbé du lieu. Pendant cette
charge, il fit désœuvrés pleines de merveilles, car par son seul
attouchement, joint à sa prière, il guérit un lépreux et fit revivre son père Laban qui estoit décédé d'une mort souddaine,
lequel, après estre résuscité, receut le saint viatique, donna la
bénédiction à son fils et à toute sa famille et puys mourut en
paix. Sa doctrine, sa piété et les miracles faictz par ses mains
lui donnèrent tant de réputation par toutes les provinces voisines que le siège épiscopal du Limosin estant vacant par le
décès de Aggaricus, il fut esleu par tout le clergé et faict évesque de Limoges, laquelle charge ayant administré par plusieurs
années fort dignement et recognoissant que son dernier jour
s'approchoit, prind congé de son clergé et peuple et s'achemina
vers son pays natal pour y clorre ses jours, mais estant parvenu
à Argentât sur le fleuve de la Dordoigne, sa faiblesse ne luy
permettant d'aller plus avant, pria ses amis de procurer que son
corps fût porté et enseveli à Tesglise de Calviac où il avoit esté
baptisé et faict religieux. Après avoir faict tous les debvoirs d'une
âme pleine de piété, il partit de ce monde le 5 de may, pour
1 Argentât, chef-lieu de canton (Corrèze).
Calviac
Aggaricus.
32
TABLE CHRONOLOGIQVE
monter au ciel. Ses disciples mettent le corps dans un bateau
et le conduisent sur Dordoigne d'Argentat au port de Calviac,
où les religieux se treuvent, qui le prenent et portent sur leurs
espaules dans leur esglise et là l'ensevelissent avec tout le respect, honneur et dévotion qu'il leur est possible. Les miracles
qui furent faictzavecle temps en ce sépulchre sur l'invocation
de ce sainct, luy acquirent autant de bruit et de réputation qu'il
fut enregistré au catalogue des sainctz. Quelques siècles après,
ce monastère estant ruiné, tant par vieillesse que par les
guerres, ce saint corps fut apporté en l'abbaye de Sarlat, où
finalement il fut pris et choisi pour patron et, en ceste qualité,
y est encore vénéré et invoqué. Nous ne trouvons pas de mémoyres sufflsament pour déterminer en quelle année fut faicte
ceste translation 1 , seulement nous conjecturons avec beaucoup
de raison que ce fut pendant le règne de Charles Martel, auquel
temps la Guiene estoit en grand trouble et perplexité, (comme
il sera dictcy après), à cause de la division des princes, de la
révolte du peuple irrité pour raison des concutions des officiers
de l'Estat, l'usurpation de la Guiene par Eude, prince de Gascogneet les ravages desSarrazins entrés en France par laGuiene,
car il est vray semblable que en ce temps où il n'y avoit rien
d'asseuré, les religieux de Calviac, ne croyant pas ceste relique en sécurité dans leur monastère, la portèrent en l'esglise de
Sarlat et, quelques siècles après, l'abbaye de Calviac estant appovrie et ruinée, ilz se unirent avec Celle de Sarlat, et réduisirent
deux esglises en une, laquelle, ayant pris ce sainct pour patron,
a esté depuys appelée : « Ecclesia Sancti Salvatoris mundi et
cc beati Sacerdotis » où on célèbre tous les ans le 3 juillet l'an1 Cette translation eut lieu « optimo
Imperatore Carolo Magno imperialia sceptra
tenente et Ludovico Pio, filio ejus, sub patris
inperio in Aquitaniâ régnante», si nous en
croyons la Vie de saint Sacerdos, écrite,
vers 1108, par Hugues de Sainte-Marie,
moine de Fleury. (Bollandistes. A.A.
os
SS. Maii, tomell. N 21 et 22.) Louis le
Débonnaire, roi d'Aquitaine en 781.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
33
niversaire de ce transport, par un office double et solennel.
Au reste, le nom de Calabre est demeuré à l'ancien estanc du
monastère qui est au dessus du village appelé Ayran-bas 1 , sur le
chemin de Calviac à Carlux lequel est encore nommé « l'estang
de Calabre » par les paysans et dans les titres vieux et nouveaux.
La Guiene, pendant ce quatriesme Estât, doibt estre considérée, premièrement en qualité de royaume et puys en qualité de duché, car depuis Clovis qui, l'an 510, l'acquit sur les
Visigotz, les roys françois l'ont possédée soubz titre de roys
de Guiene jusques à Charles-le-Chauve qui régnoit l'an 852,
lequel l'érigea en duché sous la réservation de l'homage aux
roys de France.
Dans le temps de la royauté, qui est de 342 ans, les annales
de Guiene y comptent 23 roys et, de 852 jusques à la fin de ce
quatriesme Estât, y comptent neuf princes ou seigneurs qui
l'ont possédée en titre de ducz. L'an 550, Clotaire, premier du
nom, estant roy de France et troysiesme roy de Guiene, Cronopius, évesque de Périgueux, prélat qui estoit nay de noble
et illustre famille, faict voir son zèle à la religion, procurant
de rebastir les temples en tout le Péri gord qui avoint esté ruinés
par les Visigotz et remettre le service divin avec la discipline
ecclésiastique, auquel il est heureusement secondé par Carterius et Saffarius qui estoint en la mesme dignité et charge, soubz
Gontran, Sigibert, Childebertet Théodebert, 4 e , 5 e , 6 e et 7 e roys
de Guiene.
Les amphithéâtres, qui avoint esté construitz aux principales
viles de la Guiene lors qu'elle obéyssoit au Sénat romain, sont
ruinés en ce temps auquel le paganisme estoit desjà esteint et
l'arrianisme chassé avec les Visigotz, car la religion chrestienne
ayant aboli lesjeuz et tous spectacles et autres actes pour les1 Ayren-bas, lieu-dit, à 8oo mètres
environ du bourg de Calviac, au nord.
(Carte de l'Etat-Major.)
La Guiene
royaume
et puys duché.
550
Cronopius
Carterius
et Saffarius
évesques de
Périgueux.
Amphithéâtres
abolis.
lii!
34
TABLE CHRONOLOtrIQVE
quelz ilz avoint esté édifiés, les avoint rendus inutiles et délaissés et, par ce moyen, les matériaux furent employés à d'autres
usages, mais principalement pourbastir des temples, des moTerrasson
S' Amand
S' Cyprien.
nastères et hospitaux.
2
1
Les esglises collégiales de Terrasson », S Amand
et S
o
o
Cyprien 3 ont heu leur commencement de trois moynes reclus
6
S' Soure *, S' Amand 2 et S' Cyprien , qui vivoint au
temps de Clotaire, second du nom, roy de Franceet huitiesme
roy de Guiene en l'an 620.
Les reclus, en ce temps-là, estoint des moines qu'on pourroit autrement appeler anachorètes, lesquelz au dessus des
trois veuz de pauvreté, chasteté et obédience, en professoint un
quatriesme, qui estoit de demeurer seulz fermés dans une cellule, sans en sortir de toute leur vie, y estant nourris d'aumosnes, laquelle cellule estoit bastie joignant les esglises abbatiales, en telle sorte que par une petite fenestre le reclus voyoit et
oyoit dire la messe et recevoit la communion. De l'autre costé
estoit le passage pour lui bailler les vivres, en la sorte qu'on
pratique aujourd'huy aux cellules des pères Chartreux. Grégoire de Tours, au livre « De Gloria Confessorum », et la
légende de ces sainctz nous apprenent que bien près du Périgord, en un li eu appelé Genouillac T , estoit un monastère où
1 Terrasson, canton, arrondissement
de Sarlat. Ancienne abbaye 0. S. B.
3 Saint-Amand de Coly, commune,
canton de Montignac, arrondissement de
Sarlat, ancienne abbaye 0. S. A.
3 Saint-Cyprien, canton, arrondissement de Sarlat, ancien prieuré conventuel 0. S. A., membre de la Congrégation de Chancelade, au xvn e siècle.
4 Saint Sour, ermite en Périgord, vi e
siècle. — Voir Bolland. Febr. tome I, et
Vie de saint Sour, par l'abbé Pergot.
s Saint Amand, ermite en Périgord,
vi e siècle. Yoir Bollandistes : Acta Sanctorum Junii, tome Y. De S° Amando et Domnoleno Gemiliaci in Petragoricis »,
2 5 juin, et Vie de saint Amand, par
l'abbé Pergot.
6 Saint Cyprien, abbé en Périgord, vi e
siècle.
7 Toute trace de ce monastère a disparu, et le lieu où il s'élevait est resté
inconnu. — Les légendes de Saint-Souret
de Saint-Cyprien le placent en Périgord.
(Propre des Saints du diocèse de Sarlat,
1677. i er févr. et g déc, p. 99 et 14.)
La charte du comte Bernard de Périgord
en faveur de Terrasson, vers 940, identifie Terrasson avec Genouillac : « Monasterium S. Soris, vocabulo Genoliacum. »
(Ex Cartulario Régules. Arch. hist. de la
Gironde, t. V, p. 171.) On trouve dans la
DE L 'ÉGLISE DE SARLAT.
38
résidoient un grand nombre de religieux qui vivoint en grande
réputation de sainteté, soubz la direction de Sanabalus, leur
supérieur, auquel monastère se rendirent Sorus, auvergnac
de nation, issu de nobles parents, Amandus, sorti d'une
illustre famille du Limousin, avec Cyprianus, leur compaignon, lesquels tous trois ensemble, en mesme jour, firent un
parfaict divorce avec les vanités du monde, professant les susdictz quatre veuz. Ils demeurèrent quelque temps dans ce
monastère où ilz se rendirent si recomandables par leurs austérités et autres actes de religion et acquirent tant de réputation, que le peuple accouroit à eux à grandes troupes. Et
pource que tel concours de peuples les troubloit en leurs
exercisses spirituelz, ils prindrent résolution tous trois de s'en
aller de Genouillac et vivre incogneuz en quelque autre part.
S' Soure s'arresta à Terrasson, S' Amans au lieu qui porte
aujourd'huy son nom, et S' Cyprien descendit sur le fleuve de
Dordoigne au lieu qui est aujourd'huy apellé de son nom,
èsquelz lieux ils vesquirent chascun avec grande réputation
de saincteté, confirmée par miracle, à cause de quoy plusieurs
se rendirent leurs disciples, lesquels, par laps de temps, se
multiplièrent et, parles aumosnes du peuple et bienfaictz des
princes et seigneurs dévotz à ces sainctz, trouvèrent moyen
de bastir et doter ces trois esglises qui sont dans le diocèse de
Sarlat et subsistent encore, sçavoir, Terrasson, soubz Tordre
de S' Benoît, où on voit encore la cellule de S' Soure, S' Amand
et S' Cyprien, soubz la règle de S' Augustin.
Le droit de voisinage m'oblige de parler de l'abbaye de
région plusieurs localités dont le nom
est Genouillac ou s'en rapproche : Genouillac, hameau, canton de Donzenac
(Corrèze); Genouillac, hameau, commune
de Saint-Bonnet-l'Enfantier (Corrèze) ;
Genouillat, commune et canton de Chas-
telus,arrondissementdeBoussac(TJreuse);
Ginouillac, commune et canton de la Bastide Murat, arrondissement de Gourdon
(Lot) ; Ginouillat , hameau , commune
d'Espédaillac , canton
de Livernon
(Lot) etc.
36
Abbaye de
TABLE CHBONOLOGIQVE
Souillac 1 laquelle a receu ceste faveur du ciel de n'avoir esté
ruinée parles religionnaires. S 1 Eloy, évesque de Noyon et
pair de France, en a esté le fondateur. II estoit filz d'Eucherus
orphèvre de profession et de Turgia, bourgeois et marchandz
de Limoges. En sa jeunesse, il professoit l'estat de son père et
se retira à Paris l'an 22 de son aage et pource qu'il excelloit en
2
son art, il fut cogneu et grandement aymé du roy Dagobert ,
qui le prind à son service, et Fayant recogneu capable des
affaires d'importance, le fit son conseiller d'estat. Dagobert
prind en main le sceptre de la France l'an 631 , par le décès de
son frère et, l'an 640, succédant à son frère Haribert, devint le
10 e roy de Guiene et décéda l'an 646, laissant Clovis son successeur en France et en Guiene. S' Eloy fut en grande estime
envers ce roy Clovis telement que, le recognoissant plain de
vertus dignes d'un grand prélat, procure de luy faire bailler
le baston pastoral du diocèse de Noyon, qui lui fut donné en
mains Fan 648 et, de plus, luy fit présent de la terre de Souillac pour en disposer à son plaisir et volonté. Saint Eloy, qui
n'avoit autre chose en son âme que le service et la gloire de
Dieu, destina ce don pour y construire et doter Fabaye qui y
subsiste encore soubz la règle de S' Benoit. Ce dévot et saint
personnage décéda le premier décembre 663, aagé de 70 ans,
3
ayant religieusement cultivé le diocèse de Noyon 17 ans .
Son zèle à la religion et conversion des infidèles fut acompai1 Souillac, canton et arrondissement
de Gourdon (Lot). — Le chanoine Tarde
commet ici une grave erreur en confondant Souillac avec Solignac en Limousin
(bourg de 2,800 h., à 9 kilomètres de
Limoges). L'erreur est manifeste. II
suffit de se rapporter au passage suivant
de la vie de saint Eloi par Audoin :
«
expetivit ab eo (Dagoberto) villam
quandam in rure Lemovicino, cognominante Solemniaco.... »; et ailleurs: «... est
cœnobium haud procul à Lemovicâ urbe
situm, sex circiter millibus » . Le Propre
des Saints du diocèse de Sarlat de 1677
reste dans le vrai en mettant, dans la
légende du saint évêque de Noyon, sous
la date du I er février (page 7) : 0 Solemniacense monasterium in agro Lemovicino . . . extruxit. » .
3 Dagobert I, roi d'Austrasie en 628,
de France en 63 1 à la mort de son frère
Caribert, mort en 638.
' Saint Eloi, né en 588, évêque de
Noyon en 640, mort en 65g.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
37
gné de tant de miracles durant sa vie et après qu'il fut truvé
digne d'estre enrollé au catalogue des sainctz. Clotaire, IIIe du
nom, i'oy de France et Guiene, s'estant par trop adonné à
Foisiveté et délices de la cour, et ne tenant pas le cœur sur les
actions de ses lieutenants, est cause que, l'an 664, le Périgord
Quercy, Auvergne et plusieurs autres provinces de la Guiene
se révoltent contre son authorité et créent des capitaines pour
les conduire et protéger contre les concussions que ces gouverneurs exerçoient sur le peuple. Mais le mal fut bien plus
grand soubz Clotaire IV ' , l'an 719, car la fénéantisede ce prince
et le mauvais gouvernement des maires du palais rendirent
les lieutenants des provinces si insolens, concutionnaires et
tyrans envers le peuple, que plusieurs provinces de la France
furent constraintes d'eslire des duez et comtes pour les conduire et vendiquer contre ces crueles harpies. Ceux de Guiene
esleurent un prince de Gascoigne nommé Eudo 2 , d'où sortit
4 Clotaire IV est ce fils supposé de
Thierri III, roi de Neustrie, que Charles
Martel, après sa victoire sur Chilpéric et
Eudes en 717 à Vinci, fit élire roi de
Neustrie pour l'opposer à Chilpéric, roi
légitime. tVoir la note suivante.)
2 Eudes, duc d'Aquitaine, fils de
Boggis, lui succéda en 688 et se rendit
indépendant. II possédait le pays compris entre la Loire, l'Océan, les Pyrénées,
la Septimanie et le Rhône. II prit parti
pour Chilpéric II, roi de Neustrie, contre
Charles Martel qui les défit complètement
à Vinci en 717. — Sa souveraineté
avait été reconnue par Chilpéric II,
Tannée précédente 716. — Eudes, pour
défendre sesJttats contre Charles Martel,
appelle à son aide les Sarrasins d'Espagne qui envahissent une première fois
le midi de la France en 719. Eudes,
sentant le danger d'un pareíl secours,
se tourne contre eux et les défait devant
Toulouse en 721. Ils n'envahissent pas
moins le Périgord et le Quercy en 725.
(Le Cointe, Annales eccles.) Nouvelle et
formidable invasion des Sarrasins en
732. Eudes, impuissant à leur résister,
demande secours à Charles Martel. Les
Sarrasins sont anéantis en 732, entre
Tours et Poitiers. Eudes mourut peu
de temps après, en j35, laissant pour
héritier principal Hunauld, son fils ainé.
Hunald ou Hunauld succède à son
père en 735 et, après avoir lutté contre
Charles Martel, Pépin etCarloman, abdique en 745 en faveur de son fils Gaïfer
ou Waiffre, qui continue contre Pépin
le Bref la lutte commencée par Eudes
et par Hunauld. Celui-ci se retire dans
le monastère de l'íle de Ré, où il prend
l'habit monastique.
Pépin, duc des Francs depuis 741,
avait fait àHunauld une guerre acharnée;
il la continua contre son fils qui refusait
de reconnaître son autorité. Couronné
roi en mars 752, il entre en Limousin et
va jusqu'à Limoges en 761, traverse
le Limousin, le Périgord et pousse jusqu'à
Agen en 766. Peut-ètre faut-il placer à
cette date le passage de Pépin à Sarlat,
mentionnée par la Bulle du pape Eugène
III de 11 53, qui rapporte la tradition
constante du pays? Pépin revient une
seconde fois en Périgord en 768, à la
6
38
TABLE CHRONOLOGIOVE
une guerre qui donna de l'exercisse aux roys de France Fespace de cinquante ans, car ne pouvant supporter un compaignon en la Guiene, ilz travaillèrent à le chasser et Eudo, fortifié
de la partie de la Guiene qui l'avoit esleu, prétendoit etespéroit se perpétuer en la duché et mesme en jouit une bonne
partie durant sa vie et Gaïfer son íilz et Hunaud son petit726
75o
Pépin.
Gaïfer.
íilz après luy
Cette division fut cause que, Fan 726, Eudo qui commandoit en la Gascoigne, pour tailler de la hesoigne aux roys de
France, donna passage aux Sarrazins, enemis mortels du nom
chrestien 2 , lesquels, venant d'Espaigne, entrèrent en France
en nombre de quatre cens mille qui prindrent Bordeaux, Xaintes, Poitiers et autres villes qu'ilz treuvèrent en chemin,
égorgèrent les prestres, razèrent les esglizes et firent un ravage
qui ne peut estre exprimé. Charles Martel les châtia près de
Tours, mais le mal d'advant feut sans réparation.
L'an 750 Pépin, íilz de Charles Martel, est couroné roy de
France et de Guiene et, quatre ans après, s'en va en Italie
donner secours au pape contre les Lombardz et, au bout de
quelques ans, estant revenu d'Italie, treuva que Gaïfer, íilz
d'Eudo, pour maintenir les droictz de son père, s'estoit remis
poursuite de Waiffre. Ne pouvant venir
à bout de sa résistance désespérée, il le
fait assassiner par ses domestiques dans
la forêt d'Edobola (La Double), le 2 juin
768. (Baluze, Miscellan., t. "VI, p. 414.
— Chronique de Saint-Denys.) Pépin
meurt le 24 septembre 768.
Après l'assassinat de Waiffre, Hunauld
sort du monastère de File de Ré et
reprend, avec le pouvoir, la lutte contre
le roi. Charlemagne (né en 742, roi de
Franceen 768, empereuren 800, mort en
814) entre en Guienne, à la poursuite
d'Hunauld, en 769. Celui-ci, trop faible
pour résister, se réfugie auprès de Loup
de Gascogne qui le livre à Charlemagne en
770. Hunauld s'échappe et passe en Italie
à la cour de Didier, roi des Lombards, en
771. Charlemagne le poursuit dans sa
retraite, déclare la guerre à Didier, entre
en Italie en 773, assiège Didier et Hunauld
dansPavie en 774, s'empare de Didier et
de Pavie, la mème année. Hunauld avait
été assommé à coups de pierres par les
habitants qui le rendaient responsable de
leurs malheurs. — C'est du moins ainsi
que l'on peut expliquer le texte obscur
du chroniqueur qui rapporte sa fin malheureuse.
1 Hunauld était fils d'Eudes; Gaïfer,
fils d'Hunauld. (Voir note 2, p. 3y.)
2 Voir note 2, p. 3y.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
39
en possession de la plus grande partie de la Guiene et avoit
pris le bien des esglises. A cause de quoy il se prépare pour
Ifattaquer, si bien que, l'an 760, conduit une armée en Guiene
qui ne fit presque point d'éfaict et, l'an 763, y revient et met
soubz son obéyssance les villes et pays d'Àngoulesme, Périgord,
Agénois et Quercy et, passant par Sarlat, y truva un petit
monastère fort ancien, habité par des moynes qui portoint
l'abit noir-, lequel avoit esté basti dans la solitude de ce valon
couvert de bois, à cause de la commodité des fontaines, et
voyant que ce lieu estoit dévot et que ces moynes estoint grandement pauvres, n'ayant autres moyens pour leur nourriture
et entretènement que les aumosnes et travail de leurs mains,
il leur dona des moyens pour faire bastir et des revenus pour
leur nourriture et autres nécessités, à cause de quoy le monastère de Sarlat luy a tousjours donné le titre de fondateur.
Ceste guerre est continuée par plusieurs années, mais l'an
768, Pépin estant redvenu en Guiene avec une plus puissante
armée, poursuit Gaïfer et Payant rencontré en Périgord, le
contraint de venir au combat et le charge si rudement que
Gaïfer demeure mort sur la place 1 et son armée est mise, une
partie en pièces et l'autre en fuite. Pépin, ayant obtenu ceste
victoire en Périgord, donna au monastère de Sarlat 2 , en offrande
et action de grâces, une bonne partie du butin et despouilles
de Gaïfer et de son armée.
Après ceste victoire et la mesme année 768, Pépin décède et
laisse deux enfans, Charles et Carloman. Cestui cy eut son apanage vers Allemaigne et Charles, qui fut appelé Charlemaigne,
eut pour sa part les royaumes de France et Guiene.
Après la deffaite et mort de Gaïfer, Hunaud, son íilz 5 , se
porte pour duc de Guienne, mais l'an 770, Charlemaigne y
2,
1 Voir note
p. 3 7 .
2 Pépin passe à Sarlat deux fois.
2,
(Voir note
p. 3y>)
3 Voir note
p. 38.
1,
Sarlat.
7 68
Sarlat.
Charlemaigne.
Hunaud.
40
TABLE CHRONOLOGIQVE
vient avec une puissante armée. D'aboixll'Angoumois,Limouzin, Périgord, Agénois et Quercy se rendent à Chax-lemaigne,
lequel poursuit si opiniastrement Hunaud, qu'il est constraint
s'en fuir et se' retirer vers Lupus, duc de Gascogne. Charlemaigne mande à Lupus de le retenir, ce qu'il faict, et ainsi
Hunaud est prisonier ès mains de Charlemaigne qui le mène
en Italie pour luy oster tout moyen de troubler la province.
Charlemaigne, s'estantrendu paisible possesseur de la Guiene,
prend résolution d'aller faire la guerre en Saxe et Lombardie,
et pource que son íilz estoit encore fort jeune et qu'il le vouloit mener quand et luy, met un gouverneur à Bordeaux et un
comte à Tolose et à chascune des autres provinces particulières
d'Angoulesme, de Poitou, de Périgord, deLimouzin, d'Agénois,
de Quercy, d'Auvergne et autres, lesquels comtes il choisit
d'entre ses parents et, en leur baillant ces comtés, se réserve la
souveraineté royale et certain tribut annuel, le tout afin que,
pendant son absence, la Guiene tant subjecte à rébellions, fût
Premier comte
du Périgord.
mieux conservée soubz son obéyssance. Le comte par luy mis
1
en Périgord estoit nommé Walbodus, autrement Gilebaut ,
lequel nous mettons pour le premier comte de Périgord, quoy
qu'il y en aye qui disent que l'an 768, Pépin, après la défaicte
de Gaïfer, establit des comtes en la Guiene desquelz Gautier en
fut un pour le Périgord, mais il est croyable que c'estoit seulement pour un temps et par provision.
Charlemaigne, ayant ainsi pourvu à la Guiene, s'en va en
Saxe et Italie, où il faict la guerre l'espace de sept ans, et
1 Charlemagne établit en 778, gouverneur du Périgord, sous le titre de
comte,Wilba]de.Lesnomsdessuccesseurs
de celui-ci sont inconnus jusqu'à Eménon ou Imon, frère de Turpion, comte
d'Angoulême, fils d'Adalesme , comte
d'Angoulême et de Périgord.
A sa
mort, survenue le 2 2 juin 866, une nouvelle dynastie obtient le Périgord en
grande légation et le transmet, vers le
e
milieu du X siècle, par alliance, aux
comtes de la Marche. Les descendants
de ceux-ci, sous le nom de Talleyrand,
ont conservé le Périgord jusqu'en 1399.
(Art de vérifier les dates, 1784, p.
374 et suiv. — ÀA. SS.Ord. Bened.
Sec. iv ,pars 11, p. 73.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
41
l'an 778, passe en Espaigne contre les Sarrazins, prend sur eux
Pampalune, Saragousse et autres villes de Navarre et Aragon
et, après avoir rendu tributaire à soy une grande partie des
Espaignes et icelle constrainte de recevoir la foy clirestienne,
s'en retourne en France et, passant par le Périgord, visite le
monastère de Sarlat auquel il donne des grandes sommes d'or
et d'argent, quantité de pierres prétieuses de grande valeur, et
plusieurs reliques, entre lesqueles estoit une des espines de la .
courone de laquelle Jésus Christ futcoroné, lors de sa passion,
et une pièce de la sainte Croix, prend l'esglise et monastère en
sa protection, les met soubz le pouvoir de S' Pierre, prince
des Apostres, à la charge que, tous les ans, l'abbé et religieux
de la dicte esglise de Sarlat payeroi ut à l'esglise de Rome un
escu d'or de rante annuele et qu'ilz prieront Dieu pour luy et
diront tous les ans, tel jour qu'il décédera (qui fut le 28 janvier 814), une messe en haut, avec les solennités requises, pour
le salut de son âme et de ses parens. Le monastère l'a tousjours
depuys advoué pour fondateur, conjointement avec Pépin son
père 1 .
Vulgrin 2 est le second comte de Périgord ; ses armes estoint
1 Le culte de Charlemagne a toujours
été officiellement reconnu par les Sarladais, qui attribuent au grand empereur, de mème qu'au roi Pépin son
père , la qualité de restaurateur et
bienfaiteur de leur Eglise. La fête
de Charlemagne est inscrite au Propre
des saints du diocèse de Sarlat de
1677, sous cette rubrique : « Die 28
januarii. — In festo sancti Caroli Magni,
Franciœ Régis, confessoris et ecclesiœ Sarlatensis Restauratoris. Duplex. » Dans le
texte des leçons de la fête, la restauration
de l'église de Saint-Sauveur de Sarlat
n'est pas mentionnée, mais les leçons
de la fête de la translation des reliques
de saint Sacerdos signalent la restauration de l'Eglise abbatiale « à religiosis
viris, imperante Carolo Magno et régnante
Ludovico Pio ejus filio in Aquitaniâ », et
rapportent le don fait à l'Eglise de Sarlat
par l'empereur, d'une parcelle de la
vraie Croix, « ...pius Imperator Carolus
Magnus... honestavit, imò sanctificavit
ecclesiam et monasterium de Sarlato non
modicâ portione ligni Dominicœ Crucis. »
[Propr. SS. Sarlat., 1677. ^e 111 Julii,
p. 162. — Bollandistes, AA. SS.Maii, t. V,
p. 17. — Grands Historiens des Gaules,
t. V, édition Palmé. — Voir note 2, p. 3j.)
2 Le comte Wlgrin, que Tarde place en
789, doit être repoussé au siècle suivant,
866. C'est le fondateur de la 2 e dynastie de nos comtes. II est à peine utile de
faire remarquer ici que les armes que
Tarde attribue à Wlgrin n'ont jamais été
portées par lui, l'usage du blason n'ayant
commencé qu'au xn u siècle. Cet écusson
est celui des Comtes d'Angoulême, issus
de Wlgrin, éteints en 1181.
42
TABLE CHRONOLOGIQVE
lozangées d'or et degeule. II espousala íille du comte deTolose
qui luy porta pour son douère le vicomté
d'Agen. De ce mariage vindrent deux enfans, Aldoin (autrement Alain) et Guilhaume. Après la mort du père, Aldoin fut
comte d'Angoulesme et Guilhaume 1 comte
de Périgord. Les affaires que les roys avoint
en Italie et les troubles que les Normandz
apportointen France, leur aydèrent beaucoup pour rendre ces
2
comtés héréditaires. Guilhaume heutun íilz nommé Bernard
Tarde : « Cette donation, dit-il, est du
1 Guillaume, 3 e comte de Périgord au
« mois de juin 936, sous le règne de
6
vin siècle, d'après Tarde, doit être
« Louis, IV e dunom, ditd'Outre-mer, roy
repoussé aux ix e et X e (886-920). (Art
« de France ; elle fut confirmée par
de vérifier les dates. — Voir la note sui« Léon VII, au mois de janvier 937... »
vante.)
Les
frères Sainte-Marthe, dans le
3 Bernard, comte de Périgord, succéda
«
Gallia
Christiana » , ont suivi le sentià son père Guillaume en 920. 11 avait
ment du chanoine de Gérard.
épousé: i°Garsinde, 2 0 Berta ouEmme,
II convient de rapprocher de la charte,
qui lui donnèrent plusieurs enfants:
donnant
Sarlat à saint Odon, deux doArnauld son successeur, Bamnulfe, Ricuments émanés du même comte Berchard et deux autres enfants. (Art de
nard.
vérifier les dates, 1784, p. 375.)
L'un, daté comme la charte de SarLa date précise de la charte par lalat
: <c Data in mense junio régnante Deo
quelle le comte Bernard donne à saint
et Dompno Ludovico imperante », par laOdon le monastère et l'abbaye de Sarlat,
« cœnobium et abbatiam », est inconnue, quelle le comte donne Tabbaye de Branet ne sera sans doute jamais exacte- tôme à Tabbé Martin. Dans cette
charte, Bernard prend le titre de « Ego
ment déterminée.
Bernardus Grandin , Petragoricensis coOn ne peut admettre Tannée 817,
donnée par Tarde, et il faut, d'après les rnes ». M. G. Marinier (Bulletin de la
Société historique du Périgord , t. XI ,
dates principales de la vie des personp. 451, voit dans ce surnom de Grannages qui comparaissent dans la charte,
din une erreur de lecture. II faudrait
la rapporter au règne de Louis IV, dit
lire : « Ego Bernardus gratiâ Dei Petrad'Outre-mer,
Saint Odon, réformateur de Sarlat, goricensis cornes » , qui est la formule
employée par la chancellerie comtale
fut nommé abbé de Cluny en 926 et
dans les chartes de Sarlat et dans celle
mourut à Tours le 1 8 novembre 943 ;
de Terrasson, dont nous allons parler.
Louis IV d'Outre-mer fut couronné roi de
(Art de vérifier les dates, 1784, p. 375.
France le .19 juin 936; Bernard devint
-r- D. Claude Estiennot, Fragm. Histor.
comte de Périgord en 920.
Aquit., t. II, p. 92. — B. N. Ms. Fonds
La date de la charte du comte Bernard
se place donc entre la fin de Tannée g36 Périgord, LXXVÌI, p. 2 1 .)
L'autre charte est la donation faite par
et la fin de Tannée 943.
«
Bernardus
gratiâ Dei cornes » , à Tabbé
C'est en se fondant sur le raisonneAdacius, du monastère de Sainl-Sour
ment précédent que le chanoine de
de Gcnouillac (Terrasson).
Elle est
Gérard Latour, dans son Catalogue des
datée comme les deux premières. La
abbés et évêques de Sarlat ,
corrige
DE L'EGLISE DE SARLAT.
43
quatriesine comte de Périgord, lequel, conjointement avec
Grezinde sa femme, donne la terre et juridiction de Sarlat au
monastère appelé S'-Sauveur de Sarlat, pour estre possédée et
jouye à perpétuité par les abbés et religieux d'icelluy, à la
charge que ledict monastère seroit réformé soubz la règle de
S' Benoît. Ceste donation est faicte au moys de juin l'an de
grâce 817 et confirmée à Rome par le pape Léon III e 1 au
moys de janvier suivant, Louys-le-Débonaire 2 , íilz de Charlemaigne, estant empereur des romains et roy de France et de
Guienne 5 , laquelle concession est de la teneur que s'ensuit :
cc Dispositor ordinatorque mirificus omnium rerum Deus,
« qui, ut scriptum est, quos vult humiliât etquos vult exaltât.
« Certum est quia multos quos modò exaltât, in sceculo vente turo humiliabitj et qui de ipsis bonis superbientes sub
« potenti manu illius humiliare dedignantur ; quapropter jus« tum est ut homo subditus sit Deo et de iis quœ ab ipso perce cipit eidem placere studeat. Quòd ego, Bernai^dus, gratiâ
« Dei, Cornes Petragoricensis, haec omnia considerans, monas« terium Sancti Salvatoris, quod vocatur Sarlatum, quod
« modò minimè regulariter degit, sub jure meo retinei^e timui,
cc et in ordine monastico restituere dignum duxi. Quocircà
« notum sit omnibus ta m prœsentibus quàm futuris, quòd
« ego, consentiente uxore meâ Garsindâ, prsedictum locum
« cum omni abbatià [et] ad eum pertinentia inpotestate Sancti
et Salvatoris de meâ dominatione transposui, pro animâ vide« licet patris meiet matris meae etpraedecessoribus propinquis
femme du donateur est appelée Berta, ce
qui ferait croire que cette donation est
postérieure de quelques années à celle
de Sarlat. (Arch. histor. de la Gironde,
t. V, p. ni. Ex Cartul. Regul. — P.
de Marcâ, tíistor. Bearn., lib. III, cap. 5.
— Labbe, Nova bibliotheca Ms. t. II,
p. 181.— Baluze, Histor. Tutell. p. 26,
27 , 3o. — Mabillon , Acta SS. 0.
Bened., t. V, p. 149. — B. N. Ms.
Fonds d'Ohiénart. — Mabillon, Annales
Ord. Bened. t. 111, p. 406, 437. — Table
chronol. des Diplômes, t. I, p. 401. —
Bulletin de la Société historique du Périgord, t. XI, p. 450, 45 1, 452, 453.)
1 Lire : Léon VII.
a Lire : Louis IV d'Outre-mer.
3 Lire : d'Aquitaine.
Donation de l'abbaye
6
.
'
817
°
44
TABLE CHRONOLOGIQVE
« et pro me et uxore meâ et íìliis et íiliabus nostris , pro fra« tribus quoque nostris et amicis íìdelibus et specialiter pro
« illis qui predictum locum et babitatores defenderint. Igitur,
« ut dictum est, trado prsefatum locum domno Odoni et
« domno Adacio abbatibus 1 et monachis quos ibì veladduxe« rint vel congregaverint, ut videlicet ipsi et successores
« eorum, tàm ccenobium quàm omnem abbatiam sine ullà
« contradictione teneant et, post illorum discessum, qualem
«• voluerint, secundum regulam S" Benedicti abbatem sibi
« constituant. Sint autem et ipsi monachi in subjectione régis
« ad locum salvum faciendum et non ad aliquid persolven« dum nisi solas oi-ationes. Ceterùm contestor et adjuro
« omnes propinquos atque successores nostros cunctosque
« illius ccenobii vicinos tàm présentes quàm futuros, per tre« mendum sanctae Trinitatis nomen et meritum beatorum
« sanctorum quorum reliquiae inibì continentur ut nullus
« vel monachus seu quilibet homo res eorum inquietare aut
« in potestatealicujus redire prsesumat. Quòd si quis hei'edita« tem dispossidere tentaverit, maledicatur per orbem univerft sum et audiat : Deus meus, pone illum ut rotam et sicut sti« pulam ante faciem venti et confundatur in sœeulum sœculi et
« pereat. Non sit coheres Dei nostri nisi resipuerit, sed sit
« particeps Pharaoni qui ait : Deum nescio et Israël non
« dimittam. Ego Bernardus hoc datum à me factum , nutu
« Dei disponente, ratum perfectumque in perpetuum esse
« volo cura stipulatione subnixâ. Signum Bernardi comitis
« qui hoc donum fecit et scribere rogavit et manu propriâ
« íirmavitj signum Guillermi ; signum Arnaldi ; signum Gau« sberti ^ signum Bernardi \ signum Ranulphi ; signum Al« duini ^ signum Gausfredi 5 signum Heliae 5 signum Amaldomno Odoni Cluniacensi
1 «
abbati atque Adacio coabbati ejus. 0
(G. Christ., t. II, p. 495. Instrumenta.)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
45
« gerii ; signum Fulcherii; signum Oclolrici. Data in mense
« junii, régnante Deo et Domino Ludovicofege imperante. »
ODO 1 est le I er abbé de Sarlat à commencer le catalogue,
ordre et suitte d'iceux à la concession du comté de Périgord et
réformation du monastère en la règle de S'-Benoît, et ADACIVS
est le II e , lequel estoit coadjuteur d'Odo et désigné pour
luy succéder, comme apert par la susdicte concession.
Arnaud est le 5 e comte de Périgord, successeur de Bernard,
bienfaiteur de l'esglise de Sarlat 2 .
La religion chrestienne reçoit une rude attaque en Périgord
l'an 848, car les Normandz estant venus par mer en Guiene
1 Saint Odon ou Eudes, abbé et réformateur de Cluny en 926, de Sarlat en
937, mourut en 942 ou 943. II était honoré à Sarlat, qui le reconnaissait pour
son premier abbé, le 20 novembre. Les
leçons de son office (Proprium SS . Sarlat..
1677, p. 219, 220, 221) rappellent la
réforme qu'il fit des abbayes de Sarlat,
Terrasson, Tulle, dans lesquelles il rétablit la règle bénédictine dans sa pureté.
Àdace, appelé aussi Adase , Adaze ,
Atase, Adalaze, Adazace, fut le coadjuteur de saint Odon dans le gouvernement des monastères de la réforme de
Cluny, principalement de ceux du centre
et du midi de la France. C'est ainsi qu'on
le trouve mentionné après saint Odon,
avecla qualité d'abbé, dans les catalogues
de Sarlat , Tulle , Terrasson et Lézat
(Ariège). II faut certainement l'identifier
avec Ádalase, «homme très célèbre, supérieur d'un grand nombre de moines »,
dont parle Jean . dans la Vie de saint
Odon (L\b. 11, n° 12).
Cette qualification d'abbés attribuée à
Odon et Adace, dans les catalogues de
Sarlat, Terrasson, Tulle et Lézat, demande
une explication. On doit la traduire par
« supérieur général ». Leur pouvoir
général n'excíuait pas celui d'abbés
particuliers placés à la tète de chaque
maison réformée. Les noms de ceux-ci
se sont perdus pour Sarlat, Tulle et
Terrasson, mais nous trouvons saint Odon
abbé de Lézat en 941, Adase abbé du
même monastère en 944. — Dès 945,
Daniel est qualifié d'abbé de Lézat, ce
qui n'empêche pas que la même qualification est attribuée à Adase, en juillet
948, dans une donation que fait au
monastère Radveus. (Hist. Gén. du Languedoc, N 11 " Ed. t. V, Preuves, n° s 80, 88,
etc.. — Mabillon, Annales Benedict.
t. III, sub anno 940.)
L'abbé Adaze paraîtdansune donation,
faite par Odolric au monastère SaintSauveur de Sarlat, de l'église « indominicata » de Saint-Agapit de Peyrignac,
au diocèse de Cahors. Ce document
est faussement daté de la 19 e année du
règne du roi Louis d'Outre-mer, au mois
de juin, ce prince étant mort en 954.
Raluze a conservé le texte de cette
donation. (Hist. Tutell. p. 77-)'
On peut remarquer que Sarlat n'était
déjà plus sous l'obéissance de Cluny en
996, puisque, dans l'énumération des
monastères dont la possession est confirmée à Cluny par Grégoire V, à cette
dati1 , on ne trouve ni Sarlat, ni Tulle,
ni Fleury, ni Aui illac. (Mabillon, Annales Benedict., t. IV, p. 96.)
- Arnauld, 5 e comte de Périgord en
842, d'après Tarde, doit être Arnauld,
surnommé Bouration, fils de Bernard.
II succéda à son père et se rendit maître
du comté d'Angoulême, après la mort de
Guillaume Taillefer en 962. II mourut
en 975, sans enfants, laissantle comté de
Périgord à Boson I, dit le Vieux, comte
de Charroux et de la Marche, son oncle.
(Art de vérifier les dates, 1784, p. 3/5.)
46
852
86o
868
868
886
TABLE CHBONOLOGIQVE
prenent, pillent et bruslent Bordeaux et après montent le long
de la Dordoigne et, par tout où ilz passent, pillent etbruslent
les esglises, tuent les prestres qu'ilz treuvent et, après avoir ravagé tout le Périgord, s'en retournent à leurs vaisseaux.
L'an 852, leroy Charles, ne voulant plus que la Guiene portât
le titre de royaume, Térige en duché et y establit un prince de
Bourgoigne, son parent, nommé Ranulphe, qui est le premier
duc de Guiene.
L'an 860, ASSENARIVS * est le III e qui commande en
qualité d'abbé au monastère de Sarlat.
Les Normands, estant revenus l'an 868 ravager la Guiene, sont
attaqués par les princes de France et seigneurs du pays.
Ranulphe, premier duc de Guiene, est tué au combat, auquel
succède en la duché Guillaume, comte d'Auvergne.
e
Vulgrin 3 , second du nom, autrement Guilhaume, est le 6
comte de Périgord.
Charles-le-Gros, empereur des Romains et roy de France,
faict réparer l'esglise de Sarlat, laquelle il dict en ses letres patentes, datées de l'an 886, avoir esté édifiée « in honorera Salvatoris mundi in vico Sarlatcnsi, qui est situs in pago Petragoricensi 3 »,l'enrichit de plusieurs sommes d'or et d'argent et l'iionore de plusieurs reliques, veut qu'elle soit libre, la prind en
sa protection, deffend à toutes personnes de troubler l'abbé et
religieux d'icelle et d'usurper leur bien.
1 « Assenarius sive Assevarius, circà
g5o. — (Catalogue des abbés de Sarlat,
par le chanoine A. de Gérard-Latour.
B. N. Ms. Fds. Périgord, XII. — Vita S.
Sacerdotis ab Hugone Floriacensi. Migne,
tome CLXIII, p. 982.)
Cet abbé n'est connu que par son
inscription aux catalogues de Tarde et
de Gérard. Aucun document le concernant n'a été conservé.
2 Wlgrin II, 6° comte de Périgord
en 866, d'après Tarde, doit être identifié avec Wlgrin I. — (Voir notes, p. 41
et 42. — Art de v. les d.)
3 Cette phrase : « in honorent Salvatoris mundi in vico Sarlatensi qui est situs
in pago Peiragoricensi »,se retrouve dans
la Vie de saint Sacerdos qu'Hugues de
Fleury écrivait vers
1108. (Boll.
t. II Maii.) On peut douter que ce
diplôme de Charles-le-Chauve, daté de
886 ,
ait
existé.
Aucun écrivain
ancien ne le mentionne, sauf Tarde, qui
passe bien légèrement sur un document
de cette importance. C'est ce qui autorise
le doute.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
il
L'an 897, BASSENVS 1 estoit le IV e abbé de Sarlat.
Guillaume 2 , íilz de Vulgrin et frère d'Audoin, comte d'Angoulême, est le 7 e comte de Périgord.
Ranulphe 3 , 8 e comte de Périgord.
L'an 927, Eblius estoit le 3 e duc de Guiene, auquel succéda
Eblius son íìls, 4 e duc.
L'an 935, Guilhaume, second du nom, autrement appelé
Hugon, fils de Eblius, est le 5 e duc de Guiene.
L'an 945, BERNARDVS * est le Ve abbé de Sarlat.
1 « Bassenus fut le 4 e abbé, vers
960. » (Ch. de Gérard-Latour, loc. cit.)
2 Guillaume I, second fils de "Wlgrin,
comte de Périgord et d'Agenais en 886,
mourut en 920. II eutpour fils Bernard,
qui lui succéda, et pour fille Emme, mariée à BosonL comte de la Marche, qui
porta le comté de Périgord à son mari
après la mort, sans héritiers, de Bernard et de ses frères. (Art de vérifier
les dates, 1784, p. 375. —> Voir note 2.
p. 42.;
3 Bamnulphe, 8 e comte de Périgord,
d'après Tarde, n'existe pas.
* « Bernard I fut le sixième abbé,
vers l'an 975. » (Ch. de Gérard-Latour,
loc. cit.)
Avant Bernard, le chanoine de GérardLatour place : « Hubertus, simoniaque,
a vers l'an 970 » íibid.), connu par la
Vie de saint Sacerdos , qui raconte :
« Qualiter Hubertus pervasor ecclesie muna di Salvatoris sanctique Sacerdotis et
a Guillelmus, cornes Petragoricensis, ven0 ditor ecclesie ejusdem, perculsi sunt
« divina ultione ». (B. N. Ms. Lat. 55y5.
— Boll. A. A. S. S. t. II Mail)
Cette date de 970 ne peut pas être
maintenue, si l'on admet que le comte
s'appelait Guillaume, et rien n'autorise
à voir ici une erreur. II s'agit certainement de Guillaume qui régna de 886 à
920. Dès lors Hubert le Simoniaque
aurait occupé le siège avant 920. On
comprend d'ailleurs, par ce fait, combien
le monastère de Sarlat avait un urgent
besoin d'être réformé et que ce ne fut
pas sans nécessité que Bernard, fils de
Guillaume , prit la résolution de le
donner à l'abbé Odon, pour que celui-ci
ramenât dans cette maison la pureté de
la règle monastique.
La légende de saint Sacerdos, bien
antérieure à Hugues de Fleury, qui la
rédigea en latin vers 1 108, mentionne
un fait qu'il est bon de relever : a Léo
a Papa sanctissimus aecclesiam Salvatoris
a mundi et beatissimi confessons sancti
<Í Sacerdotis privilegio suœ Sanctitatis mu« nire decrevit. In quo privilegio anate« matizando prohibuit, ne quis presum« ptione vel arrogantia elatus, aul par en« tium generositate tumidus, seu quolibet
« alio modo non electione légitima mona« chorum ibidem domino servientium ipsius
« ecclesie audeat invadere dominatum, aul
« res ad eamdem pertinentes ullatenus
« diripere, minuere vel ahenare... »
Ce privilège n'est connu que par cette
mention et dut être accordé dans le
courant du IX e siècle.
Trois papes du nom de Léon ont régné
dans cette période : Léon III (795-816),
Léon IV (847-855), Léon V (905). Ce
dernier n'a eu que quarante jours de
pontificat, passés en prison. Les deux
premiers seuls peuvent avoir signé la
bulle de protection de l'Eglise de Sarlat.
Les Bollandistes penchent pour Léon
IV ; « videtur intelligi Léo IV » , disentils, d'après les notes du chanoine de
Gérard-Latour. Je croirais plutôt que
c'est à Léon III qu'il faut attribuer
cette bulle. Léon III vint en France
à deux reprises , en 799 et 804. 11
couronna Charlemagne Empereur en
800. — L'Jiglise de Sarlat tenait de
tradition que ce grsnd Pape avait con-
8 97
900
925
927
9 35
945
m
TABLE CHRONOLOGIQVE
Emme 1 succède au comté de Périgord et [est] comptée pour
le 9e comte ; elle fut mariée à Boso de Poitiers, duquel mariage
vient Adelbert autrement Hildebert.
Hildebert 2 , íilz de Boso, comte de Poitiers et d'Emme, comtesse de Périgord, est le 10 e comte de Périgord.
e
L'an 970, Guilhaume, IIIe du nom, íils de Hugon , est le 6
duc de Guiene. II fut surnommé Teste d'Estoupe.
Froterius est évesque de Périgueux, entre en possession le
10 juin et gouverne le diocèse 15 ans, 6 moys, 3 jours et décède
le 13 décembre 991.
sacré l'abbatiale et accordé des indulgen- Périgord à la mort d'Arnaud Bouration,
ces. (B. N. Ms. Fds. Périgord, XV, p. n.) du chef de sa femme Emme, tante du
Ce fait n'est pas prouvé, au contraire, si comte Arnaud, sœur du comte Bernard,
l'on accepte les conclusions d'une disser- fille du comte Guillaume I de Périgord.
tation du chanoine de Gérard-Latour, — Les dates de leur vie sont inconnues.
Après Emme et Boson, son mari,
envoyée par celui-ci à Bolland. (B. N.
Ms. Fds. Picardie, vol.XLIX, p. 47), mais comtes de Périgord, il faut placer Hélie I,
il n'est tradition ancienne et constante leur fils aîné, frère d'Hildebert, aussi
comte du Périgord. — (Art de vérifier
qui ne contienne une part de vérité.
Or les archives de Sarlat conservaient les dates, 1784, p. 3j5. — Voir aussi les
des pages 45 et 49.)
en 1 5 1 5 trace d'un bulle du pape Léon notes
2 Hildebert ou Aldebert I, second fils
III , écrite sur papyrus. Ne serait-ce
pas la bulle de privilèges dont parle la de Boson I, comte de la Marche, comte
légende de saint Sacerdos ? Je le croirais de Périgord, et d'Emme de Périgord,
succède à son frère Hélie I, mort sans
volontiers. Sous le pontificat de Léon III,
ou à une date voisine, l'abbaye de Sarlat enfants, vers 980. II se rendit célèbre par
s'était enrichie du corps de saint Sacer- ses conquêtes sur les Poitevins et les Toudos ; son vocable était devenu : « Eccle- rangeaux en 990 (circà) et s'empara de
Tours, dont ilfitprésentàFoulques Nerra,
sia Salvatoris mundi et sancti Sacerdotis ».
La Vie du saint nous montre quelle pros- comte d'Anjou. C'est pendant le siège de
périté apporta à l'abbaye la relique du cette ville qu'il avait fait à Hugues
saint évêque de Limoges, quelle affluence Capet sa fameuse réponse. Le noude pèlerins elle attirait, quelles grâces veau roi de France l'ayant sommé de se
son intercession leur obtenait. Est-il retirer, sur le refus du.comte, il lui avait
déraisonnable de penser que cette épo- fait demander : « Qui t'a fait comte ? »
que fut celle d'une reconstruction de à quoi Aldebert répliqua : « Ceux qui
l'abbatiale, grâce aux largesses du grand t'ont fait roi ». — Blessé au siège de
Empereur que l'Eglise de Sarlat a tou- Gençay d'un coup de flèche en 995, il
mourut de sa blessure et fut enterré à
jours reconnu pour son restaurateur, et
l'abbaye de Charroux.
que, d'autre part, les religieux profitèII laissa un fils en bas âge. Bernard,
rent de la présence en France du saint
comte
des deux Marches, qui ne monta
Pontife et de la faveur de Charlemagne,
pour obtenir du Pape des privilèges ? pas sur le siège comtal du Périgord. —
C'est probable. —C'est la bulle dont parle (Art de vérifier les d. 1784, p. 376.)
II eut pour successeur au comté de Péla Vie de saint Sacerdos qui les aurait
rigord Hélie II, fils du comte de la Marche,
octroyés.
1 Boson I, dit le Vieux, comte de son neveu. (Id. Voir note 1, p. 5i.)
Charroux et de la Marche, comte de
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
49
Gérard', comte de Périgord, succède à Hildebert et est le
11 e comte de Périgord ; il eut trois enfans : Hélie, Audederl et
Boson.
L'an 984, au temps que Froterius gotivernoit le diocèse de
Périgueux, GERALDVS estoit le VI e abbé de Sarlat.
Martinusest évesque de Périgueux et estoit de la maison des
comtes de Périgord, íilz cleBozon et neveu de Hélie et de Audebert ; il tind la chaire pendant 9 ans.
Hélie 2 , íilz ayné de Gérard, succède à son père au comté de
Périgord et peut estre nommé le 12 e comte ; il creva les yeux à
un sien enemi, coadjuteur de l'évesque de Limoges et voulant
en avoir son absolution, s'achemine à Rome et mourut par les
chemins, sans laisser aucun enfant, pour luy succéder, autre
que Martinus, évesque de Périgueux. A cause de quoy, le
comté fut divisé et pour ce que cy après il a esté souvent possédé par plusieurs à la soys en pariage ou autrement, je me
contenteray cy-après de monstrer le temps auquel chascun
d'eux a vescu sans déterminer lequantiesme il estoit.
Radolphus de Coalia est évesque de Périgueux et entre en
possession le 5 juillet de ceste année ; décède le S janvier 1013.
Audebert 3 , second íils de Gérard, succède au comté de Pé1 Gérard, 2 e comte de Périgord, d'après
Tarde, n'existe pas.
2 Hélie I, fils aîné de Boson I, comte
de la Marche, et d'Emme de Périgord
(et non de Gérard, comme dit Tarde),
lut comte de Périgord du vivant de son
père. Fait prisonnier et enfermé au château deMontignac en 975 par Géraud,
vicomte de Limoges, il s'échappa et
mourut en route pour Borne, où il allait
demander l'absolution du crime commis
par lui sur la personne de Benoît, chorévèque de Limoges. II laissa le comté
de Périgordàson frère puîné Hildebert I.
(Art de vérifier les dates, 1784, p. 376.)
Celui-ci est placé,, par erreur, avant Hélie I, par notre chroniqueur qui ignorait
que ces deux comtes fussent frères. (Voir
note 2, p. 48.)
3 Tarde fait deux personnages distincts d'Hildebert , fils de Boson et
d'Emme, et d' Hildebert, frère d'Hélie 1.
— II faut les confondre. — L'erreur provient de ce que notre chroniqueur fait
naître Hélie I d'un comte Gérard apocryphe, au lieu de lui donner pour père
Boson I, comte de la Marche. (Voir
note 2, p. 48.)
Cette erreur en a produit une autre.
— Tarde, faisant deux personnages du
fils de Boson et du frère d'Hélie I, sous
les noms de Hildebert I et Hildebert II,
laisse dans l'oubli le vrai Hildebert II,
dit Cadenat, qui succéda, vers 1 o3 1 ,àson
père Hélie II, fils de Boson II, comte de
la Marche, et d'Almodis. [Voir note 2,
980
984
99 1
995
1000
1006
50
TABLE CILRONOLOGIQVE
rigord, à son frère Hélie, décédé au voyage de Rome ; il eut
un enfant nommé Bernard qu'il institua héritier.
I0I
10I
Radulphus de Coalia, évesque de Périgueux décède le 5 janvier 1013 après avoir demeuré évesque 12 ans et demi auquel
3
succède Arnaldus Vitabrensis.
Arnaldus Vitabrensis, évesque dePérigueux, décède le 15 juillet 1036 et le 22 de son siège , auquel Geraldus de Gordonio
3
succède le premier de novembre 1037.
Jacques Rudel 1 se qualifie comte de Périgord ; je ne scay
I020
to3o
soubz quel cbroict.
L'an 1025, Guilhaume Teste-d'Estoupe, ayant quitté le
monde, décède dans un cloistre après avoir establi en sa place
Guy, son íìls, 7 e duc de Guiene, lequel estoit aussi comte de
Poitou et íitsa demeure ordinaire à Poitiers.
Bernard 2 , fils d'Audebert et petit-íilz de Gérard, est comte
,
de Périgord après le décès de son père Audebert, lequel comté
luy est hostilement usurpé par Bozon, comte de la Marche,
troisiesme íilz de Gérard et oncle dudict Bernard.
L'an 1 031 , AMERICVS est le VIIe abbé de Sarlat.
. 5
I0 3
o3
,
3
I0 7
Geraldus de Gordonio, évesque dePérigueux, entre en possession le premier de novembre 1037 et décède le 21 mars 1059,
après avoir possédé l'évesché 22 ans, 4 mois, 21 jours.
p. 48.) — Hildebert, dit Cadenat, est
connu par ses guerres avec Gérard de
Gourdon, évêque de Périgueux.
On ignore la date de sa mort, mais il
est certain qu'il mourut après son fils
Hélie III, qu'il avait associé au comté
en 1080, et qui lui-même ne vivait plus
en 1104. Hildebert II eut pour succèsseur Hélie IV, dit Rudel, son petit-fils,
fils d'Hélie III. (Art de vérifier les dates,
1784, p. 377.)
* Jacques Rudel, comte de Périgord
en 1020., d'après Tarde, n'existe pas.
Le comte était Hélie III.
- Bernard, comte de Périgord, héritier d'Aldebert II , d'après Tarde.
Tarde fait confusion avec Bernard, fils
unique d'Aldebert 1, comte de la HauteMarche et du Périgord, mort en 995 ,
mais celui-ci ne succéda pas à son père
au comté du Périgord. En vertu du
partage arbitré en 1006 par Guillaume , duc d'Aquitaine , il devint
comte de la Marche. Le comté de
Périgord fut attribué à Hélie II, son
cousin germain, fils aîné de Boson II,
comte de la Basse-Marche, et d'Almodis.
(Art de vérifier les dates, 1784, p. 376.)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
51
Boson 1 , 3 e fils de Ge'rard, est comte de Périgord, ayant
usurpé, comme dict est cy-devant , le comté sur Bernard son
nepveu, lequel son père Audebert avoit laissé moindre.
L'an 1 041 ^ Guilhaume, IVe du nom, dict Geoffroy, est le
8 me duc de Guiene.
Guilhermus de Monteberulpho, évesque de Périgueux, le
12 de mars 1060 et décède en grande réputation de sainteté le
13 febvier 1081, ayant fort ■ dignement régi le diocèse 20 ans,
1 1 moys, 3 jours.
L'an 1076, STEPHANVS est le VIII e abbé de Sarlat.
Guillaume, comte de Tolose, en ses lettres se qualifie comte
de Périgord, de Caors, d'Albi, Carcassone, Bodès, etc.
Reynaldus de Tiberio est évesque de Périgueux. Ce prélat,
estantallé à la guerre d'outre-mer, se trouve au siège d'Antioche
où, le 13 septembre 1099, en disant messe, fut occis à l 'au tel,
après avoir régi l'évesché 17 ans, 4 moys et 11 jours.
L'an 1086, Guillaume, VI e du nom, est le 9 e et dernier duc de
Guiene; il estoit fìlz de Guilhaume-Geofroy qui eut deux
femmes; cestui-ci fut íilz de la première, lequel hérita la duché de Guiene et comté de Poitou. La seconde femme estoit
fille du comte de Tolose, de laquelle nasquit Hugues-Aymond
qui succéda aux droietz que sa mère avoit sur le comté de
Tolose.
Hélie Rudel *, filz de Boson, est comte de Périgord, (il avoit
aussi nom Audebert); son père mourant le laissa moindre et
1 Boson II, comte de la Marche, n'a
jamais été comte du Périgord. 11 était
íils de Boson I et d'Emme de Périgord,
et non d'un comte de Périgord, Gérard,
apocryphe d'ailleurs. Son fils Hélie II,
succéda légalement à ses oncles, Hélie 1
et Hildebert, en vertu de la transaction
de 1006.
(Art de v. les d. p. 376.)
2 Hélie IV, dit Rudel, fds d'Hélie III,
comte associé de Périgord, et de Vas-
—
conie ou Brunichilde de Foix, comte
de Périgord vers 11 17, vivait en 1 146.
II ne laissa point de postérité.
Boson III, son oncle, second fils d'Aldebert II, avait été associé par Hélie IV,
son neveu, en 11 46.
II était seul
comte de Périgord en 11 55 et mourut
vers 1 1 69, laissant pour héritier Hélie
V. (A. de vérifier les dates, 1784, p. 378.)
52
TABLE CHBONOLOGTQVE
Guilhaume, duc de Guiene , fut son curateur lequel accorda
les enfans des deux frères, faisant que Bernard íilz d'Audebert
fût comte de la Marche qui lui estoit escheu de la part de leur
i ioo
I I I 2
L' histoire
entière du saint
Suaire de Cadoin.
Livre n, chap. 22
de la Guerre.
.Matth. xxiv.
ayeule et Hélie Rudel, comte de Périgord.
Guillermus d'Albarocâ, autrement d'Auberoche, est évesque
de Périgueux. II meurt le 2d'apvril M 23, après avoir tenu
le siège 24 ans.
L'an 1112, Guillaume d'Auberoche, estant évesque de Périgueux et Stephanus, abbé de Sarlat, le saint Suaire est apporté
à Cadoin 1 , après s'estre conservé durant le courant de onze
siècles, laquelle conservation et transport nous descrirons icy,
selon qu'il se collige d'un cartulaire qui est en la mesme abbaye
de Cadoin et après cy continuerons l'histoire tout de suite jusques à présent.
L'an 68 après la naissance de Jésus-Christ, qui est trois ans
avant que Tite-Vespasien assiégeât et prind la ville de Hiérusalem, plusieurs habitans , voyant les séditions et révoltes du
peuple, les préparations que faisoit Cestius, président en Syrie,
pour chastierles rebelles,ainsi queraporteJosèphe, et prévoyant
les maux qui, en bref, devoint arriver, suivirent le conseil
que Jésus-Christ avoit donné, disant : « Lors, ceux qui sont en
Judée, qu'ilz s'en fuyent aux montaignes ! » et sortirent de Hiérusalem avec leurs principaux meubles, et mesmement les
fidèles, que Dieu ne vouloit pas estre envelopés dans les misères
des obstinés, furent des premiers qui délaissèrent la ville pour
aller establir leur demeure ailleurs, et entre iceux se trouva un
juif íidèle, lequel quitta Hiérusalem pour s'en aller aux champs
avec deux enfans masles qu'il avoit et ses meubles plus prétieux, entre lesquelz estoit le saint Suaire qu'il avoit gardé fort
curieusement depuis la résurrection de Jésus-Christ. Quelques
1 Cadouin, chef-lieu de canton, arrondissement de Bergerac, ancien diocèse
de Sarlat.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
53
ans après, se voyant proclie de la mort, il fit héretier un de ses
en fans et donna un bien petit légat à l'autre. Après son décès le
légataire acheta le saint Suaire de l'héretier, lequel apporta une
telle bénédiction à sa maison que, peu detemps après, il devint
grandement riche et, an contraire, l'héretier devint pauvre
par plusieurs accidentz qui lui survindrent comme par punition d'avoir mesprisé et vendu ce sacré meuble. Les héretiers
de ce légataire le possédèrent de père en íìlz jusques à la cinquiesme génération, vivant tousjours chrestienement. Après
laquelle ne se trouva persone de la lignée pour succéder, d'où
s'ensuivirent plusieurs procès pour la succession des biens et
finalement, ne se trouvant aucun parent de la religion chrestienne assés pi-oche pour estre héretier, ce sacré linseul tomba
entre les mains des juifz de Hiérnsalem, lesquelz, quoy quilz
n'y o-eussent pas, le gardèr-ent néanmoins avec honneur et
respect, en récompense de quoy Dieu augmenta leurs moyens
et accreut leurs richesses. Long temps après et environ l'an
660, les juifz qui avoint embrassé la religion chrestienne estant
advertis de cela le demandèrent, disant leur apartenir comme
estant une relique du Dieu qu'ilz adoroint et en firent grande
instance. L'affaire vient à tel point que toute la ville de Hiérusalem fut divisée en deux factions de juifz chrestiens et juifz
non chrestiens, tous lesquelz, après plusieurs contestations, s'en
remirent au jugement de Muhavias, prince Sarrazin lequel
ayant faict porter ce saint linseul, fit faire un grand feu au
millieu de la place et leur déclaira qu'il vouloit que ce feu fut
juge de leur différent et manifestât à quel des deux parties le
Dieu des chrétiens vouloitqu'il fût donné et, cela dict, le jetta
dans les flammes, lesquelles, au lieu de le brusler et convertir
en cendres, l'eslevèrent en l'air et sans estre en rien offensé
1 Moaviah I, Calife d'Orient(66 1-680).
8
:;i
TABLE CIIRONOLOGIQYE
alla tomber dans la troupe des chrestiens et entre deux les plus
qualifiés, lesquels le prindrent avec honneur et rapportèrent
en leur esglise chantant loanges à Dieu. Béda, au livre : « De
locis sanctis, chap. 5 », et Baronnius, en l'an 678, disent que
c'estoit le suaire qui couvroit la teste de Jésus Christ et qu'il fut
truvé et manifesté en la façon susdite du temps de Muhavias,
prince des Sarrazins, qui mourut l'an 678, et raportent qu'il
estoit de la longueur de huit piedz ou environ. L'an 1 '100, Hugues,
surnommé le Grand, frère du roy de France et évesque du Puy
eri Auvergne 4: , estant allé au voyage d'outre-mer avec Godofroy de Bouillon, truva moyen, après la prinse de Hiérusalem,
de recouvrer ceste saincte relique et mourant en Palestine, la
baille à un prestre son aumosnier lequel, s'en revenant en
France avec ce saint Suaire, devint malade dans un navire où
il mourut et, recognoissant que son dernier jour s'approchoit,
le consigna ès mains d'un clerc, son serviteur, natif du Périgord,
lequel, après le décès de son maistre, prind un barillet, au millieu duquel il fit un moyen de bois, en telle sorte que le barillet se trouva divisé en deux. Et lors il mit ce sacré linge
dans une de ces moytiés et dans l'autre mettoit sa boisson et en
cëste sorte le porta en son pays natal et le posa en une esglize
près Cadoin , laquelle il avoit en charge et craignant que quelcùn
luy enlevât ce sien trésor, le laissa dans le barillet, lequel il
mit dans un armoire près de l'autel, ce qu'il manifesta seulement à quelques religieux de Cadoin ; mais comme un jour il
estoit absent, le feu se mit atout le vilage et brusla tout ce
qu'il se truva dans l'esglize, sauf l'armoire où estoitce barillet.
Les religieux de Cadoin, advertis de ce feu, y accourent et
1 Hugues le Grand, frère du roi de
France, célèbre par ses exploilsen Terre
Sainte, était comte de Yennandois. 11
mourut en Palestine le 18 octobre 1102.
(P. Anselme, Grands Officiers de la Courònne.) L'^vèque du Puy, avec lequel -
notre chroniqueur confond le précédent,
était Adhémar de Monteil, légat du Pape,
1
mort en Palestine en 1098. — Celui-ci
n'avait bien certainement aucune parenté
avec la maison royale de France.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
53
ayant rompu la porte de l'armoire, appointèrent ce barillet
dans leur esglize. Le clerc, revenu et instruit de ce qui s'estoit
passé, demande ce qu'on luy avoit pris. Les religieux disent,
qu'il leur appartient pour, avec le hazard de leur vie, l'avoir
conservé et garanti du feu. Le différent fut composé en ce que
ce clerc fut receu religieux avec eux et la garde de ceste relique
luy fut commise, sa vie durant, dans le monastère, etluy mesmes
jugea estre plus asseuré que dans une esglise cliampestre. Or,
pour avoir l'histoire entière, toute de suitte jusques à présent,
il faut sçavoir que, l'an 1392, Bertrand de Moulins, abbé de Cadoin, considérant les guerres qui estoint enGuiene et le schisme
qui affligeoit l'esglize gallicane, entre en appréhension que le
saint Suaire lui soit enlevé de Cadoin, tellement que, pour le
conserver, le porte secrètement à Tolose et le met en l'esglise
du Taur, du consentement de l'archevesque et chapitre de
Saint Estienne et pour ne le laisser ès mains d'autruy et en conserver la possession, se loge au devant de ladicte esglize du
Taur avec quelques religieux qu'il avoit amenés de Cadoin.
Deux ans après, un grand procès fut intenté en la cour du pape
entre le peuple du Périgord, le procureur fiscal du pape et procureur général de Tordre des Cistaux jointz au peuple, demandans d'une part et requérantz que le saint Suaire soit remis à
Cadoin et ledict Bertrand de Moulins, abbé, et ledict chapitre
Saint Estienne de Tolose, deffendans etincistans à ce qu'il demeure à Tolose, comme y estant plus assuré, d'autre. II y eut
plusieurs légations des deux parts vers le pape, vers le roy et
abbé des Cistaux. Plusieurs prélatz s'assemblent à Tolose sur
ce subject, lesquels ordonnent que le saint Suaire demeurera à
Tolose pour tousjours, soubz certaines conditions accordées
entre ledict abbé et le chapitre de Saint Estienne. L'an 1399 le
roy Charles VI désira le voir, l'archevesque de Tolose et l'abbé
de Cadoin, accompaignés de l'assesseur et scindic du chapitre
56
TABLE CHRONOLOGIQVE
Saint Estienne, partent de Tolose au moys de juillet et le luy
aportent à Paris et sont de retour le dernier de novembre, auquel jour le saint Suaire est receu à Tolose en procession générale avec une joye incompai^able, où il demeura jusques à l'an
1455, auquel quelques religieux de Cadoin, sans avoir esgard à
l'accord faictl'an 1394, Tenlevèrent de l'esglise du Taur et le
raportèrent à Cadoin, sur quoy fut formé un grand procès entre
ledict chapitre Saint Estienne et le monastère de Cadoin, pour
lequel accorder, Petrus Bonaldi, lors évesque de Sarlat, et
l'abbé du Mas frère de l'abbé de Cadoin, furent esleuz arbitres
par les parties, lesquels ordonnèrent que le saintSuaire seroit
raporté à Tolose, moyenant quatre cens escus d'or que le chapitre Saint Estienne seroit tenu bailler au monastère de Cadoin,
pour son desdomagement. Cet accord ne sortit pas à effet et le
saint Suaire demeura à Cadoin où il est encore et il y a demeuré
depuys, sans en bouger, si ce n'est du temps du roy Louis XI
lequel, estant à Poitiers, eut désir de le voir et manda à l'abbé
et religieux de le luy apporter, ce qu'ils firent et, après qu'il
l'eut veu, le raportèrent à Cadoin et, afin qu'ilz ne l'y retournassent sans quelque présent, le roy acheta la terre de Badefol
de deux ou trois qui y prétendoint droit et la donna à l'abbé et
monastère et a été le fondement du droit que l'abaye de Cadoin
prétend sur ceste place.
Pour continuer l'histoiredu saint Suaire, j'ay esté constraint
d'interrompre Tordre du temps que j'observe en toutes ces mémoires, mais pour y revenir, je dis que Tan 1112, lors que le
saintSuaire fut apporté à Cadoin, c'estoit seulement un petit
monastère de moynes vestus d'un habitblanc, qui vivoint d'au1 Ouen de Gaing, frère de Pierre de
Going, abbé de Cadouin, était prieur de
Saint-Saidos au diocèse de Montauban
lorsqu'il fut élu abbé du Mas-Grenier, le
14 novembre 1457. — II était mort en
1466. (Devic et Yaissète, Hist. gén. du
Languedoc, N" e Ed. t. IV, p. 589. — Fr.
Moulenq-. Doc. hist. sur le Tarn-et-Garonne, 1. 1, 252.)
DE L'ÉGLISE DE SABLAT.
:;7
mosnes soubz la conduite d'un d'iceux et soubz Tauttorité
de l'évesque diocésain, sans autre esglise que la cbapele SaintMichel qui est à présent à costé del'esglise abbatiale, qui ne sert
aujourd'huy que pour la sépulture des religieux, avec un petit
enclos qui paroit plus vieux que le reste des baslimens. Mais
l'an M 06, l'évesque de Périgueux leur concéda Pesglise de la
Salvetat ', pour la posséder à perpétuité, laquelle a esté depuys
parroissielle de Cadoin et, l'an 1115, ils furent receuz en Tordre
de Cisteaux et affiliation de Pontigny 2 , qui est une des quatre
principales qui dépendent immédiatement de Cysteaux, car
l'abbé de Pontigny leur envoya ceste année des religieux qui
leur enseignèrent le chant, les cérémonies et règles de Tordre.
L'an 1118, ils jettèrent les premiers fondemens de Tesglize qui
subsiste encore en son entier et, Tan 1140 , le pape, par bulle
expresse, appimiva et confirma les concessions faictes en leur
faveur et leur donna certains privilèges. Par ce dessus appert
que Cadoin a esté des premières abbayes de son ordre, car la
règle de Cysteaux fut approuvée et confirmée par le pape
Urbain second Tan 1098 et Tabbaye de Pontigny fut fondée
Tan 1104, soubz laquelle Cadouin fut receue Tan 1115, qui est
17 ans après le chef d'ordre et onze ans après Pontigny. Ceste
abbaye s'augmenta par la ménagerie des premiers religieux,
par les dixmes que l'évesque et chapitre de Périgueux leur
concédèrent et par les bienfaictz d'une reyne d'Angleterre,
des ducz de Guiene, des seigneurs de Baynac, Biron, et autres
du pays. Les abbayes qui en dépendent sont celles de Faize en
Bordelois, de Gondon en Agénois, de Fonguilhem en Bazadois, de Beaulieu au Carbon-Blanc-lès-Bordeaux , de SaintMarcel en Quercy etdeBonneval près Poitiers 3 .
1 La Salvetat, section de la commune
de Cadouin. Eglise ruinée dans la forêt
de la Bessède. (De Gourgues, Dict. top.)
3 Pontigny, commune du canton de Li-
gny-le-Châlel, arrondissement d'Auxerre
(Yonne). — Son abbaye était une des
quatre filles de Citeaux.
3 Les sept abbayes cisterciennes son-
58
1 j 22
1 1 23
, ,34
n 37
u 38
TABLE CHRONOLOGIQVE
L'an 1 122, ARNALDVS est le IX e abbé de Sarlat.
Guillermus de Nauclard, évesque de Périgueux, après le
décès de Guillermus d'Auberocbe, en apvril 1123, décède le
29 novembre M 38, ayant tenu le siège 14 ans et quelques moys.
L'an M 34 GYRBERTVS est comté X" abbé de Sarlat.
L'an 1137, Guillaume, duc de Guiene et comte de Poitou,
décède à Saint-Jacque en Galice laissant Aliénor sa fille héritière universelle de tous ses biens, laquelle est mariée la
même année à Louys-le-Jeune, íilz de Louis-le-Gros, roy de
France, qui, par le moyen de ce mariage, doibt estre appelé
10 e duc de Guiene. Un an après, qui est H38, Louis-le-Gros
estant décédé et Louis- le-Jeune luy succédant, la duché de
Guiene et comté de Poitou sont remis à la courone de France
par le moyen du susdi et mariage,
Gaufridus de Causé, autrement Geofroy de Causé [est]
évesque de Périgueux et décède le 28 d'aousgt 1142'.
dées par les religieux de Cadouin, dans
les i5 premières années de la fondation
de l'abbaye de Cadouin, prirent le nom
de « Filles de Cadouin ». — Ce sont :
Gondon-lès-Montastruc, au diocèse d'Agen; Fontguilhem, au diocèse de Bazas,
en 1 124 ; Faize, au diocèse de Bordeaux;
Bonnevaux, au diocèse de Poitiers;
Saint-Marcel (fondée au lieu de SeptFonts), au diocèse de Cahors ; Ardorel,
au diocèse d'Albi, depuis de Castres;
Clarian, au. diocèse d'EIne, depuis de
Perpignan. [G. Ch.)
Plusieurs autres abbayes furent de
la filiation de Cadouin : Grand-Selve, au
diocèse de Toulouse ; Valmagne, audiocèse d'Agde; Beaulieu,etc. (de Gourgues,
le Saint Suaire, 1868, p. 127.)
Arnaud, IX e abbé de Sarlat. C'est
à la prière de cet abbé qu'Hugues de
Sainte-Marie, moine de Fleury, composa,
en 1 107 ou 1 108 , la Vie de saint Sacerdos, évêque de Limoges, patron de Sarlat.(Boll. AA. SS. ProœmiumvitœS. Sacerdotis. Extrait par Baluze d'un Ms. de
la Bibliothèque Colbert, aujourd'hui
conservé à la B. N., Dép. des Ms., Fonds
Latin 55j5, ce Proœmium fut envoyé par
lui en 1 683 à son ami le chanoine de
Gérard-Latour, et transmis par celui-ci
aux Bollandistes, qui l'imprimèrent
dans le Supplément du mois de mai,
vol. III. Yoir aussi: Catalogue des abbés
et évêques, par le chanoine de GérardLatour, v° Arnaldus.)
1 « 1140. — Environ ce temps, le
« corps de saint Sacerdos, avec le re« venu du monastère, fut apporté de Cal« viac à l'église de Sarlat, laquelle a
« esté depuis appellée « ecclesia sancti
« Sahatoris Mundi et beati Sacerdotis »
« et le revenu uni à la mense abbatiale
« et de présent épiscopale : en laquelle
« église on célèbre solemnelement tous
« les ans l'anniversaire de ce transport
« le 3 e de juillet. » a (Ms. Tarde A.)
Sous la cote précédente nous désignerons dorénavant une copie abrégée de
la chroniquede Tarde, faite dans la première moitié du xvn" siècle, et apparte-
■ La translation des reliques de saint Sacerdos à Sarlat est placée au ix° siècle par l'auteur de la Vie du
saint. (Boll. AA. SS. t. II jlsoti.)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
59
Raymundus de Majolio est évesque de Périgueux. II décéda
le 23 décembre 1157, le 15 e de son siège.
Saint Bernard ', abbé de Clervaux, estant envoyé l'an 1 1 50 par
le pape Eugène III en Guiene pour réfuter les hérésies et
schismes qui, pour lors, travailloint l'esglise, vient à Tolose,
accornpaigné d'Albert 2 , évesque d'Ostie et deGeofre J , évesque
de Chartres et, après y avoir prêché quelques jours, vient à
Caors et de là à Sarlat où Girbertus estoit abbé et, un jour,
comme il eut achevé sa prédicatron, on luy présenta un grand
nombre de pains pour les bénir comme aux autres lieux où il
avoit esté. II estendit sa main sur ces pains et les bénit au nom
du Seigneur en faisant le signe de la croix et puys leur dict :
« En cecy vous cognoistrez que ce que nous vous prêchons est
« véritable et ce que les hérétiques vous ont persuadé est plain
« d'erreur, car les malades qui sont entre vous, après qu'ilz
« auront mangé de ce pain par nous bény, viendront à connant aujourd'hui à M. Gabriel Tarde.
Cette copie, très exacte dans les parties
qui concordent avec le manuscrit de
Toulouse, ne contient que la partie relative, à l'histoire ecclésiastique de Sarlat
et du diocèse. Les variantes importantes
que l'on trouve dans ce manuscrit seront
reproduites en note.
1 Saint Bernard, né en 1091, moine à
Cîteaux en III 3, fondateur et abbé
de Clairvaux en 1 ì i 5, f meurt le 20
août 11 53. Canonisé le 18 janvier
1 174. Docteur de l'Eglise en i83o.
Le célèbre miracle des pains est rapporté dans la vie du Saint écrite par
Geoffroi, moine et abbé de Clairvaux,
compagnon de Bernard et témoin oculaire. (Boll. AA. SS. t. IV Augusti.
(ij3g). Vila sancti Bernardi, auctore
Gaufrido, Lib. III, cap. V.; — Proprium
SS. Diœcesis Sarlatensis (1677). In festo
sancti Bernardi, 20 die Augusti, p. r 56 ;
— Dupuy, Estât de l'Eglise du Périgord ,
t. II, p. 5o, etc.)
Saint Bernard dut passer deux fois à
Sarlat: en allant en Albigeois vers le
mois d'avril 1 147, prêchant contre les
Henriciens.eten retournant à Clairvaux.
II devait être à Sarlat dans les premiers
jours du mois d'août 1 147, car.Geoffroi,
son compagnon et l'auteur de sa vie,
écrit aux moines de Clairvaux que
Bernard compte y être dans l'octave de
l'Assomption, c'-est-à-dire versle 20 août.
(Devic et Vaissète, Hist. gén. du, Languedoc, N»= Edition, t. III, p. 756.)
4 Lisez : Albéric, cardinal, évêque
d'Ostie. Sous-prieur de Cluny, prieur à
Saint-Martin-des-Champs, abbé de Vézelay en 1 1 3o, cardinal évêque d'Ostie en
11 38, mort à Verdun en 1148 .(1!.
Chevalier, Répertoire.)
3 Geoffroy de Lèves, évêque de Chartres en 1 1 16, mort le 24 janvier 1419.(6.
Chr. Eccles. Carnot. — U. Chev. Répert.)
Baronius place le miracle des pains
en 1 148, Tarde en II5O , Dupuy en
1 159. — Ces dates, d'après ce qui précède, doivent être rejetées. (Voir dans
le Bulletin de la Société historique du
Périgord, vol. VI, la lettre du chanoine
de Gérard-Latour à Mabillon du 27
août 1693.)
60
TABLE CHRONOLOGIQVE
« valescence ». L'évesque de Chartres là présent, voulant expli« quer ces paroles, adjouste : « s'ilz en mangent avec parfecte
« foy » ! A quoy saint Bernard, ne douhtant nullement de la
vertu, répliqua ainsi : « Je ne dis pas cela, mais quiconque en
« mangera sera guéri, de quelle maladie qu'il soit détenu, afin
« qu'ilz cognoissent que nous sommes véritables et vrays mes« sagers de Dieu ». L'effect suivit ces paroles et une si grande
multitude fut guérie en goustant de ce pain que la renommée
en fut esparse par toute la province, telleman que saint Bernard, s'en retornant, truvoit une si grande multitude de peuple par les chemins et lieux où ilpassoit, qu'il estoit constraint
se destom-ner des grandz chemins pour continuer ses voyages.
L'an 1 1 52 RAYMVNDVS de Félenon est le XI e abbé de Sarlat.
La mesme année, Eléonore, duchesse de Guiene et comtesse
de Poitou, ayant esté répudiée par Louis-le-Jeune, espouse en
secondes nopces Henri, duc de Normandie et comte d'Anjou,
lequel devoit succéder au royaume d'Angleterre. Ce second
mariage est cause que, dans deux ans, la Guiene changera
d'Estat, passant des François aux Anglois et est le fondement
de toutes les guerres qui surviendront entre les François et
Anglois jusques à l'an 1453.
Le pape Eugène III me , qui avoit esté disciple de saint Bernard,
par bulle expresse de l'an 1 1 53, prend en sa protection le monastère de Sarlat, auquel il donne certains privilèges et, après
avoir nommé les paroisses qui pour lors en dépendoint, veut
que le chapitre nomme les vicaires perpétuelz d'icelles. La
bulle est dressée à Raymond de Félenon cy-dessus nommé,
onziesme abbé de Sarlat et est de ceste teneur :
« EVGENÍVS , Episcopus, servus servorum Dei,
dilecto
« íilio Raymundo, Abbati Sarlatensis monasterii Sancti Salva« toris ,
ejusque successoribus regulariter substituendis in
« perpetuum. Quotiès illud à nobis petitur quod religioni et
DE L'ÉGLTSE DE SARLAT.
61
« honestati convenire dignoscitur , arrimo nos dèeet liberali
« concedere et petentium desideriis congruum impertiri suf« fragium. Eapropter , dilecte in Domino íìli Raymunde
« abbas, tuis justis postulationibus gratum impertientes assen« sum, Sarlatense monasterium, cui, Deo authore, présides,
« sub Beati Pétri et nostrâ protectione suscipimus et prsesentis
cc scripti privilegio communivimus \ statuentes ut idem locus,
« sicut ab ejus fùndatoribus nobilis mémorise Pipino et Cai^olo
« principibus institutum est, quietus et ab omni exactione seu
« gravamine, liber in perpetuum perseveret. Praetereà quas« cunque possessiones , qusecunque bona idem monasterium
cc in presenti juste et canonicè possidet aut in futurum con« cessione Pontiíìcum, largitione Regum vel Principum, obla« tione íidelium, seu aliis justis modis, Deo propitio, poterit
cc adipisci, íìrma tibi tuisque successoribus et illibata serven« tut ; in quibus hœc propriis duximus exprimenda voca« bulis : ecclesiam videlicet Sanctœ Mariae de Mercato 1 cum
11
cc decimis et appenditiis suis, S Martini de Campaignaco ',
3
cc S"Leontii cum appenditiis earum,S ta: Maria? deMontignaco ■
1
Cette bulle du pape Eugène III est un
des documents les plus importants qui
nous restent pour l'histoire de Fabbaye
deSarlat, d'autant plusintéressant qu'elle
donnerétatdespossessionsdel'Egîisede
e
Sarlat, au xn siècle,étatquines'estguère
modifié jusqu'au xvir3 siècle, comme le
remarque le chanoine de Gérard -Latour.
« Cette bulle, dit-il, sert encore de Pan.« carte au Chapitre ou de dénombrement
« des bénéfices qui dépendaient ancien« nement de l'abbaïe. » (Cat. des abbés de
Sarlat, v° Raymundus de Fénelon.)
Le même chanoine mentionne, sous
les dates de 1 146 et de 1 1 54, des Lettres apostoliques d'Eugène III et d'Anastase IV, « fondant certains privilèges
accordés à l'abbaïe de Sarlat. » [Catal.
des abbés.) Le texte en est perdu.
Nous avons adopté, pour l'identifìcation des 86 églises ou chapelles nommées
dans le document pontifical de 1 1 53, les
conclusions du travail de notre confrère
M. G. Marmier paru dans le Bulletin de
la Société' historique du Périgord, t. XI.
— Ces conclusions paraissent en géne'ral fondées.
Sainte-Marie, depuis église paroissiale
de Sarlat. Cetteidentisication est d'autant
plus certaine, que l'église Sainte-Marie
de Sarlat était le siège d'un prieuré
régulier, dépendant immédiatement de
l'abbaye, et dont le titulaire était un des
électeurs des abbés de Sarlat.
2 Saint-Martin de Campagnac, ancienne paroisse, aujourd'hui section de
la commune de Sarlat. — Le nom est
retenu par le château des anciens
viguiers de Campagnac (sans doute viguiers de la Temporalité de Temniac
dont Campagnac faisait partie.)
3 Saint-Léon-sur-Vezère , canton de
Montignac, ancien prieuré régulier,
4 Montignac-sur-Vézère.
62
TABLE CHBONOLOGIQVE
cum capella 1 intrà muros ipsius castriposita et cceteris ap« penditiis suis, S" Riberii 3 cum appentitis suis, S" Pétri de
B
a Corn \ S l3E Mundanae 'cum curiis de Marsiliaco , de Calabro \
8
7
cc S" Simeonis de Gordonio , S" Pétri de Cadory , capellam
1U
9
li
cc S tœ Maria? de Garlux , ecclesiam S Amandi de Simeirols ,
11
1
« medietatem redituum ecclesiae S líC Mariae de Pratis , S' Ja12 cum appenditiis suis, curtes de Ciourac 1 ',
cc cobi de Trapà
ll
« ecclesiam S t!e Mariae de Moncuq , S' œ Mariae de Capellâ
10
« cum plurimis ecclesiis et terris in Vicariâ de Gauves posi18
l
líC
•cc tis, ecclesias S li Hilarii de Doissac \ S Mariae de Sales ,
19
cc ecclesiam S" Sacerdotis de Aurencâ cum appenditiis suis in
21
22
« ecclesiis S" Vincentii 20 , S li Aviti , S li Martini de Drot ,S u Pétri
« de Auvert 23 , ecclesiam Stœ Mariae de Valle S" Martini de
20
« Calviaco '" cum appenditiis earum, ecclesiam S" Desiderii ,
a
1 Chapelle du château de Montignac.
2 Saint-Rabier, canton de Terrasson.
3 Saint-Pierre de Corn. Eglise ruinée, sur les bords de la Vézère, non loin
de Montignac (?).
4 Sainte-Mondane , canton de Carlux.
5 Sans doute Marsillac , ancienne
paroisse unie, à la Révolution, à SaintQuentin, canton de Sarlat. — Cependant, au xiv e siècle et jusqu'au xvnr2
siècle , l'église de Marsillac dépendait de l'abbaye de Saint-Amand de Coly.
6 Calabre. — Ancienne abbaye bénédictine, disparue vers le ix e siècle, aujourd'hui Sainte-Radegonde, commune
de Calviac.
7 Saint-Siméon de Gourdon (ch.-l.
d'arr. Lot). — Cette église subsiste encore
sous ce vocable.
8 Saint-Pierre de Cadory. — Cadio,
ruine, commune de Carlux (?) .
9 Chapelle de Sainte-Marie de Carlux, aujourd'hui disparue.
10 Saint-Amand de Simeyrols, canton
de Carlux.
11 Sainte-Marie dePrats. — Prats de
Carlux, ou Prats de Belvès.
12 Saint-Jacques de la Trape, canton
de Villefranche-de-Belvès.
13 « Curtes », les domaines de Siorac,
canton de Belvès.
14 Sainte-Marie de Montcuq. Ancienne église paroissiale de Belvès dans
un faubourg.
16 Sainte-Marie de Capelou , canton
de Belvès.
16, Vicairie de Carves , canton de
Belvès.
17 Saint- Ifilaire de Doissac, canton de
Belvès.
18 Sainte-Marie de Sales. — Sales de
Belvès, canton deBelvôs, ou Sales, près
Gavaudun (Lot-et-Garonne).
19 Saint-Sacerdos de Laurenque, près
Gavaudun, canton de Montflanquin (id.).
20 Saint-Vincent, indéterminé.
21 Saint-Avit-sur-Lède, canton de Montflanquin (Lot-el-Garonne).
22 Saint-Martin de Drot, ou de Villeréal, canton de Villeréal (id.).
23 Saint-Pierre du Vergt de Biron
(id.)
24 Sainte-Marie d Envals, commune de
Lausson, canton de Montflanquin (id.).
25 Saint-Martin de Calviac, canton de
Montflanquin (id.).
26 Saint-Didier ou Saint-Dizier, commune de Cavarc (id.).
DE L'EGLISE DE SARLAT.
63
« S" Saturnini l , S li Martini de Cauzac 2 , ecclesiam S tl Martini
3
« de Pertus , S" Martini de Lenvila \ S" Joannis de Podio-Gic
rolmi cum capellâ S te Mariae Magdalenae G , ecclesias S" Martini de Saussignac ':, S" Saturnini 'de Aunac 8 , S li Stephani
de Borchet \ S tœ Mariae de Montetonio 10 , S" Hilarii de Monas11
12
terio , S li Aviti de Balares , ecclesiam de Somensac 13 , S" Juliani
S* Pétri de Roquetâ 1o , ecclesiam S li Sulpitii de Pico 1G ,
ecclesiam S" Micaëlis de Lantes 17 , ecclesias Sancti Germani
18
de Ravanellâ cum appenditiis suis, S" Pétri de Nessâ 13 cum
appenditiis suis, medietatem redituum ecclesiae S u Amandi 20 ,
21
ecclesiam S" Cliristophori cura appenditiis suis, monaste22
rium Sigiacense cum appenditiis suis, ecclesias S l!0 Mariae
23
de Mercato , S ta! Mariae de Aurevilla S li Severini 2ii , S" Fron2G
tonis , S li Pétri de Monasterio 27 , S 1 * Crucis 28 , S li Perdul1 Saint-Saturnin, indéterminé.
2 Saint-Martin de Gahuzac, près
Castillonès.
3 Saint-Martin de Pertus, commune
de Sigoulès (Dordogne), église ruinée.
4 Saint-Martin de Lenville, commune
de Flaugeac.
5 Saint-Jean de Puyguilhem, canton
de Sigoulès.
0 Chapelle de Sainte-Marie-Madeleine,
indéterminée .
1 Saint-Martin de Saussignac, canton
de Sigoulès.
8 Saint- Saturnin de Agnac, canton de
Lauzun (Lot-et-Garonne).
9 Saint-Etienne de Boissec , près la
Sauvetat-du-Drot (id.).
10 Sainte-Marie de Monteton (id.)
11 Saint-IIilaire de Moustiers, canton
de Duras (id.).
12 Saint-Avit de Balares, indéterminé,
canton de Seyches (?)
13 Soumensac, canton de Duras (id.).
14 Saint-Julien, canton d'Eymet (Dordogne).
15 Saint-Pierre de Rouquette, canton
d'Eymet. ,
16 Saint-Sulpice-du-Pic (canton de
Naussanes) ou du Picon, canton de
Sainte-Foy (Gironde) .
" Saint-Michel deLentes,indéterminé.
18 Saint-Germain de Ravanelle. —• Ne
serait-ce point Gabanelle, canton de
Saint-Laurent-des-Vignes, ou Rabanel, canton deMonclar (Lot-et-Garonne) ?
19 Saint-Pierre d'Eynesse, canton de
Sainte-Foy (Gironde).
20 Saint-Amand de Boisse, ancienne
paroisse.
21 Saint-Christophe. — On peut hésiter entre Saint-Chrisiophe de Montbazillac, commune de Saint-Maixcnt, canton de
Bergerac, et Saint-Christophe de Montferrand, commune et canton de Beaumont.
22 Issigeac, canton et arrondissement de Bergerac. Ancien doyenné
conventuel.
23 Sainte-Marie < de Mercato », église
paroissiale dìssigeac (?), ouMarquand,
commune de Mandacou (?).
24 Sainte-Marie d'EjTenville, canton
d'Issigeac.
2 3 Saint-Séverin , Saint-Seurin de Prats ,
commune de Vélines (?).
26 Saint-Front, ancienne paroisse du
D. de Sarlat, près Castillonès. Position
inconnue.
21 Saint-Pierre de Monestier
commune, canton de Sigoulès.
28 Sainte-Croix
hameau, commune
de Monestier.
64
TABLE CHRONOLOGIQVE
3
phi S lœ Ëulaliae \ capellas S' œ Mariae de Monte , S" Joannis de
Agen S" Martini de Gardelas \ duas partes redituum eccle7
G
siae S tíe Mariae de Monsaguel , monasterium quoque de Filâ ,
10
U
cum ecclesiis S tœ Fidis 8 , S' œ Mariae de la Esterna \S Maurtii ,
13
S li Damiani u , S'* Mariae de Barbol
S lœ Mariae de Rocellâ ,
S'* Mariae de Berrat 14 cum decimis et earum appenditiis et
1G
cum medietate redituum ecclesiae S1 ' Pétri de Tounes ; vobis
et per vos Sarlatensi cœnohio coníirmamus ecclesias S" Pé17
tri de Gauiac 1G , St! Martini de Genehredo , S lx Mariae de
Sergiaco 18 cum pertinentiis earum. In parrochialibus autem
ecclesiis quastenetis, presbyteros eligatis et episcopo presentetis, quibus, si idonei fuerint, episcopus animarum curam
committat, ut de plebis quidem curâ episcopo respondeant,
vobis verò pro temporalibus ad ipsum monasterium pertinentibus, debitam subjectionem exibeant. Obeunte te, nunc
ejusdem loci abbate, vel tuorum quolibet successorum,
nullus ibi qualibet surreptionis astutià seu violentiâ praeponatur, nisi quem fratres communi consensu vel fratrum
pars consilii majoris secundum Dei timorem et Beati Bene1 Saint-Pardoux, indéterminé.
2 Sainte-Eulalie de Puyguillem, canton d'Eymet.
3 Notre-Dame de la Mothe, ancienne
église située sur le bord de la route
d'Eymet à Lauzun.
4 Saint-Jean d'Agen, chapelle inconnue .
5 Saint-Martin de Gardelle, commune de la Chapelle (Lot-et-Garonne).
6 Sainte-Marie de Monsaguel, canton d'Issigeac (Dordogne).
7 Saint-Sardos de Lafitte, canton de
Preyssas (Lot-et-Garonne).
8 Sainte-Foy-de-Pech Bardât, ou de
Dominipech, près Lafitte, commune de
Lacepède, canton de Preyssas (id.).
8 Sainte-Marie de Lesterne, commune
de Preyssas (id.).
10 Saint-Maurice, commune de Montpezat (id.).
11 Saint-Damien de Granges (id.).
12 Sainte-Marie de Barbol ou Barbot,
indéterminée.
13 Sainte-Marie de Rocellâ, indéterminée. — Roussel, village, commune de
Lafitte (1).
14 Sainte-Marie de Berrat.
13 Saint-Pierre de Toules, al. Tounes,
al. Tonces [G.Ch. — Ms. A.). Saint Pierre
de Tonneins, canton de Tonneins (?).
10 Saint-Pierre de Gaugeac, commune
de Montpazier.
17 Saint-Martin de Génibrède, commune de Paulhiac (Lot-et-Garonne).
18 Sainte-Marie de Sérignac (id.).
Cette Bulle du Pape Eugène III a été
imprimée plusieurs fois :
Dans le Gallia chrisliana,Ecclesia Sarlatensis (pièces justificatives) ;
Dans le fìullairede Rome (1739), t. II ;
Dans le Bullaire de Turin, t. II ;
D&nsla. Patrologie de Migne, t. CLXXX,
p. 1591.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
65
« dicti regulam providerint eligendura. Sepulturam quoque
« monasterii vestri et locorum ad ipsum pertinentium , sicut
« hactenùs habuistis, secundum antiquam consuetudinem, lice beram et quietam permanere eensemus. Nec archiepiscopus
« aut episcopus aliquis tàm ipsum Sarlatense cœnobium
cc quàm Fitense et Issigiacense mouasteria, seu abbatis persocc nam interdicere vel excomunicare praesumat. Nemo inobe« clientes monachos contra abbatem manu teneat. Nullus circà
cc ecclesias seu mouasteria vestra novas ecclesias viciniùs solito
« fundare praesumat. Decernimus ergò ut nulliomninò homicc num liceat praefatum monasterium temerè perturbare aut
« ejns possessiones auferre vel ablatas retinere. minuere seu
cc quibusdam vexationibus fatigare, sed omnia intégra conser« ventur eorum, pro quorum gubernatione ac sustentatione
« concessa sunt, usibus omnimodis profutura. Ad indicium
« autem hujus à Sede Apostolicà perceptae liberlatis, de supraoc dicto Sarlatense monasterio aureum unum, de Fitensi verò
« alterum , de Issigiacensi alium, quotannis nostrisque suc« cessoribus persolvetis. Si qua igitur in futurum ecclesiastica
cc secularisve persona, liane nostrae Gonstitutionis paginam
cc sciens contra eam temerè venire tentaverit, secundo tertiòve
cc commonita non satisfactione congruâ emendaverit,potestatis
cc honorisque seu dignitatis careat; reamque se divino judicio
« existere de perpetratâ iniquitate cognoscat et sacratissimo
cc corpore ac sanguine Dei et Domini Redemptoris nostri Jesu
« Ghristi aliéna íiat, atque in extremo examine districtae ultioni
cc subjaceat ^ cunctis autem eidem loco sua jura servantibus,
cc sit pax Domini nostri Jesu-Cliristi quatenùs et hic fructum
cc bonae actionis percipiant et apud districtum Judicem praemia
cc œteï^nœ pacis inveniant. Amen.
cc Ego Eugenius, Catliolicse Ecclesiae episcopus. Ego Gonra« dus, Sabinensis episcopus. EgoOdo, diaconuscaixl. S li Georgii
66
TABLE CHRONOLOGIQVE DE L'EGLISE DE SABLAT.
líe
« ad Vélum aureum. Ego Jacintus, dìaconus card. S Mariae in
« Gosmedin. EgoG. G.,presb. card. S li Calixti. EgoGuido, presb.
« card. S" Grisogoni. Ego Ismarus, Tusculanus episc. Ego
« Hugo, Ostiensis episc.
« Datum Romae apud Sanctum Petrum per manum Bosonis
« Slœ Romanae Ecclesiae scriptoris, V nonas maii , indictione
« prima, Incarnationis Dominicae anno MCLIII0 , Pontiíìcatûs
« verò Domini Eugenii [PP. III. an.] VIIIP. »
DV CINQVIESME ESTAT DV PÉRIGORD '
L
'AN 1154 Henri, duc de Normandie, comte d'Anjou et du
Mayne, espoux d'Eléonore, duchesse de Guiene et coin,
tesse de Poitou, succède à la courone d'Angleterre par
le décès du roy Estiene, son cousin, et par ce moyen, la
Guiene , avec ses dépendances, change d'Estat , venant en la
puissance et domination des Anglois et y demeure l'espace de
trois cens ans, à raison des enfans provenus du mariage desdictz Henry et Héléonore.
Joannes d'Assido est évesque de Périgueux lequel décéda le
3 may 1169 et le 12e de son siège.
Petrus Minetis est évesque de Périgueux lequel quitte la
charge avec la vie l'an 1190 et le 21 e de son épiscopat.
GARINVS de Comarque, l'an 1 169, est le
XII e abbé de Sarlat. II portoit ses armes : de
gueule à un coffre d'argent. II obtint une
bulle 2 du pape Alexandre IIIme en tout semblable à celle d'Eugène et conceue soubz les
mesmes privilèges et mesmes clauses, sans
autre changement que de la date, des noms
du pape et des cardinaux assistans, datée du VIII des ides de
1 « Ce cinquiesme Estât est soubz la
« domination des Anglois pendantlequel
« les villes et autres places du Périgord
« changent souvent de condition, obéys« sant tantost aux Anglois et tantost
« aux François, selon les divers événe« ments de la guerre. » (Ms. Tarde
B.) Nous désignerons sous la cote
précédente une copie, conservée à la
Bibliothèque nationale (Ms. Fonds
Périgord, t. XII), de la partie de la
chronique de Tarde concernant l'histoire civile et politique du Sarladais
pendant la période de la guerre des
Anglais. — Cette copie contient des
variantes importantes, qui seront données en note .
2 La bulle d'Alexandre III, accordant
(38
TABLE CI1R0N0L0GIQVE
e
May, indiction III, Pan de ì'Incarnation MCLXX et le XI de
son pontiíicat '.
Hélie Talayran. 2 ,íilz d'autre Talayran, est comte de Périgord.
Ademarus, autrement Aymar, est évesque des Périgordins.
3
RADVLPHVSdeCromiaco, Fan 1 195, estle XIIP abbé dèSar« Ego Petrus, diaconus card. Sancta;
à l'abbé Garinus et à l'abbaye de Sarlat
« Maria; [in Aquiro].
des privilèges el la protection du Saint« Datum Veruli per manum Gratiani,
Siège, est conçue dans les termes iden« sanctœ Bomanœ Ecclesia; subdiaconi ac
tiques à ceux de la bulle de 1 1 5 3 .
Cependant, on trouve quelques noms « notarii, VIII idus Maii, indictione tercc tia, Incarnationis Dominicaì MCLXX,
ajoutés à ceux des églises nommées
par Eugène III. Pour avoir une idée « pontificatus verò domini Alexandri
« PP. III anno undecimo. » ( Ms.
exacte de l'étendue des possessions de
Tarde A.)
l'abbaye de Sarlat, au xn e siècle, il est
L'abbé Garinus de Comarque mit
bon de les signaler ici.
aussi son église sous la protection du
Ce sont les églises ou chapelles de
Saint-Nicolas (hameau dans la banlieue roi Philippe I. Accompagné de plusieurs
moines, il alla présenter au roi la charte
de Sarlat); Sainte-Marie de Temniac
(section de la commune de Sarlat); Saint- de privilèges accordée à l' église de Sarlat
Pierre de Montaut (commune, canton par le roi Louis (Louis V, 986-987,
d'Issigeac) ; les domaines de la Banège plus probablement Louis IV d'Outremer,
936-954.) — Le roi, sur le vu de la
(ruisseau, canton d'Issigeac) ; SaintPierre de Vespa(?); Saint-Paul (?); Sainte- charte, la confirme, par lettres données
à Châteauneuf-sur-Loire en 1181 (B.
Marie de Gavaudun (canton de Montflanquin, Lotret-Garonne) ; Saint-Pierre et N. Ms. Fds Périgord XXXVI ; — Table
chronologique des Diplômes, par BréSaint-Saturnin de Calviac ; Fériol(?).
quigny et Pardessus, 1 769-1 865 ; —
Cette bulle est ainsi souscrite :
« Ego Alexander , catholicœ Ecclesiœ Ch. de Gérard-Latour, Catal. des abbés,
« episcopus. Ego Bernardus, Portuensis v° Guarinus.)
« et Sancta; Buflnse episcopus. Ego . 1 1 1 8 3 « Henri, fils aîné d'Henri, roi
d'Angleterre, et d'Eléonore, duchesse
« Hubaldus, presbyter card. tit. Sancta;
« Crucis in Jérusalem. Ego Joannes, de Guienne, décède au château de Mar« presbyter card. Sanctorum Joannis et tel en Quercy. » (Ms. Tarde B.)
2 Hélie V, dit Talleyrand, fils de
« Pauli tituli Pammachii. Ego IdebranBoson
III, comte de Périgord, dès 1 166,
« dus, basilicae duodecim Apostolorum
fithommageà Philippe-Auguste en 1204
« presbyter card. Ego Joannes, pres« byter card. Sanctœ Anastasiaj. Ego et périt en Terre-Sainte en 1205. (Art
« Guilhermus, tit. Sancti Pétri ad Vin- de vérifier les dates, 1784; p. 378, 379.)
3 Raoul de Cromiac, al. Cormiac (G.
ci cula
presbyter cardinalis. Ego Boso,
Chr.).
al. « Gromiac 1 1 g 5 . » (Catalo« presbyter card. tit. Sancti Laurentii
« in Damaso. Ego Joannes, presbyter gue des abbés de Sarlat par le chan. A.
de Gérard-Latour.) — Entre Raoul de
« card. Sancti Marci. Ego Teoditus,
les
« presbyter card. Sancti Vitalis tituli Cromiac ou Gromiac et Arnaud,
auteurs du G. Christiana (2 e édition)
« Vestinse. Ego Iacintus, diaconus card.
« Sanctse Marias in Cosmeden. Ego placent R. de Siorac, qui paraît en qua« Aruducio, diaconus card. Sancti Theo- lité d'abbé de Sarlat, dans le traité
entre Cadouin et Pontigny, en 1201.
u dori. Ego Manfredus, diaconus card.
Archambaut I, comte du Périgord,
« Sancti Georgii ad Vélum Aureum. Ego
« Hugo, diaconus card. Sancti Eustachii fils d'Hélie V, fait hommage au roi en
« j uxtà templum Agrippa? . Ego Yilellius, 1 2 1 2 et meurt sans postérité vers cette
date. (Art de vérif. les dates.)
« diaconus card. SS. Sergii et Bacchi.
69
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
lat',et Pan 1204, ARNALDVS est le XIV e . Cestui-ci transigea
avec les habitans touchant le dixme des jardinages dont ilz furent
deschargés, moyenant 175 livres qu'ilz se obligèrent bailler à
l'évesque de Périgueux en descharge de dix livres de rante que
l'abbé et monastère de Sarlat luy debvoint
annuelement. La transaction est du moys
de may audict an 1204. Au sceau du chapitre est représenté un évesque assis, vestu
pontificalement avec crosse et mitre, donnant la bénédiction, avec ceste inscription à
l'entour : SIGILLVM CAPITVLI SARLATEN . ; et au
derrière est un contreseau , représentant l'esglise en l'estat et
forme qu'elle estoit lors, avec ces motz à l'enlour : CONTRAS.
1 204
CAPITVLI SARLATEN \
BERNARDVS de Limegeoulz 3 , l'an 1208, est le XVe abbé
de Sarlat.
Raymond de Pons est évesque de Périgueux et successeur de
Ademarus car, l'an 1232 il comptoit le 23 e de son siège et
néanmoins, les années 1217 et 1220, Rodolphus autrement
Raoul de Turribus estoit évesque de Périgueux, ce que n'est
1 « 1 1 99. — En Limousin, un cheva« lier trouva les statues d'un empereur
f et de ses enfans et filles de la grant deur et grosseur naturele,
assis à
« table, estant toutes ces statues, tables,
« tréteaux et bans de fin or, le tout
« solide et non creux. II y avoit des
a letres escriptes qui faisoient entendre
f le nom de cet empereur et le temps
« qu'il avoit régné . Richard, roy d'An« gleterre, voulut avoir ce trésor par
« droit d'aubène, comme souverain au
« pays de Limozin, mais le chevalier
« qui l'avoit trouvé en sa terre ne le
« voulut bailler .- Richard l'assiège dans
a un chasteau nommé Chaulus de Ca« préol, auquel siège Richard est tué
a d'un coup de trait tiré par les assidue gés.
a Philippe-Auguste, roy de France et
« Henri et Richard, roys d'Angleterre,
cc se firent par diverses fois la guerre,
« mais les armées ne vindrent pas en
« Périgord. — 1200. — Les Périgour11 dins, ne pouvant supporter la dominait tion desAnglois,serévoltentetprennent
« plusieurs places fortes, qui occasionci na le roy d'Angleterre d'y venir avec
o une armée pour remettre ces places
« en son obéissance. » (Ms. Tarde B.)
2 On ne connaît malheureusement
aucune empreinte de ce sceau de l'abbaye de Sarlat, curieux par la représentation de l'ancienne abbatiale.
3 « Bertrandus de Limegeouls , circà
1208, nonBei-nardus. » (Gh. de GérardLatour, loc. cit.)
10
1208
1209
121-
70
1209
Les Albigeois.
1210
1214
TABLE CHRONOLOGIQVE
pas conti-adictoire, attendu que Raymond de Pons, ayant esté
créé cardinal et ne pouvant résider actuelement dans son diocèse, avoit pris pour coadjuteur ledict Raoul.
1
Le droitz que l'abbaye de Cadoin a sur Castillonès vient de
ce que, le 29apvril 1209, Pierre et Bertrand de Castillon, frères,
et Bufarole leur sœur, donnèrent ausditz abbé et monastère,
les deux tierces parties de la ten*e et jurisdiction de Castillonès et vieille ruine d'un chasteau et, quelque temps après,
l'autre tierce fut donnée aux mesmes abbé et monastère par
Geraud de Cazères qui se rendit religieux.
En ce temps il ne se parloit que des hérétiques Albigeois.
Ceste hérésie n'estoit autre chose que un renouvelement de
Terreur des Gotz Arriens, lequel plusieurs avoint conservé
en leurs familles et tenu caché et couvait depuys Clovis jusques
à ce temps auquel, se voyant supportés par le roy d'Aragon,
par Raymond, comte de Tolose, par les comtes de S' Giles, de
Foi et autres grandz seigneurs, s'estoint manifestés jusques à
prendre plusieurs places dans la Guiene et Languedoc, d'où
ilz faisointtant d'insolences que le peuple avoit esté constraint
de se liguer et armer, du consentement du roy, pour les exterminer. L'an 1210,1a croisade fut publiée contre eux. Le comte
de Monfort 2 est faict général de l'armée lequel, leur ayant
faict la guerre en Languedoc ès années 1212 et 1213, vient en
Quercy Tannée 1214 où il prind Monpezat \ puys vient en
6
4
Agénois où il prind Marmande et Cassanel et de là vient en
1 Castillonès, chef-lieu de canton du tir par le pape Innocent III. — Simon
Lot-et-Garonne.
de Montfort fut tué d'un coup de pierre
2 Simon, baron, puis comte de Mont- en assiégeant, en 12 18, Toulouse qui
fort, croisé en 11 99, se distingua en s'était
révoltée contre son autorité.
3
Palestine. II fut élu par les barons, en
Montpezat, ch.-lieu de canton (Loti2o8, chef de la croisade contre les
et-Garonne).
4 Marmande, ch.-lieu de canton (LotAlbigeois. II s'empara de Béziers et de
Carcassonne en 1209, battit Pierre II et-Garonne).
c Casseneuil, canton de Villene uved'Aragon, allié des Albigeois, àla bataille
de Muret en 1 2 1 3 , dépouilla de ses États d'Agenais (Lot-et-Garonne) .
le comte de Toulouse et s'en fit inves-
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
71
Périgord oùilprindle chasteau de Biron 1 , usurpé sur le sieur du
lieu par un gentilhome, nommé Martin d'Algayes 2 , affectionné
fauteur de la secte Albigeoise lequel, ayant apris que l'armée
venoit à luy, se retira dans le chasteau avec ceux du bourg, en
résolution de tenir bon, estimant la place imprenable, mais il
fut trompé, car ces paysans, se voyant pressés, prindrent l'effroy, capitulèrent et rendirent d'Algayes avec la place au comte
de Montfort qui la remit au vray et légitime propriétaire,
appellé Gontaud de Biron.
Et continuant son chemin et ses conquestes, il vint ès moys
de novembre et décembre sur le fleuve de Dordoigne pour
dénicher ces rebelles des places qu'ilz y tenoint. La première
qu'il y attaqua fut le chasteau de Dome 3 , lequel il prind sans
effort, d'autant que ces hérétiques, espouvantés de l'armée, s'en
estoint fouys et avoint la place vuiclé; il fit abbatre la plus
grosse tour qui fut en ce chasteau jusques aux fondemens. De
4
Dome, il alla à Mon fort , place qu'on estimoit imprenable,
tant pour l'assiette du lieu que pour les fortiíìcations qu'on y
avoit faictes. Néanmoins il fut prinz d'abbordet sans résistance.
6
Bernard de Cauzeac , seigneur du lieu , n'eut pas le courage
d'attendre l'armée, il prind la fuite à la dérobée et. laissa sa
maison vuide et sans deffence. Ce chasteau fut rasé jusques
aux fondemens en hayne des cruautés que le seigneur et darne
1 Biron, commune, canton de Montpazier. — Siège d'une des quatre premières baronnies du Périgord.
2 Simon de Montfort, après la . prise
de Biron, fait traîner à la queue de son
cheval et pendre ensuite un certain
Martin Algay, espagnol, qui, après avoir
servi sous ses ordres, l'avait trahi et
était passé sous la bannière du comte
de Toulouse. Ce Martin Algay était un
chef de routiers comme Mercadier et
Louvart. II avaitépousé une fille d'Henri
de Gontaut, seigneur de Bigaroque et
de Biron, et était lui-même seigneur de
ces deux terres au moment de sa mort.
— (Pierre, moine des Vaux de Cernay,
dans le Recueil des Historiens des Gaules
t. XIX, p. 65 ; — G. Ch. t. II, :55o.
Ecoles. Sai'lat. abb. Cadun.).
3
Dome, ch.-l. de canton, arrondissement de Sarlat ("Dordogne).
4
Montfort, bourg, section de la commune de Vitrac, canton et arrondissement de Sarlat.
5
Bernard de Casnac, seigneur de
Montfort, Ailhac et Castelnau, mari
d'Alix de Turenne, sœur de RaymondIV,
vicomte de Turenne.
72
TABLE CHRONOLOGIQVE
du lieu avoint commis contre les catholiques, car ceux que ce
tyran rencontrait allant à l'arme'e, il leur coupoitpiedz et mains
et leur crevoit les yeux ou les faisoit mourir, et sa femme, qui
estoit sœur du vicomte de Turene, exerçoit mesmes cruautés envers les femmes ausquelles elle faisoit couper les mameles et
lepoulce des mains pour leur oster tout moyen de gagner leur
vie, lesquelles cruautés furent veues en mesme temps qu'on
rasoit ce chasteau, car le comte de Montfort, ayant pris son
logement à Sarlat, trouva dans le monastère cent cinquante
hommes et plusieurs femmes qui avoint esté extropiés en la
façon susdicte par lesdictz Cazenac et sa femme et qui estoint
nourris auxdespens du monastère, comme estant de tout temps
le refuge de ceux qui estoint persécutés pour la religion. Mon1
fort estant razé , l'armée descend à Castelnau de Berhières,
place forte et Lien munie, laquelle est prise et le comte de
Montfort se résout de la garder et y mettre une garnison pour
arrester ceux qui voudroint brasser quelque révolte. Le chasteau de Beynac 2 estoit aussi habité par un seigneur hérétique
et si grand opresseur des catholiques que le peuple appeloit
ceste maison « l'arche de Satan ». Le comte y alla, le prit et fit
abbatre les tours et murailles. Ces quatre chasteaux avoint esté
la retraite de l'hérésie et tyrannie par l'espace de plusieurs ans,
mais, après que les trois fui'ent razés et la garnison laissée à
Castelnau, la paix et repos s'en ensuivit, non seulement au
destroit Sarladois, mais aussi en tout le Périgord et Quercy. En
ceste guerre ori se servoit de certaines machines qu'ilz appe1 Castelnau de Berbiguières, commune du canton de Dome, arrondissement de Sarlat.
2 Beynac, commune du canton de Sarlat , siège d'une des quatre premières
baronniesdu Périgord.
c Le château de Baynac fut pris par
« Simon, comte de Montfort, sur Gail-
« lard de Baynac. On prétend qu'il fît
« une belle défense, que la fameusetour
« appelée c des Sarrazins » futbrûlée,'
a malgréla recommandation de Philippe
« Auguste au comte de Montfort de
« ménager, en la personne de Baynac,
te l'allié de la France. » (B. N. Fds. Péria #or(i, t. CXXI,'Dossier Baynac,]). 2, v°.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
73
loint « cattasy> faictes de plusieurs grandes pièces de bois, par
le moyen desquelles on jettoit de grosses pierres que les historiens de ce temps là appelent « molarcs lapides. »
Archambaud \ íllz d'Élie, comte de Périgord est en l'armée
1220
du comte de Monfort contre les Albigeois. II laisse un íllz portant mesme nom que lui \
HELIAS de tJmion 3 est le XVI e abbé de Sarlat, l'an
1225, auquel an la guerre
est
ouverte
1225
en Guiene entre
les François et Anglois . L'armée du roy Louys VIII s'aprochant du Périgord, l'Anglois fortifie les places de sur Dorù
4
doigne et renforce les garnison s de Bergerac et Limeuil , pour
empêcher le passage de la rivière, mais le François, recognoissantrimportance de ces deux places, les assiège et les prend et
met le reste du Périgord en son obéyssance.
L'an 1 229, STEPHANVS de Rignac est le XVII e abbé de Sarlat
0
et, l'an 1 232, HELIAS Pétri est le XVIII e , pendant la vie et gouvernement duquel arriva un signalé miracle à Saint-Léons-surVézère 7 , membre dépendant de l'abbaye de Sarlat, comme il est
1 Archambaud II, fils puîné d'Hélie V,
comte du Périgord, succède à Archambaud I, comte du Périgord, son frère
aîné, vers i2i2,et meurt vers 1243. (Art
devérif. les dates, 1784, p. 379.)
2 Après B. de Limegeouls, et avant
Hélie, abbés de Sarlat, le chanoine de
Gérard-Latour place': « Guido de Cornil,
1212, prsetermissus à Sanmarthanis »
(loc. cit.). Cet abbé est inséré au catalogue, dans les éditions suivantes du
Gallia Christiana.
Gui de Cornil est nommé dans
l'acte par lequel Jean de Veyrac,
évêque de Limoges, commissaire nommé
par le roi Philippe, déclare, après enquête, que les habitants de Sarlat doivent la taille à l'abbé, lors de son élection. « Actum Sarlati. 1 2 Kal. decembris
121 2. » — (B. N. Ms. Fds. Périgord,
XXXVIII; — Chanoine de Gérard, Ùatal.
des abbés, v° « Guido de Cornil».)
3 «HéliedeUnione,non Vinione, 1225
circà ». (Chanoine de Gérard, loc. cit.)
II était déjà abbé de Sarlaten 1 2 14. Cette
année, le 14 septembre, Hélie, abbé
de Sarlat, prête serment de fidélité à
Simon, comte de Montfort, pour les
chevaliers et habitants de la Roque
de Gajac. — Acte passé à Dome. —
B. N. Ms. Fds. Périgord, LXX.) « II se
disoit chappellain d'un cardinal prestre
nommé le cardinal de Saint-Laurent. »
(Ms. Tarde A ; — Chanoine de GérardLatour, loc. cit.)
4 Bergerac, chef-lieu d'arrondissement (Dordogne.)
5 Limeuil, commune du canton de
Sainte-Alvère, arrondissement de Bergerac.
G « Helias Pétri, 1229. » (Chanoine
de Gérard-Latour, loco citato.)
7 Saint-Léon-sur-Vézère, commune du
canton de Montignac, arrondissement
de Sarlat, ancien Prieuré conventuel.
1229
1232
74
TABLE CHRONOLOGIQVE
raporté dans un cartulaire ou manuscrit qui est gardé parmi
les reliques de Tesglise dudit Saint-Léons de ceste teneur :
<c Salvi et Malvat et B.Bromi^joans à la butte le 5 novembre 4235
« au bourg de Saint Léons^ près la croix appelée de PHospital,
« eurent différent et B. Broumi^ voulant descharger sa colère^tirec
« un coup de traict contre la croix d?ou il sortit du sang qui y
« paroit encore et, sur le champ, la face luy tourna ce devant
« derrière et mourut. Ce miracle fut faict en présance de Estiene
« Talonariet Jean Feudete, lequel manuscrit est signé: B. Filon \ »
Petrus de St0 Asterio ,
autrement
de
Saint-Astier, est
évesque de Périgueux lequel, après avoir fort religieusement
gouverné son diocèse l'espace de 33 ans, leremitentre les mains
du pape Clément IV l'an 1267 et fît profession de l'ordre Saint
Dominique, au couvent de Limoges où il vesquit 8 ans et y décéda le 14 juillet 1275.
BERNARD del Couderc est le XIXe abbé de Sarlat Fan 1236,
auquel et au monastère Marguerite, dame de Montignac et
femme de Raymond de Pons, remet les droietz qu'elle avoit sur
2
le prieuré Saint-Thomas de Montignac , membre despendant
dudict Sarlat et y eslit sa sépulture.
L'an 1238 GERALDVS de Vallibus
3
est le XX 0 abbé de
Sarlat. II estoit de Ja maison de Palovezi et la devise de son
cachet estoit une grande croix.
l . Le miracle de Saint-Léon est rap- Vézère, lieu indéterminé, situé à « 3 ou
400 pas du château ». (Table chron. de
porté par le P. Dupuy (Estât de l'Eglise
l'église de Sarlat, subanno i58o.)
de Périgord, II, p. 82) dans les mêmes
3 « Gerardus deVallibus, al. Geraldus.
termes. L'inscription de la chapelle,
1238. » (Chanoine de Gérard-Latour,
qui existe encore, est du xvii û siècle. (Voir Bulletin, VI, 378.) M. Galy Catalogue... etc.) Cet abbé, au mois de
novembre 1 238, prête au roi le serment
a signalé [ibid. VI, 292)
une petite
de fidélité, pour lui et ses vassaux, ses
charte, venant du fonds de Mourcin,
châteaux etses possessions. —Acte scellé
concernant ce miracle. Elle n'a pas été
du sceau de l'abbé. (Orig. parchemin.
publiée. Le second témoin du miracle
Arch. nat. J. 627, n° 9 ; — Douët
est appelé aussi : Jean Sendeli. (Ms.
d'Arcq, n° 9083 ; — de Bosredoii, SiTarde A.)
2 Saint-Thomas de Montignac-sur- gillographie du Périgord, n° 440.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
75
L'an 1240, il plaidoit avec les bourgeois de la ville devant
l'abbé de Tortoyrac commissaire délégué du pape. Le subject
du différend estoit que, pendant les guerres des Albigeois et
Anglois, les habitans de la ville avoint créé des magistratz plébéens avec titre de consul, tant pour leur
conservation que pour la police, et disoint
avoir droit de communauté de ville, d'archives , seau et maison commune , ce que
l'abbé dénioit et s'y opposoit, tant en son nom
que du monastère. Sur ce mesme différent,
l'an 1 248 , Géraud de Malemort, sénéchal de
Périgord, vint à Sarlat pour ouyr les parties.
2
L'an 1239 , Alphonse, frère du roy saint Louys et comte de
Poitou, espouse Jeane, fille unique de Raymond, comte de Tolose, faict jetter les premiers fondemens de la ville de Castillonès \ L'abbé de Cadoin 4 donne le fondz pour bastir avec la justice de tous lé destroit de Castillonès, qui luy apartenoit depuys l'an 1209, comme est dict cy devant. Le plan de la ville
fut pris et borné par Gautier de Rampoux, baillis de Monflanquin, député par le comte et par PonsMénárd, comis par l'abbé
de Cadoin.
6
Archambaut , íllz d'autre Archambaut est comte de Périgord. II espousa Marie, fille du comte de Tolose et de ce mariage sortit Hélie Talayran.
Pontius [est] séneschal de Périgord.
1 Guillaume, abbé de Tourtoirac.
2 La date du mariage est incertaine.
(Boutaric, Saint Louis et Alfonse de Poitiers, p. 41.)
3 Castillonès, canton de l'arrondissement de Villeneuve-d'Agénais (Lot-etGaronne) .
4 L'abbé de Cadouin était en 1239
Jean Bertrand.
5 Archambaud II, comte de Périgord,
frère d'Archambaud I, fils d'Hélie V
(12 12-1243 circà). Hélie VI succède
à son père Archambaud II en 1 245 et
meurt vers i25o, laissant pour héritier
son fils Archambaud III, qui est comte
de Périgord en i25o et meurt vers
1266. (Art de vérifier les ddtes, 1784,
3 79 .)
1239
Castillonès.
1240
1240
76
1248
1 249
1253
Villeneuve
d'Age'nois.
1258
TABLE CHRONOLOGIQVE
Geraud de Malamort [est] sénesehal de Périgord.
e
L'an 1 249, HELIAS 1 de Maignanac est le XXI abbé de Sarlat.
L'escu de ses armes estoit : de gule chargé de
trois mains d'argent,en devise, la pointe des
doigtz en haut. II décéda bientôt après car,
l'an 1250, BERNARD est compté XXIP abbé
du mesme monastère.
Alphonse, comte de Tolose, l'an 1 253, donne
à l'abbé d'Aysses le territoire de Gaiac pour
y bastir la partie de Villeneuve 2 qui est deçà le'pont. Les privilèges de l'autre moytié sont en date de l'an 1220.
La mesme année 1253 Pierre Servientis estoit sénéchal de
Périgord.
Henri, roy d'Angleterre, faict paix avec le roy saint Louys
l'an 1258 3 ; il quitta tous les droictz par luy prétendus sur la
Normandie, Poitou, Anjou, Mayne et autres et le roy saint
Louys luy cède, moyenant homage, la Guíenedepuys larivière
de Charente jusques aux Monts Pyrénées, y comprenant le Limosin, Périgord, Quercy et Agénois.
1
e
La même année 1258, GERALDVS d'Albusson est le XXIII
abbé de Sarlat, II portoit ses armes : d'or à
trois palz d'azur chargés de sept coquilles
d'argent, sçavoir trois au pal du milieu, et
deux à chascun des autres. L'abbaye fut en
dispute entre ces trois derniers abbés, lesquelz playdoint encore à Rome l'an 1260 et,
1 «Hélias de Magnanac, 1247 circà. »
(Chanoine de Gérard-Latour, loc. cit. —
G. Ch. 2 e édition.)
2 Villeneuve-d'Agénais, chef-lieu d'arrondissement (Lot-et-Garonne). Bastide
fondée, entre 1264 et 1268, par Philippe de Villa Paverosa, sénéchal d'Alphonse, comte de Toulouse et de Poitiers, sur un territoire nommé Gajac,
dépendant de l'abbaye d'Eysses. (G.
Ch., t. II, col 435 ; — B. Nat Ms. Fonds
Oiliénart, t. CVII; — Curie Seimbres, Essai
sur les Bastides, 1880, p. 229.)
3 Traité de Westminster, 2 5 juillet
1259.
4 1 Geraldus de Albussone, 1255. »
(Chanoine de Gérard-Latour, loc. cit. ; —
G. Ch. 2° édition.)
77
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
néanmoins, ARNALDVS de Stapone 1 est, la mesme année,
compté pour le XXIIIIe abbé.
C'est en ce temps qu'on procédoit à Sarlat à la construction
et bastiment du couvent S* François 2 ; Gaillard de Baynac \ baron dudict lieu, lit bastir Pesglize, le sieur de Fages íit faire le
cloistre et les habitans pourvurent au reste \
L'an 1261, Pons Maynard et Denis de la Haye, procureur de
Guilhaume deBaignolz, sénéchal d'Agénois et Querci pour le
seigneur Alphonse, comte de Tolose, jettent les premiers fondemensdela ville et bastille de Villefranche de Périgord 5 et compilentles fors etcostumes etprivilèges. Et d'autant quele sieur comte
n'avoitencelieu-làaucun fief en propriété, Bertrand de Pestillac,
C'est à tort que certains généalogistes
attribuent G. d'Albusson à la grande
famille d'Aubusson, dans la Marche limousine. L'abbé Gerauld et son prédécesseur Hélie de Magnanac appartenaient à deux des plus anciennes
familles de la grande bourgeoisie de
Sarlat, éteintes Tune et l'autre à la fin
du xvi e siècle seulement
'« Arnaldusde Stapone, 1 260-1 274.»
(Chanoine de Gérard-Latour, loc. cit.
et G. Chr. 2 e édition.) Cet abbé fut tué
d'un coup de flèche en 1 274, pendant
qu'il lisait la xn e leçon, le jour de la dédicace de son église. Plusieurs moines
de Sarlat furent emprisonnés à ce sujet.
(Majus Chronicon Lemovic. à Petro Coral,
dans le Recueil des Historiens des Gaules,
t. XXI, p. 779.
2 II s'agit du couvent des Cordeliers,
bâti hors la ville, dans le faubourg de
Lendrevie, qui a subsisté, jusqu'à la Révolution.
3 Par . acte du 3 septembre 1238 ,
Guirauld de Vals, abbé de Sarlat, cède
à Raymond VII, comte de Toulouse, marquis de Provence, fhommage dû à
l'abbaye et les droits possédés par elle
sur la seigneurie de Beynac, sousl'hommage que le comte de Toulouse devra
rendre au monastère de Sarlat en l'église abbatiale. Parle môme instrument,
Gaillard, chevalier, seigneur de Beynac,
du consentement de l'abbé de Sarlat,
rend au comte de Toulouse l'hommage des
bourg et château de Beynac (Original
parch. A.N.J. 3og- 16.) Quatre sceaux en
cire brune pendent au pied de l'acte ; ce
sonteeux: i° du comte de Toulouse, 2° de
Gaillard de Beynac, 3° de l'abbé Guirauld, 4 0 de l'abbaye de Sarlat, portés
dans la Sigillographie du Périgord, sous
les n 0s III, 440, 441, et dans ì'Inventaire de M. Douët d'Arcq sous les
n os 745, 1424, 9083, 8405. — Un autre
original de cet important document, sur
lequel Lespine a fait une copie (Fds.Pèrigw(/,LXXVIII,p. 2 5), existait au XVIII 0 siècle aux archives de Beynac. (Voir p. 74.)
4 « Cette mesme année 1260, les
« Frères Prescheurs de sainct Domi« nique viennent à Bergerac pour s'y
« establir soubz la conduite de Frère
« Bernard de Porchères. Hélie Bruneti,
« bourgeois de Bergerac, leur achepta
« un lieu pour bastir et leur édifia le
« dortoir. Geraud Rogier fit faire le
« cloistre l'an 1262. Douze religieux y
« furent envoyez par le chapitre tenu
« en Avignon et commencèrent à y
« demeurer. Guilhaume de Saint-Astier,
« parent de l'évesque de Périgueux, y fut
« le premier supérieur. Bergerac estoit
« alors une chastellenie appartenant à
« la maison de Pons. » (Ms. Tarde A.)
B Villefranche-de-Belvès, chef-lieu de
canton,
arrondissement de Sarlat.
Bastide de frontière, fondée en 1260,
au. lieu dit Vieil-Sivrac (Sainte-Mariede-Viel-Sieurac, ancienne paroisse), forII
Sarlat.
1261
Villefranche.
78
TABLE CHRONOLOGIQUE
chevalier, sieur du chasteau de Pestillac, luy fornit unesieneterre
qu'il avoit près l'esglize NostreDame deVieil-Siourac, laquelle
il tenoit en homage dudict sieur comte: en icelle fut désigné
le plan de la ville, tel qu'on voit à présent. Hz y establii'ent une
juridiction et certaines parroisses et terres qui dépendoint du
comte avec lajustice d'icelles et les gentilzhommes qui les possédointluy en rendoint homage. La juridiction fut donnée enpariage au baillis pour le sieur comte et aux consulz pour la ville, à
la charge que les appellations sorlans d'iceux iroint au sénéchal
d'Agénois et de là au sieur comte, comme souverain. A tous
ces actes assistèrent Pons deFumel, sieur dudict lieu, Bertrand
de Pestillac, sieur du chasteau de Pestillac, Amalvy de
Pestillac, conseigneur dudict chasteau de Pestillac, Guilhaume
de la Roque, sieur de la Clausade, P. de Fréiac, sieur de la ville
de Besse, Mafre de Cazalz, seigneur en partie du chasteau de
Gazalz et Gaillard del Pech, sieur du chasteau del Pech.
Helias Paletesis, résiguataire de PieiTe de S' Astier, est évesque de Périgueux '.
L'an 1272, Beau mont 2 estérigé en parroissedu consentement
mant, plateau sur une colline. (B. N.
Fds. Lat. 54015.) En i35y, Villefranche-de-Belvès reçoit de Charles, fils aîné
et lieutenant du roi, deux chartes
(Ordonnances, III, p. 201). Ces lettres
ne renferment aucune indication sur
Forigine de Villefranche, comme bastide; elles se bornent à relater que cette
ville eut particulièrement à souffrir de
la guerre des Anglais, ayant été prise
par eux en 1345, et reprise la même
année par les Français qui la livrèrent
aux flammes. (Curie-Seimbres, Essai
sur les Bastides, 1880, p. 196-197.) Les
coutumes de Villefranche sont de 1260.
1 « L'an 1269, sainct Louys, roy de
« France, allant pour la seconde fois à
« la guerre d'Outremer passe par le
« Périgord- et va rendre ses vœux à
« Cadoin au Sainct-Suaire. » — » 1270.
« L'abbé et les religieux de Sarlat pas-
« sent accord et transaction avec les
« bourgeois et habitants de la ville pour
« raison de la justice et autres choses
« dont ilz avoient différent, mais cet
« accord ne tint pas longuement, car
« il se trouve d'autres procès, accords et
« transactions postérieures à' ceste cy. »
(Ms. Tarde A.)
« 1 27 1 . — Toutes les terres dépendantes des comtés de Tolose et Poitou
sont unies à la couronne de France, par
le décès d'Alphonse et Jeanne, sa femme,
qui moururent sans enfants. » (Ms.
Tarde B.)
2 Beaumont , chef-lieu de canton ,
arrondissement de Bergerac, anciens
diocèse et sénéchaussëe de Sarlat. —
Bastide d'origine anglaise, fondée dans la
2 e moitié du xm c siècle, par Luc de
Terny, officier du roi
d'Angleterre.
Le roi Edouard I, en affermant pour
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
79
de l'abbé de Cadoin et chapitre de S* Avit et [il est] permis d'y
bastir une esglise parroissiale et, tost après, furent jettés les
fondemens de la ville par Lucas de Tani, maréchal de Gascoigne pour le roy d'Angleterre.
L'an 1274, ROBERT de S fc xMichel est le XXV e abbé de Sarlat.
En ce temps le prioré des Vayssières autrement Vachières,
estoit en estât, avec douze religieux, un desquels commandoit
avec titre de correcteur ; il estoit de Tordre de Gramont et dépendoit deFrancou en Quercy.
En ce mesme siècle, la ville de Badefol 2 estoit en son entier, size et située sur la colline qui est au dessus du chasteau,
de laquelle il ne reste rien à présent que Tesglise S* Vincens
qui estoit presque au millieu de la ville et les fondemens des
murailles qui paroissent encore dans le bois. Elle s'appelloit
la ville de Batefol et Gaston de Gontaud, Tan 1277, en estoit
seigneur.
Siméon de Meloduno 3 [est] séneschal de Périgord et Quercy.
Raymond d'Auberoche [est] évesque de Périgueux.
L'an 1282 Philippe le Hardi, roy de France, faict jetter les
fondemens de la ville de Dome pour servir de bastille et reio ans à un citoyen de Londres ses
bastides du Périgord, mentionne « bastìdam nostram de Bellomonte », 16 juillet
1284. (B. N. Ms. Fds. Bréquigny, t. XIV.)
On assigne à Tannée 1272 la construction de F église fortifiée de Beaumont.
Ce remarquable édifice avait été fondé
par l'abbaye de Cadouin et le chapitre de Saint-Avit. (Annuaire du département de la Dordogne ; — de Verneilh-Puyraseau, Hist. d'Aquitaine, t. I,
p. 355 ; — deGourgues, Les communes du
Périgord,]}. 28 ; Dict. topogr. ; — CurieSeimbres, Essai sur les Bastides, 1880;
p. 201, 202.)
1 Prieuré des Veyssières, ordre de
Grandmont. On voit quelques débris de
cette maison religieuse dans la commune
de Vitrac.
2 Badefol, commune du canton de
Cadouin, arrondissement de Bergerac.
3 Simon de Melun, fils de Jean II, vicomte de Melun , et d'Isabelle, dame d 'Antoing et d'Epinoy, seigneur de la Loupe
et de Marcheville; sénéchal de Périgord,
Limousin et Quercy en 1280; maréchal
de France en 1290; grand-maître des
arbalétriers, tué à la bataille de Courtrai. (Voir Sigillogr. du Périgord, n°42.)
4 Dome. Bastide de frontière d'origine
française, couronnant un rocher,rive gauche de la Dordogne, sur la limite des possessions anglaises du Quercy et de l'Agénais. Le vendredi 7 mars 1 28 1 , Simon de
Melun, sénéchal du Périgord, Limousin
et Quercy , achète, au nom du roi de
France, de Guillaume de Dome, chevalier, les maisons et territoire que celuici possédait au Mont de Dome, moyennant 5oo livres tournois, a ad faciendam
Beaumont.
1274
LesVaissières,
prioré.
La ville de
Badefol.
1277
1280
1280
1 282
80
TABLE CHRONOLOGIQVE
traite à ses gens de guerre sur le fleuve de Dordoigne. La montaigne est achaptée de Guilhaume de Dome, damoiseau, filz
de Pons, sieur du lieu, assisté de Mai-guerite sa mèi^e et de
Guilhaume Téjan ses tuteurs, pour le pris de cinq cens livres
tournoises noires, avec réservation de la justice et autres choses
portées par le contrat passé par devant Raymond de Corneillan
évesque de Gaors. Le grand séneschal de Normandie, commissaire à ce député, faict désigner et proportioner l'enceinte, les
places et rues et met les maistres maneuvres après, pour le payement desquelz il y faict dresser une batterie de monoye menue
et, pour rendre la ville bien habitée et populeuse, le roy octroyé aux habitans présens et advenir plusieurs beaux privilèges
entre lesquelz sont ceux cy : qu'ilz auront droit de collège et
communauté avec pouvoir de créer consulz ; qu'il y aura cornet justice royale sur l'estendue limitée par les confrontations y
désignées ; qu'il y aura cour du petit seau pour les obligations
faictes à la rigueur de prinse de corps 5 qu'il y aura cour de séneschal auquel tous les lieux circonvoisins viendront plaider
leurs causes 5 qu'ilz ne pourront estre convenus en première
instance devant le séneschal, ains leurs causes seront premièrement traitées devant le juge ordinaire. ; qu'ilz seront exemps de
tailles, emprumptz et tous autres subsides ; qu'ilz seront tousjours du domaine du roy, sans en pouvoir estre démembrés,
pour quelque cause que ce soit ; qu'ilz pourront tenir fiefz
francz et nobles sans en payer aucune finance; que chasque
habitant pourra avoir four et moulin ; qu'ilz seront exemptz de
tous péages ; qu'ilz payeront au roy six deniers seulement pour
chasque maison et eyrial 5 que si quelque terre ou juridiction
bastidam in dicto monte ». (Arch. nat.
J. 295, n° 32. Orig. parchem.) En 1283,
le roi Philippe le Hardi unit la nouvelle
ville à la couronne, privilège (usuel pour
les bastides) confirmé le 14 août 1 36g
par Louis, duc d'Anjou. (Arch. nat.
Trésor des chartes, Rég. 23 1, n° 121 ;
— Curie-Seimbres, Essai sur lesBastides,
p. 202, 2o3 ; — J .-B. Lascoux, Documents
sur Dome. Paris, 1 83 6, passim.)
1 Lire : Raymond de Cornil.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
81
devient a la main du roy qui leur soit voisine, elle leur sera
unie et la juridiction leur appartiendra. Ces privilèges sont octroyés à Bordeaux l'an 1283 et à Auch en Gascoigne l'an 1285.
Edoard, roy d'Angleterre et duc de Guiene, faict jetter les premiers fondemens de la ville et bastille de Monpazier 1 et pour ce
que la place apartenoit a Pierre de Gontaud, sieur de Biron, est
passée transaction l'an 1284 entre Jean de Greli, séneschal du roy
d'Angleterre, et le dict deGontaut, par laquelle est accordé que le
roy d'Angleterre baillera récompense ailleurs audict de Gontaut
jusques à concurrence du plan de la ville et jardins d'alentour
qu'on appelle à présent « les dretz » ou droictz de la ville.
En mesme temps ledict Edoard roy d'Angleterre et duc de
Guiene fondoit et faisoit bastir la ville et la bastille de Beaumont 2 .
BERNARD VS 3 de Vallibus est le XXVF abbé de Sarlat, de
l'an 1283 jusque à 1312. II portoit mesme devise que le XXe .
La ville de Beaumont estant avancée de bastir et desjà habitée, Edoard, roy d'Angleterre et duc de Guiene, l'an 1288, oc1 Montpazier , chef-lieu de canton,
arrondissement de Bergerac, anciens
diocèse et sénéchaussée de Sarlat. Bastide d'origine anglaise, fondée en vue de
défendre la frontière qui sépare l'Agénais duPérigord, sur un plateau, baigné
par le Drot, appelé « Puy de Pico »,
acheté en 1273. (M. et J. Delpit, Ms.
de Wolffenbúttel, f° 128, n° 468.) D'après
M. de Gourgues,P. de Gontaut, baron de
Biron, aurait donné en 1 284 le territoire
appelé de Boursie à Jean de Grailly,
sénéchal pour le roi d'Angleterre. (Les
Communes du Périgord, p. 28.) L'abbé
Audierne donne à cette fondation la date
du 7 janvier 1284. (Périgord illustré,
p. 533.) Par lettres d'Edouard I, en date
du 12 avril 1289, il est enjoint aux
barons et autres ayant juridiction sur
ceux qui « juraverunt burgesiam bastide
nostre Montis-Pazerii et promiserunt se
domos facturas infrà certum terminum »,
de les contraindre à l'exécution de leurs
promesses, sous peine de 10 livres d'amende.(B.N. Ms. Fds. Bréquigny, t. XIV.)
Les privilèges et coutumes de Montpazier
furent confirmés par Charles VIII en octobre 1484. (Curie-Seimbres, Essai sur
les Bastides, p. 205-206) ; — F. de Verneilh-Puyraseau , Mémoire, dans les
Annales archéologiques de Didron, t. VI.
2 Voir note 2, p. 78.
3 Bernard de Vals était prieur de la
Sauvetat-de-Caumont,audiocèsed'Agen,
lorsqu'il fut élu abbé de Sarlat par
Pierre, prieur de Saint-Sardos de Laurenque, Gilbert, prieur de Vaux, Guy,
sacristain, et Hélie, prieur de PuyGuilhem, électeurs choisis par les autres
moines du couvent. II fut confirmé par
Raymond d'Auberoche, évêque de Périgueux,par lettres données le 3 des ides
de septembre, date qui revient au 11. septembre, 1285. (Orig. parch. Arch. nat.
J. 347, n° 94, scellé du sceau de Févêque
de Périgueux en cire verte.)
1283
1283
I288
Beaumont.
82
TABLE CIIRONOLOGIQVE
troye à tous leshabitans de la bastille certains privilèges par
lesquelz, entre autres choses, il leur permet de marier leurs
filles où ils voudront et promouvoir leurs enfans à la cléricature s'ilz veulent, et que persone ne sera obligé contre sa
volonté d'accepter le duel, et se pugera par icelluy du crime
dont il sera prévenu, et ne sera tenu pour conveincu quoy qu'il
l'ayt refusé, ains le demandant sera tenu de prouver le faictpar
tesmoins ou autrement, selon la forme du droit, par lesquelz
articles on voit que les Anglois ne permettoint le mariage des
filles sans permission expresse du prince et ne souífroint que
les jeunes homes fussent enrollés en l'ordre ecclésiastique sans
la mesme permission. On voit aussi combien les duelz estoint
fréquentz et que la pluspart des procès et difìerentz se terminoint parle duel. Ces privilèges mettent S' Avit-Seigneur ', Monferran 2 et Puybeton 3 dans la juridiction de Beaumont qui , àprésent, sont juridictions à part. Ils son t datés d'Agen le xxv e novembre l'an 15 e du règne d'Edoard, qui revient audict an 1286.
Philippe le Bel, roy de France, approuvant et autorisant certain règlement pris entre l'abbé et religieux de Sarlat, d'une
part, et les consulz de la mesme ville, d'autre, sur la forme de
la justice ordinaire de Sarlat, donne ses lettres avec clause expresse que s'il advient que les serviteurs de l'abbé ou religieux
vinssent à délinquer, lacognoissance et punition en appartiendra à l'abbé et non aux consulz et s'ilz sont pris par le sergent
du roy sur le délit, seront remis entre les mains dudict abbé.
Ces lettres sont en la maison de ville en date de l'an 1289 \
1 Saint-Avit-Sénieur, commune du
canton de Beaumont, arrondissement
de Bergerac.
2 Montferrand, commune du canton de
Beaumont.
3 Puybeton, h. commune de Nojals,
canton de Beaumont.
4 Les lettres de Philippe le Bel dont
parle Tarde sont datées du mois de fé-
vrier 128g (v. st.). Elles contiennent
l'acte de paréage entre le roi et l'abbé
de Sarlat, relatif à l'exercice de la justice par les officiers du roi et ceux de
l'abbé, et à leur compétence respective.
Une clause spéciale autorise le roi à
acquérir, moyennant indemnité à l'abbé,
seigneur suzerain, les biens que Amalvin Bonafos, Bertrand et Gaillard de
DE L 'ÉGLISE DE SARLAT.
83
1
En ce temps la ville de Liborne
commença d'estre bastie
sur le rencontre des rivières de Dordoigne et Isle, à laquelle le mesme Edoard octroya droit de communauté' cet
an 1289.
Hélie Talayran % íilz d'Archambault et de Marie, fille du
Gourdon, possèdent àDome. On voit que
le roi ne négligeait pas les intérêts de sa
nouvelle bastide de Dome et qu'il n'accordait pas gratuitement sa protection
à l'abbaye dans sa lutte contre les consuls de Sarlat.
L'abbé et les religieux nomment
Pierre Lemotzi leur procureur pour
aller jurer en leur nom l'acte de paréage :
« Actum apud Sarlatum die Veneris f ost
Lœtare Jérusalem anno dom. M 0 cc° IIII XX
x° ». L'original en parchemin (Arch. nat.
J. 397, n° i3) est scellé de 2 sceaux en
cire jaune attachés à des cordons, le i er
de fil blanc, le 2 e de fil blanc, rouge et
bleu, représentant, le i er un abbé crossé,
mitre, donnant la bénédiction ; légende :
S. BERNARD1 ABBATIS SARLATEN. ; le COntresceau porte l' agneau pascal, avec la
légende : S.B.ABBATIS SARLATEN . ;le 2° un
S. Sacerdos crossé, mitré, donnant la
bénédiction; légende : s. PRIORIS ET
CONVENTVS SARLATEN .
(Douët d'Arcq ,
n" s 8405 et 9084. — B. N. Ms. Fds.
Périgord, LÍI, p. 255.) On comprend
l'intérêt des consuls à posséder dans
les archives municipales une copie
de ce document important qui faisait passer entre les mains du roi
partie de la puissance originaire de
l'abbaye.
Cette charte de paréage avait été précédée d'un accord passé « apud S.Amandum (de Coly), post octabas Purificationis,
1285 », par l 'entremise de Raymond
d'Auberoche, évêque dePérigueux, entre
l'abbé et le monastère de Sarlat, d'une
part, et les consuls, de l'autre, touchant
les questions litigieuses entre eux
(droits de communauté, de trésor, de
maison de ville, de garde des clefs,
portes, remparts, fossés, de lever tailles
et impositions, de voirie, de poids et
mesures, etc.). (Orig. parchemin, à la
bibliothèque municipale de Périgueux,
versé récemment aux archives départe-
mentales). Trois sceaux pendent au
document : 1° celui de Févèque de Périgueux ; 2° celui, du couvent de Sarlat,
3° celui de la communauté de Sarlat,
brisé dans sa partie supérieure, le seul
exemplaire connu et conforme à la
description qu'en donne Lespine (B. N.
Ms. Fds. Périgord, LII) : « Communitatis
sigillum quod in anteriori parte triplicem. . .
ferebat figuram viri togati ac paludati, cum
sceptro quasi liliorum figuram in summo habenti, quin et manus benedicens è nubibus
suprà capita pendentibus. »
C'est à la suite de cet accord, aussi
mal tenu par les parties que ceux qui
avaient été réglés précédemment sur les
mêmes sujets, que l'abbé et le couvent de
Sarlat, désespérant de pouvoir résister
aux usurpations journalières de la municipalité, se décidèrent à faire appel à la
puissance royale, et à partager avec le
roi leurs droits de suzeraineté sur la
ville.
1 Libourne , chef-lieu d'arrondissement (Gironde), au confluent de la Dordogne et del'Isle . Bastide anglaise fondée
en 1269 par Roger de Leyburn, sénéchal de Guienne pour le roi d'Angleterre,
qui lui donna son nom. Cette ville fut
bâtie sur un groupe important, déjà
existant, appelé le Port de Fozère,
lequel formait une paroisse sous le nom
de St-Jean de Fozère. (Enquête de 1 274.
B. N. Ms. Fds. d'Oihéhart, vol. CVI.)
La charte de commune accordée par
Edouard I à la nouvelle bastide est datée
du 27 septembre 1270. (B. N. Ms. Fds.
Bréquigny, vol. XXXV.)
2 Ëëlie VII, comte de Périgord, 1295,
marié en 1280 à Philippe de Lomagne
d'Auvillars, dont il eut une fille, Marquise, marié en 2" noces àBrunissende
de Foix, dont il eut : Archambaud IV,
comte de Périgord ; Hélie Talleyrand,
cardinal ; Roger-Bernard , comte de
Périgord après son frère ; Agnès ,
1 289
Liborne
1 290
84
1292
S.Avit-Sénieur.
2 94
1294
TABLE CHRONOLOGIQVE
comte de Tolose, est comte de Périgord et portoitses armes : de
gule à trois lions d'or avec une couronned'azur. II espousa deux
femmes : la première avoit nom Philippe,
2
vicomtesse d'Auvila 1 et de Loumaigne , duquel mariage provint Marquise de Périgord,
le
fille unique, qui se rendit religieuse de S
Claire et donna tout son bien au monastère,
à quoy le roy ne voulut consentir, ordonna
que ses biens reviendroint à son père Hélie.
En secondes nopces il espousa Brunizinte, fille de Roger Bernard,
comte de Foix et de ce second mariage provindrent trois enfans :
Arcliambaut, Roger Bernard et Anthoine qui fut cardinal.
Raymond d'Auberoche, évesque de Pér-igueux, fait une enquesteà S' Avit-Sénieur, l'an 1292, par laquelle les chanoynes
vérifient que de tout temps et autant que la mémoyre se peut
estendre, ilz ont vescu en séculier, tellement que, par sentence
duclict seigneur évesque, ils sont déclairés prestres et chanoynes séculiers et ordonne que doresnavant l'esglise sera appelée
séculière et qu'il y aura un prieur, un chantre, un secrétain
et un ouvrier et que en tout il n'y aura que quinze chanoynes
et six prébendiers, etdepuys ccste esglize s'est dicte et intitulée
séculière.
Jean de Arrablay 3 est sénéchal de Périgord et Quercy.
Audoin est évesque de Périgueux, successeur immédiat de
Raymond d'Auberoche, sans vacance de siège.
La guerre est renouvelée en Guiene entre les François et Anfemme, en 1Ó21, de Jean de Sicile, duc
de Durazzo, Jeanne, Marguerite. [Art de
vérifier les dates. )
1 Auvillars, canton (Tarn-et-Garonne).
2 Lomagne, ancien comté de Gascogne. Villes principales : Vic-de-Lomagne
et Beaumont. 11 fait partie aujourd'hui
des départements de la Haute-Garonne
et du Gers.
3 Jean d'Arrablay, dit le Vieux, sénéchal de Périgord et du Quercy , fut nommé
sénéchal de Carcassonne et de Béziers
en 1294 et 1295. (B. N. Ms. Fonds
Languedoc, CL, p. 2 1 2 v°.) Le sceau de
cet officier a été décrit par M. de Bosredon, dans la Sigillographie du Périgord,
sous les n° B 44 et 45.
DE I/ÉGLISE DE SARLAT.
85
gloisà cause du refus oudélayement quefaict leroy d'Angleterre
de rendre l'homage pour le duché de Guiene. A raison de quoy,
par arrest, il est déclaré descheu du droit des seigneuries qu'il
avoit en France, pour l'exécution duquel arrest le roy Philippe
1
envoyé en Guiene une armée qui prind Bordeaux \ Ceste
guerre fut terminée par le mariage de Marguerite, íille du roy
Philippe, avec Edoard, second du nom, roy d 'AngleteiTe et, par
ce moyen, Edoard recouvra Bordeaux et tout ce qu'il avoit
perdu en Guiene pendant ces guerres.
L'abbé et religieux du monastère de Sarlat et la communauté de la ville, après avoir plaidé longues années devant
plusieurs juges et passé divei'ses transactions, sans estre sorties à
eífect, vinrent d'accord l'an 1298 et passent transaction qui a
esté appelée le « Livre de la Paix » soubz laquelle ilz ont despuys vescu. L'abbé et religieux disoint que la justice et tout
droit de seigneurie de la ville etparroisse de Sarlat leur appartenoit, comme leur ayant esté donnée par le comle de Périgord
et, néanmoins, les habitans, se servant du trouble causé parles
guerres des Albigeois et Anglois et des procès et contestations
qui avointesté entre plusieurs prétendans à l'abbaye, s'estoint
ingérés de faire une communauté de ville, avoir une maison
commune, un seau, des consulz quiexercoint lajustice, punissoint les délinquants, avoint la clef des portes, la garde des murailles, faisoint les publications et commandemens à leur nom
etautres choses concernant tant la justice que la police et que
tout celaestoit au préjudice desdictz abbé et monastère et une
entreprinse sur leur juridiction et authorité. Sur quoy, les
habitans respondoint qu'ilz estoint en possession de tous ce
1 « ...Arnoul de Néle, connétable de
« France avec... etc.» (Ms. Tarde B.)
2
«... pendant lequel siège, Robert
« d'Artois y arrive pour le roy Philippe
« avec une armée. LesAnglais, sans Fat« tendre, lèvent le siège et s'en vont at-
« taquer Bayonne et le prenent, mais
« non le chasteau. Robert les suit et ils
« s'embarquent et se retirent en Angle * terre. Ceste guerre... etc. » (Ms.
Tarde B.)
12
86
1312
i3o3
i3o5
i3o5
TABLE CHBONOLOGIQVE
dessus depuys longues années et avoint prescript contre tout
ce que le monastère pouvoit dire, pour raison desquelz différents intervint ladicte transaction, par laquelle la justice fut
mise en partage entrele sieur abbé, au nom du monastère, et les
12
sieurs consulz, soubz les conditions articulées et scellées " .
e
Cet abbé qui transigea s'appelloit BERNARD de Vaux, XXVI
abbé, qui demeura en ceste charge de l'an 1283 jusques à 13 12,
3
e
auquel succéda ARMANDVS de Sancto Léon ardo XXVII et
dernier abbé de Sarlat.
Géraud de Sabanac [est] séneschal de Périgord.
4
Jean de Arrablayo [est] séneschal de Périgord.
Le roy Philippe le Bel, sept ans après cette transaction, qui
municipal, « die Jovis in festo beati Vin1 Le premier document qui nous moncentii, A 0 D. M 0 cc° xcvm 0 » (janvier 1298
tre une organisation complète de la
v. st.).
municipalité de Sarlat, officiellement
Les articles du J Livre de Paix » suconstatée, est le serment de íì délité prêté
rent confirmés solennellement parle roi,
par les habitants de Sarlat au roi
par lettres données à Paris, au mois de
Louis VIII : « Actum apud Sarlatum anno
mai 1299. — (Ms. Tarde A.)
gracie ii° cc° xxm° » . Dans cet acte com:l Avec 4e chanoine de Gérard-Laparaissent P. d'Albusso, B. Vezis, P.
tour {Calai, des abbés et évêques), il faut
Lumbarz, H. Pelissos, « consiliàrii », et
l'identifìer avec Armandus de Monte 21 autres habitants, agissant tant en
leonardo, appelé aussi Arnaldus de
leur nom qu'au nom de plus de cinq Montdenard et Montlévard, successeur
cents autres habitants. Cet acte précieux
de Raymond de Roquecorn au siège abest scellé d'un rond sceau en cire brune,
batial de Gaillac en Albigeois, lors de
représentant une grande fleur de lys enla nomination de Raymond au siège
tourée de la légende : CE ES LT SCIAVS AS
épiscopal de Sarlat en 1317. (G. Christ.
BORGEIS DE SARLAT. — (Orig. parch. aux
1, 34. Abbat. Gaillac; — Hist. gén.
Arch. nat. J. 627, 6 bis — Douët
du Languedoc, nouv.. éd. t. IV, p. 398.)
d'Arcq , Inventaire, n° 5733.)
II est bon de remarquer qu'à la liste
2 L'abbé et le couvent de Sarlat nomdonnée par Tarde , le chanoine de
ment leurs procureurs Hélie de Rhodes,
Gérard-Latour ajoute dans son cataprieur claustral, Raymond Barrière,
logue : « Hubertus simoniaque » vers
doyen d'Issigeac, Pierre Limouzi, donat
970. (voir note 4, p. 64) et « Guido de
de l'abbaye , pour représenter leurs
Gornil, 1212. »
e
intérêts auprès du roi, dont la confìr ■
Les auteurs du Gallia christiana (2
mation est demandée pour la transacéd.) ajoutent à la liste précédente trois
tion. — Acte passé à Sarlat , « die noms : « Gérald » entre Etienne et Arsabbati post festum Purificationis B. M. V.
naud ; « R. de Siorac » entre Raoul de
ÎI° cc° xcvm 0 . » (février 1298 v. st.)
Cromiac et Arnaud ; enfin « Arnaud de
Les consuls de la communauté de
Villemur » entre Robert de Saint-Michel
Sarlat nomment, de leur côté, pour les
e
et Bernard de Vals.
représenter , Hélie d'Albusson et M
4 Jean d'Arrablay, dit le Jeune, séReginald de Borrèze, bourgeois de Sarnéchal du Périgord.
lat,par acte donné à Sarlat. sousle sceau
DE I/EGLISE DE SARLAT.
87
revient à 1305, augmenta et enrichit Sarlat d'un magistrat
plébéen, composé de 24 consuls avec puissance de pourvoir à
la police et d'imposer sur les habitans jusques à certaine somme,
lors que la nécessité le requiert. (Recueilli par Boyer, Décision 60,
et raporté par Chopin : Dé Juridict. Andeg. L. x^cap. 2, n 0 ^ \)
Ceste mesme année 1305, Bertrand, archevesqtie de Bordeaux,
est esleu pape et appelé Clément V, lequel transfère le siège en
Avignon 2 .
3
Deux ans après, Arnaud de Canteloup , autrement de Peíegrue , archevesque de Bordeaux, nepveu dudict pape, achepte
les terres de Bigaroque, Belver et Monravel et les unit à la
table 1 de l'archevesché de Bordeaux.
Clément V estoit natif de Vilandraut, de parens nobles, portoitses armes: d'or à trois faces de gule. II décéda à Roquemaure
sur le Rosne le 20 d'apvril 1314, ayant tenu
le siège huit ans, 10 moys, 15 jours, et fut
apporté et enseveli à Uzeste \ petite ville au
diocèse deBazas,où il demeura en repos jusques au 6 janvier 1 577 que deux habitans de
Bazas, calvinistes, nommés la Forcade et la
Serre, allèrent violer et voler son sépulchre.
Estant entrés dedans y ilz truvèrent le corps de la longueur de
8 piedz, si entier que une cicatrice qu'il avoit au visage paroissoit encore, mais incontinent le tout fondit en cendres. Hz
1 Cette faveur royale fut loin d'être
gratuite. — Voici ce que raconte le
chanoine de Gérard-Latour : « L'abbé
« et les consuls de Sarlat promirent au
« roi 4500 livres, savoir , l'abbé 1 5 oo
« livres et les consuls 3ooo livres, pour
« laconlirmation etapprobationfaitepar
« Sa Majesté de la paix et composition
« faite entre les parties (en 1298), et
« payèrent les sommes l'an i3o3. »
(Catalogue des abbés). D'après Leber
(Appréciation de la fortune privée au
moyen-âge; 4500 livres, en i3oo, vau-
draient plus de 3ooooo fr. de notre
monnaie
2 Bertrand de Goth ou de Gouth,
gascon d'origine, archevêque de Bordeaux en i3oo, élu pape à Pérouse en
i3o5, sous le nom de Clément V, meurt
près de Lyon en 1314.
3 Arnaud de Cantaloup, archevêque
de Bordeaux (3o5-i332).
4 Lire : mense.
8 Uzeste, commune du canton de Villandraut (Gironde) .
Sarlat.
Bigaroque.
88
TABLE CHRONOLOGIQUE
y truvèrent quelques bagues et quelques vases d'or et d'argent
qui y avoint esté mis lors de la sépulture avec parfums et drogues aromatiques pour conserver le corps de corruption. 11s emportèrent ces meubles et, non contentz de cela, brizèrent le sépulchre qui estoit tout de marbre, enrichi de six colonnes de
1 3 14
,3
I4
jaspe, le tout élaboré d'une excellente main.
Raymond succède à Audoin en l'évesché de Périgueux et y
prélatise jusques à Fan 1 328, pendant le siège duquel le Périgord
est divisé en deux diocèses (comme il sera dict cy-après) avec
égale dignité et prééminence et sans que l'un d'iceux puysse
prétendre quelque avantage ou dépendance sur l'autre.
Quoy que les évesquesn'ayent jamais heu aucun pouvoir ou
droit épiscopal sur l'esglise de Sarlat, à cause que c'estoit une
église régulière, exempte de la juridiction des ordinaires, gouvernée par son prélat particulier, néanmoins, pour ce que le
pays Sarladois estoit dans leur diocèse, comme partie . du Périgord, j'ay dressé l'ordre et la suitte des évesques de Périgueux avec le temps qu'ilz ont vescu et siégé jusques audict
Raymond. Maintenant que Sarlat est évesché et le pays Sarladois un diocèse particulier, distinc et séparé de Périgueux, ne
recognoissant autre prélat que celuy de Sarlat, je laisseray les
évesques de Périgueux, pour parler de ceux de Sarlat et, après
que j'auray raporté le nom, ordre, suitte, temps et actions remarcables de ceux-cy,j'auray faict voir l'estat de la religion
chrestiene dans le pays Sarladois jusques à mon temps.
Les premiers privilèges de la ville et bastille S' Jean de Moliè2
res 1 sont donnés à Agen par Edoard, dict Carnaux, roy d'An1 Saint-Jean-de-Molières, comrnunedu
canton de Cadouin, arrondissement de
Ber°-erac,anciens diocèse et sénéchaussée
de Sarlat.Bastide d'origine anglaise, mentionnée dans les lettres d'Edouard I, roi
d'Angleterre, du 16 juillet 1284, asterniant pour 10 ans ses bastides du Péri-
gord. (B. N. Ms.Fds. Bréquigny, vol. XIV.)
D'après un titre du 18 mai I 3 IÓ , imprimé dans les Bôles gascons, Guillaume
de Toulouse, sénéchal du roi d'Angleterre, aurait édifié dans cette bastide
un château, 0 pro custodiâ prisonum et
defensionem partium illarum ». La com-
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
89
gleterre et duc de Guiene, le 27 novembre 1315, de la mesme
forme et teneur que ceux de Beaumont, desquelz a esté parlé
sur l'an 1288. II appert par ces privilèges que Molières a esté
basti par les Anglois environ l'an 1300.
Ayant monstré jusques ici le temps auquel ont esté sondées
et basties les villes de Castillonès, Villefranche de Périgord,
Monpazier, Villeneuve d'Agénois, Dome, Liborne, Beaumont
et Molières, on peut assurer et colliger que Villéréal \ Monílanquin Aymet 3 ; la Linde * et S le Foy " ont esté fondées et édifiées
munication de ses privilèges, dont la date
exacte est inconnue, fut demandée par les
habitants de labastide de Réalviile. (CurieSeimbres, Essai sur les Bastides, p. 211.)
2 Lire : dit de Caernarven.
1 Villéréal, chef-lieu de canton, arrondissement de Villeneuve-d'Agénais
(Lot-et-Garonne. )
L'édifícation de cette bastide fut entreprise du temps du comte Alphonse, vers
1 2 6 5 ,et continuée au nom du roi deFrance
par Pierre de la Proue en 128g (B. N.
Ms. Fds. Oiliénart, vol. CVI). La bastide de Villéréal est ainsi nommée dans
des lettres du comte Alphonse, du mois
de mars 1269. (B. N. Ms. Fds. Doat,
LXX1V ; — Gurie-Seimbres , Essai sur
les Bastides, 2 3 o..).
2 Montflanquin, chef-lieu de canton
(Lot-et-Garonne). Les titres primordiaux de la fondation de cette bastide
n'existent plus. Celle-ci est antérieure à
1 2Ó9, car, parlettres du mois de mars de
cette année (B. N. Ms. Fonds Doat, LXXIV,
74), le comte Alphonse de Poitiers confirme la concession faite par Guillaume
de Bagnols, son sénéchal, aux habitants
de la « bastide » de Montflanquin, au
sujet du droit du sel. — Les coutumes
et privilèges de Montflanquin, sans date,
sont, en tous points, semblables à ceux
des autres bastides. (Curie-Seimbres,
Essai sur les Bastides, p. 233.)
3 Aymet ou Eymet, chef-lieu de canton, arrondissement de Bergerac, anciens diocèse et sénéchausséede Sarlat.
Bastide frontière entre le Périgord et
l'Agénais, fondée sur la rive gauche
du Drot, vers le milieu du xin e siècle,
par les officiers du comte Alphonse de
Poitiers. (B. N. Ms. Fds. Oiliénart, vol.
CV et CVI.) Les tilresprimordiauxn 1 existent plus. — Les privilèges accordés
par le comte de Poitiers en juin 1270
sont rappelés dans les lettres confìrmatives du roi Philippe le Bel, du mois
de novembre 1 295. (B. N. Ms. FondsDoat,
t. LXXIV et CCLVI;— Curie-Seimbres,
Essai sur les Bastides, p. 200 ; — Boutaric, Saint Louis et Alfonse de Poitiers, 5 12.)
i La Linde, chef-lieu de canton, arrondissement de Bergerac. Bastide anglaise, construite vers 1260 par Jean
de la Linde , un des officiers du roi
Henri III d 'Angleterre , auprès d'une
ancienne paroisse de ce nom.
Le 26 juin 1 267, Edouard, fils aîné
du roi Henri III, accorde à la Linde
[castrum de la Lynde) , une charte de
privilèges et de coutumes, vidimée et
confirmée par le même Edouard, devenu
roi d'Angleterre , par lettres datées
d'Agen,le 27 novembre 1286, par François 1 er , roi de France, en 1 5 1 7, et plusieurs de ses successeurs. — (Ces documents ont été publiés danslesA?irea/«s d'Agriculture de la Dordogne, et plus récemment par M. l'abbé Goustat, Bulletin de
la Société historique du Périgord, t. X,
p. 87 et suiv. — Voir aussi : Ducourneau, La G-uienne monumentale ; — F. de
Verneilh-Puyraseau, dans les Annales de
Bidron,í. VII, 1847; — Curie-Seimbres,
Essai sur les Bastides,]). 1 98.) On a voulu
identifier la Linde avec le « Diolindum »
de la Table Théodosienne de Peutinger,
station romaine située entre « Vesonna »
90
I3I6
Sarlat.
TABLE CHRONOLOGIQVE
en mesme siècle, sçavoir entre l'an 1200 et 1300, attendu que
elles sontbasties avec la mesme forme, compartiment et disposition. Et quand à Roquepine *, je n'ay truvé autre chose sinon
que, en l'an 1342, il y avoit un juge royal avec titre de baillis,
comme ès autres bastilles du Périgord.
Jan XXII est esleu pape par les cardinaux assemblés à Lyon
2
le 7 d'aoust 1316 . II s'appeloit Jacques de Ossa, nalifde Caors.
En sa jeunesse il estudia en droit et fut archiprestre de S' André. Après, il fut secrétaire de Charles, roy de Sicile et puys
son chancelier, par la créance duquel il devint archevesque d'Avignon et Clément V le
fìt cardinal. II portoit ses armoiries inquartées : aux premières estoit un lion avec un
bord chargé de dix besans au torteaux ; aux
secondes y avoit deux fasces. Ce pape, considérant la grandeur du Périgord, jugea que le
troupeau estoit assés grand pour occuper deux pasteurs, à raison de quoy il érigea l'abbaye de Sarlat en évéché, par bulle
(Périgueux) et « Dibona » (Cahors) . —
Cette opinion est actuellement rejetée,
5 Sainte-Foi la-Grande, chef-lieu de
canton (Gironde), jadis en Périgord (de
Verneilh-Puvraseau, H. d'Aquitaine, I,
3/0.)
Bastide fondée sous le gouvernement
du comte Alphonse de Poitiers, à la
suite d'un paréage conclu, au mois de
juillet 1255, entre ce prince et l'abbé de
Conques en Rouergue. (B N. Ms. Fds.
Doat, I, Inv.) L' année suivante , au
mois de juin, le comte Alphonse, par
lettres datées de Vincennes, octroie aux
nouveaux habitants des coutumes et
des privilèges (ibid. V et CXVI1), et, en
i33s , au mois de novembre, Jourdain de Lubret, sénéchal d'Agénais et
de Gascogne pour le roi de France,
octroie à la bastide de Sainte-Foy des
privilèges concernant la justice, confirmées au mois de février suivant par
Philippe de Valois. (Trésor des chartes,
reg. 66, f° 399 ; — Curie-Seimbres,
Essai sur les Bastides, p. 195.)
1 Roquépine, hameau, commune de
Sainte-Radegonde , canton d'íssigeac ,
arrondissement de Bergerac, nncien
diocèse de Sarlat et sénéchaussée de
Bergerac, sur la frontière de l'Agénais.
En 1283, la bastide de Roquépine est
nommée dans une transaction passée
entre Jean de Grailly, sénéchal du roi
d'Angleterre, et Marguerite de Turenne,
dame de Bergerac, consirméepar lettres
d'Edouard I, du 3 i août 1283. (B. N.
Ms. Fds. Bréquiqny, t. XIII, et Fds.
Périgord, t. LXXXVlII,p. 2 1 o.)
2 Jacques Duèze , fils d'Arnauld
Duèze , bourgeois de Cahors, évêque
de Fréjus en i3oo , archevêque d'Avignon en 1 3 1 o , cardinal et évêque de
Porto en 1 3 1 2 , élu pape le 7 août
1 3 1 6 , couronné à Lyon le 5 septembre
suivant, meurt à Avignon le 4 décembre 1334.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
91
expresse donnée en Avignon, le 5 des ides de janvier, l'an second de son pontificat, qui revientau 9 janvier 13 17 '.Prenant du
diocèse de Périgueux tout ce qui est au respect de Périgueux
au delà des fleuves de Vézère et Dordoigne, et faisant que ces
deux rivières divisent le Périgord en deux diocèses, sçavoir : Vé2
3
zère, de Larche jusques à Limol , et Dordoigne, de Limol
jusques au Fleix * et que la portion du Périgord qui est au
delà de ces rivières, depuis Larclie jusques au Fleix, soit
du diocèse de Sarlat et le reste demeure au diocèse de
Périgueux, et telle est encore la borne et limite de ces deux
diocèses. La bulle de ceste création est de la teneur que s'ensuit:
« IOANNES episcopus servorum Dei. Ad perpetuam rei
1 II est bon de compléter les données
fournies par Tarde sur ce grand événement qui transforma l'abbatiale de
Sarlaten cathédrale. Ls document pontifical, dont Tarde nous transmet la
copie, imprimé dans le GaìliaChristiana.
t. II, p. 497, n'est pas le seul relatif à
l'érection du nouveau siège épiscopal
et à la nomination du premier évêque.
Dès le i3 août 1 3 1 7, Jean XXII, par
sa bulle « Salvatór noster » , donnée
« Avenìoni, id. Aug. pontif. anno II" »,
avait érigé en principe l'abbatiale de
Sarlat en cathédrale , partageant en
deux l'ancien diocèse de Périgueux ,
[Arch. da Vatican. Rég. de Jean XXII
an II, t. I, f° 108. pièce n° 479 ; — B. N.
Ms. Fonds Périgord, vol. XXXVI.) Cette
bulle est restée inconnue à Tarde et à
A. de Gérard-Latour. Voici ce qu'en dit
le dernier : « On n'a pas la bulle de
« ladite érection. Elle ne se trouve ny
« dans les archives de l'évêché , ny
« dans celles du chapitre, ny même
« dans les registres de Jean XXII, où
« l'on voit en blanc l'endroit où devoit
<t être ladicte bulle. » (Cat. des évêques
de Sarlat). La bulle • Dudùm considérantes », dont Tarde nous donne la
copie, en commettant une erreur de date,
vient compléter la première, en déterminant le partage du territoire de l'ancien diocèse de Périgueux entre les
deux sièges épiscopaux. — La Vézère et
la Dordogne seront la limite des deux
diocèses. — Le document pontifical
est daté, d'après Tarde: « Datam Avenioni v id. januarii pontif. anno II", d'après
le G. Ch: i ... idus januarii pontif. anno
II a » . Or, Jean XXII ayant été élu pape
le 7 août 1 3 1 6, et couronné au mois de
septembre, cette date correspond au 9
ou au 1 3 janvier 1 3 1 8, mais non 1 3 1 7,
comme dit notre chroniqueur.
Le nouveau siège ne tarda pas à être
pourvu d'un évêque. Raymond de Roquecorn, abbé de Gaillac en Albigeois,
fut nommé évêque de Sarlat, par bulle
« Datum Avinioni vi non. julii pontif.
anno II" >• date qui correspond au 2 juillet
1 3 1 8. Nous ne possédons le texte ni de
cette bulle ni de celle qui fut adressée le
mèmejour aux chapitre et ville de Sarlat,
mais la mention en a été gardée par Lespine (Fonds Périgord, t. XXXVI. Ex. Arch.
Vatic. Table des Rég. de Jean XXII, t. VIII,
f° 241 .)La3 c bulle dumêmejour, adressée
au roi pour lui notifier la nomination
de Raymond à l'évêché de Sarlat, existe
en original aux Archives nationales
(Trésor des chartes, Bulles. — Original
parchemin, scellé d'une bulle de plomb.)
2 Larche, commune, arrondissement
de Brive (Corrèze).
3 Limeuil, commune du canton de StAlvère, arrondissement de Bergerac.
* Le Fleix, commune du canton de la
Force, arrondissement de Bergerac.
13 17
f
92
TABLE CHRONOLOGIQUE
« memoriam. Dudùm considérantes attentiùs et intrà pec« toris claustra meditatione sollicita revolventes, quodintantâ
« multitudine populi quanta fecundavit Altissimus civitatem
« et diocesim Petragoricensem, singulorum vultus nequibat,
« ut condecet, unicus pastor inspicere, aut alias partes boni
« pastoris implere, quodque 1 durum erat atque difficile in eâ(f dem diocesi, quœ lata et diffusa existit, ad unum tantum à
« totpersonis ecclesiasticisetmundanisrecursum haberi. Nos,
« ad augmentum cultíis divini et spiritualera animàrnm profit fectum salubriter intendentes, praemissis et aliis suadentibus
« justis causis, cum fratribus nostris plenè discussis, de ipso« rumconcoi'di consilio etapostolicae plenitudine potestatis, ac
« ex certâscientiânostrâ, diocesim Petragoricensem in duasdio« cesesdividentes,voluimusetautoritateapostolicâdecrevimus,
« quod prêter civitatem Petragoricensem, quœ suara propriam
« et distinctam haberet diocesim, certis íinibus limitandam,cicc vitas Sarlatensis, olim villa dictas diocesis, quam veluti ad hoc
« convenientem et accomodam eâdem authoritate in civitatem
« ereximus et civitatis vocabulo duximus decorandam, sepai'a» tam habere diocesim àdiocesiremansurâecclesiœPetragoricen« sis, certis limitibus distinguendam, et quod ecclesiaS 1 ' Sacertc dotis,quondam monasterii Sarlatensis, essetet ex tune habere« tur perpetuò cathedralis, prouthascin nostris super hoc con« fectis literis seriosiùs continentur. Nuper autem per quem
« modumdictae diocèses distingui etlimitari debeant etpossint
« accommodé et quse et quanta sit de ipsis portio eidem Sarla« tensi diocesi deputanda et qualiset quanta prœfatas Petrago« ricensi diocesi remansura et quid et quantum utrique
« ipsarum conveniat, per íìde dignas et sufficientes personas
« pleniùs et seriosiùs informati, aeper haec ' ad sepai-ationem
« et limitationem praedictarum diocesiumin Dei nomine pro« quamque. » (G. Ch.)
2 « hoc ». (G. Ch.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
93
cedentes, volumus ac decernimus infrà scriptas separationem et limitationem ac deputationem nostras, eâdem
authoritate ac de ejusdem plenitudine potestatis, in perpetuum in ter dictas diocèses inviolabiliter observandas, videlicet ut flumina Vezere et Dordonie ex nunc in perpetuum dictas Petragoricensem et Sarlatensem diocèses,
prout sequitur, dirimant, conterminent et distingant j ut
quaecumque videlicet ultra idem flumen Vezere, sicut descendit et nuit de Castro dicto de Larche, quod est in Lemovicino, usquè ad ingressum dicti fluminis Dordonie propè
castrum de Limolio, ubi dictum flumen Vezere nomen
amittit et post modum prout descendit dictum flumen Dordonie in quantum protenditur dicta olim diocesis Petragoricensis versus eamdem civitatem Sairlatensem consistere
dignoscuntur, quaeve fuerunt hue usquè de diocesi Petragoricensi sint de diocesi Sarlatensi, etomnia quae Petrago1
ricensis episcopus inibì habuit hactenùs et percepit ac
habere et percipere debuit, quocumque nomine censeantur,
cum eorum pertinentes, cédant et accrescant eidem ecclesiae
Sarlatensi, excepta juridictione temporali seu temporalitate,
si quam in predictis idem Petragoricensis episcopus habuit
quam ecclesiae predictaePetragoricensi volumus remanere 2 ,
dictamque diocesim taliter limitatam episcopo Sarlatensi
qui est et pro tempore fuerit ac ecclesiae Sarlatensi
juxtà divisionem, limitationem ac deputationem nostras
hujusmodi ordinario episcopali jure subjicimus ac ipsam ab
omni juridictione episcopi et capituli ac ecclesiae Petragoricensis in totum eximimus, ac etiam in pei'petuum liberamus. Quaecumque verò sunt citrà flumina prasdicta versus
1 « ...ecclesia... » (G, Ch.)
2 « ...cédant et accrescant in spiritualibus Sarlatensi ecclesiœ prœlibatae, ex-
ceptis feudis ac jurisdictionibus temporalibus, quae ecclesia3 Petragoricensi
volumus remanere, etc. » (G. Ch.)
13
94
r ?i 7
TABLE CHRONOLOGTQVE
« civitatem Petragoricensem prout priùs erant de diocesi Pe« tragoricensi, integraliter eidem Petragoricensi diocesi volu« mus ramauere. Haec igitur per 1 Apostolicœ Sedis providence tiam circumspectam sic facta salubriter et utiliter ordinata,
« perpetuis esse valitura temporibus et robur incommutabilis
« firmitatis obtinere volentes, authoritate praedicta distric« tiùs inhibemus , ne aliquis cujuscunque preeminentiae,
cc ordinis, conditionis aut status, etiamsi archiepiscopali vel
ft episcopali fulgeat 2 dignitate, hujusmodi ordinationem apos« tolicam seu aliqua vel aliquod de contentis in eâ, quovis
« quaesito colore vel modo, sive causa vel occasione quâlibet
« adinventis, turbare seu quomodolibet impendire prœsu« mat. Nos enim irritum decernimus et inanè, si secùs
« super iis à quoquàm, quâvis authoritate contigeritattencc tari ; et nihilominùs in eos qui ex certâ scientiâ contra« rium praesumpserint, nisi infrà octo dierum spatium, post
« publicationempraesentium, resipuerint, cum effectu excom« municationis in personas et interdicti in universitates, ac
« suspentionis sententias in conventus, capitula sive collegia
w promulgamus, de consilio et authoritate praedictis, à quibus
cc non nisi per Romanum Pontificem absolutionis beneficium,
« praeterquàm in mortis articulo valeant obtinere. Nulli ergò
« omninò hominum liceat hancpaginam nostrarum volun lace tum, constitutionem subjectionis, exemptionis, libez-ationis,
cc inhibitionis et promulgationis infringere vel ei ausu temecc rario contraire. Si quis autem hoc attemptai'e praesumpserit,
« indignationem
Omnipotentis Dei et Beatoi^um Pétri et
« Pauli Apostolorum ejus se noverit incui^surum. Datum
« Avinioni v idus Januarii 3 , pontifìcatûs nostri anno
cc
secundo. »
1 « ...dictae sedis providentiam... »
(G. CL)
2 « ...prœfulgeat... » (G. Ch.)
3 « ... idus Januarii... » (G. Ch.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
95
Archambaut
filz d'Elie et de Brunizent, est comte de Périgord. U succéda à son père soubz la tutèle de sa mère Brunizent à cause de sa minorité et il épousa Jeane Pons, dame de
Bergerac et mourut sans enfans.
RAYMVNDVS DE ROCACORNV 2 est le premier évesque de
Sarlat esleu et proveu par le mesme pape Jean XXII incontinent
après l'érection de Sarlat en évéché. II estoit issu de la maison noble de Roquecor en Agénois. Lorsqu'il fut eslevé à
ceste dignité, il estoit abbé de Gaillac en Albigeois. Après
qu'il fut en possession et eut recogneu Festendue du diocèse,
il le divisa en sept aixhiprestrés, deux deçà Dordogne, qui
1
3
sont S André et Audrix *, et cinq au delà, sçavoir : Daglan \
0
7
Palayrac , Capdrot , Bouniagues 8 et Flaugeac \ Et ayant
considéré que le revenu de l'abbaye de Sarlat n'estoit pas
suffisant pour porter les charges épiscopales, supplie le pape
d'augmenter le revenu de ceste esglise, comme il avoit
augmenté les charges lors qu'il avoitrelevé sa dignité, lequel,
intérinant la requeste, unit le prioré d'Issigeac 10 , qui estoit
une esglise collégiale et régulière de Fordre de S 1 Benoît soubz
titre de doyené, avec toutes ses dépendances, à la dignité et
mense épiscopale de Sarlat, pour y estrejouy et possédé à perpétuité par ledit Roquequor et ses successeurs évesques (après le
1 Archambaud IV, fils d'Hélie VII et
de Brunissende de Foix, comte de Périgord, à la mort de son père, meurt sans
enfants de Jeanne de Pons, vers 1 3 3 6,
laissant pour héritier Roger Bernard
son frère. (Art de vérifier les dates.)
2 Voir la note finale n° i, sur Jes premiers évêques de Sarlat.
Raymond , aliàs Raymond-Bernard
d'Aspremont de Roquecorn, moine de la
Chaise- Dieu, abbé de Gaillac avant i3 1 1 ,
évêque de Sarlat en 1 3 1 8, transféré à
Saint-Pons de Thomières le 24 décembre 1324, mort le 5 septembre 1345.
(G. CL — Eglises de Sarlat et d'Albi ;
— Devic et vaissète, Hist. gén. du Languedoc, n" e éd., t. IV, p. 398, 420,
5g8 ; — Chanoine de Gérard-Latour,
Catalogue des abbés et évêques de Sarlat.)
3 Saint-And ré et Allas-l'Evèque, commune, canton de Sarlat.
4 Audrix, commune, canton de SaintCyprien, arrondissement de Sarlat.
5 Daglan, commune, canton de Dome,
arrondissement de Sarlat.
6 Paleyrac, commune, canton de Cadouin, arrondissement de Bergerac.
7 Capdrot, commune, canton de Montpazier (id.).
8 Bouniagues, commune, cantond'Issigeac (id.).
0 Flaujac, commune, canton de Sigoulès (id.).
10 Issigeac, canton (id.).
96
TABLE CHRONOLOGIQVE
décès de Bertrand 1 prebstre cardinal de S' Marcel auquel, par
dispense, la jouyssance avoit esté donnée pendant sa vie) avec
clause expresse : « reservatâ tamen monachis in decanatu ipso
« degentibus pro necessitatibus eoruni congruâ et solitâ porcc tione, ex quâ, juxtà solitum morem valeant sustentari et alia
cc ipsis incumbentia onera supportare. » La bulle est donnée en
Avignon, cc VII idus Augusti pontificatus anno III 0 », signé:
« Vitalis », et sur le repli : « Unio decanatus de Issigiacopro
« episcopo Sarlatensi » et plus bas :« Raymundo episcopo »,
signé : « A. Fabri ». Ceste date respond au 7 jour d'aougst
1318, auquel jour ce pape commença' de compter le troisiesme
2
de son pontificat .
Le cardinal de S 1 Marcel décède dans un an et demy
après la date de ceste bulle 3 et, par son décès, le doyené
d'Issigeac se trouva uni à la mense épiscopale de Sarlat,
duquel les évesques ont jouy depuys paisiblement.
Raymond de Boquecor, se voyant pressé par la noblesse du
pays de recevoir plusieurs religieux et considérant le peu de
moyens qu'il avoit de les entretenir , ordonne, l'an 1 31 9, de
l'advis de son chapitre, que aucun religieux ne seroit receu
de nouveau en leur monastère de Sarlat que plustot ilz ne
4
fussent réduitz au nombre de cinquante , quelle sollicitation
que les seigneurs voysins en puissent faire.
Roger Bernard 5 , second íìlz d'Elie Talayran et de Bruni1 Bertrand de Poyet ou du Pouget, né
en Quercy vers 1280, chanoine d'Aix,
doyen d'Issigeac, cardinal prêtre de la
1 re promotion du pape Jean XXII, en
1 3 1 6, du titre de Saint-Marcel, évêque
d'Ostie et Velletri en 1327, mort à Avignon le 2 février 1 3 5 1 . — (Voir aussi
Lettre de Gérard aBaluze,du 7 mai 1 69 1 .
Bulletin, VII, 58.)
2 Le texte de cette bulle, envoyé par
le chanoine de Gérard-Latour à son ami
Baluze, le 7 mai 1691, fut inséré par ce-
lui-ci dans sa Vie des Papes d'Avignon,
1693, tome II, p. 339, avec la mention :
« Ex archivo ecclesiœ Sarlatensis. »
3 Voir p. 95, note 10 , et lettre de
Gérard à Baluze du 7 mai 1 69 1 .
4 « Auparavant ils estoint cent, mais
aussy ilz jouissoint de tous les prieuréz
nommézenla bulled'Eugène (III) ».(Ms.
Tarde A, note marginale.)
s Roger- Bernard, comte de Périgord en
1 336, épousa en 1340 Eléonorede Vendôme, dont : Archambaud, qui lui suc-
DE L 'ÉGLISE DE SARLAT.
97
zinde, est comte de Périgord et seigneur de Bergerac, comme
héritier universel d'Archambaut son frère et de Jeane de Pons
sa belle-sœur. II espousa Héléonore, íllle de Bouchard, comte
de Vandosme, duquel mariage trois enfants provindrent,
sçavoir : Archambaut, qui fut comte de Périgord, Taleyran et
Jeane, qui fut mariée au comte d'Armaignac.
L'an 1321, [Raymond de Roquecorn], voyant l'esglise cathédrale en mauvais estât, tant en bastimens que ornemens, ordonne , de l'advis de son chapitre, que le revenu de tous les
bénéfices qui vaqueroint en son diocèse, par l'espace de cinq
ans, seroit employé à la réparation d'icelle, distrait une pension
pour un vicaire qui seroit le service pendant ledict temps.
La mesme année, il unit à l'oíïice de célarier, qui est à présent l'archidiacre de Marcays, les priorés de Valegeoulz ^Marcays 2 et Carsac 3 . Et d'autant que, dans la
maison abbatiale , il ni avoit point de sale
de grandeur suffisante pour tenir le synode
et autres assemblées du clergé de son diocèse , il fìt édifier la sale épiscopale en l'estat
qu'elle est encore. II décéda l'an 1324 '', ayant
tenu le siège et gouverné le diocèse fort
céda, et Talleyrand de Périgord, commandant général en Guienne pour le roi
de France en 1370. — Roger-Bernard
mourut vers 1369. (Art de vérifier les
dates, 1784, p. 384.)
1 Valojouls, commune, canton de Montignac, arrondissement de Sarlat.
2 Marquay, commune, canton de Sarlat.
a Carsac, commune, canton de Carlux,
arrondissement de Sarlat.
4 Tardecommet ici uneerreur, relevée
comme il suit par lé chanoine deGérardLatour, dans son Catalogue des évêques :
a Le même pape (Jean XXII), ayant
« érigél'abbaye de Saint-Benoît de Saint« Pons de Thomières en évêché, Raymond
« de Roquecor en fut nommé le premier
« évêque, le 24 décembre 1324, où il
« mourut l'an i33g
On trouve dans
« les extraits des archives du Vatican
« que Raymond fut fait évêque de Saint « Pons en 1324, qui est précisément
a Tannée que M rs de Sainte-Marthe ont
« marqué qu'il étoit mort, prenant la
« translation qu'ils n'ont pas connue
« pour la mort. » (Voir aussi lettre d'A.
de Gérard à Baluze du 7 mai 1 69 1 . —
Bulletin, VIL) Les frères Sainte-Marthe,
en mettant Raymond de Roquecorn au
nombre des évêques de Saint^Pons,
ne parlent pas de sa démission du
siège de Sarlat. — Les nouveaux éditeurs du « Gallia Christiana » (1739,
l32I
Sarlat.
98
TABLE CHRONOLOGIQVE
dignement l'espace de huit ans. II portoit l'escu de ses armoiries : de gule chargé d'une bande d'or, icy représenté.
Pendant qu'il cultivoit heureusement le champ de ce diocèse,
on construisit à Belver le couvent S' Dominique lequel, en
peu de temps, fut conduit à perfection, à la diligence et frais
de la noblesse voisine et habitans.
Audoin Bécade, archiprestre de Capdrot estant décédé, et
la cure de Capdrot, à laquelle est annexée la dignité d'archiprestre, estant vacante par son décès, le pape Jean XXII érige
ceste esglize de Capdrot en collégiale, à laquelle il unit Monpazier, Marsalès 2 et Gaugeac 3 , par bulle donnée en Avignon
« X cal. junii pontificatus anno secundo » , qui revient au
23 may 1317, par laquelle est dict que en icelle esglize il y
aura douze chanoynes, en ce compris l'archiprestre en titre de
dignité et le secrétain 4 en titre d'office , deux prestres domadiers 6 , dix chapelains, quatre clercz , tous perpétuelz et
quatre enfens,les douze chanoynes faisant le chapitre, les deux
prestres pour dire les grandes messes parsepmaine, chascun à
son tour, les dix chapelains pour dire les messes privées et les
clercz pour servir les uns et les autres en ce qui concerne le
service divin. Que la dignité d'archiprestre venan f. à vaquerj'archiprestre seraesleu par le chapitre en laquelle le sieur évesque
de Sarlat aura voix, non comme évesque, mais comme chanoyne et néanmoins, l'eslection faicte, la confirmation appartiendra audict sieur évesque, pour la confirmer ou infirmer s'il
t. VI, p. 237) ont réparé cette omission.
— D'après ces derniers auteurs, Raymond serait mort à Saint-Pons en 1 345
et non en 1 3 3g, comme le dit le chanoine
de Gérard.
1 Capdrot, commune, canton de Montpazier, arrondissement de Bergerac. —
Le privilège, porté dans la bulle d'érection du 23 mai 1 3 1 S, donnant aux chanoines de Capdrot le droit de concourir
à l'élection des évêques de Sarlat, fut
révoqué par bulle de Clément VI. donnée
à Avignon le 29 mai 1043. — (Lettre
de Gérard à Baluze du 2omars i665,et
Catalogue des évêques par A. de GérardLatour.) Cette bulle est imprimée dans
la Vie des Papes d'Avignon, t. II, p. 615.
2 Marsalès, commune, canton de Montpazier..
3 Gaujac, (id.),
4 Lire : sacriste, « sacrista ».
5 Lire : prêtres hebdomadiers : « hebdomadarii », dit la bulle,
DE L'EGLISE DE SARLAT.
99
y esclioit 5 que le chanoyne auquel est annexé 1'office desecrestain aura la cure des âmes et sera proveu par le dict sieur évesque
en seul et, advenant vacance des autres chanoynes, le sieur
évesque donnera titre, et le chapitre après luy, chascun à son
tour, mais quand aux deux domadiers, dix chapelains et quatre clercz, le chapitre y pourvoira en seul. Et advenant vacance
du siège épiscopal, les chanoynes seront appelés et auront
voix en l'eslection du futur évesque , conjointement avec les
religieux de Sarlat, et quand à ce qui concerne l'union des
parroisses de Marsalès et Gaujac, est dict que la portion congrue sera réservée pour les vicaires perpétuelz , comme aussi
est dict que en une chapelle de l'esglise collégiale sera érigé un
autel pour y dire la messe parroissielle et administrer les sacremens
Les privilèges, uz et costumes de la ville de Bergerac sont
accordés et passés à Paris entre Benaud de Pons 2 , seigneur
de la ville et les scindiez d'icelle en juin 1321, appreuvés
et ratifiés par Charles-le-Bel, roy de France et de Navarre,
par lesquelz ledict Benaud leur accorde d'avoir à perpétuité
droit de collège et consulat et communauté de ville, avec
maison , coffre et sceau communs et, pour cet effect, leur
donne une belle maison size dans la ville, appellée de Malbec,
1
« Ceste collégiale a été depuis trans« férée àMontpazier, comme il sera dit cy« après en 1492.
« Depuis l'érection de ceste église en
« collégiale jusques à présent que j'es« cris cecy et que nous contons 1625, il
« y a eu vingt archiprebstres. les noms,
«. ordre et suitte desquelz sont représen1 tés par ceste table :
1 3 17 Petrus Danroche, premier archiprebstre.
Petrus Guidonis.
Bertrandus de Siuraco.
Hugo Clavelli. .
1J91 Geraldus Rauzelli.
Joannes Essendié.
Herveus Calibis.
Petrus Grifoul.
r485 Arnaldus de la Cassagne.
Egidius de Gontaud de Biron.
Antonius Tesson.
Raymundus Cavalerii.
Guilhermus Cavalerii.
1488 Regnaud.
1 524 Petrus de Biron.
Nèble.
Guilhermus la Porte.
1 588 Joannes Cambon.
Urbanus la Voye .
Emericus François.
(Ms. Tarde A.)
2 Regnauld de Pons, dit Hélie Rudel,
100
TABLE CHRONOLOGIQVE
voulant que au seau de la ville ses armes
soyent gravées à la main droite qui consistent en un champ semé de fleurs de lis et
celles de la ville en un dragon volant, et se
réservant à soy et à ses successeurs la justice
qu'il avoitsur toute la ville, chasteau et chastelenie de Bergerac et apartenance d'icelle.
,3
25
l33o
BEBTBANDVS BÉBENGEB \ second évesque de Sarlat
succèdeà Baymondde Boquecor, Fan 1325, proveu en Avignon
par le Pape Jean XXII, et décède Fan 1329, après avoir tenu le
siège quatre ans et demy, pendant lequel temps il fut presque
tousjours en Avignon où il mourut , tellement que Févesché
vaqua « in curiâ », et les religieux de Sarlat ne furent pas en
peine d'eslire son successeur. Pendant son séjour en Avignon,
2
le diocèse estoit gouverné par un sien parent lequel il avoit
constitué son vicaire-général, tant au temporel que spirituel.
F. ABNALDVS BAMIABD 3 , troisiesme évesque de Sarlat
succède à la crosse et mitre de Bertrand Bérenger Fan 1330,
proveu en Avignon par le pape Jean XXII. II estoit natif du
diocèse de Périgueux et religieux de -l 'ordre de S' François ;
son mérite l'avoit revestu auparavant de la diguité épiscopale
né en 1296, fils de Regnauld de Pons,
seigneur de Bergerac, Montignac, etc.,
et d'Isabeau de Lévis, mari de Mathe
d'Albret, mort vers 1334. (Ph. de Bosredon, Sigillogr. du Périgord, n os 24o, 241,
242.)
1 Bertrand Bérenger était abbé de
Castres lorsqu'il fut transféré à SaintThibéry, diocèse d'Agde, par bulle du 27
juillet 1317sArch. Vatic. Rég. de J. XXII.
an 1, t. V, f° 649). II fut promu évêque
de Sarlat par la translation de Raymond
dAspremont de Roquecorn au siège de
Saint-Pons de Tomières. La bulle de
nomination de Bertrand n'existe plus,
mais on possède celle par laquelle Jean
XXII appelle à lui succéder sur le siège
abbatial de Saint-Thibéry Ratier, prieur
de Lautrec, en date du 28 novembre
i325. — On peut croire que la bulle de
nomination au siège épiscopal de Sarlat
est de la même date ou à peu près. — Voir
la note finale ri° 1 sur les premiers évêque de Sarlat.
2 Ce parent s'appelait Bertrand Bérenger, comme l'évèque; son nom se trouve
employé dans l'instrument d'union à
l'ofsice d'aumônier du chapitre de Sarlat, du prieuré de Puyguillem, en date
du 8 décembre 1 325- (A. de Gérard-Latour, Catalogue des évêques.)
3 Voir la note finale n° 1 sur les premiers évêques de Sarlat.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
401
en révesché de Salerne et, ayant remonstré au pape le désir
qu'il avoit de venir mourir en son pays natal, il luy conféra
l'évesché de Sarlat, vacant « in curid » par le décès dudict
Bérenger. II fit son entrée à Sarlat ceste mesme année.
L'an 1331, au moys d'aougst, il transigea avec les habitans
de Sarlat, en ce que concerne le payement du dixme des bledz
et vins de la parroisse de Sarlat, laquelle transaction le scindic
de la dicte ville fit imprimer l'an 1624 en latin et françois. II
décéda le dernier de novembre 1333 , après avoir gouverné le
diocèse environ quatre ans, pendant lesquels il fit presque
tousjours sa demeure en la solitude du chasteau deBoucheyral
qui estoit dans les bois en la paroisse d'Alas, la ruine duquel
paroi t encore.
2
AntboineTalayran , troysiesmefils d'Elie, comte de Périgord,
est créé cardinal par le pape Jean XXII aux Quatre-Temps de
la Pentecouste 3 .
1 Boussieyral, hameau, dansl'ancienne
paroisse d'Allas-TEvèque, aujourd'hui
commune de Saint-André et Allas., canton de Sarlat.
2 HélieTalleyrand de Périgord (et non
Antoine), né en I 3 OI (?), fils d'Hélie VII
et de Brunissende de Foix ; archidiacre,
puis évêque de Limoges, 1324; évêque
d'Auxerre, i328 ; cardinal-prêtre de
Saint-Pierre-ès-Liens, I 33 I ; légal, cardinal évêque suburbicaire d'Albano, 1348 ;
mort à Avignon le 17 janvier 1364.
3 « i332. — Au moys de juin, sur les
« dix heures du soir, il pleut si fort à
« Sarlat que la ville basse se fusse sub« mergée, si la force et pesanteur de
« l'eaue, qui s'estoit enfermée dans la
« ville n'eust renversé la muraille du
« costé du midy. Plusieurs maisons fu« rent abbatues, lorsque l'eaue sortit
« par la bresche qu'elle s'estoit faicte ;
« l'impétuosité renversa les moulins les
« plus prosches de la ville sur la rivière
« de Cluze, avec grande quantité de
« meubles de la ville et faubourgs qui
« allèrent trouver la marée à Liborne,
« conduits par le ruisseau de Cluze,
« meslé avec la Dordoigne. Lorsque
« telles pluyes surviennent, il faut
« ouvrir de bonne heure les portes de la
« ville pour donner passage a l'eau.
« L'esté de Tannée 1 3 3 3 se porta si plu« vieux et la grelle [fut] si fréquente que
« le printemps suivant de Tannée 1 3 34
« fut accompaigné d'une grande disette
« et, advenant la récolte, survint une
« mortalité populaire venant de ce que,
« les boyaux s'estantz rendus estroitz
« lors de Tabstinence, ce peuple man« géant plus que de coustume estoit suf« foqué par la viande.
« 1 3 3 5 . — Le 29 décembre, à huict
« heures du matin, il y eut à Sarlat
« tremblement de terre qui dura seule« ment un demy quart d'heure. S'il eùt
« duré davantage, il eut apporté des
« ruines aux bastimens.
« Ce mesme jour, le roy Philippe de
« Valois et la reyne sa femme, estaient
« à Martel ; ils avoient faict la feste de
« Noël à Brive et s'en alloint à Tolose et
« de là en Avignon voir le pape et,
« d'Avignon à Marseille voir les galères
« et navires quele roy y faisoient appres14
102
TABLE CHRONOLOGIQVE
l
GVILLEBMVS DE SENDREVX , quatriesme évesque de
Sarlat est esleu par les religieux le xv e jour après le décès d'Ai>
naldus Bamiard, qui revient au 15 décembre 1333, etpourveu en Avignon par le pape Jean XXII qui, par ce moyen,
se trouve avoir conféré ou institué les quatre premiers évesques
de Sarlat. Ge quatriesme prélat fut esleu de la monacalité à
1
l'épiscopat, car il estoit religieux de Tordre de S Benoît et
2
prieur de S'-Léon, issu de la noble maison de Pédrèges , qui
est un chasteau entre Limoil et S'" Alvère \ II unit le prioré de
Proissans 4 à l'office de prévôt et décéda au moys de may 1338,
ayant tenu la cliarge épiscopale quatre ans, quatre moys et
e
demy. Pendant que ce prélat gouvernoit ce diocèse, Henri III
du nom prend le titre de roy de France avec celluy de roy
d'Angleterre , soubz prétexte qu'il estoit filz d'Edoard second
et de Marguerite, fille de Philippe-le-Bel, lequel Philippe mour
rant avoit laissé trois enfans masles qui avoint esté tous trois
roys l'un après l'autre et estoint décédés sans enfans masles et
partant disoit que sa mère devoit succéder. Le§ François, au
contraire, maintenoint que lë royaume de France est si noble
qu'il ne peut estre commandé par une femme. Edoard répliquoit qu'il n'estoit pas femme, et les François respondoint à
cela que sa mère ne luy pouvoit donner droit au royaumej
puys qu'elle n'en y avoit point à raison de son sexe. Edoard ne
prenant pas ces raisons en payement se résout à la guerre et voilà
le motif d'une guerre qui dura jusques à l'an 1453, qui est
jusques à cequelesAnglois furent du tout chassés de laGuiene',
« ! ter pour le voyage de la Terre Saincte a
« indit au 12 d'aougst suivant. Lequel
« voyage ne se fit pas, à cause des divi« sions et guerres qui survindrent entre
« le roy de France et Edoard, roy d'An« gleterre. » (Ms. Tarde B.)
1 Voir la note finale, n° I, sur les premiers évêques de Sarlat.
2 Puy-de-Rèzes, hameau, commune de
Pézuls, canton de Sainte-Alvèrie.
3 Sainte-Alvère* canton, arrondisser
nient de Bergerac.
4 Proissans, commune, canton de
Sarlat.
c Edouard prend le titre de roi de
France et écartèle ses , armes de celles
■ Lo roi Philippe VI prit solennellement la croix à Avignon, le 29 m»rs 1336, avee les rois d'Aragon, de Navarr»
et do Bohême.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
103
PETRVS BERENGARIVS autrement appelé Borgoignous,
e
est le V évesque de Sarlat et tind le siège seulement
depuys le moys de septembre 1338 jusques à la fin de 1339.
Auquel temps les roy s de France et d'Angleterre se firent la
guerre en Guiene sans exploit mémorable et, Fan 1340, accordèrent une trêve qui fut continuée jusques à 1342.
2
PETRVS ITERIVS est le VI e évesque de Sarlat et gouverne
le diocèse dix ans, sçavoir de l'an 1340 jusques à 1350. II fit
bastir la chapelle Nostre-Dame 3 , qui est joignant le cloistre,
pour y assembler le chapitre de son esglize cathédrale. II fit
4
son testament à la Roque de Gajac le 28 ap- r-~*^^^^^^m
vril 1346, instituant exécuteur de ses de r- ^ . >;=g#ëpg
nières volontés Talayran, cardinal et comte H ^y
6
de Périgord , lequel, en l'an 1351, commit et H ife^
'.^i
envoya à Sarlat pour cet eíîect Arnauld 6 , V^-^-^rV .', /
(| '^W
abbé de Chansalade. Ses armes estoint :
\^
d'azur à une bande d'or, une estoile d'or
au dessus la bande et trois bezans d'or au dessoubz.
Pendant que ce prélat siégeoit à Sarlat, il y avoit un évesque
à Dacqz en Gascoigne qui portoit mesme nom, surnom et
armes, lequel fut faict cardinal en septembre 1361 par Innocent VI soubz le titre « SS. Quatuor Coronatorum » et après
de France, à l'assemblée de Gand, en
1340. — Les premières hostilités avaient
commencé en 1 3 3 7 . (B. N. Ms. Fds. de
Camps. LXXXHI, pp. 156-190. — Froissart, éd. S. Luce, I, CLXXXV-CCXLVI.)
1 Yoir note finale, n° I, sur les premiers évêques de Sarlat.
2 Voir note finale, n°I, sur les premiers évêques de Sarlat.
3 Notre-Dame-de-Pitié. C'est aujourd'hui la chapelle des Pénitents bleus,
malheureusement reconstruite au siècle
dernier.
4 La Boque-de-Gajac, commune, canton de Sarlat. L'ancien château abbatial,
puis épiscopal, dans une position uni-
que, était en partie creusé dans la paroi
verticale du Boc Vigueyral qui limite
le bourg, parallèlement à la Dordogne,
et le surplombe à une hauteur de plus
de 5 o mètres, et en partie bâti dans
une fente naturelle horizontale, à moitié
hauteur de la paroi. Le château de la
Boque-Gajac était inexpugnable. Aussi,
ne fut-il jamais pris ni même attaque
pendant les guerres des Anglais.
5 Hélie Talleyrand, cardinal de Périgord, n'a jamais été comte de Périgord.
Le comte était Roger- Bernard (1 336i36 9 ).
6 Arnaud -Raymond, abbé de Chancelade (1 326-1359.)
104
Sarlat.
TABLE CHRONOLOGIQVE
sut faict évesque d'Albe par Urbain V et mourut en Avignon
le 20 may 1367 et fut enseveli au couvent S' Dominique en
une chapelle qu'il y avoit faict bastir. II y a de l'apparence que
ce cardinal estoit frère ou nepveu de nostre prélat, attendu
l
l'identité du nom, surnom et armes .
En ce temps les religieux de l'esglize cathédrale de Sarlat
estointen nombre de cinquante et prenoint tous les jours leur
prébende en pain et vin.
L'an 1 340, les habitans de Sarlat, prévoyant que la trêve* accordée entre les roys de France et Angleterre estoit une préparation à la guerre 3 , réparent les tours et bastissent les murailles de la ville et font faire deux portes dernières au faubourg
4
de la Bocarie, une sur le chemin de Salignac et l'autre sur le
B
chemin de Carlux .
6
La trêve estant finie, le comte Derbi , lieutenant pour le roy
d'Angleterre, vient en Guiene avec une armée et prend terre à
Bayone le 6 juin 1342 et de là vient à Bordeaux. Le comte de
Laille 7 se rend à Bergerac avec la noblesse du pays et trois
cens Génevois pour empêcher que les Anglois ne passent au
deçà la Dordoigne. Le comte Derbi monte en Périgord avec son
1 Voir la note finale n° L
2 Une trêve de six mois fut signée entre
les rois de France et d'Angleterre à
Espléchin, le 25 septembre 1340. Une
nouvelle trêve fut signée le 1 9 janvier
i343. Pendant lesannées 1 341 et 1342,
la guerre fut circonscrite en Bretagne.
3 Malgré la trêve, les officiers du roi
avaient imposé sur la ville de Sarlat
1 5 sols tournois par feu, « pour cause
de la guerre de ceste année présente ».
Sur la plainte des habitans, le roi Philippe mande au sénéchal et au gouverneur de Toulouse de cesser la levée de
ces deniers : « Nous vous mandons...
« que vous cessez et faites cesser de la
« dicte indiction et imposition prendre
« et lever pour la cause dessus dite,
« car nous ne volons pas que nos sub« jects soient grevés sans cause, et sè
« aucuns gatges en sont prins ou levés,
« si les rendes et faites rendre...
« Donné à S 1 Germain en Lave, sous
« notre petit scel en l'absence du grand,
« le XXVI e jour de février l'an de grâce
« M.GGC.XL etdeux. » (B. N. Ms. Fds.
Périgord, LII, p. 263. — Collection
Audierne, Original.)
4 Salignac, ch.-l. de canton, arrondissement do Sarlat.
5 Carlux, id.
6 Henri, comte de Derby, fils du duc
de Lancastre, nommé lieutenant du roi
d'Angleterre et capitaine au duché de
Guienne par lettres du 10 mai 1 345 .
(Rymer, Fœdera, vol. II, pars 2 a , p. 38.)
7 Bertrand, premier comte de l'IsleJourdain en Armagnac en 1 34 1 , mort
en 1349.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
105
armée et d'abord attaque le faubourg de la Magdalène 1 qui
est au bout du pont de Bergerac 2 où fut rendu un grand
combat qui dura un jour entier, auquel plusieurs seigneurs de
condition furent tués de costé et d'autre, les François passent
le pont et se retirent dans la ville laquelle n 'estoit lors
fermée que de fossés et palissades et relrancliemens. Le lendemain, le comte d'Erbi faict assailir la ville et, après que
son conseil de guerre l'eut jugée imprenable, faict amener
de Bordeaux une quantité de grands bateaux pour l'attaquer du
costé de la rivière, les quelz estant arrivés, il les chargé d'archers et de pioniers et, à la pointe du jour, faict aborder la
ville. Les pioniers mettent pied à terre pour abbatre une levée
de terre qui faisait muraille et les archers qui estoint logés
dans les bateaux les deffendoint et empêchoint que les assiégés
ne puissent se présenter pour les offenser; car il n'y avoit
aucun flanc pour deífendre ce terre plein, si bien que dans
un jour ceste terrasse fut abbatue, la palissade ostée et la brèche
suffisante pour entrer. Sur le soir ilz donnent l'assaut. Les
Génevois, qui estoint tous armés de pavois à preuve de traict,
1 La Madeleine, faubourg, commune
de Bergerac, rive gauche de la Dordogne,
à la tète du pont, appartenait à l'ancien
diocèse de Sarlat.
2
Tarde, en donnant la date de 1 342 à
la prise de Bergerac par Derby, a mal
copié Froissart, qui lui-même copie Jean
le Bel et reproduit Terreur de ce dernier
chroniqueur : « et fut la prise de Bergerac,
dit celui-ci, l'an de grâce MCCCXLIV, à
l'entréedel'hiver. » (Ckroniquedei AeBeì,
t. II, p. 43.) La prise de Bergerac par
Derby eut lieu en réalité le 24 août 1 345.
D. Vaissète (Hist. du Languedoc, IV,
p. 569) et Dacier avaient parfaitement
constaté Terreur, dès le siècle dernier,
et plus récemment, M. Bertrandy, dans
son Etude sur les chroniques de Froissart
(Bordeaux, 1870, in-8°, p. 9 et suiv.),
fournit les preuves les plus évidentesque
la date donnée par Tauteur anonymede la
chronique écrite en tète des Coutumes de
Bordeaux, Bergerac et Bazadais, doit
être maintenue. « L'an MCCCXLV, dit
« le chroniqueur de la Coutume, fo pres
« Bragueyrac en Peyregors, per lo comte
« Darvi, lo jorn de Seint Bertomyeu
« (24 août) ». — (Voir aussi le récit
concordant de Robert de Avesbury,
Histoì'ia de mirabilibus geslis Edouardi III,
Oxonii, 1720, pp. 121-122, — et Froissart, édition de Siméon Luce, t. III, p. XII
et suiv.)
Entre autres personnages faits prisonniers, il faut citer Henri de Montigny, sénéchal de Périgord ; Jean de Galard, chevalier, seigneur de Limeuil ;
Pierre de Latour, chevalier; Hélie, sire
de Bourdeille ; le comte Bon d'Antin,
Pons de Beynac, damoiseau, seigneur d
Beynac, qui y fut blessé grièvement, etc.
106
Combat près
TABLE CHRONOLOGIQVE
se produisent sur la brèche plus hardiment que les autres, et
par ce moyen couvrent les habitans pour se retrancher, mais,
désespérant de pouvoir résister, les gens de deffense quittent
la ville avant le jour et laissent les habitans seulz, lesquelz
capitulèrent le lendemain matin, se rendirent et prestèrent
le serment de fidélité au roy d'Angleterre ès mains du comte
d'Erbi, lequel y laisse une garnison et mène son armée sur le
fleuve de Garonne et puys revient en Périgord, passe devant
Périgueux où estoit Anthoine Taleyran comte de Périgord et
2
Roger-Bernard son frère, le sire de Duras
et environ six
vingtz gentilhommes du pays, lesquelz il n'ose entreprendre,
3
mais passe outre tenant le chemin du chasteau de Pélagrue
qui estoit au comte de Périgord, et s'estant logé pour ce soir à
deux lieues de Périgueux, la noblesse, qui estoit dans la ville,
sort de nuit et luy va donner sus si brusquement qu'ilz en
firent demeurer grand nombre sur la place et prindrent
prisonier le comte de Quenfort avec trois gentilzhomes de sa
maison et avec cela se retirent à Périgueux. Le lendemain, le
comte d'Erbi poursuit son chemin droit à Pèlegrue, lequel
il assiège par l'espace de six jours et le prind. Là furent faicts
prisoniers quelques gentilzhommes François, par le moyen
desquelz le comte de Quenfort fut délivré par droit de représailles, à condition que tout le comté de Périgord demeureroit
trois ans en paix sans qu'on y peut prendre place ni prisonier, ni
faire acte d'hostilité \ le comte d'Erbi part de Pèlegrue et Va assiéger Auberoche 4 ; les habitans se rendent et prestentle serment
de fidélité à PAnglois. Partant de là il se retire à Bordeaux.
1 Antoine Talleyrand n'a jamais été
comte de Périgord. Le comte étaitRogerBernard ( 1 3 3 6- 1 3 69 . )
2 Aymery de Durfort, chevalier, seigneur de Duras, mort en 1 345, un des
plus fidèles partisans de la France.
3 Pélagrue, canton, arrondissement
de la Réole (Gironde).
4 Auberoche, hameau, commune du
Change, canton de Sa vignac-les-Egl ises,
arrondissement de Périgueux. Châtellenie
inféodée aux vicomtes de Limoges par les
évêques de Périgueux, sous réserve de
l'hommage.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
1Q7
: Le comte de Laille, adverti quel'Anglois s'estoit retiré à Bordeaux, convoque les comtes de Périgord, de Canaan ', de
2
■Borniquel , de Gominges 3 et autre noblesse qu'il peut assembler et à l'improviste investit et assiège Aubei'oche, faict apporter sur des charretes quatre grandes machines de bois avec
lesquelles ilz jettoint nuit et jour de grandes pierres dans le
fort, si bien que dans six jours il heurent rompu les déffences
et lés assiégés furent constrainctz de se cacher dans les caves
et chambres voûtées, áyant les François pris résolution de les
assomer dans le fort sans hazarder un assaut. Les assiégés, se
voyant réduitz à ceste extrémité, dépèchent un vadepied à
Bordeaux pour fah'e sçavoir au comte leur nécessité, mais le
messager fut pris avec sa lettre par les assiégeans et mis, plié
en rond, dans une de ces machines avec sa lettre attachée au
col et jetté dans la forteresse où il tomba tout mort et escrazé.
Le comte Dherbi, adverti du tout, ramasse les forces angloises
qu'il peut tirer de Boi'deaux, Bergerac, Liborne et autres places, qui furent en tout trois cens lances et six cens archers;
ilz vont d'une traite à deux petites lieues d'Auberoche repaistre dans un bois et partant de là vont attaquer les assiégeans
qui estoint cinq ou six mille hommes et les prenent au dépourvu sur l'heure du souper si à point qu'ilz mettent tout en
routte. Le comte de Laille, le comte de Périgord et Boger son
frère sont faictz prisoniers \ Le sire de Duras tué avec une
grande partie de l'armée françoise \ Ceste défaicte fut devant
1 Arnaud Duèze, vicomte de Carainan,
neveu du pape Jean XXII.
2 Roger de Comminges, vicomte de
Bruniquel, cantondeMontclar(T.-et-G.).
3 Pierre-Raymond II, comte de Comminges. ( 1 3 3 1-1376.)
4 11 est très probable, malgré l'aílu-mation de Froissart, que le comte de
Périgord ne fut point fait prisonnier a
Auberoche. (Bèrtrandy, loc. cit., p. 1 22.)
3 Les pertes furent grandes du côté
des Français : Bertrand, comte de l'IsleJourdain, général des forces françaises,
fut fait prisonnier , aveo Aymard de
Poitiers et son frère le sire de Chalençon (Louis de Poitiers, comte de Valentinois, leur frère, y fut tué) ; Aymeri,
vicomte de Narbonne ; Arnaud Duèze,
vicomte de Caraman; le vicomte de Bruniquel ; Arnaud de la Yie, vicomte de
108
TABLE CHRONOLOGIQVE
1
Auberoche la veille de S' Laurent 1344 très-honteuse et domageable au parti françois, lesquelz apprindi'ent là de ne mespriser jamais l'ennemy si loin qu'il soit. Le comte Derbi
s'en revint à Bordeaux avec deux cens prisoniers tous chevaliers.
Au moys de may 1345, le comte Derbi ramasse son armée,
2
vient à Bergerac où estoit le comte de Pemebrot où ilz font
monstre et se trouvent mille maistres et deux mille archers ;
ilz vont attaquer S te Bazille 3 et la prènent, assiègent et prèc
nent Monségur 4 , Aiguilhon s et la Béole , montent en Quercy
8
où ilz forcent Mo mpezac 7 et Mauroux et, en s'en retournant,
Villemur ; le vicomte de Talard ; Aymeri IV, vicomte de Lautrec, seigneur
d Ambres; Roger de Comminges, seigneur de Clermont-Soubiran ; Guillaume
de Pierre Pertuse, chevalier, seigneur de
Cucugnan ; Bernard Bernardi, damoiseau de Sabazan, porte-enseigne du vicomte de Narbonne (il mourut de ses
blessures) ; les sénéchaux de Quercy et
de Rouergue ; le sire de la Barde ; Philippe et Renaud de Dyon ; Bertrand des
Prez, chevalier; Jean de la Porte, chevalier, seigneur de Jumillac ; Guillaume
Cornilhan ; Hautecœur de Poitiers, etc.
(Robert d'Avesbury, loc. cit. ; — Villani ;
— D. Vaissète, t. IV, p. 255 ; — Froissart-Luce, loc. cit.)
1 La défaite des Français devant Auberoche eut lieu le 21 octobre 1345.
(Bertrandy, loc. cit. ; — Froissart-Luee,
loc. cit.)
2 -Laurent de Hastings, comte de Pembrocke.
3 Sainte-Baseille, commune, canton et
arrondissement de Marmande (Lot-etGaronne).
4 Montségur, ch.-l. de canton, arrondissement de la Réole (Gironde).
«
Montségur, où commandoit Hu« eues de Badefol, et y font amener de
« Bordeaux et de Bergerac de grandes
« machines qui jettoint des pierres si
« grosses et si pesantes qu'ilz rompoint
« non seulement le toict des maisons,
« mais aussi les murailles et tours de
« ìa ville et les maisons de dedans, tele-
« ment que les assiégés furent con« trainctzde se rendre. » (Ms. Tarde B.)
5 Aiguillon , commune , canton du
Port-Sainte-Marie (Lot - et - Garonne).
«
Aiguilhon, qui se rendit sans
« grande résistance. » (Ms. Tarde B.)
6 La Béole, ch.-l. d'arrondissement
(Gironde). «
et puys vont assiéger
« la Réole; ce siège fut long. Hz coince blèrent les fossés, firent deux grandes
« tours de bois ambulatoires, par le
« moyen desquelles ils vindrent aux
« mains avec les assiégés qui se rendi« rent par composition, mais la garnison
« se retira au chasteau qui fut enfin cons« trainctde se rendre. » (Ms. Tarde B.)
La date donnée par Tarde, d'après
Froissart, de la prise par les Anglais de
Sainte-Baseille, Montségur, Aiguillon, la
Réole, est inexacte. Ces faits militaires se
passèrent après le 21 octobre 1 345, date
de la défaite d'Auberoche. (Bertrandy,
loc. cit.; — Froissart-Luce, foc. cit.)
1 Montpezat, commune , canton de
Preyssas (Lot-et-Garonne). Tarde le confond avec Montpezat-de-Quercy, chef-lieu
de canton, arrondissement de Mon tauban.
8 Lieu indéterminé. On le trouve
orthographié Maurou (Froissart, éd. Buchon) , Maulrou (éd. Sauvage 1574.)
— Buchon l'identifie avec Castelmoron ,
mais ce bourg ne devint anglais que le
8 janvier 1347. (Bertrandy, loc. cit.,
p. 193.) M. Ribadieu (Campagnes du
duc de Derby en Guienne), propose, sans
DE L'EGLISE DE SARLAT.
109
assiègent et prènent Villefranche 1 au diocèse de Sarlat. Après
ilz passent la Dordoigne et Vézère et vont assiéger Miremont 2
qui se rend le 4 e jour et de là vont assiéger Angoulesme qui
capitule et se rend et, cela faict, s'en retournent hyverner à
Bordeaux.
La mesme année 1345 au moys de décembre, lors que l'Anglais byvernoit, le roy Philippe envoyé une armée en Guiene
conduite par le duc de Normandie 3 qui faict ses premiers
effortz contre Miremont où estoit une garnison de cent Anglois ;
la ville est prise par assaut et les assiégés mis à mort. Après ilz
passent la Vézère et Dordoigne et viennent à Villefranche,
laquelle est prise par assaut, pillée et bruslée et la garnison
mise à mort. Hz rebroussent chemin et vont assiéger Angoulesme qui se rend le second de febvrier et de là viennent sur la
rivière deGai^onne où ilz prènent Toneins \ le Port-S te -Marie 5
preuves d'ailleurs, Monheurt. M. Berquelles il rappelle que la ville fut prise
trandy pencherait pour Monclar. Quant par les Anglais en 1 3.4.5, reprise et brûà l'attribution par Tarde à Mauroux en
lée par les Français, la méme année,
Quercy, elle n'est pas acceptable, basée
ce qui concorde avecle récitde Froissart.
uniquement sur une certaine ressem(Ordonnances III, 201.)
2 II s'agit d'un Miremont en Agénais,
blance de noms.
1 L'attribution de Villefranche, dont
et nullement de Miremont en Périparle Froissart, n'est pas certaine. Ribagord. Ribadieu le place à Miremont,
dieu (loc. cit.) la place à Villefranche
village , commune, de la Garrigue
du Queyrou (Lot-et-Garonne), rive gau(Lot-et-Garonne), (loc. cit. , p. 5 y).
che de la Dordogne, à l'ouest d'AiguilBertrandy préfère à juste raison Mirelon. Bertrandy ne se prononce pas. II mont, commune, canton de Lauzun
parait bien probable cependant qu'il (Lot-et-Garonne), ancienne bastide, bâtie
s'agit ici de Villefranche de Périgord,
sur les bords du ruisseau de la Dourplacée par Froissart en Agénais, par
donne, et qui avait été déjà assiégée
suite d'une erreur qu'explique la situa- par les Anglais en 1339. (Froissarttion frontière de cette bastide. On trouve
Luce, I, 385 ;— Bertrandy, loc. cit.,
d'autres exemples d'erreurs semblables.
p. 195).
3 Charles, fils du roi Jean II, duc de
Ainsi, Villefranche (de Périgord) est
placée en Quercy dans la liste des bas- Normandie en i355 , dauphin-régent
tides fondées par Alphonse de Poitiers.
( 1 3 5 6- 1 3 64) , roi de France sous le nom
(B. N. Ms. Fds. Doat., LXXIV. Arch. de de Charles V en 1364.
4 Tonneins, chef-lieu de canton, arronRodez.) M. Curie-Seimbres (loc. cit.,
p. 1 96) admet qu'il s'agit bien de A'ildissement de Marmande (Lot-et-Galefranche de Périgord, et il s'appuie sur ronne).
5 Port-Sainte-Marie,chef-lieude canton
les deux chartes accordées par Charles,
fils aîné du roi Jean, aux habitants de
(Lot-et-Garonne).
Villefranche de « Périgord », dans les15
Villefranche.
Miremont.
Miremont.
Villefranche.
110
Villefranche.
Dome.
J
3
47
TABLE CHRONOLOG1QVE
et assiègent Aiguillon, mais, après une grande despanse et longue fatigue, ilz sont constraintz de lever ce siège pour aller
secourir Poitiers. Mais revenons en Périgord. Lorsque le duc
de Normandie tenoit le siège devant Angoulesme, le comte
Derbi envoya quatre chevaliers anglois à Villefranche qui
prindrent le chasteau, lequel estoit demeuré en son entier
sans estre ruiné, ilz remirent les portes de la ville et la rendirent du parti d'Angleterre comme au paravant.
En mesme temps à Sarlat se fortifient, font bastir les murailles de la ville et font abatre une partie des maisons qui se
rencontroint à Fendrait où la muraille debvoit estre conduite.
L'enceinte fut mesurée à brasses par cinq hommes à ce comis
et puys on sçavoit que donner pour le bastiment de chasque
brasse. II y avoit desjà des tours et quelque forme de muraille,
mais non par tout ni suffisante pour résister à un grand
effort 1 .
Jusques à présent les Anglois ne s'estoint pas approchés de
Sarlat plus près que à Miremont et Villefranche, mais ceste
année 1346, parle moyen de quelques traistres, ils surprindrent la ville de Dome et s'en rendirent maistres d'où ilz
fesoint des courses et fatigoint tout le pays, en mesme temps
que les armées de l'un et l'autre parti estoint en Normandie
et Picardie et que ceste bataille de Cressi fut donnée au désadvantage du parti de France. Sur la fin de l'année, trêves sont
accordées , mais nullement observées en Périgord par les
Anglois.
Guilhaumede Monfalcon 2 , séneschal de Périgord, en voyant
1 L'organisation militaire de Sarlat
se compléta par la nomination que firent
les consuls d'un capitaine de la ville. Par
lettres données à Sarlat le mardi avant
la fête de la Conception de la sainte
Vierge 1347 (4 décembre), cette importante fonction fut confiée à Magnanat.
(Collection Audierne, Orig. parchem.) —
En mème temps, au mois de décembre,
la ville de Sarlat recevait du roi de
France des lettres de sauvegarde. (Ibid.)
2 Guillaume de Montfaucon, chevalier,
seigneur de Verdrac , servait sous le
comte d'Armagnac, à Cambrai, le 1 2 dé-
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
111
que les Anglois n'observoint les trêves, met le siège devant
Dome, la prind et en chasse les Anglois au moys de juin 1347,
auquel siège Sarlat contribue beaucoup pour le désir qu'ilz
avoint d'oster ce voisinage \
L'an 1348, Hélie La Croix, bourgeois de Sarlat, fonde l'hospital qui est au faubourg de la Boucarie ê .
Marquèse, íille du premier mariage d'Elie Talayran et
héritière de sa mère Philippe, vicomtesse d'Auvila et de Lomaigne, prétend droit sur le comté de Périgord et en prind le
titre; néanmoins elle prind le voile de S lc Claire.
La mesme année, les Anglois du Périgord,faschés d'avoir perdu
cembre 1 3 3 g. II est qualifié de « maréchal pour le roi messire en Périgord et
Quarsin » le 21 octobre 1 342 ; il
succéda au sénéchal Henri de Montigny,
fait prisonnier par les Anglais à la prise
de Bergerac, au mois d'août 1 345, était
qualifié de sénéchal du Périgord et du
Quercy le 27 mars 1346, date à laquelle
il est constitué « capitaine dans ces
parties ». (G. Marmier, Bulletin de la
Société historique de Périgord, t. V,
p. 100 ; — Bertrandy, loc. cií.,pp. 129,
3o3.) **• 11 dut céder sa charge de sénéchal à son prédécesseur Henri de Montigny, lorsqu'il recouvra sa liberté.
Nous trouvons du moins celui-ci qualifié
de sénéchal de Périgord dans le visa des
lettres patentes accordées à Sarlat le
(6 mai 1349. (B. N. Ms. Fds. Périgord,
LU, p. 263 v°.)
1 Tarde doit être corrigé. Dome fut
pris parles Anglais en 1347, comme
il résulte des lettres patentes accordées
Tannée suivante, au mois de juin 1348,
contenant nouvelle concession des privilèges jadis accordés à la bastide,
dont les titres avaient été perdus lors
de la prise de la ville par les Anglais,
« anno prœterito. » (Trésor des Chartes, Rég.
77, f> 1 32, n °s 2 3g j 2 3 9 . — J.-B. Lascoux, Documents... sur Dome, pp. 13-17.)
Le château avait résisté et était resté
sous Tautoritó royale, ce qui dut singulièrement faciliter la reprise de la ville
par le sénéchal G. de Montfaucon. Ce
fut le voisinage dangereux des Anglais
à Dome qui détermina les consuls de
Sarlat à réparer et compléter les murailles de la ville, et à nommer un
capitaine pour veiller à sa défense.
C'est à la trahison que les Anglais
durent de s'emparer de Dome. Un documentdu mois de juillet i35o, relatif aux
frais de prise, garde et exécution de certains coureurs d'estrade, nous donne les
noms des traîtres qui mirent la place aux
mains des Anglais : « Guillermus Nadal,
Burdus de Burdelia, dictus Negron, et B.
vocatus Amurussa et tres alii proditores. . . »
Ils furent pendus, par ordre d'Arnaud
d'Espagne, sénéchal du Périgord, aux
arbres du bois « de las Damas », théâtre
de ' leurs voleries. (J.-B. Lascoux, loc.
cit., p. 23.)
2 Cet hôpital dut être fondé pour
secourir les malheureux atteints par la
« peste noire ». — Le fléau ravagea TEurope entière (Froissart-Luce, IV, xxxvm),
et fit à Sarlat d'affreux ravages, dont le
souvenir a été conservé par Tauteur
du « Livre des Miracles de S. Sacerdûs ».
Ce précieux manuscrit, possédé au
xvn e siècle par le chanoine Armand
de Gérard-Latour, s'est perdu, mais
celui-ci envoya aux Bollandistes en
1677 des extraits qu'ils ont reproduits
en appendice dans le tome II du mois
de mai, p. 799. « ... Viros etiam varios
et infantes suscitavit S. Sacerdos et plurima miracula fecit, tempore istius grandis pestilentiœ quœ anno M.CCC.XLVIII0
tam horribilitér grassata est Sarlati. »
Dome.
1348
Sarlat.
1348
112
Temniac ,
St -Quentin,
Campaignac.
Remi rebourg.
Dome.
1349
Sarlat.
TABLE CHRONOLOGIQYE
Dome, trauaillent à s'establir. en quelque fort près de Sarlat,
pour courir sur eux et les fatiguer de plus près et, pour
1
cet effect, la garnison de Bergerac se joint avec ceux du Bugo
3
et de Tayac 2 et en mesme heure surprènent Temniac , SaintQuentin * et Campaignac 5 , mais ilz n'y firent pas long séjour,
6
car le séneschal de Périgord et le sieur de Bibeyrac qui en
mesme jour se trouvèrent à Sarlat, assistés des habitans de la
ville, y acoururent et leur íirent lascher prinse. Bien tôt après
la communauté de la ville achapta quelques maisons qui
estoint à Bemirebourg 7 et les fit razer, craignant que les Anglois s'y vinssent loger.
La ville 'de Dome, ayant esté prinse par les Anglois l'an 1346
et reprinse l'an 1347, comme dict est, et les titres concernant les
privilèges s'estant perdus, les habitans présentent requeste,
ceste année 1348, au roy Philippe de Valois sur ce subject,
lequel, par ses patentes, leur renouvelle et confirme tous leurs
privilèges pour en jouyr comme au paravant.
A Sarlat, la muraille de la ville estant tumbée autant que
8
dure le cimetière Saint-Sacerdos, l'an 1348, 1a remettent et
1 Le Bugo. — Aujourd'hui le Bugue ,
canton, arrondissement de Sarlat.
2 Tayac, commune, canton de SaintGyprien (id.).
3 Temniac, ancienne paroisse, aujourd'hui section de la commune de
Sarlat. Le château de Temniac était le
chef-lieu de la « Temporalité de Temniac », composée des paroisses de
Temniac, Gampagnac, Saint-Quentin,
Allas-l'Evèque et partie de Saint-André,
appartenant en toute justice aux abbés,
puis aux évêques de Sarlat.
4 Saint-Quentin, commune, canton
de Sarlat.
0 Gampagnac -lès - Sarlat , ancienne
paroisse , aujourd'hui commune de
Sarlat. Siège d'une viguerie épiscopale,
qui fut inféodée aux Roux, si l'on en
croit le titre de « viguiers de Gampagnac » qu'ils portaient à la fin du
xv e et au commencement du xvi c siècle,
titre qu'ils ont traduit un peu trop
librement, au xvm e siècle, par celui de
« vicomtes de Gampagnac ».
G Regnauld de Pons, chevalier, sire
de Ribéracet de Montfort-sur-Dordogne,
capitaine pour le roi en Limousin, Périgord et lieux voisins en deçà de la Dordogne (rive droite), en 1 353 et 1 3 54,
tué à la bataille de Poitiers.
7 Ce nom n'existe plus, que je sache,
dans le voisinage de Sarlat.
8 C'est sans doute pour aider la ville
de Sarlat dans cette reconstruction que
le roi Philippe de Valois, par ses lettres
du 17 mai 1349, « pour considération
a des bons services que lui ont fait en
« ses guerres, ses amis les consuls et
« habitans de la ville de Sarlat, et des
« grandes pertes et domages qu'ils ont
« eu et soutenus à cause d'icelles, leui
DE L'ÉGLISE DE SARLA.T.
113
rebâtissent en diligence Fan 1349 \ Ceste muraille estoit anciene comme ayant esté faicte pour servir de closteure à
l 'abbaye.
Hz font aussi faire une bride. C'estoit une machine
,
de guerre et espèce d'artillerie fort commune en ce siècle,
composée de plusieurs pièces de bois qui se pouvoint démonter pour plus facilement la transporter de lieu à autre,
par le moyen de laquelle ilz jettoint des pieres fort grandes
et pesantes. Les assiégeans s'en servoint pour rompre les
toictz des maisons, les flanqz, les gabions et autres deffenses et estoit utile aux assiégés pour rompre l'artillerie,
tours ambulatoh'es et autres machines et assomer ceux que
ces pieres rencontroint. II en y avoit de quatre sortes : la plus
grande s'appeloit « bride » avec laquelle ils jettoint telle quantité de pierres qu'ilz vouloint, l'autre s'appeloit « le coliard »
qui estoit une bride de médiocre grandeur, la troysiesme
« le lop » qui tiroit des grosses pierres rondes pesant plus d'un
cent et demy, et la quatriesme qu'ilz appeloint « l'asne » en
tiroit de plus petites que le « lop ». Entre ces quatre il n'y
avoit presque autre différence que de la grandeur, comme de
mon temps un canon, une colouvrine, un fauconneau, un
mosquet, une arquebuse, un pistolet, sont des noms fort différentz et néanmoins en effet ne diffèrent que de la grandeur et
de l'affust.
PETRVS PORQVERI 2 , autrement DE MEYROLIS, est le
VIP évesque de Sarlat par l'espace de 8 ans, sçavoir de 1350
« remet et pardonne.... la tierce partie
a du subside qu'ils lui sont tenus faire
« à cause de ses dites guerres , par
« composition faicte avec l'abbé de
i S l -Pierre de Melun, pour le temps
« député par lui en lad. sénéchaussée. »
(B. N. Ms. Fds. Périgord, L1I, 263 v°.)
1 « ... et pour ce faire imposent une
« taille sur les habitans, pour laquelle
«. lever est remarcable que le receveur
« se trouvoit à la place , à certaine
« heure indite, où chascun lui portoit
<t sa quote
» (Ms. Tarde B.)
2 Pierre Porqueri, évêque apocryphe.
Voir la note finale, n° I, sur les premiers
évêques de Sarlat.
Bride > machine
de guerre,
114
TABLE CHRONOLOGIQVE
jusques à 1358. II estoit religieux de Tordre de S' François,
sçavant en droit et en théologie qui, par son mérite, après
avoir esté honoré des premières charges parmi ceux de son
ordre, fut appelé à la dignité d'évesque. C'est luy duquel faict
mention Nicolas Bertrandi, au livre « de Gestis Tolosanorum »,
quand il parle des docteurs qui ont excellé au couvent des
Cordeliers de Tolose.
La mémoire de ce prélat eslevé eu Tordre de S' François
et la proximité de la ville de Gordon faict que je diray icy
1
que le couvent de S* François de Gordon ha la gloire d'avoir
formé trois religieux qui ont esté à suite l'un de l'autre esleuz
etfaictz généraux de tout leur ordre, qui est la suprême dignité
parmi eux. Le premier se nommoit « Frater Fortanerius Vessalus 2 » esleu et profès au dict couvent de Gordon lequel Tan
1343 fut créé le XIX e général de Tordre, en un chapitre général
tenu à Marseille, laquelle charge il exercea 5 ans 8 moys.
3
Après il fut évesque de Marseille et puys archevesque de
Ravene et le pape Innocent VI le íit cardinal Tan 1361, mais il
mourut la mesme année avant avoir reçu le chapeau et le titre.
4
Le second s'apelloit « Frater Guilhermus Farineri » natif de
Gordon et profès duclict couvent, lequel Tan 1348 fut créé le
XXe général de tout son ordre en un chapitre assemblé à
Vérone, laquelle dignité il administra neuf ans. Le pape Innocent VI, en recognoissance de son mérite, le créa cardinal en
1 Gourdon, chef-lieu d'arrondissement (Lot).
2 Fortanier Vassal, né à Vaillac (Lot).
Franciscain à Gourdon , Général de
l'Ordre en 1 343., archevêque de Ravenne le 24 • octobre 1347, patriarche
de Grada le 20 mai i35i, cardinalprêtre le 17 septembre I 38 I , mort à
Ferrare le 1 2 novembre de la méine
année. (Baluze, Vitœ.Pap. Aven. (1693)
I, 951,954; — "Wadding, Scriptores
Minor. ( 1 6 5 o) , r 1 o ; — Annales Min. VII,
VIII, passim ; — Moreri (1759).
3 F. Vassal n'a pas été évêque de
Marseille .
4 Guillaume Farinier, de Gourdon,
Franciscain au couvent de sa ville
natale, Général de l'Ordre en 1348,
cardinal-prêtre des SS. Marcellin et
Pierre le 2 3 décembre 1 3 56, mort à
Avignon le 27 juin 1 36 1 - (Baluze, Vitw
Pap. Aven. (1693), I, 941 ; — Wadding,
Scriptores Minor. (i65o), i52 ; — Annales Min. VII, passim.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
décembre 1356. II mourut en Avignon le 25 d'aougst 1361-. Le
troisiesme avoit nom « Frater Joannes Bucco h » profès dudict
couvent, lequel en un chapitre assemblé Fan 1357 à Barsalone
fut eslèu lé XXI e général de tout Tordre' 2 .
!
' í> ■ :
L'an 1350, le seigneur de Baynac est séneschal de Périgord
3
pour le roy de France .
:
L'an 1353, les Anglois suprenent Tesglise et fort de Tursac 4
5
et le chasteau de Palevézi d'où ilz font des courses sur Sai'lat,
mais, Tan suivant 1354, Renaudde Pons, le sieur de Baynac avec
les habitans de Sarlat assiègent Tursac; la bride de Sarlat y
est apportée avec quelques autres machines qu'ilz avoint et
1 Jean de Bucco fut nomme' docteur
en théologie par l'Université de Toulouse, en 1 352, en vertu de lettres apostoliques, professeur à la mème Université , maître généralde l'Ordre des FrèresMineurs, à l'assemblée de Barcelone,
en 1 356. II occupa cette charge jusqu'en
1369. — (Wadding, A nnales Min. VIII,
p. 84, 125, 195.)
2 a 1 35o. — Lanoblesse delaGuienne
« oblient du roy Jean, de nouveau venu
« à la couronne de France par le décès
« de Philippe de Valois, son père, un
« édict, par lequel est promis que leurs
« biensne pourront estre confisqués pour
« quel crime que ce soit, quand bien
« seroit crime de lèze-majesté, pourveu
« que ce soit au premier chef. » (Ms.
Tarde B.)
3 Pons, baron de Beynac, chevalier,
marié à Reine de Pommiers, leste en
1 366. (B. N.Fds. Périgord, t. CXXI, dossier
Beynac, p. 5.)
« 1 3 5 1 . — A Sarlat, pour se forti« fier, font une palissade tout à l'en« tour de leur ville à une brasse de
« la muraille ; le pal estant de XXIIII
« piedz , savoir douze pieds soubz
« terre et autant dessus. G'estoit une
« espèce de
fausse braye a dans
« laquelle ilz posoient des sentinelles
« et faisoint des rondes, comme sur
« la muraille lors des plus grandes
« deffiances.
« i352. — Taleyran de Périgord,
« cardinal et frère du comte de Péri« gord, est envoyé légat par le pape
« Clément VI, pour accorder les roys
« de France et d'Angleterre, en laqueìle
« légation estant, il apprend, au mois
« de décembre, le décès du pape, à
« cause de quoy il s'en retourne en
« Avignon, sans avoir rien obtenu que
« quelque cessation d'armes qui fut de
« peu de durée.
« 1 3 5 3 . — Roger-Bernard, second
a fils d'Elie Talayran, est encore comte
■i de Périgord ; il laissa deux enfans,
« le premier desquelz, nommé Archam« baut, luy succéda. > (Ms. Tarde B.)
4 Tursac, commune, canton de SaintCyprien, arrondissement de Sarlat.
5 Pelvézi, commune de Saint-Geniez,
canton de Salignac, arrondissement de
Sarlat. — Ce château appartenait, aux
XIII c et xivo siècles, à la famille de « Vallibus » (de Vals ou de Vaux), qui a
donné à l'abbaye de Sarlat deux de ses
abbés en 1228 et 1283 ; il a passé ensuite au xiv° siècle aux Beynac, au
xv e siècle aux Salignac et Carbonnières,
au xvi e siècle aux Rillac, et au xvnf aux
du Bernard, qui le possèdent aujourd'hui.
■ a Braie, fausse braie, « braca », vieux terme de fortification qui désigne un ouvrage avancé, servant de
défense à une fortification principale. On peut l'assimiler aux mots t barbacane B ou « baille », sorte d'avaut-mur
crénelé, construit en maçonnerie, terrassement ou palissade. » (L. de S. Palais, Gloss. — Ducange, Gloss.)
1*
T 353
Palevezì.
H6
Aillac.
1 356
Bataille
près Poitiers.
TABLE CHRONOLOGIQVE
pressent si avant les assiégés qu'ilz sont constraintz de quitter
la place et quand à Palevézi, d'où ilz venoint encore courir
jusques dans les faubourgs de Sarlat, la communauté composa
avec eux à la somme de cinq cens escus qui leur fut délivrée
le 5 may, et moyennant ce, ilz rendirent la place au nom de
la ville. Peu de jours après, les Anglois prènent une partie du
fort d'Aillac leshabitansde Sarlat y accourent et en donnent
advis à Arnaud de Hispania % séneschal [de Périgord et] du
Quercy et à quelques gentilzhommes voisins qui vindrent
au secours si à point qu'il leur firent lascher prinse. Jean de
Verticastro 3 , capitaine anglois, y fut faict pi'isonier et mené à
Sarlat où il fut exécuté à mort à raison des voleries qu'il avoit
faictes soubz prétexte d'hostilité 4 .
Le 19 septembre 1356, près Poitiers est donnée une sanglante
et funeste bataille, en laquelle cinq ou six mille François de1 Aillac, commune, canton de Carlux,
arrondissement de Sarlat. — Château
baigné par la Dordogne, dont il reste
quelques ruines.
2 Arnauld d'Espagne, seigneur de
Montespan, était sénéchal de Périgord
dès le jour de la Nativité de saint JeanBaptiste, i35o. Ce jour-là, il reçoit,
en cette qualité, avec Roger-Bernard,
comte de Périgord, le serment de fidélité au roi de France, de Jean de Galard,
sire de Limeuil , qui promet son aide
contre l'Anglais. (B. N. Ms. Fr. 7246,
Mélanges, 1, 1 34 V. — Noulens, Documents
historiques sur la maison de Galard, t. I,
p. 5 06.) II était encore sénéchal de
Périgord en mars i357. (B. N. Ais.
Fds. Languedoc, vol. CL. f. 212.) —
Nommé sénéchal de Carcassonne en
février i362 (v. st.), il ne garde pas
moins la haute main sur les opérations
militaires dans notre province. Le
12 juin 1370, il est qualifié « chevalier, sénéchal de Carcassonne, capitaine
de par le roy de la ville de Périgueux
et du pays de Périgord. » (A. N. JJ.
Rég. 100, n 03 563, 564. — Froissart, éd.
S. Luce, VII, cn.) II mourut le 4 août
1 383. (Voir aussi B. N. Ms. Fds. Doat., 1,
189. — Clair., Titres scellés, v° Espagne.
— Fds. Périgord,\ol. LII. — G. Marmier,
Bulletin, t. V, p. 101, 102.)
3 « Jean de Verticastro. » II faut
certainement lire: « de Vetericastro ».
Ce personnage appartenait sans nul
doute à la famille de Viclcastel, originaire de Cazals en Quercy. Cependant, on ne trouve sur lui rien de positif
dans la généalogie de cette famille.
(S'-Allais, Nobiliaire, t. XVII.)
4 Non contents de se défendre vigoureusement, les armes à la main, les
Sarladais demandent l'aide des armes
spirituelles pour tâcher d'amener la
tranquillité sur leur territoire. — Le
2 juin i354, le pape Innocent VI
adresse ses lettres aux évêques de
Périgueux , Cahors et Sarlat , par
lesquelles il ordonne d'excommunier
tous ceux, de quelle condition qu'ils
soient, qui, sous prétexte de guerre,
excitent des troubles dans les ville et
pays de Sarlat, prennent prisonniers
les ecclésiastiques, détruisent les églises
et monastères. "—
(B. N. Ms. Fds.
Périgord.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
117
meurent sur la place. Le roy Jean est faict prisonier avec
grand nombre de sa noblesse et conduit à Bordeaux où le
cardinal Talayran de Périgord, légat du Pape, se trouve pour
traiter un accord, mais ilnepeutrien obtenir que une trêve pour
deux ans qui fut conclue le 18 de mars qui respondsur la lin de
l'an 1356 pour laquelle faire entretenir en Périgord furent
députés pour le roy de France, le séneschal de Périgord, le sieur
d'Autefort 2 , Pierre de la Tour 3 , Grimond de Faioles ' et Bertrand d'Espaigne" et, pour le roy d'Angleterre, le sieur de LimeiP,
le sieur de Mucidan 7 , le sieur de Grinolz 8 et le chastelain
1 La trêve avait été conclue à Bordeaux, entre le roi Jean et le prince
Noir, le 23 mars i35y , par l'entremise du cardinal Talleyrand et du
cardinal d'Urgel. Le vainqueur et le
vaincu s'embarquèrent pour l'Angleterre quelques jours après, le mardi
n avril 1 35/. (Froissart-Luce, V, xx.
— B. N. Ms. Fonds Périgord, LU.)
2 Bertrand de Born, seigneur d'Hautefort et de Thenon, mort vers 1384.
3 Nous avons vu Pierre de Latour, chevalier , fait prisonnier par
les Anglais à la prise de Bergerac en
1345. — Peut-être est-ce Pierre de
la Tour-Blanche, damoiseau , dont le
sceau était conservé dans la collection Dongé sous le n° 2 5o, et appartient aujourd'hui au Musée départemental de la Dordogne ? (Sigillographie
du Périgord, n° 297.)
4 Grimont ou Grimoard de Fayolle,
fils d'Hélie , chevalier , seigneur de
Fayolle, et de Marguerite de SaintAstier, marié vers 1340 à Marguerite
de Brémond. (Saint-Allais ,
vol. X ,
p. 277 ;
Sigillographie du Périgord,
n° 164.)
5 Bertrand d'Espagne , chevalier ,
frère d'Arnaud, sire de Montespan,
sénéchal du Périgord et du Quercy.
6 Jean de Galard, chevalier banneret, sire de Limeuil et Miremont, marié
à Philippe de Lautrec. II eut une fille
unique, Marguerite, qui porta Limeuil
dans la maison de Beaufort, par son
mariage, vers 1370, avec Nicolas Rogier,
comte de Beaufort. Jean de Galard
—
est un des exemples les plus frappants
de versatilité politique que l'on puisse
citer à cette époque. Nous avons vu qu'en
1345 il combattait sous la bannière
française et qu'il fut fait prisonnier
à Bergerac. II dut se laisser gagner
par le comte de Lencastre et donner sa
foi au parti de l'invasion, comme il
résulte du contexte des documents
cités plus bas sous les dates de i35o
et 1354.
Le 23 juin i35o, il n'en
prête pas moins serment de fidélité
au roi de France sur le grand autel
de l'église de Saint-Cyprien, en présence de Roger-Bernard, comte de
Périgord, et d'Arnaud d'Espagne, seigneur de Montespan, sénéchal de Périgord, entre les mains de maître Pierre
de Dyosido, (Dyeudie ?), procureur
du roi de la sénéchaussée de Périgord
(B. N. Fr. 7 246. Mélanges, I, 134 v°.)
Quelques mois après, Jean de Galard
s'était de nouveau rallié aux Anglais ;
le roi, par ses lettres de janvier i35o
(v. st.), donne ses biens à Roger- Bernard , comte de Périgord. (Arch. nat.,
Trésor des Chartes, JJ. 81, acte 178.)
Quatre ans après, nouvelle conversion
au parti français. Le roi Jean; par ses
lettres du 3o janvier 1 3 54 (v. st.), lui
accorde des lettres de rémission. (Arch.
nat., Trésor des Chartes, JJ. 82, acte 601.)
Peu de temps après, le sire de Limeuil
retourne au parti anglais, et le roi fait
donation de certains biens du rebelle à
Jean le Maingre, ditBoucicaut, son conseiller. (B. N. Ms. Cíairambault , v° Galard.) — Nous voyons qu'en 1 3 56 Jean
16
118
1 35 7
Sarlat.
Puymartin.
LaVaissière.
La Rode.
Campaignac.
TABLE CHRONOLOGIQVE
de Bergerac et particulièrement entre Dordoigne et Vézère,
2
1
pour le roy de France Guibert de Dome , le sieur de Comarque
et Bertrand de Cazenac, et pour le roy d'Angleterre les mesmes
que dessus. Les patentes des deux roys expédiées sur ce subjet
furent publiées à Sarlat le 29 mars 1357. Après ce traité le roy
Jean est mené en Angleterre où il demeure prisonier quatre
ans pendant lesquelz Charles, prince dauíin gouvernoit l'estat.
Les capitaines anglois qui commandoint aux villes et places
du Périgord voyant la France sans roy, ne voulant accepter les
trêves ny obéir aux susdictz comissaires, font toutes sortes
de voleries, mesmes au temps des vendanges viennent à Sarlat
et en amènent lés hommes et bestes de voiture qu'ilz truvoint
dans les vignes.
1
3
Le 8 janvier, ils prindrent Puymartin et la Vaissière près
Salignac, mais ilz en sortirent peu de jours après, moyenant
une somme d'argent qui leur fut baillée, et cela fut cause que
le conseil de Sarlat fit descouvrir et mettre hors de deífense ces
deux lieux, ensemble la Bode % Campaignac et quelques autres
de Galard était un des personnages importants du parti anglais.
7 Raymond de Montant, seigneur
de Mussidan.
8 Boson Talleyrand, sire de Ghalais
et de Grignols, teste en 1 365 .
1 M. G. Marmier , membre de la
Société historique du Périgord, a consacré à Gilbert de Dome une monographie (Bulletin , t. V.), à laquelle
peuvent recourir ceux qu'intéresse la
vie de ce hardi et peu scrupuleux
capitaine. On le trouve capitaine 0 du
chastel royal du Mont de Dome » le
2 août 1 353, seigneur de Vitrac en
i354, capitaine de Gourdon le 3 juillet
1 35 5 ; sénéchal du Périgord ayant
i36o, révoqué par lettres du 7 juillet
i36o; capitaine de Dome en i3óç;;
sénéchal de Périgord pour la seconde
fois dès le i5 février 1369 (v. st.). Sur
la fin de Tannée 1 370, il n'est plus qualifié sénéchal.
2 Pons de Beynac , sire de Comarque. II ne faut pas le confondre avec
Pons de Beynac, baron de Beynac,
son cousin. Ce dernier n'eut qu'une
fille, Philippe, mariée en 1378 à Pons
de Beynac, fils du seigneur de Comarque dont il est question ici, qui devint,
par son mariage, baron de Beynac
et seigneur de Comarque, et continua
la postérité, après avoir réuni les possessions des deux branches.
3 Puymartin , château , commune
de Marquay, canton de Sarlat, devait
appartenir dès cette époque à la famille
de Saint-Clar, qui le possédait aux xve
et xvi e siècles.
4 La Veissière, aujourd'hui hameau,
commune et canton de Salignac, arrondissement de Sarlat.
B La Rode, ancien repaire noble ,
relevant de Campagnac au xv e siècle,
commune de Saint-André-Allas, canton
de Sarlat.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
119
lieux voisins de la ville pour empêcher que ces voleurs ne s'y
logeassent. Cazenac, à qui apartenoit la Rode, poursuivit la
ville pour son desdomagement, mais il fut déclairé non recevable, attendu que il estoit question du bien public.
1
HELIAS DE SALIGNAGO est le VIII e évesque de Sarlat et
tient le siège deux ans et demi. II estoit frère du baron de
Salignac et portoit ses armes : bandes d'or
et de sinople. II voulut constraindre les habitans de Sarlat de luy prester le serment avant
qu'il eût rendu l'homage au roy, de quoy les
habitans furent appelans. Le désordre venoit
de ce que le roy estoit prisonier en Angleterre et les Parisiens vouloint oster le gouvernement de l'estat à Charles, fìlz aisné du roy et, sur ce
trouble, le sieur évesque ne sçavoit à qui rendre ce debvoir.
Par arrest du conseil, en date du 12 juillet 1360 , est deffendu aux
consulz de Sarlat de prester le serment au sieur évesque que
plustost ledict sieur évesque n'aye rendu l'homage et presté
le serment de fidélité au roy pour le temporel dépendant de
l'évesché.
Guibert de Dome ayant désiré et pourchassé d'estre gouverneur de la partie du Périgord qui est entre Dordoigne et Vézère
et ne l'ayant pu obtenir, à cause de l'opposition que ceux de
Sarlat y avoint apporté, en est si avant offensé qu'il se résout
d'en avoir raison et, pour contenter sa passion, faict des secrètes intelligences avec les Anglois et brasse une trahison 2 pour
1 Voir la note finale, n° I.
2 M. J. -B. Lascoux , qui avait
étudié avec patience et conscience les
chroniques de Tarde, émettait des
doutes sur la réalité de la trahison
de Donadei, du moins dans les détails
que rapporte le chroniqueur et qu'il traitait de légendes. Je crois que si tous
les détails ne sont pas parfaitement
prouvés, le fonds ne saurait être contesté. II est certain que la famille
Donadei était du Sarladais. Nous trouvons un Bernard Donadei, consul de
Sarlat en 1 273 ; Gerauld Donadei et ses
frères habitent Dome en 1 280 ; Bertrand
Donadei, chevalier, est témoin d'une reconnaissance passée en faveur de Pierre
de Sireuil, damoiseau de Saint-Quentin,
t
120
Le fort de
Vitrac.
Trahison de
Donadei.
TABLE CHRONOLOGIQVE
1
les mettre clans la ville de Sarlat. Le fort de Vitrac luy apartenoit, où il avoit mis un lieutenant nommé Raynaud Donadei
qui tenoit pour le parti de France, mais avec cela c'estoit
la retraite de tous les voleurs du pays, tant anglois que françois, et le butin des voleries qui se faisoint soubz prétexte de
guerre estoit apporté à Vitrac ès mains de Raynaud, lequel,
par ce moyen, estoit cause de beaucoup de trahisons et voleries. Guibert de Dome, qui n'ignoroit pas les secrètes cognoissances et familiarités que Raynaud avoit avec les Anglois,
advise de se servir de luy pour perdre Sarlat. Raynaud, à la
solicitation de Guibert de Dome, trouve moyen de corrompre
deux habitans de Sarlat, ses proches parens, nommés Sicard
et Bernard Donadei frères, qui alloint fort souvent au fort de
Vitrac voir Raynaud, leur parent, avec lequel ilz convindrent
de mettre les Anglois dans la ville en ceste sorte : Sicard et
Bernard Donadei devoint monter par l'eschele du cimetière ou
de la Boucarie et se saisir de la Tour Neufve qui joint le cimetière et de la Tour de la Blanquie, d'autant que la muraille
estoit fort basse de ce costé et, à l'ayde et deffense d'iceux, les
Le factum se trouve tout entier parmi
en 1 3 1 9 ; Gaillarde Donadei, femme de
Raymond del Gastanet, bourgeois de Sar- les papiers de la ville et s'en voit copie
lat, en i322. Raynald Donadei, cheva- sur le parchemin chez M. de Cordis.
Ce factum est fort long et contient plus
lier, un des tristes héros de la trahison,
est nommé dans l'arrét du Parlement de [en blanc] feuillets. II fut commencé
de Paris, donné en i36o contre G. de le 2 de février, la sentence donnée le
10 et exécutée le 12. » (Note du Ch. de
Dome et ses complices. (Coll. Audierne,
Gérard. B. N. Fds. Périgord, vol. III,
Orig.) A la méme époque, en 1 3 63 .
un Donadei est curé de Sainte-Marie p. 666.) Ajoutons , comme compléde Sarlat. (Arch. de Paluel.) D'autre ment de preuves, que le souvenir de
cette trahison a laissé des traces dans
part, dans une copie des chroniques de
Tarde, que possède la Bibliothèque na- les traditions de la population qui a
gardé un souvenir très précis de ce
tionale, le chanoine de Gérard-Latour,
fait.
propriétaire du manuscrit, inscrit en
1 Vitrac, commune, canton de Sarlat.
marge, de sa main, la date exacte de
Le
fort de Vitrac n'a laissé aucun
l'arrét de condamnation par la cour
des consuls : « En cete année i o feb- vestige. II était assis sur un rocher à
vrier i35g, fut faite la sentance par pic sur la Dordogne , appelé le Roc
de Vitrac, et aujourd'hui plus générales consuls de Sarlat contre Sicard
Donadei qui vouloit livrer la ville... lement le Roc de Molènes, du nom d'un
de ses derniers propriétaires.
et fut exécutée le 12 du mesme moys...
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
121
enemis debvomt poser les escheles entre ces deux tours et, après
que les Anglois seroint montés et entrés en nombre suffisant,
debvoint aller se saisir de la Tour de la Rigaudie et par leur
assistance donner moyen aux autres de rompre la porte, et
sur ce point la grand troupe, qui debvoit attendre tout cela auprès de S' Nicolas arriveroit et entreroit en bataille dans la
ville. Le butin devoit estre apporté à Dome, Vitrac, Daglan
et la Cassaigne 2 , places qui dépendoint de Guibert de Dome.
Le bon génie de Sarlat empècba que ceste trahison sortît à
effect. Elle fut descouverte et les traistres pris et convaincus.
Le procès leur fut faict au moys de febvrier 1358. Bernard
Donadei mourut en prison après avoir heu la question et avant
le jugement du procès. Sicard, par sentence, fut condamné
d'estre submergé et suffoqué dans le ruisseau de Guze qui
passe par le millieu de la ville et après son corps estre apporté
à la place publique et y demeurer quelques jours exposé à la
veue de tout le monde, ce qui fut exécuté.
Ceste histoire faict voir combien déplorable estoit l'estat de
ce pays, puys que les naturelz françois et mesmes les officiers
du roy s'entendoint avec les Anglois pour surprendre et piller
les villes et qu'on ne sçavoit à qui se fier, car Guibert de
Dome estoit séneschal du Périgord et, en ceste qualité, debvoit
estre le protecteur du pays et du parti françois. C'estoit pendant la prison du roy et lors que les Parisiens se rebelloient
contre le dauíin et luy vouloint oster la régence et gouvernement du royaume. Guibert de Dome n'ayant peu contenter sa
1 Saint-Nicolas, ancienne église, dans
la banlieue de Sarlat, de'pendant du
monastère. (Voir la bulle de 1170, Table
chronol. p. 68.) — L'année même de la
trahison de Donadei, Pierre Baudoyn,
moine et chambrier de Sarlat, y fonda
une chapellenie. L'acte de confirmation
par l'évêque est du 24 août i36o. (Chan.
de Gérard - Latour , Dissertation sur
Relie de Salignac, évêque de Sarlat et archevêque de Bordeaux.) Saint-Nicolas n'est
plus aujourd'hui qu'un lieu-dit , commune de Sarlat.
2 La Cassaigne, commune, canton de
Terrasson. arrondissement de Sarlat.
•122
TABLE CHRONOLOGIQVE
passion par- le moyen susclict, se déclare apertement enemy
de la ville et pour avoir plus moyen de leur nuire, se joint
avec les Anglois et leur faict prendre l'esglize de Campaignac,
de laquelle et du fort de Vitrac il faict faire des courses jusques
aux portes de la ville. Les habitans, pour contrequarrer ces
voleurs, mettent une garnison à Temniac et ainsi font à beau
jeu beau retour. Cela dura jusques au moys de juillet, auquel
temps Hélie de Salignac, évesque de Sarlat susnommé, vint
d'Issigeac, où il faisoit sa demeure ordinaire, et les accorda
moyenant une somme d'argent que les habitans baillèrent
à Guibert pour quelques despens par luy prétendus. II vint à
Sarlat en persone pour jurer cet accord
1 Gilbert de Dome, à la tète d'une
troupe d'hommes d'armes, dont les
principaux étaient Réginald DonneDieu (Donadei), chevalier , Pierre de
Giverzac , de Dome , Maynard Ahic ,
Etienne Ahic, Raymond Ahic, Martin
Guiraud Labaduferia , Jean Legros ,
le bâtard de Montbrun, Pierre Banes,
Municaud Malm
, Benoît le Peirollier , Bernardin de Gaigneroles , oubliant ses devoirs de sénéchal, furieux
contre la ville de Sarlat qui l'avait
desservi, avec raison, auprès du Régent,
ne garde plus de mesures et lui fait
une guerre acharnée. II attaque de
nuit les faubourgs aux
cris de :
« Guienne ! Lebret ! Dome ! Vitrac ! »
les réduit en cendres , tue plusieurs
habitans et emmène jusqu'à 5oo prisonniers de la ville ou de la banlieue ;
s'établit fortement à Gampagnac et
de là menace la ville et rançonne journellement ses habitants. Non content de cela, il tente de s'emparer des
villes de Sarlat, Brive, Beaulieu, Martel,
pour les piller, et ravage toute la
terre de Regnaud de Pons et le vicomté
de Turenne ; enfin il détache
du
parti français et fait passer sous la
bannière anglaise Pons de Beynac,
chevalier, seigneur de Comarque, Jean
de Sabouliac et son fils, Arnaud de
Guerre , Hélie de Cuniet , chevalier ,
qui s'emparent de vive force de Pelvési,
Saint-Geniès, Salignac, etc. — (Citation
en Parlement donnée contre G. de
Dome. « Datum Parisiis vn a die Julii
anno Domini M°CCC° sexagesimo. » — Collection Audierne, Orig.parch.)
Le méme jour 7 juillet i36o, par
un autre acte du Régent, Gilbert de
Dome est révoqué de ses fonctions,
mais ilj n'en continue pas moins ses
courses et ses déprédations jusqu'au
traité arbitré par Hélie de Salignac,
évêque de Sarlat, au mois de juillet
1 36 1 . Les consuls de Sarlat, voyant
leur ville ruinée par ce voisinage dangereux, ne pouvant en venir à bout
de vive force, achètent leur tranquillité moyennant la somme énorme de
5oo florins d'or
qu'ils lui versent
le 9 décembre
1 36 1 . La quittance
originale de ce paiement fait partie
aujourd'hui de la collection de M. l'abbé
Audierne. Le texte de cette quittance
et celui de la citation du 7 juillet i36o
ontétépubliés par M. G. Marmierdans le
Bulletin, t. V. L'année précédente, le
12 juillet i36o, les consuls de Sarlat
avaient dû verser entre les mains d'Archambaud de Périgord, capitaine pour
le roi en Périgord , la somme de
100 florins d'or, pour la contribution
de la ville aux frais de la défense de
la province. (B. N. Ms. Fds. Périgord,
LII.) — On se demande comment la
ville put trouver des ressources suffi-
DE I/ÉGLISE DE SARLAT.
123
Geste mesme année il fut démis de sa charge pour avoir
mal versé en icelle et commis plusieurs concussions, et Hugues
de Pujol, sieur de Blanquefort ', fut surrogé en sa place de
séneschal de Périgord par letres données à Paris le 7 juillet
1360 2 .
Les garnisons angloises proches de Sarlat se rendent ceste
année sy insolentes que de venir tous les jours et à toutes
heures courir Sarlat, tellement que, pour faire la récolte du
bled et du vin et empêcher que les faubourgs ne fussent pillés
d'emblée, les habitans se fortifièrent d'une garnison extraordinaire, laquelle ilz employent pour faire la sentinele sur les
advenues aux extrémités de leur terre.
Jeane de Périgord, fille de Roger-Bernard et d'Héléonor,
est mariée à Jean, comte d'Armaignac.
F. AOSTENTIVS DE SANCTA COLVMBA 3 est le IXe évesque de Sarlat et y tient le siège 9 ans. II
estoit religieux de l'ordre de S 1 François, docteur et professeur en théologie. En son cachet
il y avoit trois colombes damées. Elie de Salignac estant décédé, les religieux de Sarlat
esleurent Gaillard, lequel fut proveu en Avignon, mais comme les bulles estoint sur le
seau et avant que elles luy fussent délivrées, arriva une nousantés pour supporter ces charges écrasantes.
1 Hugues de Pujols était capitaine
de Saûveterre.
2 « Le sieur d'Albret a , qui tenoit
« le parti d'Angleterre , vient en ce
« pays de Haut-Périgord avec une
« petite armée et pour ce qu'il faisoit
« [un mot manque] d'assiéger Sarlat,
« Talayran de Périgord, les sieurs de
« Beynac, de Blanquefort, de Ferrières,
« de" Labatut et autres se vindrent
« rendre avec nombre de leurs amis
« dans la ville et, en mesme temps,
« on renforça la garnison de Temniac,
« d'hommes, vivres et munitions. Le
« sieur d'Albret, adverti de la résolu« tion de Sarlat, se contenta de passer
« outre. Et néanmoins, après que cette
« armée eût passé et que les seigneurs
« s'en furent allés de la ville, les garni« sons angloises, etc., etc. «(Ms. Tarde B.)
3 Voir la note finale, n° I, sur les
premiers évêques de Sarlat.
' Amanieu, sire d'Albret, le même qui, en 1368, fut un des premiers a appeler au roi Charles V contre le
prince Noir.
i35 9
1 36o
124
TABLE CIIBONOLOGIQVE
velle élection du mesme Gaillard (la bulle l'apelle ainsi et non
Bérard ny Gérard) faicte par le chapitre de l'esglize métropolitaine et archiépiscopale S 1 André de Bordeaux sur le décès
de Amanieu de Motte, archevesque. Gaillard, adverti de ceste
seconde élection, opte l'archevesché et laisse à la discrétion du
pape le droit qu'il avoit sur l'évesché de Sarlat, lequel prétendant l'évesché de Sarlat vaquer par ce moyen « in curiâ »
en provoit ledict de S le Colombe par bulle donnée en Avignon
« 8 Kal. octob. Pontisicatus Innocentìì Sexti anno nono »,
qui revient au 24 septembre 1361.
Le 24 octobre 1360, la paix est accordée entre le roy d'Angleterre et le Daufin régent 1 en France par laquelle le roy
Jean est délivré de prison moyenant plusieurs notables conditions, entre lesquelles est ceste cy : que tout le pays d'Agénois,
la cité, ville et chásteau et tout le pays de Périgord, Limoges et
tout le Limozin, Caors et tout le Quercy et autres terres y
nommés demeurent en souveraineté au roy d'Angleterre avec
les homages des seigneurs.
Au commencement de l'an 1361 le roy d'Angleterre, en conséquence du susdict traité de paix, envoyé Jean Candos %
vicomte de S' Sauveur, prendre possession du Périgord, Quercy,
Limozin et Agénois où il truve de grandes résistances et oppositions, à cause que le pays maintenoit que le roy Jean n 'avoit
peu ainsi disposer de leurs persones et biens, attendu que
depuys Charlemaigne ilz avoint privilège de ne pouvoir estre
aliénés et tirés hors la courone de France s'y estant soubmis à
1 Le dauphin prit le titre de Re'gent
de France le mercredi 14 mars 1 3 58.
— Le 24 octobre 1 3 60 est la date de la
ratification définitive des articles du
traité de Brétigny qui eut lieu à Calais.
Le même jour, Edouard III, roi d'Angleterre, donne commission à Amauri du
Fossat et à Hélie de Pommiers de
faire évacuer du Périgord les hommes
d'armes à la solde anglaise. (Rymer, III,
546, 547. — Froissart-Luce, VI, xvin.)
2 Jean Chandos, vicomte de SaintSauveur, illustre capitaine anglais,
connétable de Guyenne, tué au combat
de Lussac en Poitou en 1369.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
125
telles conditions. Le roy Jean y envoya des coraissaires exprès
pour les faire obéyr. Ainsi, plus par force que par amour,
Jean Can dos receut la foy et homage des comtes, barons,
seigneurs, villes et communautés dudict pays et y establit
des séneschaux, baillifz et autres officiers pour le roy d'Angleterre. En décembre, il estoit à Sarlat 1 où il receut le serment
de íidélité d'Aoustentius de S te Colombe évesque et consulz 2
et, peu de temps après, Edoard confirme tous leurs privilèges
pour en jouir comme ilz avoint faict au paravant soubz les
roys de France. Et voilà quand et comment Sarlat et tout le
Périgord tumba en la domination des roys d'Angleterre.
Par ce moyen, le Périgord et toute la Guiene heut du repos
l'espace de huit ou neuf ans. La douceur duquel repos faict
qu'on supporte plus doulcement la nouvelle domination.
Edoard, roy d'Angleterre, faict son fìlz premier nay aussi
nommé Edoard, prince de la Guiene, par lettres datées du 36 de
son règne qui furent publiées à Sarlat l'an '1363, et depuys il
portale nom de « Prince de Galles et d'Aquitaine », et la Guiene
changea le titre de duché pour prendre celuy de principauté.
1 Voir note finale n°II.
2 Outre le serment de fidélité' prêté
entre les mains de Ghandos, l'évêque
Austence de
Sainte - Colombe rend
hommage, le 4 août 1 363 , au Prince
Noir, dans la chapelle du château de
Bergerac. (Collection de Documents français se trouvant en Angleterre, recueillis
et publiés par Jules Delpit. Paris, 1847,
p. 101.)
Les documents qui nous restent sur
ce prélat nous le représentent comme
très attaché au parti étranger et très
en faveur auprès des princes anglais
Le 8 février 1 363, il avait été nommé
par Edouard III membre de l'ambassade que le roi d'Angleterre envoyait
à Pierre, roi de Castille, pour conclure
un traité d'alliance offensive et défensive
(Public Records, Fœdera, III, p. 73),
et chacun sait les ennuis que lui
causa en cour d'Avignon l'enthousiasme
exagéré qu'il exprima pour la personne
du Prince Noir. Aymeric du Peyrat,
l'illustre abbé de Moissac , qui avait
connu très intimement le prélat sarladais lorsqu'il
était chambrier de
l'abbaye de Sarlat et prieur de Taniers,
raconte que, dans une grande réunion
tenue à Périgueux, où se trouvèrent
17 évêques, Austence, évêque de Sarlat,
très grand et très célèbre théologien,
et opulent prélat, fut chargé de précher. Dans son sermon, il alla jusqu'à
comparer au Fils de Dieu le prince
anglais. Pour se disculper des attaques
dont son lyrisme fut î'occasion, il fut
obligé d'aller s'expliquer à Avignon. (Muratori , Rerum Italicarum, t. III, pars 2",
p. 641 . — Yita Urbani V, ab Aymerico de
Pegracc, abbate Moyssiacense.)
17
126
1 364
TABLE CHRONOLOGIQUE
Anthoine 1 Talayran, cardinal de Périgord, mourut en Avignon
le premier de fébvrier 1364. Ce a esté la personne la plus illustre qui soit sortie des comtes de Périgord. Le pape Jean XXII
le créa cardinal ès quatre temps de la Pentecoste 1331. II se
truva à la création de quatre papes sçavoir : de Benoit XI créé
le 20 décembre 1334, de Clément VI créé le 7 may 1342,
d'Innocent VI esleu le 18 décembre 1352 et de Urbain V
esleu l'an 1362. Lors de la création de Benoit et Clément ilportoit ce nom : « Anthonius Talayrandus, Cornes Petragoricensis ,
cc Gallus, Cardinalis presbyter SH Pétri ad Vincula tituli Eucc doxice, Priorpresbiterorum »,et lors de l'élection d'Innocent
et Urbain il portoit le titre : « episcopus Cardinalis Albanus »,
ayant esté faict évesque d'Albe par Clément VI qui l'envoya
deux fois légat en France pour accorder les roys de France et
d'Angleterre et fut nommé légat par Urbain V pour le voyage
d'outre-mer entreprispour le recouvrement de la Terre-Sainte \
Après le décès d'Innocent VI, il eût esté pape sans le cardinal
de Boulogne qui se trouva avoir autant de voix que luy, à
cause de quoy ilz esleurent l'abbé de S' Victor de Marseille
qui n'estoit pas cardinal, lequel fut nommé
Urbain V. II fit beaucoup de bien à l'esglize
de Périgueux et fonda le collège de Périgord
à Tolose. II portoit ses armes : de gule à trois
lions d'or armés et couronés d'azur. Son testament se trouva faict en Avignon le 25 octobre 1360, par lequel Archambaut, premier
nay du comte de Périgord son frère, estoit institué héritier
1 Le cardinal de Pe'rigord s'appelait
Hélie deTalleyrand.(Voirp.ioi, note 2.)
- II eut pour successeur dans cette
importante charge un des plus illustres
enfants du Sarladais, le Bienheureux
Pierre Thomas, patriarche de Constantinople, Légat apostolique. — La bulle
qui nomme ce dernier, en remplacement
du cardinal de Périgord décédé, est
datée d'Avignon, le 6 des ides de juillet,
an second du Pontificat d'Urbain V
(10 juillet 1364.). (F. Luc Wadding,
Vita.... B. Pétri Thomas
Lugduni,
1637, p. 164.)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
127
avec substitution de Talayran puy né et autres descendentz
comtes de Périgord et certain légat à Louys et Robert de
Duras filz de sa sœur Agnès duchesse de Duras, et nommoit
pour exécuteurs de ses dernières volontés le pape, quelques
cardinaux, Philippe, archevesque de Bordeaux, Pierre Itier,
évesque de Daqz et Hélie de Salignac, évesque de Sarlat.
Archambaut 2 , filz ainé de Roger-Bernard et d'Héléonor et
petit-filz d'Elie Talayrand, est comte de Périgord. II laisse un
filz nommé comme luy et deux filles, l'une nommée Héléonor
qui fut mariée à Jean de Clermont et l'autre appelée Brunissante qui espouse le sieur de Soubize.
Le bénéfice de la paix faict que, le 27 juillet 1365, leshabitans
de Sarlat arrestent en conseil que leur esglise parroissiale, qui
alloit en ruine à cause de sa vieillesse, seroit rasée et que en sa
place en seroit faicte une de nouveau qui seroit plus grande
et que, pour fornir aux frais nécessaires, les habitans payeroint
un second dixme, lequel fut levé deux ou trois ans de suitte,
si bien que, la provision des matériaux estant ramassée, les premiers fondemens furent jettés le 23 apvril etM e Gérard Roussel,
prestre, posa la première pierre. Les guerres qui survindrent
retardèrent cet édifice et furent cause que de long temps il ne
fut mis en sa perfection.
L'an 1368, Edoard prince de Guiene 3 assemble ses Estatz à
1 Lire : de Durazzo, princes de la maison royale d'Ànjou-Sicile.
2 Archambauld V, dit le Vieux, comte
de Périgord le 8 février 1 36g. II fut condamné au bannissement par arrêt de
i3g5, à perdre la tête par arrêt de
1 398 : II avait épousé Louise de Mastas,
dont il eut Archambauld VI. (Art de
vérifier les dates.)
3 Edouard , prince de Galles , fils
aîné d'Edouard III, roi d'Angleterre,
surnommé « le Prince Noir », un des
plus grands capitaines anglais du
xiv e siècle, né en 1 33o, prince d'Aqui-
taine en 1 3 63 , mourut en 1376: « II
laissa, dit Hume, une mémoire immortalisée par de grands exploits, par de
grandes vertus et une vie sans tache. »
Cette dernière appréciation est du moins
très discutable. II fut père de Richard II , roi d'Angleterre , baptisé à
Bordeaux par Hélie de Salignac,
archevêque de Bordeaux. Le prince
de Galles était à peine rentré dans
Bordeaux, à son retour de l'expédition
d'Espagne, qu'il convoqua, pour le
2 octobre 1 367, les trois ordres d'Aquitaine à Saint-Emilion, pour leur deman-
128
TABLE CHRONOLOGIQVE
Niòrd ausquelz il faict conclure l'imposition d'un foage pour
cinq ans sur toutes les terres de sa principauté de Guiene, afin
qu'il eùt moyen de payer ses debtes. Ceste imposition estoit
appelée foage parce qu'il falloit bailler tous les ans certaine
somme pour chaque feu '. Ce foage fut cause que le feu de la
guerre fut réalumé entre les François et Anglois et fut [si] fatal
aux Anglois que, par le moyen d'icelluy, ils perdirent tout ce
qu'ilz avoiut en France. Le peuple de la Guiene trouva ceste imposition fort nouvelle et dure à supporter comme estant contre
les us et privilèges du pays. Hz disoint qu'ilz s'estointmis soubz
la domination des Anglois pour tirer leur prince naturel de
prison, lequel ne les avoit jamais traités ainsi, ni ne pouvoit
avoir disposé d'eux à leur préjudice et qu'ilz croyoint devoir
vivre soubz les roys d'Angleterre avec les mesmes privilèges et
libertés qu'ilz avoint vescu soubz les roys de France. Plusieurs
seigneurs de Guiene goustèrent les raisons du peuple et les
firent sçavoir au roy Charles, lequel fut conseillé de prindre la
cause, afin que le peuple n'eût occasion de se plaindre du roy
et dire qu'il l'avoit baillé en proye à un prince estranger qui
le traitoit trop rudement. Le comte de Périgord, les vicomtes
1
de Carman 2 et d'Armaignac et plusieurs barons et autres
der des subsides. Beaucoup de députe's
manquèrent à l'appel, à cause de la difïìculté des communications et de la crainte
des routiers. Une deuxième convocation est faite pour le 1 8 janvier 1 368 ;
l'assembiée doit se tenir à Angoulême,
Le Parlement octroie pour 5 ans un
fouage de i o sols par feu. L'ordonnance
du prince de Galles relative à la levée
de ce fouage est du 26 janvier 1 368.
Un troisième Parlement , réuni à
Saintes au mois d'août 1 368, vote un
impôt sur les dimes inféodées par les
églises.
Le premier appel contre la levée de ce
fouage est relevé par Jean, comte
d'Armagnac , au mois d'août 1 368 .
(Froissart-Luce , VII, xxxv.) Le roi
s.-
Charles V étudie la question et ne
prend une de'cision qu'à la fin de
Tannée (décembre 1 368). Les lettres
de citation du roi de France au prince
de Galles, dont le texte a été publié
par M. Léon Lacabane (Dict. de la Conversation et Bibl. de l'Ecole des Chartes,
XII, 104), furent adressées dans les
derniers jours de décembre 1 368 ou
premiers de janvier 1369. (FroissartLuce, VII, ibid.)
. 1 Le compte de la levée de ce fouage
en Périgord est conservé à la B. N.
Fonds Périgord, vol. LXXXVIIL p. 83.
2 Arnaud Duèze, vicomte de Caraman.
3 Jean I er , comte d'Armagnac (1 3 ly-
Ï3J3.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
129
gentilzhommes françois font la première ouverture de la guerre
en ce pays sans attendre la volonté du roy et plusieurs villes
de la Guiene, voyant ceste ouverture, quittent les léopardz
pour reprendre les fleurs de lis, sans attendre autre déclaration
ni commandement du roy lequel, ayant appris que la noblesse,
les villes et le peuple de la Guiene estoint disposés à se remetre soubz son obéyssance, se déclaire protecteur du peuple
et de ses libertés, envoyé vers Edoard un de ses gentilzhommes nommé Caponel 1 avec un huissier et le faict assigner
à comparoir en personne devant luy et les douze pairs de France
pour, luy ouy sur les plaintes du peuple, y estre faict droict.
Le refus d'Edoard donne subject au roy Chaires de se résoudre
à la guerre, laquelle est apertement déclairée. Plusieurs villes
de la Guiene 2 , qui portoint à contrecœur la domination des
Anglois, prenent d'abord l'occasion de se déclairer pour les
François. Dome avec ses deux chasteaux fut des premiers
laquelle, dès le mois d'apvril de ceste année 1 369, se déclaire
pour le parti de France et Guibert de Dome lit tous ses efforts
de porteries lieux voisins d'en faire le mesme. L'archevesque
de Tolose 3 vient en Quercy et faict déclairer les villes de
Gaors, Figeac, Cadenac, Gaignac ' et plusieurs autres pour le
parti du roy Charles et, pour assurer ces villes et donner du
5
courage aux autres d'en faire autant, Louys, duc d'Anjou ,
1 Froissart l'appelle Gaponnet de Caponval. De son vrai nom , il s'appelait Jean de Chaponval, maître d'hôtel du Régent en 1 3 58. Cet officier
porta la lettre du roi au Prince de
Galles, assisté de Bernard Palot, juge
criminel de Toulouse. (Froissart-Luce,
VIL xxxix.)
2 Froissart dit que 6o villes ou forteresses avaient secoué la domination
anglaise dès la publication des lettres
de citation de Charles Vau Prince Noir.
II est resté très au-dessous de la vérité.
Le mouvement insurrectionnel se pro-
*
pagea avec une telle rapidité que, dès le
i8mars 1369,921 villes ouchàteauxde
l' Armagnac, du Rouergue, de Lomagne
et du Quercy, avaient adhéré à l'appel.
Un rôle conservé auxArchives Nationales
(J. 655, n° 18) donne lenom de ces 921
villes. (Froissart-Luce, VII, LVIII.)
3 Geoffroy de Vayroles, archevêque
de Toulouse (1 36 I-I 376).
4 Gaignac, aujourd'hui Gagnac, commune, canton de Brétenoux, arrondissement de Figeac (Lot).
1
. ? Louis, second fils de Jean II, roi de
France, né en i3 3q, apanage' du duché
130
Réalville.
Bordeille.
TABLE CHRONOLOGIQVE
frère du roy Charles et son lieutenant en Languedoc", met sur
piedz une armée de dix mille hommes soubz la conduite des
comtes de Périgord et de Cominges laquelle tient la campaigne en Quercy, attaque Réalville 2 et la prind par assaut.
Les Anglois sont mis à mort et la vie est donnée aux habitans
qui prestent serment à la fleur de lis.
Edoard , ceste année , met trois armées aux champs pour
arrester la révolte des villes et pour reprindre celles qui l'avoint déjà abandonné. Les comtes de Cantebruge 3 et de Pennebrot en amènent une d'Angleterre de trois mille hommes
qui prind port en Bretaigne et vient en Périgord, assiège Bordeille 4 où comendoint les capitaines Arnaldon et Bernardet de
Batefol frères s , lesquels se rendent après avoir soustenu le
5
siège deux mois. Jean Candos et le captai de Buch font une
autre armée à Montauban avec laquelle ils assiègent et prènent
d'Anjou en i36o; chef de la seconde
maison royale de Naples du nom d'Anjou, roi de Sicile et de Jérusalem en
i382, roi de Naples en i383,mort en
1384.
1 Pierre-Raymond II, comte de Comminges ( 1 342-1 376).
2 Réalville, commune, canton de Caussade (Tarn-et-Garonnc), ancienne bastide. La prise de Réalville doit dater des
premiers mois de I 36 Q ; elle avait été
précédée de celle de Caussade qui, en
avril, était un fait accompli. •— (Froissart-Luce, VII, p. 134.)
3 Edmond ou Aymon, comte de Cambridge, 3 e fils d'Edouard III, roi d'Angleterre.
4 Bourdeille, commune, canton de
Brantôme (Dordogne). Château, siège
d'une des quatre grandes baronnies du
Périgord, berceau de la famille de ce
nom, illustre dans l'histoire de la province. Des ruines importantes subsistent encore. — L'expédition des comtes
de Cambridge et de Pembrocke en Périgord ne peut pas être antérieure à la
seconde quinzaine d'avril 1369. C'est
alors seulement qu'Archambaut V ,
comte de Périgord, se décide à adhérer
à l'appel des seigneurs d'Aquitaine au
roi de France. La première expédition
à laquelle il prend part avec son frère
contre les Anglais est le siège de Réalville. (A. N. JJ. 102, n° 3o5.) Pour se
venger de cette défection, le prince de
Galles donnait, par acte du 26juin 1 369,
le comté de Périgord àl'oncled'Archambaut, Regnauld de Pons, vicomte de Turenne, seigneur de Ribérac, Montfort,
Aillac et Carlux, qui lui-même avait
adhéré à l'appel par acte du 7 mai précédent. (A. N. J. 642, 16 6 .)
5 Arnaudon et Bernardet de Badefol
étaient fils naturels de Séguin de Gontaut, sire de Badefol, frères naturels du
célèbre chef de routiers Séguin de Badefol, empoisonné par le roi de Navarre
Charles le Mauvais en 1 365 , et de
Gaston , dit Tonnet de Badefol , qui fut
tué, au dire de Froissart, par le captai
de Buch, au moment où ií livrait la ville
de la Linde au duc d'Anjou en 1370.
(Voir page 1 3 5 , note 4, et page 1 36,
note 1.)
6 Jean de Grailly, captai de Buch, en
Bordelais, un des principaux généraux
du parti anglais au xiv e siècle. Prisonnier de du Guesclin, à la bataille de
DE L'ÉGLISE DE SARLAÏ.
131
2
Terride '', assiègent Lavaur , mais en vain, et puys Moyssac '
4
qui se rend par composition, et Robert Canole en faict une
troisièsme en Agénois avec laquelle il va assiéger Durevel B
qui est une place en Quercy sur la rivière du Lot et, d'autant
que plusieurs hommes de commandement s'estoint allés randre dans ceste place pour la conserver au roy de France G , l'armée de Jean Gandos y descend de Moyssac et se joint avec celle
de Robert Canole. Les assiégés se deífendent si bien que les
Anglois, après y avoir séjourné un moys, lèvent le siège et le
vont mettre devant Dome sur la fin du moys de may. Là ilz
Gocherel qu'il perd contre le connétable
en 1 363 , fait prisonnier une seconde
fois près de Soubise en 1372, il meurt
à la Tour-du-Temple à Paris, sans avoir
recouvré sa liberté.
1 Terride, commune, canton de Mirepoix (Ariège.)
2 Lavaur, chef-lieu d'arrondissement
(Tarn).
3 Moissac, chef-lieu d'arrondissement
(Tarn-et-Garonne), abbaye célèbre O.
S. B.
* Robert Knolles, général anglais
sous Edouard III. Né vers 1 3 1 7, il mourut vers 1406. Le chroniqueur Jean
le Bel prétend (t. II, p. 216) « qu'ilétait
de basse extraction, allemand d'origine
et « parmentier de draps » avant de se
faire « brigand et soudoyer à pied » . II
fut fait chevalier au sac d'Auxerre
le dimanche 10 mai 1 3 59 ». (FroissartLuce, Y, xxvi.) Ilpritpartau combat des.
Trente, commanda une division anglaise
à la bataille d'Auray en 1364 et se
retira de la vie active après une défaite
que lui infligea du Guesclin en 1370,
près de Pont-Villain . II termina sa
carrière par la pacification de la Guienne,
dont il était grand sénéchal pour le roi
d'Angleterre .
5 Duravel, commune, canton de Puyl'Evêque (Lot).
6 Froissart (éd. Luce, VII, p. i48 )raconte longuement le siège de Dome. La
ville était défendue par Robert de Dome
et un de ses cousins, Pierre Sengler,
chevalier. « Par devant Domme avoit à
siège grant chevalerie et bonne. Si vous
en noummeray les aucuns : premièrement monsigneur JehanCamdos, monsigneur le captai de Beus, monsigneur
Loeis de Halcourt a , monsigneur Robert Canolles, monsigneur Thummas de
Felletonet son frère, monsigneur Loeis
de Melval, le signeur de Pierrebufière,
monsigneur Raimmont de Maruel, monsigneur Richart de Pontchardon, mon •
signeur Thummas de Persib, monsigneur
Thummas le Despenssier, monsigneur
d'Agharises °, monsigneur Ustasse d'Aubrecicourt, monsigneur Thummas de
Wetevale d , monsigneur Estevène de
Ghousenton, monsigneur Richart Tanton et pluisseurs autres que je ne puis
mies tout noumer. » (Froissart, Ms. d'Amiens, \5j\° et 1 58 f°.)
Une des raisons de l'échec de Chandos devant Dome fut certainement la
défection de plusieurs des capitaines de
Guienne qui se rangèrent sous la bannière du roi de France. Parmi les chevaliers, dont Froissart nous a transmis
les noms, deux au moins avaient décidé à ce moment d'adhérer à l'appel
du comte d'Armagnac. Louis de Malval ou Malevaut adhère le 8 juin i36q
(A. N. J. Ó42, n° 16 13 ), et Raymond
de Mareuil, chevalier périgourdin, adhè
re le 29 juin 1369. (Ibid. 16 c .)
Vicomte de CMtellerault. ' Sénéchal do Poitou. • Adam Chel, dit d'Aghorisses, seigneur de Mortcmart. * Sénéchal de Rouergue.
Durevel.
Dome.
132
Roquemadour.
S'-Vincens
lès-Sarlat.
Sarlat.
TABLE CHRONOLOGIQVE
lèvent plusieurs machines et font de grandz essor tz par l'espace
de quinze jours, au bout desquelz, perdant espérance de pouvoir la prindre, se retirent et s'en montent en Quercy, atta1
quent et prènent Roquemadour et puys se départent, Canole
2
conduit son armée en Roergue et prind Villefranche ; celle
J
de Candos et captai de Buch passe la Dordoigne à Meyrone
et, en haine de ce que Guibert de Dome avoit quitté le parti
d'Angleterre pour espouser celluy de France, vient attaquer
S' Vincens 4 qui apartenoit à Marte de Pons, femme dudict
Guibert de Dome, prind et brusle l'esglize la veille de la
solemnité du S' Sacrement. De là ilz vont à Terrasson et Montignac et, après avoir demeuré dix jours sur la rivière de
Vézère, se divisent. Le captai de Buch s'en va à Bergerac et
Candos passe sur le pont du Bugo et s'en va truver le prince
Edoardà Angoulesme où il estoit malade d'une hydropisie.
Pendant ces évènemens, les habitans de Sarlat sont sollicités
de quitter le parti des Anglois et prindre celluy de France,
mais, pour ce que tout changement d'estat traisne après soy
plusieurs accidentz, quoy qu'ilz fussent françois de volonté
et d'affection, ne volurent pourtant se déclairer à la première
semonce, attendant une plus assurée occasion.
L'archevêque de Tolose, estant à Caors avec le lieutenant
du duc d'Anjou, leur escript sur ce subjet le 2 d'apvril et les
mande venir à Caors, mais ilz s'en excusent et n'y vont pas.
1 Rocamadour, commune, canton de
Gramat (Lot). Abbaye O. S. B., dont
l'église avait déterminé, au moyen âge,
un important courant de pèlerinages.
C'était un des sanctuaires les plus connus et les plus vénérés. Un château
fort dominait l'abbaye.
2 Villefranche de Rouergue, ch.-l.
d'arrondissement (Aveyron).
3 Meyronne, commune, canton de
Souillac (Lot).
4 Saint-Vincent de Paluel, commune,
canton de Sarlat. Tarde se trompe, soit
en donnant la date de la veille du SaintSacrement comme celle de la prise de
Saint-Vincent, soit en attribuant cette
prise à l'armée anglaise, revenant de
Rocamadour, après avoir levé le siège
de Dome. En 1 3 6g,Pâques étant le I er
avril, la veille de la Fête-Dieu tomba
le 3o mai, date à laquelle l'armée anglaise était encore devant Dome, au dire
de Froissart.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
133
Peu de temps après, le duc d'Anjou, voulant sçavoir leur
volonté, y envoyé Taleyran de Périgord son lieutenant en
Languedoc, lequel, estant à Sarlat au couvent des Cordeliers 2
le 22 d'apvril, leur faict lecture des lettres du duc et leur représente le désir qu'il avoit que la ville fut déclairée pour le roy
de France. Les habitans demandent du temps pour se résoudre et, d'autant que Talayran avoit des troupes pour les y
constraindre , ilz firent trêves avec luy pour certain temps
qu'ilz demandèrent pour en délibérer. Ce délay accordé ,
Guibert de Dome s'en va à Montagut 3 et au Cars 4 et faict
déclairer ces deux places pour le roy et, estant de retour, le
terme pris par les habitans de Sarlat se trouve expiré, à cause
de quoy il les somme et d'autant qu'ilz cherchoint des moyens
de délayer davatange, Guibert commance à leur faire la guerre
et faict des courses jusques aux portes de la ville pour prendre
des prisoniers et, le 18 du moys d'aougst suivant, Talayran de
Périgord, Arnaud d'Espaigne et Guibert de Dome viennent
les investir avec trois ou quatre mille hommes pour les constraindre à se déclairer. Hz demandent encore délay et ces
seigneurs leur donnent encore deux moys, attendu l'importance de l'aíïaire. Finalement, après plusieurs assemblées sur
ce faictes à Montignac, Dome et Vitrac, les habitans promirent
le 3 febvrier ausdictz Talayrand , d'Espaigne et Guibert se
remetre en la souveraineté de France, pourveu que le roy
confirmât leurs privilèges et les affranchît de quelques debtes
qu'ilz devoint encore des deniers des guerres passées, ce qui
1 Talleyrand de Périgord, frère d'Archambaut V, comte de Périgord, joua un
rôle considérable dans les événements
qui suivirent la révolte de l' Aquitaine,
contre le Prince Noir.
2 Le couvent des Cordeliers de Sarlat était situé hors les murs, dans le
faubourg de Lendrevie.
3 Montaigut-le-Blanc, arrondissement
de Guéret (Creuse) ?
4 Les Cars, commune, canton de Chalus (H. -Vienne). — Château important
appartenant à Fillustre famille de
Pérusse des Cars. Un autre lieu du
même nom se trouve commune d'Ambazac (H. -Vienne).
18
Montagut,
le Cars.
Sarlat.
134
TABLE CHRONOLOGIQVE
leur fut accordé et ces seigneurs s'obligèrent de l'obtenir du
roy, comme en eífect ils l'obtindrent, et voilà quand et comment la salamandre 1 fut remise soubz les trois fleurs de lis,
n'ayant porté les léopardz en chef que huict ans deux moys
2
et demy .
Plusieurs capitaines qui avoint esté mis par Edoard en Périgord et Agénois se rendirent maistres des places et seigneuries
qui leur avoint esté comises en prenant le parti de France. Ce
temps estoit grandement déplorable ; on n'ozoit se fier à persone, ne sachant qui estoit de tel ou tel parti. On changeoit
du soir au matin de parti, pourveu qu'il y eût quelque chose,
à butiner sur son voisin, à cause de quoy on se déíìoit de
tout le monde. A Sarlat, les magistratz et gens de condition
travailloint de réunir les volontés des habitans, avoint l'ceil
sur les actions d'un chascun et ne pensoint qu'à se conserver.
Ilz firent abbatre toutes les maisons des faubourgs jusques à
trèze brasses loin de la muraille de la ville, razèrent toutes
les murailles et coupèrent les arbres et autres empêchemens
qui se trouvoint dans cet espace, et après levèrent une taille
pour payer le prix d'icelles etdesdomager les propriétaires.
3
IOANNES DE REVEILLONE est le Xe évesque de Sarlat.
II futproveu de ceste charge Tan 1370 et l'exercea jusques sur
la fin de Fan 1395. II faisoit sa résidence à Dome la plus part
4
du temps. Le 28 juin 1387, il unit la parroissede Grives au
prioré de Belvès avec réservation de la pension pour le vicaire
perpétuel, afin que ce prieur eût plus de moyens de supporter
les charges èsquelles il estoit obligé envers le chapitre de Sar1 La « salamandre » était bien la
pièce principale des armes de Sarlat au
temps de Tarde, mais non en 1370. A
cette date, l'écusson municipal était
chargé de l'initiale majuscule S, qui s'est
transformée en salamandre, sous le
règne de François I.
2 Voir sur cet événement important
de l'histoire de Sarlat la note finale
no III.
3 Voir la note finale n° I sur les premiers évêques de Sarlat .
4 Grives, commune, canton de Belvès,
arrondissement de Sarlat.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
135
lat. II fonda plusieurs chapellenies à Dome et à Sarlat. Raymond
de la Chapouille, recteur de Brenac 1 et abbé de S1 Amans 2
estoit son vicaire général et official.
Le roy Charles, voyant que les Anglois luy fesoint la guerre
de toutes partz, confisque à sa couronne toutes les terres et
seigneuries qu'ilz avoint en France par ses patentes du 15 may
1370 et, par ce moyen, la comté de Poitou, de Limoges, d'Agénois et toute la Guiene sont réunies à la courone de France.
Louys, duc d'Anjou et Jean, duc de Berry 3 , frères du roy
Charles, font en Languedoc une armée de dix à douze mille
homes, laquelle ilz mènent ès moys de may et juin le long
de la Garone et prènent Moyssac, Agen, Aiguillon et Tonens,
et de là vienent sur Dordoigne au moys de juillet et assiègent
la Linde \ laquelle se trouve bien proveue, d'autant que le
captai de Buch et Thomas de Féleton °, qui commendoint à
Bergerac avec une garnison de cent hommes de cheval, ayant
heu advis que l'armée des princes françois quittoint Garonne
pour venir attaquer les places angloises qui estoint sur Dordoigne, y avoint proveu de tout ce qui estoit nécessaire pour
1 Brenac, ancienne paroisse, aujourd'hui section de la commune de Montignac-le-Comte.
2 Saint-Amand-de-Coly, commune,
canton de Montignac-le-Gomte, abbaye
O. S. A. dont il reste des ruines intéressantes.
3 Jean, duc de Berry, 3 e fils du roi
Jean II (1340- 141 6), fait prisonnier à la
bataille de Poitiers en 1 i 5 6, otage en
Angleterre, lors du retour du roi son
père en i36o, un des tuteurs de Charles VI, avec les ducs d'Anjou et de Bourgogne, en i38o; célèbre bibliophile. II
eut pour confesseur Jean Arnauld, évêque de Sarlat.
4 Lalinde, c.-l. de canton, arrondissement de Bergerac. Le récit de l'affaire
de Lalinde est tiré par le ch. Tarde des
chroniques de Froissart (éd. Luce,
t. VII, 661). Le siège de Lalinde eut
lieu vers le mois de juillet 1370.
Berducat d'Albret, rallié au parti français, dut y prendre une part importante,
car c'est au mois d'août que Charles V,
en récompense de ses services « en cesprésentes guerres », lui fait don de Lalinde et autres places voisines. (A. N.
//. Trésor des Chartes, Rég. 100, 645.) i
Tarde a oublié de mentionner le siège
de Bergerac par le duc d'Anjou, dont,
l'affaire de Lalinde ne fut qu'un épisode. Le duc d'Anjou, après avoir pris
Montpasier, dut commencer les opérations devant Bergerac dans les premiers
jours de juin 1370. Le siège fut long, la
ville énergiquement défendue, et l'armée française fut obligée de se retirer.
(Froissart-Luce, VII, ci, cv, cix.)
3 Thomas Felton était sénéchal d'Aquitaine pour le roi d'Angletere, dèsavant 1367.
136
TABLE CHRONOLOGIQVE
se bien deffendre. La ville estant investie, le capitaine nommé
Antboine de Batefol 1 , gascon, et les habitans qui désiroint estre
françois, capitulèrent secrètement, que le capitaine, moyennant quelque récompense, bailleroit la ville au duc d'Anjou
et les habitans jureroint obéyssanceet fidélité aui^oy de France
et ne souífriroint aucune foule. Ceste capitulation ne se peut
passer si secrètement que ceux de Bergerac n'en ayent l'advis,
si bien que le matin, sur le point de l'exécution, comme
Anthoine de Batefol ouvroit la porte de la ville qui regarde au
levant pour faire entrer les François, ceux de Bergerac entrent
par la porte qui est du costé de Molières et vont à l'autre porte
où ilz trouvent le capitaine Batefol qui Fouvroit, auquel le
captai de Buch donna un coup d'espée dans le corps dont il
mourut sur la place. Sur ce bruit, les François reculent et le
tumulte est si grand dans la ville qu'elle semble estre prise
de nouveau par les Anglois qui accusent tous les habitans de
trahison, mettent en délibération s'ilz les doivent tous pendre
comme traistres et brusler la ville, mais ilz s'excusent et mettent toute la coulpe sur le capitaine. Le captai de Buch ,
Phéleton et une grande partie de ceux qui estoint venus de
Bergerac demeurent dans la ville tant que le siège fut devant,
lequel tost après fut levé et l'armée se divisa : le duc d'Anjou
se retira avec partie de l'armée et passa par Sarlat où il estoit
le 20 d'aougst et de là par Caors se retira à Tolose. Le duc
de Berri se retira en son gouvernement et, passant par le
2
Limosin, prind la ville de Limoges par composition, qui
presta le serment pour le roy de France. Au moys de septem1 K Tonnet de Badefol. » Gaston (et
non Antoine, comme l'appelle Tarde) de
Gontaut de Badefol, troisième fils de
Séguin, sire de Badefol de Cadouin, et
de Marguerite de Bérail. Tandis que
celui-ci servait l'Angleterre, ses deux
frères bâtards, Arnaudon et Bernardet
de Badefol, suivaient le parti français.
2 Le duc de Berry arriva devant Limoges le 2i août 1370 et en repartit le
24 août. II n'assiégea pas la ville, celleci se soumit volontairement ; il en
prit seulement possession au nom du roi
de France. (Froissart-Luce, VII, cm.)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
137
])re suivant le prince de Galles vient en personne avec une
armée en Limozin , assiège Limoges 1 et la tient investie un
moys entier, au bout duquel il faict par le moyen d'une mine
tomber un pan de muraille où ilz entrent et mettent la
ville à sac. Bertrand de Guesclin 2 venoit au secours, mais il
n'y fut pas à temps et se contenta de prendre S' Yriès et puis
se retira, et le prince de Galles descendit à Bordeaux où il
s'embarqua pour l'Angleterre et laissa le duc de Lenclastre
son frère gouverneur en Guiene.
Mais, pendant que la noblesse angloise estoit à Bordeaux
pour prindre congé du prince de Galles, deux cens maistres,
partent de Périgueux et vont prindre la ville et chasteau de
Monpon \ Le duc de Lenclastre, adverti de cela, part incontinent de Bordeaux avec une armée et s'y i-end en diligence,
les investit et les tient assiégés l'espace de trois moys, comble
le fossé de terre et bois meslés ensemble, sappe et renverse par
terre partie des murailles et constraint les assiégés de capituler
et rendre la place et, ce faict, s'en retourne à Bordeaux.
Louys, duc d'Anjou, frère du roy et son lieutenant en Guiene,
par ses lettres patentes confirme à la communauté de Sarlat le
privilège par lequel leur bien ne peut estre confisqué pour
aucun crime.
L'an 1371, le duc de Lenclastre s'en retourne en Angleterre
et, l'an d'après 1372, le roy envoyé en sa place le comte de
1 Limoges fut reprise par le Prince
Noir au mois de septembre 1370.
2 Bertrand du Guesclin ( 1 3 1 4 ? —
i38o). Le plus illustre des capitaines
français pendant la guerre de Gent
Ans. Connétable de France en 1369.
3 Montpon, chef-lieu de canton, arrondissement de Ribérac . — Montpon fut
pris par les Bretons en garnison à Périgueux, sous la conduite d'Alain de la
Houssaie, Guillaume de Longueval,
Louis de Maillé et le sire d'Arcy. La
place leur fut remise sans combat par
Guillaume de Montpon, seigneur dulieu.
Lancastre vint les assiéger avec sept
cents hommes d'armes et cinq cents
archers. Le siège dura onze semaines,
Une mine, abattant un pan de la muraille, mit la place aux mains de Lancastre. Celui-ci prit à rançon les quatre
capitaines bretons et un cinquième,
Silvestre Budes, qui, tenant garnison à
Saint-Macaire, avait voulu prendre part
à l'expédition de ses compatriotes de
Périgueux. (D. Morice, H. de Bret. I,
335.)
S'-Iriès.
Monpon.
Sarlat.
1371
138
TABLE CHRONOLOGIQVE
Pemebrot lequel, estant sur mer le 22 juin assez près de la
Rochèle, faict rencontre de quelques navires espaignolz, alliés
des François, qui le chargent et le prènent prisonier, et le
navire qui portoit l'argent pour payer les gens de guerre est
submergé. Ceste perte fut si fatale aux Anglois que depuys
leurs affaires allèrent en décadence en la Guiene, car mesmes
ceste année, le duc de Berri, avec une armée, faict obéyr tout
le Xaintonge et pays d'Oniz et, sachant que le roy d'Angleterre venoit au secours avec une armée, saisit si à propos
tous les fortz qu'il le constraint rebrousser chemin en Angleterre pour n'avoir pu prindre terre en aucun endroit de la
1372
1373
Sieurac.
Guiene.
Talayran, second fìlz de Roger-Bernard et d'Héléonor, se
dict comte de Périgord. II laisse un fìlz nommé Archambaud
et une fille nommée Héléonor, mariée à Gaillard de Durfort,
sieur de Duras, laquelle ne laissant aucune postérité donne ses
biens à sa tante Jeane, mariée comme dict est cy devant au
comte d'Armaignac, d'où vient le droit que la maison d'Armaignac prétend sur le comté de Périgord.
Au moys de may 1373, Guibert de Dome, le sieur de Comarque 1 et la commune de Sarlat, faisant en tout soixante maistres
et bon nombre d'arbalestiers etpioniers, vont assaillir le lieu de
Sieurac 2 d'où les Anglois faisoint des courses et des voleries
sur Sarlat, Dome et Gordon. Après quelque résistance, ilz
capitulèrent et quittèrent la place.
Le duc de Lenclastre revient d'Angleterre avec une armée,
prind terre à Calés et de là traverse la Picardie, Normandie,
1 Pons de Beynac, sire de Comarque.
(Voir p. 118, note 2.)
2 Siorac, commune, canton de Belvès,
arrondissement de Sarlat, ancien fief
de l'évêché de Sarlat. Une bastide avait
été fondée avant mai 1288 parles Anglais sur son territoire, au lieu dit
« Castel-Réal ». Cette édification avait
donné lieu à un procès porté au Parlement de Paris qui donna lieu à de grandes difficultés dont le détail se trouve
consigné dans deux actes de procédure
des années 1268 et 1281. (Doc. inéd.
sur l'H. de Fr. —Olim. 1, 723 ; II, 199.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
139
Bretaigne et Poitou , tousjours suivi ou costoyé d'une armée
françoise et sur l'automne arrive en Périgord et vient à Bergerac et de là monte le long de Dordoigne et Vézère jusques
à Brive laquelle il assiège et prind sur la fin de novembre et de
là envoyé sommer 1 Sarlat de se rendre à luy ou autrement il
les vient assiéger. Ces menasses n'estonnèrent pas les habitans,
pource que l'armée françoise qui les suivoit n'estoit pas loin
d'eux. Leconestable Guesclin estoit à Montignac qui vint à Sarlat le 5 décembre avec quatre-vingtz maistres. Quelques seigneurs bretons s'y rendirent avec cinquante maistres, le sieur
de Beynac 2 y vint aussi avec trèze maistres et le duc de Bretaigne 3 se vint loger bien près de la ville avec quatre mille
hommes. Le duc de Lenclastre, adverti de tout cela prend son
chemin par le Limozin et s'en va en Poitou où fut donné une
bataille à l'advantage des François 4 , après laquelle la plus part
du Poitou se rendit au roy de France.
Ceste année 1373, Joannes de Reveillone, évesque de Sarlat,
est envoyé par le pape Grégoire XI vers Jeane et Frédéric ,
1 Je n'ai trouvé de cette sommation
du duc de Lancastre et de la présence du
connétable du Guesclin à Sarlat, le 5
décembre I'ÌJ'Ò, d'autre trace que la
mention de Tarde.
2 Pons de Beynac, chevalier, baron
de Beynac, premier baron du Périgord.
(Voir p. 1 1 8, note 2.)
3 Jean IV (aliàs : Jean V) de Montfort, duc de Bretagne après le gain de
la bataille d'Auray et le traité de Guérande(i2 avril 1 3 5 5 ) , mort en 1 3gg.
La présence du duc de Bretagne en
Périgord et dans les environs de Sarlat,
sur la fin de 13/3, est signalée par
Guillaume de Saint-André, serviteur du
duc, dont il écrivit la vie en vers.
Bien qu'à cette date Jean de Montfort
fût en termes très froids avec le duc de
Lancastre, il n'en était pas moins, contrairement à l'affirmation de Tarde, l'ennemi déclaré de la France. D'ailleurs,
G. de Saint-André est formel : si le duc
n'attaque pas Sarlat, c'est qu'il trouve
la place trop forte. Je crois intéressant de donner le texte de G. de SaintAndré; c'est le seul document, à ma
connaissance, qui ait trait à cette expédition du duc de Bretagne en Sarladais.
— Voir note finale n° IV.
4 Tarde veut sans doute parler du
combat de Ghizé en Poitou. Le connétable battit les Anglais le 21 mars 137 3,
s'empara de Niort et, par suite, de presque tout le Poitou. (D. Morice, H. de
Bretagne, I, 342.)
5 Jeanne I, fille de Charles, duc de
Calabre, née en i326, épouse en 1 3 3 3
André de Hongrie qu'elle fait assassiner en 1345 ; comtesse de Provence,
reine'de Naples en 1 343, elle épouse en
1346 Louis de Tarente, son amant,
assassin de son premier mari ; mariée
en troisièmes noces à Jacques d'Aragon
Brivc
140
TABLE CHRONOLOGIQUE
roys de Naples et Sicile, pour leur faire ratifier certaines transactions accordées à Ville-Neuve-lès-Avignon par les agents
des parties, pour raison des droitz que le S' Siège a sur les
royaumes de Naples et de Sicile, entre les mains duquel
évesque, le dernier de mars 1373, à Adverse, ville de Champaigne ladicte Jeane advoue et aprouve lesdits actes et au 17 janvier, en la ville de Messine, Frédéric en faict autant et rend
hommage pour la Sicile ès mains dudict évesque comme légat.
Lesquelz instruments et procédures sont ès archives du Vatican 2 .
i3 7 4
i3 77
Nontron,
Bordeille,
Bergerac,
Condat.
La truye,
machine
de guerre.
L'an 1374 le duc d'Anjou prind plusieurs places sur Garone,
mais en Périgord ne se passe rien de remarcable.
3
Trêves sont accordées entre les deux roys pour 1375 et 1376 ,
4
lesquelles estant finies , le conestable de Finance
vient
l'an 1377 en Périgord avec une armée, prend Nontron, Bordeille, les Bernardières, Condat et assiège Bergerac ôù commendoit Perducas d'Albret \ Le duc d'Anjou part de Tolose
et se rend à ce siège ; ilz envoyent quérir à la Réole une
grande machine appelée « La Truye » laquelle jettoit de grandes pierres pezant deux ou trois cens livres et cent hommes
armés se pouvoint loger dedans et, en approchant, assalir la
place. Thomas Phéleton, séneschal de Bordeaux, adverti de ce
siège et de la conduite de ceste machine, faict une assemblée
de gens de guerre qui vont attendre en ambuscade près
en i3Ô2; en quatrièmes noces àOtton
de Brunswick en i3 7 6. Elle meurt de
mort violente en i382.
Fre'de'ric III d'Aragon, dit le Simple,
roi de Sicile ( I 355- I 3 77 ).
1 Lire : Campanie.
2 Voir note finale n° I.
3 Traité de Bruges, 2 7 juin i3 7 5.
4 Bertrand du Guesclin.
5 Berducat d'Albret ne figure pas
dans la généalogie de cette illustre
maison donnée par le P. Anselme, les
auteurs de Y Art de vérifier les dotes, etc.
D'abord au service de l'Angleterre,
il se soumet au roi de France vers le
milieu de 1 3 7 o, date à laquelle Charles V
donne à l'avide partisan Bergerac, Castillonnès, Beaumont de Périgord, places
possédées encore par les Anglais. (A. N.
JJ. Trésor des Chartes, Rég. i oo, n° 645 .)
II retourne aux Anglais et prend Figeac
sur les Français le 14 octobre 1 3 7 2. (D.
Vaissète, H. gén. du Languedoc, V , p. 3 5 1 .)
DE L' ÉGLISE DE SARLAT.
141
d'Aymet les conducteurs de ceste machine, où est donné un
rude combat, les François ont la victoire, les Anglois sont mis
en pièces ou noyés dans le Drot et Tomas de Féleton, les
2
3
sieurs de Mucidan de Duras , de Langoyran , de Rauzan *
et plusieurs autres sont faictz prison iers. La truye est conduite sur plusieurs charretes devant Bragerac, laquelle estant
montée et dressée espouvante si avant les assiégés qu'ilz se
rendent \ Bragerac estant pris et les chefz des Anglois susnommés estant prisoniers, l'armée victorieuse prind S lc Foy,
7
Castillon
S' Emilion , Liborne , Sauveterre 8 , Mucidan ",
1 Raymond de Montant, sire de Mussidan. De son mariage avec Marguerite
d'Albret, il n'eut qu'une fille qui porta
par son mariage, vers i382, les terres
de sa maison à Guy de la Rochefoucauld , seigneur de Vertueil. (P. Anselme, t. IV, p. 448.)
2 Gaillard II de Durfort , seigneur de
Duras et Blanquefort, mari d'Eléonore
de Périgord, fille de Roger-Bernard,
comte de Périgord.
3 Bérard d'Albret, seigneur de Langoiran en octobre 1377. (B. N. Ms. Fonds
Périgord, t. X, p. 58 v°. — Extrait des
archives de Pau.)
4 Amanieu de Madaillan, seigneur de
Rosan, (Ibid. P. Or. V Madaillan.)
5 Bergerac se rendit le 3 septembre
1377 au duc d'Anjou, qui avait pour
lieutenants dans cette entreprise le
connétable du Guesclin et le maréchal
de Sancerre. (D. Morice, H. de Bret.
1,355). On peut juger de l'importance
que les généraux français donnaient à
la conservation de Bergerac par la garnison qu'ils y entretenaient.
Au premier janvier 1378, la place
était sous le gouvernement de messire
Alain de Beaumont, chevalier, cousin
du connétable du Guesclin, ayant sous
ses ordres immédiats^ une compagnie
composée de 1 chevalier , 8 écuyers
et 40 hommes d'armes, aux gages de
200 francs d'or par mois. Sa compagnie
fut augmentée de 20 hommes d'armes
par lettres données à Montargis le 8 novembre 1379. (D. Morice, H. de Bret.
t. II, col. 417-418.)
Sous son commandement se trouvaient
Guillaume de la Houssaie, écuyer banneret (2 chevaliers bacheliers, 7 écuyers
et 20 hommes d'armes) ; Jean de Québriac, écuyer banneret (1 chevalier et
8 écuyers) ; Guillaume Boutier, écuyer
(1 chevalier et 8 écuyers) ; Olivier
d'Engoulvent, écuyer (1 chevalier , 8
écuyers) ; Alain Briant , écuyer (8
écuyers) ; Guillaume Béranger, écuyer
(1 chevalier, 8 écuyers) ; Alain Ruffier,
écuyer (1 chevalier, 8 écuyers). (Ibid.)
Au i er janvier 1378, on trouvait donc
réunie une garnison composée au moins
de 1 chevalier banneret, sept écuyers
bannerets, 8 chevaliers bacheliers, 63
écuyers et un nombre important d'hommes d'armes, que l'on peut apprécier par
le chiffre de ceux qui composaient la
compagnie d'Alain de Beaumont. II est
probable que cette liste est loin d'être
complète ; outre les seigneurs précédemment nommés, tous bretons, il devait y
avoir une troupe de chevaliers et écuyers
français dont les noms sont perdus.
G Castillon, chef-lieu de canton, arrondissement de Libourne (Gironde), sur la
ligne de séparation du Bordelais et du
Périgord .
7 Saint-Emilion, commune, canton et
arrondissement de Libourne .
8 Sauveterre (de Guienne), chef-lieu
de canton, arrondissement de la Réole.
9 Mussidan, chef-lieu de canton, arrondissement de Bergerac.
19
142
TABLE CIÌRONOLOG1QVE
3
2
Cadoin, Aymet, Duiras Montségur , S'Macaire , Langon et
autres places jusques au nombre de 125. Après ces victoires,
l'armée est congédiée, le duc d'Anjou se retire à Tolose et le
St-Giniès.
Coli.
Bigaroque.
i3 7 8
conestable à Paris.
Pendant que ceste armée estoit au bas Périgord, les Anglois
!
7
de Belcastel \ Monvalen G et Millac , surprindrent S' Giniès
et Coly 9 , mais, n'ayant pas le courage de les tenir, les quittèrent
bientost sachant qu'on se mettroit en debvoir de les en dénicher, mais ce fut moyenant un présent que le pays leur
dona.
Bigaroque 10 , forteresse d'importance sur la rivière de Dordoigne, au dessus de Limoil, apartenant à Farchevesque de
Bordeaux, avoit tousjours tenu pour les Anglois, sans estre
attaquée ni assiégée, à cause qu'on l'estimoit imprenable, mais,
ceste année, on trafiqua avec la garnison qui rendit la place
moyenant une somme d'argent qui fut levée sur le pays.
Les habitans de Sarlat se fortifient par le moyen d'un fossé
qu'ilz font tout à l'entour de leur ville qui depuys a esté mis
en plus grande perfection.
Le 19 d'octobre 1378, les Anglois conduitz par un capitaine
11
nommé Peyrot le Béarnois surprènent le fort de Vitrac où ilz
7 Milhac, commune, canton et arron1 Duras, chef-lieu de canton, arrondisdissement de Gourdon.
sement de Marmande (Lot-et-Garonne).
8 Saint-Geniès, commune, canton de
2 Montségur, commune, canton de
Salignac,
arrondissement de Sarlat.
Monflanquin , arrondissement de Yille0 Goly, commune, canton de Terrasneuve-d' Agénais (Lot-et-Garonne) .
3 Saint-Macaire, chef-lieu de canton, son, arrondissement de Sarlat. Ancien
des abbés de Saint-Amand.
arrondissement de la Réole (Gironde). château
10 Bigaroque, hameau, commune du
4 Langon, chef-lieu de canton, arronGoux-Bigaroque, canton de Saint-Cydissement de Bazas (Gironde).
B Belcastel, château , commune de prien , arrondissement de Sarlat. La
Lacave, canton de Souillac, arrondis- place était occupée par Jean de Sersement de Gourdon (Lot). Berceau de la val et Eblon de Montferrand. (B. N. Ms.
famille de Beauze, d'où sont sortis les Fds. Périgord, t. CXXI, dossier Beynac,
seigneurs de Belcastel en Quercy, barons p. 1129.)
Ce chef de routiers, de son vrai
de Campagnac-lès-Quercy et Florinom
Peyrot des Fontaines, dit le Béarmont en Sarladais.
6 Montvalent, commune, canton de nais, est un exemple curieux de la forMartel, arrondissement de Gourdon(Lot). tune à laquelle arrivèrent plusieurs
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
443
mettent une garnison qui ravage le plat pays aux environs de
,
'"'
. .
barlat, Dome et autres lieux voisins.
Au commencement d'apvril 1379, Louysde Sancerre l , maréchal de France et Pierre de Morni 2 , séneschal de Périgord,
estant à Sarlat avec nombre de gens de guerre, ont advis que
les Anglois des garnisons du fort de Vitrac, de Monvalen, de
3
Millac, Paluel et autres alloient en quelque entreprise, font
dessein de les attaquer en chemin et, pour avoir des forces
davantage, prènent de Sarlat un bon nombre d'homes et escrivent au sieur de Beynac qui vient avec soixante hommes bien
armés. Ilz se vont loger en embuscade près de Salagnac où
ilz sçavoint que les Anglois debvoint passer. II se partent en
deux troupes, le mareschal commendoit en l'une et le séneschal avec le sieur de Beynac en l'autre. Les Anglois ne manquent
point de venir et s'engager entre les deux troupes où ilz sont
aventuriers, pendant ces époques troublées. Après avoir guerroyé, à la solde de
l' Anglais, il trouva moyen d'épouser Marguerite de Pommiers, covicomtesse de
Fronsac, dame de Pommiers, Montguion,
Fougeroles. (B. N. Fds. Dupuy, CGXX, f.
148.) Peyrot le Béarnais n'hésita pas à
se rallier au parti français lorsqu'il y
trouva un intérêt. Le 1 2 décemhre 1 894,
il fait hommage au roi de 2,000 livres
tournois de rentes que celui-ci lui donne et des biens de sa femme qui, de son
côté, par un engagement écrit de sa
main, s'oblige à envoyer Janot, leur fils,
à la cour du roi, pour demeurer à son
service. (A. N. J. 623, 72). Le roi chercha ainsi à s'assurer de la tìdélité bien
chancelante de son vassal.
Trois mois après, le 24 août i3g5, le
même Peyrot déclare , d'une façon formelle, se soumettre au roi Charles, bien
qu'il soit sujet du roi d'Angleterre en
Guienne. (Du Tillet, Recueil des Rangs
des Grands en France, 1606, p. 33 1.)
Le sceau de Peyrot le Béarnais pend
à l'acte du 12 décembre 1394. (Douët
d'Arcq, n° 22o3.) Si l'on en croit Nicolas
Baudot de Jully (H. de Ch. VI, t. IV,
p. 290) , Peyrot le Béarnais aurait
repris le service de l'Angleterre et sa
vie d'aventures. Attaqué en 1406 avec
Archambaud d'Abzac, capitaine anglais
de Carlux, il aurait lâché pied, laissant
Archambaud aux mains des Français.
1 Louis de Champagne , comte de
Sancerre f 1 342 ? — 14-02), frère d'armes
et émule de du Guesclin et de Clisson ,
maréchal de France en 1 3 6g, délivra
des Anglais le Périgord et le pays de
Foix ; connétable de France (i 3971402).
2 Pierre de Mornay, chevalier, seigneur de la Ferté-Nabert. II était
encore sénéchal de Périgord en 1384.
Nommé sénéchal de Carcassonne et Béziersle 17 mars 1 38g, il fut destitué le
1 novembre 1400. — (B. N. Ms. Fonds
Languedoc, CL, 212 v°.j
3 Paluel, commune de Saint-Vincentde-Paluel, canton de Sarlat. Château
appartenant, aux XIII ", xiv e etxv 8 siècles,
à la famille Vigier. II devint , par
alliance, à la fin du xv e siècle, la propriété d'une branche bâtarde des Gimel
du Limousin, qui l'a possédé jusqu'au
xvne siècle, époque à laquelle il passa
aux Durfort, et des Durfort aux d'Aymerique, éteints il y a peu d'années.
Le fort
de Vitrac.
1379
Combat
près de
Salignac.
144
TABLE CHRONOLOGIQVE
chargés si brusquement et si courageusement par les François
que une grande partie demeure sur la place. Quelques uns se
sauvèrent à la fuite et plusieurs demeurèrent prisoniers, entre
lesquelz est Peyrot le Béarnois, capitaine du fort de Vitrac.
Après ceste victoire, le mareschal se retire et les Sai'ladois, se
servant de l'occasion, prient instamment le séneschal d'aller
avec les forces qu'il? avoint en main assiéger le fort de Vitrac
lequel seroit aysé à forcer, attendu qu'ilz tenoint le capitaine
prisonier et que la plus part de la garnison avoint esté tués
ou estoint prisoniers. Le séneschal, acquiesçant à la prière des
Sarladois, va sans se divertir ailleurs attaquer ce fort lequel est
prins et remis soubz l'obéyssance du roy. Les habitans, voyant
ce fort en la puyssance du sénéchal, luy représentent de quelle
importance il estoit à cause du passage de la rivière, qu'il
avoit grandement incommodé tout le pays pendant six moys
que les Anglois l'avoint possédé et partant le supplient ordonner qu'il soit razé. Bertrand de Cazenac, à qui ce fort apartenoil, s'oppose à la démolition. Les habitans maintienent que
Cazenac l'avoit, par sa négligence, laissé prendre aux Anglois.
Le séneschal en escriptau mareschal et, ayant receu son advis,
somme Cazenac de déclairer s'il avoit moyen d'y entretenir
une garnison et s'il peut bailler caution de le bien et fidèleLe fort de
ìtrac raz
ment garder soubz l'obéyssance du roy. Cazenac ayant déclairé
ng p 0uyo j r fa i re n { l'un ny l'autre, le séneschal, par sentence
donnée sur le lieu le 10 apvril 1379, ordonne qu'il soit razé, ce
qui est sur le champ et le jour mesme exécuté, avec inibitions
et deífenses audict Cazenac et à ses successeurs de jamais y
rebastir et d'autant que ledict de Cazenac menassoit lesdicts
habitans en général et particulier comme autheurs de la démolition , ilz obtindrent lettres du roy, données à Paris le
premier de juin suivant, portant approbation du razement et
ratifiant les inibitions audict Cazenac et ses successeurs de le
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
réédiíìer. Lesquelles lettres furënt publiées à Sarlat
d'aougst de la mesme année 1379 l .
145
le f>
Le 25 novembre suivant,les Anglois conduilz par le capitaine
Palevézi.
Naudon Aynard prènent Palevézi où estoint quantité de vivres
que les paysans y avoint apporté. Après qu'ilz les heurent, cou- .
sumés, ilz offrirent à rendre la place moyenant une somme
d'argent qui leur fut baillée \
Le premier d'apvril 1381, le chasleau de Paluel où commendoit Jacques Digue anglois est pris et mis en l'obéyssance du
1 38 1
Paluel.
l'oy de France par la conduite d'un habitant de la Roque de
Gajac, accompaigné de 25 hommes, lequel à son retour est
festoyé à Sarlat aux despens du public eu signe de congratulation et, peu de jours après, le sieur deBaynac, assisté des Sarladois et gens de sa terre, attaque, assiège et force le Roq de
Tayac duquel les Anglois avoint faict une tanière de voleurs '.
1
En ce temps Pauliac
, Cazalz ' , le Claux 8 , Bour1 Les lettres patentes dont parle
Tarde existent en original dans la collection de M. Audierne. — Le texte en
a été publié par M. G. Marmier. (Bulletin de la Société historique du Périgord, VII, 368.)
- « Tout le long de ceste année, ung
« capitaine anglois nommé Teste-Noire
« ravage, avec une armée, FAuvergne
« et le Limozin et prend Yentadour et
<< plusieurs places.
« i38o. — Toute Tannée i38o se
« passe dans ce pays de Périgord. sans
« aucun acte d'hostilité, digne de re« marque. » (Ms. Tarde B.)
3 Les consuls de Sarlat, vers celte époque, crurent devoir demander au roi rémission de certains faitsdélictueux commis pendant ces temps troublés et qu'on
aurait pu leur reprocher plus tard. Ils
exposent au roi que la ville de Sarlat
est entourée depuis longtemps d'un cercle de forteresses anglaises, dont les
garnisons font des courses sur le territoire sarladais auquel elles causent de
grands dommages. Pour éviter de plus
grandes pertes , les consuls, sans rien
perdre de leur inaltérable fidélité à la
couronne de France, ont fait des conventions avec les capitaines anglais ,
soit pour faire élargir les prisonniers,
soit pour faire respecter leur territoire.
Ces conventions ont donné lieu, de la
part des consuls , à des versements
d'argent et à des prestations de vivres,
denrées et marchandises. Comme le
numéraire frappé au coin du roi était
insuffisant, les consuls et habitants se
seraient servis pour ces transactions,
contrairement aux ordonnances , de
monnaies anglaises. Le roi leur accorde
des lettres de rémission , données à
Paris le 19 mars i382 (v. st.). (A. N.
Trésor des Chartes, Rég. 122, acte 177.)
1 Pauliac , château , commune de
Daglan, canton de Dome.
" Cazals, chef-lieu de canton, arrondissement de Cahors.
G Le Claux, château, commune d'Eyvigues, canton de Carlux, un des rares
spécimens de la Renaissance dans notre .
pays. On peut en attribuer la construction, soit à Guillaume d'Anglars, qui
en était seigneur aux xv° et xvi° siécles
Roq de
Tayac.
146
1 383
Chasteau de
Dome-Vieille.
i385
TABLE CHRONOLOGIQVE
zoles -, Calviac, Mon serran % tiennent pour les Anglois
4
Le pénultiesme d'apvril 1383, 1e chasteau de Dome-Vieille
est surpris parles Anglois qui prétendoint par moyen emporter
la ville. La nouvelle estant publiée, plusieurs Anglois accourent au chasteau et plusieurs François se rendent à la ville,
entre lesquelz est le seigneur de Baynac avec des forces prinses de sa terre et les habitans de Sarlat et de Montignac y envoyent homes, armes et vivres. Les Anglois, perdant espérance
de gaigner la ville, se retirent dans le chasteau où ilz sont assiégés. A Dome y avoit une bride laquelle on fit jouer contre le
chasteau. Les Anglois, réduitzaux abbois, quittent la place moyec
nant une somme d'argent de laquelle Sarlat paya 400 livres .
Guibert de Dome, chevailler et sieur de Dome, par contrat
du moys de mars 1385, donne à perpétuité et à titre de pure et
simple donation aux consulz et communauté de la ville de
Dome tous et chascuns les biens que luy et ses feus frères
et qui testa en 1 5 1 5, soit à son fils Bertrand, seigneur du Claux et coseigneur
de Salignac. A la fin du xiv e siècle, le
Claux appartenait à une famille Vigier.
En 1 364, noble Robert Vigier, seigneur de
Borrèze et coseigneur de Salignac, rend
hommage au vicomte de Turenne de
son hôtel nommé le Claux, situé en la
paroisse d'Eyvigues. (B. N. Ms. P. 0.
v is Anglars et Pons.)
1 Bourzolles, château, commune de
Souillac (Lot). II devait appartenir à
la famille du Bosc, qui l'a transmis
par mariage, en 14.58, à la famille de
Coustin qui en a pris le nom. (B. N. Ms.
Pièces originales, v° Coustin. )
2 Montferrand, commune , canton de
Beaumont. Château fort dont les restes
sont très importants.
3 1 Pons, sieur de Beynac et les con« sulz de Sarlat accordent une trefve
« pour un an avec Peyran de Mallier,
« capitaine anglais qui commandait à
« Pauliac et Cazalz, lequel s'oblige
« d'exempter et relever les terres de
« Beynac, Sarlat et Temniac de tous
« actes d'hostilité que lui, sa garnizon,
» les anglois du Claux, de Bourzoles, de
« Calviac, de Monferran et autres de
« l'obéyssance du roy d'Angleterre
a pourroint faire sur les dites terres et
1 le sieur de Beynac et consulz s'obli« gent réciproquement pour eux et
« leurs subjetz. » (Ms. Tarde B.)
4 Le château de G. de Dome, séparé
de la bastide par un fossé, bâti sur un
promontoire au nord-ouest du plateau,
commandait la vallée de la Dordogne et
la route de Quercy. A ses pieds s'étageait le bourg de Dome-Vieille.
5 « 1 384. — L' année 1 384 est remar« quable pour la révolte du peuple con« tre les ecclésiastiques et gentilshom« mes, car il mettoit cruèlement à mort
« tous ceux de ces deux ordres qui tom« boint en son pouvoir. Ceste fureur
« n'entra pas fort avant dans le Péri« gord. Ce fut en Poitou, Limouzin et
« Auvergne où ceste mutinerie exerce ca sa rage. On l'appeloit la Praguerie .
« Élie eût apporté quelque grand déserte dre si le duc de Berri n'eût couru sus e t
« neleseûtarrestés. » (Ms. Tarde B.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
147
Guibert et Pons avoint à Dome, tant cens, rantes, domaines, justice, que tous droitz, noms et actions qu'ilz avoint sur
le fleuve de Dordoigne et parroisses de Dome et Sainct-Fron 1
deBrusc pour en faire parles donataires à leur plaisir et volonté.
Le chasteau et la chastelenie de Dome vieille 2 ne sont pas
compris en ceste donation.
3
L'an 1386, trêves sont accordées entre les deux roys qui
furent prolongées jusques à 1392, les habitans de Sarlat font
bastir une tour laquelle est appelée la tour de la Paix 4 pour
avoir esté construite durant ceste cessation d'armes.
Le fort de Bigaroque qui, en l'an 1377, avoit estéachepté des
Anglois par le pays de Périgord est revenu, je ne sçay comment,
en la possession des Anglois lesquelz, l'année 1392, courent
sur la terre de Sarlat
1 Saint-Front-de-Brusc. — Ancienne
paroisse fondue dans celle de Dome. Le
lieu dit: «Moulin de Saint-Front», dans
la plaine, au pied de la montagne de
Giverzac, est le seul souvenir qui en reste .
2 Tarde commet une confusion, en
parlant de la châtellenie de Dome-Vieille.
— La châtellenie de Dome de'pendait
de la bastide de Dome , ville neuve de
1280, et n'appartenait pas àG. de Dome.
Elle était composée, en 1 365, de la
Ville-Neuve, Vitrac, Montfort , Daglan,
Cénac et Dome-Vieille, Florimont , Gaumiers, Campagnac-lès-Quercy, la RoqueGajac, Bouzic , la Canéda, Saint-Martial, Gaulejac et Veyrignac. (B. N. Ms.
Fds. Périgord, LXXXV1II.) C'est sur cette
confusion que s'éleva, en 1732, unprocès entre l'évèque de Sarlat et la ville
de Dome dont il demandait l'hommage,
procès qui, après de nombreuses péripéties, fut tranché par arrêt du conseil
d'Etat du 3 1 mars 1738 en faveur de
Dome contre l'évêché. (Voir les Mémoires
du Procès, 1734 — 1738.)
Les consuls de Dome étaient en 1 385
Guillaume de Blanquefort, Arnauld Barberi, Amalvin deRupé et Pierre du Mas.
(3. B. L. Documents sur Dome, p. 29.)
Gilbert de Dome resta propriétaire du
château de Dome (Vieille), qu'il vendit
au baron de Beynac: celui-ci le céda
en 141 8 à Bertrand d'Abzac, son beaufrère, pour répondre de la dot promise
à Jeanne de Beynac, femme de ce dernier. Confisqué sur d'Abzac , lors de son
procès criminel et de son exécution pour
crime de lèze-majesté en 1438, il prit le
nom de « Château du roi ». Les évêques
de Sarlat on t maintenu j u sqi l 'a u xvi° siècle
des prétentions, justifiées endroit, sur la
suzeraineté du château de Dome-Vieille,
prétentions qui se sont transformées, au
xviii 0 siècle, par suite d'une confusion
assez explicable, en revendication de la
suzeraineté de la bastide qui a été rejetée par l'arrèt de 1738.
3 Trêve du 18 juin 1 38g, accordée
pour trois ans, finissant le 16 août i3g2.
4 Voir à la fin du volume le plan de
Sarlat sur la carte du Sarladais dressée
par Tarde en 1624.
b Les trêves n'empêchaient pas les
officiers royaux de veiller à la défense
de la province, en prévision de la reprise des hostilités. Au commencement
de 1392, Aymeric de Chabanes et Guillaume Calhon, lieutenants du sénéchal,
imposaient sur la sénéchaussée, par ordre du roi et du consentement des
Dome.
i386
Sarlat.
Bigaroque.
148
1392
Dome.
Layrac.
I
à1
n
TABLE CHRONOLOGIQVE
Le 15 de mars, qui est dix jours avant la fin de l'an 1392,
les Anglois prennent Dome tant la ville que le chasteau, mais
ilz ne les tindrent que 43 jours, car au commencement d'apvril 1 393, quiest 1 5 jours après la surprinse, Louys de Sancerre,
mareschal de France, les assiège et, le 27 duclict moys d'apvril,
les prind et les remet en l'obéyssance de France '.
Au moys de septembre les Anglois surprènent Layrac ' qui
Etats de la province, une contribution
pour entretenir 6o hommes d'armes pendant trois mois, destinés à la défense de
la province. Les villes de Sarlat et de
Périgueux furentimposées chacune à 200
francs d'or. Les consuls de Sarlat ayant
protesté que la cotisation était trop forte
etque leur ville devait être naturellement
moins chargée que Périgueux , virent
leur réclamation repoussée par ordonnance des lieutenants du sénéchal ,
en date du 8 marsi3c)i (v. st.), oùil est
déclaré que la protestation de la ville
de Sarlat est frivole, parce que , s'il est
vrai que la ville de Périgueux est plus
étendue et comprise dans une enceinte
plus grande, par contre, les habitants
de Sarlat sont plus de deux fuis plus richesqueceux de Périgueux ; par suite,
à égalité de cotisation , Périgueux
peut être considérée comme imposée
trois fois plus que Sarlat, d'autant plus
que Périgueux , pendant la dernière
guerre, a eu la charge des hommes d'armes du seigneur de Coucy a , et des
capitaines envoyés par le roi pour défendre la province ; par suite , l'appel
de Jean de Montesteva, Gerauld du Castanet , Hélie la Coste et N. la Coste,
consuls de Sarlat, est rejeté. (B. N.
Ms. Fds. Périgord, LII.)
0 i3g2. — Le 2 juin, les habitans de
« Sarlat accordent la soufferte avec les
« Anglois de Bigarroque et de Couze.
a C'est ainsi qu' ilz appeloint les trefves,
<« parce que on souffre ceux du parti con« traire aller et venir, sans leur faire
« desplaisir. » (Ms. Tarde B.)
1 Les seigneurs du Périgord élevèrent
la prétention de faire payer des droits
de péage à tous ceux qui, sur l'invitation
du maréchal de Sancerre, portaient des
vivres à l'armée occupée au siège de
Dome. Le maréchal de Sancerre fut
obligé, par ses lettres du 16 avril i3g3,
adressées à Bonnebaut , sénéchal du
Rouergue et maréchal du comte de
Clermont, capitaine général pour le roi
en Languedoc etGuienne, d'interdire la
levée de ces droits. (B. N. Ms. Fds Périgord, LII, 243 v°.) —Le siège de Dome
fut rapidement poussé par le maréchal de
Sancerre. Le connétable de France « et
le maréchal de Boucicaut avaient résolu
d'aller renforcer l'armée d'investissement. Pour cet effet , ils avaient réuni à
Dreux des troupes, comme il résulte de
la quittancede gages délivrée le 1 1 mai
1393 à Jean Chanteprime, trésorier des
guerres, par Jean le Bouteiller, chevalier. Celui-ci reconnaît avoir reçu la
somme de 210 livres tournois, pour les
gages de sa compagnie, « desserviez et
« à desservir èz guerres du dit seigneur
« (roi) en ce présent voyage que entent
« à faire M. le connestable de France
« devant la ville et chastel de Domme,
« soubz le commandement de M. Jehan
« le Mengre, dit Boucicaut, maréchal. »
(Dom Morice, H. de Bretagne, t. II, col.
619.) Ce secours devint inutile ; la
place était tombée aux mains du maréchal de Sancerre le 27 avril précédent.
3 Leyrat, hauteur à pic sur le bord
de la Dordogne, au-dessus des rochers
de Sorn, commune d'Ales. Le château
qui la couronnait est complètement détruit. (De Gourgues, Die. topogr.)
a Enguerrand tb Çoucy, comlo de Soissons, capitaine général pour le roi entro la Loire et la Dordogne.
b Philippe d'Artois, comte d'Eu, connétable de France (1392-1337).
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
149
estoit un fort sur une coline en la parroisse d'Ale *, près le
fleuve de Dordoigne, à la veue de Limoil.
En janvier, les trois Estatz de Périgord sont assemblés à
Sarlat, ausquelz est proposé de rachepter et tirer des mains des
Anglois Bigarroque et Layrac et la résolution prise de composer
avec eux qui ne demandoint que de l 'argent. La convention
faicte, ces deux places sont acheptées aux despens du pays et
remises en l'obéyssance du roy de France. Peu de temps après
Layrac fut ì^azé et Bigarroque mis hors de deíïense 2 .
L'an 1394, le roy Charles donna à la communauté de Sarlat
la somme de mille francz d'or pour réparer et fortifier la ville \
La mesme année, au moys de septembre, Jean d'Arpadena *,
1 Ales, commune, canton de Cadouin.
deniers de nos finances
pour estre
employée aux réparacions des forte«. Jean d'Arpadena, séneschal de Périresses d'icelle ville
Donné à Paris
« gord, met le siège devant Montignac.
le 1 5 e jour d'aoust 1394. » (B. N. Ms.
« Les habitans de Sarlat y envoyent des
Fds. Périgord, VII, 266.) "
« soldatz, des pionniers etdes vivres. Ce
* Jean Harpedane, breton d'origine
« siège fut levé dans peu de jours par le
anglaise, paraît comme écuyer en tète
« moyen des trèfves accordées entre les
de la compagnie d'Olivier de Clisson,
« rois de France et d'Angleterre pour
dans les diverses montres passées en
« quatre ans lesquelles furent publiées à
1378, 1 37g, i38o, en divers lieux de
« Sarlat le 27 septembre. Ainsi la Bretagne et à Paris. Messire Jean Har« place demeura aux Anglois jusques pedane, chevalier, est présent à une
« à l'an 1398 que la trèfve fut finie et transaction entre le duc de Bretagne,
« le siège repris... » (Ms. Tarde B.)
Olivier de Clisson et le comte de Pen3 « Charles
oye la supplicathièvre, arbitrée par le duc de Bourgocion des consuls et habitants de la ville
gne à Paris le 24 janvier i3 9 4. Le 28
de Sarlat... contenant que, comme ils
octobre 1 3g6, Jean Harpedane, chesoient demourants en pays de fron- valier bachelier, sénéchal du Périgord,
tière
leur a convenu supporter pludonne à Paris quittance de ses gages.
sieurs frais, mises et dépens, tant pour
Son sceau porte : gironnéde vair et de...
ía prinse de Dome, comme pour auavec deux lions pour supports. Le
tres lieux du pays d'environ qui par casque fleurdelysé, surmonté d'un vol
nos malveillants ont esté depuis les
droit pour cimier. (Dom Morice, H. de
trêves prins et occupés, les dicts supBretagne, t. II, 676.) On peut croire que
pliants ont frayé du leur jusqu'à la
cet Anglo-Breton traita en pays conquis
somme de mille francs d'or et plus....
la province à la tète de laquelle le
combien que la dicte ville soit tellement hasard des circonstances Pavait placé,
diminuée et désemparée par le faict des
et ne chercha guère à confirmer, par
dictes guerres que, par deffaut de répasa prudence et son équité, la fidélité
racions et emparements plusieurs dode ses administrés bien éprouvée par
mages
sepourroint ensuivre si reles malheurs du temps. C'est du moins ce
médié et pourvu ni estoit
Ausdits
que l'on peut préjuger de la plainte et
suppliants avons donné et octroyé —
de l'information que font les consuls de
la somme de mille livres une fois des
Sarlat le i3 septembre 1397, sur les
2 « 1394. — Au mois de septembre,
'20 •
Bigarroque
et Layrac.
i3 9 4
Sarlat .
150
Montignac.
Deux brides
à Sarlat.
TABLE CHRONOLOGIQVE
séneschal de Périgord, met le siège devant Montignac qui avoit
esté surpris quelque temps au paravant par les Anglois. Ce
siège fut bien tost levé à cause des trêves accordées entre les
deux roys pour quatre ans \ Ainsi la place demeura aux
2
Anglois jusques en l'an 1 398 que la trêve fut finie , car, ledict
3
an 1398, au moys d'aougst, Bossicaud , mareschal de France,
y remet le siège auquel Sarlat envoyé hommes, vivres et
munitions. Le mareschal y faict conduire une siene bride et
la supplicacion des consuls et des habiexcès et crimes commis par les nommés
tants de Sarlat... contenant que comme
Jean d'Harpadane, chevalier, sénéchal
autrefois, pour aider à refaire et soutedu Périgord, Thomas Sibola, dit Cava—
nir les réparacions, fortifications et emBassa, Gaspard Aymeric, capitaine de
parements de la dicte ville, et aussi
cent archers, le seigneur Malarey, capipour supporter plusieurs et grans chartaine de Plazac, Réginald Servati, capiges.... qu'il leur estoit besoin de faire
taine de Brantôme, un certain Belet,
pour la garde, tuiction et pour le bien
capitaine de cent hommes des milices
public de la dicte ville, qui est assise en
bourgeoises de Périgueux, Hugues de
très grand frontière des Anglois.... par
Montchauvin, R. de la Gassanhe et les
lesquels a esté moult gastée, pillée et
autres. Le 4 septembre précédent, le
désolée le temps passé, nous leur eussénéchal se présenta àla porte deLensions octroyé aucuns aides à prendre,
drevie, demandant l'entrée. Les consuls,
cueillir et lever par eux sur toutes les
reconnaissant dans sa suite des hommes
denrées et marchandises qui se 'vend'armes qui, avec Robert de Béthune,
droint à la dicte ville jusqu'à certain
vicomte de Meaux, avaient déjà saccagé
temps piéça passé.... lesquels aides ils
les possessions de la ville, n'accordent
ont cueilli, ledict temps durant, mais ils
l'entrée q u'au sénéchal et à 20 hommes de
n'ont pu ne peuvent souffire à présant
sasuite. Le reste s'établit au couvent des
ne accomplir lesdictes réparacions....
frères mineurs hors la ville et de là
mesmement que grande partie des murs
fait un mal considérable à Sarlat et aux
et closture de la dicte ville il leur conlocalités de la banlieue, dépouille le
vient refaire et réparer... Pourquoi ,
recteur de Carsac, pille les églises de
nous,... avons octroyé et octroyons...
Temniac et de Saint-André, ne cessant
que, jusqu'à cinq ans prochain venants
d'insulter les bourgeois, les appelant
et ensuivants, à compter de la date des
voleurs, rebelles, mauvais français. (B. N.
présentes, ils puissent prendre, cueillir
Ms. Fds. Périgord, LII, 242 v°.)
et lever une aide de 6 deniers pour livre
Jean
Harpedane devint chevalier
dessus toutes les choses , denrées et
banneret, sénéchal de Saintonge, chammarchandises qui seront vendues debellan du roi en 1404. II avait épousé
dans la dicte ville de Sarlat.... pourvu
Jeanne de Clisson, fille d'Olivier, sire de
que ce soit du consentement et volonté
Clisson, et de Jeanne deBelleville. (Dom
de la plus grande et saine partie des
Morice,i/. deBret. ,11, 747. — Froissarthabitants de la dicte ville et que nos
Luce, passim. — La Chesnaye-Desaides n'en soient diminués
Donné à
bois, II, 670.)
Paris, le 8 décembre 1397. »(B. N. Ms.
1 Trêve du 27 mai 1394.
2 Pendant la trêve , les Sarladais Fds. Périgord, LII, 265 V).
3 Jean le Meingrede Boucicaut ( 1364cherchent à refaire leurs finances et
142 1). Maréchal de France à 2 5 ans.
fortifient leur ville, pour être prêts à
Prisonnier à Azincourt, il mourut en
tout événement. En 1397 « ^ s demanAngleterre.
dent au roi de les aider. Celui-ci, « oy
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
451
envoyé son bridier voir celle de Sarlat lequel, Payant truvée
bonne, la démonte et la faict apporter sur des charretes par
pièces. Les assiégés, se voyant incommodés par ceste double
l
baterie, capitulent et quittent la place . Après ce siège le
mareschal donna sa bride à Sarlat et les deux y furent
apportées.
GAILLARDVS, autrement GERALDVS DE PALAYRACO \
succède à Joanes de Reveillone l'an 1396 et
est le XI e évesque de Sarlat, seulement pour
un an et demi, car il quitta ce monde au
commencement de septembre 1397. II estoit
de noble extraction, portant ses armes : d'azur
à une grande croix d'argent et quatre pales
d'or avec un bord de gule chargé de dix
bezans d'or.
Archambaud, comte de Périgord 3 , fìlz d'autre Archambaut
et petit-fils de Roger-Bernard, est accusé et convaincu de crime
1 Les sièges de Montignac sont des
épisodes de la lutte du roi contre le
comte de Périgord, rebelle à son autorité,
dont la conclusion fut l'arrêt du Parlement du 19 juin 1399. — Montignac
avait été assiégé, en 1 392, par le vicomte
de Meaux et le sénéchal de Périgord,
qui composèrent avecle comte, moyennant 2,000 réaux d'or et 1'engagement
du comte de se soumettre. Dès que
les troupes ont levé le siège, le comte
s'empresse de violer le traité. II meurt
sur ces entrefaites et son fds Archambaud VI continue la lutte folle que son
père avait commencée. C'est pour venir
à bout de sa résistance que le roi envoie
en Périgord Boucicaud, qui met le siège
devant Montignac, le 1 août i 398, avec
5oo bassinets et 200 arbalétriers. Sous
ses ordres, Jean Harpedane, sénéchal,
commandait 120 bassinets et 5 o arbalétriers, et Jean deMontaigu, vidame de
Laon, un corps de 100 gentilshommes. (B.
N. Fds. Périgord, t.I,p. 55 etsuiv. — Chronique du Religieux de St-Denis , liv. XIX,
r
ch. 6.) Tarde se trompe donc en faisant
prendre Montignac sur les Anglais.
2 Gaillard de Paleyrac devait appartenir à la famille sarladaise de ce nom.
II est probable qu'il dut son élévation
au siège épiscopal de Sarlat à Pélection
du chapitre. Par suite, son prédécesseur, Jean de Réveilhon, serait mort
dans son diocèse, le i cr avril 1396, au
dire du chanoine de Gérard-Latour.
(Cat. des évêques.)
3 Archambaud VI , comte de Périgord, par tolérance du roi qui laissa
sans exécution les arrêts donnés contre
son père en 1 3g5 et 1398.
Sur de nouvelles plaintes portées
contre lui, intervint un arrêt du Parlement de Paris, le 19 juin 1399, qui
le condamne au bannissement et confisque le comté. — Archambaud passa
en Angleterre, revint en France et fit son
testament au château d'Auberoche,le 22
septembre 1425.
Le comté de Périgord fut donné à
Louis, duc d'Orléans.
1 396
1396
152
TABLE CIIRONOLOGIQVE
de félonie et condamné et le comté de Périgord confisqué
l397
13 g
9
au roy.
1
RAYMVNDVS DE BRETENOVS est le XII e évesque de
Sarlat, esleu etproveu dans le moys après le décès de Geraldus
de Palayraco. Ses bulles sont expédiées en Avignon par
Benoît XIÍI le premier d'octobre audict an 1397. Lequel Benoît
n'est pas dans le catalogue des papes à cause que les deux qui
tindrent le siège en Avignon pendant le schisme qui sont Clément VII et Benoît XIII n'y ont pas esté mis. Raymond de Brétenous, avant son élection, estoit chanoine
du Puy en Auvergne, issu de la noble et
illustre maison de Castelnau de Brétenous,
portant ses armes esquartelées : les premières de gule chargées d'une tour ou chasteau d'or, et les autres d'azur à un lion
d'argent. Dans quelques titres il est appelé
« Raymundus Lombarinsis. » II tint le siège à Sarlat dix ans,
sçavoir jusques à 1407, auquel temps il fut transporté et faict
évesque de Périgueux.
Louys de Valois, duc d'Orléans, frère du roy Charles est
I Raymond de Brétenoux fut effectivement nommé par bulle : « Dation Avinioni, kal. octobris anno tertio pontif.
Bened. XIII. » (Arch. du Vatican, fìég. Belied. XIII, t. XXIV, pars i , an. in ,f»63.
— B. N. Ms. Fds. Périgord, XXXVI.)
Le surnom de « Lumbarinsis » que
Tarde donne à ce prélat provient d'une
confusion. Nous lisons dans le Gallia
Christiana (t. XIII, Ecclesia Lumbariensis) : « Raymundus de Bretennes.
pastorale pedum obtinebat anno 1416,
è capitulo Aptensi accitus, in quo prsepositi munere fungebatur. »
II est évident que Tarde, en appelant
Raymond de Brétenoux , évêque de
Sarlat en 1 3g", « Lumbarinsis », l'a confondu avec Raymond, chanoine et prévôt d'Apt, évêque de Lombez en 141 6.
Les auteurs du Gallia Christiana citent
divers opuscules de notre évêque. J'en
ai retrouvé un aux manuscrits de la Bibliothèque nationale (Fds. latin, 9789.)
— II commence : « In causâ Matisconensis, quamvis per alios fueril. plene allegatum, tamen aliqua addam que videntur michi facere ad propositum.
Et primo videtur... etc.
II finit : « Ità videtur michi Raymundo
de Bretenos, Legum doctori et episcopo
Sarlatensi, salvo meliori judicio cuime
submicto. Explicit »
L'opuscule commence au f° 78 et finit
auv °88.
Le vol. (Fonds latin , 9789) est intitulé: « Pièces sur le meurtre du duc
d'Orléans »
DE L'EGLISE DE SARLAT.
133
faict comte de Périgord '. Le roy luy bailla ce comté trois ans
après Pavoir uni à la courone par la confiscation dont a esté
parlé en l'an 1396, ensemble le comtéd'Angolesme et de Vertus.
II espousa Valentine, íille du duc de Milan, de laquelle il eut
trois íìlz sçavoir Charles, qui fut duc d'Orléans, Jean, qui fut
comte de Périgord et d' Angolesme et Philippe, comte de Vertus.
B. de Castelbayard 2 est séneschal de Périgord l'an 1402,
auquel an la guerre fut renouvelée avec les Anglois.
En ce temps, Raymond de Pons , seigneur de Ribeyrac et
vicomte en partie de Turene, faisoit tenir la cour par son juge
au lieu appelé Lenvie 3 près de Sarlat, le greffier duquel mettoit ès actes illec expédiés : « Datiuri apud Invidiam, etc. »
Le 9 janvier 1404, Villefranche est prise par les Anglois et
lorsque ces nouvelles arrivent à Sarlat, le sieur de Bordeille ', le
capitaine de Montignac et plusieurs autres y estoint, lesquelz
envoyèrent promptement à Dome et à la Roque apprester les
bateaux et puys partent en diligence pour secourir les François,
mais, y estant arrivés, truvant que les Anglois estoint maistres
du chasteau et de la ville, ilz les assiègent et mandent à Sarlat, Dome , Baynac, Mon fort et autres lieux voisins de leur
envoyer hommes et vivres, ce qu'ilz font; l'artillerie de Sarlat
y est apportée. Les assiégés, après avoir soustenu presque deux
moys capitulèrent et rendirent la place.
1 Louis, duc d'Orléans, comte de Périgord, second fds de Charies V , frère
cadet de Charles VI. Assassiné à Paris
par le duc de Bourgogne le 24 novembre 1407.
2 Bernard de Castelbajac, chevalier,
fils d'Arnaud-Raymond, VI e du nom, chevalier banneret , sire et baron de Castelbajac, etdeGaussiondedeJussan, servait, le i3 février i3g5, dans la compagnie de Valerand de Luxembourg, comte
de Lignv, gouverneur de Gènes. II fut établi sénéchal et gouverneur du Périgord,
des châteaux de Dome et de Bigaro-
que par lettres du 25 novembre i3gg.
( St-Allais, t. VII, p. 1 7 g . ) II ne fi t q ue passer dans cette charge, car on trouve en
qualité de sénéchal Jean de ChambriIhac dès le 12 juillet 1400. [Sigillí du
Périgord — Supplément, p . 21.)
3 Aucun lieu-dit ne rappelle actuellement ce nom, sauf Lendrevie, faubourg
de Sarlat.
4 Arnaud , seigneur de Bourdeille ,
marié à Jeanne de Chambrilhac , qui
pouvait être fille de Jean, sénéchal de
Périgord.
140-
Lenvye.
1404
Villefranche.
154
Castelnau.
1405
Badefol.
Calés.
t
TABLE CHRONOLOGIQVE
Le 26 febvrier, Castelnau de Berbières se déclare du parti des
Anglois. Ce qui estant sceu à Sarlat, le chapitre, en l'absence
du sieur évesque, envoyé des homes à la Roque de Gajac pour
conserver la place soubz l'obéyssance du roy et, le 27 juin 1405,
Bonebaut 1 , séneschal de Rouergue y met le siège. La bride de
Sarlat y est apportée. Les assiégés soustiennent jusque à la íin
2
d'aougst auquel temps ilz capitulent et quittent la place .
Louys,duc de Borbon 3 et lieutenant du roy en Guiene, n'ayant
pu exécuter quelque entreprinse qu'il avoit sur Bordeaux,
monte et conduit son armée entre Garone et Dordoigne et,
ayant aprisles maux que faisoitla garnison angloise de Badefol \
vient en Périgord au moys d'aougst et met le siège devant le
chasteau de Badefol où commandoit Pierre de Gontaud, sieur
du lieu lequel, après avoir soustenu le siège sept sepmaines,
abandona la place de nuit, se desroba du costé de la rivière, se
mit dans un bateau et se rendit à Bergerac et ainsi la place fut
prise.
En mesme temps, Charles d'Albret \ conestable de France
1 Jean de Bonnebaut, seigneur de la
Bonnebautière et la Condamine, chambellan du roi, sénéchal de Rouergue.
II fut fait sénéchal de Toulouse par lettres du duc de Berry du 3o décembre
1410. Le roile révoqua en juillet 1414,
II était en 141 2 maréchal du duc de
Berry. (B. N. M. Fds. Languedoc, t. CL,
f. 207.)
2 La place était défendue, au nom du
seigneur de Lesparre, par Archambaud
d'Abzac, Bertrand d'Abzac et Pierre de
St-Circq. Le comte de Clermont, maréchal de France, qui commandait les
troupes royales, traite avec le seigneur
de Lesparre et donne aux deux d'Abzac
et à P. de St-Circq 6,000 écus d'or et
8 marcs d'argent, pour que la place soit
remise entre les mains du roi. Illeur fut
en outre remboursé 662 livres 10 sols,
suivant une quittance du 28octobre 1405,
où il est porté « que les dictes ville et
chastel estoient une moult notable et
puissante forteresse anglesche, qui lors
fut baillée en garde à M. Pons de Beynac, seigneur de Commarque. » (SaintAllais, t. I, p. 196. — Fds. Périgord,
t.CXVII, p. 6.)
3 Louis II, duc de Bourbon (1 337?141o) , un des régents de France à la
mort de Charles V.
4 Badefol-de-Cadouin, commune, canton de Cadouin , arrondissement de
Bergerac. — Pierre de Gontaut, sire de
Badefol, fds de Séguin et de Marguerite
de Bérail, frère de Séguin de Badefol,
le fameux « roi des compagnies », et de
Gaston , capitaine anglais de la Linde.
(Voir page 1 36, note 1.)
5 Charles d'Albret, comte de Dreux,
vicomte de 'fartas, connétable de France
en 1406, destitué par la faction de Bourgogne en 141 6,rétabli trois ans après.
Commande l'armée française à Azincourt où il est tué.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
155
tenoit assiégé Calés 1 qui est entre Ales et Badefol, où estoint les
sieurs de Pons, de Salignac 2 , de Ferrières 3 , et plusieurs autres
seigneurs. Ce siège ne fut pas si long que celluy de Badefol,
car les assiégés se rendirent le septiesme jour.
4
Le 21 novembre, les Anglois soubzla conduite d'ArchambaUt
d'Abzac prènent par trahison le chasteau de Carlux, de quoy
les Sarladois sont extrêmement affligés, à cause de la proximité
et forteresse de la place et, pour plus de malheur, en mesme
temps le sieur deLimoil 5 se déclaira du parti des Anglois, de
quoy Sarlat donna advis au roy et au séneschal du pays.
Le 23 apvril 1406, avant le jour, la garnison de Carlux prend
6
par trahison le chasteau de Comarque où estoit le sieur de
1 Calés, commune, canton deCadouin.
2 Raymond de Salignac, chevalier,
seigneur de Salignac, servait dans les
armées royales dès 1404. (B. N. Ms.
Pièces Orig.x 0 Salignac.) Nommé sénéchal
du Périgord, en remplacement de J. de
Ghambrilhac, par lettres du 5 juillet
14 10, chambellan en 141 1 , sénéchal
du Quercy par lettres du 25 septembre
141 3, il fut un des chefs du parti national dans ces deux provinces. (Ibid.,
Fds. Périgord, t. CLXIV, p. 117 et suiv.)
3 Ce seigneur de Ferrières appartenait certainement aux Ferrières, seigneurs de Sauvebœuf, la Brande, la
Brunie, la Roussie-lès-Sarlat. II est impossible d'identifier le personnage, au
milieu des nombreux membres de cette
famille qui paraissent en Sarladais aux
xiv e et xv« siècles.
4 Archambaud d'Abzac , seigneur
d'Auberoche , fds de Jean d'Abzac ,
damoiseau, mort vers 141 3.
5 Jean Rogier de Beaufort, dit de Limeuil, fils de Nicolas , seigneur de
Limeuil, Miremont, le Chambra, et de
Marguerite deGalard. Son père, par son
testament du 29 avril 141 5, le déshérita
parce qu'il s'était déclaré anglais. II
épousa Marguerite de Montautde Mussidan, sœur (?) de Marthe, seconde femme
de son père.
0 « Le lendemain Saint - Georges
(23 avril), Archambaud d'Abzac, capi-
taine de Carluts , print Gomarque de
trayson que le bouteiller le mit dedans
et furent pris le sieur et la dame et les
enfans et monsieur Aimar et Bos de
Commarque, ses deux fraires, laquelle
cause fut une très-mauvoise journée. »
(Extrait d'un Ms. de la maison de ville
de Périgueux. — B. N. Fds. Périgord,
1. 1, p. 63.) Pons de Beynac, pour avoir
sa liberté, s'engagea, par acte du 29
octobre 1406, à payer à Archambaud
d'Abzac la somme de 5, 200 francs d'or,
dont R. de Salanhac, Bozon de Beynac,
G. duPeyrat, Arnaud de Solminhac, R.
de Comarque, Jean de Beynac, etc., se
constituèrent cautions. (B. N. Ms. Fds. Périgord, t. CXXl,dossìerBeynac, p. 41 v°.)
« ... Cependant le connétable mit le
fouage sur le pais de Périgord de deix
mil francs qui se montoit deux livres
par feu pour la délivrance de Carluts et
de Commarque.... » (Ibid., t. I, p. 63.)
La commission du connétable est du
1 aout 1406. Elle est adressée à Raymond, seigneur de Salignac, Pierre de
Fleury, capitaine de Montignac, Pierre
de Salignac etBoson de la Chapelle. Les
commissaires rendent une ordonnance
datée de Sarlat, 2 septembre 1406,
pour lever l'aide sur la province.
(B. N. Fds. Périgord, t. IX, p. 71 ; —
t. CXXV1I, p. 12.)
Le traité du connétable avec les
Anglais pour la reddition des deux
186
TABLE CHRONOLOGIQYE
Beynac, sa femme, ses deux frères et tous ses enfans qui sont
tous faictz prisoniers et tousses meubles pillés et déplacés. Les
habitans de Sarlat, comme bons voisins, l'envoyent visiter et
luy font tenir des vivres.
Peu de temps après, le conestable de France vient en Périgord pour reprindre Carlux et Comarque. Après avoir veu et
recogneu la forteresse de Carlux et la difficulté qui estoit de
reprendre ces places, il compose avec les Anglois qui rendent
l'une et l'autre place rnoyenant une somme d'argent laquelle
le conestable fit imposer sur tout le Périgord ensemble lesfrays
places est du mois de juillet 1406.
(Ibid. t. I, p. 64.)
Voici un document qui montre l'étatlamentable dans lequel se trouvait le Sarladais, et particulièrement Sarlat, environnée d'un cercle de forteresses anglaises:
« Charles, par la grâce de Dieu roi de
France, au séneschal de Pierregortou à
son lieutenant, salut. Oye la supplicacion des manans et habitans de nostre
ville et cité de Sarlat au pays de Guienne
contenant comme les dis supplians
soient en très grand désolacion et misérable subjection des Anglois, nos ennemis, lesquels en hiver dernier passé ont
prins le chastel de Carlus et, durant la
nuict de la feste de saint George, prindrent par traïson le sire de Commarque
et de Baynac, tous ses enfants et ses
deux frères et plusieurs autres gentilshommes estans en son dit chastel de
Commarque, avec tous ses biens meubles,
dont lesdits supplians sont assiégés,
considéré que lesdits chasteaux de Carlus et de Commarque, qui à présent
sont aux Anglois et sont de belles et fortes
places, ne sont chacun que à une lieue
de nostre dicte ville de Sarlat et d'autre
costé sont assiégés de la forteresse du
sire de Limeuilh, qui naguère s'est rendu
Anglois, lequel a plusieurs fortes places
garnies d'Anglois près de ladite ville de
Sarlat à deux et à trois lieues d'environ
et doutant aussi lesdits suppliants que
les dis Anglois ne facent rendre par force
et tourner de leur partie quatre autres
forteresses qui sont très fortes places
impugnables assises sur la rivière de
Dordone, appartenantes au dit sire de
Commarque lequel et tous ses enfants
sont prisoniers aux dits Anglois, corne
dit est, laquelle chose, s'iladvenoit, que
Dieu ne veuille, nos dits ennemis tiendroint du tout la clef dudit pays de
Guienne, des contrées et pays de Languedoc et semblablement lesdits suppliants
ont à leurs voisins le sire de Muscidan
etRaimonet de Sort Anglois, lequel Baimonet, à l'entrée du mois de mai dernièrement passé, avoit faict entreprinse
de prendre de nuict et d'assaut la nostre
ville et chastel de Dome ; sont aussi les
suppliants en la frontière du Bourdeloix
dont ils sont en très grand doubte, paour
et transe, mesmement qu'ils n'ont aucun
confort, aide ne gouvernement, tant parce
que nostre très cher et amé cousin le sire
de Lebret, connestable de France, a faict
mettre en nostre main et en la sienne
le consulat de nostre dicte ville et faict
deffendre, de par nous , tous exploits
pour certain impost d'argent que le
lieutenant de vous, nostre dict séneschal,
leur a imposé Tannée passée, lequel
leur est importable et ne le payeroint
ne auroient de quoy payer, lesquelles
choses ont esté et sont faites au très
grand grief , préjudice et domage
desdits suppliants et de nostre dite
ville, comme ils dient, et plus pourroit estre si par nous ne leur estoit
sur ce pourvu de notre grâce un remède, requérant humblement icelle.
« Nous
, voulans pourvoir au
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
157
par luy faictz pour ce respect, desquelz Sarlat paya pour sa
quote xj°xx livres \
Castelnau de Berbières qui, l'an 1405, avoit esté assiégé et
,
i
r
•
i
•
i
-n
.
pris avec beaucoup de trais par le parti de France, est repris
l'an 1407 par les Anglois soubz la conduite d 'x\rchambaut
d'Abzac \ capitaine de Cancon 3 pour le sieur de Lesparre * et
de Rausan, qui y laisse une garnison commendée par le capitaine Ramonet del Sort '".
gouvernement de ladite ville à ce que
sur la justice. On l'obligea à rendre
aucun inconvéniant ne s'en ensuive ,
Charlus (lire Carlux), ses trois autres
avons voulu et ordonné
que la main
châteaux, son butin, et à payer 20,000
mise de par nous et nostre dit cousin au
écus d'or de rançon. » (Hist. de
consulat de la dite ville vous icelle
Charles VI, t. IV, p. 290.) II cite en marge :
main mise ôtés et levés ou faites ôter et
« Histoire Ms. du Périgord » , mais ce"
lever sans délay, et mettre à plaine
n'est pas évidemment la chronique de
délivrance , etc.. Donné à Paris le
Tarde qu'il a consultée , du moins
m e jour de juinglan de grâce mil cccc et
dansson texte original. D'ailleurs, le fait
six et de nostre règne le xxvr3 . « (B. N.
est vrai. A la fin de mai 1406, ArchamFds. Périgord, t. LU, -p. 267.) L'année
baud d'Abzac, avec 200 combattants,
précédente i4o5 ,lesEtats de laprovince,
forme le projet de surprendre Uzerche.
tenus à Périgueux, avaient imposé un
Surpris lui-même par les gentilshommes
fouage pourreprendre Brantôme, Carlux
du Limousin et de l'Auvergne, il est
et Limeuil, récemment révolté. (Ibid.
complètement défait, perd 40 hommes
p. 266 v°.)
tués dans l'action et reste prisonnier
Au mois de novembre précédent, par
avec 5o hommes. (Fds. Périgord, t. I,
lettres patentes du 19 du mois, le roi,
p. 64. — Chronique du Religieux de Saintvoulant soulager les habitants de Sarlat,
Denis, liv. XXVII , chap. 9.) La remise
« les exempte de tous droits pour le pas- desforleresses qu'il occupait fut évidemsage des rivières, ponts et routes qu'ils
ment une des conditions de sa rançon.
3 Cancon, commune, arrondissement
étaient obligés de traverser ou de suivre pour porter des vivres aux troupes
de Villeneuve (L. et G.).
4 Guillaume-Amanieu de Madaillan,
royales qui assiégeaient Dome, Badefol
et autres châteaux du Périgord » . (Colsire de Lesparre, épouse vers 1 408 Jeanne
lection Audierne. Orig.parch.)
d'Armagnac, filleducomte. (B.N.Ms.íWs.
Dome avait été pris au mois de mai Périgord, t. CXLVIII, V Lesparre , p . 4.)
5 Raymond de Sort ou de Sorn, plus
précédent par Ramonet de Sort.
1 Sarlatpaiepoursa cote 1 , 1 20 livres.
connu sous le nom de Ramonet, est un
II résulte de ce chiffre que Sarlat comdes nombreux capitaines de compagnies
prenait, en 1407, 56o feux. (Voirpage
qu'a produits le Périgord. II prenait son
1 5 5, note 6.)
nom de Sorn (section de la commune
2 Nicolas Baudot de Jully raconte que
d'Ales), où on trouve, aux xiv e et xv e
peu de temps après la surprise de Comarsiècles, plusieurs membres de cette faque, Archambaud d'Abzac fut surpris luimille, avec les qualifications nobiliaires.
même avec Peyrot le Béarnais (voir (B. N. Ms. Fds. Périgord, t. LII, v° Sorn ; —
p. 142, note 1 1), abandonné par celuiCarrés de d'Hozier, t. III, v° Abzac,\>. 10.)
ci et fait prisonnier avec 1 80 hommes Le nom de cet aventurier se rencontre
de sa troupe. « On voulait d'abord le
à chaque pas de l'histoire de notre profaire mourir comme chef de bandits , vince. Pour juger de la fortune à lacouvert de forfaits. L'intérèt prévalut
quelle il était arrivé, et durôlemili21
H°7
Castelnau.
138
1407
1407
Bigaroque.
TABLE CHRONOLOGIQVE
Le roy Charles VI donne pour estrene du nouvel an 1407
la duché de Guiene à Louys, duc d'Orléans, pour appanage.
Le 23 novembre audict an, Louys d'Orléans, frère du roy,
duc de Guiene et d'Orléans, comte de Périgord, d'Angoulesme
et de Vertus, est tué à Paris par la faction du duc de Borgogne
son oncle et Jean, son second íilz, luy succède ès comtés de Périgord et d'Angolesme, suivant le testament qui se trouva daté
du 19 octobre 1403 et, pour ce qu'il estoit encore jeune, il demeura pendant sa minorité soubz la tutèle du duc d'Orléans
son frère aisné.
Bigaroque est aussi repris par les Anglois, ayant tenu pour
les François depuys l'an 1393. Le capitaine Guiraud de Peytaire qu'il dutjouer, il suffit de remar- les places qu'il aura prises pendant
quer que dans une pièce conservée au le temps qu'il aura servi le roi (de
France) ; Ramonet promet, pour lui et
« British Muséum », intitulée : « Ensuent
ses « compagnons », de cesser, pendant
les barons et gentils de Burdigales», on
trouve, au nombre des seize plus puis- la durée de l'expédition , toute hostilité
dans les sénéchaussées d'Auvergne ,
sants personnages de la province, RamonetdeSorn en compagnie de Perrot montagnes d'Auvergne, Beaucaire, Carcassonne, Toulouse, Rouergue, Quercy ;
le Béarnois. (Froissart, éd. K. de Letdes juges communs seront établis pour .
tenhove, t. XXI, p. 121.)
régler les difficultés et querelles qui
Voici d'autre part un document des
pourront s'élever entre les anglais de
plus curieux, qui nous permet de saisir
sur le vif la physionomie du personnage. Ramonet et les français du comte ; Ramonetreçoitpour sonconcoursla somme
— C'est un traité en langue romane ,
passé entre « Mossen le comté d'Arma- de 19000 francs d'or (de 7a 800000 francs
gnac et de Comenge, d'una part, et de notre monnaie), et s'engage à vider,
Ramonet de Sort, d'autra », dont voici moyennant une nouvelle somme de 5 000
francs (environ 200,000 francs de notre
en résumé les principaux articles :
Ramonet jurera pour lui et ses « com- monnaie) , les places qu'il détient.
pagnons » de remettre les forteresses Celles-ci ne sont pas nommées. (B. N.
qu'il détient ; il jurera et fera jurera Ms. Fds. Boat, t. CXCIII, f» 29.)
Ce curieux traité n'est pas daté, mais
« ses compagnons » de suivre le comte
dut être conclu en 1443 ou au comdans une expédition que Gelui-ci a le
projet d'entreprendre et qui doit être mencement de 1444. — Cette année
1443, Jean IV, comte d'Armagnac, s'emtrès profitable au comte, à Ramonet et à
ses « compagnons » ; le comte se réserve pare du comté de Comminges dont il
de ne déclarer le but de son expédition prend le titre. A la suite de cette usurqu'au moment qu'il jugera opportun, à pation, Charles VII envoie contre lui
une armée, commandée par le Dauphin
cause du dommage qui pourrait advenir
aux associés, si le projet était ébruité Louis. Le comte d'Armagnac est pris dans
trop tôt ; Ramonet se réserve, en cas de l'Isle-Jourdain, dans les premiers mois
de 1444, et ne recouvre sa liberté que
guerre entre la France et l'Angleterre,
de répondre à l'appel du roi d'Angle- moyennant l'abandon complet de ses
terre ; il rejoindra dans ce cas l'armée prétentions. — Bamonet de Sort devait
être fort âgé en 1443.
anglaise et délaissera, sans indemnité,
DE L'EGLISE DE SARLAT.
159
1
rònerit y commande avec une garnison qui va courrir jusques
clans le Limozin.
Pareillement, le 22 octobre, les Anglois sui'prènent Alas qui
est à une lieue de Sarlat, conduitz par le capitaine Bernard de
Doatlup.
F. IOANNES AMÍCI est le XIII e évesque de Sarlat car, sur
la ûn de cet an 1407, au moys de febvrier, Raymond de Brétenous est transporté et faict évesque de Périgueux et, en son
lieu et place, « frater Joannes Amici » est faict évesque de
Sarlat qui au paravant estoit évesque de Bethléem 2 . II estoit
natif du pays de Bretaigne, religieux de S* François et docteur
en théologie. La bulle de ceste double translation est donnée
par « Benedictus XIII » au port de Vénus, diocèse de Gênes, « iiij
kal. martii anno pontificat us xiiij », qui revient au 26 febvrier
3
1407 . II finit ses jours le 15 d'octobre 1410, ayanttenu le siège
épiscopal 3 ans 8 moys 17 jours.
La monoye estoit encore de ce temps fabriquée à Dome.
Les Anglois, s'estant réunis et fortifiés au Roq de Tayac, vinrent, avec ceux de Bigaroque, l'an 1408, ravager la terre de Sarlat. Dequoy lesSarladoisadvertisse mettent en embuscade et les
chargent si à point qu'ilz mettent tous ces voleurs en pièces, la
pluspart desquelz demeura sur la place et, le 23 juillet 1409, la
garnison dudict Roq de Tayac estant venue piller la terre de
Monfort les Sarladois sortent et les rencontrent sur le retour,
1 Guiraut del Peyrounenq, seigneur
dé Loupiac, « capitaine de Bigaroque pour le roy d'Angleterre et de
France », comme il se qualifie dans une
a soufferte » accordée aux habitants de
Sarlat, du 23 avril au 23 juin 1407, mari
de Catherine de Saint-Astier de Montréal.
Son fils aîné Michel devint seigneur de
Montréal, commune d'Issac, canton de
Mussidan.(Saint-Allais,t.XVII,p. 157. —
B. N. Ms. Fonds Périgord, t. LII, p. 244.)
2 Le titre épiscopal de Bethléem fut,
transporté à l'hôpital situé dans un
faubourg de Clamecy, lorsque la ville
de Bethléem en Judée tomba au pouvoir
des infidèles en 1228. Le supérieur de
l'hôpital de Clamecy, qualifié d'évêque
de Bethléem, n'avait ni territoire, ni
juridiction. — La liste des évêques de
Bethléem se trouve dans le Gallia Christiana, à l'article de l'Eglise d'Auxerre.
3 (B. N. Fds. Périgord, t. XXXVI, ex
arch. dom. com. Sarlat.)
4 Montfort, château dépendant de la
vicomté de Turenne , appartenait à
Regnauld de Pons, seigneur de Ribérac ,
Alas.
LeRoqdeTayac
1408
1409
160
Bigaroque.
1410
TABLE CHRONOLOGIQVE
les chargent si avantageusement qu'ilz leur font quitter le pillage, en tuent une partie et en prènent plusieurs qu'ilz mènent
prisoniers. Les capitaines de Castelnau et de Bigaroque escriventaux consulzpour l'eslargissement des prisoniers et le conestable de France leur mande de les retenir, en attendant son arrivée qui fut bien tost après. Incontinent qu'il fut au pays, il
assiégea Bigarroque qui capitula du premier abord et se rendit
moyenant l'eslargissement des prisoniers et, craignant une reprinse, la íit abbatre et mettre hors de défense. Le 4 décembre,
Bonebaut, lieutenant du conestable, assiège le Roq de Tayac.
Les Sarlaclois y envoient homes, armes et vivres. Le 10 janvier,
l'assaut fut donné et la place prise. Quelques habitans de Sarlat furent tués en ce siège et ensevelis en Pesglize de Tayac aux
frais de la communauté de la ville. Le conestable faict imposer
une taille surtout le Périgord, à raison des frays faictz pour la
délivrance de Bigaroque et Roq de Tayac, pour laquelle Sarlat fut quotisé xnj c livres.
Les années 1410 et 1 411, on vesquit en Périgord soubz certaines trêves accordées au Bèque-sur-Gironde en juillet 1410,
par les députés de France et d'Angleterre, lesquelles Arnaldus
de Bordeille 2 , séneschal de Périgord, fit publier à Sarlat.
covicomtede Turenne.Bátisurun rocher
surplombant la Dordogne et entouré
d'un bourg fortifié, Montfort était, au
xiv e siècle , une forteresse de premier
ordre. II en reste quelques débris dans
la commune de Vitrac.
1 Le Bec-sur-Gironde, commune, canton du Carbon-Blanc (Gironde).
2 Arnaud de Bourdeille, fils d'Archambaud de Bourdeille et de Catherine
Yigier, épousa Catherine de Chambrilhac que l'on croit fille de Jean de Chambrilhac, sénéchal de Périgord. II testa
le 23 novembre 1433. Boudeille prit
le titre et exercea les fonctions de
sénéchal en 14 10, mais il est certain que
la cour ne le maintint pas dans cette
charge à laquelle il se croyait un droit,
sans doute comme gendre de Chambrìlhac. En effet des lettres-patentes, en date
du 5 juillet 1410, nomment sénéchal de
Périgord Baymond, chevalier, seigneur
de Salignac, qui devient sénéchal du
Quercyparlettresdu 25 septembre 1413.
Alors seulement Arnaud de Bourdeille
reçut ses provisions de sénéchal du
Périgord par lettres du 2 février 1414.
—■ Jean de Chamberlhac ou Chambrilhac, chevalier, seigneur de Sauzet,
dont le nom se rencontre ici, était ori- '
ginaire d'Agonac. II fut chambellan du
roi, sénéchal du Périgord par lettres
du 12 juillet 1400, seigneur de Montagrieren 1404, capitaine-général des
galères de France en 1410. II était
mort dès le 20 janvier 141 5 (v. st.}.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
161
F. IOANNES ARNALDI, religieux de Tordre S 1 François ,
docteur et professeur en théologie, succède à frère Jean Lami
et est le XIIIP évesque de Sarlat. II est pourveu à Boloigne par
le pape Jean XXIII me « iiij kcd. januariì^ pontificatûs anno
primo » qui revient au 29 décembre 1410, l'évesché ayant
vaqué depuys le 15 octobre, qui est deux moys et demi. II
quitta ceste vie à Paris au moys d'apvril 1416 ayant tenu le
siège 5 ans quatre moys et quelques jours, pendant lequel
temps Petrus Artusius, prieur de S' Cyprien, estoit son vicaire
général. Le dernier de may 1416, Arnaud deBordeille, sénéchal
de Périgord, estant à Dome, faict scavoir à Jean de Clairemont 2,
capitaine de la Roque de Gaiac, que ledict J. Arnaldi évesque estoit décédé à Paris, et partant, comme séneschal, il mettoit le lieu de la Roque, chasteau et temporalité èz mains du
roy, baillant audict Clairemont la garde dudict lieu, pour la
M. Dessalles semble dire qu'il était encore sénéchal de Périgord en 1414.
{Calendrier de la Dordogne, 1847, p. 353).
C'est une erreur. J. de Chambrilhac ne
paraît pas avoir joué un rôle actif dans
notre province pendant le temps de son
sénéchalat. II devait être retenu à la cour
par ses fonctions de chambellan, mais il
ne se désintéressait pas des affaires de
la sénéchaussée, car il adresse de Paris
aux consuls de Sarlat une lettre, sans
date, relative aux affaires du Périgord,
dans laquelle il prend les qualifications
de « chambellan du roi et sénéchal du
Périgord. » (B. N. Ms. Fds. Périgord,
t. CXXIV, v" Bourdeille, p. 12, 13,14;
t. CLXIV , v° Salignac, p. 119 et suiv. ;
t. CXXVII, v° Chambrilhac, v. 12; —
Arch. dép. Dordogne, Cartons cotés: Sarlat, E. 47, Orig. papier. — P. Anselme,
t. VII, p. 922.)
1 Les qualifications que lui donne
son épitaphe (G. Chr. Eccl. Sarlat. et
B. N. Ms. Lat. 17028, f° 1 17) sont à
retenir, car ce sont à peu près les seules
données que l'on possède sur sa vie:
« HIC JAUET REVEREND VS IN CHRISTO PATER
« AC DOMINVS FRATER J0HA.NNES ARNALDI,
« DE PROVINCIA TVRONIE ET CONVENTVS
« NIORTI, QUONDAM EPISCOPVS SARLATENSIS,
« SACRE THEOLOGIE DOCTOR EXIMIVS AC
« SVIS TEMPORIBVS HYST0R1CVS PR1MARIVS
« CONFESSOBQUE 1LLVSTRISSIMI PRINCIPIS
« JOHANNIS PRIMI DVCIS BITVRIE , QV1
« OBI1T ANNO DOMINI M 0 CCCC 0 XVI 0 SEXTA
« DIE MENSIS MAIL ANIMA EJVS REQVIES« CAT IN PACE. AMEN . » La plaque de
son tombeau le représente couché, vêtu
de la bure franciscaine , pieds nus ,
mitre en tète, la crosse entre ses bras,
les mains jointes gantées, dans une
arcade d'architecture , ornée de neuf
statues. — Ses armes, par humilité sans
doute, ne se trouvent point sur le monument.
2 Jean de Clairmont était originaire
de la Boque de Gajac. On trouve plusieurs membres de cette famille mentionnés à diverses époques. Lui-même,
« Jehan de Clairmont, escuyer, habitant
de la Boque de Gajac », arrente certaines
terres , sises à Vézac , à Bernard del
Daoux et à Etienne del Colombier, le
10 janvier 1399. [Terrier des Lapeyre,
p. 5 o v°, Arch. de Gérard.)
162
TABLE CHRONOLOGIQUE
conserver soubz la main du roy jusques à ce quil y soit
proveu.
Millac.
Limoil.
La earnison
angloise de Castelnau de Berbières, le 16 Jiuil&
.°
,
'
let 1412, prend Mnlac qui est une place pres Gordon.
Le sieur de Limoil qui, l'an 1405, s'estoit déclairé pour le
parti d'Angleterre, estant depuys revenu à soy, avoit repris lé
parti de France et íaisoit la guerre aux Anglois, à raison de
quoy ilz entreprindent sur luy et le prindrent prisonier, le
19 septembre de ceste année 1412, le conduisirent à Castelnau
de Berbières et pour ransson luy demandoint une de ses
places, mais, pour obvier à cela, il donne charge à Guibert
de Lusiès d'advertir tous les capitaines de ses terres de ne
bailler aux Anglois aucune de ses places quoy qu'il leur die
de bouche ou escrive, quand bien ils verroint que les Anglois
luy fairoint trancher la teste devant la porte de l'une d'icelles,
d'autant qu'il presféroit le bien du royaume à sa propre vie.
Les Anglois, ayant pressenti ceste résolution et le commandement faict à Lusiès, mènent icelluy Lusiès à Lavaur pour
empêcher qu'il n'exécutât ceste commission, mais il trouva
moyen de le faire scavoir aux consulz de Sarlat par un habitant de leur ville, lesquelz firent partir le 22 septembre deux
religieux de S' François .pour aller advertir les capitaines de
Limoil et autres places de la volonté du seigneur. Quelque
temps après, la communauté de Sarlat envoya à Castelnau le
visiter avec des présens et escrivit au séneschal de pourvoir à
la garde et à la seureté de Limoil et autres places pendant sa
prison.
Le 4 janvier de ladicte année 1412, Radulphus de ViaVeteri, autrement Vivieille, curé de Dome et Bernard de
Quadro, autrement Caire , passent contrat par lequel ledict
J
1 Milhac, commune, canton de Gourdon (Lot).
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
163
Bernard de Quadro consent que la cure de Caudon soit unie
à la cure de Dôme par nostre S' Père. Laquelle union est
fondée sur ce que à Dorae y souloit avoir mille parroissiens
et davantage et à présent, à cause des guerres et mortalités,
n'en y avoit pas cent et, d'autre part, il y avoit quinze ans
que [dans] la parroisse de Caudon il n'y avoit lieu aucun parroissien. Le contrat estreceu par Bernard de Pouget notaire.
Le 17 du mesme moys et an, les consulz de Sarlat, pourvoyant à leur conservation, font faire monstre des arbalestes,
cayrelz et dondaines, pour recognoistre quelles armes il y avoit
dans la ville, desquelles ilz font inventaire.
Charles, duc d'Orléans, Jean, comte de Périgord et d'Angoulésine et Philippe, comte de Vertus, enfans de Louys de Valois,
duc d'Orléans, après avoir poursuivi longuement par justice
le duc de Borgogne, auteur du meurtre de leur père, et n'en
pouvant avoir raison, à cause de la maladie du roy, heurent
recours au roy d'Angleterre qui envoya pour ce subject le
duc de Clarance avec une armée , laquelle ne fut pas sitôt en
France que les parties s'acordèrent, mais les Anglois ne s'en
voulant retourner sans estre remboursés de leurs frais,
Chaires, duc d'Orléans, compose avec eux à la somme de deux
cens quarante mille escus, de laquelle en fut payé comptant
cent quarante mille et, pour les cent mille restant, ledict duc
d'Orléans bailla pour ostages son frère Jean, comte de Périgord
et d'Angoulême lequel, pour ce subject, est mené en Angleterre
ceste année 1413, estant lors aagé de neuf ans, où il demeura
32 ans à faute d'acquiter ceste somme et durant sa détention
les comtés de Périgord et Angtoulême estoint administrés au
nom du duc d'Orléans \
1 « Le duc d'Yorc estant arrivé à
« Bergerac, le moys de febvrier, avec
« des troupes angloises, les habitants
« de Sarlat sont menassés d'être assié« gés et, pour ce que le séneschal de
« Périgord estoit lors à Domme, ilz le
141 3
164
14 1 3
Taniès.
1414
r,
Castelnau.
TABLE CHRONOLOGIQVE
Le 21 mai 1413, les consulz de Sarlat font prester le serment
à tous les habitans. Le peuple de Périgord, las d'une si longue guerre, s'estoit rendu si perplex et si inconstant que, pour
s'en asseurer, le magistrat leur faisoit souvent prester le serment de fidélité solennèlement et sur le grand autel et en
icelluy prometre de ne consentir que la ville ou autre place
où ilz estoint fût mise ès mains des Anglois ny au pouvoir
d'autre que le roy de France et aussi d'aclvertir ses officiers
de ce qu'ilz scauroint se passer au contre, lequel serment se
trouve avoir esté souvent pratiqué et réitéré à Sarlat par les
consulz et à Dome par Plapech
lieutenant du séneschal de
Périgord.
Le 7 de mars, les Anglois surprènent l'esglize et maison priorale de Taniès 2 , ensemble tout le bourg, mais estant advertis
qu'on se préparoit pour les en chasser,. ilz se contentent du
3
pillage et s'en vont .
Geste mesme année, Arnaud de Bordeille, séneschal de Périgord, recouvre des mains des Anglois Castelnau de Berbières
et quatre autres places et, pour la délivrance d'icelles, faict
imposer sur la séneschaucée de Périgord huit cens livres. La
quote de Saidat est de cent livres. Mais bien tost après Castelnau fut repris et anglois comme devant.
L'an 1415, Guilhaume de Merle, lieutenant du séneschal de
« prient de les assister, mais n'en heu« rent pas besoin, car le duc d'Yorc ne
« s'en approcha point. » (Ms. Tarde B.)
d « Guillelmus de Piano Podio » fut
nommé lieutenant du sénéchal Arnaud
de Bourdeille par lettres de cet officier
du 10 décembre 1410. (Archives départementales, Cartons cotés: Sarlat.)
2 Tamniès, commune, canton de Sarlat, ancien prieuré 0. S. B-, dépendant de
Fabbaye de Sarlat.
3 « 1414. — Le g juin, Arnaud de
Bourdeille, sénéschal de Périgord, baille
à Jacques de la Goutte la garde et capitainerie du chasteau de Dome a Vieille
pour huit ans. » (Ms. Tarde B.)
a Pons, baron de Beynac, avait acheté, le 24 janvier 1388, le château de Dome-Vieille de Gilbert de Dome,
chevalier. Pons, baron de Beynac, fils du précédent, craignant de ne pouvoir défendre cette forteresse contre les
Anglais, maîtres du pays, la remet le 21 mai 1410 ù. Arnaud de Bourdeille qui doit la garder et défendre au nom
et aux frais de Beynac, ainsi qu'il résulte d'une obligation du 3 Juin 1416, par laquelle celui-ci promet de payer &
Boudeille une somme de 200 livres pour les réparations et la garde de la place. (B. N. Ms. Fonds Périgord, t. XV,
p. 11 v°). Le château de Dome-Vieille passa entre les mains do Bertrand d'Abzac en 1418. — Voir la note
finale n» VI.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
165
Périgord, faict crier par plusieurs fois en la place publique de
Dome de par le roy, qu'inhibitions et deffences sont faictes à
tous les habitans de Dome de quitter la ville avec intention
d'aller habiter ailleurs, à peine de confiscation de leur bien
qu'ilz avoiut à Dome ; et mesmes deffenses à toutes persones
d'achepter les biens de ceux qui les vouloint vendre pour
quitter la ville, sur peine de perdre les biens en tel cas acheptés. Les guerres avoint desjà rendu le pays si désolé que à
Dome, où il souloit avoir mille habitans, chefz de famille,
n'en y avoit pas six vingtz en ce temps et, ceste année 1415,
en la parroisse de Caudon n'en y avoit aucun ni dix huit ans
au paravant. Le peuple quittoit tout et s'en alloit en Espaigne
ou ailleurs. Ce fut la cause que le curé de Caudon, se voyant
sans parroissiens si longuement, unit sa cure à celle de Dome.
Le lieu d'Alias, qui avoit esté pris par les Anglois, l'an 1407,
et puys rendu et remis en l'obéyssance du parti de France, est
reprins par les Anglois le 22 febvrier, mais le 4 de may suivant
1416 ,1e sieur de Bordeille, séneschal dePérigord lesassiège et le
lendemain, jour de S' Sacerdos, sur l'heure de vespres, faict
donner l'assaut et les prand. Sarlat fornit à ce siège hommes,
vivres et une somme d'argent pour les frais.
Le 4 novembre, le lieu de Palevézi est pris par les Anglois ;
les Sarladois en donnent advis au séneschal de Périgord ,
lequel ne peut venir jusques au troisiesme décembre auquel
jour il se rendit à Sarlat avec des troupes de gens de guerre. Ce
mesme jour, il va à S' Quentin et le lendemain 4 décembre met
le siège devant Palévezi. La bride de Sarlat yestapportée et de
Montignac y apportent aussi une autre spèce d'artillerie nommée a le couillard ». Sarlat fornit à ce siège huict vingtz
hommes et tout le pain de munition. Les assiégés se rendirent vie
et bagues sauves le 8 décembre. La place estant repri se, le séneschal la fit razer et Sarlat fornit 59 manœuvres pour ce subject.
Dome.
141 5
Alas.
1416
Palevézi.
166
La Roque
de Gaiac.
1417
Dome.
TABLE CIIRONOLOGIQVE
BERTRANDVS DE CROPTA 1 est le XV e évesque de Sarlat
esleu après le décès de frère Jean Arnaldi. II estoit archidiacre en l'esglize de Périgueux. Son élection fut confirmée à
Bordeaux le 2 de septembre 1 41 6 par David de Monferrand,
archevesque, et le 1 5 d'octobre suivant il fit son entrée et prinse
de possession à Sarlat. G'estoit pendant la tenue du concile de
Basle. II finit sa vie le 26 octobre 1446, ayant demeuré évesque
30 ans, pendant lesquelz il fit presque tousjours sa demeure à
la Roque de Gaiac ou au prioré de S'Cyprien. II estoit issu de
la noble maison de Lenquays, portant ses
armes : d'azur chargées d'une bande d'or
falçonnée en échiquier et deux fleurs de lis
d'or, une au dessus la bande et l'autre dessoubz. Durant son siège, Jean la Cropte " son
frère estoit capitaine à la Roque de Gaiac,
ma chère patrie, qui estoit en ce temps
une petite ville bien close et très-forte , dépendant de la
temporalité de l'évesque de Sarlat, laquelle ne fut jamais
prinse par Anglois et fut tousjours de bonne intelligence avec
Sarlat.
Le 13 septembre 1417, Bertrand Suran, capitaine anglois,
prend la ville de Dome avec les deux chasteaux, par la trahi1 Bertrand de la Cropte n'appartenait
pas, comme l'avance Tarde, à la branche
de Lanquais. II était fils de Pierre de la
Cropte, damoiseau, et de Jeanne de Portafé, et naquit vers i38o. Clerc en 1394,
il était bachelier en décrets et étudiait à
Toulouse en 1407 lorsque, le 16 juin, il
fut nommé curé d'Auriac en Périgord.
Le 17 mai 1408, il est nommé par le
Pape chanoine de Saint-Front de Périgueux. II est élu par le chapitre de Sarlat
en remplacement de Jean Arnauld et
confirmé , le siège apostolique étant
vacant, par Davidde Montferrand, archevêque de Bordeaux, qui, par lettres du
26 juillet 141 6, exhorte les habitants de
Sarlat à recevoir le nouveau prélat ; il
prend possession de son évêché et fait
son entrée solennelle à Sarlat le 1 5 octobre suivant. Prieur de Saint-Cyprien
en 1 43 3 . II mourut le 2 6 octobre 1 446 . —
« « 11 signala son épiscopat par un grand
« dévouementaupartiduroi deFranceet
« fut l'un des plus puissants promoteurs
« de la ligue qui se forma en Guienne et
« qui prépara la conquête de cette pro« vince. » (Lespine, Gén. de la Cropte,
dans Saint-Allais, Nobil. t. XI, p. 25.)
2 Jean de la Cropte, damoiseau, capitaine de la Roque de Gajac, frère aîné de
Bertrand, évôque de Sarlat. (Ibid.)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
167
son de Bertrand d'Abzac, sieur de Montastruc, qui en estoit
gouverneur pour le roy de France, lequel., estant en volonté
de changer de parti pour prendre celluy d'Angleterre, met la
ville avec les deux chasteaux au pouvoir des Anglois, à la
charge que le gouvernement luy demeure, tellement que ceste
année, Dome,Castelnau, Belvès, Siourac, Clarens ', Monferran,
2
3
Banes , Cuniac et Biron tiènent pour l'Anglois \
Bertrand d'Absac °, sieur de Montastruc, gouverneur à Dome
pour les Anglois comme dict est, achapte du sieur de Baynac 0
le chasteau et chastelenie de Dome la Vieille pour le pris de
vium vm° livres, par contrat du '17 apvril 1418. Le sieur de
Baynac a depuys soustenu que cestoit une hypothèque et non
vente pure. Le chasteau et chastelenie avoit esté de Guibert de
Dome duquel le sieur de Baynac l'avoil acquis 7 .
Le 21 de mars, avant le jour, les Anglois surprènent la ville
de Limoil, mais n'en tenautque une partie, le sieur du lieu 8 qui
estoit dans le chasteau, assisté des habitans, conserva le surplus attendantdu secours. II escript à ses voisins ettout incontinent, les habitants de Sarlat, de Salignac, de S' Cyprien y
accourent. Ce renfort arrive et les forces estant presque pa1 Aujourd'hui Clérans est réuni à
Cause, commune, canton de Lalinde.
2 Banes. ancienne paroisse, aujourd'hui hameau, commune de Beaumont.
Le château de Banes, bâti sur un promontoire , commande la vallée de la Couze.
3 On trouve deux châteaux de ce nom,
l'un commune de Cabans, canton de Cadouin, l'autre commune de Sainte-Sabine,
canton de Beaumont.
4 « 141 8. — Les habitans de Sarlat,
« pour avoir le commerce libre, accor« dent et acheptent la soufferte des
« Anglois de Domine, de Castelnau, Bel« vès , Siourac, Clarens, Montferran,
« Banes, Cuniac et Biron, places qui
« tenointpour les Anglois et ce. moyen« nant quelques présens faietz aux capi« taines, laquelle soufferte fut accordée à
« Domme oùplusieurs capitaines Anglois
« estoint assemblés. » (Ms. Tarde B.)
8 Voirlanote finalen" VJet, page 164,
la note a.
6
Pons de Beynac, chevalier, baron de
Beynac, seigneur de Comarque, marié
en 1415 à Jeanne Bataille, fille de Guillaume, chevalier, sénéchal d'Angoumois.
SénéchalduPérigord vers 1420, il occupa
cette charge pendant plus de 40 ans. (B.
N.Ms .íY/s. Périgord, t. CXXIp. 41 y e .) fl
joua un grand rôle dans les événements
militaires du Périgord qui précédèrent
l'expulsion des Anglais.
7
« 1419. — Montagut en Agénois est
« prins, ceste année, par les Anglois et
« puys rachaptée d'iceux par le pays
« d'Agénois et Quercy , pour le razer,
« comme de faict, ilz le ruinèrent l'an
« 1419. » (Ms. TardeB.)
8 Voir page i55, note 5.
Dome-Vieille.
1418
Limoil.
168
TABLE CHRONOLOGIQUE
reilles on se bâtit l'espace de trois jours, au bout desquelz les
Anglois se retirèrent.
L'an 1419 Castelnau de Berbières est soubz l'obéyssance du
roy de France
Le premier de may 1420, le sieur de Baynac, séneschal de
1
2
Périgord, le capitaine de Montignac , Pierre de Salignac et
4
les habitans de Sarlat vont attaquer le fort de Marzac avec la
commune du pays lequel est pris d'abord.
Le 15 du mesme moys et an, le sieur évesque
b
de Sarlat, le
sieur de Baynac, le capitaine de Montignac, le sieur de Colonges °, Pierre et Jean de Salignac, estant assemblés à Sarlat, font
une ligue entre eux, offensive et deffensive contre les Anglois
et tous autres qui voudroint faille desplaisir, s'accordant du
chef qui les conduira et du nombre des hommes que chascun
fornira et ordonnent que toutes leurs terres seront appelées « le
pays de l' Union ».
Castelnau de Berbières est reprins un mercredi au soir
1 « En ce temps-là, y avoit à Sarlat
« un grand tarier à chasque porte de la
« ville pour s'exercer à la butte. C'es« toit le jeu le plus commun et le plus
« licite et, bien souvent, les consulz,
« pour rendre les habitans plus exercés
« et plus habilles à tirer de l'arbaleste,
a proposoint etdonnoint des prixàceux
« qui tiroint le mieux. » (Ms. Tarde B.)
- Jean de Lestrange, écuyer d'écurie
du Régent, fut nommé à titre provisoire
capitaine du château de Montignac par
lettres du duc d'Orléans, comte de Périgord, du 9 mars 141 8 (v. st.), sur la
démission de Pierre de Fleury, écuyer
d'écurie du duc d'Orléans : « Considé« rant (que Pierre de Fleury) qui long
« temps a esté cappitaine de nostre
« chastel de Montignac est foible et
« encien et ne pourroit pas doresnavant
« entendre à la garde de nostre dict
« chastel si diligemment comme besoing
« en est, veu la guerre que les ennemis
« de ce royaume font chacun jour au
« pais, sest deschargé de sa pure vou-
« lenté de lad. capitainerie... etc. »
(B. N. Ms. P.Orig. vol. 1701, n» 39604,
v° Lestrange.) Au moment de la démission de Pierre de Fleury, Guillaume de
Saint-Aubin était son lieutenant. (Fds.
Périgord, t. IX, p. 197.) Jeande Lestrange mourut avant le 1 7 octobre 1422. A
cette date, le comte de Périgord, par
lettres datées de Blois, nomme à sa place
Mainfroy de Salignac, écuyer, seigneur
de Saint-Geniez. (B. N. Ms. Fds. Périgord,
t. IX, p. 65 V.— Ext. des Arch. de Pau.)
3 Pierre de Salignac était fils de Jean,
seigneur de Salignac, et de Gaillarde de
LustracdeMontauriol. On le trouve dès
le 3 juillet 1 4 1 3 servant le roi. (B. N.
Ms. P. Orig. v° Salignac.) Jean pouvait
être son frère.
4 Marzac, château, commune de Tursac. II devait appartenir, au xv° siècle, à
la maison de Campniac.
5 «
et consulz. » (Ms. Tarde B.)
6 Jean-Hélie (Pompadour), seigneur de
Colonges, Chabrignac, Ségur.
DE L J EGLISE DE SARLAT.
169
41 de juin par Jean de Marquayssac l , capitaine anglois 2 .
En juin 1421, les Anglois de Dome, conduitz par Bertrand
d'Abzac, leur gouverneur, vont au Roq de Vitrac, font une
palissade sur l 'advenue et couvrent de paille quelque ayrial
qui y estoit resté l'an 1379 lorsqu'on l'avoit ruiné et y logent
une garnison qui faict tant de voleries sur le pays que, ne les
pouvant plus supporter, le capitaine de Montignac avec les
habitans de Sarlat et autres circonvoisins les vont attaquer le
4 septembre, de plain jour, bruslent et brisent la palissade,
les forcent, les prènent et razent rez terre ce fort afin qu'ilz
n'eussent plus moyen de s'y establir.
Au commencement de novembre, le capitaine de Monti4
gnac 3 , les sieurs de Cars , de Vaillac b et autres, assistés de
leurs amys et des communautés du pays, mettent le siège
devant Dome, laquelle ilz prènent le 12 du mesme moys,
mais non le chasteau de Dome-la-Vieille, à cause de quoy le
siège y continue tout le reste de novembre et décembre et
1 Jean de Marquayssac , damoiseau
du lieu de Castelnau de Berbiguières.
De lui descendent les seigneurs deMarquayssac, Saint-Pantaly, la Motte, Bruzac, etc. — C'est de cette famille que
le château de Marquayssac , commune
de Vézac, tire son nom. Elle le possédait encore dans les premières années
du xvi e siècle. (B. N. Ms. Fds. Périgord,
t. CLI, v° Marquessac.) Leurs armes se
trouvent sculptées dans une chapelle
de l'église de Beynac.
- « [1421]. En janvier, le sieur de
« Beynac , séneschal de Périgord et
« chef de la dicte Union, accorde la
« soufferte pour toutes les terres de
Ï l'Union avec Bertrand qui comman« doit à Domme pour les Anglois.
« Ces choses se passoint en ce pays,
« en mesme temps que Henri V, roy
« d'Angleterre , conduict par le duc
« de Bourgoigne . entroit dans Paris,
« prenoit et faisoit prisonier le roi, la
« reyne et toute la cour, espousoit par
« force la fille du roy et la menoit en
« Angleterre et se portoit pour Régent
« de l'Estat de France. » (Ms. Tarde B.)
3 Voir p. i68, note 2.
4 Audouin de Péruce , seigneur des
Cars, était en 1421 conseiller et chambellan du Dauphin. II mourut vers 1435.
Son fils Gautier, seigneur de Saint-Marc
du chef de sa femme, joua avec son
père un rôle considérable dans les affaires du Limousin et du Périgord. On
le trouve chargé en novembre 1438,
avec Thibaud de Lucé, évêque de Maillezais, d'opérer la remise entre les mains
du roi, du château de Dome, en vertu
du traité concluavecle comte de Périgord
et le bâtard de Pelvézi. (Voir note finale
n° VI.) En 1440, nousle trouvons commissaire pour lever en Limousin un
impôt destiné à reprendre Thenon, pris
par les Anglais en 1439. (A. Thomas,
Les Etats provinciaux.... sons Charles
VII, t. I et II, passim.)
s Bertrand de Rassials, seigneur de
Vaillacen Quercy. (P. Anselme, V, 747.)
H 21
Fort de Vitrac.
Dome.
170
Sarlat.
Dome.
S.-Cyprien.
TABLE CHRONOLOGIQUE
enfin, ennuyés de la résistance, quittent le siège au commencement de janvier, laissant la ville françoiseet le chasteau anglois.
Lors de ce siège les consulz de Sarlat escrivent à Charles,
Dauíln de France, régent de l'Estat durant la maladie du roy,
le supplient d'avoir esgardaux frays et domages par eux souffertz à raison des sièges de Dorne et autres places remises en
l'ohéyssance de la couronne de France à leurs despens et diligence, lequel, inclinant à leur requête, donne à la communauté de la ville la somme de dix mille livres tournois par
patentes du 23 novembre 1421, laquelle somme est assignée et
payée sur la recepte de Limoges.
Les Anglois, que les seigneurs françoisavoint laissé au commencement de janvier dans le chasteau de Dome-la-Vieille,
reprènent la ville le 5 febvrier et assiègent le seigneur de
Peyruse 2 qui commendoit à l'autre chasteau auquel Sarlat
envoyé des hommes et des vivres. Le capitaine de Montignac y
accourt avec des forces, mais ilz truvent tant de résistance que
3
dans trois jours le tout est rendu aux Anglois .
Le 24 febvrier, les Anglois, par la conduite du sieur Eguille,
prènent la ville de S' Cyprien et assiègent le prioré qui estoit
la retraite des habitans. Les François de l'Union y accourent
et les pressent si bien qu'ilz sont constraintz à lascher prise et
se retirer \
1 « Le 12 novembre , mesme jour
« que la ville de Domme fut reprinse,
« les consuls... » (Ms. Tarde B.)
2 Jean Brachet, seigneur de Peyrusse.
3 Voir la note finale n° VI.
4 a. Le 21 octobre , le roy Charles
« décède entre les mains des Anglois ;
« toute la France est en désordre ceste
« année et les suivantes ; les Anglois
« tiennent Paris et la pluspart du
« royaume et le Dauphin, héritier légi« time de l'Etat, est reduict au petit
« pied , si bien que en apparence ce
« royaume de France sembloit s'en aller
« entièrement ès mains et domination
« des Anglois, les villes changoint de
« parti du soir au matin, mais, nonob« stant ces apparences, Sarlat conserva
« tousjours inviolablement et sans per« plexité la salamandre au dessoubz de
« la fleur de lis. »
« 1423. Manaut de Favar, capitaine
« anglois, surprend par trahison la
« Béole et assiège Bazas laquelle, doub« tant du bon succès des affaires du
« Daufin, ne fit pas grande résistance,
« capitula et se rendit aux Anglois. »
(Ms. Tarde B.)
DE L 'ÉGLISE DE SARLAT.
171
La ville de S te Foy qui de long temps tenoit pour l' Anglois
est mise soubz l'obéyssance du Daufìu de France qui dores en
avant sera appelle Charles VII, le séneschal de Bazadois et
Amaniu de Mompezat Payant prinse par escalade et s'en
estant rendus maistres \ Sarlat faict trêves pour les années
2
1424 et 25 avec les garnisons angloises de Dome, Castelnau ,
Clérans, Monferran, Limoil, la Fontade 2 et autres.
En juillet 1426, les Anglois surprènent S' Quentin
mais
Jean la Cropte, frère du sieur évesque , acompaigné des habitans de la Roque de Gaiac où il estoit capitaine et des soldats
prins à Sarlat en passant, les alla attaquer en diligence, si bien
que avant qu'ilz se fussent barricadés il leur íìt quitter la
place.
Le roy Charles VII, par ses letres de l'an 1427, permet aux
citoyens de Sarlat de pouvoir tenir íiefz nobles sans estre obligés
à payer aucune finance pour ce respect, ce, en considération
des fidèles services qu'ilz avoint rendu à l'Estat.
Pons de Beynac, seigneur et baron dudict lieu, est séneschal
de Périgord pour le roy de France l'espace de vingt ans sçavoir
de 1428 jusques à l'an 1448 \
1 « En ce temps, Sarlat et Temniac
« vivoint en communauté pour la garde,
« composition des souffertes et autres
« contributions, comme si n'eust esté
« que une seule paroisse. » (Ms. Tarde
B.)
2 «.... Saint-Cyprien. » (Ms. Tarde
B.)
8 La Fontade, hameau, commune de
Gourdon (Lot).
4 Saint-Quentin, commune, canton de
Sarlat.
0 « 142g. — Le sieur deLaigle,le
« sieur de Colonges et autres tenans le
« parti de France , mettent le siège
s devant Auberoche depuis le commence cément d'aougst jusques à la fin de
« janvier, auquel temps ils se retirent
« sans autre etfect que d'avoir tesmoigné
« leur bonne volonté pour le service du
« roy ; néanmoins ilz ne perdent pas
« courage et ce qu'ils n'ont pu faire par
« ce siège, ilz arrestent de l'exécuter
« avec moins de bruit, si bien que, le
« 24 d'apvril 1430, ilz entrent dedans
« par escalade et prènent une grande
« partie de la ville ; les Anglois se
« retranchent en l'autre partie et s'opi« niastrent à la conserver. Plusieurs
« François y accourent. Pons de Beynac,
«. séneschal du Périgord y va avec bon
« nombre d'hommes prins de Sarlat et
« de sa terre ; le combat dura six jours
« au bout desquelz les François se reti« sent.
« Au moys d'octobre, le mesme sei« gneur de Laigle vint assiéger Castel« nau de Berbières où estoit une garni-
Ste-Foy.
b
1426
uentl1
--Q
1427
Sarlat.
1428
172
TABLE CHBONOLOGIQVE
Le 24 d'apvril 1430, le sieur de l'Aigle, le sieur de Coloages et
autres seigneurs frauçois entrent dans Auberoche par escalade
et prènent une grande partie de la ville. Les Anglois se retranchent à l'autre. Les François y accourent, le sieur de Beynac y
va avec nombre d'homes prins de sa terre et de Sarlat, le combat dura six jours après lesquelz les François se retirent. Quelques moys après Jean de Bretaigne, seigneur de l'Aigle, laprind
et la mit en l'obéyssance du roy Charles.
La Fontade, place qui avoit tenu plusieurs années pour les
Anglois est prinse par les François, moyenant un long siège
auquel Sarlat contribue un bon nombre d'arbalestiers et
pioniers
A Sarlat, ayant basti les deux tierces parties de l'esglise parroissièle, travaillent l'an 1431 à la continuation d'icelle, attendant que le temps donne le loisir et les moyens de parfaire le
restant.
2
3
Au moys d'aougst 1432 ,1e sieur de l'Aigle et Gontaut capitaine de Montignac mettent le siège devant le chasteau de Cam« nison angloisc depuis l'an 1420 et,
« pour attirer le pays à ce siège, promet,
« par lettres du i3 d'octobre 14.30, de
« razer la place après qu'elle sera prinse,
« afin que les bons François n'en soyent
« plus incommodés, mais son dessein
« ne réussit pas et son travail fut inu« tile. » (Ms. Tarde B.)
1 « Cela se passoit en ce pays lorsque,
« soubz la banière de Jeanne la Pucèle,
« le siège des Anglois est levé de devant
K Orléans et que le roy Charles est cou<Í ronné à Beims.
« 1 43 1 . — La Force, près de Bergerac,
« est assiégé par les François. Les con« sulz de Sarlat contribuent à ce siège
« hommes , vivres et armes. » (Ms.
Tarde B.)
2 Le comte de Périgord reçut du roi
d'importantes sommes pour l'aider dans
sa lutte contre les Anglais. Pendant les
années qui suivent 1428, il aurait perçu
dans ce but une somme totale de
50,972 livres, qui vaudraient, au pouvoir actuel de l'argent, environ deux millions et demi. (Leber, Appréciation de la
fortune... au moyen âge. — B. N. Ms. Fds.
Périgord, t. IX, p. r 36 v°. Extrait des
Arch. de Pau.)
3 Richard de Gontaut de Badefol, seigneur de Saint-Geniez et Badefol, baron
de Cazals en Quercy , fils naturel de
Pierre IV de Gontaut, seigneur de Badefol, légitimé par lettres du roi du mois
d'août 1445. (A. N. Trésor des Chartes,
Rég. 177, page 84.) II fut Fauteur des
branches de Saint-Geniez , Campagnac
du Ruffenc, la Serre. — II dut succéder, dans la capitainerie de Montignac,
à son beau-père Mainfroy de Salignac,
seigneur de Saint-Geniez (voir page
168, note 24), et fut nommé par le bâtard d'Orléans , comte de Périgord.
Celui-ci ayant' renoncé au comté de Périgord dont le duc d'Orléatis lui avai
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
173
1
paigne où estoit une garnison angloise qui faisoit de grandes
voleries deçà et delà Vézère. Sarlat y envoyé une companie
de soldatz et des pioniers avec vivres et munition de guerre.
Les assiégés, après avoir soustenu un raoys et demy, offrent de
quitter la place moyenant une somme d'argent et, pour ce
subject, les trois Estatzde Périgord s'assemblent à Montignacau
moys de septembre, où est mis en délibération si on continuera le siège ou si on leur baillera de l'argenl. Les chefz des
assiégeants disent la place estre si forte qu'ilzne peuvent espérer de la prendre par force. Sur cet advis, la résolution est
prinse que on composera et que la somme que les assiégés demandent sera imposée sur le pays pour leur estre baillée ; la
composition estant arrestée, les assiégés consignent la place ès
mains du sieur de Baynacmoyenantcertainsliommesqu'il leur
donne pour ostages et, cela faict, le sieur de Baynac y met des
soldatz de sa terre pour garder la place en attendant le payement de la somme convenue, pour l'asseurance de laquelle
fait cession, reçoit en échange le comté
de Vertus dont son frère lui faitdonation
parlettres datéesde Blois, le iojuin 1437.
Deuxjoursaprès,ilsignifieauxofficiersdu
comté de Périgord le traité consenti avec
son frère, et donne ordre à Bichard de
Gontaut de Badefol de remettre la place
de Montignac à Hue de Saint-Mars, conseiller et chambellan du duc d'Orléans,
que celui-ci a nommé à la charge de
capitaine de Montignac. Ces lettres du
bâtard d'Orléans fui ent publiées à Monlignac, le 28 février 1437 (v. st.). (B.
N- Ms. Fds. Périgord, t. IX, p 211.) Le
comté de Périgord fut vendu à Jean de
Bretagne le 4 mars 1437 (v. st.).
Richard de Badefol avait un glorieux
passé militaire. II était à la défense d'Orléans contre les Anglais au fameux siège
de 1428 où il fut dangereusement blessé
au visage. « II se comporta vaillamment
auboulevard, dit une enquête de 1458, y
prit grand honneur et fut blessé d'ung
pétrel a au visage qui sallhoit par der-
rière. » II vivait encore fort âgé en
1482. (Fr. d'Hozier, L'impôt du sang,
t. II, p. 141.)
1 Campagne, commune, canton du
Bugue. Celle place apparlenait à Jean de
Beaufort, sire de Limeuil. Celui ci. se
déclarant pour l'Anglais en 1405, livre
Campagne à Arnaudon de Mussidan et
Leyrat à Jean de Mauzens. (A. N J.
865, cité parDessalles, Hist. du Périgord,
II, 358.) Campagne, rasé et confisqué
après les événements de 1432, fut donné
par Charles VII à Raubelin (al. : Brandelin), bâtard de Limeuil. fils de Jean,
Baubelin vendit peu de temps après
Campagne à Jean de Bonald, de Montignac, et à Adhémar de la Borie, de Sarlat, beaux-frères. La famille de Camblazac avait aussi, à la méme époque, des
droits de seigneurie sur Campagne —■
II faut ajouter parmi les capitaines fránçais qui conduisirent les opérations du
siège de Campagne, Pons de Be\ bac,
baron de Beynac , chambellan du roi
" Lire « pétrinal », arquebuse courte et de gros calibre, qu'on appuyait contre la poitrine pour tirer le coup.
23
174
TABLE CHRONOLOGIQVE
Sarlatet les autres communautés luy baillèrent des hommes
en hostage. La somme fut promptement levée et portée au sieur
de Baynac et comptée aux Anglois le 25 d'octobre, auquel jour
les cautions furent élargies d'une part et d'autre, et le lendemain la place fut razée de peur qu'ilz ne la reprinsent
Bigaroque.
Bigaroque avoit esté démolie et mise hors de deffense, l'an
1409, et depuys n'avoit porté aucun desplaisir au pays 5 néanmoins, craignant que les Anglois s'y logeassent et s'y fortifias2
sent dans les ruines, il fut arresté que ceste place seroit razée .
Ce qui fut exécuté par les communautés du pays.
1433
Lentis.
L'an 1433, Sarlat accorde la trêve avec les garnisons de Castelnau et Limoil pour avoir libre le passage de Dordoigne et
avec Lentis 3 , où commandoit un Anglois nommé Madorqui rendoit le chemin de Caors dangereux, laquelle trêve ilz appelloint « soufferte » et la faloit achapter des Anglois, car sans argent ilz n'accordoint rien.
La longueur des guerres avoit rendu les terres en friche,
dont venoit la disette en ce pays mesléde François et Anglois.
Les contributions estoint si grandes et les pilleries et ravages si
fréquens que le peuple est réduit au désespoir, tellement que
1434
Temniac.
Carlux.
les habitans de Temniac et de Carlux avoint pris résolution,
l'an 1434, de quitter le pays, mais la communauté de Sarlat les
arresta, leur fornissant les moyens pour vivre et leur promettant toute sorte d'assistance
et sénéchal de Périgord. Le 26 octobre 1433, il écrit aux consuls de Sarlat
qu'il a chassé les Anglais du lieu de
Campagne et leur donne Tordre de
porter des munitions « dans son lieu de
Tayac ». Le 18 avril 1437, il reçoit une
pension de 3oo livres en récompense
de ce qu'il a repris sur les Anglais SaintChamarans, la Fontade, Campagne, et
pour l'indemniser de ses gages de sénéchal quilui sont dusdepuis 12 ans. (B.N.
Ms. Fonds. Périgord, t. CXXI, dossier
Beynac, 41 v°.)
1 «... et, pour cet effect, Sarlat y
« envoya un bon nombre de pioniers
« avec les outils nécessaires. » (Ms.
Tarde B.)
2 « — Cela fut exécuté et, pour ce
« faire, les communautés françoises y
« envoyèrent des hommes de travail.
« Sarlat en fournit un bon nombre qui
« y employèrent quatre jours entiers. »
(Ms. Tarde B.)
3 Lantis, aujourd'hui hameau, commune de Dégagnac (Lot).
4 « 1434. — Le malheur du temps
DE L'EGLISE DE SARLAT.
175
Le 15 d'octobre 1435 Richard de Gontaut, capitaine à Montignacpourle comte de Périgord, suivi de plusieurs soldatz françois, se va loger dans les ruines du chasteaude Badefol, les répare et y faict quelque couvert et puys y establit une garnison
qui va faire la guerre aux Anglois deçà et delà le fleuve de Dordoigne 2 .
Vers la íìn de l'année 1436, les Anglois sont chassés de Castelnau de Berbières et la place remise en l'obéyssance du roy
de France après avoir esté possédée depuys l'an 1420 parles
Anglois.
Le comte Rodriguo d'Arribaros 3 , autrement appelé le comte
-de la Villedieu, lieutenant du roy Charles, vient en Guiene Tan
1437 avec quatre mille Espagnolz etprind sur les Anglois Fumel,
Lauzun, Aymet, Issigeac, la Salvetat de Caumontet plusieurs
« n'empêche point leshabitans de Sarlat
« defaireleurs exercisses et jeux de passe
« temps, lors du carnaval, car cette
« année, le conseil de ville arreste que
« l'escu sera donné par Jean Las Estres,
« le gant par la fille de G. Aoustier et le
« pot percé par la femme de P. la Motte.
« Ce jeu est si ancien dans Sarlat que on
« ne peut savoir quand il a commencé
« ny quel en a esté le premier motif".
« 1435. — Le dernier de juin les An« gloisde la garnison de Limeuil prènent
« Clarens, sauf une tour. Plusieurs Fran« cois courent au secours, mesme les
« Sarladois, mais ilz arrivent trop tard
« et en vain.
« Le capitaine, qui comandoit à Car« lux pour le seigneur de Pons, cherche
« des occasions pour faire la guerre aux
« Sarladois et menasse de se faire
« Anglois, mais, pour ce que le sieur de
« Pons et le sieur de Turenne avoint
« querelle, il croit avoir trouvé une oc« casion plus honeste, disant que Sarlat
« favorisoit le parti de Turenne et, par
a ce moyen, va courir pendant le temps
« dela récolte sur la terre de Sarlat et se
1 déclaire leur ennemy. » (Ms. Tarde B.)
1 « Le25 octobre 1435.» (Ms.TardeB).
* Voir la cota flrale n- V.
2 « 1436. —■ Les Sarladois, cherchant
« les occasions de se venger du capi« taine de Carlux qui, l'esté passé,
« s'estoit déclairé leur ennemy et estoit
« venu courre sur leur terre , entre« prennent sur Iechnsteauet le prennent
« le 20 de may 1436, sauf de la Tour
« Longue, d'où on faisoit résistance;
« mais tost après, ilz sont maistres de
« toute la place et y mettent une garni« son pour la conserver.
« Le 23 de may, le sieur de Cardail« lac prend sur les Anglois la ville de
« Brétenoux qui est près le rencontre
« des rivières de Dordoigne, Sère et
« Bave, entre Beaulieu et Saint-Seré. »
(Ms. Tarde B.)
3 Sous ces noms défigurés, on a peine
à reconnaitre« Bodrigode Villandrando,
« comte de Bibadeo », célèbre aventurier espagnol, une des figures les plus
curieuses de l'époque. Ses aventures et
le rôle qu'il joua sous Charles VI et
Charles VII, ont inspiré à M Quicherat
une étude des plus attachantes. (Hachette,
187g. in-8.) La campagne de Bodrigo en
(B. N. Ms. Fds. 1438 et non de 1437.
Guienne est de Doat. t. CCXYI1, p. 48.)
1435
Badefol.
H36-
1437
176
TABLE CHRONOLOGIQUE
autres places, à chascune desquelles il met une garnizon de naturelz françois pour les conserveren l'obéyssance de leur roy.
Jean de Valois, comte de Périgord et d'Angolesme, estantdé1437
tenu en Angleterre pour les raisons déduites en l'an 1413, pour
se rédimer vend, par procuration faicte au comte de Dunois et
autres passée en Angleterre, la comté de Périgord à Jean de
Le sieur de Laigle,
comte de Périgord.
Bretagne, sieur de l'Aigle et vicomte de Limoges, la somme de
'
•11
17
,
i
,
T
/
seze mule escus cl or, par contract du 4 mars de ceste annee
1437 , lequel vendeur estant l'an 1445 revenu d'Angleterre
contesta ladicte vante en la cour du Parlement de Pai'is, mais
l'acquéreur fut maintenu et demeura comte de Périgord '.
Dome.
La ville de Dome et le chasteau de Dome-Vieille, qui avoint
tenu pour les Anglois depuys l'an 1417, sont ì^eprins parles
François soubz la conduite de Jean de Carbonières, sieur de
1438
Jayac, l'an 1438. Bertrand d'Abzac est prins dans le chasteau
avec Archambaut d'Abzac son frère et faictz prisoniers, ensemble la femme et famille dudict Bertrand, mais Jean et
Gantonet d'Abzac ses enfans, qui commandoint à la ville,
voyant la surprinse, se retranchent eu un quartier où ilz se
deffendent courageusement. Les habitans de Sarlat y accourent
pour seconder les François et bien tót après Jean d'Armaignac,
vicomte de Loumaigne,lieutenant du roy en Guiene, et le sieur
deCastelnau de Brétenous 2 y arrivent. Les Anglois, voyantqu'ilz
ne pouvoint résister à toutes ces forces, capitulent et, pour convenir des articles, est faicte une assemblée à Gordon le 15 septembre et là est passé un contrat, receu par Geraud Aoustier et
1 « 1438. — Au commencement de
« juin, les François assiègent les ville et
« chasteau de Limeil. Sarlat y envoya
« hommes et vivres. Les Anglois s'as« semblent au nombre de quinze cens
« hommes pour lever ce siège et se met« tenten debvoirde ce fyire, mais après
« quelques escarmouches, se recognois« sant foibles, se retirent et le siège est
« continué jusques au dixiesme dejuil« let, auquel jour les assiégeans, attié« dis de la longueur de la résistance, se
« retirent. » (Ms. Tarde B.)
3 Antoine de Castelnau, seigneur de
Castelnau de Brétenous. (B. N. Ms.
Pièces Originales, vol. 614, dossier
1444.4, v° Castelnau, p. 14.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
177
Jean Polin notaires de Sarlat, par lequel ledict Gantonet et Jean
d'Abzac promettent rendre la ville de Dome ès mains dudict
sieur vicomte, comme lieutenant du roy Charles, à la charge
que ledict sieur [vijcomte leur faira bailler trois mille réalzd'or
et leur faira rendre ledict chasteau de Dome-la-Vieille ou autre
place en justice de trois cens livres de rente, de laquelle ilz
puissent paisiblement jouyr à perpétuité ; qu'il faira mettre
en liberté Bertrand d'Abzac leur père, Archambaut d'Abzac,
leur oncle, leur mère et autres de la famille de leur dict père
qui avoint esté faictz prisoniers comme dict est, et leur faira
rendre leurs meubles pu trois cens réalz d'or pour la valeur ;
qu'il faira conduire en lieu assuré tous les Anglois qui pour
lors estointà Dome 5 que les habitans de Dome, après avoir juré
fidélité au roy de France, jouyroint de toutes leurs antiennes
libertés et franchises et, pour cet effect, ledict sieur [vi]comte
faira envers le roy que la cour du seau et les assises acoustumées
seront restablies et la monoye d'or et d'argent y sera fabriquée,
et tous autres privilèges leur seront remis en la forme qu'ilz
estoint avant que la ville tind le pai^ti d'Angleterre et, moyenant ce, lesdietz Jean et Gantonet promettent que, incontinent
après la délivrance des prisoniers, tant eux deux qui contractent que leur père, mère et oncles presteront le serment de tenir
avec toute fidélité le parti du roy de France et faironttout ce qui
leur sera possible de porter leurs subjeetz de Saint-Subra 1 et
Montastruc ' d'en faire le rnesme, et le sieur [vijcomte promet
d'avoir l'abolition du roy tant pour eux que pour tous les habitans de Dome et autres qui, à leur imitation, voudront se rendre du parti françois. Toutes ces conditions furent acomplies
et le roy, pour récompenser Jean de Carbonières d'avoir osté
1 Lire Saint-Cyprien.
- Montastruc, commune de laMongieMontastruc, château rasé à la suite du
procès criminel intenté contre Bertrand
d'Abzac en 1438 et reconstruit en vertu
de lettres patentes de Louis XI du mois
de septembre 1475. (B. N.Fds. Périgord,
t. CXVII, p. 84 v°.)
178
TABLE CHRONOLOGIQVE
Dome des mains des Anglois, luy en donna le gouvernement
avec quelques rantes et domaines >
Limoil.
Le 12jauvier [1439], les habitansdeLirnoil cbassentles Anglois
2
et mettent la place ès mains de monsieur de Turenne et, par ce
moyen, elle est réduite en l'obéyssance du roy de France.
1439
En juillet 1439, le sieur de Turenne, venantde Limozin avec
des troupes, passe à Sarlat et demande certain nombre d'homes
Alat.
à la ville qui luy sont accordés et puys s'en va passer la rivière
3
de Dordoigne et met le siège devant Alat qui tenoit pour les
Anglois de long temps auparavant et la rend du parti françois.
Tenon.
Le premier de septembre, les Auglois surprènent la ville de
Tenon 4 , au delà de Montignac et le moys de décembre suivant
furent assiégés et la place reprinse par la conduite du sieur de
Turenne, si bien qu'elle ne demeura en la puyssance des Anglois
Aillac.
Castelnau.
que trois moysetdemy.
Le 13 de mars audit an, jour de dimanche, Aillac est pris
par les Anglois, ensemble Castelnau de Berbières qui estoit
pour le parti françois depuys le moys de mars de l'an 1436 et,
sur la íin de ceste année, est par trahison et surprinse mis en
1440
Aillac.
la puyssance des Anglois.
Le seigneur deTurenne assiège Aillac ès moys d'apvril,may
et juin 1 440 \ Sarlat contribue à ce siège hom mes, vivres, armes
1 Voir, sur Bertrand d'Abzac et la
prise de Dome, la note finale n° VI.
2 Pierre-Boger , comte de Beaufort,
vicomte de Turenne, seigneur de Limeuil.
(1420- 1444.)
3 Lire : Alas-de-Berbiguieres , commune, canton de Saint-Cyprien.
4 En 1439, grâce à des renforts amenés en Guyenne par le comte de Hontington, les Anglais reprennent l'offensive en Périgord et s'emparent de Thenon, d'où ils menacent à la fois le Périgord, le Limousin et la haute Auvergne.
Le 9 octobre 1439, le roi Charles VII,
sur l'invitation des Etats du Limousin,
nomme Gautier de Péruce, Jean Barton
et Etienne Froment, commissaires pour
lever sur la province un impôt et aviser
aux moyens de reprendre Thenon. Les
Etats du Bas-Limousin accordent une aide
de3,5oo francs; ceux du Haut-Limousin
octroyèrent probablement pareille som1
me.(B.N.Ms.í t/s.F;-.22382,p. 1 1 ; —Fds.
Périgord, IV, p. 25 1.) Grâce à l'énergie
des moyensemployés, les troupes royales,
trois mois après, reprirent sur l'Anglais
celte forteresse dont la garnison portait
l'inquiétude jusqu'à Salers en Auvergne.
(A. N. XIA 1482, f° 1 3 1 . — A. Thomas,
Les Etats provinciaux de la France centrale, t. I, p. 142.)
5 Dans la confirmation par Charles
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
179
et munitions de guerre et, le 30 may, y font porter sur des charrettes la bride etle lop avec escorte, à cause des Anglois de Castelnau qui allointtous les jours sur ce chemin pour prindre
prisoniers ceux qui alloint à ce siège. La place fut prise et le
roy donna à la communauté de Sarlat quatre cens livres pour les
1
frays par eux faictz à ce siège .
La peste, qui avoit esté grandement eschaufée en tout ce pays
pendant l'automnede l'an 1440, continue tout le printemps de
l'année 1441 et rend Sarlat si désolé que les consulz se trouvent
Sarlat.
en peine de garder la ville et, a ceste occasion, acheptent la souf2
ferte des garnisons angloisesde Cuzor , Belvès, Monferran, Berbières, Castelnau et Siourac.
Au moys de juin, le chasteau de Monfort se trouve abandoué, tout le monde ayant quitté à cause de la guerre et
peste, et les consulz de Sarlat y envoyent des hommes aux
despans de la ville pour empescher que les Anglois ne s'y
vinssent loger. Et en septembre, les mesmes consulz estant
advertis que la ville et les deux chasteaux de Dome estoint si
déprouvuz d'hommes que, si on n'y provoyoit, les Anglois
les pourroint prindre sans difficulté, de quoy les consulz donnent advis au sieur de Laigle, comte de Périgord, au séneschal du pays et au capitaine de Montignac et, le 28 octobre,
sachant que les Anglois s'assembloint pour aller prindre
VII de la distribution d'une somme de
2,284 livres ordonnée par les Etats du
Bas-Limousin, en date du 17 avril 1441,
on lit :
« A Giron Bardot, escuier, pour lui
aider à supporter la despense qu'il a
faicte durant le siège de Aillac tenu par
les Anglois marchissans sur ledict pays
du Limozin,ouquel il a grandement frayé
et mis du sien sans en avoir esté récompensé... la somme de vint cinq livres t. »
(Arch. N. K. 67, n° 2. — A. Thomas,
Les États provinciaux... t. II, p. 1 36.)
1 « Le sieur de Montpezat a prend sur
« les Anglois Monségur sur la rivière du
« Drot et plusieurs villes sont prises et
« reprises ceste année 1440, par l'un et
« l'autre parti sur la rivière de Ga« ronne. » (Ms. Tarde B.)
2 Cuzorn, commune, canton de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Buines
pittoresques de l'ancien château dressées
sur une dent de rochers.
" Bertrand desPréz, seigneur de Montpezat ou Hugues, son fils. On trouve d'autre part, en 1440, un Bernard de
Montpezat, chevalier, seierneur de Thouars en Agénais, guerroyant pour le roi de Frante. (P. Anselme, VII, 187.)
Monfort
*
180
TABLE CHRONOLOGIQUE
Carlux et Monfort y envoyent des hommes pour leur résister.
i44 2
Belvès.
Banes.
Castelnau.
Le moysd'aougst
le sieur de Laigle, comte de Périgord,
le sieur de Pons le sieur de Turenne, le sieur de Baynac,
2
séneschal de Périgord, et autres seigneurs du pays mettent
le siège devant Belvès qui, pendant toutes ces guerres, avoit
tenu le párty d'Angleterre. Les Sarladois contribuent des gens
de cheval, des arbalestiers, des manœuvres, des vivres, de
l'artillerie et munitions de guerre, entre lesquelles sont quarante pierres de lop et quarante pierres de l'asne , ayant
esté jugé que, en tout le pays, il n'y avoit quarrière si
propre pour tirer de telles pierres que celle qui se trouvoit à
Sarlat 3 . Ce siège commença à la my aougst et dura jusques au
16 septembre, auquel jour les assiégés se rendirent et Belvès
devint françois \
Le 27 septembre , les mesmes seigneurs mettent le siège
devant Banes, chasteau sur le ruisseau de Couze , près Beaumont, lequel, pendant toutes ces guerres , avoit tenu pour
l'Anglois ; les assiégés composent et quittent la place moyenant
une somme d'argent. Le 15 novembre, ceste place fut razée et
pour ce faire Sarlat y envoya quinze mancemr res et bailla
cinquante escus au comte de Périgord pour sa quote de la
composition.
Le 7 octobre, les mesmes seigneurs assiègent Castelnau de
Berbières et mandent à Sarlat d'envoyer des homes, des vivres
et des arbalestes, ce qu'ilz font et mesmes y conduisent leur
1 Jacques, sire de Pons, Montfort,
Aillac, Carlux, covicomte de Turenne.
(Voir page 192, note 3.)
2 Le 3o juin 1442, Charles VII donne
commission aux comtes de Périgord et
de Ventadour, aux seigneurs de Castelnau de Brétenous, de Treignac, de
Beynac, pour reprendre sur les Anglais
Bergerac, Castelnau de Berbiguières et
autres places du Périgord. (B. N. Ms.
Fds. Périgord, IX, 71 v°.)
3 La carrière de ces pierres dures se
trouve à la Bouquerie.
4 Belvès se rendit le 16 septembre,
en vertu d'une capitulation signée par
Jean de Bretagne, comte de Périgord,
d'une part, Thomas Bontemps, capitaine, au nom de la garnison anglaise,
et les consuls, au nom de la ville. (B. N.
Ms. Fds. Périgord, XLVI, 55.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
181
artillerie qui consistent en deux brides et un lop ; les assiégés
se rendirent sur la fin d'octobre.
Le 26 novembre, le comte de Périgord escrit à Sarlat qu'il
avoit achepté des Anglois le chasteau d'Astissac 1 pour le razer,
soubz espérance que le pays lui rendroit l\irgent, comme en
effect ceux qui estoint entre l'Isle et Vézère luy en avoint
donné parole et désiroint que Sarlat y entrât pour une quatriesme 2 partie ; que si la somme ne luy estoit randue, il estoit
résolu de bailler la place au sieur d'Astissac 3 qui luy offroit
restituer ce qu'il en avoit baillé, mais le pays ayma plus contribuer et, par ce moyen le chasteau fut razé. Les mesmes seigneurs se préparoint pour aller attaquer Malrigou de Bidrenc 4
1 Estissac, près de Neuvic, canton de
Villamblard, arrondissement de Bergerac. Château et châtellenie érigés en
duché-pairie en 1737. .
2 «... quotte partie... » (Ms. Tarde
B.)
3 Amaury d'Estissac, gentilhomme
périgourdin, s'attacha de bonne heure
au servicede Charles YH En 1430, il est
sénéchal du Poitou; en 1435, écuyer d'écuriedu roi;par!ettresdu 2 8 avril 1436,
il est mis en qualité de gouverneur
auprès de la personne du Dauphin ;
sénéchal de Saintonge par lettres du
24 septembre 1443, aux gages de 400
livres, il l'était encore en 1450. II mourut vers 1457. (B. N. Ms. Pièces Originales, dossier Estissac.)
4 Amaury, plus connu sous le nom
de Malrigou de Bideran, damoiseau
du lieu de Cahuzac en Périgord, près
d'Estissac, fut un des capitaines de compagnies les plus redoutés du xve siècle,
et joua dans notre province un rôle
des plus actifs. Capitaine, pour le roi
d'Angleterre, de Bergerac, il le fut aussi
de Biron et de Villeneuve-d'Agénais. II
continuait sans scrupules ses brigandages pendant les suspensions d'armes
et ne craignait pas de résister ouvertement àl'autorité des conservateurs des
trêves du parti anglais qui voulaient le
rappeler au respect de la foi jurée. On
trouve aux archives de Pau un long
mémoire de ses méfaits, dontl'analyseest
donnée par Leydet (B. N. Ms. Fonds Périgord,W, io5 v°.) II était capitaine de la
garnison anglaise de Bergerac, lorsque
la ville fut assiégée parle comte de Périgord. Avec cet opportunisme qui caractérisaitles capitaines de compagnies,
soucieux avant tout de leurs intérêts,
voyant les affaires anglaises empirer, de
concert avec son fils il ménage la capitulation de la ville et amène les habitants à se rendre. Pour reconnaître ce
service, le comte de Périgord, en vertu
des pouvoirs qu'il avait reçus du roi,
accorde à Malrigou, à Garsie-Arnaut,
son fds et lieutenant, et à leurs « compagnons », absolution complète du passé.
II leur remet « tous les cas, crimes,
excès et méfaits dont ils se sont rendus
coupables, les rétablit en leur bonne
renommée, imposant sur ce silence perpétuel au procureur du roi. » Ces lettres
sont datées de Bergerac, le 6 octobre 1430. Elles furent confirmées, au
mois de février 145 1, par le roi
Charles VII (A. N. Trésor des Chartes,
Rég. 181, acte 23), enregistrées au siège
de Bergerac le 1 5 août 145 1. Le comte
de Périgord lui fit don viagèrement
de la châtellenie de Roussille. II était
aussi seigneur de la Poncie. (B. N. Ms.
Fonds Périgord, CXXII, dossier Bideran;
— Carrés de d'Hozier, XCII, p. 52.)
Le 6 novembre 145 1, le roi donne
24
182
TABLE CIIRONOLOGIQVE
qui tenoit le chasteau de Biron, d'où il faisoit de grandz ravages sur l'Agénois et Périgord, lequel, estant adverti de l'appareil et résolution, fit entendre que cy-devant le sieur de Pentièvre luy avoit promis mille réalz d'or pour le délaissement
de la place, laquelle capitulation il estoit prest d'effectuer de
sa part, que si, au préjudice de ceste convention, on le venoit
assiéger, il estoit résolu de mettre le feu au chasteau et se
retirer à Bergerac, à cause de quoy ledict sieur comte lui fit
compter ladicte somme et, moyenant ce, il quitta la place à
Gaston de Gontaud, sieur du lieu ; laquelle fut si mal gardée
que, l'an après , elle fut reprinse par les Anglois soubz espé1443
rance d'une autre ranson.
Jean de Bretaigne, sieur de l'Aigle et comte de Périgord, estant
décédé, Guilhaume de Bretaigne, comte de Pentièvre et vicomte
de Limoges, luy succède et est comte de Périgord comme frère
et héritier dudict Jean de Bretaigne, lequel avoit acquis le comté
de Périgord ainsi qu'il a esté dict en l'année 1437. Ce Guilhaume de Bretaigne mourant laissa Françoise de Bretaigne sa
fille unique héritière de tous ses biens, laquelle fut mariée à
Alain d'Albret et, parce moyen, le comté de Périgord entra en
la maison d'Albret avec la vicomté de Limoges, ensemble les
autres biens dudict Guilhaume. De ce mariage d'Alain d'Albret et Françoise de Bretaigne provindrent quatre enfans qui
sont Jean, sire d'Albret, Amanieu, cardinal, Pierre, comte de
Périgord qui mourut jeune et Gabriel, sire d'Avanes, qui
mourut sans enfans, tellement que tous les biens d'Alain d'Albret et de Françoise de Bretaigne demeurèrent à Jean d'Albret
ordre aux séne'chaux d'Age'nais et
de Quercy et au châtelain de Dome
d'avoir à faire rembourser par les communautés de leur ressort au comte de
Périgordla somme de 1,000 réaux d'or,
versée par lui à Malrigou pour la remise des places de Biron et Montfer-
rand. (B. N. Fonds Périgord, IX, p. 65.
Malrigou de Bideran avait épousé
noble Marguerite de la Batut. D'eux
sont descendus les seigneurs de la
Mongie. [Carrés ded'Hozier, XCII, v° Bideran, p. 52.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
4 83
lequel, comme héritier de sa mère, estoit comte de Périgord \
Au commencement de may 1444, le comte de Périgord et
autres seigneurs du pays mettent le siège devant Ribeyrac et
le prènent le 23 du mesme moys.
En toutes ces années plaines de guerre, les consulz de
Sarlat font prester le serment sur le grand autel à tous les
habitans d'estre bons et fidèles à la vie, de n'entrer en alliance
avec personne soit anglois ou françois sans la volonté du
2
conseil .
PETRVS BONALDI 3 est le XVI e évesque de Sarlat ; il fut
1 « Pendant toutes ces guerres, la
« ville de Sarlat, pour empescher les
« approches et les surprinses, entrete« noit une haute et forte palissade dans
« le fossé, tout à l'entour de la mu« raille, qui estoit comme une fausse
« braye et, au milieu du fossé, une
« haye verdoyante, bien coupée et bien
« entretenue, laquelle ilz appeloint le
« petit Pal. Le grand estoit entre le
« petit et la courtine. » (Ms. Tarde B.)
2 Le roi, par lettres patentes du
24 novembre 1445, fait don à la ville
de Sarlat d'une somme de 10, 000 livres,
pour l'indemniser des frais qu'elle avait
faits pour la reprise de Dome. (Mémoire
pour la ville de Sarlat contre les fermiers du domaine. xvm e siècle, fin. —
Archives de Gérard.)
3 Pierre de Bonald appartenait à une
famille de la bourgeoisie de Montignac,
qui prit rang dans la noblesse à la fin
du xv e siècle, sans doute après une
alliance avec les Boffìgnac. On trouve
Bernard de Bonald, prêtre de Montignac,
eri 1438 (B. N. Ms. Fds. Périgord, LI,
169), abbé de Saint-Amand de Coly en
1447, vicaire général de son parent
Pierre, évêque de Sarlat. Honorable
homme Jean de Bonald , bourgeois de
Montignac, est conseigneu r de Campagne
en 1463. (Ibid. CXXI, v° Bonnal.) II avait
acheté cette seigneurie de Brandelis
de Caumont, conjointement avec Adhémar de la Borie, licencié ès lois, de la
ville de Sarlat, mari de Jeanne de Bonald, que nous trouvons conseiller au
Parlement de Bordeaux, juge mage de
Périgord en 1475 (Ibid. IX, 160 v°), coseigneur de Campagne en 1463. [Ibid.
CXXI, vo Bonnal.) Jean de Bonald, coseigneur de Campagne, est qualifié noble
en 1487. Autre noble Jean de Bonald
est coseigneur de Campagne en 1 540 ;
Hélie deBonald, curé de Bersac,est abbé
de Saint-Amand de Coly en 1487; Jean
deBonald, abbéde Saint-Amand de Coly,
devient évêque de Bazas en i5o3. —
Ce dernier avait pour archidiacre
Pierre de la Borie de Campagne, son
neveu, fils de Adhémar et de Jeanne de
Bonald. (B. N. Ms. Fds. Périgord, X, 125;
— XL141; — XII, 416, 417; — LI, 166.
— Carrés de d'Hozier, v° la Borie.) Cet
ensemble de faits permet d'afiirmer que
Pierre de Bonald était d'origine sarladaise, affirmation fortifiée par le fait de
son élection par le chapitre de Sarlat,
qui nommait toujours à la dignité d'évêque des ecclésiastiques de la région.
— II faut toutefois remarquer que la
famille de Bonal en Agénais revendique Pierre, évêque de Sarlat, pour
un des siens (La Chesnaye des Bois),
ce qui ne pourrait s'expliquer que
par une origine sarladaise commune.
Cependant, les Bonal d'Agénais portent des armes différentes de celles
qu'attribue Tarde à notre prélat. Celuici, avant d'être chanoine d'Agen, avait
professé à l'Université de Toulouse.
Nous le trouvons signant, en qualité
de Recteur, un statut relatif aux examens, le 12 mai 1436. (B. N. Ms. Las.
184
TABLE CHRONOLOGIQUE
esleu le 1 1 novembre, qui est sèze jours après le décès de
Bertrandus de Cropta, et proveu à Borne par le pape Eugène
qualriesme « iiij kal. feb. pontificatûs anno XP^I0 » qui revient
au 29 janvier 1446. Lors de son élection il estoit chanoyne
d'Agen. II est appelé Petrus du Ga ou du Gia dans quelques
titres. Ses armoyries estoint une gerbe d'or
les espis vers le ciel et deux estoiles aussi
d'or, le tout en champ d'azur. II tind le siège
épiscopal de Sarlat quinze ans, au bout desquelz il résigna l'évesché à Bertrand de Boffignac son nepveu et fut faict évesque de
Rieux, où il laissa ce monde environ l'an
1469 \ Tout le temps qu'il tint la chaire de Sarlat, Bernardus
2
Bonaldi, abbé de S' Amans, estoit son vicaire général .
L'an 1448, Bertrand d'Abzac, possesseur du chasteau etchastelenie de Dome-Vieille depuys l'an 1418, est convaincu du
422 ic, f. 486.) — Pierre de Bonald
était, comme tous les évêques alors,
docteur « in utroque jure >.. Quant au
surnom de * du Ga » ou « du Gia », je
n'en connais pas l'origine. — Un hameau de ce nom se trouve en Agénais,
commune de Lusignan-le-Petit (Lot-etGaronne).
« II était savant, grand prédicateur,
ce qui luy fit des affaires prêchant à
Toulouse. Le pape Pie II ayant assemblé un concile à Mantoue l'an 1459,
contre ce qu'il avoit auparavant aprouvé dans celuy de Basle, que personne ne
pourroit appeller du pape au concile, et
comme cet évesque, prêchant à Toulouse, avancea quelque chose de contraire, à ce que le pape venoit de résoudre, ce qui obligea le Parlement de
donner un arrêt fâcheux contre luy, le
28 juin 1459, par lequel il fut ordonné
qu'il remettroit son évêché entre les
mains du roy. Sur quoy, le pape remercia ce Parlement du soin qu'il avoit
pris dans cette affaire et, dans ses lettres,
qualifie ce Parlement de « catholique »,
mais, comme il se démit de l'év'êché de
Sarlat en faveur de son neveu et qu'il
obtint celluy de Bieux, dans le Parlement de Toulouse, il se justifia, non
seulement de ce dont on l'avoit accusé,
mais il fit cesser toutes les procédures
qui avoient été faites contre luy, et fit
réprimer l'entreprise de ce Parlement.
Pendant quinze ans qu'il fut évêque,
il faisoit son séjour presque ordinaire
à Toulouse où il étoit docteur régent.
« ...quàpropter nos, Petrus, Dei gratiâ,
Sarlatensis episcopus, acta regens in
facultate Ganonum Tolose ubi residemus... » (Chanoine de Gérard-Latour,
Catalogue des évêques.)
1 Par son testament, Pierre de Bonald ,
évêque de Bieux, lègue au chapitre de
Sarlat cent écus d'or. (B. N. Ms. Fds.
Périgord, XXXVI.)
2 Les habitants de Sarlat reçoivent
du roi Charles VII des lettres de rémission en date du mois de juillet 1446,
pour avoir favorisé les Anglais. Je ne
sais dans quelles circonstances (Collection Audierne. Original.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
185
1
crime de lèze-majesté, condamné à mort et son bien confisqué
et , par ce moyen, le chasteau et chastelenie sont unis à la
courone de France ]usquesàprésent,dequoy le sieur de Beynac
est appelant et a playdé contre les gens du roy en plusieurs et
diverses cours et playde encore.
L'an 1449, le comte de Périgord et autres seigneurs françois
mettent le siège devant la Force 2 et Moncuq 3 , places près de
Bergerac, et les Anglois * en mesme temps prènent par trahison
la Salvetat de Caumont sur la rivière du Drot et, en janvier,
à force ouverte vont assiéger Masduran B . Plusieurs seigneurs
françois s'assemblent et vont donner sur ce siège et les chargent si hardiment qu'ils en font demeurer deux cens sur la
6
place. Malrigou de Bideran et Jean d'Abzac y sont faicts
prisoniers et le reste se sauve à la fuitte et se rendent dans
Bergerac. Mais l'an 1450, le mesme comte de Périgord, assisté
de la noblesse et communautés du pays, va attaquer Bergerac
où il tient le siège depuys le moys de juin jusques en septembre. Sarlat y envoyé une compagnie de gens de pied tous
vestus de livrée. Les assiégés se voyant sans espérance de
secours se rendent 1 . Le comte, ayant ainsi réduit Bergerac, la
Force et Moncuq soubz l'obéyssance duroy, achapte des Anglois
1 Bertrand d'Abzac fut exécuté à
Limoges, le n mars 1439. — Voir la
note finale n° VI.
2 La Force, canton, arrondissement
de Bergerac. Le château appartenait à
la famille Prévost. II fut depuis érigé
en duché-pairie en 1637 en faveur des
Caumont.
3 Moncuq, château fort dont les
ruines se voient encore dans la commune de Saint-Laurent-des-Vignes.
4 « . . . sans faire tant de bruict. »
(Ms. Tarde-B.)
5 Masduran, ancien château dans la
commune de Saint-Pierre-d'Eyraud.
6 Tarde doit se tromper, car, le 20
février 1449 (v. st.), un traité fut
conclu entre le comte de Périgord et
Jean d'Abzac, capitaine anglais. Celuici s'engage à remettre les châteaux de
la Force et de Masduran entre les mains
de Jean de Beaupoil et de sa femme,
seigneurs de ces places. (B. N. Ms. Fds.
Périgord, CXVII.) Jean de Beaupoil, qui
joua un certain rôle dans les affaires
de ce temps, en qualité de receveur du
Bas-Limousin , devint seigneur de la
Force et Masduran , par son mariage avec
Marie Prévost, héritière de sa maison.
(A. Thomas, Les Etats provinciaux sous
Charles VII, t. I et II, passim ; — P .
Anselme, t. VIII; — B. N. Fds. Périgord,
t. CXX, v° dossier Beaupoil.)
7 Voir page 181, note 4.
1449
La force.
Moncuq.
La Salvetat.
Masduran.
1450
Bragerac.
Aubeterre.
Biron.
Monferran.
186
1450
14 51
Bordeaux.
TABLE CHRONOLOGIQUE
Aubeterre Biron et Monferran et puys faict imposer sur le
2
pays les sommes par luy sur ce subject avancées .
Le Rauzel 3 estoit anciennement un petit monastère dans la
paroisse de S' Giniès où résidoit un petit nombre de religieux,
ehanoynes réguliers de S' Augustin, soubz la direction de l'un
d'iceux en titre de prieur. Leur revenu consistoit en domaines
qui leur avoint esté donnés par le fondateur en toute justice.
4
Ce prioré estoit dépendant de l'abbaye de Lartigue en Limozin ; ayant esté ruiné pendant la guerre des Anglois et
entièrement abandonné, il fut baillé à un religieux de leur
abbaye de Lartigue lequel, l'an 1450, bailla tous ces domaines
à nouveau fies. II est à présent tenu en commende.
Le roy Charles, ayant recouvert la Normandie et chassé les
Anglois de l'Isle de France, envoyé son armée en Guiene
5
l'année 1451 , soubz la conduite du comte de Dunois , pour
recouvrer ce que les Anglois y détenoint. Ceste armée prind
Blaye, Bourg, Fronsac, Liborne, S'Milion, Castillon, Bions et
plusieurs autres places au voisinage de Bordeaux et rend les
Bordalois à telle extrémité qu'ilz sont contraintz de capituler
et £e rendre. Le comte, accompaigné des princes, comtes,
barons et capitaines de l'armée françoise, y faicL son entrée
triomphante comme lieutenant du roy et puys faict prester le
serment de fidélité à toute la ville. A l'exemple de Bordeaux,
toutes les autres villes de la province se rendirent et prestèrent mesme serment de fidélité.
Les Bordalois, sollicités parles sieurs de Lesparre de Mon1 Aubeterre, ville de l'ancien diocèse de Périgueux, aujourd'hui dans la
Charente. Au-dessus de l'église SaintJean, taillée dans le rocher, s'élevait
le château.
2 Voir page 181, note 4.
3 Le Rauzel, hameau commune de
Saint-Geniez, canton de Salignac.
'* L'Artige, commune de Saint-Léo-
\
nard, arrondissement de Limoges
(Haute-Vienne), prieuré et non abbaye.
B Jean, bâtard d'Orléans, comte de
Longueville et de Dunois, fils naturel
de Louis, duc d'Orléans,' frère de
Charles VI. — Un des plus célèbres
capitaines du xv° siècle. II fut comte de
Périgord de 1430 a 1439.
G Deux grands seigneurs de Guienne
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
187
serran l , de Rauzan 2 , d'Anglade 3 et autres ì-apellent secrètement
les Anglois en Guiene. Talbot 4 y vint avec une grande et puyssan te armée etreprind Bordeaux le 23 octobre 1452 et, à suitte,
0
reprind aussi Fronsac, Castillon, Monravel, Gensac, S' Foy ,
Bergerac et quelques villes sur Garone voisines de Bordeaux,
desquelles les unes attendent le siège et les autres se rendent
volontairement, si bien que Talbot croitavoir remis la Guiene
soubz l'obéyssance du roy d'Angleterre.
mois de septembre 1474. (B. N. Ms.
ont porté, à l'époque de la dernière
Pièces Originales, vol. 2019, v° Montfercampagne contre les Anglais, le surrand, p. 40, 53.) II devait être père
nom de Lesparre. II est d'autant plus
difficile de les distinguer entre eux et de de Pierre, seigneur de Lesparre. C'est
ce qui semble résulter du testament
savoir quel est celui des deux que Tarde
avait en vue, qu'ils ont joué un rôle d'Isabelle de la Trau, femme de Bertrand, chevalier, seigneur de Montsemblable et ont eu une fin tragique
identique. Le premier, Pierre de Mont- ferrand, Langoiran, Landiran. — Elle
rappelle ses deux fils, nommés l'un et
ferrand, Soudan de la Trau, seigneur
de Lesparre, partisan de l'Anglais, vit l'autre Pierre. L'un des deux devait
être Pierre, soudan de la Trau, sire de
sa seigneurie de Lesparre confisquée en
Lesparre, décapité à Bordeaux en 145 1
1450 et donnée par Charles VII à
(Ibid. p. 55.)
Amanieu d'Albret, seigneur d'Orval. —
2 Jacques Angevin, seigneur de Rosan,
Un procès intervint à ce sujet au Parlement de Bordeaux, entre ces deux
Pujols, Civrac, Bladignac, Cypressan,
personnages, interrompu par la réépoux de Marguerite de Montferrand.
volte de Bordeaux et la guerre de 1453.
(P. Anselme, t. V, p. 734.)
De nouvelles lettres de cette même année
3 Jean, seigneur d'Anglade, la Motheconfirment la donation en faveur
Génissac, Castelbel, avait signé, avec
d'Amanieu d'Albret, qui jouit paisibleplusieurs autres grands seigneurs, le
ment de Lesparre après le procès de
traité passé, le 12 juin 7451, entre les
son compétiteur et son exécution en
lieutenants du roi et les trois Etats de
vertu d'un arrêt du Parlement de BorGuienne, confirmé par le roi le 2 1 juin
deaux. (B. N. Ms. Fds. Dupuij, t. CCXX,
suivant. (A. N. Trésor des Chartes, Rég.
p. 1 5o v°. — Du Tillet, Chronique abrégée
1 85, acte 128.) II fut un de ceux qui apdes Roys deFrance, 1606, p. i33.J Le sepelèrent Talbot, auquel il se joignit
cond, Lancelot de Madaillan, seigneur
dans sa lutte contre Charles VII. Après
de Lesparre, fut exilé après la seconde
la bataille de Castillon, ses fiefs furent
capitulation de Bordeaux. Ayant rom- confisqués. Louis XI lui accorda des
pu son ban, arrêté en Guienne prépalettres d'abolition et le choisit pour un
rant un retour des Anglais, il fut me- de ses favoris. (La Chesnaye des Bois,
né à Poitiers, condamné à mort et
Dict. de la noblesse.)
exécuté en 1454. Ses biens furent cons Jean Talbot, comte de Shrewsbury
fisqués. II avait épousé Jeanne d'Estiset
de Waterford, maréchal de France
sac. (B. N. Ms. Pièces Originales, vol.
(nommé parle roi d'Angleterre), che1789, v° Madaillan, p. 5 1 .)
valier de la Jarretière, un des plus fa1 Bertrand, chevalier, seigneur de
meux capitaines anglais du xv e siècle,
Montferrand et Langoiran. Le 7 juillet
145 1, par lettres datées de Bordeaux, tué à la bataille de Castillon, d'un coup
de canon, le 17 juillet 1452.
il reçoit du roi une sauvegarde, motivée
sur sa soumission. 11 meurt avant le
1452
Talbot.
188
TABLE CHRONOLOGIQVE
Le roy Charles, ayant appris la révolte des Bordalois et la
diligence que Talbot mettoit à remettre toute la Guiene en la
puyssance des Anglois, ramasse et réunit ses forces desquelles
il faict deux armées. La première est conduite par le roy
mesme, composée des principaux princes et seigneurs du
royaume, en laquelle y avoit huit cens gentilzhommes bretons, tous choisis dans la province et presque tous d'un aage
L'autre estoit de quinze mille hommes, conduite parle comte
2
de Glermon , filz du duc de Borbon et gendre du roy Charles.
Le roy faict marcher ceste-cy devant laquelle va assiéger
3
Castillon . Talbot vient avec toute son armée pour lever ce
siège. L'armée françoise, la voyant proche, est un peu esbranlée
et presque sur le point de quitter, mais, sachant que le roy
estoit proche avec son armée, s'assure et prind résolution.
Talbot, adverti que l'armée françoise se proposoit au combat,
en est aise et se diligente , craignant de perdre l'occasion.
L'armée françoise avoit amené trois cens pièces de fonte montées sur roue qu'ilz appeloint bombardes, (car ces armes à feu
estoint desjà cogneues et pratiquées en France), lesquelles ilz
avoint logé sur le passage par où Talbot devoit venir au combat, ensemble plusieurs machines qui tiroint quantité de
grandes et grosses pierres. Les troupes angloises entrent courageusement par le passage où. l'artillerie les attendoit qui seul
leur pouvoit donner accès dans l'armée des François. Celluy
qui commandoit à l'artillerie prind son temps et d'abord en
terrasse trois ou quatre cens. Ce massacre survenu à l'improviste trouble toute l'armée angloise et la met en désordre, de
quoy Talbot. se trouve en peine et, craignant la deífaicte de
1 Le mof manque dans le Ms. de la
Bibliothèque de Toulouse et dans celui
du Fonds Périgord.
2 Jean de Bourbon, comte de Clermont, fils aîné de Charles, duc de Bour-
bon, succède à son père en 1456.
3 Castillon, chef-lieu de canton, arrondissement de Libourne (Gironde), faisait
partie de l'ancien Périgord.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
189
ses gens, dict au sieur de l'Isle son filz de se retirer et se réserver
pour une plus heureuse occasion, lequel faict response qu'il
ne pouvoit se retirer du combat auquel il voyoit son père
courir hazard de sa vie. Talbot repart à cela : « J'ay pendant
« ma vie donné tant de tesmoignages de ma valeur et vertu
« militaire que je ne puys meshuy mourir sans honneur et
« ne puys fuir sans fère brèche à la réputation que j'ai
« acquise par tant de travaux ; mais vous, mon filz, qui portés
« icy vos premières armes, la fuitte ne vous peut apporter
« aucune infamie ny la mort beaucoup de gloire. » Mais, sans
avoir égard à cet advis, ce jeune seigneur, plein d'un généreux
courage, assure ses gens, les anime au combat, leur faict reprindre leurs rangs et, les ayant disposés avec leurs boucliers
en forme de tortue, va attaquer ses enemis dans leur camp,
car ilz n'avoint encor ozé sortir de leurs tranchées. Les François, se voyant ainsi pressés, entrent au combat ; la meslée est
grande. Cependant l'artillerie des François continue tousjours
à tirer sur les troupes angloises, si bien que une pierre tombant sur Talbot luy brize une cuisse. Les Anglois, voyant leur
chef par terre et le croyant mort et recognoissans les François
plus fortz en artillerie et en nombre d'homes, perdent courage,
se mettent en désordre et ne songent que à se sauver.
Les François au contraire s'animent et s'acharnent au combat ; la bataille est sanglante. Talbot, son íilz, sieur de l'Isle,
et un autre sien íilz bastard et un sien gendre y sont tués
avec la pluspart de la noblesse angloise, et toute l'armée mise
en pièces. Le corps de Talbot fut enseveli à l'endroit où il fut
truvé et, à l'entour de sa sépulture, fut bastie une petite chapelle qui subsiste encore , mais découverte et à demi-ruinée.
Ceste deífaicte fut le 13 juillet 1453 dans le Périgord et non
1 « Sur ceste deffaicte, qui fut le 1 3
« juillet 145 3, quelqu'un, pour monstrer
« le temps d'icelle, composa ces deux
« vers qui ressentent bien le stile de
25
{
1453
190
TABLE CHRONOLOGIQVE
dans le Bordelois, car le ruisseau, qui descend de Villefranche
et entre dans Dordoigne tout contre , sert de limite entre le
Bordalois et le Périgord et la plaine en laquelle fut donnée la
bataille est en Périgord où tousjours depuys se treuve quelque
ì^elique et marque de combat.
II semble que le ciel, pour gratiner les villes de Péri gueux
et Sarlat d'avoir inviolablement soustenu le parti de France,
aye voulu que, par une victoire obtenue en leur champ périgordin, les enemis de la France soyent activement chassés
de la Guiene.
L'armée des Anglois ainsi deífaicte, Castillon se rend et le
roy en persone assiège Bordeaux qui se rend le 18 octobre et,
à son imitation, toutes les villes de la Guiene se remettent à
son obéyssance, et ainsi íinit la domination des Anglois en
Guiene de laquelle ilz sont entièrement expoliés et laquelle
est activement remise soubz le sceptre et courone de France,
après avoir esté l'espace de trois cens ans entre les griffes des
léopardz anglois.
C'est une merveille que Sarlat , estant ville de frontière
pendant ces guerres, environée de tant de garnizons angloises,
aye pu si longuement subsister. Tout homme
qui lira et considérera ce que nous venons
de raporter sur ce cinquiesme Estât du Périgord accordera que c'est avec beaucoup de
raison que ceste ville porte pour devise en
ses armes Tine salamandre d'or en champ de
gule, soubz un chef d'azur chargé de trois
« ce tems-là:
« Lan mil quatre cens cinquante trois,
« Talbot mourut en Bordelois. »
« Mais d'autant que le ruisseau, qui
« descend de Villefranche et entre dans
« la Dordoigne tout contre Castillon,
« sert de limite entre le Bordelois et le
Périgord, quelcun adjouste deux vers
aux précédents de mesme veine,
disant :
« Mais certes on se trompe fort,
« Car il mourut en Périgord. y>
(Ms. Tarde B.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
191
fleurs de lis d'or '". C'est un emblème auquel la salamandre
signifie que ceste ville a duré longtemps et constamment
dans le feu de la guerre, et le champ de gule, blazon de la
vertu militaire, représente le sang que les habitans ont courageusement respandu pour se conserver soubz l'empire de ces
trois fleurs de lis.
1 L'ancien écusson de la ville de Sarlat portait une S majuscule, sous un chef
de France . Ces armes sont ainsi sculptées sur plusieurs bornes féodales qui
existent encore sur la limite des fiefs
de l'évêque, du seigneur de Beynac et
du seigneur de Castelnau, datant des
premières années du xvi e siècle. La
transformation de F S en salamandre
est postérieure à la date de cette opération de bornage et doit son origine,
sans aucun doute, à la faveur qu'eut
dans la science héraldique la devise
de François I,sous le règne de ce prince,
et à la facilité matérielle que l'on trouva
à faire de la première lettre du nom de
la ville une salamandre, sans trop
modifier l'ancien écusson.
DV SIXIESME ESTAT DV PÉRIGORD
de la Guiene, compte pour
un sixiesme Estât d'estre revenu, après tant de changemens, soubz la courone de France, où il est encore
et désire s'y conserver à perpétuité. Dans ce dernier Estât, il a
jouy d'une parfaicte paix l'espace de cent ans 1 ou environ,
sçavoir jusques à ce que les religionaires commencèrent à la
troubler en la sorte que nous dirons cy après en son lieu *.
Par lettres du roy Charles septiesme, données à Bourges le
3 de juillet 1455, obtenues sur larequeste présentée par messire
Pierre de Brézay 3 , vicomte de Carlux, est permis de continuer
L
E Périgord , comme partie
1 «
l'espace de 107 ans qui est
« jusques à l'ani56o, auquel temps les
« religionnaires... » (Ms. Tarde B.)
2 « 14^4- — Plusieurs villes de la
« province se remettent soubz la domi« nation du roy de France, luy font con« flrmerleursprivilèges. » (Ms. TardeB.)
3 Jacques de Pons, sire de Pons et de
Marennes, co-vicomte de Turenne, seigneur de Ribérac, Espeluche, Montfort,
Carlux, Aillac, etc., fils de Regnauld de
Pons et de Marguerite de la Tre'mouille,
était en lutte avec Pierre de Beaufort,
vicomte de Turenne, en 1436. II favorisa les Anglais et suivit le parti du
dauphin Louis dans sa révolte contre
Charles VII. II fut disgracié. Au mois de
décembre 1444, le roi fit don àPierre de
Brézé, seigneur de la Varenne, grand
sénéchal de Normandie, des terres de
Montfort, Aillac et Carlux, confisquées
sur Jacques de Pons. Peu de temps
après, celui-ci obtint des lettres de rémission. (Trésor des Chartes, Rég. 177,
in fine.) Une nouvelle disgrâce vint
l'atteindre trois ans après. Le 28
juin 1449, un arrêt du Parlement de
Paris, rendu à l'instigation de Prégent
de Coëtivy , amiral de France , et
d'Olivier de Coëtivy, seigneur de Taille bourg, alliés des Brézé et ennemis
de Georges de la Trémouille, premier
ministre de Charles VII, oncle de
Jacques de Pons , déclare celui-ci
convaincu du crime de lèse-majesté et
confisque au roi le corps et les biens
du coupable. II est banni du royaume et
ses biens sont réunis aux domaines de
la couronne. (B. N. Ms. Fds. Périgord,
t. CLVI, p. 9 v° et 10.) Jacques de Pons
resta en exil jusqu'à l'avènement de
Louis XI dont un des premiers actes fut
de rappeler, en 1461, son ancien partisan, et d'ordonner la restitution de ses
biens. (Trésor des Chartes, Rég. 198, in
fine.) Guillaume Estuer, seigneur de
Saint-Mégrin, fut spécialement chargé
de remettre en possession de ses biens
DE L 'ÉGLISE DE SARLAT.
193
et tenir les marchés en la ville de Carlux tous les mei'credis
de chasque semaine et la foire le jour de S' André '.
BERTRANDVS DE ROFFIGNACO 2 est le XVII e évesquede
Sarlat, par la démission etrésignation de « Petrus Bonaldi » son
oncle, lequel, estant faict évesque de Rieux, résigna la chaire
de Sarlat à son neveu, comme a esté dict en son lieu. Bertrand de Rofignac tint le siège 25 ans, pendant
3
lequel temps il íit bastir la tour et degré de
la maison épiscopale, avec plusieurs belles
chambres, et íit plusieurs autz^es notables
z'épaz^ations. Sa demem^e oz-dinaii^e estoit à
Dozne où il décéda le 5 déceznbre 1485. Ses
armes estoizit d'or à un lion de gule.
Les privilèges de Montpazier ayant esté pei'dus, pour avoir
,
.
,
.
1
r .
este in
ladzcte vzlle par plusieurs íois prise et reprise pendant
Jacques de Pons, qui fut nommé, peu
après, chambellan du roi.
La remise des biens de Jacques de
Pons ne s'opéra point sans difficulté.
Pierre de Brézé ne voulut point se dessaisir des biens qui lui avaient étédonnés
par Charles VII en 1444. Cependant,
pour conserver ses droits, Guy de Pons,
fils de Jacques, fait hommageà Charles,
duc de Guienne, de la vicomté de Turenne
et des seigneuries de Montfort, Ribérac,
Espeluche, Larche, Terrasson, Carlux,
Aillac, Creysse, Martel, des hommages
de Salignac, Saint-Geniez , Comarque ,
Jayac et Pelvézi, qui en relèvent. Acte
passé à Saintes, le 5 août 146g. (B. N.
Ms. Fds. Périgord, t. XI, p. j3.)
Les Brézé restèrent en possession
réelle des biens qu'ils avaient reçus en
1444, jusqu'en I 5 IO , date à laquelle
Louis de Brézé, petit-fils de Pierre,
grand sénéchal de Normandie, vendit
à Odet d'Aydie, seigneur de Ribérac,
héritier des de Pons par sa femme
Anne de Pons, les terres de Montfort,
Aillac, Carlux, Creysse, et la moitié
de la ville de Martel, moyennant la
somme de 22,000 écus d'or. (Voir la
anno 1 525.)
Pour apaiser les haines qui duraient
depuis 1444 entre les maisons de Pons
et de Coëtivy, François de Pons, petitfils de Jacques, épousa, le 1 5 novembre 1483, Marguerite, fille d'Olivier de
Coëtivy, seigneur de Taillebourg, et de
Marguerite de Valois, fille légitimée de
Charles VII, et d'Agnès Sorel. (Courcelles, isisí. généal. des Pairs, t. IV.)
1 Jean de Berleyemont, seigneur de
Floyon et de Hautepène, gendre de
Pons de Beynac, baron de Beynac, sénéchal de Périgord, occupa cette charge
en 1456. (B. N. Ms. Fds. Périgord,
t. LII, p. 40.)
2 Bertrand de Rofsignac, fils de Jean,
chevalier, seigneur de Richemont, la
Mothe, Allassac en partie, et de Louise
de Monteruc, prévôt de l' église de
Rieux, fut élu évêque de Sarlat en 1460.
et mourut le 5 décembre 1485.
3 L'écusson qui surmontait la porte
de la tour de l'escalier, dans la cour du
logis épiscopal, a été naturellement
martelé à l'époque révolutionnaire, pas
assez cependant pour qu'on ne distingue
encore le lion des Rofsignac.
Table chronologique... sub
1460
1462
Montpazier.
194
TABLE CHRONOLOGIQUE
les guerres des Anglois, sont remis et confirmés par le roy à
Bordeaux le 7 apvril 1462
Les religieux de Francou, au diocèse de Caors, considérant
que le prioré des Vaissières 2 près Sarlat, dépendant d'eux,
avoit demeuré abandoné l'espace de quatr-e-vingtz ou cent ans,
à cause des grandes guerres et mortalités qui avoint heu cours
en Périgord par tant d'années, et voyant que la maison estoit
devenue inhabitable et les terres en friche, baillent à fief perpétuel, soubz certaine rante, tous les domaines qui dépendoint
de ce prioré des Vayssières et ainsi la maison perdit espérance
d'estre jamais plus habitée, qui estoit en sa petitesse fort agréable et bien conduite. L'arrantement est du 25 mars 1465.
Quelque temps après, ce prioré fut donné à un religieux de
Francou et puys fut mis en commande 3 .
L'an 1468, Jean de la Rochefoucauch sieur dudict lieu, Barbezieux, Vertueil, Blanzac, Montignac, Mussidan, est séneschal
de Périgord \ (Voyez le cayer du temporel, page 96.) 5
1 « 1462. — Le lendemain de S' Mar« tin, la cour de Parlement de Bordeaux,
« selon les conventions accorde'es avec
s le roy Charles VII, tient sa première
« séance. »(Ms. Tarde B.)
2 II nc reste plus que des ruines informes des anciens bâtiments et de
l'église priorale des Vayssières. Celleci existait cependant en 1680. Le 25
août de cette année, noble Gautier de
Gérard-Latour , prévôt de Ladornac,
archidiacre de Sarlat, prend possession
réelle du prieuré, par l'attouchement du
verrou de la porte d'entrée de la chapelle, laprise d'eau bénite et la prière au
pied de l'autel. Le bénéfice était attaché
à la dignité d'archidiacre de Marquay,
en la cathédrale de Sarlat. — On trouve
précédemment qualifié de prieur des
Vayssières, Etienne delaBoëtie, depuis
curé de Bouillonnât, oncle et tuteur
d'Etienne de la Boëtie, conseiller au ParlementdeBordeaux.(Actedu5 mai 1 543.
Arch. de Gérard.)
3 « L'an 1463 , Hélie de Bordeille ,
« évesque de Périgueux, eslevant le
« corps de S. Fron, estoit assisté de
« Bertrand de Rofsignac, évesque de
« Sarlat, et de son oncle évesque de
« Rieux et jadis de Sarlat, tous deux
« de la maison de Rofsignac en Limou« sin a . » (Ms. Tarde A.)
4 « 1469. — Le roi Louis XI, par ses
« patentes du mois d'apvril 1469 ,
« baille à Charles, son frère, pour son
« droit d'apanage, le duché de Guienne,
« avec l'Agénois , Périgord , Quercy ,
« Xaintonge et Aunis, pour jouyr luy
« et ses hoirs masles.
« Le dernier de may, le séneschal de
« Renés b , procureur commis par le duc
« pour prendre possession de toutes ces
a L'ancien évêque de Sarlat, évêque de Rieux en 1463, était Pierre Bonald, oncle de Bertrand de Rofsignac.
Lorsque Tarde dit que ces deux évêques étaient de la maison de Rofsignac, il entend par là que Bonald lui appartenait par les femmes, par sa mère sans doute. Cependant, dans les diverses généalogies de la famille de
Rofsignac, je n'ai pu trouver la moindre trace de cette alliance d'une Rofsignac avec un Bonald.
b Olivier Dubreuilh, sénéchal de Rennes, commissaire député pour prendre possession, au nom du duc de
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
195
L'an 1479, les habitans de Sarlat, se servant du bénéfice de la
paix, font commencer la troysiesme voûte de leur esglise parroissiale avec le capial de la grande porte et clocher et de là en
avant ne désistant que l'œuvre ne soit conduiteàsa perfection.
Pierre d'Aubusson
de la maison de Villac en Périgord,
grand-maistre de Tordre S1 Jean de Hiérusalem en l'isle de
Rodes, faict un signalé service à la chrestièneté et acquiert
grand réputation l'an 1480, car Mahomet second, empereur des
Turcz, ayant assiégé l'isle de Rodes, il se deífend avec ses chevaliers si courageusement et si heureusement qu'il constraint
2
Mahomet de lever le siège .
Geofre de Pompadour, évesque de Périgueux, est prieur
comendataire de S' Cyprien, église collégiale lès Sarlat
e
« terres, reçoit à Pe'rigueux, au dit était le 5 fils de Renaud, seigneur de
Monteil-au-Vicomte,
et de Marguerite de
a nom, le serment des habitants et, le
Comborn. II n'appartenait point, à pro« 4 juin, en faict autant à Sarlat et,
« par ce moyen, le Périgord, cessant prement parler, à la branche sarladaise
« d'être au roy, est remis en la domi- de cette maison, comme Tarde l'avance
à tort, puisque la terre de Villac (com« nation d'un duc de Guienne. Mais ce
mune, canton de Terrasson) ne devint
« changement ne dura que trois ans,
« car le duc Charles mourut en may la propriété de son frère Guyot qu'en
1420, par son mariage avec Arsène« 1472, sans enfants, et, par ce moyen,
« le Périgord et le reste de la Guienne Louise Hélie, fille de Golsier Hélie ,
de Villac.
« revindrent au roy et couronne de seigneur
2 « 1480. — Mahomet, II e du nom,
« France par la réunion de l'apanage.
« 1477. — L'Auvergne est affligée de « empereur des Turcs, met le siège,
« devant l'isle de Rhodes, mais il est
« plusieurs tremblements de terre, et le
« courageusement repoussé par les
a Périgord en ressent des attaques le
« chevaliers, commandés par Frère
« 29 juin. » (Ms. Tarde B.)
« Pierre d'Aubusson, de la maison de
5 Le document auquel Tarde renvoie
« Vilhac en Périgord, qui lors estoit
n'existe plus. II a été brûlé à la Révolu» (Ms. Tarde B.)
tion sur la place Royale, dite depuis de « grand-maistre.
3 1 148 1 . — Sur la fin d'octobre,
la Liberté, avec toutes les archives de
« les chasteaux de Carlux et de MontFévèché, du chapitre et des monas« fort sont démolis et abattus par le
tères.
« commandement du roy. Le sieur de
1 Pierre d'Aubusson, grand-maître
« Salignac a , le sieur du Ver b, et Berde Tordre de St-Jean de Jérusalem,
Guienne, du pays de Périgord, reçoit le serment de fidélité des maire et consuls do Périgueux, des maire et
syndic de Bergerac. II leur promet que le duc de Guienne confirmera leurs privilèges. L'acte est passé &
Périgueux, en l'auditoire du consulat, ledernier mai 1469. (Archives municipales de Périgueux, A. A, 12 (Layette.)
Communiqué par M. Michel Hardy, archiviste de la ville de Périgueux.) D'après le père Anselme (t. IV, 425),
Jean, seigneur de la Rochefoucauld, sénéchal de Périgord, aurait été chargé de mettre eu possession du duché de
Guienne le nouveau titulaire. On voit par ce qui précède qu'il commet une erreur, du moins en ce qui concerno
notre province,
a Probablement Raymond, seigneur de Salignac.
b Le sieur du Ver devait être noble Guillaume de Coussin, dit du Vernh. (B. U. Ms. Fds. Périgord, t. CXXV,
dossier Cardaillac, p. 6 v.)
196
^4 82
1485
TABLE CHRONOLOGIQVE
La maison priorale que les e'vesques de Sarlat avoint à Dome
fut brusléel'an \482 avec la pluspart des titres de l'évesché ; elle
estoit size sur laplace, vers le couchant d'este', de laquelle nereste
rien que une belle et grande cave. Bertrand de Rofïìgnac yfaisoit
sa demeure ordinaire et y avoit faict apporter les titres de l'évesché. Ce feu arriva par un accident incogneu et si soudain
qu'il n'y eut moyen de conserver aucuns papiers ni meubles.
Sur le procès qui estoit entre Périgueux et Sarlat pour raison des limites de leurs séneschaussées, par sentence du
6 juillet 1485, donnée par le juge de Montignac, en vertu des
lettres paten tes du sieur d'Albret, est ordonné que, par provision,
le séneschal de Sarlat jouyra de toute la chastelenie de Montignac et paroisses de S'Lazer et Bersac et le séneschal de
Périgueux de Trémolat, Paunac et de toute la terre de Limol
qui est au delà de Vézère et Doi'doigne.
D'autant que, par l'érection de Pesglize collégiale de Capdrot,
l'archiprestré qui est la principale dignité en icelle est électif,
comme nous avons dict en son lieu, et que, lors qu'on procède
àl'élection d'iceluy, le sieur évesque de Sarlat y a une voix avec
l'approbation et institution, la vacance estant arrivée, l'an
1485, au commencement d'octobre, par le décès de Pierre
Griífol archiprestre, les chanoynes en donnèrent advis à Bertrand de Rofïìgnac, évesque, lequel estant à Dome malade, (de
la maladie dont il mourut deux moys après), faict procuration
expresse le W d'octobre à Bertrand de la Cassagne ^son vicaire
« trand Tustal a , procureur du roy au
ci siège de Sarlat, sont les commissaires.
« Toutes les terres que le sieur de
« Pons b avoit en Périgord avoient esté
« confisquées au roy. On prend garde,
« lorsqu'on abbatoitle chasteau de Mont« fort, qu'il avoit esté démoli environ
« cent ans auparavant. » (Ms. Tarde B.)
1 La Cassaigne, commune, canton de
Terrasson. — Château.
a Bertrand Tustal, d'une vieille bourgeoisie de Sarlat, devint conseiller au Parlement do Bordeaux quelques
années après. En 1486, il est qualifié licencié ès lois, conseiller au Parlement de Bordeaux, lieutenant général
d'Odet d' Aydie, chevalier de l'ordre de roi, grand sénéchal, gouverneur de Guienne. — II mourut président au
même Parlement. Serène de Pelisses, sa veuve, lui donne cette qualité dans un acte de 1507. (B. N. Ms. Pièces
Originales, vol. 2900, dossier 64439. p. 1, 4, etc.) Bertrand TuBtal a fait souche à Bordeaux d'une famille parlementaire, qui existait il y a peu de temps encore, si je ne me trompe. Le fief de la Prévôté de Saint-Sornin en
Saintonge lui appartenait. (Nadand, Nobiliaire du diocèse de Limoges, t. IV, p. 240.)
b Jacques de Pons, covicomte de Turenne. (Voir page 192, note 3.)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
197
général et chanoyne de ladicte esglize de Capdrot, pour aller
sur les lieux procéder à l'élection d'un nouveau archiprestre.
Et, pour laisser à la postérité la mémoyre des formalités qui,
pour lors, estoint observées en telles élections , nous dirons
comment il fut procédé en ceste cy.
Le 12 octobre, les chanoynes estant assamblés en l'esglize de
Monpazier, après avoir esté certifiés de la maladie du sieur évesque, vérifient et accordent à Bertrand de la Cassaigne l'effect
de sa procuration, sans conséquence et sans préjudice de leur
bulle et statutz, et puys tous conjointement créent un d'entre
eux pour estre vicaire général de l'archiprestré, aux fins de
gérer tant au spirituel que temporel ce qui dépend de cet
office pandant la vacance. Et, provoyant aux choses nécessaires
à la future élection, nomment un d'entre eux pour estre promoteur aux fins de régler, demander et faire toutes diligences
nécessaires ; indisent le 24 du mesme moys pour estre procédé
à Télection en l'esglize de Monpazier, à cause que Armand de
Gontaud 1 , clerc, frère du sieur de Biron, tenoit avec une garnison
occupée l'esglise de Capdrot, ce qui ampêchoit les chanoynes
d'y avoir libre accès ; après baillent commission expresse par
escript à un de leurs prébandicrs pour citer tous ceux qui
avoint voix délibérative en l'élection, tant présens que absens,
pour se trouver audict jour 24 en l'esglise de Monpazier,
lequel, après avoir presté le serment, intime tous ceux qui
estoint là présens audict jour, heure et lieu, et, le lendemain,
affiche une coppie de citation à la porte de l'esglise de Monpazier et une autre à la porte de l'esglise de Capdrot, et puys
Dans l'acte de fondation par Bertrand
de Rofsignac de trois chapellenies dans
l'église paroissiale de Dome, le 1 2 septembre 1485, nous le trouvons ainsi
qualifié : « Noble et religieux homme
Bertrand Daix (d'Aytz), aliàs de la
Cassagne, licencié ès droits, prieur de
l'église collégiale de Saint-Avit-Sénieur,
recteur de Notre-Dame de Gon (?) et de
St-Vincent de Cosse, au diocèse de Sarlat, official de Sarlat. » (Arcli. deGérard.)
1 Armand de Gontaut-Biron, clerc,
dont on parle ici, frère du baron de
Biron, était le futur évêque de Sarlat.
26
198
TABLE CHRONOLOGIQVE •
va trouver les absens en leur habitation pour les intimer. Le
24 octobre, ilz s'assemblent bon matin clans le cœur de l'esglize
de Mompazier , avec un notaire et trois tesmoins, ordonnent
que tous ceux qui avoint voix délibérative diroint messe, et
ceux qui n'estoint pas prestres feroint leur communion, et le
promoteur advertit le notaire et les tesmoins de prendre bien
garde à tout ce qui se passeroit pour en dresser procès-verbal.
Après que tous ont dict messe en pai^ticulier, la Cassaigne dict
la messe du S' Esprit en haut et ceux qui n'estoint pas prestiges prindi-ent la communion de sa main. La messe achevée,
et la procession faicte à l'entour de l'esglize, ilz s'assemblent
et eslizent ledict la Cassaigne pour présider en cet affaire,
ordonnent que les affiches de citation soyent leues et, pour ce
faire, le promoteur prind le notaire, les tesmoins et le commis
pour les citations et, estans à la porte de l'esglise, le comis cite
à haute voix tous ceux qui avoint droit d'eslire et après lèue
les aíìches et, estans revenus à l'assemblée dans le cœur, faict
paroistre de tous ses exploitz et du tout le promoteur demande
acte, et le président, à la réquisition du promoteur, faict prester le serment au notaire et tesmoins de ne rien descouvrir
de tout ce qui se passera jusques à ce que l'élection soit faicte
et publiée. Et l'horloge ayant sonné dix heures, est ordonné
qu'on procédera en l'absence des défaillantz. Hz commencent
par une confession générale ; la Cassaigne se met à genoux
devant le sacrestain qui luy donne l'absolution et, s'estant
remis au siège de président sur les degrés du grand autel, tous
viennent à luy l'un après l'auti-e, se mettentde genoux devant
luy et prènent l'absolution de leurs péchés, de l'excomunication si de droit ilz l'avoint encourue. Cela faict, le présidant
leur dict qu'il y a trois sortes d'élection qu'on appelle « per
cc viam scrutinii, per viam compromissi et per via/n Spiritus
« Sancti » et demande quelle ilz veulent suivre. Hz répondent
JDE L'ÉGLISE DE SAKLAT.
199
vouloir procéder « per viam scrutinii »'. Estant d'accord de
cela, ilz eslisent trois scrutateurs prins d'entre eux-mesmes,
auxquelz ils font prester le serment. Le présidant expose à
tous que, selon le concile de Basle, ilz sont tenus tous en particulier de prester le serment solemnel avant procéder au
« scrutinium D et s'obliger par icelluy d'eslire une personne
digne et utile. Ce que estant accordé, le président se met de
genoux devant le secrestain, comme estant la seconde personne
en ceste esglize et, tenant les mains sur les sainctz Evangiles,
dict: « Ego juro et promitto Omnipotenti Deo, et Beatœ Mariœ,
« in cujus honorent Ecclesia de Capdroto dedicata est, illunt
« eligere in archipresbiterum quem credam futurum Ecolesice in
« spiritua libus et temporalibus ntiliorem, nec illi vocem dare
« quem verisimiliter scivero promissione aut datione alicujus rei
« temporalis seu prece, vel per se, vel per alium, interposita,
(Í aut alias qualitercumque directe vel indirecte pro se electio« nem procurare. » Ce serment faict, le président se remet à
son siège et après tous les autres, l'un après l'autre, se vont
jetter de genoux devant luy et prestent le mesme serment
soubz mesmes paroles. Cela faict, le président les adjure, sur
peine de damnation éternelle, de dresser leur suffrage vers
celluy qu'ilz jugeroint le plus utile au bien de l'esglize ; et
incontinent les trois scrutateurs, le notaire et les tesmoins
sortans du cœur se retirent en la chapelle de S te Anne qui est
en ladicte esglize eslue pour faire le « scrutinium. ». Et là, les
électeurs vont l'un après l'autre dire et bailler leur voix en
ceste sorte : celluy qui baille sa voix se met de genoux, les
mains sur les Evangiles et, estant en cest estât, les scrutateurs
l'adjurent tous] [de mesme que avoit faict le président. Et,
après cela, il baille son suffrage par escrit de telle teneur :
« Ego nomino et eligo talent N. in archipresbyterum prœsentis
« Ecclcsice , tanquam suffteientiorem et utiliorem, in et ipsum
200
TABLE CHRONOLOGIQVE
« consentie. » Lequel escript il lit et puys le leur laisse signé
de sa main et se retire, et les scrutateurs en appèlent un autre,
selon le reng qu'il tient entre eux, lequel en faict tout de
mesme et ainsi jusques à ce que tous ont donné leur suffrage,
et d'autant que les trois scrutateurs estoint chanoynes, les deux
d'entre eux appeloint le troysiesme à son rang, l'adjuroint et
recevoint son suffrage par escript en la forme des autres. Le
« scrutinium » parachevé, on faict venir devant le grand autel
les scrutateurs, notaire et tesmoins et le président demande aux
chanoynes s'ilz veulent varier et s'ilz veulent que le « scrutinium » soit publié j ilz respondentqu'ilz ne veulent varier et
consentent à la publication. Lors, le notaire baille les cartelz ès
mains du président lequel monte sur un banq plus haut et plus
près de l'autel, les lit tous à haute voix et se trouve que
Arnaud de la Cassaigne, prebstre et bachelier ès droietz, avoit
neuf voix, et Armand de Gontaut en avoit quatre, à cause de
quoy le président déclaire ledict Arnaud de la Cassaigne bien et
deument esleuet,en qualité de vicaire général du sieur évesque
de Sarlat et du consentement de ceux qui l'avoint esleu, luy
faict la collation et titre de l'ai'chiprestré en la forme commune,
laquelle après il faict lire à haute voix et après demande à
ceux qui l'avoint esleu s'ilz l'agréent ainsi, lesquels répondent
qu'ilz Pont agréable et lors on ouvre toutes les portes de l'esglise, on allume les cierges, on sonne toutes les cloches et
les chanoynes prènent le surpelis, chantent le « Te Deum
laudamus » , lequel achevé , ceux qui avoint esleu ledict
de la Cassaigne font procuration à quatre d'entre eux pour
se transporter à Dome vers le sieur évesque pour luy notifier ce dessus et le prier de confirmer ceste élection, et du
tout le promoteur demande pi'ocès-verbal estre faict , lequel est receu par Philiparie , notaire royal et apostolique.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
201
PONS DE SALIGNAC 1 est le XVIIIe évesque de Sarlat. II
fut esleu le 14 décembre, neuf jours après le décès de Bertrand
de Roíïignac, et proveu par Innocent VIII, pape, «. iiij kal.
martii, pontif. anno II0 », qui est le 27 íèbvrier 1485. Lors de
son élection , il estoit conseiller en la cour de Pai'lement de
Bordeaux, abbé de Cleyrac 2 en Agénois et doyen de S' Yrièsla-Perche en Limozin, desquelz office et bénéfices il avoit
jouy plus de vingt ans, pendant lesquelz il avoit receu plusieurs commissions des papes à luy adressées pour des affaires
d'importance. Le 21 may 1486, il fit son entrée à Sarlat, lors
de laquelle il truva les religieux de l'esglise cathédrale soubz
le portique de S' Jean appelé del Peyrou, où ilz avoint appresté
une table et icelle couverte de reliques avec un missel. A
mesme temps qu'il y fut arrivé, un d'iceux luy parla et, la
harangue faicte , le pria de vouloir prester le serinent en tel
cas requis et acostumé, ce que il offrit faire et, tenant les mains
sur le missel ouvert, prononça ces paroles : « Nos, Pontìus de
cc Salignaco , electus Sarlatensis et confirmatus et de eodem
cc episcopatu per sanctam Sedem Apostolicam provisus,promitcc timus et juramus prcesentem Ecclesiam Cathedrcdcm Sarlacc tensem religiososque ejusdem in suis juribus, prœrogativis,
cc libertatibus, statutis, et consuetudinibus laudabilibus in quibus
cc ipsa Ecclesia religiosique ejusdem sunt et fuerunt, tam per se
« qucim per eorum prœdecessores, tenere et custodire et ipsa jura,
cc prœrogativas , lïbertates, statuta et consuetudines laudabiles
cc prœdictas , nec ipsorum aliqua per nos seu aliam interpositam
cc personam infringere seu infringi facere nec permittere quovis
« modo. » Lesquelles paroles ont acoustumé d'estre ainsi
dictes en telles occureríêe3sL. l0M H ®^ësa et fit imprimer le bréDE LA VILLE
1 Pons de Salignac était filsQfe fcíyft- 1 ^F-àSrìPsL atour. Catalogue des évêques.)
2 Glairac, canton de Tonneins (Lotmond, seigneur de Salignac, et de Alix
de Pérusse des Cars, frère d'Antoine,
et-Garonne).
seigneur de Fénelon. (Chanoine de Gé-
202
Prioré
d'Aillac.
TABLE CHRONOLOGIQUE
viaire 1 pour son diocèse, au commencement duquel il mit le
calendrier propre pour les esglises du Sarladois et les règles de
ce qu'il faut observer pour bien dire l'ofïìce. 11 y mit la légende
abrégée des Sainctz qui ont des esglises consacrées sur leur
invocation dans le diocèse et principalement de ceux qui sont
patrons des esglises collégiales, tant régulières que séculières.
Et pour S' Sacerdos, patron de la cathédrale, il dresse les
antiennes et responsoires de tout l 'onice et divise la légende en
24 leçons pour en avoir durant l'octave, trois chasque jour. Au
préambule, il tesmoigne que Bertrand de Rofïìgnac, son prédécesseur, avoit heu ce mesme dessein, mais,
prévenu de mort, luy en avoit laissé le soin et
l'exécution. II estoit frère du baron de Salignac , portant ses armes : bandé d'or et de sinople. II changea ceste vie mortelle avec l'immortelle au château de Temniac le 1 4 d'octobre
1492, ayant siégé 6 ans 8 moys et 13 jours.
En ce temps, le prioré d'Aillac 2 estoit en son entier, habité
par les religieux de Cadoin , un desquelz y commandoit en
qualité de prieur. Ce monastère estoit dans la paroisse de
Molières, à demy lieue de Cadoin et sur le ruisseau qui descend de Cadoin. C'estoit un petit monastère bien basti et fort
agréable. II y avoit de belles fontaines dans l'enclos, la garène
et forest l'environoit d'un costé, les vignes de l'autre, un grand
estang au dessoubz avec moulin, prairies et pigeonier. A présent, on y voit l'esglize presque entière et on y remarque les
ruines de l'enclos, du réfectoire, du cloistre et dortoir : les moulin, pretz, vignes et pigeonier y restent et le lieu où estoit la
forest se recognoit. II fut basti environ l'an 1140.
1 Le chanoine Armand de GérardLatour possédait dans sa bibliothèque
ce bréviaire imprimé par les soins de
Pons de Salignac en 1490. — (Lettre à
Papebroch du 3 novembre 1675.)
2 Aillac (B. Maria de Aillaco), hameau, commune de Molières, canton
de Cadouin.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
203
Le doyené d'Issigeac, qui estoit de l'ordre de S 1 Benoît, est sécularisé l'an 1488, avec tous les religieux qui y estoint, par le
légat du pape qui pour lors estoit en France, et ce, à la
solicitation de Pons de Salignac, évesque, et y furent establis
7 chanoynes scavoir : un prévôt, qui auroit la cure des âmes
et seroit premier chanoyne, un secrestain qui auroit soin des
choses ecclésiastiques, concernant le service deu par le chapi1
ti^e, et cinq simples chanoynes .
Jean d'Alhret, fìlz aisné d'Alain d'Alhret et de Françoise de
Bretaigne, comtesse de Périgord, espouse Catherine de Foix,
reyne de Navarre, fille de Gaston de Foix et de Héléonore,
héritière du dict royaume, lesquels Jean et Catherine se qualifìoint par leurs letres roys de Navarre, ducz de Nemours,
Gandu, Monblanc et Pechnafiel, comtes de Foix, seigneurs de
Béarn, comtes de Bigorre, Ribagore, Pentièvre et Périgord,
vicomtes de Limoges, et de ce mariage nasquit l'an 1503 Henri
d'Albret lequel, comme héritier de sa mère, fut roy de Navarre
et nommé Henri second, et, comme héritier de son père, fut
comte du Périgord, vicomte de Limoges, etc.
Le chapitre Nostre Dame de Capdrot est transporté de Capdrot
à Mompazier, par bulle expresse du pape Innocent VIII, datée de
l'an 1490, du consentement de Pons de Salignac, évesque diocésain, laquelle bulle est publiée, fulminée et exécutée, l'an 1492,
par Pierre de Gain 2 , abbé de Cadoin, commissaire à ce député.
3
ARMAND DE GONTAVT DE BIRON est le XIXe évesque
de Sarlat. II fut nommé par le roy incontinent après le décès
1 « 1489. — II y eut tremblement de
« terre en Périgord, en divers lieux,
« le i cr de mars, deux heures après
a midy. » (Ms. Tarde B.)
2 Pierre de Gaing, dit le Jeune, fils du
seigneur d'Oradour-sur-Glane en Limousin, devint abbé de Cadouin vers
1475, sur la résignation de son oncle
Pierre de Gaing, dit le Vieux. — II était
prieur de St-Sardos, au diocèse de Montauban, et devint administrateur perpétuel d'Obazine en 1473, abbé de
tìolignac en 1488, puis de Beaulieu en
Limousin. (Nadaud, Nobil. du diocèse de
Limoges, II, 256.)
3 Armand de Gontaut de Biron était
fils de Gaston, baron de Biron, et de
Catherine de Salignac, sœur de Pons,
204
TABLE CHRONOLOGIQVE
de Pons de Salignac et, sur ceste nomination, obtint ses provisions à Rome et prind possession de l'évesché le 23 febvrier 1492,
à laquelle s'opposa Bernard de Sédières, comme ayant droit à
l'évesché pour avoir esté éleu par le chapitre selon les formes
anciènes et ordinaires, d'où s'ensuivit un long procès, et, aíin
qu'on sache à l 'advenir quelle estoit la forme de procéder à
l'élection des évesques, nous dirons icy brièvement comment
il fut procédé en ceste cy, ce que nous ne pourions davantage
dilayer, attendu que ce a esté la dernière élection faicte à Sarlat
avec Tanciène liberté.
Le 14 d'octobre 1492, les religieux de l'esglise cathédrale
sortent en procession à l'issue de prime et s'en vont au devant
du corps de Pons de Salignac, leur feu évesque, lequel ses
parens et serviteurs faisoint porter de Temniac à Sarlat et,
l'ayant rencontré bien avant hors la ville, l'accompaignent
jusques dans l'esglise cathédrale où ilz disent la messe et
l'ensevelissent devant le grand autel. Et, le mesme jour, une
heure après midi, les dictz religieux s'assemblent en chapitre
et créent quatre vicaires généraux pour pourvoir au diocèse,
lesquelz acceptent la charge et prestent le serment de la bien
administrer. Après, ils créent un sindic ou promoteur pour
requérir tout ce qui concerne l'élection du futur évesque,
lequel aussi, ayant accepté la charge, preste le serment de la
bien et fidèlement exercer. Cela faict, ilz se retirent au cœur
et disent vespres. Après vespres, ilz se rassemblent en chapitre
pour parler de l'élection de leur futur évesque. Le premier des
vicaires généraux harangue et monstre combien il est nécessaire d'avoir un évesque, à la nomination duquel il est expédiant de procéder, le plustôt que faire se pourra. En après,
il représente pour tous quatre et proteste qu'ilz n'entendent
évêque de Sarlat. II succédait donc à son oncle sur le siège de Sarlat.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
205
point appeler pour l'élection future aucun qui soit excomunié, interdit ou suspendu, les priant d'adviser si entre eux il en
yaquelcunqui soit tel. Ilz protestent tous ne l'estre point.
Ceste protestation faicte, ilz ordonnent que tous ceux qui ont
voix délibérative en ladicte élection seront appelés et intimés à
certain jour, entre lesquelz ilz n'entendent comprendre les
abbés commendataires et non profès. Et, pour procéder à ladicte élection, indisent le mardi 23 du présent moys d'octobre,
le matin à heure de prime, qui est à sept heures, au lieu où ilz
ont acostumé tenir chapitre, et sur le champ expédient lettres
portant commission d'assigner et intimer audict jour les absens, signées des vicaires généraux et scelées du sceau du
chapitre, et le premier des vicaires généraux intime de sa
propre bouche les présens audict jour, heure et lieu, lesquelz
acceptent tous l'intimation. Deux prebstres sont nommés pour
faire les autres intimations : l'un prind charge d'intimer les rele
ligieux conventuelz absens, ensemble les prieurs de S Marie
de Sarlat, de Taniès, de S' Léons, de Belvès et de S' Tomas de
Montignac; l'autre promet d'intimer les prieurs de S' Sardos
de Montauban, de Dodrac de Monteton, de Laurenque et de
Galviac près Montflanquin, tous prieurs et priorés dépendentz
immédiatement de Sarlat et ayant voix en Télection. Le sabmedi 20 d'octobre, à la requeste de quelques religieux, le jour
de l'élection fut prorogé au jeudi suivant25 d'octobre, laquelle
prorogation fut affichée aux portes de l'esglise de Sarlat. Et,
advenant le jeudi 25 d'octobre, les religieux et prieurs intimés
et venus s'assemblent au cœur et chantent prime à Theure
acostumée et après entrent en chapitre. Et, avant toute autre
chose, nomment et apellent trois notaires, sçavoir est Jean de
Bars, Pierre de Céron et Jean de Plamon, pour recevoir les actes
1 Doudrac, commune, canton de Villeréal (Lot-et-Garonne).
27
206
TABLE CHRONOLOGIQVE
et procès-verbal de tout ce qui se dira et faira en ceste présente
élection; plus appèlent trois tesmoins prestres et trois hommes
de conseil pour leur donner advis et résoudre les doubtes qui
se pourroint présenter : à tous lesquelz ils font prester le serment. Et, après avoir faict attestation qu'il estoit huit heures
sonnées, ilz font adjurer tous ceux qui avoint esté intimés tant
présens que absens. Cela faict, ilz se retirent au cœur, un d'iceux dict messe de S' Esprit, tous les autres se confessent et
communient, la messe achevée, ilz font la procession à l'entour
du cloistre chantant le « Veni Creator ». Après que la procession est achevée, ilz rentrent en chapitre. La première cbose
1
qu'ilzfont^ilsélisent un président, scavoir Bertrand de Roffignac ,
prieur cloistral, auquel ilz donnent puyssance de présider en
tout ce qui concerne ceste élection, lequel l'accepte et s'assiet
au lieu du président et faictasseoir auprès de soy les trois conseillers. Ceux qui avoint heu charge d'assigner les prieurs estrangers sont appelés lesquelz font apparoistre de leurs exploitz.
Ceux là mesmes sont envoyés aux trois portes du cloistre adjurer
tous ceux qui ont ou prétendent avoir voix en l'élection et,
cela faict, lèvent les affiches de ces trois portes et font raport
du tout. Le scindic ici nommé est partout et requiert acte de
tout aux notaires; cela faict, ilz se prosternent tous devant le
président, font leur confession générale, le président les absout
de tous péchés, excomunications et interdictions, si, de droit
ilz en avoint encouru. Après qu'ilz sont remis en leurs places,
le président les harangue, exorte et conjure d'eslire celluy qu'ilz
jugeront en Dieu estre le plus utile pour le bien public de l'esglize, sans aucune affection particulière; l'exortation finie, il
leur propose quelle voyeils veulent observer en ceste élection.
1 Bertrand de Roffignac, grand prieur
claustalde Sarlat en 1492, devait être le
neveude l'évêque Bertrand deRoffignac,
9° enfant de Regnauld de Roffignac,
chevalier, seigneur de Meaulce, frère du
prélat. (Nadaud, Nobil. du Lim. IV, 87.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
207
Hz répondent tous, d'une mesme voix, qu'ilz veulent suivre
la voye qu'on appelle « scfutinium », à la charge que si, par
ceste voye, ilz ne se pouvoint accorder, ils y procèderoint par
une autre. Estant tombés d'accord en cela, ilz prestent tous le
serment ès mains du président, mettant les deux mains sur le
« Te Igitur » qui est le canon de la messe, lequel serment ilz
prononcent en paroles expresses qui sont : « Ego N. juro et
a promitto Omnipotenti Deo et sancto Salvatori^sub cujus nomme
« dedicata est hœc Ecclcsia Sarlatensis^eum eligere quem cre« dam futurum Ecclesice in spiritualibus et temporalibus uti« liorem, nec illi vocem dare quem verisimiliter scivero promis« sione aut datione alicujus rei temporalis, seu prece } per se aut
« per alium interpositum,' aut alias qualitercunquc directe vel
« indirecte prose electionem procurare. » Cela faict, ilz élisent
d'entre eux trois qu'ilz appellent « scrutatores » ausquelz ils
donnent tout pouvoir de rechercher et retirer secrètement les
voix et suffrages d'un chascun, iceux mettre par escript, les
conférer ensemble et les publier quand il en sera temps.
Estant d'accord des trois scrutateurs, ils élisent le lieu du
a scrutinium. » dans le cloistre mesme et du costé du réfectoire, assés esloigné du chapitre, afin que ceux qui iroint apporter leurs voix aux scrutateurs ne fussent ouys ny entendus
de ceux qui estoint audict chapitre. En ce lieu là, ilz fontaporter une table et des sièges pour les scrutateurs, les notaires et
tesmoins. Cela faict, les « scrutatores -a baillent premièrement
leur voix l'un après l'autre par escript en ceste forme : « Ego
« N. nomino in Episcopumet pastoremistius ecclesiœ videlicet N.
« sufficientem et idoneum ac benemeritum et in ipsum consentio. »
Après que chascun des scrutateurs a baillé son cartel en telle
forme, escript et signé de sa main, ilz appellent tel du chapitre
que bon leur semble, lequel venu à eux l'adjurent derechef.
II baille son cartel en la forme susdicte, escript et signé de sa
208
TABLE CHBONOLOGIQVE
main et, après qu'il s'est retiré au chapitre, ilz en appèlent un
autre qui procède de mesmes, et ainsi jusques au dernier. Cela
faict, les scrutateurs, les notaires et les tesmoins s'en retournent
au chapitre. Le président déclaire le « scrutiaium » estre
faict; les somme de dire s'ilz veulent varier ou percister. Hz
déchurent tous l'un après l'autre qu'ilz veulent percister. Après
leur demande, s'ilz veulent que le « scrutiniwn » soit publié, ils
répondent qu'ilz le veulent et le désirent. Lors les scrutateurs
disent et déclairent qu'il y a trois personages nommés pour
4
êtreévesques de Sarlat savoir : M e Bernard de Sédières , prebstre,
licencié èz droitcz, prieur de Tesglize collégialeS'Caprasi d'Agen,
2
noble home « Egidius de Turre » , prebstre, bachelier ès droictz,
protonotaire du S' Siège, frère du sieur vicomte de Turene,
et Guihaume de la Douze 3 , prestre, chanoyne de Périgueux,
protonotaire du S' Siège et conseiller du roy en la cour et Parlement de Bordeaux ; toutesfois avec telle différance que ledict
de Sédières avoit neuf voix, Egidius de la Tour en avoit cinq
et ledict de la Douze n'a voit que une seule voix ; que telles
estointles voix de quinze qu'ilz estoint.
Lors, le premier de ceux qui avoint nommé P'gidius de la
Tour se lève, harangue et maintient que l'élection dudictde la
Tour devoit tenir, tant à cause du zèle et mérite d'icelluy que
de ceux qui l'avoint nommé. Icelluy ayant achevé déparier,
le principal de ceux qui avoint nommé ledict Sédières prind la
parole et maintient le contraire, soustenant que Sédières
1 Bernard de Sédières appartenait à
une famille distinguée du Limousin, qui
portait pour armes : d'azur au chevron
d'or, accompagné de trois palmes de
même. (Nadaud, Nobiliaire du Limousin,
IV, i5o.)
2 Gilles de la Tour, second fils d'Agne
de la Tour, seigneur de Limeuil, vicomte de Turenne par son mariage
avec Anne de Beaufort, vicomtesse de
Turenne. (Nadaud, Nobiliaire du Limou-
sin, IV, 191.)
3 Guillaume d'Abzac, fils de Jean
d'Abzac, écuyer, seigneur de la Douze,
Reillac,etc, chambellan et maître d'hôtel de Jean, sire d'Albret, et de Jeanne
de Saint-Astier des Bories. Guillaume
d'Abzac, protonotaire du Saint-Siège,
chanoine des deux chapitres de Périgueux, devint grand archidiacre de
Narbonne.
DE L 'ÉGLISE DE SARLAT.
209
debvoit estre confirmé par plusieurs raisons. Celluy qui avoit
nommé ledict la Douze monstre que les voix des autres deux
se ruinent l'une l'autre et que la Douze doit estre esleu. Après
plusieurs protestations, les cinq qui avoint nommé lîgidius de
la Tour et celuy qui avoit nommé le protonotaire de la Douze
sortent du chapitre, et les neuf qui avoint nommé Bernard
Sédières consultent ce qu'ilz ont à faire. On présupose que
ledict de Sédières estoit en la ville et qu'il le faloit prier d'accepter leur nomination et élection. Ceste proposition est truvée
bone et partant ilz députent quatre d'entre eux pour ce faire,
lesquelz se portent à son logis et le prient d'accepter l'élection ;
il demande délay jusques au lendemain, attendu l'importance
de la charge et, le lendemain, jour de vendredi, 26 d'octobre
audict an 1492, lesdictz députés retournent de matin au logis
dudict sieur de Sédières esleu, pour avoir sa résolution, ausquelz il faict response qu'il acceptoit leur élection et baille son
consens par escript en telles paroles : « Ad laudem et honorent
« Altissimce Trinitatis^ Patris, Filii et Spiritus Sancti, Marice
<Í Virginis benedictœ, sanctique Salvatoris subcujus laude et
«. prœconio Ecclesia Cathedralis Sarlatensis est fundata et sancti
« Sacerdotis, cujus corpus in ipsa habetur, totiusque agm.inis
« civium supernorum, ego Bernardus Sediera, electus in epis« copum et pastorem ipsius Ecclesise, visa per me electione de
«. me factâ, processu desuper facto cum subsequenti présentav. tione : quia divinœ voluntati resistere non possum nec debeo,
« nec ambitiose consentio nec superbe resisto, sed quia charitatis
« nécessitas me consentire compellit, ideò electioni mihi prœsen« tatœ votisque religiosorum in me consentientium et eligen« tium puro animo humiliter consentio. »
Les députés s'en retournent, baillent cet escript aux notaires,
après l'avoir faict voir aux autres religieux. Les notaires délivrent le procès-verbal de toute la procédure audict de Sédières
210
TABLE CHRONOLOGIQUE
esleu pour avoir la confirmation de i'archevesque de Bordeaux
et ses provisions et bulles du pape.
Le 23 febvrier, ledict sieur de Sédières, adverti que Armand
1
de Gontaud de Biron prenoit possession de l'évesché en vertu
des provisions obtenues sur la nomination du roy, s'y oppose
et faict citer ledict Armand devant le métropolitain pour y
déduire ses causes d'opposition, et puys le faict assigner en
complainte au Parlement de Bordeaux. Armand évoque au
conseil privé, et là les parties sont renvoyées au Parlement
de Paris. Giles de la Tour obtient un rescript de Rome et faict
citer Armand devant l'offìcial de Clairemont, juge délégué,
qui vient à Sarlat pour cet effect. Guilhaume de la Douze
obtient aussi rescript et faict assigner Armand devant le sieur
de Ronsenac et l'official de Périgueux, juges délégués. Les
gens de Giles de la Tour prènent la maison épiscopale sur
Armand, nonobstant la garnison qu'il y tenoit, de quoy Armand se plaint au roy et faict venir de Paris un M e de Requestes pour en informer. Sur ces contestations, tant la maison que
les fruitz de l'évesché sont enséquestrés par arrest et un conseiller du Parlement de Paris envoyé à Sarlat pour l'exécution
d'icelluy. Avant cet arrest, sans avoir égard à ces contestations,
Armand se maintenoit évesque
et, quoy qu'il ne fut pas
sacré, régissoit le diocèse et fit des constitutions synodales en
latin, consistant en 34 articles ,
plain synode
lesquels il fit publier en
un jeudi après Quasimodo
qu'on
comptoit
10 apvril 1494, avec commandement à tous les prebstres du diocèse d'en retirer une copie, qui leur estoit délivrée par Hame2
lin secrétaire .
1 Armand de Gontaud prêta serment
au roi Charles VIII, le 20 mars 1493.
(Ch. de Gérard-Latour, Catalogue des
évêques.)
2 « H95. — La peste estant fort
« eschaufée à Bordeaux, la cour de
« Parlement vient à Bergerac, où elle
« demeure quelques mois. » (Ms. Tarde
B.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
211
1
L'an 1495, en septembre, Bernard de Sédières
meurt à
Paris à la sollicitation de cet affaire. Le roy escript au chapiti'e de ne bailler aucun compétiteur à Armand et leur envoyé
la lettre par un sien conseiller, archidiacre de Poitiers. Ceste
letre fut cause que, le chapitre assemblé pour procéder à une
nouvelle élection, six de ceux qui avoint nommé Sédières
esleurent de nouveau Armand, mais les autres trois, avec les
cinq qui avoint esleu Gilles de la Tour, esleurent Raymond de
Comers, recteur de Sérezac, issu de la maison de Langlade
près de Martel, qui estoit chancelier du vicomte deTurene. Ce
qu'ilz firent à la solicitation de Gilles de Turene, lequel,
comme on disoit, avoit tiré parole dudict Comers de luy
céder tous les droitz qui luy seroint acquis par telle nomination. Comers faict citer Armand à Bordeaux devant I'archevesque, lequel commet et envoyé à Sarlat, en octobre 1495,
Louys Cotet, prieur de la Réole et Jean Buboy, official de
Caors, pour cognoistre de la validité des deux élections. Ces
deux commissaires appointent les parties en contrariété et, sur
cè, les enquestes estant faictes et rapoi'tées, sentence est prononcée en faveur d'Armand, à laquelle Comers est appelant.
En may 1496, Philippe Simon, conseiller du roy, venu de Paris
à Sarlat, met l'évesché en séquestre et surent faictz vicaires
généraux pour le spirituel et officiers pour le temporel.
Comers , relevant son appel , obtint un rescript de Rome,
adressé à l'official de Montauban qui vient à Gordon pour ce
subject. Là fut parlé d'accord, et les parties ayant convenu du
1 Noble Raymond de Commers, bachelier en droits, curé de Sarrazac en
Quercy, chancelier du vicomte de Turenne, témoin de son testament, en1460, et de son codicille, en 1488.
(Baluze, H. gén. de la M. d'Auvergne,
t. II, p. 741, 742). Ges relations intimes entre Commers et la maison de
Turenne donnent un certain poids à
l'opinion généralement admise alors,
que la candidature de cet ecclésiastique
au siège épiscopal de Sarlat n'était
qu'un moyen détourné employé par
Gilles de la Tour pour acquérir cette
dignité,
H9 5
1496
212
1498
Belvès.
i5o 0
TABLE CHRONOLOGIQVE
sieur évesque de Caors, ilz s'assemblent à Salviac et puys à
Marqués *, où furent passées quelques procurations pour l'accomodement. L' arrest de maintenir fut donné à Paris l'an 1498,
en faveur d'Armand, lequel, venant de Paris, la mesme année,
se fit sacrer à Limoges et, le premier febvrier en ladicte
année 1498, fit mettre en exécution ledict arrest portant mainlevée des fruitz de l'évescbé en sa saveur contre Raymond de
Comers et, le mesme jour, fit son entrée solennelle à Sarlat,
comme paisible possesseur de l'évesché en laquelle il tind le
siège l'espace de 26 ans, à compter du jour
de sa première prinse de possession, scavoir
jusques à l'an 1519, auquel temps il s'en démit en faveur de Charles Bonaval, comme
il sera dict en son temps, et prind le titre
d'archevesque de Nazareth. II portoit ses armes
inquartées d'or et de gule.
En ce temps, il y avoit à Belvès escoles de grammaire, logique,philosophie et musique, et le prieur avoit, en fait, le pouvoir de conférer toutes ces places de régens, lequel pouvoir est
à présent dévolu au chapitre de Sarlat en qualité de prieur de
Belvès.
Le 5 octobre 1500, Armand de Gontaud de Biron, évesque
de Sarlat et les consulz dudict Sarlat, d'une part, et François
de Caumont, sieur de Castelnau, transigent pour raison des
limites des terres et juridictions de Sarlat et Castelnau et
posent les bornes qui y sont encore et, le 11 apvrill511, lesdictz
sieurs évesque et consulz en firent de mesme pour les limites
de Sarlat et de Temniac.
Depuys que l'abaye de Sarlat avoit esté érigée en évesché,
on avoit souvent proposé de razer l'antienne esglize abbatiale
1 Mercuès, commune, canton de Cahors. — Château des évêques de Ca-
hors, dominant la plaine du Lot.
213
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
pour la bastir à la moderne avec la splendeur requise à une
esglize cathédrale, à cause de quoy, le 18 juillet 1504, on commencea à démolir l'anciène esglise et, le 6 de fébvrier suivant,
qu'on comptoit encore 1504, furent jettés les fondemens de celle
qu'on voit aujourd'huy imparfaicle. Frère Jean de Maigna.
nac ', vicaire général du sieur évesque , posa la première
pierre du costé de la chapelle S' Pierre et Frère Guilliaume
de Plamon 2 , prévôt, posa la seconde du costé de la chapelle
de S* Esprit. Pierre Esclache architecte conduisoit l'ouvrage
lequel , peu d'années au paravant, avoit achevé l'esglize
parroissiale.
1204
Le lundi de Pasques 5 d'apvril 1507, Armand de Gontaud,
évesque, sacra l'esglize parroissièle S te Marie de Sarlat et ordonna que la feste de ce sacre soit tous les ans solennisée le
9 de may, donnant un an et un jour de pardon à ceux qui tel
jour assisteroint à l'ofïice de ladicte esglize 3 .
gl5 °7
t
L'an 1514, au couvent des Cordeliers de Sarlat, est assemblé
le chapitre général de tout l'ordre où se trouvent environ
quatre cens religieux.
l5l 4
1 Jean de Magnanat était chambrier
de l'abbaye en 1486, sous-prieur en
1492. II appartenait à une des grandes
familles bourgeoises de Sarlat, connue
depuis Hélie de Magnanat, abbé de
Sarlat en 1264. — La chapelle de
Saint-Pierre a gardé son vocable. Elle
est située du côté de l'Epître, joignant
la sacristie.
. 2 Guillaume de Plamon, prévôt de la
cathédrale en 1495, l'était encore en
i5o6. II appartenait à une vieille famille bourgeoise qui donne des consuls
à Sarlat dès 1 3 1 7. — La chapelle du
Saint-Esprit est actuellement sous le
vocable de Saint-Joseph, du côté de l'Evangile, auprès de la porte latérale donnant sur la « Côte des Pénitents bleus. »
3 « 1 5 1 2 . — Ferdinand, roy de Gas« tille, usurpe le royaume de Navarre
« sur les légitimes possesseurs. Le
« prétexte fut tel : il vouloit conduire
« une armée en Guienne, en faveur des
« Anglois contre les François , et pria
« Jean et Catherine, roys de Navarre,
« luy donner passage, vivres et muni« tions, et quelques villes sur ce che« min pour son asseurance ; ce que les
« roy et reyne de Navarre ne vouluce rent accorder, attendu la consangui« nité et alliance qui estoit entre eux et
« le roy de France. Ferdinand prind
« occasion, sur ce refus, d'employer
« l'armée qu'il avoit pour entrer en
« Guienne à l'usurpation de Navarre,
« dont il chasse le roy et la reyne qui
« furent contrainctz de se retirer en
« France en l'an 1 5 1 7 . Hz décédèrent
« tous deux. Hz estoient comtes de
« Périgord pour les raisons que nous
« avons déduictes ès années 1443 et
« 1448. » (Ms. Tarde B.)
28
I
214
TABLE CHRONOLOGIQVE
L'an 1514, Bertrand d'Estissac, seigneur dudict lieu, est faict
II
i5 15
Biron.
1 5 16
Sarlat.
JSIJ
v
séneschal de Périgord.
Le jour et feste de Pasques, 8 d'apvril 1515, les chanoynes
de l'esglize collégiale de Biron commencèrent à faire le service
divin en l'esglize collégiale dudict Biron, de nouveau édifiée et
dotée par Pons de Gontaud, seigneur et baron de Biron.
La mesme année, par authorité du pape et bulle expresse
sur ce expédiée, est permis aux religieux de l'esglise cathédrale
de Sarlat de vivre séparément chascun en sa chambre, à la
mode des autres esglises cathédrales et de prindre leur prébende
en bled et en vin, par barriques et non par livréson journalière.
En ce temps, il y avoit dans le trésor de l'esglise cathédrale de
Sarlat plusieurs belles et rares reliques et, entre autres, une
desespines de la courone dont Jésus-Christ futcouroné lors de
sa Passion et une partie de la S le Cr oix, ensemble une bulle du
pape Léon III, escrite sur escorce d'arbre, plombée etscélée, avec
cordes de soye, par laquelle estoit porté que ce pape Léon III
avoit, en présence de l'empereur Charlemaigne, consacré
ladicte esglise et cimetière d'icelle appelé de S* Sacerdos et que
à tous ceux qui esliroint leur sépulture dans ledict cimetière
il donnoit indulgence de la tierce partie du temps et peine
qu'ilz auroint à soufrir en purgatoire.
La famine et disette estant extrême en tout le Périgord,
l'an 1516, à Sarlat, le 19 mars, fut proveu aux pauvres. Les
estrangers furent congédiés, ceux de la ville départis par
les maisons borgeoises et, pour empêcher que la pouvreté
ne perdît les filles qui estoint d'aage nubile, elles furent
logées en la maison de l'officialité et là nourries aux despens du
public.
Henri d'Albret, aagé de 14 ans, succède à Jean et Catherine
ses père et mère. II estoit légitime roy de Navarre comme
DE L ÉGLISE DE SARLAT.
215
héritier de sa mère et en prind le titre quoy qu'il en fût expolié et fut nommé Henri second. II estoit comte de Périgord
comme héritier de son père. L'an 1528, il espousa Marguerite,
sœur unique du roy François, duquel mariage nasquit la
reyne Jeane d'Alhret, fille unique et héritière, laquelle fut mariée l'an 1 547 à Anthoine de Bourbon, duc de Vendôme.
CAROLVS DE BONAVALLE est le XX e évesque de Sarlat,
Ses provisions sont expédiées à Rome sur la résignation d'Armand de Gontaud « V idus septemb . pontificatûs Leonìs decimi
« anno septimo », qui est le 9 septembre 1519. II fit son entrée
solennelle à Sarlat le 6 novembre suivant et finit ses jours au
commencement du moys de septembre 1527, ayant demeuré
évesque huit ans. II estoit de la maison de Bonaval, en Limozin, filz d'Anthoine de Bonaval et d'une fille
de la maison de Foix, portoit ses armes :
d'azur à un lion d'or, armé et couronné de
gule II avoit plusieurs frères, l'aisné desquelz, nommé Germain, fut gouverneur du
Limozin. Le puiné fut lieutenant du roy en
Provence avec le comte de Tende, lorsque
Charles V e assiégea Marseille. Le 3 e , nommé « Focaldus »,fut
évesque de Périgueux l'espace de 9 ans, scavoir de 1 531 jusques
à 1540. Lors que Armand de Gontaud luy résigna l'évesché, il
se réserva la collation et institution de tous les bénéfices du
diocèse avec la jouyssance du doyenné d'Issigeac et dépendances d'icelluy. Et, à cause de ce, il se trouve plusieurs
collations et institutions des bénéfices de ce diocèse données
par Armand, archévesque de Nazaret, pendant le siège de
Bonaval et deux ou trois subséquens évesques, à toutes les1 On remarquera qu'il n'y a pas conformité entre la description des armoiries de Charles de Bonneval et la
gravure de son écusson. Dans le dessin
du manuscrit original, le lion n'est pas
couronné. On a cru devoir reproduire
fidèlement le dessin de Tarde,
216
I 520
Chapitre
de Sarlat.
1 52 1
Sarlat.
I 522
TABLE CHBONOLOGIQVE
quelles est insérée ceste clause : « . . .cujus ,occurrente vacations,
« ad episcopum Sarlatensem. pro tempore existentem et ad
(L presens ad nos, ex dispensatione et reservatione apostolica in
« resignando nostrwn episcopatum nobis factis et induisis, collait tio et institutio pertinet », si bien que Charles de Bonaval
ne pouvoit conférer ny instituer et ne jouyssoit rien d'Tssigeac.
Par authorité du pape et bulle expresse de l'an 1520, les religieux de l'esglize cathédrale de Sarlat sont réduitz à quatorze , et depuys ceste réduction ont entretenu des domadiers ', prébandiers, maistre de musique, enfans de cœur à
l'instar des autres esglises cathédrales.
Sur la fin du moys d'aougst 1521, une armée de lansquenetz passa à Sarlat qui alloit pour le roy à Fontarabie,
laquelle mit la peste à la ville, de laquelle moururent trois
mille persones, et l'effroy fut si grand que la ville demeura
déserte toute l'année 1 522 sans que persone y osât entrer.
Bartélémi de Salignac, frère du baron dudict lieu, docteur
ès droitz et protonotaire du S* Siège, voyage au Levant ès années
1520 et suivantes, voit, visite et remarque les singularités de
la Terre-Saincte et en faict un livre en latin, lequel il faict
imprimer à Lion l'an 1526, avec ceste inscription: « Itinerarii Hierosolimitani et Terrœ
Sanctœ inibique locorum ac rerum clarissima
descriptio , per Bartolomeum à Salignaco , Sedis
Apostolicœ protonotarium , equestris ordinis
2
militent, utriusque juris professorem » . II
portoit les armes de la famille, qui sont bandes d'or et de sinople.
1 Lire : « hebdomadiers ».
2 Barthélémy de Salignac était de la
branche du Berry. Les vers composés
en son honneur par Gabriel de Lez,
imprimés à la fin du volume, ne laissent
aucun doute sur ce fait. Voici le titre
exact de son livre :
« Itinerarii Terre Sancte \ inibique
Sacrorum locorum | ac rerum clarissima
descriptio |
per Bartholomeum à Sa-
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
217
C'est la plus ample description de la Terre Saincte qui aye
1
esté faicte avant luy, de laquelle Christianus Andriconius
s'est grandement servi en son livre intitulé, « Theatrum Terrœ
Sanctœ. »
Le dernier de may 1523, à dix heures du soir, il pleut si fort
entre Sarlat et S' Quentin que l'eau monta dix pieds dans le
cloistre du couvent des Cordeliers et, si la porte de la ville eût
tenu ferme, le couvent eût esté submergé, mais la force de
l'eaue Payant rompue, l'eaue cessa de croistre hors la ville et
s'enfla tellement au dedans, mesmes au quartier de la Rigaudie, qu'elle monta presque aussi haut que la muraille de la
ville, et la ville basse s'en alloit submerger si la muraille eût
tenu bon, mais s'estant renversée entre la tour de la porte [de
la Rigaudie] et la tour de F Abbé, l'eaue sortit avec un bruit
espouvantable, renversant les maisons de la ville proches de
ce passage, traisnant quand et soy plusieurs persones noyées,
un grand nombre de bestial susfoqué et quantité de meubles,
et ainsi s'escoula après avoir gasté toutes les marchandises et
vivres qui estoint en la ville basse et faict dégast à la ville et
faubourgs pour plus de cinquante mille livres. Quand ces
pluyes extraordinaires surviennent, il faut de bonne heure
ouvrir les deux portes pour donner cours à l'eaue.
Le premier d'octobre 1524, décéda Pons de Gontaud, chevailler et seigneur de Biron. C'est luy qui fit édifier l'esglize
collégiale qui est dans le chasteau de Biron et qui fonda et
dota le collège d'icelle.
Sarlat et Dome ayant plaidé longtemps au Grand Conseil
pour raison du siège du séneschal, l'arrest est donné l'an 1526
en faveur de la ville et cité de Sarlat.
ligniaco,etc
| Veneunt
Lugduni
in edibus
Gilberti de Villiers. A la
fin : « Anno a Virginis partu millesimo
quingentesimqxxv. » Petit in-8° goth. de
120 ff. chiffrés, plus 9 ff. non chiffrés.
1 Adrechomii (Christiani) Theatrum
Terrœ Sanctœ et biblicarum históriarum.
Coloniœ, 1628 — in-f°, cartes, plan.
218
1527
TABLE CHRONOLOGIQVE
Le sieur des Cars [est] séneschal de Périgord.
L'an 1527, décéda Jean de Costin de Brouzoles
sieur de
3
2
Beaurepos et d'Avignac et de la Philipie. Sa valeur le rendit si recomandable en la guerre d'Italie que,
à Tissue d'un combat, le roy François, premier du nom, le fìt chevalier de son ordre
et luy en bailla la livrée de sa propre main,
et après le fìt lieutenant des cent gentilzhommes de sa maison. Ses araies estoint :
d'argent à un lion de sable, langué, armé et
couroné de gule.
GVI D'EYDIE 4 est le XXI e évesque de Sarlat, esleu après le
décès de Charles de Bonaval et proveu à Rome le 6 fèbvrier
1527, et son élection et provision vériíiées à Bordeaux, le
3 apvril 1 528, par le vicaire général de Jean de Foix de Candale
archevesque. Le roy, adverti du décès de Charles de Bonaval,
escript au chapitre une lettre datée du 18 septembre 1572, par
laquelle il leur mande que s'ilz ont quelque privilège particulier d'eslire leurs évesques, qu'ilz le luy envoyent pour le
faire voir à son Conseil, avec promesse de l'observer et garder
inviolablement s'il estoit tenu bon et valable et, attendant
qu'ilz l'ayent faict voir, leur deffend de procéder à aucune
élection. Un des cent gentilzhomes de la maison du roy, nommé
Emeric Corail 6 , fut le porteur de ceste lettre, de laquelle il
fìt lecture à Sarlat le 27 décembre, acompaigné du lieutenant
général , procureur du roy , greffier et autres officiers du
siège °, en présence des religieux, lesquelz il somme d'envoyer
1 Bourzolles, commune et canton de
Souillac (Lot).
2 Beaurepos, commune de Peyrignac,
canton de Terrasson.
3 Alvignac , commune, canton de
Gramat (Lot).
4 Guy d'Aydie,fllsd'Odet, ditle Jeune,
seigneur de Ribérac et vicomte d'Espeluche, du chef de sa femme Anne de
Pons,
5 Eymeric de Cornil, écuyer, seigneur
de Prouliac, Veyrignac et Roquenadel.
6 Les principaux officiers du siège du
sénéchal de Sarlat à la date de 1529
DE L' ÉGLISE DE SARLAT.
219
par deux de leurs religieux leur privilège, si aucun ilz en ont,
concernant l'élection de leurs évesques, leur interdisant, de la
part du i-oy, de faire aucune élection, que plustot ilz n'ayent
obéy, à peine de nullité et de rébellion. Ces inhibitions n'empêchèrent point Péléction de Guy d'Eidie ny l'effecl d'icelle.
Celluy qui prétendoit estre nommé par le
roy, estant adverti des réservations et droictz
que Armand de Gontaud avoit sur l'évesché,
sa vie durant, desquels a été parlé cy-dessus,
mesprisa ceste poursuite et layssa Guy d'Eidie
en la libre possession de l'évesché , lequel
mourut le premier d'apvril 1 529 , n'ayant
jouy de ceste dignité que environ onze moys. II estoit protonotaire du S' Siège, licentié èz droictz, chevalier, baron et
vicomte, fílz de Odet d'Eydie et Anne de Pons, seigneur et
dame de Ribeyrac, et portoit ses armes : d'azur à quatre lièvres d'or disposés en pal.
1
IEHAN DERILLAC succède à Guy d'Eydie et est le XXII e
évesque de Sarlat. Guy d'Eydie estant décédé le 1 er d'apvril
1529, comme dict est cy-dessus, les religieux s'assemblent
après la sépulture et indisent jour au 17 du mesme moys pour
procéder à l'élection du futur évesque. Les consulz, prévoyant
le désordre qui pourroit arriver à liaison de la multitude des
gentilzhonim.es qui viendroint solliciter l'élection pour leurs
amis, assemblent le conseil, auquel est ordoné de faire garder et de fermer toutes les portes de la ville sauf une. Le 6
étaient: Raymond de Prouhet, seigneur
de Peyrac, lieutenant général, Antoine
de la Boytie, seigneur de la Mothe-lèzSarlat et la Boytie, lieutenant particulier, Mathurinde la Dieudye, procureur
du roi.
1 Reillac, fief composé des deux paroisses de Saint-Sernin de Reillac et de
Saint-Félix de Reillac, aujourd'hui com-
mune, canton du Bugue. Jean d'Abzac
de Reillac, évêque de Sarlat, n'est pas
mentionné dans la généalogie insérée
au Dictionnaire de la noblesse par La
Chesnaye des Bois. II devait être fils de
Jean II d'Abzac, seigneur de la Douze,
Reillac, etc. , et de Gabrielle de Salignac,
petit-fils de Jean I d'Abzac , seigneur
des mêmes terres.
1 529
220
TABLE CBRONOLOGIQVE
d'apvril, ilz reçoivent une letre missive du roy par laquelle
leur est mandé de dire et prier de sa part les religieux de Sarlat d'eslire pour leur évesque Jean de Rillac, abbé de S' Jeand'Angeli , laquelle ilz signifient ausdictz religieux et, deux ou
trois jours avant le terme indict pour l'élection, Raymond de
Prohet, lieutenant du séneschal et les consulz, avec nombre
d'habitans, vindrent en armes dans le cloistre, lesquelz avec
grandes menaces firent inhibitions aux religieux de procéder
à l'élection de leur évesque, leur ostèrent les clefz de la maison épiscopale et mirent soubz la main du roy le temporel de
l'évesché ; et, ayant heu advis que les religieux faisoint venir
de Caors deux docteurs pour leur servir de conseil en la future
élection, les arrestèrent à l'entrée de la ville et les retindrent
dans une maison jusques à ce que le jour indict pour l'élection fut passé. Les religieux, se voyant ainsi troublés, envoyent
à Bordeaux querre des lettres pour faire assigner lesdictz
Prouhet, consulz et habitans, lesquelles ilz obtindrent en la
chancellerie le 24 apvril 1529. Le désir qu'ilz avoint de conserver leur ancien droit d'eslire leurs pi-élatz les porta à procéder, nonobstant tous ces troubles et empêchemens, à l'eslection de leur évesque , si bien qu'ilz esleurent un nommé
François Borgueil, mais ceste élection fut inutile , d'autant
que Jean de Rillac se trouva proveu à Rome, sur la nomination
du roy, lequel prévalut et fut maintenu, mais il ne jouit de
l'évesché que la seule récolte de l'an 1529, après laquelle il
quitta ce monde avec l'évesché, n'ayant tenu la chaire épiscopale que sept ou huit moys, tellement que l'an qu'on comptoit
1529 il y eut trois évesques à Sarlat, scavoir Guy d'Eidie, François Borgueil et Jean de Rillac, deux desquelz on vit ensevelir la mesme année qui sont Guy d'Eidie et Jean de Rillac, et
le troisiesme se retira.
Jean de Rillac estoit petit- íilz du sieur de la Douze, lequel por-
221
DE L'ÉGLISE DE SARLAT .
toit le nom de Rillac et non d'Abzac pour ce que l'ayeul vivoit
encore et ne voulut permettre que, pendant sa vie, son filz qui
estoit père dudict Jean, portât le surnom de la maison. Avant
estre évesque de Sarlat, il avoit demeuré
longues années abbé de S' Jean d'An gel i. Ses
armes estoint : escartelées, les premières d'argeut à un bord et bande d'azur chargés de
neuf bezans d'or ; les autres estoint d'or avec
une fasce de gule et six fleurs de lis d'azur,
trois sur la fasce et autant dessoubz, parallèles
à la fasce.
Le 4 de mars audict an 1529, est dicta Bordeaux, par arrest,
que les arrérages deubzaux feuz évesques Bonneval et d'Eydie
seroint payés et employés à la réparation de l'esglise cathédrale.
IACOBVS DE LARMANDIE 1 succède à Jean de Rillac et
est le XXIII e évesque de Sarlat. Il fut esleu par le chapitre
incontinent après le décès dudict de Rillac, son élection
confirmée à Bordeaux par les vicaires généraux, le siège vacant
pour lors, et fut proveu à Rome sur ceste élection. En m es me
temps, Richard Le Rouillié 2 , abbé de Rivaux, fut nommé
par le roy, mais il décéda avant avoir recouvré ses provisions
de Rome. Après son décès, d'Iverni \ conseillerau Grand-Con' Fils de Pons de Larmandie, seigneur
de Miremont, et de Louise de Veyrines.
■ 2 Richard le Rouillé avait pour mère
une bâtarde de Montmorency. II était
chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris,
abbé d'Hérivaux au diocèse de Paris,
lorsque, grâce à la chaude recommandation de Marguerite d'Angoulême,
reine de Navarre, il fut nommé par le
roi à l' évêché de Sarlat. Sollicitée par
le grand-maître, Anne de Montmorency,
Marguerite d'Angoulême employa, pour
faire confirmer par le chapitre de Sarlat la nomination de l' abbé d'Hérivaux,
le crédit du roi de Navarre son mari,
de Georges d'Armagnac, évêque de
Rodez, depuis cardinal, et de M. de Forts
(Viyonne ?) qu'elle envoie sur place.
Toutes ces demandes furent inutiles.
Le Rouillé mourut cette même année
1 52g, sans avoir reçu ses bulles.
3 Mathieu de Longuejotie, seigneur
d'Iverny. Successivementavocatau Châtelet en 1499, conseiller au Châtelet
en 1 5o2, au Parlement en 1 5 1 9 , maître
des requêtes en i523, il fut chargé de
plusieurs missions diplomatiques. Après
la mort de sa femme , Madeleine Cham29
222
TABLE CIIBONOLOGIQVE
seil et maître des requestes, obtind une nomination du roy,
mais il ne peut estre proveu que Jacques de Larmandie ne se
trouvât évesque sacré et en possession, tellement que d'Iverni
fut constraint le laisser en possession. II termina sa vie en
octobre 1533, après avoir tenu la chaire épiscopale trois ans. II
estoit religieux de Tordre de S' Benoît et, avant estre évesque,
estoit abbé de la Sauve Entre-deux-mers, et
prévôt de l'esglize de Sai^lat. C'est le dernier
qui est parvenu à ceste évesché par la voye
des élections. II estoit issu de la maison de
Larmandie en Périgord, portoit ses armes :
de gule à une espée d'argent en pal, la pointe
en haut et un bord d'azur chargé de neuf
i53o
Sarlat.
besans d'or.
Le second d'aoust 1530, par arrest de la cour de parlement
de Bordeaux, Armand de Gontaud, archevesque de Nazaret, est
condamné de bailler annuèlement, pendant qu'il jouyra les
revenus d'Issigeac et autres membres de l'évesché qu'il s'estoit réservés, lors de la résignation, la somme de 660 livres pour
estre employée à la réparation de l'esglise cathédrale de Sarlat,
et est ordonné que l'édifice de ladicte esglise commencée sera
visitée par Maturin Galopin, Estienne Bardoin et Guilhaume
Medron, maîtres architectes de Bordeaux, pris et nommés
d'office par la cour, et les fondemens ouvertz par iceux architectes, en présence de Biaise Bernard, maître masson de Sarlat,
qui conduisoit ledict édifice, et l'advis desdictz architectes raporté à la cour pour estre ordonné si l'édifice doibt estre démoli et recommancé, ou continué et parachevé sur ce qui se
trouve faict.
bellan, en 1 5 16, il embrassa l'état ecclésiastique, fut abbé de Royaumont et
évêque de Soissons en 1 5 3 3 , conseiller
d'Etat, garde des sceaux de France
(i 538- 1 544), et mourut le 7 décembre
1 558. Ses armes étaient de gueules
à 3 grappes de raisins d'or, 2 et 1. (P.
Anselme, VI, 464.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
223
Le 17 septembre 1531, Armand de Gontaud de Biron, aagé
de 69 ans, quitta la terre pour monter au ciel. II avoit tenu la
chaire épiscopale de Sarlat 25 ans, ainsy que nous avons dict
en son lieu, et heut le titre d'archévesque de Nazaret onze ans.
L'an 1504, il fit razer l'anciène esglize cathédrale de Sarlat et
jetter les fondemens de celle qu'on y voit à présent imparfaicte et, après avoir construit les chapelles qui debvoint estre
à l'entour du cœur, il résigna l'évesché à Chai-les de Bonaval
et laissa l'ouvrage en l'estat qu'il est encore. II fit bastir l'esglize
d'Issigeac en perfection, sur laquelle j'ai observéqu'on demeura
40 ans à la fabrique d'icelle, et a demeuré seulement 40 ans
en son entier. II fut enseveli en l'esglize collégiale de Biron
Cela est remarcable en ce prélat que, avant mourir, il vit quatre
successeurs en son évesché de Sarlat qui sont: Charles de
Bonaval son résignataire, Guy d'Eidie, Jean de Rillac et Jacques
de Larmandie.
NICOLAVS DE GADIS, cardinal diacre du titre de S' Théodore, est proveu de l'évesché de Sarlat par le décès de Jacques
de Larmandie etfaictle XXIIIP évesque de ce diocèse. II estoit
florentin, parent de madame la dauphine Caterine de Médecis, laquelle obtind du roy la nomination et la luy envoya à
Rome où il se fit pourvoir et en prind possession le 8 febvrier
1 533 par « Paulus de Portis », protonotaire du S 1 Siège, son procureur à ce comis. 11 vint à Sarlat et y fit son entrée solennelle
le23 apvril 1 541 , qui est 8 ans après sa prinse de possession . Les
consulz allèrent au devant acompaignés de cent cinquante
1 Son tombeau existe encore , bien
que mutilé pendant la Révolution. Voici
l'épitaphe :
« ARMANDO
DE
« VIGILANT1SSIMO
«
GONTAVT ,
SARLATENSI
PONTIFICI, PIO ,
FRVGI,
CASTO, RELIGIOSO, MENTIS MAGN1TVDINE,
« EGREGIA TVM VERÒ MAXIME IN
« DE BIRON
JETATIS
SVM
« K AL.
OCTOBRIS
ANNI M. D.
«
OBIVIT, H.ERES EX FRATRE
SVVM
« VIRTVTIS
«
« O. M. D. Q. IMMORT ALI VM EDIFICATORI,
« VIT.
PIETATE
CVM
IN
SVOS
OMNES
FAMILIAM
SINGVLARI, QVI
« LXIX
« ANIMI VIRTVTE, PRiESTANTI DELVBRVM. D.
« HOMINI
EX QUA ERAT
CAVSA
ERGO DE
ANNO
EXACTO
XXXI
XX
DIEM
NEPOS
REFERENDE GRATLE
BENEMERENTI
FACIENDVM
» (Ms. Tarde A. — G. Ch. )
CURA-
224
TABLE CHRONOLOGIQVE
habitans et le receuillirent aux plaines de la Roussie, à l'extrémité de la terre de Sarlat, et le conduisirent dans le couvent
des Cordeliers. II entra par la porte de Lendrevie, où on avoit
faict un arc triomphant soubz lequel il presta le serment acoustumé. II occupa la chaire de Sarlat l'espace de 12 ans, pendant
lequel temps il y fit fort peu de séjour, et le diocèse fut servi
par « Joannes Fabri », évesque d'Aure, lequel il y commit
avec titrede coadjuteur, et gouverné par Anthoine de Noailles,
en qualité de vicaire général. II portoit ses
armes esquartelées : les premiers d'or avec
cinq torteaux de gule et un en trèfle, plus
gros que les autres, d'azur chargé de trois
fleurs de lis d'or en devise; les autres estoint
d'azur avec une croix d'or fleuronée. L'an
1546, il se démit de l'évesché en faveur de
François de Sènetaire et mourut à Florance le 17 febvrier 1 525.
Le pape Clément VII l'avoit faict cardinal en may 1 527 « sub
titulo Su Tìieodori ». Jl se trouva à Rome à la création de
Paul III, qui fut esleu en octobre 1 534, et de Jules III esleu le
7 febvrier 1550. Soubz Paul III, il changea de titre et futappelé
cardinal diacre « tituli sànctorum Viti et Modesti in inaccllo
martjrum » et, soubz Jules III, fut faict cardinal prebstre « tit.
Stœ Mariœ in via latâ. »
i5 4 6
Belvès.
1 546
Les habitans de Belvès, voulant establir un marché tous les
mardis de chasque sepmaine en leur ville, les habitans de
Sarlat s'y opposent, mais, par arrest du mois de novembre
2
1543, le procès est jugé en faveur de Belvès .
Guy Chabot [est] sénéchal de Périgord.
1 Guy Chabot, baron de Jarnac, célèbre par son duel avec la Chasteigneraye. Après i5 5 4 , date à laquelle il
succéda à son père dans le gouvernement de la Rochelle, il ne paraît plus
avec la qualité de sénéchal de Périgord.
Jacques André fut probablement son
successeur.
2 « 1546. — Le sieur des Cars
décède et Gui Chabot, fils du sieur de
Jarnac, est faict sénéchal du Périgord
» (Ms. Tarde B.)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
225
FRANCISCVS DE SANCTONECTERIO, autrement François de Sènetère, est le XXVe évesque de Sarlat, proveu sur la
démission et résignation de Nicolas de Gadis, cardinal. II íit
son entrée à Sarlat le 15 d'aougst 1546, et presta le serment à
la ville et au chapitre aux lieux acostumés et avec les paroles
et formalités ordinaires. II estoit religieux de Tordre S' Benoît,
tellement qu'il fut appelé du cloistre de S' Benoît pour estre
pasteur de ce diocèse. II estoit issu de la maison de Fontanille
en Auvergne. Son nepveu avoit espousé Magdalène de Roíìgnac,
fille du président Ghavaignac ', dame de
Cosatges et de Chavaignac. Ses armes estoint
d'azur à cinq fuseaux d'argent et un chef a
trois lambeaux de mesme métal. L'an 1567,,
il résigna l'évesché en faveur de François de
Salignac, après y avoir tenu le siège 22 ans,
et quitta la terre pour monter au ciel la mesme
au née en septembre. Il emporta la réputation d'avoir esté le
plus débonaire etle plus libéral de tous les évesques de Sarlat
qui avoint esté devant luy.
Le roy, par ses patentes de l'an 1552, ordonne que les évesques, chascun en son diocèse, fairont inventoriser les biens des
esglises, chapellenies, hospitaux, frai ries et léproseries, dans
lequel inventaire seroint mis les domaines, rentes, fondations,
obitz et autres revenus et debvoirs, ensemble les biens meubles, sommes d'argent, réserve en fonds pour la fabrique, reliquaires, croix et calices d'or et d'argent, chapes, dalmatiques et
autres ornemens d'esglise, pour lesquelz patentes exécuter dans
ce diocèse, le sieur évesque commet Jean de Salignac, chantre
en l'esglise cathédrale, lequel, acompaigné de l'official et sécretain d'Issigeac, passe par le diocèse et faict inventaire de ce
1 Christophe de Roffìgnac, seigneur
de Couzages et de Ghavagnac en Sarla-
dais, Président au Parlement de Bordeaux, célèbre jurisconsulte.
1546
226
TABLE CHRONOLOGIQVE
dessus auquel j'ay observé que dans les esglises de l'archiprestré de Capdrot il s'y trouva quarante sept calices d'argent
et dix sept cens livres de cire, ainsi qu'il est porté dans le
procès-verbal, daté du moys de may audict an 1552, par ledict
Salignac dressé, et signé de tous les prieurs, curés, vicaires et
autres y dénommés. Ce .que j'escris pour monstrer l'estat de
l'esglise de ce temps là, car, comme dict le proverbe, on
cognoit la pièce par Peschantillon.
1
553
1
55b
558
x
ìtpazier.
Jacques André est sénéchal de Périgord.
Henri d' Albret, second du nom, roy de Navarre, décède à Pau
aagé de 53 ans, et Jeanne d' Albret, sa fille unique, lui succède,
laquelle avoit espousé, dès l'an 1547, Anthoine de Borbon, duc
de Vandosme, duquel mariage provindrent Henri et Catherine
de Borbon. Henri, comme héritier de sa mère, estoit roy de Navarre, comte de Foix, seigneur de Béarn et comte de Périgueux,
lequel, après la mort de Henri de Valois, troisiesme du
nom, succéda Fan 1590 au royaume de France et fut appellé
Henri IIII et, par ce moyen, le comté de Périgord est uni à la
courone de France.
Le 6 décembre 1558, François de Sèneterre, évesque, ratifie
et confirme les statutz de l'esglize collégiale de Montpazier par
lesquelz, entre autres choses, estpris un règlement sur les collations des chanoinies de ladicte esglise, lesquelles, selon la bulle
de la fondation et érection de ladicte esglise en collégiale, apartiènent au sieur évesque de Sarlat et aux chanoynes d'icelle
esglise, chascun à son tour. Et, pour ce qu'il estoit advenu
souvent que chascun prétendoit estre à son tour lors de quelque vacance, qui estoit une semence de pi'ocès, à ceste occasion, pour éviter à l'advenir telz et semblables désordres, est
ordonné, d'un commun consentement, que dores en avant les
chanoynies qui vaqueront ès moys d'octobre, novembre, décembre, janvier, fébvrier et mars seront conférées par le sieur
DE L'EGLISE DE SARLAT.
227
évesque et celles qui vaqueront au moys d'apvril, may, juin,
juillet, aougst et septembre seront conférées de plain droit par
lesdictz chanoynes, conjointement et capitulairement assemblés, où ceux qui ne sont « in sacris » ne pourront avoir voix
délibérative.
En ce temps, il y avoit une petite esglise collégiale au chas2
teau de Cabuzac 1 et une autre au chasteau des Milandes lesquelles se sont perdues à cause que elles n'avoint aucun fondz
certain et perpétuel, estant seulement prébandées par les libéralités et munificences des seigneurs desdictz lieux, lesquelz
venant à se refroidir ou défaillir, les collèges ont pris fin.
Du temps que Nicolas de Gadis estoit évesque de Sai'lat, il
se parloit en Périgord, comme au reste de la France, de la secte
des luthériens lesquelz, ès premières années du siège de
François de Sénetère, changèrent de nom et furent appelés protestans, calvinistes, huguenotz et, ès derniers troubles, on les a
qualifiés du nom de rebelles.
Les édictz du roy et les punitions sévères que les cours de
parlement faisoint contre ces innovateurs en arrestèrent les
cours quelques ans et empêchèrent qu'ilz ne pi'oduisissent autre
remuement que des discours et disputes verbales et des imprimés qu'on faisoit glisser secrètement pour augmenter le nombre
des sectateurs 3 . Mais, environ l'an 1560, se voyant mainte1 Cahuzac, ancienne paroisse du diocèse de Sarlat, qui dépendait de l'archiprêtré de Bouniague. Aujourd'hui, commune du département du Lot-et-Garonne. La chapellenie de Cahuzac avait
été fondée par les seigneurs d'Estissac.
2 Les Milandes de Castelnau, commune de Castelnau, canton de Dome.
Le château, dont on voit encore des
ruines intéressantes, fut bâti en 1489
par François de Caumont, seigneur de
Castelnau et des Milandes, et Claude de
Cardaillac, sa femme . Sur le bandeau
de la fenêtre, à gauche de la porte d'en-
trée, on lit l'inscription suivante, gravée
en creux remplie de plomb : « LAN
MCCCCIIIl Iix ET IX
FVREN
COMENSADES
LAS
MILANDES DE CASTELNAV.
L'église collégiale existe encore en
son entier, malgré de nombreuses et
graves dégradations. II y a peu d'années encore, les statues tombales du
fondateur et de sa femme se voyaient
dans la collégiale. Ces précieux monuments, si rares dans notre pays, ont
disparu.
3 Voir, sur les débuts du protestantisme en Périgord, la note finale n° VII.
228
TABLE CHRONOLOGIQ VE
nus de quelques grandz seigneurs du royaume qui, pour quelque considération particulière, s'estoint rendus protecteurs
d'iceux, ilz levèrent le masque, se liguèrent et formèrent un
parti, se persuadantz estre assés fortz pour s'en faire croire,
et ne se contentent pas d'establir leur religion, mais veulent du
tout abolir l'anciène. A cause dequoy,ilzfaisoint estât de tueries
prebstres, brusler et destruire les esglises et monastères là où ilz
estoint les plus fortz.
En ladicte année 1560, il se trouva de telles gens à Montignac qui se rendirent maistres de la ville, firent prêcher un
ministre à la place publique de la ville nommé Richard,
natif d'Orléans , tuèrent plusieurs prebstres, brizèrent les
autels et pillèrent les esglises, ayant pour chef et conducteur
le procureur d'office de la terre, nommé Arnaud de Bord
La mesme année, à Sarlat se descouvril une brigade de ces
calvinistes 2 , lesquelz firent venir un ministre nommé Raymond du Roy, qui avoit esté religieux de S' Benoît à Uzerche,
et le firent prêcher apertement dans la ville en plusieurs de
leurs maisons, quelle opposition que fesoint le sieur évesque,
chapitre et autres catholiques.
Le 24 fébvrier, qui estoit pour lors le pénultième moys de
l'an, à Issigeac qui est une place apartenant au sieur évesque
de Sarlat, les gens de ceste secte menèrent un ministre et le
firent prêcher dans l'esglize collégiale:, le moys de mars suivant,
occupèrent l'esglise par violence, rompirent les autelz, brizèrent les images et pillèrent les ornemens d'esglize et autres
choses qu'ilz y trouvèrent et firent semblables insolences en
plusieurs esglises voisines d'Issigeac.
3
En ce temps, Armand de Gontaud de Biron , seigneur et
Montignac.
Sarlat.
Issigeac.
1
1 Le procureur d'office exerçait les
fonctions de ministère public auprès des
juridictions seigneuriales.
2 Voir, sur les premiers mouvements
des protestants à Sarlat, la note finale
n° VII.
3 Armand de Gontaut, seigneur de
Puybeton, Brussac, Salignac, du chef
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
229
baron de Salignac, se déclaira du parti des calvinistes avec
toute sa maison.
Le 16 d'apvril 1561, l'esglise cathédrale de Sarlat fut sécularisée \
Le 18 may, les calvinistes d'Issigeac pillent et volent les
esglises de Montaut, Mo nmarvès 2 et autres voisines et brisent
de sa femme Jeanne de Salignac, père
du baron de Salignac, chevalier des
ordres du roi en 1 604, ambassadeur à
Constantinople en i6o3.
1 A la suite, vient dans l'original de
Toulouse une demi-page barrée qui
devait contenir le récit de la sécularisation de la cathédrale. II est probable
qu'elle contenait le texte suivant que nous
trouvons dans des copies anciennes:
« Le 1 6 avril de ladite année 1 5 6 1 ,
« l'église cathédrale de Sarlat fut sécu« larisée et les religieux d'icelle faictz
« chanoines ; ceste sécularisation avoit
« esté proposée longtemps auparavant.
« Le cardinal de Gadis estant évesque
« de Sarlat, les articles en farent dres« sez, mais l' entreprise sursoya jusques
« au 2 de novembre 1 553 queìes con« sulz et principaux habitans de Sarlat
« s'assemblèrent en la maison de ville
« où ceste réduction fut proposée et
« agréée de tous les habitans, lesquelz,
« partant de la dicte maison s'en allè« rent tous ensemble en la sale épisco« pale où ils trouvèrent François de
« Séneterre, évesque de Sarlat, et les
« religieux de son chapitre, ausquelz ilz
« firent déclaration qu'ilz consentoient
« fort volontairement à la sécularisaa tion proposée, les priant de la vouloir
« poursuivre et offrans y apporter tout
« ce qui sera en leur pouvoir et, pour
« tesmoigner de leur bonne volonté,
« envoyèrent peu dé jours après pro« curation expresse au conseil privé du
« roy pour prester le serment en tel cas
« requis. Le 7 de febvrier suivant, le
« roy, inclinant à la requeste de l'éves« que, chapitre et habitans, octroya son
« placet et consentement. Le 6 avril
« i554, jour de vendredy après Qua« simodo, futtenu, suivant la coustume,
« le chapitre général où assistèrent tous
« les religieux de Sarlat et tous les
« prieurs dépendants de leur chapitre,
« auquel jour les articles dressez sur
« cé subject furent leuz en l'assemblée
« et appreuvez de tous et fut arresté
« qu'on poursuivroit telle sécularisation
« aux fraiz du chapitre. La grâce fut
« accordée par le pape Jules III, le 5
« des nones de mars an vi de son
« pontificat, qui est le 3° jour de mars
« de ladicte année 1 5 54, mais, comme
« on pourchassoit F expédition des bul« les, il décéda , et après lui fut esleu
« Marcellus second qui ne tint le siège
« que 22 jours, auquel succéda Paul IV
« qui tint le siège quatre ans, durant
« lesquelz la poursuitte supercéda et,
« après son décedz, les bulles furent
« expédiées par son 'successeur Pie IV
« à Romele 8 e des ides de janvier 1559,
a premier de son pontificat, soubz la
« forme qu'ilz appellent « Rationi con« gruit. » Le roy, par ses lettres du 1 6
« febvrier i56o, consent à l'cxécution
« des bulles , lesquelles finalement
« furent fulminées etmises à exécution,
« l'an 1 56 1 , par Pierre de Baynac, office cial de Sarlat, commissaire en ceste
« partie député, toutes les parties qui
« y pouvoint prétendre quelque droict
« estant présentes ou deuement inti« mées, et la sentance fut prononcée
« ledictjour 16 avril 1 56 1 , sur l'heure
« de midy et exécutée à vespres, telle« ment que tous ces religieux qui, le
« matin, avoint assisté à la messe avec
« leur habit noir de S' Benoît , se
« trouvèrent à vespres avec leurs suret pelis et aumusses, si bien que le
« matin ilz estoint encore réguliers et
« à vespres ilz furent prestres sécu« liers et chanoines. » (Ms. Tarde A.)
2 Montaut, Montmarvès, communes,
canton d'Issigeac.
30 .
230
TABLE CIIRONOLOGIQVE
les autelz et bruslentles reliques, livres et habitz sacerdotaux
à la place de la ville et, peu de jours après, en firent autant
Montsaguel.
ès esglises de S' Pardoux et Monsaguel
Hz possédoint l'esglize d'Issigeac et en empêcboint l'entrée aux clianoynes et
catoliques d'où sortit une grande division, mais le 7 d'octobre,
le sieur de Burie 2 , lieutenant du roy en Guiene, y estant venu
exprès,ordonna que les uns et les autres s'en serviroint en telle
sorte que les clianoynes et catholiques y ferointleur service jusques à 9 heures du matin et depuis vespres jusques au soir, et
les calvinistes le reste du jour. Mais, après que le sieur de Burie
s'en fut allé, les calvinistes ne voulureut tenir Tapointement.
Au contraire ilz battirent les chanoynes et les chassèrent de
Tesglise et rompirent entièrement les autelz.
Montignac.
Pendant que les religion naires calvinistes traitointainsi leurs
concitoyens à Issigeac, ceux de Montignac, soubz la conduite
d'Arnaud de Bord, prindrent le chasteau où commandoitle capitaine la Chilaudie, lequel ilz firent pendre à mesme heure
qu'ilz le tindrent, sans autre forme de procès, et après imposèrent des tailles sur les catholiques, lesquelles ilz firent payer
Sarlat.
par force et violence.
3
Les religionaires de Sarlat , ne se contentant pas de faire prêcher leur ministredans leurs maisons, se saisissent, ceste année
1561, de l'esglise parroissiale et y font leurs prêches et assem-
blées et la gardent comme une citadelle jusques à ce que le
sieur de Losse 4 y arriva, accompaigné de gens de guerre, à
l'ayde duquel elle fut reprise et remise ès mains des catho6
liques .
' Saint-Perdoux de Gahusac, commune,
canton d'Issigeac. — Montsaguel (id.).
2 Charles de Coucy , seigneur de
Burie.
3 Voir, sur les événements de Sarlat,
la note finale n° VII.
* Jean de Losse, chevalier, seigneur
de Losse, Thonac, Saint-Léon, Gaubert,
Banes, capitaine de la garde écossaisse
etc. Voir sa biographie par J. Tarde sub
anno i5jg5 « ( 1 56 1 .) Le 6 décembre, un des
« plus factionnaires lutériens de Sarlat,
« nommé Jean del Peyrat, fut ensevely
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
231
Quelques troupes de religionaires, ayant manqué de prendre la ville de Beaumont, comme ilz se retiroint furent sui1
vis par le capitaine Flaugeac de Bigarroque, acompaigné tant
des siens que des habitans de Beaumont et voisins et, les ayant
2
rencontrés au bourg de Monssac , les tailla en pièces j en fit
demeurer un grand nombre sur la place et fit voir en ce
pays que les religionnaires n'estoint pas invincibles.
L'an 1562, le sieur de S'-Giniès 3 , gouverneur pour le roy
en Périgord, adverti des tyrannies et cruautés que le capitaine
Bord et ses complices exerceoint à Montignac, y conduit des
troupes et , le 1 4 d'aougst , assiège le chasteau et l'attaque si
vivement que, le troysiesme jour, les assiégés se rendirent à
discrétion. Le capitaine Bord et ses complices sont retenus
prisoniers et, le 11 septembre, sèze d'iceux furent pendus en
la place de Montignac, entre lesquels estoit le ministre nommé
4
Richard. De Salis , lieutenant général de Sarlat, leur fit le
procès, acompaigné de douze advocatz, et les sieurs d'Escars 5
de Lavauguyon et plusieurs autres seigneurs assistèrent à
l'exécution. Arnaud de Bord, chef et principal autheur des
meurtres, sacrilèges, voleries et autres insignes crimes commis
en ce lieu, ne fut pas du nombre des sèze, car, pour certaines
« dans le fanal du cimitière, qui est une
defol, seigneur de Saint-Geniez, séné« chapelle faicte en dôme par le dedans
chal de Béarn en Ó64, chevalier de
« et en piramide par le dehors, size au Tordre du roi en 1 565, gentilhomme
« milieu du cimitière, sans prestres,
ordinaire de sa chambre en 1567, capi« sans flambeaux et sans autre compa- taine d'une compagnie d'ordonnances
en 1569, lieutenant général de Béarn
« gnie que trois ou quatre hommes de
« sa secte, ce qui fut trouvé fort nouen 1 583 , gouverneur de Navarre en
1584, meurt vers 1594. II avait épousé
« veau, aussy fut-ce le premier que
« Sarlat vit ensevelir à la lutérienne. » ■ Jeanne de Foix. (Haag, La France protestante, V, 3o6.)
(Ms. Tarde A.)
4 Antoine de Salis, seigneur de La
1 Flaugeac, hameau, commune de
Saint-Cyprien , ancien repaire noble Batut, lieutenant-général de Périgord
appartenant, au xvi e siècle, à une branau siège de Sarlat ( 1 543-1 572).
5 Jean de Pérusse des Cars, comte de
che de la famille de Touchebœuf.
2 Monsac, commune, canton de Beau- la Vauguyon, prince de Carency, chevalier du Saint-Esprit en 1578, lieutenantmont.
3 Armand de Gontaut, baron de Bagénéral des armées du roi,morten 1 5g5.
Combat
à
Monssac.
i562
Montignac.
232
TABLE CHRONOLOGIQVE
considérations, son exécution fut différée jusques au 18 d'octobre suivant, auquel jour ce saint martyre calviniste fut
pendu et estranglé dans la mesme place de Montignac.
Quelques troupes religionaires qui s'advouoint au sieur
2
de la Rochefocaut
conduites par les sieurs de Bordet , de
Montendre 3 , Chaumont 4 , Salignac 5 et autres, prènent la ville de
laLinde-sur-Doixloignele26 d'aougst. Ils entrent par une petite
porte qui est du costé de la rivière , appelée la porte de la
Fontaine, et par un trou qu'ilz firent à la muraille du cimetière. Après qu'ilz sont entrés en nombre suffisant, ilz vont
ouvrir la porte de S le -Colombe par laquelle ilz font entrer
toutes les troupes et, s'estans rendus maistres, font pendre le
premier consul, le vicaire de la ville et six autres prestres et
tuent en tout environ cent habitans 5 soixante des plus apparens s'estans retirés dans l'esglize sont forcés et constraintz de
se rendre, partie des quelz sont mis à ranson et les autres tués
de sang froid. Après qu'ils y heurent séjourné trois jours,
ilz s'en allèrent, laissant l'esglize pillée et profanée, la ville
vuide d'habitans, de meubles et vivres, les rues tapissées de
1 François, comte de La Rochefoucauld et de Roucy, prince de Marcillac,
chevalier de Tordre du roi, gouverneur
et lieutenant-général de la province de
Champagne, tué à la Saint-Barthélémy.
(Haag, La France protestante, VI, 352.)
2 N. Accarie, seigneur du Bordet, en
Saintonge, dit le Brûlé, célèbre chef
protestant, tué au siège de Chartres en
1 5 68, (Montluc, Commentaires, éd. de la
Société de l'Hist. de France, II, 40 1 . —
Haag, IV, 327.)
3 Louis de La Rochefoucauld, baron
de Montendre et de Montguyon, fait prisonnier à la bataille de Vergt, après
laquelle on n'entend plus parler de lui.
(Haag, VI, 35 7 )
• \
4 Les frères Haag signalent plusieurs
capitaines huguenots de ce nom. Bien
qu'on trouve en i5Ô2, dans l'armée de
Duras, un Chaumont du Périgord, qui
appartenait, sans nul doute, aux Chau-
mont, sieurs de Labatut, je pense qu'il
faut voir dans celui-ci un membre de
la famille de Chaumont-Quitry. (Haag,
III, 421, note.)
5 Jean de Gontaut, seigneur baron de
Salignac (ch.-l. de canton, arrondissement de Sarlat), né en T 553 , fils d'Armand, seigneur de Brussac, Puybeton,
et de Jeanne de Salignac, chambellan du
roi de Navarre, membre du son conseil
privé en 1575, se distingue pendant les
guerres de religion ; gouverneur du Périgord et lieutenant-général du Limousin
pour le roi de Navarre en i58o, il se
signale à la bataille de Coutras en 1587,
où il commande une division d'infanterië. II abjure en i5g6, est envoyé
ambassadeur auprès de la Porte en
i6o3, reçoit le collier du Saint-Esprit
en 1604 et meurt à Constantinople en
16 10. — Voir sa biographie, par J.
Tarde, sub anno 1610.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
233
corps mortz et de sang caillé, les portes de la ville bruslées et
le tout en une estrange et déplorable désolation. Cruèle réformation de l'Evangile !
[Les habitants de] Sarlat, voyant brusler la maison de leur
voisin et advertis que ce feu montoit le long de Dordoigne et
prenoit le chemin de leur ville, se disposent à la défensive et
prient la noblesse voisine de les assister. Le 28 d'aougst, ces
troupes faisant nombre de trois mille hommes, viènent loger en
la parroisse de S' André-lès-Sarlat, et , le lendemain matin,
comme ilz prenoint le chemin de la ville, les sieurs d'Auteffort
de Puymartin 2 et autres gentilzhommes qui esloint à Sarlat
les allèrent recognoistre et , après quelques escarmouches, se
retirèrent. Ces troupes viènent en bataille droit à la ville,
mais ilz truvent les murailles bordées d'hommes avec contenance de se vouloir bien deffendre, et, en mesme temps, les
gentilzhommes qui s'estoint rendus dans la ville, acompaignés
d'un bon nombre de soldatz estrangers et habitans conduitz
par le sieur de Giverzac 3 , après avoir laissé le sieur d'Autefort pour la garde de la porte, sortent et vont donner droit à
l'enseigne. Ce fut un combat qui les contraignit de prendre le
large. Hz allèrent tous sortir à S' Nicolas et prindrent le chemin
de Carlux, chargés des despouilles des esglises et autres meubles volés sur le peuple. Le lendemain 30 du moys d'aougst,
1 Edme de Hautefort, chevalier, seigneur deHautefort, Thenon, etc., chevalier de Tordre du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, capitaine de 5 o
hommes d'armes de ses ordonnances,
gouverneur et sénéchal du Limousin en
1 58 1 , beau-frère de Raymond de SaintClar, seigneur de Puymartin, de Jean
de Losse, seigneur de Thonac, et de Jean
de Cugnac, seigneur de Giverzac. Edme
de Hautefort devint un des chefs de la
Ligue et fut tué en défendant Pontóise,
au mois de juillet 1589. (Nadaud, I,
523 ; II, 477. — La Chesnaye des Bois,
v° Hautefort.)
2 Raymond de Saint-Clar, chevalier,
seigneur de Puymartin, chevalier de
Tordre du roi, mari de Louise de Hautefort , sœur d'Edme , gouverneur du
Limousin.
3 Jean de Cugnac, seigneur de Giverzac, capitaine de 5 o hommes d'armes
des ordonnances, chevalier de Tordre
du roi, gentilhomme ordinaire de la
chambre, sénéchal du Bazadois, maréchal des camps et armées du roi, mari
d'Antoinette deHautefort, sœur d'Edme,
mort en i5yS. (Saint-Allais, VIII, 108.)
234
TABLE CHRONOLOGIQVE
partant de Carlux, ilz se rendirent à Gordon où s'assemblèrent les forces de la Rocbefoucaut et de Duras % lesquelles
estant ramasse'es et unies prindrent le chemin de Caors et de
Montauban 2 .
Sur la íin de septembre, les habitans de Sarlat sont advertis
que les troupes qui avoint passé devant leur ville le moys
d'aougst dernier revenoint de Montauban en nombre de douze
mille hommes, soubz la conduite du sieur de Duras, pour
s'en aller en Poitou, résolus de forcer tous les lieux où ilz
passei'oint, et que leur droit chemin estoit de passer à Sarlat,
lequel advis estant tenu pour tout certain, ilz font provision
de toutes choses nécessah^es pour soustenir un siège, Hz escrivent à la noblesse du pays et les prient de les venir assister,
pour conserver la ville en l'obéyssance du roy, sur laquelle
prière vindrent seulement le séneschal de Beaucaire, sieur de
Fontanilles, nepveu du sieur évesque 3 , les sieurs de Puymar6
tin, le jeune Périgord 4 , le sieur d'Archiniac de Jayac et la
Raymondie 6 , chascun menant quand et soy quelque nombre
de soldatz. Avec l'advis et assistance d'iceux est proveu à tout
ce qui est nécessaire. Le premier d'octobre, on reçoit une missive du sieur de Burie, lieutenant général du roy en Guiene,
escripte au camp de Moncuq le dernier de septembre , par
laquelle il advertissoit les habitans de se mettre en deffense et
qu'il seroit bien tost à eux ou leur envoyeroit promptement du
secours. Incontinent après, on envoyé des hommes sur la
1 Symphorien de Durfort, seigneur de
Duras, colonel des légionnaires de
Guyenne, fils de François, seigneur de
Duras, et de Catherine de Gontaut de
Biron.
2 De Thou, livre 33.
3 Jean de Sennectaire, fils de Jean,
baron du Clavelier et de Fontenilles,
gentilhomme ordinaire de la chambre
du roi, nommé sénéchal de Beaucaire
en juin 1 5 6 1 , sur la résignation de son
père, occupe cette chargejusqu'en 1 566.
(B. N. Ms. Fds. Languedoc, CL, p. 220.)
4 Claude des Martres, chevalier, sieur
de Périgord en 1587. (B. N., Périgord,
CXXV, v° Cardaillac, p. 10.)
6 Charles de Garbonnières, chevalier,
seigneur de Jayac et Archignac, chevalier de Tordre du roi le 14 septembre
i5io.
0 Raymond de Bertin, écuyer, seigneur de la Raymondie en Limousin.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
23S
rivière de Dordoigne pour faire passer tous les bateaux au deça
et les enfoncer, ce qui fut assés mal exécuté, mais cela estoit
de peu de conséquence, à cause que la rivière estoit guéable
en plusieurs endroitz. Le second d'octobre, sur le tard, on est
adverti que plusieurs companies de l'armée de Duras estoint
logées à Castelnau de Berbières et que une partie de l'armée
avoitdesjà passé la rivière en ce port et qu'il y avoit des troupes logées aux Vaissières 1 , Peyrelevade 2 et Bitarèles \ La
nuit suivante, les sieurs séneschal de Beaucaire, Puymartin et
Périgord, acompaignés de 45 arquebuziers, sortirent de la ville
et les allèrent recognoistre en ces villages et, après les avoir
veuz, recogneuz, tué quelques sentinelles et mis l'alarme au
camp, se retirèrent. Le reste de la nuit et de la matinée fut
employé à abbatre murailles et arbres sur les chemins pour
donner empêchement aux enemis et les troubler en la conduite de leur artillerie et attelage.
Le lendemain 3 d'octobre, à cinq heures du matin, entra à
Sarlat le capitaine Flaugeac
lieutenant de la compagnie du
sieur de la Motte, envoyé par le sieur de Burie, avec cinquante
soldalz pour la défense de la ville. Sur les sept ou huit heures
du matin, les troupes commencèrent d'aprocher et, dans le
jour, prindrent tous les faubourgs avec le couvent des Cordeliers, non toutesfois sans quelque résistance, mais avant que
parler des attaques et effortz des assiégeans, voyons l'estat des
assiégés et quel ordre ilz avoint mis en leur ville pour se bien
deffendre.
1 Les Veyssières (voir p. 79, note 1,
et p. 194, note 2). A côté du prieuré
s'élevait un petit repaire noble.
2 Hameau, commune de Vitrac, qui
a pris son nom d'un dolmen que l'on
voit encore sur le bord de Fancien grand
chemin de Sarlat à Dome, passant par
les hauteurs, au-dessus de Griffoul.
3 Les Bitarelles. — Section de la commune de Yézac.
4 Est-ce le même personnage que ce
capitaine Flogeac, « vaillant chef d'une
des compagnies du feu comte de Brissac » (Hist. des Troubles — Bàle, 1574,
1, VIII, p. 222, 223), qui fut tué au siège
de Niort, en 1 56g ? (Journal de Pierre de
Jarrige, 1868, p. 57. — D'Hozier, L'Impôt du sang, I, 25.) Ou faut-il lire : .le
capitaine Flaugeac de Bigaroque? (Voir
P- 23 1, note 1.)
236
TABLE CHRONOLOGIQVE
Lors que les enemis arrivèrent, il y avoit huit enseignes
arhore'es sur les murailles de la ville, pour monstrer aux
enemis que la ville n'estoit dépourvue d'homes ni de
courage. Tous les habitans et estrangers venus à leur secours
s'estoint départis en six companies à chascune desqueles y
avoit un chef et un lieutenant pour commander ; quatre estoint
sur la muraille et deux dâns la ville. Ceux qui estoint logés
sur la muraille avoint partagé tout le rond d'icelle en quatre
quartiers, les portes de la ville faisant la séparation d'iceux,
et chaque quartier avoit sa compagnie avec son capitaine et
lieutenant et la companie estoit de soixante hommes. Les deux
companies qui restoint dans la ville estoint logées, une à la
place et l'autre au Peyrou, chascune faisant un gros en forme
de corps de garde, ou plustot d'arrière garde, pour couvrir là
où seroit besoin et assister l'endroit le plus affligé. On avoit
aussi proveu à la distribution des poudres, baies, bois, chandèle et autres choses nécessaires et principalement à ce que les
vivres ne manquassent à ceux qui estoint sur la muraille,
tellement que le tout se passoit sans confusion des habitans et
sans mescontentement des estrangers venus à leur ayde
1 Voici quelle était la composition
et la distribution des compagnies bourgeoises pendant le siège de 1 562 :
Une compagnie de 6o hommes défendait le secteur compris entre la porte
de la Bouquerie et la porte de la Rigaudie. Capitaine : M 0 Pierre Bridât,
greffier en chef ; lieutenant : sire Jean
Suau, marchand. Une seconde compagnie de 6o hommes défendait le secteur
compris entre la porte de la Rigaudie et
la porte de la Rue. Capitaine : M e Antoine Céron ; lieutenants : Monsieur de
Beyssac (ou Beynac) dit le cadet, Myhon
et François Bosquet, marchand. Une
troisième compagnie de 6o hommes
défendait le secteur compris entre la
porte de la Rue et la porte de Lendrevie. Capitaine: Me Jean Chappon, procureur ; lieutenant : Raymond Manin-
gault , dit Mondy. Leur principale
défense était la tour de la Paix. Une
quatrième compagnie de 6o hommes
défendait le secteur compris entre la
porte de Lendrevie et la porte de la
Bouquerie. Capitaine : Monsieur Léonard de la
aile (le papier est
déchiré) ; lieutenant : Jérôme Monzie.
Deux autres compagnies de 6o hommes étaient postées : l'une devant, l'Hôtelde-Ville, sur la place dite aujourd'hui de
la Liberté, l'autre devant le monastère,
sur la place du Moustier ou du Peyrou.
Sur la tour de la Guerre, entre les
portes de Lendrevie et de la Bouquerie,
combattaient du Boys, syndic de la ville,
François de la Brousse, Antoine Martini, Etienne Singlier.
On réserva un piquet de 12 hommes,
« qui estoient commis et avoient le soing
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
237
Revenons aux assiégeai] s. La nuit qui vint après le 3 e jour
d'octobre, ilz firent leurs approches et logèrent leur artillerie
dans un jardin qui est entre la fontaine de Bodoissou 1 et le fossé
de la ville. Le 4 e d'octobre, sur les huit heures du matin, ilz
commencèrent leur batterie avec une grosse pièce qu'ilz appeloint « Chasse-messe » et deux coleuvrines bastardes. Dans deux
ou trois heures, toutes les deífenses de ce costé furent mises par
terre ; mais, à mesure qu'ilz voulurent continuer leur baterie,
la grelle des arquebusades, mosquetades et pièces de campaigne
qu'on tiroit de la ville fut si aspre que leur canonier fut blessé
et le maistre de l'artillerie tué : si bien que la baterie cessa sur
les onze heures et l'artillerie se vit abandonnée, laquelle eût
peu estre aisément gaignée par les assiégés, s'ilz eussent heu
des gens assés pour sortir. Sur les dix heures du soir, ilz donet cure, où les ennemys pouroientmectre
le feu pour soubdain l'estaindre ».
M e Antoine de Bars, bourgeois, était
préposé à la distribution des vivres.
M e Noël Céron, banquier et consul,
avait la charge des munitions.
Jean Plamon, le vieux, procureur, et
Jean Chaumelz, le jeune, marchand,
commandaient le poste de la porte de la
Bouquerie, la seule restée ouverte.
Pons de Salignac, grand archidiacre,
avait pris soin de couvrir les approches
de la ville par des travaux de terrassement, et de couper de tranchées tous
les chemins. (Arch. départ. E, cartons
cotés : Sarlat.)
Un conseil permanent centralisait
la direction. II était composé de François de Sennectaire, évêque, des dignitaires du chapitre, d'Antoine de Salis,
seigneur de la Batut, lieutenant-général,
de Guillaume de la Porte, lieutenant
criminel, de François Pothon de Gérard,
avocat du roi, de Mathurin de la Dieudye, procureur du roi, des consuls
Gratien de Leygue , Geraud Rudelle,
Noël Céron, du procureur syndic de la
ville du Boys.
Aux gentilshommes étrangers à la
ville, qui étaient venus contribuer à sa
défense, Fontenilles, sénéchal de Beaucaire, Puymartin, Périgord le jeune,
Jayac et la Reymondie, il convient
d'ajouter le sieur de Solvignac, ou mieux
« Solmignac », que nous retrouverons
fréquemment dans les événements des
années qui vont suivre.
La ville avait certainement de l'artillerie. — Voici ce qu'on lit dans le document d'où les détails qui précèdent ont
été extraits :
« Sur la tour de la Guerre combatoit
« du Boys, scindic, M 0 François de la
« Brousse, Antoine Martini, Estienne
« Singlier qui avoient le gouvernement
« de lad. tour jusques à la porte de la
« Boucarie. De lad. tour lesd. ennemys
« estoient batus à la canonnière si vif« vement que lesd. ennemys n'avoient
« moyen de tout ce costé à cinq cens
« brasses de monstrer le nés. A raison
« de laquelle baterie et repoulsement à
« eulz faictz fut imposé nouveau nom à
« lad. tour. . . (papier déchiré) . lors
« appelée tour de la Guerre. » (Arch.
« départ. E, cartons cotés : Sarlat.)
1 La fontaine de Boudouyssou se
trouve au pied de Pissevi, derrière le
jardin du collège actuel.
31
238
TABLE CHRONOLOGIQVE
nèrent une alarme, faisant semblant de mettre des eschèles de
tous costés de la muraille ; tous les tambours battoint, toutes
les trompètes sonnoint, toute sorte d'artillerie tiroit ; à ce grand
bruit ilz adjoustoint des cris ei urlemens estranges ; les assiégés ne s'estonnoint pas pour ce bruit et ne perdoint pas l'occasion de tirer quand elle se présentoit. Pendant ceste alarme,
les assiégeans, soubz la faveur de la nuit et de la fumée des
arquebusades, retirèrent leur artillerie du lieu où ilz l'avoint
logée pour la placer ailleurs.
Le lundi 5 d'octobre, sur les quatre heures du matin, ilz
donnèrent une autre alarme, mais ilz truvèrent une telle résistance qu'ilz ne purent approcher la muraille de la ville. Après
que l'alarme eût cessé et que le soleil eût ramené sa clarté ordinaire, les assiégés aperceurent que les enemis avoint remué
leur artillerie, et l'avoint assise sur unecouline nommée Pechnabran \ en un lieu haut d'où ilz voyoint dans la ville distant
de la muraille deux cens pas seulement, et de là commencèrent
à tirer environ les deux heures après midi et continuèrent jusques à la nuit, jettant par terre les deffences ; pendant ceste
batterie, ilz faisoint apporter grand nombre de fagotz dans les
fossés, et apprestoint quantité d'eschèles, lesquelles ilzvouloint
dresser contre la muraille et les couvrir de fagotz pour se loger
au dessoubz et de là saper le pied de la muraille. Ce mesme
jour, ilz mirent deux pièces de campaigne et quelques mosquets bien près de la porte de la Rue, et de là tiroint depuys
vespres jusques à la nuit. Hz tiroint aussi du couvent des Cordeliers tout ce jour, d'où ilz incommodoient la ville à cause
de la proximité. Sur les dix heures du soir, ilz donnèrent une
autre alarme, faisant tirer toute leur artillerie, grande et petite,
sonner tambours et trompètes, criant : « Aux armes! escale!
sape ! done dedans ! » pour assaillir de toutes parts, mais ilz
1 Pechnabran, lieu-dit, au sud-ouest de la ville, aux Rodes.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
239
furent si bien repoussés que ilz ne purent pas mesmes entrer
dans le fossé.
Le lendemain 6 d'octobre, deux heures avant le jour, ilz
donnèrent une autre alat^meeiï tout semblable aux précédentes,
sauf qu'ils y adjoustèrent un grand nombre de fusées qu'ilz
tiroint comme s'ils eussent voulu brusler la ville. Ce fut la dernière attaque et le dernier effort qu'ilz firent, auquel ilz furent
repousse's comme aux précédentes. Le sieur de Duras et son
conseil, voyant la résistance des assiégés, et estant advertïs que
le sieur de Burie estoit avec l'armée royale à Castelnau de Milandes, prest à passer la rivière pour leur donner sus, commence à desloger ce mesme jour 6 d'octobre, k neuf heures du
matin, et, pour continuer son voyage, prind le chemin de
Meyralz et Tayac, mais pour ne s'en aller pas sans laisser quelque trace de leur réformée insolence, ilz mirent le feu aux
quatre faubourgs et au chasteau de Temniac, ruinèrent le
couvent des Cordeliers, brizèrent les vitres, les orgues et la
fontaine et bruslèrent toutes les chambres qui estoint sur le
ruisseau, mirent en cendres tous les foins, pailles, vivres et
respandirent le vin qu'ilz ne purent boire. En tout ce siège, il
n'y eut de la part des assiégés que six hommes tués et autant de
blessés et du costé des assiégeans en demeura environ quatre
vingtz pour engraisser les champs et au double de blessés
Ceste armée calviniste ayant passé la rivière de Vézère au
Bugo, Tayac et Tursac, suit le chemin pour Mucidan ; mais les
sieurs de Burie et de Monluc les suivent de si près qu'ilz la
rencontrent le 9 de ce moys au lieu de Ver, et la chargent si à
1 « C'est une chose surprenante, dit
« Soulier, qu'une aussi petite ville, qui
« n'avoit que des murailles pour toute
« fortification, commandée de deux
« côtés par deux éminences, desquelles
« on la peut battre en ruine, í étant
« battue et attaquée fort rudement
« depuis le troisième jour d'octobre jus-
« qu'au six, put résister avec si peu de
« troupes qu'il y avoit dedans à la fureur
« des ennemis, auxquels les assiégés
cr ne permirent jamais de faire aucuné
« descente dans íe fossé. » (P. Soulier,
Histoire des progrès du Calvinisme, liv. I,
p. 63.) Voir aussi de Thou, livre 33.
240
TABLE CHRONOLOGIQVE
propos qu'ilz mettent en pièce toute l'infanterie, prènent l'áf*
tillerie, dix neuf drapeaux, cinq comètes et tout le bagage \
cinq ou six mille hommes demeurent sur la place, le reste s'enfuit à vaudéroute 1 et le sieur de Duras, avec quelques troupes
de cavalerie, s'en alla rendre à Orléans à l'arme'e. du prince
de Condé. Le séjour qu'il avoit faict devant Sarlat fut cause de
son malheur, car, par ce moyen, il donna temps à ses enemis de
s'assembler et l'attaquer dans leur gouvernement.
Les armées, qui avoint couru et ravagé tout le Périgord l'an
1 562, laissèrent, comme c'est la costume, la famine et la peste
en toute la province. La disette arriva ès moys d'apvril, may et
1 563
juin 1563 et la peste en l'automne. La cherté fut telle que le
froment se vendit à Sarlat trois livres le quarton et le sègle
cinquante solz. Quand à la contagion, elle fut si grande qu'elle
sembloit menacer toute la province d'une entière désolation.
A Sarlat, tous les habitans quittèrent la ville, sauf un consul
et quelques chirurgiens qui demeurèrent pour la police et conservation de la ville.
Estienne
Le 1 8 d'aougst, décéda Estiene de la Boétie, conseiller du
Ì la Boétie.
en j a cour ^ e parlement de Bordeaux, aagé de 33 ans, nay
d'une fort honorable famille de Sarlat. La nature l'avoit doué
d'un beau jugement et son travail l'avoit randu scavant ès lettres
grecques et latines, et en toute sorte de science. Ses poèmes et
discours de la « Servitude volontaire » qui restent de luy, sont
choses qu'il fit par forme d'exercitation pendant sa jeunesse.
Si, quelques jours avant mourir, il eût faict quelque autre
chose, on eût veu des conceptions bien plus relevées et une
vivacité d'esprit différente du commun des hommes de son
temps. G'estoit une âme moulée au patron de quelque ancien
1 On dirait maintenant: «le reste
s'enfuit en déroute B . Le mot « vaudéroute » est employé dans le même sens
dans les Lettres missives d'Henry IV,t. II,
p. 1 55.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
241
sénateur grec ou romain, mais la mort le ravit' avant qu'il eût
moyen de se faire cognoistre.
La contagion continuant à Sarlat, le séneschal se remue à
Cadoin où il est tout le moys de janvier et partie de febvrier et
de là fut transféré à S' Cyprien où il demeura tout le caresme.
Le 25 de mars, qui estoit le premier jour de Fan 1564, les
consulz de Sarlat furent au couvent des Cordeliers où le séneschal s'estoit remué depuysPasques et, le moys de may suivant,
la contagion ayant cessé, tant le séneschal que habitans se remirent dans la ville.
Jeanne de Biron sœur du sieur mareschal de Biron, religieuse, sort de son couvent, quitte le voile, abjure la religion
catholique et faict profession de celle de Calvin, et après
demande son apanage, pour lequel luy fut baillé Lavaur ',
près Villefranche, avec la justice et autres apartenances, où
s'estant retirée, elle y faict prêcher en vertu de l'édit de jan3
vier. Le ministre s'appeloit Lafontaine . A ce lieu venoint
les religionaires de Villefranche, Monpazier, Monflanquin,
Gavaudun, Salviac et autres lieux circonvoisins. Le prêche y
fut continué jusques à l'an 1567 que ceste dévote religieuse se
maria avec Jacques de Durfort, sieur de Boyssières.
Le 22 d'apvril, jour de Pasques 1565, issue de la grande
messe, les consulz de Sarlat firent faire amende honorable à
Maturin Constantin à laquelle il avoit esté condamné par sentence des consulz, confirmée par arrest de la cour, pour avoir
brisé un crucifix.
1 Jeanne de Gontaut, fille de Jean de
Gontaut, baron de Biron, et de RenéeAnne de Bonneval, religieuse à Fontgaufsier, supérieure de la Pomarède
en Quercy. (Haag, V, 3o5.)
2 Lavaur, commune, canton de Villefranche de Belvès.
3 Ce ministre Lafontaine ne seraitil point ce Jacques Fontaine, d'origine
suisse, envoyé en Agénais en i56o,
emprisonné le 23 mai à Agen par ordre
de Montluc, évadé au mois d'octobre,
et exerçant depuis à Gontaut son ministère? (Th. de Bèze, Hist. des Eglises Réformées, t. I, p. 322 ; — B. N. Ms. 5oo
Colbert, XXVII, p. 169. — Gaullieur,
Hist. de laRéf. enGuienne, p. 203,204.)
242
r 566
i56
7
TABLE CHRONOLOGIQVE
L'an 1566, on commença de prandre la date et commencement de Fan au premier jour de janvier, suivant Fédict du
roy sur ce faict, car au paravant on commençoit Fannée le
25 de mars. Parce moyen, Fannée précédente 1565 ne fut que
de dix moys sept jours, ayant commencé le 25 mars et fini le
dernier de décembre.
e
1
FRANÇOIS DE SALIGNAC est le XXVI évesque de Sarlat
proveu à Rome sur la résignation de François de Sèneterre
par Pie V pape « V kal. septemb. pontifîcatus anno secundo » qui
revient au 28 d'aougst 1 567. II prind possession par procureur
le 25 mars 1569 qui est un an et presque sept moys après la
date de ses provisions et, le 29 may 1570, fit son entrée et
presta le serment acostumé à la ville dans le boulevard de
Lendrevie, et au chapitre devant la grande porte de Fesglise
cathédrale. II estoit de la Motte-Fénelon, qui est une branche
de la maison de Salignac, portant les armes :
d'or à trois bandes de sinople. Avant estre
élevé à ceste dignité épiscopale, il avoit esté
longues années auditeur et vicaire général du
cardinal du Belay et de François de Mauny,
archevesques de Bordeaux. II estoit frère du
sieur de la Motte, chevalier des deux ordres
du roi et son ambassadeur ordinaire auprès du roy d'Angleterre. François de Sennetère, son prédécesseur et résignant,
avoit veu pendant son siège beaucoup de changemens et de
malheurs , mais François de Salignac son successeur en
demanda au roi comme vacant : il en
1 François de Salignac, fils d'Hélie,
obtint le brevet le 22 avril 1 568 et prit
seigneur de Fénelon,et de Catherine de
Ségur de Théobon. Outre les .qualités possession le 2 5 mars 1569. — On ne
sait si ce fut sur les provisions du 28
que lui donne Tarde, il était archidiacre
août 1567, ou s'il en obtint de nouveldu Médoc, lors de son élévation. II fut
pourvu à Rome le 28 août 1567, sur la les en vertu du brevet du roi. — Ce
brevet, inconnu à Tarde, existait au
résignation de François de Sennectaire ;
c siècle dans les archives de Fénelon.
.
xvii
mais comme celui-ci mourut le mois de
(Ch. de Gérard-Latour , Catalogue des
septembre suivant,François de Salignac,
évêques.)
pour mieux s'assurer de T évêché, le
DE LEGLISE DE SARLAT.
243
verra de plus grandz et qui le toucheront de plus près, pendant 12 ans qu'il tind le siège.
Ceste année 1567 , les religionaires d'Issigeac contraignent les catoliques à coups de ha'ston d'aller au prêche ,
coupent la tête à un prebstre, rompent le cœur de l'esglise,
montent sur la voûte, mettent le feu à la charpente et réduisent tout en cendres.
Le 6 septembre 1 568, la royne de Navarre part de Nérac avec
le petit prince son fils pour se rendre en Poitou, passant à Ber1
gerac y trouve le capitaine Piles avec ses troupes de Périgord,
Quercy et Auvergne qui l'acompaigna jusques à Mucidan où
Briquemaud 2 luy vint au devant et la conduisit à la Rochèle.
Dans peu de temps, l'arrivée des calvinistes fut grande en
Poitou appelée l'armée des Princes, à cause qu'elle estoit
soubz l'adveu du prince de Condé et du jeune prince de Navarre : elle prend plusieurs villes en Poitou, Saintonge et
Angoumois.
La ville et chasteau de Blaye est mise ès main des religionaires par l'intelligence du gouverneur. Ce que alarma grandement Bordeaux et toute la Guiene.
Le sieur de Puymartin est faict capitaine à Sarlat, avec une
compagnie de ceiit arquebusiers, et le sieur de Maurans est
capitaine à Dôme avec une pareille companie de soldatz.
Le 5 d'octobre, quelques troupes calviniènes, en nombre de
sept ou huit censhommes, conduitz parle capitaine Bonnevie 3 ,
1 Armand de Clermont de Piles, seigneur de Piles près Bergerac , capitaine
protestant, « dont les exploits, dit Mézeray, surpassent la croyance et presque
la vertu humaine », tué à la St-Barthélemy. Armand de Piles avait épousé
Jeanne de Durfort, fille de Robert, seigneur de Saint-Germain , et de N. de
Saint-Ahon. (Haag, III, p. 93 et suiv.)
2 François de Beauvais, seigneur de
Briquemaut, un des plus célèbres chefs
du parti protestantpendant les premiers
troubles, né vers i5o2, chevalier de
Tordre du roi, mestre de camp, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi,
ami intime de Coligny. Fait prisonnier
à la Saint-Barthélémy, le Parlement de
Paris, par arrêt du 27 octobre 1572, le
condamna à être pendu, ce qui fut exécuté. (Haag, II, 1 35.)
3 Etienne de Bonnevie, seigneur de
Gazela, en Agénois, mari de Gabrielle
Issigeac.
1
568
Blaye.
Sarlat.
Dome.
244
TABLE CHRONOLOGIQUE
La Motte et autres, assiègent Dome et attaquent la porte des
Tours en intention d'y mettre le feu, laquelle ils abordèrent à
la faveur des continuèles arquebusades qu'ilz tiroint à toutes
les deffenses, mais le capitaine Maurans, avec la garnison les
fit retirer avec perte de plusieurs hommes.
Le duc d'Acier Mouvens 2 , Mombrun 3 , et autres chefz des
religionaires font levée de gens de guerre en divers endroitz du
royaume-, Mombrun dresse en Daufiné sept régimens, qui
faisoint 74 enseignes et 3 comètes de cavalerie ; Mouvens
faict en Provence un régiment de 10 enseignes et 2 comètes de
cavalerie ; en Languedoc se fit trois régimens de 35 enseignes ,
etauVivarez deuxrégimens de 18 enseignes. Toutes ces troupes
s'assemblèrent en Rouergue en intention d'aller joindre l'armée
des Princes en Poitou et fut appelée l'armée des Provençaux.
Le Périgord ne vit jamais une armée si populeuse. Hz passèrent
4
le Lot à Cadenac et vindrent à Acier. Les sieurs de Monluc , des
Cares 5, deMonsalès 6 et plusieurs autres seigneurs, s'estantrendus à Gramat avec toutes les forces qu'ilz avoint pu ramasser
pour les empêcher de passer Dordoigne, après avoir recogneu
les forces de l'enemy et leur contenant, se recognoissant foideMontesquiou de Fages. (B. N. Ms. Fols.
Périgord. CLIII,- dossier Montesquiou.)
1 Jacques de Crussol, seigneur d'Assier, frère d'Antoine, duc d'Uzès, à qui
il succéda en i5j3. II mourut en 1 586.
2 Paul Richiend, seigneur de Mouvans
en Provence, né à Draguignan, capitaine calviniste, tué au combat de Mensignac le 25 octobre 1 568 .
3 Charles du Puy, seigneur de Montbrun, capitaine protestant, né en i53o.
Après de grands succès remportés sur
les catholiques en i56o, i562, i56y,
1574, il fut pris en i5 7 5. Son procès
lui fut fait par le Parlement de Grenoble ; condamné à mort, il fut exécuté.
4 Biaise de Montluc, fils de François
de Montesquiou, seigneur de Montluc,
et de Françoise d'Estillac, chevalier de
Tordre du roi en 1 555 , colonel de Tinfanterie française en 1 5 58, lieutenant du
roi en Guienne avec Burie, en i562,
maréchal de France en 1574.
B François de Pérusse, seigneur des
Cars, chevalier de Tordre du roi, capitaine de 5o hommes d'armes des ordonnances, lieutenant général au gouvernement de Guienne en décembre 1 568,
gouverneur de Bordeaux, chevalier du
Saint-Esprit à la première promotion du
3 1 décembre 1 578.
6 Jacques de Balaguier, seigneur de
Montsalès, capitaine de 5 o hommes
d'armes des ordonnances du roi, chevalier de son ordre, gentilhomme ordinaire de sa chambre, tué à la bataille
de Jarnac en 1 56g.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
245
bles, n'osèrent les attaquer, mais se retirèrent vers Caors. L'armée des Provençaux, partant d'Acier, vient à Aynac Gramat,
Peyrat 2 , et advint en ce lieu de Peyrat un plaisant accident.
C'est que, à faute d'eaue, plusieurs firent boire tant de vin à
leurs chevaux que, le lendemain sur le départ, ilz les trouvèrent
si yvres qu'ilz ne pouvoint aller et furent constraintz attendre
que ceste potion bachique eût faict son opération avant que s'en
pouvoir servir. C'estoit environ la my octobre qu'on achevoit
de faire les vendanges.
De Peyrac ilz vindrent passer Dordoigne à Souillac et, pour
ce que la rivière estoit guéable, ilz passèrent la pluspart à gué.
Après ilz viènent à Carlux, à la Roque de Gajac, ma patrie,
où. jeune enfant de six à sept ans je les vis passer, de là à Baynac, S* Cyprien et droit au Bugo, où, ayant passé Vézère,
prènent le chemin de S' Astier pour y passer l'Isle et puis
s'en aller à Ribeyrac où estoit le rendez-vous.
Cependant le duc de Montpansier s'estoit rendu à Périgueux
avec des forces catoliques où il les attendoit : et comme ilz
passoint la rivière de l'Isle à S' Astier, il alla charger les
régimens de Mouvens et de Pierregorde \ lesquelz se serrèrent
au village de Mensignac *, et de là donnent advis au duc d'Acier
de les venir secourir : lequel s'excusa, disant qu'il avoit assez
à faire à se deffendre, mais leur donne advis de se tenir dans
leur fort jusques à la nuit, à la faveur de laquelle ils pourront
gaigner Ribeyrac, et que, en tout cas, le lendemain il leur
donneroit secours avec toute l'armée. Cependant l'escarmouche
continuoit tousjours contre Mouvans tant pour cognoistre ses
forces et son courage que les advenues du lieu. L'escarmou1 Aynac, commune, canton de la Gapelle-Marival (Lot).
2 Payrac, canton, arrondissement de
Gourdon (Lot).
3 François de Barjac, seigneur de
Pierregoupde, tué au combat de Mensignac.
4 Mensignac , commune , canton de
Saint-Astier (Dordogne) .
246
TABLE CHRONOLOGIQVE
chefut reprinse le lendemain bon matin et continuée jusques à
deux heures après midi que les catoliques firent semblant
de se retirer à Périgueux, mais aussi tost ilz se cachèrent
derrière une montaigne où. Mouvens ne les pouvoit voir, lequel
ayantappris de quelques paysans qu'ilz avoint prins le chemin
de Périgueux, faict batre aux champs et quitte son fort, résolu
de joindre l'armée à Ribeyrac ; le sieur duc, les sachant hors
de leur fort et en la campaigne, sort et les attaque si vivement
qu'il en faict perdre la vie à plus de douze cens et met le reste
en désordre et en fuitte. Les paysans se jettent sur ces fuyardz
esquartés, et en arrestent plus que autant qui servirent pour
engraisser leurs terres. Le corps de l'armée qui estoit desjà
arrivée à Ribeyrac, adverti de ceste routte, assemble le conseil;
les uns estoint d'advis de demeurer à Ribeyrac pour recuillir
et ramasser les esgarés, mais la plus grande opinion conclut
de se rendre à Aubeterre, grande bourgade à deux lieues de
Ribeyrac, où estoit un fortchasteau qui tenoitpour eux. Ceste
opinion fut suivie. Hz partent de Ribeyrac et marchent toute
la nuit et se trouvent bon matin à Aubeterre. Toute ceste
armée provensale estoit saisie d'un tel effroy par ceste défaicte
que, si les catholiques eussent suivi leur pointe et se fussent
servis de leur victoire, ilz eussent mis tout en pièces. Arrivés
qu'ilz sont à Aubeterre toute l'armée passe la rivière de
Drone. Or, les princes estoint à Chalès 2 qui n'est que à deux
lieues de là où ilz estoint venus pour recevoir ceste armée.
Le duc d'Acier les y alla trouver et les mena le lendemain
voir l'armée et les asseura de dix huit à vingt mille arquebusiers et sept ou huit cens chevaux. Partant de là, ceste armée
provençale alla joindre celle des princes en Poitou.
Le capitaine Piles 3 , après avoir ramassé tant de gens de
1 Aubeterre, ville de l'ancien Pe'rigord, aujourd'hui département de la
Charente.
2 Chalais , commune ,
Jumillac-le-Grand.
3 Voir p. 243, note 1.
canton
de
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
247
guerre qu'il peut, alla sur la rivière de l'Isle , brullant tous
les vilages et tuant tous les paysans qu'il subsonnoit avoir
favorisé les catoliques en la défaicte de Mouvans et Pierregorde et, après avoir ainsi contenté son esprit, s'en alla rendre
aux princes. Or, l'armée des princes estoit tousjours suivie ou
costoyée d'une armée royale, conduite par le duc d'Anjou,
frère du roy \
Le 13 de mars 1569, ces deux armées se bâtirent en Poitou
entre Jarnac et Chasteau-Neuf ; celle du roy eut la victoire, le
prince de Condé 2 y fut tué et plusieurs capitaines et autres
gens de condition de son parti. L'armée royale, se servant de
ceste victoire, entreprend de remetre soubz l'obéyssance du
roy les places occupées en Poitou et Périgord par les rebelles.
Les régimens de Monluc, de Brissac, de Cars, de Pompadour
et quelques autres assiègent etprènent Aubeterre, et de là vont
attaquer Mucidan. Ce siège fut long et malheureux aux uns et
aux autres. Les assiégés deffendirent longuement la ville et,
ne la pouvant plus tenir, la firent brusler et se retirèrent dans
le chasteau, lequel ilz deffendirent vaillamment et longuement. Les sieurs de Brissac 3 et Pompadour 4 y furent tués, qui
1 « En l'an 1569 les éditz du roy
contre ceulx de la religion P. R. se
exécutoient rigoureusement en Périgord
par supplices, ransons, prinses et confiscations de biens et homicides contre
ceux qui subçonnoient estre de ce
party
Lorsque le sieur de Vivant se
mit aux champs avec quelques jeunes
gentilshommes et autres soldatz et sachant que le prévost de Périgord avoit
assemblé nombre d'archers et autres
pour exterminer tous ceux dudit party,
et punir tant hommes que femmes, estant pour cest effect logé à las Teulières a près Sarlat, où il commettoit
beaucoup d'excès, ledit sieur de Vivant
lala charger et deffaire, tua la plupart de
ses archers et son lieutenant nommé la
Porte du Prat. Cela retint les commis-
saires et prévost et donna relasche à
ceux de la dicte religion. » — (G. de
Vivans, Mémoires. B. N. Ms. Fds. Périgord, CLXXIV, v° Vivans. )
2 Louis I de Bourbon, duc d'Enghien,
prince de Condé , un des chefs du
parti protestant, né en i53o, fut tué. à
la bataille de Jarnac, par Montesquiou,
capitaine desgardesduduc d'Anjou.
3 Timoléon de Cossé, comte de Brissac, colonel de l'infanterie piémontaise,
grand fauconnier de France. Brantômé
raconte que Brissac fut tué par un
nommé Carbonnière. C'était, prétend-il,
le meilleur tireur qu'il aitjamais vu, ne
manquant jamais son coup. II l'avait eu
dans sa compagnie. (De Thou, liv. 45.)
Le comte de Brissac n'avait que 26 ans.
4 Jean de Pompadour, fils aîné de
■ Les Tuillières, lieu-dit dans la banlieue de Sarlat, au-dessus de la Boétie.
248
Nontron.
Combat de
S.-Iriès.
Brantôme.
TABLE CHRONOLOGIQVE
fut cause que les assiégeaus s'opiniastrèrent clavautage et si
avant qu'ilz contraignirent les assiégés de se rendre vie et
bagues sauves. Mais ilz n'eurent pas si tôt perdu de voir les
murailles que, (contre le droit des gens), furent presque tous
taillés en pièces par les soldatz assiégeaus, à cause du despic et
colère qu'ilz avoint de la mort de leurs colomnelz \
Les calvinistes font ceste année venir une armée d'Alemaigne
pour fortifier leur parti, laquelle passele Loire le 9juin. L'armée
des princes qui estoint en Poitou passe par le Périgord pour
les aller joindre et prind la ville de Nontron en passant. Le
12 juin, l'armée des princes et celle des protestans se joignent
à S' Iriès et ne font que une armée. Enmesme temps, l'armée
2
du roy estoit à la Roche l' Abeille , distant une lieue de S' Iriès.
L'armée protestante et calviniène, partant de S' Iriès descend
en Poitou, passe par Tiviers et, en passant, prind Brantôme,
Geoffroy, seigneur de Pompadour, V e
de ce nom, baron de Laurière,vicomte de
Comborn , seigneur de Ghanac , gouverneur du Limousin, et de Suzanne des
Cars. II n'était âgé, comme Brissac ,
que de 26 ans.
1 Voici le texte d'une lettre autographe
du duc de Montpensier au roi qui vient
confirmer sur presque tous les points le
récit de Tarde, conforme d'ailleurs à
celui de de Thou. II est intéressant de
voir comment l'événement est apprécié,
sur le moment même, alors que l'émotion causée par la perte du comte de
Brissac et l'exécution de la garnison de
Mussidan, n'était point encore calmée :
« Sire, je ne puys que avecques ung
extrême regret et desplaisir vous dire
la perte de M. le conte de Brissac et
combien elle est plaincte par tous les
gens de bien de deça et principallement
de Monseigneur vostre frère, mays ce
n'est sans grande occasion, car il estoyt
des plus affectionnez au service de voustre couronne et personne dont Ion avoyt beaucoup de bonne espérance et se
qui en faict plus de mal est que ce
malheur soyt advenu en lieu de si peu
de respect et où ií nestoyt besoing qu'il
ï
se présentast à tyeul hazart si esse que
à la fin il a esté cause de la ruyne de
ceulx de dedans Mussidan, car les cappitaines et gens de guerre de devant,
touchez dun extrême regret, se sont
gettez à coup perdu de fason quils ont
pris ville et chasteau dassaut et ont
taillé en pièces tout ce qu'ils y ont
trouvé sans quil sen soyt réchappé ung
tout seul, ce qui servira d'exemple à
ceulx des autres places quy tiennent
contre vous et de la voye que l'on tiendra par cy-après contre eulx, au moyns
si jen suys creu , ne sachant autre
moyen pour en avoyr la raison, ce quil
me semble vous debvez commander
« Du. camp de Villeboys, ce premier
jour de may (1 569).
« Vostre très humble et très obéissant
subject et serviteur.
a LOYS DE BOURBON. »
Au dos : au Boy. — (B. N. Ms. 5oo
Colbert, XXIV, f° 200. Autographe.)
On remarquera qu'il n'est pas questionicide la capitulation de la garnison.
2 La Boche-l'Abeille, canton de Nexon (Haute-Vienne).
DE L'ÉGLISE DE SARLAÏ.
249
2
Chasteau-l'Évesque 1 et la Chapelle . Tous ceux qui se trouvèrent dans ces places furent mis à mort qui estoint en grand
nombre, pour ce que chascun, voulant e'viter la fureur d'une
si grande armée, s'aloit retirer dans les fortz. L'armée desprotestans assiège Poitiers et celle du roy Chasteleraud. Ces sièges
sont levés et les armées roullent, sans dessein apparent, jusques
à ce que, le 3 d'octobre, elles se rencontrèrent à Moncontour
en Poitou, sur le ruisseau de Dive, où fut donnée ceste mémorable bataille, en laquelle lapluspartde l'infanterie protestante
et calviniène fut deffaicte et le reste mis en route et leur artillerie prinse. Après ceste défaicte, les religionaires se retirèrent
et n'osoint tenir la campaigne et abandonèrent plusieurs places
en Poitou qu'ilz jugeoint n'estre pas tenables. Ceux de Provence, Dauíìné, Vivaretz et Languedoc traversent le Périgord
pour se retirer à leurs maisons. Hz arrivent à Souillac le
16 d'octobre pour y passer la Dordogne conduitz par Monbrun,
Mirabel et Verbelet 3 et, ayant trouvé la rivière enflée et non
guéable à cause des pluyes des jours précédentz , envoyent
quérir des bateaux par le moyen desquelz ilz commencèrent à
passer ce jour mesme, sur le soir, et continuèrent toute la nuit,
mais quelle diligence qu'ilz puissent faire, il en resta à passer
pour le lendemain matin. Les garnisons voisines, mesmes
celle de Sarlat, de ce adverties, s'assemblent ceste nuit, et font
i
1 Château-l'Evêque , commune, canton de Pe'rigueux. — Ancien château des
évêques de Pe'rigueux.
2 La Chapelle-Faucher, réunie à Jumillac, commune, canton de Champagnac. — Le château de la Chapelle-Faucher appartenait en 1569a Pierre de
Chabans, écuyer, seigneur d'Agonac et
la Chapelle-Faucher, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, chevalier
de son ordre. (B. N. Ms. Fds. Périgord,
CXXVII, dossier Chabans, p. 3.) Deux
cent soixante paysans, qui avaient cherché un refuge dans le château, furent
massacrés de sang-froid par les protes-
tants, lelendemain de la prise de laplace.
- 3 Claude Grinde, seigneur de Mirabel, que l'on trouve guerroyant presque
toujours avec Verbelay. Celui-ci, frère
de l'évêque du Puy, novice à Cluny,
jette le froc aux orties, se fait protestant et prend les armes. II servit sous
les vicomtes aux seconds troubles, sous
Coligny aux troisièmes troubles ; après
Montcontour, il se retire à Angoulême
avec Dupuy et Mirabel et, de là, le 14
octobre, va reprendre le commandement d'Aurillac et de l'Auvergne. —
On ne sait rien sur sa fin. (Haag, V,
137; IX, 461.)
Chnsteau -1 'évesque.
La Chapelle.
Bataille de
Moncontour.
230
Belvès.
TABLE CIIRONOLOGIQVE
un gros de cinquante hommes de cheval et autant d'arquebusiers, parmi lesquelz se meslèrent plusieurs paysans, viènent
bon matin recognoistre le nombre qui restoint à passer et
quelle garde ilz faisoint, et s'estant rue's sur eux, en deffirent
• bien deux cens qui furent tout aussi tost despouille's tous nudz
et jettes dans la rivière. Ceux qui avoint passé prindrent
l'alarme et se mirent en bataille et, après avoir attendu quelque temps pour recevoir ceux qui estoint échapés, continuèrent leur chemin vers Acier, où estant parvenus, ilz se départirent, car les uns se retirèrent à Orliac qui tenoit pour eux,
et les autres passèrent le Lot à Cadenac et se retirèrent aux
Sevènes.
Le 26 septembre, le sieur de Limoil 2 , acompaigné du sieur
de Floyrac 3 , son frère, et d'une troupe de gens de cheval,
viènent à Belvès et se rendent maistres de la ville, nonobstant
la résistance de quelques habitans, et deux jours après s'en vont
et la quittent. Mais, le lendemain 29 septembre, le capitaine
Vivant \ acompaigné de quelques soldats, la prind par l'intelligence de certains habitans qui désiroint du changement.
Ceste intelligence n'empêcha pas qu'il n'y eût de l'effusion de
sang, car plusieurs habitans, gens de bien , s'estant rais en
deífense, y furent tués. Le lendemain, il pilla les esglises et
brusla le couvent des Jacobins et, estant adverti que le sieur
1 Lire : Aurillac.
2 Galliot de la Tour, seigneur de Limeuil et de Lanquais, fils de Gilles et
de Marguerite de la Cropte, dame de
Lanquais, meurt empoisonné, le ignov.
1 59 1 . (B. N. Ms. Fds. Duchesne, XXXVII,
f. 61).
3 Lire: Fleurac, commune, canton
du Bugue. Jacques de la Tour, seigneur
de Fleurac, frère cadet de Galliot, seigneur de Limeuil, fut livré par son valet
aux assassins de son frère et fut étouffé
dans son lit en 1 5g 1 . (P. Anselme, IV,
536, 537.)
' Geoffroy de Vivans, seigneur de
Doissac en Sarladais, tué à l'âge de 49
ans, le 21 août 1592, d'un coup de
mousquet, au siège de Villandraut en
Bazadais. — II s'est fait un nom parmi
les chefs protestants par son audace,
son habileté en même temps que par sa
cruauté. D'abord lieutenant d'Armand
de Clermont de Piles, il devint successivement chambellan du roi de Navarre,
membre de son conseil privé, mestre
de camp de sa cavalerie légère, gouverneur, pour le même prince, du Périgord
et du Limousin, gouverneur particulier
de Dome et de Caumont.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
251
de Cars venoit avec des troupes plus fort que luy, il quitte la
ville et s'en va avec le pillage et quelques prisoniers entre lesquelz estoit le sieur de Philiparie 1 auditeur général de l'archevesque de Bordeaux. Le lendemain de son despart, arriva
ledict sieur de Cars, mais ce fut « après la mort le médecin ».
L'armée des princes quitte le Poitou et Saintonge, passe
Drone à Brantôme et Lisle à Mucidan et traverse le Périgord,
arrive à Montignac le 25 d'octobre. Le sieur du Barri 2 , capitaine du chasteau, est sommé de leur donner passage, ce que
leur estant refusé, ilz vont passer Vézère à Terrasson. Trois
jours après, une companie de chevaux légers vint à Montignac
et, pour se venger du refus, pillèrent le faubourg, bruslèrent
le couvent de Cordeliers ; mais ce ne fut pas sans opposition,
car le capitaine Machoine, acompaigné de quelques arquebusiers, les suivit et les chargea si asprement qu'il en fit demeurer plusieurs sur la place et leur prind les chevaux et
équipages.
Les princes, partant de Tarasson, vont loger à Salignac, et ne
pouvant passer la Dordoigne en aucun lieu, ( à cause que le
sieur de Cars avoit proveu à tous les passages, espérant leur
donner quelque notable attaque ), vont passer la Dordoigne à
3
Bord et de là viennent à S' Seré, Cadenac, Causses et Montauban *.
1 Philipparie, vieille famille de Belvès, à laquelle appartenait Philipparie,
prétre et notaire, dont les registres,
conservés aux archives départementales
de la Gironde, contiennent de précieux
documents sur Belvès au xv e siècle. (B.
N. Fds. Périgord, XLVI, 59.)
2 Pierre Arnal, dit de la Faye, seigneur du Barry et de la Ricardie, fils
de Jean et de Galienne de Beynac.
3 Bord, canton et arrondissement de
Boussac (Creuse).
4 Voici comment le chanoine de Syreuilh raconte le passage des troupes
protestantes en Périgord après la bataille
de Moncontour :
« Incontinent après la bataille et def« faicte, les princes de Navarre et de
« Condé et l'admiral de Chastillon, avec
« le reste de leur armée de gens de
« cheval, que pouvoint estre de v à vi
« mil homes à cheval, se retirans vers
« Montauban, prindrent leur chemin
« pour le pays de Périgord, passarent à
« Branthome, aux Varies et Chasteau
« l'Evesque et de là à Montignac-le« Comte, cuydans passer la rivière sur
« le pont, mais ceulx qui estoint pour
« le roy en la ville et chasteau de Mon« tignac desquelz le sieur du Barry
Montignac.
252
Dôme.
Prioré
de Laurinque.
1570
Edit de paix.
TABLE CHRONOLOGIQVE
Le capitaine Maurans, gouverneur de Donie, estant décédé
1
au moys d'apvril, le sieur de Castelsacrat succède à sa place.
Le 25 novembre audict an 1569, fut bruslé le prioré de
Laurinque, près Gavaudun,par un nommé Denis S' Selve habitant dudict Gavaudun. C'estoitun prioré conventuel,de Tordre
de S' Benoît, dépendant de l'esglise cathédrale de Sarlat, qui
depuys a esté uni à ladicte esglise. 11 estoit beau et bien basti.
Lors qu'il fut bruslé, il estoit tenu en commende et n'y avoit
que un prebstre nommé Martin Bigal qui le gardoit et y faisoit
le service pour le prieur commendataire; lequel Bigal fut
attaché à un pied de lit par ledit Senselve et illec bruslé tout
vif avec les meubles etbastimens, cruauté et barbarie qui faict
voir quelle estoit Tâme de ces sainctz réformateurs.
Au moys d'aougst 1570, fut arrestée et publiée une paix
qui dura environ deux ans; les estrangers furent congédiés
2
et les armées se retirèrent, tant d'un parti que d'autre .
« estoit chef les repoulsarent et salua« rent si bien qu'ilz furent contraintz
« aller passer ailleurs et non sans perte
« de leurs gens. De là allarent à Ter« rasson, à Salignac, Souilhac, Martel
« et Beaulieu en Lymosin, Argentât et
« enfin se randirent en Quercy où ils
« prindrent Tournon, Lauzerte, Mon« cuq, Castelnau et autres petites vil« lattes ; et partout où ilz passoint,
« massacroint les pouvres prestres,
« brusloint tous les couventz et esglizes,
« pilloint et rançonnoint un chescun.
« On tient pour certain qu'ilz se reti
« roient en tel effroy que mil ou xn<=
« chevaulx les eussent entièrement
« deffaitz, car leurs chevaulx estoint
« tant las et arrassés qu'ilz ne pou« voint plus et en laissarent plus de.
« mille en Périgort , ne pouvant plus.
« aller » . (Arch. hist. de la Gironde ,
t. XIII, p. 267.)
1 Léonard de Gironde, seigneur de
Castelsagrat , chevalier : de Tordre du
roi, enseigne de la compagnie des 40
lances des ordonnances du roi, com-
mandées par M. de Sancy. (SaintAllais, VIL)
2 « Environ ce temps, les lutériens de
« ce royaume, voyans que les opinions
« de Luter n'estoientpas assez éloignées
« de la religion catolique, les quittèrent
« pour prendre celle de Calvin, à cause
a. de quoy ilz perdirent en France le
« nom de lutériens ou proteslans et
« furent appeliez calvinistes, sacramen« taires et huguenots. Ce dernier estoit
« un nom de guerre et les autres noms
« de secte et d'hérésie.
« En janvier 1572, les calvinistes de
« Dome commencent d'ensevelir les
« mortz à leur, façon, dans un cimitière
« par eux achapté de nouveau, les ca« toliques trouvoint étrange de voir,
« sur la closture de la nuict porter un
<L corps en terre, comme à la desrobée« sans honneurs funèbres, sans aucune
« action religieuse mais à la façon qu'on
« ensevelit ceux qui ont esté défaictz.
« par l'exécuteur de la justice. » (Ms.
Tarde A.)
, 1
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
253
Le 25 d'octobre 1572, les calvinistes prirent Villeréal par
l'intelligence de ceux de leur secte. Hz tuèrent six prebstres
et plusieurs autres habitans, pillèrent l'esglize, en firent une
citadèle, y firent prêcher un ministre et contraignoint par
toutes rigueurs les catoliques d'aller au prêche.
Le 17 d'apvril 1573, Souillac fut surpris par les religionnaires. Les soldatz et gens de deffense et de condition se
sauvèrent dans l'abbaye où ilz furent incontinent assiégés.
Le lendemain de la Pentecouste, deux heures après minuit,
le capitaine la Béraudière, tenant le parti des calvinistes,
surprind la ville de la Linde. Tout ceux qui firent quelque
semblant de se deffendre furent tués. Peu de temps après
ilz quittent la ville, après l'avoir si bien despouillée qu'ilz ne
sèrent aux habitans que les murailles et le couvert des laismaisons.
Ceste année , la Bochelle est assiégée par une armée royale
et, le 11 juillet, le siège est levé parle moyen d'un édit de paix.
La disette est grande en Périgord ; le quarton de froment
est vendu à Sarlat v livres x solz. Après vindrent de grandes
maladies populaires et mortalités
La paixfaicte devant la Bochelle fut de peu de durée, car
les religionaires reprindrent les armes en febvrier 1574, et
surprindrent plusieurs villes, lors qu'elles croyoint être asseurées sur la foy publique, et entre autres prindrent Sarlat le
22 de febvrier, jour de lundi gras, sur la pointe du jour, conduitz parle capitaine Vivans, acompaigné de Bornazel 2 , Siriès 3
1 « La susdicte année i5j3, estoit
peste, guerre, famine sy grande que je
vis vendre le lendemain Saint-Jehan
Batiste, sur la place de Sarlat , le carton
de froment six livres. » (Livre de raison
de G. de Ravilhon, bourgeois et marchand.)
2 Probablement Jean de Massip, seigneur de Bournazel en Rouergue, dont
la fille unique Charlotte porta la baronnie de Bournazel dans la maison du
Buisson, par son mariage avec Jean,
seigneur de Mirabel. (Saint-Allais, XIV,
242).
3 Le nom de famille du capitaine protestant « Siriès » m'est inconnu. Ce surnomprovenait d'une petite maison forte,
dite aujourd'hui « le Sirey » (commune
33
l5 7 2
Villeréal.
i573
Souillac.
La Linde.
Edict de paix.
Disette.
i5 74
Sarlat pris
par les
religionnaires .
254
TABLE CHRONOLOGIQVE
La Bertrandie et autres eu nombre de 35 ou 40 seulement, la
plus pai-t desquelz estoint de la ville. Hz entrèrent avec des
eschèles par la tour des Potiers 1 et, descendus à la place, se
départirent en diverses bandes, criant : « Vive Vivans, ville
gaignée ! » Lors, les habitants qui estoint de leur parti se
joignirent à eux, et les catholiques, se voyant surpris, saisis
d'estounement, pensèrent plus à se sauver que à se deffendre.
La plus part prind la fuitte. Quelques uns se retirèrent dans
leurs maisons et peu se mirent en deffense. Au conflit furent
tués huit habitans et de la part des calvinistes le seul Bornazel,
lieutenant du capitaine Vivans. Après qu'ilz furent maistres
de la ville, ilz pillèrent les esglises et la plus part des maisons.
Les prisoniers pourchassèrent de faire une ransonen gros, mais
ne s'en pouvant pas acorder avec le capitaine Vivans, ils la
payèrent chascun en particulier et, icelle payée, leur fut permis de sortir de la ville avec leur famille. Toutefois Pons de
Salignac, abbé de Nêle , archidiacre en l'esglise cathédrale et
frère du sieur évesque, ne jouit pas du faict de cet accord.
II s'estoit courageusement deffendu et n'avoit rendu les armes
que soubz promesse de vie sauve, et néanmoins, après avoir
payé sa ranson, il fut poignardé dans sa maison de sang-froid
avec Pierre de Salignac, chantre de la mesme esglise, cruauté
2
commise contre le droit des gens . C'est à ce coup que furent
de Prats-de-Garlux). C'est, sans aucun
doute, le même personnage que le capitaine protestant Cirier, dont parle le
chanoine de Syreuilh, dans sa Chronique, qui « commandait au château de
Flaughac enQuercy quand il fut assiégé
(1572) par les troupes de M. l'amiral
(de Villars) , gouvèrneur de Guienne.
Sa maison est à une lieue de Sarlat, près
de Leygue » (Arch. hist. de la Gironde,
t. XIV.) — Nous verrons que le capitaine
Siriès finit par être pendu à Sarlat sur la
Rigaudie, comme voleur de grands chemins, en 1 576.
1 La tour des Potiers se trouvait du
côté de Lendrevie.
2 « Le sábmedy, premier jour de septembre au dit an ( r 582), fut décapité un
nommé le capitaine la Bertrandie de
Salviac en Quercy, qui avoit cruèlement
massacré feu monsieur l'archidiacre de
Salignac, le vi c jour après la prise de la
ville de Sarlat et après avoir esté mis
à rançon et l'avoir payée. Et fut le dict
Bertrandie condampné par la chambre
(de justice). {Chronique du chanoine de
Syreuilh. — Arch. hist. de la Gironde.
t. XIV.) Pons de Salignac était aussi abbé
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
253
enlevées, espachées et brullées toutes les reliques desquelles
l'Empereur Gharlemaigne 1 avoit honoré et anobli Fesglise de
1
Sarlat, que le corps de ce grand et vénérable S Sacerdos est
honni et jetté à la voirie, que tous les meubles destinés au
service divin sont enlevés, pollués et convertis en usages profanes , que Sarlat est despouillé et faict esclave et mis ès
mains, non des Turcs, des Arabes ou autre nation estrangère,
mais de ses propres voisins, parens et alliés, qui ont changé
de religion pour, soubz ce prétexte, enlever, piller et ravir le
bien de leurs compatriotes. Sarlat, qui s'esloit maintenu depuys
son berceau et avoit passé et conduit sa salamandre parmi tous
les feuz des guerres angloises, sans esteindre la flame de sa
liberté, se conservant tousjours soubz les fleurdelis de France,
est réduite aune extrême désolation.
Trois jours après ceste prinse, ilz se rendirent maistres du
chasteau de Monfort, par Fintelligence d'un soldat de dedans,
et tôt après en firent autant du chasteau de la Broue et autres
maisons fortifiées à l'entour de Sarlat.
Le sieur de Losse, considérant combien la ville de Dome
estoit importante à l'Estat, s'alla rendre dedans le 27 febvrier
et y séjourna dix ou douze jours, provoyant à la conservation
de la place.
François de Salignac, sieur évesque de Sarlat, estoit à Fénelon lors de la prinse de sa ville et, peu de jours après, s'en
alla à Issigeac où il retira promesse de tous les habitans de
l'une et l'autre religion de vivre en paix soubz son obéyssance,
avec serment de luy estre bons et fìdelles subjectz ; mais il
expérimenta que ceux qui ont rompu la foy à Dieu n'ont pas
de la Reposte, au diocèse de Troyes,
et vicaire général de son frère, l'évëque
de Sarlat. (B. N. Ms. Fds. Périgord,
t. CLXIV, p. 28.)
1 Voir p. 41 , note 1. — Parmi les reli-
ques données par Gharleruagne se trouvaient un morceau considérable de la
Vraie Croix (Bolland. Maii. tom. II, in
Vitâ S. Sacerdotis, n° 1) et une épine de
la sainte Couronne.
236
TABLE CHBONOLOGIQVE
acostumé de la garder aux hommes, car les calvinistes firent
1
venir de Bragerac le capitaine Panissaut avec ses troupes, et
le mirent dans la ville le second de mars, sur la pointe du jour.
Hz ne trouvèrent aucune résistance, sinon en la maison épiscopale, où les catholiques les plus qualifiés, apercevant la trahison,
s'estoint allés rendre. Ilz furent aussitôt assiégés et sommés de
2
se rendre. Sur le soir arriva le sieur de Boësse , lequel les porta
à capituler et accorda que, moyennant 4000livres, le sieur évesque, ses serviteurs et habitants qui estoint avec luy, sortiroint
avec telz coffres et meubles qu'ilz voudroint emporter, et que
tous les vivres qui estoint en la maison seroint gardés audit sieur
évesque. II sortit et fut mené à Boësse, mais voulant retirer ses
meubles et vivres pour en faire partie de sa rançon, le tout luy fut
refusé, d'où sortit un procès entre ledict sieur évesque et sieur
de Boësse. Ces calvinistes, infracteurs de sermens, après avoir
pillé la maison, emportèrent le couvert et la charpente et puis
mii^ent par terre une bonne partie des murailles et j ouvrent
tous les biens et revenus du sieur évesque, les années suivantes jusques à l'édict de pacification.
Le capitaine Vivans, enrichi de la despouille de Sarlat, dresse
unecompaniedequatre-vingtz chevaux et six vingtzarquebuzi ers
et en cet équipage va trouver le vicomte de Gourdon, chef de
rebelles en Querci et Agenois, laissantàSarlatunepetite garnison
pour conserver la ville, lequel faisoitamas d'homes pour aller
lever le siège de devant Clairac 3 , mais les assiégeans, advertis
de leur venue, quittent le siège et s'en vont au devant, si bien
que, le 5 juin, ilz les rencontrent à Fumel sur la rivière du Lot
et les attaquent si hardiment que la companie du capitaine
1 Jean de Panissault était devenu
maréchal de camp, grâce à la protection
de la Force, lorsqu'il livra Bergerac
à Louis XIII en 1 627. (Haag. III, 257.)
2 Armand d'Escodéca, seigneur de
Boisse et Pardaillan, íils de Jean, sei-
gneur de Montsavignac et de Marguerite
d'Aspremont, marié en 1571a Jeanne
de Goustin de Bourzolles. (B. N. Ms.
Carrés de d'Hozier, v° Escodéca.)
3 Clairac, commune, canton de Tonneins (Lot-et-Garonne).
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
257.
1
Vivans fut taillée en pièces en la plaine qui est entre Furael et
Libos 2 et luy renversé dans un fossé, d'où s'estant relevé, il se
sauva dans Libos avec quelque peu d'homes et fit une barricade
sur la grande rue du vilage où il rendit un grand combat et
donna temps aux troupes du vicomte de se retirer. Après ceste
défaicte, le capitaine Vivans, retournant à Sarlat, trouva la porte
fermée. Les habitans qui estoint de son parti et qui l'avoint mis
dedans, estans malcontentz de luy pour avoir traité la ville
plus rigoureusement qu'il ne leur avoit promis, pourchassèrent
que la garnison luy refusât l'entrée.
Le 12 may, la ville de Sarlat fut reprinse par les habitans
catoliques, avec l'assistance et conduite des sieurs de Puy mar5
tin, de la Vigerie 3 , de la Roquemeyralz ", de Campaignac et
de Paluel 6 . Hz gaignèrent le dessus des murailles avec des
eschèles et se saisirent des tours appelées de la Paix , de la
Marguerite et de la Rue 7 et, s'estans retranchés en ces trois
tours, firent un trou à la tour de la Marguerite pour sortir
hors de la ville et y rentrer commodément à l'ayde d'une
petite eschèle. Ilz advertirent promptement les chasteaux et
places circonvoisines d'où vint un prompt secours, tant des
1 Fumel, canton, arrondissement de
Villeneuve-d'Agenais (Lot-et-Garonne).
2 Libos, commune de Monsempron,
canton de Fumel (id.
3 Raymond de Gimel, chevalier, seigneur de la Vigerie, fut chevalier de
Tordre du roi en 1604 et mourut en
1 6 1 6 . — II avait épousé Jeanne de Magnanac, de Sarlat.
4 Jean de Beynac, chevalier, seigneur
de la Boque des Péagers, Meyrals, Tayac, etc., fut chevalier de Tordre du roi
et gentilhomme ordinaire de sa chambre. Les services qu'il rendit à Sarlat,
dans cette circonstance, furent loin
d'être désintéressés, ainsi qu'il paraît
par une requête qu'il présenta en 1578
au Parlement de Bordeaux, demandant
paiement, par la ville de Sarlat, d'une
somme de 3, 000 écus, qui lui avait été
promise en 1574 , au nom de la communauté, par Jean de Leygue, premier
consul, pour prix de son concours. (B.
N. Ms. Fds. Périgord, XV, 154.)
5 Jean de Roux, écuyer, seigneur de
Campagnac-lès-Sarlat, celui que nous
verrons assassiné par les ligueurs en
i5g2.
6 Jean de Gimel, chevalier, seigneur
de Paluel, chevalier de Tordre du roi
en 1573.
7 La tour de « la Paix » se trouvait
entre la porte de la Rue et la porte de
Lendrevie ; celle de la « Marguerite
Burlado » entre la tour de la Paix et la
porte et tour de la Rue ; celles-ci prenaient leur nom du faubourg, à la tète
duquel elles s'élevaient. (Voir, àla fin du
volume, le plan de Sarlat de 1624.)
Sarlat.
258
TABLE CHRONOLOGIQVE
habitans réfugiés en ces lieux là et autres catholiques. Hz
montent sur la muraille par le sudict passage et de là descendent dans la ville et gaignent partie des maisons aboutissantes
à la muraille. Plusieurs naturelz habitans, qui estoint dans la
ville et qui n'en avoint esté chassés, se rendent à eux, gaignent
d'autres maisons proches des murailles de la ville, font des
barricades et soustiennent de leur costé. Cependant, le secours
vient à la íìle de toutes pars en faveur des catholiques. Les
religionaires sont aussi aydés par ceux de leur parti, car pour
3
2
lors Salignac, laBruguière la Roussie , S' Quentin , Baynac,
la Broue *, Monfort et la Gazaille 0 tenoint pour ces Philistins,
6
d'où leur vint un grand secours , mais, pour tout cela les
catholiques ne perdent point courage, ains, voyant l'occasion
de rentrer dans leur bien, font si bien qu'ilz constreignent ces
calvinistes avec tout leur secours de s'en aller à la faveur de la
nuit suivante, après avoir mis le feu à plusieurs maisons. Geste
reprinse fut le jour de l'octave S* Sacerdos , patron de la
ville, au nom et invocation duquel l'esglise cathédrale est
1 La Brugère, commune de SainteMondane, canton de Carlux.
2 La Roussie, commune de Proissans,
canton de Sarlat. Maison forte appartenant, en 1574, à Guillaume du Peyret, sieur de la Boussie, dont la fille
Jeanne épousa, en 1589, Raymond de
Goudin, sieur de la Valade, homme
d'armes de la compagnie du maréchal
de Biron. (B. N. Ms Carrés de d'Hozier,
vol. 3o2.) La Boussie, démolie l'année
suivante 15/5, par ordre du maréchal
de Montluc, fut rebâtie en 1600 par
Raymond de Goudin, telle qu'on la voit
aujourd'hui.
3 Nous savons , par les pièces d'un
procès qui existait, en 1 65o, entre François de Salignac-Fénelon , évêque de
Sarlat, Armand de Gérard , écuyer , seigneur du Barry et de Saint^Quentin ,
d'unepart, et Balthazar d'Abzac, écuyer,
seigneur de la Serre, de l'autre, à l'occasion de droits honorifiques prétendus
par celui-ci dans l' église de Saint-Quen-
tin, que, vers 1572, les protestants tenaient garnison dans l'église de SaintQuentin, et que celle-ci était commandée
par un nommé Boissière, tenancier de
la Serre. (Arch. de Gérard. j
4 La Broue, aujourd'hui Labro, hameau, commune de la Roque-Gajac.
Ancien repaire noble, dont il reste encore quelques vestiges. II devait appartenir en 1574 à Léonard de Magnanac,
bourgeois de Sarlat, ou à noble Pierre
de Régagnac, son gendre, mari de
Louisede Magnagnac.
6 La Gazaille, repaire noble, commune
de Carsac, appartenait, en 1 574, à Jean
de Bars, écuyer, seigneur de la Gazaille
et Montcalou.
6 Le 19 juillet 1575, le maréchal de
Montluc ordonne, pour le soulagement
du peuple, la démolition des forts de la
Brouhe, Saint-Quentin, la Brugière,
Pérille, la Boussie, faits pendant les
troubles. (B. N. Ms. Fds. Périgord, XV,
5. — Extrait des Archives de Bergerac.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
259
1
dédiée . En ceste reprinse, il y eut plusieurs religionaires tués et
plusieurs blessés pour un seul catolique nommé Lagier Pigeon 3 .
Le 3 juin, les calvinistes du chasteau de La Broue bruslèrent
l'esglise de Vitrac et la maison de Masrobert \ ,
Le capitaine Vivans, ayant demeuré sans retraite depuys que
la garnison de Sarlat luy avoit faict visage de bois, trouve
moyen de se loger à Monpazier où il entre le 21 juin sur les
quatre heures du matin par l'intelligence et du consentement
d'une partie des habitans qui luy ouvrirent les portes et le
mirent dedans, sans aucune résistance. La ville ne fut point
pillée, ni le temple ruinés ni les habitans catoliques ransonés
ni chassés. Deux jours après, Jean de la Bivière, ministre 4 , y
arriva pour y prêcher et c'est luy qui le premier y prêcha
publiquement la doctrine calviniène. Ceste ville s'estoit tousjours monstre du parti catolique pour ce que la plus part des
habitans s'estoint maintenus dans l'anciène religion, souffrant
néanmoins les calvinistes, leurs concitoyens, vivre avec eux
en toute sûreté. Mais ces religionaires, solicités d'une part par
le capitaine Vivans et par l'ambition qu'ilz avoint de commender aux catoliques, mirent la ville ès mains des enemis
du roy, sans avoir esgard à la foy publique peu de jours auparavant jurée entre tous les habitans de vivre en paix entre
eux. Voylà quelle est la foy de Pévangile réformé !
Le 25 juin, le chasteau de la Broue, qui estoit possédé par
les religionaires depuys la fin de febvrier, est repris et mis en
l'obéyssance du roy par la conduite du capitaine Plapech de
Dome 5 .
1 Pour conserver le souvenir de cet
éve'nement , une procession commémorative fut e'tablie, qui se faisait tous les
ans, le jour de l'Octave de Saint-Sacerdos. (Propre des Saints du diocèse de
Sarlat, 1677. — 1699.)
2 Voir, sur la prise de Sarlat par Vivans, et la reprise par les catholiques
en 1 574, la note finale n° VIII.
3 Masrobert , petit repaire noble ,
commune de Vitrac.
4 Haag, La France Protestantes, 522.
8 Jean des Martres, écuyer, seigneur
de Plapech près de Dome, en 1549, ou
plutôt un de ses fils.
Vitrac.
Monpazier.
Labroue.
260
Condat.
La Derse.
L'Abbaye
Nouvelle .
TABLE CHRONOLOGIQVE
Vers la fin du moys de juin, les rebelles prindrent l'esglize
et bourg de Condat-sur-Vézère, de quoy le sieur de Losse
estant adverti, y envoya ses troupes freschement venues du
siège de Clayrac qui leur firent lascher pi'inse.
Un soldat de S' Martial, nommé le capitaine Gerbe, avec quelque nombre de soldatz, s'estoint emparés d'une grande et forte
tour, size en une plaine haut élevée près la rivière du Seu, d'où
1
ilz faisoint du ravage à la terre de Dome, de Daglan, Campaignac
et lieux circon voisins, sans estre ad voués d'aucun parti. Mais,
pour mettre fin à ces voleries et dénicher ces larrons, le sieur de
la Roque-Martin 2 , gouverneur de Dome, les alla assiéger,
le dernier de juin, avec quatre vingtz arquebusiers ; Gerbe y
fut tué avec deux de ses soldatz et les autres blessés et menés
3
prisoniers à Dome. Ceste tour se nomme La Derse et est des
dépendances du prioré de Bouzic ...
Les religionaires, ayant entreprins de surprindre l'AbbayeNouvelle 6 près Gordon, et leur entreprinse estant descouverte,
les catholiques se vont mettre en embuscade sur les advenues :
la nuit indite, qui estoit celle qui précédoit le 7 juillet, les
entrepreneurs ne manquent point de s'aller mettre dans
l'embuscade où il y eut plusieurs coups donnes et reccuz.
Pendant ce combat, une partie des arquebusiers catholiques,
sachant que les calvinistes avoint laissé leurs chevaux à un
quart de lieue loin de là, les allèrent prindre et les en amenèrent, et ainsi ces entrepreneurs furent contraintz de s'en
retourner à pied et entraisner leurs blessés, avec grandes incommodités sur des asnons ou charrettes.
1 Campagnac-lès-Quercy, commune,
canton de Villefranche de Belvès. Ancien repaire noble, appartenant,en 1 574,
à Charles deBeauze de Belcastel, écuyer,
seigneur de Belcastel, Campagnac, etc.
(B. N. Ms. Fds. Périgord, CXL, 17.)
2 Jean de Solminhac, écuyer, sieur
de la Roque-Martin, aujourd'hui « le
Boc de Marty », commune de Cénac.
3 La Tour de la Derse, aujourd'hui
hameau, commune de Bouzic.
4 Bouzic, commune , canton de Dome.
Ancien prieuré O. S. B.
B L'Abbaye-Nouvelle, O. S. B., commune de Léobard, canton de Salviac,
(Lot). II en reste des ruines pittoresques.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
261
Au mois d'octobre la garnison de Sarlat, conduite par le LaBrúgúière.
sieur de Puymartin qui en estoit gouverneur depuys la réprime, forsa la maison et fort de la Bruguière où estoint 26
soldatz religionaires, insignes voleurs 5 ilz passèrent tous par
le fil de l'espée et la maison réduite en l'obéyssance du roy.
Bien tost après la mesme garnison reprind le fort de la Gazaille. La Gazaille.
Les religionaires furent chassés du chasteau de Monfort le
Monfort.
2
W décembre en ceste sorte . Les soldatz de la garnison ayant
passé la rivière de Dordoigne pour aller fourrager quelques
villages au pied de la forest de Boni, la garnison de Dome en
heut advis et les alla attendre sur le passage de la rivière, et
comme ces larrons revenoint chargés de bagage et occupés à
conduire leurs prisoniers et bestial qu'ilz avoint pris, ilz sont
attaqués au vilage de Turnac et sur le passage de la rivière
si brusquement que, quittans prisoniers, bœufz , vaches et
autres bagages, se mettent en routte et sont partie tués et partie prisoniers, et partie s'estans hazardés de passer l'eaue à la
nage sont noyés. Quatre jours après, le chasteau est assiégé par
1 « Dimanche dernier », écrit le sénéchai André de Bourdeille a au roi, le 8
octobre 1574. (Œuvres de Brantôme,
édition de la Haye, 1743, vol. XIV.)
2 « J'ay bien voulu aussi advertir
V.„M., écrit Bourdeille au roi, comment
le capitaine qui a commandé dans votre
ville de Domme , nommé la Roque ,
ayant sceu que ceux qui tenoient le
chasteau de Montfort estoient sortis, les
alla attaquer et les deffit tous; et, voyant qu'il n'en estoit que resté bien
petit nombre dans le dit Montfort, advertit le sieur de Puymartin qui commande à Sarlat, et, tous ensemble, ont
remis le dit chasteau en vostre obéyssance, et l'ont remis entre les mains de
M. de Thurene à qui il appartient, qui
y vint en personne et a mis dedans ung
gentilhomme catholique et 3o soldats,
sous la promesse qu'il a faicte au sieur
de Puymartin de garder et conserver
le dit chasteau soubs vostre obéyssance.
Je vous asseure que le dit sieur de. Puymartin a si bien faicten ce pays de Sarladois que les ennemys ny tiennent
plus qu'ung petit fort appelle S 1 Quentin, de cinq ou six places gu'ils y
avoient à leur dévotion. Je souhaiterais
bien qu'il pleust à vostre Majesté le
gratifier par une lettre, afin qu'il continuast sa bonne affection. De ma part,
je la favorise de tous les moyens que je
puys, parce que c'est de ma sénéchaussée...De Périgueux, le xxv de décembre
1574. » (Ibid., vol. XIV.)
■ André, vicomte de Bourdeille, né en 1519, fils de François de Bourdeille et d'Anno de Vivonne, chevalier de
l'ordre du roi en 1568, capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances, sénéchal de Périgord par brevet du 17
novembre 1572, en remplacement de Jacques André, révoqué, qui continue cependant a exercer sa charge Jusqu'en
1573. Le 22 août de cette année, Bourdeille est confirmé dans ses fonctions qu'il remplit jusqu'à sa mort en janvier
1682. Le 2 février suivant, le roi nomme sénéchal de Périgord lo vicomte d'Aubeterre, gendre du défunt. (I6i<7.,
vol. XV.)
34
.
262
TABLE CHRONOLOGIQUE
la garnison de Sarlat, conduite par le sieur de Puymartin,
Solmignac et la Tourrette
et par la garaison de Dome, comen-
de'e par le sieur de la Roque-Martin , autre Solmignac, et Plapech 5 les assiégés estoint, dit-on, en nombre de quatorze, avec
bonne provision de vivres et munitions de guerre, mais, estant
espouvantés de la perte et ruine de leurs camarades, ilz se
rendirent le 3 e jour du siège qui estoit le 18 décembre.
Tôt après ceste reprinse, y arriva le sieur vicomte de Turene,
pour lors catholique, ès mains duquel le sieur de Puymartin
remit la place comme luy appartenant.
Sarlat.
En ce temps, on fondit à Sarlat une pièce de canon pour
battre ès petitz fortz des environs et, pour ce qu'elle se trouva
un peu mal faite, elle fut appelée « Camuse ».
Montpazier.
En octobre, le capitaine Regaignac est gouverneur à Monpazier jusques en janvier de Tannée suivante, auquel temps
le gouvernement fut donné à du Rauzet qui y commanda pour
les rebelles jusques à la ptiblication de la paix. Soubz ces gou3
verneurs, Lauzerte 2 et la Clausade démolirent et ruinèrent
l'esglise de Capdrot et s'en approprièrent les matériaux. C'estoit un fort beau temple et un beau bourg, avant que les
guerres eussent constraint les habitans de la quitter pour se
4
tenir ailleurs .
1 Probablement Bertrand de Vassal
de la Tourette, frère de FArchidiacre de
la Tourette que nous trouverons plus
tard. 11 prit le surnom de Montviel ,
après son mariage, le 29 mai 1577,
avec Marguerite Delzons, demoiselle de
Montviel en Agénais. (B. N. Ms. Fds.
Périgord, CLXXII, 366.)
2 Lauzerte de Capdrot était un partisan que nous retrouverons en 1 5g3 .
3 Clausade, section de la commune
de Capdrot. J'ignore quel est le personnage qui portait ce surnom.
4 Le sénéchal de Bourdeille au. Roi.
Sire,
« J'envoie de vers vos M. M. le présent
porteur pour vous faire scavoir comment Langoyran, Monguyon, Vivans et
Oros, sont assemblés avec le plus de
forces qu'ils ont pu et ont passé la rivière de Dordoigne et leur rendez-vous
est aujourd'huy à Soligniac, là où se
doiventtrouver plusieurs gentilshommes
de Limousin et autres pays ;, et de bien
grands, comme vous scavez ; et font
estât destre tous ensemble 4000 hommes, tant de cheval que de pied, dont
il y en aura de 5 à 6 (cents ?) bons
chevaulx ; et font bruict d'aller combattre le comte Martinengue qui a 7 à
800 harquebuziers et sont à deux lieues
l'un de l'aultre, tellement qu'il a esté
DE I/ÉGLISE DE SARLAT.
263
Au moys d'apvril 1575, le vicomte de Turene se déclaira du
parti des religionaires et lors , les garnisons qui estoint dans
ses places commencèrent à faire la guerre aux catholiques. A
Monfort commendoit un nommé Legrand \ homme cruel et
meschant à l'extrémité, qui fit mille maux à la terre de Sarlat.
1 575
Monfort.
Les religionaires avoint faict une tanière de voleurs à l'esglise
et fort de S' Quentin. Le sieur de Puy martin, gouverneur de
Sarlat, les va attaquer, les assiège ; ilz capitulent et sortent vie
sauve et, pour empêcher que telle sorte de gens ne se vinssent
plus nicher dans ce lieu, il fut rasé. Mais ces voleurs, partant
de là, s'en allèrent à S' Amans et par intelligence surprindrent
le fort et de là continuèrent leurs voleries sur le pays voisin.
Les religionaires s'estoint efforcés par plusieurs fois et par
diverses voyes de rendre de leur partie la ville de Beaumont
et, ne pouvant en venir à bout, font plusieurs petitz fortz à
l'entour, fortifiant et mettant des gens de guerre à la Terrade,
G
Ponrodié 2 , S' Sarni 3 , Gazèles 4 , Monsac 5 , Bayac , la tenant
par ce moyen assiégée, mais, nonobstant tout cela, elle résista
et se maintint en l'obéyssance du roy.
S. -Quentin.
Toute ceste année, Belvès tient le parti des calvinistes où
est une garnison qui afflige tout le pays soubz prétexte des
contributions.
Belvès.
Le sieur de Bordeille, gouverneur du Périgord, adverti des
courses et ravages que faisoint les religionaires du fort de
contrainct de se retirer à l'abbaye de
Terasson qui a un passage sur la Vézère en mon gouvernement. Incontinant jay envoyé un gentilhomme devers
luy, pour luy offrir tous mes moyens.
De Périgueuxle xxidemars 1575. »
(Œuvres de Brantôme. La Haye, 1743,
vol. XIV.)
1 II signait : Dugrand. Voir page 27 1 .
2 Pont-Roudier, hameau, commune
de la Bouquerie, canton de Beaumont.
3 Saint-Sernin de Beaumont, hameau,
commune de Saint-Avit-Sénieur.
4 Cazèles, hameau, commune de Neussanes. — Ancien repaire noble.
5 Monsac, commune du canton de
Beaumont, repaire noble appartenant, en
1 575, à Pierre deBosredon, e'cuyerj seigneur de Monsac.
6 Banes, hameau, commune de Beaumont, repaire noble appartenant , en
1575 , à Jean de Losse, seigneur de
Losse, Thonac et autres lieux, chevalier de Tordre du roi.
S. -Amans.
Beaumont.
264
S. -Amans.
La Broue.
Combat à
S.-Donat.
TABLE CHRONOLOGIQVE
S 1 Amans, les va attaquer avec le régiment de Bussi, le régiment du capitaine Pont, et troupes du maréchal de Biron. II
les investit le 28 juillet, et le lendemain y arrivèrent deux
mille reistres que le roy envoyoit audict sieur de Bordeille.
Le canon de Sarlat y fut amené. Ce fort fut batu six jours à
coups de canon et comme on se préparoit le sixiesme d'aougst
pour donner l'assaut, la nouvelle arriva que ce jour mesme la
ville de Péi'igueux avoit esté prinse par les religionaires, qui
fut cause qu'on leva promptement le siège pour aller secourir
Périgueux. Mais, y estant arrivés, ilz truvèrent que toute la
ville estoit prise et que les habitans n'avoint faict aucune résistance. En ceste prinse, les prebstres furent massacrés, les
esglises pillées, profanées, et puys démolies ou bruslées, le
service divin de tout aboli, les officiers de la justice tués ou
faictz prisoniers et ransonés, les habitans, à qui la première
fureur des armes avoit pardonné, chassés de leur bien. Geste
belle esglize cathédrale, la maison épiscopale, les maisons canoniales et les couventz des mendians sont abbatus et razés.
Quelle fureur ! Estrange réformation ! Ceste ville fut mise ès
mains des Gotz, peuple barbare et estranger, Fan 420, prise et
pillée l'an 582 par l'armée de « Desidarius » et, Fan 848, prise et
mise à sac par les Normans, peuple cruel et inhumain, mais
à ce coup elle souffre plus que en tous ceux-là jointz ensemble !
Le onziesme octobre, le chasteaude la Broue fut reprins par
les religionaires soubz la conduite du sieur de Baynac.
Le premier décembre, le sieur de la Faye allant de Sarlat
à S' Pompon, accompaigné de vingt chevaux, fut chargé sur
2
le port de Dome en la plaine de S' Donat par cinquante ar1 Antoine Arnal, écuyer, seigneur de
la Faye et Auriac.
2 Saint-Donat , ancienne paroisse ,
dont le siège a été transféré à la Roque
deGajac. Ilreste, entrela Roque deGajac
etVitrac, un lieu dit Saint-Donat, oùl'on
trouve quelques ruines de l'ancienne
église, à l'emplacement marqué sur les
anciennes cartes du diocèse des xvn e
et XVIII 8 siècles.
DE L 'EGLISE DE SARLAT.
265
quebuziers sortis de Monfort et de la Broue, la garnison de
Dorae y descendit pour le soustenir, et les habitans heurent le
plaisir d'en estre les spectateurs assis sur leur rocher comme
sur un the'âtre.
Le 5 febvrier 1 576, les religionaires, soubz la conduite du
1
sieur de Campaignac del Rufenc et du capitaine Siriès, prènent la ville de Beaumont avec l'esglise qui servoit de citadelle. Hz pillèrent la ville comme s'ilz eussent voulu la
quitter dans trois jours, et néanmoins ilz ne la délaissèrent
que par le moyen de la paix qui fut publiée au moys de m ay
suivant.
3
2 1
Le 23 apvril, les sieurs de Nègrepelisse , S Suplice et Aynac 4 , allant en cour acompaignés de cinquante ou soixante
arquebusiers, après avoir passé la Dordoigne soubz Dome,
sont attaqués, dans le valon qui est soubz le chasteau de la
Broue, parles religionaires de la Broue, Baynac et Monfort,
où fut rendu un petit combat auquel chascun se vantoit d'avoir
la victoire de son coté.
Par arrest de la cour de parlement de Bordeaux, le Présidial
de Périgueux est transféré à Sarlat à cause que Périgueux
estoit possédé par les ennemis du roy. Quelques uns y vindrent et y ont expédition, ès moys d'apvril et may, jusques à
la publication de l'édict de paix, du bénéfice de laquelle les
habitans de Périgueux ne jouirent pas entièrement, pour ce que
ceste ville fut laissée aux religionaires pour leur assurance.
1 Bernard de Gontaut de Saint-Geniez,
seigneur de Campagnac de Rufl'en,
chevalier de Tordre du roi, mari de
Charlotte de Saint-Ours. — Campagnac de Ruffen, repaire noble, commune
de Bouillac, canton de Cadouin.
2 Henry d'Ebrard de Saint- Sulpice,
comte de Nègrepelisse, du chef de sa
femme Catherine de Caraman. II fut tué
à Blois, cette même année 1576, ne laissant pas d'enfant de son mariage.
3 Bertrand d'Ebrard de Saint-Sulpice,
dit le sieur de Saint-Sulpice, baron de
Saint-Sulpice après la mort de son père
en i58i, mourut de la blessure qu'il
reçut à la bataille de Coutras en 1587.
(P. Anselme, IX, 67.) II était le frère
aîné du précédent.
4 Galiot de Turenne, baron d'Aynac,
capitaine des ville et château de Puymirol en Agenais, chevalier de Tordre
du roi, mort après 1 58 1 .
1576
Beaumont.
Combat soubz
la Broue.
266
Condat.
Le Repaire.
TABLE CHBONOLOGIQVE
La paix faict payer les intérestz à quelques ungs des
1
insignes meschancetés par eux commises. Le capitaine Siriès ,
estant convaincu de plusieurs meurtres, voleries, faiz et autres
crimes, fut pendu à Sarlat sur la place de la Rigaudie. C'est une
leçon aux gens de guerre ne faire jamais le pis qu'ilz peuvent.
Quelques religionaires enemis de la paix, conduitz par le
capitaine Pouch, prènent le bourg de Condat, et l'ayant pillé, se
retirent dans l'esglize, laquelle ilz fortifient et de là volent,
pillent, ransonent tous les vilages voisins. Le sieur de Losse,
adverti de ce désordre, les faict sommer de quitter la place et,
sur le refus, les assiège. Hz tiènent bon jusques à ce que leurs
vivres furent consumés et lors ilz demandent de capituler. Le
capitaine sort et capitulant demande vie sauve tant pour luy
que pour ses soldatz. La vie luy est promise, à la chargé qu'il
baille l'esglise et soldatz ès mains dudict sieur de Losse, qui
dict ne pouvoir prometre la vie aux soldatz, veu les voleries
qu'ilz avoint faict. Le capitaine rentre en l'esglize et faict
croire aux soldatz qu'il avoit obtenu vie sauve pour tous. A
l'issue le capitaine s'en va, et les soldatz sont retenus prisoniers et conduitz à Montignac où, le 1 3 d'octobre, douze d'iceux
furent pandus comme voleurs et insracteurs de la paix et des
édictz du roy.
2
Le premier de novembre, le chasteau du Repaire est pris
par les religionaires, conduitz par les sieurs de Baynac et de
Masclac 3 et, le 19 décembre, est repris par le sieur du lieu \
1 Voir page 253, note 3.
2 Château, commune de Saint-Aubin
de Nabirac.
. 3 François de Vervais ou Verbaix,
seigneur de Laval et Masclaten Quercy,
près de Payrac, marié, par contrat du
21 septembre i55y,k Jeanne du Pouget.
II se trouvait donc, bien que dans un
camp opposé, très proche parent de
Charles de Beaumont, sur qui il prit le
château du Repaire. (Courcelles, t. II,
v° Beaupoil.)
On trouve aussi un Jean de Vervais,
seigneur de Masclat, marié, vers i58o,
avec Claude de Beynac, sœur de Geoffroy, baron de Beynac, chef de l'expédition contre le Repaire. (B. N. Ms. Fds.
Périgord, CXXI, dossier Beynac.) On
peut hésiter entre ces deux Masclat qui
devaient être père et fils.
4 Charles de Beaumont, seigneur du
Repaire, Saint-Aubin et Nabirat, par
DE L'EGLISE DE SARLAT.
267
Les religionaires n'obéysserit point à Pédict de paix \ Le premier de janvier 1577, la ville de Belvès est prise, mais d'une
façon honteuse, c'est que le sieur de Borrelie 2 , qui estoitcatolique, y entre en qualité d'ami et bon voisin et, s'y trouvant le
plus fort, se déclaire religionaire. Quelques habitans, voyant
la trahison, se retirent dans l'esglize où ilz sont incontinent
assiégés et battus de quelques pièces d'artillerie et, après avoir
soustenu quelques jours, se rendent soubz la promesse de vie
et bagues sauves, laquelle leur fut gardée à la huguenote, car
ilz furent tous poignardés et ainsi la ville et esglize devint ès
.
mains des religionaires, lesquelz en mesme temps prindrent
Villeneuve d'Agénois, Monflanquin, Figeâc, Miremont et plusieurs autres places.
Hz prindrent le fort de S' Avit, mais d'une façon plus
sordide que généreuse. Le sieur de Pechgaudou 3 , qui toute
sa vie avoit professé la religion catholique, y entra comme
amy et voisin avec tel équipage qu'il voulut, et, estant
dedans assés fort pour garder la porte, il faict monter
au clocher batre la cloche pouradvertir ceux qu'il avoit laissé
en enbuscacle assés près qui vindrent en diligence et entrèrent. Tous les chanoynes furent tués ou prisoniers, l'esglise
rompue, le clocher mis par terre, les cloches emportées, les pason mariage en 1577 avec Antoinette
duPouget, héritière de ces terres. C'est
le premier membre de cette famille
établi eu Périgord.
1 « Les protestants du bas Limousin
« et du Périgord, au préjudice de la
a paix, ont continué de tuer et assas« siner grand nombre de bons sujets et
« serviteurs catholiques de Sa Majesté. »
(Instruction donnée par Henri III au sieur
de Champvallon, député par S. M. vers
MM. de Rohan, de Laval, etc. (Soulier,
Hist. des Progrès du Calvinisme, liv. V,
p. 169.)
2 François de Saint-Ours, seigneur de
la Bourlie et Rieucase, depuis chevalier
de Tordre du roi. — La Bourlie, repaire
noble, commune d'Urval, canton de
Cadouin. (B. N. Ms. Fds. Périgord, CLXIII,
dossier Saint-Ours.)
3 Annet de Commarque, écuyer, sieur
de Pechgaudou, Sigognac, la Barde,
Molières, était en 1572 homme d'armes
de la compagnie du baron de Biron. II
reçut du roi de Navarre une commission,
datée de décembre 1577, pour surprendre Saint-Avit . II fut poursuivi devant le
Parlement de Bordeaux, pour répondre
de ses excès. — (Courcelles, Hist. gén.
des Pairs de Fr., vol. V, v° Commarque.)
1577
Villeneuve d'Agenois,
Montflanquin,
Figeac,
Miremont.
S. Avil-Sénieur.
268
TABLE CHRONOLOGIQUE
piers et titres mis en cendres; ceste prinse fut en janvier et les
religionaires gardèrent ce fort jusques en may suivant \
Le vicomte de Turene, descendant vers Bergerac avec
une petite armée, comme il passoit à S' Quentin, quelque
2
companie va attaquer la maison appelée Le Mas , près le
Barri 3 , appartenant à Bridât '", greffier du séneschal de Sarlat, où
il s'estoit rendu pour la conserver. II fut assiégé et se rendit à
condition de vie sauve sans autre caution que lafoy huguenote. A l'issue de la porte, il fut tué avec son íilz et sa maison
pillée, laquelle, peu de temps après fut bruslée par un nommé
Campaignaede la Serre, íilz d'un bastard de Montastruc marié
à la Serre \
1 «... Quelques chanoines se mirent
« en deffense, mais ilz furent tous tuéz,
« blesséz ou prisonniers , le lieu fut
« traicté comme une place de conqueste,
« l'église... » (Ms. Tarde A.)
2 Le Mas, ancien repaire noble dans
la paroisse de Saint-Quentin. Brûlé par
les protestants en 1577, il passa par
héritage, la méme année, à Raymond de
laBrousse, conseiller du roi et lieutenant
criminel de Sarlat, mari de Marguerite
Bridât. Vendu le 16 avril 1624, par
Pierre de la Brousse, lieutenant criminel de Sarlat, fils du précédent, à François de Gérard, écuyer, seigneur du
Barri, démoli la méme année par Anne
de Salignac-Fénelon, veuve du seigneur
du Barri, et rebâti, il fut brûlé et rasé,
en 1 653, par le colonel Balthazar et
les Frondeurs, pour punir Armand de
Gérard, seigneur duBarri et de S 1 Quentin, de sa fidélité au roi. II ne reste plus
rien de cette ancienne maison noble.
Le nom est conservé par un village et
une ferme dépendante du Barri.
3 Le Barri, repaire noble dans la
paroisse de Saint-Quentin, appartenait
en 1 577 à Pierre de Bosredon, écuyer,
seigneur de Monsac, le Barri, la Ricardie, du chef de sa femme Antoinette
Arnal de la Faye, dont le fils vendit cette
seigneurie à noble François de Gérard,
sieur de Falgueyrac et Pérignac, conseiller du roi, lieutenant général de Péri-
gord au siège de Sarlat.
4 Pierre Bridât, greffier en chef du
sénéchal de Sarlat dès 1 5 5 3 , sieur du
Mas, la Combe et les Peyrières.
5 François d'Abzac, écuyer, co-seigneur de Campagnac et de Siorac, sieur
de la Serre (repaire noble dans la paroisse de Saint-Quentin), par héritage
de sa tante Marguerite d'Abzac, femme
de Agnetde Mechmon, écuyer, seigneur
de la Serre. II épousa « à la huguenotte »
Anne de Seyrac, demoiselle de Beauregard, profita des malheurs du temps
pour se livrer, à la tête d'une bande
armée, à toute sorte de dépréciations,
attaquant les maisons,, les convois de
marchandises, les personnes, qu'il mettait au pillage et à rançon : « Le mois
« de juin 1 585 , fut volé près de Saint« Quentin un nommé Bertrand Goudet,
• < Pierre Garaudel, Bernard Boissière,
« marchands de Sarlat, par un nommé
« François d'Abzac, qui se tenoit au
« chasteau de la Serre, près du dit
« Saint-Quentin, quatre charges de
« marchandises pour m'en apporter
« dix escutz, et fut le dict d'Abzac
« poursuivi en justice par le dict Gou« det et advintqu'ung longtemps après,
« le dict d'Abzac s'estant allé saisir
« d'une maison nommée au Cluzel,
a justement environ deux cents de la
« présente ville, là Fayant assiégé et
« demeurant toute la nuit, et le matin
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
269
Le dernier de mars, le chasteau du Repaire est encore pris
par les religionaires, d'où ilz font des
Le Repaire,
courses vers Dôme,
Gordon et autres lieux voisins jusques au 15 juillet suivant,
auqueljour ilz en furent chassés par le sieur du lieu à l'ayde de
la garnison de Dome, conduite par le capitaine Puymartin le
jeune
Villefranche de Périgord est assiégée et investie un lundi
2
20 de may par les religionaires. Le 22, le sieur deLavardin y
Villefranche.
arriva avec un canon et une coleuvrine; la batterie est du costé
du Touron près la tour qui faict le coin de la ville entre le
septentrion et levant. lie 24 , est donné un assaut auquel les
assaillans sont repoussés avec perte de plusieurs hommes ; la
pluspart des blessés sont portés à Monpazier, trèze desquelz y
laissentla peau et les os. Les religionaires, voyant la résolution des assiégés, appellent le sieur de la Noue 3 qui y arrive le
27 du mesme moys avec autres deux pièces prises à Bergerac.
Ledict sieur de la Noue change la batterie du costé du bout de
la ville en un endroit appelé « al Moulinai » qui batoit la courtine et met une pièce aux champs « del Molinal » à demi-montagne qui voyoit dans la ville etbattoit dans le retranchement,
ce qui estonna les assiégés et leur osta tellemen t l'espérance de
pouvoir résister, qu'ilz capitulèrent et se rendirent le 29 may,
« se rendit et feut mené en la dicte
« ville et lui firent son procès et eut
« tranchée la teste en la dicte ville
« qu'estoit un vendredi. II fut tué d'i« ceulxde nostre ville un nommé Pierre
« Bosquet et un fils de M. de Faye. »
(Livre de raison de Léonard Selves,
marchand de Sarlat.) L'exé.cution du
sieurde la Serre doit être de Tannée
1 586. François d'Abzac avait marié
une de ses filles avec Paul Rousset,
sieur du Cluzeau. (Haag, II, 1 35.)
Je n'ai trouvé nulle part que cette
branche d'Abzac, éteinte au commencement du siècle seulement, fût une branche bâtarde de Montastruc. Tarde a
dû commettre ici une erreur.
1 Le capitaine Puymartin, le jeune,
devait être Renaud de Saint-Clar, seigneur de Puymartin, père de Suzanne,
mariée à Claude de la Plénye, sieur dudit lieu, originaire du Rouergue, quia
fait souche nouvelle à Puymartin à la
finduxvi e siècle. (B. N. Ms. P. Originales, vol. 2296.)
2 Jean de Beaumanoir, seigneur, puis
marquis de Lavardin, depuis marécbal
de France.
3 François de la Noue, gentilhomme
breton, un des plus célèbres capitaines
protestants, né en 1 53 1 , tué au siège de
Lamballe en 1 5 g 1 .
35
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- - • »
270
TABLE CI1RONOLOGIQVE
vie et bagues sauves, mais, après que les assiégeans furent
entrés, ilz firent voir quelle est la foy de la religion réformée,
carilz ne tindrent rien de ce qu'ilz avoint promis, une grande
partie des habitans furent tués, et les autres ransonés jusques
auxenfans au berceau, et la ville toute pillée. Le sieur de la
Noue, pour ne voir ce désordre, s'en retourna sans y entrer
et, comme il passoit àMonpazier, il vit les habitans qui venoint
du pillage de Villefranche, tous chargés de meubles ausquelz
il dict que cela n'estoit beau ni honeste; qu'il ne faloit pas
ainsi traiter ses voisins; que, en punition de cela, Dieu permetroit que ceux de Villefranche viendroint quelque jour dans
Monpazier en faire autant. Ceste prédiction arriva un moys
après, car, au moys de juillet suivant, la ville de Montpazier
2
1
fut prise par les sieurs de Limoil et de Montpeyran , huit
habitans tués, plusieurs ransonés et la ville pillée, auquel sac se
trouvèrent plusieurs de Villefranche pour acomplir la prophétie du sieur de la Noue.
Edictdepaix.
La paix est accordée et publiée à Sarlat le 1 5 d'octobre et néanmoins la guerre n'est pas du toutesteinte, à cause que les religionuaires ne veulent rendre les villes ny obéyr aux autres articles.
Au moys d'octobre, apparut une grande comète entre midi
1 Voir page 25o, note 2.
8 Montpeiran, repaire noble, commune
de Saint-Avit de Vialard, canton du Bugue. II appartenait, au xvi° siècle, aux
Pavet, famille disparue, éteinte dans les
Gélas de Voisins d'Ambres. Les Pavet
portaient pour armes : un monde croisé,
surmonté d'une croix, le tout d'or, en
champ d'azur. On retrouve cet écusson
sur diverses parties de l'édisice. Pierre
de Pavet, seigneur de Montpeiran et
des Eymeries, épouse Sibille de Merle,
dame" de Bellegarde, et teste le 12 décembre 1 56 1 . Antoinette de Pavet, leur
fille, demoiselle de Montpeiran, épouse,
par contrat du 7 octobre 1 56 1 , Antoine
de Gélas, seigneur de Lebéron, Florembel et Tosia, chevalier de Tordre du
roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, colonel des légionnaires de Guienne,
gouverneur de Libourne et Bergerac,
Ilmourutle23 décembre 1577. (B. N.
Ms. Pièces Originales, vol. i3o5,v° Gélas,
p. 14, i5.) Montpeiran était encore
dans la famille de Gélas de Voisins
d'Ambres , au début du xvn° siècle,
comme leprouve la pièce suivante : « La
défaite de l'infanterie de Rialmont par
M. de Montpeiran, qui commande la
compagnie de chevau-légers de M. le
marquis d'Ambres (son frère). A Tolose, de l'hnprimerie de Jean Boude, à
l'enseigne de Saint-Jean, près le collège
de Foix, 1626, 5 pp. in-f°. » — (B. N.
Ms. Carrés de d'Hozier, vol. 42 1 , r io3.)
DE L 'ÉGLISE DE SARLAT.
271
et occident. L'automne fut extrêmement sec, les peli tes rivières
tarirent et les plus grosses devindrentguéables, et la disette fut
grande en Périgord, au printemps suivant, à cause que la
sécheresse ayant empêché les semances, la terre ne promettoit
pas une riche et fertile récolte.
Le 11 juin 1578, M. e Pierre Blanchier l , citoyen de Sarlat et
conseiller en la cour de Parlement de Bordeaux, .fonde le collège de Sarlat, donnant pour cet eífect sa maison paternelle,
qu'il avoit dans la ville au quartier de Lendrevie sur le ruisseau de Cuze, ensemble quelques pré, jardin et terre au faubourg de Lendrevie et, le 7 novembre suivant, messire François de Salignac, évesque, unit au collège, du consentement
du chapitre, les fruitz d'une prébande canonicale de l'esglise
cathédrale, ensemble deux cens livres de pension sur la cure
2
de Féransac -\
Au moys de febvrier 1 579, tumba une grande partie .de la
muraille de la ville, entre les portes de la Rigaudie et de la
Rue, qui fut réparée l'esté suivant, et y fut faicte une belle tour
1 Pierre Blanchier, originaire de Sarlat,' conseiller du roi et son avocat au
sénéchal de Sarlat avant 1 5 55 , conseiller à la cour des aides de Périgueux
en 1 5 5 5 , au Parlement de Bordeaux en
1578, seigneur du Mas-lès-Archignac,
Boutz, Rocheflorent. II teste le 6 octobre
1578 et meurt, assassiné par un de ses
gendres, en 1 58o. (Chronique du chanoine de Syreuilh.)
2 Ferrensac, commune, canton de Castillonnès (Lot-et-Garonne), dépendait
de l'ancien diocèse de Sarlat.
3 L'année 1578 se passa en Périgord
sans événements militaires, la paix y
étant à peu près observée. La tranquillité n'était toutefois qu'à la surface,
chacun restait sur la défensive et se
préparait à une nouvelle prise d'armes
qu'on jugeait imminente. La lettre suivante du capitaine protestant de Montfort au vicomte deTurenne estcurieuse,
et montre bien l'état des esprits en Sar-
ladais, pendant cette période de repos
relatif :
« Monseigneur, je nay voulu falhir à
vous avertir de ce qui se pase de desa
qui est que de puis trois cemaine en sa
force gens bate lestrade en ces cartieset
sont quelque fois au nombre de quintze
vinct, vinct cinq bons chevaulx et tous
armés et masqués et mesme ont paser
de puis dis jours cinq ou six foy le grand
chemain disy à Turenne, pasant à Bouraize et au chemain de Salignac et dautre en font de mesme sur le chemain de
Soulhac, tirent du cauté dudit Cors et de
Turenne. Je ne sœ sy pensserois vous
atrapé, dautent que il ly a long tems que
long faict coure le bruictque de vez venir isy etaud. Turenne. Et mesme quelques uns à qui jan nay parler ce craigne
que ce la ce fase pour vous, par quoy,
monseigneur, vous y avizeres. sy vous
plest. (Je fus hier voir Messieurs de Salignac qui m'en dire de mesme.) Long
1578
,5™
212
Castillonnès.
TABLE CIIBONOLOGIQVE
quarrée S Le roy donna commission de quotiser quelque
somme sur le ressort pour ce subject.
Le 5 may, quelques voleui^s du parti des religionaires, sans
avoir égard à l'édict de paix, surprènent la ville de Castillonès. Hz montent avec une eschèle en un gabion appelé le
« Rampeau ». Les habitans, se voyant surpris, se saisissent de
deux maisons fortes et, tôt après, sont secourus des gentilzhommes voisins. Avec ce renfort, ilzbatent les entrepreneurs et
les contraignent se retirer dans l'esglize et dans une maison et
tour joignans icelleet, après qu'ilz les heui'ent investis et bouclés de toutes partz, ilz mirent le feu à l'esglize et, par ce moyen,
ces entrepreneurs enemis du repos public furent punis par
le feu.
■m.
ì'
i.
.
v
mad. ausy que de puis quinze jours
ensa que long avoit porté aud. Soulhac
de nuict en viront cinquante cors de
cuirase sur des muletz, saignent que ce
íuce de la marchandise. Et hier mons,
de Camburat manda à ceux du dit Soulhac qui ont arme et chevaulx qu'il ne
slse faulte de le venir trouver avecque
leurd. chevaulx et armes et ausy quil
sise aporter toute les cuirase qui estois
dedent lad. ville. Quan au ville de desa,
il font bonne garde et ont tous les jours
averticement de ce faire de mons, de
Biron. Et ausy les gentilh. quatolique,
qui avois leur armes au villes , les
ont touts retirée et sacomode des
meilheurs chevaulx quil peuve, plus
long mad. que de puis quinze jours,
monseigneur le prince de Conder avoit
fait prendre quelque letre que la Bayne
mère escrivoit à mond. s r de Biron
où elle luy mendoit entrautre choze
comme elle menoit la maryée sa fille et
quelle navoit personne avec quelle que
son tinel, parquoy elle le prihoit de
(un mot manque, déchiré, sans doute :
mettre) bien hordre à tout et mesme sur
le chemain quelle devoit pasé afin que
quelques voleurs ne luy puse point faire
de déplaisir et quelle vouloit parlé à
luy cinq ou sis jours auparavent que de
voir le roy de Navarre. Et ce dessus
estoit escrit de sa main. Voilà tout
ce que jay peu aprendr sy ce nest q.
long mad. quil n'y avoit quelque entreprize sur Périgueux dont je nay pu savoir la vérité. Toute fois jay fe avertir
mons, de Vivent. Quanpour ìe faict que
savez, tout ce porte bien, il nest question que destre avertir de bon heure.
En atendent votre commendernent,
feray fin, prient Dieu, monseigneur,
quil vous doinct en parfaite senté trèsheureuse et très-longue vie. Be votre
château de Monfort, ce lundj' premier
jour de septembre 1578.
« Votre plus humble et très-aubaisent
serviteur à jamais.
« DOGRAND.
« Monseigneur, je vous supplie trèshumblement vouloir encore escrire à vos
officies à ce quil tienne la main à faire
faire la garde à vos sugetz, car il ne la
veulle faire auqunement. Et ny sorois
mètre ordre sens leur faire déplaisir. »
(Extrait du Bulletin de la Société scientif., histor.et arclléol. de la Corrèze, t. IV,
1 883 .) L'origina.l appartient à M. L.
Greil, à Cahors.
! C'est la seule tour de l'ancienne
enceinte fortifiée de Sarlat qui subsiste
encore. Elle est connue sous le nom de
« Tour du Bourreau ».
DE I/ÉGLISE DE SARLAT.
273
Le 6 de juin, décéda Jean de Losse, sieur dudict lieu, chevalier de deux ordres du roy l , mareschal de camp ès armées
royales, et lieutenant du roy en Guiene. II porla ses premières
armes l'an 1 535, soubz le sieur de Montpezac, en l'armée que
l'admiral Chabot mena en Italie et, l'an 1541, il se mit dans la
companie du sieur de Cars, lequel il suivit au siège de Perpignan, Lendrecy, et autres guerres contre l'empereur Charles V.
L'an 1 551 , il eut une companie de chevaux légers au voyage. que
le roy entreprind pour la protection des Allemans. L'an 1553,
il eut le gouvernement de Téroane et, l'an 1555, celluy de Mariambourg. L'an 1561, le roy le íìt son lieutenant-général à
Verdun, Pluviès 2 , pays de Beausse et duché de Valentinois et
le créa mareschal de camp, laquelle charge il exerça à labataille
de Dreux, et fut député pour porter la nouvelle de la victoire
au roy qui luy donna la moytié de la companie des gendarmes du mareschal S 1 André, tué à ceste bataille. L'an 1563,
le roy le fit capitaine de la garde escossoise et, Tan après, le íit
son conseiller d'Estat et luy donna le gouvernement de Lyon
et Forés, en l'absence de M. de Nemours. L'an 1566, l'entreprinse des religionaires contre le roy estant découverte, il conduisit le roy de Meaux à Paris en toute asseurance avec six mille
Suisses. A la bataille de S 1 Denis, son cheval fut tué soubz luy,
mais, relevé par son íilz aisné, iltesmoigna estre vaillant soldat
et prudent capitaine, si bien que, sa valeur ayant esté recogneue, il fut choisi pour se tenir près la personne de Monsieur,
frère du roy, lieutenant général de l'armée. II se trouva aussi à
la bataille de Jarnac et fut esleu pour porter la nouvelle de
l'heureux succès au roy qui, en récompense, luy donna la
capitainerie du Louvre. Après le siège delaRochèle,leroy le fit
1 Jean de Losse était chevalier de
Tordre de S l -Michel, mais non decelui du
Saint-Esprit.
2 Pluviers en Beauce,
Pithiviers (Loiret).
maintenant
274
TABLE CIIRONOLOGIQVE
gouverneur etlieutenant général en Guiene au deçà de Garone ,
le sieur de la Valette ayant la mesme charge de ce qui est au
delà. Ce seigneur fut de son temps l'honeur et la gloire de la
noblesse de Périgord. II mourut aagé de 7.5 ans, après avoir
servi cinq roys. Pierre de Losse, son père, mourut en Italie,
commendant à des gens de pied, au voyage
que le roy François y fit Tan 1515. Frénon de
Losse, son ayeul, fut employé au service du
roy Louis XI, et Frénon, son bisayeul, fut
tué à la bataille de Monlhéri, commandant à
20 hommes d'armes. Leurs armes sont :
d'azur chargé de neuf estoiles d'or.
LVDOVICVS DE SALIGNAC est le XXVII e évesque de Sarlat. Ses provisions sont expédiées à Rome par le pape Grégoire XIII, au moys de mars 1578, sur la démission de François
de Salignac, son oncle, lequel, ayant tenu le baston pastoral de ce
diocèse 12 ans et estant parvenu à une extrême vieillesse, jugea
son neveu digne de luy succéder au gouvernement de ce diocèse, comme en effect il parut tel en la conduite de son troupeau dans un siècle si perverti.
l58 °
Bayac.
Villefranche,
Monclar,
S. Pastour.
Le 27 janvier 1 580, le capitaine Chaus de Monssac, acompaigné de quelques religionaires, surprènent le chasteau de
Bayac 1 sur le ruisseau de Couze , tuent ie maistre de la maison et, après avoir tout pillé, s'en vont prendre Couze % où ilz
se fortifient et tiennent bon, attendant que la guerre soit
déclairée.
Au movs de mars, les religionaires prènent les armes et surV
,
, 7
3
prènent Villefranche de Périgord, Monclar d'Agénois , S' Pas1 Bayac, repaire noble, commune et
canton de Beaumont, appartenait, en
1 5 8o, à Pierre de Bosredon, écuyer, seigneur de Monsac et Bayac.
2 Couse, commune, canton de Beau-
mont.
3 Monclar - d'Agénais , chef-lieu de
canton, arrondissement de Villeneuve
(Lot-et-Garonne).
DE L'ÉGLISE DE SARLAT .
275
tour S te Livrade 2 , Monségur 3 et plusieurs autres villes qui, à
, ,
.
, ,,> .
,
cause de la paix, ne se aetiointde persone.
Le 25 mars, le capitaine Vivans 4 prind la ville de Montignac
et, n'ayant peu surprindre le chasteau, y met le siège. L'entreprinse fut telle. II envoya le soir au paravant un soldat nommé
le capitaine la Renaudie , acompaigné d'un soldat déterminé,
loger à Montignac, lesquelz après souper s'informèrent avec
leur hoste si le sieur de la Faye c estoit au chasteau, saignant
avoir à faire à luy et estre venus là pour luy parler.
L'hoste respond qu'il estoit à la Faye, et non au chasteau. Hz
demandent qui commandoitau chasteau en son absence; l'hoste
respond qu'il y avoit seulement deux hommes, l'un nommé
Garbonier et l'autre le Magister, que le sieur de la Faye y entretenoit. Ce soir, comme la Renaudie estoit avec son compaignon à Montignac, le capitaine Vivans, avec des troupes de gens
à cheval et arquebusiers, se met en embuscade environ minuit
dans l'esglize du prioré S 1 Thomas et dans quelques caves et
ayrialz qui sont en ce. prioré distans trois ou quatre cens pas du
chasteau. Lendemain bon matin 25 de mars, la Renaudie et son
compaignon prient leur hoste de les mener au chasteau, disant
que, enrabsencedu sieur de la Faye, ilz vouloint parler à Garbonier et à Magister. L'hoste les y mène librement et heurte à
la porte du chasteau et faict venir Garbonier et Magister pour
parler à ces deux gentilzhommes qui disoint avoir à faire à
eux. Hz descendent et sortent quelques pas hors du ravelin.
La Renaudie leur demande nouvelles du capitaine la Faye
et, en parlant à eux, tire un coup de pistolet par la teste à
1 Saint-Pastour, commune du canton
de Monclar (Lot-et-Garonne).
2 Sainle-Livrade, chef-lieu de canton,
arrondissement de Villeneuve (Xot-etGaronne).
3 Monségur, commune, canton de
Monflanquin (Lot-et-Garonne).
1 Vivant était gouverneur de Périgueux pour le roi de Navarre.
6 François de Sainte-Aulaire, seigneur
de la Renaudie, du chef de sa femme
Jeanne du Barry, qu'il avait épousée
eni5y3. (Haag. la Fr. protestante.)
c Voir page 264, note 1.
Sio-Livrade,
Monségur.
Montignac,
276
TABLE CI1B0N0L0GIQVE
Carbonier et l'estand mort sur la place, son compaignon en
faict autant à Magister et le tue et, se voulant saisir du chasteau, trouvent qu'il y avoit encore sept ou huit homes dedans
et, entre autres, un nommé le capitaine Moyssard
lesquelz
y estoiut venus coucher ce soir sans néanmoins scavoir rien de
l'entreprinse. Ceux-cy, oyant le bruit, accourent à la porte du
chasteau et se ferment dedans. Le capitaine Vivans, au bruit
des pistoletz, sort de son embuscade, croyant que l'entrée luy
fut libre, mais il truva que Dieu y avoit disposé autrement. II
faict sommer par un trompette le capitaine Moissard et les autres de se rendre et, voyant que la sommation n'y faisoit rien,
use de flateries et promesses et puys démenasses, et finalement
les assiège, espérant les avoir par faute de vivres. Le sieur de
la Faye, adverti de tout cecy, faict promptement en sa maison
une assemblée, où se truvèrent les sieurs d'Autefort, de Banes,
4
de Cèles % de Colonges 3 , le capitaine la Maurie et autres. Hz
partent de la Faye en nombre de deux cens hommes de guerre,
la plupart gentilzhomes, résolus de secourir le chasteau. Les
religionaires, les voyant venir, se préparent ; les catoliques
donnent droit à la porte du chasteau. Le combat dura longuement, plusieurs restèrent sur la place de l'un et l'autre parti,
et entre autres le sieur de Banes, frère du sieur de Losse, y fut
tué, le sieur d'Autefort et la Faye blessés et, de la part des reli1 Le capitaine Moyssard appartenait
à une famille de Montignac.
2 Antoine de Beaupoil de Sainte-Aulaire, seigneur de Celles, Bertric, Coutures et Lanuiary, chevalier de Tordre
du roi en 1 5j6, suit le parti de la Ligue
après la mort d'Henri III, devient capitaine de 5 o hommes d'armes et sénéchal
du Périgord pour la Ligue, le 12 août
1593, commandant des troupes de TUnion, en Tabsence de M. de Montpezat,
fait sa soumission à Henri IV le 16 avril
1594. (Bulletin, mars-avril 188 1 . — B.
N. Ms. Fr. 23067.)
3 François de Sédiôres, seigneur de
Colonges (repaire noble, commune de
Montignac), en Périgord, depuis chevalier de Tordre du roi, mari de Madeleine
de la Forêt. (P. Anselme, Gén. Chapt.
VIII, 588.)
4 II a été impossible d'identifier le
capitaine la Maurie, dont le nom se retrouve constamment pendant les guerres
du xvie siècle dans nos provinces. Ce
devait être le même que celui dont parle
avec tant d'éloge Brantôme, qui prétend
Tavoir élevé. (Œuvres. Ed. de la Société
del'H. de France, V, 364.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
277
gionaires , le sieur de Fontenoy fut tué et le capitaine Vivans
blessé, finalement les catoliques entrent dans le chasteau, y
mettent hommes, vivres et munitions de guerre et puys se retirent àlaFaye. Ce futle jour du vendredi saint, premier d'apvril,
que le chasteau fut secouru, et le lendemain, veille dePasques,
le capitaine Vivans se retira après avoir pillé la ville et mis le
feu au pont qui fut tout réduit en cendres.
Belvès avoit esté possédé ès guerres précédentes par les religionaires, et le capitaine la Maurie, craignant que le mesme
n'arrivât ès présens troubles, s'en rendit maître le 6 apvril. Mais
les soldatz qu'il avoit mis dans Pesglise veillèrent si mal que, la
nuit suivante, elle fut prise par les religionaires conduitz par
le sieur de Floyrac 1 et le capitaine Vivans et, par ce moyen, la
Maurie demeura dans la ville et fort de Belvès serré de près et
comme assiégé, car les religionaires tenoint, non seulement
Moncuq, mais aussi Fongauíìer, Siourac, Berbières, Baynac,
4
3
Castelnau, Pechgaudou 2 , Doissac et Campaignac del Rufenc, d'où, ilz faisoint continuellement la guerre, se bastant tous
les jours et à toutes heures, et nonobstant tout cela, le capitaine la Maurie garda la ville et fort de Belvès soubz l'obéys6
sance du roy jusques à la prochaine paix .
Le 20 may, Louys de Salignac, sieur évesque, faict son entrée
audict Sarlat accompaigné de la noblesse du pays, où il est
G
receu avec applaudissement de tout le peuple .
1 Voir page 25o, note 3.
2 Pechgoudou, repaire noble, cornmune de Belvès. (Voir page 267, note 3.)
3 Doissac, repaire noble, commune
de Doissac, canton de Belvès, appartenait, en i58o, au capitaine Vivant.
* Voir page 2 65, note 1 .
3 "Voir la note suivante.
6 Bertrand de Salignac, seigneur de
la Mothe-Fénelon, accompagnait Louis
de Salignac, son neveu, lors de son
entrée solennelle à Sarlat. Le 21 mai,
il écrit au roi qu'il n'a reçu la lettre que
celui-ci lui écrivait le 23 avril, qu'un
mois après cette date, parce que le juge mage de Cahors, qui la portait, avait
été pris par les protestants et mené à
Turenne. M. de Chouppes, nouvellement nommé gouverneur de la place,
venait d'arriver du Poitou avec 120
arquebusiers, et n'avait mis le jugemage en liberté qu'après avoir ouvert
le paquet du roi.
« II (le sieur de Chouppes) a enfin mis
en liberté le dict juge-mage, qui m'a
incontinent envoyé les dictes lettres
36
278
La cocoluche.
Villefranche.
TABLE CHRONOLOGIQVE
La ville de Caorsestprinse par les religion aires la nuit avant
le 29 may. Les habitans se deffendirent tout le jour. La porte
de la Barre et quelques autres tours tindrent bon jusques à dix
heures du soir et sur la minuit arriva le secours catholique.
L'esté et l'automne de cesteannée, toute la France fut affligée
d'une maladie qu'on appeloit « coqueluche » G'estoit une doleur de teste et de tout le corps. Le gosier estoit occupé et enroué avec un dégoust de toutes viandes et bruvages. Dans les
maisons toute la famille estoit couchée. L'un ne pouvoit servir
l'autre, tous y passoint, mais ce mal ne duroit que dix ou
douze jours. Néanmoins force gens vieux, n'ayant pas la force de
résister, passoit le pas.
L'armée du mareschal de Biron, conduite par ses deux enfans,
2
le baron de Biron et le baron de S' Blanquart , venant de Gasouvertes, desquelles perce la vertueuse
intention et très louable que V. M. a
au bien et au repos de ses subjectz et de
ne les vouloir habandonner à ces maulx
et violences qu'ils souffrent , y est
clairement et très sagement desduyts.
J'ay mis peyne de la notifíìer aux villes
voysines et aux gentils hommes d'icy
autour, et à ceulx de ceste ville de
Sarlat, où je suis arrivé despuis hier,
lesquelz toutz faisantz comparaison de
la louable et vrayment royalle déclaration de V. M. pour faire poser les armes
à celle que le roy de Navarre et ceulx
de son party ont faict publier pour les
prendre , meus de la congnoissance
qu'ilz ont de la vérité des choses, il n'est
pas à croyre, Sire, combien toutz voz
bons subjectz de deçà sont indignés
contre eulx et combien ilz sont prestz de
luy ayder de leurs personnes et moyens
pour conserver la paix et renger ung
chascun à obéir à ses édicts
Tout ce quartier est encores plain
d'armes et de guerre, et aujourdhuy
mesmes, j'entans que des troupes de
catholicques se mettent en campaigne
pour aller advitaillé Belvé, lequel
ceulx de l'aultre party tenoint bloqué,
qui se préparent de les empescher ; et
Vivans, qui vouloient oster mercredy
dernier ung moulin à ceulx de dedans,
y receut une harcquebuzade qui luy
rompt le bras droict. Et, parce que,
Sire, que ce n'est que des passades, et
par l'occasion de ce porteur que j'ay
prins la plume à la haste, je ne feray la
présente plus longue. . . . et je prie. etc.
« LA MOTHE FÉNELON.
« Sarlat, 21 may i58o. »
(Arch. hist. de la Gironde, t. XVII,
436. Tiré de la Bibl. Imp. de Saint-Pétersbourg, Ms. Français, 98.)
1 Coqueluche. — Nom donné dès le
xve siècle à une sorte de grippe, pour
laquelle les malades se couvraient la
tête d'une coqueluche ou capuchon. —
Ce terme s'est appliqué ensuite à une
affection qui frappe plus habituellement
les enfants, maladie complètement différente de la première. (V. Monstrelet,
ch. 118; — J. Lefebvre de Saint-Rémy,
H. deCh-Vl, p. 58; — Pasquier, Recherches, 1. IV, p. 375. Cités par Littré, Dict.
de la langue française).
2 Charles de Gontaut, baron, puis duc
de Biron, maréchal de France, décapité
en 1602, et Armand de Gontaut, seigneur de St-Blancard, tous deux fils
d'Armand de Gontaut, baron de Biron,
maréchal de France.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
279
coigne et passant par le Périgorcl pour faire obéyr les places rebelles, prind Villefranche de Périgord possédée par les calvinistes. La ville fut pillée et les murailles mises par terre, et
néanmoins, tótaprèsque ceste armée fut sortie du Périgord, les
religionaires se remirent dans la ville, rabillèrent par provision les murailles de la ville, y mirent une garnison et continuèrent à faire la guerre comme auparavant.
Le 10 septembre, surlaclosteure de la nuit apparut au ciel,
à l'endroit où le soleil a acoustumé d'estre sur les trois heures
après midi lors des équinoxes, une grande nuée si danse et si
rouge et rendant une si grande clarté qu'on y pouvoit lire
comme de jour et dura jusques à minuit. Ceste clarté venoitde
la propriété de la nuée, carie soleil ne la pouvoit voir passé les
huit heures du soir à cause qu'elle estoit fort basse. Ce méthéore
fut veu de tout le Périgord et tout le monde creut qu'il présageoit quelque grand mal.
En ce moys de septembre, les catholiques, sur la conduite
du sieur de Luziès, prènentle chasteau S' Germain sur le ruisseau du Drot, à demi-lieue de Montpazier, où ilz mettent une
garnison pour fatiguer Montpazier. La garnison de Villefranche
les vint souvent attaquer et font souvent des embuscades les
uns aux autres, se rencontrent et se frottent souvent.
Le capitaine Solmignac est gouverneur à Dome avec une garnison de six-vingtz arquebusiers. Ceste garnison et cellede Villefranche se voyent souvent, tant en levant les contributions
que en battant l'estrade pour plaisir et par forme d'exercitation.
Le 4 octobre, environ minuit, les religionaires de Monpazier,
conduitz par les sieurs de Veyrièz^es 2 et Pechgaudou, prènent
1 Saint-Germain-de-Dropt , village ,
commune de Saussignac, canton de
Sigoulès.
2 François de Veyrières, seigneur de
Saint-Germain et Campagnac,en Quercy,
beau-frère d'Annet de Comarque, seigneur de Pechgaudou. (B. N. Ms. Fds.
Périgord, CLXXII, 35o. — Courcelles,
Hist. des Pairs, V, v° Comarque, 3$, 35).
Prodige
au ciel.
S.-Germainlès -Montpazier.
Dome et
Villefranche.
Pechagut.
280
TABLE CHRONOLOGIQVE
la maison de Pechagut en la paroisse de Capdi^ot, le maistre de la
maison y est tué avec son frétée, chanoyne de Caors, et quelques
paysans. Après l'avoir pillée et mise hors de défense, ilz l'a-
I 58 I
Edictdepaix.
Périgueux.
bandonèrent.
Le 18 janvier 1581, la paix est publiée à Sarlat. On l'appeloit
la paix du Fleix, pour ce qu'elle avoit été conclue et arrêtée
te
au Fleix qui est un chasteau sur Dordoigne près S Foy\
En la première assemblée synodale de ce diocèse, tenue après
la publication de ceste cessation d'armes, est ordonné que certaine somme de deniers sera levée sur les bénéficiers, contribuables aux décimes, pour estre employée à l'entretènement de
quatre prédicateurs envoyés par tout le diocèse évangéliser et
assurer le peuple catholique qui, pendant les troubles, avoit
demeuré sans aucune consolation spirituelle, lequel règlement
le sieur évesque íìt observer autant de temps que dura ce
calme.
La ville de Périgueux, qui estoit encore possédée par les religionaires, à cause que par l'édict de paix de l'an 1576 elle leur
avoit esté réservée, est reprinse par les habitans catholiques,
lesquelz en chassent la garnison religionaire, se remettent dans
1 Sarlat, pendant cette période de troubles si graves, ne négligeait aucun moven pour se conserver sous l'obéissance
du roi, et sachant, par l'expérience de
1574, que les suspensions d'armes et
les déclarations de paix n'arrêtaient
point les protestants dans leurs entreprises, se tenait sur ses gardes. La
lettre suivante, adressée par Henri III à
Bertrand de Salignac-Fénelon , nous
l'apprend :
« Monsieur de La Mothe. Jay esté bien
« ayse de scavoir de vos nouvelles —
« Je suis très-certain que, en quelque
« endroict et estât que vous vous trou« viez, je y ay ung très fldelle et soi« gneux ministre et serviteur
ce
« dont me rend témoignage le bon
« ordre que vous avez donné à la tui-
« tion des villes de Sarlat, Gourdon,
« Domme et votre propre maison.... et
« suys bien ayse que les habitans
« de la première ayent demandé vostre
« nepveu de Gaulejat et que mon cou« sin le mareschal de Biron leur ayt
« accordé pour ayder à vostre autre
« nepveu à conserver la dicte ville soubz
« mon obéissance, où il avoit jà si
« bien oppéré que nos adversaires ny
« avoient peu rien gagner avecques
« leurs machines et engins extraordi« naires
Escript à Fontainebleau,
« le i er jour de octobre i58o. » (Arch.
Nat., K. IOI , n° 8. — Minute originale.)
U paraît résulter de cette lettre que
les protestants firent sur Sarlat, vers
i 58o, une tentative infructueuses dont il
n'est resté aucun souvenir.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
281
leur bien et y restablissent la religion catholique et le siège
présidial.
Les habitans d'Issigeac, sans avoir esgard à l'édict de paix,
continuent leur rébellion contre Tévesque de Sarlat, leur seigneur, le privent de ses biens et revenus, à cause de quoy le
sieur évesque obtient du roy letres et commissaire exprès pour
s'emparer de la ville et s'y rendre le plus fort, et, en vertu de
ce, le 22 juillet 1582, environ l'heure de vespres, acompaigné
d'une belle et grande troupe de noblesse, entra dans Issigeac et,
après quelque résistance, s'y rendit le plus fort. II fit réparer
sa maison, la fortifia et, par commission expresse du roy, fondée sur les précédentes rebellions, fit abbatre partie des murailles de la ville et, après y avoir séjourné environ deux
moys, se retira à Sarlat, laissant une garnison dans sa maison.
Le concile de la province de Bordeaux est assemblé audict
Bordeaux, au moys de novembre, par Anthoine de Sansac, archevesque, auquel concile Louys de Salignac, évesque de Sarlat, assiste comme suffragant de la province et y faict la harangue en latin à l'ouverture et en françois à la closteure, au contentement de tonte l'assemblée.
L'an 1584, Louys de Salignac, estant de retour du concile
provincial de Bordeaux, assemble les chanoynes de l'esglise
cathédrale et autres principaux ecclésiastiques de son diocèse , ausquelz il faict entendre que audict concile avoit
esté ordonné (conformément au concile de Trente) que en
chasque esglise cathédrale seroit institué et establi un
séminaire auquel certain nombre de clercz seroint nourris,
entretenus et enseignés aux bonnes letres, à la piété et discipline ecclésiastique, dès leur première jeunesse, pour puys
après estre faictz prestres et prouvuz des cures vacantes daus
le diocèse et, d'autant qu'il veut obéyr de son costé en cela,
comme en toutes autres choses, aux décretz des conciles, il
i582
Issigeac.
Concile
de Bordeaux.
282
TABLE CHRONOLOGIQVE
désire establir dans Sarlat un tel collège de séminaires pour
son diocèse, et, sur ce subject, demande leur bon advis et
conseil. Toute l'assemblée approuve et loue le dessein, offrant
cliascun y contribuer selon son pouvoir, et, par ce moyen, la
résolution est prise que dans Sarlat seroit basti et fondé un tel
collège pour 12 clercz avec deux régens et un maistrede muzique. Quelque temps après, comme on cherchoit de mettre à
exécution ce dessein, Pancien réfectoire du chapitre fut jugé
capable pour le logement de ce collège, en prenant le dessus de
la quatriesme partie du cloistre qui confronte audict réfectoire,
à cause de quoy les chanoines de l'esglise cathédrale furent
priés par ledict sieur évesque et clergé de donner pour cet
effect ledict réfectoire qui estoit encore en bon estât, bienvoûté
de bois, lambrissé et couvert, lesquelz, considérant que c'estoit pour la gloire de Dieu et utilité du bien public, y consentirent par contrat du 12 octobre 1584, avec réservation d'une
place pour y faire le grenier du chapitre. Le 6 novembre suivant, les députés et principaux ecclésiastiques du diocèse, estans
assemblés en la sale épiscopale, ordonnent qu'il sera levé sur
le diocèse la moytié d'une décime, qui revientà milletrois cens
quarante quatre livres, dix sept solz, six deniers, pour l'entretènement du séminaire jusques à ce que ledict collège soit complètement doté par union de bénéfices ou autrement, letoutconformémentau xxv e article dudict concile provincial. Ceste demy
décime fut employée la première année pour disposer ce corps
de logis en la forme requise et en l'achapt des meubles nécessaires, ce qui fut faict si diligemment que, l'année 1585, ce
collège fut en l'estat et exercisse requis. Mais, chose déplorable!
ce ne fut que pour sèze ou dix huit moys seulement, car, les
troubles s'estant renouvelés et le receveur des décimes ne pouvant lever aucuns deniers, à cause que les religionaires avoint
mis le bureau des décimes à Bergerac et en foisoint la levée, le
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
283
sieur évesque assembla les députés le 7 juillet 1586, lesquelz,
pour les raisons susdites, congédièrent les régens et séminaires
en attendant que Dieu, par le bénéfice de la paix, donne le
moyen de les réunir.
LesFrançois ne pouvant vivre en paix, ilz excitent des nou-
1585
veaux troubles. Plusieurs princes et seigneurs catoliques du
royaume, voyant que le roy estoit sans enfans et sans espérance
d'en avoir et que Monsieur, frère du roy estoit mort, craignant
que le roy de Navarre, chef et r
protecteur des religionaires,
■
v i
i.* .
vint a la courone, fontune ligue tendant à chasser les religionaires du royaume, laquelle commencea à se manifester l'ari
1 585, ayant pour chef le duc de Guise. Leroy, approuvant ceste
ligue, faict un édit au moys de janvier, par lequel est enjoint
aux religionaires de se remettre en la religion catolique ou
de vuider la France. Pour l'exécution de cet édit, le roy faict
dresser trois armées, une en Guiene, soubz la conduite du duc
de Mayne 1 , l'autre en Borgogne, conduite par le duc de Guise,
et l'autre en Languedoc, Daufiné et Provence comendée par
le duc d'Espernon.
Les religionnaires se préparent pour se défendre, fortifient
Bergerac, S te Foy et Castillon, font une armée de huit mille
hommes, conduite par le vicomte de Turene, laquelle, après
avoir brancheté, gasté et ruiné tout le Périgord, va assiéger Bri ve
inutilement. Après, il assiège Tule qui se rendit volontairement,
car ceste armée n'avoit point d'artillerie. Que si ilz eussent
tenu tant soit peu, le secours estoit prest et près. Avec la curée
de Tulle ceste armée se rafréchit et s'équipa et, de Tulle,
revient en Périgord, passe près de Sarlat sans l'ataquer, sachant
que la noblesse du pays s'y estoit assemblée.
Le \3 novembre, à dix heures du soir, le capitaine Panissaut 2
1 Lire : Mayenne.
2 II s'appeíait Jean Albâ , sieur de
Panissaut. Voir page 256, note i.
Commencement
de ta Ligue,
284
Beaumont.
S. Avit-Sénieur.
Lusiès .
Belvès .
i 586
Montianac.
TABLE CHRONOLOGIQUE
posa le pétard à Beaumont, à la porte de Froment, prind la
ville, et voyant qu'il ne pouvoit prendre l'esglise ni la tour de
Pechgrand, et que le sieur de Luziès venoit au secours, pilla
la ville, fit brusler quelques maisons et puys s'en alla après y
avoir séjourné deuxjours seulement.
Le 24 novembre, quelques companies del'arméedu vicomte
de Turene, conduites par le sieur de Campaignac del Rufenq,
assiègent le fort de S' Avit Sénieur, lequel avoit esté démoli et
mis hors de deffenseen l'an 1 577, et les brèches n'avoint esté i'éparées que avec des barriques pleines de terre. Néanmoins, les
chanoynes et habitans se mettent en défense avec une belle
1
résolution. Le 2(3, le sieur de la Tour del Boissou se rend aux
assiégés avec quelques sieus amis. Les assiégeans, voyant qu'il
y avoit un home de co mandement, quittent et s'en vont le lendemai n, après avoir faict aux assiégés plus de peur que de mal.
2
Le mesme jour 24 novembre, le chasteau de Luziès près
Beaumont est assiégé par une autre partie de l 'armée du vicomte de Turene, faisant cinq companies de gens de pied et
quelque cavalerie. Après avoir tiré soixante et sèze coups de
canon, ilz y entrent par assaut auquel fut rendu un rude combat de la part des assiégeans; cent y laissèrent la vie. De
ceux de dedans vingt y furent tués et quatre furent pendus.
Le 16 décembre, les religionaires, conduitz par LaRochefoucaud 3 et Coransan
prènentla ville de Belvès et assiègent le
fort et, après y avoir séjourné onze jours et perdu l'espérance
de pouvoir prindre le fort, pillent la ville et s'en vont.
3
L'armée royale, conduite par le duc de Mayne , après avoir
traversé le Poitou et Périgord, arrive à Montignac le 24 janvier
1 Jacques du Bousquet, seigneur de
la Tour du Buisson, repaire noble, commune de Cabans, canton de Cadouin.
2 Luziers, repaire noble, commune et
canton de Beaumont, appartenant à la
famille de ce nom (?).
3 François IV, comte de la Bochefoucauld, prince de Marcillac.
* Ce nom est d'une lecture douteuse
dans le Ms. de Toulouse. Peut-être fautil lire: Cornuson ?
3 Lire : le duc de Mayenne.
285
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
1586, prind d'abord les faubourgs et la ville, et somme le chasteau, lequel, refusant d'obéyr au roy, est batu de quatre pièces
de canon le 3 febvrier, et, le lendemain, les assiégés se rendent vie et bagues sauves, soubz la promesse qu'ilz firent d'obéyr à l'édict \ Le duc de Mayne y laisse pour capitaine le
sieur de la Rofïìe \ La ville de Montignac souffrit tout ce que
peut souffrir une ville enemie prinse par force.
Le duc de Maine faict passer l'armée et l'artillerie au deçà
de Vézère, en intention d'aller assiéger les chasteaux de Baynac
1 D'après la France protestante, le capitaine protestant qui commandait à
Montignac était (François) de Laporte
de Lissac (écuyer, seigneur de la Bétaudie), gentilhomme limousin (t. VI,
387). De Thou nomme, au contraire,
Jean de Gontaut de Salignac.
Voici le récit de de Thou, qui donne
sur ce fait militaire d'intéressants détails :
— «Le duc de Mayenne, général destiné à l'armée de Guyenne, fut rejoint
vers la fin de décembre 1 585 à Châteauneuf-sur-Charente par le maréchal de
Matignon, gouverneur de la province.
On décida de s'avancer dans l'intérieur
de la province... Ceci décidé, Mayenne
et Matignon se partagent les troupes à
Villebois et se donnent rendez-vous à
Sainte-Bazeille, le 25 février... Mayenne
garda les régiments de Ileyld (Suisse),
de SaCremore de Birague, de Vie, de
François Blanchard, sieúr du Cluzeau,
de C. d'O, sieur du Fresne, et de la
Roche-Monteson, sa compagnie de cavalerie, celle de Villequier, vicomte de
laGuierche, de Charles de Gondi, marquis de Belle-Isle, les chevau-légers du
marquis de Villars et du capitaine Albanois et quatre compagnies de cavalerie
allemande, avec les quatre gros canons
et les deux couleuvrines. II passa avec
ce corps à la Tour-Blanche, vint à
Bourdeille et, le 9 janvier, arrivaà Périgueux
Mayenne quitte Périgueux,
arrive sur les bords de la Vézère, la
passe sur le pont de Terrasson et marche vers la Dordogne. Sur sa route était
Montignac-le-Comte, appartenant au roi
de Navarre qui y avait garnison. Les
consuls de Périgueux et Hautefort
(gouverneur du Limousin) voulaient
qu'on l'attaquàt... Mais comme cette
armée était mal fournie pour faire un
siège, on détacha de l'Estang, gouverneur de Brive, pour faire venir de là
une pièce de gros canon et une couleuvrine. Jean Gontaut de Salignac
commandait à Montignac. On voulait
tâcher de surprendre la ville qui est au
pied et empêcher la garnison du château de la brûler
On y envoya d'Hautefort et la Faye qui avaient des intelligences... On donna, pour exécuter le
plan, les régiments de Vie et de Birague.
Une dispute de préséance entre ces deux
officiers faillit faire manquer le coup.
De Vie avait plus de service , mais
n'était pas aimé de Mayenne qui le savait attaché au roi. Birague, quoique
bâtard, était aimé de Mayenne et appartenait à la Ligue. Pour trancher le différend, on convint que les deux colonels
attaqueraient par deux côtés différents.
De Vie consentit à cet expédient pour
le bien du service. La ville fut prise sans
difficulté. Environ 120 soldats se réfugièrent dans le château. Trois jours
après, un lundi 3 février, on pointa 4
canons et l'on tira 260 coups de canon
qui firent une grande brèche ; le lendemain, la garnison se rendit, à condition
d'avoir la vie sauve et que les gentilshommes sortiraient l'épée au côté et les
soldats avec un bâton blanc à la main.
On passa la Vézère.., etc. ». (De Thou,
Histoire, livre 85.)
2 Jean Durand, seigneur de la Rolphie et Laudonie, près de Montignac,
capitaine des gardes d'Edme de Hautefort, gouverneur du Limousin.
37
286
Mont-fort.
Salignac.
Beaulieu,
Monvalen.
Le Roq.
Ste-Basille,
Monségur,
Castillon .
TABLE CHRONOLOGIQVE
et de Monfort, mais Baynac est l'endu et mis soubz l'obéys1
sance du roy et baillé en charge aux sieurs de la Roque et de
Gaulejac 2 et, quand à Monfort, ill'envoye recognoistre et, ayant
appris que c'estoit peu de chose 3 , ne voulut là employer le
temps, ains mena l'armée à Salignac. Le chasteau se rendit et
71
[fut] mis en la charge du sieur de Fénelon qui en respondit
et y fut mise une garnoison.
De Salignac l'armée s'en va en la vicomté de Turene, où elle
séjourna longuement à cause de la rigueur du froid, pendant
5
lequel séjour elle prind la ville de Beaulieu et le chasteau de
Monvalen \
L'armée passe la Dordoigne et s'en va à Gordon, et, en passant, prind le Roq de Guitinières près Marel', qui tenoit pour
les rebelles qui s'enfuirent de paour d'estre assiégés. De Gordon, l'armée passe à Villeneuve d'Agénois, assiège et prind
S te Basille 8 , assiège et prind Monségur 9 , et de là va assiéger
Castillon au commencement de juillet. Ce siège dura deux
moys, au bout desquelz les assiégés, pressés tant de la peste et
famine que des assiégeans, capitulèrent et se rendirent le der*
nier d'aougst.
1 Voir p. 257, note 4.
2 Armand de Salignac-Fe'nelon, seigneur de Gaulejac, la Poncie, le Puyjan,
et depuis chevalier de Tordre du roi,
gentilhomme ordinaire de sa chambre,
mari de Judith de Beynac, sœur de
Geoffroy, baron de Beynac, dépossède'
de son château par Mayenne.
3 « Les habitants de Sarlat, raconte
de Thou, voulaient qu'on attaquât Montfort. On détacha François de Cazillac ,
sieur de Gessac, pour le reconnaître.
Cessac ayant rapporté que les approches
étaient difficiles, Mayenne (pressé de rejoindre Matignon) se mit en marche par
Gignac... « (De Thou , Histoire, livre
85.)
On voit que Montfort, contrairement
à ce que dit le chroniqueur, avait encore une certaine importance en 1 586.
4 Jean de Salignac, seigneur de Fénelon, tué devant Dome le 6 novembre
1 588. II n'était âgé que de 3o ans et
donnait les plus grandes espérances.
5 Beaulieu-sur-Ménoire,ch.-l. de canton, arrondissement de Brive (Gorrèze).
8 Montvalent, commune, canton de
Martel (Lot). .
7 Le Roc de Mareuil, commune, canton
de Payrac, arrondissement de Gourdon
(Lot), sur la Dordogne. II y avait une
garnison de 3o hommes, dit de Thou
(Liv. 85).
8 Sainte-Bazeille, commune et canton deMarmande (Lot-et-Garonne).
0 Monségur, chef-lieu de canton ,
arrondissement de la Béole (Gironde),
ou Monségur, commune et canton de
Montflanquin (Lot-et-Garonneì.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
287
Après ceste prinse, le duc du Mayne laisse partie de son
armée au mareschal de Matignon et congédia l'autre et s'en retourna en France. Ceste armée, passant par le Périgord, avoit si
avant empêché la culture des terres et consumé les vivres que,
advenant le printemps, la disette fut grande. Les sieurs évesque et consulz de Sarlat distribuèrent les pauvres de la ville sur
les habitans et les nourrirent depuys le premier de mars jusques à la fin de juin. Les pauvres honteux furent nourris aux
despans du revenu del'hospital et, quand aux pauvres passans,
on leur donnoit l'aumosne à la porte de la ville, sans les laisser
entrer ni arrester, avec tel ordre que les bonnes maisons leur
bailloint à dinner et à souper chascun à son tour de rolle.
Ceste disette fut suivie de maladies et mortalités.
Au moys d'april 1587, les religionaires reprènent par surprinse la ville de Castillon et, deux ou trois jours après, ayant
entreprins sur S' Emilion, entrent dedans environ cinquante
hommes armés, mais ilz sont si rudement repoussés qu'il en
demeura trente cinq ou quarante sur la place et quatorze de
prisoniers. Entre ceux qui furent tués estoit le sieur de Piles,
chef de l'entreprinse le sieur de S' Jean et le sieur de Bétou 2 , son frère.
Les religionaires font venir une armée de reistres, laquelle
estant preste à passer la Loire, l'armée des religionaires dressée
1 Armand de Clermont, seigneur de
Piles, tué àla Saint-Barthélemy, laissa,
de Jeanne de Durfort de Saint-Germain,
au moins trois enfants : Judith, qui
épouse, par contrat du 27 j anvier 1 5 8 1 ,
Guyon de Touchebceuf, baron de Clermont, Gourdon,etc. , sénéchal du Quercy.
(Saint-Allais, Nobiliaire, XIV, 21 3.) Elie
était assistée de Jean de Clermont de
Piles, son frère. Les frères Haag (la
France protestante, III, 493-493) disent,
d'un autre côté, qu'Armand de Clermont
de Piles laissa deux fils, dont ils ne
donnent pas les prénoms. L'aîné, blessé
près de Sainte- Foi en 1 586 (c'est évi-
demment celui que Tarde fait tuer à
Saint-Emilion, cette même année), fut
tué, avec son frère cadet, au siège de
Rouen en 1 591-1592. Ils laissèrent de
la postérité.
2 Bétou, repaire noble, commune de
Marnac, canton de Saint-Cyprien. Le
sieur de Bétou devait être Pons de Serval, écuyer, seigneur de Bétou, conseigneur de Siorac, archer de la garde du
roi, qui épousa, par contrat du 28
août i56o, Catherine d'Aubusson,
dame d'AUemans. (B. N. Ms. Fonds
Périgord, CLXIII, dossier Saint-Ours. —•
D'Hozier, Registres, v° Chapt., p. 5.)
Sarlat.
Disette et
maladies
populaires.
1 58 7
Castillon.
S. Emilion.
288
bataille de
Coutras.
TABLE CHRONOLOGIQVE
en Poitou et Xaintonge, conduite par le roy de Navarre, prind
le chemin du Périgord pour les aller joindre. Le duc de Joyeuse
estoit aussi en Poitou et Xaintonge, menant une armée royale
avec charge expresse d'attaquer et comhatre celle des religionnaires, pour les empêcher d'aller joindre ces reistres. Le 20 d'octobre,
l
^ es ^ eux armées se rencontrent à Coutras , où est donnée une
bataille au grand désadvantage de l'armée royale. Les religionaires, enflés de ceste victoire et enrichis de ceste despouille,
changent d'advis, et jugent que les reistres sont assés forlz
pour venir à eux sans escorte et que cependant ilz se pouvoint
occuper plus utilement. Ceste résolution pieuse, ilz se séparent et font trois armées. Le roy de Navarre, avec une petite
armée, se retire en Gascoigne, le prince de Condé à S' Jean
d'Angéli, et le gros de l'armée, qui consistoit en huit cens
chevaux et six mille hommes de pied, deux canons et deux coleuvrines demeure soubz la conduite du vicomte de Turene.
Avec cet équipage il se croit assés fort pour estre maistre de la
campaigne et se promet d'emporter toutes les villes et places
qui sont entre Lisle et Dordoigne et en tirer des commodités
assés pour payer l'armée des reistres. De Coutras il vient à
S te Foy 2 , où il assemble son conseil, auquel la résolution est
prise de monter en Limosin,par le Périgord, et attaquer toutes
les villes et places qui se trouvoint en leur chemin, et particulièrement Sarlat, comme y ayant beaucoup à gaigner.
Partant de S te Foy, il prind par composition les chasteaux
6
s
de Grinolz 3 , Neuvy \ Sourzac , compose avec S' Astier ,
1 Coutras, chef-lieu de canton, arrondissement de Libourne (Gironde).
2 Turenne était encore à Sainte-Foy
le 3i octobre 1587. Ce jour-là, il écrit
aux consuls de Bergerac. «....Parce que
a j'ai incessament à faire d'un nombre
« de pionniers pour l'artillerie, je vous
« prie de m'en envoyer i5... et faire
« fournir la matière qu'il faudra pour
« les balles de la couleuvrine... De
« Sainte-Foy, ce dernier octobre 1 587. »
(B. N. Ms. Fonds Périgord, XIV, 64.)
3 Grignols , commune , canton de
Saint-Astier. Château-fort , apanage
d'une branche cadette de la maison de
Talleyrand.
4 Neuvic, chef-lieu de canton, arrondissement de Bibérac. Bepaire noble,
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
289
1
moyennant une somme d'argent, prind Ver et assiège Trémoulac 2 , qui se rend bien tost à luy par composition. La résolution ne fut pas si tost prinse à S te Foy que les habitans de
Sarlat en furent advertis. A cause de quoy ilz se préparent
3
pour se bien deffendre. Les sieurs évesque, officiers et consulz * escrivent aux gentilz homes leurs voisins, qui estoint
pour lors dans le pays, et les prient de les assister. Mais il ni
E
heut personne qui vint, sinon les sieurs de la Motte Fénelon ,
7
8
de Gaulejac % de Fonpitou
et le capitaine Jayac , par
l'advis et conseil desquelz ilz visitèrent la ville, la muraille,
tours et fossé, proveurent de les mètre en la meilleure deffense que possible seroit, font nettoyer les fossés, et jetter
quelques flancs dans iceux ; se pourvoyent de poudres, souffre,
salpêtre, granades, feuz artifìcielz, font provision de piques,
appartenant, en 1587, à François de
Mellet, chevalier, seigneur de Neuvic,
Saint-Pardoux, Lenclave.
5 Sourzac, commune et canton de Mussidan. — Prieuré conventuel.
6 Saint-Astier, chef-lieu de canton. —
Abbaye 0. S. B.
1 Vern ou Vergt, chef-lieu de canton,
arrondissement de Périgueux.
2 Trémolat, commune, canton de
Saint-Alvère, arrondissement de Bergerac. Ancien prieuré conventuel.
3 Les officiers de la sénéchaussée de
Sarlat étaient, en 1587, François de
Gérard, dit Pothon, écuyer, sieur de
Falguayrac et Peyrignac, conseiller du
roi, lieutenant-général de la sénéchaussée depuis 1572, chef de justice
depuis 1574; Baymond de la Brousse,
lieutenant criminel; Antoine du Faure,
lieutenant particulier ; Gaston de Boye,
Gérauld de Leygue, Jean deCustojoux,
Léonard d'Autrery, etc. .conseillers ; Antoine de Gérard, 1 er avocat du roi, Jean
de Thélies, procureur du roi ; Antoine
de la Brouhe, 2' avocat du roi ; Austier
de Plamon, greffier en chef.
4 Les consuls de Sarlat en 1587
étaient : Gaston de Boye, conseiller au
sénéchal, premier consul, Antoine de
Veyssières, 2 e consul, Baymond Ma-
raval, avocat, secrétaire de Tévêque,
3 e consul, Baymond Moreau, marchand,
4° consul ; — Gérauld de Leygue, conseiller au sénéchal, était procureur
syndic de la ville.
5 Bertrand de Salignac, seigneur de la
Mothe-Fénelon, baron de Loubert, vicomte de St-Julien de Lampon, né en
i523, chevalier de Tordre du roi en
1567, capitaine de 5o hommes d'armes
des ordonnances, conseiller d'Etat, ambassadeur àLondres en 1 568 et en 1 58 1,
chevalier du St-Esprit en 1578, ambassadeur à Madrid en 159g, mort à
Bordeaux le 1 3 aout 1 599. — II était le
septième fils d'Hélie de Salignac, baron
de Fénelon, et de Catherine de SégurThéobon.
6 Voir page 286, note 2.
7 Pierre et autre Pierre de SalignacFénelon. seigneurs de Fompitouet Voullac, cousins germains du précédent.
8 Gaultier de Carbonnières de Jayac,
dit le capitaine Jayac, second fils de Bertrand, seigneur de Jayac et Archignac,
et de Françoise de la Cropte de Lanquais
— Si Ton en croit la généalogie de sa
famille insérée dans le Dictionnaire de
LaChesnaye des Bois, le capitaine Jayac
aurait été blessé au siège de Sarlat.
290
TABLE CHRONOLOGIQVE
et autres armes, retirent dans la ville les vivres et bestial des
champs, tant pour en priver les enemis que pour s'en servir
et y font venir les gens de traval, qui estoint ès météries.
Après cela, font monstre, reveue générale de tous les hommes
de la ville portans armes, en laquelle se trouvent deux cens
arquebusiers , tous enfans de la ville et trois cents autres
habilles à porter les armes. Desquelz sont faictes quatre companies, à chascune desquelles donnent un capitaine
et leur
départent la muraille de la ville pour commander chascun à
sa corapanieau quartier qui lui estoit ordonné, avec charge de
bien faire accomoder chascun en son endroit les défenses, loger
des gabions sur les tours,, se couvrir de la domination des
montagnes et faire tout ce qui seroit pour la commodité des
arquebusiers. Après ilz choisissent certains hommes de créance
ausquelz ilz donnent diverses charges : à l'un du magasin
des poudres, soífre, salpêtre et charbon, avec commendement
1 Les capitaines des compagnies
bourgeoises étaient : Labatut, Ghassaing,
Gustojouls et Brousse. — Procès-verbal
du siège de i58y ; Sarlat 1873, p. 3. —
Relation du siège de i58j; i832 ,p. i3.)
Labatut, le même sans doute que
nous trouvons, l'année suivante, i er consul de Sarlat, devait être Jean de Salis,
seigneur de La Batut, fils d'Antoine de
Salis , lieutenant-général
de Sarlat
jusqu'à sa mort en 1572. II suivit la
carrière des armes, débuta par être
homme d'armes de la compagnie de
M. de Lauzun, devint gentilhomme
servant de Catherine, sœur unique du
roi, et, en 1595, gentilhomme ordinaire
de la chambre du roi. II vivait encore
en 1620. (Archives du château de la
Batut.)
Jean Chassaing, dit le capitaine Chassaing de Sarlat, après une carrière militaire dont il n'est resté aucune trace,
fut impliqué dans la conspiration du
duc de Bouillon; condamné à perdre la
tête, par arrêt du 16 décembre i6o5, il
fut exécuté à Limoges. (B. M. Ms.
Fonds de Rrienne, vol. CXC, f. 171. —
De Thou, livre, 134,)
Jean de Custojouls, né en 1 565 ,
d'une famille originaire de SaintGeniez, conseiller au sénéchal de Sarlat, avait 22 ans, lorsqu'il fut nommé
capitaime d'une des compagnies bourgeoises de Sarlat ; premier consul de
Sarlat en 1590 à 25 ans, prisonnier
de M. de Montpezat, la même année ;
contribue à chasser les ligueurs de la
ville, devint premier consul de Sarlat
pour la deuxième fois en 1610, et fut
anobli, lui et sa postérité, par lettres
données au mois de mars 16 17. (Arch.
dép. Dordogne. Cartons cotés: Sarlat.)
Baymond Brousse ou de la Brousse
était conseiller du roi, lieutenant criminel de Sarlat. Député du Tiers aux Etats
de Blois en 1 5 93, il mourut en i6o3.
Les services qu'il rendit sont rappelés
dans les lettres patentes d anoblissement
de son fils Pierre, lieutenant-criminel
de Sarlat,données aumois de marsi 65o.
(B. N. Ms. Carrés de l'Hozier, vol.
i3 7 , f° 49 .)
DE L'EGLISE DE SARLAT.
291
exprès de faire nouveaux moulins pour employer ces matériaux et batre de nouvelles poudres ; à un autre de fondre quantité de baies de divers qualibres et les apporter et distribuer
sur les murailles ; à un autre de ramasser les piques, les mettre
en estât et en faire de neuves; à un autre de fondre granades,
faire cercles et lances de feu, et "autres feuz artiíìcielz ; à un
autre de faire provision de sacz, les remplir de terre, de laine,
de fatras, ramasser plusieurs litz et les faire au besoin apporter sur les rempartz; à un autre donnent commandement sur
les mareschaux, massons, cbarpentiers et manouvriers, pour
les tenir en debvoir, leur commander et faire expédier promptement ce qui seroit requis.
Mais laissons travailler les habitans à tout ce dessus et
revenons à l'armée enemie, laquelle nous avons laissé à Trémoulac, d'où elle faisoit trambler de peur plusieurs places
catholiques voisines de la rivière. Pendant le séjour qu'elle
fit en ce lieu, quelques companies, conduites par Villebeau 1
2
et Fermi , passent la Dordoigne et vont attaquer Beaumont,
l'investissent le 17 novembre, et, après l'avoir tenue assiégée quatre jours, et y avoir perdu plus de cinquante homes,
s'en vont remettre dans le gros de l'armée qui prenoit le
chemin de Sarlat. Le 21 novambre, l'armée vient loger à
S' Cyprien avec six pièces de canons. En ceste armée estoint
le vicomte de Gordon 3 , les sieurs de Salignac 1 et son frère,
1 Villebeau, commune de Saint-Martinien, canton d'Huriel, arrondissement
de Montluçon (Allier.) Je ne sais quel
était le personnage qui portait ce surnom.
s Fermi, surnom que nous trouvons
au xvii e siècle dans la famille de Clermont de Piles. — Le personnage ainsi
surnommé devait être un des fils de
Armand de Clermont de Piles, le -célèbre capitaine huguenot. (Voir page
287, la note 1 .)
3 Antoine de Gourdon, vicomte de
Gourdon et de Gaiffies , seigneur de
Cénevières , baron de Puy la Garde ,
chevalier de Tordre du roi, conseiller
d'Etat, capitaine de 5o hommes d'armes
des ordonnances ; il commandait un des
corps de cavalerie, sous le prince de
Condé, à la bataille de Coutras. (De
Thou, livre
C'est un des fameux
vicomtes qui se sont rendus si célèbres
pendant les guerres du xvi= siècle.
4 Jean de Gontaut. baron de Sali-
292
TABLE CHRONOLOGIQVE
4
3
de Beynac
de Brouzoles ! , de Maligni , de S'Giniès
6
de Boesse \ de Carapaignac del Rufenq , de Beaupré \ de
10
9
Longa de Larmandie 8 , de Boneval , de Cliavaignac , de Cai3
vaignac, de Paluel 12 , de la Garrigue , tous du pays et voisins
de Sarlat et, pour les estrangers, les sieurs de Clarmont-d'Am16
boise 1 ', Mongommeri iB , le jeune du Faux , mareschal de
gnac. (Voir sa biographie par J. Tarde
sous Tannée 1604.)
1 Geoffroy de Beynac, baron de Beynac, Commarque, seigneur d'Abeillac,
Montrecours, premier baron du Périgord, chevalier de Tordre du roi, capitaine de 5o hommes d'armes des ordonnances. — D'après le Procès-verbal
du siège et la Relation, le baron de
Beynac , quoique protestant, serait
plutôt resté neutre ; il n'aurait pas
officiellement porté les armes contre la
ville de Sarlat, dans laquelle se trouvait enfermée sa sœur Judith, femme
d'Armand de Salignac . seigneur de
Gaujelac, avec ses enfants en bas
âge.
2 François Coustin, seigneur de Berbiguières, Bouffignac, la Chassagne,
Beaurepos, conseiller d'Etat, capitaine
de 5 o hommes d'armes des ordonnances, gouverneur de Limeuil, Montfort
et Lanquais pour le duc de Bouillon,
marié en 1574 à Françoise de Caumont,
héritière de Berbiguières. II devint
vicomte de Garlux en 1600. et mourut
en novembre 161 5. (B. N. Ms. Pièces
Originales, v° Coustin.)
3 Jean de la Ferrière, seigneur de
Maligny , vidame de Chartres et seigneur de Confolens.
4 Armand de Gontaut, seigneur de
Saint-Geniez, la Chapelle-aux-Bareils
et Audaux, baron de Badefol, sénéchal
de Béarn en 1564, chevalier de Tordre
du roi en 1 565, lieutenant du roi de
Navarre en ses pays et souverainetés.
(V. page 23 1, note 3.)
5 Arnaud d'Escodéca de Boisse, baron
de Boisse, Cugnac, etc., devintchevaiier
de Tordre du roi et capitaine de 5o hommes d'armes des ordonnances. (B. N.
Ms. Carrés de d'Hozier vol. 237.)
0 Henri de Gontaut, seigneur de Cam-
pagnac du fìuffen, ou plutôt Bernard
son père, frère de Saint-Geniez, cité
plus haut. — Ce dernier devint chevalier de Tordre du roi, et lieutenant de
la compagnie du roi de Navarre. (Haag,
v° Contaut. \
7 Christian de Choiseul, baron de
Beaupré ?
8 Bertrand de Larmandie, baron de
Longa, mari de Françoise de BourbonMalauze.
9 François de Bonneval , baron de
Bonneval en Limousin, Coussac, Blanchefort, fut chevalier de Tordre du roi,
gentilhomme ordinaire de la chambre,
capitaine de 5 o hommes d'armes des
ordonnances.
10 N. de Boffignac, seigneur de Chavagnac et Gouzages.
1 1 Gabriel de Guiscard, baron de Cavagnac, Thédirac en Quercy, seigneur
de Florimont en Périgord .
12 Jean de Gimel, seigneur de Paluel,
chevalier de Tordre du roi dès le 10 septembre 1573.
13 Hélie de Gimel, seigneur de la
Garrigue, frère du précédent, mari de
Clémence de la Boytie.
14 Georges de Clermont-d'Amboise,
baron de Bussy, marquis de Gallerande,
chef de Tartillerie à la bataille de Coutras.
(De Thou, livre 37; — Haag, III,
497-)
16 Jacques de Mongommery, comte de
Lorges, mestre de camp d'un régiment
de cavalerie du quatrième corps,
commandé par Turenne à la bataille
de Coutras. (De Thou, livre 37.)
16 Arnaud du Faur, seigneur de Pujols en Agénais , gentilhomme ordinaire de la chambre du roi de Navarre, gouverneur de Montpellier, en
i588 ?
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
293
camp, Lisle du Mayne
Carbonnier 2 , Danjau 3 , la Croix ',
0
Rieux '", Préau
et autres. Le 22 novambre, Borderie 1 de
Meyralz, envoyé par le sieur de la Roque 8 , arrive à Sarlat
avec trente arquebusiers et commence d'entrer en garde, car,
depuis que l'armée estoit arrivée à S' Cyprien, on ne doubtoit
nullement du siège. Le 24 novambre, le sieur de la Motte Féne9
lon , qui, après avoir donné advis à la ville de ce qu'il convenoit faire, s'en estoit allé pourvoir à sa maison et à plusieurs
autres places voisines , arriva à Sarlat avec quatre gentilz1 L'Isle du Mayne doit être N. de
Lisle, seigneur du Gua, au Maine, de
la même famille que Benjamin de
Lisle du Gua, évêque de Limoges, en
1730. (Nadaud, II, 275.)
2 Gabriel Prévost, seigneur de Charbonnières, commandait un corps d'infanterie à la bataille de Coutras. (De
Thou, livre 3 7.)
3 Jacques de Courcillon, seigneur de
Dangeau, capitaine d'une compagnie
de gens de pied à la bataille de Coutras.
(De Thou, livre 37.)
4 De Lacroix , chef des équipages à
la bataille de Coutras. (De Thou, 1. 37.)
5 François de la Tugie, seigneur de
Rieux, maréchal de camp en 1589.
(De Thou, liv. 97.)
6 Hector de Préau, seigneur de Chastillon, commandait un corps d'infanterie à la bataille de Coutras (de Thou,
1. 37) ; depuis, il fut gouverneur de
Châtellerault en 1 589, ambassadeur en
Hollande en 1609. [Lettres missives
d'Henry IV, VII, 888 ; — Haag, VIII, 3 1 7,
3 18.)
Le procès-verbal officiel du siège,
dressé par l'évêque Louis de Salignac
et le lieutenant général François de Gérard (Sarlat, Michelet, 1873), ajoute
à la liste de la « Relation du siège de
Sarlat » ( 1 588 et 1688) et des « Chroniques » de Tarde, quelques noms qu'il
est bon de rappeler ici.
Du Fagy. — II faut lire sans doute :
« du Fay » . Michel Hurault de l'Hospital, seigneur du Fay et de Belesbat,
chancelier de Navarre, mort en 1692
gouverneur de Quillebœuf. (Lettres missives d'Henry IV, t. II . )
Bellefonlaine, dont le nom de famille
m'est resté inconnu, se distingua dans la
guerre de Béarn et fut nommé, par
l'assemblée de Gergeau en 1608, gouverneur de Châtillon, une des places de
sûreté laissées aux calvinistes. (Haag, II,
122.)
Colombières. — Paul de Briqueville
de la Luzerne, baron de Colombières.
Moustoulac. — Jacques deMoustolac,
écuyer, seigneur de Gagnac, en Quercy,
Caufour en Auvergne, gentilhomme du
prince de Condé, gouverneur de SaintFlour en 1612. (P. Anselme, III, 825.)
Yollet. — Pierre de Malras, baron
d'Yollet au diocèse de Saint-Flour,
gouverneur de Buzet en 1572, maréchal de camp en 1574.
Sérilhac. — François deFaudoas, seigneur de Sérilhac, s'employa à la reddition de Paris à Henri IV.
Chouppes. — Pierre, seigneur de
Chouppes, Poitevin, embrasse le protestantisme et devient conseiller et cham •
bellan du roi de Navarre, gentilhomme
ordinaire de sa chambre, lieutenant du
prince de Conti au siège de Mirebeau
en 1590, 1 5 g 1 ; gouverneur, en divers
temps, de Turenne, Lusignan, Agen,
Périgueux, Castillon, Sainte-Foy, Loudun ; maréchal de camp. II avait épousé
Jeanne de Ségur-Pardaillan.
7 Le capitaine Jean de la Bourdarie,
de Meyrals, avait épousé Lyette de la
Borie, fille de Gérauld, seigneur de Bonnefonds, coseigneur de Campagne.
8 Le Roque-Meyrals. (Voir page 257,
note 4.)
3 Voir page 289, note 5.
38
294
TABLE CHRONOLOGIQVE
hommes et quarante arquebusiers et, le mesme jour, y arrivèrent le sieur de la Forest 1 avec douze hommes à cheval et
les sieurs de Lauterie 2 et de la Filolie 3 de Gondat.
Quelques jours au paravaut, les habitans avoint envoyé
aux champs les femmes, enfans, filles, gens vieux, et autres
personnes qui ne pouvoint servir que de despense et empêchement.
Les companies de l'armée ennemie parlent de S' Cyprien,
coulent de village en village jusques à ce que, le 25 novambre,
la ville de Sarlat se trouve investie. Le vicomte de Turene se
loge à Monfort, les sieurs de Salignac, de Brouzoles, de Baynac,
de S 1 Giniès, de Paluel, de la Garrigue et autres du pays se
logent chés eux et y logent leurs amis.
Le 26 novembre, sur les dix heures du matin, ilz parurent en
gros environ [de] trois cens chevaux sur le haut de la montaigne
d'Argentoulau ' d'où ils voyoint et reinarquoiut la ville à
souhait. Et pource qu'ilz íaisoint marcher devant eux un bon
nombre d'arquebusiers, les sieurs de Fénelon B, Gaulejac 6 et la
Forest sortirent de la ville avec cent des arquebusiers, et attaquèrent une escarmouche qui dura tout le reste du jour. La
nuit suivante, ilz se logent aux faubourgs ; le régiment de Salignac se loge au faubourg de Landrevie, celluy de Carbonier
au faubourg de la Boucarie, ceux de la Croix et Préau à la
Regaudie, et ceux de Danjaux et Rieux à la Rue, et les autres
régimens se logent aux villages plus proches, d'où après ilz
1 François du Puy, seigneur de la
Forest, marié avant \56j à Jehanne
de Magnanac, une des dernières descendantes de cette illustre maison bourgeoise de Sarlat. — Peut-ètre s'agit-il
de son fils Guillaume du Puy de Magnanac, écuyer, seigneur de la Forest,
la Mothe, Domme-Vieille ? (Arch. de
Gérard, passim.)
2 François de Landry, écuyer, seigneur de Lauterie, repaire noble, com-
mune de Cornille, juridiction de Périgueux. (B. NJfs. Fds. Périgord, GXLVI,
v° Landry. )
3 Jean deBeaulieu, écuyer, seigneur de
la Filolie, repaire noble, commune de
Condat-sur-Vézère (Saint Allais, XV, 79.
— Fds. Périgord, GXX, dossier Beaulieu.)
4 Argentoulau, colline qui domine
Sarlat au nord-ouest.
3 Voir page 286, note 4.
6 Voir page 286, note 2.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
295
viennent pour entrer en garde, chascun à son tour. En se
logeant ilz font leurs barricades, ce que les assiégés s'efforcent
d'ampêcher par une continuelle grêle d'arquebusades.
L'ordre prins dans la ville est tel. Les quatre companies
dont a esté parlé gardent les murailles et les tours sans en
bouger, les soldatz estrangers font un corps de garde à la Place,
avec leurs capitaines, pour de là estre envoyés en tel lieu que
le besoin requerra. Les sieurs évesque, officiers du roy,
consulz et habitans les plus qualifiés font un autre corps de
garde à la mesme place. Des estrangers en est pris certain
nombre pour garder la porte et boulevard de la Regaudie,
comendés par le sieur de Gaulejac et le capitaine Jayac, et
d'autres pour garder la porte et boulevard de Landrevie, commendés par les sieurs de la Forest et de Fonpitou, et le sieur
de Fénelon est prié d'aller et venir et commander par tout
ce qu'il jugera estre nécessaire.
D'avantage sont choisis quatre-vingtz hommes de la ville
pour, avec les gentilz hommes et soldatz estrangers, estre
mis à la brèche quand elle sera faicte et soustenir l 'assaut, et
est faite une monstre à la Place de ces quatre vingtz, ensemble
des gentilz hommes, soldatz estrangers et de plusieurs notables habitans, en laquelle sont trouvés huit vingt arquebusiers
et trente hommes avec des piques pour soustenir un assaut,
les murailles demeurant bien fornies. Hz fermèrent le trou
de la muraille de la ville par où entre le ruisseau et, par ce
moyen, firent regorger l'eau dans le fossé, dans le couvent des
Cordeliers et par tout le faubourg qui sembloit estre submergé.
Les assiégeans donnèrent quatre jours de relâche et de loisir
aux habitans, attendant l'artiïlerie qu'on conduisoit par la
rivière au port de Baynac et de là avec des chevaux et des
bœufz à Sarlat, où elle arriva le dernier de novembre, pen-
296
TABLE CHRONOLOGIQYE
dant lequel temps les assiégés firent des grandes tranchées
dans la ville à tous les endroitz où ilz craignoint devoir estre
batus. Le mes me jour que l'artillerie arriva, elle fut placée
derrière les gabionades à ce préparées sur la coline qui est
droit de l'angle que la ville faict contre la porte de la Rue, si
bien que, ce soir mesme, ilz saluèrent la ville de quelques
coups de couleuvrine. Les habitans, voyant qu'ilz debvoint
estre batus de ce costé, metlent la nuit suivante par terre
les maisons qui aboutissent la muraille à cet endroit, pour y
pouvoir faire leur retranchement.
Le premier décembre, ilz commencent bon matin avec deux
canons et deux couleuvrines à batreles deífences et continuent
jusques au soir et tout le lendemain, tellement que tous les
flânez, créneaux et parapet de ce pan de muraille sont brisés :
mais soubdain, à la faveur de la nuit, les assiégés les rabillent
avec des gabions, barriques, litz et sacs de terre, si bien que
leurs arquebusiers s'y logeoint encore le lendemain, et si ne
restoint pas de travailler au retranchement. Les assiégeans,
voyant les deífences ruinées, remuent ce soir leur batterie et
logent les quatre canons dans un jardin au faubourg de la Rue
pour battre le pied de la muraille et laissent les deux coulouvrines en leur place première et, le 3 décembre, commencent
leur batterie bon matin de toutes les six pièces dans le pied de
la muraille eteontinuent tout le jour sans intermission, ensemble le lendemain k du moys jusques à l'heure de midi que la
muraille de la ville tumba dans le fossé, laissant trente brasses
de brèche et d'ouverture.
Dedans se trouvèrent le sieur de Fénelon, les gentilzhomes
et les habitans qui avoint esté choisis pour cet effect, les piques
au poing, et les arquebusiers logés et affustéstant sur le haut
du retranchement que sur les flânez de la tranchée, attandant
l'aLsaut en belle résolution. Les assiégeans estoint tous en ba-
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
297
taille pour donner et la raison voioit qu'ilz donassent, mais,
pour y aller avec moins de hazard, ilz fh-ent tirer plusieurs
coups de canon contre une maison qui joignoit la muraille de
la ville et servoit de flanc sur la tranchée, et firent aussi tirer
sur le haut du rempart et continuèrent jusques à la nuit, pendant laquelle les assiégés travaillent à profondir leur tranchée
et hausser le front du retranchement, de sorte que au jour
il fut de la hauteur d'une pique, autant que duroit la brèche,
avec ses flanqz à chasque bout faictz de trois fortes barricades,
la seconde dominant sur lapremière et la dernière sur les deux,
chascune ayant un fossé au devant. Ce fut la nuit la plus pénible de tout le siège aux assiégés et la plus périlleuse, à cause
des coups de canon que les assiégeans tiroint sur la brèche
pour empêcher le travail 1 . Ce soir mesme, deux heures après
minuit, sept gentilzhommes 2 et quarante arquebusiers arrivèrent du Quercy, se jettèrent dans le fossé et furent receuz dans
la ville, quel debvoirque fissent les assiégeans de les empêcher.
Ce rafraîchissement consola les assiégés, mesmement pour ce
que c'estoit le point des plus grandes affaires.
Le sabmedi, 5 du moys, les assiégeans continuent leur
batterie, tant pour agrandir labrèche que pour ruiner quelques
flânez qu'on avoit remis lanuit précédente et, sur lesdix heures,
viènent à l'assautà la faveur de leurs canonades, mais ilz sont si
bien repoussés à coups de piques, d'arquebusades, de mosquetz,
fauconeaux, granades et feuz artificielz, qu'ilz sont còntraintz
de rebrousser chemin, et néanmoins reviènent pour la seconde
et troisiesme fois tousjours en plus grand nombre et dans
une heure, sans que persone d'eux aye le courage de faire le
1 Cestravaux, d'une importance capitaie pour la défense, furent exécutés sous
les ordres immédiats du lieutenant-général François de Gérard, qui paraît
avoir pris plus spécialement la direction
des travaux du génie pendant le siège,
2 C'étaient les deux Pompitou, les
sieurs d'Escayrac, de Catus, de StèCécile, de la Coste et de Vergonzac. Le
sieur d'Escayrac, en forçant les lignes
ennemies, fit une chute malheureuse
et se tua sur le coup.
298
TABLE CHRONOLOGIQUE
saut qui leur estoit préparé, et en fin se retirent avec perte de
quatre capitaines, de plusieurs hommes de condition et de
trente soldatz avec plusieurs blessés. Danjaux et des Rieux, qui
avoint mené leurs régimens à l'assaut, en estans revenus
blessés, raportent au vicomte de Turene qu'il n'y avoit lieu
d'y retourner, estant impossible que la ville fût jamais prinse
par cet endroit.
Le lendemain, jour de dimanche, ilz tirent sans cesse pour
agrandir la brèche et oster toutes deffenses, lesquelles ilz ne parvinrent jamais si bien ruiner qu'elles ne fussent réparées-la nuit
suivante pour y loger des arquebusiers. Le vicomte de Turene,
voyant le courage des assiégés, s'opiniastre d'avantage, envoyé
quérir de nouvelles troupes de divers endroitz, mesmes celles
de S' Lagier 1 et du capitaine Vivans qui estoint en Agénois, et
le régiment des Bories 2 qui estoit en Limozin, faict faire garde
très-exacte à pied et à cheval aux environs de la ville pour empêcher le secours, envoyé quérir nouvelles baies et provision de
poudre à Bragerac et à Turene, et cependant se met en debvoir
3
de venir pied-à-pied se loger dans le fossé et de là sur la brèche et y loger quelque pièce d'artillerie pourbatre le retranchement, et pareillement se résout, (une voye ne cessant pour l'autre), d'y venir par mine et saper la muraille en divers lieux, et
partant, le lundi 7 décembre, faict couper la contrescarpe du
fossé pour entrer dedans, et faict dresser le chemin pour y mener l'artillerie. Mais, la nuit suivante, les assiégés firent déscendre dans le fossé trois hommes de commandement avec
douze soldatz et dix paisans chargés de fagotz et flambeaux de
1 Jean de Lidon, chevalier, seigneur
de Saint-Léger et Savignac en Agénais,
depuis chevalier de Tordre du roi, capitaine de 5 o hommes d'armes des ordonnances, mort après 1 594, père de
Renaud de Lidon, écuyer, seigneur de
Saint- Léger, mari de Madeleine de
Vivans.
2 Jean de Saint-Astier, seigneur des
Bories, se déclare protestant en 1 586 ,
commande un régiment de 2000 hommes de pied à Coutras et meurt assassiné
àAngersen 1 588. (Saint-Allais, XVI, g5.)
3 C'est-à-dire au moyen de tranchées.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
299
feu artificiel, lesquelz jettèrent des granades parmi ceux qui
travailloint et, après leur avoir faict abandonner la besoigne,
portèrent par terre les barriques, bois et autres choses dont ilz
se couvroint dans le fossé et, ayant tout amoncelé, y mettent
le feu par le moyen des fagotz et feu artificiel qu'ilz portoint
et, attendant qu'il fût bien allumé, vont si avant dans l'ouverture qu'ilz tirent chascun leur coup dans le corps de garde et
puys se retirent dans la ville sans perdre que un seul paisan.
Après leur retraite, les assiégeants travaillent à esteindre le
feu, mais c'est en vain et avec perte de plusieurs homes. Geste
saillie fut cause que les assiégeans désespérèrent de leur entreprinse et commencèrent à minuter leur départ, estans aussi
advertis que à Montignac se faisoit une assemblée pour le
secours de la ville, qui croissoit tous les jours, où s'estoint
2
déjà rendus les sieurs d'Autefort \ du Pêcher , de Giverzac 3 ,
4
B
6
7
de Luzech , de Mauroux , de Rastignac , de Saint-Sarnin ,
de Chabans s , de la Sale \ de Puymartin 10 , de Peyraux
de
1 Voir page 233, note i .
2 Jean de Saint-Chamans , écuyer ,
seigneur du Pêcher et de Pazayac. (B.
N. Ms., Cabinet des Titres, vol. XII,
n° 54.)
3 Marc de Cugnac, seigneur de Giverzac, Sermet, Saint-Pompon, trempa
dans la conspiration du duc de Bouillon en i6o5, fut condamné par contumace à perdre la tête, par arrêt du
16 décembre i6o5, obtint des lettres
de rémission au mois d'août 1606, et
mourut en 1622. (de Thou, livre 134.
— Bibl. Nat. Ms. Fds. de Brienne, vol.
CXC.)
4 Jean de Luzech, baron de Luzech
en Quercy. — Jacquette de Gourdon de
Genouillac , sa veuve et héritière, apporta la baronnie de Luzech à Jean
Chapt, seigneur de Rastignac, qu'elle
épousa en 1604.
8 Georges du Tilhet, baron d'Orgueil,
seigneur de Mauroux en Quercy.
G Jean Chapt, seigneur de Rastignac,
baron de Luzech en 1604, mort en
1620. II était capitaine de 5o hommes
d'armes des ordonnances, gentilhomme
ordinaire de la chambre du roi, conseiller d'Etat, maréchal de camp. (SaintAllais, III, 2 56.)
7 Florent de Buade, seigneur de SainlSernin près de Bergerac, la Barde et la
Roche , mari d'Isabeau de SalignacFénelon en 1574. (B. N. Ms. Fds. Périgord, CLXIV, p. 29. )
8 Jean de Calvimont, seigneur de
Chabans, capitaine d'une compagnie de
gens de pied, mari de Louise de Salignac-Pénelon. (Saint-Allais, t. II.)
9 Jean de Bourdeille, coseigneur de
Montancès, seigneur de la Salle en
Sarladais, du chef de sa femme Françoise de Saint-Gilles, de Saint-Geniez,
dame de la Salle, qu'il avait épousée
en i5j6.
10 Voir page 269, note 1.
11 Guy de Bonneguise de Badefol ,
écuyer, seigneur de Peyraux. (B. N.
Ms. Fds. Périgord, CXXII, dossier Bonneguise.)
300
TABLE CIIRONOLOGIQVE
3
Charnbon de la Tourrete 2 , de Couzerans , de Calvayrac \}
1
du Luc 5 , de Rochefort 6 , de la Cosse . Le sieur de Camburac 8 estoit venu de Quercy avec cent chevaux, et de Péri10
gueux le sieur de Costures \ de Moustardi , de la Jarte
de
12
Bonnes et quelques companies de gens de pied, entre autres
le capitaine la Rivière, La Sale et Janot que la ville de Périgueux avoit envoyé, lesquelz trois le sieur d'Autefort fit partir
avec cent arquebusiers qui furent si bien conduitz que, sur la
pointe du jour, après avoir passé parmi les corps de garde des
enemis, se jettèrent dans le fossé et surent receuz dans la ville.
Le vicomte de Turene fut si offensé de ce renfort que peu
s'en salut qu'il ne fit pendre les capitaines par le quartier desquelz ce secours estoit entré et, après avoir perdu toute espérance d'emporter la ville par la force, cherchoit à faire quelque
composition, laquelle estant refusée, commencea à faire desplasser l'artillerie, le lundi 14 décembre, sur les dix heures du
soir, et ceste nuit délogèrent du tout, après avoir perdu cinq
cens hommes parmi lesquelz y avoit sept capitaines en chef et
1 Je n'ai pu Tidentifier.
2 Le sieur de la Tourette devait être
Jean de Vassal de la Tourette, que nous
retrouverons fre'quemment sous le nom
a de l'archidiacre de la Tourette «.Voir
page 3 09, note 2.
3 Samuel de Durfort , écuyer , seigneurde Cousserans, fils dePierre, seigneur de Saint-Germain. (P. Anselme,
V, 748.)
4 Jean de la Sudrie, seigneur de. Calveyrac en Quercy, impliqué dans la
conspiration du duc de Bouillon en
ibo5, fut condamné à perdre la tête,
par arrêt du 16 décembre i6o5, etexécuté. (B. N. Ms. Fds. Périgord, CLVIII,
dossier la Sudrie; — Fds. de Brienne,
CXC.)
5 Arnauld du Saillant de Flomont ,
seigneur du Luc, chevalier de Tordre
du roi. (Nadaud, IV, 1 3 1 .)
c Je n'ai pu l'identifier.
7 Jean de Lestrade, seigneur de la
Cousse. (B. N. Ms. Cab. des Titres, 282.)
8 Peut-être fils du capitaine de Massant, dit Camburat, qui trahit l'évêque
de Cahors en i5Ô2, livra à Duras Mercuès qu'il commandait, se fit huguenot
et enrichit son château de la Grézette
des débris du pillage de Mercuês. (La
Croix, Séries episcoporum cadurcensium,
nouvelle édit. H, 367, note.)
3 Voir page 276, note 2.
10 Jean de Montardy, seigneur de
Lascoux, Montagrier, la Beylie, enseigne de la compagnie du sénéchal André
de Bourdeille en 1569, chevalier de
Tordre du roi, la même année, capitaine de 5o hommes d'armes des ordonnances en 1576, vivait encore en 1594.
[Lettres missives d'Henri IV, IV, 1 85 .)
11 Jean de Fayolle, seigneur de Vernode et de la Jarthe, marié, le 3o octobre 1 586, à Marie Brun, veuve sans
enfants et héritière de liélie du Puy,
écuyer, seigneur de la Jarthe. (SaintAllais, X, 294.)
12 Je n'ai pu l'identifier .
DE L'EGLISE DE SARLAT.
301
plusieurs autres hommes de commandement, et y avoir dépensé
550 coups de canon, et de la ville n'en y heut de tués que
quatorze tous paisans ou soldatz estrangers.
Durant ce siège, jamais personne de la ville ne parla ni ne
respondit un seul mot aux assiégeans, quelle occasion qu'ilz
en donnassent, et le service divin ne fut aucunement intermis
en l'esglise, ains fut tousjours faict à la façon acostumée par
les chanoynes et prebstres que le sieur évesque avoit pour ce
suhject ordonné, avec la procession soir et matin, sonnerie et
carillon des cloches, comme si la ville eût esté eu plaine paix
et liberté.
Le 16 du moys, fut faicte procession générale en actions de
grâces, après laquelle les gentilzhommes et soldatz estrangers
furent festoyés et remerciés et, quelques jours après, le sieur
évesque íìt faire un service général pour ceux qui estoint décédés en ladeffense de ce siège, avec une oraison funèbre à leur
louange
Quand à l'armée assiégeante, partant de Sarlat elle se divisa
et s'esvanouit.
Peu de jours après, les habitans eurent advis que le roi de
1 Le Procès-verbal officiel du siège
de Sarlat, signé par Louis de Salignac, évêque, et par François de Gérard, lieutenant-général de Sarlat, fut
porté à la Cour par Armand de Salignac-Fénélon, seigneur de Gaulejac,
un des défenseurs de la ville, et couché
sur les registres de l'Hôtel-de-Ville. Ce
document a été imprimé il y a quelques
années. (Sarlat. Michelet, pet .8o, 1873.)
Peu de temps après la levée du siège,
parut en 1 588, chez Simon Millanges,
imprimeur à Bordeaux, une Relation
détaillée de cet important événement.
Bien que l'auteur ait gardé soigneusement í'anonyme, on peut, sans crainte
de se tromper, attribuer la paternité de
cette Relation, aussi remarquable par
la forme qu'intéressante par le fonds,
au chef politiquè de la ville de Sarlat
en 1587, au lieutenant-général François de Gérard. C'est l'opinion motivée
que M. Dujarric-Descombes développe
et consacre dans ,son « Etude sur les
Historiens du Périgord aux xvi e et XVH 8
siècles i>, parue dans le Bulletin de la
Société archéologique et historique du
Périgord.
Cette Relation
fut réimprimée en
1688, à Bordeaux, chez M. Chappuis,
à Foccasion du centenaire de la levée
du siège par le vicomte de Turenne ,
en 1759, dans le « Recueil de pièces fugitives, pour servir à l'histoire de France »,
par le M is d'Aubaïs, et en i832, chez
Everat , par les soins de M. J.-B.
Lascoux.
39
302
TABLE CHRONOLOGTQVE
Navarre venoit les réassiéger, lequel advis fut cause que les
habitans ruinèrent les quatre faubom^gs de la ville lesquelz, à
cause de leur proxi mité, avoint grandement préjudicié à la ville
en ce dernier siège, et réparèrent la brèche avec telle diligence
que dans 12 jours elle fut en deffense, et tôt après la muraille
fut parfaictement remise, en laquelle fut posée une table de
cuivre avec ces paroles inscrites en lettre d'or sur le champ
d'azur : « IN DEO VIRTVTEM FECIMVS ET IPSE DISSIPAVIT HOSTES
« NOSTROS. »
Le 24 du moys, les consulz escrivirent au roy et lui font entendre tout le discours du siège, et les domages et ruines que
les habitans avoint souffert ; à laquelle lettre le roy fit réponse
et donna à la ville trente mille livres, levables sur tout le Périgord et exempta la ville de tailles pour trois ans, et donna
douze mille livres au sieur évesque pour les frais qu'il avoit
faict.
Le roy—et le pays avoint bien occasion de gratifier Sarlat
de quelque présent pour avoir refroidi, rompu et dissipé une
armée qui venoit de vaincre et triompher à Coutras avec résolution de subjuguer tout ce pays
Le 25 d'octobre 1588, deux heures avant le jour, la ville de
Dome est prise par le capitaine Vivans, moyenant l'entremise de quelques habitans. Ilz entrèrent du costé du rocher,
par le lieu le plus fort, où la ronde ne passoit pas. Estans
2
montés par une eschèle dressée soubz la « Croze Tenche », au
nombre de trente ou quarante, ilz vont à la place ou ilz font
sonner deux ou trois trompettes, ce qui espouvanta tellement
les habitans
3
ver .
qu'ils ne songèrent que à fouyr et se sau-
1 Voir la note finale n° IX.
2 La « Croze Tenche » s'ouvre dans
la falaise qui surplombe la Dordogne,
au-dessous de la maison de Milhac.
3 Vivans, dans ses Mémoires, raconte
longuement la surprise de Dome. Tarde
paraît même avoir puisé dans ceux-ci
le récit de l'événement. — L'entreprise
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
303
De la place, ilz s'en vonttruver le consul qui avoit les clefz,
lesquelles ilz prènent et vont ouvrir la porte des Tours et
font entrer le capitaine Vivans avec toute sa troupe et ainsi
prènent la ville sans résistance.
II me seroit impossible de représenter les maux et les ruines
que ceste prinse apporta en tout le Périgord. Mais il me sera
permis de dire que cinq ou six des plus riches habitans furent
cause de ce mal d'autant que à leur réquisition, le maréchal de
Matignon leur avoit baillé une comission d'avoir une garnison
de gens de pied pour la conservation de la place, et assigné le
payement sur les deniers du roy, et mesmes sur une recepte
qui se faisoit à Dome, laquelle commission ilz avoint accepté
et en prenoint le payement sans avoir autre garnison eu qeuxmêmes ; et, pour colorer leur ménagerie, avoint choisi dix ou
douze jeunes hommes, lesquelz avec un tambour alloint soir
et matin fermer et ouvrir la. porte de la ville armés de arquebuses et un d'iceux d'une halebarde, à chascun desquelz
ils bailloint trente solz par moys et par ce moyen butinoint et
partageoint l'argent de la solde. Les enemis du roy, advertis de
cela, et sachant qu'il n'y avoit personne pour résister, entreprindrent, s'asseurans que pourvcu qu'ilz fussent une trentaine
dedans ilz seroint maistres, comme il arriva. Et c'est ainsi que
bien souvent l'avarice ruine le bien des avares.
Le capitaine Solvignac 1 , gouverneur du chasteau du roy
qui est hors la ville, estoit ceste nuit dans le chasteau, avec
de l'escalade fut dirigée par les capitaines Bordes a et Bramarigues b .
Plusieurs tentatives infructueuses •
avaient déjà été faites par Vivans pour
s'emparer de Dome, le 1 8 octobre 1572,
à la porte del Bos, le 4 février 1573,
et le 5 juin de la même année, à la
a Le capitaine Bordes, sieur
porte des Tours. La vigilance du sieur
de la Vergnole °, qui commandait une
garnison de 100 harquebusiers, avait
sauvé la ville. (Mémoires de i Vivans ,
passim. Bibl. N. Ms. Fds. Périgords, vol.
GLXXIV, dossier Vivans.)
1 Voir page 260, note 2.
de Hasrobert, près de Vitrac.
b Balthazar de la Saulière, écuyer, sieur de Bramarigues et Lavergne.
c Léonard de Cueilhe, éouyer, seigneur de la Vergnole, près de Dome, en 1582, deyait être fils de noble Léonard
de Cueilhe, trésorier du roi de la sénéchaHssée de Périgueux, qui fonde, en 1521, un obit aux Augustins de
Dome. (Obituaire des Augustins de Dome. — Archives de Gérard.)
Dome la
Vieille.
304
TABLE CHRONOLOGIQVE
la garde ordinaire, lequel, voyant la ville prise, se tind sur ses
gardes et receut quelques habitans de la ville qui s'allèrent
rendre à lui. Le mesme jour de la prise, le capitaine Vivans
prind le bourg de Dome-Vieille et assiégea le chasteau, faisant
des barricades à toutes les advenues pour empêcher le secours
et ravitaillement.
Peu de jours après, le maréchal de Biron, qui estoit pour lors
à Biron, y vint avec deux coleuvrines, et le sieur d'Aubeterre,
séneschal de Périgord, y arriva avec deux cens chevaux et huict
cens arquebusiers, en intention de mettre homes, vivres et
munitions dans le chasteau.
Le capitaine Vivans, voyant approcher ces forces, quitte le
bourg de Domme-Vieille, le faict entièrement brusler, ensemble
les moulins les plus proches et faict démolir et ruiner le prioré
de Génac.
Le 6 novembre, les troupes catoliques commencent à faire
1
les approches pour monter au chasteau, où le sieur de Fénelon
est tué d'une àrquebusade en forceant une barricade, regretté
de toute l'armée et de tout le pays.
Le maréchal de Biron placea ses colouvrines au delà du ruisseau, sur une coline 2 d'où il battoit une maison qui estoit
soubz le chasteau, fortifiée par les enemis, mais, après l'avoir
batue deux jours, il désista et, prenant ses colouvrines, le 10
novembre, s'en alla assiéger Cazalz, petite ville près de Salviac,
laquelle se rendit par composition. Les religionaires l'avoint
possédée depuys le 7 septembre 1 584 et, quand est du sieur
3
d'Aubeterre il s'en retourna vers le bas Périgord .
1 Voir page 286, note 4. — Fe'nelon
fut « tué d'une harquebusadeen forçant
la barricade de la maison del Soi ».
(Vivans, Mémoires.) Cette maison existe
encore à mi-côte sur Fancienne route
qui conduit du port de Dome et Génac à
Dome-Haute.
2 Près du village de Montbette.
(Vivans, Mémoires.)
3 II y a évidemment ici une lacune
dans le récit, qui peut se combler par le
passage suivant des Mémoires de Vivans:
« Peu de jours après, le sieur de Vivans. fait donner l'escalade audit chas.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
305
Le capitaine Vivans faict fortifier et pourvoir de vivres et
munitions ce chasteau, faict couvrir la tour Brune pour y servir
1
de cìtadèle, et y met le sieur de Fayrac 8 avec une garnison.
Et à la ville met une companie de cavalerie et cinq companies
d'arquebusiers pour estre le tout entretenu, non à ses despens,
mais du plat pays, pour l'entretèuement desquelles garnisons
et payement des contributions il n'y eut aucune sorte de concution, extorcion et violence qui ne fut exercée sur le pays circonvoisin. C'est ce qui se passoit au pays sarladois pendant la
tenue des Estatz de Blois 3 .
te au par plusieurs endroicts; mais il
fut repoussé avec perte de cinq ou six
hommes. Néanmoins, quelques jours
après, le capitaine Solvignac, voyant
que son secours s'en estoit allé sans le
desgager, capitula, et sortit, vie et
bagues sauves , et fut conduict
à
Sarlat... » (Vivans, Mémoires.)
1 Le 12 février 1589. (Ibid.)
2 Jean de Blafichier, ou Blancher,
écuyer, seigneur de Feyrac , Boutz ,
Rocheflorent,le Mas-lès-Archignac. Son
fils Pierre de Blancher, écuyer, seigneur de Rocheflorent, avait épousé,
par contrat du 7 mai 1 588, Simonne
de Vivans, fille de Geoffroy, seigneur
de Doissac. II était beau-frère du lieutenant-général François de Gérard.
3 Voici trois documents, dont deux
inédits, qui font voir l'importance que
l'on attribua, en haut lieu, à cet événement qui fut considéré, à juste titre,
comme un grave échec pour le parti
royaliste :
Don Bernardino de Mendoça à
Don Martin de Idiaquez.
« Le maréchal de Biron a donné avis
(au roi Henri III), par un gentilhomme,
que les huguenots se sont emparés, par
une intelligence avec 5 soldats qui leur
ont livré une tour, de la ville de Domme
en Périgord, qui est une place très importante, car elle est sur la rivière de
Dordogne, sur des hauteurs, situation
très forte, et il sera difficile de la recouvrer, et là les huguenots feront une
autre la Rochelle... »
(Archives Nationales.
Carton K.
1567, pièce 170. — Bulletin, janvier-février 1881).
Le roi à Bertrand de Salignac,
seigneur de la Mothe-Fénelon.
« Monsieur de la Mothe, j'ay entendu
que, voiant la surprinse que les ennemys ont faicte de la ville de Dome, vous
vous estes gesté dans le chasteau pour
le conserver soubz mon obéissance, dont
je vous scay le bon gré que mérite
le tesmoignage que avez en cela
donné de vostre dévotion à mon service et vous veulz bien asseurer que,
aux occasions de vous gratiffìer, vous
me trouverez d'autant plus favorable
à vostre avancement. J'envoye par delà
le sieur de Gaulegeac avec dépesche
fort expresse aífìn dy faire donner tout
le secours qui se pourra, non seulement
pour la conservation du dit chasteau,
mais aussi pour le recouvrement de
la ville sil est possible, comme il y
a lieu despérer si les ennemis sont
promptement serrez et assailliz, sans
leur donner le temps de sy fortiffier et
pourveoir de munitions. Je masseure
que tous mes bons serviteurs sy emploieront si vertueusement quilz délivreront le pays de ceste incommodité
et moy du regret que jen porte, priant
Dieu, Monsieur de la Motte, vous avoir
en sa saincte garde.
» Escript à Bloys,le4" jour de novembre 1 588. »
(Minute aux Archives nationales, K.
101, n° 22 1 .)
306
1 589
Dome.
TABLE CHRONOLOGIQVE
L'an 1 589, le capitaine Vivans fit abatre et razer l'esglise par1
roisiellecle Dome et pairie du couvent des Augustins . La ruine
des temples que les religionaires ont abbatu, renversé et razé,
accuse ceste prétendue réformation d'une impiété plus grande
que n'estoit celle des payens, lesquelz, en la plus grande
fureur de la guerre, espargnoint les temples et les jugeoint inviolables.
Après que le roy eût faict tuerie duc de Guise et le cardinal
son frère, qu'il eût appelé à soy le roy de Navarre avec ses troupes, révoqué l'édict de Juillet, et faict paix avec les religionaires, la France fut divisée en trois factions, scavoiren catholiques ligueurs, catholiques royaux, autrement appelés politiques, et les religionaires. Le parti de la Ligue disoit que le
roy vouloit exterminer la religion catholique et avoint le duc
de Mayne 2 pour chef. Les royaux publioint qu'il n'estoit question que de l' Estât et convenoint avec les religionaires. La
deífiance que les catholiques conceurent du roy fut cause que
3
plusieurs villes se déclairèrent du parti de la Ligue .
Le même au même.
« Monsieur de la Motte.jay receu vostre
lettre du 1 2 e de ce mois, contenant le
discours de ce qui est passé au faict de
Doume, dont je suis très-marry que le
succèz nait esté meilleur pour mon
service et le bien du pays. Particulièrement, je regrette fort la perte que je y
ay faicte d'un si bon et affectionné serviteur que mestoit le feu sieur de la
Motte vostre nepveu et quoy que l'eífort
qui y a esté faict nayt apporté le fruict
que je désirois, si ne laissé-je de vous
scavoir autant bon gré du devoir que
vous y avez rendu de vostre part et ay
tant dasseurance de vostre dévotion au
bien de mondict service que en toutes
occasions qui s'en présenteront vous y
apporterez tous les bons effectz qui
peuvent dépendre de vous, je adviseray
a ce qui se pourra faire sur cest accident de Doume, et y donneray tout
lordre et remède que lestât de mes
affaires pourra porter, priant Dieu quil
vous ait, Monsieur de la Motte, en sa
saincte el digne garde.
« Escript à Blois le 27 e jour de novembre 1 588. »
(Minute aux Archives nationales, K.
10 1 , n° 22 2 .)
1 «
en bannit l'exercice de la religion catolique , y establit celle des
Calvinistes et le premier ministre qui y
prêcha s'appeloit Beaupoil. » (Ms.
Tarde A.)
2 Lire: Mayenne.
3 Dans ces circonstances si difficiles,
la ville de Sarlat n'hésita pas dans la
voie à suivre. Elle se conserva fidèlement au roi. La lettre suivante d'Henri
III au lieutenant-général François de
Gérard pour le remercier de sa lìdélité
et reconnaître l'efíìcacité de ses efforts
pour maintenir le Sarladais sous son
autorité, montre bien l'état de rébellion dans lequel la France se trou-
DE L'EGLISE DE SARLAT.
307
Paris et Orléans furent des premières, et après suivirent
Roan, Lion, Bourges, Poitiers, Tolose, Limoges, Aix, Arles,
Nantes, et en ce pays, Périgueux, Caors, Villefranche, Castillonès,Agen, Marmande, Villeneuve, Lauzerte, Gordon, et plusieurs autres ès quelles le roy estoit à tel mépris que ses officiers
n'osoint comparoistre 5 mais, après que le roy eût esté tué à
S* Clou, et que le roy de Navarre se fût faict proclamer roy de
France, la Ligue eut pour lors plus de prétexte.
A Issigeac, les religionaires assiégèrent la maison du sieur
évesque, dans laquelle s'estoint retirés les principaux habi tans
catholiques, et la battirent avec quatre pièces de campaigne,
par l'espace de six jours; et, après avoir ruiné les flânez et
1
deífences, vint le sieur de la Force avec deux régimens et
une colouvrine prinse à Bergerac, ce que voyant les assiégés,
ilz capitulèrent et furent conduitz en seureté à S' Sarni de
la Barde 2 .
Louys de Salignac, évesque de Sarlat, vend la terre de la
vait, à cette date, et les craintes qu'éprouvait la Cour pour l'avenir.
« De par le Roy.
« Cher et bien amé,le soing que vous
rendés à la conservation en nostre
obéissance de nostre ville de Sarlat nous
est tesmoigné par plusieurs, ayent à
plaisir d'entandre que les habitants
d'icelle n'ayent esté sy advisés que de
suivre lexemple de ceux qui se sont
rebellés contre nostre service , voulant croire que la vigilance que vous y
avés rendue avec nos autres bons serviteurs les y a de beaucoup confortés,
dont à ce que vous ayés encore plus
de moyen de les y maintenir, j'envoie
de par delà le sieur de Scelles pour vous
rendre informé de ce qui se pasce en
nos affaires, lestât desquelles nous
asseurons que vous trouverés tel que
chacun aura occasion de s'esvertuer
pour sopposer aux violences que les
dicts rebelles voudront exercer sur nos
bons subjez et espérons que dans peu de
temps nous leur fairons santir le juste
châtiment qu'ils méritent et recognoistre ceuxquinousy aurontassisté comme
de vostre part vous en pouvés prendre
toute asseurance, s'il soffre occasion de
vous gratifier.
a Donné à Chaslelerault, le vingt deuxiesme j our de may, mil cinq cens quatre
vings neuf.
« Signé : HENRY. »
Plus bas : REVOL.
Au dos : « à nostre cher et bien amé
le lieutenant général de nostre ville de
Sarlat. »
(Archives de Gérard.)
1 Jacques Nompar de Caumont, seigneur de la Force, né en 1 55g, mort
en i652, duc de la Force en 1637,
maréchal de France.
2 Saint-Sernin de la Barde, commune,
canton d'Issigeac. Ancien repaire noble,
appartenant, en 1 58g, à Florent de
Buade, écuyer, seigneur dudit lieu.
308
La Roque
de Gajac.
Prodige
au ciel.
S. Pompon.
TABLE CHRONOLOGIQVE
Roque de Gajac à Armand de Salignac, sieur de Gaulejac, son
.
,
írere, pour le prix et somme de KKKr>
5550 iivi'es, et ce, pour raison
du temporel imposé sur le clergé de France les années 1586 et
1 588, montant la taxe du sieur évesque de Sarlat pour le temporel de l'an 1580 la somme de 11 52 livres, et pour Fan 1588 la
somme de 390 livres, montant les dictes deux taxes 1542 livres,
et le restant, qui est la somme de 4008 livres, est demeurée ès
mains du dict sieur de Gaulejac acquéreur pour estre employée
au profit de l'évesché, et c'est ainsi que ma chère patrie changea
son ancienne croce pour une épée et sa mittre pour un panache.
Le 10 d'apvril, environ midi, en la terre de Castillonès,
f^ent veuz en mesme temps trois soldatz, distans en apparence
l'un de l'autre la longueur de trois piques, et entre deux
d'iceux estoit une croix de diverses coleurs. Dieu, par ce météore, advertissoit la France que ceste année elle auroit trois
roys qui furent Henri de Valois, Henri et Charles de Borbon,
et que la religion catolique, signifiée par la croix, prévaudroit,
quelles coleurs ou prétextes que prinsentles ligueurs, politiques et religionaires royaux.
Les sieurs de Mompezat, de Giversac et autres tenans le
1
parti de la Ligue, assiègent l'esglise de S' Pompon
qui
tenoit pour les religionaires. Les assiégés se rendent par capitulation le 28 apvril. Les assiégeans y laissent une garnison
soubz le gouvernement de Boutel, et s'en vont assiéger Cazalz,
petite ville près Salviac. Les habitansse rendirent à discrétion
et furent menés prisoniers à Caors.
Tout aussi tôt que ces troupes se furent retirées en Quercy,
le capitaine Vivans va assiéger la mesme esglise. Après avoir
rompu les deffenses, ils viènent à la saper. Les assiégés se renSaint-Pompon , commune, canton de Dome.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
309
dent le 5 m ay à condition de vie sauve, sans autre caution que
la foy du chef des assiégeans, lequel après en íit tuer 35
à la façon qu'on saigne les moutons à la boucherie. Boutel,
avec huit autres, sont misa ranson. Dieu immortel! quelle
foy réformée !
Le sieur de la Force part de Bragerac avec trois pièces d'artillerie, pour aller assiéger Villefranche de Périgord, et passant
par Monpazier, prind deux coleuvrines de Biron, mais il se
retira sans autre effect sinon que, le 4juin, il prind le chasteau
1
de Sermet qui estoit au sieur de Giversac.
Sarlat ne s'estoit pas encore déclairée de la Ligue, quoy
qu'il en eût esté grandement sollicité, mais, le 23 juin, le sieur
2
de la Tourrette , archidiacre de Fesglise de Sarlat, home de
faction et de créance envers les gens de guerre, y entra bien
acompaigné, à l'ayde de quelques habitans. Estant le plus fort,
il faict crier : « Vive la Ligue !» et y loge ses gens par main de
fourrier. Peu de jours après, il s'en va et laisse partie de ses
gens en garnison dans la ville, laquelle ne fìt pas longue demeure, car, deux ou trois jours après le départ de la Tourrete,
les consulz dirent qu'ilz avoint advis que les religionaires de
Domme vouloint venir se loger à la Boitie 3 et qu'il falloit
1 Sermet, repaire noble, commune de
Loubejac , canton de Yillefranche-deBelvès, appartenait à Marc de Cugnac, seigneur de Giverzac et Sermet.
2 Jean de Vassal, cinquième fils de
Antoine de Vassal, seigneur de la Tourette, et de Jeanne de Pélagrue, grand
archidiacre de Sarlat. II était simple
clerc, lorsqu'en 1 586 il se démit de son
bénéfice. Le 21 juillet i586, voulant
quitter l'état ecclésiastique et prendre
les armes « pour le service du roy et de
la religion catholique », il fait donation
à cause de mort de tous les arrérages
de ses bénéfices à Jeanne de la Tourette,
sa sœur. II prend dès lors de nom de
« Pechjaloux », sous lequel il est connu
concurremment avec celui de « la Tou-
rette » et de « l'archidiacre », et se
marie, par contrat du 25 octobre 1589,
avec Suzanne du Cluzel, demoiselle de
la Treyne. Ligueur déterminé, il reçoit
commission du marquis de Yillars, le
17 mars 1590, de lever un régiment
d infanterie de quatre compagnies de
100 hommes, une nouvelle commission
du duc de Mayenne, le 3 o septembre
1590, de lever un régiment de 600
hommes de pied. Jean de Vassal fut tué
en 1 5g3, en défendant Carlux contre
les troupes royales. II est Fauteur de la
branche de Vassal, du surnom de Mazières. (B. N. Ms. Fds. Périgord, CLXXII,
382.) Voir, sur cette prise de Sarlat par
la Tourette, la note finale n° X.
3 La Boëtie, ou mieux la Boytie, com40
310
TABLE CHRONOLOGIQVE
aller mettre ceste maison si proche hors de deffense. La garnison sort et saict ce qui estoit proposé, mais au retour Hz
truvèrent la porte de la ville fermée. Hz se retirèrent et la
ville demeura en sa première liberté
3
2
Le 19 d'aougst, les sieurs de Tayac , de Belcaire , de Palevézi 4 et autres du parti de la Ligue assiègent S' Cyprien qui
estoit rëlïgronàirë et, le lendemain, ceux de Dome y envoyent
partie de leur garnison pour les assister. Ce siège n'estoit que
pour oster de Dome les hommes de deffense, pour ce que les
assiégeans avoint entreprinse sur la ville et chasteau comme
il apparut après, caries mesmes, assistés du sieur de Giverzac,
G
du capitaine Sali 5 de Sarlat et autres ligueurs , ayant quitté ce
siège, reprindrent le chasteau de Dome-Vieille, le 24 d'aougst,
et s'en rendirent maistres, sauf de la tour Brune, laquelle ilz
tenoint fermée, et des homes dedans qui résistèrent. Ceste tour
faisoit partie de la muraille du chasteau, size sur un rocher
et lieu le plus haut de la place, et avoit esté choisi pour la
citadelle du chasteau, dans laquelle estoit le capitaine la
Coste 7 , lieutenant du sieur de Fayrac, avec sa femme, deux
mune de Sarlat, appartenait en 1589 à
Bertomieu le Bigot, écuyer, seigneur de
Saint-Quentin et de la Boytie, du chef de
sa mère Anne de la Boytie, sœur et héritière d'Etienne, et femme de Jean le Bigot, écuyer, seigneur de Saint-Quentin.
Cette destruction de la Boytie en 1 58g
explique le mauvais style et la mauvaise
construction de l'édifìce actuel, rebâti
à la hâte et dans des conditions détestables de solidité.
1 Voir la note finale n° X.
2 Jean-Guy de Beynac, dit le sieur
de Tayac, impliqué dans la conspiration
du duc de Bouillon en i6o5, condamné
par contumace à perdre la tête, par
arrêt prononcé à Limoges, contre lui
et ses complices, le 16 décembre i6o5.
(De Thou, liv. 134. — B. N. Ms. Fds.
de Brienne, vol. CXC.)
* Gaspard de Beillac, ditle capitaine
Belcaire, du vivant de son père, à la
mort duquel il devint seigneur de Pelvézy, Lascourts et Belcaire.
4 N. de Beillac, sieur de Pelvézy,
frère du précédent, devait être le même
que celui que nous trouvons qualifié
plus tard d' « archidiacre de Pelvézy » .
c Jean de Salis, seigneur des Yvières,
de Bonnefonds et de Palomières, dit
le capitaine Salis, i cr consul de Sarlat
en 161 5, était mort en 161 6.
0
« Le sieur de Pechjaloux. »
(Mémoires de Vivans.) C'est le méme personnage que l' archidiacre de la Tourette. (Voir page précédente, note 2.)
7 Le capitaine la Coste paraît appartenir à la famille de Bessou de la Coste
et du Mondiol. Au xvn° siècle, la Costë
(maison noble, commune de Saint-Cybranet), dans le voisinage de Feyrac,
appartenait aux Bessou. Au xvi° siècle
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
311
enfans et un soldat, lequel, voyant le chasteau pris, sonna l'alarme. Monségur 1 , qui coramandoit dans la ville, se trouve en
peine pour ce que une heure au paravant il avoit envoyé toute
la garnison à la picourée, prendre despaisans et du bestial. II
les faict suivre et les rappelle en diligence. Belle occasion pour
recouvrer la ville avec le chasteau, si ceux qui debvoint
donner à la ville eussent heu autant de courage que ceux qui
donnèrent au chasteau. La suite de ce narré faira voir que pour
le bien de la province, il eût esté expédient que l'un et l'autre
eussent esté prins ou rien du tout. Monségur est en peine de
secourir la Coste pour ce que ceste tour n'a voit porte, ni fenestre du côté de la ville, mais la Coste y fit un trou par lequel il
receut des hommes etdes vivres. Le 27 d'aougst, le sieur de Témines 2 vint à la ville, avec une belle companie de noblesse, et
le 28, le sieur de Mompezac vient au chasteau avec une colouvrine prinse à Caors, laquelle il place a sur la coline de Mondomi 3 etde làbatoit la tour Brune, mais, au bout de trois jours,
ilz la montèrent dans le chasteau pour batre de plus près. Avec
b
le sieur de Mompezac 4 estoint les sieurs de Pompadour Gimel °,
nous trouvons un Jean de Ressou, époux
de Catherine de Vivans , beau-frère du
capitaine Vivans, oncle des sieurs de
Feyrac et de Montségur (d'Hozier, Rég.
I, p. 65. — B. N. Ms. Carrés de d'Hozier,
XC, y° Bessou). Enfin, nous savons qu'un
des descendants de Jean de Bessou fit
abjuration de la religion prétendue
réformée, en haine de quoi son frère
lui intenta un procès, pendant devant le
Parlement de Bordeaux en 1687, preuve
que cette famille avait embrassé la Réforme. (Ibid.)
1 François de Fumel, baron de Montségur, chevalier de Tordre du roi, mari
de Suzanne de Vivans. (Saint-Allais,
XIV, 256.)
2 Pons de Lausières de Thémines de
Cardaillac, chevalier des ordres du
roi, sénéchal et gouverneur du Quercy,
maréchal de France en 1616, mort
en 1 627.
3 La colline de Mondomi fait face à
la porte del Bos, séparée de la colline
de Mombette par le vallon de Viviers.
4 Melchior des Prez, seigneur de
Montpezat, chevalier de l'ordre du roi
et son lieutenant en Guienne, mari
d'Henriette de Savoie, fille d'ílonorat,
marquis de Villars, maréchal et amiral
de France, gouverneur de Guienne.
6 Louis, seigneur de Pompadour,
après la mort de son frère aîné Jean,
tué devant Mussidan en 1 5 6g . Ligueur
déterminé, lieutenant du roi, au nom
de la Ligue, du haut et bas Limousin en 1 58g, il mourut en i5gi. (Nadaud, II, 418.)
6 Pierre, seigneur de Gimel en Limousin, chevalier de Tordre du roi.
312
TABLE CHBONOLOGTQVE
4
3
Monréal
Aubeterre 2 , Camburac , Burée , Monclara
8
Campaignac 6 , la Borie 7 , Bastignac, Monvieil , la Tourrette
et autres, tous bien accompaigne's, lesquelz firent plusieurs effortz contre la tour Brune mais en vain.
Le second de septembre, le chasteau de Sermet est repris
par le sieur du lieu à l'ayde de ceux de Villefranche. Le sieur
de la Force y avoit laissé un soldat nommé Valetont pour y
commender qui s'en estoit allé ce soir desrober des porceaux à
Sermet.
Dome.
Combat dan s
Dordoigne.
Lobéjeac.
Le 6 septembre, FrançoisManir fût pendu à la place de Dome,
convaincu d'avoir voulu remettre les catholiques dans la ville.
C'estoitluy mesme qui avoit esté leprincipalentremeteurpour
y faire entrer le capitaine Vivans et, voyant les maux qui provenointde sa trahison, s'en repentoit et la vouloit réparer, mais
la justice divine permit que la seconde fut descouverte afin
qu'il fût puni de la première.
s
Le mesme jour, les sieurs de Bastignac, S' Projet , Giverzac et
autres, en nombre de soixante maistres, partent du chasteau
pour Sarlat, et, à mesme temps qu'ilz passoint la rivière a gué
1 Hector de Pontbriant, chevalier, seigneur de Montréal, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. II teste
le24nov. 1 6? 5. (Saint-Allais, XVII, 157.)
2 David Bouchard, vicomte d'Aube. - terre, gouverneur du Périgord, cheva^ lier des ordres du roi, tué au siège de
"*
l'Isle en Périgord, en 1 5g3 .
3 Voir page 3oo, note 8.
4 Jean de la Filolie, seigneur de Burée en Périgord, mari de Charlotte
d'Aubusson. (P. Anselme, V, 354; —
Montluc, Commentaires, éd. de la Soc.
de FHistoire de Fr. ,111, 119.)
K François de Gironde , baron de
Montcléra , seigneur de Floiras en
Quercy, chevalier de Tordre du roi en
1578, gentilhomme ordinaire de sa
chambre, capitaine de 5o hommes d'armes des ordonnances, mort en 161 2.
(Saint-Allais, VII, 1 17.)
6 Jean de Roux, seigneur de Cam-
pagnac-lès-Sarlat, assassiné en 1 592 par
le capitaine Belcaire et Tarchidiacre de
Pelvézy.
7 François Arnault de la Borie, sieur
de Saint-Laurent, capitaine, tué en
1592. (?) (B. N Ms. Fds. Périgord,
CXVIII, v° Arnault.)
8 Bertrand de Vassal de la Tourette,
seigneur de Montviel en Agénais, du
chef de sa femme Marguerite Delzons.
— II teste en 161 5. (B. N. Ms. Fds. Périgord, CLXXII, dossier Vassal.) II était
frère du sieur de la Tourette, vulgairement appelé « Tarchidiacre. » (Voir
page 309, note 2.)
9 Probablement Jacques de la FonDejean, baron de Saint-Projet, neveu
filleul, héritier du nom et des armes de
Jacques Dejean, baron de Saint-Projet en Quercy, mort en 1 58 1 . (B. N. Ms.
Fds. Périgord , CXXXI, dossier Dejean.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
313
soubz le port de Dome basse, le sieur deTémines se trouve
dans la plaine de S' Donat, avec une troupe de cavaliers, lequel
charge sur le bord ceux qui avoint passe'. Ceux cy se retirent
dans le gué avec les autres qui passoint, où ilz sont poursuivis
et mis en route. Le sieur de S* Proget y est tué et quelques uns
faictz prisoniers. Le gué estoit eslroit, la haste, la crainte, et
l'embarras le fit faillir à plusieurs. Ceux qui estoint abbatus
par la blessm'e d'eux ou de leurs chevaux se noyoint et servoint d'entraves aux autres. Le cheval du sieur de Témines
s'abbatit, ce qui arresta le cours de la victoire, pour ce que
tous les siens furent occupés à le sauver . Estant relevé et
voyant unecompanie d'arquebuziers qui venoit pour secourir
les ligueurs, il se retira. La Dordoigne demeura deux jours
entiers entre Dome et Castelnau empourpi'ée du sang des
hommes et chevaux qui avoint esté tués ou blessés. Les uns
et les autres estoint catholiques, mais, charmés du nom
de ligueurs et royaux, ilz s'acharnoint et se tuoint comme
cela.
Le 12 septembre, le sieur de Monluc arriva pour le secours
du chasteau avec cent maistres, douze cens arquebusiers et
deux pièces de canons. Hz assiègent la ville, mettent une barricade au Puy du Caire ', pour asservir la porte des Tours une
2
autre à Roquebral , et une autre à la fontaine 3 et montent les
deux canons sur la coline de Mondomi, pour barre la tour
Brune, et néanmoins font un mantelet grand et fort soubz
lequel un bon nombre d'homes alloint saper ceste tour. Les
assiégés, se voyant canonés et attaqués par la sape, et voyant la
tour fort esbranlée, craignant d'estre ensevelis dans ses ruines,
se résolvent de la quitter, et afin que leurs enemis ne s'en
1 Le Puy de Cayre, lieu-dit, entre
Saint-Cybranet et Daglan.
2 Roquebral, partie de la falaise de
Dome, sous le fort du « Gai » et la ci-
v
tadelle de la ville .
3 La « Font-Giron », sous la porte de
la Combe.
Dome.
314
TABLE CHRONOLOGIQUE
puissent servir contre la ville, ilz la minent par le dedans, et
mettent au plus bas trois ou quatre quintaux de poudre, la font
sauter et renverser dans le chasteau et sur le mantelet, avec un
bruit horrible. Ce fut le 14 septembre, à sept heures du matin,
que ceste tour Tuneste fut renversée au grand préjudice des
assiégeans, car tous les hommes qui estoint soubz le mantelet
furent estoufés, quelle diligence qu'on peut apporter pour les
désensevelir.
Les ligueurs, devenus maistres du chasteau, logent leur artillerie sur les ruines de ceste tour d'où ilz brisent les deffenses de la ville qui estoint de ce costé. Ceux de la ville, prévoyant la fatigue qu'ilz recevroint par ce moyen, se résolvent
d'avoir une conlrebaterie et, à cesle occasion, font conduire
une colouvrine qui estoit à Baynac, laquelle ilz receurentle
16 du moys aux diligences du sieur de la Force.
Le 18 du moys, le sieur de Monluc, avec ses troupes et artillerie se retira. Le lendemain, les sieurs de Pompadour, de Tayac,
de la Tourette et plusieurs autres en firent de mesme, laissant
le sieur de Mompezac pour pourvoir à la place, lequel, peu de
jours après s'en alla aussi, y laissant une garnison de deux
cens homes, entretenus aux despans du pays, laquelle y demeura jusques au dernier de juillet 1591 qu'elle en fut chassée
par le mareschal de Matignon comme il est dict cy api'ès. Mais,
d'autant que les hommes n'eussent peu durer à raison des
continue les veilles et fatigues, la garnison estoit changée de
trois en trois moys.
Pendant ce temps, c'estoit une continuelle guerre et une
belle escole pour apprindre à pâtir et à se battre. Tous les jours
ilz estoint aux mains, non seulement pz'ès de la ville, mais
encore ès villages où ilz alloint quérir des vivres. Ceux du
chasteau tiroint des coups de canon le long des grandes rues de
la ville qui sont toutes droictes et tellement disposées qu'elles
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
315
vont toutes aboutir k ce chasteau. C'estoit chose nouvelle
d'ouir siffler et voir rouller ces baies de fer tout le long des
grandes rues de la ville, comme qui joue aux boules longues, et
parfois, ayant le soir pointé l'artillerie sur ces rues, la nuit suivante faisoint semblant de déforcer la ville du costé du chasteau et leur ayant, par ces fausses alarmes, faict quitter les
maisons, ilz tiroint dans la presse à ceux qui venoint et descendoint de la place au chasteau. Ceux de la ville, de leur costé,
avoint logé leur colouvrine entre le couvent des Augustins
et le chasteau et de là faisoint à beau jeu beau retour, non
toutesfois avec pareil advantage.
Le 30 octobre, environ midi, le chasteau de Sermet fut pris
par unze soldatz i*eligionaires qui estoint prisoniers dedans.
Ceux de la garde estans soi'tis au soleil, ces prisoniers trouvèrent
moyen de sortir de la prison et entrer dans la cuisine, prindrent des armes, se saisirent de la porte du chasteau, levèrent
le pont et se rendirent maistres.
Le sieur d'Aubeterre, séneschal de Périgord, qui avoit tousjours soustenu le parti de la Ligue, se rendit royal et politique,
de quoy les Estatz de Périgord advertirent le duc de Mayne.
En ce temps, Sarlat estoit comme assiégé, à cause que Dome,
Castelnau, Fayrac, Berbièi^es, les Milandes, Baynac, S'Cyprien,
La Serre, Campaignac, Salignac, Paluel, la Garrigue et Monfort, tenointpour les religionaires et, par tous ces lieux, y avoit
garnison ou nombre de gens de guerre, à cause de quoy Sarlat
ne s'estoit jamais voulu déclairer de la Ligue, ains s'estoit
maintenu neutre jusques au 7 mars 1591, auquel jour le sieur
deMompezat 1 y vint et entra avec nombre de gens de guerre,
1 « Le sept mars mil v c iiij« xi , fut
mys le sieur de Monlpezat dans la ville
de Sarlat par un chanoine de Palevési
et J... Vigier, et Pierre Vineilhet, dict
Grant, et se se'sirent de la Tour appelée
de Johandy de Bo, où ils faisoient mon-
ter les gens de guerre par des eschelles,
et le dict sieur de Montpezat entra par
la porte de la Regnaudye avec quelques
quarante chevaulx, cryant par la ville :
Vive la Ligue ! et force grande trouppe
de gendarmes qui vindrent après, pen-
316
Siège de Sarlat
transféré à
Belvès.
Sales.
Limeil.
TABLE CI1B0JN0L0GIQVE
par l'inlelligence de quelques habitans, íìt jurer laLigue, et s'en
allant, y laisse pour gouverneur le sieur de la Foi'êt.
La cour de parlement de Bordeaux, advertieque Sarlat estoit
de la Ligue, ordonne par arrest que le siège du séneschal seroit
transféré à Belvès et enjoint aux officiers d'y aller résider pour
y faire les expéditions de justice. Le siège y demeura jusques
à l'an 1 594 que Sarlat se remit soubz l'obéyssance du roy.
Quelques soldatz, soi-disant de la Ligue, avoint faict un
fort au bourg de Sales pi^ès Belvès, de trois maisons fortifiées
de palissades et barricades sans fossés, d'où ilz faisoint des voleries insuportables, mais le sieur de la Force les en dénicha.
Hz furent investis le 5 d'apvril, deux heures avant le jour, le
6 les deffenses furent brisées, le 7 ilz se rendirent à discrétion.
II en y eut 1 9 de pendus et 1 3 de tués comme ilz se pensoint
sauvera la fuitte. Le sieur de Montastruc lieutenant du sieur
de la Force, fut tué en ce siège, qui fut cause que les assiégés
furent traités si rudement.
Le mareschal de Matignon part de Bordeaux au moys de
juin, avec une armée de quatre mille hommes et quatre pièces
de canon, pour venir en Périgord prendre les forts qui tenoint
pour la Ligue. II passe par Bergerac et Trémolac et vient à
2
Limeil, où il truva le sieur du lieu qui jusques alors avoit
faict le roy, disposant à sa volonté de la vie et biens de ceux de sa
terre et de ceux qui y passoint, lequel fut fort estonné de voir
chés soyunplus fort que luy. Le mareschal le contreigni t de bailler une n otable^somme d'argent pour subvenir aux frays de l'armée, à cause des tailles qu'il avoit levées de son authorité.
sant piller la ville, mais le dict sieur ne
permist qu'aulcung tort fust faict à
ceulx de noz habitants, sinon qu'il en
feict sortir de la ville quelque douzaine,
comme monsieur Faure, lieutenant, son
frère, Lauzières, Grand, Roger, et autres. » — (Livre de raison de Léonard
Selves, bourgeois et marchand de Sarlat.)
1 Probablement François d'Abzac,
écuyer, seigneur de Montastruc, coseigneur de Siorac. II avait testé en 1567.
— Enlui finit sa branche. (B. N. Ms. Fds.
Périgord, CXVII, 84 v°.)
2 Voir page 25o, note 2.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
317
II fit aussi ouvrir les prisons d'où il tira un grand nombre
d'homes à demy mortz que ledict sieur de Limeil y faisoit
pourrir pour plaisir. L'armée passa à Limeil la Dordoigne et
vint à Belvès et puys à Dome, où en mesme temps arriva le
sieur d'Aubeterre avec deux canons 5 ilz assiègent le chasteau
1
auquel commendoint les sieurs de Giversac, Puyferrat et la
Tourrette, avec une garnison de six vingtz arquebusiers. Après
l'avoir investi, ordonnent de faire une haute terrasse dans la
ville contre la muraille la plus proche du chasteau assiégé.
Pendant qu'on travaille à ce cavailler, le sieur mareschal va
attaquer la tour de Lentisqui est entre Salviac et la Vercanlière
où quelques soldatz s'estoint fortifiés et de là faisoint des voleries soubz le nom de la Ligue. Le canon tira, la tour fut prise
et 24 soldats truvés dedans furent prévôtablement condamnés
et pendus. Estant de retour à Dome, ses quatre canons sont placés sur le cavailler faict de nouveau et les deux du sieur d'Aubeterre sont logés entre le couvent des Augustins et le chasteau
pour batre une petite tour qui estoit à la porte du chasteau et
servoitde flanc à toute la courtine du chasteau qui regarde la
ville. Le canon tire de toutes partz, le siège dure trois sepmaines, au bout desquelles les assiégés, frustrés du secours
par eux espéré, pressés de faim etfaute de munitions de guerre,
capitulent et se rendent le dernier de juillet, à condition qu'ilz
laissent toute l'artillerie , munitions, enseignes et tambours
et sortent avec l'arquebuse, la mesche esteinte. Et ainsi
sûnt conduitz à Sarlat par les sieurs de Témines et Aubeterre.
Le sieur mareschal, continuant son dessein, mène son armée
à Villefranche laquelle il remet soubz l'obéyssance du roy, y
1 Bernard de la Porte, écuyer, sieur
de Puyferrat, fils de Bertrand et de
Marguerite Bousseau, capitaine d'une
compagnie de 200 hommes de pied, à
la mort de son père, par commission,
du maréchal de Matignon du 5 septembre 1 586. (Archives du château de la
Gousse.)
41
Dome.
Viiiefranche
318
Moncrabier.
Pestillac.
Deffaicte à la
Combe des Dames.
Castillonnès.
TABLE CIIBONOLOGIQVE
faict entrer les habitans religionaires et leur fit prometre de
vivre en paix tous ensemble.
1
Passant outre, s'achemina à Moncrabier petite ville ligueuse
2
qui se rendit à Fimitation de Villefranche. Pestillac fut plus
opiniastre, il soustint quelques jours et pressé de faim se rend
à discrétion.
De Pestillac il passa vers Puylévesque et Castillonès sans
rien attaquer et puys se retira à Bergerac et de là à Bordeaux.
Les sieurs de Mompezac, de Vilars, Pompadour et autres ligueurs, voyant que le mareschal s'estoit retiré, ramassent des
troupes en Quercy résolus de faire la guerre en Périgord avec
quatre pièces de canon qu'ilz conduisoint. Le sieur de Témines, gouverneur du Querci pour le roy, faict amas d'homes
pour rompre ce dessein : auquel s'unirent le gouverneur du
b
Limozin 3 , le gouverneur d'Auvergne \ le sieur de Ventadour ,
lecapitaine Vivans et plusieurs autres. Les ligueurs, advertisde
cet amas, laissent leur artillerie à Roquemadour et prènent le
chemin de Dordoigne, et, estans parvenus à la Combe des
Dames, soubz le bourg de Cales, ilz sont attaqués parles royaux
de telle sorte que les troupes ligueuses sont mises en route,
et grand nombre d'arquebusiers tués sur la place.
Le 3 novembre, les royaux conduitz par les sieurs d' Aubeterre, de la Force, de Boesse, de S* Lagier et autres, assiègent
e
Castillonès. Les habitans, pris au déproveu, se rendent le 7 jour
1 Montcabrier, commune, canton de
Puyd' Evêque (Lot).
2 Pestillac, hameau, commune de
Montcabrier
3 Gilbert de Lévis, comte de la Voûte,
duc de Ventadour, gouverneur et sénéchal du haut et bas Limousin, mort en
1591 .
4 Raymond Chapt de Rastignac, seigneur de Messillac, chevalier de l'ordre
du roi, chevalier nommé de Tordre du
St- Esprit, gentilhomme ordinaire de la
chambre du roi, capitaine de 5o hommes
d'armes des ordonnances, gouverneur,
lieutenant-général et bailli de la haute
Auvergne, gouverneur d'Aurillac, tué à
la Fère, le 26 janvier i5o6. (D'Hozier,
Registre IV, l re partie, v° Chapt.)
6 Anne de Lévis de Ventadour, fds de
Gilbert, duc de Ventadour, lui succède
cette méme année r 591, dans la charge
de gouverneur et sénéchal du Limousin.
(P. Anselme, IV.)
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
319
à condition que ceux qui voudroint sortir leur seroit permis
s'en aller, avec telles armes et bagage qu'ilz voudroint, et ceux
quidemeureroint neseroint point pillés ni molestés. Ceste capitulation fut jurée et signée par tous les chefz, mais non observée, caria ville fut pillée, sauf deux maisons, et les habitans
ransonés.
Environ ce temps, le capitaine Vivans céda le gouvernement
de Dome au sieur de Témines \ moyenant une somme d'argent, et, par ce moyen, la ville fut mise ès mains d'un gouverneur catholique.
L'année 1 592 ne fut pas plus paisible en Périgord que la précédente. Le sieur de Baynac 2 fit de nuit pétarder la maison de
Belcayre-sur-Vézère, où il prind le sieur de Las Caours, maistre
de la maison 3 , et le mena prisonier à Baynac. Peu de temps
après, le sieur de Palevési avec ses frères, enfans du prisonier,
prindrent le chasteau de Campaignac del Bos espérant prindre le maistre de la maison pour, par droit de représailles, tirer
Ancienne paroisse et repaire noble.
1 « Le gouvernement de Dome fut
vendu par acte du 10 janvier 1592,
moyennant la somme de 40,000 livres.
Le marc e'tait alors à 18 ou 19. » (B.
N. Ms. Fds. Périgord, XIV, 116.)
« Lors on trouva que les calvinistes
« n'estoint pas bons prophètes, en ce
« que, peu de jours après que le capi« taine Vivans eut pris la ville, ilz mi« rent en grosse lettre sur la porte des
« Tours ces deux vers :
« Plutôt le Pape quittera Rome
oc Que le Vivant ne quitte Dome. »
(Ms. Tarde A.)
2 Le chroniqueur a omis de signaler
Fattaque de Sarlat par le baron de
Beynac en 1592. Le mardi 3i mars, à
l'aube, le baron de Beynac se présente
devant Sarlat, comptant sur les intelligences qu'il avait dans la place. Un
nommé Gros Paure et Pierre Vineilhet,
dit Grant, lui avaient promis de faciliter
son entreprise. II devait faire sauter à
coups de pétards la porte de la Rigaudie, et aussitôt ses complices devaient
lui donner la main. M. de la Forêt,
gouverneur de Sarlat, et les magistrats,
ayanteu ventdu complot, prirent si bien
leurs dispositions, que les premiers assaillants qui étaient montés sans résistance sur le rempart, au moyen d'une
« escarpoulette », furent surpris et
désarmés sans résistance Ceux qui
avaient gagné le « boulevard » ne furent
p-as plusheureux. Voyant qu'ils étaient
trahis, ils prirentla fuite, mais plusieurs
y furent tués. Le baron de Beynac, - se
voyant surpris au lieu de surprendre,
ne poussa pas plus loin sa tentative et se
retira. (Livre de raison de Léonard Selves, bourgeois et marchand de Sarlat.)
3 Antoine de Reillac, seigneur de Lascourts, Pelvézy, Belcaire, chevalier de
Tordre du roi, gentilhomme ordinaire
de sachambre, marié à Françoise de Carbonnières, héritière de Pelvézy.
4 Campagnác-del-Bos , CampagnacTEvêque ou Campagnac - lès - Sarlat.
Dome.
1 592
Belcayre.
Oampaigna
320
Comarque
Taniers.
1593
Villefranche.
TABLE CHRONOLOGIQVE
leur père de prison $ mais il arriva que le sieur de Campaignac
se mettant en deffense, fut tué, sa maison pillée où les prenans
mirent garnison et la gardèrent quelque temps.
Au temps de la récolte, le sieur de Baynac mit garnison à
3
Comarque 2 , à Tesglise de Taniers et au vilage de la Boyne ,
qui prenoit prisoniers et troubloit les habitans de Sarlat en
la jouissance de leurs fruitz, lesquelz apelèrent à leur secours
le sieur de Beauregard * qui estoit à Périgueux, lequel vint
avec des forces et quelques pièces de canon. II assiégea et
prind Belcaire et de là vint au fort de la Boyne qui fut prins
d'assaut, le 21 septembre, aprèsavoir faict tirer quelques coups
de canon. Tous ceux qui estoint dedans furent pandus aux
arbres les plus proches et le fort abbatu qui consistoit en une
chapelle et deux maisons fortifiées de gabions et barricades sur
5
le grand chemin de Sarlat à Meyralz. Le mareschal de Biron et. . . .
Au moys de mars 1593, le capitaine Calvayrac , avec quelques companies de la Ligue, prind Villefranche de Périgord
6
par l'intelligence de quelques habitans. Le sieur de Liobard ,
qui y commendoit depuys que le mareschal de Matignon l'y
avoit mis gouverneur, voyant la ville prinse, se sauva dans la
1 Jean de Roux, écuyer, seigneur de
Campagnac, Larmandie en partie, mari
d'Esther deLarmandie. (B. N. Ms. Cab.
des Titres, vol. 270. — Grande Ecurie.)
Voici un document intéressant relatif à
la fin tragique de Jean de Roux :
« Mémoire pour Ester de Larmandie,
damoizelle,... pour avoir désaveu de
M. le duc de Mayenne de la prinze,
volerye de la maison du seigneur de
Campagnac (son mari), et homicide d'icelluy, faicte par le cappitaine Belcaire
et l'arcidiacre de Pellevézy et leurs
complisses.,.. 6 mars 1592. » (B. N.
Ms. Fr. 23 1 54. ) Le capitaine Belcaire
et Tarchidiacre Pelvézy sont les mêmes que le sieur de Pelvézy et ses
frères, fils du sieur de Lascoutz, nommés par Tarde.
2 Comarque, château, commune de
Sireuil, sur un coteau commandant la
vallée de laBéoune. II reste d'imposants
débris, surtout le magnifique donjon de
cette for teresse , une des plu s importantes
de la province.
3 Haute et Basse-Boine, commune de
Meyrals, canton de Sain t-Gyprien. La
Haute-Boine est un des points les plus
élevés du Sarladais.
4 Foucaud d'Aubusson, seigneur de
Beauregard, Villac, etc.
6 La suite manque dans le manuscrit.
Un renvoi indique un carton, aujourd'hui disparu. — La lacune comprend
la période comprise entre le 7 septembre 1 5g 2 et le commencement de mars
1593 .
6 Jacques de Durfort, seigneur de
Léobard et de Pestillac.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
321
ciladèle avec quelques habitans. La ville fut pillée et la citatelle vivement assalie. Deux ou trois jours après, le sieur de
Mompezat y arriva avec deux mille homes et une pièce d'artillerie. En mesme temps, les royaux s'assemblent à Monpazier
pour venir assister la citadelle, mais, ne s'estans pas accordés
d'un chef pour commender, se séparent et mandent au sieur
de Liobard de quitter, ce qu'il fit, s'en allant à la faveur de la
nuit, après avoir tenu bon onze jours.
En ce temps, y avoit un fort à Castelfranquet qui est une Castelsranquet.
maison sur une petite coline la plus proche de Villefranche,
du costé d'occident. II y avoit aussi garnison à l'esglise de
S'Sarni de Lherm 1 commandée par Lauzerte de Capdrot, lesS. Sarni.
quelz fortz il salut quitter avec la citadèle.
Le sieur de Mompezat, partant de Villefranche, va attaquer le
fort de Fontanilles 2 \ c'estoit la maison d'un habitant nommé
Fontanilles.
Lherm, lequel, ayant ruiné l'esglise du lieu, avoit des matériaux d'icelle basti une maison laquelle il avoit flanquée et
fossoyée. Après que les deffences furent abbatues, les assiégés
capitulèrent et se rendirent.
Ledict sieur recevoit tous les joiu^s de nouvelles forces et,
pai'tant de Fontanilles, faict dessein d'aller passer Dordoigne,
pour joindre à soy les forces ligueuses du Quercy et Limozin et
faire la guerre aux religionaires et politiques du Périgord, mais
les sieurs d'Aubeterre, de la Force, Brouzóles, Témines et
autres du parti contraire, se mettent en debvoirde l'empêcher,
et, pour cefaii'e, forment une petite armée composée de deux ou
trois cens maistres et trois régi mens de gens de pied avec deux
canons. Ceux-cy,ayantapris qu'il avoitpasséDordoignek Caren3
nac, le suivent de près et l'acculent à Corail qui est un bourg
1 Saint-Sernin de Lherm, commune,
canton de Villefranche de Belvès.
2 Fontenilles, commune, canton de
Villefranche de Belvès.
3 Corail, commune, canton de Tulle
(Corrèze).
322
Carlux.
TABLE CHRONOLOGIQVE
sur la rivière de Corrèze assorti de deux. chasteaux,où le sieur de
Mompezac ne voulut s'engager, ains avec dix chevaux se desroba
et se retira ce soir à Aubasine \ Ses troupes sont assiégées dans
ce bourg d'où ilz font des salies et se battent courageusement,
et, se recognoissans en petit nombre, se retirent dans les chasteaux où, setrouvans sans vivres et sans espérance de secours,
capitulent et se rendent vie sauve. Après ceste deffaicte,le sieur
de Mompezac 2 se retira à Périgueux et les sieurs d'Aubeterre et
de Terni nés vindrent attaquer Carlux. Ce bourg tenoit le parti
de la Ligue et, pour mieux s'assurer, s'estoint fortifiés dans
les ruines du chasteau. Après qu'il fut cogneu que ceste armée
venoit à eux,Te capitaine la Tourrette, archidiacre de Sarlat,
s'en alla rendre dedans avec une companie d'arquebusiers, la
plus part Sarladois, comme aussi une bonne partie de ceux qui
estoint sortis de Cornil s'y rendirent soubz la conduite du capitaine Pascal. Ilz furent assiégés le 20 d'apvriletbatus de trois
pièces de canon. Hz soustindrent courageusement ce siège espérant estre secourus par le sieur de Mompezat. Le capitaine
la Tourrette y fut tué, de quoy les habitans de Sarlat estans
advertis, et considérant l'importance du lieu à raison de la
proximité, y envoyent soixante arquebuziers, conduitz par un
autre archidiacre de Sarlat, de la maison de Palevézi 3 , de Chassain 4 et de Sali b , lesquelz, après avoir forcé un corps de garde,
se rendirent dans le fort. Quelques jours après le sieur de la
Force y vint : lequel d'abord changea la baterie, fit brèche, fit
donner l'assaut qui fut courageusement repoussé, et ayant
recogneu qu'ilz ne les pouvoint avoir par la force, prindrent
résolution de les avoir par la disette et, pour ce faire, ilz saisirent la fontaine, ce que incommoda grandement les assiégés
1 Aubazine, commune, canton deBeynat, arrondissement deBrives (Corrèze).
2 De Thou, livre 1 17.
8 Voir p. 3 10, note 4.
1 Voir p. 290, note 1 .
3 Voir p. 3 10, note 5.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
323
et fut cause que, après avoir soustenu trois sepmaines et faict
tirer 460 coups de canonise voyans frustres du secours attendu,
déproveuz de vivres et munitions, capitulèrent et sortirent, le
tambour bâtant et l'enseigne déployée, et se retirèrent dans
Sarlat, conduitz par le sieur de Témines. En ce siège fut tué 400
homes desassiégeans et vingt des assiégés.
Le sieur d' Aubeterre, partant de Càrlux et s'en retournant
au bas Périgord, prind les fortz de Palevézi, S' Quentin et de
1
Sargeac sans aucune résistance, lesquelz il íìt partie abatre et
pai'tie mettre hors de deffence.
Pendant le siège de Carlux, le sieur de Mompezac assiège la
2
ville de l'Isle , la -prind et y met une garnison de 500 homes
soubz le gouvernement du sieur de Puyferrac 3 . Le sieur d' Aubeterre, fasché d'avoir perdu ceste place, faict amas de gens de
guerre, l'assiège et la bat de trois pièces de canon. La brèche
estant faite, il la va recognoistre luy mesme et y est blessé
d'une mousquetade à la cuisse dont 5 jours après il mourut.
Les assiégeaUs, advertis que le sieur de Mompezac venoitpour
lever ce siège, ne l'attendirent pas.
Pendant ce siège, qui estoit au moys de juillet, le fort de Carlux fut repris et la garnison que le sieur d' Aubeterre y avoit
laissée fut mise dehors et les habitans remis en leurs maisons et
biens.
Le 25 juillet, le roy fit publiquement profession de la religion catholique en l'esglise S' Denis et quatre ou cinq jours
après accorda avec le duc de Mayne une trêve générale pour
toute la France qui commença le premier d'aougst. Ceste trêve
apporta la paix et la conversion du roy apporta le repos à tout
le royaume.
1 Sergeac, commune, canton de Montignac.
2 Lisle, commune, canton de Brantôme, ancienne ville close.
3 Charles de la Porte, écuyer, seigneur
de Puyferrat, tué au service du roi
contre les Croquants en i 5g5 (B N. Ms.
Fds. Périgord, CLVII, v° la Porte) p. io.)
Pelvézi.
S. Quentin.
Sargeac.
Isle.
Carlux.
Trêves
générales.
324
TABLE CHRONOLOGIQVE
En mars et apvril de Fan 1594, les villes de Paris, Orléans,
Bourges, Roan, Périgueux et plusieurs autres se mirent à l'obéyssance du roy, à l'exemple desquelles, le 19 apvril, la ville
de Sarlat cria : « Vive le roy Henri IV! » avec procession et
feu dejoye. Peu de jours après, envoyent des députés vers le
1 594
1
roy pour avoir permission de remetre le siège dans la ville, ce
qu'ilz obtindrent, ensemble la coníirmation de leurs privilèges
2
par édit particulier, publié à Sarlat au moys de juin .
Louys de Salignac, évesque de Sarlat, désireux de scavoir
Visite du
diocèse.
l'estat de son troupeau, après une si longue continuation de
troubles, et apprindre en quelles esglises le service estoit faict
et quelles estoint abandonées, m'envoya en qualité de son vicaire-général faire la visite de son diocèse, avec un promoteur
pour requérir et un greffier pour recevoir le procès-verbal et
avoir par ce moyen une sommaire apprise de son diocèse. Ce
sage prélat, voyant que toute la province vivoit soubz le calme
et abri de la trêve, se vouloit servir du temps pour retirer le
débris de la religion, et réparer les brèches causées par les
malheurs passés. En cette visite, nous trouvâmes les esglises
de la terre de Lauzun, Biron et Baynac en leur entier et des
Estât du diocèse
de Sarlat. .
autres jusques au nombi^e de dix ou douze pour le plus, mais
pourtout le reste elles estoint razées jusques au fondement, ou
demy ruinées, ou descouvertes, sans autelz, ni portes, et remplies de ronses et buyssons,les bénéfices jouyspar la noblesse,
la discipline ecclésiastique entièrement esteinte, les px^ebstres
grandement ignorants et vitieux, et néanmoins trouvâmes un
peuple qui s'estoit conservé en la religion catholique et qui demandoitavec soupirs et larmes des pasteurs pour vivre selon la
Carte géographique religion de leurs pères. En visitant ainsi ce diocèse, je fis la carte
du diocèse
et description géographique d'icelluy pour faire voir dans un
de Sarlat.
1 Le siège du Sénéchal.
2 Voir la note finale n° XI.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
325
tableau au dict sieur évesque et ses successeurs le champ
qu'ilz sont obligés de cultiver, laquelle après fut gravée et imprimée en taille dolce et peinte en grand volume sur un pan
de la sale épiscopale.
Ceste année, les paysans du. Périgord se révoltent contre la
noblesse Hz sont appelés « Croquans » pour ce que ceste esmotion avoit pris son commencement "en un lieu de Limozin
nommé Croq. Hz seplaignoint de ce que les gentilzhomes les
contraignoint par emprisonnement de payer la rante au double
et triple de ce qu'ilz debvoint, et, aprèsavoir payé, ne vouloint
bailler quittance et, en tout et par tout, lestraitoint en qualité
d'esclaves. En leurs premières assemblées, ilz se promettoint
fidélité les uns aux autres et porchassoint de faire déclairer
le plus de parroisses qu'ilz pouvoint et, pour cet effect, escrivoint des letres contenant leurs griefz, et les envoyoint de
bourg en bourg et de ville en ville. Chasque parroisse, après
s'estre déclairée, faisoit une companie, eslizoit son capitaine,
son lieutenant et autres membres, provoyoit d'avoir une enseigne et un tambour et, allant aux assemblées, marchoint en
ordre de bataille, le tambour bâtant et l'enseigne déployée.
Le 23 d'apvril, ilz firent une assemblée en la forest d'Abzac,
terre de Limeil, où fut arresté que la diversité de religion ni
les querelles particulières n'empêcheroint leurs assemblées,
intelligences et desseins ; que, sur les diverses plaintes du
peuple, seroit dressée une requeste pour estre présentée au roy
par persones à ce députées, pour leur servir de justification
contre ceux qui interprétoint sinistrement leurs assemblées ;
que les procureurs des juridictions seroint informés des excès
commis par la noblesse contre le Tiers-Estat pour en porsuivre
la réparation en la cour de Parlement, envoyent des députés
1 Voir la note finale n° XII.
42
326
TABLE CHRONOLOGIQVE
vers le roy pour présenter leur requeste et vers le sieur de
Bordeille, séneschal de Périgord, pour luy faire entendre le
subject de leurs assemblées.
Le 27d'apvril,ils s'assemblent à Limeil, le 22 de may,àMompazier, et le dernier de may, à la plaine de la Boule, entre Bi-agerac etS t Naissens, où setruvèrent environ vingt mille homes :
tous lesquelz mirent leurs chapeaux au bout des armes, criant à
haute voix : « Liberté ! Liberté ! Vive le Tiers Estât ! »
Le 27 de may, le roy faisant droit à la requeste.de ce peuple,
les pardonne en laissant les armes dans le 25 de juin prochain,
remet les arrérages des tailles de quelques années, déclaire
qu'il n'entend qu'ilz payent aucune levée de deniei'S aux gouvernemens,de provinces n y autres que celles qui se fairont par
ses commissaires et patentes et faict expédier commission ex1
presse au sieur de Boyssize , conseiller en son conseil d'Estat,
pour se transporter sur les lieux et ouyr les plaintes.
Le 12 juin, l'assemblée est à Limeil, où les députés font voir
l-'arrest donné au conseil du roy, et font entendre la commission du sieur de Boysize, députent deux hommes pour informer des tyrannies de la noblesse et ramasser les informations
de fautes pour produire le tout devant le sieur de Boyssize,
et de plus députent deux hommes vers le sieur de Bordeille,
2
pour luy demander justice contre le sieur de Tayac de ce
qu'il avoit tué un paisan et en avoit traisné un autre à la
queue de son cheval. Le dernier de juillet, ilz s'assemblent
à Trémolac et le 27 septembre à Beaumont.
En febvrier 1 595, les Estatz du Périgord sont assemblés à Péri gueux, aux quel z les Croquans, soubz le nom du « Tiers Estât
du plat pays », se plaignent par leur ad vocat du peu de debvoir
1 Jean de Thumery, seigneur de Boissise, conseiller d' El at, remplit diverses
missions diplomatiques en Angleterre et
en Allemagne,
2 Voir page 3 1 o, note i.
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
327
que faisointles ecclésiastiques et du mauvais traitement qu'ilz
recevoint de la noblesse , demandent un scindic, pour estre
comme un tribun du peuple, aux fìns de les conserver en leurs
libertés et privilèges, que les tailles soyent remises en l'estat
qu'elles estoint avant les guerres, que les nobles, qui avoint
acbepté les biens des roturiei-s pendant la guerre, fussent condamnés à payer la quotede la taille que tel bien payoitau paravant, que les esleuz fussent supprimés et les tailles quotiílées
par le juge-mage, qu'il soit deffendu de prindre le titre de
noble à toutes persones excepté celles qui sont issues d'ancienne
noblesse, que ces évocations dont usent les nobles, tant au
parlement que conseil du roy, soyent cassées, comme plaines
d'injustice, et que toutes nouvelles taxes aoyent abolies. Les
parroisses Unies qui avoint signé ces articles estoint les juridictions de Dome, de Monfort, Castelnau de Berbières, Villefranche, Doissac, Berbières, Belvès, S' Cyprien, Bigaroque, Limel,
S* Alvar, Miremont, La Linde, Molières, Monferran, Cadoin,
Couze, Lanquayes, Molédier, Liorac, Monclar, Clérans, Paunac, Piles, Mauzac, Badefol, Trémolac, Beaumont, Mompazier,
Puybeton, Bouesse, Issigeac, Cauzac, S 1 Avit, Astissac, Montaut,
Razac, S t Nayssant, Mombazeliac, Moncucq, La Barde, Bridoire,
Puyguillem, Aymet, La Salvetat, Saussignac et Gajac. Ce peuple, n'ayant peu obtenir des Estatz le contentement par eux
désiré, continuent leurs entreprinses et s'assemblent le 20 de
mars à Beaumont 35 juridictions, tant deçà que de là Dordoigne.
Ceste année, les vignes des gentilzbommes furent mal cultivées, car ce peuple mutiné non seulement refusa ce service à
la noblesse mais encore de plus empêchoit avec grandes menasses les serviteurs domestiques des chasteaux d'y travailler.
Ez moys d'apvril, may et juin, la disette fut grande en Périgord. Le quarton de froment se vendoit cinq livres. Ceste
328
TABLE CIIRONOLOGIQVE
cherté pi^ovenoit du peu de monstre que faisoit la prochaine
récolte à cause que les Croquans, s'estans amusés l'année précédente à leurs assemblées et à rouller de lieu à autre avec leurs
enseignes et tambours, n'avoientpas semé les terres. Plusieurs
d'entre eux, qui avoint vendu le soc et la hache pour achepler
des armes, sont constraintz de revendre ces armes pour avoir du
pain. Toutessoys, après avoir recueilli un peu de bled, ilz firent
bruire le tambour comme au paravant. Hz allèrent assiéger le
chasteau de S' Martial qui est entre Dome et Gordon, et le
chasteau de Tayac-sur-Vézère 2 , et, ne les pouvant prindre,
arrachèrent les vignes, dégradèrent les boys, abbatirent les
granges et firent toute autre sorte de dégast aux biens de ces
deux gentilzhomes.
Après, ilz allèrent en Agénois, jusques sur la rivière du Lot,
pour faire déclairer ceste province, et, estans de retour passèrent la rivière de Dordoigne pour faire déclairer tout le bas
Périgord. Mais la noblesse, advertie de ce dessein, s'assembleet va au devant, plus pour les rompre et espouvanter que pour
leur mal faire. Le 26 d'aougst, ilz les rencontrent à S' Crespin',
près de Lardimalie 4 , et donnent sur ces régimens populaires,
qui firent semblant de tenir ferme, et pendant que les uns soustenoint le choq, les autres passent à coté pour investir les
troupes de la noblesse. La partie n'estoit pas égale quant au
nombre, car il y avoit cent Croquans pour un de la noblesse,
et si l'armée de Croquans n'estoit pas toute de paysans ou artisans, car il y avoit un tiers d'enfans de bonne maison ou de
vieux soldatz qui avoint porté les armes ès dernières guerres.
1 Saint-Martial, commune, canton de
Dome, arrondissement de Sarlat. — Le
château appartenait, en 1 595, à Jean de
Galvimont, seigneur de Saint-Martial
et la Bénéchie.
2 Tayac, commune, canton de SaintCyprien, arrondissement de Sarlat. —
Le château appartenait, en i5g5,àFran-
cois de Beynac, seigneur de la Roque
des Péagers, Tayac, etc.
3 Saint-Crépin d'Auberoche, commune, canton de Saint-Pierre de Chignac, arrondissement de Périgueux.
4 Lardimalie, château appartenant, en
1 5 95 , aux Poucauld, commune, canton de Saint-Pierre de Chignac.
I
DE L'EGLISE DE SARLAT.
329
Ceste considération faisoit que la noblesse marchoit bride en
main. Le combat ne fut pas grand 5 les Ci'oquans entrèrent en
deífiance de leurs chefz et, au lieu d'aller au combat, se rassemblent; la nuit venant, la noblesse se retira vers Péri gueux,
et les Croquans prindrent le quartier de S' Alvar 1 et le lendemain repassèrent la Dordoigne et se retirèrent, murmm'antz
et accusantz leurs chefz de trahison. Après ce combat, ilz se refroidirent, se divisèrent et se ruinèrent, et s'en retournèrent au
laborage 2 .
Au moys de septembre, par édit du roy, 36 brasses de mu- Castillonès.
raille de la ville de Castillonès sont abatues, ensemble les rempartz, fortz et citadèles.
Louys de Salignac finit ses jours à son chasteau de Temniac,
1 5g8
e
le vj fébrier 1598, Fan 40 e de son aage et le 18 de son pontificat,
regretté de tout son diocèse et de tous ceux qui l'avoint cogneu.
Dans ce siècle infortuné et perverti, Dieu avoit donné à l'esglise
de Sarlat ce très-digne pasteur. Son mérite l'avoit rendu si recomendable que, Fan 1588, il fut député aux Estatz de Blois
pour tout le Périgord, Fan 1595, fut député par le conseil de
la province de Bordeaux pour se trouver à Fassemblée générale du clergé de France indite à Paris. L'an 1596 ; en janvier,
il fut receu conseiller du Conseil privé du roy, et, la mesme
année, fut choisi par le roy seul prélat de la Guiene pour se
trouver à Roan à Fassemblée des notables. L'an 1 597, pousse
d'un saint désir de remettre le service divin en tout son
diocèse, entreprind de faire la visite, laquelle il fut constraint de laisser imparfaicte à cause d'une maladie qui le
saisit et ne Fabandona qu'elle ne l'eût mis au tumbeau. II
estoit scavant et disert et de fort doulce conversation. Après
son décès, le siège vaqua cinq ans deux moys.
1 Sainte-Alvère, ch.-l. de canton, arrondissement de Bergerac.
2 Voir la note finale n° XIII.
1
330
iSgg
TABLE CIIRONOLOGIQVE
Bertrand de Salignac, sieur de la Mote-Fénelon, chevalier des
deux ordres du roy et conseiller de Sa Majesté ès conseils
d'Estat et privé, s'en allant résider ambassadeur en Espaigne,
abandonne ce siècle à Bordeaux le 12 d'aougst 1599. II estoit
issu des barons de Saliguac, íìlz de Hélie de Salignac, sieur de
la Motte, Massaut, Fénelon, et de Caterine de Ségur de Téobon.
En ses jeunes ans, il fut nourri auprès du baron de Biron, son
paz-ent, qui l'achemina auservice du roy ès légations de Flandres
et de Portugal. L'an 1552, il estoit au voyage que le roy Henri
second íìt en Allemagne, et estoit dans Metz lors que le duc de
Guise y soustint le siège contre l'armée impériale, duquel
voyage et siège il escrivit la relation qui fut imprimée lamesme
année à Paris. L'an 1557, il fut pris à la bataille de S' Quentin et
mené prisonier en Flandres. L'an 1559, après la mort de Henri
second, il fut envoyé en Angleterre pour la confirmation des
traités. L'an 1560, il fut député aux Estatz d'Orléans par la noblesse de son pays de Périgord. L'an 1562, il se trouva à la bataille
de Dreux et, l'an 1567, à la bataille de S' Denis. Ez années 1566,
1567 et 1568, il fit plusieurs voyages en Espaignes vers le roy
Philippe second, pour affaires de grande importance. Depuys
l'an 1568 jusques à l'an 1575, il demeura embassadeur près la
reyne d'Angleterre et depuys son retour fut par plusieurs soys
renvoyé vers lamesme reyne, pour le pour parler du mariage
d'icelle avec le duc d'Anjou, frère du roy. L'an 1 580, il fut faict
chevalier de Tordre du S 1 Esprit L'an 1581, il fut envoyé embassadeur en Escosse pour saluer le roy Jacques de la part de
Henri III. II a esté le premier du royaume qui a heu la charge en
titre d'office de recevoir les ambassadeurs et grands personnages
qui venoint vers Sa Majesté. II estoit dévot, sobre et chaste; il
décéda aagé de 75 ans, sans avoir eu femme ni bénéfice, estoit de
'- A la deuxième promotion du 3i de'cembre 1579.
;
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
331
conversation doulce, parloit peu, mais fort disertement et véritablement.
L'an 1600, François de Costin, sieur de Brouzoles l, Berbières
2
■et la Cassagne, acbepte de Clinet d'Eydie, sieur deRibeyrac, la
vicomté de Carlux avec ses apartenances pour le prix et somme
de quatre vingtz et dix mille livres, en laquelle vicomté il y a
dixparroisses en justice quisont Carlux, Gadiol, Calviac, S lc Na6
7
<lalène 3 , Pratz *, Simeyrolz 5 , Orliaguet , Limegeoulz , Peyriliac 8 et Cazoulès \ Ceste teiTe et vicomté apartenoit audict
vendeur pour ce que, l'an 1 51 0, Odet d'Eydie, sieur de Ribeyrac,
acquit à titre d'achapt de Louys de Brézé, grand séneschal de
Normandie, les terres et seigneuries de Monfort, Carlux, Aillac,
Croysse 10 et la moytié de Martel li 3 moyenant la somme de vingt
et deux mille éscus d'or. Et d'autant que Anthoyne de la Tour,
sieur de Turene, avoit fornila moytié de ceste somme, il fut
associé par ledict Odet en la moytié de l'acquisition, si bien
qu'ilz jouyrent par indivis ès terres et seigneuries jusques au
23 janvier 1525, auquel jour ilz vindrent en partage desdicles
terres, par lequel les seigneuries de Carlux, Croysse et la moytié
de Martel demeurèrent audict Odet d'Eydie avec les siefz et
bornages qui en dépendent, et Montfort avec Aillac demeura
audict Antboine de la Tour, et, pour ce que Monfort et Aillac
fut estimé valoir plus que Carlux, Croysse et moytié de Martel,
ledict sieur de Turene rendit au sieur de Ribeyrac la somme
12
de mille livres .
1 Voir page 292, note 2.
- En 1600, le comte de Ribe'rac s'appelait Armand d'Aydie et hon Glinet,
-comme F avance Tarde. (B. N. Fds. Périgord, GIX. — LaChesnayedesBois,II, 137.)
3 Sainte-Nathalène, commune, canton de Sarlat.
4 Prats, commune, canton de Carlux,
arrondissement de Sarlat.
s Simeyrols, commune, canton de
Carlux.
6 Orliaguet, commune, canton de
Carlux.
7 Limejouls, aujourd'hui section de
la commune de Carlux .
8 Peyrillac, réuni à Millac, commune,
canton de Carlux.
9 Cazoulès (id.).
10 Creysse,commune,cantondeMartel.
11 Martel, ch.-l. de canton (Lot).
12 Voir n IQ °, note 3; — ig5,note 3.
Cet acte fut passé au château de Sa-
332
1600
TABLE CHRONOLOGIQYE
Ceste année 1600, les vivres vindrent à si bon compte, que
à Sarlat le quarton de froment ne se vendoit que douze solz, le
sègle huit et la barrique du vin quai^ante ou cinquante solz,
et n'y avoit pas un seul pauvre quimandiât.
Au commencement de ce siècle, la guerre estoit entièrement
e steinte et la paix parfaitement establie. Plusieurs capitaines
et membres des companies et autres soldatz, ayant consumé ce
que leur restoit des pilleries de la guerre, eurent les dentz à
jeun à la « néapolitaine », et les mieux advisés ay ment plus
retourner au laborage que courir la malette, de peur de sécher
enfin à une branche.
LOVYS DE SALIGNAC est le XXVIII e évesque de Sarlat,
proveu à Rome sur la nomination du roy au moys de novembre
1602, et prind possession par procm^eur le
i^lll^^^ltliy
apvril 1604, le siège ayant vaqué cinq ans
deux moys. II est filz d'Armand de Salignac
et Judict de Baynac , nepveu et filleul de
Louys de Salignac son prédécesseur en l'évesché, et partant, porte mesmes nom, surnom et armes. Ce prélat estant noblement né
et religieusement eslevé, le diocèse n'en peut attendre que
1606
beaucoup de bien.
ParaiTestdu conseil privé, donné en mars 1606, estdict que les
chasteaux de Monfort, Giverzac, Tayac, Calvayrac et la Chapelle-Biron 1 seront razés, mais l'accord du vicomte de Turene
lignac, en présence de noble et puissant
seigneur Bertrand de Salignac, seigneur
dud. lieu; de R. P. en Dieu M" Gilles de
la Tour, abbé d'Uzerche ; de R. P. en
Dieu Guy d'Aydie, protonotaire du SaintSiège ; de noble homme Bertrand d'Anglars, seigneur du Claux ; d'honorable
et scientifique personne Loys de Cardalhac ; de noble homme Archambaut
de Maubec, seigneur de Floyrac. (Copie
du xvi° s., papier. — Archives de
Gérard.)
1 Montfort appartenait au vicomte de
Turenne, duc de Bouillon ; Giverzac
(commune de Dome), à Marc de Cugnac ;
Tayac (commune, canton de SaintCyprien), à Jean-Guy de Beynac; Calveyrac (commune de Prayssac, canton
de Puy-l'Evêque, Lot), à Jean de la
Sudrie ; La Capelle-Biron (commune,
i
333
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
faict avec le roy, portant abolition des crimes commis par les
sieurs desdites places, arresta ces ruines. Sur quoy j'observeray
qu'il y a quelque destin sur le chasteau de Monfort qui Fat*
taque de siècle en siècle, car, l'an 1214, il fut démoli par le
comte de Monfort à cause qu'il tenoit pour les Albigeois ;
l'an 1350, il fut abattu pour quelque autre subject; l'an 1481,
en octobre, fut jettédans la Dordoigne par commandement du
roy, à cause de quelques crimes commis par le sieur de Pons.
L'an 1 586 et ceste année 1 606, a esté à deux doigtz d'estre entière-
Montfort.
ment razé.
Lel2d'octobre1610, Jean deGontautde Biron, baron de Sali-
1610
gnac, ambassadeur pour le roy en Levant, mourut à Constantinople aagé de 57 ans. II estoit scavant ès lettres greques et
latines, et bien versé en la poésie, histoire et niatématique.
II avoit le corps grand et gros, et l'âme noble et généreuse, pleine
de piété et singulière intégrité. II fut nourri en ses jeunes ans
au service du prince de Navarre, et après en la maison du roy
Charle IX, après la mort duquel il revint à son premier seigneur qu'il a tousjours suivi et servi, tant roy de Navarre que
roy de France. L'an 1590, le roy l'envoya en Angleterre, Flandres et Allemaigne, pour faire levée d'une armée estrangère.
L'an 1596, il se convertit à la religion catolique et en íit profession publiquement à Tesglize cathédrale de Paris, abjurant
le calvinisme auquel il avoit esté nourri dès le berceau. La
mesme année, le roy le íit mareschal de camp et luy donna le
gouvernement du Liinozin, lors plain de factions et de querelles, lesquelles il pacifia dans peu de jours par sa prudence.
L'an 1603, le roy l'envoya ambassadeur à la Porte du Grand
Seigneur, où il íit de grandz services à toute la chrestienté,
V
canton de Montflanquin , Lot-et-Garonne) , à Jean-Charles de Carbonnières.
Voir sur la révolte de i6o5, la note
finale n° XIV.
43
334
TABLE CHRONOLOGIQVE
car- il procura que les chevaliers de Malte, faictz prisoniers de
guerre par lesTurcz,seroint mis à ranson, laquelle il íit modérer à une médiocre somme, au lieu que on les faisoit pourir
en prison perpétuèle. 11 ût remetre et réédiíier le bastion de
Barbarie qui avoit esté razé par les Turcz, lequel sert aujourd'huy de retraite à tous les François qui naviguent sur ceste
coste. II íit abolir les représailles dont usoiut les Turcz sur les
religieux du S 1 Sépulcre, qui, à raison d'icelles, estoint constraintz de quitter et abandoner ce saint lieu. Pendant son séjour à
Constantinople, il délivra des galères ou
prisons des Turcz quatre ou cinq cens esclaves françois, italiens ou espaignolz, entre
lesquelz y avoit un bon nombre de chevaliers
de Malte. II establit un collège de Jésuistesà Constantinople, à
l'esglise desquelz il fut enseveli, regreté et pleuré de tous les
chrestiens,tant latins que grecz et levantins, ausquelz ilservoit
de protecteur pour la conservation de leurs personcs et privilèges, et toute la France fut attristée de la perte d'un chevalier
si utile en cet Estât. II portoit ses armes inquartées, qui sont
celles de Biron du costé de son père, et celles de Salignac du
costé maternel.
Les habitans de Sarlat, désirant avoir un couvent de pères
Recoletz, font scavoir leur volonté au R. P. Provincial de leur
ordre, lequel envoyé douze religieux quisetruvent à Sarlat, le
jour de la Pentecôte, 10 e juin 1CI2. Le lendemain, la ville alla
en procession générale arborer la croix à la place de la Rigaudie,
au nom d'un futur couvent de Tordre des Recollectz, et après
leur fut baillée une maison qui leur servit d'hospice pour un
temps.
Louys de Salignac, évesque de Sarlat, est saci'é à Rome, un
dimanche 13 janvier, par le cardinal Bonifácé Bevilaqua,Fran-
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
335
çois, évesque de Servia, assisté de l'archevesque d'Athènes et
de l'évesque de Nocera. Après eslre sacré il partit de Rome et
arriva à Sarlat en febvrier.
Les pères Recollectz, espéi'ant se pouvoir loger dans le couvent des pères Cordeliers, ohtiènent quelque bref du S 1 Siège,
pour lequel exécuter , le sieur évesque , acompaigné des
consulz et habitans, se porte le 27 mars audict couvent des
Cordeliers, ausquelz il faict commendement de se retirer en
un autre couvent de leur ordre : ce qu'ilz refusent faire, disant
qu'ilz n'avoint commis aucun acte indigne de leur profession;
qu'on ne pouvoit avec justice les chasser de leur maison yqu'ilz estoint sans chef, attendu que leur gardien estoit à Souillac où il prêchoit ce caresme, lequel ilz avoint desjà envoyé
quérir en diligence, et arrivei'oit ce mesme jour pour respondre de son couvent. Le sieur évesque, oyant la requeste de ces
religieux toute trampée dans les larmes, inclinoit à ce que
temps leur fut donné pour attendre le gardien et l'oyr en ses
deffences, mais le peuple, sans avoir égard à. cela, les chassa et
tira hors le couvent avec force et violence, sans respect à la
robe de S 1 François.
Deux jours après l'expulsion, le sieur évesque y alla en
procession et mit les pères Recollectz en la place des Cordeliers. Dequoy lesdictz pères Cordeliers s'estans rendus appelans
en la cour de parlement de Bordeaux, tant fut procédé que,
par arrest du 9 juillet 1614, lesdictz pères Cordeliers sont
i-emis et réintégrés en la possession et jouyssance de leur
couvent.
Les habitans, se voyant frustrés par le susdict arrest de
pouvoir loger les pères Recollectz à l'ancien couvent de
S' François, font une queste entre eux et, de l'argent qui en
provient, achaptent la maison de Tustal et quelques autres
petites maisons, joignant la muraille de la ville, pour y bastir
336
TABLE CHRONOLOGIQUE
un couvent ausdictz pères Recollectz : en laquelle maison ilz
se logèrent et y dressèrent une chapelle qui fut bénite le
15 d'aougst 1615 et y firent le service par provision.
Le 26 apvril 1618, Louys de Salignac, sieur évesque de Sarlat,
faict lire et publier en l'assemblée synodale du clergé de son
diocèse les constitutions par luy dressées concernant l'ofíice
et debvoir des curés et autres ecclésiastiques, avec le kalendrier
qui faict distinction des festes qui sont chaumables par commendement d'avec celles qui ne le sont que par dévotion,
ensemble lesexcomunicationsréservéesaux évesquesetla forme
du prosne commun.
Le 3 juin 1618, jour de la Pentecouste, furent posées les premières pierres de ce monastère [des Recolletz].
Le sieur évesque y alla en procession, avec le chapitre et
prestres de la parroisse, et posa la première pierre. Monsieur de
Gérard lieutenant général, posa la seconde. Les sieurs consulz 2 la troisiesme, et damoiselle Jeane de Brousse, vefve de
Noël Géron 3 , la quatriesme. Toutes quatre furent mises au
fondement de la muraille qui est sur la grande rue. La cérémonie fut telle. Ces quatre pierres estoint grandes, au dessus
de chascune d'icelles une croix estoit gravée. Après que le
sieur évesque les heut bénites, les massons prindrent la première, et comme ilz la descendoint au fondement, le sieur
évesque tenoit à sa main un ruban violet auquel la pierre
1 François de Gérard, écuyer, seigneur du Barri, le Mas, la Ricardie,
conseiller du roy, lieutenant général
de Périgord au siège de Sarlat (i 565 ?1624), beau-frère de Févèque Louis de
Salignac, dont il avait épousé la sœur
aînée Anne en 1599. II choisit sa sépulture et se fit construire, de son vivant, un tombeau dans Féglisedes Récollets que ses libéralités avaient contribué à édilier. — L'inscription tumulaire, retrouvée dans le pavage de
l'église, a été publiée dans le Bulletin
de la Société historique du Périgord. Elle
se trouve maintenant encastrée dans
le mur du fond de l'édistce.
2 Les consuls, étaient : Antoine de
Veyssière, conseiller magistrat au sénéchal, Pierre de Formigier, sieur de
Beaupuy, avocat, Etienne Yzac, procureur, et Jean Moureau, marchand. —
Guillaume Saint-Glar, procureur, était
syndic de la ville.
3 Noël Céron était banquier à Sarlat.
DE L'EGLISE DE SARLAT.
337
estoit atlacliée comme si luy seul l'eut portée et conduite avec
ce ruban : les autres tr-ois en íirent de même, sans autre différence que de la couleur du ruban, en ce que celuy du sieur
lieutenant général estoit blanc, celluy des sieurs consulz
rouge, et celluy de la dicte damoyselle de Brousse vert. Ce
couvent n'ayant autre fondateur que les aumosnes et libéralités des particuliers, il fut advisé de poser quatre pierres pour
ce qu'il sembloit que les fondateurs fussent réduitz à ce nombre et, par ce moyen, le sieur évesque faisoit tant pour soy
que pour les aumosnes des sieurs chanoynes et autres du
clergé 5 le sieur lieutenant pour les libéralités des sieurs officiers et autres du séneschal 5 les sieurs consulz pour celle du
peuple en général et ladicte damoyselle de Brousse pour avoir
donné mille livres.
Le bastiment fut continué ceste année et les suivantes et,
après que le dortoir et réfectoire furent faictz, les sieurs Léonard
2
Richard 1 et Guilhaume Crémoux , bourgeois, donnèrent chascun quinze cens livres pour le bastiment del'esglise, moyenant
laquelle libéralité l'esglise fut bastie et couverte, si bien que,
le premier de novembre 1626, on commença d'y célébrer le
S' Sacrifice de la messe. Le sieur Hélies Vaissière, maistre chi3
rurgien, l'embélit d'un riche tabernacle et d'un magnifique
ré table '.
Les religieuses de S' c Claire arrivèrent à Sarlat le 21 d'apvril
1 Léonard Richard, sieur de la Tour
de Baneuil et du Fraysse, depuis greffier en chef aux sièges sénéchal et présidial de Sarlat.
2 Guillaume Crémoux était substitut
du procureur général au siège de Sarlat
en 1598, greffier au sénéchal en 161 5.
3 Hélie de Veyssière, sieur de Maillac,
frère du premier consul, était chirurgien ordinaire au corps de l'artillerie
de France dès 1607.
4 C'est aujourd'hui U église des Péni-
tents de Sarlat.
« Quelque temps après, ayans basty
« le réfectoir et dortoir, ilz allèrent
« faire le service d'une sale qui est
« soubz le dortoir prèz la muraille de
« la ville et là Font continué jusques à
« ce que l'église a esté pari'aicte. On
« travailloit au bastiment d'icelle et de
« la sacristie èz années 1622 et 1623.
« La charpente fut faicte l'an 1624 et
« 1625. Ce monastère a esté basty à
« diverses reprises. » (Ms. Tarde A.)
338
TABLE CIIRONOLOGIQVE
1621 . [Elles] estoint six clans une carrosse el venoint du couvent
' deTule,acompaignées de plusieiirshommes de condition. Elles
mirent pied à terre à la porte de Lendrevie où se trouva le
sieur évesque devant lequel elles se prosternèrent. 11
leur
donna la bénédiction et les receut. Là se trouvèrent plusieurs*
damoyselles de la ville, qui les prindrent et les menèrent à
l'hospice qui leur estoit préparé.
Le 14 juillet 1623, Louys de Salignac passe procuration poUr
résigner son évesché de Sarlat en faveur de Lancelot de Meulet,
abbé de Vertueil, soubz la réservation de six mille livres, sur
laquelle résignation, le25 dudict moys, ledict abbé obtint du roy
brevet de nomination et letre dè Sa Majesté pour envoyer en
cour de Rome où la préconisation est faicte. Et le 27 octobre
suivant, avant que le cardinal protecteur eut faict la proposition
«
au consistoire, ledict de Salignac, estant à Rome, révoque sa
dicte résignation, parlant à la propre personne du pape, laquelle
révocation il faict enregistrer en la chancellerie. Jean de Salignac,
prévôt en l'esglise de Sarlat et frère dudict Louys, évesque, adverti de la résignation et ignorant la révocation, se trouve avoir
la réserve dudict évesché par brevet exprès du roy, au cas que
ledict Louys se fit religieux ou autrement s'en voulut démetre r
laquelle réserve il entreprind de faire valoir et, pour ce, faict
assigner ledict de Meulet au Grand Conseil eu janvier 1624,
aux íins qu'il eût à raporler son bref et bulles s'il en avoit.
Ledict de Meulet, résignataire, faict appeler son résignant au
procès pour déduire ses intéretz contre ces brefz de réserve et
pour se voir condamner d'entretenir la résignation et concordat
sur icelle passé entre eux. Le Grand Conseil, par arrest du
4 novembre 1624, permet audict résignataire de lever ses bulles
en cour de Rome avec inibition audict résignant d'y apporter
de l'empêchement. Ledict de Salignac se provoit contre cet
arrest auConseilprivé, lequel, ne voulantprindrelacognoissance
DE L'ÉGLISE DE SARLAT.
339
de ceste cause, renvoyé par aiTest du 4 mars 1625 les parties au
Grand Conseil où, pararrest du 27 may 1625, Jean de Salignac,
prévôt, est débouté de l'effect et intérinement de ses letres, et
sans avoir esgard à la révocation dudict résignant, est permis
audict de Mulet lever ses bulles en cour de Rome et inibe audict
évesque d'y apporter de l'empeschement. En conséquence de
cet arrest, ledict de Meulet poursuit à Rome la proposition,
mais le cardinal protecteur refuse de ce faire à cause que la
révocation n'estoit pas rétractée, et partant il se provoit au
Grand Conseil en exécution d'arrest où, par autre arrest est dict
que dans le moys ledict résignant rétractera sa révocation, à
quoy il sera constraintpar saisie de ses biens et, ce délay passé,
ledict résignataire sera mis en la réelle possession du temporel
de l'évesché de Sarlat.
Ledict de Meulet obtient une letre du roy adressée à l'ambassadeur de France tendant aux ûns de luy faire obtenir ses
bulles, mais le cardinal protecteur refuse obstinément de préposer au consistoire l'esglise de Sarlat, attendu que le résignataire ne se désiste pas de sa révocation. Par autre arrest du 1 8 may
1626, à faute d'avoir rétracté la révocation, est ordonné que
ledict de Meulet résignataire sera mis en possession du temporel de l'évesché. En exécution duquel arrest, le 6 juin suivant,
ledict de Meulet prjnd possession du temporel de la dicte évesché par procureur, qui afferme et jouyt partie du revenu.
Ledict de Salignac, évesque, persistant en sa révocation, faict
évoquer le procès au privé Conseil, lequel, par arrest du
12 janvier 1627, évoquant à soy le procès et y faisant droit, met
les parties hors de cour et de procès et, sans avoir esgard aux
arrestz du Grand Conseil, donne main-levée audict de Salignac
de son temporel, faict inibitions audict de Meulet de le plus
troubler ni inquiéter sur ce subjectetle condamne de restituer
les fruitz de l'évéché par luy perçuz pendant procès ; néan-
340
TABLE CHRONOLOGIQVE
moins condamne ledict de Salignac envers ledict de Meulet aux
domages intérests par ledict de Meulet souffertz jusques à la
signification de la dite révocation.
Le 3 mars 1624, décéda Armand de Salignac, sieur de GauIejac. II estoit filz de Odet de Salignac et Anne de Mensignac
neveu, frère et père des trois derniers évesques de Sarlat. En
l'aage de onze ans il fut mené en Angleterre par Bertrand de
Salignac , son oncle , ambassadeur pour le roy vers la reyne
Elizabet. Henri III, roy de France, luy donna la qualité de gentilhomme ordinaire de sa chambre, l'envoya par diverses soys
vers le roy de Navarre. II parloitla langue angloise et espagnole,
estoit fort disert en la françoise, estoit de conversation trèsdolce, plaine de beaux et grans discours, etavoit un esprit si
tranquille qu'on ne l'a jamais veu esineu de colère, joye, ni
tristesse qui luy ayt faict perdre son grave maintien. II portoit
ses armes : d'orà trois bandes de sinople, commedescendant des
barons de Salignac.
Pendant ces premières années du siècle xvn, on recogneut
quel estoit le bénéfice de la paix, car, en mesme temps à
Sarlat édifièrent tout de nouveau ledict couvent des Recollectz
et la maison de ville 2 , réparèrent le couvent des Cordeliers et
1 Anne, de la Porte de Mensignac.
2 L'Hôtel-de-Yille de Sarlat futreconstruit dans les premières années du
xvii e siècle Le plan de Sarlat de 1624,
parJ. Tarde, en donne une représentation exacte, parfaitement conforme
aux documents relatifs à cette réédifi cation.
La jurade qui décide l'exécution de
ce travail est en date du 6 juillet 1 6 1 5 .
Ce fut sur la proposition de MM M Léonard de Cordis, conseiller au Sénéchal,
Pierre Gisson , avocat, Jean Delaige.,
marchand, Jean Bouffanges, procureur,
consuls, Guillaume Crémoux, greffier,
procureur syndic , que l'assemblée municipale approuva le traité passé avec
Henry Bouyssou, maître maçon et architecte de Montpazier. — L'exécution
fut retardée jusqu'en 1618.A cette date,
lajurade assemblée le 20 octobre par
MM" Antoine de Veyssière, lieutenant particulier, assesseur civil et criminel, commissaire examinateur, Pierre
de Formigier, avocat, Etienne Yzac,
procureur, Jean Moureau, bourgeois et
marchand, consuls, décide l'exécution
du plan, et eri charge Henry Bouyssou
sous la surveillance d'une commission
composée de François de Gérard, seigneur du Barry, conseiller du roi, lieutenant-général de Périgord au siège de
Sarlat, François du Faure, lieutenant
particulier, Léonard de Cordis, con-
DE LÉGLISE DE SARLAT.
341
le rendirent habitable pour plusieurs religieux '. La companie
des Pénitens Bleuz répara, recouvrit et embélit l'esglise de
2
S' Jean , joignant la cathédrale, et les Pénitens Blancz celle
de S' Nicolas \ hors la ville.
seilleiy Antoine de Gérard, avocat du
roi, Pierre de la Dieudye, procureur du
roi. — La cour sénéchale fournissait
partie des fonds employés et devait
recevoir dans l'édifice les pièces suffisantes pour Finstallation de ses services. Le travail marcha rapidement et
l'œuvre devait toucher à sa fin en 1625,
puisque, le 29 juillet de cette année, les
consuls donnent à prix fait à Mathieu
Gros, serrurier de Sarlat, l'entreprise
de la serrurerie des fenêtres, moyennant Je prix de 12 livres par fenêtre.
(Originaux. Archives de Gérard.)
1 Cette restauration fut due à la générosité de François de Gérard, écuyer,
seigneur du Barri, qui , par acte du
3i mai 1 6 1 6, reçu par Bey, notaire à
Sarlat, « pour la singulière affection
1 qu'il porte
à Tordre de S' Fran« çoys, désirant que les ruynes adve« neues par les guerres passées au
« couvent des Cordelliers soint répa« rées, abailhé à prix faict àGuilhaume
« la Brousse et Jean Frégeyron, mais« tres massons, à réparer et rebastir les
« murailhes de l'entier dourtoir, et y
« fairont neuf feneslres aptes et con« venables à une chambre de reli« gieux
et seront tenus remettre
a une voirière pu fenestre au dessoubz
« pour le bas estage... » (Original.
Archives de Gérard.)
2 L'église Saint-Jean n'existe plus.
(Voir le plan de Sarlat de 1624.) Les
Pénitents bleus avaient été fondés à
Sarlat en 1608, sous l'invocation de
saint Jérôme.
3 L'église de Saint-Nicolas n'existe
plus. Le nom en est cependant resté
à une maison et moulin, qui doivent
occuper remplacement de l'ancienne
chapelle. (Voir p. 121, note 1.) — Les
Pénitents blancs avaient été fondés à
Sarlat, le 20 mai 1607, par M es Jean
Vaur, Etienne Geneste , et Français
Lafon, clercs de la ville, sous l'invocation de saint Jean-Baptisle.
NOTES FINALES
NOTE I.
LES PREMIERS ÉVÊQUES DE SARLAT.
La chronologie des premiers évêqués de Sarlat offre des difficultés et présente, pour rhistoire de notre ancien diocèse, une importance qui m'obligent à m'arrêter sur cette question. Je ne veux pas faire rhistoire de
ces prélats, mais il me paraît indispensable de rectifier les données reçues
et d'établir, les preuves à l'appui, une liste définitive et complète qui puisse
servir de guide à ceux qui auront à s'occuper de l'histoire ecclésiastique de
notre Eglise au xiv e siècle.
En comparant entre eux les documents déjà connus, grâce aux richesses
de l'inépuisable « Fonds Périgord » et à quelques heureuses découvertes ,
j'ai pu m'assurer que tous ceux, ou à peu près, qui ont écrit sur la matière, se sont gravement trompés, soit quant aux personnages eux-mêmes,
soit quant aux dates et à Tordre des pontificats, faisant mourir tel évêque vingt ans trop tôt, imaginant tel autre qui n'a jamais existé, omettant
tel autre dont l'existence est parfaitement prouvée.
C'est le cas du chanoine Tarde et du chanoine de Gérard-Latour. II en
est de même des frères Sainte-Marthe, qui suivent l'opinion des deux premiers et transcrivent leurs listes dans le Gallia Christiana , sans les
contrôler autrement. De nos jours , MM. La Rouverade et Rouffanges, dans leurs travaux historiques, parus dans le journal le Sarladais,
M. Dessalles, archiviste de la Dordogne, dans sa notice sur Pierre Itier,
cardinal de Dax (Calendrier de la Dordogne, 1839), et plus récemment
dans son Histoire du Périgord (1886, t. II), sont tombés dans les mêmes
erreurs, en acceptant comme incontestables les listes du Gallia Christiana.
Seul, M. l'abbé Audierne, dans son Précis sur la ville de Sarlat et ses
évêques (Calendrier de la Dordogne, 1837), donne d'une façon exacte et
complète le catalogue des premiers évêques de Sarlat ; malheureusement
pour ceux qui sont venus après lui, M. Audierne a eu le tort très
grave de négliger de donner les preuves à l'appui des faits qu'il avance,
344
NOTES FINALES.
et ses rectifications, précieuses si elles eussent été fortifiées par l'indication
des sources, sont restées sans valeur, oubliées de tous ceux qui s'occupent de notre histoire locale, perdues dans un recueil insignifiant, dont
beaucoup ne connaissent même pas l'existence de nom.
C'est cette lacune que je veux combler. On se rappelle que l'Eglise
abbatiale de Sarlat fut érigée en cathédrale par le pape Jean XXII. Ce sont
les bulles « Salvator noster... — Dat. Aven. id. aug. pontif. anno n° »
(i3 août 1 3 1 7), et « Dudum considérantes.... — Dat. Aven. id. jan. pontif.
anno n° » (i3 janvier 1 3 1 8), qui consacrent cette importante transformation denotre antique abbatiale. (Table Chronol. de FEglise de Sarlat, p. 91.)
Ceci établi, je passe aux prélats qui se sont succédé sur le nouveau
siège épiscopal.
I. RAYMOND-BERNARD D'ASPREMONT DE ROQUECORN O. S. B. (i3 18-1324). —
II était fils du seigneur de Roquecorn (Tarn-et-Garonne). Je n'ai pu déterminer le nom de ses père et mère. H y a lieu de croire qu'Izarn
d'Aspremont et Grande de Durfort, sa femme, qui donnent en 1259 des
coutumes aux habitants de Clermont-Dessus, étaient les ascendants de
notre évêque, car la part de seigneurie de Clermont, transportée des Durfort aux d'Aspremont avant i25g, était encore possédée en 1464 par Jean
de Pellegrue, dit d'Aspremont, seigneur de Roquecorn par substitution.
Raymond-Bernard entra moine à Moissac, fut pourvu, par lettres de
Jacques, cardinal de Saint-Clément, en date du 26 septembre 1297, du
prieuré de la Daurade de Toulouse, dépendant de MoissaG, et devint abbé
de Saint-Michel de Gaillac en i3oo. {Gallia Christ., I, coì.52, Abb. Galliaci.
— Devic et Vaissète, Hist. gén. du Languedoc, nouvelle éd., IV, p. 598.)
II occupa le siège abbatial de Gaillac jusqu'en r 3 1 8 , époque à laquelle
il fut nommé évêque de Sarlat et remplacé à Gaillac par Arnaud de
Montelevardo (ibidem), que j'ai tout lieu de croire être le même que le
dernier abbé de Sarlat. II est difficile d'admettre, avec les frères de SainteMarthe, qui s'appuient sur unehistoire manuscrite de l'abbaye de la ChaiseDieu, que Raymond-Rernard ait été d'abord moine dans ce monastère.
Voici les dates principales du pontificat de notre évêque :
2 juillet 1 3 1 8. — « Provisio episcopatûs ecclesie Sarlatensis pro Raymundo, cum litteris commendatoriis pro capitulo et civitate Sarlatense et
pro Philippo, rege Francorum. — Dat. Aven. Vi non. julii, pontif. Joh. XXII,
an 0 n°. (B. N. Ms. Fdsí Périgord, XXXVI. — Ex Arch. Vatic. Tab. Reg.
Joh. XXII, t. 8, p. 241. — Lettre du chanoine de Gérard-Latour à
Baluze du 7 mai 1691, dans Bulletin du Périgord, t. VII.)
Les lettres apostoliques adressées au Chapitre et à la cité de Sarlat se
sont sans doute perdues ; je n'en ai trouvé aucune trace. Mais le texte de
la bulle adressée au roi a été conservé :
NOTES FINALES.
345
2 juillet 1 3 1 8. — Bulle « Inamore virtutum, » adressée à Philippe, roi
de France, lui annonçant la nomination de Raymond, abbé de Gaillac, diocèse dAlbi, àl'évêchéde Sarlat, nouvellement créé. « Datum... (utsuprà.) »
(R. N. Ms. Fds. Périgord, t. XXXVI, et Arch. Nat. Trésor des Chartes,
Bulles, original scellé.)
A peine en possession de son siège, Raymond demanda au pape et obtint
plusieurs faveurs. Les documents suivants en font foi. C'est d'abord la
réunion à perpétuité du doyenné d'Issigeac, membre de l'abbaye de Sarlat,
bénéfice de8oo livres de rentes, à la mense épiscopale. Celle-ci est jugée
insuffisamment dotée pour soutenir le rang et faire face aux charges du
nouveau prélat.
. 7 août 1 3 1 9. — Rulle « Ad Sarlatensem Ecclesiam. Dat. Aven, vu
id. aug. pontif. J. XXII, an 0 m 0 . » (Raluze, Vitse Paparum Avinion. (1693),
t. II, p. 339, d'après la copie envoyée à Raluze par le chanoine de GérardLatour, le 7 mai 1 69 1 , collationnée surl'original des Archives de l'Evêché.)
La nouvelle église cathédrale avait besoin de réparations. Les ressources
de l'évêque et du Chapitre étant insuffisantes, Raymond-Rernard d'Aspremont demande au Saint-Siège des faveurs spirituelles pour tous ceux
qui contribueront à cette bonne œuvre. L'église de Temniac avait
besoin aussi de la générosité des fidèles. Le pape, par deux bulles du
même jour, accorde, pour cinq ans, des indulgences à ceux qui visiteront
ces églises et leur feront des dons.
8 août 1 3 1 9 . — « Indulgentia 60 dierum munus porrigentibusreparationi
ecclesiae. Sancti Sacerdotis Sarlatensis, nuper in cathedralem erectœ, et
dierum 1 00 visitantibus eam in Nativitatis Domini, Resurrcctionis , Ascensionis , et Pentecosten festivalibus, ad quinquennium. — Dat. Aven,
vi id. aug. pont. Joh. XXII, an 0 m0 , »
8 août 1 3 1 9 . — « Indulgentia (ut supra) pro ecclesià R. Mariae de Temniaco propè Sarlatum. — Datum (ut supra). »
Par bulle du lendemain , l'évêque de Sarlat reçoit la permission de
faire son testament. (R. N. Ms. Fds. Périgord, t. XXXVI. — Ex Arch.
Vatic, Tab. Rey. Johannis XXII., t. 2, f. 291, 35-.)
Si l'église de Sarlat était en mauvais état, celle de Temniac en ruine ,
la valeur des bénéfices attachés aux dignités canoniales était bien diminuée. L'évêque est obligé de venir en aide à son Chapitre, en unissant de
nouveaux bénéfices à leurs prébendes insuffisantes. Le 11 janvier i32i,
an v du pontificat de Jean XXII, l'évêque unit à l'ofsice de chambrier de
l'église de Sarlat l'église de Tursac : « attendentes » , dit l'acte, « quod
proventus prioratûs, cellariee , insirmariae , camerariíe et cantoriae in
medio nationis perversae et tirannorum et ecclesiœ amiulorum sunt
positse. » (Ibid. t. XXXVI.)
Nous savons enfin que, le i3 janvier i323, Edouard II, roi d'Angleterre,
346
NOTES FINALES.
demanda à l'évêque de Sarlat, « nostrse ditioni subjecto, » des subsides ,
à titre de don gratuit, pour l'aider à porter la guerre en Ecosse, l'été suivant. (Rymer, Fœdera.)
Raymond-Bernard d'Aspremont de Roquecorn n'occupa le siège de Sarlat que sept ans. Sur sa demande, il fut transféré à Saint-Pons de Tomières
et obtint de nouvelles provisions en 1324.
29 novembre 1324. — « Raymundus, opiscopus Sarlatensis, provisit. »
(Lettre du chanoine de Gérard-Latour à Baluze, du 7 mai 1691. — Bulletin, t. \TI.) Cette translation est restée inconnue au chanoine Tarde et
aux premiers éditeurs du Gallia Christiana, qui le font mourir à Sarlat
en 1324. Le chanoine de Gérard-Latour, dans son « Catalogue des Evêques
de Sarlat », et , d'après lui, les seconds éditeurs du Gallia Christiana,
corrigent cette erreur . (Voir précédemment , Table Chronologique ,
P- 97, 9 8 -)
Les nouveaux éditeurs de {'Histoire générale du Languedoc donnent à
cette translation la date du 21 novembre 1324.
Raymond-Bernard d'Aspremont de Roquecorn mourut à Saint-Pons le 1 5
septembre 1343. C'est la date donnée par le Gallia Christiana, d'après
le nécrologe de cette église.
Les armes d'Aspremont de Roquecorn sont bien celles que donne le chanoine Tarde. Elles étaient sculptées sur la porte du château de Roquecorn. La pierre qui porte cet écusson a été placée, par les soins du curé
de Roquecorn, sur la fontaine publique de ce bourg.
II. RERTRAND BÉRENGER O. S. B. (i325-i33o). — II nous reste bien peu
de documents sur Bertrand, second évêque de Sarlat, que les frères SainteMarthe, d'après leurs correspondants sarladais, disent issu de la maison de
Bérenger en Provence.
Bertrand était abbéde Saint-Tibéry, 0. S. B., au diocèse d'Agde, lorsqu'il
fut appelé à succéder à Raymond-Rernard : « Bertrandus, Berangariorum
« nobili stirpe natus, Johannis XXII diplomate subrogatus abbas (S 11 Tiberii),
« sedebat anno 1324, ex Tabulario Cesarionensi, unde ad Sarlatensem
« anno i325 ab eodem pontifice provectus ecclesiam. » (Gai. Christ. VI, 714,
Ecclesia Âgathensis, abb. S li Tiberii. — Id. II; 1 5 1 5 , Ecclesia Sarlatensis.)
Nous ne trouvons aucun acte, le concernant directement, qui puisse nous
donner la date exacte de sa nomination. II faut se contenter de l'indication
qui nous est fournie incidemment par l'acte suivant, concernant la nomination de son successeur au siège de Saint-Tibéry.
28 novembre 1 325 . — « Promotio Raterii, prioris de Lautrico, 0. S. R.,
« Castrensis diocœsis, ad abbatiamS 11 Tyberii... ejusdem ordinis, Agathen« sis diocœsis , per promotionem Bertrandi ad episcopatum Sarlatensem
« ad sedem apostolicamvacantem. — Datum Avenioni iv kâï. decembris,
NOTES FINALES.
347
pontiíìcatûs Johannis XXII anno ix°. » (B. -N. Fds. Périgord, — XXXVI.
Ex Arch. Vatic. Reg. Joh. XXII, an ix°, t. 21, fol, 3 17.)
Bertrand Béranger dut mourir le 1 1 mars 1 33o, à Nîmes, comme le dit la
bulle de provision d' Arnauld, son successeur, du 17 juin i33o. (Gall. Christ.
— Eccl. Sarlat. t. II, 1 5 1 5.) — Le chanoine de Gérard donne, il est vrai, la
date du u mars 1 329, d'après le nécrologe du Chapitre de Sarlat; mais,
comme les documents de cette espèce ne donnent généralement que le jour
du décès, nécessaire au service régulier des obits, sans donner Tannée, je
croirais qu'il vaut mieux adopter la date de i33o, car il n'est pas probable
que le pape, qui avait le droit de nommer le successeur de Bertrand, ait
attendu jusqu'au 27 juin i33o pour pourvoir le siège vacant. Bertrand
mourut àNîmes, et il ne paraît pas que, pendant son court épiscopat, il ait
jamais résidé. II eut pour vicaire général Bernard Béranger, son parent, et
pour official Pierre de Marqueyssac, curé de Castelnaud.
Les actes de son pontificat sont inconnus. On sait toutefois que le dimanche avant la Saint-Nicolas, 8 décembre 1 325, il unit à la mense de l'aumônier du Chapitre le prieuré de Puyguilhem (Ch. de Gérard-Latour,
Catalogue des évêques), et qu'il approuva la fondation de la chapellenie
du Chalard, faite par Gausbert la Chaminade de Saint-Geniès, laïc du diocèse de Sarlat, au lieu du Chalard, près du cimetière de Saint-Geniès.
Cette approbation est rappelée dans la confirmation par Jean XXII, le 14
mars 1 3 3 1 . « Dat. Avinioni, 2 id. martii, pontificatûs Johannis XXII,
anno xv.» (B. N. Fds. Périgord, t. XXXVI, p. 117.)
III. ARNAULD DEROYARD (1 33o- 1 333), O. F. F. M. — L'orthographe du nom
de famille du troisième évêque de Sarlat est difficile à déterminer. UghelTap.
pelle « Royardum sive Romajardum ». (Ferd. Ughelli. — Italia Sacra (172 1 ),
t. VII, Eccl. Salem., p. 430.) Wadding l'appelle « Arnaldum Rogardi et
Revardi ». (Wadding. — Annales Min., VI, 374 et 410.) Nous le trouvons
nommé « aussi Roïardi » (R. N. Ms. Lat. 422», f. t'»). Enfin deux actes,
datés de i33o et I 33 I, nous donnent les noms de deux de ses parents, l'un
« Iterius Roviardi, canonicus et cantor in ecclesiâ cathedrali Santonensi »,
son frère, et l'autre « Helias Riviardi, domicellus, » son neveu. (Fds. Périgord, t. LII, Tarde, Table Chronol, copie du xvni c siècle, transaction de
1 33 1 , — et Chan.de Gérard-Latour, Catalogue.)
Arnauld appartenait à une famille noble, originaire de la Guienne, périgourdine, dit le chanoine de Gérard, et je ne serais pas éloigné de croire
qu'il était de la même famille qu'un Jacques Ravard, maintenu dans sa
noblesse en 1666, dans Pélection d'Angoulême, descendant au 9 0 degré de
Pierre Ravard, varlet, qui vivait à la fin du xiv c siècle, et qui portait pour
armes : pallé d'azur et d'or à six pilles (Nadaud, Nob. du Lim., TV, g)
Quelle que soit son origine, Arnauld étaitFrère Mineur lorsque Jean XXII
348
NOTES FINALES.
l'appela à succéder, sur le siège archiépiscopal de Salerne , à Frère
Bertrand de la Tour de Camboulit, religieux du même Ordre, Quercynois,
promu à la pourpre. (F. Ughel, loc. cit. — B. N. Fds. Périgord, XXXVI,
— Ex Arch. Vatic. Epistol. Joh. XXII, an. v, pars i, p. 657.)
3o avril i32i. — « Per assumptionem ad cardinalatûs dignitatem
« Bertrandi, tituli S** Vitalis cardinalis presbyteri, archiepiscopi Salerni« tani.... Arnaldus, ordinis FF. Minorum, fit achiepiscopus Salernitanus.
« ...2 kal. maii, Johannis XXII anno v°. »
1 6 mai 1 32 1 . — « Arnaldus, Salernitanus electus. — Oblatio pro Bertrando
« praedecessore suo i5oo floren. » (B. N- Ms. Fds. Périgord, XXXVI. —
Ex Arch. Vatic. lìeg. Joh. XXII, Oblat., t. 6, p. 27.)
En i33o, Arnauld, voulant finir ses jours dans sa patrie, est transféré,
sur sa demande, au siège de Sarlat, vacant par la mort de Bertrand.
La bulle de translation , datée du 27 juin i33o « datum Avenioni, v
kal. julii , pontif. Johannis XXII anno xiv° » , a été publiée en partie
dans le Gallia Christiana .
Les mentions de cette translation sont nombreuses dans les archives du Vatican.
27 juin i33o. — « Arnaldus, archiepiscopus Salernitensis, transfertur
ad Ecclesiam Sarlatensem. — Urso, electus Idrontinensis, transfertur ad
Salernitensem. » (Ibid. Instrumenta, p. 3i, 55.)
Même jour. — « Urso, electus Salernitensis, vacante dicta ecclesià
per translationem Arnaldi, archiepiscopi, ad episcopalem Sarlatensem. »
(Ibid., Epistolee Joh. XXII, an. ix°, pars 2a, ep. 739.)
Arnauld Royard s'empressa d'aller prendre possession effective de son
nouveau siège. Six mois après sa translation, le dimanche, fête de saint
Hilaire, 14 janvier i33o (v. st.), nous trouvons le nouveau prélat faisant
son entrée solennelle dans la cité de Sarlat. 11 prête serment, entre les
mains des consuls, de garder les articles de la transaction passée entre
leurs prédécesseurs et l'abbé Bernard en 1298, et de conserver les
privilèges de la ville. II reçoit à son tour le serment des consuls. Ceux-ci,
en signe de suzeraineté, lui présentent les clefs de la ville, que le nouveau
prélat leur remet aussitôt, ainsi qu'il y est obligé par le « Livre de Paix ».
Lès habitants prêtent entre ses mains serment de fidélité. (B. N. Ms.
Fds. Périgord, LII.)
Quelques mois après , le mardi , fête de saint Barthélemy , apôtre ,
24 août 1 33 1, l'évêque Arnauld transige avec Pierre de Estris, Raymond de
Plamont, Gérauld d'Albusson et Raoul Rogier, bourgeois et consuls de
Sarlat, sur la dîme du blé et du vin que les habitants doivent à l'évêque,
(Tarde. — Chan. de Gérard-Latour, loc. cit.)
Le 16 avril 1 333, il unit l'église de Saint-Martial à l'office de sacristain et, le 26 mai 1 334, l'église de Mazerolles à Poffice de chantre. (Ch.
de Gérard-Latour, loc. cit.).
NOTES FINALES.
349
Au mois de juin 1 3 34, il obtint du roi Philippe de Valois des privilèges
pour l'église de Sarlat, qui furent confirmés par François I er on 1 5 1 9. (Ibid.)
Arnauld de Royard ne jouit pas longtemps de son siège. II mourut à Sarlat le 3o novembre 1 334. (Ibid.)
Arnauld de Royard fut un homme éminent. Lecteur en théologie à
l'Université de Toulouse en 1 3 1 1 , il concourt à 1 'établissement des
statuts de l'Université sur sélection du Recteur, le 12 mars 1 3 T I .
(B. N. Ms. Lat. 422 D - i .)Il fut chargé en 1 3 1 7, avec sept autres docteurs,
dont Bertrand de la Tour de Camboulil, d'examiner les propositions articulées par les schismatiques partisans du Franciscain Pierre-Jean Olivi.
La lettre collective de ces huit commissaires se trouve dans les « Miscellanea» de Raluze (Ed. de Mansi, t. II, 258. — Voir aussi B. N. Ms. Fds.
Saint-Victor, 58 1. — Historiens des Gaules, t. XXI.) — C'est pour reconnaître ses services et ses talents que le pape Jean XXII l'appela au siège
de Salerne, puis à celui de Sarlat.
Arnauld de Royard a laissé quelques ouvrages dont parlent Lelong ,
Wadding et Sbaralea (Bibl. Sacra, II, 934; — Scriptores Minor. (i65o),
41 ; — Supplem. Wadd. (1806), 99.) « Fuit sanè vir doctus et praeclarus,
dit Ughelli, scripsit opus theologicum moralium distinctionum, ordine alphabetico digestum, ad Robertum, regem Sicilise, cujus erat consiliarius
et familiaris... Scripsit opus alterum ad eumdem Robertum de arcàNoë,
super quatuor libros Sententiarum sermones eruditos etpostillam in Apocalypsim... » (Italia Sacra (1721), II, 934.)
La Ribliothèque municipale de Toulouse possède un manuscrit (Ms.,
Série III, n° 1 55) dans lequel sont conservés plusieurs sermons prononcés par le futur évêque de Sarlat, lorsqu'il professait à l'Université
en 1 3 1 1 . Ce manuscrit serait à examiner.
IV. GUILLAUME DE SENDREUS O. S. R. (i335-i338). — Guillaume de Sendreus
est le premier évêque élu par le corps électoral de la cathédrale de Sarlat.
Le samedi après la fête de l'Epiphanie (1 335), le Chapitre cathédral
s'assembla aux fins d'élire le successeur de R. P. Arnauld, de l'Ordrc
des Frères Mineurs, évêque de Sarlat, décédé le 3o novembre précédent.
Le corps des électeurs se composait de Frères Raymond de Loyrac,
prieur claustral; Augier de Campania, camérier; Guillaume de Cornac,
cellerier; Guillaume de Vassinhac, sous-prieur; Augier de Ferrières, prévôt ; Guillaume de ChaiUac , chantre ; Guillaume des Fossés , sacristain ;
Bertrand Itier, ouvrier ; Raymond las Courtz, infirmier ; Hélie de Campania, hospitalier; Foulques de Saint-Paul, aumônier ; et, avec eux, Pierre de
Vals, prieur de la Sauvetat ; Hélie Pierre; Guillaume de Sendreus, prieur de
Saint-Léon; Talleyrandde Riron, prieur de Vaux; Gérard, prieur de Monteton, et quatorze moines du monastère de Sarlat. A ces 3o électeurs s'étaient
joints Pierre Guy, archiprêtre de Capdrot, et quelques chanoines de son
45
c
s
350
NOTES FINALES.
Eglise, qui, en vertu de la bulle d'érection de leur Chapitre collégial, avaient
voix délibérative pour l'élection des évêques.
Un premier scrutin n'ayant pas donné de résultat, l'asscmblée remet ses
pouvoirs au camérieret au cellerier. Ceux-ci, à leur tour, les délèguent à
Pierre Guy, archiprêtre de Capdrot, qui nomme seul le prélat par la déclaration suivante :«Ego eligo in episcopumet pastorem ecclesiee Sarlatensis domi« num Guillelmum de Sendreus , presbyterum et monachum Sarlatensem,
« ordinem et regulamSancti Benedicti expresse professum ac priorem Sancti
a Leoncii.... » Aussitôt, les membres de l'assemblée, « canlando altâ voce :
« Te Deum laudamus ! cum vestibus sequentibus , ecclesiam et chorum
« dictée ecclesise introierunt unà cum dicto domino prsesule ibidem assisK tente ». (B. N. Ms. Fds. Périgord, XII, p. 178 v° et 179.)
Guillaume de Sendreus était Sarladais, originaire deMarquay. En i3o2,
la viguerie de Marquay, relevant du monastère de Sarlat, était inféodée
a ab antiquo » aux maisons de Sendreus, de Comarque et de Gondris,
de la paroisse de Marquay, dont les droits de coseigneurie provenaient d'un
auteur commun. (B. N. Ms. Pièces Origin. vol. 824, v° Comarque, p. 55.) Les
Sendreus se partagèrent en deux branches, au xiv° siècle. L'une resta
à Marquay et tomba bientôt en quenouille dans la maison de Rignac de
Carlux, qui hérita des biens et du nom de Sendreus. L'autre continua à
se développer dans les environs de Sainte-Alvère. Quelle que soit la
branche à laquelle appartenait l'évêque Guillaume, il est incontestable
qu'il était d'origine sarladaise. (B. N. Ms. P. Orig. 824, v° Comarque, p. 55
et suiv. — Chan. de Gérard-Latour, Catalogue.) II reste peu d'actes sur ce
prélat. Le 22 mars i334(v. st.), il unit l'église de Proissans à l'office de prévôt
de la cathédrale. (Chan. de Gérard-Latour, Catalogue.) Le jeudi avant
la Saint-Barnabé, 11 juin 1 336, il reçoit l'hommage de Pons de Beynac,
seigneur de Comarque. (B. N. Ms. Fds. Périgord, t. XI, p. 5 .)
Guillaume de Sendreus mourut au château de Boucheyral,dans la nuit du
mercredi au jeudi avant la Pentecôte 1 338. (B. N. Fds. Périgord, XII, 177 v°).
L'évêque étant mort dans son diocèse, le droit d'élire son successeur
s'ouvrait pour les religieux de l'abbaye. Aussi voyons-nous Raymond de
Loyrac, prieur claustral de Sarlat, assigner, par lettres du samedi veille de
la Pentecôte, le Chapitre de Capdrot pour qu'il ait à déléguer des représentants pour concourir à sélection du futur prélat, fixée au lundi après la
fête du Corps du Seigneur et jours suivants, s'il y a lieu. (B. N. Ms. Fds.
Périgord, t. XII, p. 177 v°, et 178 v°)
Je n'ai pu découvrir si l'élection projetée par les religieux de Sarlat
n'eut point lieu, ou si elle ne fut point confirmée. Ce qui est certain,
c'est que le successeur de Guillaume de Sendreus fut un étranger, nommé
directement par le pape Benoît XII, le 2 des nones de novembre (4 novembre) an iv de son pontificat.
NOTES FINALES.
351
V. PIERRE BURGONDION DE ROMANS (I 338- 1 34 1). — Le nom exact du cinquième évêque de Sarlat, que Tarde, le chanoine de Gérard-Latour, les
auteurs du Gallia Christiana appellent « Petrus Bérenger, aliàs Borgounious Î , a été totalement défiguré par ceux qui ont écrit sur Sarlat. II
s'appelait réellement « Petrus Burgondionis de Romanis ».
Raluze, si l'on en croit les auteurs du Gallia Christiana, a dû cependant, au cours de ses recherches, rencontrer des documents sur ce prélat
qu'il nomme « Pierre le Bourguignon », sous la date de i3a8, commettant
ainsi une double erreur sur le nom et sur la date, comme nous le verrons.
Voici le passage du Gallia Christiana où il est question de cet évêque :
« Reperio, dit Sainte-Marthe, inter Stephani Baluzii notas, Petrum le
« Bourguignon Sarlatensem episcopum anno 1 3 28 (lire 1 338), de quotamen
« silent antiqua monumenta. Fortè cum Bertrandus (Berengarius) à Papa
« nominatus est, ipse (Petrus) à Capitulo designatus, sicque episcopi nomen
« sibi arrogavit, quamquam episcopatu nunquam potitus fuerit. » (Gallia
Christiana, t. II, I 5 I 3, Ecoles. Sarlat.) Les Sainte-Marthe regardent donc
comme apocryphe ce « Pierre le Bourguignon », qui aurait été peut-être
élu par le Chapitre à la mort de Raymond de Roquecorn mais non
confirmé, et maintiennent au contraire dans le catalogue Pierre Rérenger,
qui aurait recueilli la succession de Guillaume de Sendreus. L'erreur doit
avoir été commise par Tarde, le premier, et perpétuée, sur la foi de son
affirmation, par le chanoine de Gérard-Latour et les auteurs du « Gallia
Christiana ». Tout fait supposer une erreur de lecture des documents, fort
rares sans doute, des archives de Sarlat, où son nom était employé.
Tarde aura lu Rérenger pour Burgondion.
M. Audierne, dans son Précis sur les évêques de Sarlat (Calendrier de la
Dordogne, 1837), a rétabli le nom exact de ce prélat. M. Dessalles n'accepte
pas sans réserves cette rectification. (Histoire du Périgord (1886) , t. II,
p. 237). Les documents qui la légitiment sont, pourtant, particulièrement
nombreux, et il résulte de ceux-ci que le nom exact était « Petrus
Burgondionis de Romanis ». Pierre Burgondion était un double prénom,
d'après un usage encore fréquent de cette époque. Le nom de famille
était « de Romanis », de Romans, en français.
Le 10 janvier 1 335 (deux jours après le couronnement de Benoît XII),
« magister Petrus Burgundionis de Romanis, legum doctor » , est pourvu
d'un canonicat dans l'Église de Laon. II était déjà pourvu d'un bénéfice
dans l'Eglise de Besançon. (R. N.' Ms. Fds. Périgord, XXXVI — Ex Arch.
Vatic. Tab. Reg. Bened. XII, t. 1, f 05 222, et t. IV, f. 176.)
Le 27 juillet i337, il est confirmé dans sa dignité de chanoine et trésorier de la cathédrale de Laon. On lui donne ici, en outre, la qualification
de chapelain du pape. — Le 4 septembre suivant, il est pourvu de l'église de Saint-Martin, au diocèse de Rieux. (Ibid. t. 4 , f° 297.)
352
NOTES FINALES.
L'année suivante, par provisions du 4 novembre, « Petrus, thesaurarius
Laudunensis, capellanus apostolicus, presbiter fit episcopus Sarlatensis,
per obitum Guillelmi (de Sendreus). » (Ibid. Tab. Reg. Bened. XII, an. iv°,
p. 2. f° 336.) Quelques jours après, le 12 novembre, il paie sa taxe à la
Chambre apostolique (Ibid. Liber oblat. Bened. XII, t. 6, p. 159), ce qui
fait croire qu'il était à la cour pontificale lorsqu'il fut appelé au siège de
Sarlat.
Pierre Burgondion, nommé évêque en 1 3 38 , ne fut sacré que Tannée
suivante, vers le 16 février. (Ibid. Reg. Bened. XII, t. 6, p. 1 58.)
Le nouvel évêque vint occuper personnellement son siège. « Le dimanche après la fête de saint Martial 1 33g (3o juin), Alix, fille d'Hélie Vigier, damoiseau de Sarlat, rend hommage à Pierre, évêque de Sarlat, à
genoux, les mains dans les mains du seigneur... sous le devoir d'un marabotin d'or et d'une paire de gants blancs. L'évêque, suivant la coutume, reçoit sa vassale au baiser de paix. » (B. N. Ms. Fds. Périgord.)
A la fête de la Pentecôte 1340, il fonde des obits pour Arnauld et
Guillaume, ses prédécesseurs. (Ch. de Gérard-Latour, Catalogue.)
Pierre Burgondion mourut en 1 341 . Le 21 janvier 1 34 1 , on trouve son
nom comme évêque. Le i3 mars suivant, le siège est mentionné comme
vacant. C'est donc entre ces deux dates que Ton doit placer Tépoque de
sa mort. (Ibid. t. XXXVI, p. 47.)
II eut pour vicaire général Pierre Pascal, et pendant la vacance du
siège, Augier de Ferrières, Raymond de Sendreus et Gerauld Laguerse
furent vicaires capitulaires. (Ibid.)
VI. ITIER DE MALAYOLES (1 341-1345). — Une importante rectification
doit être apportée au catalogue des évêques de Sarlat, sur le sixième,
prélat. Tous ceux qui ont écrit sur Thistoiré ecclésiastique du diocèse, i à Texception de M. Tabbé Audierne, en y comprenant M. Dessalles,
dans son Histoire du Périgord (1886, t. II, p. 237), sont tombés dans
Terreur.
Tarde, trompé par les noms et prénoms semblables des trois évêques
de Sarlat qui se sont succédé de 1 338 à 1 35g, les confond absolument,
intervertissant les dates, appliquant aux uns le prénom des autres ; bien
plus, donnant à l'un d'eux un nom qu'il n'a jamais porté, et ajoutant un
évêque qui n'a jamais existé.
Nous avons établi plus haut : i° qu'ilfallait appeler le cinquième évêque
de Sarlat, Pierre Burgondion de Romans ; 2 0 qu'il a occupé le siège de
Sarlat de 1 3 38 à 1 341 . — Tarde le fait mourir trop tôt en mettant, sous
la date de 1340, la nomination de son successeur dont il s'agit ici.
Le successeur de Pierre Burgondion fut « Itier » et non « Pierre ».
Ses provisions sont datées des « kalendes d'octobre (i er octobre) 134
NOTES FINALES.
333
<L Iterius, archidiaconus Brageriaci, in ecclesia Petragoricensi, presbiter,
fit episcopus Sarlatensis per obitum Pétri. » (B. N. Ms. Fds. Périgord,
XXXVI. — Ex Arch. Vatic. Reg. Bened. XII, an. vu, epistola 408, f» 222.)
Quel était le nom de famille ? Bien qu'il n'y ait pas de preuve absolument positive, je l'attribue sans hésiter à la famille périgourdine de Malayoles.En admettant comme démontrée cette affirmation, qui sera prouvée
ultérieurement, voici, par ordre de dates, les documents que je rencontre
sur Itier de Malayoles :
Le 26 septembre 1 3 1 g, Itier de Malayoles est pourvu du prieuré de Porchères en Bordelais (aujourd'hui, commune, canton de Coutras, prèsSaintMédard). {Ibid., Reg. Joh. XXII, an. iv, t. ,12, f. 99.)
L'année suivante le trouve chanoine de Sainte-Badegonde de Poitiers.
{Ibid., f° 3 79 .)
Près de 20 ans après, en janvier 1 33g, Itier de Malayoles était chanoine
de Périgueux, archidiacre de Bergerac, en la même église cathédrale,
lorsqu'il fut nommé évêque de Sarlat, le i« octobre 1 341 .
II mourut le 5 avril 1344, probablement hors de son diocèse, puisque
les chanoines de Sarlat ne sont pas appelés à élire son successeur, qui
fut Pierre Itier, périgourdin comme Itier de Malayoles, nommé par.
bulle du 5 des ides de janvier, c'est-à-dire le 9 janvier 1345. « Petrus,
decanus ecclesiae Sancti Pauli Fenolhedesh, Electensis diocesis, capellanus
apostolicus, presbyter, fit episcopus Sarlatensis per obitum Iterii. »
Voici maintenant sur quel raisonnement on peut se baser pour attribuer
Itier à la famille de Malayoles, car il n'y a pas de preuve absolue que
Itier de Malayoles, chanoine de Périgueux en 1 33g, et Itier, chanoine de
Périgueux, archidiacre de Bergerac en 1 341, nommé évêque de Sarlat, soient
la même personne.
Le f évêque
dans la liste du Gallia
Christiana est appelé
« Petrus de Mayroles, seu Porquery, franciscanus ». Les chanoines
Tarde et de Gérard-Latour rappellent aussi « de Mayrolas », « deMayiolis »,
« de Malayolis ». — Voilà un premier point. (Tarde, Table Chronol.,
p. 1 1 3 . — Chanoine de Gérard-Latour, Catalogue; — Bulletin de la Société
hist. du Périgord, VII. Lettre à Baluze du 7 mai 1691).
J'ai dit plus haut que, par suite des prénoms de Pierre, Itier et Pierre,
des 5°, 6 e et 7 e évêques de Sarlat, les anciens écrivains ecclésiastiques avaient
brouillé ces épiscopats. Cette confusion s'explique d'autant mieux,
lorsqu'on observe ce fait singulier, que Pierre, le 7° évêque, s'appelle
Itier de son nom de famille, comme le 6 e évêque de son prénom.
La confusion s'explique donc ; mais ce qui ne s'expliquerait pas, c'est
que les chanoines Tarde, de Gérard-Latour, et, à leur suite, les auteurs du
Gallia Christiana aient inventé de toutes pièces, pour un de ces prélats, un nom de famille , celui de « de Mayrolis, Mayolis, Malayolis ».
354
NOTES FINALES.
Ils ont dû le trouver quelque part.
Or, nous savons que le 5 e évêque s'appelait Pierre Burgondion de
Bomans. II sera prouvé que le 7° (et non le 6 e , comme le dit Tarde)
s'appelait Pierre Itier. Beste donc, pour le 6 e dont nous connaissons le
prénom, Pierre, ce nom de famille de « Malayolis », car c'est là la véritable orthographe, nous le verrons tout à l'heure.
Ce raisonnement, assez faible en lui-même, peut paraître suspect. II le
serait aussi, s'il était isolé ; mais il acquiert une grande force par Fadj onction d'une preuve tirée de ce surnom: « sive de Porqueris ». La première
mention que je trouve d'Itier de Malayoles est, en efíet, sa nomination au
prieuré de Porchères, le 26 septembre 1 3 1 g. Or n'est-il pas singulier de
trouver Itier de Malayoles, prieur de Porchères, en latin « de Porqueris », et
d'autre part un évêque de Sarlat nommé par des auteurs dont la bonne
foin'estpas suspecte, « Petrus de Mayrólès >V,àMâà «de Mayolis ou Malayolis
« seu de Porquery » ? Remarquera-t-on, enfin, quelle ressemblance il
existe entre « Pierre de Porquery » et « Prior de Porqueris»?
A mon sens, c'est une fausse lecture d'un titre concernant Itier de Malayoles, prieur de Porchères, qui a engendré cette erreur. Les chronologistes, au milieu de ce dédale inextricable de noms et de prénoms, de ces
trois Pierre ou Itier qui se suivent dans un très court laps de temps, ont
fait fausse route, attribuant à l'un des prélats ce qui appartenait à l'autre,
accolant le prénom de l'un au nom de famille de l'autre, et prenant pour
un nom de famille ce qui n'était que le nom d'un bénéfice. C'est là, suivant
moi, un nouvel élément qui donne un grand poids à la démonstration
précédente.
Quant à la qualification de franciscain et de professeur à l'Université
de Toulouse, que donne Tarde à son septième évêque, l'explication n'est
que trop facile et prouve que, dans l'embarras dans lequel se trouvait le
chronologiste, il a oublié les plus simples notions de cette critique dont
d'ailleurs il donne tant de preuves dans son précieux travail. Voici le
texte de Bertrandi, auquel il renvoie. Dans les « Gestes des Tholosains...
par discret et lettré homme maistre Nichole Bertrandi, advocat très facond
en parlement de Tholose. — Toulouse, Antoine le Blanc, 1527 », on
trouve un chapitre intitulé « Des docteurs de l'Ordre de Sainct Françoys
lesquelz ont enseigné en la ville de Tholose », où on lit :
« Frère Pierre Porqueri, de la province de Tholose, lequel fust grand
juriste et théologien et fort saige én conseil, et luy quelquefois en passant la nuyt dedans le cueur de l'esglise des Frères Mineurs, veit une
grande multitude de frères remplissant les chaires en s'en allant à la
chapelle de Rives, se despartirentdeluy. En ce temps, frère Jehan de Porta,
évesque de Saint-Papoul,par longtemps prescha la parolle de Dieu à Tholose et aux lieux d'emprès. »
NOTES FINALES.
355
II suffit de remarquer que F. Jean de la Porte, contemporain de
Pierre Porqueri, dont parle Bertrandi , fut évêque de Saint-Papou]
en 1465, c'est-à-dire plus de cent ans après l'évêque de Sarlat dont
nous nous occupons, pour rejeter, sans hésitation, tout ce que Tarde a
puisé par mégarde dans les « Gestes » de Bertrandi.
« La maison et seigneurie de Malayoles, dit la Coste dans les Antiquités de la maison d'Abzac, ou Mazerolles, est et a esté une bonne maison,
bien ancienne, à présent démolie et réduite à néant et en ruine depuis les
guerres d'entre le roy et les Anglois, par lesquelles tout le pays a esté
destruit.... Ladicte maison de Malayoles est située en la terre et honneur
de Montpaon
en laparoissede Ménestrol... » (B. N. Ms. Fds. Périgord,
CXV, 52 \-°.) Les Malayoles se sont fondus dans d'Abzac.
On peut croire que le nouvel évêque, aussitôt après sa nomination, se
rendit à Avignon, peut-être pour se faire sacrer. Dans tous les cas, le 5
décembre 1341, deux mois après sa nomination, il est renvoyé parle pape
dans son diocèse. (B. N. Ms. Fds. Périgord, XXXVI. — Ex Arch. Vatic./tey.
Bened. XII, an. vn, f° 5i6 .)Malgré cet ordre, Itier ne se pressa pas de quitter la cour pontificale. Peut-être obtint-il un sursis? car notre prélat
était encore à Avignon le 21 mars 1342. Ce jour-là, il achète de Frère Délie de Sendreus, syndic et procureur du Chapitre de Sarlat, une crosse
d'argent doré et une mitre ornée de pierres précieuses, pour le prix de
200 livres petits tournois. Acte passé dans la librairie du cardinal de Périgord. (G. Chr. Ecclesia Sarlat. t. II. — Chan. de Gérard-Latour, Catalogue.^
En i343, il reçoit de Henri, Hugues et Guillaume de Siorac, l'hommage du
château et de la châtellenie de Siorac. (B. N. Ms. Fds. Périgord, XXXVI.)
II aurait fait dans son château épiscopal de la Roque de Gajac, le 28 avril
1345, ses dernières dispositions, par lesquelles il nomme le cardinal de
Périgord et le comte de Périgord, ses exécuteurs testamentaires. (Ibid.)
Cette date est inadmissible. II faut lire sans doute 1344, d'après les dates
du pontificat de son successeur.
Itier ne siégea que quatre ans. Le nécrologe de Sarlat indique sa mort
au 5 avril « non. aprilis, obitus B. D. Hiterii, episcopi Sarlatensis ».
{Gallia Christ, loc. cit. — Ch. de Gérard-Latour, loc. cit.) II faut rejeter
Tannée 1346, donnée par les auteurs précédents et admettre qu'il mourut
au plus tard en 1345.
Claude Robert, dans son Gallia Christiana (1626), le nomme Pierre de Mirolac, et le place, à bon droit, avant Pierre Itier. Mirolac paraît être une
corruption de « Mayolis ».
VIL PIERRE ITIER (1 346-1 3 59). —■ Pierre Itier était doyen de SaintPaul de Fenouillèdes, au diocèse d'Aleth, chapelain apostolique, lorsqu'il
susnommé évêque de Sarlat, par le pape Clément VI, le 9 janvier 1346
350
NOTES FINALES.
(n. st.) «5 idus januarii, pontif. Clem. VI, anno iv°, Petrus, decanus Sancti
Pauli Fenolhadesii, Electensis diocesis, capellanus apostolicus, presbiter,
fit episcopus Sarlatensis, per obitum Iterii. » (B. N. Ms. Fds. Périgord,
XXXVI. — Ex Arch. Vatic, Reg. Clem. VI, an. iv,pars m, p. 35 i.)
Le io avril suivant, « P., episcopus Sarlati, recognovit habuisse ab
executoribus testamenti ultimi bone memorie domini Iterii, predecessoris sui , quamdam magnam mitram, cum perlis sive margaritis
et lapidibus preciosis , et crossam,.... et quemdam librum vocatum
Pontificale et alium Officiorum sive Graduale ». (B. N. Ms. Fds. Périgord,
XXXVI. — Ex Arch. Ecclesiae Sarlatensis.)
Aussitôt en possession de son siège, Pierre s'empressa, pendant les années 1347 et 1348, de se faire rendre les hommages qui lui étaient dus par
les seigneurs du Sarladais, ses vassaux. On trouve parmi ceux-ci : Bertrand de Servole , damoiseau de Dodrac ; Izarn d'Escodéca, fils d'autre
Izarn ; Bertrand de Monts, fils de Gautier, chevalier ; Grimoardde Baleux,
damoiseau ; Arnaud Vaca , dit Vaquela, damoiseau de Couze ; Reynald
de Saint-Michel, damoiseau de Lestignac; Bozon de Rochefort, damoiseau
de Bridoire ; P. de Gontaut, chevalier, seigneur de Biron ; Aymeric de Biron, seigneur de Montserrand ; Adhémar Vigier, chevalier de Carlux; B. de
Fénelon, chevalier de Sainte-Mondane ; Bertrand de Beynac, fils de Pons,
seigneur des château et châtellenie de Beynac ; Bertrand de la Roche et
G. de Marsillac, chevaliers ; Amalvin Bonafos, damoiseau, seigneur pour
partie du château de Dome-Vieille , Campagnac-lès-Quercy, Bouzic ,
Florimont ; Latger (Léger) de Brétenous, fils de Grimoard, chevalier,
damoiseau de Bigaroque ; Pons de Beynac, chevalier, seigneur de Comarque ; Bozon de Talleyrand de Grignols ; Gausbert de Dome, etc. (B. N. Ms.
Fds. Périgord, XXXVI.)
Une charte du 6 mai 1 348 nous donne le sceau du prélat. Le prieur de
Trémolat déclare à l'évêque, qui lui en donne acte, qu'à cause des guerres
il résigne sa charge et rentre momentanément dans l'abbaye de Saint-Cybard
d'Angoulême. Le sceau représente un buste d'évêque mitré, crossé et bénissant. Au-dessous un écusson porte une bande accompagnée en chef d'un
meuble qu'on ne distingue plus, et qui était une étoile, et, en pointe, de
deux besants. Le tout dans une arcature quadrilobée. (Arch.dép. Charente.
Cartons cotés : Saint-Cybard. Communiqué par M. E. Mallat.)
On perd l'évêque Pierre Itier jusqu'en 1 358, époque à laquelle il
reçoit, le 24 avril, un sauf-conduit du roi Edouard III d'Angleterre, dans lequel
il est qualifié : « Venerabilis pater Petrus Iterii, episcopus Sarlatensis,
domini Albanensis episcopi S. B. E. Cardinalis (le cardinal Talleyrand)
familiaris. » Le roi d'Angleterre lui accorda ce sauf-conduit à la considération du cardinal de Périgord et de ses propres mérites. (Public Records,
Fœdera, v. III, 32 e année d'Edouard III.)
/
NOTES FINALES.
357
L'année suivante, le 10 mai 1 35g, Pierre est appelé par Innocent VI au
siège épiscopal de Dax. « Petrus, episcopus Sarlatensis, transfertur ad
Aquensem, per obitum Pétri. — Dat. Auxitanâ, 6 idusmaii (io mai), pontif.
Innoc. VI anno vu. » (B. N. Ms. Fds. Périgord, XXXVI. — Ex Arch. Vatic.
Reg. Innoc. VI, pars vn,p. 29.)
Pierre Itier fut créé cardinal, le 17 septembre I 36 I , sous le titre des
Quatre Saints Couronnés : « Petrus Iterius, natione Galbas, dioc. Petrago« riçeiísis, legum doctor illius œvi insignis, ex prsesule Aquensi inter presby« teros cardinales, tituli SS. IV Coronatorum ab Innocentio, deinde inter
« episcopos Albanenses ab Urbano successore cooptatus est anno 1364. »
(Muratori, Rerum Italie, t. III, 2 a pars. Vita Innocenta VI apud Bosquet.
— Baronius, Annales sub anno I 36 I.)
Cette translation a été ignorée de tous ceux qui ont écrit sur l'histoire
ecclésiastique de Sarlat. Ils ont transposé, comme je l'expliquais sous le
n° VI, l'épiscopat de Pierre Itier , le faisant siéger de 1340 à i35o, le confondant avec Itier, son prédécesseur. Aussi ont-ils seulement cherché à
déterminer le degré de parenté qui devait exister entre Pierre Itier,
évêque de Sarlat, et Pierre Itier , évêque de Dax et cardinal.
Voici maintenant une pièce périgourdine qui à elle seule lèverait tous
les doutes. « Le samedi avant la fête de sainte Catherine (25 novembre 1 366), noble et puissant Hélie de Sermet, chevalier, mari de noble
Marquise la Fière, fille de noble Raoul la Fière, chevalier, seigneur d'Alas,
fait hommage à Austence, évêque de Sarlat, de la justice haute , basse
et mixte d'Alas. II rend le même hommage que rendit jadis Raoul la Fière
à l'évêque de Sarlat qui est qualifié : « Reverendissimus in Christo pater
et Dominus Dominus P., divinâ misericordiâ nunc Albanensis episcopus
S. R. E. Cardinalis, tune episcopus Sarlatensis. » Acte passé dans le
monastère d'Issigeac. (Archives départ, de la Dordogne, E. 1 58 . Cartons
cotés : Sarlat.)
Le cardinal Pierre Itier mourut à Avignon le 19 mai 1367. II fut enterré dans la chapelle qu'il avait fait construire dans l'église des Frères-Prêcheurs. On y lit peut-être encore l'épitaphe suivante : « In prœ« senti capellà jacet Reverendissimus in Christo pater Dominus Petrus Iterii
« episcopus Albanensis, Cardinalis Aquensis , doctor legum egregius, qui
« obiit sub die mensis maii 19, anno Domini 1367. » (G- Christ., t. I,
col. IO 5 I. Ecclesia Aquensis.)
Pierre Itier était périgourdin : l'auteur anonyme de la Vie du Pape
Innocent VI le reconnaît formellement. Une hote de Lespine le fait
naître des seigneurs de Frâteaux; le chanoine de Gérard-Latour (B. N.
Ms. Fds. Périgord, LII, 232 v°) le dit frère d'Hugues, seigneur de
Sendrieux et de Beaumont, qui aurait épousé Congia d'Escodéca, duquel mariage serait provenu Raymond. « Pierre Itier, dit le même
46
358
NOTES FINALES.
« écrivain, sit bâtir la chapelle de Notre-Dame de Pitié, qui est joignant
« le cloître, pour y assembler le Chapitre de son église cathédrale, et
« Austence de Sainte-Colombe la fit achever, comme il paraît par les
« armes de l'un et de l'autre qui sont aux clefs de ladite voûte et aux
« piliers qui la soutiennent ; celles d'Itier ont au-dessus un chapeau de
« cardinal. » [Catalogue des évêques de Sarlat.)
M. Dessalles se trompe complètement au sujet de ce prélat, notamment
lorsqu'il dit que Pierre Itier aurait succédé à Pierre Burgondion, et qu'il
était franciscain. {Histoire du Périgord (1886), t. II, p. 237, 238.)
VIII. H ÉLIE DE SALIGNAC (I 3 5 9-1 36 I ). — Hélie de Salignac, fils de Mainfroy, seigneur de Salignac, et d'Alix d'Estaing, était diacre et préchantre de
Téglise de Fréjus, lorsqu'il fut appelé au siège de Sarlat, par provisions
du 6 des ides de mai, an vu du pontificat d'Innocent VI (10 mai 1 35g). Le
18 mai, il paie sa taxe de 700 florins, et, le 8 juillet suivant, il est envoyé
dans son diocèse. (B. N. Ms. Fds. Périgord, XXXVI. — Ex Arch. V&tic, Reg.
Innoc. VI, aìi. vu, 'p. 29. — Reg. Oblat. Innoc. VI, t. 22, p. 236. — Reg.
Innoc. VI, an. vn,p. 69.)
II fut nommé exécuteur testamentaire du cardinal de Périgord, par son
testament du 25 octobre i36o. {Gall. Christ. ,t. II, 836, Eccles. Rurdigal.)
Tarde le fait mourir à Sarlat en I 36 I . C'est une erreur relevée par le
chanoine de Gérard-Latour {Catalogue des évêques aï Dissertation sur Hélie
de Salignac , évêque de Sarlat et archevêque de Bordeaux, 1677 ), et parles
frères Sainte-Marthe, qui, d'après ce dernier écrivain, donnent les preuves
de son élection au siège métropolitain de Bordeaux et la date de ses
provisions, « le 8 des kal. d'octobre, l'an ix du pontificat d'Innocent VI »,
qui revient au 24 septembre 1 36 1. Le môme jour, Austence de SainteColombe recevait ses bulles en qualité d'évêque de Sarlat.
Hélie de Salignac fut élu archevêque de Bordeaux après le décès
de Philippe, ainsi que le prouve la bulle précédemment citée. Les documents pontificaux relatifs à cet événement et à la nomination du
successeur d'Hélie de Salignac , Austence de Sainte-Colombe , contiennent une erreur qui explique celle de Tarde, faisant mourir Hélie
en I 36 I , et parlant d'un évêque de Sarlat, nommé Gaillard, qui aurait
été élu archevêque par le Chapitre de Bordeaux. L'erreur, la voici.
Deux bulles du même jour, 24 septembre I 36 I , règlent la situation des titulaires des deux sièges de Bordeaux et de Sarlat. Dans l'une,
celle relative à. Bordeaux, on lit :
« venerabilem fratrem Heliam,
« episcopum olim Sarlatensem, in archiepiscopum Burdigalensem elec« tum.... ad dictam... Ecclesiam transtulimus... » {Gall. Christ, i. 11,836 et
I 5 I 6, Eccl.Burdigal. et Eccl. Sarlat.) Dans celle relative à Sarlat, on lit :
« .... ecclesia Sarlatensi, ex eo pastore carente quod nos venerabilem
NOTES FINALES.
3S9
« fratrem Gallardum, episcopum tune Sarlatensem, in archiepiscopum
« Burdegalensemelectum.... ipsum ad Ecclesiam Burdegalensem duximus
« transferendum
» [Gallia Christ, t. II, I5I6, Ecclesia Sarlatensis.) —
Voici comment le chanoine de Gérard-Latour explique celte contradiction : « II est appelé Gailhard , non Hélie, dans la provision d'Aus« tence de Sainte-Colombe. Je dis dans l'original même envoyé d'Avi« gnon que j'ay veu et leu dans les archives du Chapitre de Sarlat.... II
« faut de nécessité, ou que le copiste se soit trompé, ayant mis en Avi« gnon ce nom pour un autre, ou bien, comme il y a quelque vray« semblance, qu'Hélie avoit deux noms, qu'il se nommoit Gailhard-Hélie
« qui sont les noms de deux de- ses ayeux.... Or, ceste mesprise du
« copiste ou cette diversité de noms sont cause que feu M. Tarde, cha« noine théologal, dans Y Histoire Manuscrite des évêques de Sarlat, et, après
« luy, Messieurs de Sainte-Marthe, in Galliâ Christiana, se sont trom« pés, n'ayant pas eu connaissance de la translation d'Hélie , éves« que de Sarlat, en l'archevêché de Bordeaux. Ils ont cru qu'il raou« rut en i36o. » (Dissertation sur F épiscopat d Hélie de Salignac, évêque
de Sarlat et archevêque de Bordeaux, 1677.) Le chanoine de GérardLatour , par divers documents qu'il analyse, était arrivé à prouver
cette translation dès 1 677! Par une note en date du 26 avril 1692, ilremarque que, lisant YHistoire de F Eglise métropolitaine de Bordeaux
par J. Lopès, il a trouvé la bulle (citée plus haut) confirmant l'élection
d'Hélie, évêque de Sarlat, en qualité d'archevêque de Bordeaux, ce qui
tranche, dit-il, absolument la difficuté.
Hélie de Salignac, que nous avons vu exécuteur testamentaire
du cardinal de Périgord, en i36o, avec la qualité d'évêque de Sarlat, est
nommé exécuteur de son codicille du 16 janvier 1 364 (v. st.), dans
lequel il est qualifié « Helias, Burdigalensis archiepiscopus ». (Chan. de
Gérard-Latour, Catalogue.)
II baptise, en 1 367, dans la cathédrale de Saint-André, Richard, fils
du Prince Noir, qui régna sous le nom de Richard II. Les frères de
Sainte-Marthe, d'après de Lurbe et Oihénart qui copient Froissart, appellent ce prélat Henry. D'après le chanoine de Gérard-Latour, il faut
lire : Hélye. (Ibid.)
Hélie de Salignac mourut vers 1379.
IX. F. AUSTENCIUS DE SANCTA-COLUMBA, O. F. F. M. ( I 36 I -1 370). — Nous
ne rencontrons aucune difficulté chronologique sur l'épiscopat d'Austence, étranger à la province , nommé directement par le pape par bulle
du 24 septembre I36I.(G. Christ., t. II, 1 5 1 6, Ecclesia Sarlat.) Franciscain,
bachelier en théologie, il fut promu à la dignité de docteur en l'Université de Paris, en vertu d'une bulle de Clément VI adressée au chancelier
36s>
NOTES FINALES.
le 3i mars 1 352. (Œgassius Bulams, Hist. Universitatis Parisiensis ( 1 668),
t. IV, p. 3^5.) II professait avec succès la théologie lorsqu'il fut appelé
au siège de Sarlat.
Austence fut un partisan déterminé des Anglais en Guienne. Très en
faveur auprès d'eux (voir la Table Chronologique, p. i25, note 2), « il
« fut envoyé par le prince de Galles, en 1 3 63 , ambassadeur auprès d'Ur« bain V, pour lui notifier l'érection de la Guienne en principauté en
« sa faveur. Le pape le reçut fort civilement, comme il est parlé dans
« le Registre de çe pape. » (Chan. de Gérard-Latour, Catalogue.)
Le i cr avril 1 36j , le pape l'autorise à tester, bien qu'il soit religieux, et
à disposer de ses biens pour des œuvres pies ou pour récompenser ses
serviteurs. G. du Peyrat (voir la Table Chronologique, p. i25,note2)
l'appelle un très opulent prélat.
II mourut en 1370, hors du diocèse probablement.
X. JEAN DERÉVEILHON (1370-1396). — Jean de Réveilhon était licencié ès
lois, doyen del'Église de Poitiers (B. N. Ms. Fds. Périgord, XXXVI. Reg.
innoc. VI, an vi°, t. 19, p. 2 a , f. 642, et Reg. Urbani VI, ani°,t. 6, f. 634),
et correcteur des lettres apostoliques, dès avant 1 3 58 , lorsqu'il fut appelé
au siège épiscopal de Sarlat, vacant par la mort de Fr. Austence de SainteColombe. La buile de nomination est datée d'Avignon, « yi non. octobris,
anno vin0 pontifie. Urbani V », 2 octobre 1370. (B. N. Ms. Fds. Périgord,
XXXVI. — Ex Archiv.Vatic. Reg. Urbani V, an. vin 0 , t. 23, f. 84.) '
Ce prélat, « recommandable par sa science et sa prudence », joua un
rôle considérable dans la diplomatie de la cour pontificale, qui employa
ses talents dans plusieurs occasions importantes. En 1 3 7 1 , aussitôt après sa
nomination épiscopale, il est envoyé pour amener à la paix Louis, duc
d'Anjou, et Jean, comte deLancastre, dont les armées étaient en présence.
Ses efforts furent vains. L'année suivante 1372 le trouve en Gascogne,
député par le pape pour faire la paix entre Gaston, comte de Foix, et Jean,
comte d'Armagnac. (Baluze, Vitse Paparum Aven. (1693), col. 1122.) II est
envoyé en qualité de légat par Grégoire XI, le 1 octobre 1372, vers
Jeanne, reine de Sicile, et Frédéric, roi de Naples, pour leur faire ratifier
la paix, dont les articles avaient été accordés parleurs ambassadeurs au
mois de mars précédent, et confirmés par le pape le 26 août suivant. Ces
articles furent ratifiés par la reine Jeanne, le 3i mars 1373, à Averse en
Campanie, et par le roi Frédéric, le 17 janvier 1374, à Messine.
Par ces actes, les deux princes font, entre les mains du légat, hommage
lige de leurs royaumes au Saint-Siège. (Baronius, Annales, sub annis 1372i3 74 .)
Le 3 o mars 1375, le pape envoie de nouveaux pouvoirs à l'évêque de
Sarlat pour que celui-ci couronne et sacre le roi Frédéric,, et lui donne
l'investiture apostolique. (Ibid. sub anno 1375.)
NOTES FINALES.
361
Nous savons encore que, par bulle du 8 décembre i 374, le légat Jean de
Réveilhon avait reçu mission de pacifier la Sicile et les îles adjacentes.
Sa mission n'était pas finie en 1376.
Nous le trouvons encore nonce en Gascogne en 1378.
II fut nommé exécuteur testamentaire par Guillaume d'Agrifoul ,
cardinal de Saint-Etienne auMontCœlio, le 24 septembre i3g4. (Baluze, loc.
cit. — Pièces justificatives.)
Jean de Béveilhon n'a jamais appartenu à l'Ordre de Saint-François,
comme l'avancent à tort Sponde et Wadding.
La biographie de ce prélat distingué devrait tenter la plume de quelque
érudit périgourdin. Nul doute que des recherches bien dirigées sur ce
personnage, qui joua un grand rôle dans les affaires du temps, surtout
à cette cour de Naples, célèbre par ses vices et ses crimes extraordinaires , ne donnent lieu aux découvertes les plus intéressantes pour
l'histoire.
Pendant les courts séjours qu'il faisait dans son diocèse, il habitait de
préférence sa maison épiscopale de Dome. II eut pour vicaire-général
et official, Baymond de Capouille, recteur de Brenac et abbé de SaintAmandde Coiy.
II fonda à Sarlat et à Dome plusieurs chapellenies qui ont gardé
son nom jusqu'à la Révolution. La fondation des chapellenies de Dome
est du 28 juin 1389.) Chan. de Gérard-Latour, Catalogue.)
Jean de Réveilhon mourut centenaire le i er avril 1396. —Le 23 décembre 1 3 8g, il reçut du roi Charles des lettres de répit de foi et hommage :
« Nos, dilecto nostro Johanni, episcopo Sarlatensi, aetatis centum annorum vel circà, suae debilitatis et antiquitatis consideratione, concessimus... respectum et sufferenciam de nobis faciendo homagium... usquò
ad biennium. Datum Tholose, die 23 dcccmbris 1 38g. » (B. N. Fds.
Périgord, t. XXXVI.)
NOTE II (p. 125).
REMISE DE SARLAT AU ROI D' ANGLETERRE EN i36l.
Par le traité de Brétigny, le roi de France s'engagea à céder au roi
d'Angleterre diverses provinces, parmi lesquelles figurait le Périgord. Malgré les protestations des divers ordres qui refusaient de consentir à cette
cession et déclaraient qu'on ne pouvait les faire passer sans leur aveu sous
une domination étrangère, on ne tarda pas à mettre à exécution les clauses du traité. Le 27 juillet 1 36 1 , le roi Jean mande à ses sujets du Périgord de prêter obéissance au roi d'Angleterre, et les délie vis-à-vis de lui.
362
NOTES FINALES.
(Trésor des Chartes, reg. XCI, p. 204. — Du Tillet, Recueil des traités
entre lesrois de France et d Angleterre (1606), p. 272. )Le roi de France donne
commission au maréchal Boucicaut de délivrer au roi d'Angleterre les provinces etvilles nomméesdans le traité. — Le roi d'Angleterre nomme, de son
côté, Jean Chandos, vicomte de Saint-Sauveur, son lieutenant, pour recevoir celles-ci des mains de Boucicaut et faire prêter serment de fidélité
aux nouveaux sujets du roi d'Angleterre.
Voire le texte du procès-verbal de la délivrance de Sarlat:
« Lé darrain jour de décembre (1 36i), ledit monseigneur le lieutenant
(Jean Chandos) se parti cludit lieu de Montignac et vint à heure de
tiersse à Sarlat,
«Et illec trouva le mareschai de Bouciquaud qui estoit venuz devantpour
parler aus gens de laditte ville ; et ouveo, les consulz et plusieurs autres
de ladite ville, à la porte de Lendrevie. Lesquielz, emprès le comandement dudit mareschai, firent obéissance audit monseigneur le lieutenant ;
et entra en ladite ville et fist fère le cri, de par nostre Sire le Roy d'Angleterre, quetouz feussent lendomain au Mostier de S* Sardos,dedantz heure
de prime.
« Et ledit lendomain, premier jour de janvier (1 362) receut ledit monseigneur le lieutenant les serementz d'obéissance des personnes dont les noms
ensuient :
« Les consulz : Raymond Merguen, Estienne d'Estriègues, Estienne
Rogier.
« Aultres habitantz : Michelle Vestour,Baoul leRouch,Raol leJuéroles,
Raol Blanquet, Raol le Rie, Raol le Beth, Ramond Bosquet, Laurens du
Burgail, Pieire le Rolh, Pierre Galabrun, Pierre le Sudrier, Guilleaume de
Puypolhon, Guilleaume de la Reynie , Aymar Bernard, Hélie Burgant,
Pierre Soucher, Pierre Voustier, Pierre la Beuve, Pierre de Bournot ,
Pierre Forestier, Pierre Vilhersac, Estienne le Roath, Hugues Ebrard, Guilleaume Faure, Guilleaume de Memori, Guilleaume de Sornier, Gallard del
Pout, Guiraud d'Embiron, Guiraut Castal.
<( Et feu comis à maistre Pierre Dieuvoydont, procureur du Roy, recepvoir les serementz d'obéissance des aultres de ladit ville et les reporter devers le séneschal et aussy receut plusieurs serements de foiauté contenuez au livre des ditz serements.
« Et illec vint ledit jour messire Gilibert de Dommie qui fist serement
d'oubéissance et auxi les consulz dudit lieu et aultres personnes dont les
noms ensuient :
« Guiraut de Plaputh, Raymond del Cane, Guilleaume del Puth, Guilleaume
de Graunsson, le seigneur de Peillevoisin, messire Raymond de Val, Pierre
de Rodis, Pierre de Germessat, Pierre Seguin, Jehan del Pout, Arnauld
Martin, Guilleaume de Baisnac.
NOTES FINALES.
363
« Ledit jour, ledit mareschai parti de Sarlat et maistre Pierre deLabatut,
secrétaire du Roy de France et alèrent à Cahours
« A Sarlat, le premier jour de janvier (i3b2), Frère Arnaud Requi (prieur
claustral, vicaire général) procureur du révérend père l'évesque deSarlal,
serement de foyauté.... »
(Procès-verbal de délivrance des places françaises abandonnées au roi
d'Angleterre par suite du traité de Brétigny, publié par Bardonnet. Niort,
Clouzot, éditeur, 1867.)
Le 2 janvier I 36 I , Jean Chandos confirma, au nom du roi d'Angleterre, les privilèges de la ville de Sarlat. (B. N. Ms. Fds. Périgord.)
NOTE III (p. i3 4 ).
SOUMISSION DE LA VILLE DE SARLAT AU ROI DE FRANGE EN
KÌ70.
II reste peu de documents sur ce fait important de l'histoire de Sarlat,
assez cependant pour constater que le texte de Tarde contient des erreurs
et des lacunes. La trêve entre Talleyrand de Périgord , lieutenant du
duc d'Anjou, et la ville de Sarlat doit être fixée au mois de février 1370
/ 1 3 6 9 , v. st.) C'est ce qui résulte d'un acte du i5 février 1369 (v. st.),
par lequel Gilbert de Dome, sénéchal de Périgord, déclare avoir été requis
par Talleyrand d'avoir à cesser toute hostilité contre la ville de Sarlat et
de respecter la trêve conclue avec celle-ci jusqu'au 16 avril suivant.
(B. N. Ms. Fds. Périgord, LII.)
Je ne sais à quelle date précise placer le siège de Sarlat, ou plutôt la
démonstration militaire qui fut faite devant la ville par l'armée royale ;
mais c'est bien certainement avant le i5 février 1370. Ce qui est hors de
doute, c'est que Sarlat ne prit pas parti pour le roi de France dès le 3 février 1370, comme le dit Tarde. A cette date, la ville était en état
d'hostilité avec les troupes du roi, et postérieurement un armistice fut
conclu. Penchait-elle vers la soumission ? C'est probable ; mais ce ne fut
qu'après de longues hésitations que cette grave détermination fut prise^
hésitations qu'excusent les troubles de cette époque néfaste, et la crainte
de représailles de la part de l'Anglais. Limoges devait en offrir un exemple
terrible, au mois de septembre suivant.
Sarlat, avant de faire officiellement sa soumission, voulut sans doute
régler des questions d'intérêt pratique, et, non seulement s'entendre sur
les artiçlcs d'un traité, mais encore les voir préalablement exécuter.
Je placerais la soumission de Sarlat vers le mois de juillet i3yo et croirais que celle-ci ne devint un fait accompli qu'après l'exécution, par le duc
d'Anjou, des articles du traité. Au mois de juillet, en effet, de nombreuses lettres, émanées de la chancellerie du duc d'Anjou, établie à Toulouse, viennent confirmer les privilèges de Sarlat et en accorder de nou-
364
NOTES FINALES.
veaux. (A. N., JJ. 100, m* Sgg, 600, 601, 602. — Ordonnances des rois de
France, tome V.) •
A la même date, le duc d'Anjou adresse à Etienne de Montméjan, trésorier des guerres, un mandement d'avoir à payer aux consuls de Sarlat la
somme de 400 francs d'or, pour la solde de4o hommes d'armes, en garnison à
Sarlat, bien que les consuls n'aient pas encore reçu de « retenue » de lui,
et n'aient point fait de « montre », et à valoir sur ce qui peut leur être dû.
Acte daté de Toulouse, le 25 juillet 1370. (Ce document m'a été communiqué en original par M. Voisin, libraire à Paris, rue Mazarine, 37, en février
1 885 .) De ce document il semble résulter que les consuls, par leur traité,
avaient mis à la charge du trésor royal le paiement de la garnison étrangère
qu'ils entretenaient. Ces 40 hommes d'armes ne furent pas établis, en
effet, par le duc d'Anjou, ainsi qu'il résulte du texte du mandement ; et
si l'on observe qu'en 1370, 40 hommes d'armes coûtaient 200 francs d'or
de gages par mois, il faut faire remonter au moins au milieu de mai la
date à partir de laquelle le paiement était dû par le trésor royal. Peutètre faut-il fixer à cette date les premières négociations avec le duc d'Anjou? Ce mandement, on le remarquera, est de la même date que les confirmations de privilèges signalées plus haut et doit être, comme celles-ci,
une conséquence du traité entre la ville et le duc d'Anjou. Ce qui paraît
certain, c'est que, peu de jours après, le ducvient prendre personnellement
et officiellement possession de la ville au nom du roi de France. Le 8 août,
le prince est à Agen, venant de Toulouse qu'il avait quittée vers la fin du
mois précédent. De là il se rend à Sarlat, où il se trouve vers le milieu
du mois. Le fait de sa présence est prouvé par une lettre de rémission qu'il
accorde à Berthon et Jehan Guers, écuyers, « donnéeà Sarlat l'an de grâce
mil CCCLXX , au mois d'aoust. » (A. N., JJ. 101, n° 1 3g.) Le duc d'Anjou devait être accompagné de Bertrand du Guesclin , qui se trouvait avec
lui à Agen le 8 août (Ibid. 102, n° 1 16), et que nous voyons, pendant les
dernières semaines du même mois, tenir contre les Anglais, dans les environs de Périgueux et de Saint-Irieix, une campagne qui finit lors de la
prise et du sac de Limoges par le Prince Noir, au commencement de septembre 1370. Le duc d'Anjou était accompagné aussi du comte de Caraman, du sire de Beaujeu, de Jean de Vienne, des seigneurs de Vinay et de
Revel, de Pierre de Saint-Jory , et d'Artaud de Beausemblant, son
maître d'hôtel. (Ibid. 101, n° 139.)
Le duc d'Anjou était de retour à Toulouse le 18 août après avoir passé
par Gourdon et Cahors. II paraît hors de doute que le principal objectif
de cette courte expédition en Périgord fut la prise de possession officielle
de Sarlat. C'est aussi l'opinion formelle de M. Siméon Luce , le savant
éditeur de Froissart. (Froissart, Luce, 7, c-cix.)
Tarde signale le passage du duc d'Anjou à Sarlat le 20 août 1 370, après la
NOTES FINALES.
3C5
levée du siège de Bergerac. La date est erronée, puisque, le 18 du même
mois, des documents officiels nous le montrent à Toulouse.
Le duc d'Anjou avait pu profiter de sa présence au siège de Bergerac au
mois de juin 1370 pour entamer des négociations avec la ville de Sarlat.
(Table Chronologique, p. 1 36.)
NOTE IV (p.
I 3 9 ).
EXPÉDITION EN SARLADAIS DE JEAN IV, DQG DE BRETAGNE,
EN
1 3/3 .
Après s'être brouillé avec Lancastre, Jean de Montfort se voit abandonné de beaucoup de ses gens. — Menacé par du Guesclin , il se décide
à pousser une pointe sur la Guienne .
Lors fist-il praindre son panon.
Si estoint ses gens bien lassez
Et mors de sain et mal montez ;
Et si n'avoint denier nemaille,
Ne ne pouvoint trouver vitaille.
Trop pou leur tenoit de chanter,
Grant talant avoint demangier ;
Chaicun cheval estoit bien flac.
II va aller droit à Oharlac
Pour cuider là trouver bon pas.
Ses compaignons estoint si las,
Les uns à pié, autres à jumans;
Les plus appers sembloint truans.
Adonc de là tout droit s'en voit
Droit à Oharlac, quar il vouloit
Passer Limieill, s'il povoit ;
Mais en nom Dieu, il ne pot mie,
Car à Charlac ot compaignie
De gens d'armes et grans frontières
Qui nostreduc si n'amoint guères.
Lors va jucqu'à Charlac aler,
Jouste la ville pour soy logier ;
En une vigne fut à séjour
Ou n'avoit neporteaux ne tour
Fors de bussons et des espines
N'avoit pas de belles courtines,
Ne n'avoit pas trop que mangier ;
Ses draps, linges n'ousoit changier,
Car estre armé et jour et nuyt,
Lui sembloit un très beau desduit.
(Vers 2127)
(Vers 2267)
47
NOTES FINALES.
Quant ainsi ot-il là esté,
O ceulx de Limieill fist trecté,
Dépasser oultrela rivière
Par tel guise et par tel manière
Qu'au pays donnast sauffconduist.
Si passa le duc la rivière.
(Vers 2192.)
Quant ot passé Limieill, Charlac,
(Vers 2198.)
Prant son chemin à Bréjerac,
Où le duc point amé n'estoit.
Entre deux une ville avoit ;
Linde estoit-elle appellée,
Forte et jolie, apparaillée.
Si lui failloit avoir vitaille,
Et si n'avoit denier ni maille
Mais de sa veselle ot partie,
Et pour ce chièrement il prie
Qu'il eust vivres en les paiant,
Car sa veselle estoit d'argent.
Pour sa prière rien on ne fist,
Ains l'en luy respond et luy dist :
« Que s'il devoit mourir de sain,
'< II n'auroit d'eulx ne vin ne pain ;
« Mieulx amassent que il fût mort
« Que d'eulx eust aucun confort,
« Car ses annemys touz estoint,
« Pour ce nul bien ne li vouloint. »
Quant le duc la réponsse ouyt/
Ses gens appelle et silour dit:
« Savez-vous qu'il convient faire ?
« Si vous me voulez tretouz croire,
«La ville jà assailliron,
« Je scey bien que nous la prandron,
« Nous gaigneron vivres assez;
« Moult de biens y sont amassez.
« II ne leur chault de courtaysie ;
« Assaillons-les, je vous en prie,
« Car si de sain ycy mouron,
« Meschantement nous cheviron,
« Et nous sera très-grant péchié
« Et à nos hoiers très-reprouchié.
« Sivault donc mielx les assaillir,
Ï En assaillant tretouz mourir
« Que commé vaches cy nous estandre.
« Allons à eulx sans plus actendre. »
Ees gens furent d'assentement
Et vont assaillir baudement ;
Hz vont assaillir par tel guise
Qu'en présant fust la ville prinse,
St trouvèrent vins et viandes.
NOTES FINALES.
Trop mielx estoint que par ]es landes
Ne qu'en la ville près de Charlac.
Trop bien estoint mis hors d'eschac ;
Joué avoint d'une couverte ;
II n'avoint pas faict trop grand perte,
Car ilz se vont la resfreichir.
Trop bien savoint les coups gauchir.
En celle ville furent trays jours,
Et furent là trop bien secours.
Si vont la ville toute lesser,
Et Bréjerac s'en vont aler
Et fut le duc là bien venu.
Et quant il ot assez esté
(Vers 2357.)
A Bréjerac, va à Bourdeaulx
Où il trouva vivres nouveaux
Et reprint tinel et estât
Et si fut là en bel esbat.
C'est le Libvre du bon Jehan, duc de Bretagne. — (Dom Lobineau, Hist.
de Bretagne, I, 34g. — Documents Inédits sur l'Histoire de France. A la
suite de la Chronique de B. Duguesclin (i83 9 ), II, 4g4 et suiv.)
La prise de la Linde par le duc de Bretagne n'est signalée par aucun
historien que je sache.
NOTE V (p. 168).
LES JEUX DU CARNAVAL A SARLAT.
Voici un document des plus curieux qui nous fournit des renseignements sur les réjouissances qui accompagnaient le carnaval à Sarlat, et sur
les jeux de « l'Ecu » et du « Gant » dont nous parle le chroniqueur :
<( Noverint universi
quod anno MCCCCLXIV , dievigesima quinta mensis novembris, personaliter constituti Alayda de Linars,
relicta quondam Joh. Petit, filia et herede Geraldi de Linars, habitatoris
Sarlati et Francesia de Linars, filia ejusdem Alaydaì
et Petro
Ortric, clitellario seu basterio Sarlati. . . . , dictum fuit dictam Alaydam deberc in dicta civitate Sarlati, anno quolibet in carnis privio (aliàs : carnis prenio) officium seu ludum vocatum vulgariser « lo Golhage » quem olim quondam Bernardus et Guillelmus Pelo faciebant. Racione cujus ludi quedam
habebant deveria. . . . . .
368
NOTES FINALES.
« Primò à molendino del Cluzel usque ad molendinum de Lascanals, à
quolibet molendino unam punhadariam bladi ; item, in et super qualibet persona contrahente matrimo nium Sarlati, déférente in die nuptiarum pannum
album, 1 2 d. petrag. et déférente pannum perticum aut viridem, 1 8 d. tn. et
déférente pannum descarlata vel sequipollentem, i solid. turon. et notabilior exdictis viris matrimonium contrahentibus débet annuatim tradere in
carnisprenio scutumsive lescut qui singulis annis solet frangi cum ictibus
seu jactibus, et notabilior
débet tradere unum par cirothecarum
cum 5 s. infrà positis, quse cirotheca? etiam levari soient jocosè in earnis
prenio de terra cum baculis seu virgis ; item jus levandi annuatim in et super quolibet macellario Sarlati unam denariatam lardi,
ad faciendum crespellos qui deferri soient jocosè per plateam et civitatem Sarlati et ex eo debebat episcopo Sarlati quotiens ipsum ire contingit
in curia Romana, unum duplum sorcello 1 quod deífertur communiter super
cellas equoi'um
« Sequitur cessio juris Àlaydis et mediœ partis emolumentum Petro Ortrici. (B. N. Ms. Fds. Périgord, XXXVI.)
« Sachent tous... que, l'an 1464, le 25 novembre, ont été constitués en
leurs personnes, Alix de Linars, veuve de Jean Petit, fille et héritière de
Gérauld de Linars, habitant de Sarlat, et Françoise de Linars. salille, d'une
part
et Pierre Ortric, fabricant de bâts, de Sarlat, d'autre part. II a été
dit entre les parties que ladite Alix devait à la ville de Sarlat annuellement, au carnaval, un jeu vulgairement appelé le « Colbage », dont jadis
étaient redevables Bernard et Guillaume Pelo. A cause de ce jeu, elle
avait droit à certaines redevances.
« Primò, depuis le moulin du Cluzel (aujourd'hui de la Boëtie) jusqu'au
moulin de Lascanals, chaque moulin devait une pugnérée de blé.
« Item, chaque personne se mariant à Sarlat devait une redevance. Celle
qui s'habillait de drap blanc le jour de ses noces devait payer 12 deniers
périgourdins ; celle qui s'habillait de drap bleu ou vert , 1 8 deniers tournois ; celle qui s'habillait de drap écarlate ou de couleur précieuse, 2 sous
tournois. Le plus notable des nouveaux mariés dans Tannée devait fournir
aux jeux du carnaval l'écu qui, tous les ans, sert de cible, et une paire de
gants, avec 5 sous posés dessus, lesquels gants, à la même époque, on a
coutume de relever de terre avec des bâtons.
« Item, elle avait droit de prendre annuellement, chez chaque boucher
de la ville, la valeur d'un denier de lard, pour faire les crêpes, que l'on
promène joyeusement sur la place et dans les rues de la ville.
« A cause de ces droits et redevances, Alix de Linars devait à l'évêque de
Sarlat, chaquefois, qu'il lui arrive d'aller à la cour pontificale, une double
1 « Supersellium », suvselle — Du Cange, Olossurivm.
NOTES FINALES.
3fi9
surselle, semblable à celles que l'on met communément sous les selles des
chevaux, etc. (Suit la cession du droit d'Alix de Linars et de la moitié du
profit à Pierre Ortric.) »
Ces jeux, dont il ne reste aucun souvenir, se sont perpétués jusqu'à la
Révolution. Je dois à l'obligeance de M. Michel Hardy, mon excellent confrère à la Société historique du Périgord, la copie de deux délibérations de la
Jurade de Sarlat en 1723 et 1791, prises à cette occasion. Comme des délibérations semblables se retrouvent régulièrement entre 1723 et 1791, on
peut conclure qu'il en était de même aux époques antérieures ; mais
il est difficile de savoir à quelle date la municipalité de Sarlat se réserva le
droit de délibérer souverainement sur ce grave sujet.
II paraît résulter des textes que le pot percé était un honneur peu
ambitionné, sans doute réservé aux veuves qui se remariaient. Le charivari est resté dans les mœurs, le pot percé n'est plus qu'un souvenir.
iy 2 3. — « L'an mil sept cens vingt trois et le tranteuniesme janvier ,
dans la maison commune de la ville de Sarlat, le conseil nouveau assemblé
en nombre sufisant, au son de la cloche, suivant la coutume, ont d'une commune voix délibéré que l'escu, la bague et le guan qui doivent cstre représentés le jour de la carnaval prochain, la ville s'est le tout réservé , et à
l'égard du pot percé, l'ont donné à Peyronne Andrieu, veve et à présent
femme de François Maurel, tallieur , et à la nommée Gratoune , femme
de Jean Pramil, verrier. Délibéré les jours, mois et an que dessus. »
Signé: « Bouffanges ; Sainclar ; Tapinoix ; Lachapoulie ; Chaumels ;
Rey ; Chassaing ; Deselve , premier consul ; Reynal , consul ; Lareynie, consul ; Chassaing, substitut de la communauté. »
(Archives départ, de la Dordogne. Reg. des délibérations de la Jurade de Sarlat , années 1723-1739, p. 41 v°.)
1791. — « Aujourd'hui 7 mars mil sept cens quatre-vingt-onze, nous,
maire et officiers municipaux sous-signés, assemblés dans l'hôtel commun en la manière accoutumée, pour faire don de la bague et de l'écu
suivant l'usage, personne ne s'étant présenté pour les accepter, malgré que le sieur Brons et le sieur Sauret se soient nouvellement mariés , nous nous sommes réservés l'écu et avons donné la bague à la
Belle Jeunesse et le pot percé à la veuve Arnaud Tomins, chapellier.
Fait dans l'hôtel commun, les susd. jour, mois et an que dessus. »
Signé : « Juge, off. municipal. ; Lachaud, conseiller ; Sirey, s re g" (secrétaire greffier). »
(Archives départ, de la Dordogne. Reg. des délibérations de la Jurade de
Sarlat, années 1757-1791, f. 38 v°.)
Les deux nouveaux mariés, si démocratiquement appelés par la délibération de 1 79 1 , étaient bien « notabiliores ex viris matrimonium contrahentibus », comme dit la reconnaissance du 2 5 novembre 1464. L ; un était
370
NOTES FINALES.
François-Joseph , chevalier et depuis vicomte de Brons, capitaine commandant au régiment de Lorraine, chevalier de Saint-Louis, marié le 10
janvier 1791 avec Anne de Gérard-Latour. L'autre était son beau-frère,
Jacques Calmine- François de Sauret, seigneur de Lassons et la Salvetat,
baron de Berbiguières , capitaine commandant au régiment de Poitou,
chevalier de Saint-Louis, marié le 3 novembre 1790 avec Marie-FrançoiseMadeleine-Jeanne de Gérard-Latour,
NOTE VI (p. 178).
BERTRAND D'ABZAC ET LA PRISE DE DOME EN 1438.
Bertrand d'Abzac, seigneur de Montastruc et de Dome, capitaine anglais
de « compagnies », a joué un rôle trop considérable dans les événements
militaires de la province au xv e siècle , pour ne pas mériter une note
spéciale, qui donnera en même temps les éclaircissements nécessaires
sur la reprise de Dome en 1438.
En 1405, nous trouvons Bertrand d'Abzac commandant pour les Anglais
de Casteln-au de Berbiguières avec Archambaud d'Abzac et Pierre de
Saint-Circq. Au mois de juin, la place capitule moyennant une somme
d'argent dont les trois capitaines anglais reçoivent une large part.
(Table Chronologique,^. 154, note 2.) Quelques mois après, la place est
reprise sur les Français, en 1407, par Archambaud d'Abzac. En 141 1, elle
est sous le commandement de Bertrand d'Abzac, qui y établit capitaine
Raymond de Sorn. llbid. p. 157.) A cette date, le connétable d'Albret est
autorisé à lever sur le Quercy une aide de 3, 000 écus d'or pour réduire
la forteresse de Castelnau de Berbiguières et autres du pays. Par lettres
patentes du 3o septembre 141 1, le roi remet à la province 5oo livres sur
cette imposition qui ne doit être levée qu'après la démolition ou la réduction des places. L'opération ne put aboutir : Bertrand d'Abzac avait sans
doute des exigences trop élevées. Installé dans la forteresse de Castelnau,
il continue ses fructueuses expéditions et ne se décide à traiter qu'en
1414. Le 2 novembre de cette année, Jean, duc de Berry, autorise le
maréchal Boucicaut , capitaine général en Languedoc et Guienne , à
lever une aide de 12,000 francs sur" le Quercy, le Périgord, le pays bas
de Limousin, les montagnes d'Auvergne, le pays de Rieux, l'Albigeois, le
Toulousain, pour traiter avec Bertrand d'Abzac, capitaine anglais, qui veut
rendre Berbiguières. (B. N. Ms. Fds. Périçjord, CXV, p. 102, 108 v°.) Boucicaut crut même avoir gagné Bertrand à la cause française, car celui-ci, le
8 février 1414 (v. st.), prête serment de fidélité au roi de France entre les
NOTES FINALES.
371
mains du maréchal. II est qualifié dans cet acte « olim capitaneus Castri
de Berbiguières ». (Ibid. Fds. Gaignères, 668, p. i3.) Cette soumission n'était qu'apparente et avait un but intéressé. Elle était destinée à
faciliter le mariage de Bertrand avec Jeanne de Beynac, fille de feu Pons,
seigneur de Beynac et de Comarque, et sœur d'autre Pons de Beynac qui,
fidèle Français, dut exiger cette soumission comme condition du mariage
Le contrat est du 5 avril 1414. Le maréchal Boucicaut comparaît au
contrat. (B. N .Ms. Fds. Périgord, CXVII, 16.) Pons de Beynac, ne pouvant
payer à son beau-frère la dot qu'il avait promise à sa sœur, lui remet en
gage le château de Dome-Vieille, que son père avait acquis de Gilbert de
Dome, le 24 janvier i388. (B. N. Ms. Fds. Périgord, XV u v°.)
En 14 1 7 , Bertrand d'Abzac, gouverneur de Dome pour le roi de
France , laisse surprendre par Bertrand Suran , capitaine anglais ,
la ville et le château de Dome, se déclare de nouveau Anglais, et garde,
comme condition de sa défection, le gouvernement de Dome. Ce qui
s'explique mal, c'est qu'il traite, le 17 avril 141 8, avec Pons de Beynac,
son beau-frère, qui lui laisse le château de Dome-Vieille, pour le prix
de 8,800 livres (Table Chronologique, 166, 167), à valoir sur la dot de .sa
sœur. Maître, par suite de ces événements, de tout le plateau de Dome,
il conserve jusqu'en 1438 cette admirable position stratégique qui le
rend maître du pays et lui permet d'étendre ses courses, d'augmenter
ses troupes et de faire la guerre dans des conditions plus favorables et plus
fructueuses. Cette situation frappa immédiatement les officiers du roi de
France. Tous leurs efforts tendirent à remettre Dome sous l'obéissance
du roi. Rien ne fut négligé pour arriver à ce résultat.
Au mois de novembre 1421, les Français mettent le siège devant Dome,
s'emparent de la bastide, mais non du château de Dome-Vieille. (Tabl.
Chron. p. 169.) Onsongeà négocier. Le 10 janvier 1421 (v. st.), leRégent, duc
de Berry, approuve et ratifie un accord intervenu entre Raymond de Salignac, sénéchal du Quercy, les seigneurs des Cars, de Lestrange, de Vaillac, agissant au nom de Charles de Bourbon, comte de Clermont, capitaine
général pour le roi en Languedoc et Guienne, d'une part, et Bertrand
d'Abzac, chevalier, seigneur des château et ville de Dome, de l'autre, au
sujet de la remise de ces places. Le Régent confirme la nomination de JeanHélie, seigneur deColonges, et de Geoffroy (Gautier ?) de Pérusse, filsdu seigneur des Cars, comme otages à donner à Bertrand d'Abzac. (B. N. Ms.
Fds. Périgord, CXVII, 9 v°.) Celui-ci profite des négociations pour tenter
un coup de main sur la bastide de Dome qui retombe en son pouvoir le 5
février, et il devient de nouveau maître de tout le plateau. La situation resta
la même pendant de longues années. Nous ne trouvons, du moins, aucune
tentative de la part des Français pour reprendre Dome.
Bertrand d'Abzac avait vu son importance s'accroître ; il poussait ses
372
NOTES FINALES.
expéditions jusqu'en plein Languedoc. Le i Cr mars 1427, les Etats du Languedoc, réunis à Béziers, sous la présidence du comte de Foix, accordent
au roi une aide de 1 5o ,ooo livres, destinées à traiter avec les capitaines de
compagnies qui détiennent les places du pays, Le comte de Foix négocie
la reddition de Lautrec avec André de Ribes, écuyer, seigneur de
Tournon, Fumel , Gourdon, et Bertrand d'Abzac, chevalier, seigneur de
Montastruc, capitaines de gens d'armes et de trait, au service du roi d'Angleterre, moyennantla somme de 7,000 écus, de 70 au marc, dont ils donnent
quittance le 20 mai. Les deux capitaines de compagniesévacueront Lautrec
et garderont, eux et leurs « compagnons », la trêve jusqu'à la Toussaint
1427. (Hist. générale du Languedoc, IV, 470.)
La reprise de Dome était cependant la grande préoccupation des capitaines français ; la cour et les provinces voisines étaient disposées à
tous les sacrifices pour arriver à chasser l'Anglais de ce poste important.
On avait renoncé à l'enlever par un coup de force, et l'on cherchait à
Tacheter. Dès Tannée 1435, les Etats du Limousin, tant Haut que Bas,
avaient obtenu que la presque totalité de Taide qu'ils avaient accordée au roi fût employée à recouvrer Dome et Mareuil. (B. N. Ms. Fr. 23902.)
L'aide du Bas-Limousin avait même été spécialement affectée à la reprise
de Dome par lettres du 8 janvier 1436 (v. st.) : «... Soit ainsi, est-il dit, que
iceulx gens des trois Estats, ou aucuns d'iceulx, aient certains traictiez
pour avoir et recouvrer la ville et chastel de Domme, occupez par noz
anciens ennemis les Anglois... » Le roi accorde la libre disposition de
3 ,65o livres qui resteront déposées entre les mains de Pierre de Royère et
de Martin de Sorrias, bourgeois de Tulle, qui ne seront quittes envers la
ebambre des comptes qu'en rapportant un certificat d'Amaury d'Estissac,
constatant que la ville de Dome était remise sous Tautorité du roi. (A. N.
K. 62, n° 7.) L'exécution de ce traité souffrit des difficultés, et Ton en était
encore à négocier, lorsque Jean de Carbonnières, bâtard de Pelvézy, à la
tête de ses « compagnons », trancha la question à main armée, s'empara par surprise de Dome et fit prisonniers Bertrand d'Abzac et toute
sa famille. La cour comptait cependant si bien sur le résultat des négociations engagées que, par lettres du 2 septembre 1438, c'est-à-dire
quinze jours avant la prise de Dome par Jean Carbonnières, le roi avait
donné la capitainerie de la place au comte de Périgord. (B. N. Ms. Fds.
Périgord, CXVII, 23 v°. — Arch. de Pau.)
Les Anglais étaient chassés de la place, c'était déjà un grand point,
mais la forteresse n'en était pas davantage aux mains du roi. Le bâtard
de Pelvézy , « capitaine de compagnies », avait conduit Tentreprise
en son nom, dans son intérêt et celui de ses compagnons. II s'agissait
donc de traiter avec le nouveau possesseur de Dome. C'est ce que firent
immédiatement les officiers du roi. Le 21 novembre 1438, le roi, par
NOTES FINALES.
373
lettres données à Blois, nomme commissaires auprès des Etats du
Limousin, Thibaud deLucé, évêque de Maillezais, Gautier de Pérusse, seigneur de Saint-Marc, et Jean Berton, pour aviser aux moyens de remettre
entre ses mains la place de Dome, récemment prise par le « bastard de
Pelvoisin », ainsi que Bertrand d'Abzac et deux de ses fils, partisans des
Anglais. (B. N. Ms. Fr. 20417.)
Ce document contredit en partie le récit de Tarde, d'après lequel Dome
aurait été remis entre les mains du roi et de son lieutenant, le vicomte de
Lomagne, par traité passé à Gourdon, le i5 septembre 1438. Bien que le
fond soit vrai, et que le traité entre les Anglais et les Français ait été
passé à cette date (voirie texte du traité dans le Fonds Périgord, vol. CXVII,
p. 3o), il résulte avec certitude des lettres du 21 novembre 1438, que le règlement entre le roi, d'une part, et le bâtard de Pelvézy, au nom de ses
« compagnons » qui avaient mené l'entreprise en leur nom personnel, de
l'autre, n'était pas encore, à cette date, un fait accompli. Ce qui confirme
absolument cette manière de voir, c'est qu'il intervint postérieurement
un traité entre le roi, représenté par les commissaires précédemment
nommés , et le comte de Périgord, agissant au nom du bâtard de Pelvézy
et de ses « compagnons », en date du samedi 24 janvier 1438 (v. st.).
Pour prix de leur abandon, le bâtard et ses « compagnons » recevront
4,5oo réaux d'or, et Jean de Carbonnières personnellement, un cbâteau, le
tout payable et livrable le jour de la Saint-André suivant.
On trouve encore, postérieurement à ce traité, des lettres patentes, en date
du i3 février 1438 (v. st.), portant que « comme naguerres, après ce que la
ville et chasteaulx de Domme ou pays de Limosin (sic) ont esté remis en
nostre obéissance et recouvrées surnosennemis... mesmement le chastel de
Commerque.... » le roi commet, pour traiter de la remise, des places et de
la personne de Bertrand d'Abzac, chevalier, et de son fils, prisonniers du
comte de Périgord et du bâtard de Pelvézy, l'évêque de Maillezais, les seigneurs des Cars, de Saint-Marc, etc. (B. N. Ms. Fds. Périgord, IX, 82 v°.)
La caisse royale étaitvide: aussi le paiement se fit attendre. Pendant ce
temps, Jean de Carbonnières garde Dome. Après divers délais et remises, une transaction intervient, aux termes de laquelle le bâtard de Pelvézy et ses « compagnons » reçoivent à compte une somme de 1,100 réaux
d'or, et le bâtard est fait capitaine temporaire de Dome, jusqu'au paiement
intégral du reliquat. (B. N. Ms. Fds. Périgord, CXVII, 5o.) Le roi confirme
ce traité par lettres du i3 février 1438 (v. st.). (B. N. Ms. Fds. Doat,
245, 7. — Fds. Périgord, CXVII, 53.)
Le paiement de la somme promise à Jean de Carbonnières et à ses « compagnons » n'était pas encore effectué en 1439. Le 20 juillet de cette année,
«
Guillaume Perrier et Giral Faure, dit Puycheny, marchands de
Montignac, reconnaissent avoir reçu de Jehan, monseigneur le comte de
48
374
NOTES FINALES.
Périgord,
par la main de Jehan Beaupoil, recepveur pour le roy au
bas pays deLimosin, la somme de 200 royaulx d'or, debon or et du poids de
3 deniers chacun royal, dont lesdits marchands étoient pièges et ont payée
pour mondit seigneur aux compaignies qui furent à la prise de Dome
Acte passé à Montignac, le 20 juillet 1439, scellé du sceau de la cour de
Montignac ». (Orig. aux arcb. de Pau. — Copie dans le Fds. Périgord,
IX, 5o.)
Le bâtard de Pelvézy aurait-il mené l'entreprise au nom du comte de Pé
rigord ? C'est possible. Ce qui confirme cette manière de voir, c'est que
Jean de Carbonnières, nommé gouverneur provisoire de Dome par le roi,
en vertu du traité de 1438, était aussi capitaine de Larche pour le comte
de Périgord. (La Chesnaye-Desbois, Dict. de la Noblesse, v<> Carbonnières.)
Quant à Bertrand d'Abzac, il paya pour tous. En vertu du traité deGourdon
du i5 septembre 1438, on lui avait promis la vie sauve et la remise de
ses biens, sous condition qu'il servirait dorénavant le roi de France. Cet
article du traité ne fut point respecté, dans l'accord intervenu entre les
commissaires du roi et Jean de Carbonnières, et celui-ci s 'engaga à remettre ses prisonniers aux officiers du roi.
Cette remise fut effectuée et Bertrand d'Abzac ne tarda pas à subir sa
peine.MenéàLimogesoùsetrouvaitleroi, il futcondamnéà perdre la tête et
exécuté. « 1 1 martii 1437 (v. st.), Carolus VII... in crastinum, idestdie mercurii post prandium, fecit publicè in alto loco propè pillarium amputari
caput Bertrandi de Azat, militis, proditoris, qui fecerat se Anglicum et
captus fuerat in loco de Domione (sic) per virum bastardum
» (Ex Ms.
Cod. Sancti Martialis Lemovic. — Cl. Estiennot. Fragm. historiée Aquitan.
— B. N. Ms. Fds. Périgord, CLVII, 22.)
Le même jour, le roi, par lettres patentes, donne à la comtesse de
Périgord une belle bible, confisquée sur Bertrand d'Abzac, que celuici avait mise en dépôt dans la ville de Sarlat. (Ibid., IX, 76.)
Le château de Montastruc fut rasé. Le château de Dome fut confisqué
et réuni au domaine royal, malgré les protestations du baron de Beynac,
qui prétendait que cette seigneurie avait été seulement engagée à Bertrand
d'Abzac et non vendue, malgré celles des évêques de Sarlat, seigneurs
suzerains de cette forteresse. Leurs revendications restèrent inutiles. Le
château de Dome-Vieille prit, dès lors, le nom de « Château du Roi »,
qu'il porte encore.
Voilà, d'après les documents contemporains, l'historique de cet important événement.
NOTES FINALES.
NOTE VII (p. 227).
ORIGINE DU PROTESTANTISME EN PÉRIGORD.
Les premières traces que l'on trouve de l'invasiòn du protestantisme en
Périgord datent de Tannée 1544. Le 20 juillet, une enquête est ouverte à
Bergerac pour arriver à connaître les auteurs du sacrilège commis sur la
statue de Notre-Dame du milieu du Pont, dont la tête avait été jetée au
milieu de la rivière. (B. N. Ms. Fds. Périgord,XÏ\ , 20.) L'année suivante,
Taction de la secte est plus évidente. Voici les curieux détails que nous
fournit un document que M. Dupuy a trouvé dans les Archives de la ville
de Bergerac, et qu'il a publié :
Le 20 novembre 1545, la jurade de Bergerac se réunit, sur la convocation de Jean de Belrieu, bailli de la ville. Celui-ci expose que Frère Guillaume Marentin , Franciscain, prêchant le dernier Carême à Bergerac ,
« avoit semé tout plein d'erreurs et dit qiCil rìavoit passé que par ruelles
et qu'il en viendroit qui passer oint par les rues » ; et depuis seraient venus
trois Frères-Prêcheurs de Sainte-Foy, qui auraient, en prêchant, nié le Purgatoire, nié le Saint-Sacrement et fait beaucoup de prosélytes. Le Président de la Chassagne, assisté de deux conseillers au Parlement, serait
venu faire le procès des disciples de Marentin et des Frères-Prêcheurs,
dont plusieurs auraient été condamnés à .être décapités en effigie.
Néanmoins, les novateurs, plus nombreux que jamais, se seraient livrés à
des excès contre les catholiques, courant la ville de nuit, en armes , battant et frappant leurs adversaires. Bien plus, trois jours auparavant, ils
auraient abattu et brisé les croix qui se dressaient autour de la ville. Le
bailli a informé contre les religionnaires et il somme les consuls d'avoir à
mettre à exécution Tarrêt prononcé par le Président de la Chassagne et
de fournir Targent nécessaire des deniers de la ville. — Les consuls
répondent avec une certaine hésitation. Hélie du Castaing , premier
consul , au nom de ses collègues, tâche de dégager la responsabilité
de la municipalité. II dit que Tadministration consulaire n'est en
fonction que depuis la Madeleine ; que , depuis cette époque , il n'y
a eu aucun prêche ; que les consuls n'ont point qualité pour faire
sur ce sujet commandement aux habitants ; que ce pouvoir appartient
au bailli , magistrat royal ; que, d'autre part , messieurs les Gens du
roi ont tout pouvoir de requérir Texécution de Tarrêt. Les consuls offrent,
avec leur concours personnel, de fournir les harnais de la ville, de payer
des deniers de la caisse municipale , et déclarent leur bonne volonté d'o-
376
NOTES FINALES.
béir au roi. (Arch. de la ville de Bergerac. Layette E, n° 53. — Publié
dans le Bulletin, II, 241.)
Ces mesures de rigueur n'arrêtèrent point les désordres et la propagande des novateurs. Le 24 août j 548 , le seigneur de Ribérac, sénéchal
du Périgord, assemble les notables de Bergerac aux fins de prêter serment
de fidélité au roi, « faire cesser les émotions populaires , avec défense de
faire assemblées, sonner le tambourin, courre le pavé la nuit, ne porter
armes, sous peine de la hart. » (B. N. Ms. Fds. Périgord, XIV, 20.)
Trois ans après cette date , les religonnaires se manifestent à Périgueux par un fait qui produisit dans la province une vive émotion.
Le 24 janvier I 55 I , ils abattent, la nuit, toutes les croix dressées depuis
Périgueux jusqu'à Marzac. II résulta de l'enquête que ce sacrilège avait été
commis par certains ecclésiastiques et chanoines, infectés des idées nouvelles; mais le fait ne put être prouvé que contre un prêtre nommé Chauvet,
qui fut emprisonné. Mais, ajoute le chroniqueur, « ce n'estoient que les
« premières esgratignures du fouet de Dieu, qui, coup sur coup, nous escor« cha plus vifvement » . Quatre jours après, « ces harpies d'enfer », vers
minuit, enfoncent la grille de la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié, où était
déposé le trésor de la cathédrale, pillent Tes vases sacrés d'or et d'argent,
estimés 40,000 livres, les précieux reliquaires du chef de saint Léon, pape,
duchés de saint Barthélemy, apôtre, du bras de saint Front, 18 grands calices d'or ou d'argent, patènes, burettes, encensoirs, chandeliers et autres
orfèvreries. Le 3i janvier, on rapporte dans la cathédrale les reliques
qui avaient été jetées dans un jardin, privées de leur orfèvrerie, bien
entendu. (J. Dupuy, Estât de /' Esglise du Périgord, 177, 178.)
Bergerac devint le foyer le plus ardent de lanouvelle hérésie. La ville, cependant, ne se déclara ouvertement pour la Réforme qu'en i553, au. dire du
Père Dupuy, qui attribue cette apostasie à l'influence du lieutenant général de Poynet. Celui-ci avait succédé dans cette importante charge à son
frère, nommé, cette année 1 553, président àla Cour des aides de Périgueux.
L'un était un officier vigilant, très bon catholique; l'autre était en secret luthérien, qui se servit du pouvoir qu'il détenait pour travailler les esprits, si
bien qu'en six mois il fit déclarer ouvertement la ville pour la Réforme.
II autorisa la démolition des bâtiments ecclésiastiques, la tyrannie des
novateurs, le massacre des prêtres. Le curé de Saint-Jacques, Jean Galaïou,
et un autre prêtre, Antoine Bentajou, furent assommés dans l'église.
(J. Dupuy, ibid.)
Sarlat se maintint fidèlement dans la religion catholique jusqu'en 1 5 5g,
date des premières tentatives des protestants. La ville résista à l'infection,
grâce à Faction du clergé et des magistrats.
Si l'on en croit M. Gaullieur (Hist. de la Réforme dans le ressort du Parlement de Bordeaux (1 886), I, 177), il faudrait rapporter àl'année 1559 au
NOTES FINALES.
377
moins les premières tentatives faites par les réformés pour s'établir à Sarlat.
Un ministre, nommé Etienne Gragnon, y aurait été directement envoyé
de Genève. Celui-ci n'y fit cependant qu'un bien court séjour, puisque,
Tannée suivante, i 5 60, c'est un ministre du nom de Mazet qui, par ses
prédications, cause les premiers troubles que Ton puisse signaler à
Sarlat, sur le fait de la religion. Les prosélytes étaient déjà assez nombreux
dans la ville, à en juger par la correspondance échangée entre Jacques
André, sénéchal de Périgord, Antoine de Noailles, le duc de Guise, Burie et
le Parlement, au sujet des événements dont Sarlat fut le théâtre pendant les
années i56o et I 5 ÓI . « Le feu s'est allumé puys huict jours en ça à Sarlat,
de façon qu'un g ministre, comme ilz preschoyent de plain jour, appuyé
d'une grande partie des habitans, fut déféré à justice. . . . » (J. André
à Antoine de Noailles, le 21 octobre i56o.) « A Sarlat, Bragerac, Aymet
et Mussidan, certain popullaire, sans armes toutesfoys, s'est assemblé
pour entendre les presches de quelques dogmatizans qui se sont enhardiz,
par passades, de prescher publiquement
» (Le même au duc de
Guise, le 3o octobre i56o. — Original à la B. N. Ms. 500 Colbert, XXVII,
f° i3o.)Biron juge le fait moins grave. «A Sarlat, le tout y est entièrement
réduictz, aussi n'avoit ce esté grand chose, etTévesqueyestdcpuys arrivé. »
(Biron au duc deGuise, le 3o octobre 1 56o. — Arch. hist. de la Gironde,HYS ,1 .
— Tiré de la Bibl. Imp. de Saint-Pétersbourg. Documents français, n° 78.)
« Est bruict que quelques uns à Sarlat s'efforcent de faire assemblée de
jour et de nuict pour oyr quelque ministre, contre la deffense des officiers
de justice... » (Biron à Burie, le 3o octobre i56o. — B. N. Ms. 500 Colbert, XXVII, i3 2 .)
La vérité est que la situation à Sarlat demandait un prompt remède.
Appelé par Tévêque qui voit le mal gagner par Teffet de la parole de
Mazet, Jacques André vient à Sarlat, accompagné de vingt chevaux et du
procureur du roi, Mathurin de la Dieudye. II trouve qu'outre plusieurs
prêches, Mazet a fait plusieurs baptêmes à la génevoise
mais il constate qu'il n'y a eu ni violences, ni émotion populaire, ni port d'armes.
Pour plus de garantie, il fait promettre aux habitants, et même aux officiers de justice « de ne pas recepvoir telz dogmatizans et de ne pas assister à leurs presches, faire assemblées, ni eux aucunement divertir de Tinstitution ancieneet catholique ». (B. N. Ms. 500 Colbert, XXVII, 169.)
La preuve que les idées nouvelles avaientgagné du terrain dans la ville,
et que certainspenchaientensecretaumoinspourlaRéforme, peutse déduire
du fait suivant. Mazet, surpris, fut arrêté par ordre des magistrats et mis
en garde en la maison de deux personnages de la ville (qui ne sont pas
nommées, d'ailleurs), et qui s'empressèrentde laisser s'évader leur prisonnier.
N'était-ce point le but cherché par les officiers de justice, ou quelqu'un
d'entre eux, en laissant à Mazet cette facilité de communiquer avec ses
378
NOTES FINALES.
partisans, au lieu de l'écrouer purement et simplement dans la prison
sénéchale ? On pourrait le croire. (Ibid.)
II est intéressant de remarquer que Mazet recevait un traitement de 10
livres par mois des protestants de Sarlat, Saint-Cyprien, Issigeac et Aymet.
Ces tentatives de prosélytisme dans Sarlat furent arrêtées dès le début. « Leur esglise (de Sarlat), écrit le sénéchal à Antoine de Noailles, le
i3 novembre i5óo, a esté des dernières introduites et n'estoyt fort advancée. » (B. N. Ms., Fr. 15871.)
Burie ne crut pas cependant le mal coupé dans sa racine, puisqu'il juge
prudent de donner ordre, le 19 janvier i56i, à Jean de Losse, de se mettre
dans Sarlat et de prévenir la compagnie d'ordonnance du prince de Navarre, alors en garnison en Limousin, de se tenir prête à venir donner
main-forte à de Losse, en cas de besoin. (B. N., Ms. Fr. 3186, 27.)
L'effervescenee ne fit que s'accentuer à Sarlat, où le contre-coup des
graves événements de l'Agenais et du Quercy se fit sentir. Le sénéchal
Jacques André envoie rapports sur rapports au Parlement de Bordeaux.
« Messeigneurs, écrit-il le 22 juillet 1 56 1 , je suys grandement déplaysant
de vous advertir si souvant des escandalles qui surviennent journellement
à ceste séneschaucée pour raison de la religion.... Je suis contraint de vous
faire entendre que puys 10 jours en ça, il s'est meu entre les habitants de
Sarlat une espèce de guerre ci ville qui a duré environ deux ou trois heures,
avec toquesaing, en laquelle aucuns ont esté thuéz et autres griefvement
blessez, et non contens de ce, se sont saisiz des clefz des portes de lad.
ville, et, en forme d'hostillité, assis au millieu de lad. ville un corps de
garde armé d'armes prohibées — qui auroit engendré une telle peur et
terreur à la plupart des bons et notables cytoïens qu'ilz auroient esté constrainetz habandonner leurs propres maisons. » (B. N. Ms. Fr. 15875,
74, original.)
Le 6 aoùt suivant, le lieutenant criminel et les consuls envoient au Parlement de Bordeaux le procès-verbal des nouveaux troubles dont la ville
avait été le théâtre. Le 1 1 août, intervient arrêt, portant ordre d'informer.
Le résultat m'est inconnu. (Registres secrets du^ Parlement de Bordeaux
dans B. N. Ms. Fds. Périgord,Xl.)
NOTE VIII (p. 219).
SURPRISE DE SARLAT PAR VIVANS, ET REPRISE DE LA VILLE PAR
LES CATHOLIQUES EN i5 7 4.
Voici un récit de la prise de Sarlat par Vivans,écritpar un témoin oculaire :
« Le 22 février 1574, jour de lundy, velhe de mardy-gras, droict à l'aube
NOTES FINALES.
379
du jour, fut prinze la présente ville de Sarlat par le cappitaine Vivan
conduictz par sertains tretres, enfans d'este ville, lesquelz les habitans ne se doubtent, par escallade du cousté de Lendrevye, et morut
qui fut tué de pouvres catholiques environs vingt hommes. De leur
cousté ne morut qun appelé Bournagel, lequel , estant blezé , morut
dans mon lit à la mayson del Peuch ; ma boutique fut pillée, là où
je avois environ 2000 livres de marchandises qui ne me resta fort
peu, on me chassa dehors la ville et malez retirer chez le sieur de la
Vigeyrie à Carlux. » — {Livre de raison de Guillaume de Ravilhon,
bourgeois et marchand de Sarlat.)
La prise de Sarlat ne fut pas un fait isolé et accidentel. « Le jour
que la ville de Sarlat fut prinse, ceux de ladicte religion avoient projette
de surprendre, non par armes, mais par stratagesmes et aultres ruses de
guerre, toutes les villes de Périgord et Limosin... » (Journal de Pierre de
Jarrige, viguier de Saint-Yrieix... p. 79.) A la mème date, les religionnaires s'emparèrent de Beaulieu, Vayrac, Montvalent, Montfort, Pons,
Châteauneuf, etc. (Ibid.) Cette prise d'armes des protestants est connue
dans l'histoire sous le nom de « Prise d'armes du Mardi-gras ».
Pierre de Jarrige, dans son récit de la prise de Sarlat, indique le vicomte
de Bruniquel comme le chef de l'entreprise, ayant sous lui Vivans , la
BoissièreetBonaguil(lire: Bornazel). — C'est la seule mention queje trouve,
de la présence de Bertrand Roger de Comminges, vicomte de Bruniquel,
célèbre capitaine huguenot, à la prise de Sarlat en 1574.
Un procès-verbal dressé au mois d'octobre de la même année, par François de Gérard , conseiller du roi , lieutenant-général de Périgord au
siège de Sarlat, à la requête de Louis de Salignac, évêque de Sarlat, donne
les noms des ecclésiastiques tués par les protestants ; ce sont : François
de Bruzac , prévôt de la cathédrale ; Pons de Salignac , abbé de Nesle,
grand archidiacre ; Pierre de Salignac, chantre de la cathédrale ; Jean Valate, chanoine; Etienne Madieu, prébendier. (B. N. Ms. Fds. Périgord,lAl.)
Un des « tretres, enfans de la ville », qui favorisèrent le plus la surprise
de Sarlat par Vivans, fut un magistrat , lieutenant particulier au siège
sénéchal de la ville. Le sénéchal André de Bourdeille , annonçant au roi
la reprise de Sarlat par les catholiques, le 17 mai 1574, demande en faveur
des sieurs de Puymartin et de Prouhet , la confiscation de l'office de lieutenant particulier, « qui fut cause de la reddition dudit Sarlat la première
fois aux huguenots ». (Œuvres de Brantôme. La Haye (1743), vol. XIV,
n° 33 .) Le roi, dans sa réponse du 25 mai suivant, lui annonce l'envoi « du
brevet de la confiscation du lieutenant particulier ». (Ibid., n° 38.) Ce magistrat était Antoine du Faure, que nous trouvons qualifié de lieutenant particulier par autorité royale, au siège de Sarlat et bailliage de Dome, le
2 septembre 1572. (Arch. de Gérard.) — La confiscation ne fut-elle pas
380
NOTES FINALES.
opérée malgré le brevet du roi et le magistrat parvint-il à se laver de
cette accusation si grave ? ou plutôt transigea-t-il, à prix d'argent, avec
les bénéficiaires du brevet de confiscation, Puymartin et Prouhet ? Cette
dernière hypothèse est plus probable. Ce qui est certain, c'est que nous
trouvons le même Antoine du Faure lieutenant particulier de la sénéchaussée jusqu'en 1606. (Arch. de Gérard.)
Le chef hiérarchique de ce magistrat infidèle à son devoir , le lieutenant général François de Gérard avait été surpris par la promptitude
d'une attaque contraire au droit des gens, et que rien ne pouvait faire
prévoir. II dut renoncer à toute tentative de résistance et chercher à
échapper à la mort certaine qui l'attendait, s'il était tombé entre les mains
de Vivans. II laissa donc les huguenots s'acharner sur ses biens et se
hâta de préparer les moyens pour délivrer la ville dont il avait, devant le
roi, la responsabilité. « ... II (François de Gérard) conserva la ville de Sarlat soubz l'obéyssance de noz prédécesseurs roys jusqu'en Tannée 1574 ,
quelle feust surprinse par ceulx de la R. P. R. qui aur oient pris, saccagé et
pillé ses maisons et domaines... laquelle ville, parle bon ordre et adresse
dud. François de Gérard , feust bientost reprinse et remise en notre
obéyssance, en considération de quoy Charles IX, d'heureuse mémoire, le
fist chef de la justice deladicte séneschaussée. » (Lettres patentes de maintenue de noblesse pour Armand "de Gérard, écuyer , seigneur du Barry. —
Avril 1649. — Original. Arch. de Gérard.)
II est juste de remarquer que la surprise de Sarlat par Vivans, contre
le droit des gens, fut loin d'être approuvée unanimement par les chefs
protestants. Les seigneurs de Caumont, de Beynac, de Saint-Geniès, de
Larmandie de Longa, « ne sont partis de leurs maysons, ne aussy baillé
secours, faveur ne ayde ausdits séditieux ». (Bourdeille au roi, i3 mars
1574, loc. cit.) Le roi leur écrivit pour leur exprimer sa satisfaction
— (Le roi à Bourdeille, i5 mars 1574, loc. cit.)
Le sénéchal André de Bourdeille donne, dans sa correspondance, sur
la reprise de Sarlat , des détails un peu différents de ceux que nous
trouvons dans le texte de Tarde. « J'ay sceu, écrit-il au roi le 24 avril 1574,
que Vivans estoit parti de Sarlac, où il estoit chef, pour aller trouver
Langoyran à Bergerac, et que, tous deux voulans retourner audit Sarlat,
Tentrée leur en a été refusée par ceux de la ville, lesquels se sont saisis
de la femme et des enfants dudit Vivans et ont rompu ses coffres, pensant
trouver le butin qu'il avoit faict dans la ville. » (OEuvres de Brantôme.
La Haye (1743), t. XIV, n° 2 5.) «
Après que M. de Losse a esté venu
d'essayer combatre Langoyran et le chasser jusques à Beaulieu, il sen est
retourné à Sarlac, pensant Tavoir et mettre en vostre obéyssance par
doulceur, voyant le barbouil qui estoit de là dedans entre eulx ; ce qu'il
n'a pu faire.... » (Le même au roi, 5 mai 1574. — Ibid. n° 26.)
NOTES FINALES.
381
Le roi ne paraît point considérer le fait d'avoir refusé l'entrée à M. de
Losse comme un acte de révolte de la part des Sarladais. Cela résulte de
sa lettre à Bourdeille , du 1 3 mai suivant, répondant à la précédente :
«.... Estans bien ayse,dit-ii, que ceux de Sarlat se soient rendus maistres
de la ville et qu'ilz ayent refusé l'entrée à celui qui sen estoit auparavant
saisi, je m'assurc, dit-il, qu'il y sera si bien pourvu qu'ilz ne retomberont en cette accident... » (Ibid. n° 3i.)La ville, délivrée de "Vivans, resta
néanmoins au pouvoir des protestants.
Les officiers militaires du roi n'avaient point renoncé à s'établir avec autorité dans Sarlat, et à y mettre une solide garnison catholique. C'est ce
qui fut exécuté le 12 mai suivant, grâce à l'appui de la population catholique, cf.... Mardy dernier, écrit André de Bourdeille au roi, le 17 mai 1574,
environ midy,jefus adverty que le sieur de Puymartin, chevallier devostre
ordre, beau-frère de M. de Losse, avoit prinset gaigné une des portes et une
tour de la ville de Sarlat, par l'intelligence qu'il avoit avec aulcungs de ceulx
qui estoient dedans. Et craignant que ceulx de Bergerac ou aultres
eussent voulu secourir leurs compaignons... jay adverty plusieurs gentilshommes et seigneurs de mes parents et amys quilz me vinssent trouver ;
ce qu'ils firent le lendemain bon matin, et cependant jadvertis deux compaignies de pied que M. de Losse m'avoit laissées pour marcher droit vers
Montignac. Et ainsi que je voulois monter à cheval,.... je fus adverty
que lad. ville estoit du tout en vostre obéyssance,
Je despechis ung
homme et escripvis aud. sieur do Puymartin, le pryant de m'en faire
certain, lequel me fit response
et voyant qu'il n'avoit point besoing
de forces, j'ay donné congé aux seigneurs et gentilshommes
Le
sieur de Puymartin m'afaict aultre response, par laquelle cognoistrez ceux
qui sont dans lad. ville pour vostre service, et me semble, Sire, que leur
debvez escrire.... et aud. sieur de Puymartin qui est cause de la reprinse
de lad. ville... et aussi au nommé Prouhet, lequel fit l'entreprinse avec le
sieur de Puymartin. » (Ibid. n° 33.) Ce Prouhet devait être Jean de
Prouhet, écuyer, seigneur de Saint-Clément et de Roffi.
II est juste de rappeler que François de Gérard, lieutenant-général de
Périgord au siège de Sarlat depuis 1572, fut établi par Charles IX chef de
justice de la sénéchaussée, cette même année 1574, en récompense des
services qu'il avait rendus, lors de la reprise de Sarlat par les catholiques
(voir page précédente), et nous trouvons ailleurs que Raymond de la Brousse,
lieutenant criminel, et un sieur Graves, s'employèrent aussi utilement dans
cette importante circonstance. (Lettres patentes d'anoblissement pour
Jean de la Brousse, premier président auprésidial de Sarlat. — Sept. 1671.
— B. N. Ms. Carrés de d'Hozier, 137.)
J'ai signalé ailleurs, en parlant de Jean de Beynac, seigneur de la RoqueMeirals, le procès qu'il intenta à la ville de Sarlat pour avoir paiement de la
49
382
NOTES FINALES.
somme de 3 ,oooécus, qui lui aurait été promise pour prix de son concours
(voir p. 257, note 4). La Roque-Meyrals ne fut pas le seul à recevoir ainsi
récompense. Dans les « Mémoires envoyés au Roy par le syndic des Etats
du Périgord, le 29 mai 1575 », on lit : « Faultremonstrer au Roy, comme
le lieutenant (général) de Sarlac a imposé sur son ressort la somme de
dix huict mille livres, pour récompenser ceux qui avoient reprins la
ville de Sarlat, qu'est cause que les deniers, revenus et aultres, ordonnez
pour le faict de la guerre, ne peuvent estre payez. Qu'il plaise à Sa Majesté d'octroyer surséance de la levée de ladicte somme jusques à ce que
Dieu nous aura donné la paix et aux habitans moyen de payer. » [Œuvres de Brantôme (1743), t. XIV.)
Ce passage est curieux à plus d'un titre, surtout parce qu'il permet de
constater une des attributions les moins connues de la charge de lieutenant-général. Parmi ses pouvoirs si variés, celui qui lui donne le droit
d'imposer légalement les paroisses du ressort de sa sénéchaussée et de
lever une somme aussi considérable pour subvenir aux frais du siège et
de la reprise de la ville principale, mérite d'être signalé. Et il n'y a point
d'hésitation sur la légalité de cette levée de deniers. Le syndic ne demande
pas au roi de casser cette imposition, mais seulement de surseoir à la
levée des deniers, et, d'autre part, la cour apprécie de la même façon, puisque, non seulement François de Gérard n'est point blâmé, mais au contraire nommé, au même moment, chef de justice de la sénéchaussée de
Sarlat, en récompense de ses services.
C'est en vertu de ces mêmes attributions que le lieutenant-général ,
deux mois après, rend l'ordonnance suivante sur le fait des deniers royaux:
« Françoys de Gérard, conseiller du roy, lieutenant- général au siège de
Sarlat, aux habitants de la Roque et Tayac.
« Comme, dèzle i3 °juillet, les éluz et controlleurs ordonnez par le Roy
sur le faict des aydes, tailhes, etc.... au pays et eslectionde Périgort ayent
procédé au despartement de la somme ordonnée par Sa Majesté pour
l'entretènement de 600 hommes de guerre, mis en garnison au pays de
Périgort, pour la conservation des villes, chasteaux et places fortes d'iceluy, pour les trois moys passez de may, juin, juillet, et commandé de porter les sommes à Périgueux ez mains de Jean de la Borie, commis à la
recepte et levée d'iceulx, partie desquelles commissions avoient esté
livrées au cappitaine Solminhac, estant en garnison à Sarlat, pour
le payement de sa solde, et parce que depuys la ville de Périgueux a esté surprinse parles ennemis qui destiennent la personne dudict
Laborie.... à ceste cause, Nous ordonnons cothiser la somme imposée
sur vous et la porter ici. A Sarlat, le i3 e aoust 1575.
« F. GÉRARD, Lieutenant général. »
(B. N. Ms. Fds. Périgord, XV.)
NOTES FINALES.
383
Le capitaine Solmignac, dont il est parlé ici, commandait dans Sarlat,
depuis le mois de mai 1574, une compagnie de 80 hommes à pied, sous
les ordres de M. de Puymartin, chevalier de Tordre du roi, laissé comme
gouverneur de la place par M. de Losse, lors de la reprise de la ville.
(Instruction... pour remontrer au roi, 29 août 1574. — Œuvres de Brantôme, (i 74 3), t. XIY.)
NOTE IX (p. 302).
DOCUMENTS SUR LE SIÈGE DE SARLAT EN 1 5 87.
Voici quelques documents, la plupart inédits, sur cet événement important, qui ont dû être renvoyés ici à cause de leur longueur.
I. — La reine Catherine de Médicis à Bertrand de Salignac , seigneur
de la Mothe-Fénelon , chevalier des ordres du roi et conseiller d'Etat.
« Monsieur de la Mothe-Fénelon, vous avez faict avecques vos nepveus ung
très notable et agréable service au Roy, monsieur mon íìlz et à vostre patrye,
par la deffence de la ville de Sarlat qui a esté préservée, par vostre prudence
et par la vertu et valeur de vosd. nepveus, contre les forces de ceux du
party contraire qui auront reçu ce coup de baston avecques celluy de la deffaitc entière de leur armée eslrangère advenu par la singulière grâce de
Dieu et par la bonne conduite et le bon heur du Roy mond. sieur et íìlz. Je
me réjouis grandement du bon debvoir que vous avez faict en ceste occasion, tant pour l'advantaige que en recepvra le service du Roy, mond. sieur
et filz, que pour l'affection particulière que je vousporte et à tous les voslres,
pour lesquels jeseray tousj ours preste à m'employer quand l'occasion de
ce faire s'en présentera. A tant je prie Dieu, Monsieur de la Mothe-Fénelon,
qu'il vous ayt en sa saincte garde. Escript à Paris le 5 e jour de janvier
1 588. »
Signé : « CATEIUNE. »
Plus bas : « DE NEUFVILLE. »
Au dos : « A Monsieur de la Mothe-Fénelon, chevalier des ordres du Roy
monsieur mon filz et conseiller en son conseil d'Estat. »
(Arch. Nat. K. 101. — Minute originale.)
II. — Le 21 janvier 1 588 , le roi Henri III fait don à la ville de Sarlat
d'une somme de 10,000 écus, pour être employés tant à la réparation
des murs qu'à l'indemnité des propriétaires de plus de soixante mai-
384
NOTES FINALES.
sons démolies, soit dans un but de défense, soit par le canon du
vicomte de Turenne.
Le même jour, par lettres patentes, le roi, faisant droit à la requête des
habitants de Sarlat, les exempte à perpétuité de toutes impositions, « en
considération des pertes par éulx souffertes à l'occasion des troubles et
de la grande dépence et ruynes qu'ilz ont esté contrainetz supporter à
cause du siège mis devant la dicte ville de Sarlat par le viconte de Thurenne, avec l'armée de ceulx de la nouvelle opinion enl'année dernière ».
(B. N. Ms. Fds. Périgord,\Al.)— Ces lettres patentes, présentées au bureau des finances de Bordeaux, donnent lieu à un avis de cette juridiction , daté de Bordeaux le n (déchiré) 1 588 , qui déclare au roi que les
requérants doivent être simplement « quittés et deschargéz du payement" de taille et creues d'icelle, seullement durant six années prochaines et consécutifves, commencées le premier jour de janvier dernier, en ce comprins aultre descharge à eulx faicte, pour trois années
commençans aussi en la présente, par aultres lettres patentes de Sa
Majesté du mesmejour, 21 janvier dernier. » (Arch. de Gérard. Original
parchemin.) — Je ne sais quelle fut la suite de cette affaire et si la réduction proposée par le bureau des finances fut maintenue par le roi.
III. — Le roi Henry III à Bertrand de Salignac , etc.
« Monsieur de la Mothe, vous et vos nepveus, accompagnés de vos bons
parens et amis et de la fidélité des habitans de ma ville de Sarlat, m'avez faict
un très-agréable et utile service de m'avoir si bien et heureusement desfendu
et conservé lad. ville contre l'effort et lapuissance des perturbateurs du repos
publicq de mon royaume, en quoy vous avez acquis une très-grande gloire
et de moy un gré éternel et perdurable et suis très mary de ce que l'estat
présent de mes affaires ne me permet de le recognoistre à ceste heure envers
vosd. nepveus et lesd. habitans selon leur mérite et mon désir, mais j'espère
le récompenser à l'advenir de façon qu'ils -serviront d'exemples aux autres
et auront toute occasion de s'en louer, quoy attendant je vous prie et eux
aussi vous contenter de ma bonne volonté, continuer à vous employer pour
la conservation de lad. ville et à maintenir en debvoir et obéissance mes
subjets tant de la noblesse que autres qui vous seront voisins, leur faisant savoir que j'ay deslibéré de m'approcher d'eulx pour les délivrer des
maulx qu'ils souffrent et en chastiantles meschans, recognoistre etgratiffier
les bons tant qu'il me sera possible et y commencer de la présente année,
pour ne discontinuer ny cesser jamais que je n'aye mis à bout ung si
bon œuvre, vous priant et eulx pareillement de vous tenir prests pour m'y
accompagner et servir ; et au reste croire que j'ay eu à grand plaisir de
voir le sieur de Gaulejac, vostre nepveu, lequel m'a rendu très-bon
compte de tout ce qui s'est passé au siège dud. Sarlat et s'est en toutes
NOTES FINALES.
385
choses comporté très-sagement. Je prie Dieu, Monsieur de la Molhe, vous
avoir en sa saincte et digne garde. Escript à Paris, le 12 e jour de febvrier 1 588 . »
Signé : « HENRY. »
Plus bas : « DE NEUFVILLE. »
Au dos : « A Monsieur de la Mothe-Fénelon, chevalier de mes ordres,
conseiller en mon conseil d'Estat. »
(Arch. de Gérard. — Copie ancienne.)
IV. — Le 21 janvier 1 588 , le roi accorde au lieutenant général de Sarlat un brevet qui double ses gages. Voici les considérants
de ce brevet. — «
Nostre amé et féal conseiller et lieutenant général en la séneschaucée de Périgort au siège de Sarlat , M. Françoys
de Gérard, nous a
remontré qu'il s'est deument acquitté et comporté d'exercice du dict estât et mesme à la conservation de la dicte
ville en nostre obéyssance, tant durant les troubles qui ont eu cours
au dict pais que durant le siège qui fut mis dernièrement par le vicomte de Thuraine, avec larmée de ceulx de la nouvelle oppinion ,
qui a apporté grande perte au dit suppliant, mesmes en ses maisons et
métaries qu'il a aux champs , lesquelles ont esté ruinées et saccagées
durant tous les dits troubles par les gens de guerre tant d'un que
d'aultre party
Nous, de l'advis de nostre conseil , considérant les
pertes du dict suppliant et le bon debvoir qu'il a faict [tant] en lexercice
des dicts estats qu'à la conservation de la dicte ville en nostre obéyssance,
luy donnons...., etc. »
(Arch. de Gérard. O rig. parch.)
Les présidents trésoriers de France à Bordeaux ayant refusé d'entériner
les lettres précédentes, sous prétexte qu'elles constituaient une gratification anormale, le roi, par ses lettres de jussiondu 23 mai 1 588, en ordonne
l'entérinement, bien qu'elles n'aient pas été vérifiées par la chambre des
comptes. «
les quelles lettres, est-il dit, vous ayant esté présentées pour les entériner, auriez reffuzé de ce faire et ordonné qu'en faisant
apparoir de la vériffication faicte d'icelles en nostre chambre des comptes...
que seroit, ce faisant, et au moïen des grandz fraiz qu'il conviendroit
faire pour ce
priver le suppliant d'une bonne partie de la récompence que nous luy avons accordée pour le bon debvoir à servir qu'il
nous a faict durant le siège du dict Sarlat, où il n'a rien espargné pour
conserver et deffendre lad. ville contre ceulx qui taschoint par force de
s'en investir et la distraire de nostre obéissance, pourquoy voulant rele-
386
NOTES FINALES.
ver le dict Gérard de si grande despence et noz dites letres sortir leur
plain et entier effect, vous mandons et ordonnons. . . . etc. »
(Arch. de Gérard. — Orig. parch.)
La cour des comptes se mêla aussi de cette affaire, et malgré plusieurs
lettres de jussion envoyées par le roi à cette haute juridiction, François
de Gérard ne put jouir de cette augmentation de gages qu'en 1597, en vertu
de lettres d'Henri IV, du 18 janvier, qui, confirmant la libéralité faite
par son prédécesseur, rappelle, dans les termes les plus élogieux, la part
prise par le lieutenant général aux événements de la province, et principalement à la levée du siège de 1587 et à la soumission de Sarlat en 1594.
— (Ibid.)
V. — Le roi Henry III à François Pothon de Gérard, conseiller du roi,
lieutenant général de la sénéchaussée de Périgord au siège de Sarlat.
« De par le Roy.
« Nostre amé et féal, nous avons veu le procès-verbal que lévesque de
Sarlat et vous aves dressé du siège qui a esté mis devant nostre ville de
Sarlat et avons eu plaisir de recognoistre par icelluy, la fidélité, constance
et affection au bien de nostre service que vous et vos consitoyens aves faict
paroistre en cest endroit, ne doubtant pas qu'en vostre particulier vous
nayes santy beaucoup de perte et d'incommodités en vos biens pendant le dict
siège, outre la cessation et discontinuation de nostre justice, qui vous a
empêché de jouir des émoluments de vostre estât , mais nous vous
asseurons que se présentant occasion de le recognoistre , nous vous
fairons paroistre le contantement qui nous en demeure et Testime que
nous faisons de vostre bonne volonté et du debvoir que vous aves
rendeu en ce besoing dont nous aurons à jamais mémoire.
M Donné à Paris ce dousiesme jour de février mil cinq cens quatre
vingt huict. »
Signé : « HENRY. »
Plus bas : « DE NEUFVILLE. »
(Archives de Gérard. Copie authentique.)
La reine-mère, Catherine de Médicis, écrivit à la même date au même
une lettre de remercîment, qui existait, il y a peu d'années encore. Ce document s'est perdu.
VI. — La reine Catherine de Médicis à Bertrand de Salignac.
« Monsieur dela Mothe-Fénelon, leRoy, monsieur monfilz, est non seulement
très-bien informé du bon debvoir que l'évesquede Sarlatet vos autres nepveus
NOTES FINALES.
387
ont faict en la conservation de lad. ville, mais il recognoist aussi que le bon
succès qui en est arrivé est deub à vostre soing et prévoyance, qui aviez si
bien donné ordre à toutes cboses auparavant que l'on y eust mis le siège, que
cela a grandement aydé à repousser les ennemis. Or, il vous en scait le
bon gré que mérite ungsi notable et utile service, et vous asseure que se présentant occasion de le recognoistre en vostre endroit et de vosd. nepveus,
vous senlirés par essect le contentement qu'il en a en quoy je le conforteray tous jours autant qu'ilmeserapossible, vous voulant bien dire que le sieur
de Gaulejac, présent porteur, s'est très-bien acquité de la charge que vous
luy avez donnée, priant Dieu, Monsieur de la Mothe-Fénelon qu'il vous ayt
en sa saincte et digne garde. Escript à Paris, le i3 e jour de febvrier 1 588. »
Signé : <t CATERINE. »
Plus bas : « DE NEUFVILLE. »
Au dos : « A Monsieur de la Mothe-Fénelon, chevalier des ordres du roy,
monsieur mon filz, et conseiller en son conseil d'Estat. »
(Arch. de Gérard. —• Copie ancienne.)
VII. — L'évèque Louis de Salignac reçut aussi du roi des marques de
satisfaction et une indemnité pour les avances et pertes qu'il avait faites
lors du siège du vicomte de Turenne. La quittance suivante en fait foi :
« Nous, Loys de Salignac, évesque de Sarlat, confessons avoir reçu de
e
M Pierre Crémoux, receveur des tailles de Périgord, la somme de 55o
escus, faisant partie de 4000 livres imposée par mandement du Roy au pays
de Périgord en Tannée dernière pour nostre remboursement de frais
par nous soufferts et despence par nous employée à la conservation de la
ville de Sarlat, durant le siège mis devant icelle au mois de novembre
1587 par le sieur viscompte de Turene , conduisant T armée de ceulx de la
nouvelle opinion... A Sarlat le 21 juillet 1590.
« DE SALIGNAC, Evêque de Sarlat. »
(B. N. Ms. Gaignères. Latin, 17028.)
Cette victoire de Sarlat sur une armée victorieuse fut considérée comme
Teffet de la protection divine. Une procession commémoralive fut établie en souvenir de ce grand événement (Propre des SS. du diocèse de Sarlat, 1677), et s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Les services rendus
dans ces graves circonstances par les principaux défenseurs de la ville
ne furent point oubliés, et Ton trouve dans divers documents trace de la
reconnaissance publique pour les familles qui s'étaient distinguées. Presque de nos jours, le vénérable et éminent Monseigneur Georges Massonnais, qui, digne successeur de nos évêques de Sarlat, dont il avait re-
388
NOTES FINALES.
noué la chaîne, affectionnait d'une manière toute particulière sa seconde
ville épiscopale, aimait à venir présider à la fête commémorative de la
levée du siège de 1 58j, et, du haut de la chaire, rappelait aux habitants
de Sarlat les services que rendirent jadis à la religion et à leurs aïeux, les
Salignac , les Gérard, les Carbonnières, les la Batut, les la Brousse , les
Custojouls, les Chassaing, et les autres défenseurs de la ville. Aujourd'hui , ces vieux souvenirs s'effacent, ils auront disparu avant qu'il soit
longtemps.
NOTE X (p. 3oo).
PRISE DE SARLAT PAR LES LIGUEURS EN i5ç>o.
Voici le récit que nous a laissé de cette surprise de Sarlat par les
ligueurs, un bourgeois de la ville, Léonard Selves. Outre l'intérêt du
récit écrit sur lésait, on y trouve quelques détails bons à conserver. Ce
récit a été publié par nous dans le Bulletin de la Société historique du
Périgord, 2 e année.
« Le 23 juing mil v c nn xx ,' ung sabmedy, veilhe de la Sainct Jehan,
à l'heure de cinq heures du soir, nostre ville de Sarlat fut prinze par la
porte de la Regnaudye, par M. de la Torrette qui avoict esté arcidiacre
de l'église cathédralle de la dicte ville et autres, par le moyen de force
habitans de la dicte ville qui le mirent dedans, qui avoyent gaignéla murailhe, criant par la ville : Vive la Ligue ! et le 25 e du mesme moys, fust
reprinze, et les habitans, voyant que ce fust leur ruyne et du pays, s'advisèrent de les tirer de force , ce quilz firent. Ledict sieur de la
Torrette, estant allé faire desmolir une maison, nommée la Boytie, afin
que ceulx de la religion ne la prinsent, avec quelques soldats, et fermazent lesdictz habitans la porte de ladicte Regnaudye et cryant par la ville
avec les armes : Vive liberté et Sarlat ! et prindrent les armes aulx estrangiers et baillèrent en guarde en certaines maisons, puis, ledict soir, les
firent sortir de force et leur rendirent leurs armes et ce parce que le sieur
de la Torrette avoict uzé de honneste gentilhomme envers les susdictz
habitans ; à la prinze ne fust blaysé qu'un nommé monsieur de Leygue,
juge de ladicte ville, et Anthoine Lauzanne, etfeurent contrainctz par les
habitans quitter, voyant que ladicte muraille estoit prinze et contraincte
par la vive harquebuzade. Les uns, qui estoint partisans en ce faict feurent expellés dehors et les autres non. »
[TÂvre de raison de Léonard Selve, bourgeois cie Sarlat.)
NOTES FINALES.
389
Une délibération de la Jurade, du 28 juin, donne à la reprise de Sarlat
sur les ligueurs la date du 27. Le récit de l'événement est le même que
celui qui précède, mais rappelle le nom du sieur de Belcaire, qui aurait
conduit l'entreprise sur Sarlat avec l'archidiacre de la Tourette. (B. N.
Ms. Fds. Périgord, vol. LII.)
Voici, d'autre part, un document qui jette un certain jour sur cet événement. C'est une lettre écrite par le Parlement de Bordeaux au maréchal de Matignon :
<a Très honoré sieur, nous estimons que vous aves entendu par les consulz
de la ville, de Sarlat la surprinze qui avoict esté faicte d'icclle par aucuns
mal intentionnez au service du Roy, au moyen des intelligences qu'ilz
avoyent avec des particuliers de lad. ville, ensemble du bon debvoir
quiceulx consulz ont aporté à se rachapter d'une telle tirannio et oppression dont ilz estoient menassés, de quoy ilz sont grandement à louer, et de
notre part, incontinent en avoir esté advertis, nous leur avons escript de
continuer à faire leur devoir et promis toute faveur et assistance en ce
qui dépendoit de nous, avec injonction de faire faire le procès aux coulpables de lad. trahison et daultant que le prétexte de la révolte a commancé par le mauvais traictement que ceulx de la garnison de Dome font
aulx habitans de Sarlat, et qui détiennent prisonniers le lieuctenant cri1
minel du siège dicelle, il est à craindre, si telles voyes et façons de faire
continuent, qu'ilz ne soyent poulssés au désespoir. Nous avons faict un
arrest pour la délivrance du lieutenant criminel au capitaine Vivant et
vous prions luy en escrire de vostre part à ces fins, ensemble au sieur
viscomte de Turenneêtle plustotne sera que le mayeur, afin défaire cesser
telles violances pour les inconvénians qui en pourroyent advenir au bien
et service de sad. Majesté et nous prions cependant le Créateur vous
donner, très honoré sieur, en parfaicte santé, très longue et heureuse vie.
Escript à Bordeaux, en Parlement, et soubz le seing et scel d'icelluy,
le sixiesme jour de juillet 1590.
a. Les gens tenans la court de Parlement de Bourdeaux, bien vostres.
« Dalesmes. »
e
(Copie du xvi siècle. — Arch. dép. E. — Cartons cotés : Sarlat.)
1 Le lieutenant criminel de la sénéchaussée de Sarlat était Raymond de la Brousse.
X
50
390
NOTES FINALES.
NOTE XI (p. 324).
SOUMISSION DE SARLAT AU ROI EN 1594.
Voici le texte de l'ordonnance des consuls de Sarlat, publiant la prorogation de la trêve générale conclue le i er août 1 5g3 :
« II est faict déclaration à toutes manières de gens, de quelque estât,
quallité et condition qu'ilz soyent, que la trefve généralle de France
dure et continue jusques au vingtiesme de novembre prochaing venant,
icelluy incluz , et par ainsin est inhibé à toutes personnes d'y contrevenir, uzer d'aulcune prinzes de ville, maisons, personnes, bestialz,
ny commectre aultre acte d'hostilité, à peyne de la vie, et sera procédé
contre les infracteurs par les voyes de justice comme perturbateurs du
repos public.
« Faict à Sarlat, le vingt-septiesme jour d'octobre, an mil v c quatre vingtz
treize.
« De la Broue l , consul; Cordis 2 , consul ; Crémoux 3 , consul ; L. Salvaing,
consul ; de la Coste, greffier commis. »
Au pied : « Publié le jour que dessus, en présence desd. sieurs consulz,
iceulz assistans, tant en la place et fauxbourgde la Boucarie, où le marché
se tient d'ordinaire, que place publicque de lad. ville. » — (Archives départementales, E. — Cartons cotés : Sarlat. — Original papier.)
Sur une copie de cette pièce, dans le Fds. Périgord, on trouve la mention suivante : « [Cette trêve fut] continuée pendant ledict mois de novembre etpuis jusqu'au 1 er janvier. »
Le roi nomma pour remplacer le sénéchal d'Aubeterre, tué au siège de
Lisle en juillet i5g3, le vicomte de Bourdeille. Les circonstances étaient
difficiles. Le roi venait d'abjurer le 25 juillet 1593 ; il s'agissait d'opérer la
pacification complète du pays et de grouper autour du prince les débris des
divers partis qui s'étaient fait une guerre acharnée depuis 35 ans. Le
roi crut devoir donner au nouveau sénéchal des instructions pour le guider dans ses délicates fonctions. Le texte de ces instructions nous a été
conservé. C'est un document trop intéressant pour ne pas être donné en
entier. On verra combien le roi jugeait sainement la situation etavec quelle
générosité il fit les premiers pas pour attirer à lui les diverses fractions
encore hésitantes.
1 Antoine de la Brouhe, avocat du roi au
sénéchal.
2 Léonard Cordis, conseiller au sénéchal,
3 Guillaume Crémoux, dit le Vieux.
NOTES FINALES.
DÉPESCHE BAILLÉE
AU SIEUR DE BORDE1LLE
POUR
391
COMMANDER
EN
PÉRIGORD.
MÉMOIRE SERVANT D'INSTRUCTION.
« Le Roy, considérant que à l'occasion du décedz puis naguères advenu
du sieur vicomte d'Aubeterre, qui avoit la charge de commander au pays
de Périgord pour le service de sa Majesté, il estoit besoing de pourveoir
d'un autre chef, sadicte Majesté a faict eslection, à cest effect, de la
personne du sieur vicomte de Bordeille, tant pour la confiance qu'il
a de la fidélité et affection d'icelluy à sondict service , que pour la
qualité et le crédit qu'il a audict pays, s'asseurant sadicte Majesté
qu'il se comportera si vertueusement en ladicte charge qu'elle aura
occasion de s'en contenter.
cc Lorsqu'il sera arrivé audict pays, il assemblera et verra le plus grand
nombre qu'il pourra de gentdzhommes d'icelluy, serviteurs de sadicte Majesté, et, après leur avoir faict entendre ladicte charge qu'elle luy
a donnée, leur dira, au nom de sadicte Majesté , qu'elle leur sçait
très bon gré de lá fidélité et affection qu'ilz ont monstré avoir à son
service, les priera de persévérer et de voulloir assister aux affaires qui
se présenteront pour le bien de la province et de son dict service,
comme ilz s'y sont dignement employez par cy-devant, les asseurant
que sa Majesté les recognoistra aux occasions qui s'en présenteront, selon
leurs mérites, desquelz il leur donnera le tesmoignage qui leur en sera
deub, afin de leur servir aux gratifications qu'ilz pourront désirer de
sadicte Majesté.
« Que, au demeurant, sa Majesté a un très grand regret de la ruyne quela
guerre apporte à ce royaume, qu'elle n'a rien obmis ny laissé en arrière
pour parvenir à une bonne réconciliation, ayant après sa conversion à
la Religion catholicque donné tout loisir et occasion à ceux qui avoient
monstré et protesté ne désirer autre chose en sa Majesté , pour la
recognoistre, de ce ranger au debvoir, par la trefve et cessation d'armes
qu'elle leur avoit volontiers accordée, afin que l'aigreur de la guerre
donnant lieu à une libre communication des uns aux autres, les moyens
se rendissent plus facilles de s'accommoder ensemble soubz une mesme
obéissance qui ne peut estre légitime en autre personne que celle de
sa Majesté.
« Que néantmoins l'ambition de ceux qui s'agrandissent de la despouille
et substance du public et des particuliers, n'espargnans mesme ny l'Eglise,
les tient encores bandez en leurs desseings premiers, combien qu'il n'y ait
rien dont ilz les puissent plus couvrir, sans avoir faict aucune démonstration de voulloir embrasser les moyens de la paix, mais, au contraire
confirme encore d'avantage leur practique et conventions avec lesEspagnolz
392
NOTES FINALES.
et autres estrangcrs pour leur donner le royaume en butin et recommencer la guerre au premier jour ; que les gens de bien et bons François se
doibvent d'autant plus estroictement lier ensemble avec sa Majesté,
pour le soustènement de l'Estat, pour la deffence d'eux-mesmes, de leurs
femmes, enfans et maisons, ne pouvant jamais espérer repos ny certitude
en leurs fortunes avec telz ennemis qui ont desjà faict entre eux le partage de leurs biens que pour une entière victoire , laquelle ilz doibvent
attendre de la bonté de Dieu, combatans pour une si juste cause,
s'ilz demeurent tous bien unis et résoluz, et s'employent à bon escient
pour le soustènement d'icelle soubz l'authorité de sa Majesté, suivant
l'exemple qu'elle en donne , n'espargnant sa vie ny son soing pour
le salut et conservation des siens , qui les doibt d'autant plus faire
esvertuer à faire le semblable, spéciallement la noblesse qui, par
l'honneur qu'elle' a sur le peuple, est la vraye guide des roys et de
l'Estat, et que ceux qui y rendront plus de debvoir, laisseront une
gloire et louange de leur vertu et mérite à la postérité , comme, au contraire, les autres, une marque de lascheté qui sera reprochable à jamais à
eux et leurs descendans, oultre que sa Majesté sçaura bien faire différence
des uns aux autres selon le déportement, quand ilz désireront quelque
grâce et bienfaict d'icelle ; qu'ilz se veuillent doncques tous résouldre de
ne cedder à leurs ennemis d'estre plus résoluz à leurs iniques entreprises
que eux en une cause toute juste, fondée de tout droict, et laquelle il faut
croire que Dieu, qui est protecteur de la justice, a favorisée de sa saincte
grâce et assistance.
« Ceste remontrance faicte, avec toute la persuasion qu'il pourra,
pour animer et encourager ladicte noblesse à bien faire, il visitera
les villes et places dudict pays qui sont en l'obéissance de sa Majesté,
confortera les autres de continuer leur fidélité et debvoir pour leur propre
considération, et se servant à cest effect des susdictes raisons et autres
qu'il verra à propos, avec asseurance que sa Majesté les recognoistra
par tout le meilleur et plus favorable traictement qu'il sera possible.
« Recognoistra les garnisons qui sont entretenues dans lesdictes places
pour veoir si le nombre y est et sy les gens de guerre se comportent envers
les habitans avec la modestie qu'ilz doibvent, admonnestera les chefs
de les faire vivre le plus gratieusement qu'il sera possible, sans faire oppression au peuple, et de tenir leur nombre complet en debvoir à la garde
desdictes places, afin qu'elles puissent estre conservées, à quoy il y va de
la seureté de [leur] propre bien et conservation de leur honneur.
« Sy en tout ce que dessus il recognoist qu'il y ait quelque chose où il
eschet de faire aucune provision et règlement de la part de sa Majesté,
il luy en donnera advis pour en ordonner ainsy qu'elle verra bon estre.
« Fera ce qu'il pourra, tant envers les gentilzhommes que envers les
NOTES FINALES.
393
villes de la Ligue, pour les en tirer et réduire à l'obéissance de sa Majesté,
les persuadans par la raison, par le bien publicq du royaume, soubz lequel ilz sont compris, et par le leur particulier, lequel ne leur peut estre
asseuré que par la paix qui despend d'une bonne union des uns avec les
autres, soubz leur Roy et Prince légitime, les asseurans qu'ils trouveront
sa Majesté disposée à les recueillir et bien traicter, sans se souvenir des
choses passées, et sy cntr'eux ou la noblesse des villes désirent sur ce
quelque déclaration ou gratiffication particulière, moyenant laquelle ilz se
veullent mettre à leur debvoir, il en advertira sa Majesté en dilligence
laquelle si eslargira de façon qu'ilz auront occasion d'en demeurer
content.
« Se comportera avec le sieur mareschal de Matignon avec l'honneur et
respect qui appartient à sa qualité et à la charge qu'il a de lieutenant
général de sa Majesté au gouvernement de toute la Guyenne, tenant
bonne intelligence avec luy pour le faict de sa charge, et observant ce
qu'il luy pourra ordonner pour le bien du service de sa Majesté en icelle,
d'autant qu'il y pourroit avoir des choses qui ne donneroient le loisir
d'attendre les volontéz et commandement de sa Majesté et que, à ceste occasion, elle se repose sur la conduitte et prévoyance dudict sieur mareschal de tout ce qui concerne le gouvernement de la Guyenne en général.
« Faict le ix e novembre 1 5g3 . »
(Bibl. de l'Arsenal, Ms. n° 4019, Recueil Conrart, vol. 4.)
Tous les partis politiques étaient fatigués de la lutte. Les ligueurs sentaient d'ailleurs le terrain manquer sous leurs pas ; les adhésions à Henri IV
se multipliaient. Aussi Bourdeille trouva-t-il les esprits disposés à recevoir
les sages conseils que le roi donnait au sénéchal dans son « Instruction. »
Le 8 avril 1594, les villes de Périgueux et de Sarlat se décident à reconnaître Henri IV. C'est M. de Langlade-, maire de Périgueux, qui
l'annonce à Bourdeille. (B. N. Ms. Fr. 2394, 180.) Le lendemain, les
divers ordres de la ville de Sarlat se réunissent et effectuent officiellement
leur soumission. (B. N. Ms. Fds. Périgord, LII, 246.) — Périgueux,
malgré la reconnaissance d'Henri IV, ne se soumet pas aussi franchement que Sarlat. « Ceux de Sarlat, écrit le sénéchal de Bourdeille au roi
le 17 avril 1594, m'en parlent (de leur soumission récente) plus ouvertement que Périgueux, en ce qu'ilz protestent m'y désirer et mesme monsieur de Sarlat, qui m'en a escript en m'advertissant que, de son advis,
Ton a rendu grâces à Dieu, par procession généralle et feu de joye, de la
sainte et louable délibération qu'ilz ont prins pour vostre recognoissance.
Quant à Montignac, le cappitaine qui tient la place m'a envoyé prier de
fere intercéder envers vostre Majesté qu'il fût dès à présent soubz vostre
authorité. (B. N. Ms. Fr. 2394, 188. — Voir aussi dans le Fr. 23067, une
394
NOTES FINALES.
lettre de Jean de Foucaud, seigneur de Lardimalie, au roi sur le même
sujet, et une autre d'Antoine de Saint-Aulaire, seigneur de Coutures ,
faisant sa soumission au roi, toutes deux du 16 avril 1594.)
Les villes de Périgueux et de Sarlat, à cette dernière date, envoyèrent
au roi des députés pour l'assurer de leur fidélité. Ce fut la fin de la
Ligue en Périgord.
Le roi n'oublia point ceux qui l'avaient servi dans ces circonstances.
Voici comment le roi s'exprime dans un brevet du 18 janvier 1597,
par lequel il augmente les gages de François de Gérard, lieutenant général : « Nous.... désirant le gratiffier et récompanser pour le bon debvoir
et service qu'il a faict au deffunt roy et à nous, tant durant le siège dudit
Sarlat (1587), où il n'a rien espargné pour conserver et défendre la ville
contre ceulx qui taschoint par force de s'en investir, que, ces dernières
années, à la réduction d'icelle en nostre obéyssance, et le rellever des
ruynes et pertes par luy souffertz, pour raison de ce, en ses biens et maisons, et pour luy donner le moyen de s'entretenyr aud. estât et y continuer
le bon debvoir qu'il a tous jours faict, avons, etc. » — II résulte de ce
document que François de Gérard joua un rôle principal dans les événements qui précèdent, et que son influence s'exerça efficacement dans le
sens de la soumission. Le roi sut lui témoigner sa reconnaissance, dans
une autre circonstance. Par lettres patentes du 20 août 1597, données au
camp devant Amiens, signées de sa main, il accorda à son fils François la
survivance de cette charge de lieutenant général, chef de justice, la « première de la province », en récompense des services qu'il avait rendus à la
couronne, pendant qu'il en était revêtu. (Arch. de Gérard. Originaux
parch.)
Tel fut le dernier événement considérable de l'histoire de Sarlat au
xvie siècle.
NOTE XII (p. 325).
LES OROQUANTS EN PÉRIGORD.
« Cette même année 1594, ditde.Thou, il y eut en Guyenne des troubles
beaucoup plus dangereux ; l'occasion de ces mouvements fut que les habitants de cette province, ayant extrêmement souffert dans les dernières
guerres, et souffrant encore des ravages qu'y faisaient les soldats, qui commettaient impunément toute sorte de crimes, le désespoir fit prendre les
armes aux paysans du Périgord, Limousin et du Poitou. Ce ne fut d'abord
que pour se défendre, mais dans la suite leur nombre s'étant accru, leur
audace s'accrut aussi. Ils se choisirent des officiers, qui établirent une
espèce de discipline. Mais ils tournèrent rapidement au brigandage. Ils dé-
NOTES FINALES.
395
clarèrentla guerre aux gouverneurs des villes et châteaux, ils refusèrent...
de payer les impôts... et, à Texemple des i Gauthiers », que le duc de Montpensier avait exterminés, quatre ans auparavant, aux environs de Falaise,
ils s'emparèrent des défilés et se portèrent dans les chemins pour attaquer leurs ennemis. Formidables à la noblesse, ils firent de si cruels
ravages, qu'ils se firent donner le nom de « Croquants ». Ces brigandages durèrent plus de deux ans, parce que le roi, qui avait des affaires plus
graves, négligea d'arrêter les séditieux au début. Ensuite il envoya contre
eux Jean de Sourches de Malicorne, gouverneur du Poitou, et, après
lui, Jean du Chasteigner, s r d'Albin, qui, les trouvant dispersés, les
défit en plusieurs rencontres, puis, leur ayant fait espérer un traitement
favorable du roi, les détermina à mettre bas les armes.
« Henri, vicomte de Bourdeille, gouverneur du Périgord, apaisa aussi
les troubles dans le Limousin, le Périgord, l'Agenais et la Saintonge. Ces
peuples, d'un naturel féroce, refusant de reprendre le joug qu'ils avaient
secoué, le plus grand nombre périt de diverses manières. » — (De Thou,
Histoire, livre 117.)
Les documents qui suivent serviront à apprécier cette sédition dont les
causes sont généralement peu connues. Ils sont d'ailleurs intéressants par
les détails qu'ils donnent sur l'organisation, les revendications des Croquants, et sur les procédés qu'ils employaient pour s'étendre de proche en
proche dans toute la province.
ADVERTISSEMENT AU TIERS ESTAT DE PÉRIGORD ESTANT HORS
DES
VILLES
ET FORTS.
« Dieu, qui acogneu nos cœurs plains dambition et de toute meschanceté,
nous a vouleu visiter de ses fléaulx, peste, guerre et famine que nous
avons veu dans ce royaume, mesme la guerre qui a duré presque neuf
ans sans aucune trefve et fault croyre que nous avons bien mérité dadvantaige. Les grandz nyles petits ne sen peuvent dire exempts. Car oultre
ce que la guerre a cousté la vie au feu Roy et à plusieurs princes et grands
seigneurs, on a veu toutes les villes de ce royaume au hasard destre
prinses et saccagées, sans en exempter aucune, la guerre estant générale
par tout ce royaume, voire ung grand nombre dicelles ont passé par
les mains de leurs ennemis et Dieu scait comme ilz ont estés traictez
avec leurs familles. Le plat pays, ruiné entièrement par ung grand nombre de brigands, mesmes les paouvres laboureurs qui, apprès avoir souffert
par tant de fois les logis des gens d'armes dung et dautre party qui les
ont réduis à la faim, forcé femmes et filles, prins leurs bœufs par plusieurs
fois et fait délaisser les terres incultes, mais encore en on faict mourir de
sain une infinité dans les prisons, pour ne pouvoir payer les grandes tailles
et subcides que lung et lautre party les ont contrainctz de payer, à raison
396
NOTES FINALES.
de quoy il y a trop de bonnes maisons et honnestes familles réduictes à toute
paouvreté, lesquelles, au lieu quelles soulloint commander, sont à présent
commandés et valletz dautres qui naguières estoient bélistres, qui est ung
grand crève-cœur aulx gens de bien, et maintenant que Dieu nous a faict
la grâce d'avoir ce peu de temps de trefve, laquelle nous espérions jouyr,
nous voyons que nous en sommes frustrés, car les villes, au lieu dela faire
entretenir et tenir la main à la justice, ne se soucient de la ruine de paouvre peuple, parce que nostre ruine est leur richesse. Hz ont leurs biens et
marchandises dans leurs forts poinct subjects aulx brigands quy tiènent
la campaigne, nous les vandent au pris que bon leur semble et font les
belles mestairies à bon marché, nous font payer la rante au double et au
tripple de ce que nous leur debvons et saident de la justice quand il leur
plaist. On a veu Périgeulx prins par force, deux fois pilhé et saccagé,
Sarlat autant, Bragerac ne soulloict estre que une bicoque qui a esté pilhé
et saccagé par plusieurs fois et nen fesoict on estât que comme dung
villaige. Belvès, Montignac et autres villes ont esté aussyprinses et pillées,
néantmoingts aujourdhuy ses belles ruines sont plus riches que ne furent
jamais, mais cest tant à nos despens. Et non contans, nous tourmentent et
ruinent plus que devant la trefve par tailles et impositions, comme si nous
estions exemps de la guerre et tenus de les garder. Et combien que plusieurs arrérages des tailles et impositions nous sont données par l'édict de
la trefve, néantmoings ont nous contrainct par emprisonnement de nos
personnes de les payer, et ne pouvons estre ouys devant la justice, car nen y
a poinct pour nous. Crémoux* et Gontrand font la pierre philosophalle et
les voir régner et faire les belles acquisitions, cependant se sont les deniers
qu'ilz ont levé de nous, et pour en avoir davantaige sont après pour nous
faire emprisonner s'ilz peuvent, et leurs chefs le permettent ou commandent ceste tirannie. Nous voyons aussy Vincenot à Bragerac que est
tantost aussy plain comme Gourgues. II n'est que en peine de trouver
quelque belle place pour y bastir un pareil chasteau que celluy de Vaires.
Mais il n'est pas encore content, car il nous veult traicter comme les
autres s'il peult. A-t-on ouy jamais parler d'une si grande tirannie que celle
que cest commise durant six ou sept ans par les garnisons de Griniaulx et
que se continue encore ? Ne laissant pour la trefve ilz ont les prisons toutes
plaines de paisans. A Limeuilh, à Montignac et aultres endroicts, en font
autant. Comme ces p ao uvres gens ont pour ce paty dans les prisons, ilz en
sortent avecques de largent sans aulcune quittance et jamais il n'est jour,
et sitost arrivés en leurs maisons deviènent malades et en meurent. Cependant Périgeulx, Bragerac et aultres lieux où les chefs commandent, ny la
justice aussy, ne tiennent compte de remédier à ses tirannies et ne pensent
1 Pierre Crémoux, sieur de Lacombe, greffier
du sénéchal de Sarlat, puis receveur des tailles
jusqu'après 1607. (Arch. de Gérard.) Gontrand
devait être son collègue de Périgueux.
NOTES FINALES.
397
que à leur particulier ou à prendre part des butins, nous en voyons les
tesmoignages tous les jours, car ceux de Griniaulx ne doibvent rien à
ceux de Périgeulx ny à leur baillieue, ny ceux de Périgeux ne doibvent
rien à ceux de Griniaulx aussi, ainsin en font les autres.
« Bref, à l'exemple de nos voisins Messieurs le chasse volleurs de Limosin, il faut que nous arrivions tous pour empescher telles volleries et tirer
raison de ceux quy nous ont entremailhés et qui sont encores après pour
nous ruiner, et ceux qui ne se vouldroint unir avecques nous et nous
assister, les déclairer ennemis du repos public et comme telz les traicter
par les moyens que nous verrons estre propres, nous estant assemblés
pour prendre la délibération, et si nous sommes gens de bien, Dieu verra
nostre entre prinse et par ce moyen fairons tenir la justice que punira les
blasphémateurs, vouleurs et tirans que nous servira de perpétuelle mémoire.
Dieu le veulhe par sa saincte grâce !
« Messieurs, nous avons receu ung advis, duquel la coppie va avec la
présente, à nous envoyée par les plus qualifiés du Tiers Estât de Périgord ;
vous jugerez si nostre cause est bonne. II nous y va à tous de noshonneurs,
vies et bien et de nos familles. Nous sommes un bon nombre de gens de bien
qui sommes venus ensemble et juré solennellement de nous assister les
ungs aulx autres pour empescher les dessens des voulleurs et contraindre
les villes de nous assister et se unir avecques nous, autrement résoleuz de
les traicter comme ennemis. Nous sommes asseurés que comme vous estes
participans aux misères de ce temps, vous désirez vous joindre avec nous.
C'est pourquoy nous vous avons voullu escripre la présante pour estre près
à la première sommation, vous priant vous trouver le jour des Rameaux
prochain, heure de midy, avec le plus grand nombre de vostre juridiction,
au lieu de Chasteau Missier, pour prester le sèrement et prendre de vostre
advis sur ce que nous debvons faire, auquel lieu tout ceux quy ont juré
avec nous estre du nombre des gens de bien vous y trouverés, Dieu
aydant, lequel nous prions, Messieurs, vous donnent en santé longue vie.
Ce xxvu mars 1594.
« Vos bons amis, compaignons et serviteurs, les Tard-Advisés. »
Et au-dessus :
« A Messieurs et frères les Tard-Advisés de Limeul. »
(B. N. Ms., Fr. 23194, p. 3 7 3.)
DÉLIBÉRATION DE L' ASSEMBLÉE DES CROQUANTS, TENUE A CH ATE AU-M1SSIER .
« Sur la remonstrance faicte au Tiers Estât du présent pais du Périgord
par aucunsdudit Tiers Estât en l' assemblée faicte au présentlieu de ChâteauMessier, a esté accordé et arresté ce qui sensuit.
« Premièrement, que puis que le Tiers Etat estcompozé enpartye de gens
de guerre, aiant suyvy ung party et aultre en ces mizérables guerres et
51
398
NOTES FINALES.
quil pouroict arriver quelque confuzion et désordre entre nous, sy Dieu
nous punissoict, tant que nous neussions la paix, laquelle nous espérons
bientost avec sa bonne ayde, nous prométons et jurons tous devant Dieu,
par foy et serment, de nous aymer et chérir les ungs les aultres, comme
Dieu nous commande, nous assister et estre aydans en toutes occasions qui
se présenteront jusques à employer noz vies, biens et moyens.
« Et daultant que ladicte assemblée a esté faicte pour avizer les moyens
de chasser les volleurs qui sont dans le pais en trop grand nombre, qui se
tiennent dans les villes et fortz dung et dautre party, lesquelz font tous les
jours courses au détriment du paouvre peuple, les laboureurs et aultres
nozant demeurer dans leurs maisons ny travailler en leurs biens, ny les
marchans trafiquer, nonobstant la trefve, estant un grand nombre de
laboureurs prisonniers entre les mains des volleurs qui détiennent mizérablement dans leurs cruelles prisons pour les rançonner, soubz prétexte
des talhes et impositions et que, dans les prisons dung et daultre party,
il est mort de sain ou aultrement beaucoup de paouvres gens, tant durant
la guerre que despuis la trefve publiée et voyant aussi Messieurs de la
justice, les gouverneurs, maires et consulz des villes qui ne veullent ou ne
peuvent, à ce quilz disent, remédier à toutes ses tyrannies, au contraire
les susdits volleurs ayant accès dans les villes y vont et viennent plus librement
que les gens de bien qui craignent estre emprisonnés, pour les talhes et
arreyrages, lesquels sont sy grandes que ny a pas moyen de les pouvoir
paier, à raison de quoy a esté arresté que les gouverneurs, maires, consulz
et aultres qui détiennent les prisoniers seront priés du premier jour, de
la part dudit Tiers Estât, de mètre incontinent en liberté tous les prisonniers
qu'ilz ont ou détiennent, de quelque party que ce soit, et quilz nenprènent
plus et, en ce faisant, nous offrons de leur faire raison des talhes, ainsi
qu'il sera advizé à nostre seconde assemblée, pour laquelle faire tous ceux
du dit Tiers Estât, et notamment les plus califiés et scindiez des parroissesdu
présent pais, seront assemblés avec nous en la forest appelée Dabzac, près
Sendreaux, le jour de S'-George prochain, heure de midy, pour donner
chascun son advis et oppinion à la response qui sera faicte par les gouverneurs, maires et consulz sur le précédent arrest et faire ce que Dieu
nous conselhera. Cependant, seront lesdictes paroisses detoutle présent pais
advertis de proche en proche et sommés de se trouver audit lieu avec le plus
grand nombre d'hommes qu'on pourra et sy lesdicts volleurs courent plus sur
le peuple, sera couru sus comme à loups ravissans, auquel jour de ladite
assemblée, aveclayde de Dieu, nous espérons délibérer et faire tout ce que
nous pourrons pour le service du Roy, profict et utilité du public. Faict
audit lieu de Chasteau Missier, en ladite assemblée, le jour des Rameaulx
(3 avril), an présent mil cinq cens nonante quatre. »
(B. N. Fr. 23194, 36 9 .)
NOTES FINALES.
LETTRE CIRCULAIRE DES
399
CROQUANTS.
« Le Tiers Estât des pays Quercy, Agenois,Périgord,Xaintonge,Limosin,
haulte et basse Marche, qui est en armes pour le service du Roy et conservation du royaume, à Messieurs les officiers et habittans de la chastcllenye de
« Messieurs, nous vous tenons au nombre des gens de bien. C'est pourquoy, incontinant la présente receue, nous vous prions vous armer,
joindre et opposer avec nous contre les pernicieulx desseings des ennemys
du Roy, nostre Sire, et les nostres, mesmement aux griffes d'inventeurs de subsides, voleurs, leurs receveurs et leurs faulteurs et adhérans,
tant dun que daultre party, lesquelz ne tendent qu'à bastir leur grandeur
de la ruine de sa Majesté, de son estât, de la nostre, comme il vous est à
tous plus nottoire, pour enfin acquérir par noz justes armes et deffenses
un repos à nous et aux nostres, pour finir noz jours en paix, exempt des
cruaultéz et tirannies de tant d'oppresseux et volleurs du peuple, en servant à Dieu et notre Roy, protestant devant Dieu que le but de noz intentions nest aultre , que nous recognoissons nostre Roy nous estre
donné de Dieu et que de droit divin, naturel et humain, la couronne de
France luy appartient et qu'il nous fault vivre et mourir pour son service,
que les ordres de l'Esglise, de la noblesse et de la justice doibvent estre
maintenus, que sans iceulx l'Estat ne peult subsister, quil fault rendre à
sa Majesté toute recognoissance, obéissance et service et aulxdicts ordres
qui est deu, chascun en son endroict, vous asseurant quil y a en ce
pays grand nombre de seigneurs et gentilshommes sans reproche, trèsaffectionnez au service de sa Majesté et à nostre conservation, qui nous ont
juré et promis toute assistance contre lesdicts voleurs, inventeurs de subsides, leurs faulteurs et adhérens et tous aultres perturbateurs du repos
public et qui nous tiendront la main à une si bonne et si saincte occasion,
croyans que pareillement tous les seigneurs et gentilshommes sans reproches des provinces Angoumoys et de Poictou, où nous acheminons présentement, soyent accompagnez d'une mesme volonté et affection et quilz tiendront la main à ce que la tirannie ne soyt à l'advenir exercée sur eulx et
leurs subjects. A ces causes, ne ferez faulte de vous armer et tenir prestz,
aultrement vous nous aurez sur les bras dans les troys jours après la réception de ces présentes, pour y estre contrainctz par la rigueur des armes,
comme faulteurs et adhérens desdictz volleurs et inventeurs de subsides.
Faict au Conseil des assemblées de Chéronnat et St-Junyen, en se second jour de juin 1594.
« Voz bons frères et amys , les gens arméz du Tiers Estât des pays
cy-dessus.
« Vous ne fauldrez aussi d'advertir les parroisses de vostre chastellenye
400
NOTES FINALES.
et plus prosches voisins de faire le semblable sur les mesmes peines et de
nous en prendre à vous. »
(B. N. Ms. Fds. Dupuij, 744, p. 147.)
Le Parlement s'était ému de cette sédition et s'effrayait de voir que la
cour et l'autorité militaire ne voulaient ou ne pouvaient s'y opposer.
« Sire, écrit le procureur général au roi, il y a desjà quelque temps que
certaines assemblées de peuple se sont faictes au païs de Limousin, soubz
le nom de « Croquants et Chasse-voleurs ». Ce que a passé en Périgort où
elles continuent et saccroissent de jour à autre soubz le nom de « TardsAdvisez »
Le mal croitsi avant, mesmes audictpaïs de Périgort, selon
que j ay advis de divers endroictz et que V. M. pourra veoir par les coppies
que mon substitué au siège de Bragerac m'a envoié des advertissemens
que lesdicts Tardavisez font courir de parroisse enparroisse, et d'ungarresté
d'une de leurs assemblées, en aiant assigné une autre au XXIII du présent,
que je crains que, s'il n'y est autrement pourveu
il en adviendra de
pernicieux accidents
De Bourdeaux, ce xvnn avril 1594. »
(B. N. Ms. Fr. 23194, p. 36 7 .)
Le sénéchal Henri de Bourdeille ne peut que regarder passer le torrent ; ses forces sont insuffisantes pour s'opposer vigoureusement au mal
II jette le cri d'alarme et demande au maréchal de Matignon, gouverneur
de la province, de lui fournir le moyen de défendre sa sénéchaussée.
« Monsieur, je suis réduict en extrême peyne, tant par l'extrême nécessité
de moyens en laquelle je suis plongé, que par l'extrême importance de
l'eslévation du peuple de ce pays, vous asseurant que, sans la défectuosité de moyens en laquelle je suis, ceste eslévation ne seroit advenue
La court de Parlement de Bourdeaulx m'a souvent escript et enjoinct de
m'opposer aulx assemblées que le peuple faisoit soubz le tiltre de TardAdvizés, mais comme je nay le liard pour me mectre aux champs,
je me suis excuzé de ce
vous suppliant faire que le Roy m'octroye
pour son service
l'entretènement d'une compagnie de gens d'armes
et deux compagnies de chevau-légers et d'un régiment pour abayser
le caquet à ces Croquans
De Bourdeille, ce 8 may (1594). (B. N. Ms.
Fr. 2374, p. 162.)
C'est alors que, les secours demandés n'arrivant pas, à l'instigation du
sénéchal de Bourdeille , se forma une ligue offensive et défensive de
certains gentilshommes périgourdins contre les Croquants. — Les curieux
articles de cette ligue, qui nous ont été conservés, ont une certaine analogie avec ceux qui liaient entre eux les Croquants, bien que dans un but
opposé, et on peut se demander, au vu des signatures de ce document, si
NOTES FINALES.
401
la ligue contre les Croquants ne fut pas circonscrite au hautPérigord,
c'est-à-dire au Sarladais. Quoi qu'il en soit, moyennant le concours de la
noblesse du Périgord, cette sédition fut étouffée, et les derniers ferments
de révolte disparurent, grâce à la fermeté du sénéchal et à la paternelle
modération du roi dans la répression. Voici les articles de la ligue formée
entre les gentilshommes du Périgord:
« Etant chose certaine et cognue à ung chacung que les peuples du Limousin, Périgord, Quercy et Agenois se sont élevés contre tout droit divin et
humain ;
« Lesquels ont voulu renverser leur religion, ne payant pas les dixmes
ordonnées .dès le commencement du monde pour le service de Dieu ;
cc Qu'ils se sont rendus criminels de lèze majesté pour ne vouloir payer
les tailles ;
« Qu'ils ont voulu renverser la monarchie et établir une démocratie à
l'exemple des Suisses, qu'ils ont conspiré contre nos vies et se sont voulus ôter de la subjection en laquelle Dieu les a ordonnés ; .
« Nous soussignés, pour éviter leurs entreprinses et machinations, pour le
service du Roi, pour recouvrer la liberté et la supériorité que nos prédécesseurs nous ont laissée sur eux et pour la conservation de cette monarchie, de nos vies et biens, jurons devant Dieu tenir les articles qui sensuivent.
« Premièrement , nous promettons d'accompagner M. de Bourdeille ,
notre sénéchal et gouverneur, pour une si juste cause ;
« Que, s'il y a quelque querelle et dispute entre nous pour quelque chose
que ce soit, ou des procès qui n'engendrent point d'amitié entre les
hommes, il sera élu quatre gentils hommes d'entre nous pour vider les
querelles et procès et au cas, quilz ne le puissent faire, nous promettons de
ne nous rien demander, étant montés à cheval contre les Croquants, à peine
d'être bannis de notre compagnie et lâcher à la justice la connoisance du
procès ;
a Que nous nous tiendrons ensemble ès lieux quil sera ordonné par la
commission de M. de Bourdeille, pour faire obéir ceux qui n'auront obéi à
sa déclaration ;
« Que si les Croquants se lèvent pour offenser aucun de nous, aussitôt,
toutes choses laissées et sans prendre aucune excuse, nous promettons de
monter à cheval et nous rendre où nous serons mandés ; que si nous en
sommes empêchés, par maladie d'aucun de nous, en ce cas, promettons
d'envoyer gens armés en notre place ;
« Que huit gentilshommes feront signer à la noblesse les articles et les
garderont devers eux, lesquels seront tenus d'avertir la noblesse de monter à cheval quand besoin sera.
402
NOTES FINALES.
Ï Le tout sous le bon plaisir de Mgr le mareschal de Matignon.
« Signé : Beinac ; la Rocque ; le Bourlhie ; Rioucaze ; Pierretaillade ; le
Suquet ; de la Bleinie ; Lausel (?) ; F. de Saint-Ours ; Laugelrie (?) ;
d'Autefort ; la Batut ; de Clérans ; de la Bermondie ; Lasserre ; Auberoche ; Ladieudie (?) ; Sainte-Alvère ; les Bories ; Salignac ; le Peuch ; de
Vivans ; Azerac ; de Jayac ; du Claux;Tayac ; Saint-Martial ; Forval (?) ; le
Masnègre ; Bourderie ; de Goudou ; Belcastel ; de Feyrac, etc. Î (Les autres
signatures sont illisibles.)
(B. N. Fds. Périgord, XIV, 6 v°.)
On trouve d'autres documents sur cette sédition dans le Fonds Dupuy,
64, p. 42 et suivantes, dans les Archives historiques de la Gironde, t. XIV,
passim, etc.
NOTE XIII (p. 33 2 ).
CONSPIRATION DE i6o5.
« Dans le temps que plusieurs puissances s'intéressaient en faveur du duc
de Bouillon, raconte de Thou, le roi eut avis que les amis de ce duc tâchaient de faire soulever le Quercy, le Limousin, le Périgord. Sur cette
nouvelle... S. M. donna des ordres pour le siège de Sédan.... et, de peur
de quelque fâcheux mouvement dans ces provinces éloignées... S. M. résolut d'y faire un voyage sur la fin d'août.
« Le roi entra à Limoges à la tête de ses troupes, sur la fin d'octobre.
« II fit beaucoup d'accueil à la noblesse qui venait de tous côtés , et sa
présence étouffa toutes les semences de révolte. Jean-Jacques de Mesme,
s r de Roissy, conseiller d'Etat, fut nommé commissaire pour continuer les
informations déjà commencées, faire subir les interrogatoires aux accusés
et leur faire leur procès.
">
« Pompone de Bellièvre, chancelier, et Nicolas Brulart, garde des sceaux,
avaient déjà commencé les informations à Orléans, à Blois, à Tours, où
Bellièvre resta. Dans le Quercy, Raymond de Verteuil, s r de Feuillas, maître des requêtes, reçut les dépositions de Bertrand, d'Yves et de Raimond
de Saunhac de Belcastel, frères ; de Balthasar de la Saulière, enseigne de
la compagnie de gendarmes du s r de Vivans ; de Jean Blanchard, intendant des terres que le duc de Bouillon possédait en Auvergne, et de Bertrand de la Grèze, sieur de Thou.
m Ces témoins assurèrent qu'après la sortie du duc de Bouillon hors du
royaume, ses amis avaient formé le dessein de surprendre Bordeaux, et
NOTES FINALES.
403
qu'on avait traité à ce sujet avec la Barre, lieutenant du s r d'Escars de
Merville. Valigny, écuyer du duc de Bouillon , avait communiqué ce
dessein à la Trémouille (le duc de). Ces avis engagèrent le roi à faire
démolir le fort du Hâ.
<f On apprit encore que le capitaine Jean Chassaing, deSarlat, et Fondonnière (sic), de Domme en Périgord, étaient les chefs de cette entreprise. Ils
devaient aussi s'emparer de Sarlat et de Gourdon en Périgord, et ils agissaient suivant les ordres de Rignac (Pierre de) et de Gédéon de Vassignac,
qui étaient les principaux émissaires du duc, et à qui il avait confié la
garde de Montfort et de Turenne, ses deux plus fortes places. Ces deux
hommes distribuaient de tous côtés de grandes sommes ; pour rendre les
accusés plus odieux , quelques témoins déposèrent qu'elles avaient été
envoyées d'Espagne ; d'autres soutinrent au contraire que ces sommes
avaient été ramassées dans les terres que le duc avait en Auvergne, et que
le seul Jean-Guy de Tayac, qui faisait tout pour grossir le parti du duc,
avait fourni 600 écus d'or.
« La vengeance de la mort du maréchal de Biron servait de prétexte....
On assurait que Tayac avait envoyé Jacques de Vezins de Charri, s r de Lugagnac, à Sédan pour offrir au duc, qui s'était rendu dans cette place après
son voyage d'Allemagne, les services de Jean-Charles de Carbonières, s r de
la Chapelle-Biron, de Pompadour, de Chef-Boutonne, frère du maréchal de
Biron, de Marc de Cugnac, s r de Gyversac, et de quelques autres gentilshommes; que la Chapelle-Biron et Pompadour devaient lever 4 ,000 hommes
de pied et 5oo chevaux ; que Gyverzac lèverait 5oo chevaux, et que Tayac
lui avait donné, à cet effet, 5oo écus d'or ; que Jean de la Sudrie, s r de Calveyrac, avait promis 1,000 fantassins; que Baimond de Saunhac de Belr
castel, s de Faussac, et ses frères, avaient assuré que le sieur d'Ampiac
prendrait les armes avec ses amis ; que la Chapelle-Biron s'était chargé
d'attaquer Villeneuve ; que Tayac et Gyverzac devaient se rendre maîtres
de Cahors ; les sieurs de Rignac et de Vassignac, d'Uzerche et de Brive.
Paul de Comarque, dit Pechgoudon, lieutenant de la Morelie dans le
régiment de Champagne, était du même complot. Le comte d'Auvergne y
aurait aussi quelque part , et la dame de Château-Gay, qu'un courage audessus de son sexe a rendue fameuse dans toute l'Auvergne, l' avait engagé
à offrir ses places et ses châteaux au duc de Bouillon. II devait même
fournir secrètement 100 gentilshommes à lui dévoués et 1,000 hommes de
pied. II avait aussi donné Tordre d'ouvrir aux rebelles les portes de Riom
et de Clermont ; mais la prison du comte fit évanouir les desseins qu'on avait
formés avec lui.
« Enfin quelques témoins assurèrent que les rebelles s'étaient secrètement
assemblés, dans le mois de mai, à Sales en Périgord, sur la Dordogne ;
que, pour se rendre plus terribles, ils avaient fait courir le bruit que le
404
NOTES FINALES.
duc serait bientôt à la tête d'une armée de quarante mille hommes, et qu'il
aurait cent mille écus d'or pour payer ces troupes ; qu'il recevrait des
secours d'Espagne, d'un côté, et de l' Angleterre, de l'autre, et qu'il serait
encore soutenu par la plupart des princes allemands ; que Rignac et Vassignac avaient exigé des gentilshommes qui étaient à Sales un serment de
fidélité au duc de Bouillon, et qu'ils couvraient leur révolte du prétexte
de la liberté publique ; qu'ils avaient tâché d'attirer à leur parti les protestants, qui étaient alors assemblés à Bergerac, dans la même province ,
qu'au surplus, Chef-Boutonne, frère du feu maréchal de Biron, avait refusé
d'entrer dans le complot, parce que sa mère lui avait donné des avis contraires.
ce Tels étaient les principaux chefs d'accusation et le précis des preuves.
En conséquence, on arrêta Jean de la Sudrie, sieur de Calveyrac, Paul de
Comarque, dit Pechgaudon, Louis Regnault, s r de Gripel , capitaine
d'Oliergue, Jean Chassaing, de Sarlat, et Mathelin de la Sudrie. Quelquesuns des conjurés s'étaient retirés en Espagne, d'autres en Allemagne.
« Les prisonniers subirent interrogatoire devant Jean-Jacques de Mesme,
qui se fit assister par dix conseillers du Présidial de Limoges. Sur les
preuves par écrit et par témoins, résultantes du procès, ils furent atteints et
convaincus du crime de lèse-majesté, pour réparation de quoi condamnés
à faire amende honorable, la corde au col, avec une torche allumée au
poing, et à demander pardon à Dieu, au roi et à la justice, pour être ensuite
conduits et décapités dans la place publique. II fut ensuite ordonné que
leurs cadavres seraient brûlés et les cendres jetées au vent. On mit leurs
têtes sur des piques, aux portes de la ville. Avant leur supplice, on leur
donna la question, pour les obliger de déclarer leurs complices ; mais ils
n'ajoutèrent rien à leur première déclaration. Ceci se passa le 1 5 de décembre (i6o5).
« Le même jour, les commissaires rendirent un jugement par contumace
contre la Chapelle-Biron, Gyverzac, Tayac, Vezins, sieur de Lugagnac,
Vassignac et Rignac. Ils furent condamnés au même supplice que les
autres ; et parce qu'ils étaient contumaces, on ajouta que leurs châteaux
seraient rasés, et que leurs enfants seraient censés roturiers et incapables
de posséder des charges dans le royaume. Chef-Boutonne ne fut point
compris dans cette condamnation, parce que quelques témoins déposèrent
qu'il avait refusé d'entrer dans le complot. On en excepta aussi Pompadour, par considération pour sa famille. On disait cependant que, dans
la crainte d'être arrêtés, ils s'étaient tous deux retirés en Espagne. » (De
Thou, Histoire, livre 134.)
Voici le texte de l'arrêt portant condamnation capitale contre les conjurés :
« Rémond de Vertueil, sieur de Feuillas, conseiller du roy, maistre des
NOTES FINALES.
405
requestes ordinaire de son hôtel, et Jean-Jacques de Mesmes, sieur tle
Roissy, conseiller du roy en ses conseils, maistre des requestes ordinaire
de son hôtel, commissaires députés pour la recherche et punition du
crime de lèze majesté commis puis peu de temps en Limosin , Quercy,
Périgord, Agénois et provinces voisines, par lettres patentes du roy
des 1 8 août, i er septembre, et 22 octobre dernier ;
« Veu les procès criminels par nous faicts à la requeste du procureur du
roy en la séneschaussée de Limoges, à l'encontre de Jean de la Sudrie,
sieur de Calveyrac, Paul de Comarque de Pechgaudou, lieutenant d'une
compagnie de gens de pied du régiment de Champagne, soubz la charge
du capitaine la Morelie, Louis Renaud, sieur du Gripel, capitaine du château
d'Oliergues en Auvergne, pour le duc de Bouillon, Jean Chassaing, de
Charlac, et Mathelin de la Sudrie, capitaines, prisonniers èz prisons de
Limoges, accuséz du crime
Nostre ordonnance du g du présent mois
de décembre qu'il sera par nous procédé au jugement souverain desdits
procès, suivant le pouvoir à nous donné par le roy, à l'assistance des sieurs
président présidial, lieutenant général et particulier, et plus anciens conseillers audit siège
jusques au nombre de dix, après que lesd. accusés
ont été mis sur la selette, pour ce mandés en la chambre du conseil de lad.
sénéchaussée de Limoges.
« Nous, commissaires susdits, juges souverains,
avons déclaré et
déclarons lesdits
accusés.. .. duement atteints et convaincus dudit crime
de lèze-majesté , d'avoir su les menées et pratiques qui se faisoient en
divers lieux pour lever les armes contre le roy, sans l'avoir révélé, s'estre
chargés de porter paroles pour séduire aucuns des sujets du roy de l'obéissance
avoir traité et conduit des entreprises pour surprendre aucunes
villes du royaume, reçu argent et donné la foy audit duc de Bouillon, maréchal de France, de servir contre sa Majesté.
« Pour réparation de quoi, avons condamné et condamnons lesdits accusés
faire amende honorable , tète et pieds nus, et en chemise, la hart
au col, tenant une torche ardente du poids d'une livre à la main, au
devant du palais royal de la ville de Limoges et là, estant à genoux, demander pardon à Dieu, au roy et à la justice ; ce fait, ayant chacun un
écriteau pendu au col, contenant ces mots : « Traistre au roy et à son
Estât », estre menés par l'exécuteur de la haute justice en la place publique des bans de ladite ville, et audit lieu avoir la tête tranchée sur un
échaffaut qui pour cet effet y sera dressé, leurs têtes mises chacune au
bout d'une pique, qui seront plantées sur le haut des tours et portes de
ladite ville, leurs corps brûlés, et les cendres jetées au vent, et avant l'exécution ordonnons qu'ils seront appliqués à la question ordinaire et extraordinaire
Déclarons leurs enfants ignobles et indignes et incapables
de tenir aucunes charges et dignités publiques, ordonnons que leurs mai-
406
NOTES FINALES.
sons et châteaux seront démolis et razés, sans qu'il soit loysible d'y rebâtir.... et avons déclaré tous leurs biens confisqués au roy. » (B. N. Ms.
Fds. de Brienne, CXC, p. 169.)
Le même jour, les mêmes commissaires condamnèrent par défaut aux
mêmes peines Jean-Charles de Carbonnières, sieur de la Chapelle-Biron;
Marc de Cugnac, sieur de Giverzac ; Jean-Guy de Beynac, sieur de Tayac ;
Jacques de Vézins de Charry, sieur de Lugagnac, frère cadet du feu sieur
de Yézins ; Gédéon de Vassignac, commandant du château de Turenne ;
Pierre de Rignac, commandant du château de Montfort. (Ibid., p. 171.) —
Ceux-ci s'étaient retirés en Espagne et en Allemagne, où ils n'attendirent
pas longtemps la clémence du roi, qui se manifesta aussitôt après son traité
avec le duc de Bouillon. — Voici le texte des lettres d'abolition en faveur
du sieur de Giverzac :
« Henry.... voulant, pour bonnes considérations et en conséquence de
ce que nous avons ordonné sur l'abolition des mouvements survenus en
Tannée dernière en vos pays de Limozin, Quercy et ailleurs, en conséquence d'iceulx, que la mémoire en demeure du tout esteinte ; que
pareillement, tout ce qui pourroit avoir esté faict sur ce par Marc de
Cugnac, sieur de Giverzac, demeurant à Sermet, tant dedans que dehors
nostre royaume, soit aussy esteint et aboly; de quoy ledit sieur de Giverzac nous ayant très humblement supplié de luy accorder nos lettres d'abolition, scavoir faisons que nous
avons révoqué et mettons à néant la
condamnation de mort par contumace qui a esté donnée contre ledit sieur
de Giverzac en la ville de Limoges par les commissaires par nous députés,
et toutes autres condamnations, contumaces, décrets et procédures contre
luy faictes
ejtc. Donné à Paris, au mois d'août 1606. Signé : Henry. »
(Saint-Allais. Nobiliaire, XVII, p. 187. — Gén. de Cugnac, par Lespine.)
Ces lettres d'abolition avaient été précédées de celles que le roi accorda
au duc de Bouillon, à Gédéon de Vassinhac, et à Pierre de Rignac, seigneur du Vergn, datées du mois d'avril 1606, données à Sédan. (B. N.
Ms. Fds. de Brienne, CXC, p. 191, 197, 199.)
Peu de temps après son rappel d'Espagne (1606), Marc de Cugnac, présenté au roi, lui adressa la curieuse harangue suivante :
« Sire, entre cette diversité de peines que mon crime a attirées surmoy,
nulle m'a tant affligé que la honte que j'ay de me trouver aux pieds de
Vostre Majesté, convaincu d'avoir lézé icelle; et néanmoins restitué en vie
et en biens par l'un des acoustumés miracles de vostre clémence. Ce
n'estoit en cette qualité, Sire, que Giverzac avoit toute sa vie désiré d'estre
connu de Vostre Majesté, et eust-il plustôt choisi de deschoier de la grâce
qu'il plaist à Votre Majesté luy faire de Tor de vostre royaume, de ses
enfans, femme et biens, et se perdre en un perpétuel exil, que de venir
NOTES FINALES.
407
devant Votre Majesté flétri de si grande forfaiture, n'estoit quelque contentement qu'il a pris à pouvoir protester devant la Majesté deDieu etladicte
Vostre , ensemblement, Sire, qu'il n'a esté porté dans son crime que de
l'inconsidération qui écheoit naturellement en telle parfaite fureur et perte
de sens, que celles en quoy une très-mauvaise fortune continuelle de plusieurs ans l'avoit ci-devant jetté. Le feu sieur de Vivans, Sire, quelques
mois après avoir pris Domme, en sortit quelque espèce de couleuvrine,
de laquelle il bâtit et abatit les deffences d'une des deux maisons que
j'avois, m'en sachant absent, print icelle et la raza. La rage en laquelle
jentray de m'en venger me jetta aussitost dans le parti de la Ligue, me
porta à luy surprendre le chasteau de Domme et, d'un mesme coup, je luy
eusse tout ensemble enlevé la ville, si l'ange protecteur de vostre Etat,
Sire, n'y eust mis l'empeschement et fait une de ces tant grandes merveilles qu'il a partout toujours exécutées ailleurs. Mon entreprise nonobstant tint longuement deux armées et deux grands équipages d'artillerie aux champs. Mais enfin, la bonne cause eut l'avantage; je perdis
ma conqueste, suivi de mois à mois de cent diverses défaveurs publicques
au parti que je suivois et d'autant miennes particulières; et allant ainsy
de toute part de jour en jour en décadence, je me suis trouvé en peu de
temps du tout au bas et ruiné. Et ayant passé quelques ans ainsy abatu,
on me vint dire qu'il se remuoit de la guerre, et me présenta on de l'argent. La nécessité, Sire, incapable de regarder autre chose que soy, me fait
non seulement ouvrir, mais encore tendre la main, pour prendre, comme
que jeusse eu mon bon sens et prospérité.... C'est mon crime, Sire, que je ne
veux excuser que de l'excuse qui peust estre donnée à un forcené furieux,
à un du tout hors de son sens, crime duquel je feray patiemment pénitence, dans un appenti que je relèveray de ma maison, en l'endroit où
souloit estre mon autre maison que ledit feu sieur de Vivans m'avoit
laissée et laquelle justement, pour le mien crime, les officiers de vostre
justice ont depuis peu abbatue. Seulement oseray-je très humblement
supplier Vostre Majesté, non d'amplier l'abolition qu'il vous a pieu me
donner, ains au contraire de commander que cette restriction y sera
mise, que la vie m'est donnée jusques au premier besoin seulement que
le service de Vostre Majesté aura de la vie d'un de ses subjets, auquel
icelle demeure destinée ; je la porteray sans y faillir, Sire, où il me sera
commandé ; mais c'est d'autant plus allègrement, que plus ez nécessités
où je me trouve, elle m'est désagréable, et que plus que la perte d'icelle
je désire m'ôter dej la honte de ne tenir que du seul bienfait de vostre
miséricorde, qui me la redonne, mon crime me Payant ravie. »
(Saint-Allais, Nobiliaire, XVII, p. 1 88. — Gén. de Cugnac, parLespine.)
TABLE
PRINCIPAUX NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES
EMPLOYÉS DANS CE VOLUME
NOTA. — Les chiffres romains renvoient à l'introduction ;
maigres, aux notes.
les chiffres gras,
au texte ;
les
chiffres
ABRÉVIATIONS, — C. A. = Capitaine anglais ; CF. = Capitaine français ; C. C. ■= Capitaine catholique ;
C. P.= Capitaine protestant; C L. — Capitaine ligueur.
A
ABBAYE-NOUVELLE, 260, 260.
ABBÉ (Tour de 1'), a Sarlat, 217.
ABZAC, famille, 355.
— (Archambauld d'), C A., 143,
154, 155, 1 55, 157, i57, 176,
177, 370.
— (Bertrand d'), chev., seig. de
Montastruc, Dôme, ctc.C A.,
147 , i54, 164, 167 , 169,
lòo, 176, 177, 177, 178, 184,
I 8 D, 370, 371, 372, 373, 374.
— (Jean d'), C. A., i55, 176,
177, 185, i85.
— (Gantonnet d'), C. A.,176,177.
— (Jean d') , seigneur de la
Douze, 208, 209, 219.
— (Guillaume d') , chanoine de
Périgueux, protonotaire apostolique, 208, 208, 210.
— (Jean d'), évêque de Sarlat,
219, 210, 220, 223.
— (Jean II), seigneur de la Douze
et Reillac, 219.
— (François), coseigneur de Siorac, seigneur de la Serre, 268,
268.
— (François), seigneur de Montastruc, 316, 3 16.
— (Gabriel), sgrde la Serre, 402.
— (forêt de), 325, 398.
ACCARIE (N.), dit le Brûlé, seigneur du Bordet, C.P.,332 ,332.
ADACIUS, Adase, Adalaze, Adaze,
Adazace, abbé de Sarlat, 42,
44, 44, 45, 45.
ADALESME, comte d'Angoulême et
de Périgord, 40.
ADEMARUS, Aymar, évêque de Périgueux, 68, 69.
ADRECHOMIUS (Christianus) , 217,
217.
AETIUS, 22, 23, 24.
AGKN, 37, 58, 64, 64. 88, 89,
89, 135, 183, 184, 293, 307,
363.
— (Viçomté d'), 42.
AGHORISSES, voir Chel.
AGNAC, 63.
AGGARICUS, évêque de Limoges,
31.
AGONAC, 160.
AGRIFOUL (Guillaume d'), cardinal, 361.
AHIC (Maynard), 122.
— (Etienne), 122.
— (Raymond), 122.
AIGUILLON, 108, 108, 110, 135.
AILLAG, bourg et château, 71,
116, 116, i3o, 178, 179, 180,
192, IQ 3, 331.
AILLACO (B. M. de), monast. cisterc. 202, 202.
AITZ de la Cassagne (Arnauld),
archiprêtre de Capdrot, 99.
— (Bertrand), v. g. de Sarlat,
196, 196 , 197, 197, 198.
Aix, vin, 96, 307.
ALARIC, roi des Wisigoths, 23,
25, 26.
ALBA. (Jean), se r de Panissaut,
C. P., 383, 383.
ALBI, 51, 58.
ALBRBT (Mathe d'), 100.
— (Amanieu, sire d'), 123.
— Bertucat d'), C. A. de Compagnies, 1 3 5, 140, 140.
— (Marguerite d'), dame de Mussidan, 141.
— (Bérard d'), seigneur de Langoiran, 141.
— I Charles d'), connétable de
France, 154, 154, i56, 370.
— (Jean, sire d'), 182.
— (Amanieu, cardinal d'), 182.
— (Pierre d'), comte de Périgord,
182.
— (Gabriel d'), sire d'Avesnes,
182.
— (Alain, sire d'), 203.
— (Jean d'), comte de Périgord,
roi de Navarre, 182, 183, 203.
— (Amanieu d'), sgrd'Orval, 187.
— (Henri d'), comte de Périgord,
roi de Navarre, 203, 214, 226.
— (Jeanne d'), comtesse de Périgord, reine de Navarre, 215,
226.
ALBUSSON, Aubusson (Gérauld d"),
abbé de Sarlat, 76, 76, 77.
— (P. d'), 86.
— (Hélio d'), 86.
— (Gérauld d'), consul de Sarlat,
348.
ALDEBERT, Hildebert, comte de
Périgord, 48, 48, 49, 51.
ALDERERTII (id.), 49, 50, 5i, 52.
ALDOIN, Alain , comte d'Angoulême, 42, 47.
ALDDINUS, 44.
410
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
ALES, 149, 14g, 155.
ALEXANDRE III, pape, 67, 67, 68.
ALFONSE, comte de Poitou et de
Toulouse, 74, 75, 76.
ALGAY, Algayes (Martin), seigneur
do Biron ët de Bigaroque, chef
de routiers, 71, 71.
ALIÉNOR ,
Eléonorc ,
duchesse
d'Aquitaine, 58.
ALLAS PEvêque, 95, 101, 112,
159, 165.
ALLAS do Berbiguières, 178, 178.
ALLASSAC, 193.
ALMODis,comtcssedela Marche ,4g.
ALVIGNAC, 218, 218, 219.
AMALGERIUS, 44.
AMBRES, voir Lautrec.
AMERICUS, abbé de Sarlat, 50.
AMICI, voir Lami.
AMPIAC (Le s r d'), 403.
AMSTERDAM, xvin.
AMURUSSE (B.), m.
ANASTASE IV, pape, 61.
ANDRÉ (Jacques) , seigneur du
Repaire-Martel , sénéchal du
Périgord, 226, 261, 377, 378.
ANDRIED (Peyronne), 369.
ANGLADE (Jean, seigneur d'), C. A .,
187, 187.
ANGLARS (Guillaume d'), seigneur
du Claux, 145.
— (Bertrand d') , seigneur du
Claux, coseigneur de Salignac,
145, 332.
— (Denis d'), seigneur du Claux,
402.
ANGOULÊME, 27,39, 109,110, 132.
— (Comtes d'), 40, 42, 45, 47,
158.
ANITIUS, 29.
ANJOU (Louis de France, duc d'),
80, i3o, 133, 135, i35, 136,
137, 140, 129, 129, 141, 142,
360, 363, 364, 365.
— (Hercule-François de Valois ,
duc d'Alençon, puis d'), 247.
ANTIN (comte Bon d'), io5.
ANTIOCHE, 51.
ANTITIUS, rex, 28, 30.
AOUSTIER (G.), bourgeois de Sarlat, notaire, 17D, 176.
— de Plamont, greffier au Sénéchal de Sarlat, 28g.
APOLLINAIRE (Sidoine), 25.
APPELLE, voir Scheiner.
ARAGO, astronome, xxxiv.
ARAGON (Pierre II, roi d'), 70.
— (le roi d'), 102.
— (Frédéric III d'), roi do Sicile,
139, v. Sicile.
Arc (Jeanne d'), 172.
ARCHAMBAULD I, c" do Périgord,
68, 73, 7 3, 75, ? 5.
ARCHAMBAULD II, (id.), 73, 73,
75 , 7 5.
ARCHAMBAULD III, (id.), 75, 83.
ARCHAMBAULD IV,(id.), 83,95, g5.
ARCHAMBAULD V, (id.), 127, 127,
133.
ARCHAMBAULD VI, (id.), 151, 1 5 1 .
ARCY (le sire d'), capitaine breton, 137.
ARDOREL, abbaye, 58.
ARGENTÂT, 31, 32.
ARGENTOULAU, 294.
ARMAGNAC (Jean I, c te d'), 97,
110, 128, 128, I 3 I, 138,360.
— (Jeanne d') , dame de Lesparrc, I5I.
— (Jean IV, c" d'), i58.
— (Jean d'ì, vicomte de Lomagne,
176, 373.
— (Georges d'), cardinal, év. de
Rodés, 221.
ARNALD (Pierre), dit de la Faye,
sgr du Barri, C. C. de Montignac, 251, 25 1.
— (Antoine), sgr de la Faye ,
Auriac, C C, 264, 264, 275,
, 275, 285.
— de la Faye (Antoinette), dame
du Barri, 268.
ARNALDI, Arnauld, (Jean), évêque
de Sarlat, i35, 161, 161, 166,
166.
ARNALDUS, 44.
ARNAULD, comte de Périgord, 42,
45, 45.
■— dit Bouration, comte de Périgord, 45.
— abbé de Sarlat, 58, 58.
— abbé de Sarlat, 69, 68, 86.
— abbé de Sarlat, voir Stapone.
ARRABLAY (Jean d'), dit lo Vieux,
sénéchal de Périgord, 84, 84.
— (Jean d'), dit le Jeune, sénéchal
de Périgord, 86, 86.
ARTIGE(I'), prieuré, 186, 186.
ARTOIS (Robert d'), 85.
— (Philippe d'), comte d'Eu, connétable de France, 146.
ARTUSIUS (Petrus) , prieur de
S.-Cyprien, 161.
ARUDUCIO, cardinal, 68.
ASPREMONT (Izarn d'), 344.
— de Roquecorn (Raymond-Bertrand d'), év. de Sarlat, 86, 91,
95, 95, 96, 97, 97, 100, 100,
344, 345, 346.
— (Marguerite d') , dame do
Montsavignac, 256.
— (Claude), professeur au collège de Périguoux, XLII.
ASSENARIUS, Assevarius, abbé de
Sarlat, 46, 46.
ASSIDO (Jean d'), évêque de Périgueux, 67.
ASSIER, 244, 250.
— (le sgr d'), voir Crussol.
ATAULPHE, roi des Wisigoths, 22.
ATTILA, roi des Huns, 22, 24.
AUBAZINE, abbaye, 263, 322, 322.
AuBERCicouRT(Eustache d'), chevalier, 1 3 r .
AUBEROCHE château, 106, 106,
107, 107, 108, 108, i5i, 1 55,
171, 172.
— (Guillaume d'), évêque de Périgueux, 51, 58, 79, 81, 83, 84.
— Voir la Bermondie.
AUBETERRE, 186, 186, 246, 246.
— Voir Bouchard.
AUBUSSON, famille, 77.
— (Renauld d'), ig5.
AUBUSSON (Pierre d'), grand-maître
de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, 195, ig5.
— (Guyot d'), sgr de Villac, ig5.
— (Catherine d'), dame de Bétou, 287.
— (Charlotte d'), dame de Burée,
3l2.
— (Foucauld d'), sgr de Beauregard, 320, 320.
AUDIERNE (l'abbé) , 343 , 351 ,
352.
— (Collection), xxv, XL.ni, 104,
110, 120, 122, 145, 157,
184.
AUDOIN, auteur de la Vie de saint
Eloi, 36, 36.
— évêque de Périgueux, 84, 88.
AUDRIX, archiprêtré, 95, g5.
AUGUSTINS de Domc,303,306,315,
317.
AUNAC, voir Agnac.
AURAY (bataille d'), I3I, 1 3g.
AURENCA, voir Laurenque.
AUREVILLA, voir Eyreuville.
AURIAC, 166.
AURILLAC, 250, 250.
— abbaye, 45.
AUTREHY (Léonard d'), conseiller
au Sénéchal de Sarlat, 28g.
AUTOIRE, 21.
AUVERT, voir le Vergt.
AUVERGNE, voir Valois.
AUVILLARS, 83, 84, 84, 111.
AUXERRE, 57, 101, I 3 I, i5g.
AVESBURY (R. d'), chroniqueur,
io5, 108.
AVIGNON, XIV, 77, 87, go, 91,
94, 96, q6, g8, 10 1, 102, 104,
114, 115, n5, 125, 126, 152,
i5a.
AVITUS, consul, 20.
— empereur, 29, 30.
— (Ecditius), StAvit, 30.
AYDIE, Eydie, (Odot d'), sgr de
Ribérac, IQ3, ig6, 218, 219,
331.
— (Armand d'),v lí de Ribérac, 33 1.
— (Clinetd'),v'« de Ribérac, 331.
— (Guy d'), évêque de Sarlat,
218, 218, 220, 221,223.
AYMERIC (Gaspard), capitaine de
100 archers, i5o.
A YMERIQUE, famille, 143
AYMBT, Eymet, 89, 89, 141, 142,
175,327, 377, 378.
AYNAG, 245, 245.
— Voir Turenne.
AYNARD (Naudon), C. A., 145.
AYREN-BAS, 33.
AYSSES, abbaye, voir Eysses.
AZERAT, voir Souillac.
AZINCOURT, bataille, i5o, 154.
n
BADEFOL de Cadouin, 56, 79, 79,
154, i54, 155, 157, 173, 175,
. 327.
— Voir Gontaut.
BAIGNOLZ (Guillaume de), sénéchal d'Agénais et Quercy, 77, 8q.
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
BAISNAC (Guillaume de), 362.
BALAGDIER (Jacques de), seigneur
de Montsalès, C. C., 244, 244.
BALARES, 63, 63!
BALE (concile de), 166, 184.
IÌALEUX (Grimoard de\ damoiseau,
336.
BALFOUR (Robert de), mathématicien, XXI, XXIV, XXVI, XXVII.
BALTHAZAK de Gaehéo (Jean),
colonel frondeur, 268.
BALUZE (Etienne), xix, 43, 45,
58, 97, 98, 114, 345, 346,
349, 351.
BALZAC (J.-L. Guez de), xxxn.
BANÈGE(IU), ruisseau, 68.
BANE (Pierre), 122.
BANES, 167, 167, 180, 23o.
— Voir Losse.
BARBEIII (Arnauld) , consul de
Domc, 147.
BARUEZIEUX. 194.
BARDE (la), '327.
—■ (le sire do), 108.
BARBOL, Barhol, Barbot, 64, 64.
BARCELONE, 22, 115, II5.
BARDOIN (Etienne), architecte de
Bordeaux, 222.
BARDOT (Giron), écuyer, 179.
BARJAC (François de), seigneur de
Pierregourde, C. P., 245, 245,
247.
BARONIUS, cardinal, 29, 54, 5q.
BARRE (la), faubourg de Cahors, 278.
•— lieutenant du sgr de Merville,
402.
BARRÉ, astronome, xxxvm.
BARRIÈRE (Raymond), doyen d'Issigeac, 8^.
BARRI (le), le Barry, 263, 268.
— Voir Arnal, Bosredon, Gérard.
— do la Rcnaudie (Jeanne du),
27».
BARS (Jean de), notaire de Sarlat,
205.
■— (Antoine de) , bourgeois de
Sarlat, 237.
— (Jean de) seigneur de la Gazaille, 2 58.
BARTON, Berton (Jean), 178,373.
BATAILLE (Jeanne), dame de Beynac, 167.
— (Guillaume), chevalier, sénéchal d'Angoumois, 167.
BASSENUS, abbé de Sarlat, 47, 47.
BATDT (la), voir Salis.
— (Marguerite de la), femme de
Malrigou de Bideran, 182.
BAUDOT DE JULLY (Nicolas), 143,
l5 7..
c
LA BAVE, rivière, 175.
BAYAC, 263, 263, 274, 27.4.
BAYLE (Pierre), vin, xxxn.
BAYONNE, 85, 104.
BAZAS, 87, 170.
BÉARNOIS (Peyrot le), voir des
Fontaines.
BEAUCAIRE (le sénéchal de), voir
Senneterre.
BEAUDOYN (Pierre), chambrier de
Sarlat, 121.
BEAUFORT, comté, 117.
BEAUFORT, voir Rogier.
BEAUJEU (le sire de), 364.
BEAULIEU, abbaye, 57, 58, 2o3.
— ville, 122, 175 ,286 ,286, 379.
— (Jean de), seigneur de la Filolie, C. C., 294, 294.
BEAUMANOIR (Jean de), marquis
do Lavardin, C. P., 269, 269.
BEAUMONT DE LOMAGNE, 84.
BEAUMONT, bastide, 78, 78, 79,
81, 89, 140, 180, 231, 263,
265, 284, 326.
— (Alain de), chevalier breton,
141.
— (Charles de), seigneur du
Repaire, C. C.,. Nabirac, 266.
BEAUPOIL (Jean), receveur du BasLimousin, seigneur de la Force,
i85, 374.
— de Sainte-Aulaire (Antoino) ,
seigneur de Celles, Coutures,
C. C, 276, 300, 394.
— (François), seigneur de la Renaudie, C. P., 275.
— (N.), ministre de Dome, 3o6.
BEAUPRÉ, voir Choiseul.
BEAUREGARD, voir Aubusson.
BEAUREPOS, 218, 218.
BEAUSEMBLANT (Artaud de), maître d'hôtel du duc d'Anjou, 364.
BEAUVAIS (François de), seigneur
de Briquemaud, C. P., 243, 243.
BEAUZE, famille, 142, 142, 260.
— de Belcastel (Charles do), seigneur de Belcastel, Caupagnaclès-Quercy, etc., 402.
LE BEC-sur-Gironde, 160.
BÉCADE (Audoin), archiprêtre de
Capdrot, g8.
BÉDA (le vénérable), 54.
BEL (Jean le), chroniqueur, io5,
lit.
BELCAiRE -sur-Vézère,
319, 320 ;
voir Reillac.
BELCASTEL, voir Beauze.
BELET, capitaine de 100 hommes
des milices de Périgueux, i5o.
BELLE-JEUNESSE (la) à Sarlat, 369.
BELLEFONTAINE, C. P., 2g3.
BELLEVILLE (Jeanne de), dame de
Clisson, i5o.
BELLIÈVRE (Pompone de), chancelier de France, 402.
BELHIEU (Jean de), bailli de Bergerac, 375.
BELVÈS, Bolver, 87, 98, 134, 167,
179, 180, 180, 212, 224, 250,
263, 267, 277. 278, 284, 316,
317, 327.
- (prieuré do), 205.
— .(Jacobins de), 230.
BÉNiê, famille de Sarlat, XLIII.
BENTAJOU (Antoino), prêtre de
Bergerac, 376.
BENOIT XI, pape, 126.
BENOIT XIII, pape, 152, i5a, 159.
BENOIT, cbnrévêque de Limoges,
49BÉRAIL (Marguerite de), dame de
Badefol, 1 36, i54BÉRARD, 124.
BÉRAUDIÈRE (la), C. P., 253.
4(1
BERBIGUIÈRES, Borbières, 72, 179,
277, 315, 327, 370.
BÉRENGER (Bertrand), évêque de
Sarlat, 100, 100, 101,346, 347.
— (Bernard), vicaire général de
Sarlat, 100, 347.
— (Pierre), dit Borgoignous, évêque apocryphe de Sarlat, 103,
351.
— (Guillaume), écuyer breton, 141.
BERGERAC, XLIII, 52, 73, 73, 77,
go, 95, 97, 99, 100, 100, 104,
105, io5, 108, 108, 111, 112,
117, 118, 125, 132, 1 35, 136,
1 36, 139, 140, 140, 141, 141,
154, i63, 172, 180, 181, 182,
185, 210, 256, 256, 269, 282,
283, 288, 298, 307, 309, 316,
318, 326, 353, 365, 366, 367,
375, 376, 377, 380, 381, 396,
400, 404.
BERLEYEMONT (Jean de), sénéchal de Périgord, ig3.
BERMONDIE (François, seigneur de
la), père du suivant, 402.
— (Jean de la), vicomte d'Auberochc, depuis chevalier.de l'O. du
roi, 402.
BERNARD, comte de la Marche,
48, 52.
— comte de Périgord, 34, 42,
42, 43,14, 45, 45, 47, 48, 50, 5o.
— cardinal, 68.
— abbé de Sarlat, 47, 47.
— abbé de Sarlat, 76.
— (Biaise), maçon de Sarlat, entrepreneur de la cathédrale,
222.
— (Avmar), bourgeois de Sarlat,
362.
BERNARD (DU), famille, 11 5.
BERNARDI (Bernard), damoiseau
de Sabazan, 108.
BERNARDIÈRES (les), 140.
BERRAT, 64, 64.
BERRY (Jean de France, duc do) ,
135, i35, 136, 1 36, 138, 146,
154, 161, 370, 371.
BERSAC, 196.
BERTA, aliàs Emma, comtesse de
Périgord, 42, 43.
BERTHELOT, chimiste, LXIV.
BERTIN (Raymond), sgr de la Raymondie, C. C, 234, 234, 237.
BERTRAND (Alexandre), 12.
—■ (Jean), abbé de Cadouin, jó.
BERTRANDI (Nicolas), 114, 354,
355.
BF.RTRANDIE (la), C. P., 254, 254.
BERTRANDY, IO 5, 107, 108, 109,
ni.
BESLY (Jean), xx.
BESSE, château, 78.
BESSÈDE (la), forêt, 5j.
BESSOU, famille, 311.
— (Jean de), C. P., 311.
BETH (Raoul le), bourgeois de
Sarlat, 362.
BETHLÉEM, 18.
— titre épiscopal, 159, 1 5g.
BÉTHUNE (Robert de) , vicomte
de Meaux, i5o, i5i.
412
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
BÉTOU, 287, 287 ; voir Serval.
BEYNAC 011 Beyssac (le sieur de),
C. C, 236.
BEYNAC, château, xvi, 72, 146, 153,
169, 245, 258, 265, 277, 285,
286, 295, 314, 315, 319, 324.
— (barons de), 57, 190.
— (Gaillard, seigneur de), 72, 77,
77— (Pons de), seigneur de Beynac, io5, 115, 118, 123 ,356.
— (Pons de), seigneur de Comarque, 118, 122, 356, 371.
— (Pons de) , seigneur de Comarque, puis de Beynac, 118,
139, 1.39, 143, 145, 146, 147,
154, 155, 156, 1 56, 164, 371.
— (Pons de), baron de Beynac et
de Comarque , sénéchal du Périgord, 164, 167, 167, 168,
169, 171, 171 ,172, 173, 173,
174, 180, 180, 185, 193, 371,
374.
— (Geoffroy, baron de), C. P.,
264, 266, 266, 292, 292, 294,
319, 3i9,320, 380, 402.
■— (Jean dej , seigneur de la
Roque des Péagers, Meyrals,
C. C, 257, 257, 293, 2g3,
381, 382, 402.
— (Jean-Guy), seigneur de Tayac,
C. C, 310, 3io, 314, 326, 328,
332, 402, 403, 406.
— (Claude de), dame de Masclat,
266.
— (Aymar et Boson de), 1 55.
— (Jean de), 1 55.
— (Jeanne de), femme de Bertrand d'Abzac, 148, 371.
— (Pierre de), official de Sarlat,
229.
— (Galienne de), dame du Barri,
25 1.
— (Judith de), dame de Gaulejac,
286, 292, 332.
— Voir Pommiers.
BÉZIERS, XII, 70, 84, 143, 372.
BIDERAN (Amaury de), dit Malrigou,C. A. de Compagnies, 181,
181, 182, 185.
— (Garcie-Arnauld), son fils, 181.
— Voir la Batut.
BIGAROQUE, 71,87, 142, 147, 149,
i53, 158, 159, 159, 160, 174,
231, 327.
BIGOT (Berthomieu le), seigneur
de Saint-Quentin et la Boëtie,
3io.
— (Jean le), seigneur de SaintQuentin, 3 10.
BIRON, château, xvr, 71, 71, 81,
81, 167, 182, 186, 203, 2o3,
217, 304, 309, 324. (Voir Gontaut.)
— (baron de), 57.
— (Pierre de), 99.
— (Talleyrand de) , prieur de
Vaux, 349.
— (Aymeric de) , seigneur de
Montferrand, 356.
— (Collégiale de), 214.
BITARELLES (les), 235, 235.
BLANCHARD (Jean), intendant du
duc de Bouillon, 402.
BLANGHER, Blanchier, (Pierre de),
seigneur de Boutz, Roeheflorent,
conseiller au Parlement de Bordeaux, 271, 271.
— (Jean do), seigneur de Feyrac,
C. P., 305, 3o5, 310, 402.
— (Pierre do), seigneur de Rocheflorent, 3o5.
BLANQUEFORT, 123, 123, 141.
— (Guillaume de), consul de Dome,
'47"
BLANQUET (Raoul), bourgeois de
Sarlat, 362.
BLANQUIE (Tour de la), à Sarlat,
120.
BLAQEB, xvm.
BLAYE, 186, 243.
BLEYNIE (la), voir Saint-Ours.
BLOIS, XV, 173, 402.
BOETIE (la), Boytie, Boitie, 21g,
309, 3og, 3 10, 388.
— (moulin de la), aliàs du Cluzcl,
368.
— (Antoine de), lieutenant particulier de la sénéchaussée de
Sarlat, 21g.
— (Etienne de), prieur des Veyssières, curé de Bouillonnac, 1 g4>
— (Etienne de), conseiller au Parlement de Bordeaux, ig4, 240,
3 10.
— (Clémence de), dame de la
Garrigue, 2g 2.
— (Anne de), demoiselle de StQuentin, 3 10.
BOGGIS, duc d'Aquitaine, 37.
BOHÊME (le roi de), 102.
BOISSE (St-Amand de), 63.
BOISSE, Boé'sse, 256, 327 ; voir
Escodéca.
BOISSEC, Borchet, 63.
BOISSIÈRE (Bertrand), marchand
de Sarlat, 268.
BOISSIZE, voir Thumery.
BOLLANDISTES, 34, 41, 47, 58,
59, 111.
BOLOGNE, 161.
BONAFOS (Amrtlvin) , damoiseau ,
coseigneur de Dome-Vieille, 82,
356.
BONAL, famille de l'Agénais, 1 83.
BONALD, Bonaldi (Pierre), évêque
de Sarlat et de Rieux, 56, 183,
i83, 184, 184, 193, 194.
— (Jean), abbé de Saint-Amand
de Coly, évêque de Bazas, i83.
— (Bernard) , abbé de SaintAmand de Coly, vicaire général
de Sarlat, i63, 184.
— (Hélie), abbé de Saint-Amand
de Coly, i83.
— (Jean), bourgeois de Montignac,
coseigneur de Campagne, 172,
i83.
— (Jeanne), femme d'Adhémar de
la Borie, 18 3.
BoNGABS, XX.
BONNEBAOT (Jean de), sénéchal
du Rouergue, maréchal du duc
de Berry, 148, 154, 154, 160.
BONNEGUISE (Guy de), seigneur de
Peyraux, C. C, 299, 299.
BONNES (?) (N. de), C. C, 300.
BONNET, X.
— (Raymond (?) de), sieur de la
Chapoulie, avocat, jurât de Sarlat, 369.
BONNEVAL, Bonnevaux, 57, 58.
— (Charles de), évêque de Sarlat,
212, 215, 2i5, 216, 218, 221,
223.
— (Antoine de), son père, 215.
— (Germain de), son frère, gouverneur du Limousin, 215.
— (Foucauld de), son frère, évêque de PérigueLx, 215.
— (Anne de), dame de Biron, 241.
— (François, baron de), 292 ,292.
BONNEVIE (Etienne de), seigneur
du Cazela, C. P., 243, 243.
BONTEMPS (Thomas), C. A. de Belvès, 180.
BORD, 251, 25 1.
— (Arnauld de) , procureur d'office de Montignac, chef calviniste, 228, 230, 231.
BORDEAUX, XXI, XXII, XXIV, XXVI,
XLIII, 20, 22, 23, 25, 27, 38,
40, 46, 57, 81, 85,87, 87, 104,
105, 107, 108, 108, 109, 117,
117, 121, 121, 127, 127, 137,
140, 142, 154, 166, 16b, 187,
187, 190, 194, IQ4, 210, 221,
243, 2S1, 316, 358, 359, 367,
378, 402.
BORDERIE, Bourderie (Jean de la),
de Meyrals, C. C.,293, 2g3, 402.
BORDES (le capitaine) , sieur de
Masrobert, C. P., 302.
BORDET, voir Accarie.
BORGOIGNOUS, voir Bérenger.
BOHIE (Adhémardela), coseigneur
de Campagne , licencié ès lois
de Sarlat , conseiller au Parlement de Bordeaux, juge mage
de Périgord, 173, i83.
— de Campagne (Pierre de la),
archidiacre de Bazas, 1 83.
— (Gérauld de la), coseigneur de
Campagne, 2g3.
— de Campagne (Lyette dela), 2g3.
— Voir Arnault.
BORIES (les), 201. Voir SaintAsticr.
BORN, forêt, 261.
— (Bertrand de), seigneur d'Hautefort, 1 17.
BORRÈZE, 146, 147, 271.
— (Réginald de), bourgeois de
Sarlat, 86.
Bos (Porte del), a Dome, 3o3, 3i 1.
Bosc (du), famille, 146.
Boso, S. R. E. scriptor, 66.
— S. R. E. Cardinalis, 68.
BO><ON I, comte de la Marche, et
du Périgord, 47,48,48, 4g, 5 T.
BOSON II, comte de la Marche,
49,40, 51.
BOSON III, comte du Périgord,
51, £1, 68.
BOSQUET (François), marchand de
Sarlat, 236.
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
BOSQUET (Pierre), do Sarlat, 26g.
— (Raymond), bourgeois de Sarlat, 362.
BosnEDON (Pierre de), soigneur du
Barri, Bayac, Montsae, i63,
268, 274.
— (Philippe de), 74, 84, 100.
BOUCHARD (David), vicomte d'Aubeterre , sénéchal de Périgord ,
261, 304, 312, 3 12, 315, 311,
318, 321, 322, 323,390, 391.
BOUCHER (Raymond), seigneur de
Laussel (?) 402.
BOUCHEYRAL , Boussieyral , 101,
10 1 ,340.
BOUCICAUT , voir le Meingre.
BOUDOUYSSOU , fontaine à Sarlat,
237, 237.
BoUFF ANGES, XI, XXXVII.
— (Jean), procureur, consul de
Sarlat, 340, 343.
— jurât de Sarlat, 369.
BOUILLON (Godefroyde), 54.
— Voir la Tour.
BOULE (plaino de la), 326.
BOUNIAGUES , archiprêtré, 95, 95.
BOUQUERIE (la), faubourg, porte
et tour de Sarlat, 104, Ht, 180,
236, 237, 390.
BOURATION , voir Arnauld.
BOURBON (Louis II, duc de), 154,
154.
— (Jean de), comte de Clermont,
148, 188, 188.
— (Charles de), comte de Clermont, puis duc de Bourbon, 188,
188, 371.
— (Antoine de), duc de Vendôme,
roi de Navarre, 215, 226.
— (Henri de), prince de Navarre,
roi de Navarre, roi de France,
(H. IV), 226,288, 302, 306, 307,
378.
— (Catherine de), 226.
— (Louis I de), prince de Condé,
247, 247, 251, 28S.
— (Louis de), duc deMontpensier,
245.
BOURBON-MALAUZE (Françoise de),
dame de Longa, 29 2.
BOURDEILLE , 130, [3o, 140, 285.
— (Hélie, seigneur de), io5.
— (Le Bourc de), 1 1 1 .
— (Archambauld de), seigneur de
Bourdeille, 160.
— (Arnauld de) , seigneur de
Bourdeille , sénéchal du Périgord, 153, 1 53, 160, 161, 164,
164, 165.
— (François de), seigneur deBourdeille, 261.
— Hélie de), évêque de Périgueux,
cardinal, 194.
— (André de), sénéchal du Périgord, 261, 263, 263, 264, 379,
380, 381
— (Jean de), coseigneur de Montencès, seigneur de la Salle, 209.
— (Henri de), vicomte de Bourdeille , sénéchal du Périgord,
326, 390, 391, 393, 395, 402.
BOURG , 186.
BOURGES , 192, 307, 324.
BOURGOGNE (Prince de), 46.
— (Philippe le Hardi, duc de),
149.
— (Jean-sans-Peur, duc de), 1 53,
158.
— (Philippe le Bon , duc de) ,
16g.
BOURGUEIL (François), élu évêque
par le Chapitre de Sarlat, 220.
BOURLIE (la), voir Saint-Ours.
BOURNAZEL , voir Massip et Buis-
son.
BOURNOT (Pierre de),
bourgeois
de Sarlat, 362.
BOURREAU (Tour du), à Sarlat,
aliàs Tour-Neuve, 272.
BOURSIE , 81.
BOURZOLLES , 146, 146. Voir Coustin.
BOUSCOT (du), famille, xi.
BOUSSIEYRAL , voir Boucheyral.
BOUSQUET (Jacques du), seigneur
de la Tour du Buisson, C. C,
284, 284.
BOUTARIC, 73.
BOUTEILLER (Jean le), chevalier
breton, 148.
BOUTEI . (N.), C.L., 308, 309.
BOUTIISR (Guillaume), écuyer breton, 141.
— (R. P.), vu.
BOUTZ-LÈS-ARGHIGNAC , 271.
BOUYSSOU (Henry), architecte de
Montpazier, 340.
Bouzic, prieuré, 260, 260.
BOYER , 87.
BOYNE (Haute et Basse-), 320,
3îo.
BOYS (N. du), syndic de Sarlat,
.236, 237.
BÒYTIE (la), voir la Boiitie.
BRACHET (Jean), seigneur de Peyrusse, C. F., 170, 170.
BRAMARIGUES , voir Saulière.
BRANDE, I 55.
BRANTÔME , abbaye, 42, i5o, 157,
248, 251, 257".
BRÉMOND (Marguerite de), dame
de Fayolle, 1 17.
BRENAC , 135, i35, 361.
BRETAGNE (Jean de Montfort, duc
de) 139, 139, 149, 365, 367.
— (Jean de), seigneur de l'Aigle,
comte de Périgord, 171, 172,
172, 173.
— (Françoise de), comtesse de
Périgord et d'Albret, 162, 203.
— Voir Périgord.
BRETENNES (Raymond de), Chanoine et prévôt d'Apt, évêque
de Lombcz, 152, 1 52.
BRÉTENOUX (Raymond de), évêque
de Sarlat et de Périgueux, 152,
i52, 159.
•
— (Grimouard de), 356.
— (Latgier de) , damoiseau de
Bigaroque, 356.
BRÉTIGNY (traité de), 1 24.
BRÉZÉ (Pierre de) , vicomte de
Carlux, grand sénéchal de Normandie, 192, ig3.
413
BRÉZÉ (Louis de), grand sénéchal
de Normandie, 1 93 , 331.
BRIANT (Alain), écuyer breton,141.
BUIDAT (Pierre), grcfh'er k Sar-
lat, sieur du Mas, la Combe,
les Périères, 236, 268, 268.
— (Marguerite). 268.
BRIDOIRE , 327.
BRIQUEMAUD , voir Beauvais.
BRIQUEVILLE (Paul de), baron de
Colombières, C.P., 293, 293.
BRISSAC , voir Cossé.
BRIVE, XI.HI, 10 I, 102, 139,
403.
BRONS (François-Joseph de), chevalier, puis vicomte de Brons,
chevalier deS'-Louis, 369,370.
BROUHE (Antoine de la), 2 d avocat du roi au siège de Sarlat,
289; 1 er consul ;de Sarlat, 390,
3go .
BROUE (La),
Labro, 255, 238,
259,264, 265.
BROUMI (B.), 74.
BROUSSE (La), famille, 388.
— (Gabriel de), xxxvi.
— (Pascal de), xxxvi.
— (François de), 236, 237.
— (Raymond de), lieutenant criminel de Sarlat, capitaine do
compagnie bourgeoise, 268,
289, 290, 381, 389.
— (Je;-n de), premier président
au présidial de Sarlat, 381.
— (Jeanne de), 336, 337.
— (Guillaume de), 341.
BRUGES (traité de), 140.
BRUGÈRE (la), 258, 258, 261.
BRULART (Nicolas),
garde des
sceaux de France, 402.
BRUN (Marie), dame de la Jarthe,
3oo.
BRUNE (Tour), k Dôme, 305, 310,
311, 312, 313.
BRUNETI (Hélie) , bourgeois
Bergerac, 77.
BRUNIE (la), 1 55.
BRUNIQUEL , voir Comminges.
BRUNSWICK (Otto de), 140.
BRUZAC, 16g.
de
— (François de), prévôt du Chapitre de Sarlat, 379.
BUADE (Florent de), sgr de SaintSerniu, C. C, 299, 299 , 307.
Bucco (Fr. Jean do), Général des
Franciscains, 115, 11 5.
BUCH , voir Grailly.
BUDES (Silvestre), capitaine breton, 1 37.
BUFAROLE , voir Castillon.
BUGUE (le), 112, 112, 245.
— (Pont du), 132.
BUISSON (le), 284, 284.
— (Jean du), seigneur de Mirabel, baron de Bournazel, 253.
BURÉE , voir Filolic.
BURGAIL (Laurent du), bourgeois
de Sailat, 362.
BURGANT (Hélie), bourgeois de
Sarlat, 362.
BURIE , voir Coucy.
53
414
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
c
CADIO , Cadiot, 62, 331.
CADORY , 62, 62.
CADOUIN, abbaye, 52, 52, 54, 55,
56, 57, 57, 58, 68, 70, 75, 78,
79, 79, 142, 202, 203, 2o3,
241, 327.
CAHORS. XII, XVII, XIX.XLTI, XLIII,
14,21,45,51,58, 59,80, 90, 90,
116, 124, 129, 132, 136, 174,
194, 211, 212, 234, 271, 277,
278, 280, 307, 308, 311, 361,
403.
CAHUZAC , 63, 181, 227, 227,
327.
CAIRE (Bernard de), curé de Caudon, 162.
CALAHRE , monastère, 27, 33, 62,
62. Voir Calviac.
— (Charles, duc de), 1 3g.
CALAIS , 124.
CALÉS , 138, 155, 1 55.
— chanoine de Chancelade, xn,
XLn.
CALHON (Guillaume de), lieutenant du sénéchal de Périgord,
147.
CALIBIS (Hervé), aninpretre de
Capdrot, 99.
CALVEYRAC , voir Sudrie.
CALVIIC (monastère de Calabre),
58.
— 27, 28, 31, 32, 33, 62, 68,
146, 146, 331.
— (Lot-et-Garonne), prieuré, 62,
205.
CALVIAZÈS , 27.
CALVIMONT (Jean de), seigneur de
Chabans, C. C., 299, 299.
— (Jean de), seigneur de SaintMartial, 328, 402.
CALVIN, IX , 241, 252.
CAMBLAZAC , famille, 173.
CAMBON (Jean) , archiprêtre de
Capdrot, 99.
CAMBRIDGE (Edmond ou Aymon,
comte de), 130, i3o.
CAMBURAT, voir Massant.
CAMPA GNAC-lès-Sarlat , l'Evêque
del Bos, 61, 61, 112, 112, 118,
1 18, 122, 122, 315, 319, 3ig.
VoirBoux.
— lès-Quercy, 142, 147, 260,
260.
— du Buffen, 171, 265, 277,
284. VoirGontaut.
— de la Serre, voir Abzac.
CAMPAGNE , 173, 173, 174, 1 83.
CAMPANIA (Augier de), camérier
du Chapitre de Sarlat, 349.
— (Hélie de), hospitalier du Chapitre de Sarlat, 349.
CAMPI-CATALAONICI , Catalens, 22,
24.
CAMPNIAC , famille, 168.
CANTALOUP (Arnauld de), archevêque de Bordeaux, 87, 87.
CAMUSE (la), canon fonda à Sarlat, 262.
CANCON , 157, i57.
C .ANE (Baymond del), 362.
CANÉOA (la), 147.
CASTANET (Gérauld de), consul de
CAPDENAC, XVIII, 15, 21, 129,
Sarlat, 148.
244, 251.
CASTELBAJAC (Bernard de), sénéCAPDROT , archiprêtré, 95, 95, 98,
chal de Périgord, 153, 1 53.
196, 197, 200, 203, 226, 262,
CASTELFRANQUET, 321.
280, 321, 349, 350.
CASTELMORON, 108.
CAPELLA , 62.
CASTELNAU de Berbiguières ou des
CAPELLE-BIRON (la), 332.
Milandes, 71, 72, 72, 154, 157,
CAPELOU (N.-D. de), 62
160, 162, 164, 167. 167, 16g,
CAPONET , voir Chaponval.
171, 171, 174, 175, 178, 180,
CAPOUILLE (Raymond de) , Cha180, 212, 235, 239, 277, 313,
pouille, abbé de Saint-Amand
315, 327, 370. Voir Caumont.
de Coly, vicaire général, 361.
CASTELNAU de Brétenous ( Antoine,
CARAFFA (Alfonse), duc de Castelsgr de), C. F., 176, 176, 180.
nuovo, XLIV.
— Voir Brétenoux.
CARAMAN , Carmaing, voir Duèze.
CASTELRÉAL , bastide, voirSiorac.
— (Catherine de), comtesse de
CASTELSAGRAT , voir Gironde.
Nègrepelisse, 265.
CASTILLON , 141, 141, 186, 187,
— (le comte de), 364.
188. 188, 283, 286, 2g3.
CARBON-BLANC -lès-Bordeaux , 57.
— (bataille de), 187, 187, 188,
CARBONNIER , 275, 276.
188, 190, iqo.
— Voir Charbonnières.
— (Pierre de), 70.
CARBONNIÈRES , famille, 11 5, 388.
— (Bertrand de), 70.
— (Jean de), bâtard de Pelvézy,
— (Bufarole de), 70.
CF. de Compagnies, 176, 177,
CASTILLONÈS , 70, 70, 75, 75, 89,
372, 373, 374.
140, 272, 307, 308, 318, 329.
— (Charles de), seigneur de Jayac,
CASTRES, XIV , 58, 100.
C.C., 234, 234.
CATUS (le sieur de), C. C, 2g7.
— (Bertrand de) , seigneur de
CAUDON , 21, 163, 165.
Jayac, 289.
CAUMONT, famille, 185.
— (Gauthier de), dit le capitaine
— (Branrielis de), i83.
Jayac, C. C., 289, -89, 295.
— (François de] ,
seigneur de
— (Françoise de), dame de PelCastelnau,- 212, 227.
vézy, 3 19.
— (Jacques de), seigneur, puis
— (Jean-Charles de), seigneur de
duc de la Force, seigneur de
lâ Capelle-Biron, 333 , 403,
Castelnau, maréchal de France,
404, 406.
256, 307, 307, 369, 312, 314,
— (Je»n de), soigneur de Jayac,
316, 318, 321, 322.
402.
— (le seigneur de), 380.
CARCASSONNE , 51, 70, 84, 116,
CAUSSADE, I 3 O.
143, 1 58.
CAUSSES , 251.
CARDAILLAC (Claude de), dame de
CAUVES (Vicaria de), Çarves, 62.
Castelnau des Milandes, 227.
CAUZAC , Cahuzac, 63.
— (le sieur de), 175.
CAUZÉ (Geoffroy do), évêque de
— (Louis de), 332.
Périgueux, 58.
CARENNAC , 321.
CAUZEAC (Bernard de), Casnac,
CARIBERT , 36.
Cazenac, 71.
CARLI (Alarico), archéologue floCAVALERII (Raymundus) , archirentin, xxin, xxv.
prêtre de Capdrot, 09.
CARLOMAN, 37. 3g.
— (Guilhermus) , archiprêtré de
CARLUX, XVII, '33, 62, 62, 104,
Capdrot, gg.
104, i3o, 143, 155, 1 55, 156,
CAVAGNAC , voir Guiscard.
i56, 1 57, 174, 175, 180, 180,
CAZALS , Cazalz, 78, 116, 145,
192, 193, ig3, .95, 233, 234,
145, 146, 172, 304,308.
3og, 322, 323, 331, 350, 379.
— (Mafre de), 78.
— (vicomté de), 331.
CAZÈLES , 263, 263.
CARS (les), 133, 13?, 169, 16g.
CAZENAC (Bertrand de), sire de
Voir Pérusse.
Vitrac, C. F., 118, 119, 144.
CARSAC , prieuré, 97, g7, i5o.
CAZÈRES (Gerauld de), 70.
CARTERIUS , évêque de Périgueux,
CAZILLAC (François de), baron de
33.
Ccssac, C. C, 286.
CARVES, XVI, 62.
CAZOULÈS , 331.
CASNAC (Bernard de), Cauzeac,
CELLES , voir Beaupoil.
.7'. 72.
CÉNAC , prieuré, 147, 304.
CASSAIGNE (La), 121, 1 2 1 . Voir Aitz.
CÉRON (Pierre de), notaire de SarCASSANEL , Casseueuil, 70, 70.
lat, 203.
CASTAING (Hélie du), 1 er consul
— (Antoine), 236.
de Bergerac, 375.
— (Noël), banquier et consul do
CASTAL (Guiraut), bourgeois de
Sarlat, 237, 336, 336.
Sarlat, 362.
CHABANNES (Aymeric de), lieuteCASTANET (Raymond de), bournant du sénéchal du Périgord,
geois de Sarlat, 120.
147.
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
415
C HABANS (PieiTO de), seigneur
C HASSAING , famille, 388.
C LÉRANS , 171, 327.
d'Agonac et la Chapelle-Fau- — (Jean), , C. C, 2go, 322, 402, — Voir Massaut.
cher, 249.
404, 405.
C LERMONT , 25, 210, 403.
— Voir Calvimont.
— (N.), jurât de Sarlat, 369.
C LERMONT-DESSUS , 344.
C HABOT (GuyJ, baron de Jarnac, — (N.), substitut de la commuC LERMONT (Jean de) , vicomte
sénéchal de Périgord, 224.
nauté de Sarlat, 369.
d'Aunay, 127. Voir Clairmont.
C HABRIGNAC, 168.
C HASSE- M ESSE , canon protestant, — (Ic comte de), voir Bourbon.
C HAILLAC (Guillaume do), chantre
237.
— Armand de), seigneur de Piles,
du Chapitre de Sarlat, 349.
C HASTEIGNER (Jean de), seigneur
C. P.,-242-, Î43, 287, 287, 291.
C HAISE- D IEU (la), abbaye, 95.
d'Albin, 395.
— (Jean de), 287.
C HALAIS, 1 28.
C HATEAU- G AV (la dame de), 403. — (Judith de), 287.
C HALARD (le), chapellenie, 347.
C HATEAU-L' Ë VÈQUE, 259.
— (N. de), seigneur de Fermi,
C HALENÇON , voir Poiliers.
C HATEAU- M ISSIER , 397, 398.
C.P., 291, 29t.
C HALUS , voir Chaulus.
C HATEAU- N EUF , 379.
C LERMONT d'Aínboise (Georges
C HAMBELLAN (Madeleine) , dame
C HÂTEAU DU lìoi, à Dome, 374.
de), baron de Bussy, C. P.,
d'Iverny, 221.
C HATELLERAULT (vicomte de), 1 31,
292, 292.
C HAMBON (Le), i55.
307.
C LISSON (Olivier de), connétable
— (Le sieur du), C. C , 300.
C HATILLON , voir Coligny, 25 1 .
de Franco, 143, 149, i5o.
C HAMBRILUAC (Jean de), sénéchal C HAULUS de Capréol, Chalus-Cha- — (Jeanne de), i5o.
dePérigord, 1 53, 1 55, 160, 161.
brol, 6g.
C LODOMIH , roi de France, 27.
— (Philippe del, archevêque de C HAUMELZ (Jean), le jeune , mar- C LOTAIRE II, 34.
Bordeaux, 127, 358.
chand de Sarlat, 237.
C LOTAIRE III, 37.
— (Jeanne , aliàs Calherine) ,
— (N.), jurât de Sarlat, 369.
C LOTAIRE IV, 37, 37.
daine de Bourdeille, i53, 160. C HAUMONT (le sieur de), C. P.,
C LOVIS , roi de France, 26, 27, 33,
C HAMINADE (Gausbert la), 347.
232, 232.
36, 70.
C HAMPAGNE (Louis de), comte de C HAUS , de Montsac, C. P., 274. C LUNY , abbaye, 42, 45, 59.
Sancerre, maréchal de France, C HAUVET , prêtre, 375.
C LUZEL (le), Cluzeau, 268.
141, 143, 143, 148, 148.
C HAVAGNAC , 225 , 225 ; voir — (Moulin du\ aliàs de la BoiíC HAMPOLLION- F IGEAC, XVIII.
Roffìgnae
tie, 368.
C HANCELADE , abbaye, 34, 103, io3.
C HEL (Adam), dit d'Aghorisses , — (Suzanne du) , D lle de la
C HANDOS (Jean), 124, 1^4, 125,
seigneur de Mortemart, C. A.,
Treyne, 3og.
125, 130, 131, 1 3 1 , 132, 362,
I 3 I.
C OALIA , Couilé (Raoul de), évê363.
C HENU (Jean), historien, xtx.
que de Périgueux, 49.
C HAPELLE (Boson de la), 1 55.
C HERMENT , 7.
C OCHEREL (bataille de), 1 3 r.
C HAPONVAL (Jean de), dit Caponet, C HÉRONNAC , 399.
C OETIVY (Prégent de), amiral de
Caponel, 129, 129.
C HILAUDIE (la). C. C, 230.
France, 192.
C HAPOUILLE , voir Capouille.
C HILDEBERT , roi do Guienne, 33, — (Olivier de), seigneur de TailC HAPOULIE (la), voir Bonet.
34.
lebourg, 192.
C HAPPON (Jean), procureur de C HILPÉRIC , 37.
— (Marguerite de), dame de Pons,
Sarlat, 2 36.
C HIZÉ (combat de), i3g.
i 9 3.
C HAPT (Jean), seigneur de RastiC HOISE.L (Christian de), baron de
C OGNAC, 17.
gnac, C. C, 299, 299, 312.
Beaupré, C. P., 292, 292.
C OLHAGE (le), jeu a Sarlat, 367.
C HAPT DE R ASTIGNAC (Raymond), C HOUPPES (Pierre de), C. P., 277,
C OLIGNY (Gaspard de), seigneur
seigneur de Messillac, 318, 3 18.
293.
de Chàtillon, amiral de France,
C HARBONNIÈRES , voir Prévost.
C HRISTOPHE- C OLOMB, XXI.
25 1.
C HARLAC , voir Sarlat.
C HRONOPE , évêque de Périgueux,
C OLOMBIER (Etienne del), 161.
C HARLEMAGNE, 12, 32, 38, 39, 40,
25, 33.
C OLOMBIÈRES , voir Briqueville.
41, 43, 47, 48, 124, 214, 255, C IOURAC , voir Siorac.
C OLONGES, 1 68, 168, 171, 276;
255 .
C ITEAUX (Ordre de), 55, 57, 5g.
voir Hélie, Sédières.
C HARLES- M ARTEL, 32, 37, 38.
C LAIRAC , abbáye, 201, 201, 256, C OLY , 142, 142.
C HARLES LE C HAUVE, 33, 46.
256, 260.
C OMARQUE , Commarque, 118, 118,
C HARLES LE G ROS, 46.
'C LAIRMONT (Jean de), capitaine
122, 13S, 1 38, 154, 155, 1 55,
C HARLES IV, le Bel, 99.
de la Roque-Gajac, 161, 161.
156, i56, 157, 167, ig3, 320,
C HARLES , duc de Normandie, DauC LAIRVAUX , abbaye, 59, 59.
320. Voir Beynac.
phin, 78, 109, 109, 110, 116, C LAMECY, i5g.
C OMARQUE , famille, 350.
119, 122, 124, 124 ; roi de C LARENCE (le duc de), 163.
— (Garin de), abbé de Sarlat, 67.
France , sous le nom de Charles V ,
C LARENS , 167, 167, 175.
— [R. de), i55.
128, 129, 129, 130, 135, i35, C LARIAN , abbaye, 58.
— (Annet de), SB r de Pechgau140, 1 5 3, 154.
C LAUSADE (la), 78.
dou, C. P., 267, 267, 279, 27g.
C HARLES VI, 55, i35, 143, 149, — (le sieur de la), C. P., 262, — (Paul de), dit Pechgaudou ,
149, 152, i53, i56, 158, 170,
262.
lieutenani au régiment de Cham175.
C LAUX (Le), 145, 145, 146, 146;
pagne, 403, 404, 405.
C HARLES VII, i58, 170, 170 ,171,
voir Vigier, Anglars.
C OMBE des Dames (la) près Ca172, 173, 175, 175, 178, 179, C LAVELLI (Hugue), archiprêtre de
lés, 318.
180, 18 t, I84, 186, 188, 192,
Capdrot, gg.
C OMBE (Porte de la) à Dome, 3i3.
192, ig3, 194.
C LAVIUS (Christophe), mathéma- C OMBORN (Marguerite do), dame
C HARI.ES , duc d'Orléans, 163.
ticien, XIII, xxv.
d'Aubusson, ig5.
— duc de Guienue, 193.
C LÉMENT (Saint), pape, 19.
C OMERS (Ravmond de), 211, 211,
C HARROUX , abbaye, 45, 48.
C LÉMENT IV, pape, 74.
212.
C HARTRES, 3, 59, 5g, 60.
C LÉMENT V, pape, 87, 87, 90.
C OMMINGES , comté, 1 58.
C HASSAGNE (Joseph de la), prési- C LÉMENT VI, pape, g8, ii5, 126. — (Pierre-Raymond II, C <0 de),
dent au Pari, de Bordeaux, 375. C LÉMENT VII, pape, 152, 224.
107, 107, 130, i3o.
416
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
COMMINOES (Roger de) , V l « de
Bruniquol, 107, 107.
— (Bernard-Roger), V te de Bruniquel, 379.
— (Roger de), seigneur de Clermont-Soubiran, 108.
COMPRIAN, 127.
CONDAT, 140, 260, 266, 294.
CoNDATE, 17.
CONDÉ, voir Bourbon.
CONQUES, abbaye, 90.
CONRADUS, cardinal, 65.
CONSTANTIN (Mathurin), protestant
de Sarlat, 241 .
COPERNIC, vm, xxin,xxix, xxxvi,
XXXIX, XL.
COQUELUCHE, 278, 7.78.
CORAL (Petrus), 77.
CORDELIERS de Sarlat, xxi, xxvn,
77 ,217,224, 235,238. 239,295,
335, 340, 341.
CORDIS (M. de), 120.
— (Léonard de), conseiller magistrat, I e ' consul de Sarlat,
340, 390, 390.
CORENSAN (?), C P., 284, 284.
CORN, 62, 62.
CORNAC (Guillaume de), cellerier
du Chapitre de Sarlat, 349 .
CORNEILHAN, voir Corail, Cornilhan.
CORNIL, 321, 32i, 322.
— (Gui de), abbé de Sarlat, 73,
86.
— (Raymond de), évêque de Cahors, 80, 80.
— (Eymeric de), seigneur de
Prouliac, Veyngnac, 218, 218.
CORNILHAN (Guillaume), 108.
COSTE (Hélie la), consul de Sarlat, 148.
— (N. Ia), consul de Sarlat, 148.
— (N. de la), C C, 297.
— (N. de la), greffier commis de
l'Hòtel-de- Ville de Sarlat, 390.
— (la), 355. VoirBessou.
COTKT (Louis), prieur de la Réole,
211.
COUCY (Enguerrand de), comte de
Soissons, capitaine général entre la Loire et la Dordogne,
148.
— (Charles de), seigneur de Burie, 230, 23o, 239, 377, 378.
COUDERC (Bernard du), abbé de
Sarlat, 74.
COURCILLON (Jacques de), seigneur
de Dangeau, C. P., 293, 293,
294, 298.
Comvrz (las), voir Reilhac.
— (Ravmond las) , infirmier du
Chapitre de Sarlat, 349.
COUSERANS, voir Durfort.
COUSSE (la), voir Lestrade.
COUSTIN, famille, 145, 146.
— (Guillaume), dit du Vernh,
ig5.
— (Jean de), seigneur de Bourzolles, 218, 218.
— de Bourzolles (Jeanne de), 256.
— (François de), sgr de Bourzolles, baron de Berbiguières,
C. P., 292, 292 ,294, 321, 331.
COUTRAS, 288 ,288, 302.
COUZAGES, 225, 225. Voir Roffignac.
COUZE (la), rivière, 167, 180,274.
— i48, 167, 274, 274, 327.
CRÉCY (bataille de), 110.
CRÉMOUX (Guillaume), greffier en
chef du sénéchal do Sarlat ,
procureur syndic, consul de
Sarlat, 337, 337, 390, 3go.
— (Pierre), receveur des tailles,
387, 396, 3 9 6.
CREYSSE, ig3, 331, 33 1.
CROIX (Hélie la), bourgeois de Sarlat, m.
— (Jean de la), historien, xvm, xix.
— (Côine de la), historien, xvm.
CROMIACO (R. de), abbé de Sarlat,
68, 86.
CROPTE (Bertrand de la), évêque
de Sarlat, x, 166, 166, 184.
— (Jean de la), C. F. de la ltoqueGajac, x, 166, 166, 171.
— (Pierre de la), 166.
— de Lanquais, (Françoise de la),
dame de Jayac, 28g.
CROQ, 325.
CROQUANTS , 325 , 394 , 395 ,
396, 397, 398, 399, 400, 401,
?
402.
s
CROZO-TENCHO (La), à Dome, 302,
3o2.
CRUSSOL (Jacques de) , seigneur
d'Assier, C. P., x, xi, 244, 244.
— (Antoine de), duc d'Uzès, 244.
CUCUGNAN, 10b.
CUEILHE (Léonard de), trésorier
du roi, 3o3 .
— (Léonard de), sieur de la Vergnole, C. C. do Dome, 3o3.
CUGNAC (Jean de), seigneur de
Giverzac, C C, 232, 233.
— (Marc de), seigneur de Giverzac, C. C, 299, 2gg, 308, 3o8,
309, 310, 312, 3 12, 317, 332,
403, 404, 406.
CUNIAC, 167, 167.
CUNIET (Hélie do), chevalier, 122.
CUSTOJOULS, Custojoux, famille,
388.
— (l'abbé de), XLIV.
— (Jean de), conseiller magistrat
à Sarlat, capitaine d'une compagnie bourgeoise, consul, 28g,
2go.
CUZE (la), Cluze, ruisseau, 101,
121, 271.
CUZORN, 179, 17g.
»
DAGLAN, 95, 95, 121, 147, 260.
DAGOBERT I, roi de France, 36, 36.
DALLET, astronome, xxxvm.
DAMAS (bois de las), m.
DANGEAU, Danjau, voir Courcillon.
DANIEL, abbé do Lézat, 45.
DANROCHE (Petrus) , archiprêtre
de Capdrot, 9g.
DAOUX (Bernard del), 261.
DAURADE (la), prieuré, 344.
DAX, 103, 127.
DEJAN (Jacques), baron de SaintProjet, 3 12.
DELAIGE (Jean), marchand, consul
de Sarlat, 340.
DELPIT (Jules), 81, 125.
— (Martial), 81.
DELZONS (Marguerite), dame de
Montviel, 262, 3i2.
DÉPENSIER (Thomas le), chevalier
anglais, 1 3 1 .
DERBY (Henri, comte), 104, 104,
105, io5, 106, 108, 110.
DERSE (Tour de la), 260, 260.
DESCARTES (René), x.
DESSALLES (Léon), 161,173 ,343,
351, 352,' 358.
DIBONA, Canoës, go.
DIDIER, roi des Lombards, 38.
DIEUDYE (la), famille, 1 17. Voir
Dieuvoydont, Dyosido.
— (Mathurin de), procureur du
roi au sénéchal de Sarlat, 210,
237, 377.
— (Pierre de), procureur du roi au
sénéchal de Sarlat, 341.
DIEUVOYDONT (Pierre), procureur
du roi en Périgord, 362.
DIGUE (Jacques), C. A., 145.
DIOLINDUM, 8g.
DOATLUP (Rernard de), C. A.,
159.
DOISSAC, 62, 62, 277, 277, 327.
DOME, Mont-de-Dome , Domme,
bastide, xi, 8. — Fondation,
79, 7g, 80. — 83,89. — Prise
par les Anglais, 110 ; reprise
par les Français, 111, 11 1. —
112, 1 r 9, 121, 122. — Se déclare pour le roi de France,
129. — Assiégée par Chandos,
131, I3I. — I3Ì, 133, 134,
135, 138, 143, 146, 147, 147.
— Prise par les Anglais, reprise par les Français, 148,
148, 14g. — 153, 1 53, i56,
i57. — Monnaie, 159. — 161,
1 63, 164, 165. — Prise par
les Anglais, 166, 167, 167; assiégée par les Français, 169,
16g, 170. — 171. — Reprise
parles Français, 176, 177, 178,
370, 371, 372, 373, 374. —
179, 182, i83, 193, 196, ig7,
200, 217, 243. — Attaquée par
les protestants, 244. — 252, 252,
25g, 261, 261, 264, 265, 269,
279, 280. — Prise par Vivans,
302, 3o2, 3o5, 306, 3o6. —
309,310, 312, 313. — Attaquée
parles Ligueurs, 313, 314, 315.
— Secourue parles royalistes,
317. —319, 3 19, 327,328, 361,
379, 389, 407.
DOME- VIEILLE, château, 71, 71,
146, 146, 147, 147, 169, 16g,
170, 176, 177, 184, 304, 310,
312, 371, 374.
DÔME-BASSE, 313.
DOME (Guillaume de), 80.
— (Pons de), 80.
— (Marguerite, dame de), 80.
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
DOME (Gilbert de), chevalier, sénéchal du Périgord, 118, n8, 119,
120, 120, 121, 122, 122, 129,
132, 133, 138, 146, 146, 164,
362, 363, 371,
— (Gausbert de), 356.
— (Robert de), 1 3 1 .
— (Marthe de Pons, dame de),
147.
— (Pons de), 147.
DOMINIPECH, 64.
DONADEI, Donne-Dieu, 11g.
— (Bernard), consul de Sarlat,
119.
— (Gerauld) et ses frères, ng.
— (Bertrand), chevalier, 1 1 g.
■— (Raynauld), chevalier, 120,
120, 122.
— (Rernard), 120, 121.
— (Sicard), 120, 120, 121.
— (Gaillarde). 120.
— (N.), recteur de Sainte-Marie
de Sarlat, 1 20.
DOUBLE (la), forêt, 38. Voir Edobola.
DOUDRAC, prieuré, 205, 206.
DOUZE (la), voir Abzac.
DREUX, 7, 148, 1 54.
DROUILLE, forêt, 7.
DUBREUILH, lire du Rreil (Olivier),
sénéchal de Rennes, ig4.
DUÈZB, d'Ossa (Jacques), go.
— (Arnauld), bourgeois de C.ahors, go.
— (Arnauld) , vicomte de Caraman, 107, 107, 1 28.
DUGRAND, Le Grand, C. P. de
Montfort, 263, 271.
DUJABRIC-DESCOMBES, X, XII, XVII,
XXVII. XLII, XLIII.
DUPUY (Jean), récollet, historien,
xix, 5g.
— (archiviste de Bergerac, 375.
DURAND (Jeau), seigneur de la Roffie et Laudonnie, C. C., 285, 285.
DURAS, voir Durazzo.
— 141, 141, 142, 142.
— Voir Durfort, 141, 141.
DURAVEL, 131, 1 3 1.
DURAZZO(LOUÌS et Robert de), 127.
— (Agnès de Périgord, duchesse
de), 127.
DURFORT, famille, 143.
— (Aymery de), seigneur de Duras, C. F., 106, 106.
— (Gaillard do), seigneur de Duras, 138, 141.
— (Symphorien de), seigneur de
Duras, C. P., 234, 234, 239, 240.
— (Jacques de), baron de Boissières, C. P., 241.
— de St-Germain (Jeanne de),
dame de Piles, 243, 287.
— (Pierre de), seigneur de StGermain, 3oo.
— (Samuel de), seigneur de
Couserans, C. C., 300, 3oo.
— (Jacques de), seigneur de Léobard, 320, 320, 321.
— (Grande de), dame de ClermontDessus. 344,
DYON- (Philippe-Renaud de), 108.
DYOSIDO (M" Pierre de), procureur du roi de la sénéchaussée de Sarlat, 117. Voir Dieuvoydont, Dyeudie.
E
EBLIUS, duc de Guienne, 47.
EBRARD (Rertrand), baron de SaintSulpice, C. C., 265, 265.
EBRARD de Saint-Sulpice (Henri),
comte de Nègrepelisse, C. C.,
265, 265.
EBRARD (Hugues), bourgeois de
Sarlat, 362.
Ecu (Jeu de 1') à Sarlat, 367.
EDOBOLA, Double, forêt, 38.
EDOUARD I, roi d'Angleterre, 78,
81, 81, 83, 83, 85.
EDOUARD II, dit Carnarvon, roi
d'Angleterre, 88, 8g.
EDOUARD III, roi d'Angleterre, 1 02,
102, 124,125, 125, 127, i3i,
134.
EDOUARD, prince de Galles et de
Guienne, dit le Prince Noir, 125,
125, 127, 127, 128, 129, 12g,
130, i3o, 132, 133, 137, i3 7 ,
364.
ELÉONORE, duchesse de Guienne,
60, 67.
ELNE (diocèse d'), 58.
EMBIRON (Guiraut), bourgeois de
Sarlat, 362.
EMENON, comte de Périgord, 40.
EMME, comtesse de Périgord, 47,'
48, 48.
ENGOULVENT (Olivier d'), écuyer
breton, 14 t.
ENVALS, 62.
ESCAYRAC (le sieur d'), C. C.,
2 97ESCLACHE (Pierre), architecte de
Sarlat, 213.
ESCODÉCA (Jean d'), seigneur de
Montsavignac, 256.
— (Armand), seigneur de Boisse,
C. P., 256, 256 ,291, 291, 318.
— (François de), sgr de Villebeau,
C. P., 291, 291.
— (Izarn d'), 356.
— (Congia d'), 357.
ESPAGNE (Arnauld d'), seigneur de
Montespan, sénéchal de Périgord, 111, 116, 1 16, 117, 133.
— (Bertrand d'), 117, 117.
ESPELUCHE, vicomté, 192, ig3.
ESPLÉCHIN (Trêve d'), 104.
ESSENDIÉ (Jean), archiprêtre de
Capdrot, 9g.
ESTAING (Alix d'), dame de Salignac, 358.
ESTERNA (la), 64.
ESTISSAC, 181, 181, 397.
— (Amaury d'), chevalier, 181,
181, 372.
— (Bertrand d'), sénéchal de Périgord, 214.
— (Jeanne d'), dame de Lesparre,
187ESTRES, Estris (Jean las ou de),
bourgeois de Sarlat, 175.
417
ESTRES (Pierre de), consul do Sarlat, 347.
ESTRIÈOUES (Etienne d'), consul
de Sarlat, 362.
ESTUER (Guillaume), seigneur de
Saint-Mégrin, ig2.
ETIENNE, roi d'Angleterre, 67.
— abbé de Sarlat, voir Stephanus.
EUDO, duc d'Aquitaine, 37, 37,
38.
EUGÈNE III, papo, 37, 60, 61, 64,
65, 66, 67, 68, 96. 184.
EURIC I, roi des Visigoths, 22, 23,
24.
EUTROPE (saint), 22.
EYMA, traducteur de La Croix,
xvm.
EYMET, voir Aymet.
EYNESSE, 63.
EYRENVILLE, 63.
EYSSES, abbaye, 76.
EYVIGUES, 146.
F
FABRI (A.) , 96.
— (Jean), évêque d'Aure,(?) coadjuteur de Sarlat, 224.
FABRICIUS, astronome, xxi, xxvin.
FAGES (le sieur de), 77.
FAGY (du), voir du Fay.
FAIZE (abbaye de), 57, 58.
FARINIER (Guillaume), général des
franciscains, cardinal, 114, 1 14.
FAUDOAS (François de), seigneur
de Sérilhac, C. P., 2g3.
FAUR (Arnauld du), seigneur de
Pujols, C. P., 292, 202.
FAURE (Antoine du) , lieutenant
particulier au siège de Sarlat,
289, 3 16, 379, 380.
— (N\ du), son frère, 3 16.
— (Gros), 3 1 g.
— (François du), lieutenant particulier au siège de Sarlat, 340.
— (Guillaume), bourgeois de Sarlat, 362.
— (Giral) , dit Puycheny , marchand de Montignac, 373.
FAUX (du), voir du Faur.
FAVAK (Manaut de), C. A., 170.
FAY (du), voir Hurault.
FAYE, astronome, xxvm, xxxi.
— (la), 275, 277.
— Voir Arnal.
— (N. de), 26g.
FAYOLLE (Grimond ou Grimouard
de), chevalier, 117, 117.
— (Jean de), seigneur de Vernodo
et la Jarthe, 300, 3oo.
FELLETON (Thomas) , chevalier
anglais, i3i, 135 , i35, 136,
140,141.
FÉNELON, x, 255.
— (B. de), abbé de Sarlat, 60.
— (Bertrand de) , chevalier de
Sainte-Mondane, 356.
— Voir Salignac.
FENOUILLÈDES (Saint-Paul de), 353,
355, 356.
FERMI, voir Clermont do Piles.
FERRENSAC, 271, 271.
418
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
FERRI (Enrico), criminaliste, xxv.
FERRIÈRE (Jean de la), -vidame de
Chartres, C. P., 292, 29?..
FERRiÈRES -Sauvebœuf , famille ,
155, 1 55 .
— (le seigneur de), 123.
— (Augier de), prévôt du Chapitre de Sarlat, vicaire général,
349, 352.
FEYRAC, 219, 3 10, 315. Voir Blancher.
FIÈRE (Raoul la), chevalier, seigneur d'Alas, 357. .
— (Marquise lai, 357.
FIGEAC, 129, 140, 267.
FILOLIE (Jean de la), seigneur de
Burée, C. L., 312, 3 12.
— (la), voir Beaulieu.
FLAUGEAC , archiprêtré, 95, 95,
23i, 235, 235.
— (le cap.), catholique, 231.
FLAUGHAC, château, 254.
FLEIX (le), 91, 91 ; (paix du),
280.
FLEURAC, 250, 25o.
— Voir la Tour d'Auvergne.
FLEURY, abbaye, 45, 58.
— (Pierre de), capitaine de Montignac, C. F., i55, 168.
FLORENCE, XIV, XXI, xxn, xxiv,
xxv, XXVI , xxvii, 224.
FLORIMONT, 142, 147.
Foix (Raymond-Roger, comte de),
70.
— (Roger-Bernard, comte de), 84.
— (Gaston III , comte de), dit
Phœbus, 360.
— (Jean de Grailly , comte de),
372.
— (Gaston de,) prince de Vianc,
203.
— (Brunissende, Brunichilde de),
comtesse de Périgord, 5i, 93,
95,95 , 97, 101.
— (Catherine de), reine de Navarre,
203.
— Candale (Jean de), archevêque
de Bordeaux, 218.
FOMPITOU, voir Salignac.
FONDONIÈRE de Dome (le sieur),
402.
FONDURE, XII.
FONGUILHEM, abbaye, 57, 58.
FONTADE (la), 171, 171 ,172, 174.
FONTAINE (la), ministre de Lavaur,
241, 241.
FONTAINES (Peyrot des), dit le
Béarnais, C. A. de Compagnies,
142, 142 ,143, 143, 144, 157,
i58.
— (Jeannot des), 143.
FONT-DEJAN (Jacques de la), baron de Saint-Projet, 312, 3 12,
313.
FONTENAY (le sieur de), C. P., 277.
FONTENELLE, XXXIV, xxxv.
FONTENILLES, 321, 3.21.
— Voir Senneterre.
FONTGAUFFIER, abbaye, 277.
FORCADE (la), protestant, 87.
FORCE (la), 172, 185, 186. Voir
Caumont.
FORESTIER (Pierre), bourgeois de
Sarlat, 362.
FORÊT (Madeleine de la), dame de
Colonges, 276.
— (la), voir du Puy.
FORMIGIER de Beaupuy (Pierre),
avocat de Sarlat, xxxv ; consul,
336, 340.
FORTS (M. des), 221.
FOSSAT (Amaury du), 124.
FOSSÉS (Guillaume des), sacristain de Sarlat, 349.
FOUCAULD de Lardimalie, famille,
328.
— (Jean de), seigneur de Lardimalie, 394.
FOUGEROLLES, 143.
FODLQUE- N ERRA, comte d'Anjou,
48.
FOZÈRE, 83.
FRANÇOIS I er , roi de France, 89,
i34, 190, 194, 218.
FRANÇOIS (Emeric), archiprêtre de
Capdrot, 99.
FRATEAOX (Seigneurs de), 357.
FRÉGEYRON (Jean), maçon de Sarlat, 341.
FRÉIAC (P. de), seigneur de Besse,
78.
FRÉJUS, 90, 358.
FROISSART, IO 5, 107, 109, 116,
1 17, 128, 129, i3o, 1 3 1 .
FROMENT (Porte de), à Beaumont,
284.
— (Etienne), 178.
FRONSAC, 143, 186, 187.
FROTERIUS, Frotier, évêque de Périgueux, 48, 49.
FUMEL, 175, 256, 257, 257.
— (Pnns de), 78.
— (François de), baron de Montségur, C. P., 311, 3n.
Cl
GA (du) ou de Gia, 184, 184.
VoirBonald.
GABANELLE, 63.
GADDIS (Nicolas de), cardinal, évêque de Sarlat, 223, 225, 227,
229.
GAIFER, Waiffre, duc d'Aquitaine,
38, 38, 39.
GAIGNAC, 129, 129.
GAIGNEROLLES (Bernard de), 122.
GAILLAO (Saint-Michel de), abbaye,
86, 91, 95, 95, 344.
GAILLARD, évêque apocryphe de
Sarlat, 123, 124, 358, 359.
GAING (Ouen de), abbé du MasGrenier, 56.
— (Pierre de), abbé de Cadouin,
2o3.
— (Pierre de), le jeune, abbé de
Cadouin, 5b, 203, 20Ì.
GAIAC, 76, 327.
GAL (Fort du), à Dome, 3 1 3.
GALABRDN (Pierre), bourgeois de
Sarlat, 362.
GALAÏOU (Jean), curé de SaintJacques de Bergerac, 376.
GALARD (Jean de), chevalier, sei-
gneur de Limeuil, io5, 116,
117, 118.
— (Marguerite de), dame de Limeuil, 1 55.
GALOPIN (Mathurin), architecte de
Bordeaux, 222.
GALILÉE, vu, vin, ix, xm, xiv,
xxi, xxn, xxiv, xxv, xxvi,
XXVII, xxvm, XXIX, xxx, XXXI,
XXXVI, XXXIX, XL.
GANT (Jeu du), i Sarlat, 367.
GARAUDEL (Pierre), marchand de
Sarlat, 268.
GARDELAS, la Gardolle, 64,64.
GARDELLE (la), 64.
GARIÉRIC, roi des Huns, 22.
GARRIGUE (la), 315.
GARSINDE, comtesse de Périgord,
42.
GASSENDI , astronome , xxxn ,
XXXIX.
GAUBERT, 23 O.
GAUGEAC, Gaujac, 64, 64, 98, 98,
99.
GAULEJAC, 147. Voir Groslejac.
GAULLIEUR (E.), XXVII, 376.
GAULTIER (Joseph), prieur de la
Valette , astronome , xxxn ,
XXXIII.
GAUMIERS, 147.
GAUSBERTUS, 44.
GAUSFREDUS, 44.
GAVAUDUN, 21, 62, 68, 241,252.
GAZAILLE (la), 258, 258, 261.
GÉLAS de Voisins n'Ambres de
Montpeyran, 270.
— (Antoine de), seigneur de Lebéron, 270.
GENÇAY, 48.
GENEBBEDUM , la Génibrède, 64,
64.
GENESTE (Etienne), clerc de Sarlat, 341.
GENOUILLAC, Genouillat, abbaye,
35, 35, 42.
GENSAC, 187.
GEOFFROI, évêque de Chartres, voir
Lèves.
— moine et abbé de Clairvaux, 59.
GERALDUS, abbé de Sarlat, 49.
GÉRARD, comte de Périgord apocryphe, 49,49, *>0, 51, 5 1.
— évêque apocryphe de Sarlat,
124.
— prieur de Monteton, 349.
— (famille), XLIV, 388.
— (François de) , dit Pothon,
sgr de Falgucyrac , 1« avocat du roi, puis lieutenant général k Sarlat, 237, 268, 289,
293, 297, 3oi, 3o5, 3o6, 379,
380, 381, 382, 385, 386, 394.
— (François de) , seigneur du
Barri, 268 , 336, 336, 340,
341, 394.
— (Armand de) , seigneur du
Barri et Saint-Quentin, 258,
2Ó8, 380.
GÉRARD-LATOUR (Antoine de), seigneur de Latour, 1" avocat du
roi a Sarlat, 289, 341.
— (Armand de), chanoine, xxix,
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
419
xxxiv,42,46, 47, 48, 5g, 61
Blancard, sgr de Chef-Boutonne,
130, i3o, I 3I, 132, 135, 136.
68, 69, 73, 74, 76, 77, 78
278, 278, 403, 404.
CRAMÂT, 244, 245.
86, 87, 91, 9 % 96, 97,
— (Catherine de), dame de Duras,
GRAND, 3 16.
IOO.III, I20, 121, 201,204
234.
GRANDIN, voir Bernard, comte de
210, 343, 343, 346, 347, 331
— (Jeanne de),damodeBoissières,
Périgord.
353. 358, 359.
241, 241.
GRANDMONT (Ordre de), 79.
— (Caultierde), prévëtde LadourGONTAHT-BADEFOL (Hugues do) ,
GRANGES,
64.
nac, archidiacre de Sarlat, ig4.
108.
GRATOUNE (la), 369.
— (Anne de), daine de Brons, 370.
— (Arnauldon de), CF., 130,
GRAHNSSON (Guillaume de), bour— (Jeanne de), dame de Sauret
i3o, 1 36.
geois de Sarlat, 362.
370.
— (Bernardetde),C. F., 130, i3o,
GRAVES (le sieur), 381.
GEIUULD, vicomte de Limoges, 4g
i36.
GRÉLI, voir Grailly.
GERBE (le capitaine), 260.
— (Séguin de), chef de routiers,
GRÈZE (Bertrand de la), sieur du
GERMESSAC (Pierre de), 362.
i3o, 154.
Thon, 402.
GHETALDHS (Marinus), mathéma— (Gaston, dit Tunnet de), i3o,
GRÉGOIRE
V, pape, 45.
ticien, xxxvi.
136, 168.
GRÉGOIRE XI, pape, 139.
GHOUSENTON (Estevène de), che— (Pierre de), sire de Badefol,
GRÉZINDE, voir Garsinde.
valier anglais, 1 3 1 .
C. A., 154, 154.
GRIAMBERGERICS (Christophorus),
GILBERT, prieur de Vaux, 81.
— (Pierre IV de), sire de Badefol,
mathématicien ,
xxi , xxv ,
GILEBAUT, Walbodus , comte de
172.
XXVII.
Périgord, 40, 40.
— (Richard de) ..seigneur de SaiutGRIFOUL (Pierre), archiprêtre de
GINOUILLAC, Ginouillat, 35.
Geniez, capitaine de Montignnc,
Capdrot, 99, 196.
GIMEL (Jean de), seigneur de PaC. F., 172, 172, 173, 175.
GRIGNAHLX, voir Grignols.
luel, C. C., puis P., 257, 257,
— (Armand de), baron de BadeGRIGNOLS, 117, 118, 288, 288
292, 292, 294.
fol, seigneur de Saint-Gcniez,
396, 397.
— (Raymond de), seigneur de la
231, 23 1, 292, 292, 280, 294.
GRINDE (Claude), sieur de Mira
Vigerie, C. C., 257, 257, 379.
— (Armand de), baron de Salignac,
bel, C. P., 249, 249.
— (Hélie de), seigneur de la Gar228, 228, 229.
GROMIACO (R. de), voir Cromiac
rigue, C. P., 292, 292, 294.
— (Jean de), baron de Salignac,
GROS (Mathieu), serrurier de Sar
— (Pierre, sgr do), C. L., 311,
232, 232, 285, 291, 291, 294,
lat, 341 .
3(i.
294, 333, 402.
GROSLEJAC,
8, 327. Voir Gaulejac
GIRARD DE LANGLADE (Raymond),
GONTAUT-SAINT-GENIEZ (Henri de),
GUÉRANDE (Traité de), i3g.
président en l'Election de Périseigneur de Campagnac de BufGUERRE (Tour de la), a Sarlat, 237
gueux, maire de Périgueux, 393.
fen, C. P., 292, 292.
— (Arnauld de), 122.
GIRON (Font) k Dome, 313, 3i3.
— (Bernard de) seigneur de CamGUERS (Berthon et Jean), écuyers
GIRONDE 'Léonard de), seigneur
pagnac de Ruffen, C. P., 265,
364.
de Castelsagrat, capitaine de
265, 292.
GUESCLIN (Bertrand du), conné
Dome, catholique, 252, 252.
GONTRAN, roi de Guienne, 33.
table de France, 130, i3o, 137
— (François de), baron de MontGoNTnAND (N.), dePérigueux, 296,
137, 139, 139, 140, 140, 141
cléra, C. L., 312, 3 12.
296.
141, 364, 365.
GISSON (Pierre), avocat, consul de
GOSSELIN (Jean) ,
éditeur des
GUIDONIS (Petrus), archiprêtre de
Sarlat, 340.
Œuvres de Tarde, xxxvi.
Capdrot, 99, 349, 350.
GIVERZAC, 147, 332. Voir Cugnac.
GOUDET (Bernard), marchand de
GUILLAUME, duc de Guienne, 47,
— (Pierre de), 122.
Sarlat, 268.
48,
50, 51, 58.
GOETHE, XXXIV.
GODDIN (Raymond de), sieur de la
— comte de Toulouse, 51.
GoNDON-lès-Montastruc ,
abbave,
Valade et la Roussie, 258.
— TAILLEFER , comte d'Angou57, 58.
GOUDOU, lire Goudour, voir Maslême, 45.
GONDRIS, famille, 350.
saut.
GUILLAUME, comte de Périgord,
GONTAUT, 241.
GOORDON, 36, 62, 62, 114, 114,
42, 42, 46, 47, 47.
GoNTAUT-BlRON, 71.
1 18. 133, 162, 176, 211, 234,
— comte d'Auvergne, 46.
— (Henri de), 71.
260, 269, 280, 286, 307, 373,
— abbé de Tourtoirac, 75.
— (Gaston de), 79.
374, 403.
GUISCARD (Gabriel de), baron de
— (Pierre de), 81, 81.
— (Gérald de), évêque de PériCavagnac, C. P., 292, 292.
— (P. de), seigneur de Biron, 356.
gueux, 50, 5o.
GUY,
duc apocryphe de Guienne,
— (Guy de), archiprêtre de Cap— (Gaillard de), 82.
50.
drot, 99.
— (Antoine, vicomte de), C. P.,
— sacristain du Chapitre do Sar— (Gaston de), seigneur de Biron,
256, 291, 291.
lat, 81.
182, 203.
GOURDON DE GENOHILLAC (Jac— Voir Guidonis.
— (Pons de), baron de Biron,
quette de), baronne de Luzech,
GYRBERTUS, Girbertus, abbé de
214, 217.
dame de Rastignac, 299.
Sarlat, 58, 59.
— (Armand de), clerc, 197, 197,
GOUTTE (Jacques de la), C. F. de
200 ; évêque de Sarlat, 203,
Dome, 164.
II
2o3, 210, 210, 211, 212, 213,
GOUYON de Matignon (Jacques),
215, 219, 222, 223, 2i3.
maréchal de France, 285, 287,
HA (Fort du), à Bordeaux, 402.
— (Armand de), baron de Biron,
303, 314, 316, 320, 3S9, 393,
HARCOURT (Louis de), vicomte do
maréchal de France, 264, 272,
400. .
Châtellerault, 1 3 1 .
278, 281, 304, 3o5, 320, 330,
GRADA, I 14.
HARDY (Michel), bibliothécaire de
377.
GRAGNON (Etienne) , ministre de
Périgueux, ig5, 369.
— (Charles de), baron de Biron,
Sarlat, 377.
HARIBERT, voir Caribert.
depuisduc etmaréchalde France,
GRAILLY, 81, 81.
HARPEDANE (Jean), chevalier, sé278,278, 403, 404.
— (Jean de), sénéchal du roi d'Annéchal de Périgord, 149, 14g.
— (Armand de), baron de Saintgleterre, captai de Buch, 90,
i5o, i5 1.
TABLE DES PBINCIPAUX NOMS
420
HASTINGS (Laurent de), comte de
Pembrocke, 108, 108, i3o,138.
HAUTEFORT, voir Born.
— (Edme de), gouverneur du Limousin, C. C, 233, 233, 276,
299, 299, 300, 402.
HAYE (Denis de la), 77.
HÉLIE I, comte du Périgord, 48,
49, 49, 30, 5r.
HÉLIE II, (id.), 48,40, 50.
HÉLIE III, (id.), 5o, 5i .
HÉLIE IV, (id.), 5o, 51, 5i.
HÉLIE V, (id.), 5i, 68, 68, 73,
73HÉLIE VI, (id.), 75, 70.
HÉLIE VII, (id.), 83, 83.
HÉLIE-TALLEYRAND, 75.
HÉLIE (Jean), seigneur de Colonges, CF., 168,' 17 1 ,172, 371.
— DE VILLAC (Louise), 193.
— prieur de Puyguilhem, 81.
HENRI, duc de Normandie, comte
d'Anjou, 60, 67 ; roi d'Angleterre, 69.
— Court-Mantel, 68.
HENRI III , roi d'Angleterre, 76,
89.
HENRI III, roi de France, 226.
HENRI IV, roi de France, vin,
226, 386, etc. Voir Bourbon.
HÉRIVAUX, abbaye, 221, 221.
HILDEDERT, Aldebert, comte de
Périgord, 48, 48, 49, 49, 5o.
HOEFER, astronome, xxxiv, xxxv,
XLI.
HONGRIE (André de), i3g.
HoNTiNGTON (le comte de), général anglais, 178.
HOUSSAIE (Alain de la), capitaine
breton, 137.
■— (Guillaume de la), écuyer breton, 141.
HUBERT le Simoniaque, abbé de
Sarlat, 86.
HUNAULD, duc d'Aquitaine, 37, 38,
■ 38, 39.
HUGUES-AYMOND de Toulouse, 51.
HUGUES, duc de Guienne, 48.
— dit le Grand, comte de Vermandois, 54, 54.
HUGUES de Ste-Marie, moine de
Fleury, 47.
HURAULT de l'Hospital (Michel) ,
sieur du Fay, 293.
I
IDIAQUEZ 'Don Martin de), 305.
IMON, Emenon, comte de Périgord, 40.
INNOCENT VI, pape, 103, 114,126.
INNOCENT VIII, pape, 201 ,203.
INVIDIA, lieu-dit près de Sarlat,
153.
ISLE (í'), rivière, 83, 83, 245, 247.
— bourg, 323.
ISLE (le sieur de 1'), fils de Talbot, 189.
ISLE-JOURDAIN, 158.
— (Bertrand, comte de 1'), général français, 104, 104, 107, 107.
ISSIGEAC, monastère, ville, 63, 63,
65, 68,86, 95, g5, 96, 96 ,122,
175, 203, 215, 216, 222, 223,
229, 230, 243, 255, 281, 307,
327, 345, 378.
ITIER (Pierre), évêque de Sarlat,
puis cardinal de Dax, 103, 127,
343, 353, 354,355,356, 357, 358.
— (Bertrand), ouvrier de la cathédrale de Sarlat, 349.
— (Hugues), seigneur de Sendrieux et de Beaumont, 358.
— (Raymond), son fils, 358.
IVERNY, voir Longuejoue.
.ï
JACQUES Rudel, qualifié comte de
Périgord, 50.
JANOT, capitaine catholique, 300.
JARNAC, 247.
JARRIGE (Pierre de), viguier de
St-Yrieix, 379.
JARTHE (la), voir Fayolle.
JAYAC, 176, 193. Voir Carbonnières.
JEAN XXII, pape, 70, 90, 91, 91,
96, 100, 101, 102, 107, 126.
JEAN II, roi de France, n5, 117,
117, 118, 125, 129.
JEAN, auteur de la Vie de saint
Odon, 45.
JÉRUSALEM (Rois de), i3o.
JOHANDY DE Bo (Tour de), à Sarlat, 3 1 5.
JOYEUSE (Anne, duc de), 288.
JUÉROLES (Raol le), bourgeois de
Sarlat. 362.
JUGE, officier municipal de Sarlat,
369.
JULES III, pape, 224, 229.
JUMILLAC, 108.
JUSSAN (Gaussionde de), dame de
Castelbajac, i53.
K
KÉPLER (Jean),astronome, mathématicien, XXIV, XXXI, XXXIII ,
XXXVI, XXXIX, XLI.
KNOLLES (Robert), chevalier, général anglais, 131, 1 3 1 .
L
LABADUFEBIA (Martin-Guiraud),
122.
LABAN, 28, 29, 30, 31.
LABBE (Philippe), 4.3.
LACABANE (Léon), 128.
LACHAUD, conseiller municipal de
Sarlat, 369.
LACROIX (N. de), C. P., 293, 293,
294.
LADORNAC, 194.
LAFON (François), clerc, 341.
LAGUERSE (Gérauld), vicaire capitulaire de Sarlat, 352.
LAILLE (le sieur de), voir l'IsleJourdain.
LANCASTRE (Jean de Gand, duc
de), 104, 117, 137, 137, 138,
i38, 1 3g, 360, 365.
LANDIRAN, 187.
LANDRY (François de), seigneur
do Lauterie, C. C, 294, 294.
LANGLADE, maison, 211,
— Voir Girard,
LANGOIHAN, 141, 141, 187.
— Voir Montferrand.
LANGON, 142, 142.
LANGSBERG (Philippe), mathématicien, xxxvi.
LANQUAIS, 166, 166, 25o, 327.
LAMI (Jean), évêque de Sarlat,
169, 161.
LANTES, 63, 63.
LAPORTE, voir la Porte.
LARCHE, 91, 91, 93, 193, 373.
LARDIMALIE, 328. Voir Foucauld.
LAREYNIE, consul de Sarlat, 369.
LARIVIÈRE (Roch le Baillis, dit),
médecin, astrologue, Tin.
LASCOUX(J.-B.), XI, 80, III, 119.
— (Antoine), xi.
LARMANDIE (Jacques de), évêque
de Sarlat, 221, 2 ;i, 222, 223.
— (Pons de), 221.
— (Bertrand de), baron deLonga,
C. P., 292, 292, 3S0.
— (Esther de), dame de Campagnac-l'Evêque, 320.
LASCANALS (moulin de), 368.
LASSERRE, voir la Serre.
LASTEYRIE, voir Saillans.
LASTOURS (Baoul de), évêque de
Périgueux, 69.
LATOUR, voir la Tour.
— (Pierre de), chevalier, IOD,
117, 117.
LAURENQUE, prieuré, 62, 205, 252.
LAUSSEL, Lausel, voir Boucher.
LAUTERIE, voir Landry.
LAUTREC, 100, io8 ,372.
— (Aymeric IV, vicomte de), 108.
— (Philippe de), dame de Limeuil, 117.
LAUZANNE (Antoine), bourgeois de
Sarlat, 388.
LAUZERTE, 307.
— (N.) de Capdrot, C. P., 262,
262, 321.
LAUZIÈRES (Pons de), seigneur de
Thémines, maréchal de France,
311, 3 1 1, 313, 3i6, 317, 318,
319, 321, 322, 323.
LAUZUN, xvi, 175, 324.
LAVARDIN, voir Beaumanoir.
LAVAUR, 131, I3I, 162, 241.
LAYRAT, 148, 148, 149, 173.
LEBRET, voir Albret.
LEGRAND, Dugrand, capitaine protestant de Monlfort, 263, 263.
LEGROS (Martin), 122.
LEMOUTZI, Limoutzi (Pierre), donat
de l'abbaye de Sarlat, 83, 86.
LENDREVIE, porte et faubourg a
Sarlat, 77, i33, i5o, 1 53, 224,
236, 257, 271, 294, 338, 362,
379.
LENTIS, 174, 174.
LENVIE, lieu-dit près de Sarlat,
153.
LÉOBARD, voir Durfort.
LÉON III, pape, 43, 47, 48, 214.
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
421
LÉON IV, pape, 47.
LIORAC, 327.
LUZIP.RS (Guihcrt de), 162.
LÉON V, pape, 47.
LISLE DU GUA (N. de), au Maine,
— (N. de), C. C, 279, 234.
LÉON VII, pape, 42, 43.
C. P.,293, 2 Q 3.
LUZIGNAN, 293.
LÉON (Louis de), xu.
— (Benjamin de), évêque de LiLYON, 90, 307.
LESCARBAULT, astronome, xxxvin,
moges, 293.
XLIII.
LOMAGNE, (comté de), 84. Voir
M
LESPARRE (le sire de), C. A., 154,
Armagnac.
157, 157, 186. Voir Albret,
— (Philippe de), comtesse de PéMABILLON, 43, 45, 5g.
Madaihan, Montferrand.
rigord, 83, 84, 111.
MACHOINE (N.), C. C. de MontiLESPINE (l'abbé de), passim.
LONGUEJOUE (Mathieu de), seigneur
gnac, 251.
LESTRADE (Jean de), seigûeur de
d'Ivcrny, évêque nommé de SarMADAILLAN (Guillaume- Amanieu
la Cousse, C. C, 300, 3oo.
lat, 221, 222.
de), sire de Lesparre, 157, 157.
LESTRANGE (Jean de), capitaine de
LONGUEVAL (Guillaume de), che— (Amanieu de), seigneur de IloMontignac, C. F., 168, 168, 169,
valier, 137.
san, C. A., 141, 141.
170, 371.
— (Gaspard de), chanoine et ou— (Amanieu de), 173.
LEVERRIER, astronome,
xxxvi,
vrier de l'abbaye de Sarlat, xx.
— (Lancelot de), sire de Lesparre,
xxxviu.
LOPÈS (Jérôme), 359.
C. A., 187.
LÈVES (Geoft'roi de), évêque de
LORRAINE (Charles de), duc de
MADELEINE (la), faubourg de BerChartres, 59, 59.
Mayenne, 284, 285, 287, 306,
gerac, 105, io5.
LÉVIS (Isabeau de), 100.
3og, 315, 320, 323.
MADIEU (Etienne!, prébendier de
— (Gilbert de), duc de Venta— (Henry de), duc de Guise, 306,
Sarlat, 379.
dour, 318, 3i8.
377.
MADOR, C. A., 174.
— (Aune de), duc de Ventadour,
— (Louis de), cardinal de Guise,
MAGISTER (le), 275.
318, 3 18.
306.
MAGNANAC (Hélie de), abbé de SarLEYBNITZ, X.
LOSSE (Fréuon del, 274.
lat, 76, 76, 77, 2i3.
LEYBURN (Roger de), 83.
— Frénon de), 274.
— (Ni de), capitaine de Sarlat,
LEYDET, chanoine de Chancelade,
— (Pierre de), 274.
1 10.
xn, xni, xiv, XVII, XLII.
— (Jean de), C. C., 230, 23o,
— (Frère Jean de), vicaire général
LEYGUE (Gratien de), consul de
255, 200, ;63, 266, 273, 273,
de Sarlat, 213, 2i3.
Sarlat, 237.
378, 380, 382, 383.
— (Jeanne de), dame de la Vi— (Jean de), consul de Sarlat,
— (N. de), sieur de Banes, C. C,
gerie, 257.
257.
276.
— (Léonard de), seigneur de la
— (Gérauld de), conseiller au séLOSTANGES (Jean-Louis de), seiBrouhe, bourgeois de Sarlat, 258.
néchal, procureur syndic de Sargneur do Sainte-Alvère, 402.
— (Jeanne de), 294.
lat, 289.
LOUBKJAC, 312.
MAHOMET II, Sultan, 194, 194.
— (N. d. >, juge de Sarlat, 338.
LOUDUN, 293.
MAILLÉ (Louis de), CF., 137.
I.ÉZAT, abbaye, 4 £>.
Louis LE DÉBONNAIRE, roi d'AquiMAIOLIO, Marolio, (R. de), évêque
LHERM, 321.
taine, Empereur, 32, 43.
de Périgueux, 59.
LIBERTÉ (place de la), k Sarlat,
Louis LE GROS, roi de France, 58.
MALAPERT (Charles), S. J., astro236.
Louis LE JEUNE, roi de France, 58.
nome, xxx, xxxv, xxxvm.
LIBOS, 257.
Louis IV d'Outremer, id., 42, 43,
MALAREY (le seigneur), capitaine
LIBOURNE, bastide, XLrn, 83, 83,
45 , 68.
de Plazae, i5o.
89, 107, 141, 186.
Louis V, id., 68.
MALAYOLES, famille, 335, 356.
LIDON (Jean de), seigneur de StLouis VIII, id., 73.
— (Itier de), évêque de Sarlat,
Léger, C. P., 298, 298.
Louis IX, id., 75 ,75, 76.
352, 353, 354.
— (Renauld de), seigneur de
Louis XI, id., 56, i58, 177, 187,
MALBEC (maison de) k Bergerac, 99.
St-Léger, C. P., 298, 318.
192, 194.
MALEMORT (Gérauld de), sénéchal
LIONY, 1 53.
Louis XIII, id., vin.
de Périgord, 75, 76.
LIGUE (commencement de la), 283.
Louis XIV, id., vin, x.
MALIGNY, voir la Ferrière.
LIMEJOULS, Limegeoulz (Bernard
Louis, duc d'Anjou. Voir Anjou.
MALLIER (Poyrande), C A., 146.
de), abbé de barlat, 69, 69,
LOUP, duc de Gascogne, 38, 40.
MALM
(Manicaud), 122.
7 3.
LOUVART, chef de routiers, 71.
MALRAS (Pierre de), baron d'Yollet,
LIMEUIL, 73, 73. 91, 91, 93, 102,
LOYRAC (Raymond de), prieur
C. P., 293.
10S, 1 16, 117, 117, 142, 149,
claustral de Sarlat, 349, 350.
MALVAL, Malcvaut (Louis de), che155, i55, i56, 1D7, 162, 167,
LCBRET (Jourdain de), sénéchal
valier limousin, 131, I 3 I.
171, 171, 174, 173, 178, 178,
d'Agénais, 90.
MALVAT. 74.
196, 250, 2Òo, 270, 316, 317,
Luc (le), voir Saillans.
MANINGAULT
(Raymond) ,
dit
325,326, 327, 365,366,396,397.
LUCE (Siméon), io3. io5, 108,
Mondy, bourgeois de Sarlat, 236.
— (Ie sgr de), 162,250. Voir Ro109, m, n6, i35, 136, 364. MANIR (François), 312.
gier, la Tour d'Auvergne.
LUCÉ (Thibaud de), évêque de
MARCHE, comté, 45, 48, 49.
LIMOGES, 25, 28, 36, 48, 58, 73,
Maillezais, 169, 373.
MARENTIN (Guillaume), franciscain,
101, 136, i36, 137, 137, 170,
LUMBARTZ (P.). 86.
luthérien, 375.
l85, 212.30:, 363,374,402, 405.
LURBE (Gabriel de), 359.
MARAVAL ( Raymond j, avocat, se— (vicomté de), 106.
LUSSAC (combat de), 124,
crétaire de l'évêque, consul de
LINARS (Gérauld de), 367, 368.
LUSTRAC DE MONTAURIOL (Gaillarde
Sarlat, 289.
— (Alix de). 367, 368.
de), dame de Salignac, 168.
MARCILLAC, Marsillac, 62, 62.
— (Françoise de), 367, 368.
LUTHER, 252.
MARENNES, 192.
LINDE (la), bastide, XLIII, 89,
LUXEMBOURG (Va'.erand de), comte
MAREUIL. 37 . Voir Maiolio.
i3o, 135, i35, 232, 253, 327,
de Ligny, 1 53.
— (Raymond de), chevalier, 131,
366, 367.
LUZECH, 21. Voir Gourdon, Chapt.
i3í.
— (Jean de la), officier du roi
— (Jean de), baron de Luzech,
MARGUERITE-BURLADO (Tour de la),
d'Angleterre, 89.
C. C., 299, 299.
à Sarlat, 257, 257.
J
422
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
MARMANDE, 70, 70, 307.
MARMIER (G.), 27, 42, 61, in,
1 ió, 1 18, 122, 145.
MARQUAND, 63.
MARQUAY, archidiaconé, prieuré,
97, 97, 194, 350.
MARQUEYSSAC, 169.
— (Jean de), C. A., 169, 169.
— (Pierre de), curé de Castelnau,
official de Sarlat, 347.
MARSALÈS, 98, 98, 99.
MARSEILLE, 1 01, 114, 114, 126.
MARTEL, XVII, 68, 101, 122, 193,
211,. 252, 331.
MARTIN, évêque de Périgueux, 49.
— abbé de Brantôme, 42.
MARTINENQUE (le comte),C.C.,262.
MARTINI (Antoine), bourgeois de
Sarlat, 236, 237.
MARTRES (Claude des), sieur de
Périgord, C. C, 234, 234, 235.
— (Jean des), sieur de Plapéch,
C. C, 259, 262.
MARZAC, 168, 168, 375.
MAS (le), près du Barri, 268, 268.
— (Pierre du), consul de Dome,
'47-.
,
■
.
MASCLAT, 266, 266. voir Verbaix.
MASDORAN, 185, i85.
MAS-GRENIER (le), abbaye, 56, 56.
MASNÈGRE (le), voir Vins.
MASROBERT, 259, 259. Voir Bordes.
MASSANT (N. del , dit Camburat,
C. C, 272, 300, 3oo, 312.
MASSAUT (Christophe de), sgr de
Clérans, 402.
— (N. de), sgr de Goudour, 402.
MASSIP (Jean de), sgT de Bournazel, C. P., 253, 254, 379.
— (Charlotte de), dame de Bournazel, 254.
MASSONNAIS (Mgr Georges), évêque de Périgueux et de Sarlat,
387.
MASTAS (Louise de), comtesse de
Périgord, 1 27.
MATIGNON, voir Gouyon.
MAUBEC (Archambaud de), sgr de
Floirac, 332.
MADLROC, 108, 108.
MAURANS, C. C. , capitaine de
Dome, 242, 344, 252.
MAOREL (François), tailleur de
Sarlat, 369.
MAURIAC (bataille de), 22, 24.
MAURIE (la), C. G.j 277.
MAURON, 108.
MAUROUX, 108, 108, 109.
— Voir du Tilhet.
MAURY (Alfred), vin, ix, xxx.
MAUZAC, 327.
MAUZENS (Jean de), C. A., 173.
MÌZEROI.LES, 348.
MAZET, ministre de Sarlat, 377,
378.
MAYROLES, seu Porquery (Pierre
de), évêque apocrvphe de Sarlat, 353.
MÉDICIS (les Astres de), xxi.
— (Catherine
de) , dauphine ,
reine de France, 223,385, 386.
MÉDRON (Guillaume), architecte
de Bordeaux, 222.
MEINGRE de Boucicaut (Jean le),
maréchal de France, 1 17, 361,
362.
— (Jean II le), maréchal de
France, 148, 150, i5o, I 5 I,
371.
MELUN (Saint-Pierre de), abbaye,
n3.
— (Simon de), sénéchalgde Périgord, 79,79.
MEMORI (Guillaume de), bourgeois
de Sarlat, 362.
MÉNARD (Pons), 75, 77. Voir
Maynard.
MENDOÇA (Don Bernardino de),
3o5.
MÉNESTROL, 355.
MENSIGNAC, 245, 245. Voir la
Porte.
MERCADIER, chef de routiers, 71.
MERCATO (S. Maria de), à Sarlat,
61, 61.
— (S. Maria de), 63, 63.
MERCUÈS, 212, 212.
MERGUEN (Raymond), consul de
Sarlat, 362.
MERLE (Guillaume de), lieutenant
du sénéchal de Périgord, 164.
MESME (Jean-Jacques de), seigneur de Boissy, M° des Bequêtes, 402, 404, 405.
METZ (siège de), 330.
MEULET (Lancelot de), abbé de
Vertueil, 338, 339.
MEYRALS, 320, 339.
MEYRONNE, 132, i32.
MÉZERAY, historien, xix.
MILAN (Valentine de), duchesse
d'Orléans, 153.
MILANDES (les), 227, 227, 315.
MILLAC, 142, 142, 143, 162, 162.
MINERVIUS, rhéteur, 20.
MINETIS (P. de), évêque de Périgueux, 67.
MIRABEL, voir Grinde.
MIREMONT, 109, 109, 110, 117,
155, 267, 327.
MOAVIAH, Muhavias, calife d'Orient,
53, 53, 54.
MOISSAC, abbaye, ville, 125, 131,
135.
MOISSARD, C. C, de Montignac,
276, 276.
MOLÈNES (roc de), à Vitrac, 120.
MOLIÈRES, bastide, 88, 88, 89,
136, 202, 327.
MONCONTOUR (bataille de), 249.
MONDIOL (le), 3 10.
MONESTIER, Monasterium, 63, 63 .
MONGIE (la), 182.
MûNHEURT,
109.
MONOD (G.), xix, xx.
MONS, 64.
MONSAC, 231, 23 1, S63, 263,
274, 274.
MONTAGRIEB, I 60.
MONTAGUT, 166, I79.
MONTAIGUT, 133, I 33.
— (Jean de), vidame de Laon,
151 .
MONTARDY (Jean de), seigneur de
Lascoux, C. C, 300, 3oo.
MONTASTRUC, 166, 166, 177, 177,
268, 370, 371, 372, 374.
— Voir Abzac.
MONTAUBAN, 56, 130, 234, 251,
25l.
— (l'official de), 211.
MONTAUT, 68, 229, 327.
— (Baymond de), seigneur de
Mussidan, C. A., 1 18, 141, 141.
MONTAUT de Mussidan (Marguerite de), dame de Limeuil, 1 55,
1 56.
— (Mathe de), dame de Limeuil,
1 55.
MONTBAZILLAC, 63, 327.
MONTBETTE, 304, 311.
MONTBRUN (le bâtard de), 122.
— Voir du Puy.
MONTCABRIER, 31H, 3 18.
MONTCALOU, 258.
MONTCHAUVIN (Hugues de), i5o.
MONTCUQ. 62, 62, 185, i85, 234,
277, 327.
MONTCLAR, 109, 274, 274, 327.
MONTCLÉRA, voir Gironde.
MONTDOMI, 311, 3 1 1 , 313.
MONT DE DOME, voir Dome.
MONTEBERULPIIO, Monlbéron (Guillaume de), évêque de Périgueux, 51.
MONTECH, 24.
MONTÉGUT (le président H. de),
XXXIV.
MONTEIL (Adhémar de), évêque
du Puy, 54.
MO.NTELEONARDO , Montelevardo,
Montdénard (?), (Arnauld dt),
abbé de Sarlat, puis de Gaillac,
86, 344.
MONTENDRE, voir la Rochefoucauld .
MONTERUC (Louise de), dame de
Roffignac, 193.
MûNTESPAN,
Il6,
117.
MONTESTEVA (Jean de), consul de
Sarlat, 148.
MONTESQUIOU (Biaise
de), seigneur de Montluc, maréchal de
France, 239, 241, 244, 244,
258, 313, 314.
— (Joseph-François de), capitaine
des gardes du duc d'Aniou,
248.
MONTETON, prieuré, 63, 63, 203,
349.
MONTFAUCON (Guillaume de), sénéchal du Périgord, 110, 110,
m.
MONTFERRAND, 63, 82, 146, 146,
166, 166, 171, 179, 182, 186,
, 327.
— (David de), archevêque de
Bordeaux, 166, 166.
— (Beitrand de), seigneur de
Montferrand, Langoiran, 187,
C. A., 187.
— (Eblon de), C. A. de Bigaroque, 142.
— (Pierre de), Soudan de la Trau,
seigneur de Lesparre, i87 ,C. A.,
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
MONTFERRAND (Guy, aliàs Charles MOTHE (la), 64. 193.
de), seigneur de Langoiran,C.P.,
— lès-Sariat, 219.
262, 380.
— GÉNISSAC, 187.
— (Marguerite de), dame de Ro- — (Le sieur de la), 235.
san, 187.
MOTTE (la), 16g.
MONTFLANQUIN, bastide, 75, 89, — (Amanieu de la), archevêque
89, 241, 267.
de Bordeaux, 124.
MONTFORT, XIII, 71, 71, 112, — (P. de la), bourgeois de Sari3o, 147, 153, 159, 1 5q, 160,
lat, 175.
179, 180, 180, 192, ig3, 195,
— (N. de la), C. P., 244.
255, 258, 261, 201, 263, 265, MOULENCQ (François), 56.
236, 294. 315, 327, 331, 332,
MOULEYDÏER, 327.
333, 379, 403.
MOULINS (B. de), abbé de Cadouin,
— Voir Bretagne, 1 3g.
55.
— (Simon, comte de), 70, 70,
MOUREAU (Jean), marchand et
71, 71, 72, 72, 73, 73, 333.
consul de Sarlat, 336, 340.
MONTGOMMERY (Jacques de), comte MOUSTIERS, Monasterium, 63, 63.
de Lorges, C. P., 292, 292.
MOUSTOULAC (Jacques de), seiMONTGOYON, 143.
gneur de Gignac, C. C, 2g3.
— (le sieur de), C. P., 262.
MOUVANS, voir Ri,-hiend.
MONTIGNAC, 34,49, 61, 62,74, 74, MUHAVIAS, voir Moaviah.
100, 132, 133, 139, 146, 149,
MURET (bataille de), 70.
150, I5I, i53, 165, 168, 168,
MUSSIDAN, 117, 118, 141, 141,
169, 170, 172, 172, 173, 173,
194, 239, 241, 247, 248, 251,
175, 178, 179, i83, 194, 196,
311, 377.
228, 230, 231, 251, 23 1, 266,
275, 284, 285, -85, 299, 362,
374, 381, 393, 396.
— (Marguerite, dame de), 74.
MONTIGNY (Henri de), sénéchil
de Périgoid, io5, 1 1 1.
NANTES, 307.
MONTLUC, voir Montesquiou.
NADAL (Guillaume), m.
MONTMORENCY (N., bâtarde de),
NAPLES (Rois de), i3o.
dame de Rouillé, 221.
— (Frédéric, roi de), 360.
— (Anne de), grand maître de
— (Jeanne I, reine de), i3g,
France, 221.
140.
MONTPAZIER, bastide, xv, XLIII, NARBONNE, 22.
81, 81, 89, 98, 99, 135, 193,
— (Aymeri, vicomte de), 107,
197, 198, 203, 226, 241, 259,
108.
279, 309, 320, 326, 327.
NAUCLARD (Guillaume de), évêque
MONTPENSIER, voir Rourbon.
de Périgueux, 58.
MONTPEZAT,70, 70, 108, io8,l79. NAVARRE, voir Albret, Bourbon,
— (Amanieu de), 171.
Foix.
— (Bernard de), chevalier, sei- — (Charles le Mauvais, roi de),
gneur de Thouars, 179.
i3o.
— Voir des Prez.
— (Marguerite de Valois, reine
MONTPON, 137, 1 37.
de), 215.
— (Guillaume, seigneur de), 137. NAZARETH, titre épiscopal, 212,
MONTRAVEL, 87, 187.
215. Voir Gontaut.
MONTRÉAL, 1 5g. Voir Pontbriant. NÉBLE, archiprêtre de Capdrot,
MONTS (Gautier de), chevalier,
99.
356.
NÈGREPELISSE, voir Ebrard.
— (Bertrand de), 356.
NESLE (Arnoul de), connétable de
MONTSAGUEL, 64, 64, 230, 23o.
France, 85.
MONTSALÈS, voir Balaguier.
NESSA, 63.
MONTSÉGUR, 108, 108, 142, 142,
NEUVE (Tour), à Sarlat, 120, 272,
275, 286, 286.
272.
—■ ■ Voir Fumel.
NEUVIC, 288, 288.
MONTOCLA, XXXV.
NEWTON, X, XXXVIII, XLI.
MONTVALENT, 142, 142, 143, 286, NÎMES, XII, xiv, 347.
286, 379.
NIORT, 128, i3g.
MONTVIEL. voir Vassal.
NOAILLES (Antoine de) , vicaire
MONZIE (Jérôme), bourgeois de
général de Sarlat, 224.
Sarlat, 236.
— (Antoine ■ de), gouverneur de
— (Eugène de), xxxvli.
Bordeaux, 377, 378.
MOREAU (Raymond), marchand, NONTRON, 140, 248.
consul de Sarlat, 289.
NORMANDIE (Charles, duc de),
MORÉRI, vni, XIII, xxxiii, etc.
voir Charles V.
MORIN, astrologue, vin, xxxm.
NoTRE -Dame-de-Pitié, chapelle à
MORTEMART, I3I.
Sarlat, 103, io3, 357.
MORNAY (Pierre de), sénéchal de NOULENS, Il6.
Périgord, 143, 143.
NOYON, 36, 36.
423
O
OBAZINE, Aubaziuc, abbaye, 263.
ODOLRICUS, 45, 45.
OHIÉNART (Arnauld), 76, 359.
OLIERGUE, 404.
OLIVI (Pierre-Jean), schismatique ,
349.
ORANGE, XII.
ORLÉANS, 172, 173, 307, 324,
402.
— (Charles, duc d'), 153, 163.
— (Louis, duc d'), 138, 163, 186.
— (Jean, bâtard d'), comte do Périgord, Dunois, Longueville, 172,
173, 176, 186, 186.
ORLIAGUET, 331.
ORONCE (le chanoine), xvm.
OROS, C. P., 262.
OSSA (Jacques de), voir Duèze.
PAINTRE (Mathurin le), oc sollicitatore » a Rome, xxiv, xxvi.
PAIX (Tour de la), à Sarlat, 147,
236, 257.
PALATESIS (Hélias), évêque de
Périgueux, 78.
PALAYRAC, archiprêtré, 95, g5.
— (Guillaume de), aliat Gerald,
évêque de Sarlat, 151, I5I,
152.
PALUEL, 120, 143, 143, 145, S15.
PAMPELUNE, 41 .
PANISSAUT, voir Alba.
PAPEBROCK, bollandiste, xxix,
202.
PARIS, XIX, XLIII, 27, 99, 123,
I3I, 1 38, 149, i5o, 1 5 1 ,
158, 161, 307, 324, et passim.
PASCAL. C. L., 322.
— (Pierre), vicaire général de
Sarlat, 352.
PAUL 111, pape, 224, 229.
PAULIAC, 145, 145, 146.
PAUNAC, 196, 327.
PAVET de Montpeiran, 270, 270.
— (Pierre de), seigneur de Montpeiran, 270.
— (Antoinette de), 270.
PECH (le). 78.
— (Gaillard del), 78.
PECHAGUT, 280.
PECH-BARDAT, 64.
PÉCHER (le), voir S' Chamans.
PECHGAUDOU, 277, 277. Voir Comarque.
PECHJALOUX, voir Vassal.
PECHNABRAN, 238, 238.
PECHGRAND (Tour de), à Beaumont, 284. .
PÉDRÈGES, Puy-de-Rèzes, 102 ,
102.
PEGASIUS, évêque de Périgueux,
20, 25.
PEILLEVOISIN, voir Pelvézi.
PEinEsc (N. C. Fabri de), conseiller au Parlement d'Aix, xxxn,
xxxm.
PÉLAGRUE, Pellegrue (Jeanne de),
dame de la Tourette, 3og.
424
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
P ÉLAGRUE (Jean de), dit d'Aspremont, seigneur de Roquecorn,
344.
— Voir Cantaloup, 106, 106.
P ELISSES (Serèue do), dame de
Tustal, igo.
PÉI.O (Bernard
et Guillaume),
367, 368.
P ELVEZI , Pcillovoisin 74, 115,
n5, 116, 122, 145. 165, ig3,
323, 372.
— (le seigneur de), 362.
— Voir Carbonnières, Reillac.
P EMBROKE , voir Hastings.
P ÉNITENTS de Sarlat (Eglise des),
33 7 .
— Blancs de Sarlat, 341, 341.
— Bleus de Sarlat, io3, 341, 341.
P ENTHIÈVRE , voir Périgord.
P ÉPIN le Bref, roi de France, 12,
37, 38, 39, 3g, 40. 41.
P ERCI (Thomas de), chevalier, 1 3 1 .
P ERGOT (abbé), 34.
P ÉRIGNAC , voir S' Agapit.
P ÉRIGORD (Comtes de), voir Adalesme, Albret, Antoine, Archambauld, Arnauld, Audebert,
Bernard, Blois, Bourbon, Boson,
Emme, Gérard, Gilebaud, Guillaume, Hélie, Hildebert, Jacques, Orléans,
Ramnulphe ,
Roger-Bernard, Turpion, Walbodus, Wlgrin.
— (Comtesses de), voir Berta,
Foix, Garsinda, Lomagne, Jlastas, Pons, Toulouse, Vendôme.
— Voir Talleyrand.
— (Talleyrand de), cap. -général
pour le roi, 97, g7, i2 3, 127,
133, i33, 138, 363.
— (Agnès de Talleyrand de), duchesse de Durazzo. 127.
— (Brunissende de Talleyraud de),
dame de Soubize, 127.
— (Eléonore de Talleyrand de),
dame de Duras, 138, 147.
— (Eléonore de Talleyrand de),
comtesse de Clermont d'Aunay,
127.
— (Jeanne de Talleyrand de),
comtesse d'Armagnac, 97, Î23.
— voir Martres.
P ÉRIGORD (Sénéchaux de), voir :
André, Arrablay, Baignolz, Berleyemont, . Beynac, Bouchard,
Bourdeille, Castelbajac, Chabot,
Chambrilhac, Dome, Espagne,
Estissac, Harpedane, Malemort,
Montfaucon, Montigny, Melun,
Mornay, Péruce, Pontius, Pujols,
Bibérac, la Rochefoucauld, Sabanac, Salignac, Servientis.
PÉRIGUEUX, XIX, XLII , 19, 20, 25,
48, 49, 50, 57, 58, 59, 67, 69,
74,77, 79, 81, 83, 84, 88, go,
91, gi, 106, 106, 116, 125,
126, 137, 137, 148, i5o, 157,
159, 166, 166, 190, 196, 245,
246, 264, 265, 272, 280, 285,
2g3, 300, 307, 322, 324, 326,
329, 364, 375, 376, 393, 394,
396, 397.
P ÉRIGUEUX (diocèse de), 92, 93,
g3, 94.
— (évêques de), voir : Assido,
Auberoche, Audoin, Bonneval,
Bourdeille, Brétenoux, Carterius,
Castelnau, Chronope, Coalia,
Frotcrius. Gourdon, Lastours,
Maiolio, Martin, Massonnais,
Minetis, Montcberulpho, Nauclard, Palatesis, Paterne, Pegasius, Pompadour, Pons. Raoul,
SanVius, Tiberio, Vitabrensis,
S' Agnan, S 1 Astier, S' Front.
— (l'ofsicial de), 210.
PÉRILLE, 258.
PÉROUSE, 87.
P ERPIGNAN (diocèse de),
58.
P ERRIEH (Guillaume), marchand
de Montignac, 373.
PÉR I us, 63, 63.
P ÉRUCE (Audouin de), sgr des
Cars, C. P., 169, 169.
— (Gaultier de\ sgr de SaintMarc, C. F., 169, 16g.
— (Gaultier de), sgr de la Vauguyon, sénéchal de Périgord,
224.
P ÉRUSSE , voir Brachet.
P ESTILLAC , 78, 318, 3 18.
— (Be.-trand de), 77. 78.
— (Amalvy de), 78.
P ETIT (Jean), 367, 368.
P ÉTRI (Hélias), abbé de Sarlat,
73, 7 3.
P EUCH (le seigneur du), 402.
P EYRAC , 245, 245.
P EYRAT , Peyrac (Aymeric de),
abbé de Moissac, 125.
— (G. du), i55.
— (Jean del), luthérien de Sarlat, 2 3 o.
P EYRAUX , voir Bonneguise.
P EYRELÉVADE , 235.
P EYRET (Guillaume de), sieur de
la Roussie, 258.
P EYRIGNAC (S* Agapit de), 45.
P EYRILLAC , 331 .
P EYROLLIER (Benoît le), 122.
P EYROU OU del Mousiier(place du),
k Sarlat, 236, 236.
P EYRONNENCQ (Guirauld de), C.
A. de Bigaroque, 158, i5g.
— (Michel de), seigneur de Montréal, 1 5 g.
P HILÍPPARIE , famille, 251, 25î.
— (N.), notaire royal et apostolique, 200.
P HILIPPE I, roi de France, 68.
P HILIPPE- A UGUSTE , id. ,68, 69, 72,
73.
P HILIPPE LE H ARDI , id., 79. 80.
P HILIPPE LE B EL , id., 82, 85, 85,
86, 8g, 102.
P HILIPPE de Valois, id., 90, ioi,
102, 104, 109, 112, 112, 1 1 5.
P HILIPPE , archevêque de Bordeaux. Voir Chambrilhac.
P HILIPSON ( M ARTIN), IX.
PIC (le), Picum, 63, 63.
PlC DE LA MlRANDOLE, XXXVTI.
P ICHARD , chanoine de Périgueux,
XLII.
P ICON (le), 63.
P ICUM , Le Pic. 63, 63.
P IE II, pape, 184.
P IE IV, pape, 22g.
P IERRE , roi de Castille, IÎ 5.
— moine des Vaux de Cernay, 71.
PIERRE- B UFFIÈRE (le seigneur de),
131.
P IERREGOURD - :, voir Rarjac.
PIERRE- P ERTUSE (Guillaume de),
chevalier, 108.
P IERRE- T AILLADE , voir Touchebœuf.
P IGEON (Latgier), 259.
P ILES , 327. Voir Clermont.
P IPINUS , rex, 61.
P ISE, XXV.
P ISSEVI, 337.
P LAMONT (Jean de), notaire k Sarlat, 205.
— (Frère Guillaume de), prévôt
de la Cathédrale de Sarlat, 213,
2l3.
— (Jean de), le jeune, procureur
de Sarlat, 237 .
— (Raymond de), 348.
PLANOPODIO , voir Plapech.
P LAPECH , voir Martres.
— (Guillaume de), L' du sénéchal
de Périgord, 164 164.
P LAPUTH (Guiraut de), 362.
P LAZAC, I 5 O.
P LÉNYE (Claude de la), seigneur
de Puymartin, 26g.
P ODIUM- G IROLMI , voir Puy-Guilhem.
P OITIERS , 23, 37, 38, 48, 50, 57,
58, 76, 110, 187, 307.
— (bataille de), 112, 116, 1 35.
r— (Alphonse, comte de), go, 109,
— (Aymar de), 107.
— (Louis de), comte de Valentinois, 107.
— (N. de), sire de Chaleuçon ,i07.
— (Hautcœurde), 108.
P OLIN (Jean), notaire de Sarlat,
177.
P OMMIERS (Reine de), dame de
Beynac, 1 1 5.
— (Hélie de), 124.
— (Marguerite de), 145.
POMPADOUR (Geoffroy de), évêque
de Périgueux, 185.
— (Jean, seigneur de), C. C, 247,
247, 3i 1.
— (Geoffroi, seigneur de), 248.
— (Louis, seigneur de), C. C, 311,
3n, 314, 318, 403.
PONCIE (la), 181.
P ONS (Raymond de), évêque de
Périgueux, 69, 74.
— (Regnauld de), seigneur de
Bergerac, 99, gg, 100.
— (Regnauld de), sire de Ribérac
et de Montfort, covicomte de
Turenne, capitaine pour le roi
en Périgord, 112, 115, 122, i3o.
— (Regnauld de), sire de Ribérac,
covicomte de Turenne, 153,
155, i5g, 175, 102.
— (Jacques, sire de), 180, 180,
ig2, ig3, 196, 333.
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
PONS (Gui, sire de), ig3.
— (Jeanne de), comtesse de Périgord, 95, g5.
— (Marthe de), dame de Dome et
de S'-Vincent, 132.
— (Anne de), dame de Ribérac,
ig3, 218.
PONT (le capitaine), C. C., 264.
— (Jean del). 362.
PONTBMANT (Hector de), seigneur
de Montréal, C. C., 312, 3 12.
PONTCHAnnoN (Richard de), chev.ilier, I 3 I.
PONTKÌNY, abbaye, 57, 57, 68.
PONTIUS, sénéchal de Périgord,75.
PONTROUDIER, 263, 263.
PONTVILLAIN (combat de), 1 3 1 .
POPIAN (Siméon de), évêque de
Cahors, xvm, XLII.
PORCHÈRES, prieuré, 351.
— (Frère Bernard de), dominicain, 77.
PORQDÉRY (Pierre), franciscain,
354, 355.
— (Petrusl, évêque apocryphe de
Sarlat, 113, 11 3. Voir Malayoles.
PORT DE FOZÈRE, voir Fozère, 83.
PORT-S 10 -MARIE, 109, 10g.
PORTA (Jean de), évêque de S'Papoul, 354, 355.
PORTAFÉ (Jeanne de), 166.
PORTE (Guillaume la), archiprêtre
de Capdrot, gg.
— (Jean de la), chevalier, seigneur
de Jumillac, 108.
— (Guillaume de la), lieutenant
criminel de Sarlat, 2 '7.
— du Prat (N. de la), lieutenant
du prévôt de Périgord, 247.
— (François de la), seigneur de
la Rétaudie, C. P., 285.
— (Bernard de la), seigneur de
Puyl'errat, C. C, 317, 317.
— (Charles de la), seigneur de
Puyferrat, C. C, 333, 333.
— de Mensignac (Anne do la),
dame de la Ponoie, 340, 340.
PORTIS (Paulus de), protonotaire
apostolique, procureur du cardinal de Gaddis, 223.
POTIERS (Tour des), a Sarlat, 254,
254.
■
POUCH (le capitaine), C. P., 266.
POUGET (Bernard du), notaire de
Dome, 163.
— (Jeanne du), dame deMasclat,
266.
— (Antoinette du), dame du Bepaire, 266.
Pout (Gaillard del'., bourgeois de
Sarlat, 362.
POYET , Pouget (Bertrand de) ,
cardinal de Saint-Marcel, 96, g6.
POYNET (Antoine de), lieutenantgénéral de Bergerac, président à
la Cour des Aides de Périgueux,
376.
— (N. de), lieutenant-général
de Bergerac, son frère, 376.
PRAMIL (Jean), verrier de Sarlat,
369.
PRATIS (S'« -Maria de), Prats, 62,
62, 63.
PRATS, 331.
PRÉAU (Hector de), soigneur de
Châtillon, C. P., 293, 2g3, 294.
PRÉVOST, famille, 1 85.
— (Marie) , dame de la Force,
i85.
— (Gabriel), seigneur de Charbonnières, C. P.. 293, 2g3, 294.
— de Sansac (Antoine), archevêque de Bordeaux, 281.
PRÉZ (Bernard des), chevalier,
108.
— (Bertrand des), seigneur de
Montpezat, 17g.
— (Hugues des), 17g.
— (Melchior des), seigneur de
Montpezat, 308, 311, 3 n, 314,
315, 3i5, 318, 320, 322, 323.
PRINCE NOIR, voir Edouard.
PROISSANS, prieuré, 102, 102,
350.
PROUE (Pierre do la), 8g.
PROUHET (Raymond de), seigneur
de Fevrac , lieutenant-général
de Sarlat, 219, 220.
— (Jean de* , seigneur de SaintClément et Roffi, C. C, 379,
381.
PROULIAC, 218.
PUJOLS (Hugues de) , sire de
Rlanquefort, capitaine de Sauveterre, sénéchal de Périgord,
123, 123.
PuY -en-Velay (le), 54, 54.
PUY (Charles du), seigneur de
Montbrun, C. P.. 244, 244, 249.
— (François du), seigneur de la
Forêt, C. C., 294, 204, 295.
— de Magnanat (Guillaume du),
seigneur de la Forêt, 294, 316,
3ig.
— (Hélie du) , seigneur de la
Jarthe, 3oo.
PUYBETON, 82, 82, 327.
PUY-DE-CAIRE, 213, 3 1 3.
PUY D'ISSOLU, xvm, 14.
PUY-L'ÉVÈQUE, 318.
PUY-GUILHEM, 327, 347 ; prieuré,
63, 63, 81, 100, 327, 347.
PUY-MARTIN, 118, 118. Voir Saint
Clar, la Plénye.
PUYMIROL, 265.
PUYPOLHON (Guillaume de), bourgeois de Sarlat, 362.
PUY DE PICO, 81.
PUY DES RÈZES, voir Pédrèges.
«
QUADRO (Bernard de), curé de
Caudon, 162, 163.
QUÉBRIAC (Jean de) , écuyer breton, 141.
QUEMFORT (le comte de), 106.
QuiCHERAT (J.), 175.
R
RADVEUS, 45.
RAMIARD, voir Royard.
425
RAMNULPHE, 42 , 44.
— duc de Guienne, 46.
— comte de Périgord, 47, 47.
RAMPOUX (Guillaume do), bailli
de Montflanquin, 75.
RASSIALS (Bernard de) , seigneur
de Vaillac, 169, 16g.
RASTIGNAC, voir Chapt.
RATIER, prieur de l.autrec, 100,
RAUSAN, ROSAN, 141, 141, 157,
187, 187.
RAUZEL (le), prieuré, 186, 186.
RAUZELLI (Geraldus), archiprêtré
de Capdrot. 99.
RAVANELLA, Rabancl, 63, 63. •
RAVARD (Pierre), varlet, 347.
— (Jaeques), 347.
RAVENNE, 114. 114.
RAVILLON (Guillaume de), bourgeois de Sarlat, 379.
RAYMOND (Arnauld), abbé de Chancelade, 103, io3.
RAZAC d'Evmet, Razat, 327.
RÉ (île de), 37, 38.
RÉAI.VILLE, bastide, 8g, 130, i3o.
RÉCOLLETS do Snrlat, xxi, xxvn,
334, 335, 336, 340.
RÉGAGNAC (Pierre de), seigneur
de la Brouhe, 258.
REGNAULD , archiprêtré de Capdrot, gg.
— (Lois) , seigneur de Gripel,
capitaine d'Olierguc, 404, 405.
REILLAC , Rillac , famille, 11 5,
219, 219, 221.
— (Gaspard de) , dit Ic capitaine Belcaire, depuis seigneur
de-Pelvézi, C. L.,310, 3io, 3i2,
389.
— (N. de) , archidiacre de Sarlat,
dit l'archidiacre ou le sieur de
Pelvézi, C. L., 310, 3 10, 3 12,
3 1 5, 319, 322.
— (Antoine de) , seigneur do Pelvézi, Laseourtz, etc., C. L., 319.
REMIRBROURG, 112, 112.
RENAUDIE (la), voir Beaupoil.
RENNES, 194, ig4.
RÉOLE (la\ 43, 108, 108, 140,
170.
REPAIRE (le), 266, 266, 269.
REPOSTE (la), abbaye, 255.
REQUI (Frère Arnauld) , prieur
claustral de Sarlat, 362.
REUVE (Pierre la), b iurgeois do
Sarlat, 362.
RÉVEILHON (Jean de), évêque do
Sarlat, 134, 139, 151, l5i, 360,
361.
REVEL (le seigneur de), 364.
REY (Jean), chimiste, vin.
REYMONDIE (la), voir Berlin.
REYNAL, consul de Sarlat, 369.
REYNIE (Guillaume la), bourgeois
de Sarlat, 362.
RHODES (île de), 195, ig5.
— (Hélie de), prieur claustral de
Sarlat, 8 (5.
RiBÉnAC, 112, 112 , i3o, 153,
183, ig2, ig3, 245, 246.
— (le seigneur de), sénéchal
Périgord, 375.
426
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
pagnac, C. C, 257, 257, 312,
R IBES (André de) seigneur de R OFFIGNAC (Jean de), seigneur de
3i2, 320, 320.
Tournon, Fumel , Gourdon ,
Richemont, 193,.
— (Bertrand de), prieur claustral R OVIARDI , de Royard (llier), chaC. A. de Compagnies, 372.
noine, chantre de Saintes, 347.
Rie (Raoul le; , bourgeois de
de Sarlat, 206, 206.
Sarlat, 362.
—: (Regnauld de) , seigneur de R OY (Raymond du), moine d'UR ICHARD , roi d'Angleterre, 69.
zerche, puis ministre k Sarlat,
Meaulce, 206.
228.
R ICHARD II, roi d'Angleterre, 359. — (Christophe de). Président au
Parlement
de
Bordeaux,
225,
R
OYALE
(Place) k Sarlat, IQ 5,
— 42.
— ministre de Montignac, 228,
225.
295.
231.
— (N. de) (?), seigneur de Chava- R OYARD (Arnauld de), évêque de
— (Léonard), sieur de la Tour
Sarlat, 100, 100, 101, 102, 347,
gnac, C. P., 292, 292.
348, 349, 352.
de Baneuil et du Frayssc, gref- — (Madeleine de), 225.
fier en chef k Sarlat, 337 , 337. R OGER- B ERNARD , comte de Péri- R OYE (Gaston de), conseiller au
IÌICHIEND (Paul) , seigneur de
gord, 83, 84, 95, 96, 96, 97,
sénéchal, 1" consul de Sarlat,
Mouvans, C. P., 244, 244 ,245,
289.
n5.
246, 247.
BûGIEn DE B EAUFORT.
R OYÈRE (Pierre de), bourgeois de
R IEUCAZE , voir St-Ours.
— (Nicolas), comte de Beaufort,
Tulle, 372.
R IEHX , 184. Voir la Tugie.
sire de Limeuil, 117, 1 55.
R UBOY (Jean), official de Cahors,
211.
R IGAL (Martin) , chapelain de •— (Jean), seigneur de Limeuil,
Gavaudun, 252.
C. A., puis F., 155, 1 55, i56, R UDEL (Jacques) , qualifié comte
R IGAUDIE (la), faubourg, porte et
162, 167, i 7 3.
de Périgord, 50.
tour k Sarlat, 121 , 217, 236, — (Baubelin ou Brandelin), bâtard — (Hélie), 99.
254, 266, 271, 294, 3i5, 388.
de Limeuil, C. A., 173.
R UDELLE (Gérauld) , consul de
Sarlat, 237.
R IGNAC , famille , 350.
'— (Pierre), vicomte do Turenne,
— (Etienne), abbé de Sarlat, 73.
C. F., 175, 178, 178, 180, 192. R UE (la), faubourg, porte et tour
— (Pierre de), seigneur du Vern, R OGIER (Gérauld), 77.
k Sarlat. 236, 238, 257, 267,
gouverneur de Montfort , 402 , — (Raoul), consul de Sarlat, 348.
271, 294.
404.
— (Etienne), consul de Sarlat, 362. R UFFIER (Alain), écuyer breton,
R IONS , 186.
R OMANS (Pierre-Burgondion de),
147.
R IVIARD (Hélie), damoiseau, 347.
évêque do Sarlat, 351, 352, 358. R UPE (Amalvin do) , consul de
Voir Royard.
R OME, VU; IX, XII , xm, xiv, xxn,
Dome, 147.
R IVIÈRE (Jean de la), ministre,
xxin, xxrv, xxv, xxvi, XXVII,
259
xxviu, xxxvn, 43, 49, 50, et
SI
— (N', de la), C. C., 300.
passim.
R OATH (Etienne le) , bourgeois R ONSENAC (le sieur de), 210.
S ABANAC (Gérauld de), sénéchal
de Sailat, 362.
R OQUE (Guillaume de la), sieur de
de Périgord, 86.
R OBERT (Claude), 355.
la Clausade, 78.
S ABAZAN, 108.
R OC- A MADOUR , abbaye, 132, i32, R OQUEBRAL , 312, 3 1 3.
S ABOULIAC (Jean de), 122.
318.
R OQUECORN , voir Aspremont.
S AFFARIUS , évêque du Périgueux,
R OCELLA , Roussel, 64, 64.
R OQUE- G AJAG (la), x, xi, XXVIII,
23, 33.
R OC-DE- M AREOIL , 286, 286.
xxxm, 7 ^,103, io3, 145, 147, S AILLANT (Arnauld de Lasteyrie
R OC-DE- T AYAC , 159, 160.
153, 154, 161, 161, 166, 166,
du), seigneur du Luc, C. C, 300,
Roc- V IGNE YROL , 103.
171, 245, 264, 308, 355.
3oo.
R OC-DE- V ITRAC , 169, 169. Voir R OQDE- M ARTIN (la), nunc le Roe- S AINT- A GAPIT de Pérignac, 45.
Vitrac.
de-Marty, voir Solminhac.
S AINT- A GNAN, évêque de PériR OCHE (Bertrand de la), che- R OQDE-M EYRALS (la), 382. Voir
gueux, 19, 20.
valier, 356.
Beynac.
S AINTE- A LVÈRE , 102, 102, 327,
R OCHE-L' A BEILLE f combat de) ,
R OQUENADBL, 218.
329, 350. Voir Lostanges.
248, 248.
R OQUÉPINE , bastide, 90, 90.
S AINT- A MAND , solitaire, 33, 34, 35.
R OCHEFORT (Boz in de) , damoi- B OQUETA , Rouquette, 63, 63.
— de Roixe, 63, 63.
seau de Bridoire, 356.
R OTH (Pierre), bourgeois de Sar- — de Coly, abbaye, 33, 34, 62,
— (le sieur de), C. C. , 300, 3oo.
lat, 362 .
83, 135, 142, i83, 184, 263,
ROCHEFLOBENT, 271.
R OCCH (Raoul le), bourgeois de •
264, 361.
PIOCHEFOUCAULD (Guy de la), seiSarlat, 362.
— de Simeyrols, 62, 62.
gneur de Vertueil, 141.
R OUEN , 307, 324.
SAiNT-ANDnÉ de Bordeaux, 90,
— (Jean de la), sénéchal de Pé- R OUILLÉ (Riebard le), abbé d'Hé124, 369.
rigord, 194, 195.
rivaux, nommé évêque de Sar- — lès-Sarlat, 95, g5, 112, i5o,
— (François, comte de la), C. P.,
lat par le roi, 221, 221 .
233.
232, 232.
R ODMEJOUX (A. de), xvm.
— (Guillaume de), chroniqueur,
- (Louis de la), baron de Mon- R OUSSEAU (Marguerite), dame de
lá 9. \
tendre, C. P., 232, 232.
Puyferrat, 317.
S AINT- A STIER , 245, 288, 288, 289.
— (François, comte de la), C. P., R OUSSEL (Gérard), prêtre de Sar- — (Pierre de), évêque de Péri284, 284.
lot, 127.
gueux, 74, 78.
R OCHELLE (la), 138, 253, 3o5.
R OUSSET (Paul), sieur' du Cluzeau, — ÍGuilíaumede), dominicain, 77.
R ODE (la), 118, 118, 119.
26g.
— (Marguerite de) , dame de
R ODIS (Pierre de), 362.
RoussiE-lès-Sarlat (la), 1 55, 224,
Fayolle, 1 1 7.
R ODEZ, XLIII , 25, 51.
258, 258.
— (Catherine de), dame de MontROEMOND (Florimont de), XXVII.
R OUSSILLE , châtellenie, 181.
réal, i5g.
R OFFIGNAC , famille, i83.
R OUVERADE (la), 343.
S AINT- A STI ER des Bories (Jeanne
— (Bertrand de), évêque de Sar- Roux, viguiers de Campagnac ,
de), 20S.
lat, 184, 193, ig3, 194, 196,
famille, 112.
— (Jean de), seigneur des Bories,
197, 201, 202, 206.
— (Jean de), seigneur de CamC. P., 298, 2g8.
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
427
SAINT-ASTIER (Henri de), seigneur
SAINT-ETIENNE deToulouse,55,56. SAINTE-MARIE deMercato, 61, 61,
des Bories, 402.
SAINT-EUDES, voir Odon.
63, 63.
SAINT-AUBIN (Guillaume de), lieu- SAINTE-EULALIE de Puyguilhem, — deMoncuq, 62, 62.
tenant du capitaine de Mon64, 64.
— de Monte, 64.
tignac, 168.
SAINT-FÉLIX do Beillac, 219.
— de Monteton, 63, 63.
SAINT-AUGUSTIN, 35.
SAINTE-FOY-LA-GRANDE, XLIII, 141 ,
— de Montignac, 61.
SAINT-AVIT de Balares, 63, 63.
141, 171, 187, 288, 288.
— de Montsaguel, 64, 64.
— Senieur , 82, 82, 84, 267, SAINT-FRANÇOIS (couvent de), k — de la Mothe, 64.
267, 284, 327.
Sarlat, 77. Voir Cordeliers.
— de Pratis, 62, 62.
— sur-Lède, 62, 62.
SAINT-FRONT, premier évêque de — de Rocellâ, 64, 64.
SAINTE-BASEILLE, 108, 108, 286,
Périgueux, 19, 63, 63.
— de Sales, 62, 62.
286.
— (Reliques de), 194.
— de Sarlat, 120, 205, 213.
SAINT-BENOIT, 27, 36, 43.
— de Brusc, 147, 147.
— de Sergiaco, Sérignac, 64, 64.
SAINT-BERNARD, 59, 5g, 60.
SAINT-GENIEZ, 122, 142, 147, — de Temniac, 68.
SAINT-CAPOUAN, évêque deCahors,
168, 172, 180, 186, ig3, 347.
— de Valle, d'Envals, 62, 62.
30, 31.
— Voir Gontaut.
SAINTE-MARIE-MADELEINB (chaSAINT-CAPRAZI, Caprais, d'Agen, SAINT-GEORGES, 19.
pelle de), 63, 63.
208, 209, 2)0.
SAINT-GERMAIN du Drot, 279 ,27g. SAINT-MARS (Hue de), capitaine
SAINT-CERÉ, Seré, 21, 175, 251. — en-Laye, 100.
do Montignac, C. F., 173.
SAiNT-CERNiNde Lherm, xvi. Voir
— de Ravanelle, 63, 63.
SAINTE-MARTHE, 42.
St-Sernin.
SAINT-GILLES, comté, 70.
— (les Fières de), 73 , 97, 343,
SAINT-CHAMANS (Jean de), sei- — (Françoise de) , dame de la
358, 359.
gneur du Pêcher et de Pazayac,
Salle, 2gg.
SAINT-MARTIAL, premier évêque
C. C., 299, 29g.
SAINT-GRÉGOIRE de Tours, 20, 34.
de Limoges, 18.
SAINT-CHAMARANS, 174.
SAINT-HILAIRE de Doissac, 62, 62. — 147, 260, 323, 348. Voir
SAINT-CHRISTOPHE de Montbazil- — de Monasterio, de Moustiers,
Calvimont.
lac, 63.
63, 63.
SAINT-MARTIN de Cahusac, 63,63.
— de Montferrand, 63.
SAiNT -lRiEix -la-Perche, 137, 201,
— de Calviac, 62, 62.
SAINT-CIRCQ (Pierre de), C. A.,
248, 364.
— des-Champs, prieur, 259.
i54, 370.
SAINT-JACQUES en Galice, 58.
— de Campagnac, 61, 61.
SAINTE-CLAIRE (Religieuses de
— de Trape, ou do la Trape,
— de Drot, 62, 62.
Sainte-), à Sarlat, 327.
62, 62.
— de Gardelas, de Gardelle, 64, 64.
SAINT-CLAR, famille, 118.
SAINT-JEAN d'Agen, 64, 64.
— de Genebredo, de Génibrède,
— (Raymond de), seigneur de
— d'Angéli, 220, 221, 288.
64, 64.
Puymartin.C. C, 233, 233 ,234, — d'Aubeterre (église de), 186. — de Lenvillo, 63, 63.
235, 243, 257.
— de Fozère, 83. Voir Fozère.
— de Pertus, 63, 63.
— (Renaud de), seigneur de Puy- — de Molières, 88, 88. Voir Mo- — de Saussignac, 63, 63.
martin, 209, 26g, 299, 2gg.
lières.
SAINT-MAURICE, 64, 64.
— (Suzanne de), 26g.
— de Puyguilhem , de PodioSAINT-MICHEL de Cadouin, cha— (Guillaume), procureur syndic
Girolmi, 63, 63.
pelle, 57.
de Sarlat, 336.
— de Sarlat (église de), 341, — de Lentes, 63.
— (N.), jurât de Sarlat, 369.
3 4 i.
— (Robert de), abbé de Sarlat,
SAINTE-COLOMBE (Porte de), a la — de Sarlat (portique de), 201.
79, 86.
Linde, 232.
— (le sieur de), voir Serval.
— (Raynald de), damoiseau de
— (Austence de), évêque de SarSAINT-JORY (Pierre de), 364.
Lestignac, 356.
lat, 123, 124, 125, 125, 357,
SAINT-JULIEN, 63, 63.
SAINTE MONDANB, mère de saint
359, 360, 363.
SAINT-JUNIEN, 399.
Sacerdos, 28.
SAINT-CRÉPIN, 328, 328.
SAINT-LAURENT (le cardinal de), — 62, 62.
SAINT-CRESCENT, 19.
7 3.
SAINT-MAIXENT, 326, 327.
SAINTE-CROIX, 63, 63.
SAINT-LAZARE, 196.
SAINTE-NATHALÈNE, 331.
SAINT-CYBARD d'Angoulême , ab- SAINT-LÉGER, voir Lidon.
SAINT-NICAISE, 19.
baye, 356.
SAINT-LÉON, XLIII.
SAiNT-NicoLAS -lès-Sarlat, 68, 121,
SAINT-CYPRIEN, XIV, xv, 34, 35, — prieuré, 61, 61, 73, 73, 74,
121, 233, 341, 341.
117, 161, 166, 167, 170, 177,
74, 102, 205, 23o.
SAINT ODON, Eudes, abbé de Cluny
195, 241, 245, 291, 293, 294,
SAINT-LÉONARD (Armand de), abbé
et de Sarlat, 42, 43, 44, 44,
310, 313, 327, 370.
de Sarlat, 86.
45, 4 5.
SAINT-DAMIEN deGranges, 64, 64. SAINTE-LIVRADE, 275, 275.
SAINT-OURS (François de), seiSAINT-DENIS (bataille de), 330.
SAINT LOUIS, roi de France, 75,
gneur de la Bourlie, C. P., 267,
SAINT-DIDIER OU Dizier, 62, 62.
75, 76, 78.
267, 402.
SAINT-DOMINIQUE, 77.
SAINT-LUCIEN, 19.
— (N. de), seigneur de Rieucaze,
— (couvent de), à Rergerac, 77.
SAINT-MACAIRE, I 37, 142, 142.
402.
—
a Belvès, 98.
SAINT-MARCEL, abbaye, 57, 58.
SAINT-PANTALY, 169.
SAINT-DOMNOLÈNE, 34.
SAINTE-MARIE d'Aurevilla, d'Ey- SAINT-PARDOUX, 64, 64, 230, 23o.
SAINT-DONAT, 264, 264, 313.
renville, 63, 63.
SAINT-PASTOUR, 274, 274.
SAINT-ELOI, évêque de Noyon, 36, — de Berrat, 64, 64.
SAINT-PAUL, 68, 94.
— de Borbol, 64, 64.
— (Foulque de) , aumônier de
SAINT-EMILION, 127, 141, 141, — de Capella, de Capelou, 62,
Sarlat, 349.
186, 287.
62.
SAINT PAULIN de Noie, 20.
AINT-ESPRIT (chapellenie du), k — de Carlux, 62, 62.
SAINT-PIERRE, 41, 68, 94.
Sarlat, 213, 2i3.
— de Esternâ, de Lesterne, 64. — d'Auvert, du Vergt-de-Biron,
SAINT-ETIENNE de Borchet, Boissec,
64.
62, 62.
63 , 63.
— de Gauvaudun, 68.
— de Cadory, 62, 62.
428
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
SALIGNAC (Hélie de), évêque de
SAINT-PIERRE de Corn, 62, 62.
Sarlat, archevêque de Bordeaux,
— de Gaujac, Gaugea::, 64, 64.
119, 121, 122, 122, 123, 127,
— de Monestier, 63, 63.
127, 358, 359.
— de Monlaut, 68.
— de Nessa, d'Eynesse, 63, 63. — (Pons de), évêque de Sarlat,
201, 201, 202, 203, 204, 204.
— de Roqueta, de Rouquette, 63,
— (François de), évêque de Sar63.
— de Tonnes, Toules, Tonees ,
lat, 224, 242, 255, 258, 271,
274.
Tonneins, (?) 64, 64.
■— de Vespâ, 68.
— (Louis I de), évêque de Sarlat,
— (Chapelle de), a Sarlat, 213,
x, xiv, xv, 274, 277, 277, 280,
2l3.
293, 3oi, 307, 324, 328, 332,
SAINT-POMPON, 264, 308, 3o8.
379, 386, 387.
SAINT-PONS de Thomières, 95, 07, — (Louis II de), évêque de Sar346.
lat, xx, xxiv, 332, 334, 336,
SAINT-PROJET, -voir la Fon-Dejean.
333, 339, 340.
SAINT-QUENTIN, 62, 112 , 11 3, — (Mainfroy. seigneur de), capi119, 165, 171, 171, 217, 258,
taine de Montignac, CF., 168,
172, 358.
258, 261, 263, 268, 268, 3 10,
323.
— (Raymond, sgr de), chevalier,
— (bataille de), 330.
sénéchal du Périgord et du
SAINT-RABIER, 62, 62.
Quercv, 155, 1 55, 160, ig5,
SAINTE -RADEGONDE, 27, 62, go.
370.
SAINT-SACERDOS, XII, 27, 29, 30, — (Pierre de), i55, 168, 168.
31, 32, 41, 46, 47, 48, 58, — (Jean de), 168, 168.
83, 91, 1 n, 112,202, 214,255, — (Ravmond de), sgr de Fénelon,
255, 258, 362.
2oi ,"202.
— de Aurencâ , de Laurenque , — (Barthélemy de), écrivain, 216,
prieuré, 62, 62, 81.
216, 217.
SAINT-SARDOS, prieuré, 56, 2o3, — (Jean de), chantre de Sarlat,
205.
225, 226.
SAINT-SATURNIN, 63, 63, 68.
— (Pons de), grand archidiacre
— de Aunac, de Agnac, 63, 63.
de Sarlat, 237, 254, 254, 379.
SAINT-SAUVEUR et de Saint-Sa- — (Hélie de), seigneur de Fécerdos (Eglise de), 32, il, 43,
nelon, 242, 289, 329.
— (Bertrand de), seigneur de la
47, 48, 60.
SAINT-SAUVEUR (Vicomté de), 124,
Mothe-Fénelon, 242, 277, 280,
124.
289, 2811, 293, 305, 3o6, 330,
SAINT-SELVE (Denis), 252.
332, 340, 383, 384,386.
SAINT-SERNIN de Beaumont, 263, — (Pierre de), chantre de Sarlat,
263.
254, 379.
— de la Barde, 307. 307.
— (Odet de), seigneur de Gaule— de Lherm, 321, 321.
jac, 340.
— de Reillac, 219.
— (Armand de), seigneur de Gau— Voir Buade.
lejac, C. C., XVIII, 280, 286,
SAINT-SEURIN de Prats, 63.
286, 289, 292, 294, 294, 295,
SAINT-SÉVERIN, 63, 63.
3oi, 305, 308, 332, 340.
SAINT-SIMÉON de Gourdon, 62, 62. — (Jean de), seigneur de FéneSAINT-SOUR, 34, 34, 35, 42.
lon, C. C, 286, 286. 294, 295,
SAINT-SUAIRE, 52,53,54, 55, 56.
296, 304, 3o4, 3o6.
SAINT-SUBRA, voir Saint-Cyprien.
— (Pierre de), seigneur de FomSAINT-SULPICE de Pic, 63, 6 ; .
pitou,C.C., 289 ,289 ,295 ,297.
SAINT-SULPICE, voir Ebrard.
— (Pierre de), seigneur de VouilSAINT- TAURIN, 19.
lac, C. C., 289, 289, 297.
SAINT- THIBÉUY, abbaye, 100, 346. — (Jean de), prévôt de Sarlat,
SAINT-THOMAS
de Montignac ,
338,339.
prieuré, 74, 74, 205, 275.
— (Catherine de), baronne de BiSAINT-Trophime, 19.
ron, 2o3.
SAINT-VICTOR de Marseille, ab- — (Gabrielle de) , dame de la
baye, 126.
Douze, 219.
SAINT-VINCENT, 62, 62.
— (Jeanne de), dame de Puybe— de Badefol, 79.
ton, 229.
— de Paluel, 132, i32.
— (Anne de), dame du Barri,
SAINTES, ig3.
268, 336.
SALERNE, 100, 349.
— (Isabeau de), dame de SaintSALEB.3, 178.
Sernin, 29g.
SALES de Belvès, 62, 62, 316, — (Louise de), dame de Chabans,
403, 404.
29g.
SALIGNAC, 104, 104, 118, 122, — (Messieurs de), 271.
143, 145, i 4 5, 146, 167, ig3,
SALIGNAC, voir Gontaut.
ig5, 251, 258, 271, 286, 315.
SALIS de la Batut, famille, 388.
— famille, 11 5, 388.
— (Antoine de), seigneur de la
Batut , lieutenant-général de
Sarlat, 231, 23 1, 2^7, 28g.
— (Jean de), seigneur de la Batut, C. C. capitaine d'une compagnie bourgeoise de Sarlat,
1 er consul, 28g, 402.
— (Jean de), seigneur des Yvières
etdePalomières, C.C..310, 3io,
322.
SALE (la), C. C, 300.
SALLK (la), voir Bourdeille.
SALVAING (L.), consul du Sarlat,
390.
SALVETAT (la), 57, 57, 327.
— do Caumont, prieuré, 81, 175,
185, 349.
SALVI, 74.
SALVIAC, 212, 304, 30S, 317.
SANABOLUS, abbé de Genouillac, 35.
SARLAT, VII, VIII, X, XI, XIV, xv,
XVI, XVII, XIX, XX, XXII, XXVI,
XXXII, XXXV, XXXVI, XLI, XLII,
XLIII,7,21,27,32, 37.— Pépin,
bienfaiteur, 39, 3g. — Charlemagne, bienfaiteur, 41, 41. —
Bernard, comte de Périgord,
donne Sarlat à Cluny, 42, 43,
43. — S 1 Odon, abbé de Cluny,
1" abbé de Sarlat, 45, 45. —
46,46, 47, 47, 48,49, 50, 51,
52,56, 58, 58. — S' Bernard a
Sarlat, 59, 5g. — Bulle d'Eugène III, 60, 61 , 61. —
67, 68, 68, 69, 6g, 72, 73,
7 3, 74, 74, 75, 76, 77. 77, 78,
79, 81, 81, 82, 82, 83. —Le
Livre de Paix, 85, 86, 86, 87,
87, 88. — Erection de l'Evêché, 90, 91, gi, 92, 93. 94,
95, g5, 343, 344. — 96, 97,
g7, g8, 99, 100, 100, 101,
101, 102, 102, 103, io3. —
Sarlat fortifié, 104. — 104,
109, 110, 110. — Peste noire
et fondation de l'hôpital de la
Bouquerie, 111, m. — 111,
m, 112, 112, 113, n3, 115,
n5, 116, 116, 118, 119. —
Trahison de Donadei, 119, 11g,
120, 120, 121, 121. — 122,
122. 123, 123, 124. — Remise de Sarlat au roi d'Angleterre, 124, 124, 125, 125, 361,
362, 363. — Construction de
Ste-Marie, 127. — 132. — Soumission de Sarlat au roi de
France, 133, i33, 1 34, 363,
364, 365. — 134, 134, 135,
136, 137, 138, 139, i3g. —
Le duc de Bretagne devant
Sarlat, 139, i3g, 365, 366,
367. — 142. 143. — Les Sarladais prennent et détruisent le
fort de Vitrac, 144, 145, 145.
— 145, 146, 146. — Construction de la Tour de la Paix,
147. — 147, 14-7, 148, 149,
14g, 150, i5o, 151, Í5i, 152,
i52, 153, i53, 154, 155, i55,
156, i56, 157, 1 57, 159, i5g,
160, 161, 161, 162, i63, 164,
165, 166, 166, 167, 167, 168,
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
429
168, 169, no, ni, 171, 172,
Comarque, Cornil, Cromiac, du SELVE (Léonard), bourgeois de
173, 174, 174. — Jeux du
Couderc, Fénelon, Gérald, GyrSarlat, 26g, 316, 388.
Carnaval, i 7 5 , 367 , 368 ,
bertus, Hubert, Limejouls, MaSENDREUS , Sendreux, Sendrieux,
369, 370. — 176, 176, 177,
gnanac, Monteleonardo, Pétri,
352, 357.
178. — Peste, 179. — 179,
Rignac, St-Léonard, St -Michei, — (Guillaume do), prieur do St180,181, 183, i83, 184, 184,
St -Odon, Siorac, Stapone, SteLóon, évêque de Sarlat, 102,
185. —
Armes de Sarlat,
phanus, Vals, Villemur, Vinione.
349, 350, 351.
190, 191, 191. — 193, 193,
SARLAT (Evêques de). Voir Abzac SENGLER (Pierre), chevalier, I 3 I.
194, 194, 195, 195 , 196,
Arnaldi, Aspremont de Roque-,
SENNETERRE , S 1 Nectaire, (Fran196, 197, 201, 201, 202, 203,
corn, Aydie, Béreuger, Bonald,
çois de), évêque de Sarlat, 224,
204, 204, 203, 206, 206, 207,
Bonneval, Castelnau , la Cropte,
225, 22g, 237, 242, 242.
208, 209, 210, 211, 211, 212.
Gaddis, Gaillard, Gontaut, Itier,
— (Jean de), sénéchal de Beau— Première pierre de la CaLami, Larmandio, Malayoles ,
caire, C. C , 234, 234, 235.
thédrale, 213, 21 3. — ConséMayrolles, Palayrac, Porquéry,
SÉOU (le), rivière, 260.
cration de Stc-Marie, 213. —
Réveillon, Roffignac, Romans, SEPT-FONTS , abbaye, 58.
Famine, 214. — 215, 216, 217,
Royard, Ste-Colombe, Salignac, SÈRE (la), rivière, 175.
218, 218, 219, 219, 220, 221,
Sendreus, Senneterre.
SEROEAC , Sergiacum, XLLTI, 64,
221, 222, 223, 223, 224, 225, — (Portes et faubourgs de), voir
64, 323, 323.
226. — Origine du protestanla Bouquerie, Lendrevie, la RiSÉRIGNAC, 64.
tisme, 227, 228, 228, 376, 377,
gaudie, la Rue.
SÉRILUAC , voir Faudoas.
378. — Sécularisation de l'ah- — (Tours de) voir Abbé, Blanquie,
SERRE (la), 172, 258, 268, 268,
haye, 229, 229. — Les proBourreau, Guerre, Johandy de
315.
testants occupent Ste-Marie,
Bo, Marguerite-Burlado, Neuve, — Voir Abzac.
230, 23o. — 231, 23i. —
Paix, Potiers, la Rigaudie, la — 87.
Siège de Sarlat par Duras, 233,
Rue.
SERVAL (Jean de), C. A. deBigaro234, 235, 236, 2 36, 237, 237, SARLATENSIS (prior conventus) ,
que, 142.
238, 239, 219. — Peste et fa83.
— (N. de), sieur de S'-Jean,C.P.,
mine, 240, 241, 242, 242,243.
SARRAZAC, 211.
267, 287.
— 249, 252, 253, 253. SARRAZINS (Tour des), k Beynac,
— (Pons de), seigneur de Bétou,
Prisede Sarlat par Vivans, 253,
72 coseigneur de Siorac, C. P., 287,
253, 254, 254, 255. - Vivans
SARRUM, 7.
287chassé, 256, 257. — Sarlat reSAULIÈRE (Balthazar de la), sieur SERVATI (Reginald), capitaine de
pris par les catholiques, 257,
de Bramarigues et de Lavergne,
Brantôme, i5o.
257, 258, 258, 378, 379, 380,
L' de la compagnie de genSERVIENTIS (Pierre), sjnéchal de
381, 382, 383. — 259, 25g,
darmes de Vivans, C. P., 3o3,
Périgord, 76.
261, 261, 262, 263, 264. —
402.
SERVOLE (Bertrand de), damoiPrésidial de Périgueux transféré SAUNHAC de Bclcastel (Bertrand
seau de Dodrac, 356.
k Sarlat, 265. — 266, 268, 268,
de), 402.
SEYRAC (Anne de), dame de la
269, 270. — Fondation du
— (Yves de), 402.
Serre, 268.
collège de Blancher, 271, 271.
— (Raymond de), seigneur du SIBOLA (Thomas), dit Cava-Bassa,
— Construction de la Tour
Faussât, 402, 403.
1 5o.
Neuve, 272, 272. — 274, 277,
SAURET (Jacques-Calmine-François
SICILE, 360.
277, 278, 280, 280, 281. —
de), seigneur de Lasfonds, ba- — (Charles, roi de), 90.
Séminaire k Sarlat, 281, 282.
ron de Berbiguières, chev. de — (Frédéric III, roi de), 140, 140.
— 283, 286, 287. — Siège de
S'-Louis, 369, 370.
— (Jean de), duc de Durazzo,
Sarlat par le vicomto de Tu- SAHSSIGNAC, 63, 63, 327.
84.
renne, 288, 289, 289, 290, 290,
SAUVE (la), abbayo, 222.
— (Jeanne, reine de), 360.
291, 292, 292, 293, 293, 294, SAUVEBOEUF, I 55.
— (Jeanne de), 84.
295, 296, 297, 298. 299, 300,
SAUVETERRE, 123, 141, 141.
— (Marguerite de), 84.
301, 3oi, 3o2, 383, 384, 385,
SAUZET, 160.
SIDOINE Apollinaire , éTêque de
3S6, 387, 388. — 3o5, 3o6,
SAVOIE (Honorât de), marquis de
Clermont, 29.
307, 308. — Prise de Sarlat
Villars, amiral de France, 3og, SIGEBERT, roi de Guienne, 33.
par les ligueurs et reprise par
3i 1, 318.
SIGERIC , roi des Wisigoths, 22,
les habitants, 309, iog, 310,
SCELLES (le sr de), 307.
23.
388, 389. — 310, 3io, 312, SCHEINER (Christophe), S. J., as- SIGIACENSE monasterium, v. Issi315. — Prise de Sarlat par
tronome, XVII, XXII, XXVIH, XXIX,
geac.
Montpezat ,/315, 3i5, 316. —
XXX, XXXI, XXXII, XXXIII, XXXV. SIMEYROLS, 62, 62, 331.
Siège de Sarlat transféré k SCHYRLE de Reita, astronome, SIMON (Philippe), conseiller da
Belvès, 316. — Attaque de
XXXIII, XXXV.
roi, 211.
Sarlat par le baron de Bey- SECCHi (le Père), S. J., astronome,
SINGLIER (Etienne), bourgeois de
nac, 3ig.— 320, 322, 323. —
XXVIII.
Sarlat, 236, 237.
Soumission de Sarlat à Henri SEDAN, 402, 403.
SIORAC, 62, 77, 78, 138, i38,
IV, 324, 390, 393, 394. — Ré- SÉDIÈRES (Bernard de), 204, 208,
167, 167, 179, 277, 355.
collets, 334,335,336, 337,337,
211.
— (R. de), abbé de Sarlat, 68,
340. — Clarisses, 337, 338,339. — (François de), seigneur de Co86.
— Hôtel-dc-Ville reconstruit,
longes, C. C, 276.
—■ (Bertrand de), archiprêtre de
340, 340, 341, 341. — Les pre- SENDELI (J.), 74.
Capdrot, 99.
miers évêques de Sarlat, 343 k SÉGUIN (Pierre), 362.
— (Henri, Hugues et Guillaume
361. — 396, 402.
SÉGUR, 168.
de), seigneurs de Siorac, 355.
SARLAT (Abbés do). Voir Adacius, SÉQUR-THÉOBON (Catherine de), SIREUIL (Pierre de), damoiseau de
Albusson, Arnauld, Assenarius,
dame de Fénelon, 242, 28g,
St-Quentin, 11g.
Americus, Bassenus, Bernard,
329.
SIREY (le), voir Siriès.
55
*
430
TABLE DES PRINCIPAUX NOMS
56, 5g, 78, 101, 114, u5,
TAMNIERS , prieuré, 125 , 164,
126, 129, 12g, 132, 136, 140,
164, 205, 320, 320.
142, 154, i58, i83, 184,
TANI, voir Terny.
307, 354, 364, 365.
TANTON (Richard), C. A., I3I.
— (Comté de), 42, 75, 77, 77,
TAPINOIX, jurât de Sarlat, 369.
84.
TARDE (Jean), chanoine de Sarlat,
chroniqueur. Introduction, pas- — (diocèse de), 58.
sim, 36, 41, 42, 45, 46, 47, — (Marie de ), comtesse de
Périgord. 75, 83.
49, 5o, 343, 346, 351, 352,
353, 354, 358, 359, 363, 364, — (Guillaume de), sénéchal du
roi
d'Angleterre , 88 .
373, 383.
— (Jean), curé de Saint-Amand TODNES, 64, 64.
TOUR (Pierre de la), 117, 117.
de Belvès, XLIV.
Voir Latour.
— (Michel), xi.
TOUR-BLANCHE (Pierre dela), H7,
— (Gabriel), 5g.
117.
— (Jeanne), XLIV.
TOUR D'AUVERGNE (Gilles do la),
TARENTE (Louis de), i3g.
protonotaire,208,
208, 210, 21 1 ,
TARTAS, 154.
21 1.
TAUR (Eglise du") a Toulouse, 55,56.
TAYAC-sur-Vézère, 112, 11 2, 160, — (Agne de la) , seigneur de
Limeuil, vicomte de Turennc,
174, 328, 332, 382.
208.
— (le Roc de), .145.
— (Jacques de la), soigneur de
— Voir Beynac.
Fleurac,
C. P., 250.
TÉJAN (Guillaume), 80.
TEMNIAC, XVII, 61, 68, 112, 112, — (Galliot de la), seigneur de
Limeuil et de Lanquais, C. P.,
122, 123, 146, i5o, 171, 174,
250, 25o, 316.
202, 204, 212, 329, 345.
— (Gilles de la) , seigneur de
TERNY (Luc de), 78, 79.
Limeuil, 25o.
TERRADE (la), 263.
TERRASSON, abbaye, 34, 35, 42, — (Henri de la) , vicomte de
Turenne, duc de Bouillon, xn,
45, 132. ig3, 251, 263.
261, 262, 268, 271, 294, 298,
TERRIDE, 131, i3i.
300, 384, 385, 387, 389, 402,
TESSON (Antoine), archiprôtre do
404, 405.
Capdrot, 99.
TÊTE-NOIRE, C. A. de Compagnies, — (Antoine de la), vicomte de
Turenne, 331.
145.
— (Gilles de la), abbé d'Uzerche,
THÉMINES, voir Lauzières.
332.
THENON, 117, 1 6g, 178, 178.
THÉODEBERT, roi de Guienne, TOUR de Cambou it (Bertrand de
la)
, archevêque de Salerue ,
33.
cardinal. 348, 349.
THÉODORIC, roi des Wisigoths, 22,
TOURETTE (la), voir Vassal.
23, 24.
TOURON (le), près de Villefranche,
THÉODORIC II, roi des Wisigoths,
269.
22, 23, 2Í.
TOURS, 26, 37,42, 48, 402.
THÉODORIC, fils de Clovis I, 26.
— (Porte des), a Dome, 3o3, 313.
THÉODORIC, 28.
THIERRI III, roi de Neustrie, 37. TOURTOIRAC, abbaye, 75, 73.
TRAPE Ha), 62, 62.
THIVIERS, 248.
THOMAS (le Bienheureux Pierre), TRAU (la), 187.
patriarche de Constantinople , — (Isabelle de la), dame de
Montferrand, 187.
126.
TREIGNAC (le seigneur de), 180.
THONAC, 26 i.
THORISMOND, roi des Wisigoths, TRÉMOLAT, 196, 316, 326, 327,
356.
22, 23, 24, 28.
T
THOU (J. A. de), historien, vin, T RÉMOUILLE (Georges de la), ministre de Charles VII, ig2.
XIII, xvi, etc.
TAILLEBOURG, 192, ig3.
THUMERY (Jean de), seigneur de TRENTE (concile de), ix.
TALARD (le vicomte de), 108.
— (combat des), I3I.
Boissize, 326, 326.
TALBOT (Jeari), 187, 187 ,188.
TIBERIO, de Thiviers (Raynaldus TUGIE (François de l a), soigneur
— (N.), seigneur de l 'Isle, 189.
de Rieux, C. P., 293, 2g3,
de) , évêque de Périgueux ,
TALLEYRAND, 40, 68, 68, 127.
294.
,
51.
Voir Périgord.
TULLE, abbaye XLIII, 45, 338,
— (Antoine), cardinal de Périgord, TILHET (Georges du), baron d'Or372.
gueil et Mauroux, 299, 2gg.
apocryphe, 101, 126, 126.
TURENNE, 122, 146, 153, 1 5g,
— (Hélie), cardinal de Périgord, TOMINS (Arnauld) , chapelier de
160, 192, 196; 2g3, 2g8,
Sarlat, 369.
IOI, 103, io3, 115, 117, 117,
403.
TONCES, 64.
126, 138, 355, 358.
— Voir Pons, Rogier, la Tour
— (Boson) , sire de
Chalais , TONNEINS, 64, 109, 10g, 135.
d'Auvergne.
ToucHEBOHUF-Beaumond (Jacques
118.
de), seigneur de Pierretaillade, — (Raymond IV, vicomte de), 71,
— (Boson), sire de Grignols, 356.
72.
402.
TALONARI (Etienne), 74.
— (Alix de), dame de Montignac,
TAUIZEY de Larroque , xxxn , TOULES, 64.
71.
TOULOUSE, VII, 22, 23, 37, 51, 55,
XXXIII.
SIREY, secrétaire greffier de la
commune de Sarlat, 369.
SIRIÉS (le sieur du), C. P., 253,
253, 265, 266.
Srrius, florentin, xxxvi.
SOL (maison del), à Dome-Vieille,
304.
SOLIGNAC, abbaye, 36, 2o3.
SOLMINHAC (Arnauld de), 155.
— (N. de), C. C, 2Î7, 262, 382.
— (Jean de), seigneur de la Roque Martin, capitaine de Dome,
C. C ,260, 262, 279,303, 305.
SOREL (Agnès), 193.
SORN, Sort, 148, 157.
— (Raymond de), C. A. de Compagnies, 1 56, 157, 157, i58,
370.
SORNIER (Guillaume de),bourgeois
de Sarlat, 362.
SORRIAS (Martin de), bourgeois
de Tulle, 372.
SOUBISE, I 3 I .
— 'le srde), 127.
SOHCHER (Pierre), bourgeois de
Sarlat, 362.
SOUILLAC, abbaye, x, 36, 36, 37,
245, 249, 253, 272, 335.
— (Jacob de), seigneur d'Azerac,
402.
SOUMENSAC, Somensac, 63, 63.
SOHRCHSS (Jean de), seigneur de
Malicorne, gouverneur du Poitou, 395.
SoURZAC, 289.
SPONDE, 361.
STAPONE (Arnauld de), abbé de
Sarlat, 77, 77^
STEPHANUS, abbé de Sarlat, 51, 52,
86.
SnAD (Jean), marchand do Sarlat,
236.
SUDRIE (Jean de la), seigneur de
Calveyrac, C.C., 300, 3oo, 320,
320, 332, 403, 404, 405;
— (Mathelinde la), C.C.,404, 405
SHDRIER (Pierre le), bourgeois de
Sarlat, 362.
SURAN (Bertrand) , C. A., 166 ,
371.
SYREDTLH, Sireuil (le chanoine de),
chroniqueur, 25 1.
DE LIEUX ET DE PERSONNES.
T URENNE (Marguerite Je), dame de
Bergerac, 99.
— (Galliot de), baron d'Aynac,
C. C, 265, 265.
T URGIA , mère de saint Eioi, 36.
T URNAC , 21, 261.
T URRIBUS (de), voir Lastours.
T URPION , comte d'Angoulême et
de Périgord, 40.
T URSAC , 115, 11 5, 345.
Tu ST AL , maison, 335.
— (Guillaume), bourgeois de Sarlat, procureur du roi a Sarlat,
conseiller au Parlement de
Bordeaux, 196.
VASSINHAC (Guillaume de), sousprieur de Sarlat, 349.
— (Gédéon de), gouverneur de
Turenne, 403, 404, 406.
V AUR (Jean), clerc de Sarlat, 34 r.
VAUX , prieuré, 81, 349.
— Voir Vals.
V AUX deCernay (les), abbaye, 71.
VAYRAC , 379.
V AYRES , château, 396.
V AYROLES (Geoffroy de), archevêque de Toulouse, 12g, i32.
V ENDÔME (Eléonore de), comtesse
de Périgord, g6, 97.
— (Bouchard, comte de), 97.
U
— (le comte de), 180.
V ÉNUS (Port de), 159.
V ER (le), Vernh, ig5.
V ER , voir Vergt.
V ERBAIS , Vervaix (François de),
seigneur de Masclat, C. P., 266.
V ERBELET , Verbelay, C. P., 249,
V ENTADOUR, 14,5.
U NIONE (H. de), voir Vinione.
U RBAIN V, pape, 104, 125, 126,
126.
U RBAIN VIII, pape, xxxv.
U RQEL (le cardinal d'), 117.
U RSINO (Flavio), antiquaire, xiv.
U XELLODUNUM, XVIII , 14.
U ZERCHE , abbaye, 157, 228, 403.
U ZÈS, XII.
U ZESTE , 87, 87.
249.
V ERCANTIÉRE (la), 317.
V ERDRAC, IIO.
V ERDUN, 5g.
V ERNHOLE (la), la Vergnole, voir
Cueilhe.
431
ViEiL -Siourac , Siorac (NotreDame de), 77.
V IENNE , 29.
— (Jean de), 364.
V IÈTE , mathématicien, xm.
V IGERIE (La), voir Gimel.
V IGIER , famille. 143, 146.
— (Robert), seigneur de Borrèze
et du Claux, coseigneur de Salignac, 146.
— (Hélie), damoiseau de Sarlat,
352.
— (Adhémar), chevalier d« Carlux, 356.
— (Alix), 352.
— (J.), 315.
— (Catherine), dame de Bourdeille, 160.
V ILHKRSAC (Pierre), bourgeois de
Sarlat, 362.
V ILLAC , 195, ig5.
VILLA- F AVEROSA (Philippe de) ,
sénéchal d'Alfonse , comte de
Toulouse, 76.
V ILLANDRANDO
(Rodrigo de) ,
comte de Ribadeo, 175, 175.
V ILLANDRAUT , 87 , 25o.
VlLLANI,
V ILLARS ,
108.
voir Savoie.
V
V ERGOSZAC (le sieur de), C .C., 2g7.
V ILLEBEAU , 291, 2g 1. Voir EscoV ERGT , 239, 289, 28g.
déca.
V ACA , dit Vaqucla (Arnauld), daV ERGT de Biron, 62.
V ILLEBOIS , 248.
moiseau de Couze, 356.
VERNEiLH -Puyrazeau, 7g, 8g, 90.
V ILLEFRANCHE de Périgord, basV ACHTÈRES (les), voir Veyssières.
V ERTI- C ASTRO , Veteri-Castro, Vieltide, 77, 77, 78, 89, 109, 109,
V AILLAC, 1 14. Voir Rassials.
castel (Jean de), C. A., 116,
110, 153, 189, 189, 241. 269,
V AISSÈTE (Dom) , 56, 5g, io5,
1 16.
270, 274, 279, 307, 309, 312,
108, 140, etc.
V ERTUEIL, 141, 194.
317, 318. 320, 321, 327.
V AISSIÈRE (la), fort, 118, 118.
— (Raymond de) , seigneur de — du Queyrou, 109.
V AL (Raymond de), chevalier,
Feuillas, maître des requêtes, — de Rouergue, 132, i32.
362.
402, 404.
V ILLEMARQUÉ (le V" H. de la), 5.
V ALATTE (Jean), prébendier de
V ERTUS , comté, 173.
VILLEMUR (Arnauld de), abbé de
Sarlat, 379.
V ERULUM, 68.
Sarlat, 86, 107, 108.
V ALETONT , 312.
V ESONNA, 89.
V ILLENEUVE d'Agénois , bastide,
V ALIGNY , écuyer du duc de BouilV ESPA, 68.
76, 71'), 89, 181, 267, 307,403.
lon, 403.
V ESSALUS , voir Vassal.
— d'Avignon, 140.
V ALLE (de), 62.
V ESTOUR (Michel le), bourgeois de
V ILLERÉAL , bastide, 89, 8g, 253.
VALOIS (Charles de), comte d'AuSarlat, 362.
V INAY (le seigneur de), 364.
vergne, 403.
V EYRAC (Jean de) , évêque de
V INCENNES , go.
V ALOJOUX , prieuré, XLIII , 97,
Limoges, 73.
V INCENOT (N.), de Bergerac, 396.
V EYRIÈHES (François de), seigneur
97V INCI (bataille de), 37.
V ALS (de), de Vallibus, de Vaux,
de Saint-Germain, C. P., 27g.
— (Léonard de), xxxiv.
1 15.
V EYRIGNAC, 147, 218.
V INEII.HET (Pierre), í 1 5, 3ig.
— (Guirauld de), abbé de Sarlat, V EYSSIÈRES (les) , prieuré, 79, V INIONE , Unione (Hélias de) ,
79, 194, 194, 235, 235.
H 74. 77abbé de Sarlat, 73.
— (Bernard de), abbé de Sar- — (Antoine de), conseiller magis- V INS (Jean de), seigneur du Mas8
lat, 81, 86, 86.
trat, 2 consul de Sarlat, 289;
nègre et de Pechpeyrcux, 402.
— (Pierre de), prieur de la Sal1" consul, 336, 340.
V ITABRENSIS (Hélias), évêque de
vetat, 349.
— (Hélie de), sieur de Maillac,
Périgueux, 50.
V ALSERUS (Marcus),
sénateur
chirurgien, 337, 337.
V ITALIS , 96d'Augsbourg, xxn, xxx, xxxii. V ÉZAC, 161.
V ITRAC, 118, 120, 120, 121.,
V ARIES (les), voir les Bories.
V ÉZELAY , abbaye, 59.
122, 122, 133, 142, 143, 144,
V ASSAL (Fortanier), cardinal, 114,
V ÉZÈRE , rivière, 91, 91, 93, 109,
147, 169. 169, 254.
114.
119, 132, 139. 173, 196, 245,
V IVANS , Vivant, i Geolfroy de) ,
V ASSAL de la Tourette (Bertrand
251,285, 285.
C. P. , xi , xvi, 247, 250 ,
de), seigneur de Montviel, C. C, V ÉZINS de Charri (Jacques de),
25o, 253, 254, 256, 257, 259,
262, 262.
sieur de Lugagnac, 403 , 405.
262, 272, 275, 275, 276, 277,
— (Jean de), archidiacre de Sarlat, V ÉZIS (B.), bourgeois de Sarlat, 86.
278, 298, 302, 3o2, 303, 3o3,
C. C, 262 ,300, 3oo,309, 3og, V IA- V ETERI , Viveille (Radulphus
304, 304, 305, 306, 308, 3u,
3io, 314, 317, 322,388, 389.
de), curé de Dome, 162.
312, 318, 319, 3 19, 378, 379,
— (Antoine de), seigneur de la Vie de Lomagne, 84.
380, 381, 389, 407.
Tourette, 3og.
V IE (Arnauld de la), vicomte de
— (Jean de 1 , seigneur de Doissac,
— (Jeanne de), 309.
Villemur, 107, 108.
402.
432
TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES.
VIVANS (Madeleine de), dame de
Saint-Léger, 298.
— (Simonne de), dame de Rocheflorent, 3o5.
— (Catherine de), dame do Bessou, 3 1 1 .
— (Suzanne de), dame de Montsógur, 3 1 1 .
VIVONNE (François de), seigneur
de la Chasteigneraie, 224.
— (Anne de), dame de Bourdeille,
261.
YOCILLÉ ou VODLON (bataille de),
26.
VOUTIER (Pierre), bourgeois de
Sarlat, 362.
VOYE (Urbain la), archipritre de
Capdrot, gg.
VULGRIN , voir Wlgrin.
W
WADDING (LUC), 114, n5, 361.
WAIFFRE , duc d'Aquitaine, 37, 38.
WALBODUS, Wilbalde, Gilebaut,
1 er comte de Périgord, 40, 40.
WALLIA , roi des Wisigoths, 22,
23.
.
WESTMINSTER (Traité de), 76.
WETEVALE (Thomas de), sénéchal
du Rouergue pour les Anglais,
i3i.
WLGRIN, comte de Périgord, 41,
41, 46, 46, 47.
Y
YOLLET, voir Malras.
YORCK (le duc d'), i63, 164.
YOUNG , astronome, xxvni, xxx,
XXXI, XXXIV, XXXVIII.
YZAC (Etienne) procureur, consul
de Sarlat, 336, 340.
Z
ZUCCHIUS (Nicolaus), S. J., astronome, mathématicien, xxix.