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Fait partie de Les Stations de l'Age du renne dans les vallées de la Vézère et de la Corrèze [Texte imprimé] : documents recueillis et publiés. [01], Laugerie-Basse : industries, gravures, sculptures 0 avis Les Stations de l'Age du renne dans les vallées de la Vézère et de la Corrèze [Texte imprimé] : documents recueillis et publiés. [01], Laugerie-Basse : industries, gravures, sculptures

extracted text
LES STATIONS
DE

L'AGE DU RENNE
DANS

LES VALLÉES DE LA VEZÉRE ET DE LA CORRÉZE

T

BESANÇON. — TYPOGRAPHIE ET LITHOGRAPHIE DODIVERS

LES STATIONS
DE

L'AGE DU RENNE
DANS

LES VALLÉES

DE LÀ YÉZÈRE ET DE LA GORRÈZE
DOCUMENTS RECUEILLIS ET PUBLIÉS
PAR

D r Paul GIROD & Elie MASSÉNAT

LAUGERIE-BASSE
INDUSTRIE - SCULPTURES — GRAVURES
AVEC CENT DIX PLANCHES HORS TEXTE

PARIS
LIBRAIRIE
9,

J.-B.

B AILLIÈRE

ET

rue Hautesouille, près du Boulevard Saint-Germain

1900
TOUS

DROITS

RÉSERVÉS

FILS

PRÉFACE

Les Vallées de la Vézère et de la Corrèze sont criblées de grottes et
d'abris où rhomme a accumulé, dès son apparition sur notre sol, les
produits de son industrie et les restes de ses repas.
C'est la région classique pour les études préhistoriques, car on peut
y suivre toutes les étapes du développement de ces populations primitives.
Les outils, les armes, les ustensiles divers nous révèlent les mœurs,
les habitudes, le degré de civilisation de ces premiers hommes, tandis
que les débris d'os brisés ou carbonisés dans les foyers permettent de
dresser la liste des animaux contemporains des habitants des cavernes.
M. Elie Massénat a compris toute l'importance qui s'attachait à la
connaissance de ces stations privilégiées. II a été largement récompensé
de longues années de patientes recherches.
II a découvert, dans ces foyers inexplorés, les instruments en silex
et les formes multiples que présentent l'os et le bois de renne travaillés par ces antiques ouvriers : harpons barbelés, pointes de flèches,
lames., javelines, aiguilles déliées, pendeloques, etc. Puis viennent des
sculptures représentant le mammouth, F aurochs, lo renne ; des dessins
tracés avec un silex sur des lames d'os ou d'ivoire. Les animaux de
l'époque ont donné les parties importantes de leurs ossements, enfin
rhomme lui-même s'est révélé par de nombreux crânes et par un squelette entier découvert à Laugerie.
Depuis douze années, je suis devenu le collaborateur de mon ami
E. Massénat dans ses fouilles préhistoriques, et l'installation définitive
de notre collection commune dans mon laboratoire personnel met à la
disposition de tous ceux qui s'intéressent au passé de notre pays les

documents recueillis par nous, documents de premier ordre, qui font
de cet ensemble une des collections les plus complètes, touchanl l'âge
de la pierre dans les stations françaises.
En cinquante années, des découvertes immenses par leur nombre et
par leur importance ont permis de tracer, à grands traits, le passé
lointain des premiers habitants de notre pays.
Si l'on songe qu'avant ces travaux si modernes, nos connaissances
ne dépassaient pas les temps de la tradition et de la légende, on peut
comprendre toute l'açtivité et la sagacité de ceux qui ont tiré du sol
ces documents des âges disparus.
Les Boucher de Perthes, les Lartet, les Broca et toute la brillante
phalange de leurs élèves et de leurs amis ont donné Fimpulsion première et fondé la Phéhistoire, cette science nouvelle qui marche si
glorieusement sur les traces de ses aînées.
Mais, malgré les brillants résultats obtenus, nous devons reconnaître
que le moment n'est pas encore venu pour faire des généralisations
définitives.
Nous accumulons les matériaux ; chaque année, nous apportons à
l'édifice quelque pierre nouvelle ; mais il faut savoir attendre pour
donner à l' ensemble sa forme et ses proportions.
Nul ne peut prévoir ce que les foyers encore enfouis réservent aux
chercheurs !
Aussi devons-nous songer à assurer la conservation des matériaux
accumulés, pour donner aux savants à venir tous les documents qui
pourront servir de base à l'interprétation des découvertes nouvelles.
Or, rien n'est fragile comme une collection. Un accident, une cause
futile peuvent amener la destruction ou la dislocation d'archives désormais anéanties ou incomplètes.
Que de pertes de ce genre n'avons-nous pas déjà à enregistrer !
Les pièces les plus importantes de nos stations françaises sont disséminées dans les musées ou collections particulières du monde entier,
et il est impossible de reconstituer l'inventaire de ces trésors.

VII

Ce ne sont pas quelques moulages faits sur les plus beaux spécimens,
quelques reproductions confiées à nos revues, qui donnent la physionomie exacte du travail exécuté dans telle ou telle station.
II faut avoir sous la main tous les éléments de transition, qui seuls
permettent les comparaisons utiles et rétablissement des types caractéristiques.
Toute collection doit donc faire l'objet d'une étude consciencieuse et
détaillée, et les pièces qui la constituent doivent être représentées de
façon à assurer la persistance d'un ensemble qu'un accident imprévu
peut anéantir.
Telles sont les raisons qui ont fait entreprendre ce travail sur notre
collection.
C'est pour répondre à ce double but que nous avons adopté le plan
suivant pour cette publication.
Nous avons adopté un titre général, sous lequel nous publierons
successivement, par monographies, tous les matériaux recueillis par
nous, toutes nos observations personnelles. Nous constituerons ainsi
une collection de monographies, dans laquelle chaque volume formera un tout séparé et indépendant. Nous passerons successivement en
revue toutes les stations fouillées par nous, en mettant en relief les
points nouveaux de la Préhistoire, et touchant à toutes les questions
qui réclament, pour leur solution, des observations entraînant la certitude.
Le texte sera réduit au strict nécessaire, ce sera un journal de
fouilles, un catalogue raisonné des pièces recueillies. Nous estimons
qu'une étude d'ensemble doit être réservée à. la partie théorique, à la
discussion des solutions proposées ; c'est par elle que nous terminerons
la série de ces monographies.
Les planches mettront sous les yeux du lecteur toutes les pièces de la
collection sur lesquelles sont basées nos recherches, de façon à laisser
à chacun la possibilité de vérifier sur les documents les développements
consacrés à leur interprétation.
Le procédé de reproduction à choisir pour ces pièces fondamentales
m'a longtemps préoccupé.

— VIII —

Les essais de photogravure ont dû être abandonnés, caria photographie exagère les rugosités et les dépressions naturelles de l'os, au
détriment des rayures, des incisions et des moulures tracées et façonnées par l'homme.
Je me suis arrêté aux procédés lithographiques, relevant sur les photographies le contour et les détails des objets, et ayant ainsi toute liberté
de donner aux accidents de la surface une valeur d'ombre proportionnée. Je me suis eflorcé d'obtenir ainsi par le dessin la sensation même
que l'objet offre à l'œil.
J'ai évité toute retouche et toute erreur dans l'interprótation de mes
dessins originaux, en faisant moi-même le travail lithographique.
Ainsi comprises, ces nouvelles recherches sur les stations préhistoriques de la Corrèze et de la Vézère auront un double avantage. Elles
fixeront sur le papier les pièces de la collection, et donneront une idée
précise des faits acquis sur les premiers habitants de cette région de la
France.
Les considérations qui précédent nous font croire à futilité de la
publication présente, et nous comptons sur le bienveillant accueil de
tous ceux qui s'intéressent à la conservation de nos archives pour mener
à bien cette entreprise.
En unissant sa collection si riche à mes documents personnels, M. E.
Massénat m'a ouvert une mine inépuisable et féconde. Je profite de
l'occasion qui m'est offerte pour lui exprimer toute ma reconnaissance.
Je ferai tous mes efforts pour tirer de ces éléments multiples un
ensemble qui réponde à la somme de travail et d'énergie déployée par
cet infatigable chercheur.
Clermont-Ferrand, 1 er Janvier 1900.
D R PAUL GIROD,
Professeur à la Faculté des Sciences
et à l'Ecole de médecine de l'Université de Clermont-Ferrand,
Lauréat de l'Institut.

INTRODUCTION

i.
Les stations préhistoriques qui doivent faire l'objet de nos études
sont situées dans les départements de la Corrèze et de la Dordogne ; de
plus, elles sont placées sur les bords et à proximité des cours d'eau de
cette région.
Pour permettre de comprendre les détails dans lesquels nous entrerons bientôt, il est de toute nécessité de présenter quelques considérations sur la géographie du pays, établissant, d'une façon précise, les
points de repère les plus importants.
Les deux départements mentionnés sont situés sur le versant SudOuest du Plateau central. Celui de la Corrèze fait partie, dans sa région
Nord, du vaste îlot sur lequel se dressent, dans le département du Puyde-Dôme, le Sancy qui a 1.884 m d'altitude, et, dans le département du
Cantal, le Plomb qui en a 1 .858. Dans celui de la Corrèze, les sommets,
moins élevés, atteignent encore une forte altitude : Le Mont Besson
(984'"), le Mont de Meymac (978 ,n ) et le Mont Audouze (954 ra ) dominent
le plateau de Millevache, dont l'altitude est supérieure à 800 m . La chaîne
des Monédières, dont la plus haute cîme atteint encore 920'", forme le
dernier contrefort. Au delà commence la plaine qui se poursuit vers la
Dordogne, entrecoupée de collines atteignant à peine 400™ d'altitude.
La rivière Corrèze est tout entière située dans le département qui
porte son nom. Elle prend sa source au pied d'une montagne appartenant au Mont de Meymac, sur le plateau de Millevache, puis elle des-

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cend en serpentant vers la Vézère, parcourant un trajet de 90 kilomètres.
C'est à partir de Malemort que la Corrèze prend un intérêt préhistorique véritable ; la Couze qui se jette sur sa rive droite, en amont de ce
bourg, forme de ce côté la limite supérieure des stations humaines.
Sur la rive droite, deux stations : Puy de Lacan et Chez Pouret
dominent la rivière. Sur la rive gauche, les stations s'échelonnent sur
deux affluents. Le ruisseau de Planchetorte passe au pied des stations
de Combo-Negro, de Champ, du fìaysse, des Morts, de Ressaulier
situées sur sa rive gauche, tandis que la Couze, qui descend vers Larche,
traverse au Moulin de la Grèze une station importante recouverte par
le travertin. Au delà, la Corrèze reçoit, non loin du confluent de la
Vézère, sur la rive droite, le Maumont, qui traverse les graviers du
Champ de P aliènes.
Depuis sa source jusqu'à quelques kilomètres de Brive, le haut cours
de la Corrèze est compris dans la zone des gneiss et des schistes cristallins. Les gorges abruptes où serpente la rivière aux eaux tumultueuses et ocracées, sont du plus bel aspect K partir de Brive, la Corrèze
et ses affluents coulent dans leur lit, parmi les grès et les alluvions qui
les recouvrent, entre deux haies d'aulnes et de peupliers, qui forment
au dessus des eaux sombres un berceau de verdure.
La Vézère prend sa source, comme la Corrèze, dans le massif de
Meymac, et, comme elle, s'engage dans les gorges creusées dans le gneiss
et les schistes cristallins. Resserrée entre les Monédières, elle forme le
saut de Virolle qui est la plus belle cascade de la région. Elle passe à
Treignac, Usarche, Vigeois, rencontre un barrage formé par le gneiss et
les micaschistes dans la gorge du Saillant, et y forme une série de rapides
et le saut du Saumon. Après ce premier trajet parallèle à la Corrèze, la
Vézère change de direction et, à la hauteur d'Allassac, pénètre clans les
formations triasiques pour s'unir à son affluent un peu au dessous de
Brive.
La Vézère grossie de la Corrèze se porte vers l'Ouest, formant la limite
entre les départements de la Corrèze et de la Dordogne, et rencontre à
Terrasson la ceinture jurassique et crétacée du plateau central.

— 3 —
Elle oblique alors vers le Sud-Ouest pour atteindre la Dordogne à
Limeuil. Dans ce trajet, elle laisse sur sa rive gauche la station du
Pouzet et reçoit, à Condat. le Lern, sur la rive gauche duquel est la
station de Badegoule.
Si, à partir de ce point, on descend la Vézère, on fait la promenade
la plus pittoresque et la plus intéressante. On s'enfonce entre les hautes
falaises crétacées surmontées de forêts, ouvertes de loin en loin par de
larges crevasses, s' abaissant ailleurs pour supporter de gracieux villages.
Entre les falaises et la rivière s'étend une plaine sur laquelle se répandent, à la saison des pluies, les eaux de la Vézère.
On traverse Montignac et on laisse à droite la station de la Ballutie,
puis on atteint sur la même rive Saint-Léon où se trouvait la station de
Saint- Léon, détruite par les carrières du chemin de fer.
En ce point, la Vézère décrit une large boucle, s'élargit pour entourer
quelques îlots, et passe au pied du roc du Moustier qui s'élève sur sa
rive gauche et dont les flancs sont creusés de la double station du
Moustier.
Au delà, deux nouvelles sinuosités de la rivière amènent sur la rive
droite , en face du château de la Madeleine , vieille ruine située au
sommet d'un roc déchiqueté; c'est au pied que s'étend la station de
la Madeleine.
On entre alors dans la région de Tayac, petit bourg situé sur la
gauche, tandis que sur la droite des groupes de maisons accolées contre
la falaise, forment une ligne presque continue qui recouvre les stations
de Laugerie-Haute, Laugerie-Basse, Gorge-d'Enfer.
On passe en vue de la célèbre grotte de Cro-Magnon, aujourd'hui
détruite et couverte d'habitations, et l'on atteint le village des Eyzies,
village fort pittoresque qui s'étage contre la montagne. De ce point part
la Beune, petit ruisseau sur la rive droite duquel se trouve la grotte
Richard ou station des Eyzies.
Sur la rive gauche, quelques grottes peu importantes ont donné des
silex. Au delà, la Vézère laisse sur la gauche la station de la Mouthe
et s'unit à la Dordogne à la hauteur de Siorat. C'est non loin du confluent, sur la Dordogne, que se montre Timmense grotte de SaintCyprien, qui est la dernière station préhistorique de la région.

C'est aux Eyzies qu'aboutit la ligne ferrée venant de Périgueux vers
Agen. Dans cette localité, les falaises crayeuses sont du plus bel aspect.
Les calcaires crayeux de la région moyenne sont creusés profondément,
et supportent les calcaires supérieurs plus durs qui s'avancent comme
de gigantesques toits sur la vallée.
Dans certains points , de petites vallées latérales ont découpé à leur
tour la grande falaise, et le bloc de rocher ainsi délimité, usé sur tout
son pourtour, est devenu un champignon énorme portant sur un pied
rétréci un large chapeau. Ailleurs, la destruction des calcaires tendres
s'effectue à deux niveaux, et une eoi'niche moyenne résistante sépare
deux étages superposés de galeries plus ou moins profondément excavées ; ailleurs , l'action érosive s'est manifestée sur des couches plus
friables et une excavation limitée s'est constituée, donnant une grotte
plus ou moins étendue.
Ainsi la destruction des bancs tendres de roches crayeuses, produit
soit des galeries ouvertes dominées par une saillie de rochers, soit des
excavations localisées et profondes.
Cette disposition en galerie ouverte, surmontée par un toit, et
d'autre part la nature sèche de la pierre crayeuse, permet d'utiliser la
paroi même du rocher pour l'habitation. Un mur de moellons, dressé
verticalement, percé d'une porte et d'une fenêtre, flanqué de deux
murs latéraux, suffit pour délimiter une vaste chambre où s'établit un
ménage entier. Là où la corniche est peu saillante, quelques madriers
supportent un toit réduit.
Sur la rive opposée, la disposition du rocher est la même, et les
villages de Laugerie-Basse et de Laugerie-Haute sont formés en grande
partie de maisons construites sur ce type.
II est facile de s'assurer que, de tous temps, rhomme a utilisé ces
précieux abris. Les ruines du château des Eyzies aussi bien que le rocher
criblé de la vieille citadelle de Tayac, sont là pour certifier de constructions identiques pendant le moyen âge. Le roc est creusé de mortaises
qui ont reçu jadis les poutres des habitations disparues. Du reste ,
l'homme a non seulement profité des accidents naturels de la falaise, il
a attaqué la pierre crayeuse tendre, agrandissant les excavations, creu-

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sant des galeries et des caves, complétant Faction lente des phénomènes
atmosphériques.
Du côté de Brive, sur les bords du ruisseau de Planchetorte et sur
d'autres points du territoire, on fait des observations semblables. Des
grottes ont été creusées de main d'homme et les traces du pic ne laissent
aucun doute à cet égard.
Le remarquable travail de Ph. Lalande, publié dans les Matériaux,
a donné sur le groupement et la dispersion de ces grottes artificielles,
les plus intéressants détails.
Le groupe de Lamouroux est le plus étendu ; les flancs de la colline
formés de grès grossier sont criblés de grottes comme une immense
ruche ; il y a une centaine de chambres spacieuses disposées en cinq
étages sur un parcours de 300 mètres. Ces chambres correspondent
par des escaliers, par des portes intérieures ou des ouvertures pratiquées
au plafond. On remarque, creusés dans la paroi, des bancs, des étagères, des placards; ailleurs, des mangeoires pour les troupeaux, ailleurs encore des citernes profondes.
Sur certains points, ces grottes sont encore habitées. Beaucoup ont
.servi de refuge pendant les guerres de religion aux protestants fugitifs.
II est évident qu'elles ont été agrandies, modifiées aux diverses époques,
mais l'absence d'objets caractéristiques ne permet pas d'assigner une
date précise à ces modifications; à plus forte raison, est-il impossible
de préciser l'origine de ces grottes artificielles, qui n'appartiennent en
aucun cas à l'époque de la pierre taillée.
Bien avant le moyen âge, bien avant les temps historiques, rhomme
trouvant réunies dans cette région les conditions nécessaires à son habitation, à ses chasses, à sa vie de chaque jour, occupa les points les plus
favorables qui devinrent ses stations. Les chasseurs de rennes trouvèrent
dans les grottes des excavations qui les mettaient à l'abri des actions
atmosphériques extérieures, s'y établirent pour y façonner leurs armes,
pour y prendre leurs repas et se protéger pendant la nuit contre les
bètes féroces. Mais les grottes ne présentaient pas toutes une exposition
favorable, de là le choix des parties les plus protégées des galeries ouvertes qui devinrent les abris sous roche.

— 6 —
C'est dans ces positions que rhomme du renne s'est retiré pendant
un temps plus ou moins long, s'óloignant pour revenir plus tard à son
habitation première, ou laissant à de nouveaux arrivants le sol qu'il
avait occupé. Chaque présence de l'homme dans la station est caractérisée par les ossements brisés et carbonisés, restes de ses repas, par les
débris d'instruments qu'il a laissés parmi les détritus du sol sur lequel
il vivait. On donne le nom de foyer h ces . agglomérations d'objets de
nature diverse qui dénotent la présence de l'homme. C'est la découverte de ces foyers qui a révélé l'homme contemporain des espèces émigrées ou disparues.
II.
Le collège de Brive acquit vers 1842 le cabinet d'histoire naturelle du petit collège d'Azerac, qui s'élevait autrefois sur la rive droite
de la Vézère, près de Condat. Parmi les pièces curieuses provenant de
cette collection, M. Massénat avait, dès 1864, remarqué des cartons
contenant des silex, des grattoirs, des pointes de flèches, des haches,
des ossements de renne, recueillis dans la région. Le soin avec lequel
les échantillons sont étiquetés fait penser que le collectionneur attachait une grande importance à sa trouvaille. Malheureusement le catalogue du musée n'existe plus, et les numéros d'ordre des cartons ne
peuvent plus permettre de découvrir le nom du savant chercheur et la
date précise de sa découverte. Ces silex sont rapportés par M. Massénat
à la station de Badegoule.
Vers 1860, Jouannait signala dans certaines grottes (*) de la Dordogne
des silex taillés par l'homme. Les cavernes du Puy-de-l'Azé, de Granal
et de Badegoule lui fournirent de précieux échantillons appartenant à la
pierre taillée et à la pierre polie.
(1) Une dette de reconnaissance me porte à signaler ici le noin de Tournai. Dans une des
dernières lettres qu'il m'adressait en 1871, ce savant se plaignait d'avoir vu ses importantes
découvertes sur la grotte de Bize (Aude) accueillies sans enthousiasme et laissées dans l'oubli. C'est en effet Tournai qui, dès 1828, affirma le premier et démontra par ses fouilles que
l'homme des cavernes était contemporain des ossements d'animaux mêlés aux silex et aux
bois de renne travaillés. E. M.

- 7 —
Profitant des découvertes de Jouannait, F abbé Audierne pénétra dans
de nombreuses grottes pour y recueillir les silex préhistoriques. Dans
deux ouvrages importants ('), il fit connaître le résultat de ses recherches. Dès 1863, il mettait en pleine lumière Fhabitation des grottes par
Fhomme avant F apparition des métaux, mais il ne sut point distinguer
la pierre taillée de la pierre polie, et il n'eut aucune présomption sur
F existence des dépôts humains dans les abris sous roches du pays.
C'est en 1862 que Fattention d'Edouard Lartet fut attirée sur les
grottes de la Dordogne. Un antiquaire de Paris, Charvet, reçut, à cette
époque, d'un habitant des Eyzies, Abel Laganne, quelques fragments de
roches renfermant des ossements. Ces échantillons remarqués par Lartet
présentèrent des phalanges de rennes enchâssées dans une gangue calcaire. Ces ossements avaient une teinte noire et une texture qui ne laissaient aucun doute sur leur carbonisation. Lartet voulut voir en place la
couche d'où avaient été extraits les fragments et pratiquer les fouilles
nécessaires pour une étude consciencieuse. II trouva en Christy un donateur libéral et un collaborateur actif qui lui fournit les moyens de
poursuivre l'œuvre commencée, vers des découvertes imprévues.
La grotte de Richard qui s'ouvre dans la falaise, au dessous du village
des Eyzies, fut indiquée comme ayant fourni les fragments carbonisés
d'os de renne. Là, furent pratiquées les premières fouilles, qui furent
poussées avec une telle activité, qu'à la fin de 1863 tous les matériaux
qui remplissaient la grotte avaient été extraits et soumis à l' examen le
plus attentif.
Une civilisation disparue se révéla par les nombreux échantillons
d'armes, d'ossements, d'outils de toutes sortes, façonnés en bois de
renne, par des silex taillés de formes diverses, qui se trouvaient enchâssés, avec les ossements, dans la gangue calcaire. Du reste, les foyers
explorés contenaient les ossements des animaux de F époque et montrèrent Fhomme des Eyzies contemporain du mammouth, de l'aurochs,
du renne et de nombreux types d'animaux émigrés ou disparus.
(1) AUDIERNE. L'origine et Venfance de l'art en Pêrigofd. Périgueux, 1863. — Indication
générale des grottes du département de la Dordogne. Périgueux, 1864.

— 8 —

E. Lartet et Ghristy, encouragés par cette première découverte, recherchèrent de nouvelles traces de stations humaines. La grotte de
Moustier, à proximité du village de ce nom, était désignée par les habitants du pays comme contenant des silex; elle fut fouillée. Bientôt les
stations de Gorge-d'Enfer, la Madeleine, Laugerie-Haute et LaugerieBasse furent mises en exploitation.
Des communications (*) firent connaître le résultat des recherches
entreprises qui excita dans le monde savant le plus grand intérêt. De
nombreux chercheurs se mirent à l'œuvre : de Vibraye í~), Faleonet et
Verneuil entreprirent sur les mômes points des fouilles correspondantes
à celles de Christy et Lartet.
E. Massónat avait, dès la découverte des Eyzies, commencé des recherches aux environs de Brive ( 3 ). En 1865, il mettait en évidence les
traces de l'homme préhistorique dans cette l'égion et faisait connaître
les stations : Puy de Lacan, les Morts et chez Pouret, sur la Corrèze.
Avec le concours de Philibert Lalande_, il explore les stations du
ruisseau de Plánchetoite : Gombo-Negro, Grotte de Champs, abris de
Ressaulier, et sur la Gouze : le moulin de la Grèze
II arrive ainsi sur la Vézère, désireux de relier aux stations de la Corrèze celles exploitées par Lartet. La grotte du Pouzet lui fournit un premier jalon. II explore Badegoule et s'établit aux Eyzies, qui devient le
centre de ses opérations dans les stations voisines.
Dès sa première visite aux Eyzies, il lui fut facile de reconnaître que
(1) H. MILNE-EUWAHS. Sur de nouvelles observations de MM. Lartet et Christy , relatives à
Vexislence de l'homme dans le centre de la France, à une époque où cette contrée était liabitée
par le renne et d'autres animaux qui n'y vivent pas de nos jours, in : Comptes-rendus de
l'Académie des sciences, T. LVIII, 29 février 1864.
■2) DE VIBRAYE. Note sur de nouvelles preuves de Vexislence de l'homme dans le centre de la
France à une époque oà s'y '.rôtiraient aussi divers animaux qui de nos jours n'habitent pas
cette contrée, in : Comptes-rendus de l'Académie des sciences. T. LVIII, 29 février 1364.
Note accompagnant la présentation des objets recueillis dans les terrains de transport , les cavernes et les brèches creuses, loc. cit., 14 mars 1864.
Sur la reproduction en bois de renne d'une tête présumée de mammouth, etc., loc. cit., vol.
LXI, 4 septembre 1865.
(3) Ph. LALANDE. Mémoire sur les grottes des environs de Brive, in : Moniteur de l'Archéologue. T. I, Montauban, 1866-1867.
(4) Nous renvoyons pour la bibliographie du sujet à l'étude particulière de chaque station.

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les fouilles précédentes avaient été faites par des ouvriers mal dirigés.
Partout on avait agi avec précipitation, sans ordre, sans méthode, déblayant les foyers sans se préoccuper de leur superposition. De cette
façon des mélanges avaient dû se produire, unissant les débris de la
surface aux matériaux des régions plus profondes. Bien plus, les fouilles
avaient été abandonnées inachevées et incomplètes.
En face des résultats acquis par des fouilles si superficielles, E. Massénat comprit tout ce qui restait à faire. II se mit à l'œuvre. Employant
des ouvriers pour les grands travaux , il se réserva la tâche ingrate des
recherches minutieuses dans les galeries étroites et sans air, à la lueur
d'une lampe de mineur, sous les blocs de rochers prêts à s'effondrer.
C'était le seul moyen de bien voir, de noter scrupuleusement les observations faites, de ne laisser échapper aucun des précieux objets enfouis,
car il savait par expérience que les ouvriers sont peu scrupuleux, et que
l'appât d'un gain promis peut leur faire accomplir des détournements
ou des fraudes.
E. Massénat acquit bientôt la certitude que dans la plupart des stations, les fouilles entreprises avant lui n'avaient atteint que la surface de
la couche archéologique. Ainsi, à Laugerie-Basse, les foyers inférieurs
étaient partout inexplorés et le centre même de la station, où les foyers
sont les plus nombreux et les plus puissants, était absolument intact.
Les stations voisines se présentaient dans des conditions aussi favorables.
A la Madeleine, la couche archéologique n'est probablement pas
épuisée, mais les terrassements y ont été exécutés dans des conditions
telles que pour pouvoir entreprendre de nouveaux travaux, il faudrait
effectuer un déblaiement considérable. La grotte et l'abri du Moustier,
quoique de petite capacité, étaient loin d'avoir fourni toutes leurs richesses aux premiers arrivants.
Les fouilles de E. Massénat, commencées en 1865 dans la Corrèze,
n'ont pas cessé depuis. Chaque année, il consacre ses loisirs à des découvertes nouvelles. Les galeries anciennes sont poursuivies et des stations
inconnues mises au jour. En 1887, il a pénétré dans une nouvelle grotte
de Gorge-d'Enfer, et la découverte d'un double phallus en bois de renne
9

— 10 —
et d'un remarquable poinçon sculpté, nous font espérer de ce côté une
mine plus féconde encore que celles traversées jusqu'à ce jour.
En mai 1 865, Christy mourait, laissant à Edouard Lartet le soin de
publier le résultat de leurs découvertes communes. Les Reliquise Aquitanicse U) devaient comprendre toutes les questions se rapportant à l' archéologie et à la paléontologie du Périgord. En janvier 1871 , E. Lartet
était frappé à son tour, ayant tracé les grandes lignes de l' œuvre projetée, mais sans pouvoir rédiger la partie principale de ses recherches.
Nous devons à Louis Lartet et aux amis du défunt, d'avoir réuni en un
corps d'ouvrage, complétant le texte des Reliquise, plusieurs mémoires
concernant la préhistoire de la Vézère jusqu'en mai 1 875.
En 1868, un événement imprévu vint de nouveau fixer l'attention
des savants sur la vallée de la Vézère. Les ouvriers chargés d'ouvrir
dans le talus de la falaise le chemin destiné à remplacer celui que la
voie ferrée avait fait disparaître, mirent à découvert non loin des Eyzies,
au lieu dit Cro-Magnon, une grotte contenant des ossements humains.
Louis Lartet, chargé d'une mission spéciale du Ministre de l'Instruction
publique, vint constater la découverte et fit transporter au Muséum
d'histoire naturelle les débris connus sous le nom de « Squelettes de
Cro-Magnon ».
Au fond de la grotte se trouvait le crâne d'un vieillard ; les ossements
de quatre autres squelettes ont été rencontrés autour du premier dans
un rayon d'environ l m ,50 ( 2 ). « La présence de coquilles marines percées
» de trous, d'amulettes en ivoire d'éléphant, de dents percées, d'os
» de renne travaillés et de silex taillés suivant les mêmes types que
» ceux des foyers inférieurs » fait conclure à Louis Lartet que la grotte,
» longtemps habitée, fut choisie pour le dernier asile de quelques abo-

li) E. LARTET et H. CHRISTY, Reliquise aquitanicx : Reing contributions to the archœology
and palœontology us Perigord and ihe adjoining provinces os southern France. Londres, pars I,
décembre 1865.
(2) Louis LARTET. Une sépulture des Troglodytes du Périgord ìi Cro-Magnon, in : Annales des
sciences naturelles, 5 e série, T. X, trad. anglaise dans Reliquise aquitanicœ. Extrait : Matériaux pour l'histoire de l'homme, 5 e année, 1869.

— II —
» rigènes, contemoorains du mammouth, du renne et de l'aurochs. »
De sérieuses objections qui seront examinées en temps et lieu ont été
faites à ces conclusions de L. Lartet, et il semble démontré d'une façon
précise que la sépulture de Cro-Magnon doit être considérée comme
appartenant à la Pierre polie.
II restait donc à découvrir l'homme .quaternaire de la vallée de la
Vézère.
Le 15 avril 1872 W, E. Massénat annonçait à l'Académie des sciences
l'extraction d'un squelette humain, faite en présence de MM. Cartailhac
et Lalande, dans les foyers de l' époque du renne à Laugerie-Basse. Nous
aurons à nous occuper longuement de cette pièce importante dans le
présent ouvrage, et nous rappelons aujourd'hui les termes mêmes de la
communication pour fixer l' attention sur cette découverte : « Situé à
» près de trois mètres au dessous de la surface des foyers de l' époque
» du renne, au dessous d'une assise de rochers qui pendant toute cette
» période quaternaire avaient soustrait à toute atteinte ce qu'ils recou» vraient, son âge ne peut être un seul instant douteux ; en cela, il se
» distingue de la plupart des squelettes humains plus ou moins entiers
» que l'on regarde comme quaternaires et que l'âge de la pierre polie
» peut sans doute revendiquer. »
Pendant la publication des Reliquise, E. Massénat enregistrait dans
les Matériaux (~) ses principales découvertes, réservant pour un ouvrage d'ensemble les détails de ses minutieuses recherches.
Le moment est venu de coordonner les résultats acquis par vingttrois années d'investigations. Le présent travail, consacré à la représentation des pièces les plus remarquables de la collection et à l'examen
des problèmes que soulève leur étude , pourra donner des bases solides
et durables à l' édifice commencé par Lartet et Christy.

(1) E. MASSÉNAT, Ph. LALANDE et CARTAILHAC. Découverte d'un squelette humain de l'áge du
renne, à Laugerie-Basse (Dordogné), in : Comptes-rendus de l'Acad. des sciences. T. LX.XIV,
15 avril 1872.
(2) Elie MASSÉNAT. Objets gravés ou sculptés de Laugerie-Basse (liordogne). Matériaux, 1869,
p. 358-357, 3 planches. — Loc. cit., 1873. p. 391 et 393, planches, etc.

— 12 —

III.
Les stations de la Corrèze et de la Vézère, qui font l'objet de ce
travail, appartiennent à Pépoque quaternaire caractérisée par des animaux disparus ou émigrés. L'animal dont les ossements se rencontrent
dans toutes les stations, abondants, pressés dans les foyers, est le renne
(Cervus tarandus L.). Lorsqu'on fouille une station quelconque, on
est surpris de Pénorme quantité des débris de cet animal, restes des
repas de l'homme primitif.
La constance du renne dans toutes les cavernes, dans tous les abris
où a vécu l'homme quaternaire, nous a fait adopter le titre général
d' oc Age du Renne » qui nous a semblé fort caractéristique et répondant
à la nature même de la faune contemporaine de l'homme d'alors.
Mais pendant la longue période qui s'est écoulée depuis l'apparition
du renne sur notre sol jusqu'au moment où il s'est éloigné, émigrant
vers le nord, les populations humaines qui se sont succédé sur les bords
de la Corrèze et de la Vézère ont modifié leur outillage, leurs armes, la
matière première qui servait à les confectionner.
Dans les grottes les plus anciennes, on ne trouve que le silex ; dans
les plus récentes, le bois de renne et les os deviennent la matière première utilisée pour tous les usages.
La taille du silex elle-même est allée se perfectionnant, donnant
d'abord des types lourds et massifs, puis des formes élégantes et déliées.
Les premières populations taillaient en amandes de volumineux rognons de silex (haches de Saint-Acheul) ou faisaient sauter de larges
éclats retaillés en pointes (pointes du Moustier) ou en grattoirs. Ces
types abondent dans la grotte du Moustier.
Les populations qui succèdent aux précédentes taillent de délicates
lames de silex en feuilles de laurier avec de fines retouches sur les
bords, formant ainsi l' armature des flèches et des lances; ils façonnent
des couteaux et des grattoirs. Ces instruments sont caractéristiques des
grottes de Cro-Magnon et de Badegoule ; on les avait rencontrés déjà à
Solutré, dans le Maçonnais.
Aux populations taillant uniquement le silex s'opposent celles qui ont

— 13 —
employé le bois de renne ou la matière résistante de l'os pour confectionner leur^s outils et leurs armes. Le silex ne sert plus qu'à scier les
ossements, à dégrossir et à finir les instruments les plus délicats. La
nouvelle matière est maniable et se plie à toutes les combinaisons imaginables, aussi les formes des instruments se multiplient et constituent
un ensemble complet de tout ce qui était nécessaire aux besoins de la
vie, depuis la sagaie, le harpon barbelé et la flèche jusqu'à l' aiguille
déliée destinée à assembler les délicates peaux des oiseaux ou des petits
mammifères. C'est la Madeleine qui a donné à Christy et Lartet les premiers instruments de cette nature qui se rencontrent en grand nombre
à Laugerie-Basse.
E. Lartet a le premier divisé la Pierre taillée en trois époques, se basant sur la faune et donnant à chacune d'elles le nom de l'animal caractéristique :
Epoque du Renne,
Epoque du Mammouth,
Epoque du Grand Ours.
De Mortillet, qui s'est occupé de la classification des époques préhistoriques après Lartet, a pris pour ses divisions la caractéristique
fournie par l'industrie et, suivant la méthode adoptée en géologie, il a
donné à chaque époque le nom d'une localité typique choisie parmi les
stations françaises les plus connues.
Considéré dans la partie qui se rapporte spécialement à notre sujet,
son tableau de classification est ainsi disposé :
Epoque Magdalénienne,
des Cavernes en majeure partie, du Renne presque
totalité.
Période
Epoque Solutréenne,
paléolithique, (
du Renne partie, du Mammouth partie.
Pierre taillée f ^P ocl ue Moustérienne,
du Grand Ours des cavernes.
Epoque Ghelléenne, Acheuléenne,
du Mammouth partie, de l'Elephas antiquus.

— 14 —
Pour fixer les idées, nous adoptons les grands traits de la classification présente, nous réservant d'en discuter et d'en modifier les termes
après l' étude détaillée de nos stations locales.
Nous aurons à apprécier dans le cours de l'ouvrage les modifications
de la faune et de la flore dans les vallées de la Corrèze et de la Vézère,
aux époques successives de la pierre taillée ; nous aurons d'autre part à
tracer d'une façon précise les limites de chacune de ces époques en nous
basant sur les données géologiques et les documents préhistoriques que
nous avons recueillis dans la région ; c'est seulement après cette étude
comparative que nous pourrons établir le groupement des époques dans
un ordre défini.
. •
En exposant les considérations qui nous poussent à adopter Pexpression d' « Age du Renne », comme répondant à la caractéristique tirée
de la faune, nous avons esquissé les modifications profondes de l'industrie humaine, se perfectionnant par le fini du travail et lë"-choix des
matières premières. Nous suivons de Mortillet sur ce terrain, affirmant
toute l'importance de ces données pour la classification.
Cependant il nous a semblé préférable, dans cette étude locale, de
choisir comme type de chaque époque la station sur laquelle ont porté
plus particulièrement nos observations. Nous les groupons de la façon
suivante, en donnant les appellations concordantes de de Mortillet W.
i
Age du Renne

f

Epoque de Laugerie-Basse (Magdalénienne, d. M.),
Epoque de Cro-Magnon (Solutréenne, d. M.),
Epoque du Moustier (Moustérienne, d. M.).

Les grottes et abris sous roche de la Vézère ont vu successivement
les trois populations, moustériennes, solutréennes et magdaléniennes.
La Corrèze a reçu les arrivants moustériens, puis est restée inhabitée
jusqu'à l'époque de Laugerie-Basse. La Couze a une station moustérienne. Le ruisseau de Planchetorte appartient, par ses stations, au
groupe magdalénien.
(1) DE MORTILLET, Essai d'une classification des cavernes, ín : Matériaux, 1869. — Classification des diverses périodes de l'áge de la Pierre, in : Compte-rendu du congrès de Bruxelles,
1873. — Tableau archéologique de la Gaule, 1876. — Le préhistorique, 1883.

— 15 —
Cette division étant admise, les stations indiquées dans notre esquisse
se groupent de la façon suivante :
I. ÉPOQUE DE LAUGERIE-BASSE
(Stations Magdaléniennes).

Laugerie-Basse,
Gorge-d'Enfer,
La Madeleine,
Les Eyzies,
Le Pouzet,
Saint-Cyprien,
Combo-Negro,
Le Champ,
Les Morts,
Le Raysse,
Ressaulier,
Puy de Lacan,

Sur la Vézère.

Sur la Dordogne.

Sur le Planchetorte.

Sur la Corrèze.

II. ÉPOQUE DE CRO-MAGNON
(Stations Solutréennesj.

Cro-Magnon,
Laugerie-Haute,
La Ballutie,
Badegoule,

Sur la Vézère.

III. ÉPOQUE DU MOUSTIER
(Stations Moustériennes).

Le Moustier,
Saint-Léon,
La Mouthe.
Chez Pourret,
Moulin de la Grèze,

1
Sur la Vézère.
Sur la Corrèze.
Sur la Couze.

PREMIÈRE

PARTIE

ÉPOQUE DE LAUGERIE-BASSE
STATIONS

MAGDALÉNIENNES.

CHAPITRE PREMIER
DESCRIPTION

DES

STATIONS.

I
LAUGERIE-BASSE.
La station de Laugerie-Basse est la plus intéressante des stations préhistoriques connues. Elle s'étend, presque sans interruption, sur une
longueur de sis à sept cents mètres, ayant à certains points douze à
dix-sept mètres de largeur, avec une profondeur très variable, pouvant
atteindre sept à huit mètres et plus.
Ces dimensions exceptionnelles la présentent comme une mine inépuisable, et les matériaux retirés des galeries qui la sillonnent, l'ont
placée parmi les plus riches, car elle laisse bien loin derrière elle par
ses os gravés et sculptés, par le fini des armes et la délicatesse de ses
aiguilles, la station classique de la Madeleine.
Cette station tire son nom d'un petit hameau bâti sur remplacement
même des foyers préhistoriques. Ces antiques habitations sont appuyées
contre la grande falaise crétacée de la rive droite de la Vézère ;
elles sont construites sur le talus d'éboulis qui descend en pente
douce vers la rivière. En ce point, ce talus est fort resserré, et un
petit chemin s'intercale entre la rive et les deux maisons qui sont appliquées au rocher.
Les escarpements crétacés, qui suivent les sinuosités du cours de la
Vézère, ont, à certains points, 80 mètres de hauteur ; le talus situé à la

— 20 —
base a, en moyenne, une épaisseur de 10 à 12 mètres au-dessus du
niveau ordinaire des eaux de la rivière.
En ce point, la falaise crétacée qui a fourni au talus les nombreux
matériaux détachés par les agents atmosphériques, s'incline brusquement, laissant entre elle et le sol un vaste espace triangulaire, dont elle
forme le plafond oblique. Les habitants profitent de cette disposition
pour édifier leurs maisons, utilisant comme paroi postérieure formant
toit, la roche elle-même. II suffit de trois murs pour clore un espace
plus ou moins étendu et construire une maison habitable, une grange,
une écurie pour les bestiaux.
Les maisons ainsi construites sont saines et satisfaisantes. Elles
doivent à la nature de la roche et à leur exposition même, ces conditions
de nécessité première pour l'habitat. Le calcaire crétacé est sec, ne
laissant point suinter l'humidité et, de fait, on ne voit point, même dans
les plus misérables cabanes, de traces sensibles qui dénotent des infiltrations aqueuses continues. Quant aux fenêtres, elles s'ouvrent toutes
en plein midi, et cette bonne orientation, dans une région déjà chaude
par sa position géographique, assure aux indigènes des conditions
hygiéniques des plus favorables. II est bon d'insister sur ce point , car
il est évident que les causes qui maintiennent aujourd'hui la persistance de l'agglomération de maisons et de cabanes contre la falaise de
Laugerie-Basse et Laugerie-Haute, ont déterminé, dès l'âge du renne,
le choix de l'homme pour cette station, abritée des vents d'ouest et du
nord par la protection de la falaise elle-même.
Avant d'arriver au village de Laugerie-Basse, on remarque contre la
falaise de nombreuses cavités arrondies ou carrées, percées à l'aide
d'instruments, et qui sont autant de mortaises ayant reçu jadis, à des
époques indéterminées, des poutres solides pour supporter des toits ou
des murs. Au delà du village on fait des observations semblables, et l'on
peut dire que, sur ce point, il serait difficile de trouver quelques mètres
de rocher ayant échappé à l'action du pic ou de la pioche. II y a donc
eu habitation continue, et de plus modification dans les emplacements
choisis par les habitants.

— 21 —
Ce transport des habitations sur des points variables de là falaise
s'explique par les chutes fréquentes de blocs plus ou moins volumineux
qui se détachent du surplomb et écrasent ce qui se trouve au-dessous.
A une époque peu éloignée, dont on a conservé le souvenir, deux ou
trois blocs énormes se détachèrent, à Laugerie-Haute, anéantissant une
bergerie, et recouvrant de leurs débris les animaux surpris par l'éboulement. Les ruines attestent la catastrophe, et la crainte de chutes
prochaines a poussé le propriétaire à choisir un lieu moins exposé. Les
souvenirs des vieux du pays se rapportent à de nombreux faits de ce
genre ; du reste, l'observation directe est là, et nous verrons bientôt que
les chutes de rochers n'étaient point rares à l'âge du renne.
Le talus sur lequel s'élève le village est tout entier formé par la couche
archéologique. II semble que si, partant du niveau de la "Vézère, on
poussait directement une tranchée à ciel ouvert, intéressant toute
l'épaisseur du talus jusqu'au point de contact avec le mur incliné
de la falaise, on mettrait a nu l'ensemble de toutes les époques qui
se sont succédé depuis l'apparition de l'homme dans la région.
C'est un travail à exécuter qui seul permettra de dire le dernier
mot sur la préhistoire de cette région unique. Nous ne désespérons
pas de tenter l'entreprise, et c'est l'idée d'intéresser à notre œuvre tousceux qui peuvent contribuer à son succès, qui nous fait insister d'une
façon spéciale, sur ce point dùm si haut intérêt pour notre histoire
nationale.
Du reste notre affirmation n'est pas émise sans preuves sérieuses, car
nous avons eu à diriger dans le même talus, mais en face du hameau de
Laugerie-Haute, sur lequel nous aurons à revenir, une fouille des plus
importantes. C'est à l' entrée même du village, à la hauteur des maisons
les plus rapprochées de la voie ferrée, au point même d'où part le petit
chemin qui monte au château de Laugerie-Haute , que nous avons fait
■pratiquer un puits descendant jusqu'au niveau de la Vézère. En ce
point, nous avons parcouru un espace de 7 m. 75 et nous avons recueilli les preuves irréfutables de la superposition des industries humaines successives. Laissant à la surface les couches à poteries du fer,,
du bronze et de la pierre polie, nous avons traversé le magdalénien^

— 22 —
recueillant les instruments en os si caractéristiques ; nous avons franchi
une couche solutréenne avec silex et grattoirs et nous sommes venus
nous buter sur des sables et galets avec silex monstériens.
Ce que nous avons fait en petit, intéressant une surface restreinte, il
faut le faire largement, choisissant un des points les plus convenables,
et pénétrer jusqu'au fond des excavations. De cette façon, on constaterait
non-seulement la superposition des couches, mais l'ordonnance générale des foyers compris à tel ou tel niveau. Qu'il me suffise de rappeler
pour le moment que la galerie creusée par Massénat sous les abris de
Laugerie-Basse a plus de vingt mètres de profondeur, et que la paroi de
rocher n'a point été atteinte. Bien plus, c'est dans les parties les plus
profondes de la galerie que les plus belles pièces ont été rencontrées. Ce
travail de mineur a donné ce qu'il pouvait donner, car la présence de
gros blocs éboulés rend difficile la marche en avant, et oblige à réduire
sur certains points la galerie à des dimensions incompatibles avec des
recherches de longue durée. 11 faut songer au travail en plein air qui
promet les plus intéressantes .découvertes ; nous ferons tout ce qui
dépendra de nous pour mener à bien une entreprise qui fournira tant
de matériaux inconnus sur les premières populations de la France.

Les considérations qui précèdent nous permettent d'affirmer que la
falaise crétacée forme un surplomb très accentué, en partie comblé par
le talus actuel, mais qui, avant la formation aussi étendue du talus,
limitait une excavation qui s'enfonçait de 15 à 20 mètres sous la roche.
C'était un abri sous roche très profond , protégeant contre les vents du
nord et de l'ouest, et s'ouvrant en plein midi, recevant du matin au soir
la chaleur du soleil toujours recherchée par l'homme. C'est dans ce point
du pays que la végétation est la plus précoce, ce qui explique pourquoi
l'homme qui trouvait à sa portée une rivière poissonneuse, une contrée
peuplée de gibier de toutes sortes, s'est installé et s'est maintenu dans
cette vallée favorisée qui lui offrait à la fois l'habitation et la nourriture
abondante. La présence de blocs éboulés à différents niveaux de la
couche archéologique indique que les influences climatériques produisaient alors les mêmes effets qu'à l'époque actuelle. Le talus s'est aug-

— 23 —
menté peu à peu par les apports humains et surtout par les débris plus
ou moins volumineux détachés de la falaise. Lorsqu'on a fréquenté la
vallée des Eyzies, on a vu par les fortes chaleurs ou à la suite des
gelées, se détacher de la surface de la roche ces petites plaquettes qui
tombent, se brisent et forment des monticules de poussière blanche
qui, peu à peu, font nombre, malgré leur petitesse, et augmentent
d'autant, le talus existant.
Est-ce à un de ces éboulements revenant à intervalles plus ou moins
éloignés que nous devons le squelette de l'homme écrasé de LaugerieBasse ? Nous aurons à chercher plus tard une explication de l'origine
des débris humains rencontrés dans la station ; mais nous voulons
fixer les conditions mômes de cette découverte qui a fait Fobj et d'une
communication à l'Académie des Sciences f'1 ).
«
Les sauvages de l'âge du renne proprement dit se sont donc
installés, à un moment donné, au bord de l'eau, sous les grands abris
de Laugerie, et c'est alors que des éboulements considérables se sont
produits à des intervalles de temps à coup sûr fort longs. C'est au
moins la conviction des personnes qui examinent la puissance des
couches ossifères. Les sauvages ont, après chaque chute de rochers,
repris possession du sol exhaussé ; ils n'ont pas cherché à le niveler, et
ils ont, au contraire, profité des intervalles des blocs pour y rallumer
leurs feux.
Une fois au moins, nous venons de le constater, un des leurs fut
victime de l'éboulement.
Au-dessous d'une bergerie que l'on remarque sur le talus, dans la
direction de la Gorge-d'Enfer et derrière elle, une assise assez superficielle de l m ,25 d'épaisseur avait été soigneusement exploitée. Parmi les
objets qu'elle avait livrés, silex, os et bois de renne travaillés, noussignalerons : 1° deux charmantes gravures ; l'une, sur os, est un jeune

(1) B. MASSÉNAT, Ph. LALANDE et CARTAILHAC. Découverte d'un squelette humain de l'âge du
renne à Laugerie-Basse (Dordogne) ; in : Comptes rendus de l'Acad. des sciences. T. LXXIV,
15 avril 1872.

— 24 —
renne Lancé au galop ; l'autre est une tète de cheval, sur bois de renne ;
2° trois sculptures en bois de renne ; une ébauche de lièvre très reconnaissable, une tète de renne avec ses bois, un animal aux allures
félines fort curieux. Cette couche reposait sur une série de blocs;
quelques-uns avaient 5 mètres de longueur et 2 de largeur et d'épaisseur ;
pour parvenir au-dessous d'eux., il fallut reprendre les fouilles à une
certaine distance et faire une étroite galerie ; pendant ce travail, on n'a
pas cessé de recueillir des ossements et bois de rennes, et de nombreux
silex taillés.
Quand cette galerie est arrivée sous les grands rochers indiqués
plus haut, nous avons constaté qu'ils recouvraient une couche de l'",20
d'épaisseur, très riche en objets, et dans laquelle on remarquait des
lits de terre brûlée et de charbon. L'horizontalité de ces couches avait
été dérangée par le choc et le poids des roches ; mais c'est encore audessous d'elles que nous avons découvert un squelette humain.
La tète était au nord-est, du côté de la AT ézère, les pieds au sudouest, vers le rocher. II était allongé sur le côté et tout à fait accroupi :
la main gauche sous le pariétal gauche, la droite sur le cou ; les coudes
touchant à peu près les genoux, un pied rapproché du bassin. Les os
étaient presque en place : il y avait eu à peine un très léger tassement
des terres ; mais la colonne vertébrale était écrasée par l'angle d'un
gros bloc et le bassin était brisé.
Nous avons pensé que nous avions devant nous les restes d'une
victime de l'éboulement, sans aucun doute. Elle avait été renversée sur
le foyer et s'était en vain repliée pour éviter la chute des rochers., mais
finalement ceux-ci et la terre qui accompagne toujours un éboulement
bavaient ensevelie. Nous ne pouvons admettre qu'on puisse parler ici
de sépulture ; trop souvent on a cru à des sépultures quaternaires ;
dans le cas qui nous occupe, nous ne pouvons accepter que notre explication.
Nous avons étudié avec une attention scrupuleuse la situation des
objets qui accompagnaient le squelette. Nous avons trouvé une vingtaine de coquilles. D'après la détermination qu'a bien voulu faire M. G.
de Mortillet, elles appartiennent à deux espèces différentes : ce sont les
deux plus grosses porcelaines de la Méditerranée, Cyprœa pyrum

- 25 —
-

(Gmel. ) ou rusa (Lam.) et Cyprœa lurida (Lin.)- Ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu'elles étaient disséminées par couples sur le corps ; deux
couples sur le front, un près de chaque humény, quatre dans la région
des genoux, deux sur chaque pied. U faut donc écarter l'idée d'un collier ou de bracelets. Ces porcelaines qui étaient percées par une entaille,
devaient orner un vêtement
»

Laugerie-Basse n'a pas été connue de l'abbè Audierne qui ne l'a pas
signalée parmi les grottes du département de la Dordogne, et Jouannet
ne l'a pas comprise dans ses fouilles préhistoriques. Après avoir épuisé
les Eyzies, le Moustier et la Madeleine, Ghrysty et Lartet commencèrent
des recherches sur la rive gauche de la Vézère. Ils fouillèrent LaugerieHaute et la continuité de la couche archéologique les amena à Laugerie-Basse. C'est au moment où ils entreprenaient, avec le marquis de
Yibray, les fouilles sur ce point, qu'Elie Massénat, qui descendait la
Corrèze, puis la Vézère, mettant au jour les nombreuses stations que
nous avons nommées, arrivait lui-même à Laugerie-Basse. II choisit
aussitôt les emplacements favorables et acquit le droit d'y faire exécuter
les travaux qu'il jugerait utiles. C'est ainsi que cette station si intéressante est devenue par lui la mieux connue pour son industrie et la
superposition de ses foyers.
Les galeries actuelles aboutissent dans la chambre unique de la
maison devenue classique de Delpeyrac, indigène type de LaugerieBasse. Les premiers travaux de déblaiement ont nécessité la démolition
d'une grange et de deux étables. Quant aux galeries, elles ont été poursuivies sous deux maisons encore habitées.
Dès 1869, Elie Massénat adressait aux « Matériaux pour l'bistoire
de rhomme ( l ) » un résumé précis de ses premières fouilles et quelques
croquis à l'appui de ses descriptions ; nous conservons à cette note son
texte descriptif qui fixe la disposition des foyers au moment des premières découvertes :
(1) Elie MASSÉNAT. Objets gravés et sculptés de Laugerie-Basse (Dordogne); in : Matériaux
pour ['histoire de l'homme, V» année, 2 E série, 18G9. p. 349-357, avec 3 planches.

4

.

— 26 —
« Cette portion de la station s'élève à 12 mètres au moins en contrehaut du niveau de la Vézère ; on y rencontre jusqu'à cinq foyers superposés et séparés entre eux par des couches d'une épaisseur variant de
0 m ,40 à ~ m ,50 et même à 3 mètres, uniquement composées de blocs
calcaires, quelquefois d'un cube assez considérable, d'une multitude de
débris provenant des roches crétacées formant le massif des abris, et de
quelques rares galets de micaschiste qui s'y sont mélangés au moment
de la chute sur les foyers des blocs se détachant de l'escarpement proprement dit.
Si j'insiste sur la formation et la nature des terrains séparant les
foyers entre eux, c'est que, contrairement à ce que l'on avait cru déjà,
je ne pense pas que jamais les eaux de la Vézère soient montées jusqu'à cette hauteur.
Dans les couches ossifères elles-mêmes se trouvent bien des galets
roulés dont on a parlé., analogues à ceux qu'on trouve encore dans la
Vézère, mais on y trouve aussi, en plus grande quantité, de petits blocs
de granit, de quartz, de micaschiste et de grès divers non roulés, et
évidemment portés là de main d'homme.
J'ai eu à constater le même fait pour les stations de Badegoule, du
Pouzet, du Puy-de-Lacan, de la grotte des Morts, de Coumbo-Négro et
surtout à la station de chez Pouret, synchronique du Moustier, qui se
trouvent toutes à des hauteurs où jamais les eaux de la Corrèze et de la
Vézère ne se sont élevées. J'ai trouvé là non-seulement les mêmes
galets, mais même des blocs de basaltes dont les gisements les plus
rapprochés sont dans le Cantal, à une distance de plus de 100 kilomètres.
Quant aux restes de batraciens, ils proviennent, je crois, d'animaux
ayant vécu dans les flaques d'eau, qui au moment de la saison des
pluies peuvent se former un peu partout, et se dessèchent complètement aux premières chaleurs de l'été.
D'après ces diverses observations, d'après la nature même des divers
gisements qui, tous, excepté le 1 er (celui qui se trouve presque à la surface du sol), sont entièrement noirs, par la grande quantité de charbon
qu'ils renferment, vu l'absence complète de terre argileuse et grasse qui
serait le résultat d'immersions plus ou moins prolongées dues aux

— 27 —
débordements de la Vézère, je ne crois pas que jamais cette portion de
Laugerie-Basse ait été couverte par les eaux de la rivière. Peut-être estce à cette cause qu'il faut attribuer le nombre, la puissance et la richesse
des foyers.
Le 5 e et dernier foyer est, de plus, dans uue position unie et peu
inclinée ; il se prolonge assez profondément sous la voûte du rocher,
c'est le plus riche en beaux silex ouvrés ; mais il n'est pas d'une grande
épaisseur, et les recherches y sont très pénibles ; il ne peut être exploité
qu'en galeries de 60 à 70 centimètres de hauteur, de plus l'eau calcarifère suinte le long des rocs ; l'air, vicié par les émanations de la terre
et le feu des lampes, est peu propre à la respiration ; je n'ai jamais pu
y séjourner plus de deux heures.
Là seulement on trouve les objets en os et bois de renne, empâtés
dans la brèche, où ils se trouvent parfois dans un parfait état de conservation, mais généralement fortement détériorés par l'eau et très friables.
Le 4° foyer est, à peu de chose près, de même nature que le 5 e ; l'eau
cependant y est rare et les objets mieux conservés et d'une extraction
plus facile ; c'est dans celui-là que se trouvent les plus belles flèches
barbelées.
Le 3 e et le 2 e sont plus puissants, toujours parfaitement secs et les
plus riches en objets gravés et sculptés. C'est dans le 3° foyer qu'ont été
trouvés la tète et l'avant-corps d'un bœuf à deux têtes ; le bois de
renne sur lequel se trouve gravé l'homme chassant l'aurochs ; un
deuxième où se voit dessiné un magnifique cheval, un nombre considérable de flèches simplement pointues d'un côté ou barbelées, une
grande quantité de poinçons et d'aiguilles en bois de renne, en os et
même en ivoire, un certain nombre parfaitement conservées et percées
de leur chas. Dans ces foyers aussi se trouve plus particulièrement le
cristal de roche taillé, mais en outils bien inférieurs, quant à la dimension, à ce que j'ai trouvé à la station de chez Pouret. commune de
Brive (Corrèze). Les deux pièces les plus remarquables de Laugerie sont,
une lame de 0 m ,045 de longueur et O" 1 , 01 3 de largeur, taillée à grands
éclats comme le sont les lames de même dimension en silex, et un
petit prisme en grande partie percé de main d'homme à sa partie supérieure ; il était sans doute destiné à faire un objet de parure.

— 28 —
Le 1 er foyer se trouve en certains endroits, presque à ia surface du
sol ; cette dénudation, probablement récente, doit être attribuée à l'ihtervention de l'homme, nivelant ses terrains pour les utiliser pour ses
besoins.
Ce foyer est remarquable par les gros os de cheval et d'aurochs qui
s'y trouvent.
Dans toute l' étendue de cette partie de la station on rencontre souvent, au centre des foyers, des blocs calcaires, qui, quelquefois., occupent toute l'épaisseur de la couche archéologique. Ces rencontres, qui
paraissent d'abord devoir rendre le travail plus difficile et être nuisibles
aux recherches, doivent être vues avec bonheur par l'archéologue ;
c'est autour d'eux, en effet, que se trouvent généralement les plus
belles pièces et les mieux conservées.
Les causes en sont faciles à comprendre ; pourquoi les Aborigènes ne
se seraient- ils pas servi de ces blocs détachés des voûtes, soit pour se
couvrir, soit pour divers besoins de la vie. II est tout naturel alors que
là, plus particulièrement, ils aient laissé tomber leurs outils, leurs
armes, leurs objets de parure, et que, protégés par la pierre elle-même.,
ces divers objets aient pu plus facilement échapper aux causes si multipliées de destruction ; c'est généralement tout à côté de grosses pierres
qu'on trouve parfaitement conservées les aiguilles en os, en bois de
renne, en ivoire, de formes et de dimensions si variées, et quelquesunes encore assez solides pour pouvoir servir à certaines coutures. »
Les fouilles faites depuis cette époque n'ont pas modifié les conclusions premières qui se dégagent de ce premier travail. En pénétrant plus profondément dans la couche, parmi les foyers, des pièces
nouvelles ont été une à une extraites de la gangue qui les entourait, et
ainsi s'est accrue la collection si riche de silex et d'os travaillés provenant de Laugerie-Basse. Mais les premières observations ont trouvé leur
confirmation complète dans l' examen minutieux de la couche archéologique , et nous insistons sur ce point fécond en déductions intéressantes.
Les premiers chercheurs croyaient qu'au moment où Laugerie-Basse

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était habitée par 1 nomme cpii taillait les flèches barbelées, le lit de la
•Vézère était loin d'occuper sa situation actuelle. Les eaux s'élevaient à
une hauteur plus grande, et ce n'est qu'insensiblement que la Vézère
creusant les roches tendres atteignit le niveau actuel. De là des débordements fréquents et l'envahissement des stations par les eaux bourbeuses de la rivière. Un des signes ^donnés comme probants était la
présence des cailloux roulés dans la couche archéologique où s'étagent
les foyers.
Une semblable interprétation doit être définitivement abandonnée.
La Vézère devait être, à peu de chose près, ce qu'elle est actuellelement, et les stations humaines de Laugerie étaient à l'abri des eaux
débordées, qui trouvaient sur la rive droite la petite plaine qu'elles
couvraient d'alluvions, se buttant contre le talus de la rive gauche.
La partie haute de la Vézère, à la station du Moustiers, permet des
observations bien différentes que nous aurons à exposer plus tard.
Les couches qui recouvrent les foyers sont formées par des éboulis
de blocs plus ou moins volumineux parfois cimentés par des débris
calcaires détachés du plafond de l'abri. II n'y a aucune trace de
stratification, et on saisit facilement l'aspect congloméré des dépôts
formés par destruction de la roche sur tel ou tel point. De loin en
loin un quartier de rocher s'est détaché s'incrustant parmi les autres
débris . Tout indique un phénomène détritique qui se poursuit
encore, et sur lequel nous avons fixé l'attention au commencement
de cette étude.
Quant aux galets, l'intervention humaine n'est point douteuse et
leur nombre môme ne peut éloigner de l'idée de ces apports voulus,
par les habitants de la station. Beaucoup de ces cailloux portent des
traces du feu, et ont été utilisés pour former la base solide qui supportait les charbons sur le sol de l'abri. Du reste, à combien d'usages divers
pouvaient servir ces galets naturellement façonnés et donnant prise
facile à la main. Les cailloux roulés des rivières sont utilisés par tous
les sauvages actuels, et l'idée de leur importance pour les usages multiples dans la vie de l'homme magdalénien, confirme ces analogies qui
nous autorisent à tirer souvent, de ces comparaisons, des renseignements utiles. A côté des cailloux roulés abondent les morceaux de

— 30 —
rochers, à arêtes vives, qui ne peuvent être rapportés au transport
par les eaux, et il semble que la même force intelligente a dû transporter à la fois les uns et les autres.

La couche archéologique est formée , dans toute son étendue , par un
sol rempli d'ossements brisés et de silex, mais de richesse variée, suivant les points considérés. En certains endroits, qu'on désigne plus particulièrement sous le nom de foyers, on rencontre de véritables accumulations d'objets de choix, silex et os travaillés. Ces points marquent
les centres autour desquels se sont groupés, pendant un temps plus ou
moins long, les membres de la famille ou de la petite association de
chasseurs. Aussi il est naturel de concevoir que c'est sur ce point que
sont réunis les matériaux intéressants affirmant la façon de vivre des
habitants de l'abri.
Des charbons, des cendres plus ou moins grossières, des fragments
d'os calcinés incrustés dans la gangue, des phalanges de renne carbonisées, donnent à l'assise du foyer sa teinte noire caractéristique. C'est au
pourtour de cette zone que sont accumulés les débris de toutes sortes,
restes des repas jetés sur le sol de la caverne.
Au retour de la chasse, on apportait à la station ce qui était transportable ; les membres avec leurs chairs succulentes, les filets épais, les
crânes remplis de la cervelle délicate. II est remarquable que tous les
ossements trouvés dans les foyers sont brisés, les crânes largement
ouverts. Un coup bien appliqué rompait les os longs plus ou moins
obliquement et permettait l'extraction facile de la moelle ; quant à la
cervelle elle présentait un mets fort apprécié , puisque le chasseur
s'imposait le transport d'une tête volumineuse pour recueillir ce
produit. II n'est pas douteux que la moelle et la cervelle formaient des
aliments de choix ; mais il est possible que la première, chargée de
graisse, ait pu servir à d'autres usages, à amollir les peaux et à préparer
des onguents pour la toilette et le tatouage.
Ces ossements permettent d'établir avec certitude la faune contemporaine de l'homme de Laugerie-Basse. On y trouve non seulement les
ossements des mammifères de l'époque, mais encore des débris d'oiseaux

— 31 —
et des arêtes de poissons, ce qui explicpie ia multiplicité des armes de
chasse et de pèche, qui permettaient h ces sauvages de varier leur
alimentation, suivant les saisons et r abondance de tel ou tel gibier.
La question des faunes quaternaires est 'une des plus intéressantes,
surtout depuis lés remarquables travaux entrepris sur les extensions
glaciaires successives qui caractérisent cette période (•). Nous nous
proposons de faire avec le plus grand soin la paléontologie des assises
archéologiques, et nous remettons à un chapitre ultérieur la description et la détermination des nombreuses espèces dont nous possédons
les débris.
Les os des cavernes ont toujours leurs épiphyses intactes. M. Massénat
a trouvé une seule exception à cette règle, un métacarpien de cheval
portait des traces de la dent d'un fort carnassier.
Ce fait, par sa constance, permet de tirer des conclusions précises.
D'abord, la station était à l'abri des incursions des animaux ravisseurs
qui auraient laissé des traces de leur passage en attaquant les épiphyses
gorgées de graisse des os abandonnés. L'hyène était abondante et les
traces de dents observées par Massénat se rapportent peut-être à cet
animal. Comment luttait-on contre les incursions de ce voisin redoutable? Rien ne nous autorise à préciser, mais le fait est incontestable.
D'autre part, il n'existait pas, dans la station, des animaux carnivores domestiqués, comme le chien, par exemple, car les épiphyses
auraient disparu sous sa dent vorace. L' examen des dépôts modernes
d'ossements faits par les Esquimaux qui possèdent le chien, et l'observation des foyers appartenant à la pierre polie et aux temps qui l'ont
suivi, où le chien est domestiqué, montrent les os mâchonnés aux
extrémités, et toutes les parties peu résistantes broyées par les dents du
chien. Du moment où le chien e?t soumis à l'homme, il devient l'hôte
de la maison et dès lors, il fait ce qu'il fait encore dans nos villes et
dans nos campagnes, cherchant parmi les reliefs de nos repas les vieux
os imprégnés de graisse pour en dévorer les cellules qui s'ouvrent,

(1) M. BOULE, Essai de paléontologie slratigraphique de l'homme, in : Revue d'antnropologie, 1888, a résumé l'état de la science sur cette question.

— 32 —
écrasées entre ses puissantes mâchoires. Donc l'homme de Laugerie
n'avait point domestiqué le chien, mais n'avait-il point à son service
d'autres animaux domestiques ?
Cette question de la domestication des animaux est à coup sûr une des
plus intéressantes qui se puisse poser dans l' étude d'une association
humaine comme celle que nous avons en vue. Pour nous, l'homme de
Laugerie n'a point domestiqué ces animaux et nous n'en voulons que
des preuves indiscutables. La première est l'âge des individus, rennes,
chevaux ou bœufs trouvés dans les foyers. II est aisé par l'étude de la
dentition et du développement des bois d'établir que les rennes tués
appartiennent à tous les âges. Le hasard de la chasse peut seul mêler
dans cette proportion des individus d'âges si divers, et il est impossible
de croire à une domestication raisonnée, voulue, poursuivie dans des
conditions déterminées. Ce qui s'applique au renne s'applique au cheval
■et au bœuf. Du reste, et cet argument a pour nous une certitude absolue,
les parties du corps de ces animaux qui abondent dans les foyers sont
les os des membres et les crânes défoncés, comme pour l'aurocbs, l'antilope, le bouquetin et tous les autres animaux dont on ne discute point
la vie sauvage. Le dépècement de la bête était dicté par les difficultés
du retour à la station lointaine. On choisissait le meilleur et on abandonnait la carcasse là où était tombé l'animal. Pourquoi n'auraient-ils
pas conduit à la station les animaux domestiques pour les abattre à leur
aise à la porte de leurs habitations? Du reste, la domestication entraîne
dans la forme des os et dans la disposition des crêtes et des saillies d'ordres divers, des différenciations profondes qui permettent de trancher
la question entre le type sauvage et le type domestiqué d'une espèce
donnée. L'observation des ossements, faite à ce point de vue, permet
de rapporter au type sauvage les ossements recueillis.
L'absence du chien domestique est, dans l'espèce, une indication
précieuse, car il semble que le chien soit un aide nécessaire pour la
■domestication des autres animaux. II apparais comme animal domestique avec les premières populations de la pierre polie, et ces hommes
nouveaux ont avec eux les animaux domestiques, les plantes cultivées
et la poterie.

— 33 —
Rien ne nous autorise à voir dans les habitants de Laugerie-Basse des
agriculteurs : aucun instrument ne peut être comparé à une meule, et
toute supposition de ce genre doit être rejetée. Quant à la poterie, son
absence est complète, absolue, à Laugerie-Basse et dans toutes les stations magdaléniennes de la région qui nous occupe. II n'a jamais été
rencontré traces d'un essai tenté pour utiliser l'argile et en confectionner des récipients, môme les plus grossiers. C'est là un fait incontestable et incontesté.

C'est parmi ces ossements épars que se trouvent les armes et les ustensiles divers abandonnés auprès des foyers, perdus parmi les débris qui
encombraient le sol de la station.
D'abord, de nombreux outils en silex, caractéristiques par leur forme,
dans un état de conservation plus ou moins parfait. Avec eux, se trouvent
les nucleus, restes des rognons de silex d'où ont été détachées les lames
façonnées ensuite, et de nombreux éclats trop petits, mal venus ,
impropres à devenir des instruments utilisables.
Ce sont les instruments en bois de renne, en os et en ivoire, qui
donnent à la station son cachet particulier : nous les cataloguons dans
Tordre suivant :
Les armes de jet : lances , sagaies, flèches, harpons. — Les poignards
et les stylets. — Les aiguilles, les poinçons et les navettes. — Les
objets de parure : pendeloques, coquilles, épingles à cheveux, spatules,
godets, etc. — Les bâtons percés. — Les os à encoches, à entailles, à
ravures.
Ces os marqués de stries forment le passage aux dessins d'ornements
variés qui sont gravés sur des débris d'armes et d'outils, et l'on arrive
ainsi aux superbes pièces de la collection Massénat. Ce sont des sculptures destinées à orner les manches des poignards et les bâtons percés,
des gravures tracées sur des lames d'os ou d'ivoire. Les animaux contemporains y sont représentés dans les attitudes les plus diverses,
avec une vérité saisissante et les scènes de chasse où l'homme s'est
figuré lui-même, affirment les dispositions artistiques des chasseurs
de rennes.
5

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Cet exposé rapide trace le plan que nous allons suivre dans l' étude
détaillée des armes et des ustensiles de ces hommes primitifs.
Après avoir envisagé les animaux tels que l'homme nous les a laissés
dans ses gravures et ses sculptures, nous consacrerons de consciencieuses recherches aux ossements de mammifères, d'oiseaux et de poissons découverts dans les foyers. La description de l'homme écrasé et
des pièces de squelettes divers qui s'y rapportent, compléteront la publication des documents se rapportant à cette époque.
Mais nous avons d'abord à étudier la topographie des stations se
rattachant à Laugerie-Basse.
II
GORGE D'ENFER.
On peut considérer cette station comme le prolongement de LaugerieBasse. C'est la dernière station magdalénienne de la rive droite et elle
tire son nom de la vallée pittoresque et profondément ombragée où
elle se trouve.
Cette vallée a une centaine de mètres de profondeur et environ
soixante mètres dans sa plus grande largeur ; elle ne présente pas
d'habitation actuelle. Sur la rive droite se trouve une immense grotte,
la plus belle de la région ; une belle source jaillit en son milieu et
montre, réunies sur ce point, les conditions les plus favorables pou r
rétablissement des chasseurs de rennes. Malheureusement pour nos
observations actuelles, cette grotte a été vidée pour l'utilisation de son
sol, à l' époque de la révolution.
Un peu au-delà de la grotte, sous des éboulis considérables, affleurent
des foyers magdaléniens. La difficulté de pénétrer sous les blocs et
l'incertitude de trouver des ossements conservés dans un sol exposé à la
pluie et aux intempéries de la saison froide, nous ont fait renoncer à
poursuivre sur ce point des fouilles profondes.
C'est en face de la grotte, de l'autre côté de la vallée, que Christy et
Lartet ont ouvert quelques tranchées ; les pièces recueillies ont montré
que les couches archéologiques appartenaient par les silex et la faune

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à l'époque de Laugerie-Basse. Les traces de ces fouilles disparaissent
sous la végétation.
A P extrémité de la vallée, sous un abri en surplomb assez avancé,
nous avons commencé il y a trois ans une nouvelle fouille en un point
inexploré. Les premiers travaux nous ont donné des résultats inespérés
en mettant au jour des pièces du plus haut intérêt et nous comptons
sur des découvertes considérables par l'exploitation méthodique de la
couche archéologique. Les points inexplorés se font rares et au moment
où la science réclame de nouveaux faits, pour déterminer, d'une façon
indiscutable, les solutions acquises sur notre passé préhistorique, il
faut considérer comme de véritables bonnes fortunes les occasions
offertes de mettre la pioche dans un sol vierge de fouilles antérieures.
La vallée monte graduellement, perpendiculaire à la Vézère, aussi les
stations sont de plus en plus élevées à mesure qu'on s'enfonce dans la
gorge. Le point choisi par Lartet était à 5 ou 6 mètres au-dessus du
niveau de la Vézère ; notre station est à 10 ou ÍZ mètres au-dessus de
ce niveau.
Sur la couche archéologique où nous avons commencé nos recherches,
se trouve un bloc énorme détaché des escarpements, qui recouvre la
partie la plus importante des foyers ; une fouille complète réclame
l'enlèvement de ce bloc ; ce travail est en voie d'exécution.

II
LA MADELEINE ET LES EyzrES.

Ces deux stations sortent du cadre de nos propres recherches. Elles
ont fourni à Christy et Lartet et au marquis de Vibraye l'occasion de
fouilles fort importantes.
La grotte des Eyzies a été complètement épuisée par ces explorateurs,
à tel point qu'on ne trouve plus que quelques débris, adhérents à la
paroi de la grotte, qui permettent de prendre une idée de la brèche dure
et résistante qui a fourni de si remarquables pièces.
La station de la Madeleine, quoique non épuisée, est recouverte par
les cultures et ne se prête plus à une exploitation nouvelle.

— 36 —
Nous devons àl'obligeance de M. Philibert Lalande la communication
de quelques dessins inédits provenant de cette station et qui sont reproduits dans notre atlas.
III
SAINT-CYPRIEN ET LE POUZET.
Saint-Cyprien est la seule station magdalénienne de la vallée de la
Dordogne. C'est une véritable grotte ayant de vastes proportions. Les
débris encore adhérents à la roche suffisent pour la placer, én toute
certitude, parmi les stations magdaléniennes. Mais la couche archéologique a subi le même sort que celle de la grotte de Gorge d'Enfer et a
été exploitée dans toute son épaisseur.
Si Saint-Cyprien forme la station extrême sur la Dordogne, le Pouzet
relie les stations magdaléniennes de la Vézère à celles de la Corrèze.
Cette caverne fut fouillée le 4 octobre 1868 par MM. Ph. Lalande,
Armand et Massénat. Le premier a rédigé pour le Moniteur de l'Archéologue O une notice sur les découvertes faites ; nous lui empruntons les principaux détails.
« La grotte de Pouzet est située près de Terrasson, jolie petite ville
bâtie en amphithéâtre sur les bords de la Vézère, à 20 kilomètres de
Brive ; elle touche aux frontières du département de la Corrèze, mais
elle fait partie de celui de la Dordogne.
Cette caverne emprunte son nom au petit hameau de Pouzet ; les
paysans la désignent aussi sous le nom assez difficile à écrire de grotte
de Tchioune. Elle a été habitée par l'homme des temps préhistoriques,
contemporain de l'aurochs et du renne ; elle semble devoir relier par
sa position géographique les stations humaines du même âge, qu'on
trouve aux environs de Brive et au centre du Périgord.
La grotte de Pouzet est située à 1,500 mètres de Terrasson, dans un
petit vallon entouré d'escarpements calcaires, et qui s'ouvre en forme

(1) Notice sur la grotte de Pouzet, commune de Terrasson (Dordogne). — In : Moniteur de
l'Archéologue, Montauban, 1868.

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de cirque sur la rive gauche de la Vézère ; elle est peu éloignée du lit
de cette rivière et à 60 mètres environ au-dessus de son niveau.
Les recherches des explorateurs ne s'étaient jamais portées sur la
grotte en question ; le hasard seul a fait découvrir qu'elle a servi d'habitation à une race primitive. Au mois de septembre 1866, des ouvriers
employés aux travaux d'ouverture d'un chemin qui passe au-dessous de
la grotte, racontèrent qu'ils avaient remarqué dans les terres remuées
des ossements inconnus, des tronçons de cornes de cerf et do la pierre
à fusil. Mais cette découverte serait probablement restée ignorée sans
le zèle éclairé d'un de mes amis, M. Albert Armand, qui se trouvait par
bonheur à Terrasson ; il se renseigna auprès des terrassiers, et visita la
grotte en Texaminant avec soin. Quelques, jours après, il me remettait
une moitié de molaire d'aurochs, des ossements de renne, des éclats
et une jolie lame de silex. Le 4 octobre M. Elie Massénat, M. Armand
et moi, nous nous rendions à la grotte pour procéder à la fouille, à
laquelle assista M. Lafon, piqueur, chargé de la direction des travaux
du chemin.
L'entrée de cette caverne, creusée par la nature dans les assises du
lias, est exposée à l'orient. La largeur, de 5 mètres 70 cent, à l'ouverture, augmente progressivement jusqu'au milieu de la grotte, dont la
hauteur peut être évaluée à 6 ou 7 mètres. Une arête rocheuse qui ne
s'avance pas jusqu'à l'entrée, divise l'habitation primitive en deux
sortes de chambres, dont l'une a 8 mètres 80 cent, et l'autre 12 mètres
de profondeur. A l'extrémité de cette dernière s'ouvre dans la voûte un
puits vertical, mais qui ne débouche point à l'extérieur ; on peut remarquer sur ses parois quelques fragments d'os retenus par des concrétions
calcaires.
Nous avons commencé notre fouille en sondant au milieu de l'entrée.
Un premier lit de terrain détritique, mêlé de galets calcaires provenant
des roches voisines, s'étendait sur l'aire de la grotte en plancher
continu ; son épaisseur, d'environ 10 à 15 centimètres en cet endroit,
devenait plus considérable à mesure qu'on pénétrait dans l'intérieur.
Cette couche snperfìcielle, qui renfermait les ossements de plusieurs
générations de chauves-souris, est de même nature que le dépôt meuble
des coteaux environnants. Elle recouvrait un foyer évidemment non

— 38 —
remanié, coloré en noir par d'abondants débris de charbons, et contenant
des silex ouvrés, des ossements brisés, des galets de roches primitives ;
cette couche archéologique, d'une puissance peu considérable et
complètement cachée par la couche superficielle, avait une assez
grande dureté par suite des concrétions calcaires, qui lui donnaient
l'aspect d'un dépôt bréchiforme.
Ce foyer était parfaitement semblable à celui de toutes les habitations
du môme âge ; outre les ossements, les instruments en silex, les
nucleus, les éclats ou rebuts de fabrication, nous y avons trouvé des
galets le plus souvent brûlés. Ils ont été pris évidemment dans le lit de
la Vézère ; ce sont des blocs plus ou moins volumineux de quartz
amorphe, de granit, de micaschiste et môme de grès bigarré 0).
Les ossements du renne et du cheval étaient en grande abondance ;
ceux de l' aurochs très rares. Nous avons recueilli une canine de loup.
Notre fouille nous a fourni des os longs, presque toujours cassés et
même parfois nettement coupés dans le sens de la longueur ; des
astragales et de nombreuses phalanges de renne ; des dents et des
portions de mâchoires de renne et de cheval ; une de celles-ci porte
des stries occasionnées par l'instrument avec lequel on a enlevé les
chairs. Tous ces ossements étaient recouverts de concrétions calcaires
et d'une gangue quasi-graisseuse noircie par le charbon.
Nous avons trouvé aussi, en faisant la première fouille, une assez
grande quantité de tronçons de bois de renne accumulés sur un même
point ; il est permis de supposer qu'ils avaient été entassés et mis en
réserve par les aborigènes. En exécutant une seconde fouille quelques
jours plus tard, nous n'avons plus recueilli que de rares fragments de
petites dimensions, tandis que le premier jour nous en avions exhumé
de très beaux échantillons, dont la longueur dépassait parfois 20 centimètres. Quelques-uns avaient conservé un andouiíler, d'autres
adhéraient encore à l'os frontal. On remarque à la base d'un de ces
derniers des stries produites par la lame de silex dont on s'est servi
pour enlever la peau ; un autre tronçon présente des traces évidentes
(1) Ce micaschiste est de mème nature que celui de la couche archéologique de la grotte
du puy de Lacan, près de Brive. Le gisement de cette roche esta quelques kilomètres du puy
de Lacan, dans la vallée de la Gorrèze, en amont.

— 39 —
de sciage, et on voit, en outre, qu'une lame de bois a été nettement
détachée de la surface. Quelques bouts d'andouillers ont servi à fabriquer des poinçons et d'autres outils.
Les instruments en silex, enveloppés de la même gangue que les
ossements et confondus avec eux dans la couche archéologique, offrent
des types peu variés. Nous n'avons point trouvé de ces belles têtes de
lances en feuilles de laurier et taillées sur les deux faces, ni ces jolies
pointes de flèches, spécimens communs à Laugerie-Haute et qu'on
rencontre aussi à Badegols, station située dans le même canton que
celle de Pouzet. Comme dans les grottes des environs de Brive, le type
grattoir est le plus abondant et le mieux travaillé ; quelques-uns de
ces outils primitifs sont parfaitement taillés. Des lames de silex ont été
façonnées en pointes aiguës et ont pu servir d'armes. D'autres ont été
retouchées à petits coups en forme de poinçons ou perçoirs. Plusieurs
petites lames, plus ou moins entières, ont un tranchant vif et sont
retaillées sur le dos (0. Les nucleus sont rares : un d'eux, qui fait
partie de ma collection, porte sur une de ses extrémités des traces de
percussion montrant qu'il a dû servir de marteau ; ces traces de percussion ne correspondent pas avec celles qu'ont laissées les lames enlevées
sur une des faces des nucleus. Des lames ou éclats ont un tranchant
grossièrement dentelé. Les rebuts de fabrication, éclats informes, sont
très abondants ; les aborigènes taillaient par conséquent dans leur
caverne le silex qu'ils allaient chercher assez loin de là. Le lias des
environs de Terrasson ne contient pas de rognons de cette substance
minérale, si précieuse pour les peuplades où le métal est inconnu.
Un assez grand nombre de ces silex, pièces bien travaillées ou simples
éclats, sont couverts de cacholong, et quelques-uns même en sont
complètement pénétrés.
Les habitants de la grotte de Pouzet se servaient également du bois
de renne et de l'os pour se faire des outils ; nous en avons, toutefois,
trouvé fort peu. M. E. Massénat possède un fort beau poinçon en os,
arrondi et bien affilé ; un autre, d'une facture moins soignée, est fait
(4) Nous avons trouvé des lames pareilles dans les grottes des environs de Brive et surtout
dans le dépôt formé devant celle du puy de Lacan.

— 40 —
a\ec un fragment d'os coupé dans le sens de sa longueur. J'en ai un en
bois de renne, long de 115 millimètres, mais grossièrement fait, et que
je n'ai pu complètement débarrasser des concrétions dont il était recouvert. A. noter un bout d'andouiller de renne, taillé à l'extrémité, de
manière à présenter trois pans coupés sur une de ses faces et un seul
sur la face opposée. Cet instrument ne pourrait-il avoir servi au môme
usage que les lissoirs en os qu'emploient encore les Esquimaux pour
aplanir les coutures de leurs vêtements de peaux ? Une antre pièce est
un bout de poinçon muni d'un petit crochet. Une autre est un outil en
bois de renne portant de nombreuses stries, et dont une des extrémités
a été façonnée en forme de ciseau. Cette belle pièce fut remarquée par
M. de Rochebrune, qui nous accompagnait à la grotte de Pouzet, où
M. Massénat et moi nous nous sommes rendus pour la dernière fois
dans le courant du mois de juin 1867. Depuis notre seconde fouille
(octobre 1866), des chercheurs inconnus avaient presque entièrement
déblayé la caverne ; les terres précédemment remuées par nous avaient
môme disparu ! Le ciseau en bois de renne était heureusement resté au
milieu de fragments d'os n'offrant aucun intérêt.
Des lambeaux de brèche osseuse, avec éclats de silex, se montrent
par places sur le flanc du coteau, dans une vigne que le chemin
récemment ouvert sépare de la grotte. Mais les terrains meubles et les
cultures qui recouvrent cette brèche empêchent de se rendre compte de
son étendue.
L'occupation de la grotte de Pouzet ne semble pas avoir été longtemps
prolongée. Les objets en os travaillé et les instrument? en silex d'une
exécution achevée y étaient rares, et l'épaisseur de la couche archéologique peu considérable. Cette caverne est, en outre, accompagnée de
deux autres grottes plus petites, qui n'ont pas été habitées, puisqu'elles
n'ont point fourni de vestiges du passage des aborigènes. On voit aussi
quelques excavations naturelles dans la muraille de rochers qui ferme
le vallon au sud. A. la base de ces escarpements s'ouvre une immense
galerie, véritable caverne à stalactites ; l' obscurité la plus complète
règne dans ce boyau souterrain, et nous n'avons pas essayé de l' explorer.
Nous n'avons point trouvé de traces de foyers à l'entrée, fort étroite
d'ailleurs, et que le propriétaire a fermée avec une porte en planches.

- 41 —

La grotte de Pouzet seule a été habitée, peut-être par la même peuplade
qui a occupé les grottes naturelles des environs de Brive. »
Une nouvelle fouille vient d'être faite dans la grotte du Pouzet par
l'abbé Pergot, curé de Terrasson. Cette fouille poussée plus profondément dans la couche de stalagmite a fait découvrir, dans un nouveau
foyer, plusieurs fractions de bois de renne travaillées et deux gravures
assez frustes, mais du même genre que les gravures de Laugerie-Basse.
Le Pouzet appartient donc aux stations magdaléniennes, et on peut
considérer cette grotte comme reliant les stations de la Vézère aux stations de la Corrèze. La faune, la taille du silex et la nature de ces ossements autorisent ces conclusions.
V
STATIONS CORRÉZIENNES.

Les grottes des environs de Brive méritent une mention à part dans
nos descriptions. Les découvertes faites appartiennent en propre aux
recherches de MM. Ph. Lalande et Massénat qui ont trouvé en M. Àlph.
de Rochebrune un collaborateur bien préparé à ce genre d'observations,
par ses recherches consciencieuses et approfondies sur les époques antóhistoriques de la Charente. En réunissant dans le Moniteur de
l'Archéologue les résultats acquis dans une série d'expéditions fort
productives , M . Ph . Lalande nous a mis en main un document définitif auquel nous empruntons les matériaux de ce chapitre í 1 ).
« Les grottes des environs de Brive sont groupées, partie dans le
vallon dit de Coumba-Negra , situé à trois kilomètres de la ville et
traversé par un petit affluent de la rive gauche de la Corrèze, partie dans
la vallée qu'arrose cette rivière.
Le terrain des environs de Brive appartient à la formation triasique
(assise de grès bigarrés), et nos grottes sont toutes ouvertes dans ce
terrain ; or, nous savons qu'il ne contient pas de rognons de silex
pyromaque. Les aborigènes étaient donc obligés d'aller chercher au
loin, en Péri go rd sans doute, la précieuse substance minérale, ou bien
(i) Ph. LALANDE. Iconographie des grottes A silex taillés des environs de Brive : in. Moniteur de l'ArchéoIogue. Montauban, 1867.

6

— 42 —
de se la procurer au moyen d'échanges ; toujours est-il qu'ils fabriquaient dans leurs habitations leurs armes et leurs outils ; les nucleus
et les éclats qu'on y trouve en sont une preuve suffisante. »
On compte sept grottes ou abris d'où ont été extraits des silex et des
restes de l' industrie magdalénienne ; la grotte de Ghez-Pourret prend
place parmi les stations moustériennes W et la grotte de Ressaulier doit
être ajoutée à celles décrites par Ph. Lalande.
Un premier groupe comprend : les Morts, le Raysse et Ressaulier, sur
la rive droite du Planchetorte, Coumbo-Negro et le Champ sur la rive
gauche. Un second groupe n'est composé que de Puy de Lacan, station
située près de Malemort sur la Corrèze.
1. GROTTE DES MORTS.
« Tel est le nom pittoresaue employé par les paysans de la contrée
pour désigner une station voisine du Raysse. Les débris du renne,
quelques dents et quelques ossements de l'aurochs et du cheval qu'on y
a trouvés, permettent d'assigner une date relative aux cavernes des
environs de Brive, en établissant leur contemporanéité avec celles du
Périgord (~ì.
La grotte des Morts est située au bas d'un coteau , presque au niveau
du sol de la vallée ; l'ouverture, exposée au sud-ouest, a huit mètres de
largeur et un mètre quatre-vingts centimètres de hauteur, mesure prise
au milieu du cintre ; la profondeur n'est que de six à sept mètres, bien
qu'une cavité presque comblée par le dépôt ossifère semble devoir prolonger la caverne. Les parois extérieures de Feutrée ont été exploitées
pour extraire de la pierre ; mais il ne paraît pas que les dimensions
premières aient dû être beaucoup plus considérables. La découverte de
cette grotte est due à M. Elie Massénat, qui fit exécuter une première
fouille en juillet 1866; les recherches furent ensuite poursuivies en
collaboration.
(1) Ph. LALANDE. Station préhistorique de Chez-Pouré (commune de Brive) : in. Matériaux.
Octobre 1869.
(2) Bien que ces grottes n'aient point fourni de débris paléontologiques déterminables, il
est évident qu'elles appartiennent à la même époque : le travail du silex est le même.

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Le dépôt primitif a été en partie répandu dans un pré contigu ; les
terrains accumulés au centre de la grotte ont été transportés par le propriétaire lui-même. Dans cette partie, on ne trouve l'ancien sol qu'à une
certaine profondeur, et nous avons de préférence fouillé les anfractuosités latérales qui s'ouvrent à la base des parois ; elles sont en effet
comblées par un dépôt argilo-siliceux très gras , où les ossements se
sont conservés, tandis qu'ils ont été presque complètement décomposés
dans le sable aigre qui constitue, comme je l'ai montré, le terrain de
transport des autres grottes.
La faune est représentée principalement par les ossements du
renne. Nous possédons un certain nombre de molaires de cet animal ;
elles ont conservé leur émail presque sans altération. Les débris de
l'aurochs et du cheval sont assez rares. Comme pièces paléontologiques
exceptionnelles, nous avons recueilli la moitié d'une canine inférieure
gauche de felis spelœa W, fendue dans toute sa longueur, et une
molaire humaine ; la couronne de cette dent n'est pas usée, contrairement à ce qui est observé en général, mais elle a sur son plan supérieur
la croix très nettement tracée. Ces deux dents ont été trouvées dans une
des cavités latérales, et dans les mômes conditions de gisement que
les molaires de renne, de cheval et d'aurochs.
La coexistence de l'homme avec ces animaux est démontrée par le
mode de cassure des os longs , tous brisés dans le sens de la longueur ,
comme ceux que contiennent les grottes qui ont servi d'habitations
dans les temps préhistoriques ; les métacarpiens de renne sont aussi
fragmentés intentionnellement ; en outre, une portion d'os plat porte
trois entailles ou stries profondes, dues évidemment à une action
humaine. Nous avons trouvé quelques poinçons fabriqués avec des
fragments d'os longs, soigneusement appointés. Ce fait prouve une
fois de plus que si les hommes de l'âge de la pierre brisaient les os

(l) Cette dent a été déterminée par M. A. de Rochebrune, naturaliste habile et excellent
ami, toujours disposé à m'aider de son expérience et de son savoir.
Le grand chat des cavernes a été rencontré par MM. Lartet et Christy dans la grotte des
Eyzies, (cavernes du Périgord, page 21), dans la grotte de Montgodier (Charente), par
M. l'abbé Bourgeois, (Mémoires sur les restes d'industrie appartenant aux temps primordiaux
de l'espèce humaine recueillis dans le département de la Charente).

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des membres des animaux qu'ils tuaient pour en extraire la moelle,
ils adoptaient aussi le mode de cassure que l'on a généralement observé,
dans le but de confectionner avec ces os des armes et des outils.
M. Massénat possède un petit instrument en os , comparable à
une aiguille sans chas, un peu forte et plate ; un outil en bois de
renne, fabriqué avec un andouiller, dont la pointe est entaillée de
façon à figurer un crochet peu accusé, cependant assez reconnaissable. Cet instrument servait-il de poinçon pour joindre les unes aux
autres les pièces composant un vêtement de peaux? Nous avons
également constaté que le sol de cette caverne contient des parcelles
d'os brûlés et du charbon.
Plusieurs des silex de la grotte des Morts ont du cacholong ; les
pièces entières et bien travaillées sont rares. On y rencontre pourtant
de beaux grattoirs et des lames assez bien retouchées, qui ont pu servir
de couteaux. Les petites lames sont les plus nombreuses ; les unes
taillées sur le dos ; quelques autres en forme de têtes de flèches. »
2. GROTTE DU RAYSSE.
K Située sur la rive droite du ruisseau de Planchetorte, en face du
village de Champ, cette grotte, exposée au sud-ouest, s'ouvre à mi-côte
sur une petite plate-forme dont le sol est parsemé d'éclats de silex. Le
dépôt en a été presque totalement enlevé. La forme en est demi-circulaire, la profondeur de dix mètres ; l'entrée a une largeur de quinze
mètres, et la hauteur de la voûte peut être évaluée à trois ou quatre
mètres. M. E. Massénat a trouvé un grand grattoir double et quelques
éclats parmi les herbes qui croissent dans cette caverne. »
3. GROTTE DE RESSAULIER.
La grotte de Ressaulier n'existe plus et le sol a été livré à l' agriculture;
on n'y rencontre plus d'ossements, seuls quelques débris ont échappé à
la destruction.
La grotte de Ressaulier est fort intéressante par ses silex. Les uns sont
des silex caractéristiques de l'époque magdalénienne et il faut admettre

— 45 —
qu'elle a donné asile aux chasseurs de rennes comme les stations voisines. A peine distante de quelques cents mètres des Morts et de GomboNegrOj elle a servi d'abri aux hommes qui taillaient les silex qu'on y retrouve.
Mais Ressaulier appartient à l' époque de Moustier par d'autres silex,
et il est certain qu'elle était habitée alors que Chez-Pourret donnait asile
aux hommes moustériens. La comparaison des belles haches en silex et
en quartzite que nous avons recueillies dans ces deux stations ne laissent
aucun doute à cet égard ; nous aurons à revenir en temps et lieu sur'ce
dernier point.
4. GROTTE DU PUY DE LACAN.
« A deux kilomètres au nord de Brive, et à proximité de la route
de Bordeaux à Lyon, cette grotte s'ouvre sur le flanc d'un coteau couvert de bruyères , elle domine d'environ vingt-cinq mètres la vallée de
la Corrèze, qui coule à très peu de distance.
Un rocher, auquel des désagrégations ont donné la forme d'un
pilier, divise l'ouverture en deux issues exposées au midi. La grotte
est demi-circulaire ; voici ses dimensions : profondeur, dix mètres ;
largeur de l'ouverture, neuf mètres ; et du fond de la grotte, sept mètres
cinquante centimètres ; hauteur prise au milieu du cintre formé par
l'entrée principale, deux mètres quarante centimètres.
Cette grotte paraît avoir été vidée comme celle des Morts, et le
dépôt qui recouvre son aire ne présente aucun intérêt. Les premières
fouilles, tentées il y a quelques années par M. E. Massénat, ne lui donnèrent que quelques éclats insignifiants. J'ignorais cette circonstance,
lorsque, accompagné de M. Râteau, inspecteur des écoles primaires, je
fis à mon tour un sondage improductif, en août 1865 ; mais comme
M. Râteau et moi, nous avions antérieurement recueilli quelques silex
taillés épars dans un ravin qui s'ouvre au bas de la grotte, nous continuâmes notre fouille, non plus dans l'intérieur de la caverne, mais bien
dans un dépôt extérieur, formé au-dessous de l'ouverture, et figurant
un talus superposé au flanc de la colline ; ce dépôt est circonscrit par
une demi-circonférence d'environ quarante-cinq mètres de développement.

— 46 —
Cette première fouille me permit de constater que les restes de
Findustrie des aborigènes étaient accumulés principalement dans ce
dépôt ; quelques objets remarquables ont plus tard été trouvés dans
une cavité au fond de la grotte.
Depuis le mois de juillet 1866, M. E. Massénat a repris activement
la fouille de cette station humaine, voisine d'une propriété qui lui
appartient ; il y a recueilli de nombreux et beaux silex, de la poterie
grossière et quelques rares débris paléontologiques en mauvais état.
La coupe suivante donnera une idée de la composition du dépôt
extérieur :
1° Couche sableuse superficielle, dont Fépaisseur varie entre trente,
soixante et quatre-vingt-dix centimètres ;
2° Couche archéologique formée de terre détritique noirâtre, mêlée
de gros galets de quartz, de granit, de plaques de micaschiste, de silex
ouvrés ; sa puissance varie entre cinquante centimètres et un mètre ;
3° Terrain formé par la désagrégation ancienne des roches sousjacentes, puissance inconnue ;
4° Assise de grès bigarré quartzeux.
Les objets d'industrie ne se trouvent que dans la couche n° 2 ;
Finspection de la coupe de ce dépôt montre qu'il n'a pas été remanié.
Les galets contenus dans la couche n° 2 ont sans doute été pris dans les
alluvions anciennes de la Corrèze ; ils n'ont pu être transportés que par
l'homme, car ce dépôt est très limité, je Faidéjà dit ; tout autour de lui
le terrain meuble n'est formé que de la désagrégation des roches
locales. Ces galets avaient été peut-être apportés par les premiers habitants dans le but d'établir, devant la grotte, une sorte de plate-forme ;
il paraît certain qu'ils y taillaient leurs silex, bien que ce fait constitue
une exception.
Les fouilles, auxquelles j'ai plusieurs fois assisté, ont fourni beaucoup de silex travaillés ; de beaux nucleus dont les dimensions varient
de quatre à onze centimètres, remarquables en grande partie par la
régularité avec laquelle les lames ont été enlevées ; des blocs de silex
ayant servi de marteaux, ce qu'indiquent des traces de percussion ; des
lames et tronçons de lames d'assez grande dimension, mesurant parfois

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jusqu'à quinze centimètres de longueur ; d'autres, très petites, souvent
pointues, ont le dos façonné au moyen de la retouche ; les lames triangulaires taillées sur Parète médiane sont très abondantes, mais rarement
entières. Signalons encore trois ou quatre pointes de flèches lancéolées,
avec appendice pour l'emmanchure, simplement obtenu par l'enlèvement de deux éclats latéraux. Mais le type le mieux travaillé est le
grattoir. Nous en avons trouvé de très beaux, munis pour la plupart
d'un appendice pour l'emmanchure ; chez quelques-uns, il est dû au
procédé employé pour les pointes de flèches ; mais chez d'autres, cet
appendice est façonné au moyen d'un seul éclat en biseau, enlevé à
l'une des arêtes, et d'une série de petits coups de retaille sur l'autre
arête, appointissant le silex jusqu'à son extrémité. Ces derniers grattoirs
servaient peut-être aussi de poinçons.
Quelques-uns de ces silex divers sont pénétrés par le cacholong ;
mais ce fait constitue l'exception.
Les débris d'ossements sont très rares, presque indéterminables ;
on peut cependant reconnaître parmi eux des portions de molaires de
renne et d'aurochs ou de bœuf.
J'ai parlé d'une cavité au fond de la grotte ; des fouilles y ont
été faites en dernier lieu. On y a retrouvé une partie du dépôt primitif:
c'est une terre noirâtre et grasse, qui paraît avoir été remaniée et accumulée dans cette cavité, profonde de quatre mètres et large de trois
mètres cinquante centimètres. Nous y avons trouvé des galets de
quartz et de granit, du charbon et des fragments d'os brûlés ou non ,
des silex, dont quelques-uns craquelés par le feu, un fragment de
poinçoin en os, portant trois stries bien marquées.
Parmi les divers silex , je dois mentionner un beau poinçon en
silex gris, espèce de taraud, et quelques petites lames taillées sur le
dos, dont le tranchant est régulièrement dentelé ; une seule de ces
petites scies était entière.
Dans la dernière souille à laquelle j'ai assisté, nous avons recueilli
un fragment de cristal de roche, mais il n'est pas taillé.
Les pièces paléontologiques sont peu abondantes ; nous avons remarqué des débris de molaires de renne, d'aurochs ou de bœuf. »
Cette station magdalénienne a offert pendant la pierre polie un asile

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aux hommes qui faisaient la poterie et polissaient le silex ; et la découverte d'objets de cette nature déterminait M. Lalande à se poser une
question sur la solution à donner à cette découverte.
« Ces derniers objets n'indiqueraient-iís pas , pour cette station
humaine, une période de transition après l'époque primordiale ? Je
n'ai pas la prétention de vouloir rien décider à cet égard, je me
contente d'exposer les faits. »
Pour nous, il ne peut y avoir aucun doute sur les conclusions à tirer
des observations relatées par Fauteur :
« La couche n° 2 contenait aussi des tessons de poterie grisâtre ,
entre autres un grand fragment du col d'un vase volumineux fait à la
main. »
Et plus loin , il signale dans la cavité du fond de la grotte : « des
tessons de poterie noire ou rougeâtre, mêlée de grains quartzeux et
d'une épaisseur irrégulière; trois d'entre eux, dont un assez grand, sont
ornés de ces empreintes en creux caractéristiques de la poterie antéhistorique. Mais, en outre, nous avons trouvé des fragments de molaires d'un cochon voisin de l'espèce des tourbières (f), et même une
molaire tout entière de ce dernier animal. 11 ne se rencontre pas dans
les grottes du Périgord, et je serais porté à croire que celle du Puy de
Lacan a été occupée à deux époques distinctes dans les temps préhistoriques. Des polissoirs en grès grisâtre, d'un grain très serré, des
galets de granit, polis sur une de leurs faces, de manière à pouvoir
servir de broyeurs, ont aussi été trouvés dans la cavité de cette grotte.
La poterie me semble d'une époque moins ancienne que les silex du
dépôt extérieur non remanié, car elle offre une grande analogie , par
sa fabrication et par son mode d'ornementation, avec la poterie des
tourbières et des stations lacustres. »
Ces citations se passent de commentaires, et la superposition des
foyers de la pierre polie aux foyers magdaléniens ne peut être mise en
doute.
(I) Sus scrofa, voisin du palustris, d'après la détermination de M. de Rochebrune.

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5. GROTTE DE COUMBO-NEGRO.
« Celle que je désigne plus spécialement sous le nom de — CoiwibaNegra (') — est dans un petit vallon perpendiculaire à la vallée
principale ; exposée à l'orient, elle s'ouvre au milieu d'un coteau assez
escarpé, à trente mètres environ au-dessus du cours du ruisseau. Elle
a dix-neuf mètres dans sa plus grande profondeur, treize mètres dans
sa plus grande largeur et trois mètres soixante centimètres de hauteur
à F entrée. Sa forme est irrégulière, et l'on y remarque un pilier naturel,
façonné par les érosions des eaux ou les agents atmosphériques. Sur ce
pilier et sur les parois de l'entrée, des trous peu profonds ont été
creusés de main d'homme, les uns vis à vis des autres, comme pour
maintenir des clôtures ; mais je pense qu'ils datent d'une époque beaucoup plus récente, car on en retrouve dans d'autres grottes, taillées ou
élargies avec le pic ; je n'ai pas à m'en occuper ici, car elles ont servi
de refuge pendant les temps historiques (~).
J'ai fouillé la grotte de Coumba-Negra en 1865, seul d'abord, puis
avec la bienveillante coopération d'un savant ami, M. Alph. de Rochebrune, qni vient de publier le résultat des recherches consciencieuses et
approfondies sur les époques antéhistoriques de la Charente.
Le terrain de transport qui constitue le sol de cette grotte a peu de
puissance, à peine un mètre dans sa plus grande épaisseur. II est formé,
comme celui qui couvre les coteaux et les plateaux voisins, de la
désagrégation des roches locales ; on trouve pourtant des galets de
quartz, de granit et de grès roulés dans le dépôt de la grotte. II n'y avait
pas eu de remaniement.
Notre fouille nous a fourni des nucleus, des éclats, des lames
retouchées ou non, de petite dimension, mais rarement entières, des
pointes et surtout des grattoirs ; des tronçons de lames triangulaires
taillées sur l'arète médiane ; une petite scie en forme de faucille ; deux
(1) M. Ph. Lalande écrit Comba-Negra le nom de cette grotte.
(2) On ne peut, cependant, préciser l'époque où ces grottes ont été creusées; les cavernes
naturelles ont sans doute servi de refuge en même temps, car les trous pour assurer les
clôtures existent dans presque toutes celles que je vais décrire.

7

— 50 —
blocs de quartz ayant servi de marteaux, comme le prouvent les traces
de percussion qu'on y remarque; des éclats de quartz ayant pu servir
de racloirs ; enfin, quelques tessons de poterie grossière, faite à la main
et pétrie de petits grains quartzeux.
Ces fragments de vases ont été principalement recueillis, ainsi que
des débris d'os indéterminables, sur un même point, dans la couche
inférieure du dépôt, La plupart des esquilles ayant subi Faction du feu,
et la terre en cet endroit étant mêlée de morceaux de charbon, il est
permis de fixer ^emplacement du foyer : il était près de l'entrée, et
adossé à la paroi méridionale de la grotte í 1 ). »
Ce dernier passage et la note qui l'accompagne ne laisse aucun doute
touchant la superposition de foyers néolithiques sur les foyers magdaléniens de l'âge du renne.
Du reste, les fouilles faites depuis cette époque par Elie Massénat
confirment ces conclusions ; les rares fragments de poterie sont mélangés avec des débris appartenant à des industries variées et, si les traces
de l'homme quaternaire sont indiscutables, il faut reconnaître que le
sol de la grotte a été profondément remanié par les nouveaux arrivants
qui l'ont successivement habitée. Pendant la pierre polie, cette grotte,
large et bien aérée, est devenue un centre important d'une agglomération d'hommes qui savaient fabriquer la poterie grossière que nous
signalons. En dernier lieu, à l'époque des guerres de religion, les protestants trouvèrent un refuge dans ces vieilles grottes abandonnées.
Pour répondre aux nécessités d'une installation plus confortable, les
réfugiés ont fait subir au sol un remaniement étendu, mélangeant
toutes les époques et rendant difficile l' étude des anciens foyers établis
par l'homme du renne.
6. GROTTE DE CHAMP ET ABRI sous CETTE GROTTE.

« J'appelle — grotte de Cham/p — celle qui est plus rapprochée que
les autres du village de ce nom . Elle est exposée à l'orient et sur le
(1) J 'ai trouvé sur le sol, près de la grotte de Comba-Negra, une belle tête de flèche barbelée, se rapportant aux types si connus des flèches des dolmens et des stations lacustres.

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mème niveau que la première, dont elle est peu éloignée; située dans
le vallon principal, elle domine le chemin qui longe la rive gauche du
ruisseau. Cette caverne est la plus vaste de celles que je décris; elle
mesure vingt-sept mètres de profondeur, quatorze mètres de largeur à
l'entrée, vingt mètres à l'intérieur; l'élévation de la voûte est proportionnée à ces dimensions.
Le terrain déposé a peu de puissance; il est de môme nature que
celui de la grotte de Coumba-Negra. Quelques sondages ont fourni un
petit nombre de silex ouvrés, semblables à ceux de l'autre caverne. J'ai
recueilli quelques silex épars sur le flanc du coteau, au-dessous de la
grotte, et je suis porté à croire qu'elle a été jadis en partie vidée.
Au niveau du chemin, à la base du coteau, s'étendent, sur une
longueur d'environ cinquante mètres, des abris qui ont été utilisés par
les aborigènes. Mais une partie des rochers en surplomb s'est détachée
par blocs énormes, sur une étendue de vingt-cinq mètres ; près de ces
éboulements j'ai ramassé quelques silex ouvrés, entre autre un beau
grattoir double. Des silex brisés jonchent les abords du chemin í 1 ), sur
toute la longueur des rochers-abris . On en chercherait vainement au
delà. »
La grotte de Champ est incontestablement la plus belle et la plus
vaste de toutes les grottes des bords de la Corrèze ; seule, la grande
grotte de Gorge d'Enfer, dans la vallée des Eyzies, peut lui être comparée comme surface, mais elle lui est de beaucoup inférieure sous tous
les autres rapports. Toutes deux ont été vidées à une époque antérieure
et les résultats acquis par les chercheurs modernes ont donné de médiocres résultats. Mais, si le sol de la grotte est ainsi dépourvu d'intérêt,
les terrains qui se trouvent en contrebas renferment de grandes quantités de silex et de jaspes de divers types magdaléniens.
Un point intéressant à noter est le suivant : la grotte de Champ,
comme celle de Combo-Negro, est accompagnée par une petite grotte.
Ces deux petites grottes sont placées à la même hauteur que les grandes,

(1) U est évident que ces silex ont été brisés et ramenés à la surface par les travaux d'ouverture de la voie de communication.

— 52 —
sur le flanc de la vallée ; leurs dimensions les rendent très habitables,
leur orientation est des plus favorables et leur accès facile, et cependant
ni leur sol, ni les éboulis qui les précèdent ne renferment de silex ou
de traces d'habitation préhistorique. Or, au Pouzet, près Terrasson, une
petite grotte occupe une position analogue et présente un sol aussi stérile, à côté de la grande grotte où abondent les souvenirs préhistoriques.
Nous signalons le fait, sans chercher une explication qu'une découverte
imprévue pourra apporter un jour.
Ces trois petites grottes sont, parmi les grottes de la région, les seules
qui n'aient présenté aucun vestige de l'industrie préhistorique.
7. STATIONS DIVERSES.
Toutes les excavations, tous les rochers en surplomb formant abri
ont donné des silex. Ces derniers ont été recueillis en nombre fort
variable suivant les différents points et là où les besoins de l'agriculture
ou des travaux divers avaient nécessité le déblaiement de la couche
archéologique; ailleurs c'est dans les champs voisins qu'ont été ramassés, à la surface du sol, les pièces les plus caractéristiques.
Parmi ces stations secondaires, on peut citer la Fons trouvée, sur la
rive gauche de la Couze, en amont du moulin de la Grèze, et les grottes
du Puy Jariges , qui se trouvent sur un affluent du ruisseau de
Champ.
II est difficile de considérer toutes ces stations comme ayant servi
d'habitat pendant de longues années aux hommes qui taillaient le silex;
il semble plus natureb-de penser que ces points habités recevaient la
visite des chasseurs de rennes qui y trouvaient un refuge contre les
gros temps ou y amenaient, pour les dépecer, les grosses pièces abattues dans le voisinage. La faible quantité des silex réunis est très explicable par l'habitation tout à fait temporaire de ces rendez- vous de chasse
si favorables aux excursions lointaines.
Les alluvions récentes des vallées, tant sur la Vézère que sur ses
affluents, présentent souvent des silex taillés. C'est par suite d'érosions
ayant entraîné les silex en place, que cette intercalation s'est produite.
A insi., lorsqu'on fit les fouilles pour établir le grand viaduc du chemin de

— 53 —
•fer de la ligne de Brive à Gahors, on a trouvé dans le sol sableux de nombreux silex magdaléniens, et cela, à plusieurs mètres au-dessous du niveau du sol actuel. Des découvertes semblables sont à signaler dans la
vallée de Champ et dans la vallée de Lamouroux. Le ruissellement des
eaux de pluie explique l'entrainement des silex dans le fond des vallées : de là, les eaux grossies par les pluies d'hiver, les ont charriés
jusque dans les cours d'eau plus considérables.
Dans les graviéres exploitées sur les bords de la Vézère pour Fentretien des routes nationales et qui sont formées de cailloux récents, sur
une épaisseur de deux mètres environ, on trouve des silex taillés ayant
cette origine. Les sables retirés par la drague, du lit de la rivière, contiennent de même des silex.
II est un fait qui mérite tout particulièrement l' attention, c'est que
les alluvions de la Corrèze et de la Vézère ne présentent des silex que
dans une portion restreinte de leur étendue. Les alluvions à silex de la
Vézère ne commencent qu'au point où elle reçoit la Corrèze ; il semble
donc que cet affluent marque la limite où cessaient les incursions
humaines dans cette direction, et la vallée de la Corrèze, à partir de ce
point, s'indique comme la route favorite des chasseurs de rennes. C'est
en effet sur ses bords et sur ses affluents que s'étagent les grottes ou
abris que nous avons décrits. La Couze, qui se jette dans la Vézère audessous de la Corrèze, traverse aussi une région fertile en stations, et
il est aisé de comprendre que la Corrèze avec ses vallées latérales et la
Couze donnent, à partir de ce point, aux alluvions de la Vézère, des
silex caractéristiques.
Sur la Corrèze, les alluvions à silex s'arrêtent au bourg de Malemort,
les eaux de la rivière n'apportent pas de silex à Malemort, tandis qu'à
partir de ce point, les sablières et les dragages donnent d'abondants
silex taillés.
La Vézère grossie de la Corrèze et de la Couze, descendant vers la
Dordogne, traverse la région aquitanienne où les riches stations que
nous avons décrites marquent le centre de la civilisation magdalénienne.
En se basant sur cette répartition des silex, il faut admettre que
l'homme, remontant la Vézère, s'engageait dans les vallées latérales de

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la Couze et de la Corrèze, sans remonter au delà la vallée de la Vézère.
Quant à la Corrèze elle-même, ils trouvèrent sur les bords du ruisseau
de Champ et les affluents des vallées de Planchetorte , Combo-Negro et
Lamouroux des conditions favorables à leur stationnement, mais ils
n'allaient pas au-delà de Malemort, où semblent s'arrêter leurs incursions.
Cette limitation si nette des régions occupées par l'homme dans les
vallées de la Vézère et de la Corrèze doit avoir eu une raison physique
que l' étude géologique approfondie pourra seule déterminer d'une façon
satisfaisante. Si les modifications physiques dues à l' extension glaciaire
du Plateau central étaient alors suffisantes pour limiter les territoires
de chasse dans cette partie du Limousin , on trouverait ainsi une explication qui permettrait de comprendre pourquoi l'homme s'arrêtait dans
ses incursions, à ces limites extrêmes.
Dans l'énumération et la description des stations que nous venons de
faire, nous n'avons pas eu la prétention d'indiquer toutes les localités
où ont été découverts des silex et des instruments magdaléniens dans
les vallées de la Vézère et de la Corrèze. Notre travail se rapporte particulièrement à la collection Elie Massénat et nous ne poursuivons comme
but que la publication des documents inédits, recueillis dans nos fouilles
personnelles. Si nous avons mentionné dans notre notice des stations
célèbres comme les Eyzies et la Madeleine , c'est parce que nous avons
eu communication de quelques pièces provenant de ces abris, mais nous
n'avons pas voulu résumer les travaux de nos devanciers sur ces importants centres préhistoriques, considérant comme définitivement acquis
les faits consignés dans leurs publications scientifiques. Nous nous réservons seulement de discuter leurs conclusions, en résumant celles qui
nous semblent autorisées par nos propres observations.
Pour le moment, nous nous contentons de décrire en détail ce qui est
nôtre, c'est-à-dire les pièces réunies dans les diverses stations que nous
venons de décrire.

CHAPITRE DEUXIÈME
INDUSTRIE

GÉNÉRALE

Laugerie-Basse présente l'ensemble le plus complet de l'industrie
magdalénienne. La constitution calcaire de la paroi en surplomb limitant les abris, a placé les objets enfouis dans les meilleures conditions
pour une conservation définitive. Si sur certains points des infiltrations
aqueuses, pénétrant la couche archéologique, ont modifié les instruments d'os et d'ivoire, amenant une friabilité qui rend impossible leur
extraction, sur d'autres, l'absence complète d'humidité a laissé leur
constitution intacte et on peut ainsi, avec les précautions voulues,
dégager des pièces qui ont conservé les caractères authentiques de leur
origine et de leur fabrication (U.
Ce sont surtout les instruments d'os et d'ivoire qui ont subi plus ou
moins profondément Faction du milieu extérieur ; la matière organique
s'est peu à peu détruite et l'os ou le bois de renne sont d'une légèreté
qui frappe au premier abord ; la disparition du ciment naturel laisse
les particules osseuses facilement attaquables par Pongle et le moindre
choc peut réduire en poudre un objet ainsi transformé. Le plus grand
nombre des pièces de la collection Massénat ont été traitées par la
(1) Pour le cieusement des galeries et l'extraction des objets rencontrés pendant la fouille,
Massénat' se sert d'un petit crochet façonné avec une aiguille à tricoter, courbée à angle
droit sur la lampe à alcool. Une poignée en bois permet de fixer ce crochet qui a 12 à 15
centimètres de longueur, avec une petite branche de 6 à 8 centimètres. Une raclette à manche
court permet de rejeter les terres en arrière du fouilleur. C'est avec ce matériel qu'a été
accompli le « travail de taupe J qui a permis de réunir les superbes pièces de la collection.

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gomme arabique. A cet effet on prépare une solution sirupeuse de ce
produit et l' objet nettoyé est placé dans ce liquide. On l'y laisse, suivant sa grosseur, 15 ou 20 jours, quelquefois un mois, puis on le
sèche à sombre, pendant le temps nécessaire pour obtenir une dessication complète. La gomme s'insinue à travers les pores de l'os, elle s'y
fixe, prend la place de la matière organique disparue et redonne à l'objet
une consistance suffisante pour pouvoir être manié, sans crainte d'avaries, et, chose très importante, n'en modifie pas la couleur.
De nombreux procédés ont été vantés pour l'imprégnation des objets
préhistoriques ; l'imprégnation par le silicate de potasse a trouvé dans
plusieurs collections un accueil favorable. M. Massénat n'a pas voulu
modifier sa méthode et sa principale raison est la suivante : au moment
où d'habiles industriels pratiquent la contrefaçon préhistorique, il est
de toute nécessité de pouvoir ramener un objet controversé à son état
primitif. Un objet gommé, placé dans l'eau pendant le temps nécessaire,
perd sa gomme, et les experts peuvent examiner l'objet tel qu'il a été
retiré du sol. C'est un avantage sérieux., et de ce fait, les pièces de la
collection Massénat se présentent avec un caractère de garantie que
l'on peut contrôler avec la facilité la plus grande.
Les grottes des environs de Brive sont creusées dans le grès triasique
et leur sol est formé par les détritus de cette roche ; seule la Grotte des
Morts a été comblée par des éboulis provenant du terrain jurassique
voisin. Le contact du grès avec les instruments en os ou les ossements
a amené leur détérioration rapide, et, n'étaient les objets recueillis dans
la Grotte des Morts., on pourrait dire que le mobilier de ces stations est
tout entier formé par les silex, qui., seuls, ont échappé à la destruction.
Dans notre description de Laugerie-Basse, nous avons indiqué le plan
que nous voulons suivre pour exposer en détail l'industrie magdalénienne, commençant par les silex, passant en revue les instruments en
bois de renne et en ivoire, pour terminer par la description des gravures
et des sculptures tracées par l'homme de cette époque lointaine.

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I. INSTRUMENTS EN SILEX.

L'industrie magdalénienne a pour base deux matières premières bien
différentes : le silex et l'os, qu'il s'agisse des cornes du renne, des ossements d'animaux divers ou de l'ivoire du mammouth.
Le silex avait joué pendant les temps préhistoriques antérieurs le rôle
capital; les chasseurs du Moustiers et de Laugerie -Haute n'avaient
connu que cette matière première et ils étaient arrivés dans la taille du
silex à une grande perfection. L'idée de substituer l'os au silex amena
une révolution complète dans l'industrie. L'os se prêtait merveilleusement à un travail délicat et facile, et dès lors l'ouvrier put façonner
rapidement et sans peine ces armes qui, tirées du silex, demandaient
un art consommé et une patience à toute épreuve. Le silex perd aussitôt
de son importance, car, désormais, toutes les armes seront façonnées
avec l'os ou le bois de renne. Cependant, pour tailler l'os, pour le
sculpter, lui donner la forme voulue, il fallait des outils robustes ; la
nécessité de couteaux et de scies s'imposait, le travail des peaux réclamait des racloirs acérés. C'est pour ces besoins spéciaux que le silex a
été conservé, et cette spécialisation limite à un nombre de types réduits
les formes des instruments tirés du silex.
La craie, à rognons de silex, forme, dans toute l' Aquitaine, un niveau
très constant, dont les couches stratifiées se montrent au flanc des vallées. Ce sont des mines inépuisables où les chasseurs de rennes recueillaient la matière première destinée à leur industrie primitive. Les
routes actuelles, les voies ferrées ont tracé dans ces couches des tranchées profondes qui permettent de juger de l'importance de cette formation et de sa richesse en silex. II est probable que les hommes préhistoriques ont pratiqué des puits dans ces couches pour utiliser, non
point les rognons de la surface, mais les silex profonds, ayant encore
leUr eau de carrière, et se prêtant plus facilement à la fabrication ; cependant aucun indice local de travaux de ce genre n'a été relevé.
Les rognons choisis étaient apportés à Fabri, pour être débités sur
place. On relève en effet dans la couche archéologique de nombreux
nucleus, restes de rognons d'où ont été enlevés les éclats superficiels.
Avec eux, des percuteurs destinés à déterminer Féclatement. Ce sont
8

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des galets de quartzite, ramassés dans la rivière, choisis en général pour
leurs proportions et leur dureté. Ils sont sphériques, se prenant bien à
la main et montrent à un de leurs pôles une surface granuleuse qui
indique la partie qui frappait le silex. Les percuteurs permettent d'affirmer que les éclats de silex étaient obtenus parla frappe brusque. Nous
avons souvent expérimenté Faction d'un tel instrument sur un rognon
de silex. Avec l'habitude, on arrive, par un choc brusque et bien appliqué, à déterminer l'éclatement de longues lames, régulières et parfaites.
Si tel était le procédé employé pour extraire du rognon les éclats successifs qui le réduisaient à l'état de nucleus, il n'est pas démontré que
les retouches étaient faites par le choc. Les résultats obtenus par plusieurs peuplades sauvages, pour la taille du silex, de l'obsidienne ou du
verre de bouteille, par simple pression à l'aide d'un instrument spécial,
autorise des suppositions diverses. Les retouches, faites par des chocs
ménagés, entraînent l'idée d'un établi destiné à supporter l'objet travaillé, et il semble tout aussi admissible que, dès les temps solutréens,
l'homme avait trouvé le moyen d'obtenir de petits éclats superficiels,
par un procédé analogue à celui employé encore par plusieurs peuplades sauvages.
II nous a semblé inutile de représenter des nucleus et des percuteurs.
Les nucleus ne sont pas en effet des instruments, mais de simples déchets de fabrication, des noyaux de silex dont la surface porte l'empreinte des derniers éclats détachés. Quant aux percuteurs, leur forme
n'a rien de voulu, ce sont des cailloux roulés par la rivière et leur seul
.caractère est de porter la surface de frappe dont nous avons parlé.
Les éclats détachés des nucleus étaient de qualités fort diverses ; les
premiers obtenus portaient sur leur face extérieure la surface même du
rognon, les suivants se détachaient plus ou moins réguliers, courts ou
longs, souvent entachés d'un défaut quelconque. La facilité de se procurer la matière première et de déterminer ses éclats, permettait à l'ouvrier d'être exigeant et de ne mettre de côté que les pièces de choix pour
son travail ultérieur. Ainsi s'explique la multiplicité des éclats dans le
sol archéologique. Un coup de pioche montre le sol lardé de ces débris
d'industrie, si nombreux que, sur certains points, ils constituent à eux

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seuls la couche presque entière. On se trouve dans ce cas en présence
d'amas formés par l'accumulation des déchets de l' atelier, rejetés au
même endroit. Ces éclats ne constituent point des instruments ; ils sont
utiles pour l' archéologue parce que leur présence dénote la probabilité,
dans la même couche, de pièces intéressantes à découvrir. A LaugerieBasse, on pourrait relever des voitures et même des wagons de ces résidus non utilisés, ce qui montre la quantité considérable de rognons
apportés et débités à la station.
Nos fouilles ont mis en évidence un fait important. Dans chaque abri,
les grosses pierres détachées de la paroi, formaient des tables autour
desquelles se groupaient les travailleurs. C'est en effet le plus souvent,
au pied de ces roches, que l'on a chance de découvrir des pièces travaillées. L'ouvrier installait sur sa table improvisée les éclats choisis
parmi les plus beaux, puis il se mettait à l'ouvrage ; les pièces réussies étaient mises en réserve ; celles qui venaient mal étaient jetées à
terre où nous les retrouvons. II faut remarquer que beaucoup des pièces
recueillies sont souvent ébauchées ou brisées ; les belles pièces entières
sont rares. En effet, toute arme finie, au gré de l' artiste, était mise en
usage, elle faisait désormais partie du fourniment du chasseur et, en
général, les pertes devaient se faire dans la forêt plutôt que sous l'abri.
Cependant, heureusement pour nous, des armes en bon état ont souvent été abandonnées sur le sol ou dans quelque coin du rocher et nous
les y retrouvons avec leurs caractères.
La collection Massénat comprend environ 2.000 instruments en silex,
tous choisis parmi d'innombrables séries. II est donc facile d'embrasser
tous les types de cette industrie magdalénienne. Nous avons choisi
pour les planches les pièces les plus nettes et les mieux déterminées.
Nous avons dit que l'industrie du silex avait été fort réduite , à
l'époque qui nous occupe, par l'adjonction de l'os comme matière première destinée à la confection des armes. Le silex, de ce fait, se trouve
restreint à la fabrication d'instruments robustes ou acérés destinés à
des usages divers, au dépècement des animaux (couteaux de dimensions variées), au travail de l'os (scies, burins, lames spéciales), à la
préparation des peaux (grattoirs et perçoirs).

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Nous avons réuni dans les PI. XLI1I et XLIV, les plus grands couteaux de la collection. Celui du centre dépasse 25 centimètres, c'est la
lame d'un formidable couteau de chasse, très tranchant, s'effìlant en
pointe mousse. Les lames voisines, de dimension plus réduite, constituent une des plus belles séries de Laugerie , ce sont des couteaux
larges et robustes.
A ces grandes lames se rattachent des couteaux plus longs, étroits,
dont nous possédons une dizaine de beaux échantillons. Dans les
PI. XLY et XLVI sont réunies les plus remarquables. La pièce 1 s'élargit
en une espèce de poignée qui est bien en main ; son tranchant est très
acéré. La pièce 2, est d'une grande régularité; elle est brisée en son
milieu ; son histoire est intéressante. Dans une première fouille superficielle, chez Delpeyrac, Massénat avait trouvé la moitié de cette lame ;
ce débri était si beau, si régulièrement taillé qu'on le conserva; quelques années après, dans une fouille profonde, à 50 centimètres environ
du précédent niveau, Massénat trouva un nouveau silex brisé, de belle
apparence. II se souvint du morceau installé dans ses cartons et quel
ne fut pas son étonnement de constater la concordance absolue de ces
deux moitiés. Cette observation montre l'importance attachée par les
chasseurs de rennes à un morceau de silex bien taillé. Le couteau
s'était brisé ; une des moitiés fut, sans doute, abandonnée sur le sol,
mais l'autre servit tongtemps encore, comme le prouve l' épaisseur de
la couche archéologique interposée entre les deux débris. La pièce 3,
semble avoir été emmanchée. Les lames suivantes sont plus imparfaites.
Les lames de dimension moyenne sont très nombreuses. Ce sont en
réalité de beaux éclats, bien choisis, à bords très tranchants, quelquefois légèrement retouchés, vers l'extrémité. C'étaient des couteaux qui
pouvaient servir à couper les viandes, à racler les ossements, à entailler
les cornes du renne. Ces lames se ressemblent toutes et il nous a paru
suffisant de grouper dans la planche XLVII dix pièces pour donner leur
allure. La lame s'affirme ici avec les caractères fondamentaux qui caractérisent aussi les grosses lames ; elle a une face plane, celle qui
correspondait au nucléus, et deux faces obliques qui, partant des bords
tranchants de la précédente, s'unissent en une crête dorsale. La coupe

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d'une telle lame est un triangle très aplati. Les deux faces convergentes
sont dues aux précédents éclats détachés du nucléus : elles se trouvent
dédoublées part iellementou sur leur longueur par des éclats de moindre
importance. Cette face plane se retrouve dans tous les silex magdaléniens ; elle est due à la íorme même de l'éclat et, dans le travail du
silex, l'ouvrier de cette époque n'a jamais exécuté sur cette face de
retouche. Les pointes solutréennes caractéristiques de Laugerie-Haute
sont, au contraire toutes retouchées sur les deux faces.
La réduction des lames conduit à un matériel fort intéressant de
râtelier magdalénien. Nous l' avons réuni dans la PI. XLVIII. II se
compose de petites lames tranchantes (1 -9 , se terminant par une pointe
aiguë. II semble que beaucoup d'entre elles ont été enmanchées et leur
délicatesse fait songer aux instruments de nos graveurs modernes ;
c'étaient les burins de ces antiques artistes. Des lames à dents profondes (10-11), simulant des dents de scie, semblent avoir servi à
tracer ces lignes, régulièrement espacées, que nous trouvons sur les
pièces gravées. Enfin toute une série de petites scies, triangulaires
(13 à 25), pouvant s'enmancher, ayant des dents petites et serrées, qui
ont pu aussi servir de limes, complètent l'arsenal des dessinateurs et
sculpteurs préhistoriques. Nous retrouverons les manches de ces outils
délicats faits d'os d'oiseaux et de petits mammifères.
Nous n'hésitons pas à considérer comme des scies puissantes, les
lames triangulaires représentées dans la PI. XLIX. Au lieu d'une
lame plane comme les précédentes, on se trouve en présence d'un
corps massif, triangulaire. Les arêtes ne sont pas un tranchant acéré et
continu ; elles sont découpées par des retouches successives et transformées en une crête à dents grossières. L'examen des ossements préparés
pour le travail montre que les incisions longitudinales et transversales,
sur lesquelles nous reviendrons, étaient faites par une lame triangulaire,
agissant comme scie par son tranchant, et comme lime par ses faces
latérales. A mesure que le silex s'enfonçait, la rainure s'élargissait,
présentant une coupe triangulaire coiTespondant à celle de la lame
mise en action. Ces instruments sont moins nombreux que les autres
lames, mus en possédons une quinzaine d'échantillons.

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Les belles lames retouchées tant à l'extrémité que sur les bords,
deviennent des armes aiguës et tranchantes qui étaient, sans doute,
utilisées comme armatures de lances et de sagaies. Ce sont les dernières
armes de jet fabriquées en silex ; elles pouvaient facilement s'enmancher et étaient très pénétrantes. Elles sont très nombreuses à Laugerie;
nous réunissons dans la PI. L les plus remarquables.
Le grattoir est très variable dans son allure. II abonde dans la
couche archéologique, à tel point qu'on se demande comment la préparation des peaux pouvait nécessiter une telle abondance d'instruments.
On est forcé d'admettre que le grattoir devait avoir des qualités spéciales qui, une fois perdues, faisaient rejeter l'instrument. Peut-ètre le
tranchant s'usait-il vite et il était difficile de réparer le grattoir devenu
insuffisant, on avait meilleur temps de s'adresser à un nouvel éclat et à
fabriquer un grattoir neuf. De là, le rejet sur le sol d'un nombre si
grand d'instruments et des provisions sans cesse renouvelées de ces
silex.
Le grattoir est une lame, plus ou moins large, dont une extrémité ou
les deux extrémités ont été retaillées en un bord convexe, coupant. II a
donc aussi une coupe triangulaire et ses faces disposées comme dans la
lame.
On peut distinguer quatre types de grattoirs :
Les grattoirs discoïdes — les grattoirs simples — les grattoirs à
queues — les grattoirs doubles.
Les grattoirs discoïdes sont réunis dans la PI. LI. Ils sont étalés,
limités par une circonférence presque régulière ; leur face plane présente, en général , un bulbe de percussion très accentué. La retouche
a lieu le long du bord discoïde et donne un tranchant acéré. Une portion de la circonférence, épaisse, non retouchée, forme talon. Ces grattoirs rappellent les racloirs des époques antérieures ; ils pouvaient être
utilisés directement ou emmanchés par pincements entre deux lèvres
d'un manche robuste. Leurs dimensions sont fort variables.
Les grattoirs simples (Pl. LII) dérivent du type précédent par simple allongement de l' éclat. Très forts ou très ténus ; ils ont d'une part
une extrémité avec un tranchant dû à de fortes retouches, et d'autre

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part, une extrémité mousse pouvant être tenue à la main ou pincée
entre les deux lèvres d'un manche.
Les grattoirs à queues (PI. LIIIetLlV), avec la même allure, ont un
prolongement triangulaire qui permettait d'enfoncer l'instrument dans
un manche et assurait sa fixation par un procédé différent. Ce prolongement s'épaissit dans quelques échantillons qui forment le passage au
type précédent.
Les grattoirs doubles (PI. LY) ont les deux extrémités façonnées en
tranchant; ils sont de toutes formes et facilement reconnaissables. Cette
disposition semble indiquer qu'ils n'étaient pas emmanchés, pouvant
être utilisés alternativement par leurs deux tranchants.
Nous réunissons sous le nom de perçoirs, une belle série de pièces
caractérisées par une extrémité très aiguë, ayaut servi à pratiquer des
orifices.
Les pièces de la PI. LYI ont pu servir de gros burins, leur pointe
étant courte et aiguë. Mais il faut considérer comme de vrais perçoirs
les types de la Pl. LVIL Ici la pointe longue, résistante, se détache d'une
partie basilaire donnant aux doigts une prise facile, et il est difficile de
ne pas voir dans cet instrument un stylet destiné à traverser les peaux
préparées.
De même qu'il y avait des grattoirs doubles, on trouve des perçoirs
doubles que nous réunissons dans la Pl.LYIII, à des perçoirs courts,
massifs (5-8), rares à Laugerie.
Tel est l'inventaire des types des instruments de silex recueillis par
nous dans les stations magdaléniennes ; ce sont les outils de l'ouvrier
qui prépare les bois de renne et les ossements pour la fabrication des
armes et instruments divers ; ce sont les instruments du graveur, les
lames pour dépecer les animaux et couper les viandes, les grattoirs et
les perçoirs pour la préparation des peaux. Seules les lames retouchées
semblent avoir servi d'armatures et se rattachent aux armes de jet du
groupe suivant.

II. INSTRUMENTS EN BOIS DE RENNE, EN os ET EN IVOIRE.
L'industrie caractéristique des stations laugériennes est celle façonnée avec la matière première d'origine osseuse. Les bois du renne
détachés du crâne des animaux tués à la chasse et les bois de renne
recueillis après leur chute, se présentent comme prédominants dans
cette fabrication. La structure de ces cornes pleines se prêtait merveilleusement au travail, la substance en est homogène, dense, résistante,
c'est à peine si, vers le centre, les aréoles fines de la masse spongieuse
modifient un peu cette allure.
Pour bien se rendre compte de ce qu'étaient ces bois au moment du
travail, il ne faut pas s'attacher aux fragments retirés de la couche
archéologique qui, par faction du sol, ont perdu tous leurs caractères,
devenant friables, légers, si tendres que f ongle peut les entamer facilement ; il faut prendre en mains des bois de renne ou de cerf qui, récemment détachés, ont conservé leur nature et leur résistance. On voit
ainsi pourquoi le choix des chasseurs s'était plus particulièrement porté
sur cette partie de f animal. Nous avons eu la patience, avec les scies
et les couteaux de silex, de fabriquer avec le bois du cerf, des lames,
des harpons et des flèches, d'après le modèle de Laugerie.
On arrive, avec un peu d'habitude, à de remarquables résultats. C'est
en examinant ces pièces ainsi fabriquées qu'on se renl compte de la
finesse qu'on pouvait donner aux pointes et de la résistance d'une ma ~
tière première aussi bien choisie. Le temps a enlevé aux instruments,
que nous relevons sous les abris, ces caractères fondamentaux. Avec nos
pointes de flèches et de lances, nous avons démontré la puissance de
pénétration des pointes les plus aiguës qui ne se brisent ni ne s'émoussent en s'enfonçant dans une épaisse planche en sapin. Le chasseur de
rennes pouvait compter sur ces armatures pour frapper à mort les animaux qu'il poursuivait.
L'os ne vient qu'en seconde ligne ; en effet, la matière compacte y
est peu épaisse. Dans les os longs, elle ne forme qu'un tube autour de
la moëlle ; dans les os plats elle est réduite à f état de tables minces
séparées par une couche d'aréoles, mais en revanche elle est plus dure

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et elle a donc été réservée pour des usages spéciaux. Ainsi, les aiguilles
si fines et si délicates, demandaient pour leur fabrication une substance
très dure, mais l' épaisseur de la couche pouvait être minime. C'est pour
cette raison que l'os est surtout utilisé dans l'industrie des aiguilles. De
même, le graveur qui avait besoin de lames pour tracer ses esquisses,
avait souvent recours aux débris d'omoplates ou d'os iliaque.
L'ivoire du mammouth était encore moins utilisé. II est démontré
qu'à l'époque qui nous occupe, ce proboscidien était devenu un animal
rare dans la vallée de la Vézère. Les débris recueillis à Laugerie sont peu
abondants et il est certain que les habitants n'ont dû posséder qu'un
nombre très restreint de défenses. Quelques armes ont été taillées dans
cette précieuse substance, mais l'ivoire était plus particulièrement réservé à des objets de parure, aux amulettes, à des sculptures et à des
gravures.
A. ARMES DE JET.
Les armes de jet abondent à Laugerie. Par leurs dimensions et leurs
formes, elles peuvent être divisées en trois catégories : les sagaies ou
lances, — les harpons, — les flèches.
Nous avons choisi, pour les planches, les types les plus caractéristiques et nous les avons groupés en tenant compte de leurs affinités de
forme et d'allure. Une classification méthodique de semblables matériaux est à peu près impossible, car il est évident que les chasseurs de
rennes qui façonnaient ces armes, les modifiaient à l'infìni, n'ayant
pas de modèles définis et nettement arrêtés à l'avance.
a. SAGAIES OU LANCES.
Le nombre des sagaies, recueillies par nous à Laugerie-Basse, se
monte à près de deux cents, en tenant compte des fragments importants.
En suivant nos planches où sont réunies les pièces de choix, nous relevons particulièrement les variétés suivantes :
Les sagaies massives du premier type sont groupées dans la PI.
LIX ; elles sont robustes, atténuées insensiblement d'une part en
9

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pointe pénétrante, s'effìlant d'autre part pour l'emmanchure. La face
destinée à s'appliquer contre la hampe est plus ou moins longuement
taillée en méplat pour cette juxtaposition. Ainsi, dans la sagaie 1, la
partie destinée à cet usage atteint presque la moitié de la face correspondante : on la voit nettement en b, marquée de stries obliques destinées à favoriser l'engrènement de l'armature avec le manche. Dans la
sagaie plus courte, 4, la môme face b est tout entière plane et porte les
mêmes stries d'engrènement. Sur cette pièce, la face opposée, a, porte
des tubercules, régulièrement disposés, qui constituent des crans d'arrêt pour le lien qui fixait la sagaie à sa hampe, il est évident que,
dans ce cas, la pointe seule faisait saillie et que la solidité d'attache au
manche était excessive. L'atténuation de l' extrémité correspondant au
manche permettait de serrer fortement en ce point le lien fixateur qui
s'opposait à la projection en arrière de l'armature,
Les grandes sagaies de la Pl. LX se rapportent à cette dernière
forme; leur pointe seule faisait saillie en avant du manche; le reste,
appliqué contre la hampe, était retenu par de puissantes ligatures. La
face libre porte encore les tubercules obliques, quadrangulaires, sur
un ou deux rangs, qui maintenaient les liens d'attache, et l'atténuation
de l'extrémité correspondante permettait une fixation solide. La sagaie 1 est entière et permet de comprendre cette disposition. La sagaie 3
est une des plus fortes de la collection; c'est un fer de lance résistant
qui pouvait perforer les plus gros animaux de l'époque.
Les Pl. LXI et LX1I nous fournissent deux types distincts. Avec
les sagaies 1 et 2, nons sommes encore en présence des formes précédentes. Avec les sagaies suivantes, l'emmanchure prend un caractère
nouveau. La longue sagaie droite 3, est régulièrement polie dans toute
sa longueur et cette longue pointe devait rester libre à l'extrémité de la
hampe. La fixation se faisait par un biseau s'enfonçant entre les deux
lèvres de l'extrémité fendue du manche ; un talon légèrement déjeté
assurait le maintien en place de la ligature appliquée sur le bois et qui
fixait le tout par un rapprochement énergique du bois sur l'os. Dans la
sagaie courbe, 4, on retrouve la même extrémité taillée en biseau pour

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l'emmanchure. Ces longues pointes, reliées au manche par une extrémité de dimension restreinte, devaient offrir une solidité très relative,
il semble probable qu'elles étaient soutenues par une tige partant du
manche et s'appliquant contre elles. Ainsi, la moitié inférieure de la
face concave de la sagaie 4, est rugueuse et devait s'appuyer contre une
semblable tige. — Les sagaies 5 et 6 ont un biseau perpendiculaire
aux faces planes de l'instrument ; ses petites dimensions doivent plutôt
le faire considérer comme une disposition ayant pour but d'en faire
un cran d'arrêt enveloppé, à la surface, par le fil de la ligature, qu'un
prolongement s'enfonçant dans une entaille de la hampe.
Les sagaies représentées dans les planches suivantes sont de plus
petites dimensions ; les unes droites, les autres courbes, se distinguent
surtout par les modes particuliers d'emmanchure.
Celles de la Pl. LXIII sont toutes coupées à une extrémité par
un long biseau qui s'appliquait sur un biseau correspondant du
manche. Des stries assuraient les contacts, une ligature enveloppait le
manche et l'armature. A signaler quelques sagaies de cette forme, 4 et
5, parcourues par un sillon profond, longitudinal.
Dans la Pl. LXIV, deux types spéciaux ; des sagaies atténuées aux
deux extrémités, devant s'appliquer, comme les grandes sagaies de la
planche LIX contre le manche, l'une des pointes plus aiguës le dépassant, l'autre plus mousse, enveloppée par la ligature et s'opposant,
par sa forme même, au déplacement en arrière de l'armature. La sagaie 7 présente un type d'emmanchure absolument particulier et tellement rare que l'échantillon représenté constitue, avec une flèche
courte, les deux seuls échantillons recueillis à Laugerie- Basse et offrant
cette disposition. II est utile d'insister sur la rareté de ce type, car ce
mode d'emmanchure si spécial et devenu si rare dans la station décrite,
était au contraire caractéristique d'une industrie antérieure sur laquelle
nous reviendrons. Ici l'os est incisé triangulairement en deux lèvres
divergentes destinées à recevoir l'extrémité de la hampe coupée en
double biseau.
Les sagaies de la planche LXV ont l'extrémité d'implantation en

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double biseau. Elles s'enfonçaient dans le manche et une ligature serrait les deux lèvres du bois sur l' extrémité triangulaire de l' armature.
Quelques-unes de ces sagaies, 2, sont évidées par un sillon longitudinal.
Les sagaies courbes sont réunies dans la planche LXVI. L'observation
des sagaies 4 et 6 montre la façon dont l'emmanchement s'opérait. Dans
le premier cas, un biseau occupait Tune des extrémités ; dans l'autre
un méplat, au centre même de la face, permettait l'application contre
le manche. Dans ce dernier cas, une des extrémités formait pointe,
l'autre, repliée, saillante sur le manche, constituait une pointe récurrente qui se fixait dans les tissus si l'on voulait retirer la flèche de la
plaie.
b. HARPONS.
Les harpons, connus aussi sous le nom de flèches barbelées, sont
moins abondants que les sagaies, on les rencontre en moyenne dans la
proportion de 1 pour 3. Le nombre des pièces de cette forme recueillies
par nous ne dépasse pas 80.
II y en a de deux types : les harpons à double rang de barbelures
et les harpons à un seul rang de barbelures.
Le harpon typique est formé par un axe arrondi, qui porte sur ses
deux faces latérales, ou sur une seule face, des dents récurrentes aiguës.
,L'axe se termine d'une part par une pointe aplatie pénétrante ; d'autre
part, il se prolonge par une masse ovoïde s'atténuant en cône aigu. Ce
cône était destiné à pénétrer daus un manche léger, s' adaptant à une
cavité correspondante ; le bourrelet servait à fixer un lien qui se reliait
à un flotteur. Le harpon était destiné à la pêche ; H était lancé avec sa
hampe légère, et, s'il pénétrait, le manche se détachait, laissant dans la
plaie l'armature barbelée qui décelait sa présence par le flotteur. Grâce
à cette disposition, les gros saumons de la Vezère, harponnés de la
rive, pouvaient être suivis et capturés au moment propice.
Ces pièces étaient délicates, longues à fabriquer, précieuses à plus
d'un titre ; c'est pour cette raison que le propriétaire du harpon le
marquait d'un signe permettant de reconnaître son origine. Beaucoup
de harpons portent à cet effet un méplat sur une face et sur cette surface

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lisse se trouvent les signes de propriété. Ce sont les plus antiques signatures connues, nous en avons reproduit quelques unes.
Une pièce intéressante, 7 de la PI. LXX, nous permet de comprendre
comment se fabriquaient ces armes si compliquées. L'axe était d'abord
indiqué par des incisures longitudinales et, sur la face, des lignes angulaires équidistantes marquaient remplacement des dents. Chaque
dent était prise dans la masse, sculptée et retaillée sur les deux faces,
et, une à une, les barbelures étaient ainsi façonnées avec la plus grande
régularité.
La planche LXVII nous offre une série de superbes spécimens de
harpons barbelés sur les deux faces. La pièce 1 est typique, avec dents
larges, peu inclinées ; la signature formée de lignes entrecroisées et
d'un point est très caractéristique. La pièce 2 a les dents plus aiguës et
plus inclinées. La pièce 5, plus massive, a les dents très espacées,
marquées de deux cannelures ; la signature apparente se compose de
six lignes obliques parallèles.
Dans la planche LXVIII, nous relevons à côté de harpons plus petits,
fìg. 1, des types plus massifs, aplatis, à dents plus grossières, fig. 5, 6,
7. La pièce 5, bien complète, montre le cône aplati pour l'emmanchure
et un orifice destiné à recevoir l'extrémité du lien du flotteur, la largeur de l'instrument a nécessité cette innovation.
La planche LXIX réunit des harpons barbelés sur une seule face. II
y en a de toutes dimensions. Les types 1 et 2 sont les plus fréquents,
copiés sur les harpons typiques à deux rangs de barbelures. La pièce 3
est d'une délicatesse extrême portant des dents régulières et minuscules.
La planche LXX nous présente aussi les types massifs et aplatis de la
planche LXVIII et la fig. 3 nous offre la même perforation pour le flotteur. Notons la pièce 5 avec des dents tuberculeuses non aiguës, et la
pièce 6 qui ressemble à un crochet. La fig. 7 est un harpon en fabrication, encore engagé dans le bois de renne.
L'intéressant travail de notre ami Ed. Piette Wsur les harpons dans

(1) Ed. PIETTE. Etudes d'ethnographie préhistorique, in Anthropologie, t. VI, n° 3.

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les grottes des Pyrénées, met en relief la coïncidence des types à deux
rangs de barbelures et à un seul rang de barbelures recueillis par lui,
et ceux que nous avons représentés. Pour lui, les variétés dans la forme
et surtout dans l'emmanchure marquent une progression très évidente,
et les perfectionnements observés correspondent à des divisions nettement caractérisées de l'âge du renne, à tel point que tel harpon peut
permettre de déterminer la couche et l'industrie qui raccompagne. Le
harpon se prolongea d'abord par un manche à peine atténué, sans disposition spéciale pour la fixation du flotteur (PI. LXIX, fig. 5) ; un perfectionnement fit établir, à l'extrémité du manche, un cône renversé à
base saillante, formant un bourrelet pour assujétir le fil. Cette disposition se trouve sur presque toutes les pièces représentées dans nos planches. Le dernier perfectionnement aboutit à la fabrication du harpon
plat, très large, à un ou deux rangs de barbelures, percé d'abord d'nn
trou arrondi (PI. LXVIII, fig. 5), puis ovalaire (PI. LXX, fig. 3). Les
dessins donnés par Ed. Piette dans son mémoire se superposent exactement aux nôtres, mais, si au Mas d'Azil, il est possible de suivre couche
par couche révolution du harpon et la succession des formes que nous
venons d'énumérer, il est impossible dans la couche de Laugerie- Basse
de tracer des limites avec une telle exactitude. II semble que sur ce
point les indigènes variaient la forme et le mode d'attache du flotteur
suivant les nécessités de la fabrication.
Comment se lançaient les sagaies, les harpons? Dans un travail sur
cette question, A. de Mortillet (i) croit pouvoir conclure que les chasseurs de rennes, pêcheurs des saumons de la Vézère, utilisaient un
propulseur, analogue au bâton de jet dont se servent encore les Esquimaux, les Australiens et quelques tribus de l'Amazone. L'instrument
consiste en une baguette, creusée en gouttière sur une de ses faces, et
munie d'un crochet saillant à l'une de ses extrémités. Le manche de la
sagaie ou du harpon est couché dans la gouttière, la pointe en avant,
l'autre extrémité du manche engagée sur le crochet. Cet instrument
(1) A. DE MROTILI.ET. LP.S propulseurs à crochet, in Revue de l'Ec. dAnthropoIogie, t. I,
1891.

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permet de projeter l'arme cì une grande distance avec une justesse remarquable. C'est le woumera des Australiens. Une pièce provenant de
Laugerie-Basse et qui est au musée de Saint-Germain semble se rapporter à ce genre de propulseur. « Cette pièce, dit M. de Mortillet, est
» formée d'une tige, ou íùt, de corne de renne, munie à une de ses ex» trémitós d'un crochet et couverte de sculptures et de gravures : au
» dessous du crochet est sculptée une tête de cervidé occupant trois des
» faces, sur un des côtés est repi'ésenté, en faible relief, un renne dont
» les cornes sont très nettement indiquées; enfin, dans le bas, on re» marque une fine gravure au trait qui paraît représenter un poisson.
» Quoique incomplète, la pièce en question mesure encore un peu plus
» de 30 centimètres ; elle devait par conséquent avoir une longueur
» supérieure à celle des plus petits woumera australiens. »
Plusieurs stations ont fourni des objets analogues. Nous avons figuré
(PI. LXX, 6) l' extrémité d'une baguette à crochet ayant pu servir de
propulseur. II est donc possible d'admettre que les sagaies et les harpons étaient projetés vers le but à l'aide d'un propulseur analogue à
celui dont se servent encore les Esquimaux et les Australiens. Mais il
est probable que Tare devait être employé pour lancer les armes légères
dont il reste à parler.
c. FLÈCHES.
Les armatures de flèches abondent à Laugerie-Basse. Elles se rattachent par leur allure aux sagaies courtes qui peuvent aussi bien être
déterminées comme longues flèches ; la transition est insensible et la
division entre les deux groupes est absolument arbitraire. II est en effet
impossible d'affirmer où cessait remploi du propulseur et si Tare était
utilisé, puisque les matériaux ligneux, flexibles, qui servent à la fabrication de ce dernier appareil, ne pouvaient parvenir jusqu'à nous. La
petitesse relative des armatures permet de conclure à la légèreté des
armes qui les portaient, et les observations faites, qui démontrent que
presque toutes les tribus sauvages utilisent Tare pour la projection de
ces flèches légères, nous permettent de penser qu'un instrument analogue devait être employé par les chasseurs magdaléniens. Propulseurs

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pour lancer les sagaies lourdes et les harpons barbelés, arcs flexibles
pour projeter les flèches légères, tels sont les moyens que les chasseurs
avaient à leur disposition pour atteindre le gros gibier, les poissons, les
oiseaux et les animaux agiles.
Ces armatures sont en bois de renne, munies d'une longue pointe
aiguë, conique et d'une base taillée en biseau pour la fixation au manche. Dans un premier type, PI. LXXI, la pointe est fort régulière, très
lisse, sans aucun accident de surface ; c'était l'arme pénétrante par excellence. Le mode d'emmanchure est partout le biseau qui correspondait à un biseau opposé du manche ; une forte ligature assurait le contact des surfaces. La pièce représentée fig. 7, a, b, c, est unique par son
mode d'emmanchure. Comme la sagaie précédemment décrite, sa base
est découpée par une fente triangulaire dans laquelle s'enfonçait l'extrémité du manche taillée par un double biseau. En jetant un coup
d'oeil sur les pièces de la planche, on voit les variations de taille et
d'allure des armatures diverses, depuis la pointe aiguë et conique de la
fig. 5, de petite dimension, à la belle pointe longue, bien proportionnée,
typique, représentée fig. 1, et à la pointe lourde, massive, obtuse de la
fig. 6. La pointe 5 est percée d'un trou à la base, sans doute un trou de
suspension pour la porter comme amulette. La pointe 4 a un petit mamelon à P extrémité de son biseau.
Les pointes de la Planche LXXII sont d'une autre forme ; elles sont
plus carrées, et l'extrémité, au lieu d'être aiguë et conique, se termine
par un bord très tranchant, curviligne, atteignant le sommet. Un large
biseau est entaillé pour l' emmanchure et la face opposée porte une encoche plus ou moins longue ; cavité obtuse, dépression oblongue, sillon
à extrémités effilées. II semble probable que cette encoche était destinée
à recevoir, sous une couche de Suif, des éléments toxiques capables
d'amener la mort de ranimai blessé. De nombreuses populations sauvages empoisonnent leurs flèches par ce moyen, et la comparaison autorise les conclusions précédentes. Ces flèches à encoches sont aussi
variables de dimensions et d'allures que celles du premier type.

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A ces formes s'opposent les flèches de la pl. LXXIII, plus ou moins
allongées, mais effilées en pointe à leurs deux extrémités. Dans la fig. 1 ,
on reconnaît à une encoche longitudinale la pointe pénétrante ; l'autre,
étant destinée à être fixée dans un manche approprié, s'effile de même
en une pointe très régulière. Ce type est assez répandu, très variable de
longueur. Les plus courtes ont pu servir à compléter des armatures et
former des pointes récurrentes d'allures diverses. Attachées par le milieu, elles ont pu constituer des hameçons très primitifs.
L'idée de pointes récurrentes, empêchant l'armature de revenir en
arrière et de se dégager des tissus, s'affirme nettement dans les harpons.
Les nombreuses flèches triangulaires de la pl. LXXIV ont été fabriquées dans lemème but. Elles ont la forme d'un long triangle, s'élargissant dans la région moyenne pour se fixer au manche. De cette partie fixée, part en avant la pointe pénétrante, triangulaire, et se projette,
en arrière, une apophyse divergente, constituant la pointe récurrente
libre. Ces flèches sont de dimensions variées ; armes de choix, elles
sont souvent ornées de dessins variés, comme dans la fig. 6. Nous avons
réuni, dans la Pl. XXXIX, quelques échantillons de ces flèches ornées.
B. POINÇONS ET AIGUILLES.
Les peaux d'animaux étaient certainement préparées, par des procédés rudimentaires, et servaient à des usages variés. Pour les fixer,
on utilisait un lien, et, pour passer ce lien, on se servait de poinçons et
d'aiguilles. Comme le font nos cordonniers actuels, on perçait au poinçon le trou dans la peau résistante, et on ouvrait la voie à l'aiguille,
qui passait facilement, sans se rompre.
Nous avons réuni dans les Pl. LXXV et LXXVlune série de choix des
poinçons les plus caractéristiques. Ces poinçons comprennent, en général, deux parties : une portion plus large, formant manche, et une pointe
aiguë, perforante. Sur ce thème, l'ouvrier varie à l'infini la grandeur,
la longueur, la forme. Dans la première planche, nous remarquons des
types, fig. 1 et 2, où la pointe est séparée du manche par un sillon circulaire. Les formes 8 et 9 sont excessivement aiguës ; l'échantillon 10
a deux pointes : c'est un poinçon double. Nous avons dessiné dans cette
10

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planche la pièce I I, qui a pu être utilisée comme une navette. On peut
rapprocher de cette pièce celle figurée Fl. XXVI, fig. 2, qui porte unorifice allongé identique pour recevoir le fil. Dans la seconde planche
sont des pièces légères, fig. 1 à 5, d'un beau fini. L'échantillon 1 porte
quatre files de crans équidistants, tracés pour donner plus de prise à la
main. Ces types 8, 9, 10, sont massifs, plus grossiers; ce sont des portions d'os, à peine dégrossis.
Les aiguilles sont un des outils les plus délicats et les plus étonnants
de l'industrie de Laugerie Basse. Nous choisissons, parmi de très nombreux spécimens, les mieux conservés, en graduant dans les Pl. LXXVII
et LXXVIII une série de grandeurs variées. Voici d'abord les plus fines,
d'une fragilité extrême. Elles sont en os dur, quelques-unes en ivoire
de mammouth. La plus belle est celle représentée fig. 8, qui atteint près
de 9 centimètres de longueur et qui reste d'une grande finesse dans
toute sa longueur. La plus fine de toutes est le n° 16, qui ressemble par
ses dimensions à une aiguille d'acier. Dans la planche suivante, nous
avons réuni les plus grosses, aiguilles massives destinées à de robustes
coutures. Gn fabriquait mème l'aiguille courte, fig. 8 et 9. Le petit instrument, fig. 10, a pu servir à écarter des fils ; peut-être est-ce un hameçon?
La préparation de ces aiguilles nous est connue par la découverte
d'aiguilles en voie de fabrication. On les tirait quelquefois des lames
d'ivoire; mais la matière la plus employée était l'os du cheval. C'était
dans la partie très dense du canon qu'on enlevait les bandes osseuses
destinées à cette fabrication. II est impossible de trouver un canon entier, qui ne soit pas découpé par des stries longitudinales profondes.
Nous montrons, en 11 et 12, deux lames détachéesdu canon qui portent
à leur surface ces incisions longitudinales caractéristiques. Ces traits de
scie étaient obtenus avec les petites lames en silex, triangulaires, denticulées, réunies sous les n os 12 à 25 de la Pl. XLVIII. On détachait ainsi
des baguettes osseuses, anguleuses, qu'on arrondissait, en les passant entre
les dents saillantes de petits peignes en silex : n" 10-11 de la même
planche. Les cailloux gréseux, plats, servaient de polissoirs pour donner le dernier fini k la surface et pour amener la pointe à l'acuité voulue.
Toutes ces aiguilles sont munies d'un chas pour le passage du fil. En,

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regardant ce chas, on voit qu'il a été percé en deux temps et qu'il est
dû à la rencontre de deux perforations commencées sur les deux faces
opposées de l'aiguille ; en coupe, il donne deux cônes se fusionnant par
leurs sommets. On se servait, sans doute, pour cette perforation de silex
très aigus comme ceux de la Pl. XLVII1, fig. 7, 8, 9. On commençait
par percer sur une des faces choisies, et quand on avait atteint le centre
de l'aiguille, pour ne pas provoquer l'éclatement, on la retournait et on
faisait, en face, un nouveau trou qui rencontrait le premier ; de là cette
disposition bi-conique du chas, très caractéristique, et qui garantit l'authenticité d'une pièce douteuse ; une aiguille à chas régulier, percée
d'un seul coup, de part en part, n'est pas une aiguille de l'âge du renne.
Beaucoup d'aiguilles préparées pour le percement nous sont arrivées non
terminées ; j'en ai reproduit quelques-unes : c'est par la comparaison
de ces pièces qu'on arrive à établir le procédé suivi.
Quel était le fil des chasseurs de rennes ? Rien n'autorise à penser
qu'ils ont utilisé les fibres de plantes indigènes ; au contraire., tout porte
à croire que, suivant en cela les usages des populations actuelles qui ont
le renne (Esquimaux et Lapons)., ils se sont servis de tendons de renne qui
peuvent se dissocier facilement en fils d'une ténuité extrême. Un tendon
est un véritable écheveau d'où l'on peut détacher à sa guise des fils de la
grosseur voulue. Les traces très évidentes de grattage que portent les
os de renne recueillis dans les stations, au point d'insertion des gros
tendons, ne laisse aucun doute à cet égard. Les intestins de l'animal se
prêtent à la confection de cordes à boyau. Voir, pour l'historique de cette
question, l'intéressant article de M. E. Lartet : On ihe empioyment os
seiving needles in anciens Times, in Reliquise Aquitanicse, p. 127141.
C. OBJETS A TROUS DE SUSPENSION.
a. PENDELOQUES.
Avec les vêtements de peau, la parure fait son apparition. Les dents
d'animaux et les coquilles forment la base des pendants variés, des colliers, des bibelots divers destinés à être portés pour rehausser le costume.

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La Pl. LXXIX esL consacrée aux dents perforées et à quelques objets
façonnés dans le même but : dents de renard et de loup, crochets du
cheval, incisives d'herbivores. La fig. 10 se rapporte à une canine de
carnassier de grande taille. Les boutons représentés fig. 13 et 14 sont
fort curieux ; réunis deux à deux par un lien médian, ils ont pu servir
de bouton double pour la fermeture du vêtement. Une représentation
en bois de renne d'une coquille est donnée fig. 15 ; il est intéressant de
constater, par cette copie, l'importance accordée aux coquillages comme
objet de parure ; le trou de suspension en est brisé. En 16 et 17 figurent des pendeloques arrondies, couvertes de stries et de points variés.
Sur la première, ce sont des rayons divergents, sur la seconde dès dessins rappelant ceux du dos d'une coccinelle. Les canines de cervidés,
fig. 18, 19, 20, étaient recherchées et percées pour constituer des pendants. Toutes sortes de substances : lignite, fig. 21, roches dures, fig. 22,
étaient percées pour contribuer à Tornementation.
Comment étaient groupées ces pendeloques ? Les petites dents réunies dans la fig. 9 furent trouvées éparpillées sous un crâne d'enfant.
On peut affirmer qu'elles avaient dû constituer un collier, et il est probable que ces pièces percées ont dû être réunies par un lien, passant
dans les orifices, pour donner des colliers et des bracelets.
b. COQUILLES PERCÉES.
Ces coquilles ont été soumises à la détermination de M. le professeur
Fischer ; il leur a consacré, dans une étude d'ensemble sur les Coquilles
des Cavernes (!) le passage suivant :
Grotte de Laugerie-Basse (Dordogne).

« Coquilles fossiles : Arca Turoniea Dujardin. — Peclen benedictus Lamarck. — Cardita ind. — Cyprsea affmis Dujardin.
(1) Sur les Coquilles récentes et fossiles trouvées dans le* cavernes du Midi de la France et de
la Ligurie : in Bulletin de la Société géologique de France, 3 e série, t. IV, 1876, p. 330. —
Note sur les Coquilles récoltées par M. E. Piette dans la grotte du Mas-d'Aril (Ariège) : in
Anthropologie, t. VII, 1896.

— 77 —
— Cerithium bidentatum Grateloup. — C. papaveraceum
Basterot. — C. minulum M. de Serres. — Paludina lenta
Sowerdy.
» Coquilles vivantes : Pectunculus glycirheris Linné. — Ostrea
edulis Linné. — Nassa gibbosula Linné. — Cassis saburon
Brugière. — Purpura lapillus Linné. — Fusus Jeffryesianus
Fischer. — Cyprsea europsea Linné. — C. pyrum Linné.
— C. iurida Linné. — Nassa reticulata Linné. — Chenopus
pes pelicani Linné. — Turrilella communis Risso. — Littorina HtotrealÀxmë. — L, obtusata Chemnitz. — Patella vulgata Linné. Dentalium tarent inum Lamark.
» Les coquilles fossiles de Laugerie Basse sont presque toutes miocènes ; les unes proviennent des faluns de Touraine : Arca Turonica,
Cyprsea afjinis, Cerithium bidentatum, C. papaveraceum, etc. ; les
autres des faluns de l'Anjou : Pecten benedictus ; Paludina lenta
est semblable aux individus provenant de File de YVight.
» Les coquilles vivantes appartiennent en majorité à la forme marine
actuelle de F Aquitaine et du Poitou. Trois espèces cependant sont méditerranéennes : Cyprsea pyrum, C. Iurida et Nassa gibbosula. »
La présence de ces dernières coquilles montre que des relations existaient entre les diverses tribus océaniques et méditerranéennes du midi
de la France. La Paludina lenta de Fîle de Wight est plus étrange :
« On pourrait en conclure, dit Fischer dans une note, qu'à cette époque
la navigation existait. Comment expliquer autrement la présence d'une
coquille de la Grande-Bretagne en Périgord ? » Mais est-ce bien Paludina lenta? Ne s'agit-il point de Paludina vivipara Linné? C'est
sous ce nom que M. Deperrot a déterminé les échantillons recueillis à
Laugerie que je lui ai soumis.
• Quels étaient les usages de ces coquilles, les unes intactes, les autres
percées ? M. Fischer, au mémoire duquel nous renvoyons pour les détails, fait plusieurs suppositions à cet égard. Les coquilles percées ont
pu être enfilées soit pour servir d'ornements, de colliers, de bracelets,
soit pour former une série monétaire, ce qui suppose Fidée d'une numération. Certaines coquilles intactes représenteraient, dans le même

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ordre d'idées, des objets de trafic d) ? Le petit nombre de ces coquilles
éloigne pour nous l'idée d'une monnaie primitive ; nous y voyons plutôt des pendeloques et des ornements variés pouvant se combiner avec
les dents percées et les amulettes.
c. CAILLOUX ROULÉS.
Nous rapprochons de ces formes des cailloux roulés, en général aplatis, recueillis dans le lit de la Vézère et qui portent un trou de suspension. Ce trou de suspension est bi-conique, ce qui indique que, pour
f obtenir, on a successivement attaqué les deux faces du caillou et que
c'est la réunion de deux concavités fusionnées en leur centre qui a déterminé la perforation. C'est la même méthode que pour la perforation des
aiguilles et des pendeloques, mais ici la nature de l'objet à percer a
nécessité remploi d'autres instruments. C'est sans doute à l'aide d'une
baguette appointée ou d'un os taillé en pointe, avec interposition de
sable fìn, qu'ont pu être pratiquées, par usure, les petites cupules dans
les roches dures qui constituent ces cailloux.
Ces pièces varient de grandeur, elles sont nombreuses ; nous choisissons les plus intéressantes dans la Pl. LXXXl. La plus grande, fig. 1,
est un galet de schiste cristallin qui a été percé à deux reprises. Un trou
de suspension brisé occupe une des extrémités ; l'autre orifice est trés
régulier et très typique. Des galets plus petits, fig. 2 et 3, sont très aplatis, également en schistes. Ce dernier montre la difficulté que rencontrait fopérateur pour déterminer les points précis, sur les deux faces,
pour percer les trous. L'orifìce s'est produit non point au centre de la
cupule, mais latéralement. Les galets 4 et 5, en gneiss granulitique, le galet 6 et 7 en grès argileux, le galet 8 en calcaire ; il porte
deux trous, l'un très grand, l'autre très petit.
Ces cailloux ont pu être percés pour être portés comme pendeloques,
mais leur poids a pu les faire utiliser à d'autres usages; ce ne sont peutêtre que des pesons pour tendre des filets.

(I) Robert E. G. Stearns : Ethno-conchology : a sludij of primitive money : in Smithsonian
Institution, 188G-87, p. 297-334, plat. I-IX.

— 79 —
C. INSTRUMENTS DE MUSIQUE ET DE TATOUAGE.
a. SIFFLETS DE CHASSE.
On trouve dans les foyers de nombreuses phalanges de renne et de
saïga portant une perforation au-dessous de l'extrémité. Cette perforation a été pratiquée à l'aide d'un silex ; elle est, en général, très régulière. Si, plaçant k tête de l'os contre la lèvre inférieure, on souffle
violemment dans la perforation, on obtient un sifflement aigu, qui a fait
considérer ces phalanges comme des sifflets de chasse. La production
du son, par ce procédé, est-elle véritablement la raison de la fabrication de ces appareils? On ne peut émettre à ce sujet que des suppositions.
Cependant la comparaison que l'on peut faire de ces phalanges percées avec des instruments de musique rudimentaires,tels qu'on observe
dans beaucoup de peuplades sauvages, semble appuyer cette conclusion. Des phalanges donnent des sons très différents suivant leur calibre
et la disposition du trou, depuis les petites phalanges du saïga jusqu'aux plus grosses phalanges du renne. J'ai pu établir une gamme
presque complète. Ces phalanges réunies entre elles, à l'aide de courroies, ont pu former de véritables flûtes de Pan, sur lesquelles on pourrait siffler des mélodies assez compliquées.
b. INSTRUMENTS POUR LE TATOUAGE.
II est fort probable que les chasseurs de rennes se tatouaient. Les dessins portés sur la pièce phallique de la Pl. I, íìg. 3, ne peuvent guère
s'interpréter autrement. C'est à la préparation de la matière colorante
destinée à cet usage que se rapportent les godets de formes diverses
rencontrés dans les foyers.
Ordinairement, c'est un caillou arrondi, poli sur une face servant de
pied et creusé sur l'autre face d'une cupule plus ou moins profonde.
Nous représentons, Pl. LXXXII, fig. 6, le plus intéressant de cette série ; il est accompagné de sa petite molette, façonnée en calcaire, fig. 7;

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Partisse a tiré un heureux parti de la présence d'une téréhratule dont il
a fait un manche original. Les jeunes cornes de rennes, fig. 8, a, b,
encore réduites à F état de cupules, étaient utilisées aussi dans le même
but. On ramasse de nombreux fragments d'oxyde de fer qui portent
des stries de grattage ; la poudre rouge ainsi obtenue était triturée dans
des godets qui ont conservé à la surface cette couleur caractéristique.
L'i n traduction sous la peau de substances colorantes devait se faire à
l'aide de fins silex servant d'aiguilles à tatouage.
c. BÂTONS EN T.
Nous rapprochons des instruments de musique les bâtons en T, dont
la forme typique est donnée par la pièce I de la Pl. LXXXIII. Façonnés
en bois de renne, ces bâtons comprennent une branche plus longue,
se terminant d'une part par une extrémité arrondie, et servant, d'autrepart, d'insertion à deux branches divergentes plus ou moins obliques,
d'où l'allure de la lettre T. A l'union des trois branches, on observe
une perforation, à peine commencée sur la pièce en question. Cette
perforation est poussée plus loin sur la pièce 3, complète sur la pièce 4.
Les pièces réunies dans la planche suivante confirment cette description. La pièce 1, complète, n'a pas de perforation ; elle s'indique en 2,
se complète en 3. Ces bâtons en ï étaient souvent ornés ; les deux branches transversales étaient même sculptées avec beaucoup de soin, fig. 4.
La position du biphallus (Pl. 1, fig. 3), à l'extrémité du bâton en T,
typique, ne peut laisser aucun doute, c'est un bâton terminé dont le
manche est brisé. La fig. 2 de la Pl. IV a dû appartenir aussi à une
semblable pièce. La fig. 2, Pl. XIII, a pu être un manche du bâton
en T. 11 n'y a pas d'hésitation pour la fig. 3 de la Pl. XXXI, pour la
fig. 1 de la Pl. XXXV, pour les fig. 1 et 3 de la Pl. XLII.
La comparaison de ces pièces avec les baguettes bifides dont les Lapons se servent pour frapper le tambour dans leurs cérémonies magiques est des plus rationnelles. Ces bâtons en T, ornés avec soin, sont
des objets de luxe, et la similitude des formes autorise cette interprétation.

— 81 D. INSTRUMENTS A POINTE MOUSSE.

a. SPATULES.
On trouve en abondance dans les foyers des lames en bois de renne
ou en os, qui sont atténuées en pointe mousse à une de leurs extrémimités. Nous en donnons une belle série dans les Pl. LXXXV à LXXXVII.
■Plus longues ou plus courtes, plus élargies ou plus minces, elles sont
façonnées sur un patron identique. On les désigne souvent sous le nom
de lissoirs; nous préférons l'expression plus générale de spatules. Leur
abondance semble indiquer qu'elles devaient avoir un usage fréquent,
et il est probable qu'elles servaient à la préparation des peaux, comme
lissoirs, complétant l'acte des racloirs en silex si abondants dans les
foyers. Quelques pièces, Pl. LXXXVIII, sont remarquablement légères.
Nous avons même placé sur cette planche des lames incurvées, fig. 1 et
2, finement retouchées sur les bords qui n'ont pu servir à de tels usages.
La pièce 1, en particulier, avec une division très nette en lame incurvée et. en manche marqué sur ses bords d'encoches régulières, est un
objet de luxe, muni d'un trou de suspension à une extrémité, et qui a
été utilisé sans doute comme objet d'ornement.
b. EPINGLES ET BROCHES.
Nous avons réuni dans les Pl. LXXXIX et XG des formes allongées
assez hétérogènes et ayant servi à des usages variés. On peut voir dans
les longues pièces effilées 1,2, 3, des épingles à cheveux, destinées à
.traverser l' épaisse chevelure de ces antiques sauvages. La pièce 1 est
artistement travaillée, couverte de lignes de chevaux, à grosse tète, dont
nous avons donné le détail Pl. XXXIV, fig. 2. La pièce 4 est une longue
spatule. Les pièces 5 et 6, incurvées, arrondies, résistantes, ayant pu
être emmanchées, ont pu porter une corde à boyau et former des
archets pour donner la rotation à des burins de silex.
c. STYLETS.
Cette série se complète par des spatules effilées, comparables à des
11

couteaux à papier, et qui ont pu servir comme stylets ; nous donnons
les plus remarquables dans la Pl. XCI. La pièce 1 est d'une grande
finesse, avec un manche court, élargi, et une lame plus étroite, s'effilant en pointe mousse. Les pièces 2 et 3 ont la pointe aiguë.
B. OUTILS DIVERS.
Nous réunissons sous ce titre général les piquets, les coins et les marteaux destinés à des usages journaliers dans la station. Ces pièces sont
nombreuses, nous nous contentons de représenter dans nos planches les
plus caractéristiques.
a. PIQUETS PERCÉS.
On ne peut pas hésiter sur remploi de ces pièces, en examinant les
fig. 1 et 2 des Pl. XCIII et XCIV. Ce sont des piquets résistants destinés
à être enfoncés dans le sol et dont la tête robuste, pouvant supporter des coups violents pour renfoncement, est percée d'une large
ouverture circulaire. Le bord de l'ouverture est allongé dans le sens de
la longueur, poli par le contact d'un lien qui a laissé son empreinte
en tirant sur Panneau dans lequel il était engagé. L'abondance des grattoirs en silex et des spatules montre que le travail des peaux était poussé
avec activité, et les peaux ne pouvaient être utilisées toutes pour les
vêtements ; il est certain que le plus grand nombre servaient à établir
les parois des habitations qui s'installaient sous les abris de Laugerie.
C'étaient, sans doute, des tentes ayant pour plafond et pour mur de
fond l'avancée et la paroi de la falaise, et où les peaux servaient à limiter les murs latéraux et la façade. Des piquets pour retenir les cordes
qui fixaient ces peaux étaient nécessaires, ainsi s'explique le grand
nombre de débris de ces instruments. Par la Pl. XCII, on voit qu'ils
variaient de grosseur ; ces piquets ne portent jamais d'ornements. Beaucoup de pièces signalées sous le nom de « bâtons de "commandement
doivent rentrer dans cette catégorie.
« Les pièces réunies sous ce nom, dit de Mortillet dans « le Préhistorique », sont de grands fragments de corne de renne percés d'un ou de

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plusieurs trous à leur extrémité la plus forte. Généralement ce sont des
bases de corne présentant encore leur meule ou couronne d'insertion et
des traces plus ou moins allongées de l'andouiller basilaire. Parmi les
bases de corne, il en est dont la meule et l'andouiller basilaire sont
artistement travaillés, d'autres où l'une de ces parties seule est façonnée. Mais le plus habituellement, meule et andouiller ont à peu près
conservé leur aspect naturel. Les trous, parfaitement circulaires, ont de
9 à 32 millimètres de diamètre. Ils sont au nombre de un à quatre..
Lorsqu'il yen a plusieurs, ils se trouvent juxtaposés ou bien inégalement distancés. De tous les instruments, après les poignées d'épées,
c'est le plus orné. A quoi servait-il ? »
Nous sommes persuadés que beaucoup de pièces réunies sous ce nom
sont bien différentes. Les bâtons en T, les piquets avec leur large
orifice, à pointe souvent' brisée , les grands 'poignards à poignée
percée, peuvent en revendiquer un certain nombre. On peut rapportera
ces deux dernières catégories tous les bâtons non sculptés qui ont conservé leur aspect naturel. Restent les bâtons de luxe, dont nous n'avons
pas trouvé jusqu'ici à Laugerie de spécimens types. C'est surtout à la
Magdeleine et aux Eysies que Lartet et Christy trouvèrent les plus remarquables, couverts de dessins variés. Edouard Latet a voulu voir dans
ûes bâtons des insignes de chef. II s'agit certainement d'objets de grand
luxe, et il est difficile de leur découvrir un usage pratique déterminé, et
en raison de leur problématique emploi, il est bon de conserver jusqu'à
nouvel ordre à ces pièces de choix le nom de bâtons de commandement sous lequel ils sont connus.
b. COINS.
A côté de ces piquets se placent les coins, typiquement représentés
dans la PI. XCV. Les uns, à tête saillante, fig. 1, ont pu, étant enfoncés
en terre, servir à fixer une corde ; tous ont pu être utilisés pour provoquer des éclats. II y en a de toute dimension; l'obliquité de leurs
faces est très calculée, la pointe pouvait facilement s'engager et l'extrémité opposée, large et épaisse, pouvait résister aux chocs les plus
violents.

— 84 —
c. MARTEAUX.
Des marteaux, PI. XCVI, complètent cet outillage. Formés par la
partie basilaire d'un bois de renne, ils ont une tète massive et un manche
constitué par le fût même du bois de renne. De toutes dimensions, ces
marteaux ne semblent pas avoir servi pour les gros ouvrages. Peut-être
étaient-ils utilisés pour marteler les peaux, car leurs dimensions les
rapprochent plutôt des marteaux de nos cordonniers que des masses de
nos tailleurs de pierres. Trop faibles pour enfoncer des piquets ou des
coins, ils devaient être remplacés dans ce travail par les gros galets,
maniés à la main, qu'on trouve dans la station.
F. GRANDES ARMES.
a. MANCHES DE LAMES EN SILEX.
Les grandes lames de silex étaient emmanchées dans des bois de
renne affectant une forme très définie : PI. XCVII et XCVIII. Un tel
manche était élargi en avant pour recevoir le silex, et découpé en dessous pour offrir à la main une région moyenne atténuée, à dos arrondi,
qui se prenait aisément dans la main. Ces manches souvent très simples,
fìg. I, 2, étaient souvent ornés de stries, flg. 3, ou d'autres dessins.
C'est sur un manche de cette forme qu'est gravée « la chasse à l'aurochs », PI. XI.
Des morceaux plus ou moins volumineux de bois de renne, fìg. 4, ont
pu constituer des armes contondantes, des sortes de massues, souvent
couvertes de dessins ; nous en reproduisons une des plus intéressantes.
Des poignards de formes variées complètent cet arsenal.
b. BECS D'OISEAUX.
Nous donnons le nom de becs d'oiseaux à des poignards de la forme
représentée dans les Pl. XCIX et C. Ces pièces sont en bois de renne.
L'ouvrier a souvent choisi pour la confection de ces pièces la base d'un.

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bois de renne, profitant du premier andouiller pour la constitution du
manche de l'outil et traçant dans le bois lui-même la lame aiguë de l'instrument, en la limitant par un trait de scie très oblique. De cette façon,
la lame s'insère sur le manche en faisant un angle plus ou moins ouvert
dont le sommet est précisément occupé par la surface cicatrisée qui
unissait jadis le bois au frontal. La pièce 1 est très caractérisée. Les
pièces 2, 3, plus petites, se rapportent au même type. Toutes trois ont
en effet un manche épais et résistant. Dans les autres pièces 3 et 4, le
manche est aminci et scié comme la lame, et il est probable que la queue
ainsi constituée était destinée, comme celle de nos limes, à être prise
dans un manche perforé pour la recevoir.
c. POIGNARDS.
Les poignards se relient très étroitement aux becs d'oiseaux ; ils ne
s'en distinguent que parce fait que c'est Taxe du bois de renne qui constitue le inanche, se poursuivant directement en avant par la lame amincie ; le premier andouiller, conservé sur une longueur plus ou moins
grande, forme la garde de l' arme. Dans les planches CI et Cil, nous avons
dessiné les plus remarquables. La grande pièce 1 avec son manche robuste, sa garde saillante, sa longue lame amincie par un trait de scie,
présente un grand trou arrondi àl'union de ses parties. Une courroie
passée dans cet orifice permettait, sans doute, de fixer l'arme à la ceinture. Le poignard 2, plus petit, sans trou de suspension, est sur le même
type. Dans la forme 3, la poignée est courte et épaisse, la garde est réduite à une simple apophyse; très' en main, cette arme permettait de
frapper des coups terribles.
II faut joindre à ces formes un autre type donné dans la PI. V, fìg. 1
et 2. Ici lë manche et la garde sont sciés à égale distance et un large
trou occupe le milieu de la poignée large qui se prolongeait par une
longue lame détachée par les cassures anciennes. La base de cette poignée devait s'appuyer sur la face interne de la main, entourée par les
doigts repliés, le médius s' engageant probablement dans le trou médian,
tenue comme un véritable coup de poing, projetant en avant une lame
acérée.

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Ces poignards, souvent très simples, offrent aussi des dessins et
des sculptures remarquables. C'est à ce dernier type que se rattachent
les « aurochs jumeaux » de la PI. IV, fìg. 1, qui correspondent exactement aux pièces que nous venons de citer.
III. INSTRUMENTS DIVERS.
Nous devons compléter la liste des instruments précédents par quelques pièces spéciales rencontrées dans la station.
Nous avons, en nous occupant de la taille des silex, parlé des cailloux
roulés transformés en percuteurs et des morceaux de rognons de silex
qui restent après la fabrication sous forme de nucleus. Nous consacrons
les PI. Clll et GIV à la représentation de ces objets précédemment
décrits.
De même, nous avons dit que des silex taillés à une époque antérieure : silex moustériens, dont nous aurons à nous occuper plus tard,
avaient été apportés à la station. Pour confirmer cette indication, nous
réunissons dans les PI, CV et CVI les pièces les plus caractéristiques
trouvées à Laugerie : haches moustériennes et racloirs moustériens. Ces
pièces ont été ramassées à la surface du sol par les chasseurs de rennes
et apportées à la station ; la forme des silex moustériens est si différente
de celle des silex de Laugerie Basse qu'il ne peut y avoir de doute à ce
sujet ; à notre époque, on rencontre encore souvent de semblables
pièces déposées loin des stations : ces tailleurs de silex devaient s'intéresser à ces vieux échantillons ainsi découverts ; il semble qu'ils aient
retouché quelques arêtes, mais ils n'en ont point adopté les types primitifs.
Les cailloux roulés et galets, si abondants dans la couche archéologique, ont la même origine. Ils n'ont pas été apportés par les eaux, mais
par l'homme, qui les a choisis pour des usages divers ; les uns ont servi
de percuteurs. L'un, Pl. CVIII, 1 , est perforé par un long canal oblique.
La plupart sont arrondis ou ovoïdes, choisis parmi les plus polis et les
plus réguliers. Nous en reproduisons quelques-uns. Pourquoi ces petites billes variées? S'agit-il de cailloux utilisés pour des jeux ?
Les galets aplatis portent souvent des trous de suspension, Pl. LXXXI,

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quelques-uns même sont gravés, Pl. CVIII ; nous les étudierons bientôt.
Le quartz opaque a servi quelquefois à la confection d'éclats utilisables comme pointes perforantes ; mais c'est surtout le quartz hyalin
qui a été utilisé dans ce but. Nous avons réuni dans les Pl. CIX et GX
les éclats retouchés les plus intéressants; on y reconnaît desperçoirs de
diverses dimensions, des grattoirs et des nucleus. Ces quartz, d'une
belle eau, sont assez rares et ne constituent qu'une industrie rudimentaire, la matière se prêtant mal à la taille d'éclats importants.
IV. GRAVURES ET SCULPTURES.
L'homme de Laugerie qui fabriquait tant d'ustensiles variés et qui
était arrivé à une telle perfection dans l'industrie des pièces les plus
délicates, comme les aiguilles, les harpons barbelés, les armatures de
flèches et de sagaies, ne fut pas seulement un ouvrier fort habile,
il se manifeste à nous avec des qualités artistiques de premier ordre.
En présence d'armes bien réussies, de belle allure, il pensa que l'ornementation devait en rehausser la valeur et il réussit, en créant la
sculpture et la gravure, à atteindre une perfection qu'on ne pouvait
attendre de ces populations primitives. L'ótonnement du monde savant
fut grand quand on exhuma de ces antiques foyers d'importants documents d'un art très avancé. Laugerie Basse, si riche par son industrie,
est certainement aussi une des stations les plus remarquables à ce point
de vue, puisque notre collection contient plus de 300 pièces sculptées
ou gravées, la plupart représentées dans notre Atlas, de la Pl. I à la
Pl. XLII.
Se basant sur ces recherches, M. Ed. Piette a établi dans l'art primitif (O la succession suivante : sculptures en ronde-bosse, — sculptures en
bas-relief, — dessins à contours découpés, — dessins au trait. Pour lui,
ces procédés divers se montrent successivenent et les pièces exécutées par
leur moyen caractérisent des assises successives dans sa période glyptique. A Laugerie Basse, il est impossible de faire une pareille distinc(1) Ed. Piette : Notes pour servir à VHistoire de l'art primitif, in Anthropologie, t. IV, 1894.

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tion , et nous ne pensons pas que la disposition irrégulière de la couche
archéologique, due à des obstacles variés, soit la cause de mélange entre
des industries distinctes. Les gros blocs qui coupent les foyers ont été
utilisés comme des tables pour le travail du silex et de Fos, et c'est ordinairement à leur pied que sont enfouies les pièces les plus remarquables, abandonnées ou jetées, après détérioration, parmi les débris du
sol. Or, dans ces petits amas, qui sont pour le chercheur de vrais trésors, on ne peut songer à rapporter les sculptures, les bas-reliefs et les
gravures, rencontrés sans ordre précis, à des assises superposées. Si,
sur d'autres points, il y a eu évolution lente des procédés, il semble qu'à
Laugerie, après quelques essais et tâtonnements qu'indiquent certaines
pièces rudimentaires, l'homme, par l'étude de la nature, soit arrivé
rapidement à découvrir les procédés divers de représentation, sculptant
et gravant à la fois les formes précises des êtres qui l'entourent.
Nous étudierons successivement les instruments utilisés pour le travail et les œuvres les plus remarquables des artistes préhistoriques de
Laugerie-Basse O).
a. MATÉRIEL.
La matière première est tantôt l'ivoire, tantôt le bois de renne, tantôt
les ossements d'animaux, quelquefois les galets polis. L'important était
d'avoir, pour les sculptures, une matière dense et compacte, qualités
que présentent l'ivoire et le bois de renne ; pour les gravures des lames
planes et lisses ; aussi, aux palmes des bois de renne, se joignent les os
plats : omoplates, côtes, apophyses du bœuf et du cheval.
Les outils de l'atelier sont réunis dans la Pl. XLVIII. Ce sont des
lames de silex, aiguës, de divers calibres, 1 à 9, qui permettaient de
tracer des lignes déliées. Des scies, 13 à 18, servaient à dégrossir ; des
lames triangulaires, 19 à 25, sciant par leurs angles, burinant par leur
(1) Salomon Reinach : La Sculpture en Europe avant les influences gréco-romaines, in
Anthropologie, 1894, 18Í.5, 1896.
.Thomas "Wilson : Prefiisloric art; or theorigine of art as manifesled in the works os Prehistoric maìi, in Report of the U. S. national Muséum (Smithsonian institution), 1896. p. 325664, av. 74 pl.

— 89 —
pointe aiguë, s'atténuant en une queue effilée pour ^emmanchure, sont
les instruments les plus spéciaux, et ils sont très caractéristiques du
magdalénien.
C'est avec ces ©utils variés que l'artiste faisait sortir du bloc son
ébauche, la retouchait, lui donnait le fini voulu, c'est avec ces pointes
acérées qu'il gravait profondément dans l'os les contours hardis de ses
gravures.
Ces derniers burins étaient emmanchés. Les manches étaient formés
par de petits os, Pl. X, fìg, 5 à 9, creux, permettant la pénétration des
prolongements effilés des silex. Un très remarquable se trouve dans la
Pl. XXXVIII, vu, fìg. 8, sous toutes ses faces. Ces manches sont couverts d'encoches qui assuraient une meilleure prise des doigts. On a
pensé trouver dans ces stries des marques déterminées comme nombre,
des signes spéciaux se rapportant à une sorte d'écriture. Pour moi, les
encoches superposées, disposées en file sur les angles saillants, n'ont
eu pour but que d'empêcher le glissement du manche entre les doigts ;
les combinaisons de lignes sur les faces peuvent être au contraire des
signes de propriété. La pièce 9 de la Pl. X, est, à cet égard, la plus particulière. Sur une face, on voit une sorte d'inscription : une barre, un
A renversé, un V droit, un I, un V droit, un X ; sur l'autre face, un
V. II est évident que la comparaison avec des lettres de notre alphabet
est due à des rencontres de lignes obliques et ne repose que sur une
coïncidence sans valeur. Sur la pièce 7 de la même planche, on remarque
sur la face c un espace carré limité par des lignes peu régulières, avec
un petit X en son centre. Ces indications étaient des signes destinés à
assurer au propriétaire de l'objet la possibilité de le reconnaître. Nous
retrouvons ces sortes de signatures sur les belles armes et en particulier
sur les harpons barbelés; nous en avons reproduit et décrit dans les
Pl. LXVn, fìg. 1 et 5 et LXVIII, fìg. 2.
Cette pièce 7 qui semble avoir servi de manche est, de plus, intéressante par la disposition de ses encoches accompagnées de stries transverses, traversant toute la face de l'os, et qui sont équidistantes. On
dirait qu'on a voulu diviser l'os en espaces réguliers indiquant, par des
stries plus fortes, les séries régulières d'encoches plus petites, comme
nous le faisons pour indiquer dans un décimètre la place des centi12

*

— 90 —
mètres et des millimètres. II faut reconnaître que l'ordonnance générale,
de ces lignes manque de régularité, mais peut- être í'aut-il voir dans :
cette combinaison un premier essai pour comparer les longueurs relatives de petils objets.
La pièce 8 de la Pl. XXXVIII mérite aussi une mention spéciale. Elle
a pu servir de manche et porte de fines stries sur ses angles. Elle est conique, s' élargissant fortement à une extrémité. Si Ton bouche à l'aide
du doigt un des orifices, on transforme ce tube creux en sifflet de
chasse, avec deux sons différents, aigu ou grave suivant qu'on souffle
dans l'une ou l'autre des ouvertures terminales. Tous les tubes creux —
comme les clefs percées, — peuvent rendre de semblables sons, aussi
nous constatons le fait sans tirer de conclusion de cette observation.
Avec ce matériel si simple, les chasseurs de rennes ont pu tracer sur
l'ivoire et l'os ces œuvres qui font notre étonnement et notre admiration. Par la pensée on se représente ces hommes, jouissant de loisirs sérieux, par l'abondance du gibier qui pullulait dans cette région riche et
ensoleillée, façonnant de belles armes, cherchant les moyens d'enjoliver
leurs contours, de donner aux manches de leurs poignards plus d'élégance et d'allure. Celui-ci cherche des combinaisons de lignes équidistantes, entrecroisées, groupées de mille façons diverses; celui-là arrive
à tirer d'un os des formes d'abord grossières, puis plus précises qui représentent les animaux familiers, d'autres, avec des burins effilés,
tracent sur des lames d'os ou d'ivoire le contour des êtres qui vivent
autour d'eux, fixant le souvenir de leurs chasses les plus célèbres. II
nous reste à passer en revue les objets d'art recueillis dans nos fouilles
de Laugerie Basse, en allant des plus rudimentaires aux plus remarquables.
b. ENCOCHES, STRIES ET TUBERCULES.
L'idée de tracer, par des petites incisions sur les arêtes, des encoches
plus ou moins profondes est la plus simple. En étudiant les petits
manches des burins nous avons vu apparaître ce mode d'ornementation
qui avait, du reste, pour but de donner plus de prise à la main et de
s'opposer au glissement en donnant à des surfaces lisses une certaine,

*

— 91 -'rugosité. Ces encoches prolongées deviennent des stries que nous
voyons apparaître sur les poinçons, Pl. LXXVI, fìg. 1 .
Les stries, transformant les surfaces lisses en surfaces rugueuses,
interviennent lorsqu'il s'agit d'établir entre deux surfaces un contact
plus parfait et plus complet. Ainsi s'expliquent ces stries obliques qui
se montrent sur les biseaux des sagaies, des flèches, des harpons, destinées à assurer la fixation aux manches ; il suffit de passer en revue
les pièces représentées de la Pl. LIX à la Pl. LXXIV, pour rencontrer
de nombreux exemples de ce mode de striation.
Pour assurer le maintien en place du lien qui, passant sur le dos de
l'armature et sur la partie convexe du manche, devait fixer les surfaces
rendues adhérentes par leurs stries, l'idée vint de tracer des stries sur
le dos des flèches et des sagaies. Mais ces stries peu profondes ne retenaient les tours du fil d'attache que d'une façon bien légère ; on songea à remplacer ces stries par des tubercules obliques, pris dans la
masse, qui intervenaient d'une façon plus efficace, s'intercalant entre
les tours du lien et les maintenant définitivement en place. La grande
armature 1 de la Pl. LXXIV montre nettement la disposition de ces
tubercules de fixation. C'est surtout pour les grandes sagaies qui demandaient une emmanchure résistante qu'on voit intervenir ces tubercules
dorsaux. Ces tubercules, Pl. IX, étaient disposés sur un ou plusieurs
rangs, arrondis ou rectangulaires, obliques ou régulièrement espacés.
Mais à côté de ces encoches et stries ayant un but déterminé, on en
observe qui peuvent être considérées comme de véritables ornements.
II suffit de parcourir notre atlas pour relever une quantité de lames
bordées d'encoches, les unes continues, les autres percées d'un, trou de
suspension. « De Vibraye, grand chasseur, dit de Mortillet, y a vu des
marques de chasse, d'autres des marques d'événements divers. Chaque
fois qu'on voulait se rappeler un fait, on traçait une encoche nouvelle,
comme certains boulangers le pratiquent encore sur les bois qui servent
à marquer les pains livrés. » C'est peut-être aller un peu loin que de
voir dans ces lames à encoches des registres de comptes préhistoriques.
Si quelques plaques percées, Pl. XXXVIII, fìg. 1 à 5, ont pu être considérées comme marquées de crans certifiant une dette, on peut aussi
les considérer comme de simples pendeloques, ainsi que les pièces 6

— 92 —
et 7 qui ne portent pas de crans mais quelques traits superficiels et la
pièce 3 de la Pl. IX. La pièce 1 de la Pl. X présente un rétrécissement
qui a servi à fixer un lien ; elle fait le passage aux spatules à crans 2,
3, 4 de la môme planche, nombreuses aussi dans la Pl. IX. On s'est
ingénié à compter les crans, à les rapprocher en séries, pour y découvrir une base de numération. Pourquoi chercher une complication si
grande lorsqu'on se trouve en face de simples stries d'ornementation
primitive? La pièce 8 de la Pl. XX avec une ligne saillante sculptée
pour porter des stries régulières, la pièce 5 de la Pl. XXVIII marquée de
lignes divergentes de stries obliques, méritent une mention spéciale.
c. DESSINS GÉOMÉTRIQUES.
Les dessins géométriques sont exécutés de deux manières différentes,
en gravures en creux, au simple trait, ou en bas-reliefs, se détachant en saillie sur la face de l'os qui a été sculptée plus ou moins profondément.
Pour ses gravures géométriques l'artiste a fait intervenir le point,
la ligne droite et la ligne courbe qu'il combine en des ensembles variés.
Le point isolé est rare, on trouve en général des lignes de points,
Pl. XXXII, fig. 5, — Pl. VIII, fig. I, — Pl. XIX, fìg. 2.
Les lignes droites sont longitudinales, Pl. XXVIII, fìg. 1, transversales, Pl. VII, fig. 8 et 12, parallèles, Pl. VIII, fig. 5, ou entrecroisées.
La simple convergence de deux lignes détermine un chevron en
forme de V qui, avec des chevrons identiques, forme des lignes de chevrons, ou dents de loup, transversales, Pl. IX, fìg. 2, ou longitudinales,
fig. 5. Les chevrons peuvent s'emboîter régulièrement, Pl. XIX, fìg. 3.
Le croisement des lignes longitudinales et transversales se rencontrant à angle droit détermine la formation de carrés ou de rectangles,
Pl. VII, fìg. 7.
Le croisement des lignes obliques forme des X, Pl. XIX, fig. 5. L'allongement des traits amène des entrecroisements successifs, Pl. IX,
fig. 11 et la décomposition de la surface en losanges.

— 93 —
Ces losanges peuvent être limités avec soin, marqués d'un losange
intérieur, Pl. VI, fìg. 7, ou striés en dedans de lignes entrecroisées,
Pl. VI, fig. 8.
La ligne courbe se présente souvent à l'état d'arc plus ou moins
étendu : Pl. VI, fig. 15. Les arcs accolés bout à bout constituent une
ligne ondulée.
Ces arcs opposés deux à deux, Pl. VI, fìg. 10, déterminent des ovales
se rapprochant plus ou moins de la circonférence.
Les éléments primitifs se groupent des façons les plus diverses. Les
lignes sont rehaussées de points, Pl. VIII, — les chevrons alternent
avec des bandes de stries entrecroisées, Pl. VI, fig. 13, Pl. XXI,
fig. 2, — etc., mais c'est surtout l'ordonnance des lignes obliques qui
mérite l'attention.
Dans une première série l'artiste s'est inspiré de la disposition des
nervures dans les feuilles ; de là ces lignes divergentes qui partent d'un
rachis commun. Cette disposition est très nette dans la Pl. VII, fig. 5 et 6.
L'idée que nous émettons est évidente dans la Pl. VI, fig. 5 où la représentation de feuilles est très nette. C'est à cette imitation qu'il faut
rapporter les délicats dessins qui couvrent la pendeloque représentée
même planche, fìg, 6, et qui se retrouvent sur plusieurs pièces.
Dans une autre série, ces lignes partent d'un centre en rayonnant.
Pl. VI, fig. 12, on a une pendeloque couverte de stries formant huit
rayons; dans la fig. 14, on trouve quatre rayons seulement formant
une croix oblique. M. Piette veut voir dans ces apparences des représentations du soleil, divinité adorée par les chasseurs magdaléniens !
Nous ne faisons pas de conjectures, nous nous bornons à décrire ; les
interprétations sortent du cadre que nous nous sommes tracé. Comment
appuyer de telles conjectures ?
Les bas-reliefs correspondent aux mêmes éléments, donnant des
combinaisons identiques. Des traits ont marqué les premiers contours
et on a évidé la surface autour du dessin pour mettre en saillie les
points, les carrés, les rectangles, les lignes droites ou ondulées, les
ensembles formés par l'association de ces éléments divers. Les Pl. XIX,
fìg. 1, et XX, fig. 1 à 7, en donnent de beaux exemples. La pièce 1 de
la Pl. XXVI est d'un fini admirable :

— 94 —
La Pl. XXV montre, en 1 , un trèfle retourné en relief, avec ses trois
folioles surmontant une tige terminée en pointe ; en 2, des chevrons
et des tubercules avec forte saillie. L'évidement de lames saillantes,
Pl. XVII, fig. 4, et Pl. XXXIX, fig. 5, sur toute la longueur de l'os,
lames couvertes de lignes obliques, mérite d'être signalé.
Ainsi, en combinant les lignes droites et courbes, en copiant les nervures des végétaux, l'homme est arrivé à produire des dessins géométriques variés à l'infìni.

d. REPRÉSENTATIONS D'ANIMAUX.
Nous avons dit que les feuilles des végétaux, par leurs nervures géométriquement distribuées, avaient fourni des modèles aux graveurs de
Laugerie. On peut admettre que les fleurs radiées ont pu servir de type
pour ces groupements de lignes rayonnantes observées sur quelques
pièces. La seuJe représentation incontestable de fleur est celle donnée
Pl. XII, fig. 26. II s'agitd'une fleura réceptacle élargi portant six folioles
régulièrement distantes ; c'est une fleur monocotylédone, voisine des
Amaryllis.
Toutes les autres études sont faites sur des animaux ou sur l'homme
lui-même. Ici la gravure, le bas-relief, la sculpture en ronde bosse interviennent tour à tour pour fixer les traits de formes rendues avec la
plus scrupuleuse exactitude. On est étonné, en examinant ces reproductions, surtout lorsqu'on cherche à les copier avec leurs caractères
précis, de la façon magistrale avec laquelle ont été jetées ces esquisses
souvent si légères, avec laquelle ont été ciselées les plus belles sculptures. L'artiste s'est mis en face d'un modèle connu, et il a cherché à
rendre la forme, l'allure, tous les traits caractéristiques de son modèle.
On peut dire qu'en général il a fort bien réussi et que les savants n'ont
aucune hésitation pour reconnaître les animaux ainsi représentés.
La sculpture en ronde bosse est si différente des autres procédés qu'il
n'est pas besoin de décrire ses caractères. Dans le bas-relief, le sculpteur,
après avoir tracé les contours de l'objet représenté s'est attaché à le
mettre en saillie en creusant au pourtour de la ligne qui limite le dessin.
L'efíet de saillie est obtenu souvent par un simple élargissement du trait

— 95 —
qui devient un sillon taillé à pic du côté de la figure, s'atténuant par
une lèvre oblique dans le sens opposé. C'est plutôt de la gravure en
creux, à coup de burin très profond et très large, qui fait le passage entre
les bas-reliefs véritables et la gravure au simple trait. Dans quelques
cas, l'artiste, après avoir déterminé le contour de l'objet a donné un
coup de scie sur ce contour et détaché ainsi une portion de lame plane
à contour découpé qui fait le passage entre les sculptures et les bas-reliefs véritables. On peut donc classer les pièces de la collection dans les
catégories suivantes : Sculptures. — Contours découpés. — Bas-reliefs.
— Gravures en creux. — Gravures au trait. Les sculptures sont réunies
dans les Pl. I, II, III, IV, V. — Des exemples de contours découpés sont
fournis par Pl. III, fìg. 2, Pl. XIII, fig. 1, PI. XIV, fig. 4 ; ce mode de
sculpture est rare à Laugerie. La Pl. II, fìg. 1 , et la Pl. III, fìg. 4, offrent
de beaux bas-reliefs, mais ce procédé, comme nous l'avons vu, a été
plutôt réservé àl'ornementation géométrique. — Les gravures en creux
sont les plus abondantes ; les Pl. XI à XX nous en offrent de nombreux
types. Les gravures au trait réunies dans les Pl. XXI à XXIV, plus fines,
plus délicates, se relient par tous les intermédiaires avec celles du précédent groupe. Pour nous, il y a une transition insensible entre ces divers procédés et nous sommes persuadés qu'à Laugerie Basse, les artistes
qui se livraient à ces reproductions utilisaient à la fois ces différents
procédés ; il nous est arrivé de trouver réunis dans un foyer absolument
homogène des types de ces différents travaux : les bœufs jumeaux, la
chasse à l' aurochs, des gravures très délicates d'aurochs et de cheval
gisaient dans la même eouche, au même niveau, comme des œuvres
sculptées et gravées peut-être parle même artiste. Si ailleurs, comme l'a
décrit M. Piette, les procédés de sculptures et de gravures déterminent
les assises, il n'en peut être de même à Laugerie Basse où la couche archéologique ne peut être découpée en petites tranches caractérisées par
ces fossiles d'un nouveau genre.
Dans notre explication des planches, nous avons donné, avec détail,
la description de chaque pièce représentée. Nous croyons que dans une
étude de cette nature le meilleur procédé était de mettre à côté du dessin
les observations qui s'y rapportent, aussi, ne voulant pas nous exposer
à des répétitions fastidieuses, nous renvoyons pour ces indications à cette

— 96 —
explication même. Nous nous bornons ici à quelques comparaisons générales.
Le renne, le cheval, le bison d'Europe ou aurochs, Turus, espèces
les plus abondantes alors, ont fait l'objet des études les plus nombreuses.
A côté du Renne lancé au galop de la Pl. XII, fìg. 1 , se placent de
nombreuses représentations de rennes Pl. XII, fìg 2 a, — Pl. XXI, fìg. 3,
— Pl. XXIV, fìg. J et 3 — Pl. XXXI, fìg. 3, etc.
Un cheval est représenté dans son entier Pl. XXXVI, fìg. 1. Notons les
têtes de cheval de la Pl. XIII, fig. 2 b — Pl. XV, fig. 2 — Pl. XXI, fig. 2
— Pl. XXIII, 3 b — Pl. XXVI, 3 b — Pl. XXXII, fig. 1 — Pl. XXXIII
fìg. la — Pl. XXXIV, fìg. 2 — etc. L'Aurochs de la Chasse à U Aurochs, Pl. XI, fìg. 2 est représenté avec une vérité saisissante. Les
bœufs jumeaux de la Pl. IV, fìg. 1, se rapportent â cette espèce. Les
détails de la tête sont reproduits Pl. XXI, fìg. 4 et 5, l'arrière train fig. 6.
C'est sans doute à l'urus que se rapporte la tête de la Pl. XXXV, fig. 3.
Des tètes de bovidés ornent la pièce de la Pl. XXXI, fig. 3 a.
En passant en revue les planches de notre atlas, nous relevons successivement F antilope saïga (sanglier?) Pl. II, fig. 1 ; nous avons hésité
dans l'explication des planches à faire cette assimilation, mais après
l'étude minutieuse du profil que nous avons pu faire d'après nature, il
n'est pas possible d'hésiter et de rapporter ce bas -relief à l' antilope saïga.
Le bouquetin, Pl. XV, fig. 1 — Pl. XXXII, fig. 2 — Pl. XXXIII, fìg. 3
a, b, est aussi nettement caractérisé ; un cervidé voisin (?) du renne est
donné Pl. XXI, fìg 1.
Le mammouth est représenté par une tête fort remarquable, Pl. II,
fig. 4, et par une sculpture en ivoire, Pl. XXXVI, fig. 2.
Parmi les carnassiers, Tours, Pl. I, fig. 1, l'hyène, Pl. III, fìg. 2, la
loutre, Pl. XIII, fìg. 1 a, et quelques autres types mal déterminables
Pl. XXI, fìg. 8, — Pl. XXXII, fig. 3, — Pl. XXXIII, fìg. 1 b, ont fait
l'objet d'études intéressantes.
II faut signaler à côté du cheval, un âne aux oreilles phénoménales,
Pl. XIV, fig. 3 — parmi les rongeurs, le lièvre, Pl. II, fig. 3, et une remarquable sculpture d'écureuil ou d'un type voisin, Pl. II, fig. 1, — des
oiseaux, Pl. XVI, fìg. 1 b. — Pl. XXIII, fig. 5, — des poissons, truites et
saumons, Pl. III, fig. 3 et 4, Pl. XIII, fìg. 2 a, PL XXVI, fìg. 2, un

— 97 —
brochet Pl. XII, fìg. 4, une carpe Pl. XIII, fìg. 1 b. — et même des
serpents Pl. II, fig. 2, enfìn des types qu'il est difficile de déterminer,
comme la belle sculpture de la Pl. IV, fig. 2, ou la grossière représentation de la Pl. XVII, fig. 2, comme l'ótrange figure de la Pi. XXII, fig. 3.
Dans quelques cas, l'artiste qui copiait, d'après nature, avec une fidélité remarquable, les animaux qu'il reproduisait, a cherché à utiliser
comme moyen d'ornementation ces formes adaptées aux nécessités
d'une méthode spéciale.
Sur la grande épingle Pl. XXXIV, fìg. 2, ce sont des petits chevaux
schématisés, passés à la filière, qui placés bout à bout, constituent des
files d'ornements en relief ; on retrouve facilement la grosse tête, le corps
courbé, la cuisse et la queue dans chaque segment de cette file continue.
Ailleurs, Pl. XXVI, fìg. 4 a, b, c'est la tête de renne qui se simplifie,
deux traits convergents marquent les cornes, deux traits limitent la
face, seules les oreilles conservent leurs caractères primitifs.
Le serpent ondulant, Pl. XIV, fìg. 2, se prête à des simplifications
de même ordre.
II faut noter enfin que si la majorité des dessins est tracée avec une
précision et une fidélité qui étonne, quelques pièces ne sont que de
grossières et enfantines ébauches, dues à des ouvriers inexpérimentés.
La Pl. XVII, fig. 2, nous offre un de ces animaux sans proportions,
grotesque dans son ensemble. La Pl. XIV nous donne dans la fig. 1 un
groupement de figures dessinées avec la même inexpérience.
e. REPRÉSENTATION DE L'HOMME-.L'homme a gravé son image dans la pièce de la Chasse à l'aurochs,
Pl. XI.
II s'est représenté nu. La tète est bien indiquée, elle est rejetée en
arrière et la physionomie a une certaine expression de joie qui frappe
tout d'abord ; les cheveux sont raides et en touffe sur le sommet du
front ; le menton est orné d'une barbiche très apparente, le col un peu
long ; la partie du bras, du coude à l'épaule, relativement courte ; les
mains mal dessinées ; le bras droit rejeté en arrière semble vouloir lancer un trait dont il est armé et dont on suit la ligne en avant de la
13

— 98 —
tête, tandis que le bras gauche coudé se termine vaguement en avant.
La poitrine très bombée, le ventre saillant, les parties sexuelles volumineuses et fortement accentuées ; la colonne vertébrale un peu
longue et arquée. Les cuisses sont nettes et les jambes bien prises. L'absence d'indication de doigts de pied, un trait transversal au niveau de
la jarretière, semble indiquer que la jambe est enfermée dans une guêtre
ajustée. On remarque sur le corps, absolument nu, des lignes obliques,
gravées par Fartiste pour indiquer des régions ombrées ; on a voulu
voir dans ces lignes la représentation de poils abondants à la surface de
la peau (?). L'homme ainsi représenté, est couché sur le manche du poignard, à l'arrière de l'aurochs ; on a voulu voir dans cette position un
chasseur à Vaffût, étendu, le bras levé pour frapper l'aurochs. Nous préférons nous arrêter à une autre interprétation, estimant qu'un chasseur ainsi appliqué sur le sol, les jambes étendues, la face regardant la
terre, aurait été dans une situation bien défavorable pour lancer un trait
avec la force et la précision nécessaires. Pour nous, c'est la forme même
de l'os qui a imposé à l'artiste de dessiner Thomme ainsi, étant dans
l'impossibilité de le tracer debout pour frapper sa proie, il l'a dessiné
là où il trouvait, dans la longueur du manche, la place nécessaire à cette
reproduction, mais il faut, par la pensée, redresser le chasseur en arrière de l'aurochs, lui donnant une assiette solide sur ses pieds fixés au
sol et lui assurant, par une posture normale, la puissance musculaire
utile pour projeter sur l'animal un trait meurtrier.
A ce remarquable dessin, nous pouvons joindre la petite statuette de
la PI. I, fìg. 2 a, b. 11 s'agit d'un buste un peu fruste qui met en évidence les cheveux relevés sur la tête et une barbe puissante descendant
sur la poitrine.
Un dessin au trait d'un profil humain se retrouve sur une portion de
spatule, PI. XXII, fìg. 1 b ; c'est un contour précis, mais sans indications
bien spéciales.
Enfin, on peut voir une grossière représentation féminine, Pl. XXXI,
fìg. 1 . Sur un os à surface assez rugueuse se détache en lignes profondes un dessin dans lequel on reconnaît une tête élargie, un cou très
long, une poitrine étroite avec remplacement des seins ; les bras sont
étroits, collés au corps, la région inférieure est mal indiquée.

— 99 —

Nous inscrivons ici le bi-phallus, représenté PI. I, fìg. 3 a, b, qui,
bien que ne provenant pas de Laugerie Basse, appartient au groupe des
stations magdaléniennes de la vallée, et complète les documents se
rapportant aux représentations humaines. C'est l'extrémité d'un bâton
en Tet le contour de la sculpture et les dessins, représentant, sans doute,
un tatouage particulier, ne laissent aucun doute sur ^interprétation de
cette remarquable pièce.
f. GROUPES ET ENSEMBLES.
La symétrie des branches divergentes des bâtons en T, des doubles
talons des grands poignards, devaient faire naître dans l'esprit des sculpteurs l'idée de reproduire, en ronde bosse, des sculptures identiques
rapprochées dos à dos, pour orner les deux moitiés symétriques de
ees objets. De là des groupes de sculptures accouplées fort intéressants.
Le bi-phallus, PI. I, fìg. 3, est précisément dû au rapprochement par
la base de deux pénis, reliés par un pont transversal.
- Les bœufs jumeaux, PI. IV, fìg. 1, donnent le type achevé de ces
larges manches de poignards dont la série se poursuit, Pl. V, fìg. 1 et 2.
Dans les pièces à dessins géométriques, l'artiste donne souvent une
disposition symétrique aux lignes, chevrons, losanges qu'il utilise pour
Pornementation. Mais lorsqu'il s'agit d'animaux, on voit rarement
l'utilisation de figures symétriques, adossées pour constituer des
groupes. La pièce unique que nous possédions est un groupe d'antilopes, Pl. XV, fìg. 1. Le dessinateur a gravé sur cet os une antilope en
train de paître et, pour garnir l'espace resté libre, il a appuyé contre les
pattes postérieures deux tètes d'antilopes entrecroisant leurs cornes.
En général, l'artiste adopte une combinaison d'un autre ordre et il
n'hésite pas à réunir sur sa lame de bois de renne des types animaux
variés, leur donnant leur allure, les prenant sur nature, faisant de véritables tableaux.
La Chasse à l'aurochs est un des plus remarquables de ces tableaux,
célébrant la surprise d'un aurocbs formidable, tué par celui qui, peutêtre, a reproduit cette scène sur le bois de renne.

— 100 —
La Loutre mangeant un poisson, Pl. XIII, fìg. 1 ne le cède en rien
au précédent.
La loutre accroupie tient à la bouche une carpe qu'elle a saisie par
le ventre. Le corps s'appuie sur la patte antérieure gauche repliée ; la
patte postérieure droite est vue en raccourci au-dessous du ventre et la
patte postérieure gauche est appuyée sur la rive. Le cou est tendu, la
queue relevée, les poils raides qui couvrent le dos se dressent, hérissés.
L'ensemble est parfait.
Le Renne lancé au galop, Pl. XII, fìg- 1, fuit devant le chasseur, la
tète relevée, les bois appuyés sur le dos, l'oreille tendue, la queue
droite. L' expression de la tète et la ligne du dos sont d'un admirable
contour.
Le Troupeau de rennes, Pl. XXIV, fìg. 1, est aussi fort intéressant.
La Capture d'un poisson, Pl. XIV, fìg. 1, indique la grande inexpérience du dessinateur. Un gros poisson est poursuivi par des pêcheurs
obstinés. Ceux-ci sont réduits à leur plus simple expression, n'ayant
que des bras énormes qui cherchent à saisir la proie.
Ces dernières pièces sont gravées sur des lames de bois de renne et
d'os qui n'ont pu avoir aucun usage précis; il faut donc penser que ces
lames ont été spécialement choisies pour ce but exclusif. Beaucoup de
dessins précédemment décrits sont dans ce cas. Ainsi, à côté de dessins
destinés à l'ornementation des pendeloques, des poignards et de divers
instruments, il existe des dessins gravés dans le but d'accomplir une
œuvre purement artistique, comme les tableaux que nous faisons pour
répondre á des aspirations élevées, sans autre but que celui de la satisfaction artistique la plus pure. Beaucoup des pièces sont sans nul doute,
des esquisses qui, par des retouches consciencieuses préparaient l'œuvre
maîtresse et définitive.
Telles sont les manifestations les plus remarquables de l'art de Laugerie
Basse. A côté d'artistes de premier ordre capables de tracer la Chasse à
l'aurochs et la Loutre pêchant, de sculpter les Bœufs j umeaux et toutes les
pièces de choix que nous avons décrites, se placent des gravures et des
sculptures de second ordre, enfin des dessinateurs sans expérience qui
se bornent à quelques croquis enfantins. Nous savons qu'à la même
époque, dans les stations voisines, l'art était cultivé avec succès et les

— 101 —
Reliquise Aquitanicœ donnent une série parallèle à la nôtre gui confirme
cette manifestation générale de dispositions artistiques spéciales chez
les chasseurs de rennes qui occupaient le Périgord, dispositions qui se
montrent partout dans les stations importantes de cette époque : il suffit
de citer Bouniquel, Gourdan, Montgandier, Le Mas d'Azil, Brasempouy,
pour évoquer le souvenir de ces préhistoriques artistes dont nous admirons les productions si variées et si parfaites.
V. CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Nous terminons ici la première partie de notre travail, la monographie de l'industrie de Laugerie Basse, station magdalénienne typique.
Nous avons cherché à donner le plus fidèlement possible la physionomie
de la station et la description des instruments variés en silex, en quartz,
en bois de renne, en ivoire, des gravures et des sculptures, que nous
avons découverts dans la couche archéologique que nous avons fouillée.
Nous avons choisi dans de nombreuses séries les plus remarquables
pièces pour les reproduire avec le plus grand soin. Notre première
étape est donc parcourue. II nous reste à décrire une industrie analogue
dans les autres stations magdaléniennes de la Vézère et de la Corrèze,
fouillées par nous. Nous serons amenés à rechercher l'origine magdalénienne, par l'étude de l'industrie de stations transitoires conduisant aux
stations solutréennes de la région. Un complément indispensable s'impose : l'examen des ossements d'animaux caractéristiques de ces deux
époques, la description minutieuse des crânes et débris humains correspondants. Mais avant les chasseurs de rennes de Laugerie Haute,
de Cro-Magnon et de Badegoule, des populations avaient occupé les
grottes du^Moustier et les abris de Chez-Pourret ; c'est par leur histoire
que nous terminerons cette série de monographies, que nous résumerons dans un ensemble qui formera une base solide pour la préhistoire^
de France.

EXPLICATION DES PLANCHES

EXPLICATION DES PLANCHES

N. B. — Nous nous bornons ici à donner la caractéristique des objets représentés, renvoyant aux chapitres spéciaux pour la discussion de nos déterminations et l'interprétation
des pièces douteuses.
A moins d'annotations spéciales, les pièces sont représentées de grandeur naturelle.
PLANCHE I.

Laugerie-Basse . — Sculptures.
Fig. t. Tête d'ours (?) vue sous ses deux faces : a, b, en bois de renne.
Fig. 1. Tête humaine, de face a et de profil b, en bois de renne.
Fig. 3. Double phallus, extrémité brisée d'un objet portant un trou ovale; il est vu sous ses
deux faces a et b; les phallus portent une ligne longitudinale et des ornements
latéraux en lignes brisées. Le plus petit phallus présenté sur chaque face, à l'extrémité libre, deux dessins arrondis; le phallus plus volumineux présente la môme
ornementation à la base; en bois de renne. Gette pièce provient d'une grotte nouvelle fouillée à Gorge-d'Enfer.
Fig. 4. Figurine perforée simulant un animal assis; extrémité d'un canon d'oiseau.
PLANCHE II.

(Suite.)
Fig. i. Tète de sanglier (?) : de face a, de profil b, sur bois de renne. L'exagération de la
saillie du museau rend la détermination douteuse; l'allure générale et les ponctuations frontales simulant des soies raides nous semblent cependant caractéristiques.
Fig. 2. Représentation grossière d'un serpent (?) en bois de renne. C'est une masse allongée
à quatre faces : les angles saillants ont été émoussés : faces ventrale et latérale
droite en a; faces dorsale et latérale gauche en b. Extrémité aiguë formant tête;
l'autre extrémité est large et brisée.
Fig. 3. Lièvre, en bois de renne. La tête et ['extrémité antérieure sont usées; les pattes postérieures sont brisées.
Fig. 4. Tête de mammouth : de face a et b, de dos c, en bois de renne. Gette tête, séparée
du tronc et brisée à l'extrémité du museau , est rapportée par nous au mammouth. Notre détermination est basée sur la concordance complète qui existe
entre les grandes lignes de la pièce. que nous représentons et celles du mammouth
de la collection Peccadeau de l'Isle, provenant de Bruniquel. Dans les deux cas,
se détache, au dessous de l'œil proéminent, la défense limitée par un double sillon
et qui est comprise entre l'indication de la narine au dessus et la ligne profondeçpiùf
de la bouche, au dessous.

a

— 2 PLANCHE III.
(Suite.)
Fig. í. Sciuroptère, représenté dans la position assise; porle à la bouche un trou de suspension; en bois de renne. "Vues latérales a et cl. De face b, on distingue nettement
la position des pattes antérieures préhensiles semblant maintenir un objet. De
dos c, on remarque une surface irrégulière qui indique la place occupée par la
queue relevée contre le dos. Les pattes postérieures sont brisées.
Fig. 2. Hyène, représentée sur la face latérale gauche; l'autre face est informe; en bois de
renne.
Fig. 3 . Poisson : truite ou saumon ; en bois de renDe ; sur les deux faces a et b. Porte un trou
de suspension.
Fig. 4. Manche arrondi sur lequel sont sculptés des poissons; en bois de renne.
PLANCHE IV.
(Suite.)
Fig. 1. Boeufs jumeaux vus sur leurs deux faces a et b. La corne recourbée, la crinière et la
barbiche semblent indiquer de jeunes aurochs. -Des ornements en points à la naissance des membres. La surface brisée montre que cette pièce a fait partie d'un
manche de poignard en bois de renne percé d'un large orifice arrondi.
Fig. 2. Représentation d'un animal indéterminable. Bouche dépourvue de dents, longues
oreilles rabattues, lignes indiquant la position de poils longs et abondants. La surface brisée de la pièce présente la moitié de deux trous, dont l'un est deux fois
plus étendu; en bois de renne.
PLANCHE V.
(Suite.)
Fig. I. Pièce montrant la même disposition que les bœufs de la planche précédente. C'est
un manche de môme nature, orné de dessins et sculpté en têtes arrondies; en
bois de renne.
-Fig. 2. Même disposition que la pièce précédente ; travail moins achevé; bois de renne.
■Fig. 3. Extrémité brisée d'une poignée. De face a, d'en haut, en projection, b. Tête arrondie
portant un bouton; en bois de renne.
Fig A. Tête d'antilope (?) terminant un poinçon; bois de renne.
PLANCHE VI.
Gravures.
Fig. í. Triangle avec bord curviligne, en bois de renne : un des angles porte la trace d'une
fracture ancienne. Ornementation de lignes périphériques, obliques, régulières.
Fig. 2. Rayures fines sur os poli. Lignes serrées, entre-croisées.
Fig. 8. Même disposition sur un fragment d'os.
Fig. 4. Lignes plus larges tracées sur os, limitant, des losanges irréguliers.
Fig. 5. Dessin représentant, sur os, deux feuilles ovalaires, à nervures réticulées, séparées
par une double ligne de losanges alternants. Fracture à la base, extrémité arrondie.

Fig. 6. Lame d'os, en triangle allongé, avec Irou de suspension portant trois folioles superposées arrondies, une ligne transversale de cinq folioles allorgées à nervures
divergentes et une double série de points.
Fig. 7. Bois de renne (fragment de pointe de lance) portant , de chaque côté, une chaîne de
losanges inscrits dans de plus grands et reliés par des lignes.
Fig. 8. Fragment d'os couvert d'une mosaïque régulière de carreaux hexagonaux lisses, reliés
par des carreaux losangés, quadrillés.
Fig. 9. Fragment d'os avec hachures rappelant le contour d'une feuille.
Fig. 10. Fragment d'os avec ovales et pointillé.
Fig. 11. Os avec ligne de chevrons.
Fig. 12. Disque percé d'un trou d'où divergent en rayonnant des faisceaux de lignes vers la
périphérie.
Fig. 13. Portion d'os long, orné de trois lignes ombrées de traits entre-croisés, entre lesquelles sont comprises une ligne de traces angulaires et une ligne de chevrons
isolés.
Fig. 14. Extrémité de spatule en os avec courbes ombrées de traits irréguliers.
Fig. 15. Extrémité de spatule en os portant trois lignes lougitudiniles de points et quatre
groupes de trois lignes radiées divergentes, simulant une fleur.
PLANCHE VII.
(Suite.)
Fig. 1. Lignes crénelées transversales comprises entre deux lignes horizontales , sur côte de
cheval.
Fig. 2. Imitation grossière d'un feuillage; côte de renne.
Fíg. 3. ('ôte de renne, fragment. Chevrons et lignes losangées.
Fig. 4. Fragment de spatule en os de cheval : traits fins régulièrement entre-croisés formant
des bandes longitudinales.
Fig. 5. Feuillage, avec nervation pennée et groupement par trois des nervures; sur os de
renne.
Fig. 6. Même disposition; sur bois de renne; les nervures divergentes sont régulièrement
espacées.
Fig. 7. Fragment de dent avec lignes longitudinales et transversales profondes, limitant
des rectangles saillants.
Fig. 8. Fragment d'os poli, avec extrémité arrondie, portant de profondes entailles transverses, droites et incurvées, complètes et incomplètes.
Fig. 9. Fragment d'os plat grossier avec alternance de lignes de points et de triangles de
traits obliques.
Fig. 10. Fragment semblable : les lignes de points manquent.
Fig. U. Petit os avec traits entre-croisés.
Fig. 12. a, b. Pointe en bois de renne, sur les deux faces, avec anneaux incomplets.
PLANCHE VIII.
(Suite.)
Figr 1. Spatule en os ornée de points disposés en lignes et de traits divergents à la base.
Fig. 2. Fragment d'une semblable pièce oinée de traits proí'ondset de rayures légères latérales.
Fig. 3. Même fragment avec une seule ligne de traits légers obliques et parallèles.

— 4 —
Fig. 4. Spatule avec une ligne de points, une ligne de traits obliques, une ligne de traits
transversaux, disposées suivant la longueur.
Fig. 5. Fragment de spatule avec ornementation d'une ligne de traits profonds et de deux
lignes de rayures légères.
Fig. 6. Mémo fragment avec points, rayures et traits plus accentués, en lignes longitudinales irrégulières.
Fig. 7. Mème fragment, trois lignes de traits transversaux.
Fig. 8. Mème fragment, deux lignes de points séparées par une ligne de traits fins obliques.
Fig. 9. Fragment en bois de renne (pointe de lance) avec face saillante portant des traits
obliques, limitée par deux bords crénelés.
Fig. 10. Mème fragment avec ligne médiane de traits cn zigzag et deux lignes latérales de
tubercules saillants.
PLANCHE IX.
(Suite.)
Fig. 1. Fragment d'omoplate avec entailles profondes sur les bords, limitant des crénelures
arrondies.
Fig. 2. Extrémité de spatule en os avec lignes brisées transversales, au trait fin.
Fig 3. Fragment d'os perforé par un trou de suspension, avec entailles sur les bords, régulièrement espacées.
Fig. 4. Amulette en os poli, trou de suspension. Deux lignes médianes transversales, de traits
irréguliers obliques.
Fìg. 5. Lame d'os avec ligne de chevrons.
Fig. 6. Morceau de spatule en os avec traits fins sur les bords.
Fig. 7. Fragment de canon d'oiseau avec encoches sur la partie saillante.
Fig. 8. Fragment de côte avec double bordure de traits entre-croisés.
Fig. 9. Fragment de côte avec encoches sur un bord.
Fig. 10. Extrémité de spatule en os avec bords marqués de lignes diversement orientées.
Fig. 11. Fragment d'os couvert de lignes fines entre-croisées, obliques, comprises entre des
lignes longitudinales, s'affrontant en losanges irréguliers.
PLANCHE X.
(Suite.)
Fig. 1. Face opposée de la spatule représentée planche IX, fig. 2, montrant la double ligne
d'encoches latérales.
Fig. 2. Fragment de spatule avec encoches latérales, en os.
Fig.. 3. Extrémité d'une spatule en os avec traits.
Fig. 4. st, b. Extrémité de spatule montrant sur une face des points, sur l'autre des traits.
Fig. 5. a. b. Morceau de bois de renne avec traits enveloppants.
Fìg. 6. a, b. Canon d'oiseau avec encoches.
Fig. 7. «, b. c. Petit os couvert de traits et d'encoches, vu sur ses trois faces. On voit de
longu -s marques intéressant une ou deux faces de l'os, des encoches sur les arêtes,
et un petit signe en X très apparent en c.
Fig. 8. Petite spatule en os avec lignes sur les bords.
Fig. '). a. b, c, cl. Canon d'oiseau marqué de signes divers sur quatre faces. Des encoches
sur les faces saillantes ; des traits entre-croisés formant des I, des V et des X sur
les faces opposées. Ces petits os ont sprvi de manches pour des outils en silex.

— 5 —
PLANCHE XI.
>

(Suite, i
L'iiomme chassant l'aurochs.

Fig. 1. Vue d'ensemble, réduite au tiers.
Fig. 2. L'aurochs, grandeur naturelle.
Fig. 3. L'homme, grandeur naturelle.
Fig. 4. Face opposée de la pièce, portant un animal du genre bœuf.
Cette scène de chasse, pour être bien suivie, a nécessité la disposition que nous avons
adoptée dans cette planche, recourant à un croquis d'ensemble et supposant, pour les détails,
la pièce divisée en deux portions. Les descriptions qui suivent expliquent les raisons qui
ont fixé notre détermination.
Cette pièce est une des plus importantes de la collection. C'est un manche en bois
de renne, terminé brusquement par un bord droit correspondant à la partie la plus
large, evidé en dessous, se recourbant et s'efHlaut en pointe mousse. Sur une
des faces se trouve profondément gravé un magnifique aurochs mâle , fuyant avec
précipitation devant un homme qui semble lui lancer un trait ; l'homme et
l'aurochs sont parfaitement dessinés.
L'aurochs a la tête basse, hérissée, volumineuse ; les cornes menaçantes, les naseaux
très ouverts, la queue relevée et arquée, annonçant bien un bœuf effrayé, s'efforçant
d'échapper par la fuite à un ennemi redoutable.
L'homme est nu. La tête est bien indiquée, elle est rejetée en arrière et la physionomie a une certaine expression de joie qui frappe tout d'abord ; les cheveux sont
raides et en touffe sur le sommet du front; le menton est orné d'une barbiche très
apparente, le col un peu long; la partie du bras, du coude à Fépaule. relativement
courte; les mains mal dessinées; le bras droit rejeté en arrière semble vouloir
lancer un trait dont il est armé et dont on suit la ligne en avant de la tête, tandis
que le bras gauche coudé, se termine vaguement à la pointe de la queue de
l'aurochs. La poitrine très bombée, le ventre saillant, les parties sexuelles volumineuses et fortement accentuées ; la colonne vertébrale un peu longue et arquée.
Les cuisses sont nettes et les jambes bien prises.
Pour représenter les deux parties constituant cette scène de chasse nous avons dù
dessiner à part l'aurochs et l'homme que nous venons de décrire ; la forme même
de l'os a mis l'artiste dans rimpossibilité de placer le chasseur debout, pour frapper
sa proie : il l'a dessiné là où il trouvait, dans la longueur du manche, la place
nécessaire à cette reproduction et lui a donné la position qui est indiquée dans
notre figure d'ensemble.
On remarque sur l'aurochs comme sur l'homme des lignes obliques, gravées par
l'artiste dans une intention difficile à préciser.
La longueur de l'aurochs est de 0,090'"; la hauteur dû corps, du sommet de la
basse au-dessous du ventre, 0,041 m ; la longueur de la tête, du l'extrémité des
naseaux au sommet de la crinière, 0,044 m ; la longueur des cornes, 0,025 m .
L'homme a, de la plante des pieds au sommet de la tête, 0,086™ ; la longueur de la
tête, ae l'extrémité de la barbiche au sommet de la touffe de cheveux est de
0,015mm.

Sur l'autre côté du bois de renne se trouve gravé un animal du genre bœuf, dont la
tête et une partie de l'avant-corps sont presque dissimulées par des concrétions
calcaires très adhérentes.

— 6 —

PLANCHE XII.
(Suite.)
Fig. 1. Renne lancé au galop. — Sur bois de renne évidé en dessous, avec cassure ancienne
aux deux extrémités ; une brisure ancienne traverse la pièce.
Le Renne , la tête relevée , les bois appliqués sur le dos , l'oreille tendue , la queue
droite, a les jambes antérieures repliées sous le ventre dans l'allure du galop.
L'expression de la tête et la ligne du dos sont d'un admirable contour.
Fig. 2, Morceau de bois de renne, brisé à ses extrémités :
a. Sur une face, deux têtes de renne gravées en trait profond, la ligne du dos du
premier supportant le museau du second.
b. Sur l'autre face, on reconnait parmi les profondes incisions qui la traversent une
fleur à quatre pétales dont l'un est rejeté en avant et montre le centre arrondi de
la fleur. La fleur est supportée par un pédoncule à réceptacle élargi en coupe.
Fig. 3. Queue de poisson sur fragment de côte, cassure ancienne.
Fig. í. Cette pièce est la face dorsale de sculpture représentée dans la Planche II, fig. 1. On
y reconnait un grand brochet dessiné avec précision et finesse.
PLANCHE XIII.
(Suite.)
Fig. 1. a. Loutre mangeant un poisson. — La loutre accroupie tient à la bouche une carpe
qu'elle a saisie par le ventre. L'animal est bien tracé dans son allure ; on retrouve
dans la partie morcelée par deux cassures, l'indication des oreilles et des yeux ; la
ligne du dos indiquée par des incisures profondes, qui représentent des poils
raides, se termine par la queue volumineuse et dressée. Le corps s'appuie sur la
patte antérieure gauche repliée ; la patte postérieure droite est vue en raccourci
au-dessous du ventre et la patte postérieure gauche semble appuyée sur le sol.
b. Sur le revers de la pièce on reconnait un poisson de forte taille qui semble la
reproduction en grand du poisson saisi par la loutre. La pièce est en bois de renne,
avec cassure ancienne aux deux extrémités, les deux faces sont planes et polies.
Fig. 2. Bâton en bois de renne orné de figures sur ses deux faces :
a. D'un côté deux poissons, truites ou saumons; l'un plus grand brisé au niveau
de la tête par la cassure de la pièce, l'autre plus petit, semble le suivre. Un
pointillé est semé sur le dos du premier.
b. De l'autre côté, deux têtes de chevaux regardant en sens inverse des poissons —
chevaux à grosse tête, à large museau, dont le cou se perd dans une ligne ondulée
qui suit la pièce,
PLANCHE XIV.
(Suite.)
Fig. 4. Capture d'un poisson. — au trait, sur fragment d'omoplate.
La nature du trait et le manque de proportion dans les objets représentés indiquent
la grande inexpérience du dessinateur.
Un gros poisson — dont la queue rappelle vaguement celle d'un cétacé — occupe la

— 7 —
panie supérieure de la pièce, la région antérieure du corps a disparu par une
cassure ancienne.
Au-dessous, on saisit une forme humaine très grossièrement dessinée, ayant un
immense bras, au moins trois fois plus long que le reste du corps. Ce bras semble
vouloir prendre avec sa grande main le gros poisson. La tète est faite d'une ligne
courbe, avec un trait pour le nez et un point pour l'œil. Uu grand bras avec sa
grande main, parallèle au précédent, est dans une position analogue ; il ne corres. pond pas à un corps dessiné, mais en revanche on retrouve en avant une nouvelle
forme humaine rudimentaire qui porte à son tour un grand bras coupé par la fracture de l'os.
Fig. 2. Bois de renne avec ornements multiples. C'est un fragment évidé en dessous, de
coupe triangulaire. Sur sa face gauche on remarque un ruban ondulé, serpentiforme, marqué de stries transversales. Sur sa face droite on distingue un ruban
plus large, presque droit, avec stries obliques plus fines. La crête obtuse porte des
lignes obliques. Des cannelures longitudinales séparent ces ornementations
diverses.
Fig. 3. Equidé à très longues oreilles — âne ? — tête volumineuse sur un corps petit et
grêle. Fragment d'empaumure de bois de renne.
PLANCHE XV.
(Suite.)
Fig. i. Fragment d'os avec des antilopes entre-croisées en différents sens. L'antilope principale est à gauche, dans la posture d'un animal en train de paître, la tête inclinée
vers le sol, les jambes antérieures à demi ployées, les jambes postérieures droites.
Pendant la fouille, un coup d'outil a atteint le milieu du corps.
A droite, semblant sortir du train de derrière de cette première antilope , on trouve
deux têtes dont l'une regarde en bas et l'autre en haut. Ces têtes ont les cornes
entrecroisées, de façon à former une espèce de trophée.
Fìg. 2. Fragment de bois de renne portant deux tètes d'animaux, limité par deux incisures
franches. L'une des têtes est droite à museau obtus, à oreilles dressées (équidé .?) ;
l'autre est renversée , plus volumineuse , plus longue , et semble se rapporter au
cheval à grosse tête si souvent représenté.
Fig. 3. Fragment de bois de renne portant un animal indéterminé : la tête manque.
Fig. 4. Poisson (?) grossièrement dessiné.
Fig. 5. Corps d'un animal — sur bois de renne.
PLANCHE XVI.
(Suite.)
Fig. 1. Lame d'os polie sur ses deux faces portant des dessins :
■a. Sur une face, des traits indiquant le dos et la croupe saillante d'un mammifère.
6. Sur l'autre face , une espèce de queue en éventail formée de traits divergents et
prolongeant un corps effilé. Des lignes transverses semblent indiquer des pattes.
Oiseau (?).
Fig. 2. Fragment de bois de renne avec un double système de lignes courbes tournant leur
convexité contre une arête traversée par des traits obliques ; cassures anciennes.

— 8 —
Fig. 3. Extrémité d'un andouiller de renne — train postérieur d'un équidé.
Fig. 4. Sculpture grossière du corps d'un renne, sur bois de renne.

PLANCHE XVII.
(Suite.)
Fig. 1. Empaumure de bois de renne. Des traits permettent de suivre le contour d'un animal
indéterminé.
Fig. 2. Bois de renne de mue sur lequel se trouve profondément gravé une figure grotesque.
C'est une forme animale dont le corps est sillonné de traits transverses ; œil volumineux, oreilles et pattes représentées par de simples incisures.

PLANCHE XVIII.
(Suite.)
Fig. 1. Fragment de sagaie portant des ornements : chevrons médians, deux lignes latérales
de saillies en forme de rectangles obliques.
Fig. 2. Même instrument, bois de renne, ligne médiane de tubercules arrondis , lignes latérales de stries obliques.
Fig. 3. Bois de renne, ligne médiane en dents de scie, encoches régulières sur le bord gauche
de la pièce.
Fig. 4. Même instrument, ligne médiane de chevrons.
Fig. 5. Même instrument, ligne médiane de rectangles obliques, encoches latérales longitudinales.
Fig. 6. Même instrument, chevrons médians, encoches latérales.
Fig. 7. Extrémité obtuse d'un outil en bois de renne. Encoches médianes formant rachis
d'où partent des encoches latérales divergentes.
Fig. 8. Morceau de bois de renne' avec encoches obliques divergentes en différents sens ,
rappelant des nervations foliaires.
PLANCHE XIX.
(Suito.)
Fig. 1. Lame plane en dessous, faisant une légère courbure; on y distingue de droite à
gauche : des gouttières longitudinales, une ligne de mamelons rectangulaires , une
ligne de chevrons ; boin de renne.
Fig. 2. Fragment d'os appointé ; des hachures obliques entre-croisées bordant le bord droit à
partir de la pointe ; quatre lignes transverses de points.
Fig. 3. Fragment inégal avec méplat dorsal orné, de chevrons anguleux emboîtés, bois de
renne.
Fig, 4. Des lignes divergentes simulant des nervures foliaires, bois dé renne.
Fìg. 5. Lignes profondes entre-croisées limitant des losanges; sur os.
Fig. 6. Fragment de bois de renne, avec une ligne de mamelons allongés, séparés par des
encoches sur le bord droit.
Fìg. 7. Même fragment, des stries longitudinales.

Fig. 8. Débris d'os avec des incisures profondes, une longitudinale, contre laquelle s'appuient
quatre lignes obliques.
Fig. 9. Emmanchure en bois de renne, avec incisures obliques.
PLANCHE XX.
(Suite.)
Fig. 1. Fragment de sagaie; mamelons médians, lignes longitudinales latérales; bois de
renne.
Fig. 2. Même instrument, deux lignes latérales de mamelons
Fig. 3. Même instrument, une ligne médiane de mamelons, s'appuyant sur une incision
longitudinale occupant toute la longueur de la pièce.
Fig. 4. Même instrument, ornements très voisins de ceux de la pièce représentée dans la
«g. 1Fig. 5. Même instrument, des mamelons latéraux reposant sur des stries longitudinales.
Fig. 6. Bois de renne; des encoches à gauche, deux lignes plus longues à droite.
Fig. 7. Fragment de sagaie ; méplat médian entre deux sillons longitudinaux ; des chevrons
régulièrement emboîtés sur ce méplat.
Fig. 8. Lame d'os sur laquelle s'élève une nervure sculptée très saillante. Cette nervure
porte une double série de petites stries entre-croisées. Le bord le plus mince est
marquée d'une double série de petites encoches.
PLANCHE XXI.
(Suite.)
Fig. i. Représentation d'un cervidé, sur lame d'os. La région du dos est limitée par une
ligne sinueuse et recouverte de poils sins, qui descendent sur les flancs, se terminant par une ligne brusque, au-dessous du ventre glabre. Tète glabre, queue
dressée, les pattes postérieures aboutissent à une cassure, au-dessous de laquelle
on reconnaît une tête de profil, avec œil saillant et corne frontale. La partie dessinée
de cette tête forme, avec les cassures naturelles de l'os, une tête à barbiche
d'aurochs. — Ce dessin est sur une lame d'os. — Pièce d'un fini parfait.
Fig. 2. Tête de cheval sur une lame d'os. Cette représentation est, comme la précédente,
traitée de main de maître. La ligne faciale se détache sur l'os, grâce à un méplat
obtenu pour rendre saillante cette partie ; un sillon moins profond limite le museau
et se prolonge, en. simple ligne, sur la mâchoire infériev.re. II faut remarquer en
ce point deux lignes parallèles avec petites lignes transversales interposées.
Fig. 3. Têtes de renne sur une lame de bois de renne. Cette lame provient de la Madeleine.
(Collection Philibert Lalande).
Fig. 4. Tête d'aurochs gravée sur lame d'os. Ce fragment est de belle facture. On remarque,
sur la surface de l'os, de petits traits d'une ténuité extrême, s'entre-croisant dans
touE les sens, et qui indiquent le soin apporté par l'artiste à la préparation de la
plaque osseuse. Les cornes aiguës, le front bombé, l'oreille droite et poilue, l'œil
rond et saillant, la ligne du dos limitant un cou massif, ne laissent aucun doute
sur la détermination du type représenté.
Fig. 5. C'est àl'aurochs que se rapporte aussi une petite tête, représentée écrasée, pour se
conformer aux dimensions de l'os choisi pour la gravure. Cette petite pièce est
charmante de fini et de précision. La base de la corne, naissant immédiatement
c

— 10 —
en arrière de l'œil saillant, le museau cassé avec la narine béante, la barbiche si
caractéristique, sont traités avec des détails fort intéressants, pour la reconstitution
de l'espèce contemporaine de l'homme de Laugerie
Fig. 6. a, b. Nous rapportons à l'aurochs lc train postérieur d'un bovidé, à cause de la ligne
du dos qui indique an animal qui fond tête baissée, sur un ennemi. Ce dessin
occupe une des faces d'une lame d'os, limitée par son bord circulaire. Cette lame
arrondie était percée au centre, d'un trou de suspension. La face opposée de cette
lame, représentée en b, montre une sorte de feuille à folioles pinnées et quelques
séries de lignes parallèles.
Fig. 7. Train postérieur d'un animal vaguement dessiné, sur lame d'os. — Aurochs?
Fig. 8. Fragment d'os portant une tête d'animal que nous rapportons à un carnassier de
grande taille. Ce dessin est d'une grande finesse.

PLANCHE XXII.
(Suite.)
Fig. 1. Lame d'os aplatie avec dessins sur ses deux faces. En a, deux lignes de traits parallèles. — En b, une petite tête humaine occupant la partie inférieure. C'est une des
rares pièces ou l'homme s'est dessiné ou sculpté lui-même. Cette pièce trouvée par
M. Massénat a été donnée à M. Philibert Lalande.
Fig. 2. Train postérieur d'un animal indéterminé, sur lame d'os. Une ligne courbe doublée
de traits obliques coupe obliquement la pièce.
Fig. 3. Dessin au trait sur lame d'os. Ce dessin très finement gravé a une allure difficile à
préciser. On dirait une sorte d'insecte obèse (?) à abdomen terminé par deux crochets divergents, et dont la tête portait deux paires d'antennes dissemblables. Les
antennes les plus longues sont coupées chacune par un trait oblique, perpendiculaire
à la longueur. En haut de la pièce, deux lignes onduleuses parallèles ; en bas, un
feston compris entre une ligne de points et une ligne de prolongements denticulés.
Fig. 4. Lame d'os extrêmement íìnr, portant sur une de ses faces, a, le train postérieur d'un
cervidé, et sur l'autre, b, un système de lignes difficile à interprêter. Le dessin de
cette pièce est d'un fini remarquable.
Fig. 5. Lame d'os en forme de disque, portant sur ses deux faces, a et b, des traits multiples.
De ces traits, les uns parallèles au bord, forment une bordure à angles saillants,
les autres transverses, occupent le centre des faces.

PLANCHE XXIII.
(Suite.)
Fig. 1 a, b. Lame d'os entaillée en forme de poisson ; on voit deux nageoires et la queue
étalée. Sur une des faces du poisson on voit un petit animal dont la tête semble
indiquer un cheval (?) — Sur l'autre face est gravée l'extrémité postérieure d'un
poisson.
Fig. 2. Lame d'os appointée ayant l'aspect d'une lame de couteau. Sa surface est usée par le
frottement, mais on distingue en arrière, une forme vague de cervidé, couché
suivant la longueur.
Fig. 3 a, b. Extrémité appointée d'une lame d'os. Sur l'une des faces, a, on saisit une tête
d'animal avec épaisse crinière, œil allongé, et barbiche au-cîessous de laquelle

— 11 —
s'échappe la patte antérieure. En avant, deux lignes entre-croisées. — Sur l'autre
face, tète de cheval à gros museau. La gravure est au Irait large et profond.
Fig. 4. Lames d'os avec lignes divergentes formant un V étalé.
Fig. 5. Gravure grossière représentant un corps à queue effilée, reposant sur deux pattes ;
oiseau ?
Fig. 6. Deux branches rameuses sur lame d'os. Ces branches peuvent se rapporter aux bois
d'un cervidé.
Fig. 7 a, b. Fragment d'un disque d'os portant sur ses deux faces des ornements divers. Le
bord de l'os était limité par une série d'encoches doublées d'une ligne circulaire ;
les faces de l'os sont occupées par des représentations de feuilles pennées. En a,
c'est une feuille à pinnules linéaires ; en b, ces pinnules sont marquées par des
traits courts et élargis.
Fig. 8. Lame d'os portant des lignes divergentes, groupées irrégulièrement, autour d'une
ligne médiane formant rachis.
PLANCHE XXIV.
(Suite.)
Fig. 1. Lame d'os couverte d'animaux gravés. A gauche, un renne très caractérisé, suivi
d'un second renne plus petit. A droite, un groupe d'animaux tournés en sens inverse et superposés. On voit une tête de face, puis une ligne de trois têtes, dont
une munie de cornes recourbées en arrière. Ces têtes sont reliées à des corps qu'on
peut suivre dans le fouillis des lignes dù à cette superposition.
Fig. 2. Fragment d'omoplate dont la face plane est couverte d'animaux enchevêtrés. La
gravure est en traits d'une finesse extrême, et il faut la plus grande attention pour
débrouiller ce véritable rébus d'animaux superposés dans toutes les directions. On
trouve à gauche, sous la saillie de la cavité glénoïde, une tête de cheval bien indiquée, supportée par un col qui se perd insensiblement dans les lignes entrecroisées. Or cette tête est elle-même enveloppée dans une tête plus grosse, et
l'artiste a utilisé le même œil pour ces deux têtes. A gauche des têtes de chevaux,
en sens opposé, qui coupent la ligne du dos des animaux précédents. Une tête de
cheval coupe même le flanc du premier; enfin on saisit, en retournant la pièce,
une tête d'aurochs renversée. L'enchevôtrement est tel que le montre la figure,
décalquée avec le plus grand soin.
Fig. 3. Tète et train antérieur d'un renne, snr lame d'os ; belle conservation.
Fig. 4, a, b. Tête de poisson sur lame d'os taillée en tête de poisson. Une double ligne
marque la limite de l'opercule sur les deux faces.
Fig. 5. Lame d'os couverte de lignes entre-croisées en losanges. Sur ces losanges, se
détache une forme animale, à tête munie de longues et larges oreilles. Figure
grossière.
PLANCHE XXV
(Suite.)
Les pièces qui forment cette série semblent avoir eu le même usage. Ce sont des baguettes
en os taillées à la partie inférieure de façon à donner une pointe d'armature à quatre pans.
L'autre extrémité est mousse. Une des faces est arrondie et porte les ornements ; l'autre est
plane, sans ornements. La face arrondie est, sur certaines pièces, divisée par des angles^âîj\
mousses en trois panneaux qui reçoivent les dessins.

£

— 12 —
Fig. 1. Face gravée arrondie. Vers la partie moyenne une bande transverse, formée de lignes
superposées, de points et de petits croissants. Au dos de cette bande, une figure
étoilée limitée par des incisions profondes. Deux branches de l'étoile occupent la
ligne longitudinale médiane ; les deux branches latérales divergent obliquement
en haut. Au-dessous de la bande médiane, une profonde incision longitudinale
médiane, coupée en deux par une crête saillante.
Fig. 2. Cette pièce a trois panneaux gravés, limités par des angles excessivement mousses.
La face médiane b, porte une ligne médiane de points qui passent, vers la région
moyenne, à des tubercules échancrés en arrière, pour recevoir l'extréinité antérieure triangulaire du tubercule suivant. Ces tubercules forment une ligne très
saillante sur le profil a. Le tubercule supérieur sert de centre à une double
série latérale de trois lignes obliques, parallèles entre elles. Les faces latérales a,
portent une bande brisée formée de chevrons réguliers limités par deux lignes
parallèles. Cette ligne commence à droite, à un gros tubercule saillant. Sur cette
même face droite, on remarque, dans la partie supérieure de la pièce, une ligne
latérale de tubercules allongés se recouvrant, de bas en haut, par leurs pointes
mousses. Une cassure ancienne divise la pièce en deux parties. L'extrémité pour
l'emmanchure est bien conservée et forme un coin à quatre faces triangulaires.
Fig. 3. La face gravée de la pièce comprend, comme la précédente, trois panneaux, un
médian et deux latéraux. Le panneau médian vu de face, présente à ses deux extrémités des ornements identiques qui se correspondent, en sens inverse. Ces
ornements sont constitués par un rachis qui porte des lignes divergentes ; les deux
premières forment un chevron plus large qui coiffe le rachis, les suivantes sont plus
petites. Au centre de la pièce on remarque une étoile à trois branches inégales, la
supérieure dirigée suivant Taxe, [les lignes longitudinales de points relient l'étoile
aux deux figures précédentes.
Chaque panneau latéral est divisé en trois cartouches par deux petites lignes
transverses bifurquées. Le cartouche supérieur, comprenant environ le quart de la
face, est marqué d'une étoile à quatre branches, dont la branche inférieure descend
en se recourbant ; le cartouche suivant, de même étendue, porte une incisure
semi-lunaire et une ligne de petits points. Le reste de la face est marqué de quatre
incisures semi-lunaires disposées en ligue. La pièce présente deux cassures
anciennes ; les faces de l'emmanchure portent des stries parallèles .
Fig. 4. Portion de bâton arrondi, avec cassure ancienne, portant une ligne de points comprise
entre deux lignes terminées en prolongements divergents.
Fig. 5. Surface arrondie avec alternance de lignes obliques, reliées par deux lignes ondulées
longitudinales.
PLANCHE XXVI.
(Suite).
Fig. 1. Lame d'os a face inférieure plane et cannelée par la section, dont la face supérieure,
légèrement arrondie, est couverte d'un dessin compliqué. Ce sont de petits tubercules ménagés de façon à former des lignes obliques, où chacun est également distant
de son voisin, dans tous les sens. Les flancs de chaque monticule sont marqués de
traits qui les entourent et d autres traits occupent les vallées intermédiaires. Cette
combinaison de traits est du plus heureux effet.
Fig. 2. Navette sur laquelle on voit gravée la figure d'un poisson. Une perforation en amande
occupe la pointe taillée en biseau.
Fig. 3 a. b, c, d. Manche d'outil ou de poignard en os. C'est une lame ayant une épaisseur

— 13 d'un demi-centimètre, à faces rectangulaires, dont les bords épais sont munis,
comine les faces, d'ornements divers; nous avons représenté la pièce sur toutes ses
faces ; elle se termine librement par une extrémité mousse ; l'extrémité autrefois
adhérente, porte la trace d'une cassure ancienne.
Une des faces, a, porte une série de quatre tètes qu'on peut rapportera de jeunes
veaux non munis de cornes ; la forme de la tète est nettement représentée ; la defv.
nière tète est comprise dans la cassure. Cette face est limitée sur ses deux bords
par des demi-lunes, profondément entaillées, dont la concavité embrasse une dépression du bord correspondant. De fines stries traversent obliquement les figures.
L'autre face, b, rectangulaiie porte aussi des tètes d'animaux, orientées en sens
inverse ; ce sont des têtes de bœuf adulte, on voit en avant de l'oreille une corne
bien indiquée. Des demi-lunes incisées forment encore ici une double bordure.
Le bord épais supérieur c. est taillé en gouttière ; à gauche, une ligne de mamelons arrondis, à droite, des saillies triangulaires, séparées par des sillons obliques.
Le bord inférieur, d, est coupé par des sillons transverses en huit rectangles
saillants formant une ligne continue.
Fig. 4, a, b. Fragment de bâton en os, arrondi, portant sur ses deux faces des lignes
convergentes, formant une figure. Ce sont des sortes d'étoiles à quatre grandes
branches, convergentes deux par deux, avec des branches transverses médianes plus
petites. Ces dernières rappellent beaucoup des oreilles de cervidés et on pourrait
voir dans les autres branches l'indication des bois ascendants, et les lignes limitant
en sens inverse la face de l'animal. Ces représentations grossières et en quelque
sorte schématiques de la tête du renne, réduite à ses grandes lignes, méritent de
fixer l'attention.
PLANCHE XXVII.
(Suite).
Fig. 1. Diaphyse d'un os long couverte de lignes longitudinales : l'une centrale, de points,
et deux latérales, de stries obliques.
Fig. 2. Lame d'os avec représentation d'une feuille à folioles pennées avec rachis portant
des lignes obliques, en deux séries convergentes. Une double ligne ondulée forme
une figure en 8 opposée à la précédente.
Fig. 3, a, b. Os couvert sur ses deux faces de lignes longitudinales de stries fines, les unes
plus épaisses groupées par deux ou par trois.
Fig. 4. Os sur lequel l'artiste a sculpté, en saillie, un plateau ovalaire, allongé, qu'il a
couvert de stries transverses profondes. Ebauche d'un trou de suspeusiou à la base
plus élargie.
Fig. 5, a, b. Tronçon arrondi, en bois de renne, entouré de lignes de gravures.
Une des faces, a, est couverte de lignes de chevrons parallèles ; l'autre face, 6,
porte des losanges superposés. Un feston de lignes se coupant en X suit le bord
terminal de la pièce.
PLANCHE XXVIII.
(Suite).
Fig. 1. Fragment d'os avec faisceau de lignes longitudinales ; de petits chevrons transversaux occupent le centre ^du faisceau.
d — e

— H
Fig. 2. Bois de renne avec ruban onduleux longitudinal, limité par deux lignes parallèles
serpentiformes.
Fig. 3. Extrémité aiguë d'un instrument en bois de renne, avec larges chevrons sur les deux
faces,
Fig. 4. Fragment d'os, avec chevrons longitudinaux.
Fig. 5. Fragment d'os, portant de nombreuses entailles.
Sur une des faces, a, ces entailles suivent le bord droit et occupent le milieu de
la face, en descendant de chaque côté de la partie spongieuse de l'os, mise à nu.
Ces séries sont formées d'abord d'entailles convergentes deux à deux, en V, puis
deviennent parallèles.
Sur l'autre face, b, un des bords est suivi d'une ligne d'entailles parallèles et
d'autre part, une seconde ligne d'entailles accompagne une saillie oblique naturelle de l'os. Ces dernières, parallèles d'abord, forment des V groupés à l'autre
extrémité.
PLANCHE XXIX.
(Suite).
Fig. 1. Cette pièce est la terminaison d'un vaste ensemble en bois de renne dont la base a été
représentée, planche XIV, fig. 2, de notre Atlas. On y voit la terminaison des
gravures décrites sur celte pièce. Sur sa face gauche, le ruban ondulé serpentiforme, sur sa face droite, un ruban plus large avec stries obliques, qui s'atténue
insensiblement en pointe aiguë. La crête obtuse, limitée par les cannelures longitudinales, latérales, se termine à une saillie médiane naturelle. Cette saillie est
placée au point de départ du prolongement à dos arrondi qui termine la pièce et
qui forme une sorte de lame dont la partie sculptée, triangulaire, massive, représente la poignée.
Fig. 2. Fragment d'os, portant sur ses deux faces des plateaux sculptés dans l'épaisseur. Un
des plateaux, sur la face a, est pincé dans sa partie moyenne, l'autre au contraire,
sur la face 6, est continu, oblong. Tous deux sont couverts de stries obliques,
profondes, parallèles.
Fig. 3. Instrument en bâton allongé, à surface d'emmanchure oblique, rappelant les instruments représentés dans la planche XXV. Une des faces est marquée de gravures
profondes : deux demi-lunes ; un sillon longitudinal ; trois demi-lunes ; un nouveau
sillon longitudinal. Cassure ancienne à l'extrémité supérieure.
Fig. 4. Fragment de bois de renne taillé de façon à représenter une sorte de corne recourbée,
s'atténuant en pointe et présentant quatre faces égales en triangles allongés. Ces
quatre faces portent des chevrons orientés comme il est facile de le comprendre sur
la figure. L'extrémité de la pièce est lisse et fragmentée. .
PLANCHE XXX.
(Suite).
Fig. i. Fragment de bois de renne portant des traits indiquant le train postérieur d'un
animal. Gravure grossière.
Fig. 2. a, b. Fragment de bois de renne sculpté en tubercules superposés formant un chapelet où les grains empiètent les uns sur les autres. Les enfoncements qui séparent
les grains sont marqués de stries longitudinales.

- 15 —
Fig. 3. Lame d'os portant, en traits grossiers, une forme d'animal indéterminé.
Fig. 4. Fragment de bois de renne, évidé en dessous. Des incisions profondes délimitent une
tête d'un animal en train de paître, dont le cou allongé porte une crinière de traits
parallèles. Un semblable cou, séparé de la tète par la cassure de la pièce, reproduit en avant la même disposition.
Fig. 5. Instrument allongé, en bois de renne, portant un ensemble de lignes difficiles à
interpréter quant à la représentation tentée par l'artiste. Nous avons cru y découvrir une tête avec larges oreilles et cornes frontales dressées, mais nous faisons
suivre cette description d'un point de doute bien caractérisé.
Fig. 6. Instruments massifs en bois de renne ayant une face plane, sans dessins, et une face
arrondie couverte de stries. Ces stries divergent vers les bords latéraux, plus
longues et plus espacées à gauche, formant, à droite, une ligne d'encoches étroitement pressées.
PLANCHE XXXI.
(Suite).
Fig. 1. Figure au trait, mal déterminée, pouvant être rapportée à la représentation grossière
d'une femme nue. Une portion ovalaire représente la tête avec deux yeux arrondis,
une dépression nasale et une ligne transverso par la bouche. Un long cou relie la
tête volumineuse à un corps sans proportions : deux petits ovales semblent indiquer les seins, une dépression marque le nombril et de longs traits obliques délimitent les bras collés au corps.
Cette figure est bien mauvaise dans son contour et dans ses détails et c'est impossibilité de découvrir une interprétation meilleure qui nous fait adopter cette
solution. Au premier abord, la palette ovalaire que nous appelons la tète semble
indiquer la nageoire caudale d'un poisson dont le corps serait incomplet, mais on
ne peut expliquer ainsi ni les marques arrondies des yeux, ni les ovales aréolés
des seins, et nous nous arrêtons à l'idée d'une forme humaine tracée par un graveur peu familier avec l'art du dessin.
Fig. 2. a, b. Lignes de chevrons alternant avec des lignes de traits obliques, sur un instrument en bois de renne.
Nous fixons dès maintenant l'attention sur cette pièce, qui rappelle le fragment
représenté Planche XXIX, 4 a, b, avec une ornementation différente. C'est un
croc légèrement recourbé, terminé d'une part par une pointe aigué, de l'autre par
un biseau permettant la fixation du manche.
Ce croc a quatre faces séparées par des angles mousses ; il y a donc une face
convexe, une face concave et deux faces latérales. Chaque face porte sur sa ligne
médiane une ligne de chevrons, et chaque côté séparant deux faces porte des traits
obliques.
La disposition adoptée dans les deux figures permet de saisir l'ensemble de
toutes les faces. Cette pièce a une belle patine rougeâtre, sa conservation est parfaite.
Fig. 3. Morceau de bâton percé, en bois de renne, sur lequel est représenté un renne. Ce
dessin très fin donne le contour de la tête, l'allure des bois, l'oreille et la ligne du
dos; un second trait parallèle à cette ligne semble indiquer un second animal incomplet, en arrière du précédent. Deux lignes profondes, parallèles aux bords de
l'os, limitent la face qui porte ce dessin.

— 16 —

PLANCHE XXXII.
(Suite.)
Fig. 1. Lame d'os avec tète de cheval; dessin médiocre. Ce qui frappe dans ce dessin est
l'irrégularité du contour; chaque trait est formé par plusieurs coups successifs qui
enlèvent la netteté si franche de la plupart des dessins de l'époque; cependant
l'allure de la tête est bien indiquée dans ses particularités essentielles.
Fig. 2. Portion de bois de renne avec tète de bouquetin. Ce dessin est fruste par l'usure de
la surface du bois de renne qui le porte, cependant la disposition des cornes recourbées, l'allure du museau, le front bombé donnent à la tête son allure caractéristique.
Fig. 3. Portion de diaphyse. d'un os long avec la partie supérieure du corps d'un ours, levant
la patte, dans la position assise. Ce dessin frappe par la pose si naturelle donnée à
l'animal qui est vu de dos. Le contour, limité par un seul trait sans retouches,
donne l'impression la plus précise des caractères pris sur le vif et rendus avec
l'exaclitude d'un chercheur consommé. Trois traits supérieurs forment cadre.
Fig. 4. Fragment d'os portant au centre une concavité arrondie, marquant la place d'un trou
resté incomplet. Une ligne longitudinale avec quelques traits obliques latéraux
occupe le tiers supérieur de la pièce.
Fig. 5. Fragment d'os portant une ligne longitudinale médiane de points. Ces points sont
allongés dans le sens de la longueur de l'os.
Fig. 6. Fragment d'os avec des stries obliques et longitudinales, disposées irrégulièrement
sur les deux faces.
PLANCHE XXXIII.
(Suite.)
Fig. 1. a, b. Lame d'os portant une tête de cheval à gros museau et en avant une tète
d'aurochs ? aux deux cornes saillantes.
La face opposée, en b, montre le train postérieur d'un animal à crinière, à queue
cylindrique.
La superposition de ces deux têtes a une allure spéciale ; la tête dii cheval est
dépourvue d'oreilles et la même ligne délimite la partie inférieure du museau de
l'aurochs et la ligne frontale du cheval. Une double cassure ancienne termine brusquement la pièce.
Fig. 2. Partie inférieure d'un quadrupède, sur bois de renne ; traits assez grossiers, figure
indéterminable.
Fig. 3. a, b. Fragment de bois de renne massif portant sur ses deux faces des dessins d'animaux.
Sur la face a, on distingue une tête de bouquetin mâle avec ses cornes frontales
légèrement arquées.
Sur l'autre face b, le graveur a représenté la tête de la semelle, dépourvue de
cornes.
La surface de la pièce, rugueuse par altération, ne permet pas de suivre avec la
précision désirable les traits délicats du dessin; cette observation s'applique aux
deux faces de l'os.
Fig. 4. Traits appartenant à un grand dessin, indéterminables, sur bois de renne.

- 17 -

PLANCHE XXXIV.
(Suite.)
v
Fig. 1. a, b. Spatule en os, en forme de feuille de laurier, portant à sa base brisée une
figure sur chaque face.
D'une part, en a, une tête indiquée par quelques traits d'une grande finesse, à
museau effilé, à oreilles dressées, à cornes renflées à leur extrémité; on dirait un
écusson traversé par deux lances.
D'autre part, en b, une tête de jeune bovidé, obliquement placée, dessinée avec
une grande précision.
Fig. 2. a, b, c, cl. Cette pièce est un long cylindre que nous avons dú représenter sous des
aspects divers pour en bien faire comprendre l'ornementation. On ne peut mieux
la comparer qu'à une des volumineuses broches qui servent à soutenir la chevelure, et c'est probablement à cet usage qu'elle a pu servir, car des instruments
analogues, mais sans ornements, se trouvent dans ces foyers et sont représentés
dans la suite de nos planches.
Les deux fig. a et 6 se superposent et donnent l'ensemble de la pièce sur une de
ses faces. Le cylindre s'effile à ses deux extrémités et l'on voit au-dessous d'une
des pointes une portion de cendre des foyers fixée d'une façon si intime avec l'os
qu'on n'a pas pu la détacher sans endommager la pièce. Une fraction située immédiatement au-dessous indique une perte de substance que le non raccord du dessin
rend très sensible.
L'ornementation consiste en chevaux à grosse tête, dessinés bout à bout, suivant
la longueur de la pièce. Sur la face représentée en a, b, on compte sept chevaux à
tête placée en haut, dont les deux extrêmes se perdent insensiblement sur les
pointes terminales.
Sur la face opposée, en d, les chevaux sont en sens inverse, regardant en bas;
on en compte un nombre identique; ils sont en effet superposés.
La face latérale c montre nettement cette supposition, avec orientation différente
des deux lignes de chevaux, la tête des chevaux de la face a correspondant à la
queue des chevaux de la face d, étant tournés en sens inverse.
Fig. 3. Fragment d'une lame d'os avec double bordure de deux lignes ondulées. Cassure
ancienne oblique.
Fig. 4. Fragment de sagaie, en bois de renne, avec saillie médiane portant une ligne de capules peu profondes.
Fig. 5. Extrémité de sagaie avec double ligne longitudinale limitant une face avec marques
arrondies.
,
PLANCHE XXXV.
(Suite.)
Fig. i. Portion de bois de renne portant une représentation de renne. Le train postérieur,
trgs net, se perd au niveau d'une cassure ancienne parmi des fragments qui ne
permettent pas de retrouver la têle; cependant les cornes rejetées sur le dos sont
très visibles. En avant de la cassure, une ligne de points. On remarque au centre
de la partie triangulaire un essai de perforation à peine ébauchée.
Fig. 2. Fragment d'un volumineux bâton percé ; la portion restante du tronc est bordée par
des traits rayonnants; les bords partant de cette partie renflée et limitant l'orifice

- 18 présentent de larges incisures parallèles ; en bois de renne. Cassure ancienne aux
deux extrémités.
Fig. 3. Tête d'aurochs, crinière, cornes recourbées, barbiche caractéristique. Ce dessin est
au trait fin sur os dur.
Fig. 4. Museau effilé d'un animal indéterminable, sur fragment d'omoplate.
PLANCHE XXXVI.
(Suite.)
Fig. 1. Cheval à la course, sur palme de bois de renne. Tète épaisse, à oreilles dressées, à
crinière saillante; les pattes antérieures bien dessinées. Une cassure ancienne a
détruit le train postérieur, mais on retrouve des lignes mal indiquées qui permettent de reconstituer, dans leur allure générale, les pattes postérieures et l'extrémité de la queue.
Fig. 2. Fragment de défense de mammouth, sculpté en forme d'animal à corps massif, à
queue courte, ayant dans cette portion, conservé l'allure de l'éléphant? En avant
une saillie oviforme indique la région qui fait suite à la tête, détachée par cassure
ancienne. Plus en arrière trois sillons parallèles descendent obliquement sur les
flancs. La cuisse est indiquée par un enfoncement profond, et la queue limitée par
une double incisure. Cette pièce très fragile présente de nombreuses solutions de
continuité; elle est réduite à la partie superficielle et les deux faces répètent les
caractères de la sculpture indiquée pour la face droite, représentée seule sur le
dessin.
PLANCHE XXXVII.
(Suite.)
Fig. 1. a, b. Pièce en bois de renne renflée au centre et s'amincissant vers les extrémités,
brisées par des cassures anciennes.
L'ornementation de cette pièce est très difficile à saisir.
Sur la face, a, une tête de renne à museau effilé sert de sujet central; l'oeil et '
l'oreille se distinguent nettement et au-dessous de cette dernière les cornes s'étalent, se prolongeant en avant et en arrière en une ligne large et ondulée. Parallèlement à cette ligne se superposent quatre lignes emboîtées qui se terminent
contre le bord dorsal de la pièce.
C'est par ce bord dorsal qu'est vue la pièce en 6. On distingue à droite la face
portant la tète de renne et les stries superposées; à gauche s'étend la face opposée,
qui ne porte qu'une ligne longitudinale de traits courts, obliques.
II faut noter un groupe de longs traits obliques parallèles, sur la face droite, vers
l'extrémité inférieure.
Si l'on place cette pièce en sens inverse, en lui donnant la position indiquée
dans la première notice (1), qui fit connaître la découverte de ces sculptures et
dessins, au moment des fouilles, l'oreille de renne semble une gueule béante et
l'ensemble simule un cétacé à tête volumineuse, dont la queue se perd parmi les
lignes ondulées qui raccompagnent.
Fig. 2. Fragment de l'armature en bois de renne d'une forte lance. Trois côtes longitudi-

(1) Elie MÌSSÉNAT. Objets gravés et sculptés de Laugerie-Basse, in Matériaux, loc. cit.

— 19 —
nales, deux latérales et une médiane sont tracées sur la lace dorsale ; chaque côte
est découpée par des traits transversaux en petits rectangles. La base de la pièce
porte des entailles qui simulent trois paires de barbelures supposées. Cassure ancienne médiane.
PLANCHE XXXVIII.
(Suite.)
Fig. 1, 2, :ì, h. Os à crans, percés.
La pièce 1 porte dix crans sur son bord droit.
La pièce 2 brisée porte sept crans sur le même bord.
La pièce 3 porte sept crans à gauche et vingt à droite.
La partie conservée de la pièce 4 ne porte que quelques stries lines.
Fig. 5. Os à crans portant quinze crans sur un de ses bords; on voit au centre une ébauche
de trou.
Fig. 6. a, b. Os percé portant sur chaque face une ligne brisée indiquant le museau d'une
tête dont le trou figurerait l'oeil ; quelques stries.
Fig. 7. a. b. Pièce très analogue à la précédente; l'ornementation est identique sur les deux
faces; deux lignes forment le rachis d'une sorte de foliole d'où partent des stries
divergentes.
Fig. 8. a, b, c. Petit os triangulaire et portant des stries sur ses bords.
Nous l'avons représenté sous toutes ses faces pour montrer la disposition de ces
stries. On distingue en effet trois faces et trois bords mousses. Les trois faces
triangulaires vont s'élargissant de haut en bas et les trois bords au contraire, plus
élargis en haut, s'effilent vers la base. C'est sur ces bords que sont tracées des lignes
transverses. Sur un des bords, en a, ces lignes sont plus profondes ayant l'aspect
de crans; sur les autres bords, ces lignes se présentent comme des stries superposées avec intervalles réguliers.
La petite extrémité, d, est arrondie ; la grosse, c, est franchement triangulaire.
Nous indiquons brièvement ces pièces, renvoyant à notre étude détaillée pour
leur interprétation.
PLANCHE XXXIX.
(Suite.)
Fig. 1. Pointe de flèche, en bois de renne, à coupe triangulaire, portant sur un de ses bords
mousses une ornementation ainsi combinée : un chevron, un losange, un chevron,
un losange, plus bas une ligne longitudinale médiane.
Fig. 2. Pointe du même type, triangulaire au sommet, offrant vers sa partie moyenne deux
larges faces parallèles. La face représentée dans la figure porte une côte aplatie
avec stries entrecroisées.
Fig. 3. Face opposée de la même pointe montrant aux extrémités deux lignes parallèles;
au centre, une incisure médiane.
Fig. 4. Pointe plus légère, arrondie dans sa portion moyenne, portant deux losanges striés
obliquement.
Fig. 5. Pointe plus grande, à face arrondie, avec une incisure longitudinale, une incisure
oblique, une incisure longitudinale.
Fig. 6. Extrémité d'une sagaie, en bois de renne, présentant une large côte médiane délimitée par deux groupes latéraux de trois lignes parallèles.
Fig. 7. Pointe de flèche triangulaire portant deux lignes parallèles de stries obliques.

~ 20 —
PLANCHE XL.
(Suite.)
Fig. 1. Extrémité d'une sagaie, en bois de renne, à quatre faces, s'atténuant en pointe aigiie.
Les deux faces plus larges opposées présentent le même dessin ; ce sont des stries
obliques, entrecroisées, délimitant des losanges.
Fig. 2. Extrémité d'une grande sagaie, à faces plus élargies; sur ces faces on note des lignes
obliques parallèles qui descendent de gauche à droite en s'incurvant légèrement;
deux sillons longitudinaux suivent les bords de chaque face formant avec ces stries
une sorte d'échelle à échelons obliques.
Fig. 3. Corps d'un instrument en bois de renne à face plane irrégulière, à dos arrondi et
poli. Une série de petites stries divergentes occupant la ligne médiane de cette
région mousse qui est brusquement interrompue à la base par une dépression
oblique, en sifflet, pour l'emmanchure. Cassures anciennes.
Fig. 4. Instrument de même forme que le précédent, avec sa pointe mousse, il porte deux
lignes latérales d'incisures longitudinales. Cassure ancienne.
Fig. 5. Sagaie, en bois de renne, à extrémité -fruste, avec double cassure ancienne. On note
plusieurs lignes longitudinales latérales délimitant une face saillante.
Fig. 6. Pointe d'une petite sagaie se terminant par un biseau pour l'emmanchure. Elle porte
une côte médiane avec quatre saillies rectangulaires, obliquement dirigées.
PLANCHE XLI.
(Suite.)
Fig. 1. Portion de sagaie avec face arrondie portant une côte médiane avec saillies obliques.
Fig. 2. Extrémité avec pointe mousse d'un instrument aplati en bois de renne. L'une des
faces polie présente des stries transversales irrégulières, enchevêtrées sans ordre,
quelques-unes obliques, de dimensions variées.
Fig. 3. Base d'un instrument quadrangulaire dont les faces portent des stries obliques.
Fig. 4. Portion d'un instrument aplati, coupé en biseau à une extrémité et présentant sur
une face des stries divergentes disposées en nervures foliaires.
Fig. 5. Bout d'une petite sagaie avec deux lignes longitudinales de saillies obliques.
Fig. 6. Portion d'un instrument aplati, en os, présentant de hues stries divergentes.
Fig. 7. Instrument en bois de renne à base mousse, s'effilant en pointe en s'incurvant légèrement en S. Face plane lisse, face arrondie portant cinq traits parallèles ondulés.
PLANCHE XLII.
(Suite.)
Fig. 1. Diaphyse d'un os long portant des ornements en losanges, avec point central.
Fig. 2. Pièce allongée, en bois de renne, avec de larges côtes reliées par un collier à une
des extrémités.
Fig. 3. Instrument allongé, en bois de renne, se terminant par une extrémité élargie brisée,
ayant limité un trou arrondi. Les faces planes portant des losanges; les supérieurs
striés transversalement; l'inférieur, limité par un double contour.
Ffi. 4. Portion de mâchoire d'antilope Saïga avec stries entrecroisées, s'appuyant sur un
rachis longitudinal.

- 21



PLANCHES XLIII et XLIV.
Instruments en silex. Grandes lames (1).
Fig. 1. Grande lame en silex, atteignant 260 millimètres de longueur et 70 millim. de largeur,
c'est la plus importante pièce de la collection. La face représentée est divisée par
une longue arête médiane qui délimite deux faces retaillées sur les bords par deux
longs éclats déterminant un double tranchant; elle se termine d'une part par
une pointe obtuse et d'autre part par une extrémité élargie, coupée carrément. La
face opposée est plane, constituée par la face de l'éclat, non retouchée. Cette pièce
a dù être utilisée comme couteau destiné à dépecer et à débiter les animaux de
forte taille. Silex ambré-foncé,
Fig. 2. Instrument de même ordre, plus court, à pointe plus mousse, même disposition
générale, la face représentée porte une crête médiane, la face opposée est plane.
Silex ambré-foncé.
Fig. 3. Instrument de même ordre ; on a représenté la face lisse ; l'autre face porte la môme
crête saillante; même coloration de silex.
Fig. 4. Instrument de même ordre, à crête plus accentuée, plus massif, plus triangulaire.
Les faces sont sans retouches ; les deux extrémités de l'instrument sont coupées
par des cassures intentionnelles. Silex gris-noir.
Fig. 5. Instrument plus élargi à une extrémité, effilé à l'autre, avec même crête longitudinale sur une de ses faces. Les bords de la portion effilée sont très tranchants.
Silex ambré-foncé.
PLANCHE XLV.
(Suite )
Les lames groupées sur cette planche se distinguent des précédentes par la prédominance de la longueur sur la largeur.
Fig.

i. Grande lame:

long. 240 millim., largeur moyenne 30 millim., avec crête déjetée
vers un des bords plus mousse qui constitue le dos du couteau, dont le bord
opposé, très mince et denticnlé, forme le tranchant. La face opposée est plane. Une
des extrémités s'effile en pointe, l'autre rugueuse, irrégulière, marquée de crêtes
transversales constitue un manche bien en main. Silex gris-noiràtre.

Fig. 2. Même genre de lame, la crête est médiane, bifurquée à ses extrémités ; les deux bords
tranchants et denticulés se prêtent également aux incisions. Une des extrémités
est effilée ; l'autre se termine carrément. La face opposée est plane. Pièce très régulière, en silex ambré-clair. Cassure ancienne transversale à la partie médiane.
Fig. 3. Même lame, long. 245 millim., largeur moyenne 20 millim., terminée en pointe
mousse d'une part, s'incurvant d'autre part pour former une espèce de manche.
Crête médiane sur l'une des faces ; l'autre face est lisse. Les bords sont denticulés
et tranchants. Silex ambré- foncé.
PLANCHE XLVI.
(Suite.)
Fig. 1. Lame plus courte, à cassures terminales, même disposition générale, silex gris-noir.

(1) Toutes les pièces en silex sont reproduites en grandeur naturelle.

— 22 —
Fig. 2. Lame triangulaire allongée, à double crête saillante, silex gris-ambré clair.
Fig. 3. Lame à crête médiane, mêmes dispositions ; silex gris-noir.
Fig. 4. Lame vue par sa face plane non retouchée, avec bulbe de percussion.
PLANCHE XLVII.
Lames planes.
Ces lames se distinguent des précédentes par leurs dimensions plus petites, mais
elles en présentent les caractères, ayant une face plane correspondant au nucleus,
et une face superficielle munie d'une crête saillante, les bords sont très tranchants,
les extrémités mousses.
Fig. 1. Lame à faces très lisses, crête médiane, une des extrémités est arrondie, l'autre est
taillée en biseau effilé pour emmanchure ; silex gris-noir.
Fig. 2. Lame très plane irréguliôre : silex rosé.
Fig. 3. Lame allongée, à faces très lisses ; silex gris-noir.
Fig. 4. Lame incurvée, avec nombreuses crêtes ; silex ambré-foncé.
Fig. 5. Lame droite, avec crête saillante ; silex gris-clair.
.Fig. 6. Lame très courte et plane, à pointe effilée ; silex ambré.
Fig. 7. Même lame, un peu plus longue; silex noirâtre.
Fig. 8. Même disposition ; silex transparent laiteux.
Fig. 9. Même disposition ; silex gris-clair.
Fig. 10. Même disposition ; silex noirâtre.
PLANCHE XLVni.
Burins et Scies.
La réduction des lames s'accompagne de la transformation en pointe aiguë d'une
des extrémités, et cette disposition en fait de véritables burins. Les types représentés de la fig. 1 à la fig. 8 indiquent nettement cette transformation.
Fig. 1. Grand burin ; silex ambré-clair.
Fig. 2. Même instrument ; silex ambré-foncé.
Fig. 3. Môme instrument avec constriction moyenne déterminant un manche ; silex noirâtre.
Fig. 4. Même disposition ; silex noirâtre.
Fig. 5. Burin plus petit ; silex ambré-clair.
Fig. 6. Type encore plus réduit ; silex noirâtre.
Fig. 7. Petit burin, à crêtes de retouche nombreuses ; silex noirâtre.
Fig. 8. Burin fin et très plan ; silex ambré-foncé.
Fig. 9. Burin de 35 millimètres de longueur, très aigu; silex blanchâtre.
Les scies, fig. 10 à fig. 25, se distinguent par la constitution de leurs bords dont
l'un reste mousse, ordinairement très large, devenant souvent une véritable face
dorsale qui amène la disposition triangulaire de la lame ; l'autre bord est plus ou
moins régulièrement denticulé et caractérise par ses dentelures cet instrument
spécial. Les uns sont mousses à leurs deux extrémités, mais les autres présentent
une véritable queue pour l'emmanchure, s'el'íìlant d'autre part comme les burins ;
les dimensions de ces pièces sont très réduites.
Fig. 10. Scie à dents mousses régulières ; silex noir.
Fig. 11. Scie, à dents écartées, saillantes ; silex noir.
Fig. 12. Scie à petites dents régulières ; silex ambré-clair.

- 23

-

Fig. 13. Scie plus allongée, à fines denliculations ; silex noirâtre.
Fig. 14. Même instrument à denticulations plus larges ; silex de même couleur.
Fig. 15. Même instrument, même coloration.
Fig. Í3. Même instrument, même coloration.
Fig. 17. Scie à queue, à dents larges ; silex noirâtre.
Fig. 18. Même instrument, brisé comme le précédent à ia pointe ; silex ambré.
Fig. 19. Scie à queue effilée en burin, denticulations moyennes; silex gris.
Fig. 20. Même instrument, plus petit, même coloration.
Fig. 21. Petite scie-burin de 45 millimètres, avec queue, teinte gris-clair.
Fig. 22. Scie à queue-burin, plus grande ; silex noirâtre.
Fig. 23. Même instrument ; silex gris foncé.
Fig. 24. Même instrument; silex noirâtre.
Fig. 25. Môme instrument, avec pointe mousse et manche oblong ; silex foncé.

PLANCHE XLIX.
Lames triangulaires.
Ces lames massives sont nettement triangulaires avec face plane correspondant
au nucleus et deux faces libres retaillées à grands coups, qui déterminent des crêtes
transverses superposées, ces crêtes donnent aux trois bords des ondulations correspondantes. Les deux bords qui limitent la face plane sont tranchants ; le troisième
forme une crèle épaisse, ondulée, donnant en projection une ligne à larges denticulations. Ces lames ont dû servir comme instruments tranchants par les bords
latéraux et comme des limes grossières et des scies par leurs faces retouchées et
leur crête (lenticulée ; elles sont très variables de dimensions. Une des extrémités
est effilée pour l'emmanchure, l'autre so termine par un biseau tranchant souvent
oblique.
Fig. 1. Un de ces instruments vu par ses faces retouchées, atteignant 160 millimètres;
silex noir.
Fig. 2. Même instrument atteignant 210 millimètres, légèrement incurvé, la disposition
pour l'emmanchure et le biseau opposé oblique sont très nettement indiqués ; on
observe deux crêtes divergentes ; silex ambré-foncé.
Fig. 3 et 4. Mêmes instruments, plus petits; silex noirs.
Fig. 5. Même instrument ; silex gris-foncé.
Fig. 6 Même instrument, de type plus réduit; silex transparent.
Fig. 7. Exemplaire n'ayant que 60 millimètres ; silex transparent.
Fig. 8. Instrument vu par la face lisse ; silex noirâtre.

PLANCHE L.
Lames retouchées.
Ces lames se dislinguent par leur forme régulière et leur extrémité en pointe
aiguë, qui sont obtenues à l'aide d'un travail de fines retouches et l'enlèvement
d'éclats de petite dimension ; les bords restent tranchants et sont utilisés comme tels.
Fig. 1. Lame retouchée sur ses bords, à pointe obtenue par deux grands éclats latéraux;
silex ambré-clair.
Fig. 2. Lame plus longue, atteignant 520 millimètres, très réguline, deux crêtes convergentes; silex gris, à pâte très fine.

— ".M —
Fig. 3. Môme instrument, à extrémité aiguë obtenue par retouches latérales ; vue par sa
face plane ; silex ambré.
Fig. 4. Méme lame, de petite dimension, belles retouches sur les bords et à la pointe; silex
ambré, luisant.
Fig. 5. Même instrument ; coloration grise.
Fig. 6. Lame moyenne, plus large, à extrémité plus mousse, retouches très nettes ; silex
gris-foncé.
Fig. 7. Même lame, plus- petite ; silex noirâtre.

PLANCHE LI.
Grattoirs discoïdes.
Ces grattoirs sont des éclais discoïdes détachés du nucleus, dont la face plane
reste, avec son bulbe de percussion, sans retouches ; la face opposée est taillée en
facettes et le bord qui forme la circonférence du disque est retaillé pour donner un
tranchant régulier, sauf sur un talon destiné à la main ou à l'emmanchure.
Fig. 1. Grattoir discoïde vu par sa face retaillée; on distingue nettement les facettes qui ont
permis d'amincir Tinstrument ; la circonférence est finement retouchée en tranchant qui s'arrête au talon occupant la partie intérieure de

la figure ; silex

noir.
Fig. 2. Même instrument, même disposition, même coloration.
Fig. 3. Même instrument; silex ambré clair.
Fig. 4. Même instrument, de. petite dimension ; silex blanc, veiné de noir.
Fig. 5. Grand disque vu par sa face lisse, avec le bulbe de percussion ; silex ambré-foncé.
Fig. 6. Même instrument, dans la môme position ; silex gris-clair.
Fig. 7. Grattoir plus allongé, la face taillée porte une double crôte oblique médiane; silex
noir.
Fig. 8. Même forme, vue par la face lisse ; silex gris blanc.

PLANCHE LII.
Grattoirs triangulaires.
Dans ces grattoirs, façonnés dans un éclat rie nucleus, le talon s'allonge en une
pointe mousse , finement retaillée,

qui semble destinée à s'appuyer contre la

paume de la main maniant directement le grattoir ; ils passent ainsi de la forme
discoïde ovalaire k la forme triangulaire, variant de dimensions. La portion destinée au

travail se localise dans la partie de l'instrument qui forme la base p'us

ou moins arrondie du triangle.
Grand exemplaire atteignant 140 millimètres, en silex fonci\
Exemplaire plus petit passant à la forme triangulaire ; silex brunâtre.
Exemplaire plus élancé : silex noir-brillant.
Grattoir triangulaire ; silex ambré-clair, transparent.
Même instrument; silex ambré-foncé.
Même instrument ; silex noir.
Même instrument ; silex gris très clair.
Môme instrument ; silex brunâtre.
Très petit grattoir ; silex gris-clair.

— 25 -

PLANCHE. LUI.
Grattoirs à queue.
Ces grattoirs plus ou moins triangulaires, comme les précédents, se distinguent
en ce que le prolongement au lieu d'être mousse et finement retaillé est brusquement coupé en une queue aiguë destinée à pénétrer dans un manche.
Fig. \. Type moyen nettement accentué, vu par sa face saillante, munie de deux crêtes ; la
queue se détache comme un bec saillant ; silex noir.
Fig. 2. Instrument semblable vu par la face opposée plane ; silex noir.
.Fig. 3. Même type, plus allongé, vu par la face saillante ; silex gris-clair.
Fig. 4. .Même type ; silex gris, pointillé de noir.
Fig. 5. Pace opposée plane ; même silex.
Fig. 6. Même type ; silex jaunâtre-clair.
Fig. 7. Type plus épais ; même disposition ; silex brun.
Fig. 8. Type plus large ; silex noir.
PLANCHE LIV.
Grattoirs longs.
Ces formes allongées se rapportent aux deux types précédents par le mode de
terminaison de l'extrémité opposée au tranchant ; ils rappellent les lames par leur
forme élancée mais s'en distinguent par les retouches de l'extrémité destinée à
l'usage des grattoirs.
Fig. 1. Grattoir long à queue, avec fines retouches ; silex gris-clair.
Fig. 2. Même forme ; silex ambré.
Fig. 3. Même forme, plus petit et plus élancé ; silex ambré-foncé.
Fig. 4. Même forme ; silex noir.
Fig. 5. Grattoir plus massif, à l'extrémité mousse ; silex noir.
Fig. 6. Même type, plus élancé; silex gris.
Fig. 7. Type losangique avec extrémité mousse; silex ambré-foncé.
Fig. 8. Même type losangique, finement retouché, plus grand ; silex gris-noir.
Fig. 9. Type en forme de spatule, à extrémité mousse ; silex ambré.
PLANCHE LV.
Grattoirs doubles.
Les grattoirs doubles sont retaillés aux deux extrémités de façon à pouvoir être
utilisés dans les deux sens ; ils n'étaient donc pas emmanchés, les uns sont très
allongés, d'autres courts et massifs, quelques-uns passent à l'apparence discoïde.
Fig. \. Très long grattoir double de 140 milimètres, teinte ardoisée-clair.
Fig. 2. Même type, plus court ; silex noir.
Fig. 3. Même type ; silex ambré.
Fig. 4. Type plus élancé, fin ; silex noir.
Fig. 5. Type court, très petit ; silex ambré-foncé.
Fig. 6. Même type, étalé ; silex jaunâtre.
Fig. 7. Même type, massif et court ; ardoisé-clair.

f- g

- 26 Ftg. 8. Type losangique ; Silex gris-clair.
Fig. 9. Type irrégulier ; silex ambré-foncé.
Fig. iO. Type discoïde; silex brun.
PLANCHE LVI.
Perçoirs.
Les lames retouchées conduisent aux perçoirs par une simple exagération du
fini de la pointe qui constitue désormais la partie importante de l'instrument.
Fig. 1. Lame retouchée devenant perçoir ; les retouches de la pointe sont d'une grande délicatesse et lui donnent une acuité spéciale ; bel exemplaire en silex ambré.
Fig. 2- Même forme, plus grande, la pointe est très finie, légèrement arquée ; silex gris-clair.
Fig. 3. La prédominance de la pointe s'accentue ; la môme, très plane, en silex noir.
Fig. 4. Même type, plus petit ; silex noir.
Fig, 5. Autre type de perçoir ; la pointe est découpée par un double biseau, très finement
retouchée ; silex gris-noir.
Fig. 6. Même forme, pointe plus saillante, déjetée ; silex noir,
Fig. 7. Même forme vue par sa face plane ; silex noir.
Fig. 8. Même forme ; silex ambré.
PLANCHE LVII.
(Suite.)
Fig. ï. a, b. Le type représenté par cette figure est des plus étranges ; la pointe destinée à
produire de larges perforations devient une espèce de lime, dite queue de rat, retaillée latéralement par des retouches profondes. La partie étalée du silex forme
le manche. En a, le silex est vu par sa face saillante, munie d'une crête médiane ;
en b, il est vu par sa face plane. Cette magnifique piéce est en silex noir.
Fig. 2. Portion d'un perçoir du même type ; silex noir.
Fig, 3. Môme type, plus petit ; silex gris.
Fig. 4. Même type, silex gris-foncé.
Fig. b. Même type, pointe moins saillante ; silex brunâtre.
Fig. 6. Même type, pointe aiguë ; silex noir.
Fig. 7. Même type, pointe arquée, silex noir.
Fig. 8. Même type, vu par sa face plane ; silex noir.
PLANCHE LVIII.
(Suite.)
Fig. i. Nouveau type de perçoir terminé par une double pointe; perçoir double. Des deux
pointes l'une est plus aiguë, l'autre plus mousse; la partie élargie constitue le
manche ; en silex noir.
Fig. 2. Même type, à pointes plus courtes ; silex gris-clair.
Fig. 3. Même type, vu par la face plane ; silex brun-foncé.
Fig. 4. Perçoir double très allongé, à pointes courtes; silex noir.
Fig. 5. Perçoir en bec d'oiseau, triangulaire ; silex noir.
Fig. 6. Môme forme, plus massive, silex ambré.
Fig. 7. Même forme, plus allongée, à pointe plus large ; silex ambré.
Fig. 8. Même forme, plus discoïde, à pointe courte ; silex ambré-clair.

- 27 PLANCHE LIX.
Instruments en os. — Sagaies massives.
Fig. i. a, b. Cette sagaie, en bois de renne, est le type des sagaies massives, atténuée, d'une
part, en pointe pénétrante, incisée à l'autre extrémité pour l'emmanchure. La face
b montre le long biseau destiné à cet usage. On y a tracé des lignes obliques pour
assurer un engrènement plus parfait avec le bois du manche. Des stries analogues
se remarquent sur la face opposée pour l'adaptation du lien qui fixait la pièce au
support.
Fig. 2. Même forme, plus courte, légèrement incurvée, en bois de renne.
Fig. 3. Sagaie de même forme et de mêmes dimensions.
Fig. 4. a, b. Cette arme remarquable, en bois de renne, a une pointe aiguë qui seule devait
dépasser le manche. En effet, la face 6 est aplanie, dans toute sa longueur jusqu'à
la base de cette pointe. Ce long méplat est marqué de stries obliques pour l'adhérence. La face a porte sur ses bords des tubercules en saillie, régulièrement disposés, destinés à la fixation et au maintien du lien d'attache.
PLANCHE LX.
Grandes sagaies,
Fig. 1. Des sagaies, en bois de renne, de dimensions plus grandes, se rencontrent avec les
précédentes. Elles sont rarement entières. Celle représentée, malgré deux cassures,
a pu être reconstituée dans son intégrité. La pointe aiguë faisait saillie à l'extrémité du manche. L'autre extrémité atténuée, s'engageait dans un lien robuste qui
empêchait sa projection en arrière, au moment du choc. La face libre porte une
ligne médiane très régulière de saillies losangiques allongées, obliques, qui retenaient les tours spiralés du lien. Des incisures longitudinales complètent l'ornementation.
Fig. 2. Pièce très voisine, même dispositions.
Fig. 3. Extrémité de la sagaie la plus forte rencontrée dans les fouilles. Deux rangs de tubercules losangiques sur la face saillante.
Fig. 4. Pièce de dimension moyenne, fragment.
Fig. 5. Pièce plus petite, entière, les tubercules sont remplacés par des incisions obliques,
profondes. Pointe marquée d'encoches latérales.
PLANCHES LXI et LXII.
Grandes sagaies.
Fig. \. Grande sagaie avec face d'emmanchure plane. La face représentée est surbaissée et
marquée d'un sillon longitudinal profond.
Fig. 2. Sagaie plus courte, à pointe mousse.
Fig. 3. Sagaie droite, à emmanchure courte. Ce nouveau type se distingue du précédent par
le mode de fixation au manche qui laissait saillante la longue pointe polie et effilée.
Une double dépression ovalaire recevait les deux lèvres du manche fendu à cet
effet. Un talon assurait la pose du lien et sa fixation énergique. Arme légère et de
moindre résistance.
Fig. 4. a, b. Cette sagaie, légèrement incurvée, présente pour l'emmanchure un double biseau très soigné, mais il semble qu'une des lèvres du manche devait remonter sur

— 28 ía base de la face pour assurer une fixation plus parfaite. Le manche devait être
court et le tout devait former plutôt un poignard ou un stylet qu'une arme de jet,
Fig. 5. Sagaie élancée, avec biseau pour l'emmanchure.
Fig.. 6. Même type, plus robuste. Deux lignes convergentes d'incisions obliques.
• ,
PLANCHE LXIII.
Sagaies à biseau.
Fig. 1. a, b, c. Cette sagaie est le type d'une nouvelle série; les dimensions moindres les
placent comme intermédiaires entre les précédentes et les armatures de flèches. La
réduction de la longueur autorise une emmanchure plus légère. De là, la brièveté 1
du biseau. Nous avons représenté l'arme sur sa face libre a, sur une des faces laté*
raies 6, pour montrer la direction du biseau, et sur sa face destinée à l'emmanchure c, pour faire ressortir la disposition adoptée à cet effet.
Fig. 2. a, b. Arme un peu plus brève. Le biseau porte des lignes entrecroisées pour l'adhérence au manche.
Fig. 3. a, b. Même arme, dimensions moindres.
Fig. 4. Sagaie de même forme, dont la face libre est creusée dans toute sa longueur d'un sillon profond.
Fig. 5. Sagaie avec sillon, même disposition,
PLANCHE LXIV.
Sagaies à cônes.
Fig. 1. Avec les dimensions des sagaies précédentes, l'arme figurée, creusée d'un sillon longitudinal, présente une nouvelle disposition pour l'emmanchure. Un cône aigu,
régulièrement façonné, s'enfonçait à l'extrémité du manche.
Fig. 2. On retrouve cette même disposition du cône d'emmanchure, sur cettè pièce très voisine de la précédente.
Fig. 3. Même disposition, belle pièce, plus allongée, avec sillon longitudinal.
Fig. 4. Même disposition, pas de sillon longitudinal.
Fig. 5. Sagaie terminée par deux pointes, l'une aiguë et pénétrante, l'autre, pour l'emmanchure. II semble que ces flèches étaient incrustées dans une cavité creusée sur la
face latérale du manche.
Fig. 6. Belle pièce, de même allure, avec même disposition.
Fig. 7. a, b. Sagaie courte incisée à la base pour recevoir entre ses deux lèvres l'emmanchure entaillée par un double biseau. Ce mode d'emmanchure est très rare dans
les stations laugériennes. Cette pièce et une flèche analogue sont les deux seules
pièces de ce modèle. Nous indiquerons plus tard que ce mode spécial appartient à
des stations primitives qu'il caractérise.
PLANCHE LXX.
Sagaies à double biseau.
Fig. 1. a, b. Sagaie munie à la base d'un double biseau destiné à être pincé dans une fente
du manche. L'arme est aplatie et légèrement incurvée.
Fig. 2. Arme du même type, avec biseau terminal, munie d'un sillon longitudinal.
Fig.' 3. Arme plus petite, même biseau.

— 29 Fig. 4. a, b. Sagaie plus massive, plus courte, passant à la pointe de flèche, avec biseaux
pour l'emmanchure.
Fig. 5. a, b. Méme arme, même disposition.
PLANCHE LXVI.
Sagaies courbes.
Fig. 1. Sagaie courbe avec une pointe canaliculée, s'effllant d'autre part en cône obtus pour
l'emmanchure.
Fig. 2. Même disposition, deux pointes terminales.
Fig. 3. Même disposition ; le cône pour l'emmanchure est incurvé.
Fig. 4. Sagaie courbe avec biseau pour l'emmanchure.
Fig. 5. Même arme, avec des sillons longitudinaux parallèles
Fig. 6. Sagaie massive, avec dépression médiane pour l'emmanchure; l'une des pointes
était perforante, l'autre déjetée, formant une dent récurrente, s'opposant à l'arrachement de l'arme de la plaie.
PLANCHE LXVII.
Harpons à double rang de barbelures.
Fig. 1 . Harpon à double rang de barbelures. L'axe se termine d'une part par une pointe
mousse et, d'autre part, par un cône lisse pénétrant dans le manche. Un bourrelet saillant surmontant le cône servait à la fixation d'un flotteur. Les barbelures
obliques sont losangiques, marquées d'une incisure médiane. Au-dessus du cône,
un méplat portant la marque du propriétaire : une ligne longitudinale coupée de
trois barres transverses, et un point.
Fig. 2. Harpon du même ordre, à barbelures très obliques, déjetées en arrière, en forme de
dents aiguës.
Fig. 3. Mêmes dispositions.
Fig. 4. Forme plus allongée, à barbelures courtes.
Fig. 5. Pièce plus forte, les dents alternantes, peu nombreuses, portent chacune deux sillons. Méplat avec marque de six stries obliques.
PLANCHE LXVIII.
(Suite.)
Fig. 1. Harpon de petite taille, quatre barbelures, conservation parfaite.
Fig. 2. Base de harpon, avec méplat et marques : deux stries en V, une ligne.
Fig. 3. Harpon massif, à barbelures terminales.
Fig. 4. Harpon du même type. Chaque dent porte un sillon profond ; Taxe est sculpté de
sillons longitudinaux incurvés.
Fig. 5. GTOS harpon perforé à la base pour le flotteur. Forme plate avec dents triangulaires
divergentes.
Fig. 6. Pointe de harpon plate, avec barbelures très petites.
Fig. 7. Partie médiane d'un harpon de cette forme : dents nombreuses et petites, régulièrement opposées.

- 30 —
PLANCHE LXIX
Harpons à un seul rang de barbelures.
Fig. 1. Harpon à un seul rang de barbelures. La disposition des dents sur une seule face latérale oppose cette forme aux harpons précédemment étudiés. L'organisation fondamentale, en dehors de cette différence, reste la même ; on retrouve, à la base, le
renflement conique destiné à la fixation du lien du flotteur; des stries obliques
marquent sa position. Les dents sont déjetées en arrière, très aiguës.
Fig. 2. Ce harpon est exactement disposé comme le précédent ; môme cône d'emmanchure,
dents plus fortes et moins nombreuses.
Fig. 3. Harpon très délicat, du même type-, dents aiguës et serrées. Cette pièce est une des
plus remarquables de la collection ; sa conservation est parfaite; on a peine à se
figurer comment des dents aussi fines ont pu résister à un choc violent pour la
pénétration du harpon dans les chairs.
Fig. 4. Fragment terminal d'une pièce volumineuse; dents coudées presque à angle droit, à
pointe forte et acérée.
Fig. 5. Harpon court et massif, à dents robustes. Cette pièce est fort intéressante par son
mode d'emmanchure ; il n'y a pas en réalité de cône et de sillon pour la fixation
du flotteur. Deux saillies minimes indiquent seules cet emplacement. Ce harpon
rentre dans la catégorie des pièces considérées par Ed. Piette comme les plus anciennes et caractéristiques des débuts de l'Age du Renne.
Fig. 6. Harpon léger, de petite taille.
Fig. 7. Fragment d'un harpon aplati, avec encoches et sillons formant ornement.
PLANCHE LXX
(Suite.)
Fig. \. Gros harpon dont les dents sont munies de sillons transversaux. L'extrémité manque,
le cône est surmonté de tubercules saillants.
Fig. 2. Même disposition. Des stries constituent une marque à la base. Les sillons sont profonds : trois ou quatre par dent.
Fig. 3. Fragment inférieur d'un volumineux harpon aplati, avec fortes dents sur un des
bords. Perforation ovalaire pour le flotteur.
Fig. 4. Fragment d'un harpon aplati, à un seul rang de barbelures, réduites à l'état de tubercules limités par un sillon oblique.
Fig. 5. Harpon à dents tuberculeuses présentant un biseau strié pour une emmanchure fixe.
Ce mode d'emmanchure montre que cette arme devait être plutôt employée pour la
chasse que pour la pêche. Elle constituait une arme terrible qui, après sa pénétration, ne pouvait être retirée de la plaie, les dents formant des crochets engagés
dans les chairs.
Fig. 6. Pièce terminée par une dent recourbée, ayant pu servir de propulseur pour lancer
le harpon.
Fig. 7. Bois de renne préparé pour 1? fabrication d un harpon; la place des barbelures est
indiquée et la première dent est taillée ainsi que l'axe médian.

- 31 PLANCHE LXXI.
Flèches simples.
Fig. 1. L'armature ou pointe de flèche typique rappelle beaucoup les sagaies courtes qui
sont en réalité, de grandes flèches. La face libre, a, est arrondie et polie; la face
du manche, b, est taillée en biseau pour s'appuyer sur un biseau correspondantde côté, c, on voit que ce biseau atteint sensiblement la moitié de la pièce. En
avant se dresse la pointe aiguë, conique, très pénétrante. Quelques tours de lien
attachaient l'amature au roseau qui devait la porter. Les belles pointes de flèches
sont nombreuses dans la collection ; nous choisissons les plus typiques.
Fig. 2. Même armature.
Fig. 3. Même armature, pointe plus massive.
Fig. 4 a, b. Pointe de flèche dont la base se prolonge par un pédicule effilé ; le biseau est
marqué de stries pour faciliter l'adhésion.
Fig. 5 a, b. Petite pointe percée d'un trou vers la base ; a sans doute été portée en pendeloque.
Fig. 6 a, b. Grosse pointe, très massive.
Fig. 7 a, b, c. Pointe avec fente pour l'emmanchure. Correspond à la sagaie décrite, sous
le même numéro, dans la planche LXXIV. Dispositions identiques, mêmes remarques.
PLANCHE LXXII.
Flèches à encoches.
Fig. 1. a, b, c. La comparaison de cette pièce avec la pièce correspondante de la planche
précédente, met en relief les différences qui la caractérisent. La pointe est déterminée par l'union des deux faces latérales qui s'inclinent et constituent un double
tranchant aboutissant à l'extrémité aiguë Cette disposition remplace la pointe
conique des flèches simples. Un large biseau est destiné à l'emmanchure. La face
opposée porte Vencoche. C'est ici un sillon court longitudinal s'atténuantà ses deux
extrémités.
Fig. 2 a, b. Même armature, plus petite, encoche fine et allongée.
Fig. 3 a, b. Encoche oblique, profonde.
Fig. 4 a, b. Pointe longue, s'élargissant à la base, encoche très étroite et très longue, biseau
occupant le tiers inférieur seulement.
Fig. 5 a, b. Type à pointe massive, encoche brève; un trou à la base.
Fig. 5 a, b. Même type, encoche oblique.
Fig. 7 a, b. Armature courte, perforation à la base.
Fig. 8 a, 6. Armature fine et élancée, encoche allongée. Cette flèche a la pointe régulière,
ment conique et fait le passage aux flèches simples.
Fig. 9. Armature courte et large ; trou à la base ouvert par usure. Ces trous ont pu êtr e
utilisés pour la fixation de l'armature au manche; ils ont peut-être servi pour le
passage d'un fil de suspension, ces flèches étant portées comme amulettes.
PLANCHE LXXII1.
Flèches biconiques.
Fig. 1. Ces flèches se relient aux sagaies de même forme de la planche LXIV. Leur pointe
est aiguë, mais l'autre extrémité se prolonge en cône régulier pour l'emmanchure.

— 32 —
Dans la longue armature, représentée, la pointe est marquée d'un sillon longitudinal étroit. Le corps est régulièrement cylindrique et s'atténue insensiblement en
ses deux cônes terminaux. L'extrémité destinée à la fixation devait s'enfoncer
dans un manche approprié.
Fig.

2. Même forme, plus petite, pas de sillon.

Fig.

3. Pièce à peu près identique.

Fig.

4. Forme plus élancée, pointe très aiguë.

Fig'.

5. Armature sine ; son cône d'emmanchure est précédé par un tubercule quia pu ser-

Fig.

6. Petite armature cylindrique à cônes obtus.

Fig.
Fig.

7. Même disposition : plus longue.
8. Même disposition; cône d'emmanchure légèrement déjeté.

Fig.

9. Pièce spéciale par la disposition du cône d'emmanchure qui est comme pincé à sa
base pour l'insertion d'un lien.

vir à retenir au lien.

Fig. 10. Petite armature renflée dans sa partie moyenne, à cône aigu.
Fig. 11. Même disposition.
Fig. 12. Mème disposition.
PLANCHE LXXIV.
Flèches à pointe récurrente.
Fig. 1. a, b, Cette flèche est terminée par deux pointes aiguës, l'une est projetée en avant
et l'autre, postérieure, est

déjetée en arrière et en dehors. Ces deux pointes vont

s'élargissant pour se réunir, au milieu de l'armature, en un corps robuste. La
face dorsale est arrondie, et marquée de saillies obliques pour le lien : la face opposée est creusée d'un sillon qui devait s'adapter contre le manche. La fixation au
manche étant opérée, dans la région la plus épaisse, l'une des pointes

occupait

l'extrémité de l'arme, tandis que l'autre devait former une saillie suffisante pour
faire crochet et s'opposer à la sortie de l'armature engagée dans les tissus.
Fig. 2. Cette pièce, légère, allongée présente une disposition toute différente pour l'adaptation au manche. En effet, sa coupe est nettement triangulaire. C'est une sorte de
lame à dos très large, dont les faces latérales s'atténuent en tranchant délié. Ces
faces latérales, prises suivant la longueur, sont elles-mêmes triangulaires, se projetant en avant en pointe aiguë, se prolongeant d'autre part en pointe récurrente.
Le tranchant devait s'engager dans un sillon du manche et la ligature était fixée
sur la partie la plus large de la flèche; de cette façon l'armature comprenait la
pointe de pénétration et faisait un crochet aigu qui s'opposait au dégagement de
l'armature enfoncée dans la plaie.
Fig. 3. Cette disposition qui est la plus répandue se retrouve dans cette pièce qui est taillée
sur le même modèle que la précédente.
Fig. 4. Même armature triangulaire, plus courte.
Fig. 5. Mème disposition.
Fig. 6. Pièce typique, portant des groupes de lignes entrecroisées dans la région médiane
.

sur laquelle s'appliquait la ligature. Beaucoup de flèches de cetle catégorie portaient des

ornementations variées,

nous avons donné les

plus

remarquables

PI. XXXIX.
Fig.
Fig.

1. Pointe plus petite, de même forme.
8, Même disposition.

Fig.

9. Pointe cylindrique, légèrement incurvée, répondant aux mêmes usages.

Fig. 10. Même type, extrémité recourbée fortement en dehors.

- ;Ì3 —
PLANCHE LXXV.
Poinçons.
Fig. 1. Poinçon divisé en deux parties : un manche massif et un stylet court, conique, séparé par un sillon circulaire.
Fig. 2. Instrument de même allure, vu sur une des faces du manche. Cette face porte des
stries longitudinales irrégulières, nombreuses.
Fig. 3. Poinçon court se prolongeant en un petit manche aplati.
Fig. 4. Même disposition.
Fig. 5. Poinçon allongé, poli sur toute sa surface, disposé pour être emmanché.
Fig. 6. Poinçon à manche continu, de longueur moyenne.
Fig. 7. Méme disposition, la partie perforante est plus accentuée.
Fig. 8. Poinçon très aigu, légèrement recourbé.
Fig. 9. Même forme, plus petite.
Fig. 10. Poinçon double, à corps aplati se prolongeant à ses deux extrémités en stylets.
Fig. 11. Navette, montrant un orifice allongé fermé à l'extrémité pointue et une échancrure
terminale, d'autre part.
PLANCHE LXXVI.
(Suite.)
Fig. 1. Grand poinçon cylindrique, avec tubérosité basilaire. Des files d'encoches transversales sont creusées sur sa longueur jusqu'à la base de la pointe aiguë.
Fig. 2. Même disposition, sans encoches.
Fig. 3. Type plus élargi, très aigu.
Fig. 4. Forme plus petite, à talon très éloigné.
Fig. 5. Poinçon très régulier, très effilé, se terminant d'autre part par une sorte de bouton
semi-sphérique.
Fig, 6. Type très petit, avec partie étalée pour la prise.
Fig. 7. Même disposition.
Fig. 8. Poinçon formé par un débris osseux appointé.
Fig. 9. Même instrument, constitué par un morceau osseux de maxillaire.

PLANCHE LXXVII
Aiguilles.
Fig. 1 à 16. Sur cette planche sont réunies dfs aiguilles de dimensions diverses : les unes,
1 à 5, longues et massives; d'autres, 8, très longues et très fines; d'autres enfin,
plus courtes, passant par tous les intermédiaires jusqu'aux aiguilles d'une délicatesse extrême. Ces aiguilles ont un chas pour le passage du fil. Ce chas était obtenu,
en attaquant l'aiguille, successivement sur ses deux faces, avec une pointe de silex.
Les deux trous coniques ainsi façonnés se rencontraient et formaient la perforation. Ce mode de percement s'explique par le disposition du chas qui va s'évasant
sur les deux faces. Les aiguilles 6 et 7 n'ont pas de chas, elles sont toutes prêtes
à être percées.
h — i

— 34 —
PLANCHE LXXVIII.
(Suite.)
Fig. 1 à 7. Grosses aiguilles rappelant nos aiguilles à emballage. Le chas est toujours biconique. L'aiguille 6 n'est pas encore percée.
Fig. 8 et 9. Aiguilles courbes, brisées du côté du chas.
Fig. 10. Aiguille bifide ayant pu servir à écarter des fils — peut-ètre un hameçon.
Fig. 11 et 12. Lames extraites du canon du cheval pour la préparation des aiguilles Les
sillons longitudinaux tracés au silex montrent comment se débitait l'os; chaque
baguette était polie, appointée et percée. L'ivoire servait aussi à la fabrication des
aiguilles. Les aiguilles 1, 2 et 5 de la précédente planche, les aiguilles 5 et 6 de la
présente sont en cette substance de choix.
PLANCHE LXXIX.
Pendeloques.
Fig. 1 à 6. Dents diverses percées sur la racine de trous permettant de les réunir en colliers.
Fig. 7 et 8. Crochets de cheval, môme disposition.
Fig. 9. Incisives de jeunes ruminants percées pour former collier, elles se trouvaient placées
les unes à côté des autres.
Fig. 10. Grande canine de Felis spelxa, avec perforation.
Fig. 11. Crochet de cheval percé sur la racine.
Fig. 12. Morceau de dent de cheval, avec dessins de traits entrecroisés.
Fig. 13. a, b. Bouton, en bois de renne, sous ses deux faces. Un sillon circulaire médian
permettait la fixation du lien qui, par les boutonnières, se rendait à un bouton
semblable.
Fig. 14. Même bouton, forme plus petite.
Fig. 15. Beprésentation de coquille, en bois de renne, avec trou de suspension brisé.
Fig. 16. Pendeloque en bois de renne, avec ornements de stries.
Fig, 17, a, b. Pendeloque semblable, vue sur ses deux faces; son dos arrondi porte des points
comme une coccinelle.
Fig 18, 19, 20. Pendeloques plus simples, lisses, constituées par des canines de cervidés,
percées
Fig. 21. Pendeloque en lignite.
Fig 22. Pendeloque en quartzite.
Fig. 23. Pendeloque préparée pour être percée.
Tous les orifices des pièces précédentes sont bi-coniques comme le chas des aiguilles.
PLANCHE LXXX
Coquilles

percées.

Ces coquilles, choisies parmi les plus intéressantes de la collection, sont réunies à cause
des trous de suspension percés par l'homme. Elles correspondent aux espèces suivantes :
Fig. 1. Cardium cchinalum, Linné. — Fig. 2, 3. Arca Turonica, Dujardin. — Fig. 4, 5, 6,

— 35 —
7, 8. Pectunculus pilosus, Linné —■ Fig. 9. Echinido indéterminable — Fig. 10.
Patella vulgata, Linné. — Fig. 11. iVussa reticulaia, Linné. — Fig. 12. Cerithium
bidenlatum, Grateloup — Fig 13. Paludina lenta (?), Sowerby. — Fig. 14. Chenopus pes pelicani, Linné. — ~Fig. 15. Littorina liltorea, Linné — Fig. 16, 17, 18.
Littorina obtusata, Chemnitz. — Fig 19. Nassa gibbosula, Linné.

PLANCHE LXXXI.
Cailloux percés.
Ces cailloux roulés, aplatis, empruntés au lit de la Vézère, sont en granit et en quarzites ;
ils ont pu servir d'ornements ou ont pu être utilisés pour fixer les filets, comme des pesons.
Fig. 1. Grand galet en chiste cristallin, noirâtre, percé d'un trou de suspension; l'extrémité
opposée est échancrée par un premier trou qui est brisé.
Fig. 2. Galet allongé, en même scbiste, quelques traits vagues à la surface, trou de suspension régulier
Fig. 3. Galet en schiste calcarifère; trou de suspension mal percé.
Fig. 4, 5 0 Grands galets de gneiss, de teinte brunâtre, percés.
Fig. 7. Caillou de grès calcarifère, rougeâtre, avec large trou de suspension.
Fig. 8. Caillou de calcaire blanchâtre, perforé naturellement de deux orifices.

PLANCHE

LXXXII.

Sifflets et Godets.
Fig. 1. Phalange de Saïga, avec une perforation arrondie, donnant accès dans la cavité médullaire de l'os.
Fig. 2 à 5. Phalanges de renne percées de la mème façon.
Si l'on projette un courant d'air rapide Jans la perforation, on obtient un sifflement aigu, comme celui déterminé en soufflant dans une clef creuse. De là l'idée
que ces phalanges ont pu être utilisées comme sifflais de chasse; la hauteur et le
timbre du sifflement varient suivant les phalange?, et il est possible de les combiner de façon à obtenir une véritable flûte de Pan donnant une gamme régulière.
Fig. 6. Godet formé d'un caillou calcaire ovalaire dans lequel on a creusé une concavité peu
profonde. Ce godet est imprégné d'oxyde de fer qui à été broyé et préparé dans sa
concavité.
Fig. 7.. Petit pilon, en roche calcaire, destiné à ce godet. II se compose d'un corps arrondi et
se termine par une coquille, terébratule fossile, qui constitue un ornement en tête
d'oiseau du plus gracieux effet. Le pilon est aussi chargé d'oxyde rouge de fer.
Fig. 8 a et 8 6. Jeune corne de renne utilisée comme godet. La corne est réduite à une
cupule discoïdale, concave du côté du crâne 8 a, convexe en dehors 8 b, ayant
iout à fait l'aspect d'une petite corbeille peu profonde. On trouve dans les foyers
un grand nombre de ces cupules; elles sont en général teintes en rouge par l'oxyde
de fer qu'elles ont contenu
Fig. 9, 10, Deux morceaux d'oxyde de fer portant les stries superficielles et les sillons qui
montrent qu'on en a détaché des parcelles: les morceaux sont abondants dans les
foyers.

— 36 —

PLANCHE LXXXIII.
Bâtons en T.
Fig. 1. Type complet d'un bâton en T, en bois de renne La branche moyenne se termine en
bas par une extrémité mousse; les deux branches divergentes sont sciées à l'extrémité. L'une porte un triangle de lignes profondément incisées. A l'union des
trois branches, on remarque une dépression arrondie indiquant un début de perforation.
Fig. 2. Môme type, moins bien conservé.
Fig. 3. Môme ordonnance générale, mais une perforation complète occupe le point d'union
des trois branches. La lumière centrale correspond à l'union de deux cavités coniques, partant des deux faces opposées, pour s'unir vers le milieu de l'os. On
commençait donc rorifice sur les deux faces opposées, et c'était par l'union des
perforations obtenues que la communication était établie; cette méthode de travail signalée déjà dans les aiguilles et les pendeloques est générale à cette époque.
Fig. 4. Portion de même bâton, avec perforation plus grande.

PLANCHE LXXXIV.
(Suite.)
Fig. 1. Bâton en T à extrémité massive, triangulaire, sans trace de perforation.
Fig. 2. Forme ordinaire, perforation commencée.
Fig. 3. Même forme, la perforation atteint le milieu de l'épaisseur.
Fig. 4. Extrémité d'un grand bâton, munie d'une crête, avec incisions divergentes et un
prolongement olivaire formant tête latérale.

PLANCHE LXXXV.
Spatules.
Fig. 1. Lame plate, en bois de renne, rectangulaire à la base, s'atténuant en pointe mousse
à l'extrémité opposée.
Fig. 2. Même forme.
Fig 3. Plus courte, plus massive.

PLANCHE LXXXVI.
( Suite. )j
Fig. 1. Même disposition, instrument plus délicat.
Fig. 2 et 3. Même type.
Fig. í, a, b. Spatule en os. La surface de l'os forme la face convexe; la face, opposée est
plane et montre le tissu spongieux sous-jacent.

— 37 —

PLANCHE LXXXVII.
( Suite. )
Fig. 1. Longue spatule, avec la partie inférieure entaillée longitudinalement pour former
manche.
Fig. 2, 3, 4, 5. Mêmes types, plus courts.

PLANCHE LXXXVIII.
(Suite.)
Fig. 1. a, b. Spatule courbe, d'une grande délicatesse et d'un grand fini de travail. De face,
elle présente une lame effilée polie, et un manche marqué de croches latérales
limitant des dents régulières. L'extrémité du manche porte la partie supérieure
d'un trou de suspension. De profil on saisit la courbure générale qui est très régulière.
Fig. 2, a, b. Même type, plus simple; la spatule n'est pas divisée en lame et manche.
Fig. 3, 4, 5. Spatules plus grossières, incurvées.

PLANCHES LXXXIX ET XC.
Epingles à cheveux.
Fig 1. Long cylindre reetiligne, atténué en pointe à ses extrémités, en bois de renne. Ce
cylindre est couvert de sculptures formées de bandes de petits chevaux, dont nous
avons donné le détail PI. XXXIV.
Fig. 2. Long cylindre incurvé, se terminant par deux pointes aiguës ; surface polie, sans
dessins.
Fig. 3. Mème aspect, reetiligne, plus court.
Broches.
Fig. 4. Lame large, en bois de renne, incurvée, atténuée en pointe mousse à une extrémité.
La face concave est marquée d'un :-illun longitudinal.
Fig. 5. Cylindre massif, incurvé, avec une ligne ondulée saillante, sur la longueur de la
face concave ; — pièce brisée aux deux extrémités.
Fig. 6. Même cylindre complet, avec les deux extrémités atténuées en pointe; la surface est
polie, pas de dessins.
PLANCHE XCI.
Stylets.
Fig. 1, a, b. Cette pièce, en os, ressemble à un couteau à papier, avec partie élargie pour
le manche et une lame plus étroite. Une des faces formée par la surface de l'os est

— 38 —
»

très polie, l'autre présente le tissu spongieux, ("est un instrument remarquable par
son exécution.

Fig. 2. a, b. Pièce en os, à corps allongé, se terminant par une pointe aiguë lui donnant
l'aspect d'un long perçoir.
Fig. 3. Portion d'une pièce voisine de la précédente.

PLANCHE XCII.
Piquets percés.
Nous réunissons dans cette planche des débris présentant tous de larges orifices et pouvant avoir des origines bien différentes.
Fig. 1. Pièce courte munie de deux trous arrondis; l'inférieur brisé.
Fig. 2. Mème disposition, un seul orifice.
Fig. 3, 4, 5. Talons mousses formant la partie supérieure d'un orifice brisé.
Fig. 6, 7. Tiges terminées par un orifice brisé.
Fig. 8, 9. Talons arrondis et larges, percés d'un trou médian.

PLANCHES XCIII ET XCIV.
(Suite.)
Fig. 1. Cet instrument, en bois de renne, présente un corps cylindrique atténué en pointe
robuste, et une tête percée d'un large orifice. Cet orifice allongé suivant la longueur est surmonté par un talon mousse légèrement oblique. C'est un piquet destiné à être fiché en terre et dont Porifice devait maintenir un cordage.
Fig. 2. Même piquet de dimensions un peu moindres.
Fig. 3 Mêmes dispositions, instrument plus petit.
Fig. 4. Piquet brisé, très robuste.
Fig. 5, 6. Portions d'instruments de même ordre.

PLANCHE XCV.
Coins.
Fig. 1. Grand coin formé par la base d'un bois de renne de mue. Cette base forme la tète du
coin qui est taillé obliquement dans la corne sous-jacente, d'abord large, puis s'effilant en une extrémité mince, en biseau.
Fig. 2. Coin très régulier, en bois de renne.
Fig. 3. Coins en os, à coupe triangulaire.
Les coins sont nombreux dans les foyers, trous de même forme, ne variant que
par la taille.
PLANCHE XCVI
Marteaux.
Fig. í. Les bois de mue étaient aussi utilisés pour la fabrication des marteaux. Deux inci-

- 39 —
sions permettaient de laisser la base du Lois à l'extrémité d'un manche robuste et
d'utiliser cette tète résistante pour enfoncer les coin-. L'examen de la figure nous
évite une longue description.
Fig. 2. Même disposition; marteau plus fort.
Fig. 3. Mème forme, manche plus grêle.
Les marteaux de cette forme sont nombreux dans les foyers.

PLANCHES XGVII ET XGVIII.
Manches.
Fig. i. Manche destiné à porter une lame de silex; cet instrument, en bois de renne, est
semi-cylindrique pour la prise de la main et s'élargit en avant pour l'armature.
C'est un manche de cette sorte qui porte la belle gravure : la Chasse à l'Aurocìis,
représentée PI. XI.
Fig. 2. Même allure, plus petite.
Fig. 3. Manche robuste, avec des lignes longitudinales d'encoches.

Massue.
Fig. 4. Nous inscrivons, sous ce tiire, une portion de bois de renne qui porte de nombreux
dessins de points et de lignes, et que sa forme recourbée a pu faire utiliser comme
instrument contondant.

PLANCHES XCIX ET C.
Becs d'oiseau.
Fig. i: Instrument en bois de renne, coustitué par un manche oblique, par un talon robuste,
et une lame dirigée cn avant, presque à angle droit. Cette lame triangulaire est
très aiguë, et rappelle le bec d'oiseau des néo-calédoniens.
Fig. 2. Instrument plus petit, de mème allure, avec manche plus allongé; on dirait un marteau avec pointe très aiguë opposée à la surface de frappe.
Fig. 3. Même disposition en marteau, pointe robuste, forme massive.
Fig. 4 et 5. Ces deux instruments voisins des précédents ont le bec d'oiseau aigu, mais le
manche est remplacé par un prolongement allongé, taillé en biseau et qui semble
avoir dù correspondre à un manche contre lequel il venait s'appliquer.

PLANCHES CI ET CIL
Poignards
Fig. i. Grand poignard en bois de renne. La base du bois forme le manche et le premier
andouiller coupé constitue la garde. En ce point un large orifice a dú permettre le
passage d'une courroie de support. La lame est robuste, longue, amincie par l'enlèvement de la moitié inférieure du bois.

J l«s

- 40 —
Fig. 2. Mème forme, plus petite, pas de. trou de suspension.
Fig 3. Grand poignard, à poignée courte, bien en main; 1 K garde est à peine indiquée pour
supporter le pouce passant en dessus. La lame est longue et effilée.

PLANCHE CIII.
Percuteurs.
Pour frapper les rognons de silex et obtenir les éclats, Pouvrier utilisait des cailloux roulés
empruntés au lit de la rivière. Nous choisissons parmi de nombreux exemplaires quelques
types principaux.
Fig. 1. Gros galet de quartz sombre, cylindrique, terminé par deux extrémités arrondies
ayant servi à la frappe, ce qui démontre leur surface irrégulière, rugueuse, par
Penlèvement de particules emportées par les chocs. La partie moyenne au contraire est, lisse, polie par le contact des doigts. La main utilisait donc successivement les deux extrémités dans le travail.
Fig. 2. Galet presque identique avec les extrémités semblablement disposées pour la frappe.
La région moyenne présente deux méplats latéraux, obtenus artificiellement par
une sorte de polissage et destinés à la prise plus commode entre le pouce et les
autres doigts.
Fig. 3. Caillou aplati sur ses deux faces, bien en main lorsqu'on le prend dans sa région la
plus étroite. Le bord circulaire arrondi montre deux traces très nettes de rugosités
dues à la frappe.
PLANCHE CIV.
Nucleus .
Les portions de rognons de silex qui restent après Penlèvement des éclats constituent les
nucleus. Ils sont très abondants dans les stations. Ce sont des blocs à surface marquée de
sillons, de dépressions, de surfaces obliques à arêtes saillantes dues à la séparation des éclats
correspondants. Ces nucleus varient à Pinslni et ne méritent pas une description puisqu'ils
représentent de simples déchets de fabrication; les Fig. 1, 2, 3 se rapportent à de volumineux
spécimens et donnent l'allure générale la plus caractéristique.

PLANCHE CV.
Silex moustériens.
Nous avons trouvé dans les foyers magdaléniens de Laugerie Basse quelques silex dont la
taille est absolument spéciale et correspondent aux silex typiques du Moustiers, bien antérieurs. Ce sont des pièces ramassées à la surface du sol par les habitants de Laugerie et
rapportées à la station; leur patine ancienne ne laisse aucun doute à cet égard. Nous réunissons dans cette planche et la suivante les six pièces recueillies.
Fig. 1. Hache moustérienne en amande.
Fig. 2 et 3. Grands racloirs.

— 41 —

PLANCHE CVI.
(Suite )
Fig. 1. Hache moustérienne en amande.
Fig. 2 et 3. Grands racloirs.
PLANCHE

G.VII.

Cailloux roulés.
Cailloux roulés de choix, ramassés dans le lit de la Yézcre et apportés à la station ; ils sont
nombreux, nous en donnons quelques formes.
Fig. 1. a, b. Caillou gréseux traversé dans toute sa longueur par un canal oblique; on voit
Pouverture sur chaque face. Ce canal devait exister dans le caillou, mais il a été
régularisé et les ouvertures ont été agrandies. A pu être utilisé pour la fixation
d'une corde.
Fig. 2, 3, 4, 5. Cailloux de quartzites, bien polis, ressemblant à de petits œufs et à des
billes. Les chasseurs de rennes avaient-ils des jeux?
Fig. 6. Lame de schiste ardoisier, polie sur ses faces, terminée en pointe mousse.

PLANCHE CVIII.
Galets gravés.
On remarque sur quelques galets, rapportés à la station, des gravures variées :
Fig. 1. a, b. Galet réniforme. Sur une des faces, on distingue, au trait, une tête d'aurochs,
front bombé, corne menaçante; au dessous, une tête de renne; sur l'autre face,
une tête d'antilope (?) et une tête de carnassier (?). Ces têtes sont peu étudiées,
perdues dans une confusion de traits accessoires dont on ne peut déterminer Pallure précise.
Fig. 2. Galet de quartzite, muni d'un trou de suspension. Sur une de ses faces, on voit au
trait, une tète de cheval assez grossièrement dessinée.
Fig. 3. Petit galet, avec trou de suspension, avec des lignes irrégulières, formant un dessin
indéterminable.
Fig. 4. Extrémité d'une règle à quatre pans, en calcaire, avec les angles saillants marqués
de crans transversaux.
Fig. 5. a. b. Règle analogue, en roche dure, avec les quatre angles marqués de crans régulièrement constitués.
PLANCHE CIX.
Instruments en quartz.
Le quartz hyalin, d'une belle eau, a été utilisé pour la fabrication de quelques instruments;
nous choisissons les plus caractéristiques. Toutes les pièces de cette planche ont pu être
utilisées comme perçoirs.
J

— 42 —
Fig. 1 à 4. Formes allongées avec une pointe aiguë saillante.
Fig. 5. Forme élargie, bien en main, à pointe effilée.
Fig. 6 et 7. Petits perçoirs qui ont pu être utilisés comme burins pour ln gravure.
Fig. 8. Forme triangulaire, épaisse.
Fig. 9 et 10. Même forme, mais plane et mince.

PLANCHE CX.
(Suite.)
Fig. 1. Grands grattoirs en quartz.
Fig. 2, 3. Petits grattoirs, avec un petit bec pour percer.
Fig. 4. Forme massive, du même genre.
Fig. 5, 6, 7, 8. Diverses formes de petits grattoirs.
Fig. 9. Boule de quartz, grossièrement taillée.
Fig. 10, 11. Nucleus d'où ont été détachés les

TABLE DES MATIÈRES

Pages

PRÉFACE

,

.

V

INTRODUCTION

1

CHAPITRE Ic. — Description des
stations magdaléniennes.
L LAUGERIE-BASSE
II. GORGE D'ENFER .

19
...

34

III LA MAGDELEINE ET LES EYZIES.

.

35

IV. SAINT-CYPRIEN ET LE POUZET.

36

V. STATIONS CORRÉZIENNES.

41

...

CHAPITRE II. — Industrie générale de Laugerie-Basse. . .

55

.

57

II. INSTRUMENTS EN BOIS DE RENNE,
EN OS ET EN IVOIRE ....

64

A. Armes de jet
a. Sagaies et lances ....
b. Harpons
c. Flèches

65
65
68
71

B. Poinçons et aiguilles

...

73

C. Objets avec trou de suspension
a. Pendeloques
b. Coquilles percées.
. .
c. Cailloux percés ....

75
75
76
78

ï. INSTRUMENTS EN SILEX

.

Pages

C. Instruments de musique et de
tatouage
a. Sifflets de chasse ....
b. Instruments de tatouage .
c. Bâtons en T

79
79
79
80

D. Instruments à pointe mousse.
a. Spatules
b. Epingles et broches
. .
c Stylets

81
81
81
81

E. Outils divers
a. Piquets percés
b. Coins
c. Marteaux

82
82
83
84

F. Grandes armes
a. Manches de lames en silex.
b. Becs d'oiseaux
c. Poignards

84
84
84
85

III. INSTRUMENTS DIVERS ....

86

IV. GRAVURES ET SCULPTURES. . .
a. Matériel
b. Encoches, stries et tubercules
c. Dessins géométriques . .
d. Représentations d'animaux
e. Représentation de l'homme
f. Groupes et ensembles . .

87
88
90
92
94
97
99

V. CONCLUSIONS GÉNÉRALES

101

.

.

EXPLICATION DES PLANCHES

Planches

Titres

I à V
VI à XLII . . . :
XLIII à XLVI . . .
XLVH'.
XLVIII
XLIX . '. . . . .
L
, .
LI à LV
LVI à LVIII . .
LIX à LXVI. . . .
LXVII à LXX
. .
LXXI à LXXIV. . .
LXXV, LXXVI. . .
LXXVII, LXXVIII. .
LXXIX
LXXX. . . .
LXXXI
LXXXÌI .
. . .
LXXXIII, LXXXIV
LXXXV à LXXXVIII
LXXXIX,.XC . . .
XCI. , . ' , , . ,
XCII à XCIV . . .
XCV
XCVI . . . ; . .
XCVII, XCVIII. . .
XCIX, c . . . .
CI, Cil .
. . .

Sculptures
Gravures
Grandes lames en silex. . . .
Lames planes
Burins et scies
,
Lames triangulaires
Lames retouchées ......
Grattoirs
Perçoirs
Sagaies . .
Harpons barbelés . . . . .
Flèches
Poinçons
Aiguilles
Pendeloques :
Coquilles percées
Cailloux percés
Sifflets et godets
Bâtons en T . ,
Spatnles ..........
Epingles à cheveux. Broches .
Stylets
Piquets percés
Coins
• . .
Marteaux
Manches. Massue
Becs d'oiseaux
Poignards , .'
Percuteurs
Nucleus
Silex moustériens
Cailloux roulés
Galets gravés
Instruments en quartz . . . .

cm
CIV. ......
CV, CVI

cvn

cvm
cix, cx

BESANÇON.

— TYP. ET L1TH. DODIVERS.

LAUGERIE BASSE.

PU.

D'.' Paul C-irod. cUl.

SCULPTURES

LAUGERIE BASSE

PI.II.

Dr Paul Gn-od del.

SCULPTURES

LAUGERIE BASSE.

.

JDrr.-ml Girod. del

SCULPTURES

.

PI. ÏÏL

LAUGERIE BASSE,

PI

DT "Pa^il Gïrpd.del.

SCULPTURES.

LAUGERIE BASSE

PI. V.

PI .VI.

LAUGERIE BASSE.

T" Paul 'jirod del.

GRAVURES

PI. VII

LAUGERIE BASSE.

r Paul Giroddel.
GRAVURES

PI. VIII.

LAUGERIE BASSE

Dr Paul Girod del.

GRAVURES.

PI. IX.

LAUGERIE BASSE

DT Paul Girod del.

GRAVURE S.

Ds Paul Girod a «l

GRAVURES.

PI. XI

LAUGERIE BASSE.

DV Paul Giroìdel.

GRAVURES

LAUGERIE BASSE

PI. XII

PI. XIII

LAUGERIE BASSE

Dr Paul Girod, del.

GRAVURES

PI. XIV

LAUGERIE BASSE

Dr Paul Girod, del.

GRAVURES.

PI. XV.

LAUGERIE BASSE

DT Paul Girod, del.

GRAVURES

PI. XVII.

LAUGERIE BASSE

DT Paul Girod, del.

GRAVURES

P1.XVI11

LAUGERIE BASSE

DT Pau-I Girod, del

GRAVURES

PI. XX

LAUGERIE BASSE

D r Paul Girod. del.

GRAVURES

LAUGERIE BASSE..

PI. XXI.

DsPaul. Girod. del.

GRAVURES.

PI. XXII.

LAUGERIE BASSE.

DsPaul Girod, del.

GRAVURES

LAUGERIE BASSE

PI.

DT Paul Giroa.del

GRAVURES

PI. XXIV.

LAUGERIE BASSE
ì

Dr Paul Girod, del.

GRAVURES.

PI. XXV

LAUGERIE BASSE

GRAVURES

PI. XXVI

LAUGERIE BASSE

Us Paul Oirod.del.

GRAVURES

LAUGERIE BASSE

PI. XXVií

D!" Pau] . Girod, del.

GRAVURES

PI. XXVÇ

LAUGERIE BASSE

Df Paul Oirod-.de-l.

GRAVURES

LAUGERIE BASSE

PI. XXIX

PI. XXX

LAUGERIE BASSE

GRAVURES

LAUGERIE BASSE

PI. XXXI

DT Paul Girod.del.

GRAVURES

LAUGERIE BASSE

PI XXXII.

Dr Paul Girod, del.

GRAVURES

LAUGERIE BASSE

PI.XXXII1

GRAVURES

PI. XXXIV

LAUGERIE BASSE

GRAVURES

PI. XXXV.

LAUGERIE BASSE.

DTauL Girod.del

GRAVURES.

LAUGERIE BASSE.

PI. XXXVI

GRAVURES.

LAUGERIE BASSE.

PI. XXXVII.

ps Paul Gìrod,
GRAVURES

PI.XXXVI1I.

LAUG-ERIC BASSE

Dr Paul Girod, cLeï.

GRAVURES.

Dr Paul Girod, del.

GRAVURES.

PI. XL.

L AUGE RIE BASSE.

GRAVURES.

LAUGERIE BASSE.

PI. XLI

Ds Paul Girod.del.

GRAVURES

LAUGE RIE BASSE.

PI. XLtl

Dr Paul Girod, del.

GRAVURES.

LAUGERIE BASSE
PI. XLni.-XLIV.

Dr Paul Qii-od, del.

GRANDES

LAMES

GRANDES

LAMES

LAUGERIE BASSE.

DT Paul Giivid, ad. nat. ái\ .

INSTRUMENTS EN ÇUARTZ.

PI. CX.

1

D!' Paul Girod, del.

GRANDES LAMES

Pl.XLVII.

LAUGERIE BASSE

Df Paul Qiróà, ciel.

LAMES

PLANES

LAUGERIE BASSE

DV Paul Girod, del.

BURINS ET SCIES

PI. XLvm.

PI. XL1X.

LAUGERIE BASSE.

D'.' Paul Girod.del.

LAMES

TRIANGULAIRES

LAUGERIE BASSE

P1.L.

PI. LI.

LAUGERIE BASSE

GRATTOIRS

LAUGERIE BASSE

Pï. LIT.

GRATTOIRS

LAUGERIE BASSE

PI . Lin.

LAUGERIE BASSE

PI. L1V.

DTPaul Oirod, del.

GRATTOIRS

PI. LV.

LAUGERIE BASSE

Pau] Girod.del.

GRATTOIRS

LAUGERIE BASSE

PI. LVI .

DT Paul Gironde!

PERÇOIRS

PI. LVII.

LAUGERIE BASSE

DTPaul Girod, del.

PERÇOIRS

PLLVffl.

LAUGERIE BASSE

PERÇOIRS

PL LIX -

LAUGERIE BASSE.

SAGAIE

PI. LX.

LAUGERIE BASSE.

Dï Faul Giruj ,del.

SAGAIES.

PI LXI ET LXIÍ.

LAUGERIE BASSE.

Dr Paul Girod.deì.

SAGAIES.

SAGAIES.

PL LXÏII

"GERIE BASSE.

SAGAIES.

DfPiiul Girod,del.

SAGAIES.

PI. LXV:

LAUGERIE BASSE.

SAGAIES.

LAUGERIE BASSE.

PL LXVI.

PI. LXVII

AUGE RIE BASSE.

HARPONS

PI. LXV1II.

LAUGERIE BASSE

DV Paul Girod, del.

HARPONS

PI. LXIX.

LAUGERIE BASSE

Ds Paul Girod.del.

HARPONS

PI. LXX.

LAUGERIE BASSE

DT Paul Girod.del.

HARPONS

Df Girod ad. nat. d«l.

FLÈCHES.

LAUGERIE BASSE

PI. LXXIL

D* Paul Girod ad. nnt. iel

FLÈCHES

PI. LXXII1.

LAUGERIE BASSE

FLÈCHES

PI. LXXIV

LAUGERIE BASSE

D!" Paul Girod ad.na.fc. del.

FLÈCHES

LAUGERIE BASSE

DT Pau.1

PI. LXXAJ

Girod, del.

POINÇONS

LAUGERIE BASSE

Pl.LXXVi.

DV Paul Girod, del.

POINÇONS

LAUGERIE BASSE

PI. LXXVIl.

AIGUILLES

LAUGERIE BASSE

PI. LXXVIIl.

Dr Paul Girod. del.

AIGUILLES

D r P.Girod.ad.nat.dd.

PENDELOQUES.

PI. LXXX .

LAUGERIE BASSE.

COQUILLES PERCÉES.

P1.LXXXI.

LAUGERIE BASSE.

DFÎ Girod. aâ.nat. del.

CAILLOUX.

PERCÉS.

PI. LXXXII.

LAUGERIE BASSE.

SIFFLETS

ET GODETS

Pl.LXXXìlI.

LAUGERIE BASSE.

'D? P Girod, ad.nat.de].

BÂTONS EN T.

PI. L XXXIV.

LAUGER1E BASSE

Dí P Girod, ad .nat, del.

BÂTONS EN T

PI. LXXXY.

LAUGEBJE BASSE.

D r Girod, ad. nat.del.

SPATULES

PI LXXXVI.

LAU GERIE BAS SE .

DîP. Girod,

aa .nat.dd.

SPATULES

PI. LXXXVll.

ó

4

m

DVP. Girod ,3d .nat. del.

SPATULES

LAUGERIE BASSE.

PI. L XXXV III.

D? P. Oirod, ad.nat. del.

SPATULES

Dí P Cìt-oct, ai. nat âel

ÉPINGLES

À

CHEVEUX

BROCHES.

PI. XC1.

LAUGERIE BASSE.

D r P Ciroâ adnat.ael.

STYLETS

PI. XCI1

LAUGERIE BASSE.

T)TP.Girad, aa.rat. ie%

PIQUETS

PERCÉS.

PI. XCIII et XC1V

LAUGERIE BASSE

D ''P. Glrod, ad. nal. àél.

PIQUETS

PERCÉS.

PI. XGV.

LAUGERIE BASSE

Dr F. Girod. aa .nat. 3-él .

COINS

LAUGERIE BASSE

Dï V. Givui. ad. llat. -lel

MARTEAUX

PI. XCVI

Pl.XCVII et XCVIH.

LAUGERIE BASSE.

DT ? Oirodi ail. nat. del

MANCHES

MASSUE.

LAUGERIE BASSE.

PI. XCIX et C .

Dî R O irod ,adnat. del.

BECS D'OISEAU

BECS D' OISEAU.

PI CI et CIL
LAUGERIE BASSE.

I) r P Girod, aá.nat.ûel.

POIGNARDS

POIGNARDS.

pi. cm

AUGERI.E BASSE.

D'Pau.1 Gircd, ad.nit. del.

PERCUTEURS.

9

LAtïGERIE BASSE.

PL Cit.

DTPauì Girod, ad. nat. del.

NUCLEUS.

LAUGERIE RA-j5S.E.

STLEX MOU S TER [EN B

PI CV.

LAUGERIE BASSE.

PI CVI

PI. CVIL

LAUGE RIE BASSE.

Dr Paul Gi rod, ad.nai. de) .

CAILLOUX ROULÉS.

LAUGERIE BASSE

Pl.CVIII.

jJ r PauL Girod, ad.nat.del.

GALETS

GRAVÉS

LAUGERIE BASSE.

DTPau.1 Girod ad.nat.del.

INSTRUMENTS EN QUARTZ.

PI. CIX