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Fait partie de Notice nécrologique sur Jean Baptiste Alexandre de Bosredon notice nécrologique

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NOTICE NECROLOGIQUE

SUR

PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE DE LA

DORDOGNE (ANC. DUPONT ET C°)

1903

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NOTICE NÉCROLOGIQUE

SUR

M. Jean-Baptiste-Alexandre de BOSREDON

PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE DE LA DORDOGNE (ANC. DUPONT ET C*0)1903

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Extrait du Ballelin de la Société historique et archéologique du Périgord

M. ALEXANDRE DE BOSREDON
Chevalier de la Légion d’honneur,
Ancien Président de la Société d’Agriculture
de la Dordogne,
Ancien Conseiller général du canton de Salignac,
Ancien Député de Sarlat,
Ancien Sénateur de la Dordogne,
Maire de Chavagnac.
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M. Jean-Baptiste-Alexandre de BOSREDON
M. Jean-Baptiste de Bosredon, prénommé en famille Alexandre,
et dont notre Société historique et archéologique du Périgord déplore
aujourd’hui la perte, naquit à la Fauconnie, commune de Chavagnac,
canton de Terrasson, le 22 février 1831, des époux Louis-Auguste
de Bosredon et Marie-Thérèse Rivet, tille de M. le baron Rivet, préfet
de la Dordogne en 1801 (1).
Il s’unit en mariage avec M110 Mathilde de Lamberterie, de Brive,
issue d’une ancienne famille « où les traditions d’honneur et de vertu
ont toujours été héréditaires. »
Profondément attaché à ce coin de terre périgourdin, habité par sa
famille depuis de longues années, M. de Bosredon devint maire de
Chavagnac en août 1862, succédant sans interruption dans l’adminis­
tration de sa commune à son père et à scs aïeux.
II exerça ces fonctions pendant plus de quarante ans. Il fut en outre
membre du Conseil général du canton de Salignac, de 1871 à 1879;
député de la Dordogne, de 1867 à 1880; sénateur de la Dordogne, de
1880 à 1885. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1866.
Il mit toujours l’influence que lui donnaient ces hautes fonctions au
service de tous sans distinction de parti. Faire le bien et le bien faire
était pour lui un véritable besoin.
Dans les assemblées où il siégeait, son activité se concentrait
surtout dans l’étude des questions qui intéressaient plus particuliè­
rement le monde agricole, telles que les réformes à apporter au
régime des chemins vicinaux et à l’impôt foncier. Il publia sur ces
divers sujets des notices qui, encore aujourd’hui, peuvent être
consultées avec fruit (2).
Lorsque, par suite des caprices de la politique, il fut rendu à la vie
privée, retiré dans sa propriété de la Fauconnie, il se livra à l’étude
approfondie de la reconstitution des vignobles et de la culture de la
truffe. Sous les auspices de la Société des Agriculteurs du Périgord,
à la fondation et à l’administration de laquelle il prit une grande part,
il fit à Périgueux des conférences sur ces deux sujets si importants
pour l’agriculteur périgourdin (3_). Cette conférence sur la trufficul(l) Au moment de l’organisation des préfectures.
(?,) Voir Bibliographie générale du Périgord, t. I, page 63.
(3) Conférence sur la trufficulture le 6 septembre 1893. Conférence sur 1a
viticulture le G mai 1894.

ture, qui eut lieu au foyer du théâtre et à laquelle j’eus le plaisir
d’assister, fut particulièrement intéressante, car, ainsi que je l’écrivais
quelques jours après dans un compte-rendu, « au charme de sa
parole, à ce courant de sympathie que l’orateur a le don de provoquer
de suite en sa faveur, venait s’ajouter l’attrait de projections à la
lumière électrique soutenant agréablement, comme les illustrations
d’un beau livre, l’attention des auditeurs (1). »
A la dernière exposition universelle de Paris, il avait organisé une
exposition de trufficulture dans un coin du pavillon des Forêts. Un
grand journal parisien, Le Matin, dans un compte-rendu à ce sujet,
et parlant de la culture artificielle considérée jadis comme paradoxale
du précieux cryptogame, s’exprimait ainsi :
« Un ancien parlementaire, M. A. de Bosredon, a eu l’heureuse
» inspiration d’abandonner le Luxembourg et le Palais-Bourbon
a pour se faire le prophète écouté de la révolution truffière qu’il va
» prêchant sans cesse par monts et par vaux et jusqu’au Champ-de» Mars à l’ombre de la tour Eiffel. »
Joignant la pratique à la théorie, M. de Bosredon avait créé dans
ses propriétés de nombreuses truffières artificielles, dont les excel­
lents résultats finirent par convaincre les derniers incrédules.
1l publiait chaque année un Almanach du Trufficulteur, exposé
complet des travaux à faire chaque mois pour l’entretien des truffières
en production et la création de truffières nouvelles.
Cet ouvrage est, je crois, le plus complet qui ait été publié sur
l’intéressant produit. il a obtenu de nombreuses médailles aux divers
concours régionaux et départementaux, et a été couronné par l’Aca­
démie des Sciences.
11 avait déjà publié le Manuel du Trufficulteur, ainsi que plusieurs
brochures sur diverses cultures spéciales et sur l’encépagement des
nouveaux vignobles à créer en Périgord et dans les contrées voisines
de la Dordogne (2).
M. A. de Bosredon avait été élu membre de notre Société dès les
premiers mois de sa fondation, le 1er octobre 1874, sur la présentation
de M. Massoubre, rédacteur en chef de l'Echo de Vésone, et de
M. Philippe de Bosredon, son frère, ancien conseiller d’Etat. S’il ne
participa pas aux travaux de la Société par une collaboration aussi
active que ce dernier, qui en était et est encore le si érudit viceprésident, il s’intéressa toujours aux recherches archéologiques.
C’est ainsi qu’il avait découvert, dans le canton de Terrasson, un
(1) Journal de la Dordogne, numéro du il septembre 1893.
(2) Bulletin, l. IV, p. 103.

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gisement préhistorique remontant aux époques acheuléennes et
moustériennes. C’est ainsi encore qu’il avait signalé à M. de Mor­
tillet une enceinte très curieuse, également découverte par lui sur
les confins des départements de la Dordogne et de la Corrèze. M.
de Mortillet, pendant un séjour qu’il fit dans notre région, visita
cette enceinte, et le résultat de son examen fut consigné dans un
article de M. Philibert Lalande, inséré en -1876, aux Matériaux pour
l'histoire de l'homme (1).
Cependant, frappé dans ses plus chères affections de famille, on le
voyait décliner sensiblement depuis surtout la mort de son fils aîné,
bien qu’il fût soutenu par la résignation si chrétienne de celle qui
partageait ses malheurs.
Ce fut après une courte maladie qu’il expira le 14 mars 1903,
conservant jusqu’au dernier moment sa lucidité d’esprit et s’occupant
de ceux qui l’entouraient avec cette exquise bonté qu’il ne cessa
jamais de manifester.
Sa mort provoqua d’unanimes regrets dans toute la contrée. Ce fut
un véritable deuil public ; aux parents et amis du défunt et à de nom­
breuses notabilités de la Dordogne et de la Corrèze, se joignirent en
rangs pressés, les habitants des communes voisines.
Les journaux de la région ont dit les suprêmes honneurs qui furent
rendus à cet homme de bien.
Après l'éloquent panégyrique prononcé à l’église par M. de Gala­
bert, curé de Chavagnac, à l’issue de la cérémonie funèbre, et après
M. Malard, adjoint de M. de Bosredon pendant de longues années qui,
au cimetière, parla au nom de la population de Chavagnac, j’eus
l’honneur, à mon tour, de prendre la parole au nom de notre Société
historique et archéologique du Périgord, à défaut d’une voix plus
,
autorisée, et je termine cet article nécrologique en reproduisant ici
mes dernières paroles, qui en seront le complément :
« ..... Si les œuvres de son esprit nous attiraient, sa grande bonté
nous séduisait encore davantage.
» Son âme était, pour me servir d’une expression de Shakespeare,
« pétrie avec le lait de l’humaine bonté », et l’on peut dire également
de lui qu’il a passé ici-bas en faisant le bien. Aussi était-il aimé et
estimé par tous, sans distinction de fortune et d’opinions.
» Lorsque, par une de ces déconcertantes injustices du sort, il fut
frappé dans ses plus chères affections, lorsque son cher fils Philippe
succombait au service de la Patrie sur les rives lointaines du Tonkin,
(1) Matériaux pour l'histoire de l'homme, XIe volume, t. VII de la 2me
série, 1876, page 300.

— 8 —
après des actions d’éclat qui allaient recevoir leur récompense, son
immense douleur fut ressentie par nous tous, et lorsque, plus lard, le
corps du jeune officier fut rendu à son pays natal, c'est un imposant
cortège, véritable manifestation publique, qui l’accompagna au petit
cimetière de Chavagnac (1).
» Trois ans et quatre mois se sont écoulés depuis, et nous voici
réunis de nouveau aujourd’hui auprès de cette tombe où le père a
pris place près de son fils bien aimé.
» Gomme l’a dit un poète :
« La douleur élargit les âmes qu’elle fend, »

» C’est ainsi que M. de Bosredon nous donna l’exemple d’une bonté
se ravivant à la source de ses malheurs.
» Si ces dernières pensées furent, en parfait chrétien, pour Dieu et
pour les siens, il n’oublia pas non plus les habitants des communes
près desquels s’étaient écoulés ses jours.
» Quoi de plus touchant que ces ultimes paroles que j’extrais de son
testament :
« Je remercie tout particulièrement les habitants des communes de
» Chavagnac, Ladornat et Nadaillac, des témoignages d’affection et
» de confiance qu’ils m’ont donnés tant de fois; si dans le cours de ma
» vie publique ou privée, j’ai porté quelques torts à mes concitoyens,
» c’est malgré moi et à mon insu, je prie donc ceux qui auraient eu à
» se plaindre de moi de me pardonner, et je pardonne à tous ceux qui
» auraient voulu me porter tort à moi-meme. »
« Tel fut, en ces quelques mots rapidement tracés, l’homme de bien
dont nous pleurons aujourd’hui la perte. Nous conservons cependant
l’espoir qu’il ne nous est pas ravi complètement, qu’il survivra en la
personne de son plus jeune fils, si sympathique parmi nous et digne
héritier de ses vertus.
» A la courageuse compagne de celui qui n’est plus, soutenue heu­
reusement par la foi chrétienne en ces cruelles épreuves, à ses enfants
éplorés, ainsi qu’à tous les siens, nous adressons nos vives condo­
léances; à vous enfin, mon cher M. de Bosredon, notre dernier adieu. »
G. Lafon.

(1) Voir notice nécrologique sur M. Auguste-Philippe
Tarbes, 1900.

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