B243226101_PZ_01684.pdf
Médias
Fait partie de Pélerin d'amour
- extracted text
-
LE O.OXTTA.V
PELE RI ^
D'AMOVR DIVISE'
E N
Q^V ATRE
IOVRN1E5.
Dédié à ^Monsieur le Duc
de G v Y s E.
Par O. D.L.T.G.G.
BERG ERJC,
PAR GILBERT
VERNOY,
Tenant fa boutiqueJLBoufdettHf} rr .Tdeuant le Palà
CE LA VlLLç.
Ë PERIGULUX
M. D^llfe
1 TRESHAVT
[E T P V I S S AN T
MONS1IGNEVR LE DVC
de Guy pair de France , cheunlier des deux Ordres du Roy , Lieutenent General four fa, CMapslê
Rrouence, &c.
se
O N S E IG N E va,
Voy cy L K
PÈLERIN,
D' A M o v B.
qui se .met
en campaignc soubs
fadueude vostre faueur
est plus
partisan de la preiompjion qui le
u sse à vous afcëìdèr , que tribu
ne
£E PHRIGUEUX
taire à la crainte decest abord ; <k
aduoùe qu'vne Ame plus retenue F
que la sienne receuroit des loix plus C
estroitcs de fa discrétion , afin d'a- d
néantir tous les ombrages de la té- n
mérité que prou de gens pourroyent fimaginer en deffaueur de ce rc
dessein. Mais il allègue pour toute tr
raison que,Çhaícú fuit îinclination «'
de son humeur,& que pour luy.
f\ L
ll s'efi voulu faire dépeindre
Leste , Amoureux ,dr courageux k
Etdióípar tout qu''il aime mieux
Trop entreprendre que trop crain- \
dre.
II faut que ie cède à la fougue de
fa hardiesse , que i'authorise la paf :
sion du désir qu'il a de se présenter i
vostre grandeur, & pour contenta
son esprit (qui ne me lairroit ian ;ai
en repos ) que ievous l'offre de m J
main si bien que m'ayant à force d 1
foing,& de viues raisons porté
îentreprinse de ccste offre il m
faict espérer qu 'il fera receu de v®
miî
y,'
r
pille "sois plus courtoisement , &
»lus fauorablernent qu'il ne mérite,
(ie ne dy pas eecy comme péchant
ducostcde la vaine gIoire,mais cófflie admirant ce miroir de bonté à
lui ie le dédie ) l'accueil n'en scaufioit estre que trop honorable > &
trop fauorable pour luy quand il
'l'en seroit véu que d'vn clin d'oeil,
l/adueu de voz volontez ( qui le
ftrendront à grécn deffaut de ìr.eil||Eure piece) luy seruira d'vn encowaagement à la poursuitte de ses erres
|brîattente de laquelle vous agréemz] s'il vous plaist que i'aye l'hort
'leur de me dire.
! MOKSIEVR
Voslre tm-hnmhle ï&tm
ebeyjsant seruiteur,
O. D. L.T,
.
;
,
ÍA f
REQVESTE DV PELERIN
A
L' A M O V R?
' A Mour fi i'ay a ton oíeyffance
•*~
Sacrifié le plut verd de mes moys,Et situas voulu deffoubs tes loix
Affubjefîir mon cseiir des ma, naissance;
Siïayfuiuy sans faire r est'fiance
Tes man démens aiHfi que tu voulois.
Et fi toufiours autant que ie pouvois
fay adoré ta dtuine puissance
Puis que iú nids de tes feux allumés
Durant le cours de moh Pèlerinage.
De quatre maux pieférue mon courage,
te premier est , d'aymer fans eïlre ayrné,
Et le second de folle ialoufìe,
h'autre d'vn tiers > & d'vne layde amie,
f. D. C.D.D .É,
A V LEGTEVR.
A butte des belles Ames,
j
quivont a grandes barh^féz. des, ejren foule és bonnés villes de l'vniuers, \
qui vìuant parmy le monde ne frise
îtien moins que le monde > qui vessie n f
fâtre bande a part , & s 'oser de fou
pair foubs les fauorables tflans d 'vndefir qui ne refaire que l' honneur : U
butte , difje , de ces belles, & f ures
K^ímes , & le defir qui les foufleue i
ceft objeB ne se propose qu'à dessein de
suiure , & d'embrasser la vertu. Mais
comme quoy U pourront elles embrasser s'elles né fçauent ou l'aler prendrtl
comment la silure , s'elles ne fçauent
la discerner. ? comment la discerner,
s'elles ne cognoiJfcntfaliuréeì& compte quoy cognoiHre Ja liurêe selles
ignorent ses couleurs ? Non ^sa fuit te
présuppose fa cognoiffance comme son
* 4
embraf
embrassade présuppose son estre. Or gue j
eroy-ie que ce nesera pas à moy du tout uur
inutilement opéré en faveur d- fa co- lans à
gnoiffance d'auoir dépeint son con- :arf<
traire par ses plus naïfues , ejr plus HÙe
viues couleurs : puis que les deux se
réfèrent^ dr se regardent esgalementy
& que cestòejfiece de relation ne nous
peut permettre d'enuisager tvnesans
donner vn coup d'oeil a l'autre, bien
qus ces œillades ayent autant de dìfference,que leurs objetss de contrariété:
lei' frentières nous attire nf. à ce qiiel
les-VòyentyfjrJei dernières- nous en retirenfctylÌ&s4asont autarìtdïvtppœs- a
nozì-pensées • (s celles- cy autant d 'horreurs k noz imaginations : les vnes
nou:s caufen-t de l' Amour■>& les autresndus dvftn/nt 'de U haine- du fubjecl
qu'elles' offrent ■J '-n-oslre ìiìgement ì.
contr-efil les vnes ■ des autres, foila
foufquóy .vous figurant l'excez de la
lu'xureen intention de Uredre odieuse ie pense faire escheIle a priser la
vertu -contraire a ce desbordement.
Que
romn,
vn dt
theat
cœur
fèe^
(fier
vise
Phor^
de l J
rnem
pecbt
faut,
nfyn
tfcdi
p**f\
*l»d
q u ' oi
qu'ej
gue fi ie dy tout plein de choses en faveur de l' Amour ,& de fiei chalants
lans ce Pèlerinage^ ie le fy à escients
rarpour mieux en lier le discours i'y
fark en personne qui feint de leftìmer
:ommefes Courtisans , qui représente
vn.dc leurs personnages fur ce petit
théâtre ; & quineantmoins de te Fie de
cœur , ejrdame, de langue, rjr de penfee ,de parolle,ó'defaì5î ce mefmc me(lier que ie semble icy professer , &
vìfe tout autant qu'il m'efi possible k ,
l'horreur de ces mefmc s projecls.le sçtty
quhnne fçauroit blasmer lauarice du
intimais riches la defj?ence superflue
de . lésant prodigue fans louer tacitement la liberalité, contre laquelleí'vn
p échoit par exce\, & l'autre par deffaut, Lacognoiffance du tour fe communique- elle au defçeu des ténèbres^
ejf-dc la nuiòl?Non,ie m 'affeure que la
parfaìcîe cognoi/fance de ccluy-laexclud la pure ignorance de cêlìe-cy. Et
qu'on ne peut fçauoir parfaitement
qu 'est-ce que la double qualité da maie S
itère,
itère, & t essence du feu sans eflane^U^
quelque traitt de pensée -vers l humide * .
element. CroirieT^vous que la confis
deration de l'indigence d'Irus ne fîf< i
sas d'auantage eUimer l abondance dt eur
t
Crœfus? Et'votílez-vous en lapidairi\
rusé vous féruir d'vne ailuce pour
faire plus priser vos pierres précieuses^ ||
voz pierres fines ,vo&pierres orien:
tales?saisies v'oir aupdrauant des hapfelourdes, dr ie tôaffetité que cesìc
veue fera valoir voHre dejjein. Max ^
a quel propos tant de raisons pour au- ^
thorifer mon dire ou ie puis fèubs f ad- ^ ^
iiéu de l'histoire appeller à tejmoings &
tant de personnes irréprochables pour *
QU
le vérifier. Ou efles vous jvnique Mo- 1
âc
itarque du monde ? Venez de grâce,
ny
Alexandre le Grand ; çà que ie vous
au a
rappelle des enfer's; pourferuir comme ^
f
de tefmoing oculaire à l'efpreuue des
raisons que i'allègue : le Jçay qu'aprez ' ]L
l 'eHourJa defaìcle, ejr lafuitte de Da- ^
vius vous ne voulufies^quefa mere , fa ^
femme , ejr deux de ses filles voz JL
prison
nets
M r ■ > — non encor mariées
-*,•*>
. , prisonnières
ouyj1' rstnt ri?'* qui leur peufi donner vne
0 fJett/e èffece desoupçon au preìudice dé
t-^sèUr honneur ^ poituiez vous leur dt' partir vne faneur , ou leur faire vné
gra ce phs signalée $lù s hbnorable,plut
belle, ejr plus royalle ? Mais pouuojeni.
elles tfferer de vous rien moins que
cela ? Si ( pour ne Mettre pas en ietì
if Herse ne ,vefue à Memnon,pUe d Areste tabazus>né d'vnefille de Roy, Berfëhe,
difie,femme fçauate aux lettres grecau- ques , douce j gracieuse , ejr belle au
Ifosíble, que la fuscitation de volîrc
sànory Parmenion me faitl retracher,
four voflre regard , de la lisle du reste
de son sexe ) vous ne touchafies iamáis
ny elles , n'y autres filles ou femmes
auant les auoir efpòufces. Mais la considération de celleS 'icy tient pour vous
Heu de plus grande merueille à ma
pensée fcachant que la femme de Da~
mus estoit vne tresbelle Princesse
ffiome ilefioit grand , ejrhedu Prince")
' que leursfilles au printemps de leur
vie
vie eussent des beautés f nu attrayantes four rauir le courage des fltà
confiants , ejr des f lus continent
ejr {bien que vaincues ) prou d'armes ojfenfiues pour ranger du costïi
des vaincus cehy là qui sçauoit tout:
vaincre, fi vne vertu extraordinaires
ejr presque inimitable neustenfauem
díg vojire gloiro-rt ' ouschè les pointa
de leurs -traits. Or- çà d'onc 3 dit a
moy , d'ou'cji-cc que ccïïe continenct
j
emprunte le plus grapd prix de fçriâ
lustre ?ej- d'ou est-ce qu 'elle reçoit lt\
plus brillant de son esclat ? n'esl-ct
pas de la vie desregìée d 'vn Caliguta j d'vn Heliogahale , ejr d 'vn Sardanapale, dont 1 le premier io'ùist de
deux de ses Çœurs ; ejr d'vn pire 3 ejr
plus abomhnablc exemple voulut abuser dl vnefille qu 'il auoit eue d'vne d&
cessœurs là.Lesecod qui sut le xxi i ij
Empereur des Romains vefquit luhrìquement auec fa mere ^ìejr commit
mejmes inceiìe auecques les Vierges
Vestales. Et le dernier (quisut aufii
k
•We dernier Roy des <^ísiriens ) p o tir
bien louer en vn mot , a' esté plus
^jkrrompu que toutes les femmes du
■W/onde les plus lafciues , ejr les plus
vandonnees. Le vice de ceux- cy
is a l'opposite de volt r e vertu ne
h faict il pas efelatter de plus vimes lumières ? ejr ne rend il pas la
mompe de son triumphe beaucoup plus
mnagnifique , & plus admirable ? ouy
murayement il accroifi les trophées de
Wcefte gloire , ejr en rend vosJre hónWneurplus releué. Taisons encor recherche de quelque autre espece de me(chatte y ejr voyons s il y a cœur qui puis
détester la cruauté d'vn Phalaris
Tyran de Sicile , ,J exécrable sanguinaire , d'vn CMaxìmin Empereur
d'vn LMaxence, d'vn Alexandre Ferée-.d'vn Tybere,d'vn Néron, ejr d'vn
Diocletian fans admirer la clémence
d'vn defir, ejr la debonnairetè d'vn
HENRY II II. Non,ilnese peut
en aucune %fo\ voilì. comme quoy aux
defpeds des mefehans, dr de leurs vies
âete
s
détestables , les bens.entrent en ligue
art>
auecques la vertu ,<ejr. chérissent d'euxi
an
mefmes par raison ce que les autresì tfair
V»uloyent leur rendre odieux par leur pUlS
.exempleùls s 'instruisent fi bien en ces re. 0
apprentissage que des considération ik
dii vice des autres ils en font pour eux le tn
tout autant de méditations de Vertu, epl
Ce font des aiguillons à poindre les me J.
.beaux esprits au resentiment de V hon- beau
neur, ejr des espérons qui les pouffent cj mon
,qni les prefjent a franchir ces lices, ■
,ho: norables,ejr se guider hrauem.ent )
í
leur gloire. Cher lecteur, ces imaginatiens là m ont fait refondre à tirer le
■progrès de l'Amour de ce monde, ejr,te
faire voir son pourtraitl r'acourcy,
youlat suture laforme de procéder des
Lacedt moniens , qui fouloyent faire
,monflre du vice afin de lefaire abhorrer , i' ay voulu représenter ihorreur
de son iniquité afin de donner plus de
vogue au prix de son contraire. La
blancheurse mons r e dauantage esont
■mise à Ì opposite de la noirceur , les
.charbons
ár^/w paroififent plus noirs estants
Manchez. fur la neiges chafique con~
traire a d 'autant pins de lustre yue
plus on rcj>refente odieux fin contrai'
'M. Or ne pouuois -ie pas, ce mesemble,
te figurer le vice plus détestable qu 'en
M tirant le flusmyuemeyt eju 'ilm 'œ
esté popble3 c 'íst .le blanc ou ic butte ejr
me suffit fi représentant 'bien vn Corbeau te pojtuois faire aimer vn Cygne,
y^on intention donnera flus de vogue
mon dessein que mes par oles mejmes.
dieu.
SONNET
SONNET
APOLOGIQjJ
DV [PELERIN D'A M O V R EU f£
FAV£V R
DE
SA
|
CONSTANCE
I
fait par í'Autheur.
Le Soleil passe vifie en toutes les maisons
De ces signes du Ciel qu'il reuoit chafy
Etsuiuant le trauaìldesa course ordonné
Or iles au bélier, ejrsoudain aux poissoi
Il se plaifi de causer les contraires faisons
Qui nous vot variât nos diuerses iournct fîuer íl
te ío;|
T a ilpour cela des Ames fi mal nées
gui le iugent volage en ses mutations? d'kcíí
De mefme en ne me doit blafmer de
confiance
sení;b|
Site fuis amoureux en ^Akmaìgne 5 dniuii
France,
nous
En Italie, en Guyenne, ejr voicy qui mc^xès, i
plique*
>
les
J'aimefidèlement visitant leurs beautez qu't i
gui fontsignes au Cielde mes felicitczqut ici
La raison , c'efi que ïay í Amour jtw/uçnatj
Ecliptique,
nées J
T .
SE P E L E R I N
t>' A M O V R.
^#
N nc íçauroit tromicr
vne feule chose en ce
monde, qui ne soit natui^:XA3ó rcllcraent inclinée à dessiner son bien,& qui n'emplovc toute ion industrie pour racquisirion
d'kcluy : car si nous venons à considérer particulièrement les chescs
sensibles, ou insésibles ; animées, ou
(inanimées; raisonables, ou brutes,
nous remarquerons encores de -plus
|í;prjés les effects de ceste vérité: pour
les sensibles , on ne peut ignorer
qu'elles ne soient portées à fobject,
cqiie leur íens estime leur estre convenable , & totalkmènt destournéesdece qui semble kur pcuuoir
S-'-
A
apx or
i
Le Pèlerin £ Amour.
apporter du dommage ; pour les in
sensibles , il n'y a personne qui
voye, comme Kur mouuement k
,
, entent
trame -tou^ les jours au repos di^ ^
leur centre,pouriieu que lavioknet ^ ,
de quelque accident nempelcri; rj a
pas la coude de leur inclination : !; ^ ^
Terre ne pcnche-elle pis d'elle mcí
t
j ■
• , me d
r
mes en bas ? le Feu nc le g 11111 ^-^^,^
pas de Iuy mesmes en haut ? Qii an nc j c J
auxbrutes, l'experisce ne nous faic ar ^ cL 1
elle pas coucher au doigt,quc leur
je
actions visent a ce but la? car il fem ne S>e
ble qu'elles ayent reçeu leur vie^ur j T
pour la tenir occupée à la recncr auan c
chede ce qui les contente :quan à qui il
aux raisonnables (lesquelles f° n ra U U!rI
plus parfaictement releuées en c p 0 urri
qui est de la perfection, & qui part uc |j es
Cipent aucunement de la Diuinití^y 3ní
ne se sentent elles pas alléchées p; i on g (
la douceur de ce qu'el'es estimei p| us c
leur estre bien séant, & vtile , voii aHO ; t j
comme violentées par fattrayant q U >,i n
& secret te vertu de ce qui leur c qu'il i
eonu^
r
i-.
Le Pèlerin d'Ameur.
$
conuenable , comme l'aiguille de
son Nord? C'est pourquoy nostre
entendement ayant quelque choíê
de plus , que le reste des créatures, à
vn onject beaucoup plus cfleué 5 vn
object feulement digne de luy, qui
est
la melìne vérité , de laquelle , cot
rne d'vne íource fœconde, toutes
sortes de sciences tirent leur origi' ne, lesquelles il fouhaitte aucc telle
ardeur, quil ne peut jamais afiou- ces
uir ledesir qu 'il en a: de façon qu'il ni Cn ,é c
e
'ne s'est iamais trouué vn hornrne' d e dt<îr
fur la terre, qui fe soit tellement uoi/*
auancéà la cognoiísance d'icelles, nux
à qui la science n'ayt de plus en plus
rallumé le désir de fçauoir. Dececy
pourrions nous apprendre des nouuelles plusaslèurtesauec ecluy, qiii
' rayant alambíqué le cerueau tout le
long de fa vie a foudre les raisons
plus doubteuses , des causes qu'il
'auoitpeucognoistre,dict vn jour,
qu'il ne fçauoit qu'vne chose , c'est
qu 'il ne fçauoit rien. l'appellerois
A 2
encor
4
Le Pèlerin d'Amour
encor volontiers à tesmoig de Crciíliisc
jneím.' i'vn desíêpt Sages de GreraBbri
.ce, lequel estant prest à rendre 1c Wéfio
dernicrb fo u spirs de fa vie > & vo\ ï celan t
que s:sa;nis ,(qni lestoient venus vi duque
ùter? ) auoient suscité vne disputsmcnt,
eivr-ux, s appuya fur son lict.selo troyei
que la roib'eífc de ses forces defj :^Bu
debilicécs le luy pouuoienc permet aiíoit
tre , leur disant qu'il vouloir c póiuu
cores apprendre, I 'ay lcgcremences.se
leu quelques Philosophes , Icíquc! fopho
ont faict estât, & asleuré , q la choí Atjfoci
la plus neceííàire, c'estoitíeaujm : trelle
í'ay trouué l 'opinion des aucrcq u ' a p
beaucoup meilleure, plus iiìdicici liures
se, & plus (aine, lesquels ont estim " 0lU!
que la science nous estoit plus r: contr
quiíe,auíîìdictonqueihommecji narqu
à de la doctrine , & du ífauoir c drele
semblable à vn image remply de vi femci <
rna!ní
ou au contraire celuyqui est enu;
loppé dans les ténèbres de íign P etus
ro
.rence* reíïèmble à vn image moi P P
Ce font les doctes,q'ui efclaircnt,. qM e ^i
rel;
te felerin i'Amour.
' «s
reluisent sur terre, comme les estoiles brillances dedans le firmament. Home .
N'estoit ce pas vne estoiîe bié estin- reloué,
celante, que ce grand personnage,
duquel la renommée s'estoit tellement augmentée , que plusieurs en;.^went en debat,pour faire accrot:»i!c c'estoit cn leur pais , qu'il
ï aiipit prt'ns naislance? comme nous
pointons voir en la controuerfe de
ces sept villes S myma, Rhodes, Coîophon , Salnmin, Chius, Argos, &ù
Athènes, lesquelles débattent cn: trellesleprix de fa natiuité.si bien
qu'âpres auoir feuillette tous les
liures du monde, on n'en fçauroit
trouucr vne nouuelle aífeurée,& sás
( contradiction 3- mesme î vnique Mo[ narque de tout c'est vniucrs Alc?;â, dre le Grand , se plaisoit merueilleufementà tenir fes œuures entre fes
mains. Ne voyons nous pas que les Chacú
dcíîre
petits enfans de leur mouuement
,
f
nt •
i
naturel
, propre, fantastiquent tout plein de lemenc
questions en leur entendement , les- sÇ auc> "
!,
A $
quel
Le Pèlerin d'Amour
quelles i 's nous déclarée âpres poui nfuse
en estreesLlaircis ? n'arriue-il pas le íprucr
plus íouuent , que la rudesse de nos n'eit \
reíponces, nyles menaces desqnel p#ur<
les nous les accompaignôs , ne peir si chei
. uent bien íouuent empescher lem son m
esprit, qu'il ne demeure tout vn lôg gnoií
temps bandé , voire quasi raui , à h que c'
considération des doubtes qu'ils |eiw
auoient csineus?neremarquósnoi !S dficel
pas saisie, & le contentement, qui k- É MÍ
íloye leurs Ames , ayans apprise h yfeux <
raison de ce qu'ils proposoient?n; de, o
jeur tarde-il pas que quelqu'vn ÍÏ detai
presenre,auquél ils puisse t tout auíì me p<
toit raconter auec beaucoup á nis ,
gloire, la vérité qu'on leur à enfó que K
gnceíne liisét-ils pas d'eux mesincs a-boi
qu'il n'y a plus belle chose au mon esplu
de, qiie d'auoir l'elprit imbu de 1 Ici •
cogmoiííàrjce des sciences? ne con recul
feísent ils pas librement , qu'il n'y feieu
rié .de plus mauuais , n'y de plus de! veùe.
rowr ■ honiîeíìe,que de £aillir,d'ignorer ,S -Mie t
U<
k Na ^e fcdcccuok • Pourquoy pensons Éie r
a
non I
I
Le Pèlerin d' Amour.
j
nous que la nature fefforce de con- [^ot ^
«ruer si chèrement nos sens , si ce ce de
c
n'est pour apprendre par eux ? &í °
pourquoy nostre veúe nous est elle sens,
si chere, si ce n'est d'autant que par
fin moyen nous armions à la cognoístance de tant de tarerez? veu
que c'est elle , qui nou» íuict distinctement remarquer la differer-cc
Scelles.
I Mais quand ie viens à jerter les La sçi g
yeux de ma pensée, fur la multitu- «cí*
de, ou plus ost sur la tourbe infinie i uamc%
de tant de beaux secrets que £ homme peut (çauoir , ie les trouue infinis , & par conséquent désespère,
queiamais períonne puisse en vei.ir
a four j on pourra bien se laíîcr d'en
esplucher les raisons, mais d 'en fou§|
t n esprit, c 'est vne chose auflî
reculée denostre puissance, que les
'flieiix íônt eíloignées de ncstì.e
veùe. II ne faut dôc pas s'aheuner à
Mie pouríuittesi vaine, n'y prendre
pie résolution si téméraire , de vouA 4
lois
8
Le Pèlerin d'Amour.
loir tout apprendre ; il nous suffit:
d 'entrer en cognoissance , de ce qui
peut fèruirà fvsagede cesse vie ,&
de ce que nous jugerons plus nécessaire à son entretien. Or âpres
auoir informé mon esprit , quel apprentissage entre tous , il eftimoit
plus jdoine & vtil, à fou bien , il m'a
faict gouítertantde belles raisons,
queie me fuis veu contrainct d'aduoiier , quela notice du monde h
plus requise pour nous , c 'est PintelL'mtel- licence de f Amour : puis que c'est
i ëci'a- 1 A nour qui sert d'assaisonnement
mour, atlx frijict S d c . ceste vie 3- c 'est l' Aa
pi US
niôur, qui peut changer famertuI neces- me , de noz passions en la douceur
SiUe
' de nos délices ; c 'est lAmour , qui
sçait teliemét espurcr le fiel de noz
fâcheries , qu'il en tire Ie miel de
noz contentemens ; c 'est PAmour
qui a plus de pouuoir , que rout le
reste du monde , pourefleuer ses faUoris aux grandeurs de la fortune;
c 'est PAmour, que nous deuons ho-,.
norer.
1
H
lîOil<
nés i
A
onJ.
Le Pèlerin d'Jmeur.
9
orcr, seruir,ék adorer, comme la
uîe Dette débonnaire , &prcpicc
Jiosamësj cest en íîn c 'est Amour,
sl'Amour duquel nostre Amour,
le fe peut dire Amour ; non plus
ue nostrc vie , ne se peut dire vie,
clic ne prend fa vie , de la vie d'Aour.
Or pourcc que les choses d'aurit plus qu'elles sont rares, d'auJfcnt plus les estime-on belles, & (si
proueibc vulgarisé parmy les
îrecs a lieu) d'autant plus qu'elles
fcnr belles, d'autant plus sont elles
afficiîcs, & par mesine moyen hors
fa portée de finteiligence du
Iilgairc : c'est pourquoy,pour cstie
Sien instruicts à i'apprentistage d'Ai o u r, ( m est ie r qui ne peut estre pratiqué- que des belles Ames ) nous Am'ìs
us deuons adrestcrà des person- ^/ffît
:s lesquelle. le hazard .'ressay , Ie ler pour
iauojr la prenue , & {"expérience
.|
pit de longue main endoctrinées, o, U ict
)lies,authorifées, & 1parfaictement en
.
amour.
A
5
accom
H|
Io
Le Pèlerin et Amour
accomplies. Or est il qu'entre mus
ceux lesquels ont merucil'cusemêt
cx :e!lé,:k admirablement triumphé
en cecy, les cieux n'en moulèrent
jamais aucun, {fuit ce fur la referue
de dix siécles) ny la terre n'en foustinr iamais vn seul , qui s'y soit rendu plus admirable, que nostre Pèlerin j dans l'ame duquel les particularisez, les plus curieuses , & les
curiosicez les plus paris u'ieres de
f Amour , furent pro ligalement infuses des le prenver inst .mt de fa natiuité: c'est doneques de la main,
que nous dcuons receúoir f accompliísemcnt de ce désir . ik c'est de fa
bouche que nous deuo TS , & atrendre, & entendre l'prdoninance de ce
qu'il nousconuiendra fáire.comrhe
la vraye prophétie d'vn oracle infaillible, qui ne peut estre deçeu, ny
deceuoir p.irdes refpo ces ambiguës, 5í plovablcs k ÎOUS costez , selo« íeuenement de ce q i-'eUes prédisent -, co.nmcnde les íaux oracles h
du
Le Pèlerin cCAmour.
i\
lu temps jadis, les annonces dek
■uels fadaptoient a mille diuerfirez
■pntra'res, & se viroient p?r a i tant
: contrarierez druerses j de mefine C5 pa«
fye Ie panóccau fur la cime d'vn pa- dck re .
i lo i obéit a'ternariuement à i'Est, 'p°nic«
* d
dis
rOucst,auNord,&auSt!d. C 'est taux
iy qui peut feulement tmiai^lcr a oraefeìs
polistèure de nosames , & la leur
ndre liísee auec, relie induílrie, tes.
u'il n'y aura pas vne efpece d 'adi sité, voire mesure aucune appreension de mesconrentement , qui
y puiííearrester.lem'asseureentor
u'il nous appréne à faire l'Amour,
qu'il n 'en oubliera pas la practique,
Çomme les sages femmes de Soc rasdefquelles enseignant aux autres
lf moyen de faire engendrer , quitj|pnt ce mestier,qu'ellcs apprennent,
& comme ' enlts n'engendrêt plus.
I Illaur donc proltnger vostre at?ntrd '\n demv q"art d heure pour
plus,& padifer auec \ostre pa:nce , qu'elle m'accoidc cc peu de
temps
12
Le Pèlerin £ Amour.
téps fans autre delay^ afin que i 'aye
îoisir de vous dire sommairement:,
ou esc ce que nostre Pèlerin naf
quk, comme il fuse eíleué , le progrez de fa vie, & finalement les
traicts de fa maiíïrelTe :il fera bó que
vous sachiez quic'efr,asin que vous
n'ayez pas vne obligation si chere,
&si signalée, a vne personne incognue,de laquelle vous enrretenent,
ie puis vous assurer, que les essais
des plus belles parolles, font bien
loing au deíïbubs de son mérite.
Mais souuenez vous , qu'il est licite
(a ceux qui ne prétendent pas de
bailler leurs esorks , pour marchanînten- fafe ^ e Donne histoire ) d'iixienter
lau quelque galantiíe eni'honneur de la
theur^ patrie, bânilsànt de cefee inuentíon
ce Pdc touc sinistre dessein, toute humeur
nnage. vicieuse,&: offensiue tant a voye ouuerte qu'a couuerte.
Sachez donc que ce fust en GuyLaG'iy enneou mon Pèlerin print naiífanenoc
r.
louée, ce, de laquelle ceste Prouince se
glorifie
Lc Pèlerin A'Amour.
ij
Élorisie d'vne si pompeuse façon,
Eu 'elle semble la vouloir faire passer
|u rag des sept merneilles du monie:ie vousdirois volontiers la fertilité de fa terre , si ia stérilité de mes
Ëifcours,pouuoyent me fournir des
larollcs, aussi dignes de son abondance, que ie fouhaitterois : la rereation du printemps, la richesse
le l'Esté,la gayeté de l'Automne, le
J:epos,& l'oysiueté de l'hyuer ,y repentent par interualles.Que si les
fiions de f année y íirccedent efgalemcnt f vne à îautre , leur changement se faict auec telle douceur,
îjcjiiil eíc auíïì mal aisé de s'en apperjceuoir,comme du déclin de la lune,
Jelles roulent seulement , non pas
Ibournous priuer du plaisir infepaÉrabîe à leur estre , qu'elles nous cófìnuniquent, mais pour fe feruirdu
Ichange, & deía diuerfìtéde rcs volluprez alternatiues, afin de nous en
conseruer le goust. Pour Tair il y est Pour Ie
|serain,pur, & subtil tout ce qui se b ° n » ir
peut
ï4
Le Pèlerin d'Amour
peut ,rafpectdu Ciel si remarque si
propice-, si bening, ík (ì salutaire, &
les influences des Astres lì ho mes,
& si favorables que rien plus : c'cít
vne contrée qui donne 1 rgement,
& plus en prodigue, qu'en cfpargnan e toutes les voluptczqui peupotir uent agréer à noz sens : Pour le
eórcn- goustjtanr de viandes exquises , jfàn
^ «- UOUi eu fcs _) ^ del cacesjPour l'odogouft.
C
rat,tant d'herbes, & tant de fleuret-
odorac tes MMí& p <H>pi"es.qin i '.-mbnis
ment, 5<s parfument sjns ceíïe , de fi
Noflre ^ ouces °deurs;PourLiveuc,ra 'U c'e
couleurs différentes, & belles , tant
d'agréables figures, tantost vn rertre, rantost vnevalée, tanro't vne
forest , plus plaisante que celles du
Liban,ou de la Thessalie, tâtost vi e
fbntaine,tantost vn pré , tantost vne
riuiere.iant d'animaiìX>qt<i paissei t,
volent ou rempenr ; bec s c'est vn
paisage , ou l'on peut rem rqùcr
mille heautez di!icrles,&r particuNostrc
lières pour elle ^ Pour iotiie les ga©uic.
souiìles
Le Pèlerin d' Amour.
ï5
» jl u il lis des ruisseaux , les haleines
dou. etres,& le> fugues, & agréables
bouffées des gracieux Zephires,qui
"jÉbuian-'çnc incessamment ;.lc begavjïcment que les sueilles des arbres,
& des herbes fouspirenr , quand legerc-ment eímeùes de ces vents faiiorables , el'es se baisottent amouJeusement l'vne l'autre, le ramage,
lue tant de petits oisi-./onsy degoiíentà petites remises tout le long
de Tannée, par mi'le fredons entreéotipansmelodieuíèmét leurs douWes tirades, &r par autant de íòufpirs
amoureux , enflans , & defcmfl ms .
ijeursgorgettes altérées, de ce pénible trauail 5 íòic de ceux qu 'on tient
ippriuo .fez, &qui ne peuuent s'e£
jïorer plus loing , que des quarre
lpoin»s de leur ca^e, soir des autres,
qui ont la volée plus franche, & les
coudées plus libres. Pour le tou- F f p °jirher, ses délices íònt en partie mes chcri
ìjpngez auec ce que ie viens de siguîfrer ,& se pcuucnt en p~rtie imaginer
16
Le Te lerin d' Amour
ner du moindre, en ce qu'on trounc 1
íì commun au circuit de ses bornes;
bref c'est vn lieu , qui surpasse en
beauté, en plaisir, en richeíïès,&
en bonté toute humaine intelligenËtdcsa ce:aussi comme la France est le petit
septiii- œ jj du monde, ceste région est la
perle de la France $ çest comme vue
mammelle foeconde, qui alaicte de
íòn abondance les lieux circonnoisins , comme vne grange si remplie , quelle regorge des fruicìfs desquels elle communique, & fournit
à 1a nourriture , & entretien de diuerscs contrées.
Sii'ay esté si long à vous narrer
les raretés de ceste Prouince, çà esté
à dessein , pour vous faireparoístre,
qu'outre cequel'airy cil si temperé, les íecrettes , &: bonnes influences des Astres y coulent en abondance:d'ouie tire vne conséquence
infaillible , que les Esprits q i íònt
si fiuorifez du Ciel , d'y prendre
naissance , reçoiuent par mesme moyen,
mm
l e fêler in d Amenr.
17
Icn la subtilité, gaillardise ,-prompJjtudc , & viuacité requise aux plus
Habiles Ames: Car comme les re- W lso ^'.
iuements, & les enteures des ar- tt ç'lff '|
[resnous donnent ceste variété de des EÍruicts, meslât les semences, &: translortant endiuers territoires les es- mueorces assemblées : ainsi Jadiuersi- B,cts > &
é des Esprits procède de la mixtion rcs des'
lu rayon,que les estoiles enuoyent Ajbr «-"
le diuers signes , & lieux , & de djJiersesconfigurations,faiíant vn me- ■
ange de tout.
e
OuandauPercdenostie
Pèlerin
\fiJ?
■—
,
• , «e ce
ffestoit vn Seigneur François ,qui Heictra
jouuoit efgaler {'antiquité de fa loue '
iaison,la créance, & îhonneur quil
llauoit dans la France, aux plus ad|uancez,dc fa forte,- vn Seigneur que
Ile commun brûict de ce Royaume
Bppellóit le fauori de Mars , & le
Imignon des Muses : car si ses armes
Ile rendoient redoutable,fon sçauoir
Ile rendoit admirable ; de façô qu'on
ne scauoit juger duquel des deux
il
f
18
Le Vêler in cC Amour
il auoitplusde gloire.
p our çà mtTC o'eíîroíc vne dame
Pèlerin de Guyenne qui auoic vn esprit aussi
louée. releuc,que sa beauté sè monflroit
infinie; or celle beautc ,a toufiours
esté sidellement vnie auec vne telle
galantiíê, que ceux qui la"Voy oient
íe seinoicnt cfralement rauir de
celle la les corps, &de cclle -cy les
Aires , neantmoins cefíe galanterie
ne se lendoit pas fi familière qu'elle
■ ne reítntistla grandeur d'ont elle
audit receu ion origine.
Noíhe pèlerin fut íêcretten eut
nourri, & allaicté íespace de deux
ans pax fa m< re nourri e } qui 1 esietioit a cachettes dans vne meterie
de samere : la fin de ces deux ans
expirée, il fut feuré , & luy fit cn
passer les Monts pyrences , pour
eíprouutr , siíair d'Elpaigne leioit
fauorable à son ensam e , &c fut cnuoyéàvn Seigneiir Efpaignol intime de ion pere. Estant aagé de ilxa
sept anSjilmettoit en eípargne les
fruicts,
La me-
Le Velcrin d'Amour.
lQ
luicts ,.& les confitures qu'on Iuy
nej^Bpnnoit, (qui font les feules am! iOï tions ensantines)& des qu'vne belle
•i t fille fe preíèntoit à iuy , il ne manrs quoir jamais , de mettre la main au
lc threfordccesteieferue, pour Iuy en
faire vn présent , à telle condition,
le qu'elle le baiseroit: pour les laides,
s|Hues fuyoit d'vn instinct naturcljCÔie^Kc la brebis fuict le Loup ; que s'il
arritioitaucunesois,que queîqu'vne
de celles-cy lc íurprint & le baisast,
àiimpourueu , ou par force ( action
K).mmuncment piactiquée des jeunes fi les,de ba íotter ìes petits enfans, par laquelle on peut euidemment jugcr,le desir qu'elles peuuent
;
auoir , de commi irquer ces faneurs
à des personnes plus capables d'en
refentir les estects, s'il leur estait
aussi licite, qu'à eux) il se mettoit
tour aussi tost à crier,rempestcr,& le
plaindre .ius^uesàcequ'il cust arrosé de ses larmes , les joues fi poupines, qu'on auoit profanées (iedis
profa
2o
Le Pèlerin d'Amour
profanées, parce que l'Amoi.i
pi-,
auoit particulierem< nt destinées
jvh
pour les belles.) N'estoit- ce pas vn «P '
présage certain, de fhumenr qui le
p,
guide, & des signes euidens , de ce
rru
qne ie m'en vay vous déduire ; c'eeu
ftoient les petites eítincclles de ces ^Êmn
grands flammes, si viuement aliufy 0
mées, qui coniméçoient à blucttcr, v dot
de ces grands fiâmes , par le moyen
res
desquelles il doit vn jour mettre le
ttei
feu aux quatre coings del'Europe.
rïc;
O merueilíe d'Amour qu'en vn ;'^waagesi tendrelct, qui estoit encore
tr ■
quasi nourry delaictjlne cesíoitde
po;
gausser , tous ceux qui venoyent lareç
border. De faict vn jour ayant esté
foi
mené à vne bonne assemblée , il acte.
coste la plus belle de toute la troude
pe, qui à pene s'estoit aíïìíe , âpres
fer
auoir donné deux tours de volte deI
dans la Salle, au gré^de tous ceux
qui assistoient au bal^&Iuy dit de
prim abord ,auec viic façó aussi josid
lie j qu'assurée , & auísi asturée , que
fA
pleine
Le Pèlerin d Amour.
21
Jlene de bonne grâce. le m'estonne
wladamoysidie; que vous soyez si
íbing de ce qui vous deuroit cstre íî
prc>; la belle surprise de çeste dcihâde, $i ne pesant pas que f Amour'
Mi'l inspiré ces secrets dans vne
Ame si jeune Iuy repart en riant,
«lonsieur ie ne íachc rien qui me
dume eílre plus presque mesche:s cousines que voicy. Ie me trom:rois for r, dict-il, ou vous agrée[cz beaucoup plusf entretien d'vne
t iÌ !vepersonne,qiwl y a parmy la
[oiipe, elierefpond. Ien'en sache
Wt d'autre si ce n'est celuy que ie
kois de vous j quimefaictes mille
lis plus d'honneur, que ie ne meri||. II Iuy repart , ce n'est pas de moy
qui ie veux parler, c'est de vostre
ruiteur. Elle réplique. ,
['ay trop peu de mérite pour auoir
quis vn ícruiteur, il refond
oy i'ay trop particulíeremec conIdere Ncandre ainsi s'appclloic
[Amant de ccitc fille) pouc nectoire pas,
(
22
Lefelcrìn d'Amour
re pas,qu'il vous faict les doux yeux.
Elle ne se peut tant commander,
que sès joues ne fussent teinctes d'vne couleur plus viuc, qiredeconstume, & qu'elle ne perdist beaucoup
de fasseurance qu'elle auoit auant
îattaincìe de cecoup ^touresfois elle
r'aíTèura , le mieux qu 'il Iuy fust possible fa façon , &c comme elle vou- loit repartir, àcefafcheux rencon. tre , on la reprint pour danser ; pandant qu'elle danfoit , ses Cousines,
pour donner carrière à ce jeune Esprit, ou pour suppléer au deífaut de;
celle à qui la dan ce empefehoit le
difcourSjOufcommeily a plus d'apCuriosi P arcnce ) P our defcouurir quelque
té des chose de ce qu'elles ignoraient, car
filles, i'ay veu à fcfpreuue que routes les
filles font quasi touchées de ce vice
de curiosité , mesmement cn ce qui
concerne l*Amour, Iuy dirent.
Comment Monsieur estes vous
des ja simauiiaisquecelaï'/Y rtfyond.
Qu'elle mauuaiílie trouuez vous,si
son
Le Pekrin d'Amour.
zj
Sm vous parle de ce q vous aimez?
& de ce qui vous honnore ? elles re'
flignent. Vous pensez donc quenostre Cousine aie de i'arïection pour
Ncandie ì Iene pense rien plus véritable , clic- il & si vous en voulez
auoir le plaisir, considérez vn peu
leur contenance.
«Or vous douez sçauoir,que Neandre auoit íêrui ceite filled ospace de
quinze moys , fans que iamais personne en custrien soupçonné, tmt
leurs actions estoient conduictes
d'vnc preuoyancediícrette, &t tant
leur discrétion fe rendoit preuoyan«fj| en faccom plissement de leurs
ieunes ardeurs, qui fàisòiént à qui
mieux mieux pour tirer subtilement
la quintessence de leurs contentement. Et de faictauant que ce bal
fuit dressé Ncandre felioit ioinct
aux trois Cousines , auxquelles {humeur de son Esprit s'estost
faicte priser à merueilles , & âpres
les auoir gallemment entretenues, il
auoit
î4
Le Pèlerin â'Amo-ùr
auoit saictprcíênt a chacune d.'icel- «R
înuen- les , d'vne Orenge conficte^or l'O- réf.
pour
rengedj celle-cy auoit esté creusée, parti
donner auec relie industrie, qu'il estoit , im- a trf
°e dîl P • -íïîblc de s'en aperceuoir, & cavn Oié choitau dedans vn' petit poulet de ■
Sc"
semblable teneur.
C'est en sortant de ce bal, queic
desirevous déclarer vn secret, qui
VOUS est incogneu ,& duquel nous
nous deuós seruir pournostre conv
mun bien $ & pour c'est effect , ie t(
coniure ma chere vie , de te defTam
de tes Cousines, & tu ingéras eoml
bien c'est affaire t'importe.
a
Or voy-cy ceste Damoiselle, c!ii.
nom de Cerdaíéc , qui vient se re
mettre à son siège, & reprenant 1: I
fil de leur discours, nostre Pèlerin '
iuy d ici.
Ie m'estoune Madamoiísellc, que
vous (oyez si peu sauorablc à voíìrc |
scruiteurdene l'auoirpas faiótdaiv ]
fer.
\
Cerdalée sivousfaictes estât que *
1
Le Pèlerin et Amour.
2J
Jpuisse donner des faueurs,îe vous
ïfflfvondi que ie n'en ai point de
parricuiieres>elles font indiffci êtes
^out le monde.
[ Elle estoit il artenriue a ces diseurs , q. ii la chatouiMoyent du co: qu'elle ne vou'oit pas rire,qu'elfln'aduifa, ny ne sentit pas, que mô
jlerin Iuy fourrant la main entre
^verdugadin, 6V la robe,Iuy denofubtipemen.t l'orcnge, qu'elle
aúoit en fa poche; toutestois ceste
foute n'est pas digne de tant de
|fme, qu'onluy pourroit impu■ caria basse lie de l'aage d'Ide- .
tains] nom nerons-nous ce Pelelin jlefaisoit viureauec plusde liberté, & auec moins de soupçon
que les autres pairoy les.dames. II
estoit toutesfois bien trompé, en ce
qu'il auoit prins,car .il faifoit estât,
que ce fuit vne pomme , d'autant
qu'il ne l'aiioitofec regarder en la
prenant, de peur que l'impaticnce
de ía curioíìtéJuy fa st dcscouurir la
B
fineílè
2S
Le Pèlerin â'Amour.
finesse de son larcin: voila pourquoi fìís
sc séparant deCerdalee,illuydit. que
Vousms permettrez Madamoisel- son
le 5 queie m'en aille manger d'vne paf
pomme pour Jfamour de vous. cha
Monsieur (dit-elle, )ie fuis infini- que
ment marrie que ie n'aye de bonnes sidc
confitures pour vous en faire part.
Vous n'en auez eu que trop, simple que
& inconsideree amante pour ce ren
coup, pour exposer vostre honneur son
au hazard, duquel malaisément iain
vous le preíêuercz , puis que la ga- atta
rantie de son rachapt , sera mise au plu prix de vos larmes démesurées, érci
Pleusta Dieu vous fussiez vous fer- deu.
uie de la recepte de celles , qui ne chai
Pour- veulent point de poche en leur ver<
quoy
Certai- dugadin, pour la feule crainte d'y fort
nes sè- oublier quelque choie, qui leur ture
mes ne
veulét puiíïè apporter du reproche, &du gni
point blafme.
de fc
de poSur ses entrefaites , tout le moiv fouc
che en
de feletiepour danser les branílcs, ie c
leur
verduâpres cja'ils furent finis, & qu'on con
gadin.
faifoit
Le Pèlerin d'Amour.
27
faifoit mille petites bandes, desquelles chascune difoit librement
son aduis , de tout ce qui s'estoit
passe, Cerdalee se glisse dans vne
chambre, non pas pour Ie fubiect
que son Amát croyoit, lequel considérant qu'elle s'estoit ièule efcarteeauec fa fille de chambre , pensa
que cefustpour lire le billet de Torenge; mais il estoit bien loing de
son conte, puisqu'il estoit perdu,
Inct qu'elle festoit eiiadee pour
|acherfaiarretierc,quine renoit
JS qu'a VH nœud, à cause de l 'exlicc qu'elle auoit prins durant
icux ou trois heures : Sa fille de
chambre la voyant vn peu trop longue, Iuy dit, qu'elle fe craignoit
fort, d'auoirpeu de part aux confitures, qu'on departoitala compaigniej elle Iuy repart, fe fouuenant
de son présent receu , qu'elle ne fe
foucioit gucre de tout cela, car elle
fe contcntoit d'vne belle orenge
confite que Neádre Iuy auoit donB 2
née
î'8
1
Le Pèlerin d Amour.
(j c ,
<| e ,
iXí
tCj ,
nee,& la Iviy voLihnt rnonstrer ,ne'
tr-niua rienjellefut auíïi marrie &
dcfplaisànce de ceste perte , qu'ell;
auoit receu d'aise en laprenant: ce VOl
sut lorsqu 'elle s'imigina, qu 'il de .'Wfu
uok y auoir du mystère au dedans, fi (]
parce que 'Neandre Iuy auoit ferre, cre
la main la Iuy baillant, & s'insor- vn
mam par !e menu aue. ques fa peu- :jjBe
fée, de ceux qui pouuo / ent Tauoir de
èrïcreteiuie, iugea sainement qu'l- áf;i
deree Iuy auoit íoiié ce trai6t,la voi & !
Ia donc en toutes les peines, & ap- iíp
.préhensions du m >n.ie, ! e cerebant fa d
parmy f assemblée d 'vu costc ,& Is poi
fille de chambre de l'autre., a la goi
quelle Neandre fadreíïè, p >ur sp n'a
uoir d'elle qu'estoit-ce que fa mai ren
stresse cerchoir , auec tant de crans qu'
port & de sollicitude, ce qu'elle liij Jer
descouurit fans Iuy celer l 'incon ic uer
nient de ceste perte.S 'il fut estonne or i
& affligé de ceste nouuelle inefpc g"
ree^ c'est a vous à le considérer mt ï»>
braues, qui n'auez pas moins de í
lelité , que d 'affection : si vn accident puieil a celuy cy vous estoit
araue.quelle adresse, quelle íubtiliJlLou quelle soupplciTe , trouucricz
ifpuspour parer le coi p de ce- roál«cur?& quelle ag'litési prompte :i &
«fubti'e q u il le \ eust eíquíuci f Le
B-euecœur qu'il auoit,le pousse en R,« pr c
vnc "alêne , ou estant, airiic, il lt: r"^n cu aurre recours , qu au lecoi rs VJa y &
p l 'Ainoui pjrmy le ci -urs de ceste ^cret
"n - n
i
£T
i
Amant
Mict.on.luy offrant tous les voeus, ( ,„.iIld
luy voilât tous les saoifíces dont fa n-úR)eùt faduïse.r, affin qu'il plcust a
ía viiumué , de luy tendre la main, vue «îe
Hun leíortirde ce labirinthe d'an- l^J c%°goiíïè:oril blusmoit sa maistreíTe,de
n 'aui rir n y pi eueu, ny pourueu a ce
í?|iKontremal heureux, or il disoir,
qu'il auoit ton luy mesme , ce bailler des eícrits , ou il eulf ptu uou;ir moyen de parler (ans es rirej
œ il imputoit toute ía faute, a la rigueur de sa destinée, comme ayanr
violenté ses deportemens mal heuB 5
heureux
3o
Le Vêlerin d'Amour.
heureux; & ne fçauoit auquel des
trois il donnoit plus de tort.
Pandant que ces plaintes flottoient dans les ondes diueises, &
contraires de ses pensées , la triste
Cerdalee parut a l'autre bouc de la ■
galerie ; dés qu'ils fentreuirent , ils
volent l'vn a sature pour gémir leur
desastre, & soulager quelque peu,
d'vn récit mutuel, la violence de ce
deuil.Mais ils ne se furent pas si toit
enuisagez , qu'Ideree ne se monstrasta eux, sot tât d'vn autre corps
de logis par lequel on pouuoit descendre a ceste galerie; comme nos
Amants fapperceurent, vous eufc
fiez creu , voyant leur promptituReprc
senta- de , qu'on auoit ordonné quelque
tiódv- prix au mieux courant, carlapennc paíïè pas plus viste qu'ils se
tasctò
de re- monstrerenc prompts à le venir
j^ 1 " trouuer. Cerdalee ( a laquelle il
vne let sembloit , que l'arFaire touchoitdc
trcd'vn piuspres, encore bien queNeaniecret. dre n en euít pas 1 ame moins attamte,
L e Peler.m d'Amour.
3ï
te, ny moins trauaillee) le supplie a
mains iointes, qu'il luy plcuft de
luy monítrer l'oienge , qu'il luy
auoit prise, qu'elle auoit veu lors
qu'il la prenoitjôc reíìoit fort contente, qu'il la gardait pourîamour
d'elle, que ce mestoit pas pour la
retenir qu'elle la demandait, mais
elle luy vouloit apprendre vn secret, duquel paraduenture, ii ne ie
scroic pas îapperceu. // revend,
qu'il estoit hors de se puissance , de
la luy monstrer , car ilenauouíaic
le départ , à deux ou trois de ses
an is , & pour, le secret duquel elle
parlmt , il - jugeait que c'estoit vne
krtre qu i.< a> or t/ouuee au dedans, la verne eiìou qu'estant iorti
du baî,a dcíïcin u'aller monstrer son
burin avn de ses compagnons, qui
estoit de mesine aage que juy (&
duquel ie VAUS narra ay cy apres
vneestrange&. brieíue histoire )&
trouuant l'orenge si fr gère (car elle
estoit vuide comme ie vous ai dit)
B 4
ii
2a
Le Pèlerin d Amour
il ne se peut tenir qu'il ne la preflast H .
de íbn pou!ce,k virair, maniant & *
tastonnant de tous costcz. En fin Ia
force do son doigt, encore* que
bien foib!e,fiit aflez forte, pour en- 1
foncer vn petit lopin de peau d'orange colc fur fouuerture auec
grande industrie,& désireux de voir
que c'estoit, i! tire le billet & le leut
(car illisoitdesia, & escriuoit fort
ioliment , ) ce fut neantmuins a
baffe voix, & fans le communiquer
a íbn compagnon ; voyez íì la dis
cretion commençoit de bonne heure à d camper dedans ceste belle
Ame. Ie vous supplie (dic-elle r ) fi
vous délirez iamais obliger voílre
seruante , faictes moy ceste faneur |
queie voye feulement ceste lettre,
laquelle ie vous promets de vous
rendre des queie l' aurai leuë:pourriez vous auoir du refus, pour la
courtoisie des Dames ? or si vous
ne vous en fiés pas fur ma simple
parolier, voycy vn carcan de perles..
I
Z f Pèlerin d'Amour.
t
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les, & de diamans, queie vous baille cn gage,& lesquels vous gardeÍÊ
rez comme vostre íì ie n" vous la ^" "
rends. Ne vous c.sma\ ez pas, mes ncfpar
nt
bcllcs ,íï pour n morceau de papier S.'^
ellevouluit hazaider pour mille es pourre
eus depierrerie. Mais qu'eticc que s0U ",
vous ne bazarda lez pas, pour vne i CU res
C '>ose de íì grandinportance, íì ce P^malhçiir vous estoit arrme? duquel ql,i p eu
Dieu vous preserue comme ie le uèt ác ~
diíìre. VOUS fatctes tort a mon de- ] curs «
uoir,(dit il,)& offencés vostre pro- amours
mcoincopre merite,de croire que ie ne vou- gnuës.
iuíse pas lë remetne entre vos
mains, íìlei'auois, ie ne férois pas íì'
mal adniiè , de le retenir contre vofre gié, car ie vous honore trop.
Mais pour vous en dire franchcr
ment ce quien est; en meíîne temps
que ie cômençois a'e defplier, f aisnée de vos trois couíînes s'en est'
venue tout be lement par derrière,
& me l'aiaui des mains., contre ma
volonté, dom ie supporte vn extreB 5
me
54
Le Pèlerin d'Amour,
me regret.
S1 U
nci fii
^ r vous ^ euez ÍÇauoir, que celle
les le qu'il vient de nommer , estoit infisouuct" n ' ment ' a l° L1 fe de ihonneur que
sont en Cerdalee acqueroit tous les iours,
uieuses & sedisoit neantmoins de íês plus
le* mes fíJclles,e îles auoyent faicte vne alises
ance, par laquelle elles fappcloksVa y cnt sœurs, & nefe rencontroyent
ressent iamais, qu'elles ne fe iuraslènt, &
le plus. p ar j ura ífent d'estreplus soigneuses
de íentretien de leurs affections,
que de la conseruation de leurs
vies.; mais ce n'estoit que des renforts à li rnerfiance,qu'ellesauoyéc
îvnede l'autre, car selles fe monstroyent en apparence amies, ces
apparances en eífect n'estoyent que
desenuies. Voyez comme les icunes fi L*s (ont queíquesfois (afin
queie n: die tou ìours )enuicuíes,
meímes de celles qu'elles earëstènt
le píus. Outre ce que cefc cy estoit
d'humeur , de ne tenir rien de secret, appuyée fur cette raison malfondec
1
Le Pèlerin d Amour.
3
sondée; que. pour franchement viure , il nefalloit riep cacher dans
îintcrieur de nostre coeur, qui ne
soit extérieurement déclaré par la
bouche, fans démentir nos conceptions auec nostre parolle & que
ceux qui ne font p ir iciper les autres de toute fone de nouuelles apprises, ne se peuuent bonnement
exempter du-vice de fcintise.
Auífi croy ie qu'il eust mieux v.ileu
à nos Amants, faire publiera son
de trompe ia íuittcdelci r . fecrettes Amours , que de se voir reduits
à ceste éxtremité;car ils faindroyct
séuh ment dcclarcr.ee qui estoit de
•la vérité, & celse-cy au contraire
(avant prou d'esprit, mais fort mal
appliqué ) enrichirait se conte à
leur deiaduantage : lapprehension
de ce île totj.:he fut cause, que Cerdalee foufpira ces regrets, d'vne voix , que les derniers abois
de fa vie, iembloyent dissiper peu
à peu.
,
36
Le Pèlerin i Amour.
A^h! panure, defastree, ckmiserable hlle que ie fuis , pleusf a Dieu
fiiicic- fu (5 e j e , enc braises délions terre,
iUm.ii't
.
, y, .
.
dcsho- ou que ie ne me rulle ïamais veue
oorcc. iouïísancede la clarté du i<mr, puis
que l' Amour, !a mort, & frnfórtune ont coniuré ma ruïne,& font entrez en ligue, pour perdre mon
honneur ; Í Amour en me traictant
auec tant de cruauté , & de mesaduenture, la mort n'ayant point de
traicts d'vne aíïèz bonne trempe,
pour me percer le cœur, & rengcr
du costé des mourants , celle qui en
mourantne peut acheuerde mourir.-finfortuneen me rendant la plus
mal heureuse créature , qui sut iamais au monde. Non non,iene doy
plus viure , c'est trop vefcu pour
mourir aussi déshonorée , comme
Repre- désespérée ; c'est trop marchandé
ííòWe Ge ft emort > & no P p^idé pour le
sades soustien de ceste vie. Helasl mon
fatlbn- rj ieu i Jifjnc cela la parole se tarit
cœur, en fa bouche ,sa face fut bíesmie, &
«rets*
d'vnc
ses
le Pèlerin d'Amour.
37
fès roses ternies , ses yeux clairs , &
brillans, offusques d'vn voile neburetiXjfâ respiration reduitre au petit
pied, la voila soiblenK-nt chtncel-knte, & íèsiái->es débiles pour fappuyercommcncoyçnt a fc crouler,
& íê courber foubs le fais de leur'
charge, quts'cstoit beaucoupappesanrie,si bien qu'elle íuítcn fin tumbeede íbn long, si Neandre n'eufl
preuenu c'eíte cliente -, par l'appuy de 'es bras,enue lelquels âpres
que U s venisde sesíou'pirsf'euient
inhumainement agitée elle fit pleuuoir vue pluye de larmes , en si grade abondance, qu'el e femi loit imiter la femme de N une le deuot, laquelle a force de pleurer fui changée en fontaine. Les regrets quel- Comle f >uípiroit,luy íêruoyent de vents
v
impétueux , pour eímouuoir plus ents
^'Js
!
furieuícment les sluts de fa tri Lteíïe,
qui íepouílòyent ívn l'autre, corne ipiri.
les vagues elmeues de la mer cour- •
roucee.
Itérée
38
Le Pèlerin d'Amour
Ideree esmeu de pitié, pour lavoir ainsi defblee, & redoubtant,
que ce refus le rendiíi homicide de
ceíte belle, tire le poulet de sa poche, & dit Ie luy offrant: qu'il estoit
content de luy bailler, ce qu 'elle demandok, qu'elle auoic tort de se
tormenterde la forte, qu'il ne penfoirpas qu'elle prinsteeste alarme íì
chaude,qu'ii se íust pîustost deffaict
de ses deux yeux, que d 'vne chose
fì importante, ii scaiioit que c'estoit
vn crime de leze-Majcste en Amour,
de déceler ces mystères sacrez , car
luy qui auoit esté conçcu d 'Amour,
prins (a naissance d'Amour , íe vouloit gouucrner par Amour, fì bien
que toutes ses pensées, nc respiroyent qu'Amour. cV toutes sts aóìiós
íe comnençoyent , Ôc fíniííbyent
pourl'Amourde f Amour.
sort
A ceste douce, ck -fauoiable renoítrc damoiselle palmée
e
d regret , voppella ses espacs , qui
de sponce,
palmer
s'estoyent cígarcz de
leur place,
pour
Le Pèlerin £ Amour.
3g
pour regarder en quelle partie du
corps, ils pourroyent conferuer, ce
peu de vie qui leur rescoit , car bien
que sa langue muette, fust priuee de
ía plus belle functió,& que ses deux
yeux sefyífent quasi noyez au rorrent de les pleurs : toutesíòis son
ouyë n estoit pas encor si intéressée, .
qu 'elle ne peu st communiquer a son
cœur, comme par vn canal, ceste
bonne. & agréable nouuelle. Estant
donc reuenuc de ceste pasmoifon,
elle tache de rcmetrre a ses ioties, la
vide couleur, qui leur estoit naturellement dcùe,& rendre a ses yeux*
le calme, & la clarté , dont ils ne se
pouuoyent plus longuemêt passer.
Et corne en este, âpres qu'vnenuce raif^
est lentement , Sí comme pares à\nc
seuse , paíîce dessus vous, eípanchât
fur la terre vnc p!uye menue , pour prt-hcsion
emperler les herbes , & les fleurs,
'
bruniílant vn petit la da* té de vostre air, û vous est aduis que le iour
s'en est saict plus beau,p lus clair, Si
plus
40
Com-
Le Vêler m A Amour-
plus íerain,ík qiie la lumière du Soleil en areçeu du lustre :de me fine,
quand laniiede ceste appréhension
fur passée , & que iair de la face de
Ceidalee,ne fe vit plus trouble, par
la p'uye de cc regard, s 'on eust coiv
sidéré ses deux -Soleils d'Amour, on
eust creufer.memenr,q.u'ils estoyent
mille fois plus brillants p'us lumineux , qu'auparauant. 11 leur restoit
feulement , vne lègue marque de
leur trouble, c 'est qu'ils s'efroyent
yeux a groíTìs de larmes,côme vne elponge
vne cl
:
ponge s 'enfle, s'<n la p onge,dansl'eau tel-
lement qu'on eust jugé, afapparcnce de ces signes visibles, îasfl ction
qu'elle auoit ressentie. Mais quel remède a cela^Nefçaiions nous- pas,
que pour descnfK r vne esponge , il
nous la 1 a u t presse r. des mains ou
au;nmenr;de meíme ceste fi le à de?
my rèfu fc í tee (ç o m me n 'estant qu'a
demy morte ; le voulant feruir de
ce moyen . print son- moue hoir, &
le pliant comme cn figure ronde,cn
pressa
Le Pèlerin d Amour.
41
resta doucement ses- yeux .lesquels
ferrez sous cette preste, surent conra.iï5ts, de laisser cou'.er le long de
fa ioùe, cinq ou tjx gouttes de hrmes , qu'ils auoient tait dessein de
garder, airiíì que des iainctcs'reliques de leur Amour, dont lesficraires n'euisent pas esté pour ce '
coup dtfferents aux luminaires.
Qui à veu enfler des perles fur vne Cotátable •d'yuoire , à demy tapissée de P a,a j^
4
feui '/es de rose, lors que cinq ou íìx m\ s a "
perles feícoulent des doigts qiii les Hcspcr
ic
e filent, &, se perdent dans ces *'
feuilles roíìncs, do it elles fabrient:
il aveu les goûtes de ceslarmes,ou
b en ces perles précieuses, doucement coulantes dessus t'yuoire de
fa iouë, & se perdant parmi les
feuilles de ces roses, qui leur voulo\ent feruir d'autant de voiles,
selles n'estoyent cheutes a terre.
Ceste fille print donc le billet auec
vne raodestie,que la home de c'est:
accident rendoit plus humble , &
toutes- -
42
Le Pèlerin dÁmour.
toutesfois confuse en elle"meíme,
les grâces & les remercîments
qu'elle rendit a Iderec furent courîemcnt retrenchcz, parce qu'on
oùitle tintamarre, & le tumulte,
q ai s'eíìeuoitala íbru'cde i'aslemblee.
'>-■' íe vous aduifcray feulement,
comme nos deux Am:;nts quittes
de ceste perte, iurerent folemnellemsnt en la présence d'ídercc, de ne
•fetrouuer iamais, ny en bal, nyen
festin , ny en aucune assemblée publique, 6c pour la re u u> :he fórCeft
aduis,veius me tien. Irez p< t éxeú
fe , íì ;ene vous donne plus át ietrs
nouuelles car depuis eeiour-la,ie
ne ies ay r-y vcus ny entendus, encor que ie m'e n fois curieuíément,
& soigneusement informe a beaucoup de personnes de nations diuerfes, tellement que ie fay estas,
qu'ils ont choisi pour leur repaire
quelque antre solitaire , ou bien
qu'ils font leur refídcceen quelque
Isle
Le Pèlerin a Amour.
43
liste estrangere , & hors de nostre»
cognoiíïànce , pour cuillir plus 'a
plain , plus commodément, & plus
[paisiblement ie fruict de leurs délices. Venons en plus auant, fans
nous amuser a discourir par [Ie menu,des merueilleufes actions de norc Pèlerin, iusqu 'a ce que son aage
Ile rende plus capable 5i plus susceptible d'Amour.
Neuf ou dixansapres son Pere
(que nous appellerons déformais
TriphiliteJ eut désir de le voir, òi
pour cesteífect enuoya deux gentilshommes enEfpaigne, affindc
le conduire & luy feruir d'escorte.
Celtiy qui îauoit en charge, estoit
|vn Seigneur Espagnol de grande
authorité, 6V auquel les biens de ce ^° c"
monde arnucroyent a souhait, qui «range
auoit rcilcment mis son affection & «M'en Ideree , qu'il se résolut de le re e
changer , & bailler en fa place, vn à '" n
peiC
sien fils qui luy raportoit déforme,
"
de façon , & de geste, & qui estoit
encor
44
Pèlerin d' Amour.
encor de meíìne aage ( c ommc íe
vous ai dit au discours de 1 crengc.J
le ne pense pas qu'il y eust plus de
Refîfm reíTèmbJaucc ci tre Ântiòchws &
àç/ii- ecluy 1-a dort la Roync de - Syrie,
ucrscs nommée Laodicc, se seruit apres
n
ncí.° " ÌM eecs dudic Aocioehus (òrt marijpour saiie atcioire qi:e c'est i ic,
li:j rocliìc: ny ci t e 1 impie Scíangiiiftaire'Ncron, & celuyquìíc disoit Neródu ce n.v. de Galèal'Em\: ereur, qu'entre ces cieux icy,chose 5
raietnci t ad-uenarte; Et noyie
que Marc Anil oine le Trinmuir,
les tist ailîi libítn.crir aihcptcz
pour gemcaux(encor que de nai .cn
diueise, comme ceux qu il acheuta
a ce traríìqueitr de gfíçoris nomni
ToraniuSj deíquel- l'vn auoit prins I
naissance en Aíìe,& i'amreeiioit né !
deca les ments, & pour ne laisser ,
pas tespritdu lecteur suspens, & in- 1
certain en la dcCouuerte de celte |
fraude, ie m'extrauagueray de mon
subject, arin de f aduiiër , comme la
parolle
£if Pèlerin d'Amour.
4ï
aro'îe, & lavorx de*ces deux enaus deícouunrent saciìiemcnt la
iperiejdesirtc, que M trc Anthoi*
e,routbouflf\ de choiere reprocha
urieusement à s >n vendeur, la fom|ne de son aciiapr,qui estoit grande,
excesíìuc. Mais Je gaîanà trouua
nc subtile ruse , luy diíâiri cauteeusement,que c'estoit la feule conìderation , po-ir laquelle il les luy
uoit si chèrement vendus, car la fíini'i ude la plusparfaictequ'ôvove
enrredeux keres, & germains, &
gercraux , ne vaut pas la pei ie de
l'admirer, & de la mettre en liste de
nvrueiilejmais d'en auoir d:ux nais
en diuerses régions, ík fie reíîemblantstotallement , comme ccuxcy, c'est, dit ily vne ra; été inestimable , & hors de tout prix , qui tient
lieu de m racle, parmy le cours de la
nature. Si bien que par ía viuacité
de ceste prompte, te íubrile deffaite, îleuada lasuriede celtií, qui en
saiíòic perdre prou d'auttes, pour
des
4 <5"
Le Pèlerin d'Amour,
des íubiects de plus Iegcre marque, & qui prisa du dcspuispluscc
couple de garçons, que tout le reste de íâcheuance..
Pour reuenir a mon conte le
dessein decest Espagnol eust sorti
son entier & plain esfect ,car il auoit
desia fait prendre son íìls pourlderceanosdeuxgétiîshommes françois , qui franchement fauoyent
creu , & luy auoyent déféré le mes- uo|
me honneur, & sait les mesmes ca- le
restes , qu'ils auoyent deíTèigneesM
pour l'autre, mais le bon heur permit, qu'ils eussent auec eux vn laquay , qui le sçeut mieux discerner,
parce qu'il l'estoitallé voir vne infinité de fois,luy portant des lettres cr J
de Ion pere, ce laquay fit voir a la fer|
bonne heure à ces messieurs , lade- co
ception de leur erreur/ils restèrent R
estonnez de ceste aduanturc proie-Hc
ctec , ils ne surent pas moins offen-Bc
cez de ceste resolution prise pourHi
les piper , si bien qu'ils fadreslèrent
ace
47
ce seigneur Espaignol , pour sè
Le Pèlerin d'Amour.
Uindre du mauuais rour qu'il leur
iïoit, & pour luy remonstrer le
1 arc qu'il seíaisoit luy mefme, Mais Ru("e
s" b "'
■;| ryqui
T eítoitplus
n. •
l i hn,
C
•
quvnvieux
1 :nard, cheangea cour aussi coît, ce
1 essein en risée , leur disant, que ce
I u'il en auoit sait , n'auoit esté, que
1 our voir fils recognoistroiëc point
1 : qu 'ils demandoycnt , car il sca! oie bien qu'il estoít obligé selon
1 sloix de la nature, Sc du ciel mes1 1e , de préférer famitié de son fils,
I toute aucre, & mefmement n'en
I nnt qu'vn autre desia tout valeBdinatre, il ne voyoit point d'apl»rence,qui peust les semondre à le
»oire. 11 estoic fort content qu'ils
Mmrnenastènt, & tout diípofé à les
|M>nduire,iusqu'à îa frontière de son
lloyaume. Mais fans faduertiíïèJent du laquay c'en estoit fait , nos
■entils-hommes eussent conduit
m Espaignol en France, pensant tiHrvn François de l'Espagne. Ce
qu'ils
4S
Le Pèlerin i!Anour,
qu'ils íçeurét du depuis plus asíèurement d'vn valet de chambre gai
çtíî qui se réunit aueccest Efpaignoljleque! engagé <le parolle à ILS
accompaigi er ue s'en peut honeítcmint defdire, &vinr aucc ctH
ûisques aux bornés de nolire Mo
narchiefrançoife. Oniugea bi< n
fa départie , qu'il auoit ï<me trou
blee de teste perte , mais il fau
qu'il la boiue , ôc fuit clic plu
chaude.
Triphilite attendant leur a r riuc
aucc impatience désireuse de st
désirs impatiens , estoit allé chasíi
à deux lieties de fa maison, du coíi
que nos gens venoyent , tcllemcr,
que la beste noire qu'il auoit lan
cee, print fa route vers euv, qui fi
rent bien eíîonnez, non pas de voí
fafurie, mais de voir fa grande»,
qui de loing lepresentoit pluílo
vn Taureau, qu'vn Sanglier. Idcr
auoit trop de courage pour r
pousser pas son cheual, scsguid
Du Pèlerin d'Amour,
4?
e stiiuent, mais comme le mieux
lonté il saborde le premier, & pafartt à costé luy donne de Fespee
ans le coeur, auec vne fi grande
exterité, qu'il feml loir, ne luy
ouloir pas donner le loisir de
ourir. Son Pere qui couroit la bee à veuë suc marri de ce coup,
aï il se vouloit donner le plaisir de
a tuer, mais trouuant qu'Idcree faoir en ce!a preuenu , il se trouua si
ransponé d'aise, qu'il ne íçauoit
uydire mot. Enfìnapres leurs acolades recciies & donnée;., i!s fen
iennent chezThriphilite^u eiìáts
rriuez ils furent receus auec plus
e ìoye , de caresses, de festes, & de
lagnitìcence, que ie ne fçaurois
ons déclarer de quinze îours.Dieu
caitsi .'cveau gras y fut defpoui.Ué
e fa greffe, ils paííérent deux on
rois mois en ces seíhns a courre la
ague, & a danfcr,ou on vir paroire Ideree aucc tant d'adieíle,de
orme grâce, & de dispolition,que
C
les
50
Du Pèlerin cC ^ímour.
les plus huppez & les plus enuieui
trouuoyent mille íubiects de lad
mirer. Triphilite se résolut de l'en 1
uoyer en Alemaigne, íî bien qui
son équipage dréfliè il luy fît pren
die ceste voye.
PREMIER
REMIERE
te
I
IO VRNEE
DV PÈLERIN
D A M O V R.
,
11 n'y a point de résistance, aux seules vio4 ^jlences de nostre destis^neejencores moins est il
■jífible, d euicerses secrètes con■ainctes, quand nos volontez se
■agent de son costé, & luy.prestent
H main, pour nous pouffer t u elle
Huis appelle. C'est pourquoyldeHe, estant violente, par le destin de
Ht) amour , d'entreprendre vn pèlerinage en sb n nom , & se laissant
aller a ses semonces de gayeté de
■eur, ne sit pas feulement refolu[>n, inais il offrit des vceus inuioC 2
labiés
%r
La f rentière jctnnce
labiés de fa perse ueranCe, par lesquels il íoblìgèòit librement,& volontairement , à vifictr Sífrequcn-j
ter ses autels, par toutes les Pro-|
uinces , ou ileu trouueroit érigez!
en son nom. Estant donc arriuéen;
Alemaigne , & iugeant que c'estoit
vn pays du dom tine d 'Amour , il se'
résolut d 'y sacrifier à sa diuinité, lesl
prémices de son affection, & de luy
immoler !a première victime de ses
jeunes désirs.
Ce fut vn vendredy fur la siiij
d'Auril , & fur le commencement ,
du printemps de son aage, queson|
gouuerneur ,vn des plus capables,!& suffisants personnages de ì'Europe appelle Polyphron fen alla seul
se promener par la ville de Luxembourg, & se rencontra fans y penser a vn monastère de Nonains, ou
íon faisoic prendre le voile, àvne'
des plus grands dames du pays/la-J
quelle ayant esté si infortunée de
perdre vn gaíand & braue Seigneur,
Bu Pèlerin d'Amour.
53
neur, qui la seruoit, a vn duel qu'il
uoit entreprins pour elle , qui f en
uoit sollicité, fit vœu de relltgion,
our purger íbn ame de ce K rraict.
outes les Dames les plus appaantes de ceste contrée , fauoyent
lecompaignee a ceste ceuuic si
paincte, c'estoit le dernier office
''affection, qu'elles luy pouuoycnt
efmoigner quant au monde , auuel elle difoit adieu , auec autant
edçfdein, & de mefpris, que Ile en
uoitreceu depreiudice. Or entre Cçmpa
es belles de ceste troupe dcuorte, ác ^
ly au it vne coufnc de la nouutlle plus
cliigieùfè, qui paroiífoit paimy les
utres, ce que leSuleil paroist fur nenou
es estoiles, & comme les tstoiles
mprtmrent la clarté du Soleil, se- ieii,&
au
on qu'efes luy font ou plus, ou j r"s "
oinsoppofees, de mein e ces Da- moin*
ies paroifíbyent agréables & bel hllìe *>
es, lelon qu elles eítoyent ou plus, c stoiu moins reculées de cellec\ ,& fer- leî *
loyent toutesfois de lustre a fabon-
C 3
nc
54
La f remiere journée
ne grâce , de meíìne que la troupe
menue de ces petitesestincelles,qui
brillent dans les cieux, nous font
trouuer la lumière du Soleil [plus
cîaire,& plus efeiacante: En fin c 'e.
stoiï la plus diuine beauté qui sud
iamais fur terre, allant dii pair,auec
la plus belle diuinité qui logeai!
dans les cieux: aussi estoir il impossible de regarder le moindre rayon
de ce Soleil, !e seul œil de fAmour,
sans des esblouiffements , ny de
considérer fattraicì: de fa beauté
íàns des rauiíToments. C'estoit icy
Zeuxis que tu ïe detiois adresser,
pour dresser ton tableau,& pour exercer la cielicateSe de tes pinceaux,
c'estoit icy le vray Prototype, de H
veuc duquel tu te deuois feruir,
pour former les Idees de tes mignotiíës pourcraictíSjsans aller importuner Jcs filles de la Grèce $£ mandierauec beaucoup de peine,d'vne
insinué de personnes ce que tu aurois peu buriner icy, fans demander,
Du Pèlerin d Amour.
55
r,& sansenauoirdesbbligation,
l'a vne féu'e, c'estoit icy quetu
tiois venir non seulement pour
endre , mais pour apprendre à
nner la derniere main a tesprocts, & les rehausser de leurs viues
iouleurs,& àl'imitarion des belles Comp»
■ . ,
.
i-i!
•
•
railon
blondes abeilles ,qin vont pico- d -vn
ni la cire & le mie', fur le plus io- peintre
des fleurettes , rupouuoisicy pi-' bciiies"
orer a loisir les plus exquis des ap|as , les plus attrayants de ce monponr d'" vne i:-finitc de bestix
biects faire vn obiectde beautez
iifinies. La cérémonie que l'on apporte en ceste prouinceà la recepìon des religieuses , fut si longues
11e Polyphron fennuya d'en attenrelafin, ioinct: qu'Idcrce demeuit presque seul trop long temps
n vn climat , ou il ne cognoissoít
ncores personne , & se doutant
u'íl enreceustdel'ennuy, & que
estennuy luy causast vne enuie de
uenir en France, il fen va le trouC 4
ucr 3
56
LA première journée
uer, pour luy faire le récit de tout
Ce qu'il auoit veu. A ce discours,
Ideree fut saisi d'impatience , & de
curiosité,tendante a luy faire admirer par la veiie, ce qu'il auoit admiré par fouye,tellementqu 'il fut impossible à Ion gouuerneur de trouuer prou de raison,pour le destourmlcre ner d'y aler. Soudain qu'il y sut , il
fi" ÏA " v ' C ^ a merue '^ e ^ e ce ^ c beauté; &
moil{ des qu'il feue apperceuë, il sentit
dc ce . son cœur espris d'vne flamme subit
CiCl1
" te, imperceptiblement prompte, &
momentanée, noii pas pour la Ion-,
gueurde fa duree, mais pourlaviue
promptitude de son embrasement:
il n'auoit pas encor acheué de la
voir, qu'il commencoit à bruíler
peu a peu , fi bien que le premier
inílànt de fa vetie, fut le premier infiant de ses rauiííèments: iugez si la
fecrette ordonnance , & infiillibíe
preuoyauce du ciel, n'auoit pas miraculeusement opéré, à imposition
de son nom. La cérémonie paracheuee,
Du Pèlerin d Amour.
57
Iheuee, chascun se retire chez soy,
Ipres auoit receu& redonné tant
■r
e tristes aoieux , que toutes les
khos résidentes , dedans !e monatere, se p'aignoyenten leur 1- reteniílemens piteusement réitérez des
amentables cris de ceux qui les
ti ttoyenr.
Les larmes voulans
stre de la parrie , pourueurent íî
•ien à Iei .r aff ire , qu'il n'y eut pas
n stul des aísilians (encor que la
bule fuit grande) qui ne trouuast
ubject , de pleurer la perte, que le
îonde saisoit d 'vne si belle Dame,
/lesme idereere peut bonnement
cn garentir, voyant les sanglots &
es piteuses pi lintes de celle qu 'il Compa
raiíon
.doroit set rettement en sa pensée,, de la
aquellè saisoit p-ìiuuoir vn déluge mer
aux larle larmes èi>li grande abondance, mes.
jtie les eaux de íes pleurs fem Compa
ra son
■Joyent offusquer , &s pallir le sokil de l'Acseb )eux, & comme l'autre vers mour
a loirce les plonger dedans vne aux petit;, oy-
ner. L' Amour quifestoit misdef- scaux.
C 5
fus
58
La fremierejournée
sus les roíês de íès ioiïes , receuoít
ceíte douce pIuye,comme les petits
oyíeaux vers la prime, estendent
leurs ai !erons,quand vne douce rosée vient rasfraichir f ardeur qui les
enflamme j mais íAmour le saisoit
au contraire, pour donner plus d'aAmrc ction a ses flammes, imitant les forCompa gérons, qui espanchent de l'eau sur
levk- ^ E ^EI1 5 an" n ^ ^ eur ^er chauffe plus
mour
promptement. Ideree ne manqua
jurons P 3S ^ E ^U ' URC J ma i s de loin , ce bel
affre, duquel il receuoit tant de
douces , & amoureuses influences,
iniques a ce qu'il eust remarqué son
Jogi:. Polyphron cogneut bien a
fes nouueaux transports, qu'il en
auoit dans l'aile,& pour le fbrtir de
ce dédale d'Amour, & de tous ses
Remon contours, il luy.prepare le íì! de ses
stiáccs remonstrances 3 & kiy dit fessants
Sertir rCtlre2 '
vn ieuVoly,
.
Qfi 'eítce que vous pensez
0 T^e ^aiie ^cree » de vous iëtter a
m-d
corps perdu ded.ms ce précipice,
mer.
m
'
fans
Du Pèlerin d'Amour,
59
"ans rccognoistrc le danger de la
cbetitej? I) ne faut pas ainsi lafcher
la bride à son enuie,qui parmy cette
course , pourroit trouuer la source
de son malheur. Nos pensées refembîent aux perdreaux, si nous en fai- Compa
sons entrer vn .dans la tonnelle "esper
d'Amour, tout 1c reíie de la troupe àús
le fuit , & fe trouue prise & enueg.
Iopee dans le filet, pour auoir fuiuy secs,
les traces de ce.lluyquidónale premier dedans. II y a Dieo mercy,
prou de moyens, d'entrer en la lice
d'Amour, & de fe pousser brauement a fa gloire , fans franchir ccíìe
carrière, ou le prix du coureur,n'est
que le désespoir de íbn bien. Vous
deucs considérer que c'est a vne des
grandes & plus superbes biles de
l'AUemaigne , à qui vous vous attaquez, elle a esté leruie de plusieurs
Comtes ck autres grands Seigneurs, qui fe font retirez auec autant de mefeonrentement, qu'ils
auoyent endiué de gehenncs 3 & de
croix
60
La première journée
croix en ceste feruitude. Ne sçauez
VÍHIS pas le salaire, que les tables
! La te- des
Poètes ont départi aux partisanes de la témérité? Vous fouuenez vous point d'vn Phaëton,d'vn
Icare , d'vn Ixion , & d'vn Bellerophon.? ou estee que leur outrecuidance les a reduicts?ou est ce quvn
Prométhée est logé pour estie trop
audacieux ? mais quoy les histoires
ne vous fournissent elles pas mille
exemples, & autant de fins tragiques & inhumaines, qui feraportentàcecy, lesquelles ie vous ay si
íbuuenr raccontees.<Voyez vous pas
chez elles, comme la vanité des
ames prefomptiues & inconsiderees, paye la folle enchère de fa témérité? Ideree repart.
Louanide. Ce m'elt autant d'honge d'vn
neur, qu'on vienne à me blafmer de
cou rage au vouloir aspirer trop haut, que ce
me íeroit de deshonneur, si l'on nie
feux en
Amour. reprenoic de m'adresser trop bas.
Car l vn ieíinvi<2ae la «randeur du
courage,
: mérité
[punie.
Du Pèlerin d'Amour.
61
onrage,& fautre la baíselse du desotiragemenr. Ic mcsouuicns piou Lubric ce que i'ay soutient leu de Messa c té ic
inc , femme d'vn Emperetirjaquel- Metialinc.
eq ìittoidon louure, & s -n palais,
pour fen aller fecrettement coucher dans des petites mais muettes
des remmes atiltrees, & faires a íà,
po(k, pour practiquer auec plus de
liberté les erfeóts de l' Amour: elle íê
deuestoit de ses habits impériaux,
& f>rtoit (ìmplement hrbillee, de
peur d'estrecognuë, n'ayant qu'vne fille de chambre pour toute compaignie , qui luy íeruoit de guide
pour la conduire à íès assignations:
& partant la grandeur de celle cy,
n'est pas suffisante pnur me faire
dcfdirç -de mon opinion , & de la
créance que i'ay qu'elle me voudra
du bien,h iepuis vne fois ìaccoíter.
Au reíte.Phaëton, f care,lxion,BcU .
lerop ion , & ceux qi. iles out imi- :
tez,ne douientpas élire rcpris,pour '
auoir entrepris ces hazards, mais
pour ì
6i
La première journée
pour auoir lasché laprinfe de íeur
entreprise , &n'auoir pas sçeu conduire la suítte de leur dessein : pour
moyie scaurai bien marcher la bride en main , pour me garder de
broncher en ce chemin , prou aisé
de luy mesme,& frayé quasi de tous
allans & venants chez l'Amour.
Quant aux histoires que vous me
reprefc nrez,ie paye les frais de leurs
remonstrances de la mefme monnoye, car elles me marquent vne infinité de gens de sortes différentes,
qui se sont fort bien trouuez d'entreprendre choses ardues, dirfici'esj
& quasi impossibles , selon la plus
commune opinion, &en font venus a bout, auec plus d'honneur,
qu'il n'y auoit de péril, & aueç pins
de contentement,qu'iL n'ont receu
de peine en leurs etïais , non feulement en fubiccts de pareille e-stoffe,
mais encorcs en autres plus malaiíez'.
Voila tout ce qu'il en peut retirer.
Da Pèlerin d'Amour.
6j
rer. Mais ic vous prie, n'auoit-il pas
bon temps , d'aller faire ces repri- ■
mandes à vne ieune Ame qu'il voyoit íì efperduement & amoureusement passionee ? Pouuoit-ii ignorer, que les ieunes esprits íèduicts
de cesle passion ne foyent comme
des heriíïòns , entant qu'ils ne peuuent estre furprins d'aucun costé, ^°™g
p
par remonstrance ny raison?
des heNostrc Pèlerin fe refoult, de -J
donner à fa maistresse prétendue, îe nc*
premier teímoignage de íbn affé- amcs
ction , lequel pour le taire mieux reuict.
fauourer désire fe mettre en euidence fur le commencement de fou
estre, par vne douceur mélodieuse,
voye asíèz propre'^pour appaster les
belles Ames. Or affin de mieux
pouruoir a ces preparatiues , il fait
venir les meilleurs musiciens &
ioùeurs d'instruments, qui fussent
dans la ville: or il eltoic d'humeur,
que fil entreprenoit quelque chose,
il y eniplovou verd & sec, & fa'loit
qe
^j
6 4.
La première jornnee
que tout rompit! , ou qu,il en vinst
a bout. II auoit prcueu 1< ng temps
auparauant vn Eclipse de Soleil,
que nous verrons bit n toit , le plus
grand qui ait esté, depuis cel'uy qui
fit proférer ces paroles à Denis
ÏArcopigite ,ou le Dieu de la Nature íouíFrc,ou la machine du monde fera destruicte,& du tout ruinée.
Or voyant {'approche de ceííe heure, & que la Lune commençoir de
Entremettre, & interposer, entre
nostre regard &lec<'rpsdu Sole il,
pour tenir fa lumière, ilpartauec
fa troupe, pour donner vne efpece
Des- d'aubade en plain iour, (mais iour
j "P t10 duquel la clarté à ce coup obfcurperdá cie, rcprelentcir ìunagcde la nu et,
^^ì', fi bien qu'vne troupe menue úz
Soleil. flariVmes brillantes femonstroyent
a nos j eux dans la coque du ciel)
ils arriuerent fia propos, que chacun accouroit aux fencilres, pour
considérer ceíì Est b'píe , si ce n'est
ceux qui r'allumoyent ces flambeaux,
j
Du Pèlerin d'Amour.
6y
beaux, affin que leurs petites flammesdemblatfenc suppléer au défaut
du Roy de la lumière, fa vrayc&
vnique fource,au respect de ce tour,
car les ténèbres ne brunisloyent pas
alors gueres moins leur Orizon,
que quand la nuict nous les rameine, pour succéder au régne du iour*
Leconíèrtde cesdiuers instruméts
musicalement accordés,fur si doux,
la mélodie des voix si bien mariée
a leurs fredons , la proporrion des
tons si confuse , & leur confusion si
bien proportionnée que l'on enEròit en dpubtc, si quelque brigade
sacrée des Anges, feroit point des
ccndue des cieux, pour venir anno icer la ioye qu'ils auoyent receuë, de ce qui festoit passe ceste
matinée , a ia réception de la nouuelle rel igieuse. Apres que ce doute festoit éscóulé, 6V comme defpetré de la mémoire des ovants, chaleurs trouuoit chez foy prou de pensées perfuasiues 3 pour eílirner,fel>m
íeur
65
Ma première journée
leur apparence,que ce sust vne visió
ou quelque songe, qui leur paísast
dedans la santaiíie, croyant qu'il
estoithors de la portée humaine de
rendre vne harmonie íì délicieuse.
Mais ce n 'est rien au prix de ce qu'ils
orront, puis qu'Iderec prend ion
Luth , que íbn page auoit apporté,
&scstartant cinq ou six pas loing
de la bande , îaccorde bastement ce
pendant que les autres rouloyent
leur derniere tirade,laquelle sestant
esuanonïe, & djfíìpce cui'air, il se
mk a pincetersi mignardementla
chanterelle de ce Luth, que les
ames des Dames qu i l'elcoutoyent,
se retirèrent toutes dans leurs oreilles, pour reeeuoir plus a plain la
douceur de ceste mélodie , laquelle
il accompaigna du nouucl air de ceste chanson, que i'ay voulu traduire
en françois , aii"c quelques autres
petits eíïà s de fa nouuclle muse,
que vous trouuerez espars tant en
ceste iournee qu'es suiuantes, (car
toutes
Du Pèlerin d'Amour.
61
toutes les langues moins estrangeres, luy estoyent comme naturel'
les, fe seruant de Jeurs termes ou elles auoyent plus de vogue. ) I 'ay eu
beaucoup de peine a ceste tradu»
ction , ii faut que ic ïaduouë. d'autant que i'ay voulu tourner ses discours mot a mot , tellement que ie
n'ay peu leur laiíïer la naïfueté,qu'il
leur auoit donnée, car outre ce que
chafque langue a fes pointes,& ren- Chat
a
contres patticulieres hors de la ^ *
prinlc & représentation de toute ié»
re
autre, ma plume ne fe peut esteuer si ^| ti c *
haut que les eílancernen.ts de son iieres.
elprit, raui â la contemplation de
ces d ucrs transports, voycy comme
i'ay translaté la c hanfon,
grandi orgueil d vne beauté,
Pense effrayer mon courage;
Et que jor, œil irrités
Le menace du naujrage t
Ou que sa présomption.
Se rit de ma pafion,
Ou
53
LA premiere journée
Ou que son humeur altière,
La contraint! de m'eFire fere0
le me gausse de ces traie!'s,
Sans lajcbcrmon entreprise $
Et luy tends les me/mes rets,
^jselle a tendus pour m A prise.
Mon cœur se rend présomptueux,
Voyant présomptueux sesyeuxy
Et mon Ame courageuse,
\
De jon orgueils orgueilleuse.
De façon que ie la suy,
Sans appréhender ma cheute$
La voye que te poursuy,
Ejl des plm braues la butte.
Viuent les rares Esprits.,
jQui font retentir ces cris:
A franí combat , grand vitfoir^
ìsîgrand périls grande gloire.
lèpre fente a fa rigueur,
CM on Amour•, ejr ma confiance-,
f offre au mrfprk de son cœur.
Le prix de ma patience'}
D u Pelerin d'Amour*
69
A son rcffís , mon espoir',
A
ire, mon deuoir^
A ft fuitte, ma poursuite',
Et mon \de, a son mérite,
ïaime mieux en uray Amant
Trop oser , que trop attendre,
Et perdre le jugement,
Attant l' humeur d'entreprendre.
A cœur vaillant rien ne faut,
Qui bìen aime, il aime haut,
Et qui rìa l'amour extrême,
Ne mérite pas qu'on l 'aime.
sn
Mais l'Ejprit audacieux,
Qui vise a l' heure, opportune,
Et tousours de mieux en mieux,
Tente vne belle fortune,
Il faiéï de tous /es désirs,
Autant ds menus plaisrs,
Et d'vn monde d espérances,
Vn monde de jouyfsances.
allusió
le ne diray rien des murailles de blé du
Thebes, mais ie sçay bien que les jr" th
murâmes de celte nie branlioyent, hior». ;
Scie
La première journée
7°
& fe laiíîbyent pancher du coíléj
d'íderée,& queProferpine , & Pluton íè fuflent laissez enchanter a h |
accords délicieux , aussi auoit-il icçeu fa lire de Mercure, tout ainsi |
comme Orphée la renoit d 'Apollon, llestoít neceíïàire d'auoir les j
oreilles bouchées de cire, & de coton, à la mode du caut Vlisses,pour |
ne laifer piper, & fíesthir sonesprit, a ceste voixiauissymc,quidc
son esclat doucereix eust appriuoisé les plus farouches & plus fa imagines naturcs.Vne heure ne fut pas
plus longue, qu'vn moment , & vn
moment ne fut pas trouué plus
court, que ceste heure là, tant d'vn
costé que d'autre , quand nos gens
Les cu- se disposent a iaire leur retirade.
riosités
Ouranide (ainsi nommerons nous
des filles font Iadiuinité céleste, aquinostrePesouuét leiin fe voue pour e ioui ) aúoit fedes pre
cicttcment muojévn gentill.ompa rations à me suiuant de k u son pere , aucc
l'Amour. charge derecognoistitquelct n de
celte
Le Pèlerin d!Amour.
7i
este bande ioyeusi^pour Juy en faie le raporc. Considérez vn peu,
omme les curiositez des tilles font
utanc d'approches & de preparaiues'a ïAmotir. Cest espion cu«
ieux,estoit trop fidelle a la ciuiliré,
: trop bien entendu aux desseins
mentez de celle qui fenuoyoir,
our ne dire pas a nos gens,faiíânts
eur retraicte,fils ne vouloycntpas
e donner le plaisir de voir les Daes , pour leíquelles ils auoyeot
rins tant de peine- Iderec luydir,
u'il se donroit ïhonneur de faire
este visite, dés qu'il auroit c©ngeié (à troupe. Le gentilhomme de
etour, fait le récit à Ouranide , de
e qu'il auoit veu , fans auoir reconeu pas vn de ceste bande , si ce
'est cinq ou six musiciens , &auntde ioùeurs d'instruments de la
íIle. Or pour celuy qui auoit dreíïe
í parcie.c'elloit vn Seigneur Franoisde hage dedixfept à oi druict
as, comme il iugeoir,au reste dela
forme
y2
La première journée
forme d'vn &doíiis,& croy-ie difiitil que ceux qui le verront , feront
plustost estât que c'est vn corps animé par vn Ange, & moulé de fa
main, qu'vn corps efgalaceux des
autres hommes. 11 n'en auoit pas
apprins d'autres particullaritez , íi
ce n'est, qu'il ìaiioitaffeuré de reuenir soudain qu'il auroit renuoyc
ceux qui n'eitoyent point de fa
í uitte ? La mere d Ouranide voulut
estre informce de ceste defcoimerte, car elle auoit remarqué cest cf
pie dans la rué, & resta sort conrente de la. résolution de nostre Pèlerin.. Lequel se retirant fur le dcciin
de ceste Eclipse , vint a se rameute
uoirde la première femme, qu'He'
siode feint auoir esté saicte du mi
ry de Venus,par le commet demcn
de Iupiter 5 quand ce gran d Dieu irí
& plein de mal- talent contre I
genre humain , pour le larcin atids
cieux de Prométhée, enuoyaceíl
Pandore vers Epimethee , porta
epaboitc
73
mboitez toutes sortes de maux,
'encombres , & de mesaduentures.
este femme ornée des rares dons
echafqueDieu particulier (come son nom apprendroit voloniers j à ceux qui pourroyent ignoer ceste fable vulgarisée) fut caué, qu'Ideree se fit représenter cc
onnet a sa pensée : ainsi les amoueux tournent ces fictions, &rous
eurs souuenirs,au patron de leur
nuie.
Du Pèlerin d'Amour.
i le grand fils de la grand mere R hée,
Me commendoit\comme a son forgeron.,
Que de mon doigt artiftement mignon,
Pandore fufl soudain elabourêe:
T e[cachant pas la rendre colorée.
De tat d'attraiois, pour nauoirvnpatró,
Subtilement ic tracérois le don,
Par qui le ctel te rend[1 reucree:
ais ie fer ois auec le grand lupin,
Auant démettre vne telle ceuure afin,
Que í ayant [ait! e elle auroit vne bo'ett
kine d'^simour, de plaisirs ,de douceurs,
D
L
74
Las remierejournée
De ris, d'appas, dedans-, & defaneurs,
Qu'elle ejpandreit dafa main fur ma tejre.
Ne vous offensez pas Critique!;
& feueres censeurs. des Amans , fil
fimagine deíìa le plaisir qu'il espère
Onnc d'auoir en la iouïísance de ses
f aie
Amours, seul accomplissement de
point
de des- ses defirs. Car si l 'on ne. fantastique
«""se"' vn seul dessein, qui ne vise a vnesin
propo- propoíêe, iî faut que celuy cy íê rese vne présente la íìenne,qui ne peut estre
fi*.
différente, a celle qu'il se figure,
íàns îattente de laquelle il y auroit
aussi peu de seruiteurs parmy les
hommes , que de maistreíïes parmy
les femmes. Le renouueau de la
clarté du iour le surprint en ses illusions , & ( ayant remercié & renvoyé contents , ceux qu'il auoit
employez a la serainade paíTèe ) k
sollicite de ^acquitter de sa promesse, & faire sa visite ardemment desiree. II part donc: & estant finale* nl
ment arriué il encra dans la sale onM^c
ons
Du Pèlerin et Amour.
7y
n Fattendoit,d'vn entregentsi ioly>
Vne il bóne grace,si poupin, si minons frifé,si tiré si paré ,íi gorrré,si
oudré, si musqué , & auec tant de
açon & d'Amour, qu'il ne poutioit
eísemblerqu'a íby mefme. S 'il ariua rempli de courtoisie,aussi fut il
eceu auec toute la cérémonie, que
on peut apporter a vn pareil accuil, car Ouranide, désireuse de le
oir n'auoit rien oublié de son coé, a íè parer, s'attirrer,& se mignarcr aussi richement, que mignonneicnt. On eust pensé que la troupe
i>lic , de ses beautéz poupines, s'eoientrâgees selon Tordre qu'elles
cuoyent tenir , qui aux yeux , qui
lâ ioiie, qui au sein, qui par toutes
s parties du corps plus visibles, &
ìoins apparentes , pour faire ce
hiv la leur monstre , & receuoir la
lde de l'Amour ; ou comme il y a
lus d'apparence , pour fouldoyer
nouueau caualier, qui fc venoit
ngersoubs leur baniere, pour ne
D 2
com-
"]6
La première journée
combattre dosormais qu'a l'ombrc
1
de leur cstandart.il ne faut pas doubter, fì celle cy eust fait la quatriesme des Deeífes aspirantes a la Pomme d'Or , & brigantes son prix,
qu'elle n'eust renuoyé toutes les
trois aussi honteuses , que les deux
se virent mefcontentes,& mefconcees, puis que chafcune inclinoit
par idee le jugement de Paris en
safaueur. Aussi des qu'Idereé la
reuit , il resentit íur ce mefme moment vn second trait , qui luy perça
le cœur a iour. Ie m'efmaye,& m'esfraye apprenant,qu'vn enfant aueugle-né puisse descocher ses flesches
si aífuremét, que chafcune porte,&
face coup. Mais comment feroitil
aueugle , si Ouranide le porte dans
ses yeux, qui font si clair-voyants?
II y a de la contradiction, & de fimpossibilité, & néant moins l'experience nous en fait vn ordinaire.
S 'estans entretenus des cômuns
propos qui fe pratiquent en ces premiers
BuPelerin cí Amour.
77
miers, & plus cérémonieux abords,
lamere d'Ouranide nómee EpimeIic, ayát loué tout plein en approuuan t,& admirant aussi , les concerts
diíferens de leur douce musique, &
curieuse a merueilles , voire plus
que le reste de son sexe , dit qu'elle
trouuoit dequoy fesmerueiller en
Mrangeté de l'eclipse paíïë, dortt Eííonils fesloyét si a propos íeruis,& qu a nciT.ét
cauír '
la vérité mal aisément pouuoit on par i'Bj
voir sanserrroy,arriuer loutacoup clipic I
du boen plein jour, vne eípece de nuit, lciL
auec vn changemét, & variation de
couleurs,qui sébloit à deííèi^nous
vouloir donner íeípouuantej proférant ces parolles, elle enuifageoit
fouuent Polyphron , & fe viroir, Les
vers luy , cóme selle luy eust adres- chose*
que
sé le discours decestefmoy.
nous
Poly. Madame, dit Polifhro»^ les voyoní
choses rarement aduenantes , sont le moís
ariiucr
celles qui nous estonnent dauan nous
tage, encor que nous en voyons estonnent le
d ordinaire prou d'autres plus estiá- plua.
E> 3
g cs >
y8
La première journn e e
gesjs'elles nousestoyent moins familières. Car faccoustumance nous
représente les choses aisées,qui d'elles mefmes font embarrassées dans
mille difficultez:& ce que nous voyons moins vsiter , paroist plus malaisé a nostre consideration,qui passant a la volée fur ce subject , mm
le grossit au double. Pour ces Esclipfesnous nedeuons pas les estimer plus estranges, que les nuicts
puis qu'elles íbnt efgalement naturelles , Eâe rejpond.
Epi,l\ faut que imagination paftt légèrement survn effect , quand'
celuylaqui íimagine en ignore la
cause, ou selle s'y arreste , ce ío'est
..pas fans trauailler resprit, comraí
i'espretiue en íattention de cesí
Eclipfe,duquel siiintelligence m'estoit rendue plus familière par voítre moyen , ic vous en aurois vne
obligation fort signalée. Polyphró,
pour satisfaire à la curiosité de cesle
Dame , & à la prière qu'íderée
- luy
Du Felerm i Amour.
79
Jny auoit faiéte,de l'entretcnn sérieusement sur quelque propos , qui<
larendiíl fort attendue, aífin qu'il
euítplusde commodité de ra u k fa
pensée a la contemplation de íâdiwinitépreíèate, fiivne pareille reíponce.
Poly. Madame ie me recognois si
mal propre, pour vous efcla-ircir ) &
déduire la caïise decest euenemenr,
cjue fans voílre commandement ,
f'quì meíèrt de Loy inuioiablc) rc
|n'en deíseignerois iamais l'entrerife. Mais puis que ie doy ceílc
bcïífance à vostre mérite 3 ie v©us
upplie excuser en eecy l'impuissane de mon esprit 3 &la rudesse de
ìes discours. Or pour l'intelligene de cest éclipse , il conuient fçaìoir.que k Lvne nous est de beauoup plus voisine que le Soleil,puis
ue nous la trouuons au pr mier ^
"iel,ou le Soleil occupe le quatri- obseusme,estant iustement au milieu des [ c ^"
e
Canettes. D'auantage , la Lune, est mfc . r
pleine
LA première journée
pleine d'obscurité d'elle mesine ,tk
8o
ne peut estre lumineuse que par
emprunt , aussi est ce f astre qui préside aux nuicts, & aux ténèbres. Et
ie vous dirai encores, que laTorme
Lafor -de la Lune représente plustost la
hLune r0nc^ eur d'vne boule, que celle d'vn
bassin, ou d'vne Pyramide comme
d'autres ontaíTeuré. Et là-on estimée six mille fois plus petite que
&are- le Soleil.Le Soleil d'autre costé, est
Soleil vn grand corps , non feulement esclairant,& remply de lumière, mais
encores son principe], & íà source,
qui communique plus,ou moins ccste sienne lumière a la Lune, aux
PIanettes,&auxEstoiIes fixes dedans le Firmament, selon qu'elles se
trouuent plus directement, ou plus
obliquement opposées à íâ clarté;
laquelle feule par fa présence offre
la terre a nostreveuë, comme pat
son absence elle nous fait voir ces
Sphères, & voultes celestet. C'est
luy qui marque les limites du temps
Du Pèlerin d'Amour,
81
& des saisons , & qui les aduance a
lesmë qu'il s'auoisine de nous,pare qu'en s 'approchant il nous raleine la chaleur, &.' ense reculant
ì nous laisse saisir au froid. On la ^ A*'^
reu dixneuf sois plus distant de «du
a terre.que n'-est la Lune , & la di- àSoleil
la Lu
ancc qui íè trouue de nous a luy a nc
ste supputée & remarquée par le
enombrement des mieux versez
nscs affaires, fix cents fois aussi
nndc , que le diamètre oucfpaifeur de la terre. Le Soleil donc Expiiommence a s 'éclipser, quand, la "c"?£
une pres de son lenotiueau, estant clipíc
n la teste ou queue du Dragon,ou
k$ pres de ces lieux, & en coniontion auec le Soleil , finterpofe
n ligne droicte entre nous, & luy,
icpefche de proiecter , & darder
a pointe de ses rais deuers nous, &
riue nos yeux de fa veuë, couurant
c son ombre vne plus grande, ou
'us perice partie delateirc , fuiant qu 'elle est plus , ou moins iuD 5
stement
LA fremiere journée
rsteríient opposée à nostre ligne visuelle» s'aboutissant au centre du
Soleil , & selon que ce corps ombrageux , & sombre de fa nature,
fèntrerast , & se rencontre entre
nostre regard, & le corps du Soleil.
Si bien que nous pouuonsplus proprement appeller cest accident la,
vne opposition aux rayons de ce
Roy de lumière , que non pas vne
priuation,ou défaillance de fa clarté: car celle cy n'a pas de son costé,
ny desistance, ny anéantissement,
ny manquement, ny deífaut, mais
ceux latrouuent du leursobstack,
& íempeschetnent d'vn grád corps,
outre lequel ils ne sçauroyenc paroistre, tandis qu'il se meut en ceíl
D 'ou estât, /appétissant, & qu'il semble,
tjuëlW P our vn P eL1 de f emps, contrequarclipse rer leur estenduë. D'ou il aditícr.t,
Sf st cI ue Felipe du Soleil est plus grád,
i us
& vne plus grande partie de la terre
p
grand sombrement obscurcie , lors qu 'il
ou plus
.
,
\
n .
r
ptùt. sc
rencontre plus eíloigne de la Lu-
Bu Pelerm £Amour.
%"g
ne: & par conséquent son Ecclipse
moindre, & vne moindre partie de
la terre obscurément sombreuse,
quand ces deux grands Iuminaies, íòntplus voisins & plus proches.
Epi. . Ie m'estonne dit EpimelteT
ue la Lune entremise , & interpose de ces; e façon, puiste nous priìcr des rayons du Soleil , puis que
rlon vostredire el!e est tanc& tant
efois plus petite.
Pofy. Madame, respondit-tl , ie
tiis forcé d'admirer vostre esprit,
■luitost que de luy obcïr par ma
esponce, & presta redoubtcr•auaratiant íês pointes , que d'effefuerfhonneur de ses commendcicnts, si vous permettez qu'il me
acegueres dépareilles demandes. -Ccm
: cutesfois ceste question restera ment il
atisfaîte, & esclaircie, si nous con- >'P cut
îderons de combien la Lune nous fe«Jipst plus voisine que le Soleil,ceque
ous colligez de ce que ie vous ay e nu«r.
dit
84
La première journée
dit cy déliant : car le voisinage d'vn j
petit corps nous apprend, par vne
infinité de preuues , qu 'il est bastant
pour seruir d'obstacle a nostre veuc,
&la garder de voir vn obiect qui |
luy soit inesgal & disproportions
pour sa grandeur defmesuree , mesmement lors que la distance est de
Com-* longue estendue entre les deux,
paraisó, Vous trouucrez, pour authoriscr Si
ma- fortifier ceste raison, vn exemple ast;tiiau íêz familier, mettant vostre esua.n<bla tail au deuant de vos yeux, & conLune, sidérant que ce corps, auísi petit
que mince , nc vous priue pas feu
lement de voir vne maison , vne ville, ou vn amas de montaignes, confuses & arrangées, mais d'aduantige la plus grande estendue de toute
, vne contree.Voyla comme quoy en
vne grand distance vn corps moto
'j - 1J P dreempefche , que nous n'en vc
So eil yonsvnplus grand. OrcesEfcli[
n'cti ia es de Soleil ne font iamaisgenej
s
C
m^ajf
silux J
niais feulement en quelquel
Clini,™
Du Pèlerin d'Amour.
Climats particuliers,ou Fombrage
donne pour lors. Et pour ne sortir
pas de ma comparaison alléguée
(encor que par tant d'autres le mes- Par Ia
me se puisse déclarer ) prene z le cas "jjf*ò
que vostre esuentail fuit tendu , au dc
dei!átdevozyeux,às*opposite d'vn
grand, 5V pompeux édifice >& qu'il theur
y cuit esgallemét à vos deux collés,
force Dames rangées à la file, ny ciipse
plus, ny moins aduancées,ny reçu- f"^'
lees que vous , se joignants fvne peut
îatitre désireuses de voir le basti- cllre
ment superbe sans se mouuoir de ra i.
leurplace. Celles qui vous costoyeroyent, & dot ie m'imagine les yeux
bien pres des vostres,&: visants à vn
meíme but,ne descouuriroyentrien
de Tobject imaginérles deux secondes vn peu plus recuîéesjdefquelles
la ligne viíuëlc , pourroit friser la
liíìere de voílre esuantail, & feítendre plus loing verroyent la pointe,
le coing, ou la grorte,d'vne terrace
entourant ceChasteau. Les autres
deux
%6
La première journée
deux plus distantes en apperceuroyent Ie frontispice , & les balcons
aduanccz au deuant des croisées:
les deux autres plus es}oignées,tout
vn corps de logis.& ainsi du reste
des fuiuantes 5 iufqu'à tant que les
deuxl dernieres estendiíïènt leur
veùe fur tout lebastiment; les mesmes apparitions fe monstreroyent
succeíïìuement à celles qui feroyent
de mesine ordre rengées derrière
vous. De mefn e celuy qui se rencontre tellemêt opposé à ces deux
AOres,presidans à la lumière, & aux
ténèbres , que la droicte ligne du
centre du Soleil fínist au centre de
son œil ,. ourrepastant plustost le
centre de la Lune,il ne fçauroit voir
le corps du Solcifpour l'opposition
de íaLune.Or ceux qui en feroyent
plus cfloignez, & qui pourroyent
voir les deux centres de ces Planettes en diuers lieux,& indirectement
arrâgez, à leur veuë,ilz en verroyét
vne partie 3 & n 'auroyent pas l'E-
87
elipss entier. Ceux qui seroyent
m Bu Pèlerin- d'Amour.
beaucoup plus reculez, iugeroyenc
cest Eclipse si petit ,que rien plus;&
ceux qui se rencontreroyét encores
plusloing,ne penseroyent jamais
que le Soleil sust Eclipsé y n 'ayant
point dtobstacle , qui leur puisse
oster son regard.Ainsi ceux du Sep*
tentrion pourroient voir vn Eclipse
que ceux du midy ne scauroyent
descouurir.
L'EO
QuantàTEclipsedela Lune,puis ^pse
quefoccasion m'en íèmond,ie vous Lune
diray qu'il est vniuersel : & que có- est ™ir
me la Lune est causc,de ÍEclipse du.£"c íj u'_
Soleil: ainsi la Terre f est, deceluv se de
de la Lune, parce qu'elle Vinterpo- $1$*.,
sc entre le Soleil, & la Lune; com- Cóme
me la Lune fe met , a l'oppoíîtè de
nostre Veuë, & du corps du Soleil, ciipse
Or tant plus le Soleil s 'incline vers \ z la
!
r
rr
Lune
la terre, & s 'auoiíiae de samaíïepe- peut,
santé-, d autant plus est grand l 'E- e^
clipse de la Lune,& lors que le So- ;rand
feil fesleue plus haut, & lè recule ou P ,u3
us
petit.
8S
La première journée
plus de la terre, c 'est lors que cest
Eclipse est moindre. Mais en fin il
ne sçauroit cstre plus grand , que
quand vne droicte ligne enfile les
trois centres du Soleil , de la terre,
& de la Lune, laquelle n'ayant auparauant , qu'vne clarté empruntée
de la présence du Soleil , la perd en
íbn absence , causee par I'entrcmise de cc globe terrestre.
Epi. Mais ces Ecclipses dit-elk\
sont-ils presagieux de tant de malencontres , & de malheurs, que
prou de gens croyent insalliblement fui ure leur estangetc. // rt*
part.
Toly. 11 faut croire Madame,que|
• les hommes ?u temps iadis, ne preï.„ Es- uoyatits P as ■l'euenement de ces
cljpiçs Eclipíes,& ignorants comme qimy
pa/pre ilsarriuoyent,n'en pouuoyentpour
f aduenir esperer rien de bon, car les
-íiges
mal"°
S
heurs,
pr cnant P ol,r marques de la vengeanec diuine, disposeca leurchaíliment,ils leur attribuoyent toutes
leurs
Du Pèlerin d'Amour.
8p
leurs sinistres aduentures, tousîes
maux, $£ toutes les aduersitez,qu'vne bonne fuite d'années leur faiíòyent resentir par aprcs. Mais cn fin
les esprits possédez de plus de curiosité , & qui pouuoyent mieux
■vacquer à ces recherches, trouuerent la febue au gasteau,& iugerent
sainement que le cours de ces deux
Planettes, estoit cause de ces merueilles. Par ceste defcouuerte , ils
despetrerét les plus grossières Ames
de leur super stitió en ces accidents.
Et à la vérité ,puis que le nombre
des années, des mois, des iours , des
heures,& des momsts de ces Eícíipses, à esté marqué si iustement , que
Je moindre les puisse preuoir par les
[tables Astronomiques > c'est vne erreur supersticieuse de croire , qu'ils
flous ramènent à point nommé tant
d'iiìfortunes, & d'afflictions. Ce seroit tirer vne conséquence insalliblcdes noz malheurs, qui nous setoyent ineui tables. Ce qui messied à
la
$o
LA premiers journée
à la bonté diurne, qnine s'aigrit iamais contre nous, atiec ses ordonnances rigoureuses, & retours aí
surezde nos miíêres. Que íì Dicul
fious afflige quelquessois par fo[
fléaux , pestes, famines, guerres ,&|
pertes de noz Priuces,il s 'en resernel
la cognoifsànce,ayant preueu qu'elle ne nous feroit pasvtile, le pense
le mefme des signes naissants au
N îcs
aunes Ciel , & bien tost periffarits, comme
nfilfl font les colomnes ardantes, les Co& toit mettes,& autres desquels ía preuo*P^" yace est hors de nostre portée .Or fÓ
au Ciel m'obiecte qus ces apparitions,ont
esté quelquefois véritablement pre-[
dites.Ie refponds veritablemè*t,qiie|
toutes ces prédictions , ont esté faicte s par hazard,& par cas d'aduáture. Voila Madame tout ledifcoius,
q ievo 9 puis faire pour le préfet fur
ee fubiet.ou il fe trouue vne infinité
d'autres subtiles , &recrcatiues cu-l
riositez,que ie n'ay point touchées,!
pour n'abuser pas de vostre paciéce.
Epirael
Bit Pèlerin iJmorir.
91
Epimelie,qui se rendoic plus imrtune par fa curiosité , que le
neiiîeur esprit du monde n'en sçauoic rendre vne autre curieuse par
jmportunité, loua, & remercia Pophródelapeine qu'elle luy auok
ônée. Mais ie vous refponds qn'elpensoit estre plus ennuyeuse en
on endroict par d'autres petites
Liestiòns ,aufqueiles elle f euít preflede refpondre, comme celle s- cy;
■arie ne vis iarn-áts femme qui enlagée à vn discours en voulust voir
m sons auec tant d 'obstination, 8d
■impatie ce qu'elle. Mais peu âpres
I goutte, &lacholique qui laprelyent, ausquelles elle estoit fort
libiecte despuis ferrée de l'hyuer, )m contraignirent de faulcer compalaie,& se retirer en sa chábre,apres
jiioir prié nostre Pèlerin, de ne s'en
■scandaliser pas, luy disant qu'elle
m estoit infiniment marrie,non pas
■mt pour la douleur de son mal,qui<
|captiiiok àcesle messcance , que
pour
$%
La première journée
pour îa perte desaprefence,qu'e
honoroit iusqu'à fextremité : Elle
vouloir toutessois luy laisser fa fille
pouríbn entretien. Iderée teírao:
gna en apparence , à ceste Dame
qu'il receuoit autant de defplai;
de fa maladie comme en effect il r&
fentoitdeioye, de fa départie;
façon que fe voulat feruir du temps
& prendre roccaíìon au pied leué
ayant preucuau préalable, qu'Ou
ranide n'auoit pas la mine de refusa
ibreille à ses discours, qu'il auoi:
gallammcnt entrepris à la loiïangi|
des belles, & ieunes filles , il voulm
donner le premier moment à ïelìfl
de ce dialogue,
rfison" ^'Ne fçait on pas que la jeuncl
de la & la beauté fans l'Amour , ce fc
fleur w* se fanenc > & sc flcílrií
Kíe des
la'beaufent ,par les vents du mefeonten
fleurs" tCmC 11 C " mSlS Cì lland CeS C'EUX DC
melles sœurs , ou ces deux belle
fleurs, sont cf. haussées par les Zc
phires que les Ames amoureuse
ibusf
Du Pèlerin d' Amour.
9$
uspirent, c'est lors qu'elles fentreenent au lustre qui leur est deu, &
çoiuent leur accroissement acmpîi.
Oura. Celles qui font doiiees de
s perfections , n 'ont point affaire
lîîAmour, car elles peuuent four■r à cest entretien fans son aide.
I lie. Vostreimaginatió vous perladera facilement le contraire, si
mus considérez, que la jeunesse , &
I beauté font des aï res,qu'elles ont
■ccuësdei'Amour,& a faduanec
ftsquelles,elles fe font estroitteméc
B>ligées,de feruir fa grandeur,& de
m combattre iamais, que íbubsles
lìfeignes de ses fauenrs.
0 «rrf.Ceseroitauoir faute de jumcnt,de s'obliger , à feruir ceuxau seruice desquels nous ne pouns gaigner que la perte de nos
mes.
lde íAmour est aussi preuoyant,
soigneux, de nourrir noz Ames,
icnoz corps. Nos Ames par des
douces
■<?4
La première fournée
douces imaginatiôs , de belles efp
rances, & de félicitez infinies,
nos corps aueclesplaisirs,& les de
lices de mille contentements , q
nous rauiíícnt à nous mefmes
leurs transports délicieux.
Oura. Ie croy que si l'Amo
nourrist la vostre,c'est d'vne non
ture mefléeauec force artifice,
destrempée en dissimulation, do
le déguisement, & le meflange
manifeste de luy mefrne.
Jdc. C'est me faire tort fans
casion, & offencer quasi ma fo
puis que ie Fay rendue stérile de
ícintiíe,pour la rendre fertile de
fidélité que i'offre à vostre seruic
Cura. Voushazardez en vain
ruses de voz discours , & voti.
perdre à crédit trop debelles par
les , ie vous prie adreísez vos v
àvneautreSaincte.
Ide. Padiioûe, & recognois
bien , que c'est aspirer trop h
pour mon peu de mérite,mais
e
Du Pèlerin d Amour.
pj
erances releuées ce font lesbucdes braues courages , & ie ne
se pas que vous m'ayez donné
c d'cfmotions pour les destruirc
esiise instant, procurant faneament d' vne passion , à qui vous
à peine donné festre.
ura. Toutes vos efmotions imaires, ne íçauroyent m'efmou, puis que ie fçay .qu'en ce íîeeruers, il n 'est pas fils de bonaere, qui ne faict gloire de nous
rdeceiies.
'e. Ce font les plaisirs ordinales cruelles maistrestès , & le
eur commun des misérables
nts,d'estrc tenus pour suspects
ur fidélité.
ra. C'est le malheur ineuitable
nnples maistrestès , & le bonordinaire des feints Amants,
re tenus pour fidclles en leur
ie.
f. vous saictes tort a beaucoup
rsonnes , & particulièrement
a la
p6
La première journée
a la pureté de ma sranchisejcar puis
que ie consacre si deuotieulêment
mes vceus,au pied de voz autels,ne
croirez-vous pas, qu'ils font librement diípoíêz, a tous les sacrifices
que vous en pourries faire?
Oura. C'est battre a froid,de me
penser donner ceste caífade,ie prens
mon opinion des choses, selon l'apparence de leu rs effects.
Leurs discours furent interrompus en cest endroit , par l'arrince d(
deux Damoiselles, qui vindrent offrir vn filleul a Ouranide pendan
qu'elles fe tenoyent exactemem
occupées , a la cérémonie cotiíli
miere en cesoffres,Iderée remascli
Ie frein qu'il s'estoir misa la boucfit
fkpourpenfant en attentif la dernif
re refpónce d'Ouranide, il y tro
uoit au commencement tant d'à
greur, & d'amertume, que filai
n'eusteu quelque peu dedouceu
ie ne fçay comme qtioyil eustpt
adoucir la rigueur de íâ peine.
par
Le Pèlerin d'Amour,
$7
arceque nous nc nous sommes,pa*
1 bons amis,que flateurs defguisez 3
ìcfmement en ces affaires , il flata
ouçement, & amadoua son esprit
larmé ,par l'efpoir qu'il fondoit
ur ceste repartie , fe tenant affine
url'appuy de deux Diuinitez, l'vn
le Mercure , îautre de Suadele
eeíïè de persuasion, qui l'auoyent
ìbieninstruict à leur eschole qu'il
mpertoit le prix des mieux difans,
ans que pas vnofast luy faire conicquarre , aussi ces deux deirez faoyentsibien fauor^é, & aduantaé de leurs grâces, qu'elles n'auoent pas feulement voulu former
éloquence en fa bouche , mais .v'e[loyét voulues feruir de fa bouche,
>our donner l'cstre à feloquence. Cpm1 3ucre plus il fçauoit depuis qu'vnc J»;^;
I ortereflè veut parlementer libre- fort asInent . qu'il y a esjxrance de pou- ^| ,?
fi
Iioir vn jour crier ville gaignee. h gt i
foury auoir de la difficulté , ily tn
',"
■rotuoit a bon-elcicnt. Damant [cr .
$8
La premkre j ournee
que ces jeunes silks qui n'ont p,
encor eu grand cognoiíTanccd'A
mour,veuIent eírre conduictes ario
áissicui tanc d'artifice, que c'est vne pitié!
té de íeruitude que nous leur vouons, eí
gaibeaucoup plus rigoureuse , & capl
gner
tiue, que celle que nous rcndonl
vne ieu
ne fille aux autres, qui se sont veiies aucti
1
mou / nement touchées de ceste maladii
napas & alTubiecties à son enuie. Car
ncor nous perdons vne minute du terni
*tour
i
chee
que nous deuons employer au
que n6 p reuues de nostre zele,ou que non
«utre. donnions quelque fois diícrecti
ment des íurçois à noz ardantej
pourfuittes , leur donnant loisir
se recognoistre; elles nous recule
çom . plus çn vn moment , que nous
paraisó nous ícaurions aduácer en vn moi
P'icciie ^ fthurtoit neantmoins d'auanti|
au bo U ge à ceste pourfuitte consideran
ton d\ q tl ' V nc jeune pucelle 3, est sembla
ne rose »
'
f
.
qui co- a vne roze venueife qui íur le con
mcn 5 e mencement de la prime commenci
dreà poindre, & sepouíîèr hors de
chasil
II y a
beaucoup
Du Pèlerin À Amour.
$$
aile : encores qu'vn peu de rieur affile ses poignantes espines,
n'y a-il pas main fi douillette , qui
ur la cueillir, ne se mist au hazard
en estre bien picqueejpour les aucs qui font toutes efpanouies,dót
lustre est my tetni,& quideuoyét
re de meilleure heure cueillies,
Iles nouspoignent guere, leur
°ratigneure est cause,que nous les
laistbns,& ce quelquesfoisauec
oudemespris,d5c ceîle cy estant
fleur non pas des roses, mais de
utes les fleurs , & des beautez
ndaínes 3 elle valoit bien la peine,
l 'il prendroit a la tirer ,dem;-fler,
Bcueillir dans les espines de fa ferRude. Courage donc Ideree, ne
Bus arrestez pas en vn si beau chen, & puisque vousfçauez,qu'au
riseil de î Amour il n'y a point
■ séance pour la raison, ny pour la
fcté , veu que les portes y funt
fes pour celle la & que celle cy
est tousiours bannie & exilée: ne
E 2
crai-
Ioo
LA première journée
craignons pas de bailler pour cfcor'
te mille serments a vos parolles, cai
ie vous aduise que les Dieux ont les
yeux fermez aux sautes des Amáts
& partant elles demeurent a iamaii
impunies. Mais comme quoyvoii.
faut -ii procéder, pour accourci
le terme áe vostre iournee.? de quel
le ruse de guerre vous feruire
vous.? & quel stratagème mettrez
Con? " vous en campaigne ? Ignorez von
3ó
Svne que pour mieux tirer quelque "
vn 'vais <l UCLlr d' vn vaisseau tout remplf
seau, iï nc faille luy donner vent? Voulés
vous donc tirer de f Amour d 'vn
fille , duquel elle est si pleine ? doit
nez luy hardiment du vent. Mi
quel vent ? Vent de belles parollc
vent de belles promenés , vent d
rares louanges , vent de fidelir
vent d'ooeiiíànce , vent de íccre
vent le plus vain que la. vanité a]
chez elle, & finallement route
pece de vent d'Amour. Mais Dit
fçait comme quoy les rnouuemer
Du Pèlerin d'Amour,
loi
le ces vents vireront leurs haleines
;contrefíI,& comme leurs derniees bouffées , feront contraires à
:elles que vous aurez eíleué les
iremieres^ auffi fèront elles esmeùes
In diuers lieux ; celle- cy en la feule
\refence d'Ouranide , & celles la à
veùe de tout le monde. Mais cela
l'importe, vostrebié vous fera touïours bien, de quel coJté qu'il vous
rriue,rechcrchez feulement le nioé de fauoir. Faictes que vostre pa£
,
Co
ion fe rende conforme à ces petits paraiío
íîangs qu'on cfpuife au carefme en áe ^oltre prouince.Au commencemet vnc ft.
lu'on vient à destouper, & debou- ang.
|her leur canal , & que seau trouue
brc la sortie , elle forr auec vn tel
fsort, & saict retentir son impetuoté de telle violence,& d'vn esclat,
rude , &: íì retentissant , qu'on iuJeroit foudain,qu'elle doit rauager
ws champs, & la prairie en laquelle
mn ventre se descharge. Mais elle
liíparoit E^©^ s aiiil'eridemain , &
L ,A E
ce qui
I
PER'iGU
Io2
La première -journée
ce qui ne pouuoit luy résister vue
íeuìeminiue,fetrouue suffisâc pour
arrester íbn cours le long tl'vne
journée. Vousdeuez ainsi de prim
íàut roidir les nerfs de vostre entendement,&faire du passionné a coure
reste. II ne vous reste pas vn jour
entier, car auant vingt , & quatre
heures ie vous mettray bien loing
d'icy } & pour cest effet ces deux
Damoiselles festants desia retirées,
dictes a Ouranide.
Jde. te fcây que la lumière est
aussi bien Iumiére,en efclairant noz
yeux, qu'en efbloùiíïànt nostre
veiie : Mais la beauté, perde nom
de beauté, fe monstrant trop cruelles demeure -feullement belle tant
qu'elle est siuorable.. Vous deuez
donc estre soigneuse , que vostre
rigueur ne vous despostède pas de
ce tiltréi qui vous est si acquis.
Oura. Celuy cy ne m'est non plus
acquis , que l 'autre que vous vous
figurez touchant ma cruauté.
Ide.
Bu Pèlerin £'Amour.
10^
ide.Lcs belles font trop visibles,
; lur dissimuler leur beauté, voila
; Rurquoy vous ne deués pas feini dr ; la vostre , que chafcun reco• Bioist, & que i'adore vniquemcnr,,,
: Imme la feule deicé de mon Ame.
:■ Oura. Ien'euffe ramais feeuquâc
:Bmoy que cestoic qne diíïìmuler,si
;Hn'euiTe apperceuq vous- rehaut
H voz discours d'vne double fein■cjl'vne pensant me donner ceste
ftnne , & vaine opinion de moy
Beiine ; l'autre tachant de me faire
Bendre les idees de vostre paillon,
Bur vn prix excédant leur valeur
«ginaire. .
H /ií. Les idees ne vous pourroint
■moigner les effects dont mon
■ection a vostre íèruice désire vous
■nner cognoiííance, si m'obligeát
I nom de voíìre feruiteur vous
m permettez que ie vouspuiífeen
appeller ma maistreffè.
mOurA. Ie ne trouue point d'obli■cion a vne chose, qui nous est in-
H
E
4
difFe»
104
La première journée
différente, voila pourquoy faisant
estât que vous en conterés autant à
vne autre à vostre première rencontre, ie ne íçaurois me renger à celte
opinion, fans apparence de vérité.
Jde. Ma parolle ce n'est que le
gage de mon Amour, qneievous
baille en hostage du seruice , & de
la fidélité que ie vous doy , par laquelle vous jugerés de l'opinion
que vous endeuéz prendre.
Oura. Lopiniô que ie veux prendre de vous pour ce coup, C 'est que
le bien dire vous est fort familier,
Jde. Ie ferois encore mieux que
ie ne dis, fì i'estois honnoré de voz
commendements,
Oura. le ne veux commendei
personne^ car i'ay trop peu de mérite, pour auoir rien fur ì'obeiííànce
d'autruy.
Jde. Si vous le preniés la, vous
commanderies a tout cest vniucn,
& tout cest vniuers vous deuroii
obéir,mais mon obéissance vous se
roi
I
Du Pèlerin £ Amour.
105.
: |ort tousiours pltts fidellcment ac, que les autres.
Oura, Ie me peine fort peu de celé acquisition, carie juge a vostre
lumeur que ie ne pourrois pas la
fcslêder longtemps.
Ide. Vous voulés vous fertìir de
2 rigoureuses refponces, comme
s glaces , pour raffroidir l'ardeur
le mon Amour; mais elle est trop
■uement enflammée pour ressentir
rafroidiíTemcnt.
Surcela,onvintdire a Ouranide,
u'ilfalloit partir pour aller au batesme de íbn filleui.Noflre Pèlerin
Jstoit trop deuotieux, pour negliler vne occasion de visiter les lieux
lierez, & trop amoureux pour soulier de ce qui peut intereiserle zele
vn galandíeruiteur.Celafu'stcauqu'ilfoffrit pour feruir d'escorte
famaistreífe. Elle estoit bien aiíè
le ceste offre, mais trop courtoise,
lour ne luy donner pas vne telle
lesponce.
E 5
Cura,
cise
ÏOS
Lafremiere jaurnee
ourx.ll ne saut pas que vous prenies ceste peine,ce seroit vous causer trop d'ennuy de vous retirer íì
iong temps en vne si triste compagnie.
Jde. La vie de ma vie , deípend
plus de vostre présence, que la vie
démon corps ne depend delapresence de mon Ame.
kt*onï
Ce beau couple entra dóc dás Ie
prau ca-rfosse d'Ouranide, qui raportant
pour de Iartifice en toutes ses actions sit
aimer, commcnder a son carrossier de ks
meraerje plus lentement qu'il pourroit , áffin de donner plus de loisir
a son Amant: de parler a elle, qui
commencoit a disposer, & incliner
ses volontez du costè de l'Amour.
Ils -parlèrent si baíïèment , & si secrettement , que ny moy, ny pas vn
de ceux qui s'estoyent mis en leur
cars oíïè , n'auons jamais sçeu que
par conjecture leur entretien.. Tant
yaque nostre Pèlerin ne perditpas
só téps ; (auflí estoit il raisoiuble, i'il
t^lt-
Du Pèlerin â'Amour»
107
eceuoit du bien en son pèlerinage,
uecefusten visitant, & frequenmt les lieux saincts, & sacrez ) ce
ue ie juge ; parce que durant le bat-soie , Ouranide ne fit p-oint de
iiíìculté de luy bailler ses gands, &
a esoantail a garder , c'est vne
rande apparence qu'elle ne luy
ouloit pas de mal. Pandant la cemonie de ceste institution sacra-antale , & díuine , ils íelançoyeiït
Iwtuellement des œillades soyar]es 3 & rauislantes , de peur d'estre
perceus. Si est -ce ncátmoms ,qu'Icrce disoit en fa pensée. Vous ç otìC
îles trop chiche ma belle de voz ption
onces œillades , fâictes que leur |^
ancement soit plus libre , & le ffionombre de voz conquestes fen a- nec *
■jrandiraplus.Iene sçaysi nozmairefses cognoisient noz conCeptins fans l'aide de la parolle, ie m'en
pporte a vous mes dumesqui fçàéz le tour de l'Amour. Mais des
uemó Pèlerin eut sormé celle- cy,
que
io8
La f rentière journée
que ie viens de vous dire , les chers,
& amoureux regards d'Ouranide,
luy furent départis plus liberallement , de façon qu'estant rauy en
l'extasc qu'il reíèntoit enl'admiration de ces yeux il fímagina promptement^ fans y penser ce sonnet.
Ce nesont pas des yeux, que ces flammes heureuses,
Cefont pluUofi des feux qui bru/lent hs
Amants,
Feux, non,cefont des traits,dont les coup
violants.
Causent dedans ms cœurs des seines rigoureuses.
Traicîì , non , fini des Démons , qui sçauenî
mille ruses,
Pour piper noz, E$rits,tant ils font de cenants:
Démons , non , mais pluHost des Anges
triomphants,
EnuoycT^ pour régir les Ames amoureuses,
par fi c'eítoyent des feux , ils nota feroyent
périr
Et
Du Pèlerin d'Amour.
109
I Et ficesloyent des traits, ils ne fçauroyent guérir:
Des Démons , on n'en peut dire tant de
louanges;
mdnges, non, car ceux- cy ce font des corps
farfaicîs.
l'outes fois ie fçay bien, qu'ils font tous les
effetls
1 Des Yeux, des Feux, des Traifis , des DemonSjtjr des Anges,
I
eïterant ceste imaginatiôjil trou|e que c'estok vn sonnet, & tout
lusfi tost faisant semblât d aller dire
■eux mots de prières à vne chapelfcedríìee à main gauche, il efcriuit
le sonnet en ses tablettesdefquelles Suf)t j_
il mit finement dans îvn des gans lité d'à
le fa maistrefle , lors qu 'il les luy mouu
lendit le baptesme acheué. La belle les reprenant , & voulant les reIncttre en íês mainSjtrouua cest obIhcle pour l'vne , & se sust doubtée
Bu faict, s'elle n'eust pensé que ce
■ust vne lettre: car elle ne sçauoit
pas
1 1o
La première journée
pasencores que son Amant su st si
bon Poète. Mais puis qu'il estoit ii
bien venu chez l'Amour, elle pouuoit croire qu 'il estoit aussi fauorisé
des Muses veu que la Poésie ne se
peut non plus séparer de l'Amour,
l'A- quela lumière peut délaisser le Somour, seil. La commune coustume , & la
Poésie deuotion particulière de ceste assont
semblée, contraignit Vn chascun de
siours si e scn i r l es genoux pour rendre gra*nsem- ces à Dieu , d'auoir enrooílée ceste
le '
ieune Ame au nombre des chresticnés, Ouranide faisant semblant de
tirer son petit manuel de ía poche,
en tira ces tablettes qu'elle y áuoic
subtilemêt faict couler de son gád.
- Elle les ouurit fans delay, & leur
première ouuerture offrit Ce sonnet
à íês yeux. Ce luy fut vn nouUeau
subject pour estimer d'auantage le
prix de. fa conqueste. Elle en admirait la douceur parmy la contrainte de ceste inuention , mefmement
ayant esté faict sur le champ. Les
oraisons
Du Pèlerin d'Amour.,
11%
■raisons les pins courtes font les
leilleures , parce que leur viuc
Iromptitude pénètre facilement ies
fcieux ; cest pourquoy Ouranide
Byant sinises prières fans les auòir
Houtesfois commencées car elle
■uoit l'Efprit preuénu, & preocupé
|'vn autre defir íê leue, s'imforme à
les filles qui l'auoint accópaignee
lu'elle heure il estoit. Quâd on eut R u se
Itisfaict a ceste sienne demáde 5 Ce ^ tn i,r *
d
lest pas fans siibiect, dit elle, que ie ne ^m
Hie fuis informée, de ceste heure,
Har i'ay accoustumé , il y a long
Bmps j d'efcrire le jour de la nais
Ince de tous ceux que ie tiens
lis ces fontaines sacrées , auec
■heure de leur baptefme, & pour
lemerédre oublieuse de celluy- cy,
I mcn vay le mettre en mes tabletms.•'■Os dautant qu'elle se mesloit ;
icunemenrde' la poésie, elle y es-' .
iuk ce-sixain.
admire ta galanterie,
Hz
La premièrejournée
Qui te rendauec ta preste
^yíujsy bon Poète , qu Amoureux:
Etfi ie te iure mon braue,
Que ie suis autant ton esclaue,
Comme tu trouues doux mesyeux,
Idcree voyant, q la subtilité de son
Amante ioiioyt son personnage si
dextrement, & si bien a propos, ne
fut pas moins aise qu'estonnc de ceste inuention. En fin la reprenát par
desToubz le bras,pour la reconduire
au carrosse, il retira íês tablettes le
long du chemin, sériant de ceux
quilesfuiuoyent , pour n'auoirpas
l 'Esprit de defcouurir leurs ruses.
Mais n'ay-ie pas tort de les luy faire
si tost reprendre ? ne deuoit il pas
attendre qu'il fust dans le carrosse
pour les auoir plus assurément, &
aucc moins d'apparéce de soupçon.
Non nen, cela n'est ben qu'a dire,
levray amour , qui penche quasi
vers lextreme , approuue ces ardeurs, ces hazardsjCes irpaciences,
Du Velcrin d'Amour.
113
es excés, & toutes ces promptitudes, &: ceux qui vont plus íenteInenten besogne, parmyle cours
è ces menées , perdent par trop atendrece qu'ils ne íçauent pas cnendre. C'est vne maxime que fat- , ,
.
«
L attcente ne vautiamais rie en Amour, tc nc
otites choíès esgales. O bien ce vaut rie
'est pas tout , mes cheres Ames, il Amour.
aut trouuer quelque belle , & nouuelle inuention, pour la nourriture
e voz flammes nouuellement nées:
car de penser vous veoir íì libremét,
&viuieen telle priuauté que vous
désireriez, cela ne íe peut (ans donner de l'ombrage à beaucoup de
personnes. Quelle apparence y a- il,
tjifvnnouueau venu doyue estre si
familier , à l' endroit d'vne sille,à qui
les plus grands du pays rendent tat
derefpect?Qnelle trouslè d'Amour
trouuerez vous donc Iderée,pour
y remedierc!! faut que ie vous la déclare. Vous auez vn valet de chambre/aictes en vn contreporteur , &
par
H4
La première journée
par le moyen de ses alées,&s veniks
vous enuoyrez des présents , & des
lettres, à celle qui voudroit vous
pouuoii entioyer , Scion cœur,&
son Ame. Mais ie fais tort à voílre
bel Esprit , de luy donner cest aducrtistèment.Vous íçauez trop bien
vostre mesticr , pour entier en apprentiísage.Excufez en cecy le zele
de mon affection à vostre fcruice, &
le dcíìr qui me pousse, à la recerche de vostre bien. I'ayveu comme
vous estant séparé de la preíènce de
celle qui vous est rousiours preséte,
&en hbséce de Iaqucllevous n 'estes
iamais absent de son Idee : I'ay veu,
dis-ie,cómevousauez faict faire vn
eftuy en broderie de perles,vn esti;y
duquel on nepeutiuger si l'ancheiífe furpaífe £tód<eftne,où sil'industrie íurmonte hricheíïèjvn eftuy
toutesfois bien différée des autres,
auec lesquels il n'a rien de commû,
que la forme, car le dedans eftvuide, fans ciseaux, & fans pincettes,
mais
I
Du Pèlerin d'Amour.
1 15
lais i'ignoroís 1c dessein , que vous
liiez faict de le mettre en víâge.
I Apres que ceít eftuy fut paralieue portant vne nouuelïe façon,
lir vne vieille, & commune figure,
Ilerée íe retire à son logis, &enmye son tailleur , & son valet de
«ambre parla vilIe,pour achepter
lie charge de marchandise, auec.
»mrnandementdene rien prêdre,
lie des ohefnes, des bjgues, des
lrqmnts,desfrefes, des brasselets,
lseluantails,despandants, & aules telles besoignes,dont il se voulitíeruir,po.2ir befoigner àraduauIment de íà bonne fortune. Ces 1ns la de retour ,il leur fit estaler
lu r achapt, dedans vne grand sale,
I) il consulta des yeux de fii curioIc s'il fy pouuoit rien désirer, des
mks affiquets,dontles femmes de
I siécle séparent; & voyant qu'il
^yauoit rien de superflu, & que
ut estoit nécessaire fuiuant son
f donnance, il appelíafon valet de
chambre,
1 16
LA première journée
chambre,& luy drct,qu'il auoit ton.
íìours remarqué tant de fidélité j
son seruicc,qu'illuy vouloit bailla
en main le maniaient d'vn aísaire,l(
plus important qu'il auoir, & s'il s'j
gouuernoit bien à propos, iliuyen
donroit telle recompense que cc
bon office mérite; mais qu'il le gai
dast de faire rien que ce qu'il iuj
commenderoit. II luy bailla donc
îestuy ou il auoit faict faire,vn cou
pie de clefs : fvne s'y tenoic atta
chée , auec vn petit cordon de foyi
Isabelle , & bleue des couleurs de
fa maistrefïè , & f autre il la gardoil
pour luy : au dedans de c'est estuy il
auoit enfermé vne lettre , comiw
íès valets faifoyent l'achapt de km
marchandise, la lettre pouuoit eílrc
à plus prés de pareille substance.
Puis que toute ma ioye deperidoit de la présence de celle que i'adore, il faut que toute ma tristesse
se trouue en ion abfcnce,en laquelle ie meurs, & renais à tout moments
Du Pèlerin d'Amour.
117
ents,o£ vií,& mort ie me repais de
cs ennuis, comme !a Salemandre
e nourrit du meime feu qu'elle enâme. Mais puis que i'ay faict vœu
emefprifertouteschofes,pour esti
er vne seule Ouranide,dcs ruines
: ceste ioyc, i'en feray naistre les
rophees de ma constance , pour
sire aussi bien vainqueur de ceste
sfliction, que vaincu de tes yeux,
uíquels i'oífre les Lauriers de ma
ie pour en enrichir leur coqueffe,
rendre par ce moyen plus pompeux le triumphe qu'ils doiucnt
Inuenlaire de la franchise de ma foy.
tion de
Ideree bailla dóc ceste lettre en- faire
fermée íôubs la clef de testny , a íbn porter
vne letalet de chambre, luy dÓnant char- tre dá<
e d'entrer en deux ou trois autres vn estui
par vn
logis , auant de venir a celuy de la mardame,.& de hausser fort ailleui s, le chand.
prix de fa marchandise rencherie,
pourdesgotifter vn chasam de luy
rien achepeer, affin qu'il ne fust pas
longuement retenu ou ses affaires
ne
1 1S
Lu première journée
ne Ie conduiíôyent pas.Nofirenctiueau marchant part donc, & obseruant de point en point le commandement de íbn maiflre, arriueala
maison d'Ouranide,qui se dòubta
du fait dés qu'elle le vit, parce
que son Amant í'auoit instruitte
de ce dessein ruse, & le bon henr
auoit permis qu'il neufr pas amené
ce vaîet en la visite qu'il auoit faicte
pourl'Amour d'elfe, tellement que
personne ne l'ëust icy fç eu recognoifire. Apres qu'il eutdeffait,&
dépaqueté fa baie , il tire l'estuy,
d'vne layette ou il estoit enfermé , & s'adreiTant à Ouranide luy
d. manda ; s'elîe ne luy achepteroit point cest estuy garni d'vne
nouue
«"as"
^ e > & f° rt l0 ^ K fafon.Elle le
ne fiiic ptint a ussi froidement, & d'vne roiP
scr son ne ^ P CU tenc ' ante a ^on intention,
amour. q i,e si & n'ewste esté si aífeuré de ce
qui se passoit , i'en euflê mis les pieeds, & la mains dans le feu,pour le
soustien de son innocence. Mais
para-
[
Du Pèlerin £? Amour.
1 1p
■araduaivure seroit il trop chaud
■en venôs donc pas la ie vous prie.
Ëuffise vous que ie vous coniure de
le vous fier iumais de moy íî ie me
ie déformais d'vne fille de pareille
uimeur .Ie nc veux point des meírìs
;cneraux pourelleSjC 'estpourquoy
elesespecificde ceste sorte, & les
LesS fil
ange a Tordre des códkionels aussi j e j on
>nt elles trop bône opinion d'elles bonne
nefmcs , ic m 'en assure , pour adhe-> ^né,
ter a des parolles , qui repriment mesmes
leúrs actions , & moy vne créance
*
Irop aduantagense en faueurde leur
\aue mérite , pour en conceuoir
ien de sinistre ,que ce que mes yeux
'en apprennent. C'est a:nsin qu'il
aut procéder en leur endroit a tous
uenemens. Ceste fille regarde,&
onstre a ceux qui se trouueient la
Ireíênts son achapi desseigné,
|oubs l'aparéce d 'vn beau semblants Autre
hascun le trouuoit aussi ioliment subtílite
açonné , que richement couuert: '
ependant elle dit a nofíre marchand,
i zo
LA première soumet
chand, qu'elle auoit vne bourse ,
vn miroir quasi garnis de mesine,
pour peu qu'ils sc raportaísènt e!
leIuyachepteroit,si bien quepoi
les voir de plus pres , & pourl
conférer elle fe retire en sachâbl
La plus grand hafic qu'elle eul
estant entrée , fut de fermer la ptf
te , affin de pouuoir plus afseureml
foccuper a la lecture du billet, 1
ne fut pas fans estre touchée I
quelque trait de pitié, se figurai
raffliction,&îennuy dont cesl
rolles tiroyent leur estre.- de fol
que pour donner du soulagement
la passion , qui les auoit dictées, e B
fît promptement ceste refponl
Les plus cheres reserues de tri
loisir te font si particuliercméul
stinees , que ie ne feaurois faillir I
t 'admirer enldee, auec toutes
submiísions de mon Ame. car cncl
quel'abfencemcpriue de mó cil
lderee ; tu dois totitesfois íal
estât , que l'ceil de ma penfte ncl
Du Peler m d'Amour*
X2 X
rdraiamaisde veuë. Et puis que
ciel m'a dqnné ce bonheur de me
nner a toy , ie remets a la difcre>ndeta foy la conduicte de nnz
:rettes Amours,& fuis a toy fans
ndition.
Elle pafìe vistemenr foubz la
ífe du seau la brieueté de cest
irrit, & Tenfermant dedans l'cstuy
luquel elle retint la clef âpres l'alir fermé) reuient a nostre marind, & luy dict. Le miroir , & la
urcedont ie vous ay parlé , font
ne façon vn peu trop diffcren-e
elle de vostre estuy, dont ie fuis ru""'
n marrie, fans cela ie vous ÍV-usse
lontiers achepté. H reipond qu'il
it en son magasin vn autre estuy
sque semblable aceluy-cy,Jequel
ouloitluy faire voir a son retour,
andants'elle auoit de l'or,ou de
gent cassé, ;1 iuy at hexeroit, ou
rendroiten payement, le íeray
úller mes coffres dict elle, &
ssure qu'il fy trouuera prou d 'or
F
cassé,
122
La première journée
cassés l'on ne me îa pas esgarè , ic
le troqueray volontiers■■contre l'es
tuy,ou contre quelque autre petite
gentilessc. Iugez si noílre contres
porteur , n'a pas asiez d'occasion,
pour s'obliger a luy raporter le petit
poulet, dont la cage fera cou uerte
De tnu
tes j les de perles. II part donc âpres auoit
person- vendu pour vingt & cmq,outrente
nes j u escus de marchandises a bon conmonde
' ■
ceux
te, &fen retourne vers son maistre,
es
" a qui
les moments de ceste demeure
perent
*
íouirde n'eítoyent pas des tours , ny des
leurs»- armées , mais des siécles , en cores
trou- des plus longs. Ie vous en appelles
uent le tcimoings tous tant que vous estesj
temps
.
r* ■
i
r r
I
plu / qui auez practique 11 íouuent ecl
long, mestier : car vous fçauez , qu'il n'|[
Ecceux à aucune forte de personnes ,au(|
qui
quelles le temps soit plus long , &
ssCt
so« plus ennuyeux, qu'a ceux que l'Aceux
mour entretient, 6V repaist de son
oui le e fperancc : comme au contrairci!
trou
"
,
•
-i
•
uent
n en y a point, qui le trouuent plus
plus court , que ceux laqui sròtistenta
3 *
0 r , •
court
*■
íòùhait.
Du Pèlerin d Amour.
12 j
ouhait, & iotiiíîcnt de ce qu'ils crat
rdammet desiré.Ideree ayant releu
inq ou six fois ceste lettredaquelle
! rebaifoit fans cesse , informe par
emenu son meíTager, du voyage
li 'il auoit faict,de cçux qui estoyéc
11 logis de fa maistreíïè,en quel lieu
stoit ce qu'il l'auoit trouuee, s'elle
stoit fort ioyeufe: brésil luy faisoit
inq ou six demandes a la foisj fans
uy donner loisir de refpondre a pas
nc(voyez comme les Ames touhees de ceste manie , fe laiísent
raníportcrau gré de leur paíïìon )
n fin il contraiçnoit son valet de
ire, & ce qu 'il auoit veu ,&plus rni
u'il n'auoit veu, TouteíFois cest d 'v
!
mant estoit trop bon pisotte,pour " ."
ctrerrancreavnlicUjOiiíe yept,,&£ yn
i!
a marée estoyent si fauorablespour 1
|iiy,& trop diligent Pèlerin , pour
planter fpn bourdon, & faire saie1
Iraictcauátlafin d'vnesi belle iource,& si propre à l'ctrepriíè de son
elerinage. Voila pourquoy il arF 2
resie
7 12 4
f ornière journée
reste de mesnager si bien ce peu de
temps quiluy reste, qu'il puisle en
mettre vne bonne partie a l'eípargne de ses menus plaisirs. Etcognoiííànt que Ion n'arien pour rien
en matière d Amour,il faduise d'enuoyer vn présent a Ouranide. Auiìî
est-ce la voye la plus courte, & le
setier le plus asfuré,pour nous mettre fur Ie grand chemin de noz contentements , meímement en cc
temps.- car la plus part des courti
fannes de ce siécle prisent leur muguets , tandis qu'ils ont la bource
bien garnie, & ne se peinent pas , (1
çeluy qui les sert est bien, ou mal
né, car elles ne sont nées, que poui
receuoir les plus pecunieux , on
galants , ou malhabiles^ veu qui
ecluy qui leur apporte plus , alem
porte plus libre. Aussi ont elles faid
l'Orest paíseraurágdes maximes qu'ellei
le íray obfement le plus estroittement,ceí
remef
de d"A- quatre mots. Point d arg< nt ,poini
mour - d'Amour. Tellement que,l'Or,&lî
Bu Velcrin d'Amour.
125
tkeforesi le vray remède d'Amour,
la seule recepte,& le précepte , qui
nous commande , & ordonne , que
nous donnions,ou rien ne nous íera
ny donné , ny pi este. Mon Pèlerin
fit donc ait.'stement façonner vn Belle
n
rrìiroir; mais vn miroir, ou sonne |f" "
se pouuoit mirer, fans en admirer «"vnmi
rolr
l'artifice , car iamais le miroir ne
'
fouuroit } qu'il ne represétast Ideree
c'eíloit la piecedu monde la plus
induílrieufement claborrce , cue
i'aye veu de ma vie. ic ne d;s r:cn de
lapierrerie qui l'enrichissoit, & entouroit artificieufement, ar c'est
peu de cas au prix de la rareté de
eest ceuure. Mais quoy ? Ideree,
voudries vous vous endormir en
fentinclle,& courre le hazard d'vne
surprise , que le rafroidiífement
pourroit faire au fort devostreAA
mour?Ha ! non , il est hors d'efeala- ^£P
J
de pourledefdein, il ne craint pas de I AIamine de foubly ; ny l'aífault du movr 3
foi ipçon, la batterie du meípris ny teressc.
F 3
a point
11 6
La -premier e journée
a point de prise , & la trahison de la
meffiance, ne le peut pas trahir. Ne
marchandez donc plus pour cnuoyer vostre marchand , qu'il marche
vistement , & vous face voir la ref
ponce de ceste lettre accompaignee
d'vn sonnet.
Vous fcauez que les Ames possédées de la galanterie , ne farrestent
iamais aux flammes imaginaires de
leur contentement ; parce que leur
zele désire faciliter le dessein de
leur espérance, pour facomplisscment de leur bonne fortune 5 puis
donc que la mienne se trouueau
rang de celles la, ie te coniurepar
tes beaux yeux, mes douces,& claires lumières, de m'aífignervn lieu
ou ie puisse me rendre , affin que
noz volontez fe trouuent par ce
moyen contentes de parollc,& d'effect s que si mon opinion est requise
pour cn délibérer remande le raoy
ic te prie , ma Belle , & k te íeray
voir, que moninuention s'esgale à
mon
Du Pèlerin £ Amour.
12 y
non désir, & îuy peut fournir prou
'e ruses d'Amour , afin de le guider
ses félicitez.
Ouranide AUX douxjeux, la gloire
de l'honneur,
Quifers four honorer les honneurs de
ce monde,
Ton angélique face a nulle autre
fecode,
Bfi l'vnique Beauté qui possédé mon
cœur:
Car ton Esprit parois d'unesi belle
humeur,
Çhììlcflonne les Cieux ,/'Air , &U
Terre , ejr l'Onde,
Et tes jeux font fi beaux foubs ceste
- tresse blonde,
jìue kfuis trop heureux d'efprouuer
leur ardeur.
C'est ce diuin Esprit dont mon
Ame efl rauie,
£>ui me donne la mort au milieu de la
vie,
Et cefont ces beaux jeux qui mont icj
F 4
reduièl;
S2 8
La première journée
réduit:
Bref quand ie l'apperfoy figalant
& fi belle.,
le nesçay queldes deux i 'admireph
en elle,
Ou les attraiffs desyeux, ou les íraict
de ï esprit.
II ne luy mande rien du miroir,
craignant que la commodité.ne per
mist pas a son valet â 'c faire le don,
mais il auoit tracé ce sixain tout au
tour de la glace.
Vous verrez,, dans cefie glace
La figure de maface,
gui vous sutura, nuitl, &jour;
Mais quand vous lirez ma lettre^
Vous n'yfcaurkz rien cognoiflre,
gne V Ame de mon K^Amcur.
Cefidelle meíïageríegouuerna
£ sagement , que le tout succéda
mieux qu'il nese promettoit Je bonheur accompaigna safineííè ,.dont
Bu Peler in £ Amour.
1 if>
jes plus cauteleux ne se íuffct prins
-arde : car feignant de venir pour
[Or cassé,qui luy auoit esté promis,
arriue targué de ce prétexte, &
bu b s ce mefme prétexte fut feulement receu. Ouranide prenant de
ny le mefme estuy que dessus (enor qu'cnueîoppé dans du papier,,
tin que les autres pensassent que
e ne fuit pas le mefme ) se retire
omme au parauant dans fa chamire, pour éplucher de plus prés si
"a façon feroit point dissemblable a:
elle de fa bource. Cependant noire marchand baille le miroir a fa
Ile de chambre , qui le cachant
iromprement íòubs le pan ' de fa
obe ,au defceu de tous les aísistansy
suinit fans delay fa maistrefse.Celle
cy curieuse de mirer dans cestegla- Compa
ce, la beauté de son corps , comme
elleadmiroit la feureté de so Ame, roir ,
ux
dans les feux d'Ideree,vit■ ■ soudaine- IlC U X
mentlaressembláce deíbn Amant, dcivu
mour
& fut surprise d'vn peu de honte,
F y
croy-
; 1 3o
La.fremiere journée
croyant qu'il s'y trouuast présent,
par quelque enchantement ,& subtilité de magie , voye aíîèz vfitee
en ces passions extremes.Or se virât
d'vn , & d'autre costé , elle ne descouure personne, dont elle fut merueilleufementeítonnee, & presque
surprise d'eífroy,&entroiten doubte, si c'estoit vn ensorcellement qui
vinst charmer íès sens, ayant desia
toutes les puiíTances de foii Ame
charmées de la douce magie d'Amour ; ou bien que ceste déception
luy fust arriuee , pour la viue conceptiô qu'elle auoit formé d'íderee,
&peníântcn estre efclaircie, elle y
faict regarder fa fille de chambre,
laquelle y apperceut la mefme choie, auec le mefme estonnement tic
fa maistreíse. Elíesne ccííoyentdc
louera qui mieux mieux lebó office decest artifice, qui les faisoit
trouuer en la présence d'vne perv
íonne absente , & discouranr en csmvruciliccs del'admirable haïA'.e-
Bu Pèlerin d'Amour.
13 11
' de ceste ceuure,elles s-'àduiíèrent
4t la figure d'Iderce baifotoir
oucemcnt,& amoureusemét coup
nr coup Ouranide , montrant des
eux à demy mourants, parmy l'exafe delicieux,que ce bel image,qui
csdeceuoit,receuoit. Ce n'estoic
as fans donner de l'esmotio à ceste
:lle,qui n'auoit point affaire de ces
xéples si naifuemét exprimés,pour
elaifïer chatouiller à ces appétits,
ôme s'eilc cn fu-st def-ja venue aux
rinfes. Car encoresquc prou de
gens, ie ne diray pas mal-habiles
nais irîfensiblesyaux traicts de ceste
io!ence, ne veulent pas permettre
aux filles d'en venir a ceste practicjue, qui voudra, n'y pourra deffendrc à leur fantaisie , de figurer la
douceur de ces délices. Ha! non
ce fcroit faire tort, & fort iniquement , à leurs bonnes coustumes
(a ce qu'elles disent, le croye qui
voudta) veu que celle- cy est fa plus
antiene, & la pi9 authorifee qu'elles
avent.
î^2
'La première journée
ayent. Quant a moy ie leur permets librement, de rauir leur esprit
par Idee en ces imaginations , plustost que la practique de ces imaginations, ne rauiíse leurs corps enleffect.L'vn est mauuais,& l'autre pire;
mais de deux maux, le moindre. Et
quoy.? dirÓt elles, ce ieune efcriuain
fait le mestier d'vn vieux resueur,
d'ou luy vient ceste audace, de seindiquer noz actiôs,ny de les limiter?
nous auons auflì peu d'affaire de ce
qu'il nous permet, que de fes fíeures
quartaines,nous fçauons mille manières de bié viure. Mais peut eítre,
mes belles,n'en sçauez - vous pasvne
de bien mourir , or passez outre,
ceste considération lavons- rendoit
paraduenture tristes, & de mauuaife
humeur , ce qui meflîed a la conucrfation des galantes , qui veussont
encores inrerieures,(!e meyeuxler'
uir de ces louanges pour amadouer
voz courages animez ) elles font
coustumicres a tous ceux qui vous
par-
Du Pèlerin á Amour.
Î3 3
arlent, voila comment vous n'auez
as subiect deles trouuer estranges.
ais ne vous semble- il pas temps
uranide,de faire ceste responce?
Ien'ay point de désir , que pour
désirer de vous voir, & vous rendre possesseur, de ce que vous deíí*
irez auoir.Mais i'entre en apprehensió, de me defposseder d'vne chose,
que i'ay si chèrement p®ssedee tout
Ile temps de ma vieJ'y voy d'vn colite tát defubiects,qui m'assubiectis'
lent a son entretien , que i'ay quasi
subiect de vous en oster l'eíperáce.
Mais ie voy de l'autre costé, que les
îoix de mon Amour interdisent ces
' pensers a mon Ame, & sas les vceus
que i'ay fait , de les garder inuiolables , ic ne me fusse iamais résolue,
a ce que ie ne puis encores merefouldrc : s'il n'y a pas moyen de fen
defdire , venez le moy dire , & ne
m'efcriue-z plus.
Seroitce pas vne messeanceCuranide , a la bien feence de voz flammes.
î 54
ptemìere journée
mes , de se laisser vaincre de courtoisie ? U faut en contre change du
miroir, enuoyer cc portrait, ou les
traicts de vos attraicts , font tellement pourtraicts , qu'on lc prendroit pour vn autre vous rnefme.Et
affin que la recognoissance du présent qu'on vous a donné , soit entière, íaictes grauer ces vers au pied
de vostre image, \ ous fçauez le plailìr que ceux dlderee vous donnent.
ïay reeeu ta belle glac es
Ou il n 'y a point de -place,
Que pour les feux de nez-feux^
Je la prise, & ïe l'admire-^
Cariamaisie ne m'y mire -y
Ghie nous n'ysoyons tous deux,
Or ie t'enuoye pour gage,
De mon Amour, ceft image,
Jhí 'L^fmcur a poin t de son iraicî:
Mais que n'a-il parfa famé,
Friué mon corps de mon K^Amc,
Tour animer ce pour tr ai cl!
O .'que ie fer a s heureuse,
Et
Du Fekrìn c£ Amour,
ï 35
heureuse amour euse^
ce désir ne Boit vain:
\ar comme galante' fIle,
Yterendrois sort sacille,
ji/ bien-
íondcjfem a- ton dessein-.
Nostre messager confident , emJalle ces cheres faneurs , auec Ie
leste de fa marchandise , & les conBuict, & transporte asseurement
BU rendez vous qu'on leur auok
jdeííeigné. Mais quoy ? Iderée, voulez-vous vous perdre à la lecture de
Iccste refponce ? Vous demeurez íî
long temps fans dire mot ? Auriez- ^J*f\
"vous perdu la parolleíHalvrayemé't d 'vn
amant
non,vous
n'en aurez que trop
..
5, rpuis
'
.r
. rcccuat
que vous prenez ce pourtraict, ie le V n pour
preuoyois bien , & vous le voyez à ^als^
cesle heure mieux, par ces discours mii_
q ious adressez à vne chose muette ftrcire*
insensible , & inanimée. Comment
baifotterez vous encercs les leurcs,
<]ui ne íont pas leures mais féulemét ia %urc des leuics? Vous auez
beau i
La première journée
beau fouiller dedans ce sein, vous
a'auez garde d'y trouuer rien de c<j
que vous cêrchez , fa ressemblanci
vous y attend , & rien plus pour o
Coup,il'n'y a qu'vn peu de toile grol
íîere,deîhuile, du vermillon ,& vu
meílange artificiel des plus viues
couleurs, & plus reprefentatiues de
l'object,pour lequel on- les a destrê
pées , quel respect rendrez vous à
Ouranide,puis que vous caressez,
auec tant de cérémonie lès traicts,
& les linéaments de fa forme tracée
parvn petit pinceau? Quelle superstition se gliíïè dans vostre fantaisie?
qu'elle efpece d'idolâtrie maistrise
voz actions, & kur íaict prendre
ceste routte inusitée ? Ha! petit Idolâtre , c'est trop ; fil faut idolâtrer,
idolâtrez âpres les merueilles de fa
beauté, non pas âpres son ombre,
Tout beau, Iderée, tout beau , de nnez-vous le loisir de vous recognoistre , & vous trouuerez , que ie
vous aduertis en amy , & que mes
aduer
157
îuertifsemens-, font les seuls diBu Pèlerin £ Amour.
:rtiííèmens, qui peuuent diuertir
)stre Esprit de ceste erreur,pour le
íuertiràsonbon heur. Apres que
^on Pèlerin eut refíènty toutes les
jrtesde rauiííèmens , &detranf|orcs,ou les plus braues Amans se
[elicient, ayant reçeu des faueurs si
jmlées, & si priuées que les sien|cs,il interroge son homme de ce
ju'il auoit veu. Ccluy-cy,pour faire
:bon valet, luy racontant la dili:Cj &z la subtilité , qu'il auoit ap[artée en ces íécrettes menées, luy
lifoit vn grand Eléphant, d' vn pe: moufcheron. Que les íêruiteurs
cmsidcnts des amoureux leur enonnent de belles, venants de leurs
laistreífes lilsprenentie plus foulent tout pour argent content, &
te se contentent iamais de la raison;
parle de ceux,.qui- n'ont pas de|[uoy. fournir à f entretien d'vn ga|ant homme, n'ayant pas moins de
>reuoyançe que de prudence.
Í
De
î
3S
La. p réméré journée
De toutes les nounciles quec
valet de chambre racontoit , il n'j
en eut pas vne qu'lderee festoyai
auec plus de ioye,que celle qu'il lti(
déclara la derniere j C'cstoit, qu'
auoit faict rencontre s'en reuenan
d'vne bonne troupe de Dames, qui
s'en alloyentau logis d'Ouranidc
pourauoirle plaisir d'vn balct, qui
iè deuoit danser chez elle • il auo
apprins, diíoitil, d'vn de leurs la
quais, que ceux qui auoyent faict
cestc partie,cstoycnt prests à partir
Nostre Amant met donc ordre
íordre qu'il vouloit tenir , pour ta
cher d'entretenir de viue voix,celk
qu'il tenoit j&entretenoit de peu
' Cópa
raiíun fée à toute heure. II part donc de
de la
main de son impatience
de k
main à fperon de son désir , quand le mon
cicncc ^ e k deuroit ruiner de sons en coin
& <ie ble,que la terre, & les cieux fe deut
ronTu ^ nt renuerfer c 'é deíîus desloubs
désir, ce feroit vne peine perdue de pen
fer le defeharpir de ces aMecheméts
Du Pèlerin d'Amour.
139
humeur en doit estre louée^puis
elle est douée de tant de ferme. Mais qu'elle inconstance ne feit halte, pour s'arresicrau scruice
ne Dame,quiluy departíroitdes
tresíl fauorables que les siennes?
I e font des liens qui nous lient, &£
I IÌ ne se deíîiêt, que parle feu! defI is des liens de la vie. II rencontre
li chemin vn cousin germain de fa
Baistrcífe: C'estoit vn ienne gentilmminc orné devant de belles par|es,qu'ô entroit en doubte s'il- pou
it fe rendre plusaccomply,en fin
ur bien,& véritablement le louer
Ji deux mots c'estoit vn íècód IdeÉe.Ils s'estoyent veus cinq ou six
§>is,& s'estoyent prestez l'va l'autre
» serment d'affection , & de fidélité
lappellans def /'a freres,SiThefeus,
ËPirithous estoyêt reuenus des enErs, ils fufïèntinfaliiblemêt morts
jour la fecóde fois,mais d'vne more
le honte, pour s'estre dicts amis volant famitié de ceux- Cy. Iderée
deman
140
La frémi ère journée
demande à son frère d 'allianceo
cstoit ce qu 'il aloit.Ie vousveno
trouuer,dict il,pourfcauoir si voi
vouliez auoir le plaisir d'vne rni
quarade chez vne mienne eouíìni
mais vous m'auez priuc de la moiii
de mon voyage,m'ayant icy trout
c'est procéder en bon frère , & pai
tager esgaîlcment là peine. Ch(
frère , refpond Idcree, ie fuis a von
à tout faire , & me range soubs v<
stre conduictc. Mais ie me crain
mon Pelerin,que ce frère vous so:
trop proche, auíÏÏ voulez- vous K
çuler son aliance d 'vn degré , & d
premier la ranger au second. Fai
ctes donc que vostre Amour von
rende cousin, celuy que vostre me
rite vous à acquis pour frère , la &
fpenccvous en est octroyée de nu
plume , car i'ay ces affaires en main
pour en disposer au gré de nies
amis ,&enfaueurde leur aduancement. A leur entrée, on eust d ici
«|Ueles dieux arriuoyent , pour ren-
Du Pèlerin £ Amour.
141
ceste maison éternellement forée ; vous ne vistçs jamais tant de
eífcsqu Oaranide faiíbit, ores à
cousin ; fuyuant í í deuoir d'vne
'n ne cousine, ores à son feruireur,
on les loix de Ion Amour , & ce
cessais aussi diferettement que
icieufement. On leur auoit baildes chezeSjOtiilsfestoyent assis
ur attédre la vernie des masques,
âl Epimelieappella son népueu,
ur luy m onstrer des letr res qu'elauort receúes , touchant vn bon,
aduantageux parcy , qui foífroit
B)ur fa si Ile: cel uy cy dicta facoufc- , qu'il luy recommédoit fentre"endc son frère * cepandant qu'il
rleroitàfa tante: mais il n'auoit
feiire de le luy recommender , car
■leenestoit prou foigneufereíle ne
■îíía pas pourtant de le pner m- cc dv
larnmant de reueriir le plustost nc fille,
lu 'il pourroit 5 & moy ie vous prie
le marquer celle-cy pour quinze,
lacor qu'elle vaille , & qu'elle baille
í
I4 2
La première journée
'c íaduantage à la partie. Ideréeví
yant q ce n'estoit pas ï heurc,de po
dr ecreste heure, qu'il pouuoit ga
gner , fans estre -soupçonné de pipi
rie , vza de ces termes à fa diuin'iti
lie. Vous fçauez , que les Amt I
parfaictement amoureuses , ne s'ai
restent jamais à la cognoissanced
leur Amour • car elles ont quelqm I
désir, qui pouiïe plusauant îefpoil
deleur attente -, puis donc qinl
vous auez pour moy de fAmowl
comme voz eferirs le tesinoignent
ne fèrez vous pas touchée de a
beau désir.
Oura. Ie vous aime, i! faut que it
l'aduoue,& ne puis vous aimer fans
désirer quelque choie de vous, mais
ce que i'en désire , c'est que vous
m 'armiez comme ie vous honore.
Ide. C'est moy qui doy , & qui
veux vous honorer, & adorer tout
enfemb'e, mais puis que ie vous ay
donné tant depreuucs de n on affection , il ne faut pas que vous de- siriez
Bu Pèlerin iAmour.
143
:zd'cstre aimée;voila pourquoy
iesir de vostre Amour aspire à
îlquc autre fin.
'ara. S'il se propoíê vne ?utre fin,
nme vous dictes , & comme ie
ix croire; c'est qu'il veut s'estordeconferuer mes feux en leur
:ier, &vous prier d'en faire de
fmêi
f de. Ce n 'est p as Ie désir des vrais
naus,ny le moyen de conseruer
rs flammes , elles doiuenc estre
Bues dVtje autre nourriture.
ura.Pow moy ie n'y íache point
Litre fineíse , pour les entretenir;
ous estes mieux versé en ceste
grtóistaricc , apprenez-m'en le fe-■et.
fcfc.Le vray secret pour les entre-,
fnir, c'est d'estre fort secret, & Ie
ifoyen de les nourrir , c'est la iouïf■ice :Car la ioùifsance est le prelier, & dernier désir de f Amour, &
ivray désir de l'Amour, n'est autre
èjiofc que la ioúiífance.
Oura.
244
& a première journée
Oura. De mon costé i'y trouut
prou de ioùiífance , & resioúiífan«
tout en'emble , quand ie ioùis i
vostre présence,
Ide. Ce n'est pas la , qu'il íè fais
arrester, nous deuons pafïèr plus
auant,!'Amour veut qu'on ioúiií
d'vn p' us grand bien,& qu'en íèreiìoùiíse d'vue autre jouissance. Soi
cela les masques entrerent,& interrompirent leurs discours 5 fans toute fois, que îenuie de les continua
nu ^ cmenr interrompuëjCardu«■Td'A
mour. rant le balet ils furent touíìourstec
àbec,auec tant de baiíèments de
mains,& mille autres petites folies,
deieunestequ'Ideréeinuentoit,Sí
ptaóf iquoit tout ensemble, fans apprehen' on d'estre defeouue r t, prenant ces priuautez à íembléerparce
que chafeun de la troupe esto.it p'us
attentif à la danfe,qu'à leurs df portements, U ne faifoit point de difficulté, de fe licentier,& fappritoifer en ces priuautez 5 encor qu'il
n'en
Du Pèlerin d'Amour,
M'en
1 4j
eust pus autre Iicenceimais n'e-
I toit il pas prou licentiépar lesilen:e de fa maistreífe , qui ne fit iamais
e hola pour arrester ces mignardcs
hareífes. Ie ne m'en estonne pas
œaucoup , encor qu'elle ne s'y fust
>as obligée de promesse par fes derniers discours, qui fembloyent vi\icï à vne fin différente , à celle que
lès actions defcouurent : Car ie fçay Lcs gj.
tue les filles n'aduoùent iamais ce k«n'*4
Qu'elles désirent le plus, il faut que "a^fJ
Irostre ardeur nous preíte la main cc que
lorte, pour donner apparéce de forIce , à celles qui fans force veulent plus,
fílre forcées , & violées d'vne vio- &c *
íence volontaire. Tous leurs petits
reparts entremêliez d'aigreur , ne
font qu'autant d'anisices, pour nous
tenir en ceruelle: leur defuy ce n'est
qu'vnconuy, qui nous conuie à ce
qui nous est conuenable : leurs froides refponces , font des semonces,
pour nous tirer , & attirer si bien,
qu'on ne fen puisse retirer. Et selles
G
font
*£^p
L& première journée
sont quelquesfois semblant d'estre
cn cholere, ces faux fémblans foui
des venez à moy , pour estre doucement, ^ amoureusement appaifees,
afin que ie ne dise baisées relies nt
traictent jam ris auec nous de bonne foy en ces affaires, elles y apportent tousiours dela supercherie. Ic
parle de ces finettes qui fontj semblant, de n'ozer pas mettre la main
dedans le plat , ny d'y oser toucher]
& rédigent neantmoins en practique la tuitre de mes paroiles : car
pour les autres qui font plus franches, & qui le font plus librement,
ic les quitre,& leur déclare d'ors,&
des ja, que ce n'est pas à elles que i'c
veux ; ce seroit au defadúeu de mes
vœux qui se vouent à leur seruice,
& desadaoùent toutes les offences qu'elles p -urroyent trouuer
en ce pèlerinage. Le balet finyoa
print Ouranide à danser , si bien que
ie bal fe dreífa pour vne heure , ou
îderec
Du Pèlerin et Amour.
1 47
deree fit móstre de sa disposition,
|s caprioles qu'il pafîòit à dousaiI es d'vne si bonne grâce , & íàns se
einer tant íôit peu , rendoyent enor plus de tesmoignage de son
gilité, mais comment ne se fustil
J as monstre si dispos , & leger, puis
■u'il estoit tout feu , & que le feu
MirpalTe en fa légèreté les autres
Ilements? Cependant noz masques
|e retirent, & leur rerraicte laide,'
Ihacun dict son aduis de leur mafluarade qui fut trouuee admiraBlé, fans que pas vndc ceux de la
Barde peust eiîrc recognu.Et parce
■u'Epimelie n 'auoit pas deduict à.
■on nepueu toutes les offres du par|i,qui se presentoit pour sa fille,
f Ile le pria de vouloir aller donner
peux tours de jardin , pour luy en
laconter les particularitez. 1 ls parkent donc appellant mon Pèlerin,
Rui conduifoit famé à \ Amour, duIquel elle estoit animée. Ceux la
|choisisient vncalce bordée de deux
G 3
cípa
148
La, première journée
cfpaliercsdc buis , ou toute eípèi
de volatiles estoyët represétez pot
contrequarrer la natiire,tant fcindì
strie humaine les auoit mignonnt
ment façonnez , & agencées It
feuilles au lieu des plumes. Cen
cy fe mettent dans vne tonnelled
Lauriers,ouon eust trouuéde fora
brage,& du frais au plus fort è
f esté, pour íè garantir de la viob
ce du Soleil >& le moyen de se pre
feruer tout vn jour des iniures di
tem
ed'AP s au mi ^ ícu de íhyuer. C'est vu
mour. Don prefage,braues Amants, que et
laurier panche deiTus voz testes ,&
íèmble de son mouuement propre,
se vouloir donner îhonneur de les
couronner , des qu'elles reuiédront
victorieuses delamestee '■d'Amour:
ce font des marques visibles, & présagieufesde voz contentements, &
quiconque les prendra pour ínfaillibles,ne fetrouuera pas mefeonté,
I'entcndsjsi ie ne me trompejdcrce
parlant dé cefte forte.
Du Pèlerin d'Amour.
14?
de. Tu ne veux donc pas,ma bei& diuine Ouranide , ou que i'aeue de mourir , ou que ie comence de viure par la vie, que ie ne
lis receuoir , que de toy?
w<í .Ha !mon cher Ideree,tu sçais
e tout mon biendepend de ton
ntentement ,mais la vie de mon
nneur , duquel, tu pourchasse la
ne.-. , .i
ijjjj
», ...^
i^í-. Gomment5.aj?pc!iez- voue !e
'erdre .de le mettre enu.c ki maiiis
l'vne personne,qui voudroit se perré mille fois ,pour sa conseruation,
Oura r Vrayement c'est bien, le
erdre , de le mettre en vn tel estât*
u'on ne puisse iamais i'en retirer.
I lde. II ne faut pas entrer en conïderation de ceiìe perte, qui n'est
lu'vne aiïèurance pour fa confèrlation ,veu que c'est le resigner en
Inain forte , pour le preferuer de
■toute forte d'offences.
I Oura. Ie ne puis estre à moy feule
Im 'estant donnée àtoy, & ma vo1
G 3
lonté
150
La première journée
lontc sans la tiéne n'a que le nom d
volonté, lequel elle ne peut bonne,
ment mériter.
làe. Voila pourquoy vous ne déliez pas contrarier mon intention,
qui s'estudie, & tache a nous ra
dre contents, puis que foccasion
fen est offerte.
Oura. Ie ne donne point à
ceste demande , ny le refus , ny
îaducu , mais ie te supplie attendons vnè commodité plusfauota-
bk.
Ide, Ce fbntdes attentes doubteuíes } que les remises de ces commoditez, nousnedeuons pas perdre celle qui se présente, pour eclîcqui doit venir.
Disant cela, il la conduiíbit veis
vn cabinet, au bout de ceste tonnelle, ou le Myrrhe, &le Laurier
combatoyent à lenuy ïvn de fautre, à qui p'us íuy donroit d'ombrage, & de verdeur: mais comme ils
furent prells d'entrer dedans, Epirenr,
Du Teîerin d'Amour.
15 ï
elie, & son rcpucu les ioignient, ne .«-'estants peu refondre cn
e qui estoit de leur sífsaire , mais
e vous en donne ma pa voile , que
on Pèlerin s'esioit bien refo11 , fans ce rencontre , qui rearda îessect de fa resolution. Ie
vous responds que fans cela la belle fust pastèe par les p ; ques.: toutesfois ie pense qu'elle n'en íift
pas morte , car elle n'eust pas reçeu des playes incurables , ny
des bleíseures mortelles j ioinct:
qu'elle auoit la mine de prendre son mal en patience , &
croy-ie que son ieu n'eust pas
defmenti ceste mine. Ie ne diray pas qu'elle fust marrie de
ce retardement , car elle n'auoic
pas autrement donné parolîc de
fe laisser encor aler. Ie m'en remets à vous aurres , mes Dames,
qui cognoissez l'humeur de vostre sexe , & qui pouuez par
G 4
coníe-
152
La première journée
conséquent plus sainement iugerce
. qu 'elle auoit dans ï Ame. Mais pom
mó Pèlerin, c'en estoit faict, ie m'af.
seure que c'eust esté la derniere
heure de fà vie, pour le creuecceui
qu'il en reçeut , sans ce qu'il appréhenda qne fa mort fust cause de celle de sa Dame , & le rendist par ce
moyen homicide de ce qu'il ai oit
de plus cher en ce monde. Ils partent donc tous quatre pour retournçr au logis , & paivoe que le* Ictix
de la bienícDisce vouloyent qn'Ouranide marchai! ainesfamerc,&quc
la courtoisie , & f Amour d'Iderce
ne pouuoyent souffrir qu'il delaisfast sacompagniejils eurent encore
Dessein Je temps de faire ce dessein. C'tstoit
mour que nostre Amant rcuiendroit vn
facile.
quart d'heure âpres son deparr, &
entreroit dans le jardin par dessus la
muraille, qui n'estoit pas des plus
hauteflcueeSj &fíl voyoit vne efcharpe jfabelle à la fenestre de fa
maistreífc reípondant fur le jardin,
il
1
Du Telerìn^ ■d'Amour.
153
ipouiioit aíTeuremcnt venir auec
nceschellede corde, si la corde ne
ompt, vous verrez , qu'on íaccordeia. 11 y auoit bien à dcumer,pqur
di.rc.qui p! us le désire des deux. Le
cousin de nostre Amante prêd congé d'Epìmelie, & d'elle, Iderée en
f.í'ct de meírnc auec autant de froideur que de discrétion. Ils deuisent
s'en. retournas, de ce qu 'ils auoyent
!ì bien passé le temps. Nostre amoureux diioir à son frère d'altâce ,qu'il
auoit vne belle, & galante cousine,'
& qu'il estait le plus cótent du monde dé £a noir- v'e ire, ckd'aupir faict
teste cqgnoiíîancc. L/auire repart,
ie veuxjcher frerc , te la faire veoir
plus part iculieremçt,& auec moins
de cérémonies . ie m'asseure,que tu
trouueras fá epuersaaon beaucoup
.plus agréable , & r>íul douce; & ce
fera si tu veúxdcs demain, que'nous
employefons fapres -disnee à ceíte
visite. Iderée s'accordoit bien à l'vn
pçint de ceste résolution, de la voir
G 5
de
I ç Bf
LA premkre journée
cL- plus presjm is à sautre,qui cstoit
d'attendre au l endemain , il n'en
eíroit pis fort délibéré , ny en voye
de l 'eítre.Il le tefmoigna bien en effect, car estant arriué à íbn logis fa
plus grand halle fut, d'aller donner
feícalade au jardin , pour eflheler
âpres la chambre, aux feneílres de
laquelle il dcfcouurit,au lieu de lesImp» charpe jsabeîle , la belle qui fattencience di 'ir, & luy faisoit signe du gand,
d'vne
qu'il s'aduâçast fans rien apprehenfi
deiîreu derjCarsa mere laíïc de la proraele de
nade paífée , s'estoit ja retirée pour
faire
le faut. lucrai te du íerain, carie cours de
ce iour s'inclinoit vers le tard , & le
Sol; il vers ceux de ïoecident, qui
nous scmb.'oyent des ja le pouuoir
prendie à belles mains,nous imaginant qu'il ful^ iuíkment fur la lisière dç no'ìre horifon. Or ayant franchy ce faut , & regardant çà, & là,rl
apperceur la porte du jardin ouucrte, c'est pourquoy il íe mit à couucrtdans la tonnelle dcLaurier,cti
Du Pèlerin d'Amour.
15£
il auoit si ardemment entretenu sa
Dame, pour de celle cy se glisser
hors de la veùe des persotmes dans
vue autre d 'aubespins fleuris,agreablc, & ordinaire repaire d'vne douzaine de Rossignols pour le moins;
les deux estoyent dressées en potence, si bien qu'il pouuoit aler de l'vne
à l'autre fans se mettre en raze campagne, & s'approcher ainsi du rendez vous soubs la íaueur de leur
voile, & de leur ombrage.il n'auoit
ei
pas sourny à la moitié de ceíìe car- á ^t
riere,quand il entendit vn bruict de presagens accourants deners luy comme
à bride aualee, desquels ívn se print P rand
:]
à crier entrant dans lelardin.Parle ™ ' ~
sang Dieu môsieur le galand ie vous
auray,&vous seray payer la folle,
enchère de voz sinelses •. Ie veux
leurrervoz rufes,& vous apprendre
d 'y venir vnc autre fois à voye ouuerte.Au faftheux rencontre de ces
parollesinopinc'cs,il s'eílança, & fe
nuiísa dans vn des cabinets dtfro-
f56
La première j oumee
bez le long de sa lice 5) si le battemcc
de cœur , le pantheìement , & la
crainte d'vne descouuerte y entrèrent quant , ckluy, nous n 'en prendrons pas lágue pour ce coup,mais
nous ingérons de ses esmotions par
les nostres, si en pareille surprise
nous nous voyós des gens en queiie
s'escrians en ceste manière : dont
Dieu preserue tons les bons compagnons pour ramour de leurs Dames, quand ce ne serok que pour
euiter leur scandale. Et parce que
vostre curiosité me semond, & me
preste de vous dire, que c'estoit le
rmistre d'hostel d'Epimelie courác
âpres vn page,pour quelq sriponnerie,ou traict de passe passe qu'il luy
auoit ioùc ; ie vous diray. q ce page
fut prest à se cacher au snesine endroit* ou nostre Amant auoit faict
saretraicte , & vouloit des ja tirer
les branches à collé pour auoir feutrée plus libre(car son suiuát hiuoit
perdu de veùe , pour cííre vn peu
trop
■ Du Pèlerin i Amour.
157
■op lourd, & chargé de cuisine,ou
Bluy -cy n 'auoit que supplcssc, &
Igeretè) mais iîfaduisa de passer
litre, pour gaigner vn autre cabinet ayant deux sorties:afin que s'on
Ivenoit surprendre d'vn costé, il íe
■eust sauner de tautre. Ce maistre
Thoílel ne voyant plus le page , fe
lit derechef à crier venant vers
Idcree. Vous vous estes caché dans
les Lauriers monsieur le rusé ; mais
e vous en feray fortir,quand i'y deirois mettre le feu, & n'y aura cabiet que ie ne lurette de ce pas fans
iViirester .il trouua dócle premier Ceníir
uide, & venant au second ou mon mation
du maelcrrn estoit il entend vn petit lheur
ruict,& comme vn bégayement de de ce
branches de Laurier , qui se presso- présageyent tout bellement l 'vne f autre: il
eííoic si proche de ce briiict,qu'il le
iugea aisément au rroisieíine cabinet, voy là pourquoy sans s 'amuser
ÍU second, il se lance vers l'autre,
craignant que son homme gaignast
au
158
La première journée
au pied,comme il rît sortâr. p3r f ancre costé quirespondoit sur vn patterre de fleurs. VOUS auez beau fuir,
Ccstin
cident fescria lepoursuiuanr, mais ic vois
d'appa- happeray sâs courre, quoy qu'il tarrence
de. Au troisiesme tour de ces paroimalheules eípecisiantes, & particularisâtes
reux ne
le fust mieux ce dot il estoit question, nopoint stre A mât fort d 'esmoy, & íè raiTettd'effcct
re en ses aîarmes,& descouurât vne
Comparaisó espece de canôniere artificiellemét
d'vn ca reípôdante dam la tónelle aguigne
binet
de Lo- ce maistre d 'hostel: comme s'il eust
rierà esté dedans vne eschauguette pour
vne
guéri- descouurir son ennemy,& le vit dete.
sarmé ,veuë,qui (sausmeilleur adui.)
ne luy sut pas à contrecœur .Or laisson -jle ausfi aíseuremét r3ppaise ,que
paisiblement rafìeuré, & voyons la
mine d'Ouranide, laquelle n 'auoit
pas veu cn; rer ces gês dáS le iardin,
parce que la porte cstoit_auboiit
d 'vne autre lónclle se sinisât à celle
desaubespins,ou faveuene sepouuoit eíTendre, si bien qu'oyant crier
le
Du Pèlerin d'Amour.
ï 5£
| maistre d hostcl auec des menaes prefagieuícs.& pancLantesà" la
efcoiu erte de fes amours, elle eut
Ime si ( fTrayec,& si hors d'elle mes
le, qu'elle ne sçauoir à quel sainct
m vouer, sa gorge s'enfioit, & se dep
■enfloit excefíìuem6t:ie ne vo parle
las du continuel mo mienient de fes
letins, mais d'vnepeur panthelâte,
lui violentoit ía poictrine de telle
laçon, qu'elle sêbloit à force de respirer, la vouloir priuer de sa respiraJticn. Elle auoit fermé les fenestres
lpouraguetter,& descouuri* à trauers leurverricreîiífuë de cest incident. Et voyât le page sortir au parterre des fleurs , prenant fa fuitte
' vers la porte , fe monstre à la fenefire , Se l'appelle , luy demandant
quVst ce qu'il auoit à fuît. Madamr ìíllic, dit-il , le mailtie d'hostel
auoit demy-douzaine d'sbricors,
dedans son cabinet,i'ay trouué moyen de luy c n prei die les quatre,
& pour ce suliect il me poi.rfuir,
Í
&
\6 o
La première journée
Habile
& me menace de m'en chastier. Et
1
j? ,^ bien,refpondit elle,ie m'en vay k
fille,
prier de vous remettre celle-là, a
pandant allez-vous en dire au jardinier qu'il ferme ce jardin à clef,
car deux ou trois chiens y font entrez tout à ceste heure,qui ont gatìé
tout plein de fleurs. Le maistre
d'hostel fort âpres ce page , âpres
auoir promis à Ouranide de ne luy
rien faire, & le jardinier ferma tost
âpres ceste porte. Ainsi les plus habiles renforcés leur courage au péril , &le .rebfçhent eessubtiiitez,an
lieu que les sraii-uifuesfamollisiént,
& luy í ont quitter le dé à l'estour?
diííêmení de leur effroy. En fíu
ceste belle estimant qu'íderèe feroittrop de fe-jour dans ceste priíônrde Laurier, qui prefageoit fa future, & prochaine victoire, le cóuia
quú^erjceste-gcole par îairde ces
semonces.Laurier•, qui me tas fçeu rauir,
ll faut que lu me le redonne;
Car
Bu Pèlerin d'Amour.
161
Car tu ne luy feux pu seruir
Et de prison , ejr de couronne:
Carends-le moy doc beau Laurier
Et ne me fais pas tant crier,
mion cœur ,fi l 'Amour t'a musé.
Pour en faire vn fi grand mirade^
Sache qu'il 'n'a pas de lais
LA'ton deftr vn seul obstacle,
ll n'y a qu'vn retardement,
Ces que tu viens trop lentement*
situe captif oy ma chanson^
Et l'oracle de la parolle 3Quitte, ceste verde prison^
Peur prendre vne plus belle geoleì
Do;it la geôlières toy danuicì
N'aurez qu vne chabre^ó1 vn Ucl»
Ha!vrayement,Ia beî!e,vous n'estes
pas fore versee en musique, il y à du
discorden volrrecofertjdont l'vnis- Comparai.'ó
fon deuroit estre le fondement.Car del'avous abaissez voslre voix, à mesure mour à
la muquevostre Amant efleue la sienne, sique.
c'est bien îesteuer , de la porrer d'vn
lieu si bas, à vne fenestre si releuée,
ou
i6t
LA première journée
ou ces cordons de soye luy font cf
chclle. Vnifîez vous dóc tous deux
& fharmonie en fera plus douce , &
plus délicieuse*. II embouche des
mieux la moyenne partie , ie vous
en donne ma parolle , & fçait encor
des mieux comme on doit tenir lc
dessus. Vous deuez aussi sçauoir,
que le bas supporte lc poids des autres,& vous en seruir en musicienne
naturelle. Quant à luy il n'y a chemin que sa science, & son art ae luy
ouure par la clef de ja nature, il entonne, il pousse, il fredonne , il roule, il descend, ilmcínte, ils'accor*
de , il fournir, il s'esforce , & fait la
pause comme il veut. Si vous trou*
uez que le B. mol donne la fin à fi
musique, vous resentirez à vostre
gré que le B. dur luy donne le commencement , accommodez le donc
devostreBassus, pour assortir plus
parfaictement vostre belle Musique.
Voila donc ce beau couple, qui
s'ac-
Du Pèlerin d Amour.
1 6$
'accouple si bien , que de deux il
en saifoir qu'vn. Les yeux, les leires , & les mains estoyent en terre
e conqueste , pour conquérir ce
quipouuoit contenter leur enuie,
ík plaire aux appétits qui charouilloyent leurs sens : ils taschoyent de
se vaincre à l'enuven ses délicatesscs .Si vous auiez le loisir de me resi pondre, Idcree, ie ne serois pas
conscience, de vous demander librement touchant vostre raaistrefse,
Qu 'es ce que le rayon de son double
Soleil?
Qu'es ce que l'embonpoint de st iciie
poupine?
Qttcs-ce que la douceur de sa ma 'm
yúoirine?
Qu 'este que deson front le gracieux
Orgueil?
Qu'es- ce que de son col ces attrait!
nompareil?
Qu 'es ce que les appas de fa bouche
diuine.
Jgtgejtce
1Ó4
LA -première journée
Jjhïefí- ce que la blancheur de fagor^t
rofme?
gu'.cft- ce que de ses monts le bouton fi
'vermeil?
Quefi ce que veoir a wtd l'ob
jecí qui nom ajfolle?
J£uejl-ee que Tentretien de fa douce
parolle?
Qu'est-ce que baifotter fa leure fins
sciour?
.
J^u'efl -cr qut le toucher de et
. foint qui no w bieffe ì
Qji est-ce que leio'ùir d'vne telle maî-
tresse?
Cefi U félicité du Paradis à'Amour.
Ie ne puis pas vous déclarer au
long , & par le menu les cheres priuautez, & diueríìtez de caresses de
ces deux ieunes folaltres ; parce qiie
ïapprentif ne discourt iamais en
bon maisti e de ces affaires,i'en hisse íexplication,& la représentation
pkis ample, ck.pius proíixe~à ceux
que feípreuue à mieux endoctrines.
Du Pèlerin d'Amour.
1 65
és,comme leur estant plus conuerable.Tant y a que ce que la jeunesse, l'Amour , & la beauté auoyent
Ide -plus exquis,en fespargne de lcúr
nignotise, &enla reserue de leur
rdeur , tou t fut prodigalernent cómuniqué à ces deux belles Ames:
Car ce que les plus experts , & les
plus artificieux , ont de plus rauiffane , parmy le cours de leurs délices, tout cela est bien Ioing au des
soubsdeces rauistèments. Ce n'est
pas tout Iderée, il n'est pas question
de s'endormir cn sentinelle , il faut
destoger sans trompette , ou vous
courrez deux grands hazards : l'vn,
d'estre surpris fur la prise que vous
auez faicte : l'autre , de perdre la seconde iournée de vostre pèlerinage.&pour les preuenir partez de ces
délices, pour partir d 'Allemaigne,
& prendre vostre routte vers la
Frânce,la couruée est bien longue,
haítèz vous donc ; voila le temps
qui se dispose en vostre faueur à
nous
I€6
La première journée
nous ramener vn beau iour. Si \K
mourv^us a permis de prendre ses
plaisirs , ne permettez iamais que
fès plaisirs,vous prennent. Vn passager forain comme vous ne doit pas
s'amuser à la mpustarde.
6
sent/- "
II lut finalement neceíïàire , nemét de cessité cruelle, & pernicieuse! il fut
Ames necenr *J ' re dis ie q ces deux Amants,
qui se qui s'eíb iynr si estroittement vnis,
séparée /e desuiuíscnt , & veillent vnies les
la i 'uii larmes à leurs yeux, & les reg-retsà
since
l e n rs bouches; les vents des fousA nou» P irS à celles c y î &' la P Il, yé des
pleurs à ceux la Quels creue coeurs
à ces cœurs ! qui s'estans veus vainqueurs de leur Amour, se trouuerent vaincus de íinfortune: Quel
malheur à leur bon heur ! pensant
estre les premiers au rang des bienheureux, ils se trouuent les derniers
auroolledes malheureux. De quel
defpit leur esprit se defpiteî le iuis
plus que contents de ne vous pouuoir represéter les tristes Adieux de
ceste
Du Vtlerìn £ Amour.
167
(te cruejle départie, pour ne m'e|re jamais. trouué eu ces extremilz: Ioinct que mon humeur n'ayât
las beaucoup de sympathie auec le
Égrct.mes Dames, vous m'excu reKZ, si te ne puis qu'en prísint vous
E faire,ie dis, en!endre,aun*î croy-ie
lue vous m'cnten lez, prou quand
K n'en purlerois qu 'i demy, ie doy
leste créance à la g ihn i!e de voz
Iraues esprits.
n
' Co nme Iderée fut parti,Ourani- j^. *
le despitée , & repentante de ce d'vnc
fiilc
nielle seítoit laissée reduire, & ayant
ìailtriser aux 3ppetirs de fa folle seict la
tcune sej considère de pres, comme J?""^
[Jabresche quelle auou faicte à íòn amy.
ìonneur cltoit irréparable ( il faut
aduoúer que ce changemét si própt, r^ pí "
& si cstráge estoit vn coup du Ciel.) des P uellerecognoift qu'elle à rompu le «lage*
n
meilleur cerceau de sóaiuV-,& cuil <J_
liauant la saison , ou pour le moins crau
a
hors de saison, la plus belle fleur de ™ c
son parterre : elle festoit tant tra- fleur.
uailíce,
168
La première ■journée
uaillée ,& peinée pourvn plaisir
court,qui n'auoit eu qu 'vn rnomá,
ou pour le plus qu'vne nuict: de du.
rée interrompue par de longs intetualíes, & qui ne luy laissoit qu'va
cuisant repentir,& dont la soutiens
ce estoit pour elle vne geine inhiimainejsi bien que peu à peu sa repétance la tance de cesteoffence ,&
luy demande pénitence en ce sorsaict : Elle médite îabus , & vanité
de ce monde Jes malheureusesruíès des Démons, íbstétation,& tentation de nous meímes^Sí se resoult
d'auoir son recours à la miséricorde de Dieu , qui ne ieftre pas U mort
de ceux qui transgressent ses commndéments^ qui l'ofencent en preutricatetirs de ses diuines loix : mais qui ft
refìoiiist plus fur vn pécheur pénitent
que fur mille iuïies. Ceste diurne bo-
te la voyant dispoiée à reparer sa
saute ,enuoye Ion sainct Esprit sur
ceste- Ame, qu'elle ne vouloit pas
perdre , encor qu'elle se sust quasi
perdue.
Du Pèlerin d'Amour.
i5<?
rduë. La voyla parce moyen, 3c
joye secrette reseruee à Dieu seul,
lu te délibérée à se rendre religieu»,& mit huict iours âpres fa delibe
«tion en effect,& fe rendant côpaiIne de fa couíme,S'abrie du meíme
loile qu'elle auoit pris , & íobìi^c
|uxmesmesvœux,&aux règles les
ilus austères de l'autre: &vefquie
làinctemêtdu despuis tout le rêps
le fa vie,auec telle austerité,qu'ellc
lèruoitde miroir aux plus deuotes,
p zélées de tout só monastère. L'oaiíon,& la discipline estoyent fes
eux ailes,qu'elle agêçoit,& diípooit iour & nuict,pour voler dans le
ein d'Abraham , &faccoster de la
Magdeleine , à l'interccífion de laquelle elle Festoit particulièrement
recommandée ,1'ayant eíleiiepour
fasaincte, le ieusne,& l'abstinéce se
trouuoiët alternatiuemêt auec elle.
N'estce pas vn exemple digne de
niemoire,& de remarque, pour celles qui franchissent au mócie le mefH
me
1 7o
LA première journée
me pas qu 'elle y auoic frâchi.? Net
deuroyëc elles pasadmirer,& imite
tout ensemble ? Et puis qu'elles on
íliiuy les traces de ses plaisirs, &è
ses voluptez^que ne suiuét elles pat
meímemoyëla voye de son repeì
tir,&de sa religió? Mais que de cô»
uents nouuellement édifiez à tout
cela!&que des foules parmy leurs
cloistresl le siécle d'or se remettroit
en son règne pour les charpentiers,
& massÓs.Toutcsfois celîes qui pro
feíTeat l'honneur, & qui ne voudroyent luy faire vn faux bond au prix
de tout cest vniuers, auront plusde
mérite deuât laMajefté diuiiie,quád
elles se feront garanties d'vn péché
fícomunement pratiqué fans ferupule,qu'iííembíe, que la coustume
veuille authoriser son iniquités le
foire paíser au rang des actions ho-'
norables& vertucuses^puis que I'ó
enfaít gloire en ce temps malhetireax,& peruers,ou le vice se targue
«fFrontement du nom de la vertu.
' -
SECON
FECONDE
IOVRNEE
DV
PELERIN
B'A M O V R.
A foy ie ne fçay quel
% \/í'f% chemin mon Pèlerin a
S*
>fe| tenu, il ne faut pas que
v^^j'w '^ v °us en mente , ny
jue ie vous en flatte le dé; tant y a,
lu'ilest venu bien viste, puis qu'il
estoit n'agueres fi loing de la France, & qu'il en estaceste heure si
)rés: ce íbnt de fes diligences d'A|mour,& des fecrettes menées ,&
admirables opérations de la diuinité, qui luy sert de conduite , dont le
train se defcouure si peu, qu'il íèroit luy mcfineempefchcdele dire.
Aussi bien n'aspirant , qu'a la fin de
H 2
son
1 7^
T>tt Pèlerin d'Amour.
son pelerinage,il ne samuse pas au
trement, à remarquer par le menii
le pays ou il passe. Voila pourquo
íè rendant si peu soigneux,& íipeu
curieux de finformer des coustumes , & manières de viure des vit
les,
Prouinces qu'il voit, vous
n'en apprendriez pas pour le présent, des. nouuelles de luy : mais
adressez vous à son gouuerneur,
qui rédige par escrit toutes les belles curiosicez , & remarques, qui sc
présentent à íès yeux, ôc ie m'af
íèure que vous aurez du contentement des oiiir discourir. Ie parle à
vous bonnes gens,qui estes pluscapables des curieuses recherches de
Ces antiquitez,que des nouueautez
de l' Amour: ie vous adresse justestement à ce qu'il vous faut.Cepandant que vous feu interrogerez,
permettez moy , que ie m'accoste
des personnes de mô humeur,potir
les entretenir d'vn PeTerin paíïîónc,
qui à souffert vne cruelle journée
en
Du P eîerin d'Amour.
173
son voyage,paísant auiourd'huy
'aric , le pourtraict racour cy , 6c
merueilie de fvniuers.
c
Celte grand courtisane de Sici- a°™pá
,qui portée fur les ailes de deux dcLays
|esiss,fvn de gaigner de fargent, à k
■autre de suiure sa volupté, guida strdj-a
Ion vola Corinthe , ou elle habita ^ «
fort long temps,se rendant plus pe- . ■
lunicuse , & voluptueuse de momien î en mornent fut cause que ton
ít ceprouerbe : qu'il n'appaucnoit
bas à tous d'aller à Corinthe ; d'auant que pour auoir rien d'elle , il
aîoitluy bailler ce qu'elle demandoitj tellement que ses demandes
le plusfouuent exceíïìues, seruoyentd'vn Souuerain remède, pour
desgouster les ieunes gens qui defiroyent de laseruir. l'en appelle à
tefnioin oculaire Demoíthene , disanc qu'il n'achetoit pas vn repentir
dix mille drachmes C'estoit vn
morceau bien cher vendu , pour
estre aííèz commun. De mefme
H 3
pour-
174
Letseconde journée
poùrra-oa dire de la maistreíïè qu'l
deree aura peur ce iourd'buy, qu' :
n'appartient pas à tous de venir
Paris : nou pas à cause de l 'auaric
de ceste belle, & de ses désirs lucr
tifs j mais à cause de fa cruauté, 3i
de fer> defdains ineuitables. Car à f
pourfuitte de ses faneurs ,.de tous
ceux qui brigueront fcs bonneì
grâces, ceux la paruicndront feule,
ment au but de leur attente , ou]
presteront Ie serment de fí.dclitél
-la constance de l'Ainour , résolus
dtfcháger lavis a h mort pluíloliíj
í-es de se plaindre de fcs rigueurs. Mais
lorsque neus entreprenons vnafzaiás fa i re de grande importance, &qui
tint* " apporte quant & íby beaucoup de
plus de difficulté ; la gloire d'en sortir,
01ie
&- - ['honneur fauue,doÌÊ-sortifier,& ao
croistre les forces denoílre courage , & nous deuons à demy mespriíêr les trophées, que nous pouuons
aisément acquérir, n'est ce pas des
grands périls que l'on tire les gratis
erites.? & ne font ce pas les grands
bstacles , qui nous fournissent plus
'honneur? Et pour ce fubiect, Idece, vous ne deuez pas vous eífraer, ny marchander à vous rendre
íclaue de la beauté cruelle de ccstc
elle cruauté. Voulez vous pas fuiire vostre instinct naturel, & le deìr dont il fefubstente luy niefme,
ui vous fcmond recercher les bêles, & aptes les auoir recerchees les
rencontrer, & les ayant rencontrées, à les admirer j & admirees,îes
chérir, & âpres les auoir íìdellement chéries , de vous vnir à elles , pour les poííeder , & pour
estre entièrement possédé? Et pui#
Jque ceìle-cy est vne des belles de
[nostre France , ayez fiance en vostre fermeté , & colletiez moy
courageusement tous les destourbiers, & mauuais encombres, qui
voudroyent affoiblir vostre audace.
Sçauez vous point j que celuy la
n'est pas capable de iuger de la.
H 4
dou-
La seconde journée
çeur qui n'a gousté quelque pej
d'amertume? & que
Ceslvne grand' témérité
K^ÍUX amoureux de nojìre Francs
De penser sans nullesouffrance^
lomr d' vne grande beautés.
Pour seruir vne Deité
Il nous saut plus de reuerance,
Plus de respect , &de confiance^
Qu 'en seruant vne humanité:
Pour voler en vn lieu bien haut
ì
Par maintes remises il faut
Qu 'vn vol courageux nous j
traîne.
Car tous les Dieux ont &rrefte\
Qji 'vn grad bien n'ejl pasmerìtê,
Si l'on n'endure vne grand peine.
II semble à vostre morne contenance, que bien heureux sont ceux
la qui n'ont ny iugemenr, ny entendement, pour décidés de ces affaires-.- Car bien qu'ils n'ayent pas ce
bien , d'efperer aucun bien, auffi ne
font ils pas si nia!, de craindre vne
èfpece de mal .• & par ainsi n'eíperans
Bu Pèlerin â'Amour.
1 77
ans rien , ils ne peuuent désespérer
t vien. Mais c 'est à faire aux Ames
iles , & balles, de n'estre pas capalles d'vne belle espérance, lesqueles ne peuuent non plus gouster, ce
'oux contentement de vos délices, Cópaaiío n
ue reseutir le mcscontentementde j u ,
fur meladuanture. Ce Ion r des ap- les fgas enuenimez que libelles, con- Ines
re lesquelles il n'y a point de prepa- p"s enatit,ny de preseruatif que l'igno- ucni "
ance de leur estre: Ce sont ces íiib- Autre
tiles magiciennes, qui charment de ««parai
la feule veùe tous nos sens ,&ne t»elles
déclarent iamais, qu'entre elles, la aux ma
ea
deiiurance de ces charmes ; si bien ^ '
que la guérison se peut seulement Autre
clpcci de la mesme main qui a fait ^"jjfî
le coup. Ce sont ces parque^, dont des belus
les fusées de nos v*es font defui p*'r *
dees, qui peuuenr en rompre k fiì ques.
tr
ou bon leuríemble ; comme si yn ^ *|
potier cafToicvn pot a demy fait.Ge raison
bel
íont ces b' lies fi*, urs , qui doiucnt ^ cs
fouir, de parade aux couronnes de geurs ,
H 5
nostre
ï78
La seconde journée
tiostre gloire. Çe sont en fin les belles , qui nous rauissent à nous mes.
mes, & nous eíleueiit aux cieux de
leurs diuinitez, pour nous rassasies
du nectar , & de I'ambrosie des
Dieux, & nous faire aller au pair
auec eux. Et partant ne vous laissez
pas gaïgner aux remonstrancesde
H. e mo- Polyphron , . qui vous dit , que l'Aftrance mourestvn tyran iniuste,qui en reCrC
j,^"
cognoiíîànce de ce qu 'on luy conraour^ íètue íà vie dans nos ames, par la
preuoyance de nos volontez inclir
nées à íòn aduancement, tache d'oster la mefme vie à nos corps,par les
inquiétudes qu'il nous donne. Que
c'est vne piperie , & vne présomption trop audacieuíêmentefperee,
de fofèr promettre la duree d'vn
iour, en ces voluptez-paílageres, &
vouloir renier nos imaginations
ducosté de ceste créance. Encores
fè veur ilferuir , pour exemple, de
tant de personnes embrouillées,
voire mefme perdues(a ce qu'il dit)
Du Veïcrìn d'Amour.
1 79
larecerchedeleur contentement,
|bubs jta bannière de Cyprine,penmt qu 'elles soyent bastantespo.ur
DlTrcíler laudace de vostre cou- cours
f ge-
cn fe-
Mais ce n'est qu 'autant de temps ueui;
e
lerdu , & mutuelement employé m our /
tour luy : car toutes les consideraionsde voz deuancicrs en ces camitez amoureuses , nc vous dis'uaderoyentiamais voz persuasiós.
f e vous ay-ie pas oúydire d'autreois,que c'est vn sacrilège en amour:
ue îimagination des choses a veiir,qui scia mis au regrstre de noz
m'quitez , pour donner vn iour for*
oup à nostre punition , & cn relire le chastiment plus rigoureux,
plus insupportable ? Et que c'e st
Amour seul qu'il faut loyalement
muraux gages de íes plaisirs Son
espect , & son authorirc doit seruír
'c baze à noz attentes ? & son pouoir vniueríèl & infini d'aíïèurene 3 a i'eípouuante de noz frayeurs?
Ayant-
1S0
LA seconde journée
Ayant donc raffermi vostre Espr|
en sa resolution , de peur qu 'il i
gliíTast és déportâmes d'vne humel
Compa inconstante & fragile, vous fcr|
n
^1y°
comme celuy qui se promeine , I
amou- quel Ce garde bien d'aller heurtl
U
vn quì ^ e
^ c contre vne piece de bol
se pro ou contre vne grand' pierre 5 aínl
meme. VOUS - au jfcre2 sagement de I 'œilíf
vostre prcuoyance , de n 'Ofreníl
- pas vostre Amour, qui vous faictí
cheller à voz félicitez y vous le gîl
derez du heurt de rinconstancej
du chocq du repentir, encor qil
selon vostre aduis , on vous veuij
souuenc rebutter à dessein.
Ideree aduerty qu'vne bonii
Sroupe de dames Je deuoyent ref
dre à ce matin à fhostel d'vn gra
Seigneur François qu'il cognoi
íbit,& lequel on.tenoit aux dernir
abois de la- vie , vou'ut se feruir !
ceste occasion pour faire vn ius
ment de noz beautez Françoise:
en faneur de la plus attrayantes
íaquel
Du Pèlerin d'Amour,
1 8í
quelle il receura tout plein de
cifaucur,& qui le doit dés obliger
ìille îois, de fobligat !on qu'elle en
ura recelie ayant cite jugée vne des
elles : le ne me hazarderay pas à U
ire la plus belle, parce que les aurcs fen picqueroyent, comme de
raiíòn,veu que parmy ce sexe la íèule beauté fais presque tout le ieu,
& que les moins agréables pensent
auoir dequoy íë faire aimer. II me
suffit de vous donner paroîle, que
ceíte fille iey, du nom de Calinile,
eítoit aagee de seize ans, d'vne bel cv \vûé
le, & riche taillé, & aussi bien prin- ^-vna
se,que pas vne de nostre FianceSes f^j e< i
eheueux ,d'vne couleur cendrés Seschj
retiroyent íur le b'ond, (' dcflìez,
qu'on nc lés fçauroit voir, vnà vn*
Voila pourquov ils íè mc>rrstrÒyettC
enblot naturellement fnfottez . Sc
refriíòuez d'vn poinçon,si bien que
faff'i &• la nature íaisoycnr à qui
mieux mieuxiiU efroyeut lorg- íusqu'aux talons
tremblas è» H à îa
vuiie
1 82
La. Jcconáe journée
veuë de tous , encor qu'ils fiíTcn
trembler tous ceux qui les yoyent,
ils se mouuoyent mignonnemen;
çncor que rien ne les elmeust : maij
ie faux j car les Zephires de l'A.
mour fen feruoyent incessamment
deiouët,& se jouoyent tour à tout
<dás leurs tresses anneîees,.& recref
pues, par les gracieuses bouffées de
leur mol efuantail, & auec leurs miI i>gnardes secousses les faifoy et pcíle
me
! saison
^ e cn * anser
tette- En fin c'eI desche stoyét des lassets, quineíê l'assoyét
àlsir- tAmi k d'enlasser les belles Ames,
fsetí,
lesquelles vns fois liées de leurs
nceuds,ne íè pouuoyent iamais desSon
lier de cesse liaison. Son front refront àfemD } 0 {tvne ta y e d'yuoire , voire
bkd 'y- fyuoire mefme, qu'vn gracieux orire
g^ ' a guej'j rendoit mageí'tatif, il estoit
' r , i('^ moyennement large, net, poly,sans
|du frôr ply,& fans ridurc;ainíì que ia rnaris ne
au us Deau e on 1 amie
caí'me
P'
^ *
> ^ ors
que les moindres ondclettes font
bannies, exilées, & soíiíïues de son
empirej
I ' Du Peler m d'Amour.
1 8j
ipire; il paroissoit releué, & comLes
lesoustenu par ces deux arcsbou bour1ns de son appuy. C'estoyent ícs cis com
parezi
eux fourcils,voutes,pliez en dcmy deux
ercle,ou ie pesois de prim abord, ires
boutas.
u'on eust collé vn fildhebcne, ou Î.A vn
e soye noire bien deílié : I'ay veu fil d'he
bene
: Croissât errer parmy le Ciel , aux pu de
\uiâs les plus Seraines , trois ou soye.
Au
juatre jours apees l'on renouueau; 5.
croissât
nais fa courbure ne fut iamais si
bien priíèjque celle de ces sourcils- 4.l'arçA era.j
Barc en-ciel vray courrier d'vne Ciel.
lpluye menue , se monstre fpuuent à
(mes yeuxmiaisle ply de íoii demy
rond est tousiours grossièrement
courbé, au prix de leur voulte mi- f. A
deux
gnarde; ils me figurent deux arc6
d'Amour tousiours tendus, & prêts
alaseber les poignants traíòìs, que
Ses
ses deux yeux defcochent.Ses yeux yeux %
grossistants à fleur de teste, brtl lo- deux
bolêilïyer) t comme deux clairs Soleils,qui
fle deuoyent rien de leur promptitude au mouucmentdes Cieux: 6
Dieux!
1 84
La seconde journée
Di. uxlquc nepourroyët cesbea
yv ux gracieux ? car ce sont eux ,d
quels ivneítrépiy d 'appss, Sc h
tre de treípasj l'vn adoucit par
douceur,la rigueur que faune m
stre en apparence . íì ívn eít nï
pour nous blesser , & lailser en ms
tyre j íautre n 'a prins naíiut
ce , que pour estre le vray remed
de cesse blessure .* ie m a íïeure, qii
iamais homme ne trouua du reft
pour les semonces dt leu s teux
Gompa crov ieque le Ciel s'v remuât lou
duCie! uartt , comme dans les miroi ;s
11 1, ae es <:Mr nue reu>
Pigaia
l >'
''
P
d minci
W Pi ^malion en son idolâtrie , & si
rendre idòlV't e de son ouurage tá!
ilsrauissent ce qui foppose à leurs
oeillades, 8/ ce fans exception des
diuimtexmefmes; lAntoui soir de
preuue à mon dire , qui íe p'ande
brasier ses ahierom dèdariy leurs
S o. nés ,j ol!CCs fftn rn
Son nez n 'eitoit
ì
ny trop grand ne rop perit , mais
d'vne moyenne giaudeui^cic laquel-
Du Pèlerin d'Amour
Ig5
as vn des autres ne fe vit iamais
belli : vne infinité de personnes
rayant si mignardement tirc,&
dmirablement coloré , pensent
onayt collé dessus des feuillet*
de roses , dont la disconrinuan leur demeure incogneuë , dt
kon qu 'ils y admirent, ce qu'ils
I entédent pas, & ce qu 'ils n'y peuI :nt pas recognoistre ; il ^aboutît
li deux narines diuines , par les- „
I .ìelles le nectar, & îambròsìe cou- r j ncJi
Intcn abondance pour en fournir
Lx Dieux fils en auoycnt affaire:
livous auez iamais veu vn petit Le nés
pa
Krtre moiennemcnt reloué,* endos ^?™
re a
In deux belles valees,voi.'s auez veu vne ter
tre>
le nez. Aux deux Costez limitans
[es deux exrremitez de fafii_e,vous oreilles
puífies veu ses petires oreilles vnies,
rondelettes , ou le blanc, & le
ermeil fapparioyenf clgalement
eílemcíle confus jmais d 'vne confusion si douce, & si b en agencée,
qu'elle tenoit lieu de aierueille,d'vne
l%6
L(tJècondejûur»ee
ne confusion derechef inimitabl
de 3a nature mesme , qui les auo
formees,quand ellevoudroit rem
Cópa- nira I'essay d'vn si rare chef d'au
raison
ure : i'incarnadin d'vne rose nound
des
aurcil- le,entotifee d'vn verre de cristal, ld
iis à
vne ro- reprefcnteroit assez naïfuernentj
se.
mais non pas aísez parfiuctcmc
Ses
Ses iou-cs entre blanches ,"& vcti
Le ceint meil'e^jauoyent lc teint plus deílii
SÍ*
que les fleurettes iolies au com'naí
cóparé cément de la prime, aussi Íèmb-Ioycl
lu
***
ries y elles csgalemêt couuertes des seuils
sieurs. ks, delis,&: d'oeillets , leur env
bompoint eûoit si poupin , &1«
rendoit si rondement grassëlettes,
qu'elles estoyent suffisantes pont
tenter les hommes, & les Dieux:
combien de personnes ont désiré de
les voir, au seul récit de leurs perfections /maîs combien ont souhaitté ne les auoir iamais veuës, au tesentiment de leurs fecrettes opérations? qui les voyoit fans les aymer,
n'auoit no plus de sentimét que de
saison;
Du Pèlerin ítAmtur.
187
isonj&qui les aimoit sans ies ador ,estoitauísi bien fins iugement
fans religion ; & plus impie,
l'iodcuot.Ses leures le vray sciour Ses
leures»!
la mignottise, & íagreable relire des attraicts, & du ris,femblont tacicement cormier vn chafcú
fauoifíner d'elles, & le femory
eàles venir baiser.- si ie vous sai- Oompa
rai'ort
sis voir deux feuilles de rofc fur- ci ;s lelageantesau laict frais efcoulá du ures à
deiu
lis,ievous monstrerois par rrresme feuilles
lioyen 1c corail de ces leures ,'Tur la de rose.
líanchcur qui leur sert de foustien.
fois voulez- vous me rendre canus S & fans repartie à voz questiós?
:mandez-moy si ces leures douernent,& merueilleufcment bien
iícourantes, me rauisient plus par
'ouye que par la veuë.? C'est à cela, Ses
dents
ueie ne trouue point de réplique: compa
Elles feruoyent d'éceinte à vn dou- rez à
ble rang de perlertes choisies, si mi- perle*.
gnonnement arrangées queivne ne
deuoit rien à l'autre , & faduancoyeat
1S8
Son
mcntó
LA secondée journée
yent toutes eígalement. Son men
ton vn peu rondclet,auoit vne peu
te,mais fort petite foíTctte 5 qui set
uoit toutesfois de cachette à f A
mour mesinejors qu'il faifoic fa rc
tirade venant de pjcorer les bellei
Ames , ou le partage du butin se saiCom- son esgal entre eux deux ; la blan.
parai- cheur de ce menton feroit perdre
ion de
le lustre aux plus belles plumes d'vn
la blácheur Cigne; il estoit gras , & qui plus est
de ce
de fort bone eJpd7èur,t ncores fauti
mentó i
aux plu il que ie vous apprenne,cóme cestc
mes
espeíïèur est vn tesmoignage eui-[
d'm Ci
dent, & vn signe infallible d vne|
gne.
enfleurequ'eilcceloit plus bas,iiistement à son <>ppoiìte:chaseun n'auoit pas la clef de ce secret incognu de plusieurs; voila pourquoy
beaucoup n'en íçauoyent pas faire
Sa maí. Ia defcouuerte. Que vous diray ie
de fa main, sinon qu'elle à reçeu son
estre, pour arra.. her noz cœurs fans
nous fjiredu mal < f Amour auoit
mis la main aumagazin des cœurs
Du Pèlerin d'Amour.
1 89
u'íl auoic bu inez cs quatre coings
Fvniuers, 6k pour en fuite vn feu
e ioye les auoit tous entassez, &
noncelez fvn surfïautre,maisUne
ouuoit personne pour en moyenlerlabrusl ire,- iusqu'à eequeceste
Belle rnain y vinst m. ttre le femelle
lit longuette,grassète, potelée, dou
letEe >ck aboutie de cinqtreres gémeaux, couronnez de cinq perles «.esoolaillees comme en forme d'ouale, gic*.
[naisvn peu pîus longuetes: ou de
cinq diamens de la me fine figure,
tusquels touresfois la viue couleur
u deífoubs donnoit du lustre
omme s'ils fussent misen ce u ure.
Son col ressembloit vne co'omne ^ oncoj
de marbre blanc curieusement ar- compal
rondie , qui seruoit d'appuy à ce ^CQm
beau chef; chef d'œuure de nature; ìo.nne
mar
mais vne colomne enuironnee de bre
^
neige auec telle indulriie,que l'art, blanc.
& le naturel en partage oyent l'honneur, & d'vne fi bonne grâce, que
les Grâces mefmes en auoyent
honte,
I po
Laseconde journée
honte; &cachoyent les leurs roui
gissants,pour n'auoir pas lesappaJ
& la beauté de celuy-cy:à quel pj
pos de carquant, à 'ce col ? est e
pour l'en orner? ou pour luy ferui
de parade ? non car il sert d'ornement auplus beau , que les cieií
ferrent en leur pourpris , & pa
leurs effects d'vne rareté si iolie ,8
si reîeuee, que ia créance de ses k
cogneusme fourniront iamais pou:
les eíleuerà la vérité de fa gloire,
Son
Au deísoubs de ce coîparoiííoitcî
Seinco j^ggj, fe i n } fa i n ct si e g e
\ Amour,
laict ayac le teinct mille fois plus douilcaiilo- kt,que le laict cail'otté fur la fresche jonchée, il estoit moyennemét
large,& vny fans apparence d'os, ny
de nerfs: il estvray,que s'on seuil
regardé de bien prés, on y cust remarqué vne infinité de petites veines tressaillantes d'vn sang pur , & |
Con a
?P subtil : la neise
paraiío
O non encores fout
du sein Iee,& close entre deux tertres au
à la n« fons d'vne petite valee à f opposite
des
Du Pèlerin d'Amour.
1 57 1
|s rayons de la Lune , ne cause pas
ht d'esblouyssemens, que i'eíclat
í celte blancheur faict naistre à'cCpyssement, à ceux qui vOudroient
)louyr par le regard de fvnc, &c
lsbahir par iaveuëdeíautrej tou|s comparaisons font manques , &
n loing au deííbubs du mérite de
Rsein ,ouîessein des petits amours
Jche,8<: ou le dessein de leur volée Ses teI brasse. Or ce beau sein essóit re- ^f.'
mssé de deux petites montaigner- deux
moul
Ks de neige efeallernent ,7 & moI
o
o
gaette»
anémient durâtes rvne de lautre, «u à
le la grosseur de deux pômes ver- deu*
veilles , lesquelles essoycnt à la ve- pomel
té désirées de tous ceux qui les
oyoyont, mais qui n'auoyent pas
ncor esté touchées de la main de opina
as vn : plusieurs regards îes auoyët ™* g
ccostees , mais pas vn doigt n'en &rcflu>í
la
uoit aDproché.
Ces beaux ,3 petits,
rr
r
' Mer au
oux fermes , & rondelets tetons, mouue
cn
uenous tastons par idée, ne pou- Jc 5 [ e _
lant les tastereneffect, souípiro- tins.
oyent
I
t$2
Lajeconde journée
yent doucement , & sans cesse;
fenfloycnt, & desenfloyent esgal
ment semblables au flux , & rerli
de la marée, qui fen reua auflî lem
qu'elle estoit lentement reuenc
Quand ie voy deux sraiiettes nu
Compa ries, à demy rouges, &à demyvt
j"b°"ut ìneilles, qui íê ioiians dessus la cn
des te- me, se meuuent tout belìemmt,»
deuV P eu distantes 1 vne de l'autre , ien
fraises, représente les bouts de ces tetii
cinabrins. le ne puis pisser outre,
me pousser a'uant vpourvousdilco
rir du reíle de ses beautez, quii
íom pas si apparantes : carpourî
parler selon la vérité, il faudroití
auoir obrenu d'autres priuai
te z, que les mie m es: Si toutesío
les yeux de nostre imaginatioi
peuuent estre si clair- voyanrs ,il
pen.;trer íbubs la chemise >& iugi
ce qu'on fímagine de plus cacli
par ce qui nous est plus visible,!
vousdiray. Ha! non,iene vousd
ray rien, de peur de vous trompa
Í
Du Pèlerin d'Amour,
r 93
z deceuant moy-mesmc : voyez
uicmcnt ce que ce sonnet vous
Jra des tetins , & de deux ou trois
Êtres beautez soubs arrangées cn
f-oicte ligne , & plus incogneiics à
f s yeux.
Ses montaignettes sousfir Antes
M 'vn doux & mignsrd tremblements
\mblent des ondes rauijfantes,
ni vont ey renont lentement:
Eì les grâces abou 'tisantes
Leurs deux coraux t/gaiement
Sont deux fraifettes ondoyantes
Leflïtsle laicl mignonnement.
A blancheur de cefle valee,
Ces de la neige non foulée,
Sa cuisse grasses ferme, ty ronds
'efl vn brasier a mille fiux'.
Et croy te que son entre deux,
Ces Je paradis de ce monde.
Or ça que chascun mette la main
ria conscience, &meconsefïè
ns se feindre , fil se picquerok
oint d'vne beauté pareille. Non ie
c sache point d'homme qui ne fen
f
coiffait
LA secondée journée
coiffait à la- première veuë , ou
Compa faU( j ro i t pour ce st e résistance, auo
ration
'í t i i i
r>.du
le cœur lemblable au Diamant,n
tant
Ur ^ ^ermet ^' <l ue P c
qu'il a. Voila po
quoy Ideree eust esté auííì bien ù
cœur , que fans yeux, fil nefei
bruílé dedans ces flammes, qui j
le moyen de la veuë, venoyent su
ter tous ses feux iusques au plus
celé de ses moelles, rauiuant
ceste voye imperceptible , ce
estincelie d'Amour , qui d'elle ir
me doit estre decelee ( car il n'y i
iamais si petit feu dont la fumée
Com " íè monstrast au iour )jamais la p
dre la plus feche , la plus subtile
«ìouràla mieux bassinée, iettee sur
P U
drc .° cnarDons ardents , ne se vit si su
tement enflammée, que famorce
cestè Amour print feu,; fans au
■ amorce, & fans autre feu, que le
de ces deux clairs flambeaux, &
ftíòrce de ces Charités. 11 fáiidr
toutvn iour diuiser vu moment
ten
au Dia
P°
manc. ^insensibilité
Du Pèlerin d'Autour.
I£5
crapsjpour efgaler fa moindre parie à la promptitude de çest erribraement. Nostre Amant festoit défait de la feruitade d'vne maistreíTc,
our entrer foubs la tyrannie d'vne
utre.- il estoit sorti de fa liberté
'Amourjtriomphante,^ pompeuc des faueurs les plus rauiííàntes,
ue la ioùiífanced'Ouranidefçeut
magincr ; pour entrer dans ïefcla3ge de son encombre,gourmandé,
(lubjecty , & martirisc par les defaueurs les plus inhumaines , & leslus cruelles, que cemefprisde Canile feache fournir.-car iamais peronnenefutsi cruellemct touchée,
plus outrageusement traictée. II
tait, &venoit comme vn flot va- Com ;
abond.tantost deçà,tantost delà, S-vT °
ans farrester , âpres auoir trouué
iiifaiioit arresté, & enrhetté tout
nsêblc :il ne íçauoit ou il en estoit, m <;vr$
Vlì Rou
' mefme qui est-ce qu 'il estoit; &
ui luy eust demandé íôn nom, il se
trouué biéempcfché de Ic dire.
I 2
Pour
LA seconda journée
Pour moy ie croy qu 'il se chcrchoit
luy mesine , comme il y a de l'apparence , veu qu 'il festoit si bien perdu.. Ie fouhaitterois pour bien pu.
I$6
nir tous mes haineux, & pour me
vanger en demy heure de tous ICUH
maltalentS) qu'ils fe piquassent d 'vne fiere beauté, à la guise d'Iderec,
ayants I 'esprit aussi troublé d'Amour, de crainte,de respect, d'appréhension , & d'impatience , que
luy. encor aurois-ie compaíCon
d'vne Ame si passionnée, quand elle
me seroit la plus ennemie du monde, & ferois conscience de luy délirer ce malencombre.
Et d'autant que ce Seigneur
François dont ie vous ay parlé rcstoit afrranchy de son mal, parce
<\\.ûi auoit rendu vnc pierre beaucoup plus grosse que tous ceux qui
font d 'ordinaire fubiccts à"la grandie n 'en forment : iamais homme
ne fa veue fans estonnement, car íà
grosseur est comme inci oyablc^mais
D n Velcrìn d'Amour,
'
î $-f
ou p- de ceux qui- sont moins inférez de la verité,ont affirmé fort obinemenr, & tenu pour impossible.
D'elle fust sortie d'vri corps huain , fi ce n'est qu'on l'eust ouuerc
pres fa mort : Ccste pier-re auoit
eípace de trois ou quatre ioursterv
enté & martirize ce panure parient, auec telle violence, qu'on
csesperoit de fa vie , Les médecins
enfui terent fur l'heurcte a st c relouent inespéré, 3íÌu ^ci'Ci;tLbtt 'E
alade hors de dangeT>& hormis h
oiblesse qui Ie debilitoit, presque
ussi íain que iamais. Toute la comaignie conuertit la crainte qu 'elauoit de fa maladie, en l'efperanc de fa guérison , & le dueii de son
pprehension , en la ioye de cesse
onsiance : on ne voulut pas fe trauailler en ces tristes humeurs; voila
pourquoy chafeun tacha de son coe
llé à les banir de toutes fes penfees5
par vne nouuelle resiouissanec
címettrc de fa place Ie creuecceur
I 3
qui
1 ^8
La seconde journée
quiks auoic saisis. Idereé, voyant
Calinilc j & Philide à l'escart dt
la croupe , prend ceste occafioa
par teseheueux, & va se ioindre j
elles jsoubs le tacite adueu de Phi.
lide , qui I'honorok tout plein: li
suitte de leur entretien , que mon
Pèlerin esbauchoit potir Ie soustien
d Amour, les adressant, ? à l'vne,
pour y disposer l'autre , le fit parler en ces termes , voyant l 'opinion de Philide faire contrequarre
à la sienne.
Jde. C'est i'Amour qui noua
retire des choses viles & basses , &
nous attire à ce qui est de plus releué.
fhil. Ains c'est l'amour qui désunit nos imaginations des choses
diurnes , pour les vnir aux humaines.
Ide. Non , c'est I'Amour qui
nous dcílie de nos inciuilicez, & de
íeur mcíîèance,pournousIierà nostre courtoisie , & à son entregent,
& qui
D» Pèlerin d'Amour.
1$$
qui nous rend plus religieux, à
leuerer nos terrestres diuinitez^qui
lous estoyét incogneûes, que nous
lestions curieux de chérir leurs
leautez. 3 que nous ne pensions pas
leîeíks.
sde. Quittons ces discours , &
rroyons que i'Amour desengage
loz Ames des peines de ce monde,
Iour les engager au contente nu n r,,
bu'ilnousy communique.
Phi. Virons la chance de ces pa*
lolles , & disons que f Amour défiasse noz Esprits des doux liens de
hostie liberté, pour les cnlasser aux
bheíhes de fa tyrannie.
Phil. Si voyons- nous que par l'Apour nostre bien séance est en mille
lieux messeante 5 car I'Amour aprouue des excez,que la ciuile conuerfation reprouue, & nous rend
plus idolâtres apre s les simples humanisez de la terre, que zelez ar .es
les plus grandes deitez qui logent
dans les Cieux.
I 4
Ide.
2 0©
Laseconde journée
Jde. Ie nc trouué point de cyraií
nie,encequenoz volontezfuiucni
leur mouuemcnt , sans eslre réglai
par ì opinion d'autruy.
Phi. Ie ne voy non plus deliberté
en ce qu'il nous faut contraindre
noz désirs , pour les rendre conformes aux fantaisies d'vn autre.
i'Amour ne captiue pas noi
.désirs, il nous permet de désirer
tout ce que nous voulons.
pAÁAuísi nc laiífe-i! pas libres noz
voIontcSjCar il nons force à ne vouloir pas,cc que nous dcfîrònai
Jde.le vous aurois beaucoup d'o<
1
bîigaîió , si vous rn'apprenics comme est- ce quo vous ne voulez pas,
ce que vous désirés en Amour.
Phi. le vous fèrois encor plus rci
deuablc, si vous m'enseismics coinme quoy vous y désirés, tout ce que
TOUS voulés.
ide. C'estparce que rien ne m'en
empcfche , car le desir n'a point
d'obstacle.
f /4
Du Pèlerin d'Amour.
201
\vhi. Comment ? ne desirés-vous
lis quelquefois vne ehose,qui vous
|l impossible?
Jde. Cela n'importe , mon désir
aussi bien désir, en désirant ce
11 il ne peut auoir , cóme lors qu'il
ftubaitte ce qu'il possède; ains au
Bontrairc , nous ne désirons iamais
Icqne nous -posledons»
I pli. Vous atiez raison.
m\de. Faictcs donc s'il vous plaiss
lue ie fçache de veus,ecinme quoy
Bcuspouucz désirer, ce que vous
le voulez pas? ou commet nc VOUEZ- vous pas,ce que vous désirez?
I P /JÌMZ foy, vous estes trep maniais , de m'auoir reduicte en ce delro;ct,& ie me fuis monstres par
■"op iìmple de m'èri gager si auant
|n ces discours dot ie nc puisbonIcmcnt me dessairc. Ie voy bien
■que pour ne vouloir pas ce qu'en
<fesirc,c 'est vne chose qui nc fe peut
Jinarquer qu'en Amour; mais l'in»ffilancc de mon esprit a manqué
I v
de
2 o2
LA seconde journée
de parolles, pour expliquer mon
dire, & vos belles pensées font trof
releuecs , pour ne fournir pas à et
vol: or brisons en la de courtois
& n'en venons pas plus auant, t.cy»
vous en quitte le dé.
Voila ce que Philide fut cótraiat
de dire .- pour auoir voulu contre
quarrer les discours d'ideree, au
viues semonces desquels Calinil
ne prestoit pas consentement; en
cor bien que son silence sembla
lesapprouuer/ils eussent estez cíY
autre fubiect, elle en eust assez'
brement dict íbn opinion: maisloi
qu'il fagist de i'Amour elle n'e
deigne pas ouurir la bbuche.Or no
stre malade festant repeu auec pro;
d'appétit & de goust, voulut pren
dre fa part de la commune resiouil
sancede ceste gaye assemblée,
d'autant que son humeur estoite"
gr éer , & désirer d'ouyr chanter,.1
plus fort de son mal, estimant qt
Ja mélodie des Voix adoucissent
Du Pèlerin d'Arnaud.
20 3
louleur de ses inquiétudes , il pria,
Éiilide fa sœur vnique , de luy dire
lie chanson: celle cy obtint aiselent de nostre Pèlerin qu'il chanroit a ace elle , âpres qu'il luy eut
Imonítré que Galiniîé auoitvne
les belles & douces voix de fille de
|rance, & ne tpouuoitpas vne octipation plus chere que celì exerce ; il fut à'ce coup la par bazarda
Jeritable, H cognoiiTant comme
Ihascun deíìreparoiílreen ce qu'il;
îcelle parmy les autres, iì iugea •
u'elle ne refuseroit point d'eíìre
ela partie pour peu qu'elle fen vist|relTee,sibien qu'il sollicita Philide
le l'en prier. Calinile accorde ceste
rqueíte,&: luy baille son appointeent,apres auoir obícrue de pomer dc ceinc
in poinct la coustume des beaux qui .
cl
Jbâtcurs enchanteurs de nos aines, bien.
Buiestde se faire prier vne fois apics
lille: voila pas des gensbien imjortuns de vouloir eílre importu|ez à force de prières ÍMais quoy?
2 ©4
Lâsecôndc fournée
iì n'en y a pas vn qui ne soit to-ueh
deceste cérémonie jmesiriemcntíi
voyants ainsi recerchez,car fomit
leur disoit rien ils chanteroyent dt
leur mbuuement propre. Ils h\
prochent du lict, & occupent k
chezes qu'on leur auoit preparecs,
& âpres auoir informé leurimagination & leur mémoire des airs Ici
plus nouueaux &[plus beaux, Phi
de & Ideree déférèrent Thonneurl
Calinilc, d'eflire celuy cy qu'elle
trouuoit le plus ioly de tous cem
de son temps, pour remarquer parm y fes vers quelque trace de cruauté , aucc laquelle elle estoit entre!
cn ligue contre I'Amour, restant
reuoltee contre son désir meíme,5:
ayant quitté Ie party de fa pli»
grande enuie , encor que noíire
Amant eust si peu sciourné dam
Paris, si est-ce q-u'iln'ígno-roitpas
ceste nouuellc chanson qui dótiôit
prou de fogue a fa vbgue,auííi fontce le s plus nouuçlles desquelles
noû;
Du Pèlerin d'Amour,
t o5
1011s sommes plus curieux, comme
1 estoit de celle- cy.
"uii que les vaines promesse^
Et les feintes piper effes
Se campent dans U beauté,
Et la rendent afferme}
Amour finira fa vie.
Par vne ?rand' cruauté
"onrles careffes rusées,
Pour les legeres fenfeesy
Et four l' infidélité,
D'vne liberté rauie-3
i^ïmour finira fa vie.
Par vne grand' cruauté.
y decctiantcs oeillades^
Des sains qui font les malades-,
N'ayant point de volonté,
Jïue pour plaire a leur enuie^
^Amour finira fa vie,
Par vne grand' cruauté.
Si la femme pcrftuere,
D'eïìre enAmours fi feuere,
Quand dvn & d'autre cofté
Elle fe voit pourfuìuk'r
Amour finira fa vieT
Far
2 o6
Laseconde journée
Par vne grand" cruauté.
Brefs l'on voit que deux Ames,
En leurs amoureuses flammes,
Chafcune de son coíîè
Le bon-heur de l'autre enuie-3
Amour fin ira fa vie,
Par vne grand' cruauté.
Denques Ames amoureuses,
Délaisses toutes ces ruses;
Car fi la fdélité
N'eft de tout Amant fuinie,:
Kyfmour finira fa vk.
Par vne grand' cruauté.
I'aimerois mieux mourir, oyant
ces belles voix si doucement accor>
dees , que viure & ne les ouyrpas,
& ne pense personne qui n'en fust la
iogee, selle auoit vne fois gousté
les appas de ceste mélodie. Les
charmes des Sirènes qui ( laissantà
part le cotton , & la cire d'Vliífe)ne
pouuoyent chanter fans enchanter
le moindre, & luy moyenner son
naufrage , eussent perdu leur notte,
fils fe fussent mariez à ces chants,
Et vous diray-ie vne chose , que ie
Bu Pèlerin et Amour.
207
t croyrois pas librement, si quelh'vn me la racontoit , & que mes
Éux ne m'en euíîènt pas apprins la
fcrité. C'estoitjqu'vn perroquet,&
lie linotte perchés fur le bras d'vne
Jheze,oublierent à se tenir , & tumjerent àterre, tant ils furent rauis
Bar loúye,& croy - ie que les perfonles en eussent faict de mefme,s'elles
le se sussent trouuees assises , & appuyées de leurs sièges : chose aussi
[strange,qu'admirable, & no moins
admirable, que vraye. Apres qu'on
tut dôné mille louanges à ces voix
p Anges, ebascú fe retire chez foy,
hormis le cœur d'Iderée, qui estoit
sorti auec trop deresolutiô& d'enuie d'aller ailleurs, pour rentrer en
fa pkeereela fut cause qu'il ne manqua pas d'accompaigner fa nouuelle maistreífe, âpres qu'il eut prou
contesté, pour rendre ce deuoírjce
qu'il n'eust iamais obtenu, fil ne luy
eust faict accroire, qu 'il estoit son
voisinxar elle fe doubtoit en partie
de
îo8
Lu secondejournée
de son entretien dcsïèigné , f ayjl
veu parler à Philide en faneurs
îAmour, Toutesfois elle eítiniti
que fcs boutades luy fussent indifll
rentes à tous obiects, & qu'il n'c|
pas vne resolution particulière (
luy venir faire vne offre de fa seri
tude; car ie vous reíponds , s'elle|
eust eu la moindre cognoilTancc t
monde, qu'elle nc luy eust pas do
né ce tcjmps si fauorablc , & par aí
fi il ne fe íêroit pas encor hazar|
de luy aduancer ces propos.
rfison"
^ on cl P 0 ' r ? & ma craintî|
ia vent partagent esgalement le dessein t
"
cc
ldí
la délibération que i'ay prinse ; noj
que 1c vent de mon audace enfle I
voile de ma témérité, ny quemcl
flammes foyent ralenties par la foi
blesse d'vn bas courage : mais mou
efpoiry trouué lieu, parce que moa
humeur est inslruitte de l'experieiv
ce , que les belles font tousiours fi
uorablcs, & à mesure qu'elles íon'.l
enrichies de beauté, elles font exc-1
tcsl
F Du Tetirïn AAntaur.
20$
M de rigueurj& ma crainte y pred
Mce,quandie considère mon peu
i Imeritc , &í que ceste considerai lu me faict appréhender, le peu
1 ïpparence que mesvœux puissent
i lis agréer j lesquels toutessois ie
: lis offre ,auec autant de fidélité,
: t. vous auez de beautez , & de
! Becs, pour maistriser ma vie ait
■ de voz désirs.
MCtli. Ce íbnt des belles promesI, desquelles vous vous lemez,
lu r surprendre la simplicité de
iles qui vous escouterrt
veiia
lurquoy ie mespriíc, <k rne mocle de toutes ces boutades rusées.
ÌUe. Vous leur donrez Ie nom
l'il vous plakra; mais ce íbnt les
Iritables aíseurances de ma pafc
Indesquellcs ma fidélité aduoucra
|ur siennes , si vous me faictes
lonncurdclesaduoiicr acquises à
Istrc scruicc.
I cdiri. Nonjie nay garde de faire
■ coupla»
lit.
3 Io
Laseconde purxe*
ide.Vous sera- ce point trop d 1
humanité de procurer la mi
d'vne personne,qui n'a receu sa v
que pour se dire vostre csclaue.?
Cals. Quand la feintíse voucln
se mettre à sescart de tous les auti
vices,si ne fçauroitelle iamais se
parer d'elle mesme j elle sera to
siours recogneue pour ce qu'cl
est.
Ide. Ne fai&es pas ce toi t à
franchise de ma soy,de croire cjuì
le ayt partagé mon humeur au
vne feinte asieurance.
Cali. Si vous voulez que iecroi
voz. diseours franchement aíseurci
ie vous prie n'é venez pas plus auí
quand ie les prenois pour feinâ
ils ne pouuoyent que feinteraet
m'offenser mais puis qu'ils fontv:
ritables en leur présomption, ie do
en efièct me refentir de leur oíFeníi
Ide. II y à de la présomption i
l'aduoùe, maisdeíoffense ien'en
trouue point , si ce n'est que le tre
d'Amoiii
Du Pèlerin d'Amour.
211
Imour vous offence.
: UAIÌ. Monsieur ie vous prie briIsen la.
Wcie. Madamoiíèllc voz com maliens font des loix , aufquelles ie
■x obeïr à mon grâd regret,apres
■s auoir suppliée de n'vfer plus
■etrop de rigueur.
wfalí. Si vous prenez pour
uçur. ne vouloir pas efcouter ces
fturs de ieuneífe,ie vous veux tefligner durant ma vie , que ie perdre d 'estrc íèuere , & ne réitère
|ue la seuerité.
i)isant cela,elle se trouua deuan-c
B>gis d'vne sienne tante, ou elle
lioit point d'aíFairejmais pour se
■aire de son Amant, elle fit semmt d 'y en auoir , & se séparèrent
■s autre cérémonie , que celles
Ivne froide mine , & vne triste
lour nous represcntent:elle entra
■lans la bassecourt seulement, car
efçauoit que sa tante tenoit les
mps delpuis cinq, ou six iours,
îarest
JIÌ
LA seconde journée
íArrest de son seiowr y sut si col
qu'Idcree n'estoit pas à vingt!
cinq , ou trente pas de là,quand(
se monstre dans la rue:il tournoi
vciie vers cest hostel, affìn de rc»
der fil verroit pei íbnne aux íc
strcs,& vit Calinile fen reueti
chez elle : il farresta touc co
pour fattendre, mais elle paíli
l'autre costéde la rue fans f à ire
bbtìt de Je voir , & vira fa face
íauíre coílc pour cracher estant 1
à vis de ce pauuze affligé , corn
ayant horreur de fa présence. Q
reuers de fortune à cest inscrit
Compa, autresfois fortuné , & ores né po
de ja lïnfortune? le voulez- vous faut
pensée escoutes ces complaintes ,& VOjl
1
cciu. " I0US ^ curs traicts , & leurs lifii
regret ments,tirés par Ie triste pinceaw
dVne
stresse
Ce ne font pas des maux , quiv;
nCnt
^ '
â
^
S arriuent C11
8"
pour auoir plus de force d'esbrï
ler mon courage. Vous voycy dot
sece
I
Du Pèlerin i Amour,
2 i j»
:ttes,& poignantes dcstrcíTes,
; vous gliíTcs peu à peu dans
Aine , pour desmetere iniquet de fa place la ioye , qui l'auoit
ìg temps occupée. Quelle pare fifortc,& quelle espérance si
e , ne se su st fracassée aux
ts de ses froides , & rigoureuses
)nces? Mais quel courage si lafpotirroit endurer fans mourir,
oups decc meïpris?la mort qui
à mort la vie de ce monde, &
IOBS ayant tous faicts mourir,íe
en sin donner elle mefme la
n'aura-elîe pas le ponuoir de
terceste vie.? Helas ! pourquoy
tu permis ó grand Dieu Cupide confire le commencement
aieiinesse, aux douceurs si deifcment preparccs,que tu doutes esleus, pour les destremper
idain , en des amertumes siai'veuque les plus rebelles à ta
nité , n'en fçauroyent mériter
ircillcs f preserue moy, sinon
corn
2 14
Lti seconde journée
comme pitoyable, atout lemi
.comme débonnaire, prefè rue t
ie te supplie des bourrasques
ceste douleur , qui me vient rep
senter auec tant de menaces ,&o
froys le naufrage de ma pertes
mon désespoir : & continuant di
plaindre en ceste forte il íouspit)
sonnet, fans y penser.
Que ne fuis ie mourir , b lésé à
nttr/titîs?
Que ne puisjemourir^csprom
cesle attuinâlc?
Que nefuis-ie ms &rir fins ft
ceïîe plainiïeì
Que nefuù -ie mourir,pour cl!
goureux traiois?
Que ne fuis- te mourir rfarmy'tnt\
regrets?
Que ne fuis-ie mourir ,pamji
fie complainte?
Que ne puisiemourir 3 partn)t{
contrainclt?
Que ne saisie mourir , famf
,
maux secret si
I Bu Pèlerin £ Amour.
i i5
m ne saisie mourir , sans Uscbcr
ces efirainÛes?
Wue ne puis-ie mourir-, âpres tmI tes ses craincicsì
\ue ne -puis ie mourir', en sessux
rigoureux?
m ne puisie mourir , puis qu'on me
désespère?
l&ite ne puis- ie mourir ^pJtrmy cefit
I mijere?
WÍAÌS n 'efi-ce- pas mourir , que vi-
I ure mal heureux?
jDuand sa Muse désolée eut donfflAme à ce íbuspír, il apperccut
wvile, entrant chés elle à fautrc
Ht de la rùc x tirce endroicìe ligne,
J refoule dé falier loger Ie plus
ftd'elle, qu'il luy feroit poiïìble.
■ bon heur permit en fa fuie u r,
B la maison la plus proche de
Jstel de fa Dame eítoit à louer,'!
■sauions du malheur en toutes
H actions , quelle patience nous
:fcheroit de nous desefpeII se toit n.eceíTa:re que íob
nous
Í
2 16
La sec on de jour n ee
nous en deelarast le moyen , enJ
seroit il à craindre,que la déclarai
de son conseil, n'a u roi t point d 'i
íìcacc pour nous. Idercc,Ioúaclo:
ceste maison , en louant sa fortu
de luy fournir ceste commodités
festanr promptement loge ded,il
& mis aux senestres de fa charníuf
il apperccut Calinile aux croisJ
de lasienne, laquelle se retira col
me deípitée lors qu'il luy fît la roi
rcncc,& tint tout lc-rcstcdu ic|
ses senestres closes. Le defpitdcl
traict le sortit de sa chambre,^
poussa à vne autre refpondantcí
■ la ruc,d'oíi il descouurit Philidcn
nant le petit pas. pour visiter û
fa'ont n^e ' & traiter priuement de qut
fouuó: ques particuliers affaires, qu'e 'j
fc'ni-" auoyent a demester : car les
r.rnccs ont bien fouuent des fecrcttcsil
cómuni tc ]]iV cnces qu'elles se commuf
ícuie- quent en leur cóseil priué, deíquf
ment ] es jj n > c çt ny nece ísaire. ny boni
entre i .
■
M
r
elles, bienséant que nous entrions enti
fini
Du fckrtn A'Amour.
217
issance. Comme Philide oiitre■oit,Ideree íbrt à la rue , seignât
lîerparla ville , & discoururent
Idemy quart d'heure ensemble; à
îr despart il foffre de îaccompailr,dont elle le remercia sort asË:iieusement,felle y fust alee pour
lautre dessein elle eust volontiers
Brepté f offre de ceste courtoisie :
lis elle n 'auoit pas beíbing de tes-'
lings , en la déposition qu'elle
lit faire.car on la croyois à fa simIparolle, Mon Pèlerin iugea que
I deux filles ne íèroyentpas lonIcment ensemble , sans saler csgaI dans vn beau,& spatieux jardin,
lise ioignoit àílhostel deCalinile;
■r c'est ordinairement aux jardins
■s villes , que les prétentions de
■inour se déduisent, & se desguimt- c 'est la qu'on trace, qu'on
lasse, & qu'ó embrasse les desseins
Il'Amour, dot onpractiquequcl■eslois les cffect«,entre les bras de
(belle Daphné, soubs fabry de son
K
ícuil-
feuillage, & à lombre de fesi
meaux , èk ainsi du reste , soit d
coudriers , du buis , des aubefpin
du myrthe , du lierre , du Rofmari
des roses musquettes,ou duhooi
& d'autant que fa chambre respoi
doit dâs ce iardin, il print son Lui
&faccostantde la fenestre, luyí
raconter vne partie de fadoulem
mais ilnepeutgueres comminà
ses yeux, ny retenir fa veuëfansl't
stendre iuíques àccs agréables ot
jects , boutefeuxdes braues esprits
& particulièrement de fa vie. Mai
l'inhumaine Calinile fe promenan
auec Philide dans vne alee bords
d'vn costé de petits orangers, ton
chargez de pommes d'orangesdti
vnes meuries,les autres verdelette!
& les autres encor coronneesdi
leurs fleurs, & de l'autre partd 'oli
uicrs de la mesme grandeur, dit àfi
compaigne. Voila vne personnel
ceste fenestre auec pr.011 d'esprit
pour tirer ? vne conséquence, 01
s 19
ìsse, ou véritable de nos gestes, &
Kt à tout le moins par coniectutfdu subiect dont nous discouIns, mefmement auec tant d'aífelonjorpour obuierà ceír incontinent , retirons-nous dedans cc
Jbinet , ou il ne nous pourra ny
ltendre ,ny voir.Mais ie vous prie,
K quelle fine, & subtile apparence,
lmauuaise déguise sa mauuaistié.
■e cabinet estoit contre la muraille du iardin du costé d'Ideree, lalielle ayantLeûé rehaussée n'agueJs , le priuoit de la veûe de ce beau
Iniple : toute <-fois ceste inconirnolié luy apportoit de la commodiI, pour estre mieux entendu de ces
Elles , qu 'il feignit n 'auoir pas apKiceuës festant là retirées. II enIninadonc ceste chanson luy deniant vn air si plaintif, que ceux qui
Intcndoyent eussent iugé quec'eloit la mesme tristesse; mais parce
^ie la tristesse rie chante iamais,car
e pleure m .ìeísammant, ces deux
K 2
filles
E
Du Pèlerin £ Amour.
LAseconde journée
11o
filles se doubtcrentque c'estoit luyi
ioinct qu'elles entendirent les ac.
cords & fredons de son Luth ira.
riez à sa voix, quinedeuoyentrien
à celuy que le Dauphin tira hors
de la mer, & remarquèrent parmy
la plainte de ce chant l'esclat de ces
parolles.
Si pour soulager ma trifleÇse^
Ie m offre deuant vos beaux y eut,
Soudain vosre œillade me blessa
De mille regards amoureux:
Ny de nuióí doncques, ny de tour,
le ne puis viure fans Amour.
Si ie veux raconter mes peines,
par les discours de mes ardeurs.
Vos reparties inhumaines,
UHÍe glacent auec leurs froideun
Ny de nnicl doncques ny de mr]
le ne puis viurefans amour.
Si du désespoir la semonce,
tJMefatt refoudre à n'aimer plus,
L' espoir d'vne bonne responcc,
Ne peut approuuer cejì abus:
Ny de nuicl doncques ny de iotir,
li
P
Du Palerin d'Amour,
22
M le ne fuis viure fans ^ímour.
|i ie recherche vne pensée,
I Tour blafmcr l' Amour k son tour y
I KAtify îojl que ie íayfenfee^
I Elle ne respire qu'Amour:
I 'Njf de nuitl doncques ny de ìour,
M Je ne fuis viurefans C^mour.
•IPhilide plus quedemyrauiepar
louyc , ne pouuoic assez louange c
tterec, le voyant accomply de rsrc
Ic bedes parties , & se trouuant SU
leriodc de leurs secrets discours^
w miraculeusement inspirée à faloriser cest Amant, pria Calinile^
■ agréer qu'il vinst chanter auec elffs, cellecy respont qu'elle estoit si
Inroùee , qu'il luy seroit impossible
Ic chanter luy représentant, que íî
Ile le faisoit venir il en íçauroit
lien faire son profit à la première
lísembíee , ou il se trouueroit, pour
jen preualoiràlenr grand preiudi-.
Je : car il auoit l'humeur trop courIsane, pour n'estre pas mesdisant.
Ibilide repart , prenons lc au pis
K 5
aler,
12 2
La seconde journée
aler, qu'est-ce' qu'il peutmesdii
ou il n'y a rien à dire pour la rnefi
sance.? encor ne l'ay-iepas ouybli
mer de ce vice, ie te suplie dot
chere cousine,permets qu'il vient
fi tu desires iamais rien faire poi
moy, & iugeant que ïautre ne poi
uoit bonnement résilier l'aducuàl
^ demande, elle fort du cabinet,'&i
c
paraisó r*aH' e fîgnc de son mouchoir à là
deia io xéèi, qu'il les vinst trouuer. S 'enlii
Ornant au °i E gratuitement offert vne a
àeelic ronne , comme antiennement ai
Ko".
Roysefleus, iln'en euftpasresc»!
plusdeioye. En fin il arriuaespt
rant , & comme faíseurant d'eíli
plus sauorablementreceu j &p!ii
courtoisement caressé, qu'il ne fa
car en mesme temps qu'il commet
ça de saluer ces belles,Caîini!e la!
fa choir vn de ses gands à terri
Compa pour âuoir plus d'excuse de neí<
mson re fa i u ë r q U >a fe m y h,y fusant rai
}
yeux à rer de passade fèsyeux , commevn
*$f~ eíclair momentanée se descouurt
Du Pèlerin d''Amour.
223
x noíÌres,& ce auec vne façon
fsi defdeigneufê, que pleine de
ípris, & auec vne mine plus froiI, que les glaçons de la mer Euxih voire plus que la glace meíme,
Infant glacer les feux qu'elle auoic
■limez. Mais c'esioyent des coups
I néant , in feparables de 1'impoííì'
■itéjcar deux effects si contraires,
lie la glace, & le feu, ne pciiucnt
■oceder, & receuoir leur estre à'vm mefme cause en vn mefmesubIct, fans peruertir Tordre de la ná■re. Iamaisleserrans habitansde
■cythie ne virent tant de froideurs,
iyíì contraires à leur vie, quecel■scy,qu| defreboyent inuisible■ent la ipyed'Ideree , puis que Ie
■rein est le crime du monde que
leste nation a le plus en horreur.
Rais encor que la Scythie ayt de la Cow
I mpathieauéc la froideur de Cali- P*™ 1
ile , si a-elle de îanthipathie auec scyn autre de ses effects : car celle-la, ^
our la violence du froid, dont elle Bih.
K 4
eft
seconde jaurnée
est maistrisee,n'a iamais cu cogaoi
sance du foudre : n>aisceile-cy m
224
«liant à son gré les foudres de II
mour, de la mort, & de la haine)
verse auec tant de rigueur, & d 'oii
trage sur le pauure Ideree , qu'el
reduit presque tout íbn corps «
poussière : car il n'auoit pas vn lan
. rier qui fuit à kspreuuc de ces toi
.nerres violents. Ce iuy fut v«
-grande faueuc, que les Zephiresi
Mmour ne Iuy fussent pas fauori
bles.- car pour peu de vent, qu'il
eusíènteímeu agitant l'air quifíà
touroit , il se fust veu dissiper par
my ce mesme air agité, à la premiî
re de leurs moindres bouffées , so"
ame eust esté mise à nud , & se fui
trouuec aussi deuestue de son corps
que reuestue de son malheur : 1
mouroit , & viuoit parmy les mort
viuantcs de ces vies mourantes /an
pottuoir acheuer de mourir , nj
commencer de viure,quaud Philii
prenant laparolleluy dit.
Da Pèlerin d'Amour.
22y
phi. Quelle tristesse vous a peu
.ndre si pensif, que la gaillardise
e voílre humeur en soit intérêt
cfvrayement c'est vne metamorhóíç bien çstrange , & fort desad^
antagcuíe à la gloire de vostre mcte.
ide. îc nc sçay ,quelle espece de
oubîe saisit depuis n'agucres mes
cnsees,pour me desrobcr secretteent lagaycconueriation, qucle
ing de ma ieunesïè auoit si chere*
euee.
Phil. llfautrecerçher des dh:erííêmens agréables , pour les chaur
er en vos craintiues apprehenons;affin de vous donner du relafhe, & soulager vostre esprir, que
■s affaires- de ce monde affaiíenr,
appesantissent paraduent ure.
Ide. Toiites ces fortes de neeaes, quï courent en foule par l'vniers , ne font pas fuffifans pour catv
er mes ennuis ; ie reçoy les maleurs d'autres, aduersitez, qui me
K f
preíîestt
2 2 (f
Laseconde journée
pressent plus fort, & se rendent f
gales à des maux fans remède.
phi. Mettez en oubïy touti
£es choses , lefouuenir desquelli
ne vous peut apporter que de lafà
chérie, & 'principalement à cel
heure,vous trouuanr parmy celli
qni vous honorent, & quireçoi
uent du deíplaisìr de vous voiri
ces peines.
Ide. C'est moy qui doy toute t
pece de íèruice à voz merites,& <JÌ
fuis tout disposé d'obeyr à voz I
lontés, m'estimant trop heureuxí
vous pouuoir rédre de fobeyssant
Phi. Obligés nous donc en c(
de permettre , que vostre page s'i
aille quérir vostre Luth.
Ide. C'est la moindre de ml |
obey stances, que ie doy à fhonnei
1
de vozcommandemens.?
Le Page parr , & pour attend
son retour ils rassirent tous troisi
dans le cabinet voutis, couuerti
Cyprès, desquels les branches ai»
n
EtiTelerin et Amour.
227
Í
t cité pliées, & liées toutau tour,
icfure quelles s'eíroyent grolïìesj
bien que leur voûte demeuroit
rfa.ctement courbée fans les barlux de leurs appuys, & fans les
saintes de leurs liaisons. Gest araire maíheureuXjSçfeoest? , ne pouloir présager rien de bon à nostre
imnz , & pour dóner plus de coueur aux apparences de ce preíàgej
■linile en couppa le bout d'vn de
:e$ rameaux, diíànt à Phíîide.qu'eli
ene cheriífoit ny herbe , ny arbre à
csgai du Cypres;parceque c'eíîoic
m
■ arbre de mauuais augure, qui leC Y
■disoit infalliblement du mal- bre pre
!eiir,àceuxquiauoyent
fesprit de
, 1
. , j
f
. du mal
emaiquer la vente de les predi- heuren
lons.Philide ne penetroit pas l'in- Amour,
trieur, ou viíoyent ces discours;
m elle farrestoit à leur superficie
B s fimaginer,que ceíìe cruelles
■deigneusè leur baillait branste
■Us donner vogue à fa rigueur, tk
ur martiriser , & bourrelier inhumainer
1
i
s2S
Lœ seconde journée
humainement le triste cœur d]
deree. Ie pense qu'elle tiroit son or
gine du tige de Timon surnomni
le hatjseur des hommes , qiún'auo
famé touchée que du désir de m
stre perte, & ne souhaittoit que m
stre malencontre : comme il not
apprint rendant raison pourqnc
est-ce qu'il faisoit amitié auec (
ieune homme appelle Aìcibiade
la seule conuersation duquel i
agreoit:soepitaphe faict de fa mais
fouhaittant la punition des dieu
& la perte des curieux qui voudro
yent fínformer de son nom , autho
risc mon dire. Philíde répliqua ton
îesfois , qu'elles n'estoyent pas
pour discourir de ces sinistres ad
detSj& de leurs signes odieux:raai
qu'il íàloit songer , à se donner è
bon temps. Cependant mon Pels
rin prend fou Luth, & sollicité d'à
iouè'r soubs raccord de quelqu
volte rendit ceste obeyííance aui
prières de Philíde.
Dn Pèlerin d'Amour.
22$
yitnt , que ces beaux yeux,
Desquels ie frise tant la flammey
Consument mon K^dme^
De mille feux:
Et que la. plainte de ma voix? .
Qtûreuere leurs loix ì
Ne peut en ma violence,.
Garder le silence\
^ue ie leur dois*,
fuis & nuicJ) ejr jour^
Rempli de soujpirsy ejr de larmes^
Es viues alarmes
De mon Amour»,
le veux, raconter mes langueurs,
Par leurs fieres rigueurs,
L eurs traiois,par ma détresse }
Et leur grand rudesse ^
Par mes douleurs*
viensjans.ks vouloirPrier d alléger mon martyre^
PuU que ie défiVr, .
iMon defefyoir;:.
Ouyda- ie leur dòy ce deftr j ,
Et faut leur obéir,
En m'ouuranf la poiUrine^,
âjo
La second parme
Puis que ma riiine y
C 'est leur plaisir,
îautoìs fini le fart,
Qiú m'estfífinisire,& con train,
Parmy la misère
D'vn desconfort:
, Mais la mort qui me voit définie]
Ne veut laschcr son traic%
Plajant de sa blessure
La trille figure,
D'vn corps si laid. ■
Mon cœur ne se plainB pas,
Regrettant ma douce franchiser
<síuec U feintifè)
JD'vn faux trefpas:
Rien ne me fçauroit secourir,
le suis preft à périr,
Et n ay d'autre espérance,
Pour ma recommence,
£)u.e de mourir .
11 choisit celle cy entre toutes,
comme la plus conuenable à plainDiupis dre íesennuis:maislarigoureule nc
esP rií le fau ■■risaiamaisd , vncœilladt,ains
Ç
d vue
, ,
.
'
mi. Iuy donna cêt fois du nez Iuy tournant
ï| Bu Pèlerin d'Amour.
2?î
an t la teíteàdemy,ne Ie regardât:
iu par dessus fefpaule , & ce auec
leíleueraent de sourcy , & resroncure de front,indices de son indi[nation , pour Iuy faire eíprouuer
ïti s de croix , d'affliírions , de íupilices,& de trespas.Ie pense que la
Truaucé auoic mis Ie magasin de íâ
tudesse au milieu de ce coeur ennem de repos , attalanré à la perte
J\mour. Philide ne rapperceuoit ComiíS
Hs des cruels coups de ces dédains, j|"* "
liioignoyenttousiours lamorr à deins*
mï blcífeure í car elle estoit trop d « pi*
ÏW
■entiueàla plainriuc chanterelle
"
de ce Luth , & à celte voix pitoyable qui pensa tirer aciísi bien les lariesde ses yeux comme îcsíòufpirs
ft fa bouche. En sin Ideree íònna
robranflederetraicte, & preíl à se
■parer de ces belles, la courtoisie
■iligea Philide de -f accompagner.
Bse u 'a ïissue de ce Iógïs -si bien que.
JUtres 'y vit contrainte à 'or. grand
Jgret, & d'autant qu'elles paíío\ cfc
deuant
13%
Lase con de journée
F
deuant la porte d'vne salle bail
plustost d'arriuer à la baíTc -cotiB
Galinile dict que sa mère Iuy ai
faict signe estât àl'vn coing de ccl
salle, qu 'elle fen vinst parler à cil
& elle fen- reuenoit tout ausíì tofl
eux : mais ce n'estoit qu'vne rusc-,1
vne excuse, qui face use d'estreti
desdeigneuse , ne voulant pas ídfl
ment parier , ny dire Adieu à M
amant misérable qu 'elle auoitil
duict au période de sa vie à forcefl
désolation, &: de mespris. SiPliíB
de,&I<kree eiuTent eula patientB
d'attendre , qu'elle fuit reuenuêl
eux, ils seroyent encores plaqníB
aumeírne endroict:voila pourquoi
ils íê íêparerent fans l'auoir beail
coup attendue : Philide dans deufl
mots fit les-excuses de cestecruelltl
mais nostre Pèlerin désolé, voyanl
plusaflant dans, la malice de ceíll
humeur altiere,& de ses hagardel
boutades , íbrt tout efpharé , voiil
plus qu 'eíperdu, & feírant rcndul
Bu Pèlerin d'Amour.
23s
iti logis defchargea son Ame de
:ces plaintes.
Phin-jl
ide. Mes pensées ne fimaginent tes de
ii'horreur , mes parollcs font plei- ci u.ti>
|s d'amertume , & mes actions tesoigneront mes doléances.' car ic
[voy quelangueur,iene parle que
complainctes, & ne puis faire
li pas, qne mille frissons de morr,
I saisissent mon corps, le faisant
lernblotter defroideui',5c frayeur.- Compa
r a
la tristesse ressemble du tout aux ^°
luues,& riuicres,qui íont des pe- trijless< ux
Its surgeons d'eau au partir deleur : ?
■mrce: mats a mesure quelles ren r cs.
Iloignent, à mesure aussi croist leur
jentre pour enfler leur impétuosité;
ilesfanoblissenten roulant , & se
trtifient en vieillissant : de mesme
leste tristesse s'augmete d 'heure en
Jeure, ík tant plus elle dure, tant
llus cilc faccroist , & croy-ie que
our trouuer fa fin , il me la faudra
echercher à fendroict ou elle fe
leschargedans ceste grand merde
misères.
f
f
I
secondée journée
misères, que le desespoir nousa|
porte. Ainsi les riuieres, & fleuu
Ij4
le perdent dans ÎOcean.Lamort,
finfortuneontiuré, & coniuréc
ruyne:car elle-cy m'accompaigi
tousiours, pour me gehenner deli
desastres, & me confondre en la i
uersitédefes cncombres.-& celle-'
menace rnâ vie de son dard hernie
de, &. le tient prest à lancer, ay au
des-ja la pasie figure de son bn
e ^ euec > & my- courbée en fair ,al
de. la de roidir d'aduantage Ion coup
des Da ^ re ^ Geme ^ tounoui's à refaireo
atjàet ces peines, semblable à ces quarai
à celle te ne wf soeurs, qui ferendirét meut
Amár. tricres des quaranteneuf sien
qu'elles auoyent efpoufez.
<>luen.dej]>it de l' Amour,dr de M
qui le suiuenîy
gue maudit soit le jour , ou i'espret
«ay ses feux;
I
Que le Démon fe niche au plus fam
de tes yeux ,
,
I
Dont cent mille malheurs a toute
Soi*
Du Pèlerin d'Amour.
23$
re m'arriuent.
| \^íhlnon , viue l Amour , & ceux
qui dAmourviuent,
'benifi foitleisur , ouie fus amoureux-,
Wne Cupidonse niche en tesyeux gracieux,
ft;;/ mes félicités mille à mille deri-
uent.
Mais non ,fy de lAmour , c'est vn
pipeur de temps
mmmentPmon Ame^ helas! qu 'est- ce
la que i'entends?
^gnore quel dessein , il faut que te
prétende?
le rie sçay ^fi ie l'aìme , ou bien fi ie
la hais?
m croy que ie ne l'aime , ejr ne l'aimay
iamais; '
m fay, non fay ffay,que le Diable s'en
pende.
Mais quoy mon appréhension, ne
Jpeur elle pas aussi bien deccuoir
■cmme mon espérance í'Ha! non,,
ar ic seay bien, cncores que les
amoureux
23^"
La seconde journée
amoureux íbyent dissemblable!,
d'efprit,qui d'aage, qui des biens
ce inonde, qu'ils fe trouuenten
esgaux,en ce qui concerne leu; m
chef, leur perte de temps, &!i
commune misère : pour la mien
elie m'a poussé à mon infelki
auec tant d'industrie, qu'elle
sçauroit rien adiouster à son:
compliífcment, que la priuation
ma vie : tçîh ment que c'est faiti
deree,ilva tenir Ie premier rangí
martires d'Amour. Mais quoy?
le veux louer œ,tfínì é* chanter i
seruice^
Par les trijles accents, de ma dà
te voix:
Le Cignefreuoyaut de /amorti
abois,
Pour chanter doucement, renl
perte notice.
Mais ie veux raconter^ auant fut
ferijse,
Les aujleres langueurs des ania
reuses loi*)
Bu Pèlerin d' Amour.
^S7
esfeux , les crisses pleurs j ejr les '
funeíies croix,
ú martyrent l'^Amant flusiofl
qu'il ne fni(fe:
> •
veux aufii monîirer le mefftrà,
& tabics,
i rigueur,le defdein,l'oubly^ & le
refus,,
■ '
ApUinte-jér le foucy^qui cause ma
deBreffe:
,pour affeurer chafeun des amoureux,
tien ne peut voir au monde enfer plus malheureux,
lue d'aimer les beaux yeux d'vne
fère maiHreJfe.
liis reuenant àsoy, se recognois1, & tachant se deffaire de ceste
lue resolution, ou toutes ses volez festoyent prinses , comme'
ColT, P a
1 simples oisillons aux lassets,que ra,lc
1
I
.T!
ri
"
fsoiíeleurs
ruiez.
leur auoyentren- de not
|:oucommeàdes gluaux dessus v °^ onà"
me des chardons, i! tiroitlavp- despee fa libertés
se rpoussoit dans la <"*
°y*.
•
teaux.
rouue
I
me sert de souffrir , vn fi cruel
martire?
hie me sert de souffrir, ce que ie
'ose
n
dire?
Pour l'attente d'vn bien, qui dure'
roit
si peu?
lío'n,tout cela ne me sert de rien,
■ d'inquiéter mon esprit,difoit-il,
Tlefexercer à vn pénible trauaiJ.
Hc ie serois heureux, si ie pouuois
Hdespelter de ceste prinse , & me
luer de ceste cheute ! mais quelle
listrie à rimpossiblefEt quelle re■ncc à la contraincte du destin?
■ vne ordonnance des cieux, il
■que ie le confeíïe , & me rende
lableau veuildelèurdiuineproH:nce:auífi bien fy fauc-ilrenger
[fin bon gré mal gré que ïon en
1 Cà , que i'obeïsse libremenc
I célestes loix de leurs preccpi& aduoiie íàns murmurer réside vérité.
1
i
9 ni
La seconde journée
Quiconque voudra voir vne Amt
fuieflie
t^yfux regrets yaux effrois, aux i
nuisié" aux fleurs^
JVu il vienne voir £ effet! de u
jìeres douleurs,
Sources d' vn creuecœur & d'v
fr en aise:
Il verra le defyit que me cause \
,
enuie 1
Complice du soucy de toutes mu
gueursj
ìl verra les fòufpirs de mes trìì
langueurs-,
Par lesquels les trois Soeurs ont
trame accourcie.
le me plains de ces maux , ejr fis à
plaignant,
le crains le désespoir , & l'aimt
le craignant,
Tour n 'oser desunir mon corp)l>
uec son Ame.
Et la vie , é" la mort me plais (/f
ment :
Toutessoisie reçoy vnpeuiale^.%
Du Pèlerin etAmour*
24 1
)e viurt en eest estât four vne Cóparaison
belle Dame.
d'vn
îouspirs, quiíêruez d'eííiantail, esuantail ou
le soufflet pour rallumer le feu d'vn
ibruíle ma poictrine, & la con- soufflet
vn
ltiten fornaife, voulés vous es- ácoeur.
ller ma vie, & la rendee pareille à Copale du Camelcon , & de la Sale- raiíon
d'vn
idre?Car côme celuy-lafe no.ur- coeur
| de vét, ie me repais de vous mes au Caméléon
nireux , & bien aimés souspirs, & à la
|sque par vostre seul moyen ie Saler
lire , & comme l'autre conserue
|ie parmy les brasiers allumez , ie
la mienne conseruee parmy les
Bimes ardantes. Si i'ay faict,
lx , & de moy ceste comparai1 par raisonne feray ceste autre
Irithme.
Ì
Caméléon vit de vent,
lt comme on diùJ ) la Salemandre
ìife de(fus laviue cendre -f
Ne fc brufie le plus fouuent.
[.' ie vaj du vent conecuant,
L
Es
242
LA seconde journée
Essoufyirs qu'on me volt espanfa
Lesquels en ma ieunesfe tendre,
Mon pauurecœurva rauiuant,
Iles exposé fur U flamme ,
Jguiprouiet desyeux de ma Dm
Sans esprouuer leur action:
S'il ne crainfôdonc cefie esïincelk,
Et vit de ces vents , ie l' appelle
Salemandrcydr Caméléon.
Ne protesteray iepas icydeuai
Dieu,dene me ranger iamais à fat
uis d'vne beauté,pour feruir de tn
phee à fa gloire , & de pompe à (i
conquestes ? appelleray-ie point
teímoings de ce ferment folemni
toutes les créatures viuantes fur
terre, &le nombre des Dieux qi
les Anciens ont faict móter iufqu
trente- six-mille ? inuoqueray-ie 1
Aigles, les Vautours, les Rochei
les Pommes,les Eaux, íes Roues,!
Fouets, les Serpents, les Horrcui
les Tenebres,les Flammes, & les £
ries Infernalles, pour me bourrel;
durai
Du Pèlerin d'Amour.
2 4j
irant l'Etcrnité , au cas que ierebe en vn pareil esclauage,& que ic
aheurte plus à vne pourfuitte fi
fesperee? Non, ie n'ay garde d'en
m là, puis que ^expérience m'a íî
uuent apprins,qu'en mariere d'A*
our, qui iure ,se pariure : car
v) iuré mille fois , & mille , & mtïïe
encore^
De nidolaíîrer plus âpres vne
beautés
Mils le cruel deslin de ma cap'
tiUítéy
Faicl que tant plus ie vis^d'autans
plus ie l'honore:
'<s-ie fuis cmtent , que l'Enfer me
deuorcy
Si ìamais on reduict férue ma libertés
i
Or ie brise les rets qui m&uoyeni
arreîlé-,
soudain le pourtraiêi de ma belle
ï adore,
tftvn fort rigoureux, qui verse fur
L 2
mon
244
seconde journée
.mon chef
Vn monde desoucis J d'ennuis>e3'é
mefchef:
le njoy bien qùvn malheur m
rendson tributaire^
îûduoue que ce n est rien qu'vne in
nité,
leecgnoy les erreurs de mat cm
ritéy
<JWais quoyi le Dieu d'Amour dij
pose du contraire.
Vous diuersitez si contraires ,5
Diuer- eontrarietez si-diuerfesquiconfot
fusions dezma vie, ou me réduisez vous
de trí- Pourquoy débattez vous ;le pris d
srcs PC " nia deffaite?& qui vous meut à con
- tester l'honneur de mon appuj
Que fera ce de vous , âpres vostt
débat ? mais , que sera-ce deraoj
apresvostre mestee.? ne vouspropo
íèrezvous pas vn blanc, pour dot
ner lustre à voítre adresse ? & nev
ferayiepas àvn but, pour saireat
mirer la gloire de mon industrif
faut-il que ie me résolue de me àoi
D ti Pèlerin d'Amour.
245
?
er à vous . ou estes vous résolues^,
e vous donner à moy ? estes vous
estinee^pourestre mes vaincues?
u fuis ie prédestiné d'estre vore vaincu ? auez vous defíèigné
1a victoire, pour ruiner mon triûhe.? ou doy-ie vaincre vostre defíin , & triumpher de vostreruync?
u asseurez- vous s'attente devostrj:
sperance?mais d'où espereray ie,
eíleuranee de mon attente ? vostre
ourage est il plus grand , que morï
udace? ou fi mon audace est plus
rande, que vostre courage? qui
uerelerez-vous, âpres Ce trouble?
'. qui troublerez- vous, âpres ceste
uerelle ? pensez-vous si bien conarier mes forces , que ie n'ose for:r voz contrarictez J vous (ères
JÍÏï paisibles,si ie vous quitte ; que
scray content , si vous me delaifs.Vous auez ce seul aduantage fur
ioy,c'est que i'ignore ce que vous
íictes par mon entremise , & vous
auez queie fay par vostre moyen,
L 3
Or
1 ^6
Ea seconde journée
Qr iene doubte r tendres ie fuis cré
m
ûr le feu me r'enfame , or la gk
m'engUce^
Gresie fuis ioyeux , ores i* fui
plaintif
Ores ie me défie ^ Ji ne meè)
lasser
@r ï'ay ma liberté , ores kvû câfû\
Ores i 'ay l'Jme baut^ ores i'ayl'Â
mebaffe
€>r te fuis trop haíîè, & ores f'fì
rétif
Oresledefefpssr3 ores l'espoir i'm
brasse^
Mt se loue , & ìe blasme, & te venx&
ne futs,
Et ne feay ouf enfuis,ny mesmt f
ie suis,
■ Tam íay tEsprit troublé, de U
mour qui me blejje:
€e font les beaux ejfecJs de ce heU*
diuiny
Pour me faker en laimant , d'u
contmi
Du Pèlerin d'Amour.
2 47
contraire deïlin^
yiure ^mourir, rcuistre, ô* rc~
mourirfans cesse.
Ha ! disoit-il apres,que i'aytort
csuenter ces peynes,que iedeureis
nir secrettes:car tant plus de pernnesen prendront cognoissance,
i attribueront dans .leurs ames,
nt plus de blafmes , a ces flammes
u iiid^cieufes , qui se peinenr en
■in âpres les ombres de mon ç.ç-antement. 11 faut recoloier ctlíc
ce,quc la frayeur j &l'horreur de
on martire,a ja defcoloree , & n©
oubÍT plus mon ©iiye auec les acnts funestes de ces tonsjsi piteux,
compaignez de mes gemiíîernëts;
i'auray pour le moins cestaduange fur la foule des malheureux
Jïioureuxjden'estrepas estimé mirable.Ouy mais le desespoir s'est
ifsé dans mes veines , & porté de
ur rang a desia signalé de íês marL 4
ques
248
La seconde journée
ques les plus saines parties démo
corps,qui soubs leíperáce de mieu
auoir festoyent si chèrement efli
uees, nourries , & entretenues ; il
íecrettement afFoibli , & ruiné la 1
gueur de mes forces , pallissant ,
meurtrissant mon viíàge de ceíl|
couleur paíle, & plombée , pour <
façonner,& mouler son image;imi
. ge qui langoureusement viuocteeil
tre les mains de ces fupplices.-quell
ïl est 3FP arence de cacher ce qui se de
aisé da couure en eífect ? îl est aisé d'occi
se fro --p er fa pensée à se figurer quelqu
áa bic! bien , &c la flatter mignardemen
pour ïentretenir en ceste humeaj
íîíonveutíè chatouiller pourri™
Mais d'aduantage. Mais pour feindre |
p aLai " ressentiment , du mal que l'on end
feindre re,& ranger ceseffectsdu coflé dej
só mai. Uees . il faudroit auoir à Prot
emprunté ladiuersité de fès meti
morphofes .• non, ie ne puis tant m
commanderjde faire vn paradis iffl
ginaire , d'vn enfer véritable • v
Corp
1
irps animé comme le mien , n'a
is Finsensibilité$& ilie ne luy puis
oyenncr en ce monde fímpafsibili, pour fobtenir r sens franchir le
is de ma vie. le ne fuis pas coustuicr aux desguifements des misères
jmaines j ie ne sache point de la
ci lité, pour taire îinfelicité,.ny de
ndustrie,pour sortir-.de.çes dédales
lalhcureux : la íufee -qui deliura
hesee me seroit inutiles ieìiefuis
as né,pour faire parade d' vne íauíse
:siouyíTance,quád le chagrin d' vne
raye tristesse me bourrelle le cœur.me fuis pas prou habile pour loger
extérieur , & finterieur à deux exremitez ' contrairement appointées: ie ne fuis pas pour faire le
ontent, quand tout me va de. mal
npisj&envnmot.
le ne fuis sas de cefie troupe,
Quìpour flatterfapafioa,
Parvnebe/kfÛiiff,
Baille le deu&nt f eur la croupe.
L 5
Alers
Zasec onde journée
KSÎIOYÎ que i'ay le vent en poupe,
le raconte son aHîion,
Et redis mon affliction,
<guand le> fil de cejl heur se coify
Seruant vne douce beauté,
le fus plein de félicités
Or cejfle gloire est ia perdue,
Et ie fers vn œil de rigueur,
Qui pour ne voir pas ma langues
Me priue ioufiours deftveiïè.
Or puis que Fesperâceme desad
uoiie, & que le remède se cache di
phin- m0 y 5 & me fuie à grand erre, ton
les secours du monde me feroyem
inutiles; car iamais le bon- heur m
me recognoistroit pour sien. QUÍ
peníeray- ie donc deuenir, me t rou
uant si pauure du bien queie me
promettois , & si riche du mal ques
ie me fuis acquis fans songer à ceste
acquisition ? ne iugeray-ic pas que
c'est trop endurer, pour durer longuement? mais quelle duree, à vne
personne réduite au période de fa]
L
ruine ì
auatíó*
des
Du T'elerin aAmour.
251
uine ? Ha! qu'il est bien vray , que
encrée d'Amour est ionchee de roses, mais la sortie en est parsemée
o'eípines: ó que la condition de ses Cowp^
esclaues est misérable: car d'autant
plus qu'ils viuent, ils se trouuent claues'
d'autant plus engagez, á saferuitu- aux
de de leur efclauage j & 'd'autant ^""t
plus subiuguez aux malheurs qui
les tyrannisent. Helas 1 Amants infortunez, 6k inconfiderez que nous
sommes à quels précipices d'horreurs présentons nous nos pertes
volontaires?iusques à quand serons
nous las,de nous lasser à force d'inquiétudes ? quand serace que nous
imposerons silence , à ces plaintes
causees par nostre simplesse? ou
auons nous Yeíprk? l'auons nous
mis en main tierce? & nous som- c :
mes nous dtffaicts de noííreiuge- paraisô
ment? Lasl ie meut s, quand i'y pense,& que ie me ramenroy la félicité aU x
C5, &
de ceux qui gauchissent sesesceuiís, ^_ '
& ses bancs périlleux. Non, c 'est la C evih.
vérité,.
25*
Ltseeinde journée
vérité, il n'y a point d'Atlas , qui ne
, • se courbast,& pliast soubs le fais de
ces mesaduantures , ny de perscuerance prou forte,& qui suffísc ,pour
résister à la roideur des coups de
Rcsoiu ceste angoisse . II saut que ie recere
deses- cne " e rcme<Je en ma perte , & que
pair, mes mains fournissent à leur tour,
autant de cruauté , que ma langue
de plaintes ; & que ma poictrine se
monstre aussi liberalle,en l'esfusion
de mon fâng, que mes yeux font
prodigues à espandre mes larmes.disposons nous donc audacieusement pour affronter la mort, &
pour la colietcer renforçant le courage au danger au lieu de l ? amolir>
Cepandant il porte sa main sur vn
petit poignard,qu'il gardoit en souuenance de ía première mailtressè,
dont ill'auoit receu pour présent;
& l'ayant tiré du fourreau, luy parla
en ces termes,encor que ce fuit vne
choíè insensible & inanimée. 11 saur,
que ie me férue detoy, mon cher
i
poigniri
Bu Pèlerin d'Amour.
253
gnard, en ce poignant malheur,
jue ta pointe affilée recerchela
tedîtna vie iu«fqu'au plus sain
mes entrailles»: c'est le derniers
:úl bon office que déformais ie
ire de toy. II est raifonabIe,puis
î tu as veu Ie commencement de
m Amour, que la fin t'en soit
mrnuniquee: n'appréhende pas à
igir , & njemper ta lame dans Com;
m sang , il n'y a damafquineure, parais©
reure , ny graueure plus precieu, ny de laquelle tu puiíïès estre rcure
ìméau prix de ceste rougeur: car d v.a
is les fidèles Amants te chéri- gnard.
it, comme 'les íainctes reliques
ma fidélité, pour lesquelles ilsloueront ceste iournee auec desaracteres rouges , comme mon
igjOii comme mes feux au caían:r d'Amour , & enl'honneur de
1 mémoire chômeront , & festeut annuellement ce iour,auec auit de rcuerenre, d apparat, de
impe, & d alíegreísc, que pas vne
des
S54
^ A fi^onâe .jnumee
des festes annuelles d'Amour. ì
crains pas d'encoutir le blasme,
cest assassinat; tu n'en feras pase
mé l' homicide, ce seront mes ma
qui courront le hazard d'estrc c
ctes meurtrières; mais douces,
íâuorablesmeurtrieres,qui meutr
íènt,& adoucissent íaigreur dec
languiíïéments : elles te forcero
d'oucrepercer mon cœur , de faç<
que leur violence te poussera ht
des assassins, & donra passepoti
ïon innocence : afin que soubs
sauuegardede leur contrainte,
puisses librement aler , & venir p;
my les plus braues Amants. Adii
donc Calinile, ie sacrifie mon sin
sur les tristes autels de ta cruaut
parauanture ce sacrifice sanglai
appaifcra ton ire) & te dóra subie
de priser.ce'tiy qui t'estsi fort à co
trecceur : íku sçatiois recognoisti
h perte que rusais aujourd'huy , i
p' ïeié,du plus passionné, &d
fiiwi constant des amoureux , t
cro
ma:
/
Btí Pèlerin $Am ottr.
255
irquerois d'vne pierre noire ceste
istre journée , côme la plus defa>
ee au preiudiçe de tes côquestes.
iícu chere mort de ma vie & vie
ma mort, ie demande, pardon
es beaux yeux, siie me fuis moné,ou trop indiscret, ou trop in>
rtun à tes regards : la moindre
ofeque tu dois m'accorder , c'est
[émission de mon offense : y a il
itrage , qui ne se doiue remettre à
ticle de la mort?mesmemët quâd
personne mourante à plus de rentirque de péché ? me voicy la
niche pleine de réparation , le
eur remply de repentcnce,auec
e volonté totallement disposée à
ceuoir la pénitence de laquelle
sceaux, mais peu fauorables yeux
ont iugé digue , qui deuoit faluctír en ceíte fin íragiquèifì i'eus*
plustoíì remarqué, qu'ils désirai
ut de moy celte cruelle fatisfaior» , pour séparer Terreur de ma;
mérité, ie-n'eufle pas tanc.dilayé,
d'en
% $R &
■
LA seconde journée
d'en venir à l'efFect. N'intcrd
point , ie te prie, âpres mon tresp
sur ceste considération , fintegrit
ny. la promptitudç de mon obey
fanée : mais attribue de grâce cni
la tout le deffaut , à mon peu de c
gnoissancc, touchant ta volonté.!
fais pascetortà ron jugement, i
ìuy laisser rien con dun e fur ce su
ject , en deffaueur de mon seiuici
ton mérite \ pour supporter iniust
mcnttameffiance -.autant que tu
eu de mefpris pour moy,autat ayde desdein pour ce monde, & cot
me tu veux que ie te quitte , ie
quitte. Adieu donc.potir.iamaisjh
las ! helâs ! adieu j encor vn coi
adieu,belle.,& cruelle Galinile.
Ge fût le dernier root , qui sort
de. fa bouche mourante. Oi; d
rant le•■cours de ceste plainô
il tenoít tousiours haussé le br;
droict, tenâc le poignard à la niai
& la. pomcte tournée vers fa pc
ctrine, présageant son ouuercure.í
Dti Feîerln d'Jmonr.
!
257
bras estoit si foible, qu'il fut conainct de faider de fautre main,
lurfefleueren haut, &renseruir
wime d'vne fourchette pour son
ipuy, attédant la fín de ses pitoya- Compa
raison
es adieux : voila pourquoy , com- de la
e il voulut fen donner dans le main à
eur ,ses bras débilitez de leurs for- Vlie
s, fabatirent , & se croisèrent sur e^tíe.
n estomac sans faire coup ; Ie poilart se glissant , & feícoulant de fa
ain, tumba sur Ie bord de íbn lict
11 il s'estoit à demy couché , car Ie
lanquement de ses forces Iuy def:ndoit de íe tenir debout , le poitiart ne pouuant s'arrester fur le
ord de ce lict retumba fur le carcaujs'emouífant vn petit Iapointe.
Polyphron venoit de faire vne
romenade par la ville, comme imatient, & ambitieux de voir ses ra^
etez plus remarquables, & demanleàfonam'uee nouuelles dlderee*
Monsieur, dict vn lacquay, il s'est
înfermé dans fa chambre , ou il
àpar-
LAseconde journée
à parlé seul tout vn long temp
haute voix, mais fort plaintiuemé;
&croy-ie que vous efliés defjali
les degrés , comme il difoit fa de
niere parolle, laquelle i'ay aifem
entendue, lans auoir peu entend
le reste 5 parce que fur la fin de íc
dncoursjsa voix fest réforcee ,disai
Adieu , belle, & cruelle Calinil
Polyphron , en hommeaduisc,ei
fonce incontinant la porte, &v<
yantce triste, & piteux fpectacls
cuida luy mefme ioùer le dernicl
acte de ceste tragédie , & luy dorl
sierfafin pour catastrophe, comra
il eust faict indubitablement > í'í
eust trouué de la vérité en îappa
rence qu'il auoit veuë;or il fappro
che du iict en panthelant d'appre
henfíon & d'horreur , & ayant le
cheueux horriblement dressés des
fus îa teste,,ramasse le poignard 51
fut bien aise , & se rasseura quelqu
peu , ne Ie trouuant pas sanglant
Biais le plus grand estonnementdí
íàl
Du Pèlerin d'Am-our.
2 5; £
I
crainte veiaoit, de ce qu'Ideree
uoit pas entendu le bruict qu'il
Dit faict, au débris deía porteús saloir il festonner qu'il eust ^tfti
rdui*ouye,puis qu'il auoit perdu ^ôírveiie, Scn'auoitnon plus de pa- neperlle , que de sentiment/' estant aussi p°Xec
:n sans mouuement que íàns reiration. Cequi r'allegea son desnsort, c'est qu'il faduiíâ de luy
(ler le poux, ou il cognut , mais
ec vne indicible difficulté) ( car il
trouuoit aussi froid que du marc,& côme il preífoit de íbn pouce
s nerfs àdemy roidis,&les vaines
acees, le poux perdoit son batteent foubs ceste legere presse) ou iî
igneut dis- je qu'Ideree estoit , &
ortjSc vif, qu'il n'estoit ny fvn,ny
utre, & si reprefenroit tous les
lux*, il se fit soudainement apporrdu vinaigre , pour luy en frotter
s temples, & luy faire flairrr:cela
iïteré deux, ou trois fois, il Ie fît
:uenir de ceste pafmoifon,& remit
Í
à ses
à ses sens les functions dont ils e
yênr priuez , fans lesquelles no
vie ne peut subsister vn moment
îayanr heureusement retiré dec
deífaillancedeccei]r,íl taschad
reconsorrer par ses discours, & m
lager ïênuy quideuóroit son AiT
non pas pour le reprendre de fe
de ceste passion ; car ia réprimât
fustarriuee hors de saison , l'y vo
engagé si auant : mais pour luy
presenter,qu'il n'y a rien si difficií
ou nostre perfeuerancc ne troifl
de la facilité : car les choses mesnT
qui de prim abord nous íemblel
impossibles, nous les rendons aisej
auec le temps, & la constance,
pour ceste considération, diét il.
Les
feiy t Quittez les larmes de L
a
armss
sonde» *
> ses feules armes des fer)
armes_ mes, pour fe defíendre de leurs <
Hjgj ^'nuys, & modérer la violence
leur effort ; résistes; courageuíl
ment>& armez»- vous de la patiencj
qui peut surmonter ces trauaux ,
vou
Du Pelcrtn á'Amour.
261
sdeliurer de leurs attainctes, &
loire dé vostre courage fera'pu:e, trompettce, & admirée par
iuer5 ,tant que l' Amour aura dcly se faire reuerer aux hommes
ux Dieux. Rappeliez vos esprits €onsorc
arez
bannissez de vostre fan'
.
. . ,
auxrcr
1e ceste crainte timide , corner- gr ets.
vous aux moments de ceste trifc ,poi!r vitire par âpres es siécles
la ioye qui nous est preparee : ce
1 lors que vous tirerez du conitementde la fouuenance de ces
'nés , & vous glorifierez de vos
jersitez paíîees.- l'orage, tk la
npeste n'est pasrousiours occu"àmontaigner la mer j' la prime
tl 'hyuer & debien prés , affin de
ne r efgallement les ondes , qu'il Compa
oie esteuces. II n'est pas raisonna, que vostre douleur excède la bes'
deu rs
mdeurde vostre blessure. Le vêt.du
" miel
.
midy est ores humide, & plu- &d :s
5
ux,- & rasserainetout aussi tost le
el. On ne peut iouirdes odeurs .rnour.
du
2 6z
La. seconde pumee
du printemps,ny tirer les rayonsd
miel des ruchettes , que les mesnl
gères auettes ont e'ptiré des fleuri
i\ son veut preseruer son front 1
îeur picqure, & qu'on apprehenl
de lesronces.lesefpines armentltj
srofei j &Jes abeilles gardent
ileurs , & leur quintessence picore!
deçà delà, & mise à íefpargne
leur iaune butin. Ne fçauez-vou
pas, ô vous qui faisant profeíîìor
des bonnes lettres , aimés tant fc
xercice des armes, ne fçauez-vo
Copa- P as 9 ue fAmour efrvne efpecei
raiíon guerre ,ou les Iafches , & les pou
guerre reux n 'ont iamais du meilleur ì m
ai'A- trauaux jSd noz dou'eursencefiib
mour
' ject, font les régiments de sonar
mee • noz afflictions, & noz Mck
ries:sontles compaignes de ses régiments- les appréhensions de m
stre fantaisie , font les escouades (
ses compaignies & chasoune t
noz pensées craintiues, timides, &|
apprehensiues, font les membres £
M
cesi
Bu Pèlerin d'Amour.
ÏJJ
"escouades ;& des soldats quele fois volontaires , neantmoms
rangers, qui peuuentestre cassez
mis hors de 1 estât , par le retranementdes bacheliers aux armes,
mme estants nouueaux,& inacnítumés aux ruses, & stratagèmes
s vieux soudars iurez , leur reeiie est trop faicte à la haíte , &
)p à la volée couchée au roolle,
IUT supporter ny la violence , &C
uílure de ces Soleils d'Amour,
íincomrnoditédespluyes de ces
rmes. Nul bien ne nous peut ap>rter du plaisir , si ce n'est celuy , à
perte duquel nous sommes prenez : & en tous ceux desquels le
inger de le perdre nous est fort
inilier,nous y apportons du reme:parnostreperíèuerance : &ie ne
)ubtepas,que vous n; trouuiez
^aisance pour cclluy-cy , si vous
signés raffermir vostre esprit, en
resolution de sa constance.
lie. Ah non resoluement il n'y
ariuiers
2 Í?4
Lasconâcjùurncù
a riuiere,ny montaigne, ny mer,qiB
íèrue d'obstacle , pour n/empesé]
dereuoirOuranide. Ienecrainsn
le chaud,ny le froid -, i'endurcrayl
ventjagrefle^a p!uye,& la tépa
fìe; ie me veux proposer de nei
poser } ny iour,ny nuict , iusqu'à »n|
quei'aye reueu ses beaux yeux,
>
m estoyentsifauorables,& sidoud
Cempa
j> e iy m Comment ? ne fçauez-voiil
n
du ° pas,que le traict de f Amour, cestij
traìct ; traict de Cephale ? en quelque liel
niour à qu'il le lafche il est ineuitable ; i"
ecluy a point de fuitte à fa pourfuitti
de Cequad vous auriés la vitesse du
phale.
meron, le plus viste Centaure,&l:
promptitude du Pegafe volantl
vous ne feauries efchapper
fes mains. Les aistesdePersee 5 {
les aiflerons de Mercure,vous serol
yent inutiles , si vous pensiés voo|
fauuer à tire d'aifle de íès griffes:!
ne faudra pas vous releuer fur lare
miíe,cardu premier vol vous seré
mis au pied : puis qu'il vous rem
Mers
esclaiìf
:laue de Caîinile, il vousîa faut
mir jou n'en seruir point d'autre,
vous fera filveutlamefmeplaye
Alemaigne, qu'en France. Mais *
ut ainsi, que vous ne ffauries're^ Jg3j |j!
rire dans voz tablettes , si.au prea- de r A»
>le vous n 'en effacés ce que vous ? e á
tues eícnt ; aufíi ne pouucs vous blettes
ipreindredansvofíre Ame,lTdee
ceste belle , si vous n'en bannisscclle-la d'Ouranide.
Ue. Ie ne l'y ay que trop viue:nt emprainte à mon grand preiu:Cjpuis que le désespoir mesme ne
i peut effacer ; que le mefpris l'efie à ses tributaires , & qu'elle fe "
mstre si ambitieuse au deídein.
Pofy. Ie vous diray , la paste ne Çpaìfle pas d'aduantage au leuain, deia
e la ieunesse à la beauté , quand P*'. e
esc voit recherchée, & aiudemét
sirecdetouSj elle fempoulle de
lité comme vne vessie de vent,
and on souffle dedans : ne vens
nayés pas des boutades defes reM
fus,
■
166
LAjèeonde journée
fus , vous fçauez que la. rigueur efl
Cópa- la pierre de touche, de laquelle Icf
raison
filles fe feruent , pour efprouuerl
de la
rieueur fidélité de ceux qui les recherchéj
a>
pierre II y va du temps à la vérité, mais d
de tou- temps feulement , pour ceux qui ri
che.
íbntpas efperduëment efchauíícs
leur poursuite: car pour ceux qui;
monstrent zélés iufqu'aux extierai
tés,comme vous faictes,ía grádeuj
de leur zele,recompenfe labriefyj
té du temps.
Ide. Quelle apparance , ou espj
rance y a-il de flefchir le couraí
de ceste orgueilleuse,quifaicteft]
que la fortune , & I* Amour dc'terj
estreregis, & feigneuriés pareils
Poly. Vous vous trompés , c'e
elle mefme qui désire de seruir à I
fortune de fAmour ; ie f<pay coi
bien en vaut faune , îexperieni
m'a defcouuert les secrettes mene
Ambi- de ces ru ses, és siilesdemon temfl
tiô des II n'en y a pas vne , qui n'aimi
filles.
mieux faire demy douíainc de f cri
teil
Du Pèlerin £ Amour.
a 6y
eurs en vne heure, que demeurer
emy douzaine d'heures, fans faire
nferuiteur.
Ide. Ce n'est pas de mefme de ceïe-cy,elle deuance , & furpaíTc aussi
lien les cruelles, comme les belles.
Poly. Sont des contes , cest touiours vne fille , fi iene me trompe
ar conséquent touchée du mefme
ksir des autres: fi vous les oyes
ipincr en leur priué conseil , cornue ie les ay d'autresfois finement
scoutces,& regardées par quelque
ente ; vous verres que leurs conclu- Les
ions font toutes faictes en íaueur )ci
^1
lel'Amour : si leur bouche parle,
'est de ce fubject: si leurs mains sa "
Am
ont si frétillantes, c'est pour íbecaion de ce refse'ntimcnf.si leurs veux
e mcuuenr,ce n'est que pour admìerfes merueillesic'eít lacousiume,
[D 'elles doiuent à ceste constance,
Accise constance la dépend de leur
oustume.
/^■Pourroit elle bien feindre si
M 2
rigeu
LA féconde journée
rigaureusementí'&pourrionsni
fansiugemét téméraire la soupçon,
ner de ce vice?car il se loge aux ex
tremitez, & par consequcnt subjecl
au blasrae.
les fót
-P"^' Voila iustement des erreurs
gloire de vostre fantaisie 5 les filles son
ue
feiirise S*°^ e ^ e Ce V * CC » ^ ne *"ont 1
aises, qu'on les nomme dissimulées;
car c'est autant , que s'on les "ommoit amoureuses.■: parce que la dissimulation n'a point de lieu cheze
les, fi ce n'est en ce qui concerne!
îAmouri&i'aduoiïeray, pour Mmoux d'elles , qu'il est maintesfoií
bon de bien dissimuler : le sage lunius Brutus contrefit bien le fol)
pour fe deliurer des embufchcsc
son ennemy Tarquin nepiieu £
Tarquin le superbe. le pense en fi
que vostre appréhension ioinctei
ía cruauté , vous fera .redoubteí
quelle se sépare du .mondc,& fe renj
de religieuse.
Ide. A la vérité ic. luy ay ouy préj
, ,
drí
Bu Pèlerin d'Amour.
169
rc deux ou trois ibis ceste reíóluion^mais ieneíçáy si son désir íaibit escorte à ses discours, & si ie
ioym'arrester àceste créance.
Poly. Vous n'estes pas si simple,
ysipeuclairuoyâtparmy cesfaus:saíìeurances, vous en recognois:z les paroles au ton: car vous íçaez que c'est l'ordinaire coustume
e tìaintes filles ( pour ne n">'cn y a c „.*
irendre pas à toutes ) de dircqu'-el- íteme
:s veulent se rendre relligituiesj
^~
ìais soubs le voile de ceste relli- sont se
ion ,, elles voilent le désir de leur ]°^^
iffiour , quisedesuoileluymesme reilíarsonenuie : ce n'est pas ce qu'el- S ie ?f?«
:sy songent jievous en dÔne ma paille, celles- la qui deíTeignent de
:stre, n'en font pas tant de bruiéh
làe, le veux que cela ne soit
oint , comme quoy m'ozeray-ie
émettre , quelle me veuille iaais du bien, puis quelle me trouue
odieux?
Poly, Ce n'est pas qu'elle ay t de
M 3
la
2jo
Lasecon de -journée
U haine pour vous; mais c'est qu'el
ie fait la mauuaise , pour remarque
îa fermeté de vostre constance : ca
en matière de ceux que nous von
ions parfaictement aimer , il fau
íbnder au préalable la pureté d
leur arnour,& faire vneílày dcb
perfeuerance.
lde. Elle feroit trop la mauuaiíl
pour ne mériter pas lc nom de des
deigncufe, car son desdein franclij
les limites de toute mauuaistié.
Voly, íe veux qu'elle foie marnia
íê, 6í defdaigneufe enfemble/e fai
íl pour cela désespérer ì ne rnctit
elle paslapeyneque vous prenez
son seruice ? il faut la vaincre (
courtoisie, d'amour,de respects
fcanchise,& de fïdellité, ce sontaj
tasu d'amorces pour lesaniest
nées.
lde. Les maux que ie souffre po
elle, feroyent'les moindres preuu
de mo obeyísance, si ie croyois qi
ce nc fust pas autât de temps pers
M
Du Pèlerin à'Jœoi/r.
271
P^.Tournez Ic dos à ces apprecnsions, & le visage à vostre atten;,§rvoustrouuerez qu'il vous fauc
elsisser ces peníêes passées par vore fantaisie 5 au desadueu de vostre
igement.
lde. II n 'yauoitameviuanteiGiut
íeustjsçeu empêcher de me doiïer la mort, auant vostre arrìuee;
ìais íes raisons de vos discours
mcest aduantage sur moy, qu'ils
índent nulles mes volontez holicides, & anéantissent mes désir s
saíins, pour me faire délibérer ds
liure vostre conseil.
Mon Dieu! que i'ay eu de peync
vous déclarer les regrets 9 les íbu•irs.&la mort volontaire de mou
elerin , & fa résolution changée
arleslógues remonstrances de íbn
ouuerneur : ie vous iurc, que feu
»is quasi hors d'halaine, .pour n'aoir point d'habitude à ces longues
ornées, dót les routes font si feareuses si pénible si effroyable s,& íi
M 4
peu
Lit seconde journée
peu frequétees,veu que persònem
les fraye qu'à flae force , ne penses
pas que i'y aye rie adionsté da mien
car au contraire i'en ay retranch
tout plein de lamentations, que m
mémoire auoit mis enoubIy,& qu
mon style nepouuoit gueres redi
gerenbonordre,non plus que cel
les-cy d'autant que les peçsonne
Les q U i désespèrent de leur vienne poli!
tcs'Tcs ^enc P as ï'eurs complainótcsdes plu
plus ru rudès figurent mieux festar de leu
des sóc
•
o i
t
i
lespiuï pecte tragique ,& les plus longue
pro»
semestent bien fouueot de leur rai
au* af- ícre.Tant y a que Polyphron seraÓi
fljgez. Ideree de saler eígayer sur le bon
de la Seine ,& partent auec dessei
d'employer vne bÓne heure en leu
promenade. Mais vne aduanturi
d'Amour agreable,& pitoyable eo
semble retractera bien tost ceste re
íblution ; car ils ne se monstrentpa
û tost à fiísue de leur logis, qu'il
aduisent Calinile fur la porte à
sien discourant auec vne siéne tant
Da Pèlerin d'Amour.
273
vne plaisante histoirè, qiíe ie vous
ray voir tost âpres. Geste ma-uuai- te
t les voyant approcher f entra dans
àmaifon,pournelesfaluer'pas, & défraies qu'ils furent outrepassez ils la s ntuÍ!: "
irent resortir ce qui les offencá
Irucllement.Sa tance luy demanda',
lourquoy elie auoit ioùé ce iraict &
jes messieurs , qui peut eíìre fen feoyent efcandalises 3 qu'ils s'en for|nalisent, fils veulent, reípondit eie,celam'est indiffèrent, i'ay fait
emblant de ne les auoir pas veus à
|lcssein , afin qu'ils n'interrompiíentpas nos discours , il nous fal[oit résoudre de perdre pour le
moins deux heures auec eux, leurs
ropcs font de longue haîaine , &
epuis qu'ils les ont vne fois enflez , quand ils féroyent les plus ioSj &lcs plus récréatifs du monde,
s les rendent ennuyeux à force de
ongueur, & n'auoyént garde de
aster fans parler àmoy, d'autant
Qu'ils ont çogneu mon frère enAlM 5
lema-
I
^74
jZ^ëtw^ôwneê
Iemagnç , & ils ont cu le vent qu 'j
estoit arriaé, ic ne fçay toutesfoJ
fils font veu d'auiourd'huyj fur cci
la elle oiiit son frère descendant lt
degrez , auec deífein de les ment
toutes deux voir 'vnElephant bit
prez de la: elles estoyent trop
rieuses & désireuses de voir
nouueautez, pour ne ses gager pi
incontinent de promesse d'y aìti
elles rentrèrent dedasaffindeccii
Compa fulter vn peu leurs miroirs siddlt
deYrnV fecrettaires , & véritables rappoi
a OÌÍS
teur s de leur bienséance, & coníei
creta?- ksS ordinaires de leurs artifice
res,& plus propres: car elles faifoyes
sel1
eu^ at
kr".
à'y trouuer vne bonne trous
de gens , qui fy aífembloyent
grands hardes de tous les quac
coings de Paris , parce que toutí
monde estoit soigneux de voir vu
beste si rare en ce royaume, meimi
ment celle la qui faifo.it des traiá
ayants plus de raison , que de bcíìl
se, & moins de brutalité, que dei
gemeU
Du Pelerin d'Amour,
275
ment raisonnable. Le frère de
ilinile arresté sur le bord de la ruë
perceur Ideree, & enuoye son
juay âpres, pour ler'appelier.S 'il
lint plusvistequedu pas, ie n'en
ux sonner mot, pour vous le Isif■apenfer, il me íùffit de vous dire
'il arriua en mefme temps que
i dames íortoyent , Calinik l'aprceuant en récent vn desplaiïîr ïî>
treme de ce rencontre, que cba£
n d'eux remarqua la subite ernow de son Ame j sa tante íuydei
ride qu'estoitce qu'elle auoir,
refpond qu'vn mal d'estomac, SuWê
vne foiblestè de cœur l'au.oit cí ua «nfc en descendant les degrez, &
rehendoit de se trouuer plus
1 selle aloit par la ville.La cruaufestoit obligée des 1e ccmraftiment de leur ligue , de hy fournie
tde ruses, & de deffaictes qu'cU
voudrait, & particulièrement
le : cy. On eut bien de la peine à
aire résoudre , ; car elle fìottoit es,a! le ment
2^6
Ls.seconde journée
gaiement entre l'accord , & le d
ny de leurs íemonces:mais il y am
fort peu d'apparence qu'elle ì
peust defdire,si est-ce qu'elle lent
promettre defen reuenir,des qu'
auroyent veu l'Elephant, fans s
muíèr à fentretien de ceux qu'il
pourroyent trouuer: elle paífoitíi
purgatoire , & nostre amonre
íòuffroit les supplices de son enl
îa conduisant par deífoubsle bi
en obíêruateur du íìíence , cela I
cauíe qu'il tacha d'alléger les ! Î
guisseméts de fes peines par la vo
de ces parolles.
Çfp»lde. Si les vents de ma paílií
des
eíïbrent mon esprit du droict de ï
vents deuoir, & que mon trop d'Arno
scctsYe me donne de l'indifcretion parla
l 'Aà ces beautez infinies, à qui ie d(
mour - tant de respect , accusez- en w
beaux yeux, qui m'ont tropcrudi
ment offencé.
Caíi. Ie n'entends pas ce (f
vous dites.
Bu Pèlerin d! Amour.
î77
lde. Iedy, que les coups de vo; courroux font trop cruels en
.endroit, quin'ay commis aune oífence contre lafainctetéde
sloixpour relêntirles effects de
ur indignation, & l'outrage de
stre mefpris.
Calt. En estes vous encores la?
lde. II faut que i'en fois au mef: poinct ou vous m'auez reduit
sgueres , puis que vos reparties
pitoyables ne trouuent point de
:iépour m'en désengager.
CalL Vous me prenez pourvn
trc.
•
lde, Ie vous trouue à la vérité
ute autre que ie ne vous croyois,
première fois que i'eus l'honneur
vous voir: car vous recognoifc
u fi belle ie ne me fuíïe iamais hardé de vous estimer íì cruelle.
Cali. N'y a-il que cela?
lde. Si a , il me reste encor à
'lis demander permission de vous
ner durant ma vie, ce que vous
ne
%j$
LOrsecsnde journée
ne me pouuez deffendre : affin que
i'aye au moins ce bô-heur , de mourir pour vostre seruice en cest adueu, encor que vous n'en teniez
point de conte.
Cuit. Vostre vie , & vostre mortl
me sont indifferetes; viuez,& mouj
rez quand vous voudrez, c'est
moindre de mes soucis. '
lde. Ie necroy pas, que la perte
de ma vie soit le moindre de vos
soucis, puis que vous tachez de m
dôner la mort,par la rigueur de vos
desdeigneuses reíponses, dont les
mots inhumains me sont autant de
geines.
Cali.. Ie voy bien , vous aucz re
íôîu d'estre importun , & indiscret|
clgalement.
lde. Ie vous importune, íele
eonfeíìe, & ce trop indiscrettement 3* mais la blessure de mon
eceurest si grande, qu'ellernostela
cognoissance de mon deuoir, & me
íait commettre ceste oífence , de la
quellcl
-s
Du Pèlerin £ Amour.
2j?
[iiellc ie vous demande pardon.
Cali. Ie vous ["octroyé à tel si,
ue vous ne me parliez iamais, ny
e pensiez plus en moy tout le reste
le vostre vie^car lepourchas de voire folie me cause tant d'horreurs
[indignation pour vos deportements , que ie ferois infiniment
contente d'auoir perdu la forced'vn
bras , & que vous nem'euflìez laids abordée ny venë.
L'eífroy , le chagrin , le creue*
cœur, & le defpitestouperent à noire Amant 1c conduict de la voix,
tenant ferrement clos le passage à
'a parolle , qui vint à fe résoudre cn
òn principe foubs l'estredcla penec Apres qu'ils eurent veu, & adliré î'Elephant ils se retirèrent.,
decce voulut fur ce retour pourùìure ses brifees,mais la cruelle luy
èrma fi bien la bouche, qu'il n'oit pas seulement respirer tant ilíignoit de luy desplaire, & luy die
ie rendoif plus íi outrecuidé de:
, Hacco-
F
2 8o
La seconde journée
îaccofrer qu'elle luy feroit rcceuo
la plus grande escorne qu'il vit 1
mais 3 en la présence de qui que Í
fut .Les voila séparez fur le brouilli
de ceste castille , a pres laquelle ce
amât désolé s'accosta de Polyphro
póur luy faire le récit de ce qui s'i
stoit passé. Cehiy-cy remarquai
îaffliction d'Ideree panchanîe vti
le désespoir, & voulant luy fairei:
dustrieufement euader ce péri!
j dictpourcontrequarrer lamefe
S ce de son bien. Que les rigoureuft
"lu
c
lessont sont bien fouuent plus aisées ai
115
atsee's trapper que les autres, car nouslf
à gai- gaignons quelquesfois quad moii
6BCr' nous y songeons. II ne faut qu'r
defpit pour leur faire virer 'la vflj
de leur opinion; Sc tout ainsi f
la rose, furgeonne parmy les efpim
de son rosier, ainsi le contentemei
de îAmour doit naistre parmy li
peines de noílre feruitude. Cc n'e
pas tout d'auoir bien commencé,
íaut fidèlement perfeuerer, affini
Bu Peserïn d' Amour.
281
ouuoir heureusement finir. ïl ne Compa
n
rHtpasde paroistre au bout de Ja ^ n°
ce equippé de tout lustre, pour amant,
ri
lieriter le prix ordonné aux bons ^ 0 ^
"endarrncs, il est nécessaire de fran- reur de
iir brauement la carrière , & fur la ba s ue Inde nestre course on iugera nore mérite. Comme les ailles ne '
1
•
-ru
»
Compa
ruent de nen a-ux oiíiiìons, qu on raison
baillés aux De £icsenfans5 piusqu'ó de noz
ur a noué vne ficelle au pied, & auxpe'iís ne peuuét s'en aider pour vo^
°yscaux
r,encor bien qu'ils s'en foufleuent
*
peu en í'air tant que la longueur
Jíeur cordelette íè peut estendrej
mesures , les aiflerons de nos de> font inutiles k nos Ames , pour
seíleuer à fefperâce de noz coríntements,& fournir à ce vol , felsfe trouuét íì court attachées dás
Js lacs de la crainte.U s'aida de ces
^mparaifons: '& raisons pertinen- desmal
s , pour eíránçôner ce courage es- ^uers*
Jranílé, aufquelles Idereefut con- traictj
ainct, cV content de re/pondre.
Qu'il
I
2%z
LA seconde journée
Qu'il auoic des le cômencementdl
ses Amours preueu les traiois de fol
malheurs, & festoit quaíì promtsj
de les esquiuer subtilement
gauchir leur poignantes bleífeures;
mais il festoit trompé en ceít es
poir, toutessois fa preuoyancelew
auoit desrobe la moitié de leur for
ce$ & pour conclurre il laissoit gai
gner son courage à íès vines persiu.
fions, fans vouloir adhérer aux con
traires fantaisies par son defpit.Ce
pandant qu'ils occuperont la fubti
lité de leurs esprits, àdifcourirdei
moyens , & faciliter les ruses necef
faires, pour les effects qu'ils se pro^
posent; ie veux désengager la paroi
le de la promesse queie vous auois
baillée en hostage d' vne histoire su
ture,quand Calinile entretenoit fa
tante fur la porte de son logis, vu
peu auant qu'elles alaífent voir l'E1
lephant.
II y auoit vn Marquis, que noui
appclerons Crìfandre pour la crie
uan
Du Pèlerin d'Amour.
283
ance, & l 'or qu'il poíïèdoit -.celluy
y sur fappuy de ses efcus, & fur la
onfìance de íbn chresor , sit demá-
[er Calinile en mariage, sans qu'il
Justenuie de se déclarer, ny de la
|:ruir, qu'il nesust aííeuré de só ieu:
Itrauailioicences affaires, comme
ne sourde lime,ou comme vne scie
Ic laquelle on ne peut entendre la
Iraictc : car il ne fanait faict déchet qu'au pere de sa maiíheíTepreendue, & quand celle- cy le rcnótroit par cas d'aduature, il en fai[oitauffipeu d'estat que d 'vncperorme incognùe. Le pere,& la mere
le ceste fille bien, & deûement informés des moyens de ce nouueau,
m secret seruiteur/obligercnt bien
ost de promesse en son endroict , &
e firent venir,auec aífeurâce d'obenir ce qu'il requeroit d 'eux:car en
natierc de ces taquins auares leur
mour se faict, & se deffaict en vne
eure pour la plus part : voila pouruoy ceíl en vain } que Calinile demande
I
I
284
LA seconde journée
mande huictaine pour y songer, en
cor qu'elle y eust bié employé huií
cents ans (comme communemen
duroyent les monarchies ) voire
huict cents mille eternitez, si tan
y en auoit, fans fy pouuoir resoi
dre ; car el!e iugeoit bien , qu
ccíí homme laestoir plus capabl
d'vstire,& de chicane.que degalan
tife, & d'Amour; auíîìestoit- il esii
mé vn des grands plaidcurs,qui vcl
quiííèn.tdesoatéps soubs la capp
duCielj ie ne vous en diray auti
chose si ce n'est qu'à la premier
sois , qu'il vint accoster fa maiftrel
se, il ìuy fit vn discours iufques
perte d'halaine, touchant vn vieu
procès qu'il auoit, & m'estonnei
qu'il ne luy fist voir quelque K
queste ciuile ou autres pareille
pieces de chicanerie , dignes de I
ceruelle , car il en portoit inccl
íàmment fes poches pleines. Cal
nik, fit toute la : résistance > d
Iaíjuel
Dff Pèlerin d'Amour.
2 S5
ûiiellevne fÏÏIese peutaider,quâd
!c hayt 1c party qu'on hxy veut
ire aimer , représentant à ion pere
jciesir qu'elle auoit de luy rendre
seruice , &se tenir auprès de
lypour cesubject, & quand bien
]e setoit si malheureuse d'estit
iueede ce contentement, & qu'il
délibéré de la séparer de sa preìce elle aimeroit mieux eípouser
contient qú'vn mary. Le bon
^iliard pensoit de prim abord,
selle se sernist de ces honestcs,&
îdestés resoonses, à la cuise des
res fillesjqui par modestie, & par
ìesteté refusent les maris en les
:runt,& les prennent en lesreâne : ie ne feay si la coustume des
decins,donnc vogue à la leur par Gop
exemple ; ou si la leurj authori raison
des fil•elle des'medccins têdas la main, ïès aux
tllongcaïït le bras, pour attraper '" Cl
cins,
:uque leur langue faifoit fern|nt de laifíèr ëfòfapperl Tandis
■ ce, vieillot .cul- opinion, auc
si
2 8£
LA seconde journée
sa silic s'aidast de ces dcffaictes, có
me d'vne cérémonie deuc a s5 fat,
il ne. s 'en altéra pasmy ne s'é efmeui
autrement : mais quand il cognai
quec'cstoit àbon icu bon argem
ha! ce fust lors , qu'il luy. sit tou
cher au doigt les effects de son in
dignation,& recognoistreJe pou
uoir qu 'U auoit dessus elle. II lamí
Mena
nasse par ses commandemëts, & I»
ceî .
rVvou* córoande par fcs menaces íréeíji
lantma suiurc fi volonté; car il cognoiíloi
fifle tó rn,' eux cc qu'elle auoit besoin qii 't
tre ion lemesmc,& panât qu'elle s'y rá
V.tm
lust, selle cstoit sage, ou elle S'I
trouixroit mal.Cômentí'luydiso
iljpetite capricieuse que vouseík
vous voulés faire ta reucíchc àj
que i'ordonne de vous? & depii
quand estes vous'siretiue?quivo|
rend si hagarde ? voulez vous fài
la princesse? d'où vient cestc SÍíii
cc.cffrontee, de me parler auecl
reuerence d'vne si grande fotti
auriés vous point enuie de rctraí
I
Dif Pèlerin d'Amour.
3 87
:soîutió que i'ay prinse de vous?
is ay-ie mise au monde , pour
e contrequarre à mon aíîcuranlonnee , & saucer ma promesse?
n,non íçachez que i'en ay donné
olle à Crysandrc, il doit vous
ir voir dans demy heure, i'entés
: vous ne luy faciès pas la froide
1e, mais la meilleure chere qu'il
is fera possible, le conctrat de
tre mariage est desia minuté,
isen sommes vnanimemée d'acd en tous articles ; ie vous comnde fur peine de defobeïíïànce,
pprouuer ce que i'ay moyenné
.irvostre aduancement, & pour
•puy des vostres , vous deuriez
is estimer heureuse d'entrer en
: si bonne maison , cn laquelle
LIS pourrez, obliger voz parents,
:
aire pour les leurs. Les mariages
viennent pas des hommes,ils ont
5 Conclus,& arrestez dans le Ciel
toute éternité,;! ne leur relie que
stre accomplis fur la terre , comme
,
2,88
La seconde journée
me i'espere voir accomply ccíuy
Lppi- C y.Cene font pas les choses de c
dVn
monde,ny'Ia diuersité de leurs acci
maldents, qui trauaillent d'eux mcfmt
ous
noz esprits.: car ceste suprême , '
H
nauail- diuîne sagesse ordonne le tout pou
quePi'cf nostre bien. Mais îopiniô que non
fect du en formons dans nostre fantaisie
™ a„~ est cel!e-la qui feule nous gaste,
e
mesnous faict prendre souuent le gii
ínc '
pour le verd 5 figurés VGUS dans v
sire Ame , que Dieu veut cecy pif
vostre mieux , & demandés luy
grâce d'obei'r à fes commandeméí
&aux miens, & il n'y aura aucun
appréhension, qui vous puisse tfo]
bler , ie n'en voy pas vne de voíli
race qui iouyíTe du tiers des bìei
que vous posfederés. U luy parauec telle rudesse , que là pauure
le n'oza répliquer vn seul-mot à í
volontés paternelles , ny raesi
donner cognoissance qu'elle
auoit du desplaisir.
Sa mere arriua sur ceÎ3,& péri;
Du Vêlerih £ Amour.
28 p
|y donnar sub/'eér de se rcsiouir,Iuy
|nt raconter monts, & merueildes richesses de son mary futur,
:stoycnt autant de montaignes
lot à son dire. Mais puis qu'elle
toit passée par ces piques , ne fçalit elle pas, que tous les threfors L?M
■,
%
J• ■ r
*
ouvis'ec
la terre,ne íont rien lans Ic con- ceu x
itement parmy le mariage ? puis s ui r<v.
c
Je le contentement est la fíri de te™
'
ièe de ceux qui fe marient , & que
■r visée ne fe propose point d'aufin. Quand les deux Indes se
>ycnt defmises de leurs poísefins , pour en aduantager celuy
le fa fille alloit efpoufer , si s'estilra elle tousiours pauure en cestb
[uisition faicte contre son gré. Si
Inere prenoit la peine , de rafrai■r fa mémoire de ces accidents,
Ir les volontez qu'elle auoit cn
m ieune aage , elle iugeroit fainéant, & infalliblement, que tous
lbiens de ce richard ne feroyent
pais suffìíans , pour denner de
N
l'Amcur
I
Í
I
I
I
t$o
LAseconde journée
f Amour à sa fille , si le mérite de I
personne ne leur en fournissoit.
Le reCalinile se donne plus de libei
part
á'vne té de parler à fa mere ( car son per
fille
sestoit desja retiré,) Scluy repn
desagreanc sente ses raisons , la suppliant
celuy considerer,commét estoit-ce qu'íj
qu'on
le pourroit aimer vne personne,
luy
veut
luy estait incogneuë, & laquel
faire
aimer. n'auoitpasdeigné luy donner ci
gnoiííànce de son affection, etic
que les pactes de son mariage si
seac passés , comme son pere
auoit dict,il sembloit , que Crysil
dre voulust femporter de hautelis
te,& qu'elle ne meritast pas depl
ler à luy , pour y contribuer fonl
ueu. C'estoit trop la mefpriferpi
faire aucune bonne estime d'eí
elle n'efperoit point d'en estre
mee, lors quelle se seroit reduict
son pouuoir, puis qu'il en. fàise
peu d'estat auant qu'elle ne
deust né:el!e ne se voyoit pas , D
mercy , si retardée qu'elle nepJ
Du Pèlerin d'Amour.
ï$\
icor attédre vne annee à se marier,
a mere interrompant son discours
(cria , helas ! ma fille que dictes
usfvne annee,il vient vous espou
das demy heure, & ie vous diray
ns deux mots, le subject qui nous
ant faict précipiter cest affaire.
II y a cinq ou six mois , que Crydre auoit fiancée vne maistreíie,
feruice de laquelle il auoit receu
ucoup de contentement. Or cóilestoit furie poinct de refou*
Idu iour des eípoufailles, quelle mauuais vent luy dona dans les
illcsj&luy raffroídit tellement
ourage , qu'il tacha par tous
ycs àdeffaire tout ce qu'il auoit
: mais d'autant que les parens
fa íìancce iugerent , qu'il ne faípas laiíìer efchapper ce party,
?r estre des plus aduantageux,
r elle ; iomct que fíl fe retïI de la forte 3 ce feroit autant
Ihfme pour ceste fille : car on
1 dict incontinent, ou qu'il auoit
N 2
remar
2 £2
LA seconde journée
remarqué en elle vne grande ii
perfection, ou qu'il s'estoit pal
entr eux deux quelque chofe
plus qu'entre le commun des j
tres Amans : outre ce qu'il ne fa
en ces siécles ferrez , & malhc
reux,qu'vn mauuais bruict à v
fille, ou faux ou véritable , pour
tenir au croc le reste de fes iou
ils ne voulurent iamais prester co
íentemét aux sollicitations de C
íàndre; ains le mirent en qualité,
faisant sommer de fa promesse,
îzduis , & le conseil de fes a
veut , qu'il en efpoufc cepend
une autre le plus fecrettcmentij
pourra, affin qu'ostant le moye
fa partie d'en auoir cognoissan
elle ne puisse pas s'opposer àí
nouueau dessein iufqu'à ce <\
forte en son plein, & entier ci
C'est la voye la plus courte, la $
aíîêuree,& la feule qu'il peut tq
pour sortir de íbn procès, de si
chérie, & de son ^WimcQ autre
Du Te le r in d'Amour. ,
2 <? 5 "
:tendue. II vous à. faicte deman"
à vostrc pere,qui s'est fort con"
té de ceste recherche , & de lap/ que tous les nostres en pourrot receuoir .- toutesfois pour ne
)liger point de promcífe à mon
:eu il me le communiqua, non
pour -me demander aduis,si cela
litbon; mais pour me reprefenque ce nous estoit le plus grand
ncur qui nous peur amuer,&
ondemet prdpre,& aíîcuic peur
blir, & bastir la fortune de tes
ieunes frères ; parce que Cryre est veu de bon œil, & caressé
Princes , & des plus grands de
ourt. Quant à {"appréhension,
tu te siguresde n'estre pas aide luy i elle est fondée fur du
: mouuant , & fans-nulle apKe j car au contraire il te
ira d'autant plus, que turau[aranti d'vn plus grand malp or il croitque h'nconucnient
onde le plus sinistre , & le plus
N 3
maien
2 ^4
fieonds journée
malencontreux , qui luy puisse ar
riuer, c'est de se voir condamné j
reprendre ceste fiHe3 qu'iI dict aiion
iustement, & raisonnablement de
laissée. Au reste s'il ne t'a poirt;
donné cognoiífance de fa recherj
che ,n'en accuse pas fa bonne vc
lonté j mais excuse le conseil qui
ton pere meíme luy a donne , leque
n'a pas voulu que cecy te fust plu
stost communiqué, craignant M
uanter vn affaire qui se deuoitl
fecrettement manier. Sa raison ej
parce que nous agréons ceux
fofrrent à nostre feruice , ou nou|
les mefprifons voyant trop d'antj
pathie entre leur humeur,&lar
stre:finous les iugeons proprf
pour acquérir noz bonnes gract
il nous seroitbien mal- aise de kri
tenir dans nostre pensée , sansc
communiquer des indices à fes»
rieur , & fans faire part de ceste ioj
à noz plus fídelles compaignesj
nousnetrouuons pas qu'ils ayetj
dequ
equoy se faire aimer , il ne se peut
on plus, que nous n'apprenions
ar noz deportemens le dcsdein
ece mefpris , à celles que nous
ìeriífons ; par la communicaon de noz plainctes, &que beau*
)up d'autres ne puissent remarier à noz façons de faire , & à
)2 gestes ^ennuy qui nous affolle:
ir ie fcay combien on reçoit de
ulagement en son afflictien ,
ìand on peut asseurement la raMer à vne personne affidée , Sg
)mbien nous recherchons de mo«
ns ,&de petits détours pour cri
ipefchcr feuenement. II »'y à
stourbier si secret, & plus inusité,
ie nostre industrie ne mette au
ur, pour arrester le cours de
ste affliction : de façon que soit
ic ce party sust à ton gré , ou qu'il
le fust pas , il y auoit hazard,
defcouurir fa secrette menée,
te rediray encores , ce que ie puis
luoir maintesfois dict: Tu peux
N 4
pren
LA seconde journée
prétendre en cecy vn familii
exemple de ma vie 5 car ie n'auôi
iamais vcu ton perc , iusqu'a I,
veille de noz espousailles , & pou
t'en parier franchement ie ne peu
uois gueres îaimer : mais enc«
auois-ieen cela plus de raison qu
toy 5 parce que feu mon perc ríi'i
uoit commande d'en aimer vn 211
tre , qui m'auoit obligée parlai
délité de son scruice , à luy vou
loir du bien, mais ie ne feay qui
pernicieux esprit , & cnuicuxde c
qui fe pasíoit , vint souffler au
oreilles de mon pere, luy rappoi
tant que son gendre prétendu auoi
4ict en pleine assemblée, qu'il «
duiroic le bon homme au pet
pied , s'il auoit vne fois efpoul
fa fille :celluy-cy de legerc creai
Ce ,p& soupçonneux de peu d
chose
comme la plus part à
veillards , qui entrent volontici
enmeffianec d'eux mefmes, fe'
accroire qu'il y auoit- apparent
Du Pèlerin d'Amour,
2 51 7
e vérité cn ceste fausseté ( car
ous auons du depuis fçeu comc tout se passa ) deíbrte que sur
mcsme heure , il fit venir ton
:ic , qui nous auoit tefmoigné
lillc désirs d'entrer en nostre alance , & de m'auoir. Oa* nous
iííà seuls le reste de ce iour,&. si
DUS fit on veiller quasi toute la
inct fuiuante : moy par le comlandement , que l'on m'en auoit
ictj& luy, pour tafeher à me donìcr de l'Amour par ses discours,Jr fa galantife, & par i'asscuran»
: de fa pastìon : mais parce que
mois asseuré íautre de ma bienîillance , ie ne goustois pas fort
:st entretien.-mon amitié ne pouûit eslre mi-partie ; puis que ie
mois engagée ailleurs , il falloit
ue ce fusttoutà faict, car d'asseionner a demy à la guise de ces
ijmcurs brouillonnes, qui fauofoyent tous objects , ie ne pouoi's : si fallust le lendemain , que ie
N 5
fusse
3 p$
Ls seconde fournée
fusse volontairement espoufée, pat
celuy que ma volonté n'elpousoit
qu'à contrecœur. Ierendistefmoi
gnage en ceste action louable , í
yertueufe, que ie préférois , & pri
sois plus íobeïssance deúe à mon
Pere , que mon propre contente
menti toutesfois íe restois preu
contente, de contenter celuy qui
m'auoit mise au monde en fin aue
îe temps , & cn bref ie me reco
gneus,&cogneus, quei'auois fort
bien íàict, & grâces à Dieu ie te
puis aífeurcr, que nousauonstou
íìoursvefcu auíïï paisiblement,aiilsi
contens , & aussi bien ensemble
que personnes de nostre aage, &ii
nous n'en porterons iamais enuic
à pas vn de nostre -sorte..
Voila deux mots qui ne font pa
trop courts; mais aussi considérois
que ce font deux mots,de femme,&
que selle les a tirez par le nez pouf
les rendre prolixes, ils le fussent encores d'aduantage, fans.vn . laquay
Du Pèlerin iAmour.
qui leur porta nouuelles de Crysandre,& leur clict qu'il se dispofoic
à les venir rrouuer,pour donner les
rehauts aux projects de. ce dessein
commécéj la mere de Calinile fore
de ceste chambre, pour donner vn
bon ordre aux preparatiucssde la
feste,;ayant commandé à fa fille de,
k cco mm o d er v ist e m è n r, p o ùr'est rc j
■preste àhrriuéede son Amant, &C
■ de lu.y faire bonne .chere :jnais.ie la
■voy si transportée , & si passionne-»
■ment efperduë , & deípitee , que ■ier]
■ne fçauròis deuiner'le secret de fa
■resolution,& demeure incertain dn
eosté quelle panche : si vous désirés
toutesfois cognorstre par îouye ce
qu'elle a-dans lecoeur, prestes l'o- Regl. et)îi
reilîe ;aux- doléances de ce ressen- .<r »ne
jtiinent , qiii la iìc parler, en oes|! uron
Itcrmes- .
veut
Cali. Çaut il que ic fois insensible ^rocu _
suxeoups de.ceste angoisse ? & que kz yn
|iene face point d'estatíjdiLpeu d'eht qu'on^ài'ct de.moy? ne pourray- son gré
jjjg^
ic
3 oo -
Luseconde journée
ie pas me résoudre plustost , à monrir de ce mal-heur , qu'à viure de ce
desespoir ? me rendray-ie tributaire
à mon pis,pour estre rebelle à mon
mieux ?oseray-ie me professer par-'
iure , & defloyale , pour estre mes.
1
contente , & misérable ensemble!
feray-ic de ma soy promise à la ri'
gueur des voiles à tous vents, pour
la virer à toutes différences ì permuteray-ie de gayetc de cœur
mon repos, à ma peine ? qui me
peut contraindre à ce change fi
ienc veux ? helas mon Dieu que
sera-ce de moy ? que deuiendrayie en fin ? que doy ie faire ì &
que puis ie espérer? ó mal heur!
mal- heur, estoit-ce. icy que tu
m'attendois , comme de. guet à
pens ? fay ie te ïirpplie Amour
que le foudre du Ciel fcfpande
promptement dessus moy .'y.& me
réduise en poussière aúlS menue
que le sablon de Lybio, puis que
tu maistrises tous les Dieux, n'au-
Du Piler ht etAmour,
jo1"
is tu point de potiuoir fur ies
ieux, fur-la terre,& furies autres
ements, pour y former ee qui
:ut oster la forme à ma misère? ensr que i'aye rendu'mcs volontez
iminellcs , deuant ta maiesté dine, aye pitié des peynes quei'eníre , pour satisfaire à cemesfaict.
mteepas les grands pardons s qui
nt dignes des plus grands Dieux?
les buttes admirables de leur mi:icorde.? n'estee pas vne iustc douiir, qui méfait mefpriferec defc
in , puis qu'on defdeignc ainsi le
ix démon Amour? c'est bien Ic
fdeigner que d'y procéder de la
rtc.Le supplice [meffied autant à
irdonnance-dcta iustice, que fa
liurance rend admirable tá dcirmairtë. Ha! qu'il est bien vray,& Lej
us que veritable,que les rigòurcu- crucis -sontítousiours punies à la n-[" r.fôl
leur. Halfillcs orgueillcufes,vous fours
*z comme moy plus inhumaine- P rueîlc
rncnt
ri> n
n» lalanes que vous n cites ^ un j e$4
■
■ cruel-
$òi-
LA seconde journée-
cruelles, portez le doyt à la playe
voas tr °ûuerez
raison* ^ e Iîlon marî ^ re ' &
d'vnc en, combien de façons elle est me*
playe. telle: ma cruauté,de mefme que le:
a la tri:
vostrcs, fe morguoit, & fc pauanoit
fteii'c
n'agueres ; parmy les trophées à
prou de cour a ge s me s efcla ues , sá
les vouloir regarder d'vn clin d'ail
mondeíHein à phanpharé mille vi
ctoires, de mille braues caualiers,5
ma langue lésa tous condamnerin
dignes, d'estre mes vaincus» móboi
heurauoit acquis prou depalnies
& delauriers, parmy les galants d
Ce monde j-maiSíinon meíprisen
tousiours defaduoùé ^acquisition
au lieu de fe peiner à leur confema
don: rendez vous sages à mes del
pens toutes tant que vous estes in
grattes mes femblales, & bien von
cn prédrâ;Há! maladuifée que n'aj
ie médité ces considérations , ily
quelque temps.?'Ideree > íclerte,àq[
i^a y dône tant de fois., & à esritn
Hibiecl de fedefespererj est il poil
que tu íbis encor cn vie, âpres
ir supporté tant de maux?qu'est[iie tu pourras dire de cestc paufille j qui t'a t raícté si rigoureuient.? n'auras tu passubiect de te
oiïir de son infortune f te riras
)oint de ma perplexité, comme
ic fuis gaussée de tes ennuis?nc
ras tu pas autant d'aise de mes afìiós présentes, que i'ay prins refysance de tes aduersitez. passées?
i,non, tu es tropcoustumier à la
lolutiô de la chance d'Amour,&
p expert aux tours de larouë in- c «mp*
istante, & as de plus l'ame trop ""f™'
bIe,pour bastirla gloire de ta ÌO- roíic à
furies masures de la miénemon, *' A '
mo
ii es pas d'humeur si vindicatiue,
|si defnaturee. Pourquoy mes
iris, estes vous si timides, de n'opasattanter fur ma vie, & me
imir autant de cruauté que ma
uche foufpire de regrets ? & toy '
ílafche cœur, d'ou recois tu fe frimante qui te rend si craintif, & si :
ággrehèn»-
3 ©4
seconde journée
apprehésifrn'as tu pas l'audace d 'esgalcrla grandeur de ton courage à
îabondance des larmes que mes
yeux onteíparses ? O malheureuse
perucrsité de ce siécle maudit, tu
veux qu'on face plus d'estat , de me
donner a cest. homme soubs l'cípoir
de fa grandeur, que de m'oster à mô
contentement, auec le desespoir
de mon bien. Mais dictes moy de
grâce vous astres dominants au
point de ma naissance, faictes vous
auec' vos influences malignes queie
ne puisse pas gauchir ce desastre?
respondez ic vous prie à ma voix,
afin que ic ne m'aheurte pas en vain
lapoursuitte de leur remede.Helas!
Idcree, ne te donneray-ie point adìiis de ^affliction qui me desole,aíïin
de contribuer des souspirs , pour
plaindre , celle que tu faisois semblant de tenir si chere ì non , cans
voy plus de crainte que d'affeurance, & plus de danger, que de soulagement j& peut estre siiemelaií
Du pèlerin £ Amour.
505
sois saisira ce désir, ie ne pourrois
>as m'en dessaisir quand ie sjesireois. Tufs ais, à -mon grand regret, R cpcn
îru m'as de l'obligation viuant ef- tancc
msde mon amour, que tu ne las gn e
)as reçeuëde moy, mais de mon p° u.r
lr
mpuiflanee, laquelle m'a osté le *^
noyen de te nuire :1e fouueuir de cruelle
reste cruauté tourmente ma pen.-'
ce, & une fait recognoistre Terreur
le cemespris, meípris qui m'a fait
lèfpriíer ce trop /d'honneur , que ie
eceuois de tes offres , méfprisqui
n'a captiuce, défouler aux pieds
ant de 'belles roíès pour l'attente
le ces poignantes eípíncs $ & qui
lisestmefpris trouuant asteure la
nerueille de fes beautez, & la beauede fes merueilîes dissipée en sunée, & les plus aymables, &plus
olies fleurettes de fa chere ieunefe fanées, par les vents pernicieux
Ic ces tristes nouuelIes,mais à mon
lam trop véritables. Ah misérable!
Ie voy que ceste fille n'en peut
3o5
LA jeconàe journée
plus& m'efforcereis volôtiers dela
consoler , selle vouloir, presler l'oreille à mon cófort, mais íà bouche
a trop resoîuement souspiré ces regrets^ trop à la desesperade fait es
clatter Ihorreurde son encombre,
pour se laisser inspirer, & séduire
aux reuoltes de fa resoluti5:laiiíons
en sent reprise aux puissances diuinés, comme hors de nostre portée,
contentons nous de méditer auec
compassion, que ceste belle, offre
plus de vœus à ïAmour,pour laga«
rantir de ce danger, & la deliurcrde
ce goussre,qu'on n'en dédia iadisny
à Apollon en Delphes, n'y à Diane
en Épheíè, ny à Venus mefmede<
dans îifle de Cyprc. Elle fçauoit
bien qu'en ces mariages faictsàla
haste , on ne procède iamais rondement enbefongne, la feule excuse
des erreurs les plus lourdes , & le!
plus'groiïìeres commises en ces íul>
iects, c'est de dire que l'on n'y pensoit pas.- mais elle estimoit ses pa-
Du Pèlerin £ Amour,
307
Jolies feulement propres des simIles, &foibles esprits, quin'auolentpas laveuëde leur preuoyan[e, si bonne qne la sienne. Mais L «*
?
l'autant que les grandes douleurs, g "sics
lions fournissent moins de paroi- doucu
es, veu que leur refentiment est si 0 n t"ç
>xtreme , qu'il ferme le passage à moins
1 voix,& priuela langue de fa funlion , elle defehargea , &: foulak-a quelque peu par l'aide de
ses pleurs, la pesanteur de ce cuisant repentir. L'Amour est trop
pitoyable , peur ne fléchir pas.
íon courage , à ihumilité de fes
leuotes prières, pour ne donner
>as íappoincìement à ses requêtes si iustes, qui feroyent interileesd'vn barbare, & pour netenire en fin la main de íà miseritorde à ceste fille efperduë , &
a releuer de famisere , aussi vit
:11e peu âpres vn petit Dieuenantin , ou plustost vn enfanfon Diuin hachant l'áir de fes
"~ aifles
308
La, secondée journée
ailles larges & vistes, lequel passa au
trauers de la vitre, fans la rompre
ny diuifer ; comme les rayons du íòCora- leil pénètrent le cristal ou la mefme
deTA- verriere,fans fraction ny séparation
des lozâges vnisparl'cntrcmifedu
ux
ra
fyoni " r
plomb,&
de Calinileaí■> Rapprocha
rr
du bo- íiíeíur vnc chcze tenant vn mouk 11:
choir à la main, pour
essuyer ses
r
Compa
.
.
rr
j
raifcn yeux moites, voue quaii rondus en
íie la larmes, 5c presque submergez dars
aux lar l eur va ^ c Occean, affin de íouílsicr
raw. ces mots dans son oreille , pour laHiour
quelle il auoit quitté le cabinet des
Cieux.
Cupìdon Belle Ame ,le payement
fhTdë àctes excuses n'est pas dvn assez
I'A haut aloy,pour t'acquitter des obliUr
Ync * § a " ons ' < 3 UC
' e t a y defparties, &
trucJieJ de leurs conditions, lesquelles tu as
si fou uen t desprifees. Tu fçais de
quelle beauté, ie t 'auois embellie,^
le lustre que i'auois donné àl'attrayance de son mérite , auec la promesse quetu m'auois faicte à la recepte
Du Pèlerin d'Amour.
309
ccptc de ces raretcz , de te laisïer
scruir auec douceur : i'auois encor
honoré ta ieuneste d'vne galante
mineur, &: d'vn esprit capable de
ne rauir moy-mcsme, en tout ce
juVn Dieu peut estre raui de ses
:reatures.-ie t'auois prodigalement
iduantagee aux belles qualitez de
:es perfections ; mais ie t'en auois
ait le départ , à tel si , que tu recojnoistrois tous les iours ma diuiniéqui t'en auoit fauorifee, & cheriois ceux qu'elle auoit choisis pour
esesteus,commelderee ,àqui i'ay
ousiours offert la carte blanche de
les detices, pour en faire le choix:
it'esde telle forte estudiee à I'afiger,& procurer fa perte,qu'il a faimaintesfois,que ma puiíïànce ab>lue ,y trempa st, car l'ordinaire ne L'A- ]
mo r
iffifoit pas , pour le preferuer de la
j
wt- ce n'elt pas vler , mais abuser ne aux
Ic mes faueurs.Toutessois l'cxcufe f™*1" ,
: ta faute, la recognoisfnncc de 3uec "
conii 'n mesfaict,& les htimblcs,& 1pu- non.
res
31o
Laseconde journée
res supplications,de ta repantance]
obtiennent de ma miséricorde, 1
pardon que tu me demandes, à I
charge que tu ne recidiueras, ny ne
rctumberas déformais en pareilleij
erreurs: car au cas que tu feras plu
la sourde oreille, aux prières de me
fauoris, ie veux que ce tien repen
tir tienelieu de péché, pour aignì
plus fort ma milice contre foublj
de ton deuoir.Songe donc à te pre
parer- pour parer la violéce de Cry
sandre , résiste luy feulement pou
ce iourd'huy , ie veux bien que ti
le prennes pour efpoux , mais noi
pas pour mary, & âpres que lèche
ualieraux flammes aura triumpli
de son aduerfaire, monstre toy auli
traictable, &fauorableen son erl
droict , que ie me suis monstre d|
bonnairepour toy.
L'Amour disparut auffi tost,aprl
ïestonnement, & le soulagemef
donné à ceste fille efploree : elleí
dispose à fa prépara tió,selon la ptj
uoyani
Du Pèlerin £ Amour.
511
uoyace requise en cest affaire,fortifiée par la ferme créance de la Prophétie d'Amour, en faueurdelaquelleelleesleuoitlasoy de sa bonne fortune, la raíseurant surlapromefTe de son appuy. Sa mere la vint
quérir, pour luy faire voir Crysandre, & rapprocher en effect du plus
eíloigné de fes idees, çlle fut saluée
en qualité de femme, Sd rendit maigremet à ce salut vn accueil effranger. Qui luy eust alors mis la main
fur le cœur, il eust iugé à son battemêt excessif, l'emotion de son ame;
Ils furent eípoufez fans autre forme de cérémonie, tout fentretié de
Cryfandre estoit de ses efeus theaurifez,& des achapts qu'il faifoit
ous les iours. II môstroit bien que
on naturel imparfaict , ne festoit
ueres faict à la hantise desgaláts:
p: fut si pouure d'esprit de defeouliriren pleine assemblée vn appel,
fcu'il auoit fait le iour auparalaiu , pour vn sien frère estimé
vn
3 12
La seconde journée
vndesbraues caualiers de la còurtj
& le sort des armes auoit porté par
terre ce luy là que Cryíàndre auoit
deffié au combat, dont il auoit rendu í'esprit vue heure âpres. On
ignoroit l'homicide de ce deffunct,
& en faisoit on la recherche, car le
duel n'auoit esté veu, nypreucu de
personne,nostre homme disoit qu'il
sestoit porté sort rufement, & fort
courageusement en 'ce deffi, iclc
croy pour ce qu'il m'en couste , &
vous verrez que nous aurons, ton:
sert, encores que nous ne. ioùons
pas au cent. Ie ne vous diray rien
de l'appareil du festin , car on n'auoit pas eu beaucoup de temps
pour fy difposer' 3'encoresbien que
le Pere de Calinile [eust voulu esga-f
ler la sumptuosité, qu'il auoit pté-j
parée à la haste,à celle des banquet!
des Rois de Perse, d'vn Alexandre!
d'vn Antoine, & d'vnc Cléopâtres
tant ilreceuoit deioye decestea
liance : mais ce n'est pas tout, i\Û
douzj
DiiVekrtn £Âmour.
31$
ouze heures au iour, qu'ils fe garent bien que la chance ne tourne:
ais c'est trop à eux attendu pour
mpefcher le tour de ceste roue, &
rester le cours de la vicissitude; car
icy vn aduertissement d'vn cou- incon
n germain de Cryíandre, qui l'ad- " eiuêc
loit comme les parents de iapre- nu , "
icre maistresleauoyent ouy queîic rumeur de ce qui se pastbit rouant son mariage,& qu'ils estoyent
res pour demander permission à
| court de luy faire deffence de n'e
(Ter plus outre , & que partant il
xirueust fans remise à cest inconnient, ou le moindre delay luy
lifoit grandement : il communia faduertiíTcmcnt de cestc nouIle à son frère , & puis au pere Sc
re de son cfpoufe,chafcun opina ;R e ,sql
t cela , & fe trouuermt tous tion
duis de consommer le mariage.- j eme .
r toutes deffences seroyent vai- die r.
s âpres fa consommation , ceit vne bonne, & briefue resoO
Iution
314
spondée journée
lution, pour couper broche à tout:
mais voyons vn peu faire nos gens,
ils ont conté fans leurhoste. On
trouua ce prétexte de vouloir monstrer à Cryfandrevn pauillon ad<
uancé , & basti à costé du logis, 0
on entroit par vne belle gallerie,de
dans ce pauillon y auoit vne cham
bre percée à quatre iours , & d
chasque costé la veuè" se pouuoi
estendre sort loing, pour n'auoí
point d'empeschement à son estai
due , à cause qu'elle estoit releuc
bien haut au dessus des autres mai
sons, ceste chambre estoit toutai
tour enrichie des rnesmes images
qu'Alexandre le grand auoit fai
peindre à Appelle, & grauer à Pyt
gotcle deu/excellents & inimita
blesouuriers en ces deux arts ; &
pouuoit on admirer au dessus d'v
riche buffet la rare antiquité d'vn
statue de fonte de ce grand Mona
que, faite par Lyfìppe Sicyonio
admirable statuaire,& digne de l'f
Bu Pèlerin dAmour.
JJJ
ictfaictenlafàueurde íbn artifice
ins pair. Ce pandant chascun se rcírok à la file, sans faire semblant
c ce qui leur sembloit accomply,
isqu'à tant que la mere de Calinilc
: trouua^seule auec ce couple non
Amants , mais d'efpoufez , elfeignit de vouloir parler à vne
:nne damoiselle , & íbrtit de h
ïambre en îappellant soubs l'apirence de celle excuse , Crysane voyant ceste heure opportune;
iportune son eípouse de prou
e íollicitations bien ardantesj
sis c'est vn gué trop profond ra iior
mr fa taille , il vaudroit mieux dV ,n ,
lieu de le sonder, qu'il se tirìt vafiUc
ír iariue, Rapproche du bord ne
:n sera pas comme il pourpen, 8d fil en franchit les bornes,
fcs hardiment queie n'y entens
n ,[tant y a qu'elle fut sollicitée ea
te façon.
>/. N'ay- ie pas subiect de m'esiiT le plus heureux A mát,qui viue
O 2
fur la
£l£
- LA seconde, journée
la terre $ voyant quemon afifectio
•n'a rien sceii désirer pour son a
liancfemeiït , qu'elle n'aye obt
nu: il ne me reste plus , qu'à lu
donner la derniere main, qu'elle r
Genra tout à ceste heure, pour J
combler de fa perfection.
; CalLHehsl mo cher Crysaadre,c
n'est rry íheurè,ny le licu,ny le tep
qu'on: à destiné pourcest erTect,
O7. Nous n'auons affaire
nous informerjComme quoy les a
tres ont ordonne.vne chose, qui d
pend seulement de nos volontez,
du désir de nostre amour.
Cali. Ce ne font pas les volour
, d'Amour j qui veulent pretienir
temps de son ordonnance.
Cry.. Les ardeurs de nos flamraí
íèrót prou suffisantes, pourexculi
la violence denos feux,il faut qn'f
lesreçotuent cerarFraichiíTènieiit
Ayant dit cela il voulùt.vser
main fortes :8fc 'prenant h bciÍ!
îimproiuííe!lá"couche,àla rentiCi
DU Pèlerin d'Amour..
317
ou sa inere les auoit fait
seoir en les quittant , estimant enures bien qu'il, print par force le
jmmencement defcs'esbats, que
iiitcsfois laiìn luy eníèroitpureent & simplement donnee,& cromt que son efpouse fust de l'hueur des autres, qui fe plaisent de
intester vnpcuauant de selaííser secs se
cr,affin
de donner 'plus d'astàison?■*\
'
.de cen-:
:ment , & de gouítà Icurrauisíe- «fier
enr,rusefort propre pour se faire
ieux sauourer. Mais fil eust bien de se
:fé le premier mot de fa repartie,
s
eust remarqué l'enuie qu'elle ~oit de faire lehoía: toutesfois,
rce qu'il n'entendoit pas ny la
)uíse d'Amour, ny le tour de la
our, il se trouua court en son cn:prinsejd'autant que Calinile,fuint le côseil de í'Amour festoit ar;e, d'vn couple de chemises fort
roictes du bas , aucc de bons calns plus serrez que ^ordinaire, &
'n buse aduantageufement fait &
O 3
atta-
l'r vn lict
™J£ U
fgl S
La seconde fourme
attaché, pour sctuir de parade à
c °P a " surprises. 11 trouua donc trop
raison
r
r
dVne
remparts pour remparer d vne p
vne f r C 6 '^ 11 '^6 ^ 0 ^ ^ bien prepareeà
seresse ftc résistance , de laquelle il ne si
pas faire vn fi grand venez y vt|
puis qu'il y a des perfonnesjtam
hors, que dedans ce climat ,
pourroyent fçauoir par expericn
comme des tours pareils à cell
cy, seremonstrent quelquefon
Amour, ienemelaisíépas tauti
portera ma curiosité, de m'in
mer fi bien parle meau des actu
priuees de ce sexe , que ie v|
puiífe marquer, c'est en tel lieu
par tel que cecy , ou cela a esté
en ceuure , ie me contente de vl
remonstrer , qu'il y a de faifanc«|
cas fortuit de cest accident,
bien chez nous que chez les
La se» tres ' P u ' s <l ue í'Amour estpar ti
mene Amour , & la femme par toutf;
peut aï me j e m ' eX pIiq Ue erx tant q U '|
force. n aime wmais pcríonne par f<
Du Teierin d'Amour.
319
Ir ses volontez font libres , & veut
lulement fairè ce qu'on désire
■elle de gré à gré, 011 n'y venir
lint du tout. Tant y a que le bon
Immc frustré de son attente, fust
Intrainct de fe retirer auec vn
Imy pied de nez , il estoit auffi
lop gourmand, il íaut que les
»ns morceaux foyent mieux parl,il ne festranglera pas de celuyS, si ie ne me trompe : car ce n 'est
■s pour luy que ce four chauffe,
Ais qu'il est d Vne nature si frillcuèg, que tous les feux d'Amour, ne
ffuentlefchaufterà vne pourfuicIplus longue. Ainsi ïappétit de fa
inité, receura lefruict de ses de, Irtemens , il n'aura que la feinte,
; 1 rien plus ; le vent de fa gloire
1 Impeuse , & de son fait orgueil- Comp
lix, a tousiours régné dans la™ ison
■Mi de son Ame , & la violem -^ror!!
Mnt poussé au port de fa témérité: geu&
M n'est pas conter des efeus, ny
t Ëncre le monde par le babil de
I
O 4
fa
320
Lajécondejournée
íâ chicane, que vouloir ioiíer ce
trousses à des filles contre leur gré
& en dcíl 'it de leur hymen, elles n
fenfi'ent pas comme des perles ,i
y faut bien plus de mystère , iepar!
des premières approches. 11 se pic
cuâ sort d'estre pipé en son désir/
ne sut pas fi sot, qu'il ne conceti!
du doubte 3 qu'ellc Iuy auoit ioúéc
traict d'vnc volonté préméditée, e
cìeliberee,mais selle eust peu dispo
ièr à ceste heure d'vn E scorpion,
comm- Diane iSl fust fans menti
mort v la mort d'Orion } comm
imitateur de fa violence desseigne
& non mise en effect.Caiinile le v
yant contraint de íê retirer si a
mus j & le iugant iré contre elle lu,
dit, pour l'amadouër.
Cdi. Ie ne vous euíïè iamais peu
scsi mauuais, dé vouloir traicter d
la forte vne fille,qui fest si libremt
dónee à vous,entrez-vous en app«
hensiô,que le temps vous doiuefai
íiríha/non, nous quiterons plufW
D u F elerìn d'Amour,
311
temps , que le téps^ ne npuslaisse.
Cry. Vous n'auez qu'artiíìce,&
aroiles.íì ie m'y mets,ie vous moneray, que ie puis me paíTèr de
ne me íbucicray pas beau9
l.;up de vo laisserçn vos humeurs.
MJdli. Â moyc'má chere ame 3 helas!
~ue dites vousívoulcs vous, donner
mort à mon Amour,, dés l'e pre1
icr instant de fa naissances hahion
ne le îçaurois croire , i'honore
vostre mérite, .& mes pensées
|>t trop vôtres, pour estre séparées
isvoílres, i'aimerois mieux à ceste
:ure mourir en vostre présence,,
lue viure en vostre absence.
VOUS voyez comme la langue c!e
:stefílle,sçait démentir son cœur,
ui desaduoiïeroit ses-parolles , s'il
[ouuoit déclarer son intention; el!e raTio
íbtte ■ Grysandre íì amoureuse- des bai
lent, que les tourterelles, les moi- ["^^
eaux,îespigeons,&lescoióbelles, à ceux
c
As mieux trémoussantes des ailles f ". b°t j
■ du bec, aux excés'de leurs mu- i C s,&c.
O 5
ruelles
't^
322
Laseconde journée
tuelles flammes , ne íçauent qud
c'est du baiser , au prix de ceste flat]
Compa teuse: mais ce font comme à la '.
raison
des bai te des tours de iambe & de souples
sers
se, qu'vne pensée artificieuse lu)
feints
de l'A- fournit ,pour rechauffer vn peu k
mour glaces causees par son refus , du
aux iou
quel il se resentoit aigrement ,con
ears
de k
me il auoit tefmoigné par fa respon|
îaicte. ce. Mais ie luy apprends que
bonne grâce des Dames , ne fc gaiJ
gne point auecces boutades bouí|
fies de vaine gloiremy ne se cóscnn
non plus par des rodomontades,!
faut descendre pourmonter en cej
affaires, i'appelle descendre que (
s'humilier auec des belles fubmi!|
fions, &dcs prières courtoises,!
judicieuses, en saífeurance de nc
fidelitez.EUe luy donne bien lapa
róllè, & îa promesse de son Amow
mais il ne tient pas ny la foy, ny