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Médias

Fait partie de Odes philippiques, avec des notes instructives.

extracted text
ODES
PHILIPPIQUES.
ODE

PREMIERE.

SSc<Sí>îJí Ous (i) , dont l'éloqiience rapide (i)
í Contre deux Tirans inhumains ,
Armer les Grecs & les Romains ,
Contre un Monstre encor plus farouche >
Mettez votre fiel dans ma bouche ,
Je brûle de suivre vos pas ,
Et je vais tenter cet ouvrage
Plus charmé de votre courage
Qu'effrayé de votre trépas.
A peine il ouvrit les paupières ;
( i ) Démosthênc , Orateur Grec , a écrit contre Philippe Roi de Macédoine , il se retira én perse , & y fut
empoisonne.
[ 2.) Cicéron a écrit contre Marc-Antoine , qui ic ín
assassiner , lui fit couper les mains & la langue.

A i



l-/

1

11 1 1
6

Que Philippe va t'envoyer.
O disgrâces toujours récentes l
O pertes toujours renaiflántes !
Sujets de pleurs & de sanglots ; ,
Tels deflus la pleine liquide ,
D'un cours éternel & rapide ;
Les Hors font suivis par les flots.
Ainsi le fils ( i ) pleurant son pète ( i ) ,
Tombe frapé du même coup ;
Le frère est suivi par le frère ( 3 ) ,
L' épouse (4) devance l'époux ;
Mais, ô coup coujours plus funeste,
Sur deux fils nos uniques restes
La faulx de la Parque s'étend :
Le premier est joinr à fa race ( 5 ) ,
L'autre (S) donr la couleur s' estàce
Panche vers snn dernier instant..
( 7 ) Ah ! Roi , depuis si long-tems yvre ,
D'encens 8c de prospérité ,
Tu ne te verra plus revivre
Dans ta triple postérité ( S ) ,
( 1 ) Monseigneur le Duc de Bourgogne & le Roi
d*Espagne.
(2 ) Monseigneur.
( 3 ) Les Dauphins.
(4) Madame de Bourgogne.
( S ) Le Duc de Bretagné.
(6) Le Roi Louis XV.'
(7) Louis XIV.
( 8 ) Mefl'cigneurs les Ducs de Bourgogne , d'Anjou
de Berry & de Bretagne.

7r,

Tu sçais d'où part ce coup sinistre ,
Tu tiens son infâme Ministre ( i ) ,
Monstre vomi par les enfers ,
Son déguiscmenr sacrilège
N'usurpe point le privilège
De la garantir de tes fers.
Venge ton thróne & ta famille,
Arme-toi d'un juste courroux,
Prends moins garde aux pleurs de ta fille ( i )
Qu'aux attentats de son époux.
Ta pitié feroit ta ruine (3 ).
Sois sourd aux cris d'une Héroïne [ 4 ) ,
Digne d'un fils moins détesté :
Qu'il expire avec son complice ( 5 ) ,
Tu sauveras par son suplice
Le peu de sang qui t'es resté.
Mais par le Juge ( 6 ) que 'tu nommes ,
( 1) Humbert , Premier Médecin, qui fur les bruits
répandus , offrit de se mettre à la Bastille pour se purger de cette accusation , le Roi ne le voulut pas.
( z ) La Duchesse d'Orléans , fille du Roi & de Mada-|
me de Montespan.
(3 ) On rit ressouvenir le Roi de l'avis de Monseigneur fur la vie du Duc de Bretagne, à présent Louis
XV , qui étoit alors en danger.
(4) Madame.
( s ) Chambon.
(6) D'Argcnson , qui avoit pour lors Ic" district de
la Bastille , qui fut nomme par le Roi pour être pi cfer.r
à l'ouvcrturc des corps des jeunes Princes , déclara
qu'on n'avoir trouvé aucun indice de poison. Baudouin, Médecin , avoit parlé autrement.

A 4

8
Que pense-tu déveloper î
C'est le plus noir de tous les hommej ,
jll ne cherche qu'à te tromper.
Sur le silence & l'imposture
Elevant fa grandeur future ,
U se ménage un fur appui ;
Sur cet événement tragique
Consulre la clameur publique ,
Elle est plus sincère que lui.
Vois comme le rang du coupable
N'imprime plus aucun respect
Comme ta Cour inconsolable
Frémit d'horreur à son aspect ( i ) ;
Son ame tremblante & confuse ,
Craint déja qu'on ne lui refuse
L'usage des feux & des eaux ,
Et que les fières Eumcnides ( 1 )
N'armenr contre ce parricide
Leurs Couleuvres & leurs Flambeaux,
Enfin le jour faral arrive ( 3 ) ,
Tel qu'Albion (4) l'avoir prédit;
Louis ( 5 ) va fur la sombre riye ,
( t ) Alors tout lc monde fuyoit l'aspect du Régent.
( 2 ) Les Furies.
( j ) La mort de Louis XIV. fut prédite jour pour jour
en Angleterre.
( 4 ) L* Angleterre.
. ( j ) Louis XIV.

gg——■

8

.
Son ennemi s'en aplaudir ;
; Ec prenant les mœurs de Bizance ( i ) a
; Comme s'il avoit pris naiflance
.Des Selims & des Bajazets ( i ) ,
[XI croit ( ; ) par l'etFroi qu'il inspire ,
'Avec les rênes de l'Empire ,
■Saisir le prix de ses forfaits.
Le Tiran le plus sanguinaire
•Montra d'abord quelques vertus (4) }
Tels furent Néron 8c Tibère ,
Tel fur le frère de Tirus ( 5 ) ;
Le bruit du passé se dissipe ,
Déja l'on transporte à Philippe
TOUS les noms donnés à Trajan ;
II fuit les antiques exemples ( S )
Des Rois ( 7 ) qui défendoient nos Temples
Des attentats du Vatican.
Ec toi , Cabale inexorable ( 8 ) «
( 1 ) Constantinople.
( 2 ) Empereurs Turcs,
(?) Le Régent dès le matin fît saisir le Palais par
le Régiment aux Gardes , il s'y rendir à huit heures ,
& il fut déclaré Kégent.
(4)11 d i foi r qu'il ne voulois se conduire que par la
pluralité des voix, il rapellc les éxilés.
( s ) Domitien.
(6) U se montre contraire à la Constitution , il établit un Conseil de conscience , dont le Cardinal de
Noailles éioit Présidcnr.
(7; Philippe le Bel.
( 8 ) Les Jésuites.

..

A 5

1jSous le nom de Société ,
'De ton pouvoir insatiable
jVois détruite l'impiété ;
[Vois sortir de tes mains profanes!
De l'éxil où ru les condamnes ,
Et des fers où tu les retiens ,
Ces grands coeurs ( i ) , ces esprits sublimes ,
Qui n 'ont jamais fait d'autres crimes ,
Que d'avoir combattu les tiens.
La Pourpre ( i ) à tous tes traits en bute,
Trouve aujourd'hui fa fureté ,
La foi qui relève fa chute
Va teprendre fa pureté ( 3 ) ;
Au Caton (4) que tu veux proscrire,
Des loix , soutien de cet Empire ,
Le sacré dépôt est remis ;
Tremble & crains la main équitable ,
Qui joint le glaive redoutable ,
A la balance de Thémis.
Achéve ( 5 ) d'être notre Maître ,
Prince digne du nom de Roi ,
Les vertus que tu fais paroître ,
Ramèneront les cœurs à toi.
( 1 ) Messieurs Pctitpicd ScHubcrt
(2) Le Cardinal de Noailles condamna le Livre du
Pere Qucsncl , par crainte , sous Louis XIV .
( 3 ) Son Appel.
(4) Monficur d'Aguesscau.
(5) Le Régent au commencement,

'Auguste, en suivant ces maximes.
Sur ce qu'il obtint par ses crimes ,
S'acquir d'inviolables droits.
Les usurpateurs des Provinces,
En deviennent de justes Princes ,
Quand ils en observent les loix.
Ma voix le frape , il persévère ,
TOUS ses instants font glorieux ;
Je vois purger le Ministère ,
D'un Triumvirat (i) odieux,
Nos Fermes long-rems négligées ,
Nos Finances mal dirigées ,
passent en de plus dignes mains ( i ) .
Et le Ciclope ( 5 ) impitoyable
N'a plus le pouvoir effroyable ,
Dont il accabloit les humains.
Vous ( 4 ) , dont les Palais magnifiques
Se font formés de nos débris ,
Auteurs des misères publiques ,
Monstres de notre sang nourris ,
Tels qu'on vir les fils de la Nrerre ,
Dans nos champs semés par la guerre ,

( 1 ) Les Ministres Je la guerre , des sinancccs & de
la marine. Voisin , Pontchartrain , & des Marers.
(2 )Le Duc de Noailles.
( 3 ) Pontchartrain
(4) Les Traitans.
A S

jThémis ( i ) s'arme pour vous poursuivre 3
( Rentrez, troupe indigne de vivre ,
Dans le néant d'où vous fortés.
O toi leur agent détestable ( 1 ) „
Et receleur de leurs larcins ,
Dont la police épouvcntable
Viola les droits les plus saints ,
Regarde les honteux suplices
Où Thémis livre* tes complices ( ; ) ,
Crains pour toi les mêmes horreurs (4) ;
Paris devenu ta patrie ,
Attend cette derniere hostie ,
Comme la lin de ses malheurs,
Mais fa fureur à beau paroître ( 5 ) ,
Certain d'en braver les effets ,
Tu fus tiop utile à ton maître
Dans l'examen de ses forfaits.
( S ) La Chambre de Justice .
(2) D'Argcníbn , Lieutenant de

Police, Vénitien

^'extraction.

la

( 3 ) Gruez , receveur de
capitation , condamné à
une amende honorable & aux galères. Poincrcux, Inspecteur de Police , & autres , &c.

(4) D'argenson sut assigné pour être ouï à la Chambre de Justice , il y eut meme plusieurs voix pour le décret.

)

fit

par le

( T
II
tetirer
Régent une Cassette qu'on
avoit trouvée chez Pommereux , & qui futaptoitéc

l

à la Chambre de Justice ; ce fut lai aussi qui fit 'examen des papiers du Courtisan Cailíy son confident.

r~

i»S8

I

'i
II est á présent ton refuge ;
II fair plus , il te rend le juge
De quiconque a cru te juger :
Le bras qui lance le tonnerre ,.
Fait connoître à toute la terre ,
Qu'il n'est pas sûr de r'outtager.

Artaque d'abord ce grand homme ( i ) >
■ Que Philippe craint encor plus ,
Qu'autrefois le ïiran de Rorae(i)
|Ne craignir Seneque & Burrus.
■ Hâte fa chute & fa disgrâce ,
:Le Tiran ce garde fa place ( j ) ,
Ec tu conviens mieux à ses moeurs |
;Avcc le prix de ces services .
jTu sauras mieux flatter ses vices ,
Tu serviras mieux ses fureurs.
Royal enfant ( 4) , jeune Monarque,
Ce coup a réglé ton destin ,
Par lui l'inévitable Parque ,
Ne lâchera plus son burin ,
Tanc qu'on te verra fans défense „
Dans une assez paisible enfance,
( ! ) M. d'Aguefleau relégué à Frcsne, pour n'avoir
point voulu donner atteinte aux loìx du Royaume, on
ml ôte les Sceaux.
I 2 ) Néton.
( Î ) D'Argenson le pere eut les Sceaux , & le fils la
charge du pere.
( 4 ) Louis XV.

[On laiflera couler tes jours ;
jMais cjuand par le secours de l'âge,
ÌTes yeux s'ouvriront davantage.
On les fermera pour toujours.
Enfin ce torrent en furie ( i )
Rompt la. digue ( i ) qui le retient ,
A fa première barbarie
Le Tigre apprivoisé revienr :
[Quel cahos ! quels affreux mélanges ï
A des maux encor plus étranges ,
. Faut-il , hélas , nous aprêter ?
Thémis s'envole vers Astrée ( 3 ) »
Cette détestable Contrée ,
N'est plus digne de l'arrêtér.
Quel nouveau spectacle (4) s'aprête,.
Er nous remplit d'étonnement ?
i Quelle hydre esclave d'une tête,
'S'empare du Gouvernement;
Tout commence , rien ne s'achève,
I Chaque sentiment qui s'élève ,
[Trouve un sentiment opposé j
111 n'est plus de fils fécourables ( 5 ) ,
( 1 ) Le renversement des Loix.
(2) Plus de Justice.
(3 ) Exil du Chancelier.
(4) Création des Conseils de Guerre , de Régence &
de Marine, où rien ne se decidoit.
( jj Allusion au nl qui conduisit Thésée dans le Labyrinthe.

Contre les détours innombrables ,
[Dont ce Dédale est composé.
Où va ce monstre fanatique ( i ) ,
De qui l'orgueil s'est emparé ?
Pourquoi contre l'usage antique ,
Veut-il faire un corps séparé l
Fiers de rirres imaginaires ,
Ces grands Coeurs au rang de leurs Pères ,
Dédaignent de se voit réduits ,
Et comme les fleuves superbes ,
Ils méconnoiflenr fous les herbes
La source dont ils font sortis.
Ombres ( i ) dont par route la terre ,
On connoic les illustres noms ,
Polignac , Bcaufremonc , Tonnerre ,
Et vous mânes des Châtillons ,
Je vous vois (3 ) fur le noir rivage,
Frémir de l'indigne esclavage
Où vos neveux sont retenus ,
Par des noms égaux à tant d'autres ,
Des noms obscurcis par les vôtres ,
Ou qui ne vous fonr pas connus.
( 1 ) Querelle des Ducs & Pairs comte Ic Parlement
pour le Bonnet , & contte la Noblesse ; ils prétendent
Faire un corps séparé.
( 2 ) La Noblesse fit un Mémoire contre la prétention
des Ducs , qui s'en plaignirent au Régent i il en fit
mettre quelques-uns à la Bastille.
( 3 ) Mcssieuts de Bcaufrcmonr & de Ricux.

16

Contre vous Elles de Mémoire ( i ) ,
Le Tiran n'est pas moins aigri ,
:Des traits d'une fìdelle Histoire»
II voudroit se mettre à l'abri ;
i Sur-tout ennemi de la scène ,
Que par une rivalle obscène (i)
jll a cru pouvoir avilir,
'II crainr que vos Jeux dramatiques
iN'étalent fous des noms antiques ( 3) ,
jCe qu'il voudroit ensévelir.
De cette crainte ( 4 ) imaginaire e
Arouer relient les effets >
On punit les Vers qu'il peut faire.
Plutôt que les Vers qu'il a faits ;
C'est fur des allarmes pareilles ,
Que fimitateut des Corneilles ( 5 ) ,
Gémit au fond du Périgord ;
Mais quoiqu'atteint de mille crimes,
. Celui donr on craint peu les rimes ,
Ne craindra pas le même fore.

f

( 1 ) Les Muses.
(2)La Comédie Italienne.
(ï) L'Ocdiped'Aiouet n'est qu'un portrait du Régent.
(4I Arouét de Voltaire fut à la Bastille patec qu'il sut
soupçonné d'avoif fait une Satire intitulée , Accouchement de Madame de Berry.
. ( s )La Grange ci-devant l'age de Madame de Conty ,
' fille du Roi , cru Auteur de cette picce , est relégué en
|Pctigord
h







17'
Cependant l'état se renverse ,
TOUS nos trésors sont engloutis ( i ) ,
Par-tout s 'interrompt le commerce ,
Et les arts sont anéantis ;
Des Traités ( i) honteux s'exécutent ( j ) ,
Un Roi (4) que les siens perfécurent ,
Nous éprouve encor plus cruels ;
Mais dans un rems rel que le nôtre ,
Les usurpateurs l'un ( 5 ) à l'autre ( 6 ) ,
Se doivent des soins mutuels.
Tandis qu'on brise les Barrières (7)
Que nous achevons d'élever ,
Qu'on ouvre de vastes carrières ,
A ceux qui voudront nous braver ,
On passe le tems en délices ( 8 ) ,
Chacun se pare de ses vices ,
Comme d'un trophée éclatant ;
Et le fer , l'exil & les gênes ,
Sont toujours les suites certaines ,
Des moindres plaintes qu'on entend.
(6) On fait passer beaucoup d'argent en Angleterre.
(2) Traité avec i 'Abbé du Bois.
( ? ) La crainte d 'une Lettre de cachet le fit signet
au "Maréchal d'Uxelies.
(4) Le Chevalier de S. George, ou Jacques III. du
nom , fort du Royaume par ordre du Regcnt , pour
plaire au Roi d'Angleterre.
(5i) Le Roi George.
( ó j Le Régent.
( 7 ) Destruction de Mardick par le Traití de I'Abbé
du Bois.
(8) Les Bals de l'Opéra.

à



SI

I

I

Is
Infâmes Hélîogabales ( i ) ,
Votre teins revient parmi nous,
Voluptueux Sardanapalcs ,
Philippe vous surpasse tous ( i);
Vos excès n'ont rien qui le tente ,
Son ame feroit moins contente ,
De les avoir tous réunis ,
S'il n'effaçoic votre mémoire ,
En faisant revivre l'histoire
De la naissance d'Adonis.
Toi qui joins au noeud qui te lie ( 5 ) ,
Des noms dont tu n'as pas d'effroi ,
Ni Mcflaline , ni Julie
Ne fonr plus rien auprès de toi :
De ton Pere amante & rivale ,
Avec une fureur égale ,
Tu poursuis les mèmes plaisirs ;
Et toujours plus insatiable ,
Quand leur nombre même t'accable ,
Tu n'assouvis pas tes désirs.
Fille (4) du plus grand Roi du monde ,
( 1 ) La fête d'Adonis se célébrois la nuit , les chan-

delles éteintes , chacun í'c joignoir au ha/.ard.
( 2 ) Le Régent comparé à Cinyrc Roi de Chypre,!
qui épousa sa fille Mirra , & en eut Adonis.
( ? ) Madame de Berry. La Haye fut un des premiers
qui eut part à ses bonnes grâces : Ryem , du Dey , la
Rochcfoucault , le Comte d'Uxés & méme Bonnivct
qu'elle fit maître de fa Gardcrobc,
(4) Mlle, de Conti, fille du Roi ,'Duch. d'Orléans.

\3R
Qui loin de marcher sur leurs pas ,
Dans une retraite profonde ,
Enséveliflez vos appas ,
Seule exempte de leurs intrigues >
Parmi leurs plaisirs 6c leurs brigues ,
Les vôtres ne font point cités ,
On ne vous voit que dans, nos Temples 1 ,
Où vous leur donnez des exemples
[Qui ne seront point imités.
Vous ( i ) dont par un arrêt injuste >
Le grand cœur n'est point abattu ,
Prince qui d'une race Auguste
Emportez toute la vertu ,
Tout le reste la deshonore ,
La France contr'eux vous implore ,
Par ses cris laissez-vous gagner ,
Et forcez fa reconnoissance ,
D'ajouter à votre naiflance ,
Ce qu'il y manque pour régner. ( i ) Le Duc du Maine en 1718. On croyois au Lit do
Justice qu'il i'croit homme a fomenter un parti , ayant
été dégrade de son droit de succéder a la Couronne ,
& même des honneurs de l'rince du sang.

Fin de la première Ode.

1

I!.

E

II.

E vais rentrer dans la carrière ,

(J Silence , Lyre d'Apollon ,
C'est à toi , trompette guerrière !
De frapper le Sacré Vallon.
C'est à vous , belliqueuses Fées ,
D'inspirer à tous nos Orphées
Des chants mâles & pénétrans ,
Dignes de verser dans nos ames,
Cet esprit d'intrigue & de trame»
Qui font la chute des Tirans.
Toi (i) , qui par la Pourpre Romaine
Brilles moins que par tes vertus ,
Retz , dont l'audace plus qu'humain»
Relevoit les cœurs abattus ,
Sur ton Troupeau qui te reclame ,
Sur un Sénat dont tu fus l'ame ,
Daigne encore jetter les yeux ,
Tends-leur d'en haut un bras propic» ,
Qui les fauve du précipice
Dont tu garantis leurs Aïeux.
Sacrilège faim des richeílës ,
Osez-vous inventer des Loix t
( i) Le Cardinal de Retz , Archevêque de Paris ,
Chef des Barricades , fous la minorité de Louis XIV.

il

Pour donner trois fois aux Espèces (i)
Un prix au dessus de ieur poids.
Toi qui fus long-tems gémiílánte (i) ,
Sous l'autorité ravinante
Des Vespasiens , des Galbas.
Vis-tu dans ces Princes avares ,
Ni des rapines si bizarres ,
Ni des artifices si bas.
Mortels , qui tenez la balance (3)
Entre les Princes & les Sujets ,
Pouvez-vous garder un silence
Qui favorise ses projets î
Craignez-vous par des voix soumises ,
Far des remontrances permises ,
D'armer les griffes du Lion ,
Et de voir la force & la fraude ,
Joindre les cruautés d'Hérode (4) ,
Au crime de Pigmalion ( 5 ) »
Mais non , leur voix est entendue (á)
De l'infléxible Léopard ,
De fa retraite défendue
í 1 ) A la Pentecôte 1718.
(2) Rome.
( } ) I.e Parlement.
( 4) Hérode fit mourir les Innocens.
( 5 ì Pigmalion fit tuer son Oncle pout s'empâter de
ses trésors , il étoit mari de Didon.
( 6 ) Remorittances du Parlement.

Ils percent le dernier rempart.
iQuellc réponse ! quels blasphèmes (i)ì
■ Des Maxences & des Polyphêmes ,
La bouche a vomi moins d'horreurs,
(Jamais Tyran bravant la foudre
De celui qui le mit en poudre ,
N'a tant mérité les fureurs.
Tremble Paris , tu vas aprendre
A quel maître tu t'es donné ,
De la vengeance qu'il va prendre (i)
Tu feras long -tcms étonné ;
Réduite à souffrir fans sc plaindre ,
Rome jamais n'eut tant à craindre
Des fureurs de Caligula ;
Jamais tant de tètes proferircs
Ne lassèrent les Satellites
De Marius' &: de Silla.
Pourquoi ces bataillons accourent (i)
Sur nos rivages pleins d'effroi ,
D'où vient que tant d'armes entourent
Le sacré séjour de nos Rois ,
L'étranger est-il à nos portes ?
(i) Paites, dit le Régent, vos remontrances, &
puis allez vous faite .....
(z ) Le Parlement casse le Testament de Louis XIV.
( 5 ) Journée du Lit de Justice du mois d'Août 171S.
De peur d'émotion il fit venir des troupes à S. Denis
pour écraser le Parlement.

Par de sacrilèges cohortes
Nos Temples sont-ils menacés?
Et l'état voisin de fa chûte
Craint-il de se revoir en bute
Aux horreurs des siècles paílés?
Quel est cet appareil sinistre
Dont le jour découvre l'horrcur J
Sur qui Philippe & son Ministre (i)
Vont-ils exercer leur fureur ï
J'y vois un innocent Monarque ,
Conduit par la main de la Parque
Comme une victime à l'autel ,
Par ses regards & son silence ,
Autoriser la violence ,
Qui le condamne au coup morte!.
Pour entendre les Loix injustes (i)
Que vonr dicter leurs ennemis ,
Je vois deux colonnes augustes
Sortir du Temple de Thémis ;
Dans leur marche majestueuse
Une douleur respectueuse.
( I ) D'Argenson , alors Garde des Sceaux : des la
pointe du jour on vit les Gardes Suisses & Françoises,
& toute la Maison du Roi sous les armes , c'ctoìt
pour tenir le Lit de Justice.
( i ) Le Parlement alla du Palais aux Thuilleries à
pied , il sortit sur deux rangs en robes rouges , _ le
peuple ne se' remuant pas , le Lit de Justice sc tint
& fut l'anéantlíîemcnt du Patientent.

88

«

II

*4

i! Règne sur leur front généreux ,
Et le zèle qui Jes inspire
Leur sait craindre pour cet Empire ,
Ce qu 'ils ne craignent pas pour eux.
Tels (i) s'avancèrent vers un homme,
Que moins de colère emporra (1) ,
Les graves Sénateurs de Rome ,
Et les Prêtresses de Vesta :
Tels dans les murs réduits .en cendre ,
A ceux dont on nous fait descendre (j) ,
S'offrirent jadis ces grands cœurs ,
Ces vieux confrères des Canailles ,
Qui par leurs pas fiers & tranquilles ,
Epouvantèrent leurs vainqueurs.
Digne Chef (4) d'un Corps plus illustre ,
Quel est l'état où ;e te vois î
Ta gloire tire un neuveau lustre
Des ourrages (5) que tu reçois ;
En vain dans fa lâche colère ,
Sous ressort d'un bras sanguinaire,'
Le Tiran te laifle abatu ;
Les blasphèmes dont il t 'accable ,
( 1 ) Lors de la prise! de Rome par les Gaulois , les
Sénateurs & les Vieillards se mirent sur leur porte,
vêtus de leur Robe & dans leurs chaises de cérémonies,
(ï) Coriolan.
( ; ) Les Gaulois.
( 4 ) M. de Mesmes.
(î ) Les Registres furent rayes & bJtonnís.

I

—&

%s

assas

Dictés par fa haine implacable ,
Font l'éloge de ta vertu.
Mais toi (î) qtíun arrêt plus indigne
Perce encor de traits plus aigus ,
Prince , qui d'un trésor insigne
Etois J'intatigable Argus ,
C'est peu qu'une injuste puiflance ,
Avec les droits de ta naiflance s
Eût le front de te l'enlever ;
Dans le coup fatal qui t'opprime ,
Nous voyons le genre de crime
Qu'elle est fur lc point d'achsvsr.
Ainsi ta vigilance exacte ,
Tes vettus , tes foins infinis ,
Ont produit le malheureux pacte
Entre deux Cidopes unis (i).
La cendreste aux yeux d'un barbart ■
Fut trop soigneuse & trop avare
Du sang dont on veut te rougir ;
Bourbon , 'plus dur & plus austère,
Prêtera mieux son ministère
Au maître qui le fait agir.

#

( î ) Le Duc du Maine , à qui on ôta, dans Ic Lit
de Justice , la Surintendance de l'education du Roi ,
pout la donner à M. lc Duc.
(2) Les deux Borímcs , l'un par ses débauches &
l'autre par un coup de fusil qu'il reçut à la chasse de
M. de Berry.

ft
Monstres d'Argos & de Micène (î) ,
Ne vantez plus vos attentats ,
Celui que médite la Seine
Paste tous ceux de PEuroras (1).
jToi (5) qui, de ta famille entière,
; As fait un vaste cimetière
jDans la -neige & dans les glaçons ;
jTon fils, que ta fureur immole.
Nous fait reconnoître l'ícole
Où tu vins prendre des leçons.
Ah '! si Louis des noirs rivages
Pouvoit revenir á fa Cour,
Que penferoit-il des ravages (4)
Qui la désolent chaque jour ;
Mais de quelques monstres .horribles >'
De quelques changemens terribles
Qu'elle épouvantât ses regards ,
jL'apprêt d'une affreuse entreprise
Lui causeroit moins de surprise ,
Que la disgrâce des Villars (5).

O toi (6) qu'un double parricide
Joint pour jamais â ton époux ,
(î) Agamemnon , Athrée & Thiclte.
( 2 ) Fleuve de Thessalie.
(?) ï-e Czat.qni vint à Paris en 1718.
(4 ) Le Régent prétend facilement exécuter ies desseins .fur le Roi par M. le Duc.
( s ) M. de Villars a paru changer étant Prcfíacnt du
confal de guerre , mais la fuite l'a pleinement justifie.



8S

as

Tendre & fidèle Adélaïde ,
Reviens un moment parmi nous ,
Arme-toi des mêmes furies ,
Que pour de moindres barbaries
[inventa la mère d'Hector :
Ne cède pas à la luxure
L'honncur de venger ton injure
Sur ce nouveau Polymnestor (î).
Aimable enfant (i) , tu vois le gouffre
Qui Ya te rendre à tes Aïeux ,
L'on connoît ce que ton cceur souffre
Aux pleurs qui coulent de tes yeux;
Mais malgré ta douleur amère ,
N'espère plus revoir ce père
Que tes cris appellent en vain :
On estime ttop pou ta vie ,
Pour avoir la pieuse envie
De la remettre dans fa main.
Noble Compagne (3) de fa couche.
Pour qui la gloire a tant d'appas ,
Je vois que ce malheur te touche
Plus que l'aproche du trépas :
( 1 ) Ecuba creva les yeux de Polymneftor Roi de
Thrace , qui avoit tue ion fils Polydor.
(2) I.e Roi demanda plusieurs fois où étoit M. le Due
du Maine , & pleura quand 011 lui dit que M. le Duc
ctoit a ia place.
( ; ) Madame la Duchesse du Maine, qui soutint sa
disgrâce avec fietté.

«55

B 1

SS

1

%

Un avorton de la nature (î),
Qui , malgré fa naissance obscure ,
Porte un cœur plus fier que le tien i
Vient d'une voix impitoyable ,
T'apportcr l'arrêt effroyable
|Qui confond ton rang & le sien.
Lâches , dont la paix ni la guerre
N'ont jamais distingué le nom ,
Inutiles poids de la terre ,
Guiche (i) , la Force (3) & Saint-Simon (4) ,
Vorre orgueil & votre ignorance
Feront le destin de la France ,
Touc sentira votre pouvoir ,
Et l'on accablera des Princes (5) ,
De nos malheureuses Provinces
L'amour, les délices & l'espoir.
Du Maine , de la Tirannie ,
Souffre le cours fans t'émouvoir ,
Elle fera bientôt finie ,
Ses excès me le font prévoir ;
Vois , quelles affreuses tempêtes
(4) I.c Marquis d' . . . Capitaine desG.irJcs du Roi ,
fils du Duc de Beauvillicrs j ce fut lui qui porta a 1?.
Duchesse dji Maine l'ordte de son exil.
) 2 ) Guiche accusé de s'être caché à la bataille de
Malplaquct.
( 3 ) La Force accusé d'avarice & de présomption.
( 4 ) Saint-Simon vain & plus fier qu'il n'est petit.
( s ) Le Duc du Maine & le Comte de Toulouic.

Vont chercher les plus nobles tètes
Jusque dans le sein de Thémis ,
Et que réduits â cet usage ,
NOS guetriers n'ont plus de courage
Que contre de tels ennemis.
Tandis que la mort & la crainte
Assiègent tes persécuteurs ,
Fuis, Princesse (î) , fors d'une enceinte ,
Et d 'assassins & de flatteurs :
Les arts marcheront fur tes traces ,
Dans tes faveurs , dans tes disgrâces ,
Ton destin doit régler le leur ;
Ils ont partagé ta fortune
D'une constance peu comune ,
Us partageront ton malheur.
Cependant un grand Roi (i) s'aprête
A te rétablir dans tes droits ,
L'Espagne forme une tempête
Vengeresse du sang des Rois ;
Objet de notre idolâtrie »
Cher Prince , venge ta Patrie ,
Songe qu'elle fut ton soutien ,
Et que dans son besoin extrême ,. v
Tu dois rendre à son Diadème
Tout ce qu'elle a fait pour lc tieru
( î) Madame U Duchesse du Maint,
(a) L 'Espagne fit débarquer une Flotte en Anglctenc , où il vavoit des partis en faveur du Roi Jacques : Us vents contraires rirent échouer ion dessein.
SS-

B t

L
M.

En vain un pouvoir tyrannique
Pense t 'en fermer les chemins >
Avec le secours Britannique
Et l'alliance (1) des Germains;
Ouvre feulement la carrière (1) ,
La France n'a point de barrière
Qui ne s 'abaiflè fous tes pas ,
Ni. son sein d'enfans dignes d'elle ,
Qui n'affronte pour ta querelle ,
Toutes les horreurs du trépas.
Poursuis ce Prince (3) fans courage,
Déja par fes fureurs vaincu ;
Fais que dans l'opprobre & la rage
U meure comme il a vécu ;
Que fur fa tête scélérate
Tombe le fort de Mitridare ,
Preflè des armes des Romains ;
Et qu'en son désespoir extrême ,
II ait recours au poison même ,
Pour se garantir de tes mains.
( 1 ) La triple Alliance entre l'Empcreur, la Prancc
& l' Angleterre.
( 2. 1 IL n'a pas été bon Prophète, car il en a coûté
à ['Espagne Fôntarabie & Saint-Sébastien.
( î ) Le Régent.
51

Fin de la seconde Ode:

|-«-«!-^

ODE

III.

C

Oupable Reine' (î) d'Amathonte (i) »
Dont les excès impétueux
Ne laiflent ni remords ni honte
Dans un tyran voluptueux ,
C'est à toi , source d'infamie ,
Que ma lyre ton ennemie
Veut adtestèr ses nouveaux font ,
Pour célébrer une victoire ,
Digne d'éterniser la gloire
Du plus cher de tes nourrissons (j).
En vain l'Efpagne (4) s'émancipe
De porter trop loin son pouvoir»
Albion se joint à Philippe
Pour la ranger à son devoir :
Après cet exploit authentique ,
Fais Yenir la Prêtresse antique (ç) ,
( 1 ) Vénus.
(2) Amathonte est une ville située dans Mile de
Chypre , consacrée à Vénus. Noinç des Maîtresses du
Régent, M.Parabere, Sabran , Emilie, Souris , lapelite le Roi , toutes ttûis de l'Opéra, avec trois 011
quatre autres; qui font le Sérail où préside la Duchesse
de Berry.
( 3 ) Riom.
( 4 1 Pour la conquête de Sardaigne & la Sicile , FAngleterre arme une flotte avec notre argent,
( s ) La Montauban.

B 4



'Les ho ntcux restes de Therra (î) ,
Fais que fa main incestueuse
Dresse une couche somptueuse
Pour joindre Cynirc à Myrra.
Suis-lc dans cette autre Captée (i) ,
Où non loin des yeux de Paris ,
Tu te vois bien mieux célébrée
Que dans J'Islc que tu chéris.
jVers cet impudique Tibère (5) ,
Conduis Sabran (4) & Parabère ,.
Rivalles fans diílention ,
Et pour, achever l'allégresse ,
jMène Priape à la Princcsle (5) ,
Sous la figure de Riom.
Que parmi de lascives troupes
De tes sujets les plus zélés ,
Le vin se verse à pleines coupes 9
Par la main des enfans ailés ;
Que la nature fans nuages
Montre en eux tous ses avantages .
Comme dans nos premiers Aïeux ;
( 1 1 Madame de Nandré , maîtresse de Thcrra , Chancelier du Régenta
(i) La Meute, comparée à l'Isle Captée, vis-à-vis
de Naples , 011 Tibère commit toutes for tes d'intamits.
( ; ) Le Régent.
(->) L'alloyau & l'autre le gigot,
(y) Elle en a eu trois enfans , & est morte du derniet
par une perte de sang : on les a crus mariés.

K':
-Qu'ils tournent leurs mains irritées:
Contre des modes inventées
Pour le suplice de leurs yeux..
Vainqueur des Indes (î), Dieu d'ErilTe (i) ,
Soyez les amcs du festin ,
Faites que tout y renchérisse
Sur Pétrone & fur l'Arécin (j) ;
Que plus d'une infâme posture ,
Plus d'un outrage â la Nature ,
Excitent d impudiques ris ,
Et que chaque digne Convive
Y trouve une peinture vive
De Caprée & de Sybaris (4).
Dans ces Saturnales augustes ,
Mettez au rang de vos égaux ,
Et vos gardes (5) les plus robustes i
Et vos esclaves les plus beaux ;
Que la saveur ni la puissance ,
La fortune ni la naislánce ,
N'y puiflént remporter le prix ,
Mais que fur tout autre préside >
( 1 ) Bacchus.( 2 ) Eriífe ,. ancienne Lcsb09.
( î i Fameux Auteurs , l'un par fa Satytc, & l'autre
p;;r ses dirléicntes ûc infimes attitudes.
(4I Villes du Rovaume de Naples, infâmes par la
mollesse de leurs habitans.
( : ) Compagnie de 40 Gaidcs, appelles IesMirbalais,
lur Ia.fin du repas dans le fort de la débauche , emroient
les plus beaux ex les plus vigoureux..

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Quiconque a la vigueur d'Alcide ,
Sous un visage de Pâris.
Sommeil , donne enfin quelque trêve
A tant d'agréables travaux ,
II faut que la fête s'achève
Par la douceur de tes pavots ;
Que chacun content de soi -même ,
Entre les bras de ce qu'il aime
Sc laiílé tomber mollement (i) »
Et que dans l'un 6c l'autre sexe,
La fin de cette pièce implèxe
Soit digne du commencement.
Rome , tu n 'es pas moins cn proie
A ton implacable ennemi ,
Tibère (i) dort , ivre de joie ,
Mais Séjan n'est point endormi ,
A l'aide de mille artifices ,
II fait, aux plus justes suplices ,
Ravir poison , vols & duels (3) ,
Et contre des cœurs purs & justes,.
Les Buíìris (4) & les Ptocrustes (5)
N'ont jamais été si cruels.
( 1 ) Les lits dtoient préparés pour tons.
( t ) Le Régent empêcha la Chambre de Justice de décréter d'Aigensou , il lit sortir, à minuit, l'oniercux
hors de prison par une Lettre de cacher.
( j ) Le Régent donne à trois ou quatre Inspecteurs des
Lettres de léhabilitation.
(4) Busiris, Roi d'Egypte, ctoit si cruel & maltrai
toit si fort les Euangers , qu'Hercule en prìc le parti ,
ix le tua.
( 5 ) Procrustc , insigne Voleur du Pays Attique , fai-

13

Sa barbare persévérence
A suivre son cruel penchant ,
Du Dernier Soleil (i) de la France,
Avoit obscurci le couchant.
Aujourd'hui son pouvoir plus vaste
Porte fa fureur & son faste
Dans un excès encor plus grand ,
Et de tant d'horreurs qu'il prodigue ,
Le fer seroit la seule digue
Qui pût atrêrer ce torrenr.
Quoi, Thémis, ta brillante épée
Est inutile dans ta main ,
Pourquoi n'cst-clle pas rrempée
Dans le sang de cer inhumain ?
Pourquoi , pour prévenir fa chûre ,
Sous rant de bras qu'il persécute ,
N'est-il pas encore abatru ;
Enrends tout un peuble qui crie ,
n Un crime fair (i) pour la patrie,
» Devient un acte de vertu,
{

Déserteur de ton Evangile ,
Geai (3) paré des plumes d'autrui,
soit étendre íur un lit les passans qu'il pouvoit prendre t
ensuite de quoi il saisoìt couper les pieds & les jambei
à ceux qui étoìent plus grands que cc lit , & saisoìt
allonger avec des cordes ceux qui n'étoient pas fi grands.
Thésée le ht mourir du même suplice.
{ 1 ) M. le Duc de Bourgogne.
( r ) La maxime est un peu hardie.
( 3 ) La Force étoit autrefois de la Religion , ïl y a
—.

g

I



,

*

6

jLa Force , ou sera ton azile
< Lorsque tu perdras cet appui >

| Chez qui pourras-tu r'introduire ,
jQuand tu n'auras pour te produirejQue la secours de tes clartés,
Quelques Visions Séraphiques ,
Peu de Campagnes pacifiques ,
Et beaucoup de Vers emprunrés-.
Mais comme dans la Tragédie
|Les Acteurs muets font permis ,
Ne crains pas qu'on re congédie
Du poste où le Tyran t'a mis(i) ',
Pour t'approcher de la victime ,
Dans un rang encor plus sublime ,
II va te créer un emploi ,
Tes pareils lui sonc nécesiaires-,
Qui trahit le Dieu de

Ces Pères ,

Est digne de trahir son Roi..
Poursuis, Néron, de tels Ministres (i)
Sont propres à te signaler ;
Achève , tant de pas sinistres
Ne sont pas faits pour reculer.



fait quelques controverses dans ses terres avec ses paysans , deux Campagnes dans les Mousquetaires o; quelques vers pilles ; il veut être sçavant , brave , Poète 6:
homme d'esptit- , il faut l'en croire sur sa parole.
í i ) On a parlé de lui donner la place de M. lc Maréch?l de Villcroy.
( i ) D' Argcnson , lc Blanc , lc Pelletier , des Forts &
l'Abbë du Bois»

37
Veux-tu t'affiírer de l'espagne ;
! Cède PAlsaçe à l'Allemagne ,
I Les trois Evêchés aux Lorrains }
: Et sourd aux cris de ra Patrie ,
j Rends l'Aquitaine & la Ncustrie (1)
•A leurs antiques Souverains.

j ( i ) [.'Angleterre,
Fin de la troisième Ode.

a—1—ODE

^^^.^
IV.

E

Nfin la mort de Capanée
Serr d'exemple aux ambitieux , .
Et la foudre de Salmonée
Cède à celle qui part des Cieux.
Qui veut trop s'élever trébuche >
Lc crime dans fa propre embuch»
; 5e trouve souvent abattu ;
Et Clothos , à nos vœux propice ,
Le poulie dans le précipice
Dont il menaçoit la vertu.
Que vois-je ! à peine son cœur touche
Les tristes bords du Phlégéron ,
Que pour son thrône & pour fa couche
Je vois les frayeurs de Pluton;
Je vois fur la rive infernale ,
Pigmalion , Sardanapale ,
Ravis de pouvoir l'embrastèr ;
En excès Syziphe & Tantale ,
Donner à cette ombte royale
La gloire de les surpasser.
Eiblis n'est plus tant occupée
A faire un ruifieau de fes pleurs ;
Phèdre , Jocaste 8c P,.élopée
N'onr plus ni remords ni douleurs.

5S:
19

Des Sanguinaires Danaïdes ,
Et des lascives Perpérides ,
Les hommages lui font rendus ;
Er fa fille qui les amène ,
Lui promet un plus grand Domaine
Que fes Etats qu'il a perdus.
Plus noir que le reste des ombres ,
D'Argenfon vole à son secours ,
Plus terrible aux rivages sombres ,
Qu'à ceux où la Seine a son cours ;
Avec fa fureur ordinaire ,
II prend le poste sanguinaire
Qu'Eaque tient près de Pluton í
Du Bois succède à Rhadamante ,
Et Minos , saisi d'épouvanté ,
Laisse fa place à d'Aubenton (i).
J'appctçois la Reine d'Iraque^
Chercher les plus creux monument V
Pour fuir une plus vive attaque
Que celle de tous ses Amans ;
Dans les bras de I'époux qu'elle aime ,
Je vois Andromaque elle-même ,
Craindre de s'en voir arracher ;
Et dans l'effroi qui la possède ,
Didon appellcr à son aide
Les flammes d'un nouveau bûcher*
( i ) Jésuite.

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40
Ravi que la France ait vu naîrre
Un Prince plus mauvais que lui ,
Des poisons qui l'ont fair connoître ,
Charles vient lui offrir l'appui ;
Celui qui s'acquit l'avantage
De mettre les Rois hors de page (i)
I.'obscrve d'un œil attentif,
II reconno'ît qu'en tyrannie ,
Auprès d'un si rare génie ,
II ne fut qu'un simple apprentis.
Prince , rends ton régne célèbre
Sur le rivage fotitertain ,
Sans craindre que la Seine ou l'Ebre
Regrettent un tel Souverain ;
Contens que les deux Monarchiel
Soient heureusement affranchiet
De tes exécrables projets ,
Ils te verront fans jalousie , >
Par les loTx de la frénésie ,
Gouverner tes nouveaux Sujets.
( 1 ) Louis XI.

Fin de la quatrième & dernière .Ode.