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extracted text
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ÎVGE SOVVERAIN
DES DIFFERENS
Y^DE LA RELIGION/^
OV LES RVSES,
I MPOSTVRES, ET
IMPERTINENCES
DES MINISTRES DE
la prétendue Reformation font dcfcouuertes,
déclarées & conuaincuë's : & le dessein de leur
recours à la fcul&Efcrjçure.mis en plein iour.
Par IEAN BAPTISTE PPCHARD, ^Archidiacre
& Chanoine Théologal en l'Eglise de Perigueux.
Dicentes se eíTe sapientes,stulti facti sunt. Et mutauerunt
gloriamincorruptíbilis Dei,in similitudinem imaginis
corruptibilis hominis. Rgman.i.
A PARIS,
Chez "DENYS M O R. E A V, rue íainct Iaccjues s
á la Salemandre.
M. D C. XXIlT
*Auec ^probant» , & Trimlege d»Bj>y.
A MONSIEVR
MONS1EVR
DE CHAM BERET.
0 N S 1 E V R,
Long temps auant que les
vents qui ont efmeu la tourmente dont nous sommes AgiteT^ sortissent cejie derniere
fois de leur Roche cauerneuse rotnpans tous les
liens d!obligation & de reífefl qui les deùoient
retenir, ienuoiay ì Bouràemx trois Traitte^
produits par le regret & le âefpit queiesentou
de voir plusieurs personnes £ honneur , £ esprit
<&r» de jugement , notamment ceux de voHre
maison , 磻 vos plus proches que ihonore dft
meilleur de mon cœur , indignement & misérablement pipexjpar les Minijìres de la Religion prétendue. Ces Charlatans dés le commencement ont tant crie & crient enc oreparole de
DieUypdrole de Die», qùtlspnt attiré le confen tement & la croyance éebeMCoup de Noblesse
E PT ST R E
& de peuple. v4infi dit on que Jupiterfut estime Dieu parmy les P ay en s. L a Noblesse s'y ejl
trouuée dispose , partie pour raison dÌEflat
3
partie par lâloujìe de grandeur , partie parinterefls particuliers de haine ou de vengeance,
partie par obligation à quelque Grand , &par
tjferance iauancem et, mais le plus grand nomère parsimplicité , ignorance & nonchalance
de ce qui appartient au salut de íame.Le peuple
par quelques vnes de ces mefmes cofderations.,
mais plus couramment par son inconstance &
légèreté naturelle,parfa propre inclination aux
nouueaute^,
par l 'ordinaire chaîne qui a
Coustume de le lier & tirer à la fuit te de la Noblesse & des Puissant,soit pour bien , foi tpour
mal faire, le ne fer oìsny François ny Chrefiie
fûe nauois compassion à vne tromperie fi pernicieuse & f1 déplorable. Tay contribué toute
ma vie en toutes occurrences ce que iay peu
pour ayder a détromper les abuses. A cefîe intention ie lafchay ces trois Traitte^. Mars
désarmé , Salomon affolé , &la première des
sept Trompettes de Iericho, auec dessein de
la fairefuyure incontinent âpres parses soeurs,
jls coururent diuerfes auenturcs, la Trompette
demeura perdue plus d 'vn an chérie Sieur
Millanges que tauois choisi pour timprimer.
payant recouurée plus par rencontre que p w
D EDIC ATOÏRE.
recerche , ìe taddrefsay vers Paris. Elle mit
presque autant de temps en chemin fans que
t'en Çceufje nouuellesajjeurees. Cela me conuU
de retenir fessix compagnes iufques à quelque
saison plus commode. Comme la première afait
entendre à ceux qui l'ont voulue ouyr auec
quelle fraude & malice les Prétendus Religionnairesont vfurpéletiltre de Reformatât
les autres feront retentir de ranv } Lai. qu'ils
font fans Religion. Lâj.fans Foy. La 4. fans
Loy. La 5. fans Dieu , puis que le Dieu des
chrestiens n'e/ì p<a leur Dieu. La 6. que le
Diable, par leur propre adueu , ejl autheur de
leur doclrine factieuse. La y. & derniere , que
leurs actions & déportemens en paix & en
guerre reffondent tref- conformément aux
* conditions de leur ejìrt
de leur *A ut heur.
Les autres deux Traittes^ changèrent tant de
relais, & passèrent par tant de mains auant
quereuenir d 'où ils ejìôient partis, qu'ils ne peurentj arriuer entiers, lis me vindrent retrouuer lors que moins ie les eïferois , ejr que 1 en
auoù fait mon dueil. ^4 peine les reconnus ie,
tant ils ejìôient mal menez , defchire^, estropiez, de leurs principaux membres, lis me représentaient des soldats efchappe^du naufrage
âpres vn combat naual.fen mà l>n à part pour
tenir compagnie aux fx Trompettes^, ejr U
,
a
tu
EPISTRE DEDls C.
reserucr pareillement à vne autre occasion,
Pourcefluy cy fie l'ay pensé , medicamenté3
rabillê, çpremisencet esquipage a ma mode\
pour vous aller b&ifer les mains de mapart } &
vous dire , que comme vous fuses le principal
motifde fa naissance au temps que vous estiez^
détenu prisonnier errant dans le Palais enchanté de l\Atlante Geneueis $ aussi ne fort il
maintenant en public âpres vofìre heureuse
deliurance, que pour tefmoigner les ardantes
affections à l'entiereconuerfion de toute vofirs
maison ^qui continuent toufiours d'animer,
MONSIEVR,
Vosw tref-humbleferuiteur
LA TOVR PICHARD.
A Paiîs ce ij.d'Auril ÎÍÌS,.'
APPROBATION.
N
O v s foubs-fígnez Docteurs en
Théologie de k sacrée faculté de
Paris, certifions auoir leu & examiné vn
Liure intitulé , Du luge des Controuerfes
de la Religion , Composé par M. I E A N
BAPTISTE P I c H A R. D , Docteur en
Théologies Archidiacre
Chanoine Théologal de f Eglise de Pengueux , auquel n'a-
uons rien trouué qui he soit conforme à
la doctrine & créance de l'Eglife Catholique Apostolique &: Romaine: c'eít
pourquoy nous l'auons iugé digne d'estre mis en lumière pour reduire les eriaus à la cognoissance de la vérité. Faict
à Paris ce premier Mars 162.2..
A, SOT o.
L
B A NJD E il
Fautesfuruenuéi eallmprefôon.
P
Age 10. lig. ii. Vacheuetnent, lisez l'acheminement.
pageTj.lignex'.. leií.d'Auril, lisezle 16, d'Auril.
£.2.5 .1.6. C esprit de Reformation, lisez l'esprit de la Reformation. p 34 1. tí.germe ne tiennent, lisez germe.quí
ne tiennent, p. 67. 1. 13. des forces & des vertus, ou des sc.
lisez des forces & des vertus des sciences. p.78 .1ig .i7.
hug 'utnotife, lisez huguenotiíme. pag 80. lig.J- qu'ils encroient , lisez qu'ils croient, ligne t .auoir, lisez auoit.
pag. 87. lig.15. U Latin, liiez ce Latin, p 51 1. 14. nés elle,
lisez vers elle, pag.93 I.17. voyee, lisez voye.p.9;.lig. zj.
s'étendent, lisez s'entendent, pag. 1 o;. 1. 14. interprétera,
lisez interpréta, pa.ioj.l. iz. [eule suffisante luge & seut
luge, lisez seule suffisante & seule luge, p.114. l.x.detertnine quelque, lisez détermine en quelque, pa.131. lig.iilisez à Charanton.p.i4t.l. zí .sur la bénédiction, lisez fans
la bénédiction. p.i 1 4.l.io.»í»yîríS«««eaf) suffitfansadiouster Iesus. ligne n. vraye lumière, page 160. ligne 1.
me mangez., lisez ne mangez, pag. 183 . ligne 19. quelle,
lisez quelle, pag.113.L6. âpres tnaift'e, oftez. l'interrogant.
p. 115. 1.16. certitude auex, , lisez certitude en auez. p .133.
l.i ceux cy qui, lisez ceux qui. pag %4i.l.8 .lesens. lisezle
texte.p.5i7 .1.6 .rfo»»a«í luy ís»f,lisez donnons lùy tous,
p.jzj.l.ij estocade, lisez estacade y.tfi.ì.io.quénotts rencontrions, lisez que nous nous rencontrions, p. 339 .1 .14.
lisez Suenufeldiens, St plusieurs fois au lieu d'Armeniés,
lisez Arminiens, & de différend, lisez diffèrent. Lesdcfauts des punctoifons, Si autres font aifez à coniges.
ï
PREFACE»
A LA FIN DE LAQVELLE
SONT COVCHEES LES
MAXIMES COMBATVES
ca celte reíponce.
L faut qu'il y ait des hérésies, afin que ceux qui font
approuuez soient manifestez. Ille faut voirement,
présupposée la malice de
l'ennemy deThomme , le vice de l'homme en l'vsage de son franc arbitre , &
la permission de Dieu. II en y a tousiours
eu. N allons point rechercher celles de
la Ioy de Moyíè,des Corez, Dathans,
Abirons ( si le schisme n'est accompagne
d'heresie,il en est oulePere oulcfils)des
Pharisiens, Saduceens,Hérodiens, Galiléens , & autres Renards ou Loups sortis
de mefme tanière ou buisson, pour démolir la vigne &s ,dissiper le troup-
i
Du luge fouueréxn
peau du Seigneur. Depuis que le fils
de Dieu daigna íè faire homme pour"
mieux nous reucler la doctrine de salut;
dés le mesme temps qu'il preíchoit de
fa propre bouche, il s'est trouué des hérétiques qui font destranchee , retranchée &c defguifec à leur mode. Ie n entends pas de ceux qui s'y font opposez
dés qu'elle leur a frappé les oreilles, comme les Iuifs,les Samaritains, &les Gentils , on ne leur approprie point le nom
d'hereíie. I'entends de ceux qui l'ayans
vne fois receué', & s'estans enrôlez à la
suitte de ce Maistre souuerain , font mise
en compromis , examinée & pesée au
poids des considérations de leur foible
iugement. La preuue en est au íìxieímc
chapitre de S. lean. Quelques-vns des
Disciples de nostre Sauueur,iugcans impossible ce qui leur estoit incomprehensible ,entreprennent d'esprouucràla touche de leur esprit humain & charnel, l'execution de la parole de leur Maistre.Cc
furent les. premiers outils que Satan mit
en befongnc,pour embrouiller ce qu'U ne
pouuoitempefcher. Iudasen fut vn,&
peutestre leColonel.il estoit vn des douze choisis entre la multitude des autres ,
des dijferem de U Keíìgion.
5
pour estre les douze son démens del'Eglise. II auoit esté instruit de la propre
bouche du Verbe Eternel. II auoit veu
vne infinité de miracles , dont son Maistre confirmoit sá doctrine; ¶uentureluy-mesme en auoit fait parla puissance &: commándement de ce mesme V*"fa
Maistre aussi bien que ses compagnons.
Son Maistre venant de rassasier cinq mil ílui . ,.
hommes auec cinq pains d orge & deux
poissons, (cé controlleur mesme ayant
recueilly vne des douze corbeilles des reliefs dé cë banquet ) promet qu'il donra
son propre corps à manger à ceux qui le
suiuront. Iudas se laisse surprendre à ceste difficulté , il la consulte auec l 'imagition&l'intélligence charnelle trop grossière tk. trop matérielle pour esclaircir ce
mystère : voyant qu elles ne le pouuoient
refoudrc,& que pour ne lentendre , elles
le iugeoicnt impossible , il abandonné la
créance & l'obeyssance dú Fils de Dieu ,
& se rend du party de lâ raison humaine.
Lc voylâ heretiqué formé & chef d'hérétiques, c'est à dire de tous ceux,qui fuiuant fonëxemplé,refusentde croire touc
ce que nostre Sauueur a dit, qui mettent
«n doute quelle que ce soit de sesparo*
A ij
4
Du luge souverain
les, qui estiment n'estrc obligez de croire ce qu'ils ne peuucnt entendre , comme si la puissance de Dieu prenoit íês
mesures de la capacité de l'entendement
M^tb.if humain. Quand fur la montagne de la
transfiguration de Iefus Christ , la voix
sortant d Vne nuee fit retentir aux oreilles des trois Apostres: Cestuy-cy est mon
fils bien-aymé , auquel fay pris mon bon
plaisir,escoutez-le,qui vautautant côme,
croyez-le, obeyssez-luy, Elle ne mit rien
en referue , elle vouloit asseurer tout le
monde que ce fils n'estoit pas moins véritable que puissant. II estoit 1a vérité, &c
. la puissance mesme. Reuoqucr fa parole
en doute , c'est reuoquer en doute son
pouuoir. Si tu peux croire , toutes choses
Um. 9 .V. font possibles au croyant.Refuser de doner consentement à quelque article que
ce íbit de la doctrine de Iesus- Christ,
c'est estimer la vérité menteuse , &c la
Toutepuissance impuissante. Qui fàut en
vn, peut faillir en tout. Vne seule menterie sursit pour despouillersonautheur de
toute créance.
Ceste vérité toute -puissante commaniâmbx*. de à ses Disciples, allez, enseignez toutes
les nations, qui ne croira point fera con-
des àìjfmns de la Re lìgion.
$
damné, elle ne dit pas, qui ne croira cecy
ou cela , ceste partie de doctrine ou cellelà, mais abfoiuementquine croirapoint:
II faut croire tout ce que la vérité nous
annonce, ou n'espérer point de salut. La
foy est vnique , elle ne peut estre diuisec.
Le Symbole de S. Athanase porte, Si
quelqu vn veut estre íàuué, il est besoin
cîeuant toutes choies qu'il embrasse la
foy Catholique , laquelle quiconque
n obíèruera entière & inuiolee 3 íàns doute il périra éternellement.
En retrancher la moindre parcelle,
c'est k partir,la violenter , lcsteindre.Ic
vous prie, dit S. Paul, que vous chemi-^^^
niez comme il est séant à la vocation à
laquelle vous estes appeliez, estans soigneux de garder fvnité d'esprit par le
lien de paix. Vn corps vn efprit,comme vous estes appeliez en vne espérance
de vostre vocation. Vn Seigneur , vne
foy , vn baptesme , vn Dieu Sc Pere de
tous j qui est fur tous , &: par tout , & en
nous tous.
N'auoir vn mesme sentiment,ne persister en vne mesme reigle , c'est diuifer la
9l6
foy: la diuifer c'est la ruiner & la perdre.
'
Sans la foy ,il est impossible de plaire à
A iij
ê
Du lugeJdmerain
Dieu. Sionncpiaistà Dieu on ne peue
estre sauué.La foy n'estant qu'vne, qui la
cuide auoir en partie n'en a point du
tout. Qui ne l'a toute entière, présume
pour néant estre sauué.
«««MS.
I e VOUS p nc frères ( dit derechefen vn
•«•i7autre endroit ce grand instructeur de la
foy) que preniez garde à ceux qui font
dissensions & scandales contre la doctrine que vous auez apprise , & vous retirer
d'eux, car ceux qui íont tels ne seruent
point à nostre Seigneur Iesus - Christ.
Auoir vn sentiment particulier hors le
commun de i'Eglife,c'est scandaliser l'Egliíè, c'est contrarier la doctrine vniuerselle, c'est ne seruir point Ieíùs-Christ, en
vn mot , c'est n'estre ny Chrestien ny Catholique.
Fuy l'homme hérétique âpres la preT/tj. y. miere & seconde admonition , sçachant
*°"
que celuy qui est tel est renuersé , & qu'il
pèche, estant condamné par son propre
jugement.
Si quelqu'vn vient à vous & ne porte
*. Jim. ceste doctrine, ne le rcceuez point en vostre maison , & ne le saluez point.La diuision de la foy tire auec íby l'excominunication , & lexcommunication est
des differens de U Religion.
y
fuiuie de la damnation eternelle. Les Gai. 5.
œuurcs de la chair font manifestes , lesquelles font paillardise , idolâtrie , diuifios ,íêctes ,&c.ceux qui font telles choses
n'hériteront point le Royaume deDieu.
II y a eu des faux Prophètes entre le peuplera: le Prince des Apostres, comme il v. u
y aura pareillement entre vous des faux
enfeigneurs qui introduiront des sectes
de perdition, & renient le Dieu qui les a
rachetez, amenans fur eux -mesmes soudaine perdition.
Ces passages de la S.Efcriture me semblent suffire, pour monstrer que tout home qui croit quelque chose pour petite
qu'elle soit contre le sentiment commun
de la foy , s'il l'embrasse & deffend opiniastrement, il est hérétique, infidèle, incredulcjfectaire , excommunié , en voye
de damnation; 8c s'il renseigne aux au,tres,c'estvn renégat, vn faux Prophète,
vn Ministre de mensonge. Et tout d'vn
train , qu'U est tres- certain que ceux qúi
les escoutent ne peuucnt prétendre part
en l'heritagc du Seigneur , ny espérer
d'estre sauuez.
L'homme animal ou sensuel ne com- l. Ctt.'x
prend point les choses qui fontxle l'esA iiij
8
Du Iugesouuerain
prit de Dieu ; car elles luy font folie , &:
ne les peut entendre. La raison humaine
n 'a pas seulement de sa nature la veuë
trop foibIe& trop courte pour la porter
jusques à la cognoissance de la doctrine
dç la foy nécessaire à salut; lors meímes
que ceste doctrine luy a esté rcuelee par
I esprit de Dieu , elle eíprouue à chasque
bour de champ combien il est aisé de s'y
tromper & fouruoyer. La splendeur du
Soleilesblouit les yeux du chat-huant.La
maiesté de la doctrine de la foy çstonne
Tobscuritc de la raison humaine. La
raison naturelle s'efforce en vain d'attaindre à la sublimité de la doctrine diuine ,n elle n'est íècouruè' & guindée parvn
çngin plus puissant. L'Apostre dit que la
foy est vn argument des choses qu'on ne
voit point, c'est à dire, vne cognoissance & certification non euidente.mais appuyée fur le teímoignage, &c engendrée
par Touye. 11 est donc nécessaire à quiconque veut acquérir la cognoiííance"
des choies qui ne pcuuent estre fçeuës
qu'obscurément & sans euidence, de recourir à l'apprentissage , & de íè souímettre à quelque Maistnsc& authorité, qui
nous en puisse cfclaircir aucc asseurance.
des diffèrent de la Religion.
9
Orestil que tous les Chreiticns font
obligez à peine de damnation (comme
laiaincte Efcnture vient de nous decla*
rer ) en tous les differens de la foy 3 d embrasser le vray & de rcietter le faux. II
faut donc nécessairement qu'il y ait
quelque authorité, par laquelle tous les
Chrestiens puissent estre instruits,& tellement eíclaircis en tous les doutes , débats , controuerfes , & differens de la
foy, qu'ils demeurent asseurez d'embrasser le vray , &c de reietter le faux.
Ne feroit-ce pas blasphémer contre la
prouidencc'deDieu, d'estimer qu'il cust
laissé les hommes dans leur impuissance
naturelle , fans les pouruoir d'vn moyen
s
capable & mffhant pour leur eníèigner ce qu'ils doiucnt croire à salut?
ì'ans leur donner vn luge pour determi nêr, résoudre, définir, 6c iuger íeurement, infalliblemeilt, en dernier ressort
toutes les disputes qui peuuent arriuer
cn toutes les matières de ceste créance,
prises tant en gênerai qu'en particulier ,
puis que la meícicance de la moindre
partie nous pcv.t boucher le passage du
salut ì
Si la prouidenec de Dieu ne préside
xo
Du luge souuerain
ptvtil. aux choses humâmes , dit S. Augustin ,
tn.eaf,i6i\ n 'est besoin de se soucier de la Reli-
' gion : mais puis qu'elle y préside , il ne
raut désespérer que Dieu mesmes n'ait
çstably quelque authorité , fur l'appuy
de laque lle,commc íur vn ferme degré,
nous puissions monter à Dieu. L'authorité seule a la puissance d'esmouuoir &
de pousser les fols , c'est: à dire les ignorans des choses qu'ils doiuent fçauoir, à
facheuementdc la sapience.
Tout ce discours est si manifeste, que
iene pense pas qu'il íe rencontre aucun
Chrestien qui ne l'aduoûe , s'il ne veut
desmentir son nom. Ce que les Catholiques débattent auec les Ministres de
la Religion prétendue" , touchant ceste
matière .cosiste à fçauoir où c'est que réside ceste authorité si nécessaire à la côseruation de la foy&r de l'vnion des fi délies.
Les Catholiques n'en ont iamais esté
cn doute , fondez fur la loy & la coustume, fur le droict &.la pratique , fur la raison & l'experience. Les Ministres de la
prétendue' n'en ont iamais esté bien afíeurez, quelque résolution que leur contenance feigne. Quand il faut venir au
poinct , & esclairçir ce qu'ils estiment
des differens de la R eligion.
it
plus certain, & foustiennent plus opiniastrement : ils se trouuent touíìours fans
loy & fans coustume j fans droict & fans
pratique 5 fans expérience & fans raison.
C'est ce qui les a meus íì fouuent de recourir à la violance & aux armes , íbus
des prétextes plus spécieux que légitimes, d'autant plus indignes du nom de
reformation qu'ils víiupent iniustcment, que les essects en ont esté & sont
encore pernicieux , dommageables ,
barbares.
II est donc tout clair que la continuation obstinée des débats de la religion
tefmoigne la nécessité d'vne authorité ,
&: d'vn íuge 'sou ucrain & infallible . On
est en queste de ce luge. Les Catholiques ont touíiours enseigné que c est le
S. Esprit : car puis que la Prophétie n'a v
point esté apportée par la volonté humaine , mais les Saincts hommes de
Dieu estans poussez du S. Esprit ont
parlé : il s 'ensuit que nulle Prophétie
de f Efcriture n'est de particulière intepretation. II faut que ce soit l'Autheurqui s'interprète soy -mefme , pour
rendre iïnterpretation authentique &
certaine. L'Autheur est diuin, il faut que
Î%
Du Juge[ornerain
l'interprete ne ioic pas simplement humain. Iusques là tous les sectaires font
semblant de s'accorder auec les Catholiques. Passez outre , enquérez vous }
comment & ou exerce te sainct Esprit
cet office ? VOUS voyez soudain toute la
prétendue reformation , despuis leur
premier chef , iusques au dernier orteil
se defpartir, s'escarter , & s'csgarer bien
loin de la croyance des Catholiques.
L'heresie n est iamais le premier péché
de 1 hérétique. Toute la prétendue reformation recognoit Martin Luther
pour son autheur. Ceux qui font semblant d 'en vouloir recercher la source
plus haut ne font que defcouurir leur légèreté, leur ignorance ,& leur honte. 11
est bien mal-aisé de résoudre quel fut le
premier pcché qui séduisit ce Moyne,
&lc conduisit à renier son froc, & se déclarer chef de rébellion. Ou l'auarice,
ou l'enuie, ou le deípit, ou la vengeance,
ou la volupté, ou le libertinage: chacun
de ceux cy se signale grandement en
toutes ses actions ,' mais la superbe meie
& nourrice de tous vices eclatte bien viuement par dessus les autres. Ie ne veux
employer que Sleidan son historien en
î
des differens de la Religion.
ÏJ
Ja description de sa reuolte. Ce Moyne
Augustin piqué decequela commission
de prescher vne croisade auoit esté donnée aux Iacobins , en laquelle il desirok
auoir part , publie des Theíès du Purga'toire, de la pénitence , &des indulgences pour impugner les sermons des questeurs , protestant qu'il ne vouloit rien
affermer ains souímettre le tout auiugcment& détermination de l'Eglise. Te, kel Iacobin & plusieurs autres Docteurs
Catholiques , contredisent ses propositions, les notet de témérité, de scandale,
d'hereíìe. Lebruict de son mouuement
s'eípand. II appréhende le iugement du
Pape. C'estoit Léon X. II s'enhardit de
luyescrire, par 1 entremise de Staupice
Vicaire de Tordre des Augustins en Allemagne ( que le Pape auoit chargé dessayerà refroidir la fougue de ce ialoux
eschauffé,& tafeher de le ramener à bon
sens ) 6c sous »la faueur de Federic Electeur de Saxe , fondateur de l'Vniuersité de Vvittemberg , en laquelle Luther
estoit Regent de Théologie. 11 sopplie
íc Pape de n'adiouster foy aux calomnies, soumet ses escrits , fa vie & son salut au bon plaisir de sa Saincteté, promeç
14
Du Juge fouúerain
d 'accepter tout ce qui viendra de Iúy
comme de Christ, & comme proféré de
l'oracle, ne refusant d 'auoir la teste trenchee si bon luy sembloit. Le Pape le fait
citer à Rome, pour y rendre conte de sa
doctrine. Oublieux de ses protestations
& promesses , au lieu d'obeyr à la citation , il continué de prefeher & deícrire
contre la doctrine de l 'Eglise. Léon X.
enuoye le Cardinal Cajetán vn des plus
• scauans Théologiens de ce temps, son
Ambassadeur vers f Empereur Maximilian * auèc charge de donner ordre
que Luther , veufa delbbeyssance , fous
lauthorité del'Empereur , & des Princes d'Allemagne, fust amené à Aufbourg oùf Empereur teiioit vne dietc,
& mis fous bonne garde pour le représenter à Rome. Toutesfois s'il aduenoit
qu'il íe repentist & demandast pardon
de fa faute , il vouloit qu'on luy fist grâce, & que le pénitent fust restitué à l'Eglise qui ne reiette iamais les repentans :
que s'il faisoit autrement le Papeentendoit qu'il fust excommunié. LeCardinaí
Cajétan reçoit humainement Luther
dans AuÍDourg,oùilestoit venu appuyé
furie faufeonduict de l'Empeieur , & lá
des differens de la Religion,
if
recommandation de l 'E lecteur Federic,
employé ses instructions, ses exhortations , íês remonstrances , ses prières,
pour l'induire à se repentir & reuoquer
les erreurs qu'il auoit íèmees. Luther
s'excuse , dit qu'il ne pense auoir prononcé choíè contraire à la saincte Eseriture , aux opinions des anciens , au décrets des Papes, à la droicteraison.Que
cependant il ríe veut nier qu'il ne puisse
choir &; faillir , chose à l'homme naturelle, pourquoy il ofFre la cognoissance
de sa doctrine à l'Eglise sainctc!& légitime, & abandonne toute sa cause au ingénient d'icellc, & ne refuse que les Vniuersitez d'Allemagne & de Paris en donnent leur aduis & iugement. Le Cardinal Cajetan le menace que s'il n'obéit il
exécutera la sentence du Pape touchant
l'excommunication. Luther appelle du
Pape mal informé, au Pape qui sera,
mieux informé* C'est ainsi qu'il setieíat
en la submission qu'il auoit promise au
Pape par son escrit. Nonobstant ceste
appellation leCardinalCajetan s'efforce
d'amolir fa dureté, le presse de penser à
son affaire, au trouble de 1 Eglise ; que
s'ilneseresout de sc laisser vaincre aux
16
B'u luge souuerain
te 18 No remonrcrances qu'il luy a faictcs on pro-
cédera contre luy à Rome. Luther forme derechef vne nouuelle appellation,
en laquelle âpres auoir protesté de ne
Vouloir abastardir l'authorité du Pap^,
pourueu qu'il ait faine opinion ( c'est à
dircpourueu qu'il approuue fes imaginations) & beaucoup moins discorder
d'auec l'Eglise : toutesfois pource que le
Pape est de mesme condition que les
autres hommes , & qu'il peut aussi bien
faillir & pécher , il se porte pour appellant du Pape au Concile futur. Ceste se.
conde appellation est vile seconde preuue de quelle humilité il auoit efcrit au
Pape qu'il acepteroit ce qui viendroit de
luy comme de Christ, 6r comme proféré de l'Oracle.
Enuiron ce temps les Vniuerfîtez ( le
iugement desquelles Luther auoit protesté ne vouloir refuser) Paris,Louuain,
Cologne, censurent ses hures , les condamnent comme mefchans, pleins d impieté &c dignes d'estre brustez. Luther
reuoque fa protestation, se mocque de
leur iugement , appelle nommément
les Docteurs de Paris ( la plus fameuse
Vniuerfitédel'Vniuers) fuppos del'An-»
techrist
des dijferens de la Religion .
îy
techrist , compare la Sorbonne (riche
pépinière des pius x renommez Théologiens de la Chreíhcnté ) aux luiss autresfois peuple de Dieu : mais qui pour
auoir fuy la lumière de l'Euangile , &Z
mesprisé le bénéfice de Christ ont este
répudiez: dit que les Docteurs d'icelle
n'ont que le titre vain &: vuide de Docteur sTheologiens: qu'ils font agitez de
furie &c de rage, & qu'en le condamnant
ils ont monstre la peste & le poison de
leur courage : qu'ils font vn Dieu d'Aristote : & telles autres fleurettes de son
éloquence, vrayes marques de lcfprit de
fa reformation. II remercie de mefmes
les Docteurs de Louuain 8c de Cologne.
Se voyant rebuté des Vniueríîtez , St
bafFoué de toute l'Eglise, il a son recours
en troisiefme instance au bras séculier de
l'Empereur Charles 5. incontinent âpres I 5 2,c, ♦
son estection.
Au commencement de la letttvc qu'il
luy addrcíTe, il le supplie luy estre pardonné, ce que luy de vile ÔC baise condition s'est enhardy d'efcrire à vn si
grand Prince : la cause qut i'a efmeu est
de si grande consequence,qu elle touche
B
Ï8
Du luge somerain
1 honneur de Christ. Qujla souuent requis ses aduerfaires ( c est le Pape , les
Cardinaux, les Euesques , les Docteurs
Théologiens , les Vniuersitéz d'Allemagne &c de Paris , bref toute la Chre.
stientéde ce temps) de le mieux instruire en luy monstrant fa faute-.eux au contraire pour toute refponce luy ont rendu
miures j& outrages ( il nomme ainsi ses
condamnations ) n ayans' aucun eígard
sinon d esteihdre& luy & la doctrine de
l'Euangile ( il qualifioit de ce nom son
hérésie. ) Pour ces causes il vient maintenant , ce dit-il, au dernier remède, & à
I exemple d'Athanase il se retire vers
luy comme à l'autel & fauuegarde des
îoix : le supplie de prendre la tutele de la
doctrine Chrestienne , &c le vouloir défendre contre toute violence & iniurc
iusques à ce que la cause soit cognué.
Que s'il se trouue foustenir vne mauuaise cause, il ne requiert aucune defence.
II se fouuiendra de ceste supplication
comme de la íubmiísion promise au Pape. En ceste mesme anneele Pape voyát
l'obstination de Luther, & que la douceur des remèdes dont il auoit vfé en
son endroict iusques à lors,auoit produit
derdifferens delà Religion. 15^
des fruicts tous contraires à ceux qu'il
en efperoit ; fulmine vne bulle d excommunication contre luy. C'est ìcy que l'arrogance de Luther rompt toutes les digues du respect qui sembloient le retenir. II renouuelle íbn appellation au
Concile futur, & de furcroist appelle le
Pape Léon téméraire , outrecuidé , tyran , superbe , contempteur de 1 Eglise ;
Antéchrist; prie l'Empereur &les autresMagistrats , de receuoir son appel , de
brider la tyrannie du Pape , & de ne tenir conte de fa^bulle. II ne traictera pas
plus modestement l'Empereur en son
rang. En exécution de ceste bulle .ses liures font brustez: pourreuancheilfaict
bruílér publiquement dans Vvittemberg le droict Canon. L'Empereur le
mande à Vvormes, où il vouloit fa cause estre cogrtuë' en fa présence > & Iuyenuoye vn Héraut pour raccompagner &
l'aíîèurer. II s'y présente le %6. d'Auril,
ses liures y font examinez , Ces reíponces
óuyes. L'Archeuefque de Treues,& autres Princes & Prélats l' induisent de
íbufmettre , íuyuant ce qu'il en auoit oG
crit à l'Empereur , ses liures à la cognoifíance& au iugement de fa Maiesté ImBij
zo
Duluge fouuerain
pénale, & des Princes assemblez en ceste
diète. Fortifié de fauthorité de l'Electeur Federic, il refpond qu'il conuienc
plustost obeyr a Dieu qu'aux hommes :
qu'il ne fuit le iugemenc de TEmpereur
ou des estats de l'Empire, pourueu que
cela se fasse par la conduictede l'Escriture . laquelle il asseure estre notoirement
pour luy , & si on ne le reprend par les
paroles d'icelle , il n'est possible qu'il
change d'opinion. C'est vn autre eschapatoire de son troisiesme appel faiób à
l'Empereur. On insiste que pour le
moins peiseuerant en la teneur de son
second appel , il sousmette son affaire au
Concile futur. Ilattache vn nouueau visage à oc second appel , & dit qu'il s'y
tient : mais auec ceste condition, que la
chose sera déterminée en ce Concile
par rauthoritédelaseule Escriture (interprétée à son sens fans s'arrester aux explications des anciens , ainsi l'a il tousíours entendu & pratiqué. ) C'est vne
cinquiefme fuitte. II se retire de Vvormeslc 2.6. d'Aunl, asseuré du saufconduict èc accompagné comme deuant du
Héraut delEmpereur, auec commandement que par le chemin il ne fasse
des dijferens de la R eligìon
11
emotionde peuple,soit par eícrit,sait par
parole. II l'obserua comme le reste de ses
promesses. Le 8. de May l'Empereur
auec le conseil des Princes &: de cous les
estats,condamne & bannit Luther cornmeautheur de schisme, hérétique manifeste & obstiné, enjoint à tous fous
grosse amende de le tenir pour tel j &c
vingt &c vn iour passez qu'il luy donne
de grâce pour se recognoistre,que chacun fasse ses efforts de le prendre & de
le mettre entre ses mains. II bannit semblablement ceux qui en manière quelconque luy portent faueur ou suport,
commandant ses liures estre abolis. Cet
edict publié ( continue .Sleidan ) le Prin- '
ce Fnderic donna charge à quelques tì
Gentilshommes , ausquels il íeíìoit de
conduire Luther, pour peur de danger
en certain lieu secret & escartc des
hommes. Ce qui sent íècrettementsans
bruict: & au deíceu de chacun. Luther
estant en ce lieu retiré, qu'il appelle íà
Pathmos, eferit plusieurs epistresà ses
amis , & plusieurs liures , entr'autres, de
casser la Messe priuee, & contre les vœux
des Religieux : 8c âpres ceux cy 3 conB iij
12.
Du luge fouuerain
tre le ■ faussement nommé Ordre des.
Euefques ,oùil dit que n'a guieres par
l'edit du Pape & de l'Empereur on luy a
osté & du tout raclé le nom & la marque
de la grand' beste : dont il a si peu de regret, qu'il remercie Dieu de ce qu'il l'a
deliuré de ceste horrible fosse de tous erreurs, &mefchante doctrine ( ainsi baptise il la communion de l'Egliíè Catholique.) Que cy âpres il se gardera bien
de sousmettre ies escris àlcuriugement 5
íe sentant auoir esté trop pusillanime à
Vvormes ; qu'à présent il est si asseuré de
sa doctrine quil ne la voudroit assuiettir
au iugement'd'yn Ange ; qu'au contrai'
re, par le teímoignage d'icelle il iugera
tous les Euefques, tous les Docteurs,
tous les hommes , voire les Anges tncsmes. Que si les Euefques ne deuiennent
sages àfa fantasie,& n'efcoutét de bonne
heure fa reformation , il veut auoir guerre perpétuelle & irréconciliable contre
eux. Quant à ce qu'aucuns calomnient
íà liberté en paroles , comme s'il tendoic
à eímotion par ses eferits , il reípond
qu'il peut prouuer par plusieurs teíinoignages & exemples de l'Escriture , que
çeste mode d'efleuer le peuple contre íès.
des dijferens de U Religion.
x$
Supérieurs est nécessaire, quand les Prelatssont bestes , mefchans & obstinez.
Tel fut le procédé de Luther au rapport
de Sleidan Luthérien.
Touchant l'Empercur & les Princes
d'Allemagne emla préface de fa refponceauRoy d'Angleterre Henry 8. il
efcrit qu'il a comparu trois fois deuant
ses aduerfaíres : finalement qu'il s'est représenté dans Vvormcsjbien qu'il fccust
que l'Empereur luy aupit violé la foy
publique : car , dit-il >lés Princes d'Allemagne ont pieça defapris l'ancienne
loyauté de leur pays, pour apprendre à
mefpriíèr leur foy en faueur de l'idole de
Rome , au grand des honneur de la nation Germanique. Et pour nefpârgner
puissance quelconque il dit en ceste ref- Reg A„gi_
poníè , & plusieurs fois ailleurs, que tous lïk de fim
eHl
les Roys, & tous les Princes , aussi bien
P "P
qu e le Pape & les Euefques , ne font que
des menteurs , des persécuteurs de la parole de Dieu: que le monde estant ennemy de Dieu , & les Princes n'appartenans qu'au monde , ils ne peuuent faire
qu'ils ne soient contraires à Dieu. Qufil
ne faut s'estorìner s'ils fe bandent follement & furieusement contre íbn EuanB ni?
z4
D u luge fouuerain
gile , ils ne font que latisfaire à leur nom
& à leur titre. Que depuis la création du
monde ça esté vn oyíéau tres-rare qu'vn
sage Prince , plus rare vn Prince homme
de bien 5 que communément ce ne lònt
que des fats "fie des tyrans : parquoyil
faut attendre d'eux toute forte de mefchanceté bc fort peu de bien , mesmement és choses qui concernent la ctectri'tharinum. ne ^ e l'Euangile. Que s'il a foulé aux
pieds le Pape , les Conciles, les décrets.,, les loix & les commandemens de
^Empereur & de tous les Princes , pour
maintenir la liberté Chrestienne, il ne
reste rien au monde qu'il doiue redouter. Que quiconque reiette fa doctrine
A ne peut estre fauue : car eíle n'est pas
tumBccUf henné , mais de Dieu ; & pariant ion mgement n'est pas sien, mais de Dieu,
De façon que Luther veut que son
iugement particulier soit seul régie &
iuee fouuerain de la doctrine Chrestienne , &c qu'on ne tienne conte des iu->
gemens anciens &c modernes de tous autres Docteurs Théologiens, des Vniueríìtez , des Euefques , du Pape, de
FEmpereur , des Princes , des estats , de
tout le monde, des Anges mesmes ,voi-
des dijferens de U Religion, z 5
rede Dieu i il ne parle par ía bouche.
Que si les estats , les Pnrrces , l'Empc- *
reur , les Euefques & le Pape ne croyent
fesfancaíìes , il est nécessaire d'efmouuoiç le peuple &: le feditionner contre ses
Supérieurs. Voyla lorigme & l'efprit de
Reforma tion prétendue.
Pour gaigner le cœur de ce peuple qu'il
desseignok fouleuer & reuolter,apres auoir fait littiere de toutes fortes de puissances supérieures jtempoielles & ípirituelles,il communique à tous ceux quilc
voudront fuiure 3 & qui receuront fa Reformation, non pas vue partie , comme
Dieu fit de l'efprit de Moyíè aux septante compagnons d'Eldad & Meldad,mais
toute l'authorité fouueraine qu'il s'estoit
attribuée luy-mefme de mger en dernier
rcssort.de tout ce qui appartient à la foy
& à la Religion.
11 ne faut, dit -il,cercher autre luge és
choies spirituelles de la doctrine çhre- inEuang.
stienne , que tout homme qui aura la
vraye foy, soit malle , foiè femelle, leune ph'etis.
ou vieux , valet ou chambrière, docte ou
ignorant ; par ce que Dieu n'ayant acception des personnes , ains les ayman
C
également 5 tous font également pour-
f^f^f
%6
Du luge fouuerain
u eus de la puiíiancc de ìuger. En vn j Ui
autre endroit. Puis que chacun doit
ídmistr.
c ^ r<; f01 g neux ^e fon fa J ut t & ccr . j ^
tain de ce qu'il croit , il est pareillement jjj
luge tres-libre de tous ceux meímcs qui
reníeignent&instruiseht,estant interieu- J$
rement instruit & enseigné de Dieu.
ic
Laparolede Dieu porte expressemét fa(
Vousauezl'onctiSdeparleS.&xogrioif- j ji
fez toutes choses. L'onction que vous a- ft
j .r «*».i. uczreceu^de JUy demeure en vous , & j |
n'aucz point besoin qu'on vous enseigne,
l
la meímc onction vous enseigne toutes i
choies. II s'enfuit par conséquence nécessaire , que dés qu'vn homme estChrestien ,ilale S. Esprit , il cognoist toutes
choses j il n'a besoin d'estre enseigne par
autruy, fonction luy enseigne tout , &
partant il est luge competant & fouuerain de toute la doctrine Chrestienne,&
de tous les differens de la foy. De ceste
maudite semence íont sorties toutes les
opinions prodigieuses 3 qui depuisLuther
ont empesté si contagieusement vne
grand partie de l'Europe,& plus furieusement les hautes & basses Allemagnes &
pays voisins.
Au son de ce Tocsin esbranlé par ce
des dtfferens de UReligion.
z7
Vl Moine Apostat, Carolostade Prestre 8ç
011 Archidiacre de Vvittemberg s 'esueille,
Cî' & se croyant doué de vraye foy , & en
cni suitte pourueu de puissance iudiciaire,
f iuge & condamne les images,Ies autels ,
lCl les Eglises ; se fait luy -mesme exécuteur
!
Bt|
011
S1
'^
desoniugement jabbat, rompt, ruine,
saccage , &ç contraint Luther de quitter
saPathmos, pour venir s 'opposer aux
fureurs de ce nouueau luge. Où allez vousîque faictes-vous,Euangeliste moderne ? n'est-ce pas contre vous-mefmes
lt£í que vous vous bádez?Ces reformateurs
11£ ardans que vous allez contrecarrer, que
«t font ils qu'exercer l'authorité que vous
M leur auez baillée? Mais ils /exercent fans
fl commission.De qui ? de vous ? ne leur a; $ uez-vous pas enseigné qu'ils ne la doiuêt
w tenir que deDieu?Ouy,si Carolostade aCi|
uoit la vraye foy, mais il ne la pas. II
ests vous le nie. Comment le prouuez vous ?
;
par iniures,par outrages , par brauades.
thel Vos brauades, vos outrages,vos iniures,
vnt font-ce des raisons ? font-ce des reuelaufr tions cluciel ? Ce n est 'pas le S. Eíprit
:s & qui le pousse , c'est la fierté, l'arrogance ,
la fureur, la rage , l'estourdissement , la
r et brutalité. II en dit tout autant de vous.
18
Du lugefouuerain
C estoit à moy , dites vous, comme à
l'Architecte&au premier mobile de la
Rêformation d 'ordonner le tout. Pourquoynon à Carolostade aussi bienqua
Luther ? Estime Luther posséder seul
toutle S. Esprit ? croit-il que toutes ses
actions partent de l'inspiration diuine ,
& les miennes , dit Carolostade,de l'Efpnt malin ? Carolostade ne deuoit s'cìnanciper & entreprendre si auant fans
monaduis , dit Luther. L'eíprit de Dieu
souffle où il veut ,reípond Carolostade;,
adiouítant qu'il nc depend ny de Luther, ny d 'homme qui viue ; qu'il possède les primices de l'Elpiit auec auísi iuste
titre que Luther. Et quoy ?dit-il, Luther
n'a il desseigné de ruiner le Siège deRome que pour le transporter à Vuitemberg ? ne nous a -il poussez à secouer le
ioug du Pape que pour nous oppresser
du sien ? Ce mesme langage tindrent
dés lors contre leur chef, Buccr, Montzer , Pacimontan,Zuingle,Oecolampade & Caìuin. Et contre Caluin Sèruet ,
Blandrate , Ochin , Castalio-, &: depuis
vingt ans au pays bas Arminius &i Vorstius & vne infinité d 'autres. Car il n y a
Ministre si malotru qui estant pressé fur
des diffèrent de la Keligion.
19
les impostures, ignorances,inconstances
Il ôc contradictions de Caluin , ne le renóce auíïì confidemmentque Caluin a renoncé Luther , bien qu'ils soient tous
germez des dents de ce dragon Allemad
1 comme les terrencz de Thebes. Luther
a beau se tourmenter , se plaindre,detcster & desaduoùer vne engeance si malheureuse. II n'a pas eu honte de l'engendrer , pourquoy refuse -il de la recognoistre pour sienne , puis qu'elle se tesmoigne si conforme à son estoc ? Ce Pere ne
deuoit produire d'autres enfans. Plus ils
íè monstrent fiers, outrecuidez .libertins
capricieux,mutins,desobeyífans, rebelles,séditieux, contempteurs &c ennemis
iurez de toute Superiorité,mieux ils se signalent vrays retettons d'vne telle souche. Oyons encore quelques traicts de \
cePereaussi desnature al endroit de ses
deuanciers que de ses successeurs. Ic
vous prie,dit-il,auec quel front osent di- j} it
re les Prélats Ecclésiastiques qu'il faille str. E «i.
queleslayslescroyentSc non pas cha- '-^v*
cun foy-me sine ? II nous est dit qu'il n'y vuit.
a qu'vn Maistre le Christ, vous estes tous
frères , nous sommes donc tous eígaux
en droict : car le nom de fraternité & de
30
Du luge fouuerain
communauté, ne permet pas que l'vh
prenne aduantage íur l'autie,ou ait plus
grande portion à l'heredité,plus de droit
&C de pouuoir , mcímement és choses
spirituelles. Parquoy il ne nous est pas
feulement licite de recouurer ëc reprendre loírìce de mger , mais si nous ne le
reprenons , nous renonçons à la fraternité de Christ : car il n'est pas icy question de hbito ctut Ucito ,séd depr&cepto &
necejjarioj d vnc chose volontaire ou li• cite , mais d'vne commandée &; nécessaire. N'est-ce pas vne ordonnance digne de Luther ; il définit chasque Chrestien estre obligé par commandement
de Dieu , de íe constituer luge de tout
ce qui concerne la Religion Chrestienne, chacun se doit donc estimer & croire
•■ en tous les diffère n s de la foy, luge d'office &par d euoir. La nécessité du commandement infère assez la nécessité de
l'office & du deuoir. Comment ofoit-il
íè plaindre de Carolostade, de Zuingle,
òí des Sacramentairesí Comment oioit
il crier contre le glaiue de Gedeon& la
crocanderic de Thomas Montzer ? contre la forteresse de Sion , &c la nouuellc'
Hierufalem duCousturier de Vuestpha-
des dijferens de la Religion, JI
lié ? n est ce pas de son ordonnance que
ces monstres ont pris leur authorité? AHt*nt*»
_
,,
■
tirdonne
r
Quelle foreenene
peut- on imaginer Ca i„ ia m
plus estrangé, que dé commettre le iu- Ure fer.
gement fouuerain d'vne matière dont ™* tlon .,
P,
r
rr
■ 1
Geneuetfe,
la hauteur íurpaile toute capacité natu- M premier
relle,d'vne doctrine toute^celeste & tou- défont».
te diuinc>& diuinement inípirce,àlalie^' ^_ 7 *
grossière d'vne populace ignorante , &
bien íbuuent plus guidée de brutalité
que de raison ; S i vous estes malade , disoit Galien, ie croy certainement que
vous ne commettrez pas vostre vie à la
commune , mais a peu de personnes
choisies & entendues en médecine. Si
vous faites voyage fur mer , vous ne fierez pas vostre conduittemdifferemmét
à qui que ce soit de la chiorme, mais à
vn sage Pilote. Vous pratiquez le mefmc
aux moindres de vos affaires. Si vous
voulez bastir vous recourez à vn Architccte.Si vous voulez vous chausser,vous
vous addressez à vn cordonnier. D'où
vient donc qu'és choses plus importantes & plus périlleuses , vous vous attribuez la puissance deiuger , & l'ostczà
ceux qui font plus sages que vous ?
Qu'eust dit ce preud'homme s'il cust ouy
/
yi
Du luge fouuerditi
l'ordonnance de Luther sur J'cstabliíîèment de ses luges ? Vn Philosophe Payé
enseigne qu'il est impossible , que ceux
qui n'ont cognoiísance d'vn fait , en
puissent estre bons luges. Si ces considérations font coup és choses terrestres,
pertírables,íegcres,muables,basses,viles,
matérielles , quelles puissances doiuent
elles auoir aux choses célestes , diuincs,
eternelles , qui ne s'efleuent pas feulement au dessus des lourdes conceptions
d'vn vulgaire grossier & ignorant , mais
qui volent à perte de veuè par dessus les
plus subtiles pointes des entendemens
plus sublimes ? II est nécessaire, dit S.
Basile , que celuy qui veut iuger des et
crits d'vn autre,& celuy qui est l'autheur
de ces eferits soient tous deux dotiez à
peu prés d'vne me sine habileté d'esprit.
Sionnepeuï íuger du labourage qu'on
ne soit labou reur: S i on ne sçait cognoistrela variété des tons &c des mesures,
les accords &difcords de musique, qu'on
n'y ait estudié; est-il raisonnable de voir
se rendre luge des ceuuies d'autruy , qui
que ce soit , à qui il en prendra fantaíie,
bien qu'il ne puisse marquer ny le Maistre ny le temps de son apprentissage , &
des dijferens de U Religion.
35
qu'il n'entende nullement ce qu'il faut
sçauoir pour bien ìuger ? Qm ne sçait
que le miel auec toute fa douceur , lemble amer à ceux qui ont le goust corrompu ì ( les maladies n'ont pas tant de pouuoir d'altérer les organes des íentimens,
quelespaífions ont de force pour troubler le ìugement ) vn œil foible & gafté
ne void pas ce qui cil, s'imagine & loupçonne ce qui n'est pas. Le meímevoyjearnuerau iugement de la valeur d vn
efcrit,quàd le luge n'en end & n'atteint
1 eíprit & /industrie de l'autheur. Àihíî
va discourant ce fainct personnage, fur
le fuiet des eferits des hommes : ìe vous
laisse à penser quelle còceptíon il deuoit
auoir de ceux qui fans estre pourueus
des qualitez requises ,fe meíloient de iuger de la S. EfcntUre. '
Reucnons à la création des officiers
de Luther, dont ileust fait la liste plus
courte, s'il eust deu assigner de la pension qu'il tiroit du Duc de Saxe , gages á
chacun. L'Efpnt qui le porta ài'erëòtion
d'autant de luges qu'ily a deChrestiens;
soient vrays, soient faux, a continué fòn
crédit enuers toutes sortes de Ministres,
Luthériens , Confessionistes , Ilìyriensj
54
D« luge souuer*tin
Adiaphoristes,V biquetaires: Zuinglíes
Significatifs , Tropistes $ Antilutheriës s
Demilutheriens, Lutheropapistcs, Lutherozuingliens : Caluinistes , Lutherocaluinistes, Puritains ; Oíiandriens, Stácanens, Trinitaires, Antitrinitairesj Arminiens , V orstiens , Gomariens. ( Les
histoires en content iufques à ceste année plus de cent diuerfes íèctes , toutes
bourgeonnees de la racine de Luther j
ou entées fur fa tige , fans mettre en jeu
les Tileniens &í Mouliniens & autres
semblables , íi leurs aatheurs ne manquoient de crédit pour les mettre en vogue. ) Toute ceste forte de sectaires,
quelque party qu'ils embrassent , sauf les
Anabaptistes , Suenkfeldiens & Libertins auec les reiettons de leur germe, ne
tiennent conte de la S. Efcriture,&
croyent l'efprit seul fuffifantpour les instruire & conduire à salut.
Tous les Ministres, dis-je, d'Allemagne , des païs pas, d]Angleterre , de Pologne , & de nostre France, quelque entremangene qui coure entr'eux en autres opinions auec des animofìtcz qu'ils
publient eux-mefmes barbarefques,s'accórdent ncantmoins & s vnissent au des-
des differens de la, Religion .
jj
sein de deípoiìiller rEglisedel 'Authoncé souueraine de iuger les differens dé
la fby ( donc elle a iòuy fans interruptio
depuis son premier establisscment , èc
qu'elle exercera, vuciílenc-ils ou nó, perpétuellement mfqucs à la fin du monde,
car lcsportcs'd'enrcr nepreuaudrontia- MÂ,i tí mais contr elle) pour l'attribuer à la fainftc Efcriture , expliquée & interprétée
parcux-mesmes à leur sens , & fumant
leur fantasie , fans faire ny pnfe ny mise Ártic s ■
del'antiquité,des Coustumés , desiuge- '
mens , dés Arrcsts, des Edicts , des Decrets , de tous les Docteurs ; Prélats,
Conciles , qui ont esté , font &c feront.
C'est ainsi que l'éfprit dé diuision les
pouílè par dessus tous respects pour parueniraubut de leurs glorieuses prétentions, qui né sont autres que lestablissç»
ment de l' Anarchie.
Ils palientôí dafguiíênt leurs peníccs,
varient leurs intelíigences de termes diúers,mais autrauers de cesvarietez , defguifemens , inconstances , incertitudes,
leur intention &í résolution paroist toufiours, qui est de ne s'assuiettir à Supériorité quelconque. Tantost Us disent que
le S. Esprit, entant qu'il parle par l'Ejf-
3<>
Du lugefouuerain
criture est fouuerain luge. Tantost ils
donnent pour adioinct au fainct Esprit
les Ministres & Predicans ^ne s'efforças
derauiraux Prélats de l'Eglise ceste authorité, que pour l 'vsurper & l 'attnbuer
à leur Pédanterie. Tantost ils veulent
que cet honneur soit referué à la Samcte
Efcriture feule, comme feule suffisante
pour instruire à salue. Ces trois propositions ne font gueres différentes-, si ce
n'est que la seconde defmafque l 'ambition èc ruse grossière des Ministres. La
première ne s'eíloigne de la troisiefme ,
parce que le S. Esprit parlant parsl'Efcriture ,& f Efcriture seule ne diffèrent nullement en matière de iugement j il faut
que le luge vfe d'autres termes que ceux
qui font expressemêt contenus en la loy,
s'il veut décider vn débat efmeu fur les
termes de la loy.
Si la troisiefme est renúersee , la première se trouuera destruitte : c'est le dessein de ceste refponcc , laquelle à mon
aduis sera plus claire , si auant que la lire
on iette les yeux fur le tableau racourcy
de l'Elcrit que ie contredis, Voicy ses
principales maximes.
Le iugement de l'Eglife est vn iuge-
des differens de la Religion.
37
ment d'hommes qui sont tous fautifs &c
menteurs.
Dieu veut estreouy tout seul parlant
parla íeule Efcriture.
La S. Efcriture suffit toute seule pour
parfaitement nous instruire & conduire à salut.
• Toutes choses nécessaires à salut font
contenues en l'Efcriture , & partant il
appartient à elle seule de iuger tous les
differens de la foy.
La faincte Efcriture feule , non comme cause generale , mais comme cause
particulière, est nécessaire &: suffisante à
salut.
Levicil Testament tout seul est suffisant pour nous rendre parfaittement instruis à toute bonne œuure & à salut.
Le vieil & le nouueau testament nc
diffèrent nullement quant à la substance , ains seulement en ce que les fidèles
du vieil Testament croyoient en IcfusChnstàvenir, 8ç nous croyons en Iefus-Christ manifesté.
Le vieil Testament est seul luge suffisant de toutes les controuerses de Religion.
La S. Efcriture seule engendre la foy.
C iij
3S
Du luge souverain
Seule elle cstTobict, la base & le fondement dç la foy.
U farcit à 1 huguenote son discours de
quelques teímoignages de la faincte Efcriture & des Percs accommodez à son
iens mille fois rabbatus parnosDocteurs.
le n'en laiíîcraypafler aucun fans cofrontatió.aíin queçeux quimotmis en main
cet efent , cognoiífent auec quelle simplicité le pauure peuple de la prétendue
Reformation , estbeufflé par les Ministres : & atiec quelle ignorance & ef
fronterie toute la Ministrene entretient
fa réputation & fes gages parmyìes huguenots.
CHAPITRE PREMIER.
D I FF E RENCE DE LA
REGLE
ET
D V
I V G E.
D 1 V E\S I T E' DE IF G ES.
Qualitez, requises requises au luge
fouuerain duquel nous
débattons.
O s T R E Ministre fuiuant la cofeísion, de foy des Eglises prétendues reformées , vfe indifféremment des termes de règle & de luge , comme íì c'estoit vnç mefme chose.
Ceste erreur pour luy çstre commune
auecla tourbe de fes confrères Gencuois, n'en est pas moins reicttable. Les
aueuglcs pour estre plusieurs ne voyent
pas plus clair. Les mots de règle, d'efquierre, de niueau, de canon, dont nous
nous semons comme de synonymes au
discours de ceste matière , ne signifient
autre chose que la mesure à laquelle nos
C iiij
4o
Du luge fouuerain
pen fées, nos paroi&s & nos actions, doiuenc estre mcíurecs,di'esiees,& alignées:
ièìorï quelles sy adiustcnt ou gauchissent, s'y conforment ou s'en deíuoyét,
elles font estimées droites ou tortues,
mstcsòuinrustes, bonnes ou mauuaifes,
vrayes ou fauíles. Cét exemplaiie,ce patron , çeste règle est quclquesfois appelke loy : car puis que la loy dresse & teglel'homme en ses actions , on luy peut
donner à bon droict le nom de règle.
C'est en ce sens que la loy est nommée
règle du iuge , parce que tout iùgc est
obligé, de iuger ielon quelque règle soit
efcrite, comme les loix , les ordonnances, les edits : soit non efcrite , comme la
coustume, &: la lumière de la raison pratiquée par ceux qui fans í'allùiettir
aux loix eferkes , fondent & forment
leur iugement fur l'equité. Le mot de
luge emporte dauantage. íl signifie celuy qui fait droit félon quelqu'vne des
règles susdites. Or fane cu due droict
n'est autre chose qu'âpres vne deuc cognoiífance & vn juste, balancement des
raisons des parties litigantes , prononcer à chacun ce qui luy appartient, déclarer quia tort pu droit, 3 renuoyer çu.
des differens de UReligion.
4t
condamnerl'vn , absoudre ou maintenir l'autre, le sçay assez que le nom de
luge est quelquesfois attribué à la loy &
à la règle : mais ie dis que c'est impro prement & par figure, ainsi que nous attribuons à la médecine ce qui est propre
du médecin. On vie par fois de ces termes ,1a loy iuge, la loy condamne, ta loy
absout: Mais c'est auec pareille impropriété que quand on donne au luge le
nom de loy , de règle , de droict:. Les anciens oncremarqué &í modifié ceste impropriété quand ìls .ont appellé le Magistrat ou le luge loy animée , pour signifier par l'assemblage de cesdeux nés,
quel'office de luge ne peut cóuemr qu'à
vne personne viuante. II y a donc différence entre la loy & le Magistrat : entre
la règle & le luge. La loy ne iuge point ,
c'estle Magistrat qui iuge selon la loy.
Les Pandectes, lc Code, les Nouuelles,
les Constitutions , les Edits , les Ordonnances , les Coustumes tiennentlieu de loy 6c de règle. Mais c'est le Magistrat qui applique ces loix& ces règles:
qui iuge, décidé, définit, determineles
differens des parties. NostreMinistre n 'a
pas pris garde à ceste disterencç,non plus
4?.
Du luge fouuerain
qu'aux qua litez &c conditions requises
au luge que nous recerchons. II confond la règle auec le luge qui doiuent
estre distinguez^, & veut que la faincte
Efcriture soit l'vn& l'autre : & ne s'apperçoit pas que si elle est l'vn,elle ne peut
estre l autre. Sila faincte Efcriture est règle, eile ne peut estre luge, car la loy fuiuant laquelle on donne sentence de la
chose debatué', n'est pas le luge qui prononce la sentence. Les ordonnances du
Roy ne font pas les IugesRoyaux.Il faut
tacher de luy efclaircir ceste difference 0
La faincte Efcriture peut estre comparée
ou auec Dieu, autheurd'icelle, ou auec
le luge Ecclésiastique , ou auec la controueríè débattue. Premièrement comparée auec Dieu, elle n'est ny luge commeii appert de íoy,ny voix de luge, parce que Dieu n'est pas autheur del'Efcriture en qualité de luge, ains en qualité
de Législateur. La considération du Législateur est bien autre que celle du luge.
Le luge pris en la considération que
nous présupposons en nostre question,
& que i expliqucray cy âpres , ne prononce point fa sentence , qu'âpres en auoir esté requis par les parties qui ont
des differens de la Religion.
43
xneu le débat qui luy est proposé. Le Legitlateur de foy,de son mouuemcnt,ians
en estre requis, establit ses loix comme
règles selon lesquelles il veut que ses
fubiects viuent. Dieu en a faict ainsi. De
son propre mouuement , sans en estre
requis il a pieu à fa íbuueraine bonté èç
sagesse nous donner fa faincte Efcriture
par manière de loy 8c de règle , selon la-i
quelle il veut que nous dressions nos
mœurs, & nostre vie. On ne peut recognoistreDieuauthcurdc la faincte Efcriture , qu'on ne le recognoisse Législateur, mais il ne s'enfuit pas qu'on le recognoisseen ceste mefmcEfcnture luge-,
non plus qu'on ne recognoist pas le Roy
cn son ordonnance, c'est à dire aux simples termes de son ordonnance, luge d'içelle,bien [qu'on le recognoisse Législateur. S'ilarnue quelque dispute fur l'intelligenced.es termes de l 'ordonnancc ,
&quelc Législateur cn prenne cognoit*
fance pour la décider, ceste décision ad iouste en luy outre la qualité de Legiíîatçur 3 cclledeluge ; &taut qu'en qualité
de luge il employé d'autres termes que
ceux qui font contenus en l'ordonnancc
pour décider le différend meu fur icelle.
44
Duhge fouuerain
Ainsi en est il de la faincte Efcriture, I
Dieu en est Législateur , mais és diste- i
rents qui arriuent fur l'mterpretation
d icelle, il faut passer outre pour en estre
luge. Si fa sentence n'eíì composée que
des simples termes contenus en l 'Escriture, la m ais ìe diffèrent ne fe terminera.
Secondement la faincte Efcriture
comparée auec le luge Ecclésiastique on
la peut nommer règle , non pas luge.
Parce que comme nous auons dit , 1 Efcriture ne peut estre fous vn mefme respect & vne mefme considération luge
& règle tout ensemble. Elle est règle
pour ie respect du luge Ecclésiastique.
Elle ne peut donc estre luge selon ce respect. Dauantage íì l'Efcriture est luge,
& qu'il y ait encore vn autre luge pour
s expliquer &appliquer:voila deux luges
concurrans en la pronontiation d'vne
mefme sentence , mais de condition &
de qualitez fort différentes si vostre opinion a lieu. Car vous maintenez que la
faincte Efcriture n est pas feulement infaillible,ains suffisante pour décider toa«
tes controuerses de la foy, & que le luge
Ecclésiastique est fautif & insuffisant, j
Quel besoin est -ii d'employer vn luge |
des differens de U Religion. 45
fautif &iniuffiíant en ayant vn infaillible & suffisant ? Nous estendrons ceste
raison, quand nous monstrerons qu'en
establissant la faincte Efcriture feule iuge & suffisante pour terminer tous nos
differens &í nous conduire à salut, vous
cassez tout vostreMimstere.
Troisièmement la faincte Efcriture
comparée aux controuerfes m eues fur
icelle, il est certain qu'elle sert de règle,
mais non pas de luge , parce que le luge
Ecclésiastique décidé la controueríè selon l'Efcriture. Or est-il que nous venons de dire plusieurs fois , que l'Efcriture ne peut estre luge ,& règle selon
mefme respect : si elle estoit luge il y auroit deux luges en vne mefme sentence,
qui feroit vne chose superflue : de plus,
le débat estant meu fur le sens de l'Efcriture , il faut que quelqu'vnle décidé en
termes plus clairs que ceux qui font debatus. Voila pour la différence de la règle &c du luge.
Pour le regard des qu alitez requises
au luge, chacun fçait qu'il y a plusieurs
fortes de luges. Les vnsfont íbuuerains
& généraux de toutes matières: les autres inférieurs &fubalternes,qui ne peu-
46
Du lugé sóuuérain
úent cognoistre que de certaines matie- '
res. Les vns ordinaires, les autres extraordinaires : II en y a d'oíHce, de déléguez, d' arbitraire s : il en y a qui ont pouuoir de contraindre les parties, & d'autrps qui n'ont autre pouuoir que celuy
que les parties leur donnent. Mettons à
part íeípluchement dè toutes ces"diueríitez. Ne nous seruons que de trois diíferences vtiles à rendre plus intelligible
tout ce traitté. Des Particuliers, des Subalternes, & des Souuerains.
Sous la première différence qui estcelle des Particuliers , nous^ rengeons
toute manière de personnes de quelque
qualité & condition qu'elles soient, fans
distinction de sexe , pourueu qu'elles
ayent l'vfáge de raison. Nous accordons
que toutes ces gens là peuuent estre luges de la doctrine de foy , mais luges particuliers , dependans de l'Egliíè , de íes Docteurs & Pasteurs.
Non pas luges d'office, libres ,independans.abfoíus , à la mode des prétendus
Reformez íîiyuant ^ordonnance de Luther , aùec puissance de iugér non comme disciples, mais comme maistrés, voire maistr es des saaistres. On aveu fou-
des dijferem de U Religion. 4 7
uent pratiquer ceste iurisdiction reformée en leurs assemblées hétéroclites *
non feulement par les Diacres, Anciens,
Surueillans,Coníìstonaux,Marefchaux,
Serruriers, Cordonniers , Teinturiers ,
Cardeurs, Iardiniers , & personnes de
femblableestofe: mais aussi par des femmes auec la Bible fous le bras, filles de
chambre, Ëmpefeufes, Lingères, Dames de boutique , Brodeuses, & par fois
harangeres contre leurs propres Ministres. Plusieurs ont osé donrter cours aux
reluesies de leurs songes fous prétexté de
vrayes interprétations de la faincte Efcriture. II faudrait estre aussi fols qu'eux
pour estimer telles manières de gens luges souuerains de la foy.
Nous disons donc que l'Eglife Catholique n'ostaiamais aux Lais la puifíànce de iuger d'vn iugement priué ,
particulier, íùbiect, dépendant de l'authorité des Pasteurs. L'expencncc déclare que nul n'embrasse la Religion
Chrestienne,qu'il ne iuge les articles d'icelle conformes à la vérité : autrement
ía créance feroit vn dissentiment, ou vns
indifférence , ou vne opinion j plustost
qn vn consentement tel qu'il est requis
48
Du luge fouuerain
en la foy- Mais pour les raisons de c6île conformité , pour les enquestes
exactes , pour les discussions plus subtiles , plus hautes &: plus profoiu
des, ce n est pas du gibier desLays^
t e sont appartenances de la commission
& office des Docteurs & des Pasteurs
de 1 Eglise, que Dieu nous a donnez corne des anchres fortes, pour nous affermir en fa faincte doctrine,&nous garder
de flotter au gré des vents & des vagues
de tous ces esprits fantastiques, qui nc
trouuentnendebonque ce qui part de
leur imagination.Tous les bons fubiects
d'vn Prince obferuent íès loix comme
fondées en raison : mais ils ne iugent pas
tous de ceste raison. II n'appartient pas à
toute forte de fubiects indifféremment
d'examiner , d'expliquer, d'interpréter,
d'accommoder les edits du Prince selon
leur fantaíìc aux affaires des particuliers , & aux occurrences qui s'offrent,
C'est aux Magistrats , au iugement desquels le peuple est tenu d'acquiescer.
Dieu nous commande expressément
de
fendre obeyssance à nos PasteUrs.
;>
obeyfje^àvos PreUís ,car ils njèllent pour
vos Ames comme ceux éd en doittent rendre
conte.
des differens de U Religion .
49
tonte. II les ípecifievn peu plus haut : Ce
fontjàit -ììyCeux qui vous ont annoncé U paro U de Dieu, Comme ils font obligez de
paistre leur trouppeau , le troupeau
est obligé de leur obeyr. C'est la doctrine des Apostres de Iefus-Christ. Celle
des Apostres de la Reformation prétendue quelle est elle ? Jjhte les Pajìeurs & Luth. ÌA
Docteurs enseignent hardiment ce que bon
leur sembler A 3 chaque particulier rìefi obli- ferm.fer .4
o-éde leur obeyr , s 'il ne tme leur enseignement t"fi InHe '
conforme al Ejcriture } & ne Je doit mettre
" en peine que de ce qu'il croit , parce que chacun
rendra seul conte dejon ame .Ny le Pape , ny
l 'Euefque , ny autre quel que ce soit^ ria droit
ctejldblir vne seule syllabe sur la Conscience
(tvn Chreflien s'il n'y^onsent. Si quelqu'vn
te veut obliger , comme faitf le Pape , de ne
manger chair le Vendredy ou Samedy , de t'abn
jlenir d'oeufs ou de beurre en Quaresme , ne
JÊ^
permes nullemët qu'on te prïue de la liberté que
Dieu t'a donnée. Fais tout le contraire endejsit
de luy & dis luy hdrdiment , pour ce seul resfet~l que ~\ous me defende ^de manger de la
chair, & voule^saire lin commandement de ,
ce qui depend d.e ma iibertéje veux en manges
maugrévout. Lemoindre Chrejlitn peut dire
au Pape
à tout U Concile , vous Pape, ~)>oftH
D
50
Dulugesouuerain
Ca^inauxy Patriarches, ^írcheuefques, Eues,
que* , Doèleurs, aue ^jconclu selon vostreiu~
gement. Die» rns donne vn iugement particuAr.17 & ber , moyennant lequel te puts délibérer & teà
'DMIÍCIÌS
visionis.
foudre fi ie àoi$ accepter ou retetter ce que vous
auezjconclu, ìouxte cefle parole de Dteu ì gar~
dez,vous des faux Prophètes ; parce que ny
nous , ny voflre Concile ne reïjpondrexjp&s
pour moy deuant le iugement de Dieu. N'en
peut on pas dire autant à Luther, à Caluin, à tous les Ministres , & à tous leurs
Synodes?
Mais considérons vn peu la conformité de ceste doctrine des Apostres de Ja
Reformation , auec ceíle des Apostres
de Iesus-Christ. Deux propositions peuuerit elles estre pli^| contraires que ces
deux cy? Obeyflez a vos Prélats &: vous
y sousmettez : car ils veillent pour vos
ames comme ceux qui en doiuent rendre conte. Defobeyssez à vos Prélats,
mesprisez leurs commandemens , ne
vous souciez de ce qu'ils enseignent , car
ils ne doiuent point rendre conte de vos
ames. L'organe du S.Esprit prononce la
première. Celuy qui annonce la seconde , que peut il estre qu'Organe de íesprit qui n'est pas Sainct ?
des dijferen s de la Religion.
51
Le S. Eíprit ditpar le mcsme Organe.
Tous font ils apostres ? tout font ils Propbe- 1
tes ? tons font ils Docteurs ì le corps acjì point
•un membre ,mais plufteur s. St le pied dit , ie
ne htii point U main , ie ne fuis point donc du
corps, n 'tíl il point du corps pourtant ì Si tortille dit, ie ne fuis point ïoztl , te ne fuis point
du corps, nefi il point du corps pourtant ? Sì
tmt le corps efl œtl où fera ïouye ì Si tout le
corps ejì ouye ou fera le sentiment ? Dieu a posé
cb&cun membre au corps ninp^û il a VÛU^
lu : carfit o us efloient vn membre ou feroit le
corps ? Celuy qui dit qu'il n'y a point de
Cor. 1*.
distinction entre les membres du corps
de l'Egliíè -, qu'il n y a ny pied , ny main ,
ny oreille, que tout y est œil, qu'il n'y a
point d'eícoJier , de disciple , de subiect
que tous font Docteurs , tous font Maisties ,tous font luges d'office & fouueucrainss de quel eíprit est il organe, fice
n'est de 1 esprit de confusion ì
Ce ne sont pas les luges dont nous
V nu fouis*
croyons la prouidence de Dieu auoir qui
non
pourueuíbn Eglise , pour y conseruer la iuiictt'.popaix& l'vnion qu'il luy acquist au prix fulut enitti
tuus fitutf
de son sang, & luy recommanda sur pei- ht qui con.^
ne de ne prétendre aucun droit à l'espan- tradicunl
chement de ce íâng.Nous récusons con- Sacerdoti,
Ose* 4,
Dij
$i
Dulugefouuerain
stamment tous ces luges. Nous approu
uons & recognoissons vn luge propre à
ordonner , non à desordonner : capable
de régler, non de desreigler. Les arrests
prononcez & publiez par ces luges d'érection Reformée, tant s'en faut qu'ils
ayent arresté les parties litigantes & fìny
leurs procez: Ils ont donné matière de
milles dissentions. Ils ont empreint en
famé desplaidans mille nouueaux motifs de quenelles. Ils ontarmé leurs mairfs
de fer &c de feu pour s entreguerroyer à
outrance.Les fruicts que leurs iugemens
ont produict font les désordres , les defrciglemens , les desobeyssances , les séditions , les rebellions , les reuoltes, les
íurprifes, les trahisons, les faccagemens,
les brustemens, les ruines, les deípeuplemens, ; les mùeres & les calamitez que
l'Europe Chrestienne déplore auec larmes de sang , en toutes les Prouinces où
ces nouueaux Magistrats ont vfurpé la
puissance d'exercer leur Iurifdiction.
Dieu nous deliure de ces luges.
Passons à la seconde différence qui est
celle des Subalternes. Nous rengeons
íbusceste cy les Docteurs &c Pasteurs de
l'Eglife , non seulement assembles on
des dijferens de la Religion,
j3
corps de Diocèse, de Prouince , ou de
Nation : mais encore considérez chacun
en particulier. Nous les recoghoissons
pour luges ordinaires, & d'office , mais
non pas íbuuerains , ains fubiects &: Aependans d'vn luge supérieur &: souucrain , aux arrests duquel ils font obligez
de se sousmcttre &: d'obeyr. La charge
de ces Subalternes est d'enseigner } de
repaistre, de conduire, de régir & gouuerner le peuple qui leur est commis , &:
fur lequel ils font establis Recteurs &C
Directeurs. Ce que les mots deDocteurs AB. XO
&c de Pasteurs représentent assez viue- l Pt,r !
ment, pour faire entendre que leur deuoir consiste à discerner , discuter & iuger quelle pasture est salutaire à leurs
troupeaux, &c quelle dommageable ; les
conduire aux bons pafeages , les tenir
loin des mauuais : corriger les vicieux ,
encourager les vertueux ; instruire auec
authorité tous leurs íubiects. Mais ils,
ont vn Souucrain fur eux , auquel les
subiects greuez contre raison peuuent
appeller , qui est la troisième difrc
rence.
Pour ceste troisième , nous disons ,
maintenons , & croyons qu'outre tous
, Diij
-T
|4
D# luge faumraìn
les luges fus mentionnez , il est nécessaire qu'il y aitenl'Eglife vn luge Souuerain, General, Ordinaire , Immédiat,
d'Office , Public > Notoire, exposé à la
veuc de tout le monde, de facile accez,
qui ait puissance & authorité de contraindre les parties liugantes d'obeyr &
d'ester à droit ; qui soit incorruptible, infaillibleme puisse tromper ny estretrornpé, & duquel les arrests ne soient fubiets
à erreur quelconque.
Toutes ces qualitez íônt requises au
Juge Souuerain dont nous disputons ,
pour estre propre à déterminer & terminer tous les disserens de la foy & de la
Religion.
Ces discours de la Règle Sc du luge
présupposez, Ie vous confirme derechef
çequeie vous ay dit en barbe, que la
croyance des Catholiques tient que l'Eglife est le luge Souuerain des controueríès de la foy. Que la Règle employée
par l'Eglife lors quil est question devuider quelque diffèrent de la foy, n'est pas
J'Efcriture feule, ains rEfcriture & la tradition coniointement. Que l'Eglife fuiuant ceste Règle prononce íès arrests
définitif? en deux façons , ou par la bou-
des diffèrent de la Religion. $5
che de son Pasteur Souuerain ie Vicaire
deIefus-Christcnterre 3 ou par l'Organe des Conciles approuuez par ce chef
& pasteur souuerain , comme representans toute l'Egliíè. Que les arrests prononcez en l'vne & l'autre de ces deux
façons font infaillibles : Parce que Dieu
a promis ceste infaillibilité à la Chaire de
S. Pierre, quand il a dit à tous ses Successeurs en fa personne, l'ay prié pour toy i Lnc - **•
afin que tafoy ne défaille point. Et à rassemblée de l'Eglife, qui sont les Conciles ,
quand il a dict: : Voicy ie fuis auec vous tous Matth ^
les iours iufques à la consommation du siécle. <u»ub. is.
Qui n ejcoûterai' Eglise te soit comme vn Ethnique & Publicain. Elle ejì colomne £7* fi*~ *'
'
marnent de vérité.
* Vous dites que le Pape est homme,que
l'Eglife est composée d'hommes , que les
hommes font tous fautifs, & fubiects à
errer : & par ainsi que leur iugement ne
peut estre d'autre nature. Ledefaut devostre concept! 5 vient de ce que vous comparez le Pape au Prince d'Orange , & les
Conciles à l'assemblee* des Estats Hollandois. Vous deuriez fçauoir qu'il y. a
autant de différence entre la police temporelle & laspirituelle , qu'entre le Ciel
D iiij
j6
D u lugesouuerain
ëda tçrrç. Que les iugemens de la poli,
ce temporelle font fondez fur la raison
humaine fautiue de foy. M ais les ìuge,
mens de Ja spirituelle viennent bien de
plus haut , ils partent du S . Esprit qui ne
peut estre fubiect: à errer. C'est de là qu'ils
tiennent leur infaillibilité , & mentent
d'estre honorez & estimez plustost iugemens diuins que iugemens d'hommes,
parce que cç ne font pas des hommes
tels quels qui lés deriuent & les dedui-"
sent simplement de la raison humaine :
ains des organes du S. Eíprit qui par
leur bouche prononce fes veritez. Les
preuucs de ceste infaillibilité & diuinité
manifesteront l'iniure que vous faictes
à sEgliíé , de raualer íi bas ses iugemens,
& déparier d'elle auec tant de mesprii*
CHAPITRE" IL
ue îe îugement de s Eglise
. efl infaillible.
^t^^^Ovs leS fidèles font obligez de
^17. ÍÌ.' ^^yi^^s Ceiugement ne peut donc e-
stre ny jncerçain , ny fautif, autrement
des dijferens de la Religion.
57
I les fidèles íèroient obligez de croire vne
f chose incertaine & fauuue. II doit donc
I cstrç infaillible. Faisons premièrement
lt paroistre cefte obligation , nous la vcrI rons incontinent accompagnée de lui»
i| faiilibilité.L'obiect formel de nostre foy
ni n 'est autre chose que Dieu parlant aux
fr hommes. Dieu parle aux hommes en
í, deux manières , mediatement: & imme« diatement. Immédiatement comme
I quand le Pere céleste reuela z S. Pierre t,mth.i6.
iì
que Iefus-Chnst estoit le Messie. Me,
{ dtatementiKjuelquesfois parles Anges,
f. ordinairement parles hommes. Parles
1 Anges , comme quand il defcouurit à
6
Abraham la ruine de Sodome & God morre ; par les hommes, comme par les
I gifnez des familles auant la loy : par
Moyfe au temps de la loy : par les Prophètes durant icelle ; en l 'accompluTement des temps par son propre fils
nostre Sauueur; depuis fa mort & fa retraite au Ciel , par ses Apostres & leurs
successeurs. S. Paul nous l'enfeigne ainsi Htit- *•
jj
quand il dit, Dieu ayant jadis parlé k nos
Pères par les Prophètes , plusieurs fois & en
t
plusieurs manières , a. parlé et no us en ces derniers iourspetr son fils.
58
D H Juge fotîuernin
Comme les aiínez des familles,Moyse
& les Prophètes, Ieíiis- Christ Sc ses Apòstres font moyens par lesquels Dieu a
parlé aux hommes au temps pafle, de
mesme à présent í'Egliíe est vn moyen
ordinaire par lequel Dieu parle à nous.
Comment croyront ils en celuy qu'Us n'ont
no» 10. P omt my • dit S .'Paul , comment ouyront ils
M:
fxn s prédication ? & comment prefcheront
ceux qui ne font enuoye^ ì la foy donc e(î pur
l'ouyr ,&ïouyr par la parole dechrift,Quelle parole ? celle qui est & fera présence
iufques à la fin du monde , p* le moyen
de ceux qui seront légitimement enubyezenrEglise. Iefus Christ montant en
haut, dit le meíme Apostre, a donné des
dons aux hommes : &qucls ì il A donné les
vns apostres , & les autres Vrophetes , & les
autres Euangelifles , & les autres Vafleurs
& Docteurs. Et à quel efFet ? pour la consommation des fainÚs ,pó»rl'œuuredu ministère , pour l' édification du corps de Christ.
Et iufques à quand ? Iufques à ce que
nous nous rencontrions tous en Cvnité de U
foy & de la cognoiffance du fils de Dieu en
homme parfïit à la mesure de l 'aage entier •
de Christ. C'est à dire, iusquiNt la fin du
monde & à la résurrection generale.
des diffèrent de la Religion.
59
Ceuxdonc qui prétendent arriuer à celte mesure &c perfection , sont obligez de
passer par la cognoissance du fils de
Dieu & parla foy , qui est le fondement
& ledifieation du corps de Christ t laquelle édification ne peut estre consommée que par le ministère des Pasteurs,&:
Docteurs. Ils font donc obligez de croire ces Docteurs &Pasteurs,puis qu'ils ne
peuuent receuoir ceste consommation
que par eux. Ouy à la vérité ils le font:
parce que tout ainsi queDieu parloit aux
homes par son fils conuerfant entrcles
hommes, & que les hommes estoient obligez de le croire : de mefine âpres le
delpart de son fils& la missió duS. Esprit,
^Iparlé par les Apostres deíbnfilsj&de- {
puis leur mort, par leurs successeurs, &
continue auiourd'huy de parler en l'Eglife par les Docteurs, & Pasteurs d'icelle.
La voix doneques de ces Docteurs&Pasteurs,qui est la voix de l'Eglilê , n'est pas
moins obligatoire, que la voix de Dieu
mefmequádil parleroitimmediatemét.
Etquicroitautrement,ne voit pas qu'il
rend Dieu de pire conditio que les R oy s
de cemonde,aufquelslaS.EÍcrituie veut
qu'on obeysse,non feulemet à leurs per-
6o
D u luge souuerain
i .Vet. t.13. sonnes , maisaustl aux Gouuerneurs&
A&.ie.
Lieutenans qu'ils enuoyent.
Dieucreaau commencement toutes
choses de rie, auiourd'huy il les produit
par le moyen des causes secondes. La na- .
ture de celles qui font produites auiourd'huy n 'est point autre , que de celles qui
furet creées au comencement. Autant en
pouuons nous dire de nostre foy, de celle duCentenierCorneille } & de S. Pierre;
Dieu la reuela à S . Pierre, S . Pierre l'enfeigna à Corneille, nous l'apprenons de
1 Lghíe , c est neatmoins vne meíme toy.
CclIedeCorneille n'estoit pasplus certaine que la nostre, ny celle de S . Pierre que
celle de Corneille. S'il y auoit plus ou
moins de certitude en f vne qu'en f JÉ
tre, il y auroit plus ou moins d'aílèurance
de salut. Ilfaudroitque l'efperance fust
diuerse , s'il y auoit de la diueríité en la
foy. La différence qui est entre ces trois ,
ne se prend pas de la certitude ou incertitude de renseignement, il est esgaliemet certain en toutes les trois,mais de la
manière delapprentissage: car toits partent de Dieu,l'vn immediamétjes autres
deuxmediatement.Mais corne S. Pierre
estoit oblige de croire la reuelation de
desdifferens de U Religion. 61
Dieu ; ausli estoit obligé Corneille de
croire la prédication de S.Pierre,& nous
pareillement sommes obligez de croire
celle des successeurs de S. Pierre , &rdes
Docteurs & Pafteurt de l'Eglife.
De cestc obligation s'enfuit l'infaillibilité : car si nous sommes obligez de croire l'Eglife, ii s'enfuit que l'Eghíe ne peut
errer, autrement ceste obligatio ne nous
*seruiroit que d'vne fausse trape pour
nous deceuoir & nous perdre. Mais si
quelque nuee d'obstination empefche la
veuë de ce Soleil , essayons de la diífiper
par la considération du principe & de la
sindeceiugemét & doctrine de l'Eglife.
Les Philosophes scauent qu'en tout
mouuement la choie mobile suit la condition de lachosemouuante.il en est de
mesme en toute doctrine, tel que sera le
principe ou la caiííè mouuante de renseignement , toute telle sera la doctrine. Si
le principe de renseignement de l'Eglise,
ou,pour oster toute ambiguïté, le principe qui enseigne l'Eglife, estinfaillible,sas
doute la doctrine de l'Eglife sera infaillible. Le principe qui enseigne' f Eglise
touchant les déterminations & résolutions de k foy, qui guide & conduict son
Ci
ïoan 14,
16.
Du luge souuerain
ìugemcnc és différents qui s'offrent dé
têpsen temps en matière de creance,n 'est
autre que le S.Eípritîl'Efcriture l'atteste.
Je prier ay man pere , dit Ieíùs- Christ , & il
vom donnera vn auttg consolateur pour demeurer eternellemenïauec vous. Et plus.bas,
le consolateur qui efl le S. E-Jfrit que mon pere
vous enuoyera en mon nom, vous enseignera
11 le redit vne autre fois en
ce
mefmc
discours
, & prie en fin só Pere*
Io.tn.if.
ì.6.
pour ccste infaillibilités cequ'elledcmeure perpétuellement en son Eglise , par ie
moyé des véritables enlèignemes desPasteurs d 'icelle. le leur ay donné ta parole, ditil à so Pere $ SanUife-les en vérité, ta parole
ejì vérités corne tu mas enuoyé au monde, ie
17. 18.
les ay aurîienuoyésau monde, Ceste fanctificati5 ,dit S.Cyrille Alexádrin , est la par0 18.
ticipation du S. Esprit, pourbië & droitcap ij.t»
ïonn.
tement entendre les Efcritures , & tous
Jes dogmes de l'Eglife.Et quád il enuoye
íès Apostres, & leur comande d'éseigner
tÒutes nati6s,il adiouste , Ie fuis auec vous
toufwurs iufques k la jìn du monde: ces derMatth. 18
niers mots monstrét qu'il ne promet pas
son assistance aux seuls Apostres , puis
qu'ils ne deuoient pas viure iufques à la
fin du mode,ains auífi à leurs successeurs,
toutescbofes.
des dijferens de U Religion. 6 3
quidemainenmaindeuoiét cotinuer à
cípadre sa doctrine par tout le circuit de
l'vniuerSjiusques à I'ébraíèment d'iccluy .
Tát que l 'Eglise enseignera, il est certain
quel 'Espnt de venté l'accópagnera.C'est
Dieu qui ledit.
Voila pour la considération du principe. Pour celle de la fin , ie crois que les
Ministres ne me débattront pas que le
but du Ministère Ecclésiastique, ne soit
de paistre les fìdelles , en telle manière
que cc troupeau ne reçoiue point de venin au lieu de pasture. Sila fin & le but
de l'Eglife est d'enseigner tellement le
peuple Chrestien qu'il soit preíerué d'erreur , ne faut-il pas que l'eníèignement
de l'Egliíè soit infaillible , ou que l'Eglúe
soit impuissante pour paruenir à sa fin?
Que la fin de l'Eglife soit telle , S. Pauj E^ e r 4
1
nous enaíïèuroitn'aguieres;D/e»<tífow»£
les ~Vns apostres , les autres Prophètes , les au_
tres Vafleurs & Docteurs. Et à quelle fin?
pour la consommation des Ss. pour íœuure du
ministère, affn que nous ne soyons plus enfant
flottans, & demene^çà (y là à tous vents de
doctrine par la piperie des hommes &par leur
ruse à cauteleufement séduire , ains affin que
uyuans vérité auec chanté, nous croifîiens en
64
Du luge souuerain
tout enceluy cjuieflle chef, Àfçauoir Chrifì. S,
Cypnan définissant l'Egliíè , dict que
ces le peuple ioint k son VÀfteur ; le peuple
sans Pasteur ne peut faire Eglise , parce
que 1 infaillibilité de la doctrine n'est
pas promise au peuple, ains au Pasteur,
çyfnan.
H e ìlc est promise au peuple c'est par
s.patl. le moyen des Pasteurs. C elt pourquoy
tf .f> 9 .
cc me sme S. Pere rapporte la source de
toutes hérésies à la désobéissance des
brebis au Pasteur , des inférieurs au Prestre souuerain. Prétendus Reformez tastez-vous le poux ie vous prie , èc iugez
si ceux qui vous dÈt désbauché de l'EglifeCatholique,n'ont point essayé d'appai*
fer leur soif en ceste source.
Voila comment , soit que nous considérions le principe ,soit que nous considérions la fin de la doctrine de l'Eglife,
on ne fçauroit mieux manifester qu'on
Ejf) $.}ì. Í|C croit ny en Dieu , ny cn l'Efcriture,
tj. qu'en ne croyant pas f infaillibilité de l'E*
trim .y g^ e » °i ue Dieu par son Eícriture appelle
15.
Eípouse& corps de Christ , colomne &
firmament de vérité.
CHAP.
aes âifferens de laRêligion.
CHAPITRE TRGISIESMEv
Que le iugement de t Eglise es matières
& résolutions de la Fcy, doit
ejlre pluftojl appellé diuin
qu humain,
*^£3s2Ïvj O v T E s -les "connaissances dont
^Vj^rEsprit de l'ho Mme est capable,
-jQ^^prennent leurs différences des
diucrs moyens par lesquels elles sont acquises & introduites en leípnt humain.
Celle que nous acquérons par le íìmple
ministère des sens, soit de la veue , ou de
l'ouye qui sont les principaux , pourueu
que le discours del'entendementn'y soit
employé, est appellee purement naturelle. Ceîle que nous tirons par manière de
suitte & de conséquence, qui est l'operation du discours , est appellee humaine,
bien qu on ia puisse nommer encore naturelle du costé de l'obiect. Celle, où ny
laveuë , ny l'ouye naturelle , ny le discours humain ne peuuçnt atteindre ains
qui vient de la feule reuelation de D icu,
E
6G
DM lugesouuerain
ne peut &: ne doit estre dite ny connoissance naturelle , ny sciece humaine, mais
foi, qui n'est: autre chose qu'vne certaine
habitude , ou qualité diuinement infuse •
en nostre ame, par laquelle nostre entendement croit tout ce qu'il a pieu à Dieu
nous reueler.
Ces trois différences de connoissances
font bien grandes; leur diuersité pourtát
n'empefch e pas qu vne mefme proposition ne puisse par'fois estre & naturelle,
ôc humaine , 2£ diuine selon les diuers
moyens qui l'auront introduicte en nostre entendement. Pour exemple. II est
certain qu'il y a vn Dieu. En tant que cesse proposition est cogneuè' par la íêulc
lumière de nature, fans autre discours ny
apprentissage, elle appartient à la science
naturelle. Entât qu'elle est tirée des choses visibles ; parles fuittes & conséquences que le discours en forme, elle appartient à la science humaine, &àla philosophie ; Entant qu'elle est reuelee par lá
lumière de grâce, & insérée au Symbole
des Apostres,elle appartient à la foy. Ie
ne dis pas que les esprits plus releuez &
épurez, guindez fur les aifles seules de la
nature, ne puissentpar fois se porter à la
des diffèrent de la Religion.
67
connoissance de plusieurs choses surnaturelles, mais ie dis que ceste cognoilîance mérite mieux le nom de science que
D.Tho. %}
de foy, parce qu'elle est acquise pat voye
ÒC par moyens naturels & humains. Et
dis encore que souuent il íè trouue plusieurs choses dont la cognoissance peut
estre acquise par la seulevigueur de la na«
ture & parla viuacitê de l'esprit simplement humain,, Ifljuelles font miraculeusement reuelees pour l'amour , & en
considération des ames plus grossières, [fj'^ 14
ou plus foibles ; mais la cognoissance acquise par ceste reuelation doit estre attribuée à la foy, & non à la ^ience:Et celuy
qui la possède par ce moye,& de ceste faeô s'il veut bié parler , doit dire qu'il croit
telle chose, & non pas qu'il la fçait. Pour
faire court, ce discours nous peut efclaircir , que tout ce qui se peut faire , ou qui
se peut apprendre par voye ou par enseignement d'homme íèul, demeure das
le ressort des forces , des vertus , ou des
sciences naturelles & humaines : mais ce
qui surpasse sintelligencc naturelle, simpieméthumaine,&proceded'vn ordre ou
d'vne disposition ípeciale de la prouidéce
diuine, comme ce que nous apprenons
E ij
6S
Du luge fouuerain
parla seule reuelatiò, tout cela soit qu'il
consiste'en cognoissance , soit en practique, ne doit point^estrc appelle humain,
mais diuin. Les iugemens & déterminations de l'Egíiíè és matières deFoy,sont
de ceste qualité ; c'est donc mécognoistre leur rang que de les mettre entre les
iugemens des hommes : comme font les
Ministres de la prétendue reformation.
II est certain que cesjjfcemens se sot par
des hommes : mais parce que ces homes
sontenuoyez de Dieu, auec commiííìon
& pouuoir,pouuoir dis-je qui leur est d5né, non par moyens humains : mais par
l'ordonnance d£ Dieu, &c par vn Sacrement institué diuinement à cét essect,ceste commission & ce pouuoir , 8c tout ce
i.Tm.4. quiendepend, ne doit estre estimé huHmain, mais diuin.
'
La Loy des deux tables fut donnée par
É
Tit. r.
Moyse aux enfans d 'Israël, les Anges f aAÎÍ'ZO' noient mise és mains de Moyse. Moyse
&les Anges ne font que simples créatures ,toutesfois celuy qui oferoit appeller
ceste Loy, ou humaine , ou Angélique,
serendroit iniurieux à la Diuinité , d autant qu'il attribuerait aux créatures, ce
qui cil deu au Créateur ; &; ne donneroit
des differens de U Religion. 6 9
lion plus dauantage au Décalogue,
qu'aux loix de Numa & de son Egene;
de Lycurgue & de son Apollon ; de Minos & de ibn Iupiter : qui font toutes inuentions &c institutions , ou d'hommes
seuls 3 ou d'hommes assistez de mauuais
Anges ; là où le Décalogue fut ordonné
de Dieu par le ministère de Moyse , &:
des bons Anges , & partant doit estre
nommé &creu Loy diuine. Demeíme
les iugemens del'Eglise, bien qu'ils foiét
prononcez par des hommes, neátmoms
à cause de la commission & du pouuoir
que Dieu a donné à ces hommes là,ils ne
doiuent estre nommez iugemens d'homes: mais de Dieu. C'est pou rquoy les
premiers Pasteurs de l'Eglise signalèrent
leurs premières ordonnances de ce comznccmcntj U semblé mfdìnéî Esprit, & '
ânouí: pour nous enseigner de ne reçeuoir les ordonnances derEglise 3 comme
iugemens humains: mais diuins.
Les argumens'del'obligation , &: de
l'infailhbilité produits au chapitre précédant, peuuent estre employez pour
ceste preuue. Car si Iefus-Christ a promis àíès Apostres., qu'il íèroit aueç eux
■iyfques à la consommation du siécle, &
E iij
yo
Du lugefomerain
íì stir ceste promeíle on peut fonder l'oidigation de croire les Apostres , & l'infaillibilité de leur doctrine , pourquoy
n'y pourra-t'on auífi fonder la Diuinitc
d'icelle ? Nous sommes obligez de croire les Apostres parce que Dieu est auec
eux , & parle par eux;& d autat que Dieu
parle par eux , leur doctrine est infaillible : II s'enfuit de mefme , que puis que
Dieu parle par eux , que leur doctrine
n'est pas doctrine d'homme, ains doctrine de Dieu. Dieu dit qu'il est auec eux
iusques àlafin du monde, ce ne font pas
eux qui prefchent aujourd'huy, ou prefcheront iusques à la fin du monde : ceste
promesse ne peut estre donc vérifiée en
eux, ains en ceux qui prefchent à presét,
ouprefcheront iusques à la fin du monde, qui font les successeurs des Apostres
légitimement appeliez &: ordonnez en
la manière que les Apostres ordonneret
ceux qu'ils commirent à la succession de
leur charge. Doques fa. doctrine de ceux
qui succèdent aux Apostres,ne doit estre
non plus appellee doctrine d'hommes ,
que celle des Apostres, puis que Dieu a
promis qu'il feroit austi bien auec eux
qu'auecles Apostres. En la prière que
des dijferensde la Religion.
71
Iesus-Chnítfaictàson Pere chez sainct
lean , il dit , l'ay manifesté ton nom aux ho- ^ '"
mes lesquels tu mus donné du monde. le leur
ay donné les paroles que tu mas données , &
'
sb les ont receuês. II ne leur auoit pas donné ces paroles pour eux seuls , ains pour
ceux aussi qui croiraient de tépsen temps
à leur prédication , par l'entremiíe de
lçurs successeurs , c'est pourquoy il adiousteplus bas , Comme tu m AS enuoyé au 'u ■^*■
monde• Je le s ay aufîi enuoye^au monde , te ne
prie pAS feulement pour eux , mais aujîi peur
Ceux qui croiront en moy par leur parole.
Ilenuoye comme il est enuoyé, nxicc Il P arîe
1
mesme puissance d'enuoyer d autres a- "^f
preseuXjilsi'ònt ainsi pratiqué, comme nuifques,
S. Paul est enuoyé pour enseigner laparôle de Dieu , de melme enuoye-il 11-feuhsv.fimothée & Tite, & leur enioint, d'en en- Pre { es">tes * et f
r
D , autres âpres eux'. la.Ì caujepourquoy
dtux
ie t'ay laijjéà Crète , cejì afin que tu corriges mcnstrtr
les choses qui restent , &quetu constitues des ^st*
M
Prestrespar les villes , comme aussi ie te l'ay peuple
ordonne. Sainct Paul n'auoit pas tout fait, d ' 0Tdm -
il commet à Titela charge de cótinuer, x<í' M ,
la correction qui part de la bouche de us paTite, & la constitution des Prestres que
Tite ordonne de fa maimn'est pas moins EucfyHcs.
E iiij
Ji
î)u luge fouuerain
obligatoire & intaillible que les corrections & ordonnances de sainct Paul. La
raísonrparce qu'elle a la mesme promesse
|a/»».i7.
dclaífistance de Dieu qu'auoient çeljes
10
•*'de sainct Paul. Iesus-Christ l'asseure. Ie
Matth.
r i
ne
prie pas sultment pour eux : matspour ceux
v!t
qui croiront en moy parleur parole, ^llez^nJeioneT^toutes nations , ie fuis auec vous, iusques à Lisn da monde. lesus- Christ: est dóc
auec Tite.aussi bien qu'auge sainct P^ul,
quant à í'obligation & infaillibilité de sa
doctrine: Tite est auísi bien organe de
Dieu, que sainct Paul. Dieu parle aulîî
bien par la bouche de Tite que de sainct
Paul. Et corne ce seroit mal parléd'appeller les corrections Sc ordonnances de S.
Paul és matières de la Foy, des ordonnaçes d'hommes., de ìrieíme en est il de
celles de Tite. La charge que sainct Paul
a donné à Tite, Tiçe la peut donner; à vn
autre. Cét autre à vn autre de main en
main iusques à la fin du mode auec mesme obligation ôí afleurance de mesme
infaillibilité , c'est donc auec mesme
qualité de diuine, parce que c'est PJCU
qui parle touíiours par la bouche des
íuccelïèurs des Apostres iusques à la fin
du monde. Le Vçrbe Diuin qui. est la.
desd'ffsrens de k Religion. 73
mesme venté nous le certifie ; aux termes
que nous venons d'ouyr. C'est donc cotre la mesme vérité que les Ministres se
bandent quand ils appellent le iugement des Pasteurs &: Prélats de 1Eglise és resolutions de la Foy , vn jugement d'hommes , fautif & fubiect à erreur. Voyons fi ceux qui reprochent
èç mesprisent ce jugement sont fondez
en raison.
CHAPITRE
III I.
Refoonce aux obie fiions tirées deÇaluin , contre les deux preuues
précédentes.
E premier Architecte de ía
Reformation huguenotte ( duquel comme d'vne mare corrompue & infectée nos Ministres attirent &: conduisent toutes les
eaux dont leurs eferis & leurs prefehes
font empuantis & empoisonnez ) enseigne que ceste obligation, infaillibilité, &t
74
D u luge souueraìn
assistance diuine dont nous venons de "
h
'"ì ' P an<er > ne ^e trouue qu'en la feule Efcriture faincte, & que toutes ces rich.es qualitez que la S. Efcriture attribue tant aux
Prophètes & Prestres de l'ancienne Loy,
qu'aux Apostres & à leurs successeurs en
la nouuelle , Ne font pas attribuées à leurs
personnes, mais au ministère & office auquel
ils font constitue^ ou pour dire plus claire~
ment^ à la parole de Dieu, à ï administration de
laquelle ils font appelle^ ( ce font íès pro-
pres mots ) Deforte , que quand ils fontennoye^il leur est enioinÊl quant & quant de
ne rienapporter du leur ,nuis de parler par U
bouche du Seigneur. Et file prejlre veut efìrt
efco utéjil faut qu'il récitefìdellemenî ce qui luy
est' bâillé en charge. E t quand il estparlé dei'ecouter,il luy est nommément eniointde refpondre selon la Loy du Seigneur : c'est à dire en
son sens de fuiure précisément les termes
del'Escriture.
Cet enseignement a esté long-temps y
a conuaincu d'erreur & de faulíèté. C'est
la retraicte ordinaire de tous les hérétiques. Les 4.premiers Conciles généraux
en font foy.La S. Efcriture nous monstre
euidemment que la dignité , l'authorité,
robligation,rinfaillibilité, & l'assistance
desdifferens de la Religion.
?j
r diuine attribuée auxProphetes,Prestres,
'a Apostres,&à leurs successeurs,est formelTMcment donnée &, attachée à eux-mef* mes & à leurs personnes. De façon que
' c! quiconque refuse de les escouter & de
Stì les croire, n'est pas moins coupable que
s'il refufoit d'escouter & de croire Dieu
f mesme. Le peuple craignit le Seigneur , & 'Ex'tdig
m creut au Seigneur , & â Moyse son fermteur. v ì u
m Dieu vouíoit qu'on adioutast pareille
P" creace à l'vn& à l'autre. C'est pourquoy il
" donna puissance à Moyse de faire des miracles. S'il aduient quils ne croycnt çjrnobcij- Exûti 4•'I sent-point à lavoix duftgne précédent, ils croi
$ ront à la voix du signe subséquent. Et en vn-u.?.
lilj autre endroit,
ie viens'l toy en ïobfcufit ritè de U miee3 i celle fin que le peuple entende
-^l'^ I?<
fftt pendìtt que ieparleray a*oy, & auf?t qu 'il croye
ea à toy perpétuellement. Deux choses font re-
ms marquables en ceste actio.L'vne que c'est .
J en la presece du peuple que Dieu adreíîè
psi fa parolle à Moyse seul. L'autre que le
Cçí peuple ne se remue au comandement de
rett Dieu que par l'entremise de Moyse .Dieu
rail parle à Moyse en présence du peuple, 5c
iflí ne veut que le peuple bouge si ce n'esta
ritt, l'ordonnance de Moyse, pourquoy cela?
mtt Pour donner authorité à la personne de
y6
Du luge [ornerain
Moyse, & pour faire entendre au peuple
que desormais.toutesfois &r quantes que
Moyse luy annoncera quelque chose, &
qu'il víèra de ces termes, Dieu vous cómande cecy ou cela : le peuple luy obéis,
se sans contredit , 8c íàns reuoquer cn
doute l'obligation , infaillibilité, & diuinité de son commandement. Tout de
mesme quand il dict aunouueau testaMattL ment, Alle ^&endocl.rinez> toutesgensjesbavít ptìzans au nom du Père, du Fils, & du S. Esprits les enfeignans degarder tout ce que toy
comandé} & voicyie fuis auec vous toufiours x
tua o. iusques à lafin du monieì N'est-ce point aux
j .ihtsi. i. personnes de ses Apostres & de leurs sucV X}
' '
cefíeurs qu 'il parle ì .Qut vous escoute nies
irttft.
coute,qui vous meïfrîfe memeJpnfe .&cS.vmì
109 in auxTheflaloniciens^íwwáï'a^ídae^yfocn.ij.
^e
^ pdYoïïç, de la prédication deDieu^
vous l 'aueZf receu'è non point corne parolle des
homes ^mais ainsi quelle efì véritablement comeparoUede Dieu. S.Augustin expliquant
ceste prière que N .S .fait à sóPere,cy dessus allegueCí/e ne prie pasfeulemet pour eux,
mais pour ceux qui croiront en moy par leur
parolle , prouueparle paslage íufallegué
r v
*. * ' 7 ' ' de S.Paulaux Thess. que la parolledes
, ~ ostrés estoit vraymét parolle deDieu.
Lors que S. Paul efcriuant aux Corin-
des differens de U Religion. 7 7
î thiês sc seruit de ceste manière déparier,
r c
fy Quant aux rierges ie n ay point de comman^
è,j dément du Seigneur , «Í<Î/Íîen donne conseil
f comme Ayant obtenu miséricorde du Seigneur
1
«j poureflre fidèle. Ce coíèil est il diuin ou hu9
| main?Ministrequemerespódrez vo ì^i
lili /<* lumière &Àl<t loy , c2* rf» tefmoignage. S'ils
t'i ne parlent selon ceste parole } ta lumière du
'& matin ne leur fera pas donnée. Ceste lumieíli re , ceste loy , ce tcsmoignáge auquel
£j vous voulez qu'Isaye addrcfle son ren>
^ uoy, c'est à dire, Moyse & les Prophètes
m n'en déclarent, n'en déterminent rien.
g§. S. Paul dit qu'il n'a point de commaníii(, dément de Dieu pour les Vierges -, les
ni Patriarches & les Prophètes n'en ont
>aá non plus. Vous aslèurezen vostre escrit
qu'il n'y a point de différence entre le
m vieil & le nouueau Testament, &: que
le vieil Testament suffit pour nous renc; drc accomplis, & parfaictement instruits
ju à toutes bonnes œuures. En quel en\ t l droict: du vieil Testament est contenu
^ ce conseil icy ? Celuy qui marie fa vierge fait I,c °
y bien , maU celuy qui ne la marie point fait
rçf mieux. La femme qui n est point mariée & U
ijçj vietge , a foin des choses quifont du Seigneur a)
eB ce quellesoit fainèíe de corps & d'esprit ; mais
fl. íelle qui ejl mariée a foin des choses qui font du
78
Du luge souuerain
monde, comme elle plaira au mary. Le íbin
des choses du monde, & le foin des choses du Seigneur , font -ils d'egale perfection? Celuy qui instruit vne malice de diuiíer son íòucy entre Dieu &
son mary , & celuy qui instruit vne Vierge de n auoir autre íbucy que de plaire à
Dieu , instruisent ils aussi parfaitement
l'vn que l'autre ? N'auoir autre foucy que
de plaire à Dieu seul , & estre combattu
de diuers soucis de plaire à Dieu & à vn
mary, de s'accommoder à la terre & au
Ciel, font ce deux œuures efgallement
bonnes? Que refpondez vous ? Mais ie
Luther m yom p re sse pour néant du costé des bon1
L
aíjtrticne
,
,
,
arttedorii "es œuures , attendu que vous les baniu%x &i6 nissez toutes de vostre huguenotife, &
ì»ftit"c'ìi <î uc vous c ro y ez í es meilleures pensées ,
§. 4 . & c. affections , & actions de tous vos fidel41
les n'estre qu'immondicitez , & crimes
dignes de mort & de damnation eternelle.Pourfuyuos nostre route. Si le vieil
Testamét n'est rie que lenouueau caché,
seîonvostre efcrit,s'il n'y a autre disteréce
9
entre la loy& l'Euagile que celle que vo
apportez, à fçauoir y Que les fidelles du vieil
Testament croyaient en lefus-Chrifl à venir,
& ceux du nouueau en Iefus-Chrifì manifesté
des dijferens de U Religion. 7 9
( vous recognoissez toutes cés paroles
vostres ) S. Paul court fortune d'estre
censuré par la Miniítrerie , d'adiouster
vn conseil au 'nouueau Testament dont
il n'est fait nulle mention en la loy ; voire qui semble diamétralement contraire aux ordonnances &c à la pratique du
vieil Testament , auquel la stérilité n'cstoit pas seulement honteuse , ains reprochée comme signe de malédiction.
Que diront donc nos Ministres pour ga.
rantir leurs allegationSj&soustenir ceste v . xu (
doctrine cy de leur Architecte. Que
Dieu ne met pas enauant les Prophètes &
les *Apo$rcs au peuple pour communier qu'à
leur donne audience , iusques à ce qu'il Uur
ait baillé leur charge & comme leur volet de
ce qu'ils doìuent dire ?
L'Apostre S. Paul efcrit , Quant aux t . cor.j.
vierges ie ri ay point de commandemêi du Sei- f- 15gneur : iusques là il monstre vouloir ob-
seruer la teneur de son rolet. Mais il adiouste, l'en donne conseil: Si Caluin n'est
menteur , l'Apostre outrepasse son rolet ,
& eniambe au delà des bornes de fa
commission.
Ie ne m'eíbahis plus de ce que les Ministres se publient si eschaustez à reiettcr
8o
D H lugesoHUerain
ce conseil de virginité, de continence,
de chasteté. Outre ce qu'ils en estiment
l'executiort impossible aux ardeurs de
leur chair corrompue , les discours qu'il?
en font teímoignent qu'ils cn croyent
que c'est véritablement vne addition,,
voire vne contreuentioii au rolet que
Dica auois prescrit àTApostre. La créance des Ministres porte que S. Paul ne
doit rien auancer que cc que son maistre a dicté & fait mettre par escrit. Les
Ministres expriment en leur croyance,
que le maistredeS. Paul n'a iamais attribué aucun aduantage à la virginité ou
à la continance par dessus le mariage. Ils
maintiennent par liures entiers que íè*
mondre & conseiller les filles de consacrer plustost leur virginité au seruice de
Dieu qu'aux appétits d'vn mary, est vne
tradition humainc,vne doctrine, vne inuention d'home fautif & menteur.Bien
heureux vaisseau d élection , ie ne sçay à
quoy il tient qu'ils ne vous fassent vostre
procez , fur la cótrarieté que leurs ribaudes chaleurs imaginenten ce conseil que
vous donnez aux Corinthiens , & cét
enseignemet que vous efcriuez aux Hébreux, Le mariage est honorable entre tous.
Mais
atoi!
des dijferens de la Religion. 8 1
Mais appliquons cecy à nostre preuue,
que l'author ité est attribuée à la person- %
ne des Prophètes, des Apostres, &de
leurs successeurs. Notez bien ce que ie
maintiens cdttre vous , &: contre tous
vos Symmistes. Vous enseignez (sauce-,
ment neantmoins) quenostre Seigneur
ne donne aucun aduantage à la virginité par dessus le mariage. S. Paul esent
que celuy qui marie sa vierge fait bien ,
mais celuy qui ne la marie point fait
mieux. La doctrine de S. Paul est elle
conforme à celle que vos enseignemens
attribuent à nostre Sauueur ? LApostrc
n'adiouste il rien en cét endroict à ce que
vous estimez estre doctrine de IefusChrist?Ilfaut estre du tout fans esprit
&;sansiugement, pour ne cognoistre la
différence qui est entre ces deux maximes. La virginité&le mariage Í3ntegaux
en dignité. La virginité) est plus excellente que le mariage. Vous enseignez
que nostre Sauueur est autheur de la
première, S. Paul se déclare docteur de
la seconde. Vous enseignez que les Apostres ne doiuent nullement outrepasser
leur rolet , ne doiuent aduancer parole
quelconque que celle qu'ils auront reF
8x
Du luge souverain
ceuë de la bouche de leur maistre, con0 íïgnee & enregistrée dans les cayers de
ses Secrétaires. S. Paul aduanec icy des
paroles qui ne íè liíent pome dans les
Euangelittcs. Quedircz vlus là ì S.Paul
estoit homme. Quoy ì ses escrits ne
ne font ils pas compnns dans Je canon
de la sain cte E tenture ? Si on vous poursuit de pres fur ce fubicct , on vous fera
confesser que vous ne croyez pas tout
ìe contenu en la famcte Efcriture estre
saincte Efcriture.
Si f Apostre S. Paul fans se départir du
deuoir de son Apostolat, aduance quelque chose que Ieíus- Christ n 'ait point
dit par la bouche des quatre Euangeli*
í ces , il s'enfuit que les Apostres peuuent
apporter quelque choíè, outre ce qui est
eícnt auoir esté dit par Ieíus - Christ.
Nous croyons la parolle des Apostres
obligatoire , infaillible , diuine. Pourquoy ? parce que Ieíus - Christ les a
instituez; Pasteurs & Docteurs de son
Eglise , administrateurs &c dispensateurs de fa doctrine & de ses Sacremens,
tefmoins de fa vérité : ie dis tefmoins appeliez, enuoyez, & spécialement designez par luy , pour rendre asseuré tes
des differens de la Religion. 8$
moignage de ce qu'il leur a reuelé. Ce
sont toutes qualitez personnelles , & de
telle importance, que quelque chose que
ces personnes fi hautement qualifiées
mettent en auant , on n'est pas moins
obligé de le croire que si Ïesus-Christ
mesines parloit. Voire , comme nous
disions ta ntost, on ne les croît pas tant
à raison de la parole qu'ils prononcent,
qu'à raison de la qualité de leur personne. Ceste venté mérite bien que nous ne
paillons si légèrement par dessus íans la
rendre plus intelligible qu'elle n'a esté
iusqu 'icy à nostreMinistre,íelon qu'il paroitpar soncscrit.
eu
CHAPITRE V.
[G
Continuation de la preuue précédente.
mst
Difiinclion entre lobieftformel &
matériel. OUgation de croire aux
Ambassadeurs de Dieu.
A parole de Dieu soit escrkc,
soit non escrite, n'est pas proprement le moyen &: la raison
qui nous induit à croire , mais elle est ce
F y
$4
D uluge fouuerain
que nous croyons. Ceux qui sont tant
io.it peu versez aux termes de Philosophie sçauent la différence qui est entre
l'obiect formel, & l'obiect matériel. Elle
n est pas petite si elle est bien entendue.
Selon ceste différence le dis que la. parole de D ieu est l'obiect matériel de nostre '
foy. Si les Ministres l'entendent ainsi
quand ils efenuent &c prefehent que la
parole de Dieu est l'obiect de la foy , ils
nefcmeíprennentpas , fi ce n'est qu'ils
prennent la parole eferite pour le total
obiet matériel de la foy. Mais s'ils l'entendent de l'obiet formel, i'efpere faire
voir cy destous en vn chapitre dédié à
cét effect , qu'ils se mescontent grandement ; aufli bien que quand ils diíènt la
parole efente ou la íaincte Efcriture , estre la-base & le fondement qui foustient
la foy. La faincte Efcriture n'est ny l'obiet formel , ny le matériel totasny la base & le fondement de la foy. C'est ainsi
que nostrcMinistre en son escrit embrasse & embarrasse en passant plusieurs questions, qui deuroient estre ou expliquées
ou cfpargnees.il y couche plusieurs choses tirées de Caluin&du Plessis, comme maximes asseurees. Pour monstrer
des differens de la Religion.
85
-
qu'elles ne doiuent couler fous ceste
qualité; lime semble que ie suis obligé
de defmaquer & defcouurir leur foiblesíè& tromperie, en faueur de ceux qui
mont cónuié de traitter ce fubiect.
Ie dis donc que la faincte Efcriture
n'est pas l'obiet formel de nostre foy ;
c'est Dieu reuelant ou parlant, soit immédiatement soit mediatement. Nous
leprouuerons bien tost. Mais elle en est
bien l'obiet matériel en partie , c'est à ditoi re, elle est ce que nous croyons , & non
' 8 ; pas le moyen qui nous fait croire. S .Paul
Pt asseurc que nostre foy vient de l'ouye.
W La foy est par ouyr, & íouyr par la parole ck ^ ^
R
ni Christ. II est tres certain , mais il fatfto,.i 7 ,
M ' que ceste parole sonne & resonne en la
)' bouche de que.lquVn qui l'articule &r la
ben, prononce. C'est ce qu'il explique quand
lot ìldit^ Comment ouyront ils fctnsVrediCAtettYì
ii )î Si quelqu'vn veut ouyr il faut qu'vn airain tre parle. La íaincte Efcriture ne parle
brï point , qu'on porte vne Bible au Canaq« da, aux Riparols de Maragnon , en la
ueí Chine.Qujon l'y laisse feule, quel fruict
cho produira elle ? Ieveux me faire mieux
:oœ entendre. Ce n'est pas la parole qui parito le, c'est la personne 3 la parole est pronon-
F iij
86
Du lugesaunerain
cce & ouye, mais c est par le moyen d'vn
organe parlant. Sans cet organe la parole ne lèroit point ouye. L organe est
donc le moyen de nous faire ouyr la parole : fans ce moyen la parole ne íèroit
pas parole. Paíïòns outre. La parole de
Dieiijfoit efcrite,soit non efcrite,est bien
vn tçfmoignage tres certain , lequel ie
crois pour m'achemincr à la cognoissance de ía venté , est yn moyen fyllogistiquetres puissant, pour conclurre affeulement toutes les veritezclela foy. Mais
les Iuriíconíultes difaus qu'ils croyent
aux tesmoins & non aux tefmoignages ,
nous enseignent qu'il y a differen ce entre le teímoign âge & 1c teímom. Ie ne
dis pas comme eux cn la matière que
nous traitions , car ie croy le reí moignage & ie tesmoin,mais diueríèment àcauíe de la dmeríìtc qui est entre les deux.
Ie croy la parole de Dieu comme telmoignage, & l 'Eglise comme tesmoin.
Ie croy la parole de Dieu comme puissant argument pour conclurre les ventezdelafoy : ie croy i'Eglife comme le
Docteur qui fait ceste conclusion, ôdè
luge qui détermine par cet argument &
par cc tesmoignage la matière debatué,
des dijferens de la Religion.
87
l'attestant veritable,&m'obligeant de la
croire telle.
Si nostre François le pouuoit porter
aussi bien que le Latin ,ívlèrois de moins
de langage, &c íerois entendu plus aisément . Ie dirois brieuement, Scripturam
credo , non Scriptura , Ecclefiœ vero credo,
Scrìpturam credo quia verbumDei ejt&tefìimonutm~ï/tritû.tis\(ed qutd nequeverbam neq-,
teftimonium loqniittr, ideo Ecdefix loquenti,
te/hmonium perhibenti , docentt ,
determinanti credo, tanquum Deo perillam loquentt,
docenti,& déterminants.
L'ambiguité de nostreFrançois m'a fait
meílericyleLatin.Nous difos enFráçois,
croire quclqu'vn &C croire à quelqu'vn
pour signifier vne mefmechofe.La diueriité paroit au Latin qui exprime la distinctió qui est entre les deux. Seló fa mode
nous croy 5s la choíè dite& annoncce,&:
c^>yôs à celuy qui la dit &C annonce. Sériions nous de la diueríïté du Latin pour
nous rendre plus intelligibles , fans nous
arresteràl'exquiíe propriété du langage
François, de laquelle ie n'ay pas grand
soucy,poui ueu que ie me fasse entendre.
le dis donc, en imitant le Latin , que ie
croy la parole de Dieu , mais que ie croy
F «ij
88
Du Juge fouuera'm
à celuy qui me l' annonce de la part de
Dieu j& ne la croirais parole de Dieu,íì
celuy qui la porte n'estoit qualifié Ambassadeur & messager de Dieu. De forte
quen matière deReligion, il ne faut pas
tantjprendre garde à ce qui se dit, qu'à
celuy qui parle, parce que la Religion est
plus fondée fur íattestation &: fur l'authorité, que fur les raisons & íùr les argumens. S. Augustin l'asseure, Nom délitv'dit. uons à la raison , dit-ll, ce que nous entendons,
crti. c. u. ^ (authoritéceqtte nous croyons. De là vient
que les Conciles ne rendent iamais raison de leurs décrets non plus que Dieu.
Quand Dieu parle il faut le croire , bien
qu'il ne raisonne nullement son dne.Ce| luy qui se resoudroit de ne le croire
I
qu'en tant qu'il fortifierait de raisons
son dire, croirait plus aux raisons qu'à
Dieu : c est à dire, plus à son propre esprit humain qui se persuaderoit les rjjisons alléguées estre receuables , quà
Dieu qui les allegueroit. En ce cas là
croyance perdrait le nom de foy , pour
prendre celuy de science ou d'opinion:
Sc ion croire ne ícroit pas captiuer son
entendement à robeyífance de la foy ,
». ^.ro. çomme l Apostre commande ;ains con-
des dijferem de Id Keligion. 89
ttítìtet son esprit d'vne certitude simplement humaine.
Aux sciances humaines lien va tout
autrement , parce que la raison est lévitique principe& règle de la vérité d'icelles.
Plus celuy qui parle allègue de raisons ,
mieux il mérite estre creu. Auffi n'y a
ton pas tant d'égard à la qualité de celuy qui parle qu'aux raisons qu'il apporte. Vn lardmier auec raison y est plus di. gne de créance qu vn Philosophe fans
raison. La doctrine de la foy iè manie
d'vn autre air, elle ffcs'acquiert pas comme les sciances humaines par vn fens,vn
1 esprit , vn iugement particulier. 11 la
faut apprandre auec la methode/ordre,
& entremise des personnes que Dieu à
instituées & commises à cest effect. QuiI conque fuit autre voye ou s'addrelle a
d'autres maistres, s'abuse ;ij neparuiendra iamais où il aspire , s'il aspire à la cerI titude infaillible de la Religion. C'est
pourquoy en toute question de la foy.il
est requis deuant toutes choses nécessairement de s'enquérir de la qualité de celuy qui se mestc d'en donner l'enseignement 5 quelle puissancé& quelle authorité il a } d 'où c'est qu'il la tient. La vérité
I
9o
Du lugefouuerain
est tousiours vérité , matériellement , de
quelque bouche qu'elle parte j la parole
de Dieu est tousiours parole de Dieu,
matériellement , soit elle portée par vn
bon Ange ou par vn mauuais Ange, par
vn hérétique séducteur, ou par vn Docteur Catholique ; mais quand l'heretique& le Diable prescheroient la parole
de Dieu,tant s'en faut que ie sois obligé
de les croire, queie ne dois pas feulemét
les efeouter , parce que ny l'vn ny l'autre
ne sont tefmoins capables & ridelles de
chose quelconque qufconcerne la Religion. Au contraire , ce sont deux perfides mëteurSjdeux trompeurs deíloyaux,
qui niellent & detrampent tousiours la
vérité auec quelque mensonge,& iamais
ne 1 auancent en fa pureté , comme les
empoisonneurs font de leur venim auec
les meilleures viandes & plus appétissantes. Ou si par fois ils disent quelque vérité fans meílange , ce n'est que pour attirer l'auditeur & gaigner créance fur luy
& l'engager par cest ailechement à ic
laisser séduire. C'estce que nostròSauueur
fignifioit par la Parabole du berger & du
larron; de celuy qui entre par la porte &
de celuy qui monte par ailleurs,!'yn vict
des dìjferens de la Religion
I
k'
ï
I
*
■
ti)le
. 91
pour instruire, l'autre pour destruire ; les
brebis doiuent escouter lavoix du ber- I «Í. 4 . 34.,.
ger , & fuir le Jarron. II nous en voulut
donner vn exemple en fa propre pcrsonne. Le Diable crioit & protestoit , Je
fçAy qui tu es; le fane? de DíV»;c'estoit la
v enté i Iefrn neantrmins le tanft , dtf&nt tay
toy. S Paul nous en donne vn autre en ia ^f "'
T) ytbonlque,/a //É, fuyuant S.Vaul criott,di-
tá
fant,ces hommes fontferuiteurs de Dieu feuue-
tt
rdinjefquels nous annoncent la voye de faut.
Jc
li-
çe qu'elle difoit estoit véritable , néant moins S. Paul en estant fâché se tourna
veselie, &c dit à l'efprit, ie te commande au
nom de Iefus -Chris! que tu fortes d'elle.!! n'estoit pas fafché d'oiiir dire la venté,mais
il refufoit d'efeouter la personne qui en
abufoit. Ce n 'est pas par ces trompettes
queDieu veut faire retantir son nom par
l'vniuers. Aufli ne lisons nous point dans
les histoires anciennes qu'aucun hereuque ait planté la foy en quelque prouince payenne. Cum hoc fit nevottum illìs non
Ethnkos coHwerfe ^disoitTertullian Hf^ríl r"'
a quatorze cens ans , fednoflros euertendi. crist.
ils ne s'employentpas a conuertir les infidelles mais à peruertir les ridelles. E t ce
que Freculphe a iaiífé par eícrit des
X,
li
lis
I
et
atii'
jy
ic
aï
■
*
9Z
Du luge fouuerain
Goths Chrestiennés par les Arriens; fè
chron.tom. p cut apDranclre plus au vray de Socrate,
Î.I 4 cio f
rf
r
»
g
soerta.l^. debozomene, & de 1 neodoret qui rac--7content que la plus grand part de ces
ftv
Gotsestoit Chrefhenne & Catholique
Thesdof.l. auant que les Arriens les deeeuffent.
4 Í.<B/Í .
L'histoire du Leri touchant le voyage
de V iilegagnon auec les cinq Ministres
qu'il enleuade France ìndustrieusement
pour les transporter vers l'Amérique ;Ni
les récits des nauigations Holandoiíès
aux Moluques &: Indes Orientales ne»
côtiennét rien qui nous couie d'estimer
les hérétiques nouueaux plus vtiles que
les anciens. Ils font propres à destrune ,
impropres à bastir;auffi íê publient ils en
leurs prières ordinaires inutiles à tout
bien. Leurs Capitaines & leurs soldats
n ont ibucy en ces nouueaux 'mondes
qu adestaçiner ce que les bonsRciigieux
Catholiques y ont planté auec tant de
iueur,&ai roulé de leur propre íàng.l'ay
dit leurs Capitaines & Soldats, car pour
leurs Ministres ils font trop attachez à
leurs familles pour s'écarter iì loin de la:
! fumée deleurs Eglises.
Reste donc vérifié ce que l'ay dit plus
d'vne fois que Tonne croit pas tant aux
sncui.
^f
•
des differens de h Religion.
93
Apostres éc à leurs successeurs à raison
de la parole qu'ils annoncent,qu a raison
de la qualité de leurs personnes.
Ie conuioys tantost les Ministres de
conceuoir cecy íiir le propos de S. Paul :
Ie le redis encor pour le grauer plus profond ensesprit de ceux,pour qui ce discours est mis en auant.
La cause principale de nostre foy n'est
pas la vérité reuelce , ains la vérité reue- .
lante, qui est D ìeu parlant & enseignant
par l'organe de ses Apostres & de leurs
successeurs auec authorité obligatoire.
Ceste authorité se nomme ordinaire,
quandelleestenvne personne que l'on
cognoit légitimement appellee par la
voyee&le Sacrement institué de lefusChrist : extraordinaire quand les miracles se font paroistrc en vne personne incognuc. Ministres prétendus , auez vous
droit de vous attribuer quelqu'vne de
ces deux authoritez ì Vous ne l'auez encore feeu prouuer.
Touchant ce que Caluin difoit au chapitre précédent : Que quand les Prophète,
les apostres, fleurs successeurs [ont enuryez^,
il leur est enioint de ne rien apporter du leur,
mais déparier parla bouche du Segneur j le
94
Dttluge somcraìn
l'entendrois mieux à mon aduis s'il eust
dit, Que le Seigneur eujì parlé par leur bouche.
Les Prophètes annonçoient ce que la
bouche du Seigneur leur reueloit , &
pour obliger dauantage leurs auditeurs
au reípect,à la croyance,& àl'obeyssance
de ce qu'ils prefchoient ,« ils vsoient íbuuent de ce refrain, Quia os Dominilocutum
est, parce que la bouche du Seigneur a
parlé , à moy ou en moy qui luy fers
d'instrument , pour vous signifier fa volonté.
Ilesttres certain que fi les Prophètes,
les Apostres & leurs successeurs , annoncent autre chose que ce que Dieu leur
dicte &leur commande, ils ne fontny
Prophètes, ny Apostres de Dieu. Mais
la promesse que Iefus-Christ a faict à ses
Apostres &: à leurs successeurs , de f assistance de son S. Esprit , iufques à ia consommation du monde , ez déterminations & iugemens de la foy , les garantit
du soupçon de Caluin. II est aussi tresccrtain que si le Prestre veut estre eítoutí-, il faut qu'il recite fidellement ce qiu
luy e9: donné en charge; non parvn recit, ou vne redite comme d'vn rolet, S.
Paul nous en a deíìa marqué limperti-
des dijferens de U Religion.
9$
nence, mais par vne conformité aucc la
parole de Dieu , tant eferite que non cfcritc, c'est à dire auec la íaincte Eícriture
&les traditions Apostoliques. Tres-certaîst pareillement que si le Prestre veut
estre efeouté , il luy est enioinct de refpondre selon la loy , &c s'il ne parle selon
ceste parole , la lumière du matin ne luy
seia pas donnée. Mais ces mots Jelon ta
Loy , & selon la parole de U Loy , ne signifient pas que le Prestre ne doiue auoir en
bouche autres paroles que celles qui
font formellement contenues en la loy.
Reciter les feules paroles de la faincte
Efcriture, ne s'appelle pas prefeher. Parler selon U loy & Jelon la parole de Dieu, signifie parler conformément àlá loy & à
la parole de Dieu , fans aduancer choies
qui luy soient contraires ou discordantes. D'où s'enfuit que la conclusion de
Caluin est également sauce &c trompeuse. Elle est trompeuse , en ce qu'il nous
veut persuader que les paílàges qu'il cite
s'entendent de la feule parole de Dieu
eferite. II esttres clairqu'ils s'estendent de
la parole reuelee , c'est à dire , de ce que
Dieu leur commandoit de dire ou d'efenre , outre & par deslus ce qui auoic
5)6
Dulugefonuerain
esté dit ou esent auparauant , telle qu'est oit la parole d'Elie ou d'Elisée, auslì
bien que d'Isayc &c de Hies emie ; de S.
André &c de S. Berthelemy ,aussi bien
que de S. Matthieu & de S. Iean; de S.
Barnabé ausli bien que de S. Paul; touíiours selon les occasions qui se presentoient, &ies circonstances des personnes, des lieux, des temps , & autres requises. Et c'est ainsi que S. Athanaíè apzp. ad pelle ceste détermination du Concile de
Afrkur. fsj lce e, Que le Fils efl confubjlantiel au Perc,
Epifcopos p aro j e ^ u Seigneur éternellement permanante , bien qu'elle ne íc trouue en
pas vn endroict de la saincte Escriture.
La conclusion de Caluin & de tous ses
M inistres est sauce pour deux considérations j l'vne parce qu elle restraint toute
la parole de Dieu dans l'Escriture , contre fauthorité de l'Escriture mesir.cs,
qui dit Tene ^les traditions que vous cine\
x Thejft ¥eceUi' s ì i 0lt de parole , soit par Epijhe, &
contre la croyance des Saincts Pcrcs qui
ont vefeu dans les quatre cens ans , durant lesquels Caluin confesse la doctrine de la foy estre demeurée en fa pureté.
S. Basile dit, Que des dogmes qui Jont pref(lìcì^en t Eglise , mus en Anons vne purtit
couchet
des differens de la Religion.
97
couchée par rfrit &<vne partie de la tradition
des Rostres j& que les efcrits <&> ks non es- spirituS,
crits ont pareille force pour la pieté. Autant f-*7-
en dit S. Iean Chrysostome , S. AugW-^^
fìin.Epiphane, lrenec , Tertuliân , &c. z .Thef.
Ce chemin est trop battu poUr s'y entre- Aus- EPtenir longuement. JNous en dirons da- E^&<r
uantage lors que nous mohstrerons que
tout ce que vous croyez vous méímes , ^.'j''*'
n est pas contenu en l'Escriture. L'autre ?.
considération dVla fauceté des Mini- l'^'^f'
strcs, est qu'ils reserrent toute la puissance de l'Eglise dans l'enceinte de l'Escriture , c'est à dire , ils tiennent que l'Egíife
ne peut rien dire ou faire qui ne soit expressément spécifié dans l'Escriture. Cc
qui est contre la pratique tenue en l'Eglise depuis les Apostres iusques à prélent^ notamment aux quatre premiers
Conciles généraux , ainsi que i 'ay faict
veoiren mon escrit contre la protestation trompeuse & menteuse de cet autre
Ministre qui signa de sa main qu'il se remettoit dé sa croyance aux quâtrc premiers Conciles. S. Paul a dit ,ï'ordonner ay du reste quand ie fer ay venu , ny Caluin , ny tous les Ministres Huguenots ,
nescauroient monstrer que S. Paul aie
G
98
Du luge sòuuerain
couche ce reste par escrit, ou s'il la fait,
que cet escrit nous reste.
II est tres - véritable quel'Eglife ne
peut fe départir non plus de la parole de
Dieu que de l'astistence du S. Esprit ftc
de son cfpoux Ieíus -Christ nostre Sauueur. Iíàie atteste le premier ; IefusChrist luy mefmes aiíeure les autres
i/ay .^.n deux. Pour la parole , Voicy mon alliance
aueceux, dit le Seigneur par la bouche
d'Ifaie, mon esprit qm ejî m toy & mes paroles que ïay mises,en ta bouche , ne bougeront
peim de ta bouche,ne de la bouche de ta semonce , ne de la bouche de la semance de ta femance,
dit le Seigneur , des maintenant & d'orefnauant àiamais . Pour le S. Esprit , te prteray
^ vous donnera vn autre con-
70aw.r4.t6 mQn p ere
solateur pour demeurer éternellement auec
Mtuth.vlt. vous. Vom l'Efpoux, Je fetis auec vous tus-
qu'à la fin du monde. Mais il est tres faux
que l'Eglife prenne toute son auctonté
de la parolle qu 'elle enfeigne,foit eferite
ÚHt non eferite ; c'est de Dieu qu'elle rc~çoit l'authortté , la puissance, & la grâce
d'enseigner comme nous auons prouué.
Et partant c'est àDieu qu'elle est sujette,
& n5 pas à la parolle. Ces derniers mots
m'obhgent d'éclaircir en quelle manierc
des dijferens de la R eligion,
99
j'entends cesteauthoritc deTEglifen'eílre sujette à la S. Escriture , pour euiter
les cauillations & calomnies des aduersáirés de nostre créance ; íe discours se
rendra plus aisé par la comparaison de
ì'vne a l'autre.
CHAPITRE VI.
Comparaison dé l 'authorité de (Église
à celle de la S. Escriture.
E içay que toute comparaison
est odieuse, & confesse que ceste cy ne me seroit gueres agreable íì l'importunitc cauteleuse des Ministres , à qui i'ay à faire,nè
me contraignoit de ne la taire. Leurs efcrits font tous pleins des louanges de la
S.EfcriturejUs n'en fçauroient tant dire^
que nous n'en croyons d'auantage pourueu que la raison n'y soit outragée. Ils
ont appris des Catholiques toutes les
vrayes louanges qu'ils luy donnent. Le
Pfalmiíle & f Apostre nous ont laissé vn
enseignement l'ignorance duquel nous
G ij
i oo
Du lugefouueraìn
P euc rcncu"e dommageables les choses
les plus vúìcs. fhoneurdeDieurequiert tugesaç.u. mmt ^ fat celuy-l'àj 1 'mdiscrction offerice
plusqu'elíc n'honore. Que vostre obéissance,
jott rais 'inabíeàit ccstuy-cy .D /Vw^s tout auec
poids^nombre, ^mesure, le desordre,le dérèglement & le debordemêt ne luy fçauroit plaire. Sans paradoxe, aux essects de
i'amour deDieumeíìnes onpeut íè laisser
transporter , 6r outrepasser le deuoir.La
discrétion est la merc de toutes les vertus. Iedis donc que toutes les louanges
que nos Religionnaircs attribuent à l 'Escriture seroient mieux receuables íi elles
ne partoient d'vn esprit tout confit en
dissimulation , & n estoient auancécs auec dessein d'interresser & de ternir le luPM*'- stre de cestefaincteCité,que Iesus-Christ
a plantée íur les plus hautes montaignes
de la terre , afin d'en rendre la splendeur
plus maiestueuse,pius vénérable , & plus
recommandable. Ils ne louent l'Escriture que pour mespriíèr l 'Eglise , & tous les
auantages qu'ils défèrent à l'auctorité de
l'Escriture, ne visent qu'à l'auilissement
de l'auctorité de l'Eglise.' Sçauez vous
pourquoy ? l'Escriture ne les trauaillepas
tant comme fait l 'Eglise: ils font direà
pfai 98
Kom.ii. t.
des dijferensde U Religion,
lot
f Escriture ce qu'ils veulent; ils nepeuuent pas ainsi mesnager l 'Eglise. Ils donnent à l'Escriture le train qu'il leur plaist,
ils ne peuuent changer celuy que l'Eglise
a tenu depuis lefus-Christ Sr tiendra iufques à la fin du monde. Us se seruent de
l'Escriture comme d'vne malle de cire,
rappliquent àtoutes les fantafíes que bô
leur semble ; la fermeté de 1 Eglise ne se
laissepas manier li facilement. L'eseriture ne peut se plaindre des violances qu'ils
luy fontdls s estiment tousS ouuerains.ils
ne veulent recognoistre authorité quel
coque en cemódequi ait pouuoir fur le règlement de leurs opinions,tant ils les sentent de bonalloy. C'est le seul & véritable motif de leur recours aux Efcriturcs
feules.
Leur outrecuidance, mais pîustost leur
effronterie s'eílbre encore fi hautdansles
nues de leuç| foles imaginations,qu'ils osent publier que l 'Eglise ne peut estie
leur luge par ce qu'elle est leur partie.
Predicans , il ne v ous] est iamais echapé
vérité plus certaine. l'Eglise asseurcment
est vostre partie. Si ceste partie est íì puissante qu'elle fait trembler toutes les forces d'Enfer, estes vous fi téméraires de
G iij
loi
Du Inge soutierain
vous déclarer les Antagonistes ? Auezvous bien la présomption de parangonner les grotesques des ceru elles creuíes
de quelques Moines reniez au iugement
de la colomne&i firmament de vérité ;
dègaler les resuenes de quelques Pedans
morfondus aux décrets des souuerains,
Pasteurs ordonnez de Dieu,& des Conciles asseurez de son assistance? Excremes
de la terre, potirôs qui deuez vostre naissance &c vostre accroissemet aux broùecs
• d'vne nuit obscure , mesccgnoissez vous
íì lourdement vostre terrestre & vile bas-'fesse,qu'impudemment vous l'oppoíìez
aux estoiles du ciel , & essayez d'en obscurcir leurs vmes lumières ? c'est i'Lí't ut
de î'heresie.
Mais afin de confondre en vn mot
f orgueil de vostre ignora n ce, ou la íòtuíède vostre íuperbe ;pour estre partie ,
laisse-on destre luge ? la rcbejáon de vos
confrères cmpefche elle qu^È i\oy ne
demeure leur Souueram? N'y a il pas vn.
sujet qui plaide contre son Seigneur, voire deuant les luges establispar son Seigneur? Qiiandies hérétiques Maccdodonius & Eunomius nioient que le S. Esprit sut P ieiijiî auQient û pas pris 1c S .Ef-
des differens de U Religion.
103
prit à partie ? Ne fut ce pas ceste mcfmc
partie qui lesiugca, &c les condamna hérétiques ?
Reprenons le fil de nostre discours .
Qui aura enuie de cognoistre en bloc festimequeles Ministres font de la S. Efcriture,qu'il iette les yeux furies traittemens qu'ils ont fait à vne bonne partie
d'icelle.Qrf il conte les liures retranchez
par eux & reléguez en vn coin fous le titré d'Apocryfcs.Est ce la reuerance qu'ils
prefchent estre deiie &: fe vantent de rentré à la parole de Dieu ? Ils ne tiennent
pas ces liures pour parole de Dieu. Qui
le leur a dit ? le canon des Hebrieux &
quelques Anciens des premiers aages de
l 'Eglise. Ces Hebrieux & ces Anciens estoient ils hommes ? n'enseignent pas les
Ministres qu'on ne doit croire les hommes ? que tous les hommes font men>teurs ? II faloit montrer la condemnation de ces liures par la S. Eícriturcjfeule
reigle de toute vérité, ou fe recognoistre
dignes de lanatheme dont l'Eglise Efpoufe de Iefus - Christ a foudroyé leur
fole & impie arrogance. Ils fuiront tant
qu'il pourront l'executionde ce iugemét,
mais il est certain que leur fuite ne durera
G iiij
Id4
ì)u luge fouueraìn
que tant que nos péchez tiendront en la
main de Dieu ce fouet, qui ne peut attandre âpres le -chaítiment de nos nonchalances que le fçu éternel.
Cependant fondons la comparaison
que leurs reproches importuns arrachét
au deíir que i'ay de deftróper ceux qui les
efcoutent auec plus de íìmplicité que de
discrétion & de cognoissance.
Mes Maistres mont appris que fauthorité de l'Eglise peut estre comparéeà
fauthorité de 1 Escriture cn quatre façós.
La premiere,quand cn cestc comparai-»
son on donne tant d'auantage à l'Eglise
surl'Escriturcqu elle puisse de son authorité enseigner vne doctrine contraire a
celle que la S. Escriture enseigne. Ceste
comparaison est sauce & faucement attribuée aux Catholiques par les ennemis
de l'Eglise : car il ne se trouuera iamais
que l'Egliíe ait dogmatise choie quelcóque contre la íàincte Escriture.
La seconde , quand on dit l'authoriré
de l'Egliíe plus grande quecelledela S.
Escriture, parce que 1 Eglise n est simplement &absoluement assuietrie &astrainte au texte exprès de'la S . Eseriture ; ains
peut enseigner & déterminer des points
des diffèrens de U Religion.
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de la foy,qiu ne íònt expressément eníèignez ny déterminez en la S .Eíçriture. Les,
résolutions des quatre premiers Conciles généraux nous asseurent véritable ceste manière de comparaison, & nbusesclarcissent cest auantage de l'Eglise surla
S. Escriture. Arrus, Macedonius , Nefíorius, Eutycííes , Dioícorus & leurs adheransjè retranchoient dans les textes
exprès de la S. Escriture , où les mots de
éjWrftnoî, consubstantiel de 6 SOTO>W5> Mere
de Dieu, & de communication des proprietés ne íè trouuent point,L'Eglife interpretera les textes de l'Ecriture autrement que ne faisoient ces heretiques,&
condamna leurs hérésies auec des termes
qui sont hors de l'Escriture, à la créance
desquels route la Chrestienté,(& les Huguenots meímes si leur confession de foy
contient vérité) fe reconnoit & se çonfesse obligée par l'authorité de ces ConcilesLa troisiefme,quand on compare l'authonté de l'Eglise à l'authorité de la S.
Escriture, pour le respect de ce que l'vne
& l'autre enseignent , c'est adiré, pour
sçauoir laquelle emporte l'auantage ou a
raison de la certitude & obligation, ou à
1 o6
Du luge fouueraìn
raison de lcuidence de sa doctrine. Quác
à la certitude & obligation , l'vne n'a
point d'auantage íur l'autre ; nous deuôs
a l'vne &; à l'autre esgale créances obeisLés Ministres ne pouuans supporter
cc parangon le combattait ordinairement de ces trois oppotìnons.
La saincte Escriture est tousiours en
tout & par tout véritable, on ne peut reuoquer en doute la moindre de ses paro>
les fans impieté , quelque matière qu'elle
traitte. U n'est pas ainsi de l'Eglise laquelle peut errer & a erré en beaucoup
de subiects : mesmement aux questions
defait,&Ìu iugement des particuliers,
comme les histoires font foy.
Nous auons suffisamment rembarré
ceste première opposition aux chapitres
de Infaillibilité & diuinité des Iugernens de l'Eglise. Nous ne comparons
pas toutes les paroles de l'Eglise aux paroles' de la saincte. Escriture: nous ^a.uons qu'il n'y a pas vn mot en l'Escriture
qui n'oblige nostre foy , soir qu'elle parle
des particuliers,foit du,general, du passé,
du présent, de l'aduenir , tout y est tiescertain. On n'en peut pas dire autant,
des differens de UReligion.
107
des escnrs , des discours , Ires disputes ,
des questions traittees pour la recherche
ou l'eclaircissement de la vérité, des raisons mesmes alléguées , voire en plein
Concile, comme fondemens St motifs
*
principaux des décisions. U peut efchoir
de f erreur en tout cecy.Nous auons borné nostre comparaison des résolutions
de l'Eglise en matière de foy , lesquelles
ie vous ay prouué cy dessus estre de pareille infaillibilité que la saincte Escriture. Quiconque refuse de les receuoir &
d'y assuiettir son opinion,n'est pas moins
hérétique que celuy qui reietteroit vne
partie de l'Escriture, ou qui refuserait
ducroire Dieu mesmes,íi DieuTenseignoit immédiatement de viue voix : y&kt*.
Caries paroles de l'Eglise en íès iuge- Yue
men s & déterminations de la foy , com- t «.i ,ìj>a4
me l'ìfuínor du Concile deNicee,le 9wraW
du Concile.d'Ephefe, latransubstantiatiou des Conciles de Latran &c de Trente, sont aussi infaillibles & aussi obligatoires que celles -cy delafaincteEfcriture, Mon Pere & moy sommes vn. Le
Verbe a esté fajct chair. Cecy est mon
corps. C'est ce qui faifoit dire à S. Grégoire le Grand, quiLpottoit pareille re-
io8
Du lugefouuerain
uerence auxq%atre Conciles,de Nicee,
de Constantinople , d'Ephese , & de
Chalcedoine»qu aux quatre Euangiles.
* Les Ministres bastissent leur seconde
opposition fur ce texte de S. Iean,^ nous
receuons le tefmoignage des hommes, le tcfmoignage de Dieu e(l plus grand. Les détermi-
nations des Papes & des Conciles ne
font que tefmoignages d'hommes. La
saincte Escriture est tcfmoignage de
Dieu. II n'y a donc point d égalité emre
ces tefmoignages.Prcnez garde aux termes de S. Iean, vous recognoistrez 1a
fourbe ou l'ignorance: mais plustost 1a
lourde imposture de ces nouueaux interprètes. Ils croyent que tous tes hommes de quelque qualité qu'ils foient/ont
menteurs: à quel propos citent ils S. Iean
pour appuyer leur croyance ? II dit le
contraire de ce qu'ils voudroient luy faire dire. II tient que le tcfmoignage de^
hommes est véritable puis qu'il l'asseuic
reccuable j autrement il condamnèrent
non seulement les procédures de lalusticeen la vcriíìcarion des faits douteux,
ains ceste ordonnance expresse de son
' Maistre , St ton frère ne ùscoute , prens
auec toy encore vn ou deux tefmains, afin
des differens de laReïigìon.
10 9
quen la bouche de dettx ou de trois ttfmoms
toute parole soit ferme. II 11 estime donc pas
erueméc cous les hommes mensongers à
la mode des Ministres. Ccluy contre qui
ceste reíponce est dressée se íèrt encor*
de ce passage,pour prouucr que la samcte
Escriture est seule suffisance à íàlut &c
seule iuge des còtrouerses de la foy. S. Icá
uitquesinous receuons le tcfmoignage
des hommes, le tcfmoignage de Dieu est
plus grarid. Donques la faincteEfcriturc
est feule suffisante Iuge&seuleluge.Ouy,
mais c'est par vne consequenecqui sent
son moulin d'vne lieuë. Si luy &ses
compagnons auoient comprins la fuitte
& la 1 iaifon du discours de S. Iean , ie ne
pense pas que leur impudence fust si désespérée d'abuser de ce texte si mal à
propos.
II n'est pas trop malaisé de remarquer
par plusieurs diuerses pointes de ceste
Epistre , qu'vne des principales intentions qui meurent S. Iean à l'eserirc , fut
faffection deconuaincre & condamner
f hérésie de Basilides, depuis rcnouueiee
par les Manichéens, qui nioit que IcfusChnst fust vray homme. Sans nous cflargir au tcdt des autres argumçns dont
11o
D uluge souuerain
il se sert pour prouuer que Iesus -Christ
est vrayement fils de la Vierge Marie,
corne il est vrayemët vnique fils de Dieu,
& Sauueur du monde: il employé aux
versets prochains de celuy que nous auós
en main six tesmoins irréprochables ,
trois au Ciel, &: trois en terre. Au Ciel ,
le Pere, le Verbe, ôc le S. Esprit : en terre l'esprit, le sang, &l'eau. Le Pere Fa tes
"
moigné en plusieurs façons , quand par
son Ange ìîaduertit loseph 4e demeurer auec la femme enceinte sans ouurage
d'homme , & de nommer le fils qui naistroit d'elle Iesus, parce qu'il íauueroit le
peuple de íès péchez. Quand âpres qu'il
fut baptisé èc lors qu'il se transfigura fur
0, , 7 / ' la montagne , la voix du Pere tonna du
.'
leCiel, Ceiîitycyejì mon fis bien-aymé, w(jueliay pris mon plaisir y efcoute^-le. Quand
en Hierufalcm elle fit ouyr du Ciel, /*
l'dìvlaéfié & le clarifìeray derechef: Et par
io. & , tous les miracles ratts par ce bauueur,
queluy mesmes déclare estre autant de
tefmoignages de son Pere pourl'atteltcr
vray Messie.
ìw,. i s Le VcrDe i qui est îa seconde personne
lòsW
de la Trinité, a rendu de soy mesme plusieurs & druers tefmoignages qu'ii eíioic
des dffirens de la Religion, m
véritablement fils de Dieu , &Ie Messie
promis en la loy. Notamment lors qu'estant comurépar le Souuerain Pontife M<w t+
de dire s'il estoit le Christ fils de Dieu , il
dit haut & clair , le le fuis.
Le S. Esprit a tefmoigné ceste mefmc M %.
vcritéjpar les langues de feu du iour de la
Pemecoste : parla distinction de tant de u cor. it.
grâces diueríement départies aux fidèles. Et signamment quand il descendit
en forme de colombe fur Iefus- Christ loaa *•
en son baptefme , ainsi que S. Iean Baptiste dit quilluyauoit esté reuelé. Et ces
trois ne font qu'vne mef me essence , vn
mefmeDieu.
Les trois qui donnent tefmoignage en
terre de ceste mefme vérité, font l'esprit, A H- «»i'cau & le sang, c'est à dire , lame que lefus-Christ rendit fur l'arbre de la Croix,
laquelle tefmoigné qu'il estoit Vrayement homme non pas vn fantofme
comme Bafilidesenfeignoit. L'eau& le
sang qui sortirent de son costé,tesmoignent que son corps estoit vrayement le
corps d'vn homme composé des quatre
démens dont l'eau en fait vn, èc consistant de vraye chair d où le sang procede.L'Apostreditque les trois premiers
lï i
Du luge[ornerán
donnent leur teímoignage auCieLparce
que leur authorité est toute diuine& absolument suprême. Les autres trois en
terre, au défions de la diuinité , comme
eítans du rang des créatures. Ainsi comparant ces deux sortes de tefmoignages
les vus aux autres, il donne láduantage
à qui il appartient , fans déroger les prix
&la valeur des seconds. II préfère leCrearcurà la Créature, mais lans oífancer lë
mente de ceste Créature. Le tefmoigna* ge de la diuinité est plus excellant que céluy de {'humanité , fans doute. Puis que
nous recélions celuy de l'humanité nous
deuons croire à plus forte raison celuy
de la DiuinitéX' Ame , l 'eau, le sang font
Crcatures,font parties de l 'humanité de
nostre Sauueur, mais nullement reiettablcs en leur déposition. Le Pere , le verbe , le S. Esprit parlent au Ciel , sont du
■'st. :il Ciel,* comme chez l'autre Euangeliste
9 ,
nostre Sauueur s'enquiert desPhaníìcns,
íì Ic bapteíine de Iean estoit du ciel , c'est
à dire, d'institution diuine. Le teímoignage de ces trois est plus grand que celuy des autres trois, par ce. qu'il est d'authontépurement,fimplement , abfoitiement dmine. Quelle faueur peut tirer la
féconde
des diffèrent de U Religion .
113
seconde opposition des Ministres de ce
passage pris en ce fens?Et puis fans recourir à ceste explication, ne vous ay - je pas
fait voir assez clairement si vous auez des
yeux,que la parole de l'Egliíe en matière Matt. vit.
de resolutions &t décisions concernantes
la foy,ne peut & ne doit estre estimée parole d'hommes simplemët,ains de Dieu,
parlant par la bouche de ceux à qui il a
promis l'aílìstance de son Esprit, iusques
à la consommation du siécle ?
La troisiefme opposition ne íe trouuera pas plus ferme, si le passage fur lequel
elle se fonde est bien entendu. S. Pierre,
disent les Ministre s, tout Apostre qu'il estoit, voire Pape de Rome (comme tiennent les Papistes qui prennent pour Rome la Babylone, dont il fait mentio à la
fin de fa premiereEpistre)asseure la parole prophétique plus ferme que la sienne.
La certitude donques de la parolle des
Apostres ,ny du chef mefme des Apostres*
& par conséquent de l'Eglise ne peut s'efgaler àla certitude de la parolleescrite.
Ce passage a dóné de l'exercice à beaucoup de personnes doctes pournepouuoir d'abord digérer cét auantage qui sé'
ble y estre donné aux Prophètes par des-
H
Ií4
Du luge Júuueraìn
sus les Apostres,auiquels la vérité mesmè
auoit dit.Qiu vous ejconte m ejcoute.Erasme
( duquel les Prétendus Reformez font
tics grand cas Jors prmcipallemet qu'ils
le trouuent diffèrent de la traductiô cómune & des intcrpre; ations des Ancics)
en a mis en auant 3. diuctfes explicatiós;
La i.que les Grecs vfent fouuent de comparatif pour le poíitif.La 2. que S. Pierre
ne dit pas que la parole prophétique soit
plus ferme simplement &abfoluëment:
mais qu'elle est rendue plus ferme & plus
certaine par l'addition & confirmation
du tefmoignage que la vQix du Pere rendit à son fils en la Transfiguration. La 3.
que le Pere par ceste voix du Ciel se fit en
certaine manière Prophète &c Prescheur
de son fils; de forte que ceste parole Prophétique estoit biéplus ferme & plus affeuree que la parole des Prophètes , tant
honorée par les Iuifs.Les autres rapportent ce cSparatif aux fables dot S.Pierre
auoit fait mention auió.v.Les autres aux
sens de la veiie & de l'ouye de S . Pierre.
Les autres à autre choie. Mais ie croy S.
Auímst.auoir tiré plus droit que tous ces
%7 jever. nouueaux francs-Archers , bien quilapDom. c. 4 . plique ce coparatif à la parole duPeremo
des-dijferens de U Kèligïon.
1 15
pas de S.Pierre Je traduisantjtw/wew.nó
Rrmiórem , & faisant force sur ce que l'Apostrc a vsé du mot de, plu &ertain ^nô pas
de meilleur, ny âsplus ■véritable.
Pour coceuoir le vray sens de ce passage
S. Aug.nous présente vue grádc lumière,
cn ce qu'il nous efclaiicit ce cóparatif le
deuoir predrc à lamode des argumês que
les Philosophes appellent ad homme , c 'est
à dire qui ne portent qu'en cófideration
de la personne à laquelle ils s'addreíïènt.
Cecy présupposé,!! n 'est ja besoin que lo
applique ce coparatif à la voix du Pere,
laquelle ne peut entrer en aucune cóparaison auec quelque parole que ce soit ,
voire parmyles íuifs,qui nouamaisfait
difficulté de croire fauthorité de Dieu
1 souue raine. Le texte de 1 A postre defeou1 ure assez que ce comparatif se rapporte
1 plus proprement aux parolles &c au tcfíf moignage que S .Pierre rend en fa persói ne,&en celle de ses deux cópagnons preI sens en laTransfirmration: No»* auons ouy i. P<>. i.
m cr.Jle voix descendre da Cieljors quenous eflìos
■ auec luy fur la fainéfc montagne , £jr auons la
m parole prophétique plus ferme à laquelle vous
|. faites bien d'e/ïre attentifs comme à vne lape
n°
luisant en vn lieu obscur. Où nous voyons
Hij
ii6
Dulugesouuerain
queS .Pierre par modestie se met au rang
de ceux à quison Epistre s'addresse. D'àuantage,pour bien entêdre ce coparatif,
plus ferme } û£iut víèr de distinction. Vne
choie est estimée ferme en deux faços,en
foy,ou enl'opinion de celuy qui la croit
telle.En foy, parce qu'elle est appuyée fur
vne vérité immuable. De ceste faç o la parole de Dieu est touíîours egalemét ferme , soit qu elle frappe nos oreilles par
vne voix formée enl'air , soit par labouchedesProphetes,foit par la prédication
des Apostres. En l'opinion des hommes
elle n'est pas eígalement ferme jfa fermeté depend de la cognoiflance& de la croyance des esprits & des íugemens.De ceste seconde manière IV n tiedra pour ferme,certain & asseuré,ce qu'vn autre estimera douteux ou incertain , ou moins
certain. C'est cn ceste manière que les
paroles des Prophètes estoient estimées
plus fermes & plus certaines parles luiss
nouueilement conuertis , que la simple
attestation d'vn Apostre,de laquelle ils
apprenoient ceste reuelation faite fur la
montagne. La longueur du temps, le côíèntemét de leurs predecesseurs,la crcácc
íûccec auec le íaict donoit vn grand auá*
des dijferens de la Religion.
117
tage à raftermiísement des eicrits Pro^
phetiques,& à l'authorité qu 'ils auoient
acquis parmy ce peuple. Là où l'authorité des Apostres estoit encore foible , à
cauíc defanouueauté, qui les mouuoit
de fortifier leur doctrine auec les tefmoignages des Prophètes , lors qu'ils traittoientauec les Iuifs,-&de recommander
ceux qui confcroient leurs prédications
auec les anciennes Prophéties , pour la
confirmation de leur foy. Ainsi donc S.
Pierre efcriuant à des luiss nouuellemët
conuertis,pour enraciner plus profondement dans leur ame la Foy du Meífie3 tát
affectionnement par eux attendu , leur
allègue la déclaration que le Pere Eter-,
nel en auoit fait fur la môtaigne par vne
voix defcéduë du Ciei. Mais parce qu'il
ne pouuoit fonder la preuue de ceste déclaration que fur la déposition des trois
Apostres quì auoient ouy ceste voix ; il
s'accommode à la portée des luiss qui
U f aifoient encore plus de cas des anciénes
lei Prophéties , que des nouuelles attestatiós des Apostres:, & les couie de fe ièruir
de ceste lápe des Elcritures anciénes iufques à ce que le plain 10ur de la Foy & de
J'entiere cognoxífance des Mystères de
H in
31 8
Du luge souuerain
leíus-Chnst luise parsaictement dansleurs ames. Voyla comment cc passage
de S. Pierre ne peut nullement affoiblir
légalité que nous mettons entre la saincte Escricure & llEglúe, quanta l'obligation des ridelles & à l'obcyssance qu'ils
doiucnt à l'vne & à l'autre.
Pour le regard de f Euidence qui estoit
le second membre de ceste troiíiesine
sorte de comparaison entre l'Escriture &
VEglise. Ie dis que l'authorité de l'Egliíe
emporte l'auantage fur celle de l Escnture, parce que s'est l'authorité de l'Egliíé,
qui faictque nous acceptions &c recognoistions la saincte Escrirure telle qu'elle est; C'est à dire saincte & sacrée parolle de Dieu , & dictée en son tout , & cn
chac-une de ses parties par le lainct Esprit. La saincte Escriture ne dit. pas cóbien de liures, de chapitres, & de versets
elle contient : elle ne détermine point
quel liure est apocryphe, quel est le vray
&: le supposé, pourquoy l'Euangile de S.
Luc ( qui n'estoit pas mesmes au nombre
des Disciples de Icsus-Christ , comme il
sembie se tirer du commecement de son
escrit ) doit estre receu, & celuy de sain cl:
Thomas qui estoit vn des douze Apo.-
des dijferens de la Religion. «9
stres, reietté. C'est l'Egliíè qui nous le
détermine & nous l'ëíeigne: qui approuue i'vn & reiette l'autre : C'est de ceste
I approbation & de ceste authorkc que
nous debatons, fur laquelle les Ministres
huguenots fondent ce reproche tant re^
batu,quenous disons, l'Efcriture recetmr
authortte de ïhomme , parce qu'ils n'esti-,
ment le iugement de ï'Eglife , qu'vn simple iugement d'homme. Et font neantmoins volontiers passer les déterminations consistoriales , auec leurs confequcnces,pour des arrests diuins,par tout
où ils rencontrent des esprits auíB legers
de creace , que leur doctrine est grosse de
présomption, & lourde dignorâce. Tesmoing le Concile de Dordrect contre
les Arméniens. Ie dis donc que l'authorité de I'Eglife en ce sens, &c pour nostre
regard, passe celle de l'Efcriture, d'autant
qu'elle nous est plus euidente &c nous esclaircit mieux que la saincte Efcriturc.
C'est vnmesme Dieu qui parle parla S.
Escriture & par I'Eglife, mais il y a plus
de difficulté à entendre l'Efcriture -que
I'Eglife. L'Efcriture ne consiste pas tant
I
en la lettre qu'au sens. Ce vray sens ne
nous est efclaircy auec asseurance, obîiH iiij
1 1o
Du luge souuerain
gation,^ infaillibilité que par I'Eglife:
I'Eglife nous est donc plus euidenteque
laíamcte Efcriture, íoitenla consignation , soit en l'intcrpretation dicelle.
Reste la quatrieíme façon , en laquelle
l'authorité de í'Egliièpeut estre comparée auec celle de la iaincte Eicnture, qui
est,pour le respect qu'elles ont entr'elles,f
c'est à dire,pour la considération de leut
excellence rapportée l'vne à l'autre,pour
fçauoir laquelle marche deuant & mérite le premier rang. Certainement si on
les considère toutes deux auec l'attetion
requise, on trouuera que I'Eglife est vn
fubíect fans doubte plus noble que la
famcte Efcriture. Ministres, retenez vn
peu vostre fougue, & les huées de vos
exclamations , & efeoutez ma preuue.
Parle nom d'Egliíè en ceste comparaison, comme en tout le reste de cetraitté,
ie n'entends pas auec vostre Luther &
vostre Caluin, des hommes simples, de
toute forte & qualité , pour fidelles &
gens de biens qu'ils soient : I'entends auec tous les faincts Pères de íantiquité
Chrestienne , les Chefs , les Prélats,
les successeurs des Apostres, les Pasteurs
pourueus de commission légitime, legi-
des diffèrent de U Religion.
in
rime ment appeliez & instituez au régime des brebis du Seigneur, augouuernement du corps de Christ, aflìítez suiuant la promesse d'iceluy, de son sainct
Esprit , pour dignement s'acquitter de
leur charge, auec puissance & authonté
d'enseigner toute vérité. Et par le nom
d'Escriture, ie n'entends pas aussi toute
forte de parole de Dieu. Tay dcíìa monstré & espère monstrer encore plus clairement , que toute la parolle de Dieu
n'est pas restrainte dans i'enclos de l'Efcriture. I'cntends seulement la parole escrite, mise en escript par des membres
del Eglise, & rédigée à certain nombre
de liures canoniques par ceste meíme
Eglise: ce que vo 9 estimez seule parole de
Dieu. Ces termes estans ainsi expliquez
& entendus, ie dis qu'il fáudroit n auoit
point d 'esprit pour nier que i'agêr ne soit
plus noble & plus excellent que la chose
agie : que la cause voue instrumentale,
ne soit plus digne que son efíect , entant
qu'effcct ; qu 'vn tesmoin n'ait point d'auantage sut son tesmoignage , corne tel;
vnPrinceíur son ordonnance, comme
telle; vn luge sur sa sentence , comme
telle ;vn artisan sur ía règle, comme tel-
1% i
P H luge Jouuerain
le , c'est à dire comme faicte &c dressée
par luy. Les Maistres & D octeurs de l'E glise qui ont íeruy de plume au sainct
Esprit, sont les instruments par lesquels
le sainct: Esprit agit. La saincte Efcriture estia chose prodmcte. Si la cauíê instrumetale est auâtageuse sor l'effet.il s'ésuit que ceux qui ont dressé la S. Efcriture ne sont pòint sans quelque auantage
fur ce qu'ils ont dressé. Les Prophètes,
les Apostres & les disciples du Seigneur,
comme fès plumes, & comme Secrétaires ont produict l'Efcriture : leurs Successeurs 1 ont consignée parleur tefmoignage, l 'ont approuuee par leur iugement , l 'ont promulguée par leur authorité, l'ont appliquée selon les occurrêces,
par leur art & leur industrie, fuiuans touíìours i'addresfê & l'iní piration de Dieu,
ainsi que Dieu mefme leur auoit promis. La saincte Efcriture d'autre costc
. n'est que le liure de I'Eglife , ie tesmoignage de la venté attestée par l'Egliíè,
la Loy de Dieu promulguée par I'Eglife, ,
la reigle de la Foy , donnée & appliquée
par l'Egliíè. Voyez íì de tout ce discours
vous pouuez conclurre que l'authorité
de l'Efcriture soir plus grande que celle
des d-jferens de la Religion.
115
de I'Eglife { Si l'Egliíè , me direz-vous ,
a dressé & consigné la saincte Efcriture,
non de soy & de sa propre puissance:
mais comme instrument de Dieu , les
ouurages font ordinairement plus excellents que ne font les instruments , tefmoins ceux que nous voyons tous les
iouts partir des mains des Peintres, imagers, Orfeures. Architectes : 11 s'enfuit
donc que la saincte Efcriture est plus
excellente que I'Eglife. II est certain que
les ouurages font bien fouuent.mais non
pas tousiours, plus excellents que les instruments qui agissent par leur propre
forme , comme le pinceau , le cizeau ,
le burin , le compas , la règle , le niueau,
l'efquierre , & tels autres , bien qu'ils
soient maniez par lar-tifah. Mais la
voix de l'Egliíè n'est pas instrument de
ceste qualité : elle est vn instrument de
Dieu qui n'agit rien par fa propre forme,
toute íòn action procède de Dieu. C'est
en quoy consiste l'excellen ce rare & singulière de cest instrument , lequel est
d'autant plus à priser, qu'il faict moins
de foy , &íë laisse mieux códuire à Dieu
qui faict tout par iceluy.
Ainsi quand l'Egliíè nous consigne la
ï14
Du luge fouuerain,
saincte Escnture , & détermine quelque diffèrent de la Foy ce que nous deuons croire, elle est plus excellente que
l'Efcriture entant que consignée ; plus
excellente que la chose déterminée, entant que déterminée : parce que ce
n'est d'elle mesme , n'y de sa propre
vertu & puissance qu'elle consigne IVne , & détermine 1 autre , c 'est Dieu
qui par elle fait l'vn & l'autre. Ces refèrues font adioustees par moy auec tant
de foin pour me faire mieux entendre,
& pour empefeher qu'on ne m'impofe
auoir dictj qu'à cause du iugement que
I'Eglife donne à la saincte Efcriture ,
& de la promulgation qu'elle en faict,
elle est absoluement plus excellente que
l'Efcriture. Ce n'est pas ce que ie dis.
Ie dis feulement , qu'entant que 1Eglifè, iuge, publie ,.approuue, canonize l'Efcriture , elle exerce vne manière
de supériorité de d'authorité fur l'Efcriture , non feulement pour nostre respect qui ne la reeeurions pour saincte
iscriture sans ce iugement , publication , approbation , & canonization ;
mais aussi pour le respect de l'Efcriture
entant que iugee,publiee, approuuce, &
des différents de U Religion.
115
canonizee. Et íì cet , entant, est bien entendu , il fermera 1c passage à toutes les
cauiliations de la chiquane Ministrale.
Vn exemple assez commun l'eíclaircira
encore mieux.
Quand ces deux femmes plaidoient 5- Ref
deuant Salomon à laquelle des deux
l'enfant deuoit estre rendu , comme à
fa vraye mere , le iugement de Salomon concourt plus excellemment à la
vérité du faict , que la mere mesmes.
Non pas que Salomon auec son iugement fasse que cest enfant soit à ceste
mere ; il l'estoit véritablement auant
que Salomon le iugeast tel ; & n'eut
pas laissé de l'estrc encore que Salomon eut autrement iugé. Mais parce que ce iugement de Salomon rend
par son authorité la cognoissance &
la vérité de ceste mere & de ce fils ,
plus authentique &: plus certaine , il a
de l auantagc fur la mere.
Ie dis donc que l'authorité de l'Eglise a pareil aduantage sur la samcte
Efcriture , que le iugement de Salomon sur l'cstre véritable du fils & de
la mere L'Eglife ne faict pas que f Es-
n6
Du lugefouuerain
cricure soit parolle de Dieu, c'est Dieú
qui la faicte telle lors qu'il l'a dictée.
Quand l'Egliíè ne lauoueroit pas telle,
(ce qui ne sc peut , parce que f Eglise ne peut errer non plus qu'elle nc
peut se départir de 1 assistance du saincí
:
Esprit ) elle ne laisseroit pas c e l'estre.
Mais f authorité de l 'Eglise faict que
ie; cognois } honore , respecte , & re- j
r.cre ceste Escriture pour telle qu'elle
est, & m oblige par son authorité à ceste reuerence. Ce que f Escriture , quelque certitude qui ioit en elle , ne peut
faire d'elle mesme 3 non plus que la
vraye mere auec tous ses cris, ne pouiroit se faire estimer ëc croire telle sans
le iugement de Salomon. Voila comment le deíirc estre entendu pourl'aduasttâge que ic dis, l 'authonté de l'Egiiíe auoir fur l 'authorité de fhsentuÏC.
íe prendray encor du chap. précédent
celte cinquicfme différence, pour aiguiser fappetit.de la Ministrerie si des£ouíice. L ? Escriture est à la vérité" !á
voix de Dieu , mais non pas abfolucnrent. ny touíiours ,• le Diable & les
des dijferens de la Religion, i z 7
hérétiques ne s'en seruent que trop soutient : de façon qu'en leur bouche elîe n'est pas voix de Dieu , mais voix de
Diable & d'heretique : c'est en la seule bouche de l'Eglise qu'ell'est &: absoluèment & touíiours voix de Dieu :
parce que Dieu parle touíiours par la
voix de l'Eglise. De manière que 1 Eglife est absoktëment & touíiours voix
de Dieu , toutesfois & quantes qu'elle parle de la Foy ; & partant ne peut
lamais ny errer , ny mentir, ny tromper, ny estre trompée : là où bien que
d'elle meíme l'Efcriturene trompe personne, les hérétiques neantmoins trompent & font trompez par icelle.
ii8
Du lugefouuerain
CHAPITRE VII.
Que les Miniflres s'enferrent eux*
mefmes en la preuue de leur
maxime, & ruinent leur
JMinifiere. '
,
ístegbe§£ En aurois assez dictpouren^1»*^ clouer toutes les pieces de no^J^^ streMimstre/ile deíìr de mieux
instruire ceux qui m'ont prelenté ce fubiet, ne m'encourageoit à dó.
nerpíusauant. le veux doncm'addrefíèr de plus prez à i'autheur de l'efcrit, auquel ie responds pour me faire mieux entendre. Dieu veut eflre ouy tout seul , ce dites vous. De quelle façon est-ce ? mediatement ou immediatemeiu?>w<?&ífw«»f.
Et par quel moyen ì p*t celuy de U Loy que
luy mefmss à voulu donner à son peuple , &
non point par autre ? point , ur tl veut
quon sarrefte vm^ttement à cefle Loy, Quel-
.
I e Loy est-ce? en quels termes est elle
ABi v
LO .
couchée ? Est -ce celle que faincl Pierre appelle vn ioug insupportable aux
luiss
desdiffèrcns de la Religion. 12,9
luiss de íòn temps , & à leurs Pères,
ou sic est celle qui fut comprise ez deux
tables que Moyfe subrogea à celie qu'il
auoit brisé : laquelle est ce des deux ?
Cene peut estre la première; S. Pierre
m'en déclare absous. C'est donc la seconde, ie n'en cognois pomt d'autre
deuant Isaïe & leremie à l'obeïssance de if9y. %.
laquelle ces prophètes en vos citations v: 10 - ,
nous conuient & nous obligent. Si c est v ' ' '
?l>
celle des deux tables , j'accorde fans autre contestation tout ce que vous dites ,
mais non pas en la façon que vous le dites. Ie confesse qui quiconque n'obéit
aux dix commandemens de Dieu, quiconque ne dresse fa vie selon iceux, quiconque s'en départ , n'a point de lumieremous voila d'accord pour cet article.
Les passages d'ifaïe&de leremie ne m'obligent pas à plus. Quiconque pense escre sagehors l'obeyssance de ceste loy est
vn fol ; quiconque reiette ceste loy il n'y
a nulle sapience en ìuy. Que pouuez vous
plus désirer de moy ? Ie veux encore
vfer de plus grande franchise & hberalité.Si ceste loy semble ttop longue & ttop
pesante , pour auoir esté escrite en deux
tables de pierre , la voicy racourcie par
I
I30
Dulugefottucram
vn Législateur de mesmc puissance &dc
mcsme authorité , ^iyme Dieu de tout
ton cœur & de toute ton *me> & ton pro.
"(h/tin comme toy me/me. En ces deux commundemens cjl comprmfe toute la Loy^ &
tons les Prophètes. Et quiconque ne les
croît &c n'y obeyt, ains s'en départ, & les
reiecte, la lumière du matin ne luy fera
pas donnée , ìlne luy fera point bien, il
fera confus , il n'y a point de íàpience en
luy ; mars quiconque les efeoute il escoutc la voix du Seigneur , il luy fera
bien: qui les obferue peut dire que la loy
du Seigneur est auecluy , voire vne loy
qui nous apprend suffisamment cc que
nous deuons à Dieu tant en gênerai que
en particulier car lAccomplissement de U
ROWJJ . s. loy c'est charité. N'estes vous pas content ?
&io.
vous le deuez estre si vous entendez ce
que vous alléguez. Mais s'il est ainsi,
il ne nous faut ny autre Bible, ny autre
Docteur ; qu'vn billet où ces deux com*
mandemens puissent estre cotenus. Que
dites vous à cela?si vous nemt l'accordcz,
ienc puis vous accorder la façon couchée en vostreefent. Et peut estre vous
mesmes ne vous accorderez pas auec
i'ous mefme , si ie vous représente vo-
des differens de U Religion
13 1
stre propre conception. Vous voulez que
Dieu íêul soit ouy par la feule loy qu'il x
luy mefme donnée, suffisante pour nous
apprendre tout ce que nous luy deuons,
tant cn gênerai qu'en particulier , Sc de
laquelle nul ne se doit départir , c'est à
dire, en vostre explication , nul ne doit
aduancer chose quelconque qui ne soit
contenue en la-4aincte Escriture , sans
adioustcr , ou diminuer, ou changer, ne
mot, ne syllabe quelconque d'icelíe S fur
peine de perdre toute lumière. C'est vostre croyance au rapport de vostre eferit
bien pesé & bien examiné, auec toutes
les preuues que vous auez peu ramasser
pourestablir ceste prétendue suffisance.
Puis que c'est vostte croyance , que faites vous cn vostre Eglise prétendue? que
font ces Moines defroquez, ces Prestrcs
reniez 3 &cesP a steurs encheuestrez àl'cntour de nous ? que faict ce Moulin & ses
compagnons Charanton ? que font ces
Efcossois & ces Anglois Puritains , parles villes & bourgades de Poictou , de
Xaintongc , & de Guyenne? N'y font
ils que pour charger les coffres du Roy ,
les bourses descentilshommes qu'ils ser' uent, & les nécessitez du peuple?Si la loy
1 y
Iji
Du luge fûuuerain
c'est à dire en vostre sens, f Escriture feu*
le est suffisante à salut , st nous nedeuons
recercher les choses nécessaires à hostre
salut , hors ceste parole escnte , s'il est
commandé de s'y arrester vniquement,
iì toutes les chofés nécessaires à salut y
sont contenues , si elle suffit pour nous
rendre parfaitement instruis & sages à
íàîut:Si,non íèulcment comme cause générale , ains comme cause particulière ,
elle est íèule nécessaire & suffisante à salut: Si seule elle engendre la foy ,en est le
seul fondement, &le seul soustienjEt
si tous les hommes font menteurs, qui
font toutes maximes prefchees , foustenué's , efcrítes , & signées par vn Ministre, Que faict: ce Ministre au monde en
qualité de Ministre ? Pourquoy faut il
qu'on le loge, qu onl'entretienne, qu'on
le paye ? Quel besoin a t'on de luy ? Dieu
veut estre ouy tout seul; pourquoy faict:
on prescher ce Ministre ? pourquoy l 'escoute t'on ? la seule lecture de la Bible
suffit , & ne couste pas tant. Frère en
Christ , vos maximes que vous redites
si fouuent & si animeufement , m'obligent à vfer de ces termes. Les auez vous 1
bien pesées auant que les mettre par es-
desdìfftrensâeUReligion.
133
crit ? aucs vous considéré la force de ces
trois mots, nécessaire, suffisante, parfait-,
tement ? Entendes vous leur signification & leur portée ? si vous l'entcndez
comme vous 1'eícriuez , comment osez
vous prescher ? si l'on n'a besoin d'autre
moyen que de l'Escriture pour estre parfaitement instruit , pourquoy vous trauaillés vous aux deípens de l Estat & de
vostre Eglise ?
Ie ne m'eshaïs plus si ce grand Maistre
de l'institution reformée a tenu remiíê
dans Geneue auec tant d'opiniâtreté durant fa vie. Ie nem'estonne plus si Richer, le Lcri & les autres de la flotte de
Villegagnon s'enfuirent si tost de l'Amerique. Ie n'admire plus que lcsMinistres
soient si ardans à fe defroquer & desprestrer pour s'empêtrer de femmes &d'enfans dcz 1 entrée de leur Ministère.
Ils íè déterminent de ne bouger d'vn
lieu tant que l'obfcruation des Edits &
le maintien de la cause leur fourniront
de commodité. Pourquoy s'incommoderoient ils à la recerche du salut des infidelles fans besoin ì n'est ce pas assés
qu'ils fassent courir par là monde leurs
Bibles traduites &c frangées à la Gene-
î3 4
Du luge fouuerain
uoiíè, puis que feules elles íbnc nécessaires & surfilantes pour parfaitement instruire & conduire à salut ?
Si Dieu íeul doit estre ouy en son Escriture , fi f Eícriture est nécessaire pour
nous instruire & conduire à salut , personne ne peut estre instruit à salut fans
l'Efcriture.Toutle monde en particulier
òc én gênerai est donc obligé fur peine
de damnation, de lire l'Eícriture. Car
puis qu'on ne peut estre íauué fans la
foy , éc que selon vostre croyance , c'est
l'Efcriture feule qui engendre ceste foy,
personne ne peut paruenir à la foy
qu'il n'ait passé par l'Efcriture. Et
ceux d entre les Chrestiens anciens 8c
modernes qui ne leurent iamais ì Escriture , ont ils laissé pour cela de->
stre Chrestiem ì n'en y a il pas vn en
l'Egliíè que vous seruez qui ne sçachç
lire ì ces pauures idiots touchant l 'Efcriture
demeureront ils idiots tonchant la foy ? Pour n'auoir iamais appris à lire , feront ils frustrez à iamak
d'instruction §c de conduitte à salut ì
II faut qu'ils le soient , ou que vostre
doctrine íbit menteuse : car vous enseignez la seule Escriture nécessaire pour
des diffèrent de U R eligion.
13 c
instruire & conduire à íàiuc. Miserabiejudiots .' à faute de fçauoirlire, vous
voila tous damnez ! Mettez vn liure
entre les mains d vn homme qui n'ait
iamais appris à cognoístre les lettres ,
autant luy vaudroit qu'il ne fust point
efent. La famcte Escriture n'est point
S. Efcriture,àceux quinelafçauentlire.
Mettez la leur deuant les yeux auec
l'hiltgire de Tite Liue íàns leur rien
dire , & voyez s'ils la recognoistront. ~
II n'y a donc point de famcte Escriture au monde pour ceux qui ne fçauent point lire. Que me refpondrcz
vous .? Ceux qui fçauent lire, & meímement les Ministres , la leur liront
& les instruiront fuyuant le contenu
d'icelle. Et ne venez vous pas de dire que tout homme est menteur ?
ces Ministres ne font ils pas hommes ?
n'en peuuent ils pas conter à ceux
qui ne peuuent iuger s'ils lisent comme le liure porte , ou s'ils font semblant de lire ce qu'ils ont deuant les
yeux , &L prononcent ce qui n'y est
pas ì ne faut il pas que ces efeoutans
se rapportent à la fidélité de ces liseurs , ou qu'ils restent fans ìnstruI iiij.
\\6
Du luge souuerain
cìion & sans conduicte î ne depend il
point de ceste fidélité que les liseífs'
ne lisent losephe pour la Bible à ces
panures ignorans ? lugez quel circuit ií
vous faut faire pour foustenir vostre
nécessité de l'Efcriture. Et encore à la
fin serez vous contraincts ,fi l'obstination ne vous serre le gosier , de confesser que la foy de ces idiots n'esi
pas engendrée par l'Efcriture qu'ils ne
cognoiíient point , ains par le récit
d'vn homme auquel ils fe fient , &
qu'ils croyent ne les tromper point.
Qui n'est autre chose en vostre Religion que reduire la foy Chrestienne à
vn foy purement humaine. Si vous estes quelques fois vn de ces Protocole, £c que vous vueilliez estre creuloyal
en vostre lecture , de quelle foy voulez vous estre creu ? est - ce de la diuine ? II lq faut bien: car f humaine ne
siifSrbit pas. Et quelle asseurance peu^
iiént auoir ces panures ignorans que
vous ne les trompez point ? asseurance, difìe , infailliblement obligatoire,
8c obligatoirement infaillible ; telle
qu'il faut pour engendrer la foy Chrestienne, Qui les certifie fans qu'ils en
des dïjferens de la Religion. 1 3 7
puissent douter, que ce que vo 9 lisez n 'est
pas quelque traité de Philon le luis , ou
quelque paraphrase du Plessis , au lieu
d'vn chapitre de l'eí criture dont ils n'eurét iamais cognoissance ? nepouuez vous
point víer de pareille tromperie? N'auez
vous iaraaisleu de quelle façon le Maire
de la Rochelle deflogea les Anglois de la
citadelle de fa ville , íbus le règne de
Charles cinquiefme.?Les ruses desquelles
on fe sert ez affaires du mond e pourroiêt
elles pas feruir en celles de la spiritualité ?
Si vous pouuez tromper, furquoy voulez vous que ces ignorans fondent leur
foydiuine, par laquelle ils croyent que
vos paroles font paroles de Dieu ?
En fin n'estes vous pas hommes? Effrange caprice d'esprits anomaux Voicy
des Ministjgs qui font hommes à mon
adius , âifcrieantnioins ils veulent estre creus comme Dieu ; voire mefme
en protestant que Dieu seul veut estre
creu , &t que tous les hommes font
menteurs. Ie veux encors les pousser
plus outre. La fiance que ces ignorans
ont en vous, que vous ne les trompez
point en la lecture de l'Efcriture , ne
la peuuent ils pas auoir en vn autre
13S
Duluge soutiertin
qu'ils cognoistront mieux, que vous ?
En vn perc, en vn frère, en vn cousin , en vn voisin , en vn amy qui fçaehe lire ? Pourquoy faut il donc qu'ils
payent leur part de l'entretenement
du Ministre ? 11s n'en ont nui besoin :
car la feule Escriture est nécessaire &
suffisante pour parfaictement instruire
& conduire à salut. Elle est tousiours
cícriture,leuè par vn qui n'est pas Ministre ou par vn Ministre.
Et de ceux qui fçauent lire qu'en dirôs
nous ? encore pis pour la coníèruation
de la pension des Ministres, pour deux
efeus ils auront vne Bible qui leur scruira toute leur vie ; ils la peuuent lire chez
euxjpres du feu en hyuer ;'a 1'pmbre d'vn
fruitier dans leur Iardin en esté. II n'est
donc pointbefoin qu'ils aillent courir les
prcíches ou par les chasteaugpu dans les
fours, caria feule Escriture est nécessaire &suffifante pour parfaittemétinstrutrc & conduire à salut. Si vostre doctrine
estreceùepar l'Egliíè qui vous nourrit,
commancés à trousser bagage , M. le
Ministre , èc à cercher le chemin de Berry ,Sc vostre compagnon Augustin Apostat , ecluy d'Orléans auec la carauane
des dijferens de UReligion. 13 9
de vos femmes & de leurs cnfans. Depuis
qu'on se peut paífer de Ministres en Limousin fans intéresser son íàlut, &que
vous n'y estes point nécessaires , vous n'y
pouués estre qu'à charge-, vos brebis ne
laisseront point dc fe íauuer fans vous ,
car la feule Escriture est suffisante pour
parfaittemét instruire & conduire à salut.
C'est ainsi que les Ministres font considérez à preuoir la fuitte de la nécessité &
de la suffisance de l'Efcriture. Que si vous
estes peu heureux en la preuuedel'vnej
l'eípere vous faire toucher au doigt (si l'opiniastrife vous lie la langue ) que vous
ne lestes pas d'auantage en la preuuc de l'autre. Nous parlerons plus clairement
de ceste nécessité au chapitre, où nous
montrerons que toutes les choies nécessaires à salut ne sont pas expressément
couchées enfEícriture^Et de lafuffifance
quádno'prouerósque l'Efcriture ne peut
estre Iugej Qui font les deux areboutans
de vostre eferit. Ie vayles sapper dez que
l'auray éclaircy ceste maxime vostre , que
Dieu commande aux sens des'arreíler "iniquement, (ce mot est lame de vostre proposition ) kfa loy, afin qu'ils ne s'ingèrent de luy
ordonner des fumets 4 leurfantaisie. Voyons
140
Du luge souverain
donc íîl'Eglisc n'a point d'authorité ny
de puissance de faire des ordonnances
touchant le culte diuin.
CHAPITRE
V I I I.
Que l Eglise a puissance d ordonner &
prescrire la manière duseruice dwn:
& defaire des loix. Quelle a exercé cese puissance en la personne
des Ap (sir es & de leurs Succejjeurs en tous temps.
A prière & l'administration
des Sacremes n'appartiennét
elles point au seruice diuin?
qui a donné la puissance aux
Ministres de Geneue de prescrire la forme des prières & la manière d'administrer les dèuxSacremês qu'ils ont retenu,
íbuuent adioustees à leurs Bibles & toufiours au bout de leurs P seau mes rimez
à laMarotte &à la Bezienneî d'où ont ils
pris l'anthorité de commander aux Eglises & d'obliger
les frères en Christ à lob'O
ícruation de leurs ordonnances ?
des diffèrent de U Religion,
1 41
LesCentunateurs deMagdebourg, fameux Luthériens &dcs plus fermes,attc- \
stent qu'en l'Egliíè Romaine il y a treize
&quatorze cés ans on chreímoit les enfans en leur donnant bapteíme. Apres le
baptesme les Euefques leur impoíoicnt
les mains, asm qu'ils receussent le S. Esprit pour les fortifier au Christianisme.
Les seuls Prestres consacraient la S.
Eucharistie. II y auoit des vaics propres & dédiez à cet víage,& des habille mens dont on ne pouuoit íè íènur qu'en
la célébration de laMesse.Tous les ridelles ayás attaint l'aage de puberté, estoiét
obligez de communier à tout le moins
vue fois fan. Le Prcstre auant se p relancer à sautel diíòitsa confession. Pourestre cósacréEuesque il salait passer par les
degrez d'Ostiaire, dç Lecteur , d'Exorciste , d'Àcolyte , de Soudiacre , de
Diacre , de Prestre. On gardoit les
ìeuíhes des quatre temps & du Caresmc, les fcstes & les vigiles. On celebroit
la mémoire desMartyrs. On disoitMesse sans leurs Sépulcres. ,11 ne fe faiíbit
point de mariages fur la benedictiond'vn
Prestre. On y facroit Òc dcdioit íblemncllcmcnt les Eglifes.Les Prestres ne fc
I4ì
Dulugesoííueram
pouuoient marier : &c íì quelque mariç estoit faitPrestre,il estoit obligé de s'abstenir perpétuellement de fa femme. Et
plusieurs autres pareils rcglemens concernans le culte diuin que ces Luthériens appellent opérations du myste«
re d'iniquité : i'obseruation ncantmoins
en a tousiours duré & dure encore
cn l'Egliíè Catholique. Vous vousen
estes affranchis en preíchant que l'Eglise
nauoitpouuoirdeles instituer. I'aydÓnécy dessus la raison de ceste doctrine,
& de cest affranchissement reformé plusieurs fois 3 èc nefçaurois vous larcprocher assez íbuuét pour vous aduertir que
vostre cabale est pieça deschiffree. Les
ordonnaces de l Égliíè vous deíplaiíènt,
parce que vous abhorrez l'assuiettnîement. L'heresie &: l'obeissance font incompatibles. Mais fur toutes les hérésies
qui ont iamais esté, la fyjcttion est vne abominatiô au Caluinifme.Ilhait à mort
tout ce qui l'oblige à s'humilier. II voudroitbien fousmettre s'il pouuoit toutes
les puissances de la terre aux fantasques
opinions de fa reformation Anarchiqueunais il ne peut souffrir que le moindre article de ía nouuelle créance soit ex-
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des dijferens de la Religion. 143
aminé par aucune puissance de la terre.
Le pur .Euangile dont rl sait profession
quiluy a donné le nom de Puritanisme
en Angleterre,ne consiste qu'en pure desobeiflànce. De sorte que leur Religion
sans métir mérite destre creuë vne vraye
congrégation de Thelemites. Voila ce
qui vous a fait obroger l'ancicn culte Eccícliastique &luy en subroger vn tout
neuf, dont la forme íè change & se varie
au gré des humeurs Ministrales. Autre
en Allemagne , autre en Angleterre, autreen France : & en chacune de ces nadons, autre en vne saison & autre en Fautre : tesmoins leurs ordonnances touchant l'administration du baptcfme , diuersifiecs selon le flus & reflus de i'Eípnt
dominant en chaque Synode.
Les íèruiccs ordonnez à l'honneur de
Dieu font de trois façons , les premiers
sont cause de la grâce : les secondes ne
font que dispositios.les troisieímes qu'or
nement & releuemcns du culte diuin:
II faut loger au premier rang les seruices dont Faction & la substance est cause
de la grâce , Ceux cy sont ou neceííàires
absoluement ou pour lc moins véritablement instituez pour ayder & pour auan-
144
Dulugcsouuerdm
cer nostre salut. De ce rang sont lesSacrcmens & le fainctSacnfice de la Messe auquel consiste le vray , le principal & 1e
propre culte deDieu. Geste façon de fer*
uice & de cuire diuin , ne peut estrc ordonnée ny prescrite par autre que par
l'Auteur de la grace.d-ót ils font les moyens infaillibles pour leur respect & entât
qu'il est en eux. Gest pourquoy nous
croyós qu'autre que íeíus nostreSauueur
ne peut les auoir instituez , par ce que
nouslerecognoissons U seule vray lumière
qui illumine tous homme venant a% monde , U
feulefontaine de íabondance de laquelle nous
poumns tous receuoir grâce pour grâce >• car h
ioj a eflé donnée par Moyfermais la grcice<t
vérité ejì faite pur lejm-Chrìfl. Mais l'Egliíè peut bien disposer des circonstances;
touchantl'administration desSacremens
èc í'oblation du Sacrifice , comme des
lieuxjdu réps, des personnes propres à les
donner & receuoir, & en faire des ordonnances.
Nous contons au fécond rang les cérémonies qui nous aydent à osterles
empefehemens de la grâce , comme faire
le signe de la Croix , nous arrouser d'eau
beruste , les ieuûies, les processions , &c.
• Nous ,
des differens de U Religion.
145
Nous diions que l'Eglise peut instituer
cette manière de íèruices , parce qu'ils ,f_
font vdles à l'edification du corps de
Christ, fur laquelle les Pasteurs & Docteurs de l'Egliíè ont puissance suyuant
la commission de íesus- Christ.
Du troiíiefme rang font les íêruices
qui ne ícruent qu'à l'ornement, 1 enrichissement , 1 embellisse ment , & 1e rehaussement du culte diuin. Iefus-Chnst
a laissé ceux cy en la diíposicion libre- de
ses Apostres & de leurs successeurs. C'est
pourquoy S. Paul ordonne la manière
de célébrer la Messe &c d'administrer ie
S. Sacrement, en l'onziesme chapirrede Ciu |t
sa première epistreaux Corinthiens, à
la fin duquel il promet qu'il ordonnera
du reste quand il fera venu. Ncfíre San- Aus ^
«fWjditS. Augustin , ne commanda, point m. c t..
Mec quel ordre il vouloit qtte ce Sacrement
fu/lreceu, ilreferttacejìe pheepow les ^4po^
fîres, p 4r lesquels les Eglises dénotent eíire dis-
posées.
Les Apostres & leurs fucceíïcurs , de
temps en temps ont exercé ceste puissance, comme l'obíèruation des íêruices
de l'Eglise Catholique publie auiourd'huyôt'apubliéauantraagede S. Au-
T4 6
Du lugefouuerain
gustin. Ses paroles le tesmoignent en la
meíme Epiítre que nous venons de citer, Les choies que notagardons^ix. iî,«o« pas
íatjjcespar surit , mais par tradition, qm font
obferuets par tonte ia Lhrtfl entéì fe donnent ìl
entendre efíre retenuapour xuoir (fié recòman*
dees-ff ordonnées^ ou par les ^ápoftres, ou par
les Co'ctles généraux, desquels l'authorité ejì tres
salutaire en C Eglise. Comme quand nous célébrons tons les ans ausc fblemnitè la Pafoo» , U
Refurreclion , ( Afcenfìo+de nojhe Sauueur,
&la descente dn S. Esprit.
tíìeron.
Auant S. Augustin, S .Hicroíme auoit
dit : Tu demandes que ie te monjlre où cel»
eft escritì quand l 'authorité de l Efcriture m
adu. Luu- m a n queroìt Je consentement de tout le monde
ftr '
n
J
i
en cejte partie , 'vaudrott autant que le commandement. Car plusieurs autres choses qui
s'obferuent eT^Egltfes par tradition ontgaigné
autant d*authorite queluloy eferite.
Ces deuxPeres viuoient dans le temps
que vos Docteurs auoùent quand il leur
pîaist la doctnne de l'Eglise auoir esté
coníèruee en sa pureté. Mais deux cens
ans auat ces deuxPeres, Tertullian pour
l'authorité duquel celuy à qui ie reípons
présentement, sarmaauec tant de véhémence en la question de la virginité
da dijferens de la Religion.
14 7
perpétuelle de la Mere de Dieu , auoif
attesté que l'Egliíè de son temps tenoit
ceste meíme croyance. Voicy ses mots,
auec le meilleur habit à la Françoise
que ie leur ay peu bailler : les traductions que l'en ay veués ne mont pas fatisfaict. Vous y recognoistrez des marte oues notables de l'ancienneté de plusieurs cérémonies touchant le culte diuin des deux dernieres façons, que vous
blaíinez auec plus de passion que d'intelligence. Iufques à quand mènerons <gr ramènerons nomlafctepar cèt\ alignement } puis Tertui. d$
jj que nom auons t ancienne v/ance efîablie par c
I preuention ? Si aucune Ejcriture ne ta deter%
minet , certainement la consume l'a sorti*
d fiée, laquelle fans doute ejldecoulee de la tra«
,
l
1
a
55
|
I
f
dition. Car comment mettroit on en usage vne
chose, fi premièrement la tradition ne l'auoit
àpprife ? Mais pour valider vne tradition ,
dira quelquvn ,í authonté de t Efcriture ejì
requise. Mettons nous donc en doute fila tradition non eferite doit èjíre receue ou nonïl'accorder ay franchement quelle ne doit eflre receitëjs'iìne fe trouuepas vn exemple d autrtf
obferuatìons qui luy férue de preiugé , lefquellesfans aucun tefmotgnage de ìì E feritme nous
maintenons par le titre de la feule tradition ,
K ij
1
h
148
Du lugesouuerain
& puis âpres par la defence de la coustume.
Bref afin que te commence par le baptefme,
fur le pomB que nom allons nom prejenfer à
(eau, nous protestons, voire encore vn peu
áeuint dans t Egíije entre les mains du Prestre,
que nom renonçons ÀSatban, à fa pompe , fy
dses\Anges. lèpres cela nous sommes pionge^par trots soit , reïbondans quelque chose
dauantage que le Seigneur par fin Euangile
n a détermine. Leuex^ de U nous gonflons
la mejlange du laiSl & du miel. Et depuis ce
iour nous nom dhsienons delauer le corps tout
le long d'vne fèpmaine. Le Sacrement de l'Eucharistie institué par nojlre Seigneur au temps
du repas, & donné en commandement k tous,
nous le prenons e\asfembleesdeuant laube du
iour, & ce non à'autre main que de celle des
Supérieurs. Nom célébrons tous les ans les eMations ( ainsi nommoit on la Meííè en
ce temps là ) pour les treffaffe?^ & pour les
natiuitez. Nom eflimons rìeflre loisible de
ieuÇner , ou de se mettre à genoux en priant
Dieu le iour de Dimanche : NomnomesioUiffons de cefle mefme immunité, depuis le iour de
Pafques iufques à la Pentecoíle. Nom fous
fronsauec beaucoup de desplaisir que tantsoit
peudenoflre Calice,voire de noflre pain tombe en terre. Toutes les fou que nom commtn-
des dijferens de la Religion.
149
tons OH achexons quelque chose , que nous entrons on sortons , que nous nous habillons ou
nom chauffons, que nous nous baignons, que
nous nous mettons à table , qu'on nous allume
des chandelles , que nous nous couchons , que
nous nous feons , quelque aclion que nous fassions, nous traçons fur nojìre front le signe de
la Croix. Situ demandes opiniajìrement vne
ordonnance de l'Efcriture pour ces obferuations & autres pareilles , tu n'en trouueras aucune.On te mettra enauant que U tradition en
efìl'autheur , U coutume les cons rme ,tjr la
foy les obférue. Pour la raison fur laquelle la,
tradition , la couflume & la foy font appuyées,
où tu la recercheras de toy mefme , ou tu l'apprendras de quelqu'un qui l'aura recerchee. Cependant tu croiras qu'il en y a quelqu'une a laquelle on doit obey (fonce. Tout cecy est de
Tertullian, qui tesmoigne il y a mille
quatre cens ans par ceste dépositions
fauceté de la doctrine Ministrale , touchant l'authorité de l 'Eglise en matière Aft*\o>
d'ordonner des íêruices concernans
l'honneur de Dieu. Et à la vérité qui refuse à 1 Eglise ce pouuoirduy oste la puissance de régir & de gouuerner , qui íuy a
esté donnée de Dieu.
Les passages cy dessus alléguez pour
K iij
i O
DuJugcfouuerain
rínfâiUiUilíté &c duunité des iugemens
de l'Eglise en matière de foy ,seruent encore à prouuercestc puissance. Qut vous
Luc. 10. (jggtttg mefoute , cjui vous mejprife me mescnrì* et ï níe - S - Cyprian, & S. Baíile , explié9
quent ces paroles , non seulement de la
i» doctrine & prédication • mais aussi des
f iVe^'i,. préceptes & ordonnances eítablies par
laanzo. les Apostres. .sirnf <jue mon Pere viuant
nia enuoyéfie vous enuoye aufô. Son Pere
l'auoit enuoyé pour estre non seuîemenc
Docteur &; Rédempteur: mais GouuerneurSc Législateur , quoy que Calmn
gronde contre ces propres termes du
psal t- Prophète Royal , Ie te donneray les nations
four ton héritage , tu les régiras auecvne verge de fer. II a donc enuoyé ses Apostres
Lm .i.
IJ
' '
auec participation de ceste Puissance,car
son Royaume 6c le gouuernement de
son rgliíe militante ne deuoit pas finir
auec fa vie mortelle &: fa présence visible : II deuoit durer perpétuellement,^
Seigneur luy donnera lefiege de DauidfonPere,f^il régnera éternellement. Les Apostres
la mirent en ysage âpres son Ascension ,
comme il est euident par l'acte solemnel
de leur premier Concile & ce décret
qu'ils en publièrent , Jl a semblé a» fwft
des dijferensde la Relgion
151
Esprit Ô Ànu»s ydcne vous imposer tien dauantage de chargé que ces chojej uecejj aires ,
que vous vous âbjîeme 1^ des hfoloîhyies , du
sang & du suffoqué. En ce décret sont contenus deux préceptes. L'vn impofiçif
d'vne charge comme nécessaire. Cés
mots de Charge,&c de 2V7 «ie/?/Ve,iiionstrerit
clairement que cesse desence emporte
commandement. L'autre ou déclaratif,
ou constitutif que de là en hors on n'obserue rien plus de la loy ceremonialc
Mosayque , comme obligation & charge nécessaire. Ce sont les Préceptes que A % ,
Paul & Silas passans par les villes , don- &n.
noient à garder aux ridelles:
Ces préceptes nbbligeoient pas en
vertu de l'ancienne loy. Elle estoit demeurée morte quant à l'obligation dez
le iour de Pentecoste , que la loy de grâce fut promulgee. Ils n'obligcoientnon
plus , comme defences faictes par ìa
bouche de lefus-Christ. Les Euaneelístes n'en font nulle mention. íl reste
denc qu'ils obligeassent , comme faicís
par les Apostres, au de là du i olet que
Caîuinjargonneleur auoir esté prescrit
par leur Maistre.
Ceste puissance ramenraë par S. Paul
1
/
K líij
ï51
Du lugefouuerain
en ses Epistres , qu'il dit luy auoir esté
donnée de Dieu pour ledification non
pour la destruction , qu'estoit ce ? en
quoy coniistoit elle? Quand il deman1,
À de aux Corinthiens •. VouleTfyow <\ue te
2. Cor.%. vienne à vous auec la verge? Quentend il
parcelle verge íìnon la puissance de régir, laqueiie entant qu'elle est directiue,
est appellce en 1 Efcriture Verge de direfs». 44- fl.j or} ^ entant qu'elle vse de contraincte,
Pjfc. t.
Verge defer , Tu les régiras auec vne verge de
fer. Ceste explication est de S. Augustin,
,
_
Li em S. Paul menaçoit les Corinthiens de cetra Eçist. ste verge de fer, & la mit en vsage lors
r m/m. c i ^u»j| j U g Ca ccc inceste & le liura à Satan t;
comme le mesme S. Augustin déclare
eícnuant contre Parmenian. Pour la
verge de direction il en recommande
ì'vfàgc aux Euesques , qu'il asseure auoir
jL3. «». esìépofex du Si Esprit pour régir í Eglise. Et
aux fidèles subiects quand il leur enìoinct, O beyfiez, à vos Supérieurs , t&r vous
ííefc.ì$. íoU}Vtet {(SK * eux - Paíftgcs alléguez par
tous les Anciens Grecs & Latins , comme fermes estançons de la puissance ô£
authorité que les Prélats ont de conv
mander& de faire des loix.
Caluin pourtefmoigncrsa doctrine autáf
des dijferens de UReligion.
155
différente de celle de l'antiquité Chreíticnne,quelicentieuse&íèdicieusc 3 euaye
d epoiíonner le dernier texte de cefte explication reformée , L'~4poJlre commande
tcy d' embrasser auec obeyjjance la dotírine des
bons Euesques , & d'obtempérer à leurs sains
conseils. Courtes & dangereuses paroles.
Elles contiennent trois pernicieuíès corruptions.
La , première; en ce qu'il restreint Ie
commandement de l'Apostre aux bons
Euesques. Bien que l'Apostre adiouste ,
parce qu'ils veillent comme ceux qui doiuent
rendre conte de Ì OÍ ames , qui est le deuoir
des bons Euesques ; dit il pourtant que
si les Euesques ne font leur deuoir , leurs
subiects soient exempts de leurs rendie
obeyssance ?Etluy&S. Pierre n'enseignent ils pas ailleurs les enfans , les feruiteurs, toute forte de subiects d'estre
obeysiansàleUrs Pere & Mere, à leurs
Maistres,àleurs Seigneurs , Sc à leurs
Princes temporels encore qu'ils loient J0ÌJj
rudes , fascheux , meschans , iniustes , i.ear.
difcoles ? Ignoroitil que nostre Sauueur
cust commandé de garder & faire ce * '
que disoient les Scribes & Pharisiens
assis fur la chaire de Moyfe : mais non
ïj4
D uluge souverain
pas d'imité rieurs actions ? N 'est ce pas
se manifester vray successeur des Vaudois , & disciple de Vviclef,qui tenoicnt
pour vn des articles de leur créance que
depuis qu'vn Prélat , vn Pasteur , vn
Roy,vn Prince , vn Seigneur , estoit
tombé en péché mortehlesSubiects n'estoientplus obl'gez de leur rendre obéissance?
La seconde corruption gist en ce qu'il
restresík le commandement de S. Paul,
&lcreíêrre dans l'obeyssance de la doctrine , contre la propre signification du
mot dobeyssance , lequel regarde de
plus pres les commandemens qui consistent en f action , qu'il ne faict pas la
doctrine Car on peut bien enseigner
fans auoir ny authorité ny prééminence fur ceux que l'on enseigne. Mais on
ne peut vser de commandement fans
puissance supérieure.
La troisième corruption est en ce que
par manière d'interprétation il adiousíe
aux paroles de S. Paul , & en diminué la
signification S. Paul dit, obeyjje^àvos
i.Cor.i. Supérieurs, Caluin explique , Obeyssez
á fphikm. aux ^ ns con ^ s de vos Supérieurs :
fans íè soucier de la distinction que
des dijferens de la R eligion.
15 5
S. Paul en plusieurs endrofcts mec entre
les commandemens&les conseils. Malice qui vise encore bien plus loin , mais
que ìe n'ay loisir d'estaler pour le présent.
A la vérité c'est íè publier igno! rant de la nature de tout gouuernc ít ment , de priuer 1 Eglise de lauthosité
í de commander , òc puissance de faire
des loix. L 'Eglise est vne , nonobstant la
[i; multitude & diuersité des fidelies. C'est
i le corps mystique de Iesus-Christ: Dieu
è l 'a establie, qui n'establit rien qu'auec or •
ii dre. Vn corps visible ne peut subsister
I sans chef visible : vne maison sansmairç: stre , vne police fans condmcte, vneRe à publique fans Magistrat, vn Royaume
I fans Roy. II est impossible dcconceuoir
f l'authoritc de gouuerner : que l'on ne
I cóçoiue à mesme la puissance de comlit mander. Ostez la nécessité d'obeyr, vous
, rendez inutile le souuerncment. On ne
a peut estimer Gouuerneur,celuy qui ne
i peut commander. Mais comme tout
I commandement n'est pas loy, bien que
* toute loy soit commandement, tous
4 ceux qui peuuent commander, ne peu| uentpas faire des loix. La loy adiouste
m plusieurs choses par deíïus le comman-
156
Du lugefouuerain
dément , entr'aimes de pouuoir contraindre lesSubiects. L'Eglise peut l'vn
& l'autre. Elle peut commander & faire
des loix : car elle peut obliger les ridelles d'obeyr à fes commandemens & les y
contraindre par peines & punitions. Si
ceste puissance est non seulement vtile,
ains neceílàire au gòuuernement j temporel , n est ce pas estre fans esprit de la
refuser auSpintuel? Platon cn son Minos, dit que la loy est la vraye façon de
bien gouuerner : En son Hippias, que le
Législateur ne sçauroit faire vn plus
grand bien à faCitéjque d'y establir des
bonnes loix, parce qu'où il n'y a point
de loy,il n'est pas possible de bien viure.
Caluin aduoùeque les loix font les, vuys
4,,ì»st.io. nerfs, ou
* ' 4'
( comme Cicéron âpres Platon
les appelle ) les ames de toutes Républiques;
fans lefjueUes ne peuuent aucmemët confifïtr
les Magistrats, comme derechef elles font conferuees & maintenues par les Magijlnts.
Pourtant qu 'on nepouuoit mieuxdire que dasseller la loy vn magijìrat muet,& le MAgtstnt
•vne loy viue.
La íoy commande fans exception de
personne 3 fans partialité & fans respect,
quicstvnpwssanc antidote contre l'en-
des diffèrent de U Religion.
157
uie,Iaialousie , 1 émulation, 1 indignation, & tels autres venins qui infectent
trop, fréquemment les commandemens
que les Supérieurs font en particulier.
Considérez attenriuementles principales actions que les puiíTancesSuperieures
exercent fur les peuples qu'elles régissent: VOUS n'en trouuerez pas vne qui
s'auantageaudeíîus de la loy. Parce que
la loy est le principal instrumcnt,moyennant lequel] le Prince ou le Supérieur,
influe moralement en la Republique ou
communauté qui luy est fubiecte.
L 'Eglise est vne communauté parfaicte & capable de gouuerncment politique, voire dautantplus parfaicte, qu'elle est fondée íur; vne société, confédération, amitié, & communication, dont
í excellence correípond à lexcellence de
fofin,qui surpasse infiniement les fins de
toutes autres communautez.
Le gouuernement plus parfaict est
celuyquifcfaictparles loix: Pourquoy
veut on priuer la plus parfaicte communauté du monde, d'estre gouuernee de
la plus parfaicte façon ? Si le gouuernement des loix est nécessaire aux Republiques séculières &c temporelles , il ne
158
Duluge somerain
lest pas moms cn ía police Ecclésiastique. La nécessité des loix est fondée fur
ì'infirmité& inconstance de la nature
de l'homme. Sa nature requiert bien
qu'il dresse le cours de fa vie au niueau de
la raison ; mais parce qu'il est composé
de corps &c dame , de sens Sc d'esprit,
d'appétit & de raison, bien fouuent le
corps prend tel aduantage fur lame, le
sens mr f esprit , l'appetit fur la raison ;
que*le iugement troublé obscurcy des
nuées & des tourmentes des passions,
perd fa tramontane,& se voit transporté
bien loin de sa route. Pour le remettre
en son romb & le contenir dans le droit
chemin, les loix ont esté trouuces , qui
ne font autre chose qu'vn ferme iugement de la raison bien digérée 5 afin que
les hommes obligez aux obseruations
des loix,soient par ce moyen contrains
de fui ure la raison. Ces considérations
íc rencontrent aussi bien en la communauté de í'Egliíe , qu'ez Republiques séculières. Les Chrestiens pourauoir esté
par la grâce du Rédempteur du monde
affranchis du péché, ne font pas dehurez de la concupiscence & des passions.
Chacun expérimente en foy , aussi bien
desdifferens de la Religion.
159
Mi que S. Paul, le combat ordinaire de la
eí i loy des membres contre la loy de raison,
n de la chair contre l'eíprit.
LesMinisties diíènt,que la saincte Es* criture suffit pour nous enseigner &
É nous mettre en main les moyens de re siíìeràtous cesennemys. Ils pourroienc
w due auec meime raison que la loy de naM ture suffit pour régir les Republiques
J| temporelles. Car commclesloix ciuiles
tyí ne sont que conclusions tirées & desh duites du droict de nature, & appliquées
sfi par la détermination du Prince aux
"1| mœurs de son peuple. Ainsi les ordonÉ nances Ecclésiastiques ne íont que confc| dusions desduites des principes de la
i| íàinctc Escriture : nc sont que determiìí| nations particulariíees &: accommodées
ll| aux Subiects de l 'Egliíe. Pour exemple,
la S. Escriture dit, Quiconque m naifl âeâtií rechef deCeau O" du S. Esprit, n entrera point
0. Au Royaume des Cieux. De ceste proposiiiá tion generale , rEg 'iíetire ceste concluirí íìomDonquesil est vtile d 'ordonner que
pçl les petits enfans soient baptisez le plus de stost que l'on pourra , & que le bapreslí# me puisse estre administré par qui que ce
$ foc en cas de nécessité. La saincte Escri-
160
lonn. 6.
Du luge souverain
turc porte, Si vous me manges U chair d»
fils de l'homme,vous ri aurez, point de vie en
vous 3 sans déterminer ny le temps ny
l'aage. L'Egliíè détermine que toute
personne ayant attaint l'aage de puberté, communiera à tout le moins à Pafques,& à ìeunsi maladie ne l'empesche,
La saincte Escriture dit en gênerai, Que
l' homme s'ejfirouue joy mejme y & ainsi mari'
ì.dr. ir.
gede ce pain dr hoiue de ce Calice. L'Egliíè
particularise ceste espreuue, & commande qu'on se confesse , si on se sent couípablede péché mortel, auant que se présenter à la communion. La saincte Escriture recommande en gênerai iota»
son & leieusne. L'Eglise spécifie l'obligation des Messes aux Dimanches &
ìours de sestes : des ieusnes en Caresme
& aux quatre- temps , sauf les exemptions légitimes. S.Augustin enl'exempie de la saincte Eucharistie confirme
ceste venté, Le Seigneur , dit- il, rìa point
commandé aaeó quel ordre on la receuroit,
afin íjuit garda cefìe place aux ^postmpar
lesquels il auoit dejjeigné de dijfiofer les Egli-
ses, l'ordonneray du refile quand ie seray venu,
**' "' dit S. Paul. A quel propos ces ordonnances^ on n est tenu de les obíéruer?
va
des dtjferens de U Religion.
161
J y a t il quelque ordonnance, précepte,
J. commandement , décret, loy, qui ne
J suppose obligation d 'obeyísance de la
J part de ceux à qui la loy est donnée ?
Û Toute Puissance qui peut comtnander
Je de telle sorte , que ses commandemens
k ne prennent fin auec la vie du comman 1 deur, ains durent auec pareille ou plus
2 forte vigueurapres fa mort, a droit de;i ítablir des loix.
Les Apostres & leurs Successeurs ont
m
J tousiours eu ceste puissance. Le décret
.J du premier Concile tenu parles ApoJ stres en Hiérufálem, fut confirmé âpres
J leur mort, renforcé de peines contre les
g defobeyssans , &: exactement obferué
I autant de temps que l'Eglife a iugé qu'il
d cnestoit besoin. Les Grecs l'obseruent
ehcore.La loy des B igames instituée par
JJJ, fainct Paul a tousiours esté depuis fa
d mort, si bien gardée par l 'Eglife .qu'elle
n'a iamais ordonné bigame fans dispense. Le quatriefme Concile de Carthage priue de l'authotïté d'administrer
les ordres , TEuefquè qui se trouuera
coulpablc à son escient de contreuentionàcesteloy.
L'ordonnance du Pape Victor toiiL ,
i6i
î)u luge fiuuemin
chant îa célébration de laPaíquc est receuë maugré les Quartodecimans , &
confirmée par le Concile de NiceeJ approbation duquel nos Reformez prétendus fmt ìníeree dans les articles de
leur confession de foy. Elle s'obscruc
encore auiourd'huy par toute la Chrestienté > Et ainsi des autres. Mais quel
teímoignage leur peut donner l'Eícriture ( qu'ils croyent vnique règle de
toute venté ) plus clair , plus exprés ,
plus pressant pour l'authorité que nous
defandons , que celuy du trezieíme chal} ~ pitre de f Epistre aux Romains ? Que tonte urne soit fubiette aux puissances supérieures.
Car il ny a point de puiJJ'ance qui ne soit de
Vie». Et celles qui font , font ordonnées de
Dieu. £ t ceux qui y refilent eux mefme s s'acquièrent damnation. Vn peu plus bas : Var
ainsi soyez. Sujets de neeefité , non seulement
pour la punition, mais aup pour la conscience.
Caluin discourant fur ce texte, au quaíafl .io. tricfme liure de son Institution, chapitre
4
i. s.
diXÌclme,aduoúe qu'il se peut aussi bien
entendre des puissances Ecclésiastiques,
que des Séculières. Voicy ses termes:
S ÍIfaut obeyr aux Princes , non feulement
pour la punition % mais poor U conscience ,íí
des diffèrent de UReligion .
163
s'enfuit de là comme tl semble,que les loix des
Princes dominent fur les confidences pour les
tenir bridées. Or ficela efívray , U en faudrá
autant dire des loix fLcdefiafliques. Et Pierre Martyr explique ces mots, EMC mefmes
s 'acquièrent damnation , de la damnation
temporelle s eternelle. Si Caluin &c
.ses Adnerans , se formalisent de ce que
l'Apostre oblige les Subiects d obeyrà
leurs Supérieurs , non feulement poux
crainte de punition : mais pour la conscience , & s'ils font tous leurs efforts
pour desmentir 1 Apostre & se soustraire de ceste fubiettion ; ils ne font qu'imiter letìts Prédécesseurs , Albigeois *
Vaudois, Vvicleffistes ennemys iurez de
toute Superieurité.
164
D« luge fouuerdin
CHAPITRE
IX.
Que les Pretandus Reforme^ ne reco gnoijsent point Jésus -Christ pour
Législateur. Les maigres obietlions
de nostre Ministre reiettees au Vent,
auec ï inuifìbilitè de ïEglise de
Qaluin.
Aïs pourquoy me retiendray
ie dauantage à conuaincre de
rébellion nos Ministres contre leurs Prélats & Pasteurs
egitimeS j ausquels ils s efforcent d'arracher toute Puissance de commander,
contre les textes exprès de f Escriture , íì
toute la pretanduë Reformation desaduoúe hautement & difertement Iesus
Christ mefmes pour Législateur ?
La foy feule , dict: Luther , est nécessaire pour nous rendre mstes. Tout le
ï.tít.t» C.l.
ad Gai.
reste est libre, ll n y d rien plus qui
nows soit ny commandé , ny défendu. Pour
néant Iefus-Christ a íì longuement pres.
ché. Pour néant a t'illì íbuuent réitéré,
ll est dit aux Anciens: moisie vous dis. Pour
des dijferens de la R elìgion.
î6 5
néant a ûl chargé ses Apoitres d'enseigner tout le monde de garder ce qu'il
leur auoit commandé. Le sainct Esprit a
pour néant employé tant de paroles par
la bouche, & par la plume des Euangelistes&des Apoitres, puisque toute la
doctrine Chrestienne est contenue en
ces quatre mots, Qui croira féru /mué.
Tout le reste est libre , chacun le peut
reietter ou receuoir ainsi qu'il luy plaira. II n'y a ny Pape, ny Euesque, ny
Roy , ny Prince, ny Iesus Christ mefme qui nous puisse commander ou défendre autre chose. Vhomme Chrefiten,
dit ce mefme premier chef de toute la
pretanduë Reformation moderne , ria
besoin d'aucune œuure ny d'aucune loy y puis ^ jt{j
que ia foy l'affranchit de toute loy. Que berj.Chrisi
deuiendra donc ce dire de sainct Paul ?
Commentìdejìruifomnouslaloy par la foy?
ia a Dieu ne plaise . Mais nous efiablijjons ia
loy. Si la foy nous affranchit de toute
loy, ne faut il pas que la foy destruise la
loy ? qu'appelle on destruire la loy , si ce
n est luy oster la force d'obliger ?
Caluinn'en dit pas moins au 15). chapitre du troisiefme hure de son Institution , où il traitte de la liberté Chre«
L iij
i66
DHlugefouuerain
íheniie , bien qu!il s'estudie de couurir
íbn ieu plus industrieufement. si tost } dit
il, que quelque mention de U liberté Chrestienne est mise en auant , incontinent les <vns las.
chentla bride à leurs concupiscences : les autres
efmeuuentgrands tumultes ,fi quant & quant
on ne met ordre à restraindre (els leger s Esprits
qui corrompent les meilleures chojej qu'on leur
fçauroitprésenter. II auoit bonne cognois.
íànce des prétendus Reformez, il Içauoit que les principaux fruits que fa doctrine produifoit entre les frères en
Christ , estoient le libertinage &la sédition. Carlesvns, pourfuit-il , fous couleur
de ceste liberté reiettent toute''obej<JJmce de
Dieu , & abandonnent toute licence à leur
chair. Les autres contredisent & ne veulent
ouyr parler de ceste liberté par laqueUe ils pensent que tout ordre, toute modestie , & discrétion des choses soient rentierfees. J^ue ferons
nousicy , estons enclos en tel destwB ? VAUdroit il pas mieux Ifiïfjer derrière la liberté
Qhrestienne pour obmer à tels dangers;? Ma«
fans la cognotffançe â'iccìle , ny Icfm-Chrijì,
ny la vérité de l' Euangile , ny le repos intérim
des dînes n est pas droittement cognu. Pluftosl
donc au contraire tl faut mettre peine que ces e
dofìrtnest nécessaire neÇoitpas omise ny ense-
des dijferens de la Religion.
167
tttlie. Voicy ce qu'il en croît. La liberté
Qhrejìienne félon mon tugement ejì située en
trois parties. La première ejtque les consciences
àes f délies , quand il efì question de cercher
assurance de leur tujhfication , s'efleuent &
dressent par deffm la loy & oublient toute It
iufìice (Ficelle. Si les consciences veulent auoir
quelque certitude 3 elíes ne doimnt donner aucun lieu à la loy. S. Vaul en l' Epiíhe aux Gaulâtes insiste principalement fur ce potnfl, que
les hommes ne peuuent acquérir iufìice deuint
D/e« pir nulles œuures , ejr tant moins par
menusfatras de choses extérieures.
Vautre partie dépendant de U précédente ,
efì que U liberté Chrestienne faicJ , que les
consciences ne sentent point à la loy , comme
contraintes par la nécessité de la loy.
Si ceux
qui font les plus aduanceT^en la voyede Die*
regardent la loy, ils voyent tout ce qu'ils fçtutoient
entreprendre de
faire efìre mau-
dit. Toutes nos œuures fontliees à la malédiction de la loy st elles, font compassées à fa régie.
Combien que les fdélies ne sèment encore le
feché eíìeint en eux ,&la pleme~\nc de mftk-,
Neantmoins ils ne fedoiuent désoler & perdre
Courage , comme s 'ils auoient Diei4 courroucé
contre eux pour telles reliques de péché i veú
que par hgrace de Dieu tl$ font affranchis de
L ìiij
168
Du luge fouuerain
la loy, a ce que leurs œuures nejoient plus exa-,
minées àfa règle.
La troisième partie de la liberté Chrejìienne
nous instruit de ne faire conscience d tuant
Dieu des choses externes qui paffoyfont indifférentes ,
nous enseigne que nous les pou.
uons ou faire ou laisser indifféremment. II ne
faut donner aucun lieu à la loy : l'obeyífance de la loy n'est que malédiction,:
Par la grâce de Dieu les Chrestiens font
affranchis de la loy , Caluin l'enfeigne 1
Mar'il*' au3 ^ Îefus-Chnst ne commande il pas
Luc. 19'. d obferuer le décalogue de Moyse ? ne.
dit il pas que le chemin de la vie eternelle consiste en l'obscruation de ceste loy?
Ces paroles ne font elles pas de leius. ^
Christ , Je ne fuis pas venu foudre la loy,
maù
l'accomplir ì ÎSP est ce pas luy meímes
&6m
uc *•
qui explique la manière de son accomplissement par vne parfaicte obseruation des cómman.demcns de la loy ? S,
Lacques n'a Heure il pas , Quiconque aura
gardé toute la loy. & essence en %'ne chose ,i\
MMìh .iy gjf saisi coulpable dç toutes. Quia dit tu ne
feras point adultère , dit, tu ne tueras point.
Que situ n'es point adultère , £jr que tu fois,
meurtrier, tu te rends transgreffeur de la loy ì
La distinction que Ieíus • Christ faict des
des dìfferens de la Religion.
169
bien heureux, & des maudits , n'est elle
pasprisedela distinction des œuures recommandées &c commandées par la
loy ? Ne dit pas l'Apostre qu'au grand
iugement, Chacunrapportera selon qu d aura
futfl, soit bienfait mal ?
Et pour le regard de la loy propre &
particulière de Iesus-Chnst,quand il dit,
Quinenaijlra derechef de l'eau&duS.Ejprtt, l "»n - ?•
n'entrera point au Royaume de Dieu. St vous rom ^
ne mangeT^la chair du pis ~ik ï homme , ejr ne
beuue^on fang,vous rìaure-x^point de vie
en vous. Quand il défend le libelle de re-
pude & la séparation des mariez , fi
ce n'est en cas de fornication; & que fi on
se sépare on n'en espousè point d'autres;
ne font ce pas loix faictes par lefus Christ ? ne leur faut - il donner aucun
lieu? est ce vne malédiction d'y obcyr ì
Les Chrestieris en font ils affranchis ì
Sauueur de nos ames , pourquoy tant de
paroles à vos Apostres, ^Ue ^inflrntfez,
toutes les nations, baptises les au nom du Père, du Ftls y & du S. Esprit , enseignez^ les de
garder toutes les choses que ie vous ay commandé ? Ne fuffifoit il pas de leur enioindre bricfuement d'annoncer ces quatre
mots , Qui croira, fera fauuéì Les Chre-
170
Du lugefouuerain
stiens íbnt affranchis detoute loy. Considérez au ec attention ces trois parties,
íù r lesquelles Caluin iuge située la liberté Chrestienne. 1. En matière de iustifi.
cation il ne faut faire ny prise, ny mise de
Ja Loy&desœuures. 2. II ne faut faire
les bonnes œuures , comme si elles deuoient estre examinées au niucau de la
Loy: mais comme certainement receuablcs de Dieu, pour imparfaittes & mefchantes qu'elles soient. 3.LVsage de toutes choses extérieures est indifférés, chacun peut en faine conscience les faire, ou
leslaiíîer. Pourroit-onouurirvn chemin
plus large à toutes fortes de vices & de
meschancetez, de reuoltes & de rebellions jPourroit on semondre plus clairement vn peuple séditieux au mespris des
Pasteurs, des Prélats , des Princes & des
Roys? Pourroit-on plus euidemmêt ietter les fondemens dei'Anar-chie?
Rentrons en nostre carrière. Pour
fortifier vostre reuolte contre l'authonté
de f Eglise, vous alléguez que Dieu veut
estre otìy tout seul ; Que les Prophètes
Ism.s.é' nons r enuoyent à la Loy Sc au tefrnoiu*tth if, gnagne, à peine de demeurer sáslumkUm-sre : Que Íesus -Chrisi condamne les do*
âesâiffsrens de U Religion.
171
ctrines & enfeignemens des hommes,
y Vous vous feruez de ces arguments en
<. toutes matières , comme les Empiriques
S de leur antimoine en toutes maladies,
•j Qui vous nie que Dieu ne vueille & ne
t doiue estre oiiy tout íèul cn matière de
| Religion ? qu'il ne doiue íèul prescrire &
t ordonner les feruices qu'il veut luy estre
d rendus ? Mais que cela se doiue entendre
ut immédiatement, c'est cequeie vous nie
u constamment. Nous n'eícoutons autre
t! que Dieu, soit qu'il parle par l'Escriture,
: |( soit par l'Eglise. Nous ne receuons les
1 formes publiques de íbn culte, d'ailleurs
j| que de son ordonnance. Mais ie vous ay
| prouué cy- dessus, que ce que l'Eglise or1 donne est aufl& bien ordonnáce de Dieu ,
si que ce qui est ordonné en l'Escriture;'
í; C'est Dieu qui parle en l'vne & en l'auJí
jjii tre. il adonné les vns ^épojìres , les autres-^f JV
Pafìeurs & Docteurs , pour la consommation
}i des S ainsis ^pouríœuHre du Ministère, pour
1 Fed/jìcation du corps de chrifi tuftues à oc
ft ijue nous nom rencontrions tous en îvrìf tè de
G l>i Foy. C'est à dire iufques au dernier m u gement. Pour le renuoy qu'ííaye fait à la
m Loy & au tefmoignage, si vous le coni foncez auec la maxime que nous deba-
J
17 1
D u lugefouueraln
tons, ienesçayquelleconfirmatio vous
en pourrez tirer. Les termes d'Iíayeíbnt,
*A la Loy £r au tefmotgnaçe , ij»? s'ils ne parlent selon cefte parole , la lumière du mâtin ne
leurfera pas donnée. Vostre maxime porte,
Que ny lc Pape, ny les Euesques n'ont
pouuoir de faire des ordonnances touchant le culte diuin. Comment accordez vous celte íuitte ? On doit parier selon la parole de la Loy & du tesn oignage : Donques le Pape n 'a puissance de
rien ordonner. Quelle íàuuage Dialectique est cecy ? Vous citez ce mefme tex»
te, pourpioiiuerquefEscritare est feule
suffisante à salut, & feule iuge des controuerfes, auec pareil rapport, & pareille
industrie. Maissi vous auiez leu les Com^
mentaires des plus habiles Rabins de h
prétendue Reformation fur Ifaye, & les
traductions & interprétations de ce passage, vous auriez honte de vous en íèruk
íi mal à propos. Tremclhus , le Gamaliel
des Protestans, le traduit , contre la Loy,
£p contre le tefmoimi*e , & explique ces.
mots , non de la parole de Dieu : mais
de ceste sentence des imposteurs , ^ílle^
& conhihez, lesàeitins. Ivîufcule maintient
qu'il le faut traduire , S; non qu'ils parlent
des dijferens de laReligion.
17 5
Qlon Cefte parole là en laquelle il n'y a point de
lumière. Vos dernieres Bibles de Geneue
(
ne vous asseurent pas de la vraye version
de ce heu. Comment osez-vous alléguer
| vue traduction incertaine pour vraye
I parole de Dieu ? Mais posons quelle le
I soit , ne vous ay-je pas remonstré que le
mot, selon , estoit aussi mal entendu, que
mal employé en vos allégations? Ie vous
dis déplus , que vous abusez a rtiíìcieu sèment des mots , Ve Loy & de te/moignage.
I Car tout ce que Dieu a ordonne, soit par
I. les inspirations faites aux Patriarches,
| soit par les e sents des Prophètes, soit par
aduertissements donnez de temps en
temps,, selon les occurrences à plusieurs
Gf particuliers , comme à Dauid & autres,
if tout cela peut estre appellé, & sctrouue
I en la saincte ■ Hscritute qualifié des noms Psd .ut,
: de Loy & de tesmoignage. De me sine
I ea est-il du mot de partie de Dieu. Aufìì
1 bien lest celle qui a esté reuelee aux Pro| phetes , & aux Apottres pourestie prefI chee & distribuée de main en main selon
I la capacité des Auditeurs , que celle que
I lesvns & les autres ont mise par esent.
j Aussi bien est commandement du Roy,
I ce qu 'il enioinct par vn Commissaire,
iy 4
D uhge foHueraln
que ce qu'il publie par vn Edict. Auíîì bié
parloit Dieu par la bouche que par la
plume de sainct Paul* Vous restraignez
le tout dans les bornes de la Loy , du tesmoignage,de la parole comprise és liures
de la Bible qu'il vous a pieu retenir. Auec
celle ambiguïté, combien pipez-vous de
pauures amesí Quelles doctrines des homes font condamnées pat les Prophète
èc par Ïesus-Chnst : &c pourquoy Dieu a
ordonné que les hommes soient enseignez par les hommes, nous l'auons dict
en vn autre endroict , & le dirós cy-aprcs
selon l'occaíion. Pour ast'heurc il me suffira de respondre que le lieu que vous alléguez du quinzieíme de saint Matthieu,
ne doit & ne peut s'entendre que des superstitions & des inuentions introduites
par des personnes particulières fans authorité légitime , lesquelles outre leur
nouueautc font contraites auxeommandemens de Dieu, comme il est ayfé de
recueillir de la repreheníîon que IésusChrist enfaict, Vom aue^rendu vain le coman dément de Dieu par vojìre traditions cc
qui fuit: accusant ceste tradition de desaut, tant pour le respect des autheurs d'icelle, quepour le regard de leur intétioii,
des differens de la Religion.
175
qui estoit leur profit &c gain particulier,:
au meípns&: détriment de la Loy Diui-|
nc. Ce ne peut donc estre fans malice, ou |
í| sansignorance,ou fans tous les deux que
J vous continuez de les appliquer aux trais ditions, institutions , ordonnances , enI seignemens & commandemens de l'EI glilè , Efpouse & corps de Iesus-Christ,
id lesquels partans de fa bouche ne peuuent
estre faicts fans authorité légitime , ny
contreuenirà la volonté de íòn Efpoux
&de son Chef -, íi vous ne voulez condamner 1 Esooux & f Efpouse dauoirroI pu la Foy mutuelle, déclarée indissoluble
& inaccessible au change par les PropheJ KS,Iet'efpouferaypourloujiours, ie t'e/pott- o/«iJ
I, feny en iujìtce & sagement, ie tejfiouferay en
foy, & loyauté: & par l 'Eípoux mefme , le M tu. vit.
juis mec vous tous les tours, tufqaes k la fin du
monde. Vne seule contrauentió au moin-
dre commandement de l'Efpouxtesmoij{ gneroit, ou bien le diuorce de TEÍpouse,
ou bien 1 absence ou négligence de l'Efpoux, leiourquel'Efpouse se seroit laissée surprendre à la destoyaotté. Et par cosequët manifesteroit toutes ces promesses de l'assistance continuelle & perpétuelle, vaines & fausses, qui est y n blaí-
ï? 6
Du luge souuêrain,
pheme trop cru. D'vn collé l'Espoux
15 \é.
promet íì hautement , si clairement , si
expressément que son esprit demeurera
auec son Espouse éternellement , qu'il
luy enseignera toutes choses , qu'il luy
apprendra toute venté: II commande
d'obeyr à ceste sienne Espouse sous peine
de damnation. D'autre costé vous accusez celte Espouse d'infidélité, d'erreur, dé
desbauche:N'est-cc pasaccuser l'Espoux
ou d inconstance,ou d'infidehté,ou d 'impuissance? voire de cruauté , d'impiété,
de tyrannie, de commander à ses sujets,
d'obeyr à vne deíloyale , & desbauchee
pour les punir par âpres à raison de ceste
obeyssance , comme des Paycns & des
Publicains ? L'esclat de ces promesses est
si brillant & si puissant, qu'il a forcé Cali.ìnft. eh
uin, oiiy ce Caluin ennemy iuré de ceste
fil.
Espouse, de les aduoiier & confesser infaillibles en ces propres termes , L 'Eglise
A des excellentes promesses de ne démit iítmaìs
ejìre abandonnée de son Eîfoux , parce quelle
efl conduite de son Esprit à la reco^noijjance it
toute yerité. II est vray qu'il se desdit &
contredit ailleurs , c'est fa coustume , &
celle de Luther, Sc de tous leserrans. Ce
íèroit vne erreur insensée de penser trouucr
des differens de U Religion.
177
usr de la fermeté en ceux qui se laissent
promener au gré de l 'csprit d'erreur.
Et ne sert de rien de vouloir eouurir
soninconstàcepar vn diuertissement de
ces riches promesses à vne Eglise inniíîbIe,compofec des seuls eíleuz, &c cognuë
des yeux de Dieu íèul. II faut estre du
tout fans yeux de corps & d'esprit pour
s'cfgarerdans ce fouruoyement,íì on c5íìdere les lieux où la fàincte Efcriture n5me TEgUíè. Ny Caluin ny toute fa Ministrerie n'a»iamais peu trouuervn seul endroit en toute la Bible, où le mot d'Eglise ioitpris pour vne assemblée inuisible.
Quand Iefus-Christ dict à fainct Pierre:
•
T» es pierre , & fur cejìe pierre tediferay mon Matth.
Eglise, de quelque biais que vous le preniez , vous ne fçauriez rendre ce bastíment inuisible. Soit que par ceste Pierre
vous entendiez auec vos prétendus Reformez Iefus-Christ, soit que vous l'expliquiezauec les Catholiques', de fainct
Pierre, tousiours ce fonderrîent se trouuera visible. En tout édifice ,les fondemens lors qu'on les pose ne íont-ils point
visibles? Si on les oste à la, veué , n'est -ce
pas âpres que le bastiment est hors de
terre,íì on les iette das terre ? Issus -Christ
M
17 8
Du luge fouuerán
&. sainct Pierre lors qu'ils elroiét en terre
n'estoient-ils pas visibles ? A présent que
» lèdifice est auancé s'ils sont inuisibles
c'est en leurs personnes: mais ils sont visibles, Iefus-Christ en son Vicaire , & S.
Pierre en í'onSucceíïèur. L eRoyaume de
. France n'estoit pas inuisible lors que S.
Louys estoit en la Terre Saincte,l absence du Roy estoit suppléée par la présence
du Regent : de façon qu'on voyoit , honorait, respecrait, seruoit le Roy absent,
cnla personne du Regent présent, & le
Royaume demeurait tousiours visible,
auffi bien que quand le Roy y estoit.
La mefme Iefus-Christ dit à S. Pierre,
uattb.is. y Ue { es p ortes d'Enfer ne preuaudroient contre
jon Eglise ,lisez ce qui fuît immediatemét,
le te donner Ay les clefs du Royaume dis Cieux,
quoy qite tu lie en terre fera lié au Ciel^quoy
que tu des/'ies feraàeslié. Ces mots de clefs,
délier, destier, coment les accommoderez vous à vneEglise inuisible ssur quelles
personnes s exe rcera la puissance contenue en iceux . si tout y est inuisible ì Qui
liera, qui demera, qui sera lié , oudeílié,
si les seuls Elleuz, cognus des yeux seuls
de Dieu, incognus des hommes , composent ceste Eglise en ses Chefs & en
des differens de la Religion, tj 9
membres , en ses Supérieurs & en les
fubiects,en ses Pasteurs & en ses brebis ? Matth.iS.
Commentpractiquerons-nous ceste ordonnance de Iesus Christ de déférer à
l'Egliíè les réfractaires obstinez , & les
tenir pour Ethniques en cas qu'ils ne luy
obeyífent , si ceste Eglise nous est incogneue ? n'est visible qu 'à Dieu ì Cornent
nous oblige nostre Sauueur à peine de
damnation de nous ioindre & de nous ^"'^
I
tenir vnis à la vraye Eglife,c'est à dire, en mer .tp. 1,
I l'obeyssance du Chef. & en la commu- a/ Dam,i I mon des membres , si ce Chef& ces mé- Aug .li .4
bres font inuisibles ? Si vous croyez feule de t*ptis.
I vraye Eglise celle qui fait profeffion de
J laviáyeFoy,&al'vsageídesvráis Sacre|nét mens , ceste profession & cét vfage ne
présupposent ils point des hommes visi■»<:
m bles ?
Puis donc que Caluin confesse qu'il y
a vne Eglise à laquelle son Espoux à promis qu 'il ne l 'abandonnera iamais , &:
partant quelle fera tousiours condùicte
Qt de son Esprit à la recognoissaíice de toute vérité , c'est vn aueuglement formé de
{cujj destourner ces promesses à vne Eglise inuisible : vne inconstance , voire vne
k» impiété manifeste d'enseigner ôc de souM ìs ' .
L_
*i 8 o
Du Juge fouuerain
stenir que lEglise viiìblepume errer, ait
erré, íc soit despartie de la vérité , se soit
desuoyee de la doctrine de Foy , en laquelle consiste le lien indissoluble d'elle
& de son Espoux. Soitsans puissance, &
fans authorité pour ordonner des seruices de son Espoux , de la sapience , de
la vérité, du pouuoir, bref de tous les
thresors duquel elle est constituée par luy
meíme ridelle 'gardienne èc dépositaire.
Venons maintenant aux deux maistresses pieces de vostre batterie,qui font
les fondements de vostre eferit.
CHAPITRE X.
Que toutes les choses nécessaires à faim
nefont contenues en l'Efcriture
Sainóle.
^''tff^/» ° ,cy^enc-> dictes-vous, quelefi
mon *duis touchant ce point du lu^v^n é e ^es controuerfes > Ô M 1*e lt
<s*i /J?&í mA in t iens contre vos maximes.
r
C'est que toutes les thofes nécessaires à salut sot
contenues en l Ecriturefaintle ,
qu'elleieíí
des differens de U Religion.
1 Si
feule suffisante fans U par oie non e/crite pretcdueen l'Eglife^omame . Quepar confequcntit
appartient à ^Escriture jeule de iuger en dernier ressort des controuerfes de U Religion.
Exanfinons si la première partie de vostre theíè contient vérité.
y, S i ie ne visois qu'à rabatte vostre eferit, èí n'auois en butte l'esclaircissemet
des matières que vous obscurcissez en
les effleurant : _ trois mots fuffiroient
pour monstrer la fausseté de vostre thè-
se.
Ievous demanderois,est-il nécessaire
àfalutde croire que la faincte Escriture,,.
soit faincte Escriture? vous n'oseriez le
nier puis que vous foustenez que c'est la
faincte Escriture feule qui engendre la
Foy, fans laquelle il n'y a point de salut.
La faincte Escriture ne nous enseigne &
déclare point que tout ce qui est coprins
aux liures canoniques de ce corps deBible, repurgee par la pretciBpcRcformation des'ApocrypheSjfoit seulemét sainte Escriture. Donques tout ce qui est nécessaire à salut n'est pas contenu en la
faincte Escriture. Rongez ceste íifhe toute vostre vie auec tous vos Moulins &
leurs meufniersjvous n'y ferez tou s qu'VM iij
iSt
D H luge soutierain
fer vos dents.
Ie m'enquerrois âpres , ktFoy des Sacremens est elle necessaireXialut ? Vous
ne pourriez le nier ,íì vous nc vouliez defma n tir la faincte Escriture. U niest point
contenu en la faincte Escriture , que le
Baptesme de l'Euchanstie soient í>ac&mens, non plus que la Pénitence & l'Ordre Donques toutes les choies nécessaires à salut ne sont contenues en la faincte
Escriture.
Pour vous acheuer dépeindre , ie vous
prierois me dire íì c'est vne vraye doctrine qu'il ne faut rien croire que ce qui est
contenu en la faincte Escriture? Si c'est
vne vraye doctrine, il est nécessaire à salut de le croire ainsi. Monstrez moy en la
íáincte Escriture ceste proposition ,11 ne
faut rien croire qui ne soit contenu en la
faincte Escriture ; ou recognoissez que la
faincte Escriture ne contient toutes cho ses necessai^É à salut: oí rayez vostre
theíe. ■
C est ainsi que pour conuaincre de niésonge la doctrine des Ministres, il ne saur
employer que ceste me fin c doctrine.
Mais entrons en nostre efclaircissement.
Vne doctrine de Foy nécessaire à salut
des differens de la R eligion.
183
peut estre considérée en crois ou en quatre façons.
La première comme cause & principe
vniuersel de nostre créance, c'est à due,
tel qu'il nous puisse suffisamment induire à croire toutes les choses que nous
^mmes obligez de croire , bien qu'il ne
les explique pas toutes par le menu. Ain- .
si croyons-nous Iefus-Christ , cause &
principe vniuersel de toute grâce sans
déroger àla créance que nous auons de
plusieurs cauíès secondes ^subordonnées opérantes en vertu de ceste première cauíè generale. De c^jtc façon nous
croyons la faincte Escriture cótenir toutes les choses nécessaires à salut, comme
racine &: principe : parce qu'elle contient
&nous enseigne clairement &: expressément qu'elle est la vraye Eglise -. & l'Eglise nous enseignes nous explique tou tes les particularirez nécessaires qui ne
font expressément contenues en la sainte
Escriture.
C'est en cc sens que nous cognoissoss
la faincte Escriture suffisante pour nous
instruire à salut ; non feulement prise en
tout son corps & en son entier , ains en
* beaucoup moins que les Ministres ne
M iiij
♦
184
Du lugefouuera'm
'
nous en ont laissé aptes le retranchemêt
de leurs Apocryphes. Car nous croyons
que toutes les choses absolue ment nécessaires, c 'est à dire, celles íans lesquelles nul Chrestien en quelque estât qu'il
soit ne peut estre sauué, sont contenues
dans le Symbole des Apostres, voire di,
deux ou trois de ses articles. L'Hlustrissime Cardinal du Perron en ía responce à
Tilenus , íi vous eussiez esté curieux de
vous enrichir de ses instructions au lieu
de vous aSfeíèr à la rauauderie de vos
Comministres,vous eustlong temps y a
faict toucher a#doigt ceste venté , nonobstant les calomnies dont vos Confrères le chargent fur ce subiect. U y a deux
sortes de íuffifance , vous eut-il appris,
ívne immédiate, l 'autre médiate: l'vnç
que le fubiet que nous appelions suffisant
exhibe immédiatement & par luy -mesmes; i 'autre qu'il exhibe mediatement
& parles moyens qu'il se subordonne &
se substitué. La lettre du Prince qui contient les principaux poincts de fa volontés remet le reste à la créance du porteur, auquel il tefmoigne auoir déclaré
le surplus de son intention, n 'est pas suffisante immédiatement &c par soy seule,
des dijferens de la R eligion. i 85
ç'est à dir e sans la dcpoíltion du porteur,
pour nous éclaircir de toute l'intention
du Prince : Mais qui l'appelleroit pour
ceía iníuífiiante,parleroit enhomme mai
entendu. Ainsi en est -il de la saincte Es
criture, elle ne contient pas immédiatement toutes les menues particularitez
ii que nous sommes ob igez de croire:m«is
à elle remet renseignement d'icelies à l 'E1 (1 gliíe à laquelle eiie nous renuoye,&nous
M
oblige d 'adiouster pareille foy qu'à elleij mesme, Qm « 00 cya d l' Eglise te fou comme &
Û vn Ethnique & vn Publicain. Si vous entendiez vostre Thèse de ceste première
façon, nostre dispute, íèroit finie pour ce î| regard.
)S,
La seconde façon en laquelle vne dot ítnneneceíïaire à salut peut estre conss
deree 3 est comme principe racine par ticuliere de plusieurs dogmes qui deriuent d'elle par conséquence nécessaire.
Û Exemple, le Fils de Dieu s est fatct homn
me. Ceste doctrine est expressément
n-j contenue ensEscriture, d'où sè tire vne
i l autre doctrine de deux natures en vne
rc
personne qui n'est pas expressément de■ claree en l'Escriture. Vn second exemI pie . Dieu n'est quvst en substan-
l8 6
Du luge fomerain
ce. Ce principe est exprimé en l 'Es.
-criture. Dìceìuy on faict naistre,qu e
les personnes du Pere , du Fils , &
du sain ct Eíprk , bien qu'elles íoient distinctes reailement entrelies , n'ont
pourtant qu'vne mesme substance, ce
qui n'est pas expressément couché en
s *w, i.v rfiscriture.Vntroiíielme exemple. L 'EsVi, r 17 ' criture dit expressément qu'il y a vn pe,,.13
1
t
P
.v. j.
che originel duquel toute la race d Ada
est natu. ellement infectée , & que pour
. entrer au Royaume du Ciel le bapteslotsn,^
me eQ. nece ssaire . De ceste doctrine on
tire que les enfans de quelques pères
qu'ils naissent, doiuent nécessairement
estre baptisez , pour cstre lauez du péché
originel , & auoir entrée au Royaume
du Ciel, ce que l'Escnture ne dit pas ea
termes exprés. Autant en est il de tousles
autres poincts principaux & fondamentaux de la religion Chrestienne , nous
les croyons tous contenus en la saincte Escriture; mais nous croyons auili
plusieurs doctrines decoulees de ces
principes & fondemens lesquelles n'y
íbnt pas déclarées 3- ce qui nempesche
pourtant qu'en ce sens là , nous ne
croyons toutes les choies nécessaires %
des differens de U Religion. 187
| salut citre comprinsës en sEscriture. II
est vray que nous deuons soigneuíement noter que toutes sortes de conséquences tirées par toutes fortes de personnes , quelques apparences de nécessite qu 'elles ayent , ne nous obligent pas
. de les croire, il faut qu'elles soient tirées,
mises en auam , & confirmées par vne
puissance & authonté infaillible , telle
qu'est celle de 1 Egliíe, pnuatiuement à
toute autre ; d'où vient que toutes les
conséquences des Docteurs particuliers,
si elles ne font authorisees par l'Eglisè,
ne sont point creuës nécessaires à íalut.
Les conséquences d'Anus , de Nestorius,& d'Eutyches,sembloient depre*
mier abord , &c semblèrent long temps
àplusieurs personnes d 'esprit & de sçauoir , raisonnablement & nécessairement tirées des principes formellement
contenus en TE scriture. L 'Eglisè neantmoins les condamna comme hérétiques j ez Conciles de Niccc , d 'Ephese,
& de Chalcedoine , & vous & nous les
croyons telles". Autant en faict elle auíourd'huy des vostres.
La trodìefme façon est quand par ces
mots >To«fe do firme defoy, ou bien, toutes
188
Du luge ^ouuerain
cìjoses nécessaires A IO. \ ;-y , on entend tom
dogmes &c toute? maximes particuìie-,
res ouuertement & clairement définies
& déterminées,, de manière que qui ne
les croit est coulpable d hérésie. C'est en
ceste entente que ie maintiens vostre
maxime sauce .- &soustiens toutes choses nécessaires à' salut n'estre contenues
enl'EfcritureSaincte Si les trois raisons
nuancées à la teste de ce chapitre , n 'em« portent le Fort de vostre op. nion le seul
retranchement de lopiniastrise en foustient la defence. l'explique plus claire,
ment la première , puis le verray auec
qu'elle fermeté vous continuerez vostre
defence . Si la foy est nécessaire à salut,
comme elle est, &c si elle n est engendrée
que par la saincte Escnture , comme
vous croyez, il faut nécessairement croire qu'il y a vne saincte Escriture , c'est à
dire, vn ou plusieurs liures efcrits par le
mouuement & inspiration de Dieu.
' L'Escriture n'enseigne & ne détermine
pas quels font ces liures , & combien il yen a. Et quand l'Efcriture determineroit que c'est Dieu seul qui la
dictée, ie ne suis point obligé de croire
ceste détermina tio, £ ie ne crois premie-
des differens de UReligion
18 9
îement que l'Escriture qui faict ceste
détermination, est Efcriture Saincte Sc
diurne. On lit biej. dans l'Alcoran* de
Mahomet que fa doctrine est vne doctrine enuoyee du Ciel, on nc le croit
pourtant pas.Oùcercherons nous donc
la certitude de Infaillibilité de ceste maxime icy, lly a vnt famfle Efcriture? Ceste infaillibilité , fur laquelle vostre foy
fe puisse appuyer , ne ie peut trouuer
en la parole des hommes , ny des Anges , entant que simplement nommes ,
& Anges j nous la deuo^s attendre de
Dieu. II faut donc qu'il y ait vne autre
parole de Dieu , outre celle qui est en
l'Escriture , laquelle nous certifie ceste
Efcriture estre infailliblement la saincte
Efcriture : autrement nous ne sommes
point obligez de le croire , èc nc le croyions iamais d' vne foy Chrestienne.
Dauantage , ce n'est pas assez de sçatioit qu'il y a vne Efcriture saincte, encore est il nécessaire de sçauoir où elle est,
& qui elle est: l'Escriture ne le déclare
point. NOUS lisons des Euangiles fous
le nom de S. Thomas & de S. Barthélemy , nous en lisons fous le nom de S.
Marc, & de S. Luc. L'Escriture ne dc-
19 o
D u Juge fouuerain
termine point lesquels íont les vrays &
lesquels faux. Si 1 on deuoit iuger par
corfiecture , il y a ph^s d'apparence de
retenir ceux qui portent eíciït fur leur
front le nom des A postres, que ceux qui
n'ont titre que de deux disciples , voire
fans asseurance qu'ils ayent esté honorez de Geste qualité du viuant de nostre
Sauueur. Que ferons nous donc là, si
nousn auons autre recours qu'à l'Escuture seule ì
II se trouue des Epistres de S. Paul à
Seneque , & à ceux de Laodicee , aussi
bien qu'à Phitemon, &c aux Romains.
Si nous ne sortons point de l'Eícriturc,
comment fçaurons nous lesquefes font
supposées ,* lesquelles véritables ? les
vnes & les autres se titrent du nom de
S. Paul. S. Paul ne dit pas qu'il n'ait iamais escrit à Seneque } il ne dit. non plus
qu'il ait escrit aux Komains ,si ce n'est en
l'Epistre qu'il leur addreííe. Mais il dit
bien en celle qu'il escrit aux Colossenícs,
qu'il en escrit vne à ceux de Laodicee.
Coment nous asseurerós no 9 parla íèuie
Efcriture que celle des Romains est saincte , & véritablement de S. Paul ,• excelle des Laodiceens prophane, apocryphe
des dijferens de U Religion.
191
& faucement attribuée à S. Paul ? Finalement , ce n 'est pas assez de íçauoir que
les Euangiles de S. Marc , & de S. Luc,
senties vrays Euangiles, que S. Paulna
escntque quatorze Epistres Canoniques j encore est il nécessaire d'estre
certain cn particulier que les Euangiles
que nous auons fous les titres de fainct
Marc, & de S. Luc, font véritablement
& infailliblement ceux que S. Marc &
sainct Luc ont escrits , ians^orruption
&sans altération quelconques que ces
Epistres de S . Paul, font les inefmèVçrue
S. Paul a eíèrites auec leur tout, fans
changement , fans addition , & fans di minution quelconque. Si ie ne dois croire autre chose que l'Escriture , en quel
endroict m'asseure l'Escriture ces veritez.? Si ie dispute contre vnTurc,ou contre vn More Mahumetairi , il me reprochera que nos Euangiles pour la plu spart
ne sont que suppositions : si ie dispute
auec vnHollandois Anabaptiste,iî m'obiectera que ce ne font que corruptions ,
ainsi que les Manichéens difoient au-/í/»?./., t
tressois. Qup reîpondray ie si toute ma c ° lr» F**
créance doit demeurer enclose dans l'enceinte de la seule Efcriture? Si ie vous
192,
Duîuge fouueraití
réclame à mon ay de , quel secours rat
donrez vous , tant contre ies blasphèmes & les reproches de ces hérétiques &
de ces Mahumctains , que contre les raisons des autres deux subiects d'incertitude ? V ous me renuoirez aux enseignemens de vostre Caluin, aussi n'auez vous
autres armes pour vous dèsmekr de ce
combat que celles qu'il vous a forgées.
Voicy ses paroles, ll yavn erreur par trop
commun , sautant quil ejî pernicieux , cejl
" i
ìnl cl He t' E fcrttUï e /àtncle a autant dauthorité,
que l 'Eglisè par adu'is communluy en oéfroye
.7 § i.
*•
( i'ay cy dessus esclaircy comment cela se"
doit entendre , en la comparaison de
l'Escriture & de l'Eglisè) comme fi U vérité eternelle ^inuiolable de Dieue/ioit ttp~
fuyeesur la fantafiedes hommes (i'ay pareil-
lement prouué le iugement de 1 Eglise
n e deuoit estre esti mé iugement d'hommes ) Car voicy la quejìion qu'ils efmeiwnt
non fans grande moquerie du S. Esprit ; Qui
ejì-cequi nom rendra certains que cesle doctrine soit sertie de Dieu ì ou bien qui noui
certifier* quelle est paruenue iufques À nos ri
tiaoe faine & entière ì quiefl ce qui nous per-
suader* qu'on reçoiue vn liure fans contredicl,
en reiettantl'Autre 5 fil'Eglise n'en donne te-
de* dijferens de la Religion.
19y
infaillible ? Sur cela ils concluent cjue toute la reuerence qu'on dort à l 'Escriture j & le
congé de discerner en're les liures apocryphes,
dtfend de l' Eglise. ^íinsices vilains sacrilèges Rft»arnetufchans sinon à ejleuer vne tyrannie des- ^ Ut*-^ ces
bordée fous ce beau titre d'Eglise , ne p soucient gmere en quelle absurdité ils s'enue loppent, tout cccy est de Caluin. Voila
pas vn beau commencement de reiponce? Quidoit s'estonner de la procédure
de vous autres Ministres, puis que celle
de vostre chef est telle ? y a t il harangere
sur le petit pont de Paris plus copieuse en iniures que ce Patriarche de vostre
Reformation , lors qu'il se sent pressé de
quel que question difficile & d'importance ? II continue sa première poincte ,
en rabaissant comme vous, le iugement
de l'Eglisè au terrein du iugement des
hommes. Puis il en dresse vne féconde
de mesme trampe .Or tels brouillons,dit-il,
sot affe'Zrëbarreyjjfarvnfeul mot del' Aposire.
C'est ence qu'tldtt que F Eglise est soujìenue
C'est vne autrequestion corne nous verrons fur la fin
du prochain chapitre. Maispour ne nous
efcarter de nostre íubicct, que dira Caluin à celuy qui luy mettra en doute si
des Prophètes & Sdpoflres.
194
D« luge souHcrain
c 'est l'Apostre qui ait vsc de ces mots , ou
íì on ies luy a supposés ? car c'est ce que
nous cerchons , & ce qu'il a entrepnns
de nous elclaircir. Voicy comment il
s'en aquitte 3 Quant à ce que ces canailles demandent, dont <& comment nom ferons per.
fmiexjjuel Efcriture ejf procedee de Dieu ,ft
nom n'auons refuge au décret de í Eglise, c'est
autant comme fi aucun s'enquérait dont nous
apprendrons à discerner la clarté des ténèbres,
le blâne du noir , le doux de ïamer. Car l 'Escriture a dequoy fefaire cognoiflre,votre£yn
(intiment aujìi notoire ejr infaillible > comme
ont les choses blanches & noires de monfìm
leur couleur, & les choses douces & Ameses de
tHonJher leur faueur.
Icy veux ic vous prier de me prester
vn peu d'attention , le fubiect le mérite ,,car c'est le fondement de nostre Religion & de nostre foy , selon vostre iugement , & selon le nostre auífi , mais
auecdiueríe considération.
desdijferens de UReligion.
CHAPITRE
i<?c;
X I.
Impertinence Pelagianismefaucetê &
contredit!. ion de Caluin touchant cefie ítmne dèrmere persuasion de
lEjfrit particulier , & \>rie qua triefme façon comme toute doBrine
defoy efl nécessaire afaim.
Ovs âuons monstré cy dessus
que Dieu n'a iamais reuelé
tous Jes mystères de nostre foy
& toutes les choses que nous croyons,
ny par foy mefoies ou immédiatement ;
ny à toutes sortes de personnes indisteremmêt. Ains a choisy certaines personnes, comme organes & interprètes de
ce qu'il luy plaisoit nous reueler ; &
a ordonné que tout le reste du peuple
receust fa reuelation par le moyen & 1c
rapport de ces interprètes, auec l'asseurance querequeroit fa prouidenec diuine. A sçauoir que ces messagers & interprètes seroient tellement soustenus de
son assistance particulière , qu'ils ne
N ij
19 6
Du luge souuerain,
pourroient non plus tromper que Dieu
meíine : C'est pourquoy il a obligé tout
le peuple de les croire comme Dieu mesrries. X'out cecy est amplement déduit
au chapitre de l'mfailiibilité du iugement de 1 Egliíè. De manière que parlant selon cet ordre esiably de Dieu ,
nous ne recélions point de reuelation
diurne, nous ne croyons aucun mystère
diuin , nous n'auons point de foy que
parle moyen & interuention des hommes ; non pas comme causes efficientes
& principes de nostre foy , ic'est Dieu
seul qui l est, ainsi que nous venons de
dire, mais comme condition nécessaire
K»m. io. ordonnée & estab lie de Dieu. C'est l'expresse doctrine de S. Paul, quand il dit:
Comment croyront tls en celuy qu'ils n'ont
point ouy ì comment ouyront ils fans Prédicateur ì & comment prefehera t'on fì on n'ejl
envoyé ?
On ne peut donc croire fans ouyr , on
ne peut ouyr fans preícheur ; mais on ne
peut perfeher sás missio.De manière que
par tout où ceste mission defaut , il n'y
peut aiïoir de vraye foy. C'est à dire,
quiconque eícoute les personnes d'autre
qualité que celles que Dieu a choisies
pour porter fa parole , la créance qu'il
des dijferens de U Religion ,
197
entircnepeutestre vrayc & infaillible
créance; parce que ces personnes non
enuoyeesde Dieu , manquent de la certitude &: de l'infaillibilité qui ne peut
accompagner que les seuls messagers de
Dieu : Tels que les Apostres , & ceux à
quiles Apostres ont imposé les mains,
& de main en main qui ontreccu & qui
receuront ceste imposition par ce meírae ordre iusques à la fin du monde. Ie
ramené souuent cecy , pour l'importancedusubiect qui a trauaillé & tiauaille
eíïrangement ics plus habiles d'entre les
Ministres. Or ie dis que cit ordre defaillant en la prétendue Reformation,
il s'enfuit que ceste condition nécessaire
ne s'y peut trouucr , ny par conséquent
la certitude& infaillibilité necessaireà la
foy. C'est ce quireueilleenmoyl'extrcme regret que ie sens de voir plusieurs
ames simples, qui la suyuent , ou pour
y estre engagées de naissance , ou pour
n'auoir pleine cognoissance de ce qu'on
leur presche. Attendu que veritablemct
ce n'est oue de nom au'elles sont fidelles, leur crédulité ne mentant aucunement le titre de foy, parce que lasseúrance, la fermeté ,la certitude, ÔCl'in-
N iij
Ï98
D ulugefomerain
faiilibiiité requile à la foy leur desaut.
Or qu'il soit ainsi la preuue n'en est malaisée à qui a cognoissance des principales maximes de la doctrine reformée.
Vne d'icelles est , Que les Pasteurs & Do„, ,
churs de l'Eolile, depuis Upremm iufques âu
C'est U de.
& i y
■
• i
Urine de dernier , non Jeulement pris en particulier vn
MJ vn< áms en gênerai ejr tom ensemble , voire
Caluin
4. de son
institut,
'„
...
r'n
r
^
*■ Eg") e vniuerjeue, tant reprejentee eç>i Con<s, 8. e> 9- ales que considérée hors les Conciles, peuvent
tons errer : tellement qu'ils peuuent propose*
auxfdeUes des faucete ^pour des articles dt
foy, £7* condamner la vérité pour mensonge.
Ceste maxime n'est fondée fur autre
raiíon que fur ceste cy , Parce que ce
font des hommes. Si ceste raison est valable , comment peuuent estre asseurez
les prétendus reformez, que ce qu'on
leur propose pour saincte Efcriture , soit
parole de Dieu, & non des inuentions
d'hommes , des suppositions , des impostures /Us estiment l Eglue Romaine
&: tous ses fupposts, leurs ennemys , de
la canaille, des brouillons , des vilains
sacrilèges ; nous venons de l'ouyr de la
bouche de Caluin ; neantmoins ils ne
tiennent la íaihcte Efcriture que des
mains des Catholiques Romains ; com-
des dijferens de UBjlìgion.
199
ment la peuuent ils donc croire vraye ,
faine & entière? Vous accusez vn Notaire de fauceté , vous le publiez & le maintenez fauçaire, & ne tenez d'autre main
que de la sienne la piece que vous croyez
fondementale de tout vostre droict.
N'est-ce pas receuoir de la main de l'Antechrist la doctrine de Iesus-Christ ? A la
vérité il faut n'auoir point de iugement
ny de sentiment, pour ne se laisser quelque fois saisir à ceste pensée. Quelle reíb- inflît. t. 7
lutionleur en donne Caluin ? Nous l'a- «•»*
uonsouye cy dessus. II dit que l 'Escriture x
dequoy fe faire cognotflre, voire d'vn fentimet
Aufîi notoire & infaillible, comme ont les choses blanches cjr noires de monjlrer leur couleur
& les choses douces & amères leur faueur,
Caluin le dit ainsi,mais ceux qui le lisent,
le croyent ils ainsi ? est-il bien possible
que l'authorité de cet homme les ensorcelle tellement.qu elle leur fasse croire
pour article de foy,vne chose non seulement sauce, mais contraire à la doctrine
&à la pratique du mefme Caluin, &de
fesMimstres? Voicy la fruceté.Siles marques de l'Escriture font aussi notoires &
infallibles que le blanc & le noir, le doux
amer, comment est ce que Luther iuN iii;
.
zoo
Du luge soutierain
ge l'Epitre de S. lacques vne Epitre de |"
pailles Calum vne Epitre Apostolique?
D'où procède ladiucriké dece ìugement?
Les a Manichecs ne recognoissoiêt point
les quatre Euagiles pour parole de Dieu,
b Les Alogians ,l'Euâgile de S. Iean, c Les
hxr
Aitg her. EbionitesceíixdeS. Marc & de S. Luc,
} o.
& de S.Iean^Cherinthe.ceux de]S. Matc hen. lib.
I.C.Ié.
thieu, de S .;Luc & de S . Ieaa e Marcion
Hpiph.h&r.
d'autre costé, ne veceuoit pour parolle de
30. Uujeb
Dieu
que S.Luc entre les quatre Euangelib-ì-hifi.
c. n.
iistes,& encor non tout entier. fValentin
d Iren, H.
que'S. Iean: & Luther tefmoigne en la
j. cap.u.
ciren ìbi. préface qu'il a mis deuant le nouueau
C Tertul.
Testament , qu'il eut volontiers appuyé
de pr&
ceste
creance,s'iln'eust appréhende la difsm \>.&cotr* Wlttr- ficulté de la faire passer: Car il dit qu'il
chnem.Zptph b&r. faut abolir ceste sauce opinion qu'il n'y a
41.
que quatre Euangiles , &c que l'Euangilc
f l 'en.
de S íean est l'vnique, beau, vray & print bii.
cipal Eúangilé Et que les Epîtres de S.
Paul & de S. Pierre surpassent de beaucoup Içs autres trois Euangiles de fainct:
Matthieu , de S. Marc , & de S. Luc. Si
les marques de la S. Efcnture íbnt aussi
notoires que les couleurs & les íaueurs,
comment ne fe font elles faictes paroistre à tous cesHereíiarques qui ont ou re*
ìAug.vbi
.si
desdijferem de la Religion.
101
jecré ou mis cn doute tant de pieccs principales de rEícnturefeítoient ils fans sentiment ? Dauantage s'il est auíìì aisé de
faire distinction entre la parole Dieu&
la parole des homes , entre laS. Escriture
& les autres escnts qu'entre le blanc & le
noir , le doux &Tamer; ne s'enfuit il pas
qu'il y a autant de facilité de croire les
nv/steresdela foy par la feule lumière de
nature , que de faire la distinction de ces
couleurs&faueursparlefeul bénéfice de
nature? N est-ce pas refuíciter l'hereíìe
ancienne des Pélagiens fpeut on tirer autre chose de ces mots exprès de Caluin >. t
Quîidon tient pour chose conclue que ia dotiri-
ne qu'on propose csì parolle de Dieu , il n'y a nul
£ mince si désespérée,sinon qu'il fut du toutìnftnfé} &mefmes qu 'il eut oublie i oute humaiti~
te'Jequelose lareietter , comme p. on n 'y deuoit
point aiouterfoy. Si on ne peut douter de
ceste pa rolle , fi on nela peut reietter , il
s'enfuit qu'à ceux qui ne íontpoint insen
fez & qui n'ont oublié toute humanitéja
feule lumière naturelle suffit pour leur
persuader auec infallibilité les mystère*
de la foy contenus en ceste Efaïture.Qui
est contre la doctrine del 'Efcnturc& de
l'Eglise, voir e de Caluin mefme. De l 'Es-
c
Dulugesouuerdîn
le*». 6
criturc,»»/ ne peut venir à moyfi le Père qm
t.Cor.j.f. m' A enU0yén.t le tire ,Sc ailleurs
point que
soyons susfijans dépenser quelque chose de nom
Conc.iri- comme de nousmesmes^maisnofìrefusfsantetâ
dent. srff. de vigH De rEglife,/W«rà dit que lans
l'mspiutíon du i> . Ejfrit & fans son ayde s ho*
mepuife croire corné ilfaut, qu'il soit anathème,
Cotre vne autre doctrine deCaluin mesmc } sSincredulìte ejì si hautenracinée^it il&
jìfçrt attachée aux cœurs des hommss^nous
y sommes fifort enclins , qù'âpres que chacun a
i (lit t tifóffi qucViw efifidelle,nul rienpe«t eftre hie
».$-'5-"
persuadé fans grand combat (^difficile. Mer-
ueilleuíèincóstajice d'vn chef de reforma
tio.'des quela parole deDieu estpioposéc,
ditil en vn lieu,il faut estre defeíperéjiníé.
sé, inhumain,pour la reietter,& n 'y aiouter point de foy. Et en vn autre: Apres
que chacun a confessé Dieu estre fidelle ,
nul ne le peut croire, fans grand combat.
Voulés vous deux cnieignemés plus formellement contraires?Ne vous en estonnezpas, ils font de Caluin,& font tous
deux également faux.
a*».r.
Le dernier est faux, parce que la lumière naturelle suffit aussi bien pour nous asíeurerqué Dieu est tres- véritable, que
pour nous certifier qu'il y a vn Dieu tout
des differens de la Religion.
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puissant, toutsçachát,& tout bon.On nc
peut estre certain de l 'vn qu'on ne le soit
de l 'autre j car croire Dieu n'estre point
fidelle, c'est ne le croire point Dieu.Pour
le premier,vous venez de voir fa fauceté
prouuee par l'Escriture 8c l'Egliíè. Reste
à faire cognoistre sa contrariété auecla
pratique de Caluin, & de ses Ministres.
Si les marques de l'Escriture font austì
notoires & infaillibles que les couleurs
Sdesfaueurs : Pourquoy employé Caluintoutle chapitre huictieme, du premicr liure de ses Institutions , a ramasser
tát de raisons & çoniectures pour rendre
ÍEfcriture indubitables prouuer qu'elle n'est point de l'inuention des hommes , mais de l'inspiration de Dieu ?
Pourquoy est il de contraire aduis à celuy de Beze , touchant l'histoire de la '<"»» «•
femme adultère en l'Euangile de fainct:
lean ? Pourquoy la répudie Beze cornme Apocryphe , puis que son maistre
opine qu'elle est receuable ? II auoitleu
la foiblesse des raisons de son maistre ,
mais les sienes n'ont pas plus de fermeté.
Hauoit recognu le motif de l'aduisde
son maistre foible &: menteur, & se con"edisant à laccousturacc. Caluin opi~
104
D uluge fouueraìn
ne qu'on reçoiue ceste histoire , Pane
j'1^ dit-il, quelle a esté receuè pour canonique des
anciens Pères de ï Eglise Latine, quoy qu'elle
dit eflé incognue aux anciens Grecs , esìans
neantmoms escrtte en quasi tous les vieux
exmpUires de S . Iean.
La faiblesse de ceste raison paroit en
ce qu'il compare l'authorité des Pères
Grecs à celle des Latins , & donne l'aduantage aux Latins , bien que l'original
du texte soit Grec. La mensonge en ce
qu'il dit ceste histoire incognue aux anciens Grecs , attendu que S. Athanaíè, S. Chrysostomc , & S. Cyrille d'Alexandrie íont recognuë & receuè' pour
Escriture canonique. La contrediétion,
disant que ceste histoire se trouuc escrite
en quaíi tous les anciens exemplaires
Grecs , & neantmoins qu'elle a esté incognue aux anciens Grecs. Maistoutle
motif en bloc contient bien vne plus
lourde contrariété auec fa doctrine de
íinfaiilibiiité des marques de l'Escriture,
puisqu'il fonde ceste histoire fur le raport des Pères de l'Eglife Latine , c'est à
dire, fur des hommes. C'est volontiers
pourquoy Beze s'est peu soucié , ny de
son aduis , ny de l' approbation des an-
des differens de la Religion.
zo$
cìcns Pères tant Grecs que Ladns , ny
de la teneur des anciens exemplaires
Grecs. Ains tout destroussement a déclaré ceste histoire Apocryphe , parce , Bev far
s l n
Qu'il n estime pas probable que Iefiu- Christ ' '* "
fiijl demeuré seul dans le temple auec ceste
Voila iusques où peut monter
foutrecuidance bestiale d'vn Ministre
reformé. II ne luge assez probable au
goust de son imagination vilaine & brutale, cequ'vn Euangeliste , vn Apostre,
lebien aymé du Seigneur, TAigle des
Euangelistes a laissé par escrit. Qui vous
demanderoit maintenant de quel costé
vous estes , que respondriez vous ? fur
quelle asseurance receuriez vous ou re-.
letteriez vous ceste piece de l'Escriture?
Sil'Escriture est aussi aisée à recognoistre
que le blanc & le noir , lequel des deux
direz vous auoir esté fans veuë ? Ie ne
fçaysice fut le discours naturel qui reprochoit à Caluin en son ame l'impertinence & l'ab surdité de ce moyen, pour
recognoistre infailliblement l'Escriture ;
oust ce fut sa légèreté naturelle qui le
porta à en cercher vn autre ; 11 change
d'aduis , & a recours à vn moyen plus
reloué & plus secret : mais autant incer-
femme.
i o6
Du lugesomeráìn
tain que îe premier j c'est l'interieur tes- f
moignage de l'esprit. Sinom voulons bien P
pouruoir aux consciences , dit-il ,et ce quelles
ne soient point tracassées fans ceste de doutes & P
P
LLi .inst l% erete K,-> qu elles ne chancelent point
(■7 ■ í 4
ne W
hefitent point à tom scrupules , il est requis que F
la persuasion que nows auons di£le , foitprinft
plus haut que des raisons humaines , ou iugemens
f1
*
, bu conieèlures , & sçauoir du tesmoi- f
gn âge secret du s. Esprit. Encor est ce vne
r
merueille que Caluin confesse luy mes- U
mes son incertitude , & combien il est Sf
malaisé à ceux de sa secte d estre infailli- ||
blement asseurez de la vérité de ÍEfcri- f>
ture. Mais pour faire court , puis que p
Luther & Caluin iugent dmerfcment de k
l'Epistre de S . Iacques , lequel est cc des fe
deux, qui a le S . Esprit , & qui en sent in- p
terieurement le tesmoignage ? Luther $
& Caluin se contredisent. Le S. Esprit «
n'est point autheur de contrariété. Si' le p
S. Esprit illumine & esclaire les yeux du »
jugement, lequel des deux est aueugle? m
Que me reípodrez vous à cecy?CÓsultez jtt
le ie vous prie auec tous vos compa- -iji
gnons , qui font accroire à leurs troup- U
peaux qu'il n'y a point de distcrent qu! f
soit d'importance entre les Caluinistcs «íl
des differens de UReligion
10 7
(z les Protestans
d'Allemagne. Mats
fans nous csloigner de nostre tasche S
quel article de foy auez vous plus important que celuy de la cognoissance &£
approbation de la faincte Efcriture s
creiiepar vous vnique mere 6c nourrice
de vostre foy. Voila pourtant deux
grands colonnels de vostre Reformation prétendue' , appointez contraires
surl'aueu , non d'vn verset ou d'vn chapitre, mais de tout l'eferit d'vn Apostre:
Auquel de ces deux Colonnels manque
le S. Esprit .? ils disent tous deux qu'ils
Font, qu'ils le sentent gratter dans leur
ventre , comme vn blereau dans son
trou. Ils le disent voirement, mais qu'en
croyez vous ì qu'en doit croire fEglise
que vous endoctrinez ? vous ferez bien
de n'en rien définir , aussi ne seriez vous
pas creu . Car il faut selon Caluin que
ce soit à chaque particulier que le S.
Esprit donne ce tesmoignage intérieur, ou pas vn d'eux ne recognoistra
ny ceste piece de l'Escriture 3 ny aucune
desjautres. Que ce poincf nous foi t résolu, *
dit-il, qu'il n y a que celuy que le S. Efsrit *
;
Mra enseigné qui se repose en l'Escriture en
i
droiftefermeté. Voila chaque particulier
Jnft . 7.
zo8
Du luge fouueraìn
estably luge, non seulement des controuerses de la Religion , mais de la fainctc
Efcriture mesme. Vous auez donc beau
prefcher& déclarer à vostre Eglise & à
tous vos auditeurs , qu'ils font obligez
de croire vostre Bible reformée; file S.
Esprit ne parle à chacun deux en particulier , vous iettez vos paroles au vent .
Us ne font pas tenus de le croire fans le
teíìnoignage intérieur du S. Esprit, aucjuel seul est deuë, selon Caluin , toute la
certitude qu'on peut auoir de l 'Escntuie. O que volontiers le m'enquerrois des
plus illuminez d'entre vous , en quoy
consiste la diueríîté de leur sentiment,
lors qu'ils híentl Ecclesiaste&l'Ecclesiastique, les Prouerbes de Salomon & le
liure de la Sapience. Ie nYasseurc que
leur refponce m'apprendroit des merueillesinouyes de cet Esprit particulier.
Mais faisons toufiours parler Caluin f
pour defcouurirtousioursdauaiïtage la
fermeté de fa doctrine . U vient de dire
icy qu'il faut croire le tefmoignage intérieur du S. Esprit , &c le sentiment qu'il
noirs donne , pour estre certains de la
fanicte Efcriture. II dit ailleurs , Combien qu'il n y ait que ceux qui sont prédestinez,
des differens de UReligion.
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il
%o9
nez à salut que Dieu illumine en la foy , £7*
mfjuels il face vrayement sentir i efficace de
/' Euangile.Toutesfoìs ïexpérience monflre que
les reprouuez, font quelquefois touche^ quasi
de pareil sentiment que les Eleuz, , en for te qu'à
lmr opinion ils doutent ejìre tej,us durangdes
M
S 'il faut iuger de la vérité de l'Esenturc par le sentiment particulier , & sì
ce sentiment esttrompeur,quclle ìnsaiilibilité cn peut on attendre ? Le sentiment
des rcprouuez ne peut estre attribué au S. ; .
Esprit, il nc íc communique erficacemét
qu'aux Eleuz , Caluin 1 asieure ainsi quád
il dit j Et défait , le dire de S. Paul ne s'ejìend §. u,;
M
pas plus loin qu'aux Eleu^ c'ejl que la charité
m
âe\Jieuefi tífandiie ennos cœurs parle S. Ef-
jtltj
M
prit qui nous est donné.
(3
m
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:li
m
m
m
m
M
M
M
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I
M
§H
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*:
fiìelies.
^
Le sentiment des
Reprouuez est quelquefois semblable au
sentiment des Eleuz ; lisant le premier
d'Esdras vostre sentiment Vous dit que
c'est la S. Efcriture -, lisant le premier desMachabées , èe mefme sentiment vous
dit que ce n'est pas la saincte Efcriture j >
Et quelle assèurance pouuez vous tirer
de ce sentiment, fi vous n 'estes pas asseuré que ce soit vn sentiment d élection ?
s'il peut estre vn sentiment de reprobation?Vostre docteurne vous enseigne il
:o
tio
D ulugefouueraìn
pas que les Eleuz & les Reprouuez onc
quelquefois íèmb 1 ab le sentiment ì Quelle
preuue me donrez vous que vostre sentiment particulier procède du S. Esprit ?ne
peut il pas procéder d' vne persuasion
qu'on vous aura donnée ? d'vn preiugé
dont vostre ame fera saisie ?de vostre pro pre imagination ? de la suggestion dei'eíprit trompeur ? de cest âduerjaire qui comme
vn Lyon rugissant va. tournoi&nt à s entour
de nous cerebant qu 'il pourra euglouttr 'íSziwdc.
i-.Cor.iu
Paul ne nous aduertit il pas que Satan Je
tYms £ mrs en ^4n'/e de lumière ì Et S . îean,
a.
que nous ne croyons pas a tout Esprit, mais que
I.PÉÍC.5.8.
nous efprouuios les Esprits s'ils font deDieu >Et
à la vérité le malin Efprit,Efprit de diui-
íìò & de m'enfóge,nc pourroit mettre en
auant vne doctrine ny plus sauce ny plus
pernicieuse que celle cy. du recours , pour
toute certitude, au tefmoignage intérieur
du S. Esprit. Premièrement, c'est lafcher
labride,& ouunrlepas à toutes manières
d'erreurs. II n'y a nouueauté qui ne se
puisse donner cours sous ce prétexte. Comme les Ebionites reiettoient
tous les Euangiles sauf celuy de S. Matthieu. Les Cherinthiens ne receuoient
que celuy de S. Marc. Les Valentinians
des differens de la R.eligion
111
queceluy de íàinct: Iean,condamnantles
autres,o||ppur fuppofés,ou pourApocryphes; de mefrnc en sont nos ptetandus
Reformez d' vne bóne partie de Ja íàmcte
Efcriture. Pressez les de rendre raison
de ce grand retÉËchement ; ils allégueront lauthonté des Hebneux &
de quelques Pères anciens. Dites leur
que ce font des hommes, & qu'ils peuuent injptíriils íc ietteront dans la comparaison des couleurs & des faneurs ,
du blanc & du noir, c'est à dire, ils recourront au lugement du sens commun,
l &dcla lumière naturelle. Monstrez leur
la bassesse & l'incertitude de ce lugement : ils se fumeront dans ce dernier
'! fort du tesmoignage intérieur du S. Esprit. Quel moyeu pour les en tirer ?
ì l' Esprit du S eigneur mstil À»uc Uiffé.mous j.Heg .vlt.
\ diront ils auec le faux Sedecie,
parì lé À toy ? Prenez que quelqu 'vn d 'eux
jí franchisse le fossé que Luther n 'osa íàu1 ter; qu 'il ne veuille recognoistre auec Va| lentin autre Euangile que celuy de fainét
1
\ Iean : qu'il loge l'Epistre que S. Paul
!1
efent aux Hebrieux aumefmerang que
Luther a donné à celle de S. Lacques.
Comment le conuaincrons nous d 'er-
Oij
D H Juge fouueraìn
reur&de faucetélicét Elprit particulier
est en crédit ? Ne diva - il pas q<£l sent en
sonamele tesmoignage du S.Esprit,qui
l'aíTeure de la venté, èc luy faiét cognoistre ceste Efcriture estre canonique,& celé là estre ApocrypW • N'est-ce pas le
chemin de reduire tout le corps de la S.
Efcriture à tel membre &*à telle piece
qu'il luy plaira ? Secondement , si ce tesmoignage intérieur du S. Eipri^estautoriíë.ne s'ensuit il point que chacun doit
estre creu iuge fouueraìn de (à foy? que
personne n'est obligé de sousmettre son
ìugemét à celuy d'autruy ? que c'est pour
néant qu'on assemble des synodes Prouinciaux , vpiie des Conciles généraux
pour déterminer quelque point de Reli*
gion ? que le Ministre de Charanton fc
trauailìe en vain pour faire approuuer
aux Eglises de France son opinion,&códamner celle du Ministre de Sedan , touchant l'vnion hyp^tatique^verbe in- i
carné? Que les Gommariens perfecutét à !
tort les Arminiens 'en Rolande. Chacun
n'est obligé d'en croire que ce que le tesmoignage du S.Esprit luy en ferasétiren mnl
son particulier. Autat en peut on dire de
tous les articles de la foy .Les plus ìgno
iiz
des differens de la Religion.
2.1$
ransjesplus capricieux Jes plusmelanco"1 liques , comme les plus ©piniastres ,y au:t ront grand auantage fur les plus fçauans,
P lespius modestes, &les plus obeiíTans.
H Où chacun fait le maistre personne n'est
K| maistre ? C'est où Luther vifoit quand il
Ì establissoit tous C hrestiés iuges de la foy.
I C'est le but de toute la pretanduéReforH mation , de ruiner Hterufalem pour edi:tt'| fier Babylone.
En troifiefme lieu , quelle manie peut
H onexcogiter pMus grande que de refuser
fl à tout le corps de l'Eglife vnmerfelle l'af: H fistance perpétuelle & infaillible du S.Eim± prit, pour l'accorder en particulier à chacun des fidelles ì Et qu'appeliez vous
f Eglise ? & dequoy est elle composée ?quel
j monstre nous forgés vous en içelle ? Eile
I peut errer,elle a erré,dites vous,toute entière, depuis la teste iufques aux pieds;s'ií
fcrrouuoitvn membre qui íè peut garatir &íè fust garanty d'erreur.ce íeroitmal
I parlé de dire qu'elle eu st erré toute entieI re. Vous dites tous les deux , qu elle peut
errer , & qu'elle a erre toute enticre ; &c
qu'esta des membres qui n'errent point,
&qui ne peuuent errer,à Içauoir ceux qui
fentet le tefmoignage intérieur du saincl
O iij
ZI4
D u luge fouueraìn
Esprit- Quel prodige de doctrine est ce
cy, de preícher vne partie psus excellante
que le tout ì d'enseigner que chasque fidelíe pris à part peut estre perpétuellement &: infailliblement assisté du S. Esprit , & que toute rassemblée des fidelles
ne le peut? d attribuer plus à vn membre qu'à tout le corps ? A qui appartient
ce membre ? s'il est à ce corps, & s'il tient
du corps,qu'il en soit le membre , pourquoy dérobez vous la gloire au corps entier,pour la donner toute à vn membre
d'iceluy ? Celuy qui ne s'estonne de íestrangeté de ceste créance, ie ne le crois
point susceptible d'estonnement.
Ces monstrueuses abfurditez ont contraint B rance bc Kemnice deux Ministres des plus signalez d'Allemagne de
confesser qu'on ne pouuoit s'exempter
de receuoir ceste tradition non efente ,
de l'approbation & consignation de la
saincte Efcriture pour en estre infailliblement aíseuré.Qiu n'est autre chosè qu'auoùer la S. E scriture né contenir toutes .
choses nécessaires à salut , contre lamaxime de toute la pretandue reformation.
Car fi ceste tradition est nécessaire
pouf nous faire cognoistre la faincte
des dijferens de U Religion,
î|
í
2.1$
Escriture , la saincte Escrkure ne peut .
seruir de rien sans l'authorité de l'Egliíc,
á de laquelle nous prenons & apprenons
H ceste tradition. C'est le defaut de ceste
f cognoissance qui vous fit faire vn si grad
Û vacarme, quand le vous dis de S.Pierre,
M & de S. Paul, que si vous ne croyez qu'à
I leurs personnes vous n'auiez point de
ilj foy : que c'estoit ne croire rien de foy
r'[ Chresticnne. Auez vous veu ces deux
H Apostres ? vous ont ils afseuré qu'ils fuf' sent Autheurs des Epistres qu'on leur
:- attribue ? en quelle forme vous ont ils
Û apparu? estoit cède nuict; ou de iour ?
en veillant ou en dormant? Quelle cerI titude auez vous? quelle aíTeurance nous
M pouuez vous donner de ceste apparilíl tion? Posons qu'ils vous ayent apparu,
íl qu'ils ayent parlé à vous , qu'ils vous
A ayent certifié que ce font eux & non auli
tics qui ont eícrit tout ce que nous li'A sons d'eux,en la teneur , en la forme que
i-| nous le lisons , fans addition , dimi3
nutiô, changement, altération quelconi-j que. Estes • vous obligé de croire leur
K certificat? Ne font ce pas des hommes
\ ! qui parlent long-temps âpres leur mort,
ç | & rendent tefmoignage d eux mefmes ?
O iiij
%16
Du luge fouuerain
En vn mot , si par fentremise d'autres
hommes que lesApostres,vous neteniez
que S. Pierre & S. Paul ont eícrit, vous
ne le sçauriez pas. Et partant si d'vn
plein vol vous voulez vous porter aux
personnes de S. Pierre & S. Paul, ie vous
voy dans les espaces imaginaires desPínloíòphes au delà du monde. C'est ce que
vous n'apperceuiez pas, quand vousreputiez à blasphème ce que quelqu'vn
des nostres a dit, que lans 1 authorité de
l'Egliseil ne croiroitnon plus à la saincte Escriturequ'àTite Liue , voire aux
fables d'Esope. Brance & Kemnice n'en
disent pas moins , si vous les entendez
bien. Car ÍÌ l'authonté de l'Escriture,
quant à nous&pour nostie regard depéd
de ceste traditió qui n'estalitre chose que
le tefmoignage de 1 Eglise, ce tesmoignageostéjl'Escriture reste sas authorité pour
,nostie regardj&cpme si ellen'estoit point
íaincte Efcriture ,• ains vne description
d'Vtopie , vn Roman , vue histoire forgée à plaisir. Notez que ie vous dis tousseurs, pournostre regard , sansTxnicher
à ce qu'elle est de foy.
Quantàl'obiectionque Caluin nous
íaisoit tantost en c©s termes/uyuant ion
des âìjferens de U Religion.
zìj
naturel miuneux, Or ces brouillons font
i^je'^rembxirrez.par lin seul mot de l '^tspojtre, C 'est en ce vu il St que l' Eglise est fou - ^
_
htU
Jîenue des Prophètes & apostres. S'il eust
bien considéré ce passage , il eust retenu
dans les barrières de ícs dents , la conséquence qu'il én tire aucc sqjuniures. S.
Paul ne dit pas que PÈgiìfè soit fondée
sur les escrits des Prophètes & des Apostres, mais furies Apostres & les Prophètes. Tout ce que les luiss croyoient
n estoit pas exprimé dans les escrits des
Prophètes. Ils croyoient la création &
distinction des Anges , le péché originel,íimmortalité dé 1 ame ,îe lugement
final, les articles du Paradis, de 1 Enfer,
de la résurrection des corps. Vous ne
trouuerez aucun de ces articles dans les
escrits des Prophètes, Ainsi les Apostres
n'ont pas feulement efcnt,ny seulement
preíché cc qu'ils ontefcrit, ains ont donné de bouche plusieurs enseigstemens
qu'ils n'ont pas mis par eícrit, & encr'autres , qu'ils auoient efcrit ce que nous
croyons estre à eux. De façon que c'est
de la parole des Apostres non escrite,
mais confcruce & donnée de main en
main par l'Eglise,que nous recognois-
xi 8
*
D u Juge fouueraîn
ions auec certitude infaillible k vraye
Efcriture des Apostres. Par ainsi toutes
choses nécessaires à salut ne font pas
contenues en la faincte Efcriture , ou
l'asseurance & certitude de la faincte Efcriture n 'est pas nécessaire à salut; ce que
vous ne pquuez dire , puis que vous
croyez queTa feule Efcriture engendre
la foy.
La longueur de ceste preuue m 'a cuidé
faire oublier vne quatriefme façon en laquelle se peut prendre la doctrine de la
foy nécessaire à salut, à sçauoir, ou pour
deuoir estre clairement , distinctement
en toutes ses parties , entendue & creuè'
de toutes sortes de personnes & de chacun en particulier de quelque qualité
qu'il soit , ou seulement par les chefs, les
Prélats, les Docteurs , clairement, distinctement, &defueloppee : & par le
menu peuple & les idiots dans fenuelop*
ifâtht). pe de quelque sommaire , & fur la foy
54
des Pasteurs & Docteurs. C'est pourLuc s. 10. quoyilest efcrit en S, Matthieu , Que
Mutth.iy ie/m^Qhnfì ne parloit iamais aux tourbes
fans paraboles , lesquelles il expliqnoit âpres
à ses Disciples <en particulier. Aussi le peuple indifféremment n 'est pas capable des
des dijferens de UKeligion.
219-,
hauts mystères de nostre foy. La co- <
gnoiíTance en est particulièrement commiie aux chefs éc aux Docteurs, des- j
quels la populace doic prendre & ap- ]
prendre se qu'elle doit croire selon sa ca- j
pacité , sans pénétrer plus auant que j
son esprit ne peut porter. S. Paul appel-lc ceste cognoiíîànce deíucloppee, Vt- ■
ande solide & sapience , qui ne doit efìre Hebr. j. ?
communiquée qu aux parfaicts. (Jr comme ,
Cír-3 £
les Apostres ne prefehoient pas ceste doctrine ìxlcuee, mystérieuse, haute & se/i
erette à toutes sortes de gens , auíîì ne }
l'ont ils pas toute couchée par eícrit. j
Toute l'antiquité Chrestienne la creuj
(tomme cela. Les escrits des Pères nous j
en font foy. Les apostres , dit S. Denis, ^ ^. ,
disciple de 5- Paul, ont versé d' esprit en es- c . u
prit jans Efcriture, par t entremise de U parole
certaines choses plus hautes . Et ce que le fus- „
tjjrtjt a commande polir tes plusfiges & plus Buang. a.
0rituels, dit léguant Eíàsebe de'Cefa- l c i
tee j les ^poslresl'ont enseigné fans. Efcritufen, ceux Li feulement auds en ont recopnius
chattes. Et S. Basile nous difoit tantost , Despsr.s.
Que des dogmes prejehez^c» l' Eglise noivs en °- í7 '
tenions les <vns de la doctrine eferite, les autres
à-eU traàiûon UìjJ'ee en mystère > c'est à dire.
no
DuIugesouueraÎB
en secret, parles ^ípoflres.
Quant à la doctrine implicite ou en- Ifs
ueloppee, dans les replis de laquelle les a£J
mystères plus hauts font enclos & corn- ^
1
pris, non distinctement & ouuertement írIf
estalez , comme les Apostres la prcs ''ont
choient indifféremment à tous , aussi ^
l'ont ils toute ou presque toute couchée F01
par escrit. I'ay dit., presquetoute, pour m
ne desmentir cet ancien Euesque de P*
Cesaree attestant au mesme cndroicr Wque ie viens d'alléguer , Jgue des choies tu- »»
l vees par les apostres conuenalles aux ylm p k
foibles ^aul/ulgaire desjïdelles,ils en ont lais ïìk
(cwe partie par escrit , & l 'autre partie tls j^CT
l'ont donnée à obstruer par sanctions , or donnances ejr cérémonies non efentes. S.Paul • flI «
nous asseure del'vn & de l'autre. Onge- ™Ç
ne & S. Hilairc, teímoígnent que Moy- ^co
Ï Cor. j. se pratiqua ceste mesme distinction ez |P
mystères de l'ancienne loy.
le pense bien que vous ne prenez pasPr
le sens de vostre Thèse en ceste quatries- m
me manière , mais ie ne lay pas voulue Jpoii
obmettre, pour ne manquer à feclair- |rel}
ciííement promis , &: pour vous donner fccí
occasion de remarquer combien est ridi -By
pille '& go ffe la censure ordinaire de vospE
l
H
des â 'ifferens de U Religion,
ztt
Reformez, qui croyent auoir trouué la
feue au gasteau , quand ils nous reprochent que noftre menu peuple se rapporte à la foy de son Curé.l'apprendrois
volontiers quelle est la cognoiflance &
fmtelligence des plus huppez de vostre
auditoire, touchant les principaux mystères du Christianisme & de la foy
qu'ils en doiuent auoir , comme de la
Trinité, de l'Incarnation, de la communication des proprietez des deux natures en Iefus -Chnst , dont Tilenus &c
du Moulin , ne íè font iamais sceu accorder, & a fallu que le Roy d'Angleterre ait faictle hola, pour fauuer l'honncur de la prétendue Reformation
Françoise.
Ie conclus donc que vostre Thèse prise au fensde la troifiefme maniere,qui est
le sens commun des prétendus Reformez , pour parler en pur François est
purement sauce. Et dis déplus que vous
ne pouuez foustenir , ny croire en bon
Chrestien , toutes choies nécessaires à
salut estre contenues en la faincte Efcriture , si vous ne croyez aussi , que la co gnoissance , réception & approbation
de la faincte Efcriture n'est point necef-
«
szzz
Dulugesóuuerain
faire à salut. Si vous croyez la cognoifsance , réception & approbation de la
faincte Escjiture nécessaire à salut, auant
la lecture & interprétation de l'Efcriture,
vostre créance se desmanche & se desment: car ces autres deux maximes restent sauces, que l'Efcriture feule engendre la foy ; & que l'Efcriture feule est luge de tous les differens de la foy,puis que
feule elle ne peut ìuger le diffèrent meu
fur* Ion authorité , & fur son infaillibilité.
Ce fondement fappé,fur quoy subsistera désormais la masse lourde de tout
vostre édifice ? Ecroulons la touteentiere aux prochains chapitres , & monstrons que fa ruine ne peut estre dilayee que par les appuis & estançons
vermoíus , ou d'vne superbe ignorance,
ou d'vne obstination ambítieuse ,ou d'vne affection désordonnée de liberti-
nage.
des differens de la Religion.
CHAPITRE XII.
Que la S. Efcriture feule ne peut eftre
luge des differens de la foy.
Ez l'entree de ce traitté , au
premier chapitre nous auons
expliqué la differance qui est
entre la reigle & le iuge,la loy
& le Magistrat. La confession de foy des
Eglises reformées a fleure que la S. Efcri'
ture est règle de touté vérité. Nostre Ministre afferme qu'elle est feule règle de la
foy, feule règle & touche de toute vraye
doctrine. Nous auons monstre en fuite
de la susdite differance que fielle est regle elle ne peut estreiuge. Les deux prochains chapitres nous ont faicì: cognoistre que puis qu'elle ne contient toutes
choses nécessaires à salut, elle ne peut estre feule règle de verité^ny feule règle de
hfoy:Cecy paroistradauantage lors que
nous métrerons cy âpres qu'elle n'est ny
lobiet total matériel nyle fôdemét de la
foy, ainsi que nostre Ministre la prefehe.
Prouuós maintenátpar autres moyês
214
Du lugesouuerain
qu'elle ne peut eíìre mge des diíferans de
la foy.L'Efcriture coníiste en deux cho•fes,en la lettre & au sens, amíì que l'hom»
me est composé du corps & de lame. Le
Phocylide François diíbit sagement ; cc
que tu voisdel'hommenest pas fhomme ; nous pouuons dire auec pareille raison, ce que tu lis n'est pas la faincte Efcriture, car elle ne consiste pas à lalire,mais
à rentendre,elle ne consiste pas áux fueilles, en l'escorce 3 à la lettre , aux paroles,
mais en la moueíle,au cœur,en l ame , au Cor
sens.Sainct Augustin estime que saincì
Paul a touché ceste diuersité deconíistéce quand il a dit , La lettre tuerais lefprit
i .Cor,,.
serm. - a
de ttm}o-
„.
Ifiuijìe 1 voicyfes mots ■> f'tyfòuítentMerty
a^fíre c harité3 mes frères treschers.aue es cho~ !
- J
J
/'
1
Jes quiJont récitées en í Egliíe ces tours cy nom
ne aeuonspas proidre varde feulement à ce que
îiottscognoisjons de la lettre , mûs en huant7e
•voile de la lettre recsrcher fìisllement teífrit j
'v'misant , car l\Apostreditlaleitretue , mùs\
l esprit -vinifie. Malheureux Iuifs,mats plusl
mal heureux hérétique s\ils ne regardent feu!e-ì
ment que le fonde la lettre corne "vn corps fans\
ame, ainsi fans síL/ffit vwfiant ils rejhntì
morti.
L'Efcriture ne nous est d5nee que pour
*
nousl
des dijferens de la Religion.
i iy
nous acheminer à salut. Si vous suiuez
son vray sens qui est comme T Esprit &
l'ameviuisiante,elle vous conduira droit à
vostre salut:si vous meíprisez ce'vray sens
ft que vous vous attachiez simplement
à ce que l'efcorce de la lettre porte , il ne
peut estre que vous ne fouruoyez íbuuét.
Cecy présupposé ,ie maintiens que l'Efcriture ny selon la lcttre,ny íclon son sens
ne peuc estre Iusre des controuerfes de la
Religion.
Commençons par la preune de la lettre. Celuy ne peut estre luge infaillible
des disserans de la foy qui nous peut faire
fouruoier & nous acheminer dans Terreur & dans l 'hérésie.
La faincte Efcriture, si nous regardons
la feule teneur de fa lettre , nous peut faire fouruoyer&nous acheminer dans Terreur & dans l'heresie. La faincteEfcriture
ne peut donc estre luge infaillible des
difterans de la foy. La premier proposition est claire; pourquoy cerchonsnous
vn luge infaillible de nos débats, si ce
n'est pour nous asseurer de la vérité &c
nous empefeher d'errer ? si ce luge nous
fait errer comment serat 'il infaillible ?La
secôde n'a besoin de plus puissante preuV
tïi 6
Du lugefiuuerain
j uc que celle que nous auons cy dessus Ijì,
léguée de S. Paulda lettre tue , fans doute si elle nous fait cheoir en erreur & hérésie qui sont les pires morts de lame.
La conclusion demeure donc ferme &
asseuree.
S. Augustin appelloit tantost les luiss
mal - heureux pour s'estre attachez à la
soûle lettre. Ils entendoiet selon la lettre
tout ce que Moyse & les Prophètes aubientpreditdu Messie. S. Paul le leurreproche , Ittfques auiûurd'buy quand on lit
Moyfe le voile
posé sur leur cœur . Ils continuent toulìours en ceste erreur , par ce
qu'ils ne veulent abádonner ceste eícorçe & se laisser éclairer du sens qu'elle couurc. Le Messie est caché fous les cérémonies & sacrifices extérieurs de Moyfe.î Ils
s'amusent &í s'arrestet à ce voile , ne souffrent qu'on le defcouure ; c'est donc ce
voi!e,& ceste description de cérémonies
& sacrifices extérieurs qui les tue. IefusChnstleleur auoit reproché auparamnt.
itAn. j.
Sonde ^les Efcritures car vom pensés auoir
vie enicelles , & ce font elles qui rendent
est
tefmoignage de moy ; & vous ne voulez^
venir à moy afin que l>ous ayez vie .Com-
rac s'il eut dit : si vous auez enuie de co-
diffèrent de ïaReîigion.
1
,
:
'}
'j
ny
gnoistre asseurement que ie íuis le vray
Messie que Dieu vous a promis, de qui
Moy se & les Prophètes ont escrit, vous
nedeuezpas vous arrester à la lettre extérieure des Escriturcs , mais sonder
le sens & l'esprit caché sous ceste lettre
exteneure , ainsi qu 'vn corps fous son
ombre, vne vérité ions fa figure. Vous
n'y auez voulu entendre iuíqu'icy. Vous
croyez bien que la vie eternelle gist en
l'Efcriture: mais vous ne fçauez pas l'etv
droict où elle gist. Ce n'est pas en Ja teneur de la lettre , ez cérémonies & figures extérieures deícrites en ceste lettre,
comme vous estimez : C'est en l'esprit
intérieur, au sens , & au mystère recelé
fous la couuerture de ceste lettre. C'est '
là où vous me deuez cercher si vous
voulez me trouuer. Ils s'obstinent à no
l'y cercher, il est donc impossible qu'ils le
trouuent , Voila pourquoy ils demeurent morts ,sms esprit, & fans ame , d'autant qu'ils fe laissent conduire à vne escriture priuee de son esprit&de son amej
qui est son vray sens.
S. Augustin appelloit les Hérétiques
pareillement malheureux pour pareille
cause. Jls s'attachent à la lettre feule &c
Pij
iî.8
Du luge souueraln
au sens qu'ils luy donnent au meípris du
vray sens, qui est celuy que le S. Esprit
suggère à l'Eglise faincte & CatholiqueLa lettre les tue. Nos prétendus Réformateurs deuroient auoir appréhension
d'imiter les actions de ceux dont ils abhorrent la mort, que ceste lettre leur a
donnée. Cestelettre , Moy & mon Pere
sommes vn , oùjconduict elle iadis les
lemxo. Sabelliens ? A s'imaginer que le Pere
auoit austi bien souffert la mort pour nos
péchez fur l'arbre de la Croix, que le
Fils. Que le Pere, le Fils, & le S. Esprit,
n'estoient pas trois personnes distinctes
realement , ains seulement trois noms
signifians trois diuerses opérations en
vne mesme personne. Que ceste vnique
. personne s'appelle Pere, d'autant qu'elle
a creé toutes choses, Fils d'autant qu'elle
a prins chair humaine au ventre de la
Vierge, S. Esprit d'autant qu'elle nous
sanctifie par fa grâce. Et partant si le Fils
a souffert, il faut par consequence nécessaire que le Pere ait aussi souffert. Pour
ceste opinion on les nomme PatrifpafAug. ds sians.D'où auoient ils puisé ceste erreur?
41 ' De la lettre qui tue. Ceste lettre porte,
Mon Pere & moy sommes vn. Ils Tinter-
desdijfirensdeUReligion. izj»
prctoicnt de l'vnité des personnes , qui
n'estpas son sens. Le vray íèns& la vraye
ame de ceste lettre est ceiuy qse le S. Esprit nous descouure par le moyen de
l'Eglise, à sçauoir que le Pere , & le Fils ,
6
sont vn quant à l'essencc ; mais ils sont
deux quant aux personnes. Ceux qui ne
voulurent receuoir ce sens , &quis'opiniatrerent à la lettre meurtrière, demeurèrent morts comme Hérétiques.
Ceste lettre, Mon Vere efl flus grand que ^°an. Hmoy, oùcondúset elle les Ariens ? à nier
que Ieíus -Christ fust Dieu. Ils reiettetént le vray sens de l'Eglise , pour embrasser ccluy que leur repreíèntoient les
termes crus de la lettre. La lettre les tua.
Cestelettre, L'Ejfrit fonde tout, voire l Cor ,„
U profondeur de Dieu , où conduict elle les
Macédoniens ? à dcsauoùer le S. Esprit
pour Dieu. Si t Esprit fonde , disoient ils ,
tlcerche •^S'dcerche , il doute ; s'd doute , //
ignore j sil ignore il nefl PM Dieu. Le-sens
de l'Eglise est que l'esprit sonde , pénètre, entend & comprend toutes choses.
Ainsi qu'ailleurs il est dit , Que Dieu fonde p aflt i L z,
les cœurs de tous les hommes , Que Dieu fonde Pfml. 7Us cœurs & les reins. Ils reietterent ce sens,
pour s'attacher à celuy que leur fantasic
p iy
lerem 1?
' '
2.3O
Du lugesouverain
cxprimoit des termes de k lettre. La 1er" tre les tua.
Quelle. guide fut ce qui conduit les
Manichéens à croire que le vieux Testament fust contraire au «ouueau? La
cm. i. lettre. Celle du vieux Testament porte
lom. i. que Dieu crea toutes choies ; celle du
nouueau, que le Verbe crea toutes choCtn t ses. Celle du vieux , que íhomme fut
jom.%. faict à l image de Dieu ; celle du nou* ueau , que les hommes font du diable.
Gen
lom. /. Celle du vieux, que Dieu fe reposa de
toute œuure le feptieíme iour ; celle du
nouueau, Dieu opère iufqucs à présent.
Et plusieurs pareilles conrrarietez , que
leurs imaginations alignées aux simples
termes de la lettre leur figuroient,& que
le sens de l'Eglife accordoit aiícment ,
'A«g- titra comme S. Augustin montre contre Adimante. Dieu a cree toutes choies , mais
par son Verbe comme par son idee.
L'hommeest faict: à l'image de Dieu ,
quant à la nature : il est du diable quant
à la malice. Dieu se reposa de toute œuure le septicsme iour quant à la création
des espèces, ilopere iuíques à présent
quant au gouuern e ment & à la conscruation.. Ceux qui mespnserent çe sens
des àiffetens de la Religion.
z 31
pour embrasser celuy que- leur fantasie
particulière tiroit desecorcedela lettre,
moururent en leur hérésie. La lettre les
tua. Le mesme auint aux Nestoricns ,
auxEutychiens , aux Pélagiens , bref à
tous ceux qui ont faict boucler des paroles de l Efcriture , contre le sens que
l 'Eglisê en donne , laquelle seule a promesse infaillible de l'afiîstance du S. Esprit , & de renseignement de toute
venté.
Les Ministres refpondent à cecy , que
toutes ces erreurs ne naissent pas de la
lettre de l'Efcnture seulement , que c'est
paraccidcnt qu'elles en sont tirées , par
l'ignorance, l'aueuglemcnt , ou la malice de ceux qui les lisent. Ie í'aduoùe ,
mais cet accident suffit pour les coniiamcrc,quel'Escriture rie peut estrcluge
infaillible des différés de la foy , En voicy
lapreuue.Vn luge infaillible doit tellement prononcer & expliquer íà sentence, que les parties plaidantes pour grossières & ignorantes qu'elles soient entendent clairement la volonté du luge,
& ne puissent estre trompées & incertaines d'icelle âpres que la sentence est
prononcée, & que l'arrest est donné 5 auP iiij
■z 3 2,
Du luge souuera'm
trcment le luge ne íëroit ny suffisant, ny
infaillible pour leur regard. La sáincte
Escriture quant à la simple lettre extérieure , ne peut prononcer ny expliquer
de cesle façon sa sentence. Eile ne peut
donc estre luge suffisant & infaillible.
Que la lettre de la S. Escriture ne puisse
prononcer sa sentence de cestefaçon,ie
le monstre. La lettre extérieure de la
S. Escriture peut estre cóíideree en deux
manières. L'vne entant qu'elle signifie
ce qu'elle a esté destinée de signifier , selon Fvsage & iugement commun des
hommes. L'autre entant qu'elle signifie
la chose, pour laquelle lignifier elle est
employée par l'inspiration &c volonté
particulière de Dieu. Pour le dire plus
court, le texte de l'Escriture peut estre
expliqué ou selon l'vsage commun des
hommes qui le lisent, ou selon l'in tension de Dieu qui en est i'Autheur. II est
vray que Dieu se sert souuent des paroles au mefme sens que les hommes s'en
seruent $ mais non pastousiours. L 'Escriture ne peut, auec les simples termes
de son texte , expliquer & esclaircir ceste diuersité , tellement que les parties
çontendantes la puissent entendre, fans
des differens de laReligion
2.33
doute èí sans erreur. Car ceux, cy qui difpucent estiment bien íbuuent que Dieu!
employé les mots qui font au texte de j
l'Escnture en la mesme lignification qui
est en vsage parmy les hommes. Ce
qui est plus douteux que certain. Pour
exemple. Qui fut cause de l'hereíìe des
Sabelliens, que l'ignorance ou l'incertitude de ceste diuerlìté? Le texte expies
de la saincte Escriture porte, Moy & mon
Verefommes -y». Dieu employé ces mots,
pour signifier que le Pere, & le Fils , sont
d'vne mesme nature & d'vne mesme
essence , auec reser.ue de la distinction
des personnes. L'víage & iugement comun des hommes , hors la reuelation diurne , ne se sert point de ces- mots en
ceste signification auec ceste rescruc.
Car il ne recognoit qu'vne seule personne, par tout où il n'y a qu'vne seule
nature. Selon cet vsage commun qui diwit Louys Sc le Iuste estre vne mesme
nature, diroit aussi que cest vne mesme
j ci sonne. Et au rebours qui dnoitLouys
&lc Iuste estre diucrícs personnes, nieroit aussi que ce fust vne mesme nature.
D'oùnasquiti'hereíie des Ariens, que
de l'ignorance , ou incertitude de ceste
*3 4
Du luge fomeraìn
mesme diuersité? Le texte de lEscriture porte , Mon Vere est plm grand oue moy.
Dieu employé ces mots , poùr signifier
que le Fils est moindre que lePere selon
la nature humaine , bien qu'il luy soit
esgal félon la nature diurne. L'vsage
commun des hommes , hors la reuelation, n'employeroitiamaisces mots en
ceste signification. Car ces paroles, Mon
Vere efiplmgrand que moy, signifient selon le iugement ordinaire des hommes ,
que le Fils est moindre que son Pere , ou
d aage, òu d'authorité , ou de richesses,
ou de prudence , ou de semblables qualitezj mais qu'il soit moindre de nature,
elles ne le signifies point.Pour le leur faire dire il faut recourir à l'intention de
Dieu, qui nous est expliquée par son S.
Esprit en son Eglise thrcsoriere & secrétaire de toutes ses veritez.
LesMinistres répliquent; encore que ce
mots, Mon Pere efi plus çraàd que moy , pris
tous crus , ne nous notifient clairement
que le fils est moindre que le Pere selon
la nature humaine,bien qu'il luy soit egal
selonladiuinitéjon le peut neantmoins
recueillir d autres passages de fEseriture
conférez auec cestuicy , ou il est expresse-
des dijferens de UReligion.
2,35
ment couché que le fils est Dieu , & qu'il
est homme. D'où s'enfuit soudain que
comme Dieu il est efgal au Pere , comme
home il est moindre que lePere. Tout de
mesme des autres textes qu'on estime
difficiles,douteux,&de significatio incer.
taine, íionles collationne auec d'autres
1 vn eíclaircira l'autre.
i
Ierefpons que ceste collation de textes sep eut faire en deux façons : l'vne en
coilationnantles mots simples d'vn texte
auec les simples mots d'vn autre,tansíe
donner peine du sens auquel Dieu auoit
intetion d'employer ces mots ainsi qu'il
hneuelé.L'autre en collationant le sés de
Ja lettre auec leícn s de l'mtentiondeDieu
& qu'il a reueié. Nous fómes pour le présent fur le discours de la première façon,
& maintenons que ceste forte de collatio
eíl inutile , voire sourient embarasse tellement les Esprits qu'ils ne fçauent où ils
en font. Les Ministres disent que ce texte, Mon Pere ejl plu* grand que moy , s'explique & s'éclaircit par ces autres textes. Iem le verbe estait Dieti; & le verbe eíl fatéï
chair : ou bien auec ceux-cy Estant en fov- Philip, t.
me de Dieu il s est aneanty prenant la forme
à vn feruiíeur. Ne considérez que les mots
7, $6
Du luge souverain
de ces textes &: l'imelligence que le íêns
humain en peut tirer, quel eclaircissemét
en acquerrez vous pour le premier, si
ces autres ne font pas moins obscurs?
Les Ministres Trinitaircs de Tranísiluanie ne disët ils pas que le Verbe n'est que
Verbe,la parole n'est que parole , que leíùs- Cbnst est appelle parole , par ce qu'il
nous a annoncé la parole de Dieu ; Eï
partant que le Grec ne signifie pas que le
Verbe estantDieuse soit fait homme par
i'Incarnation;mais que ce Verbe duquel
l'Escriture racóte tant de merueiiles n'est
autre chose que chair , c'est à dire vn certain homme?Ainsi que Iean Baptiste bie
que sEscricure le nomme voix, ce mot
voix, ne signifie pas vne voix incarnée,
ainsíeulemët vn home qui crie dás le désert. Que le nom de Dieu attribué par
l'Euangeíiste à Iesus-Christ ne le fait non
plus participant de l'esiènce diuine que
.tous ces autres hommes que l'Escriture
nomme Dieux. Impietez horribles í tirées pourtant des mots de la lettre interprétez par vn íèns humain, bien esioigné
de l'intcntion de Dieu reueîee à f Eglise
Thresorierc de ses veritez, laquelle nous
enseigne que le Verbe qui s cil vrayemét
des dijferens de U Religion,
z37
fait chair eíìoit vraycmcnt Dieu Crea! teur de toutes choses,& par ainsi ne pouuoit estre Créature. Que ce Verbe estoit
auec Dieu au commancement c'est àdi' re,auant la création 8c de toute éternité,qu'il ne se lit en aucun endroit de l Escrij tureque iamais ce verbe ait esté fait. Encore que le Grec fc'vnè, soit ambigu, &
qu'il puisse estre traduit par estre simplement , Les Pères Grecs , S . Iean Chryfo, stome,S.Cyrille,&: autres en entendoiéc
mieux la signification que les Ministres
' de Transi] luanie, &: neantmoins ils l'inI terprctent tous , est fait , & non pas efioit.
S
C'estccque nous aprend le sens de l'E^life,contre
le íens des Ministres Transsilt
uains. Voila l'éclaircissemct'que íacolíation de ce passage pris à la lettre expli- .
quce en autre sens que celuy de f Eglise ,
peut donner à celuy de, mon P ère est plus
grad que moy : L'vn n est pas moins ob feu r
j(
(l au sens humain que 1 autre. L'autre passa-P
■2 ge de S. Paul , Estant en forme de Dieu il a "*
j pK h forme d'vn Seruìleur, n'est' pas plus
j| clair à la lettre. Ces mesmes Ministres ne
g disent il pas que Ic mot déforme ne íìgnij fie pas laíùbstáceôc essence de Dieu, ains
seulement vne image ou vn portraictvi'
!
ï
f]
Z38
Dtiïugesouueram
íìble auquelDieu inuiíiblc voulut íè faire
D««.4, cognoistre, ainsi qu'il est dit au Deuteronome J i'0 #íauexjuy la voix des paroles, mttis
vomnauez,veu nulle forme fqu'estre en la
forme deDieu ne signifie autre chose que
1
faire des œuures diuines, des miracles?
Ces interprétations bien qu'elles soient
hérétiques & impiement appliquées , ne
nous apprencnt elles pas que la collation
de ce texte tout cru lans le sens de Î'Egliíè ne peut guiere apporter de lumière
a celuy de, Mo» Pere eftplus grand que moy,
puis que les sens humain ne trouue pas
moins d'obscurité en l'vrì qu'en l'autre?
rflais diront les Ministres, il en y a de
phis clairs pour mostrcr que Iesiis-Christ:
csttDieu , &r homme ; comme cestui-cy ,
Desquels eft Chrijì qui efì Dieu fur toutes choi
R<#n. 9- /fí ,pour la diuinité;& cet autre pour fhumanité, Le Fils de F homme fera tiuréâux Geíil's;fouettècjr crucifié &refujcitcralc troisième
tour, le laisse ce que les nouueaux Arriés
blasphèment contre le premier n'estimas
pas le nom de Dieu, nom d'efíèncc , vcu
que FEícriture l'accommodeaux Princes & aux luges, ains de supériorité &
de seigneurie : & les nouueaux Eutychies
g
&Vbiquistescontre le second le dis sim-
des differen f de la Keligion.
,vei
's-
139
pîement que quicqnque conférera ces
mots , Ieftts - Chrìjì est D /'«i ,auec ceux cy,
Iefus.Chrijì est homme , &ne considérera
autre chose que ce qu'ils signifient au langage & enl'víâge commun, il estimera
qu'ils íè contrarient. Car selon la conception de l'honime prise en fa nature &
sans estre relevée parla reuelation diurne, Dieu n'est point homme j &c l'homme n est point Dieu. D'où s'enfuit que la
lettre seule si elle n'est secourue' de son
vray sens ne peut nullement estre luge
infaillible des differans de la foy.
Peut estre que cest autre exemple, corne plus familier & plus rebatu entre no 9 ,
fera mieux cognoistre I'inutilitéde ceste
collation de passages quant à la lettre.
Nous lisons tous d'vne mesme façon, Ctcyejlmon corps, mais nous ne lintcrpretôs
pas tous dVne mesme façon. Luther luy
donne vn sens,Ziungle vn autre, Calum
yn autre. L'vn dit qu'il y est , l'autre qu'il
n'y est pas. Quelque facilité qui se présente d abord en la lettre de ce texte^la
diuersité du sens humain y rencontre tát
de diístcultez,que sintelligcnce en semble incompréhensible.Nos Ministres disent que pour l'entendre plus aisément il
£40
Duíugefouuerain
faut conférer ce texte auec d'autres textes qu'ils estiment plus aifez. Us amenét,
l'^fgneau efloit la pafque. La pierre estait
:
lóíHt.6.
Cbrijì.C'eJì l' Esprit qui viuife , la chair ne
i. Cor 10
profite rien. Le pain que nous rompons n'ejì-H
Ì0M.16.
pas la communion de Chrìfl ì le m en vayau
^
Pere & quitte le monde, il faut que le Ciel
x
\ ' le contienne iufques aurestdilijjement de toutes choses.
Quel éclaircissement tirez vous de la
feule lettre de tous ces passages pour rendre plus intelligible cecy eflmon Corps ?£n
y a il pas vn qui die cecy n'est pas mon
corps ? cecy est la figure de mon corps ?
cecy est vn tefmoignage de l'vnité que
no'auosauecIefus-Christ ? que le corps
de Iefus -Christ n'est pas enclos dans 1c
pain ?*qn'ilne faut le cercheren ces Elemens corruptibles? tous ces textes derniers collationnez au premier signifient
ils rien de tout cela ì
Ces paroles, Cecy estmo Comprises literâlement ne peuuent auoir autre fensiìnon que ce que Iefus-Christ tenoit en
íès mainsjors qu'il eut acheué deles prononcer ,estoit son corps. Dire icy est mortCorps ; en cecy eíl mon Corps ; cecy fimfii
mon corps-, c'est corrompre la lettre: elle
ne
iiiti
des differens de la Religion.
z 41
ne contient rien de tout cela. Dire cecy
ìft mon corps en ceste manière ou en celle là ,
c'est adiouster à la lettre.
Comme quand Dieu le Pere à'\t,Cefluy
cy est monfils , qui l'expliqueroit , cecy est
la figure, l'imagc , la semblance , l'amy ,
le cœur de mon fils , passeroit outre le
sens de la lettre qui ne dit rien de tout
cela. Elle ne dit non plus , cestuy cy est
mon fils , par grâce ou par nature, par
adoption ou par génération. II faut sortir de la lettre pour estabîir quel que ce
soit de ces sens. De mesme, c'est abandonner la lettre que vouloir faire dire à
cecy est mon corps } cccy est la figure de mon
corps.
Et quand il se trouueroit quelque texte qui diroit expressément, Le corps de
Chrìfl estant au Gel, ne peut estre en terre en
mesme t emps, qui est ce que les Ministres
s'efforcent en vain de faire dire à l'Escriture par leurs conséquences : De ces
mots on ne pourroit tirer qu'vne contrediction à ce texte , cecy est mon corps.
Et quelque gefne que l'on donna à l'vn
& à 1 autre de ces deux textes , la lettre
d'iceux ne saccorderoit iamais. II faudroit sortir hots d'icelle , pour aller cer-
CL,
Dulugesouuerain
cher les moyens de les concilier par les
diuersès manières de l'estre de ce corps,
en diuers lieux au mesme temps. Ie conclus donc que le seul texte , ou la seule
lettre de l'Escriture ne peut nullement
estre luge infaillible des controuerses de
la foy. Examinons maintenant íl la fáinctc Escriture accompagnée de son vray
sens peut exercer cet office.
SECTION
T
Qpœ U sdìnèle Escriture mesme auec
son \>ray sens ne peut ejin luge
des controuerses,
r?Sj*E SCRITVRE est obscure,
jll est malaise d'en sçauoir le
vray sens, vnseul passage en
t
: pcut reccuoir plusieurs tous
bons , &plusieurs aussi tous mauuais.
Chacun prend celuy que bon luy íèmble,le tourne à son aduantage si c'est en
contestation , & luy donne le plus d'apparence qu'il peut. L'experience ne nous
monstre que trop combien de débats
s'esineuuentpourrestablissement de cc
des dijferens de la Religion!
% 45
vrayíèns. íe forme ainsi mon argument.
Toute controueffe requiert vn luge
pour la décider. II y a plusieurs controuerses du vray sens de 1 Escriture. II faut
donc qu'il y ait vn luge pour les décider.
Or ce ne peut estre l'Escriture : car c'est
d'elle & de son sens qu'on est en diffèrent. C'est la matière du débat. Vouloir
faire la matière d'vn débat luge de ce
débat, c'est íè faire iuger priué de iugement. II faut donc cercher hors* de l 'Escriture vn luge pour terminer les débats
de [Escriture.
Les Ministres , voire les Ministresses
&touteleur race maintiennent à cor &
à cri qu'il ne faut que sçauoir lire pour
entendre l'Escriture. Ils doiuent ainsi
parler, puis qu'ils enseignent que c'est de
lasaincte Escriture seule , que chacun
doit apprendre son salut. Mais à la première ouuerture dé la Bible 3 en quelque
endroict qu'ils se rencontrent , soit du
vieux , soit du nouueau Testament , ie
m'alseure qu'ils trouueront íùbiect caI pable de les conuaincre de présomption.
L'Escriture est obscure sans doute. Elle
mesme rend ce resmoicrnage de soy , en
termes exprès. S.Pierre asseure qu'il y a x
SU)
b
»44
Duhgesouuerain
plusieurs choses difficiles à entendre er !ÎJU
Epistres de S.Paul, dont les peruers a- fil
busent à leur ruine. Si du viuant des «n
Apostres , & par manière de dire à leur Ï,"
barbe, lors qu'on pouuoit s'esclaircir de «n
leur intention par leur propre bouche, rn
on prenoit à contre sens ce qu'ils escri- ia
uoient , que peut on faire âpres leur tk
mort ?
Les Disciples auoient esté instruicts
pres de trois ans par la Sapience incarLuc. 14. née, elle leur monstre âpres fa résurrection qu ils n entendent pas les Efciitures.L'Eunuche de la Roy ne d'^Erhyo- 1
AZi.S.
pie les lisoit , Philippe luy demande s'il
les entend, Comment pouiroy-ie , dit-il,
s,on
fi quelqu 'un ne m enseigne >
Les anciens Pères nourris , & enuieil- ííit
lis auec vne affection ,vn foin, vne re- M.
traitte , vne sobriété & austérité mer- ané
ueilleuíè , confessent franchement , di- icui
íèrtement , que la saincte Escriture est ar ce
obscute, profonde , difficile. Ainsi par- Aíl
lent ouuertement les Irenees, les Ori- ïltf
genes , les Hicrofmes, les Augustins , les !Ì1]
Basiles , les Gregoires , les Chrysosto- iJt
mes.Qu elle ne peut estre entendue fans iïl
Maistre'& fans Docteur. Que c'est vn j
liure feellé. Qust faut recourir à PA- j
des diffèrent de U Religion.
145
gneau pour en fane l'ouuerture. Que
toutes forces de personnes indifferern- Nazi»».
ment ne doiuenrestre admises à la ma- "Jf'dterdnier , ny mefme à rapprendre. Qujellc
contient vn abyfme de questions. Que
c'est vn champ oùlethrefor de Sapience est caché &: enfeucly , qu'il est nécessaire de grandement trauailler & creuser
sort profondement pour le trouuer.Que
c'est vn Océan pour la profondeur de
ioniens. Qu'âpres y auoir employé vn
trauail extrême on s'y trouue touíiours
apprentis. Que plus on les estudie , plus
on y defcouurededifficultez. Que nonobstant cet estude infatigable, les plus
ingénieux &: les plus doctes personnages ,ont estimé que ce qu'ils en entendoient estoit plustost par opinion qu'en
effect. Que la.prouidence diuine a ordonné qu'elle fust ainsi difficile , pour
plusieurs raisons,entre lesquelles ils content ces sept. 1, Pour donter la superbe de Fhomme, lors qu 'il esprouue son
effort foibîe & impuissant pour attaindre à l'intelligence d icelle. 1. Pour contraindre ceste superbe , &: exciter ceste
soibìeise de recourir à la prière , afin de
obtenir d'enhaut ce qu'on ne peut ac-
t^6
Du luge fouuerain)
quérir d 'embas. 3. Afin que ía Maiesté \
&íbn authorité soit plus respectée. On
mesprise ordinairement les choses faciles. 4. Pour rendre l'estude & le trauail
des esprits humains plus honorable , I
plus vtile , & plus agréable. 5. Pour la
grauer plus profondement & plus soigneusement en la mémoire & en l ame
des hommes. 6. Pour retirer nos esprits
des occupations , ou vaines , & inutiles,
ou moins profitables & moins nécessaires. 7. Pour empefcherle desgoust d'yne viande si précieuse, puis que plus on
tasche de s'en rassasier , plus les nouuelles cognoissances acquises par le fréquent estude entretiennent & aiguisent
l'appetit.
Les plus fameux Protesta ns d'Angleterre approuuent ces raisons de en adioustent d'autres.
Mais la plus grande preuue que les
SainctsPcres pouuoient rendre de leur
créance, touchant l'obscurité de l'Escriture, sont les comentaires qu'ils nous en
ont laissé. Et le plus euident tesmoignage que les Ministres puissent donner cotre la clarté de l'Efcriture , font les longues &c daicrses interprétations qu'ils en
des dìjferens de U Religion.
1 47
ont faict & font tous les iours imprimer.
On peut amener deux causes générales de ceste obfcurité.L'vne prise des matières que la faincte Efcriture traitte.
L'autre de la manière dont elle les traitte. Les matières quelle traitte peuuent
estre reduites à quatre chefs. Histoire,
comme la Genèse, Exode, Nombres,
Deuteronomc , Iofué , les luges ., les
Roys , les Chroniques, Efdras , Iudith,
Tobie, Ester, lesMachabees , les quatre Euangelistes , les Actes des Apostres. Prophéties, comme les Psaumes ,
les dix & sept Prophètes du vieux Testament > & l'Apocalypfe du nouueau.
Mystères de la foy , principalement de la
Trinité,de l'Incarnarion du fils deDieu,
de la Prédestination & Réprobation, de
la vertu & efficace des Sacremens , de la
présence de iefus-Christ en l'Eucharistie,delafoy iustifiante,de la Résurrection des morts, &rtels autres. Préceptes & commandemens moraux des vertus & des vices.
Pour les histoires & les Préceptes, il
seinble d'abord qu'il n'y ait pas grande
difficulté , mais qui fonde les histoires
& essaye de les aligner aux temps , lieux,
Q^iiij
%48
D uJugesouuerain
personnes, de les conformer & accorder ez diuersitez qui s'y rencontrêc 3 pour
habile Chronogiaphe &c Annaliste qu'il
íbit,il recognòic qu'il y a plus de difficulté que les jgnorans ne s'imaginent. Et
telle bien souuent qu'on a bien de la peine à maintenir la teneur d'vn texte
pour conseruer l'autre. Et neantmoins
î'vn & l'autre font d'eígaleauthorité.
Ioscph de l'Escaîe que les plus sçauans
Reformez ont estimé vn Démon en
toute forte de bonnes lettres , efcriuant
contre laChronoligie dePareusMinistre
deHei!deberg ,Pd >-ee,dit-il,c> tous tels
autres Vrophetes queluy> nepeuuent mer qu'il
riyaitenlEjcriture plufeurs choses quisemblent contraires & d'ordre renuerfé , dont la
solution dépend de causes occultes , lesquelles
no ws figurent ces contrarietc^, & renuerfé-ment d'ordre , parce que nom les ignorons. Et
plus bas. L'£friture ne contient rien qui fe
contrarie , qui s'imagine autrement ejì fol,
qui lofe affeurer efl impie : mais qu'il n'y ait
plusieurs choses douteuses & qui semblent contraires , les quefìions proposées tjr salués par
les anciens le tefmoignent. Etplusbas. // ft
rencontre en la faìn £le Efcriture autant de sujets de fonder des doutes qu'en toutes les hijìoi-
dis differens de U Religion. 149
tes prophanes. II a laissé dans le meíme
traitte des vers à ce propos , qui ne desmentént point selegance de son esprit,
le n'en recitera) 7 que ces quatre.
Ne curt %Jm quart caujas omnium
Quœcumque libris vis Prophetaru indidit.
N esc ire velle qu* Md<n(ler m&ximws
Docere non vult y erudita infcitia eft.
Qui considère bien les préceptes auec
[attention requise , n'en trouue pas le
jugement si facile que les Ministres le
son t. II faut peser si le précepte est d'vtilité ou de nécessité ^ si la nécessité est ab ío'ué ou conditionnée ; generale & obligeant toute sorte de Chrestiens , ou ípeaaie& respectiue; s'il est positif ou de
droict diuin. En la dispute que l 'cUs auec
le Ministre ìa. Faye , fur le Célibat des
Presties 5 1e luy fis cognoistre que i'igno rance de ceste distinction , estoit l'extmction de toutes ícs raisons. Tous les
cómandcmens exprimez en íEfcriture
bien qu 'elle soit toute diuine , ne sont
pas tous de droict diuin,c'esi à dire, d'ob»
semation obligatoire à tous & tousiours.
II y en a plusieurs qui ne sont que de
droict positif , c'est à dire, qui peuuent
estre changez , amosis , & abolis, selon le
> 250
D u luge [ouucraîn
temps & autres circonstances. Comme
de ne receuoìr point vn hérétique en fa
maison & ne le saluer point -, de fe sepa-18 rerdeluy& l'euiter comme vn Payenj
de n'auoir aucune société , voire de ne
8. manger pas auec vn fornicateur. De
s'abstenir des viandes immolées aux
faux Dieux; de n' vfer point du sang &
des bestes suffoquées. De n'admettre à
.. j. l'Epifcopat vnNeophyte ; ny au Diaconat vn Bigame. Diacre & Miniitre,c'est
tout vn pou r le mot, vous enauez faict
deux fortes d'office contre le texte de la
faincte Efcriture , laquelle vous préfériez
règle de toute vérité & doctrine. Mais en
bonne foy n'auez vous pas vn Ministre,
ou pas.-vn Diacre qui gauchisse de ceste
règle? Caîuîn &c Beze íé contentèrent
iîs-dVne femme ? Ce n'est pas la question que ie veux mouuoir fur nostre
poinct. Mais ievousdemáde bien, Vous
qui ne mettez aucune distinction entre
les commandemens & conseils , qui faictes les vns & les autres d'egale obligation ; qui en estimez l'intelîigence aussi
facile que l'obeyssance impoísible 5 Comment entendez vous, nW« fouty âulm:-" J * demain , ny de ce que vptìs deuez boire G»
des dijferens de U R eligion .
251
rer ; &* qui ne trauaille ne man?e point \
Reportez, point de baiton ; NeporteZjeulc- Mar
6
ment qu'y» baslonìVande^ce que~)>ous pojje- Luc. u.
& fatles en aumofnes ? D 'où prenez
vous l'estroitte obligation à tous les
Chreíìiens de communier íbus les deux
espèces, si ce n'est de ces mots de S Mati«
thica, beuue^en tom ì Si ce commandement est généralement obligatoire, de
quelle authorité en exemptez vous les
enfans, ^ceux qui ncboiuent point de
vin ? De plus, celuy qui dit chez S. Matthieu, beuue^en tom, ne dit-iî pas chez
S.Iean, Si ie vous ay laué les pieds , moy qui / MW , I; .
fuis vofhe Seigneur ejr vojìre Maijire , vous
deuez vous les lauer les vns aux autres : car ie
vous ay donné exemple^.fn que vous fafîiez^
ainsi que vous mauez veu faireì Quelle dif-
férence mettez vous entre ces deux
commandemens ? Pourquoy voulez
vous que tous les Chrestiens soient obligez d'obferucr Ie 'premier, & que personne ne soit obligé d'obferucr le fécond? Monstrezmoy parlEscriture la
solution de ceste difficulté.
Vous voyez donc que la matière des
commandemens de Dieu contenus en
la faincte Escriture n est pas si aisée que
2 $z
Du lugesouuerain
vous la faictes , bien que la cognoifsanced'icelle soit la plus nécessaire à nostre salut.
Pour les Prophéties & les Mystères de
nostre foy, la lecture en faict assez paroistrel'obfcurité. Ce sot reuelatiós diuincs
^surpassâtes la nature humainessintelligence humaine est du tout impuissante
pour enattaindreleíèns. Et quelque lumière que l'Espntde Dieu luy cómunique en ce monde dans son Eglise , encore n'en peut elle acquérir aucune co, gnoissance que comme par vn miroir en
énigme. C'est assez de la première cause
de l'obscurité de rEscriture prise des matières qu 'el le takte.
Passons à la seconde qui est la façon
dont elle les traitte.
Premièrement elle n'víc pas tousiours
de termes en leur simple & naïfue signification. Elle se sert de figures, de tropes, d'hyperboles , de métaphores , d'allégories, de paraboles, dans lesquelles
elle enuelope plusieurs veritez qui ne íè
laissent recognoistre de la première veuë
& sons estude & attention. Combien de
fois lisons nous que les Apostres ont
prié leur Maistre de leur expliquer ce
des diffèrent de URcligion.
x 53
qu'il auoit preschéau peuple?
Ceste obscurité se rend encor plus ténébreuse ez endroicts où noustrouuons
vn mesme mot vsurpé en diuerses significations, l'vne propre ô£ l'autre figurée, um.^
Enl'Euangilede S.Iean Quiboira'de cefie l >
etu aurasoifde rechef ', maù qui boira de l'eau
que ieluy donneray n auraiamùs plus defbif.
Le bouc , l'eau, la soif du premier membre de ceste clause sont couchez en leur
propre &c naifue signification,- au second
cn vne significatiò figurée & spirituelle.
En ce mesme chapitre. Ne dites vous pas,
qu'ily a encore quatre mo'ts&la moisson vietì
njoìçy iè vous dn,leuez, yosyeux,çj^voyez les
cumpaignes , elles font blaches pour U moisson.
Le mot de moisson est pris propremët
au premier , figurément au second.
En vn autre chapitre , lesus dit, Iefuis
venu en ce monde pour le iugement , afn que i9ceux qui ne voyent pas voyent j & que ceux
qui voient deuìennent aueugles. La pre-
mière partie parle de la veuë du corps, la
seconde de la veuë de l'Eiprit.
Chez S. Paul, Celuy qui ne cogno 'tffoit t C,r*
point le péché ili 'a fait péché pour nous. Au
premier le péché est mis en fa propre signification ; au second en vne significa-
^54
O» luge souuerain
tion impropre & figurée. Carl'Apostrc
veut dire que Dieu voulut que son fils
exempt, innocent, franc de tout péché ,
couipe.&offance, fust fait hostie pour
lepeché des hommes.
Secondementjces improprietez & figures ne se rencontrent pas feulement
ez mots & ez parolles simples, elles font
ez choses mefmes. Vne chose bien fouuent est figure d'vne autre choíè. L'agneauest figure de leíus-Chnst ; la mer
rouge du Bapteíme; la manne de sEuchatistie; le mont de Sion , de l'Eglise.
Lapremiere est souucnt employée feulementpour signifier la féconde. De ceste íòurcc naissent trois ruisseaux d'obscurité.
Le premier, il n'est ny clair ny certain
d'abord de quelle chose est figure la
chose spécifiée au texte,- pour exemple.
Agar & Sara sont figure, routes chofes^it
s Apo íkve,arrmoient à ces Patriarches enfigure. Mais dequoy font elles figures ? qui
1c deuineroit sií'Apostrene nous l'auoit
deícouu ert ? Agar semante d'Abraham
figure la Synagogue, Sara fa femme figure TEgliíé, qui l'oferòit asseurer si le S.
Esprit ne nous l'auoit deschiffré par l'or-
des dijferens de la Religion.
ganedeS. Paul?
Ieremie voit vne verge veillante , &
vne cruche embrasée, ce sont deux figures , mais que .représentent elles ? on ne Uum x
le fçaúroit pas íì le S. Esprit ne nousauoit découuert luy mefmes,que la verge eueillee représente l'executiô de l'arrest de Dieu contre les luiss & les Gentils : la cruche emfiammee,le rauagede
Nabuchodonoíbr. Ieremie voit deux
paniers de figuesJes vnes tres- bonnes. _
les autres tres - mauuancs. Nous en ferions au deuin : si ie S. Esprit ne nous auoit dit de mesme bouche que les bonnes lignifient le bon-heur des luiss qui
furent trans-portez en A ssy ne auec leurRoy ; les mauuaifes le mai -heur de ceux
qui restèrent en Hierufalem. Ainsi en
: est il des autres figures imprimées ez vifions d'ífaye, d'Ezechiëî, de Daniel, des
autres Prophètes , plusieurs desquelles
bien qu'elles aient esté expliquées par les
meíines Prophètes, ne laissent pourtant
d'embrouiller les Esprits des plus fçauans interprètes.
Le second ruisseau , vne chose bien
fouuent n 'est pas figure d'vne autre chose feulement, mais de plusieurs choses.
2 5 <5
Du luge souuerain
voire contraires, lonas est figure de leÍus-Christ.^/»// que Ionasfutau ventre de
h B*leme trou ìours & trois nuits , ainsi fera
Matt.it. l e pis de f homme trois tours & trou nuits AU
cœur de la terre.
Le mesme Ionas,dit S.Augustin .est fiq .6.
gure'des íuifs,ennemis de Iesus-Christ.
uns. 4.
Ainsi quelonas se douloit de la penitance des Niniuites , ainsi les luiss s'attristoient & se plaignoicnt de la redemptio
des Gentils. Le déluge vniuerfel cl'vn
Augu. ep costé est figure du baptesme des fidelles,
'J9de l'autre de la ruine des mfidelles Ceste
mesme Pierre qui est Iesus Christ,pierre
angulaire, eíleiie, précieuse , cn laquelle
l.Vetr.i.
Rom. j. qui croit ne peut estre confus i à qui nc
croît pointille est vne pierre reprouuee,
pierre d'offance , de chopement, & de
scandale.
Le troisiesme ruisseau d'obscurité/ La
chose qui est figure d'vneautre,biensouuent représente en certains points la
chose figurée ; & luy est du tout dissemblable en autres points. Moyse ,Sarnfon,
Salomon font figures de Iesus Christ en
plusieurs points. En plusieurs autres ils
le des-figurent entièrement.
TroisiesmejmétjOutre le voile de ces figures,
des differens de laReligion
257
gurcs, vn lieu vous semblera couché en
parolesjclaires 8c proprcs,il s'en trouuera
vn autre dont les paroles ne semblêt pas
moins claires, qui paroistra neantmoins
tellement contradictoire au premier,
qu'il arrestera lc lecteur , s'il n'est bien
auant instpuict par dessus le commun.
En voicy quelques exemples.
En la Genèse, Iacob dit , íayveu Vie»
fsceàface & mon ameefl ,'kuue. Eul'Exode le contraire, L 'homme ne me verra point E*?rf. 35.
(pviura.
. Eu l'Exode , Ie fuis le Seigneur ton Dieu
qui visite tes imquitez, des Pères er4 enfans ,
10 *
ìiffìjuesÀU troi/îefme & quatriefme génération. En Ezéchiel le contraire, Le fis ne
portera point í iniquité du pere.
£%ech. iS.
En l'Exode , Honore ton Pereejf ta Mere , afin que tu v'mes longuement fur la terre. Exod .10:
Le contraire en S. Luc, Qui ne hait son
Luc - T 4>
Ven &sa Merenepeut ejìremon Disciple.
Au Deuteronome , Tu craindras le Seigneur tonDieu ^iureras par son nom. Le Dem- 6 '
contraire en S . Matthiei,ilító ie vous dis
umh, j.
iene iurer du tout point.
Au premier des Roy s, Ie me repans d 'avoir faitl Roy Saul. Le contraire en S. tfpifâ
Paul, Les dons & la location ie Dieu font
Rvm. n.
R
258
Du lugesouuerain
fans repentânce.
Au troisieíme des Roys , // nyauoii
autre chose en Torche que les deux tables de
pierre que Mojfe y auoit mis en Horeb. En
Hebr. ?. S.Paul 3 D4»í l'^írcheefloitla cruche auec
la manne> & laverge i^íaron qui auoit ietté
■ des rameaux , & les tables duTefìament.
Au premier Píèaume , Les impies ne
Fsal. x.
refufciteront point au tugement. En S. Paul,
i.C«r,i5, Nous refufciterons tous , máis nom ne ferons
8.
pas tous change^.
Au Píeaume 115. Tout homme efl menA$oc. 1 4' teur. En l'Apocaly pfe, En la bouche iiceux
n a point efté trouué de mensonge.
Vroit .e.
Aux Prouerbes , Va ten à la fourmis,
paresseux , <& apprens la sapience , elle prépare en efìèfa nourriture , & amasse durant U ï
Ututb .6. moisson de quoy manger. En S. Matthieu,
N'ayexjòucy du lendemain.
Aux Prouerbes , N'outrepaJJe^ pas les
bornes anciennes que vos Pères ont plantées. \
En Ezéchiel, Nec/jeminez^pas e^preceptes
"E^ech .tQ
dé vos Pères , (3* ne gardes pas leurs iu-
Trta. xi.
,
gemens.
En S. Matthieu, Vous l auexjreceu gri-ì
tuìtement , donne ^le gratuitement. En S. |
Luc. 10. Lue , Vouurier ejì digne de son loyer.
,
En S . Matthieu , Si tonfrère a péché con-l
erens de laReligion
des diffèrent
z 59
toy reprens le entre toy & luy seul-, Eli S.
Paul, Refréns les pécheurs deuant tout le ity». j;
0ío»ík , afin que tous les autres en ayent
crainte.
Ën S. Marc,N#/ neíl bon ftnon Dieu seul. , _
En S. Luc, Vnbon homme produicJ le bien Luc. 6.
lu bon threfor dejòn cœur.
En S. Iean, Si ie rends tefmoignage de lean ^
moy mesme , mon tefmoignage tftefì pas vray.
Dans le mesme S. Ieân , St te rends te/moi- i oa „ t g .
gndge de moy mesme mon tefmoignage efl
way.
En S. Iean derechef > Ie ne recoy point l0 * n - 5«
tefmoionave de7 'homme. Dans le mesme S. ,
'
à> à>
nan. 15.
Jean en vn autre endro ìcc, Vous rendrez
tefmoignage de moy.
En S . Iean en core , Tout ce que ïay ouy Iean - 1 5démon Pere } ie vous r ay notifié. Dans le
mesme S. Iean au chapitre suyuant,/'^ "
beaucoup de choses à vous dire , que vous ne
pouue^porter à présent.
L'Apostre escrit aux Romains, La cir- Km - *•
concision profite (ivous obferue^ la loy . Aux
Galates , Si vous vous faites circoncire Gal ' .
Christ ne vous profitera rien.
II est escrit aux Romains', Nous pensons Ram
que ïhommc efl iufïifié par íafoy fans les œuvres. Et S . Iacques tout au contraire , La
Rij
m t
.
2. 6 o
Dulugéfouueram
foy fans les œuures est morte • & derechef,
vous voyez, comment ïhomrne est iuftifé
par les œuures & non par lafoy feulement.
Aux Romains, Qui résistera à la volonté d'tceluy ì Aux Actes le contraire , Vous
auez, toufiours résisté au S. Esprit ainsi que
~yos Ver es.
Aux Corinthiens , Site distribue en la
nourriture des paunres toutes mes faculté^
& que ie n aye la chanté , tine meprofite rien.
Luc. II. En S. Luc ie contraire, Faicíes aumojhes &
toutes choses vous font nettes.
Gd. 1 ,
Aux Calâtes , Cerche-ie de plaire aux
hommes ? Si encore ie plaijois aux hommes ie
neferoispasferuiteur de Christ t Aux Corini.Cor.10.
thiens le contraire , Soycz^ fans offenfion
ainsi queie plais À tous en toutes ebofes.
j.iom. i.
En la première Epistre de S. Tean ,5í
nous disons que nous nauons point de péché ,
nous mus séduisons nous mefmes. En celle
f .îMn. 3- iticfme Epistre en vn autre chapitre,
Tout homme qui est né de Dieu ne faitl point
dépêché. II y a des liures entiers publiez
de pareilles contredictions en apparence fort fréquentes en la íàincte Efcnture,& qui donnent tous les iours aux plus
sçauans Docteurs , & ont donné par le
passé aux Saincts Pères beaucoup de
i.Oor. 13.
des dijferens de la Religion,
z 61
peine pour les concilier ; tesrnoins les
liures de S. Augustin du consentement
des Euangelistes. Voila pour ceste troifíefme cause de l'obscunté des Escritures.
Envoicy vne quatriesme. Les paroles
de 1 Escnture bien qu'elles íèmblct claires
Sdans aucune fieure , rédent neatmoms
fort souuét vu sens ambigu,pour n exprimer pas la distinction du íubicct qu elles
lignifient. Ce qui arnue plus fréquemment en ces quatre matières. En parlant
de Dieu , de Íeíus-Christ , de fa venue ,
&de son Eglise. De Dieu,ces mots,iYo- Mattb. g,
fîrePere qui es ez, Cieux, nous mettent en
doute si nous les deuons entendre de
Dieu pour le regard de í'vnité de lesfence, ou pour le regard de la distinctio
des personnes. 11 est ambigu, pour vser
dulangage des Scholastiques,si le mot
de Père , doit estre pris essentiellement
entant qu'il est commun aux trois personnes; ou personnellement entant qu'il
s'approprie à la première personne. II y
a des interprètes pour l 'vne & l 'autre de
ces deux entêtes. I e nentêds pas coprendre entre ces Interprètes,ces .uianifmes
dcCaluin, Que le P ère est Dieu par certaine £ VtòT
a iij
z6z
Duhgesouuerain
excellence qu'il a jûr íes autres deux personnes.
í. ìnftit. Que le Fils pour le rest>e£i de fa personne ne
t. 4.
peut eílre appellé quimproprement Créateur
du Ciel £7* de la terre, que ceste propriété rì appartient qu'au P ère. Ie laisse tout cela à part
& dis feulement qu'il y a plus d'apparence qu'il doiue estre entendu del'essence.
Comme l'on peut recueillir de ces paroles de Iefus Christ, lemonte à mon P ère,
Jem. 10. & a voflre Vere où le mefme mot est pris
3
en ces deux diuerfes ententes. IefusChrist lappelle son Pere,par ce qu'en la
génération eternelle il est la première
personne diuine distincte du Fils , &: du
S. Eíprit. U l'appelìe nostre Pere pour
fessence , d'autant que la création , le
gouuernement, la coníèruation , la régénération , l'adoption appartiennent à
toute la Trinité, les opérations extérieures de laquelle font indiuifes.
L'Efcriture est fouuent ambiguë en,
parlant de Iefus-Christ. Exemple. Elle
dit deluy toiitd'vn train, Lequel est l'ìmage de Dieu inuistble , le premier né de toute
créature , parce qu'en luy toutes choses ont este
faittes au Ciel & en terre visibles & inmsibles.llest deuant tous & toutes choses subsistent en luy <& luy mefme est le chef du corps
t
desdìjferens deUReligion.
z6$
ie F Eglise qui efl le principe & le premier né
iesmorts .Ces paroles ainsi couchées dy-
ne íiiittc fans distinction , tiennent cn
fufpans l'efprit de celuy quiles lit, s'il les
doit entendre selon la diuinité , ou selon
fhumanité : selon l'vne & l'autre il peut
estre appellé premier né de toute créature. Les diuerfes opinions des Interprètes nous font foy de ceste ambiguité.
Vn autre exemple qui paroit de plus
difficile digestion, lèpres que toutes choses i-Cfr.ìj.
luy Auront este ajsuietties , lors le Fils mefme
sert subiett À celuy qui luy d assuietty toutes
doses , Afin que Dieu soit tout en tous. Quelques vns,au rapport de S. Augustin, ont Aag. x.
entendu ce texte de l'entiere conueríìon 'J!**'-*!
de la nature humaine en la nature diui- Gug.piy^.
neapresleiour du Iugement.Les autres ch vf<>!i auec plus de raison, de l' Eglise , ou de ^hes.'
Christ en íès membres. Les autres auec Amh.
plus de vray femb lance, de Christ, selon A,i^la nature humaine. Caluin pour Arianiíèr, des deux natures, de la diuinc auíîî
bien que de l'humaine , qui est mettre
distinction entre la nature du Pere &
celle du Fils.
Pareille ambiguité fe rencontre lors
que l'Efcriture parle de la venue de Iefus
K iiij
Hefr.t.
2,64
Dulugefouueraìn
Christ. On lit clans l'Epistre aux Hcb reux, Et lorsque derechef il introduicí le
premier né en U terre , il dit , que tom les
linges de Dieu II adorent. On n'est pas cer-
tain de quelle venue ces paroles doiuent
estre entendues , de la première au ìour
deía naissance en Bethléem , ou de la
derniere au grand iour du Iugement. Si
on s'arreste fur le mot , derechef, il semble qu'elles doiuent estre interprétées de
la derniere venue. La considération des
autres circonstances faict pour la première. La principale cause de finfideíle
opiniâtreté des luiss en lattente de leur
Messie , n'est elle pas fondée fur l'ambiguité des passages qui traittent de ces
deux venues ?
Nous la trouuons souuent pareille
aux textes qui font mention de l'Eglife.
G *' 4 ' S. Paul escrit aux Galates , Mats ceste
Hierufalcm qui est en haut est libre laquelle
est nostremere : car il est escrit , Estouy toy
stérile qui n enfantes point , fors & crie toy
qui nés point en trauail £ enfant , parce qu'il
y a plus d'enfans de la déserte que de celle quia
mary. II n'est pas aisé de se résoudre d'a-
bord de quelle Eglise il parle , de la militante ou de la triomphante,
» des differens de U Religion.
z6$
Ceste mefme difficulté se rencontre
en cet autre texte de l'Epistre aux Ephe- Epbef.$.
siens , Chriíl & Ayméson Eglise & s'est limé
luy mefme pour elle , asm qu'il la fanffifìe , U
neitoyantparlelauementde leau en h parole
ie vie , à ce qu'il Je ïexhibe à foy mefme Eglise glorieuse ri'ayant ny tache ny ride. De quelle Egliíè se doiuent entendre ces mots ?
La dispute en est encore fort efchauffee
entre les Catholiques & les Ministres
Reformez fur les traitiez des marques
dei'Eglise,lors qu'on explique celle de
Saincte .
Ace mefme genre d'obscurité peuuent estre reduits les textes qui parlent
de Iefus-Christ , ou comme chef de l'E- ^fjf^
gliíc, ou comme corps d'icelle , ou corn- christ, c
me tous les deux eníèmbíement. ìl est 3!eícríten S. Matthieu, Voicy ie fuis auec M.ntth,í
"ìous tous les tours iniques à la consommation
in siécle. Iefus-Chnst promet icy à ion
Eglise 3 comme chef à son corps & à ses
membres perpétuelle assistance, protection & régime. Aux Actes il dit luy ASi \V
mefme ,Saul, Saut pourquoy me perfecutes tu ?
Satil ne le perfecutoit point en ia personne il estoit dans le Ciel où les persécutions de ses ennemys ne pouuoienc
z66
Du lugesouuerain
arriuer. II veut donc que ce texte soit
entendu de son corps mystique &c de ses
membres qui estoiét ses disciples. Quád
zmh .í. le Prophète Zacharie dit, ^4pres la gloire
il m a enuoyéaux nations, cela ne peut estre
appliqué à la personne de N. Sauueur
íèant âpres fa gloire à la dextre de son
Pere ,d 'oùil ne doit partirque pour venir
iuger les vifs & les morts. II le faut donc
cntédre de son corps &c de ses membres,
c'est a dirCjde fes Apostres & de ses disciples , lesquels le Pere céleste enuoya
vers les Gentils pour la conuersion diceux,apresque son fils eut fait reípíandir
en fa R efurreótio & Ascension les rayôs
de fa gloire & de fa diuinité. D'autre costé lors qu'Ifay e escrit, lima -veflu des habillemens de salut, & ma asseublé de idesleIfai. ÉT. mem
ittjfìce, ainsi qu^vn efeoux décoré de
couronne & qu 'une Espouje ornes de ses loyaux. Qui ne voit qu'en ce texte IefusChrist est appelle Efpoux & Efpoufe,
c'est a dire èc chef & corps de son Église ?
' ' ' Er mr ceste prophétie deDauici 3 íei Roys
de la terrese font efieue ^ejr les Princes se sont
asscmblex^coîre le$ei?neurgr cotre son Chris;
ne tiennent pas les interprètes qu'elle a esté accomplie au chef en la paillon
des- differens de U Religion.
167
de Iesus- Christ, & s'aecomplit tous les
jours en la persécution de ses membres?
Sous ce mefme titre peuuent estre cornprises les diuerses significations de corps
de Christ, on en remarque trois en l'Efcriture. La première propre pour le vray
&naturel corps de lestis-Chnst,come en
ces termes, Cecy est mon corps. La féconde
E métaphorique pour iEgliíe,ceste signification est bien expliquée par S .Paul aux (
Coloíìiés, I accomplis ce qui reste des pastìôns
de Christ en ma chair pour son corps qui est
ï'Eglise , mais elle n'est pas si clairement 1
exprimée ailleurs. La troisiefme , pour
ÍEuangile ou la vérité des figures du
vieil T e sta m et; aux C o llolse n íès , (/«e personne ne vous iuge au manger ou au boire , ou
en p irtie du tour fejì c\ou neomewe,0» des Sabbats,qui font ombres des choses auenir, mais ìe
Peut- on estimer que
toutes sortes de personnes qui lisent ces
textes, soient capables de les appliquer
à leur vray sens selon toutes ces distinctions ?
Voicy encore vne cinquiefme cause
de l'obícurité de la S. Efcriture. En vn
mefme chapitre Sç. quelquefois en vn
incfme verset elk faute du sens littéral
corps est de Christ.
il 6 8
Du Jugesouueraìn
f au mystique , du charnel au spirituel , du
temporel à 1 éternel, des Rois d'Israël au
Roy Messie, & tout au rebours de ceux
71, cy à ceux-la. Le Pseaume septante & vn
commance par Salomon , Dieu donnes
vojìre iugemeut au Roy & vofire iujìice au
fils du Roy y qu'il iuge vojìre peuple en iujìice
& vos paumes en iugement. Sans rompre
son train Dauid monte de son fils au fils
de Dieu , Toits les Rois de la terre ('adoreront
& toutes les nations le feruìront. Benyfoit
son nom à tamais que fan nom demeure ferme
deuant le Soleil , toutes les tribus de la terre
feront bénites en luy ey toutes les nationsle
magnifieront. Ces éloges ne peuuent con-
uenir à Salomon qu'en figure.qui ne rád
ces textes moins difficiles que la transition d'vne personne à l'autre, de Salomon à Iefus-Chnst.
Haye promet au Roy de ludee que
Dieu le deliurera du siège , que Raíîn
Roy de Syrie & Phacee Roy d'Israël auoient mis deuant fa ville ; II îc femond
d'en demander vn signe pour saíseurcr
de sa promesse. Sur le refus d'Achaz le
Prophète passe soudain à la Vierge Mère du Sauueur, Voizy vne vierge conceura
<j7* enfantera, vn fils & son nom fera appelé
des diffèrent de la Religion.
169
Ce changement si soudain a
trauaillé des espris plus subtils que le comundes prétendus reformez, qui trouuent l'Efcriture si claire , & tient encore
meracilleuíèment embrouillez les luiss
fur les noms de ceste Vierge & de cet
E manuel. Le mefme Ifaye parlant du /
Roy de Babylone , TA superbe est raualee
Zmiriutl.
AUX enfers, ta charongne est iefcheute ; la tei'
%ne serd eftenduèsom toy,ejr les vers feront ta
tomerture, 11 faute tout à coup des hom-
mes aux Anges : Comment es tu cheu du
Ciel, o Lucifer, qui te leuois le matin. qui difois
ìeferay semblable autres haut ì EnS.Iean,
du discours des cinq pains d'orge, IeíùsChrist passe à la manne, & de la manne
au pain viuant descendu du Ciel , & de
ce pain encore à vn autre pain Sacramental : Le pain que ie donneray est ma
chair, que ie donneray pour U vie du monde.
Ces transitions si soudaines troublent
encore l'cfprit des plus fçauans de vos
Ministres. Les vns tiennent que ce chapitre ne doit estre interprété du Sacrement de l'Eucharistie , les autres que si ;
puis qu'ils en tirent ce passage,f'e/ï ï esprit
qm viuifie , la chair ne profite rien , pour
contrecarrer la présence du Corps de
z70
Du lugesòuùerain
Iesirs-Christ en ce S. Sacrement.Voyez
où en doiuent estre les simples & les
ignorans qui passent les yeux fur ceste
lettre.
Ie pourrois alléguer plusieurs autres
cauíèsde l'obfcurité de lafaincteEfcriture , comme les diíEcultezde bien entendre les langues Hebraïque,Chaldaïque & Grecque , les singularitez des
mots & textes. II y a teíie parole qui ne
se trouue qu'vne feule fois en la Bibìe,de
la signification de laquelle les Rabins
mefmes ne font pas asseurez. II en y a
d'autres qui y font couchées en sens tout
diuers. II y a des anticipations,des connexions, qui semblent extrêmement efloignees:des refponces qui apparoissent
fans propos:des noms propres qu'on estime appellatifs,&au rebours-.des equiuor
1
Pi 4 -' '5- cations, des allusions, des distinctions,
Ts.í
^es c jau ^ Sj ^CS accenS) dcs seuls poincts,
le chagement desquels rend vn sens tout
contraire à l'autre ; des diuerfes leçons ^
du texte Hébreu, Grec, Latimdes exem- j
plaires differensjdes versions & interprc- j
tarions qui se combattent l'vne l'autre, .
voire en vn mefme party, comme celles
de Castaho &c de Beze, d'Osiandrefic de
j
des diffèrent de LReligionl
ZJI
Munster,& de plusieurs autres ; de façon
qu'il n'y a point de disputes plus véhémentes^ plus animeufes,que celles qui
s'esmeuuent pour la propriété d'vn texte de l'Efcriture 3 entre ceux qui font profession de la cognoisfance des langues.
Osiandre dit qu'entre les Luthériens
Confeísionistes , il y a plus de vingt diuerfes opinions, touchât laiustification,
toutes fondées fur l'Efcriture. Luther
efent contre Zuingle & Oecolampade,
que si le monde dure dauantage, il fera
derechef nécessaire, à cause des diuerfes
interprétations derEícriture ; qu'on produifoit de iour à autre, de receuoir les décrets des Conciles , &c y auoir recours,
pour conferuer l'vnité de la Foy. II n'est
donc besoin que nous nous arrestions
plus longuement fur la preuue de ceste
obscurités si ceux qui la publient si claire
& fi facile qu'elle peut estre maniée &
enteduë par toutes fortes de personnes,
font consraints, par la force de la vérité,
de fe defdire,& fe defmétir eux mefmes.
D'oùnaist la multiplicité Sc diuersité de P^?í5í»
ces versions &interpretations,si l'ECcû -Uvtritéde
ture est claire comme le Soleil ? est tellement facile qu'il ne faut que fçauoir lire ntì c h. %e t
z7z
Dtf /«gesouueraîn
pour l'entcndre à íàlut ? Mais ils se déclarent bien plus ouuertemcnt contre
ceste clarté,quand il est questio d'efclaircir quelque liure embaraíTé,commc lob,
les pfeaumes,&quelque texte embrouillé de l'vn &c l'autre Testament. Iene veux
pas que personne présume de moy, dit Luther
en fa. préface fur les Pfeaumes,ce que iufquicy
nul des plus Sain Els &des plus docltsn'apeti
exécuter cefl a dire d'entendre & enseigner le
Psautier selon son yraysens. Ceftbten affe^
fi l'on en a entendu quelques vns,ejr iceux encore en partie. Le S. Esprit fe referue plusieurs
choses } afn de nous auoir tousours peur fes
Disciples 3- il en montre quelques - vnes pour
nous attirer , // en donne quelques autres pour
mas asfefl tonner. Et plus bas , le sçay que
cefl <vnc témérité tres -essrontee à celityquiose
profe/Jer £ auoir entendu vn seul liure de U
sainffe Escriture en tontes ses parties. II parle
bien plus franchement en fes Symposiaques ; ^4 peine fçauons-nous, dit-d, l'a,b,c, és
Efcritures , & encore ne le fçauons-nous pus
bien. La parole de Dieu est infcrutable. fnU
cum sacra Scripturg verbum perferutari , <&
è pvofundo eruere omnino à.$uui<imi efl. le
nie que les Sçauans q^pTbeologieâs le puisent,
quelque volonté qu'ils en ayent ; ce font les paroles
II!'.
\
1I
r
1
I
1
des dìfferens de U Religion.
17j
rôles duS. £ (prit, & partant elles surpassent
U apacitédes hommes, ïay efjayé quelquefois
ie méditer fur le décalogue, a peine penfty-ie à
ces premiers mots : Ego fum Dominrn Vens
nus, que ie commençity À hésiter fur ce pronom, Ego ; & iufquicy ie n ay encore iama'us
fceu bien entendre cet Ego : II en dit beaucoup pius en ces mefmes discours de table, selon que la ceruoise luy eschauffoit
la ceruelle : auíïì tiennent les Allemand
que la vérité se descouure plus librement
enbeuuant. La derniere confession qu'il
en fie l'an 1546. le 16. de Feuner , deux
ìours auant fa mort, ne mente pas d estre
oubliée. II referiuit de fa propre main,
ainsi que l'atteste Aunfaber, qui dit la
luy auoir veuë eferire , &: l'auoir copiee.
I. Virgilium inBucolíás nemo potest intelli«ère riifi fuerit quìnque annis Paf or. 2. Vir'ditim in Georgicis nemo potesî intelligeye nìfi suent quìnque annù ^ágncola. 3. Ciceronem in Epìflolk ( fie pr.ecipìo ) nemo intègre mtellìgit, nìfi vìgintì annis ft verfatuf
w Republica alìqua infigni. 4. Scripturas
ftntlas fcìat fe nemo dégustasse fatis , nist
cmtttm annis cumProphetìs, vt Elia & Eli'
fto,IoanneBapt 'ista, Christo ,& ^ípostolis
Ecclefias gubernarit.
Dulugesouuerain
174
JJanc tu ne Dtuìnam Mneida tenta :
Sei veíìigia pronut adora.
$\
' Ainsi le confesse &lc proteste Luther j ^1
Ouy ce mesineJLuther, qui au rebut des
Pères , des Papes , des Conciles , de 1 E- ;:£Ío|
gliseyfait iuges de la; faincte Escnture lens
toutes fortes deChrcsticns ìndiffcrern- £
ment,íoient mastes,fòicnt femclles,foiét bSo
sçauansdbient ignorans. Mentita, est inï- ;:ìï
qmtas fìbi.
:ia
Cecy me semble fuffire,pour monstrer M,
qu'il est difficile d'entendre le vray sens me
de l'Efcnture,à cause de son obscurité. Si ìá
ce vray sens est douteux,comment peut- »,
il estre iuge infaillible des controuerfes
jionl
de nostre doctrine ?
m
il
SECTION IIContinuation de la mefme preuue; &
M
Me
iso
deplus^uilyaplufieurs controuer- )rps
fes,dont la fainìle Efcriture ,nj en ìint
la teneur de la lettre , ny auec ston f*
Vray sens >ne peut estre luge.
L est donc asteuré qu« ITEM
est obscure. Or ne peut-il
Ë ture
estre que ceste obscurité n'en- 1
gendre plusieurs controuerfes.Marcion,
des diffèrent de la Religion.
17y
Sabellius , Anus , Maccdonius , Manes 4
Nestorius,Eutyches, Pelagius ; bref tous
les hérétiques , anciens & modernes , en
font foy. Les textes qui concernent no^
stre foy & nostre falutjcomme les Sacremens & les cornmandemens que les Mi*
nistres diíènt estrc clairs corne les rayós
du Soleil,- font ceux fur lesquels on fondeplus de procez. Les Prétendus Reformez croyent qu il n'y a que deux Sacremens , l' Eucharistie &c le Baptefme. Les
termes plus exprès représentatifs de
[Eucharistie font ceux cy, Hoc efl Corpus
mmty Cecy est mon Corps. Combien ont
Érgé lesnouueaux Rciigionnaires d'opinions diuerfes fur ces quatre motsíLuther les interprète à íà mode , & veut
qu'ils signifient, Ce pumeflmon Corps : Et
veut encor qu'on n'estime pas que le
pain soit le Corps de Christ , mais que le
Corps est dans le pain. Et pour vérifier
foninterpretation.il allègue, Verhum carofaBum efl, & dit qu'amíi que le Verbe
a esté fait chair, fans nul changement
de fubstáce; ainsi le pain est fait le Corps
de Christ fans nul changement de substance. Qu 'il est aussi véritable que les
deux substances du pain & du corps deS ij
Dulugefoutterain
ty6
meurent vnies au Sacrement, qu'il est
certain que les substances du Verbe &:
de k chair demeurent vnies âpres l'Incarnaîion. Luther ne se souucnoitpas
que ces quatre mots , Verhum caro sacrum
efl, par lesquels il cuidoit eíclaircir,/í pain
est mon Corps , auoient iadis suscité des
querelles en f Eglise par ceux qui abancíónoient le sens qu'elle enseignoit, non
moindres que celles qui depuis íareuolte ont esté efnieué's par luy,par ses Disciples, & par les Sacramentaires íès ennemis mrez , fur ces autres quatre, Cecy est
rr.on Corps. Pour ne rien dire des Samofaten iens Photiniens , A riens ,N estoriáf
de Eutychiens,quitous ont abusé de ce
pailage, pour le conformer à leurs opinions , fi les Sacramentaires rcieitent
son interprétation de la reale présence
substantielle du Corps de Christ aucc le
pain pour introduire leurs figures, lignes
&-feaux,- les Marcionistcs& Manicheés
n'en faifoieut pas moins fur les mots,
Verhum caro f.ícium efi , contre la reale
vnion de la substance diuine auec la substance de la chair. Us les mterpretoient
par ligure, & appuyoient leur interprétation d'aurres textes de l'Efcritúrc, qui
t
des diffèrent de U R eligìon .
177
scmbioienc bien fauoníer plus ckiremet
leur imagination , que les Zmngliens
n'est ont ïam-ais trouué pour k leur.
Comme cestuy-cy, Dteuenmyxnt lin 0jis Z"»-*en U sembUnce de la chair du péché,* condamné le péché par íepeché. Et cet autre,?/ s'tjt rkMp.i.
áneanty foy me/me prenant U jormede feruiteur fait semblable aux hommes. Luther
donc cuidoit guérir vnc controueríe par
vne autre controueríe , eu cígard aux
seuls textes de 1 Efcriture, hors le íens
que l 'Egliíe leur donne.
Les Sacramentaires combattent Luther, & donnent à ces quatre mots tant
dedruerses explications, mais qui tendent toutes à exclure k présence du
Corps de lesns- Christ , qu'on n'en íçait
encor définir le nombre. Luther dit qu ii
en y auo.it dix toutes differeres,lors qu'il
eícriuoit son luire pour la fermeté des
paroles de la Cene. L'annee 152.7.011 publia vri liuret , auquel on en contoit
deux cens , tant des Luthériens que des
Sacramentaires. le me contenteray d'en
compter sept des Sacramentaires. La Beikrt».
première est de Carolostade , qui inter- Hb.i .tmh,
pretoit vn pronom par vn aduerbe, & M ^' 8,
kifoit de } cecy } vn, icy. Cecj efl mon Corps,
S iij
178
D«
fouueraln,
Jcy est afîts tnon Corps. í'ay veu dans que!-
ques autheurs Catholiques, & nommemet chez le Prince des Poètes François,
tres-zelc neâtmoins à la créance & communion de l'Egliíè Apostolique Romaine,ce changement que l'cstimeleur estre
clchappé fans y penser, au lieu de , Cecy
Ronsard, efl mon Corps, ils tournent, cefl cy.
tn la re- 7 « AS dit fimplemet, d'vn parler net & franc.
montr au _
1
■ j
■
> n
s.
>
peupleFráP at # & Vin , C ejt cy man Corps Q>
Sang,
f où-
Non figne de won Corps.
Où nous remarauons vn article auec
vn aduerbe local, tenir la place d'vn pronom démonstratif.
La seconde est de Buccr &í de lean deLasco , banny de Pologne , qui entend
par,^oc, cecy, toute faction de la Cene,&
veut que le íèns de , Cecy efl mon Corps,
soit, cefle aétion représente le Corps de Chrijfy
ou bien, en cefle attion on exhibe le Corps de
Atrnot. ad Çbrist.
*■
La troiíìcsme est de lean Laneus, qui
. ,
r
par, ce cy, entend le pam, mais metapno*
riquement ,&croit que, Cecy est monCorps,
vueille dire , Mon Corps est cecy , à fçauoir
Ub deve- ^ Aln > P arce tlu 'î «ourrit les ames , ainsi
ra&faij'a que le pain nourrit nos corps.
La quaçriefineest de Zuingle, qu'il dit
lustint.
•
des differens de la Religion.
]uy auoir esté enseignée par vn esprit, Reíig.e.dt
duquel il n'ose asseurer s'il cstoit blanc E«cW.
ou noir .Ie monstre en vnedcs trompettes de Iericho , que ce ne pouuoit eftre
que le Diable. II veut que lc verbe ,<?/?,soit
interprété, signifie. Cecy est mon Corps,Cecy Exed.ul
signifie mon Corps. Comme, en l'Exode, Efl
enim phase , ìdest transitas Vomini : car cefl
phife, cefl à dire le passage du Seigneur.
La cinquieûne est de Pierre Boquin,il /»«*««'*
veut qu'on tire la vraye interprétation ^eshusij.
de ce texte de la communication des
proprietez des deux natures. Comme
pour la considération d'icellc on dit de
Iesus Christ.cef homme efl Dieu,dc meíme
peut on dire , cecy est mon Corps : l'vn &
l'autre s 'expliquant par ces termes, est
nppellé,cet homme efl appelle Dieu, ce pain efl
&pl>eilé mon Corps, Interprétations & intelligences qui résultent de la communion des proprietez. Luther s'estoit seruy de ceste mesme explication pour establir son sens,qui est bien différend de celuy de Boquin. CeBoquin remarque
Uoi? vnions en Iesus- Christ; vne naturelle, comme celle du corps & de l'ame ;
l'autre hypostatique , comme celle de
Dieu & de l'homme , la troisiesme SaS iiij
%8o
Du luge fouuerain
crarnentale, comme celle du pain & du
corps ; mais en vn sens aussi elloigné de
celuy de Luther, que le ciel de la terre. S c
Car Luther entend que la substance du *
pain soit realement conioincte auec la f 5
substance du Corps de Christ,- Et en ce W
sens il maintient ces mots , Cecy efi mon àCorps, aussi véritables que ces autres , Cet I
homme ejìDieu. La où B oquin n'entend P
íbn vnion Sacramentale qu'à la mode p
des Sacramentaires ,il estoit de leur se- 1
cte, c'est à dire qu'en l'vnion du Sacre- «
ment sont vnies deux choies tres-esloi- l|
gnecs Fvne de l'autre ; le pain qui est en *
terre. &: le Corps de Christ qui est au f
Ciel.
»
La sixiefme est d'Oecolampade ; il son- I
de la diueríité de son explication sur le
mot Corps, & dit que le pain est appellé
Corps,par vne figure que les G rammai- I»
riens nomment Métonymie, par laquel- h
le on attribue au signe le nom de la cho- m
se signifiée ; de façon qu'en son sens,0<jy m
e(l mon Corps,rieít autre chose à dire que, I
Cecyejì le signe ou ta figure de mon Corps .Co M
sens est bien différend de celuy de Zuingle, si on y prend garde de pres.
La septiesme est de Caluin , il reco-
des dìjferens de la R elìg Ion.
x81
gnoiít aucc Oecolampade.quela meto- 4 i„ft. ^
nymie est au mot de corps ; mais iladjou- '7 §.>i.
ste que le pain de l'Euchariítie n'est pas
vne simple figure du Corps de Christ,
ains vne figure qui exhibe la chose mesure : & partant que Iesus- Christ n'a pas
dit, cecy efl la pgure de mon Corps, ains cecy
est mon corps. Et argumente de ccste façon contre Oecolampade , & contre
Zuingle .S/' Dieu, ne peut ny tromper ny men.
tir, d s'enfuit qu'il accomplit & ejjeVtue reniement tout ee qui efl signifié par fes paroles i
ilfsut donc de neceftité que nom receuions véritablement son Corps & son Seing en la Cène. Et en vn autre endroit ,Ponr néant Eti soìl
commander ott U Seigneur de manger ce pain, hartn? des
tiffeurant que c'est son Corps,f VejfeEl nefloit E "*"^*
vrayement ioincl à U figure. Encore que nom
ne voyons là autre chose que le pam ,il ne se
mocque pourtant pas de nom,pms qu'il a entrepris de nourrir nos âmes de [a chair ; ce n efl
donc pas seulement en signe qufl nom fâit~i
montre de la manducation de fa chair , ains
Mjìi nons la donne reniement. Nonobstant
ceste expression d'exhibition reale conioincle auec le íïgnc , Beze son disciple
& íuccesfeur en la chaire de Geneue, dit
que le Corps de lefus-Chnst est aussi es-
\
i Sz
D H luge fouuerain
soigné de son signe au Sacrement 5 queíc
plus haut ciel de la plus basse terre.
Voila bien des contrcueríes fur vn
texte del'Escriture 3 touchant lepremiet
Sacrement.
u»»
Pour le second,qui est le BaptefineJa
saincte Escriture porte , Quiconque ne rer.aifi de leau&du S. Esprit, ne petn entrer
au Royaume de Dieu. V vicies entend par
le mot d 'eau , ceste eau qui couia-du costc
de nostre Sauueur ; & veut que le sens de
ce passage íoit , Quiconque ne fera régénéré
de l'eau qui sortira de mon coJìé,ce (f à dire de
ma Passion, A rìentre?a peint au Royaume de
ìnenf. i. j)j m Zuinrle veut que par les mots ,d'cau
Muret.
,
°~ .
i
i
ì •
& d esprit , soit entendue la prédication
de la parole de Dieu.
Erent. in
Brencc explique tout le passage de !a
c } Matth. penitence, & luy donne ce sens : Quiconque ne fera pcmience , // n'entrera point au
Royaume de Dieu. Pierre Martyr dit , qu'il
ne faut $'forefïer,ny sûre force fur lacopulatiue de l'eau <&duS. Esprit : car il suffit que
Rom. 10.
f 071 rehùffk du S .Efpmt fans que teaufòtt necefjaire, ainsi qu'il est dit ailleurs : on croit du
ectur a ìuftiCe , & la confession de huche fe
fait àfitlxt , Joù cefie mejnie particule deconlonclion efl entremise, hen que la confiefiiffl
desdifferem de la Religion.
183
fa bouches U créance de cœur ne soient pas
de pareille necejiité. C'est se couurir d'vn
sac mouillé, la confession de bouche &
la foy du cœur ne se rapportent pas à
meíine fin ; car la foy est nécessaire pour
acquérir la justice,& la cofession de bouche pour ne perdre le falut.Mais au Baptesme l'eau & le S . Esprit ont vn mefme
but, & appartiennent tous deux à la régénération j Ainsi le passage de S. Paul
n'est à propos pour efclaircir celuy de S.
lean, ioinct que s'il ne faut s'arrester fur
la copulatiu e,elle equipolera vne dríiumchue; d'où s'enfuiura que si l'vn ou l'autre suffit , il suffira de renaistre de l'eau,
bien qu'on ne renaisse du S. Esprit.
Caluin dit que quelques - vns ont
entendu par l'eau la mortification ; pour
Iuy , qu'il la croit n'estre icy couchée
que pour vn epithete du S. Esprit; partant que le sens de ce passage est, Quicontpte ne renaijî del'ejfirit qui purifie ejr nettoyé
ì h mode de beau , ne peut entrer au Royaume
de Dieu.
De ces interprétations, quoy que différentes , ils concluent tous que le Baptesme d'eau n est pas nécessaire à salut.
Ce ne font pas petites cpntrouerfes fur
284
Du luge soutierain
vne escriture,dont les mots semblent assez clairs, & dont la matière est du premier Sacrement duChnstianisme.Voila
pour les deux Sacremens que les Prétendus Reformez ont rerenu. Venons
Ma(t. 19 aux Commandemens de Dieu.
II est escnt , St tu veux entrer en la vie
«arde les Commandemens. Caluin dit que
ces mots íèdoiuent interpréter par ìronie,que nostre Sauueur en a vfé pour íe
mocquerde ceieune hornmeàqm il les
adresse, & rabatrc son orgueil fondé fur
l'obferuation des préceptes de la Loy;
comme si quelqu'vn montroit les Indes
à celuy qui demanderoit íe chemin de
Rome. Les Catholiques accusent ceste
interprétation de double erreur ; l'vne
de ce qu'elle présuppose que ce leune
homme,qui auoit interrogé nostre Sauueur des moyens d'acquérir la vie eternelle, fe confio;t en l'obferuarion des ;
commandemens de la Loy. Ceste confiance ne fepeut nullement recueillir du
texte , qui tefmoigne plustost vne deffiance en celuy qui s'enquiert du moyen
de scíàuuer. L'autre, de ce que Calum
estime que nostre Sauueur parle en la
refponce des commandemens de la Loy
des diffèrent de U Religion,
z85
Mofayque,&il paroist que c'est des cominandemens Euangehques, Tu ne tuerai
point 3 tu ne p&iUarderas point , tu ne defrobem point, &e. Estimer cescommandemcs légaux, c'est ignorer que c'est que la
Loy. S'ils estoienc légaux, ils seroient
abrogez auec la Loy. Caluin passe encore outre en son interprétation ; il dit
que ce passage fait contre les traditions
des Catholiques , d'autant que nostre
Sauueur n'oblige ce ieune homme à aune chose qu'à l obíèruation du Décalogue; par conséquent nul autre commandement n'est nécessaire à salut. Les Catholiques disent que par ceste consequece on déclare inutile le commandement
du sang , & suffoqué , promulgé par les
Apostres de l 'mstinct du S. Esprit: inutiles les Sacrcmens : inutile la croyance
de la ìustifìcation par la foy feule ; tout
cela n'est cotcnu»dans le Decalogue .Que
le sens de ce texte ne se doit prendre de
ce que ce ieune homme estoit obligé de
croire, mais de ce qu'il deuoit faire pour
eítre fauué -, à quoy suffit l'obferuation
du Decalogue.dans lequel est comprise
i'obeyssance de l'Eglise , des traditions
Ecclésiastiques , & des puissances supe-
zî 6
Du lugefouuerain
rieures,lpirituelles & temporellcs,fons I*
lettre du premier commandement de h
seconde table.
Caluin dit encore que de ce passage |ffc|
proféré par ironie , c'est pour néant que
les Catholiques en appuyent la doctrine
du franc arbitre. Que les promesses de Dieu
font fouuent accompagnées de conditions im-
possibles, comme efl celle £obseruer les comm&ndemens. J>)u'il propose ces promesses aux
impies Jour tefmoigner combien ils font indignes de fa libéralité, comme il les aigmlìone de
fes commandemens , pour empescher qu/ls ne
s'ejgayent trop délicieusement en la touyffance
de leurs péchez,.
contraire , il les propose
aux gens de bien, afin que la douceur des pro~
mefjes aiguise & enflamme T amour aux cœurs
que la nonchalace des commandemens emousfoit <& refroidissoit.
Les Catholiques auconttaire, maintiennent qu'expliquer c (S passage par ironie, mocquerie, impossibilité de conds
tiomc'est violâter la Iettre,& faire ìniure
à faucheur d'icelle. Que nostre Sauueur
n'auoit nul sujet d'vser d'ironie à vne
personne qui l'interrogeoit de b5ne foy.
Que si Dieu offre fes promesses aux impies íbus vne condition impossible pour
b et
m
\u
des differens de U Religion. 187
tefmoigner leur indignité,ce teímoignagc est vtile aux impies 3 ou inutile. Vtile,
comme les conuiant &aduercissant d'entrer en la cognoiffance de leur indignité, d'en conceuoir quelque craincte &:
douleur,&de s'humilier deuant ladiuine Maiesté. I nutile, parce qu'ils n'en entendent ny le sens nyl 'intention,o.u parce qu'ils le mefprifent. S'ils peuuent en
tirer profit, ils ont le franc arbitre. S'ils
n'en peuuent rien profiter , c'est accuser
Dieu d'employer son tefmoignage en
vain Sc pour néant. Ainsi pour fçauoir
quelle interprétation est plus receuable,
ou celle de Caluin, ou celle des Catholiques, le texte de l 'Efcritufe ne nous en
reíòut rien,il en faut attendre òc apprendre d'ailleurs la décision.
Ces trois exemples seuls ,íâns nous retenir à en produire dauantage,font baftans pour nous enseigner, que puis que
levray sens de l'Efcritureestcontrouersé,le sens de l'Efcnture ne peut estre iuge
des controueríès qu'il a efmeué's ; & partant qu'il est beíbin de cercher vn autre
luge qui puisse finir ces controuerses , Sc
prononcer clairement & intclhgiblcmëc
lequel des deux, ou plusieurs sens deba-
z 88
Du luge fouuerán
tus, est íe vray & légitime.
í'argumcnte donc ainsi. Vn luge doit
pronócer fa sentence si clairement,qu'clle soit entendue pat les parties qui plaident. L'Escriture ,lors que son sens est
obscur & ambigu (corne il est en vne insinué de lieux, ainsi que nous venons de
montrer ) ne peut prononcer fa sentence
si clairement qu'elle' soit entendue par
ies parties qui en debatétdìelle prononçoit clairement fa sentence sur le sens debatu.ee sens ne ícroit plus ny obscur ny
ambigu , qu: est contre ce que les exemples viennent de nous monstrer; doncques en cc cas l 'Efcriture ne peut eftre
iu^e.
L'ordinaire efchapatoire des Ministres, comme nous auons touché cy -deuant,estqiierobscutité d'vn passage est
cíclaircie par vn autte passage ,couchéen
termes plus clairs
par ainsi ce dernier
cfclairciííant le premier , l'Efcriture fera
luge des deux sens controuerfez , prononcera intelligiblement par lav clarté
rí'vn passage sa sentence du sens obscur
de l'autre.
Ce que nous auons dit en la première
section de ce chapitre,& en ceste troisief
me,
•A
À
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1
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Ì;)|
«leill
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ta
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lo
«et,
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use!
ìít(
des differens de UReligion.
189
me, touchant la collation des passages,
poutroit suffire pour leur boucher ce
cfiemin.si l'obstination nc silloit les yeux
de leur entendement. Pour donner plus
de lumière aux ames simples &' désireuses d'estre destrompees , i'adiousteray
trois ou quatre mots de ceste collation.
S'il est ainsi que l'Efcriture soit vne
lampe, vn flambeau, voire vn rayon de
Soleil , à qui la sçait manier, & conférer
les passages obscurs & ambigus auec les
clairs ; pourquoy voit-on tant de controuerfes entre les Luthériens êdes Caluimstes ì Pourquoy remplissent - ils les
Allemagnes des dissentions du Baptefme des petits enfans ? de la présence réale du Corps de lefus-Christ en la Cene ?
de la personne de Christ .? de la prédestination? du nombre des liures Canoniques de la faincte Efcritute >
Pourquoy ne s'accordent par l'Efcriture seule > au pays bas les Arméniens
auec les Gommantes , fur les cinq articles dont ils font en diffèrent , fans violences par armes le party qui s'est trouué
plus foible au maniement de l'estat ;Mais
qui se fait sentir plus puissant au maniement de l'Efcriture î Nont -ils pas les vns
T
zyo
Du lugesouueraìn
& les autres vne mesme Escriturc ? Ar- C<
nauld Coruin n 'a-il pas des yeux pour l a fa
lire, aussi bons que Pierre du Moulin? fc
N'vfent pas les Arméniens du moyen fa
de collationner vn passage à l'autre,aucc pi
autant d 'apparêce que les Gommantes» ïE
Pourquoy ont les vns recours aux for- p
ces du Prince d'Orange pour accabler œ
les autres, íì la sainctc Escriture est suffi- |d
santé pour terminer toutes controuer- I
ses ? Quel auantage donne íassemblce B
de Dordrest à son opinion sur celle d'E- [
piscopius & de íès adherás,par le moyen I
de l'EscritureîMeffieurs des Estats,met- fez
tez à part la raison d'estât, & la police I
temporelle ; Escoutez vos Docteurs . de I
qui vous auez appris ce que vous tenez
de vostre Religion.Oyez leurs differens
auec l'indifterence, que ceux qui cerchêc
la vérité doiuent apporter en pareilles
concertations. Ne violantez point, ne
forcez point la liberté de conícience .sur k
laquelle vous auez ietté les fondemens h
de vostre Souuerainetc. N'imitez pas ce %
que vous blasmez auec tant de vehemé- I
ce en la pratique des Catholiques. Ne 1
suiuez pas les formes que vous condamnez comme iniustes & tyranniques b
des differens de la Religion. 191
Conciles de l'Eglise Romaine ; N'estoufez pas auec la rumee de vos arquebuíàdcs la lueur de l'Escriture que vous présentent les Remonstrans,pour faire voir
la vérité de leur doctrine. Permettez que
l'Escriture seule règle de toute vérité,
seule iuge de tous differens de Religion,
exerce libremet son office,elle n'a point
besoin de vos maximes Politiques pour
eselaircir son iugement'. Posez la Bible
fiir vne table. Que les contandants la
consultent en toute liberté,auec seureté,
sans les effrayer des menaces d'estre cassez du Miniítere,& bannis du pays. Attendez qu'elle prononce fa sentence paisiblement, clairement , intelligiblement
àtous les deux partis. Vous efpargnerez
beaucoup de fraizjvous soulagerez grandement vos appréhensions 5 vous vous
tesmoignerez vrayement ridelles à la
nouuelleReformation 3 qmne recognoit
autre luge en la doctrine de foyque la
íàinctc Efcriture. ^Tais vous auez trouué
vn autre remède a ces contestations , &
déclaré par mefmc moyen que celuy de
la collation des passages de l'Escriture
estoit trop incertain , trop mal asseuré,
trop impuissant pour finir vos contanT 1;
tçt
Du lugesowerain
tions,pour appaiíèr vos querelles,& coníèruer l'vnion de vostre Republique Reformée. II lest aussi à la venté. Et ceux
qui le vantent le plus en leurs prefches,
font ceux qui l'efuentent plus inutile cn
leurs conférences, de party à party. Tesmoins les Ministromachies , entremangeries des Ministresdes histoires des deportemens Ministraux de Lauatherus,
de Hufpinian ,• les efcrits de Caluin &
Beze contre Vvestphal&r Tilman Heshuíìus ; des Proteítans Anglois contre
les Puritains^rançois & Efcoífois.
Examinons en vn peu la raison. Ce
n'est pas mefme chose dire que les paroles de l'Escriture font claires , & que le
íèns de l'Escriture est clair.La clairtédes
paroles depend de la cognoiífance de la
Grammaire ; la clairté Su sens vient de
l'jntention du S. Esprit. Nous voyons
plusieurs personnes fçauantes en Grammaire , & bien versees aux lettres d 'humanité, qui fçauent '^ii peu ou rien de
1 intention du S. Esprit. Les Scaligers,&
les Cafaubons ne sont pas ordmairemét
grands Théologiens. Vn texte de l 'Escriture fera clair en Grammaire, obscur
en Théologie : on entendra les mots de
des differens de laReligion
2. 9 5
prime face , mais on ne cognoistra pas
pour cela lc sens d 'iceux , selon l'intention du S . Esprit , & à quel propos ou à
quelle fin il les a employez. Pour exemple. Ces mots de l'Escriture, Cecy ejìmon
corps : Si on regarde leur signification
naïfve,íbnt si clairs & si intelligibles, que
toutes sortes de personnes qui entendet
la langue en laquelle ils font proferez
sçauent ce qu'ils signifientjCatholiques,
Luthériens , Caluinistes , luiss , Turcs ,
Payens.Maission ccrchele sens d'iceux,
selon l'intention du S 5 Esprit, quelle obscuntépquclîes tenebres?Entrcles Chrestiés,les vns disent qu'ils y recognoistent
le corps de Christ, les autres qu'ils n'y
voyent que des figures, des ombres : les
autres rien que du pain commun. La
clanté des paroles n'est donc pas tousiours fuiiue de la clarté du sens.Dauantage ; combien de fois voit-on vn mefme
texte de l'Escriture estimé três-clair par
vne des parties contandantes , & tresobscur par l'autre ? Nous sommes en dispute auec les Ministres de la descente de
Iesus-Christ aux Enfers. Ils la nient,nous
lamaintenons,appuyez fur deux tesmoignages ; l'vn du Symbole des Apostres,
T iij
294
Du luge souverain
où il est dit expressément, Il est dejcendit
'AU. íl
aux Enfers ; l'autre d'vn texte de 1 Escnture, Tu ne laisseras point mon Ame en Enfer.
NOUS disons que les mots de l'vn & l'autre de ces deux tesmoignages font tresclairs. Les Ministres,aucontraire ; disent
qu'ils font tres - obscurs, & ne signifient
rien de ce qu'ils portent. Caluin dit que
le premier ne parle nullement de la descente reale de l ame de nostre Sauueur
aux Enfers , âpres la séparation de son
corps,ains d'vne defcëte métaphorique,
faite en lame de nostre Sauueur auant
qu'il la rendit fur farbre de la Croix, &
i6Uoé> ^ UC CCS P aro ^ es ' lleftàestenàw aux Enfers,
u.
lignifient, Qutl a souffert les tourmens cCvn
damné & d'vn désespéré : de forte qu'il a. eílé
comrainEì de crier à son Pere , Mon Dieu
HcilT^' P our1 uoy m aue^ ^ ottí délaisse. Autant en
3
44 . ' ' dit le catéchisme d'Heidelberg. dont les
Arménien^ ne demadent pas la reuision
fans raison.
Bcze dit que le second ne se doit pren dre à la lettre, & que son vray sens est,
Cadauer. Vous ne laisserez* point ma charongne dans le
I'ay horreur de proférer ces
mots : mais ce font les mefmcs auec les-»
quels B eze nous représente son sens.
Sepulchre.
ífo differens de la Religion.
2. 9 5
Qui iugera ces différents ì ie m'addrefïè à l'Escriture jelle ne change point
de lágage, elle ne dit que ce qu'elle a dit.
Sollicitez là, importun ez-là , tournez-là
de quelque biais que vous voudrez, vous
ne la fçauriez faire varier. Elle n'adiouftera,ny diminuera rie des paroles qu'elle a prononcé. Or les paroles qu'elle a
prononcé font le fuiet de nostre procès.
Elle ne peut donc finir ce procès par les
paroles qu'elle a prononcé. Elle ne peut
donc estre iuge de la controuerfe efmeuë
fur ses paroles.
Mais que diront ces collationneurs de
passages , des mots qui ne fe trouuent
qu vne feule fois en l'Escriture ? à qui les
confronteront-ils ? comment tirerontìls leur vraye significatif d'vn autre lieu,
s'il n'en y a pas vn plus de semblable ?
Que diront ils des mots qui s'y trouuent
bien plus d'vne fois ; mais neantmoins
fort rarement,voire en diuers sens ? Que
dirot-ils des noms propres des hommes,
& des choses, comme des montagnes,
villes,fleuues,herbes,plantes,arbres,ainfi que celuy à l'ombre duquel Ionas fe reposa, dont on dispute si c'estoit vn arbre
ou vne plante ? Que diront - ils des equiT iìi)
196
Du lugesouuerain
uocations?des diuers textes c n Hébreu,
en Grec,en Latin ? des versions díuerscs
à la defence desquelles les Autheurs s'acharnent si. passionnément ? Comment
veulent- ils que ces textes debatus, disputez , tiraillez , ores d'vn sens , ores de
l'autre, puissent estre iuges des disputes,
& des débats qui ne font formez que fur
eux mefmes ? Comment nous sortira de
ténèbres celle qui nous y dône l'entree?
L'Escriture donc , auec toutes les collations de fes passages, ne peut estre mge
des dissentions suscitées íur l'intelligence des passages collationnez.
Ie continue ma preuue par vn autre
moyen. II se trouue plusieurs textes en
rEfcnture , desquels on trauaille pour
néant de cognoistre le vray sens , si on
n'est esclairé de la tradition &c de l'authorité de l 'Eglise. On dispute de l'intelligence d'iceux. On consulte l'Escriture.
Elle ne dit que ce qu'elle a dit. La difpute est fondée íur ce qu'elle a dit,& n'a pas
dit.Ses paroles ne peuuent non plus s'allonger que s'accourcir. Elles font tousiours les mefmes. Elles ne peuuent donc
iuger de leur vray sens. II faut recourir à
la tradition & à fauthorité de l'Eglise, si
des differens de la R eligìon. z 97
on en veut auoir cognoiílance. Pour Matth.zz.
exemple. L 'Escriture dit, Enseignez, toutes nations, & les baptisez, au nom du Pere,
iu Fils,& du faincî Esprit. Les Aducr-
saires de l 'Eglise commencèrent du viuant mefmes des Apoíìres à gloser ce
texte , l'expliquant selon leur fantaisie.
Les vns baptifoiët au nom des trois fans Cm g
principe. Les autres,qui furent les Gno- vei 49.
tiques, baptifoient au nom du Pere incogneu,& en la vérité Mère de toutes irm.lib.i.
M 1
choses, 6c au nom delefus descendant. *'
Quelques Ariens baptifoient au nom Nkepb.
du Pere parle Fils en PEfprit fainct .Quel- ^f4?'
ques Eunomiés en la mort du Seigneur,
fans faire mention des personnes de la
Trinité. Luther dit que le Baptefmeest Decaptlu.
bon & valable en quelque forme qu'il B **J*"*soit administré , moyennant que ce ne
soit pas au nom des hommes, mais au
nom du Seigneur.Zuingle dir qu'il n'y a Dl verit
nulle forme du Baptefme qui soit neces- & fàf*
faire & obligatoire. Brence,en son cate- lieh ^
chisme, estime le Baptesine valablement
conferé ,si le Ministre,apres que le Catéchumène aura recité le Symbole des Aposires, luy dit, l'ay ouy par vostre confes-
sion de Foy , que vont croyez, en "Dieu , Pere^
z 5? 8
D« 7«g?fouueraìn
Fils & faintl Esprit , e» TW » rfe ccstecon-
session te vom arrouse d'eau , afin que par ce
4
l|
m
JiíC
signe vom soye ^certain d'ejìrc enté en lesm- #
Chrijl, aUeç^ en paix. Les Catholiques, |í
d'autre costé,maintiennent que la vrayc ;d
forme du Baptefme est cefte-cy, le te ab
baptise au nom du Pere, du Ftls,& du faìntï ' V
Esprit. On la recueille bien de l'Eícritu- p
re, maison ne la fçauroit prouuer eui- lift
demment par l'Escriture feule . Ce passa- m
ge est vniquc, il n'en v a pas vn autre en b
toutel'Efcrituredcpareilleteneur.Con- ht
sidercz-en les feules paroles,elles nc con- m
traignent point d'vfer de ces termes en «s
baptisant, 1 e vom baptise ; non plus qu'en «
enseignant de ceux-cy , le vom enseigne, k u
II semble que son s'acquitte aussi bien de 3
son dcuoir en administrant le Baptefme, L
sans dire , U yom baptise, comme en en- M
feignant fans dire , le vous enseigne. Les %
paroles de 1 Efcriture ne semblent pas I
nous obliger plus àl'vn qu'à l'autre. On V,
ne tire non plus de ce texte euidemment »
qu'il faille nommer les trois personnes
de la Trinitéion peut fexpliquer.o» en U L
foy de la Trinité , ou en í.tut bonté que /W- W
mimiirateur du Baptefme a receu de Vie», m
Man. vît. ainsi qu'il est dit ailleurs , lis chasseront h h
des differens de ld Religion.
299
Diables en mon nom.Que fera- 1 on là pour
accorder ces differens , pour refoudre de
quelle forme on doit vser en baptisant ì
L'Escriture ne le peut faire. II en faut
cacher le iugement en la Tradition &c
en la déclaration de l'Eglise.
Vn autre exemple. L'Escriture dit,
Quiconque ne renaifl de seau ejrduS. Esprit,
n'entrera point au Royaume de Dieu. Les
Luthériens croyent auec les Catholiques.que le vray sens de ce texte enclost
la nécessité du Baptefme de l'eau. Les
Caluinistes le nient,expliquans, comme
nousauons dit cy-deífus,le mot,dft*»,fìgurement. Quelle preuue de leur créance tireront les Luthériens de ce texte?
pas vne. On y lit bicnlemot,stVrf»,mais
on n'y lit pas qu'il le faille expliquer &
entendre de l'eau naturelle, ou de vraye
eau. Car on trouue ailleurs que fEfcriture dk, ll vom huptijera en esprit ejr en
feu, & neantmoinson n'entend pas du
vray feu. Comment vuideront leur diffèrent ces deux parties, par la seule E ù
cnture,que tous deux estiment vnique
iuge de toutes controuerses ? Ils feront à
en rechercher la décision iufqucs au dernier iugement , s'ils ne la prennent de la
3 o0
Du lugesouuerain
Tradition, & déclaration de l'Eglise.
Ie vous demandois tantost , parlant
des commandemens , d'où vous preniez
l'obligation à tous les Chrestiens de
communier fous les deux espèces ; ôd'e.
xemptiondene íè lauer point les pieds
les vns aux autres ? Cet exemple sert encore icy. Iefus-Christ dit à ses Disciples
en son dernier souper, Manges, bernez,
en t ow. Ces motsnefemblét pasastraindre dauantage ceux qui les efeoutent,
que 11 vn chef de maison difoit à ceux
qu'il traitteroit à fa table , beuue^ mxngex^ï faites bonne chere. Ceste semonce
n'est pas vn commandement absolu.
Comment en tirez vous vne obligation
íì absolue ? D'autre costé , âpres que ictus - Christ eut laué les pieds à ses Apostres, il leur dit , Vom deue^ Ainsi vom Uuer les pieds les vns aux autres. Ces termes semblent bien plus preíTans que I
ceux du boire & du manger. Le mot de
deuoir est bien plus important que celuy
de semonce. Vn Maistre qui diroit à son
seruiteur,<vow* deue^ mapprefler a manger, |
tesmoigneroit bien vne autre intention \
que s'il luy difoit en disnát , bernez, ioyett- |
sèment. Comment feauez-vous que les l
des differens de la Religion
301
premières paroles de leíùs-Christ sont
obligatoires, & que les secodes ne le font
pas? D'où l'auez-vous appris? Ce n'est
pas de l'Escriture comme vous voyez.
Sans doute c'est de la pratique de l'Eglise, laquelle n'a iamais vsité ce lauement
de pieds , comme nécessaire ,- ce qu'elle
cuit fait , ô£ feroit encor , si c'estoit vn
commandement obligatoire. Ie pourrois alléguer plusieurs exemples semblables. Mais c'est assez à mon aduis pour
l'effect: de ma preuue,laquelle ie raccourcis en ces trois mots. L'Escriture peut
estre considérée en deux façons. Quant
à la lettre extérieure, ou quant au sens
1 mterieur.Elle ne peut estre mge des concroueríës en nulle de ces deux façons.En
la premierc,parce que la lettre extérieure
tue bien fouuent : En la seconde, parce
que le sens intérieur est obscur & ambi£
gu;& partant requiert vn luge qui esc
clairciilè la vérité d'iceluy, selon l'inten| tio du S. Esprit. Ioinct qu'il y a plusieurs
controuerses,que ny la lettre, ny le vray
sens ne peuuent décider , parce qu'elles
ne dépendent que de la seule pratique
*| ie l'Eglise. Doncques, pour conclusion,
la saincte Escriture ne peut estre seule iuge des controuerfes de la Religion.
3o1
Dulugefouuerain
CHAPITRE XIII.
Que les Aîinifìres contreuiennent or*
dinairement a leur Maxime du
iugement de la fainfte
Efcriture.
I la faincte Efcriture est obscure, & a besoin d'Interpre- ícr
tes, comment peut elle estre
luge en dernier ressort ì Vne
lettre a diuers sens , comme
vne viade diuerses faueurs,selon le goust
de ceux qui la mangent.
Les affections ont vne merueilleufe
puissance strr les entendemens. La pluspart des iugemês tient plus de ía passion
que de la raison. D eux personnes liront
vn mefme liure, elles ne laisseront pas de
le prendre en diuers sens. Chacune d'elles lïnterprete selon son humeur.De ceste source coulent tant de diuerses opinions fur vn mefme íuiet. II est beaucoup plus aisé de rencontrer des visages
semblables que des esprits.De fortequ'íl
n'y a rien de si clair, de si facile, en quel-
cl-
âesàifferensâeUReUgion.
305
que matière que ce soit , qui ne puisse
estre obscurcy 8c embrouillé par des esprits humoristes.
Ie dis plus,parlant à nos Ministres, en
fuite des maximes de leur créance reformée ; L'interpretation de la faincte
Efcriture ne peut estre ny donnée ny receuc que par personnes ridelles. Car la
faincte Efcriture n'est pas le liure des infidelles, mais des ridelles. Nous le monstreros plus à loisir cy-apres, quand nous
examinerons vostre proposition que
l'Escriture engendre la foy.Moyíè n'eust
point eferit s'il n'y eust eu des ridelles capables d'entendre ce qu'il efcriuoit. II ne
bastit son Efcriture que lors qu'il vit la
Synagogue bastie. Les Prophètes depuis
nefenuirent que pour les luifs,bien que
quelques-vnes de leurs Prophéties leurs
fuífent reuelees particulièrement pour
la correction des Payens. Les Euangelistes auífi n'ont eferit que pour les
Chrcsticns, bien qu'ils prefehassent aux
Gentils. II ne se trouue vne seule Epistre
des Apostres, addreífee aux infidelles.
De manière que nous pouuons aífeurer
la faincte Efcriture n'auoiresté composée que pour instruire les ridelles. Et ne
204
Dulugesòuuerain
pouuoir estre ny interprétée ny entendue' que par ceux qui auront receu lafoy
par le moyen de la prédication : ouye &
embraflée en plusieurs endroits , auant
qu'aucun Euangeliste mit la main à la
plume ; & conseruee plusieurs annecs
en des pays où iamais l'Escriture n'auoitesté leuè',autesmoignage de sainct
Irénée, & de S. Hylaire, parlans de nos
Gaules. Or si la faincte Efcriture est le
liure des ridelles , &c si pour l'entendrc il
faut auoir la foy,& si personne n'a la foy
qu'il ne soit du nombre des esteuz ; ne
s'enfuit il pas que nul ne peut entendre
l'Escriture s'il n'est du nóbre des esteuz ?
L'estection est fecrette,incogncuë j comment voulez-vous que íbn intelligence
soit ouuerte,&r communcPque son interprétation & son iugement soit clair &
intelligible à tout le monde ? La venté
dit que , plusieurs font appelles, <& peu efleu^j, Et entre ce peu d'esleuz , il en y a
plus de céux qui ne sçauent lire que de
ceux qui le sçauent : comment-voulezvous que lacognoissance, l'explication,
&c le iugement infaillible soit commun
indifféremment à tous les appeliez ì Ce
pendant
des diffèrent de URelìfrìon.
30J
pendant que vous rongerez cet os , ie
passe outre.
Nous disions tantost que l'Efcriture
ne consiste pas cn la lettre, mais au sens j
& quç la Iettre,fans son vray ícns,ne peut
estre proprement appellee parole de
Dieu ; non plus qu'vn corps fans amè nc
peut estre véritablement appelle homme. La lettre feule ne peut viuifier. Vne
chose morte ne peut donner vie, Sainct:
Basile dit, <ju0f ~ans les traditions noneferites DeSj>!riíft
ÏEumgile tfeft qu<un pur nom. C'est ÌQfanctoc^.
vray íèns qui anime rEfcriture, & Iuy
donne la vigueur & la force d'agir } de
profiter , & de conduire à salut. Le vray
íèns est k vraye Ame derEfcriture.racliouste maintenant que quiconque peruertit & corrompt ce vray íèns,fait comme celuy qui empoisonne vn hommc,&
Juy rauit par ípn venim lame & k vie. Et
de plus que ceux qui âpres auoir corrompu & séparé de l'Efcriture son vray
sens, sestudient de Juy en attribuer d'auties,felon leurs fantasies,font neplus nc
moins que les Necromantiens,qui âpres
auoir tué vn homme , injrroduifent par
forcelerie vn eíprit Diabolique dans le
corps meurtry , afin que par le mouuej
V
3oô
Du luge souuerain
ment &c agitation procédante de cet et
prit estranger , il íèmblë à ceux qui 1c
voyent que ce corps mort soit viuant.
n 'iUf. *à Souuenezr-vom , dit S. Hylaire , qu'il n 'y
Constant,
a pas vn hérétique qui nc je vante fauJJemet
ZmP w
que les blasphèmes qiíd prejehe font selon
l 'Efcriture. Et plus bas , Tous tant qu'ils
font allèguent les Efmtures fans leur sens,
font parade d 'vJie foy fans /bj; caries Ef~
criíures ne confident pas â les lire, mats à les
entendre.
Appellez-vous cela faire l'Efcriture fi
facile , que toutes personnes la puissent
entendre ? Que la saincte Efcriture , au
sens que chacun luy donnera fuiuant ses
imaginations,doiue estre luge de toutes
controuerfes ? Mais àquoy faire vay-ie
prolongeant ceste prëuue, si la pratique
ordinaire des Ministres nous la rend euidente ? Ils prononcent taus comme vn
anest Presidental , que l'Efcriture doit
estre recogneuë luge íèul & souuerain de
toutes les controuerfes de la Religion.
Preífez-les de quelque passageront l'intelligence soit debatué par leurs aduerfaires , ils recourent soudain aux interprétations & aux conséquences de leurs
cerueiJcs. Ie nc veux employer que les
dès dif erens de U Religion.
espreuues que i 'en ay faict.
507
Le premier que ie vis iamais en qualité de contendanr en la présence du Gouucrneur de Limousin & de sa maison, entreprit de me faire cognoistre par l 'Escriture que tous tes Prestres font obligez
de íè marier. II auoit quitté la Messe
pour eípouser fa garce. C'est le leurre
commun de ces oyseaux. Son premier
àssaut fut que ce qui est de l'esience du
Christianisme deuoit estre perpétuellement obserué. Que ce que les Apostres
auoiént laissé par efent àppartenoit à
léiTence du Christianisme. Qu'ils auoiet
laïfíe par éferit , ll faut que l'Eusfque foie
míry d'vne feule femme. Que ces termes
estoient obligatoires. Ic passe fa première proposition. Sur la seconde ie le prie
d'ouunr la Bible qu'il auoit deuantluy,
& qu'il estimoit feule luge suffisant de
toutes contantibns de la Religion ; cercher le quinziefme chapicre des Actes
des Apostres ; lire les termes du décret
de ce premier Concile Apostolique , &
conclure s'il pouuoit la perpétuelle obferuation d'iceluy. Le voila mis hors de
garde &: d'eschole , il tourne , il vire , il
glose, il interprète ce passage, ores d'vne
. V ij
308
D uïugesouuerain
façon, ore de l'autre. En fin il ennuyé
toute la compagnie de ses long discours
fur la différence des commandemens
Moraux, Iudiciaux, Ceremoniaux.Ilne
fut point besoin d'aller plus auantpour
le conuaincre , qu'il auoit plus de fiance
en ses interprétations qu'aux paroles de
l'Escriture,&:que son luge ne suffisoit pas
seul pour terminer ce diffèrent. Quant
au íèns qu'il donnoit ìFoportet desainct
Paul, il deuoit sçauoir qu'il auoit esté
condamné hérétique és personnes de
Vigilance & Iouinian , dans les quatre
cens ans del'Eglise primitiucesquels íòn
Caluin aíïèure la doctrine Chrestienne
auoir esté conseruee en sa pureté. L'aífistanec pût affez recognoistre par le souci
dont ceste risposte chargeoit & empeschòit le Ministre, qu'il ne pratiquoit pas
ce qu'il preschoit de la suffisance de l'Efcriture.
Quelque temps âpres , en vn rencontre non guere loin de Bregerac,on m'attaque fur la nécessité du Baptefme des
petits enfans. Du premier coup on me
i.Cer.y. rue ce texte de S. Paul, LeMttry infdellt
eft JanBijíé par la femme fidelle 3 dr la femme mfidelle ejì sanBiJìée far le mary fdelle,
des diffèrent de la Religion.
309
Mtrement vos enfans feroient f>m'Ue^ t or
muntemnt ils font sainffs. Ie responsquc
ny k saincteté des enfans, ny la sanctification des Pere ou Mere infidelle ne íc
peuuent nullement entendre selon le
sens de la prétendue reformation. Que
iì ce passage les induit à croire les enfans
saincts fans baptefme,il les doit pareillement induire à croire la femme infidelle
sanctifiée fans foy. S. Paul dit aussi bien
l'vn que l'autre. Si la femme infidelle est:
sanctifiée elle est iustifiee , si elle est iustiíìee ce n'est pas la foy feule qui iustifie,
puis que la iustification fe trouue vnie
auec l'infidelité. Pour le regard des enfins, s'ils font saincts ils font efleuz ; car
il n'y a point de vraye saincteté que pour
les Eíleuz , selon la doctrine de Caîuin.
S 'ils font Esteuz, ils ne peuuent estre reprouuez. S ils ne peuuenjt estre reprouuez, toutes les mefehancetez qu'ils commettent estans deuenus grands, les enuies, les querelles, les haines , les larcins,
les vols, les brigandages, les paillardises,
les meurtres,les assassinats, les séditions,
les reuoltes ; voire l'Arianifme, le Pelagianifme, le Iudayfme,leMahumetifme,
l' Athéisme, qui ne font que ttop freques
V iij
|io
Du luge souuerain
en Transsyluanie , & autres pays voisins
du Turc , ne prophanent nullement ce^
ste saincteté née auec eux, &acquise dans
lç ventre de leurs mères.Tous les Renégats, tous les Athees,nez de pere ou mère fìdeîies,S£ partant saincts , &: par con-!
*
sequent eileuz, ont autant de droict au
Royaume de Dieu que les Ministres, si
leur interprétation de ce passage est
vraye. C'est ie ieu qui fit çercher âmes
ceruelles reformées les quatre coins de la
íàlíe & le milieu , fans fe pouuoir garentk de la charge dont ces deux mots couchez si pres l'vn de l'autre les importuw
noient. En fin ie leur vis abandóner l'Efcriture pour fe fauuer dans les halhers.
des inconueniens,çonuenances, difcon\
uenances Que le Baptelfne n'est pas instrument qui confère la grâce, mais vn
Íeau de la grâce receuë. Qu'il n'çst pas
vray semblable que les enfans dès luiss,
mourans deuant qu'auoir receu la Circoncision, fussent pquez deíalliance dç
Dieu.Que c'est vouloir desseichcrlecourant-de la miséricorde de Dseu,d'empefA*g- íthh. cher qu'elle ne paruienne à ces petites
de pecm- c^cures condamnées fans leurcoulpe;
ík&uhk, & tels autres discours hors l'Efcriture,
.
des dìfferens de U Religion.
3 ïi
faux , vains , imaginaires , mille íois deoríi'
confondus par les Docteurs Catholi- u""*' jf
ques, anciens &c modernes.
bono ptrU
En ce pourparler d'Aigneparce , auec-^ p rc ^ er
vn Ministre foutané , qu'on me dit estre
de Turene, i'^is tout vn soir le plaisir de wc le voir treífuër à desembrouïller le labirinte inextricable de la Cene Caluinistique 3 auec tant d affection qu'il en perdit
le souper.Sans pouuoir neantmoins defmesterlentrelas deceste absence presen^
te,òc prcíènce absente d'vne réalité qui
ne peut bouger d'vn lieu,& neantmoins
est en vne infinité de diuers lieux tout à
la fois. Comment vne amc,fans se fçm •
rer de son corps,peut estre au ciel,& y reçeuoir Iefus-Christ ; &: Iesus Christ fans
s absenter du Ciel ne peut estre en terre
pour y communiquer son Corps. De
quelle estenduc est la bouche de ceste
ame.qui reçoit en terre realement la substance du Corps de Christ dans le Ciel,
d 'où il ne peut partir ìusqucs auiourdu
iugement. En quelle faculté de lame est
ceste bouche , si elle n'est en J'entende- '
ment, ou en la volonté> ou en la mémoire. En quelle manière est receuè' realc1
ment par la bouche de lame la vérités
V iiij
311
Du luge souuerain,
í eftect ,Ia chose íìgnifiee,qui est la propre
substance du Corps de Christ infeparable du Ciel , lors que le signe & la figure
sont distribuez à dix mille bouches corporelles ça bas en terre. Ne pouuant desuelopper ces intriques ; ilffe prend à ce
texte de sainct Paul qu'il récite en Grec,
entendu par ceux qui nous escOutoient,
comme f Hébreu ou s Arabique, ( c'est la
coustume des MÌnistres ,pour acquérir de
I. CÍMO . l'estime parmyíe peuple) Le calice de htnedicïion, lequel nous bénissons , n ejì-ce paì"
W1
irest'
Wc
'f à
jïcMi
me b.
m&
pse
\ DE
feaui
la communication du Sang de Chrijl ?
le
pain que nous rompons nefl-il pas la participution du Corps du Seigneur ? II s'attache
aux mots de calice &c de pain ; ie le presse
pci
de les- accommoder à lcuríuitte,AP<?/?-ce
m
f» j
pas la communication du Sang, la participation du Corps de chrijl. Ie l aduertis de se
ïo»n .6. íouucnir que Iesus-Christ auoit dit, Le
pain que ie donner ay est ma. Chair. Que sainct
Paul pouuoit dire , Le pain que nous romponsejì le Corps du Seigneur, comme le Seigneur auoit dit, Les aueugles voyent,les
sourds oyent , les boiteux marchent droit,
comme Moyse auoit dit, La verge iuúad 7
' ' von engloutit les verges des Enchanteurs de
Pharaon. II fuit, il ruse, en fin il est con-
Ité
âge
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ne
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fiai i
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In.
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joliq
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des dijferens de la Religion.
3 1$
trainct de lupplier S. Hieroíme de luy
prester la main > & luy íèruir de guide
pour suppléer son desaut, & le désengager de ces embarras. Et voulant encore
deuancer son guide,il se iette à corps perdu hors tous les termes de l'Efcriture, &
transfigure fa realité Caluinistique en
vne bague de souuenáce. Appeliez vous
cela faire l'Efcriture feule luge des disterens de la Religion ?
Debatant auec le Ministre de Chasteauneuf de la choie qu'il a le plusà contre-cceur, qui est l'auantáge de 'a Chasteté & continence par dessus le mariage, lors qu'il se vit pressé de ces paroles de l'Àpostre , Ceíuy qui ín 'me ja t .cor
vierge feit bien^mais celuy o.ui ne U niante
II s'ecarte soudain du
texte de rEfcriturc pour recourir à vne
interprétation Geneuoise. 11 dit que le
bien & le mieux de S. Paul sc d ornent entendre en diuers temps; le bien en temps
de repos, le mieux en temps de persécution. On luy réplique que sainct Paul
auoit fermé le pas à ceste explication de
diuers temps, par vne raison aussi Apostolique & Spirituelle, que ceíîe qu'il apportoit estoit Apostatique & charnelle,
point fait mieux.
314
"Du lugesouuerain
quand il auoit escnt plus haut , Celuy qui
riefl point marié, d foucydes choses qui font
du Seigneur , comment il plaira à Dieu ; mais
qui est marié A foucy des choses de ce monde,
comment il plaira à fa femme, & ejì dìuifé.
Raison qui ne s'efleuoit pas feulement
au dessus de la diueríîté des temps , mais
qui s'accommodoit fort bien à tous
temps,& de repos,& de persécution. Ne
fçachant que répliquer à vne Efcriture íî
formelle , pour donner le change à la
preíse qu elle luy faifoit,il forpaifeyers la
forge d'vn argument tout nouueau pour
légitimer son mariage, íì mariage íè doit
nommer la couche sacrilège d'vn Piestre & Moine renié. Mais il n'eut loisir
de nous en defcouurir que ceste première corne, ^institution de Dieu est tousours
meilleure : car estait enquis à quoy se
rapportait ce comparatif meilleure,iì respondit brusquement & martialement, le
meilleur fe rapporte au pire. Et me fouuient
qu'vne des Dames qui l'escoutoient repartit, quelle croyoit que meilleur fe rapportoit mieux au bon qu'au pire 5
que
pire, à son aduis, refpondoit à mauuaìs en
bonne comparaison. Voila comment cc
furieux guerrier, Ministre de trois Egli^
des diffèrent de la Religion.
3 ry
sçs,obeyt à l'arrest de vostre Rc forma cio que l'Efcriture est íe seul luge de tous
nos differens.
Vous n'y obeyíîèz pas mieux que vos
compagnons au débat que nous auons
en main.
Ie vous ay représenté tout du long le
palTagede fainét Paul à Timothee , fur
lequel vous fondez vostre thèse. Ie vous'
ay prié de mettre à part toute préoccupation de jugement, & considérer auec
attention fi parmy les paroles de l'Apostre celles de luge , de feule, d'inique , se
peuuent trouuer. Que refpondez-vous >
voicy vos propres termes.
Vous me faittes dire ces mots de luge, de
feule , d'vnique , expressément pour trouuer
eccajìon de contester, disant qu'ils ne font pas
km le passage de S. Paul j mais ie vous feray
voir qu encore que ces mots ne soient pas conternis disert ement en í Efcriture,ils s'en pettuct
pourtant, tirer par bonne & nécessaire conséquence* *
Dequoy disputons-nous ? Quel est íe
fuiet de nostre diffèrent ? Ne tiens-ie pas
vostre escrit signé de vostre main ? Relife*e,vous verrez que ie ne vous fais rie
djre que vous n'ayez eserit &ç signé, &
31 6
Du luge souuerain
que vôus ne disiez encore Ne dites-vous
pas ,que Dieu commande de s'arrefìer inique,
ment à la loy ? que cefte loy nom apprend fus.
ffamment tout ce que nom deuons à Dieu,
tant en gênerai qu 'en particulier ì Que tontes
les choses nécessaires àsalut font contenues en
*l'£fcnture> Quel'EfcritureeJì feule suffisante fins la parolenon efcrite prétendue enl'Eglifc Romaine? Que par conséquent H appartient à l 'Efcriture de iuger en dernier refort
des controuerfes de la Religion ? Dire qu'on
doit s'arrester vniquementá la loy , que
1 Efcriture feule est suffisante, & par conséquent Kfgé en dernier ressort « n'est-ce
pas dire que l'Efcriture doit estre seule &
vmque luge des controuerses de la Religion (Si vous reiettez ces mots de feule
& d'vnique, quel Assesseur voulez- vous
luy bailler ì De quels liens tiendronsnous ces ProrJbees ? Qui traitta iamais
auec gens plus mouuans'plusinconstás?
plus irrésolus ì Vous asseuiezque toutes
choses nécessaires à salut font contenues
en l'Efcriture feule, suffisante sens la parole non efcrite. Ievous demande ceste
proposition, L'Efcriture faledoit tuger^en
dernier rfffort tous les differens de la Foy , est
elle nécessaire à salut ì Si elle n'est pas ne-
des dijferens de la Religion.
317
cessaire a íàlut , il n'importe point que
nous la croyons ou meícroyons , l'vn &c
l'autre nous font mdiiíerens. Contestés
hardiment toute nostre vie. Interpre.os
l'Efcriture cemme bon nous semblera.
Donnons luy tout le sens que nous estimerons plus conforme à nos imaginations. S'il n'y a point d'autre luge infail ìblequc l'Efcriture, & s'il n'est point
nécessaire de subir ion jugement , nos
dirïcrcns ne feront ïamais terminez; nos
contentions font excusables , puis que
nous nc sommes obligez de recognoiftre aucun luge qui les puisse finir.Sielle
est nécessaire à la lut,où elle est contenue
en l'Efcriture ? Mais soit qu'elle soit neceiîaire,foit qu'elle nc le íbic pas,ne préfériez vous pas qu'il ne faut rien adjouster
ny diminuer à l'Efcriture ? ne venezvous pas de la protester feule, suffisante,
lans la parole non efcrite.? Montrez moy
en toute lafaincte Efcriturc vostre thèse ? Fueilletez-bien le vietlx & le nouucau
Testament ; cercliez , fondez , efpluchcz
: tout à loisir, Sc à vostre aise , ie ne vous
» presse point. L'auez-vous trouuée ? loué
I loitDieu, que i'oye vne fois en ma vie
1 sortir vne venté de la bouche d'vn Mini-
ji8
D u luge souverain
stre. Vous confelièz franchement, qta
vostre thèse rìefl pas contenue disertement en
l'Efcriture. Pourquoy f auancez - vous
donc ? Pourquoy l'enfeignez- vous dôc?
Pourquoy voulez -vous donc qu'on la
croye ? Ne venez- vous pas d efcrite, que
nom nedeuons présumer outre ce qui esì efcfit\
N 'est-ce pas vnë présomption insupportable de prefcher,de foustenir, d'eícrire,
de signer vne maxime si importante outre la teneur de l'Efcriture, fur le poinct
mefme qu'on proteste la feule Efçriture
suffisante, & qu'il n'y faut rien adiouster?
Mais s'il n esì expressément contenu en l'Efcriture, dites-vous,// s 'en tire par conséquence nécessaire. Ceste coníequence est-elle
parole de Dieu ? Si elle est parole de
Dieu ; il faut, selon la doctrine reformée,
qu'elle fort efcrite; car les Ministres ne
recognoiflent autre parole de Dieu que
l'eferite. Vous contestez qu'elle ne fe
trouue pas efcrite. Elle n'est donc pas parole de Dieu, selon la créance de toute la
prétendue" reformation. Ce n'est donc
qu Vne parole d'homme & de Ministre ;
&parconíèquentd'vn menteur:& vous
Voulez qu'on la croye ? Comment appeliez - yous cela j si ce n'est charîateí/
des diffèrent de la Religion.
315
Tenez-vous en vostre maxime,/'£/cw/«redoit estre. le seul Juge de nos differens, parce qu'elle est jeulefuffijante. Ic vous semons
encore vn coup,pour faire voir que ie ne
veux vfer ny de furprinfe ny de supercherie. Montrez - moy les mots de suffisante & de luge en l'Efcriture,& ie me déclare vaincu. Vous ne l«s y trouuez pas j
auífi n'y font ils pas. Mais vous dites,
qu'ils s'en peuuent tirer par bonne & necefítire conséquence. Ie vous prenois pour
vn Ministre reformé,& vous vous faites
paroistre vn vray Bohémien auec íès
tours de passe paífe^barragouinant qu'il
soit dedans mais que ie tire. Ie ne stiis pas
en peine de ce que vous pouucz tirer de
l'Efcriture. Iefçay que les Ministres n'ont
les ongles que trop crochues , & que le *
plus fouuent à force de tirer ils defehirent, soit au temporel, soit au spirituel.
Mais ie demande feulement ce que l'Efcriture dit. Ie la veux recognoistre pour
seul & vnique luge de toutes nos contïouerfes,fi elle fe qualifie telle. Vous dites qu'elle ne le dit pas , mais que vous le
luy terez dire par bóne & nécessaire conI séquence. Ie ne fçay si vous luydonneriez lagefnc pour en arracher ceste con-
Du lugefouuerain
session. Ie l'aymc &c honore trop pour
$2o
l'abandonner à vostre mercy. Ie désire
l'ouyr parler en sa liberté & simplicité
nay sue. En vu mot, il faut que ce soit la
saincìc Escriture qui le die, & non pas
vos conséquences. Et vous autres Rabins Caluinistes, qui voulez faire tenir
à vos conséquences le rang & la place de
l' Escriture , vous estes des vrays Magiciens, vous efforç ans de faire rcuiure la
fable d'Ixion , &c le fantosme des Mâchâtes.
Voila comment vostre thèse demeure çonuaincuë de fausseté par vostre
propre confession , & par la pratique de
tous vos compagnons auec qui i ay conféré , soit par dessein , soit par rencon*
tic.
C H/P
des differens de la Religion,
311
CHAPITRE XIV.
Vignorance & Vanité du Minière en
ïexplication du passage de S. Paul,
pris pour fondement defa Thèse.
E vous feray voir, dit IcMÍnistrc,
qu encore que ces mots ne plient pas
cotenus disert émet en l 'Escriture,
ils s'en peuuent pourtant tirer par
bonne & nécessaire conséquence. Que dites-
vous? Ouest rhormeur que vous deuez
à l'Escriture ? Que sont deuenuè's les
louanges que vous luy donnez,dc contenir toutes choses nécessaires ? d'estrc
suffisante pour parfaictement nous instruire &: conduire à salut ? Mais où est la
íoy , la loyauté des Ministres ?Falloit-il
se mettre en lice auec tant de brauade
pour défendre si laschement ce que vous
auiez pris à foustenir ? N 'est -ce pas vous
mesmes qui auez fait le choix des armes?
qui auez protesté & iuré n'en vouloir
employer d'autres en ce combat que celles de l'Escriture? Le vent estoit-il dépositaire de vostre protestation ? Vous quit-
X
5tt
Du lugesòuucraín
tez l'Escriture pour vous ícruir des conséquences ; Vous me menaciez de la parole de Dieu, & vous ne deígamez que
des imaginations de vostre ceruclle?
VOUS me vouliez effrayer d \ n g'aiuc si
trenchant des deux collez qu'il peut ícparer l'esprit & l'arne^ vous malîaillez
auec vne dague de plomb ? Où est la fidélité, mais où est la prudence Mmistrale ?Et puis vous ne pouuez supporter mes
iustes regrets , de voir tant de pauures
ames se perdre malheureusement , abusées par vos ignorantes vanitez de vaines ignorances! Ie vous auois dit qu'il y
a grande différence entre estre vtile &
estre seule vtile j entre estre vtile pour
perfectionner , & estre feule surniante
pour perfectionner. Que íàinct Paul
disoit les premiers, Se vous luy vouliez
faire dire les seconds. Qu'auez- vous reípondu à cecy ? Voicy ÌL humilité des Çatholìques, dires-vous , ils veulent bien que l'Escriture fainèle soit vúle,mais non p>u feule,
qu'elle soit suffisante pour rendre parfaitl,
mais moyennant la suffisance de leurs tradi- .
tions.
Voicy l'habilité d'vn Ministre à nous
recognoistre pour ce que nous sommes,
des differens de la Keligion. 3 2.3
& à se condamner pour ce qu'il est. II n'y
aqùvne Eglise Catholiquc,& n'y a que
fes enfans légitimes qui puiílènt s'honorer de ce nom. Ceux qui se font reuoltcz
contre elle s'en font rendus indignes,
Auíïï les a elle rctranchez,comme prophanes & infìde'les. Ce Ministre donc,
qui se confesse n'estre point Catholique,
accuse les Catholiques de ce qu'ils veulent que l'Escriture faincte soit vtile Sc
suffisante pour nousrédrc parfaits, mais
non pas feule. Et ne cognoist pas, tant il
a I'esprit bon,quìl affoiblit & rauale mille fois plus l'Escriture auec ses consequeces,que ne font les Catholiques auec les
traditions del'Eglise. Si l'Escriture toute feule est vtile, elle n'a que faire de vos
consequences. Si elle est seule suffisante
pour nous rendre parfaits, & pour iuger
detous nos differens, vos consequences
font inutiles,vaines, fins besoin; &: partant fans propos Ôc fans raison adjouftees à l'Escriture. Appeliez-vous cela
combatre en loyal champion pour le su-'
jet qui vous a fait entrer en ceste estocade? où le trahir à faute d'addresse & de
force ? Vous auez entrepris de prouuer
par l'Escriture ces deux chefs fur lesquels
X ij
3 z<4
^
sottaerain
ie vous ay déifié ; Que í Escriture feule est
suffisante four nom rendre parfaits} Et que
feule elle doit estre luge de tom nos differens.
Vous ne pouuez trouucr en l'Escriture,
ny le mot de suffisante, ny le mot de luge. Vous l'auoucz de vostre propre bou, che. Rendez les armes, Prédicant téméraire , &c apprenez déformais à ne vous
engager fur la vanité de vostre outrecuidance. Ie m'afleure qu'il ne fètrouuera
point d'Agonothete qui ne vous condamne d'estre trainé par les pieds hors
du Camp.
Mais puis que vous vous estes trauaillé si longuement à donner au passage de
S. Paul vne interprétation conforme à
vos consequences , ie fuis contant de le
représenter icy en la mefme forme que
ie l'auois couché, pour faire paroistre les
raisons que vous auez de ne l'agreer.
t .Tiwo.j. Mak toy demeure ferme és choses que tu
as apprises t & qui t'ont esté commises , fichant de qui tu les as apprises, & parce qut
9 dés ton enfance tu as cogneu les fainéles lettres qui te peuuent instruire a salut par la
Foy qui est en ìefm- Christ. Toute Escriture
âiumement
inspirée est vtile pour ensei-
gner , pour comaincre, pour corriger, peur
des differens de laReligion.
3 iyinstruire en Iu/Iice , afin que l'homme de
Dieu soit parfaióf & instruit pour toute
bonne œuuye. Voila le texte de S.Paul
ainsi que ie l'ay escnt. Vous meblasmez
de ne sauoir rapporté assez soigneusement ,ny mesme selon nostre Bible, ce
dites-vous,traduite par les Docteurs de
l'Vniuersité de Louuain , & imprimée à
Lyon lan mil six cens cinq , de laquelle
vous protestez vous vouloir seruir contre moy. Ie ne refuse cestc traduction de
Louuain , ny les vostres , pour ce qui est
de ce passage ; ie vous feray sentir que
pas vne ne fauorisè vostre intétion. Mais
permettez que ie fasse ceste protestation
en fuite de la vostre. Ie proteste donc
que vostre vanité se trompe de croire
que nous ayons vne traduction de la Bible en François authentique -, c'est à dire
authorifee de telle façon que nous foyós
obligez de la lùiure. Nous sommes enfans de l'Eglife , légitimes & obcyffansjelle ordonne qu'on tienne pour au- Conc à
thentique l'ancienne & commune edi- Trame,
tion Latine,qui a esté approuuee en l'E- ^f'"" *•
gliíè par le long vfage de temps en temps
aux lectures publiques, difputes,predications , ou expositions. Pour les autres
X h)
3 xé
Du luge fouuerain
versions elle n'en fait point de comman2» r Ef i- dément. Ie ne veux desobeyr à son orflrelim.de donnance. Iesçay bien que Beze ayant
dfTsn
fait imprimer cinq traductions du nouueau Testament, fort différentes l'vne
de l'autre , aduouè" franchement en la
cinquiefmc3 n'auoir peu encore satisfaire
ny à la grandeur de l'œuure, ny à son désir. Les simples de la prétendue Reforrnationìisoient neantmoins fes premières traductions pour parole de Dieu,
nonobstant les corrections des subséquentes. Ie fçay aussi que les Ministres
de Geneue 3 lan 1588. faisans imprimer
leur Bible en François, en l'Epitre qu'ils
adressent à tous les amateurs de vérité , disent , auoir esté prier, pur plusieurs de
leurs Symmistes d'entreprendre cè labeur , de
reuoir les versions précédantes , & d'en foire
vne accomplie. Leur parole de Dieu n'estoit donc accomplie encore, & yauoit
plusieurs choses à redire. Ils confeflent
n auoir peu attaindre au but que defiroient ceux qui leur auoient commis ceJte charge , & recognoifjent ceste befongne outrepasser en toute forte leur capacité.
Neantmoins l'ouurage de leur incapacité confessée, est receu parmy lcsRe-
des differens de UReligion.
5x7
formez pour parole de Dieu, infaillible,
& pour règle de foy.
Ils smart encore qu'on les aduertijje en ce
qu'ils se feront mess m en la propriété des Unîmes , ou en íintention des Prophètes & des
.Apoflres , ne dejîrans rien plus que de profiter. Quelle aíseurancc peuuét auoir ceux
qui lisent ceste traduction que ce soit la
parole de Dieu, puis que les Autheurs
mcfmcs se déifient de nauxur sumy ny la
propriété de f onginalmy l'intention des
Prophètes, & des Apostres ì Finalemét,
nonobstant ces conseillons d'iníuffisancc, d'inégalité de leur force à vn affaire fL
pesant, de deffiance de s'estre mcípris,
tant cn {'intelligence des langues, qu'en
ïacognoiiíànçe de Iintention dufainct
Esprit, hors laquelle fainct Pierre nous
enseigne n 'y auoir point d'exposition
authentique , ils adioustentque, combien
qu'ils ayent recogneu aux anciennes translations le scxHoir des translateurs , leur fidélité
(y pieté, fi ejì-ce qu'ils ne fe font afjubiettis
n aucune d i celles ; mais y ont vfé d vne jatnile liberté , f Ion qu'il a pieu à Dieu leur efUrgir de son Esfirit de discrétion , adjouflant
quelques mots, & changeant , (jrc. Ne voila
pas vne Bible bien attestée pour luy
j,
318
Du lugesouverain
1
donner cours en qualité de parole de m \
Dieu? Les premiers Translateurs estoiét \fé{
sçauans, ridelles, pieux , diíent ceux cy, k raf
qui neantmoins ne veulent s'assubiettir
[
ny à leur sçauoir, ny à leur fidélité , ny à
iat 1
leur pieté. Quelles gens les estimerons- »
nous ì des Ministres. Ils diíet qu'il ne faut
* /'
adiouster ny diminuer à la saincte Efcri;voIÌ
ture, fur peine de crime de leze Maiesté
-x
diuine. II faut que les premières tranilalait
tions ne fussent point saincte Escriture,
ëj,
ou qu'ils soient criminels de leze Maiesor
sté diuine,puis qu'ils confessent d'adioupíi
ster Sc de changer à ces translations preItp
cedentes. Ce sont neantmoins des plus
iyof
soffifans Ministres de Geneue, choisis &
m
triez fur le volet parmy tous les autres
p
de France,qui ne diíênt rien de ceux qui
lut
ont passé deuanteux,que les autres qui Ile
viendront âpres ne leur puissent rendre,
jè
Et vous voulez que les Catholiques hom
norent plus vos versios que vous ne fait- 1 W
tes pas vous mefmes? Qu'ils les reco- k 1
gnoissent pour vraye parole de Dieu, là
i
où vòs traducteurs mefmes ne vous les
I
donnent que pour traductions imparI
faites ? C'est vrayement estre Ministres
prétendus. Tout cecy consideréjiugez ie
|
des differens de la Religion
3x9
vous prie íì ie dois ìn'eímouuoir du reproche que vous roc faires , de ce que ie
ne rapporte pas aílez soigneusement S.
Pauljparceque iene le rapporte pas íinuant vostre traduction. le tourne, 'fc »se
fscriture , ce que vostre Bible traduit,
imte l'Escriture , ie mets , instruire à salut,
ií vostre traduction , rendre (âge à jalut ;
ie met: , "ìtile, pour profitable ; parfait
ìnjlrutt pour toute bo »ne -œúHre3 áiílìQu,d*Ùctomply, appareillé à toute benne ceuúre.lugcz
encore si iedois appréhender ì'âifc qtt'é
vous sentez d'auoir rencontré nostre Bihle,comme vous l'appellez, conforme à
la vostre en la version de ce passage. Ie C olef\
vous le dis encore vne fois, Nous ne re- is.
coo-noissons aucune traduction Françoíie authentique,- mais i estime bien celle
de Louuain plus fidelle que toutes les
vostres. si S. F&ùíneúíì réíofUeu'-mteSVQUS , les functes Efcritures suffisantes , *
ijud propos estst il ajseuré Timoibee qu'elles
le pouuoient rendre sage à Salut? s'il ne les
íxiï voulu f aire Ut^es des cent rouerfes de la
Religions discerner teutes do 'Brmes j Pourouoy tvtst - il rendu ce tesmoi&nàge , quelles
'fiaient vtìlcs À conuaincre, à comger,& mttruire félon Justice ? S. Paul a dít que les
330
Dulugesouueraìn
&
íàinctes Efcritures peuuent rendre íàgc Feu
à íalut , il a donc dit qu'elles font feules "e 1 l
fuffiíàntes à íàlut. Sainct Paul a dit que < cncc
les sainctes Efcritures estoient vtiles à ^ c
conuaincre, à corriger, & instruire selon F*
Iustice ; il les a donc voulu faire luges h5^
des controueríès de la Religion ; & par p A
quelle dialectique,si elle n'est de la refor- ar ' e í
mation du Moulin ? S iles Efcritures feu- ^ioc
les nous peuuent rendre sages à Iàlut, il p%
est impossible d'arriuer à ceste sagesse Jíait
sans elles. Elles font donc nécessaires, il |rM
est donc nécessaire de les cognoistre. Les *
Efcritures d'elles mefmes ne peuuent m<'e
íê faire cognoistre telles qu'elles font,
comme nous auons prouuécy dessus; el- --pi?
les ne peuuet dóc toutes seules nous ren- M \
dresages àsalut .QViand i'vse de ces mors, pn
reWre yàgw à salut, c'est plustost pour vous »ati(
faire plaisir, que pour croire qu'ils repre- és !
sentent mieux Toriginal que ceux , à'tn- ë a
jìruire à salut, dont ie me fuisscruy. Le kto
grec,
, si vous en entendez bien la ídei
signification & l'vsage, se traduit auiìì odcri
bien par ecluy , Renseigner & instruire, ïlie
comme porte l'ancienne édition Latine toi
de l'Eghse Catholique, que par celuy de lire
rendre sage, comme le tournent vos tra- j
des differens de UReligion
3j1
ducteurs.Chez les Grecs,quand on veut
dire que quelqu'vn enseigne vne des
sciences libérales, on vsc du. mot m >{w.
Ainsi croyons-nous que les sainctes Hín I meures, Gtífra, eníèignent,& instruisent
s iomme traduit nostre Bible authentiI Tquc. Ainsi croyons -nous que tout Pa'. lìeur légitimement appellé,«f/&,instruit
1. ses diocésains ou ses parroiffiens 3 voire
h lAfl», les consomme, les accomplit, les
e pariait , qui est bien encore dauantage ,
i| Car l'Apostre dit que, lefus- Christ nom a £ ^
s ionné les vns ^pojìresjes autres Prophètes, \%.
;(
\-
■
:,
s
■
•
:
!
i
k Autres Euanatlïftes , les Autres mti&é&s £
íiknÁKotf <sg$V r Ks&fâquw
ûtj/ta}', Pasteurs,,
& Docteurs pour lacofommatton des saincís.
Que fi vn Pasteur en preschant, voire en
chacun de íès Sermons, instruit à íàlut
son auditoire ; est ce à dire que chacun
de ses Sermons soit suffisant pour conduire à salut son auditoire? G est pouftant toute la vertu de vostre argument
tire de ce mot grec, Gvlì , plus en sophiste
moderne Geneuois,qu'ancien Grcc,auquel ie responds par cestui-cy de meíme
tonne & de meíme valeur; tx, encore en
: I vostre sens.
332.
Du Juge foHuerain
Ce qui peut instruire à salut l'Egliíè qui |
vous est commise , est suffisant de l'y f
conduire.
Vn seulPresche des vostres la peut instruire à salut.
Vn íèul Presche des vostres est dondf
suffisant pour l'y conduireCeux qui vous ont ouy vne fois né
s'en doruêt donc plus soucier, puis qu 'ils f'
ts,
ont acquis en vn de vos presches tout ce
ft
qui leur suffit ,ou vous auez fait ce Presiteri
che fans les instruire à salut. En voicy vn
Patí
autre tiré tout à fait fur le vif du vostre.
itet
Ce qui me peut accommoder
Ût
pour faire le voyage de Paris, est suffi-1
tà
sant pour m'y conduire. Vn cheual mer
peut accommoder pour faire Ie voyages
de Paris. Doncques vn cheúal est suffi- [
sant pour m'y conduire.La santé, largét,!
&les autres nécessitez du chemin n'en- "1
trent elles point en considération. mcs-E'
mement duranc la rigueur de cet Hyuer .T
C'est ainsi, que vous ne bastiííez quel
dans des marefeages &: fur des pilotis de
cheneuotcs.Pour faire court ; la proposi-ï
tion de vostre argument est fausse, à rai -P'
ion de ce que vous y adioulíez du vo-|
1
des differens de la Religion*. 333
flre. II est faux que ce qui nous peut instruire à salut , íbit seul suffisant pour
nous y conduire. S. Paul dit bien que
l'Escriture nous peut instruire à íàlut,
mais c 'est vous qui adioustez par coníèIquence reformée , Doriques elle ejì suffisante à Salut, ce que iamais S. Paul ne dit.
L'explication que vous donnez à ces
mots , rendre Sage À Salut , est aussi toute
huguenotte, &c partant contraire,tant à
lintention qu'aux paroles expresses de
S.Paul. Ie vous auois donné moyen de
ierecognoistre, quand ie vous auois dit
que les íàincles lettres dont S. Paul parle,ne coníìstoient qu 'aux liures du vieux
Testament : Que Timothee ne pouuoit
auoir esté instruir dés son enfance en celles du nouueau , elles n'estoient encores
cn lumière ; Que fi vostre conclusion tirée de ce passige de S .Paul estoit véritable, il fau droit croire que le vieil Testament tout seul est suffisant à salut, & doit
estre luge de tous les differens de la Foy.
Vous auez refpondu à mon aduertissement par vne glose & vne chronologie
aussi extrauagantes que sont ordinairement les ceruelles des Ministres. Ie n 'y
veux rien adiouster, diminuer, ny chan-
33 4
Du luge souueraìn
ger, voicy vostre escrit.
0tm
Quand i^époslre S. Paul parle icy de U
Foy en lefm-Chriíl , disant que par tceìle les 101
jamfies lettres peuuent rendre Sage à Salut ,it !ri |]
fait aff'ex^cognoijìre qu'il y entend ausi U do. * I
Ûrine de l'Euangile , qui pouuoit défia lors
ftri\
auoir esté escrit e par les Euangelifies ejr Ro- ils.
"St.
stres, ou pour le moins vne bonne partie.
Vostre glose dit que S.Paul ne par- f M
le pas icy des Efcritures du vieux Te- VOLL
stament toutes feules,ains aussi de celles : P I
du nouueau : Elle desmet Zuingle, Cal- ï01 "
uin & Beze, & tous les Ministres qui ont
frangé de leurs annotations la Bible de Ku|
Gcneue r Voire S. Paul mefmes, lequel
déclare en termes exprès qu'il parle des ÍIOUI
lettres que Timothee auoit apprises des !tcc|
son enfance,au temps de laquelle il vous
íèroit malaisé de premier qu'il y eust rien
par escrit du nouueau Testament.
Voyos fi vostre chronologie est meilleure que vostre gloíé. // est euident, di- p,
tes vous, que S. Paul a escrit cefle seconde I
Epi lire k Tmothee fur la pn de fes tours tici
comme luy mesme le tesmoigne au ^.chapitre; % 1 '
qumt â moy ie m'en vay maintenant estre fa- Ce
crìjìéy çjr le temps de mon partement efi pro- ait
chain. Or la plm-part des Historiographes
des dijferens de U Religion.
33 5
tttnnent quú a Çoujfert martyre Can denojire
Seigneur 6%. de forte que nom ne pouuons
iottter que les efcrits apostoliques nefajjext
dors en lumière,ou tomjau presque tom.Maù
mr le moins U doíírine de ÏEuangûs estait
icfm recette, rjr Iefa- Christ estoit reuelé; ce
ijue C^fbo/rre stgnipe , quand tl dit que les
lunchs lettres peuuent rendre Sage à Salut
fur U Foy tn lesus- Christ.
Vous iugerez à la lìiitte pourquoy i'ay
copié toutes ces lignes de voílre cscnt.
Si vous auiez bien leu &c remarqué les
histoires &c chronologies,vous n'estimeriez euident que S. Pauleust escrit ceste
seconde Epistre à Timothec sur la fin de
ses iours. Les plus diligens Annalistes
ont cotté Tannée qu'il l'escriuitjla troisiefme de FEmpire de Néron , qui est la
59 .de nostre Sauueur ; £c celle qu'il mourut la treizieíme du meíme Empereur,
quiestia5p .de Iefus-Christ: c'ast dix ans
îprcs,deuxeni'arrestdeRome,&:huict Aa
vl
en liberté ; durant lesquels pluíìeurs des
anciens ont noté qu'il auoit prcíché l'E- Athan.ni
kngilc en Espagne.
jgj^
Ce qu il dit , le temps de son départe- rofii. c*ment estre prochain. est plustost vn tes- "l h : 'f,i moignage de ce qu il pensoit,& a quoy il h*r:\j.
336
Dulugesomerain
Chrysojl. estoit résolu , comme seruiteur coura- qu Al
in pr Assis, geux &: fìdelle ambassadeur de lesusS
ad Hebr.
& dibi. Christ,que non pas de ce qui luy arriua me
Theudor. íuiuant le bon plaisir de Dieu, qui pour aux J
in T'tm.
sesermrplus longuement de ce vaisseau mon|
eap.vb.á»
d'esle£tion,adoucit en son endroit l'em- Gala
pereurNcron ; duquel les historiés pro- ActeJ
Í . T 'tm. 4.
phanes louent la cíemance durant les Luc I
v. 17.
cinq premières annees de son Empire. íondi
Et defaicì:, S. Paul mefmcs semble n ap- íil eí
i.Tìm.4.. préhender, & ne croire son treípas íì
Lippe
■v. 9.11.13.
prochain ; puis qu'il mande àTimothee ippie
de le yenir (routier, de mener Marc mec /aj,
çj7* Rapporter la tn&nteline qu'il Moit larjsee ÉC
en Trots chez, Ca ?pe,& les liureíjnais princi- |*f
palement les parchemins. Le soin&lesou- ■'Ml\
H
cyde ces besognes,ne prouue pasqu'vn
homme croye tout à fait estre à la veille - I
de son parsèment hors de ce monde. Cc :mgt
ne fut donc pas lan 68. de nostre Sei- re foi
gneur cjuc -este Epistre fust escrite ,ains local
lan 59. auquel se rapporte le troisiesme 1
d< Ncron.
ieneT
Si vostre cuidence est obscure, vostre 15 -C
certitude est bien aussi douteuse. Vous ^eru
dires que vous ne pouúcz douter que les aesn
escí its Apostoliques ne fussent alors en "ara
lunuere, ou tous, ou presque tous.Quoy ippe.
quil
des differens de U Religion.
337
qu'il cn soie des autres , il est certain que
S. Paul estant retenu prisonnier à Rome , escriuit les Epistres aux Ephesiens,
aux Philippiens,aux Coloslîens,à Philcmon ; Thcodoret y adioustc celle des
Galates. Les deux derniers versets des
Actes des Apostres tesinoignent que S.
Luc les finit deux ans âpres que ceste seconde Epistre fut escrite à Timothee. Et phiJi
}
s'il estoit permis d' vser de conieclure, le v. ij>.
rapport de ces mots de TEpistre auxPhilippiens, Or lespere au Seigneur de vom envoyer bien toíl Timothee ; à ceux cy de l'Epistre aux Hebrieux , Sfachez^que noflre Hí y, ,
frère Timothee ejì deliuré, auec lequel ie vom v - «òverray s'il vient bien tofl , nous pourroiet
faire penser celle desHebrieux escrite en
mesme tcmps.L'Epistre de S.Iacques est
rangée sous lan 6$. la seconde de S.Pierre sous lan 68. de nostre Sauueur. L'Apocalypfc de S. Iean sous le 97. & le 14.
de l'Empire de Domitian , au récit de S.
■ Irénée. SonEuangile sous le 99 .de Ielus-Christ, &le premier de l'Empire de
Nerua. Ses trois Epistres enuiron cc
mesme temps. Voila comment vos asfeurances sont certaines, & comment il
appert que yous euísiez parlé plus venY
3j8
Dit lugefouueram
tablcment, si vous eussiez acertené que
la plus grandeJa .pius haute, la plus myfteiïcuíc,& la plus difficile partie des escrits Apostoliques n' estoit encore cnlumiere,quand S.Paul recommandoit son
Timothee de la cognoissance des íàinctes lettres.
Mais vostre pour le moins, est tout le
mieux que vous eussiez feeu dire, puis
que par iceiuy vous condamnez deux
ou trois de vos Maximes , Encore que les
ejertts apostoliques ne fuffmt torn en lumière, pour le moins , dites- vous, U doctrine de
ï Eunngìle estoit defiareeeuè, & lefas-Chrifl
estoit reuelé. II est tres-certain , Ministre
mon amy, plus parla prédication des
Apostres,que par aucune EÍcriture. Aussi
leur auoit commandé leur Maistre de
preícher,& non pas d'eicrire. S. Paul dit
que lâ Foy vient de íouy e,& non pas de
la lecture. L'Hfcriture n'est donc pas nécessaire pour nous instruire à salut. Si
vous prétendez prouuer que les íàinctes
lettres soeués par Timothee dés son enfance, fussent tellement suffisantes qu'J
fallustpar conséquent reietter toute aucre parole, qui est toute l'intention & la
force de vostre argument, np s 'ensuit-st
des differens de U Religion.
$3 9
pas que toutes ces pieces du nouueau TCstament7faites depuis la seconde Epistre
àTimotheedoiuëtestrereiettees ? Peut
cstre ne comprenez-vous pas vous mefmes la raison de vostre argument. IeFcxplique. II n'y a point de parole de Dieu
non escrite, voulez-vous dire, ny de doctrine de l'Eglise receuable pour nostre
instruction & conduite à salut, & pouf la
décision de nos contantions,- parce que
la parole escrite que Timothee auòit leu
dés son enfance, est íèule suffisante pour
effectuer tout cela. N'est-ce pas le sens
& le but de vostre conception ? $i vostre
but &vostre sens font de mife,pourquoy
ne le fera ceste conclusion? Puis que le
vieil Testa mét.auec celle partie du nouueau,qui estoit en lumière du temps que
S.Paulescriuit la seconde Epistre à Timothee sufïìsènt ,auec exclusion de tout
autre moyen pour nous instruire ôc conduire à salut, & décider tous nos differens; il s'enfuit que l'Euangile &f Apocalypse de S. Iean , Sc tout le reste íusmentionné, est inutile, & doit estre exclus. Voila le peu d 'inconuenient que
vous trouuez à m'accorder que le vieux
Testament est seul suffisant pour iuger
Y ij
340
Du luge souueraìn
toutes nos controueríès.Ce que vous cn
dites mérite vn chapitre particulier. Sui*
uons pour à cet'hcure Tordre du texte de
S .Paul>que vous auez peruerty en m'accusant de l'auoir confondu. Apres auoir
dit que les íàinctes lettres sceuës par Timothee le pouuoient instruire à salut, iî
rimoth raií° nnc ce ^ e puissance en ces termes ,
f®,
Car tout» Escrìtwe inspirée diuinement, efl
fti
•vtile pour enseigner , pour conuxincre , pour
U *p
corriger , & instruire en Justice 3 afin que
par
ïhomme de Dieu soit parfait & instruit pour
ma
fou
à
toute bonne œuure.
1 c vous auois aduerty de deux ch oses
íur ces mots j Fvne , quvtile ne signifie
• pas suffisante ; l'autre,que si la consequëce que vous tirez de ce passage estoit
bonne , il faaidroit croire que le vieux
Testament tout seul est luge siiffisant de
tous les differens de la Foy,voirevne partie du vieux Testament,vn seul chapitre
de Ruth. Car s Apostre dit 5 ro«re Efctiture diuinement inspirée : Vn seul chapitre
de Ruth est vrayement Escriture diuinement inspirée. Vous confessez n'entedrepas mon argumét,& là dessus brouïllez le papier. Necognoissez'-vouspasla
différence qui est entre ces deux termes,
íí
stm
coll
Lit
ne j
k
ìm
ft
cei
h
te
I lai\ (f
■
I
■
I
m
m
des differens de U Religion.
34 1
Toute Efcnture, & Toute l'Ejcritureì Elle
n'est pas petite. L'vn doit estre pris refpectiuement & distributiuement ; l'autre,
collectiuement & yniueríèllement. Le
Latin de la version ancienne & commune porte, Omn'n Scrìptura ,\c Grec ,
x<*íiì Si vous estes versé en l'intelligence
de ces deux lágues } vous sçauez la distinction que la Grecque met-entre * W &
likst , & que la Latine les représente
par Oiwne,è£Totum. Vostre Beze a re- i» ep.ad
marqué ce mot ,
, deuoir estre pris Remfouuent cnl'Escriture, plustostpour vne ' '
chose indéfinie que pour vne chose vniuerselle. Ie sçay qu'il a traduit, Tota Scriptura, pour donner cours á la conséquence reformée qu'il en vouloir tirer. Mais Le Cardiles Doctes curieux des laneues.nous ^>"lld '*P tro
von.
testent que toutes les plus célèbres ver- Le p. criions du monde portent, Toute Efcnture, ton > & c fans article. La Syrienne, Toute Efcnture
escrite de par l' Esprit de Dieu est vtile. L'JEthiopienne imprimée , tout de mesme.
L' égyptienne & Arabique escrites à U
main, qui furent enuoyees en vn ancien
exemplaire par le Patriarche d'Egypte
au Pape Clément VIII. tout de mesme;
comme rapportêt ceux qui les ont leués.
342Du luge fùuuerain
Ainsi l'alleguent & entendent Clément
Alexandrin , S. Chrysostome,TheodoretjRufìn, Sedulius, Primaíìus, & autres
anciens. Et entre les prétendus ReformateurSjLuther en fa Bible Allemande,
Bulhnger en son commentaire sur la 2.à
Timothee, Marlorat en sa chaîne Ecclésiastique , & en son indice François fur
l'institution de Caluin. Ie dis donc, fuiuant cette version , que si cette maxime
est vraye , Toute Escriture diuinement
inspirée, est luge suffisant de tous les differens de la Religio,ceste-cy le doit estre
aussi , vn chapitre de Ruth est luge suffisant de tous les differens de la Religion,
parce qu'vn chapitre de Ruth est Escriture diuinemét inspirée. Peut estre comprendrez-vous maintenant la force de
mon argument. Elle est toute appuyse
fur la distinction du distributif au collectif : du respectif à l'vniuersel. Vous la
verrez parauanture plus clairement en
vn autre exemple. Quand Iefus-Chnst
dit
à ses Disciples , aillez, par tout ÏVnivUt
uers , preschez, ÍEuangile , Omni créature,
<ms\\ T» KÌÍÍÌ , à toute créature, II ne se trou-
ue point de version Latiiie qui porte,fofí
creaturœ , elle seroit trop impertinente &
des differens de U Religion.
3 45
contraire au sens de Iefus-Chnst; car il
n'entend pas que ces mots,toute créature,
Ibiétprisvniuersellemét&collectiuemcc
pour toute créature animée, inanimée,
scniìblejinscnsible ,raisonnabIc,irraisostnable : mats refpectiuemét & distributiucment à toute créature susceptible de
prédication. Voila comment voirie traduction & la mienne sont différentes*
d'vne différence que vous tesmoignez
n'auoir encore entendue. Voila auíB
pourquoyi'ay mieux aymé me tenir au
texte Grec,& àl'ancienne édition Latine,authorisèc par le sacré Concile de
Trente, que me seruir de vos versions
confessées incertaines & imparfaites par
ceux mcífnes qui les ont faites.Mais puis
que ie vous ay dit cy-dessus que ie ne refuse ny la traduction de Louuain, ny les
vostres,pour la question que nous disputons fur ce passage : Posons que S. Paul
ait eferit comme vous voulez, Fargumét
que vous en déduisez, &c que vous estimez grandement pusslant , est jsi foible
qu 'il me fait extrême compassion toutes
les fois que ie pense à îa simpbcíté- de
ceux qui s'en laissent abuser. Ie passe
pour vous complaire ( sans ncantmoìns
y m)
344
Duluge/ouuerain
m'engager contre ia venté ) que S. Paul
ait dit , Toute l'Efcrtture àiuinement inspirée
ejì profitable à enseigner , à conuaincre, a corriger, &inflruire en Iufìice,afn queïhomme
de Dieu fut accomply, appareillé à toute bonne
œuure. Vous tirez de ces paroles par con^
séquence reformée, que l'Escriture toute íèule est suffisante pour rendre l'hom- «
me parfait, le vous ay refpondu , & de
bouche &c par efcrit, qu'il y a grand' différence entre estre profitable,&estre feule profitable : entre estre profitable &
estre suffisante : entre estre profitable
pour perfectionner,& & estre suffisante
pour perfectionner : entre ay der à faire
quelque chose & la parfaire tout seul.
Que S. Paul ne dit que les premiers, &
vous luy voulez faire dire les seconds.
Vous répliquez à tout cela, Que K ne fuits
pas le texte, que ie le propose en autres termes^
& pour le defguifer en quelque forte que ie
veux enrichir la langue Françoise de ce mot,
perfeSlionner , afin quon s'appcrçoiue moins
de la force des mots dont vfe H^époflre. Ne
voicy pas vn Ministre bizarre ? Fauois
cité tout du long le passage de S . Paul, ie
i'auois prié de le bien considérer íàns
préoccupation de jugement j Pour luy
des differens de L Religion.
345
en faciliter les moyens, ie rcípluchois &
['interprétois, & en ceste interprétation
m'efcartois le moins qu'il m'estoit poílìble des propres paroles de l'Apostre ; il
dit que ie ne fuis pas letcxte,&que iele
propose en autres termes, comme íi les
termes d'vne interprétation deuoient
tousiours estre les mefmes que ceux du
texte. C'est vn caprice purement Ministral ; mais cestui -cy sent vn peu son
humeur pedanteíque , de m'aceufer d'à- •
uoir inuenté le mot de perfctlionner. Si
l'estimoy-ie auíïi vieux François, aussi
bon,& ausfi naturel que celuy d'affectiónerjMais pour ne faire vn autre vacarme Martiafpareil à celuy de vostre compagnon qui me querela, pour auoir dit,
ie croy en S.Ambroise. Si vostre langue
Bcrruycre trouue trop rude mon perjeRwnncr, ic ne 1 affectionne pas tant que
ievueille quitter le fuietdc nostre combat pour y fonder vne nouuelle querelle, Ainsi, sans autrement me soucier, si
vous aggreez ou desaggreez cemot,ie
dis que vostre Théologie n'est pas plus
subtile que vostre Grammaire. Voicy
1 effort auquel vous auez ramassé toutes
vos forces pour contraindre S.Paul,bon
D H luge- fomerain
gré mal gré qu'il en ait , de dire queí'Es I ^
enture íèule est suffisante pour rendre f
íhomme parfait.
dr<
Ce qui eft tellement vtile qu'il peut endaffri- íi> r
ner , conuaineve , corriger 3 £r inslruire selon ft,
luflke, afin que l'homme de Dieu soit par- ^
fait &injìruit à toute bonne œuure^Jì sus.
ffanr.
jnt
Cr l 'Efcriture esl telle, selon le tefmoignaoe de » 1U
3 4^
S. Paul
*
F
, ifEscriture esl donc suffisante.
La majeure est fausfe,la mineure fausíe,ía conclusion fausse & partant vostre
effort demeure vain, & vos forces inuti- 'W%
les.
Lamaíeure est fâufîe,, parce qu'vtile^
en quelque sens que vous l'ayez sceu ? jy|
mettre,ne peut estre pris que pour vtile >
&íeíbin que vous auez mis à le defguiìèr ae sert que pour affoiblir vostre intention & vostre preuue. Toutes les choies vtiles pour nous acheminer à vne sel
fin me font pas feules fuffifátes pour no9, M|
faire arriuer à ceste fin. Mirez ie vous
prie îa sub tilité de vostre argument en la
glace de cestui-cy, peut estre remarquerez-vous les destaux qui lcdistormenc.
des differens de U Religion. 347
TÒUÉ ce qui est tellement vtile qu'il
peut enrichir vn visage afin de le rendre parfaitement beau, est suffisant.
Vn nez bien fait est tel. Car vn nez bien
fait peut fort enrichir vn visage, pour le
rendre parfaitement beau.
Doncques vnnez bien fait est suffisant pour rendre vn visage parfaitemet
beau. Si par cet exemple vous ne sentez la pourriture de vostre preuue,ie croiray que vous n'auez point de nez, ou que
ses mamillaires font toutes pourries des
defluxions corrompues de vostre cerueau.
Mais pour estalcr en plein iour la trame que vous tissez fous la mineure, il est
vray que S.Paul dit que l'Efcriture ejl vtik peur parfaire ; mais il ne le dit pas en
vostre sens, qui luy veut faire dire, quelle
ejl tellement vtile quelle peut feule parfaire,
&c. Par ainsi , tout autant qu'il y a de
différence entre vtile & suffisant , tout
autant en y a-il entre vostre intention &
les paroles de S . Paul , entte ce que vous
luy voulez faire dire &: ce qu'il dit. Ie dis
trop peu , quand ie ne dis que, tout autant. II y en a bien plus, car vostre intention est toute cotraire à celle de S. Paul;
34 8
Du luge fouuerain
&
& ce que vous luy faites dire contraire à ^ 1
ce qu'il dit. Vostre intention est de conclure que l'Efcriture feule estant suffisàn- * n [
te, ìlfaut reietter toute parole de Dieu W
non escrite,& ne tenir conte du iugemét !( ^
del'Eglife. L'intentiondeS.Paulcstde w
recommander tellement rEfcriturc,que »if
la voix de f Eglise n'y soit point interef- f vc
see.il n'est besoin de recourir à desnou- ffltfl
uellcs rcueîations pour manifester ccstc KOÍÏ
intention de l'Apostre ,• ses efcrits nous I
la defcouurent assez. II donne quatre leurs
grandes qualitez à l'Efcriture, pour ay- atec
der à la perfection de 1 homme de Dieu. MCI
II dit qu'elle est vtile pour enseigner, pour arol<
conuaincre , pour corriger , £7* pour instruite ts le
enlustice. Mais donne- t'il ces qualitez à wm
l'Efcriture feule ? ouy disent les Mini- œ <
stres. Nenny, dit S. Paul j car il les attri- ;A.po|
bue de mesme aux Pasteurs & Docteurs ostrl
dei'Egliíè. Iefus-Christ, dit-il, les a mis en ièl
fyhef.+. son Eglise pour a enseigner ,b pour conuún- ût'f
Cor. 11 cr e ceux qui contredisent, & reprendre les fè- iclal
3.
1
ducseur s, notamment ceux qui rennerfent Us
wì} * m <ùs°ns, enfeignans pour gain déshonnête ce 'mi,
a.
qui nappartiè't point. c Pour corriger ceux qui lílt
|ará
.1.15. les retrancher de la Communion des fdelles, «fo
i.Tim 5 . p ec lj erlt: auec toute authorité, votre tufques à
desdffirensdeURelifrion.
$49
fr les temr selon la doctrine de son Maifìre P*'i*éì
M tth l%
pur Ethniques ey* Publicains, a Pour in- ^ - pitire en luflice, comme Scribes doiles au à &om .6.
\tmiume des Cieux où ils reluiront, fwuint le ■'{''• , ^
lire au Prophete,comme la jplendeurdu Fir- s %.
miment , & comme ejìoiles en perpétuelles D *»-u»i-
Si S. Paul diíbit cc que vous
I luy voulez faire dire , il faudroit qu'il íè
contredit j &que par lesvtilitez dont il
recommande l'Efcriture, comme seules
suffisantes ; celles des Pasteurs & Do(
I steurs de l'Eglisc fussent forcloses & rc| ìettces ; ou celles-là par celles cy. Vostre
I conclusion est donc aussi fausse, que la
parole de S. Paul est vraye. Quand toutes les choies vtiles à la perfection de
i'homme de Dieu feroient comprises
íouz ces quatre chefs mentionnez par
! l'Apostre,encore demeureroit tousiours
I vostre conséquence reformée à la Geneuoife,c'est à dire, prise de biais & inutile,
j Car qui dit, vne chose estre vtile à tout,
ne la dit pas pour cela estre suffisante à
tout-,S.Paul dit bien ,t/«e la pieté ejl vtile À i .Tim 4.
1 toutes choses • mais il n'entend pas qu'elle
! soit pourtant suffisante. Vous espérez
garátir la fausseté de vostre conícquen1 cesouz la faueur d'vn mot Grec,& dites
(»rnite7^.
35 o
Du lugesouuerán
que tfcyipntptrot, quenostre ancienne version Latine a traduit, «^wf,signifiesfaittemcnt instruit. Prenons qu'il soit ainsi; quel auantage en cuidez vous tirer?
O que la vérité íè móstrc bien véritable,
quand elle asieure que si nous ne croyôs
ìsai. 7. nous n'entendrons pas ! & quand elle renm
proche aux luiss que leur superbe les
4J . ' ' empeíche de pouuoir croire. Ie ne sçay à
quoy ie dois attribuer les preuues que
vous nous rendez, d'entendre si mal les
paroles de sainct: Paul, que vous estimez
pourtant si claires : Ou à la préoccupation de iugement, ou à l'obstination, ou
à la superbe, ou à la malice , ou à l'ignorance,oU à toutes ensemble. Ne íèroitil pas plus séant &c plus raisonnable de
vous voiraccomodervostre sensàl 'Escriture, que vous voir trauailler en vain
d'accommoder l'Escriture à vostrescìis?
S. Paul dit que l'Escriture est vtile pour
rendre Ihomme parfait;pourquoy vous
tourmentez-vous , de luy faire dire que
rEícriture seule rend l'homme parfait?
Si vostre entendement ne peut conceuoir la différence de ces deuxproposi•
tionsjfaut-il imposer à l'Escriture ?fautil verser dans ce íàcré vaiíícau d'ellc^tion
\T
des dijferens Je la KeBgion.
3 51
vne îìqucur si corrompue que celle de
vostre conséquence?
le veux essayer encore vn coup de vous
faire entendre S.Paul par S.Paulmefmes.afin de vous disposer à vous corriger. Sainct Paul aíïèure que Ieíùs Christ
adonné desPafleurs & des VoEleurs pour
k consommation des SAÌntfs,po»r tœuureâ* ff^ 4 "
mimfíere^pouríedijìcation du Corps dechrist,
' '
iufjue s à ce que nom rencontrions tous en Fynue de Foy , & de U cognoìffmce du Fih
it Dieu en homme parfait «V aifya HMW>
Grec pour Grec,
ne signifie pas
mieux parfait que , nitíov ■ & vs&mâ&n
veut aussi bien dire parfaire comme
1
Nous ne deuons neantmoins
conclure que l'office Pastoral suffise tout
feul pour nous rédre parfaits. Mais nous
deuons nous contenter de dire , auec 1c
1 Cor L.
mesme Apostre, qu'il ay de à nostre per- 14 . ' * ■*
section : & que les Pasteurs font coadju- %&r.
teurs de Dieu. De mesme en est-il de
í l'Escriture. Bien que sainct Paul asseure
qu'elle est vtile pour nous redre parfaits,
J nous ne deuons conclure qu'elle íbit sùff fisante seule, si nous nc voulons extrauaguer.
Ic vous diray encore ce mot,auant fi-
S
352.
Du luge fouucraìn,
nir cc Chapitre ; Si vostre conclusion est
vraye, que l'Escriture puisse rendre vn
homme parfait &c accomply de tout
poinctjie ne sçay comment vous la pourrez accorder auec ceste autre maxime de
vostre Religion , que vous efìes tom coceu^
(jr natîçcn iniquité cjr corruption ( fans excepter les enfans des fidclles ) enclins k
E» Is for- malfaire jnutdes à tout bien^ que ie voflre ,
me des
vice vous transgresse^ sans f n & fans cesse
frieres.
les faintfs Commanâemens ie Dieu, Que
vous sert -il de lire l'Escriture ? quelle perfectió en acquérez vous ì Si vous croyez
qu'il n'y a perfection quelcoque de bonnes ceuurcs ,que personne ne peut parfaitement obeyr à la loy,quedeuientla
perfection & l'accomplissemcnt que l'Efcriture donne ài'homme de Dieu? vous
n'y auez encore iamais bien pensé à mon
aduis. N'auez-vous pasaustì en la comparaison du vieil & nouueauTestament,
comme ie m'en vay vous faire toucher
au doigt.
CHAP.
i
des differens de U Religion.
CHAPITRE
353
XV.
Sur ce que le Minière dit le vieil Testament ejlre suffisant à Salut; &
deuoir ejlre recogneu luge de
toutes nos controuerjes.
N eítimeroit , à mon aduis,
que ie vous imposerois.íì ie ne
| tranferiuois icy vos propres
paroles touchant ce discours,
tant ielcs trouue dignes d'vn Chrestien
Reformé, les voicy.
Quelle figrande différence trouuez,-~\otu
tntre la Loy & l'Euangi/e } entre le vieux &
nouueau Testament pour inférer ft refolu'èment que le vieux Testament nepourroit ejlre
suffisant à Salut ì ih ne diffèrent point l'vn
huec l'autre } quant à la substance. I es f délies
iu vieux Testament croyent en Jésus- Christ a
venirs nous croyons en lefus-Chrifl manïloan ?
fefté. Abraham aveuleiour duSnigneur> ^p*
s'eneflefieuy.Parfoy *4beìa receu teJmoigna~ He ^ r - 11 ^'
l^quil eftoit Iujìe deunntDieu. Cesl par Us
Ejcritures du vieux Testament qm les luiss
,
Z
314
UHtv^sjouueraut
mefmes ont eJU conuxincufpár Apottos, Cmx
AS.it.it. de fterxe ont examiné la doclrine de S, PÁUÌ
par iceíles Escrstures. En fincefl à Moyfe
aux Prophètes que noflre SeigneurIefus-Christ
renuoyeles luifi pourhs ouyr. En ces ltmx-lì
le vieux Tejìament efl'-ll p -is recogneu pour
luge, & eflimé suffisant À saint ?
II ne faut point s efmcrueilier de œ
H vimit qu'Aquila le Pontique, vn des premiers
^ïus %1'. traducteurs de la Bible Hebrayque,pour
fh* likiie auair esté repris par l'Eglise de ce qu'il
f0ad_ &
'
5 'adonnoit à i'Astrologie ludiciairc , de
Chrestien trop curieux lè fit luis. Ny de
cc que Theodotion , qui s'employa vn
ri vimit P Cu plus íideilcment à ceste mesme traftm Com- duction,d'here tique Mardoniste se ienmsde. ^4- dit Prosélyte. N'y que Synvmaclius, qui
siTopfz- trauailla fur îe mesme fujet,du temps de
fìfh*n.
l'Empereur Septimius Seuerus , pere de
ibififr*. Caracalla. d'Ebionite (selon Eusebe)ou
i»/Jí>. m. de Samaritain (seion S. Athanase&S.
4Mst*. c Epiphane) qui estoient deux fortes d heAthttn .é> lc ú (ì ucs qui tioubbicntl'Eglisede son
spifban. temps, se fit retailler pour la secode fois.
*&/*?r*. Monster, Buccr,& quelques autres, depuis que le nouueau Elie d'Allemagne
puisa fa reformation du Cocyte, nous
ont assez instruits que i'herelìe est vn
des differens de la Religion
3 55
chemin battu au Iudaysme, pour passer
de là , ou bien au Mahumetisme , ou du
tout à l'Athéisme. Mais ie n'eusse pas
pensé qu'en France il se trouuast des
gens íi fauorables aux luiss que vostre
escrit nous apprend. Oserez veus encore bíasmer le Pape,& les Princes Italiens
& Allemans, de ce qu'ils souffrent ceste
race en leurs Estats ,pms que vous estimez qu'elle tienne rie à rie vne loy suffisante à salut? Si le vieil Testament doit
estre recogneu luge des differens de 110stre Foy ,• les luiss Te gardentJe Usent, i 'eímdient, le chantent en sa langue originaire, qu'ils entendent mieux que tous
les Ministres deFrance & d' Allemagne.
Que ne les consultons-nous?quenenous
cn rapportons-nous à leur intelligence
& à leur décision ? Mais que deuiendrót
ces longs & affectionnez discours de S.
Paul aux Romains, & aux Galates, ÔC
aux Hcbrieux, si le vieux Testament est
suffisant à íàlut ? Ie ne croy point que
vous ayez leu ces trois Epistres Apostoliques. Ou si vous les auez leuè's , vous
teírnoignez n'y auoir entedu que le hauc
Allemand , puis que vous auez si bonne
opinion des luiss. Quand S. PaulenXei-
356
Du lugesouueraïn
I. COC.J.Í . gnoitque la lettre tue, & l'esprit vinifie-,
7-». 9-ii. Que des deux Testa mens l'vá estoit le
4 17
' ' ministère de mort en lettres , l'autre le
ministère de l'esprit 5 l'vn le ministère de
condamnation , l'autre le ministère de
Iustice ; l'vn finissable, l'autre permanët:
l'vn
csblouyssant,&: couuert , l'autre desHtit g
10. r.
' couuert & resplendissant ; l'vn ombre,
Cohjs. t. l'au tre corps ,• l'vn figure, l'autre vérité >•
Rem.+.u. i'vn n'engendrant qu'ire', l'autre que
douceur j l'vn de seruitude, l'autre de liGal. 4. 31. berté.Quand ilpreschoit mille telles autres antithèses entre le vieil & le nouueau Testament , vouloit - il que nous
creusììons qu'il y eust si peu de différence
que vous enseignez & preschez ? Quand
Ieíùs- Christ dit que la Loy a esté donnée
Utm.i.
Par Moyse, mais que la grâce & la vérité
a esté faite par lefus-Christ, dit il que la
GMt.}. Loy íbit suffisante à íàlut? Quand S.
ii. u. 18. p au | atte f| e si cxpreíTemét,qu en la Loy
nul n'est iustifié enuers Dieu, que la Loy
n'est point de la Foy, que l'heritage n'est
point dè la Loy : que deuant que la Foy
vint, c'est à dire deuant l'arnuee de Ieíùs Christ, nous estions gardez fous la
Loy, enclos pour la Foy qui deuoit estre
reueiee 5 que la Loy n'estoit qu'vn Peda-
des differens de la Religion.
3 57
gogue pour venir à Christ , mais la Foy
estant venue nous ne sommes plus fous
Pédagogue : veut-il nous persuader qu'il
n'y a point de différence entre le vieux
& le nouueau Testament comme vous
dites ? Si le Sacerdoceje Sacrificejes Sa- s.PauUpcremens,&: les promesses de l'vn & dcpeiuiaioy
l'autre font il differens , comme pouuez- '"gï^eU.
vous croire qu'ils ne diffèrent point l'vn ment».
de l'autre, quant à la substance ? Les Sacerdoce,le Sacrifice,les Sacrcmens&les pÁctpt*
baMpromesses ne sont -ils point de la sub stan- nm
E: ch í0
ce de la Loy & du vieux Testament? (f - '
Mais pourvuidcr cette question par l 'Es- Hebr. 18.
7'
criture mesme,lisez ie vous prie le j .&c
9. chapitre de l'Epistre aux Hebrieux, &
notamment cecy du j.Çertes il se fait abolition du mandement précédent , à cause de fa,
débilité & muttlité. Car la Loy n a rien ame^
né k perfection. Etcecydup. Le seul Vontife entroit au second Tabernacle vnefok ïant
non point sans fangjequel ilojfroit pour son
ignorance
celle du peuple. Par Cela signi-
fiant le S. Esprit que le chemin du Sanctuaire
nesloìt point encor es ouuert, tandis que le premier!'abernacle e/loit encores debout ,qui ejìoit
figure iufques au temps présent , selon laquelle
dons & Sacrifices ejioient offerts , mine pou-
Z iij
35 8
Du luge fòttucrain
noient fanftifer la. conscience deceluyquì fai.
AH- f-
soit le Sacrifice. II en dit autant au commencement du dixiesme chapitre. Ces
offices charnels, difoit Primasius, ne pou-
W
«oient rendre celny qui les faifoit parfait de
perfection d 'esprit t parce qu'Us ne pouuoient
iujìtfer ï esprit , Sautant quils ne pouuoient
ofier le péché. S. Iean Chrysostome, S.
§P}
1
ÌÊf
W
Ambroise , S. Augustin , &: tous les an-
w .adHte- c jcns q U i on t traitté ceste matière n'en
Kibr. 9.
nebr .y.
^
disent pas moins. Si les Sacrifices de la
JLoy ne peuuent sanctifier la conscience
des Sacrificateurs mesmes, si les mandemens de la Loy font infirmes &: inutiles,
si la Loy ne meine personne à perfectió :
comment l'afleurez vous feule suffisante
pour parfaire 8c accomplir l'homme de
Dieu, pour lc coduire à salut ì pour estre
luge suffisant de toutes controuerses?
Touchant les exemples d'Abel & d'Abraham, ie ne sçay à quel propos vous
ics allcguez.ny comment ils peuuent feruirpour affermir vostre conclusion. La
Foy d'Abel & d'Abraham font louc'es
par Ieíus Christ & par S.Paul ; donques
îe vieux Testament seul est suffisant pour
estre luge de tous nos débats i en quelle
Logique ?
^
ies âtfferms àeUReligkm.
359"
On dit que vouloir guérir est vn achetnirtement à santé, & cereher remède â*
son mal est vnc preuse de vouloir guérir. Les premiers chefs de vostre ícfoiiriadson vous trompèrent jfi vaus auiez
enuie de vous détromper, il ne faudrait
pas s 'arr ester à leurs eferks trompeurs»
c 'est le moyen de s 'entretenir en sb a obstination ignorante ;il fau droit lire &
cstudier les responíes qu'on leur a fait,&:
îes côsidcrer fans preiugé & fans paffioa..
Ceux qui on t soin de leur Salut ie pratiquent ainsi*,-, de- là viennent les. conversions des plmhaìwíes-de vostre mesticr.
Si vous auiez b*crí pesé ce que Monsieur
du Perron- respondk il y a long temp-s. è
Tîknus siir ce propos,ie a estime pas que
YouspcuiTiev. li longuement tremper en
ceste erreur de croire levieux Testament
touc sèulíuf£(a»t peur meer toasies dif>
fereœ de la Refigion. V ou s dites qn Apollbs( ainsi le no mmez vous) conuaiaquk îes luiss, par les Eícrirares du vieux
testament. lë lis. bic fr err S... Luc , <pt^4foHo , en ferveur d'effoit ^parfait $ enjet^noit ^&«*2v
diligemment ies choses epwt font de íe//«, qui
nfeft pas ce que vous dites ,- mais iTy/ls
aajJS qiSíîcses: Âgffiìfcs» c &gmfsorì jetdeìmns
2L w§
lè Baptesme de le m (notez ces mots contre
vostre créance de légalité du Baptcsme
de Iean & de Iesus -Christ ) ejr quePrisciUe
& ^icpuìle iayms ouy le prindrent auec eux,
&luy déclarer et plm Auartt U voyedeDieu .lì
n'en fçauoit donc pas assez pour conuaincre les luiss fur tous les poincts de la
doctrine de Ieíus- Christ : car puis qu'il
ne sçauoit que le B-aptesme de Iean , il
n'estoit pas seulement instruit du premier fondemët du Christianisme, à sçauoir du Baptesme de Iesus- Christ. N'enseignez vous pas que les Sacremens font
des appartenances de la Religion ChreItieneî Et où trouuerez-vous dans lancien Testament qu'il soit commandé de
baptiser les ridelles d'eau elementaiie,au
nom du Pere, du Fils>& du S. Esprit ? Ce
mystere,qui est le Sacrement de la Foy,
le fondement de tous les autres Sacremens, le seau de l'alliance de Christ , le
çharactere des enfans de Dieu, la porte
de l 'Eglife , l'entree du Royaume des
Çieux ; où le trouuerez - vous , dedans
l'Escriture Iudayque,non par allégories,
mais par preuues claires & nécessaires ?
c'est pour neát que vous alléguez les enfans d'Isiaéíauoir esté baptisez paríìgu-
des differens de la R eligion. 3 6t
rc en la mer .Le vieil Testament ne le dit
point. II n'y a aucun lieu dans Moyse,
ny dans les Prophètes , qui m'eníeigne
que le passage de la mer rouge fut ny
Baptesme, ny figure de Baptesme. Cest^ Cor
IO
S. Paul qui me l'apprend. Or il est bien i.
aisé à vn homme qui est desia instruit de
[institution du Baptesme, par la doctrine de Christ & de ses Disciples, de trouuer des rencontres de i'efprit de Dieu entre les histoires de la Synagogue ludayque,& les mystères de l'Eglife Chrestienne. Mais celuy qui n'aura iamais esté informé du Baptesme de Christ par la relation de fes Apostres,comment formera-il ces syllogismes ? Les enfans d'Israël
■
Exíd
passèrent la mer rouge, eux & leurs be- c »luìnfar
stes,& plusieurs prophanes & infidelles l ' Zxod - ch auec eux ; & cela à pied fec,& fans y estre
ny plongez, ny mouillez, ny arroufez.
Doncques il faut tremper èc baptiser les
Disciples de Christ d'eau élémentaire. Ils
passèrent la mer rouge fans aucune forme de Sacrementjíans aucun acte de Religion, &: fans prolation d'aucune parole
Sacramentale; Doncques il faut ioindre
la parole à l element, &c prononcer ces
niots Sacramentaux fur les baptisez, Iç
tchaptise au aom du Pere, du Fiîs^&áb du p
S. Esprit? Ik passèrent lia mer rouge vne juec
feule fois pour eux & leur postérité, fans mit i
que leurs enfans la passassent kmais mt,
plus depuisi.doncques st ne suffit pas que
les premiers ridelles ayent esté baptisez^, for to
maisfaut que leurs enfans, & les eníaas [tstu
de leurs enfans,tant que le monde dure- fcia
ra,le soient âpres eux? Ils passeret la mer m
rouge, fans laisser pour cela de passer de- j km
rechef ie lordain »&sans s abstenir des Jana
iauemens fub fequens de la Loy » Donc- p ece
ques le Baptesme ne doit estre réitéré, '{mt
& ne fe peuteóferer fans sacrilège a vne ^
mesme personne plus á'vne fois? En jit p
quelle dialectique? ^eFEiieharistie tout |Dj(
de mesme. Par quel lieu, de Fan cien Te- [cat;
Jîament se trouuera-il commandé de [n jj c
côraemarcr la mort denostre Seigneur, l'y
S? communiquer à son Corps ê£. à fou (|e ?(
Sang sottz lëípece du pain Sr du vin ì car Ber;
de recourir à la manne*: Qui est ce qui s acr
vous apprend que la manne estoit la íï- ^ ,
Zem.«>
gurc de Corps de Christ, 5c la mannç j|re
Lût. io.pftstost que les; cailles ."N'est-ce pas, Christ ion (
luy mesme, & ses. Apostres? Apres y d'oa ^
recueilli rez- vous qu'il faut célébrer ce
mystère conioiitaâemeîit íom: lëípece ^
des differens de laR eìigion 3 6 y
du pain & du vin í pleuuoit-il du vin
auec la manne au camp des Isiaèlites?
tant s'en faut, ne leur est-il pas dit, par
quarante ans vous n'auez beu vin ny Vtut. iy.
ceruoiíè ? Que íì vous alléguez l'eau qui
fortoit de la pierre, quel argument fera N*»*- 10 cestuy-là ? Les Israélites beurent de l'eau
de la pierre eux & leurs bestes , Tu en donneras (t boire , dit le Seigneur , k eux &
« leurs bejìesj Doncques il faut boire le
Sang de Christ en l'Eucharistie fous l'efpece du vin.& non fous l'efpece de l'eau,
cóme vouloiét les Aquanens ? Au contraire,!' víâge du vin n'estoit-il pas interdit par la loy à ceux qui fe consacraient Nomí *'
à Dieu, pendant le temps de leur sanctification ? N'estoit-il pas défendu aux Sa- umt.io.
cnficateurs d'en boire dedans le Temple, & lors qu'ils feruoient au Tabernacle ? Que diray-ie plus ? Vn homme qui
niera en gros qu'il taille qu'il y ait aucûs
Sacrcmens en la Religion Chrestienne :
qui criera que la LoyEuangelique doit
estre du tou t esprit & vérité : qu'elle doit
consister en la feule Foy &predication de
la parole, aux feules prières, louanges, &
actions de grâces : qu'elle doit estre defpouïilee de toutes fortes d'ombres & dè
364
Du lugesouueraìn
figures, de toutes íortes d'elemens terrestres & corporels , de toutes sortes de
voiles & de nuages àl'aduenement de la
lumière spirituelle,qui est Christ$& qu'il
ne luy faut ny Baptesme, ny Cene ,ny M
rien de semblable : Par quels passages du m
vieil Testament le pourriez - vous con- ' l
uaincre? Voila comment ce grand Basile de nostre aage, vous eust faitcognoistre la folie de vos Docteurs,^ la foibleffe de vostre iugement à les fuiure,si vous |
eussiez voulu prendre la peine de conférer son instruction auec celle de vos Maistres. Voila comment vous pouuez .iu- L,
ger maintenant si le vieil Testamét tout L
seul est suffisant pour déterminer tous L
nos differens : attendu qu'il ne peut feu- L
lemêt décider ccîuy de l'entree duChri- Lstianiíme,& de la participation auCorps L
de Christ ;qui font,íèlon vostre créance, I
les deux seuls Sacremcns-& selon la veri- I
té, les principaux mystères de nostre ^
. Religion.
fo
des differens de la Religion.
CHAPITRE
3 65
XVI.
Que la sain fie Efcriture rìeftny ïohjet
formel^ny le matériel total3 ny lefondement de la Foy. Et quelle seule
n 'engendre la Foy.
X reste vn poinct à vuider da
passage de S. Paul à Timothee, qui est , Pur U Foy en lefm-chnfl. S. Paul dit que les
íàinctes lettres peuuent instruire ou rendre sage à salut (lequel vous voudrez des
deux ) par la Foy en Iefus-Christ. Ic
vous auois remonstré qu'il ne dit pas abfoluëment que les sainctes lettres puissent rendre sage à salut : II y adjouste vn
ingrédient, sans lequel leur puissance seroit fort mince ; c'est , La Foy en lesusChrift. Qui est autant à dire , que sans la
Foy en Íeius-Christ la saincte Efcriture
est sans pouuoir de rendre sage à íalut.
Partant si la Foy est nécessaire au préalable, à qui veut tirer sagesse ou instruction de la saincte Escriture,il est impossible que la sain&e Efcriture toute seule
Du lugefouuerán
soit la règle & le luge de nostre Foy.
<
$66
Voicy ce que vous discourez là dessus. ^sl
'Penfez-'vouâ que S. Paul ne parle pas absolu.
1*
ment de U puijjance des fainfles lettres ,ayant
aflIi
dit quelles pement rendre sage à salut , pour
akoìr adjoufìé ces mots , Par la Foy en Iefm-
#*f
Chrifl ? Cela nempefche point qu'il ne montre
Et ces
'"W
ky simplement leur pouuoir absolu.
^
mots U ejìoìet tellement nécessaires, que quani
%\
il ne les eujì point mis, d eujl esté besoin de les *4'
y entendre. Or tant s'en faut que par teeux h m
fuffifan ce & dignité del' £ fcriture soit amoin-
^
drte,que plujlost elle en est amplisee. Car d'où
fefa
procède ceste Foy par laquelle nous sommes iu-
*s
fíifez^yfwon du S . Eïftrit , par le moyen de
f Efcriture famfle ? (Vous donnez icy vn ^
compagnon, voire vn supérieur àl'Escriture ; son pouuoir n est donc pas absolu;
elle n'est donc pas absolument suffisante
comme vous íoustenez.) Qui est-ce qui
Vengendre en nom [mon la parole de Dieu ?
( Celuy que vous venez de dire,à sçauoir
le S. Esprit,non pas la parole escrite : car
la foy est vn don de Dieu, non pas don
de f Efcriture.) La Foy, dit S. Paul, est par
l'ouyr , £r l'ouyr par U parole de Dieu. ( S.
Paul dit par la parole de Christ , toutes
îes paroles de Dieu ne s'appellent pas
^
"w
^
te
I
MU
^
M
m
Re
«
^
ereméeMKjwjrmn. -$€j ,
paroles de Christ. Icsus- Christ, <çomm&
Christ , ne park qu'âpres son Incarnation. De plus, S- Paul ■dit par la parole,
no®, pas patïEícricute,) Cejh parole <ejì
{.ebjetl de U Foy auquel die don tendre^ &
ne» feulement ce U, maisejì attfii la hafì&ie
yrsy fondement qui la fou0ientJVrx peupfas
bas. Or pt 'psqne C Efcriture <eft ïob\etTt de h
foy,puis que cefl elle quil'engedre } fms quelle
tneftle fondemet ; comment oft^v o m maintenir quelle ne soit pas suffisante ì
Voila trois Maximes qui méritent
d'estre attenriuement considérées , fans
nous amuser à descoiffer fidoîe de vostre Foy mstifiante. L'escriturccst objet
de la Foy. L'Escriture engendre ía Foy.
LEíènture est le fondement de la Foy.
Pour auoir plustost faitjielcscomprcndray toutes trois en ce chapitre 5 aulïï
font elles enchaifnees l'vneaucc l'autre.
I'ay dit cy-dessus , que les choses que
nous croyons ne font pas Fobjet formel
de nostre Foy : Elles ne sont que l'obiet
matériel. Le formel est, non la choie
creuë, mais ce qui fait qu'on la croyc.Vn
exemple aydera à mclclaircir. Plusieurs
choses Ce rencontrent en nostre veuë,
donc la considération est fore diueríè.
>
3 <5 8
Du lugesouueram
Deux seules seruironc à nostre proposja
couleur ô£ la lumière , fans lesquelles il
n'est point de veuë actuelle. La couleur
est ce que nous voyons : la lumière est ce
qui nous fait voir. La couleur est lobiect
matériel: la lumière l'obiect formel.
En la veuë de nostre Foyl'Escriture
tient la place de la couleur -, non pas de
toute couleur : car nous croyons plusieurs choses qui ne font pas expressemét
&immediatemét en f Efcriture, & vous
aussi, comme ie montreray tantost. Partant l'Efcriture ne peut estre 1 obiect matériel total de la Foy ; celuy que les Philosophes appellent, obieSium adœquntum,
c'est à dire, de pareille estenduë que la
Foy,& qui embrasse tout ce que la Foy
estraint. Quest-ce qui tient donc le lieu
de la lumière ? c'est ce qui de loy me propose les choses que ie dois croire , & en
me les proposant informe & illumine
mon ericendementj&encline ma volonté à les receuoir & les croire; c'est proprement Tobiect formel de la Foy. Or ce
principal proposant, qui fait ainsi que ie
croye la chose proposée, n'est autre,parlaa. abfolumët,que Dieu reuelant.Dieu
seuljdoncques en qualité de reuelanr (il
faut
des differew de laReligioa. $ 6 9
faut ainsi parler selon nous, pour rendre
ceste matière plus intelligible ) est proprement & absolument lobiect formel
de nostre Foy. En voicy la preuue. La
Foy peut estre engendrée par l'habitude
infuse toute feule, fans habitude acquise, & sans áutrë quelconque moyen extérieur. La Foy de S . Pierre^es Pátriarches,& des Prophètes fut engendrée de
cette façon. La main de Dieu n'est point
raccourcie. Ce qu'il a peu autrësfois, il lë
peut tout auslì bien à prefent,& lë pourra tousiours. Croire le contraire feroie
estre Vorstien,&blafphemer exécrable ment. De plus, si la Foy ne poUuoit estre
engendrée comme ceía , il s'enfuiuròit
deux inconueniens. L'vnquelà Foy infuse dependroit de la Foy acquise - &:
partant que le principe de la Foy se trouueroit en nous par le secours des hommes, qui est vn pur Pelagianifme. L'autre , que la grâce & la lumière surnaturelle, infuse de Dieu eh nostre entendement, auroit moins de puissance pour
engendrer la Foy,que la naturc,& la lumière naturelle de nostre intellect agent
pour engendrer la science. Et on íçait
qu'il y a eu des cfprits,qui íàns le secours
.370
Du luge fouuerain
&sans l'instruction d'aucun Maistre ,sonc
parucnus à la cognoissance de plusieurs
sciences. Les Grecs les appelloient Autodidactes j c'est à dire , enseignez & instruits d'eux mesmes. S. Augustin conZ
feff. ïil% feflè auc" r appris de cette façon les Ca(0f.i6.
tegories d'Aristote. Ceux qui ont creu
comme S . Picrrem ont tous eu autre obiect formel de leur Foy que celuydc îa
Foy de S. Pierre. Doncques la Foy de
tous ceux qui croyent, n a qu'vn mefme
obiect formel , autrement il faudroit
qu'il y eust diuersitc de Foy, s'il y auoit
diuersité d'obiccts formels. La Foy de
]
tous les fidelles ne peut estre qu'vne,
comme l'Apostre nous enseigne , // n'y
tyty*- S- a qtt Vn Seigneur , vne Fey, vn Baptesme. Et
vous autres en voulant introduire ces
diuersitez de Foy, historique , des miracles, & de promesses , gênera le & spéciale, vous auez fait comme ceux qui introduisent pluralité de Dieux j c'est que
vous monstrez n'en auoir point du tout.
Si la Foy n'est qu'vne,vne vertu en eípece ne doit auoir qu'vne raison formelle
de 1 acte qu'elle produit : car tout acte
reçoit son espece de l'obiect , disent les
Philosophes. Nostre Foy donques,non
l\0Û
des dìfferens de la Religion. 37Ì
plus que celle d'Abel, d'Abraham, des
patriarches, des Prophètes, & nomme- Mattkiï
ment de S. Piérrë,n'a point autre obiect
formel que Dieu reuelant. 11 est donc
faux que l 'Efcriture soit -f obiect formel
de nostre Foy. Or quelque authorité què
nous ayons cy- dessus recogneu en l'Eglife par dessus rEfcriturë ,auec les considérations que nous y auons apportées,
nous ne difós pas que cette qualité d'obiect formel de nostre Foy puisse estre attribuée à l 'Eglise. Mais nous disons bien
que la voix de l'Eglise , lors qu'elle nous
enseigne & détermine quelque diffèrent
de la Foy, est vhe condition de l'obiect
formel de nostreFoy,necessaire pour nostre regardjfuiuant le cours ordinaire dé
la prouidence de Dieu. I'essaycray d'efclaircir comment ientends la nécessité
de cette condition. Ce que nous croyós
par Foy se peut comparer aux principes
des sciences, entant que nostre créance
n'est point fondée fur les pf euues des argumens, ains fur l 'authorité de celuy qui
nous l'a reuelee , ou qui nous fattesteí
Ceste comparaison secourra le désir que
i'ay de me faire entendre. Tout ainsi
qu'en la cognoissanceòV: intelligence des
Aa ij
37,t
Duìttgefiuueram
principes des sciences, la raison formelle
qui nous les fait embrasser est la lumière
naturelle de nostre intellect agent, parangoné pour cela par le Philosophe à la
íplendeur & à la lumière j Neantmoins,
fans faire tort à la lumière de l'intellect,il
ne laisse pas d'y auoir plusieurs moyens
préalables qui feruent dintroduction à
ceste cognoissance , fans lesquels nostre
esprit trauailleroit en vain, comme font
l'instruction ,1'enseignementj, l'estude, la
méditation, lexplication par des exemples , & par des effects , i'interprctation
des termes , Sc autres ay des semblables.
Demefme en est -il de la cognoissance
deFoy ;la raison formelle qui nous fait
embrasser vn article de Foy ^est la lumière surnaturelle infuse de Dieu reuelant,
laquelle propose à nostre entendement
la chose que nous deuons croire, & l'enclinc par nostre volonté excitée,&pous
íèe d'vne nouuelle grâce à prester consentement à la reueíatió de Dieu .Meantmoins l'authorité de l'Eglise enseignante & attestante y concourt, comme vhe
certaine condition,moyennant laquelle
Dieu parle &rcuele ce qu'il veut que nous
croyons,non pas immediatemêt, ou par
des dijferens de h Religion .
375
ie ministère des Anges ,ou par autre quel-
coque entremise que par celle de so fglife. Par cette codition nostre entédemêt
est secouru pour se déterminer au côsentement de la Foy,secours qui luy est nécessaire à cause de la foiblesse & maladie
de sa nature corrompue ,& de la hautesse
& excellence des choses diuines , surpassantes toutes les forces & capacitez de
cette mefme nature,quand elle ne seroit
pas corrompué'jcomme nous auons touché dés l'entree de ce traitté. Par cette
condition nostre volonté pareillement
est induite à fe plier & cosentir aux choses proposées, comme par vn moyen ordinaire diuinement institué j tant pour
remédier à la superbe naturelle de l 'hóme, source de toutes les erreurs Payennes,& de toutes les hérésies qui ont esté
& íèront ; que pour entretenir & conferuer ívnion entre les fideìles, scion cette
doctrine de l 'Apostre : ll n'yaqu'vn corps Eph,
É71 vn esprit, comme aufîivous ejîes appelle^
a vne mefme espérance ; ll ny a quvn Seigneur, vne Foy, vn Baptefme j "V» Dieu
F ère de tous, qui efl fur tous, & parmy tons,
CÍT* en nom tom. Mais la ?race eft donnée A
chacun de nom selon lâ mefme du don de
A a 1^
374
D« luge fòuuerain
cA «/s >e5c. S. Augustin amplifie ceste der,
niere raison au prologue des liures de la
doctrine Chrestiénc,par plusieurs exerm
pies delasaincteEsçriturejeommede S.
Pauldcquel nonobstant la vocation immédiate de Christ fut enuoyé à Ana'4&- 9- nias, pour en receuoir les Sacremens &
3
estre plus à plein instruit de la volonté de
Dieu. De Corneille, duquel encor que
les prières fussent receuës &ç exaucées
dans le Çiel, il luy est neantmoins com43. 10. mandé de recourir à Pierre, pour prendre les Sacremens de luy , ÒL apprendre
ce qu'il deuoit croire. De l'Eunuche de la
4&- *• Reyne Candaces , mieux enseigné par
Philippe que par l'Escriture. De ces exemples il tire cette conclusion. La charité mesme qui lie les hommes entreux du lien,
tsvnité i naufoit point d entrée pour verser
£r mejler les ejprits les vns dans les autres^
fi. les hommes ne pouuoient rien apprendre
C'est en quoy l'Eglise militante nous représente plus viuement la
femblance de la triomphante. Tout
ainsi que dans le Ciel les Anges supérieurs illuminent les inférieurs : De mesme en terre les brebis font enseignées
par les Pasteurs. Comme là fus les An-
des hommes.
(
Paf
gc.
au
blet
des diffèrent de UReliglon,
3 j$
gcs inférieurs ne font immédiatement
efclairez de Dieu ; aussi n'est icy bas le
peuple instruit immédiatement par reuelation diurne, ains par l'entremise des
Pasteurs à qui Dieu en a commis la charge. Par ainsi la voix de l'Eglise, comme
cauíè extérieure , nous persuade véritablement, voire de telle manière, que ce
n'est pas seulement par elle que nous
croyons ce qu'elle nous enseigne, ains
pour l'amour d'elle j c'est à dire que la,
voix de l'Eglife,en qualité de cauíè extérieure, est vrayemêt cause de nostre F oy.
D'où s'enfuit que la raison formelle de
nostre F oy,entiere &accomplie,cst Dieu
parlant par son Eglise,&:non par son Efcriture j tant par ce que son Efcriture
n'est qu'vne partie de fa parole, & qu'elle
a besoin, pour nostre regard , d'estre authorisee par l'Eglise en la manière que
nous auons déduit; que par ce que l'Escriture n'est qu'vne partie de í'obiet matériel de nostre Foy , comme nous auons
dit plusieurs fois. Oeil assez pour ce qui
concerne sobiect formel. Cecy s'eíclair*
cira dauátage en f examen des deux maximes fumantes.
j Passons à la qualité de fondement, &.
A a in)
37 6
Du luge souuerain
montrons que l'Elcriture n'est non plus
le fondement de nostre Foy,quc l'obiet
formel. Si vous eulîìez fceu les proprietez d vn fondement, ie ne croy pas que
vous vous fussiez publié íi mauuais Arçhitecte que vous auez fait, en le plaçant
pù vous lauez mis. En voicy six ou sept,
lesquelles íì vous pouuez approprier à
rEícriturje, vostre maxime rencontrera
quelque appuy.
La première propriété du fondement
de noíìre Foy est que ion estre, fa position,fon establissement, fa duree, se mesurent auec l'estrejestablissemcnt, la duree de la Foy. C'est à dire que la Foy ne
peut subsister sans fondement, non plus
que tout autre édifice. Voire ainsi que le
fondement precede l'edifice 5 aussi faut- il
que le fondement de la Foy precede la
Foy. Cette première propriété ne fe peut
trouuer^n rEfcnture, parce que la Foy
est beaucoup plus ancienne que l'Efcriture. Le vieux Testament commença
d'estre mis en lumière par Moyfc, deux
mille ans âpres la naissance de la Foy.
Pour le nouueau , la Foy Chrestienne
estoit eípanduè' par la Iudee & |a Samarie, par la Syrie & f Arabie , iufques en.
h
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foi
«
1
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I
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I
I
des diffèrent de la Religion,
yjj
Ethiopie,auát qu'aucun Apostre au Di£
ciple de nostre Sauueur mit la main à la
plume.
La deuxieíme propriété d'vn fondement est la fermeté & immutabilité. On
n'émette point fur le fable mouuant. Si
le fondement de la Foy peut estre esbralé 3 altéré, changé, corrompu ; la vérité de
la Foy fondée fur iceluy peut courir toutes ces fortunes, i erreur peut fe loger en
fa place. Cette seconde propriété ne fe
trouue non plus en l'Efcnture pour deux
raisons j l'vne , parce que l'Efcriture ne
nous peut afleurer infailliblement, ny
desveritez de fa teneur, ny du nombre
de íèscayers, comme nous auons montré cy dessus. L'autre,parce que toute Efcriture de fa nature est íuiette à changement,deprauation,corruption. Les annotations de vostre Beze fur le nouueau
Testament,déclarent assez que la faincte
Efcriture ne s'en est pas exemptée : Outre ce, qu'elle est, & a esté de tout temps
diuerfementperuertie.felónlcs ententes
des hérétiques , chacun d'eux tafehant
de la tordre Sc accommoder à son sens.
La troifiefme propriété du fondemét
de la Foy,est qu'il foustienne tout le b a-
378
Dulugefottuerain
«'
stiment, c'est à dire qu'il porte.. entière- f°
ment tout ce que nous deuons croire. Si $
quelque poinct de la Foy s'appuye hors P
le fondement, il est bastyen l'air. Cette i cs
propriété defaut à l'Efcriture. Elle ne $
contient expressément toutes les choses fy
nécessaires à nostre Foy. Nostre Foy
nous oblige de croire qu'il y a vne sain- S
cte Efcriture. L'Efcriture ne spécifie ny Us
le catalogue, ny Fintegrité , ny le vray I
fensd'icelle. Nostre Foy nous oblige de |
•croire qu'en la Trinité il y a trois perfon- ^
nés realemêt distinctes,& vne seule fub- w
stance. Qucn l' Incarnation de nostre [
Sauueur il y a deux natures en vne mes- i,
me períònne. Ces articles ,& plusieurs I
autres de nostre Foy, n'ont point d'ap- |
puy formel fur l' Efcriture. L'Efcriture [
ne peut donc estre le fondement dé la fc
Foy.
Í v„
f
La quatrieíme propriété du fondemet s
est la nécessité ; c'est à dire que tous les ìe
fidelles font nécessairement obligez de :
recognoistrc ce fondement, & que fans k
luy la Foy ne peut subsister ; ainsi que le
bastimët ne peut demeurer fur pied fans
íbn fondement.
,
ï
Ceste propriété ne fe peut non plus
des dijferens de la Religion.
379
e. approprier à l'Efcriture que les preceSj dentes,pour les raisons que nous auons
rj touché en la première. II y auoit des site délies en la loy de nature, deux mille ans
tic auant qu'il yeuíf aucune Efcriture. En
es ; jaloy de grâce, deuant qu aucun Euan>y geliste ou Apostre eust efcnt,voire deux
n- cens ans âpres Iesus-Christ,plusieurs na
IT tions auoient receu la Foy fans cognoifiy lance d'aucune Efcriture, au tefmoigna le gc de S. Irénée, comme nous auons dit [ren
n. cy-defTus.Et quand les infìdelles execu- ^ 4.
)- teroient ce que le Roy Antiochus, & les
re Empereurs de Rome essayèrent autres :s- j fois, c'est à dire qu'ils brufleroient tours I tes les Bibles qui font au monde, la Foy
)- des croyans periroit-elle pour cela ?
re
La cinquiefmc, que Ie fondement de
la la Foy soit vne vraye & manifeste marquetai- laquelle on recognoisse les fideljt
les d'entre les mfidelles. Car qui man:s que du fondement deFoy est mfidelie,
e & qui fa est ridelle. Tous les hérétiques,
is (sauf les Suencifeldicns & Enthousiac stes ) qui combattent l'Eglise depuis Lu~
s ther,en Allemagne, Pologne, &c Angleterre, aussi bien qu'en France (quelque
s contrariété d'opinion qui soit entr'eux )
380
Du luge fouueràin,
i
à 1 imitation des ArricnSjMacedonícnsJ f®
Nestoriens , Eutychiens , Pclagicns , nc 1*
s arment-ils pas des Efcritures? ne se ven- »yc(
tent-ils pas qu'elles parlent pour eux ? ne $
soustienncnt-ils pas que leur doctrine est Chio
fondée fur elles .? ne les alleguent-ils pas ít&
à tous propos pour l'establissement de :oy f
leurs opinions î Cette propriété ne peut
donc conuenir àf Eícriture , puis que les œn
Eterodoxes hérétiques se l' approprient *
aussi bien que les Orthodoxes Catholi- Lì
ques, & qu'elle nc peut seruir de distm- ffltt
ction entre les vns & les autres.
fie
La sixiesmc ,qu*il puisse non sculemét jto
mouuoir & pousser les infidelles à croi- |jcl
re, mais auíîl les conuaincre, autrement p
le passage de l'infidelité à la Foy ieroit ïpr
bouché aux infidelles. Pour laconuer- nui
íìon des Turcs & des Payens , qui ne se nbl
seruiroit auiourd'huy, & ne se fust seruy ien
par le passé que des feules Efcritures , le Ipo
fruict n'en euíl pas esté,& n'en feroit pas nc
fort grad.On fçait que les raifós naturel- íom
les ont plus de puissance enuers eux que I
les textes des Efcritures. La pratique des iS
Jt «».i. Apostres & des Pères de l 'Eglise primi- i«
1S tiue en sert de preuuc. Combien de cho- | R
' ses y a - il en la faincte Efcriture , qui du jif<
des dijferens de la Religion. \ 8 £
premier abord ícmblent combatre toute raison naturelle ?Ne deíFcndez vostre
F oy contre vn Philosophe Payen,contre
vn Boze du Iappon,c5tre vn lettré de la
Chine, qu'auec les passages de la Bible -,
n essayez de le conuertir qu'auec ce seul
moyen, vous ne profiterez non plus que
le Lcri,Richer,Sc ses compagnons auancerent en la conueríion des Toupinambous.
La íèpticfme, qu'il soit exprcíïèment
contenu au Symbole des Apostres,dans
lequel tous les premiers fondemens de
nostre Foy font contenus & exprimez.
Quelle apparence y a-il queles Apostrcs
apres la descente & réception du sainct
Esprit, bastissans le Symbole de la Foy
pour estre creu de tous , eussent mis en
oubly le premier & le principal fondement de la Foy ? En tout le Symbole des
Apostres il n'y est fait mention quelconque de l'Escriture. L'Escriture ne peut
donc estre fondement de la Foy.
Les Ministres se couurent du bouclier
de S. Irénée, qui nomme en termes ex*
pres les escrits des quatre Euangclistes
fondement de nostre Foy, voire de l'E- ^
glise, Nom rimans point cognsu t dit-il ,U M^'u
382,
Du lugefomeraìn
disposition du salut par autres que par cem
par lesquels t Euangde efl venu à nom, lequel
ils ont lors presche, & depuis, par U volonté
de Dteu,noué íont baillé en efcrit.fondement
Cap. ti. & colomne future de noflre Foy. Et plus bas
en vn autre chapitre. Pource qu'il y a quatre régions au monde où nom somme s, & qùil
y
o. quatre esprits principaux , <& que tEglise
Èkfch.
ejì efyaniuépar toute laterre,& que l'Euxn~
gile efl le fondement & la colomne de ÏEglifa
& l 1 Esprit de viê ; il efl conuenable qùil y ait
quatre colomnes. La conclusion qu'ils tiret:
ordinairement de ces paroles de S. Irenee,tesmoigne qu'ils n'ont pas moins de
ruse à les expliquer qu a les appliquer.
Les escfits des quatre Euangelistes, disent-ils, sont appeliez par S. Irénée foiv
dément de la Foy. Doncques les Apostres n'ont rien prefché de viue Voix que
ce qu'ils ont mis par efcrit. Abuseurs,
n'oublierez -vous iamais vostre coustume de corrompre tout ce qui passe paf
vos mains ? S. Irénée ne parie que del'hi^
stoire de nostre Sauucur & des quatre
Euangelistes qui l'ont escrite. Pourquoy
estêdez-vous ces termes aux autres Apostres? S. Paul, S. Pierre, S. Iean 5 S.Iac-^
quesjvoire S.Luc } n'ont-ils rien preschá
des dìfferèns de U Religion.
385
que ce qui cstoit contenu dans les quatre Euangelistes? Les efcrits qu'ils nous
ont laissé, íònt-ce seulement des copics
prises fur l'originalde ces quatre Secrétaires .? Pour le mot de fondement,il falloir auoir la créance de S. Irénée pour
[entendre selon son intention. Sainct
Irénée lemploye contre Valentin, Marcion, Cerinthe, &: Bastudes hérétiques,
quifuppofoient des fausses Efcritures,&
des fausses Traditions fous le nom des
Apostres,& reiettoient les Efcritures &c
Traditions publiques des Apostrcs que
l'Eglife auoit receuës par l'attestation
vniuerfelle de leurs Disciples & de leurs
Successeurs. Et les Ministres l'alleguent
pour confondre les Traditions occultes
& apocriphes des hérétiques , auec les
Ivrayes & authentiques Traditions des*
Apostres, publiquement authorifees du
perpétuel tefmoignage de l'Egliíè, &
transmises iufques à nous par l'vfage &
cosentemét vniuerfel des successeurs des
Apostres ,enueloppant les vnes & les auttes fans distinction dans vne meíme
sentence de condemnation Qui n'est
autre chose que se faire paroistre aussi efioignez du sens de S. Irenee,qu'vne opi-
3§4
& u ïuge somerén
nion nouuclle & hérétique est différente foy
de ia créance ancienne & Catholique.il G«
est certain qu'il n'y â chose quelcon- you
que appartenante à la Religion Chre- jute
stienne,qui n'ait fondement gênerai ou Iev
spécial, ou actuel ou virtuel, ou imme- c rit
diat ou médiat en ThistoireEuangeliquCi m
Les explications & applications des Mi- scie
iiistres ne visent qu'au spécial, à factuel, c eí
& à fimmediat ; c'est pourqUOy ils se fer- for
uent auíïi mal à propos de S. Ireneej M;
qu'indiferettement ils rebuttét l'autho- foi
rite des Apostres & de l'Eglife, fondée m(
„LUC.. IO. en ces Cparoles de
lEuangilc,
Comme
mon ie
u
D
,
t ,
f
loan. 16. P ère m a enuoye tevous enuoye. Qui vota ej~
pt
Mttth.ií. coule mejçoute. ïdy plusieurs choses À vous al
dire, mais vous ne les pouue^ porter présente- fl(
ment. Qui nescoufera l 'Église te soit comme t ,
vn Payen.
\
Or tout ainsi qU en parlant de l'obiect (
de la Foy, si vous eussiez dit que l'Escri. turc en estoit l'obiect materiel,non total, ,
mais en partie , vous èuffieZ parlé eii
home mieux entendu que vous ne vous
déclarez. De meíme,fi vous vous fussiez
contenté d'attribuer à Iá fairtcte Efcriture le nom de fondement general,ou virtuel, ou médiat, ou d'vne partie de la
FoVi
des diffèrent de la, Kèligion. 385
Foy, ou comme Quintilian appelle la
Grammaire fondement de l' éloquence,
vous eussiez parlé plus clairement, plus
intelligiblement, & plus véritablement.
Ie vous eusse accordé que la saincte Efcritureest le fondement de nostre Foy?
au sens que les Principes de chasque
science sont nommez le fondement d'icelle : que lë Symbole des Apostres estie
fondement de la Religion Chrestienne.
Mais non pas que fur elle seule soient
fondez immédiatement tous les dogmes de nostre Foy,commé vous prétendez, puis qu'elle mefme a besoin d'estre
prouuec & approuuee, ainsi que nous
auons montré cy -dessus, par vn autre
fondement précédent, quiestl'authoritédel'Eglife. De manière que la saincte
Efcriture ne peut estre le fondement
que vous preschez.
Ces discours de l'obiect, & du fondement de la Foy,pourroiét suffire ( si vous
en vouliez tirer des conséquences plus
légitimes & plus nécessaires que les vostres ) pour ruiner ceste troifiefme maxime, Que t Efcriture engendre h Foy. Remafchez-en seulement ces trois poincts.
Si la Foy estoit deuant l'Escriture. Si k
Bb
386
Du luge souutraln
Foy a reíplandi ouf Efcriture n'aupitencore nullement esclairé. Si l'Escriture ne
comprend tout ce qui est de la Foy ,
comment la peut elle engendrer .?
Croire qu'il y a vn Dieu,& que ce Dieu
a parlé aux hommes, ne sont-ce pas articles de Foy ? Si pour cueillir quelque
fruict salutaire de l'Escriture ie la dois
croire parole de Dieu, ne faut-<il pas que
la Foy de ces deux articles marche deuát
la lecture de l'Escriture? Lors qu'on vous
demande , & à vos compagnons , pourquoy c'est que tous ceux qui lisent la
saincte Efcriture ne sont fidelles, puis
que, íèlon vostre creance,f Efcriture feule engendre la Foy : Vous refpondez,
que le defaut vient de ceux qui la lisent;
parce que pour en estre instruit à salut,
&c en apprendre la Foy,il la faut lire auec
vn esprit pur,auec vn esprit de charité &
de venté.Sur ceste refponce,que ne peut
on estimer de vos inconstderations ? Ne
prefchez vous pas que tout ce qui se fait
sans Foy est péché ? Que les infidelles ne
peuuent auoir aucune vertu ? Que c'est
par la Foy que le S. Esprit fait son entrée
en nos ames ? La pureté, la charité,la verké,íbnt-ce pas vertus ? Les vrayes ver-
des differens de hR.eligiún
387
tus ne peuuent estre qu'en lame des ridelles. II faut que ces trois vertus soient
en celle de tout homme qui voudra lire
l'Escriture pour en estre instruit à salut*
&en tirer sa Foy. II faut donc que cet
homme soit fidelle auant qu'il ait la Foy.
Messieurs les Prétendus Reformez, ie
vous prie d'arrester vn peu icy vostre
pensée. Vos Ministres disent qu'il faut
apporter vn esprit pur à. la lecture de
l'Escriture, pour en tirer & fa Foy & son
salut; Ils diíènt aussi, que l'Escriture est
vn instrument par lequel Dieu donne
son esprit à son peuple. Où prendronsìious cet esprit pur qu'il faut apporter à
la lecture de l'Escriture ?Si nous sommes
conceuz en péché, si nous naissons enfans d'ire -, & demeurons confits en im>ufeté,iufques à ce que par le moyen de
a saincte Efcriture Dieu nous ait donné
son Esprit ; d'où le pouuohs nous auoir
pour l'apporter à la lecture de la saincte
Efcriture? Nous ne l'y pouuons apporter
que nous ne f ayons , nous ne le pouuós
auoir que Dieu ne nous le donne ; Dieu
ne le donne que par la saincte Efcriture :
c'est donc vne folie de dire qu'on le doit
apporter à la lecture de la saincte EscriBb ij
{
388
D H Juge souueram
ture, si la saincte Eícriture en est f instrument.
La Charité naist de la Foy,comme l'amour de la cognoisfance ; La saincte Escriture,disent vos Ministres,engendre la
Foy . Llfaut apporter vn esprit de Charité à la lecture de la saincte Efcriture pour
en apprendre la Foy. II faut donc que la
Charité soit fille de la fille de la S. Escriture.Car si la Foy est fille de la S . Escriture,& la Charité fille de la Foy,il faut que
la Charité qu'on doit apporter à la lecture de la saincte Escriture,soit plustosr née
que sa grand 'mere.
La saincte Efcriture engendre la Foy,
disent vos Ministres • On ne peut donc
estre Chrestien qu'on n ait premiercmét
leu la saincte Efcriture. Les vieux Chrestiens ont creu le contraire véritable.
Nous le croyons auísi,c'est qu'on ne peut
lire la . saincte Efcriture auec vtiiité à salut, qu'on ne soit premièrement Chrestien. Car il la faut premièrement croire
Efcriture saincte . c'est à dire parole de
Dieu,auant qu'en espérer aucun fruict
salutaire. Si ie la croy parole de Dieu
auant quela lire, ie ne íùis pas fans Foy,
ma Foy ne peut donc pas naìstrc de la
des diffèrent de la Religion. 389
lecture d'icellejl est trcs-ccrtain.Et nous
nous estonnerions dr 1 effroterie de vos
Ministres à maintenir vne opinion íì extrauagante , si nous n'estimions que Ie
charme de superbe,d'ignoráce&-.d'obstination les tient ensorcelez. Iugez maintenant si ces mots de S .Paul,P<tr U Foy en
Jésus- cbrist,Ce peuuent accommoder à
vostre sens. Et si S. Paul, dilant que les
sainctcs lettres pouuoient instruire à salut par la Foy en Iesus- Christ , a iamais
eu intention de conclure que les sainctes
lettres engendrassent la Foy en IeíusChrist.
Les sainctes lettres rie me peuuentïnstruirc fans la Foy, dit S.Paul. L'instruction de la Foy naist des sainctes lettres,
dires-vous. Estes vous. d'accord auec S.
Paul, par vostre foy ? Mais pourquoy
vay ie vous pressant d'autres paroles que
des vostres propres ?.
Ie vous accorde volontiers, dites-vous,
tjue fans k Foy en lests - Chrijl les (àìnffes
lettres ne nom rendroient point figes à salutpuis que cefl la "vie eternelle de cognoìjìre lelocm.xj.
seul vray Dieu, & celuy qu'il a enuoyé lests- v Chrijl , <£p que: pins Foy il est impofible de
^
plaire à Dieu. Mais à quoy faire alléguer cela? „. 6.
B b iij
$9 o
D« luge souuerain
( I'auois allégué cet ìngtedient de fainct
Paul, par la Foy en Iesus- Christ. ) Vom
ejìiez. vows imaginé que parlant de lautho:
rité&fufjïfance det Efcriture ,- 'en voulusse
exclure la Foy en lefus- Christ ? Ie ne croy pas
qu'il y ait vray Chreflten qui soit en doute
de la neeefiité de cefleFoy,& qui ne recognoif
feque le desaut {f icelle empefche les Payens&
autres incrédules de faire leur projìt des saisines lettres , de trouuer en icelles le vray sentier à la vie eternelle. Messieurs qui eseoutez ce Ministre , ie ne sçaurois excogiter
des termes pius exprès pour contredire
& pour maintenir fausse la maxime qu'il
vous enseigne , &: qie vous croyez,que
ceux-cy tirez de fa propre bouche. Pesez les vous mefmes,& accusez moy de
mensonge si vous ne trouuez que vostre
Ministre se desment luy-mesme aussi
clair qu'vn rayon de Soleil. Sans la Foy
les sainctes lettres ne nous peuuent rendre sages à salut • ce qui empefche les
Pàyens & infidelles de faire leur profit
des sainctes lettres,& de trouuer en icelles le vray sentier à la vie eternelle est le
destaut de Foy : Vostre Ministre le dit,
Vostre Ministre l'efcrit & le signe. Est-il
possible qu'il puisse dire, efcrire & signeç
des dijferens de la Religion.
3 91
en ce meíme discours , que l'Escriture
seule engendre la Foy ? Les Payens , les
infidelles lisent l'Escriture , elle ne leur
profite point • pourquoy ? parce qu'ils
n'ont point de Foy. Ne s'enfuit il pas
que ce n'est point l'Escriture seule qui engêdre la Foy, puis qu'il faut auoir la Foy
auant que lire l'Escriture, íi nous voulós
qu'elle nous profite ? Au nom de Dieu,
considérez vne fois en vostre vie le peu
de raison que vous auez d'opiniastrer la
deffence de la doctrine Caluiniste , & le
tort que vos Ministres vous font de vous
piper si visiblement auec leurs caioleries. Ne vous abusez^ point, dit le S. Esprit Gál.6.9.
par S.Paul ,D/e« ne peut ejìre mocqué ,ce
quel' homme aura semé il le moifíonerâ. Vous
auez ouy comme ce Ministre vient de
confesser que sans la Foy les Payens &;
les infidelles ne peuuent faire leur profit des sainctes lettres Et ce pendant il
me blaíme de ce que i'ay dit que fans la
Foy la puissance des sainctes lettres serpirfort mince. N est-ce pas auoir bien
enuiede tancer ? II en dit plus que moy
au desauantage de la suffisance de l'Escriture qu'il auoit entrepris deprouucr,&:
ne peut auec cela supporter ce que ie dis.
B b iiij
3 9 2.
D« /«g? sbuuerain
l 'auois dit que iestimois les Efcritures
minces fans laFoy,& il les auouë du tout
inutiles ; & nonobstant, cet adveu , il dit
que ma manière de parler n'est pas tolerable. Voicy íès paroles en fuite immédiate des fus alléguées , qui me les fait
trouuer plus estranges.
Mais quand vous dites que fans cejìe Foy
la puissance des fainfles lettres feroit fort
mince ì cejìe mantere de pArler n efl point tolerable ; car le defaut de Foy en quelques-vns,
^7* mefme en la plus-part des hommes , n'amoindrit nullement leur suffisance. Elles font
toufiouYS effcucieufes , bien que la malice des
hommes s'oppose à leur operatìos. Mais, comme l'enseigne S. Paul, elles agifjent diuerfement en ceux qui font fauueT^ & en ceux qui
périssent. Elles font , dit-il , A cetix-cy odeur
ì .Cf. t. de mort à mort, & k ceux-là odeur de vie à
15. 16.
vie , &c.
Vous citez icy S . Paul auec la fidélité
accoustum.ee. Ie ne crois pas que si vous
auiez vous mefmes vérifié vostre citation, que vous l'euísiez employée fi mal à
propos. S. Paul parlant de foy, de Tite,
& de tous les autres qui trauailloiet d'vn
mefme esprit pour la conueríìon des infidelles, dit } Nous sommes bonne odeur de
des differens de la Religion
393
Christ à Dieu en ceux qui font Jauue^, & en
ceux qui perijjent ; aux ~Vns odeur de mort a
mort, & aux autres odeur de vie k vie. Vous
appliquez ces paroles à l'Escriture, n'estce pas corrompre le texte & le sens de
l'Escriture ? Mais cornent sont tousiours
les sainctes lettres efficacieuses,si elles ne
peuuent profiter fans la foy préalable?
Que n expliquez- vous plus clairement,
si vous le sçaucz, en quoy consiste ceste
efficace en despit de la malice des hommes ? Nous ne sommes pas fur la question de la codamnation de ceux qui les
reiettent,ny de la certitude du salut de
ceux qui les croyent òc suiuent leur enseignement. VOUS VOUS amusez à escrimer contre vostre ombre. U y a bien de
la différence entre ceste maxime, Qui
croit & suit l'Escriture est sauué, qui ne
la croit est damné ; & ceste autre ; l'Escriture seule engendre la Foy. Vous faites
neantmoins ce que vous pouuez pour les
confondre. N'est-ce pas engendrer plus
de confusion que de lumière en l'entendement de ceux qui embourcent tous
vos enfeignemens fans les peser? Pour
conclure ce chapitre • Tant s'en faut que
l'Escriture engendre la Foy,& nous fasse
394
D uïuge fouuerAin
Chrestiens ,• Au contraire, il est impossr
ble íi on n'a la Foy, & si on n'est Chrc- ^ Ì\
stien, de croire que l'Escriture soit pa- t$x\
rôle de Dieu, ny d'en tirer aucun profit »({ ft
à salut.
Alexandre le Grand le plaignoit que
son Maistre eust public les liures de Physique ; Ils sontpubliez,respondit Aristotes ne font pas publiez ; car ils ne peu- $e ie|
uent estre entendus que par ceux qui
m'ont ouy. II le voulut signifier par le
tiltre qu'il leur donna. C'est par les oreilles, non par les yeux, que l'inteíligencc
des secrets de nature, traictez en ces liures, entre dans les ames.
^
La Foy vient de l'ouy e, ce dit S .Paul, |p
m io
& non de la lecture feule. Et peut on dire
auec plus de raison & de vérité , que ne
faifoit pas ce Philosophe de son liure,
que la saincte Efcriture est publiée &
n'est pas publiée Elle est pubhee pour
les fidelles. & n'est pas publiée pour les
infidelles : car elle ne peut estre ny crcuë
saincte , ny entendue à salut que par les
fi délies. S. Augustin expliquant ces mots
Uan. 6. tj u 6 ^ e 5 _ j can Í prononcez par nostre
Sauueur ,fur le propos de la manducation de son Corps; // en y A qttdques-vns
des differens de U Religion,
39 ç
(titre vous qui ne croyent point. Le Seigneur
ne dit pas tien y A entre vous qut nr entendent
dit ce Sainct Docteur,^» il donne U
ctufe peurquoy ils nentenàoient pas , parce
cp ïls ne croyoient pas. Car le Prophète a dit, if*i-7-
Siyous ne croyez, vous rìentenire\ paf. S.
Cyprian auoit amené ce meíime passage
dífaye, pour confirmer la raison de ce
que les luiss entendent íì mal les Eícritures 5 parce que pour les entedre il faut .
croire en lefus -Christ. Ouy les luiss, vos
luiss mefmes,i'Efcriture desquels vous
dites suffisante à salut ,qui ont,qui lisent,
qui estudient le vieux Testament, voire
cn sa langue originaire 5 & ceste lecture
leur est neantmoins inutile , parce qu'ils
n'y apportent pas la Foy du Messie venu
il y a seize cens ans & ils l'attendent encor. Et fans la Foy en Icfus -Christ ,comme vous confessez,ny le vieux,ny le nouueau Testament ne peuuent de rien profiter. Ie redis donc pour vous dratouiller la rate, que fans la foy, la faincte Esenture ne seruiroit non plus qu'vn Roman. Que la faincte Escriture est le
liure des fidelles. Qu elle n'a esté escrite que pour les fidelles. Que les infidelles n'en peuuent tirer aucun fruict;
3<?6
Du luge sòuuerain
fa
&c que s'ils mettent le nez dedans fans k òi
autre secours , ils se feront Chrestiens k la
comme Porphyre , ou comme Iulian \ no
IjApoftat.
. iq
"CHAPITRE XVU.
' ïllan
Que lesMiniflres âefmentent eux mes
mes leurs maximes Jeur-s ordonacess ít ^
leur confefíion. Commentfe doit èfo
entendre que l'EgUfe peut e^ahïvt ^
lt. ^
des nouueaux Articles de foy.
j
ndc
|E s discours du chapitre pre- jjyC
^cèdent vous monstrent auec foui
.uelle habilité de logique lam i
^gl§ vous dites la foy & l'Efcriture á£ti<
eftre deux relatifs & qui fe rapportent ie c
l'vn à l'autre. Vne autre fois ie vous de- ^
manderay de quelle relation vous en- m J
tendez parler, predicamentale ou tranf- ][a J
cendentale; decoparaifon égaie ouine- | tr;
gale 5 de la pr»pre\ou de l'impropre ; de O p 0
la mutuelle, ou de la non mutuelle. Si m
vous la fondez fur l'vnité ou fur la multitude : fur faction & passion ou fur la if9 J
mesure. Quand vous m'aurez efclaircy íj"£w J
de vostre entente , ie vous diray que la 15 J, I
foy s'estend beaucoup plus que l'Efcri-
des differens de la Religion. 397
ture, & partant que l'Escriturc ne peut
cstre la mesure & l'exemplaire de npstre
foy, non plus que le fondement.De manière que ie ne pense pas que ce fuft en
veillant que vous escriuites cccy : Notamment ces deux lignes, Défia ie vous ay
faiBvoir l 'vnìon de l' Efcriture ejr de U foy y
m ce que ï Efcriture efl l'obieEl de la foy , &
ijueUfoy applique l'Efcriture ànojìre vfage.
L'obiect de nostre veuë & nostre veuë
(|5 sont ils vne mefme chose ? Si vous entendez de l'obiect matériel , la couleur
&la veuë ne font elles point différentes ì
Sivous parlez de l'obiect formel ; entre
lia lumière &: la veuë , n'y a il point de di*
íhnction ? s'ileny a, en quelle dialecti£|que concluez vous que l'obiect de la
1 foy & la foy ne font qu'vne chose? ÒC que
vous melauez faict voir par l'vnion de
l'Escriturc & de la foy ? Mais ce traict
est transcendentalement poussé fur le
propos que l'Efcriture eftgendre la foy;
Ie vous ay saisi tw^dites-vous , l'vnion de
£ Efcriture & de la foy , en ce que t Efcriture
tfl l 'obieEl de la foy , & que la foy applique
l Efcriture à nostre Irsage : Si la foy appliBlque l'E feriture à nostre ysage, comment
■peut l'E scriture engendrer la foy ? Si ie
398
Du lugesouuerain
vous difois qu vne ligne engendre le *j
charpentier , &: vne esquierre le maçonj ^1
auec quelle risée receuriez vous mon dire? l'intcrpretation devostre homonymie est de mesme fusée : il la faut mieux P|
desbroiiiller que vous ne faictes,fi vous
la voulez rendre intelligible.
I
En fin vous employez vostre dernier K \
effort pour prouuer la suffisance de l'Efcriture en vn argument tiré de l'Efcriture à vostre mode*
íurl
vïz '&lx. VoHy donc la sentence de t esprit de Die» ^\
*• 3*"^ Jùrcesubiecl:,àites vous,Vous rìadioujìen^
rien À la parole que ie vous commande , &
rìen diminuerez^rien Afin de garder les csm- lt>|
mandemens deï Eternel vejìre Dieu lesquels
ie vous commande. Sur ce passage ie jan c'et m
drpument.
Si afin de garder les commànâemens de Dieu M
ilnous ejì dejendu de rien adioujîer à fa para- jaj|
le Ou en diminuer aucune chose : 11 ejì certain quelle efl suffisante , fjr quen elle font bel
contenues toutes les choses nécessaires à salut. J£
Or afin £obferuer fes còmmandemens il
nous ejì défendu d'y adioujîer ou en diminuer k\
aucune chose.
lì faut donc croire qu'elle contient fuffiftm- ^
ment toutes les choses qui appartiennent à no- E"|
flre salut.
des diffèrent de UKelìgion.
399
Vous nemterez, point la force de cêt argument j disant qu'il efl icy feulement parlé des
cinq liures de Moyfe , ejr que depuis il a esté
gdioujìé à iceux : carie vous resfondray que
fuis qu'en ce temps là ces cinq liures seuls
efloient suffifans , tl ejì plus queuident ejr ne
y eut on douter que toute t Efcriture entière du
vieux dr nouueau Testament ne soit maintenant suffisante.
En ce temps là, dites vous , les cinq
liures seuls de Moyfe eftoient suffifans.
Parlez clairement , le sontils auiourd'huy ? Si vous enfliez suiuy tous les termes de vostrc Pleíïïsjvous cuflìez adiousté,que les liures de Moyfe n'ont rien
perdu depuis de leur suffisance. Ils font
donc auiourd' huy austi suffifans pour
terminer tous nos differens , qu'ils cstoientalors. Tirez moy donc quelques
passages de ces cinq liures qui puissent
Vuider nos débats touchant le Baptefme , l'Eucharistie , le mariage , &: le vœu
de virginité ì Vous n'y en trouucrez
point de suffifans. Vous estes donc des
abufeurs, des ignorans, des enjôleurs èc
des cajoleurs, qui pipez le monde pat
des maximes tirées de vos feules imaginations.
40 o
DHhgefouuerain
Vous auez bien preueu la force de ma
responce : mais vous n'auez fceu rencontrer les moyens de vous en garantir .
Vo'stre argument scmbleroitplus court
ôc plus clair en ceste forme , &c concluroit auec autant de vérité. Si afin de
garder les commandemens de Dieu il
nous est défendu de rien adiouster aux
liures deMoyíè, ou en diminuer aucun
ne chose : II faut croire que les cinq liures de Moyfe sont suffifans , & qu'en
iceux font contenues toutes les choíès
nécessaires à salut. Or afin d'obferuer
les commandemens de Dieu , il est défendu d'adiouster ou diminuer aucune
chose aux cinq hures de Moyfe. II
faut donc croire que les cinq liures de
Moyfe font suffifans, & qu'en iceux font
■ contenues toutes les choses nécessaires
à salut. C'est ainsi que vous l'auez voulu faire à mon aduis , pour le conformer
mieux au passage du Deuteronome , fur
lequel vous vous fondez. Vous vous
íbuuenez , dites -vous , que ie vous ay
autresfois refpondu vous oyant alléguer
le passage du Deuteronome que les
Prophctes& les Apostres y auoient bien
adiousté. II est vray : mais que répliquez
vous ?
des dìjferens de U Religion, 4 û 1
VOUS ? Que c'est Dieu mefmes ,par f en esprits
qui nous a expose U Loy,& que fes Prophètes
& Rostres n'y ont rien adjoujìé quant à la
substance. Es que les efcrits des Prophètes 0*
^époflres ne font point additions à la parole
de Moyfe, mais bien déclarations & applications de cette mefme parole. Si vortre répli-
que est pertinente i 'en veux croire IeíusChnst mefme , en ce long sermon qu 'il
fait fur la montagne , où il repete si foUuent, Vous auexfouy qu'il a este dit aux an- MMt f,
5
ciens } mats nfay ie vous dis. Et quand il par-
le du repude aux Pharisiens , Moyfe pour M*J'
ta dureté de vo/fre ectur , vous a permis de répudier vos femmes, mais du commencement il
n'estoit pas ainsi ,Or ie vous dis que quicoque
répudiera fa femme, fmon pour paillardise
fe mariera à >»e autre, il commet adultère,^
qui fe mariera à celle qui est répudiée il commet
adultère. Et ce qui fuit de l'intèrrógation
des Disciples, & du discours que nostre
Sauueur leur fait des trois manières de
chastrez ; ne foiit ce que déclarations de
la Loy de Moyfe, ou si ce font additiós ?
Quand il leur commande d'aller prefcher à toutes fortes de nations luifues &
infidelles,& les baptiser au nom du Pcre,
du Fils , & du S. Esprit n'est-ce qu'vne
: C
•
Cc
40* w
Dultige fmueráh
exposition de la Loy de Moyíè 9 qui deíendoit si estroìttemet la fréquentation
des nations estrangeres òc Payenncs, &c
conimandoitsiexpreíîèment la Circoncision ;ou si s'en est vne addition ?Quád
s. C«r. 7. S. Paul dit 5 ~4ux autres ie leur da, non point
v' 11 -
U Seigneur, fi quelque frère a vne femme in~
fidelle, ejr elle consent d'habiter auec luy, qu'il
». if.
ne la laijje peint. Et plus bas , Quant aux
vierges te ri ay point commandement du Seigneur, mïvi t'en donne conseil , comme ayant
Q b tenu miser/corde du Seigneur pour eflrefidel-
/f. N'est-ce qu'vne simple explication de
la Loy de Moyíè ? Quand ce mefme Ac*l u v. postre dit , qu'en la Loy nul ri efl iufiijté entu & 1 u
uers Dieu, & que la Loy ri efl point de la Foy,
4 ' ' Quand il appelle îes Sacrifices & Sacre9.
Htbr.7. v. mens de îa Loy des elemens foibles &pMii.is.i?. ^ res Q^ianc{ ilcniêigneque l'office de Preflnfi estant changé, il efl nécessaire qu 'il y ait
Q£il fe jait abolition d» mandement précédent , à cause de fa
attJZi changement de la Loy.
débilité £$r inutilité j ejr que la Loy ria rien
N'est-ce rien adjouster à la Loy de Moyíè ' Voila comme
vous -vous estes heureusement deffait
de ma reíponce.
Permettez maintenant que ie fasse vn
argument à mon tour , façonné fur le
amené à perfection.
des differens de U Religion. 405
modelle du vostre.
Quiconque adiouste ou diminue au
contenu de l'Escriture , ste garde point
les Commandemens de Dieu.
Les Ministres de la prétendue reformation adioustent & diminuent au "contenu de L Efcriture.
Les Ministres de la pretedué' reformation ne garder donc point les commandemens de Die.
I'ay cmprúté la máieure de vostre propre doctrine ; si elle est fausle, vostre doctrine lest aussi. La mineure est à moy 3 ie
fuis obligé de la prouuer. Pour la diminution du contenu en l'Efcriture,les Ministres Prétendus n'ont-ils pas retranché
du corps de l'Escriture vne partie d'Esther, vne partie de Daniel, Tobie, Iudith,la Sapiécel'Ecclefìastique, Baruth,
les Machabees,6,liures tous entiers qu'ils
nomment Apocryfes ? Luther n'efcrit-il
point quel Epistré de S.Iacques,ceile de
S. Paul aux Hebneux,celle de S.Iude, la
seconde de S . Pierre , la seconde &c troisiefme de S. Iean ne font que du foin &C
de la paille? que l'Apocalypse n'est qu'vn
fonge,auísi bien que les liures d'Efdras ?
que l'Ecclesiaste est vne efpece de Tai-
404
Dtt luge souueraìn,
sur la u mud ? Caluin n'cicnc-il point qu'il y a
dts .uan, des répétitions superflues en la première
im .Tim. epistre de S.Icá,en la fecóde à Timothcc,
».
& en S .Marc ?Beze né croit il pas l'histoirc
1
^v?*" * ^c *a ^emme adultère n'estre point Ecriture faincte? Appellez-vous cela ne diminuer aucune chose en l'Escriture ?
** Pour ce qui est d'y adiouster , où cst-il
*• escrit que le Baptesmc & la Cene sont
Sacremens ? Que la Pénitence, l'Ordrc,
le Mariage,la Confirmation. fid'Extreme Onction ne le font pas \ Où est-jl escrit que le Baptesme des petits en fans
est valable? Les Anabaptistes ont fait
cercher à Caluin les quatre coins de la
íàle &c le milieu, & luy ont fait suer sang
& eau fur ce suiet ,fans qu'il fe soit iamais
peu demefler de la presse qu'ils luy faifoient,qu'enfe ietcantfousle couuertde
la créance commune de rEgîife Catholique, & fous la fauuegarde des Traditiós
Apostoliques. Et fans cet Asyle les Anabaptistes passeroient aisément les pieds
fur le ventre à tous les Ministres de vostre Reformation. Comme vous demadez que nous vous montrions en termes
exprès dans l 'Ëfcriture les mots de Trâssubstantiation, de Messe, de Purgatoire^
d'inuoeation des Saincts,de snpereioga-
des dijferens de UReligion.
40c
cion,&tels autres. Combien y a -il de
temps que le P. Coton , ouy ce P. Coton, tant promené parles Tangues des
Ministres; Ce P. Coton, à qui, non la
France feulement, mais toute la Chrestienté , doit vne louange immortelle,
pour auoir si heureuíëmentinstruit en la
Religion de ses deuanciers, & àlavraye
pieté dés fa première enfance le fils aiíhé
del'Egliiè,la perle &c le diamat des Princes Chrestiés ì Combien y a-il de temps,
dis-ie, que ce P. Coton vous a sommez
de nous montrer en pareils termes, fuiuant la loy que vous faites vous mefmcs
dans cette mefme Efcriture ( que vous
aíîèurez & preíchez cotenir tout ce qu'il
faut croire,& à laquelle ilne faut rien adiouster fur peine d'Anathème ) vostre 4
Iusticc imputatiue ? Que la Foy feule iu- $•
siifie ? Que chacun peut, & doit estre af- 6
feuré en particulier, de son salut ? Que la
Foy est la main dont nous apprehédons
les mérites de Iefus-Christ ? Que l'Egliíe 8
n'est composée que des Prédestinez?
Que Dieu a fait des hommes pour les
damner ? Que l'Antechrist doit estre af- 1
sis en la chaire de l'Egliíe plusieurs siécles ? Que la Foy peut rendre présentes >
Cc iij
40 6
Du lugefouuerain
izl les choses absentes? Qujil est impossible
d'obeyr aux Commandemens de Dieu ?
Que nous ne pouuons faire aucune ceuure iuste,& neantmoins deuos estre certains de certitude de Foy que nous fom*4- mes en la grâce de Dieu? Que l'Egliíe
peut errer? Que le pain Eucharistique
est feulement la figure du Corps de Ieií- fus-Christ ? Que les Anges S>c les Saincts
de Paradis ne peuuent ouyr nos prières?
V- Que la Virginité 5c laContinence n'ont
j g _ aucun aduantage fur le Mariage ? Que la
mémoire du Baptefme suffit pour essais- ccr les péchez ?Que Dieu n 'a point laissé
en l'Egliíe le pouuoir de remettre les pe10. chez? Que tous péchez font mortels ?,
H , Que Dieu ne referue dans le Ciel aucune récompense pour les bonnes œuures'
11. Qiì^ ^ cs Bien-heureux font efgaux en
i5- gloire ? Que Tarne de Iefus-Christ n'est
ì4 point descendue aux enfers ? Qssil n 'est
loisible de prier ny d'honorer les Anges
3-5- & les Saincts? Que la prière pour les
s morts est inutile? Qu'il ne faut confesser ses péchez qu'à Dieu seul ? Que l On- 7 - ction des malades commandée par S.
Iacques 3 &: l'impofition des mains vfîtee
par les Apostres,ne doiuent estre prati-
des dijferens de la Religion.
4 07
quees ? Que ie commandement de ne it.
manger du sang, & d vne bette estoufce AB - S ísoit reuoqué ? Que vos femmes íc puis- z%
sent présenter en vos Temples fans voi- *-c *r.n
le, auec leurs cheueux gredilíez fous des *\c'oríA
perruques empranteës,&: qu'elles y doi- v.^. '
uent chanter?Que vous deuiez. faire vo- ,
strc Cene auant souper? Que vous de- ji.'
uiez prefeher fans mission? Que le Di- s 3*
manche dosuç estre obferaé au lieu du
Sabbath ? Que les liures que vous auez
retranchez du Canon de la faincte Efcriture font apocryphes ? Et pour n'employer tout vn cayer à ramentcuoir vos
contreuentions à vos propres ordonnances le P. Gonticr, ceChryfoítome
en chaire, cet Athanase en dispute &ren
conférence, en tous îes lieux ou les Ministres ont eu la hardiesse de fenuiíageri
ne leur a-iì pas fait abandonner honteusement le rempart de la famcteEfcriture, dans lequel ils sfefíaientfi; superbement, fí vainement , íì frauduleusement
figurez imprenables ? Le P. Arnotrx,que
les nouuéaux Reuòkez; & tous ceux qui
les fauorisent, ont tant ' à .cc'htrecœiw,
dans Fontainebleau, lien fatal a fíîuguenonfme , dans lequeì, en la prcifënte éc
Cc iìij
4o8
Du lugesouuerdtn
Henry le Grand, la merucillc des Roys,
& le Roy des merueilles, à la face d'vn
grand nombre de Princes &G»fficiers de
la Couronne, dcuanç le Chancelier, &
vn triage de personnages mipartis , Catholiques &c Huguenots, célèbres en intégrité de Justice & cognoissance des
bonnes lettres , establis Commissaires
par fa Majesté íùr ce faict : Ce grand
Euesque d'Eureux , vray Augustin de
nostre aage,auoit contraint de rendre les
abois à l'imposturc Minîstrale,tapiefous
le faux bouclier du Plessis Mornay. Das
ce mefme Fontainebleau, en la présence
de Louys le Iuste.nostre Dieudonnéjlcs
délices du Ciel & la gloire de la terre, à
la face d'vne Cour, composée de Noblesse.de l'vne & l'autre créance, la plus
auguste & accomplie qu'on eust veu de
long temps j Le P. Arnoux , dis-ie,ne
montra il pas euidemment que toute la
confession de Foy, iuree & professée par
les Eglises qui fe disent Reformées, n auoit fondement quelconque en la parole de Dieu escrite ? Que dans touti'bstat
deh* prétendue' Reformarion,il n'y a du
tout rien d'affermy fur íEfcriture íaincte r En vn n\ot,que toute vostre Eglise,
des differens de la Religion .
409
que vos Architectes vêtent íì confidemmentjdressee de nouueau fur la pure parole de Dieu , n'a autre appuy que Ie
vuide ?
Vous meímcs ne venez vous pas de
çonfclîcr que les deux propositions dont
nous débattons , & que vous foustenez
plus opiniaítrement que prudemment,
ne font pointf contenués en la faincte
Efcriture?
Que reste-il donc qui nous cmpefche
de conclure que vous estes des charlatás
pipeurs, faisans parade des loix que vous
rompez aussi légèrement , que folemenc
vous les auez prescrites ? Voila comment
Goliath eut la teste coupée de son propre cousteau. Voila la netteté qu'on tire
de cracher contre le Soleil Voyez maintenant si ce n 'est pas cotre vous mefmcs
que vous auez dcígaincce syllogisme.
Quiconque Euangclife outre ce que
S.Paul & les Appstres ont E.uangeliíe,est
Anathème.
Les Ministres de la prétendue Reformation Euangeliiènt,outre ce que fáinct
Paul & les Apostres ont Euangelifé.
Les Ministres de la prétendue' Reformation font donc Anathème. ,
41©
D H luge soutierain
La première proposition est de íàinct
[!«
Paul prise en bon sens , qui n'est pas ce«'
hiy que vous luy donnez ; car ce mot,
bíitrey ne signifie pas chez S. Paul ce que
\\i
vous voulez qu'il signifie. Mais prise au
ni
sens reformé à la Geneuoise,ell'est vostrc,& aussi receuable que vostre sens ;de
\;
façon que si vous la iugez reprouuable,, K
vous iugez vostre íènsrepitmaé. Vous ne! I
pouuez nier îa seconde, car elle est íuffi-i I
íàmmcnt prouuee par 3 5 . articles de vog
stre doctrine cy-dcíîùs citez.:& par touté/ . I
vostre confession de Foy ; de -rnamerél I
que vous ne ía pôuuez reïétter fans ré*'- I
noncer à tout le cours de vostre doctri*" ft
ne. La conclusion demeure donc ferme' ^
& aiïèuree. Vous auez donc "besoin de» I
pouruoir à vostre salut,, si vous ne voulez . ^
mourir Anathème. Cet autíeargumétx 1 I
( car vous auez voulu confire la queue de
vostre escrit en Logique reformée, pour I
fâíre cognoìstre^que vous' aiuez elìudie
aux liures du Moulin „ ) ne fait pas tantcontre cous que contre vous.
■ TOUS ceux tyi&efltibhffettttâès ■Hrtides (k loy hors &firìfurëifrejumen$-c4i smt ft*eí :
0. ire ceqxtèft'tf&it\ - "
Nul de (eux tà 'tptisont 'dhey (sán$ & k d®-'
s
desdijferensdeURelìgion.
411
Brine des ^4f ostrés ^ne doit èjìte ptgemtrecc
jw est escrit.
Doncques nul de ceuxJà qui font obeyfÇas
ì U doBrine des uépojlres ne doit ejlablir des
irticlesde Foy hors ÍEfcriture.
le laisse passer la forme fans la visiter.
Ic me contante de vous mettre fouz le
nez que par cet argument vous auez fort
bien prouué eh vostre sens que vous &
tous vos compagnons au prétendu Ministères tous ceux qui croyét vos prefches, présumez tous destre sages outre
ce qui est efcrit,&n'estes point obeyssans
à la doctrine des Apostres 3 puis que vous
establissez hors l'Efcriturc tous vos articles de Foy. Mais pour nostre regard, &:
pour ce qui concerne la doctrine des Catholiques , vous arguez Logicalement
contre vérité, imposez & calomniez Ministralement l'Egliíè , disant quelle présume pouuoir establir des nouueaux articles de Foy, selon vostre entante.
Afin que vostre ignorance ne vous
conuie d'vfer vne autre fois de cette imposture, ie ne veux pas efpargner la peine de vous donner aduis,qu establir des
nouueaux articles de Foy fe peut entendre en deux manières. LVne,que iamais
4ii
Du luge souueram
auparauant ces articles n'ayent esté rcuelez. L'autre , qu'ils ayent esté reuelez
autresfois , mais obscurément, &cnueloppcz dans la semence , ou la racine de
leur principe ; &c depuis, selon les occurrences, deíucloppezj expliquez, descouuers , & ouuertement manifestez & publiez. Si vous l'entendez de la première
façon,il est faux que depuis les Apostres
l'Eglife ait estabLy aucuns nouueaux articles de Foy. Elle tenoit & enseignoit
haut & clair auant que vous fumez nez,
& enseignera aptes vostre mort iufques
à la fin du monde, en deípit des portes
d'enfer, que tout ainsi qu'en la loy de nature Dieu reuela aux Patriarches la doctrine de la toute puissance de Dieu , &
sous la loy de Moy se celle de lvnité de
lcílènce diuine ; De mesme en la loy de
grâce, il luy pleust reueler aux Apostres
les mystères de la Trinité & de i' Incarnation. De manière que selon les diuers
estats des loix diueiíès , Dieu a fait des
nouuelles reuelations.Mais les Apostres
honorez de renseignement du Fils de
Dieu, &: nourris en íbn efchole enuiron
trois ans, &• depuis sonpartement visible hors de ce monde } douez de l instru-
des diffèrent de la Religion.
413
stion & illumination du S. Esprit, ont
rcceu routes ces rcuelations , tant anciennes que nouuelles , íùiuant cette attestation de S. Paul , que le ministère de
Christ n'a point esté cogneu és autres Vi
aages , ainsi que maintenant il est reuelé
par l'Efprit à ses saincts Apostres &c Prophètes (attestation notable contre vostre suffisance prétendue du vieil Testament. ) & les ont laistèes par escrit touchant leurs principaux sondemens,ainsi
que nous auons cy-defTus esclaircy,ou
données à l'Eglife par tradition,ainsi que i
le mesine S. Paul tesinoigne.
Pour la seconde façon , il est certain
que l'Eglise , à cauíèdes hérésies qui se
íbufleuet de siécle en siécle, peut establir
des nouueaux articles de Foy,c'cst à dire
déterminer plus ouuertement ce qui
estoit auparauant obscur & enueloppé.
Ainsi qu'elle fit au Concile de Nicee,
contre l'heresie d'Arius, l'article de la
confubstantiation: Au Cócile d'Ephese,
contre l heresie de Nestorius, l'article de
la Mère de Dieu: Au Concile de Chaícedoine,contre lheresie d'Eutyches ,• ceUiy de la diucrsité des natures ,& vnitc
de la personne en Iesus-Christ. Et ainsi
414
Duïugesçuuermn
de tous les autres qu'elle a efclaircis &
publiez de temps en temps, félonies oc- ifi
33 T
*rt *' currances & * es íu^ts que les hérétiques
7
ìoí
J.ios
ont donné.
Ces deux façôs íè peuuent compren- jg&'
dre en moins de paroles de ceste forte. •F 1'
Quand on parle de nouueaux articles Itei
de Foy, on entend ou de la substance ou
<le, l'explication. Pour la substance , l'Eglise n'en a point fait de nouueaux depuis les Apostres. Pour l'explication,elle en a fait toutes les fois qu'il en a esté
besoin, pour descouurir & condamner
les hereíìes qui se sont efleuees ; & en
. peut faire toutes les fois qu'il en fera beíoin j & que quelque nouuelle hérésie s'e- oítl
. leuera. Les passages que vous citez de .r.J
Ko» r.v. l'Epistre aux Romains , & des Actes des
i
Apostres* s'entendent de la première faAct. 10
çon, & non de la seconde , tesmoin TerV. 11.
tullian en son liure des fins de non receuoir contre les hérétiques de son temps.
Ce que Iefui-Chnfì a prejehê, dit- il, leledots
dpprendre des ^ípoflres qu'il d enuoye^ pour
prejchtr ; mak ce que les Apofìres ont prefché^
on le doit prouuer par les Eglises qu 'ils ont fondées. U ne dit pas parrÈícrkure qu'ils ont
laissée. Et c'est ch quoy la fausseté de vo-
des differens de la Religion.
415
ftre dernier syllogisme se deícouure. Car
íi vous entendiez que la doctrine Euangeliíêe fut vne mesme doctrine auec îa
doctrine escrite , quant aux principaux
fondemens, vous auriez allégué S. Paul
àpropos.Mais parce que vous entendez
& enseignez S.Paulnauoir rienprefché
que ce que les Prophètes auoient laiíïe
parescrit , les instances cy-deslus alléguées du repude,du mariage de la délaissée, du mariage entre le fidelle & l'infidelle, de la Virginité & de la Continence, dont S. Paul n'auoit rien leu chez
Moyse & les Prophètes , font bastantes
pour manifester aux plus grossiers que
vostre sens contredit les paroles & fintcntion de l' A postre ; &c partant ne peut
estre que faux &c hérétique.
4i 6
Du fage souueram
CHAPITRE
XVIII.
Que les citations , tant de la saincle
Escriture , que des Pères anciens i
dont les Minstres se seruent couflumìeremént touchant le luge Souuerain des Controuerses >neJontque
f>if>erus & impostures.
N c o R E faut - iî voir , íî
nonobstant vos contrauentions à vos propres
loix, les passages que vous
í citez fauoriíènt vostre doctrine. Ie recognois âssczque ce ne font
que redites .mais vos importunitez nous
contraignes tous les iours à ce désagréable mestier dé ramener la scie par vnc
mefmc ligne , comme difoit Tertulhan,
n'oyans de vostre bouche en tous rencontres qu'vne routine d'allégations li
fréquente , que la menue rafataille des
frères en Christen vfe côme de refrains
de vaudeuilles. Vous en produisez vne
partie, tout ainsi que fic'estoient pieces
nouuelles,
des difserens de U Religion.
417
nouuellesj toutfraischemêt recouurees,
feignant malicieusement d'ignorer que
mille 8c mille fois elles ont esté veué's, reueuës,notees,rayees,iugees,& condamnées de nullité,pour la preuue que la prétendue Reformation les employé. Mais
puis que la promeífe que i'ay fait à la fin
de la Préface, de ne lai/Ter paíTer aucun
de vos tefmoignages , fans les confronter au íùiet pour lequel ils font produits,
m'oblige à n'efpargner ces redites , ie les
emprunteray de ceux qui me semblent
auoir approché plus pres de vostre veuë
le flambeau de la vérité. A vray dire*
l'impudence des dissimulations Ministrales seroit capable de fatiguer la patience de ceux qui traittent auec eux 3 si
on n estoit instruit de longue main que
Ietournoyement est l'exercice ordinaire
des hérétiques. Ils font les sourds quand
ils se sentent baillonnez,-& les aueugles,
quand la lumière de la doctrine Catholique leur donne dans les yeux.
Commençons par les deux passages
fur lesquels vous auez basty les syllogismes, que nous venons de battre ÔC d'abv
batre au chapitre précédent.
Dieu dit par la bouch»de Moyse,att
Dd
41 8
D u luge soutierán
Deuteronome chapitre 4. Vota riadjouflerev^ point à U parole que te vous dis, &
n'en diminuerez, point. Et au chapitre iz.
Vottsfere^ feulement au Seigneur ce que ie
Dom commandefans y adjoujìerny diminuer.
Les Ministres tirent de ces deux textes
deux conséquences générales , l'vne
qu'on doit reietter toutes les traditios de
l'Eglife Catholique : parce qu'il ne faut
rien adiouster à la parole de Dieu efcrite.L'autre qu'on ne doit obeïr aux commandemens de l'Eglife : par ce qu'il ne
faut rien faire que ce que Dieu a commandé dans l'Efcriture. D'où s'enfuit
qu'on n'est nullement obligé de faire ce
que les hommes commandent.
_
La premier® conséquence enueloppe
'S. Paul dans la condamnation de I'Egliíè 3 car il enjoinct aux Thestaloniciens.
Tenez les Traditions que vota auez, apprises ,
soit par parole, soit par nojìre Epift'e.
La seconde condamne pareillement
les Rechabites , contre fexpreíTe parolle
de Dieu 5 chez Ieremie où leur histoire
est récitée au long. En laquelle trois choies font remarquables pour mieux cognoistre íindustrie & la bonne foy des
Ministres.
des dijferens de la Religion,
41 9
Premièrement, l'obseruation du commandement faict aux Recabites estoic
d exécution tres-rude , & tres-malaisee,
de ne boire iamais vin, ny eux , ny leurs
femmes , ny leurs enfans malles & femelles, de ne planter point de vigne, de
ne semer aucun grain, de n'auoir ny prez
ny terre , ny maison ny buron, d'habiter
perpétuellement en plaine campagne
fous des tabernacles.
S econdement ce n'estoit pas Dieu qui
leur auoitfaict ce commandement, ains
vn homme, voire vn particulier. Antithèse d'autant plus notable, qu'elle est:
plus fignamment exagérée de la bouche
de Dieu. Les parolles que Ionadab fis de Rechab a commandées à fes enfans de ne boire
point de vin ont eu tant de force , qu'ils n'en
ont point beu ìufques à ce iourd'huy. £t moy
î&y parlé à vous1 , me leuant de bon matin <gp
parlant, & vous nem'aue^point obey. C'estoitdire : Les Rechabites Ont religieu-
sement obferué le commandement quvn homme leur a faict, òí le peuple Iui£
ne íe soucie de garder les commandemensde Dieu.
Troiueíîn e menti' a ctio des Rechabites d'obferuer le commandement d'vn
D d ij
4io
Du luge souucrain
homme n'estoit pas seulement déclarée
louable 3 mais aussi méritoire. Dieu ne se
contente pas d'en faire estime & de la recommander , il la guerdonne & la recompence d'vne bénédiction particulière ; comme il menace de puni r d'vne peineexemplaìre la désobéissance des luiss.
Les fils de Ionadabfils de Rechab, ontaffermy
le commandement que leur Pere leur auoit
faic~l; mais ce peuple ne m a point obey. Pour
cela le Seigneur des armées , le Dieu cï Israël
dit , Voicy íamenerayfur luda &fur tous les
habitans de lerufalem toute íaffiffion que
iaypronocee cotre eux , & ils ri ont p as ouy } ie
les ay appelle^ & ils ne mont pas rejpondu,
Maú a la maison de Rechab. Parce que l>ous
auez, obey aux préceptes de Jonadab vojìre
Pere , &auex^gardé tous ses commandemens
& auexJaiEï tout ce qu'il vous aenjoinB ,à
cause de cela le Seigneur des armées , le Dieu
d Israël dit cecy , ll ne defaudra point d'homme de la race de Ionadabfils de Reebab, ejlant
deuant ma face à toujiours. Peut-on re-
cueillir rjde ces trois remarques faueur
quelconque pour la conséquence des
Ministres ? Au contraire n'appuyent
elles pas toutes trois 1 'obferuation des
Traditions delEglifeîSi les Rechabites
des dijferens de la Religion
411
sont louez pour auoir obíèrué le cornmádement d'vn homme particulier chef de
leur race, pourquoy seront les Chresties
blafmables d'obey r aux ordonnances de
l'Espouse de leur Seigneur Souuerain,
leur Mere commune ? S iles Rechabites
ontobeyaucommandemét d'vn homme, en choses nullement défendues de
Dieu, fans déroger aux textes qui portet
de n'adiouster rien à la parole de Dieu,
& de faire seulement ce que Dieu commande : Pourquoy accusera ton l'Eglife
de contreuenir à ces textes quand elle
commande les ieufnes, les abstinences,
lobseruatio des vceux , Tobeyssance aux
Prélats , & semblables choses toutes recommandées de la propre bouche de.
Dieu ? Si les Ministres dcíìroientparoistre aussi bons Dialecticiens qu'ils fepublient Sophistes malicieux,netireroient
ils pas de ceste histoire des Rechabites
deux conséquences d'autant plus légitimes qu'elles font plus conformes àl'Efcsirurc & contraires à celles dont ils cobatent l'authorité de l'Eglife ? La première, la race desCatholiques n'a iamais
defailly, 3c ne defaudra iamais (àl'imieetion des Rechabites ) par ce qu'elle a
D d iij
42.2.
Du-hgesòuuerain
touíîours Teligieuícmentobserué les comandemens de l'Egliíè, desquels les obseruateurs ont rcceu de la main de Dieu
des bénéfices d'autát plus signalez qu'ils
se sont montrez diligens.
La íèconde.les Hérétiques ìiepeuuét
longuement prospérer (à rimitation des
luiss) d'autant qu'ils ne se contentent
pas de fouler aux pieds les reglemens &
ordonnances de leurs Supeneurs;ains se
bandent contre lescommandemens de
Dieu,pretexant àleur reuolte l'impoflìbilité de les garder,comme si Dieueíloit
vnTyráqui exigcast des homes ce que
les hommes n'ont pouuoir d'effectuer.
Donques le vray sens de ces deux tex^
tes n'est pas celuy que les Ministres feignent pour authorifer leur recours à 1a
feule Escriture; mais celuy quel'Efcrituremesine spécifie aísezà quiconque la lit
íàns berlue. Le premier ne s'entéd qu'en
gênerai des commandemcns ceremoniaux ôc iudiciaux. Ie vous ay prescrit les
cérémonies dont vous víèrez, en mon
culte, dit Dieu; & vous ay imposé des
loix pour la police & distribution de la
Justice temporelle, vom ny ddiourerez^<&
rien diminuerez, rien. Qui ne signifie autre
des differens de la Religion.
42,3
chose íìnon que, vous ne ferez rien de
ce que ie vous ay défendu , & n'obmet*
trez rien de ce que ie vous ay commádé.
Vous ne transgresserez nullement les
préceptes négatifs , &c accomplirez exactement les affirmatifs. En vnmot vous
obseruerez & exécuterez entieremët ces
loix que ie viens de vous imposer: qui est
toute la force que les mots d'additió &c
diminution ont en ce lieu exprimée ailleurs, par les termes de ne se destourner
ny à droite ny à gauche. Quú apprenne à
craindre le Seigneur son D ieu^ garder fes p a- Bmttr.vr
rôles & fes cérémonies , & ne fe defiourne ny
du cojìé droit ny du gauche. Et en vn autre D^ral
endroit : Si tu efeoutes les commandement du
Seigneur ton Dieu que ie te commande ce tourd'huy ,ejrnete dejìournes £iceux ny à droite
ny àgauche , &e. Et parlant à Iofué : Con- lofut il
forte toy donc^ soitferme afin que tugardes
&fiijjes toute la Loy que mo feruiteur Moyfe
ta commandées ne te dejìournes d'tcelle ny À
droit eny à gauche. Mais que Dieu par ces
paroles se soit voulu restraindre luy me£
me à ne leur faire désormais aucun commandement par les Prophètes qui viendroient âpres Moyfe, qui ne fust cotenu
dans le texte de |a Loy 3 c'est rnalicieuseD d iiij
4*4
Du Iuge souuerdn
ment armerTEscriture cotre l'Efcriturc.
Où trouuera-on dans cesic Loy si soigneufement prescrite le commandemét
Tful.tf. d'a(iorer l'escabeau des pieds du Seigneur qui estoit l'Arche de l'Alliaiice,
^cbm. ainsi que Dauid mesme le specifie,&: que
lesnores des dernieres Bibles de Geneue l'aduouent? Où trouuera-on dans les
textes de cesie Loy qu'il fut commandé
de bastir à Dieu vne habitation fixe &
permanente, & au lieu du Tabernacle
mobile & portatif, luy édifier vn Temple de bois & de pierre auec toutlappareil d'iceluy ?
Les Ministres ferment les yeux à ce
vrayíèns duquel ils ne peuuent tirer autre argument pour appuyer leur dessein
que cestuy cy : Les luiss deuoient parfaictement & entièrement obseruer les
commandemens de Dieu fansyadiouterny diminuer, c'est à dìreíans s'en destourner ny à droite ny à gauche. Donques les Chrestiens ne doiuent receuost:
que í'Efcriture íèule , & doiuent reietter
les Traditions que les Apostres leur ont
laisiees.Ceste conséquence n'est elle pas
toute blanche du son d'vn Moulin?
Ppurcç feçond texte ,fais feulement ce
f
»
4'
E
des dijferens de IdReligion
415
que ift 'ay commande fans y adiottterny dimi- D e(ttiì
La contexture monstre assez qu'jl
ne doitestre entendu que spécialement
dcsordonnance touchant les sacrifices.
Envoicy levraysens. Lors que tu feras
arriué en la terre qui t'a esté promise, &
que tu offriras au Seigneur sacrifice, garde toy biê d'imiter les Gentils Idolâtres
qui offret à leurs Dieux leurs fils & leurs
filles par le feu. Offre seulement ce que
le te prescris & commande , à fçauoir,
pour les animaux, des Brebis , des Aigneaux , des Cíieures , des Cheureaux,
des Bœufs , des Veaux 3 des Pigeons,des
Passereaux.des Tourtres. Pour les fruits
de la terre, du pain, de la fine fleur de fanne,du fel,de I'encens 5 vne poignée d'efpis verds, du fromcnt.Pour les liqueurs,
du sang des animaux 3 du vin , de l'huile,
de Peau. Fais feulement çecy , c'est à dire,
n'offre autre choie que ce queie t'ordonne; rìy adioujìe rien, pris & imité de la manière de sacrifier des Payens , n'y diminue
tien, de toutes les choies queie viens de
ípecifìer.
De ce texte interprété selon fa naïfue
intelligence qui ne peirt&ne doitestre
^utre que ççlle que nous yenons de dire,
met.
416
Du lugesouueraìn
corne ilappertpar la suinte del'Escriture,
quelle coíequëce en peuuét tirer nos Ministres pour fauoriserleur doctrine que
ceste cy? Les luiss deuoient seulemët offrir en sacrifice les choses que Dieu leur
auoit Ordonnées & prescrites. Donques
les Chrestiens ne doiuent point garder
les commandemens que leurs supérieurs
leur font. Quappellerons nous piperic
&c imposture lì ceste procédure ne lest?
tir
Les Ministres fautent du Deutcronome B
s àl'Apocalypse comme du commence- ,f ,
ment de l'institution de la Loy à Tache- I
Viement de l'Efcnture. Ils auroient meil- I
leure grâce s'ils pouuoiêt persuader que ^
l'Apocalypfefustledernier liure du nou- I
ueau Testamet pour le regard du temps
austi bien que pour le rang de l impres- I
íìon. Qui ne sçait que l'Apocalypsefut
t
escrit deuant FEuangile de sainct Iean?
Mais que dit cet Apocalypse? Si quel- ^
Afoc. vit. (^> vn aclìoufte aux paroles
du liure de cejìe
Prophétie , playes soient adioujìees fur fa tefte.
II ne faut que lireauec attention les termes de ce texte pour leuer le masque à
limposture , & couurir de honte les importeurs. II ne dit pas , siquclqu'vnadipute au corps yniueríèl de l'Efcnture;
-
des differens de UReíigion.
41 j
ny , si quelcju'vn obserue quelque choie
qui ne soit contenue dans les paroles de
celiure. II dit précisément: Siquelqùvn
idioujìeaux paroles du Hure de cejle Prophétie. Ne faut-il pas estre aueugle d'esprit
&: estourdy d'entendemét pour ne voir
èc n'entendre qu'elles ne peuucntauoir
autre signification que celle cy : si quelqu'un falsifie le texte de ce liure particulier
par addition de quelque parole qui ne soit point
dans l'original , playes soient adioufiees fur fi
tefle. Plusieurs siécles coulèrent deuant
que ce liure fut ioint en vn corpsauecle
reste de l'Escriture. On peut voir dans la
Préface des annotations de Bezefuriceluy , les causes qui mouuoient quelques
ancics de ne le receuoir pas. Et déplus,
que Beze en s'efuertuant de foudre les
raisons de ceux qui le reiettoient,fait paroistre que les règles de Caluin pour
distinguer vne Efcriture saincte d'vne
prophane, n'auoient guiere de crédit enuersluy. De fait, il dit envn autre lieu,
qu'il eflime celiure tenu d 'autant plus négligemment qu 'il n a pas cfìé dés le commencemet
recognu de tous pour ^pofolique, auoïr tfte
depraue'par quelque ^mí .EtMarloraten
fa chaifnc, fur ce mesme verset confirmç
418
Du lugesouueraìn
nostre explication en ces mots: Ceste ad- JUJ
iuration de S. Iean estsaitle contre les
cateur's de l'Efcnture , desquels il y auoit défia lyp
<vn grand nombre dés le temps des ^ípostres. on
Voyons maintenant la cóíequence que M:
les Ministres tirent de celjçu.siquelquvn {t.
adioujìe dux paroles du hure de ceste Prophe~ fui
tte dt l'apocalypse, Dieu le punira.. Les Ca- où
tholiques y adioustent leurs traditions $i
& cómandemens Ecclésiastiques. Donc- [ci
que Dieu les punira.
Ils en pouuoient tirer ceste autre auec C;
pareille raison : Si quelquvn adiouste aux po
paroles de F apocalypse, Dieu le punira. Les k
prétendus Reformez y adioustent les Pr
Euangiles.les Epistresdes Apostres, le te<
Symbole d'Athanase , les quatre pre- œ
miers Conciles, leurs Confessions, leurs fa
Catéchismes. Donques Dieu les punira. fa .
Ou bien du verset subséquent : si quel- | c
qul/n diminue des paroles du liure des ^ípo- K
calypfe , Dieu le rayera du liure dévie. Le p;
premier chef de la prétendue Reforma- l e
tion & íes adherans,n'en diminuent pas p
feulement les paroles, maisestimet toute
l'Apocalypfe Apocryphe . Doncques e
Dieu les rayera du liure de vie.
Les Ministres ne fçauroient reprocher
saisis, fa
des dijferens de ta Religion.
4x9
aux Catholiques qu'ils adioustent ny
diminuent aucune choie de l'Apocalypse,en luy attribuant ce qui n'y est pas,
ou en luy ostant ce qui luy appartient.
Mais les prétendus Reformez ne peuuet
s'exempter de ce reproche, d'autant que
surl'onziefme chapitre de TApocalypse
oàilestefcrit: le donner ay âmes deux teftnows , & ik prophétiseront mille deux cens
foixanteioursi/ejìusdefacs. Ils adioustent
que ces deux Prophètes íbnt Luther Sc
Caluin , par ce volontiers qu'ils ont eu le
pouuoirde clorre le Ciel à leurs sectaires,
& de tourner les eaux en sang dans les
Prouinces où leurs Prophéties ont esté
receué's: & diminuent la Prophétie, par
ce que l'on n'a iamais veu ny l'vn ny
l'autre de ces deux Prophètes vestus de
sacs durant le temps qu'ils exerçoient
leur Prophétie, dont la principale efficace consiste à faire porter le fa<faux peuples entiers, defpouïilez & saccagez par
les factionnaires de leur reformation
Prophétique.
PaíTons à vne autre obiection. S.PauL
efcritaux Galates: Quandmoy ouvn ^tnge du Ciel vous euangeliferoìt outre ce que
vous aitez, receu , qu'il soit sínatheme. Les
430
Du lugesouueraìn
Ministres en tirent ceste conséquence,
Doncques il ne faut nullement receuoir
les Traditions, par ce qu'elles font outre
l'Euangile. Au contraire, de ce heu nous
pouuons argumenter contre eux bien
plus légitimement &c plus conformément à l'Efcnture ì St quelquvn eu &ngehse
outre ce que S.Paul a euangeïifé , quil feìt
^Anathème. Les prétendus Reformez
euangelifent outre ce que S .Paul a eu angelifé , car ils reiettet les Traditions que
Theís S.Paul à recommandées: TeneT^les Traf i
*'
" àitions. Doncques les prétendus Reformez font Anathème.
Ils le font ausîì à la vérité , & doiuent
estre creus tels par tous les fidelles. Mais
pour defmeler la ruse des Ministres , il
faut noter qu'en ce passage il y a deux
mots ambigus , l'vn nra f à, , prœter ì outre;
l'autre acceptflìs ,que vom aue^ receit. Pour
le premier, les Grammerics fçauent que
les Autheurs Grecs de Latins envfent
fouuent, pour signifier, contre, les Grecs
appellent Paranomies les actes commis
■ cotre la Loy de <&cLfà.vó/xov cotre la Loy;
paralogiímes , les discours faiéts contre
raison de ar«,/«. >&<y>i contre la raison.
Les Latins disent prêter morem de legern,
des differens de U Religion.
43 1
pour dire contre la cottjlttme ejr contre la
loy.
S.Paul meímes enrEpistreaux RoR(WîiIff>
mains s'en íèrt en ceste signification: O b* 17.
semez,;, dit-il, ceux quifont des scandales &
des dissensions contre la doctrine que vous
Huez, apprise ejr vous dejìourne^ d'eux . ,Le
Grec porte
rtuì SìSùyluì. Le Latin,
prêter doóírinam.
Vostre Beze se destournant de fancienne traduction l'a tourné , contra doiìrinam qua vos didiciflis , & en rend ceste
raison : fie malui vertere quam prêter, vt amphiboliam vitarem. f ay mieux aymé tourner,
cotre, que nonpaí, outre, pour euiter f ambiguïté. Caluin, Pierre Martyr,, vos Bibles jes
aHwts
mesmes l'ont ainsi traduit. Bulingerap- Mso
parie ce texte de I'Epistre aux Romains lî8 *'
auec celuy des Galates, comme conformes ¶lelles, par ce que S.Paulparle
en l'vn & l'autre des mesmes sortes d'homes fur le mefme propos, à fçauoir, de
ceux qui remettoientfus les cérémonies
légales. Pourquoy donc où les personnes
& les matières & les paroles font toutes
conformes s'efforce t'on d'en difformer
la traduction & l'intelligencc? L'^ípojìre, I
dit S . A ugustin, n 'a ças dit 3 plus quam acce- A^r^
43 %
Du lugeJouueraîn
fijìis, mais,prœterquam : Car s'il eut dit, plus
quam, tlfefutfaicJfonprocêsà luy mefme,qui
defiroit visiter les TheJJaloniciens pour Jitp*
pleer les choses qui manquoientâ leur foy. Or
celuy qui supplée adioujìe ce qui ejìoit de moins,
mais rìojfepas ce qui ejìoit defia.
Pour l'autre mot ambigu qui est, vom
aue^receu, il se peut âustì bien entendre
de ce qu'on a receu de vrue voix que par
escrit. Le déterminer au seul escnt, c'est
entreprendre sur la lettre, &c passer outre
ce que l'Eícriture dit. Mais ie dis bien
plus. II ne se peut icy nullement entendre de ce que les Calâtes auoient partieulieremêt receu parla doctrine efcrite,
par ce que, nos Reformateurs meímes,
& notamment le premier Arc-boutant
des Sacramentairesjtiennêt que les Calâtes n' auoiet encore receu les liures des
Euangiles. Les Anabaptistes pour défendre leur Opinió , alleguoient que tout
ce qui n'est contenu dans les Euangiles,
ou dans les paroles des Apostres est anathème. (Car c'est f ordinaire & la commune retraite de toute forte de sectaires
„, , „ & d'inuenteurs d'opinions nouuelles 6c
tr*A »»b. particulières) Zuingle kur reípond : on
est ce que S. Paul enseigne cela ? le croy que
tefí- 6 vojìre
des differens de U Religion.
435
vojìre intention ejl d'alléguer ce qu'il a escrit
du premier chapitre de l'Epijìreaux Calatesz
Si nota y ou vn Ange von* euangelize autre
ment que nous ne vous auons euangelize , qu'U
soit ^Anathème, l'extmineray icyvnpeu parte menu vos paroles,carpar ce moyen ensemble
paraîtra vojìre ignoraceejrl/ojircmalice: ">ofire ignorance en ce que votés penses-, quelors
que S.Paul efcrìuoit ces choses , les t/crits des
Euageliflts & des Epiflres des ^ípojìresfussent défia entre les mains des hommes & en auihorìté, comme s'ileflott vray semblable que
S.Vauleutdeslots tant attribué à ses Epiflres
(qui ne fbntpas la moindre partie dit nouuedú
Tejlamènt) que tout ce quiy eji contenufujl
jacrofainEl. Non que ie nie que toutes Us chofet
que nous auons de luy soient teUei,mais pour cé
queìene veux pas qtt on attribue aux ~4poftres vne arrogance immodérée. Car toutesfois
quantes que soit Chrìflfiïent euxjenuoiet
àí'Efcnturè fils entendent parÏEfcrituri,non
leurs Epiflres ou les relations des Euagelifles,
qui n'eflóient point encore eferites , vufuoient
encore fur l'enclume félon le r'efpecl des temps ,
mais lc volume de laLoy& des Prophètes.
Picore Martyr dit , qu'il est incertain si uGor.ií
S.Paul a leúles liures dèl'Euangile.Or
si ces premiers Rabins delà Reformatiez
%Q
43 4
Du Jugefouuerain
disent vray , & que les Galates n'eussent
ìreceu par escrit: autre doctrine que celle
du vieux Testa ment,d'où auoient ils appris ce que S. Paul leur réitère si souuent
en ceste Epistre, que quiconque s'appliquoit la circoncision s excluoit du benec«í 3 é*5 fice de Christ , & se rendoit débiteur de
toute la Loy.?
Ces ambiguitezesclaircies ; nous trouuerons le vray lens de ce passage dans la
butte où l'Apostre tire en ceste Epistre.
Les Galates auoient esté enseignez par
S. Paul, que les cérémonies de laLoy
Mosayque estoiêt abrogees,& que personne ne pouuoit estre iustifié par icelles mais par foy en Christ. Quelques
faux Apostres les auoient desbauchez
&c destournez de ceste doctrine, leur faisans acroire qu'on ne pouuoit estre fauué par la Foy en Christ,si on n'y ioignoit
ia circoncision & l'obseruatió des autres
cérémonies légales. .S.Paul courroucé
contre les faux Apostres escrit aux Galates : Si quelqu'un vous euangelize outre ce
que vous Mexjreceu^ qu'il soit ^Anathème.
Comme s'il diíbit,vous auez receu de
moyque l'homme est iustifié par la foy
en Christ , non par fobseruation de la
des differens de la Religion.
43 j
Loy Mosayque. Si quelquvnvous instruit autrement , vous faisant entendre
que la foy en Christ ne profite point si
elle n'est accompagnée de la circoncisio, '
&: des autres cérémonies de la Loy,qu'il
soit Anathème. Prescher au peuple
Chrestien,que de ce passage ori peutcóelurre, qu'il fautreietter les Traditions *
& l'obferuation des cómmandemens de
l'Egliíè, n'est-ce pas íeprefcher pipeur Sc
& imposteur? Ace passage des Galates Colof.i .t:
fe rapportent cestuy cy des Colossiens:
Prenez» garde que personne ne vous trope par
'Philosophie & vaine déception selon la trait,
tion des hommes,selon les elemès du monde,
non selon christ. Et cet autre de S.Pierre:
**
Vous aœxjsté rachetexjle la vaine connèrfation de vojìre tradition paterne/k..
Quelques vns ont estimé que S.Paul
entendoit blafmer la Philosophie des
Payens , non pas entant qu'elle est vne,
science des choses diuines & humaines
acquise par la raison naturelle , laquelle
de foy est bonne & vtilej mais entât que
les esprits curieux Sz legers en abusent
tirans de vrays principes des conclusiôs
extrauagantes , & présumas de iuger des
choses de la foy selon les loix & mesures
E e ij
4j 6
Du Juge souueraìn
de la nature ( ainíi que du Moulin & ses
compagnons fonjc en leurs discours Sc
disputes de l'Eucharístie ) fans elleucr
leur entendement à celuy qui a creé la
nature comme il luy a pieu , & îa peut
changer comme bon luy semblera. Les
autres ont pris ce mot de Philosophie,
non pas pour ce qu'il signifie ensaproprieté,maisce qu'enseignoient ceux qui
en failbient profession , & qui portoient
le nom de Philosophes de quelque secte
qu'ils fussent , d'autant qu'il n'en y auoit
pas vnequine fut entachée de meintes
erreurs , mefmement quand elles traittoient de Dieu,des choses diuines, de la
félicité & derniere fin dei'homme.
Les autres auec plus de vray fembláce
pourlemeílangequeles hérétiques faifòient de la Philosophie auec la Religio
des luiss, enseignans plusieurs choses de
Dicújde son Fils,des Anges, du monde,
de fa creation,& de la purgation des hómes,en partie empruntées de Platon, de
Trifmegistc,& de leurs disciples , en partie controuuees par eux mesmes , aussi
replies de fausseté que de vanité : Come
Simon le Magicien &: toute íbneschole,
&ceux qui s'attnbuei'écdeípuis siarro*
des dijferens de la Religion.
4 $j
gamment le nom de Gnoitiques.
Les autres finalemetauec plus grande
apparence de raison, tiennët que S.Paul
n entend pas ce que les Escholes Grecques appellent Philosophie , ains la doctrine de ceux qui estoient nomme7 íages entre IcsHebrieux, dont il dit ailleurs; Ouefile Sage ,oueflle Scribe* Comt i.cerA.
par la Traiition des homes , il n'entend pas
là particulièrement les Traditiòs distinctes de l'Escriture, dit ce grand Cardinal
l'Augustin de nostre aâge , ains toute la
LGV ceremoniale de Moyíè laquelle il
appelle Traditiô des homes, non qu'elle
n'eustesté instituée de Dieu , mais pour
ce que I'obíëruatió n'en estât obligatoire
queiusques à certain temps, c'est à dire,
iusques à la venue' de nostre Sauueur , la
prorogation dexeste obseruation âpres
le terme expiré,c'est à dire,apres la mort
de nostre Sauueur n'estoit plus réputée
ordonnance de Dieu, mais doctrine &
Traditiô des hommes. Comme aussi parles elemens du monde, il n'entend pas les
quatre elemens de la constitution des
choses naturelles ,mais les figures & cérémonies de la Religion Iudayque. VostreBeze mesme s explique ainíìen ces
Ee ii]
43 §
Du luge fouueram,
termes
: Tertiafpeaes
,falfe nimirumRelL
fncap. 2.
,
,
y
■
< r
Çohjs.
gionu tum eraiillorum qui ludatjmum (quem
vocat\ApoHolws elementamundi, id est, Mofltycos ritm ) cum Chriílianifmo permifce~
bant. Latroiflefme effece de fausse Religion
eíloit pour lors de ceux quimesloietleìuiayfme(lequell'\A'poílre appelle elemes du monde,
cefl k dire les cérémonies Mafayques) auec le.
G*l. 4I
,
christianisme. S . Paul les auoit nommez
en vn aetre lieu , elemens infirmes &affa-_
mex^. II les appelle icy elemens de ce mode , pour ce que la Loy Iudayque en ce
qui estoit de son culte externe nc regardoit point plus haut que leschoses de ce
monde: pour ceste mefme raison il nomme aux Hebrieux le Sanctuaire légal,
Sanctuaire mondain. Les paroles qui luíuent fortifient ceste explication, Queperr
sonne donc,ne 1/ous iuge en viande ou en breuuage,ou quant aux Fefies ou nomelles Lunes.
ouSabats,qm font î ombre des choses fleures,
mats le corps efl de Chrifl. Ce qui monstre
euidemment qu'il parle des obseruatiós
ceremoniales de la Loy , qui est oient les
ombres & figures Prophétiques de la
doctrine de Christ , auxquelles les Hérétiques appeliez Légalistes ou Nazariens
vouloiet obliger les Gentils de Colosses
des differem de la R eligion.
439
çonuems à la Religion Chrestienne. fíiercn ad
L'~4poflre prononce toutes ces choses , dit S. Als aí- eP2 1
Hierosme , contre ceux des Iuifi-quicroyans ' '
tu Seigneur Sauueur , deflroient l'obferuation
des cérémonies ludayques ,fur quoy Aussi aux
bibles des ^époflres s'efmeut vne questio non
petite. Et en ceste mesme Epistre , Cefiuy
là efi en vain enflé & orgueilleux du sens de fa.
thair qui entend toutes chofls charnellement,
ejr recerchant les radotemens des Traditions
Judaïques,^ ne tenant point le chefdetoutes
les Efcritures, duquel il efl escrit , le chef de
l 'homme efl Christ.
On peut dire du passage de S.Pierre
lemesmequedecestuy cy. Vous estes rachete^e vostre vaine conuerfation de la tradition paternelle. Ceux qui ont estimé que
ceste Epistre s'addressoit aux Gétils, ont;
expliqué ceste tradition de la viccharnelle,receuë de main en main & généralement embrassée par ceux qui croioient
honorable de se conformer aux deportemens des Dieux & Déesses qu'ils adoroient. Ceste explication se trouuc chez
S.Augustin. Les autres l'ont entendue ^ ugu^^
des Traditiòs <íes Scribes Sc Pharisiens, p/5»/. 140,
reprises fouuent par nostre Sauueur, desquels nous parlerons tout astheure. Les
E e iiij
44o
D u tegs fòuuerain
autres
ÇaUtim.
de 1 obscruatió de la Loy Mosaïque appelléc par S. Pierre , vaine , par ce
que les ceuures de la Loy n'auoient puissance de iustifier. De laquelle il dit les
Chrestiens estre rachetez comme d'vne
, grande íèruitude qu'il nomme ailleurs,
*
tougtnsupportdble.
Or alléguer ces deux pafïàges qui vi*
íènt , ou contre le Paganisme, ou contre
l'obíeruation des ceremonies,ombrcs &z
figures de la Loy Mosayque, pour persuader l'aboliflemét des Traditiôs Apostoliques & Eçcleíìastiques,ou commandées pa r les Apostres mesmes , ou instituées de l'authorité de celle qui a !a promesse de laflistáce perpétuelle du S. Esprit , n'est-ce pas yser depiperie & d'imposture?
Isa. i,.
Les Ministres renforcent leurs obiefyatth .is- Qçions de ces lieux de S. Matthieu & de
rc 7
- ' ' S.Marc, où nostre Sauueur âpres Ifaie
crie contre les doctrines & Traditions
des hommes.
Vom aue^rendu vain le commandement de
J)ieu par voflre Tradition, Hypocrites, ifaie
4 bien prophéties de vom disant: Ce peuple
m honore des leur es, mais leur cœur ejì Iping de
ytoj.lhme sèment fins cause enseignant des
des differens de laReligion.
441
ioEirines & commandemens aes hommes.
Nous lisons chez les Euangelistesque
nostre Sauueur a repris les Pharisiens de
trois sortes de Traditions. La première
contraire aux commandemcns de Dieu.
La seconde inutile. La troiíìcsme bonne
mais mal pratiquée.
Pour la première, npíìre Sauueur les
reprend au quinziefmedc S. Matthieu,
&auseptiesme de S.Marc, de ce qu'ils
obferuent des Traditions des cômandemens humains contraires à la Loy de
Dicu,£: donne pour exemple , qu'ils cômandoienr aux enfans de dédier & offrir au Temple ce qui estoit nécessaire à
fa nourriture de leurs Pere & Mère. En
quoy , vont duex^-, dit- il , rendu vain le corn- iren lib.
mandement de Dieu à cause de voflre Tradi- c*ï *S- *
tien; & allègue là dessus le lieu d'ííaie. */
S.Irenee a enseigné il y a plus de quatorze cens ans que ces passages d'ííaie & de
S.Matthieu doiuent- estre entendus des
préceptes Phariíaiques contrairement
opposez aux loix diuines.
Pour la seconde.au seotiesme de sain ct ■
Marc.nostie Sauueur vse de ces termes
en fa reprimende. Lai/fàns le commande
mandement de Dieu, veut tene%Jes Trádií.'ûs
44 1
& u Iuge foaûeraìn
des hommes des lauemens de pots, de coupes, <&*
faites plusieurs autres choses semblables. Ces
lauemens n'estoicnt nullemët défendus
en la Loy , n'estòient point mauuais de
' foy : Mais nostre Sauueur les reprend,
par ce que c'estoiet choies inutiles pour
le feruice de Dieu , cérémonies friuoles,
controuuées &miíês en auant par des
esprits particuliers, recommédées &: obferuées plus religieusement que les commandemens de Dieu.
Pour la troiíiefme,au vingt troisiefme
de S.Matthieu , nostre Sauueur reprend
les Pharisiens de plusieurs façós défaire
qu'ils
pratiquoient,dontlVsagen'estoir,
15
ny contraire aux commandemens de
Dieu, ny inutile à son feruice , mais bon
, & louable puisqu'il en approuue & recommande faction , n'en reprouue &
blafme que la manière &: la eircostancc.
Malheur à vous Scnbes& "Pharisiens , dit-il y
qui dìÇmexla metejìams & le cumin, & àue^,
laìjjéce qui eji de plus grand poix en U Loy , le
iugement , la miséricorde & lafoy: ilfaloit
faire ces choses , ejr n'ohmettre pótnt cet/es Lt.
Vous difmez toutes choses , voire les
plus petites , ce qui ne vous est pas commandé en la Loy , mais est vne traditiò
des dìff( rens de laRelìgion.
4 43
de vos deuotios particulières j & cc pendant vous mefpriíèz les choses principales & d'importáce nécessaire que la Loy
vous commande. Pour hure l'vn il ne faloitpas laisser l'autre. Ce qui est de commandement doit tousiours marcher deuant ce qui est volontaire. Vous allez au
rebours,car vous faites plus d'estat de cc
quidefpendde vostre franche volonté,
que de ce que Dieu vous enioint. Vous
préférez l'obfcruation d'vne cérémonie
nullement obligatoire à Tobeissance que
vousdeuez par obligatio nécessaire aux
commandemens de Dieu. C'est ce que
nostre Sauueur blafme.
llrefulte de ceste distinction, que toutes les Traditions des Pharisiens ne iftnt
reprises ny condamnées par nostre Sauueur aucc sujet & iugement efgal , puis
qu'il en estime quelques vnes bones , les
approuue , & dit qu'il ne les falloit obmettre. Dauantage, que la conséquence
que les Ministres tirent de ces reprehensions tefmoigne vne inaducitence , ou
vne ignorance grandement digne de reprehension, voire de condemnation,
d'autant que penfans diffamer l'Efpouíè
ils Rattachent à rEfpouxm.esmes J cotre-
444
^ H luge [ouueràn
rolent & contredisent fa parole &: son iu~
gement.Ils condamnent indifferemmëc
toutes les Traditions , nostre Sauueur
en approuue quelques vnes:N'est-ce pas
condamner le iugement de nostre Sauueur? Voyez ie vous pricjsì de çe texte du
23.de S. Matthieu bien leu &pris en son
lèns ils pcuuent tirer autre concluíìó que
cestecy. Nostre Sauueur reprend queíquelques traditios des luiss fans reseruc,
& quelques autres anec reíerue. Doncques toutes les traditions des luiss n'estoient pas eígalement répréhensibles.
Ou bien celte autre.
Nostre Sauueur tefmoigne que les
luiss auoient quelques traditions outre
J'Efcriture lesquelles ils ne deuoient obmettre. Doncques les Chrestiés en peuuentauoír. Lçs Traditions que les luiss
ne deuoient obmettre estoient cérémonies mises en auant par des personnes
particulières , fans authorité , fans promesse, & fans feureté des assistance du S.
Esprit. Les Traditions obíeruccs parles
Chrestiens font cérémonies anciennes,
receues ou de Iefus-Christ , ou de fes
Apostres , ou de leurs successeurs constituez en grade ,en charge, & en authorité
44c
aucc puissance & promesse de l'aífiírácc Luc ì0 ■
infaillible du S. Esprit. Qmvotts escoute, Matth.it
dfi âijfertns de U Religion.
ni escoute. Ie fuit auec vous iusques À la con-
sommation du siécle. Auec quel front osent
les Ministres comparer les Traditions
Chrestiéncs auec les Iuifues ? Auec quel
frot osent ils condáner toutes les Iuifues
contre l'approbatiô dé nostre Sauueur?
Mais auec quel front osent ils publier
ceste cósequence : Quelques Traditions des
Juifs estoiet mauuaises & reiettables.T>ocques
toutes lesTraditios des Chrestiessont mauuaises,& doiuet estre reiettées? Ne font ce pas
des piperies & des impostures efFrotées?
Le mefmepouuons nous dire de ceste
autre allégation prise de S. Iean : Sondes, Um .f
les Escritures. Erasme duquel les Ministres font plus d'estat que de plusieurs
Pères anciens leur auoit dit : ll est incertain aussi bien au Grec qu'au Latin, fi ce Scru- j*^,*"'
tamini 'tftvtain fondez efldit en indicatif ou un»,
m impératif, l 'vn & l'autresens est tolerable,
rìestoit que Cyrille estime q» U est dit en indicatif. S.Irenéeauat S.Cyrille 1 auoit en-
tendu indicatiuement. S. Cyrille ne fc
còtente pas de l'interprctcr en indicatif,
mais réfute de propos délibéré lexposition imperatiue; Ceste oraison ,dít-i\ , ne
446
Dulugesouuerain
CytUl
P mt efl re nu ^ement proférée imperaùuement,
Alcxamd. mais indkdúuement : car fi elle Je deUohlire
inioan. par forme dt commandement Àl faudroit aussi
li. hcaí 4. \ J r , ,
d.
.
L
a cause de la comonction prononcer toute la
période ainsi , fondes & vene^ à moy. Si
S. Cyrille & S. Irénée , voire cet Erasme
qu'ils louent tant , ne brident l'audace
Ministrale citant ce passage pour vn cómandement de nostre Sauueur d'auoir
recours à la feule Efèriturc , auec quelle
asseurance defmentirot ils ce grand Patriarche Geneuois , qui a tant sué pour
leur donner vne bonne traduction du
nouueau Testâmes >. Théodore de Beze
en sédition de l'an 1582. le tourne , í'cxpliqueenl'indicatif j sans faire scrupule
d'y adiouster vn pronom pour exprimer
plus clairement son entente , & manifester plus vigoureusement son hardiesse.
VOUS iugerez mieux par íès termes de la
iustification de son fait. Vos Scrutamini
t fzwcL -n > "vel Scruîaminì,ita vtfit tmperandi
modus. Sedmihi longé magts places Erafmi
Ioannis hominis, & pij & eruditi fentenûa , à
quo fum admonitus iflapotius indkandi modo accîpienda. Itaque adieci pronomen vos,
vt redarguat Chrifìus prxpoflerum illoru ftudium qui script uras quidem sedulo legerent,
des diffèrent de la Religions
4 4.7
f eble exijttmantes salutis âoEtrtnam inde petendam effe,& tamen ipfum de cjuo Scriptur&
loquebantur , vt in quo vno faim fit posta,
tampertinaciter repudiarent. £>ua in re hodie
non mimes ab y s peccatur qui ad Scripturarum
leóîionem non veritatts inde inquirendz ftudium ,fedpr&iudicatas opiniones 3 aut aliquid
etiamdeteriui ajferunt xideoque nec uidendo
vident,nec audtendo audiunt, nec legendo dif
cunt. Vous fondez^, ou bìen 3fonde^ en impératif. Mais beaucoupplus me plait l 'aduis d'Erasme Jeanhomme pieux & dotlequim'aaduerty qu'il faloit pluflofìprendre ces paroles en
indicatif. Et pour ceiyay adiousté le pronom y
l>ous,âfin que Christ redargiie l'ejlude mal réglé de ces gens qui lifòient a la vérité diligemment les Efcritures , croyans droitement qu'il
enfaloit tirer la doctrine desalut , & néant ~
moins répudiaient obstinément celuy de qui les
Efcritures pariaient auquelgisait tout leursalut. En quoy nepechétpas moins auiourd'huy
ceux qui apportent à la leflure des Eferitures,
non l'estude ejr l'affeElion d'y recercher la
vérité , mais des opinions preiugées ou quelque chose de pis ,
pour ce envoyant ils ne
voyent point , en oyant ils noyent point, en
lisant ils n'apprennent point. Vous íçau-
rez bien tost pourquoy i'ay voulu copier
É
4 4-8
D** Iitg? somerain
toute ceste annotation de Beze auec la
subséquente.
En l'editió de I'année i ^8. en laquelle
ilditauoir employé sa derniere main , il
change de discours. Voicy comment il
traduit & explique ce meíme lieu .Scr».
tamini Scripturxs , quia vos viiemini voèis
in ipfis vitam xtermhabere , dit-H au texte;
puis en l'annotation , Scrùtammi\f iw ^. n .
Quamuis ijludplerique , & vt Syrmtnterpres
dccipiant imperandi modo,ajfentior tamen Cy»
rillo diserte monentih&c poùus indicandiver*
bo intellireda .Sic enimpoftulat nótâtio verbi,
hìLuTz , quam obferuans Chryfoflomus non
dixiJse 'é ^(T(,habctis, fed ^êÏTi £^«» opinamimvos habere , de quo verbo dixtmus Matt.
3.9. (II auoit là remarqué que *ro «TÔW. eT/
ne íìgnifioit pas simplement videri , que
nous disons sembler , ny putare , oú exijìimare, penser & estimer j fed aliquidfbiper
arrogantiam & ammi elationem persuaderez
vel séide aliquo placere , >í etiam accipitur
Philip. 3.
Marc. 10. 4Z. CéquifaicT: à
propos de nostre subjet. ( ^ílioqui certe'di~
xijjet Chrijìus , ^uia millis ejl vit a éterna,
vel, Quia vos exijlimatis vitam itternamiti
ìllishdbtturos. Vtent autem verbo pr^fentis
tenipor'it, í-/uit eorumfalfam opinionem Pharifaicant
des differem de la Religion. 449
rifaicam carpit qui fefe iamœternamvitA,
suA
illa dilìgenti Scripturarum leBione adeptós
fí>mniarent,cum tamen nibil minus estent ajsequuti: minime id quidem l/llofacrarUm literarum vitio , Jed quo d illum repudiarent in quo
vno qu&rendam este vitamipste tejìentur. Vos
videminivobìs
ìb^m, vel opinaminì^
vtpaulo ante diximus. Et illx^ t%jeivcui> ilU
ver a siplanius ioqui velimus. Cohœret autem
copula non cum 'ím ÍWTTS > fid cum verbo
'tf íusA'Tti hoc modo , Iros fcruUmini Scriptú-
raí^& HU funt qux testantur de me.
Ceste longue citation nous monstre
la prudence, lá constance & la fidélité de
Beze 8c des Ministres. Ce grand Docteur, est-il possible qu'en Tannée 1582. il
n'eust leu, ny S.Irenéc, ny S. Cyrille, ny
S. Chrysostome ,ny Erasme de Roterodam .? Ou qu'il fit plus de cas d'Erasme
Ieá que de celuy de Roterodâ, & de ces
Pères ? Ou que l'année 1598.il eust du
toutoublié Erasme Iean.? En^explication de <Wm , en la description de la
L-itiîc opinion des Pharisiens, & en la réprime n de de ceux qui lisent l'Escriture
pour l'accommoder à leurs preiugez , ne
vous semble il pas représenter shumeur,
& les deportemens de la Minislreriç
Ff
450
Du luge fomeraîn
Reformée? Si les Ministres euifent considéré le discours de ce Docteur des plus
emmens de leur secte , ils en euifent peu
eípraindre quatre ou cinq remarques,
propres à les desgouster de fe feruir de ce
passage pour appuyer leurs recours aux
feules Escritures.
La i. Tant s'en faut que ce soit vn comandement aux íuifs de lire les Efcritures,c estoit vn reproche que nostre Sauueur faifoit aux Scribes & Pharisiens de
ce qu'ils penfoient auoir la vie és Escritures , & ne vouloient point venir à luy
auquel les Escritures les renuoioiétpour
apprendre de fa bouche la doctrine de
salut. C est vn indicatif, dit Bezc, non vn
impératif, vtredarguat,ìíin qu'il redarguë
òc reproche. Les Bibles de Geneue apposent &approuuent ceste traductióen
leur marge : Fous fondez^ les Escritures.
La 2. Quand ce passage s'entendroit
en impératif, tousiours ne parleroit il
que des Escritures du vieil Testament;
car alors il rìe y auoit point d'autres , lesquelles nous auons monstré cy dessus
n'estre suffisantes pour la plénitude de
l'instruction à salut. Et Beze semble le
dire en finterpretation de SbKtm e%«i,>
dès âíjferens de U Religion .
4ci
cjuil veut signifier, vous présumez d'auoir , &c eii ces termes : Nojlre Sauveur
vsdiii dui/erbe, auoir, au teps présent reprend
la fausse opmon des Pharisiens, qui fongoient
auoir de/sa acquis la vie eternelle par leur lecture diligente des "Escritures , bien qu'ils rìy
eussent nullement at.ieint. II est vrây qu'il
corrompt fort fens 3 adioustát que ce défaut
ne procédait pas de l' Escritiíre,corítte ce tefmoignage exprès de S. Paul; La Loy ne Hiè.
coniutt rien à perfection.
*"
La 3. Nostre Seigneur ne reriuoyoit
que les luiss aux Escritures Iudayques
pour l'instruction generalc de tous les
points de fa doctrine; mais pour 1 instruction spéciale du point particulier de fâ
Mission; comme il appert par ces mots;
Et ce font elles qui rendent tefmoìgnage de
moy, <& vous ne voule\pas venir à moy.
Beze le signifie quand il dit, que les luiss
n'auoient rien moins acquis de leur diligente lecture des Efcritufes que la vie
éternelle, par ce qu 'ils reíettoientceluy
auquel les Escritures tesinoigrtent que la
vie eternelle consiste. $t quand ilaccomode ces mots : Et ce font elles quitefmoignent de moy, auec , "rom fonderies EjcritûmiD'où fe peuuêt encore recueillir deux
45^
Du lugesouuerain
conclusions,l'vne directe, dit f Augustin
de nostie aage< à sçauoir,que les Eícritures du vieux Testament cótiennent suffisamment la doctrine de la Mission de
nostre Seigneur.de fa personne, & de ses
marques , ôc partant que les luiss íbnt
inexcusables de ne l'auoir point voulu
efcouter. L'autre analogique , à fçauoir,
que toutes fois & quantes que les Escritures rendent^ tefmoignage de quelque
article , nous y pouuós & deuons prouoquer nos Aduersaires , & les sommer de
les sonder & examiner.Ainsi Tertullian
sur farticle de la création du monde, à
sçauoir,que Dieu auoit creé toutes choses de rien,non d'vne matière precedcte,
quieftclairemét & euidément exprimé
en l'Efcriture, y prouoquoitHermogenes, disant 5 ï adore la plénitude des Escritures, quant à ce dogme; Hermogenes enseigne le contraire,qu'il monstre en l'Efcriture sa doctrine ; Si ce qùilditny eflpas
efcnt , qu'il craigne la malediSlion destinée 4
ceux qui y adiouftent ,ou en diminuent. Ainsi
disoit S . Athanaíè, que lesfainSies Escritures sufjìfòient pour linstruction de U vérité;
non pas de toute vérité , comme les Ministres suppolcnt, mais de celle des deux
des dijferens de la R eligìon. 4 53
articles qu'iitraittoit, à lçauoir, que les
Idoles nestoient point Dieux ; &c que
Iefùs- Christ estoit vrayDieu & vray
homme. Encore adioustc-il queles Escritures suffisent pour indiquer la vérité de ces deux articles , mais non pas
auec l'excluíìon de l'cxplication des Peres ,desquels, par ce que les liures ne font
pas aisez à recouurer , il dit qu'il a entrepris de ti aicter ces deux points selon cc
qu'il en a appris de ses anciens.
Ainsi S. Augustin parlant du bien de
d
la viduitédit: Que tenfeìznerdy-iedttucin- -f""- !
tage que ce quenous Itfons chez,l~4pojtreì LA (B Ç_ U
faincfe Efcriture plante laregle denofìredo£írme } àpn que nous ne présumions eflresages
plus qu'U ne faut } ce que ie t enseigne neJoit
donc autre
chose que t'expliquer les paroles
du Docteur. S. Paul en la première aux
Corinthiens chapitre sèptiesine auoit
clairement discouru du bien du veusuage: quelques vns dot nos Ministres íuyuentles traces enseignoient le contraire:
S. Augustin sur ce point prouoque au
niueau&àla règle du texte de S.Paul.
Ainsi le mesme S. Augustin escrit à Ma- ^ ! 'S l ' b -^
ximin, ( dont nostre Minisire triomphe Maximl
contre le iugement des Conciles : ) Nous
F f
11]
454
D u luge souuermn
ne demns alléguer pourpreiugé , moy le Conçile de Nic'tesuom le Concile de Rimmi. Vous
n ejlespoint retenu de l'authorité de celuylà y
ny moy de cejìuy cymiaïs que par authorité des
jBscruur es qui font communes à tous deux ,
chose combate contre h chose, la cause contre la
cause, la raison contre la raison.
Ce n'est pas qu'il reiette les Conciles,
£c qu il estime qu'on doiue auoir recours,
aux feules Escritures en toute forte de
controuerfes; mais pour accourcir la dispute présent?, du íubjer. de laquelle il.y
auoit des tefmoignagés tres clairs en,
ì'Efcriture , lesquels fans doute font touíïours préférables aux tefmoignagés de
Cociles. Ainsi peut on refpondre à toutes les autres prouocations de ceS.Pere
aux Escritures alléguées par nostre Ministre, & par ses Symmistcs.La 4. remarque qu'ils pouuoient efpraindre des annotations de Beze fus,
alleguées,estqueprefcherla clairté& la
íufHíànce des Escritures si auantagcusement,que seules elles engendrent la foy
&: conduisent à salut, n'est quepipene,
puis que Beze dit,qu'on la peut voir fanç
Ja voir , on la peut ouyr fans l'ouyr , on ia
peut lire fans y rien apprendre.
des âijferens de la Religion .
455
La 5. Que c'est vneimpoiiure de publier l'Escnture seule règle inflexible &
infaillible de toute vérité , puis qu'on la
peut tordre , gauchir & accomoder aux
imaginations fantasques de ceux <\ui portent à la lecture (ficelle , non Vefìude &f#jfeÇlion d'y recercher U vérités maà des opinions
preiugces 3 ou quelcpte chose de pif.
Le lieu que les Ministres citent du dix
& septiesme des Actes des Apostres se
rapporte à cestuy cy . S . Luc dit, que ceux
ie Beroee 0* les Thejsdloniaèns receurent U
parole auec toute auidité,fondans tom les jours
< les Efcrìtures , pourvoir fi les choses efloient
ainsi. Ceux de Beroee , disent les Mini-'
stres, nc croioient pas légèrement &L témérairement aux prédications des Apostres, mais les sondoient & examinoient
à la règle des Efcritures. Doncques les
Chrestiens en doiuent ainsi faire>& examiner toutes choses aux textes des Escritures comme feule règle de toute vérité , & Iuge.de tous doutes & differens.
C'est bien la conséquence des Ministres,
mais ce n'est pas çe que signifie S. Luc
par son ainsi^ corne il appert par la suitte
de son discours. S.Paul premieremét en
Theflalonique &puis en Beroee f difj>u-.
F f iiy
4 56
Du lugesûuueraìn
toit des Efcritures , les expliquât & insinuant
qu'ilfdlloit que Chrtfipxtit,& refusât asl des
■morts, & que lefus ejloit le C'hrjjì. Ceux de
Beroee receurent la parole auec auidité, sondans tows les iours dans l 'Escriture s'il efloit
ainsi: à sçauoir, si ce que S.Paul disputoic
des Efcritures estoit les marques & conditions de la personne de Christ:, s'ilfab
loit qu'il mourut &c refufcitast, si ce íefus
estoit le Christ. Sur quoy les dernieres
Bibles de Geneue annotet ces mots: non
comme pour iuger de leur sens <& authoritèf
mais pour se conss mer ejr efclaircirtant mieux
par le rapport de l 'Escriture auec U vérité
qúils Auoient entendue.
S. Pauldesiroit establiren l'efprit des
luiss de Theífalonique & de Beroee.
lauthorité òc la mission du Docteur
Euangelique qui est Christ ; de quels
moyens plus propres pouuoit il vfer que
de ceux dont les luiss faìfoient plus de
cas , qui estoient les Efcritures du vieil
Testament?S'enfuit ilpour cela que l'authorité du Docteur en chef qui est Christ
ìe Messie tant affectionnement attendu
parles luiss , & celle de Docteurs subalternes quieíloiët les Apostres Disciples
>& Ambassadeurs, de ce Messie, estât vne
des dìfferens de la Religion.
457
foisestabhe lorsqu'ils bailloienr en détail & par ie menu la doctrine & les articles de la Religion Chrestiêne, les fidel- ,
les de Theífalonique & de Beroee ne
deussëtles croire s'ils ne trouuoiét chasque point dans l'Escriture? DeuoienC ils
reietterle Baptesmeaunom du Pcrc, &
du Fils, ècâu S. Esprit j Iamanducafion
du Corps,& la boisson du sang de Christ
soubsles espèces du pain & du vin; s'ils
ne se trouuoiet dans l'Escriture? Qui oíeroit auancer ces absurditez s'il nestoic
Ministre?
La doctrine annonçant Christ j authonsant Christ, enseignant Christ , docírina de Chnfto,e{iok biê dans les escrits
du vieil Testament. Mais la doctrine annóceepar Christ,authorisee par Christ,
enseignée par Chûíì, do tlrina chrìjìijn'estoit qu'en la bouche de Christ &de ses
Apostres.Et pourtant lors qu'il s'agissoit
de l'office de Christ,de fa Mission, de ses
marques & enseignes, Iesus Christ & ses
Apostres prouoquoiont les luiss aux Es
crituréSjà la Loy, & aux Prophetes,à fin
quel'authorité du Docteur Euagclique
leur-estant vérifiée par les liures mefmcs
dont ils cóuenoient , les autres points de
45 8
Du lugefouuerain
k doctrine Chreltienne se promussent
par l'authorité du Docteur. Mais que
ceux qui auoiet receu Jésus Christ pour
Messie & législateur dunpuueau Testamentjdcussenteílre renuoyez aux liures
de Moyse &: du vieil Testamët pour examiner la vérité de chasque article particulier de la doctrine Chrestienne , & ne
deussent rien croire de ce que les Apo-^
flres diroient , sinon à mesure qu'ils l'y
trouueroient infère: pour l'ofer asseurer,
il faut estre aussi résolu à la piperie&:
l'imposture que les Ministres de la prétendue Reformation.
Ceste mefmé distinction fournit de
reíponfe au Passage qu'ils allèguent du
vingt & fixiefme Chapitre des Actes,
où S, Paul proteste deuát Agrippa, qu'il
nedifoit rien que les choses que Moyse
& les Prophètes auoient prédites deuoir
arriuer : Cariladiouste immédiatement
de quelles choses il entend, à sçauoir, s'il
falloit que Christ fouffrit,qu'il fut le premier de la Résurrection des morts, qu'il
deut annoncer la lumière au peuple èc
aux Gentils, pour monstrerles marques
Prophétiques deTaduenemét de Christ:
Mais qu'il l'entendit de tous les points
des dïfferens de UReligìon. 4 r 9
de la doctrine de Christ, c estl'a,ccuíèr
d'oubly, ou d'inconstáce, ou de mensonge, qui soíit autant de blasphèmes. Car
où auoit il leu dans Moyíe èt les Prophètes que la Circoncision estoit inutile aux
sidellessQue le libelle de repude n'estoit
plus permis.? Et toutes les autres particulantez dont nous auons assez longuement disçouru,lors que nous auons conuaincu de fausseté cesse maxime de naître Ministre : Que le vieil Testament tcnt
seul ejì suffisant pour nous rendre parsaiffe-;
ment injîruits à salut.
Ie me rendrois trop ennuyeux si ie
voulois m'arrester pareilîemëtsiir chasqu'vn des autres lieux de l'Escriture dot
ils pipent íe peuple fur le fubiet que nous
traittons Nostre Ministre trouuera les
refponfes de ceux dont il a creu se mieux
armer , sur chascunc de ses maximes cy
dessus combatuès. Pour les citations des
Pères, puis que les Ministres font profession de reietter lestefmoignages des
hommes és matières qui concernent la
foy & le seruice de Dieu.comment osent
ils les alléguer , fi ce n'est pour mettre en
parade leur front d'airain,&efleuerpîus
haut les girouettes de leurs ceruelles?
TraBnt.
Thiolog.
4 <5 o
Du lugefouuerain
N'ontils point leu chez Caluin ceiugement de tous les Pères en bloc , quand on
nous 0 y ie ft e] e consentement de l'Eglife,quon
prenne pour tome responje ce mot, qu'il riy a
autre consentement d 'Eglise que celuy qui s 'accorde en tout & par tout a ta parole de Dieu,
c'est à dire interprétée selon le sens Caluiniste?
zib .devo- Chez Pierre Martyr. Tant que nous nous
tls '
arrefìerons fur les Conciles & les Pères , nous
demeurerons toufwurs en mefmes erreurs>
U Epist.
Chez Beze, quant k ce qui touche les EfTheo,e£ ï - crìuains qui ont ejìé âpres les Prophètes &
*4poJîres ,Jînôus croyons a leur propre conseil,
nom ne les croyrens point qu'auec cejïecondition,àfçauoir, autant qu'ils confirmeront, manifestement leurs dires par la S. Ejcritureì
Chez Cartuuer ou Carterouit chef
Lth
yMg. ^ e P ur i tams cn Angleterre, recercher
soi-
gneusement les tefmoìgnages des Pères,ce riest
autre chose qu amasser des haillons des bourbiers & puâtes cloaques . Argumenter de l'aurthorité ÌEpiphane,de S.
broije, S . .Augustin & autres anciens , c efl tirer les argumens
des Enfers ,&ouwirla perte pour confirmer
tout ce qui tfl de la doctrine Papìfliqueì Auok
leu cela , 8c cent pareils iugemens contre
les Pcrcs chez les Arc-boutans de la Re-
des differens de U Religion.
461
formatió , Sc dire qu'on allègue les Pères
pour les considérer en ce qu'ils ont dict,
non pas en tant qu'ils l'ont dit, mais en
tant qu'ils l'ont dit cóformement à l'Escriture; qu'est -ce aútre choie que cercher
crédit à îa piperie & à l'imposture,attenduque siceste conformité n'est au gré,
& selon le sens des Ministres, ils f estimeront soudain vne laide òc estrange difformité?
Ie ne me retiédray donc point dauantage à expliquer les tefmoignages des
Pères dont les Ministres abusent , ayant
n'aguieres satisfait à quatre ou cinq , qui
sem bioient auoir plus d'apparence defauoriser leurs opinions ;à la proportiÔ desquels ilest aisé de faire veritablemët paroistre, que les Ministres ne sçauroient
employer l'antiquité Chrestienrie qu'à
leur confusion.
Et puis ilm'estaduis que i'enay assez
dit pour faire cognoistre que la doctrine
du Ministre,que i'ay entrepris de réfuter
&de tous ceux de fa bauge touchant lc
luge fouuerain des difFercns de la Foy,
aussi bien que tous les autres articles de
. leur Reformation prétendue , n est fondée , bastie, & entretenue que fur des pi-
46 1
Dû hgèfouiïeráh
pcries & impostures extrememet effrois
tées. Elies pouuoient faire eoup au commencement, iors que le monde n'estoit
encore defniaifé , comme parloient ces
houueaux reformateurs:Mais que main»
tenant,nonobstant la defcouuerte qu'on
en a fait, elles trouuent encore tant dé
crédit parmy les troubles & brouiíleries
des Estats mondains,que des peuples entiers exposent leurs biens , leurs vies , &:
leur honneur pour la défendre, c'est ce
que i'admire comme vne chose prodigieuse. Qui considérera ce mystère de
prés, ne s'estonnera point que le Mahumetisme ait-enforcelé tant de natios auparauat infidèles & bárbares,apres auoir
íèduit les Chrestiens desbauchezpar les
hérésies précédentes , notamment celles
d'Arius,de Neftorius & d'Eutyches.
Le péché est vne terribíé nuée à l'erì. tendemeiat,,& le libertinage vh puissant
eguillon, puis qu'il pousse des pèrfonnes
qui se disent Chrestiennes dans des barricaucs & précipices si mariifestes. C'est
estrc ^liis aueugle qu vne Taupe qui ne
yit que daris terre & de terre , de ne voir
point que le principal dessein de toute lá
Refermation prétendue est d'establir
des dijferens de URelìgìon
463
1'Anarchie, corne i'ay monstréenla première trompette de Iericho,& redit plusieurs fois en ce Traitté. Ses Maistres
Architectes ne le fceurent celer dés le
commencemét de leurreuolte. Nondum
intelligere poffunt Papiste , ce dit Luther, cíìr*R,g .
pro qua remihi cum ipfisbellum fit. Frustra Aní1'
tot libellà à me editis ì &palam teftatibws hoc
folum a me quxri,vt diurne litera foU regnet^
ficut dignum & mflum ejì , humanœ verb inuentiones & traditiones è msiìo tollantur ce»
nocentifsìmx fcandala $ xut exeÛo veneno ,
C$7* euuífo aculeo , id est, vi cogendi & impe*
randi & confcientias illaqueandi erepta , libers & indifférentes tolerentur ceu quœlibet alix
peflis ejr mfœlicitas munit. II desduit âpres
que c'est qu'il entend parlesinuentions
& traditions des hommes , à fçauoir , le
PapatJes vœux des Moynes,les Décrets
des Conciles , les Docteurs, les Académies, le Culte des Saincts,les Euefques,
cinq Sacremens,les Indulgences,le Purgatoireja Messe .il ordonne que tout cela soit aboly , & que le peuple fans s'affuiettir à Supérieur , à Loy , à Magistrat
quelcoque demeure libre & franc ,iouïssant de la liberté Euangeliquc 5 sans cstrc
nycontraínt,ny comandé ,ny conseillé,
46 4
Du Juge fouueraìn
ny instruit Renseigné d'home qui viue,
qu'on se moque des Saincts, qu'on desdaigne les Sacremens,qu'on ait la Messe
en horreur ; &;à fin que plus impunément il puisse viure à fa fantasie , que
chafeun íbitasseufé que toutec qu'il fait
ne part point de son franc arbitre , ains
de la p refciencejpreordination^ôc prédestination de Dieu ; que quoy qu'il fasse,
pourueu qu'il croye fermement que rien
ne luy est imputé, que tout luy est pardonné , la béatitude eternelle luy est inUid
failliblement reíèruée. Vnmsuror ejlhuius
popultsacnlegi, dit-il, velle per opéra coram
Deo agëre, & nonsolasìde. Vndenecesseefl
çhriflttm negariy &fidem eius exìnaniri.
Son désir n'estoit autre que l'aboliíîcment de toutes loix: Pour celatrauâilloit il a rdamment à persuader au peuple
que les Chrestiésn estoiént nullemétobligez de leur redre obeifsáce. Dìco itaq^
efcritií en so liure de la captiuité BabyMHO»' ^onicl '-ie5? í<0 ^ neqnePapajieque Epìscopus,
nequevlius hominum habet tus vnìws conflituendœ syllabe super chriflianum homme riisi
pat eiusdem consenfu, ^uiâquid altterfit, Tyrannico spìrìtusit. le dis donc, que ny le Pape,
ny ÎEuefquëjny homme quelconque , ria droit
d'ejìabltr
desdijfírensdeLReligioK. 465
(teftubltr vne fuie syllabe fur vn Chreíìien
s 'ìlriy consent. Tout ce qui fe fait autrement,
fe fait par vn effriide tyrannie. Henry 8.
Roy d'Angleterre publia deílors où tendoit l'outrccuidancc 8£ freneíìe de cejf\ - ^.
Apostat. Voicy ses mots.
sensés 7a
Touchant les loix, ìem 'eíìonne que cet f»y túr*
homme soit fi effronté qu'il ait feulement osé Luti)tr '
penser de figrades absurdités orne files chrétiens ne pouuoientpecher,ains qu'yne fi grade
multitude de croyans fut fi parfaìSle qu'elle
ri eut besoin d 'ordonnance quelconque y ou pour
ïobferuation du cuits de Dieu , ou pour la preferuation & extirpation des vices. D'vne
mefmemain ejrauec mefme prudence il abbat
& abolit toute la puissance & autborìté des
P rinces
des Prelas. Car que fera le Roy
oule Prélat , s'ilri apouuolr ny d'ejìablir ny de
faireobjêruér aucune Loyìfautil quele peuple
fans règle
fans brideflotte comme vnnauire Çans gouuernailï
Que detiiendrâ donc ce dire deï' Apoflre ^que EMBÌJ.
toute créaturesoit sujette aux plushautes puissances ì Et cefl autre, obeyf/e^à vos Superieurs soit au Roy comme plia éminent. Et ce i .Tim .u
quifuit. Pourquoy dit doncS .Vaul, la Loy est
bonne) ; & ailleurs , la Loy efl le lien de perse- c *M'h
íiionì pourquoy , dit S. Augustin, ceriejl pas
466
Du luge someraîn
peur néant que font instituées la puissance du
Roy, le pouuoir du Magistrat , les tenailles du
Sourreaujes armes du Soldat, la discipline du
Seigneur, la seuerìtè d'vn Ion P ère. Tout cecy
a ses mesures,ses causes,ses raisons ses vtilite^
& tant que ces choses font redoutées, les mes
chansfont reprime ^eji" les gens de bien viuent
èn tranquillité parmy les meschans. Mais ie
me retiens fans parler d'auatage des Roy s , a fin
qu'il ne semble que ie vueille plaider ma cause.
Je demande Cecy , Sipasvn homm e, ny pas vn
Ange nepeut eflablir Loy quelconque fur vn
Chrejìien , pourquoy saisi l'Apoflretant de
loix de l'etetlion des €. uefques & des veufues,
& du voile que les femmes doiuent porterfur
leurs testes? Pourquoy ordonne il que lefdelle
marié ne se sépare de son confort infdélie s'il
i.Cor.j. n'ejl délaissé ì Comment ose il dire , aux autres,
ie dis moy ,non le Seigneur ? Comment exerça
il vne figrandepuissance de commander que ce
fornicateurfut liuréa Satanpour lamort de la
chaìrì Commentfr appaS. P terre d'vne pareilCor l
;'
- î- lepeine Ananias & Saphirapours'eflre referuexjquelque peu de leur propre bieì Si les Apo •
Jlres ont ordonné fur le peuple Chreftien plufieurs choses outre les commandemens particuliers du Seigneur , pourquoy ri en pourront autant faire pour U commodité & U profit du
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des diffèrent de la Keligion.
467
peuple ceux qui ont succédé À leurs charges ì E t
vn peu plus bas reípondant à ce que Luther disoir, que pour la conseruation de
la tranquillité politique le peuple deuoit
obeyr extérieurement aux Magistrats,
bien qu'il n'y fut obligé intérieurement.
Quant à ce ( cótinue le Roi d'Angleterre)
que Luther exhorte £ obeyr pour le corps ,mais
de garder en l'ame fa liberté, qui est fi aueugle
qu 'il ne voye fes artifices} Pourquoy porte il le
feu en vne main ey l 'eau en l'autre feignant le
simple ejr'lefanBon ? Pourquoy ordoneil corne
fi c estoit les paroles de ï Apostre que persone ne
fe rende feruiteurdes hommes} ne s affu\ettiffe
aux Statuts des homes ì& néant moins enjoint
qu 'on supporte l'iniujie Tyrannie du Pape ejr
des Princes ? Les Apostres prefehoient ils en
cefle forme des Roys n'ont aucune puissance fur
vowsdupportcxjieantmoins l'iniquité de leurs
commandemens} Les Seigneurs n'ont nul droit
de vous tenirfubiecJs , supportez, néant moins
l'iniustice de leur feruitude? St Luther estime
qu'il nefaille point obeyr ,pourquoy enseigne tl
qu'on doiue obeyr ? S'il iuge qu'on doiue obeyr,
pourquoy riobeytil luy mefmeìPtpeur qu'il est,
pourquoy abuse U le monde auec fes impostures ?
Pourquoy fer euolte il auec des 'tritures fi atroces contre ceux aufquels il efl d'aduk qu'on
Gg q
O
4^8
Du luge fouueram,
obeyffe} Pourquoy e/ meut il tant de troubles}.
Pourquoy suscite & fonleue il les peuples contre ceux dont il iuge qu'on doit supporter la Tyrannie mefme ? Véritablement ie croy que ce
riest à autre intcntionque pcurgaigner la faveur des mefchans , afin quefur (espérance de
[impunité de leurs crimes ils ejlifent pour chef
defaéîion celuy qui combat fi bien pour leur
franchife,liberté,ou libertinage. Et afin de diviser l Eglise de lests Christ fondée de fi long
temps fur le ferme rocher , pour en bajlir vne
toute nouuelle composée de séditieux libertins
abandonnera toutes fortes de defreglemens £7*
de vices, contre laquelle le Prophète s'efèrie, le
h ay l'Eglise des malins y ejr nemeferray point
auec les impies. Ce Royiugeoitcequilen
estoit, & preuoyoit ce que Ion en a efprouué depuis.
Les chefs de la Reformation GeneUbife, au modelle de laquelle fut dressée
celle d'Efeosse, & le Puritanisme Anglois adiouterét leurs couleurs aucrayo
de Luther. Le íêul tefmoignage du Roy
de la Grand Bretaigne en son présent
Royal , peut tenir lieu d'vne démonstration euidente. II ne tint point à Knox, à
Buccanan & à leurs factionnaires, qu'ils
lie transformassent la Monarchie d'Ef-
des differens de U Religion 469
çosse en vne Republique pareille à celle
que lassémblee de la Rochelle s'est mise
en deuoir de former en ce Royaume fur
les vieux desseins des authcurs de la
Francogallie , de lunius Brutus , fur les
discours de la seruitude volontaire & du
Politique Reformé.
Passez la mémoire fur les deportemes
de Caluin,Beze,Viret,Marlorat, l Efpine,& les autres premiers promoteurs de
cesse entreprise. C'estoient des Prestres
dissolus,& Moynes reniez, ainsi que Luther, iusticiables de l'authorité Ecclésiastique comme déserteurs de l'Eglise de
Dieu. Auantqu'eselorre leur Rébellion
contre leur Prince légitime ; ils se qualifient nouueaux Apostres extraordinaircment enuoyez pour reformer l'Eglise,
promettent de ne procéder en leur Reformatio que par la seule parole de Dieu
eferite ; donnent entedre au peuple qu'il
n'en doit recognoistre aucune autre. A
cest effe£t ils traduisent en François la
Bible, en retranchent vne bonne partie,
corrompent la lettre & le sens de celle
qu'ils retiennent en tous les lieux où ils
cuident trouuer quelque faueur à leur
attentat. Ils ordonnent en termes d'artiGg rij
4- 7 0
Iugefouueraìn
cl.es de Foy que ceste Bible ainsi desualisée,desguisée, estropiée, desmébrée,desfìgurée,plastrée & emplastrce des interprétations de leurs nouuelles fantasies,
jfòtt tenue pour règle de tome véritérî contenant
tout ce qui est nécessaire pour lefêruice de Die»
çfrnoftrefalut. J>)ù'au niueau cticelletousiugemens,arrefls :> eàts , ( pour sapper la puis-
sance des Roys , des Magistrats , & des
Cours SouUeraines) tous Décrets, Cociles,
voiretouí Miracles, (pour abolir l'authorité des Docteurs, des Pasteurs, des Prélats , du Pape j voire de Dieu mesmes, )
soient examine^ rejrle^& reforme^ Ils recentrent des eíprits maIcontens,vlcerez
d'ambitió, d'éuies & de ialousies, & tous
dispoiez à broiiilier ÍEstat. Ils prennent
leur temps durat l'enfance de nos Roys,
ils souleuent les factions, ils arment les
peuples,ils íùrprennét,prennët & forcét
ïes vilíes,rauagent, pillent,saccagët,brulent,demolissetles Eglises & lesCouens,
tucnt,massacrét les Ecclésiastiques & les
Religieux plus cruellemet,volent les deniers du Roy.leuêt ses taiiles,cotisentses
ílijets,rançonnët ses officiers,assassinent
ses Lieutenans, s'efîorcët de se saisir de sa
personne , raíîìégent & luy donnent des
des differens de U Religion.
471
batailles iuiques aux portes de ía ville Capíta—
Ie.Et tout recentcment(comme la superbe des
ennemis de Dieu va tousiours en croissant)
tiennent des assemblées illicites contreles defences expresses de leur Souuerain , diuisent le
Royaume en Circles,publient fous vn Seau fer
ditieusement forgé des Ordonnáces,Decrets,
mandemens & commiffions^ortans pouuoirs
à des particuliers de cômander aux Prouinces
Si villes , s'emparent des finances &receptes
Royales,font leuées d'homes,d'armes & d'argent.fondent Canons,enuoient aux Prouinces
& Royaumes cstragerspoury madier secours
&appuy de leurrebellion,commettent toutes
sortes d'hostilité, non feulement contreles ridelles sujets deleur Prince , mais contre ceux
qui refusent d'adhérer à leur félonie, defendét
les places contreles armées du Roy, fans efpargneren leurs contrebatteries la propre personne sacrée de sa Majesté;Bref desploiét tous
leurs efforts pour defmembrer la Monarchie,
ëcy former des estatspopulaires,des Republiques, ouplustostvne vraye Anarchie , enfreignant perfidement fobeyssance à laquelle ils
font naturellement obligez , & que Dieu leur
commandeen paroles expresses: & tout cela
fous le prétexte de l'establissement d'vne Reformation selon le pur texte dei'Escriture vnique règle de toute vérité, & seule luge de tous
les djfFerens qui peuuét furuenir en la Religió.
Si âpres tant d'áduis, tant d'aduertissemens,
tant de defcouuertes , tant d'eselaircissemens,
tant de preuues , tant d'efpreuues 1 tant de lu-
472.
Díilugefòuuerdih
mieresjtantde feux,tanc d'embrasemens } tani
de calamicez, tant de misères ; nous voyons vst
si grand nóbre de personnes , ounourries dans
la faction.ou intéressées en la caufe,ou passionnées de haine, ou forcenées d'ambition , ou
aueugléesde l'amour des choses temporelles,
òu estourdies^bestics, &^bruties d'ignorance
& de nonchalance des eternelles, s'armer opiniastrement contre toutes loix diuines & humaines pour la defence d'vnparty II frauduleusement pretexé : Que pouuons nous faire
déformais, nous ,dif-ic, qui sommes comis de
la part de Dieu pour procurer le salut de leurs
ames que protester deuant le Ciel& laterre
dudeuoiroù nous nous employons fans relâche & fans repos par predicaúós, par consciences, par dispute s , par exhortations , par rerilonstrances,par discours de parole (Scd'escnt;
implorer la miséricorde de Dieu sur ces esprits
obstinez en leur dest>auches& déplorer leiugement referué aux Rebelles impènitens par
ceste menace non moi ns redoutable qu'meuiptou.i. table: Je vont ay rappellent? vous ri enauv^tenù
conte,à mon tour terne riray île -vous au iôurdè 'Vojlremort, W memoejueray lors que'ce que<vous «<pfrehende\<vousarriueta.
Gloire soit au Pere^u Fils, 8c au S. Esprit;
Diuifum cstcere+ntô^ftmc mteributih
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