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Médias

Fait partie de Sept discours touchant les dames galantes (Les ) . 3

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BRANTOME

LES

DAMES GALANTES
TOME TROISIÈME

ÉDITION J OU AU ST
PARIS, I S 8 i

LES SEPT DISCOURS
TOUCHANT l.ES

DAMES GALANTES
TOME

TROISIÈME

LES SEPT DISCOURS
TOUCHANT

LES

DAMES GALANTES
DU SIEUR DE BRANTOME
PUBLIÉS

Sur les manuscrits de la Bibliothèque nationale
PAR

HENRI

BOUCHOT

Dessins d'Edouard de Beaumont
GRAVÉS PAR E. BOILVIN

PARIS
LIBRAIRIE

DES

BIBLIOPHILES

Rue Saint-Honoré , 3 38
M

DCCC

LXXXII

: Beaumont.pinx,

Jouaust, éd.

LE CARDINAL DE LORRAINE
( Daines Galantes, Discours VI).

Boilvin,

SIXIÈME DISCOURS
SUR CE QU'IL

NE FAUT JAMAIS

PARLER MAL

DES

DAMES

ET LA CONSEQUENCE QUI EN VIENT.

N point y a-il à noter en ces belles et
honnestes dames qui font l'amour, et
qui, quelque esbat qu'elles se donnent,
ne veulent estre offensées ny escandalisées des paroles de personne; et qui les
offensent, s'en sçavent bien revancher, ou tost ou
tard. Bref, elles le veulent bien faire, mais non pas
qu'on en parle. Aussi certes n'est-il pas beau d'escandaliser une honneste dame ny la divulguer :
car qu'ont à faire plusieurs personnes, si elles [ne]
se contentent et leurs amoureux aussi ?
Nos cours de France, aucunes, et mesme les
dernieres, ont esté fort sujettes à blasonner de ces
honnestes dames; et ay veu le temps qu'il n'estoit
Brantôme, III.

i

2

SIXIEME

DISCOURS

pas gallant homme qui ne controuvast quelque
faux dire contre ces dames, ou bien qui n'en rapportast quelque vray. A quoy il y a un tres-grand
blasme : car on ne doit jamais offenser l'honneur
des daines, et surtout les grandes. Je parle autant
de ceux qui en reçoivent des jouissances comme
de ceux qui ne peuvent taster de la venaison et la
descrient.
Nos cours dernieres de nos rois, comme j'ay
dit, ont esté fort sujettes à ces médisances et pasquins, bien différentes à celles de nos autres rois
leurs prédécesseurs, fors celle du roy Louys XI,
ce bon rompu, duquel on dit que la pluspart du
temps il mangeoit en commun, à pleine sale, avec
force gentilshommes de ses plus privez, et autres
et tout; et celuy qui luy faisoit le meilleur et plus
lascif conte des dames de joye, il estoit le mieux
venu et festoyé; et luy-mesme ne s'espargnoit
à en faire, car il s'en enqueroit fort, et en vouloit
souvent sçavoir, et puis en faisoit part aux autres,
et publiquement. C'estoit bien un scandale grand
que celuy-là. II avoit tres-mauvaise opinion des
femmes, et ne les croyoit toutes chastes. Quand il
convia le roy d'Angleterre de venir à Paris faire
bonne chere, et qu'il fut pris au mot, il s'en
repentit aussitost, et trouva un alibi pour rompre
le coup. « Ha! Pasque-Dieu ! ce dit-il, je ne veux
pas qu'il y vienne; il y trouveroit quelque petite
affettée et saffrette de laquelle il s'amouracheroit ;
et elle luy feroit venir le goust d'y demeurer

SIXIEME

DISCOURS

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plus longtemps et d'y venir plus souvent que je
ne voudrois. »
II eut pourtant tres-bonne opinion de sa femme,
qui estoit sage et vertueuse : aussi la luy falloit-il
telle, car, estant ombrageux et soupçonneux prince
s'il en fut onc, il luy eust bien tost fait passer le
pas des autres. Et, quand il mourut, il commanda
à son fils d'aymer et honnorer fort sa mere, mais
non de se gouverner par elle : « non qu'elle ne
fust fort sage et chaste, dit-il, mais qu'elle estoit
plus bourguignone que françoise . » Aussi ne
l'ayma-il jamais que pour en avoir lignée; et,
quand il en eut, il n'en faisoit guieres de cas. II
la tenoit au chasteau d'Amboise comme une simple
dame, portant fort petit estât, et aussi mal habillée
que simple damoiselle ; et la laissoit là avec petite
cour à faire ses prières, et luy s'alloit pourmener
et donner du bon temps d'ailleurs. Je vous laisse
à penser, puisque le roy avoit opinion telle des
dames et s'en plaisoit à mal dire, comment elles
estoycnt repassées parmy toutes les bouches de la
cour; non qu'il -leur voulust mal autrement pour
ainsi s'esbattre, ny qu'il les voulust reprimer rien
de leurs jeux, comme j'ay veu aucuns; mais son
plus grand plaisir estoit de les gaudir; si bien que
ces pauvres femmes, pressées de tel bast de médisances, ne pouvoyent bien souvent hausser la
croupière si librement comme elles eussent voulu.
Et toutesfois le putanisme régna fort de son temps :
car le roy luy-mesme aydoit fort à le faire et le

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SIXIÈME

DISCOURS

maintenir avec les gentilshommes de sa cour; et
puis c'estoit à qui mieux mieux en riroit, fust en
public ou en cachette, et qui en feroit de meilleurs contes de leurs lascivetez, et de leurs tordions
(ainsi parloit-il), et de leur gaillardise. II est vray
que l'on couvroit le nom des grandes, qu'on ne
jugeoit que par apparences et conjectures; je
croy qu'elles avoyent meilleur temps que plusieurs
que j'ay veu du règne du feu roy, qui les tançoit
et censuroit, et reprimoit estrangement. Voilà ce
que j'ay ouy dire de ce bon roy à d'aucuns anciens.
5 Or, le roy Charles VIII son fils, qui luy succéda, ne fut de cette complexion : car on dit de
luy que ç'a esté le plus sobre et honneste roy en
paroles que l'on vid jamais, et n'a jamais offensé ny
homme ny femme de la moindre parole du monde.
Je vous laisse donc à penser si les belles dames
de son règne, et qui se resjouissoyent, n' avoyent
pas bon temps. Aussi les ayma-il fort et les servit bien,
voire trop : car, tournant de son voyage de Naples
tres-victorieux et glorieux, il s'amusa si fort à les
servir, caresser, et leur donner tant de plaisirs à
Lion par les beaux combats et tournois qu'il fit
pour l'amour d'elles, que, ne se souvenant point
des siens qu'il avoit laissé en ce royaume, les laissa
perdre et villes et royaume et chasteaux qui tenoyent encor et luy tendoyent les bras pour avoir
secours. On dit aussi que les dames furent cause
de sa mort, auxquelles pour s'estre trop abandonné, luy qui estoit de fort débile complexion,

SIXIÈME

DISCOURS

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s'y énerva et débilita tant que cela luy aida à
mourir.
5 Le roy Louys XII fut fort respectueux aux
dames : car, comme j'ay dit ailleurs, il pardonnoit
à tous les comedians de son royaume, comme escoliers et clercs de palais en leurs basoches, de
quiconque ils parleroyent, fors de la reine sa
femme et de ses dames et damoiselles, encor qu'il
fust bon compagnon en son temps et qu'il aymast
bien les dames autant que les autres, tenant en
cela, mais non de la mauvaise langue, ny de la
grand présomption, ny vanterie, du duc Louis
d'Orléans, son ayeul; aussi cela luy cousta-il la
vie : car, s' estant une fois vanté tout haut, en un
banquet où estoit le duc Jean de Bourgogne son
cousin, qu'il avoit dans son cabinet le pourtrait des
plus belles dames dont il avoit jouy, par cas fortuit un jour le duc Jean entra dans ce cabinet;
la première dame qu'il voit pourtraitte et se présente de premier aspect à ses yeux, ce fut sa noble
dame espouse, qu'on tenoit de ce temps là tresbelle : elle s'appelloit Marguerite, fille d'Albert
de Bavière, comte de Hainault et de Zelande.
Qui fut esbahy? ce fut le bon espoux; pensez que
tout bas il dit le mot : « Ha! j'en ay. » Et, ne
faisant cas de la puce qui le piquoit autrement,
dissimula tout, et, en couvant vengeance, le querella pour la régence et administration du royaume;
et, colorant son mal sur ce sujet et non sur sa
femme, le fit assassiner à la porte Barbette, à

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SIXIEME

DISCOURS

Paris; et, sa femme première morte, pensez de
poison , et, aprés la vache morte, espousa en secondes nopces la fille de Louis troisiesme, duc
de Bourbon. Possible qu'il n'empira le marché :
car à telles gens sujets aux cornes ils ont beau
changer de chambre et de repaires, ils y en trouvent tousjours.
Le duc en cela fit tres-sagement de se vanger
de son adultère sans s'escandaliser ny luy ny sa
femme; qui fut à luy une tres-sage dissimulation.
Aussi ay-je ouy dire à un tres-grand capitaine qu'il
y a trois choses lesquelles l'homme sage ne doit
jamais publier s'il en est offensé, et en doit taire le
sujet, et plustost en inventer un autre nouveau
pour en avoir le combat et la vengeance, si ce
n'est que la chose fust si évidente et claire devant
plusieurs qu'autrement il ne se pust desdire.
L'une est, quand l'on reproche à un autre qu'il
est cocu et sa femme publique; l'autre, quand on
le taxe de bougrerie et sodomie; la troisiesme,
quand on luy met à sus que c'est un poltron, et
qu'il a fuy vilainement d'un combat ou d'une bataille. Ces trois choses, disoit ce grand capitaine,
sont fort scandaleuses quand on en publie le sujet ;
desquelles on combat, et pense-on quelquesfois
s'en bien nettoyerque l'on s'en sallîst villainement ;
et le sujet en estant publié scandalise fort, et tant
plus il est remué, tant plus mal il sent, ny plus ny
moins qu'une grande puanteur quand plus on la
remue. Voilà pourquoy, qui peut avec son honneur

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DISCOURS

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caler, c'est le meilleur, et escogiter et tenter un
nouveau sujet pour avoir raison du vieu ; et telles
offenses, le plus tard que l'on peut, ne se doivent
jamais mettre en cause, contestations ny combat.
Force exemples alleguerois-je pour ce fait; mais
il m'incommoderoit et allongeroit par trop mon
discours.
Voilà pourquoyce duc Jean fut tres-sagede dissimuler et cacher ses cornes, et se revanger d'ailleurs sur son cousin qui l' avoit hony ; encor s'en
mocquoit-il, et le faisoit entendre : dont il ne faut
point douter que telle dérision et escandale ne luy
touchast autant au cœur que son ambition, et luy
fit faire ce coup en fort habile et sage mondain.
J Or, pour retourner de là où j'estois demeuré,
le roy François, qui a bien aymé les dames, et
encor qu'il eust opinion qu'elles fussent fort inconstantes et variables, comme j'ay dit ailleurs,
ne voulut point qu'on en medist en sa cour, et
voulut fort qu'on leur portast un grand honneur
et respect. J'ay ouy raconter qu'une fois, luy passant son caresme à Meudon prés Paris, il y eut
un sien gentilhomme servant, qui s'appelloit le
sieur de Brizambourg, de Xaintonge, lequel servant le roy de la viande, dont il avoit dispense,
le roy luy commanda de porter le reste, comme
l'on void quelquesfois à la cour, aux dames de la
petite bande, que je ne veux nommer, de peur
d'escandale. Ce gentilhomme se mit à dire, parmy
ses compagnons et autres de la cour, que ces

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SIXIÈME

DISCOURS

dames ne se contentoyent pas de manger de la chair
crue en caresme, mais en mangeoient de la cuitte,
et leur benoist saoul. Les dames le sceurent, qui
s'en plaignirent aussitost au roy, qui entra en si
grande colère qu'à l'instant il commanda aux archers de la garde de son hostel de l' aller prendre
et pendre sans autre delay. Par cas, ce pauvre gentilhomme en sceut le vent par quelqu'un de ses
amis, qui évada et se sauva bravement. Que s'il
eust esté pris, pour le seur il estoit pendu, encor
qu'il fust gentilhomme de bonne p?rt, tant on vid
le roy cette fois en collere, ny faire plus de jurement. Je tiens ce conte d'une personne d'honneur
qui y estoit ; et lors le roy dit tout haut que quiconque toucheroit à l'honneur des dames, sans
remission il seroit pendu.
Un peu auparavant, le pape Paul Farneze estant
venu à Nice, le roy le visitant en toute sa cour et
de seigneurs et dames, il y en eut quelques-unes,
qui n'estoyent pas des plus laides, qui luy allèrent
baiser la pantoufle. Sur quoy un gentilhomme se
mit à dire qu'elles estoyent allées demander à Sa
Saincteté dispense de taster de la chair crue sans
escandale, toutes fois et quantes qu'elles voudroyent. Le roy le sceut; et bien servit au gentilhomme de se sauver, car il fust esté pendu, tant
pour la révérence du pape que du respect des
dames.
J Ces gentilshommes ne furent si heureux en
leurs rencontres et causeries comme feu M. d'Al-

SIXIEME

DISCOURS

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banie. Lorsque le pape Clément vint à Marseille
faire les nopces de sa niepce avec M. d'Orléans,
il y eut trois dames veufves, belles et honnestes,
lesquelles, pour les douleurs, ennuis et tristesses
qu'elles avoyent de l'absence et des plaisirs passez
de leurs marys, vindrent si bas et si fort atténuées,
débiles et maladives, qu'elles prièrent M. d'Albanie,
son parent, qui avoit bonne part aux grâces du
pape, de luy demander dispense pour elles trois
de manger de la chair les jours défendus. Le duc
d'Albanie leur accorda, et les fit venir un jour fort
familièrement au logis du pape; et pour ce en advertit le roy, et qu'il luy en donneroit du passetemps; et luy ayant descouvert la baye, estans
toutes trois à genoux devant Sa Sainteté, M. d'Albanie commença le premier, et dit et assez bas
en italien, que les dames ne l'entendoyent point :
« Pere Saint, voilà trois dames veufves, belles et
bien honnestes, comme vous voyez, lesquelles,
pour la révérence qu'elles portent à leurs marys
trespassez et à Pamitié des enfans qu'elles ont eu
d'eux, ne veulent pour rien du monde aller aux
secondes nopces, pour faire tort à leurs marys et
enfans; et, parce que quelquesfois elles sont tentées des aiguillons de la chair, elles supplient treshumblement Vostre Sainteté de pouvoir avoir approche des hommes hors mariage, si et quantes
fois qu'elles seroyent en cette tentation. — Comment ! dit le pape, (mon cousin,) ce seroit contre
les commandemens de Dieu, dont je ne puis

SIXIEME

DISCOURS

dispenser. — Les voylà, Pere Saint, s'il vous plaist
de les ouir parler. » Alors l'une des trois, prenant
la parole, dit : « Pere Saint, nous avons prié
M. d'Albanie de vous faire une requeste tres-humble pour nous autres trois, et vous remonstrer nos
fragilitez et débiles complexions. — Mes filles, dit
le pape, la requeste n'est nullement raisonnable,
car ce seroit contre les commandemens de Dieu. »
Lesdites veufves, ignorantes de ce que luy avoit
dit M. d'Albanie, luy répliquèrent : «Pere Saint,
au moins plaise nous en donner congé trois fois
de la sepmaine, et sans scandale. — Comment !
dit le pape, de vous permettre il peccato di lussuria? je me damnerois; aussi que je ne le puis
faire. » Lesdites dames, cognoissans alors qu'il y
avoit de la fourbe et raillerie, et que M. d'Albanie
leur en avoit donné d'une : « Nous ne parlons
pas de cela, Pere Saint ; mais nous demandons
permission de manger de la chair les jours prohibez. » Là dessus, le duc d'Albanie leur dit : « Je
pensois, Mesdames, que ce fust de la chair vive. »
Le pape aussitost entendit la raillerie, et se prit à
sousrire, disant : « Mon cousin, vous avez fait
rougir ces honnestes dames; la reine s'en faschera
quand elle lesçaura»; laquelle le sceut et n'en
fit autre semblant, mais trouva le conte bon; et
le roy puis aprés aussi en rit bien fort avec le
pape, lequel, aprés leur avoir donné sa bénédiction, leur octroya le congé qu'elles demandoyent,
et s'en allèrent tres-contentes.

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DISCOURS

L'on m'a nommé les trois dames : madame de
Chasteaubriant ou madame de Canaples, madame
de Chastillon et madame la baillifve de Caen,
tres-honnestes dames. Je tiens ce conte des anciens de la cour.
5 Madame d' Usez fit bien mieux, du temps
que le pape Paul troisiesme vint à Nice voir le roy
François, elle estant madame du Bellay, et qui dez
sa jeunesse a tousjours eu de plaisans traits et dit
de fort bons mots. Un jour, se prosternant devant
Sa Sainteté, le supplia de trois choses : l'une, qu'il
luy donnast l'absolution, d'autant que, petite garce,
fille à madame la regente, et qu'on la nommoit
Tallard, elle perdit ses ciseaux en faisant son ouvrage, et elle fit vœu à sainct Allivergot de le luy
accomplir si elle les trouvoit; ce qu'elle fit, mais
elle ne l'accomplit, ne sçachant où gisoit son corps
saint. L'autre requeste fut qu'il luy donnast pardon de quoy, quand le pape Clément vint à Marseille, elle estant fille Tallard encore, elle prit un
de ses oreillers en sa ruelle de lict, et s'en torcha
le devant et le derrière, dont aprés Sa Sainteté y
reposa dessus son digne chef et visage, et bouche
qui le baisa. Le troisiesme, qu'il excommuniast le
sieur de Tays , parce qu'elle l'aymoit et luy ne
l'aymoit point, et qu'il est maudit, et est celuy
excommunié qui n'aime point s'il est aymé.
Le pape, estonné de ces demandes, et s'estant
enquis au roy qui elle estoit, sceut ses causeries et
en rit son saoul avec le roy. Je ne m'estonne pas

SIXIEME

DISCOURS

si despuis elle a esté huguenotte et s'est bien mocquée des papes, puisque de si bonne heure elle
commença; et de ce temps, toutesfois, tout a esté
trouvé bon d'elle, tant elle avoit bonne grâce en
ses traits et bons mots.
Or ne pensez pas que ce grand roy fust si abstraint et si reformé au respect des dames qu'il n'en
aimast de bons contes qu'on luy en faisoit, sans
aucun escandale pourtant ny decriement, et qu'il
n'en fist aussi; mais, comme grand roy qu'il estoit
et bien privilégié, il ne vouloit pas qu'un chacun,
ny le commun, usât de pareils privilèges que luy.
J'ay ouy conter à aucuns qu'il vouloit fort que
les honnestes gentilshommes de sa cour ne fussent
jamais sans des maistresses; et s'ils n'en faisoyent
il les estimoit des fats et des sots; et bien souvent
aux uns et aux autres leur en demandoit les noms,
et promettoit les y servir et leur en dire du bien;
tant il estoit bon et famillier! Et souvent aussi,
quand il les voyoit en grand arraisonnement avec
leurs maistresses, il les venoit accoster et leur demander quels bons propos ils avoyent avec elles,
et, s'il ne les trouvoit bons, il les corrigeoit et leur
en apprenois d'autres. A ses plus familliers, il n'estoit point avarre ny chiche de leur en dire ny departir de ses contes; dont j'en ay ouy faire un plaisant qui luy advint, puis aprés le recita, d'une belle
jeune dame venue à la cour, laquelle, pour n'y estre bien rusée, se laissa aller fort doucement aux
persuasions des grands, et surtout de ce grand roy;

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DISCOURS

lequel un jour, ainsi qu'il voulut planter son estendart bien arboré dans son fort, elle qui avoit ouy
dire, et qui commençoit à le voir, que, quand on
donnoit quelque chose au roy, ou que, quand on
le prenoit de luy et qu'on le touchoit, le falloit
premièrement baiser, ou bien la main pour le prendre et toucher, elle-mesme, sans autre cérémonie,
n'y faillit pas, et, baisant tres-humblement la main,
prit l'estendart du roy et le planta dans le fort avec
une tres-grande humilité; puis luy demanda de sens
froid comment il vouloit qu'elle le servist, ou en
femme de bien et chaste, ou en desbauchée. Ne
faut point douter qu'il luy en demanda la desbauchée, puisqu'en cela elle y estoit plus agréable que
la modeste : en quoy il trouva qu'elle n'y avoit
perdu son temps, et aprés le coup, et avant, et
tout; puis luy faisoit une grande révérence en le
remerciant humblement de l'honneur qu'il luy avoit
fait, dont elle n'en estoit pas digne, en luy recommandant souvent quelque advancement pour son
mary. J'ay ouy nommer la dame, laquelle depuis
n'a esté si sotte comme alors, mais bien habile et
bien rusée. Ce roy n'en espargna pas le conte, qui
courut à plusieurs oreilles.
II estoit fort curieux de sçavoir l'amour et des uns
et des autres, et surtout des combats amoureux, et
mesme de quels beaux airs se manioyent les dames
quand elles estoyent en leurs manèges, et quelles
contenances et postures elles y tenoyent, et de
quelles paroles elles usoyent; et puis en rioit à

SIXIEME

DISCOURS

pleine gorge; et aprés en defendoit la publication
et l'escandale, et recommandoit le secret et l'honneur.
II avoit pour son bon second ce tres-grand, tresmagnifique et tres-liberal cardinal de Lorraine;
tres-liberal le puis-je appeller, puisqu'il n'eut son
pareil de son temps; ses despenses, ses dons de
gracieuseté, en ont fait foy, et surtout la charité
envers les pauvres. II portoit ordinairement une
grande gibecière, que son vallet de chambre qui luy
manioit son argent des menus plaisirs ne failloit
d'emplir, tous les matins, de trois ou quatre cens
escus; et, tant de pauvres qu'il trouvoit, mettoit
la main à la gibecière, et ce qu'il en tiroit, sans
considération, il le donnoit, et sans rien trier. Ce
fut de luy que dit un pauvre aveugle, — ainsi qu'il
passoit dans Rome et que l'aumosne luy fut demandée de luy, il luy jetta à son accoustumée
une grande poignée d'or, — et en s'escriant tout
haut, en italien : O tu sei Christo, o vcramente cl
cardinal di Lorrcna : « Ou tu cs Christ, ou tu es le
cardinal de Lorraine. » S'il estoit aumosnieret charitable en cela, il estoit bien autant libérales autres
personnes, et principalement à l'endroit des dames,
lesquelles il attrapoit aisément par cet appast :
car l'argent n'estoit en si grand abondance de ce
temps comme il est aujourd'huy, et pour ce en
estoyent-elles plus friandes, et des bombances
aussi et des parures.
J'ay ouy conter que, quand il arrivoit à la cour

SIXIEME

DISCOURS

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quelque belle fille ou dame nouvelle qui fust belle,
il la venoit aussitost accoster, et, l'arraisonnant, il
disoit qu'il la vouloit dresser de sa main. Quel
dresseur! Jecroyque la peine n'estoit pas si grande
comme à dresser quelque poulain sauvage. Aussi
pour lors disoit-on qu'il n'y avoit guieres dame ou
fille résidente à la cour ou fraischement venue, qui
ne fust desbauchée ou attrapée par son avarice et
par la largesse dudit M. le cardinal; et peu ou
nulles sont-elles sorties de cette cour femmes et
filles de bien. Aussi voyoit-on pour lors leurs coffres
et grandes garde-robbes plus pleines de robbes,
de cottes, et d'or et d'argent et de soye, que ne
sont aujourd'huy celles de nos reines et grandes
princesses d'aujourd'huy. J'en ay fait l'experience
pour l'avoir veu en deux ou trois, qui avoyent gaigné tout cela par leur devant : car leurs pères,
mères et maris, ne leur eussent pu donner en si
grand quantité.
Je me fusse bien passé, ce dira quelqu'un, de
dire cecy de ce grand cardinal, veu son honnorable
habit et reverendissime estât; mais son roy le vouloit ainsi et y prenoit plaisir; et pour complaire à
son roy l'on est dispensé de tout , et pour faire
l'amour et d'autres choses, mais qu'elles ne soyent
point meschantes, comme alors d'aller à la guerre,
à la chasse, aux dances, aux mascarades et autres
exercices; aussi qu'il estoit un homme de chair
comme un autre, et qu'il avoit plusieurs grandes
vertus et perfections qui offusquoyent cette petite

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SIXIEME

DISCOURS

imperfection, si imperfection se doit appeller faire
l'amour.
J'ay ouy faire un conte de luy à propos du respect deu aux dames. II leur en portoit de son naturel beaucoup ; mais il l'oublia, et non sans sujet,
à l'endroit de madame la duchesse de Savoye, donne
Béatrix de Portugal. Luy, passant une fois par le
Piedmont, allant à Rome pour le service du roy
son maistre, visita le duc et la duchesse. Aprés
avoir assez entretenu M. le duc, s'en alla trouver
madame la duchesse en sa chambre pour la saluer;
et, s' approchant d'elle, elle, qui estoit la mesme
arrogance du monde, luy présenta la main pour la
baiser. M. Ie cardinal, impatient de cet affront,
s'approcha pour la baiser à la bouche, et elle de se
reculer. Luy, perdant patience et s'approchant plus
prés encore d'elle, la prend par la teste et en dépit
d'elle la baisa deux ou trois fois. Et, quoyqu'elle
en fît ses cris et exclamations, à la portugaise et
espagnole, si fallut-il qu'elle passât par là. « Comment, dit-il, est-ce à moy à qui il faut user de cette
mine et façon? Je baise bien la reine ma maistresse,
qui est la plus grande reine du monde, et vous, je
ne vous baiserois pas, qui n'estes qu'une petite duchesse crottée! Et si veux que vous sçachiez que
j'ay couché avec des dames aussi belles et d'aussi
bonne ou plus grande maison que vous. » Possible
pouvoit-il dire vray. Cette princesse eut tort de tenir cette grandeur à l'endroit d'un tel prince de si
grande maison, et mesme cardinal, car il n'y a car-

SIXIÈME

DISCOURS

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dinal, veu ce grand rang d'église qu'ils tiennent,
qui ne s'accompare aux plus grandes princesses de
la chrestienté. M. le cardinal aussi eut tort d'user
de revanche si dure; mais il est bien fascheux à un
noble et généreux cœur, de quelque profession
qu'il soit, d'endurer un affront.

5 Le cardinal de Granvelle le sceut bien faire
sentir au comte d'Egmont, et d'autres que je laisse
au bout de ma plume, car je brouillerois par trop
mes discours, auxquels je retourne; et le reprens
au feu roy Henry second qui a esté fort respectueux aux dames, qu'il servoit avec de grands respects, qui detestoit fort les calomniateurs de l'honneur des dames. Et, lorsqu'un roy sert telles dames,
et de tel poids et de telle complexion, malaisément la suitte de la cour ose ouvrir la bouche pour
en parler mal. De plus, la reine mere y tenoit fort
la main pour soustenir ses dames et filles, et le
bien faire sentir à ces détracteurs et pasquineurs,
quand ils estoyent une fois descouverts, encore
qu'elle-mesme n'y aye esté espargnée non plus
que ses dames; mais ne s'en soucioit pas tant d'elle
comme des autres, d'autant, disoit-elle, qu'elle
sentoit son ame et sa conscience pure et nette, qui
parloit assez pour soy; et la pluspart du temps se
rioit et se mocquoit de ces medisans escrivains et
pasquineurs. « Laissez-les tourmenter, disoit-elle,
et prendre de la peine pour rien » ; mais, quand
elle les descouvroit, elle leur faisoit bien sentir.
II escheut à l'aisnée Limueil, à son commenceBrantôme. III.
3

i8

SIXIÈME

DISCOURS

ment qu'elle vint à la cour, de faire un pasquin
(car elle disoit et escrivoit bien) de toute la cour,
mais non point scandaleux pourtant, sinon plaisant; asseurez-vous qu'elle la repassa par le fouet
à bon escient, avec deux de ses compagnes qui en
estoyent de consente; et, sans qu'elle avoit cet
honneur de luy appartenir, à cause de la maison de
Thurenne, alliée à celle de Boulogne, elle l'eust
chastiée ignominieusement, par le commandement
exprés du roy, qui detestoit estrangement tels
escrits.
J Je me souviens qu'une fois le sieur de Matha,
qui estoit un brave et vaillant gentilhomme que le
roy aimoit, et estoit parent de madame de Valentinois, il avoit ordinairement quelque plaisante
querelle contre les dames et les filles, tant il estoit
fol. Un jour, s'estant attacqué à une de la reine,
il y en avoit une, qu'on nommoit la grande Meray,
qui s'en voulut prendre pour sa compagne; luy ne
fit que simplement respondre : « Ah ! je ne m'attaque pas à vous, Meray, car vous estes une grande
courciere bardable. » Comme de vray, c'estoit la
plus grande fille et femme que je vis jamais. Elle
s'en plaignit à la reine, que l'autre l'avoit appellée
jument et courciere bardable. La reine fut en telle
colère qu'il fallut que Matha vuidast de la cour
pour aucuns jours, quelque faveur qu'il eust de
madame de Valentinois, sa parente; et d'un mois
aprés son retour n'entra en la chambre de la reine
et des filles.

SIXIEME

DISCOURS

■9

5 Le sieur de Gersay fit bien pis à l'endroit
d'une des filles de la reine à qui il vouloit mal,
pour s'en vanger, encor que la parole ne luy manquast nullement : car il disoit et rencontroit des
mieux, mais surtout quand il medisoit, dont il en
estoit le maistre; mais la médisance estoit lors fort
défendue. Un jour qu'elle estoit à l'aprés-disnée
dans la chambre de la reine avec ses compagnes et
gentilshommes, comme alors la coustume estoit
qu'on ne s'assioit autrement qu'en terre quand la
reine y estoit, ledict sieur, ayant pris entre les mains
des pages et laquais une couille de bellier, dont ils
s'en jouoyent à la basse-court (elle estoit fort
grosse et enflée tout bellement) estant couché
prés d'elle, la coula entre la robbe et la juppe de
cette fille, et si doucement qu'elle ne s'en advisa
jamais, sinon que, lorsque la reine se vint à se lever de sa chaire pour aller en son cabinet, cette
fille, que je ne nommeray, se vint lever aussi-tost,
et, en se levant tout devant la reine, pousse si
fort ceste balle belliniere, pellue, velue, qu'elle fit
six ou sept bonds joyeux, que vous eussiez dit
qu'elle vouloit donner de soy-mesme du passetemps à la compagnie sans qu'il luy coustast rien.
Qui fut estonné? ce fut la fille, et la reine aussi,
car c'estoit en belle place visible sans aucun obstacle. « Nostre-Dame ! s'escria la reine, et qu'est
cela, m'amie, et que voulez-vous faire de cela? ».
La pauvre fille, rougissant, à demy esplorée, se
mit a dire qu'elle ne sçavoit que c'estoit, et que

20

SIXIEME

DISCOURS

c'estoit quelqu'un qui luy vouloit mal qui luy avoit
fait ce meschant trait, et qu'elle pensoit que ce ne
fust autre que Gersay. Luy, qui en avoit veu le
commencement du jeu et des bonds, avoit passé la
porte. On l'envoya quérir; mais ne voulut jamais
venir, voyant la reine si collere, et niant pourtant
le tout fort ferme. Si fallut-il que pour quelques
jours il fuist sa collere, et du roy aussi; et, sans
qu'il estoit un des plus grands favoris du roy-dauphin avec Fontaine-Guerin, il fust esté en peine,
encore que rien ne se prouvast contre luy que par
conjecture, nonobstant que le roy et ses courtisans
et plusieurs daines ne s'en pussent engarder d'en
rire, ne l'osant pourtant manifester, voyant la collere de la reine : car c'estoit la dame du monde
qui sçavoit [le] mieux rebrouer et estonner les personnes.
5 Un honneste gentilhomme et une damoiselle
de la cour vindrent une fois, de bonne amitié
qu'ils avoyent ensemble, à tomber en haine et
querelle, si bien que la damoiselle luy dit tout
haut dans la chambre de la reine, estans sur ce diffèrent: « Laissez-moi, autrement je diray ce que
m'avez dit. » Le gentilhomme, qui luy avoit rapporté quelque chose, en fidélité, d'une tres-grande
dame, et craignant que mal ne luy en advinst, que
pour le moins il ne fust banny de la cour, sans s'estonner il respondit, car il disoit tres-bien le mot :
« Si vous dittes ce que je vous ay dit, je diray ce
que je vous ay fait. » Qui fut estonnée? ce fut la

SIXIÈME

D ISCOURS

2 I

fille; toutesfois elle respondit : « Que m'avez-vous
fait ? i> L'autre respondit : « Que vous ay-je dit ? »
La fille par amprés réplique : « Je sçay bien ce que
vous m' avez dit »; l'autre : « Je sçay bien ce que
je vous ay fait. » La fille duplique: « Je prouveray
fort bien ce que vous m' avez dit. » L'autre respondit : « Je prouveray encor mieux ce que je vous
ay fait. » Enfin, aprés avoir demeuré assez de
temps en telles contestations par dialogues de répliques et dupliques en pareils et semblables mots,
s'en séparèrent par ceux et celles qui se trouvèrent
là, encore qu'ils en tirassent du plaisir.
Tel débat parvint aux oreilles de la reine, qui en
fut fort en collere, et en voulut aussitost sçavoir
les paroles de l'un et les faits de l'autre, et les envoya quérir. Mais l'un et l'autre, voyant que cela
tireroit à conséquence , adviserent à s'accorder
aussitost ensemble, et, comparoissant devant la
reine, de dire que ce n'estoit qu'en jeu qu'ils se
contestoyent ainsi, et que le gentilhomme ne luy
avoit rien dit, ny luy rien fait à elle. Ainsi ilz
payèrent la reine, laquelle pourtant tansaet blasma
fort le gentilhomme, d'autant que ses paroles
estoyent par trop scandaleuses. Le gentilhomme me
jura vingt fois que, s'ilz ne se fussent rapatriez et
concertez ensemble, et que la damoiselle eust descouvert les paroles qu'il luy avoit dites, qui luy
tournoyent à grande conséquence, que résolument
il eust maintenu son dire qu'il luy avoit fait, à
peine qu'on la visitast, et qu'on ne la trouveroit

2 2

SIXIÈME

DISCOURS

point pucelle, et que c'estoit luy qui l' avoit despucellée.

te

visitée et

Ouy, luy respondis-je ; mais, si on l'eust
qu'on

l'eust

trouvée pucelle, car elle

estoit fille, vous fussiez esté perdu, et vous y fust
allé de la vie. — Ha ! mort-Dieu ! merespondit-il,
c'est ce que j'eusse voulu le plus, qu'on l'eust visitée : je n'avois point peur que la vie y eust couru ;
j'estois bien asseuré de mon baston : car je sçavois
bien qui l'avoit depucellée, et qu'un autre y avoit
tres-bien passé, mais non pas moy, dont j'en suis
bien marry ; et, la trouvant entamée et tracée, elle
estoit perdue et moy vangé, et elle scandalisée. Je
fusse esté quitte pour l'espouser, et puis m'en deffaire comme j'eusse pu. » Voilà comme les pauvres
filles et dames courent fortune, aussi bien à droit
comme à tort.
J J'en ay cogneu une de tres-grande part, laquelle vint à estre grosse du fait d'un tres-braveet
gallant prince; on disoit pourtant que c'estoit en
nom de mariage, mais par amprés on en sceut le
contraire. Le roy Henry le sceut le premier, qui en
fut extresmement fasché, car elle luy (en) appartenoit
un peu. Toutesfois, sans faire plus grand bruit ny
scandale, le soir au bal la voulut mener dancer le
bransle de la torche; et puis la fit mener dancer à
un autre la gaillarde et les autres bransles, là où
monstra sa disposition et dextérité mieux que jamais, avec sa taille qui estoit tres-belle, et qu'elle
accommodoit si bien ce jour là qu'il n'y avoit aucune apparence de grossesse: de sorte que le roy,

SIXIEME

DISCOURS

23

qui avoit jette ses yeux tousjours fort fixement sur
elle, ne s'en apperceut non plus que si elle ne fust
esté grosse; et vint à dire à un tres-grand de ses
plus familiers: « Ceux-là sont bien malheureux et
meschants d'estre allés inventer que cette pauvre
fille estoit grosse; jamais je ne luy ay veu meilleure grâce. Ces meschans détracteurs qui en ont
parlé ont menty et ont tres-grand tort. » Et ainsi
ce bon prince excusa cette fille et honneste damoiselle, et en dit de mesmes à la reine, estant couché le soir avec elle. Mais la reine, ne se fiant à
cela, la fit visiter le lendemain au matin, elle
estant présente, et se trouva grosse de six mois;
laquelle luy advoua et confessa le tout sous la
courtine de mariage. Pourtant le roy, qui estoit
tout bon, fit tenir le mystère le plus secret qu'il
peut, sans scandaliser la fille, encor que la reine en
fust fort en collere. Toutesfois ils l'envoyerent tout
coy chez ses plus proches parens, où elle accoucha d'un beau fils, qui pourtant fut si malheureux
qu'il ne put jamais estre advoué du pere putatif ;
et la cause en traisna longuement, mais la mere
n'y put jamais rien gaigner.
Or, le roy Henry aimoit aussi bien les bons
contes comme les rois ses prédécesseurs, mais il ne
vouloit point que les dames en fussent scandalisées
ny divulguées ; si bien que luy, qui estoit d'assez
amoureuse complexion, quand il alloit voir les
dames, y alloit le plus caché et le plus couvert
qu'il pouvoit, afin qu'elles fussent hors de soup'

24

SIXIEME

DISCOURS

çon et diffame. Et, s'il en avoit aucune qui fust
descouverte, ce n'estoit pas sa faute ny de son
consentement, mais plustost de la dame, comme
une que j'ay ouydire, de bonne maison, nommée
madame Flamin, d'Escosse, laquelle, ayant esté
enceinte du fait du roy, elle n'en faisoit point la
petite bouche, mais tres-hardiment disoit en son
escossiment francizé: « J'ay fait tant que j'ay pu,
que, Dieu mercy, je suis enceinte du roy, dont
je m'en sens tres-honnorée et tres-heureuse; et si
je veux dire que le sang royal a je ne sçay quoy
de plus suave et friande liqueur que l'autre, tant
je m'en trouve bien, sans conter les bons brins de
présents que l'on en tire. »
Son fils, qu'elle en eut alors, fut le feu grand
prieur de France, qui fut tué dernièrement à Marseille, qui fut un tres-grand dommage, car c'estoit
un tres-honneste, brave et vaillant seigneur : il le
monstra bien à sa mort. Et si estoit homme de bien
et le moins tiran gouverneur de son temps, ny depuis; et la Provence en sçauroit bien que dire, et
encore que ce fust un seigneur fort splendide et de
grande despense; mais il estoit homme de bien et
se contentoit de raison.
Cette dame, avec d'autres que j'ay ouy dire,
estoit en cette opinion que, pour coucher avec
son roy, ce n'estoit point diffame, et que putains
sont celles qui s'adonnent aux petits, mais non pas
aux grands rois et gallants gentilshommes; comme
cette reine amazone que j'ay dit, qui vint de trois

SIXIEME

DISCOURS

25

cens lieues pour se faire engrosser à Alexandre,
pour en avoir de la race : toutesfois l'on dit qu'autant vaut l'un que l'autre.
J Aprés le roy Henry vint le roy François second, duquel le règne fut si court que les medisans n'eurent loisir de se mettre en place pour
médire des dames; encore que, s'il eust régné longtemps, ne faut point croire qu'il les eust permis
en sa cour: car c'estoit un roy de tres-bon et
tres-franc naturel, et qui ne se plaisoit point en
médisances, outre qu'il estoit fort respectueux à
l'endroit des dames et les honnoroit fort; [aussi
avoit-il la reine sa femme, et la reine sa mere, et
messieurs ses oncles, qui rabrouoientfort] ces causeurs et piqueurs de la langue. II me souvient
qu'une fois, luy estant à Sainct-Germain en Laye,
sur le mois d'aoust et de septembre, il luy prist
envie d'aller le soir voir les cerfs en leurs ruths en
cette belle forest de Sainct-Germain, et menoit
des princes ses plus grands familiers, et aucunes
grandes dames et filles que je dirois bien. II y en
eut quelqu'un qui en voulut causer, et dire que
cela ne sentoit point sa femme de bien ny chaste,
d'aller voir de telles amours et tels ruths de bestes,
d'autant que l' appétit de Venus les en eschauffoit
davantage, à telle imitation et telle veue, si bien
que, quand elles s'en voudroyent degouster, l'eau
ou la salive leur en viendroit à la bouche du mitan,
que par aprés il n'y auroit autre remède de l'en
oster, sinon par autre cause ou salive de sperme.

SIXIEME

DISCOURS

Le roy le sceut, et les princes et clames qui l'y
avoyent accompagné. Asseurez-vous

que,

si

le

gentilhomme n'eust sitost escampé, il estoit tresmal, et ne parut à la cour qu'aprés sa mort et son
règne.
II y eut force libelles diffamatoires contre ceux
qui gouvernoyent alors le royaume; mais il n'y
eut aucun qui piquast et offensast plus qu'une invective
première

intitulée

le

Tigre, sur l'imitation

invective de Cicéron contre

d'autant qu'elle parloit des amours

de la

Catillina,
d'une tres-

grande et belle dame et d'un grand son proche.
Si le gallant auteur fust esté appréhendé, quand
il eust eu cent mille vies il les eust toutes perdues :
car et le grand et la grande en surent si estommacquez qu'ils en cuidèrent désespérer.
Ce roy François ne fut point sujet à l'amour
comme ses prédécesseurs : aussi eust-il eu grand
tort, car il avoit pour espouse la plus belle femme
du monde et la plus aimable ; et qui l'a telle ne va
point au pourchas comme d'autres, autrement il
est bien misérable; et qui n'y va, peu se soucie-il
de dire mal des dames, ny bien et tout, sinon
que de la sienne. C'est une maxime que j'ay ouy
tenir à une honneste personne; toutesfois je l'ay
veu faillir plusieurs fois.
J Le roy Charles vint par amprés, lequel, pour
sa tendresse d' aage, ne se soucioit, du commencement, pes dames, ains se soucioit plustost à passer
son temps en exercice de jeunesse. Toutesfois feu

SIXIEME

DISCOURS

2

7

M. de Sipierre, son gouverneur, et qui estoit, à
mon gré et d'un chacun aussi, le plus honneste et
le plus gentil cavallier de son temps, et le plus
courtois et reverentieux aux dames, en apprit si
bien la leçon au roy son maistre et disciple qu'il a
esté autant à l'endroit des dames qu'aucuns roys
ses prédécesseurs : car jamais, et petit et grand,
il n'a veu dame, fust-il le plus empesché du monde
ailleurs, ou qu'il courust ou qu'il s'arrestast, ou à
pied ou à cheval, qu'aussitost il ne la saluast et luy
ostast son bonnet fort reverentieusement. Quand
il vint sur l'aage d'amour, il servit quelques honnestes dames et filles que je sçay, mais avec si
grand honneur et respect que le moindre gentilhomme de sa cour eust sceu faire.
De son règne, les grands pasquineurs commencèrent pourtant avoir vogue , et mesmes aucuns
gentilshommes bien gallants de la cour, lesquels je
ne nommeray point, qui detractoyent estrangement
des dames, et en gênerai et en particulier, voire
des plus grandes, dont aucuns en ont eu des querelles à bon escient, et s'en sont tres-mal trouvez :
non pourtant qu'ils advouassent le fait, car ils
nioient tout; aussi s'en fussent-ilz trouvez de l'escot s'ils l'eussent advoué, et le roy leur eust bien
fait sentir, car ilz s'attaquoyent à de trop grandes.
D'autres faisoyent bonne mine, et enduroyent à
leur barbe mille démentis qu'on disoit conditionels
et en l'air, et mille injures qu'ils beuvoyent doux
comme laict, et n'osoyent nullement repartir, au-

28

SIXIEME

DISCOURS

trement il leur alloit de la vie. En quoy bien souvent me suis-je estonné de telles gens qui se mettoyent ainsi à médire d'autruy, et permettre qu'on
medist à leur nez tant et tant d'eux. Si avoyent-ils
pourtant la réputation d'estre vaillants; mais en
cela ilz enduroyent le petit affront gallantement
sans sonner mot.
Je me souviens d'un pasquin qui fut fait contre
une tres-grande dame, veufve, belle et bien honneste, qui voulloit convoler avec un tres-grand
prince jeune et beau. II y eut quelques-uns, queje
sçay bien, qui, ne voulans ce mariage, pour en
destourner le prince firent un pasquin d'elle, le
plus scandaleux que j'aye point veu, là où ils l'accomparoyent à cinq ou six grandes putains anciennes, fameuses, fort lubriques, et qu'elle les surpassoit toutes quatre. Ceux mesmes qui avoyent
fait le pasquin le luy présentèrent, disans pourtant
qu'il venoit d'autres, et qu'on leur avoit baillé. Ce
prince, l'ayant veu, donna des démentis et dit
mille injures en l'air à ceux qui l'avoyent fait; eux
passèrent tout sous silence, encor qu'ils fussent des
braves et vaillans. Cela donna pourtant pour le
coup à songer au prince, car le pasquin portoit et
monstroit au doigt plusieurs particularisez; mais au
bout de deux ans le mariage s'accomplit.
Le roy estoit si généreux et bon que nullement
il favorisoit telles gens d'avoir de petits mots
joyeux avec eux à part; bien les aimoit-il, mais ne
vouloit que le vulgaire en fust abreuvé, disant que

SIXIEME

DISCOURS

29

sa cour, qui estoit la plus noble et la plus illustre
de grandes et belles dames de tout le monde, et
pour telle réputée, ne vouloit qu'elle fust villipendée et mésestimée, par la bouche de tels causeurs
et gallants; et c'estoit à parler ainsi des courtizannes de Rome, de Venise et d'autres lieux, et
non de lá cour de France, et que, s'il estoit permis
de le faire, il n'estoit permis de le dire.
Voilà comment ce roy estoit respectueux aux
dames, voire tellement qu'en ses derniers jours je
sçay qu'on luy voulut donner quelque mauvaise
impression de quelques tres-grandes et tres-belles
et honnestes dames, pour estre brouillées en quelques tres-grandes affaires qui luy touchoient;
mais il n'en voulut jamais croire rien; ains leur fit
aussi bonne chere que jamais, et mourut avec leurs
bonnes grâces et grande quantité de leurs larmes
qu'elles espandirent sur son corps. Et le trouvèrent
à dire, puis aprés bien, quand le roy Henry troisiesme vint à luy succéder, lequel, pour aucuns mauvais rapports qu'on luy avoit fait d'elles en Pologne,
n'en fit à son retour si grand conte comme il en
avoit fait auparavant; et d'icelles, et d'autres que
je sçay, s'en fit un tres-rigoureux censeur, dont
pour cela il n'en fut pas plus aymé ; si que je croy
qu'en partie elles ne luy ont point peu nuy, ny à
sa maie fortune, ny à sa ruine. J'en dirois bien
quelques particularisez, mais je m'en passeray bien,
sinon qu'il faut considérer que la femme est fort encline à la vengeance : car, quoy qu'il tarde, elle

3o

SIXIEME

DISCOURS

l' exécute; au contraire du naturel de la vengeance
d'aucuns, laquelle du commencement est fort ardente et chaude à s'en faire acroire, mais par le
temporisement et longueur elle s'attiedist et vient
à néant. Voilà pourquoy il s'en faut garder du premier abord, et par le temps parer aux coups; mais
la furie, l'abord et le temporisement, durent tousjours en la femme jusqu'à la fin; je dis d'aucunes,
mais peu.
Aucuns ont voulu excuser le roy de la guerre
qu'il faisoit aux dames par descriemens, que c'estoit pour refréner et corriger le vice, comme si la
correction en cela luy servoit; veu que la femme
est de tel naturel que tant plus on luy défend cela,
tant plus y est-elle ardente, et a-on beau luy
faire le guet. Aussi, par expérience, ay-je veu que
pour luy on ne se destournoit de son grand chemin.
Aucunes dames a-il aymé, que je sçay bien, avec
de tres-grands respects, et servy avec tres-grand
honneur, et mesmes une tres-grande et belle princesse, dont il devint tant amoureux avant qu'aller
en Poulogne, qu'aprés estre roy il se résolut de
l'espouser, encor qu'elle fust mariée à un grand et
brave prince, mais il estoit à luy rebelle, et réfugié
en païs estrange pour amasser gens et luy faire la
guerre; mais à son retour en France la dame mourut en ses couches. La mort seule empescha ce
mariage, car il y estoit résolu : par la faveur et dispense du pape il l'espousoit, qu'il ne luy eust re-

SIXIEME

DISCOURS

3i

fusée, estant un si grand roy, et pour plusieurs
autres raisons que l'on peut penser.
A d'autres aussi a-il fait l'amour pour les descrier. J'en sçay une grande que, pour des desplaisirs que son mary luy avoit faits, et ne le pouvant
atrapper, s'en vengea sur sa femme, qu'il divulgua
en la présence de plusieurs; encor cette vengeance
estoit-elle douce, car, au lieu de la faire mourir,
il la faisoit vivre.
J'en sçay une qui, faisant trop de la gallante, et
pour un desplaisir qu'elle luy fît, exprés luy fit
l'amour, et, sans grand peine de persuasion, luy
donna un rendez-vous en un jardin où ne faillit de
se trouver; mais il ne la voulut toucher autrement
(ce disent aucuns), mais il la toucha fort bien, ains
la faire voir en place de marché, et puis la bannir
de la cour avec opprobre.
II desiroit et estoit fort curieux de sçavoir la vie
des unes et des autres et en sonder leur vouloir.
On dit qu'il faisoit quelquesfois part de ses bonnes
fortunes à aucuns de ses plus privez. Bien heureux
estoient-ilz ceux-là : car les restes de ces grands
roys ne sçauroyent estre que tres-bons.
Les dames le craignoyent fort, comme j'ay veu;
et leur faisoit luy-mesme des reprimendes, ou en
prioit la reine sa mere, qui de soy en estoit assez
prompte, mais non pour aymer les medisans, ainsi
que je l'ay monstre cy-devant par ces petits exemples que j'ay allégué; auxquels y prenant pied
et altération , que pouvoit-elle faire aux autres

32

SIXIEME

DISCOURS

quand ils touchoient au vif et à l'honneur des
dames ?
Ce roy avoit tant accoustumé, dez son jeune
aage, comme j'ay veu, de sçavoir des contes des
dames, voire moy-mesme luy en ay-je fait aussi
quelqu'un, et en disoit aussi, mais fort secrètement,
de peur que la reine sa mere le sceust, car elle ne
vouloit qu'il les dît à d'autres qu'à elle, pour en
faire la correction; tellement que, venant en aage
et en liberté, n'en perdit la possession. Et, pour ce,
sçavoit aussi bien comme elles vivoyent en sa cour
et en son royaume (au moins aucunes) et mesmes
les grandes, que s'il les eust toutes pratiquées. Et
si aucunes y en avoit qui vinssent à la cour nouvellement, en les accostant fort courtoisement et
honnestement, pourtant leur en contoit de telle façon, qu'elles en demeuroient estonnées en leurs
ames d'où il avoit appris toutes ces nouvelles, luy
niant et desadvouant pourtant le tout. Et, s'il s'amusoit en cela, il ne laissoit, en autres et plus
grandes choses, y applicquer son esprit si hautement qu'on l'a tenu pour le plus grand roy que de
cent ans il y a eu en France, ainsi que j'en ay escrit
ailleurs en un chapitre de luy fait à part.
Je n'en parle doncques plus, encor qu'on me
pust dire que je ne suis esté assez copieux d'exemples de luy pour ce sujet, et que j'en devois dire
davantage si j'en sçavois. Ouy, j'en sçay prou, et
des plus sublins; mais je ne veux pas tout à coup
dire les nouvelles de la cour ny du reste du monde;

SIXIÈME

33

DISCOURS

et aussi que je ne pourrois si bien pallier et couvrir mes contes, que l'on ne s'en apperceust sans
escandale.
J Or, i! y a de ces détracteurs des dames de diverses sortes. Les uns en médisent d'aucunes pour
quelque desplaisir qu'elles leur auront fait, encor
qu'elles soyent des plus chastes du monde, et les
font, d'un ange beau et pur qu'elles sont, un diable
tout infect de meschanceté; comme un honneste
gentilhomme que j'ay veu et cogneu, lequel, pour
un leger desplaisir qu'une tres-honneste et sage
dame luy avoit fait, la descria fort villainement ;
dont il en eut bonne querelle. Et disoit : « Je sçay
bien que j'ay tort, et ne nie point que cette dame
ne soit tres-chaste et tres-vertueuse ; mais quiconque
sera-elle celle-là qui m'aura le moins du monde
offensé, quand elle seroit aussi sage et pudique que
la vierge Marie, puisqu'autrement il ne m'est permis d'en avoir raison comme d'un homme, j'en diray pis que pendre. » Mais Dieu pourtant s'en
peut irriter.
D'autres détracteurs y a-il qui, aymans des dames et ne pouvant rien tirer de leur chasteté, de
dépit en causent comme de publiques; et si font
pis : ils disent et publient qu'ils en ont tiré ce qu'ils
vouloyent, mais, les ayant cogneues et apperceues
par trop lubriques, les ont quittées. J'en ay cogneu
force gentilshommes en nos cours de ces humeurs.
D'autres .[dames], qui à bon escient quittent leurs
mignons et favoris de couchette, et puis, suivant
Brantôme.

III.

5

34

SIXIEME

DISCOURS

leurs legeretez et inconstances, s'en sont degoustées et repris d'autres en leurs places : sur ce, ces
mignons, dépitez et désespérez, vous peignent et
descrient ces pauvres femmes ne faut point dire
comment, jusques a raconter particulièrement leurs
lascivetez et paillardises qu'ils ont ensemble exercées, et à descouvrir leurs sis qu'elles portent sur
leurs corps nuds, afin que mieux on les croye.
D'autres y a-il qui, dépitez qu'elles en donnent
aux autres et non à eux, en médisent à toute outrance, et les font guetter, espier et veiller, afin
qu'au monde ilz donnent plus grandes conjectures
de leurs veritez.
D'autres qui, espris de belle jalousie, sans aucun
sujet que celuy-là, maldisent de ceux qu'elles ayment le plus, et qu'eux-mesmes ayment tant qu'ilz
ne les voyent pas à demy. Voilà l'un des grands
effets de jalousie.

Et

tels

détracteurs

ne sont

tant à blasmer que l'on diroit bien : car il faut imputer cela à l'amour et à la jalousie, deux frère et
sœur d'une mesme naissance.
D'autres détracteurs y a-il qui sont si fort naiz et
accoustumez à la médisance que plustosl qu'ilz ne
médisent

de

quelque

personne

ils

mediroyent

d'eux-mesmes. A vostre advis, si l'honneur

des

dames est espargné en la bouche de telles gens?
Plusieurs en nos cours en ay-je veu tels qui, craignans de parler des hommes de peur de la touche,
se mettoyent sur la draperie des pauvres dames,
qui n'ont autre revange que les larmes, regrets et

SIXIÈME

35

DISCOURS

paroles. Toutesfois en ay-je cogneu plusieurs qui
s'en sont tres-mal trouvez : car il y a eu des parents, des frères, des amys, de leurs serviteurs,
voire des marys, qui en ont fait repentir plusieurs,
et remascher et avaller leurs paroles. Enfin, si je
voulois raconter toutes les diversitez des détracteurs des dames qu'il y en a, je n'aurois jamais
fait.
J Une opinion en amour ay-je veu tenir à plusieurs : qu'un amour secret ne vaut rien, s'il n'est
un peu manifeste, sinon à tous, pour le moins à
ses plus privez amis ; et, si à tous il ne se peut dire,
pour le moins que le manifeste s'en face, ou par
monstres ou par faveurs, ou de livrées et couleurs,
ou actes chevalleresques, comme courremens de
bagues, tournois, masquarades, combats à la barrière, voire à ceux de bon escient quand on est à
la guerre;

certes, le contentement

en est tres-

grand en soy.
Comme de vray, de quoy serviroit à un grand
capitaine d'avoir fait un beau et signalé exploict
de guerre, et qu'il fust teu et nullement sceu ? Je
crois que ce luy seroit un dépit mortel. De mesme
en doivent estre les amoureux qui ayment en bon
lieu, ce disent aucuns. Et de cette opinion en a
esté le principal chef, M. de Nemours, le parangon de toute chevallerie : car, si jamais prince,
seigneur

ou

gentilhomme

a

esté

heureux

en

amours, ç'a esté celuy-là. II ne prenoit pas plaisir
à les cacher à ses plus privez amis; si est-ce qu'à

36

SIXIEME

DISCOURS

plusieurs il les a tenues si secrètes qu'on ne les jugeoit que malaisément.
Certes, pour les dames mariées, la descouverte
en est fort dangereuse; mais, pour les filles et
veufves qui sont à marier, n'importe : car la couleur et prétexte d'un mariage futur couvre tout.

5 J'ay cogneu un gentilhomme tres-honneste à
la cour, qui, servant une tres-grande dame, estant
parmy ses compagnons un jour en devis de leurs
maistresses, et se conjurans

tous de

les descou-

vrir entre eux de leurs faveurs, ce gentilhomme ne
voulut jamais déceler la sienne, ains en alla controuver une autre

d'autre part,

et leur

donna

ainsi le bigu, encor qu'il y eust un grand prince en
la troupe qui l'en conjurast et se doutast pourtant
de cet amour secret; mais luy et ses compagnons
n'en tirèrent que cela de luy ; et pourtant à part soy
maudit cent fois sa destinée qui l'avoit là contraint
de ne racconter, comme les autres, sa bonne fortune,
qui est plus gratieuse à dire que sa maie.
J Un autre ay-je cogneu, bien gallant cavallier,
lequel, par sa présomption trop libre qu'il prit de
descouvrir sa maistresse, qu'il devoit taire, tant
par signes queparoles et effets, en cuida estre tué
par unassassinat qu'il faillit; mais pour un autre sujet il n'en faillit un autre, dont la mort s'ensuivit.

5 J'estoisàla cou r du temps du roy François second,
que le comte de Saint-Aignan espousa à Fontainebleau la jeune Bourdeziere. L'endemain, le nouveau
marié estant venu en la chambre du roy, un chacun

SIXIEME

DISCOURS

37

luy commença à faire la guerre, selon la coustume;
dont il y eut un grand seigneur tres-brave qui luy
demanda combien de postes ilavoit couru. Le marié respondit cinq. Par cas, il y eut présent un honneste gentilhomme, secrétaire, qui estoit là fort favory d'une tres-grande princesse que je ne nommeray point, qui dit que ce n'estoit guieres, poulie beau chemin qu'il avoit battu et pour le beau
temps qu'il faisoit, car c'estoit en esté. Ce grand
seigneur luy dit : « A mort-Dieu ! il vous faudroit
des perdriaux à vous! — Pourquoy non ? répliqua
le secrétaire. Par Dieu! j'en ay pris une douzaine
en vingt-quatre heures sur la plus belle motte qui
soit icy à l'entour, ny qui soit possible en France. »
Qui fut esbahy ? Ce fut ce seigneur, car par là il
apprit ce dont il se doutoit il y avoit longtemps;
et, d'autant qu'il estoit fort amoureux de cette
princesse, fut fort marry de ce qu'il avoit si longuement chassé en cet endroit et n' avoit jamais rien
pris, et l'autre avoit esté si heureux en rencontre
et en sa prise. Ce que le seigneur dissimula pour
ce coup; mais depuis, en temporisant son martel,
la luy cuida rendre chaud et couvert, sans une
considération que je ne diray point; mais pourtant
il luy porta tousjours quelque haine sourde. Et, si
le secrétaire fust esté bien advisé, il n'eust vanté
ainsi sa chasse, mais l'eust tenue tres-secrete , et
mesme en une si heureuse adventure, dont il en
cuida arriver de la brouillerie et de l'escandale.
J Que diroit-on d'un gentilhomme de par le

38

SIXIÈME

DISCOURS

monde, qui, pour quelque desplaisir que luy avoit
fait sa maistresse, [fut si impudent qu'il alla monstrer à son mary sa peinture qu'elle luy avoit donnée, qu'il portoit au col, dont le mary fut fort
estonné et moins aimant sa femme qui en sceut
colorer le fait ainsi qu'elle put.
J Celui eut bien plus grand tort, que je sçay,
grand seigneur, qui, dépité de quelque tour que
luy avoit fait sa maistresse,] alla jouer et perdre
son pourtrait aux dez contre un de ses soldats, car
il avoit grand charge en l'infanterie ; ce qu'elle
sceut, et en cuida crever de dépit, et qui s'en fascha fort. La reine mere le sceut, qui luy en fit la
reprimende, sur ce que le desdain en estoit par
trop grand, que d'aller ainsi abandonner au sort
de dez le pourtrait d'une belle et honneste dame.
Mais ce seigneur en rabilla le fait, disant que, de
sa couche, il avoit réservé le parchemin du dedans,
et n'avoit que couché la boete qui l'enserroit, qui
estoit d'or et enrichie de pierreries. J'en ay veu
souvent démener le conte entre la dame et le seigneur bien plaisamment, et en ay ry d'autres fois
mon saoul.
J Si diray-je une chose : qu'il y a des dames,
dont j'en ay veu aucunes, qui veulent estre en
leurs amours bravées, menacées, voire gourmandées, et les a-t-on plustost de telle sorte que par
douces compositions; ny plus ny moins qu'aucunes forteresses qu'on a par force, et d'autres par
douceur; mais pourtant elles ne veulent estre tnju-

SIXIEME

39

DISCOURS

riées, ny descriées pour putains : car bien souvent
les paroles offensent plus que les effets.
Silla ne voulut jamais pardonner à la ville d'Athènes qu'il ne la ruinast de fonds en comble, non
pour opiniastreté d'avoir tenu contre luy, mais
seulement parce que dessus les murailles ceux de
dedans en parlèrent mal, et touchèrent l'honneur
bien au vif de Metella sa femme.

3 En quelques lieux de par le monde, que je ne
nommeray point, les soldats aux escarmouches et
aux sièges de places se reprochoyent les uns aux
autres l'honneur de deux de leurs princesses souveraines, jusques-là à s'entredire : « La tienne joue
bien

aux quilles.



La tienne

rempelle aussi

bien. » Par ces brocards et sobriquets, les princesses animoyent bien autant les leurs à faire du
mal et des cruautez que d'autres sujets, ainsi que
je l'ay veu.
J

J'ay ouy raconter que la principale occasion

qui anima plus la reine d'Hongrie à allumer ces
beaux feux vers la Picardie et autres

parts

de

France, ce fut à l'appetit de quelques insolents bavards et causeurs, qui parloyent ordinairement de
ses amours, et chantoyent tout haut et partout :
Au, au Barbanson
Et la reine d'Ongrie !

chanson

grossière pourtant, et sentant à pleine

gorge son advanturier ou villageois.
° Caton ne put jamais

aymer César ,

depuis

SIXIÉMK

40

DISCOURS

qu'estant au sénat, qu'on cleliberoit contre Catilina et sa conjuration, et qu'on en soupçonnoit
César estant au conseil, fut apporté audict César,
en cachette, un petit billet, ou, pour mieux dire,
un poullet, que Servilla, sœur de Caton, luy envoyoit, qui portoit assignation ou rendez-vous pour
coucher ensemble. Caton, ne s'en doutant point,
ains de la consente dudict César avec Catilina, cria
tout haut que le sénat luy fit commandement d'exhiber ce dont estoit question. César, à ce contraint,
le monstra, où l'honneur de sa sœur se trouva fort
escandalizé et divulgué. Je vous laisse à penser
donc si Caton, quelque bonne mine qu'il fit d'haïr
César à cause de la Republique, s'il le put jamais
aymer,

veu ce trait scandaleux. Ce n'estoit pas

pourtant la faute de César, car il falloit nécessairement qu'il manifestast ce brevet ; autrement il luy
alloit de la vie. Et croy que Servilla ne luy en voulut point de mal autrement pour cela; comme de
fait ne laissèrent à continuer leurs amours, desquelles vint Brutus, qu'on disoit César en estre
père; mais il luy rendit mal pour l' avoir mis au
monde.
Or les dames, pour s'abandonner aux grands,
courent beaucoup de fortunes, et, si elles en tirent
des faveurs, des grandeurs et des moyens, elles les
acheptent bien.

5 J'ay ouy conter d'une dame belle, honneste
et de bonne maison, mais non de si grande comme
d'un grand seigneur qui en estoit tres-fort amou-

SIXIÈME

DISCOURS

4'

reux; et, Payant trouvée un jour en sa chambre
seule avec ses femmes, assise sur son lict, aprés
quelques devis et propos tenus d'amour, ce seigneur vint à l'embrasser, et par douce force la coucha sur son lict ; puis venant au grand assaut, et
elle l'endurant avec une petite et civile opiniastreté, elle luy dit ; « C'est un grand cas que vous
autres grands seigneurs ne vous pouvez engarder
d'user de vos autorisez et Iibertez à l'endroit de
nous autres inférieures. Au moins, si le silence vous
estoit aussi commun comme la liberté de parler,
vous seriez par trop désirables et pardonnables. Je
vous prie donc, Monsieur, tenir secret cecy que
vous faittes, et garder mon honneur. »
Ce sont les propos coustumiers dont usent les
dames inférieures à leurs supérieurs : « Hà! Monsieur, disent-elles, advisez au moins à mon honneur. » D'autres disent : « Ha! Monsieur, si vous
dites cecy, je suis perdue; gardez, pour Dieu,
mon honneur! » D'autres disent : « Monsieur,
mais que vous n'en sonniez mot et mon honneur
soit sauvé, je ne m'en soucie point » ; comme voulant arguer par là qu'on en peut faire tant qu'on
voudra en cachette ; et mais que le monde n'en
sçache rien, elles ne pensent point estre deshonnorées.
Les plus grandes et superbes dames disent à
leurs gallants inférieurs : « Donnez-vous bien
garde d'en dire mot, tant seul soit-il; autrement
il vous va de la vie; je vous feray jetter [en] un sac
6

SIXIEME

DiSCOURS

dans l'eau, ou je vous feray tuer, ou je vous feray
couper les jarrets » ; et autres tels et semblables
propos prononcent-elles : si bien qu'il n'y a dame,
de quelque qualité qui soit, qui vueille estre scandalisée ny pourmenée tant soit peu par le palais
de la bouche des hommes. Si en a-il aucunes qui
sont si mal advisées, ou forcenées, ou transportées
d'amour, que, sans que les hommes les accusent,
d'elles-mesmes se décrient : comme fut, il n'y a pas
longtemps, une tres-belle et honneste dame, de
bonne part, de laquelle un grand seigneur en estant fde]venu fort amoureux, et puis aprés en jouissant, et luy ayant donné un tres-beau et riche
bracellet, où luy et elle estoyent tres-bien pourtraits, elle fut si mal advisée de le porter ordinairement sur son bras tout nud par-dessus le coude;
mais un jour son mary, estant couché avec elle,
par cas il le trouva et le visita, et là-dessus trouva
sujet de s'en défaire par la violence de la mort.
Quelle mal advisée femme !
5 J'ay cogneu d'autres fois un tres-grand prince
souverain, lequel, ayant gardé une maistresse des
plus belles de la cour l' espace de trois ans, au bout
desquels luy fallut faire un voyage pour quelque
conqueste, avant qu'y aller vint tout à coup tresamoureux d'une tres-belle et honneste princesse
s'il en fut onc ; et, pour luy monstrer qu'il avoit
quitté son ancienne maistresse pour elle, et la vouloit du touthonnorer et servir, sans plus se soucier
de la mémoire de l'autre, luy donna avant partir

SIXIEME

43

DISCOURS

toutes les faveurs, joyaux, bagues, pourtraits, bracelletset toutes gentillesses que l'ancienne luy avoit
donnez, dont aucunes estant veues et apperceues
d'elle, elle en cuida crever de dépit, non pourtant
sans le taire; mais en s'escandallisant fut contente
d'escandalliser l'autre. [Je croy que, si ceste princesse ne fust morte par aprés, le prince, au retour
de son voyage, l'eut espousée.]
J J'ay cogneu un autre prince , mais non

si

grand, lequel, durant ses premières nopces et sa
viduité, vint à aymer une fort belle et honneste damoiselle de par le monde, à qui il fit, durant leurs
amours etsoulas, de fort beaux présents de carcans,
de bagues, de pierreries et force autres belles hardes, dont entre autres il y avoit

un fort beau et

riche mirouer où estoit sa peinture. Or, le prince
vint

à espouser une fort belle

princesse

et

tres-honneste

de par le monde, qui luy fit perdre le

goust de sa première maistresse, encor qu'elles ne
se deussent rien l'une à l'autre de la beauté. Cette
princesse persuada et sollicita tant monsieur son
mary qu'il envoya demander à sa première maistresse tout ce qu'il luy avoit jamais donné de plus
beau et de plus exquis. Cette dame en eut un grand
crevecceur;

mais pourtant elle avoit le cœur si

grand et si haut, encor qu'elle ne fust point princesse, mais pourtant d'une des meilleures maisons
de France, qu'elle luy renvoya le tout du plus beau
et du plus exquis, où estoit un beau mirouer avec
In peinture dudict prince;

mais (avant

pour le

44

SIXIÈME

DISCOURS

mieux décorer), elle prit une plume et de l'ancre,
et luy ficha dedans de grandes cornes au beau mitan du front; et, délivrant letoutau gentilhomme,
luy dit: « Tenez, mon amy, portez cela à vostre
maistre, et que je luy envoyé tout ainsi qu'il me le
donna, et que je ne luy ay rien osté ny adjousté,
si ce n'est que de luy mesme il y ait adjousté quelque chose du depuis ; et dittes à cette belle princesse sa femme, qui l'a tant sollicité à me demander ce qu'il m'a donné, que, si un seigneur de
par le monde (le nommant par son nom, comme
je sçay) en eust fait de mesme à sa mere, et luy
eust repeté et osté ce qu'il luy avoit donné pour
coucher souvent avec elle, par don d'amourettes
et jouissances, qu'elle seroit aussi pauvre d'affiquets
et pierreries que damoiselle de la cour; et que sa
teste, qui en est si fort chargée aux despens d'un
tel seigneur et du devant de sa mere, que maintenant elle seroit tous les matins par les jardins à
cueillir des fleurs pour s'en accommoder, au lieu
de ses pierreries : or, qu'elle en face des pastez et
des chevilles, je les luy quitte. » Qui a cogneu
cette damoiselle la jugeroit telle pour avoir fait le
coup; et ainsi elle-mesme me l'a-elle dit, et qu'elle
estoit tres-libre en paroles; mais pourtant elle s'en
cuida trouver mal, tant du mary que de la femme,
pour se sentir ainsi décriée; à quoy on luy donna
blasme, disant que c' estoit sa faute, pour avoir ainsi
dépité et désespéré cette pauvre dame, qui avoit tresbien gaignétels présents par la sueur de son corps.

SIXIEME

DISCOURS

45

Cette damoiselle, pour estre l'une des belles et
agréables de son temps, nonobstant l'abandoii
qu'elle avoit fait de son corps à ce prince, ne laissa
à trouver party d'un tres-riche homme, mais non
semblable de maison; si bien que, venant un jour
à se reprocher l'un à l'autre les honneurs qu'ils
s'estoyent faits de s' estre entre mariez, elle, qui
estoit d'un si grand lieu, de l'avoir espousé, il luy
fitresponse: « Et moy, j'ay fait plus pour vous
que vous pour moy : car je me suis deshonnoré
pour vous remettre vostre honneur » ; voulant
inférer par là que, puisqu'elle l'avoit perdu
estant fille, le luy avoit remis l' ayant prise pour
femme.
5 J'ay ouy conter, et le tiens de bon lieu, que,
lorsque le roy François premier eut laissé madame
de Chasteaubriand, sa maistresse fort favorite, pour
prendre madame d'Estampes, estant fille appellée
Helly, que madame la Regente avoit prise avec
elle pour une de ses filles, et la produisit au roy
François à son retour d'Espagne à Bourdeaux, laquelle il prit pour sa maistresse, et laissa ladite
madame de Chasteaubriand , ainsi qu'un cloud
chasse l'autre, madame d'Estampes pria le roy de
retirer de ladicte madame de Chasteaubriand tous
les plus beaux joyaux qu'il luy avoit donné, non
pour le prix et la valeur, car pour lors les perles et
pierreries n' avoyent la vogue qu'elles ont eu depuis,
mais pour l'amour des belles devises qui estoyent
mises, engravées et empreintes, lesquelles la reine

46

SIXIÈME

DISCOURS

de Navarre, sa sœur, avoit faites et composées : car
elle en estoit tres-bonne maistresse. Le roy François luy accorda sa prière, et luy promit qu'il le seroit : ce qu'il fit; et, pour ce, ayant envoyé un
gentilhomme vers elle pour les luy demander,
elle fit de la malade sur le coup, et remit le gentilhomme dans trois jours à venir, et qu'il auroit ce
qu'il demandoit. Cependant, de dépit, elle envoya
quérir un orfèvre, et luy fit fondre tous ces joyaux,
sans avoir acception ny respect des belles devises
qui y estoyent engravées ; et emprés, le gentilhomme tourné, elle luy donna tous les joyaux
convertis et contournez en lingots d'or. [« Allez,
dit-elle, portez cela au roy, et dites-luy que, puisqu'il luy a pieu me révoquer ce qu'il m'avoit
donné si libéralement, que je le luy rends et renvoyé en lingots d'or.] Pour quant aux devises, je
les ay si bien empreintes et colloquées en ma pensée, et les y tiens si cheres, que je n' ay peu permettre que personne en disposât, en jouist et en
eust de plaisir que moy-mesme. »
Quand le roy eut receu le tout, et lingots et
propos de cette dame, il ne dist autre chose, sinon :
« Retournez-luy le tout. Ce que j'en faisois, ce
n'estoit pas pour la valeur, car je luy eusse rendu
deux fois plus, mais pour l'amour des devises;
et, puisqu'elle les a faites ainsi perdre, je ne veux
point de l'or, et le luy renvoyé: elle a monstré en
cela plus de générosité, de courage, que n'eusse
pensé pouvoir provenir d'une femme. » Un cœur

SIXIEME

DISCOURS

47

de femme généreuse despité, et ainsi desdaigné (e),
fait de grandes choses.
1 Ces princes qui font ces revocations de presens ne font pas comme fit une fois madame de
Nevers, de la maison de Bourbon, fille de M. de
Montpensier, qui a esté en son temps une tressage, tres-vertueuse et belle princesse, et pour
telle tenue en France et en Espagne, où elle avoit
esté nourrie quelque temps avec la reine Elisabeth
de France, estant sa coupiere, luj donnant à boire,
d'autant que la reine estoit servie de ses dames et
filles, et chacune avoit son estât, comme nous
autres gentilshommes à l'entour de nos rois. Cette
princesse fut mariée avec le comte d'Eu, fils aisné
de M. de Nevers, elle digne de luy, et luy tresdigne d'elle, car c'estoit un des beaux et agréables
princes de son temps; et pour ce il fut aymé et
recherché des belles et honnestes de la cour, et
entr'autres d'une qui estoit telle, et avec ce tresexcorte et habile. Advint qu'il prit un jour à sa
femme une bague dans son doigt, fort belle, d'un
diamant de quinze cens à deux mille escus, que la
reine d'Espagne luy avoit donné à son départ. Ce
prince, voyant que sa maistresse la luy louoit fort
et monstroit envie de la vouloir, luy, qui estoit
tres-magnanime et libéral, la luy donna librement,
luy faisant accroire qu'il l'avoit gaignée h lapaulme :
elle ne la refusa point, et la prit fort privement, et,
pour l'amour de luy, laportoit tousjours au doigt;
si bien que madame de Nevers, à qui monsieur son

48

SIXIEME

DISCOURS

mary avoit sait acroire qu'il l'avoit perdue à la
paume, ou bien qu'elle demeurerait engagée, vint
à voir la bague entre les mains de cette damoiselle, qu'elle sçavoit bien estre maistresse de son
mary. Elle fut si sage et si fort commandant à soy
que, changeant seulement de couleur et rongeant
tout doucement son despit, sans faire autre semblant, tourna la teste de l'autre costé, et jamais
n'en sonna mot à son mary ny à sa maistresse. En
quoy elle fut fort à louer, pour ne contrefaire de
l'acariastre, et se courroucer, et escandaliser la damoiselle, comme plusieurs autres que je sçay qui
en eussent donné plaisir à la compagnie, et occasion d'en causer et d'en mesdire.
Voilà comment la modestie en telles choses y
est fort nécessaire et tres-bonne, et aussi qu'il y a
là de l'heur et du malheur aussi bien qu'ailleurs:
car telles dames y a-il qu'elles ne sçauroyent marcher ny broncher le moins du monde sur leur honneur, et en taster seulement d'un petit bout de
doigt, que les voilà aussitost descriées, etdivulguées
et pasquinées partout.
D'autres y a-il, qui à pleines voiles voguent dans
la mer et douces eaux de Venus, et à corps nud et
estendues y nagent à nages estendues, et y follastrent leur corps, et voyagent versCypre au temple
de Venus et ses jardins, et s'y délectent comme il
leur plaist; au diable si l'on parle d'elles, ny plus
ny moins que si jamais ne sussent esté nées. Ainsi
la fortune favorise les unes et défavorise les autres

SIXIÈME

DISCOURS

49

en médisance ; comme j'en ay veu plusieurs en mon
temps, et y en a encore.
J Du temps du roy Charles fut fait un pasquin à
Fontainebleau, fortviliain et escandaleux, où il n'espargnoit les princesses et les plus grandes dames,
ny autres. Que si l'on en eust sceu au vray Fauteur,
il s'en fust trouvé tres-mal.
5 A Blois aussi, lorsque le mariage de la reine
de Navarre fut accordé avec le roy son mary,
il s'en fit un autre aussi, fort escandaleux, contre
une tres-grande dame, dont on n'en put sçavoir
Fauteur; mais bien y eut-il de braves et vaillans gentilshommes qui y estoyent compris, qui
bravèrent fort et donnèrent force démentis en
l'air. Tant d'autres se sont faits, qu'on ne voyoit
autre chose, ny de ce règne, ny de celuy du
roy Henry troisiesme, dont entre autres en fut
fait un fort escandaleux en forme d'une chanson,
et sur le chant d'une courante qui se dansoit
pour lors à la cour, et pour ce se chanta entre
les pages et laquais en basse et haute note.
3 [Du temps du roy Henry troisiesme fut bien
pis fait : car un gentilhomme, que j'ay ouy
nommer et cogneu, fit un jour présent à sa maistresse d'un livre de peintures où il y avoit
trente-deux dames grandes et moyennes de la
cour, peintes au naturel, couchées et se jouans
avec leurs serviteurs peints de mesmes et au
naïf. Telle y avoit-il qui avoit deux ou trois
serviteurs, telle plus, telle moins; et ces trenteBranìàme. III.

7

5o

SIXIEME

DISCOURS

deux daines representoient plus de sept-vingt
figures de celles de l'Aretin, toutes diverses. Les
personnages estoient si bien représentez et au
naturel qu'il sembloit qu'ils parlassent et le fissent; les unes deshabillées et nues, les autres
vestues avec mesmes robbes, coeffures, paremens
et habillemens qu'elles portoient et qu'on les
voyoit quelquesfois. Les hommes tout de mesmes. Bref, ce livre fut si curieusement peint et
faict qu'il n'y avoit rien que dire : aussi avoit-il
cousté huict à neuf cens escus, et estoit tout
enluminé.
Ceste dame le monstra et presta un jour à
une autre sienne compaigne et grande amye,
laquelle estoit fort aymée et fort familière d'une
grande dame qui estoit dans ce livre, et des plus
avant et au plus haut degré ; ainsy que bien à
elle appartenoit, luy en fit cas. Elle, qui estoit
curieuse du tout, voulut voir avec une autre, une
grande dame sa cousine qu'elle aymoit fort,
laquelle l' avoit conviée au festin de ceste veue,
et qui estoit aussy de la peinture, comme d'autres.
La visite en fut faicte fort curieusement et
avec grande peine, de feuillet à feuillet, sans en
passer un à la legere, si bien qu'elles y consumèrent deux bonnes heures de l'aprés-disnée.
Elle, au lieu de s'en estomacquer et de s'en fascher, ce fut à elle à en rire, et de les admirer, et
de les fixement considérer, et se ravir tellement

SIXIEME

DI S CO U R5

5I

en leurs sens sensuels et lubriques , qu'elles s'entremirent à s'entre-baiser à la colombine, et à
s'entre-embrasser et passer plus outre, car elles
avoient entre elles deux accoustumé ce jeu tresbien,
Ces deux daines furent plus hardies et vaillantes
et constantes qu'une qu'on m'a dit, qui, voyant
un jour ce mesme livre avec deux autres de ses
amyes, elle fut si ravie et entra en telle extase d'amour et d'ardent désir à l'imitation de ces lascives peintures qu'elle ne peut voir qu'au quatriesme feuillet , et au cinquiesme elle tomba
esvanouie. Voylà un terrible esvanouissement !
bien contraire à celuy d'Octavia, sœur de Caesar
Auguste, laquelle, oyant un jour reciter à Virgile
les trois vers qu'il avoit fait de son fils Marcellus
mort (dont elle lui en donna trois mille escus
pour les trois seulement), s'esvanouit incontinent.
Que c'est que l'amour, et d'une autre sorte!
5 J'ay ouy conter, et lors j'estois à la cour,
qu'un grand prince de par le monde, vieux et fort
aagé, et qui, despuis sa femme perdue, s'estoit
fort continemment porté en vefvage, comme sa
grande profession de sainteté le portoit, il voulut
revoler en secondes nopces avec une tres-belle,
vertueuse et jeune princesse. Et, d'autant que
despuis dix ans qu'il avoit esté veuf n' avoit touché
à femme, et craignant d'en avoir oublié l'usage
(comme si c'estoit un art qui s'oublie) et de recevoir un affront la première nuict de ses nopces,

52

StXlÉME

DFSCOURS

et ne rien faire qui vallust, pour ce, il se voulut
essayer; et par argent fit gaigner une belle jeune
fille, pucelle comme la femme qu'il devoit espouser : encor dit-on qu'il la fit choisir qu'elle
ressemblast un peu des traits du visage de sa
femme suture. La fortune fut si bonne pour lui
qu'il monstra n'avoir point oublié encor ses vieilles
leçons; et son essay luy fut si heureux que,
hardy et joyeux, il alla à l'assault du fort de sa
femme dont il rapporta bonne victoire et réputation.
Cet essay fut plus heureux que celuy d'un gentilhomme que j'ay ouy nommer, lequel estant fort
jeune et nigault, pourtant son pere le voulut
maryer. II voulut premièrement faire l'essai, pour
sçavoir s'il seroit gentil compaignon avec sa
femme ; et, pour ce, quelques mois avant, il recouvra quelque fille de joye belle, qu'il faisoit
venir toutes les aprés-disnées dans la garenne de
son pere-, car c'estoit en esté, et là il s'esbaudissoit et se rigouloit, soubs la fraischeur des arbres
verds et d'une fontaine, avec sa damoiselle, qu'il
faisoit rage : de façon qu'il ne craignoit nul
homme pour faire ceste diantrerie à sa femme.
Mais le pis fut que, le soir des nopces, venant à
joindre sa femme, il ne peut rien faire. Qui
fut esbahy ? Cé fut luy, et maugréer sa maudicte
piece traistresse, qui luy avoit sailli feu, ensemble
le lieu où il estoit; puis, prenant courage, il dit
à. sa femme : « M'amye, je ne sçay que veut dire

SIXIÈME

53

DISCOURS

cecy, car tous ces jours j'ay faict rage à la garenne
à mon pere »; et lui conta ses vaillances. « Dormons,

et j'en suis d'advis, demain aprés disner

je vous y meneray,

et vous verrez autre

jeu. »

Ce qu'il fit, et sa femme s'en trouva bien; dont
despuis à

la

cour courut le proverbe

:

Si je

vous tenois à la garenne à mon pere, vous verriez ce
que je

sçaurois faire. Pensez

que

le

dieu

des

jardins, messer Priapus, les faunes et les satyres
paillards qui président aux bois, assistent là aux
bons compaignons, et leur favorisent leurs faits et
exécutions.
Tous essais pourtant ne sont pas pareils, ny ne
portent pas coup tousjours : car, pour l'amour, j'y
en ay veu et ouy dire plusieurs

bons champions

s'estre faillis à recorder leurs

leçons et recoller

leurs tesmoins quand ils venoient à la grande escole. Car les uns, ou sont trop
ainsi que telle

ardens et froids,

humeur de glace et de chaud les

y surprend tout à coup; les autres, ou sont perdus
en extases d'un si souverain bien entre leurs bras;
autres viennent apprehensifs ;
trac viennent flacqs,

les autres tout à

qu'ils ne sçauroient qu'en

dire la cause; autres tout de vray ont l'esguillette
nouée. Bref, il y a tant d'inconveniens inopinés
qui là dessus

arrivent à l'improviste que, si je

les voulois raconter, je n'aurois fait de longtemps.
Je m'en rapporte à plusieurs gens maryés et autres advanturiers d'amour, qui en

sçauroient plus

dire cent fois que moy. Tels essays sont bons pour

/

54

SIXIÈME

DISCOURS

les hommes, mais non pour les femmes; ainsy que
j'ay ouy conter d'une mere et dame

de qualité,

laquelle, tenant une fille tres-chere qu'elle avoit,
et

unique ,

l'ayant compromise à

un

honneste

gentilhomme en maryage, advant que de l'y faire
entrer, et craignant qu'elle ne pust souffrir ce premier et dur effort, à quoy on disoit le gentilhomme
estre tres-rude et fort proportionné, elle la fit essayer premièrement par

un jeune

page qu'elle

avoit, assez grandet, une douzaine de fois, disant
qu'il n'y avoit que la première ouverture fascheuse
h faire, et que, se faisant un peu douce et petite
au

commencement, qu'elle endurerait la grande

plus aysement;

comme il

advint, et qu'il put y

avoir de l'apparence. Cet essay est encor bien plus
honneste et moins escandaleux qu'un qui me fut
dit une fois en Italie, d'un pere qui avoit

maryé

son fils, qui estoit encore un jeune sot, avec une
fort belle fille, à laquelle, tant fat qu'il estoit, il
n'avoit rien peu

faire ny la

première ny la se-

conde nuict de ses nopces ; et, comme il eut demandé et au fils et à la nore comme ils se trouvoient en maryage, et s'ils avoient triomphé, ils
respondirent l'un et l'autre : « Nicnte. — A quoy
a-il tenu?» demanda-il à son fils.
tout follement

II respondit

qu'il ne sçavoit comment il falloit

faire. Sur quoy il prit son fils par une main et la
nore par une autre, et les mena tous deux en une
chambre, et leur dit : « Or je vous veux doncques
monstrer comme il faut faire. »

fit coucher sa

SIXIEME

55

DISCOURS

nore sur un bout du lit, et luy fait bien eslargir
les jambes;

et puis

dit à son fils : « Or voy

comment je fais » ; et dit à sa

nore : « Ne bou-

gez; non importe, il n'y a point de mal. » Et,
en mettant son membre bien

arboré dedans, dit :

« Advise bien comme je fais

et comme je

dis,

dentro, fuero, dentro, fuero » ; et répliqua souvent
ces deux mots en s'advançant dedans et reculant,
non pourtant tout dehors. Et ainsi, aprés ces fréagitations et parolles, dentro et fuero,

quentes

quand ce vint à la consommation, il se mit à dire
brusquement et vite :

« Dentro, dentro, dentro,

dentro », jusqu'à ce qu'il eust fait. Au diable le mot
de fuero! Et par ainsy, pensant faire du magister,
il fut tout à plat adultère de sa nore, laquelle, ou
qu'elle fist de la niaise, ou, pour mieux dire, de
la fine, s'en trouva tres-bien pour ce coup, voyre
pour d'autres que luy donna le fils et

le pere

et

tout, possible pour luy mieux apprendre sa leçon,
laquelle il ne luy voulut pas

apprendre

ny à moictié, mais à la perfection.

à

demy

Aussi toute

leçon ne vaut rien autrement.

3 J'ay ouy dire et conter à plusieurs amans
advanturiers et bien fortunés qu'ils ont veu plusieurs clames demeurer ainsy esvanouyes et pasmées estans en ces doux altères de plaisir; mais
assez aysement pourtant retournoient à soy-mesme; que plusieurs, quand elles sont là, elles s'escrient

:

« Helas! je

ceste mort leur est

me meurs! » Je croy que
tres-douce. II y en a d'autres

SIXIEME

DISCOURS

qui contournent les yeux en la teste

pour telle

délectation, comme si elles dévoient mourir de la
grande mort, et se laissans aller comme du

tout

immobiles et insensibles. D'autres ay-je ouy-dire
qui roidissent et tendent si violemment leurs nerfs,
artères et membres, qu'ils en engendrent la goutecrampe; comme d'une que j'ay ouy dire, qu'y estoit

si

subjecte

D'autres

qu'elle

n'y

pouvoit

remédier.

font peter leurs os, comme si

on

leur

rehabilloit de quelque rompure.

3 J'ay ouy parler d'une, à propos de ces esvanouyssemens, qu'ainsi que son amoureuxlamanioit
dessus un coffre, que, quand ce fut à la douce fin,
elle se pasma de telle façon qu'elle se laissa tomber
derrière

le coffre à jambes ribaudaines, et s'en-

gagea tellement entre le coffre et la tapisserie de
la muraille, qu'ainsy qu'elle s'efforçoit à s'en desgager et que son amy
compaignie qui

la

luy aidoit,

surprit

entra quelque

faisant

ainsi

I'arbre

fourchu, qui eut loisir de voir un peu de ce qu'elle
portoit, qui estoit tout tres-beau pourtant ; et fut
à

elle à

couvrir le faict, en

l'avoit poussée

en

se

disant qu'un tel

jouant ainsy derrière le

coffre, et dire par beau semblant que

jamais ne

l'aymeroit.

5 Ceste dame courut bien plus grande fortune
qu'une que j'ay ouy dire, laquelle, ainsi que son
amy la tenoit embrassée et investie sur le bord de
son lit, quand ce vint sur la douce

fin, qu'il eut

achevé, et que par trop il s'estendoit, il avoit par

SIXIEME

5y

DISCOURS

cas des escarpins neufs qui avoient la semelle glissante, et, s'appuyant sur des carreaux plombés
dont la chambre estoit pavée, qui sont fort subjects à faire glisser, il vint à se couler et glisser si
bien sans se pouvoir arrester, que du pourpoinct,
qu'il avoit tout recouvert de clinquant, il en
cscorcha de telle façon le ventre, la motte, le cas
et les cuisses de sa maistresse, que vous eussiez
dit que les griffes d'un chat y avoient passé; ce
qui cuisoit si fort la dame qu'elle en fit un grand
cri et ne s'en put engarder. Mais le meilleur fut
que la dame, parce que c' estoit en été et faisoit
grand chaud, s' estoit mise en appareil un peu
plus lubrique que les autres fois, car elle n' avoit
que sa chemise bien blanche et un manteau de
satin bianc dessus, et les calleçons à part; si bien
que le gentilhomme, aprés avoir faict sa glissade,
fit précisément l'arrest du nez, de la bouche et
du menton sur le cas de sa maistresse, qui venoit
sraischement d'estre barbouillé de son bouillon,
que par deux fois desjà il luy avoit versé dedans
et emply si fort qu'il en estoit sorti et regorge
sur les bords, dont par ainsi se barbouilla le nez,
et bouche et moustaches, que vous eussiez dit
qu'il venoit de frais de savonner sa barbe; dont
la dame, oubliant son mal et son esgratigneure,
s'en mit si fort à rire qu'elle luy dit : « Vous
estes un beau fils, car vous avez bien lavé et
nettoyé vostre barbe, d'autre chose pourtant que
de savon de Naples. » La dame en fit le conte
8

58

SIXIEME

DISCOURS

à une sienne compaigne, et le gentilhomme à un
sien compaignon. Voylà comment on l'a sceu,
pour avoir esté redict à d'autres : car le conte
estoit bon et propre à faire rire.
Et ne faut point doubter que ces dames, quand
elles sont à part, parrny leurs amyes plus privées,
qu'elles ne s'en fassent des contes aussi bons que
nous autres, et ne s'entredisent leurs amours et
leurs tours les plus secrets, et puis en rient à pleine
bouche, et se mocquent de leurs gallans, quand
ils font quelque faute ou quelque action de risée
et mocquerie.
Et si font bien mieux : car elles se dérobent les
unes aux autres leurs serviteurs, non tant quelquesfois pour l'amour, mais pour en tirer d'eux tous
les secrets, menées et follies, qu'ils ont faictes
avec elles; et en font leur profit, soit pour en
attiser davantage leurs feux, soit pour vengeance,
soit pour s'entrefaire la guerre les unes aux
autres en leurs privés devis, quand elles sont
ensemble.]
Du temps de ce roy Henry troisiesme fut fait
ce pasquin muet de ce livre de peintures que j'ay
dit cy-devant, de plusieurs dames en leurs postures et habitations avec leur homme. Celuy-Ià
estoit bien scandaleux. Voyez ce passage où je
l'ay mis cy-devant.
J Or c'est assez (sur ce sujet) parlé. Je voudrois volontiers de bon cœur que plusieurs langues de nostre France se fussent corrigées de ces

SIXIEME

DISCOU RS

59

maldires, et se comportassent comme celles d'Espagne, lesquelles, sur la vie, n'oseroyent toucher
tant soit peu l'honneur des dames de grandeur
et réputation; voire les honnorent-ilz de telle
façon que, si on les rencontre en quelque lieu
que ce soit, et que l'on crie tant soit peu lugar
à las damas, tout le monde s'encline, et leur
porte-on tout honneur et révérence; et devant
elles toutes insolences sont défendues sur la vie.
Quand l'imperatrix , femme de l'empereur
Charles, fit son entrée à Tolède, j'ay ouy dire
que le marquis de Villane, l'un des grands seigneurs
d'Espagne, pour avoir menacé un argusil qui l'avoit pressé de marcher et de s'avancer, il cuyda
estre en grand peine, parce que cette menace se
fit en la présence de ladite impératrice; et, si
ce fust esté en celle de l'empereur, n'en fust esté
si grand bruit.
Le duc de Feria estant en Flandres, et les reines
Eleonor et Marie marchans par païs, et leurs dames et filles aprés, et luy estant prés de sa maistresse, et venant à prendre question contre un
autre cavallier espagnol, tous deux cuidèrent perdre leurs vies, plus pour avoir fait tel escandale
devant les reines et impératrice que pour tout
autre sujet.
De mesmes don Carlos d'Avalos à Madrid,
ainsi que la reine Isabelle de France marchoit par
[la] ville, s'il ne se fust soudain jetté dans une
église qui sert là de refuge aux pauvres malheu-

6o

SIXIÈME

DISCOURS

reux, il fust aussitost esté exécuté à la mort. Et
luy fallut eschapper desguisé et s'enfuir d'Espagne; dont il en a esté toute sa vie banny et
confiné en la plus misérable isle de toute l' Italie,
qui est Lipari.
Les bouffons mesmes, qui ont tout privilège de
parler, s'ils touchent les dames, en pâtissent;
ainsi qu'il en arriva à un qui s'appeloit Légat,
que j'ay cogneu. Un jour nostre reine Elizabeth de France, en devisant et parlant des demeures de Madrid et Valladolit, combien elles
estoyent plaisantes et délectables, elle dit que de
bon cœur elle voudroit que ces deux places fussent si proches qu'elle en pust toucher l'une d'un
pied, et l'autre de l'autre; et ce disoit en eslargissant fort les jambes. Le bouffon, qui ouit
cela, dit : « Et moy je voudrois estre au beau
mitan, con un carraco de bouricca, para encargar y
plantar la raya. » II en fut bien fouetté à la cuisine; dont pourtant il n' avoit tort de faire ce
souhait, car cette reine estoit l'une des belles,
agréables et honnestes qui fust jamais en Espagne,
et valloit bien estre désirée de cette façon, non
pas de luy, mais de plus honnestes gens que luy
cent mille fois.
Je pense que ces messieurs les medisans et causeurs des dames voudroyent bien avoir et jouir du
privilège de liberté qu'ont les vandangeurs de la
campagne de Naples au temps des vandanges,
auxquels est permis, tant qu'ils vandangent., de

SIXIEME

DISCOURS

61

dire tous les maux et injures et pouilles à tous les
passans qui vont et viennent sur les chemins ; si
bien que vous les verrez crier, hurler aprés eux, et
les arauder sans en espargner aucuns, et grands, et
moyens, et petits, de quelque estât qu'ils soyent.
Et, qui est le plaisir, n'en espargnent aussi les
dames, princesses et grandes, [qui] qu'elles soyent :
si bien que de mon temps j'ay ouy dire et veu que
plusieurs d'entre elles, pour en avoir le plaisir, se
donnoyent des affaires et alloyent exprés aux
champs, et passoyent parles chemins pour lesouyr
gazouiller et entendre d'eux mille sallauderies et
paroles lubriques qu'ils leur disoyent et debagoulloyent, leur faisant la guerre de leurs paillardises
et lubricitez qu'elles exerçoient envers leurs maris
et serviteurs, jusques à leur reprocher leurs amours
et habitations avec leurs cochers, pages, laquais et
estaffiers, qui les conduisoyent. Et, qui plus est,
leur demandoyent librement la courtoisie de leur
compagnée, et qu'ils les assailliroyent et traitteroyent bien mieux que tous les autres. Et ce disoyent en franchissant naïvement et naturellement
les mots sans autrement les desguiser. Elles en
estoyent quittes pour en rire leur saoul et en passer
leur temps, et leur en faire rendre response à leurs
gens qui les accompagnoyent, ainsi qu'il est permis d'en rendre le change. Les vandanges faites,
ilz se font trefve de tels mots jusqu'à l'autre année,
autrement en seroyent recherchez et bien punis.
On m'a dit que cette coustume dure encore,

62

SIXIEME

DISCOURS

que beaucoup de gens en France voudroyent bien
qu'elle fust observée en quelque saison de l'année,
pour avoir le plaisir de leurs médisances en toute
seureté, qu'ils ayment tant.
Or, pour faire fin, les dames doivent estre respectées par tout le monde, leurs amours et leurs
faveurs tenues secrètes. C'est pourquoy l'Aretin
disoit que, quand l'on estoit à ce point, les langues que les amans et amantes s'entre-donnent
les uns aux autres n'estoyent dédiées tant pour se
délecter, ny pour le plaisir que l'on y prenoit, que
pour s'entrelier de langues ensemble et s'entre-faire
le signal que l'on tint caché le secret de leurs escoles; mesmes qu'aucuns lubriques et paillards
maris impudents se trouvent si libres et débordez
en paroles, qui, ne se contentant des paillardises
et lascivetez qu'ils commettent avec leurs femmes,
les déclarent et publient à leurs compagnons et en
font leurs contes ; si bien que j'ay cogneu aucunes
femmes en hayr leurs marys de mal mortel, et se
retirer bien souvent des plaisirs qu'elles leur donnoyent, pour ce sujet ; ne voulant estre escandalisées, encor que ce fust un fait de femme à mary.
M. du Bellay, le poëte, en ses Tumbeaux latins
qu'il a composez, qui sont tres-beaux, en a fait un
d'un chien, qui me semble qu'il est digne d'estre
mis icy, car il est fait à nostre matière, qui dit
ainsi :
Latratu sures excepi, mutus amantes.
Sic placui domino, sic placui dominx.

SIXIÈME

DISCOURS

63

« Par mon japper, j'ay chassé les larrons, et, par me tenir
muet, j'ay accueilly les amants; ainsi j'ay pieu à mon maistre, ainsi j'ay pieu à ma maistresse. »

Si donc on doit aimer les animaux pour estie secrets, que doit-on faire des hommes pour se taire?
Et s'il faut prendre advis pour ce sujet d'une courtizanne qui a esté des plus fameuses du temps passé
et grande clergesse en son mestier, qui estoit Lamia (faire le peut-on), qui disoit de quoy une
femme se contentoit le plus de son amant, c'estoit
quand il estoit discret en propos et secret en ce
qu'il faisoit ; et surtout qu'elle haïssoit un vanteur,
qui se vantoit de ce qu'il ne faisoit pas etn'accomplissoit ce qu'il promettoit. Ce dernier s'entend
en deux choses. De plus, disoit que la femme, bien
qu'elle le fìst, ne vouloit jamais estre appellée putain ny pour telle divulguée. Aussi dit-on d'elle
que jamais elle ne se mocqua d'homme, ny homme
oncques se mocqua d'elle ny mesdit. Telle dame,
sçavante en amours, en peut bien donner leçon aux
autres.
Or, c'est assez parlé de ce sujet ; un autre mieux
disant que moy l'eust pu mieux embellir etaggrandir; je luy en quitte les armes et la plume.
i

SEPTIÈME DISCOURS
LES FEMMES MARIEES, LES VEFVES ET LES FILLES
A

SÇAVOIR

DESQUELLES

LES UNES' SONT PLUS CHAUDES A 1,'AMOUR
QUE LES AUTRES

(OY estant un jour à la court d'Espai-

; gne à Madrid, et discourant avec une
^ fort honneste dame , comme l'on fait
1

ces

courtz,

elle

me

vint

faire

ceste demande : Quâl cra mayor fucgo d'amor, el
de la biuda, el de la casada, o de la hija moça :
« quel estoit le plus grand feu, ou celluy de la vefve,
ou de la mariée, ou de la fille jeune? » Amprésluy
avoir dit mon advis, elle me dist le sien en telles
parolles : Lo que me parece d'esta cosa es que, aunque las moças con el hervor de la sangre se disponcn
á quercr mucho , no dcve scr tanto como lo que
quieren las casadas y biudas, con la gran cxpericncia
del negocio. Esta razon debe ser natural, como lo
séria la del que, por havcr nacido cicgo de la perfcc-

SEPTIÈME

65

DISCOURS

tion de la luz, no puede cobdiciar de ella con tanto
deseo como el que vio, y sue privadode lavista. « Ce
que me sembie de ceste chose est qu'encores que
les filles, avec ceste grand ferveur de sang, soient
disposées d'aymer fort, toutesfois elles n'ayment
point tant comme les femmes mariées etles vefves,
par une grande experiance de l'affaire, et la raison
naturelle y est ën cela, d'autant qu'un aveugle nay,
et qui de sa naissance est privé de la veue, il ne la
peut tant désirer comme celluy qui en a jouy si
doucement, et aprés l'a perdue. » Puis adjousta que :
con menos pena se àbstiene d'una cosa la persona
que nunca supô qué aquella que vive enamorada del
gusto pasado : « d'autant qu'avec moins de peine
on s'abstient d'une chose que l'on n'a jamais tasté,
que de celle que l'on a aymé et esprouvé. » Voylà
les raisons qu'en allegoit ceste dame sur ce subjet.
Or le vénérable et docte Boccace, parmy ses
questions de son Phillocoppe, en laneufiesme, il fait
celle-là mesme : De laquelle de ces trois, de la
mariée, de la vefve et dê la fille, l'on doit plustost
s'en rendre amoureux pour plus heureusement conduire son désir à effect? Boccace respond, par la
bouche de la reyne qu'il entroduit parlante, que :
combien que ce soit tres-mal fait, et contre Dieu
et sa conscience, de désirer la femme mariée, qui
n'est nullement à soy, mais subjette à sori mary, il
est fort aisé de venir au but d'elle, que non de la
fille et vefve, jaçoit que telle amour est périlleuse,
d'autant que plus on souffle la feu il s'allume daBraníóme. III.

n

66

SEPTIÈME

DISCOURS

vantage, autrement il s'estaint. Aussi toutes choses
saillent en les usant, fors la luxure, qui en aumente.
Mais la vefve, qui a esté longtemps sans tel effect,
ne le sent quasi point, et ne s'en soucie non plus
que si elle ne fust esté mariée, et est plustost reschauffée de la mémoire que de la concupiscence.
Et la pucelle, qui ne sçait et cognoit encores ce
que c'est, sinon par imagination, le souhaite tièdement. Mais la mariée, eschauffée plus que les autres,
désire souvant venir à ce poinct, dont quelquesfois
en est outragée de son mary de parolles et bien
battue ; mais, désirant s'en vanger(car il n'y a rien
si vindicatif que la femme, et mesme pour ceste
chose), le fait cocu à bon escient, et en contente
son esprit. Et, aussi que l'on s'ennuye de manger
tousjours d'une mesme viande, mesmes les grands
seigneurs et dames bien souvant dellaissent les
bonnes et dellicates viandes pour en prendre d'autres. D'avantage, quand aux filles, il y a trop de
peine et consommation de temps pour les reduire
et convertir à la volunté des hommes ; et, si elles
ayment, elles ne sçavent qu'elles ayment. Mais aux
vefves l'ancien feu aisément reprend sa force, leur
faisant désirer aussitost ce que par longue discontinuation de temps elles avoient oublié ; et leur
tarde de retourner et parvenir à tel effect, regrettans le temps perdu et les longues nuicts passées
froidement dans leurs Iictz de viduité peu eschauffées.
Sur ces raisons de ceste reyne parlante, un cer-

SEPTIEME

DISCOURS

67

tain gentilhomme, nommé Ferramont, respondant
à la reyne, et laissant les femmes mariées à part,
comme fort aisées à esbranler, sans user de grand
discours pour dire le contraire, reprend celluy des
filles et des vefves, et maintient la fille estre plus
ferme en amours que non pas la vefve : car la vefve,
qui a senty par le passé les secretz d'amour, n' ayme
jamais fermement, ains en doubte et lentement,
désirant promptement l'un, puis l'autre, ne sçachant auquel elle se doive conjoindre pour son plus
grand proffit et honneur ; et quelquefois ne veut
nul d'eux, ainsi vacille en sa delliberation, et n'y
peut la passion amoureuse prendre fermetté. Mais
tout au contraire est en la pucelle, et toutes telles
choses luy sont incogneues : laquelle ne lendseullement qu'à faire un amy et y mettre toute sa
pensée, aprés l'avoir bien choysy, et luy complaire
en tout, pensant que ce luy est un tres-grand honneur d'estre ferme en son amour ; et si attant en
trop plus d'un grand ardeur les choses qui n'ont
jamais esté d'elle ny veues, ny ouyes, ny esprouvées,
et si souhaite plus que les autres femmes expérimentées de voir, ouïr et esprouver toutes chqses.
Aussi le désir qu'ell' a de voir phoses notivel|es la
maistrise fort: elle s'enquiert aux expertes, ce qui
luy aurnente le feu davantage ; et par ainsi elle désire cqnjoinction de celluy qu'elle a fait seigneur
de sa pensée, et ceste ardeur n'est en la vefve,
d'autant qu'elle y a desjà passé.
Or, la reyne de Boçcacç, reprenant |a parolleet

68

SEPTIÈME

DISCOURS

voulant mettre fin finalle à ceste question, conclud : que la vefve est plus soigneuse du plaisir
d'amour cent fois que la pucelle, d'autant que la
pucelle veut garder chèrement virginité et pucellage, veu que tout son futur honneur y consiste.
Aprés, les pucelles sont naturellement crainctives,
et mesmes, en ce fait, mal habilles et propres à
trouver les invantions et commoditez aux occasions
qu'il faut pour telz effectz ; ce qui n'est ainsi en la
vefve, qui est desjà fort pratique, hardie et rusée
en cest art, ayant desjà donné et allienné ce que la
pucelle attant de donner; ce qu'est occasion qu'elle
ne crainct d'estre visitée ou accusée par quelque
signal de bresche; et si cognoit mieux lessecrettes
voyes pour parvenir à son attante. Au reste, la pucelle crainct ce premier assaut de virginité, car il
est à aucunes quelquefois plus ennuyeux et cuisant
que doux, plaisant; ce que les vefves ne craignent
point, mais s'y laissent aller et couller tres-doucement, quant bien l'assaillant seroit des plus rudes.
Et ce plaisir est contraire à plusieurs autres, duquel
pour le premier coup bien souvant on s'en ressasie
et se passe légèrement, mais en cestuy-cy {'affection
du retour en croist toujours. Par quoy la vefve,
donnant le moins, et qui la donne souvant, est cent
fois plus liberalle que la pucelle, à qui convient
abandonner sa tres-chere chose, à quoy elle songe
mille fois. Par quoy, conclud la reyne, il vaut mieux
s'adresser à la vefve qu'à la fille, estant plus aisée
à gaigner et corrompre.

SEPTIEME

DISCOURS

69

J Or maintenant, pour prendre et desduire les
raisons de Boccace, et les espelucher un peu, et
discourir sur icelles, scellon les discours que j'en
ay veu faire aux honnestes gentilzhommes et dames
sur ce subjet, comme l' ayant bien expérimenté,
je dis qu'il ne faut doubter nullement que qui veut
avoir tost jouissance d'un amour, il se faut adresser
aux dames mariées, sans que l'on s'en donne grand
peine et consomme beaucoup de temps ; d'autant
que (comme dit Boccace) tantplus on attise un feu
et plus il se fait ardant. Ainsi est-il de la femme
mariée, laquelle s'eschauffe si fort avec son mary
que, luy manquant de quoy estaindre le feu qu'il
donne à sa femme, il faut bien qu'elle emprumpte
d'ailleurs, ou qu'elle brusle toute vive. J'aycogneu
une dame de bon lieu, grande et de bonne sorte,
qui disoit une fois à son amy, qui le m'a conté,
que de son naturel elle n'estoit aspre à ceste besogne tant que l'on diroit bien (et Dieu sçaitl),
et que voluntiers aisément bien souvant elle s'en
passeroit, n'estoit que son mary la venant attiser,
et n'estant assez suffisant et capable pour luy
amortir sa challeur, qu'il luy rendoit si grande et
si chaude, qu'il falloit qu'elle courust au secours à
son amy ; encor, ne se contentant de luy bien souvant, se retiroit seule, ou en son cabinet ou en son
lict, et là toute seule passoit sa rage tellement
quellement, ou à la mode lesbienne, ou autrement
par quelqu'autre artiffice; voire jusques-là (disoitelle) que, n'eust esté la honte, elle s'en fust faicte



SEPTIEME

DISCOURS

donner par les premiers qu'ell' eust trouvé dans
une salle du bal, à l'escart, jusques sur desdegrets,
tant ell' estoit tourmentée de ce mal chaud, ny
plus ny moins que les jumens sur les confins de l'Andelouzie, qui, venant si chaudes, et ne trouvans
leurs estallons pour se faire saillir, ny n'en pouvant
chevyr, se mettent leur nature contre le vent qui
court en là, qui leur donne dedans, et là passent
leurs challeurs et s'emplissent de ceste façon; d'où
viennent ces chevaux si vistes que nous voyons
venir de là, comme retenans de lavistesse naturelle
du vent leur pere. Je croy qu'il y a plusieurs marys
qui voudroient fort que leurs femmes trouvassent
un tel vent qui les raffraischist et leur fist passer
leur chaud, sans qu'elles allassent rechercher leurs
amoureux et leur faire des cornes fort vjllaines.
Voylà un naturel de femme que je viens d'alléguer, bien estrange : ne brusler sinon en l'attisant;
dont ne s'en faut estonner, car, comme disoit une
dame espaignolle : Que quanto mas me quìero sacar
de la braza, tanto mas mi marido me abraza en el
brazero. « Que tant plus je me veux oster des
« brezes, tant plus mon mary me brusle en mon
« brazier. » Et certes elles y peuvent brusler, et de
ceste façon, veu que par les parolles, par les seulz
attouchemens et embrassemens, voire par attraitz,
elles se laissent aller fort aysement, quand elles
trouvent les occasions, sans aucun respect du
mary. Car, pour dire le vray,ce qui empesche plus
toute fille ou femme d'en venir là bien souvant,

SEPTIEME

DISCOURS

71

c'est la craincte qu'elles ont d'enfler par le ventre,
sans manger des febves, ce que les mariées ne craignent nullement : car, si elles enflent, c'est le
paouvre mary qui a tout fait, et porte toute la couverture. Et, quant aux loix d'honneur qui leurdeffandent cela, qu'allègue Boccace, la pluspart des
femmes s'en mocquent, disans pour leurs raisons
vallables que les loix de nature vont devant, et que
jamais elle ne fit rien en vain, et qu'elle leur a donné
des membres et des parties si nobles pour en user
et mettre en besoigne, et non pour les laisser
chaumer oysiveroent, ne leur deffandans ni imposans plus qu'aux autres aucunes vaccations, de peur
que les hyraignes n'y bastissent leurs hyrantelles,
comme j'ai dit ailleurs, et qu'elles ne treuvent
queues de regnard propres pour les en oster ; et
que bien souvent, pour faire chaumer ceste partye, il leur en arrive de grands maux et dangers de
vie, et surtout une suffocation de matrisse dont
l'on envoid tant mourir que c'est pitié, et de force
belles honnestes dames, et tout pour ceste fascheuse continance, dont le principal remède (ce
disent les médecins) c'est la cohabitation charnelle,
et mesme avec de fortes, robustes et bien proportionnées personnes. Disent plus (au moins aucune9
de nos dames), que ceste loi d'honneur n'est que
pour celles qui n'ayment point et qui n'ont fait
d'amys honnestes, ausquelles est tres-malseant et
vituperable d'aller abandonner la chasteté de leur
corps comme si c'estoient quelques courtizanes;

72

SEPTIÈME

DISCOURS

mais celles qui ayment, et qui ont fait des amis bien
choysys, ceste loy ne leur prohibe nullement qu'elles
ne leur assistent en leurs fœuz qui les bruslent, et
ne leur donnent de quoy pour estaindre ; et que
c'est proprement donner la vie à un qui la demande,
se monstrant en cela begnines, et nullement barbares ny cruelles, comme disoit Regnaud que j'ay
dit cy-devant sur le discours de la paouvre Geneviefvre affligée. Sur quoy j'ay cogneue une forthonneste dame et grande, laquelle, un jour son amy
Payant trouvée à son cabinet qui traduisoit cette
stancedudit Regnaud una dona deve dunque morìrc,
envers françois aussi beaux et bien faitz que j'en vis
jamais (car je les vis despuis), et ainsi qu'il luy demanda ce qu'elle avoit escrit : « Tenez, voylà une
traduction que je viens de faire, qui sert d'autant
de sentence par moy donnée, et arrest formé pour
vous contenter en ce que vous desirez, dont il n'en
reste que l'execution s ; laquelle, aprés la lecture,
se fit aussitost. Quel arrest! Bien meilleur que s'il
feust esté fait en la Tournelle ! car, encores que
l'Arioste ornast les parolles de Regnaud de tresbelles raisons, je vous asseure qu'elle n'en oublia
aucune à les tres-bien traduire et représenter, si
bien que la traduction valloit bien autant pour esmouvoir que l'original ; et donna bien à entendre
à tel amy qu'elle luy vouloit donner la vie et ne
luy estre nullement innexorable, ainsi que l'autre
en sceut bien prendre le temps.
Pourquoy donc une dame, quand nature l'a faite

SEPTIEME

DISCOURS

73

bonne et miséricordieuse , n'usera-elle librement
des dons qu'elle luy a donnez, sans en estre ingratte, ou sans répugner et contredire du tout contr'elle? Comme fit une dame dont j'ay ouy parler,
laquelle, voyant un jour dans une salle son mary
marcher et se pourmener, elle ne se peut engarder
de dire à son amant : « Voyez (dit-elle) marcher
nostre homme ; n'a-il pas la vraye encollure d'un
cocu ? N'eussé-je pas donc offancé grandement
nature, puisqu'elle l'avoit fait et destiné tel, si
je l'eusse desmentie et contreditte? »
J J'ay ouy parler d'un' autre dame, laquelle se
plaignoit de son mary, qui ne la traictoit bien et
jalousement l'espioit , et se doubtoit qu'elle luy
faisoit des cornes. « Mais il est bon! (disoit-elle à
son amy) il luy semble que son feu est pareil au
mien : car je luy estains le sien en un tourne-main
et en quatre ou cinq gouttes d'eau ; mais au mien,
qui a autre profondeur de fournaise, il m'y en faut
plusieurs : car nous autres sommes du naturel des
hydropiques ou une fosse d'araine, qui tant plus ilz
avalle-nt d'eau et plus ilz en veulent avaller. »
Et disoit bien mieux un' autre, que leur cas estoit du naturel des poulies, lesquelles engendrent
la pépie et en meurent si elles on[t] faute d'eau et ne
boivent. De mesmes est leur cas qui engendre la
pépie et en meurt bien souvant, si on ne luy donne
souvant à boire ; mais il faut que ce soit d'autre
eau que de fontaine. Un' autre dame disoit qu'elle
estoit du naturel du bon jardin, lequel ne se con1 o

74

SEPTIEME

DISCOURS

tente pas de l'cau du ciel, mais en demande à son
jardinier, pour en estre plus fructueux. Un' autre
dame disoit qu'elle voulloit ressembler aux bons
ceconomes et mesnagers, lesquelz ne donnent tout
leur bien à mesnager à un seul et faire valloir, mais
le despartent à plusieurs mains : car une seulle n'y
pourroit fournir pour le bien esvalluer. Semblablement voulloit-elle ainsi mesnager son c. pour le
meilliorer, et elle s'en trouvoit mieux.
J J'ay ouy parler d'une honneste dame quiavoit
un amy fort laid et un fort beau mary, et de bonne
grâce ; aussi la dame estoit tres-belle. Une sienne
familliere luy remonstrant pourquoy elle n'enchoysissoit un plus beau : « Ne sçavez-vous pas (distelle) que pour bien cultiver une terre il y faut plus
d'un laboureur, et voluntiers les plus beaux et
les plus dellicatz n'y sont pas les plus propres, mais
les plus ruraux et les plus robustes? » Un' autre
dame que j'ay cogneue, qui avoit un mary fort
laid et de fort mauvaise grâce, choysit un amy
aussy laid que luy; et, comme une sienne compaigne luy demanda pourquoy : « C'est pour mieux
me r'accoustumer à la laideur de mon mary. »
J Un' autre dame, discourant un jour de l'amour, tant de la sienne que des autres de ses compaignes, dit : « Si les femmes estoient toujours
chastes, elles ne sçauroient ce que c'est de leur
contraire » ; se sondant en cela sur l'opinion d'Eliogaballe, qui disoit que « la moitié de la vie
devoit estre employée en vertuz, et l'autre moytié

SEPTIEME

DISCOURS

y5

en vices; autrement, tousjours en un estre tout
bon ou tout mauvais, on ne sçauroit de son contraire, qui sert souvant de temperement ». J'ay
veu de grands personnages aprouver ceste maxime,
et mesmes pour les femmes. Aussi la femme de
l'empereur Sigismond, qui s'apelloit Barbe, disoit
qu'estre tousjours en un mesme estre de la chasteté apartenoit aux sottes ; et en reprenoit fort ses
dames et damoyselles qui percistoient en ceste sotte
opinion, ainsi que de son costé elle la renvoya
bien loing : car tout son plaisir fust en festes,
danses, balz et amours, en se mocquant de celles
qui ne faisoient de mesmes, ou qui jusnoient pour
macérer la chair, et qui faisoient des retirées. Je
vous laisse à penser s'il faisoit bon en la court de
cest empereur et emperatrice ; je dis pour ceux et
celles qui aymoient l'amour.
J J'ay ouy parler d'une fort honneste dame et
de réputation, laquelle, venant estre mallade du
mal d'amour qu'elle portoit à son serviteur, sans se
voulloir donner à Phasard de ce pettit point qu'elle
portoit entre ses jambes, à cause de ceste grande
loy d'honneur tant recommandée et preschée
des marys, et d'autant que de jour en jour elle
alloit bruslant et asseichant, de sorte qu'en un rien
elle se veid devenir seiche, maigre, allanguie, tellement que, comme paravant elle s'estoit veue
fresche, grasse, en bon poinct, et puis toute changée par la cognoissance qu'elle en fit dans son mirrouer: «Comment (dist-elle) lors seroit-il donc

76

SEPTIÈME

DISCOURS

dit qu'à la fleur de mon aage, et qu'à l'apettitd'un
leger poinct d'honneur et voilage scrupulle pour
retenir par trop mon feu, je vinse ainsi peu à peu
à me seicher, me consommer et venir vieille et laide
avant le temps, ou que j'en perdisse le lustre de ma
beauté, qui me faisoit estimer, priser et aymer, et
qu'au lieu d'une dame de belle chair je devinse
une carcasse, ou plustost une anotomie, pour me
faire bannyr et me faire mocquer en toute bonne
compaignie, et estre la risée d'un chascun ? Non, je
m'en garderay bien, mais m'ayderay des remèdes
que j'ay en ma puissance. » Et par ce, tout ainsi
qu'elle le dit, elle l'executa, et, se donnant, à elle
et à son amy, contentement, reprint son en bon
poinct et devint belle comme devant, sans que le
mary sceust le remède dont elle avoit usé, mais
l'attribuant aux médecins, qu'il remercioit et honnoroit fort, pour l'avoir ainsi remise à son gré pour
en faire mieux son proffit.
J J'en ay ouy parler d'un' autre bien grande, de
fort bonne humeur, et qui disoit bien le mot, laquelle estant malladive, son médecin luy dist un
jour qu'elle ne se trouveroit jamais bien si elle ne
le

faisoit;

elle soudain

respondit : «Et bien!

faisons-le donc. » Le médecin et elle s'en donnarent ensemble joye au cœur et au corps. Un jour,
elle luy dist:

« On dit partout que vous me le

faites ; mais c'est tout un, puisque je me porte
bien

» ; — et franchissoit toujours le mot gal-

lant

qui commance

par f. ■—■ « Et tant que je

SEPTIEME

DISCOURS

77

pourray je le fairay, puisque ma santé en depend.»
J Ces deux dames ne ressembloient pas ceste
honneste dame de Pampelonne, que j'ay dit encores cy-devant, qui est dans les Cent Nouvelles
de la reyne de Navarre, laquelle, estant esperduement amoureuse de M. d'Avannes, ayma mieux
cacher son feu, le couver dans sa poictrine qui en
brusloit, et mourir, que de saillir à son honneur.
Mais de ce j'en ay ouy discourir là-dessus à
quelques honnestes dames et seigneurs. C'estoit une
sotte, et peu songneuse du sallut de son ame,
d'autant qu'elle-mesme se donnoit la mort, qui
estoit en sa puissance de l'en chasser, et pour peu
de chose. Car enfin, comme se disoit un ancien
proverbe françois : « D'une herbe de pré tondue,
et d'un c. f...., le dommage en est bientost
rendu. » Et qu'est-ce, amprés que tout cela est
fait? La besoigne, comme d'autres, amprés qu'elle
est faicte, s'en parest-elle devant le monde ? La
dame en va-elle plus mal droicte? y cognoit-on
rien? Cela s'cntant quand on besoigne à couvert,
à huys clos, et que l'on n'en void rien. Je voudrois bien sçavoir si beaucoup de grandes que je
cognois (car ce sont en elles que l' amour va plustost
loger, comme dit ceste dame de Pampelonne : c'est
aux grands portaux que battent les grands vents),
laissent à marcher la teste haut eslevée, ou en ceste
court ou ailleurs, et parestre braves comme uneBradamante ou une Marfise. Et qui seroit celluy tant
presumptueux qui osast leur demander si elles en

SEPTIÈME

78
viennent?

Leurs

DISCOURS

marys mesmes (vous dis-je, au

moins aucuns) ne leur oseroientpas dire, tant elles
sçavent bien se contrefaire et se tenir en leur marche altière ; et, si ces marys (aucuns) pensent leur
en parler ou menasser, ou outrager de parolles ou
d'effect, les voylà perdus : car, encor qu'elles n'eussent songé aucun mal contre eux, elles se jettent
aussitost à la vengeance, et la leur rendent bien;
car il y a un proverbe ancien qui dit que : «Quand
et aussitost que le mary bat sa femme, son c. en
rit. » Cella s'apelle qu'il espère faire bonne chere,
cognoissant le naturel de sa maistresse qui le porte,
et qui, ne pouvant se vanger d'autres armes, s'ayde
de luy pour son

segond

et grand

amy, pour

donner la venue au gallant de son mary, quelque
bonne garde et veille qu'il en fasse auprés d'elles.
Car, pour parvenir à leur but, le plus souverain
remède qu'elles eut c'est d'en faire leurs plainctes
entre elles-mesmes, ou à leurs femmes et filles de
chambre, et puis les gaigner ou à faire des amis
nouveaux, si elles n'en ont poinct, ou, si elles en
ont, pour les faire venir aux lieux assignez ; elles
font la garde que le mary ou autre ne les surprenne.

Or ces dames gaignent leurs filles et

femmes, et les corrompent par argent, parpresens,
par promesses; et bien souvant aucunes composent
et contractent avec elles, à sçavoir que leur dame
et maistresse, de trois venues que l'amy leur donnera, la servante en aura la moitié ou au moins le
tiers. Mais le pis est que bien souvant les mais-

SEPTIEME

DISCOURS

79

tresses trompent les servantes en prenant tout pour
elles, s' excusant que l'amy ne leur en a pas plus
donné, ains si petite portion qu'elles-mesmes n'en
ont pas eu prou pour elles ; et paissent ainsy de
bayes ces paouvres fillaudes et femmes servantes,
cependant qu'elles sont en sentinelle et font bonne
garde : en quoy il y a de l'injustice ; et croy que,
si ceste cause estoit plaidoyée par des raisons d'un
costé et d'autres alléguées, il y auroit bien à rire et
à debatre : car enfin c'est vray larcin de leur derosber ainsi leur sallaire et pention congrue- D'autres dames y-a-il qui tiennent fort bien le pacheet
la promesse, et ne leur en derosbent rien pour en
estre mieux servyes et secourues, et font comme
les bons facteurs de bouctiques, qui font juste part
de leur gain et proffit du tallant à leur maistre ou
compaignon, et, par ainsi, telles dames méritent
d'estre tres-bien servies pour estre si bien recognoissantes de telles peines, veilles et gardes, car
enfin elles se mettent en danger et hasard ; comme
d'une que j'en sçay, qui, faisant un jour le guet
cependant que sa maistresse estoit en sa chambre
avec son amy et foisoit gode chere, et qui ne chaumoient point, le maistre d'hostel du mary la reprist
et la tansa aigrement de ce qu'elle faisoit, et qu'il
valloit mieux qu'elle fust avec sa maistresse que
d'estre ainsi maquerelle et faire la garde au dehors
de sa chambre, et un si mauvais tour au mary de
sa maistresse; dont il dist qu'il l'en advertiroit.
Mais la dame le gaigna par le moyen d'un autre

8o

SEPTIÈME

DISCOURS

de ses filles de chambre, de laquelle il estoit amoureux, luy promettant quelque chose par les prières
de sa maistresse, et aussy qu'elle luy fit quelque
présent, dont il fut apaisé. Toutesfois depuis elle
ne l'ayma jamais et luy garda bonne : car, espiant
une occasion prise à la voilée, le fit chasser à son
mary.
3 Je sçay une belle et honneste dame, laquelle
ayant une servante en qui elle avoit mis son amitié
et luy faisoit de bon bien, mesmes luy usoit de
grandes privautez, et l'avoit tres-bien dressée à
telles menées; si bien que quelquefois, quand elle
voyoit le mary de ceste dame longuement absent
de sa maison, empesché ou à la court ou en autre
voyage, bien souvant ell' arregardoit sa maistresse
en rhabillant, qui estoit des plus belles et plus aymables, et puis disoit : « Hé! ri'est-il pas bien
malheureux, ce mary, d'avoir une si belle femme
et la laisser ainsi seulle si longtemps sans la venir
voir ! Ne merite-il pas que vous le faictes cocu
tout à trac? Vous le devez : car, si j'estois aussi
belle que vous, j'en fairois autant à mon mary, s'il
demeuroit autant absent. » Je vous laisse à penser
si la dame et maistresse de ceste servante trouvoit
goust à ceste noix, mesmes si elle n'àvoit pas trouvé
chaussure à son pied, et desquelles aprés elle en
pouvoit faire par le moyen d'un si bon instrument J
Or, y a-il des dames qui s'aident de leurs servantes pour couvrir leurs amours, et que leurs ma-

SEPTIEME

81

DISCOURS

rys ne s'en aperçoivent, et leur mettent en main
leurs amans, pour les entretenir et les tenir pour
serviteurs, affin quesoubz ceste couverture et pour
dire tousjours, si les marys les .treuvent dans la
chambre de leurs femmes, qu'ilz sont là pour estre
serviteurs de telles ou de telles damoyselles ; et,
soubz ce prétexte, la dame a un tres-beau moyen
pour jouer son jeu, etle mary n'en cognoistrerien.
J J'ay cogneu un fort grand prince qui se mit à
faire l'amour à une dame d'atour d'une grand princesse, seullement pour sçavoir les secretz des
amours de sa maistresse, et pour y mieux aprés
parvenir.
5 J'en ay veu jouer prou en ma vie de ces traictz,
mais non pas de la façon que faisoit une honneste
dame de par le monde, que j'ay cogneu, laquelle
fut si heureuse d'estre servie de trois braves et gallans gentilzhommes, l'un aprés l'autre, lesquelz,
la laissant, venoient à aymer et servir une tresgrand dame, si bien qu'elle rencontra là-dessus
gentiment ; qu'elle les façonnoit et les dressoit par
si belles leçons et façons que, venans à servir
ceste grande, ilz en estoient mieux apris et
façonnez; et, pour aller si haut, il falloit servir
premièrement les moindres, pour ne faillir devant
les plus grandes: car, pour venir et monter aux
grands degretz, il faut monter par les pettitz,
comme l'on void en tous artz et toutes sciences.
Ce luy estoit un tres-grand honneur, et plus
qu'une que je sçay, laquelle, estant à la suitte d'une
Brantôme. III.

i i

82

SEPTIEME

DISCOURS

grand dame mariée, ainsi que ceste grande dame
fut surprise dans sa chambre par son mary, [lors-]
qu'elle ne venoit que recevoir ung petit poulet de
papier de son amy, vint à estre si bien s[e]condée
par ceste soubz-dame qu'elle prist le poullet finement, et l'avalla tout entier d'un morceau, sans en
faire deux ny sans que le mary s'en aperceust, qui
l'en eust tres-mal traictée s'il eust veu le dedans :
ce qui fut une tres-grande obligation de service;
laquelle la grand dame a tousjours recogneu.
5 Je sçay bien des dames pourtant qui se sont
trouvées mal pour s'estre trop fiées à leurs servantes, et d'autres aussi mal pour ne s'y estre point
fiées. J'ay ouy parler d'une dame belle et honneste,
qui avoit prins et choysy un gentilhomme des
braves, vaillans et accomplys de la France, pour
luy donner jouissance et plaisir de son gentil corps.
Elle ne s'en voulut jamais fier à pas une de ses
femmes, et, le rendez-vous ayant esté donné en un
logis tiers, il fut dit et concerté qu'il n'y auroit
qu'un lict en la chambre, et que ses femmes coucheroient en l'antichambre. Comme il fut arresté,
ainsi fut-il joué. Et, d'autant qu'il se trouva une
chatonniere à la porte, sans y penser et sans y avoir
preveu que sur le coup, advisarent de la bouscher
avec une aisse, affin que, si on la venoit pousser,
qu'elle fist bruict, et qu'on l'entendist, et qu'ilz
fissent silence et y pourveussent. L'une de ses
femmes , doutant qu'il y avoit anguille soubz
roche, et faschée et dépitée de quoy sa maistresse

SEPTIEME

DISCOURS

83

se deffioit d'elle, qu'elle tenoit pour la plus considante des siennes, ainsi qu'elle luy avoit souvantesfois monstré, elle s'advise, quand sa maistresse fut
couchée, de faire le guet à estre aux escoutes à la
porte. Elle l'oyoit bien gazouiller tout bas, mais
elle cogneut bien que ce n'estoit. point la lecture
qu'ell' avoit accoustumé, quelques jours avant,
faire en son lict, avec sa bougie, pour mieux collorer son fait. Sur ceste curiosité qu'ell' avoit de sçavoir mieux le tout, se présenta une occasion tresbonne et fort à propos : car, estant entré par cas
un jeune chat dans la chambre, elle le prist avec
ses compaignes, et le fourre et le pousse par la
chattonniere en la chambre de sa maistresse, non
sans abattre l'aisse qui la tenoit fermée, ny sans
faire bruict. Si bien que l' amant et l'amante, en
estant en cervelle, se misrent en sursaut sur le lict,
et advisarent, à la lueur de leur flambeau et bougie, que c' estoit un chat qui estoit entré et fait
tumber la trape. Par quoy, sans autrement s'en
donner peine, se recoucharent, voyant qu'il estoit
tard et qu'un chascun pouvoit dormir, et ne refermaient pourtant ladite chattonniere, la laissant ouverte pour donner passage au retour du chat, qu'ilz
ne vouloient laisser leans renfermé toute la nuict.
Sur ceste belle occasion, ladicte soubz-dame, avec
sescompaign(i)es, eutmoyen devoir choses et autres
de leur maistresse, lesquelles despuis revellarent au
mary, d'ont s'ensuivit la mort de l'amantet l'escandalle de la dame. Voylà que sert un despit et une

84

SEPTIÈME

DISCOURS

mesfiance que l'on prend quelquesfois des personnes, qui nuist bien souvant autant que la trop
grande confiance; ainsi que je sçay d'ung tresgrand, qui fut une fois à mesmes de prendre toutes
les filles de chambre de sa famé, qui estoit une
honeste et belle dame, et les faire gesner, pour luy
confesser tous ses

desportemens et les services

qu'elles luy faisoient en ses amours. Mais ceste
partie pour le coup fut rompue, pour esviter plus
grand scandalle. Le premier conseil vint d'une
dame que je ne nommeray pas, qui vouloit mal à
ceste grande dame : Dieu l'en punit amprés.

5 Pour venir à la fin de nos femmes, je conclus
qu'il n'y a que (pour) les femmes mariées pour
en

tirer de bonnes denrées, et prestement : car

elles sçavent si bien leur mestier que les plus fins
et les plus hautz hupez de marys y sont trompez.
J'en ay dit assez au chapitre des cocuz et famés
mariées, où l'on y trouvera de bons contes, sans en
parler plus pour le coup.
Par quoy, suivant Tordre de Boccace, nostre
guide en ce discours, je viens aux filles, lesquelles,
certes, il faut advouer que de leur nature, pour le
commancement,

sont tres-crainctives et n'osent

abandonner ce qu'elles tiennent tres-cher, pour les
continuelles persuasions et recommandations que
leur font leurs pères et mères, frères, parants et
maistresses, avec les menaces tres-rigoureuses ; si
bien que, quand elles en auroient toutes les envies,
du monde, elles s'en chastrent le

plus qu'elles

SEPTIEME

DISCOURS

85

peuvent, et aussi qu'elles ont pœur que ce meschant
ventre les accuse aussitost,sans lequel elles mangeraient de bons morceaux. Mais toutes n'ont point
ce respect : car, fermant les yeux à toutes considérations, elles y vont hardiment, non la teste
baissée, mais tres-bien renversée; en quoy elles
errent grandement, d'autant que Pescandalle d'une
fille débauchée est tres-grand, et d'importance mille
fois plus que d'une mariée ny d'une vefve : car elle,
ayant perdu ce beau thresor, en est escandalisée,
vilipendée, monstrée au doigt de tout le monde,
et perd de tres-bons partis de mariage, encor que
j'en aye bien cogneu plusieurs qu'il y a heu tousjours quelque malotru qui, ou volontairement ou
à l'improviste , ou sciemment ou ignoramment,
ou bien par contraincte, se soit allé jetter entre
leurs jambes et les espouser, comme j'ay dit ailleurs, toutes tarrées qu'elles estoient, encores bien
aises.
J J'en ay cogneu force de ceux et de celles-là
qui ont passé par là, mesmes une qui fort escandaleusement se laissa aller et engroisser à un prince
de par le monde, et sans cacher ny mettre ordre à
ses couches; et, estant descouverte, elle ne respondoit sinon : « Qu'y sçaurois-je faire? il ne m'en
faut point blasmer, ny ma faute, ny la poincte de
ma chair, mais ma trop (peu) lante prévoyance : car,
si je fusse estée bien fine et bien advisée, comme la
pluspart de mes compaignes, qu'y ont fait autant
que moy, voire pis, mais qui tres-bien ont sceu

86

SEPTIÈME

DISCOURS

remédier à leurs groisses et à leurs couches, je ne
fusse pas maintenant en ceste peine, et n'y eust-on
rien cogneu. » Ses compaignes, pour ce mot, luy
en voulurent tres-grand mal ; si fut-elle renvoyée
hors de la troupe par sa maistresse, qu'on disoit
pourtant que sadite maistresse luy avoyt commandé
d'obéir aux volluntez dudit prince : car elP avoit
affaire de luy et le gaigner. Au bout de quelque
temps, elle ne laissa pour cela à trouver un bon
party et se marier tres-richement ; duquel mariage
en est sorty une tres-belle lignée. Voylà pourquoy,
si ceste paouvre fille fust esté rusée comme ses
compaignes ou autres, cela ne luy fust arrivé : car,
certes, j'ay veu en ma vie des filles en cela aussi
rusées et fines que les plus anciennes femmes mariées, voire jusques à estre tres-bonnes et rusées
maquerelles, ne se contentants de leur bien, mais
en pourchassoient à autruy.

5 Ce fut une fille en nostre court qui invanta et
fit jouer ceste belle commedie intitulée le Paradis
d'amour, dans la salle de Bourbon, à huys clos, où
il n'y avoit que les commedians et commediantes,
qui servoient de joueurs et d'espectateurs tout ensemble. Ceux qui entendent l'histoire m'entendent
bien. [Elle fut] jouée par six personnages de trois
hommes et trois femmes : l'un estoit prince, qui
avoit sa dame qui estoit grande, mais non pas trop
aussi; toutesfois il l'aymoit fort; l'autre estoit un
seigneur, et celluy jouoit avec la grand dame, qui
estoit de riche matière; le troisiesme estoit gentil-

SEPTIEME

DISCOURS

87

homme, qui s'apparioit avec la fille qu'il espousa
aprez : car, la gallante qu'ell' estoit! elle vouloit
jouer son personnage aussi bien que les autres.
Aussi coustumierement l'auteur d'une commedie
joue son personnage ou le prologue, comme fit
celle-là, qui certes, toute fille qu'ell' estoit, le joua
aussi bien, ou possible mieux que les mariées. Aussi
avoit-elle veu son monde ailleurs qu'en son païs,
et, comme dit PEspaignoI, rafinada en Scgovia,
raffinée en Secobie , qui est un proverbe en Espaigne, d'autant que les bons draps se raffinent en
Secobie.
J J'ay ouy parler et raconter de beaucoup de
filles qui, en servant leurs dames et maistresses de
dariolettes, vouloient aussi taster de leurs mourceaux. Telles dames souvant aussi sont esclaves de
leurs damoyselles, craignans qu'elles ne les descouvrent et publient leurs amours, comme j'ay dit
cy-devant. C'estoit une fille à qui j'ouys dire un
jour que c'estoit une grand sottise aux filles de
mettre leur honneur à leur devant, et que, si les
unes sottes en faisoient escrupulle, qu'elle n'en
daigneroit faire, et qu'en tout cela il n'y a que
l'escandalle ; mais la mode de tenir son cas secret
et caché rabille tout; et ce sont des sottes et indignes de vivre au monde qui ne s'en sçavent
ayder et la pratiquer.
J Une dame espaignolle, pensant que sa fille
aprehendast le forcement du premier lict nuptial,
et y allant, se mit à l'exhorter et persuader que ce

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SEPTIEME

DISCOURS

n' estoit rien, et qu'elle n'y auroit point de doulleur, et que de bon cœur elle voudroit estre en sa
place pour le luy faire mieux à cognoistre; la fille
respondit : Bezo las manos, senora madre, de id
merced, que bien la tomare yo por mi : « grand
mercy, ma mere, d'un si bon office, que moymesme je me le fairay bien. »
5 J'ay ouy raconter d'une fille de tres-haut lignage, laquelle s'en estant aydée à se donner du
plaisir, on parla de la maryer vers l'Espaigne. II y
eut quelcun de ses plus secretz amis qui luy dit un
jour en jouant qu'il s'estonnoit fort d'elle, qui avoit
tant aymé le levant, alloit naviger vers le couchant
et occidant parce que l'Espaigne est vers l'occidant. La dame luy respondit : « Ouy, j'ay ouy
dire aux mariniers qui ont beaucoup voyagé que
le navigage du levant est tres-plaisant et agréable;
et que j'ay pratiqué souvant par la boussole que je
porte ordinairement sur moy; mais je m'en ayderay, quand je seray en l'occidant, pour aller droit
au levant. » Les bons interprettes sçauront bien
interpretter ceste allégorie et deviner sans que je
la glose; Je vous laisse à penser par ces motz si
ceste fille avoit tousjours dit ses heures de NostreDame.
5 Un' autre que j'ay ouy nommer j laquelle ayant
ouy raconter des merveilles de la ville de Venise,
de ses singularisez, et de la liberté qui y regnoit
pour toutes personnes, et mesmes pour les putains
et courtisannes : « Ha! mon Dieu! (dist-elle à une

SEPTIEME

DISCOURS

89

de ses compaignes) pleut-il à luy que nous eussions
fait porter tout nostre vaillant là par lettre de
banque, et que nous y fussions pour faire ceste vie
courtisanesque, plaisante et heureuse, à laquelle
tout autre ne sçauroit aprocher, quand bien nous
serions emperieres de tout le monde! » Voylàun plaisant souhait et bon. Et, de fait, je croy celles qui veulent faire ceste vie ne sçauroient estre mieux que là.
J J'aymerois autant un souhait que fit une dame
du temps passé, laquelle se faisant raconter à un
paouvre esclave eschapé de la main des Turcz des
tourmens et maux qu'ilz luy faisoient et à tous les
autres paouvres chrestiens, quand ilz les tenoient,
celluy qui avoit esté esclave luy en raconta assez,
et de toutes sortes de cruautez. Elle s'advisa de
luy demander ce qu'ilz faisoient aux femmes.
«Helas! Madame (dist-il) ils leur font tant cela
qu'ilz les en font mourir. ■— Pleut-il doncques à
Dieu (respondit-elle) que je mourusse par la foy
ainsi martire ! »
J Trois grandes dames, dont une estoyt fille,
estoient ensemble un jour, que je sçay, qui se
misrent sur des souhaitz. L'une dit : « Je voudrois
avoir un tel pommier qui produisit tous les ans
autant de pommes d'or comme il produit de fruict
naturel. » Un' autre : « Je voudrois qu'un tel pré
me produisit autant de perles et pierreries comme
il fait de fleurs. » La tierce, qui estoit fille : « Je
voudrois avoir une sue dont les trous me valussent
autant que celluy d'une telle dame, favorite d'un
12

9o

SEPTIEME

DISCOURS

tel roy, que je ne nommeray point; mais je voudrois que mon trou fust visité de plus de pigeons
que n'est le sien. »
J Ces dames ne ressembloient pas une dame
espaignolle dont ['histoire est escrite dans l'histoire
d'Hespaigne, laquelle, un jour que le grand Alfonce, roy d'Arragon, faisoit son entrée dans Sarragosse, se vint jetter à genoux devant luy et luy
demander justice. Le roy, ainsi qu'il la vouloit ouïr,
elle demanda luy parler à part, ce qu'il luy octroya;
et, s' estant plaincte de son mary, qui couchoit
avec elle trente-deux fois tant de jour que de nuict,
qu'il ne lui donnoit patience, ny cesse ny repos, le
roy, ayant envoyé quérir le mary et sceu qu'il
estoit vray, ne pensant point faillir puisqu'elle
estoit sa femme, le conseil de Sa Magesté assemblé
sur ce fait, le roy arresta et ordonna qu'il ne la
toucheroit que six fois; non sans s'esmerveiller
grandement (dist-il) de la grande challeur et puissance de cest homme, et de la grande froideur et
continance de ceste femme, contre tout le naturel
des autres (dit l'histoire), qui vont à joinctes mains
requérir leurs marys, et autres hommes, pour en
avoir, et se douloir quand ilz donnent aux autres
ce qui leur apartient.
5 A ceste dame n' estoit pas ressemblante une
fille, damoiselle de maison, laquelle, le lendemain
de ses nopces, racontant à aucunes de ses
compaignes ses adventures de la nuict passée:
« Comment! (dist-elle) et n'est-ce que cela?

SEPTIEME

DISCOURS

91

Comme j'avois entendu dire à aucunes de vous
autres, et à d'autres femmes, et à des hommes
qui font tant des braves et des gallans, et qui en
promettent montz et merveilles, ma foy, mes
compaignes et amies, cest homme (parlant de son
mary), qui faisoit tant de l'eschauffé amoureux,
et du vaillant, et du si bon courreur de bague,
pour toutes courses n'en a fait que quatre, ainsi
que l'on court ordinairement trois pour la bague,
et l'autre pour les dames : encor entre les quatre
y a-il fait plus de poses qu'il n'en fut hier soir
fait au grand bal. » Pensez que, puisqu'elle se
plaignoit de si peu, elle en vouloit avoir la
douzaine; mais tout le monde ne ressemble pas le
gentilhomme espaignol.
J Et voylà comme elles se mocquent de leurs
marys; ainsi que fit une, laquelle, au commancement et premier soir de ses nopces, ainsi que
son mary la vouloit charger, elle fit de la revesche
et de l'opiniastre fort à la charge. Mais il s'advisa
de luy dire que, s'il prenoit son grand poignard,
qu'il y auroit bien autre jeu, et qu'il y auroit bien
à crier; de quoy elle, craignant ce grand dont
il la menassoit, se laissa aller aussitost; mais ce
fut elle qui le lendemain n'en eut plus peur, et,
ne s'estant contentée du petit, luy demanda du
premier abord où estoit ce grand dont il l'avoit
menassée le soir avant. A quoy le mary respondit
qu'il n'en avoit point, et qu'il se mocquoit ;
mais qu'il falloit qu'il se contentast de si peu de

92

SEPTIEME

DISCOURS

provision qu'il avoit sur luy. Elle alors dit : « Est-ce
bien fait cela, de se mocquer ainsi des paouvres
et simplettes filles? » Je ne sçay si l'on doit apeller ceste fille simple et

niaise,

ou bien fine et

rusée, qui en avoit tasté paravant. Je m'en raporte
aux diffiniteurs.
5 Bien plus estoit simple un' autre fille, laquelle
s' estant plaincte à la justice que un gallant Payant
prise

par force,

respondit :

et

luy

enquis sur ce

fait, il

« Messieurs, je m'en rapporte à elle

s'il est vray, et si elle n'a pris mon cas et l'a mis
de sa main propre dans le sien. — Ha ! Messieurs,
(dist la fille) il est bien vray cela, mais qu'il nel'eust
fait? car, amprés qu'il m'eut couchée et troussée,
il me mit son cas
baston

roide

et poinctu

comme un

contre le ventre, et m'en donnoit de si

grands coups que j'eus peur qu'il me le perç3St
et m'y fist un trou. Dame! je luy pris alors et
le

mis

dans

le

trou

qui

estoit

tout

fait. »

Si cette fille estoit simplette, ou le contrefaisoit,
je m'en raporte.
J Je vous fairay deux contes de deux femmes
mariées, simples comme celle-là,

ou bien rusées,

ainsi qu'on voudra. Ce fut d'une bien tres-grande
dame que j'ay cogneu, laquelle estoit tres-belle
et pour ce fort désirée. Ainsi qu'un jour un tresgrand

prince

la

requist

d'amour,

voire

l'en

sollicitoit fort, en luy promettant de tres-belles
et grandes conditions, tant de grandeurs que de
richesses pour elle et pour son mary, tellement

SEPTIEME

DISCOURS

93

qu'elle, oyant telles douces tentations, y presta
assez doucement l'oreille ; toutesfois du premier
coup ne s'y voulut

laisser aller, mais, comme

simplette,

et

nouvelle

jeune

mariée,

n'ayant

encor bien veu son monde, vint descouvrir, le tout
à son mary et luy demander advis si elle lefairoit.
Le mary luy respondit soudain : « Nenny, ma mie.
Jésus !

que

pensez-vous

faire,

et de quoy me

parlez-vous? d'un infâme traict à jamais irréparable pour vous

moy. — Hà ! mais ,

et pour

Monsieur (répliqua

la

dame)

grand, et moi si grande,

qu'il

vous serez

aussi

n'y aura rien

à

redire. » Pour fin, le mary ne voulut dire ouy;
mais la dame, qui commença à prendre cœur par
aprés et se faire habille, ne voulut perdre ce party
et le prist avec ce prince et avec d'autres encores,
et renonçant à sa sotte simplicité. J'ay ouy faire
ce conte à un qui le tenoit de ce grand prince et
l'avoit ouy de la dame, à laquelle il luy en fit la
réprimande, et qu'en telles choses

il

ne falloit

jamais s'enconseiller au mary, et qu'il y avoit autre
conseil en sa court.

5 Ceste dame estoit

aussi simple,

ou

plus,

qu'un' autre que j'ay ouy dire, à laquelle un jour
un honneste gentilhomme présentant son service,
assez prés de son mary, qui entretenoit pour lors
de devis un' autre dame, il luy vint mettre son
espervier, ou, pour plus clairement
instrument entre les mains,

et

le

parler,
print,

son

et, le

serrant fort estroictement et se tournant vers son

94

SEPTIÈME

DISCOURS

mary, lui dist : « Mon mary, voyez le beau
présent que me fait ce gentilhomme; le recepvrayje? dictes -le-moy. » Le pauvre gentilhomme,
estonné, retire son espervier de si grande rudesse
que, rencontrant une poincte de diamant qu'elle
avoit au doigt, le luy esserta de telle façon d'un
bout à l'autre qu'il le cuyda perdre du tout,
et non sans grandes doulleurs, voire en danger
de la vie, ayant sorty la porte assez hastivement,
et arrousant la chambre du sang qui degouttoit
partout. Mais le mary ne courut aprés luy pour
luy faire aucun outrage pour ce subgect;
seullement s'en mit fort à rire, tant pour la
simplicité de sa paouvre femmelette que le beau
présent produit ; aussi qu'il en estoit assez puny.
J Si faut-il que je face ce conte de village, car
il n'est point mauvays : une fillaude villagoyse,
ainsin qu'on la menoyt espouser à l'eglise aveq le
tabourin et la flûte, en belle cerymonie, par cas
ell' entrevi(n)t son amoureux de fìllolage, auquel
escriant dist: « Adieu, adieu, Pierre! car ainsin
s'apelloyt ce sien amoureux, vous ne me le ferez
plus. Ma mere m'a mariée » , en disant le mot tout
à trac. La naïfveté y estoyt aussy bonne que le
regret qu'elle pouvoyt avoyr du passé.
5 Parlons en d'un' autre, puys que nous [sommes]
sur le village : une belle jeune fille menant vendre
une charge de boys au marché, l'on luy demandât
combien; et ainsin que tousjours Palloyt augmantant sur l'ofrc des marchandeurs qui luy dysoient:

SEPTIEME

DISCOURS

0,5

« Vous aurez cela et le foutre sur le marché. —Bien
vous sert, dist-elle, d'avoyr dit ce mot : car vous
ne le eussiez eu pour le pris, prenés le davant
les [autres?].
Voylàdes filles et femmes fort simples, lesquelles,
et aucunes de leurs semblables (car il y en a assez),
ne ressemblent à plusieurs et un' infinité qu'il y en
a au monde, qui sont plus doubles et fines que
celles-là, qui ne demandent conseil à leurs
marys, ni qui leur monstíent telz presens qu'on
leur fait.
J J'ay ouy racompter en Espaigne d'une fille,
laquelle la première nuict de ses nopces, ainsi que
son mary s'efforçoit et s'affanoit de forcer sa forteresse, non sans se faire mal, elle se mit à rire et
luy dire: Seríor, bien es razon que seays martyr,
pues que io soy virgen, mas pues que io tomo la
paciencia, bien la podeys tomar : « Seigneur, c'est
bien raison que vous soyez martyr, puisque je suis
vierge ; mais, d'autant que je prens patience, vous
la pouvez bien prendre. » Celle-là, en revanche
de l'autre qui s'estoit mocqué de sa femme, se
mocquoit bien de son mary ; comme certes plusieurs filles ont raison de s'en moquer à telle
nuict, mesmes quand elles ont sceu paravant ce que
c'est, ou l'ont apris d'autres, ou d'elles-mesmes s'en
sont doubtées et imaginées ce grand poinct de
plaisir qu'elles cuydent tres-grand et perdurable.
J Un' autre Espaignolle qui, le lendemain de ses
nopces, racontant les vertuz de son mary, en dist

g6

SEPTIEME

DISCOURS

plusieurs, « fors (dit-elle) que no era buen conlador
aritmetico, porque no sabia multiplicar: « Qu'il
n'estoit point

bon

conteur

aritmetitien,

parce

qu'il ne sçavoit pas multiplier. »
J

Une

fille de

que j'ay cogneue

bon lieu et de bonne maison
et

ouy parler, le soir de ses

nopces, qu'un chascun estoit aux escoutes à l'accoustumée, comme son

mary luy eust livré le

premier assaut, estant un peu sur son repos, non
pas du dormir, luy demanda si elle en voudroit
encores;

gentiment

elle

luy respondit :

« Ce

qu'il vous plaira, Monsieur. » Pensez qu'à telle
responce le gallant mary devoit bien estre estonné
et froter Poreille.
Telles filles qui disent telles sornettes si promptement aprés les nopces pourroient bien donner
de bons martelz à leurs pauvres mary[s] et leur faire
accroire

qu'ilz

ne sont les

premiers

qui

ont

mouillé l'ancre dans leur fond, ny les derniers qui
la mouilleront : car il ne faut poinct doubter que,
qui ne s'efforce et ne se tue à sapper sa femme,
qu'elle ne s'advise à luy faire porter les cornes (ce
disoit un ancien proverbe françois) :
« Qui ne la contente pas
Va ailleurs sercher son repas, »

Toutesfois, quand une femme tire tout ce qu'elle
peut de l'homme, elle l'assomme, c'est-à-dire qu'il
en meurt ; et c'est un dire ancien : qu'il ne faut
tirer de son amy ce qu'on voudroit bien, et qu'il

SEPTIÈME

DISCOURS

97

le saut espargner ce que l'on peut, mais non pas
le mary, duquel il en faut tirer jusques à l'os.

Et

VO ylà pourquoy, dit le reffrain espaignol, que el
primero pensamiento de la muger, luego que es
casada, es de embiudarse : « Le premier pensement
de la femme mariée est de songer à se faire
vesve.

»

Ce reffrain n'est pas gênerai,

j'espère le dire ailleurs, mais

comme

il n'est que

pour

aucunes.
J 11 y a de certaines filles qui, ne pouvans tenir
longuement leurs challeurs, ne s'adonnent aisément
qu'aux princes et aux seigneurs,

qui sont gens

fort propres pour les esbranler, tant pour leurs
faveurs que pour leurs

presens,

l'amour de leurs gentillesses, car

et

aussi pour

enfin tout est

beau et parfait en luy, encor qu'il fust un

fat,

comme j'en ay veu. D'autres y a qui ne les recherchent et fuyent grandement, à cause qu'ilz ont un v
peu la réputation d'estre escandaleux, grands vanteurs, et peu secretz, et causeurs ; aymans mieux des
gentilzhommes sages et discretz, desquelz pourtant
le nombre est rare; et bien heureuse pourtant est
celle-là qui en rencontre et en treuve. Mais, pour
obvier à tout cela,

elles

choysissent

(au moins

aucunes) leurs valletz dont les aucuns sont beaux,
d'autres non, commej'en ay cogneu qui l'ont fait;
et si n'en faut pas prier longuement leurs
valletz : car,

les levant,

ditz

couchant, deshabillant ,

chaussant, deschaussant et leur baillant leurs chemises

comme j'ay veu beaucoup

Brantôme. III.

de

filles
1 3

à la

'

98

SEPTIEME

DISCOURS

court et ailleurs qui n'en faisoient aucune difficulté
ny scrupulle, il n'est pas possible qu'eux, voyans
beaucoup de belles choses en elles, n'en eussent
des tentations, et plusieurs d'elles qu'elles ne le
fissent exprés ; si bien qu'aprés que les yeux avoient
fait bien leur

office, il falloit bien

que d'autres

membres du corps vinssent à faire le leur.

3 J'ay cogneu une fille de par le monde, belle
s'il en fut onc, qui rendit son vallet compaignon
d'un grand prince qui l'entretenoit, et qui pensoit
estre le seul heureux et jouissant; mais le vallet en
cela marchoit au pair avec

luy, aussi l'avoit-elle

bien sceu choisir, car il estoit tres-beau et de tresbelle taille; si bien que, dans le lict ou bien à la
besoigne, on n'y eust cogneu aucune differance.
Encor le vallet en beaucoup de beautez emportoit
il le prince,

auquel

vautez furent

incogneues jusques à

quicta pour

telles amours et telles price qu'il la

se marier; et pour ce n'en traicta

plus mal le vallet, mais se plaisoit fort le voir; et,
quand il le voyoit en passant, il disoit seullement:
« Est-il possible que cest homme soit esté mon
corrival ? Ouy, je le crois, car, osté ma grandeur,
il m'emporte d'ailleurs. » Car il avoit mesme nom
que le prince ;

et

fut

tres-bon tailleur, et des

renommez de la court; si bien qu'il n'y avoit
guieres filles ou femmes qu'il n'habillast quand elles
vouloient estre bien habillées. Je ne sçay s'il les
habilloit de la mesme façon qu'il habilloit sa maistresse, mais elles n'estoient point mal.

SEPTIEME

DISCOURS

99

5 J'ay cogneu une fille de bonne maison, qui,
ayant un lacquais de l'aage de quatorze ans et en
ayant fait son

bouffon

et plaisant,

parmy

ses

bouffonneries et plaisanteries, elle faisoit autant
de difficulté que rien à se laisser

baiser,

toucher

et taster à luy, aussi privéement que si ce fust
esté une femme, et bien souvant devant le monde.,
excusant le tout

en

plaisant bouffon. Je

disant

qu'il

estoit

fol

ne sçay s'il passoit

et

outre,

mais je sçay bien que despuis, et mariée et vefve,
et remariée, elle a esté une tres-insigne putain.
Pensez qu'elle

alluma

sa mesche en ce premier

tison, si bien qu'elle ne luy faillit jamais aprés
en ses autres plus grandes fougades et plus hautz
feuz. J'avois bien demeuré un an à voir ceste fille ;
mais, quand je

la vis en

sa mere, qui

la

avoit

des plus saintes

ses privautez devant

réputation

et prétendues

d'estre l'une

prudes

femmes

de son temps, qui en rioit et en estoit bien aise,
je presageay aussitost que de ce petit jeu l'on
viendroit. au grand, et à bon esciant, et que la
damoyselle seroit un jour quelque bonne

fripe-

sauce, comm'elle fut.
? J'ay cogneu deux sœurs d'une fort bonne
maison de Poictou, et filles, desquelles on parloit
estrangement, et d'un grand lacquais basque qui
estoit à leur pere, lequel,

soubz l'ombre

qu'il

dansoit tres-bien, non-seullement le branle de son
pais,

mais tous

autres,

et

les

menoit

danser

ordinairement, mesmes les y aprenoit, il les fit

I oo

SEPTIEME

DISCOURS

dancer, et leur aprist aprez le branle des putains,
et

en

furent

assez

gentiment

escandalisées;

toutesfois ne Iaissarent à estre bien mariées, car
elles estoient riches; et sur ce nom de richesse on
n'y advise rien, on prend tout, et sust-il encores
plus chaud et plus ardant. J'ay cogneu ce Basque
despuis gentil soldat

et de brave

façon, et qui

monstroit bien avoir fait le coup. On luy donna
congé,

pour fuyr l'escandale. II fut soldat des

gardes de la corronelle de M. d'Estrozze.

5 J'ay cogneu aussi un'autre maison de par le
monde, et grande, d'où la dame faisoit proffession
de nourrir en sa compaignie

d'honnestes filles,

entr'autres des parentes de son mary; et, d'autant
que la dame estoit fort malladive et subgette aux
médecins et apoticaires,

il y en abordoit ordi-

nairement leans; et, par ce aussi que les filles sont
subgettes

à malladies comme à pasles coulleurs,

mal de la surette, fìebvres et autres, il avint que
deux

entr'autres tumbarent en fiebvre carte; un

apoticaire les eut en charge pour les penser. Certes,
il

les

pensoit

de ses

drogues de la main et de

médecines ; mais la plus propre fut qu'il coucha
avec une (maraud qu'il

fut f) car il eut affaire

avec une aussi belle et honneste fille de la France,
et de laquelle un grand roy s'en fust tres-dignement contenté; et

salut que ce monsieur l'apo-

ticaire luy mist ceste paille sous le ventre. J'ay
cogneu

la fille, qui certes meritoit d'autre assail-

lant; et fut aprés bien mariée; et telle qu'on la

SEPTIEME

donna

pucelle,

telle

pourtant je treuve

DISCOURS

I O I

la

trouva-on.

En

quoy

qu'elle

fut bien

fine :

car,

puisqu'elle ne pouvoit tenir son eau, elle s'adressa
à celluy qui

luy

donnoit

les

antidotes

pour

engarder d'engroisser, car c'est ce que les filles
craignent le plus ; dont en cela il y en a de si
expertz qui leur donnent

des

drogues

qui les

engardent tres-bien d'engroisser; ou bien, si elles
engroissent,

leur font escouller leur

groisse

si

subtillement et si sagement que jamais on ne s'en
aperçoit, et n'en sent-on rien que le vent ; ainsi
que j'en ay ouy parler d'une fille, laquelle avoit
esté autresfois nourrie fille de la feue reyne de
Navarre Marguerite

première.

Elle vint par cas

fortuit, ou à son escient, à engroisser, sans qu'elle
y pensast

pourtant.

Elle

apoticaire,

qui,

ayant donné

luy

rencontra

un

sublin

un brevage,

luy fit évader son fruict, qui avoit desjà six mois,
piece par piece,

mourceau

par

mourceau,

si

aisément qu'estant à ses affaires jamais elle n'en
sentit ny mal ny doulleur ; et puis aprés se maria
gallantement, sans que le mary y cogneust aucune
trace. Quel habile médecin ! car on leur donne
des remèdes pour se

faire parestre

vierges et

pucelles comme devant, ainsi que j'en ay allégué au
chapitre des cocuz, et un que j'ay ouy dire à un
empirique ces jours passez : qu'il faut avoir des
sangsues et les mettre à la nature, et s'en faire
par là tirer et succer le sang, lesquelles sangsues,
en sucçant,

laissent

et

engendrent

de

petites

SEPTIEME

1 02

DISCOURS

empoules et fistulles pleines de sang; si bien que
le gallant mary, qui vient le soir des nopces les
assaillir, leur crevé ce[s] empoulles dont le sang en
sort, et elle s'ensanglante, qui est une grande joye
à l'un et à l'autre; et par ainsi, l'onor délia citadella c salvo. Je trouve ce remède bon et souverain,
s'il est vray, et, s'il n'est bon, ily en a cent d'autres
qui sont meilleurs, ainsi que les sçavent tres-bien
ordonner, invanter et apliquer ces messieurs les médecins, sçavans et expertz apoticaires. Voylà pourquoy ces messieurs

ont

ordinairement de tres-

bonnes et belles fortunes, car ilz sçavent blesser et
remédier, ainsi que jadis fit la lance dePeleus.
J'ay

cogneu

cest

apoticaire dont je viens de

parler ast'heure, duquel faut que je die ce petit
mot en passant, que je le vis à Genève la première
fois que je fus en Italie, parce que pour lors ce
chemin par là estoit commun pour les François,
et par les Suisses et Grisons, à cause des guerres.
II

me vint voir à

mon

demanday ce qu'il faisoit

logis.

Soudain je luy

en ceste ville, et s'il

estoit là pour medeciner les belles filles, comme
il

avoit fait en

France.

II me

respondit qu'il

estoit là pour en faire la pénitence. « Comment!
(ce dis-je) est-ce que vous n'y mangez de si bons
morceaux

comme

là? — Ha!

Monsieur (me

replicqua-il), c'est parce que Dieu m'a apellé et
que

je

suis illuminé de son esprit, et que j'ay

maintenant la cognoissance de sa saincte parollc,
— Oui (luy dis-je), et de ce temps-là si estiez-vous

SEPTIEME

DISCOURS

de la relligion, et si vous mesliez de médecines
les corps et les ames, et preschiez et instruisiez les
filles. — Mais, Monsieur, je recognois ast'lieure
mieux mon Dieu

(repliqua-il encores)

qu'alors,

et ne veux plus pécher. » Je tais force autres
propos que

nous

eusmes

sur ce

subjet,

tant

sérieusement qu'en riant ; mais ce maraud jouist de
ce boucon, qui estoit bien plus digne d'un gallant
homme que luy. Si est-ce que bien luy servit de
vuider de ceste maison de

bonn'heure, car mal

luy en eust pris.
Or,

laissons

cela.

Que maudit soit-il,

pour

l'hayne et envie que je luy porte, ainsi que M. de
Ronsard parloit à un médecin qui venoit plustost
voir sa maistresse soir et matin, pour luy taster
son tetin, son sein, son ventre, son flanc et son
beau bras, que pour la medeciner de la fìebvre
qu'elPavoit; dont il en fit un tres-gentil sonnet,
qui est dans son segond livre des
s'accomance :

Amours,

qui

Hé! que je porte et de hayne et d'envie
Au médecin qui vient soir et matin,
Sans nul propos, tastonner le tetin,
Le sein, le ventre et le flanc de ma mye.

J Je porte de mesme une grande jalousie à un
médecin qui

faisoit traictz pareilz à

grande dame que j'aymois,
telle et pareille

une belle

et de qui je n'avois

privauté, et l'eusse plus désirée

qu'un petit royaume. Telles gens certes sont extre-

SEPTIÈME

mement

bien venus

acquièrent

de belles

DISCOURS

des

filles et

advanturcs,

dames, et y
quand ilz

les

veulent rechercher. J'ay cogneu deux médecins à
la court,

qui

s'apelloient,

l'un,

M.

Castellan,

médecin de la reyne mere, et l'autre, le seigneur
Cabrian, médecin de M. de Nevers, et qui avoit
esté à Ferdinant

de Gonzague. Hz ont eu tous

deux des rencontres d'amour, à ce qu'on disoit,
que les plus grands de la court se sussent donnez
au diable, par manière de parler, pour estre leurs
corrivaux.

J Je devisois un jour, le feu baron de Vitaux
et moi, avecq M. Le Grand, un grand médecin de
Paris, de bonne compaignie et de bon advis, luy
estant venu voir ledit baron qui estoit mallade des
affaires d'amour; et, tous deux ('interrogeant sur
plusieurs propos et negotiations des dames,
foy,

il

ma

nous en conta bien, et nous en rit une

douzaine de contes qui levoient la paille; et s'y
enfonça

si

avant

que,

l'heure de neuf heures

venant h sonner, il nous dit, en se levant de la
chaire où il estoit assis : « Vrayment, je suis plus
grand fol que vous autres, qui m'avez retenu ici
deux bonnes

heures

à

baguenauder avec vous

autres, et cependant j'ay oublié six ou sept mallades qu'il faut que j'aille voir »; et, nous disantà
Dieu, part et s'en va, non sans nous dire, aprés
que nous luy eusmes dit : « Vous autres, Messieurs
les

médecins,

vous en sçavez

et

en faites de

bonnes, et mesmes vous, Monsieur, qui en venez de

SEPTIEME

IO 5

DISCOURS

parler comme maistre. » II respondit en baissant
la teste:

«

Semond! semond ! ouy,

ouy, nous

en sçavons et en faisons de bonnes,

car nous

sçavons des secretz que tout le monde ne sçait
pas; mais, ast'heure que je suis vieux, j'ay dit à
Dieu à Venuz et à son enfant. Meshuy, je laisse
cela à vous autres qui estes jeunes. »
Un' autre espece de gens y a-il qui a bien gasté
des filles

quand

on

les

lettres, sont estez leurs

met

à

aprendre

précepteurs ;

les

et le sont

quand ilz veulent estre meschans : car, leurs faisans
leçons, estans seulz dans une chambre

ou dans

leur estude, je vous laisse à penser quelles commoclitez ilz y ont, et quelles histoires, fables et
contes ilz leur peuvent alléguer à propos pour
les mettre en challeur,
en telles altères

et, lorsqu'ilz les voyent

et apetitz,

comment ilz vous

sçavent prendre l'occasion au poil.
J J'ay cogneu une fille de fort bonne maison,
et grande, vous dis-je, qui se perdit et se rendit
putain pour avoir ouy(r) raconter à son maistre
d'escolle l'histoire, ou plutost la fable de Tyrezias,
lequel, pour avoir essayé l'un et l'autre sexe, fut
csleu juge par Jupiter et Junon, sur une question
entre eux deux, assavoir: qui avoit et sentoit plus
de plaisir au coït et acte vénérien, ou l'homme ou
la femme? Le juge député jugea contre

Junon

que c'estoit la femme; dont elle, de despit d'avoir
esté jugée,

rendit

le

paouvre juge

aveugle

et

luy osta la veue. II ne se faut esbayr si ceste fille

loG

SEPTIÈME

DISCOURS

sut tentée pour un tel conte : car, puisqu'elle oyoit
dire souvant, ou à de ses compaignes, ou à d'autres femmes, que les hommes estoient si ardantz
aprés cela, et y prenoient si grand plaisir, que les
femmes (veu la sentence de Tyrezias) en dévoient
bien prendre d'avantage; et, par conséquent, il le
faut

esprouver,

disent-elles.

Vrayement, telles

leçons se dévoient bien faire à ces filles? N 'y en
a-il

pas

d'autres?

Mais

leurs

maistres diront

qu'elles veulent tout sçavoir, et que, puisqu'elles
sont à l'estude,

si les

rencontrent

ont besoing d'estre

qui

passages et histoires se
expliquées

(ou que d'elles mesmes s'expliquent), ilfaut bien leur
expliquer et

leur

lire

sans sauter

ou

tourner

le feuillet; et, s'ilz le tournent et en demandent
la raison, et qu'ilz disent que c'est un

passage

sallaud, soudain en deviennent plus curieuses de le
sçavoir, et en pressent si fort leur maistre qu'il
leur

explique;

ainsin

qu'est

leur

naturel

de

désirer ce qui leur est deffandu ou ce que l'on
ne leur veut dire. Combien de filles estudiantes
se sont perdues lisant ceste histoire que je viensde
dire

et celle de

Biblis,

de

Caunus,

d'autres pareilles, escrites dans
d'Ovyde,

jusques

au

livre

et

force

la Métamorphose
l'Art

de

d'aymer

qu'il a fait ; ensemble une infinité d'autres fables
lascives et propos lubricques d'autres poètes, que
nous

avons

que

grecz, italiens,

en

lumière,

tant

françois,

espaignolz !

latins,

Aussi, dit le

reffrain espaignol, de una mula que haze hin, y de

SEPTIEME

DISCOURS

una lúja que habla latin, libéra nos Domine. Et
Dieu sçait, quand

leurs maistres veulent

estre

meschans, et qu'ilz font de telles leçons à leurs
disciples, comment ilz

les

savent

saugrener et

donner la sauce, que la plus pudicque du monde
s'y lairroit aller. Sainct Augustin mesmes, en lisant
le quatriesme des jEneides, où sont contenues les
amours et la mort de Didon, ne s'en esmut-il
pas

de

compassion,

et

s'en

adouloura ?

Je

voudrois avoir autant de centaines d'escus comme
il y a eu de filles, tant du monde que des relligieuses,

qui se

sont jeadis

esmeues,

pollues

et depucellées par la lecture des Amadis de Gaule.
Je vous

laisse

à

penser

que

pouvoient

faire

les livres grecz, latins et autres, glosés, commantez et interprétiez par leurs maistres, fins renardz
et corrompuz, meschans garnimantz , dans leurs
chambres

secrettes

et

cabinetz,

parmy

leurs

oysivetez.
5 Nous lisons en la vie de sainct Louys, dans
l'histoire de Paoul .(Emile, d'une Marguerite, contesse de Flandres, sœur de Jehanne, fille du premier Baudouin, empereur des Grecz, et luy succéda, d'autant qu'elle n'eut point d'enfans, dit
l'histoire : on luy bailla en sa première jeunesse
un précepteur apellé Guillaume, homme de saincle
vie estimé et qui avoit desja pris quelques ordres
de prebstrise, qui neanmoingtz ne l'empescha de
faire deux enfans à sa disciple, qui furent apellez
Jehan et Baudouin, si secrettement que peu de

lo8

SEPTIÈME

DISCOURS

gens s'en aperceurent, lesquelz fuient aprés pourtant aprouvez légitimes du pape. Quelle sentence
et quel pédagogue! Voyez l'histoire.

5 J'aycogneuunegranddameà la court, qui avoit
la réputation de se faire entretenir à son diseur et
faiseur de leçons ; si bien que Chicot, bouffon du
roy, luy en fit un jour le reproche publiquement
devant Sa Magesté et force autres personnes de sa
court, luy disant si elle n'avoit pas de honte de se
faire entretenir (disant le mot) à un si laid etvilain
masle que celluy-là , et si elle n'avoit pas l'esprit
d'en choysir un plus beau.

L'assistance s'en mit

fort à rire et la dame à plorer, ayant opinion que
le roy avoit fait jouer ce jeu : car il estoit coustumier de faire jouer ces esteufz. Autres tres-grandes
dames et grandes princesses j'ay cogneu, qui, tous
les jours s'amusant en son cabinet à fayre escrire,
ou contrefayre, pour mieux dyre, en faysoyent de
bonnes aveq leurs segretayres que j'ay cogneu, et,
quant ne les apelloyent pour escrire , n'en ayant
subjet, les faisoyent lire pour mieux colorer le
tout, disant que lire elles-mesmes leur afoyblissoyt
la veue.
Ces dames, qui font telles élections de telles
manières de gens, ne sont nullement excusables,
mais bien fort blasmables,

d'autant qu'elles ont

leur libéral arbitre, et toutes franches sont plaines
de

leurs

libertez

et

commoditez.

pour

fane

tel chois qu'il leus plaist. Mais les paouvres filles
qui sont subgettes esclaves de leurs pères et mères,

SEPTIEME

109

DISCOURS

païens et tuteurs, et maistressw, et crainctives,
sont contrainctes de prendre toutes pierres quand
elles les trouvent, pour mettre en œuvre, et n'adviser s'il est froid ou chaud, ou rosty ou boully,
et, par ce, scelon que l'occasion se rencontre, se
servent le plus souvant de leurs valletz, de leur
maistre d'escolle et d'estude, des bastisseurs d'academyes, des joueurs de luth,

des violions,

des

apreneurs de dances,.des peintres, bref de ceux
desquelz elles aprennent des exercices et sciences,
voire d'aucuns prescheurs religieux et moynes ,
comme en parle Boccace, et la reyne de Navarre
en ses Nouvelles ; comme font aussi des pages ,
comme j'en ay cogneu, et des lacquais, des comedians, desquelz j'ay cogneu
court,

amoureuses

de

deux

deux filles à la

et jouyssantes

de

quelques-uns; des poètes aussy, que j'ay cogneu
aussy aucuns avoyr desbauché de

belles

filles ,

famés et veufves: car telles personnes ayment fort
les sacrifices des louanges, et, sur ce, elles sont
atrapées, enfin de tous ceux qu'elles treuvent à
propos, et peuvent atraper.

Les solliciteurs de

procez sont aussi fort dangereux. Et voyla pourquoy le mesme Boccace, et autres avecques luy,
trouvent que les filles sont plus

constantes en

amour et plus fermes que les femmes et vefves,
d'autant qu'elles ressemblent les personnes qui sont
sur l'eau dans un bateau qui vient à s'enfoncer:
ceux qui ne sçavent nager nullement se viennent
à prendre aux premières branches qu'ilz peuvent

1 I o

SEPTIEME

DISCOURS

acrocher, et les tiennent fermement et opiniastrement

jusques à ce qu'on les soit venu secourir;

les autres, qui sçavent bien nager, se gettent dans
l'eau, et bravement nagent jusques à ce qu'elles
en ayent attaint la rive : tout de mesmes les filles,
aussitost qu'elles ont attrapé un serviteur, le tiennent et le gardent fermement, lequel elles ont
premier choisy, tellement qu'elles ne le veulent
desemparer, et l'ayment constamment, de peur
qu'elles ont de n'avoir leur liberté et commodités
d'en pouvoir recouvrer un autre comm' elles voudroient; au lieu que les femmes mariées ou vefves,
qui sçavent les ruses d'amour et qui sont expertes,
et en ont leurs libertez et commoditez de nager
dans toutes eaux sans danger, prennent tel party
que leur plaist ; et, si elles se faschent d'un serviteur ou le perdent, en sçavent aussitost prendre un
nouveau ou en recouvrent deux : car, à elles, pour
un perdu deux recouvertz. D'avantage, les paouvres filles n'ont pas les moyens , ny les biens, ny
les escus, pour faire des acquestz tous les jours de
nouveaux serviteurs : car c'est tout

ce qu'elles

peuvent donner à leurs amoureux, que quelques
petites faveurs de leurs cheveux, ou petites perles,
ou grains, ou bracelletz, quelques petites bagues
ou escharpes, et autres petitz menuz presens qui
ne coustent guieres ; car, quelque fille, comme

j 'ay veu, grande, de bonne maison et riche héritière qui soit, elle est tenue si court en ses moyens,
ou de ses pere, mere, païens et tuteurs, qu'elle

SEPTIEME

DISCOURS

I 1 I

n'a pas les moyens de les départir à son serviteur
ny deslier guieres largement sa bource, si ce n'est
celle du devant; et aussi que d'elles-mesmes elles
sont avares; quand ce ne seroit que ceste seulle
raison qu'il(z) faut estre bonnes, qu'elles n'ont guieres
dequoy pour eslargir : car la libéralité consiste et
depend du tout des

moyens ;

au

lieu que les

femmes et vefves peuvent disposer de leurs moyens
fort librement, quand elles en ont; et mesmes,
quand elles ont envie d'un homme, et qu'elles s'en
viennent enamouracher et encapricher, elles vendroient et donneroient jusques à

leur chemise,

plustost qu'elles n'en tastassent; à manière

des

friands et de ceux qui sont subjetz à leurs bouches,
quand ilz ont envie d'un bon morceau, faut qu'ilz
en tassent, quoy qu'il leur couste au marché. Les
paouvres filles ne sont de mesmes, lesquelles, selon
qu'elles le rencontrent, ou bon ou mauvais, il faut
qu'elles s'y arrestent.
J'en alleguerois une infinité d'exemples de leurs
amours et de leurs divers

apettitz

et bizarres

jouissances; mais je n'aurois jamais finy, et aussi
que ces contes n'en vaudroient rien si on ne les
nommoit et par nom et par surnom, ce que je ne
veux faire pour tout le bien du monde, carje ne les
veux escandaliser, et j'ai protesté de fuir en ce livre
tout escandale, car on ne me sçauroit reprocher
d'aucune mesdisance. Et, pour alléguer des contes
et en taire les noms, il n'y a nul mal, et j'en laisse
1
ì . deviner au monde les personnes dont il est ques-

SEPTIEME

I I 2

DISCOURS

tion ; et bien souvant en penseront l'une, qui en
sera l'autre.
f Or, tout ainsi que l'on void des bois de telle
et diverse nature que les uns bruslent tous vertz,
comme est le fresne, le fayan ; et d'autres, qui auroient beau à estre secz, vieux et taillez de longtemps, comm' est l'hourmeau, le vergne et d'autres,

ne bruslent qu'à

toutes

les longueurs du

monde ; force autres, comme est leur gênerai naturel de tous bois secz et vieux, bruslent en leur
seicheresse et vieillesse si soudainement qu'il semble qu'il soit plustost consommé et mis en cendre
que bruslé ; de mesme, sont les filles, les femmes
et les vefves : les unes, dés lors qu'elles sont en la
verdeur de leur aage, bruslent aisément et si bien
qu'on diroit que dés le ventre de leur mere elles
en raportentla challeur amoureuse et leputanisme;
ainsi que fit la belle Lays de la belle Tymandre,
sa putain de mere tres-insigne, [et] cent mille autres qui tiennent en cela de leurs bonnes vesses de
mères, jusques-là qu'elles n'attandent pas seullement l'aage de maturité , qui peut estre à douze
ou treize ans, qu'elles montent en amour, mays
plus tost ; ainsi qu'il advint n'y a pas douze ans à
Paris, d'une fille d'un pastissier, laquelle se trouva
grosse en l'aage de neuf ans; si bien qu'estant fort
mallade de sa groisse, son pere en ayant porté de
l'urine au médecin ,

ledit médecin dist aussitost

qu'elle n'avoit autre malladie, sinon qu'ell' estoit
grosse.

«Comment! (respondit le pere) Monsieur,

SEPTIÈME

DISCOURS

ma fille n'a que neuf ans. » Qui fut esbay ? ce fut
le médecin. « C'est tout un, (dist-il), pour le seur,
ell' est grosse. » Et, l'ayant visitée de plus prés,
il la trouva ainsi; et, ayant confessé avec qui elle
avoit eu affaire, son gallant fut puny de mort par la
justice, pour avoir eu affaire à elle en un aage si
tendron, et l'avoir faite porter si jeunement. Je
suis bien marry qu'il m'ait falu aporter cest exemple et le mettre icy, d'autant qu'il est d'une personne privée et de basse condiction, pour ce que
j'ay delliberé de ne chaffourer mon papier de si
pettites personnes, mais de grandes et hautes.
Je me suis un peu

extravagué de mon des-

seing; mais, parce que ce conte est rare et inusité,
j'en seray excusé ; et aussi que je ne sçache point
tel miracle advenu, j'entends pour avoyr esté mis
en evidance, à nos grandes dames d'estat, que
j'aye bien sceu, ouy bien qu'en tel aage et de neuf,
de dix, de douze et treize ans, elles ayent porté
et enduré fort aisément le masle, soit en fornication, soit en mariage, comme j'en alleguerois plusieurs exemples de plusieurs desvirginées en telles
enfances, sans qu'elles en soient mortes, non pas
seullement pasmées du mal, sinon du plaisir.
ï Sur quoy il me souvient d'un conte d'un gallant et brave seigneur s'il en fut onc , lequel est
mort, et

se plaignoit un jour de la

capacité

de la nature des filles et femmes avec lesquelles
il avoit negotié. II disoit qu'à

la

fin il seroit

contraint de rechercher les filles enfantines , et
Brantôme. III.

15

SEPTIÈME

1 1 4

DISCOURS

quasi sortans hors du berceau, pour n'y sentir tant
de vague en si plaine mer, comme il avoit fait
avec les autres, et pour plus à plaisir nager à un
destroit. S'il eust adressé ces parolles à une grande
et honneste dame que je cognois, elle luy eust
fait la mesme response qu'elle fist à un gentilhomme de par le monde, qui, luy faisant une
mesme complaincte, elle luy respondit : « Je ne
sçay qui se doit plustost plaindre, ou vous autres
hommes de nos capacitez et amplitudes, ou nous
autres femmes de vos pettitesses et minuitez, ou
plustost pettites menues menuseries : car il y a
autant à se pleindre en vous autres que vous en
nous. Que si vous portiez vos mesures pareilles à
nos callibres, nous n'aurions rien à nous reprocher les uns aux autres. »
Celle-là parloit par vraye raison ; et c'est pourquoy une grande dame, un jour à la court, regardant et contemplant ce grand Herculez de bronze
qui est en la fontaine de Fontainebleau, elle estant
tenue soubz les bras par un honneste gentilhomme
qui la conduisoit, elle luy dist que cest Herculez,
encor qu'il fust tres-bien fait
n'estoit-il pas si bien

et

représenté, si

proportionné de tous ses

membres comme il falloit, d'autant que celluy du
mitan estoit par trop petit et par trop inégal, et
peu correspondant à son grand collosse de corps.
Le gentilhomme

luy

voit rien

de ce qu'elle disoit, d'autant

à

dire

respondit

qu'il

n'y trou-

qu'il falloit croire que de ce temps les dames nc

SEPTIEME

I i 5

DISCOURS

l'avoient si grand comme

du

temps

d'aujour-

d'huy.
3 Une tres-grand dame et princesse ayant sceu
que quelques-uns avoient imposé son nom à une
grosse et grande collovrine , elle demanda pourquoy. II y en eut un qui respondit : « C'est par
ce, Madame, qu'elle a le callibre plus grand et
gros que les autres. »
Si est-ce pourtant qu'elles y ont trouvé assez
remèdes, et en treuvent tous les jours assez pour
rendre leurs portes plus estroictes, sarrées et plus
mal-aisées d'entrées ; dont les aucunes en usent,
et d'autres non ; mais nonobstant , quand le chemin y est bien battu et frayé souvant par continuelles habitations et fréquentations, ou passages
d'enfans, les ouvertures de plusieurs en sont tousjours plus grandes et plus larges. Je me suis un peu
là perdu

et desvoyé; mais,

puisque ç'a esté à

propos, il n'y a point de mal, et retourne à mon
chemin.
3 Plusieurs autres filles y a-il lesquelles laissent
passer ceste grand tendreur et verdeur de leurs
ans, et en attandant les plus
et seicheresses,

soit

ou

grandes maturitez

qu'elles

sont

de

leur

nature tres-froides à leur commancement et advenement,

car

il y

en a et s'en treuve, soit ou

qu'elles soient tenues de court, comme il est bien
nécessaire à aucunes : car, comme dit le relïrain
cspaignol, vinas e ninas son muy malas a guardar ;
« les vignes et

les filles sont fort difficilles à

SEPTIÈME

garder

», que

pour

DISCOURS

le moins quelque passant

pays ou séjournant n'en taste, et mesmes quant
elles commencent à sentyr le poil leur lever comme
le jeune poulet;

aucunes y

a-il aussi qui sont

immobilles, que tous les aquilons et ventz d'un
hyver ne sçauroient esmouvoir ny esbranler. Autres
y a si sottes, si simples, si grossières et si ignares
qu'elles ne voudroient pas ouyr nommer seullement
ce nom d'amour ; comme j'ay ouy parler d'une
femme qui faisoit de l'austere et reformée, que,
quand elle entendoit parler d'une

putain, elle

en esvanouissoit soudain; et, ainsi qu'on faisoit ce
conte à un grand seigneur devant sa femme, il disoit : « Que ceste femme ne vienne donc point céans;
car, si elle esvanouist pour ouïr parler des putains,
elle mourra tout à trac céans pour en voir. »
J II y a pourtant

des filles que,

lorsqu'elles

accommancent un peu à sentir leur cœur, elles s'y
aprivoisent

si

bien

qu'elles viennent manger

aussitost dans la main. D'autres sont si devottes et
conscientieuses, craignans tant les commandemens
de Dieu nostre souverain, qu'elles renvoyent bien
loing celluy d'amour. Mais pourtant en ay-je veu
force de ces devottes et patenostrieres mangeuses
d'images et citadines ordinaires des églises, qui
soubz ceste hypocrisie

(elles)

couvoient et ca-

choient leurs feuz, affin que, par telz faintz et
faux semblans, le monde ne s'en aperceust, et les
estimast tres-prudes, voire à demy sainctes comme
une saincte Catherine de Sienne, mais bien souvant

SEPTIEME

DISCOURS

"7

ont trompé le monde et les hommes, ainsi que j'ay
ouy raconter d'une grand princesse, voire

reyne,

qui est morte, laquelle, quand elle voulloit attaquer quelcun d'amours (car elle y estoit fort subjette), elle accommançoit ses propos toujours par
l' amour de Dieu que nous luy devons, et soudain
les faisoit tumber sur l'amour mondain, et sur son
intention qu'elle en voulloit

à celluy auquel elle

paiioit, dont par aprés elle en venoit au grand
œuvre, ou, pour

le moins,

à la quinte

essence.

Et voylà comme nos devoctes, ou plustost bigottes,
nous trompent; je dis ceux-là qui, peu rusez, ne
cognoissent leur vie.
J J'ay ouy faire un conte, je ne sçay s'il est
vray; mais un

de ces ans, se faisant une proces-

sion generalle

à une ville de par le monde, se

trouva une femme, soit grande ou petite, en piedz
nudz et en grand contrition, faisant de la marmiteuse plus que

dix,

et c' estoit en caresme. Au

partir de là, elle s'en alla disner avec son amant
d'un cartier de chevreau et d'un jambon : la senteur en vint jusques en la rue; on monte en haut,
on la treuva en

telle magniffkence. Elle fut prise

et comdempnéo de la pourmener par la ville avec
son cartier d'aigneau en la broche sur l'espaulle et
le jambon pendu au col. N'estoit-ce pas bien employé de la punir de ceste façon?
? D'autres dames y en a qui

sont superbes,

orgueilleuses, qui desdaignent et le ciel et la terre
par manière de dire, qui rabrouent les hommes et

SEPTIEME

leurs propos

DISCOURS

amoureux, et les rechassent loing;

mais à telles il faut user de temporisement seulement et de patience et de continuation, car avec
tout cela et le temps vous les avez et les mettez
soubz vous

à l'humillité, estant le propre de la

gloire et superbetté,

aprés

avoir fait assez des

siennes et monté bien haut,

descendre et venir au

rabais. Et mesmes à ces glorieuses, lesquelles bien
souvant en

ay-je veu aucunes, aprés avoir bien

desdaigné l'amour et ceux qui leur en parloient,
s'y ranger et l'aymer, jusques à espouser aucuns
qui estoient de basse condiction et nullement à
elles en rien pareil(le)s. Ainsi se joue Amour d'elles
et les punit de leur outrecuydance, et se plaist de
s'attaquer à elles plustost qu'à d'autres, car la victoire en est plus

glorieuse, puisqu'elle surmonte

la gloire.
5 J'ay cogneu d'autresfois une fille à la court,
si altière et si desdaigneuse que, quand quelque
habile et gallant homme la venoit

accoster et la

taster d'amour, elle luy respondoit si orgueilleusement, et en si grand mespris de l'amour, par parolles si rebelles et arrogantes (car elle disoit des
mieux), que plus on n'y retournoir;

et si, par cas

fortuit, quelquefois on la vouloit accoster et s'y
prendre, comment elle les renvoyoit et rabrouoit,
et de la parolle et de gestes, avec mines dédaigneuses, car elle estoit tres-habille. Enfin l'amour
la surprist et la punist, et se laissa si bien aller à
un,

qui

l'engroissa

quelque

vingt jours avant

SEPTIEME

qu'elle se mariast ;
nullement

DISCOURS

I I g

et si pourtant cet un n' estoit

comparable

à force

autres honnestes

gentilhommes qui l'avoient voulu servir. En cela
il faut dire avec Horace : sic placet Vencri, « ainsi
il plaist à Venus » ; et ce sont de ses miracles.
"i

II me vint en fantaisie une fois à la court d'y

servir une belle et honneste fille, habille s'il en fut
onc, de fort bonne maison, mais glorieuse et fort
haute à la main, dont j'en estois amoureux extrêmement.

Je m'advisay de la servir et araisonner

aussi arrogamment comme elle me pouvoit parler
et respondre : car, à brave brave et demy. Elle ne
s'en sentit pour cela nullement intéressée, car, en
la menant de telle façon, je la louois extrêmement,
d'autant qu'il n'y a rien qui amollisse plus un cœur
dur d'une dame que

la louange autant de ses

beautez et perfections que de la superbeté; voire
luy disant qu'elle luy sieyoit tres-bien, veu qu'elle
ne tenoit rien du

commun,

et qu'une fille ou

dame, se rendant par trop privée et commune, ne
se tenant sur un port altier et sur une réputation
hautaine, n'estoitpas bien digne d' estre servie ; et,
pour ce, je l'en honnorois davantage, et que je ne
la voulois jamais apeller autrement que ma gloire.
En quoy elle se pleust tant qu'elle me voulut aussi
apeller son arrogant.
Continuant ainsi toujours, je la servis longuement; et si me peus vanter que j'euz part en ses
bonnes grâces autant ou plus que grand seigneur
de la court qui la voulust servir;

mais un tres-

I 20

SEPTIÈME

DISCOURS

savory du roy, brave certes et vaillant gentilhomme,
me la ravit, et par la faveur de son roy me l'embla
et l'espousa.

Et

pourtant,

tant qu'elle a vescu

telles alliances ont tousjours duré entre nous deux,
et l'ay tousjours

tres-honnorée. Je ne sçay si je

seray repris d'avoir fait ce conte, car on dit volluntiers que tout conte fait de soy n'est pas bon;
mais je me suis esgaré ce coup, encor que dans cc
livre j'en

aye fait plusieurs de moy-mesme en

toutes façons, mais je tais le nom.

5 II y a encor d'autres filles qui sont de si
joyeuse complexion,

et qui sont si follastres, si

endemenées et si enjouées, qui ne se mettent autres
subgetz en leurs pensées qu'à songer à rire, à
passer leur temps à follastrer, qu'elles n'ont pas
l'arrest d'ouir ny songer à autre chose, sinon à
leurs pettitz esbatementz. J'en ay cogneu plusieurs
qui eussent mieux aymé ouyr un viollon, ou danser,
ou sauter, ou courir, que toùs les propos d'amour;
aucunes la chasse,

si bien qu'elles se pouvoient

plustost nommer sœurs servantes

de Dianne que

de Venus. J'ay cogneu un brave et vaillant seigneur, mais il est mort, qui devint si fort perdu
de l'amour d'une fille, et puis dame grande, qu'il
en mouroyt :

« car, disoit-il, lorsque je luy veux

remonstrer mes passions, elle ne me parle que de
ses chiens et de sa chasse;

si bien que je voudrois

de bon cœur estre métamorphosé en quelque beau
chien ou lévrier, où
leur corps,

scelon

mon ame fust entrée dans
l'opinion de Pitagoras, affin

SEPTIEME

DISCOURS

I 2 I

qu'elle se peust arrèster à mon amour, et raoy à
me guérir de ma playe. »

Mais aprés il la laissa,

car il n'estoit pas bon lacquais, ny chasseur, et ne
la pouvoit suivre ny accompaigner partout où ses
humeurs gaillardes, ses plaisirs et ses esbattemens
la conduisoient.
Si faut-il

noter une

aprés avoir layssé

chose : que telles filles,

leur poullinage

et jetté leur

gorme (comme l'on dit des poullins et poullines),
et amprés

s'estre ainsi

veullent essayer

le

esbatues

au pettit jeu,

grand, quoy qu'il tarde; et

telles jeunesses ressemblent à celle des pettitz jeunes
loups, lesquelz sont tous jollys, gentilz et enjouez
en leur poil

follet; mais, venans sur l'aage, ilz se

convertissent en mallices et à mal faire. Telles filles
que je viens de dire font

de mesmes, lesquelles,

aprés s'estre bienjouées et passé leurs fantaisies en
leurs plaisirs et jeunesses,

en chasses, en balz, en

voltes, en courantes, en danses,

ma foy, amprés

elles se veulent mettre à la grand dance et [à] la
douce carolle de la déesse d'amours. Bref, pour
faire fin finale,

il

ne se void

femmes ou vefves, que

tost

guieres de filles,

ou tard ne bruslent

toutes, ou en leurs saisons ou hors de leurs saisons,
comme tous bois, fors un qu'on nomme larix, duquel elles ne tiennent nullement, et plusieurs voudioyent qu'elles en tinsse[nt]
Ce larix donc est un bois qui ne brusle jamais,
et ne fait feu, ny flamme, ny charbon,
Jules Caesar en fit

ainsi que

l'experience. Retournant de la

SEPTIEME

1 22

DISCOURS

Gaulle, il avoit mandé à ceux du Piedmont de luy
fournir vivres et dresser estapes sur son grand chemin du camp. Hz lui obéirent, fors ceux d'un chasteau apellé Larignum, où s'estoient retirez quelques meschans garnimens, qui fyrent des reffusans
et rebelles, si

bien qu'il salut

à

Cœsar rebrousser

et les aller assiéger. Aprochant de la forteresse, il
veid qu'elle n'estoit fortiffiée que

de bois, dont

soudain s'en mocqua, disant que soudain les auroit.
Par

quoy

commanda

aussitost

d'aporter force

fagotz et paille pour y mettre le feu, qui fut si
grand et fit si grand flamme que bientost en esperoit voir la ruine et destruction; mais, aprés que le
feu se fut consommé et la flamme disparue, tous
furent bien estonnez, car ilz virent la forteresse
en mesme estât qu'auparavant et en son entier, et
point bruslée

ny ruinée : dont il salut à Caesar

qu'il s'aydast d'autre remède, qui fut par sape, ce
qui fut cause que ceux de dedans parlemenlarent
et se rendirent; et d'eux aprist Caesar la vertu de
ce bois larix, duquel portoit nom ce chasteau Larignum, parce qu'il en estoit basty et fortiffié.
II y a plusieurs pères, mères, païens et marys,
qui voudroient que leurs filles et femmes participassent du naturel de ce bois, qu'ils bruslassent fort
sans laysser ny marque ni efect ; ilz en auroient
leur esprit plus contant, et n'auroient si souvant la
puce à l'oreille, et n'y auroit aussi tant de putains
par aparance ny de cocus descouvers. Mais il n'en
est pas de besoing ny en une façon ny autre, car

SEPTIEME

DISCOURS

123

le monde en demeureroit plus despeuplé, et y vivroit-on comme marbres, sans aucun plaisir ny
contentement, ce disoit quelcun et quelcune que
jesçay, et Nature demeureroit imparfaicte, au lieu
qu'ell' est tres-parfaicte , laquelle ensuivant comme
un bon capitaine, nous ne faillirons jamais du bon
chemin.
5 Or, c'est assez
que maintenant

parlé des filles, il est raison

nous

parlons de mesdames les

vefves à leur tour.
L'amour des vefves est bon, aisé et profitable,
d'autant qu'elles

sont en leur plaine liberté, et

nullement esclaves des pères, mères, frères, parens
et marys, et ny d'aucune justice qui plus est ; et aon beau faire l'amour à une vefve et coucher avec
elle, on n'en est point puny, comme l'on est des
filles et des femmes; mesmes que les Romains, qui
nous ont donné la pluspart des loix que nous avons,
ne les ont jamais fait punir pour ce
leurs corps ny en

leurs

fait, ny en

biens, ainsi que je tiens

d'un grand jurisconsulte, qui m'allegoit là-dessus
Papinian, ce grand jurisconsulteaussi, lequel, traictant de la matière des adultères, dit que : si quelquefois par mesgarde on avoit comprins soubz ce
nom d'adultère la honte de la fille ou de la femme
vefve, c'estoit abusivement parler; et en un autre
passage il dit : que l'heritier n'a nulle réprimande
ou esgard sur les mœurs

de la vefve du deffunt,

n'estoit que le mary cn son vivant eust fait apeller
sa femme cn justice pour cela; car lors ledit heri-

SEPTIEME

DISCOURS

tier en pouvoit prendre arremens de la poursuitte,
et non autrement. Et, de fait, on ne trouve point
en tout le droit

des Romains

aucune peine or-

donnée à la vefve, sinon à celle qui se remarioit,
dans l'an de son deuil, ou

qui, ne se remariant,

avoit

l'unziesme

fait

enfant

aprés

mois d'un

mesme an, estimant le premier an de son vefvage
estre affecté à l'honneur de son premier lict. Ce
fut

aussi une loj que fit

vefve ne se remariast d'un
mary, affin qu'ell' eust

Heliogabale, que la
an aprés

la mort du

loysir de le plourer toute

Tannée et de penser sogneusement d'en prendre
un autre. Quelle pensée! Voylà une belle raison.
Pour quant à son douaire, Pheritier ne luy eust
sceu faire perdre, quand bien elle eust fait toutes
les follies du monde de son corps, et en allegoit
une belle raison celluy de qui je tiens cecy : car si
l'heritier, qui n'a aucun pensement que le bien, en
luy ouvrant la porte pour accuser la vefve de ce
forfait et la priver de son dot, on l'ouvriroit tout
d'une main à sa callomnie; et n'y auroit vefve, si
femme de bien

fust-elle, qui peust se sauver des

callomnieuses poursuittes de ces gallans héritiers.
Selon ces dires, comme je voy, les dames romaines avoient bon temps et bons subjetz de s'esbatre ; et ne se faut estonner si une, du temps de
Marc-Aurele ,

ainsi qu'il se

trouve en sa vie ,

comme elle a Moi t au convoy des funérailles de son
mary, parmy ses plus grands crys, sanglotz, souspirs, pleurs et lamentations, elle serroit la main si

SEPTIÈME

DISCOURS

125

estroictement à celluy qui la tenoit et conduisoit,
faisant signal par-là que c' estoit en nom d'amour
et de mariage, que au bout de l'an, ne le pouvant
espouser que par dispense, ainsi que fut dispensé
Pompée quand il espousa la fille de Caesar, mais
elle ne se donnoit guieres qu'aux plus grands et
grandes, il l'espousa, et cependant en tiroit tousjours de bons brins, et emprumptoit force pains
sur la fournée, comme l'on dit.

Ceste dame ne

vouloit rien perdre, mais se pourvoyoit de bonne
heure, et, pour cela, n'en perdoit rien de son bien
ny de son douaire.
J Voylà comme les vefves

romaines estoient

heureuses, comme sont bien encore nos vefves françoises, lesquelles, pour se donner à leur cœur et
gentil corps joye, ne perdent rien de leurs droitz,
bien que par les parlemens il y en ayt plusieurs
causes debatues ; ainsi que je sçay un grand et
riche seigneur de France, qui fit long-temps plaider
sa belle-sœur sur son dot, luy imposant sa vie estre
un peu lubrique, et quelqu'autre crime plus grief
que celluy, meslé parmy ;

mais, nonobstant, elle

gaigna son procez ; et salut que le beau-frere la
dotast tres-bien, et luy donnast ce qui luy apartenoit; mais pourtant ['administration de son filz
et fille luy fust ostée, d'autant qu'elle se remaria;
à quoy les juges et grands sénateurs des parlemens
ont esgard, ne permettant aux vefves qui convolent
la tuttelle de leurs enfans; encores qu'il n'y a pas
long-temps que je sçay des vefves d'assez bonne

SEPTIEME

quallité qui

ont

DISCOURS

emporté leurs

filles mineures,

s'estans remariées, par dessus leurs beaux-freres et
autres de leurs parens;

mais aussi elles furent

grandement secourues des faveurs du prince qui
les entretenoit.

II n'y a loy qu'un beau c. ne

renverse. De ces subjetz meshuy je m'en despartz
d'en parler, d'autant que ce n'est ma proffession,
et que, pensant dire quelque chose de bon, possible ne dirois-je rien qui vaille : je m'en remetz à
nos grands législateurs.

5 Or, de nos vefves, les unes se plaisent encor
à tourner en mariage et en ressonder encor légué,
comme les mariniers qui, sauvez de deux, trois et
quatre nauffrages, retournent encor à la mer, et
comme font encor les femmes mariées, qui, en
leur mal d'enfans, jurent, protestent de n'y retourner jamais,

et

que jamais homme ne leur

sera rien, mais elles ne sont pas plustost puriffiées
que les

voylà

encor au

premier branle.

Ainsi

qu'une dame espaignolle , laquelle estant en mal
d'enfant, se fit allumer une chandelle de NostreDame de Mont-Serrat, qui ayde fort à enfanter,
pour la vertu de ladite Nostre-Dame. Toutesfois
ne laissa d'avoir de grands doulleurs, et à jurer
que jamais plus elle n'y tourneroit. Elle ne fut
plustost accouchée qu'elle dist à la femme qui la
luy tenoit allumée : Serra csto cabillo de candda
para otra vez, « Serrez ce bout de chandelle pour
un' autre fois ».
f D'autres dames ne se veulent marier; et, de

SEPTIEME

DISCOURS

I2 7

celles qui n'en veulent point, plusieurs y en a et y
en a eu, lesquelles, venues en viduité sur le plus
beau de leur aage, s'y sont contenues. Nous avons
veu la reyne mere, en

l'aage de trente-sept à

trente-huict ans, estant tumbée vefve, qui s'est
et, bien

qu'elle fust

belle, bien agréable et tres-aymable ,

contenue tousjours vefve;

ne songea

pas tant seullement à un seul pour l'espouser.
Mais l'on me pourra dire aussi, qui eust-elle sceu
espouser qui fust esté sortable à sa grandeur et
pareil à ce grand roy Henry, son feu seigneur et
mary, et qu'elle eust perdu le gouvernement du
royaume, qui valloit mieux que cent marys, et
dont l'entretien en estoit bien meilleur et plus
plaisant! Toutesfois, il n'y a rien que l'amour ne
lasse oublier ; et d'autant est-elle à louer, et à
estre recordée au temple de la gloire et immortallité, de s'estre vaincue et commandée, et n'avoir
fait comme une reyne Blanche, laquelle, ne se pouvant contenir, vint à espouserson maistre-d'hostei,
qui s'apelloit le sieur de Rabaudange ; ce que le
roy son filz. pour le commencement trouva fort
estrange et amer; mais pourtant, parce qu'elle
estoit sa mere, il excusa et pardonna audit Rabaudange pour Pavoir espousée, en ce que le jour devant le monde il la serviroit tousjours de maistred'hostei, pour ne priver sa mere de sa grandeur et
magesté, et la nuict elle en feroit ce qu'elle en
voudroit, s'en serviroit ou de vallet ou de maistre, remettant cela à leur discrétion et voluntez et

128

SEPTIEME

DISCOURS

de l'un et de l'autre; mais pensez qu'il imperioil :
car, quelque grande qui soit, venant là, elle est
tousjours subjuguée

par

le

supérieur,

selon le

droict de la nature et de la gent en cela. Je tiens
ce conte du feu grand cardinal de Lorraine dernier, lequel le faisoit à Poyssi au roy François second, lorsqu'il fit les dix-huict chevalliers de Tordre
de Sainct-Michel, nombre tres-grand, non encores
veu, ny jamais ouy jusques alors; et, entre autres,
il y eut le seigneur de Rabaudange, fort vieux,
lequel on n'avoit veu de longtemps à la court,
sinon à aucuns voyages de noz autres guerres,
s'estant retiré un peu dés la mort de M. de Lautreq , de tristesse et de despit, comme l'on void
souvant, pour avoir perdu son bon maistre, duquel il estoit capitaine de sa garde, au voyage du
royaume de Naples, où il mourut ; et disoit encor
M. le cardinal, qu'il pensoit que ce M. de Rabaudange estoit venu et descendu de ce mariage.
II y a quelque temps qu'une dame de France espousa son page aussitost qu'elle l'eust jette hors
de page, et qui s'estoit assez contenue en viduité.
Laissons ces manières de veufves , parlons-en de
plus hautes et sages.
f

Nous avons eu nostre reyne de France donna

Yzabel d'Austrie, qui fut mariée au feu roi Charles
neufiesme,

laquelle nous pouvons dire partout

avoir esté l'une des meilleures, des plus douces,
des plus sages et des plus vertueuses reynes qui
regnast despuis le règne de tous les roys et reynes

SEPTIEME

I 29

DISCOURS

qui ayent jamais régné; je le peux dire, et un chascunavec moy qui ï'a veue ou ouye en parler, sans
faire tort aux autres et avec tres-grande vérité.
Elle estoit une tres-belle princesse, ayant le tainct
de son visage aussi beau et deliicat que dame de
sa court, et fort agréable. Elle avoit la taille fort
belle aussi, encores qu'elle l'eust moyenne assez.
Elle estoit tres-sage aussi, tres-vertueuse et tresbonne, et qui ne fit jamais mal ny desplaisir à
personne quelconque, non pas l'ofTança de la
moindre parolle du monde : aussi en estoit-elle
tres-sobre, ne parlant que fort peu, et tousjours
son espaignol.
Elle estoit tres-devocte et nullement bigotte ,
ne monstrant ses devoctions par actes extérieurs
et aparantz par trop, ny trop extrêmes, comme
j'en ay veu aucunes patenostrieres ; mais , sans
faillir à ses heures ordinaires à prier Dieu, elle les
y employoit tres-bien , sans aller emprumpter
d'autres extraordinaires. Bien est vray, ainsi que
j'ay ouy raconter à aucunes de ses dames, quand
ell' estoit dans le lict à part et en cachettes, ses
rideaux tres-bien tirés, elle se tenoit toute à genoux en chemise, et prioit Dieu une heure ou demie, battant sa poictrine et la maceroit par tresgrande devoction. De quoy on ne s'estoit point
aperceu volontiers, sinon lors que le roy Charles
son mary fut mort : car, aprés estre couchée et
que toutes ses femmes s'estoient retirées, il y en
eut une de celles qui couchoient en sa chambre,
Brantôme. III.

17

SEPTIÈME

DISCOURS

qui, P oyant souspirer, s'advisa d'aregarder à travers le rideau, et la veid en tel estât, priant et
orant Dieu de ceste façon, la continuant quasi tous
les soirs; si bien que ceste femme de chambre, qui
luy estoit assez familliere, s'advisa de luy remonstrer un jour qu'elle faisoit tort à sa santé. Elle se
fascha contr' elle de quoy elle l'avoit descouverte
et advisée, le voulant quasi nyer, et luy commanda
de n'en sonner mot; et, pour ce, s'en désista pour
ce soir; mais la nuict elle reparoit le tout, pensant
que ses femmes ne s'en apercevroyent ; mais elles
la voyoient et apercevoient par l'ombre de la lumière de son mortier plein de cire, qu'elle tenoit
allumé en la ruelle de son lict, pour lire et prier
Dieu dans ses heures quelquesfois, au lieu que les
autres princesses et reynes le tiennent sur leur
buffet. Telles formes de prières ne tenoient rien
de celles des hypochrites, qui , voulans pareistre
devant le monde, font leurs prières et devoctions
publicquement, et en marmottant, affin qu'on les
trouve plus devoctes et sainctes.
Ainsi prioit nostre reyne pour l'ame du roy son
mary, qu'elle regretta extrêmement, en faisant ses
plainctes et regretz, non comme une dame désespérée et forcenée, faisant ses hautz crys, se déchirant la face, s'arrachant les cheveux, ny contrefaisant la femme qu'on loue pour plourer, mais se
plaignant doucement, jettant ses belles et précieuses larmes si tendrement, souspirant et si doucement et bassement qu'on jugeoit bien en elle

SEPTIEME

DISCOURS

qu'ellese contraignoiten ses doulleuis, pour ne faire
accroire au monde qu'elle ne vouloit faire la bonne
mine et beau semblant, ainsi que j'en ay veu faire
à plusieurs dames, mais n'en laissoit pourtant à
sentir en son ame de grandes angoisses. Aussi un
torrent d'eau qui est arresté est plus viollant que
celluy qui a son cours planier. Sur quoy il me souvient que, tout durant la malladie du roy son seigneur et mary, luy gissant en son lict, et le venant visiter, soudain elle s'assioit auprés de luy,
non prés de son chevet, comme l'on a de coustume, mais un peu à l'escart et en sa perspective,
où estant sans parler guieres à luy, selon sa coustume, aussi luy à elle, tant qu'elle demeuroit là,
jettoit ses yeux sur luy si fixement que, sans les
retirer aucunement de dessus, vous

eussiez dit

qu'elle le couvoit dans son cœur, de l'amour qu'elle
luy portoit; et puis on luy voyoit jetter des larmes
si tendres et si secrettes que, qui ne s'en apercevois
bien, n'y eust-on rien cogneu, essuyant ses yeux humides, faisant semblant de se moucher, qu'elle en faisoitpitié tres-grande à un chascun (carjel'ay veu),
pour la voir ainsi gesnée à ne descouvrir sa douleur ny son amour, et que le roy aussi ne s'en
aperceust. Voylà son exercice qu'elle avoit auprés
du mal de son roy ; et puis se levoit et s'en alloit
prier Dieu pour sa santé : car elle I'aymoit et honnoroit extrêmement, encor qu'elle le sceut d'amoureuse complexion et qu'il eust des maistresses, fust
ou pour l'honneur ou pour le plaisir; mais elle ne

i3a

SEPTIEME

DISCOURS

luy en fit jamais pire chere, ny ne luy en dist pire
parolle, supportant patiemment sa petite jalousie
et le larcin qu'il luy faisoit. Elle estoit fort propre
et fort digne pour luy : car c'estoit le feu et l'eau
assemblez ensemble, d'autant que le

roy estoit

prompt, mouvant et bouillant; elle estoit froide et
fort tempérée.
L'on m'a conté de bon lieu qu'aprés sa viduité
il y eust aucunes de ses dames plus privées, qui,
parmy les consolations qu'elles luy pensoient donner, il y en eut une, que, comme vous sçavez,
parmy une telle grande troupe il y en a toujours
quelcune mal habile, laquelle,

la pensant bien

gratiffier, luy dist : « Au moings, Madame, si au
lieu d'une fille il vous eust iaissé un filz, vous seriez ast'heure reyne mere du roy, et vostre grandeur d'autant plus elle s'agrandiroit et s' affermirait.
— Helas! respondit-elle , ne me tenez point ce
fascheux propos. Comme si la France n'avoit pas
assez de malheurs, sans que je luy en fusse allée
produire un pour achever du tout sa ruine : car,
ayant un filz , il y eust eu plus de divisions, troubles et séditions, pour en avoir l'administration et
curatelle durant son enfance et sa minorité, que
de là il en sortiroit plus de guerre que jamais, et
un chascun voudroit faire son profftt et en tirer,
en

despouillant

ce paouvre enfant, comme on

vouloit faire au feu roy mon mary quand il estoit
petit, sans la reyne sa mere et sans ses bons serviteurs qui s'y opposarent, si je l'eusse eu; et moy

SEPTIÈME

DISCOURS

1 33

misérable j'en eusse esté cause pour l'avoir conceu, et en eusse eu mille malledictions du peuple,
duquel la voix est celle de Dieu. Voylà pourquoy
je loue mon Dieu, et prends en gré le fruict qu'il
m'a donné, soit pour mon pis ou soit pour mon
mieux. »
Voylà la bonté de ceste bonne princesse à Tendrait du pais où elle avoit estée colloquée. J'ay
ouy raconter qu'au massacre de Sainct-Barthellemy, elle,

n'en sçaichant rien ,

non pas senty

le moindre vent du monde, s'en alla coucher à sa
mode accoustumée; et, ne s'estant éveillée qu'au
matin, on luy dist à son réveil le beau mystère
qui se jouoit. « Helas! (dist-elle soudain), le roy
mon mary le sçait-il? — Ouy, Madame, responditon, c'est luy-mesme qui le fait faire. — O mon
Dieu! (s'escria-elle) qu'est cecy? et quelz conseillers sont ceux-là qui luy ont donné tel advis? Mon
Dieu! je te supplie et te requiers de luy vouloir
pardonner : car, si tu n'en as pitié, j'ay grand'peurque ceste offance soit mal pardonnable. » Et
soudain demanda ses heures et se mit en oraisons
et prier Dieu la larme à l'œil.
Que l'on considère (je vous prie) la bonté et
sagesse de ceste reyne

à n'aprouver point une

telle seste, ny le jeu qui s'y cellebra, encor qu'elle
eust grand subjet de désirer la totalle extermination et de M. l'admiral, et de tous ceux de sa relligion, d'autant qu'ilz, estoient contraires du tout
à la sienne, qu'elle adoroit et honnoroit plus que

SEPTIÈME

DISCOURS

toutes choses du monde ; et,

de l'autre costé

qu' elle voyoit combien ilz troubloient l'estatduroy
son seigneur et mary, et aussi que Pempereurson
pere luy avoit bien dit, lorsqu'elle partit d'avec luy
pour s'en venir en France : « Ma fille (ltiy dist-il),
vous vous en allez reyne en un royaume le plus
beau, le plus puissant et le plus grand qui soit au
monde, et d'autant vous en tiens-je tres-heureuse;
mais plus heureuse seriez-vous si vous le trouviez
entier en son estât, et aussi fleurissant qu'il a esté
autresfois; mais vous le trouverez fort dissipé,
desmembré, divisé et fany, d'autant que, si le roy
vostre mary en tient une bonne part, les princes
et seigneurs de la reiligion en détiennent de leur
costé l'autre part. » Et, ainsi qu'il luy dist, ainsi le
trouva-elle.
Or, estant vefve, plusieurs personnes et d'hommes
et de dames de la court des plus clairvoyans que
je sçay eurent opinion que le roy, à son retour de
Poullouigne, l'espouseroit , encore qu'elle fust sa
belle-sœur; mais il se pouvoit par la dispense du
pape, qui peut beaucoup en

telle

matière, et

mesmes à l'endroit des grands, à cause du bien
public qui en sort. Et y avoit beaucoup de raisons
que ce mariage se fìst, lesquelles j'ay laissé à desduire aux plus hautz discoureurs, sans que je les
allègue. Mais, entre autres, l'un estoit pour recognoistre par le mariage les obligations grandes
que le roy avoit receues de l'empereur à son retour
et partance de Poullouigne : car il ne faut point

SEPTIÈME

1 35

DISCOURS

doubtcr que, si l'empereur eust voulu luy donner
le moindre obstacle du monde, il n'eust jamais
peu partir ny passer, ny se conduire seurement en
France. Les Poullonnois le voulloient retenir, s'il ne
ftist party sans leur dire à Dieu : car les Ailemans
le guetoient de toutes partz pour ['attraper, comme
fut de ce brave roy Richard d'Angleterre, retournant de la Terre Saincte, ainsi que nous lisons en
nos chroniques, et l'eussent tout de mesme détenu
prisonnier et fait payer rançon , ou possible pis :
car ilz luy en vouloient fort, pour l'amour de la
ieste de la Sainct-Barthelemy, au moins les princes
protestans; mais, volluntairement et sans cérémonie, s'alla jetter dans la foy de l'empereur, qui le
receut tres-gracieusement et aimablement, et avec
tres-grand honneur ,

gracieusetez

et privautez,

comme s'ilz fussent esté frères , et le festina treshonnorablement; et, aprés avoir esté avec luy quelques jours , luy-mesme le conduist un

jour ou

deux , et luy donna passage tres-seur dans ses
terres; si bien que, par sa faveur, il gaigna la Carinthie, les terres des Vénitiens, Venise et puis son
royaume.
Voylà l'obligation que le roy eut à l'empereur,
de laquelle beaucoup de personnes,

comme j'ay

dit, avoient opinion que le roy s'en acquistast en
reprenant plus estroictement son alliance. Mais ,
dés-lors qu'il alla en Pollogne, il vist à Blamont,
en Lorraine, madamoyselle de Vaudemont, Loyse
de Lorraine, l'une des plus belles, bonnes et ac-

1 36

SEPTIEME

DISCOURS

compiles princesses de la chrestienté, sur laquelle
il jettasi ardemment ses jeux que bientost il s'embrasa, et de telle façon que, couvant le feu tout
du long de son voyage, à son retour à Lion il
despescha M. du Gua (l'un de ses grands favoris,
comme certes il le meritoit en tout), en Lorraine,
où il arresta et

conclud le mariage entre luy et

elle fort facillement et sans grande altercation, je
vous laisse à penser, puisqu'au pere l'heur estoit
non pareil et à sa fille; à l'un d'estre beau-pere
du roy de France , et à sa fille d'en estre reyne.
J'en parleray d'elle ailleurs.
Pour retourner encor à nostre petite reyne, laquelle se faschant de demeurer plus en France pour
beaucoup de raisons et mesmes qu'elle n'y estoit
pas recogneue ny gratiffiée comme elle meritoit,
se résolut de s'en aller parfournir le reste de ses
beaux jours avec l'empereur son pere et l'imperatrix sa mere; où elle estant, le roy catholiq vint à
estre veuf de la reyne Anne d'Austriche sa femme,
sœur germaine de nostre reyne Elisabeth, laquelle
il désira espouser et envoyer prier l'imperatrix,
sœur propre du roy catholiq, de luy en ouvrir les
premiers propos; mais elle n'y voulut jamais entendre ny pour une, ny deux, ny trois fois, que
l'imperatrix sa mere luy en parla, s'excusant sur
les cendres

honnorables

du feu roy son mary,

qu'elle ne vouloit violer par un second mariage,
et aussi pour les raisons de la trop grande consanguinité et estroicte parenté qui estoit entr'eux

SEPTIEME

DISCOURS

I

37

deux, dont Dieu grandement s'en pourroit irriter.
Sur quoy l'imperatrix et le roy son frère s'advisarent de luy en faire parler par un jesuiste tressçavant et bien disant, qui l'en exorta et prescha
tout ce qu'il peut, n'oubliant rien d'y raporter
tous ces grands passages des Escritures sainctes et
autres, qui peussent servir à son desseing; mais
elle aussitost le confondit par d'autres aussi belles
et plusvrayes allégations, car, despuis son vefvage,
elle s'estoit mise fort à l'estude de l'escriture de
Dieu, et puis sa déterminée resolution, qui estoit
sa plus saincte défiance, de n'oublier son mary
par secondes nopces; si bien que M. le jesuiste
s'en retourna sans rien faire, qui, estant pressé par
lettres du roy d'Espaigne, y retourna, sans se
contenter de la résolue responce dé ladite princesse; laquelle, ne voulant perdre temps à vouloir
plus contester contre luy, le traicta de parolles rigoureuses et menaces, et lui trencha tout court que
s'il se mesloit de luy en rompre plus la teste ,
qu'elle l'en fairoit repentir, jusques à le menacer
de le faire foueter en sa cuisine. J'ay bien ouy
dire plus, je ne sçay s'il est vray, que, pour la
troisiesme fois, y estant retourné, elle passa outre,
et le fit chastier de son outrecuydance. Toutesfois
je ne le crois pas, car elle aymoit trop les gens de
vie saincte, comme sont ces gens-là.
Voylà la grand constance et belle fermetté de
ceste reyne vertueuse, laquelle enfin elle a gardé
jusqu'à la fin de ses jours aux os vénérables du
18

1 38

SEPTIÈME

DISCOURS

roy son mary ; lesquelz honnorant incessamment
de regretz et de larmes, et ne pouvant plus y
fournir (car une fontaine y fust tarrie), vint à succomber et mourir si jeune qu'elle ne pouvoit pas
encor avoir trente-cinq ans lorsqu'elF est morte;
perte certes par trop inestimable, car elle eust
servy encor d'un mirouer de vertu aux honnestes
dames de toute la chrestienté.
Et certes, si elle a monstre l'amour au roy son
mary par sa constance et continance vertueuse et
ses dolleances continuelles ,

elle l'a maniffestée

encor mieux à Pendroit de la reyne de Navarre,
sa belle-sœur : car, la sachant en tres-grande extrémité de dissette et reduicte

en un chasteau

auvergnac, quasi habandonnée de la pluspart des
siens et de la pluspart de ceux qu'ell' avoit obligez, elle l'envoya visiter et offrir tous ses moyens;
si bien qu'elle luy donnoit la moytié de son revenu du douaire qu'ell' avoit en France, et partageoit avec elle comme si ce fust esté sa sœur
propre; si bien qu'on dit que ceste. grande reyne
eust cu beaucoup à patirsans ceste Iiberallitcgran.de
de sa bonne et belle sœur. Aussi luy defferoit-elle
beaucoup ; et l'honnoroit, et l'aymoit tellement
que malaisément elle peut porter sa mort patiamment en façon du monde : car elle en garda, vingt
jours durant, le lict, l'entretenant de pleurs et
continuelles larmes et de gemissemens assidus; et
onques puis n'a fait que la regretter et déplorer,
espandant sur sa mémoire les plus belles parolles,

SEPTIEME

DISCOURS

qu'il ne seroit besoing d'en emprumpter d'autres
pour la louer et la mettre

avec l'immortalité :

encor qu'on m'a dit qu'elle ayt composé et mis en
lumière un beau livre qui touche la parolle de
Dieu, et un autre d'histoire

de ce qui s' estoit

passé en France tant qu'elle y a esté. Je ne sçay
s'il est vray, mais l'on me Ta asseuré, et qu'on
l'avoit veu entre les mains de la reyne de Navarre,
comme luy ayant envoyé

avant mourir; et en

faisoit un tres-grand cas, et le disoit estre une
tres-belle chose. Puisqu'un tel et si divin oracle le
disoit, il le faut croire.
Voylàque sommairement j'ay peu dire de nostre
bonne reyne Elizabet, de sa bonté, de sa vertu,
de sa constance et de sa continance ,
loyalle amour envers le roy son mary.

et de sa

Et n'estoit

que de son naturel elT estoit ainsi vertueuse. J'ay
ouy dire à M. de Lansac, qui estoit en Espaigne
lorsqu'elle mourut, [que] l'imperatrix luy dist : E
mcjor de nosotros es muerto. On pourroit

croire

qu'en telles actions ceste reyne eust voulu immiter
sa mere, ses grandes tantes et tantes : car l'imperatrix sa mere,

encor qu'elle soit restée vefve et

assez jeune et tres-belle, ne s'est voulue remarier,
et s'est contenue et se contient en sa viduité tressagement et continuellement, ayant quicté TAustricheet PAllemaigne, séjour de son empire, amprés
lamortdeTempereur son mary. Elle vint trouverson
frère en Espaigne, ayant estée mandée de luy et
priée d'y venir pour luy assister en la grand charge

SEPTIEME

DISCOURS

de ses affaires, ainsi qu'elle fait; car ell' est tressage et fort advisée princesse. J'ay ouy dire au feu
roy Henry troisiesme, qui s'entendoit en personnes
mieux qu'homme de son royaume, que c'estoit, à
son gré, une des honnestes et habiles princesses
du monde. Lorsqu'ell' alla

en Espaigne, aprés

avoir traversé les Allemaignes vint en Italie et à
Gènes, où elle s'embarqua : et, d'autant que c'estoit en hyver, et au mois de decembrè qu'elle fit
son embarquement, lë mauvais temps la surpris! à
Marceille, où salut

qu'elle jettast et mouillast

l'ancre. Jamais pourtant elle ne voulut entrer dans
le port, ny ses galleres, de peur de donner quelque
soupçon

et

timbrage ;

ny

elle-mesme n'entra

qu'une fois dans la ville, pour la voir. Son séjour
de là devant fut de sept à huict jours, en attandant le beau temps. Son plus beau et honneste
exercice estoit que, les matins, sortant de sa gallere (car elle y couchoit ordinairement), s'en alloit
le lendemain ouïr la messe et l'oCrice en l'eglise
de Sainct-Victor, avec une tres-ardante devoction;
et puis, son disner luy ayant esté porté et apresté
dans l'abbeye, elle y disnoit; et puis aprés disner
devisoit, avec ou ses femmes ou les siens, ou avec
messieurs de Marceille ,

qui luy portoient tout

l'honneur et reverance qu'il estoit deub à une si
grande princesse, ainsi que le roy leur avoit commandé de la recevoir comme sa propre personne,
en recompance

du bon recueil et bonne chere

qu'elle luy avoit fait à Vienne. Aussi s'en aperceut-

SEPTIEME

DISCOURS

I

4 i:

elle bien, et, pour ce, parloit-elle avec eux fort
privement, et se monstroit à eux tres-familliere,
plus à l'allemande et à la françoise qu'elle ne faî—
soit à l'espaignolle : si bien qu'eux estoient trescontans d'elle, et elle d'eux, ainsi qu'elle le sceut
bien escrire au roy et l'en remercier, jusques à luy
mander que c'estoient d'aussi honnestes gens
qu'elle en avoit jamais veu en ville ; et en nomma
quelques vingtz à part, comme M. Castellan, dit
le seigneur Altyvity, capitaine de galleres, et celluy
assez signallé pour avoir espousé la belle Chasteauneuf de la court, et avoir tué le Grand-Prieur, et
luy aussi tué avec luy, comme ailleurs j'espere
dire. Ce fut sa femme mesmes qui me raconta
ce que je dis; et me discourut des perfections de
ceste grande princesse, et comme elle trouvoit le
séjour de Marceille tres-beau, et l'admiroit, et l'entretenoit fort en sespourmenades, et, le soir venu,
ne failloit d'aller coucher en galleres, pour quant
le beau temps ou le bon vent s'esleva, tout au coup
faire voyle aussitost, ou fust qu'elle ne vouloit
rien umbrager. J'estois lors à la court quand on
racontoit ces nouvelles au roy de sa passade, qui
estoit fort en inquiétude si on l'avoit bien receue,
et comme elle devoit estre, et luy le vouloit.
Ceste princesse vit encores et se contient en ses
belles vertuz; et a servy beaucoup le roy son frère,
à ce qu'on m'a dit. Elle s'est retirée despuis, pour
son dernier séjour et habitation, en une relligion
de femmes relligieuses, qu'on appelle dcscalçadas,

1 42

SEPTIEME

DISCOURS

parcequ'elles ne portent ne soulliers ne chausses;
et la princesse d'Espaigne, sa sœur, la fonda.
Ceste princesse d'Espaigne a esté une tres-belle
princesse,

et de

tres-aparante majesté : aussi ne

seroit-elle pas espaignolle princesse ; car, voluntiers,
la belle aparance et bonne grâce accompaigne tousjours la majesté, et surtout l'espaignolle. J'ay eu
cest honneur de l'avoir veue, et parlé à elle assez
privement, estant en Espaigne retourné de Portugal. Ainsi que j'estois allé la première fois faire la
reverance à nostre reyne Elizabeth de France, et
que je devisois avec

elle, me

demandant force

nouvelles et de France et de Portugal, on vint dire
à la reyne que madame

la princesse venoit. Sou-

dain elle me dist : « Ne bougez, MonsieurdeBourdeille;

vous verrez une belle et honneste prin-

cesse ; vous vous plairez à la voir. Elle sera bien
aise de vous voir et de vous demander des nouvelles du roy. son filz, puisque vous l'avez veu. »
Et, sur ce, voycy madame la princesse arriver, que
je trouvay tres belle, à mon gré, fort bien vestue,
et coiffée d'une tocque à l'espaignolle, de crespe
blanc, qui

luy baissoit fort

bas en poincte sur le

nez, et vestue, non autrement en femme vefve, à
l espaignolle, car elle portoit de la soye quasi ordinairement. Je la contemple et admire d'abord,'
et si fixement, que sur le poinct que j'en devenois
ravy, la reyne m'apella, et me dist que madame la
princesse vouloit sçavoir de moy des nouvelles du
roy son filz; car j'avois bien ouy qu'elle luy disoit

SEPTIÈME

DISCOURS

comme elle parloit et entretenoit un gentilhomme
du roy son frère, qui venoit de Portugal. Sur ce,
je m'aproche d'elle,

et en luy baisant sa robe à

l'espaignolle, elle me

recuillit fort doucement et

privement; et puis se mit à me demander des nouvelles du roy son filz, de ses deportemens, et ce
qu'il m'en sembloit : car alors on parloit de vouloir
traicter mariage entre luy et madame Marguerite
de France, seur du roy, maintenant reyne de Navarre. Je luy en contay prou : car je parlois alors
l'espaignol aussi bien ou mieux que mon françois.
Entre autres de ses demandes, me fit ceste-cy : si
son dit filz estoit beau, et à qui il ressembloit. Je
luy dis que c'estoit un des plus beaux princes de la
chrestienté, comme certes il estoit, et qu'il la ressembloit. du tout, et que c'estoit le vray image de
sa beauté: dont elle en fit un pettit soubriset rougeur de visage, qui monstra un aise de ce que je
luyavois dit. Et, aprés avoir assez longtemps parlé
à elle, on vint quérir la reyne pour souper, et par
ainsi les deux sœurs se séparèrent; et la reyne me
dist alors (qui s'amusoit

un peu à la fenestre et

nous oyoit pourtant) en

riant : « Vous luy avez

fait un grand plaisir de luy avoir dit ce que vous
luy avez dit de la ressemblance de son filz. » Et
puis me demanda

ce qu'il m'en sembloit, si je ne

l'avois pas trouvée une honneste femme, et telle
qu'elle me l'avoit dite; et puis me dist : « Je croy
qu'elle désirerait fort d'espouser le roy mon frère,
et je le voudrois. » Ce que je sceuz bien raporter à

144

SEPTIEME

DISCOURS

la reyne mere du roy, quand je sus de retour à la
court, qui estoit pour lors à Arles en Provance,
Mais elle me dist qu'elle avoit trop d'aage sur luy,
et

qu'elle seroit sa mere. Je luy dis de plus ce

•qu'on m'avoit dit en Espaigne, et le tenois de bon
lieu :

qu'elle s'estoit tres-bien résolue de ne se

remarier

jamais

qu'elle

n'espousast

le roy de

France, ou du tout se retirer du monde. Et, de
fait, elle se fantastiqua si bien ce hautparty et
ceste opinion si belle, car elle avoit le cœur tresgrand, qu'elle le croyoit venir à sa fin et contentement, ou du tout qu'ell'yroit finerle reste de ses
jours dans le monastère que j'ay dit, où desja elle
commançoit à faire bastir pour s'y retirer. Et, par
•ainsi, s'entretint assez longtemps en ceste espérance et créance, mesnageant tousjours tres-sagement sa viduité, jusqu'à ce qu'elle sceutle mariage
du roy avec sa niepce;

et alors, toute son espé-

rance perdue, elle dit ces parolles despitées , ou
semblables, comme j'ay ouy dire : Aunque la nieia
sea por su vcrano mas moza, y ménos cargada de
anos que la ûa, la hermosura de la tia, ya en su esf/o, toda hecha y formada por sus gentilcs y frud 'tferos anos, vale mas que ìodos losfruios que sueiaá
floreclda da esperanza á venir; porque la mmor
desdicha humana los hard caer y perder, ni mas ni
ménos que algunos árboles, los quales, en el verano,
por sus lindos y blancos flores nos prometen linia
fruta en

cl estio, y cl menor viento que acade los

Ueva y abate,

no

quedando que 'as hojas. Eíi!

SEPTIEME

DISCOURS

. 45

dunque pasase todo con la voluntad de Dios, con el
quai desde agora me voy, no con otro, para siempre
jamasj me casar : « Encores que la niepce soit plus

jeune en sa prime, et moins chargée d'années que
la tante, la beauté de la tante desjà en son esté,
toute faite et formée par ses ans gentilz, portans
fruict, vaut plus que tous les fruictz que son aage,
maintenant flori, donne espérance d'en venir; car
la moindre mesadvanture humaine les deffaira, et
les faira choir et perdre, ny plus ny moins que
aucuns arbres au beau printemps, lesquelz, par
leurs belles et blanches fleurs, nous promettent de
bons et beaux fruictz en esté : là-dessus, il ne faut
qu'un meschant petit vent qui arrive, qui les emporte et abatte et les efface, et n'y reste que des
feuilles. Passe doncques le tout selon lavolunté de
Dieu, avec qui je m'en vois marier pour tout
jamais, et non avec d'autre. » Comme elie le dist,
elle le fit, et mena une si bonne et saincte vie,
du tout esloignée du monde, qu'elle a laissé aux
dames, et grandes et petites, un bel exemple pour
l'imiter. II y pourroit avoir aucuns qui pourroieni
dire : « Dieu mercy qu'elle ne peut espouser le
ioy Charles ! car, si cela se fust peu faire, ell' eust
bien renvoyé loing les dures condictions de veufvage, et eust repris les douces de mariage. » Cela
se pourroit présumer; mais aussi presumeroit-on
de l'autre costé que le grand désir qu'elle monstroit au monde de vouloir espouser ce grand roy
«toit une forme et manière ostentative, et superbe
Brantôme. III.
19

SEPTIEME

DISCOURS

à Pespaignolle, de maniffester son haut courage,
en ce qu'elle ne vouloit s'abaisser nullement, et
que, voyant sa sœur emperiere, et ne le pouvant
estre, et la voulant égaller, elle aspiroit à estre
reyne du royaume de France, qui vaut bien un
empire, ou plus, et que, pour le moins, si elle n'y
pouvoit attaindre par l'effect, elle y alloit pour le
grand désir de son ambition, ainsi que j'ay ouy
parler d'elle. Pour fin, à mon gré, c'estoit une des
plus

accomplies princesses estrangeres que j'aye

point veu, quoyque l'on puisse luy reprocher sa
retraicte du monde, faite plustost par despit que
par grand devoction; mais tant y

a qu'elle I'a

faite; et sa bonne vie et sainte fin ont monstre en
elle je ne sçay quoy de toute saincteté.
Sa tante, la reyne Marie d'Ongrie, en fit de
mesme, mays en fort aage caducq, tant pour se
retirer du monde que pour ayder à l'empereur, son
frère, à bien servir Dieu. Ceste reyne fut vefveen
fort bas aage,
mary,

qui,

ayant perdu le

fort jeune,

roy Louys, son

mourut en une bataille

qu'il eust contre lesTurcz, non tant pour la raison
que pour la persuasion et opiniastreté d'un cardinal
qui le

gouvernoit

fort, luy allegant qu'il ne se

falloit meffier de la puissance de Dieu, ny de sa
juste cause; que, quand il n'auroit, pour manière
de dire, que dix mil' Ongres, estans si bons chrestiens

et combatans pour la querrelle de Dieu, il

defferoit cent mil' Turcz; et le poussa et pricipita
tellement à

ce

poinct qu'il perdit la bataille;

SEPTIEME

DISCOURS

'47

et se voulant retirer, tumba dans un maretz, où il
se suffoqua.
De mesme arriva au roy dernier de Portugal,
Sebastien, lequel se perdit misérablement, quand,
par trop foible de forces, s'hazarda de donner la
bataille contre les Mores, qui estoient

trois fois

plus fortzque luy, et ce, sur la persuasion, preschemens et ospiniastrettez d'aucuns jesuistes, qui
luy mettoient en advant les puissances de Dieu,
qui, de son seul regard, pouvoit foudroyer tout le
monde, mesmes quand il se banderoit contre luy,
comme certes c'est une maxime

tres-veritable ;

mais pourtant il ne le faut pas tenter ny abuser de
sa grandeur, car il

a des secretz que ne sçavons

pas. Aucuns ont dit que lesditz jesuistes

le fai-

soient et disoient en bonne intention, comme il se
peut croire; autres, qu'ilz avoient estez apostez et
gaignez du roy d'Espaigne, pour faire ainsi perdre
ce jeune et courageux roy,

et tout plein de feu,

afin qu'aprés il peust plus aisément empiéter ce
qu'il a empiété despuis. Tant y a que telles deux
fautes sont arrivées par telles gens qui veulent manier les armes, et n'en sçavent le mestier.
Et c'est pourquoy ce grand duc de Guyse, aprés
qu'il fut grandement trompé en son voyage d'Italie,
il disoit souvant : « J'ayme bien l'eglise de Dieu,
mais je ne fairay jamais entreprise de conqueste
sur la parolle et la foy d'un prebstre »; voulant
par là taxer le pape Carrasse, dit Paulo quatriesme,
qui ne luy avoit tenu ce qu'il luy avoit promis par

i 48

SEPTIEME

DISCOURS

de grandes et sollempniséesparolles, ou bien M. le
cardinal, son frère, qui en estoit allé prendre langue,

et sonder le gué jusques à Rome, et puis

tout legierement avoit poussé M. son frère à cela,
11 se peut entendre que mondit seigneur de Guyse
entendoit et de l'un et de l'autre, car, comme j'ay
ouy dire, que ainsi que mondit seigneur repetloit
souvant telles parolles devant M. le cardinal, pensant que ce fust une pierre jettée dans son jardin,
il en enrageoit et s'en fascboit fort soubz bride.
J'ay fait cete digression puisque le subget en estoit venu à propos.
Or, pour retourner à nostre reyne Marie, aprés
tel malheur du roy son mary, elle demeura vefve
fort jeune, et tres-belle, ainsi que je l'ay ouy dire
à plusieurs personnes qui l'ont veue, et, selon ses
portraictz que j'ay veu, qui la représentent telle,
ne luy donnant aucune

chose de laid et à quoy

reprendre, si non sa grand bouche et avancée, à
la mode d'Austriche, qui ne

vient ny ne sort pas

pourtant de la maison d'Austriche, mais de Bourgoigne, ainsi que j'ay ouy raconter à une dame de
la court de ce temps-là :

qu'une

Alienor, passant par Dyjon,

et

fois la reyne
allant faire ses

devoctions au monastère des Chartreux de là, et
visiter les vénérables sepulchres de ses ayeulz, les
ducz de Bourgoigne, elle fut curieuse de les faire
ouvrir, ainsi que plusieurs roys ont fait des leurs.
Elle y en veid aucuns si bien conservez et entiers
qu'elle y recogneut plusieurs formes, et entr'autrw

SEPTIEME

DISCOURS

"'49

la bouche de leur visage.

Sur quoy soudain elle

s'escria : Ha!

que nous tinssions nos

je pensois

bouches de ceux d'Austriche ; mais,

à ce que je

vois, nous les tenons de Marye de Bourgoigne,
nostre ayeulle, et autres ducz de Bourgoigne, nos
ayeulx. Si je vois
luy diray;

jamais l'empereur mon frère, je

encor

luy

manderay-je.

»

Ceste

dame, qu'y estoit lors, me dist qu'elle l'ouyt; et
dist que ladite reyne le disoit

comme y prenant

plaisir, ainsi qu'elle avoit raison; car la maison de
Bourgoigne valoit bien

celle

d'Austriche, puis-

qu'elP estoit venue d'un filz de France, Philipes le
Hardy, et qu'ilz en avoient tiré de grands biens, de
grandes generositez et valeurs de courages; car je
croy qu'il n'en fut jamais quatre plus grands ducz
les uns aprés les autres

comme furent ces quatre

ducz de Bourgoigne. On pourra reprocher que je
m'extravague souvant; mais aussi
pardonner, puisque je

il m'est aisé à

ne sçay nul art de bien

esc rire.
Nostre reyne Marie
tres belle et

agréable,

de Ongrie, donc, estoit
et fort aymable, encores

qu'elle se monstrast un peu hommasse; mais, pour
l'amour, elle n'en estoit pas pire,

ny pour la

guerre, et tout, qu'elle prist pour son principal
exercice. L'empereur,

son frère, la cognoissant

propre pour

et

celluy-là,

tres-habille, l'envoya

quérir et prier venir à luy, pour luy bailler la charge
qu'avoit eu sa

tante Marguerite de Flandres, qui

fut une tres-sage princesse,

et qui gouverna ses

l5o

SEPTIÈME

DISCOURS

Païs-Bas avec douceur, comme l'autre avec rigueur;
aussi tant qu'ellevesquit, le roy François ne tourna
guieres ses armes et ses guerres vers ces quartiers,
quoyque le roy d'Angleterre l'y poussast; disant
qu'il ne vouloìt

faire

desplaisir à ceste honneste

princesse, qui se monstroit si bonne à la France,
et qui estoit si sage et vertueuse, et malheureuse
pourtant, plus que ses vertuz ne requeroient, en
mariages, dont le premier fut avec le roy Charles VIII e , duquel elle fut fort jeune renvoyée à sa
maison et à son pere; l'autre avec le filz du roy
d'Arragon, nommé Jehan, duquel elle eut un enfant posthumié qui mourut tost âpres estre né; le
tiers fut avec le beau duc Philibert de Savoye, duquel n'eut

aucune lignée, et pour ce portoit en

sa devise Fortune infortune, fors une. Elle gist avec
son mary en ce beau convent de Brou, et si sumptueux, prés la ville de Bourg en Bresse, que j'ay
veu.
Ceste reyne donc d'Ongrie ayda bien à l'empereur, car il

estoit seul.

Bien

est-il vray qu'il

avoit Ferdinand, roy des Romains, son frère; mais
il avoit assez à faire à monstrer teste à ce grand
sultan Soliman. L'empereur avoit aussi sur ses bras
les affaires de l'Italie, qui

alors

estoit en grande

combustion ; de l'Allemaigne, il n'estoit pas mieux,
à cause du Grand Turc, ny de la Ongrie, de l'Espaigne (lorsqu'elle se révolta sous M. de Chievres),
des Indes, des

Païs-Bas,

de la Barbarie, de la

France, qui estoit le plus grand fardeau de tous;

SEPTIEME

DISCOURS

bref de toute la moytié

du monde

ceste sœur, qu'il aymoit

par dessus toutes, gou-

quasi. II fit

vernante generalle de tous ses Païs-Bas, où, l'espace de vingt-deux à vingt-trois ans, l'a bien servi
que je ne sçay

comment

il s'en fust trouvé sans

elle. Aussi se fioit-il en elle du tout de ses affaires
de son gouvernement : si bien que l'empereur luymesmes, estant en Flandres, se remettoit du tout
en elle de ses affaires de ses païs là bas; et le conseil se tenoit soubz elle et chez elle, bien souvant
l'empereur y estant et y allant comme j'ay sceu. II
est vray qu'elle, qui estoit tres-habille, luy deffairoit le tout, et luy raportoit

tout

ce

qui s'estoit

passé au conseil, quand il n'y estoit, en quoy il
prenoit un grand plaisir. Elle y fit de belles guerres,
ores par ses lieutenans,
jours à cheval,

ores en personne, tous-

comme une

genereus[e]

ama-

zonne.
Ce fut elle qui, la première, encommança les
grands feuz en nostre France, et en fit de grands
sur de belles maisons

et chasteaux, comme sur

celluy de Follambray, belle et agréable maison que
nos roys avoient fait bastir pour le deduict et
plaisir de la chasse; dont le roy en prist si grand
despit et desplaisir qu'au bout de quelqge temps il
luy rendit

bien son change, et s'en revancha sur

la belle maison de Bains, qu'on tenoit pour un
miracle du

monde,

faisant

honte, s'il faut dire

ainsi, à tous autres beaux bastimens, et, que j'ay
ouy dire à ceux qui l'ont veue en sa perfection

■ 52

SEPTIÈME

DISCOURS

aynsin, voyre aux sept miracles

du monde, tant

renommez de l'antiquité. Elle y festina l'empereur
Charles et toute sa court, lorsque son filz, le roy
Philipes, passa d'Espaigne en

Flandres pour le

voir, où les magnifficences furent veues et faites en
telles excellences et perfections qu'on n'a jamais
parlé, de ce temps-là, que de las fiestas de Bains,
disoient les Espaignolz. Ainsi me souvient-il qu'au
voyage de Bayonne, quelques grandes magnifficences qui se soient présentées, quelques courremens de bagues, combatz, mascarades, despenses,
n'estoient rien au

pris de las fiestas de Bains, ce

disoient aucuns vieux gentilzhommes espaignolz
qui les avoient veues, ainsi que je les ay peu voir
dans un livre

fait en espaignol exprés. Et puis

bien dire que jamais n'a rien esté fait ny veu de
plus beau,

et n'en desplaise aux magnifficences

romaines, représentantes leurs jeux de jadis, ostés
les combatz des gladiateurs

et

bestes sauvages;

mais, hors cela, les festes de Bains estoient plus
belles, plus plaisantes, plus meslées et plus generalles.
Je les descrirois voluntiers ici, selon que jeles aj
emprumptées de ce livre en espaignol, et aprises
d'aucuns qu'y estoient lors, et mesmes de madame
de Fontaine, dite Torcy, estant fille pour lors de
la reyne Leonor;

maison me pourroit reprocher

que je serois un trop grand digresseur. Ce sera à
un' autre fois que je les garde à bonne bouche, car
la chose le vaut bien. Dont entre les plus belles

SEPTIEME

DISCOURS

i 53

magniíficences, je treuve ceste-cy : qu'elle fit faire
une grande forteresse de brique, qui fut assaillie,
desfendue, secourue par six mil' hommes de pied
des vieilles bandes, canonnée de trente pieces, tant
en batterie que pour les deffances, avec toutes les
mesmes cerimonies et façons de bonne guerre ; et
dura le siège trois jours et demy, qu'on ne veid
jamais rien de si beau :

car les assautz y furent

donnez, le secours maintenant entré, l'autre maintenant deffait, tant de la cavallerie que de l'infanterie, par le prince de Piedmont, emprés la place
rendue par composition moytié douce, moytié un
peu rigoureuse, et

avec compassion les

soldatz

renduz et se retirans, et conduictz par escorte;
bries, rien ne s'y oublia de la vraye guerre ; à quoy
l'empereur prist un singulier plaisir.
Asseurez-vous que, si ceste reyne fut là suìnptueuse, elle vouloit bien monstrer à son frère que
ce qu'elle avoit eu de luy ou de ses estatz, pensions, biens-faitz, ou de ses conquestes, le tout
estoit voué à sa gloire et son plaisir. Aussi ledit
empereur se pleut fort, et l'en loua ; et en estima
grandement la despense, et surtout aussi celle qui
estoit dans sa chambre ; car c'estoit une tapisserie
de haute lice, toute d'or, d'argent et soye, où
estoient figurées et représentées au naturel toutes
ces belles conquestes, hautes entreprises, expédierons de guerres et batailles qu'il avoit faites, données et gaignées,

n'oubliant surtout la fuite

de

Sollyman devant Vienne, et la prise du roy Fran20

SEPTIÈME

DISCOURS

çois. Bries, il n'y avoit rien là-dedans qui ne fust
tres-exquis.
Mais la paouvre maison perdit bien le lustre puis
aprés, car

elle

fut totalement pillée, ruinée et

rasée. J'ay ouy dire que sa maistresse, quand elle
en sceut la ruine, tumba en telle destresse, despit et
rage, qu'elle ne s'en peut de longtemps apaiser;
et, en passant un jour auprés, en vouloit voir la
ruine; et, la regardant fort piteusement, la larme
à l'ceil, jura que toute la France s'en repentirait,
et qu'elle se ressentiroit de ses feuz, et qu'elle ne
seroit jamais à son aise que ce beau Fontainebleau
(dont on en faisoit tant de cas) ne fust mis par
terre,

et n'y

demeureroit pierre sur pierre. Et,

de fait, elle en vomit fort bien sa rage sur la paouvre Picardie, qui la sentit bien, et ses flammes; et
croy que si la trefve ne fust intervenue, que sa
vengeance fust esté grande : car elle avoit le cœur
grand et dur, et qui malaisément s'amollissoit ; et
la tenoit-on, tant de son costé que du nostre, un
peu trop cruelle; mais tel est le naturel des femmes, et mesmes des grandes, qui sont tres-promptes

à la vengeance

quand elles sont offancées.

L'empereur (à ce qu'on dit) l'en aymoit davantage.
J'ay ouy raconter

que, lorsqu'à Bruxelles il se

deffit et se despouilla, dans une grand salle où il
avoit fait un'

assemblée generalie de ses estatz,

aprés qu'il eust harangué et dit tout ce qu'il vouloit à l'assemblée et à son filz, et qu'il eust humblement

remercié la reyne Marie sa sœur, qui

SEPTIEME

1 55

DISCOURS

estoit assise prés de l'empereur son frère, elle se
leva de son siège, et avec une grande révérence,
faite à son frère d'une grande et grave magesté et
asseurée grâce, adressant sa parolle au peuple, dist
ainsi: « Messieurs, despuis vingt-trois ans qu'il a
pieu à l'empereur mon frère me donner la charge
et gouvernement de tous ses Païs-Bas, j'y ay employé et raporté tout ce que Dieu, la nature et la
fortune m'avoient donné de moyens et de grâce
pour m'en acquicter au mieux qu'il m'a esté possible. Toutesfois, si en aucune chose j'y ay fait faute,
j'en suis excusable, pensant n'y avoir rien oublié
du mien, ny espargné qui fût propre. Toutesfois,
si j'ay manqué en quelque chose, je vous prie me
pardonner que si aucun pourtant de vous autres
ne le veut faire, et se mescontante de moy,
le moindre de mes

soucis, puisque

c'est

l'empereur

mon frère s'en contente, à qui mon seul plaire à
esté toujours le plus grand de mes désirs et soucys. » Ayant ainsi parlé et reffait sa grande reverancc à l'empereur, elle se remit en son siège. J'ay
ouy dire que ceste parolle fut trouvée un peu trop
altière et brave, et mesmes estant sur son despartement de sa charge, et pour dire adieu à un peuple qu'elle devoìt laisser en bonne bouche et en
toute douleur pour sa partance.

Mais que s'en

soucioit-elle, puisqu'elle n'avoit autre but que de
plaire et contenter son frère, et, dés meshuy, ne
contenter le monde,

et tenir

compaignie à son

frère en sa retractation et prières? J'ay ouy faire ce

.56

SEPTIÈME

DISCOURS

conte à un gentilhomme de mon srere, qui estoit
lors à Bruxelles, où

il estoit allé capituler de la

rançon de mondit frère qui avoit esté pris dans
Hedin,

et avoit demeuré prisonnier cinq ans à

PIsle en Flandres. Et ledit gentilhomme veid toute
[ceste] assemblée et tout ce luctueus mistere de
l'empereur ; et me dist que plusieurs furent un peu
scandallisez sourdement de ceste parolle si brave
de la reyne, mais non pourtant qu'ilz en osassent
rien dire ny le faire parestre, car ilz voyoient bien
qu'ilz avoient affaire à une maistresse dame, qui,
avant que partir, si on l'eust irritée, eust fait un
coup pour saderniere main. La voylà donc deschargée de tout, et accompaigne son frère en Espaigne,
qu'elle n'habandonna jamais, elle et la reyne Aleonor, sa sœur, jusques à son tumbeau ; et tous trois
se survesquirent d'un an l'un aprés l'autre. L'empereur alla devant, la reyne de France aprés, comme
la plus aagée, et la reyne d'Ongrie aprés ses deux
frère et sœur, ayant tres-sagement gouverné leur
viduitc. II est vray que la rcync d'Ongrie fut plus
longuement vefve que sa sœur, sans jamais se remarier; et sa sœur se remaria deux fois, autant
pour estre reyne
morceau,

de France,

que par la

prière

qui estoit un bon
et persuasion

de

l'empereur, afíìn qu'elle servist d'un sceau tresferme pour asseurer une paix et tout un repos public, encor que la matière du sceau ne tinst longuement ; car la guerre s'en ensuivit par emprés, aussi
cruelle que jamais ; mais la paouvre princesse n en

SEPTIÈME

DISCOURS

pouvoit mais, car elle y raportoit tout ce qu'elle
y pouvoit ; et si, pour cela, le roy son mary ne
l'en traictoit pas mieux, car il en maudissoit fort
l'alliance, ainsi que j'ay ouy dire.

5 Aprés le despart de la reyne d'Ongrie, ne
resta aucune princesse grande prés du roi Phillipe
(jà seigneur investi de ses pays), sinon madame la
duchesse de Lorraine, Christierne de Danemarc,
sa cousine germaine, despuis nommée Son Altesse,
qui luy tint tousjours bonne compaignie tant qu'il
demeura là, et fit tousjours beaucoup

valloir sa

court; car toute court de roy, prince, empereur
ou monarque,

tant grande soit-elle, est peu de

chose si elle n'est acompagnée et recommandée
ou d'une court

de reyne,

ou d'emperiere,

ou

grande princesse, et de grand nombre de dames et
damoyselles, ainsi que je m'en suis bien aperceu
etl'ay veu discourir et dire aux plus grands.
Ceste princesse, à mon gré, a esté une des belles
princesses et autant accomplies que j'aye point
veu. EH' estoit en visage tres-helle et tres-agreable,
la taille tres-belle

et haute, et le discours tres-

beau, surtout s'habillant tres-bien; si bien que, de
son temps, ell' en donna à nos dames de France,
et aux siennes, le patron et modelle de s'habiller,
qu'on apelloit à la

Lorraine, pour la teste, et

pour la coiffure et le voille, dont il en faisoit fort
beau voir nos dames de

court; et volluntiers ne

s'en accommodoient que les bonnes festes ou grandes
magnifficences, pour mieux se parer et se montrer,

.58

SEPTIEME

DISCOURS

et tout à la Lorraine et imitation de Son Altezze.
Elle avoit surtout l'une des belles mains que l'on
eust sceu voir ; aussi

l'ay-je veu fort louer à la

reyne mère, et la parangonner à la sienne. Elle se
tenoit fort bien à cheval et de fort bonne grâce,
et alloit tousjours à l'estrieu sur l'arçon, dont elle
avoit apris la façon de la reyne Marie, sa tante,
et ay ouy dire que la reyne

mere l'avoit apris

d'elle ; car auparavant ell' alloit à la planchette,
qui certes ne monstroit la grâce ni le beau geste
comme l'estrieu. Elle vouloit en cela fort imiter la
reyne sa tante, et ne montoit jamais que sur des
chevaux d'Espaigne, turcz, barbes et fort beaux
genetz, qui allassent bien l'amble, ainsi que je luy
en ay veu par un coup une douzaine de tres-beaux,
les uns qu'on n'eust sceu dire plus beaux que les
autres. Ceste tante l'aymoit fort,

et la trouvoit

scelon son humeur, tant pour les exercices qu'ell'aymoit, et de chasses et autres, que pour ses vertuz qu'elle cognoissoit en elle. Aussi, estant mariée,
l'alloit— elle voir souvant en Flandres, ainsi que j'ay
ouy dire à madame de Fontaines; et, aprés qu'elle
fut vefve, et surtout aprés qu'on luy eut osté son
filz, elle quicta la Lorraine dedespit; car ell' avoit
un cœur tres-grand. Elles'en alla faire sa demeure
avec l'empereur son oncle et les reynes ses tantes,
qui la receurent à tres-grand aise.
Elle suporta

fort

impatiemment la

perte et

l'abssance de monsieur son filz., encor que le roy
Henry luy en fist toutes les excuses du monde, et

SEPTIEME DISCOURS
luy allegast qu'il le vouloit adoter pour son filz.
Mais, ne se pouvant apaiser, et voyant qu'on luy
bail I oi t le bon

homme

M.

de La

Brousse pour

gouverneur, et ostoit-on celluy qui l'estoit, M. de
Montbardon, fort sage et honneste gentilhomme
que l'empereur luy avoit

donné, le cognoissant

pour tel de longue main, car il l'avoit veu serviteur de M. de Bourbon, et estoit François reffugié, ceste princesse, nonobstant, voyant

toutes

choses désespérées, pour cela vint trouver un jour
de jeudy sainct le roy Henry dans la grande gallerie de Nancy, où estoit toute sa court, et d'une
grâce tres-asseurée, avec ceste grande beauté qui
la rendoit encor plus admirable, vint sans s'estonner,
ny s'abaisser aucunement de sa grandeur, en luy
faisant pourtant une grand reverance ; et, le supliant, luy

remonstra, les larmes aux yeux, qui

la rendoient plus belle et

plus agréable, le tort

qu'il luy faisoit de luy oster son filz, chose

si

chere qu'elle n'en avoit au monde une telle, et
qu'elle ne meritoit point ce rude traictement, veu
le grand lieu d'où ell' estoit extraicte, et aussi
qu'elle ne pensoit avoir rien fait contre son service.
Et ces propos tenoit-elle si bien ditz et de si bonne
grâce, et par si belles raisons, avec de si

douces

complainctes, que le roy, qui de soy estoit tousjours tres-courtois au[x] dames, en eust une tresgrande compassion, non-seullement luy, mais tous
les princes et grands et petitz qui se trouvaient à
telle veue.

SEPTIÈME

DISCOURS

Le roy, qui estoit le plus respectueux roy aux
dames qu'il en fut onc en France, luy respondit
fort honnestement, non point par un grand fatras
de parolles, nyen formed'arangue longue, corame
la représente Paradin en son Histoire de France;
car, de soy et de son
tant prollixe, ny

naturel, il

n'estoit point

copieux en propos et concions,

ny si grand harangueur. Aussi n'est-il besoing, ny
n'est bien séant, qu'un roy contreface en son dire
le philosophe ou le grand

orateur;

et les plus

courtes parolles et briefves demandes et responces
luy sont les meilleures et plus séantes, ainsi que
j'ay ouy dire à de grands personnages comme à
M. de Pibrac, de qui l'instruction en estoit tresbonne pour la grand suffisance qui estoit en luy.
•Aussi, quiconque lira ceste harangue de Paradin,
faite en tel endroit, ou présumée d'estre faite par
le roy Henry, n'en croira rien ; et aussi que j'ay
ouy dire à plusieurs grands, qui estoient presentz,
qu'il n'estendit tant sa responce, ny son discours,
comme il dit. Bien cst-il vray qu'il la consola fort
honnestement et

modestement sur sa désolation

prétendue; et qu'elle n'avoit nul subjet de s'en
donner peine, puisque, pour assurer son estât, et
non pour inimitié particulliere, il vouloit avoir son
fìlz auprès de luy, et le mettre avec son fil z ayné,
pour prendre nourriture avec luy, et mesmes façons
de vivre,
des

et mesme fortune ; et, puisqu'il estoit

François

pouvoit

extrait,

et

luy

François,

il ne

estre mieux qu'estre nourry en la court

SEPTIEME

DISCOURS

de France et parmj les François, où il avoit tant
de parans et amys , et, surtout, n'oublia de
dire que la maison de Lorraine estoit à celle de
France obligée plus qu'à maison de la chrestienté
luy allegant l'obligation du duc de Lorraine
contre le duc Charles de Bourgoigne, qui fut tué
devant Nancy : dont c' estoit une maxime infalible
de croire que, sans la France, il eust ruiné et le duc
de Lorraine et sa duché, et l'eust rendu le plus
misérable prince du monde. Dont par là parressoit
à qui plus la maison de Lorraine estoit tenue, ou
à celle de France ou à celle de Bourgoigne, en
ce luy donnant une petite attaque qui se doubtoit
d'elle qui en estoit alliée et qui penchoit de ce
costé, et pourroit faire pencher son filz, et l'y
nourrir; et pour ce s'en vouloit asseurer. II luy allégua aussi l'obligation que ceux de ladite maison
de Lorraine avoient aux François, pour avoir estez
si bien assistez d'eux aux conquestes de la guerre
saincte, de Hierusalem, royaume de Naples et
Scicilc. II raporta aussi comme son naturel ny
ambition ne tendoit point à ruiner ny à deffaire les
princes, mais à les secourir du tout, estans en
affliction, ainsi qu'il avoit fait à la petite reyne
d'Ecosse, proche parante de son filz, au duc de
Parme, et à l'Allemaigne, si opressée qu'ell' alloit
tumber à bas sans son secours ; et, par mesme bonté
et générosité, vouloit-il avoir en sa protection
ce petit jeune prince lorrain, pour le haut eslever
plus qu'il n'estoit, et le faire son filz en luy donBrantôme. III

2 1

162

SEPTIEME

DISCOURS

nant une de ses filles; et, par ce, ne devoit-elle
'Jfmp-, luuq 3 -iqoiq auiq ( M

^8ÌMBlWffl^?.B 30

Mais tous ces beaux motz et belles raisons ne la
peurent aucunement consoller, ny moins luy faire
suporter son ennuy patiemment. Par quoy, aprés
avoir fait

sa reverance,

tousjours jettant force

larmes précieuses, se retira en sa chambre, où le
roy l'alla conduire jusques à la porte; et, le lendemain avant partir, l'alla revoir en sa chambre,
et prendre congé d'elle, sans obtenir de luy autre
chose sur sa requeste. Ains, ayant veu partir à sa
veue son cher filz et mener en France, elle resollut,
de son costé, de quicter la Lorraine et se retirer
en Flandres vers son oncle l'empereur (quel beau
mot!) et vers son cousin

le roy Philippes et les

reynes ses tantes (quelles alliances et tiltres !), ce
qu'elle fit ; et n'en bougea jusques amprés la paix
faite entre les deux roys, que celluy d'Espaigne
passa la mer, et s'y en alla.
A ceste paix, elle y servit beaucoup, voire du
tout : car les députez, tant d'une part que d'autre,
à ce que j'ay ouy dire, aprés

s'estre beaucoup

peinez et consumez à Cercan plusieurs jours, sans
y rien faire ny arrester, estans tous en deffaut et
hors

de queste,

à mode de veneurs,

elle, ou

qu'elle fust instinte d'un esprit divin, ou poussée
de quelque bon zelle chrestien et de son bon esprit naturel, entreprenant la chasse de ceste grand
négociation, la conduisit si bien

que la fin s'en

ensuivit si heureuse alors par toute la chrestienté.

SEPTIEME

DISCOURS

Aussi ne se pouvoit-il trouver personne (cedisoiton) plus propre pour remuer et asseurer ceste
grand pierre; car ell' estoit une dame tres-habile
et tres-advisée s'il en fut onc, et de belle et
grande authorité; comme certes les petites et basses personnes ne sont propres à cela comme les
grandes. D'autre part, le roy son cousin la croioit
et se fioit fort en elle, l'estimant telle; et l'aymoit
fort, et luy portoit une tres-grande affection et
amour: aussi luy faisoit-elle fort valloir et resplandir sa court, qui, sans elle, fust estée fort
obscure ; et pourtant despuis, comme j'ay ouy
dire, ne l'a pas trop bien recogneue ne bien
traictée en ses terres qui luy estoient escheues pour
douaire en la duché de Milan, où ell' avoit esté
mariée en premières nopees avec le duc Esforce :
car, ainsi qu'on m'a dit, il luy en avoit osté et
escorné aucunes.
J'ay ouy dire qu'aprés la perte de son filz,
qu'elle demeura fort mal contente de M. de Guyse
et de M. le cardinal son frère, les accusant d'avoir
persuadé le roy à cela, à cause de leur ambition,
tant pour voir leur cousin si proche adoté filz et
marié en la maison de France que pour avoir desdit quelques temps avant M. de Guyse de mariage, qui luy en avoit fait porter parolle. Elle, qui
estoit hautaine en toute extrémité, dist qu'elle
n'espouseroit jamais le cadet de la maison dont ell'
avoit espousé l'ayné ; parce pour tel reffus M. de
Guyse la luy garda bonne, jusques-là encor qu'il

SEPTIÈME

DISCOURS

ne perdist rien au change de madame sa femme,
qu'il espousa puis aprés : car ell' estoit de tresillustre maison et petite-fille d'un roy Loys douziesme, l'un des bons et braves roys qui ait esté au
siège françois, et, qui plus est, elle estoit la plus
belle femme de la chrestienté.
En quoyj'ay ouy dire que, la première fois que
ces

deux belles

princesses s'entreveirent, toutes

deux surent si contemplatives l'une de l'autre, ores
conduisantz droit leurs regards fixement sur elles,
ores de travers, ores de costé, que l'une et l'autre
ne se pouvoient assez regarder, tant elles surent
fixes et attantives à s'entrevoir. Je vous laisse à
penser les divers pensemens qu'elles pouvoient làdessus pourmener dans leurs belles ames ; ny plus
ny moins qu'on

list

qu'un peu avant que ceste

grand bataille se donnast en Affrique entre Scipion
et Anibal, qui fut la totalle diffinition de la guerre
de Romme et de Cartage, avant que la commancer,
s'aboucharent ensemble par une petite surceance
d'armes .d'environ quelques deux heures; et, ainsi
qu'ilz se' furent aprochez l'un de l'autre, demeurarent quelque petite espace de temps, ravys,en contemplation de l'un et de l'autre, chascun de la
valeur de son compaignon,

tant renommée par

leurs beaux faitz et si bien représentée en leurs,
visages, en leurs corps et en leurs belles et guerrières

façons et gestes.

Et, par ainsi, ayant de-

meuré assez ravis en si. belles méditations de l'un
et de l'autre, se meirent à parlementer de la façon

SEPTIÈME

DISCOURS

■ 65

que Tite-Live le descrit tres-bien. Que c'est que
de la vertu, qui se fait admirer parmy les haynes
et innimitiez, comme de mesme la beauté parmy
les jalousies, ainsi que fit celle de ces deux dames
et princesses que je viens de dire !
Certes, leurs beautez et bonnes grâces se pouvoient dire esgalles, si madame de Guise ne l'eust
un peu emportée; aussi se contentoit-elle de la
passer en cela, et non point en gloire et superbeté : car c'estoit la plus douce, bonne, humble
et affable princesse que l'on eust sceu voir, encor
qu'en sa façon elle se monstrast altière et brave.
La nature l' avoit faite telle, tant en sa haute et
belle taille que en son grave port et belle majestés
si bien qu'à la voir on eust craint tousjours et songé
à l'accoster, mais l' ayant accostée et parlé à elle,
on n'y trouvoit que toute douceur, toute candeur
et debonnaireté, tenant cela de son grand-pere, le
bon pere du peuple, et du doux air françois.
Bien est-il vray qu'elle sçavoit bien garder et pratiquer sa grandeur et gloire quand il falloit. J'espere déparier d'elle ailleurs et à part.
Son Altezze de Lorraine estoit au contraire fort
glorieuse, et un peu trop presumptueuse. Je l'ay
cogneu par quelquefois à l'endroit de la reyne
d'Escosse, laquelle, aprés avoir esté vefve, alla
faire un voyage en Lorraine, où j'estois ; mais vous
eussiez dit que bien souvant sadite Altezze se vouloit advantager et advancer sur la magesté de ladite
reyne. Mais elle, qui estoit tres-habile et de grand

i66

SEPTIÈME

DISCOURS

cœur, ne luy en laissoit pas passer une, ny aucunement s'advancer sur elle de rien, encor que
ce fust la mesme douceur, aussi que M. le cardinal
son oncle l'en avoit bien advertie et instruicte de
l'humeur de ladite princesse; laquelle, ne se pouvant desfaire de sadite gloire, s'en voulut un peu
accommoder envers la reyne mere lorsqu'elles se
veirent ; mais ce fut à glorieuse glorieuse etdemy;
car la reyne mere estoit la plus glorieuse femme
du monde quand il falloit, et comme je l'ay veu ei
ouy la nommer telle à plusieurs grands, et mesmes
quand il falloit déprimer la gloire de quelque personne qui l'eust voulue faire valloir, car elle luy
abaissoit jusques au centre de la terre ; touteslois,
si se porta-elle modestement. à l'endroit de Son
Altezze, luy defferant assez et l'honnorant, mais
tenant pourtant tousjours la bride, ores la main
haute, ores basse quant il failloyt, de peur qu'elle
ne s'esguarast ou se desbosquast ; car je luy vis
dire deux ou trois fois : K Voylà la plus glorieuse
femme

que je vis jamais ! » C'estoit lorsqu'elle

vint au sacre du feu roy Charles neufiesme, où elle
fut

conviée ,

à Reins.

Lorsqu'elle y entra elle

ne voulut est-re à cheval, craignant n'y montrer
assez sa grandeur et altezze, mais se mit dans un
coche fort superbe, tout couvert de vellours noir, à
cause de sa viduité, qui estoit traisné de quatre
turcz blancz, des beaux qu'on eust sceu choisir,
et

atteliez tous

quatre à front, en manière de

chariot triumphant.

EU'

estoit à la portière fort

SEPTIEME

DISCOURS

bien habillée, toute de noir pourtant, en robbe
de vellours; mais à la teste, toute de blanc et
tres-bien et gentiment et superbement coiffée et
habillée; à l'autre portière estoit une de ses filles,
qui a esté despuis madame la duchesse de Bavière;
et au dedans sa dame d'honneur, qui estoit la
princesse de Macédoine. La reyne la voulut voir
entrer dans la basse court en ce triumphe, et se
meit à la fenestre, et dist assez bas : « Voylà une
glorieuse femme ! » Et puis estant dessendue et
montée en haut, ladite reyne l'alla recueillyr au
mitant de la salle seullement, au moins un peu plus
avant, et plus prés de la porte que de loing. Et
fut tres-bien receue d'elle : car elle gouvernoit
lors tout, pour le bas aage du roy son filz, et le
dressoit et luy faisoit faire ce qu'elle vouloit, qui
fit grand honneur à Sadite Altezze. Toute la court,
tant grands que pettitz, l'extimarent et admirarent
fort, etlatrouvarent tres-belle, encores qu'elle declinast sur l'aage, qui pouvoit venir à un peu plus
de quarante ans; mais rien ne se trouvoit en elle
changé ny effacé, car son autonne passoit bien
l'esté d'aucunes. II faut estimer grandement ceste
princesse d'avoir esté si belle, et gardé sa viduité
jusques à son tombeau, et révéré si inviollablement
et impollument, non par tierces nopces, la foy aux
mânes de son mary.
Elle mourut un an aprés avoir sceu nouvelles
qu'elle estoit reyne d'Anemarc, d'où ell' estoit
sortie, et que le royaume luy estoit escheu, de

I

1 68

SEPTIEME

DISCOURS

sorte qu'avant mourir ell' a veu changer son nom
d' Altezze, qu'ell' avoit porté si longuement, en
celluy de Magesté, qui peu l'accompaigna, non pas
six mois. Je croy qu'elle eust bien voulu porter
encor celluy d'Altezze et qu'elle fust estéeenceste
belle verdeur de jeunesse et beauté d'autres fois
car tous empires et royaumes ne sont rien au prix
des jeunes ans. Encor luy a ce esté un honneur et
un heur avant la mort porter ce nom de reyne; et
pourtant, à ce que j'ay ouy dire, elle estoit résolue de n'aller point en son royaume, mais définir
le reste de ses jours en son douaire d'Italie, à
Tortonne; et ceux du pais ne l'apelloient que madame de Tortonne (pas beau nom pourtant ny digne
d'elle), où elle s'estoit retirée fort longtemps avant
que mourir, tant pour l'amour de quelques vœuz
qu'ell' avoit fait aux sainctz lieux de par de-làque
pour estre plus prés des bains de là, car elle devint
malladive et fort goûteuse.
Ses

exercices estoient

honnestes,

comme

tres-beaux, sainctz et

à prier Dieu,

et à faire de

grandes aumosnes et charitez envers les paouvres,
et surtout envers les vefves, entre lesquelles se
souvint de la paouvre madame la castellanne de
Milan, que nous avons veu à la court misérablement traîner ses jours, sans le secours de la reyne
mere, qui luy faisoit tousjours quelque petit bien.
Elle estoit fille de la princesse de Macédoine, et
sortie de ceste grande maison. Je Tay veue une
fort honnorable femme, et fort aagée ; ell' avoit

SEPTIÈME

169

DISCOURS

esté gouvernante de Son Altezze. Elle,sçachant la
misère où vivoit ceste paouvre castellanne, l'envoya
quérir, et la fit venir auprés d'elle, et la traicta.si
bien qu'elle ne sentit plus la disette qu'elle sentoit
en France.
Voylà ce que j'ay peu dire sommairement de
ceste grand princesse, et comment, vesve et tresbelle, s'est tres-sagement conduicte. II

est vray

qu'on pourra dire qu'ell' avoit esté mariée un'autre
fois avec le

duc

Sforce. Semon,

mais il mourut

aussitost, et ne demeurarent pas un an mariez, et
elle fut vefve en l'aage de quinze à seize ans; et
par ce l'empereur, son oncle, la maria avec le duc
de Lorraine, pour s'affermir de plus en plus d'alliances; mais elle fut vefve aussi en la fleur de son
aage, n'ayant pas jouy de son beau mariage longues années ; et celles qui luy restarent, qui furent
les plus belles et plus à priser et mettre en besoigne, elle les fit et consomma en un retiré et chaste
vefvage.

5 Si faut— il que, sur ce subjet, je parle des
belles vefves en deux motz, d'une du temps passé,
qui est ceste honnorable vefve madame Blanche de
Montlerrat, l'une des anciennes maisons d'Italie,
qui fut duchesse .de Savoye, et la plus belle et la
plus parfaite princesse de son temps, et des plus
sages et advisées, et qui gouverna aussi bien et si
sagement la tutelle de son filz et de ses
qu'òn veid

jamais

dame

et

mere,

terres

estant

meurée vefve en l'aage de vingt-trois ans.
22

de-

SEPTIÈME

DISCOURS

Ce sut celle qui receut si honnorablement le petit
roy Charles huictiesme, allant à son royaume de
Naples, en toutes ses terres, et principallement en
sa ville de Turin, où elle luy fit une fort pompeuse
entrée, et où elle-mesme s'y voulut trouver, et y
marcha fort sumptueusement accoustrée; et monstroit qu'elle sentoit bien sa
ell' estoit en

estât

grande dame : car

magniffique,

habillée d'une

grand robe de drap d'or frizé, et toute bordée
de gros diamantz, rubis, saffirs, esmeraudes, et
auties riches pierreries. Sa teste estoit entournée de
pareilles et riches pierreries; à son col elle portoit
un carquant ou collier garny de tres-grosses perles
orientalles qu'on

n'eust sceu estimer, et avoit

des brasselletz en ses bras tout de mesmes. Elfestoit montée sur une belle haquenée blanche, harnachée fort superbement, que six grands lacquais conduisoyent, vestuz de drap d'or broché. Ell'estoit
suivie d'une grande bande de damoyselles, fort
richement, mignardement et proprement vestues à
la piedmontoise, qu'il faisoit beau voir; aprésJesquelles venoit une fort grand troupe de gentilzhommes et cavailliers du païs; puis entra et marcha aprés elle le roy Charles soubz un riche poêle,
et alla descendre au chasteau, où il logea; et là
madame de Savoye luy présenta son filz à la porte
dudict chasteau, avant qu'entrer, qui estoit tresjeune ; et puis elle luy fit une tres-belle harangue,
luy présentant ses terres et ses moyens, tant d'elle
que de son filz ; ce que le roy receut de tres-bon

SEPTIEME DISCOURS
cœur, et l'en remercia bien sort, se sentant fort
obligé à elle. Par toute la ville on y voyoit l'escu
de France et celluy de Savoye, entrelassez d'un
grand las d'amour qui lioit les deux escus et les
deux ordres, avec ces motz : SANGUINIS ARCTUS
AMOR, ce que dit la Chronique de Savoye.
J'ay ouy dire à aucuns de nos pères et mères,
qui le tenoient des leurs qui l'avoient veue, et
rnesmes madame la seneschalle de Poictou, ma
grand mere, qui estoit lors fille à la court, qui
affermoit qu'alors on ne parloit que de la beauté,
sagesse et advisement de ceste princesse, et que
tous les courtisans et gallans de la court, quand
ilz furent de retour en France de leur voyage, n'en
faisoient que parler et entretenir les filles et dames
de la court de sa beauté et vertu, et surtout le
roy, qui monstroit en aparance en estre au cœur
blessé.
Toutesfois, sans ceste beauté, il avoit ocasion
grande de la bien aymer; car elle luy ayda de tous
ses moyens qu'elle peut, et se deffit de toutes ses
pierreries, perles et joyaux pour les luy prester et
engager où bon luy plairait, ce qui estoit une
tres-grande obligation : car voluntiers les dames
portent une tres-grande affection à leurs pierreries, bagues et joyaux, et voluntiers presteroient
et engageraient plustost quelque piece précieuse
de. leurs corps que leur richesse de joyaux : je parle
d'aucunes, et non de toutes. Certes ceste obligation fut grande: car, sans ceste courtoisie, et celle

172

SEPTIEME

DISCOURS

aussi de la marquise de Montferrat, une tres-honneste dame aussi et tres-belle, recevoit bien au
long la courte honte, et s'en retournoil de son
demy voyage qu'il avoit entrepris sans argent, ayant
pis fait qu'un evesque de France qui alla au concilie de Trente sans argent ny sans latin. Quel
embarquement sans biscuit! Mais il y a bien differance de l'un à l'autre ; car ce qu'en fit l'un, ce
fut par une générosité belle et grande ambition qui
luy fermoit les yeux à toutes incommoditez, ne
trouvant rien impossible à son brave cœur; mais à
l'autre failloit esprit et habilité, péchant en cela
par ignorance et bestise, si ce n'estoit

qu'il se

fioit à faire la queste estant là.
En ce discours de ceste belle entrée que viens
dire, est à noter la superbeté des accoustremens
de ceste princesse, qui sentoit un peu plus sa femme
mariée (ce dira-on)

que

sa vefve.

Sur quoy les

dames alors disoient que, pour un si grand roy,
elle

se pouvoit dispenser jusques-là, encor qu'il

ne fust de besoing autrement de dispence, et aussi
que les grands et grandes se donnent la loy, et que
de ce temps les vefves (ce disoit-on), n'estoient si
ressarrées ny refformées en leurs habitz comme elles
l'ont esté despuis quelques quarante ans qu'une
grande dame que je sçay, laquelle, estant fort aux
bonnes grâces d'un roy, voire en délices, s'habilla
un peu plus à la modeste, mais de soye pourtant
tousjours, affìn qu'elle peust mieux adombrer et
cacher

son

jeu ; et, par

ainsi,

les vefves de la

SEPTIEME

DISCOURS

court, la voulant immiter, en faisoient de mesmes
qu'elle. Si ne se refformoit-elle point tant, ny si à
l'austerité, qu'elle ne s'habillast gentiment et pompeusement, mais tout de noir et blanc; et y paressoit plus de mondanité que de refformation de
veufve, et surtout monstroit

tousjours

sa belle

gorge. J'ouysdire à la reyne, mere du roy Henry III,
au sacre et auxnopces du roy Henry III e , mesmes
choses : que lés vefves du temps passé n'avoient
si grand esgard à leurs habitz, modesties ny actions, comme aujourd'huy ; ainsi comm' elle avoit
veu du temps du roy François, qui vouloit sa court
libre en tout, et mesmes que les vefves y dansoient,
et les prenoit-on aussi

librement que l'on faisoit

les filles et femmes mariées ; et le dist sur ce poinct
qu'elle commanda et pria M. de Vaudemont de
prendre, pour honnorer la feste, madame la princesse de Condé la douairière pour danser; ce qu'il
fit pour luy obéir, et la

mena le grand bal : ceux

qui estoient

comme

au sacre

moy

l'ont

veu,

et s'en pourront bien souvenir. Voylà des libériez
qu'avoient les vefves pour lors. Aujourd'hui cela
leur est deffandu comme sacrilège, et comme les
couleurs, car elles n'oseroient porter ny s'habiller
que de noir et blanc ; et leurs jupes ou cotillons
peuvent-elles bien

porter, et

leurs

chausses, de

gris, tané, viollet et bleu. Aucunes ay-je veu qui
se sont esmancipées sur le rouge, incarnat et couleur de chamois, ainsi que le temps passé : car
elles pouvoient

porter

toutes couleurs en

leurs

'74

SEPTIÈME

DISCOURS

cottes, en chausses, non en robes, ainsi que j'ay
ouy dire.
Aussi ceste duchesse, dont nous venons déparier, pouvoit-elle bien

porter ceste robbe de drap

d'or, car c'estoit son habit ducal et sa robbe de
grandeur, laquelle

luy

estoit séante et permise

pour monstrer sa souveraineté

et dignité de du-

chesse ; comme encor font et peuvent faire nos
contesses

et duchesses,

qui portent et peuvent

porter leurs habitz ducaux et de contesses en leurs
cérémonies. Nos vefves d'ennuy n'osent porter de
pierreries, sinon aux doigtz, à quelques mirouers
et à quelques Heures, et

à de

belles sainctures,

mais non sur la teste ny sur leur corps, ouy bien
force perles au col et au bras; et vous jure avoir
veu des vefves estre

aussi propres en leurs habitz

blancz et noirs, qui attiroient bien autant que les
bigarrez des mariées

et

filles de France. Voylà

assez parlé de ceste vefve estrangere : il faut un
peu parler des nostres, et veux toucher à nostre
reyne blanche Loyse de Lorraine, femme du roy
Henry, dernier mort.
5 On P eut et doit-on louer ceste princesse de
beaucoup: car,

en son mariage,

elle s'est com-

portée avec le roy son mary aussi sagement, chastement et loyaument que le neu duquel elle fut
liée en conjoinction avec luy a demeuré tousjours
si ferme et indissoluble, qu'on ne I'a jamais trouvé
deffait ny délié, encor que le roy son mary aymast et allast bien quelquefois

au change, à la

SEPTIEME

DISCOURS

mode des grands, qui ont leur franche liberté à
part; et aussi que, dés le beau premier commancement de leur mariage, voyre dix jours aprés , il ne
luy donna grand occasion de contentement, car il
luy osta ses filles de chambre et damoyselles qui
avoient toujours esté avec elle et nourries d'elle,
estant fille, qu'elle regreta fort; et la picure luy
en fut glande au cœur, surtout pourmadamoyselle
de Changy, une tres-belle et fort honneste damoyselle, et qui ne vallo.it pas d'estre bannye de
la compaignie de sa maistresse ny de la court.
C'est un grand despit de perdre une bonne compaigne et confidante.

Je

sçay qu'une

fois une

dame de ses plus privées fut un jour si presumptueuse de luy remonstrer, en riant et gaudissant,
que, puisqu'elle ne pouvoit avoir enfans du roy,
ny n'en auroit jamais, pour beaucoup de raisons
que l'on disoit de ce temps-là, qu'elle fairoit bien
d'emprumpter quelqu'ayde tierce et secrette pour
s'en faire avoir,

affin qu'elle ne demeurast sans

authorité, si le cas advenoit que

le roy vint à

mourir, ains qu'elle peutestre un jourreynemere du
roy, et tenir mesme rang et grandeur que la reyne
sa belle-mere. Mais elle

regetta bien

loing ce

conseil bouffonnesque, et leprist en tres-mauvaise
part, et oncques plus n'ayma ceste bonne dame
conseilliere, aymant mieux apuyer sa grandeur sur sa
chasteté et vertu que sur une lignée sortie de vice.
Ce conseil, pour le monde et selon la doctrine de
Machavel, n'estoit point pourtant à regetter.

SEPTIEME

DISCOURS

On dit que la reyne Marie d'Angleterre, tierce
femme du roy Louys XII, n'en fit pas de mesme:
car, se mescontantant et deffiant de la foiblesse
du roy son mary, voulut sonder ce guet, prenant
pour guide M. le conte d'Angoulesme, qui despuis fut le roy François, lequel estoit alors un jeune
prince beau et tres-agreable, à qui elle faisoit tresbonne

chaire,

mon beau

l'apellant tousjours

filz » ; aussi

l'estoit-il,

«

Monsieur

car il avoii

espousé desjà madame Claude, fille du roy Loys.
Et de fait en estoit esprise ; et luy la voyant en lit
de mesme; si

bien qu'il

s'en

salut peu que les

deux feuz ne s'assemblassent, sans feu M. de Grignaux, gentilhomme

et seigneur d'honneur de

Perigort,

tres-sage

chevallier

d'honneur de la

nous avons

dit,

Marye. Luy,

et

et

advizé,

lequel avoit esté

reyne Anne, comme

l'estoit

encor de la reyne

voyant que le

mistere s'en alloit

jouer, remonstra à mondit sieur d'Angoulesme la
faute qu'il alloit faire, et luy dist en se courrouçant: « Comment,

Pasque-Dieu ! (car tel estoit

son jurement) que voulez-vous faire? Ne voyez
vous pas que ceste femme, qui est fine et caute, vous
veut attirer à elle affin que vous l'engrossiez? Et,
si elle vient à avoir un filz, vous voylà encores
conte simple

d'Angoulesme,

et jamais roy de

France, comme vous espérez. Le roy son mary est
vieux, et meshuy ne luy peut faire enfans. Vous
l'yrez toucher, et vous vous aprocherez si bien
d'elle que vous qui estes jeune et chaud, elle de

SEPTIEME

DISCOURS

177

mesme, Pasque-Dieu ! elle prendra comme à
glu; elle faira un enfant, et vous voylà bien!
Aprés vous pourrez bien dire : « A Dieu ma
«part du royaume de France. » Par quoy songez-y. » Ceste reyne vouloit bien pratiquer et esprouver le proverbe et reffrain espaignol, qui dit
que nunca muger aguda murió sin herederos ; « jamais femme habille ne mourut sans héritiers » ;
c'est-à-dire que, si son mary ne luy en fait, elle
s'ayde d'un second pour luy en faire. M. d'Angoulesme y songea de fait, et protesta d'y estre
sage et s'en déporter ; mais, tenté encoret retenté
des caresses et mignardises de ceste belle Angloise,
s'y précipita plus que jamais. Que c'est que de
l' ardeur de l'amour ! et d'un tel petit morceau de
chair, pour lequel on en quicte et les royaumes et
les empires, et les perd-on, comme les histoires en
sont plaines. Enfin M. de Grignaux, voyant que
ce jeune homme s'alloit perdre et continuoit ses
amours, le dist à madame d'Angoullesme, samere,
qui l'en reprima et tança si bien qu'il n'y retourna
plus. Se dit-on pourtant que la reyne fit bien ce
qu'elle peut pour vivre et régner reyne mere peu
avant et aprés la mort du roy son mary. Mais il
luy mourut trop tost, car elle n'eut grand temps à
faire ceste besoigne ; et, nonobstant, faisoit courir le bruict, aprés la mort du roy, tous les jours
qu'ell' estoit grosse ; si bien que, ne l'estant point
dans le corps, on dit qu'elle s'enfioit par le dehors
avecques des linges peu à peu, et que, venant le
Brantôme. III.

2

3

i 78

SEPTIÈME

DISCOURS

terme, ell' avoit un enfant suposé que devoit avoir
un' autre femme grosse, et le produire dans le
temps de l'accouchement. Mais madame la regente, qui estoit une fine Savoysienne qui sçavoit
que c'est de faire des enfans, et qui voyoit qu'il y
alloit trop de bon pour elle èt pour son filz, la fit
si bien esclairer et visiter par médecins et sagesfemmes, et par la veue et descouverte de ses linges et drapeaux, qu'elle fut descouverte et faillie
en 'son desseing, et point reyne mere, et r'envoyée
en son pais.
Voylà la differance de ceste Marye avec nostre
reyne Loyse, laquelle a esté si sage, chaste et vertueuse, que, ny par la vraye ni sauce suposition,
n'a point voulu estre reyne mere. Et, quand elle
eust voulu jouer un tel jeu, il n'en fust esté autre
chose, car personne n'y prenoit garde, et en eust
rendu plusieurs bien esbays. En quoy ce roy d'aujourd'huy luy est bien redevable, et l'en doit bien
aymer et honnorer : car, si elle eust fait le traict,
et qu'elle eust produict un petit enfant, le roy, de
roy qu'il est, ne fust esté qu'un petit regent en
France, possible que non; et ce faible nom ne
l'eust sceu garantir qu'il n'eust eu plus de maux
et guerres qu'il n'a heu.
J'ay ouy dire à aucuns, tant relligieux que
mondains, et tenir ceste conclusion : que nostre
reyne eust mieux fait d'avoir joué ceste partie, et
que la France n'eust point eu tant de misères,
paouvrettez et ruines qu'elle en a et aura, et la

SEPTIÈME

DISCOURS

17 o

chrestienté mieux portée. Je m'en raporte aux
braves et curieux discoureurs là-dessus (mais je
n'en crois rien, car nous nous trouvons bien de
nostre roy. Dieu le garde !) pour en dyre leur
advys; car ilz en ont un brave subjet et fort ample
pour l'Estat, mais non pour Dieu, si me semble,
auquel nostre reyne a esté tousjours tendue et inclinée, l'aymant et l'adorant si fort que, pour le
servir, elle s'oublioit elle-mesme et sa haute condiction. Car, estant tres-belle princesse (aussi le
roy la print pour sa beauté et vertuz), et jeune,
délicatteet tres-aymable, elle ne s'adonnoit à autre
chose qu'à servir Dieu, aller aux devoctions, visiter continuellement les hospitaux, penser les
mallades, ensepvellyr les mortz, n'y oubliant ny
obmettant rien des bonnes et sainctes œuvres
qu'observoient en cela les sainctes, devoctes et
bonnes dames, princesses et reynes du temps passé de la primitive église. Aprés la mort du roy
son mary, elle en a fait tousjours de mesmes, employant le temps à le plorer et regretter, et à prier
Dieu pour son ame; si bien que sa vie du vefvage
est toute pareille à celle du mariage. On la soupçonnoit, durant le mary, qu'elle penchoit un peu
du party de l' Union, à cause que, toute bonne
chrestienne et catholique qu'elle estoit, ell' aymoit
ceux qui debatoient et combattoient pour sa foy
etrelligion; mais elle ne les a jamais aymé, ains
du tout quicté aprés qu'ilz eurent tué son mary,
n en reclamant autre vengeance ny punition que

i8o

SEPTIEME

DISCOURS

celle qu'il plairoit à Dieu envoyer, encor qu'ell' en
priast les hommes, et sur tous nostre roy, qui doit
justice sur ce fait innorme d'une personne sacrée.
Et ainsi a vescu ceste princesse en mariage, et ainsi
vist en viduité sans reproche. Enfin elle est morte
en réputation tres-belle et

digne

d'elle,

ayant

languy longtemps et traisné heticque et seiche,
qu'on disoyt pour avoyr estée trop adonnée à la
tristesse. Elle fi st une fort belle mort et soit religieuse. Advant que mouryr elle fist porter sa couronne sur le chevet de son lict prez d'elle, etne
voulust qu'elle bougast d' auprez d'elle tant qu'elle
vyvroit, et, aprés sa mort, qu'elle fust couronnée
et tant qu'elle dureroyt sur terre.
5 Elle layssa une seur qu'est madame de Joyeuse,
qui l'a imitée en sa prude et chaste vie, laquelle a
fait de grands deuilz etlamentations poursonraary:
aussi estoit-il un brave, vaillant et accomply seigneur. Et, de plus, j'ay ouy dire que, lorsque le
roy d'aujourd'huy fut
Diepe, que

M.

du

en

telle estrette et dans

Mayne

avec

quarante mil

hommes le tenoit assiégé et serré comme dans un
sac, que si elle fust estée au lieu de M. le commandeurde Chate, qui commandoit dedans, qu'elle
se fust bien revanchée de la mort de son mary autrement que n'avoit fait ledit sieur commandeur,
qui, " pour les
Joyeuse,

obligations qu'il

avoit à M. de

ne le devoyt recevoyr, disoyt-elle; et

despuis ne l'a aymé, mais l'a hay plus que peste,
ne le, pouvant

excuser d'une telle faute, encor

SEPTIÈME

DISCOURS

qu'autres l'estiment d'avoir gardé la foy et la
loyauté qu'il avoit promise. Mais une femme, justement ou injustement offancée, ne prend rien en
payement, comme a fait celle là ne pouvant aymer
son roy d'aujourd'huy, ayant pourtant fort regretté
le feu roy et porté le deuil pour luy, encor qu'elle
fust de la ligue; mais elle disoit que son mary et
elle luy avoient d'extrêmes obligations. Pour fin,
c'est une bonne et sage princesse, et qui a honneur aux regretz qu'elle monstra aux cendres de
son mary, pour quelque temps, car elle se remaria aveq M. de Luxembourg. Estant si jeune,
falloit-il qu'elle bruslast toujours?
J Madame de Guyse, Catherine de Cleves,
l'une des trois filles de Nevers, trois princesses
certes qu'on ne sçauroit assez louer, tant pour leurs
beautez que pour leurs vertuz, desquelles j'en
faitz à part un chapitre, a cellebré et cellebre tous
les jours fort dignement l'abssence eternelle de
monsieur son mary; mais aussi quel mary estoitce! C'estoit le nomper du monde: ainsi l'apelloitelle en quelques-unes de ses lettres qu'ell' escrivoit
à aucunes dames de ses plus famillieres que aprés
son malheur j'ay veu, leur bien maniffestant par ses
funestes et tristes parolles des quelz regretz son
ame estoit blessée.
3 Madame sa belleTsœur, madame de Montpensier, de laquelle j'espere parler ailleurs, pleura
son mary luctueusement; et, bien qu'elle l'eust
perdu estant fort jeune, belle et aymable pour

l82

SEPTIEME

DISCOURS

beaucoup de perfections en elle de l'ame et du
corps, n'a jamais songé de se remarier, encor que
bien tendrette d'ans ell' eust espousé son mary qui
eust esté son ayeul, et qu'ell' eust tasté de luy fort
sobrement des fruictz de mariage, desquelz n'a
vouleu regouster ny en reparer les deffautz et arrérages par unes secondes nopces.
5 J'ay veu plusieurs seigneurs, gentilzhommes
et dames s'esmerveiller souvant de madame la princesse de Condé, la douairière, de la maison de
Longueville, qui ne s'est jamais voulue remarier,
puisqu'ell' estoit l'unedes bellesdames de laFrance,
et tres-desirable, s' estant pieu en sa condition viduale, sans jamais s'estre voulue remarier, et
mesmes qu'elle demeura vefve tres-jeune.
5 Madame la marquise de Rothelin, sa mere,
en a fait de mesmes, qui, tres-belle qu'elle a esté,
est morte vefve. Certes, et la mere et la fille pouvoient embrazer tout un royaume de leurs yeux et
doux regardz, qu'on tenoit à la court et en France
pour estre des plus agréables et des plus attirans.
Aussi ne faut-il point doubter qu'ilz ne brullassent
plusieurs; mais de s'en aproclier par mariage, il
n'en falloit point parler; et toutes deux ont tresloyaument entretenu la foy donnée à leurs feuz
marys, sans en espouserde secondz.
Je n'aurois jamais fait si je voulois alléguer
toutes ces princesses de la court de nos roys sur ce
subjet. Je le remetz à un autre endroit pour les
louer: par quoy je les laisse, et parle un peu de

I

SEPTIÈME

DISCOURS

I

83

quelques dames qui, pour n'estre princesses, ont
bien la race aussi illustre et l'ame aussi généreuse
qu'elles.
<s Madame de Randan, dite Fulvia Mirandolla,
de la bonne maison de l'Admirande, demeura vefve
en la fleur de son aage, et tres-belle. Elle fit un
si grand deuil de sa perte que jamais elle n'a daigné se regarder en son mirouer et a desnié son
beau visage au blanc et clair cristal qui la desiroit
tant voir; et ne luy pouvoit dire comme la dame
qui, rompant son miroir et le dédiant à Venus,
luy dist ces vers latins :
Bico tibi Veneri spéculum, quia cernere talem
Qualis sum nolo, qualis tram nequeo :

1 « Venus, je te dédie mon mirouer:- car, telle
que je suis, je n'ay plus le cœur ny la patience de
m'y regarder; et, telle que je suis estée d'autresfois, je ne puis. »
Madame de Randan ne mesprisoit son mirouer
pour ce subjet, car élT estoit tres-belle, mais pour
un vœu qu'ell' avoit fait à l'ombre de son mary,
lequel estoit un des parfaitz gentilzhommes de la
France, pour lequel elle quicta toute mondanité;
jamais ne s'habilla que fort austerement et relligieusement avec son voile, et ne monstroit jamais
ses cheveux, et coiffée plustost négligemment,
monstrant pourtant avec son incuriosité une grande
beauté. Aussi feu M. de Guyse, dernier mort, ne
l'apelloit jamais que moyne, car elle s'habilloit et

i8 4

SEPTIEME

DISCOURS

estoit bouchonnée comme un relligieux; et ce disoit-il en riant et gaudissant avec elle : car il l'avmoit et honnoroit beaucoup, comme ell' estoit tresaffectionnée à son service et à toute la maison.
5 Madame de Carnavalet, vefve deux fois, reffusa pour le troisiesme d'espouser M. d'Espernon,
dit lors M. de la Vallette le jeune, au commancement de sa grand faveur, qui en estoit si espris
d'amour, comme certes ell' estoit une tres-belle
vefve, et bien aymable, que, n'en pouvant tirer
d'elle ce qu'il eust tres-bien désiré, la pourchassa
et pressa de l'espousser, et luy en fit parler troisou
quatre fois par le roy; mais jamais ne voulut se
remettre en une subjection de mary: car ell' avoit
esté mariée deux fois, l'une avec le conte de Montravel, et l'autre avec M. de Carnavalet; et, quand
ses plus privez amis, et mesmes moy qui luy estois
fort serviteur, luy remonstrois la faute qu'elle faisoit de refîuser un si grand party, qui la mettoit
dans le fin sons et abysme de la grandeur, des
biens, des richesses, de la faveur et de toutes dignitez, veu ce qui estoit La Vallette, leplusfavory
du roy, qu'il tenoit comme un second soy-mesme,
elle respondoit que tout son contentement ne
gissoit pas en tous ces poinctz, mais en sa resolution et plaine liberté et satisfaction de soy-mesme,
et en la mémoire de ses marys, dont le nombre
l'en avoit saoullée.
3 Madame de Bourdeille, sortie de l'ilustre et
ancienne maison de Montbron, et des contez de

SEPTIÈME

DISCOURS

I

85

Perigord et viconté d'Aunay, estant venue vefve
en l'aage de trente-sept à trente-huict ans, tresbelle, et croy que en laGuienne, d'où elle estoit,
il n'y en avoit pas une qui l'ait surpassée de son
temps en beauté, bonne grâce et belle aparance :
car ell' avoit l'une des belles, hautes et riches
tailles qu'on eust sceu voir, et, si le corps estoit
beau, l'ame estoit pareille; estant donc en si bel
estât, et restée vefve, fut pourchassée et requise
de trois grands et riches seigneurs en mariage,
ausquelz tous elle respondoit : « Je ne veux point
dire comme beaucoup de dames, qui disent qu'elles
ne se marieront jamais, et asseurent leurs parolles
de telle façon qu'on le peut croire, aprés rien ;
mais je dis bien que, si Dieu et la chair ne m'en
donnent autre volunté que j'ay ast'heure, etqu'ilz
ne me la changent, pour chose tres-certaine j'ay
dit pour jamais à Dieu au maryage. » Et, comme
un autre luy replicqua : « Mais quoy! Madame,
voulez-vous brusler en la verdeur de vostre bel
aage? — Je ne sçay comme vous l'entendez (luy
respondit-elle) ; mais jusques ast'heure il ne m'a
pas esté possible de m'eschauffer encor seule dans
mon lict vœuf et froid comme glace; mais, estant
en la compaignie d'un second mary, je ne dis pas
que, m'aprochant de son feu, je ne puisse brusler
comme vous dictes; et, parce que le froid est plus
aisé à suporter que le chaud, je me suis résolue de
me contenir en ma qualité, et m'abstenir d'un second mariage. » Et, tout ainsi qu'elle l'a dit, elle
-4

i86

SEPTIEME

DISCOURS

l'a tenu jusques ast'heure, ayant demeuré vefve
desja douze ans, sans avoir rien perdu de sa beauté
mais tousjours nourrie et entretenue sans une
seulle tache. Ce qui est une grande obligation
aux cendres de son mary, et un tesmoignage de
l'avoir bien aymé vivant, et une redevance par trop
extresme à ses enfans de l'honnorer pour jamais, et
ainsin est morte veufve.
Feu M. d'Estrozze avoit esté l'un de ceux qu'y
pretendoient ; et l'en avoit fait requérir; mais,
tout grand et alié de la reyne mere qu'il estoit,
l'en reffusa, et s'en excusa honnestement. Quelle
humeur pourtant d'estre belle et honneste et tresriche héritière, et finir le reste de ses beaux jours
sur une plume ou une layne sollitaire, déserte et
froide comme glace, et passer tant de vefvesnuictz!
O ! qu'il y en a plusieurs dispareilles à une telle
dame, et plusieurs pareilles aussi ! Que si je les
voulois toutes alléguer, je n'aurois jamais achevé;
et mesmes si je voulois mesler, parmy nos dames
chrestiennes, les payennes, comme ceste belle,
gentille, bonne Romaine de jadis, Martia, fille
puis-aisnée de Cathon d'Utique, sœur à Portia,
laquelle, aprés avoir perdu son mary, et le lamentant incessamment, et qu'on luy demandoit quand
seroit le dernier jour de son deuil, elle respondist
que ce seroit lorsque viendroit le dernier jour de
sa vie. Et, d'autant qu'ell' estoit dame belle et
tres-riche, et qu'on luy demandoit quelques fois
quand elle se remarieroit : « Ce sera lors (ce dist-

SEPTIEME

DISCOURS

187

elle) que je trouveray un homme qui me veuille
plustost espouser pour mes vertuz que pour mes
biens. » Et Dieu sçait si ell' estoit riche et belle,
et vertueuse autant ou au double; autrement,
elle ne fust esté fille de Cathon, ny sœur de
Portia; mais elle donnoit de ces bayes à ses serviteurs et pourchassans, et leur faisoit accroire
qu'ilz la recherchoient pour ses biens et non pour
ses vertuz, encor qu'ell' en fust assez bien pourveue; et ainsi aisément se despeschoit de ces gallans importuns.
J Monsieur sainct Hierosme, en une epistre qu'il
afaictà une Principie, vierge, il sonne les louanges
d'une gentille dame romaine de son temps, qui se
nommoit Marcella, de bonne et grande maison,
et extraite d'un' infinité de consulz, procunsulz et
prêteurs. Estant demeurée vefve fort jeune, elle
fut recherchée, et pour sa jeunesse et pour l' antiquité de sa maison, pour sa belle taille, qui singulièrement ravist la volunté des hommes, ce dit
sainct Hierosme et use de ces motz, notez ce
qu'il note, et pour ses bonnes façons et mœurs.
Entr'autres recherchans, il y eut un grand et riche
seigneur romain, et de lignée de consulz aussi, et
se nommoit Cerealis, qui la, sollicita fort de second
mariage. D'autant qu'il estoit un peu beaucoup
advancé sur l'aage, il luy promettoit de grands biens
et grands dons par preciput advantage. Mesmes
sa mere, qui se nommoit Albine, l'en sollicitoit
fort, qui trouvoit cela bon, et non point de reffus.

SEPTIÈME' DISCO URS

Elle respondit : « Si j'avois envie de me rejecter
au lacz, et r'empestrer dans les liens d'un second
mariage, et non me vouer à une seconde chasteté,
jeprendrois plustost un mari que non pas une hérédité. J> Et, d'autant que cest amoureux eust opinion qu'elle disoit cela pour l'amour de son vieil
aage, il luy replicqua : que les vieillars pouvoient
longuement vivre et les jeunes bien tost mourir,
Mais elle luy répliqua : « Ouy certes, le jeune
peut mourir bien tost; mais le vieillard ne peut pas
vivre longuement. » Et, pour ce mot, il en prist
son congé. Je trouve le dire de ceste dame tressage et sa resolution, et celle de Martia, et l'en
extime davantage que sa sœur Portia, laquelle,
aprés la mort de son mary, se résolut de ne plus
vivre, ains de se donner la mort; et, quand bien
on luy eut osté tous ferremens pour se tuer, elle
avalla des charbons ardens, et se brusla toutes les
entrailles, en disant qu'à une dame courageuse les
moyens ne peuvent mancquer pour se donner la
mort; ainsi, que l'a bien sceu représenter Martial
en un de ses épigrammes, qu'il a fait exprés, et
fort beau, pour ceste dame : laquelle, seion aucuns
philosophes, et mesmes Aristote en ses Etiques
parlant de la fortitudeou force, ne monstra en cela
grand courage ny magnanimité pour se tuer, ny
comme plusieurs autres qu' en ont fait de mesmes,
comme son mary ; disant que, pour eviter un plus
grand mal, ilz se précipitent au moindre. De cela
j'en faitz un discours ailleurs. Tant y a, qu'il eust

SEPTIEME

DISCOURS

189

mieux valeu que ceste dame eust employé ses jours
à regretter son mary et à vanger sa mort, que se
la donner soy-mesmes : ce qui ne servit de rien,
sinon à elle quelque revanche vaine, ainsi que j'en
ay ouy discourir à aucunes, la blasmant. Mais
pourtant, quant à moy, je ne la puis assez que
louer, ny elle, ny toutes autres dames vefves, qui
ayment leurs marys morts aussi bien que vivans.
Et voylàpourquoy sainct Paoul les a tant louées et
recommandées, retenant ceste doctrine de son
grand maistre. Si est-ce pourtant que des plus
clairsvoyans et des mieux disans j'ay apris que les
belles et jeunes vefves qui demeurent en cest estât
en la fleur de leurs beaux ans et gentilz espritz
exercent par trop de grandes cruautez à l' endroit
d'elles et de la nature, de conjurer ainsi contre
elles, et ne vouloir encor retaster des doux fruitz
du second mariage^ que la loy divine, humaine,
la nature, la jeunesse et la beauté, leur permettent, et s'abstiennent pourtant à l'apettit de quelque certain vœu opiniastre, qu'elles se sont fantastiquées en la teste de tenir aux umbres vagues et
veines de leurs marys, comme sentinelles perdues
en l'autre monde, qu'estans là bas aux ChampsEliseens, ne s'en soucient rien, et possible s'en
mocquent. Dont de tout cela elles s'en doivent
reporter aux belles remonstrances et gentiles raisons que produist Anne à sa sœur Didon, dans la
quatriesme des ^Eneides, qui sont tres-belles pour
aprendre à une belle jeune vefve de ne s'asubjetter

SEPTIEME

DISCOURS

par trop à un vœu de viduité, plus cerimonieux
certes que relligieux. Ou si, au moins, aprés leur
trespas on les corronnoit de quelques beaux chapeaux de fleurs ou d'herbes, comme on corronnoit
le temps passé, et comme l'on fait encor aujourd'hui les filles, encor ce triumphe seroit beau et
plein de louange, et de quelque durée. Mais tout
celluy que l'on leur en peut donner, ce sont quelques belles parolles qui s'envollent aussitost, et se
perdent dans le cercuil et aussi soudain que le
corps. Que les belles et jeunes vefves donc sentent
du monde puisqu'elles en sont encores et laissent
aux vieilles la relligion et la reigle de vefvage.
J Or, c'est assez parlé de ces vefves qui jusnent.
Parlons ast'heure d'autres, qui sont celles qui, abhorrantes les vœuz et les refformations des secondes nopces, s'en accommodent, et reclament
encor le doux et plaisant dieu Hymenean. II y en
a les unes qui, par trop amoureuses de leurs serviteurs durant la vie de leurs marys, y songent
desj a avant qu'ilz soient mortz, et projettent
entr' elles et leurs serviteurs comment elles s'y comporteroyent. « Ah ! (disent-elles) si mon mary
estoit mort, nous fairions cecy, nousfairions cela;
nous vivrions de ceste façon, nous nous accommo[derions] de cest'autre; et ainsi, si excortement
que l'on ne se doubteroit jamais de nos amours
passées. Nous fairions une vie si plaisante ast'heure;
nous yrions à Paris, à la court; nous nous entendrions si bien que rien ne nous sçauroit nuire;

SEPTIÈME

DISCOURS

vous fairiez la cour à une telle, et moy à un tel;
nous aurions cecy du roy, nous aurions cela. Nous
fairions pourvoir nos enfans de tuteurs et curateurs : nous n'aurions soucy de leurs biens ny de
leurs affaires, et fairions les nostres, ou bien nous
jouyrions de leurs biens attandans leur majorité.
Nous aurions les meubles et ceux de mon mary;
pour le moins, cela ne nous sçauroit manquer, car
jesçay où sont les tiltres et escus... » et force autres
parolles. « Bries, qui seroit plus heureux que nous ? »
Voilà les beaux discours et desseings que font
ces femmes mariées à leurs serviteurs avant le temps,
dont aucunes y en a qui ne les font mourir que par
souhaitz, par parolles, par espérances et attantes, et
y sont trompées, car ilz ne meurent point ; et autres
y en a qui les advancent tout à trac de gaigner
le logis mortuaire, s'ilz tardent trop; de quoy
nos courtz de parlemens en ont heu et ont tous les
jours tant de causes par devant elles qu'on ne sçauroit dire. Mais le meilleur et le plus plaisant est
qu'elles ne font pas comme une dameespaignolle, laquelle, estant tres-maltraictée de son mary, elle le
tua, et puis aprés elle se tua, ayant fait avant cest
epitaphe, qu'elle laissa sur la table de son cabinet,
escrit de sa main :
hquì yaze qui ha buscado una muger,
Y con ella casado, no l'ha podido hazer muger.
lí las otras, no á mi, cerca mi, dava contentamiento.
Y por este, y su flaqueza y airevimiento,
Yo lo he matado,

SEPTIÈME

DISCOURS

Por le dar pena de su pecado :
Ya my tan bien, por falta de my juyzio,
Y por dar fin á la mal-adventura qu'yo avio.

« Icy gist qui a cherché une femme et ne l'a peu faire
femme : aux autres, et non à moy, prés de tnoy, donnoit
contentement; et, pour cela et pour sa Iaschetté et outrecuydance, je l'ay tué, pour luy donner la peine de son péché ; et à moy aussi je me suis donnée la mort , par faute
d'entendement, et pour donner fin à la maladvanture que
j'avois. »

Ceste dame se nommoit donna Madallena de
Soria, laquelle, selon aucuns, fit un beau coup de
tuer son mary pour le subjet qu'il luy avoit donné;
mais elle fit bien aussi de la sotte de se faire mourir:
aussi l'advoue-elle bien, que pour faute de jugement elle se tua. ElPeust mieux fait de se donner
du bon temps par aprés, si ce n'estoit qu'ell'eust
crainct la justice, possible, et avoit pœur d'en estre
' reprise,

et pour ce ayma

mieux

triumpher de

soy-mesme que d'en bailler la gloire à l'authorité
des juges. Je vous asseure qu'il y en a eu, et y en
a, qui sont plus escortes que cela : car elles jouent
leur jeu si finement et à couvert, que voylà le mary
trespassé et elles tres-bien vivantes et fort accordantes avec leurs gallans serviteurs, pour faire avec
eux non pas gode michi, mais gode chere.
II y a d'autres vefves qui sont plus sages, vertueuses et plus aymantes leurs marys, et point envers
eux cruelles; car elles les regrettent, les pleurent,
les plaignent à telle extrémité, qu'à les voir on ne

SEPTjÉME

DISCOURS

les jugeroit pas vives un heure aprés. « Ha ! ne
suis-je.pas (disent-elles) la plus malheureuse du
monde, la plus infortunée d'avoir perdu chose si
précieuse? Dieu!

pourquoy ne m'envoyes-tu la

mort ast'heure pour le suivre de prés ? Non, je ne
veux plus vivre aprés luy : car et que me peut-il
jamais rester et advenir au monde pour me donner
allégement?

Si

ce

n'estoit

ces

petitz

enfans

qu'il m'a laissez pour gaige, et qu'ilz ont besoing
encor de quelque soubstient, non, je me tuerois
tout ast'heure.

Que maudite soit l'heure que je

fus jamais née! Au moins, si je le pouvois voiren
fantosme, ou par vision, ou par songe, ou par
magie, encor aurois-je trop

d'heur.

Ah !

mon

cœur, ah ! mon ame, n'est-il pas possible que je te
suive? Ouy, je te suivray quand, à part de tout le
monde, je me devrois desfaire toute seule. Hé !
qui seioit la chose qui me pourroit soubstenir la vie,
ayant faite la perte inestimable de toy, que, toy
vivant, je n'aurois autre subjet que de vivre, et, toy
mourant, que de mourir! Et quoy ! ne vaut-il pas
mieux que je meure maintenant en ton amour, en
ta grâce, en ma gloire et en mon contentement, qu e
de traîner une vie si fascheuse et malheureuse, et
nullement louable?

Ha Dieu!

que j'endure

de

maux et de tormens pour ton abssence! et que j'en
seray délivrée, si je te vais voir bientost, et comblée de grands plaisirs! Helas ! il estoit si beau, il
estoit si aymable! il estoit si parfait en tout, il estoit si brave, si vaillant ! Cestoit un second Mars,
Brantôme. III.

i5

i 94

SEPTIEME

DISCOURS

un second Adonis ! qui plus est, il m'estoit si bon,
il m'aymoit tant, il me traictoit si bien ! Bref, le
perdant, j'ay perdu tout mon heur. »
. Ainsi vont disant nos vefves déplorées telles et
un' infinité d'autres parolles aprés la mort de leurs
mary s ; les unes d'une façon, les autres d'un' autre;
les unes déguisées d'une sorte, les autres de l'autre;
mais pourtant tousjours aprochantes de celles que
je viens de produire; les unes despitent le Ciel, les
autres maugréent la terre; les unes blasphèment
contre Dieu, les autres maudissent le monde; les
unes font des esvanouyes, les autres contrefont des
mortes; les unes font des transies, les autres des
folles, des forcenées et hors de leurs sens, qui ne
cognoissent personne, qui ne veulent parler. Bref,
je n'aurois jamais fait si je voulois speciffier toutes
leurs méthodes hypoch|_r]ytes et dissimulées, et
symagrées dont elles usent pour monstrer leur deuil
et ennuy au monde. Je ne parle pas de toutes,
mais des aucunes, voire de plusieurs en plurier et
en nombre.
Leurs consolans et consolantes, qui n'y pensent
point à mal et y vont à la bonne routine, y perdent leur escrime et n'y gaignent rien. D'aucuns
et d'aucunes de ceux-là, quand ilz voyent que leur
patiente et leur dollente ne fait pas bien son jeu
ny la simagrée, les instruisent, comme une dame de
par le monde que je sçay, qui disoit à un' autre qui
estoit sa fille: « Faites l'esvanouye, ma mye; vous
ne vous contraigniés pas assez. »

SEPTIEME

Or,

aprés

DISCOURS

tous ces grands misteres jouez, et

ainsi qu'un grand

torrent, aprés avoir fait

son

cours et viollant effort, se vient à remettre et retourner à son berceau, ou comme une rivière qui
aussi a esté desbordée, ainsi aussi voyez-vous ces
vefves se remettre et retourner à leur première nature, reprendre leurs espritz peu à peu, se hausser
en joye, songer au monde. Au lieu de testes de
mort qu'elles portoient, ou peintes, ou gravées et
élevées, au lieu d'os de trespassez mis en croix ou
en lacz mortuaires, au lieu de larmes, ou de jayet
ou d'or maillé, ou en peincture, vous les voyez
convertir en peinctures de leurs marys portées au
col, accommodées pourtant de testes de mort et
larmes peintes en chiffres, en pettitz lacz; bref, en
petites gentilesses, déguisées pourtant si gentiment
que les contemplans pensent qu'elles les portent et
prennent plus pour le deuil des' marys que pour la
mondanité. Puis aprés, ainsi qu'on void les petitz
oyseaux, quand ilz sortent du nid, ne se mettent
du premier coup à la grand voilée, mais vollettans
de branche en branche aprennent peu à peu l'usage
de bien voiler; ainsi ces vefves, sortans de leurgrand
deuil désespéré, ne se monstrent au monde sitost
qu'elles l'ont laissé, mais peu à peu

s'esmanci-

pent, et puis tout à

et

coup jettent

le deuil

et le froc de leur grand voillesur les orties, comme
on dit, et mieux que devant reprennent l'amouren
leur teste, et ne songent à rien tant qu'à un second
mariage ou .autre lascivetté.

Et voyia

comment

196

SEPTIEME

DISCOURS

leurs grandes viollances n'ont point de durée. II
vaudroit mieux qu'elles sussent plus posées en leurs
tristesses.
f J'ay cogneu une tres-belle dame, laquelle, aprés
la mort de son mary, vint à estre si esplorée et
désespérée qu'elle s'arrachoit les cheveux, se tiroit
la peau du visage, de la gorge, l'allongeoit tant
qu'elle pouvoit; et, quand on luy remonstruit le
tort qu'elle faisoit à son beau visage : « Ah Dieu !
que me ditez-vous (disoit-elle)? que voulez-vous
que je fasse de ce visage? pour qui le contregarderay-je, puisque mon mary n'est plus? » Au bout
de huict mois aprés, ce fut elle qui s'accommode
de blanc et rouge d'Espaigne,

les

cheveux de

poudre ; qui fut un grand changement.

5

J'allegueray là dessus un bel exemple, qui

pourra servir à semblable, d'une belle et honneste
dame d'Effeze, laquelle ayant perdu son mary, il
fut impossible à ses parens et amys de luy trouver
aucune consolation; si bien qu'acompaignant son
mary en ses funérailles, avecqu' un' infinité de regretz, d'ennuys, de sanglotz, decrys, de plainctes
et de larmes, aprés qu'il fut mis et colloqué dans
le charnier où il devoit reposer, elle, en despit de
tout le monde, s'y jetta, jurant et protestant de
n'en partir jamais, et que là elle se vouloit laisser
aller à la sain, et là finir ses jours auprés du corps
de son mary qu'elle ne vouloit habandonner jamais;
et de fait fit ceste vie l'espace de deux ou trois
jours. La fortune sur ce voulut qu'il fust exécute

SEPTIEME

DISCOURS

'97

un homme de là, et pendu, pour quelque forfait,
dans la ville, et aprés fut porté hors la ville aux
gibetz

accoustumez, où

falloit

que telz corps

penduz et exécutez sussent gardez quelques jours
sogneiisement par quelques soldats ou sergentz,
pour servir d'exemple, affin qu'ilz ne fussent de là
enlevez. Ainsi donc qu'un soldat qui estoit à la
garde de ce corps, et estoit en sentinelle et escoute,
il ouyt là prés une voix fort déplorante, et, s'en
aprochant, veid que c'estoit dans ce charnier, où, y
estant descendu, y

aperceut

ceste

dame

belle

comme le jour, toute esplorée et lamentante; et,
s'avançant à elle, se mit à l'interroger de la cause
de sa désolation, qu'elle luy déclara begnignement ;
et, se mettant à la consoller là-dessus, n'y pouvant
rien gaigner pour la première fois, y retourna pour
la deuxiesme et troisiesme; et fist si bien qu'il la
gaigna, la remit peu à peu, luy fist essuyer ses larmes; et, entendant la raison, se laissa si bien aller
qu'il en jouyst par deux fois, la tenant couchée
sur le cercuil mesmes du mary qui servit de couche ;
et puis amprés se juraient mariage : ce qu'ayant
accomply tres-heureusement, le soldat s'en retourna,
par son congé, à la garde de son pendu, car il luy
aloit de la vie. Mais, tout ainsi qu'il avoit esté
bienheureux en ceste belle entreprise et exécution,
le malheur fut tel pour luy que, cependant qu'il s'y
amusoit par trop, voycy venir les parens de ce
paouvre corps au vent, pour le despendre s'ilz n'y
eussent trouvé de garde; et, n'y en ayant point

198

SEPTIEME

DISCOURS

trouvé, le despendirent aussitost, et remportèrent
de vitesse pour l'enterer où ilz pourroient, affin
d'estre privez d'un tel déshonneur et spectacle ord
et salle- à leur parenté. Le soldat, voyant et trouvant à dire le corps, s'en vint courant désespéré à
sa dame, luy anoncer son infortune, et comment
il estoit perdu, d'autant que la loy de là portoit que
quiconque

soldat s'endormoit en garde, et qui

laissoit emporter le corps, devoit estre mis en sa
place et. estre pendu, et que pour ce il courait
ceste fortune. La dame, qui auparavant avoit esté
consollée de luy, et avoit besoing de consolation
pour elle, s'en trouva garnye à propos pour luy,
etpource.luydist: « Ostez-vousde peine, et venezmoy seullement ayder pour oster mon mary de son
tumbeau, et nous le mettrons et pendrons au lieu
de l'autre, et par ainsi leprendra-on pour l'autre. »
Tout ainsi qu'il fut dit, tout ainsi fut-il fait; encor
dit-on que le pendu de devant avoit heu un' oreille
coupée; ell' en fit de mesmes pour . le représenter
mieux. La justice vint le lendemain, qui n'y trouva
rien à dire; et par ainsi sauva son gallant par un
acte et oprobre fort villain à son mary, celle,
dis-je, qui l'avoit tant déploré et regretté qu'on
n'en eust jamais espéré si ignomigneuse yssue.
La première fois que j'ouys ceste histoire, ce fut
de M. d'Aurat, qui la conta au brave M. du Gua
et à quelques-uns qui disnions avec lui; laquelle
M. du Gua sceut tres-bien rellever et remarquer,
car c'estoit l'homme du monde qui aymoit mieux

SEPTIEME

DISCOURS

un bon conte et le sçavoit mieux faire valoir. Et,
sur ce poinct, estant allé à la chambre de la reyne
mere, il veid une belle jeune vesve qui ne venoit
que d'estre faite, et de fraiz esmoulue et fort esplorée, son voyle bas jusques au bout

du nezj

piteuse, marmiteuse, avare de parolles à un chascun. Soudain M. du Gua me dist : « Lavois-tu là?
avant que soit un an, elle faira un jour de la dame
d'Esfeze. » Ce qu'elle fit, non pas si ignomigneuseraent du tout, mais elle espousa un homme de peu,
comme M. du Gua l'avoyt prophetizé. M'en dist
de mesme M. de Beau-Joyeux, vallet de chambre
de la reyne mere, et le

meilleur viollon de la

chrestienté. II n'estoit pas parfait seullement en
son art ny en la musique, mais il
gentil esprit,

et sçavoit

estoit de fort

beaucoup ,

et

surtout

de fort belles histoires et beaux contes, et point
communs, et tres-rares ; et n'en estoit point chiche
à ses plus privez amis ; et en contoit quelques-uns
des siens, car en son temps il avoit veu et heu de
bonnes advantures

d'amour :

car, avec son art

exellent et son esprit bon et audacieux, deux instrumens bons pour Pamour, il pouvoit faire beaucoup. M. le mareschal de Brissac l'avoit donné à
la reyne mere, estant reyne régnante, et luy avoit
envoyé de Piedmont avec sa bande
tres-exquise, toute

complette;

de violions

et luy

s'apelloit

Baltazarin; despuis changea de nom. Ç'a esté luy
qui composoit ces

beaux balletz qui sont esté

tousjours dancez à la court. II estoit fort amy de

200

SEPTIÈME

DISCOURS

M. du Gua et de moy; et souvant causions ensemble;

et

tousjours nous

faisoit quelque beau

conte, et mesmes de l'amour
dames,

dont

il

nous fit

et des ruses des

celluy-là

de

ceste

dame epbezienne, que nous avions desja sceu par
M. d'Aurat, comme j'ay dit, qui disoit le tenir de
Lampridius; et du despuis je l'ay leu dans le livre
des

Funérailles,

tres-beau

certes , dédié à feu

M. de Savoye.
Je me fusse passé (ce dira quelcun) d'avoir fait
ceste digression : ouy, mais je voulois parler de
mon amy en cela, et lequel souvant me faisoit souvenir, quand il voyoit aucunes de nos vefves esplorées. « Voyla (disoit-il), qui jouera un jour le
rolle de nostre dame d'Epheze, ou bien elle l'a
desja joué. » Et certes ce fut une estrange tragicommedie, plaine de grande inhumanité, d'olîancer
si cruellement son mort.
Elle ne fit pas comme une dame de nostre temps,
que j'ay ouy dire, laquelle, son mary mort, elle luy
coupa ses parties du devant ou du mitan , jadis
d'elle tant aymées, et les embauma, aromatisa et
odoriffera de parfuns et poudres musquées et tresodorifferantes , et puis les enchâssa dans une boëte
d'argent doré, qu'elle garda et conserva comme
une chose tres-precieuse. Pensez qu'elle les visitoit
quelquesfois en commémoration (et) eternelle du
bon temps passé. Je ne sçay s'il est vray; mais le
conte en fut fait au roy, qui le. reffit à plusieurs
autres de ses plus privez, et l'ay ouy dire à luy.

SEPTIEME

DISCOURS

20 1

* Au massacre de la Sainct- Barthélemy fut tué
le seigneur de Pleuviau, qui en son temps avoit
esté brave soldat, certes, en la guerre de Toscane,
soubz M. de Soubise,

et en la guerre civille,

comme il le fit bien parestre en la bataille de Jarnac, commandant à un régiment, et dans le siège
de Niort. Quelque temps aprés, le soldat qui le
tua dist et remonstra à sa femme, toute esperdue
de pleurs et d'ennuis, qui estoit belle et riche, que,
s'il ne l'espousoit, qu'il la tueroit et luy fairoit passer le pas de son mary : car, en ceste feste, tout
estoit de guerre et de Cousteau. La pauvre femme,
qui estoit encor belle et jeune, pour se sauver la
vie, fut contraincte de faire et nopces et funérailles
tout ensemble. Encor estoit-elle excusable : car et
qu'eust peu faire moins une paouvre femme fragille
et foible, si ne fust esté de se tuer elle-mesme, ou
tendre sa belle poictrine à l'espée du meurtrier ? Mais
Le temps n'est plus, belle bergeronnette ;

il ne se trouve plus de ces folles et sottes de jadis;
aussi que nostre sainct christianisme nous le deffend ; ce que sert beaucoup aujourd'huy à nos
vefves d'excuses et qui disent, sans qu'il est deffandudeDieu, elles se tueroient; et par ainsi couvrent
leur moumon.
3 En ce mesme massacre fut faite une vefve de
fort bonne part, et tres-belle et agréable. Elle fust,
toute chaude ainsin veufve, forcée par un gentilhomme que je sçay bien ; dont elle devint si es26

1

202

SEPTIÈME

DISCOURS

perdue et esgarée qu'on la cuida quelque temps
hors de son sens. Mays elle se remistbientostaprez,
et, se ruant sur le beau bout de viduité et se randant peu à peu mondaine et reprenant sesesperitz
vitaux et naturelz, oublya son injure et se remaiya
galantemant et hautemant; en quoy elle fist tresbien. Je dyray encor cestuy-cy :
A ce mesme massacre de la Sainct-Barthellemy
fut faite une vefve par la mort de son mary tué
comme les autres. EU' en fit un tel extrême regret
que, quand elle voyoit un paouvre catholique, encor qu'il n'eust esté de la feste, elle se pasmoit
quelquefois , ou le regardoit en horreur et haine
comme la peste. D'entrer dans Paris, voire de le
voir à deux lieues à la ronde, il n'en falloit point
parler, car ses yeux ny son cœur ne le pouvoient
souffrir; que dis-je de le voir? non pas d'en ouir
parler. Au bout de deux ans elle s'y resoult, vient
saluer la bonne ville, et s'y pourmener et visiter le
Palais dans son coche; mais de passer par la rue de
la Huchette où son mary avoit esté tué, plustost la
mort ou le feu, dans lesquelz elle se fust plustost
jettée et précipitée que dans ceste rue : à mode
d'un serpent , qui abhorre si fort Pumbre du fresne
qu'il ayme mieux s'asarder dans un feu bien ardent
(comme dit Pline) que dans ceste umbre tant odieuse
à luy. Si bien que le feu roy, estant Monsieur, disoit qu'il n' avoit veu femme si hagarde en sa perte
et en sa douleur que celle-là, et que à la fin il la
faudroit abbatre pour la chaperonner, à mode des

SEPTIEME

DISCOURS

203

oyseaux hagardz. Mais, au bout de quelque temps,
il dist que d'elle-mesme elle s'estoit assez gentiment aprivoisée, de sorte que d'elle-mesme elle
se laissa fort bien et privement chaperonner, sans
l'abattre que de soy-mesme. Que fit-elle dans peu
de temps aprés? Ce fut elle qui voit Paris dé tresbon œil, qui l'embrasse, qui s'y pourmaine, qui
l'arpante et deçà et delà, et de longueur et de largeur, et de droit et de travers, sans respect d'aucun serment ; et puis je me donne la garde un jour,
moy tournant d'un voyage, absent de la court de
huict mois, ayant fait la reverance au roy, je veidz
entrer dans la salle du Louvre ceste vefve tant parée, tant attiffée, accompaignée de ses parentes et
amies, comparestre devant les roys, les reynes et
toute la court, et là recepvoir les premiers ordres'
de mariage, qui sont les fiançailles, des mains d'un
evesque qui fut l'evesque de Digne, grand aumosnier de la reyne de Navarre. Qui fut esbahy? Ce
fut moy; mais, à ce qu'elle me dist aprés, fut esbaye davantage quand, sans y penser, elle me veid
en ceste noble assistance de fiançailles , la regardant et rovillant de mes yeux fixement, me souvenant de ses sermens et mines que luy avois veu
faire, et elle demesmes qu'elle m' avoit fait, car je
luy avois esté serviteur, et pour mariage, pensant
(s'il luy sembloit) que j'estois là arrivé à propos, et
avois pris la poste exprés pour me produire à jour
nommé là, pour luy servir de tesmoingt et juge, et
la co[n]dempner en ceste cause. Et me dist et jura

SEPTIEME

204

DISCOURS

qu'ell' eust voulu avoir baillé dix mil' escuz de son
bien et que je ne fusse compareulà, qui luyaydois
à juger sa conscience.
J

J'ay

cogneu une grand dame, contesse et

vefve, de tres-haut lieu, laquelle en fit de mesme :
car, estant huguenotte fort et ferme , accorda mariage avec un fort honneste gentilhomme catholiq;
mais le malheur fut qu'avant ['accomplissement une
fiebvre pestilencieuse la saisit à Paris si contagieusement qu'elle luy causa la mort. Estant sur ses altères,
se perdit fort en grands regretz, jusqu'à dire :
«Helas! faut-il qu'en une si grand' ville, où toute
science abonde, ne se puisse trouver un médecin
qui me guérisse! Hé! qu'il ne tienne point pour
argent, car je luy en donneray prou. Au moins si
ma mort se fust ensuivie aprés mon mariage accomply, et que mon mary en eust cogneu avant
combien jel'aymois ethonnorois ! » Sophonisbadist
autrement, car elle se repentit d'avoir fiancé avant
boire la poison. Et ainsi disant ceste contesse, et
plusieurs autres semblables parolles, se tourna de
l'autre costé du lict et mourut. Que c'est de la
ferveur d'amour, d'aller se ressouvenir, en un passage stygien et oublieux, des plaisirs- et fruictz
amoureux dont elP en eust bien voulu taster encor
avant que de sortir du jardin!

3 J'ay ouy parler d'une dame, laquelle estant
mallade à la mort, ainsi qu'elle oyoit un de ses
parens faire la guerre à un' autre (ceux-là sont
bons pourtant), qui estoit terriblement envitaillé,

SEPTIEME

DISCOURS

2û5

elle s'en mist à rire et à dire : « Vous estes de
grandz fous D; et, se tournant de l'autre costé et
riant, elle trespassa.
Or, si ces dames huguenottes ont fait telz traictz,
j'ay bien cogneu des dames catholiques qui en ont
fait de pareilz, et ont

espousé des huguenotz,

aprés en avoir dit pis que pendre, et d'eux et de
leur relligion. Si je les voulois mettre en place je
n'aurois jamais fait. Voylà pourquoy ces

vefves

doivent estre sages et ne bruire tant au commencement de leur vefvage, de crier, de tourmenter,
de faire tant d'esclairs, de tonnerres, de pluyes de
leurs larmes, pour aprés faire ces belles levées de
boucler, et s'en faire mocquer : il vaut mieux en
dire moins et en faire plus. Mais elles disent là
dessus : « Et bien, pour le commencement il faut
faire de la résolue comme un meurtrier, de l'effrontée, de l'assurée à boire toute honte. Cela dure
quelque peu , mais cela passe ; aprés qu'on m'a mis
sur le bureau, on me laisse et enprend-onunautre.»
J

J'ay leu dans un petit livre espaignol que Vic-

toria Collumna,

fille de ce grand Fabrice Col-

lumne et femme à ce grand marquis de Pescayre,
le nomper de son temps, aprés qu'ell' eust perdu
son mary, Dieu sçait quel, entra en tel desespoir
de douleur qu'il fut impossible de luy donner ne
innover aucune consolation; et, quand on luy en
vouloit à sa douleur aplicquer quelcune ou vieille
ou nouvelle, elle leur disoit :

« Et sur quoy me

voulez-vous consoller? Sur mon mary mort? Vous

206

SEPTIEME

DISCOURS

vous trompez; il n'est pas mort; il est encor vivant
et tout grouillant dans mon ame. Je le sens, tous les
jours et toutes les nuictz, revivre, remuer et renaistre en moy. » Ces parolles certes eussent esté
belles si, au bout de quelque temps, ayant pris
congé de luy, et l'ayant envoyé pourmener par
delà Achéron, elle ne se fust remariée avec Pabbé
de Farfe, certes fort dissemblable à son grand Pescayre; je ne veux dire en race, car il estoit de la
noble maison des Ursins, laquelle vaut bien autant,
et autant ancienne ou plus que celle de d'Avalos.
Mais les effectz de l'un à l'autre n'alloient à la
ballance, car ceux de Pescayre estoient incomparables, et sa valleur inextimable, encor que ledit
abbé fist de grands

preuves de sa personne en

s'employant fort fìdellement et vaillamment pour
le service du roy François; mais c' estoit en forme
de petites, couvertes et legieres deíîaictes, et contraires à

celles de

l'autre,

grandes, descouvertes, avec

qui

les avoit faites

des victoires tres-

singnallées : aussi la proffession des armes de l'autre,
accommancée et accoustumée dés le jeune aage,
et continuée ordinairement, devoit bien surpasser
de bien loing celle d'un homme d'église, qui tard
s'estoit mis au mestier; non que je veuille pour
cela mal dire d'aucuns

vouez à Dieu et à son

église, qui en ont rompu le veu et quicté la proffession pour empouigner les armes, car je fairois
tort à tant de grands capitaines qui l'ont estez et
ont passé par là.

SEPTIEME

DISCOURS

* Caesar Borgia, duc de Vallantinois, n'a-ilesté
auparavant cardinal, qui a esté un si grand capitaine, que Machiavel, ce vénérable précepteur des
princes et des grands, le met pour exemple et
pour rare mirouer à tous les autres pareilz, de
l'ensuivre et s'y mirer? Nous avons eu M. le mareschal de Foix, qui a esté d'église et se nommoit avant
le protenotaire de Foix, qui a esté un tres-grand
capitaine. M. le mareschal d'Estrozze estoit voué à
l'eglise; et, pour un chapeau rouge qui luy fut
desnié, quicta la robe et se mit aux armes. M. de
Salvoison , dont j'ay parlé, qui l'a suivi de prés,
voire en tiltre de

grand capitaine, eust marché

avecques luy s'il fust esté d'aussy grande maison et
parent de la reyne, fust, en sa première proffession, traînant la robbe longue; et pourtant quel
capitaine a-il esté ? Ce fust esté l'incomparable s'il
eust plus vescu. Le mareschal de Bellegarde n' a-il
pas porté le bonnet carié, que longtemps on apelloit le prevost d'Ours? Feu M. d'Anguien, qui
mourut en la bataille de Sainct-Quintin, avoit esté
evesque; M. le chevallier de Bonnivet de mesme.
Et ce gallant homme M. de Martigues avoit esté
aussi d'église; bref, un' infinité d'autres, desquelz
je ne pourrois emplir ce papier. Si faut-il que je
loue les miens, non sans un tres-grand subjet. Le
capitaine Bourdeille, mon frère, le Rodomont jadis
du Piedmont en tout, fut dédié à l'eglise aussi;
mais, n'y cognoissant son naturel propre, changea sa grand robbe à une courte, et en tourne-

2o8

SEPTIÈME

DISCOURS

main se rendit un des bons capitaines et vaillans du
Piedmont; et s'en alloit tres-grand et en une tresbelle vogue, sans qu'il mourut, helas! en l'aage
de vingt-cinq ans.
De nostre temps, en nostre court, nous en avons
tant veu, et mesmes le petit monsieur deClermontTallard,

lequel j'ay

veu abbé de Bon-Port, et

despuis, ayant quicté l'abbeye, a esté veu parmy
nos armées et en nostre court, un des braves, vaillans et honnestes hommes que nous en eussions; ainsi
qu'il le monstra tres-bien à sa mort, qu'il acquist si
glorieusement à La Rochelle, la première fois que
nous entrasmes dans le fossé. J'en nommerois une
milliasse; mais je n'aurois jamais fait. M. de Souillelas, dit le jeune Oraison, avoit esté evesque de
Riays, et despuis eut un régiment, servant le roy
fort fidellement et vaillamment en Guienne, soubz
le mareschal de Matignon.
Bref, je n'aurois jamais fait si je voulois nombrer tous ces gens : par quoy je me tays pour la
bricfveté et de peur aussi qu'on ne m'impropere
que je suis trop grand faiseur de digressions. Pourtant j'ay fait ceste-cy à propos, en parlant de ceste
Victoria Collonna qui espousa cest abbé. Si elle
ne se fust remariée avec luy, elle eust mieux porté
le tiltre et nom de Victoria, pour avoir esté victorieuse sur soy-mesme , et que, puisqu'elle ne pouvoit rencontrer un second pareil au premier, se
devoit contenir.
J J'ay cogneu force dames qui ont imité ceste

SEPTIEME

DISCOURS

précédente. J'en ay veu une qui avoit espousé un
de mes oncles, le plus brave, le plus vaillant, le
plus parfait qui fust de son temps. Aprés qu'il fut
mort, elF en espousa un autre qui le ressembioit
autant

qu'un

asne

à

un

cheval

d'Espaigne;

mais mon oncle estoit le cheval d'Espaigne. Un'
autre dame ay-je cogneu , qui avoit espousé un
mareschal de France, beau, honneste gentilhomme
et vaillant; en secondes nopces, elle en alla prendre
un tout contraire à celluy-là, et avoit esté aussi
d'église; et ce que plus on trouva à dire en elle,
c'est qu'allant à la court, où elle n'avoit esté dés
vingt ans, dés son second mariage, elle reprist le
nom et tiltre de son premier mary. A quoy nos
courts de parlement devroient adviser et y donner
loy : car j'en ay veu un' infinité qui en faisoient
de mesmes, ce qui est par trop mespriser leurs
derniers marys, n'en voulant porter le nom aprés
leur mort; car, puisqu'elles ont fait la faute, il faut
qu'elles la boivent et s'y atachent.
3 Une vefve

ay-je cogneu, venant à mourir

son mary, elle fit, l'espace d'un an, des lamentations si désespérées qu'on la pensoit voir morte à
toute heure et bout de chant. Au bout de l'an,
qu'il falloit laisser son grand deuil et prendre le
petit, elle dist à une de ses femmes : « Serrez-moi
bien cecrespe, car, possible, en auray-je

affaire

un autre coup » ; et puis tout à coup se reprist :
« Mais qu' ay-je dit (dist-elle) ? Je resve. Plustost
mourir que d'en avoir jamais affaire. » Aprez ce
Brantôme. III.

17

í

SEPTIEME

2 I O

DISCOURS

deuil , elle se remaria à un second fort inégal au
premier. « Mais ( disent-elles ces femmes) il estoit
d'aussi bonne maison que le premier. » Ouy, je le
confesse ; mais aussi où est la vertu et lavalleur?
ne sont-elles pas plus à priser que tout? Et le meilleur que j'y trouve en cela, c'est que, le coup fait,
elles ne l'emportent gùiere Ioing : car Dieu permet
qu'elles sont tant maltraictées et rossées comme il
faut; aprés, les voylà aux repentailles; mais il n'est
plus temps.
3 Ces dames ainsi convolantes ont quelque opinion et humeur en leur teste, que nous ne sçavons
pas bien : comme j'ay ouy parler d'une dame espaignolle, qui, se voulant remarier, et qu'on luy
remonstroit que deviendrait l'amityé grande que
son mary luy avoit portée, elle respondit : Lamucrte
del marido y nucvo casamicnto no han de romper cl
amor d'una casta muger : « La mort du mary et
un

nouveau

mariage

ne doivent point rompre

l'amour d'une .femme chaste. » Or, accordez-moi
cela, s'il vous plaist. Un' autre dame espaignolle
dist bien mieux, qu'on vouloit remarier : Sihallo
un marido bucno, no quiero tcncr el tcmor de pcrderlo; y si malo, que necesidad he dél? « Si je trouve
un bon mary, je ne veux point estre en la craincíe
de le perdre; si un mauvais, quelle nécessité ay-je
de l' avoir? »
5 Valeria, dame romaine, ayant perdu son mary,
et ainsi que la reconfortoient aucunes de ses compaignet sur sa perte et sa mort, elle leur dist: « II est

SEPTIEME

DISCOURS

2 I I

mortcertes pour vous autres, mais ilvist en moy éternellement. » Ceste marquise, que je viens de dire,
avoit emprunté d'elle pareil mot. Ces dires de ces
honnestes dames sont bien contraires à un que dist
un mesdisant espaignol : que la jornada de la biudez
d'una muger es d'un dia; « que la journée du vefvage d'une femme se fait tout en un jour. » Une
dame que vays dire fit bien pis, qui fut madamede
Monnains, qui fut lieutenant de roy, massacré à
Bourdeaux, de la commune, pour la gabelle. Ainsi
qu'on luy porta

nouvelles que son mary avoit

esté tué et traicté comme il fut, elle s'escria aussitost : « Hé! mon diamant,

qu'est-il devenu? »

Elle le luy avoit donné par nom de mariage, et
valoit lors mille à douze cens escus, et le portoit
tousjours au doigt. Par là elle donna bien à cognoistrequel deuil elle portoit plus grand ou de la
perte de son mary ou du diamant.
J Madame d'Estampes , fort favorisée du roy
François, et pour ce peu aymée de 'son mary, ainsi
que quelque vefve luy venoit parfois la requérir,
pour avoir pitié d'elle et de sa condition de veufve :
«Ha! ma mye (luy disoit-elle) , vous estes trop
heureuse en tel estât,

car il n'est pas vefve qui

veut», comme fort désirant de l'estre.

Aucunes

sont là logées, d'autres non.
5 Mais que dirons-nous des femmes vefves qui
cachent leur mariage, et ne veulent qu'H ne soit
publié? J'en ay cogneu une qui tint le sien soubz
la presse plus de sept ou huict ans, sans le vouloir

2 I 2

SEPTIEME

DISCOURS

jamais faire imprimer, ny le publier; et disoit-on
qu'elle le faisoit de craincte qu'elle avoit de son
jeune fìlz, qui estoit un des vaillans et honnestes
hommes du monde, et qu'il ne fist du diable et sur
elle et sur l'homme, encor qu'il fust bien grand.
Mais, aussitost qu'il vint à mourir à une rencontre
de guerre qui le couronna de beaucoup de gloire,
aussitost elle le fit imprimer et mettre en lumière.
5 J'ay ouy parler d'une grand dame vefve qui
est mariée à un tres-grand prince et seigneur, il y
a plus de quinze ans; mais le monde n'en sçait ny
n'en cognoit rien, tant secret et discret; et disoiton que le seigneur craignoit sa belle-mere qui luy
estoit fort impérieuse et ne vouloit qu'il se remariast à cause de ses petiz enfans.
5 J'ay cognu un' autre tres-grande dame qui,
n'y ha pas longtemps, maryée aveq un symple gentilhomme, est morte ayant continué son mariage
plus de vint ans, sans qu'on s'en soyt aperceu que
par opinion et ouyr dyre. Hé! qu'il y en ha de
telles !
5 J'ay ouy raconter à une dame de grande
quallité et ancienne, que feu M. le cardinal du
Belay avoit espousé, estant evesque et cardinal,
madame de Chastillon, et est mort marié; et le
disoit sur un propos qu'elle tenoità M. de Manne,
Provançal, de la maison de Sental et evesque de
Frejus, lequel avoit suivy l'espace de quinze ans
en court de Rome ledit cardinal, et avoit esté l'un
de ses privez protenotaires ; et, venant à parler

SEPTIÈME

DISCOURS

2 *3

dudit cardinal, elle luy demanda s'il ne luy avoit
jamais dit et confessé qu'il fust esté marié. Qui
fut estonné? Ce fut M. de Manne de telle demande. II est encor vivant, qui pourra dire si je
mentz, car j'y estois. II respondit que jamais il
n'en avoit ouy parler, ny à luy ny à d'autres.
« Or, je vous l'aprendz donc (dit-elle): car il n'y a
rien si vray qu'il a esté maryé, et est mort marié
reallement avec ladite dame de Chastillon et veuf. »
Je vous asseure que j'en ris bien, contemplant la
contenance estonnée dudit M. de Manne,

qui

estoit fort conscientieux et relligieux, qui pensoit
sçavoir tous les secretz de son feu maistre; mais il
estoit de galico pour icelluy-Ià : aussi estoit-il scandaleux, pour le rang sainct qu'il tenoit.
Ceste madame de Chastillon estoit la vefve de
feu M. de Chastillon, qu'on disoitqui gouvernoit le
petit roy Charles huictiesme avec Bourdilhon, Galiotet Bonneval, qui gouvernoient le sang real. II
mourut à Ferrare,

ayant esté blessé au siège de

Ravane, et là fut porté pour se faire penser. Ceste
dame demeura vefve fort jeune, belle, sage et vertueuse en aparance, tesmoing ce mariage, et pour
cela fut esleue dame d'honneur de la feu reyne de
Navarre. Ce fut cele-là qui bailla ce beau conseil à
ceste dame et grand princesse, qui est escrit dans
les Cent Nouvelles de ladicte reyne, d'elle et d'un
gentilhomme qui avoit coulé la nuict dans son lit
par une trapelle dans la ruelle, et en vouloit jouir;
mais il n'y gaigna que de belles esgratigneures

2I 4

SEPTIEME

DISCOURS

dans son beau visage, et, elle s'en voulant plaindre
à son frère , elle luy fit ceste belle remonstrance
qu'on verra dans ceste Nouvelle, et luy donna
ce beau conseil, qui est un des beaux et des plus
sages, et des plus propres

pour fuir scandalle ,

qu'on eust sceu donner, et fust esté un premier
président de Paris qui l'eusse donné, et qui monstroit bien pourtant que la dame estoit bien autant
rusée et fine en telz misteres que sage et advisée;
et, pour ce, ne faut doubter si elle tint son cas
secret avecques son cardinal. Ma grand mère, madame la seneschalle de Poictou, eut sa place aprés
sa mort, par l'election du roy François, qui la
nomma et l'esleut, et l'envoya quérir jusques en
sa maison; et la donna de sa main à la reyne sa
sœur, pour la cognoistre tres-sage et tres-vertueuse
dame ; aussi l'apelloyt-il mon chevalier sons reproche;
mais non si fine, ny rusée, ny accorte en telle chose
que sa précédente, ny convolée en secondes nopees.
Et, si voulez sçavoir de qui la nouvelle s'entend,
c'estoit de la reyne mesme de Navarre, et de ['admirai de Bonivet, ainsi que je tiens de ma feu grand
mere; dont pourtant me semble que ladite reyne
n'en devoit celer son nom, puisque l'autre ne peut
rien gaigner sur sa chasteté, et s'en alla en sa confusion, et qui vouloit divulguer le fait, sans la
belle et sage remonstrance que luy fit ceste dite
dame d'honneur, madame de Chastillon; et quiconque l'a leue la trouvera telle. Et croy que M. le
cardinal, sondit mary, qui estoit l'un des mieux

SEPTIEME

DISCOURS

2l5

disantz, sçavans , eloquans , sages et advisez de
son temps; luy avoit mise ceste science dans le
corps, pour dire et remonstrer si bien. Ce conte
pourroit estre un peu scandaleux, à cause de la
saincte et relligieuse proffession de l'autre; mais,
qui le voudra faire, faut qu'il déguise le nom.
Et, si ce traict a esté tenu secret touchant ce
mariage, celluy de M. le

cardinal de Chastillon

dernier n'a pas esté de mesmes : car il le divulga
et publia luy-mesme assez, sans emprunter de trompette; et est mort marié, sans laisser sa grand
robbe et bonnet rouge. D'un costé, il s'excusoit
sur la relligion refformée, qu'il tenoit fermement;
et de l'autre, sur ce qu'il vouloit tenir son rang
tousjours et ne le quicter, ce qu'il n'eust fait autrement, et d'entrer au conseil, là où entrant il
pouvoit beaucoup servir à sa relligion et à son
party, ainsi que certes il estoit tres-capable, tressuffisant et tres-grand personnage.
Je pense que mondit sieur cardinal du Belay en
a peu faire de mesmes : car de ce temps là il penchoit fort à la relligion et doctrine de Luther,
ainsi que la court de
abrevée,

France

en estoit un peu

car toutes choses neufves plaisent,

et

aussi que ladite doctrine licencioit assez gentiment
les personnes,
mariage.

et mesmes les eclesiastiques , au

3 Or, ne parlons plus de ces gens d'honneur,
pour la révérence grande que nous devons à leur
ordre et à leurs sainctz grades.

II faut un peu

SEPTIEME

DISCOURS

mettre sur les rangs nos vieilles vefves qui n'ont
pas six

dentz en

gueulle, et qui se remarient.

N'y a pas longtemps qu'une dame, vefve de trois
marys, espousa en Guienne, pour le quatriesme,
un gentilhomme qu'y tient assez quelque grade,
elle estant de l'aage de quatre-vingtz ans. Je ne
sçay pas pourquoy elle le faisoit, car ell' estoit
tres-riche et avoit force escus, dont pour ce le
gentilhomme la pourchassa, si ce n'estoit qu'elle
ne se vouloit encores rendre ,

et vouloit encor

fringuer sur les lauriers, comme disoit mademoyselle Sevin, la folle de la reyne de Navarre.
J J'ay cogneu aussi une grand dame qui en l'aage
de soixante-seize ans

se remaria et espousa un

gentilhomme qui n'estoit pas de la qualité de son
premier, et vesquit cent ans; et pourtant s'y entre
tint belle : car ell' avoit esté des belles femmes en
son temps, et avoit bien fait valoir son gentil et
jeune corps en toutes façons, et à marier, et mariée, et vefve, ce disoit-on.
Voyla deux terribles humeurs de femmes! II
falloit bien qu'elles eussent de la challeur. Aussi
ay-je bien ouy dire aux bons et expers fourniers
qu'un vieux four est plus aisé à s'eschaulfer beaucoup qu'un neuf, et, quand il est une fois eschaufîé,
il en garde mieux sa chaleur et fait meilleur pain.
Je ne sçay quels apetitz sçavoureux y peuvent
prendre leurs challans marys et amoureux; mais
j'ay veu beaucoup de gallans et braves gentilzhommes aussi affectionnez en l'amour des vieilles,

SEPTIEME

2 I 7

DISCOURS

voire plus que des jeunes; et si l'on me disoit que
c'estoit pour en tirer des commoditez. Aucuns en
ay-je veu aussi qui les aymoient d'une tres-ardante
amour, sans en tirer rien de leur bource, sinon de
celle de leur corps; ainsi que nous avons veu autres
fois un tres-grand prince souverain qui aymoit si ardamment une grand dame vefve aagée qu'il quictoit
et sa femme et toutes autres tant belles fussentelles et jeunes, pour coucher avec elle. Mais en
cele-là il avoit raison, car c'estoit une des belles
et aymables dames que l'on eust sceu voir; et son
hyver valloit plus certes que les printemps, estez
et autonnes des autres. Ceux qui ont pratiqué les
courtisannes d'Itallie, aucuns en ont veuetvoid-on
choisir tousjours les plus fameuses et antiques et qui
ontplus traîné le balay poury trouver quelque chose
de plus gentil, tant au corps qu'en l'esprit. Voyla
pourquoy ceste

gentille Cleopatra ,

ayant

esté

mandée par Marc Anthoyne de le venir trouver,
ne s'en esmeut autrement, s'assurant bien que,
puisqu'elle

avoit sceu

attraper

Jules Cossar

et

Cneus Pompeius, fìlz du grand Pompée, lorsqu'elF
estoit encor jeune fillette, et ne sçavoit encores bien
que c'estoit de son

monde ny de son

mestier,

qu'elle meneroit bien autrement son homme, qui
estoit fort grossier, et sentant son gros gendarme,
ell' estant en la vigueur de son entendement et de
son aage , comme elle fit. Aussy, pour en parler
au vray, si la jeunesse est propre pour l'amour à
aucuns, à d'autres la maturité d'un aage, d'un bon
28

2X8

SEPTIÈME

DISCOURS

esprit et longue experiance et d'un beau parler,
de longue main pratiqué, servent beaucoup pour
les suborner.
Un doubte y a-il, que j'ay demandé autresfois à
des médecins, d'un qui disoitpourquoy il envivoit
plus sain, puisqu'en sa vie il n'avoit cognu ny touché vieille , sur ceste aíîorisme des médecins qui
disent : vetulam non cognovi. Avec d'autres collibetz, certes, ces médecins m' ont dit un proverbe
ancien qui disoit : « qu'en vieille grange l'on bat
bien , mais de vieux fléaux on n'en fait rien de
bon. » D'autres disent : « II n'en chaut quel aage
la beste ait, mais qu'elle porte. » Et aussi que par
experiance ilz ont cogneu des vieilles si ardantes
et chaudasses que, venant à habiter avec un jeune
homme, elles en tirent ce qu'elles en peuvent, et
l'allambyquent

et succent tant

qu'il a de sub-

stance ou de suc dans le corps, affin de les humetter mieux; je dis celles qui, pour l'amour de
l'aage, sont asseichées et ont faute d'humeurs. Lesditz médecins me disoient autres raisons; mais aux
plus curieux je les laisse à les demander.
J J'ay veu une vieille vefve, dame grande, qui
mit sur les dentz, en moins de quatr' ans, son troisiesme mary et un jeune gentilhomme qu'ell' avoit
pris pour son amy; et les envoya dans terre, non par
assassinat ny poison, mais par atténuation et allambiquement de la substance spermaticque. Et, à
voir ceste dame, on n'eust jamais pensé qu'elle eust
fait le coup; car elle faisoit devant les gens plus de la

SEPTIÈME

DISCOURS

devocte, de la marmiteuse et de l'hypocrite, jusques-là qu'elle ne vouloit pas prendre sa chemise
devant ses femmes de peur de la voir nue, ny pisser devant elles ; mais, comme disoit quelcune dame
de ses parentes, qu'elle faisoit ces difficultez à ses
femmes, et point aux hommes ny à ses gallans.
Mais quoy? Est-il plus deffansible et aussi plus
loysible à une femme avoir eu plusieurs marys en
sa vie, comme il y en a eu prou qui en ont eu trois,
quatre et cinq, ou à un' autre qui en sa vie n'aura
eu que son mary et un amy, ou deux , ou trois,
comme certes j'ay cogneu aucunes continantes et
loyalles jusques-là? Et en cela j'ay ouy dire à une
grand dame de par le monde , qu'elle ne mettoit
aucune differance entre une dame qui avoit eu
plusieurs marys et une qui n'avoit eu qu'un amy
ou deux, avec son mary, si ce n'est que ce voille
marital cache tout; mais, quant à la sensualité et
lascivetté, il n'y a pas différence d'un double; et
en cela pratiquent le reffrain espaignol , qui dit
que algunas mugeres son de natura de anguilas en
reiener,y de lobas en excoger; « [qu'aucunes femmes
sont] de nature

des anguiles à retenir, et des

louves à choysir » : car l'anguile est fort glissante
et mal tenable, et la louve choysist tousjours le
loup le plus laid.

5 II m'advint une fois à la court, comme j'ay
dist ailleurs, qu'une clame assez grande, qui avoit
esté mariée quatre fois, me vint à dire qu'elle venoit de disner avecques son beau-frere, et que de-

220

SEPTIÈME

DISCOURS

vinasse avec qui ; et me le disoit naïfvemem
sans y songer mallice; et moy, un peu mallicieusement, et en riant pourtant, je luy respondis : « Et
qui diable seroit le devin qui le pourroit deviner?
Vous avez esté mariée quatre fois : je laisse à penser au monde la quantité de beaux-freres que vous
pouvez avoir. » Alors elle me respondit, et répliqua : « Vous y songez en mal », et me nomma
le beau-frere. « C'est bien parlé (luy repliqué-je),
cela, mais non pas comme vous parliez. »
5 II y eut jadis à Rome une dame qui avoiteu
vingt et deux marys l'un aprés l'autre, et pareillement un homme qui avoit eu vingt-une femmes,
dont ilz s'advisarent tous deux de faire un bon
concert de se remarier ensemble. Le mary à la fin
survesquit sa femme : en quoy le mary fut tellement honnoré et estimé dans Rome de tout le
peuple, d'une si belle victoire, que, comme victorieux, fut mené et pourmené en char triumphant,
couronné de laurier, et la palme en main. Quelle
victoire, et quel triumphe!
5 Du temps du roy Henri II e , en sa court futle
seigneur de Barbezan, dict Sainct-Amant, qui se
maria par trois fois l'une aprés l'autre. Sa troisiesme
femme estoit fille de M rae de Mouchy, gouvernante de M me de Lorraine, qui, plus brave que les
deux premières, eut raison d'elles, car il mourut
soubz elle; et, ainsi qu'on le plaignoit à la court,
et qu'elle de mesme se deconfortoit outrageusement de sa perte, M. de Montpesat, qui disoit

SEPTIÈME

DISCOURS

2 2 I

ties-bien le mot, alla rencontrer, qu'au lieu de la
plaindre, on la devoit exalter et louer beaucoup
de sa victoire qu'elP avoit eu sur son homme ,
qu'on disoit qu'il estoit si vigoureux et si fort et
envitaillé qu'il avoit fait mourir ses deux premières
femmes de force de le leur faire ; et ceste-cy , [pour] ne
s'estre rendue au combat, mais demeurée victorieuse,
devoit estre louée et admirée par la court pour si
belle victoire d'un si vaillant et robuste champion,
et pour ce elle-mesme s'en devoit tenir tres glorieuse. Quelle gloire!
3 J'ay ouy tenir ceste mesme maxime de cy-devant d'un seigneur de France : qu'il ne mettoit pas
plus de differance entre une femme qui avoit eu
quatre ou cinq marys, comme il y en a eu, qu'une
putain qui a eu trois ou quatre serviteurs l'un aprés
l'autre; sinon que l'une se collore par le mariage,
et l'autre point. Aussi un gallant homme que je
sçay ayant espousé une femme qui avoit esté mariée trois fois, il y eut quelcun que je sçay qui
disoit bien : « II a espousé (dit-il) enfin une putain
sortant du bordeau de réputation. » Ma foy, telles
femmes qui se remarient ressemblent les chirurgiens
avares, lesquelz ne veulent tout à coup ressarrer
les playes d'un paouvre blessé, afin d'allonger la
guérison et en gaigner tousjours mieux la petite
piece d'argent. Aussi ce disoit une : « II n'est pas
beau de s'arrester au beau mitan de la carrière;
mais il la fairî achever et aller jusques au bout. »
Je m'estonne que ces femmes, qui sont si chaudes

SEPTIEME

222

DISCOURS

et promptes à se remarier , et mesmes ainsi si suzannées, n'usent pour leur honneur de quelques
remèdes reffrigeratifz et potions tempérées, pour
expeller toutes ces challeurs; mais tant s'en faut
qu'elles en veuillent user, qu'elles s'en aydent du
tout de leur contraire, et disent que telz ^ OÍHS refrigeratifs leur gasteroyent l'estomaq. J'ay leu et
veu un petit livret d'autresfois, en italien, sotpourtant , qui s'est voulu mesler d'en donner des receptes contre la luxure, et en met trente-deux;
mais elles sont si sottes que je ne conseille point
aux femmes d'en user, pour ne mettre leur corps
à trop fascheuse subjection. Voyla pourquoy je ne
les ay mises icy par escrit. Pline en allègue une,
de laquelle usoient le temps passé les vestalles; et
les dames d'Athènes s'en servoient aussi durant les
festes de la déesse Cerés, dites Tesmophoria, pour
se reffroidir et oster tout apetit chaud de l'amour,
et par ce vouloient cellebrer ceste feste en plus
grande

chasteté,

qu'estoient

des

paillasses de

feuilles d'arbre dit agnus castus. Mais pensez que
durant la feste elles se chastroient de ceste façon;
mais aprés elles jettoient bien la paillasse au vent.
J'ay veu un pareil
Guienne,

arbre en une

d'une grande,

maison en

honneste et tres-belle

dame, et qui le monstroit souvant aux estrangiers
qui la venoient voir, par grande speciauté; et leur
en disoit la propriété; mais au diable si j'ay jamais
veu ny ouy dire que femme ou dame en ait envoyé
cuyllir une seulle branche, ny fait pas seullement

SEPTIEME

DISCOURS

223

un petit recoing de paillasse ; non pas mesme la
clame propriétaire de l'arbre et du lieu, qui en eust
peu disposer comme il luy eust pieu. Ce fust esté
aussi dommage, car son mary ne s'en fust pas
mieux trouvé : aussi qu'elle valloit bien qu'on la
laissast se reigler au cours de la nature, tant ell'
estoit belle et agréable, et aussi qu'ell' a fait une
tres-belle lignée.
Et, pour dire vray , il faut laisser et ordonner
telles receptes austères et froides aux paouvres religieuses, lesquelles, encores qu'elles jusnent et
macèrent leur corps, si sont-elles souvant assaillies,
les paouvrettes , de tentations de la chair; et, si
elles avoient liberté (au moins aucunes), se voudroient raffraischir comme les mondaines; et bien
souvant pour s'estre repenties se repentent, ainsi
qu'on void les courtisannes de Romme, dont j'en
allegueray un plaisant conte d'une, laquelle s'estant
vouée au voyle, avant qu'aller au monastère un
sien amy, gentilhomme françois, la vient voir pour
luy dire à Dieu, puisqu'elle s'en alloit recluse ; et,
avant que s'en aller, la pria d'amour; et, la prenant, elle luy dist : Fate dunque presto; ch' adesso
mi verranno cercar per far mi monaca , e andar al
monasterio. Pensez qu'elle voulut faire ce coup
pour prendre sa derniere main et dire : Tandem
hxc olim meminisse juvabit :

« encor me fait-il

grand bien de m'en ressouvenir pour la derniere
fois. » Quelle repentance et quelle intrade de relligion ! et, quand une fois elles y ont esté proffesses,

224

SEPTIÈME

DISCOURS

au moins les belles, je dis aucunes, jecroy qu'elles
vivent plus de repentance que de viandes corporelles ny spirituelles. Dont aucunes y a qui sçavent
y remédier, ou par dispenses et par plaines libertés
qu'elles prennent d'elles-mesmes : car icy ne les
traictent comme les Romains le temps passé traictoient cruellement leurs vestalles quand elles avoi[en]t
forfait; ce qui estoit une chose abhorrable et abominable : aussi estoient-ilz payens, et pleins d'horreurs et cruautez. Et nous autres chrestiens, qui,
ensuivans la douceur de nostre Christ, devons estie
bénins comme luy; et, comme il pardonne, il faut
que nous pardonnions. Je mettrois icy par escrit la
façon de laquelle ilz les traictoient ; mais, par horreur, je la laisse au bout de la plume.
Or, laissons ces paouvres recluses, que, ma foy,
quand elles sont là une fois renfermées, elles endurent assez de mal; ainsi que dist une fois une
dame d'Espaigne, voyant mettre en relligion une
fort belle et honneste damoyselle : O tristezìlla, y
en qui pccástcis , que tan presto vienes à penitencia,
y seys metida en sepultura vival « O paouvre misérable, en quoy avez-vous tant péché, que si prestement vous venez à pénitence, et estes mise toute
vive en sépulture! » Et, voyant que les religieuses
luy faisoient toutes les bonnes cheres, recueilz et
honneurs du monde, elle dist : que todo le hedia
hasta el encienso de la yglesia; « que tout luy puoit,
jusques à l'encens de l'eglise ».
Sur ces vœuz virginaux Heliogobale en fil une

SEPTIEME

225

DISCOURS

loy : qu'aucune vierge romaine, voire vestalle, ne
fust obligée à virginité, disant que les femmes estoient trop imbéciles àe sexe pour s'obliger à ce
qu'elles ne pourroient garentir. Et, par ce, ceux
qui ont introduict des hospitaux pour y nourrir,
eslever et marier des paouvres filles, ont fait un'
œuvre fort cheritable, tant pour leur faire sentir le
doux fruict de mariage que pour les destourner
de paillardise. Aussy Panurge , dans Rabelays, y
despendist force argent du sien pour fayre de ces
mariages, et mesmes des vielles laydes, car il y
íailloyt bien enforcer plus d'argent que pour des
belles.

.

,

J Une question y a-il que je voudrois qui me
fust dissolue en toute vérité et sans dissimulation,
par aucunes dames qui ont fait le voyage; à sçavoirmon, quand elles sont remariées, comment
elles se comportent à l'endroit de la mémoire des
premiers marys. En cela il y a une maxime : que
les dernieres amitiez et innimitiez font oublier les
premières; aussi les secondes nopees ensepvellissent
les premières. Sur quoy j'allegueray un exemple
plaisant, mays non de grantlieu; non pourtant
qu'il doive estre fort

authorisable ny

rejetable

aussy, si est-ce qu'on dit que, soubz un lieu obscur
et vil, encor la sapience et science s'y cache. Une
grande dame de Poictou demandant une fois h une
païsante, sienne tenancière, combien de marys ell'
avoit eu, et comment elle s'en estoit trouvée ; elle,
faisant sa petite reverance à la pitaude, luy resBranlòme. 111.

2y

22Ô

SEPTIEME

DISCOURS

pondit de sang-froid : « Je vous diray, Madame,
j'ay eu deux marys, la grâce à Dieu. L'un s'appeloit Guilhaume, qui estoit le premier; et le second
s'apelloit Collas. Guilhaume estoit un bon homme,
aisé de moyens, et me traictoit fort bien; mais
Dieu pardonne à Collas, car Collas me le faisoit
bien. » Mais elle disoit tout à trac ce qui se commance par f., sans le déguiser ou farder comme je
le déguise. Voyez, s'il vous plaist, comme ceste
maraude prioit Dieu pour l'ame du trespassé bon
compaignon et fort ribaud, et , s'il vous plaist, sur
quel subjet : qu'il la repassoyt si bien; et du premier, nienic. Je penserois que de mesmes en font
plusieurs

dames

convolantes et revolantes, car,

puisqu'elles en viennent là , c'est pour ce grand
poinct ; et, pour ce, qui le joue le mieux est le plus
aymé. Et voluntiers croyent que le second doive
faire rage; mais bien souvant aucunes sont trompées, car ilz ne trouvent en leurs boutiques l'assortissement qu'elles y pensoient trouver; ou bien à
d'aucuns, s'il y en a, il est si chetif, usé, gasté,
flac, foulé, lasche et fripé, qu'on se repent d'y
avoir mis son denier; comme j'en ay veu force
exemples que je ne veux alléguer.
J Nous lisons dans Plutarche que Cleomenes,
ayant espousé la belle Agiatis, famé d' Agis, aprez
qu'il fust mort, d'autant qu'elle estoyt extrême en
beauté, en devint fort amoureux. II cognoissoit en
elle la grand tristesse qu'elle demenoyt pour son
mary premier. II en eust si grand compassion qu'il

SEPTIEME

DISCOURS

luy en sceut fort bon gré et de l'amour qu'elle
portoyt à son premier mary . . . , et de l'amyable souvenance qu'elle avoyt d'e luy; de manière que bien
souvant il l'en mettoyt luy-mesme en propos, luy
demandant plusieurs choses et particularitez et plaisirs qui s'estoyent passez entre eux. II ne la guarda pas long-temps, car elle luy mourust, dont il
en porta un regret extrême. Plusieurs telz maris
en font de mesmes envers telles famés remariées.
II est temps tantost, si me semble, de faire fin,
ou jamais non.

5 D'autres dames y a -il qui disent qu'elles
ayment mieux leurs derniers marys de beaucoup
que les premiers : « d'autant (m'ont-elles dit aucunes), que les premiers que nous espousons, le
plus souvant nous les prenons par le commandement de nos roys et reynes maistresses , par la
contraincte de nos pères et mères, païens, tutteurs,
non par la volunté pure de nous autres; au lieu
qu'en nos viduictez, comme tres-bien émancipées,
nous en faisons telle élection qu'il nous plaist, et
ne les prenons que pour nos beaux et bons plaisirs,
et par amourettes, et à nostre gentil contentement. » Certainement il peut avoir là de la raison,
si n'estoit que bien souvant les amours qui s'accommancent par anneaux se finissent par couteaux,
ce dit un vieux proverbe ancien, ainsi que tous les
jours nous en voyons les expériences et exemples
d'aucunes qui, pensans estre bien traictées de leurs
nommes, qu'elles avoient tirez aucuns de la justice

SEPTIEME

DISCOURS

et du gibet, de, la paouvrctté* de la chetisverie, du
bourdeau, et eslevez, les battoient , rassoient, les
traictoient fort mal , et bien souvant leur ostoicnt
la vie; dont en cela c' estoit juste punition, divine,
pour avoir estées par trop ingrates à leurs premiers
marys, qui leur estoient par trop bons, et en disoient pis que pendre. Et ne ressembloient pas une
que j'ay ouy racompter, laquelle la première nuict
de ses nopces, ainsi que son mary l'acommançoit
à assaillir, elle se mit à plourer et à souspirer bien
fort, si bien que tout à un coup elle faisoit deux
choses fort contraires, l'hyver et l'esté. Son mary
lui demanda qu'elP avoit à s'atrister, et s'il ne
s'acquictoit pas bien de son devoir. Elle luy respondit : « Helas! prou, Monsieur; mais je me
souviens de mon autre mary, .qui m'avoit tant prié
et reprié de ne me remarier jamais aprés sa mort,
et que j'eusse souvenance et pitié de ses petitz enfans. Helas! je vois bien que j'en aray encor tant
de vous. Hé! que fairay-je? Je croy que, s'il me
peut voir du lieu où il est maintenant, il me maudit bien. » Quel' humeur, de n'avoir point songea
telles considérations,

ny avoir esté sage, sinon

aprés le coup ! Mais le mary, l' ayant apaisée et fait
passer souvant ceste fantaisie par le trou du milieu,
í'endemain matin , ouvrant la fenestre de sa chambre,
envoya dehors toute .la mémoire du mary premier:
car, ce disoit un proverbe ancien, que femme qui
enterre un mary ne se soucie plus d'en enterrer un
autre; et aussi un autre qui dit : Plus de mine en

SEPTIÈME

DISCOURS

une femme perdant son mary, que de melencolie.
J J'ay cogneu un' autre vefve , grande dame,
bien contraire à ceste-c'y, qui ne ploura ainsi: car,
la première nuict et seconde de ses nopces, elle se
conjoyst tellement avec son mary second qu'ilz
ensonçarent et rompirent le cliaslit, encor qu'ell'
eust un' espece de cancer à un tetin; et, nonobstant son mal, ne laissa d'un seul poinct son amoureux plaisir, l'entretenant par amprés souvant de
la sottise et inhabilité de son premier mary. Aussi,
à ce que j'ay ouy dire à aucuns et aucunes, c'est la
chose que les seconds marys veulent le moins de
leurs femmes, qu'elles les entretiennent de la vertu
et valleurs de leurs premiers marys, comm' estantz
jaloux des paouvres trespassez, qui y songent autant comme de revenir en ce monde; d'en dire
mai tant que l'on voudra. Si en a-il force pourtant
qui leur en demandent des nouvelles, ainsin que
fist Cleomenes; mais, comme se sentans fort vigoureux et forts, et faisans comparaisons des deux,
les interrogent de leurs forces et vigueurs en ces
douces charges; comme j'ay ouy dire à aucuns et
aucunes, lesquelles, pour leur faire trouver meilleur,
leur font accroire que les autres n'estoient qu'aprentitz,
mieux.

dont bien souvant elles s'en

trouvent

Autres disoient le contraire, et que les

premiers faisoient rages, affin de' faire efforcer les
derniers à faire les asnes desbatés.
Telles femmes vefves seroient bonnes à l'isle de
Chio, la plus belle isle et gentille et plaisante de

23o

SEPTIÈME

DISCOURS

Levant, jadis possédée des Genevois, et despuis
trente-cinq ans usurpée par les Turcz. dont c'est
un tres-grand domage et perte pour la chrestienté.
En ceste isle donc, comme je tiens d'aucuns mat*
chans genevois, la coustume est que, si une femme
veut demeurer en viduité, sans aucun propos de
soy remarier, la Seigneurie la contraint de paver
un certain prix d'argent, qu'ilz apellent argomoniatiquo, qui vaut autant à dire (sauf l'honneur des
dames) c. reposé et inutille. Comme jadis à Sparte,
ce dit Plutarque, en la vye de Lysander, estoyt
peyneestablye contre ceux qui ne se mary oient point,
ou qui se marioyent trop tard, ou qui se marioyent
mal. Je leur ay demandé à aucuns de ceste isle de
Scio sur quoy ceste coustume pouvoit estre sondée:
ilz me respondirent que pour tousjours mieux repeupler l'isle. Je vous asseure que nostre France
ne demeurera donc indeserte ny infertille par faute
de nos vefves qui ne se remarient point : car je
pense qu'il y en a plus qui se remarient que d'autres, et par ce ne payeront de tribut du c. inutille
et reposé. Que si ce n'est pour mariage, pour le
moins autrement qu'ilz le font travailler et fructiffier, comme j'espere dire. Non plus ne payeront
aussi aucunes de nos filles de la France que celles
de Chio, lesquelles, soit des champs ou de la ville,
si elles laissent perdre leur pucellage avant qu'estrc
mariées, et qu'elles veullent continuer le mestier,
sont tenues de bailler pour une fois un ducat (dont
c"est un tres-bon marché pour faire cela toute leur

SEPTIEME

DISCOURS

23 I

vie) au capitaine du guet de la nuict, afin de le
pouvoir faire à leur plaisir, sans aucune craincte
et danger; et en cela gist le plus grand et asseuré
gaing qu'ait ce gentil capitaine en son estât.
Ces dames et filles de ceste isle sont bien contrayres à celles de jadis de leur mesme isle, lesquelles, à ce que dit Plutarche en ses Opuscules,
furent si chastes l'espace de sept cent ans qu'il ne
fust jamays memoyreque jamays il y eust heu famé
mariée qui eust commis adultère, ny fille qui, hors
de mariage, eust estée despucelée. « Miracle! » s'escrieroyt là

le bon homme Homerus. Croyez

qu'aujourd'huy elles ont bien changé. Aussy
J II ne fut jamais que les Grecz n'eussent tousjours quelques invantions tendantes à la paillardise;
comme le temps passé nous lisons de la coustume
de l'isle de Cypre, qu'on dit que la bonne dame
Venus, patronne de là, introduisit : qu'estoit que
les filles de là, qu'elles allassent se pourmenans le
long des rivages, côtes et orées de la mer, pour
gaigner leurs mariages par la liberallité de leurs
corps aux mariniers, passans et navigeans, qui descendoient exprés, voire bien souvant se destournoient de leur chemin droit de la boussolle pour
prendre la terre, et là, prenans leurs petitz raffreschissemens avecques elles, les payoient tres-bien,
et puis s'en alloient, les uns à regret pour laisser
telles beautez; et par ainsi ces belles filles gaignoient leurs mariages, qui plus qui moins, qui
bas

qui

haut, qui

grand qui petit, scelon

les

232

beautez,

SEPTIÈME

quallitcz

et

DISCOURS

tentations des

fiihaudes.

J Aujourd'huy aucunes de nos filles de nos nations chrestiennes ne vont point se pourmener, ny
s'exposer ainsi aux ventz, aux pluyes, aux froids,
au soleil, aux chaleurs, à la lune, pour acquérir
leur mariage, car la peine en est trop laborieuse et
trop dure pour leurs tendres et délicates peaux et
blanches charnures, mais se font venir trouver soubz
des riches pavilhons et dans des pompeuses courtines, et là tirent leurs soldes amoureuses et marytales de leurs amoureux, sans payer aucun tribut.
Je ne parle pas des courtisanes de Rome qui en
payent, mais de plus grandes qu'elles. Si bien qu'à
aucunes, la pluspart du temps, leurs pères, mères
et frères n'ont pas grand peine de chercher argent
ny leur en donner pour les marier; ains, au contraire, bien souvant aucunes y a-il qui en baillent
aux leurs, et les advancent en biens et charges, en
grades et dignitez, ainsi que j'en

ay veu plu-

sieurs. Aussi Licurgus ordonna que les filles vierges
fussent mariées sans douaire d'argent, à ce que les
hommes les espousassent par leurs vertuz, non
pour l'avarice. Mais quelle vertu estoit-ce? qu'aux
bonnes festes solempnelles elles chantoient, dansoient publicquement toutes nues avec les garçons,
voire luttoient en belle place marchande; ce qui se
faisoit pourtant avec toute honnestelé, dit l'histoire : c'est à sçavoir, et quelle honnesteté en tel
estât estoit-ce, ces belles filles voir publicquement?
D'honnesteté n'y en avoit-il point, mais ouy bien

SEPTIEME

233

DISCOURS

un plaisir pour la veuc, et mesmes en leur mouvement de corps, danser, et encores plus à lutter; et
puis, quand ils venoient à tumber l'un sur l'autre,
et, comme dit le latin, illa sub, Me super; illc sub
et illa super, « elle dessoubz, luy dessus, elle dessus, et luy dessoubz. » Et comment me pourroiton déguiser cela, qu'il y eust là toute honnesteté
en ces filles spartianes? Je croy qu'il n'y a chasteté
qui ne s'en esbranlast, et que, se faisant là en public
et de jour les petites attaques, qu'à couvert et de
nuict et du rendez-vous les grandz combatz et camisades s'en ensuivissent. Tout cela

se pouvoit

faire sans aucun doubte, veu que ledit Licurgus permit à ceux qui estoient beaux et dispos d'emprunter
des femmes des autres pour y labourer comme en
terre grasse, belle et bonne; et si n!estoit chose
reprochable à un vieil et lassé de prester sa femme
belle et jeune à un gallant jeune homme qu'il choisissoit; mais il vouloit qu'il fust permis à la femme
de choisir pour secours le plus proche parent de
son mary, tel qu'il luy plairoit, pour se coupler
avecques luy, à ce que les enfants qu'ilz pourroient
engendrer fussent au moins du sang, de la race
mesmes du mary. II y a là encor quelque rayson,
veu que les Juifz avoient celle loy de la belle-sœur
au beau-frere; mais nostre loy chrestienne a tout
rabillé cela, encor que nostre Sainct-Pere en aye
donné plusieurs

dispenses sondées sur plusieurs

raisons. En Espaigne

ceJa s'y pratique fort, mais

par dispense.
3o

SEPTIÈME

DISCOURS

? Or, parlons un peu, et le plus sobrement que
nous pourrons, d'aucunes autres vefves, et puis la
fin.
Un' autre
ne

se

espece

de vefves dont il y a qui

remarient point, mais fuyent

le mariage

comme peste; ainsi que me dist une, et de grande
maison, et bien spirituelle, à laquelle luy ayant
demandé si elle offriroit encore son veu au dieu
Hymenée, elle me respondit : « Par vostre foy,
seroit-il pas fad et malhabille le forçat ou l'esclave,
aprez avoir tiré longuement à la rame, attaché à la
cadene, s'il venoit à recouvrer liberté, s'il ne s'en
alloit de son bon gré sans encor s'assubjettir soubz
les

lois

moy,

d'un

outrageux

corsaire?

Pareillement

aprés avoir assez esté soubz l'esclavitude

d'un mary, et en reprendre un autre, que meriterois-je, puisque d'ailleurs, sans aucun hasard, je
me puis donner du bon temps? » A un' autre dame
grande, et ma parente (car je ne veux prendre le
Turc), luy ayant demandé si elle n' avoit point
d'envie de convoller: « Ncnny (me respondit-cllc),
mon cousin, mais bien de conjouir »; faisant une
allusion sur ce mot de conjouir, comme voulant dire
qu'elle vouloit bien faire à son c. jouir d'autre
chose qu'à un second mary, suivant le proverbe
ancien qui dit qu'il vaut mieux voiler en amours
qu'en mariage; aussi que les femmes sont hostesses
partout.

Bon celluy-là pour un vieux mot: car

elles reçoivent et sont reynes partout; je dis les
belles.

SEPTIEME

DISCOURS

?.35

J J'ay ouy parler d'un' autre qui, luy estant demandé par un gentilhomme qui vouloit tenter le
guet pour la pourchasser, et luy demandant si elle
ne vouloit point un mary : « Hà (dist-elle)! ne me
parlez point de mary, je n'en auray jamais plus;
mais avoir amy, je ne dis pas. — Permettez donc,
Madame, que je sois cest amy, puisque mary je ne
puis estre. » Elle luy répliqua : « Servez bien , et
persévérez; possible le serez-vous. »
J Une belle et honneste vefve de

l'aage de

trente ans, voulant gaudir un jour avec un honneste
gentilhomme, ou, pour mieux parler, le voulant attirer à l'amour, ainsi qu'elle vouloit monter un jour
à cheval, et ayant pris le devant de son manteau
qui s'estant acroché à quelque clou et l'avoit un
peu deschiré, elle luy dist : « Voyla ce que vous
m'avez fait, un tel; vous m'avez essarté mon devant. —J'en serois bien marry (dist le gentilhomme),
ny de luy avoir fait du mal, car il est trop jolly et
trop beau. — Qu'en sçavez-vous (dist-elle)? vous
ne l'avez pas veu. —■ Hé! voulez-vous nier (répliqua le gentilhomme) que je ne l'aye veu cent fois
quand vous estiez petite garce, que je vous retroussois et le voyois à mon aise, comme il me
plaisoit? — Ah ! (dist-elle) il estoit alors un jeune
adolescent et sbarbat, qui ne sçavoit encor que
c'estoit de son monde. Ast'heure qu'il a mis barbe,
il est irrecognoissable et vous le mesconoistriez.
— II est pourtant (répliqua encor le gentilhomme)
en mesme lieu qu'il estoit lors, et n'a point changé

2Î6

SEPTIÈME

DISCOURS

place. Je crois que je le trouverois en ce mesmc
endroit. — Ouy (dist-elle), il est là mesmes, bien
que mon mary l'ait assez remué et démené, plus
que ne fit jamais Diogenez son tonneau. — Ouy
(dist le gentilhomme), mais ast'heure et que peut-il
faire sans mouvement ? — Tout ainsi (dist la dame)
qu'un horeloge qui n'est point monté. — Donnezvous garde donc (dist le gentilhomme), qu'il ne
\ous advienne comme aux horeloges que vous alléguez, que, s'ilz ne sont montez et continuent
de ne l'estre, leurs ressortz se rouillent par laps de
temps et puis ne vallent plus rien. —■ Toutes comparaisons (dit la dame) ne sont pas en tout semblables, caries ressortz de l'horeloge que vous pensez
ne sont point subjetz à aucune rouille, et sont
tousjours bons , ou montez ou à monter, à tel
temps qu'il pourra arriver. — Ah ! pleust à Dieu
(répliqua le gentilhomme), quand ce temps et ceste
heure de le monter arrivera, que j'en peusse estre
le monteur ou l'horelogeur ! — Lorsque le jour et
feste en viendra (dist la dame), nous ne la chaumerons pas, et en fairons un jour ouvrier. Et Dieu
gard de mal celluy

que je n'ayme pas tant que

vous. » Et, sur ces petitz mots traversez et picquans
jusques au cœur, la dame monta à cheval, aprés
a\oir baisé le gentilhomme d'un bon cœur, et dit:
« A Dieu, jusqu'au revoir et à la bonne bouche! »
Mais le malheur voulut que ceste honneste dame
mourut dans six sepmaines, dont il cuida mourir
de destresse : car ces motz piquans (avec d'autres

SEPTIEME

DISCOURS

d'auparavant) l'avoient mis en tel espoir qu'il s'asseuroit l' avoir gaignée, comme de vray elle l'estoit.
Que maudite soit la maie destinée de sa mort, car
c'estoit

l'une

des belles

et

honnestes

femmes

qu'on eust sceu voir et qui valoit un péché véniel
et mortel.
1 Un' autre belle jeune dame vefve, luy ayant
esté demandé par un honneste gentilhomme si elle
faisoit le caresme et ne mangeoit point de chair
en façon du monde : « Non (dist-elle). — Si ay-je
veu (dit le gentilhomme) que vous n'en faisiez
point d'escrupule et qu'en mangiez en ceste saison
aussi bien comm' en l'autre, et crue et cuitte. -C'estoit du temps de mon mary (dist-elle), cela;
mais ma viduité m'a refformé et reiglé mon vivre.
— Donnez-vous garde (dist le gentilhomme) de
jusner tant, car voluntiers ceux qui se laissent aller
au jusne et à la sain, aprés, quand l'apetit leur
en prend, ilz ont les boyaux si estroitz et resserrez
qu'il leur en arrive de l'incon' eniant. — Celluy
(dist-elle) que vous voulez dire de moy n'est point
si estroit ni afamé que, quand l'apetit m'en viendra, je ne le ressasie temperemment. »
5 J'ay

cogneu une grand dame qui,

durant

qu'elP estoit fille et mariée, on ne parloit que de
son enbonpoinct. Elle vint à perdre son mary, et
en faire un regret si extrême qu'ell' en devint seiche comme bois. Pourtant ne dellaissa de se donner
au cœurjoye d'ailleurs, jusques à emprunter l'ayde
d'un sien secrétaire et d'autres, voire de son cui-

238
sinier,

SEPTIÈME

DISCOURS

ce disoit-on. Pour cela ne

recouvra son

enbonpoinct, encor que ledit cuisinier, qui estoit
tout gresseux
voit rendre

et

gras, s'il me semble, la de-

grasse.

l'un et de l'autre

Et ainsi

en

prenoit et de

de ses valletz ,

faisant avec

cela la plus prude et chaste femme de la court,
n'ayant que la vertu en la bouche, et mal disante
de toutes les autres femmes, et y trouvant à toutes
à redire. Telle estoit ceste grande dame de Dauphine, dans les Cent Nouvelles de la reyne de Navarre, qui fut trouvée couchée sur belle herbe avec
son palleffrenier ou mulletier dessus elle, par ung
gentilhomme qui en estoit amoureux à se perdre;
mais par ainsi guérit aisément son mal d'amour.
J J'ay ouy parler d'une fort belle famé dans
Naples, qui eust ceste réputation d'avoyr à fayre
avecq un More, le plus laid du monde, qui estoyt
son esclave et palefrenier. Mays son estrange avitallemant le faysoyt aymer d'elle.
J J'ay leu, dans un vieux roman de Jehan de
Saintré, qui est imprimé en lettre gottique, que le
feu roy Jehan le nourrit page. Par l'usance du
temps passé, les grands envoyoient leurs pages en
message, comme on fait bien aujourd'huy ; mais
alors alloient partout et par païs à cheval; mesmes
que j'ay ouy dire à nos pères qu'on les envoyoit
bien souvant en pettites embassades : car, en despeschant un page avec un cheval et une piece
d'argent, on en estoit quicte, et autant espargné.
Ce petit Jehan de Saintré, car ainsi l'apelloit-on-

SEPTIEME

DISCOURS

longtemps, estoit fort aymé de son maistre le roy
Jehan, car il estoit tout plein d'esprit, estoit envoyé souvant porter de petitz messages à sa sœur,
qui estoit pour lors vesve; le livre ne dit pas de
qui ell' estoit vefve. Ceste dame en devint amoureuse aprés plusieurs messages par luy saitz; et un
jour, le trouvant à propos et hors de compaignie,
elle l'araisonna, et se mit à luy demander s'il aymoit
point aucune dame de la court, et laquelle luy revenoit le mieux; ainsi qu'est la coustume de plusieurs dames d'user de ces propos quand elles veulent donner à aucuns la première poincte ou attaque d'amour, comme j'ay veu pratiquer.
Jehan de Saintré,

Petit

qui n'avoit jamais songé rien

moins qu'à l'amour, luy dist que non encor ; et
luy en alla descouvrir plusieurs, et ce que luy en
sembloit. « Encor moins », respondit-il. Aprés luy
avoir presché des vertuz et louanges de l'amour,
car, aussi bien de ce temps vieux comme aujourd'huy, aucunes grandes dames y estoient subjectes;
car le monde n'estoit pas si fin comm'il est ; et
les plus fines tant mieux pour elles, qui en faisoient
passer de belles aux marys , ma's avec leurs hypochrisies et naïsvettez; ceste dame donc, voyant ce
jeune garçon qui estoit de bonne prise, luy va dire
qu'elle luy vouloit donner une maistresse qui l'aymeroit bien, mais qu'il la servist bien;

et luy fit

promettre, avec toutes les hontes du monde qu'il
eut sur le coup, surtout qu'il seroyt secret. Enfin
elle se declaira à luy, et qu'elle vouloit estre sadame

240

SEPTIÈME

DISCOURS

et amoureuse : carde ce temps ce mot de maistrcssc
ne s'usoit. Ce jeune page fut fort estonné, pensant
qu'elle se mocquast, ou 1c voulust faire attraper ou
le faire fouetter. Toutesfois elle luy monstra aussitost tant de signes de feu et d'embrasement d'amour et privautez qu'il cogneut que ce n'estoit
pas mocquerie; luy disant tousjours qu'elle le vouloit dresser de sa main et le fairoit grand. Tant y
a que leurs amours et

jouissances duraient lon-

guement, et estant page et hors de page, jusqu'à
ce qu'il luy fallut aller à un loingtain voyage, qu'elle
le changea

en un gros , gras abbé. Et c'est ce

conte que vous voyez en les Nouvelles du monde
advantureux, d'un vallet de chambre de la reyne de
Navarre, là où vous voyez l'abbé faire un affront
audit Jehan de Sainctré, qui estoit si brave et si
vaillant;

aussi

bientost aprés le

rendit-il bien à

M. l'abbé par bon eschange, et au triple. Ce conte
est tres-beau et est pris de là où je vous clis.
Voyla

comme

ce

n'est d'aujourd'huy que les

dames ayment les pages, et mesmes quand ilzsont
maillez

comme perdriaux.

Quelles

humeurs de

femmes, qui veulent avoir des amis prou, mais des
marys point ! Elles font cella pour l'amour de la
liberté, qui est une si douce chose; et leur semble
que quand elles sont hors

de la domination de

leurs marys, qu'elles sont en paradis : car elles ont
leur douaire tres-beau, et le .mesnagent ; ont les
affaires de la maison en maniement; elles touchent
les deniers ; tout passe par leurs mains : au lieu

SEPTIEME

DISCOURS

qu'elles estoient servantes, elles sont maistresses;
font élection de leurs plaisirs et de ceux qui leur
en donnent à leur souhait.
Aucunes il y en a, [à] qui leur fasche certes de ne
rentrer en second maryage, pour ne perdre leurs
grandeurs, dignitez, biens, richesses, grades, bons
et doux traitemens, et par ce se contiennent; ainsi
que l'ay cogneu et ouy parler de plusieurs grands
dames et princesses, lesquelles, de peur de ne rencontrer à leur souhait la grandeur première, et de
perdre leurs rangs, n'ont jamais voulu se remarier;
mais ne laissent pour cela à faire bien l'amour, et la.
mettre et convertir en jouissance, et n'en perdoient
pour cela ny leurs rangs, ny leurs tabouretz, ny
leurs sièges et séances en la chambré des reynes
ou ailleurs. N'estoient-ellespas bienheureuses celleslà, jouir de la grandeur de monter haut et s'abaisser bas tout ensemble! De leur en dire mot, ou
leur en faire la remonstrance , n'en falloit point
parler; autrement il y avoit plus de despitz, plus
de desmentis, de négatives, de contradictions et
de vengeances.
5 J'ay ouy raconter d'une dame vefve , et l'ay
cogneue, qui s'estoit faite longuement servir à un
honneste gentilhomme, soubz prétexte de mariage ;
mais il ne se mettoit nullement en évidence. Une
grande princesse, sa maistresse, luy en voulut faire
la réprimande. Elle, rusée et corrompue, luy respondit : « Et quoy! Madame, seroit-il deffendu de
n'aymer d'amour honneste ? ce seroit par trop
Brantôme. III.

3 1

242

SEPTIEME

DISCOURS

grande cruauté. » Et Dieu sçait, cest amour honneste s'apelloit un amour bien lascif et bien confit
de composte spermatic ; comme certes sont toutes
amours, qui naissent toutes pures, chastes et honnestes, mais aprés se despucellent, et, par quelquecertain attouchement d'une pierre philosophale,seconvertissent et se rendent deshonnestes et lubriques.
f Feu M. de Bussy, qui estoit l'homme de son
temps qui disoit des mieux, et racontoit aussi plaisamment , un jòur à la court, voyant une dame
vefve, grande, qui continuoit tousjours le mestier
d'amour : « Et quoy (dist-il)! ceste jument va-elle
encor à l'estallon? » Cela fut raporté à la dame,
qui luy en voulut mal mortel; ce que M. de Bussy
sceut. « Et bien (dist-il) , je sçay comme je fairay
mon accord et rabilleray cela. Dites-luy (je vous
prie) que n'ay pas parlé ainsi; mais bien j'ay dit:
« Ceste poudre va-elle encor au cheval? » Car je
sçay bien qu'elle n'est pas marrye de quoy je la
tiens pour dame de joye , mais pour vieille; et,
lorsqu'elle sçaura

que je l'ay nommée poudre,

qu'est une jeune cavalle, elle se pensera que je
l'aye encor en estime d'une jeune dame. » Par
ainsi, la dame, ayant sceu ceste satisfaction et
rabillement

de

parolles,

s'apaisa,

et

se remit

avecques M. de Bussi; dont nous en rismes bien.
Toutesfois ell'avoit beau faire , car on la tenoit
tousjours pour une jument vieille et reparée, qui,
toute suraagée qu'eU'estoit , hannissoit encor aux
chevaux.

SEPTIEME

DISCOURS

J Ceste clame ne ressembloit pas à une autre
dont j'ay ouy parler, laquelle, ayant esté bonne
compaigne cn son premier temps, et se jettant
fort sur l'aage, se mit à servir Dieu en jusnes et
oraisons. Un gentilhomme honneste luy remonstrant pourquoy elle faisoit tant de veilles àl'esglise.
et tant de jusnes à la table, et si c'estoit pour
vaincre et matter les aiguillons de la chair : « Helas
(dist-elle) ! ilz me sont tous passez » ; profferant ces
motz aussi piteusement que jamais fit Miio Crotoniatas (ainsin que j'ay dit ailleurs, s'il me semble), ce fort et puissant lutteur, lequel un jour estant descendu dans l'arene, ou le champ des lutteurs, pour en voir l'esbat seulement, car il estoit
devenu fort vieux, il y en eut un de la troupe qui
luy vient dire s'il ne vouloit point faire encor un
coup du vieux temps. Luy, se rebrassant et retroussant ses bras fort piteusement, regardant ses
nerfz et muscles, il dist seullement : «Helas! ilz
sont mortz. » Si ceste femme en eust fait de mesmes
et se fust retroussée, le traict estoit pareil à celuy
de Milo; mais on n'y eust veu grand cas qui valeut

nyíqui teafeaistont/Dj anu'b amitfD na -loorcs
J Un autre pareil traict et mot au précédent de
M. de Bussi fit un gentilhomme que je sçay. Venant à la court, dont il avoit esté absent six mois,
il veid une dame qui alloit à l'accademye, qui estoit lors introduite à la court par le feu roy. « Comment! (dist-il) l'accademie dure-elle encor? on
m'avoit dit qu'ell' estoit abolie. — En doubtez-

SEPTIÈME

DISCOURS

vous (luy respondit un), si elle y va? Son magister
luy aprend la philosophie, qui parle et traicte du
mouvement perpétuel. » Et, de vray, quelque
rongemant de teste [que] se donnent les fìlosofes
pour trouver ce mouvemant perpétuel, il n'y en ha
point de plus certain que celluy que Venus aprend
en son escole.
g Une dame de par le monde rencontra bien
mieux d'un' autre, à laquelle on louoit fort ses
beautez, fors qu'ell' avoit ses yeux immobilles,
qu'elle ne remuoit nullement, K Pensez (dist-elle)
que toute sa curiosité est à mettre son mouvement
au reste de son corps , et mesmes à celluy du mitan, sans le renvoyer à ses yeux. »
Or, si voulois mettre par escrit et tous les bons
motz et bons contes que je sçay pour bien emplisfier ce subjet, je n'aurois jamais fait. Et, d'autant
que j'ay d'autres pris à faire, je m'en désiste, et
concluray avec Bocace (cy-dessus allégué), que et
filles et mariées et vefves, au moins la plus grand
part, tendent toutes h l'amour. Je ne veux point
parler des personnes viles , ny de champs, ny de
villes, car telle n'a point esté mon intention d'en
escrire, mais des grandes, pour lesquelles ma plume
voile. Toutesfois, si au vray on me demandoit mon
opinion, je dirois voluntiers qu'il n'y a que les mariées, tout hasard et danger des marys à part, pour
estre propres à l'amour et en tirer prestement l'essence : car les marys les eschauffent tant que, à
mode d'une fournaise qui est souvant bien embra-

SEPTIÈME

DISCOURS

sée et attisée, elle ne demande que de la matière,
de l'eau et du bois ou charbon pour entretenir
tousjours sa challeur ; et aussi qui se veut bien
servir de la lampe, il y faut mettre souvant de
l'huylle; mais aussi garde le jarret, et les embusches de ces marys jaloux où les habilles bien
souvant y sont attrapez !
Toutesfois il y faut aller le plus sagement que l'on
peut et le plus hardiment aussi, et faire comme ce
grand roy Henry que jesçay, lequel, comme il estoit
fort subjet à l'amour et aussi fort respectueux aux
dames, et discret, et par conséquent bien aymé et
receu d'elles , quand quelquesfois il changeoit de
lict et s'alloit coucher en celluy d'un' autre dame
qui l'attandoil, ainsi que je tiens de bon lieu, jamais n'y alloit, et fust-ce en ces galleries cachées
de Sainct-Germain, Blois et Fontainebleau, et petitz degrez eschapatoires, et recoings, et galletas
de ses chasteaux, qu'il n'eust son valet de chambre
favory, dit Griffon, qui portoit son espieu devant
luy avecques le flambeau, et luy aprés, son grand
manteau devant les yeux ou sa robe de nuict, et
son espée soubz le bras; et, estant couché avec la
dame, se faisoit mettre son espieu et son espée auprès de son chevet, et Griffon à la porte bien fermée, qui quelquesfois faisoit le guet et quelquesfois
dormoit. Je vous laisse à penser, si un grand roy
prenoit si bien garde à soy, car il y en a heu d'attrapez, et des roys et de grands princes, tesmoingt
le duc de Fleurance Allexandre, de nostre temps,

246

SEPTIEME DISCOURS

ce que les petitz compaignons auprés de cc grand
doivent faire. Mais il y a de certains presumptueux
qui dédaignent tout; ainsi sont-ilz bien attrapez
stoivan*. 190119? Jn orneb BJ .gidmsrb sl sb úhot
-Z 'jjpjç'ayiiouy conter que le roy François, ayant en
main une fort belle dame qui luy a longtemps duré, allant un jour inopiné à ladite dame, et à heure
inopinée coucher avecques elle, vint à fraper à la
porte rudement, ainsi qu'il devoit et avoit pouvoir,
car il estoit maistre. Elle, qui estoit pour lors accompaignée du sieur de Bonivet, n'osa pas dire
le mot des courtisanes de Rome : Non sipuó, la
signora c accompagnata. Ce fut à s'adviser là où
son gallant se cacheroit pour plus grande seuretté.
Par cas, c' estoit en esté, où l'on avoit mis des
branches et feuilles en la cheminée, ainsi qu'est la
coustume de France. Par quoy luy conseilla et
l'advisa aussitost de se jetter dans la cheminée,
et se cacher dans ces feuillards tout en chemise,
que bien le servit de quoy ce n' estoit en hyvert.
Aprés que le roy eut fait sa besoigne avec la dame,
voulut faire de l'eau; et, se levant, la vint faire
dans la cheminée, par faute d'autre commodité;
dont il en eut si grand envie qu'il en arrousa le
pauvre amoureux plus que si l'on luy eust jetté un
seillau d'eau, car il l'en arrousa, en forme de chantepleure de jardin, de tous costez, voire et sur lc
visage, par les yeux, par le nez, la bouche, et partout; possible en eschapa-il quelque goutte dans
la gueule. Jc vous laisse à penser en quelle peine

SETTIÉME

DISCOURS

estoit ce gentilhomme, car il n'osoit se remuer, et
quelle patience et constance tout ensemble! Le
roy, ayant fait, s'en alla, prist congé de Ja dame et
sortit de la chambre. La dame fit fermer par derrière, et apella son serviteur dans son lict , l'eschaufîa de son feu, luy fit prendre chemise blanche.
Ce ne fut sans rire, aprés la grand aprehension :
car, s'il fust esté descouvert, et luy et elleestoient
en tres-grand danger. Ceste dame est celle-là mesme
laquelle, estant amoureuse fort de M. de Bonnivet, et en voulant monstrer au roy le contraire,
qui en concepvoit quelque petite jalousie, elle luy
disoit : «Mais il est bon, Sire, de Bonnivet, qui
pense estre beau; et tant plus je luy dis qu'il l'est,
tant plus il le croit;.et je m'en mocque de luy; et
par ainsi j'en passe mon temps, car il est fort plaisant et dit de tres-bons motz; si bien qu'on ne se
sçauroit engarder de rire quand on est prés de luy,
tant il rencontre bien. » Elle vouloit par là monstrer au roy que sa conversation ordinaire qu'ell'
avoit avec luy n' estoit point pour l'aymcrct cn jouir,
ny pour fausser compaignie au roy. Ha ! qu'il y a
plusieurs dames qui n'usent de ces ruses que pour
couvrir leurs amours qu'elles ont avec quelquesuns, elles en disent du mal, s'en mocquent devant
le monde, et derrière n'en font pas ce beau semblant ; et cela s'apelle ruses et astuces d'amour. :
5 J'ay cognu une grant dame qui ayant un gentilhomme en main qui la servoyt, en eust une remonstrance de sa mere par ce qu'elle estoyt.scan-

2

48

SEPTIEME

DISCOURS

dalizée, car c'estoyt un sçachant; lors entre autres
ses propos, fust qu'elle luydist: « Ma fille, laissez
cet homme là, il n'est nullemant aymable, il
ressemble un vray pâtissier de village.' » Elle luy
respondit : « Ouy vraymant, madame, s'il avovt
un bonné rouge, il en auroyt encor mieux l'encolure. » Et ainsin elle-mesmes s'en mocquoyt,
pour luy fayre acroyre qu'elle ne l'aymoyt ny
aymeroyt plus par ceste mauvaise façon. Mais elle
ne le délaissa pour le coup, sinon au bout de
troys moys, dont elle prist subjet.
5 J'ay cogneu plusieurs dames qui ont dit pis
que pendre des femmes qui aymoient en lieux bas,
comme leurs secrétaires , valletz de chambre et
autres personnes basses, et detestoient devant le
monde cest amour plus que poison; et toutesfois
elles s'y abandonnoient autant, ou plus, qu'à d'autres. Et ce sont les finesses des dames, jusques-là
que, devant le monde , elles se courroucent contr'
eux, les menassent, les injurient; mais derrière
cllcs s'en accommodent gallamment. Ces femmes
ont tant de ruses! car, comme dit l'EspaignoI,
m'ucho sabe la zorra; mas sabe mas la dama enamorada : «Le renard sçait beaucoup, mais une
dame amoureuse sçait bien davantage. »
Quoy que fist ceste dame précédente pour oster
martel au roy François, si ne peut-elle tant faire
qu'il ne luy en restast quelque grain en teste, comme
j'ay sceu; sur quoy il me souvient qu'une fois,
m'estant allé pourmener à Chambourg, un vieux

SEPTIEME DISCOURS

249

concierge qui estoit leans , et avoit esté vallet de
chambre du roy François, m'y receut fort honnestement : car il avoit dés ce temps là cogneu les
miens à la court et aux guerres, et luy-mesmes me
voulut monstrer tout ; et, m'ayant mené à la chambre
du roy, il me monstra un mot d'escrit au costé de
la fenestre sur la main gauche. « Tenez (dist-il),
lisez cela, Monsieur; si vous n'avez veu de l'escriture du roy mon maistre, en voyla. » Et, l'ayant
leu en grand lettre y avoit ce mot : TOUTE FEMME
VARIE. J'avois avecques moy un fort honneste et
habile gentilhomme de. Perigord, mon amy, qui
s'apelloit M. des Roches, à qui je dis soudain :
« Pensez que quelcunes de ces dames qu'il aymoit
le plus, et de la fidellité desquelles s'asseuroit le
plus, les avoit trouvées varier et luy faire faux bons,
et en elles avoit descouvert quelque changement
dont il n' estoit guieres contant, et, de despit, en
avoit escrit ce mot. » Le concierge nous ouyt et
dist : a C'est-mon! vrayement, ne vous en pensez
pas mocquer : car, de toutes celles que je luy ay
jamais veu et cogneu, je n'en ay veu aucune qui
n'allast au change plus que ces chiens de la meute
à la chasse du cerf ; mais c'estoit avec une voix
fort basse, car, s'il s'en fust aperceu, il les eust
bien rellevées. » Voyez, s'il vous plaist, .de ces
femmes qui ne se contentent ny de leurs marys ny
de leurs serviteurs, grands roys et princes et grands
seigneurs; mais il faut qu'elles aillent au change,
et que ce grand roy les avoit bien cogneues et ex32

SEPTIÈME

DISCOURS

perimentées pour telles" et pour les avoir desbauchées et tirées des mains de leurs marys, de leurs
mères, et de leurs li.bertez etviduitez.
5 J'ay cogneu et ouy parler d'une dame, aymée
si tres-fort de son prince que, par grand amour
qu'il luy porta, il la plongea jusques à la gorge
dans toutes les sortes de faveurs, bienfaitz et grandeurs , si que son heur estoit incomparable à tout
autre; et toutesfois ell'estoit si fort amoureuse d'un
seigneur qu'elle ne le voulut jamais quicter. Et
ainsi qu'il luy remonstroit que son prince les ruineroit tous deux : « C'est tout un (dist-elle), si vous
me quictez, je me ruineray pour vous ruiner; et
j'ayme mieux estre apellée vostre concubine que
maistresse de ce prince. » Voyez quel capriche de
femme et quelle lasciveté aussi!
J

J'en ay cogneu un'autre bien grande dame,

vefve, qui en a fait de mesmes : car, encor qu'elle
fust quasi adorée d'un tres-grand, si falloit-il avoir
quelques menuz autres serviteurs, afin de ne perdre
pas toutes les heures du temps et demeurer en oysiveté; car un seul ne peut pas en ces choses y
vacquer ny fournir tousjours, aussi que telle est la
reigle de l'amour : que la dame d'amour n'est pas
pour un temps prefix , ny aussi pour une personne
prefize, ny seule arrestée, et m'en raporte à ceste
dame des Cent nouvelles de la reyne de Navarre,
qui avoit trois serviteurs au coup, et estoit si habile
qu'elle les sçavoit tous trois fort excortement entretenir.

SEPTIÈME

DISCOURS

25 I

5 La belle Agnes, aymée et adorée du roy
Charles VII e , fust soubsonnée de luy avoyr faict
une fille qu'il ne pansa estre sienne, et ne la peust
pasadvouer. Aussi, telle lamere, telle fust la fille,
ce disent noz crocnicques; comme de mesmes fist
Anne de Boulan, famé du roy Henry d'Angleterre,
qu'il fist descapiter pour ne se contenter de luy et
s'adonner sur l'adultere; et l'avoyt prise pour sa
beauté et l'adoroyt.
5 J'ay cogneu une dame, laquelle ayant esté
servie d'un fort honneste gentilhomme, et puis en
ayant esté.quictée au bout de quelque temps, se
vindrent à raconter de leurs amours passées. Le
gentilhomme, qui voulut faire du gallant, luy dis't :
« Et quoy! penseriez-vous que vous seule fussiez
de ce temps ma maistresse? Vous seriez bien estonnée, si avec vous j'en avois eu deux autres? »
Elle luy respondit aussitost : « Vous seriez bien
plus estonné si vous eussiez pensé estre le seul
mon serviteur, car j'en avois bien trois autres pour
reserve. » Voyla comment un bon navire veut avoir
tousjours deux ou trois ancres pour bien s'affermir.
Pour faire fin, vive l'amour pour les femmes!
et, comme j'ay trouvé une fois dans des tablettes
d'une tres-belle et honneste dame qui habloit
un peu l'espaignol et l'entendoit tres-bien, ce petit reffrain escrit de sa propre main, car je la
cognoissois tres-bien : Hembra o dama sin compagnero, esperanza sin trabajoy navio sin timon, nunca pueden hazercosa que sea bucna : « Jamais femme

1Ò2

SEPTIEME

DISCOURS

sans compaignon, ny espérance sans travail, ny
navire sans gouvernail, ne pourront faire chose qui
vaille. » Ce reffrain peut estre bon et pour la femme,
pour la vefve, et pour la fille, car l'une et l'autre
ne peuvent rien faire de bon sans la compaignie de
l'homme; ny l'esperance que l'on a de les avoir
n'est point tant agréable à les attraper aisément,
comme avec un peu de peine et travail, rudesse et
rigueur. Toutesfois la femme et la vefve n'en donnent pas tant que la fille, d'autant que l'on dit
qu'il est plus aisé et facille de vaincre et abatre une
personne qui a esté vaincue, abatue et renversée,
que celle qui ne le fut jamais, et qu'on ne prend
point tant de travail et peine à marcher par un
chemin desja bien frayé et battu, que par celluy
qui n'a jamais esté fait ny trassé : et de ces deux
comparaisons je m'en raporte aux voyageurs et
guerriers. Ainsi est-il des filles : car mesmes il y en
a aucunes si capricieuses, qui jamais n'ont voulu se
marier, ains vivre tousjours en condiction fillialle;
et si on leur dcmandoit pourquoy : «C'est ainsi,
et telle est mon humeur », disent-elles. Aussi que
Cibelle, Junon, Venus, Thetis, Cerez et autres
déesses du ciei , ont toutes mesprisé ce nom de
vierge, fors Pallas, qui prist du cerveau de Jupiter
sa naissance, faisant voir par là que la virginité
n'est qu'une opinion conceue en la cervelle. Aussi
demandez à nos filles qui ne se marient jamais, ou,
si elles se marient, c'est le plus tard qu'elles peuvent, et fort surannées, pourquoy elles ne se ma-

SEPTIEME

DISCOURS

253

rient. «Parce, disent-elles , que je ne le veux, et
telle est mon humeur et mon opinion. »
5 Nous en avons veu aux courtz de nos roys aucunes du temps du. roy François. Madame la Régente avoit une fille belle et honneste, qui s'apelloit
Poupincourt, qui ne se maria jamais, et mourut
vierge en l'aage de soixante ans, comme elle nasquit, car elle fut tres-sage. La Brelandiere est
morte fille et pucelle en l'aage de quatre-vingtz ans,
laquelle on a veu gouvernante de madame d'Angoulesme estant fille.
J J'ay cogneu une fille de tres-grand et haut
lieu, de l'aage de soixante-dix ans, qui jamays ne
se voulut maryer ; mays pour cela ne layssa de fayre
l'amour; et ceux qui l'ont voulu excuser pourquoy
elle ne se marioyt pas, ils la disoyent n' estre propre pour famé ny mary, d'autant qu'elle n'avoyt
point de cas, sinon un petit trou par où elle pyssoyt. Dieu sçayt ! elle en avoyt bien trouvé un pour
s'esbobir ailleurs. Quelle bonne excuse!
3 Mademoiselle de Charansonnet, de Savoye,
mourut àTours dernièrement, fille, et fut enterrée
avec son chapeau et son habit blanc virginal, tressolempnellement, en grand pompe, solempnité et
compaignie , en l'aage de quarante-cinq ans ou
plus; et ne faut point mettre en doubte si c'estoit
affaute de party, car, estant l'une des belles et honnestes filles et sages de la court, je luy en ay veu
reffuser de tres-bons et tres-grands.
3 Ma sœur de Bourdeille, qui est à la court fille

SEPTIEME

DISCOURS

de la reyne, a reffusé de mesmes de fort bons partis, et jamais n'a voulu' se marier ny ne sera; tant
ell' est resollue et opiniastre de vivre et mourir
fille et

bien aagée ,

et s'est jusques icy laissée

vaincre à ceste opinion, et a un bon aage.

5 Mademoiselle de Certeau, fille aussi delareyne,
et Mademoiselle de Surgieres, la docte de la court;
aussy l'apelloyt-on la Mynerve; [et] tant d'autres.

5 J'ay veu l'infante de Portugal, fille de la feu
reyne iEleonor, en mesme resolution; et est morte
fille et vierge en l'aage de soixante ans ou plus. Ce
n'est pas faute de grandeur, car ell' estoit grande
en tout; ny par faute de biens, car elle en avoit
i

force, et mesme en France, où M. le gênerai Gourgues a bienfait ses affaires; ny pour faute de dons
de nature, car je l'ay veue à Lysbonne, en l'aage
de quarante-cinq ans , une tres-belle et agréable
fille, de bonne grâce et belle aparance, douce,
agréable, et qui meritoit bien un mary pareil à
elle en tout, courtoise, et mesmes à nous autres
François. Je le peux dire pour avoir eu cest honneur d'avoir parlé à elle souvant etprivement. Feu
M. le grand prieur de Lorraine, lorsqu'il mena
ses galleres du Levant en Ponant pour aller en Escosse , du temps du petit roy François, passant et
séjournant à Lysbonne quelques jours , la visita et
veid tous les jours. Elle le receut fort courtoisement et se pleust fort en sa compaignie, et luy fit
tout plein de beaux

presens. Entre autres, luy

bailla une chaisne pour pendre sa croix, toute de

SEPTIEME

DISCOURS

2 55

diamans et rubis, et perles grosses, proprement et
richement elabourée ; et pouvoit valloir de quatre
à cinq mill' escus, et luy faisoit trois tours. Je croy
qu'elle pouvoit bien valloir cela, car il l'engageoit
tousjours pour trois mill' escus, ainsi qu'il fit une
fois à Londres, lorsque nous tournions d'Escosse;
mais aussitost estant en France il l'envoya desengager, car il l'aymoit pour l'amour de la dame
de laquelle il estoit encaprissé et fort pris. Et
croy qu'elle ne l'aymoit point moins, et que voluntiers ell' eust rompu son neud virginal pour luy;
cela s'apelle par mariage, car c'estoit une tres-sage
et vertueuse princesse. Et si diray bien plus, que,
sans les premiers troubles qui commençarent en
France, où messieurs ses frères l'attiroient et l'y
tenoient, il voulut luy-mesmes retourner ses galleres et reprendre mesme róutte , et revoir ceste
princesse, et luy parler de nopces; et croy qu'il
n'y fust point esté esconduict, car il estoit d'aussi
bonne maison qu'elle, et extraict de grands roys
comm' elle, et surtout l'un des beaux, des agréables,
des honnestes et des meilleurs princes de la chrestienté. Messieurs ses frères, principallement les
deux aisnez, car ilz estoient les oracles de tous et
conduisoient la barque, je vis un jour qu'il leur
en parloit , leur racontant de son voyage et les
plaisirs qu'il avoit receuz là, et les faveurs: ilz
vouloient fort qu'il reffist encor le voyage et y retournast encor; et luy conseilloient de donner là,
car le pape en eust aussitost donné la dispense de

256

SEPTIEME

DISCOURS

la croix; et, sans ces mauditz troubles, il y alloit
et en fust sorty (à mon advis), à son honneur et contentement. Ladite princesse l'aymoit fort, et m'en
parla en tres-bone part, et le regreta fort, m'interrogeant de sa mort, et comme esprise, ainsi qu'il
est aisé, en telles choses, à un homme un peu clairvoyant le cognoistre.

5 J'ay ouy dire un' autre raison encor à une personne fort habille, je ne dis fille ou femme, et possible l'avoit-elle expérimenté : pourquoy les filles
aucunes sont si tardives de se marier. Elles disent
que c'est propter molliiicm. Et ce mot mollilies s'interprette qu'elles sont si molles, c'est-à-dire tant
amatrices d'elles-mesmes et tant soucieuses de se
delicater et se plaire seuiles en elles-mesmes, ou
bien avecques d'autres de leurs compaignes, à la
mode lesbienne ,

et y prennent tel plaisir à part

elles, qu'elles pensent et. croyent fermement qu'avec les hommes elles n'en sçauroient jamais tant
tirer de plaisir; et, pour ce, se contentent-elles
en leurs joyes et savoureux plaisirs, sans se soucier
des hommes, ny de leurs acointances, ny mariages.
Ces filles ainsi vierges et pucelles fussent estées
jadis à Rome fort honnorées et fort privillegiées,
jusques-là que la justice n'avoit esgard sur elles à
les sentencier à la mort; si bien que nous lisons
que, du temps du triumvirat, il y eut un sénateur
romain parmy les proscritz, qui fut condempné à
mourir, non luy seulement, mais toute sa lignée
de luy procréée; et estant sur l'eschaffaud repre-

SEPTIEME

DISCOURS

sentée une sienne fille fort belle et gentille, d'aage
pourtant non meur et encor trouvée pucelle, il salut que le bourreau la despucellast et la desvirginast luy -mesme sur Peschaffaud ; et puis ainsi pollue
la repassa par le Cousteau. L'empereur Tibère se
délecta à faire ainsi desvirginer publicquement les
belles filles et vierges, et puis les faire mourir :
cruauté certes fort villaine.
Les vestales de mesme estoient fort lionnorées
et respectées, autant pour leur virginité que pour
leur relligion : car, si elles venoient le moins du
monde à fallir.de leur corps, estoient cent fois
plus punies rigoureusement que quand elles n'avoient pas bien gardé le feu sacré; car on les enterroit toutes vives avec des pitiez effroyables. II
se list d'un Albinus, Romain, que, ayant rencontré
hors de Rome quelques vestalles qui s'enalloient à
pied en quelque part, il commanda à sa femme de
dessendre avec ses enfans de son chariot pour les
y monter à parfaire leur chemin. Elles avoient aussi
telles authoritez que bien souvant sont-elles cstées
creues et entremeteuses à faire l'accord entre le
peuple romain et les chevalliers, quand quelquesfois
ilz avoient rumeur ensemble. L'empereur Theodosien les chassa de Rome par le conseil des chrestiens, envers lequel empereur les Romains députaient un Simachus , pour le prier de les remettre
avec leurs biens, rentes et facultez qu'elles avoient
grandes, et telles, que tous les jours elles donnoient
si grand quantité d'aumosnes qu'elles n'ont jamais
Brantôme. III.

33

2 58

SEPTIÈME

DISCOURS

permis à nul Romain ny estranger, passant ou venant, de demander l'aumosne, tant leur pie charité
s'estendoit sur les paouvres; et toutesfois Theodosien ne les y voulut jamais remettre. Elles s'apelloient vestalles, de ce mot de vesta, qui signiffie
feu, lequel a beau tourner, virer, mouvoir, flamber,
jamais ne jette semence ny n'en reçoit : de mesmes
la vierge. Elles duroient trente ans ainsi vierges,
au bout desquelz se pouvoient marier; desquelles
peu sortans de là se trouvoient heureuses, ny plus
ny moins que nos relligieuses qui se sont desvoillées et quicté leurs habitz. Elles estoient fort pompeuses et superbement habillées, lesquelles le poète
Prudentias descrit gentiment, telles comme peuvent
estre les chanoynesses d'aujourd'huy de Montz en
Haynault, et de Reaumond en Lorraine, qui se
remarient. Aussi ce poëte Prudentius les blasme
fort qu'elles alloient parmy la ville dans des coches
fort superbes, ainsi si bien vestues, aux amphithéâtres voir les jeux des gladiateurs et combatans
à outrance entr'eux, et des bestes sauvages, comme
prenant grand plaisir à voir ainsi les hommes s'entre-tuer et respandre le sang; et pour ce il suplie
l'empereur d'abollir ces sanguinaires combatz et
si pitoyables spectacles. Ces vestales, certes, ne
dévoient voir telz jeux; mais pouvoient-elles dire
aussi : « Par faute d'autres jeuxplus plaisantz, que
les autres dames voyent et pratiquent, nous pouvons nous contenter en ceux-cy. »
Quand à la condiction de plusieurs vefves, il y

SEPTIEME

DISCOURS

en a aussi plusieurs qui ayment de raesmes que, ces
filles, ainsi que j'en ay cogneit aucunes, et autres
qui ayment mieux s'esbatie avecques les hommes
en cachette, et en toute leur planiere volunté, que
leurs estant subjettes par mariages , et pour ce ,
quand on en void aucunes garder longuement leurs
viduitez, il ne les en faut pas tant louer, comme
l'on diroit , jusques à ce que l'on sçache leur vie,
et emprés, selon que l'on l'a descouverte, les en
faut louer ou mespriser : car une femme, quand
ellé veut desplier ses espritz, comme on dit, est
terriblement fine, et menera l'homme vendre au
marché sans qu'il s'en prenne garde; et, estant
ainsi fine, elle sçait si bien ensorceller et esblouyr
les yeux et les pensées des hommes qu'ils ne peuvent jamais guieres bien cognoistre leur vie : car
'telle prendra-on pour une prude femme et confite
en sapience, qui sera une bonne putain, et jouera
son jeu si bien à poinct et si à couvert qu'on n 'y
cognoistra rien.

5 J 'ay cognu une grand dame qui. ha demeuré
veufve plus de quarant' ans, se faisant estimer la
plus famé de bien du pays et de la court , mays
sotio coverto c'estoyt une bonne putain, et en avoyt
entretenu si gentimant le mestier l'espace de cinquante-cinq ans, et fille, et mariée, et veufve, et si
excortemant et finemant qu'on ne s'en est guieres
aperceu encor en l'aage de soixante-dix ans qu'elle
mourust. Elle faysoyt valoyr sapiece comm' estant
jeune, laquelle une soys, estant jeune veufve, vint

2ÔO

SEPTIEME

DISCOURS

à estre amoureuse d'un jeune gentilhomme, et," ne
le pouvant atraper, un jour des Innocens vint en
sa chambre pour les luy donner; mays le gentilhomme les luy donna fort aysement d'autre chose
que de verges. Eli' endura qu'il recomançàt. Elle
en faysoyt bien d'autres.
id sa )
5 J'ay cognu un' autre dame veufve qui guarda
sa viduité sinquante ans et toujours en paillardant
galantemant aveq modestie tres-sage, et aveq plusieurs à diverses soys. Enfin, venant à mourir, un
qu'ell' avoyt aymé douz' ans, et heu un fils de luy
à cacheté, elle n'en fait grand cas, jusques à le
desavouer. N'est-ce pas pour venyr à mon dyre
que ne faut louer tant aucunes veufves qu'on ne
sçache leur vye et leur fin? Or je n'aurois jamais
fait. Faisons fin.
Je sçay bien que plusieurs me pourront dire
que j'ay obmis plusieurs bons motz et contes qui
eussent mieux encor embelly et ennobly ce subjet.
Je le crois; mais, d'icy au bout du monde, je n'en
eusse veu la fin; et, qui en voudra prendre la
peine de faire mieux, l'on luy aura grande obligation.
J Or, mes dames , je fais fin ; et m'excusez si j'ay
dit quelque chose qui vous offance. Je ne fus jamais nay ny dressé pour vous offancer ny desplaire.
Si je parle d'aucunes, je ne parle pas de toutes; et
de ces aucunes, je n'en parle que par noms couvertz et point divulguez. Je les cache si bien qu'on
ne s'en peut apercevoir, et l'escandalle n'en peut

SEPTIÈME

DISCOURS

261

tomber sur elles que par doubte et soupçons, et
non par vrayes aparances.
Je pense et crains d'avoyr ycy redit plusieurs
motz et contes que j'ay dit par cy-devant en mes
autres discours. En quoy je prye ceux qui me feront ce bien de les lyre tous, de m'excuser, car je
ne faitz estât d'un" grand discoureur ny d'avoyr la
retentive bonne pour me ressouvenyr du tout. Ce
grand personnage, Plutarche, reytere bien parmy
ses euvres plusieurs choses deux soys. Si ceux qui
voudroyent fayre imprimer mes livres n'auroyent
besoing que d'un bon correcteur pour rhabiller le
tout.

1

NOTES

SIXIÈME DISCOURS
P.
i. II y a une copie de ce sixième discours dans
le ms. 4783 du fonds français, à la Bibliothèque Nationale : cette copie est de la fin du XVI 0 siècle.
3, 3. Charlotte de Savoie, seconde femme de Louis XI,
fille de Louis, duc de Savoie. Elle mourut au château d'Amboise, le I er décembre 1483, à moins de 40 ans. — 1. 11.
Par ce mot de Bouiguignonne le roi voulait dire étrangère.
4, 23. Voyez sur le séjour de Charles VIII à Lyon :
Séjours de Charles VIII et Louis XII à Lyon sur le Rosne
jouxte la copie des faìcls, gestes et victoires des roys Charles VIII
et Louis XII; Lyon, 1841, in-8°.
5, Cf. Louis XII avait effectivement été un bon compagnon; sans parler de cette blanchisseuse de la cour que l'on
a crue mère du cardinal de Bucy, il avait connu à Gênes
Thomasina Spinola, avec laquelle, suivant Jean d'Authon,
il aurait entretenu un commerce purement moral. La sévérité d'Anne de Bretagne avait un peu détourné le roi de ses
tendances amoureuses, mais non point complètement cependant.
6, 3. Brantôme ne connaissait que très imparfaitement
toutes ces histoires. Jean de Bourgogne n'eut qu'une femme ,

264

NOTES

celle dont il est question dans ce passage, et elle lui survécut de quatre ans. La fille de Louis de Bourbon épousa
Béraud, dauphin d'Auvergne, son oncle.
P. 7 ,1 .16. François I er défendit par ses lettres du 2 3 décembre 1 5 2 3 que l'on jouât des farces dans les collèges de
l'Université de Paris « où soient dictes parolles scandaleuses du Roy et des princes ou de ceux qui sont autour de
sa personne >i. (Clairambault, 324, fol. 8747, à la Bibliothèque Nationale.) Ce roi tenait, comme le dit Brantôme,
les dames pour très inconstantes et volages; il écrivait à
Montmorency de sa propre sœur Marguerite- de Valois, le
8 novembre 1 5 3 7 : « Nous pouvons juger que quand on
veut arrester les femmes elles meurent d'envie qu'elles ne
vont et trottent, et quand on les veut faire aller, c'est à
cette là qu'elles ne veulent jamais bouger d'une place. »
(Clairambault, 3 36, fol. 62 3o, v°.) — I. 24. Ce gentilhomme s'appelait Charles Poussard, sieur de Brisambourg,
et non Buzambourg, comme l'indiquent les éditions précédentes. 11 était valet tranchant et avait été au duc d'Orléans.
(Clairambault, Mil. du Saint-Esprit, 1216, fol. 17, v°.)
8, 17. Ce fut le 8 juin 1 5 3 8 que la reine arriva à Nice,
où étaient le Roi et le pape Paul 111. Les damés dont parle
Brantôme devaient être la reine de Navarre, M m0 de Vendôme, la duchesse d'Etampes, la connétable, la marquise
de Rothelin, — cette belle Rohan dont on disait qu'elle engrosserait plutôt son mari que lui elle, — l'amirale de Brion et
trente-huit demoiselles. (Clair., 3 36, fol. 6549.) Cf.VAbouchement de noslre saincl Pere le Pape, l'Empereur et le Roy,
faict à Nice, chez les Angeliers, 1 5 38, in-8°. II s'agissait
pour le pape de réconcilier les deux rivaux.
— 3o. Jean Stuart, duc d'Albany, petit-fils de Jacques H,
roi d'Ecosse. Né en France en 1482, il mourut en 1 5 3 6.
Ce personnage à la figure gouailleuse et fine devait être
assez populaire, si l'on en juge par le nombre de crayons
qui nous ont transmis ses traits. L'anecdote racontée par
Brantôme se rapporte au voyage de Clément VI à Marseille, lors du mariage de Henri II, alors duc d'Orléans,

2 65

NOTES

avec la nièce du pape, Catherine de Médicis. Le mariage se
fit à Marseille en 1 5 3 3 . (Voyez, pour l'historiette, les á;tnales d'Aquitaine de J. Bouchet, IV e partie, p. 473.)
P. 1 1 , 1. 2 . Malgré toute la célébrité de cette histoire, il y
a ici beaucoup d'erreurs. Ce ne pouvaient être ni M m0 de Châteaubriant, qui mourut avant son mari, niM mo de Canaples,
qui ne perdit le sien que vingt-deux ans plus tard. M me de
Chàtillon, mère des trois Coligny, était veuve, dès 1 522, de
Gaspard I or de Coligny, sieur de Chaslillon. Quant à la
baillive de Caen, c'était une dame fort bien en cour ; elle se
nommait Aimée Mottier de La Fayette et avait épousé François de Silly, bailli de Caen. Elle n'était point belle, et
pourtant son succès comme femme lui valut des reproductions nombreuses dans les albums du temps.
— 6. Louise de Clermont , d'abord dame du Bellay,
princesse d'Yvetot, remariée à Antoine de Crussol, duc
d'Uzès, morte très âgée, en 1596, à Paris. Ce devint une
femme de grand esprit dont les phrases à l'emporte-pièce
eurent un grand succès au XVI 0 siècle. Jean de Taix, dont
il est ici parlé, était grand maître de Partillerie.
16, 6. Béatrix de Portugal, duchesse de Savoie. Le cardinal Jean de Lorraine.
17, 11. Les anciennes éditions portent Henry le Grand,
ce qui est corrigé par second dans le ms. Dupuy. Nous
avons suivi cette lecture, car la reine mère, qui vient peu
après, nous indique clairement à qui nous avons affaire.
— 3o. II ne nous a pas été possible de découvrir le prénom de cette demoiselle de Limeuil. Elle était sœur de
celle dont nous avons parlé ci-devant, note du t. I, p. 85,
I. 16. Catherine de Médicis appartenait à la famille de
La Tour-Turenne par sa mère.
18, 12. II se nommait Pierre de La Mare, sieur'de Matha,
écuyer d'écurie de Marguerite, sœui du Roy. (Bibl. Nat.,
Cabinet des Titres, art. MATHA .) Aimée de Méréfutà la cour
34

266

NOTES

de i56o à 1564. C'est donc entre ces époques que se
passe l'aventure. (Bibl. Nat., ms. fr. 7856, fol. 1 1 36, v°.)
P. 20, 1. 1 o. Ce Fontaine-Guérin était, selon toute vraisemblance, Honorât de Bueil, sieur de Fontaine-Guérin, gentilhomme de la chambre, conseiller d'État, mort en 1590. II fut
très favori de Charles IX. Quant à Gersay, nous n'avons pu
savoir quel il était ; Brantôme l'appelle tantôt Gergeay, tantôt
Gersay ou Gerzay. II avait tué le baron d'Ingrande, et mourut
au siège de Rouen en 1 562. D'Aubigné l'appelle aussi Jarsé.
22, 17. C'est l'histoire très déguisée du duc de SavoieNemours avec la dame de Garnache. Marié d'abord à Françoise de Rohan La Garnache, Jacques de Nemours avait
fait casser son mariage pour épouser Anne d'Este. L'enfant
né de cette union avait reçu le nom de duc de Genevois. Le
Journal de Henri III, en janvier 1 5 8 5 , parle de la sortie de ce
jeune homme des prisons du Châtelet où 011 l'avait enfermé
pour faire taire ses prétentions. Depuis, Françoise de Rohan
s'appela la duchesse de Loudunois.
24, 5. Marie de Flamin. Le P. Anselme appelle cette
dame N. de Lewiston ; c'est ce qui a fait confondre ces deux
dames, toutes deux filles de Catherine de Médicis. Brantôme nomme la mère du Grand-Prieur M aI Flamin sans
hésiter. Le fils de cette dame fut cet Henri d'Angoulême
qui tua Altoviti et fut tué par lui à Aix, et non à Marseille,
le 2 juin i586. Philippe Altoviti était baron de Castellane;
il avait épousé la belle Renée de Rieux-Châteauneuf.
25, 12. De aussi avoit-il... à ces causeurs et piqueurs,
omis dans le ms. 608.
26, 9. Ce pamphlet, aujourd'hui introuvable, a été publié, d'après l'exemplaire de la Ville de Paris, par Ch. Read
en 1875 (Jouaust, in-i 2). La satire vise le cardinal de Guise
et sa belle-sœur.
27, 1. Philibert de Marcilly, sieur de Cipierre.
28, 8. Ce pamphlet visait Anne d'Este, duchesse de Guise,
au moment de son mariage avec Nemours. (Voy. p. 22,
I. 17.)

NOTES

P. 29, lí 26. Brantôme fait allusion à la haine de la duchesse de Montpensier.
30, 19. C'est de Marie de Clèves, morte en couches en
1574, qu'il est ici question.
31, 4. Catherine-Charlotte de La Trémoille, princesse de
Condé.
36, 21. Du Guast ou Lignerolles. On peut voir aussi
Bttssy d'Amboise dans ces sous-entendus. — 1. 27. Marie
Babou de la Bourdaisière, qui épousa Claude de Beauvillier
Saint-Aignan en i56o.
38, 2. Depuis fut si impudent... jusqu'à alla jouer et
perdre omis dans le ms. 608.
39, 3. Plutarque, Sylla, cap. xxx.
— 18. La reine Marie de Hongrie gouvernante des
Pays-Bas et sœur de Charles-Quint. Pour la chanson, voyez
Leroux de Lincy, Recueil des chants historiques français, II,
p. 583. — I. 3o. Plutarque, Caton d'Utique, cap. xxxv.
42, 21. II est ici question de Henri III, de Renée de
Rieux-Chàteauneuf, depuis M ma de Castellane, puis de
Marie de Clèves, femme du prince de Condé. La dernière
phrase du paragraphe est omise dans le ms. 608.
43,9. Louis de Condé, qui délaissa Isabeau de La Tour
de Limeuil pour épouser Françoise d'Orléans. La beauté
dont parle Brantôme ne se retrouve guère dans le portrait
au crayon d'Isabeau de Limeuil devenue M n>u de Sardini. Ce
crayon est aujourd'hui au Louvre et est attribué par nous à
Benjamin Foulon.
45, 29. La mode des devises était, à cette époque, d'un
usage constant. On les employait surtout au bas des crayons
dessinés, en forme de compliments fades ou de remarques
satiriques; (Voy. Rouard, François I or chez Aí mc de Boisy ;
Paris, Aubry, 1873, in -4 11 avec planches.) —■ Consultez
aussi le curieux appendice du t. III de Marot, édit. G. Guiffrey, p. 716, le plus ou moings des dames de Paris.)

2 68

NOTES

P. 47,1. 4. Anne de Bourbon, mariée en i56i à François
de Clèves, duc de Nevers et comte d'Eu.
49, 22. Ce qui suit à partir de Du temps du Roy Henry
troisicsmc, jusqu'à la page 58, Du temps de ce roy Henry
.troisiesme, est omis dans le ms. 608. Le ms. 4783 ne donne
que jusqu'à J'ay ouy conter, p. si.
5i, 20. Brantôme, avec sa manie de dénaturer les histoires princières, pourrait bien avoir en vue Louis II de
Montpensier, veuf en i56l de Jacqueline de Longwy, et
remarié neuf ans plus lard, à cinquante-sept ans , à Catherine de Lorraine.
58, 22. Ce paragraphe est tout autre dans les autres
éditions ; on y lit : 5 Un pareil livre de figures à ce précédent
que je viens de dire fut fait à Rome du temps du pape Sixte
dernier mort, ainsi que j'ay dict ailleurs, u
59, 10. L'impératrice était Elisabeth de Portugal; le
marquis de Villane, c'est M. de Villena; le duc de Feria,
c'est Gomez Suarez de Figueroa, duc de Feria ; Eléonor,
c'est la reine de Portugal, depuis mariée à François Ier ; la
reine Marie, c'est la reine de Hongrie.
60, 9. .Élisabeth, fille de
l'cspagnol de Brantôme.

Henri

II.

Nous conservons

63, 24. Ici se termine la copie du ms. Dupuy6o8.

SEPTIÈME DISCOURS
P. 64, I. 1. La copie de ce discours se trouve au ms. fr.
3273 de la Bibliothèque Nationale; elle est d'une belle
écriture de la fin du XVI e siècle, et porte en tête : « Ce
discours subssequant doit estre mis avecques l'autre et second
volume que j'ay fait des dames et dédié à Monsieur le duc
d'Alançon; mais par faute de papier qui a manqué à l 'autre volume, je l'ay icy mis et inceré en attandant que je les
réduise tous ensemble et cn bon ordre. " Mais cette copie

26g

NOTES

ne satisfaisait pas Brantôme : « Ce livre, écrit-il de sa propre main cette fois, est du tout incorret et imparfait, par
quoy n'y faut nullement jeter la veue, mays qui le veut
voyr bien corrigé, lise mon livre qui est couvert de velours
tané, ou mon grand livre couvert de velours verd, où sont
tous mes discours escritz touchant les dames. » Où sont
aujourd'hui ces deux précieux manuscrits? Sont -ils restés à la
famille, et ont-ils été dispersés avec les autres livres du
conteur? Nous indiquerons soigneusement ci après tous les
paragraphes ajoutés par Brantôme à son texte primitif.
P. 65, I. 18. Opère di G. Boccaci, II Filocopo. Firenze,
1 723, t. II, p. 73.
69, 16. De bon lieu... Brantôme corrige, il avait mis
assez grande.
— 29. Brantôme raye tout le passage depuis voire jusque là
jusqu'à Voylà un naturel de femme à la page suivante. 11
met en marge de sa main : « Escrlt ailleurs et pour ce
razé. » Et au bas ce la page : <i Je pense avoyr escrit cecy
au discours des femmes maryées. Telles réitérations me sont
pardonables, puysque ce grand personnage, Píutarche, en
fait bien force parmy ses euvres i>
71, 3. Brantôme ajoute : sans manger des fèves.
— 22. Fasclieuse ajouté de même. Dans cette page
d'ailleurs, Brantôme fait des corrections et les raye.
— 25. Depuis disent plus jusqu'au bas de la page suivante, Brantôme efface et écrit en marge . « Escrit ailleurs
et pour ce razé. » Et plus bas : « J'ay escrit cecy ailleurs
parquoy le faut laysser (mettre de côté). » Et ses scrupules
d'auteur consciencieux le piquant encore, il écrit plus bas .
« Je pense avoyr mis ce passage en mon discours des famés
mariées; s'il est ainsìn, il faut excuser ma memoyre labile
qui ne peut se souvenyr de tout. » (Fol. 6 r° du ms.)
73, 12. Contrefaite dans le ms.; contredilte est la correction de Brantôme.
— 24. Depuis Et disoit bien

mieux jusqu'à Un' autre

27O

NOTES

dame (ligne 3o), Brantôme a tout rayé et a écrit en marge :
« Escrit ailleurs » et n J'ay encor mis ce passage à l'autre
discours des famés comme d'autres. Quelqu'un plus curieux
que moy corrigera tout cela. » (Fol. 6 v°.)
P. 75, 1. 7. Barbe de Cilley, morte en 141 5.
77, 3. Effectivement, Brantôme parle de
t. 1, p. 206.

cette histoire

79, 14. Pour en estre mieux servyes et secourues, ajouté
par Brantôme.
80, 9. Brantôme veut sans doute parler de M mc de Villequier, dont il a été question déjà 1. 1, p. 12. Voyez notre
note à ce sujet. .
84, 5. II y avait d'abord : d'une femme qui estoit une
trés favorite et belle dame. Brantôme, craignant d'aller trop
loin, corrige en honneste et belle dame. A la ligne 10,
l'auteur raye la dernière phrase du paragraphe, de peur de
se compromettre.
— iS. Brantôme ajoute à sa rédaction première toute la
phrase qui suit cocuz.
86, 8. C'est encore Isabeau de La Tour Limeuil. Les
rimes prosaïques publiées par les protestants disaient ce que
dit ici notre auteur en parlant de Catherine de Médicis :
Hoc patiebatur
Ut principem lucraretur.
(Confession de Sancy, p. 225.)
92, 8. Voyez : Cent Nouvelles nouvelles, nouvelle XXV e .
94, 16. Tout ce paragraphe est de la main de Brantôme:
notre texte diffère des éditions précédentes, qui ne donnent
pas la phrase après Adieu, Pierre !
95, 2. Car vous ne le eussiez eu, etc., est publié pour la
première fois dans notre édition : les précédentes le remplaçaient par des points.
99, 25. Brantôme avait rayé de Poictou, craignant appa-

9fí

NOTES

rcmment de révéler à ses contemporains de fjui il voulait
parler.
P. io3, 1. 24. Le ms. donne un vers faux qui prouve que
Brantôme citait de tête. Ronsard, AtnourSj pièce 47.
104, 4. Honoré Castellan.
— 12. Le baron de Vitteaux était ce membre de la
famille du Prat qui tua Louis de Bérenger du Guast.
108, 4. Chicot était ce bouffon d'Henri III qui tua
M. de La Rochefoucauld à la Saint-Barthélemy. Voy. Brantôme, édit. Lalanne, V, 257.
— i5. Depuis autres ires grandes jusqu'à ces dames qui
font est ajouté en marge par Fauteur.
109. Toute cette page est sillonnée de raccords par
Brantôme. Nous renonçons à les indiquer tous, d'autant
qu'ils n'onl aucune importance.
5. Qu'ils font eslre bonne... ajouté en marge.
112, 19. Depuis Et cent mille autres jusqu'à jusques là
qu'elles n'attendent, ajouté.
11 3,
ajouté.

16. J'entends pour avoyr été mis

en

evidance,

11 5, 3. Cette irrévérence s'appliquait à Catherine de
Médicis, mais dans le principe le nom donné à la couleuvrine était un hommage rendu à la personne royale, et non
une raillerie sur autre chose. (Cf. Brantôme, édit. Lalanne,
VII, 373-74.)
117, 3. Brantôme efface à outrance les mots princesse,
voire reyne, pour ne pas éveiller les soupçons. Peut-être
veut-il parler de la sœur de François l tír .
121, 2. Le larix est le nom latin du mélèze, pin très
dur, mais dont l'incombustibilité est loin d'être démontrée.
Et plusieurs vbudrojeni qu'elles en tinssent n'est pas dans les
éditions précédentes.
12 5,

7.

Brantôme

avait écrit

après

le mot

grandes

2-J2

NOTES

« comme j'ay ouy dire à un grand personnage ». On se
demande en effet ce que ce personnage pouvait avoir de
commun avec la fille de Pompée.
P. 127 ,1. 2 ' • ^ eSin t' e Rabodanges, qui épousa Marie de
Clèves, mère de Louis XII. Elle était reine blanche, c'est-àdire qu'elle était en deuil ; les dames portaient alors le deuil
en blanc.
128, 7. Ces dix-huit chevaliers fabriqués d'une fois
avaient fait beaucoup causer à la cour. M" 10 de Crussol
disait qu'il était heureux de n'en voir que dix-huit, car s'ils
eussent été vingt, on les eût appelés les vingt nouveaux, et
que les vins nouveaux ne valaient rien cette année, 1 56o.
(Bib. Nat., Recueil Rasse des Neux, franc. 22,560, fol.
206.) — 24. Laissons ces manières.,, etc., ajouté. — 26.
Élisabeth d'Autriche, fille de Maximilien et veuve de
Charles IX.
1 3 6 , 5. Louis de Bérenger du Guast. ■— 26. La reyne
dans le ms. au lieu cVimperatrix.
1 38, 5. Elle avait plus de trente-cinq ans, elle mourut à
trente-huit ans. — 14. C'est le château d'Usson en Auvergne.
139, 18. Louis de Saint-Gelais-Lansac.
141, 9. Voyez ci-devant la note de la page 25, ligne 5.
142, 2. C'est Jeanne, mariée à Jean, prince de Portugal. Elle mourut en 1578. — 4. Aussi a le sens d'auírement.
147, 3. Sébastien, mort en 1578. Ce passage de Brantôme n'est pas un des moins irrévérencieux de ce sceptique
endurci.
148, 17. Effectivement, les portraits de Marie la montrent
avec cette bouche avancée. Elle est généralement représentée
avec un béguin de toile sur le front. Chez la reine Eléonore,
cette difformité n'était guère moins accentuée : on peut
consulter à ce sujet le bel émail de L. Lknosin conservé à

NOTES

273

Cluny, et les portraits aux crayons de Castle Howard en
Angleterre, du Louvre et de la Bibliothèque Nationale.
Chez Charles-Quint, frère d'Eléonore, cette difformité
était telle que l 'on ne voit pas sans étonnement les médailles de ce prince jeune. Les derniers ducs de Bourgogne
avaient, eux aussi, cette lèvre tombante, notamment Charles
le Téméraire et son père Philippe. Les quatre ducs dont
parle Eléonore dans le texte de Brantôme étaient Philippe
le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le
Téméraire.
P. i5o, I. 20. Les embarras dont parle Brantôme étaient
dans un ordre chronologique différent. La révolte dite des
Germanats, en Espagne, est de 1522; celle de Tunis ou
Barbarie, de 1 5 3 5 ; les affaires d'Italie, aussi en 1 5 3 5 ; la
révolte des Pays-Bas, de 1540, provoquée par les taxes de
Marie. M. de Chièvres était Guillaume de Croy. Brantôme
ajoute : lorsqu'elle se révolta sous M. de Chievres.
1 5 1 , 22. Folembray (Aisne), arrond. de Laon. Demeure
royale habitée par François I er , et plus tard par Henri II.
C'est là que Henri IV traita avec Mayenne pendant la
Ligue. Une planche du graveur typographe Chastillon nous
montte ce château détruit paf un incendie sous le titre de :
« La maison royalle et chasteau de Folambray avec le paizage contingent. » — 27. Bins en Hainaut. Brantôme en a
parlé plusieurs fois déjà t. II, p. 85.
1 5 2 , 26. Claude Blosset, dite Torcy, dame de FontaineChalandrey. Voy. t. II, p. 41.
157, 5. Christine de Danemark, fille de Christiern II,
d'abord mariée à François-Marie Sforza, duc de Milan.
Devenue veuve, elle épousa, en 1540, François I or de Lorraine. Son fils était Charles II de Lorraine.
158, 9. Nous avons découvert, sur cette affirmation de
Brantôme, une curieuse planche gravée sur bois en Italie, où
Catherine, déjà reine de France, est à cheval ayant la planchette sous les pieds. .L'exemplaire unique de cette gravure
Brantôme. III.

35

NOTES

est à la Bibliothèque Nationale, collection Hennin, t, IX
fol. 20, aux Estampes. .
P. 159, I. 3. N. de La Brosse-Mailly.
160, 5. Voir à l'année 1 5 5 2 de l'Histoire de Paradin.
14. Guy du Faur de Pybrac.
161, 25. Proche parante de son /î/z, ajouté.
164, 23. Transis porlait le ms. Brantôme corrige et met
ravys.
166, 16. Beaucoup dans le ms. Brantôme corrige et met
a$sez..~
167,
vière.

5.

Renée, femme de Guillaume V, duc de Ba-

169, 2 3. Blanche de Montferrat, femme de Charles I or >
duc de Savoie, morte en 1509.
171, 6. Paradin, Chronique de Savoye, III, 85. — I. 9.
La sénéchale de Poitou était M me de Vivonné.
— 27. Dans le principe
quelque chose plus précieuse.

quelque pièce précieuse était

173, 8. Voyez tome II, p. 97, note de la ligne 6. —
14. Nicolas de Lorraine-Vaudemoat, beau-père de Henri III.
— 16. Françoise d'Orléans, veuve de Louis, prince de
Condé.
174, 21. Louise, fille de Nicolas de Lorraine-Vaudemont, mariée en 1 5 7 5 ; elle mourut en 1601, Tannée
même de la mort de la douairière de Condé.
175, 16. « Le vendredy vingt-troisiesme janvier (1579),
le roy alla à Olinville se baigner et purger ; le semblable
fit la royne sa femme, qu'il laissa à Paris; puis alla faire sa
feste de Chandeleur en l'église de Chartres, et ses vœux et
prières à la belle dame, et y prit deux chemises de NoslreDame de Chartres, l'une pour luy, l'autre pour la royne sa
femme; ce qu'ayant faict, il revint à Paris coucher avec
sllê, en espérance de luy faire un enfant; dont il estoit

NOTES

incapable, pour la vérole qui le mangeoit et les lascivetés qui
Pavoient énervé. » (L'Estoile, Journal, année 1579. Janvier.)
P. 176 ,1. 1 . François I er avait été très épris de la reine, mais
s'il est Tauteur des devises du Recueil de crayons d'Aix,
comme le croit M. Rouard, il avait changé d'avis. « Plus
fole que reyne o , écrit-il au bas du portrait, (Voy. Rouard,
François I" chez M me de Boisy. Paris, Aubry, 186Î, in-4 0 .)
— j3. Jean de Talleyrand, sieur de Grignols, dit Grignaux,
ancien ambassadeur à Rome.
180, 5. A partir de Enfin elle est morte, jusqu'à Elle
layssa une seur... ajouté en marge par Brantôme. — i5.
Marguerite de Lorraine, qui épousa en secondes noces François de Luxembourg, duc de Piney. — 21. Mayenne alors
duc du Maine. — 24. Aymard de Chastes, commandeur
de l'ordre de Malte.
181, i3. Pour quelque temps jusqu'à Madame de Guyse,
rajouté en marge par Brantôme. — 29. Catherine de Lorraine,



182, 10. Voyez ci-dessus p. 173, 1. 16.
22. Voyez
sur la marquise de Rothelin notre r.ote de la page 8 cidevant.
183, 4. Fulvie Pic de la Mirandole, mariée à Charles de
La Rochefoucauld, comte de Randan. Pour les vers cités
par Brantôme, M. Lalanne les rectifie d'après Ausone à qui
ils sont empruntés. La pièce du poète latin est intitulée :
Lais dicans Vencri spéculum suum.
184, 5. Françoise de la Baume, d'abord dame de SaintSorlin, puis de Carnavalet. — 29. Jacquette de Montberon.
On s'expliquerait peu Tenthousiasme de Brantôme en examinant les portraits de sa belle-sceur, s'ils n'étaient fort
médiocres et ne laissaient entrevoir un modèle passable.
Nous connaissons deux portraits de Jacquette de Montberon ;
l'un a été reproduit par M. Hilaire Oudin, éditeur, dans
son beau recueil des Châteaux historiques; l'autre, qui est
une copie ou un similaire, est en la possession de M. Courajod, conservateur au Louvre.

276

NOTES -

P. 1 9 1 , i. 1 5. Et y sont trompées, car Hz ne meurent point,
est ajouté par Brantôme, et n'est pas dans les éditions antérieures, sauf en note dans l'édilion Lalanne.
198, 27. Jean Dorât, mort en 1 588. Louis de Bérenger du Guast, déjà mentionné plusieurs fois.
199, 12. Beaujoyeux s'appelait Baltazarini' de son vrai
nom ; il est l'auteur d'un ballet célèbre. M. Lalanne relève
une erreur de Fétis [Biog. des musiciens), qui fait offrir ce
joueur d'instruments à la re'ine par Brissac en 1577; c'est

200, 7. Nouvelle rectification de M. Lalanne. Ce n'est
pas Lampride, mais Pétrone, qui parle de la dame d'Ephèse
(Satyricon, CXI-CXII.)
201, 2. Le sieur de Pleuviau était ce capitaine dont il est
dit que, lors du massacre de la Saint-Barthélemy, le meurtrier porta ses chausses à sa veuve pour la sauver en l'épousant. (Voy. d'Aubigné, Hist. universelle, I, 4, année 1 562.)
M. de Soubise, lui, s'appelait de Parthenay TArchevèquc.
Voyez, sur la famille de ce personnage, le tome III du Clément Marot de M. Guiffrey passim.
— 26. Tout ce paragraphe, jusqu'à la fin de la ligne 7
de la page 202, est rajouté par Brantôme.

JOÎ, 18. Henri Lemignon, 1 568-1587.
205, 21. Chez Vallès, fos 2o5 v° et 206.
206, 7. Brantôme fait ici une grosse erreur répétée
d'ailleurs depuis. Ce n'est point Vittoria, mais Claudia
Colonna, qui épousa Napoleone Orsini, abbé de Farfa.
Aussi bien Farfa était-il abbé à la façon de Brantôme, et
point du tout tenu par les ordres.
207, 1. César Borgia, fils du pape Alexandre VI, dont
l'histoire est partout.
— 6. Thomas de Foix,
M me de Chateaubriant. —
de France.

sieur de Lescun ,
9. Pierre Strozzi ,

frère de
maréchal

/

NOTES

P. 207, 1. 12. N. de Salvoison, ou Salvaison.
— 18. Roger de Saint-Lary, maréchal de Bellegarde. —
20. Jean de. Bourbon, comte d'Enghien.
— 22. François Gouffier, sieur de
de Malte.

Bonnivet,

chevalier

— 23. Sébastien de Luxembourg, vicomte de Martigues.
— 27. Jean de Bourdeille, frère de Brantôme. II mourut à 2 5 ans au siège de Hesdin. Ce fut de lui que la coseigneurie de Brantôme passa à notre auteur. (Voy. édit.
Lalanne, III, 1 1 3.)
208, 6. Henri de Clermont, vicomte de Tallard. — 14.
André d'Oraison, évoque de Riez.
209, 8. Cette veuve de maréchal de France était vraisemblablement la maréchale de Saint-André, comme le
pense M. Lalanne. Elle épousa en secondes noces Geoffroi
de Caumont, abbé de Clairac. Elle s'appelait Marguerite de
Lustrac. Quant à la tante de Brantôme, ce devait être Philippe de Beaupoil, mariée à La Chasteigneraie, et qui se
remaria avec François de Caumont d'Aymé.
21 i, 7. A partir de Une dame jusqu'à la ligne 25, Aucunes sont là, est omis dans les précédentes éditions, sauf
celle de M. Lalanne. M. de Monneins est ce lieutenant du
roi de Navarre tué à Bordeaux en 1548.
212, 3'.' Anne d'Anglure de Givry, fils de Jeanne Chabot
et de René d'Anglure de Givry. Jeanne épousa en secondes
noces le maréchal de La Chastre.
— 16. Paragraphe de 6 lignes ajouté par Brantôme. —
2 3. Jean du Bellay et Blanche de Tournon, mariée en secondes
noces à Jacques II de Chastillon, mort à Ferrare en 1 S 1 2 .
M. de Manne était François de Bouliers de Mane, évêque
de Fréjus.
214, [7. Aussi l'apelloyl-il mon chevalier sans reproche, ajouté par Brantôme.
21 5, 8. Odet de Coligny, cardinal de Chastillon, marié

NOTES
à Élisabeth de Hauteville, dame de Loré, dont la Bibliothèque Nationale possède un portrait au crayon remarquable,
par un artiste de la Cour des Valois.
P. 2 i 7, 1. 5. Les 2 5 lignes suivantes, de ainsi que nous avons
veu à Aussy , pour en parler au vray, ont été biffées par
Brantôme, qui écrit en marge : « Ne faut ecrire cecy ainsi,
j'ay escrit ailleurs. » II craignait peut-être quelques représentations officieuses sur son irrévérence à parler ainsi du
roi Henri II et de Diane. II semble d'ailleurs que, parlant
de l'hiver de la duchesse, il se soit inspiré de l'étrenne de
Marot :
Que voulez-vous, Diane bonne,
Que vous donne ?
Vous n'eustes, comme j'entens,
Jamais tant d'heur au Printemps
Qu'en automne.
2 1 8, 8. De Avec d'autres collibetz jusqu'à Et aussi que
par experiance rayé par Brantôme et écrit en marge :
« Escrit ailleurs. »
219, 27. Quatorze lignes rayées. « Comme j'ay dist
ailleurs, cecy est alleurs escryt. » Nous laissons comme j'ay
dist ailleurs avec M. Lalanne.
220, 22. Charles de Rochechouart, sieur de Barbazan.
Sa troisième femme fut Françoise, fille de Jean, sieur de
Mouchy.
■ 221, 12. Sept lignes rayées, et Brantôme note : « Escrit
alleurs. n
2 2 3, 17. Vingt-neuf lignes rayées par Brantôme qui
écrit : « J'ay alleurs escrit cecy et pour ce razez. »
225, 9. En marge par Brantôme, de Aussy Paimrge... i
Une question. Pantagruel, II, cap. xvn.
226, 25. Paragraphe entier ajouté en marge.
2 3o, 2. Scio fut prise, en 1 566, par les Turcs. Brantôme
écrit donc vers 1601. — 10. Quatre lignes ajoutées.

N OTES

279

P. 23 3, 1. 4. Voyez t. I, p. 49.
238, i5. Cinq lignes ajoutées en marge. — 20. L'hìsíoire et plaisante cronique du Petit Jehan de Saintré par
Antoine de La Salle. Paris, M. Lenoir, 1 5 1 7, in-fol, goth.
240, 14. XLV° nouvelle.
242, 18. Nous mettons poudre comme dans le ms. Bussy
avait dit poultre, comme l'impiïme M. Lalanne. Bussy voulait-il parler de Diane de Poitiers, cette anus lasciviens dont
les méchantes langues disaient tout le mal possible?
244, 3. La fin du paragraphe est rajoutée par Brantôme
en marge.
243, 5. Allusion au coup de Jarnac dont Brantôme connaissait mieux ('histoire que personne, puisque le jarret
coupé était celui de son oncle La Chateigneraie. — 20.
Pierre Griffon, valet de chambre de confiance à 3 00 livres
de gages. (V. Clair., Mél. du Saint-Esprit, vol. 1216,
fol. 48.) 11 servait le roi dès 1543, et fut employé souvent
comme courrier. (Clair., vol. 339, f0 ' - 7497-) — ^o.
Alexandre de Médicis, tué en 1 5 3 7 par son cousin Lorenzino.
246, 6. M m0 de Chateaubriant, suivant l'opinion
plus admise.

la

247, 28. Marguerite de Valois et le laid Martigues?
Nous donnons ici l'autre version du ms., que M. Lalanne a
seulement indiquée, parce qu'elle nous paraît préférable.
2 5o, 4. La borgne princesse d'Eboli et le célèbre Antonio
Perez. La princesse d'Eboli, favorite de Philippe II, avait
Pœil droit crevé ; Maugiron, l'ceil gauche; on avait fait des
vers latins où l'on conseillait à Maugiron de donner son
bon œil à la princesse et de lui prendre son œil crevé. De
cette manière elle eùt été Vénus et lui l'Amour aveugle.
25 1, 1. Paragraphe ajouté par Brantôme.
253, '6. Jeanne de Poupincourt. (Clair., vol. 1216,
fol. 60.) — 8. Pour La Brelaudière, voy. Arch. Natio-

NOTES

nales, J, 962 (261), année 1 5 3 S . — 12. Paragraphe
ajouté en marge. C'est d'Élisabeth, reine d'Angleterre, que
parle Brantôme. — 21. Louise de Charansonnet, qui était
encore de la maison de Catherine de Médicis en 1 583.
3o; Madeleine de Bourdeille.
P. 2 54, 1.6. Anne de Berri, demoiselle deCerteau, à la cour
en 1 583. Hélène de Fonsèques de Surgères. — 9. Cette
princesse était fort laide, à en juger par ses portraits. — 14.
Oger de Gourgues-Julliac.
259, 21. Paragraphes de 26 ìignes ajoutés.
260, 2. La mode était au XVI e siècle de fouetter les
paresseux au lit. Voyez l'épigramme de Marot Du Jour des
Innocens.
261, 3. Paragraphe en entier de Brantôme.

INDEX DES NOMS

Les noms de lieux sont imprimés en caractères italiques.

Acca Taruntia. II, 246.
Accoramboni (Victoire). I,
23 I.
Acrisius, roi d'Argos.
M4Actéon. II, 53.

I,

Adjacet. Voyez : Châteauvilain.
Admète. I, 7 r .
Adrien, empereur. I, 11 3,
114, 146.
Afrique. III, :64Agiatis. III, ,226.
Agis. III, 226.
Agnès
234.

de

Méranie.

Agnès Sorel. JI,
2 5 5 . — III, 25 1.

Albinus. III, 257.
Albret (Maison d').
112.

II,

Albuquerque (Le duc d').
I, 23g.
Alcala (Perafan, duc d').
1 35, i 36, 253.
Alceste. I, 71, 237.
Alcine. II, 27.
Aldegraver (Henri).
I ,
2 4 3.
II,

Alexandre le Grand. II,
60, 61, 149, 1 5o. — III,
25.

I,

Alexandre Sévère. I, t3i,
2 4 3.

164,

Alexandre VI. I, 239. —
III, 276.

Agrippa. I, 26, 167.
Aix. III, 266.
Albany (Jean Stuart, duc
d'). III, 8, 9, 10, 264.
Albine. III, 187.

Alexandrie.
246.

II,

68,

69,

Alexandre (Alex. ab). II,
69, 246.
Alençon (François, duc d').
36

2 82

INDEX

DES

NOMS

I, 1 , 2, 229, 2 3 5. — II,
191, 2l8, 24I, 252, 258.
Alger. I, 62.
Allemagne. II, i63. —
III, 139, 1 40, 1 5o, 161.
Allemagne (Une dame d').

Angoulême (Henri, grand
prieur d'). III, 24, 266.

I, 36.
Allemande (L'). II, 20.
Allemandes (Les). I, 188.
Allemands (Les). III, 1 3 5.
Allivergot (Saint). III, 1 1 .
Alphonse V, roi de Naples. I, 3 5, 234.
Alucius. II, 61.
Amalonle. I, 180.
Amazones (Les). II, 149,
206, 254.
Ambleville (Isabelle de
Bourdeille, dame d'). II,
262.
Amboise(Le château d'). II,

Anjou. Voyez : Alençon.
Anjou (La comtesse Bertrade d'). I, 72.

212.

Amboise. III, 3 , 2 63.
Amiens. II, 119.
Ancus Verus. I, 52.
Andalousie (Un seigneur
d'). I, 85.
Andalousie (Juments d').
III, 70.
Andriane (Le comte d').
I, >4Angélique. II, 170, 256.
Anglais (Les). II, i65,
204.
Anglaise (L'). II, 20.
Anglaises (Les). I, 188.
Angleterre. I, 114, 1 65.
— II, 28. — III, 2.
Angleterre (Le roi d'). II,
i65.

Angoulême (Louisede Savoie, duchesse d'). II, 223,
261, 262. — III, 45, 177,

Anjou (Chronique d'). I,
'7Anjou (Pays d'). I, 17.
Anjou (René d'). II,
256.
Anne. III, 189.
Anne d'Autriche, reine
d'Espagne. III, 1 36.
Anne de Boulen. I, 23,
23 3. — III, 2 5 1 .
Anne de Bretagne. I,
234. — III, 176.
Anne, reine de Navarre
II, 219.
Annibal. III, 164.
Antioche (Un chrétien d').
I, 102.
Antoine

de

Palerme. I,

23 4 .
Antoine de

Portugal. I,

242.
Antonine(Dona). II, 139.
Antonio (Marco). II, 1 19.
Apis. II, 68, 69.
Appien. II, 17, 241 .
Aquitaine (Duché d'). I,
23 3.
Aragon. II, 219.
Aragon (Jean d').
1 5o.
Archipel (V). II, 234.

III,

I N D EX

Arétin (L'). I,

40,

DES

41,

NOMS

283

bertet, dame de la Bourdaisière, puis d') . II, 1 28,

42, 43, 48, 138,234,239.
— III, 5o, 62.
Arioste (L'). I, 48, 1 56.

252.

Aunay (Vicomté a"). III,
foi ! í .of.i" 1 ç£i',Iii
Aurélia Victorina. II. 200,

— II, 27. - III, 72.
Arisloie. I, 23 5. — III,

I 85 Í

188.

2 59.

Arles. III, 1 44.
Armagnac (Georges, cardinal d'). I, 191, 194,

Aurélien. II, 196.
Autriche (Bouches de la
maison d'). III, 148.
Autriche (Albert d'). I,

247,
Arménie (Le prince d'),
h
í; 2ÎÍ'.
àfl'-H) uofnÀ
Armie. II, 1 5 1 .
Arnaud de Villeneuve. II,
29, 242.

Arnoul (St). I, 229.
Arpajon (Thomette d').
II, 248.
Arschot (Le duc d'). I,
i63.
Asie. II, 63.
Artaxerxès. II, 126.
Aspasia. II, 126, 2 52.
Astazia. Voyez : Aspasia.
Athènes. II, 19. — III,
39, 222.

Atrie (M" e d'). Voyez :
Châteauvilain.
Aubigné (Agrippa d'). I,
III, 241.

Auguste (Oclave-César).
I, 167. — II, 16, 17, 26,
48, 12 3, 1 99, 243 , 2 5 1 . —
III, il 'ì
Augustin (Saint). I, 21,
39, 102. — III, 107.

Aumale (De Lorraine). II,
247.

Aumont (Françoise

Ro-

S

2 4 5.

Autriche (Isabelle-ClaireEugénie, archiduchesse d').
I, 245. — II, 200, 259.
Autriche (Marguerite, archiduchesse d'). I, 234.
Autriche (L'J. III, 139.
Auverbruck (Blanche d') .
I. 74- .
Auvergne (Béraud, dauphin d'). III, 264.
Avalos (La famille d'). I,
232.

Avalos (Carlo ou Charles
d'). I, 1 5. — II, 146. —
III, 59.
Avalos (César d'). II,
1 46.

Avalos (Jean d'). II, 146.
Avaret (Le capitaine). II,
1 20, 25 1 .

Avesnes (Gabriel d'Albret,
sieur d'). I, 206, 248. •—
III, 77.
Auxonne. I, 239.
Babou de la Bourdaisière (Françoise). II, 242.
Baïf. I, 1 1 o.

284

INDEX

Baillive de Caen (La).
Voyez : Silly.
Balagny (Diane d'Estrées,
dame de). II, 262.
Balagny (Jean de Monluc-) . II, 232, 262
Balagny (Renée de Clermont d'Amboise, dame de).
II, 23 1 , 262.
Balthazarini , dit Beaujoyeux. III, 199, 276.
Bandello. I, 236. — II,
i5 4 .
Baraud
(Le
protonotaire). I, 7, 23o.
Barbançon (M m0 de). II,
257.
Barbarie (Oiseaux de). I,

137.

"

Barbarie (La). II, 222. —
III, i5o, 273.
Barbazan (Charles de Rochechouart, sieur de). III,
220, 278.
Barbazan (Françoise de
Mouchy, damede). III, 220,
278.
Barbe de Cilley, impératrice. III, 75 , 270.
Barbésieux (Charles de la
Rochefoucauld, sieur de). II,
129, 2 52.
Barbette (La porte). 1,65,
236. — III, 5.
Bassa. I, 190.
Bâtard d'Orléans (Le\ I,
236.

DES

NOMS

Baudoin, roi de Jérusalem. I, 99.
Baudoin I er . I, 2 3 3.
Baudoin II, roi de Jérusalem. I, 23.
Baudoin II. I, 2 3 3.
Baudoin, empereur.

III,

107. :!.( 9btóhiriD
Bavière (Albert, duc de).
III, 5.
Bavière (Renée, duchesse
de). III, 167, 274.
Bayonne. III, 1 52.
Béatrix, reine de Naples.
II, 166, 2 56.
Beaufort (Gabrielle d'Estrées, duchesse de). 11, 232,
262.
Beaujoyeux. Voyez : Balthazarini.
Beaulieu* - Chastaignier,
capitaine de vaisseaux, I,
160, 161,246. — 11, 2 3 3 ,
23 4 .
Bellegarde (Roger de StLary, maréchal de). III, 207,

= 7 7-

íi .V"

Belon(Pierre).II,6i, 245.
Bernage (M. de), sieur
de Civray. I, 36, 234.
Bernardo, libraire. I, 48.
Bernardo (Messer). I. S"8.
Bertrade d'Anjou. I, 237.
Beze (Th, de). I, 187.
Biblis. III, 106.
Binch ou Bins. II, 86, 89.
— III, 1 5 1 , 1 5 2 , 273.

* Rectifier ainsi la note du volume I, page 246.

INDEX

Bithynie. II, 65.
Blamont. III, i3 5.
Blanche de Bourgogne. I,
Blanche de Castille. II, 2.
Blessac (La prieure de). I,
287.
Blois (Charlesde). II, 201.
Blois. III, 49, 245.
Blois (Le château de). II,
212.
Blois (La comtéde). I, 104.
Blois(LesEtatsde).II ,222.
Blosset(Anne de Cugnac,
dame). II, 2 4 3.
Blosset (Jean). II, 243.
Boccace. I, 28, 84, 209,
246.
Boccace (Le Filocopo de).
III, 65, 72, 269.
Bogud ou Bocchus. II, 65.
Bohémiens (Les). II, 206.
Bonneval (Le sieur de).
III, 2 1 3.
Bonnivet
(François
de
Courrier, sieur de). III, 207,
277.
Bonnivet (Guillaume Gouffier, amiral de). II, 1 59, 1 60.
— III, 2 14, 246, 247.
Bonport (Abbaye de). III,
208.
Bonvisi, banquier. I, 5o,
236.
Bordeaux. 1 , 29, 23 4 .
— II, i3o. — III, 211.
Bordes(René de la Platière,
sieur des). II , 169, 2 56,
Boucard (Cécile de). U,
248.

DES

NOMS

2 85

Boucard (Jeanne de l'Hospital, dame de). II, 248.
Bouchard d'Aubeterre(David). II, 227, 262.
Bouchard d' Aubeterre (Renée de Bourdeille, dame).
II, 226, 262.
Bouches. I, 2 3o.
Boulanger. I, 237.
Boulogne (La maison de).
III, 18.
Bourbon (Louis III, duc
de). III, 6.
Bourbon (Le connétable
de). II, 2 [5. — III, i5 9 .
Bourdeille (Maison de).
II, 112.
Bourdeille (André de\ II,
262.
Bourdeille (Jacquette de
Montberon, dame de). II,
1 29, 201 , 23o , 252, 260,
262. — III, 184, 275.
Bourdeille (Jean de). II,
109, 25o. — III, 207,
2 77Bourdeille (Madeleine de).
III, 25 3, 280.
Bourdet (Le capitaine).
II, 120.
Bourdigné (Jean). I, 23 2.
Bourdillon (Le maréchal
de). II, 256. — III, 2 1 3.
Bourg- en-Bresse. I, 2p3.
— III, 1 5o.
Bourgogne (Bouches de
la maison de). III, 148.
Bourgogne (Charles le Téméraire, duc de). H, 167.
— III, 161, 27?.

2 86

INDEX

DES

Bourgogne
(Jean
sans
Peur, duc de). I, 236. —
III, 5, 7, 264, 273.
Bourgogne
( Marguerite
de Bavière, duchesse de).
III, 5, 263-64.
Bourgogne (Philippe le
Bon, duc de). III, 273.
Bourgogne (Philippe le
Hardi, duc de). III, 149,
273.
Bourgueil. I, 2 3o. — II,
255.
Bournazel Le baron de).
II, 214.
Bovelles (Charles). II, 29,
242.
Bracciano (Paolo Orsini,
duc de). I, 2 3o, 2 3 1.
Bracciano (Isabelle de Médicis, duchesse de). I, 2 3o,
23 I.
Bradamante. II, 188, 189.
— III, 77.
Brantôme (Le gentilhomme content). H, 176, 177,
257.
Bray (Etienne de), trésorier. I, 94.
Brennus. II, 2 58.
Bretagne. I, 62.
Bretagne (Le comte de).
I, 72.
Breuil (Marguerite du).
II, 248.
Brilland, valet de la princesse de Condé. I, 241.
Brion (Françoise de Longwy, amirale de). II, 129,
252. — III, 264,

NOMS

Brisambourg(CharlesPoussard, sieur de). III, 7, 264.
Brissac (le maréchal de).
III, 199, 276.
Brou. III, 1 5o.
Brutus. III, 40.
Bruxelles. III, 154, 1 5 6 .
Bubasìe. II, 246.
Bucy (Le cardinal de).
III, 263.
Bussy d'Amboise (Louis
de). I, 184, 2 3 o.-— II, 170,
244 , 2 56. — III , 242 ,
243, 267, 279.
Buzambourg.
Voyez : Brisambourg.
Cabrian (Le docteur). III,
104.
Caen (La baillive de).
Voyez : Silly.
Caius Silius. I, 29.
Caligula. 1, 27, 87, 239.
II, IO4, 12 3, 124, 12 5,
1 26, 2 5 1 .
Cambray. I, 2o3. — II,
23l.
Cambray (Le prince de).
Voyez : Balagny.
Camille. II, 1 5o.
Canaples (Marie d'Acigné,
dame de). II, 243. — III,
1 1 , 265.
Candaule. I, 64.
Cane (Facino). II, 107,
25o.
Canut. I, 32,
Cany (Aubertde). I, 2 36.
Cany (Marie a'Èn'gnìen,
dame de). I, 236.

INDEX

DES

Capanée. I, 71.
Capelia, secrétaire du cardinal d'Este. I, 42.
Capoue. I, 1 6 3 .
Caracalla. II, io5.
Carafîa (Le cardinal). II,
Carinthie (La). III, i3 5.
Carnavalet (François de
Kernevenoy, dit). II, 119,
25t.
Carnavalet
( Françoise ,
dame de). II, 184, 275.
Carouges (Le sieur de).
II, 174.
Carthage. II, 61, 194
— III, 164.
Catvel (Hans). I, 282.
Casale (Jean de). II,
203.
Castellamare. I, 161,
Castellan (Honoré). III,
104, 271.
Castellane (Philippe Altoviti, sieur de). III, 141,266.
Castellane (Rénée deRieux,
dame de). 111, 141, 266,
Castille. I, 239.
Castille (Jeanne, princesse
de). I, 2 3 9 .
Catherine Howard. I, 2 3 3 .
Catherine de Médicis. I,
244, 247. — II, 179, 289,
241, 244. — III , 9, 17,
20, 21, 2 3, 38, 1 04, 127,
1 58, 168, i 7 3, 2 53, 265,
266, 2 70, 271, 273.
Catilina. I, 26. — III,
39, 40.

NOMS

287

Caton. II, 245. — III,
3 9 , 186, 187.
Caucan , roi des Avarois.
II, t 52, i53.
Caumont d'Aymé (François
de). III, 277.
Caumont (Geoffroy de).
III, 277.
Caunus. III, 106.
Cécile, bâtarde de France.
Cécile, fille de Philippel er .
I, 23 7 .
Celtibériens (Les). II, 61.
Cent Nouvelles (Les). I,
36.
Cental (La maison de).
III, 212.
Cercamp. III, 162.
Cerealis. III, 187.
Cérès. III, 222.
Ce r isoles. I, 232.
Certeau (Anne de Berri,
demoiselle de). III, 254,
280.
Cezonnia. II, 104.
Chambord (Le
château
de). III, 248.
Chanay (Le grand). II,
108.
Changy (M Uo de). III,
t 7 5.
Charansonnet (Louise de).
III, 2 53, 280.
Charles Martel. II, 209.
Charles IV, le Bel. I, 22.
Charles V. 1, 2 36.
Charles VI. II, 174.
Charles VII. I, 74. —
II, 164, 1 65. — III, 2 5 1 .

2 88

INDEX

Charles VIII. 1 , 34, 36,
2o3, 234. •— II, 190.

III, 4, i5o, 170, 2 1 3 , 263.
Charles IX. I, 1 85. —
II , 4 5, 119, 214, 2 1 S,
234, 240, 2 5 1 , 255, 261.
— III, 20, 26, 49, 128,
166, 265.
Charles d'Anjou. II, 166.
Charles-Quint. I, 2o3.
— II. 67, 85, 217, 2 4 5.
III, 149, 154, i55, 162,
267, 273.
Charlotte de Savoie, reine
de France. III, 2, 263.
Charolois (Le comte de).
II, 203.
Chartres. III, 274.
Chartres (François de Vendôme, vidame de), prince
de Chabannois. I, 245. —
II, 38, 243.
Chastes (Aymard de). III,
1 80, 275.
Chastillon. Voyez : Co-

Hgny.
Chastillon (Claude). III,
27Î.
Chastillon (Blanche de
Tournon, dame de).
III,
212, 2i3, 214, 277.
Chastillon (Elisabeth de
Hauteville, dame de). III,
278.
Chastillon (Jacques II de).
III, 2 1 3, 277.
Chastillon
(Louise
de
Montmorency, dame de).
III, 11, 265.
Chastillon (Odet de Co-

DES

NOMS

ligny, cardinal de). III, 215,
277.

Château-paillard, forteresse. I, 22, 2 33.
Château-Thierry. I, 229.
Chateaubriant (Françoise
de Foix, dame de). I, 2 32.
— III , 1 1 , 45, 265, 276,
279.
Chateauneuf (La belle).
Voyez : Castellane.
Chateauvilain (Louis di
Ghiaceti , comte de). I,
47, 235, 237.
Chateauvilain (N.d'Atrie,
dame de). I, 235.
Chàtillon
240.

(Guy

de).

I,

Chevaliers (Les 18). III,
128, 272.
Chicot, fou. III, 108,
271.
Chievres (Guillaume de
Croy, sieur de). III, i5o,
2 7 3.
Chiomara. II, 245.
Christiern II. III, 273.
Chypre. I,
i3 5, 180,
244. — III, 48, 2 3 1 .
Cicéron. I, 24, 233.
Cipierre (Louise de Halwin-Piennes, dame de), II,
1 64, 2 5 5.
Cipierre (Philibert de Marcilly, sieur de). II, 21 5,
261 . — III, 27, 266.
Civita-Vecchia. I, 49. —
II, i 3 5, 253.
Claude (L'empereur).
27, 32.

I,

INDEX

DES

Claude de France. III,
1 76.
Claudia Quinta. I, 209,
248.
Claudius (P.). II, 208.
Clément VI. III , 9, 264.
Cléomène. III, 226, 229.
Cléopâtre. II, i5, 16,
199,208,240. —-III, 217.
Clermont-Tallard (Henri
de). Voyez : Tallard.
Clèves (Marie de). III,
267.
Clodius. I, 24, 2 33.
Clouet, dit Janet (François). II, 241.
Coconas (Annibal
de).
I, 242.
Colas. III, 226.
Coligny (Gaspard 1 er de).
III, 265.
Coligny (Gaspard de), amiral. I, 243. — II, 214.
— III, 1 3 3 .
Coligny (Jacqueline d'Entremonts, dame de). II, 87,
247.
Colin (Le fou). II, 235.
Collenuccio. II, 108,195,
25o, 259.
Colonna (Agnès de Montefeltro, dame). II, 260.
Colonna (Fabrizio). II,
260. — III, 205, 276.
Comète (La) de Louise
de Savoie. II, 224, 262.
Commode (Antoninus Velus, dit). I, 1 1 6, 242.
Compère (Le), cheval. I,
120, 25 1 .
Brantôme. III.

NOMS

289

Compiègne. II, 20 3.
Condé ( Catherine -Charlotte de la Trémoille, princesse de). I, 241 , 246. —
II, 25o, 260. — III, 267.
Condé (Françoise d'Orléans, princesse de). II, 128.
— III, 173, 182, 267.
Condé (Louis, prince de).
I, 239. — II, 1 20, 201 ,
202, 2 5 1 ,
260,
267,
274
Condé (Marie de Clèves,
princesse de). III, 267.
Cougne [La porte de). II,
258.
Connétable (Le). Voyez :
Montmorency .
Consistoire (Le) à Poitiers.
I, .5 9 .
Constance , reine de Sicile. II, 1 07, 25o.
Constantinople. I, 1 3 2 ,
243. — II, 49.
Conte (La présidente). II,
i3o.
Corneille Agrippa. I, 2o3.
Cornette. I, 49.
Cornificia. 1,32.
Cornuaille ou Cornouaille.
I, 145.
Créaton. I, 211.
Crémone. I, 242.
Cybèle. I, 209.
Cyrène. I, 235,
Cyrus. I, 37, 234.
Daire. Voyez : Darius.
Dajacet. Voyez : Châteauvilain.
3?

2go

INDEX

Dalmatie (Un seigneur de).
I, 36.
Danemark .111,157,273.
Darius. II, 60, 1 26.
Dau (Le capitaine). Voyez :
0 [Jean d').
Dayelle (La). I, 244.
Déesses (Les). III, 252.
Défos. I, 211.
Dépensier (Hue le). Voyez :
Spencer.
DesRoches(M.). III, 249.
Despones. I, 1 1 1 , 247.
Deux-Siciles. II, 166.
Diane (Le temple de). II,
34.
Diane. II, 5 3, 95, 1 5o.
Didon. II, I5I. — III,
107, 189.
Dieppe. III, 180.
Dijon. III, 148.
Diogène. II, 4.
Dol ( L'évêque de). I,
1 1 o. Voyez : Épinay.
Dolet (Mathieu). I, 240.
Domitia Calvilla. I, 52.
Domitia Longina. I, 32.
Domitien. I, 32.
Domrin. II, 193.
Dorât (Jean) III, 198,
200, 276.
Dourlens. I, 247.
Dreux. II, 1 a o, 169,243,
256.
Drusilla. I, 87, 88.
Du Bellay (Jean). III,
212, 2 1 5, 277.
Du Bellay (Joachim). I,
129, 242. — II, 17, 241.
— III, 62 .

DES

NOMS

Du Bellay (M"'"). Voyez :
Vzès.
Du Bouchage (Henri
Joyeuse, sieur). I, 245.

de

Du Guast (Louis de Bérenger). I, 110, 1 1 1 , 187,
202, 2o3, 241 . — III, 1 36,
198, 199, 200, 267, 272,
2 76.
Duguesclin (Bertrand). II,
i65, 256.
Duguesclin (Tiphaine Raguenel, dame). II,
i65,
256.
Dunois (Les comtes de).
I, 66.
Dupinet. II, 246-247.
Dupuy. I, 237, 240. —
II, 244.
Duretal (Jeanne de Bourdeille , comtesse de). II,
229, 262.
Du Ru. II, i 9 3.
Eboli (Anne de Mendoza,
princesse d'). III, 279.
Eclaron. II, 119, 2 5 1 .
Ecossaise (L'). II, 20.
Ecossaises (Les). I, 188.
Ecosse. I, 244. — II,
1 58, 1 74, 254, 255. —
III, 24 , 161, 2 54, 255.
Edouard IV, roi d'Angleterre. III, 2.
Egmont (Le comte d').
III, 17.
Egypte (Le sultan d'). I,
84.
Elbeuf (René duc d'). II,
247.

INDEX

DES

NOMS

29I

Elesanlina. I, 42.
Eleonore d'Aquitaine. I,
23. — II, 2o5, 260.
Eleonore d'Autriche, reine
de France. II, 42, 86, 87,
88, 243, 247. — III, 5 9 ,
148, 1 52, 1 56, 2 5 4 , 268,
272, 273, 280.
Eléphantis. I, 2 3 5 .
Eliogabale. I, 32, 42.
Voyez : Héliogabale.
Elisabeth
(Sainte).
II,
108.

Escars (Jean d'). II, 217.
Esclavonne (L'). II, 20.
Espagne. I, 69, 85, 142,
193. — II, 20,23,61,62,
99, 1 3 3 , 1 55, z 1 6. — III,
47, 59, 60, 88, 90, 95,
139, 140, 1 5o, 1 56, 1 58,
209, 224, 233, 273.
Espagne (Don Carlos, infant d'j. I, 2 3 2.
Espagne (L'). I, 187.
Espagnole (L'). II, 20,
2 1.

Elisabeth, reine d'Angleterre. II, 134, 157. — III,
280.

Espagne (La princesse d').
H, 189.
Espagne (L'infante d'). II,
241.
Esparbez de Lussan (François d'). II, 262.
Esparbez de Lussan (Hippolyte Bouchard, dame d').
II, 229, 262 .
Este (Hercule II, d').
Voyez : Ferrare.
Este (Le cardinal d'). I,

Elisabeth d'Autriche. III,
128 à 142, 272.
Elisabeth de Portugal, impératrice. III, 59, 268.
Elisabeth de Valois, reine
d'Espagne. I, 282, 245. —
II, 25 9 . — III, 47, 59,
60, 142, 268.
Enée. II, 1 5o.
Enghien (Jean
bon, comte d').
276.

de BourIII, 207,

Epernon (Jean-Louis de
Nogaret, duc d'). II, 262.
— III, 184, 2 7 5.
Epernon (Marguerite de
Foix-Candale, duchesse d').
II, 225, 262.
Ephèse (La dame d'). III,
196, 200.
Epinay (Charles d'), évêque de Dol. I, 110,111.
Escalsador
(la comtesse
d'). I, 12 5.

42.
Estrées (Gabrielle
d').
Voyez : Beaufort.
Estrées (la maison d'j. II,
242 .
Estrozze. Voyez : Slrozzi.
Etampes (Anne de Pisseleu-Heilly. duchesse d'). II,
243.
III, 45, 211, 264,
267.
Etampes (Jean de Brosse,
duc d'). 1, 240. — II, 2 3 5 .
Eu (le comte d'). Voyez :
Nevers.
Eunoé. II, 65.

292

INDEX DES NOMS

Entremonts (Béatrix Pacheco, comtesse d'). II, 87,
a «7Entremonts (Sébastien de
Montbel, comte d'). II,
347.
Evadné. I, 71, 337.
Farfa (Napoleone Orsini,
abbé de). III, 206, 276.
Farnèse (Marguerite d'Autriche, princesse), I, 202,
2o3, 247.
Farnèse (Octave). I, 248.
Faucula Cluvia. I, i63,
246.
Faustine, courtisane. I,
143.
Faustine, impératrice. I,
1 1 5, 242.
Ferdinand 1 er . II, 25 3 .
Ferdinand II. I, 289.
Ferdinand, roi de Naples.
I, 8 7 .
Feria (Gomez Suarez de
Figuaroa , duc de). III, 59,
268.
Ferramont (Le sieur de).
III, 67.
Ferrare. I, 173. — II,
1 1 o , 2 5 1 . —■ III , 2 1 3 ,
277.
Ferrare (Hercule II d'Este,
duc de). II, 253.
Ferrare (Le cardinal de).
II, 93, 1 85, 186.
Ferrare (Renée de France,
duchesse de). II, 110, »5i,
253.
Fiasco (Cornelio). II, 179.

Firenzuola (A.). I, 202,
247.
Flamande (La). II, 20.
Flamandes (Les). I, 188.
Flamin (Marie de). III,
24, 266.
Flandre. II, 200. — III,
i5i.
FlandrefArnoul III, comte
de). II, 204, 260.
Flandre(BaudoinVI, comte de). II, 2o3, 204, 260.
Flandre (Jeanne, comtesse de). III, 107.
Flandre (Marguerite, comtesse de). III, 107.
Flandres (Les). I, 229. —
III, 5 9 , 1 5 3 , 162.
Flavia Sulpitiana. I, 32.
Flavy (Le sieur de). I, 74.
Flora, courtisane. II, 69,
70, 71, 72, 121, 198,
246.
Flore. II, 246.
Florence (Christine de Lorraine, grande -duchesse de).
I, 179, 246.
Florence (Le duc de). I,
179, 23o, 246. — II, 82.
Foix (Gaston II de). If
22, 233.
Foix (Le maréchal de).
Voyez : Lescun.
Folembray. III, 1 5 I, 2 7 î .
Fontainebleau. III, 36,
49, 114, 245.
Fontaine - Chalandray
(Claude Blosset , dame de).
II, 41, 42 , 88, 243, 248.
— III, i5 2 , 1 58, 2 7 3.

INDEX

Fontaine Chalandray
(Louis de Montberon , sieur
de). II, 243.
Fontaine - Guérin (Honorât de Bueil , sieur de). III,
20, 266.
Forteguerra (La signora).
II, 184, 2 58.
Forteguerre (Laodomie).
I, 202.
Foulon (Benjamin). III,
267.
Foulques d'Anjou. I, 237.
Fouré (Marie). II, 259.
François I or . I, 1 29, 1 32,
204, 240.— II, 8, 66, 68,
78, 161, 193, 194, 240,
255. — III, 7, 8, 12, 4 5,
46 , 1 5o, 1 5 3 , 154, 1 76,
177, 246, 248, 249, 253,
264, 275.
François II. II, 1 58. —
III, 25, 26, 36, 25 4 .
Frédéric II, comte palatin. II, 243.
Fulguosus (Baptiste). I,
94.
Fulvia, femme de MarcAntoine. II, 208.
Furly (Catherine, comtesse de). II, 202.
Furly (Romilde, duchesse
de). II, i52, 1 5 3 .
Gadagne (L'abbé de). II,
258.
Gaillard, historien. I, 2 3 2.
Galiot (Jean de Genouillac, dit). III, 21 3.
Garbe (Le roi de). I, 84.

DES

NOMS

293

Garonne. I, 234.
Gascogne. II, 2 14.
Gaule (La). III, 122.
Gênes. III, 140, 263.
Genève. III, 102.
Geneviève. III, 72.
Genevois (Le duc de). III,
23, 266.
Genevre ( La belle ). II ,
■74Genlis (François de Hangest, sieur de). II, 38, i63,
243, 255.
Génois (Les). III, 2 3o.
Genièvre. I, 1 56.
Geoffroy (Le capitaine).
II, 1 36.
Germanats (Les). III, 273.
Gergeay (Le sieur de). II,
164.
Germanicus (Drusus). I,
27.
Gersay (Le sieur de). III,
19, 20, 266.
Géta. II, 25o.
Ghiaceti. Voyez : Châteauvilain .
Gié (La fille puînée de).
II, 2 52. Voyez : Rothelin.
Givry (Anne d'Anglure,
sieur de). III, 277.
Givry (René d'Anglure).
II, 38, 2 4 3. — III, 277.
Gobin(Le). II, i 3 2 , 253.
Voyez : Gonzague (Guillaume),
Gonnin (Maître), II, 68.
Gonzague (Le). II, 119.
Gonzague (Fernand de).
III, 104.

294

INDEX DES NOMS

Gonzague (François). II,
253.
Gonzague
(Guillaume).
II, 1 3 !, 2 5 3.
Gotterelle (La). I, 1 5c;.
Gourgues - Julliac (Oger
de). III, 254, 280.
Gournay (De). I, 194.
Granvelle (Antoine Perrenot, cardinal de). III, 17.
Grany (Claude de). II,
248.
Griffon (Pierre). III, 245,
279.
Grignaux (Jean de Talleyrand, dit). III, 176, 177,
275.
Grisons (Les). III, 102,
Grèce. I, 193.
Grecque (La) courtisane.
I, 5o. — II, 20, 21.
Grecques (Les). I, 188.
Grecs (Les). I, 191. —
II, 148. — III, sSi.
Greffier (Le), fou du roi.
II, 1 58.
Gré>e (la place de). I,
242.
Gruffy (François deCompeys, sieur de). II, 8, 10,
1 2, 240.
Guasto (Alphonse, marquis del). I, 232. — II, 134,
253.
Guasto (Marie d'Aragon,
marquise del). II, 1 34, 1 38,
1 39, 142, 143, 144, 145,
146, 253.
Guillaume (Monsieur). I,
248.

Guillaume, précepteur de
la comtesse de Flandres. III,
1 o7.
Guillaume. III, 226.
Guillot le Songeur. Voyez :
Le Songeur.
Guise (Anne d'Este, duchesse de). Voyez : Nemours.
Guise (Catherine de Clèves, duchesse de). I, 23 1,
244. — III, 181.
Guise (Charles de Lorraine, cardinal de). II, 67,
1 3 5, 245. — III, 148, i63,
166, 266.
Guise (Henri de Lorraine,
duc de). I, 2,23i, 244. 11 ,49, 2 1 *> 2 4^> 2 ^ 7> 261.
— III, i83.
Guise (François, duc de).
II, 119, 1 3 1 , 1 69 , 2 1 3 ,
2 5 1 , 2 5 3. — III, 147, 148,
1 63 .
Guise (Louis de Lorraine,
cardinal de). II, 245.
Guyenne (La). I, 179. —
II, 47, 204, 2o5. — III,
1 85 , 208, 216, 222
Guyenne (Edouard II, duc
de). II, 204.
Guyenne (lsabeau de France, duchesse de). II, 204,
260.
Gygès. I, 64.

Ham. I, 247.
Hainaut. III, 5.
Hainaut (Jean de).
204, 260.

II.

INDEX

Hainaut (Richilde, comtesse de). II, 2o3, 260.
Hauteseuille (Rue).
II,
257.
Hieronime (Dona). II,
|3 9 .
Hector. II, 148, 149,
25 4 .
Hélène (La belle). I, 16.
— H, 24, 34, 181, 241,
24a.
Héliogabale. I, 32, 42,
201. — II, 102. ■— III,
124, 224.
Hennebont.il, 201, 202,
260.
Hennin (La collection). I,
2 4 3.
Henri II. I, 1 3o, 1 58, 162.
— II, 38, 68, 89, 90, 91,
9 3, 119, 1 20, 1 55, 1 57,
189, 200, 220, 244, 245,
248, 253.— III, 9, 17, 18,
22, 23, 25, 1 58, 1 59, 217,
220, 245, 264, 268.
Henri III. I, 2 , 46, 1 94,
236, 241, 245. — II, 49,
5o, 97, 1 56, 209 , 221,
242, 249, 25o, 252, 254.
— III, 29, 3o, 3i, 32, 49,
58, 127, 140, 173, 174,
175, 202, 267, 271, 274.
Henri IV. I, 2 3 1 , 239.
— II, 241. — III, 2 7 3 .
Henri IV de Castille. I,
94. *3 9 .
Henri VIII. 1 , 2 3, 23 3.
— III, i5o, 25 1.
Herculalina. Voyez : Vrgulanilla.

DES

NOMS

2g5

Hercule. I, 237.
Hercule (Le temple
II, 246.
Hercule (La statue
III, 1 14.
Hérode. II, 59.

d').
d').

Hérodote. I, 234. — II,
246.
Hesdin. II,
1 56.

1 10. — III,

Hesdin (Siège de). III,
277.
Hollande. II, 117.
Homère. III, 2 3 1 .
Hongrie. II, 145. — III,
i5o.
Hongrois (Les). III, 146.
Horace. II, 104.
Hostiiia (Livia).
Orestilla.

Voyez :

Huchette (Rue de la). III,
202.
Humières (Charles d'). I,
247.
Humières
( Sidonie
de
Mervilliez, dame d'). 11 ,248.

Indes (Les). III, 1 5o.
Ingeburge. I, 32, 234.
Ingrande (Le baron d').
II, 164. — III, 266.
Iphis. I, 237.
Isaac (Jaspar). I, 241.
Isabeau de Bavière. I,
236. — II, 239, 240.
Isabeau de Lorraine. II,
167, 256.
Isabelle, reine de France.
I, 3 4 .

296

INDEX DES NOMS

Isabelle, reine de Castille.
I, 239. — II, 67.
Isis. II, 246.
Issoire. I, 247.
Italie. I, i35, 142, 143,
173, 193, 242, 247. — II,
23, 104, 1 10, III , i33,
i5i, 173,189,249. — III,
140, 147, 168, 169, 217,
25o, 273,
Jacques d'Aragon, roi de
Majorque. I, 2 38.
Janequin , musicien. II,
262.
Jarnac. II, 254. — III,
201.
Jarnac (Guy Chabot, sieur
de). I, 240.
Jarnac (Le coup de). III,
245, 279.
Jarsé. Voyez : Gersay.
Jean II, roi de France. I,
i65, 246.
Jean d'Aragon. I, 2o3.
Jean, roi de Navarre. II,
219.
Jean et Baudoin, fils de
Jeanne de Flandres. III, 1 o 7 .
Jean de Meung. I, 2o5,
206.
i
Jeanne de France, fille de
Louis XI. I, 284.
Jeanne de Naples. I, 75.
Jeanne de Naples, reine
de Naples. 1,87.
Jeanne II de Naples. II,
t 9 5.
Jeanne Seymour. I, 23 3.
Jeanne d'Arc ,
pucelie

d'Orléans. 1, 74. — II, i83.
Jeanne d'Artois. I, 23 3.
Jérôme (Saint). I, 49. —
II, 81. — III, 187.
Jérusalem. II, 166. — III,
161.
Joanne (dona). II, 139.
Joanneau. II, 259.
Josèphe. II, 5 9 , 244.
Jove (Paul). I, 127, 242.
Joyeuse (Anne, duc de).
I, 245. — II, l32. —III,
180.
Joyeuse (Marguerite de
Lorraine, dame de). I, 245.
Joyeuse (M me de). Voyez :
Luxembourg.
Juba. II, 65.
Jules César. I, 24, 25,
3 7 , 182. — II, 65, ia3,
171, 2 1 3 , 245. — III, 3 9 ,
40, 121, 122, 125, 217.
Julia. II, io5, 107.
Julie, fille de César-Auguste. I, 26, 32, 167.
Julien (Le valet de chambre). II, 2 3 3.
Junon. III, io5.
Jupiter. I, 144. — II,
147. — III, io5.
Justin. I, 234. — II,
i5o.
Juvénal. I, 28, 192.
La Batresse. II, 258.
La Borne (Charles d'Aubusson, sieur de). I. 287.
La Borne (Jeanne de
Montai,
237.

dame de).

I,

74,

INDEX

DES

La Bourdaisière (Françoise
Robertet, dame Babou de).
Voyez : Aumont.
La Brelaudière (M ,ll! de).
III, 253, 279.
La Brosse-Mailly (N. de).
III, 1 59, 274.
Lacédémoniens. II, 72,
La Chapelle (Christophe
Jouvenel des Ursins , sieur
de). II, 189, 258.
La Chapelle (Léonore de).
II, 248.
La Chasteigneraie (François
de Vivonne, sieur de). I,
io3, 240. — II, 7, 240.
— III, 279.
La Chasteigneraie (Philippe
de Beaupoil, dame de). III,
277.
La Chastre (Jeanne Chabot, maréchale de). III,
277.
Ladislas, roi de Naples.
II, 127.
Laïs. II, 70, 121. — III,
112.
La Marche (Jacques, comte
de). II, i 9 5.
Lamia, II, 4.
La Môle (Joseph de Boniface, sieur de). I, 242.
Langres, I, 2 3 5.
La Noue (François de). II,
191, 218, 258, 261.
Lansac (Louis de SaintGelais, sieur de). III, 139,
272.
La Palice
Jacques de

NOMS

Chabannes, maréchal de).
II, 2 1 9.
La Platière (Catherine Métier de La Fayette, dame de).
II, 256.
La Platière (René de). II,
256.
Larignum. III, 122.
Larix (Le), mélèze. III,
121, 271.
La Roche (Marie Lucas,
demoiselle de). II, 1 1 o, 1 1 2,
251.
La Rochefoucault (Charlotte de Roye, dame de). II,
224, 262.
La Rochefoucault (François III de). II, 262. — III,
271.
La Rochelle. I, 127, 194,
242, 247. — II, 49, 218,
2 4 3. — III, 208.
La Roche-sur- Yon (Charles
de Bourbon, prince de). II,
234.
La Roche-sur-Yon (Philippe de Montespedon, princesse de). I, 240.
La Tour (M. de). II,
214.
Lautrec (Odet de Foix,
sieur de). II, 8. — III,
128.
La Vauguyon. Voyez : Escars.
Lavoix (Jean). I, 237.
Légat (Le fou). III, 60.
Le Grand (Nicolas), médecin. III, 104.
Le Mignon (Henri), évè38

INDEX

2Cf8
que

de

Digne.

III,

DES

2o3,

2 76.
Léon X *. II, 2 3 3 , 2 63.
Lerontife. Voyez : Terentde.
Lesbos. I, 191.
Lescun (Thomas de Foix,
sieur de). I, 1 2 5 , 126, 242.
— III, 207, 276.
Le
Songeur (Guillot),
Guilau el Cuidador. I, 1 3g,
244.
Lestoile (Pierre de). I,
229.
L'Estrange (Claude de).
II, i 35, 253.
Leyde (Jean de). II, 2 5 9 .
Levant (Le). II, 2 3 3.
Levois. Voyez : Lavoix.
Lewiston (N. de). 111,
266.
Lhospital (Miches de). II,
2 1 5.
Licurgue. III, 282.
Lignerolles (Philibert Le
Voyer, sieur de). II, i5 9)
255, — III, 267.
Limeuil ( Isabeau de La
Tour de). Voyez : Sardini.
Limeuil (N. de La Tour
de). II, 232, 262. — III,
17, 265 .
Limosin (Léonard). III,
272.
Ligue (La). II, i83, 201,
209, 219, 241.
Lisbonne. III, 254.

NOMS

Livia Fausta (La signora).
II, i85, 2 58.
Lollia. I, 2 3 3.
Lombardie. I, 69, 125.
Londres. III, 2 5 5.
Longinus (Lucius Cassius).
I, 8 7 .
Longueville (Léonor, duc
de). II, 119, 128, 2 5 1 .
Lorette. 'II, 154.
Lorraine (La). III, i36,
157, i58, 161, 162, i65,
169.
Lorraine (Charles II, duc
de). III, 273.
Lorraine
( Christine de
Danemark, duchesse de), III,
157, i65, 167, 168, 220,
2 7 3.
Lorraine (La duchesse de).
II, 88.
Lorraine (François 1 er , duc
de). III, 2 7 3.
Lorraine (Jean , cardinal
de). III, 14, i5, 16, 17,
128, 265.
Lorraine (François de),
grand-prieur. I, 161, 246.
— II, i35, 1 36, 137, 1 38,
139, 1 40, 141, 142, 143,
144, 1 57, 233, 247, 25 3 .
— III, 141, 2 54,
Loudunois (Françoise de
Rohan La Garnache , duchesse de). III, 266.
Louis VII, le Jeune. I,
23-, 233.

* La note porte à faux Léon XII.

I N D EX

DES

Louis IX, roi de France.
II, 2, 1 66. — III, 107.
Louis X, le Hulin. I, 22,
2Î2. — III, 2, 263.
Louis XII. I, 34, 234. —
II, 219, 253. — III, 5,
1 63 , 176, 263, 272.
Louis XII (La statue de).
II, 2l3.
Louis XIV. I, 23 4 .
Louis II de Hongrie. II,
2 5 9 . — III, 146.
Louise de
Vaudemont ,
reine de France. III, i3 5,
'74, 17 5 . ' 7 8 - 2 74Louvre. I,
1 99 ,
2o5 ,
a3 1 . — III, 203.
Luce (Sainte). Vierge martyre. I, 134.
Lucio. II, 1 79.
Lucien.
I,
191,
193, 201, 247.

192,

Lucrèce. I, i35, 190. —
II, 64.
Luna (Isabella de). I, 191,
247.
Luther. II, 1 10, 25 1 . —
III, 21 5.
Lydiens (Les). I, 64.
Lyndos. II, 242.
Lyon. I, 5o, 2 36. — II,
89, 91,92,131,212, 248,
249. — III, 1 36, 2Ô3.
Lysander. III, 23o.
Macédoine (La princesse
de). III, 167, 168.
Machiavel. II, 202, 260.
— III, i 7 5.
Madrid. III, 60, 63.

NOMS

299

Mahomet. I,- 63. — II,
60.
Maine (M. du). Voyez :
Mayenne.
Majorque. I, 75, 2 38. —
II, 28, 241.
Malaspina (Ypolita Fioramonti, dame de). II„ 191,
z58.
Malaspina (Louis de). II,
î58.
Malespini. I, 2 36.
Malheureux (Le), cheval.
II, 120.
Malte. I, 161. — II, 71.
Malyterne. Voyez : Mélitine
Mantoue. II, 119, 1 3 2,
»53.
Manuce (Aide), I, 48.
Mane (François de Bou
Mers de). III, 212, 2iî,
277.
Manilius. II, 72, 246.
Marc-Antoine. I, 26. —
II, 1 5, t6, 17, 208 , 240.
— III, 217..
Marc-Aurèle. I, 11 5. —
III, 124.
Marcella. III, 187.
Marcellus. III, 5 1 .
Marché- Vieux (Le), à Boîtiers. I, 159.
Mareuil ( Catherine
de
Clermont, dame de). II,
129, 2-52 .
Mareuil (Guy de). U,
2 52.
Marguerite de Bourgogne .
I, 22, 233. — II, 240.

3oo

INDEX

Marguerite
de
Valois,
sœur de François I or , reine
de Navarre. I, 206. — II,
4, 7, 80, 1 1 o, III, 1 3 1 ,
l5ç., 223, 25 l. — III, 8,46,
77, 101 , 109, 2 1 3 , 214,
216, 238, 240, 25o, 264,
271 .
Marguerite de Valois, femme d'Henri IV. I, 240,242,
245, 248. — II, 23, 84,
85, 226, 241, 244, 247,
256, 2 5 7 .— III, 49, 1 38,
139, 143, 2o3, 265., 279.
Mariane. II, 59.
Marie d'Angleterre, reine
de France. III, 176, 177,
178, 2 7 5.
Marie d'Autriche , impératrice. III, 139.
Marie d'Autriche, reine
de Hongrie. II, 86, 88, 200,
259. — III, 39, 59, 146,
148, 149, 1 5o, 1 54, 1 56,
157, 1 58, 267, 268, 272.
Marie de Bourgogne, impératrice. III, -149.
Marie, reine de Naples.
II, 127, 2 5 2.
Marie Stuart. I, 244. —
II, I 3 I, 1 3 a , 1 3 4, 247. —
III, i65.'
Marolle (Pucelle de). I,
9 3.
Marot. II, 241 .
Marphise. II, 27. — III,
77Mars. I, 71, 237. — II,
148, 206.
Marseille. II, 20. — III,

DES

NOMS

1 1 , 24, 1 40, 141, 265,
266.
Martigues (Sébastien de
Luxembourg). I, 240. —
III, 207, 277, 279.
Martia. III, 186, 188.
Martial. I, 190, 191,
201. — II, 246. — III,
188.
Massinissa. II, 17, 65,
66, 168.
Mathurin (Saint). I, u 3,
241.
Matha. II, 201, 260.
Matha (Pierre de La Mare,
sieur de). III, 18, 265.
Matignon (Le maréchal
de). III, 208.
Maugiron. III, 279.
Maures (Les). III, 147.
Mauritanie. II, 65.
Mauverets (Saint - Jean
des). I, 17.
Mayenne (Charles de Lorraine, duc de). I, 2 , 2 3 1 . —
II, 217, 257, 261. —r III,
1 80, 273 .
Maximilien, empereur. II,
2 5 3 . — III, 184, 272.
Mécènes. II, 72.
Médicis (Alexandre de).
I, 248. — III, 2 4 5, 279.
Médicis (Cosme I 01' de).
I, 23o, 239.
Médicis (Eléonore de Tolède, dame de). I, 200.
Médicis (Ferdinand I er de).
I, 179, 246.
Mélitine (Le prince de .
I, 233 .

INDEX

Mélitine (Morphie de). I,
2 3, 233.

DES

NOMS

Miramont (Guy de SaintExupéry , sieur de). II,

Memmius (C). I, 27.
Mendoça (Le seigneur de).
II, i5 4 , 1 56.
Ménélas. I, 16. — II,

257.

182.

Moïse. I, 60.
Molière. I, 2 29.
Monceaux (M mo de).
Voyez : Beaufort.
Moncontour. II,
i63,
25 4 .
Monluc (Biaise de). I,
127, 242. — II, 258.
Monluc (Jean de), évêque de Valence. II, 262.
Monneins (Tristan de).
III, 211, 277.
Monneins (M m0 de). III,

Mercœur (Le duc de). II,
194, 25 9 .

Mercœur (M me de). I,

2 4 5.

Méré (Aimée de). III, 18,
265.

Mervillez (Sidonie de).
Voyez : Humières.
Messaline. I, 28,29,32,
234. — II, 8o, 247.
Métella. III, 3g.
Meudon. III, 7.
Meung-sur-Loire. II, 119,
120, 2 5 1 .

257.

211.

Mons. II ,

Mézières ( Gabrielle de
Mareuil , marquise de). II,
1 29, 2 5 2.

Mézières (Nicolas d'Anjou, marquis de). II, 129,
2 5 2.

Milan. I, 69. — II, 5 7,
107, 159, 160, 2o3, 23 3.
— III, J 63, 273.
Milan (La Castellane de).
III, 168.
Milan (Brodeurs de). I,
1 26.

Milon de Crotone.

Miramont ( Madeleine de
Senneterre, dame de). II,

III,

2 4 3.

Minerve. II, 242.
Minerve (La). Voyez :
Sur gères (Hélène de Fonsèques de).

2 o3 ,

204 ,

260.

Mons (Chanoinesses de).
III, 2 58.
Monsieur. Voyez : Alençon, Henri III.
Montai (N. de). II,
257.

Montauban (Renaud de).
I, 48.
Montauban (Le sieur de).
I, 1 56.
Montbardon (N. de). III,
.5 9 .

Montbason (Le sieur de).
I, 23 1.
Montferrat (Adèle de). I,
233.

Montferrat (La marquise
de). III, 172.

302

INDEX DES NOMS

Montfort (Jean de). II,
260.
Montfort (Jeanne , comtesse de). II, 201, 202,
260.
Montgommeri (Jacques de
Lorges, sieur de). II, 161,
162, 255.
Montmartre. I, 242.
Montmorency (Anne de),
connétable de France. I, 64,
232, 236. — II, 120, 2 5 1 .
— m; 264.
Montmorency
(Henri,
connétable de). II, 157,
255.
Montmorency (Madeleine
de Savoie, duchesse de). III,
264.
Montpensier
(Catherine
de Lorraine, duchesse de).
I, 2 3 5. — II , 209, 242,
261. — III, 181 , 267,
268, 275.
Montpensier
( François ,
duc de). II, 129, 2 52.
Montpensier (Henriette de
Joyeuse, duchesse de). I,

245;

tm

m

Montpensier (Jacqueline
de Longwy, duchesse de).
III, 268.
Montpensier (Louis, duc
de). II, 261. — III, 47,
268.
Montpezat (Melchior des
Prés, sieur de). II, 38,243.
— III, 221.
Montrevel (François de La
Baume-). III, 184, 275.

Montserrat [N. -D. àej.
III, 126.
Montsoreau. I, 2 3o.
Morone (Hieronimo). II,
207, 260.
Mortemart (Renée Taveau, dame de). II, 287,
263.
Morlemer (Le seigneur
de). II, 204.
Moulins. II, 45.
Namur (Marguerite de).
I, 104, 240.
Nancy. III, 159, 161 .
Naples. I, 239. — II, 12,
127, i35, 144, 166, 167,
190, 2o3 , 207. — III, 4,
128, 161,1 70, 238.
Naples (La reine de). I,

83.
Naples (Le royaume de).
I,' 14.
Naples (Le savon de), III,

57 .
Naples (Les vendangeurs
de). III, 60.
Narbonnaise (La Gaule) .
I, 146.
Narcisse. II, too.
Nassau (Le comte de). II,
194, 25 9 .
Nauclerus (Jo.). II, 206,
260.
Navarre (Le roi de). I,

2 3i.

.



Navarre (Le royaume de).
II, 219, 261.
Nemours ( Anne d'Este,
d'abord duchesse de Guise,

INDEX

puisde). II, i 3o, I 3 1 , 2 I I ,
212, 217, 219, 233. —
III, 1 65, 255, 266.
Nemours Gaslon de Foix,
duc de). lj 126.
Nemours (Jacques de Savoie, duc de). II, 38, i5 7 ,
1 58, 1 5 9 , 2 12, 243, 253,
25 4 , 261.— III, 35, 266.
Néron. I, 32, 234. —
II, 81.
Nesle (L'hôtel de). II, i3.
Nevers (Anne de Bourbon, duchesse de). III, 47,
268.
Nevers (François de Clèves, comte d'Eu et duc de).
III, 47, 268.
Nevers (Le duc de). I,
229. — II, 169. — III,
1 04.
Nevers (Henriette de Clèves, duchesse de). I, 242.
Nevers (Jean II de Bourgogne, comte de). II, 260.
Nevers ( Paule de Penthièvre, comtesse de). II,
2o3, 260.
Nice. III, 8, 11, 264.
Niel (M.). II, 247.
Nîmes. I, 146.
Niort. III, 201.
Noirmoustier ( Charlotte
de Beaune, d'abord dame
de Sauves, et depuis marquise
de). II, 244.
Nostre-Dame de Populo.
II, 1 1 3.
Nouvelles
(Les
cent).
Voyez : Les Cent Nouvelles.

DES

NOMS

3o3

O (Jean, sieur d'). II,
1 3 2.
Octavia. I, 32, 234.
Octavie. III, 5i.
Oldrade. II, 29, 242.
Oraison (André d'). III,
208, 277.
Ordre du roi (L'). I, io3.
Orestilla. I, 233.
Orient (Les femmes d').
II, 60.
Orléans. II, 127.
Orléans (Le bâtard d'). I,
66.
Orléans (Louis, ducd').I,
65, 66, 104, 240. — III, 5.
Ornano (Vanina d'). I,
23 1.
Orombelli (Michel). II,
2 5o.
Orose. II, 149.
Orsini (Claudia Colonna,
dame). III, 276.
Orsini (Troïle). I, 3 3 1 .
Ortiagon. II, 63, 245.
Ortragon. Voyez : Ortiagon.
Ours
( Le Prévôt d' ).
Voyez : Bellegarde (Roger de
Saint-Lary).
Ovide. I, 1 29, 287. —
III, 106.
Palais-Vieux (Le) à Florence. I, 23o.
Palerme. I, 161. —
108.
Palès. II, 86.

II,

Pampelune. I, 206.
II, 219. — III, 77.



INDEX

Pandore (La), courtisane.
1, 191.
Panier (Le capitaine). II,
234.
,
Panurge. III, 225.
Paon (Impasse du). II,
257.
Paphos. I, 180.
Paradin. III, 160, 274.
Paradis d'amour (Le),
pièce. III, 86.
Paris(Le comédien). I, 32.
Paris. I, 1 58, 182, 229,
2 35. — ÏI, 1 3, 29, 176,
179, 181, 210, 216, 217,
220. — III, 2, 6, 7, 104,
190, 202, 2o3, 264, 274.
Parme. II, 1 1 1 .
Parme (Le duc de). III,
161.
Parme (Le prince de). II,
210.
Pasquier (Etienne). II, 1,
2, 3, 289.
Passerat. I, 2 5o.
Pau. II, m.
Paul (Saint). III, 189.
Paul III. III, 8, 1 1, 264.
Paul IV. II, 67, i35,
253. — III, 147.
Paul-Emile. II, 199. —
III, 107.
Paule (La belle). II, 1 29,
2 53.
Pausanias. II, 72, 246.
Pavie. I, 125, 127, 242.
— II, 191, 258.
Pays-Bas. 11,89, 2 ^9- —
III, i5o, I 5 I, i55, 267,
27 3 .

DES

NOMS

Pencalier (Le comte). II,
1 55.
Pénélope. II, 37.
Penthasilée. II, 145, 254.
Perez (Antonio). III, 279.
Périgord. III, 176, 1 8 5 ,
249.
Péronne. II, 194, 259.
Perse. II, 39,1 26.
Persée. II, 199.
Persiennes (Les). II, 60, 6 1 .
Pertinax. I, 3 2.
Pescaïre (Fernand d'Avalos, marquis de). I, 1 5, 2 3 2.
Pescaïre (François -Ferdinand d'Avalos, marquis de).
II, 57, 145, 244, 254.
Pescaïre (Vittoria Colonna,
marquise de). II, 207, 260.
— III, 2o5, 208, 276.
Pelit-Leith (Le). II, 1 58,
255.
Phaon. I, 196.
Philenis (Filénes). I, 192,
247.
Philippe I er , roi de France.
I, 72, 237. — II, 204.
philippe-Auguste. I, 32,
23 .
Philippe le Bel. II, 204.
Philippe VI , roi de France.
I, 233.
Philippe,

roi

d'Espagne.

I, 34.
Philippe II. I, 69, 282,
2 4 5. — II, 85, 89, 253,
259.— III, 137, i38, 1 5a,
1 54, 1 57, 162, 279.
Philippus (Galeries de).
II, 241.

INDEX

Pic de La Mirandole. II,
56, 244.
Picardie. II, 193, 210.
— III, 39, 1 5 3 .
Piccolomini (La signora).
II, 184, 2 5 7 .
Piémont. II , 89, 1 1 o ,
III. — III ,
122, 207,
208, 199.
Piémont (Le prince de).
m, 1 53
Piney (Mafguêrite de Lorraine, dame de Joyeuse, puis
de Luxembourg-). III, 180,
181, 2 7 5.
Pisani. I, 246.
Pison (C). I, 27.
Pleuviau (Le sieur de).llli
201, 276.
Pline, II, I 3 I, 247. —
III, 202,222.
Plotina. I, 146.
Plutarqtte. III, 23o, 23 1.
Poisle, juge. I, 287.
Poissy. III, 1 28.
Poitiers. I, 159, 2 3 1 .
Poitou (La sénéchale de).
Voyez : Vivonne.
Poitou (Le). II, 237. —
III, 99, 225.
Poix (Catherine de). II,
2 59.
Pologne. I, 69. —■ II,
1 3 1 . — III, 3o, 134, i35.
Polonais (Les). III, i3 5.
Poltrot de Méré. II, 261.
Pompée. II, 65, 246. —
III, 217.
Pompée (Cneius). III,
Ì17.
Brantôme. III.

DES

3o5

NOMS

Pompeia, femme de Jules
César. I, 24.
Pons (Barbe de). II, 248.
Poppea Sabina. II, 247.
Port de Pile (Le). I, 1S0.
Portia. III, 186, 188.
Portugal (Jeanne d'Espagne, princesse de). III, 142,
272 .
Portugal (Marie, infante
de). III, 254, 280.
Portugal (Le). III, 142,
i 4 3.
Potenza (Béatrix d'Avalos,
comtesse de). II, 254.
Poupincourt (Jeanne de).
III, 253, 279.
Pragmatique (La). I, 219.
Prague. II, 206.
Priape. III, 53.
Primislas. II, 206.
Prince - Dauphin (François
de Montpensier, dit le). II,
1 2 92 2 52.
Principia. III, 187.
Provence (La). III, 24,
144.
Provence (Raymond BérengerlV, comte de). II, 1 66.
Prudence (Le poète). III,
258.
Pybrac (Guy Du Faur de).
III, 160, 274.
Quadragant (Le), cheval.
II, 119.
Quinte-Curce. II, 149.
Rabelais (François). I,
129. — II, 48. — III, 22 5.

39

3o6

INDEX

DES

Raborìanges (Jean de). III,
127, 128, 272.
Rabodanges ( Marie de
Clèves, dame de). III, 127,
272.
Randan (Charles de La
Rochefoucauld, comte de).
I, 247. — II, 3 7 , 38, 1 58,
2 4 3, 254. — III, 1 8 3 ,
275.
Randan (Fulvie Pic de La
Mirandole, dame de). III,
1 83, 275.
Ravenne. III, 2 1 3.
Raymond Lulle. II, 28,
29, 241 .
Réale (La), galère. II,
1 36.
Réaumont (Chanoinesses
de). III, 258.
Regulus (M. Attilius). I,
1 63.
Reims. II, 97. —• III,
166.
Reims (Hôtel de). II,
179, 25 7 .
Renaud. II, 1 74. — III,
72.
.<
,•
!>.9iï?$
Renée de France. Voyez :
Ferrare.
René d'Anjou. II, 167,
256.
Retz (Albert de Gondi,
maréchal et duc de). I, 1 3 2 ,
i33, 234, 236, 243. —
II, 218, 261.
Retz ( Claude- Catherine
de Clermont, duchesse de).
I, 234. — II, 244.
Rhodes. II, 193, 259.

NOMS

Rhodiennes ( Les ).
i 9 3.
Riccio. I, 244.

II ,

Richard Cœur- de-Lion.
III, i35.
Richardet. II, 188.
Riez. III, 208.
Robert leFrizon. II, 204,
260.
Robert (Pierre). I, 237.
Rochechouart
( Aimeric
de). II, 3 1 , 242 .
Rochechouart (Albin de).
II, 242.
Roger. II, 1 89.
Rohan
( Françoise
de
Daillon, dame de). I, 2 3 2.
Rohan (Jean de). 1, 2 3 2.
Rome. I, 29, 42, 43,
114, 143, 175,191, 209.
— II, 17, 3o, 66, 67, 69,
7 1 , 94, 104, 1 1 3, 114,
1 3 5, 145, 1 60, 1 66, 173,
1 84, 1 86, 1 98, 1 99, 241,
2 58. — III, 14, 16, 29,
164, 212, 220, 223, 232,
246, 256, 257.
Rome (Courtisanes de).
II, 19.
Romaines (Les). I, 171.
— II, 71.
Romains (Les). I, 1 6 3 . —
II, 71, 72. — III, 124.
Romains (Ferdinand, roi
des). III, i5o.
Ronsard (Pierre de). I, 46,
1 10, 240. — II, 26, 1 5 7 ,
241, 254. — III, 1 o3.
Roques (Antonio). II,
216.

INDEX DES NOMS
Rolhelin (François d'Orléans, marquis de). II, 252.
Rothelin ( Jacqueline de
Rohan, marquise de). II,
1 28, 2 52. — III, 182,
264, 275.
Rouen. II, 164.
Roye. II, 2o3.
Rufilla. II, 16, 241.

Sabine,

impératrice.

I,

.fstìcidiA) J1£I/od35ri30S
Sabine (Sainte). I, 1 35.
Sainctan (Catherine de).
II, 248.
Saint-Aignan (Claude de
Beauvillier, sieur de). III,
36, 267.
Saint-Aignan (Marie Babou de La Bourdaisière, dame
de). III, 36, 267.
Saint-André ( Marguerite
de Lustrac, maréchale de).
III, 277.
Saint-Barthélemy (La). I,
38. — III, i35, 201, 202,
271,2 76.
Saint-Bonnet (Adrienne
de Bourdeille, dame de). II,
262.
Sainte-Soline. I, 2 36.
Saint-Germain. II, 234.
— III, 25, 245.
Saint-Germain (F^oire de).
I, i3o.
Saint-Jacques ( Rue ). I ,
48, 1 58. — II, 260.
Saint-Jean d'Angely. II,
260.

Saint-Martin (Le prieuré).
I, 234.
Saint- Mégrin (Paul de
Caussade de). I, 2 3 1, 232.
Saint-Michel (L'ordre de).
I, 240. — III, 128.
Saintonge (La). III, 7 .
Saint-Quentin. III, 207.
Saintré (Jean de). III,
2 38, 239, 2 79.
Saint-Ricquier. II, 193.
Saint-Vall.ier (Jean de). I,
239. — II, 2 1 5, 249,
Saint-Victor de Marseille.
III, 140.
Salisbury(La comtesse de).
I, 1 65.
Salomon. I, 134. — II,
r5 «a<1 iof!3îiO) înorattòíï
Saloninus. II, 245.
Salure Litisenie. Voyez :
Salvia Titisenia.
Salvia
Titisenia (Salvie
Titisenie). II, 16, 241.
Salvoison (N. de). III,
207, 276.
Samson, cheval. II, 1 19.
Sampietro, I, 2 3 1 .
Sancerre. II, 194, 259.
Santa-Cruz. I, 242.
Sanzay (Charles, Christophe, Claude, René, frères,
de). 1 , 236.
Sanzay (Le chevalier de).
I, 62, 64.
Sanzay (Famille de). I,
236.
Sapho. I, 196, 202.
Saphos. I, 190, 191.
Sardanapale. I, 201 .

3o8

INDEX

Sardini (Isabeau de La
Tour de Limeuil, dame de).
I, 2 38, 239. — II, 262 .
— III, 267, 270.
Sardini (Scipion). I, 239.
— II, 262.
Sarrasins (Les). II, 2o5.
Saumur. I, 2 3o.
Savoie. I, 2o3, 248. —
III, 169, 170, 171.
Savoie (Le duc de). II,
120. — III, 200.
Savoie (La duchesse de),
de Bandello. II, 1H4, i56.
Savoie (Aimé II, comte
de). I, 184.
Savoie (Béatrix de). II,
248.
Savoie (Béatrix de Portugal, duchesse de). III, 16,
26S.
Savoie (Blanche de Mont~
ferrât, duchesse de). III,
1 69, 170, 274.
Savoie (Catherine d'Autriche, duchesse de). I, 245.
— II, 1 33, 253.
Savoie (Charles I" r , duc
de). III, 169, 274.
Savoie ( Charles- Emmanuel, duc de). I, 245. — II,
i 33, 253.
Savoie ( Emmanuel-Philibert, duc de). I, 69, 236,
238.
Savoie (Louis, duc de).
III, 263.
Savoie
(Marguerite de
France, duchesse de ).
I,
2 36, 238.

DES

NOMS

Savoie (Marguerite
de
Flandres, duchesse de). III,
'49,
Savoie (Philibert, duc de).
III, i5o.
Scio. II, 95, 249.
Scio (Femmes de). III,
229, 23o, 278.
Scipion, II, 61 , 62, 63,
64, 65, 66, 168, 245. —
III, 164.
Scott (Duns), le Docteur
subtil. I, 1 34, 243.
Scribonia. I, 26.
Sébastien, roi de Portugal.
III, 147, 272.
Ségovie. III, 87.
Seiras. II, 60.
Séius. I, 247.
Séjan Commodus. I, 52.
Séjan. I, 1 85, 247 .
Sémiramis. I, 37, 284.
Sénéchale (La grande).
Voyez : Valentinois.
Senones (Les). II, 190,
258.
Servilla. III, 40.
Sévère. I, 32.
Sevin (M 110 ) folle. III,
2 1 6.
Sforza (Le capitaine). II,
195.
Sforza (François-Marie).
III, :63, 169, 2 7 3.
Sforza (Marguerite). II,
195.
Sibille (L'antre de la). II,
36.
Sicile. I, 161. — II,
167. — III, 161.

INDEX

Sicile (Le vice -roi de).
Voyez : Pescaïre.
Sienne. II, 93, 184, 189,
1 90, 249, 2 58.
Sigismond ( L'empereur ).
III, 75.
Silly (Aimée Motier de
La Fayette, baillive de Caen,
dame de). III, 11, 2Ô5.
Silly (François de). III,
265.
Simiers (Louise de Vitry,
dame de). I, 244, 246,
247.
Simone. I, 233.
Sisteron ( L'évêque de).
Voyez : Rochechouart (Aimeric de).
Sixte V. I, 42.
Soissons (Le comte de).
II, 2 3 9 .
Soissons (Assemblée de).
I, 3 4 .
Soliman II. II, 145, 193,
254. — III, i5o, i53.
Sophonisbe. II, 17, 65,
168. — III, 204.
Sophronie (Sainte). I, 1 3 5 ,
244.
Soria (Madalena de), III,
192.
Soubise (Jean de Parthenay, sieur de). III, 201 ,
276.
Souillelas. Voyez : Oraison
(André d').
Sparte. II, 184. — III, 23o.
Spartien. I, 241.
Spencer ( Hugues ). II ,
204, 260.

DES

NOMS

309

Spinola (Thomasina). III,
263.
Strapparda. I, 2 36.
Strasbourg .
II ,
243 ,
2 55.
Strozzi (Philippe). I, 64,
120, 121, 236, 242. —
II, 191, 258. — III, 100,
1 86, 207, 276.
Suétone. II, 72, 246.
Suisse (La). II, 20, 69.
Suisses (Les). III, 102.
Suisses (La défaite des),
air de musique. II, 233,
262.
Suisses
188.

(Les femmes), I,

Sulmone (N. d'Avalos ,
princesse de). II, 254.
Surgères (Hélène de Fonsèques de). III, 254, 280.
Sylla. III, 3 9 .
Symmaque. III, 257.
Syrie. 1 ,23.
Table-Ronde (Les chevaliers de la). II, 170.
Taix (Jean de). III, 1 1 ,
2.65.
Tallard (Claude de Clermont ). H, 1 63, 255.
Tallard (Henri de Clermont-). — I, 194, 247.
III, 208, 277.
Tallard ( Marguerite de
Clermont-). II, 108, 25o.
Tallard ( M" 0 de). Voyez :
Uzès.
Tallestride. II, 149.
Tancrède. I, 72, 237.

3 io

INDEX

Tarente. II, 127.
Tarpée. II. 1 5 1 .
Taruntius. II, 246,
Teligny (Charles de). I,
1 33, 243.
Tenda (Guillaume de). II,
25o.
Tercères ( Les îles). I ,
236.
Terentilla (Terentille). II,
16, 240, 241.
Terracine. II, 145.
Terre-Sainte (La). II, 2 2 2 .
— III, 1 3 5.
Tertulla(Tertule). II, 16,
240, 241.
Thebé. I, 71, 237.
Théodose.
III ,
257 ,
2 58.
Thermes (Paul de Labarthe, maréchal de). II, 93,
i85, 249, 258,
Thessalie. I, 7 1 .
Theyet. II, 260.
Thibaut de Champagne.
II, 2, 3, 2 3 9 .
Thomyris. I, 234.
Thònis. II, 239.
Tibère. I, 88. — III,
257.
Tibussa. II, 206.
Tignonville (M lle de). I,
239.
Tigre (Le), pamphlet. III,
26, 266.
Tite Live. I, 1 63 , i65,
209. — II, 17, 186, 241,
2 58. — III, i65.
Tolède. II, 24. — III,
59.

DES

NOMS

Tombes (Marie de). II,
248.
Torcy (La Belle). Voyez :
Fontaine-Chalandray .
Torcy. Voyez : Blosset.
Tortale. Voyez : Tertule.
Tortoni. III, 168.
Toscane. II, 189. — III,
201 .
Toulouse. I, 194, 247.
— II, 129.
Tours. III, 2 5 3,
Trajan. I, 1 46
Trente (Concile de). II,
245. — III, 1 72.
Tripoli (Le comte de),-I,

72Troie.

II ,

148,

1 51 ,

Troyens (Les). II, i5i.
Tulle. II, i5t.
Tullia Paulinai Voyez :
Lollia.
Turc (Le), cheval. II,
1 20.
Turcs (Les). I, 1 3 5. —
III, 89, 146, 23o.
Turenne (La maison de).
III, 18, 265.
Turenne (Le vicomte de).

n» «57.
Turin. II, i5 4 . — III,
1 70.
Turissan (Bernardin). I,
235.
Turnus. II, 1 5o, 1 5 1 .
Turquie. I,
i35, i36,
193. — II, 3 9 , 82
Tymandre. III, 112.
Tyrezias. III, io5, 106.

INDEX

Urbain

IV,

pápe.

DES

II,

166.
Urgulanilla. I, 2 3 3.
Ursins (Les). Voyez : les
Orsini.
Uzès (Antoine de Crussol,
duc d'). III, 265.
Uzès ( Louise de Clermont, duchesse d'). II, 2 5o.
— III, 11,265, 272.
Valasca. II, 206.
Valentinois (César Borgia,
duc de). II, 202, 2o3. —
III, 207, 276.
Valentinois
( Diane
de
Poitiers, duchesse de). I,
239. — II, 92, 127, 220,
244, 249, 252. — III, 18,
2 1 7, 278, 279.
Valeria. III, 210.
Vasari. I, 2 3o.
Vassy. II, 25 1.
Vaucelles. II, 245.
Vaudemont (Nicolas de
Lorraine, sieur de). 111,173,
2 74VMadolid. III, 60.
Vendôme (M m0 de). III,
264.
Venise. 1, 37,242. •—• II,
67, 145, 245, 246. — III,
29, 1 3 5 .
Vénitiennes ( Les ). II ,
2 4 5.
Vénus. I, 188. — II,
147. — III, 2 3 1 .
Venouse (Charles Gesualdo, prince de). I, 14, 232.
Venouse (Marie d'Avalos,

NOMS

3.i

princesse de). I, 14, 232.
Versailles. II, 240.
Vesta Oppia.
1 , 1 63 ,
246.
Victorin. II, 2S4> S ■ *>- 1
Vieille-du-Temple (La rue).
I, 2 36.
Vienne. III, 1 5 3 .
Villalona (Marie de). II,
248.
Villars (L'amira! de). ìj
5n ï !
2 47• ™ "
Villeconnin (Nicolas d'Estouteville, sieur de). I, 1 3 2 ,
1 3 3 , 245.
Villena (Le marquis de)*
III, 5 9 , 268.
Villequier (René de). I,
23 1.
Villequier (Françoise de
La Marck, dame de). I,
2 3 1 . — III, 270.
Vincennes. I, i63.
Virgile. II, 1 5 1 , 254. —■
III, 5i.
Visconti (Béatrix deTenda,
dame). II, 107, 25o.
Visconti (Philippe-Marie).
II, '107, 25o.
Vitteaux ( Guillaume du
Prat, sieur de). I, 241. —
III, 104, 271.
Vitellius
( Lucius ). II ,
80.
Viterbe (Vierges de). I,
89.
Vitré. II, 194, 259.
Vivonne (M m0 de). III,
17s, 214, 274;
Vulcain. II, 147.

TABLE
DES TROIS VOLUMES

TOME

PREMIER.

NOTE DE L'ÉDITEUR
PRÉFACE , par Henri Bouchot
PREMIER DISCOURS : Sur les dames qui font l'amour,
et leurs maris cocus
KOTES.

TOME

DEUXIÈME.

DEUXIÈME DISCOURS : Sur le sujet qui contente le
plus. en amours, ou le toucher, ou la veue, ou la
parolle
TROISIÈME DISCOURS
Sur la beauté de la
jambe, et de la vertu qu'elle a

belle

QUATRIÈME'DISCOURS : Sur l'amour des dames vieilies,
et comme aucunes l'ayment autant : que les jeunes. .
CINQUIÈME DISCOURS : Sur ce que les belles,et hpnnestes dames ayment les vaillans hommes, et les braves
hommes ayment les dames courageuses
.NOTES
■4°

314

TABLE DES TROIS VOLUMES

TOME

TROISIÈME.

SIXIÈME D.SCOURS : Sur ce qu'il ne faut jamais parler mal des dames, et la conséquence qui en vient. .

i

SEPTIÈME DISCOURS : Sur les femmes mariées, les
vefves et les filles, à sçavoir desquelles les unes sont
plus chaudes à l'amour que les autres

64

NOTES.

263

INDEX DES NOMS.

. .

281

LISTE D-E-S- GRAVURES
PREMIER DISCOURS. — La Dame fouettés. — Tome I, p. 20.
— Les Oiseaux de Barbarie. — I, 1 37-.
DEUXIÈME DISCOURS. — Le Gant dans le lit. — II, 57.
TROISIÈME DISCOURS. — La Jarretière. — II, 79.
QUATRIÈME DISCOURS. — les Cavaliers espagnols. — II, 102.
CINQUIÈME DISCOURS. —
II, 176.

L'Audacieux et le Timide. —

SIXIÈME DISCOURS. — Le Cardinal de Lorraine. — III, 1 6.
SEPTIÈME DISCOURS. —■ L'Hercule mesqûin. — III, 1 14.
— Le Devant de la dame-, — III, 2 35-.

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