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Fait partie de La Main et la bouche ou Sermon de la ceremoie [sic] A recevoir le Sacrement...
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LA MAIN ET LA EOVCHE
COMMVNIANT;
SERMON
DE
LA CEREMÛIE A
recevoir le Sacrement.
SVR CES PAROLES DE I. CHRIST,
prenés, Mangés,]>AAIX\\. 26. 7t. 26.
%
PAR ISAAC SARRAV Ministre
de i'Eglise Réf. de Bourdeaux.
A BERGERAC,
PAR ANDRE' BOYSSETJmjprimcui^
xM.
D C.
LXVI.
Ambros. Com'm. In I. ad Corînth. cap. u.
non ptefi deuotm e(se, quiprœjumit
Aliter quam VaMm ejl ab Áutore.
A
MONSIEVR
DVCAND AL
CONSEILLER DV ROY
EN SEsÇoNSEIiS.
ONSIEVR mon Oncle,
l'ay dessein de justifier , que dajis le Sacrement
la Bouche nepeutdireàlaMain, /en'ay que faire de toy. Et il me semble que ceux à qui je destre
le persuader devraienty avoir vne disposition par-*
ticuliere ,puis que l'on tient dans l'Eglise Romaine3
qu'ily a plus que le Sacrement , ejr que c'est encore
vn Sacrifice. Car les mains de ceux pour qui l ont
effroit, étoient nécessaires aux Sacrifices ; C est l'une des premières Ordonnances de l'Etern^l dans le
Lévitique , que celuy pour qui l on saisit la Prapiliation, mettra fa main fur la teste deTHoIocaulte, lors même que fa Bouche n'y avoit point de
part :car il ne mangeait point d'offrande faite pour
son péché ; Cérémonie de laMain que le Jésuite Memchim ne regardé pas corne indifférente puis qu il
y cherche tant de Mystère. Et dans les Sacrifices de
Prospérité ou la Bombe avoit leDroit d'en Manger,
il n'y a personne qui conteste que la Bouche ne recùst
les viandes de la Main qui les prenoit. Néanmoins
la Forme Romaine de Comunìei interdit aux Mains
da Peuple tout attouchement du -S acrement , ejr on
U met d'abord dans laB-ouche de Celuy qui se présente pour le recevoir. M-ais de plus la Bouche ellemême y a fort peu de part ? & quoy qu'ds jnsfient
' tant fur la Manducatio Orale , ils enfé gnent leurs
Communiants a faire promptement couler le Sacrement ,pour l'avaler fans le briser des dents ni le
savourer;ce qui est, cime difoit autrefois S. Atha^
nafe , Ne pas vouloir que le Fidèle soit des Animaux nets qui ruminent. Permettez-moy , MONSlEVEpdc vous présenter vn Sermon qui traitte de
ce sujet, & que je le fasse paroitre sous la faveur de
votre Nom. le vous dois aussi pourvne jujlereconaissance de V Amitié dont vous rn honorés , & que
je cher/h précieusement , ce Témoignage public de
mon restecî' , je vous supplie de l'avoir agréable; çjr
d'être assuré'queje suis parfaitement f
MO N SI EV R monOncle,
Vôtre ttes humble, &'tres-obcïíKmc
Serviteur y SARRAV»
LA
MAIN ET LA
B O V CHE R,foim.
de Bour- j
dcaux .le
DV
COMMVNIANT.'í";!
lOUL
de ì
OV SERMON gjá
Ìt !
DE LA CEREMONIE A RECEvoir le Sacrement.
ckíìasïi-
qucs, &
SVR CES PAROLES D E I. CHRIST, Autres
,
'"\ " ' V
-r
Cachòlií
Prenes, Manges. mzttn. 26 . f .26.
quesde
líEglil'c.
H ERS FRÏ R E s_.Il y a vne RomaiScntence précise de Icsiis- ne Christ nôtre Seigneur pour
faire recevoir dignement fa
**r* Pamle, la science des Mystères du salut ; £>ui a oreille pour ouïr qu il Marth 11
oie. II a dédié cette manière proverbiale W.9.
de parler, à l'attention qpe mérite son
Evangile, qui doit percer l'oreille > & y
être reçu par préférence au dessus de touA*
.
LA MAIN HT LABOVCHB
tes les paroles des hommes, qui neíbnc
que folie, êtanc coparées à certe Sapience de l'Elprit de Dieu, & vn vain bruit
qui étourdit l'oreille,au prix de cette Divine mélodie qui Isa remplit agreablemec
des douces nouvelles de nôtre reconciliation avec Dieu ; Tellement que sil 'oreille peut être considérée comme le Parvis par lequel les disciplines paísent au
sanctuaire de l'ame , il faut qu'elle ouvre
toutes fes portes à la parole de l'Evangile,& la reçoive d'vne manière qui réponde à la Dignité de ion excellence sacrée.
Mais si le Seigneur a fi bien & avec tant
de justice préparé à la parole vne entrée
&; vne réception dans l'oreille,^#i a oreille pour ouïr qu'il oïe. D 'où vient que le Sacrement qui aussi, est de grand prix, &
qu'il n'a pas ajoûté à la Parole fans vn sujet considérable, êtant l'objct des yeux
Lib Tp. par fes qualités visibles , ce qui Ta fait nôAduerí. mer à Saint Augustin comme vne parole
raustcap visible, & à vn Concile de Constantino'' .
pie lavraye Image de Chris, n'est pas de
Vniiierí" m ême favorilé par le Seigneur pour être
Jn Sext. RE ÇU des yei]x avec vne veiie recueillie?
Aéìion/ que nous entendons pour la parole, Sluï
NÌCX. 2. A oreille pour ouïr qu 'à oïe , & que nou s n e
lisons pointpourie Sacrement, qui a des
DV CoMMVNlANT»
\
Y
yeux peur voir qu 'il voye .Lc Seigrtm tí%
point pourtant negjigéde ecommard^r
son Sacrement ce Saint Mystère qui est
pour les Saints • Mais ce qu'il n'a pas dir,
Qui a des yeux pour voir qu'il voie , c'est
que quoy qu'il soit visible dans ses signes,
il ne Ta pas institué à dessein de le rapporter principalemét'aux yeux. Ce n'est
pas comme ce Sacrement magnifique
cét Arc de l'Eternel en la nuée coloré de
feu & d'afur qu'on peut justement appeller vn Sacrement pour les yeux , & pouc ,
qui riîôme ne sçauroit avoir trop d'yeux,
quand il seroit semblable à cesanimaux
célestes pleins dyeux par devant & par Apocal.
derrière,q^û furent viis de Saint Iean dans C2P- 4*
son ravissement en esprit. Le Seigneur,
de quelques expressions que les hommes
se soient fervy, l'a destiné singulièrement
pour être nôtre viande, & si la viande fc
prend de la main & se mange de la bou->
che, l'ordre qu'il a donné à Toreille pour
la Parole, n'est pas plus formel, que le
commandement souverain qu'il fait icy à
la Main & à la Bouche pour le Sacremér,
Prenés, Mangés. Nous avons médité fur
ces deux paroles aufquelles nous nous restreignons à dessein , le Droit de la Main
& de la Bouche du Fidèle au Sacrement,
to
\ LA MAIN ET ÍABOVCHH
ment J II envoyé à Ierufalero ses deux
Ambassadeurs Pierre, &Ican , fesDisciTheoph. plesfavorits,^//*^»/ l'aimoit, & Celuy
1
1
& DUe"
' es ra*lc reconnoître & res^ us
" pecterà vn luis Notable, comme deux
Plenipotctiaires de Dieu r & il se fait preparer par eux vne chamble ornée comme
Celle d'vn Palais pour vn Grand Roy , &
qui êtoit encore suivant plusieurs Docteurs la figure du Ciel pour recevoir vn
Dieu. Car que toute cette Grandeur regardas! Iefus instituant le Sacrement, il
n'y a pas lieu d'en douter, puis qu'il ne fit
rien de pareil aux Pafques précédentes,
où nes'agissantquedel'AgneaudeMoï' *
se, & non pas encore du Sacrement du
Nouveau Testament , il êtoit seulement
comme le Pere de famille parmi ses Disciples mâgeantsavec luy la Pafque. C 'est
de la forte qu'enfuitte il fait encore le
Seigneur ; car ayant achevé la Cérémonie de la Manducation de l'Agneau,continuant à la Cérémonie du Pain, ajoutée
par les luiss au S acrement de Moïse, il Ic
prit entre fesmains, non pour le manger
avec les autres, comme il venoit de foire
l'Agneau de la Pafque, II le prit en Seigneur à dessein d'en disposer Souverainement j II le prie pour Ic faire servir au Sa-
DV
CoMMVNIANT.
II
crcment qu'il avoir, droit d'jnstimer, II le
prit afin de le bénir & de le rompre pouf
être le sceau de son Testament j & aprés
l 'avoir dédié & consacré à ce salutaire
vsage , aprés avoir pris en qualité de Seigneurie Pain de la Table de Moïse, & savoir mis fur la Table du Fils deDieu, II Ic
distribué à ses Disciples avec l'authoritc
qu 'il a revestué au Sacrement , Prenês
Mangés. Vous fçavez dans quelle Majejesté êtoit cétAnge qui auoit vnlivret en
A ocaI
la main , & qui dit à Saint Iean , Pren & P w *
ca
Dévore ; II nous est décrit descendant du P* '
Ciel environné d'vne nuée , en la tefie du~
quel êtoit l Arc Celefie, ejr sa face êtoit cent'
me le Soleil, & ses pieds comme des Colont"
f/es de feu : Dans cette Majesté de lumière & de gloire , II dit à Saint Iean , Pren
& Dévore. Cét Ange, c'est le Fils de
Dieu Ielus- Christ nôtre Seigneur , qui
n'estant pas icy pour son Sacrement dans
la Majesté de ce grand éclat, estrevestu
pourtant de même autorité , lors qu'il distribue son Pain, & qu'il cômande qu'on
le reçoive Prenés, Mangés ; PRENEZ , c'est
àdiredevos mains, de même quelean
prit de íes mains le livret que l'Ange luy
présenta. Le même motesticy employé
pour les Disciples & pour leMaistre, feèx
íì
LA MAIN ET ÌA.BOVCHE
1*v sage en êtant dans vn, mcme verset íï
prés i'vn de l'autre , il n'y, a pas lieu de le
faire Prédre de la main au Maître, & fans
lamainanx Disciples. Le Philosophe,
ue
Aristot
^ ' fi ^ m n '* va * t t otnt d e mains on ne
lib 4. ' fourroit pas prendre ; que c'est pour cela
ï>ePart. *î ue ty? doigts de U main font plus longs
Anim. q»e ceux des pieds , & II se sert du même
cap, 10, terme pour dire Prendre •, que Ccluy qui
est employé par Iesus - Christ. C'est là
f ordre dans lequel l'homme se nourrit;
JaM-iin est destinée la Première àscsai- íìr de la viande pour ensuite exercer ce
mouvement qu'on tient luy estreleplus
naturel de porter à la bouche ce qu'elle
doit manger. Les, Animaux broutent
l'herbe,& leur bouche prend elle-même
ce qu'elle doit briser de ses dents : Mais
l homme qui est d 'vne nature plus noble
a des mains pour se servir & porter à sa
bouche la viâde,qui est devât ses yeux:Ec
•s'il y a quelqu'vn des Animaux que l'Evang'le mette à l'entour du Corps de
C hn st p o u r se r vi r d e S y m b oie a u Fi d cle,
Matth. c'est l'Aigle , La oh fera le corps mort , là
cap. 24, s 'ajfem l,l erori t les Aigles ; l'Aigle de qui
HautVn ' esan â' eS crochues font le symbole des
«UIJE A - m ains qui ravissent, comme doivent être
•uilmœ * es mains du Fidèle qui nc fçauroict ayoir
CoMMVNlAN'T.'
trop de rapacité, pour cette viande sa- pro tnoJ
cree. le ne doute pas que ce nefustia nibus ramain qui prit du fruict des arbres duPara- pacibus^
dis Terrestre-, & que ce ne futqu'aprés
l'avoir reçeu d'elle que labouche en mangeoit; & ilfaloit nécessairement que ce
íiist la main qui executast Tordre donné à
Israël au stijet de la Manne, qui est nommée le Pain que l'Etcrnel a donné à manger , ebacun en prendra peur ceux qui font
,
en ja tente , car châcun n'en inangcoit , ' ™
que pour soy. Si donc la Main êtoit employée dans le Paradis Terrestre &dans
le Désert, sera t-elle paralytique dans
l'EglifeíSilaMainqui prend premièrement, met quelque différence de temps
jusques à ce que l'on mange. , c'est vne
bien séance qui n'est pas moins due au
Pain Sacré , qu'à toute autre nourriture.
Si la Main lors qu'elle reçoit est humble,
comme elle a de la gloire lors qu'elle dóne 3 c'est vne humilité qui est fort digne
du Sacrement , où nous reçcvons tant de
biens : Et si la main nous assure la possession de la chose qu'elle tient, & que les
doigts soient les liens qui luy conservent
ce que la Bouche doit mâger , on nepeut
pas oster au communiant l'víagc de la
Main, lans pre/udicicr à la certitude qu'il
14
LA MAIN ET LABOVCHB
reçoit de cette cérémonie. Ii faut dire
encore icy , que le Pain du Sacrement est
vnPain de cómunionauCorps de Christ;
Et la main ne feroït -elle pas employée
dans ce sujet. Des que le juste Simeon
Vidlefus , fes mains s'avûncerenr pour le
serrer, ses yeux le virent, & son cœur l'aima aussi tôt. Mais ce ne fut pas aisés pour
satisfaire le ^ele decét heureuxVieillard,
il ajouta aux mouvemens defesyenx &:
de Ion cœur , les embrastemens de ses
mains. Le Pain du Sacrement qui nous
représente la Grâce que nous reçevons
de nôtre Sauveur, doit être pris de nos
mains pour commançer la Communion
que nous y voulons avoir, & y recevoir la
Paix de l'Ame,íans laquelle non plus que
ce Bon Vieillard nous ne fçaurions nous
en aller de ce monde. Quel avanrage
avoiteii Simeon par dessus les autres qui
croient aussi auTemplc, s'il n'ust point eii
de mains pour prendre Iefus & fe saisir de
ce Thresor que les autres virent feulement. Ce ne fut qu'aprés ses Mains, que
fa Bouche parla ; Ce n'est qu'aprés la
Main du Communiant, que fa Bouche
doit manger; Car jcpenfe,quc nous pouvons avec vn peu plus d 'apparence faire
pour nôtre sujet quelque Allusion àcét
©V CoMMVNIANT^
exemple de Simeon , que ceDocteur qui Gulielm
-dans ses divins Offices, infère de ce que Durand, f
Simeon prit Iesus entre fes bras,qu'il faut lib7-cap t
porter vn Cierge à la Main le jour de la 7*
Chandeleur. Diray-je encore, que le Sacrement est vne viande solide qui n 'est
distribuée qu'aux Forts. La parole dans
ses élernensest vne efpece de Lait qui se
donne à boire aux Enfans, mais le Sacrement est du Pain qu'on ne donne point k>
vn nouveau né. Ainsi ne pou rroit on pas
penser que de donner la Communion à
la Bouche lans que la Main l'y porte.c'est
altérer la perfection du Sacrement & diminuer la dignité duCommuniant,changer l'vn en lait, & l'autre en nouveau né,
ne pas distinguer d'avec la parole, ny la
qualité, ny l'víage de l'Eucharistie. Ie
ne voy pas pourquoy , l'on confond deux
Termes, Prenés Mangés , qui ont chacun
leur mouvement diffèrent ; & entre qui il
ne peu t pas y avoir de contestation , puis
que la Main ne prend,qu'àfin que la Bouche Mange. La version Vvlgate semble
elle-même plus que les autres , distinguer
ces deux mouvemens, ajoûtant ce qui
n'est pas autre part, ET, Prenés ET Mangési
cette particule ET ,laiífant vn petit jntcryaile, qui conserve à chacun son droir.
16
L A M AIN ET LA B OVCHE
Mais surtout nous ayons grád sujet d 'appuyer sur la remarque que nous fournit
l'vnifoïmké des Textes de l'institution
• du Sacrement ; Car en ce qu'en pas vn
n'est omis aucun de ces deux Termes , &
q u ' i 1 s o n 1 1 o u s é ga 1 c m e n t P
jtf á #g /.r
Cela n'insinue il pas, que l'vn a fa propriété différente de l'autre. D 'où vient
que Saint Mathieu, Saint Marc, Saint
Luc ck Saint Paul , éctïventtous expressément Prenés, Mangés , &c qu'il n'y a nul
d'eux où on lise seulement Mangés - si ce
n'est qu'il y a vne action qu'exprime le
terme Prenés , qui est autre que celle du
T'erme Mangés. Nous pouvons éclaircir' ,
davantage laForme de prendre de la Main
le Sacrement avec les paroles duCelebre
&SçavantIefuïteMaldonat, à qui nous
avons laissé plusieurs raisons à produire.
II commence par vn doute qu'il réfute
Coment U].V même dans la suitte; il n est sas bien
in cap 26 ajsuré,éìt-ï\^ s il leur donna dans les Mains
ou à la Bouche ■ > Mais la conjecture n est pas
Matth. petite qu ille donna dam les mains. Carie
Terme, Prenés, est attribué plus ordinaire*
ment à la Main qu'à la Bouche. Aprés nous
prouverons qu'il leur mit la Coupe entre les
mains. Enfin s il a eu quelque égard à lavieille coustume des luiss j de partager le
Pain,
^ 26".
ÏJ *-,'.«|[
sain , Un est pas vray semblable , que les
Juifs eusfa,nt accoutumé de porter à la bouche le Pain qu ils avoientpartagé. Depltts
ça été l'vfage pendant vn long-temps dans
l 'Eglise , que le jacré Corps de Christfût doné aux Fidelles entre les mains , comme il
je recueille de Tertullien , de Cyrille de Jérusalem , d'Augustin } de Chrysostome , & du
Premier Concile de Tolède. II me semble
qu'il y en a bien là ailés pour résoudre la
première jncertitude de ce Docteur, &
que Iesens le plus naturel du Terme, Prenés ^ que Fexemple de la Coupe qu'on
tient dans TEgliíe de Rome devoir estre
prise avec plus de precaurion,que le Pain
Sacré ; & que la vieille coutume des luiss
de qui le Seigneur se servie pour Institution de son Sacrement., à quoy il pouvoic
encore ajouter vne autre raison d'vn Do- cteur de son party, que les Disciples ne
remuèrent point de leur place , comme on le Ss°rt
!
peut recueillir duTexte de l Evangile, de ^* CÏ
sorte qu'il n'y a pas moyen que le Seigneur ■■
ait pu donner le Sacrement à chacun d'eux *
X la bouche , plusieurs êtans fort loin de
Christ 3 sont vne glose non douteuse de
faction de Christ. De plus Tertullien,
qui vivoit dans le siécle ApostoliquejCyrille de Ierusalem qui décrit même sur ce
DV
CoMMVNIÀNT\
se
B
iS
LA MAIN ET LABOVCHE
su /et la dévotion des Mains, Augustin du
temps de qui on dónoit l'Eucharistie aux
petits EnfanSj & qui néanmoins témoigne qu'on conservoit l'vfage de donner le
Sacrement à la Main , Chrysostome qui
est vnDocteurderEglife que Rome cherirfort danslaControverse du Sacrcmer,
& le Concile de Tolède qu'elle dit avoir
êcc approuvé par le Pape Léon, íòntce
me semble des Interprètes & des Tefmoins , pour ce Docteur qui les reçoit
quelquefois pour luges, qui meritoient
quelque déférence pour le porter àpar. ler auíîì affirmativement que ces deux
Grands de fa Société : IL LE DONNA, ajeavoir entre lesM'ùns , dit Emmanuel Sà>
furie verset de nôtre texte; & Salmeron ,
Tractât. Les Apôtres prirent premièrement de leurs
12. Tom étains le Pain Sacré dr te mangèrent. Mais
s'il est plus difficile qu'eux, .& qu'il luy en
faille davantage, nous pouvons encore
pour grossir la nuée alléguer St .Cyprien,
Serm..de Lesacrilège , dit- il, se fâche de ne recevoir
Laps. E-pas aussi tofi dans ses mains fouillées le
pistol. Corps du Seigneur. S aint Basile, d ans l Eg^se te Prestre donne vne partie } & Celuy
qui la recoit la retient tn tonte liberté,^
ainsi il la porte de sa propre Main a, sa Bouche. Saint Ambroise pariât à J'Empereur
DV. COMMVNIAKT^
19
Theodose , Comment recevez,-v»us avec Apud
ces mains sanglantes le tres -sacré Corp s du Theodcv
Deux Canons du Concile de l' ct
Constantinople nommé deTrulle ; l'vn ii!M- cai
où il est défendu de donner l'Eucharistie
y
aux Cadaures des Défunts .parce qu'il est n ; ue ^f j
écrit , P renés, Mangés. Orles Cadaures ne Can. 85.
peuvent ni prendre ni manger, parce que
leurs mains ne peuvent prendre , ni leurs
Cadaures manger. L'autre déciitla Cérémonie des Mains du Communiant;
C'estponrquoyfì quelqu'vn veut au temps c -in .ior
Seigneur.
de la Communion, participer au Corps T resqu'il mette ses mains e»
ferme de Croix, dans cét état qu'il s'appro^
che , & reçoive la Communion de la Grâce.
pur du Seigneur
Etlasuitteestcotre les Superstitieux qui
ne vouloient pas prendre de leur mains le
Sacrement, & le reçevoient dans des vases d'or , lesquels il códamne comme préférant mal vne chose inanimée à limage
de Dieu. A qui nous pourrions encore
ajouter les Tefmoignages de Clément.
Alexandrin, de Corneille Evesque de
Rome, de Denis Evesque d'Alexandrie ,
& enfin la pratique de tous les Grecs, qui
retiënentencoresaujourd'huy la Cérémonie de donner le Sacrement à la Main
des Communians : Mais poiuquoypro-
L A M AIN ET LA B OVCHË
duire davantage de Témoins que ïefusChrist n'en avoit à fa Table. Néanmoins
Christ bien entendu & bien exposé par la
Première, la plus pure & la plus fçavante
Antiquité ; Christ presque jnterpreté par
par la plume de Maldonatmême, ne gagne point ce Docteur, il prend Ieparty
contraire , & il soucient que l'Eglise ,mús
íelonluy ce ne sçauroit être l 'EgliseAnótti. tienne^ a commencé de donner a U Bouche
2o
le Sacrement, par vn conseil mieux pris , oh
ily a moins de péril, & beaucoup plus de révérence. N'y a -t-ilpas dequoy s'étonner,
d'alléguer les derniers siécles au dessus
du commencement, qui est Christ, & de
l'Antiquité qui l 'a imité, & la prudence
& la pieté de ces Derniers, au dessus de
celle des Premiers. Mais fur tout de l'entendre alléguer à ceux qui en appellent
incessamment à l'Antiquité , aux Pères,
& aux Conciles; A*u moins y dérogentilsdans cette forme de Prendre le Sacrement, & il n'y a que leur sagesse qui en
puisse faire le remplacement,& diminuer
í'avantage que les autres s'attribuent d'être dans l'obeïssance au Seigneur, dans
l'imitation des Pères , & dans la conformité aux Conciles. Mais si fans aucun
respect ni de Christ; ni de, f Antiquité,on
DV
C OMMVNIANT?
21
a retranché avec vne authorité souveraine, & munie d'anathèmes la Coupe à la
Bouche ; on a bien pû oster le Sacrement
de IaMain des Communians. Le IefuïteMjldonat s 'appuyé pourtant fur quelque exemple , disant, qu'encore que Chrifi inCo
ait donnéJon Corps & son Sang aprés le re- îbid.
pas, Néanmoins l Eglise a changé cét ordre,
& ne le donne qu a ceux qui font a je'ùn :
Mais ce n'est pas TEgíile du temps des
Apôtres, ni celle de quelques siécles fuivans qui l'a changé. Ilparoît dans le chapitre du Sacrement queSaint Paul a écrit
aux Corinthiens, qu'il se prenoit aprés
les Agapes, & il n'y a point de doute, que
les Fidelles n'en ayent vsé de cette forte ,
& nel'ayentreçû aprés ces repas de charité jusques au troisième Concile dcCarthage, qui est la première origine de cc
changement. Encore il íemble qu'ils
ayent voulu conserver en partie l'hôneur
de ce que fit Iefus, y ajoutant cette exception,^ ce nejlvn jour de l'année, ï sçavoir le Ieudy auparavant Pafques, auquel C au *
U Ce ne du Seigneur se célèbre. Mais de
plus, je ne voy pas que leS eigneur ait fait
aucune Loy de l'imiter en ce qui est feulement vne Circonstance de ion action,
& qui alors ne pouvoit pas être autrcmér»
:%i
LA MAIN ET LABOVCHE
veu le dessein qu'il avoit d'instituer son
Sacrement & de le célébrer , aprés avoir
mangé l'Agneau de la Pasque, pour marquer plus évidemment la substitution de
son Pain au Sacrement de Moïse ,& même de se servir du Pain des luiss qu'ils
mangeoient aprés }'Agneau, pour faire
recevoir plus aisément a cette Nation fa
Cérémonie, & prévenir par ce Pain delà même substance que le commun, les
éblouïssemés & les imaginations de l'Espritde l'homme, qui naturellement est
foible& superstitieux, s'il en eût formé
j. • vn autre par quelque miracle. Mais voicy
.dist. des paroles de Bien , ■pleines de Toatepuifsance , & je reconnois icy vn air de Commandement, & vne souveraineté de Seigneur, Prenésjk peut on se dispenser d'obéir lors que le Seigneur commande , &
qu'il est si aisé de luy obcïr. On a des
mains pour prendre le Sacrement , & s'il
y en a qui vjénent au mode fans en avoir,
& d'autres qui les perdent; Ce qui arrive, mais ce qui arrive fort peu, cela n'est
pas suffisant de châger la Lby, qui de plus
considère ceux à qui elle cômandc , non
dans vne imperfection de la nature , mais
dans son intégrité. Et si en effet il faloit
changer Tordre du Seigneur de prendre
bv COMMVNÏANT 7
2£'
de la Main son Sacremét sous le prétexte
qu'il y a quelques Manchots au monde,
il y a encore davantage de sourds;& ainsi
quoique le Seigneur ait dit,pour la Parole , Òui a oreille four ouïr qu'il oïe , il nc
faudroit pas recevoir de Toreillc la Parole. La tare de quelques vns dans la nature n'en doit pas causer à Tous dans le Sacrement. L'Antiquité ne Tapas crû, &
outre ce que nous en avons rapporté ; Le
Iefuïte Corneille qui dans son Cornmentairesurle ii.chap.de la i. Epistre ,
de l'Apôtre, aux Corinthiens, affecte de
prouver que lesAnciens Chrétiens reçevoient l'Eucharistie avec la Main, remarque encore que c'est pour cela qu'on sè
la voit premièrement les Mains, & il dit
même la différence qu'il y avoit entre les
hommes & les femmes , les homes communiant avec les mains nues , & les femmes avec vn Dominical, autrement vn
certain Linge dont elles s'cnvelopoient
la Main, & qu'on nommoit de ce nom;Sc
peut être fondoient-ils cette différente
manière de CómunierdelaMain au Sacrement; les hommes la main nue &les
femmes les mains couvertes, fur vne jmitation inutile de ce que l'Apôtre preferivoit aux Corinthiens d'avoir la teste nue
24
^ A MAIN ET LABOVCHH
pourlaParole, & mettoit le voile fur la
teste des femmes pour ouïr la même Parole. Et il cite fur ce sujet le Concile
d'Auxerre , & en fuite celuy de Constantinople qui corrigea cette superstition.
A dire le vray de la chose , la Nouveauté
qu'on pratique aujourd'huy n'est qu'vn
poincì: d'honneur pour le Sacerdoce Romain , & vn effet de ce dessein de s'élever toujours de plus en plus par quelque
nouveau degré au dessus du Peuple, s'attribuant ce charactere glorieux de pren(
dre seuls de leurs Mains le Sacrement,
qu'ils ne veulent pas que les autres touchent ; & pour preuve de l'êtat qu'ils fonc
de ce Droit Privilégié pour les Mains ,
des Prestres , voicy deux exemples notables. Le premier est d'vnMoine, qui en
fit autrefois vne tentation à vn Grand #
Roy pour rengager d'entrer dans leConvent , & laiíïcr là son Administration
Royale, prétendant que le Droit de la
Main sur le Sacrement,meritoit bien que
pour l'aquerir il quittast celuy qu'il avoit
E xc fur le Sceptre. Ne voudriez,- vous -pas
Cluonic SIRE , luy dit-i! , pouvoir tenir tous les
Monach ffurs entre vos ^ains^ autant du Fils de
-. D ieu qu'on croit que la Bienheureuse Vierge
en contenait autrefois dans ses entrailles*
DV CoMMVNIANT.
2J
& Cette parole commençant de solliciter
le zele de ce Grand Prince, il luy demanda, comment il y pourroit parvenir. Prenez. , poursuivit - il, notre Croix, c'est à dire
nôtre habit, ejr ainsi de degré en degré vous
fereT^ élevé au Sacerd oce , & vous meritere^de PRENDRE DANS VOS MAINS le Fils
de Dieu. Et en effet ce Grand Prince
êtoit déja surpris , si la Reine , ses Enfans,
son Frère, &. le bien public, qui avoit besoin de son Sceptre, ne s'y suísent opposez , tant ce Moine luy avoit fait valoir Ic
privilège d 'hoeneur des Prestres de prendre seuls de leur Mains le Sacrement.
L'autre qui est arrivé en nôtre siécle, est
d 'vne grande fierté. Le Duc de Lerme
avoit eu. quelques paroles avec le Con-'
feífeur du Roy d 'Efpagne,& s'êtant laissé
emporter à le traitter avec grand mépris,
cePrestreluyrepliqua de cette hauteur; ^ ^ ..„
A qui pensez-vous avoir à faire , votre fa*
Socrat
veur est bien moindre que la mienne,Sachés chrat»
que vous, vous attaquez, à vn homme , qui
a tous les jours DIEV ENTRE SES MAINS,
& vne fols la semaine , le Roy à fes pieds.
Ien'ayrien je pense qui puisse plus résister à vnjnterest d honneur, aussi Grand
qu'il paroît dans les deux exemples que
je viens de rapporter. Mais toutefois
2<?
LA MAIN ET LABOVCHE
puis que Ieíus-Chnst n'a poinc favorisé
les Mains des vns>àl'exclusion entière de
celles des autres, & que la prérogative est
assez grande pour les vnes } de pouvoir
seules donner le Sacrement, il y ade i'jnjustice de retrancher aux autres ,1e Droit
& la grâce de Je recevoir. LePhilofophe,
&.rìst.îib dit, quel'homme a reçu des Mains , parce
4-de Par qu'il est le plus prude t de tous les animaux;
tibAnim Pour qui donc aprés cela pourroitpasfer
cap. io. y Q Communiant à qui l'on osteroit les
Mains; neseroit-cepas juger desavantageuscmét de sa prudence, & neantmoins
elle luy est si nécessaire au Sacremêt pour
y bien discerner le Corps de Christ. Et st
íroblem l c m ême Philosophe reconnoist qu'il y a
cct. 10. £j ans i' amevne p U iffance q U j fe rapporte
à la Main du Corps, & qu'en effet les
Théologies parlent d'vne habitude qu'ils
nomment la Main de l'Ame, il semble
que ce seroit mutiler intérieurement le
Communiant , & en défendant les mouvemens de Tvne luy retrancher les opérations de l'autre, ces actes spirituels qui
font les Mystères de faction de la Main,
cette Foy qui embrasse Christ,comme la
Main prend le Pain de Christ. Ce seroit
retrancher la consolation du Fidèle qui
procède de toute la Communion avec le
DV COMMVNIANT»
• 27
Sacrement. Les Disciples n'avoient ni
fait ni consacré le Pain du Sacrement , &
de même ils n'avoient rien contribué au
Corps du Seigneur qui est la Grâce du
Sacrement ; Néanmoins le Seigneur par
vne faveur qui est de fa charité leur présente fvn & l'autre , Prenés , le Pain avec
la Main, le Corps avec ia Foy. Si l'on
ostoit donc le Pain à la Main du Corps,
on osteroit le Corps à la Foy qui est la
Main del'Ame.Ily a vu même mot pour
Fvn & pour l'autre, Prenés , & qui se doit
rapporter au Sacrement entier, non à
son signe seulement, mais encore à la
chose signifiée. Lors que le Prophète
Ahija ayant déchiré la robe duPrince Ieroboam, luy dit^Pren-en pour toy dix pie- r. Rois
ces, ce terme Pren, ferapportoit aux dix c h*p- n.
pièces de la robe, & aux dix Tributs du
31.
Royaume, dont les vnes êtoient la figure
& les autres le corps; & lors que le Seigneur aprés fa Résurrection soufla sur ses
Disciples, &Ieur dit, Recevc7j.eSaincí Iean 2*;
Ejprit, Ce terme recevez se rapportoit &
• au soufle , & au Saint Esprit, dont l'va
êtoit sombre, & l'autre la lumière. Icj
de même Prenés , s'entend pour le Pain
& pour le Corps, la Main se saisit de l'vn,
& la Foy de l'autre. Mai? cela suffit poiu;
?8 *
L A M AIN ET LA B OVCHB
la Main, à qui il est dit, Prenés, & qui
ayant tant de filtres de fa liberté ne doit
passe contraindre & fe retirer pour vn
petit décret d'vn Concile inconnu , aile-'
gué par Burchard auteur de l'onsiéme siécle : Et ce qui rend d'autant plus ce Concile de Rouen, suspect ou de nulle authorité fur ce sujet; C'est queDamasçene,
ce célèbre Auteur que Rome caresse entre ses Partisans , qui vivoit vn peu aprés
le siécle 'où l'on marque ceConcile,nous
témoigne que.de son temps le Sacremét
Lib. 4. çe reçevoit encore avec la Main : Allons à.
10C
Fid ' Ca *'
àit-iYsâyec vne passion ardente, ejr re*
^'
cevons le Corps du Crucifié avec des mains
composées en forme de Croix. Voicy ce qui
est demandé & qui appartient à la Bouche, MANGEZ. \
Nôtre Seigneur a institué son Sacrement avec deux signes, le Pain & le Vin,
il en a expliqué le Mystereypar son Corps
& son Sang, & il veut aussi qu'on employé pour sonSacrement deux fonctiôs,,
celle de la Main prenés,& celle de laBouíhe Mangés , qui exigent pareillement
deux actes de la Foy; Le premier par lequel nous recevons Christ , & l'autre par
lequel nous nous nourrissons de Christ.
Si donc la Main a reçu le Sacrement cc
DV CoMMVNlANïT
n'est pas pour elle feule, ni pour s'en faire
vn joyau qui luy appartient vniquement,
c'est vne viande qui luy est donnée pour
porter à fa Bouche , Prenés^ Mangés. Le
Seigneur ne dit pas, Mangeons, ni il nc
paroît pas non plus qu'il ait mangé le
Pain du Sacrement. II mangea de la Pafque , parce qu'il voulut bien s 'assujettir
quelque temps à l'AIliáce dont elle êtoit
vn Sacrement, & que son Pere êtoit lc
Seigneur de ce Sacrement. Mais luymême êtant le Seigneur de celui-ci , non
plus que le Seigneur du Sacrement de la
Pasque n'en mangea point, on peut dire
âuíïì que le Seigneur de l'Eucharistie
n'en a point mangé ; Ce qu'il a pris entre
ses Mains le Pain du Sacrement, c'a été
non comme ses Disciples en le recevant,
mais pour le donner, & ce qu'il leur enjoint en CiútteyMangés, c'est pour accomplir l'vfage du Sacrement dont il n'a pas
besoin, & qui leur est fort nécessaire. S 'il
n'y a point deCeremonie singulière prescrite à laMain par le Seigneur pour prendre le Sacrement, je ne pense pas non
plus qu'il en faille faire pour la Bouche.
II suffit de faire ce qu'on entend naturellement par manger, c'est à dire briser &
diviser avec les dçnts, ce qu'on a reçu , le
50
LA MAIN ET IABOVCHB
mettre en pieces & le mâcher jusques à
luy changer fa figure : C 'est de cette forte que Ton mange, & l'entendre autrement c'est ne pas reconnoistre l'esfence
& la forme de la manducation, même
suivant vn célèbre Docteur de Rome, qui
dans son Vocabulaire Theologique, quiAlten- dit manger , dit briser, 6V autre part, mâstaig in
cher. En effet, fi manger n'êtoit autre
voce má
chose que reçevoir par la Bouche; il n'y
ducare.
auroit nulle différence entre manger &
avaller , quoy qu'elle soit grande au sujet
de la nourriture lors qu'on reçoit des
choses solides comme du Pain. Ionas fut
englouty par vn grand Poisson, mais nonpas mangé, parce que ce Monstre ne le
InPsalm Mâcha pas, músl 'avalla, dit Saint Hilaire. Delà vient ditPaulinl'Evefque de
Noie, quel'ayant englouty fans leman-
g er ^ ce oxznà Poisson ne laiffoit pas d'être
Y' à jeun , &í Ionas fut fa proie , ejr non fa
ther.
viande. Et d'autres écrivent de même
C^ârm.
fur ce sujet ,qne Ionas êtoit dans ce grand
Poisl'on , comme dans vn Cabinet , ou dansi
vn Navire, ou pliuòt dans vn sepjùlçhrej
où il ne devoit pas être mangé , c'est à dire brisé ni divise, pour être vne vraye &
parfaite figure du Corps de Christ, qui
devoit être conservé entier dans le ro-
t)V
CoMMVNIANT.
|'f
cher deloseph. Dans la première confeííion de Beréger que le Cardinal Hum- De conw
bert composa par Tordre du PapeNico- fecr. Dilas II. qui Ta fît prononcer à cétArchi- ^'"ct- 2.
diacre d'Angers, il y est parlé expresse- caP' 4 a-*mcm àcbriser des dents , pour dire manger. Et vn Evesque qui écrivit quelque
.
temps aprés soutient fortement cette expression pour le Sacrement, il n'y a point Guilm;
de raison pour dire que la dent ne puisse tou1,
cher ce que' la Main touche , veu que comme contr - B «
l attouchement appartient a la main, aussi rcn S er *
fait-U à tout le corps. Partant tout ce que
la Main touche peut être aussi touché légèrement , êtant vn corps solide pourquoy ne
pcut-il être touché plus fort ce qui ejl être
brisé. Saint Augustin confirme ce sentiment, que les dents font de Tessence de
la manducation corporelle ; car lors qu'il
luy oppose la manducation spirituelle, &
qu'il dit, il ne saut pas appreficr les dents, Tract. 25
mais croy & tu l'as mangé; il suit necessai- in^haa,
rement que cette manducation qui ne se
fait point par la Foy ,se fait avec les dents,
& qu'il faut y apprester les dents. On
doit donc satisfaire à la parole du Seigueur qui a dit, Mangés , & n'a pas dit autrement; & la picte est bien plus grande
de s'attacher à faire avec simplicité ce
qu'il a commandé} que de chercher de
3*
LAMAINETLABOVCHE
sòy -même vne manière nouvelle 'qui n'est
pas suffisante : Car il est nécessaire de
s'assujettir à ce que le Seigneur a ordonné pour accorder le Mystère avêc la Figure, & se bien aquiter de ce Mystère qiii se
perd, & ne paroît pas dans son air Sc dans
fa grâce, si on luy change le charactere &C
les traits de fa figure. Car cét acte de
'Altenmanger qui partage &qui brise le pain,
staig in qui le met en pieces ck le prépare pour
pintua 1 çc[y i t d'aliment, représente fort bien si
on ne le déguise pas, meme suivant cc
catione
Docteur dé ja allégué, cét acte de la Foy
masticctur per qui s'attache au Corps de Christ , & que
je conçois diffèrent de ce premier acte de
fidem.
laFoy par lequel nous le prenons. Le
premier n'est que pour l'vnion generale
avec le corps de Christ, à laquelle le Fidèle commence de parvenir par son
moyen, mais celui-ci se le prépare, afin
que pressant & avançant de plus prés cette vnion , il se le rende vne vraye nourriture de l 'Arne. Cette Foy dans son actió
& dans ses mouvemens , a comme des
dents mystiques qui avec leur application
divisent leur objet, & le mettent en état
d'être reçu, non généralement fous l'idée
i Corint ^ u ^ amc ' maispiecesi pieces, comme 1c
c'ap.i. détaille Saint Paul, la Sapience 3 lalust'ice a
PV COMMVNIAMT.
33
ce , la Sanctification , & la Rédemption.
Ils Ieretiennent , ils le pressent, & le partagent en morceaux pour fournir àl'avidité de la faim sacrée de famé. Car de
même que Dieu ; quoy qu'il soit indivisible en son essence 5 ne peut pas bien être
compris de nous qu'il ne soit divisé par
les conceptions de nôtre intelligence j II
en est de même de Dieu manifesté en
chair, dont la grâce est trop forte pour
nous, si elle n'est divisée pour devenir vn
aliment aisé & salutaire à l'Ame. Ce qui
se doit entendre d'vne méditation active,
qui presse son objet & le rumine, qui se le
joint & se le rend propre, quis'applique
fa Sapience, pour y avoir part , & être illuminé de la clarté de son Esprit. Sa justice pour jouir de Tabsolution , & de la
paix de la conscience qui en est inséparable; Sa sanctification pour être régénéré
par sa vertu Divine, & pour en obtenir
vn nouveau coeur qui soit le principe d Vnc nouvelle vie, & sa Rédemption qui
établisse & fortifie l'esperance de la Résurrection de la chair & de la gloire ac«
complie de l'Ame & du Corps dans le
Sanctuaire de l'Etcrnité ; qui s'y attache
enfin d'vne manière jntime & particulière;, àluy dire, comme Saint Thomas,?"/*
Ç
1 34
LA MAIN Et LABOVCHE
es monseigneur & monDieu. Iesus-Christ
qui n'est pas ainsi reçu par ce second acte
delaFoy, n'est que pris &. non pas mangé, & toutefois pour la perfection de la
Communion , ce n'est pas afles de pren, dre de la Main le Pain , il faut le manger
— de la Bouche. Ce n'est pas afles de prendre generallement avec la Foy le Corps
de Christ, il faut par vne Foy active &
prestance manger le Corps de Christ, &
s'y vnir&sel'incorporer je plus étroitement qu'il est possible, afin qu'il soit vne
nourriture vivifiante. Le Sacrement exige donc la manducation corporelle pour
le Pain qui est son signe, & la manducation spirituelle pour le Corps de Christ,
qui est fa Grâce & son Mystère. Deux
Actes, l'vn du corps & l'autre de Tesprir,
dont le Pape Grégoire dans le sujet de
l'autre partie du Sacrement, tire la conformité aux deux Poteaux du 12. del'EInHom .xode, disant, qu alors le sang eflmissar
Paschal. l'vnér fur l'autre Poteau, quand onnele
g' 22 ' f rend fas feulement de la bouche du corps,
van S* mais encore de la bouche du cœur. Sous la
dispensation de Moïse, Ceux pour les péchez de qui le Sacrifice êtoit offert nc
mangeoient point de la chair des Victimes jinmoléessleur bouche n'y avoir, nul-
DV
C OMMVNIANT.
$J
lepart, parce qu'aussi il n'y avoir rien à
manger pour leur ame ; C'êtoient des Victimes imparfaites qui n'expioient pas
les péchés ckn'ôtoient que les Souillures
corporelles ; & comme la plufpart de ces
souillures coníistoicnt dans l'attouchement, il suffilbic de toucher extérieurement ces Victimes, afin de participera
leur vertu par les choses de dehors. Mais
fous le Nouveau Testament où Christ
nous est donné fous l'égard d'vneVictime
d'expiatio ,& d'vn Agneau jmmolé pour
ôter réellement les péchés du Monde ;
Nous avons vn ordre exprés de manger,
& le Sacrement par son Pain fournit à
nôtre bouche fa viande sensible & qu'elle
doit diviser avec ses dents,& à nôtreAme
le Corps de Christ, qui est le sujet de sa
manducation, & qu'elle doit diviser avec
les Actes de fa Foy & de fa méditation ,
la Bouche & l'Ame ayant icy chacune
leur aliment & leur fonction , comm 'e
nousl'avons premièrement remarqué de
lamain &de la Foy ; A moins de 1c faire
on ne jouitpas des Fruits du Sacrifice de
Christ. Si nous ne les prenons avec certe Main à qui il a dit , Prenés , ils demeurent fur l'arbre de vie, & il n'y a par maftierede dire, que nos yeux qui en reçoi-
LA MAIN ET LABOVCHE
vent quelque plaisir, de les voir,& si les
ayant cueillis de nos mains , ilsy demeurent , & nous n'obéissons pas à Tordre du
Seigneur, qui a dit encore, Mangés, nous
les touchons seulement, mais nous n'en
sommes pas nourris-, il ne nous sert de
rien que ce soient des Fruits de Vie , leur
vertu n'entre pas au dedans de nous, elle
leur demeure , & nous n'en reçevons nulle grâce. C'est là la nécessité démanger
Je Sacrement, que la main a pris, & celle
d'obeïr à la parole de Christ, Mangés,
Mais aussi pour le faire il faut laisser le Sacrement dans l'êtat que le Seigneur Ta
préparé ; car j'avoue que Tame n'y a pas
dequoy manger, si on luy ôte leCorps de
Christ qui est rompu, & qu'on luy présente vn corps , qui n'est ny celuy qui est
né du sein de la Vierge, dans la forme que
les Sages d'Orient Tont adoré, ny celuy
que les luiss & les Romains ont cloué fur
la Croix dans Têtat de ses douloureuses
& ignominieuses souffrances , ny celuy
qui règne à présent dans le Palais de la
Majesté Divine, où il est assis à la Droite
du Pere, maniant le Sceptre de TVnivers
avec vne gloire qui est le ravissement des
Esprits qui habitent dans cét Auguste
Domicile j mais, vn Corps qui n'est pas
$6
DV CoMMVNIANT.
%J
vn Corps, & qu on die avoir Texistcnce Bellan
d'vn Esprit, que la Nature n'a point vû, lib i c
que la Raison ne connoit point , & que Euchai
les Escritures sacrées ne révèlent pas, le caP*M"
moien que l'Ame mange cc Corps du
Seigneur. La Bouche ne trouve pas aussi
à manger dans le Sacrement si on luy ôte
le Pain, avec qui on trouve étrange que
le Corps de Christ ait vne vnion Sacramentale , & cependant plusieurs de leur&
Docteurs, Damascene, Alcuin, &Rupert, ont crû même qu'il y avoit vne vnio
d'assomption : Et dans la vérité IesusChrist n 'a pas dédaigné de s'vnir pe rsonnellemcnt avec nôtre chair vile&contemptible. Car pour les Hosties, donc la
ténuité fait dire à TInterprete de Tordre
Romain qu'elles ne peuvent recevoir le Apud
nom de Pain,û\cs font destinées à tout au - Caslantre chofe qu 'à nourrir, & n'en ont aucune dr. Livertu. II n'y a pas assurément dans leur cul & ,ca .
menue substance dequoy satisfaire à Tor- 2 ?'
dre du Seigneur, Mangés. Iefus-Christ
multiplia les Pains, pour donner à manger aux Troupes qui Tavoient suivi ; &
quelle manière nouvelle que pour donner á manger aux Communians , bien
loin que ce soit des Pains multipliés,attcnucr & altérer tellement le signe qui doit
G 3
38
LA MAIN ET IABOVCHE
être du Pain, que ce n'est plusduPain s
ni dans le nom , ni dans la chose , ni dans
l'apparéce, ni dans la réalité,™ aux yeux,
ni à la main , ni à la bouche : Aussi , bien
loin que ces Hosties soient données pour
manger, c'est le .contraire, afin que la
Bouche ne mangepas. Car fi elle mangeoit elle jugeroit du Sacrement comme
elle juge des autres viandes, & elle dêcouvriroit îarvraye différence du signe du
Sacrement , d'avec la chose signifiée 5 de
ce qui luy est donné , & de ce qui appartient à l'Ame ; Mais les Hosties qu'on ne
donne pas àlaMiin pourles prendre, &
où la Bouche ne trouve pas à manger,
servent de quelque mystère à êcablir la
créance qu'il n'y a que le Corps de-Christ:
dans le Sacrement. Suivant ce dessein,
ceux qui recônoiflent des Sacrcmensen
qui il ny a point de signes visibles, & d'vne substance matérielle, cóme font quelques -vnes de ces Cérémonies à qui ils
affectent religieusement de donner le
nom de Sacrement, eussent eii aussi toc
fait d'anéantir icy toute forte de substance, d'autant plus qu'ils l'interdifent touc
à fait à la Màing& ne la laissent qu'en partie à la bouche, par qui il faut qu'elle pafse3 comaie ce que l'on boir^ou ce que Ton
DV COMMVNIANT.
35?
avalle; & non comme la viande qu'on
mange; mais si cela sert à leur dessein ,
cela s'écarte fort du cómandement que
le Seigneur a fait à Eux & ìNous^prenés,
Mangés. Ou remarquez enfin que le Seigneur /oint la Dévotion de prendre & de
Manger, Prenés Mangés, il ne veut pas
qu'on en vse comme ont sait depuis,
quelques Chrétiens du troisième siécle,
& qui firent passer leur erreur juíques au
cinquième , qui permettoient aux Comìnunians de prendre le Pain , & de le garder ; de Femportcr chés eux , & de ne le
pas donner si tôt à leur Bouche. Ce qui
êcoit avoir de la curiosité pour le Sacrement, & non l'appetit de s'en nourrir;
ou bien s'être à foy - même avare du Sacrement, & ne jouir pas de ce qui eíf doné feulement pour en vivre. Saint Cy- Senti,
prien en rapporte vn exemple que le Ciel Lapl.
condamna par vn signe de Iugement de
Dieu. II parle d'vne femme qui avoir
sacrifié aux Idoles, qui ouvrant son coffre pour en tirer le Sacrement qu'elle
a voit pris auparavant, & qu'elle vouloit
alors manger, elle en fur aussi tôt empeíchée par des fiâmes qui s'alumerent subitement & qui retinrét fa maindes'avan- *
cer davantage, ce feu du Ciel luy en fai-
40
LAMAÌN ÈT ÍÂËOVCHB
lant vtìe défense terrible pour elle. Pourquoy auísi ne portoit elle pas le Sacreméc
à la bouche dés qu'il fut donné à fa main.
Peut être que par le moyen de cette sacrée nourriture , son Ame entretenue
dans le bon état, n'auroit pas souffert que
ses mains devinssét idolâtres : Mais ayant
différé de manger, elle en devint indigne , & elle mérita de voir où elle croioit
qu'êtoit son Thresor , vn signe effroïant
de Dieu au lieu du Sacrement qu'elle
avoit trop négligé. Elle se laissa avoir
faim du Sacrement dans vrie fureur que
son crime avoit causé > & non dans cette
passion qui est vne avidité de zele; &
comme vne perfóne dans fêtât de la faim
est capable de manger de toute forte de
choses , elle mangea des choses sacrifiées
aux Idoles ; mais cela n'êtant pas capable
de l.i rassasier, & fa grande faim n'êtant
pas diminuée ; enfin outre le feu brûlant
qui s'alume alors dans les entrailles , elle
eut encore devant ses yeux vn feu Céleste. Heureuse, si dans son malheur, ou
plutôt dans son crime, si le Seraphim qui
vola vers Esaye avec ce charbon ardent à
qui vn Ancien a comparé le Pain de la
' Communion, eut enfin de même touché
áe ce f euCeleste sa bouche.,& luy eut dit»
DV COMMVNIANT.
41
vokycecy a touché tes lèvres , & pourtant Es
ton iniquité s'en ira, & la propitiation féru ch
faite pour ton péché. Cette mauvaise coutume de prendre le Pain sans le manger
& de le porter chés foy fut introduite din
rant le temps des persécutions , mais enfin quelque apparence de raison & de
pieté qu'il y eut alors à le faire, elle fut
enfin condamnée par le Concile de Sarragosle, & vn peu aprés par celuy de Tolède, mais le Seigneur l'avoit déja défen.
due, si Ton eut bien pris garde à ces paroles du Sacrement, Prenés Mangés , dont
l'vnen'apas plutôt commencé la Communion au Sacrement que l'autre la doit
continuer & l'achever ; Ajoûtons dans
vne Compagnie de Fidelles puis qu'il dit
à plusieurs, Prenés Mangés. Ce n'est pas
vn repas pour vn particulier;» c'est vn festin pour l'Eglise. Celuy qui l'a préparé
le distribua à ses douze Difciples,& ne l'a
destiné qu'à vne Communauté de Fidelles; Prenés Mangés. Puis que c'est le Pain
duSeigneur, c'est vnPain qui doit.êtrccommun, disent plusieurs Anciens Docteurs; Tu te le rens propre comme s'il
n'êtoit pas du Seigneur , mais de toy, lors
que tu le manges seul. Saint Paul dit que
le Pain du Sacrement est vn Pain de Có-
42
LA MAIN ËT 1A Bovcíîfi
munion; & comment est -il vn Pain de
Communion lors qu'on le mange seul;
C'est plutôt vn Pain de division. C'est:
faire directement, contre l'institution du
Sacrement qui est destiné à rejoindre &
reunir dans TEgliíe ceux qui font divisés
«lans le monde par tant de forte de convoitises charnelles. Que Saint Pierre
Mange luy seul &sansCompagnie de qui
Act^ c3p". que ce soit, des animaux, des befles sauva-*
io.
g es ? des reptiles ejr des oiseaux du Ciel du
grand linceul lié par les quatre bouts ; La
voix du Ciel luy est adressée â luy seul,
Pierre levé toy, tué,& mange ; Mais au Sacrement, ni Pierre ni qui que ce soit ne
doit manger seul du Pain sacré -.Car la
voix du Seigneur s'adresse à tous, non à
Saint Pierre, non à Saint Iean, Pren &
mange, Mais vniverfcllement à tous,Prenés, Mangés; Que si l'on dit que celuy qui
est seul offre vn Sacrifice, cela n'est pas
du Mystère, & est direótement contre les
paroles du Seigneur,??'*' nés Mangés; Dequoy femet-ilenpeine, il n'est plus question de Sacrifice : Celuy de Christ nestil pas suffisant, n'est il pas accomply,il
n'estpas question de donner à Dieu, mais
de recevoir ; Le Seigneur ne demande
pas icy, il donne, Prenés mangés : Ce n'est
CoMMVNIANT."
4^
pas nous qui parlons pour luy dire, Levé - Gènes.
toy & mange-, Quelle viande d'appétit, cap. 27.
quel Pain apprêté presènterions-nous à
* ce Seigneur, qui nous a dit il yalongtemps ^físavoìffaim ^e ne t'en dirois ^ e ^>-p[A \ m
50
car la terre habitable est à moy } & tout ce
qui est en elle , & qui loin de vieillir comme le Patriarche , est le mcme aujourd'huy
&hier. C'est luy qui parle à noys, c'est
son Mets exquis qu'il nous présente, c'est
son Pain qu'il nous donne , c'est à fa Table que nous sommes assis; c'est à nous
cnsin á qui ií manque toutes choses, &
qui n'avós rien que ce que nous recevons
' de fa Libéralité &]defa Grâce, qu'il dir,
Prenés Mangés.
Iusquesicy, Chers Frères, vous avez
vû la Main & la Bouche duCommuniant
armées, & dans le combat pour leur cause; Il est temps qu'elles reviennent, &
comme fans doute c'est avec succès, il est
temps que nous leur apportions du Pain :
Même du Pain plus excellent que le Pain
que Melchifedec apporta à Abraham
». vainqueur,dupain duSacremét deChrist.
II est temps aprés avoir êtably ce que nous
devions A LA CÉRÉMONIE A RECEVOIR LE
SACREMENT , & écarté les nuages qui obcurciífoieiK fa simplicité & son Mystère,
DV
44
LA MAIN ET IABOVCHE
de se disposer à participer au Sacrement
mêmeíòïésFiDELEs ,principaIemctzelés
& violés pour en ravir les grâces, & avec
vne pieté digne des choses saintes, mettez -vous en état de venir àlaTabléde
Christ Prendre & Manger, Goûter,combien le Seigneur est Bon. Voici de la
part du Seigneur tontes choses font prestes ; la Table est devant vos yeux, elle est
servie du Pain du Seigneur , & il ne donnera p3S son Pain sans íbn Corps : Seulement, vous-mêmes, soyez prêts ; ne retirez -pas vôtre Main , Ouvrez vôtre Bouche , Prenés Mangés : Nous n'entreprendrons-pas de faire la leçon à vos Mains, 1
pour vous jmpofer la Cérémonie des
Mains en Croix des Pères de Constantinople, ou celle de Saint Cyrille à ses
Néophytes , qui leur difoit autréfois. En
catc chef approchant de la CÔmunion-, n'en approchez,
Myíhg.
av£c rv(jS fl^ins étendues ni avec les
doigts ouverts , mais faisant de vôtre Main
gauche le fiege de vôtre droite , comme devant recevoir le Roy , ejf creusant la paulme
de la Main , Recevez, le Corps de Christ en
disant, Amen. Nous ne vous ouvrirons
point non plus la Bouche avecMystere,&
nous ne prescrirons rien qui le fente , ni à
vos lèvres, ni à vôtre langue. Christ ni
DV COMMVNÏANYV
45
ses Apôtres ne nous ont rien enseigné qui
Vous assujettisse scrupuleusement sur ce
sujet; II est même assés bien de' ne rien
«changera la simplicité de la nature afin
que Ton puisse mieux discerner &: juger
de la vérité du Pain , & ne pas confondre
l'élement avec la grâce, l'integrité du Sacrement exigeant que 1 Vn subsiste sans se
perdre dans l'autre. Imités simplement
& avec vn mouvement fans affectation
ce que le Seigneur a ordonné pour leDehors, & faites l'efforr pour le Dedans afin
de vous vnir avec vôtre Sauveur,qui continuant de vous communiquer les riches1 ses de fa Grâce, se présente à vous en particulier dans le Sacrement. II est luymêmeaujourd'huy vôtre Hôte & vôtre
Festin; La parole qui jointe au Sacreínër,
vous dir j Prenés Mangés. II vous donne
son Pain pour gage que son Corps ! vous
apparrienc , Prenés , II veut même pour
vous donner vne plus forte assurance de cette Grâce , que ce Pain soit serré
au dedans de vous, & incorporé dans vôtre chair, Mangés. Tendés vos Mains,
ouvrés vôtre Bouche ou plutôt élargissez
& ouvrés vôtre cœur: Christ se donne
luy-mêmc à vous , II n'est pas mort feulement en gênerai pour leMonde ,ilse don-
4-(£
LA MAIN ET IABOVCHH
neaujourd'huy à vous en parti culier.pjvwés ,Et pour vous rendre inséparable vôtre Sauveur* vous avés par dessus Simeon
qui le prit feulement de ses Mains le droit,,
de le mettre audedans de vous, & de l'y
faire demeurer Mangés ; íì bien que Tayat
pris & mangé vous pourrez dans cette
étroite vnion en laquelle vous ferez avec
luy, comparoïtre avec confiance devant
leThrône de Dieu, & n'ayant point de
justice en vôtre personne à luy présenter,
luy offrirson propre Fils, voila, ô Dieu,
ma Rançon pour le prix de ma liberté;
Mon Holocauste pour mes péchez , mon
payement pour mes debtes ; Ma satisfaction pour ta Iustice, mon Iesus est en
ton Fils,mon cœur y cherche fa vie; Mon
Tout est en ton Fils, en ton Fils qui est en
moy. Entre pour moy en conte avec luy,
depuis qu'il est entré par grâce en moy,
Demande luy ce que tu asàmedeman->
der j Depuis qu'il s'est donné à moy , je lc
présente pour moy, & puis qu'il veut bien
être ma viande, Tu veux bien qu'il foie
mon salut. IctePrcn.sck/eteMangc, ô
mon Iesus, je prens & je mange ton Pain
& ton Corps dans le Sacrement, Cette
Grâce me suffit. Me suffit contre tous les
mauxjla peine §c la coulpe,la misère & la
bv GOMM V NIANT.
47corruption. Quelle merveille. Christ se
donne luy-même à prendre & à manger,
Prenés Mangés. L'Êternel dit à Adam &
à Eve, -voici jevous ay donné toute herbe Gènes.
•portant semence, êtant fur toute la terre ,& ca p« *•
tout arbre ayant en soyjruic7 d'arbre portant
semence, ce qui vous jera pour viande.Rien
que des herbes & quelques fruicts d'arbres à Adam. Et le Fils de Dieu dit à ses
Disciples , Prenés Mangés , Ceci ejl mon
Corps ; Non seulement íe Pain , mais le
Corps ; à Adam encore juste quelques
herbes & quelques fruicìs vous scrôt pour
viande, Prenés Mangés. Là , le Perc
donne quelques créatures à Adam son
Image , & pour entretenir seulement
. quelque temps vne vie temporelle. Et ici
le Fils donne le Creareur même à ceux
qui font engendrés à la ressemblance du
péché ; II leur donne leur Seigneur pour
leur être vn principe d'vne gloire jmmortelle. La Bonté êtoit pourtant égale à la
Nature , mais la Grâce a abondé par dessus la Nature , & par dessus le péché , autant que le Pain par dessus les Herbes , &
le Corps de Christ par dessus quelques
Fruicts. Là , rhomme fut mieux nourry
que les bestcs,mais ici le Corps de Christ
seroit vne viande délicieuse pour les An-
48.
LA MAIN ET LABOVCHH
ges, qui n'êtans pas appeliez ni à le prendre nia lc manger, se tiennent panchés
dessus pour en contempler les merveilles.
Mais au/si Ieíiis êtant vn si riche don de la
Grâce, íi le péché est au dedans de vous
parla condition de vôtre naissance, il ne
íaut pas qu'il y demeure par les affections
charnelles de vôtre vie. Le Corps de
Christ ne peut pas loger avec le corps du
péché. Dans la Nature,ilafallûvneVierge pour le contenir; Dans laGrace,il faudroit encore s'il fe pouvoit, vne Vierge.
Pour la Nature, le Corps mort a été mis
dans vn fepulchre neuf, pour la Grâce vn
nouveau cœur n'est pas moins requis.
Christ mort dans le Sacrement , n'appartient qu'à ceux qui font nouvellemet créez,
je Ion Dieu en jujlice & en vraie sainteté.
C'est à fes Disciples, &c non auxDifciples
du Monde qu'il dit, prenés Mangés. Oseriez-vous approcher de la Table du Seigneur fans avoir lesMains pures & la Bouche nette. Saint Ambroise disoit autréfois, à l'EmpereurTheodofe, qui avoit répandu beaucoup de sang dansThessalonique; Comment avec ces mains dont découle encore le sang injujlement répandit
oseras -tu recevoir le S t. Corp s du Seigneur.
4vec quelle témérité recevras - tu à ta bou-
4P
che IcCalice du précieux Sang, a ta bouche qui
par la fureur de ses paroles a causé -vne sunjujíe ejr si grande effusion de sang. Ce n'est
pas à des mains souillées de rapine,defraudes & de féíualité: Ce n'est pas à des mains
Rouges de crimes, que Iefusdit, prenési
Ce n'estpas à des bouches impures & qui
vomissent incessamment des profanations
& des blafphemes 3 qui ne bemíïént jamais,
5c qui maudissent toujours, que Iefusdit
Mangés. Ce n'est pas à ce cœur de l'homme d'où sortent les mauvaises pensées , les
Adultères , les Paillardises, les Meurtres, les St Math
Larcins, les mauvaises Pratiques pour avoir caP- I 5*
le bien d'autruy, Les Mécbancetcz,, la Fraude , l' Insolence, le mauvais Regard , le Blasphème, la Fierté , la Folie. Ce n'estpas à ce
cœur qui est vn égoût de tant d'immondices que Iefus dit Prenês Mangés. S'il permet que les mains prennent le Pain elles
ne prendront pas le Corps du Seigneur:
Encore si nous en croyons Saint Cyprien, Serm.d
a
le Ciel leur a quelquefois enlevé le Pain
P'
qu'elles avoient, non pris, mais vsurpé;
Nous recitant dVnCommunianc qui aprés
•avoir sacrifié aux Idoles s'êtant présenté à
la Table où il reçût de la main lePaindu
Sacrement, Comme il ciût manger en
portant à sa bouche ce qu'il avoir pris , ii
trouva qu'il n'avoit que de la cendre en la
D
D V
CoMMVNIANT.
5°
LAMAINETIABOVCHH
main. C'êtoit la cendre qu'il devoit mettre sur sa teste avant que d'avancer sa main
pour prendre Je Sacrement; c'est à dire,
il devoir s'humilier & se sanctifier par la repentance avant que d'aller àla Communion ; II dé voit avec vn cœur brisé & pénitent aller demander rabfoIution,avant que
d'aller avec vnemain ouverte demander le
Sacremét; Mais qu'il permette que laMain
porte le Pain sacré à la bouche , il n'a pas
quelquefois permis que la bouche le mangeast fans prodige: Le même Auteur saie
mention d'vn Communiant indigne à qui
la langue fut arrachée par vn effroïable Iugement de Dieu ; & s'il n'arrive rien d'étrange ni à la Main ni à la Bouche , il nous
dit encore qu'il y a eù desComunians ago nises duDiable,féblabIes à Iudas,qui aprés
avoir pris & mangé le Pain,le Diable,entra
en Iuy, & le bourellaavec tant d'horreur
qu'il fe deffit luy-même ne pouvant pas vivre davantage dans ce cruel état. Et enfin
quand la Mam,la Bouche,& la Perfóne entière, n'aura nulle part à ces tristes accidés
de TEglife de S.Cyprien ; Qni vous exemptera de n'être pas traittés côme les Communiansde Corinthe, à qui l'Apôtre écrix. Cor, voit autrefois, Pour cette cauj e plusieurs font
cap IÍ. soibles dr malades entre vous , ejr plusieurs
f; • î°* dorment • Foi.bles,Malades & Morts, Affli-
DV COMMVNÏANT."
5Ï
gés ëxtraordinairement pour le mépris du
Sacrement, par la même main qui avoic
autrefois avec miracle, fortifié ceux qui
êtoient en langueur, rendu la santé à ceux
qui Favoient perduë,& reíTufcité,ceux que
la mort avoit fait defcédre das le fepulchre;
Foibles, Malades & Morts, quimeritoienc
fort d 'avoir souffert, puis qu'ils auoiëttant
fait souffrir le Sacrement par leurs péchez.
Ne vous exposez pas,mesFreres,aux jugemés du Ciel,ni pour vous enseigner la préparation au Sacremét, ni pour recevoir vn
rude châtiment de n'y avoir pas participé
dans la sanctification qui est due auxSaints
Mystères. Lavés -vout, nettoies- vous , &
qu'il ne tienne pas à vôtre cœur , que vous
ne soïés bië disposés pour être rassasiez des
biens du Sacremét; qu'il demande ce qu 'il
ne peut pas faire, & qu'il obtienne de Dieu
par ses vœux ce qu'il ne peut pas accóplïr
de íes forces. Que s'il y a quelque retrâchemét àfaire,&que ce cœur n'ait pas le cœur
d 'y travailíer,ni le pouvoir de s'en bien acquitter; Au moins que ce cœur prie pour
vous , qu'il faffe requeste au Seigneur pour
vous. Sépare de moy,Seigncur,ce qui n'est
pas semblable à toyj Cóíume au dedans de
moi ce qui est dépíaifât à tes yeux ; n'épargne point ce qu'il y a d'indigne & d 'impur,
afin qu'ayant séparé & aboly ce qu 'il y a de:
52 LAMAINETIABOVCHEDVCOMMVN."
mauvais en moy, je fois en état de prendrc>
de mâger, & de me nourrir de la Grâce qui
pypr.
estenToy. Pour cét eífetjque vos cœursfe
ierm.6. tiennent élevés en haut,&t\)iû{îc \ òuc bou»eOrar. c he répondre en vérité à l'exhortation qui
s'en faifoit àl'Eglifc,^/^ les avons au Seigneur -, Alors n'en doutés pas, vousvivrés
du Sacrement que vous aurés pris & mange : Non comme ceux qui ont autrefois affecté de ne prendre & de ne manger point
d'autre Pain,que celuy duSacremtnt,pour
n'avoir aucune nouvelle substance enleur
corps qui ne procedastdu Sacrement. vous
vivrés des fruits du Corps de Chríst,de son
Esprit de fanctificatio & de consolatiô , du
sentiment'de vôtre absolution,& de lcfperance de la glorieuse éternité ; Alors en recevant le Sacrement vous pourrés répÔdre
aux paroles du Dispensateur des Mystères,
Prenés Magés, Cecy ejl mon Corps rompu pour
vou-s ; Répondre di-je, non feulemêt avec
vérité,mais avec vne vérité plene de grâce,
AMEN , AMEN , même avec vn sentiment de
justice,depaix,&de joyepar le S. Esp 'ir,
redoubler AMEN , AMEN ; pour aprés bénir
a vec vne célèbre recónoiíïance cét Illustre
& Charitable Sauveur qui a bien voulu
vous admettre à sonGrand Mystere^û?^
F I N.
