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extracted text
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ANTIQUITÉS
DE
VÉSONE.
TOME II.
SE VEND , A PARIS,
DELAUNAY , libraire , au Palais-Royal , galerie de bois.
BRISSOT-THIVARS, libraire, rue Chabanais , N.° 22.
• DUPONT, fils, libraire, Hôtel des Fermes, rue Grenelle-Saint-Honoré, W." 55.
A PÉRIGUEUX,
\ DUPONT , père et fils , imprimeurs , rue Tailleser.
ANTIQUITÉS
DE VÉSONE,
CITÉ GAULOISE,
REMPLACÉE
PAR
LA
VILLE
ACTUELLE
ceââe cvnájue ^tâe eâ
DE PÉRIGUEUX,
don âemâoii'6 /
PRECEDEE D UN
ESSAI SUR LES GAULOIS.
PAR M. LE COMTE WLGRIN DE TAILLEFER,
MARÉCHAL DES CAMPS ET ARMÉES DU ROI.
TOME II.
"7 r.; 9
A PÉRIGUEUX,
CHEZ DUPONT, PÈRE ET FILS, IMPRIMEURS DE LA PRÉFECTURE.
M DCCC XXVI.
LIVRE TROISIÈME.
iigm 6)-*^-J».—i
MONUMENS CIVILS SOUS LES ROMAINS.
—106Çirpi—
SECONDE PARTIE.
MONUMENS PUBLICS.
AVANT- PROPOS.
Nous nous sommes occupés , dans la première partie de
ce livre , des Monumens particuliers que nous devons aux
Romains , et sans doute on nous reprochera d'être entrés
dans des détails minutieux et insipides. A quoi bon , en
effet , entretenir le lecteur de ces fragmens d'inscriptions
qui ne présentent aucun sens ; de ces ustensiles de ménage ,
de ces débris de marbre, de briques, de tuiles et de poteries?
Pourquoi lui parler de ces stucs et de ces enduits , de ces
sculptures médiocres et de ces ornemens d'architecture qu'on
retrouve partout , et que tout le monde doit connaître ?
Si cet Ouvrage n eut été destiné qu'aux personnes qui ne
veulent avoir qu'une idée superficielle des antiquités , nous
aurions pu , il est vrai , nous borner aux objets d'un intérêt général ; mais nous travaillons aussi pour les véritables
amateurs, pour les personnes instruites. D'ailleurs, voulant faire connaître notre métropole , nous devions entrer
dans tous les détails de ses richesses , et constater l'existence de ce qui n'a pas encore entièrement disparu.
Au reste , nous espérons que la seconde partie de ce troisième livre dédommagera de quelques longs détails semés
dans la première.
ANTIQUITÉS
DE VÉSONE,
ou
M G NU ME N S
CIVILS
SOUS LES ROMAINS.
M ONU ME N S' PUBLICS.
CHAPITRE PREMIER;
Fragmens d'inscriptions appartenant à des édifices publics.
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les principales inscriptions des grands édifices étaient toujours en gros caractères , elles ne pouvaient être gravées sur une seule
pierre ; ainsi elles se trouvèrent brisées par la chute même des monumens. II ne faut donc pas s'étonner qu'il nous reste si peu d'ins-
Co
M ME
i»
4
ANTIQUITÉS
criptions de ce genre : nous devons , au contraire , nous estimer heureux
d'en retrouver encore quelques fragmens.
N.° 83. — Au Musée.
. . ìN
. . . . .
84. — Ibidem.
<l • •
N. 0 84 bis. — Ibidem.
" "g d J Y Ì9 • & Yí 'd'il Wft
Les N. os 83 , 84 et 84 bis paraissent appartenir à une seule et
même inscription (1) ; car non-seulement les lettres ries Henx premiers
sont de grandeur égale , et l 'on ne remarque aucune différence dans le
faire du troisième, mais encore les trois fragmens se trouvaient employés presque dans la même construction. Du reste on ne peut en
déterminer le sens , jusqu'à ce qu'on ait découvert les autres débris.
La seule chose que nous puissions assurer , c'est qu'ils proviennent d'un
grand édifice : la grandeur des lettres
en est une preuve certaine.
L'inscription dont elles font partie était sans doute placée dans la frise
(2)
du monument.
(1) Le premier et le troisième de ces numéros proviennent d'une cave de la maison de M. me d'Anglars, à la Cité; le second a été trouvé, dans un mur du jardin.
(a) Les lettres des deux premiers fragmens ont 9 pouces 'de hauteur ; celles du troisième sont
un peu moindres. Les autres débris de cette inscription sc retrouveront peut-être un jour: Ils
doivent exister dans la maçonnerie des murs de la cave; ou dans celle de quelque autre partie
de la maison. L'entrée de cette mçme cave fait voir un reste de bas relief qui paraît être du
lion temps de la sculpture.
DE VÊSONE.
5
N.° 85.- Au Musée.
\JÌ
r.
Le N.° 85 offre deux lettres qui paraissent aussi provenir d'un
grand monument (i), et dont le faire annonce le temps d'Auguste ou
de ses premiers successeurs. Du reste , il est possible de donner une
explication satisfaisante de ce fragment , sans savoir toutefois quel
était l'édifice auquel il appartenait , et que l'inscription entière nous
eût fait connaître , ainsi que le nom d'un personnage.
En effet , une foule d'inscriptions finissent, par ces mots : incendio
consumptum ou vetustate collapsum
restìttiit. Le C de notre fragment peut donc être la première lettre de collapsum ou de consumptum , et le T , la dernière de restituit. Ainsi , nous lirons :
VETUSTATE COLLAPSUM
-. RESTITUlT.
ou
. . INCENDIO CONSUMPTUM
RESTITUlT.
Presque toutes les inscriptions de ce genre sont gravées dans la
frise, ou sur les fasces de l'architrave des temples ou des autres édifices rétablis par les empereurs. Ainsi , notre fragment pourrait appartenir a un pareil monument.
N.° 86. - Au Musée.
M O N I M E. .......... .
GALETIA
(i) Le C devait avoir j pouces de haut ; le T en a 6 et demi.
'4
6
ANTIQUITÉS.
Les lettres de ce fragment ont 4 pouces de haut , et leur faire annonce le siècle des Antonins ; mais il est impossible d'indiquer à
quelle espèce de monument appartenait l'inscription dont elles font
partie ; il paraît seulement que ce n'était point à un édifice religieux.
En effet , si elle eût appartenu à un temple, le mot de templum aurait
été employé au lieu de monimentum , et il est difficile d'expliquer autrement que par ce dernier mot les lettres de la première ligne.
Si ce beau fragment ne peut indiquer à quel édifice il appartenait,
du moins il fait connaître un nom dont il existe encore des traces
dans l'ancien Périgord ; car cette Caletia ou ce Caletìanus dont il y
est question , étaiertt sans doute d'une famille que nous rappellent diverses dénominations, telles que Caletium (Chalais), Rupes-Caleticê
(la Roche - Chalais ) , etc. II est probable que les diíférens lieux qui
portent ces noms étaient des domaines ou villa de cette famille romaine, qui s'est long-temps perpétuée à Vésone; d'où il semble que
l'on pourrait conclure que ceux de ces lieux qui font maintenant partie de l'Angoumois, dépendaient jadis du Périgord (1); que, par conséquent , le territoire d'Angoulême (2) a été formé , ainsi que beaucoup d'autres, aux dépens de celui de notre métropole.
En effet, Angoulême n'est devenu que fort tard capitale (5) ; on voit
même que cette ville n'avait point encore l'Angoumois dans sa dépendance lorsqu'elle fut donnée en apanage à nos anciens comtes (4).
(1) Nous avons déjà dit que le diocèse de Vésone comprenait, avant la révolution , les archiprêtrés de Pillac et du Peyrat , qui cependant relevaient de l'Angouniois pour le temporel; et
Ton sait que depuis la décadence de Vésone , chaque province limitrophe a arraché quelques
lambeaux , non-seulement de sa prédomination , mais même de son territoire immédiat.
(2) La Roche-Chalais a été rendue à notre département dans la révolution.
SL -
(3) Voyez tome I. er , page 1 54-
(4) Les chronologistes doivent, ce me semble, mettre une grande différence entre les divers
titres que les anciens affectaient aux terres féodales , et surtout aux grands fiefs de la couronne.
Charles-le-Chauve , par exemple , donne le comté de Périgord et celui d'Angoulême à un de ses
proches parens ; mais le premier titre tombe sur une province , lé second sur une place forte ,
et. point du tout sur l'Angoumois , qui , s'il avait dépendu d'Angoulême , aurait porté le titre de
comté. II en est de même des vicomtés de Poitiers , de Bourges , de Limoges , de Lectoure ,
etc. , ainsi que de ceux de Turenne , de Fronsac , etc. ; et l'on doit remarquer que ces titre»
de vicomtés annoncent une dépendance de quelque comté voisin.
\
DE VÉSONE.
7
Beauménil parle d'une pierre de 2 pieds 3 pouces 9 lignes de large ,
sur 5 pieds 6 pouces de long , et a3 pouces d'épaisseur , sur laquelle
il avait existé une inscription dont les lettres étaient en bronze. Les
trous où ces lettres avaient été fixées se voyaient encore sur la
pierre ; mais Beauménil ne cliercha point à rétablir ce fragment , et
la pierre est maintenant perdue. Sans doute elle faisait partie de la
frise d'un grand édifice; et comme on remarquait quelques restes de
sculpture sur un de ses côtés, il paraît qu'elle offrait le commencement
ou la fin de l'inscription. Ce fragment était d'autant plus précieux, que
les inscriptions en lettres de bronze sont très-rares, puisqu'on n'en trouAr e
guère d'exemples qu'à la maison carrée de Nîmes.
CHAPITRE II.
Des Ponts.
Si les Romains nous donnent une haute idée de leur opulence par
les édifices somptueux et de pur agrément qu'ils ont élevés dans les
diverses parties de leur vaste empire , il est certain aussi que de nombreuses constructions , des monumens de toute espèce , uniquement
consacrés à l'utilité publique , nous attestent les grandes vues administratives de ces maîtres du monde, et leur font encore plus d'honneur que ce qui n'a pour objet que le luxe et la magnificence.
Les ponts sont au nombre des édifices uniquement destinés à
l'utilité publique; nous croyons même que, sous ce rapport, ils doivent être mis au premier rang, puisque c'est par eux qu'il s'établit
des communications sûres , faciles , et , pour ainsi dire , perpétuelles
entre des régions éloignées. II n'est donc rien, pour l'intérêt des peuples,
qui puisse être comparé à ces sortes de monumens , que les grandes
routes ; elles seules sont peut-être d'une plus haute importance.
Les nombreux avantages qui résultent de l'établissement des ponts
ont été si bien sentis dans tous les temps , que les plus anciens peu-
I
8
ANTIQUITÉS
pies en ont fait usage. II y en avait chez les Assyriens , chez les Egyptiens , chez toutes les nations de Pantiquité , et les Commentaires de
César nous prouvent que les Gaulois en avaient construit , non-seulement aux abords de leurs villes , mais encore sur presque tous les
points de leur territoire (i).
Ces édifices sont , en quelque sorte, de première nécessité; ainsi, il
dut en exister à Vésone dès la plus haute antiquité gauloise. En effet , le nombre de ceux qu'on y voyait sòus les Romains est un témoignage qu'il y en avait avant la conquête; mais les vainqueurs, qui, »
comme nous Pavons déjà dit , cherchaient tous les moyens de s'attirer
l'amour des Vésoniens , ne durent pas seulement rétablir les anciens
ponts , ils durent en construire de nouveaux. Quoi qu'il en soit , il
paraît que notre métropole en eut sept sous l'empire de ces maîtres
de l'univers.
Ces sept ponts facilitaient ses relations avec les différentes parties
de son territoire et avec les principales villes des Gaules ; elle en avait
six sur Pille et un sur le ruisseau du Toulon. On peut dire même
que leur position était si bien assortie à son étendue et à la localité
qu'elle occupait alors (2), qu'il aurait été difficile, et, en quelque sorte,
impossible d'en multiplier avantageusement, le nombre.
11 en existait deux du côté de Pouest ; l'un sur le ruisseau du Toulon , l'autre sur la rivière de Pille. Le premier était à droite de celui
que l'on a fait depuis pour la route d'Angoulême (5). II a été restauré
à différentes époques ; et tel qu'on le voyait encore il y a peu de
jours (4), il annonçait avoir été reconstruit dans le 8. e ou dans le g. e
siècle. Quelques maisons, situées au-delà de ce monument, sur la
vieille route qu'il servait, ont succédé à une partie du faubourg.
(1) Cette construction de ponts , loin des villes, et au milieu même de la campagne , nous prouverait, s'il en était besoin, que les Gaulois avaient des grandes routes.
(2) Voyez la première planche de cet Ouvrage.
(3) Ce nouveau pont de la route d'Angoulême a été construit, en 1788, à une trentaine de
pieds de l'ancien. II est composé d'une seule arche d'environ 12 pieds [\ pouces de large.
(j) Ce pont , composé de six arches extradossées , dont la plus large était de 6 pieds 8 pouces , a
été détruit dans l'été de 1821. Comme, sans doute, on croyait qu'il gênait la çomniunieation des
deux prairies, M. Bouçhier de Vigneras s'est hâté de le faire disparaître.
DE
VÉSONE.
g
Le second ponf était placé au-dessous des Isarns, a environ 3a5
ls de l'embouchure du petit vallon. Ses restes
s'aperçoivent en-
core (i). Sa position, sur le cours de la rivière, est oblique, c'est-àdire, qu'il se dirige de l'est à l' ouest. Une espèce d'îlot ou atterrissement semble avoir recouvert les fondations d'une de ses piles , du
côté du couchant. Au milieu de la rivière on en trouve une seconde
dont la hauteur est de 2 pieds 8 pouces , et qui , pendant les chaleurs
de Pété , est presque toujours à découvei't. La longueur de cette pile,
dans la direction du courant , est encore d'environ 1 1 pieds ; sa largeur est de
5 pieds et quelques pouces. Le parement de cette cons-
truction se distingue vers Pouest. Les pierres qui le composent ont
10 pouces d'épaisseur, sur
1
pieds 2 pouces de large; elles s'enfon-
cent également d'un pied et quelques pouces dans le massif intérieur,
qui se trouvant lui-même composé de petites pierres brutes et d'un ciment rougeâtre fort dur, offre encore une bonne conservation. A i5
ou 16 pieds de cette pile, au levant, on en reconnaît une troisième;
mais ce ne sont que de faibles restes , quelques pierres de parement
jointes ensemble, et quelques débris de ciment. Plusieurs voussoirs
des arches de ce pont se remarquaient naguère dans les eaux ; mais
ils ont été enlevés. Quant au faubourg qui dut exister au-delà
de
Pille, il n'y en a plus aucunes traces.
La partie méridionale de Vésone avait également deux ponts ; l'un
au sud-est , l'autre au vrai sud. Le premier a été remplacé par le
Pont-de-la-Cité, qui, quoique souvent rebâti, nous rappelle, par sa
médiocre largeur, les usages romains : quelques vieilles maisons tiennent
même encore la place du faubourg antique. Le second de ces deux
ponts était à Campniac : il donnait communication de la ville à la citadelle gauloise (2) et à la vieille cité, qui dès-lors n'était qu'un faubourg.
On remarque encore sous les eaux des vestiges de ce pont ,
principalement du côté de la plaine.
(1) Pour connaîtrjê d'ir e maniéré plus précise la position de ce pont et les détails de sa construction, nous nous sommes dirigés sur les lieux , M. de Mourcin et moi, le 20 septembre 1821 ,
et nous y avons fait toutes les recherches qu'il nous a été possible.
(2) La citadelle gauloise était sans doute alors devenue une maison de plaisance, dont on trouve
encore de nombreux vestiges.
io
ANTIQUITÉS
Le cinquième pont était au sud-est de Vésone. On voit sous les
eaux, a côté de l'ancien couvent de Sainte -Claire (i), des restes considérables de sa construction (2). II se dirigeait, du côté de l' ouest, à
environ 35 pieds au-dessus de l'abreuvoir. Sa première pile est à 16
pieds du bord. Une seconde pile a été retrouvée a 25 ou 3o pieds
de la première ; une troisième est a la méme distance de la seconde ,
et une quatrième à i5 pieds plus loin. De cette dernière au bord de
la prairie , c'est-à-dire , dans l'espace de plus de 5o pieds , nous n'avons rien reconnu que des pierres énormes jetées çà et là , et de
nombreux débris de toute espèce. Sans doute les autres piles ont entièrement disparu (3) , ou, ne conservant que peu de hauteur, sont
recouvertes de terre et de gravois.
La seconde pile dont nous venons de parler a encore 20 ou
22
pieds de long sur i5 ou 16 de large; pendant les chaleurs de Pété,
elle n'est, ainsi que la première, qu'à 8 ou 10 pouces au-dessous de
la surface des eaux. Quant aux diverses parties de mortier que nous
avons pu en retirer , comme elles ne paraissent contenir que du gros
sable et de la chaux , elles ne peuvent avoir rien de commun avec
le ciment romain, et nous font croire que le pont de Sainte-Claire a
été reconstruit dans le moyen âge. Du reste ce pont communiquait
à deux faubourgs , dont l'un se prolongeait, directement dans la plaine ,
jusqu'au faubourg actuel de Saint - Georges , et l'autre se dirigeait à
droite vers le vallon de Borgnac : quelques maisons modernes suivent
encore ces deux directions (4)- Àprès la chute du pont, le passage
s'est long-temps maintenu près de Sainte-Claire, par le moyen d'un
bac.
Le sixième pont était très-rapproché du cinquième : on croit en remar-
(1) Ce couvent de Sainte-Claire avait remplacé Péglise et Fhôpital de Saint-Jacques.
(2) M. de Mourcin et moi, nous en avons reconnu les détails, le 25 septembre 1821.
(3) Comme le rocher forme presque' partout le sol de la rivière , il ne serait pas étonnant
que plusieurs piles de nos ponts antiques eussent entièrement disparu.
(4) On remarque à droite , dans la direction du vallon , quelques restes assez bien conservés
d'une ancienne maladrerie. A Test de cet hôpital , fort près de Peau , est un vieux puits entièrement creusé dans le roc. Les averses do I8II le mirent à découvert, et en firent par lù connaître l'existence.
DE VÉSONE.
„
quer les débris sous les eaux, a côté du Pont-Neuf (i). Ce pont avait aussi
son faubourg : quelques maisons modernes semblent encore en suivre
la trace au loin. Les tranchées qu'on fut obligé de creuser pour faire
la chaussée du nouveau pont, firent sans doute disparaître le reste.
On y trouva mème une grande quantité de médailles romaines qui
ne sont pas parvenues jusqu'à nous.
Ce faubourg se réunissait à un de ceux du cinquième pont , et se
terminait de méme à Saint-Georges , où plusieurs découvertes ont fait
reconnaître un cimetière qui paraît remonter à la très-haute antiquité.
A l'est-nord-est de Vésone était le septième et dernier pont de
cette ville : il était placé où est maintenant le Vieux-Pont, et avait
aussi son faubourg, qu'on appelle maintenant les Barris (2). Ce pont
a été reconstruit et restauré à diverses époques, notamment dans les
i2. e et i4- u siècles, comme on peut s'en convaincre au plus simple
examen.
Des sept ponts dont nous venons de parler, quatre seulement ont
été entretenus QU refaits , et subsistent encore : 1 .° le Pont-du-Toulon ;
2. 0 le Pont-de-la-Cité , qu'on a souvent rétabli; 5.° le Pont-Neuf, totalement reconstruit à côté de Pantique ; 4 ° ^ e Vieux-Pont. Les trois
autres n'ont pas été reconstruits ; mais lorsque les eaux de Pille sont
très-basses , ou encore mieux quand on raccommode les jetées ou digues des moulins, on en découvre les débris.
Quant aux noms que ces divers ponts ont portés , nous n'avons pu
les connaître , bien que nous ayons fait toutes les recherches possibles à ce sujet. Le seul nom de Pont-de-Japhet est parvenu jusqu'à
nous, mais nous ne pensons pas qu'il remonte à la très-haute antiquité. On n'est même pas d'accord sur la position du Pont-de-Japhet;
quelques personnes attribuent cette dénomination au Pont-de-Camp(:) Ce fut vers Tannée 1 ^j5fî que Ton commença les travaux pour la construction du Pont-Neuf;
mais il ne fut aclievé qu'en 1767.
(arJGe faubourg a porté long temps le nom de Faubourg-de-Tourne-Piche. Quelques personnes
le connaissent même encore sous cette dénomination.
ANTIQUITÉS
niac, d'autres à celui qui était près de Sainte -Claire. Cette dernière
i3
opinion parait la plus probable (i).
Le pont de Bergerac , qui était si utile à la -ville de ce nom et k
la province , qui pourrait méme devenir très-important pour toute la
France (2) ; ce pont, qui a été totalement culbuté par les grandes inondations de 1783, passait à tort pour être un ouvrage des Romains. Les
Romains n'eurent jamais d'établissement public sur le sol qu'occupe
la ville actuelle , et le Tra/ectus marqué dans les itinéraires n'avait
pas lieu sur ce point du fleuve : nous en donnerons bientôt des preuves
non équivoques (5).
U n'en est point ainsi de la Linde (le diolindum des itinéraires).
Cette ville a toujours porté le même nom, et le conserve encore
peu altéré. La Linde n'a cependant jamais pu être l'ancien Trajectus ;
mais il est probable qu'il y exista un pont romain.
A quelque distance de la grande route, entre Vésone et Mucidan,
est un lieu très-remarquable, connu sous la dénomination de Puy-dePont (Podium-de-Ponte). Non-seulement ce lieu, très-élevé, offre les
vestiges bien conservés d'un camp romain et les restes d'un vieux
château où l'on croit reconnaître des constructions romaines , mais il
rappelle encore le souvenir d'un saint personnage auquel il donna
naissance dans le 6. e siècle. Le nom de Puy- de-Pont indique d'une
manière évidente qu'il a dû exister un pont à portée de ce local. Ce
monument pouvait être placé sur la rivière de l'IUe, au-dessus de l'embouchure du ruisseau du Salembre. Sans doute il était destiné au
service du château , et ouvrait un chemin à la Double 5 car nous ne
pensons pas qu'il eût pour objet le service d'une voie romaine,
Ce pont de Ste. -Claire , appelé, dans les i3. e et i/[. e siècles Pont-dc-Japhet , était connu
sous le nom de P'ont- des-Soeurs-Mineures (Pons-Sororum-Minorissarum) en 1420 , et il le fut ensuite sous celui de Poiit-des-j\o/inains. Sa destruction parait remonter au 16° siècle, probable(1)
ment á l'époque des guerres de religion.
(2) Ce pont va être reconstruit a neuf; il en résultera les plus grands avantages pour Paris
et pour presque toute la France ; les voyages aux eaux minérales des Pyrénées , et même en Es ;
pagne, seront beaucoup plus courts, et n'offriront plus aucunes difficultés.
(3) Voyez les chapitres où il est parlé des voies romaines qui étaient ouvertes sur le territoire Pétrocorien.
DE
VÉSONE.
!3
qui n'aurait pu avoir , dans ce pays , un débouché commode et avantageux , qui même devenait inutile , puisque la voie de Vésone a Bordeaux passait k très-peu de distance.
D'autres dénominations indiquent d'une manière plus précise l'exlstence des ponts romains. Celle de Pont-Roumieux (Pons-RomanusJ
ne peut laisser aucun doute , et cependant plusieurs endroits sont
ainsi désignés sur notre territoire: En effet, on connaît Pont-Roumieux, bourg situé au-dela du íleuve de la Dordogne; Pont-Roumieux,
village près de Vern, etc.
II y avait certainement .des ponts antiques sur la plupart des ruisseaux et des rivières que traversaient les voies romaines du Périgord.
II en existait sans doute sur la Dordogne , sur l'Ille , sur la Dróne (i),
etc. A l'article des voies romaines nous reviendrons encore sur cet
objet.
CHAPITRE III.
Gymnase; Ecole de Vésone.
P& les Grecs et che, les Romains, les gym.ases Ment des M
fices composés de plusieurs salles où les professeurs , les savans et les
philosophes donnaient leurs leçons. Les jeunes gens y apprenaient en
outre tous les exercices du corps, tels que la lutte, le pugilat, la
paume, le pancrace, etc.. Ces maisons d'instruction, ces espèces de collèges,, étaient gouvernés par plusieurs chefs, dont le principal s'appelait
gymnasiarque. Vitruve (2) décrit exactement ces sortes d'édifices.
Nous avons déja dit, d'après Strabon, que les principales villes des
(1) Nous pensons qu'il y en avait sur ces deux dernières rivières, à Coutras , ville qui naguère
était encore enclavée dans le territoire de Vésone.
Vitruve, livre i5, chap. 2,
(a)
?4
ANTIQUITÉS
Gaules faisaient venir à grands frais les sa vans de la Grèce pour enseigner dans leurs murs. Une vieille tradition , et quelques monumens
témoignent que Vésone était du nombre de ces villes gauloises.
Nous citerons d'abord , à l'appui de notre opinion , un monument
que nous avons déjà fait connaître, cette cornaline incise où se voient
les têtes accolées de Socrate et de Xantippe , avec Pabréviation , en
caractères grecs , des noms de ces personnages. En effet , si la doctrine de Socrate n'eût pas été enseignée à Vésone , si les Vésoniens
n'eussent pas été pénétrés de la morale de ce philosophe , des particuliers ne se seraient servis de pareil emblème , ni sur leurs bagues,
ni sur leurs cachets.
Mais voici un autre monument qui offre encore moins d'incertitude.
K° 86. - Au Musée.
DEMOCRITVS
HERACLITV co
Tels sont les noms qui se trouvent gravés sur les feuilles d'ornemens
d'un cippe sur lequel sont sculptées en bas relief trois figures dont nous
donnerons plus loin l'explication (2). Remarquons seulement ici que
ces inscriptions sont de beaucoup postérieures au monument et qu'elles
y ont été ajoutées.
On pourrait croire au premier aspect que ce joli fragment provient d'une colonne 5 mais si on l'examine avec attention , l'on est aisément convaincu du contraire. En effet, il ne présente de rondeur
que dans la partie sculptée; l'autre côté, qui est entièrement brut,
offre une surface plane. Ainsi le plan de ce cippe est à-peu-près un
demi-cercle ; un petit socle était sans doute au-dessous ; peut-être audessus des trois figures existait-il un couronnement agréable.
(1) II ne restait pas sur la feuille de place pour l'S finale.
(2) Voyez le n.°
i
de la pl.
XIV.
Le graveur n'a représenté ce bas relief sur une surface
plane , que pour en mieux donner le développement.
DE VÉSONE.
,5
La grâce, la finesse , l'originalité de cette jolie composition, le genre
des ornemens qui l'accompagnent, tout annonce un travail grec, tout
prouve qu'un artiste' grec en fut l'auteur. Ainsi , les inscriptions qui
s'y trouvent, et dont le faire est beaucoup moins antique, appartiennent
évidemment à une autre main. D'ailleurs , le monument représente trois
têtes bien distinctes, et pourtant on n'y a gravé que deux noms.
La forme de ce monument nous fait connaître qu'il était appliqué
à un mur. Quant à sa destination , il est probable qu'elle fut différente
selon les différais âges. Nous aurons encore occasion de parler de
ce cippe dans le chapitre suivant ; il nous suffit de dire ici que ce fut
dans le Bas-Empire , lorsque sans doute on le changea de place , que
les noms de Démocrite et d'Héraclite y furent gravés. Alors probablement il orna la salle du gymnase où l'on enseignait la doctrine de
ces philosophes ou de leurs sectateurs , tels qu'Epicure.
II n'est pas douteux que les druides eurent plusieurs académies ou
collèges en Périgord (i). II est probable qu'il y en avait à Sarlat , à
Villamblard, et peut-être dans tous les lieux où ils avaient leurs principaux autels. II y en avait donc sans doute aussi à Vésone. Peut-être
même cette métropole fut-elle le chef-lieu de la résidence d'un pontife dont l'autorité s'étendait sur les diverses: académies du territoire
Pétrocorien (2).
Nous avons dit que Vésone était une de ces villes gauloises qui , les
premières, firent venir des savans grecs pour professer dans leurs murs;
le monument qui nous occupe semble en fournir une nouvelle preuve.
Ce goût pour l'instruction publique se maintint sous les Romains;
et quoiqu'un Ausone n'ait pas publié la liste de nos professeurs , quelques passages des auteurs des premiers âges de notre ère ne permettent point de douter que l'école de Vésone n'ait été célèbre.
(1) Voyez le i. er livre de cet Ouvrage.
(a) Ou a déj à vu qu'il existait des mouumens gaulois íi Ecorne-Bœuf, près du Camp-de-César ,
près de Marsac , etc.
De nouvelles excursions ont prouvé ;i M. de Mourcin et á moi qu'il en
existait aussi á Puy -Roger et dans ses environs. II devait y en avoir également íi l'est de la ville;
ainsi Vésone élait entourée de toutes sorles de monumens druidiques ; nous en retrouvons les débris
,
i, t
.t>v»n \ .v!*/\ cîiáu .i jiiailsfì'Uíi « nrp Usoit)-*? fc3í*p
presque a chaque pas.
ANTIQUITÉS
II est probable, comme nous l'avons déjà dit, que la famille du
rhéteur Fronto , précepteur de Marc-Aurèle et de Vérus , était établie en Périgord; il est probable aussi que ce Fronto était le même
personnage que notre premier évêque ; du moins nous paraît-il évident que , dans le nombre des familles dont nous avons parlé , il existait quelques savans qui professaient à Vésone daus le Bas-Empire.
16
Cette ville soudoyait encore des professeurs grecs à la même époque.
Nous avons déjà cité les Anthédius , père et fds , et nous pourrions en
désigner quelques autres. Vers le même temps nous avions aussi quelques savans qui professaient la langue des Romains; Sidoirie Apollinaire , mort évêque de Clermont , en 482 , loue les habitans de Vésone et dAgen de se disputer les leçons de rhétorique de Lupus son
ami: « Quid (1) agunt. Nitiobriges ? quid Vesunnici tui? dit-il, quibus de te sibi altrinsecus vindicando hascitur sernper sancta contentio.
JJnus te patrimonio populus , alter etiàm. m.atrimonin tenet ; clinique
hic origine, iste conjugio ; melius illud , quod uterque judicio.... Tu
<verò utrisque presentiam tuam dispositè 'vicissimque partitus , nùnc
Drepanium illis , modo istis restituis Anthedium ; et si a te instructio
rhetorica poscatur , ii Paulinum, illi Alcimum non requirunt ».
Les expressions de Sidoine indiquent que Loup était né à Agen, et
qu'il s'était marié à Vésone : elles nous apprennent aussi que ce savant rhéteur , qui fut peut-être ensuite évêque de Troye en Champagne , ne pouvant contenter seul ces deux villes , se faisait remplacer
non-seulement par Drépanius et Anthédius , mais encore par Paulin
et par Alcime f Avitus J. Trois de ces savans pouvaient être disciples
de Lupus ; Anthédius parait savoir été de son propre père.
Remarquons cependant que les Vésoniens refusaient de recevoir
les leçons de leur compatriote Paulin (2) ; non que son genre d'éloquence ne fût pressé et très-clair, et ne rappelât par fois la pureté
dû style de Cicéron ; que ses pensées, ses maximes ne sussent
(1) Sid.-Apoll. , liv. 8, lettre n.
(2) 11 n'est pas douteux que nous ayons eu des Paulin, puisque nous avons en Périgord quelues endroits qui s'appellent encore PauUniac.
DE VÉSONE.
17
concises ; mais , comme le dit Saint- Jérôme (i) , parce que ses poésies,
qu'on a mal-à-propos attribuées à Saint-Paulin de Noie , étaient trèsvoluptueuses , et surtout parce qu'il avait adopté les erreurs du priscillianisme (a).
Chronope, évêque de Vésone , était également connu comme un littérateur éclairé. Fortunat de Poitiers loue , dans une épitaphe , la science
et les connaissances littéraires de ce prélat. Enfin , le savant chronologiste qui s'occupe de notre histoire (5) , a trouvé la preuve que l'école
de Vésone (4) subsista long-temps, malgré les ravages des Sarrazins , des
Normands et d'une foule d'autres peuples barbares.
CHAPITRE IV.
Cirque, Naumachie , Théâtre et Amphithéâtre.
.LES cirques étaient de longs édifices terminés presque carrément à.
une de leurs extrémités , et en demi-cercle à l'autre : dans la partie
qui finissait carrément , on pratiquait des portiques d'où partaient
les chars qui devaient fournir la carrière et disputer le prix de la
course. Les trois autres côtés étaient assez généralement disposés en
pente vers l'intérieur , et surmontés de gradins. Au milieu de l'espace
qu'enfermaient les constructions , et presque dans toute sa longueur ,
était un massif de maçonnerie sur lequel on établissait des bornes,
des autels, des statues, des obélisques, etc. : c'est ce que l'on nom-
(1) Hieron. , Epist.
i3.
(2) Consultez sur tout cela le P. Dupuy , Etat de V Eglise du Périgord, année ^5i.
(3) M. de Lespine. L'Ouvrage qu'il prépare fera connaître plus en détail notre école de Vésone.
(4) H paraît qu'un professeur de cette école s'appelait Rumpus, car une maison de campagne,
qui est assez près de Vésone , et où nous avons reconnu des débris romains , retient encore le
nom de ce personnage : Rumpiscola {Rumpi - Schola) , V Ecole de Rumpus. C'est ce qu'on appelle
maintenant la Rampinsole , ancien fief situé à la naissance du petit vallon de Borgnac. Nous
avons un acte de I2y5 où il est fait mention de ce lieu qui, comme l'on voit, fut sans doute
jadis une annexe de notre école.
3
18
ANTIQUITÉS
mait la spina. Les chars, sortant des portiques ou carceres, devaient
parcourir toute la longueur de ce massif, doubler les bornes qui se
trouvaient au bout, et revenir, par le côté opposé, au point d'où ils
étaient partis. Celui qui arrivait le premier a la borne la plus à portée des carceres, avait remporté la palme, et était couronné vainqueur.
Les cirques n'étaient pas seulement destinés aux chars ; on s'y exerçait aussi à la lutte et a la course ; les jeunes gens y apprenaient à
monter à cheval, et quelquefois les gladiateurs y combattaient entre
eux ou contre les bêtes féroces. Parfois même ces édifices servaient
aux naumachies.
On appelait naumachie la représentation d'un combat naval , soit
qu'on y employât des vaisseaux de guerre , soit qu'on se bornât à faire
des joutes sur de simples bateaux. On désignait également par le nom
de naumachie le lieu où se donnait cette espèce de spectacle. C'était
un grand bassin rempli d'eau et entouré de constructions analogues
k celles des cirques. Souvent les cirques eux-mêmes, comme nous venons de le dire, ainsi que les amphithéâtres, servaient 'à cet usage, de
même que les rivières et les lacs.
Le théâtre était destiné â la représentation des jeux scéniques.
Qu'on se figure une masse hémi- sphérique de constructions dont le
plan supérieur serait , comme dans les cirques , incliné vers le centre , et surmonté de gradins pour recevoir les spectateurs que l'on
ajoute a la corde de Parc un parallélogramme rectangle, pour la scène
et P orchestre , on aura une idée assez exacte du théâtre chez les Grecs
et chez les Romains.
On désignait par le nom d'amphithéâtre un vaste bâtiment elliptique ou circulaire , destiné spécialement aux combats des gladiateurs et
des bêtes féroces , et , v comme les cirques et les théâtres , disposé de
manière que l'on pût jouir du spectacle sur quelque point des constructions que l'on se trouvât. Ainsi Pamphithéatre différait du théâtre
ën ce que celui-ci ne formait , dans sa masse , qu'une espèce de demicercle, tandis que l'autre figurait un cercle exact, ou, plus ordinairement, un ovale.
DE
VÉSONE.
Ig
D'après cette disposition des amphithéâtres, il est évident qu'ils
pouvaient , encore mieux que les cirques , servir de naumachies. 11 suffisait , pour les rendre propres k cet usage , de donner une certaine
profondeur au sol qu'ils entouraient , et de pouvoir y conduire , a
volonté , une masse convenable d'eau.
Le sol dont nous venons de parler formait, en effet , une espèce de
bassin analogue aux constructions d'alentour, c'est- a- dire, ovale ou
circulaire, suivant le plan de l'édifìce.
C'est ce bassin que l'on appelait arène, dans les amphithéâtres, de
même que dans les cirques, parce qu'avant de commencer les jeux
ou les combats on y étendait du sable, pour que le sang des gladiateurs et des bêtes féroces disparût promptement.
Le mur qui terminait les constructions du côté de l'arène, était surmonté d'une espèce d'accoudoir ou hauteur d'appui , qu'on désignait
sous le nom de podium. C'est a ce mur seulement que finissaient la
plupart des voûtes inférieures.
Ces voûtes , fort resserrées de ce côté des constructions , s'élargissaient et se haussaient dans leur divergence, jusqu'à la façade de l'édifìce, ou jusqu'à une large galerie qui souvent lui était contiguë dans
tout son pourtour.
Dans les cirques , il n'y avait ordinairement qu'un seul rang de
voûtes ; mais dans les amphithéâtres , de même que dans les théâtres ,
au-dessus de ces voûtes inclinées vers lë centre, il y en avait plusieurs
autres rangs posés les uns sur les autres , et plus ou moins nombreux, suivant la grandeur du monument. La divergence de ces voûtes
était k-peu-près la même k chaque étage ; seulement , par l'effet du
plan des constructions , elles étaient progressivement plus courtes k
mesure qu'elles étaient placées k une plus grande hauteur , de manière que celles du rang le plus élevé étaient les moins longues.
La principale destination de ces voûtes était de former le plan incliné qui supportait les gradins ; mais elles avaient d'autres usages : plusieurs de celles du rez-de-chaussée servaient k renfermer les bêtes
qui devaient combattre ; les autres donnaient accès , de même que
20
ANTIQUITÉS
celles des rangs supérieurs , à ces mêmes gradins dont nous venons
de parler.
Ces gradins étaient d'autant plus élevés qu'ils s'éloignaient d'avantage du podium j mais ils ne formaient pas toujours une seule et unique rampe. De distance en distance étaient ordinairement des paliers
qui suivaient le pourtour de l'édifìce, et auxquels communiquaient, au
moyen des escaliers intérieurs , plusieurs voûtes du rez-de-chaussée et
la plupart de celles des étages supérieurs. On appelait vomitoires les
issues de ces voûtes sur les paliers , parce que les spectateurs affluaient
par ces issues, et avaient, pour ainsi dire, Pair d'être rejetés de Pintérieur de la masse des constructions.
Ces diverses ceintures de gradins , séparées les unes des autres par
de petits paliers, étaient elles-mêmes coupées par des escaliers perpendiculaires au mur du podium, et divergens du centre k la circonférence. Cette disposition produisait différens amas de gradins, auxquels on communiquait par les petits escaliers dont nous venons de
parler. Les marches de ces escaliers étaient formées du dédoublement
des sièges.
C'était au bas de ces masses de sièges ou gradins, c'est-k-dire, dans
le plinthe ou socle qui se trouvait au-dessus de chaque palier, qu'on
plaçait , dans les théâtres , des bassins de bronze pour rendre la voix
des acteurs plus sonore.
Au-dessus des masses de gradins les plus élevées était une large
plate-forme souvent recouverte, et décorée d'une colonnade du côté
du podium. C'était lk que le menu peuple était placé , tandis que les
sièges les plus rapprochés de Parène étaient affectés aux personnes les
plus marquantes.
Nous avons indiqué Pusage de la plupart des voûtes du rez-dechaussée ; les unes étaient destinées aux bêtes , les autres servaient
d'entrée et communiquaient k diverses parties de l'édifìce. Parmi ces
dernières on distinguait les grands vomitoires , ou vomitoires proprement dits, dont le nombre, dans les amphithéâtres, variait de quaìre a deux. Ils étaient toujours entre eux k des distances parfaite-
DE VÉSONE.
21
ment égales , et toujours opposés l'un à l'autre. S'il n'y avait que
deux vomitoires dans les amphithéâtres elliptiques , ils étaient aux
extrémités du grand axe. S'il y en avait quatre , deux d'entre eux
étaient également disposés sur le petit.
Si- l'on excepte certaines galeries circulaires , les vomitoires l'emportaient , par la grandeur , sur toutes les voûtes de l'édifìce. Ils P emportaient méme par la beauté de leur construction ; et l'on ne pourra
s'en étonner si l'on considère qu'ils étaient une des parties les plus
apparentes du monument. En effet , non-seulement ils communiquaient
k presque toutes les voûtes du rez-de-chaussée, mais encore a plusieurs des escaliers par lesquels on arrivait aux gradins ; et c'est de Pafíluence des spectateurs qui sortaient lorsque les jeux étaient finis ,
que ces grandes voûtes furent appelées vomitoires.
Divers escaliers étaient pratiqués dans Pintervalle de ces principales
issues ; des voûtes de différentes grandeurs perçaient lés constructions
dans le sens du pourtour/ de l'édifìce.
Les amphithéâtres étaient trop vastes pour qu'il fût possible de les
voûter , et de mettre par ce moyen les spectateurs à l'abri de la
pluie et des rayons du soleil ; il fallut donc s'y prendre d'une autre
manière : on fit des trous symétriquement espacés dans le couronnement extérieur du dernier étage , et de grosses pierres saillantes , k
demi -percées et également, espacées , furent ajustées k une certaine
distance au-dessous (i). On établissait verticalement des pièces de bois
dans ces trous , et au moyen de celles qui étaient fixées sur le podium , et de différens cordages , on tendait des toiles , qui produisaient l'effet d'une toiture , sans exiger aucunes constructions , aucunes
colonnes, qui nécessairement auraient gêné la vue.
Telle était la disposition des amphithéâtres , de ces monumens fameux , où des peuples cruels et barbares se repaissaient de carnage
et de sang. On n'y jouissait pas seulement de l'affreux plaisir de voir
(i) Eu 1809 on voyait encore Je ces sortes de pierres sur remplacement de notre amphithéâtre :
elles provenaient des caves du couvent de la Visitation.
ANTIQUITÉS
des bêtes s'entre-déchirer , on avait encore celui d'y voir mettre en
pièces les criminels , d'y voir s'égorger entre eux , sous le nom de
gladiateurs , de malheureux esclaves , et même des hommes libres ,
qui , moyennant un salaire , ne dédaignaient pas de se vouer à la mort
22
pour les menus plaisirs des spectateurs (i).
Après avoir indiqué la forme des cirques , des naumachies , des
théâtres et des amphithéâtres , voyons ce qui reste à Vésone de ces
divers monumens.
ARTICLE I . CR — Cirque , Naumachie.
II y avait sans doute un cirque à Vésone ; mais comme les constructions de ces sortes d'édifices avaient moins d'élévation que celles des
amphithéâtres et des théâtres , elles durent -plus facilement disparaître ;
aussi n'en existe-t-il ici aucune trace connue. Seulement certains noms
de lieux du territoire pétrocorien semblent en conserver le souvenir (2). Quelque jour peut-être nous trouverons de meilleures preuves.
Quant aux naumachies , il n'est guère douteux qu'il s'en fit à Vésone , bien que peut-être aucun édifice ne fût uniquement consacré à
cet objet; car, comme nous Pavons déjà dit, les amphithéâtres servaient quelquefois au même usage, et nous prouverons bientôt que le
notre spécialement y fut destiné (3). D'ailleurs le casque athlétique
marin (4) qu'on voit sculpté dans les ornemens de la corniche de
notre temple de Neptune, est un antique témoignage que les Vésoniens. connaissaient les jeux nautiques.
ARTICLE 2. — Théâtre.
Si nous ne pouvons assigner la place du théâtre de Vésone , si nous
(1) Ce fut vers l'an 5oo de l'ère chrétienne que Théodoric , roi des Ostrogoths en Italie ,
«bolit les combats des gladiateurs.
(2) Nous trouvons en Périgord plusieurs endroits qui portent le nom de But ; ce mot , ainsi
que plusieurs autres , semble indiquer que les Pétrocoriens étaient familiarisés avec les jeux du
cirque.
(3) Voyez Farticle Amphithéâtre.
(4) Voyez le n.° i de la planche XXI. Ce monument est au Musée.
DE
VÉSONE.
23
ne voyons aucuns vestiges de ses constructions , du moins il nous reste
quelques débris de ses décorations particulières.
En effet , on sait que chez les anciens les vases étaient l'emblême
des jeux , et que souvent le nombre de ces jeux s'exprimait par celui des palmes qui sortaient de l'intérieur de ces mêmes vases. Or, il
existe ici un bas relief sur lequel est sculpté un beau vase a deux
anses. On ne peut voir , il est vrai , s'il en sortait des branches de
palmier , parce que la pierre se termine exactement où elles auraient
pris naissance , et que nous n'avons pas retrouvé celle qui continuait
l'arabesque ; mais au lieu des guirlandes qui décorent assez souvent les
anses, on y voit très-distinctement deux masques scéniques (i) suspendus par des bandelettes.
Nous avons déjà parlé d'une espèce de cippe (2) oìi sont agréablement sculptés des masques représentant les trois genres scéniques
adoptés par les anciens : la tragédie , la comédie et la pastorale (5).
Ce monument et celui qui précède ne fournissent-ils pas la preuve
indubitable qu'on célébrait des jeux scéniques à Vésone ? or , ils ne
pouvaient avoir lieu dans les cirques ni dans les amphithéâtres 3 la
forme de ces édifices ne se prêtant point à ces sortes de spectacles.
II est enfin une troisième et dernière preuve de l'existence d'un
théâtre dans notre métropole , et celle-ci ne peut offrir aucune incertitude. On a découvert en 1819 (4), et nous avons fait transporter au Musée un morceau de frise qui , par ses dimensions , annonce
avoir fait partie d'un grand édifice (5): or, les sculptures dont il est
orné ne laissent aucun doute sur sa destination. En effet , le principal
(1) Voyez le n.° 4 de la planche XIV. Ce bas relief existe dans le jardin de M. Chambon.
(2) Voyez le chapitre des gymnases , page i3.
(3) Voyez le n.° 1 de la planche XIV. Ce joli monument est au Musée.
(4) Dans la maison de M. Bardon, fils, lorsqu'on a fait la cave. Nous avons déjà parlé de
divers objets curieux que cette fouille a produits; nous pourrions en ajouter un grand nombre,
tels que chapiteaux corinthiens , chapiteaux pilastres de 4 pieds de diamètre , corniches , frises
architraves , mausolées , etc.
(5) La hauteur de cette frise est de 2 pieds 2 pouces. La longueur du morceau qui nous reste
est de 5 pieds.
a4
ANTIQUITÉS
objet de ces sculptures est un grand vase d'une forme élégante , et
de ce vase sortent deux tiges qui, s'enroulant avec grâce, suivent en
rinceaux tout çe qui reste de ce précieux fragment.
Nous regrettons que cette frise n'ait pu être gravée dans les planches de notre Ouvrage; mais elle a été découverte trop tard. Au reste.,
la perfection de sa sculpture nous apprend que le théâtre de Vésone
datait du Haut-Empire romain , et qu'il dut être d'une grande magnificence.
Sans doute même il était entièrement construit en pierres de taille ,
puisqu'il n'en subsiste aucune trace ; car le peu qui nous reste de nos
antiques monumens , c'est ce qui ne pouvait être d'aucun usage dans
les nouvelles constructions : l'amphithéatre et le temple d'Isis nous
en fournissent la preuve.
La bravoure et la fermeté des habitans de Vésone , leur répugnance à subir le joug, furent évidemment la première et principale
cause de la destruction de ces édifices. Ensuite, peut-être on se trouva
dans la pressante nécessité d'en employer les matériaux à des constructions plus importantes sous d'autres rapports ; peut-être aussi la
dureté de notre pierre de taille contribua-t-elle a cet anéantissement
général. Du moins est -il certain, qu'à l'exception d'un seul, il ne
nous reste de nos monumens antiques que ce qui était construit en
très-petites pierres.
ARTICLE 3. — Amphithéâtre (i).
L'amphithéatre de Vésone était de forme elliptique , comme presque
tous les monumens de ce genre ; il ne différait de la plupart de ceux
que l'on connaît , que par certains détails de sa disposition et de sa
construction.
(1) On voit les restes de ce monument dans le jardin de M. Fabre et dans celui de M. de Trélissac, au nord-ouest de l'église paroissiale de la Cité. Le vaste enclos dans lequel ils se trouvent enfermés avait appartenu long-temps aux comtes de Périgord; c'est dans cet enclos, sur les
ruines même de l' amphithéâtre , que ces comtes avaient leur Hútel-de-la-Rolphie , connu plus anciennement sous le nom de Chdteau-d.es-Arènes ; c'est la également que fut ensuite construit le
couvent des dames religieuses de la Visitation. Voyez les planches XII et XIII.
DE VÉSONE.
25
Cet édifice a éprouvé tant de destructions successives , qu'il ne reste
de son ensemble que fort peu de chose debout. On ne voit plus que
quelques voûtes et un petit escalier du côté du midi, un grand escalier
et quelques pans de mur au sud-est , une voûte au sud-ouest , cinq ou
six Ar oûtes et deux petits escaliers , dans la partie qui regarde le nord :
voilà tout ce qui subsiste d'un des plus beaux ornemens de notre métropole ; voilà du moins ce qui paraît sur le sol.
Mais d'où provient un bouleversement si complet ? Nous devons l'attribuer à quatre principales causes, dont la première est la situation même
du monument. En effet, placé comme le théâtre deBacchus, à Athènes,
notre amphithéâtre paraît avoir été d'abord adjacent au mur de l'enceinte qui nous servait de citadelle. II fallait donc l'attaquer lorsqu'on
attaquait la forteresse de ce côté ; et comme il dominait les fortifications , il serait possible que les Vésoniens l'eussent eux-mêmes dégradé
lorsqu'ils auraient été menacés d'un siège. D'ailleurs , nous ne pouvons
guère douter que cet édifice n'ait ensuite lui-même fait partie de la
citadelle (i); ainsi, il dut encore éprouver de nouvelles attaques et
de nouvelles destructions.
La seconde cause du bouleversement de notre amphithéâtre est la
construction du château fort de la Rolphie , que les anciens comtes
de Périgord élevèrent sur ses ruines , et les différens assauts qu'il essuya , sous cette nouvelle forme , pendant plusieurs siècles.
L'arrêt du parlement de France , qui , lors de l'expulsion des comtes ,
en i3gg, ordonna de raser leurs châteaux et leurs forteresses , est la
troisième cause de ce bouleversement (2).
(1) II parait que, dans le très Bas-Empire, on a profité des constructions de ramphithéatre , du
côté de l'ouest et du côté du nord, pour agrandir l' enceinte de la citadelle.
(2) Ce fut quelques années après l'expulsion des comtes de Périgord, c'est-à-dire en 1/(26, que
les restes du château de la Rolphie , ainsi que les ruines de l'amphithéatre , furent vendus à la
ville pour la somme de 5oo francs. Voici un extrait de la mention qui fut faite de cette vente,
sur le Livre-Noir des archives de l'hôtel-de-ville , f. n 102, v.°
Ayso qui s'ensec son las chauzas, bes , ces, rendas , justicias, senhorias , drechs , pocessious e devers qui Jurcn sobastadas, vendudas e liouradas , per las somas dejos escrichas , à mossenhor lo
mayer e aus senhors cossols de la vila et ciptat de Pereguès, per certa conússari del rey nostre
senhor, sobre ayso députât e conies, contra Archambaut , comte quijo de Peregorc , per vigor d'.una
26
ANTIQUITÉS
Enfin , la quatrième et dernière cause est la nouvelle construction
que les religieuses firent de leur couvent ; car bien que des conventions expresses ( i ) fissent à ces dames un devoir rigoureux de la
condempnacio e arrest donat en la oort de parlamen à Paris, per lo rey nostre senhor e sa dicha
eort , contra lo dick comte , e a profiech e utilitat dels diclis senliors mayor e cossols.
y Premieyramen fa sobastada segoìi forma de drech , e venduda e liourada una plassa assetiada
dedins la dicha vila, que se te am la meygo de P. de la Ribieyra , merchan , d una part et cet.,
per lo pretz de
O. U. torn.
Item , una plassa apelada la Rolfia , ont solia uver i. hostal, am la peyra e matcria de la dicha
c
plassa , e am las terras e tolas outras apertencnsas del dich hostal, per lo prêt de
V. 11. torn.
Item , etc.
(i) Lorsque, au mois de juillet i644 , la ville permit aux dames religieuses de la Visitation
d'enfermer l'amphithéatre dans leur enclos , il fut expressément défendu a ces dames de toucher
au monument ; on leur accorda seulement la permission de l'cnclorre , K o la charge de ne les
( les amphithéâtres ) démolir ny gaster , ny en oster aucunes pierres ». Les maire et consuls se réservèrent même le droit de veiller à la conservation de cet édifice , et d'y faire chaque année
une visite. Au reste , ils accordèrent alors ce qu'ils avaient refusé l'année d'auparavant ; car on
tronve dans le Livre-Vert des archives de l'hôtel-de-ville, f.° 181, r.°, la narration suivante:
u II arrivât ausi en la dicte année (i643), que les dames religieuses de la Visistation , qui
« se sont de nouveau basties dans la Cité et ont achepté divers héritages et mesmes les jardins
« qui sont dedans et es environs des emphithéatres , voulans enclorre le tout , avoient fermé le
« petit chemin par le quel on va dans lesdits emphithéatres , ce qu'aiant esté représanté en
(( un conceil des trante preud'hommes , il feut arresté que les sieurs maire et consuls , ou au« cuns d'iceus iroient faire ouvrir ledit chemin , et qu'on en empescheroit la closture , estans ,
« lesdits emphithéatres , une très-honorable merque d'ancienetté de la présent ville et cité , qui
« se perdroit avec le temps , si on permettoit qu'ils feussent enclos dans l'enceinte que les dictes
« religieuses prétendent faire. En exécution du quel arresté , deus des sieurs consuls feurent ,
» avec pleusieurs habitans, et des plus qualifiés, faire ouvrir ledit chemin. Sur quoi faut re« marquer que les jardins qui sont dans l'enclos ou jougnians à l'entour desdits emphithéatres
« sont de la fondalité et directité de la maison de ville , á laquelle la propriété desdits em« phithéatres apartient
comme est porté par les
« recongnoissances par lesquelles il est dit que lesdits recongnoissans ne pourront desmolir ,
« gaster ni destériorer lesdits emphithéatres ; que si par injure du temps quelque partie venoit
« à se desmolir et tumber de soi-mesmes , que les pierres et matériaus en apartiendront à la
« maison de ville ».
II est donc évident que depuis l'année 142G les constructions de l'amphithéatre ne cessèrent
jamais d'appartenir a notre cité , et lui appartiendraient encore quand même on n'aurait fait
aucune réserve lorsqu'on a vendu le couvent; mais, à cette dernière époque, on est entré,
daprès les sollicitations de MM. de Puyabry et Chambon , dans de nouveaux détails à ce sujet.
Voici un extrait de l'acte de vente :
La communauté des cyd. filles de la Visitation. (Voy. le N.° 467, vol. 5^, fol. 4',
archives de la préfecture).
« Et par suite de la séance du dix-sept germinal ( an 3 ) , il a été fait criée de la maison ,
« enclos des cyd. religieuses de la Visitation , situés commune de Périg., au lieu de la Cité.
DE VÉSONE.
i
7
conservation du monument , elles n'en ouvrirent pas moins dans ses
antiques masses de nombreuses carrières , sans que l'autorité songeât
à réprimer cet abus.
C'est ainsi que notre amphithéâtre , un des plus vastes édifices de
Vésone , a presque entièrement disparu.
Dans Tétat où il est maintenant , il était difficile d'en trouver les
véritables proportions ; aussi les auteurs du Mémoire Féodal (i) de la
ville de Périgueux en donnent-ils un plan et une élévation absolument
idéals et arbitraires. Cependant , depuis quelques années , plusieurs personnes se sont occupées d'en déterminer les dimensions. Feu M. Messia
de Prado, mathématicien distingué (2), en avait déjà levé, en i8o5,
une espèce de plan ; mais que d'erreurs il avait commises ! II croyait
même que les axes des voûtes existantes tendaient tous à un seul centre,
d'où il avait conclu , sans autre examen , que l'édifice était circulaire.
Un autre mathématicien non moins distingué (3), adopta quelquesunes des premières erreurs ; mais il reconnut que le plan de cet édifice
formait une ellipse.
Son successeur (4) a donné dans d'autres méprises, résultantes la plupart de l'état de dégradation où se trouve le monument et de la hauteur des terres qui l'encombrent. II ne restait donc qu'un seul moyen
« Dans cette vente , etc.
« L'acquéreur sera obligé de conserver le monument qui est dans le milieu de l'enclos , et ne
« pourra aucunement le détruire. II sera obligé de fournir l'entrée dans ledit enclos , pour pro« curer aux curieux le spectacle de ce monument ; et dans le cas prévu où cette condition lui
« sera onéreuse , il pourra circonvenir ou entourer ce même monument d'une muraille de sept
« pieds de hauteur , et laisser un chemin de huit pieds de largeur, du côté du nord, qui abou« tisse au chemin situé au nord dudit enclos ; il fera également pratiquer une porte dont la clef
« sera déposée à la municipalité. La muraille qui entourera le monument , sera éloignée de huit
« pieds du fondement et sera entretenue à ses frais. Etc. »
(1) Voyez la planche jointe au Mémoire.
(2) Membre de Hnstitut de Bologne et de l'Académie de Naples , sa patrie. II était professeur
de mathématiques transcendantes à notre collège , en i8o5.
(3) M Vicat, ingénieur des ponts et chaussées, employé maintenant a la construction du pont
de Souillac , sur Dordogne. C'est d'après le travail de cet ingénieur que nous avons fait graver
notre planche XII. II est fâcheux que ce travail ne soit pas exact.
(4) M. Bétourné , qui est venu ici après M. Vicat , en qualité d'ingénieur des ponts et chaussées.
28
ANTIQUITÉS
d'avoir des mesures exactes , d'obtenir quelque cliose de certain sur
l'ensemble et sur les détails de notre amphithéâtre ; c'était de le dégager des terres et des débris qui le dérobaient à la vue , ou du moins
de faire des fouilles partielles sur les principaux points de son arène
et de ses constructions.
Mais ces fouilles étant trop dispendieuses pour des particuliers , les
autorités nous ont accordé les moyens de les faire (i) pendant plusieurs
mois (2). Nous allons rendre un compte exact des résultats qu'elles
ont produits.
Première fouille. — Le Musée des Antiquités de Vésone est placé ,
comme nous Pavons déjà dit , dans le vomitoire du nord de l'amphithéatre. C'est du seuil de la porte de ce Musée que partent tous les
niveaux que nous avons pris ; c'est aussi devant cette porte que nous
avons commencé nos fouilles (3).
Pour faire ces fouilles avec plus de succès , nous avons ouvert la
tranchée à 53 pieds de la clôture du Musée , et nous Pavons dirigée
non vers le centre du vomitoire , mais au pied - droit ou massif qui
soutient la retombée de la voûte du côté de l'est (4). Par cette opération , nous ne pouvions manquer de retrouver le fondement des constructions extérieures ; il était même probable que nous découvririons
quelques débris de la façade du monument , et qu'ainsi , peut-être ,
nous connaîtrions les différens ordres dont elle était décorée.
La tranchée avait environ dix pieds de large , outre deux embranchemens de 7 ou 8 pieds de long, qui lui donnaient la forme d'une croix;
(1) M. le comte Constant de Cintré, préfet du département de la Dordogne, et M. Gratien
Lepère, ingénieur en chef, ont bien voulu nous fournir des ouvriers de râtelier de charité.
(2) Ces fouilles ont été commencées au mois de mars 1821 , et se sont terminées dans le mois
de juin suivant.
(3) M. de Mourcin a eu la complaisance de m'aider à diriger ces fouilles : il y a mis son zèle
accoutumé et une intelligence parfaite. ìl a pris lui-même , seul ou avec M. Lepère , tous les
niveaux et toutes les mesures.
(4) Comme il nous est impossible de connaître tous les détails de construction du monument
qui nous occupe , nous croyons devoir donner le résultat de nos fouilles , en attendant que des
travaux plus considérables mettent ii découvert quelques autres parties ou la totalité de cet édifice.
DE VÉSONE.
2g
elle était creusée dans un terrain qui est composé de diverses couches,
toutes plus ou moins inclinées, et s'abaissant toujours a mesure qu'elles
s'éloignent des constructions.
Après avoir enlevé une légère croûte de terre végétale, nous avons
trouvé une épaisse couche de glaise dans laquelle on distinguait des
pierres brutes et quelques débris de poterie ; elle commence à environ 1 5 pieds de la porte du Musée , et se continue , avec une épaisseur de 8 ou g pieds , presque jusqu'à Pextrémité de la fouille , où
elle forme un talus en pente rapide. Ce talus était sans doute celui
du fossé des fortifications qu'on avait faites, dans le moyen âge, sur
les ruines de l'amphithéatre.
Nous n'avons point cherché à connaître les dimensions de ce fossé;
nous nous sommes arrêtés sur le bord , et là nous avons trouvé le
rocher à 8 pieds de profondeur, c'est-à-dire, à environ i5 pieds 5 p.
au-dessous de notre niveau.; car les terres sont , dans cet endroit , de
7 pieds et quelques pouces moins élevées que le seuil de la porte
actuelle du vomitoire.
Ce n'est qu'à Pextrémité de la fouille , et dans l'espace d'environ
6 pieds , que la glaise descend jusqu'au rocher ; partout ailleurs elle
recouvre des débris , ce qui annonce que le fossé est postérieur à la
destruction de Pédifice.
Ces débris forment eux-mêmes diverses couches qui , d'abord trèsminces , s'épaississent à mesure qu'elles se rapprochent des constructions , et finissent par monter jusqu'à la surface du sol , dans l'espace
des i5 pieds qui se trouvent entre Pextrémité de la couche de glaise
et la clôture du Musée.
Parmi ces débris , on distingue une grande quantité de pierres brisées, des os , du charbon et des cendres. Nous y avons trouvé aussi
quelques fragmens de décorations dont nous parlerons bientôt. Mais
voyons d'abord les diverses constructions que cette première fouille
nous a fait connaître.
Les pieds-droits ou massifs qui supportent les retombées de la voûte
3o
ANTIQUITÉS
du vomitoire, se prolongeaient de 12 pieds 3 pouces au-delà des constructions en petites pierres, et étaient formés, dans toute cette étendue,
de longues pierres de taille. Nous avons retrouvé les quatre premières
assises de l'un de ces pieds-droits ; elles s'élèvent encore de 6 pieds
6 pouces et quelques lignes au-dessus du rocher qui leur sert de base.
Cette construction est même assez remarquable , en ce que les pierres
en sont d'un échantillon d'autant plus fort , qu'elles sont employées
dans des assises plus élevées. En effet , la première assise a environ
10 pouces de hauteur , la seconde un pied et quelques pouces, et ainsi
des autres (1).
Quant au rocher sur lequel est posé le pied-droit que nous avons
retrouvé du côté de l'est , il est à 1 3 pieds 5 pouces au-dessous de
notre niveau; c'est-à-dire, qu'à l'entrée du vomitoire, il est de 2 pieds
plus haut qu'à Pextrémité de la souille.
Le pied-droit dont nous venons de parler a 7 pieds 4 lignes d'épaisseur ; il forme Pintervalle du vomitoire à une petite voûte dont la
largeur est de 4 pieds 4 pouces 6 lignes.
Le second pied-droit de la petite voûte, formant Pintervalle de cette
voûte à celle de l'escalier, n'a que 4 pieds 5 pouces d'épaisseur; du
reste , il est parfaitement semblable au premier.
Les marches du bas de l'escalier ayant été enlevées , il ne reste
plus que les masses de mortier sur lesquelles on les avait placées. Ce
qu'il y a de très-remarquable, c'est que ces masses de mortier, et par
conséquent les marches elles-mêmes, prenaient naissance juste, et sans
aucune espèce de palier, à Paplomb extérieur des pieds-droits de cette
troisième voûte ; d'où nous devons conclure que ces pieds-droits ne
faisaient pas partie de la véritable façade de Pédifice, mais qu'il existait
plus extérieurement une galerie en portiques qui en décorait le premier
étage. >-
(1) Cette construction est faite à sec, comme presque tout ce que les Romains bâtissaient en
très-grosses pierres ; mais les joints en sont si bien faits que, dans quelques endroits, on a de
la peine á les distinguer.
DE VÉSONE.
3!
Nous n'avons trouvé debout , il est vrai , aucune partie de cette construction extérieure ; mais , a peu de distance de l' extrémité de la fouille,
le rocher semble avoir été taillé et nivelé pour la recevoir. Nous donnerons bientôt une autre preuve de son existence.
L'entrée de la petite voûte contiguë au vomitoire , du côté de l'est ,
est fermée d'un double rang de grosses pierres de taille , et il doit en
être de même de la voûte opposée ; mais bien que cette clôture remonte
à l'empire romain , elle est postérieure à la construction du monument.
Sans doute elle fut faite lorsqu'on voulut le faire servir a la défense
de la citadelle.
Contre cette clôture de la petite voûte, mais sans aucune liaison
avec elle , commence un mur circulaire de 6 pieds 6 ou 7 pouces d'épaisseur , et dont il ne reste que deux assises ; c'est la base d'une tour
dont le centre serait à 5 pieds ou environ de la porte de notre Musée.
Cette tour, dont le diamètre est d'environ 46 pieds, est évidemment
postérieure à la clôture des deux petites voûtes , et cependant il parait que c'est encore un ouvrage des Romains. En effet , les pierres en
sont posées à sec , et se trouvent parfaitement jointes dans toute l'étendue de leur lit de pose, tandis qu'elles ne le sont que par les vives
arêtes sur les côtés (1). D'ailleurs, ce ne fut qu'après la destruction
totale de cette tour que l'on fit le fossé dont il a déjà été question ,
puisque les terres de ce fossé en recouvrent les restes (2).
Au surplus, la destination d'une tour bálie sur l'amphithéatre , dont
(1) Comme M. de Mourcin avait remarqué cette manière de construire, qui peut-élre avait
quelques avantages dans les fortifications , nous avons l'un et l 'autre examiné de nouveau , avec
grand soin , presque tout ce qui nous reste de monumens romains où les grosses pierres se trouvent employées , et nous nous sommes en effet convaincus que ces pierres sont tellement concaves, que souvent, dans le milieu, elles sont éloignées Tune de l'autre de plus de 5 pouces,
mais toujours au moins d'un ou de deux. Aussi, lorsque le parement de ces mêmes pierres a
souffert des injures du temps, et que les vives arêtes sont éclatées, la construction offrc-t-elle
de nombreuses ouvertures, semblables à de larges crevasses, quoique les fondations n'aient nullement travaillé.
(2) Ces fossés furent sans doute l 'ouvrage des comtes de Périgord ; peut-ètre furent-ils creusés
dans le 12.° siècle , lorsque Bozon fit construire une grande tour dont nos légendaires vantent
la beauté , mais qui ne' peut être celle dont nous avons retrouvé les restes.
52
ANTIQUITÉS
elle ferme une des principales issues , ne peut être incertaine ; il est
évident que, dans le très Bas-Empire, cette tour fut ajoutée comme
pièce de fortification.
Pax^mi les objets que nous avons retirés de cette fouille , se trouvent :
i.° Deux blocs de colonnes lisses qui proviennent sans doute des
étages supérieurs du monument (i). Ils étaient placés droits, en avant
des constructions en grosses pierres, à environ 9 pieds de profondeur,
où ils maintenaient des terres très-compactes , qui paraissaient former
le sol d'une espèce de petite forge a bras.
2° Deux morceaux de corniche que leur forme trapézoïde indique
avoir appartenu à un édifice circulaire ou elliptique. II est évident qu'ils
proviennent du premier étage de notre amphithéâtre.
5.° Un gros fragment d'architrave, également de forme trapézoïde.
4-° Un voussoir de portique , avec le profil de l'archivolte.
5.° Un fragment de base et. de fût. de colonne qui, par ses grandes
proportions , semble aussi avoir appartenu au premier étage du .monument (2).
6° Enfin , plusieurs médailles antiques et une clef du moyen âge.
Seconde fouille. — Après avoir nivelé les différentes constructions
que nous avions retrouvées , et en avoir pris les mesures , nous avons
transporté l'atelier du coté de l'arène ; et là , pour suivre notre système , nous avons encore pris le grand axe pour guide ; ainsi c'est près
du grand axe , du côté de l'est , à 60 et quelques pieds de Pextrémité
du Musée , que notre seconde souille a été commencée.
Cette seconde fouille a été d'autant plus longue et pénible, qu'il
fallait creuser à une profondeur considérable ; aussi n'avons-nous point
fait une seule et unique tranchée , parce que les terres se seraient trop
£1) Ces blocs ont i pied 6 pouces de diamètre.
(2) Tous ces objets appartiennent à Tamphithéatre et sont déposés au Musée.
DE VÉSONE.
35
facilement éboulées ; nous nous sommes bornés , au contraire , à faire
différens trous carrés, d'environ 12 pieds de large, très-rapprochés
les uns des autres et suivant la même direction.
Dans la première de ces excavations , et à 20 pieds de profondeur,
nous avons reconnu le sol de l'arène, qui se compose d'un sable gras (1)
formant une couche de deux pieds d'épaisseur, au-dessous de laquelle
est un lit de recoupe de pierres.
Ce lit de recoupe de pierres, moins épais de moitié que la couche de
sable gras , se trouve posé sur un roc entièrement taillé et applani
de main d'homme , et dont la surface est à 22 pieds 6 pouces au-dessous
de notre niveau , c'est-à-dire , à 9 pieds 1 pouce plus bas que le sol de
l'entrée du vomitoire.
Cette première excavation ne nous ayant d'ailleurs rien fait connaître
parce qu'elle avait été faite beaucoup trop avant dans l'arène, nous en
avons pratiqué , sur la même ligne , une seconde , qui , quoique plus
rapprochée des constructions , ne nous a pas produit des résultats
beaucoup plus heureux ; elle nous a seulement procuré l'avantage de
pouvoir vérifier nos niveaux , et nous assurer que le sol de l'arène était
partout le même.
Si les deux premières excavations de notre seconde fouille n'ont
produit que peu de résultats, il n'en est pas de même de la troisième,
que nous avons faite près de la seconde , toujours dans la même direction ; car cette dernière a réussi au-delà même de nos espérances. En
effet , elle a mis à découvert le mur du podium que nous craignions
de ne pas trouver debout , et sans lequel nous ne pouvions , pour ainsi
dire, rien déterminer.
Le parement de ce mur , du côté de l'arène , est à 54 pieds 3 pouces
6 lignes de la voûte du Musée , et , par conséquent , à 98 pieds 6
pouces 6 lignes de Paplomb extérieur des constructions en grosses
pierres qui formaient l'entrée du vomitoire ; car nous avons 64 pieds
(1) Nous en conservons au Musée.
5
34
ANTIQUITÉS
3 pouces de ces mémes constructions à Pextrémité de la voûte dont
nous venons de parler. Ainsi nous commençons à connaître Pétendue
du plan où se trouvaient les gradins ; ainsi nous pourrions déjà calculer les rangs de ces mêmes gradins dans tout le pourtour de Pédifice.
Le mur dont il est ici question a 5 pieds io ou ìi pouces dépaisseur , et il en aurait davantage si son parement de Pintérieur n'eût pas
été dégradé ; quant a sa hauteur , elle est encore de 4 pieds 9 pouces
et quelques lignes. Du côté de l'arène , il offre un soubassement de
2 pieds 5 pouces 6 lignés de haut , sur g pouces £> lignes de saillie ,
et qui paraît s'être terminé en forme de doucine.
A 2 pieds 1 pouce g lignes au-dessus de ce soubassement commence
une espèce de plinthe de 6 lignes d'épaisseur ; peut-être déterminaitelle la naissance des cintres des arcades. Enfin , un avant-corps de 8
pouces 6 ligues de saillie, vers l'arène, sur environ 18 pieds 6 pouces
de large , est placé sur la même ligne que le vomitoire , et complète
Pordonnance du podium.
Toutes ces constructions sont en grosses pierres de taille , et se
trouvent entièrement sondées sur le roc ; mais ce qu'elles offrent de
plus remarquable, c'est le canal qu'elles recèlent. En effet , c'est dans
le massif de ces mêmes constructions, et immédiatement sur le rocher,
que nous avons retrouvé le conduit destiné à recevoir les * eaux de
pluie qui tombaient sur les diverses parties du monument. Le cours
de ce conduit , dont la «apacité est de 1 pied g pouces de haut , sur
2 pieds 3 pouces de large, suit le podium dans tout son pourtour, et
offre une pente sensible du côté de l'ouest. De plus petits conduits ,
placés à 4 ou 5 pieds de distance l'un de l'autre , portaient leurs eaux
dans cet égoût principal, qui lui-même, a son tour, les déchargeait
dans un vaste cloaque.
La partie de rocher sur laquelle est fondé le mur du podium est à
2 pieds 6 pouces au-dessus du bassin de l'arène ; d'où il résulte que
ïe sable se trouve d'environ 6 pouces plus élevé que la base des
constructions.
DE
VÉSONE.
35
Le fond de l'égoût était donc ici un peu plus bas que le sol de
l'arène , bien que depuis long-temps les eaux coulassent à un niveau
supérieur , ayant déjà laissé sur leur passage une épaisse couche de
limon (i).
Au nord du canal , nous avons trouvé , dans l'espace de 2 pieds , le
rocher presque au même niveau que sous les constructions ; ensuite
il s'élève de 2 pieds dans la direction du vomitoire , et de quelques
pouces seulement vis-à-vis la petite voûte contiguë. Nous désirions
beaucoup de savoir si la principale élévation du rocher continuait toujours vers le nord, ou si elle s'arrêtait à une petite distance; mais
comme les terres étaient d'autant plus élevées que nous avancions de
ce coté , et que jnous aurions perdu beaucoup de temps à commencer
un nouveau déblai, nous nous sommes bornés à faire, le long de cette
élévation , une petite galerie souterraine en forme de mine.
Au moyen de cette galerie souterraine nous avancions directement
vers la petite voûte , lorsque tout-à-coup un trou profond s'est offert
à nos regards : c'était un puits entièrement creusé dans le roc et recouvert, à 2 pieds au-dessus , d'énormes pierres de taille sur lesquelles
«ont profilées quelques moulures. Les deux différens niveaux de rocher que nous avons reconnus à l'entrée de la mine se distinguent
encore près de l'ouverture de ce puits, seulement ils s'y trouvent
plus élevés, le plus bas de 16 pouces, et l'autre de 3.
Le centre de ce même puits est à í3 pieds , du grand axe de l'amphithéatre , et à 20 pieds de l'arène, à partir de l'avant-corps du mur
du podium (2). Sa largeur est de 3 pieds 3 pouces ; quant à sa profondeur , elle doit être considérable ; mais nous ne pouvons la déterminer, parce que nous n'avons pu enlever entièrement les terres et
s
.
:
>■......
.
-
.■
(1) Cette couche de limon a plus d'un pied d'épaisseur. Comme le mur du podium est considérablement détérioré , il nous a été facile d'arriver aux grosses pierres qui forment les parois du
canal, et, après avoir soulevé une des dalles qui le recouvrent , nous en avons déblayé une petite portion , et en avons rotiré quelques objets curieux que nous décrirons aux pages 3; et 66.
(2) Comme nous étions extrêmement gênés pour prendíe ces mesures, 'il pourrait y avoir erreur
de quelques pouces.
.. ...... ..
Biiiq UÏUOIM .......
56
ANTIQUITÉS
les débris qui l' encombrent , et qui d'abord s'élevaient à une si grande
hauteur qu'il ne restait que 7 ou 8 pieds de vide, y compris 18 pouces
d'eau. II s'agissait d'óter ces terres et ces débris, et nous désirions ardemment d'en venir à bout , dans l' espérance , si nous arrivions jusqu'au fond , de trouver quelques médailles , quelques outils , quelques
ustensiles de ménage (1) ; mais les travaux devenant de plus en plus difficiles , nous avons été obligés de nous arrêter à 20 pieds au-dessous de
la surface du roc. On concevra , en effet , la difficulté et la lenteur d'un
pareil curage, si l'on considère qu'il fallait d'abord descendre dans un trou
de- 25 pieds de profondeur, suivre, pendant l'espace de 10 pieds, une
galerie basse de cerveau et fort étroite, ensuite s'enfoncer à 20 pieds
au-dessous, dans un puits de 5 pieds et quelques pouces de diamètre,
où l'on se trouvait dans l'eau et dans la boue : seulement quelques
pas, creusés des deux côtés, de distance en distance, facilitaient un
peu la descente.
Au reste , il nous paraît presque évident que le puits que nous venons de décrire ne remonte point a l'empire romain , et qu'il ne fut
jamais destiné aux besoins de l'amphithéatre. Non-seulement sa position nous l'indique , mais nous en trouvons la preuve dans la petite
construction qui entoure son ouverture. En eífet , cette construction,
haute de 1 pied et demi
à 2 pieds , annonce s'être élevée davantage ,
et ce n'est pas une margelle , puisqu'elle n'a point de parement extérieur ; c'est donc un revêtement , une espèce de chemise qui remontait l'ouverture du puits au-dessus des ruines de Pédifice. Les pierres
qui forment ce revêtement ont 2 pouces de hauteur , et
pouces jusqu 'à 1 pied de
depuis
5
large , ce qui nous semble indiquer une
construction du io. e ou n. e siècle (2).
Les objets que nous avons retirés de notre seconde fouille sont :
i.° Une pierre
de 4 pieds et quelques pouces de long. C'est une
(1) Quoique nous n'ayons pu descendre jusqu'au fond du puits, nous en avons retiré quelques
objets dont nous parlerons bientôt , mais qui ne sont pas d'une haute importance.
(2) Quant à la destruction de ce puits, elle ne peut remonter à une époque bien reculée,
puisque parmi les divers objets que nous en avons retirés, il se trouve quelques ustensiles du
moyen âge, et quelques pièces de monnaies encore plus récentes.
m
DE VÉSONE.
37
portion de petite corniche dont les moulures , bien que fort dégradées, paraissent être d'un bon style (i). La forme rectiligne de ce
fragment prouve qu'il appartenait a l'avant-corps du mur du podium ,
et c'est contre cet avant-corps qu'il a été trouvé.
a. 0 Un fragment de carreau en marbre fond blanc taché de rouge.
L'épaisseur de ce fragment (2) nous semble faire connaître qu'il provient d'un rez-de-chaussée, et la forme trapézoïde qu'indiquent deux
de ses cotés prouve qu'il a fait partie du pavé d'une galerie circulaire.
3.° Un petit ornement en bronze, du poids de demi-livre, offrant
d'un côté une douille avec son colerin , et de l'autre une espèce de
groin de sanglier appuyé sur les deux pattes de l'animal. Le tout
ensemble a 2 pouces 6 lignes de long, sur 1 pouce d'épaisseur, et g
lignes de large à la naissance du groin. Le diamètre de l'entrée de la
douille est de 6 lignes. Ce bronze , trouvé dans le canal du mur du
podium , a dû être emmanché à une perche , et probablement cette
perche servait aux joutes dans les naumachies.
4° De larges morceaux de très - minces plaques de cuivre ajustées
ensemble , et qui peut-être faisaient partie de quelques cuirasses également utiles aux jouteurs. Ces débris ont été trouvés près du mur
du podium , du côté des constructions.
5.° Cinq épingles en os , dont le travail grossier ne semble guère remonter au haut, empire romain. Une seule de ces épingles est entière ;
sa longueur est de 3 pouces 10 lignes. Les autres ne paraissent pas avoir
été moindres , et toutes offrent dansí leur tête quelque variété ; car les
unes ont cette partie très -alongée et les autres l'ont ronde; il en est
même qui l'ont un peu écrasée ou aplatie par le bout. Ces petits
objets, qui sans doute servaient à la coiffure des femmes , ont été
trouvés , l'un dans le canal du mur du podium , et les autres dans le
puits dont nous avons parlé.
(1) Cette portion de corniche, très-détériorée , forme maintenant l'appui de la petite fenêtre
du Musée ; elle a près de 5 pieds de long.
(2) Ce fragment a 2 pouces d'épaisseur.
ANTIQUITÉS
6.° Des bois de cerfs et quelques osseinens qui paraissent avoir
appartenu a des bêtes féroces.
38
7. 0 Un grand nombre de íragmens de briques et de poteries romaines, plusieurs traits, et une lampe du moyen âge.
8.° Enfin, des médailles antiques, dont quelques-unes sont assez bien
conservées.
Troisième fouille. — Avant de quitter le nord de Pampnithéatre
nous avons fait une troisième fouille assez près de la seconde , et
immédiatement à Pextrémité du vomitoire. Dans ce travail, non-seulement nous avions pour but de connaître les constructions qui terminaient cette grande voûte du côté de l'arène , mais nous désirions
aussi de former le saut de loup qui maintenant éclaire et assainit notre
Musée.
A peine avions nous creusé à 5 ou 6 pieds de profondeur du côté
de l'est , que de grosses pierres de taille , encore dans leur assiette ,
se sont offertes a nos regards : c'étaient les constructions que nous voulions connaître. A Pouest elles se trouvent beaucoup plus dégradées,
et n'ont pas la même élévation ; du reste elles sont parfaitement semblables.
Ainsi les grosses pierres font ici , comme a la partie extérieure de
Pédifice , le revêtement de la masse des constructions , qui n'est partout qu'en petites pierres ; mais elles sont employées de ce côté avec
plus de réserve, puisqu'elles n'offrent que 4 pieds 10 pouces d'épaisseur depuis cette masse de constructions jusqu'à leur parement da
côté du mur du podium. Les deux pieds-droits qu'elles forment sont
à la distance de i3 pieds 3 pouces 8 lignes l'un de l'autre , et déterminent ainsi la largeur de la porte d'un grand vestibule dont nous
aurons occasion de parler. Ce qu'il y a de singulier , c'est que Ces
grosses pierres 11e se lient, avec les petites pierres et le blocage, que
par une languette sadlante de 2 pouces et large de 8 , qui suit le contour de la voûte à 7 pouces du parement de son intrados.
Comme notre troisième fouille n'avait qu'une quinzaine de . pieds de
DE VÉSONE.
39
profondeur, nous n'en ayons retiré que peu d'objets curieux. Les seuls.,
qui soient remarquables , ce sont quelques débris de moulures et deux
pierres de balistes, dont l'une a 1 pied 5 pouces 6 lignes de diamètre.
Quatrième fouille. — Notre première fouille nous avait fait connaître
l' extérieur de Pamphithéatre, du côté du nord; les deux autres avaient
mis à découvert le mur du podium et Pextrémité du vomitoire ; elles
nous avaient procuré les moyens de prendre des niveaux exacts , et
avaient oífert a notre réflexion une foule de détails précieux sous plusieurs rapports. Ainsi était déterminée Pépaisseur des constructions ;
ainsi se trouvait fixé le commencement de l'arène. II nous suffisait donc
de trouver au midi quelques points semblables à ceux que nous avions
reconnus du côté du nord , pour avoir la longueur totale de Pédifice ;
et comme la direction du grand axe était fixée (1), il était facile d'établir
la quatrième fouille, malgré le mauvais état des constructions.
C'est à la brèebe de Pextrémité intérieure du vomitoire, sur le
pied-droit ou massif qui soutient la retombée de la voûte du côté de
Pouest , que nous avons commencé la tranchée ; et à peine quelques
pieds de terre étaient-ils enlevés , que nous avons aperçu un arrachement semblable à celui qui termine la voûte du Musée. Cet arrachement,
qui est éloigné de celui du nord de 268 pieds 1 pouce 7 lignes , est
à environ 10 pieds du mur qui sépare le grand jardin de la propriété
voisine (2).
Si nous eussions voulu nous borner a la mesure du grand axe, c'était
assez de cette découverte ; mais nous désirions connaître des détails ,
nous voulions vérifier nos niveaux et nous assurer si les constructions
du midi étaient en tout pareilles a celles du nord. Nous avons donc
été forcés de continuer notre travail , et nous allons en faire connaître
le résultat.
Deux larges trous ont été creusés , l'un comme nous venons de le
dire , directement sur le massif ou pied-droit qui soutient la retombée
(1) Quelques ingénieurs s'étaient trompés pour la direction du grand axe ; mais au seul aspect
des localités , M. de Mourcin a reconnu l'erreur.
(a) C'est-à-dire , du jardin de M. de Trélissac.
*
4o
ANTIQUITÉS
de la voûte du vomitoire , l'autre près du mur du podium. Le premier
n'était pas seulement destiné à nous faire découvrir Pextrémité de la
voûte, il devait aussi nous procurer Pavantage de connaître une foule
de détails précieux. Le second devait nous faciliter les moyens de vérifier les mesures et les niveaux.
La construction en grosses pierres qui termine ici le vomitoire est
pareille à celle que nous avons reconnue au vomitoire du nord ; seulement elle a 2 pouces de plus d'épaisseur. Ainsi , le grand axe de
l'arène est de 199 pieds 6 pouces 7 lignes, et, par conséquent, celui
de Pédifice est, d'après les seules constructions que nous avons retrouvées , de 3g6 pieds 7 pouces 7 lignes.
Le rocher qui sert de base a Pextrémité du pied-droit de la voûte
est à 16 pieds 11 pouces au-dessous de notre point de nivellement. A
10 pieds 2 pouces au-dessus du rocher, du côté du vomitoire, est une
corniche de 10 pouces d'épaisseur, et à 2 pieds 3 pouces plus haut
finit la construction ; la dernière assise est recouverte d'environ 6 pieds
de teire.
Cette construction en grosses pierres forme , comme nous Pavons
dit , Pextrémité de l'un des pieds-droits qui soutenaient la retombée de
la grande voûte , et comme elle sépare cette grande voûte de celle
qui lui est contiguë, elle offre trois divers paremens.
Du côté de Pest , elle a , dans toute sa hauteur , une saillie hors
d'oeuvre , de g pouces trois lignes d'épaisseur , ce qui rétrécit d'autant
la porte du vomitoire. Cette saillie, en forme de pilastre de 3 ou 4
pieds de large , est surmontée d'une corniche dont les moulures sont
presque entièrement détruites , et dont nous avons déjà fixé la hauteur.
C'est contre cette corniche qu'en commence une seconde qui suit Pinclinaison de la voûte du vomitoire vers l'extérieur de Pédifice.
Du côté du nord, la construction offre également une saillie; c'est
un véritable pilastre d'environ 1 pouce d'épaisseur, sur 2 pieds 1 pouce
7 lignes de large , et dont le chapiteau est composé d'un cavet , d'une
doucine et d'une autre moulure presque détruite , qui paraît avoir été
un abaque avec son petit couronnement. Ces diverses moulures sont
DE VÉSONE.
4}
séparées par les réglets convenables. Au-dessus de ce chapiteau commence un arc-doubleau d'un pied 8 pouces de large , et qui annonce
S 'être élevé a une dixaine de pieds de hauteur.
Vers l'ouest est la porte qui termine la petite voûte ; elle est séparée
de celle du vomitoire par un massif de 5 pieds 6 pouces 6 lignes d'épaisseur ; sa forme est carrée , sa hauteur est de 1 1 pieds , sa largeur
de 3 pieds 9 pouces. Sa corniche de l'intérieur est assez semblable
au chapiteau dont nous avons donné la description ; et à 2 pieds 7
pouces 6 lignes du parement extérieur du pied-droit est une feuillure
d'un pouce de profondeur. Une architrave de 11 pouces 3 lignes de
haut , et dont les fasces sont en talus , décore cette porte du côté
du nord , et est elle-même surmontée d'une petite corniche fort dégradée , mais dont le profil paraît être d'un bon style.
Le sol du vomitoire et celui de la petite voûte adjacente sont au
même niveau et ont une égale pente du coté de l'arène ; mais les
parois de ces mêmes voûtes offrent des différences qu'il est bon de
remarquer ; car bien que les petites pierres qui les forment soient àpeu-près de même grandeur partout , elles n'ont pas toutes été appareillées avec le même soin , elles ne sont pas toutes posées avec une
égale recherche. En effet , dans la petite voûte , comme dans la plupart
des autres parties de Pédifice , elles laissent entre elles un intervalle
garni de mortier, tandis que dans les vomitoires à peine on aperçoit
leurs joints, tant les vives arêtes sont affilées (1).
La largeur de ces pierres est d'environ 3 pouces 8 lignes et demie,
et leur hauteur de 3 pouces 3 lignes. Sur leur parement ont été figurées,
à la pointe, des losanges concentriques qui produisent un assez bon
effet.
La petite voûte n'offre rien de remarquable du coté de Pest ; mavs
(1) Cette manière d'ajuster les petites pyramides tronquées est analogue à la construction en
grosses pierres dont nous avons parlé à la page 3i ; car pour mieux faire joindre les vives arêtes
on avait le soin de ne jamais faire avancer le mortier jusqu'au parement ; de manière qu'il restait
entre ce mortier et la base des pyramides , un espace vide d'environ 2 pouces de long sur quel.ques lignes dans sa plus grande largeur.
6
42
ANTIQUITÉS
dans la paroi de l'ouest on distingue trois cordons de briques d'environ
i pouce 9 lignes d'épaisseur, et dont on ne voit pas bien la destination. Le premier est à 7 pieds au-dessus du sol , le second à 1 pied
i pouce plus haut , et le troisième à g pouces au-dessus du second.
Ces cordons commencent près de la construction en grosses pierres,
mais nous ne les avons suivis que l'espace de 5 ou 6 pieds.
Un petit conduit , également formé de briques , est à 1 pied 3 pouces
au-dessous du premier cordon , et à un pied 4 pouces ou environ de
la feuillure de la porte dont nous avons parlé. Sa capacité est d'abord
d'un pied de haut sur g pouces de large, mais elle va toujours en diminuant à mesure qu'il s'éloigne. Du reste , ce conduit , qui offre une
pente rapide vers la petite voûte, commmence en se dirigeant à l'ouest
et se replie ensuite presque entièrement vers le nord. L'épaisse couche
de limon qui recouvre son lit indique son usage : il était évidemment
destiné a porter les eaux des constructions supérieures dans le canal
du podium.
Enfin , le cintre de la petite voûte est , comme celui du vomitoire ,
presque entièrement détruit du côté de l'arène ; mais on distingue sa
naissance à environ 6 pieds 6 pouces au-dessus de la porte carrée dont
nous aA7 ons donné la description.
Nous aurions désiré de continuer notre excavation vers l'ouest ; mais
une construction du moyen âge a arrêté nos travaux : c'est un gros mur
solidement bâti , qui commence près de la porte de la petite voûte ,
et qui, après s'être dirigé vers le nord l'espace de 14 pieds, revient
en retour d'équerre du côté du levant.
C'est contre ce mur et vis-à-vis la petite voûte que le second trou
a été creusé ; mais nous n'avons pu voir les constructions du podium ,
parce que les fondemens de la communauté les ont entièrement détruites. Quant au rocher qui leur servait de base , il est k 20 pieds
au-dessous de notre niveau , comme du côté du nord.
Resserrés entre deux murs , nous désespérions de trouver rien de
remarquable, lorsque, voulant pousser une mine du côté de l'ouest,
/
DE
VÉSONE.
45
nous avons aperçu une.construction en petites pierres pareilles à celles
des vomitoires.
Le parement de cette construction est à i5 pieds 2 pouces du grand
axe 5 il se dirige du nord au sud , et offre une espèce de plinthe de
1 pouce de saillie sur 2 pieds 5 pouces de hauteur.
A 8 pieds 10 pouces au-dessus de ce plinthe finit la construction,
et sur cette construction on remarque l'extrados d'une Ar oûte formée
de briques et de pierres , et qui se dirige suivant la courbure du mur du
podium; mais nous ne Pavons suivi que l'espace de 11 pieds. Ensuite,
à l'entrée de cette première mine ou galerie souterraine , nous en avons
ouvert une seconde du côté du sud , et nous nous sommes assurés
que le plan de la construction dont nous venons de parler s'élevait
par degrés de différentes hauteurs , mais tous de la largeur d'environ
4 pieds et quelques pouces.
Au reste, comme ces espèces de degrés sont bruts et irréguliers,
et qu'ils ne sont pas seulement formés de grosses pierres , mais aussi
de mortier, il est évident que ce sont les massifs qui supportaient les
sièges.
Les pierres dans lesquelles ces sièges étaient taillés avaient donc
4 pieds et quelques pouces de large ; et comme , nécessairement , elles
avançaient l'une sur l'autre , et que l'on avait coutume de tailler deux
gradins dans chaque pierre , il ne restait tout au plus que 2 pieds
pour chacun de ces gradins.
Les espèces de degrés que nous venons de décrire sont au nombre
de trois , et s'élèvent ensemble à environ 7 pieds de hauteur. Vient
ensuite, dans la même direction , un petit escalier descendant du côté
du sud. Cet escalier , qui a 4 pieds 5 pouces de large , est fort bien
construit , mais ses marches sont peu régulières : leur hauteur Ar arie
de 7 a dix pouces , et leur giron de 9 pouces 6 lignes à 1 pied 4pouces.
Au reste , nous ne sommes descendus que jusqu'à la quatrième marche,
l'éboulement des terres ayant arrêté nos travaux.
L'extrados que nous avons remarqué à l'entrée de notre galerie
44
ANTIQUITÉS
souterraine , la hauteur des constructions entre ce point et le petit
escalier , tout annonce une voûte inférieure ; elle était même absolument nécessaire pour communiquer aux loges des bêtes. II est donc
certain qu'elle exista ; mais nous n'avons pu la reconnaître , vu que
le gros mur en équerre dont nous avons déjà parlé, est pour ainsi
dire adhérent à la construction antique , et la dérobe à la vue dans
l'endroit même où la porte doit se trouver.
II eût été sans doute important de pénétrer dans cette voûte circulaire , qui peut-être s'étend assez au loin , bien qu'elle ne puisse
suivre tout le pourtour de l'édifice ; mais il fallait entreprendre un
pénible travail , qu'il n'eût pas été possible alors de terminer.
Au reste , si les deux dernières souilles ont mis à découvert les
constructions du podium et l'extrémité des vomitoires du côté de l'arène , la quatrième nous a fait connaître l'espace intermédiaire. Ainsi
maintenant l'existence des vestibules n'est plus douteuse , et ces vestibules , au moyen desquels on communiquait des vomitoires aux gradins et à la petite galerie circulaire, avaient 3o pieds et quelques pouces
dans leur plus étroite largeur de l'est à l'ouest , sur 24 pieds du nord
au sud.
Parmi le petit nombre d'objets que nous avons retirés de la quatrième fouille , on distingue :
1 .° Un fragment de colonne de marbre qui , ayant été trouvé sur
('emplacement du vestibule, semble en provenir (1), et annoncerait
que l'intérieur de l'édifice pouvait être richement décoré.
2. 0 Quelques médailles du Bas-Empire.
Cinquième fouille. — Les constructions du nord et du sud de l'amphithéatre étaient connues ; la mesure du grand axe , la profondeur
de l'arène étaient déterminées ; de nombreux détails s'étaient tour à
tour offerts à nos regards ; il ne nous manquait plus que le petit axe
pour avoir tout l'ensemble de l'édifice. C'était donc à la recherche de
(1) II est probable que des colonnes de marbre soutenaient les voûtes des vestibules. Nous avons
trouvé quelques autres fragmcns de ces mêmes colonnes parmi des débris.
DE
VÉSONE.
45
ce petit axe que devaient tendre nos efforts , et c'est a cette recherche
que nos dernières fouilles, malheureusement trop infructueuses, ont
été destinées.
Aucun reste de l'édifice n'indiquait la direction de la ligne que nous
désirions de connaître 3 mais il nous suffisait pour la déterminer, d'élever au centre de l'arène une perpendiculaire à l'axe principal , et
c'est sur cette perpendiculaire, du côté de l'ouest, à 175 pieds et
quelques pouces de la jonction des deux axes , que notre cinquième
fouille a été faite (1). C'était un trou carré, de 8 ou g pieds de large,
dans lequel nous n'avons trouvé aucun vestige de constructions.' Les
terres même pai^aissaient presque vierges, et le rocher, qui est à 17
pieds 8 pouces au-dessous de notre niveau (2), n'a point été travaillé.
Comme il était évident que nous nous étions trop éloignés du centre
de l'édifice , il a fallu nous en rapprocher au moyen d'une galerie souterraine , et à 17 pieds 10 pouces de distance, nous avons été arrêtés
par un gros mur en petites pierres carrées.
La direction de ce mur est du nord au sud ; mais ne l'ayant suivi
que l'espace de 6 pieds de ce dernier côté , nous n'avons pu savoir
s'il était droit ou circulaire. Au nord , il se replie en retour d'équerre
vers le couchant , et s'y prolonge de 3 pieds 1 o pouces.
Les fondemens de ces deux portions de mur sont en pierres brutes
et ne reposent que sur le sable, bien que le rocher ne soit qu'a 10
pouces plus bas ; ils offrent même cela de très-remarquable , que la
construction s'élargit à mesure qu'elle se trouve plus élevée ; de sóríe
qu'a la hauteur de 8 pieds elle surplombe d'environ 6 pouces.
C'est a cette hauteur que commencent les petites pierres carrées,
dans le mur qui se dirige à l'ouest. Quant a l'autre , il est partout
(1) La souille a été faite à 3 pieds au nord du petit axe, et a 17 pieds nord-ouest du puits
qui est le plus au couchant. C'est à 8 pieds !\ pouces du milieu de ce puits que passe le petit
axe de l'ampMthéatre. Pans sa prolongation du côté du levant , il va droit au mur du jardin
de M. Chambon , à 3 pieds 2 pouces de sangle extérieur.
(2) Notre fouille avait 19 pieds 10 pouces de profondeur.
46
ANTIQUITÉS
sans parement. Dans le haut du premier se distinguent quelques pierres
de 4 pouces d'épaisseur sur 8 ou 9 pouces de large ; dans le second
est une espèce de cordon d'un pied de saillie et de 6 pouces d'épaisseur ; il est entièrement brut , et se trouve à 7 pieds 6 ou 7 pouces
^de haut. A 3 pieds au-dessus finissent les petites pierres. Elles sont
recouvertes de très-grosses pierres de taille , et ne paraissent point
s'être «levées davantage.
On ne peut douter que cette construction ne remonte à l'empire
romain ; mais comme elle diffère essentiellement des autres parties de
l'amphithéatre , il est probable qu'elle n'appartient point à cet édifice
ou qu'elle y a été ajoutée depuis sa fondation. Si nous eussions pu
l'examiner plus au long , sans doute nous aurions reconnu quel fut
son usage.
Sixième fouille. — La sixième fouille a été faite dans la grande
allée, à l'ouest du puits qui est le plus au levant (1) et à 92 pieds du
centre de l'arène : elle consistait dans un trou de 8 pieds de profondeur. Sa largeur a été déterminée par quatre murs antiques qui lui
servaient de parois, et que nous avons retrouvés à la surface du sol.
Ces murs forment entre eux une figure trapézoïde qui semble n'avoir eu d'autre destination que de supporter une des voûtes qui servaient de base aux gradins ; nous n'avons même retrouvé , dans la
cavité qui en résulte, aucune espèce de débris : une glaise sablonneuse
la garnissait toute entière.
Au reste , les murs dont nous venons de parler sont placés d'une
manière conforme au plan de l'édifice : deux suivent la courbure de
l'ellipse , les deux autres la divergence des voûtes. L'un des premiers
a 7 pieds de long, l'autre en a 8. Quant aux derniers, leur longueur
est d'environ 1 1 pieds 7 pouces. Une partie de la voûte qu'ils soutenaient est encore existante.
Septième fouille. — Nous avons fait une septième et dernière fouille
(1) Elle a été commencée à S ou 10 pieds de ce puits , au sud du petit axe de ramphithéatre
.et précisément contre cet axe.
DE VESONE.
4
7
contre la margelle du puits , tant au sud qu'à l'ouest , et là nous avons
retrouvé des espèces de massifs absolument semblables à ceux que
nous avions reconnus dans notre galerie souterraine de la cinquième
fouille ; ce sont des bases de gradins à-peu-près pareilles , et dont la
direction suit de même la courbure de l'ellipse.
Le plus haut de ces massifs est presque au niveau du sol ; il est
éloigné de l'angle de la margelle du puits, de 3 pieds 10 pouces 6
lignes.
Dans le second massif, et tout à fait contre le premier, est un
petit canal qui suit également la direction du pourtour de l'édifice.
Sa largeur est de 10 pouces et quelques lignes. Des briques en un
seul rang forment sa base ; d'autres briques en deux rangs placés l'un
sur l'autre le recouvrent (i). Quant à ses côtés, ils se trouvent construits en petites pierres carrées et sont de hauteur inégale ; celui qui
est du côté de l'arène n'ayant qu'un pied 3 pouces d'élévation , tandis
que l'autre a 16 pouces au moins ; d'où il résulte que les briques qu'ils
supportent offrent un plan incliné.
Le fond de ce canal est à 7 pieds 2 pouces au-dessous de la margelle
du puits , et se trouve ainsi de 5 pieds 1 1 pouces 6 lignes plus bas
que notre point de nivellement : il présente une pente légère vers
le sud.
Nous ne pouvions guère suivre notre fouille de ce côté ; et comme ,
vers le nord , une brèche considérable interrompt le canal à 4 ou 5 pieds
du petit axe, nous ne Pavons vu que l'espace d'environ 10 pieds. Cependant nous avons retroiwé dans cet espace deux petits conduits qui ,
sans doute , y déchargeaient les eaux qu'ils recevaient immédiatement
des paliers et des intervalles des sièges. En effet , non-seulement ils
ont moins de capacité que le canal auquel ils aboutissent ; mais l'un
se trouve directement au-dessus de ce canal , et l'autre sur le côté ,
(1) Ces briques ont
paisseur.
i
pied 6 pouces de long, 10 pouces 6 lignes de large et 2 pouces d'é
/,8
ANTIQUITÉS
à un niveau supérieur. Un intervalle de 5 pieds les sépare , et il est à
présumer que , de distance en distance , il s'en trouverait de pareils.
Comme nous ne voulions causer que le moins de dommage possible (i), que d'ailleurs les travaux de l'atelier de charité tiraient à
leur fin , nous avons été gênés dans cette dernière fouille , de même
que dans les deux précédentes , et ainsi nous n'avons pu nous procurer avec exactitude la mesure du petit axe que nous avions si ardemment désiré de connaître. Nous nous sommes seulement assurés
qu'il ne peut y avoir i5g pieds du centre de l'édifice a l'entrée des
voûtes , du côté de l'ouest , et que , par conséquent , le petit axe de
l'arène ne saurait être de plus de 1 20 pieds ; d'où il résulterait que
le petit axe du monument serait d'environ 317 pieds et quelques pouces,
non compris la galerie circulaire (2).
Au reste , si ces dernières fouilles n'ont pu nous faire connaître
exactement ce que nous désirions , du moins elles nous ont donné la
certitude qu'il n'existait d'autres grands vomitoires que ceux du nord
et du sud, et qu'il n'y eut jamais, au rez-de-chaussée, d'autre galerie
circulaire qui suivît tout le pourtour de l'édifice, que celle qui sans
doute était contieuë à sa façade extérieure.
Cloaque (3). Le puits contre lequel nous avons fait notre septième
fouille est à 1 1 pieds ou environ du petit axe , et à 80 pieds et quelques pouces du centre du monument (4). Sa largeur est de 3 pieds
4 pouces (5) , et sa profondeur , depuis le dessus de la margelle jusqu'au fond de Peau , de 32 pieds 5 pouces.
C'est dans ce puits que se trouve l'entrée du cloaque ; on l'aperçoit
(1) Ou sait que c'est dans un javdin que nos fouilles ont été fajtes.
(2) Avec la galerie circulaire , le petit axe serait de 377 pieds 1 pouce , comme on le verra
bientôt.
(3) Voyez les N.05 2, 3 et !\ de la planche XII. Malheureusement ces numéros sont très-inexacts,
comme on peut s'en convaincre par les détails que nous donnons dans le texte, d'après un nouvel
examen des lieux.
(4) C'est toujours du centre des puits que parlent nos mesures.
(5) Comme le haut du puits est très-jrrégulier , cette largeur a été prise au-dessous de l'entrée
du cloaque.
DE VÉSONE.
49
du côté du nord-ouest , a une dizaine de pieds au-dessus de l'eau. C'est
là qu'il faut descendre au moyen d'une échelle ou d'une corde ; ensuite, en se traînant vers le sud- ouest , sur les pieds et sur les mains,
on arrive sous une voûte spacieuse qui conserve à-peu-près la même
direction que le petit chemin qu'on a suivi pour y parvenir. C'est une
véritable chambre taillée dans le roc jusqu'à la hauteur de 6 pieds ,
et dont les parois forment un parallélogramme rectangle assez régulier. Elle a 24 pieds 2 pouces de long et 1 1 pieds 5 ou 4 pouces de
large à la naissance du cintre , c'est-à-dire , immédiatement au-dessus
du rocher. Plus bas , sa largeur est un peu moindre , parce que le
rocher est en saillie, de 11 pouces de chaque côté ; et même, comme
11 est coupé en talus , le fond du souterrain est plus étroit de 1 pied
et quelques pouces. Quant à la hauteur de cerveau, elle est d'environ
12 pieds.
Quatre galeries communiquent à la chambre que nous venons de
décrire ; deux s'ouvrent au nord-est et deux au sud-ouest; c'est-à-dire,
que , disposées deux à deux sur ses petits côtés , elles suivent à-peuprès la même direction que ce souterrain principal. En effet , si l'on
suppose une ligne droite qui passe par le centre du cloaque et qui
soit parallèle à ses longs côtés , son alongement à chaque extrémité
se trouvera entre les deux galeries (1) ; seulement il sera d'autant
plus distant de chacune qu'il s'éloignera davantage de leur ouverture ;
de sorte qu'à 20 pieds de cette ouverture , la divergence de chaque
galerie est de 18 ou 20 pouces, et que, par conséquent, l'intervalle
qui les sépare l'une de l'autre s'y trouve augmenté de 3 pieds ou
environ.
Bien que ces quatre galeries se ressemblent dans leur structure et
paraissent destinées au même usage , bien que , jusqu'à une certaine
hauteur , elles soient également taillées dans le roc , comme elles ne
sont pas toutes quatre de dimensions parfaitement égales, nous les dé-
(i) Comme les deux galeries du nord-est ne sont pas de grandeur égale, la ligne se trouvera
d'abord , de ce côté , dans l'avenue du puits ; ce n'est qu'à une certaine distance qu'elle rentrera
dans le pied-droit commun aux deux voûtes. Nous sommes forcés d'entrer dans tous ces détails
pour corriger le plan que nous avons fait graver.
7
5o
ANTIQUITÉS
crirons chacune en particulier, en commençant par celle qui nous a
servi de passage.
Cette galerie est élevée de cerveau d'environ 8 pieds g pouces ; sa
longueur est de 62, pieds 2 pouces ; quant à sa largeur , elle est de
6 pieds à la naissance du cintre ; mais comme , immédiatement au-dessous, le rocher est en saillie de 8 pouces de chaque côté, elle en est
diminuée d'autant , et même , plus bas , elle se trouve encore moindre,
parce que ce même rocher est partout coupé en talus. C'est au nordest du puits que se termine la galerie que nous venons de décrire.
Les débris et les pierres qui l'encombrent dans cet endroit semblent
V avoir été mis avec ordre , et l'on ne peut douter que cette espèce
de clôture ne remonte à l'époque où le puits fut creusé.
La seconde galerie du nord-est est , comme nous l'avons dit , à côté
de la première ; l'intervalle qui les sépare à leur entrée dans la chambre
carrée est de 10 pouces à la naissance de leurs cintres; au-dessous,
il est d'environ 2 pieds 4 pouces , et va toujours en augmentant jusqu'au sol.
Cette seconde galerie est élevée de cerveau d'environ 7 pieds 10
pouces ; sa largeur est de 4 pieds 6 pouces à la naissance du cintre ,
de 3 pieds au haut du rocher et de 2 pieds 4 pouces au bas ; sa longueur est de 38 pieds. C'est à cette distance que se termine la seconde
galerie du nord-est , c'est la qu'un arrachement de pierres et des terres
éboulées annoncent une destruction faite de main d'homme , et nous fait
gémir sur cette insatiable cupidité qui , non contente d'enlever les débris de nos monumens à la surface du sol , est descendue les déterrer
a plus de 20 pieds de profondeur.
Les deux galeries que nous venons de décrire et l'intervalle qui les
sépare , font ensemble la même largeur que le souterrain principal ;
seulement , du côté du nord , la naissance du cintre de la petite voûte
est en saillie de 2 ou 3 pouces sur la naissance du cintre de la chambre.
Les deux galeries qui s'ouvrent du côté du sud-ouest sont entre
elles a-peu-près d'égales dimensions ; elles sont l'une et l'autre élevées
de cerveau d'environ 7 pieds 1 1 pouces ; leur largeur est de 4 pieds
DE
VÉSONE.
5T
à la naissance du cintre, de 2 pieds 11 pouces au haut du rocher,
mais seulement de 2 pieds au fond du conduit. Celle de ces galeries
qui est le plus au sud , se prolonge à la distance de 27 pieds 7 pouces ;
l'autre a 1 pied de moins de longueur. A l'extrémité des deux , on
remarque des arrachemens de pierres et des éboulemens semblables
à ceux dont nous avons déjà parlé (1). Encore ici c'est l'ouvrage de
la main de l'homme ; et de même que le mur du podium fut la
cause de la destruction de ces souterrains du côté du nord-est , de
même les grosses pierres de la façade les firent détruire au sudouest.
L'intervalle qui sépare les deux galeries à leur abord dans la grande
chambre est d'environ 3 pieds ; c'est une des extrémités du pieddroit qui soutient les deux voûtes, de ce pied-droit qui diffère essentiellement de celui du nord-est , puisque non-seulement il n'offre ,
dans toute son étendue , aucune saillie sur la naissance des cintres , mais
qu'encore le rocher qui le forme s'élève d'un pied et quelques pouces
de plus que partout ailleurs ; d'où il résulte que les deux voûtes ne
sont point régulières , c'est-à-dire , que la clef ne se trouve pas au centre
de leur contour , mais bien plus près de l'intervalle qui les sépare. Au
reste , la naissance des voûtes de ces galeries est en saillie de quelques
pouces sur la naissance de la voûte du grand souterrain , et ainsi cette
principale partie du cloaque est , du moins dans le haut , de quelques
pouces plus large que les deux galeries ensemble et leur pied-droit
commun.
Enfin, au-dessus de ce pied-droit des deux voûtes , et tout contre
la clef de la voûte principale , est un conduit cintré dont la pente
est assez rapide. Son ouverture est de 2 pieds 2 pouces de haut sous
clef, sur 2 pieds 2 pouces de large. II va\ toujours en diminuant de
capacité ; mais nous ne Pavons suivi qu'à la distance d'une douzaine
de pieds.
(1) Ces galeries qui , comme nous l'avons fait remarquer , se dirigent vers le sud-ouest, finissent
a l'ouest de la maison du jardinier. L'extrémité de celle qui est le plus au sud se trouve à 6
pieds de cette maison et à 5 pieds d'une ligne qu'on élèverait perpendiculairement au seuil de
la porte.
52
ANTIQUITÉS
Une terre grasse , une espèce de limon cpii , quoique très-humide,
offre partout de larges crevasses , s'élève à 2 pieds de hauteur dans
toutes les parties du souterrain que nous venons de décrire , et annonce
que les eaux passèrent assez long-temps dans ces- lieux; mais des débris
de pierre sont amoncelés au-dessus de ce limon , dans la chambre carrée;
et dans la galerie au moyen de laquelle on y pénètre. D'où proviennent ces matériaux ? Dans quel temps furent-ils placés où ils se trouvent ? On voit qu'ils sortirent du puits ; ainsi , c'est lorsqu'on le creusa
qu'ils furent déposés dans le souterrain. C'est donc à une époque presque
récente , car ce puits lui-même ne peut remonter a un temps bien
reculé ; c'est sans doute un ouvrage des dames religieuses de la visitation , puisqu'il est a portée de leur couvent. Du moins est-il certain
qu'il a fallu, pour le creuser, dégrader les constructions antiques, et
que ce n'est qu'après en avoir percé la masse qu'on est parvenu à la
galerie à laquelle maintenant il donne communication. Au reste , ce
n'est qu'à côté et hors de la voûte que tombe le parement de la chemise
du puits; de sorte que la saillie du rocher, sur la naissance du cintre,
forme encore une séparation entre le puits et le bas du souterrain.
Voyons maintenant quel pouvait être l'usage de ces immenses souterrains , et quelle était la disposition des parties détruites. II est évident que les deux branches qui se dirigent au nord-est aboutissaient
au mur du podium, et que là elles recevaient les eaux du conduit
circulaire que nous avons retrouvé dans notre seconde fouille ; peutêtre même la galerie du puits, qui se trouve la plus spacieuse, avaitelle le double but de recevoir les eaux et de former la principale
entrée du cloaque. Du reste , les deux branches n'étaient sans doute
divergentes que pour recevoir avec plus de facilité les eaux du nord
et du midi de l'édifice.
Les galeries du sud-ouest étaient bien évidemment destinées à conduire au loin ces mêmes eaux ; mais les menaient-elles directement à
la rivière, ou bien les distribuaient -elles dans un certain nombre de
puisards ? nous pencherions pour cette dernière hypothèse. En effet ,
pourquoi deux égoûts , s'il ne s'agissait de diriger les eaux que dans
un seul lieu ? Pourquoi d'ailleurs cette divergence ? II nous paraît donc
probable qu'il se trouvait plusieurs chambres dans la continuation des
55
galeries du sud-ouest, et que dans ces chambres étaient des puisards
pour faire perdre les eaux. II serait facile, avec quelques travaux,
de lever toute incertitude à ce sujet (i).
DE
VÉSONE.
Au reste , ces souterrains n'avaient d'autre usage que de servir d'égoût ; jamais ils ne furent destinés, comme on pourrait le croire, à
conduire les eaux dans l'arène pour la célébration des jeux nautiques ;
car on n'aperçoit dans leur intérieur ni corbeaux propres à soutenir
des tuyaux de plomb , ni traces de crochets placés pour les suspendre (2) , et quant au sol de ces mêmes galeries , non-seulement il a
sa pente vers l'extérieur de l'édifice , mais il est de 4 pieds 6 pouces
plus bas que celui de l'arène (3).
Après avoir fait connaître le résultat de nos souilles, et avoir donné
la description du cloaque tel que nous lVvons pu voir, nous fixerons
d'une manière précise les parties de constructions qui s'élèvent encore au-dessus du sol actuel ; ensuite nous reviendrons à l'ensemble
du monument.
Plusieurs voûtes , comme nous Pavons déja dit , se distinguent en-
(1) Dans le cas où ce cloaque se terminerait par des puisards, il ne serait pas absolument
impossible qu'il en existât un semblable à l'autre extrémité du petit axe. Ce qui même paraîtrait favoriser cette conjecture , c'est que l'égoût circulaire que nous avons reconnu vis-a-vis
du vomitoire est, dans cet endroit, presque au niveau de l'arène, et que, par conséquent, il
serait, dans la partie du levant, de' quelques pouces au-dessus, si les eaux ne devaient avoir
qu'une seule direction. Cependant on ne doit pas oublier que nous avons pris le niveau d'une
petite portion de ce conduit , à l'est même du grand axe, et que nous lui avons trouvé une légère
pente à l'ouest.
(2) C'est probablement au sud-est de l'amphithéatre que l'on pourrait retrouver quelques
vestiges des canaux destinés à faire pénétrer les eaux dans l'arène.
(3) En effet , la galerie au moyen de laquelle on pénètre dans le souterrain est élevée de
cerveau de
8piedsgpouc.
Et l'intrados de sa voûte est de i6 pieds 7 pouces 6 lignes plus bas que la
margelle du puits, c'est-ii-dire, qu'il se trouve au-dessous de notre niveau ù.. i5
5
Ainsi , le fond de la galerie est au dessous de ce même niveau à
2Í\ pieds 2 pouc.
Or, si l'on retranche de ce total la profondeur de l'arène depuis le niveau
jusqu'au rocher , on aura 24 pieds 2 pouces 1—22 pieds 6 ou 8 pouces =
1
6
Le rocher de l'arène est donc de 1 pied 6 pouces plus élevé que le fond du cloaque; et comme
la recoupe et le sable qui forment le sol de cette même arène , offrent une épaisseur de 3 pieds,
il en résulte 4 pieds 6 pouces pour la différence des niveaux.
\
54
ANTIQUITÉS
core du côté du nord; leur ensemble forme une masse d'environ
106
pieds de longueur de l'est à l'ouest , sur 5o et quelques pieds dans sa plus
grande épaisseur du nord au sud. A peine aperçoit-on vers l'arène l'extrémité de ces ruines ; mais du côté de la façade de l'édifice , elles ont
partout près de
20 pieds d'élévation au-dessus de notre point de ni-
vellement (1). H y a même sur l'extrados des cintres quelques massifs
qui en ont davantage ; la cime de celui qui surmonte la grande voûte
sé conserve encore à environ 52 pieds 7 pouces , et se trouve ainsi à
46 pieds au-dessus de l'ancien sol.
La principale voûte de cette partie de l'amphithéatre est un vomitoire ; sa largeur, à l'entrée du Musée, est de
18 pieds 5 pouces 6
lignes; sa hauteur, sous clef, est d'environ 16 pieds 9 pouces, et elle
est d'un peu plus de 7 pieds jusqu'à la naissance de l'intrados. Son
cintre , formé d'un double rang de voussoirs , offre une épaisseur de
3 pieds 8 ou
10 pouces, qui, joints aux 16 pieds 9 pouces de la hau-
teur de la voûte et aux
12
pieds du massif supérieur, font les 3a
pieds 7 pouces dont nous avons parlé (2).
De chaque côté du vomitoire est une petite voûte de
4 pieds 4
6 lignes de large ; nous en avons fait mention en décrivant
notre première souille. La hauteur de cerveau de ces deux voûtes est
pouces
d'environ 7 pieds , et l'intervalle qui les sépare du vomitoire de 7 pieds
4 lignes.
A côté de chacune de ces voûtes , et à la distance de 4 pieds 5 pouces ,
est un petit escalier dont la largeur est de 3 pieds 8 pouces 6 lignes. La
première rampe de cet escalier se dirige du nord au sud ; elle monte à
9 pieds 3 pouces au-dessus de notre niveau. Le palier qui la termine a
4 pieds 1 pouce 6 lignes de large ; il se trouve à 21 pieds et quelques
pouces de distance de la construction en grosses pierres dont nous
avons parlé , c'est-à-dire , à environ 53 pieds 'Mu parement extérieur de
cette même construction. La seconde rampe , qui est de quelques pouces
(1) II ne faut pas perdre de vae que notre point de nivellement est le seuil de la porte du
Musée.
(2) Si la baraque qui couvre une partie de ces constructions est entretenue , elle les conservera encore long-temps.
DE VÉSONE.
55
plus large que la première , est en retour d'équerre sur l'extrados de
la voûte du vomitoire : elle consiste en un petit nombre de marches
qui sont presque entièrement détruites. Si l'on tirait une ligne horizontale entre le premier palier et le second, elle serait d'environ 12 pieds.
II n'existe maintenant aucune voûte sur ces deux petits escaliers ; seulement on remarque les arrachemens de celle qui les recouvrait, et l'on
ne peut douter qu'elle ne s'éleA7 ât~, sous clef, presque à la même hauteur
que le cintre du vomitoire ; mais elle n'avait pas toute l'étendue de la
première rampe, un petit plafond lui succédait a quelques pieds plus
haut ; le reste donnait du jour au premier palier.
A côté de chacun des petits escaliers est une voûte de 8 pieds 2
pouces de large et dont la hauteur est la même que celle des petits
escaliers et de toutes les voûtes dont nous aurons occasion de parler.
L'intervalle qui sépare les deux voûtes dont il est ici question, des
petits escaliers , est de 5 pieds 3 pouces ; l'autre pied-droit est un peu
moindre.
C'est à ce second pied-droit que se termine la masse des constructions du côté de l'ouest. Au levant il existe en outre une portion d'escalier , une rampe entière qui se dirige du nord au sud , et dont la largeur est de 6 pieds 8 pouces 6 lignes. Cette rampe monte presque a la
même hauteur que la première des petits escaliers ; deux différens cintres la recouvrent : le premier est analogue à ceux dont nous avons
parlé à l'occasion de ces mêmes petits escaliers ; l'autre , qui est fort
oblique , avait son ouverture au second étage et donnait du jour sur
le premier palier. Enfin , la cage d'une seconde rampe , dirigée du
midi au nord, était encore debout il y a environ trois ans; les injures
du temps et d'anciennes dégradations , causées par l'enlévement des
marches, déterminèrent sa ruine (1).
(1) Pour avoir la mesure exacte des voûtes et des pieds-droits dont nous venons de parler,
il eût fallu connaître leur extrémité ; ce qui ne pouvait avoir lieu qu'au moyen de fouilles considérables , puisque les constructions en grosses pierres ont été enlevées à une grande profondeur.
Nous devions cependant, au moyen du calcul, chercher à corriger finexactitude des mesures que
nous donnions dans le texte, et nous procurer, s'il était possible, la plus grande largeur des
voûtes, c'est-á-dire , celle qui serait prise intérieurement i chaque porte d'entrée, lorsqu'il en
56
ANTIQUITÉS
Au sud-est, et tout près de cette dernière rampe d'escalier, est une
portion de mur qui suit la même direction : elle a 6 pieds de long et
à-peu-près autant de hauteur au-dessus des terres qui l'environnent ;
à son extrémité du sud elle va en retour d'équerre, mais suivant la
courbe elliptique , du côté de l'est-sud-est , et s'y prolonge l'espace d'environ 16 pieds. Sans doute elle formait un des murs de certaines petites
galeries circulaires qui communiquaient aux gradins les plus à portée
de l'arène. De nouvelles fouilles seraient nécessaires pour bien connaître
cette partie de l'édifice.
Quant aux constructions de l'est et de l'ouest, on n'en aperçoit presque
plus aucune trace. En effet , à l'ouest on ne voit que quelques massifs
dont la cime ne s'élève guère au-dessus de l'allée du jardin , et au
levant il en est à-peu-près de même; car une masse informe et une
portion de mur de 2 ou 5 pieds de hauteur paraissent seules à 4o pieds
au nord du petit axe (i), tandis que trois petits massifs se distinguent
à peine à la même distance du côté opposé. Au reste , comme les
terres sont presque partout de 3 ou 4 pieds plus élevées que notre
point de nivellement , il serait aisé de faire ressortir les constructions
dans tout le pourtour de l'ellipse. Passons maintenant vers le sud.
Les constructions du sud sont beaucoup plus ruinées que celles du
nord. Le vomitoire lui-même est presque entièrement détruit dans sa
partie supérieure , surtout du côté de l'est , et il n'existe que de faibles
vestiges des diverses voûtes qui lui étaient contiguës dans cette direc-
existe, en supposant d'une toise l'épaisseur des montans qui la forment. Voici le résultat de ce
travail :
Pour les vomitoires
19 pieds,
«pouces,
«lignes.
4
4
Pour les grandes voûtes
S
4
*
4
6
Pour les petits escaliers
Pour les cages des grands escaliers
6
11
«
Quant aux petites voûtes nous en avons découvert l'extrémité';
ainsi on aura comme ci-dessus
-
"
5
Nous pourrions de même calculer l'épaisseur de l'extrémité des pieds-droits; mais comme souvent elle pouvait s'élargir pour former les montans des portes, cela devient inutile.
(1) Une espèce de colombier, auquel ces constructions servent de base, lésa conservées. C'est
au sud-ouest de ce colombier que les religieuses ouvrirent leur dernière carrière, •
DE VÉSONE.
5
?
tlon : ce sont quelques massifs de pieds - droits qui s'élèvexit encore
de 8 pieds au-dessus du sol ; seulement à côté du petit escalier on distingue une portion de cintre. Au surplus, tous ces restes n'ont pour
épaisseur qu'un vieux mur de clôture qui les conserve, et ils s'arrêtent au premier pied-droit d'un des grands escaliers.
Ici commence un espace vide, et ce n'est qu'à environ 16 pieds
de distance qu'on aperçoit une nouvelle masse de constructions qui
se compose elle-même des deux cages d'un grand escalier et d'une
grande voûte pareille à celles que nous avons décrites.
C'est la cage de la seconde rampe qui se présente d'abord; mais il
n'en existe qu'une faible partie : un de ses pieds-droits ne s'élève même
au-dessus des terres qu'à la hauteur de 8 ou g pieds , et ses deux cintres
sont entièrement détruits. Plusieurs de ses marches sont assez bien conservées ; elles montent vers l'extérieur de l'édifice ; leur largeur est de
plus de i pied, et leur hauteur de 8 ou g pouces (i); elles sont taillées deux à deux dans une seule pierre. Quant à la cage de la première rampe , elle conserve un de ses cintres , et l'autre a été détruit
naguères ; la naissance de ce dernier , du côté de l'est , avance mêmé
encore d'environ i pied.
La grande voûte qui vient ensuite est en assez bon état ; elle est
même entièrement recouverte , parce qu'on en a fait une serre. Ce
qu'elle offre de remarquable , c'est qu'à l'extérieur de son dernier
pied-droit se distinguent les traces de la première rampe d'un autre
grand escalier,
A l'ouest du vomitoire, les constructions se terminent à la grande
voûte : jusque-là tout est bien conservé ; le petit escalier est même
. recouvert de son cintre et d'une partie de son plafond ; des masses élevées de plusieurs pieds le surmontent encore.
Vient ensuite un espace vide , après lequel est une grande voûte
absolument semblable à celle qui se trouve, au sud-est, à la même
(i) Non-seulement dans cet escalier , mais dans tous les autres , les marches ne sont point de
dimensions égales , bien qu'elles ne paraissent pas avoir été retaillées.
8
58
ANTIQUITÉS
distance du vomitoire. Elle était considérablement dégradée; mais
comme on avait placé un mauvais four dans son intérieur , elle a été
conservée.
Quant aux grands escaliers entre lesquels cette voûte était placée,
il n'en paraît que de faibles vestiges. Du côté de l'est il ne subsiste,
en effet , qu'une petite portibn dû mur qui bornait , vers le nord , le
premier palier; et du côté de l'ouest on ne voit qu'une portion du
dernier pied-droit de la seconde rampe ; cette dernière construction
ire s'élève même que de quelques pieds au-dessus du sol. Mais ce
qu'elle offre de remarquable , c'est le mur qui formait les cages de
l'escalier du côté de l'arène ; car , comme il est encore à la hauteur
d'environ 6 pieds , on distingue à son extérieur la naissance d'une
voûte qui suivait la courbure de l'ellipse , et qui évidemment recouvrait une petite galerie supérieure au moyen de laquelle on communiquait aux gradins (i).
Telles sont ïes diverses masses de constructions qui s'élèvent encore
au-dessus dès terres et des débris; le reste est entièrement caché sous
ce nouveau 'sol '(a)'; mais en attendant que l'on puisse faire des fouilles
qui mettent à découvert les diverses parties basses de l'édifice, voyons,
d'après les détails qui nous sont maintenant connus , quel devait être
son plan ; ensuite nous calculerons quel nombre de spectateurs il pouvait contenir.
Situé sur le haut d'une petite colline aplanie par la main de l'homme,
cet amphithéâtre dominait la plus grande partie de notre antique cité.
Le roc servait de base à toutes ses constructions ; le sol de ses voûtes ,
son arène, ses cloaques, et même l'extérieur de son périmètre , tout
(i) Dans la cage de la première rampe de cet escalier est une petite voûte moderne dont fou*
verture , presque encombrée de pierres , est au sud ; c'est l'entrée du caveau où l'on enterrait les
dames religieuses. Nous croyons que ce caveau, dans lequel on pénétrait en tournant á gauche ,
est encore subsistant. Quant à la petite galerie supérieure dont nous venons de parler , elle avait
environ 6 pieds de large. On retrouve vis-à-vis le four , à quelques pouces sous terre , des vestiges
du mur qui la formait du côté de l'arène.
(a) La majeure partie des constructions qui subsistaient encore vers la fin du i6. c siècle sont
maintenant détruites, comme on peut s'en convaincre ù l'aspect d'un mauvais dessin que nous en
a conservé Bellesorest.
DE VÉSÒNE.
59
était taillé dans le roc. Sa forme était elliptique, comme celle de la
plupart des autres monumens de ce genre ; son grand axe se dirigeait
au nord, avec déclinaison de 5 degrés 10 minutes à l'ouest, et se trouvait ainsi k 17 degrés du nord magnétique. Du reste cet édifice est
tellement dégradé , il est tellement encombré de terres et de débris ,
qu'il nous est impossible d'en décrire le plan avec exactitude. Voyons
seulement ce que l'aspect des ruines a pu nous faire connaître , ensuite nous calculerons , d'après ces données , son ensemble et les principaux détails de sa disposition (1).
Si d'abord nous mettons de côté la grande galerie que nous supposons suivre le pourtour de l'ellipse , nous aurons pour le grand axe
des autres constructions 396 pieds 7 pouces 7 lignes ; et pour le petit
axe, environ 317 pieds; d'où il résulte que le périmètre de ces mêmes
constructions doit avoir près de 1,1 40 pieds.
Or, à chacune des extrémités du grand axe était un vomitoire, et
de chaque côté de ce vomitoire suivaient , sans interruption , une petite voûte, un petit escalier , une grande voûte, quatre voûtes moyennes
servant de cages à deux grands escaliers , et enfin une autre grande voûte
suivie également de quatre cages de grands escaliers. C'est tout ce que
nous indiquent les portions de cintres et les divers massifs qui s'élèvent encore sur les décombres ; le surplus est incertain. Ainsi c'est
un espace d'environ 127 pieds qu'il nóus reste à connaître, puisque
le quart du pourtour de l'édifice est d'un peu plus de 284 pieds , et
que la largeur des diverses voûtes dont nous venons de parler , jointe
à l'épaisseur de leurs pieds - droits , est de Í07 pieds et quelques
pouces.
Cependant les trois fouilles que nous avons faites à l'ouest nous
ont prouvé qu'il n'y existait point de vomitoire , et sans doute il en.
est de même aulevant. Ainsi l'on ne peut guère douter que les escaliers, pris deux k deux, et les voûtes vides ne continuent alternativement
(1) La planche XIII donne une faible idée des restes de ce monunjent ; mais notre principal
but , en ajoutant cette planche , a été de faire connaître la topographie d'une partie de l'ancienne
Cité , telle qu'elle est encore existante.
Óo
ANTIQUITÉS
du nord au sud. Si donc on ajoute aux constructions dont nous ve*
nons de parler, encore quatre escaliers et deux voûtes et demie, on
aura précisément les 127 pieds qui complètent le quart de l'ellipse.
Ainsi il parait que notre amphithéâtre se composait, au rez-de-chaussée,
de deux vomitoires , de quatre petites voûtes , de quatre petits escaliers , de dix-huit grandes voûtes et de trente-deux grands escaliers;
ce qui faisait en total quatre-vingt-douze ouvertures.
Toutes ces voûtes , il est vrai , n'étaient point de grandeur égale :
les vomitoires avaient 19 pieds de' largeur ; les petites' voûtes 4 pieds
4 pouces 6 lignes ; les petits escaliers 4 pieds ; les grandes voûtes 8
pieds 5 pouces et quelques lignes , et les grands escaliers environ 6
pieds 1 1 pouces. Cependant , si l'on excepte les quatre petites voûtes
et les deux vomitoires, la hauteur de cerveau était partout la même;
d'où il nous semble résulter qu'il était possible de réduire le tout à
une certaine régularité , en rétrécissant d'un pied et quelques pouces
l'entrée des grandes voûtes , parce que alors les vomitoires seuls , avec
les petites voûtes et les petits escaliers qui leur sont contigus , se seraient distingués du reste de l'ordonnance.
Mais n'existait-il pas une galerie circulaire extérieurement à toutes
ces constructions ? Notre cinquième fouille semble prouver qu'elle n'y
fut jamais , puisque les terres paraissent encore vierges dans l' endroit
même où elle aurait dû passer. Cependant il ne faut pas oublier que
dans notre première fouille nous avons cru en reconnaître les traces,
soit a l'aplanissement du rocher k une certaine distance, soit k la
position des premières marches d'un escalier k l'aplomb extérieur des
pieds-droits de la voûte. D'ailleurs, ne sait- on pas que dans tous les
amphithéâtres il y avait, au rez-de-chaussée , des voûtes circulaires (1)?
Le nôtre serait-il le seul qui en fut privé? Nous ne pouvons le penser, surtout lorsque nous considérons qu'il fallait k sa riche façade
une ordonnance régulière.
(1) Ces voûtes circulssres des amphithéâtres se trouvaient, ou contre le mur de façade, ou sous
la masse des constructions , et cependant il n'en aurait existé , dans le nôtre , que Vers le mur dn
podium, s'il n'y en avait eu une extérieure aux constructions actuelles.
DE VÉSONE.
6t
Supposons donc une voûte circulaire de 20 pieds de largeur, donnons 7 pieds d'épaisseur au. mur de la façade extérieure, ajoutons 18
pouces pour un petit avant-corps , et 3 pieds pour l'épaisseur des colonnes dont l'édiíìce était sans doute orné dans tout son pourtour, et
nous aurons pour le grand axe 4% pieds et quelques pouces ; ainsi
le périmètre sera d'environ 1,324 pieds.
Passons maintenant vers l'arène. Les vomitoires se terminaient de
ce côté , comme nous l'avons déjà dit , par un vestibule de plus de
3o pieds de largeur, et c'est de ce vestibule que partaient certaines
galeries qui conduisaient aux loges des animaux, et de petits escaliers qui
communiquaient aux premiers gradins. Vient ensuite le mur du podium,
dont l'épaisseur, y compris le petit avant-corps , est de 7 pieds. Le grand
axe de l'arène, dont il détermine l'étendue , est de 199 pieds 6 pouces
7 lignes; et son petit axe, d'environ 120 pieds; d'où il résulte que le
pourtour de cette même arène est de près de ôao pieds.
Dans la description de notre seconde fouille nous avons fait remarquer que le sol de l'arène était de 6 pieds 1 pouce plus bas que
l'entrée du vomitoire , et que le rocher se trouvait à 3 pieds au-dessous de ce sol , ce qui formait réellement un bassin de g pieds de
profondeur ; nous avons même ajouté que l'arène se composait de 2
pieds de sable et de 1 pied de grosse recoupe. Mais que signifie cette
recoupe entre le sable et le rocher? A quel usage était- elle destinée?
Sans doute à faciliter l'écoulement des eaux de l'arène (1); car on
conçoit que si le sable eût été placé immédiatement sur le roc il
serait resté mouvant plusieurs jours après la pluie , et qu'ainsi , dans
certaines saisons , on aurait été presque constamment privé des jeux
et des combats ; tandis qu'au moyen de la précaution dont nous venons de parler , les eaux se précipitaient de suite au fond du bassin,
et se rendaient facilement au cloaque.
Après avoir donné les grandes proportions de l'édifìce et avoir fait
connaître les principaux détails de son rez-de-chaussée , ce serait le
(1) Cette recoupe n'est autre chose que des débris de pierres de taille. C'est M. de Mourcin
qui en a reconnu l'usage.
62
ANTIQUITÉS
moment de parler des étages supérieurs ; mais comme il n'en existe
que peu de vestiges, nous ne pourrions faire que des suppositions;
aussi nous bornerons-nous à quelques simples ramarques.
Au bout de la seconde rampe des grands escaliers était une galerie
circulaire dont on distingue les traces sur l'extrados des premières
voûtes ; elle offre encore une largeur de 6 pieds , et en avait sans
doute une plus considérable lorsqu'elle était dans son entier. C'est a
cette galerie qu'aboutissaient les grands escaliers dont nous avons
donné la description ; c'est là qu'on pouvait librement circuler avant
de communiquer aux gradins ou de monter au troisième étage. Mais
où se trouvait la troisième rampe ? Elle n'était point sur les deux autres , puisque les cages qui les contiennent avaient des cintres trèsélevés vers l'extérieur et recevaient le jour de la galerie circulaire
qui se trouvait au-dessus de la seconde rampe : c'était donc sur les
grandes voûtes qu'elle passait ? Au reste , elle se composait d'un petit
nombre de marches , et se terminait sans doute à une autre galerie ,
qui , au moyen des petits vomitoires , donnait accès aux gradins , et
servait de palier aux escaliers du troisième étage.
Si nous ne pouvons calculer au juste la hauteur de Pédifìce, du
moins il n'est guère douteux qu'il se composait d'un rez-de-chaussée,
de deux étages supérieurs , et peut-être d'un attique. Quelques restes
du troisième étage se distinguent même encore dans la mauvaise planche que le cosmographe Belleforest nous a donnée de la ville et de la
Cité (i). D'ailleurs, nous avons retrouvé sur les lieux non-seulement
une portion de base dorique provenant d'une colonne d'un très-fort
diamètre , mais aussi plusieurs blocs d'une médiocre grosseur , et U y
existait jadis un certain nombre de chapiteaux ioniques. Ainsi , sans
doute, la façade extérieure était décorée de trois ordres : le dorique,
l'ionique et le corinthien; et au-dessus de ce dernier était un acrotère,
ou même peut-être un attique. Le premier ordre devait avoir 33 pieds
d'élévation (2); le second 29 pieds et quelques pouces; le troisième
(1) Voyez la Cosmographie universelle de Munster, commentée par Belleforest, p. 201.
(2) II ne faut pas perdre de vue que les voûtes s'élevaient, sous clef, d'environ 3o pieds, e,t
que le sol de la galerie circulaire du second étage se trouve à 3 pieds au-dessus.
DE VÉSONE.
,
63
environ 23 pieds ; et l'attique 7 pieds 6 pouces , ce qui faisait près de
g5 pieds pour la hauteur totale de la façade extérieure (1). Quant à
celle du mur du podium , elle n'était que de 12 ou i5 pieds.
L'intérieur de l'édifìce offre des détails remarquables , soit sous le
rapport de la construction , soit sous celui de certaines décorations particulières.
Nous avons déjà décrit la manière d'ajuster ensemble les petites
pierres dont le parement est orné de losanges concentriques ; nous
avons dit qu'elle était suivie dans les vomitoires et dans les vestibules (2); nous ajouterons qu'elle pouvait l'être aussi dans quelques
galeries circulaires du rez-de-chaussée. Partout ailleurs les pierres sont
séparées par un intervalle de mortier, et ne sont point traitées avec
le même soin. Ce long et pénible travail était inutile , parce que ces
pierres durent , ainsi que l'intrados de tous les cintres , être recouvertes
d'un enduit : c'était la construction ordinaire ; elle est analogue à celle
de notre temple d'Isis , et se retrouve dans la plupart des édifices romains. Lorsque l'enduit dont nous venons de parler était employé
dans l'intérieur du bâtiment , il était orné d'une peinture à fresque.
(1) En effet, le fragment de base dorique que nous avons retrouvé devait appartenir, à une
colonne de 3 pieds de diamètre , et les deux blocs que nous avons également sortis de nos fouilles
ont i pied 6 pouces : le terme moyen est donc a pieds 3. pouces. Ainsi les colonnes du rez-dechaussée avaient sans doute 3 pieds de diamètre, celles du second étage 2 pieds 3 pouces, et
celles du troisième i pied 6 pouces. De là semblent résulter les proportions suivantes :
Pieds
i." Etage
ou
rez-de-chaussée.
a.« Etage.
Attique
í Socle.
| Colonnes
(Entablement
Pouces
Lignes
24
//
//
j pieds - p °"« s - «S1"*
33
'
f
"
6
</
»
)
3
u
n
/Hauteur d'appui
4
J Colonnes
rvi
„„
20
3
( Entablement
5
0
«
9
!
5
i5
3
11
11
»
9
Hauteur d'appui
Colonnes!
Entablement
HAUTEUR TOTALE
(a) Voyez pages 4 1 et 43 -
29
3
9
«
V>3
9
*
11
)
J
•
I
76»
g3
6
9
64
ANTIQUITÉS
Nous ne dirons que deux mots des décorations- particulières ; elles
sont trop peu connues pour que nous puissions nous y arrêter. Seulement il paraît certain que les vestibules étaient ornés de colonnes
de marbre ; nous en avons retrouvé des fragmens , soit dans ces
mêmes vestibules, soit parmi les débris (i). II paraît également que
des carreaux de marbre formaient le pavé de quelques galeries circulaires (2).
Quant aux cintres des voûtes , si l'on excepte ce qui est construit
en très-grosses pierres , ils sont tous faits avec de simples dalles entièrement brutes. Pour les former on établissait, comme nous le faisons
encore , des cintres de bois sur lesquels on couchait de longues planches (3) que l'on recouvrait de mortier à mesure qu'on y posait les
pierres; en sorte que, encore aujourd'hui, on distingue dans certaines
voûtes , et principalement dans celles des vomitoires , l'empreinte de
ces mêmes planches , et jusqu'aux moindres défauts du bois ; mais ce
travail grossier ne devait point paraître : l'enduit dont nous avons
parlé le dérobait à la vue. Enfin nous avons déjà fait remarquer, que,
dans le vas*te édifice que nous venons de décrire, il existait deux principaux genres de constructions , que les petites pierres carrées formaient les masses intérieures , tandis,, que des pierres énormes étaient
employées dans tout ce qui se trouvait exposé aux injures du temps.
C'est, eu effet, de cette dernière façon qu'était construite la plateforme supérieure , de même que les gradins , le mur du podium ,
celui de la façade extérieure , et une partie des constructions qui le
liaient au corps du bâtiment , de même aussi que tous les angles saillans
de l'intérieur, daus quelque endroit qu'ils se trouvassent. En un mot,
ces grosses pierres soutenaient et encadraient partout la masse des
constructions.
Voyons maintenant quel nombre de spectateurs ce monument pouvait contenir. Si d'abord on ne calcule l'ellipse que sur ce qui nous
(1) Voyez page t\!\.
(2) Peut-être même formaient-ils le pavé de la grande galerie , car ces carreaux de marbre
put été trouvés dans la première fouille.
(3) Elles avaient jusqu'à 21 pieds de longueur.
DE VÉSONE.
65
est parfaitement connu, son périmètre est de i,i4^> pieds; et comme
celui de l'arène est d'environ 5ao pieds , le terme moyen sera de
85o pieds. Si donc on multipliait cette moyenne proportionnelle par
g8 pieds 6 pouces 6 lignes , on aurait la superficie de la place qu'occupaient les constructions. Mais, sans entrer dans ce détail, déduisons
des g8 pieds 6 pouces 6 lignes qui forment l'épaisseur de ces mêmes
constructions, 6 pieds pour le mur de façade et 12 pieds 6 pouces 6
lignes pour la largeur de la plate-forme qui surmontait le troisième
étage, nous aurons 80 pieds pour placer les rangs de gradins et les
petits paliers, en forme de corridors, qui les séparaient. Si donc on
suppose 12 pieds pour trois ou quatre de ces petits paliers, et qu'on
fixe à 2 pieds la largeur de chaque gradin avec son intervalle , on
trouvera 34 rangs de gradins dans l'espace des 80 pieds. Ainsi l'on aurait
34 rangées de sièges de 83o pieds chacune. Mais comme ces rangées
sont interrompues par diíférens petits escaliers formés du dédoublement
des mêmes sièges, nous ne les supposerons que de 772 pieds de longueur.
Assignant ensuite un espace de 1 pied 4 pouces à chaque individu , nous
aurons sur chaque rangée environ 600 spectateurs (1); et ce nombre,
répété 34 fois, nous donnera celui de toutes les personnes qui pouvaient être assises.
Notre amphithéâtre devait donc contenir sur ses gradins 20,400
spectateurs, et comme il pouvait s'en placer debout près de 10,000
sur la plate-forme dont nous avons parlé (2) , et plus de 3,ooo sur les
petits paliers qui séparaient les gradins , on peut les porter tous à
près de 34,000 (3).
Que serait-ce donc si , comme il est probable, il existait des constructions encore plus extérieures ? Alors il faudrait ajouter dix ou
douze rangées de sièges dont la longueur commune serait de plus de
Ï ,25 O pieds, ce qui porterait le nombre des seuls spectateurs assis à
(1) Le calcul nous donne 5gg.
(2) Voyez ci-dessus et page 20.
(3) Cependant nous ne supposons qu'un seul rang de personnes debout sur chaque palier , bien
qu'au besoin il pût s'en placer davantage , et nous ne calculons point les spectateurs qui , à la
rigueur , auraient pu prendre place sur les "petits escaliers formés du dédoublement des sièges.
9
66
ANTIQUITÉS
près de 3o,ooo , et, par conséquent, celui de toutes les personnes que
l'édiíîce pouvait contenir à environ 45,ooo.
Cependant la population d'une ville ne se porte pas toute entière
au spectacle , et bien que les gens de la campagne pussent y affluer
d'une certaine distance , on ne peut guère supposer moins de cent
mille ames dans l'antique cité que décorait un si Ar aste monument.
Au reste , il est probable qu'en construisant cet édifice , on avait
aussi pour but de le faire servir de naumachie. Du moins la profondeur de l'arène et la grandeur des cloaques semblent le prouver. Ne
sait- on pas que les Vésoniens rendaient un culte particulier à Neptune, auquel ils avaient élevé un temple somptueux dont nous conservons quelques débris ?
Le petit ustensile de bronze que nous avons retrouvé dans le canal
circulaire confirme cette opinion ; car il nous parait n'avoir pu être
utile qu'aux jouteurs , de même que les feuilles de cuivre laminé qui
paraissent avoir fait partie d'une légère cuirasse (i).
Mais quelle est l'époque de la fondation de cet édifice , et quelle est
celle de sa première dégradation? Si, suivant une vieille tradition que
Beauménil a connue , Soter , affranchi de Néron , le fit élever , il remonte au premier siècle de notre ère. II fallait, il est vrai, que cet
ancien esclave eût reçu de l'empereur , a qui il avait sauvé la vie ,
d'éclatans témoignages de reconnaissance , pour être en état d'édifier à
ses frais deux basiliques dont nous parlerons bientôt, et un amphithéâtre dont la construction exigeait une si grande dépense (2). Loin
cependant qu'il y ait rien de contraire à une pareille tradition , tout
semble la confirmer.
Rien , en effet , dans ce monument , ne rappelle les constructions du
Bas-Empire; on n'y voit ni de ces cordons de briques placés sans mo-
(1) Pour le petit usterjsile et pour la cuirasse, voyez page 3}.
(2) Si ua empereur romain eût fondé notre amphithéâtre, il est probable que, corame à Nismes,
toutes les constructions seraient en grosses pierres de taille ; ainsi l'espèce d'économie que l'on y
remarque prête un nouvel appui u la tradition.
DE VÉSONE.
67
tifs , ni de ces compartimens de briques et de pierres , ni de ces ornemens trop multipliés et bizarres qui annoncent la décadence de
l'art ; tout y est simple et bien senti , tout y est passablement pur
et correct ; ainsi l'on ne peut douter qu'il n'ait été élevé dans le HautEmpire. Toutefois , s'il était besoin d'une nouvelle preuve , voici un
fragment d'inscription qui semble ne laisser aucune incertitude , puisque son faire est évidemment du premier siècle de l'ère chrétienne.
N 0 87. — Au Musée.
T*.su
x v JLJ A ìJ
> E M LIB.
Mais ce fragment provient-il de l'amphithéatre ? On n'en peut douter , puisqu'il a été déterré dans le jardin mème de la Visitation, et,
pour ainsi dire , parmi les décombres du monument. D'ailleurs les lettres qui le composent ont 5 pouces 9 lignes de hauteur, et la table
sur laquelle il se trouve gravé est une grosse pierre que l'on reconnaît , a son côté gauche , avoir eu la forme trapézoïde. C'est sans
doute une partie de l'inscription qu'on avait placée sur l'entrée du
vomitoire du sud ; car c'est tout près de là qu'était la pierre avant
que nous la fissions enlever (1).
II eût été bien important d'avoir l'inscription entière ; elle nous
aurait sans doute appris des choses que probablement nous ne connaîtrons jamais , et du moins elle aurait déterminé d'une manière précise l'époque de la fondation de Pédifice ; ainsi le peu qui nous reste
de cette inscription doit vivement exciter nos regrets. *
Ce fragment ne peut , en effet , lever nos doutes ; car non-seule-
(1) La partie supérieure de cette pierre et son côté droit paraissent avoir été détruits par la
gelée ; sa largeur est encore de 2 pieds 10 pouces 9 lignes ; sa plus forte hauteur est de 1 pied ,
et son épaisseur de 2 pieds. C'est en 1809 que nous avons fait enlever ce fragment, et alors il
était appuyé contre une muraille; mais il avait été déterré quelques années auparavant.
68
ANTIQUITÉS
ment il ne présente aucun sens complet, mais il n'indique le nom
d'aucun personnage , et on n'y lit même aucun mot entier. Cependant
nous ne le négligerons point , parce qu'il offre à l'esprit quelques idées
vagues que nous tâcherons de développer sans leur donner d'autre importance que celle des conjectures.
On voit dans la première ligne six portions de caractères ; mais
d'abord on ne sait si c'est le petit point triangulaire qui est à i pouce
5 lignes de l'extrémité de la pierre qu'il faut remarquer, ou bien si
c'est l'espèce de jambage qui se trouve à 2 pouces 6 lignes de la seconde lettre , ce qui est très-différent ; car , dans le premier cas , c'est
la pointe d'un V, tandis que dans le second ce serait uné portion d'I
ou d'M. Comme la pierre est très-fruste dans cet endroit , il est difficile de se déterminer; cependant nous adopterons la première supposition, i.° parce que l'espèce de jambage dont il s'agit nous paraît
trop près du second caractère; 2. 0 parce que ce trait n'est point assez
correct ni assez profondément gravé.
La seconde lettre ne peut être qu'une L ou un E ; la troisième est une
R, et la quatrième est aussi une L ou un E; quant à la cinquième,
elle pourrait être un I ou un T, mais c'est plutôt une F ou encore
mieux un P , parce qu'elle n'est pas également éloignée du quatrième
et du sixième caractère , et que d'ailleurs on distingue à sa gauche ,
tout à fait contre la brisure de la pierre , une petite portion de trait
qui semble annoncer la tête d'un P. Enfin , la sixième et dernière
lettre ne peut être qu'un D : elle ne présente aucune incertitude.
Mais revenons au second et au quatrième caractère; il est évident
que , par leur position , ces deux lettres ne peuvent être que des E ;
ainsi nous aurons pour la première ligne ... VERE P. D. , du moins
cette leçon nous paraît probable.
Quant à la seconde ligne , on y lit très-distinctement DEM LIB. ;
mais que signifient ces parties de mots ? Est-ce EIVSDEM LIBERTI , de
ce même affranchi, ou HAEREDEM LIBERTI , Vhéritier de Vaffranchi ? Dans l'une et dans l'autre, supposition, il s'agirait sans doute de
l'affranchi de Néron, de Soter, qui fut le fondateur de notre am-
/
DE
VÉSONE.
69
phithéatre; seulement, dans le dernier cas, on ferait aussi mention de
son héritier ; ce qui semblerait annoncer que Soter , se voyant au lit
de mort avant d'avoir terminé son entreprise, aurait chargé son héritier de l'achever.
Au reste, on pourrait également lire HAEREDEM LIBERTVM,
et alors il serait possible de rétablir l'inscription de la manière suivante :
SOTER LIBERTUS NERONIS ET
MONUMENTUM
Qtíon INCHOAVERE P. DECIUM SOTEREM
HAERED E M L I BERTUMQ. STJTJM
PERFICERE JTJSSERUNT.
C'est-à-dire , « Soter, affranchi de Néron, et..
K
ordonnèrent à
Publius-Décius-Soter , leur héritier et leur affranchi , d'achever
« le monument qu'ils avaient commencé. »
Ainsi , suivant cette dernière leçon , Soter et quelqu'un des siens auraient commencé l' ouvrage, mais ce serait un P.-Décius-Soter, leur héritier et leur affranchi, qui l'aurait terminé. Au reste, ce ne sont que
des conjectures. La seule chose que nous puissions assurer avec certitude , c'est que la fondation de l'amphithéatre de Vésone date du
Haut-Empire romain et du premier siècle de notre ère.
Quant à sa destruction , nous ne pouvons en rien dire de certain ,
nous ne pouvons en fixer Pépoque. Seulement il paraît qu'il existait
encore dans son entier après la soixante- troisième année du second
siècle ; car une médaille de Pimpératrice Lucille a été trouvée dans le
limon du canal circulaire , et nécessairement lorsqu'elle y fut traînée
les constructions supérieures n'étaient point détruites , puisque les divers
conduits qui amenaient les eaux dans ce principal égoût n'étaient point
encore encombrés de débris (1).
II est donc bien évident qu'à cette époque Pédifice n'était pas en-
(1) Ce n'est qu'à cette époque que Lucille devint épouse de Vérus. Nous devons même remarquer que sa médaille n'est pas à fleur de coin.
ANTIQUITÉS
7o
core détruit j mais comme nous n'en sommes pas moins dans l'incertitude sur le véritable temps de sa ruine , voyons si les médailles ne
pourraient pas encore nous être de quelques secours (i).
Un moyen bronze d'Auguste (2) , et un grand bronze d'AntoninPie , sont les seules médailles que nous ayons trouvées sur le sable de
l'arène ; à quelques pieds au-dessus étaient deux petits bronzes de
Gallien, et un troisième a été retiré de la première fouille, où il était
également à une petite distance de l'ancien sol; ensuite venaient diverses autres médailles du Bas-Empire. Ainsi il paraît que vers le
milieu du troisième siècle l'édifice n'était plus dans son état primitif,
mais qu'au contraire déjà il était en ruine ; et ce qui confirme notre
opinion , ce sont les Tétricus et les Constantin que nous avons retrouvés seulement parmi les débris , à une hauteur considérable (3).
D'ailleurs , comme nous l'avons remarqué , les marches des escaliers
ne sont point usées, bien qu'elles n'aient pas été retouchées ; d'où nous
devons tirer la conséquence qu'elles servirent peu , et qu'ainsi notre
amphithéâtre ne fut guère plus d'un siècle ou un siècle et demi en
usage.
Tels sont les résultats de nos recherches sur un des édifices les plus
importans de notre antique métropole ; maintenant il ne nous reste
plus qu'à renfermer dans un seul tableau les diverses mesures et
proportions de ce monument (4).
(1) Nous croyons , avec M. de Mourcin , que l'on peut tirer un .grand parti des médailles pour
se fixer sur certaines époques. Au reste , nous ne faisons usage ici que de celles que nous avons
trouvées dans l'intérieur de l'arène , parce que les débris ont partout ailleurs été bouleversés.
(2) Cette médaille très-fruste ne prouve rien pour la fondation de Tédifice , parce qu'elle est
seule, et que, d'ailleurs, la même monnaie avait cours un assez long espace de temps.
(3) Voici la liste des diverses médailles que nous avons retirées de nos fouilles :
1 Auguste
M.B.
4 Tétricus, père
P.B.
1 Antouin-Pie
G. B.
i Constantin, père
P.B.
1 Lucille
G. B.
3 Constantin, jeune
,
P.B.
1 Gallien
AR. four, i Rome
P.B.
2 Gallien
P.B.
i Tessère de Wismes
M.B.
1 Posthume
AR.
12 Médailles frustes du Bas-Empire. P.B.
1 Claude-Gothique
P.B.
ì Pièce de monnaie d'argent de la r. 18 race.
(4) C'est à l'ancien pied de roi du Châtelet de Paris que nous avons pris toutes nos mesures.
DE
VESONE.
'Dimensions de VAmphithéâtre , mesures et proportions de ses
diverses paifiês.
PIEDS,
MESURES , PROPORTIONS ET NIVEAUX.
POUCES , LIGNES.
GRAND axe de l'arène , a partir des avant-corps du mur du podium.
Saillie des avant-corps
8
198
i
1
5
7
»
199
6
7
» (0
6
GRANDEUR TOTALE DU GRAND A XE DE L'ARÈNE
Epaisseur des constructions depuis le parement du mur du podium
( non compris l'avant-corps ), jusqu'à l' entrée du vomitoire
98
6
6
!97
. 1
Largeur présumée de la galerie qui doit avoir existé à l'extérieur
20
»
»
4o
»
7
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»
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»
1
6
»
5
»
»
3
6
Epaisseur présumée du mur de la façade
Saillie présumée d'un petit avant-corps
Diamètre des colonnes, environ
GRANDEUR TOTALE DU GRAND AXE DE L' A MPHITHÉÂTRE , (y compris les avant-corps)
98
20
7'
3
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6
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»
»
»
7
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»
n
197
1
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14
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))
»
»
459
120
6
»
GRANDEUR TOTALE DU PETIT A XE DE L' AMPHITHÉÂTRE , environ.
»
077
Largeur de la porte d'entrée des vomitoires
»
Hauteur de cette porte, sous clef
» (3)
Largeur des vomitoires , du côté de l'entrée, environ
Hauteur , jusqu'à la naissance du cintre
»
3i
»
i4
10
Hauteur, sous clef, environ
11
18
Largeur de la porte qui donne dans le vestibule
i5
Hauteur de cette porte, jusqu'à la naissance du cintre
11
»
5
3
»
Hauteur de cette même porte, sous clef, environ
'7
3
i5
6
5
68
6
6
3g6
7
7
3t 7
1
11
Hauteur, sous clef, environ
GRANDS
VOMITOIRES,
OU
VOMITOIRES
proprement dits.
Largeur des vomitoires, du côté du vestibule
Hauteur, jusqu'à la naissance du cintre
Pente du sol des vomitoires, depuis l'entrée jusqu'au vestibule
I Inclinaison de la voûte, sur la même longueur
I
\
» (4)
!9
»
.»
2
»
S
8
8
Longueur des vomitoires, depuis l'extérieur de l'entrée jusqu'au vestibule, environ.
(1) Ainsi le grand axe de ramphit'.iéalre est, d'après les seules constructions que
nous avons retrouvées , de 199 pieds 6 pouces 7 lignes + 197 pieds 1 pouce =
"
(2) Le petit axe de l'amphithéatre serait donc , d'après les constructions connues ,
de 120 pieds 4- 197 pieds 1 pouce =
f..
(3) Toutes les hauteurs énoncées dans ce tableau sont calculées à partir du sol antique de l'entrée du
vomitoire.
(4) A l'entrée du Musée , c'est-à-dire , à environ 1 f\ pieds de l'extérieur des constructions , la largeur du
vomitoire est de 18 pieds 5 pouces 6 lignes. C'est sur cette largeur et sur celle de la même voûte du côte
du vestibule, que nous avons calculé pour avoir les 19 pieds de la véritable entrée.
ANTIQUITÉS
PIEDS,
MESURES , PROPORTIONS ET NIVEAUX.
POUCES ,
LIGNES.
5o
»
»
»
»
» (')
Af
A
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6
18
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»
»
68
6
6
»
»
»
7
»
4
4
8
3
5
6
6
4
»
» W
»
GRANDS
1 Longueur de ces vestibules, dans la direction des vomitoires , environ
Epaisseur du mur du podium, entre les vestibules et l'arène, environ
VESTIBULES.
23
7
3
■
*7
i9
3 ,
PETITES VOUTES
contiguè's
aux
i
VOMI TOI RES.
Longueur des petites voûtes, depuis l'extérieur de l'entrée jusqu'au
Intervalle de la porte d'entrée du vomitoire a l'entrée de la petite
Epaisseur du pied-droit qui soutient les deux voûtes du côté de l'en-
Intervalle de la porte du vomitoire à celle de la petite voûte, de ce
3o
»
42
»
Longueur de la première rampe (du nord au sud ou du sud au nord),
Hauteur a laquelle monte cette première rampe , au-dessus du sol de
26
3
PETITS
PETITES VOÛTES
»
Largeur du palier , dans la direction de la première rampe , égale-
ESCALIER S
contigus
aux
»
6
5
i
Largeur de ce même, palier, dans la direction de la seconde rampe...
Largeur de la seconde rampe, dont la direction est de l'est à l'ouest
Intervalle de l'entrée des petites voûtes à celle des petits escaliers....
6
1
»
4
1
6
i3
5
»
u
» (3)
»
»
»
»
4
1
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»
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5
6
(1) Y compris l'avant-corps de ce même mur du podium, mais non compris la saillie de la doucinc, qui
est d'environ 9 pouces.
(2) Ce n'est qu'à 16 ou 18 pieds du parement extérieur des grosses pierres que nous avons pu prendre
la mesure ; et là nous avons trouvé 3 pieds 8 pouces 6 lignes de largeur.^G'est le calcul qui nous a
donné pour véritable largeur l\ pieds.
(3) En ligne horizontale , il y a du premier palier au second , envirpB 12 pieds.
DE VÉSONE.
?3
PIEDS,
MESURES , PROPORTIONS ET NIVEAUX.
POUCES , LIGNÉS.
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Hauteur
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Largeur des grands escaliers, du côté du premier palier, environ...
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Longueur de la seconde rampe depuis et non compris le palier jusGRANDS
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grandes voûtes.
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Tìfllier.
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Intervalle de la porte d'entrée des grandes voûtes i l'entrée des ca-
Intervalle d'une cage d'escalier a l'autre , du côté de l'entrée
'Elévation, sous clef, des voûtes supérieures, au-dessus du palier....
:».
»
»
»
»
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a
» (3)
33
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»
»
»
»
(Elévation du sol de la galerie circulaire du second étage, au-dessus
GALERIE
CIRCULAIRE
du
second étage.
»
»
Largeur de la rampe qui , de cette galerie , aboutissait aux gradins.
(1) C'est la largeur que nous donne le calcul. Celle que nous avons trouvée a i5 ou 16 pieds de l'entrée,
est de 8 pieds 2 pouces.
(2) C'est ici également une largeur donnée par le calcul. A i5 ou 16 pieds de distance nous avons trouvé
G pieds 8 pouces G lignes.
".
(3)
10
ANTIQUITES
74
MESURES , PROPORTIONS ET NIVEAUX.
Longueur de la grande chambre du cloaque , à 'la naissance du
cintre
Longueur de cette chambre , au fond
Largeur de cette même chambre , a la naissance du cintre.
Largeur, immédiatement au-dessous du cintre
Largeur, au fond, environ
,
Hauteur, depuis le fond jusqu'à la naissance du cintre, c'est-à-dire,
jusqu'au haut du rocher
Hauteur, sous clef, environ
Longueur de la galerie qui communique de la grande chambre au
puits
•
Largeur de cette galerie, à la naissance du cintre
Largeur de cette galerie, immédiatement au-dessous du cintre
Largeur , au fond
Hauteur, depuis le fond jusqu'à la naissance du cintre
Hauteur, sous clef, environ
/ Longueur de la seconde galerie du nord-est,
CLOAQUE.
V Largeur de cette galerie, à la naissance du cintre
\ Largeur de cette galerie, immédiatement au-dessous du cintre
(Largeur, au fond
(Hauteur, depuis le fond jusqu'à la naissance du cintre
Hauteur , sous clef
Intervalle entre les deux voûtes, du côté de la grande chambre. .. .
Longueur de la galerie qui est le plus à l'ouest , environ
Longueur de la galerie qui est le plus au sud
.
Largeur de ces deux dernières galeries, à la naissance du cintre....
Largeur de ces mêmes galeries, immédiatement au-dessous du cintre.
Largeur, au fond
Hauteur de cerveau, environ
Intervalle entre les deux voûtes , dn côté de la grande chambre ,
environ
.. ,
Largeur de l'entrée du petit conduit qui est au - dessus des deux
voûtes
..
j
Hauteur de cerveau de ce même conduit
( Largeur de l'égout circulaire qui suit le mur du podium
PIEDS,
POUCES ,
24
2
1».
11
4
9
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6
3
»
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2
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»
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8
»
«
»
EGOUT
circulaire.
Intervalle entre ces conduits , environ
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»
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Largeur des petits conduits qui donnent dans l'égout circulaire..
Profondeur de ces conduits
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Profondeur de cet égout..
GRAND
LIGNES.
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h /;.->»,
9
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»
9
»
6
»
(i) II ne faut pas perdre de vue que c'est au nord de l'édifîce que l'égout circulaire a été mesuré :
plus près du cloaque , sa capacité doit être plus considérable , de même que , sans doute , elle est un peu
moindre du côté de l'est.
DE VÉSONE.
MESURES , PROPORTIONS ET NIVEAUX.
75
PIEDS,
POUCES , LIGNES.
^Largeur de l'égout circulaire supérieur que nous avons retrouvé à
l'ouest , environ
Profondeur de cet égout, environ
PETIT ÉGOUT I Largeur N. - S. d'un des entonnoirs qui dirigeaient les eaux dans
circulaire. \ l'égout circulaire
,
Largeur de ce même entonnoir dans l'autre direction...
Largeur d'un des pelits conduits latéraux
Profondeur de ce même conduit
Largeur de l'embouchure des petits égouts tournans qui donnent
dans les petites voûtes".
PETITS EGOUTS
'Hauteur
de cette embouchure
tournans.
[Distance de cette embouchure à la feuillure de la porte, environ..
Elévation de cette même embouchure au-dessus du sol, environ...
Epaisseur de la corniche extérieure du premier étage.
Saillie de cette corniche , environ
Epaisseur de la frise....
Epaisseur de l'architrave
ENTABLEMENT
Saillie totale de l'architrave
du 1 . er étage
Largeur
de la première fasce de l'architrave
de
Saillie
de
cette fasce, dans sa partie inférieure
7
LA FAÇADE
Largeur de la seconde fasce
extérieure.
Saillie de cette fasce , dans sa partie inférieure
1 Largeur de la troisième fasce
\Saillie de cette fasce , dans sa partie inférieure
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»
1
»
Epaisseur de la corniche des vomitoires , environ .
I
»
Saillie de cette corniche
*
»
Largeur des petites pierres à vrai parement.
Hauteur de ces pierres
Epaisseur de ces pierres, environ
»
»
3
3
3
»
4
»
I Largeur des petites pierres communes , environ..
Hauteur de ces pierres, environ
Epaisseur de ces pierres , environ
»
5
5
5
»
' Longueur des briques de l'égout circulaire supérieur.
I
6
»
»
10
6
»
2
»
des
VOMITOIRES .
I
communes.
5
;»
CORNICHE
PETITES PIERRES
I
!
Largeur de ces briques
Epaisseur de ces briques
»
»
| ȕ
»
(1) Nous appelons, avec M. de Mourcin, pierres à vrai parement, celles que les Romains ajustaient avec
beaucoup de soin pour ne pas les recouvrir d'un enduit. Celles des vomitoires ont quelques lignes de
moins d'épaisseur que celles des vestibules.
ANTIQUITÉS
76
PIEDS,
MESURES , PROPORTIONS ET NIVEAUX.
NI VEAUX
essentiels.
K LEVATION
du limon.
POUCES , LIGNES.
Q
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» (0
8
I
»
9
10
I
4
6
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6
8
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veau , à
Le premier palier des petits escaliers, est à environ
Le premier palier des grands escaliers , á
Le sol de la galerie du second étage, á environ
7
22
D
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»
i .»
55
»
»
Le limon s'élève dans le grand cloaque , à
—
Dans le grand égout circulaire , a environ
—i Dans l'égout circulaire supérieur, i environ
2
»
»
10
»
»
7
»
12
16
20
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»
» —
22
»
»
L'arène est au-dessous du niveau de l'entrée des vomitoires , á
La recoupe ou pierraille, à
Le rocher qui forme le fond du bassin , à
Le fond du cloaque , à
Ainsi ce même fond du cloaque se trouve plus bas que le sol de
l'arène de
Le fond du grand égout circulaire est au-dessous de notre niveau,
á environ
Le fond de l'égout circulaire supérieur est au-dessus de ce même ni-
A l'extérieur de l'édiflce , les terres ne s'élèvent , dans quelques endroits , qu'à environ
Presque
partout elles s'élèvent a environ
ÏLEVATIO N]
Dans l'arène elles s'élèvent à,
des terres.
Elles s'élèvent même , dans plusieurs parties de cette même arène ,
à environ
»
- »
J
»
(1) Le sol de l'entrée des vomitoires et des autres voûtes est, comme l'on sait, à environ i3 pieds
5 pouces au-dessous de notre niveau , qui est le seuil de la porte d'entrée du Musée. Ainsi dans ce
tableau nous prenons un point de nivellement différent de celui dont nous nous sommes servis dans
le texte.
(2) C'est près du vomitoire du nord que nous avons pris ce niveau du canal ; mais on conçoit qu'il
doit changer à chaque instant , suivant qu'on se rapproche ou qu'on s'éloigne du cloaque.
DE
VÉSONE.
CHAPITRE
77
V.
Des Thermes ou Bains publics, et des Bains particuliers.
L
'USAGE des bains remonte à la plus haute antiquité. Comme les
anciens se vêtissaient de laine, et se servaient peu de toile, ils avaient
besoin de se baigner plus que les modernes ; aussi les Egyptiens
par dévotion , les Grecs à la suite de leurs jeux , les Romains après
les exercices du champ de Mars , allaient- ils se baigner dans les rivières (i).
Le luxe et la mollesse amenèrent ensuite la pratique des bains chauds,
et déjà du temps d'Homère elle était connue, puisqu'il la reproche aux
Phéaciens comme une preuve de la corruption de leurs moeurs. Les
Grecs, qui peut-être furent les inventeurs de ces sortes de bains,
leur donnèrent les noms de BAAANEIA , de AOTTPA ©EPMA , ou simplement
de OEPMAI . Chez les Romains ce furent à-peu-près les mêmes expressions : ils employèrent le mot de balneum , pour désigner un bain
particulier , et le pluriel balnea , balnece ou balinece , pour les bains
publics , qu'ils appelèrent aussi thermce. Ce dernier nom est même celui
qui convenait le mieux à l'édiílce des bains, car non-seulement on s'y
baignait, mais il s'y trouvait des étuves, et surtout des étuves sèches
(laconica) , qui n'avaient nul rapport à faction de se baigner, puisqu'elles n'étaient destinées qu'à exciter la transpiration.
Ce furent sans doute quelques particuliers qui portèrent à Rome
l'usage des bains chauds ; mais bientôt les riches ne se contentèrent
pas d'en avoir dans leurs maisons de si recherchés que les femmes
s'y servaient de baignoires et de sièges d'argent (2) ; les plus opulens
(1) Ces sorles de bains s'appelaient lavatio , frígida lavatio , etc.
(2) Argento femuix lavantur , et nisi argenlea solia Jaslidiunt , dit Pline.
I I
ANTIQUITÉS
78
d'entre eux , pour capter la bienveillance de leurs concitoyens , en firent construire , à leurs frais , où les gens aisés étaient proprement
servis , et où le peuple pouvait aller pour le prix d'un quadrans (i). '
Dion prétend que le premier bain public fut bâti à Rome par le
célèbre Mécène ; mais cet exemple fut suivi , puisque le seul Agrippa
en fit construire cent soixante - dix , et qu'd n'y eut ensuite guère
d'empereurs qui ne fissent de pareils établissemens. Ce luxe fut même
porté si loin, que les colonnes, les statues, les marbres rares, les peintures , les mosaïques , etc. , y furent employés avec profusion. Enfin , le
nombre de ces bains publics devint si considérable dans la seule ville
de Rome , que Publius Victor en compte jusqu'à huit cents.
On ne pénétrait pas dans ces bains à toute heure. Vitruve dit qu'on
n'y entrait que depuis midi jusqu'au soir , et Martial parle de la cloche qui en annonçait l'ouverture. Alexandre Sévère paraît être le premier empereur qui en ait permis l'accès pendant les nuits d'été.
Dans les premiers temps, les hommes et les femmes se baignaient
à des heures différentes , ou bien on distribuait l'édisice de telle sorte
que les deux sexes fussent entièrement séparés ; quelquefois même on
le partageait tout entier par un gros mur de refend. Mais cette décente retenue ne fut pas de longue durée , et malgré les soins des magistrats et de quelques empereurs , la licence parvint à faire de ces
monumens publics des lieux de prostitution.
Au reste, les Romains poussèrent si loin ce goût pour les bains
chauds , qu'ils s'y plongeaient jusqu'à sept fois par jour , et comme
ils en portèrent l'usage dans tous les pays de leur domination, les
Vésoniens s'empressèrent de l'adopter.
On trouve , en effet , sur l'emplacement de notre antique métropole plusieurs endroits où se distinguent des vestiges qui ne peuvent
appartenir qu'à des thermes , et sans doute il est un grand nombre
de ces édifices qui sont encore entièrement ignorés. Nous ne pouvons
même donner aucun détail sur la plupart de ceux dont nous avons
(i)
Environ un liard.
DE VÉSONE.
rjg
reconnu l'exìstence , parce qu'il ne paraît aucun reste de leur construction. Ainsi nous nous bornerons a désigner les lieux qu'ils occupèrent, en' attendant qu'un heureux hasard ou de nouvelles fouilles
puissent mettre quelques parties de leurs fondemens à découvert. .
Mais avant de parler des bains qui paraissent avoir existé dans .
Vésone , disons quelques mots de la structure ordinaire de ces sortes
de monumens.
On sait qu'il y avait toujours des bains joints aux gymnases , parce
que, après les exercices, ils étaient absolument nécessaires ; on sait aussi
que l'ensemble de ces édifices , dans la disposition desquels étaient
réservés de larges bassins et même de nombreux bosquets , était si
vaste que Ammien-Marcellin croit pouvoir les comparer à des provinces (potiìis provinciarum instar quàm ulliiís cedijìcii formd) ; mais
nous ne parlons ici que des bains isolés des gymnases , bien que la
forme des uns et des autres fût à-peu-près la même.
■
Ces bains , qui eux-mêmes occupaient un assez vaste emplacement ,
puisqu'ils renfermaient dans leur enceinte de larges piscines où l'on
pouvait nager a son aise , étaient souvent , comme nous venons de le
dire, partagés par de gros murs de refend qui en faisaient en quelque sorte deux bâtimens séparés, et dans chaque partie se trouvaient,
les unes à côté des autres , différentes pièces dont voici les principales :
Celle du bain froid (frigidarium); i° celle du bain chaud
(calida lavatio ou balneum); 5.° l'étuve ( concamerata lavatio ou
tepidarium); 4-° l'étuve sèche ou le laconique ( laconicum) , etc. II
y avait aussi dans ces édifices plusieurs pièces communes , telles que ,
i.° les différens vestibules, et notamment celui de Vhjpocaustum ou
poêle, ( própnigeum) ; 2° le vasarium, c'est-à-dire, une chambre dans
laquelle étaient placés trois grands vases ( milliaria ) qui contenaient
de Peau , à trois degrés différens de chaleur , et la laissaient passer
successivement de l'un dans l'autre, etc. (1).
i.°
(1) Voyez l'Encyclopédie Méthodique. — Voyez aussi le tome I." des Mémoires de l'Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres, pag. g5 , etc.
So
ANTIQUITÉS
Les diverses pièces dont nous venons de parler , et les autres qui
faisaient partie des mêmes édifices , étaient toutes plus ou moins ornées , suivant leur destination ; les unes avaient leurs parois revêtues de
marbre , et leurs pavés faits en compartimens ou en mosaïque ; les
autres , telles que celles qui devaient ressentir l'action du feu , n'avaient
pour tout ornement que de simples briques , qui quelquefois , il est
vrai , étaient travaillées avec art.
Les baignoires étaient ou fixes ou mobiles , et parmi ces dernières
il en était de suspendues en Pair , dans lesquelles on pouvait se faire
balancer ou se balancer soi-même.
Les deux étuves étaient quelquefois de forme ronde ; souvent aussi
elles étaient carrées ; mais toujours elles étaient placées l'une à côté
de l'autre. Au-dessous de ces étuves était Vhjpocaustum , dont elles
étaient séparées par un plancher formé de carreaux de briques de 2
ou 3 pieds de long sur autant de large , et dé 4 ou 5 pouces d'épaisseur (1). Ces carreaux étaient ajustés les uns à côté des autres,
et étaient portés par leurs angles sur des piles de briques arrondies en
forme de petits tambours de colonnes. Seulement on observait, dans
l'étuve, que cette espèce de sol fût en plan incliné, pour que Peau ne
pût nullement y séjourner lorsqu'on l'y jetait pour la réduire en
vapeur.
Quant à l'étuve sèche, elle n'avait nul rapport aux bains, puisque
même il n'y entrait jamais d'eau , et que cette pièce n'était destinée
qu'a exciter la transpiration par la chaleur.
Enfin, les bains publics étaient disposés de telle sorte, que le même
hypocauste servait aux bains chauds , aux bains de vapeur et aux
étuves sèches des deux sexes. Mais revenons aux bains ou thermes
de Vésone.
Bains de Saint-Gervais. — On ne peut guère douter qu'il n'y ait
(1) II y avait (j'en ai même vu ici) de ces carreaux qui avaient jusqu'à l\ pieds de large sur
61 pouces d'épaisseur. J'imagine que leurs proportions variaient un peu suivant les dimensions de
la pièce où ils étaient employés.
DE VÉSONE.
81
eu des bains dans le jardin de Saint-Gervais, près de la route de Bordeaux, car nous y avons trouvé une assez grande quantité de petits
tambours de colonnes de briques et d'autres fragmens qui ne pouvaient avoir d'autre usage que de former le plancher des étuves. On
y déterra aussi, en 1817 , une mosaïque assez bien conservée, et
nous reconnûmes qu'il y en avait eu une seconde beaucoup plus recherchée (1).
Bains de Saint-Pierre-ès-Liens (2). — C'est dans le jardin où est
enfermée la petite église de Saint-Pierre-ès-Liens , et tout-à-fait au
sud-est , que nous avons retrouvé des débris qui annonçaient des
thermes , tels que de petits tambours de colonnes de briques , etc.
On rencontre aussi dans ce jardin des fûts de colonnes et d'autres
débris de toute espèce annonçant qu'il exista jadis dans ces lieux
un grand nombre d'édifices romains.
Bains de Campniac (3). On trouve également des débris de bains
dans un jardin de Campniac, au sud-ouest de la Tour-de-Vésone , dans
le lieu même où nous avons reconnu l'existence d'une mosaïque.
Bains de la Font-Chaude. — II existe dans les prés de Campniac ,
assez près de la fontaine de Sainte-Sabine (4) , une petite source qui est
à sec tout l'été, parce que sans doute elle a quelque conduit souterrain par lequel elle se dirige droit à la rivière , mais qui , pendant
l'hiver , est assez abondante. Quelque froid qu'il fasse , il ne gèle point
dans son voisinage, et on en voit même constamment s'élever une espèce de fumée. C'est cette fontaine qu'on appelle la Font-Chaude , et
c'est dans le jardin qui lui est contigu que l'on trouve beaucoup de
débris qui ne peuvent appartenir qu'à des bains, tels que des fragmens de baignoires de marbres ou de porphyre (5) , etc. On en a
(1) Ces deux mosaïques , dont nous avons déjà parlé ( voyez tom. I. er , pag. 3g3 ), étaient à une
petite distance de la route actuelle , au sud de l'ancienne église de Saint-Gervais et du cimetière
de ce nom.
(2) Dans le jardin de M. Vidal.
(3) Dans le jardin de Mlle, de Mourcin.
(4) Ou autrement la Font-Laurière.
(5) J'en conservais un très-beau fragment, qui s'est perdu.
82
ANTIQUITÉS
même extrait, il y a un certain nombre d'années, de très -belles
pierres de taille , et tout annonce qu'une fouille bien dirigée dans cet
endroit produirait d'heureux résultats.
Bains du Cimetière. — Le cimetière actuel remonte sans doute au
Bas-Empire romain, puisque non-seulement on retrouve dans son enceinte des cercueils de pierre dont Pusage est perdu depuis plusieurs
siècles (i), mais encore un assez grand nombre de petits vases de terre
rouge qui ne paraissent pas avoir été fabriqués depuis la conquête
des Francs. C'est vers le centre de ce cimetière que l'on déterre
chaque jour des débris qui ne peuvent avoir appartenu qu'à des
thermes (2).
Mais les différens bains dont nous venons de parler étaient-ils publics , ou appartenaient-ils à de simples particuliers ? C'est ce que nous
ne pouvons savoir, puisque nous ne connaissons Pancienne existence
de ces édifices que par les débris qui se rencontrent sur le sol. La
seule.chose que nous puissions assurer, c'est qu'on remarque partout,
dans ces lieux, des traces de magnificence, car partout on retrouve
des débris de vases sculptés , des carreaux de marbre ou de pierre
lithographique , des mosaïques , des marbres de revêtement , et des
décorations de toute espèce.
Peut-être les bains du jardin de Saint-Gervais et ceux du cimetière
appartenaient-ils à la ville , au moins dans les derniers siècles de l'Empire ; ce qui pourrait le faire croire , c'est que leurs emplacemens
étaient restés publics. D'ailleurs, celui du cimetière, surtout, est digne
de remarque , car on y déterre chaque jour non-seulement des débris
romains de toute espèce , mais aussi des fragmens du moyen âge ; et
l'on sait qu'une ancienne église y a subsisté long-temps , ainsi qu'un
(1) L'trsage Je ces cercueils parait être devenu général vers la sin'de l'cmpire romain, et avoir
cessé vers le i2. e siècle. Nous croyons, avec M. de Mourcin , que les chrétiens préférèrent cegenre de sépulture a tout autre, parce qu il avait quelque rapport avec le tombeau de N. S. Jésus-Christ.
(2) C'est M. de Mourcin qui a reconnu ces divers emplacemens des bains. Sans doute , si l'on
fait quelques recherches , on en retrouvera beaucoup d'autres.
DE VÉSONE.
83
hôpital qu'on a rétabli dans le 17.° siècle, et dont une partie est encore debout (1).
Bains publics du château de Godqfre. — Le seul emplacement où
l'on ne puisse s'empêcher de reconnaître des thermes publics , est celui
du château de Godofre , situé au sud de la ville actuelle , et au sudest de ce qu'on nomme la Cité.
C'est dans les prés de Sainte-Claire, à environ 700 pieds au-dessous du moulin de ce nom , et à 280 pieds de la rivière de Pille, que
l'on remarque les vestiges de cet édifice (2) ; ils consistent dans quelques pans de murs qui s'élèvent au-dessus du sol actuel d'environ
2 pieds , et dans lesquels se trouve l'entrée d'une chambre souterraine
remplie d'eau et presque entièrement fermée. La construction de ces
massifs est en petites pierres carrées , dans le genre de celles de la
Tour-de-Vésone et de l'amphithéatre.
La fureur qu'avaient nos pères , dans le moyen âge , de tout convertir en châteaux forts est peut-être la cause de l'anéantissement
complet de ce vaste monument.
Quoi qu'il en soit, l'emplacement de nos thermes publics était entièrement ignoré, lorsque, quelques années avant la révolution, on voulut
enlever les ruines du château de Godofre, et faire un jardin potager
k la place de ses décombres ; alors seulement , comme il fallut enlever
les matériaux qui étaient sur le sol, et creuser à .une certaine profondeur , pour préparer la terre , on découvrit des constructions romaines
qui occupaient une espace considérable , et qui ne pouvaient appartenir qu'à des bains.
Malheureusement à cette époque nous n'étions point en province ,
(1) M. de Mourcin vient même de découvrir dans cet endroit plusieurs mosaïques très-recherchées que nous n'avons pas encore fait graver, et une chambre sépulcrale extrêmement curieuse.
Nous donnerons quelques détails sur ces objets dans un petit supplément que nous mettrons à la
lin du volume.
(2) Depuis le mur de l'enclos de Sainte-Claire, en passant à côté de l'écurie du moulin, jusqu'au milieu des ruines des thermes , nous avons trouvé ^63 pieds ; c'est vis-à-vis de l'hôpital des
ladres que se trouvent ces ruines.
84
ANTIQUITÉS
et personne ne fit attention à ces fouilles ; seulement les curieux s'y
transportaient pour voir jouer la,mine, et pour admirer la dureté de
ces masses de constructions que le temps avait respectées , et qui subsisteraient encore si elles eussent appartenu à un amateur instruit.
Cependant on s'aperçut bientôt que la dépense de ces travaux dépasserait de beaucoup le profit qu'on en attendait, et alors ils furent
abandonnés , et l'on se hâta de faire des remblais dans les excavations
qu'on avait faites.
II est fâcheux que personne n'ait tenu note de ces fouilles ; mais
nous savons d'une manière positive qu'on y trouva de très-i-iches mosaïques, des vases de marbre, des vases de terra campana, peints ou
sculptés, les uns en relief, les autres en creux. On en sortit aussi des marbres de revêtement , des blocs et des chapiteaux de colonnes également
de marbre, des tuiles et des briques, un grand nombre de conduits
de plomb , une infinité de médailles et d'autres curiosités de toute espèce. Nous tâchâmes à notre retour de rassembler plusieurs de ces débris j nous étions même parvenus à réunir quelques fragmens de mosaïques très - soignées , des morceaux de vases peints, d'autres qui
étaient sculptés en arabesques ou ornés de jolies figures ; des morceaux de vases de marbre blanc ou de couleur ; d'autres dont le peu
d'épaisseur annonçait qu'ils avaient été employés en revêtement ; enfin
des fragmens de colonnes de marbre où quelquefois on distinguait les
cannelures de la colonne dont ils faisaient partie ; mais dans le temps
de la révolution tout a disparu. Nous avions aussi ramassé un grand
nombre de tuiles et de briques antiques , et il y en avait tant dans cet
endroit , que les propriétaires en avaient fait des monceaux énormes
qu'ils avaient placés sur le bord de leurs propriétés. Ces monceaux ,
sur lesquels on ajoutait chaque jour de nouveaux débris , étaient
même devenus si considérables qu'on a été forcé de les transporter
sur le chemin voisin , où l'on en a fait une longue et large chaussée (i).
(i) Le chemin qui ya de Sainte-Claire au port de Campniac était excessivement creux , et c'est
avec ces débris qu'on l'a exhaussé comme il l'est maintenant,
DE VÉSONE.
85
Cependant quelle était l' ordonnance de ce monument ? Quelles
étaient ses décorations particulières ? Les débris des mosaïques et les
fragmens de marbres de revêtement nous indiquent , pour Pintérieur ,
une grande magnificence (i). Quant à Pextérieur , si nous ne pouvons
en rien dire de certain , du moins il nous parait évident qu'il fut richement orné ; peut-être même la colonnade de la principale façade futelle en marbre , car on trouve sur les lieux un grand nombre de
fragmens de colonnes lisses ou cannelées, tous de cette matière. Parmi
ces nombreux fragmens , il en est dont le faible diamètre annonce
l'emploi de la colonne dans Pintérieur de l'édiíice ; mais il en est d'autres qui , ayant environ 2 pieds de diamètre , doivent avoir fait partie
de la décoration extérieure (2).
Si donc on juge de la beauté de ce monument par les débris que
l'on retire de ses ruines , si l'on considère la grandeur de Pemplacement qu'il occupait , on ne pourra s'empêcher de convenir qu'il était
digne des Romains , et qu'il fut construit pour Pusage d'une puissante
et vaste métropole.
Mais a quelle époque remonte sa construction ? Si l'on ne peut le
déterminer , du moins on sait que lorsque les Romains s'emparèrent
des Gaules ils ne négligèrent rien pour s'attirer Pamour des vaincus.
Ainsi , sans doute, les bains publics durent être un des premiers ob-
(1) On nc trouve pas seulement, chaque jour , sur remplacement de cet édifice, des fragmens de
mosaïques, des débris de pavés à compartimens , tels que de petits losanges de porphyre et de
granit de n lignes de diamètre sur 2 lignes d'épaisseur , on y déterre aussi une grande quantité de
morceaux d'ophite et de marbres de revêtement , tels que cervelas, griotte , cipolin, campan , blanc
veiné de taches bleues , etc. Tons ces débris font partie du Musée ou du cabinet de M. de Mourcin. On trouve même dans ce cabinet des morceaux de tuyaux de plomb qui proviennent également des thermes.
(2) Le marbre de ces colonnes est presque tout du cipolin. II en existe des fragmens au Musée.
Lorsque, en 1819, j'allai voir l'intéi'ieur du clocher de la célèbre abbaye de Brantôme, je ne fus pa.«
peu surpris de trouver plusieurs blocs de colonnes du même marbre que celui de nos thermes ,
employés dans la décoration de ce singulier bâtiment. Je retrouvai aussi beaucoup d'autres blocs
de la même matière servant de bornes dans les rues de la ville, principalement à une porte cochère voisine de l'auberge de Saint-Pierre. Ainsi tous les siècles ont contribué comme le nôtre
à la destruction de nos monumens antiques; et, comme le bas du clocher dont nous venons de
parler a été construit dans le S. e siècle ou dans le 9.% on doit en inférer que dès-lors, c'est-àdire, dès le temps de Cliarlemagne , on enlevait les plus précieux ornemens de nos édifices.
12
86
ANTIQUITÉS
jets dont ils s'occupèrent , et, par conséquent, la fondation de nos
thermes pourrait être de quelques années antérieure a l'ère chrétienne. L'inscription du n.° 53 ne semble même guère laisser d'incertitude a ce sujet.
Au château de Barrière (i).
ÏT DEO APOLLINI
GOBLEDVLITAVO
M. POMPEIYS. C. POMP
SANGTI. S AGERDOT
ARENSIS. FIL. QVÍl. LIP
SAC31DOS. ARENSIS
QUI TEMPLYM. DEA..
TVELAE. ET TIERMA. .
PVBLIC. VTRAQ. OT
VETVSTAE. GOLIAB, ...
r
SVA. PEGVNIA. R E S .
V. S. L. M
0
En effet, les caractères de cette inscription sont évidemment du
second siècle ; et comment alors M. Pompeius aurait-il pu rétablir un
édifice déjà tombé de vétusté, si cet édifice n'eût été construit longtemps auparavant? On sait que les monumens de ce genre étaient
capables de résister aux injures de l'air, et qu'il ne fallait rien -moins
que la main de l'homme pour les détruire. Au reste, si jamais on
(i)
Voyez le n.° 53 de nos inscriptions , tom. I. 01' , p'ag. 295. C'est á M. le chevalier de Beau
fort que nous devons ce précieux monument ; il Ta rcliré lui-même des décombres.
DE VËSONE.
87
faisait des fouilles sur l'emplacement de nos thermes , si l'on en mettait , surtout , l'ancien sol à découvert , on pourrait se fixer d'une
manière plus précise sur l'étendue de cet édifice , sur sa distribution ,
et peut-être aussi sur l'époque de sa fondation.
CHAPITRE VI.
Des Cloaques et des Aqueducs.
PAR le mot cloaque , les anciens entendaient des galeries ou conduits
souterrains spacieux et voûtés , disposés pour recevoir les immondices
des rues ou des bâtimens , et pour les porter au loin , soit dans des
puisards , soit dans les rivières. Sous la dénomination d'aqueducs , ils
comprenaient toutes les constructions destinées à conduire, d'un lieu
k un autre, et suivant une pente réglée, une certaine quantité d'eau
de source ou de rivière.
Ainsi, les cloaques ne sont autre chose que ce que nous appelons
des égouts, tandis que les aqueducs sont de véritables canaux qui,
a cause de l'irrégularité du sol , se trouvent tantôt sous terre et tantôt
immédiatement au-dessus 5 qui, même souvent, sont élevés sur un ou
plusieurs rangs d'arcades.
Vésone avait des cloaques. Nous en reconnaissons quelques-uns, et
il en était sans doute dont nous n'avons encore retrouvé aucunes traces.
Quant aux aqueducs , cette ville en était , pour ainsi dire , entourée.
Nous allons entrer dans quelques détails sur ce qui nous reste de ces
divei'ses constructions.
A
RTICLE I.ER — Des Cloaques.
La plupart de nos cloaques sont encore entièrement inconnus.
L'exhaussement des terres les ayant laissés à une assez grande profondeur , ce ne serait que par hasard et en creusant des puits ou les
88
ANTIQUITÉS
íbndemens de quelque bâtisse considérable, qu'on pourrait en rencontrer les vestiges. C'est ainsi que le cloaque de l'amphithéatre a été
découvert (i) ; c'est ainsi que diverses traditions se sont établies relativement à des souterrains qu'il serait peut-être difficile de retrouver (2).
Cloaque de Vamphithéâtre. — Le seul cloaque qui, du moins en partie,
nous soit bien connu , c'est celui de l'amphithéatre. Nous en avons
donné la description.
Cloaque de la Tour-de-Vésone. — Nous ne pouvons rien dire de
certain sur celui de la Tour-de-Vésone (5) ; seulement nous sommes
assurés de son existence par la tradition ; sans doute il était déstiné
à recevoir les eaux de pluie et le sang des victimes : sa direction est
probablement au sud.
Divers autres cloaques. — II devait exister des cloaques près de la
plupart des grands édifices publics, tels que le cirque, le théâtre, etc.,
dont nous ne connaissons point l'emplacement. II y en avait aussi
sans doute pour recevoir les immondices des rues et des habitations
particulières ; mais tout encore est profondément caché sous les décombres ; seulement nous croyons pouvoir assurer qu'un de ces vastes
égouts passe sous le cimetière de la ville actuelle. Peut-être le retrouverait-on presque dans son entier ; peut-être aboutirait-il à des édifices
qui nous sont encore inconnus. Tout ce que nous savons k ce sujets
c'est qu'en creusant la terre a 4 pieds 6 pouces de profondeur (4), on
trouva une espèce de conduit de 2 pieds de large , et dont la direction
est du nord au sud. II paraît que les dalles dont il dut être recouvert
ont été enlevées , et que ses côtés ont été diminués de hauteur. A une
(1) Voyez la description de cc cloaque , pag. 48. Bien que , i diverses époques , on ait dû voir
ce souterrain , puisqu'il a été détruit en partie lorsqu'on a enlevé les grosses pierres du mur du
podium et celles du mur de la façade , il nous serait maintenant inconnu sans le puits qui traverse
une de ses voûtes.
(2) Selon ces vieilles traditions il existerait des souterrains au-dessous de l'ancien couvent de la
Grande-Mission , qui sert maintenant de casernes ; il y en aurait non loin de la Tour-de-Vésone , etc.
(3) Voyez tom.
pag. 3/|5, 348, etc.
Cl) C'est au commencement de Tannée 1821 qu'un fossoyeur fit cette découverte. Suivant les
renseignemens que M. de Mourcin a recueillis á cc sujet , lc trou carré serait éloigné du mur
de l'ouçst du cimetière d'environ 9 toises, et de celui du nord de
ou
-i5 toises.
DE
VÉSONE.
89
de ses extrémités est un trou carré d'environ 2 pieds de large, parfaitement construit en ciment ou en pierre de taille. Malheureusement
nous ne sûmes rien de cette découverte , et l'on ne déblaya le trou
carré qu'à 2 pieds de profondeur ; mais à quoi eussent servi de semblables constructions , s'il n'existait pas un cloaque au-dessous ?
ARTICLE II. — Des Aqueducs.
Les Romains avaient pris soin de faire arriver dans notre métropole les eaux de diverses fontaines, et comme le gouvernement et
des particuliers y travaillèrent a l'envi , elle se trouva , pour ainsi
dire , entourée d'aqueducs.
Aqueduc du Petit-Change. — L'aqueduc du Petit-Change est à l'est
de Vésone ; il côtoie , dans la plus grande partie de son cours , la nouvelle route de Lyon. Quatre fontaines semblent avoir alimenté ce
canal : celle de l'Amourat , celle du Lieu-Dieu , celle du Chien , et la
Grand'Font, qui est éloignée de notre ancienne Cité d'environ 3 .,600
toises.
Toutefois , nous dirons avec franchise que nous n'avons encore fait
aucune espèce de travail pour nous assurer que les quatre fontaines
dont nous venons de parler nous aient ensemble fourni leurs eaux.
Nous ajouterons même que la fontaine de l'Amourat et celle du LieuDieu sont de beaucoup inférieures au canal ; mais ne sait-on pas qu'il
est presque toujours aisé d'élever Peau des sources , du moins lorsque
leur issue se trouve dans le roc ou dans une terre solide ? Et ne saiton pas aussi que ces mêmes sources descendent continuellement, à
moins qu'elles ne puissent se frayer aucun passage a un niveau inférieur (1).
La fontaine de l'Amourat est de 14 pieds 5 pouces plus basse que
le canal ; mais he peut-elle pas être descendue de plusieurs pieds ? L'enfoncement qui se distingue dans la montagne , h côté de sa source ,
(1) M. de Mourcin , qui a beaucoup étudié les sources des environs de Vésone , s'est convaincu
qu'elles sont, du moins pour la plupart, sorties successivement à différons niveaux. Nous en
verrons dans cet article plusieurs exemples.
(jo
ANTIQUITÉS
semble prouver qu'elle coula jadis à un niveau supérieur. Au reste ,
comme son issue est dans le roc , son élévation dut être facile.
Nous dirons cependant qu'assez loin en deçà de cette source, et
presque à son niveau , on a cru remarquer les vestiges d'un second
canal. Mais aurait - on placé deux aqueducs l'un contre l'autre , pour
les faire arriver au même endroit ? Cela n'est guère probable.
La fontaine du Lieu-Dieu coule maintenant dans la plaine , presque
vis-k-vis du château , loin du canal et à un niveau beaucoup- inférieur ;
mais on reconnaît son ancienne issue dans la montagne. On juge facilement qu'elle coula jadis à divers niveaux supérieurs ; et encore, dans
certains temps de l'année , il sort, immédiatement au-dessus de la
route , une si grande quantité d'eau , qu'on a été obligé de construire
un petit pont pour lui livrer passage.
Ces issues momentanées des eaux sont ce que l'on appelle, dans le
jai'gon du pays, des bulidours ; il en existe souvent ainsi au-dessus
des sources , parce que lorsque les eaux se trouvent en trop grande
abondance pour passer par le conduit inférieur , elles remontent à
leur ancien niveau (i).
Quoi qu'il en soit , le bulidour de la fontaine du Lieu-Dieu est de
quelques pieds supérieur au canal ; et s'il est vrai, comme on n'en peut
douter , qu'il tienne la place de l'ancienne issue de la source , cette
source devait nous fournir ses eaux sans qu'on fût obligé de faire
aucun travail pour l'élever.
Ce n'est qu'au-delà du bulidour que nous avons entièrement perdu
de vue le canal. Ainsi l'on ne peut douter qu'il ne soit allé prendre
les eaux des deux autres fontaines.
Et en effet , quoique la fontaine du Chien elle-même soit dans une
espèce de petit vallon , elle n'en est pas moins encore plus élevée
que le bulidour dont nous venons de parler.
(i) Tcutefois, les bulidours ne se trouvent pas seulement au-dessus des sources; il en est qui
donnens. uniquement passage ii quelques eaux de pluies qui se ramassent dans certaines cavités sur
}e penchant des coteaux.
DE VÉSONE.
gi
Cette fontaine du Chien est la plus remarquable des quatre sources
qui alimentaient le canal. Son enfoncement sur le penchant du coteau
s'élève à plus de 100 pieds, et on dirait que c'est presque dans le haut
de cet escarpement que la source a dû jaillir au commencement des
siècles. Du moins est -il certain qu'elle est sortie successivement à
différens niveaux ; et , encore aujourd'hui , elle coule par deux ouvertures dont l'une , plus élevée que l'autre d'environ 5 pieds , est a
sec la moitié de Tannée , et semble ne devoir être dans peu qu'un
simple bulidour. La plus basse est encore à 21 toises du milieu de
la route.
L'escarpement qui domine la Grand'Font n'ayant qu'une vingtaine
de pieds de hauteur, il serait possible que cette source provînt de celle
du Chien , que tout annonce avoir été jadis plus abondante qu'elle ne
Test maintenant (1). Quoi qu'il en soit, ses eaux, qui sont de 11 pieds
plus basses que le milieu de la route, se trouvent encore d'environ
7 pieds plus élevées que le bulidour de la fontaine du Lieu-Dieu , et ,
par conséquent , pouvaient fournir au canal (2). Au reste , cette fontaine vient à l'appui de notre opinion sur rabaissement des sources ,
puisque cette année même , malgré les soins des cantonniers , elle
s'est ouvert une nouvelle issue plus basse de quelques pouces , et
qu'ainsi elle menace de changer de niveau.
Maintenant que nous avons reconnu les diverses fontaines qui pouvaient fournir a l'aqueduc du Petit-Change, suivons -le dans son cours
autant qu'il nous sera possible , et voyons ce qu'il peut offrir de remarquable.
On retrouve , comme nous Pavons déjà dit , des restes de cet aqueduc au-delà du bulidour de la fontaine du Lieu-Dieu, dans le fossé, à
(1) On pourrait même en dire autant de la Font -Légère qui se trouve à Test de la grande
route, tout-ù-fait dans la plaine , entre la Grand'Font et cette fontaine du Chien. II existe aussi
a l'ouest de la grande roule , entre ces deux dernieres fontaines , une espèce de creux où a dû
également sortir une source qui maintenant se perd dans la prairie.
(2) Au-delà du Lieu-Dieu la route est, dans la partie la plus haute , de quelques pouces moins
élevée que vis-à-vis de la Grand'Font , et comme jusqu'au bulidour elle descend d'environ 18 pieds,
on aura : 18 — n = 7.
99
ANTIQUITÉS
l'ouest de la nouvelle route, assez profondément sòus les terres; c'est
même là que nous Pavons perdu de vue (i). Mais si nous le suivons
dans son cours vers Pantique métropole à laquelle il fournissait ses eaux,
nous Papercevons, de distance en distance, toujours du même côté,
serpentant au pied de la montagne, jusqu'aux rochers du Petit-Change,
où il prend une autre direction.
Dans quelques endroits, les travaux de la route ont fait disparaître
entièrement ce canal ; dans d'autres il se retrouverait sous cette même
route. Souvent il se montre dans le fossé , et plus souvent encore il
s'en éloigne de quelques pas et est à un niveau supérieur. Tantôt c'est
Je tuf qui lui sert de base , et tantôt le rocher , qui, quelquefois même,
est creusé pour le recevoir. Quelques-unes de ses parties ont été détruites par d'anciennes ravines ; et des éboulemens récens , causés par
les déblais qu'on vient de faire presque tout le long de son cours ,
en mettent chaque jour d'autres à découvert, et semblent devoir achever sa ruine. II est même des portions de rocher , qui , mises à nu
à des époques reculées , et depuis constamment exposées aux intempéries de Pair , se sont tellement dégradées , qu'on n'y remarque plus
aucun reste de ce conduit, bien qu'elles eussent été taillées pour son
passage.
Quelques regards se distinguent encore de distance en distance ; ils
sont d'environ 5 pieds plus profonds que le canal ; leur largeur est de
3 ou 4 pieds ; une pierre , percée d'un trou carré , les recouvre. II
en est plusieurs qui ont été défaits entièrement , et on remarque les
traces de quelques autres , notamment sur les rochers qui bordent la
route au nord de la fontaine de l'Amourat (a).
Vis-à-vis du pont de l'Esparat, Paqueduc est tout-à-fait contre le bord
de la route, et se trouve à i5 pieds au-dessus de son niveau. Ensuite
il s'éloigne , remonte jusqu'à une certaine distance le vallon de la Pre-
(i) Lorsqu'on l'a perdu de vue , il paraissait tourner pour prendre l'autre côté de la route
comme l'cxige son niveau.
(■?) M. de Mourciu, qui a reconau ces regards, trouva sur la route, il y a peu d'années, uue
des pierres percées qui les recouvraient ; mais elle a été détruite.
1
DE VÉSOWE.
g
g
gère , revient et traverse un vieux chemin dans lequel il se montre
encore assez bien conservé. C'est ainsi que , au moyen de quelques
détours , les Romains évitaient souvent la dépense des arcades ou
formes , et s'ils ne purent s'en passer entièrement ici , du moins ils les
réduisirent à 8 ou g pieds de hauteur sur 20 toises de longueur ou
environ.
On voit également ce canal à la jonction de la route avec le vieux
chemin qui passe derrière le parc du Petit-Change ; c'est même dans
cet endroit que nous nous aperçûmes de son existence pour la première fois , et c'est là qu'on peut juger de sa solidité , puisque , exposé depuis des siècles aux intempéries des saisons et au frottement
continuel des roues des charrettes , il semble encore présenter une
plus grande dureté que le rocher lui-même (1).
A quelques pas, à l'ouest, on le voit ressortir sur la route, après
un léger détour , et ensuite on ne le retrouve que dans le petit sentier qui descend à la rivière , à l'ouest du colombier du Petit-Change.
Tout Pintervalle a été détruit lorsqu'on a fait sauter le rocher (2).
II était impossible d'éviter les formes sur les deux petits vallons
qui suivent, et on cn a retrouvé les fondeiuens lorsqu'on a construit
le petit pont qui est sous la route. Ces formes dúrent avoir, sur chaque vallon, environ 18 pieds de haut sur 20 toises de longueur (3).
Ainsi , c'est dans le parc du Petit-Change que l'aqueduc traverse la
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(1) C'est en 1809, c'est-à-dire, trois ans avant crue l'on commençât la roule de Lyon, que M. Bardon, peintre, vit par hasard ces restes; et dès qu'il me les eut indiqués, je ne doutai pas qu'ils
ne fissent partie d'un aqueduc romain, destiné à conduire des eaux dans notre antique Cité; seulement je ne savais ni d'où cet aqueduc provenait, ni quel était le'chemin qu'il pouvait parcourir.
Ce furent les travaux de la route qui résolurent le problème, et ce fut le 4 jnin 1812 que je m'y
transportai pour voir le canal à découvert.
(a) Voyez la pl. XV.
(3) Voyez aussi , pour ces arcades , la pl. XV. C'est M. Vicat , ancien ingénieur ordinaire des ponts
et chaussées de ce département, qui dessina cette planche dans le moment où l'on ouvrait la
route. Je l'en priai, parce que je crus qu'on serait bien aise d'avoir une vue de ces lieux avant
leur changement, et si les arcades y ont été . ajoutées , ce n'est que pour donner une idée de
lleffct qu'elles devaient produire dans un endroit déjà si pittoresque par lui-même. C'est sous la
route , du côté du nord , que les fondemens d'une pile ont été retrouvés lorsqu'on a fait le petit
pont.
i3
94
ANTIQUITÉS
route , et c'est à l'est du colombier qu'il commence k s'en éloigner.
Après les formes, on le suit aisément sous la terrasse du château et
sous celle du jardin, où il fut retrouvé il y a environ 60 ans, sans
que personne y fit la moindre attention (1); on en voit les restes k
côté des allées de charmes qui bordent la rivière , et il se montre
particulièrement au bout de la garenne ; mais dès-lors il se perd dans
la haute-plaine, que sans doute il suit constamment. Au reste , le nivellement des lieux (2) nous indique assez le chemin qu'il doit parcourir; le Pavillon et le Treuil sont comme des jalons destinés à
désigner son passage. On le retrouverait au sud des bâtimens du premier de ces domaines , et également au s-ud et k une très-petite distance de ceux du second ; ou du moins ce sont les fondemens de ses
formes qui doivent exister dans ce dernier endroit , car c'est k l'est
du Treuil que durent commencer des formes qui ne pouvaient finir
qu'au vieux chemin de Las Caux-Meymy, et qui ainsi se trouvaient
avoir près de 140 toises de long sur 18 ou 20 pieds , dans leur plus
grande hauteur.
C'est dans le jardin du nommé Feyfan que le canal s'enfonce de
nouveau sous les terres , et c'est dans celui de M. Bessot de Lamothe
que nous Pavons retrouvé en trois endroits différens , a environ 2
pieds de profondeur (3) ; il passe a 62 pieds de Pangle sud-ouest de
la maison d'habitation du colon (4) ; ensuite il entre dans le jardin
(1) On ílt cette découverte lorsqu'où coupa le rocher pour placer une pompe. Du moins tels
sont les renseignemens que M. de Mourcin a recueillis d'un vieux ouvrier.
(2) M. de Mourcin a fait ce nivellement avec soin , et c'est aux recherches de ce savant qu'on
doit la connaissance de la véritable direction de l'aqueduc, à partir de la garenne du Petit-Change.
Dans le moment où nos feuilles étaient sous presse, M. de Mourcin a aussi recueilli des renseignemens suivant lesquels feu M. de B*** aurait , il y a une cinquantaine d'années, fait détruire ce
canal, depuis la garenne dont nous venons de parler jusqu'au domaine du Treuil, et en aurait
fait conduire les débris à son moulin de Barnabé pour consolider l'écluse. De même que , pour
s'immortaliser , Erostrate brûla le temple d'Éphèse , de même que Omar livra aux flammes la
bibliothèque d'Alexandrie, et qu'un autre chef musulman épuisa en vain ses trésors pour détruire une des pyramides d'Egypte; de même peut-être M. de B***, s'il est permis de comparer
les petites choses aux grandes , voulut-il acquérir , par la destruction , une petite part de célébrité.
(3) C'est la couverture du canal qui est à environ 2 pieds de profondeur ; le fond est íi 4 pieds
G pouces ; au surplus , le tout varie suivant le niveau du terrain.
( j) C'est au sud de cette maison que passe l'aqueduc ; et il ne faut pas confondre le jardin dont
il est ici question avec le domaine de Monplaisir ou la Eeuillade , qui appartient au même propriétaire , et qui se trouve à une assez grande distance vers les coteaux.
DE VÉSONE.
g5
de feu M. de Roger (i), à 2 pieds de la haie de clôture qui est au
sud ; suit cette haie dans toute sa longueur , en s'en éloignant de quelques pas; coupe le vieux chemin de Saint-Georges, à environ 5a toises
2 pieds au-dessous du milieu de la nouvelle route (2); traverse le
haut du jardin de Elie Razet , dit Liïou, ainsi que la nouvelle route
elle-même; se dirige sur le domaine des Sevrades (3); et c'est la que
commencent les formes qui doivent achever de le conduire à Vésone.
Ces formes , dont l'extrémité se retrouve à une vingtaine de toises
dans l'intérieur de l'enclos , se dirigent en ligne droite vers l'angle
sud-ouest de ce même enclos (4) , traversent obliquement le chemin
de Saint-Pierre-ès-Liens , entrent dans le jardin de la veuve Chaleppe ,
k 24 pieds au sud de la maison de Jean Dupuy, dit Mors-de-Bois , et
c'est la que nous les avons perdues de vue , ou plutôt que nous avons
cessé de les suivre ; mais leur direction ne peut être incertaine : elles
passaient évidemment vers la maison de Jean Sibilou , dit Poupin ;
coupaient la route de Bergerac , k 3o ou 35 toises a l'ouest du chemin
qui descend k la Fontaine des Malades ; allaient obliquement dans les
prés du moulin de Cachepouil ; traversaient la rivière après un léger
détour , et arrivaient au château de Godofre, où étaient des thermes
d'une grande magnificence , et dont nous avons déjk parlé (5).
Tel est le chemin que parcouraient ces formes ; leur longueur totale , jusqu'à la rive droite de l'IIle , dut être d'environ 3oo toises.
Quant à leur hauteur , elle changeait suivant le niveau du terrain , et ,
bien qu'elle ne fût que de 4 ou 5 pieds dans l'enclos des Sevrades ,
(1) Ce jardin de feu M. de Chassarel de Roger avait appartenu long-temps à des sieurs Puybertrand. II s'étend, du côté du nord , jusqxie vers la fontaine de Saint-Georges. Nous croyons
devoir entrer dans ces détails pour qu'on puisse toujours reconnaître la direction du canal.
(2) Le point de la route où aboutit cette mesure est à environ 9 toises a l'ouest du petit pont.
(3) Uri des trous que nous avons fait faire dans le jardin de Liïou , pour retrouver le canal ,
est à environ 3o pieds de la muraille du vieux chemin de Saint-Georges et a i5 pieds du jardin
voisin du côté du sud. Au surplus, il est bon de remarquer que- la direction de ce canal est parfaitement droite depuis le jardin de M. de Lamothe jusqu'au vieux chemin de Saint-Georges ;
ce n'est que la qu'il commence à se recourber à droite. Ensuite il traverse la nouvelle route , comme
nous l'avons déjà dit ; mais il la coupe obliquement et entre dans l'enclos des Sevrades, à environ
30 toises au couchant du petit chemin qui conduit à ce domaine.
(4) Elles traversent le mur de clôture du sud à 20 pieds de celui de l'ouest.
(5) Voyez pag. 83 et suivantes.
96
ANTIQUITÉS
elle était, sur le bord de la rivière, d'environ 3o pieds (i), y compris
les rebords ainsi que la couverture du canal, et tout calcul fait de sa
pente, à une ligne et demie par toise (2). Au surplus les arcades ne
purent commencer qu'au-dessous du chemin de Saint-Pierre-ès-Liens.
Le reste n'était qu'une espèce de muraille épaisse de 3 pieds 6 ou
7 pouces , un véritable massif de blocage, revêtu dé petites pierres
carrées ,
4
et soutenu
de distance en distance par des contreforts de
pieds 7 pouces d'épaisseur sur 9 ou 10 pieds de saillie, et même
comme ce massif et ces contreforts ne s'élevaient qu'à une hauteur
médiocre, ils avaient des fondemens peu considérables (3).
Au reste, ces fondemens nous apprennent que l'aqueduc était en
petites pierres carrées partout où il se montrait sur le sol, partout
où il existait des formes; seulement nous ignorons comment le canal
était construit sur ces mêmes formes, parce que nous n'en voyons plus
aucune trace. Etait-il en briques ou en pierres ? c'est ce qu'il est impossible de déterminer; mais toujours est-il vrai qu'il dut être revêtu,
dans son intérieur , d'un fort enduit de ciment , comme il l'est encore
dans quelques-uns des endroits où il se trouve taillé dans le roc.
Partout où ce canal passe sous les terres , il est fait en ciment ,
excepté sa couverture qui est en petites dalles (4). Ses côtés ont 1 pied
d'épaisseur , et sa base environ 8 pouces ; sa profondeur est de 1 pieds ;
sa largeur , qui n'est au fond que de 1 1 pouces , est d'environ t pied
2 pouces en haut , et on a eu le soin d'arrondir les vives arêtes des
(1) Dans ce calcul, nous supposons que le sol de la plaine s'est élevé d'un pied et quelques
pouces.
(2) Dans le jardin de M. de Lamothe, où le fond du canal était intact, nous avons trouvé
uj lignes de pente pour 77 pieds 1 pouce, ce qui ne fait guère plus d'un quart de ligne par
pied; et, suivant les niveaux que nous avons pris aux rochers du Petit-Change, il n'y aurait
ìnème pas autant; car nous n'avons eu que 114 lignes pour 128 toises 1 pied 7 pouces.
(3) Les différens contreforts que nous avons reconnus sont á environ 28 pieds de distance les
uns des autres. Peut-être en existait-il dans l'intervalle ; mais nous n'en sommes pas certains. Celui
qui nous a servi de point de départ se trouve dans la grande allée qui est au milieu de l'enclos , à 171 pieds de la porte qui est a
l'ouest. C'est en 1822 que M.
de Mourcin a
recueilli
toutes ces particularités , et qu'il a suivi , dans tout le faubourg de Saint-Georges , le cours du
canal.
(4) Ces dalles sont entièrement brutes ; elles ont 7
ou 8 pouces d'épaisseur ,
remplacées par des morceaux de toute grandeur maçonnés ensemble.
et sont souvent
DE VÉSONE.
9y
bords , pour éviter les éclats qu'auraient pu faire les dalles , dans la
pose. C'est ainsi que les Romains avaient coutume de traiter leurs
canaux , et il faut avouer qu'en cela ils sont encore nos maîtres ; car ,
outre que leur ciment est plus dur et infiniment plus solide que la
pierre, il a l'avantage de ne laisser aucun joint pour le passage ou le
suintement des eaux (i).
D'après tous ces détails, le cours de l'aqueduc du Petit-Change se
trouve presque entièrement fixé ; les endroits où existaient ses formes
sont connus ; ses détours les plus remarquables sont déterminés , et
il serait facile , avec quelques travaux , de faire un plan exact de ce
grand ouvrage. Mais quel était le motif des nombreux détours dont
nous venons de parler ? Les multipliait-on ainsi dans les aqueducs pour
augmenter la dépense et rendre ces sortes de monumens plus merveilleux , comme quelques auteurs l'ont ridiculement imaginé ? ou bien
était-ce, comme le pense Flaminius Vacca , pour rendre le cours de
l'eau moins impétueux 7 Bien que cette dernière opinion ait été suivie
par l'ingénieux et savant Quatremère de Quincy , nous ne pouvons
également l'adopter ; nous préférons penser, avec Fabretti et M. de
Mourcin , que l'économie seule commanda ces continuels zigzags : nous
pouvons même l'affirmer avec certitude pour notre aqueduc ; car toutes
les fois que le terrain le permet il suit une ligne droite parfaite, et
il n'existe aucun de se£ détours, aucune [de ses petites sinuosités
qui ne fût absolument nécessaire, à moins qu'on n'eût voulu faire des
dépenses beaucoup plus considérables ; et à quoi servent les dépenses
inutiles , si elles ne sont point un objet d'embellissement ?
Mais à quelle époque fut construit cet aqueduc, et quel était son
usage? II se dirige vers l'emplacement du château de Godofre, et quoiqu'on n'ait pas positivement retrouvé la place où U traversait Pille (2),
on ne peut douter qu'il n'aboutît directement à nos thermes publics.
(1) Un fragment des côtés dix canal qui nous occupe, taillé il y a plus de 5o ans , et emploie
à la porte d'une grange de l'Esparat, est encore intact, tandis que la pierre qui le supporte est
presque entièrement détruite.
(2) Bien que quelques nageurs aient cru remarquer des restes de constructions au-dessous du
moulin de Cacliepouil , nous n'avons encore rien de certain à ce sujet.
_
98
ANTIQUITÉS
Sans doute il fournissait également de ses eaux les autres bains et les
diverses fontaines qui pouvaient se trouver dans toute cette partie de
notre ancienne métropole , et peut-être aussi l'amphithéatre lui-même ,
lorsqu'on le faisait servir de naumachie. Nous avons prouvé la haute
antiquité des thermes du château de Godofre, et puisque l'inscription
du n.° 53 (i) semble en faire remonter la fondation au commencement
du premier siècle ou peut-être encore plus haut, on ne peut fixer la
construction de l'aqueduc a une époque plus rapprochée de. nous.
Tel est l'aqueduc qui nous fournissait des eaux du côté de l'est ;
passons à celui du sud.
Aqueduc de Vieille- Cité. — L'aqueduc de Vieille -Cité prenait sa
source a l'ancienne fontaine de Jameau , située dans un petit vallon ,
à environ 83o toises de la rivière de Tille.
Si l'on traverse Pille au port de Campniac, on entre dans le vallon
de Vieille-Cité , dans le fond duquel est une longue et étroite prairie
qu'arrose un petit ruisseau toujours limpide. A droite et à gauche
s'élèvent des coteaux escarpés , sur le penchant desquels se présentent
d'abord des terres cultivées et une végétation assez vigoureuse : c'est
le domaine des Rocs , dont les bâtimens sont au sud-ouest du port et
k environ 80 pieds au-dessus de son niveau. C'est la seule habitation
qu'on aperçoive dans ces lieux si riches en souvenirs , dans ce berceau de Pantique Vésone , que dominait , au levant , la forteresse gauloise d'Ecorne-Boeuf, et , à l'ouest , un assez vaste camp romain qu'on
désigne sous le nom de Camp-de-César.
Le vallon se dirige d'abord vers le sud ; mais bientôt il se recourbe
insensiblement k l'ouest, et alors le penchant des coteaux devient presque entièrement aride et sauvage , surtout k droite où les ravines
mettent continuellement le rocher k découvert , et l'exposent ainsi k
['intempérie des saisons , qui Puse et le détruit sans cesse.
C'est k environ 3oo toises de la rivière qu'on trouve , au milieu de
la prairie , la source du petit ruisseau ; elle est connue sous le nom
(J) Voyez tom, I. ER , pag. 29 5 , et toni. II, pag. 86.
DE VÉSONE.
yg
de Font-Ronde ; deux bulidours sont a quelques pas au-dessus , et on
en distingue quelques autres plus loin. Mais rien n'annonce d'ancienneté pour cette source et ces bulidours : sans doute ils remontent à
l'époque où la fontaine de Jameau commença de se perdre.
Après avoir passé la Font-Ronde et avoir encore côtoyé une partie
des rochers qui l'avoisinent au nord- ouest , on trouve à gauche
un vallon sombre et couvert qui se divise bientôt en deux branches (i).
Immédiatement après, vient le borderage de Vieille-Cité , dont l'habitation est à droite , à une petite hauteur , sur le penchant du coteau ,
et un peu plus loin , à gauche , s'ouvre un second vallon fort étroit ,
dont la direction est presque au sud-ouest. C'est dans ce vallon, et à
environ 3o toises de son entrée d'ans celui que nous avons suivi depuis le port de Campniac , que se trouve la fontaine de Jameau , dont
les eaux furent conduites dans notre métropole (2). Mais cette fontaine,
presque entièrement comblée par les ravines , n'est plus qu'un simple
bulidour , d'où il ne sort de Peau que dans les temps pluvieux de Phiver (5).
II serait possible , avec quelques travaux , de retrouver l'aqueduc
qui partait de ce point : c'est près de la fontaine, dans.l'espace d'une
soixantaine de toises , qu'il doit en exister encore des vestiges. Peutêtre aussi le reconnaîtrait-on au-dessus des Rocs, où nécessairement il
dut passer , et où les vieillards croient se ressouvenir d'en avoir vu
les débris (4)- Partout ailleurs les averses ont dû l'entraîner sous le
chemin du vallon , et le rocher , dont la pierre est extrêmement su-
(1) C'est entre les deux branches de ce vallon , et presque à l'extrémité , qu'est situé MontGaillard.
(2) Ce vallon tortueux et resserré est entre la colline sur laquelle est le château de Beaufort,
et celle où se trouvent les villages de Toirat et de Soucheyx. On trouve dans ce même vallon ,
mais beaucoup plus loiu , la fontaine de la Jarthe.
(3) Cette fontaine de Jameau est ainsi comblée depuis plus de 80 ans. On prétend que le fond
est encore parfaitement pavé en pierres de taille. Sa largeur paraît avoir été d'une dizaine de
pieds ; mais nous n'avons fait aucune fouille pour nous en assurer.
(4) Moi-même, dans ma jeunesse, j'ai vu couper cet aqueduc par un fossé ; mais je ne puis
me souvenir dans quel endroit de son cours.
ANTIQUITÉS
IOO
jette aux gelées, n'a pu conserver que quelques légères traces de son
passage (i).
Toutefois P existence de ce canal n'est point incertaine , et sa direction ne saurait Pêtre davantage , car le nivellement des lieux est un
guide qui ne peut tromper , surtout si l'on se rappelle que les Romains
cherchèrent toujours à éviter la dépense des formes.
C'est d'après ces données, que nous avons reconnu qu'en partant
de la fontaine, l'aqueduc ne pouvait se diriger que vers l'extrémité du
petit coteau de Soucheyx , et que, après avoir traversé le vallon de
Vieille-Cité, il dut toujours être souterrain et suivre le pied de la montagne , jusqu'à Phabitation des Rocs, où commençaient des formes de
peu d'étendue , mais de plus de 70 pieds de hauteur. C'est ainsi que
ce canal traversait Pille et aboutissait à Vésone. Nous croyons encore
reconnaître , du côté de la plaine , les restes d'une pile de ces formes
ou arcades ; ils sont à 42 toises à l'ouest du port , et à quelques pieds
sous les eaux.
Tel était l'aqueduc de Vieille-Cité , dont la longueur totale dut être
d'environ 900 toises ; et c'est sans doute celui que Marullius fit construire à ses frais , puisque la pierre où il était question de ce. personnage et de son aqueduc a été trouvée dans la même direction.
C'est , en effet , sur l'emplacement de la nouvelle caserne que cette
pierre, qui évidemment provient d'une fontaine, a été découverte en
i 7 54; et une fontaine, placée dans ce quartier de Vésone, ne pouvait guère recevoir ses eaux que de l'aqueduc de Vieille-Cité (2).
L'inscription gravée sur cette pierre était encore, en 1790, d'une
(1) M. de Mourcin, qui a fait le nivellement de cet aqueduc et qui en a déterminé le véritable cours, a cru reconnaître des traces de son passage sur plusieurs points du rocher, et notamment a l'ouest de la maison de Vieille-Cité , où Ton remarque une coupure longue et horizontale,
parfaitement au niveau que dut suivre le canal.
(p.) Les nouvelles casernes ne sont autre chose que l'ancien grand séminaire , et c'est dans les
fondemens de la partie la plus récente que la pierre fut déterrée. Alors elle était , comme aujourd'hui, cassée en deux morceaux ; mais rien ne manquant à l'inscription, M. l'Evêque de Péngueux put aisément en envoyer une copie exacte
a l'abbé Lebeuf. C'est un extrait de la
dissertation de ce savant qu'on trouve dans les Mémoires de l' Académie.
DE VÉSONE.
JOI
conservation parfaite ; la voici , telle que l'abbé Lebeuf et Beauménil
nous l'ont transmise, et telle qu'elle était avant que le ciseau révolutionnaire l'eût enlevée (i).
N.° 88. — Mss. de Beauménil. — Mémoires de ïAcadémie des
Inscriptions et Belles-Lettres , t. 27, p. 171, etc.
L. MARYLLIVS. L. MARYLLI. ARABI
FILIVS. QYIR. AETERNYS. IIYIR
AQYAS. EARYM#QYE. DYCTYM
D i
Sfò.
D
Cette inscription était renfoncée de 10 ou 11 lignes, dans une espèce de cadre dont un simple cavet forme la bordure. La largeur totale
de la pierre est de 6 pieds ; sa hauteur est de 2 pieds , et son épaisseur de 7 ou 8 pouces; du reste on ne peut douter qu'elle n'ait fait
partie d'une fontaine , puisqu'on y voit les trous où furent scellés des
robinets dont on distingue les traces. Ces trous, placés l'un sur l'autre,
un peu obliquement , sont au nombre de deux , et un intervalle de
deux pouces les sépare ; le plus élevé a 3 pouces de largeur , l'autre
en a 5 ou environ.
L'abbé Lebeuf s'est trompé lorsqu'il a prétendu que le tuyau supérieur pouvait fournir a3 pouces et demi d'eau , et l'inférieur environ 8 pouces et demi ; il a sans doute omis, dans son calcul, l'épaisseur
des parois de ces mêmes tuyaux , et celle du mortier qui remplissait
les joints. Tout bien compté, l'un de ces robinets devait avoir 10 ou
1 2 pouces de capacité , et l'autre environ 3 pouces. Ce n'est pas non
(1) Nous possédons encore la pierre : elle est au Musée; mais l'inscription n'existe plus. II fallait , il est vrai , que ceux qui ordonnèrent de la détruire , comnae monument aristocratique , fussent
bien barbares et bien ignorans ; mais Tordre n'en reçut pas moins une exécution pleine et entière.
Le maçon qui en fut chargé était même un homme exact , car il n'épargna rien que les deux derniers points, que, sans doute, il jugea, dans sa sagesse, être de peu d'importance contre la
chose publique.
i4
ioa
ANTIQUITÉS
plus, comme le pense cet académicien , Tabyme du Toulon qui alimentait la fontaine dont il s'agit , car les eaux de ce gouffre sont à
un niveau très-inférieur; or, on sait que les Romains n'étaient pas dans
l'usage d'employer à leurs aqueducs des machines hydrauliques.
Quant au texte de l'inscription , il ne présente aucune espèce de
difficulté, et on peut le traduire en ces termes :
« Lucius-Marullius- JE ternus , de la tribu Quirina , duunwir , fils
de Lucius-Marullus-Arabus , a fait la dépense de ces eaux et de leur
aqueduc. »
Le nom de Marullus se trouve plusieurs fois dans le Recueil de
Gruter , notamment dans deux inscriptions de Tarragone, et déjà les
Marullus ou Marullius de Vésone nous étaient connus par le fragment que nous avons rapporté sous le N.° 29, et par l'inscription du
N.° 53. Le Lucius-Marullius qui nous occupe maintenant est sans
doute de la famille de ces derniers , et puisqu'il est fils de Marullus,
c'est lui qui a donné au nom la forme patronimique (1). Du reste, ce
personnage était duumvir, ce qui prouverait, s'il en était besoin, que
lorsque la pierre fut gravée , c'est-à-dire , dans le premier siècle ou
au commencement du second , la capitale des Pétrocoriens était déjà
municipe , tandis que la plupart des autres villes des Gaules ne commencèrent k jouir de cette prérogative que sous le règne de Caracálla.
La beauté des caractères de l'inscription, leur forme, leur agencement , prouvent assez que l'âge que nous leur attribuons n'est point
arbitraire, et ainsi l'époque de la construction de l'aqueduc se trouve
déterminée (2). Au surplus, on verra que cette conduite d'eau a été
(1) Marullius est un nom patronimique qui , par lui-même, signifie descendant de Marullus. L'Í
ainsi ajouté devant la terminaison, a la même valeur que notre de devant un nom de baptême
devenu héréditaire, comme De Constant, De Constantin , etc.
(2) M. de Mourcin , qui a du zèle pour déchiffrer les inscriptions, autant que l'autorité de g3
en avait pour les détruire, est parvenu à retrouver, malgré la scrupuleuse exactitude du maçon ,
quelques faibles traces des parties les plus approfondies des lettres, et elles nous ont>aidé à fixer
notre opinion sur l'époque où la pierre fut gravée. C'est également d'après cet examen attentif que
nous avons mis un trait sur I1VIR, et que nous avons réglé chaque ligne.
DE VÉSONE.
10 3
ì-enouvelée dans les temps modernes, et on aura lieu de se convaincre
non-seulement que la source de Jameau alimentait jadis les antiques
fontaines de Yésone, mais qu'elle nous a également fourni ses eaux
au centre même de la ville actuelle de Périgueux (i).
Aqueduc de la vallée du Toulon (2). — L'aqueduc de la vallée du
Toulon était au nord-ouest de Vésone. La fontaine de l'Ermitage de
Cablans , celle du Cluzeau et celle de Puyrousseau , paraissent lui avoir
fourni leurs eaux.
La source de l'Ermitage est à l'ouest de Cablans (3), presque au bas
de la côte et tout contre une vieille grange qu'on dit avoir été longtemps l'habitation de l'Ermite (4). Du reste , elle n'offrait rien de remarquable avant que le nouveau propriétaire de ce local y eût fait
quelques travaux pour arroser plus facilement la prairie (5). Ce n'est
que lorsqu'on a exécuté ces travaux qu'on a trouvé , à 4 ou 5 pieds
de profondeur, un assez vaste bassin de construction romaine.
Un coin de la grange portant sur ce bassin , nous n'avons pu en
déterminer ni les dimensions ni la forme ; seulement il nous paraît
hexagone, et son diamètre ne peut guère avoir moins d'une dizaine de
pieds. Au surplus , il n'entre dans sa construction que des briques ,
des tuiles a rebords et du ciment. Ce n'est méme que dans certaines
parties que les tuiles sont mêlées avec les briques , et nous ne savons
si ce mélange remonte à l'époque où le bassin fut fondé, ou s'il appartient à une restauration. Toutefois est-il vrai que les tuiles et les
briques annoncent le faire du Haut-Empire , car les unes et les autres
(1) Voyez l'article de la fontaine de la Clautre, dans la seconde partie du 5. e livre.
(a) C'est M. de Mourcin qui, en 1822, a fait la découverte de cet aqueduc. Avant lui, on
n'en avait aucune connaissance.
(3) A 7 ou 8 minutes de chemin au-dela de l'âbyme du Toulon, et du même côté du vallon.
(■j) II y avait toujours autrefois deux ou trois ermites qui habitaient les environs de Périgueux.
Celui de FErmitage de Cablans était connu sous le nom d'Ermite du Toulon : il était ordinairement chargé, á l'exclusion de tout autre, de se promener une partie de la nuit dans la ville, et
de faire le réveil-rnatin. Son cri habituel était : Réveille-loi , peuple qui dors, réveille toi , pense à
la mort, etc.; ce qui certainement n'était ni très-gai ni très-agréable.
(5) C'est M. Bouchier de Vignéras, un des propriétaires de ce département qui savent le mieux
s'occuper de l'agriculture. C'est en 1822 qu'il a fait par hasard cette découverte.
io4
ANTIQUITÉS
sont de sortes dimensions et ont une cuisson parfaite ; les briques surtout , dont la longueur est de i pied 9 pouces, la largeur de plus de
1 pied , et l'épaisseur d'environ a5 lignes. Mais ce qu'il y a de plus
remarquable, c'est que dans Pintérieur du bassin, du côté du nord , est
un second parpaing de briques qui revêt et fortifie le premier, et qui
sans doute a été ajouté, soit pour rectifier ou rétrécir le contour de
ce bassin , soit pour empêcher l'infiltration des eaux.
C'est sous le coin du nord- ouest de la grange que se trouve le
bassin dont nous venons de parler : son contour est même encore assez élevé du côté de l'est ; mais à l'ouest il est tellement détruit , qu'il
faut creuser k 9 pieds de profondeur pour le reconnaître.
Au reste, la source n'est pas toujours sortie dans l'endroit qu'occupe ce bassin. Primitivement son issue devait être dans le renfoncement du rocher. Ensuite elle descendit de quelques pieds , en se rapprochant d'environ 7 ou 8 toises du vallon , et c'est lk que les terres
sont encore un peu affaissées et les hei'bes toujours verdoyantes.
Plus tard, enfin, elle se fraya un nouveau chemin sous les terres et vint
sortir a une quinzaine de toises au nord-ouest, lk même où fut construit le bassin. Depuis cette époque , ou peut-être même auparavant , elle était aussi sortie dans l'intervalle des deux dernières issues;
car , lorsqu'on a creusé la tranchée pour faire couler les eaux à
un niveau inférieur , et pouvoir par ce moyeu visiter les constructions antiques, on a trouvé un canal en pierre qui suit la pente du
terrain a 4 pieds sous le sol, et qui, partant du midi de la grange,
paraît se diriger a l'ouest : il est dans un corroi de glaise , et les
pierres qui le forment ont 3 ou 4 pieds de long sur 1 pied de large
et 6 pouces d'épaisseur. Chacune de ces pierres est creusée sur un
côté dans toute sa longueur ; et posées deux k deux , l'une sur l'autre,
elles font entre elles un trou rond d'environ 4 pouces de diamètre,
qu'elles continuent en s'ajustant par le bout les unes avec les autres.
Sans doute ce petit canal , qui maintenant est comblé de limon , menait les eaux de la source dans quelque habitation du vallon.
Mais quel pouvait être l'usage du vaste bassin dont nous venons de
parler , et que nous n'avons encore pu voir que d'une manière im-
DE VÉSONE.
io5
parfaite? H ne parait pas qu'il y ait eu à côté aucune construction
importante. Ainsi ce n'était nécessairement qu'un réservoir destiné a
fournir au loin ses eaux ; et si l'on considère que ces mêmes eaux
pouvaient, en partant de leur niveau, parcourir toute la basse plaine,
c'est-à-dire, toute la partie de la ville qui s'étendait depuis le pont de
Campniac jusqu'au ruisseau du Toulon , on ne pourra douter qu'elles
ne soient venues par un troisième aqueduc dans notre antique métropole. Peut-être un jour pourrons-nous donner plus de détails sur
la construction de ce bassin, et peut-être aussi, un jour, pourronsnous fixer l'ancien volume d'eau de la source, qui se trouve réduit à
7 ou 8 pouces , mais qui jadis était beaucoup plus considérable ; car
la fontaine de la Monzie , qui sort à un niveau inférieur de 1 3 pieds
5 pouces , celle du domaine du Toulon qui est encore plus bas , et
peut-être quelques-unes de celles de la prairie , forment des branches
qui la diminuent d'autant , et qui , si l'on n'y prend garde , finiront
par la faire disparaître (i).
La source du Cluzeau est au nord de l'abyme ; elle tire son nom
d'une grotte qui n'est éloignée de ses bords , du côté de l'est , que de
quelques pas, et dont l'entrée est maintenant encombrée par les terres.
Ses eaux durent jadis sortir au pied du coteau, c'est-à-dire, à 5 ou 6
toises de leur issue actuelle; mais Comme, dans leur changement, ellesi
ont baissé d'une dizaine de pieds , elles ne se trouvent aujourd'hui que
d'environ 25 pouces plus élevées que celles du gouffre dont nous venons de parler.
Cette source était abondante, et comme elle sortait contre le rocher , il était facile de l'élever à une certaine hauteur : ainsi les Vésoniens durent tirer parti de ses eaux (2) , et les joindre à celles de la
fontaine de l'Ermitage. Ce qui même semble prouver qu'ils le firent,
(1) Ce que nous disons de ces diverses fontaines, est parfaitement prouvé pour celle de la Monzie
et pour celle du Toulon ; car lorsque M. de Vignéras a eu abaissé le niveau de sa source , au moven
de la tranchée, la première a cessé de couler, et les eaux de la seconde ont considérablement diminué de hauteur.
(2) On a souvent eu le projet de faire venir dans la ville actuelle de Périgueux les eaux de cette
source, au moyen d'une pompe à feu.
1
io6
ANTIQUITÉS
c'est que nous avons retrouvé des débris de très-bon ciment dans l'issue
de la source (i). Si jamais on y fait quelques travaux, il est possible
qu'on y découvre un bassin semblable k celui dont nous avons parlé
plus haut.
La source de Puyrousseau est maintenant presque perdue (2) , mais
elle coulait naguères et était assez abondante. Ce n'est que depuis une
trentaine d'années qu'elle est différente de ce qu'elle était autrefois ;
ainsi il est possible que ses eaux aient été conduites dans notre métropole. II est même probable que cette source et les deux que nous
venons de décrire ne formaient qu'une seule et même conduite , qui ,
après avoir côtoyé la montagne depuis l'Ermitage jusqu'à Puyrousseau,
se dirigeait vers le sud.
Du moins est -il vrai qu'à une époque que nous ne pouvons déterminer, mais qui peut-être est postérieure à l'empire romain, la
fontaine de Puyrousseau a porté ses eaux^ dans quelque partie de
l'antique cité de Vésone ou dans la ville actuelle ; puisque , à une
certaine distance , au sud-est de cette fontaine , on trouva , il y a une
soixantaine d'années , des tuyaux en terre cuite qui ne pouvaient avoir
servi qu'à cet usage. Ces tuyaux , dont le diamètre intérieur était
d'environ 5 pouces, étaient dans un corroi de glaise. Malheureusement aujourd'hui il n'en paraît plus de vestiges (3).
Telles sont les diverses fontaines qui, sans doute, alimentaient T'aqueduc de la vallée du Toulon. Voyons maintenant quelles sont les
véritables preuves de l'existence de cet aqueduc.
La seule découverte qu'on vient de faire du bassin de la source
de l'Ermitage, ne laisse aucun doute ; elle nous apprend, d'une manière
certaine , que les Romains avaient utilisé les eaux de cette source.
•(i) M. de Mourcin trouva ces débris de ciment en 1821, et c'est ce qui lui donna la première
idée de l'existence de l'aqueduc.
(2) A la Cn de l'hiver dernier (1821) elle disparut entièrement pendant une journée.
("3) M. de Mourcin a recueilli ces divers renseignemens de la bouche des vieillards qui furent
témoins de cette découverte, a laquelle d'ailleurs personne ne fit la moindre attention. Voyez dans
la 2. e partie du 5. = livre, ce que nous disons de la fontaine de la Claulrc.
DE
VÉSONE.
,o
7
Mais il y a plus : lorsqu'on a fait une défriche sur le penchant du
coteau, vis-à-vis de la fontaine du Cluzeau, on a retrouvé, on a détruit le canal ; il en existe même encore une portion, à 56 pieds audessus ■ de cette fontaine ; ce qui suppose qu'on avait élevé celle de
l'Ermitage d'environ 7 pieds de plus que ses constructions actuelles.
Ainsi , ce n'est qu'au nord de Pabyme du Toulon que l'on retrouve
les restes du troisième aqueduc de Vésone ; du moins ce sont les
seuls qui jusqu'à présent nous soient connus , et ils finiront bientôt
de disparaître , car il ne s'étendent que l'espace d'une dizaine de pieds.
La profondeur de ce canal est d'environ 1 pied; sa largeur est, dans
le fond , de 7 pouces 6 lignes ; dans le haut , il a près de g pouces.
Ses rebords n'ont que 5 pouces d'épaisseur ; le dessous n'est que de
5 pouces. Telle est la capacité , telle . est la construction de cette troisième conduite d'eau. Peut-être un jour nous pourrons donner de plus
amples détails sur son ensemble et sa direction.
Aqueduc du faubourg de VArsaut. — La source de PArsaut est à.
l' extrémité d'un des faubourgs de la -ville actuelle , sur la route de
cette ville à Excideuil ; elle forme une fontaine et est encore assez
abondante pour fournir aux besoins de la tannerie voisine. Depuis une
soixantaine d'années son issue a changé de place et de niveau ; maintenant elle est sur le côté de la route , vers le sud , et jadis elle était
au nord,, tout-à-fait au pied du coteau (1). L'arceau qui la recouvrait à
cette dernière place a été détruit naguères ; nous Pavons tous vu, et
même , par erreur , quelques personnes ont cru que c'était de cette
construction des temps modernes que venait le nom du faubourg (a).
Mais cette source a-t-elle été conduite dans Pantique cité de Vé-
(1) Elle était dans l'angle obtus que fait la route avec le pclil chemin qui se dirige sur les coteaux , et se trouvait éloignée de ce même chemin de 7 ou 8 pieds. A 25 toises plus loin , on
trouve aussi sur la route même la fontaine de Mautemps , qui ne coule que pendant huit ou neuf
mois de Vannée. Sans doute, dans fantiquité, ces deux sources n'en faisaient qu'une seule.
(2) C'est ainsi qu'en rapportant les choses que l'on ne connaît pas à celles que l'on connaît , on
s'éloigne souvent des véritables noms des lieux. Les personnes instruites savent que le faubourg
de l' Arsaut s'appelait en latin Avduus-Sallus , et que , par conséquent, il ne peut y avoir sur son
orthographe aucune équivoque.
io8
ANTIQUITÉS
sone ? Nous ne pouvons le dire avec certitude. Cependant si l'on
considère que les Romains firent venir les eaux de la Grand'Font et
de la fontaine de Jameau , qui l'une et l'autre sont à- une distance considérable, on croira difficilement qu'ils aient, négligé celles qui étaient
beaucoup plus à portée , et qui , quoique peu élevées , pouvaient à
peu de frais fournir une partie de notre métropole. Au reste , un
semblable travail a été fait, dans le moyen âge, pour notre ville actuelle; car, en 1812, on a trouvé au Port-de-Graule un bassin de
forme octogone qui ne nous semble guère avoir pu recevoir ses eaux
que de la fontaine de l'Arsaut. Nous ne décrirons point ici ce bassin ; on en verra plus loin les détails (1). Qu'il nous suffise maintenant
de dire que les : tuyaux en terre cuite qu'on a déterrés près de ce
même bassin se dirigeaient , d'un côté , vers la source que nous indiquons, et que de l'autre ils paraissaient continuer l'aqueduc vers le sud.
Telles sont les notions que nous avons pu recueillir sur les diverses
conduites d'eau qu'on avait faites pour l'usage des liabitans de Vésone. II reste beaucoup de recherches à faire sur cet objet ; car nonseulement on ne connaît presque rien des nombreuses fontaines destinées à recevoir les eaux de ces conduites et à les distribuer sur nos
places publiques ou chez les particuliers , mais encore la plupart de
ces mêmes conduites laissent à peine quelques traces de leur ancienne
existence. Toutefois on ne peut guère douter qu'il n'y ait eu, du côté
de l'Arsaut , un petit aqueduc souterrain. Celui de la vallée du Toulon ,
qui sans doute prenait les eaux de différentes sources , laisse encore
apercevoir des vestiges de sa construction ; celui de Vieille-Cité n'offre
aucune incertitude sur le chemin qu'il avait à parcourir ; celui du Petit-Change se montre évidemment aux yeux les moins exercés, et nous
donne une juste idée de ces sortes de monumens.
Ainsi Vésone était, pour ainsi dire, entourée de toutes parts d'aqueducs, et si les Romains se montrèrent jaloux d'embellir son intérieur
de somptueux édifices , ils ne le furent pas moins de lui procurer tout
ce qui tendait à futilité publique.
(1) Voyez la 2. e parlic du 5. c livre.
DE VÉSONE.
CHAPITRE
VII:
Basiliques, ou Palais de Justice.
LES
anciens nommaient basiliques de vastes bâtimens où les magistrats rendaient la justice. Vitruve, qui avait construit de ces édifices
à Rome , à Fano et dans quelques autres villes , décrit exactement
leur forme. La largeur du parallélogramme du plan était divisée en trois
parties par deux rangs de hautes colonnes. La partie du milieu était
la plus spacieuse , et des pilastres ou de petites colonnes , engagées
dans le fût des grandes , soutenaient les galeries ou tribunes pratiquées dans les ailes. La porte principale était ordinairement au milieu
d'un des longs côtés, et un grand renfoncement en hémicycle, placé
en face de cette porte et saillant a l'extérieur , était destiné à recevoir
les sièges des juges. Quelquefois les ailes , ou bas côtés , étaient accompagnées de petites salles extérieures au plan; d'autrefois aussi la principale porte était ouverte sur l'un des petits côtés du parallélogramme ,
et alors le rond point était formé sur l'autre petit côté, comme on
en voit un exemple à la basilique de Caïus et Lucius , bâtie à Rome
par Auguste. Enfin, ces sortes d'édifices étaient échauffés pendant l'hiver, pour que le froid n'interrompit en rien le cours de la justice.
On retrouve dans la plupart des églises gothiques la forme de ces
anciennes basiliques. Comme les premiers chrétiens avaient en horreur
tout ce qui tenait au culte du paganisme , ils la préférèrent à celle
des temples, qui était bien plus noble et plus majestueuse. Cette haine
des premiers chrétiens , contre tout ce qui appartenait à l'idolâtrie ,
est mème une des principales causes de la destruction de presque tous
les temples qu'on admirait dans l'ancien univers.
Au surplus, il est sans doute dans les Gaules beaucoup de villes
qui ne pourraient pas se glorifier d'avoir possédé une seule basilique,
i5
no
ANTIQUITÉS
tandis que nous allons prouver qu'il en existait trois dans notre métropole. II n'en reste plus , il est vrai, aucun vestige debout, mais nous
avons assez de monumens pour constater leur ancienne existence.
N. o gg _ ffiqt de f Eglise du Périg. , par le père Dupuy,
pag. 56. — Savaron , etc.
SOT. LIB. NER. BASILICAS. DVAS. EDIFICAVIT. CUM. ORNAMENTIS
« Soter , affranchi de Néron , a élevé deux basiliques avec leurs
« ornemens. »
C'est cette inscription, comme nous Pavons déja fait remarquer (i) ,
qui a induit Savaron à changer le mot Secundus de nos monumens tutélaires en celui de libertus. Ce savant n'a pas fait attention qu'il s'agissait de deux personnages différens , et que le Secundus-Soter était
sans doute fils du libërtiis Neronis. Ce dernier Soter était l'esclave qui
avait découvert la conspiration de Pison , l'esclave que Néron avait affranchi et comblé de richesses. Ainsi il était le premier de sa race qui
comptât dans Pordre social, ce qui explique pourquoi le fils avait pris le
nom de Secundus, que le graveur eut soin d'écrire en grosses lettres.
Le père Dupuy ajoute que Néron éleva Soter à plusieurs diguités ,
même à celle de proconsul de notre province. Sans doute la preuve
de ce fait existait encore au commraioement du i7. e siècle. Cet auteur
assure aussi que, du temps de l'apostolat de Saint- Front, nous avions
un président ou proconsul appelé Sc/uirius , lequel fut converti par
Fronto lui-même, qui le baptisa et le nomma Georges. Enfin, le titre
de proconsul est également un de ceux que porte Pempereur Florien
sur la colonne milliaire qui est au Musée (2), ce qui peut faire présumer que cet empereur avait exercé le proconsulat d'Aquitaine avant
d'avoir la pourpre. Ainsi il paraîtrait que Vésone était le lieu de résidence des proconsuls. Quant à Soter , il est certain qu'il se retira dans
(1) Voyez tom.
e
i. ' , pag. 3o8.
(2) Voyez au liv. 4'" 1° chapitre óù il est question de cette colonne milliaire.
DE VÉSONE.
„,
notre métropole (i), et que, d'après la construction des deux basiliques,
d'après celle de l'amphithéatre , qu'on lui attribue également , il devait jouir d'une fortune immense. Beauménil , qui a vu nos antiquités
à une époque où elles étaient mieux conservées et en bien plus grand
nombre qu'aujourd'hui (2) , nous a laissé le dessin d'une assez belle
téte qui passait pour être celle de cet affranchi (3). Peut-être la statue
dont elle faisait partie avait-elle sur sa base l'inscription que nous venons de transcrire ; du moins ne peut-on disconvenir que la manière
dont , cette inscription est conçue ne convienne à ce genre de monumens ; d'ailleurs les Vésoniens devaient à Soter quelques marques de
rëcônná^satìëëì ící OIIUJIÌWU Dîna 3 es •Jnonrgjnt oo -ob st;,.. Qinít fou
—TÍ.J8 : is i ííSjsí ^x^Do'i'iT ys-Oïtifrí^sni ^í^fïó ' fíoì u* ''to ,* ci. jinii ÌCQ r\ A* '.'•'.>
Au reste , si l'inscription que nous ' venons de rapporter fait connaître le fondateur de deux basiliques de Vésone, en voici d'autres
qui ont trait à ces mêmes édifices.
: Gnder (Q.
.
.
.
1
LANNAE. SOLO. A. POMP. ANT. . ,
.... .BASSUS.-C C. R. GONSAEPT
.... .BASILIC AS. D VAS. 'CET. .' .
Ce fragment d'inscription , dont nous avons déjà parlé et. que nous
finirons d'expliquer dans la suite , est une seconde preuve de l'existence de nos basiliques. Gn né peut même guère douter que le basilicas duas de la troisième ligue ne se rapporte au Bassus qui est
nommé dans la seconde. Ainsi ce serait cet illustre citoyen romain
(1) Si Ton se rappelle ce que j'ai dit des familles illustres qui avaient choisi Vésone pour le lieu
de leur retraite, et si l'on réfléchit que leurs affranchis même y venaient demeurer, on pourra,
ce me semble , en conclure que cette cité élait très-connue et très-célèbre dans l'antiquité, ce qui
confirme qu'elle élait une métropole riche et puissante.
Beauménil est venu à Périgueux ù diverses époques ; il y a une quarantaine d'années qu'il y
vint pour la dernière fois.
(3) Nous en avons déjà parlé. Voyez tom. i. or , pag(-Ù Voyez le N.° 78 de nos inscriptions , tom. i. er , pag. 436.
(2)
/ji2.
ii2
*
ANTIQUITÉS
( clarus civis romanus ) qui aurait achevé ou sait restaurer les detíX
basiliques de l'afFranchi de Néron.
foíis ;*! aïs ih'c/sù a inp . îruítmtìssa- .í>âií ; ){iii;iaï' oïrirticíì oan'l) iiuof; Jl< r
Musée (i>.
.... ET. DEAE. STAINNi*
.... SSVS. C. G. R. CONSA
.... AS. GUM. GF/ERIS. O 7
La dernière ligne de ce fragment est une troisième preuve de l 'existence des basiliques ; car si les deux inscriptions précédentes , et surtout la seconde , expliquent une partie de la troisième ligne de celleci , et témoignent qu'il devait y avoir basilicas duAS , cette dernière ,
à son tour , . indique la fin de la seconde , et prouve qu'on y lisait
CETem ornamentis.
Ainsi, de ces trois inscriptions, la première fait connaître le fondateur des deux basiliques, et prouve qu'elles furent bâties vers la fin
du règne de Néron , ou peu de temps après la mort de cet empereur ;
la seconde semble indiquer que Soter , n'ayant pas- assez vécu pour
achever son entreprise , un autre l 'acheva et la perfectionna ( ceteris
ornamentis locupletavit, ) , Ou y fit quelque restauration ; et c'est ce que
confirme la troisième, par ces mots : cum ceteris ornamentis , qui sans
doute étaient suivis de ceux-ci : perficiendum curavit, ou restítuít.
L'existence des deux basiliques est donc parfaitement constatée, et
s'il n'en reste aucune partie debout , du moins nous en possédons
quelques débris , car nous avons deux tambours de colonnes qui ne
peuvent guère provenir que de ces édifices (2).
Le premier a fait partie du plus petit de ces palais j il a 2 pieds
(1) Voyez le N." 73, tom. 1." , pag. 418.
(2) Ces deux blocs sont au Musée. Voyez les N.° s 8 et 5 de la planche VIII. Malheureusement le
premier de ces N. 05 est fort inexact : il n'existe point sur un côté du tambour de cannelures plus
petites qu'ailleurs , et ce ne sont point de vives arêtes , mais des espaces d'environ 8 lignes qui séparent toutes ces cannelures.
DE
moins
VÉSONE.
Ï ,5
i pouce de diamètre ; il est creusé de cannelures évidées , et
paraît appartenir à l'ordre dorique. Ce qui démontre qu'il provient
d'une de nos basiliques , c'est que d'un côté est la naissance d'un petit
chapiteau- pilastre réservé dans l'épaisseur de la pierre qui a servi à
former le tambour de la colonne. C'était sur de pareils chapiteaux que
portait sans doute tout le plancher des bas côtés du monument (i), et
ce qu'il y a de remarquable , c'est que ces chapiteaux , dont la largeur est, au gorgerin, de i pied 7 pouces 6 lignes, sont un peu arrondis,
et sortent de la colonne sans qu'il y ait au-dessous aucune trace de
pilastre.
Le second tambour a 2 pieds 6 pouces de diamètre ; il paraît être
d'ordre corinthien, et ses cannelures sont remplies d'une baguette, ce qui
annonce qu'il provient du bas de la colonne. Au reste , dans la basilique dont il faisait partie , on n'avait pas suivi la même disposition
que dans celle dont nous venons de parler : dans l'une c'était de simples chapiteaux ménagés sur le fût de la colonne ; dans l'autre ce
sont de véritables colonnes de 1 pied 3 pouces de diamètre , engagées
de près d'un tiers dans les grandes , et maintenues lisses dans le reste
de leur contour.
Nous avons ùn troisième tambour disposé comme celui que nous venons de décrire (2); seulement les deux colonnes sont également lisses.
Le diamètre de l'une est de
2 pieds , et celui de l'autre de 1
pied 6
pouces. Elles offrent cela de remarquable, que les moulures des deux
bases sont parfaitement égales, et que la base de la petite colonne
diminue de saillie à mesure qu'elle se rapproche de celle de la grosse,
pour que celle-ci puisse prendre un plus grand développement (3). Or,
il est évident que ce bloc de colonne provient d'une troisième basilique. Ainsi Vésone possédait au moins trois édifices de ce genre : un
d'ordre dorique , l'autre d'ordre corinthien , et le troisième d'ordre
toscan, comme le prouvent les moulures de sa base. Ce dernier était
(1) Bien entendu, toutefois , que les solives pénétraient dans le fût même des colonnes.
(2) Ce bloc a long-temps servi de table dans le jardin de Gardonne. Mad. Gardien a bien voulu
en enrichir notre collection. Voyez le N.° 2 de la planche VIII.
(3) Ces bases ont été mal rendues par le graveur.
tjÂ
ANTIQUITÉS
même le plus ancien, et ne peut avoir nul rapport aux inscriptions
dont nous venons de parler.
Si maintenant on considère que , dès son arrivée dans la capitale
des Pétrocoriens , l'affranchi de Néron eut ràttention d'y faire construire deux basiliques , bien qu'il y en eût déjà antérieurement à lui ,
ne peut -on pas en induire que beaucoup plus anciennement encore,
et même avant la conquête (r), il y avait dans cette ville des tribunaux de justice souveraine , et que , par conséquent , sa juridiction
s'étendait au loin ? En effet , si l'on réfléchit à l'empressement que
montrèrent les Romains, dès le commencement, du Haut- Empire, à
construire dans notre métropole ces sortes d'édifices , on sera tenté
de croire que, pour ne point interrompre le cours de la justice, ils
crurent qu'il était urgent de faire des abris conformes aux nouveaux
usages , pour des tribunaux importans qui , aAr ant cette époque , siégeaient en plein air.
Ainsi il est évident que si les Romains ôtèrent a Vésone le titre
de Métropole de toute l'Aquitaine , du moins ils lui laissèrent ou
ne purent lui enlever son ancienne juridiction ; ce qui est conforme
au passage de Pline, où il est dit que les Périgourdins sont séparés des Toulousains par le Tarn. D'ailleurs on sait que les droits de
cette antique juridiction ont été constamment reconnus jusque dans
les temps modernes, et que souvent depuis ils nous ont été rendus,
comme cela résulte de plusieurs titres, notamment du diplomé que nous
avons déja cité , et dont un passage est con eu en ces termes : Cum
ab antiquo maxima pars clucatus Acquitanie , ut villa Burdegualis et
Bajoue et plures alie haberent resortiri in assisiagiis de Petragoris
in causis appellationum , etc. (2).
(1) Néron monta sur le trône la 54. mo année de l'ère chrétienne.
(2) Voyez tom. i. Er , pag. 147.
DE
VÉSONE.
CHAPITRE VIII.
Du Capitole.
A ROME on appelàit Capitale la forteresse du mont Tarpéïen, dans
laquelle étaient plusieurs temples et d'autres édifices publics. C'est lk
que les triomphateurs venaient sacrifier aux Dieux ; c'est là que l'on
gardait les choses les plus précieuses ; c'est là que se réfugièrent les
Romains lorsque leur ville fut prise par les Gaulois ; en un mot , le
Capitole était regardé comme le palladium de l'Etat et de la liberté
publique : aussi chaque municipe voulut ensuite avoir un édifice de ce
nom. C'était une espèce de symbole d'indépendance , et dans son intérieur s'assemblait le sénat des décuriuns , ainsi que les autres principaux magistrats.
Tel était l'édifice que les peuples affectionnaient le plus , et quoiqu'il ne reste aucun vestige d'une pareille construction dans notre antique Vésone , nous ne pouvons douter de son ancienne existence.
Comment, en effet, les Pétrocoriens n'eussent-ils pas eu un monument
d'une si haute importance, lorsqu'ils en avaient de tout genre pour
le seul embellissement de leur cité ? Qu'est-il d'ailleurs besoin de conjectures, lorsque les vieux titres nous fournissent des preuves (i)? Ce
n'est pas même seulement dans les titres qu'il est question de notre
capitole ; une vieille tradition en rappelle le souvenir , et désigne le
lieu qu'il occupait. Suivant cette tradition ce serait entre les deux villes
qu'il aurait été situé (2 )3 et cela est d'autant plus probable, que, dans
cette position , il était en quelque sorte défendu par l'enceinte forti-
(1) M. de Lespine a trouvé plusieurs de ces titres.
(2) On appelle entre les deux villes tout f espace qui sépare la ville actuelle de Tancienne citadelle romaiue de Vésone.
n6
ANTIQUITÉS
fiée du temple de Mars. Sans doute un vieux cimetière (i), l'église de
St.-Pierre-ès-Liens et celle de St.-Cloud , occupent son emplacement ;
du moins cet endroit était toujours resté public ; c'était même autrefois le lieu des exécutions , et l'on y enterrait , il n'y a pas encore longtemps, les criminels. Au reste, lorsqu'on a détruit le couvent des Cordeliers , qui bornait ce cimetière au levant , on a retiré d'un des murs
de l'église un fragment d'inscription qui ne semble guère pouvoir
appartenir qu'au capitole (2).
J$.° 90. — Au Musée,
.... "FTRVGR. ET. T
II s'agit, en effet, dans ce fragment, non des habitans de Vésone, mais
des Pétrocoriens (Petrucoril) , et le ET. D.... ne peut guère désigner que
les décurions ( et decuriones) , ou les duumvirs (et duumviri). Or, quel
était l'édifice sur le frontispice duquel il pouvait être question de tous
les membres du municipe et de leurs principaux magistrats ? Quel était
le monument auquel devait s'intéresser tout un peuple ? c'était sans
doute celui où siégeaient les décurions et où s'assemblaient tous les
cbefs ; car un édifice de ce genre était non-seulement la propriété de
la ville dans laquelle il était construit, mais aussi de tout le pays qui
avait intérêt à sa fondation ou à sa restauration.
Ce fragment n'indique pas, il est vrai, d'une manière positive, quel
était le but de l'inscription ; mais la grandeur des lettres est un témoignage qu'elle appartenait à un grand édifice : et à quel édifice pouvait
prendre intérêt tout un peuple , si ce n'est au capitole (3) ?
Mais les Pétrocoriens et les habitans de Vésone n'eussent-ils pas pu
(t) C'est ce que l'on nomme le Cimetière des Pendus.
(2) La pierre sur laquelle est gravé ce fragment d'inscription formait le dessus d'une petite porte
de l'église. Un des côtés de cette pierre est taillé en portion de cercle , et les armes de France
sont sculptées au milieu de la courbe. Peul-clre a-t- elle servi de dessus de porte à un escalier a vi«
(}es anciennes constructions du couvent, détruites dans le i6. me siècle.
(3) Ces lettres ont 5 pouces 6 lignes de hauteur.
DE VÉSONE.
II?
construire à frais communs un autre bâtiment quelconque ? Si cela est
rigoureusement possible, du moins les exemples de pareille chose sont
rares. Des empereurs, des magistrats, de simples particuliers, sondaient des édifices , et presque jamais on n'en trouve d'élevés par tout
un peuple. D'ailleurs , le, fragment d'inscription dont nous Amenons de
parler ayant été trouvé à côté de l'endroit mémo que la tradition désigne comme la place du capitole , il est difficile de penser qu'il n'ait
pas appartenu à ce monument.
Voici un autre fragment qui pourrait provenir de la même inscription.
N. 0 91. — Au Musée.
ERE.
En effet , bien que ces trois lettres soient un peu plus petites que
celles du N.° précédent, elles ont avec elles un air de ressemblance,
remontent comme elles au très -Haut -Empire , annoncent presque le
mème faire , et l'on ne remarque aucune espèce de différence dans la
qualité de la pierre. Ainsi le N.° 90 pourrait avoir fait partie de la
première ligne de l'inscription , et peut-être l'autre provient de la seconde. Mais que signifient les trois lettres de ce dernier fragment ?
C'est ce qu'il est impossible de dire avec certitude. Peut-être formentelles la fin du mot restitiiEKE , mis pour restituerunt. S'il en était
ainsi , nous aurions la preuve que , dès la très-haute antiquité romaine ,
notre capitole aurait été dégradé , et que, de l'avis des citoyens du
municipe , les chefs en auraient ordonné la restauration. Toutefois ce
ne sont là que des conjectures qui ont besoin de l'appui de quelque
nouvelle découverte. La seule chose que nous puissions assurer , c'est
que Vésone avait un «apitoie dont la fondation remontait à une époque fort reculée.
16
/
n8
ANTIQUITÉS
CHAPITRE IX.
Arcs de triomphe, ou autres Monumens de ce genre.
Si les guerres et les ravages dont Vésone a été la victime pendant
plus de seize siècles n'ont laissé subsister aucun des monumens triomphaux que les habitans de cette ville avaient érigés aux empereurs romains ou à d'autres personnages marquans , du moins quelques fragmens d'inscriptions , et beaucoup de débris , attestent leur ancienne
existence.
N.° 92. — Mss. de Beauménil.
ANORVM
Ce fragment ne laisse voir qu'une partie du mot ROMANORVM;
mais, d'après les moulures et les ornemens qui raccompagnaient (1),
nous ne pouvons douter qu'il ne provienne d'une frise sculptée , où
l'on avait ménagé la place de l'inscription ; et comme le mot était écrit
en entier , il nous paraît presque certain que le monument sur le frontispice duquel il était gravé, dut être exclusivement dédié a la gloire
et aux victoires des Romains. Dans toute autre hypothèse, on aurait
écrit en abrégé le nom du peuple. Cette inscription peut donc avoir
été gravée sur un arc de triomphe , k moins qu'il n'y ait eu Genio
Romanorum ; ear alors elle poiurait appartenir à un temple , ou à une
espèce de chapelle ( delubnan ), élevés au génie du peuple romain.
Toutefois , cette dernière leçon ne nous paraît guère probable , parce
qu'en pareil cas on se servait plus ordinairement de la formule : Genio
populi romani.
(1) Beauménil nous donne ces détails, mais il ne dit pas de quelle grandeur étaient les lettres ;
seulement, d'après son dessin, on peut croire qu'elles avaient 5 ou 6 pouces de haut.
DE VÉSONE.
„9
II y a , dans un jardin de la Cité, un bloc de pilastre dans les ornemens duquel on remarque des boucliers , ce qui annonce qu'il a
dû faire partie d'un édifice triomphal. Son diamètre est de i pied g p.
6 lignes; trois de ses côtés sont couverts de sculptures; le quatrième
est entièrement brut (i).
Un autre morceau qui paraît également avoir fait partie de la décoration d'un arc de triomphe , c'est une portion de fût de colonne
sur lequel sont représentés, en bas relief, des captifs enchaînés à un
trophée par la victoire. Quelque frustes que soient ces sculptures, elles
n'annoncent pas moins qu'elles sont dues à un assez bon temps de l'art.
La hauteur du bloc est de 5 pieds 3 pouces ; son diamètre est de i
pieds (2).
Nous avons un second tambour de colonne et deux gros morceaux
de corniche qui nous semblent provenir d'un même édifice , et qui évidemment appartiennent à un arc de triomphe (5). Le tambour de colonne est même très-remarquable , en ce que des boucliers , des casques ,
des cuirasses , en un mot , des armures de toute espèce , et jusqu'à des "
têtes coupées , y sont sculptées et arrangées comme au piédestal de la
colonne Trajane. Quant aux ornemens des deux morceaux de corniche , ils ont une telle analogie avec ceux du tambour, qu'on ne peut
guère douter que le tout n'ait été fait sur les mêmes dessins et peutêtre de la même main.
Une autre corniche (/j) , toute différente de celle dont je viens de
parler, mais ayant aussi appartenu à un arc de triomphe , est encore
enfouie sous le gros mur de la citadelle. La soífite de son larmier est
(1) Ce bloc est dans le jardin de feu M. Chambon , ou du Sol de la Dixme. Voyez le développement de deux de ses côtés, N.° 3 de la planche XXI. Le troisième côté, sur lequel est un seul
grand bouclier , n'a pas été gravé.
(2) Ce bluc est dans le jardin de M. Vidal, ou autrement du Cimetière des Pendus. Voyez le
développement de ce bluc, N.° 1 de la planche XX.
(3) Ils sont dans le jardin du Sol de la Dixme. Voyez le développement du bloc, N.° 6 de la
planche XIX, et celui de la corniche, N." 2 de la planche XXI.
('l) J'ai déjíi prévenu qu'elle était dessinée sur le premier plan de l'arrachement d'une tour de la
Cité. Voyez planche XVIII. On fut forcé de la laisser en place , pour ne pas nuire à la solidité,
du mur.
i20
ANTIQUITÉS
couverte d'ornemeiis militaires assez bien sculptés , et dans le style
triomphal. Le talon qui est au-dessous est décoré d'un rang de boucliers qui portent l'un sur l'autre , et qui sont recourbés suivant le
profil de la moulure. Le tout paraît appartenir au bon temps de Farchitecture.
Vers la fin de l'année 1816 (1) on déterra plusieurs pièces d'une
■corniche différente de toutes celles que nous venons de décrire, mais
ayant aussi fait partie d'un arc de triomphe. De petits boucliers, diverses armures , des armes , et d'autres ornemens d'un bon choix , sont
sculptés avec art dans la soffite.de son larmier. Les moulures en sont
bien profilées , et tout annonce que ces fragmens proviennent d'un arc
de triomphe élevé , au plus tard , dans le siècle des Antonin.
Des souilles récentes viennent aussi de nous faire connaître un tambour de colonne qui a également appartenu à un arc de triomphe, et qui
offre une recherche véritablement remarquable. Lès arêtes des cannelures
sont ornées de grains de chapelets , et des feuilles sont sculptées avec
beaucoup de soin dans chacune de ces mêmes cannelures. Le diamètre de
ce tambour de colonne est de 2 pieds 1 pouce et quelques lignes audessus du colerin (2).
Mais le plus intéressant de tous ces fragmens d'arcs de triomphe,
c'est un tambour de colonne de 2 pieds de hauteur, sur 2 pieds 2 pouces
6 lignes de diamètre. Une coquille termine par le bas chaque cannelure , et les arêtes de ces cannelures sont décorées de grains de chapelet. La partie inférieure du bloc représente des armes et des armures
de toute espèce, sculptées en très-petit relief, et à-peu-près disposées
de la même manière que sur un des tambours dont nous venons de
parler. Entre les cannelures et ces ornemens est une plate -bande ou
ceinture, de 10 pouces 6 lignes de large, dans laquelle sont sculptés des
tritons conduisant et retenant des taureaux et des chevaux marins ,
(1) Ces fragmens ont été découverts au château de Barrière, dans les fondemens d'une vieille
tour de la citadelle. Comme ils n'ont été trouvés que depuis peu , nous n'avons pu les faire graver;
(2) Ce tambour de colonne est au Musée; il fut trouvé en 1819, lorsqu'on creusa la cave de
M. Bardon. On vient d'en déterrer un pareil dans le jardin du Sol de la Dixme , qui précède
et fait partie de celui de feu M. Chambon.
DE VÉSONE.
121
entre lesquels • semblent se jouer des dauphins de différentes grandeurs. Ainsi la scène se passe dans les eaux de la mer , et l'on ne
peut douter que le tronçon de colonne sur lequel sont toutes ces
sculptures , n'ait fait partie d'un arc de triomphe érigé a l'occasion
d'une victoire navale (i). Au surplus , l'excellent choix des ornemens
et la pureté du dessin sont un sûr garant que l'édiíice avait été construit dans le bon temps de l'art : peut-être fut-il élevé en mémoire
des premières victoires navales remportées sur Auguste par SextePompée.
N.° g3. — Au Musée. — Mss. de Beauménil (2).
.^X.SICIv.
Cette inscription appartient- elle à un arc de triomphe? On «erait
tenté de le croire si l'on s'en rapportait au dessin , ainsi qu'aux expressions de Beauménil; et comme, suivant cet antiquaire, il faudrait
lire :
VDIC PR.II
VNSICI
nous avions d'abord pensé que la pierre avait fait partie d'une frise, que
VNSICI formait une partie du mot VESVNSICI pour VESVNNIC1 ,
et qu'ainsi sans doute il s'agissait d'un édifice triomphal , élevé par les
Vésoniens à un personnage qui se trouvait consul pour la cinquième
fois (Cos. V.) dictateur, ( DIC. ) et gouverneur pour la seconde fois
( PR. II. )
Si cependant on examine avec attention la pierre sur laquelle est
(1) Ce tambour de colonne est dans le jardin du Sol de la Dixme. Voyez-cn le développement ,
N.° 1 de la planche XXII. Les arcs de triomphe érigés a l'occasion des victoires navales sont trèsrares surtout dans la Gaule,
(à) Cette inscription est extrêmement fruste , parce qu'elle servait de blanc aux vieilles casernes;
mais M, de Mourcin et moi , nous l'avons examinée avec le plus grand soin.
ANTIQUITÉS
gravé ce fragment d'inscription , on s'aperçoit bientôt qu'elle ne fit japonais pantie d'une frise, mais qu'au contraire elle avait une base particulière , qui , bien que presque entièrement détruite , se montre plus
ou moins de tous les côtés ; d'où il résulte évidemment que c'était
une espèce d'are ou de cippe de i pied 3 pouces de large sur 1 1 pouces
d'épaisseur, et d'une hauteur que nous ne saurions déterminer, parce
qu'il pouvait y avoir au-dessus un petit couronnement dont il n'existe
plus de trace. Ainsi peut-être nous aurions dû classer cette pierre parmi
les monumens religieux.
i22
Toutefois , si on la considère comme un cippe , elle peut également
avoir été érigée à la mémoire d'un personnage marquant; et, sous ce
dernier rapport, elle devrait encore être regardée, en quelque sox'te,
comme un petit monument triomphal.
Ce qui reste de l'inscription est extrêmement fruste , et peut-être
existait-il dans le haut quelques lignes qui ont entièrement disparu. Celles
que l'on aperçoit encore sont au nombre de quatre.
Dans la première, on distingue a peine la partie inférieure d'une lettre
qui paraît être une S.
Dans la seconde, on ne voit réellement que deux portions de caractères qui , par la manière dont ils sont gravés , et par l'état actuel de
la pierre, ne sauraient être que des T ou des I. Plus loin, on croit
apercevoir les traces d'un C ou d'un O et d'une S. Ainsi dans certe
seconde ligne on pourrait lire . . . IT . . OS ; ce qui est d'autant plus
probable , qu'on croit voir une petite partie de la tête du T entre les
premiers caractères.
Dans la troisième ligne, la première lettre est un V encore assez
apparent, et la seconde un D parfaitement marqué. Vient ensuite un
jambage droit, suivi par le haut d'un petit trait recourbé qui, bien que
un peu rapproché du jambage , annonce la tête d'une R. C'est donc
une R que nous retrouvons dans le troisième caractère. Cependant entre cette lettre et le D est un trait profond qui, au premier abord,
a l'apparence d'un point , mais qui dans lè fait se dirige horizontalement vers le jambage de l'R ; et de l'autre côté de ce même jambage ,
DE VÉSONE.
I23
quoique un peu plus bas , est aussi un petit trait qui vient obliquement
joindre le premier. Ainsi on ne peut s'empêcher de reconnaître un
T et une R réunis dans ce troisième caractère. Le quatrième est un 1 ;
il est encore assez distinct ; et le cinquième ne saurait être qu'un P
tracé en sens inverse , comme on le trouve quelquefois. Ensuite vient
un O , et il ne serait pas impossible d'apercevoir plus loin quelques
vestiges qui ne pourraient nécessairement appartenir qu'à un T. Ainsi
on doit lire dans la troisième ligne : V. D. TRI. POT.
Au commencement de la quatrième ligne est un double caractère ,
présentant deux lettres renversées , A et N ; et par conséquent on y
peut lire AN ou NA. Ce double caractère est même d'autant plus remarquable , qu'il y avait assez de place pour mettre les deux lettres
séparées. Cette manière de les renverser aAr ait sans doute un but. Après
ces deux lettres est écrit très -distinctement SICI ... ; le reste est
effacé. On lira donc à la quatrième ligne AN. SICI.
Quant à la grandeur des lettres , celles de la seconde ligne ont
2 pouces 3 lignes de haut ; celles de la troisième , i pouces 6 ligues ;
celles de la quatrième, 2 pouces io lignes, et tous ces caractères annoncent le faire du très-Haut-Empire.
Mais que peuvent signifier les faibles restes de cette inscription?
Nous lisons dans la seconde ligne IT . . OS; dans la troisième
V. D. TRI. POT ; et dans la quatrième AN. SICI. Les quatre dernières
lettres , SICI , ne nous semblent guère pouvoir être que le commencement du mot Sicilia , et il ne serait pas impossible que les deux lettres AN eussent quelques rapports avec Vannona. Alors on lirait annonario Sicilice. Dans la troisième ligne rien ne peut être équivoque :
V. D. TRI. POT signifie évidemment quintum , dictatori , tríbunitiœ
potestatis; et dans la seconde, si nous mettons un C devant OS, nous
aurons . . . IT. COS , c'est-à-dire , iterum , çonsúli. II s'agit donc , dans
cette inscription, d'un personnage chargé de faire venir les blés de la
Sicile , d'un personnage revêtu de la puissance tribunitienne , d'un dictateur , consul pour la cinquième fois , et qui même exerçait pour la
seconde fois ( iterum ) une autre charge dont il n'existe sur la pierre
aucune trace , mais qui ne peut guère être que celle de gouverneur
124
ANTIQUITÉS
(prcesidi), qu'on écrivait assez ordinairement par ce double caractère : (R.
Or , quel était le personnage qui pouvait être revêtu de 'toutes ces
charees, si ce n'est Jules-César, dans les dernières années de sa vie,
lorsqu'il se fut emparé de toute la puissance ? C'est le seul des empereurs qui ait été dictateur , et on sait qu'il fut nommé gouverneur des
e
Gaules pour la seconde fois , et consul pour la cinquième , la 44- an ~
née avant Père chrétienne. On pourrait donc rétablir l'inscription de
la manière suivante :
•
CJ.CiESARI
<R. IT. GOS
VDRITOT
.vi.SICI...
Cette inscription semble fixer l'époque de la reddition de Vésone ,
et c'est aussi celle de l'assassinat de César. Ainsi il n'est pas étonnant
que ce conquérant des Gaules ne dise rien de notre métropole , et
qu'il ne parle même qu'une seule fois des Petrocoriï , puisque ces
peuples ne furent soumis que lorsque les Commentaires étaient terminés. En effet , si lorsqu'un peuple , une ville , une simple forteresse
se rendaient à César , il avait grand soin de le dire , par quel hasard
eût-il gardé un si profond silence sur une cité qui, certes, devait jouer
un grand rôle dans toute la partie de la Gaule qui l'environnait?
LIVRE QUATRIÈME.
MONUMENS MILITAIRES SOUS LES ROMAINS
irg»M<l-
PREMIÈRE PARTIE.
CITADELLE DE VÉSONE
ET CAMPS ROMAINS.
AVANT-PROPOS.
ïVous avons fait connaître les monumens religieux et civils dont nous avons retrouvé quelques vestiges dans notre
antique cité , et l'on doit être convaincu qu'il en reste
encore beaucoup à découvrir. Toutefois , si l'on considère
combien il faut de patience et de temps pour se rendre
compte à soi-même de tous les détails des constructions
d'une ville entièrement détruite , on s'étonnera peut-être que
nous ayons pu constater l'existence d'un si grand nombre d'édifices, surtout en réfléchissant que dans les temps modernes , comme dans Vantiquité , Vésone n'a jamais cessé d'être
en proie à des dévastations de toute espèce.
Le temps et la main de l'homme ont tout détruit , tout
nivelé : des prairies , des champs , des jardins , des vignes ,
recouvrent les habitations de nos pères. Les rues , les places
publiques qu'ils fréquentaient ; le capitole et les basiliques ,
où ils discutaient les intérêts de l'Etat et ceux des particuliers ; le cirque , 1 amphithéâtre et le théâtre où ils allaient
se récréer ; les écoles et les gymnases où s'élevaient leurs
enfans ; les tombeaux , objet de la vénération publique ; les
temples , où les pauvres et les riches venaient également
courber la tête devant la Divinité : tout a disparu , ou à
peine en reste-t-il quelques traces.
Ainsi que les antiques métropoles de l'Egypte , de l'Assyrie
et de la Grèce , Vésone a vu succéder la modeste chaumière aux palais , aux édifices les plus somptueux ; et de
même que dans ces villes , jadis si florissantes , partout ici
ÀVANT-PROPOS.
X21
on trouve de riches débris servant a soutenir le toit du laboureur. Tout ici-bas a sa naissance , son accroissement , sa
splendeur , sa décadence et son anéantissement complet -,
mais heureux sont les empires et les villes qui trouvent dans
leur constitution robuste , dans le choix de leur position géographique ou dans des circonstances favorables , les moyens
de subsister long-temps ! Privée de ces avantages , notre capitale a succombé ; et , comparable à ces villes célèbres qui
n'offrent plus d'autres attraits que leurs ruines , elle ne vit ,
pour ainsi dire , que de souvenirs.
Que dis-je , de souvenirs ! cette, faible et triste consolation
des malheureux ne lui a pas même été accordée. Le Périgord a produit de grands hommes , des auteurs célèbres ,
dans l'antiquité et dans les premiers siècles de notre ère ; le
moyen âge en a vu naître aussi , tels que les Aimoin , de
Villefranche ; les Geoffroi du Breuil , d'Excideuil ; les Bertrand de Born , d'Hautefort 5 les Glairels , de Sarlat ; les
Rudel , les Saïl de Scola , les Arnaud Daniel , les Arnaud
de Mareuil , etc.; des temps plus rapprochés ont produit
Michel de Montaigne , La Boëtie , Brantôme , Aimar de
Ranconnet (1), Saint - Aulaire , Lagrange - Chancel et le célèbre Fénélon ; mais aucun de ces auteurs n'a daigné tirer
sa patrie de l'oubli. Cependant ils auraient du faire plus que
r illustrer : c'était à eux à la faire connaître.
Dans ce quatrième Livre nous donnerons quelques détails
sur les monumens militaires que nous ont laissés les Romains.
Ils ont moins souffert des dévastations du temps et des
hommes que les édifices religieux et civils ; et s'il est inté(1) C'est ainsi qu'il s'appelait, et non pas Rançonnet , comme on e'crit presque toujours.
1
^8
AVANT-PROPOS,
ressant de suivre l'histoire de ces édifices , parce qu'ils témoignent la splendeur de notre antique métropole , il ne le
sera pas moins de voir la description des monumens militaires , soit qu'ils aient été fondés pour sa sûreté , soit que les
vainqueurs les aient construits pour se mettre à l'abri de son
influence. Peut-être aussi suivra-t-on avec plaisir la direction de ces voies romaines que les conquérans ouvrirent pour
la circulation des troupes et pour la facilité du commerce ; et
après avoir vu Vésone dans sa prospérité , on nous saura
sans doute quelque gré de faire connaître les causes et Té-,
poque de sa décadence.
ANTIQUITES
DE VÉSONE,
ou
MONUMENS
MILITAIRES
SOUS LES ROMAINS.
CHAPITRE
PREMIER.
Première citadelle romaine de Vésone , ou péristile fortifié du
temple de Mars.
ís villes de .a Grèce et de Wtalie conserve,, encore quelques parties de leurs anciennes murailles ; mais il en est peu qui aient
eu une citadelle dans leur enceinte , parce que jadis on employait rarement ce moyen de défense.
On trouverait surtout difficilement une citadelle destinée à protéger
un temple , une citadelle réunissant à ses fortifications toute la richesse des ordres d'architecture , et formant un péristile dans son pourtour intérieur.
i5o
ANTIQUITÉS
Cependant Vésone possédait un pareil monument ; et ce qu'on trouvera sans doute très - remarquable , c'est qu'une construction si vaste
et si somptueuse ait été Pentreprise d'un seul homme.
Voici les diverses inscriptions qui se rapportent à cet objet :
N.° 94- — Au Musée. — Gnder, t. 2, p. 1169, n.° 5 (1).
.■/.--. . SOLO. A. POWP. ANTIQVI. <ERi . . .
. . . . TVM. OMNE. CIRCA. TEIVPLVÍV . . : .
. . . . ssAMENTIS, AC. MVNÏMENT .
N.° 95. — Gruter, ibid. , n.° 6.
. . . . SOLO. A. POMP. ANTIQ
. . . . CONSAEPTYM. OMNE. CIRC . . . .
. . . . M. CETERIS. ORNAMENTIS. AG . . . .
Gruter (2).
. . . TI. . . P. L
. . RIB. MIL. LEG. . . .
. . ORNAIENT. . . .
. . S. PERFICIEN. . . .
(1) La pierre sur laquelle est gravée cette inscription était dans la maçonnerie d'une des chambres voûtées des vieilles casernes II y a quelques années que nous Pavons lait enlever. Les caractères sont d'un très-beau faire , et annoncent évidemment le premier siècle.
(ÍÍ ) Vojez le N.° 81 de nos inscriptions, tom. i. cr , pag. 443.
DE VÉSONE.
Gruter (i).
I. LANNAE. SOLO. A. POMP. ANT. .
BASSVS. G. G. R. CONSAEPT. .
.
... . . .BASILICAS. DVAS. CET
. .
-OÍÍI a.I jífiiusiB3i:^;o iikíasj^n ■ t iìsusiíìxt£iá. ii/p agstiíí (.ga'i3q oh inon 'al
a33 xiQ iù-ia-ma-n 'amiio? arih ;jq-
Musée (2).
aoiJqii^nH «niA .ínsxnfJíi
ET. DEAE. STANw
.... SSVS. C. G. R. GONSA
.... AS. GYM. GEERIS. O' ........
Aucune de ces inscriptions n'est entière ; mais on ne peut douter
qu'elles ne se rapportent toutes à la citadelle dont nous Tenons de
parler, puisque dans celles des N. os 94, g5, 78 et 75, le mot consœptum
est exprimé en partie ou en entier, et que l'on distingue dans l'autre
quelques lettres du nom de Pompée.
La première indique évidemment le fondateur de cette vaste construction ; le mot ANTIQVI , qui suit le nom de Pompée , parait être
l'abrégé de ANTIQVITVS, ou peut-être de ANTIQVIORI, et PERI
semble offrir les deux premières syllabes de PERISTYLIVM ou PERISTYLIO. La première syllabe de la seconde ligne est sans doute la
dernière partie du mot CONSiEPTVM : les inscriptions des N. os g5 ,
78 et 73 ne laissent aucun doute à ce sujet. Mais quel est lc temple
(TEMPLVM) dont il est question dans cette seconde ligne ? C'est sans
doute le temple de Mars , puisqu'il était un des plus magnifiques , et
probablement le plus ancien de tous ceux de Vésone. Quant a la troisième ligne, il est clair qu'on y lisait CVM. CETERIS. ORNAMENTISAC. MVNIMENTIS.
(1) Voyez le N.° 78, tom. i.« r , pag. 436.
pag. 418.
(2) Voyez le N.° 73, tom.
i5a
'
ANTIQUITÉS
Ainsi, dans notre premier fragment d'inscription, il s'agit d'une enceinte et d'un péristile (I )J élevés anciennement par Pompée
avec
les autres ornemens et fortifications.
Au reste , non-seulement cette inscription ne contient aucune ligne
entière , mais il est probable qu'il y avait une première ligne au-dessus
de celles qui subsistent, et c'était peut-être dans celle-là que se trouvait le nom du personnage qui continuait , finissait ou restaurait le monument. Ainsi l'inscription aurait pu être conçue à -peu -près en ces
termes :
jy. ....... . .....
Pompeius
.
erectum SOLO. A. POMP. ANTIQVI. PERIstylioquc adornatura
cons * PTVM. OMNE. CIRCA. TEMPLVM.
c„m orN AMENTIS. AC. MVNIMENT.
mm* Perf. cur .
(2)
La seconde inscription est à-peu-près libellée comme la première ;
seulement les mots ne sont pas placés de la même manière, les uns
sous les autres , ce qui fait que consceptum est entier, et qu'on lit encore à la troisième ligne cuM. CELERIS. ORN AMENTIS. AC
Du
reste , il serait possible que l'on eût relaté dans cette inscription quelque circonstance particulière. Tout ce que nous pouvons dire avec
certitude , c'est que dans ce numéro , comme dans le précédent , il
s'agit d'une enceinte élevée par un Pompée , et continuée ou achevée
par un personnage dont le nom a entièrement disparu , mais qui probablement descendait du fondateur,
II ne parait d'abord être question dans le troisième fragment ni de
l'enceinte ni de son fondateur ; mais la manière dont il est conçu ,
(1) Ou, en d'autres termes, d'u«e enceinte ornée (íim péristile.
(2) Toutefois il serait possible que la première ligne se rapportât á la fondation du temple :
M. de Mourcin est de cette opinion. De cette manière la construction serait infiniment plus simple , et on pourrait rétablir Tinscription comme il suit :
Templum Martìs SOLO. A. POMP. ANTIQVI. PENstyliumque ejus erecta sunt,
et consœpIVM. OMNE. CIRCA. TEMPLVM .-.N,
cum ceteris orN AMENTIS. AC. MV NIMENTw perjìciendum curavit.
Alors il en serait de même des inscriptions des N.°s ç>5 et 78.
V
DE VÉSONE.
et le mot ORNAMENT/s qu'il contient , ne semblent laisser aucune
incertitude. D'ailleurs , ne peut-on pas reconnaître dans la première
ligne , quelques restes du nom de Pompée ? Si donc , comme on ne
peut guère en douter , Pinscription a dû être placée sur le mur d'enceinte , on pourrait la rétablir de la manière suivante :
TI. POMP. IVSTL F. CADVRCVS
TRIB.MIL. LEG. V. MAC. CVM. CET
ORNAMENTIS. AC MYNIMENTI
S. PERFICIENDVM. CVRAVIT
Le mot Justus ne se trouve pas, il est vrai, dans le fragment que
nous venons de citer ; mais l'L que Gruter place à l'extrémité de la
ligne pourrait tout aussi bien être un I , car la pierre était brisée ,
et l'inscription avait été lue et imprimée avec beaucoup de négligence.
Ainsi ce serait un Tibère- Pompée , fils de Justus , qui aurait achevé
l'ouvrage commencé par son aïeul et continué par son père ; et nous
devrions à la famille du compétiteur de César cette immense construction toute entière. Ainsi le surnom honorifique Cadurcus que ce
Pompée a dans l'inscription de Lyon , trouve place dans notre fragment. Quant k la charge de juge du trésor des trois Gaules , on ne
la lui avait sans doute pas conférée dans sa jeunesse , mais après ses
exploits guerriers ; et il est probable que son surnom Priscus lui fut
donné sur ses vieux jours , en même temps peut-être que la charge (i).
La quatrième inscription a bien évidemment rapport à notre citadelle, puisqu'elle en rappelle le fondateur, et qu'on y trouve le mot
CONSAEPTMTO ; mais elle nous apprend en outre que Pompée s'était
reposé du soin de l'exécution de cette vaste entreprise , sur un Lannaéus ou Lanna ( cura J. Lannae, ou curante J. Lannaeo ) , qu'on a vu
être un affranchi de sa maison ; et elle nous dit que le Bassus qui
avait travaillé à cette enceinte , ayait aussi réparé deux basiliques. Nous
ne chercherons point à rétablir ce précieux monument ; qu'il nous
suffise de répéter qu'il proiwe d'une manière évidente que les Pompée
(i) Voyez tom.
pag. 442, 443 et 444.
18
i34
ANTIQUITÉS
de Vésone descendaient du grand Pompée , puisqu'ils figurent ici avec
un personnage dont le père était esclave de ce dernier.
Enfin, la cinquième inscription parle de l'érection de quelques. statues
d'étain j elle fait, comme la précédente, mention de deux basiliques, et
nous apprend qu'un Bassus , sans doute le même que celui dont nous
venons de parler, a travaillé à réparer notre citadelle (CONSAe/?í«m).
Ainsi on pourrait rétablir ce dernier monument comme il suit :
N.
. . . .
DEO. ET. DEAE. STANNAEAS. STATVAS. EREXIT
SILANVS. BASSVS. C. C. R.CONSAEPT VM. OMNE. CIRCA.TEMPLVM. REST.
ET. BASILICAS. DVAS. CVM. CETERIS. ORNAMENTIS. PERF. CVRAVIT.
Telles sont les inscriptions qui prouvent l'existence de notre péristile fortifié. Les deux premières et la quatrième indiquent son fondateur : c'est un Pompée. Dans la troisième il est aussi question d'un Pompée , et c'est celui qui paraît avoir achevé l'ouvrage. Enfin la cinquième,
et la quatrième ( que nous venons de citer ) , nous font connaître un
Bassus , illustre citoyen romain ( C. C. R. ) , pour restaurateur de cet
immense monument. Mais quel était ce Bassus , décoré du titre pompeux d'illustre citoyen romain? Serait-ce un Pompée, quoiqu'il paraisse porter un nom différent (i)? ou bien aurait-il épousé une femme
de la famille Pompeia ? Quoi qu'il en soit , c'était sans doute un grand
personnage qui crut qu'il était de son devoir ou de sa gloire de rétablir une citadelle élevée par les descendans de l'émule de César.
Mais recherchons à quelle époque cette citadelle a été sondée , et quel
peut être le temps de sa ruine.
Si l'on réfléchit à la manière dont les inscriptions que nous venons
de transcrire sont rédigées , on se convaincra que , bien qu'elles rap-
(i) Nous croirions volontiers , avec M. de Mourcin , que ce Bassus, malgré le nom de Sìlanus
qui lui est attribué (voyez à la pag. 426 du tom. i. or ), était un véritable Pompée. On trouve,
cr
dans une inscription de Valence en Dauphine , un T. -Pompeius-Bassus. (Voyez Gruter, tome i. ,
pí<g. 990, N.° 1 ). D'ailleurs cela parait d'autant plus probable , qu'il a également existé des Pompeius-Bassilius, Notre bourg de Bassiliac pourrait même avoir été une villa de cette dernière branche , qui s'est étendue en Espagne.
DE VÉSONE.
pellent le nom du fondateur, aiiranfi d'elles n'a été faite par lui, ni
de son temps ; mais que toutes ont été gravées à des époques postérieures. Cependant nous possédons la première et la dernière de ces
cinq inscriptions ; l'une et l'autre sont évidemment du premier siècle
de notre ère ; et puisque celui qui a entouré notre temple de Mars
d'un péristile et de fortifications vivait dans un temps plus reculé ( antiquitus), nous devons attribuer cette grande entreprise à Sextus-Pompeius lui-même.
En effet , lorsque ce fils du grand Pompée était en guerre avec Auguste , n'avait-il pas un intérêt majeur à fortifier la ville qui servait de
retraite à sa famille ? D'ailleurs , la manière simple et noble avec laquelle on parle du fondateur dans .les inscriptions que. nous venons
de rapporter , où il n'est désigné que par le seul nom de Pompée ,
et cet affranchi Lannaéus mis à la tête de l'entreprise , sont autant de
témoignages qui ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet. Ainsi notre
citadelle romaine a été fondée primitivement par le fils du grand Pompée, et elle l'a été au plus tard 42 ans ou environ avant Jésus-Christ; car
c'est dans la 55. e année avant notre ère que Sextus fut tué en Phrygie
par ordre d'Antoine. Vingt- cinq ou trente ans plus tard, elle a sans
doute été achevée, et sa restauration doit remonter aux dernières années du premier siècle. Quant à sa destruction , elle doit être de beaucoup postérieure.
Tels sont les détails que les inscriptions nous fournissent sur notre
péristile fortifié. Sans doute ce monument offrait dans son ensemble
une certaine symétrie ; il devait être régulièrement flanqué de tours
et orné dé pilastres à l'extériour. Du côté de l'intérieur , une galerie
en colonade régnait , à ce qu'il paraît , dans tout son pourtour ; et sur
le plafond de cette galerie, était, au niveau des murailles, une plateforme qui fournissait une large esplanade et contribuait puissamment
à la défense.
Au surplus, on sait dans quelle position était le temple de Mars,
et l'on ne peut guère douter que ce temple ne fût le plus considérable et le plus ancien de tous ceux de Vésone. Ainsi, c'est autour
de l'emplacement qu'il occupait que l'on doit chercher les vestiges de
i56
ANTIQUITES
la citadelle et du péristile dont elle était ornée. Mais ce vieux mur
d'enceinte se distingue-t-il encore? Est-il le même que celui dont il
subsiste de longues portions et dont on suit aisément la trace? C'est
ce que nous tâcherons de faire connaître dans le chapitre suivant.
CHAPITRE II.
Seconde citadelle romaine de V^ésone.
L'ÉGLISE actuelle de la Cité occupe l' emplacement du temple de Mars ;
ainsi c'est autour de cette église, et a une assez grande distance, que
devraient se retrouver les fondations du péristile fortifié. Or , suivons
dans son ensemble le mur d'enceinte encore subsistant, donnons -en
les détails , et nous verrons s'il est le même que celui de cette vieille
citadelle.
Ce mur a un développement d'environ 4<>4 toises, non compris les
constructions de l'amphithéatre auxquelles il venait aboutir. Les châteaux de Périgueux et de Limeuil étaient construits dessus ; il sert
même encore de base aux bâtimens des vieilles casernes , ainsi qu'au
château de Barrière , et il forme un ovale irrégulier dont le plus grand
diamètre est de l'est-sud-est a l'ouest-nord-ouest. Au surplus , il est détruit en plusieurs endroits , il a été restauré à diverses époques presque partout , et il n'oífre pas une symétrie parfaite dans la disposition
de ses tours. Cependant voyons ce monument dans ses détails , en commençant par la partie la mieux conservée et la plus antique, c'est-àdire, par les deux tours contre lesquelles sont amoncelés tous les décombres du château de Périgueux (i).
C'est à l'est de St.-Etienne que se trouvent ces deux vieilles tours ;
leurs pai-ties les plus avancées sont éloignées de cette église de 29
toises; l'intervalle entre elles est de 18 ou 19 pieds; leur diamètre
(1) Voyez la planche XVI. En faisant dessiner ces tours, nous les avons supposées débarrassées
de la vieille muraille et des terres qui les encombrent ; de sorte que la porte paraît telle qu'elle
doit être. Malheureusement la gravure n'est pas très-exacte.
DE VÉSONE.
est de 23 pieds ou environ. Elles sont adossées a un antique mur
d'enceinte , et la ligne droite qui passe par leur centre fait avec celle
du nord un angle de 7 degrés 1 5 minutes. II n'entre dans ce que l'on
voit de leur construction que des pierres de 3 ou 4 pieds de long sur
1 pied et quelques pouces ou 2 pieds de hauteur ; les joints en sont
formés comme dans tout ce qui nous reste de monumens romains bâtis
en grosses pierres.
Ces tours sont ornées de pilastres de 1 pied 9 pouces de largeur
et dont l'espacement varie de 4 pieds 1 pouce a 5 pieds 9 pouces ;
ils supportent un entablement surmonté d'un ■ acrotère. Le tout produit un assez bon effet.
Les chapiteaux des pilastres rappellent le faire des temps qui ont
précédé l'empire. Leur gorgerin consiste en une simple retraite de
1 pouce de profondeur et de 3 pouces de haut. Viennent ensuite un
très-petit réglet , et un cavet de quelques lignes de haut sur autant de
saillie. Un autre petit réglet leur succède : il soutient une espèce de tore
haut et saillant de 3 pouces. Une scotie de la même hauteur et de la profondeur de 1 pouce et quelques lignes vient après; elle est surmontée
d'un bandeau de 3 pouces de large , au-dessus duquel est une seconde
scotie de 2 pouces 6 lignes de haut , laquelle à son tour est couronnée
par un second bandeau de 3 pouces 4 lignes , et par un tailloir de
4 pouces , saillant par le bas de 1 pouce. La hauteur totale de ces
chapiteaux est de 1 pied 8 pouces 6 lignes ; leur saillie est d'environ
8 pouces. Une ligne droite tirée obliquement du bas du gorgerin , toucherait le tore , le premier bandeau et la pai-tie inférieure du tailloir.
Au surplus , il en est de ces chapiteaux comme du reste de l'ordonnance, rien n'est parfaitement régulier; la même partie offre dans
chaque endroit des dimensions différentes.
La première -fasce de l'architrave est à 1 pouce et quelques lignes
au-dessus des chapiteaux. Elle offre un talus de 1 pouce 2 lignes de
saillie inférieure ; sa hauteur est de 4 pouces 6 lignes. La seconde
fasce a la même saillie que la première , et sa hauteur est de 5 pouces.
Vient ensuite un cavet alongé par le bas , et dont la hauteur est de
4pouces 2 lignes; il est saillant, sur la seconde fasce, de 1 pouce 5
i38
ANTIQUITÉS
lignes. Enfin, une bande de 5 pouces 6 lignes de large , coupée en talus
par le haut , sert de réglet et termine ce membre de l'entablement. La
hauteur totale de cette architrave est de i pied 8 pouces.
La frise a 2 pieds 5 pouces de haut. Elle offre cela de remarquable,
qu'au-dessus de chaque pilastre est une saillie de méme largeur et épaisseur que le pilastre lui-même ; ce qui semble prouver que toute l' ordonnance est d'ordre toscan ancien.
La corniche qui surmonte cette frise se compose d'un réglet de n
lignes de haut sur autant de saillie; d'un cavet de 2 pouces 3 lignes
de saillie sur 2 pouces 9 lignes de haut; d'un second petit réglet; d'un
cavet de 4 pouces de haut sur 5 pouces 9 lignes de saillie , et d'une
bande en forme de larmier , haute de
5 pouces. La hauteur totale de
ce membre est de 1 pied 4 pouces 6 lignes , et sa saillie de 1 pied 1
pouce 6 lignes. Toutes ses moulures sont en ressaut au-dessus de chaque
pilastre.
Enfin, l'acrotère se compose d'un socle de 8 pouces de haut sur 5
pouces de saillie , et dont la partie supérieure est coupée en talus ;
d'un dé ayant 1 pied de hauteur , et d'une corniche dont les moulures
consistent en un petit, réglet , en un cavet de 3 pouces 6 lignes de
haut sur autant de saillie , et en un réglet ou bande de 3 pouces
lignes. La hauteur totale de cet acrotère est de 2 pieds
3
6 pouces 3
lignes.
Telles sont les proportions de l'ordonnance d'architecture qui décore
les deux tours ; seulement nous ne pouvons donner ni le diamètre
exact de ces tours , ni les dimensions de la porte qui nécessairement
doit se trouver entre elles , ni la hauteur des pilastres dont nous venons de parler. Une muraille dont la construction paraît remonter au
io. c siècle, et les décombres du vieux château de Périgueux, y mettent obstacle.
En effet , la vieille muraille bute contre ces deux tours , avance
presque autant qu'elles des deux côtés , forme au centre un angle obtus
dont le sommet les dépasse d'environ 10 pouces, et les débris du château s'élèvent devant ces mêmes tours a une si grande hauteur , que
DE VÉSONE.
T 3g
)a crête du monticule qu'ils forment n'est que de i pied èt demi plus
basse que les chapiteaux des pilastres.
II résulte d'une pareille disposition , que |a porte doit être éloignée de
1 5 pieds et quelques pouces du sommet de l'angle que fait cette muraille;
car la saillie des tours sur le mur d'enceinte est de i5 pieds 4 pouces
du côté du nord, et de i5 pieds 2 pouces "vers le sud. Quant a l'épaisseur de ce mur, elle n'est, contre les tours, que d'environ i5 pieds;
mais , dans toute la largeur de ces mêmes tours et de la porte qui les
sépare, elle est de plus de 23 pieds; ce qui semble indiquer qu'il a
existé un petit château romain dans l'endroit même où a été élevée ,
depuis, la partie fortifiée de l'ancien château de Périgueux (1).
Dans le flanc de celle des deux tours qui est le plus au nord , est
une poterne de quatre pieds de large , qui , après avoir traversé la
partie des constructions dont l'épaisseur est de 23 pieds, vient sortir
par un petit retour dans l'angle que forment la tour et lè mur. La
plus grande partie de cette poterne sert maintenant de caveau à mettre le vin ; le reste est a un autre usage.
Ces tours sont évidemment ce qu'il y a de plus ancien de la citadelle ; mais appartiennent-elles a la primitive enceinte du temple de
Mars, ou bien sont -elles d'une construction postérieure? C'est ce que
nous ne pouvons dire d'une manière positive. Pour le déterminer avec
certitude , il faudrait voir leur intérieur , et s'assurer s'il n'y aurait
point de débris de nos monumens antiques comme dans tout le reste
du mur. Dans la poterne on distingue quelques fragmens d'un chapiteau corinthien et d'une architrave ; mais la partie où ils se trouvent
pourrait être une restauration, comme on en remarque à l'extérieur,
soit dans l'entablement (2) de la tour qui est le plus au nord , soit
à l'autre tour , dans l'angle qu'elle fait avec le mur d'enceinte.
(1) Ce château, que j'ai TU avant la révolution, et dont la construction paraissait remonter i
la fin du g. e siècle, était presque entièrement détruit depuis long -temps. 11 y a une vingtaine
d'années qu'on a fini de le raser, et qu'on a fait un parterre sur la plate-forme qu'offrent le mur
antique et les deux tours.
(2) Lorsque le propriétaire a fait construire l'escalier extérieur de sa maison , cet entablement
a été un peu dérangé.
\
140
ANTIQUITÉS
Toutefois, s'il existait quelque chose de cette construction primitive,
ce ne serait que dans les tours elles-mêmes et dans quelques parties
du mur auquel elles sont adossées. Partout ailleurs on voit des débris
jusque dans les fondemens : il y en a immédiatement contre les tours;
il y en a de très - considérables dans la tour même qui est du côté
du midi ; mais c'est là , comme nous Pavons fait remarquer , que l'on
distingue une restauration.
Ainsi peut-être ces tours pourraient avoir fait partie de la première
enceinte, ou du moins elles appartiennent à une très -antique restauration. Dans le premier cas, ce serait à Sexte-Pompée lui-même ou à
quelqu'un de ses descendans qu'il faudrait les attribuer ; dans le second ,
elles remonteraient aux dernières années du premier siècle.
Quoi qu'il en soit , c'est un monument d'architecture assez bien
conservé (i) ; il est d'un aspect imposant et sévère ; il serait à désirer que l'on pût le débarrasser un jour, des terres , des débris et de
la muraille , qui l'encombrent et le dérobent à la vue.
A côté des tours , vers le nord, le mur d'enceinte fait, avec la ligne
droite qui passe par le centre de ces mêmes tours , un angle de 5
degrés i5 minutes. C'est sur cette partie que se prolongeaient les dé^
pendances du château de Périgueux, et c'est. là que se trouve mainternant une maison particulière (2). •
Contre cette maison est le chemin qui conduit de l'ancienne cathédrale de Saint-Etienne à la ville actuelle de Périgueux , et là on ne remarque aucune trace du mur antique; mais, immédiatement après, il
recommence en faisant un angle moins obtus que le premier, suit en
ligne un peu courbe le terrain qu'on appelait le Sol de laDiccme , aboutit
à l'emplacement d'une tour qu'on a démolie depuis peu d'annéés , se
dirige en ligne droite à une seconde tour encore subsistante , fait un
troisième angle moins apparent que le second, en fait un quatrième
(1) C'est uniquement à la construction et à la longue existence du château de Périgueux que
l'on doit la -conservation de ce précieux morceau d'architecture. Sans doute celui qui fonda ce
château n'avait pas la manie de détruire qu'ont presque tous les hommes des siècles modernes.
Grâces lui soient rendues.
(2) Celle de M. Bardon , fils.
DE VËSONE.
í4l
plus loin, et se perd dans le jardin de la Visitation, où sont les ruines
de l'amphithéatre.
La partie de ce mur qui est entre les tours du château de Périgueux
et le chemin , offre une longueur de 47 pieds ; et depuis le chemin ,
dont la largeur est de 37 pieds 6 pouces , jusqu'à l'arrachement de la
tour , il y a 76 pieds 8 pouces. La tour avait un diamètre de 24 pieds
3 pouces , et de cette tour détruite à celle qui est encore subsistante ,
nous avons trouvé 67 pieds g pouces. Le diamètre de. cette seconde
tour est d'environ 23 pieds , et la partie de mur suivante est de la longueur de 88 pieds. Enfin la dernière ligne offre une longueur de I 5 I
pieds 8 pouces ; ce qui fait un développement total de 496 pieds g
pouces, depuis les tours du château de Périgueux, jusqu'à l'extrémité
du mur , du côté du nord. Voyons les détails de construction de chaque partie.
Depuis les deux tours jusqu 'au chemin dont nous avons parlé, le mur
antique sert de base à la maison moderne qui a remplacé les dépendances du château ; mais il n'a , dans cet endroit , ni toute sa hauteur ,
ni son épaisseur primitive. Dès long-temps il était dédoublé, vers
Pintérieur, jusqu'au sol actuel, et depuis peu il l'a été à plus de 12
pieds de profondeur. C'est dans sa masse que la cave du nouveau propriétaire (1) a été creusée en grande partie, et c'est de là qu'ont été
tirés, non-seulement les matériaux qui encombrent encore la place
voisine, mais un grand nombre d'autres qu'on a vendus ou employés.
Parmi ces matériaux, que l'on brisait ou que l'on refendait en place
pour les enlever plus facilement, étaient, en grand nombre, des tambours de colonnes de différens genres et de différentes grosseurs , des
architraves de toutes dimensions , des corniches diversement ornées ,
des tombeaux de plusieurs espèces , toutes sortes de débris de nos
plus précieux monumens , et une inscription parfaitement conservée (2).
Telle était la construction de cette partie du mur d'enceinte , et nous
la trouverons la même dans tout ce qui nous reste à parcourir.
Quant à Pépaisseur de cette partie de mur , elle était presque par(1) M. Bardon, ûls.
(a) Voyez le N.° 79, tom. i. er , pag. 439 et 4Ͱ- Voyez aussi pag. 4°' , 4°4> 4 °5, 4 °7> etc '
J9
*4.a
ANTIQUITÉS
tout de i5 ou 16 pieds, et dans le bas elle est un peu plus considérable (i).
La largeur du chemin est, comme nous Pavons dit, de 37 pieds 6
pouces, et si, dans cet espace, on ne remarque aucun vestige^ du mur
d'enceinte, du moins on en retrouverait à très -peu de profondeur;
car on ne pouvait , sans interrompre les communications d'une ville
à l'autre , ouvrir une carrière dans cet endroit. On ne saurait même
douter qu'il n'y ait eu une tour ; car non-seulement on devait en avoir
élevé sur tous les angles , mais la distance entre les deux tours oraées
de pilastres , et celle qu'on a détruite depuis peu d'années sous le terrain du Sol de la Dixme eût été trop considérable. Ainsi sans doute
la première courtine était de la longueur d'environ 64 pieds, et la seconde de 73 pieds et quelques pouces.
Au surplus, ce passage dans le mur d'enceinte ne fut long -temps
qu'une simple brèche que la maison de Péxígueux avait sans doute
laissée au public lorsqu'elle avait fermé la principale entrée (2). Les
vieillards se souviennent encore d'avoir vu cette trouée , dont les derniers vestiges ont disparu depuis une cinquantaine d'années.
La seconde courtine dont nous venons de parler , se recourbe d'environ 2 pieds. Elle est presque dans sou entier ; seulement elle n'a pas
toute sa hauteur , et on l'a dédoublée dans quelques parties , notamment lorsqu'on a creusé un large puits dans sa masse (3). On distingue
un petit bas relief à son parement extérieur (4); du reste, elle n'offre
de remarquable que diverses restaurations antiques , faites à différentes
époques.
Vient ensuite l'emplaccment de la tour détruite : elle existait encore
il y a peu d'années. Nous avons retiré, des matériaux qui en prove(1) Les premières assises de ce mur n'ont pas été touchées; elles sont restées sous le sol de la
cave ; ainsi on pourra toujours reconnaître sa véritable épaisseur.
(2) On avait fermé cet abord principal , au moyen du mur angulaire qu'on avait construit entre
les deux tours.
(3) Ce puits a 6 pieds 6 pouces de large. Son centre est à 8 pieds 8 pouces du chemin , et à
9 pieds 3 pouces du parement extérieur du mur antique.
(<í) Nous avons fait dessiner ce petit bas relief sur le premier plan de l'arrachemcnt de la tour.
Voyez la pl. XVIII.
DE
VÉSONE.
naient , plusieurs morceaux précieux , et on voit dans l'arrachement
quelques blocs sculptés et différens débris d'architecture. Au milieu de
cette tour était une poterne de 4 pieds 6 pouces de large ; elle se recourbait et avait son issue dans l'angle que faisaient la tour et le mur
du coté du nord.
De la tour détruite à celle qui subsiste encore, le mur est presque
entièrement rectiligne ; car sa courbure n'est que d'environ 8 pouces.
On distingue dans cette partie de l'enceinte , comme dans les autres ,
d'anciennes restaurations , et le tout est composé de débris. On peut
même dans ce moment (i) jouir de l'aspect d'une carrière que le nouveau propriétaire du jardin du Sol de la Dixme vient de faire ouvrir
dans la masse du mur , immédiatement contre la tour détruite dont
nous venons de parler. Nous allons faire connaître quelques-uns des
objets sortis de cette excavation, tout en déplorant leur destruction ,
et en regrettant surtout de n'avoir pu prendre chaque jour les dimensions de ces antiques débris de nos monumens, à mesure que l'on refendait les blocs pour les extraire. Cependant , avant de donner ces
détails , il est nécessaire de dire quelques mots de l'état du. terrain.
Les deux tours sur lesquelles fut construit le château de Périgueux ,
sont la seule partie de l'enceinte qui conserve sa hauteur totale. Partout ailleurs le mur est moins élevé , et dans plusieurs endroits il a été
réduit au niveau des terres et des décombres. Cependant, comme ces
débris ont dans l'intérieur une élévation plus considérable que le sol
extérieur, presque partout les restes de ce mur antique forment une
terrasse sur les terres d'alentour.
Depuis le chemin dont nous avons parlé , jusqu'à l'extrémité du mur ,
vers le nord, cette terrasse est élevée d'environ i5 pieds, c'est-à-dire,
que tout le jardin du Sol de la Dixme a une semblable élévation sur
les terres qui l'avoisinent au nord- est, et qu'ainsi dans l'endroit où
l'on a ouvert une espèce de carrière, il a fallu faire une excavation
dans le jardin , puisqu'on ne voulait point entièrement détruire la muraille , mais bien la dédoubler du côté de l'intérieur.
(i) En 1822 et en 1823.
ANTIQUITÉS
Au reste , on s'est arrêté à une dizaine de pieds de profondeur ; on
n'a creusé que sur une longueur d'un peu plus de 4° pieds ; et comme
dans cet endroit le mur n'a que i5 pieds d'épaisseur, et qu'on y a
laissé un parpaing d'environ 3 pieds, il est évident qu'on n'a enlevé
que 22 ou 23 toises cubes de pierres.
144
C'est dans ce court espace qu'on a brisé tant de morceaux curieux.
Voici le détail de ce que nous avons pu remarquer (i).
Diamètre.
Hauteur.
1. ° Un tambour de colonne non achevée
2 p.
5 p.
2 p.
» p.
2. " Deux fragrnens de colonnes lisses
2
»
»
»
3. ° Une vingtaine de tambours de colonnes à 18 cannelures. Plusieurs de ces tambours
ont disparu ayant que nous songeassions a les mesurer. Ceux dont nous connaissons
les dimensions étaient au nombre de i2; la plupart sont maintenant brisés.
Quatre de ces tambours étaient ornés de cannelures pleines :
JJiamèu c
Hauteur.
Le premier avait
'J. y, 6 p. g lig.
2 p. 6 p. 6 lig.
Le second
2
6
i 8 »
4
Le troisième
2
6
»
i
6
»
Le quatrième, environ
2
6
»
»
»
„
Un cinquième bloc offrait par le bas des cannelures pleines , et par le haut des cannelures évidées. U était brisé; nous n'avons pu en prendre les dimensions.
Sept de ces tambours avaient leurs cannelures évidées :
Diamètre.
Hauteur.
Le premier avait
2 p. 6p. » lig.
2 p. 6 p. » lig.
Le second
2
4 6
2 n
»
Le troisième et le quatrième
2
4 6
2
6
6
Le cinquième
2
»
i
4 6
4
Le sixième
2
3
8
i
3
»
Sur le 7- e , finissaient les cannel. , et il avait. 2
3
»
2
»
»
II parait que tous ces blocs à 18 cannelures, appartenaient k la même ordonnance.
Si on n& les eût pas brisés , nous aurions pu rétablir une ou deux colonnes dans leur
entier. Leur hauteur eût été d'environ
26 pieds ;
car elles paraissaient être d'ordre corinthien (2).
(1) Malheureusement nous n'avons pas pu chaque jour nous rendre sur les lieux pour suivre les
détails de cette destruction.
(2) Nous ne pouvons donner ceue hauteur avec certitude , parce que nous ne connaissons pas
positivement à quel ordre les tambours que nous venons de décrire appartenaient. D'ailleurs nous
avons été gênés pour prendre nos mesures ; l'espace était fort étroit , et l'on ne pouvait pas retourner les blocs.
DE VÉSONE.
,45
4-° Plusieurs tambours de colonnes à 24 cannelures. Nous en ayons mesuré sept dont
les cannelures élaient évidées.
Diamètre.
3 p. » p. 31%.
11
n
10
_ :
. içjf 1
s:
ixrt'UïOcfO' ri
til Ut
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9
3
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9
9
9
1
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.*»
8
3
i
ri
idem.
idem.
9
10
Hauteur.
10 p. » lig.
10
6
7
8
■ » (1)
»
Ce dernier tambour ne paraît pas appartenir k la même ordonnance que les six premiers. Les cannelures en sont refouillées plus carrément.
5. ° Un tambour de colonne absolument semblable k celui dont nous avons parlé k la
pag. 120. Ses cannelures sont également ornées de feuillages; ses arêtes sont taillées
de même en grains de chapelet.
6. ° Deux ou trois tambours de colonnes engagées de moitié ; leurs cannelures étaient
pleines. Un de ces tambours avait de diamètre. . - :
1 p. inp.
6 lig.
Un tambour de colonne d'encoignure. Ses cannelures étaient également pleines.
Son diamètre était de
. 1 p. n p.
7. 0
S.° Un bloc de pierre de 2 pieds 6 pouces d'épaisseur. D'un côté était la base d'une
colonne engagée , et de l'autre celle d'un pilastre. Les fûts étaient cannelés. Nous
n'avons pu en prendre les dimensions.
g. 0 Trois ou quatre tronçons de chapiteaux corinthiens ornés d'acanthe. Deux de ces
chapiteaux étaient, sur l'abaque, de la largeur d'environ. . . . 4 pieds.
10. °
Un tambour de chapiteau corinthien , dont le diamètre est , par le bas , d'envi-
ron
2 p.
g p.
6 liff.
11. °
Deux chapiteaux corinthiens, taillés en acanthe épineuse sculptée avec soin. La
largeur de l'abaque de ces chapiteaux est d'environ
3 p.
7 p.
Dans le cavet qui est au-dessous de l'abaque, et qui couronne les hélices, est un
petit feston de pampre assez bien sculpté.
12. °
Deux ou trois fragrnens de chapiteaux-pilastres corinthiens. La largeur de ces chapiteaux-pilastres était de
3 p.
4P
13. °
Un chapiteau carré, tout orné de dauphins et de coquilles. Son diamètre est,
par le bas, de.
1 p. 10 p.
4 l'gSa hauteur est de
1
g
6
i4.° Plusieurs fragrnens de pilastres accostés de naissances d'archivoltes. Nous n'avons pu
en prendre les dimensions.
(1) Lorsque nous avons mesure ce bloc il n'avait plus toute sa hauteur.
i46
ANTIQUITES
15. ° Un grand nombre de voussoirs de portiques avec archivoltes des deux côtés. L'épaisseur de ces voussoirs est, à l'intrados, de
2 p. » p. 8 lig.
Chaque fasce des archivoltes est d'autant plus large qu'elle est moins éleve'e.
16. ° D'autres voussoirs de portiques , également en grand nombre ,' mais seulement de
l' épaisseur de
i p. 6 p. 6 lig.
Ils offrent, comme les précédens, des archivoltes des deux côtés. Les proportions
des fasces entre elles sont à-peu-près les mêmes.
17. 0 D'autres voussoirs, dont les fasces sont dans les proportions de 4 pouces 4 lignes, 3 pouces, et 2 pouces 8 lignes.
i8.° Trois ou quatre fragrnens d'architraves dont la fasce supérieure offre une largeur
de. .
7 ou 8 pouces.
Les autres manquent.
19. 0 Une grande quantité de blocs ornés, d'architraves des deux côtés et dont le bas offre
une épaisseur de. . .
2 p. 3 p. (1).
Les fasces sont dans les proportions de 5 pouces , 4 pouces 8 lignes et 4 pouces 6 lignes. Elles sont accompagnées d'astragales , et coupées en talus.
2Ò.° Un bloc d'architrave, dont les fasces sont dans les proportions de 4 pouces 2 lignes,
4 pouces 8 lignes , et 4 pouces 9 lignes. Elles sont également coupées en talus.
21. 0 Plusieurs fragrnens d'architraves à deux fasces , et dont la hauteur totale est
j n£
de. .- [I
........ í • • v . . V:, • í p. 9 p.
Les deux fasces ont même largeur.
22. ° Une portion de frise dont la hauteur est de
2
3
(2).
Elle est ornée de larges rinceaux.
23. ° Deux petits fragrnens d'une frise également à larges rinceaux, mais dont nous
ne reconnaissons pas bien les ornemens.
24. 0 Un fragment de frise avec quelques portions de lettres onciales dont le faire anr: '
nonce le bon temps de l'art (3).
25.° Un gros bloc de frise , sur lequel est aussi un fragment d'inscription. La hauteur de ce bloc est de
2 p.
» p.
26. 0 Un fragment de corniche dont la hauteur est de
1
n
27. 0 Une corniche composée d'un cavet et d'une doucine avec les petites moulures
convenables. Sa hauteur, est d'environ
» p. 11 p.
28. 0 Un gros bloc de pierre paraissant avoir appartenu a un petit monument circulaire, dont l'intérieur était orné d'arabesques. Sa hauteur est de
Sa largeur intérieure de
(1) Cette épaisseur est prise au haut de la première fasce.
(2) Elle est au Musée.
(3) Ce morceau est au Musée. Voyez le supplément.
1 p.
2
n p.
1
DE VÉSONE.
2q.° Plusieurs blocs provenant d'une plus grosse tour.
Ï 47
30. ° Plusieurs pierres carrées polies de deux côte's.
31. ° Enfin, un grand nombre d'autres fragmens de toute espèce (i).
Nous avons cru devoir entrer dans ces détails pour faire connaître
la multiplicité de nos monumens, et donner de plus en plus une haute
idée de nos richesses. Continuons maintenant la description de notre
citadelle.
Nous avons dejà donné le diamètre de la tour encore subsistante ; il
est par le bas de a3 pieds ; mais on remarque dans cette tour ce qu'on
remarque dans presque toutes les autres : elle diminue à mesure qu'elle
s'élèveí 3 ensorte qu'au niveau du jardin supérieur, elle a i pied de moins
ou environ. Au surplus, comme elle est saillante de plus de moitié, elle
forme avec le mur des angles aigus , surtout du côté du nor-d. Dans son
flanc droit on distingue une restauration antique.
La portion de muraille qui vient après cette tour offre également
diverses restaurations, toutes faites sous l' empire romain 3 et dans une
assez longue étendue on voit des fragmens d'architrave qui, bien que
placés les uns a la suite des autres à une certaine hauteur , n'ont nul
rapport au monument qui nous occupe (2). La courtine entière se recourbe d'environ 1 pied ; sa longueur est de 72 pieds 4 pouces , et a
l'extrémité on voit l'arrachement d'une quatrième tour. Cet arrachement commence à 16 pieds 8 pouces de la muraille qui sépare le jardin
de la Visitation de celui qui est sous le Sol de la Dixme.
C'est dans ce même arrachement que se trouve le bas relief dont
nous avons parlé à la page 3o,8 du tome i. er ; on le voit du côté de
l'ouest , et nous aurons bientôt occasion de le citer. Une reconstruction du moyen âge a fait disparaître presque tout le reste.
(0 Si notre ouvrage se fût imprimé quelques mois plus tard , nous anrions sans doute pu citer
un grand nombre d'autres objets , car , dans ce moment ( au mois de juin i823 ), on fait entièrement disparaître l'arrachement que représente la planche XVIII , et on cn "itire chaque jour des
fragmens de sculpture plus ou moins curieux.
(2) Elle se compose de deux fasces dont la première a 4 pouces 3 lignes de large , et la seconde
3 pouces 9 lignes.
148
ANTIQUITÉS
Depuis la séparation des deux jardins jusqu'à l'extrémité du mur antique, on trouve, comme nous Pavons déjà dit, une longueur de I 5 I
pieds 8 pouces (i), de laquelle on doit d'abord retrancher environ 8 pieds
pour compléter le diamètre de la quatrième tour , et ensuite 1 3 pieds
8 pouces pour l'arrachement que l'on distingue au bout de la ligne.
Ce dernier arrachement est celui d'une cinquième tour. Ainsi il
reste un pan de mur d'environ no pieds, qui, à la vérité, est un peu
long pour une seule courtine , mais qui aussi serait de bien peu d'étendue pour deux courtines et le diamètre de la tour qui les aurait
séparées.
Ce mur , presque entièrement reconstruit à neuf et en ligne droite ,
ne conserve d'antique qu'environ i3 pieds de son étendue contre l'arrachement de la cinquième tour, et quelques parties de sa base jusqu'à la hauteur de 4 ou S pieds. U offre même cela de remarquable ,
que toutes les pierres du parement de la base dont il s'agit ont été
enlevées jusqu'à une certaine profondeur sous les terres ; ainsi Pinterieur du mur se présente à la vue ; ainsi le mur se trouve reculé dans
quelques endroits de plus de i ou 3 pieds.
Les principaux objets que l'on remarque dans ce mur sont :
1. ° Huit tambours de colonnes dont le plus fort est du diamètre de
Et le plus faible du diamètre de
Les six autres offrent divers diamètres dont le terme moyen est de
i p. 8 p. 4
i
2
8
i
5
i
Tous ces blocs appartiennent à des colonnes lisses.
2. ° Un tambour de colonne surmonté de son chapiteau dorique. II est lisse, et son diamètre est d'environ. .......
ip- 9 p.
3. ° Un tambour de colonne cannelée, du diamètre d'environ. ..17
4-° Un tambour de colonne à 18 cannelures pleines par le bas et évidées par le haut.
2 P- 6 p.
U íst du diamètre de. .
f
5. ° Un timbour de colonne, à 24 cannelures pleines, du diam. de 2
9
6. ° Un tambour de colonne , à 24 cannelures évidées , du diam. de 2
9
7. 0 Un tambour de colonne, à 24 cannelures pleines, du diam. de 2
10
3 lig.
8." Un autre tambour d'un fort diamètre.
Q.° Une base don*, le premier tore est du diamètre de. .....
^
(1) Y compris i pied 8 pouces pour l'épaisseur du mur de séparation.
1
7
DE VÉSONE.
io. 0 Deux fragmens de chapiteaux corinthiens, d'un fort développement.
n.° Un fragment de bas relief. ( Voyez tom. i. er , p. 3g8. )
i2.° Enfin, les pieds d'une statue en haut relief, grandeur de nature.
Tels sont les objets que l'on aperçoit dans cette partie du mur.
L'arrachement de la cinquième tour n'offre rien de remarquable. II
ne se montre même qu'en partie, et c'est au bout de ce qui reste que
l'on perd la trace du mur d'enceinte.
Cependant, quelle pouvait être ensuite la direction de ce mur? Butait-il contre l'ampliithéâtre , du côté du nord , ou bien se recourbait-il
vers P extrémité du petit axe ? c'est ce qu'on pourrait déterminer d'une
manière précise avec quelques travaux. II est certain que s'il se fût dirigé vers les constructions du nord, il aurait dû suivre, depuis la quatrième tour , une ligne droite ; ce qui non-seulement eût produit un
fort mauvais effet , mais ne serait nullement conforme au reste de l'enceinte. Nous croyons donc qu'il formait un angle fort obtus à la cinquième tour , et que , se dirigeant vers le nord-est de Pamphithéatre ,
il faisait, avant d'aboutir a ce monument, un dernier angle sur lequel
devait se trouver une sixième tour (i). Nous reviendrons sur quelques
détails de cette partie détruite.
Toutefois on ne peut douter que , depuis le château de Périgueux
jusqu'à Pamphithéatre , il n'y ait eu six tours , non compris celles qui
servaient de base à cet ancien château ; ainsi nous connaissons la partie
du nord-est de notre citadelle. Passons au sud-est.
Au sud de la porte principale que nous avons décrite , et dans l'espace de 6o pieds , le mur ne paraît point sur le sol ; mais comme ce
n'est sans doute que sa partie supérieure qui a été détruite, on le retrouverait aisément à quelques pieds sous les terres , où il doit conserver encore une assez bonne hauteur , car les décombres forment
dans cet endroit une élévation considérable.
On a vu que Pépaisseur de ce mur était, contre la tour, de i5 pieds
(i) Tout près de l'allée du jardin.
20
ANTIQUITÉS
ou environ. Sou arrachement laisse voir de nombreux débris, parmi
lesquels on distingue :
i5o
í.° Un tambour de colonne lisse, du diamètre de
2 p. 7 p.
2. ° La partie inférieure d'un chapiteau corinthien , dont le diamètre
est d'environ
3
3. ° Un morceau de corniche sur lequel est sculptée une panthère ou
un autre animal de ce genre. Sa hauteur est de
2
Sa longueur totale est de
5
Sa saillie était de. .
»
6
6
»
»
Du reste, la direction de cette partie de Penceinte doit être à-peuprès la même que du côté opposé ; seulement l'angle formé avec la
ligne droite qui passerait par le centre des deux tours , pourrait différer de quelques minutes.
Au - delà des 60 pieds les terres ne conservent plus , à l'extérieur
de la citadelle, la même élévation, et un pan de mur de 106 pieds de
long se présente à la vue 5 il rentre vers l'ouest d'environ 2 pieds de
moins que celui qui est sous le Sol de la Dixme.
Vient ensuite une tour de 23 pieds 6 pouces de diamètre, et dont
l'extérieur est encore assez bien conservé. Le reste du mur est détruit, ou se trouve enseveli sous les terres, jusqu'aux bâtimens des
vieilles casernes. Mais arrêtons-nous à la rue Romaine , contre laquelle
était sans doute la sixième tour, à partir de celles qui servaient de base
au château de Périgueux.
Dans toute cette longueur, le mur n'était pas parfaitement symétrique
avec la partie du nord-est ; dans les deux directions ses angles étaient
diíférens , et il s'étendait vers le sud d'une quarantaine de pieds de
moins que vers le nord. Du reste, son ensemble était presque pareil,
son développement avait à-peu-près la même étendue , et un égal nombre de tours le défendait des deux cotés. Voyons le détail de sa construction.
Dans Pespace de 60 pieds, comme nous Pavons déjà dit, le mur ne
paraît point sur le sol; il se montre ensuite dans une étendue de 106
pieds, que borne , du côté de la partie détruite, une muraille moderne
servant de terrasse.
DE VÉSONE.
l5l
C'est à 1 1 pieds , au sud-est de cette muraille , que commençait la
première tour. On voit encore quelques traces de son arrachement à
24 pieds 2 pouces plus loin , et on le verrait sans doute tout entier
si, dans les temps modernes, le mur antique n'eût pas été refait sur
une longueur d'environ 35 pieds. Toutefois ce n'est plus qu'à l'extrémité de cette reconstruction , et dans l'espace seulement de 2 ou 3
pouces, qu'on distingue l'arrachement du côté droit de la tour; et ainsi
chacune des deux courtines était de la longueur de 71 pieds. Au surplus , la seconde de ces courtines ne suit pas une ligne parfaitement
droite ; elle se recourbe de quelques pieds avant d'arriver à la seconde
tour , mais de manière cependant qu'elle ne s'éloigne , à son extrémité ,
que d'environ 5o pieds de la tangente des deux tours principales (1).
Enfin, dans cette partie du mur, que nous croyons presque entièrement dédoublée, et dont la hauteur, au-dessus des terres de l'extérieur,
n'est que d'environ 10 pieds, on voit une poterne construite dans le
moyen âge. Cette poterne, dont la largeur est de 4 pieds, est à 20 pieds
de la seconde tour. A côté est un puits carré, dont la construction actuelle ne peut remonter qu'aux temps modernes.
Quant à la tour , elle sert maintenant de serre , et il paraît y avoir
long-temps que les matériaux de l'intérieur ont été enlevés.
Au sud de cette tour , si le mur ne paraît plus sur le sol , du moins
le. mouvement des terres nous indique le chemin qu'il dut parcourir,
et on le retrouverait sans doute à peu de profondeur. C'est sa destruction qui mit à découvert le fragment d'inscription que nous avons
rapporté sous le. n.° 18 (2). II est encore au pied de la tour, dans l'arrachement de la courtine (3).
Une troisième tour était sans doute entre la seconde et le mur
de séparation du jardin. Elle devait être éloignée de ce mur de séparation d'environ 34 pieds (4).
(1) La courtine qui, vers le nord-est, répond à celle-ci, s'éloigne de la tangente d'environ 5a
pieds.
(2) Voyez torn. i. er , pag. 282.
(3) On y remarque aussi quelques restes de tombeaux.
(4) L'autre côté doit être a environ 8 pieds de la petite allée qui se dirige à l'ouest.
0ù
ANTIQUITÉS
C'est à 48 ou 5o pieds du mur de clôture de l'ouest que la quatrième courtine doit passer à son entrée dans l'enclos de Limeuil ; et
à 38 ou 40 pieds dans l'intérieur de cet enclos se trouvent sans doute
les fondemens de la quatrième tour, après laquelle le mur se recourbait beaucoup plus brusquement que du côte du nord-est.
C'est sur cette dernière partie du mur d'enceinte que l'on avait
construit , dans le moyen âge , le château de Limeuil , dont il n'existe
plus de traces , mais dont les décombres font un amoncellement considérable (1). Ce sont ces décombres qui nous indiquent la place que
dut occuper le château, et peut-être retrouverait-on encore, avec quelques travaux, des restes de sa construction. Toutefois on ne peut douter
que la cinquième courtine ne lui ait servi de base ; et il ne serait pas
impossible qu'il eût lui-même remplacé un vrai château romain.
Les fondemens de la cinquième tour doivent être à peu de distance
de la maison moderne. On les retrouverait sans doute â une quinzaine
de pieds , à l'est de cette mauvaise construction.
Enfin la sixième courtine doit avoir environ 80 pieds de long. Elle
paraît, d'abord, laisser hors de l'enceinte l'angle sud-est de la maison
moderne dont nous venons de parler, et suivre, peu après, la façade
de cette maison jusqu'à une sixième tour, qui évidemment devait défendre la porte que l'on voyait encore il y a environ 5g ans sur la
rue Romaine. C'est par la direction de cette sixième courtine que commence a se rétrécir l'ensemble de la citadelle , dont la plus grande largeur est à la cinquième tour.
Les seuls restes que l'on puisse voir de cette partie du mur d'enceinte, se trouvent dans l'intérieur de la cave qui est le plus au levant.
Ils consistent dans une rangée de pierres énormes qui doivent former
à l'extérieur le parement du mur, et qui ne paraissent point avoir été
déplacées. Elles servent de fondement à la façade qui est du côté du
jardin.
(1) Le château de Limeuil était, dans les derniers temps , un lies dépendant de la seigneurie d»
Périgueux.
DE VÉSONE.
^5
Au surplus , on remarque dans cette cave , dont la profondeur a été
plus considérable qu'elle rie l'est maintenant :
1. ° Une espèce de grand chapiteau corinthien extrêmement fruste. II est placé sens dessus dessous, et fait partie des grosses pierres dont nous venons de parler.
2. " Un fragment d'architrave à trois fasces accompagnées d'astragales. La première de
ces fasces n'est pas entière ; la- seconde et la troisième out chacune 4 pouces 6 lignes
de large : le liant est pntiprpmpnt détruit.
La partie des bâtimens qui est le plus à l'est paraît avoir été construite dáns le í']. e siècle ; et alors sans doute on finit de détruire le château de Limeuil et sa base antique , pour en employer les matériaux.
Toutefois ce ne fut qu'en 1783 que la sixième courtine finit de disparaître. C'est a cette époque seulement que les missionnaires agrandirent là maison de leur petit jardin, et détruisirent tout ce qui restait
d'antique, jusque dans les fondemens.
Beauménil , qui se trouvait alors ici (1), avait dessiné une vue des
décombres pris en masse. Nous n'avons pu retrouver son dessin ; mais
voici la note qu'il devait mettre au bas :
« Vue des décombres. — Tant dans ces deux monceaux de décom« bres que dans le jardin dépendant de la maison , il y a encore plus
« de 80 charretées de pierres amoncelées , sans compter celles qui ,
« en bien plus grand nombre , ont déjà été vendues à la toise , et plus
« de 60 tambours de colonnes, épars dans les rues voisines, sans y
« comprendre tout ce qui a été employé à la nouvelle bâtisse dont
« nous venons de parler. Cette immense quantité de matériaux a pour« tant été trouvée dans l'espace d'environ 10 toises carrées; mais on
« ne doit pas s'en étonner lorsqu'on les voit amoncelés de la sorte. »
Je vis moi-même ces débris; mais trop jeune alors, je ne pouvais
qu'en déplorer la perte. Lorsque vous descendiez dans l'excavation
qu'on avait faite pour les extraire , vous étiez entouré de pierres énormes; vous voyiez autour de vous un amas prodigieux et confus de bases,
de fûts et de chapiteaux de colonnes de tous les ordres. Vous aperce-
(1) C'est en 1784 qu'il revint, lorsque tous les débris antiques n'étaient pas-encore détruits.
i54
ANTIQUITÉS
viez des architraves , des frises et des corniches de toutes sortes d'entablemens. Des troncs de statues, des débris d'ornemens, des inscriptions , des bas reliefs , des marbres de toute espèce , et mille autres
précieux restes de nos monumens , entassés sans ordre et soutenus au
hasard , vous menaçaient de leur chute prochaine , et vous montraient
la parfaite image d'une gr^ande catastrophe.
Mais que sont devenus tant de morceaux précieux ? Beauménil vient
de le dire, et nous le savons tous : ils ont été vendus pour être retaillés a l'échantillon modeime, et à l'exception d'un bien petit nombre, ils ont tous disparu.
Cependant on conserve le souvenir de quelques-uns de ces objets ,
et Beauménil en cite plusieurs. Voici les plus remarquables :
1. ° Le fragment d'inscription que nous avons rapporte' sous le N.° 4- ( Voyez tom. i. er ,
p. 281 ). La pierre avait. ....... 1 p. 8 p. de large sur 3 p. 3 p. de haut.
2. ° Celui du 3Ss.° 12. ( Voyez tom. i. er , p. 282 ). La pierre sur laquelle e'tait gravé ce
fragment avait.
1 p. 5 p. » 1. sur 3 p. 4 Per
3. ° Celui duN.° i3. (Voy. tom. i. , p. 282). La pierre sur laquelle se trouvait gravé ce
fragment était ornée de feuillages et de quelques autres décorations en forme de coquilles , et d'un genre singulier. Elle avait 1 p. 4 Psur r p. g p.
Lorsque Beauménil arriva à Périgueux, cette pierre était déjà parmi celles qu'on
avait vendues.
0
4. L'inscription du N.° 47- ( Voyez tom. i. er , p. 2g3 ). Elle est au Musée.
5. ° Celle du W.° 52. (Voyez tom. i. er , p. 2g4). Elle était extrêmement fruste. La
pierre avait
1 p. g p. 61. sur 3 p. 10 p. 81.
C'était une espèce d'autel.
6. ° Celle du N.° 5g. ( Voyez tom. 1 . cr , p. 3o4 )■ Elle a été conservée , et est au Musée.
La pierre a
1 p. 10 p. 61. sur 2 p, 3 p.
7. 0 Le fragment du N.° 71. ( Voyez tom. i. er , p. 4i3 et 426 ).
8.° L'inscription du N.° 72. (Voyez tom. i. er , p. 4i4 et 432 ).
g. 0 Une inscription en l'honneur de César et de Livie. ( Voyez le supplément ).
io. 0 Plusieurs autres inscriptions et fragmens, déjà détruits lors du passage de Beauménil, et dolit cet antiquaire déplore la perte.
n.° Une pierre ornée d'une ou de deux figures ou mascarons en très-bas relief. II paraissait y avoir eu sur cette pierre , dont l'épaisseur était de 23 pouces , une inscription
/
%s
DE VÉSONE.
en bronze , dont sans doute nous devons déplorer la perte. Les dimensions de cette
espèce de frise étaient de
5 p. 6 p. » 1. sur 2 p. 3 p. 9 1.
On remarquait aussi parmi ces décombres :
1. ° Une pierre sur laquelle était représenté un homme ayant les bras croisés. Elle
avait.
i p. 3 p. » 1. sur 3 p. 8 p.
2. ° Un amortissement terminé en ove. U est conservé et se trouve dans le jardin du
Sol de la Dixme. (Voyez tom. i. er , p. 408). Cet amortissement est du diamètre
d'environ
1 p. 8 p. » 1. sur 3 p.
3. ° Un gros fragment de corniche.
4. 0 Une pierre ornée d'un trophée. ( Voyez tom. i. er , p. 3gg ). Cette pierre est de
la largeur de
2 p.
» p.
» 1. sur 3 p.
2 p.
5. ° Un fragment de corniche en marbre. ( Voyez tom. i. er , p. 3gg ). Ses dimensions
étaient de
1 p. 3 p. » 1. sur 3 p.
6. ° Un fragment d'une corniche ornée de coquillages.
7. 0 Un autel de figure hexagone, sur lequel ou distinguait deux foyers de 1 pouce de
profondeur.
8.° Un fragment d'autel , parmi les ornemens duquel on croyait distinguer une femme
tenant un vase lacrymatoire. (Voyez tom. i. er , pag. 3gg).
g.° Plusieurs tambours de colonnes cannelées , du diamètre de
3 p.
» p.
io.° D'autres tambours cannelés, du diamètre de
1
8
n.° Un grand nombre de tambours de colonnes lisses, du diam. d'env.
2
»
i2.° Plusieurs tambours de colonnes de marbre, d'une grosseur médiocre.
Enfin, la mauvaise corniche qui couronne les murs du bâtiment
moderne , est toute composée de fragmens antiques , parmi lesquels on
remarque :
1. ° Plusieurs portions de tambours de colonnes, dont les cannelures sont de la largeur
de. . . ...... ÍÛ L , . . ,. . . 1Â
. 3p.
9%*
2. ° Un fragment de colonne , dont les cannelures sont refouillées presque carrément.
Leur profondeur est de
1 p.
4 lig.
Leur largeur est de
3
10
Leur largeur , au fond , est d'environ
2
»
3. ° Des débris de corniches de toute espèce.
Tels sont les nombreux débris qui furent retirés d'une très -petite
partie du mur d'enceinte ; tels sont du moins ceux de ces débris que
i56
ANTIQUITÉS
nous conservons encore, ou dont le souvenir est parvenu jusqu'à nous.
La destruction des autres doit vivement exciter nos regrets. Les inscriptions pouvaient être surtout d'une haute importance ; et nous ne
cesserons de déplorer l'aveuglement de ceux qui , pour un mince
intérêt , sacrifiaient ainsi les titres de gloire de leur pays. Une pareille cupidité , une pareille insouciance , doivent nous étonner ; elles
nous causent même une véritable affliction , en nous forçant de comparer des hommes respectables, à ceux qui, dans un temps plus rapproché de nous , se faisaient un devoir scrupùléux de la destruction. Mais
revenons aux détails de notre citadelle.
Si l'on ne voit aucun vestige de la sixième tour, du moins on ne
peut douter qu'elle ne fût extérieure à l'empìacement de la maison actuelle. Peut-être retrouverait-on quelques traces de ses fondemens dans
le coin du jardin , ou sous la terrasse , près du mur de clôture qui borne
la rue Romaine du côté du levant.
Immédiatement à côté de cette tour était une porte de construction
romaine (i)j sa largeur était de 1.0 ou n pieds, et sa hauteur de 16
pieds ou environ. Cette porte existait encore en 1783. Ce furent les
travaux de l'excavation que firent les missionnaires pour asseoir les
fondemens de leur bâtisse , et pour extraire des matériaux , qui la
firent crouler ; et sans doute on s'en estima heureux , car on s'empressa
de faire disparaître jusqu'aux dernières traces de ce curieux monument.
Peut-être même ceux qui dirigèrent les travaux de la fouille avaientils en vue cette destruction. Quoi qu'il en soit, comme on creusa contre un des jambages de la porte, à une assez grande profondeur , il
ne pouvait plus y avoir assez de résistance contre la poussée des voussoirs de l'archivolte.
De l'autre côté de cette même porte, il dut également y avoir une
tour. Ses fondemens se retrouveraient sans doute encore sous la terrasse de la maison voisine (2) ; car le mur d'enceinte sert de basé à
cette construction moderne.
(1) Voyez la planche XVI. C'est d'après les dessins de Beauménil qu'elle a été gravée,
(3) Cette maison appartient ìx M. me d'Anglars. La Ppr.te-Bomaine y était adossée.
DE VÉSONE.
t5 7
Mais , voyons la direction et P ensemble de ce mur d'enceinte , depuis l'emplacement de la Porte-Romaine, dont nous venons de parler, jusqu'à celle que l'on désigne sous le nom de Porte-Normande,
et qui subsiste encore vers le nord-ouestJ
La façade de la maison moderne, à laquelle se trouvait adossée la
Porte-Romaine du côté de l'ouest , n'avance pas autant que celle de la
maison de la Mission; la différence est de quelques pieds, et l'angle que
ces déux mauvaises bâtisses forment sur l'emplacement de la porte est
extrêmement obtus. Celle de l'ouest fait elle-même une espèce d'angle
dans sa direction, et son étendue, depuis la rue Romaine jusqu'au jardin des vieilles casernes , est de gg pieds et quelques pouces. Le mur
antique sert de base à presque toute cette construction, mais il n'en
parait rien sur le sol.
Dans le jardin des vieilles casernes, on ne voit d'abord non plus aucun vestige du mur d'enceinte ; un mauvais mur de terrasse , moins
avancé de 2 pieds g pouces 6 lignes que celui de la maison dont nous
venons de parler , l'a remplacé dans une partie de son étendue. II reparaît plus loin , dans l'espace d'environ g pieds , et de vieilles constructions le dérobent ensuite à la vue. Une tour de 24 pieds de diamètre
est à la distance de g6 pieds et quelques pouces ; elle termine le second
pan de mur, et ce pan de mur fait, avec le premier, un angle ren*
trant presque insensible,
La distance entre cette tour et celle qui vient après est de 70 pieds
3 pouces. Des restes du mur antique s'aperçoivent encore dans cette
étendue jusqu'à une certaine hauteur ; ils servent de base aux constructions des vieilles casernes , et font un angle extrêmement obtus avec
le mur de terrasse qui précède.
La seconde tour est de même diamètre que la première , et le pan
de mur qui la suit a une longueur de 61 pieds 11 pouces, non compris l'étendue de 8 pieds 1 pouce qu'une petite construction dérobe
à la vue (1). Ce pan de mur fait, avec le précédent, un angle un peu
(1) Cette vieille construction renferme des lieux d'aisance dont toutes les entrées sont condamnées.
21
/
i58
ANTIQUITÉS
moins obtus que celui dont nous venons de parler, et se termine a une
tour carrée dont la première fondation ne paraît guère remonter qu'au
n. e ou au n, c siècle, et dont la largeur est de 22 pieds 3 pouces.
Le cinquième pan de mur est de la longueur de 71 pieds : il forme,
avec celui qui précède, un angle rentrant assez distinct, et se termine
à une reconstruction moderne avec laquelle il fait un angle extrêmement obtus. Cette reconstruction est de l'étendue de 53 pieds 6 pouces;
c'est à son extrémité que finissent les bâtimens des vieilles casernes,
et que commencent le jardin et les masures du château de Barrière.
Le pan de mur qui soutient le jardin fait, avec la portion reconstruite, un angle obtus à-peu-près égal à celui qui précède, et a la distance de 60 pieds est une tour de 24 pieds de diamètre (1).
Vient ensuite un huitième pan de mur dont la longueur est de 60
pieds 7 pouces. II fait aussi , avec le précédent , un angle obtus , et
il se ter-mine à l'arrachement d'une tour carrée, construite dans le i4- c
siècle , et dont le diamètre était de 26 pieds 6 pouces.
La portion de mur suivante 873 pieds 8 pouces, et la tour qui vient
après offre un diamètre de 23 pieds 6 pouces. A 68 pieds plus loin
est une reconstruction moderne, de l'étendue de 21 pieds 6 pouces, et
dont la direction fait un angle peu sensible avec la ligne droite que
suivent les trois dernières courtines dont nous venons de parler.
Enfin, après un angle d'environ 120 degrés, vient une portion de mur
de 46 pieds de long, au bout de laquelle est la Porte-Normande, et
là finissent les constructions antiques.
Mais revenons sur les détails de cette longue partie du mur d'enceinte , et commençons près de la Porte-Romaine.
Depuis la rue Pvomaine jusque dans les jardins des vieilles casernes,
rien d'antique ne se présente à la vue. La porte même , si l'on ex-
fi) De celte tour au mur qui sépare Tenclos du château de Barrière de celui des nouvelles ca-
sernes, on trouve 58 pieds 3 pouces , qui joints a l'épaisseur de ce même mur font les 60 pieds.
DE VÉSONE.
í5g
c'epte quelques pierres de son jambage droit, qu'on a taillées eh forme
de borne, ne laisse de vestiges que ce qu'on retrouverait sous le sol.
Cependant on ne peut être incertain sur la direction du mur. II
est évident que la façade de la nouvelle bâtisse est d'abord en retraite
de quelques pieds sur son parement , qu'ensuite elle se dirige dans la
même ligne, et que du côté de l'ouest elle avance de 2 pieds et quelques pouces de plus. Non-seulement le plan nous indique toutes ces
circonstances , mais les constructions antiques que l'on retrouve dans
une cave , et les renseignemens que nous ont donnés quelques ouvriers ,
nous en fournissent la preuve positive (1).
Au surplus, on ne peut douter qu'il n'y ait eu une tour contre- la
Porte-Romaine ; on en retrouverait sans doute les fondemens , partie
sous le cabinet, partie sous la terrasse du jardin. Cette tour devait
avoir .24 pieds de diamètre , et comme elle pouvait être éloignée de
2 ou 3 pieds de la porte , il restait , jusqu'à l'enclos des vieilles casernes, une courtine d'environ 72 pieds.
Dans cet espace, le mur n'est même pas entièrement détruit; partout
il s'élève encore presque au niveau du terrain de l'intérieur de la citadelle, excepté dans le milieu du bâtiment, où se trouve creusée une
cave, dans laquelle on distingue, comme nous venons de le dire, quelques restes des constructions antiques.
Tel est l'état de cette première courtine , et il est évident que la
plupart des matériaux de la maison moderne surent tirés de la cave
dont nous venons de parler, ou de la partie supérieure du mur. Sans
doute alors une foule d'objets curieux furent aussi découverts ; mais
personne n'en conserve le souvenir, et maintenant ils sont perdus pour
jamais. Quelques débris seulement se distinguent encore dans la nouvelle bâtisse ; voici les plus remarquables :
i.° Le fragment d'inscription crue nous avons rapporté sous le N.° 83. ( Voy. t. 2 , p. 4 ).
(1) Lorsque la maison moderne fut agrandie du côté de l'ouest, une partie du mur de façade
fut fondé contre le parement du mur antique : les ouvriers en conservent le souvenir.
i6o
II
ANTIQUITÉS
était employé en guise de moellon dans le mur de la cave ; il est maintenant au
Musée.
2. ° Le fragment d'inscription du N.° 84. (Voyez t.' 2, p. 4)- H était dans le mur de
clôture du jardin.
3. ° Le fragment d'inscription du N.° 84 bis. (Voyez t. 2, p. 4 )• H était employé, comme
le premier, dans le mur de la cave.
On trouve également dans les murs de la cave :
i.° Un fragment de colonne cannelée, d'un assez fort diamètre.
2° Deux tambours de colonnes, du diamètre d'environ
1 pied.
3.° Un fragment de tombeau d'un genre singulier. On l'aperçoit dans le mur de l'escalier de cette même caye , où il tient encore sa place dans la construction antique.
Enfin , on volt dans les greniers :
1.°
Un fragment de colonne dont les cannelures sont de la largeur d' environ 4 pouces.
2. ° Un grand nombre d'autres fragmens de colonnes et de corniches , dans lesquels est
taillé tout le couronnement de la maison.
Dans le coin du jardin des vieilles casernes était sans doute une seconde tour de même diamètre que la première 3 mais comme la partie
de mur qui paraissait sur le sol, dans cet endroit, a été refaite dans
une étendue d'environ 54 pieds , on n'y voit rien des antiques constructions. Probablement on retrouverait des vestiges de cette tour à
une certaine profondeur sous les terres. Elle devait joindre l'angle de
la maison, et ainsi la courtine suivante était de la longueur de 72
pieds 4 pouces.
Un mauvais mur de terrasse a remplacé , comme nous l'avons déjà
dit , une partie de cette courtine ; un vieux perron dérobe presque
tout le reste à la vue, et c'est contre ce perron que commencent les
bâtimens des vieilles casernes , auxquelles le mur antique sert :de base
jusqu'à la sixième tour.
De tous les objets précieux qui peuvent être sortis de la tour détruite et de ce second pan de mur , on ne connaît avec certitude
qu'un seul fragment d'inscription , qu'on avait employé dans le mur
de terrasse, et que nous avons transporté au Musée. Lorsque nous
aurons fini de décrire le mur d'enceinte dans toute l'étondue des
DE VÉSONE.
161
vieilles casernes , nous rendrons compte des inscriptions et des morceaux de sculpture que nous avons retirés de tout ce vieux bâtiment
ou qui se retrouvent sur les lieux.
Les constructions de la troisième tour se montrent encore jusqu'à
une certaine hauteur , vers l'extérieur de l'enceinte. Dans les temps
modernes (i) , on a élevé .une chapelle au-dessus, et cette chapelle
même est surmontée de deux étages.
Les matériaux de l'intérieur de cette tour ont été enlevés jusqu'au
niveau du terrain le plus bas 3 peut-être même y trouverait-on un
étage souterrain en forme de cave 3 mais nous ne pouvons rien dire de
certain a ce sujet, parce que les portes qui donneraient entrée dans
cet étage souterrain ont été condamnées.
Du reste , cette tour n'a rien de remarquable. Son diamètre est ,
comme celui des autres, d'environ 24 pieds , et sa construction est la
même; seulement un des voussoirs de la vieille porte qui est ouverte
au sud, offre cela de singulier, qu'il est orné d'une grosse tête de taureau extrêmement fruste.
La courtine qui suit est, comme nous savons déjà dit, de la longueur de 70 pieds 5 pouces. Une espèce de plate -bande en terrasse
la cache , vers l'extérieur , jusqu'à la hauteur d'environ 7 pieds. Audessus on en aperçoit encore quelques restes; ils servent de base à une
portion du bâtiment des vieilles casernes.
Des caves de 18 ou 20 pieds de profondeur sont en partie creusées
dans la masse de cette antique construction, qui se trouve ainsi presque entièrement dédoublée, et d'où sans doute sortirent bien des morceaux curieux dont il ne reste plus dé traces. Comme les murs de
ces caves ont été rebâtis à neuf, on n'y aperçoit même presque plus
rien de romain , excepté du côté de l'ouest , où se trouvent encore
des blocs énormes (2).
(1) Vers la fin du
i6. e siècle.
(2) Aux deux extrémités de cette courtine , c'est-à-dire entre la troisième et la quatrième tour ,
sont de vieilles fosses d'aisance qui ne paraissent se prolonger que sous la terrasse.
rôa
ANTIQUITÉS
Les restes de la quatrième tour s'élèvent , comme ceux de la troisième , au-de^sus des teiTes de l'extérieur de l'enceinte ; ils sont de
même surmontés de constructions modernes , dont quelques parties paraissent appartenir à une époque assez reculée (i). L'intérieur de la
masse est également vide, et il l'est jusque dans ses fondemens, c'esta-dire à plus de 12 pieds au-dessous du sol extérieur. Nous devons
même ajouter que plusieurs blocs sculptés s'offrent a la vue dans la
première assise de cette antique construction , ce qui prouve que notre
citadelle est partout également composée dedébris.
La quatrième courtine finit a la tour carrée. Sa longueur est de 70
pieds. Son extrémité de l'est se recourbe de quelques pouces, et celle
de l'ouest est cachée par la petite bâtisse qu'on a ajoutée , il y a près
de deux siècles, a la tour dont nous venons de parler, et dont le diamètre est, comme nous Pavons dit, de 22 pieds 3 pouces 6 lignes.
Quant à cette dernière construction , elle tient la place d'une tour
antique dont le flanc droit s'ajustait au pan de mur suivant, a 1 pied
8 pouces 6 lignes plus loin. Les traces s'en aperçoivent encore : elles
consistent dans une petite entaillure verticale que l'on distingue à trèspeu de hauteur au-dessus des terres (2).
La destruction de cette tour offrit sans doute a la vue de nombreux
fragmens de sculptures, surtout si, comme il est probable, on fit extraire jusqu'aux matériaux de ses fondemens. Au reste , on peut voir
de quelle manière sont disposés ces sortes de débris dans toute l'étendue du mur d'enceinte. Une seule grotte , pratiquée dans l'épaisseur de ce mur , entre la quatrième et la cinquième tour , en donne
une idée parfaite. Cette grotte est connue sous le nom de Babylone ;
elle est distante de la quatrième tour de ig à 20 pieds ; elle sert maintenant d'étable , et est fermée d'une mauvaise porte. Nous décrirons
bientôt les òbjets qu'elle renferme ; on les voit dans son intérieur, où
ils se trouvent pêle-mêle, posés dans tous les sens, et tels qu'ils y
surent placés par les ouvriers romains.
(1) Les premières constructions qu'on voit au-dessus Je ce qui reste d'antique paraissent remonter
au i2. e ou au i3. e siècle.
(2) C'est aux recherches de M. de Mourciu que nous devons presque tous ces détails.
DE VÉSONE.
^3'
De l'emplacement de la cinquième tour à la reconstruction moderne»
on trouve une étendue de 6g pieds 4 pouces , et telle était sans doute
la longueur de la cinquième courtine. La sixième tour devait"être' k
cette distances mais on n'en retrouve plus de vestiges. Elle a été entièrement détruite', et la partie de mur a laquelle elle était adossée a
été remplacée par une mauvaise bâtisse dépendante des -vieilles casernes. Peut-être retrouverait -on encore sous le sol ses antiques fondemens. •
'
Au surplus, là quatrième et la cinquième courtines s'élèvent encore
presque partout a plus de 20 pieds au-dessus du sol extérieur, et l'on
y remarque diverses restaurations romaines ; mais le tout a été dédoublé jusqu'au niveau du sol actuel de l'intérieur de la citadelle,
c'est-à-dire qu'il n'y subsiste plus qu'un parpaing qu'on a fait servir
de base à de mauvaises constructions de la fin du i6. e siècle.
La sixième tour était sans doute de rnéine diamètre' que, la précédente; ainsi le mur, reconstruit dans une étendue de 53 pieds et quelques pouces, ne remplace pas seulement cette tour, il fait aussi partie
de la sixième courtine, dont la longueur était , par ce moyen, d'environ
6g pieds 4 pouces.
Nous reviendrons sur cette sixième courtine ; mais comme les bâtimens des vieilles casernes finissent à quelques pieds à l'ouest de l'emplacement de la sixième tour, c'est ici le lieu de faire connaître ce
que nous avons tiré de ces masures, et ce qu'on voit encore dans les
fondemens des constructions antiques.
Dans la petite cave de la quatrième tour , on trouve :
1.
° Quelques- fragmens de fûts de colonnes.
2. ° Un gros fragment d'architrave , dont les moulures supérieures soin presque entièrement détruites, et dont les fasces sont coupées: en talus et accompagnées d'astragales.
La première fasce , non compris l'astragàle', a une largeur de. . .
6 p.
g lig.
La seconde a
7
g
7
6
J
...............
.
La troisième.
La pierre dans laquelle est taillée cette architrave a une longueur
totale de
3 p.
8
»
i64
ANTIQUITÉS
Et elle offre cela de remarquable que, d'un côté, toutes les moulures sont en re*
traite de.
........... ;
. ........ .......... ., : . : a p.; tolig.,
3.° Ua morceau de corniche.
Dans la grotte connue sous le nom de Babylone (i), on voit :
i.° Un fragment de colonne dont les cannelures offrent une larg. de
2
4 P-
2.o Un fragment de base de colonne avec une partie du fût. Les cannelures de ce fût
sont pleines ; elles ont de large
3." Trois tambours de colonnes , dont les cannelures ont environ. . .
3 p.
8 lig.
3
7
Un de ces tambours a ses cannelures pleines par le bas; et ils ont tous trois cela de
remarquable , qu'ils n'étaient saillans du mur auquel les colonnes étaient adossées,
que de la moitié de leur épaisseur ; l'autre moitié tenant à une pierre qui pénétrait ,
dans ce même mur , de la profondeur de 2 pieds.
4-° Un bloc de pilastre , dont les cannelures sont de la largeur de. . . .
3 p.
6 lig.
5." Enfin , deux architraves dont les fasces sont accompagnées d'astragales.
La première fasce est de la largeur de
5 p.
La seconde a
4
La troisième. .
4
» lig.
10
8
Quant aux objets curieux que nous avons trouvés employés dans la
construction des bâtimens même des vieilles casernes , et que sans
doute on avait retirés de cette partie du mur d'enceinte , nous les
avons fait transporter au Musée. Les principaux de ces objets sont ;
1. ° Le fragment d'inscription que nous
avons rapporté sous le N.° 1. Voyez
tom. 1.", pag
280
2. ° Celui du N.° 3
3. "
4. °
5. "
6. °
7. 0
du N.° 5
du N.° 8
du N.° 16
du N.° 17
du N.° ig
8.° L'inscription du N.° 3i.
281
ibid.
ibid.
282
ibid.
. . . ibid.
...
285
n.° Celle du N.° 3g.
12. °
du N.» 45
13. °
du F. 0 58
du N.° 5g
14. °
du N.° 61
15. °
0
du N, 0 63
16.
du N.» 65
du N.° 66.
18.°
20. 0
9. 0 Celle du N. 0 35
287
21. °
22. °
io.°
ibid.
23. °
du N.° 37
(l) Voyez tom. i. cr , pag. /Jo5,
.....
283
2go
3o2
3o4
3o6
3i3
3i4
..
37 i
du N.° 7 3
418
du N.° 77
427
■ du N.° 85. V. t. 2, p.
5
■ du N.° g3
121
■ du N.° g4
i3o
DE VÉ SONE.
24. 0 Un fragment que nous donnerons
dans le sujjplcment.
25.° Un torse de statue. V. t. i. er , p.
0
26. La tête de Soter
0
27. Celle d'Isis
28.° Celles des triumvirs
0
2g. Divers bustes ornes de Yascia.
4 12
4i3
4 10
i65
33." Celui où sont les attributs du Dieu
Pan
- •
3g 7
0
34. Les aigles et le profil de bonnet phrygien
3 97
35. ° Un fragment de plafond orné de rosasses
3g6
3g6
36. ° Deux des blocs de nos basiliques. V.
tom. 2 , p
112
30. ° Le cippe aux trois masques. V. tom.
er
i. , p. 3g7 ; et tom. 2, p. i4 et 23.
37. ° Une frise ornée de palmettes. Voyez
tom. i. er , p
4°6
31. ° La cérémonie funèbre. Voyez t. i. er ,
page
."
3g6
38. ° Une partie de corniche du temple de
Neptune.
4°7
32. ° Le bas relief de Mars etdeVénus.
3g^
3g.° Un grand nombre d'autres fragmens
de corniches , etc. , etc.
Tels sont les monumens qui furent conservés lorsque l'on détruisit
la partie sud-ouest du mur d'enceinte pour y faire les constructions
connues maintenant sous le nom de Vieilles-Casernes (1). Ils étaient
encastrés sans ordre dans la nouvelle maçonnerie , et ils paraissaient
y avoir été mis par l'ouvrier k mesure qu'ils se présentaient sous sa
main. Ainsi, sans doute , il s'en perdit encore un bien plus grand nombre. Mais revenons à notre description.
La sixième cotu-tine était , comme, nous Pavons dit , de la longueur
(1) L'emplacemcnt de ces vieilles casernes appartenait jadis à l'aKbaye de Peyrouse ; les évêques
y fixèrent leur résidence lorsque le palais épiscopal fut détruit , et vers le commencement du règne
de Louis XIII ils en rétablirent les bâtimens, tels a-peu-près qu'on les voit aujourd'hui. Lorsque
la résidence de l'évêque fut fixée dans la ville actuelle , ces mêmes bâtimens devinrent des casernes , qui ont été occupées par les troupes jusque vers l'année 1810. MM. les ingénieurs militaires, de l'autorité desquels elles dépendent, assurent qu'elles ne peuvent plus être réparées.
Ils prétendent même , depuis plus de vingt ans, qu'il est impossible qu'elles ne tombent bientôt en
ruine ; et nous ne doutons pas qu'ils ne puissent en effet avoir raison , car depuis leur prédiction on n'a fait aucune réparation aux toitures. Cependant les murs sont, en général, encore
très-solides ; seulement quelques parties des charpentes et des planchers ont besoin d'être refaites.
Si ces vieilles casernes étaient rétablies elles pourraient être ajoutées aux grandes ; ce serait un
excellent quartier pour loger les ouvriers , les musiciens , les blanchisseuses, etc. ; les deux enclos
réunis formeraient un vaste champ de Mars pour les exercices ; on aurait un abord et une entrée
infiniment plus commodes et plus à portée.
Si les deux bâtimens étaient convenablement restaurés et achevés ils pourraient contenir une
garnison de près de 2,000 hommes. Je suis persuadé que si la ville et le département s'entendaient avec le ministre de la guerre toutes les difficultés seraient levées, et qu'il en résulterait pour
nous un très-grand avantage , celui de fixer íi jamais le chef-lieu de la division dans notre capitale.
22
i66
ANTIQUITÉS
d'environ 69 pieds 4 pouces. Ses restes s'élèvent encore au niveau du
sol àctuel de l'intérieur de la citadelle; et ils offrent cela de singulier,
qu'ils forment un angle saillant d'environ 2 pieds , à 22 pieds de distance de la septième tour , là même où est une antique poterne.
La septième tour est de même diamètre que les précédentes. Elle
est encore en assez bon état jusqu'à la hauteur de plus de 20 pieds
au-dessus du sol extérieur; et sur ses constructions antiques, de même
que sur la partie du mur d'enceinte à laquelle elle est adossée, s'élèe
vent les restes d'une tour bâtie dans le io. siècle.
Cette septième tour a même cela de remarquable que son intérieur
n'a point été vidé , et que par conséquent si jamais on la détruisait
on y trouverait un grand nombre d'objets curieux. Si l'on veut s'en
faire une idée on n'a qu'à jeter les yeux sur une grotte que le propriétaire a pratiquée dans le flanc gauche de cette construction (1) ;
on y distingue plusieurs débris d'architecture dont nous avons déjà
parlé , et que nous donnerons bientôt en détail. Du côté de l'ouest ,
et tout-à-fait dans le bas, on a aussi, en arrachant un seul quartier
de pierre , fait paraître plusieurs débris de nos monumens ; ainsi on ne
peut douter que la tour n'en soit composée toute entière.
La septième courtine finit à quelques pouces de l'arrachement de la
tour carrée ; elle suit une ligne presque droite. Sa longueur est de 60
pieds 7 pouces ; sa hauteur est encore de plus de 20 pieds sur le sol
e
extérieur , et les restes d'un château reconstruit dans le 1 4 siècle surmontent ses ruines (2).
Cette courtine , plusieurs fois restaurée dans l'antiquité , paraît , ainsi
que les suivantes , être presque entièrement dédoublée. De vieilles caves , maintenant comblées , ont été creusées dans sa masse , et sans
doute lorsque elles le furent on détruisit un grand nombre d'objets
précieux. Au surplus, elle offre à l'extérieur , à 10 pouces de la sep-
(1) C'est ce que nous appelons la grotte du château de Barrière. Elle est ouverte , parlie dans la
sixième courtine et partie dans la tour. Nous donnerons plus loin le détail des objets que l'on
y remarque.
e
(2) Ce château gothique fut la proie des flammes sur la fin du iG. siècle.
DE VÉSONE.
l6?
tìème tour, une poterne de g pieds 4 pouces de haut sui^ 4 pieds 3
pouces de large, et dont l'entrée se trouve fermée d'une maçonnerie
faite dans les temps modernes.
La huitième tour , dont le diamètre était tout juste de 24 pieds , est
détruite jusque dans ses fondemens , et à sa place fut construite , dans
le i4- e siècle, une tour carrée dont il n'existe déjà plus de vestiges,
mais dont la largeur était de 26 pieds 6 pouces : c'était une construction dépendante du château gothique dont nous venons de pai'ler.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que malgré les constructions modernes , les premières assises de la tour antique étaient restées en place.
Ce n'est qu'en 1820 qu'elles furent enlevées, et c'est de là que l'on
retira l'inscription du N.° 53, ainsi que plusieurs fragmens de sculpture
que nous ferons bientôt connaître.
La courtine suivante est de la longueur de 71 pieds 2 pouces (1);
elle commence à 2 pieds 6 pouces de l'intérieur de la tour carrée , et
a été reconstruite, dans les temps modernes, sur une étendue de 16
pieds. Le reste s'élève encore en parpaing jusqu'au niveau du sol intérieur , et on y remarque des restaurations antiques.
De même que la précédente , cette courtine servait de base , du
moins dans une partie de son étendue , au château gothique dont
nous avons déjà parlé. Du reste elle est parfaitement droite et n'a rien
de curieux.
La neuvième tour s'élève encore sur le sol extérieur à près de 20
pieds, et elle est surmontée de constructions romaines, mais moins
antiques. A quelques pieds au-dessus des terres , son pourtour présente
une retraite de quelques pouces, et au-dessus de cette retraite son
diamètre n'est que de 25 pieds 5 pouces ou environ.
Dans le chapitre suivant nous donnerons des détails sur les constructions qui surmontent cette neuvième tour ainsi que la neuvième
(1) Ainsi que quelques autres, la neuvième tour offre sur toute sa circonférence une retraite
de plusieurs pouces. C'est à cette retraite que nous avons mesuré la huitième courtine. Ainsi plus
bas elle se trouverait un peu moins longue.
168
ANTIQUITÉS
courtine ; maintenant nous n'en parlerons pas davantage. Nous ferons
seulement remarquer que les pierres de toute cette partie de l'enceinte
paraissent avoir éprouvé l'action du feu.
La neuvième courtine s'élève encore, de même que la tour, à une
vingtaine de pieds, et elle est de même surmontée de constructions antiques. Sa longueur paraît devoir être d'environ 70 pieds; mais c'est
seulement à 68 pieds de la tour précédente que finissent les constructions antiques dont nous venons de parler et celles du moyen âge qui
se distinguent au-dessus.
Une fouille peu considérable pourrait faire connaître avec précision
la longueur de cette courtine ; elle sert de base à ce qui est encore
habité des dépendances du château , et est dans toute sa longueur entièrement dédoublée.
Une dixième tour terminait la longue ligne de la partie du sud-ouest
de notre citadelle. Ses fondemens subsistaient il y a une soixantaine
d'années , et peut-être trouverait-on encore sous le sol ses premières assises. Quoi qu'il en soit, il est évident qu'elle n'était pas placée régulièrement sur l'angle, c'est-à-dire qu'elle n'avançait pas également sur
les deux courtines qui lui étaient contiguës. Elle paraît au contraire
avoir défendu la ligne de l'ouest dans une étendue de plus de 18 pieds ,
tandis qu'elle ne pouvait se prolonger sur celle du nord que de 8
pieds ou environ : le parement du mur nous en fournit la preuve. Du
reste, on ne voit rien de cette dixième tour; une mauvaise construction moderne l'a remplacée.
Au surplus, ce que nous venons de dire de cette dernière tour fixe
d'une manière plus ou moins certaine la longueur de la dixième courtine; car puisque la ligne totale jusqu'à la Porte-Normande (1) est de
46 pieds , dont il faut retrancher environ 8 pieds pour l'arrachement
de la tour , et auxquels il faut ajouter 3 pieds 10 pouces pour la moitié
de la largeur de la porte , on aura enviro^ \2 pieds pour la moitié
de la courtine.
(1) Cette porte tire sans doute son nom de quelque attaque que les Normands durent faire de ce côté.
DE VÉSONE.
,69
Mais arrêtons -nous un moment à la Porte-Normande, et voyons ce
que cette porte et l'intervalle qui la sépare de la dernière tour, peuvent offrir de remarquable.
Depuis l'emplacement de la tour jusqu'à l'ouverture de la porte, on
trouve' une étendue d'environ 58 pieds , et dans presque toute cette
étendue le mur antique se présente , à l'extérieur , sur une hauteur
d'environ 10 pieds. Au surplus on y remarque diverses restaurations
antiques , et les pierres paraissent avoir ressenti l'action du feu de la
manière la plus violente. Dans une petite partie, le mur est même détruit jusqu'au sol ; une mauvaise porte y tient la place des constructions romaines , et dans tout le reste de cette portion de courtine le
mur ne se présente qu'en parpaing ; il est , comme presque partout ,
entièrement dédoublé.
Quant à la porte , elle est tellement dégradée que nous ne pouvons
en déterminer les dimensions avec exactitude. Toutefois sa largeur parait être de 7 pieds 8 pouces , et sa hauteur est sous clef d'environ
11 pieds à partir du sol actuel. Son cintre est orné, du côté de l'extérieur , d'une archivolte très-fruste : vers l'intérieur , la naissance de
la voûte qui continuait la couverture du passage se montre des deux
côtés.
Au surplus, dans l'intérieur de cette même porte le mur offre une
épaisseur de 17 pieds 1 pouce, et il en avait sans doute une encore
bien plus forte , puisqu'on y remarque un arrachement , et que dans
cet endroit les pierres ont une longueur de près de 7 pieds (1).
Ainsi , probablement l'épaisseur totale de ce mur était de a3 ou 24
pieds , ce qui supposerait l'existence d'un château romain semblable à
celui qu'avait remplacé le château de Périgueux, mais beaucoup plus
large.
Tel est le mur d'enceinte depuis l'enclos des vieilles casernes jusqu'à la Porte-Normande , et voici quels sont les débris plus où moins
(1) II y a encore de ces pierres qui ont 6 pieds 8 pouces de long , sur 2 pieds 1 pouce de hauteur.
170
ANTIQUITÉS
curieux que l'on voit dans sa construction , ou que l'on a découverts
depuis peu dans quelques-unes de ses parties (i) :
1. ° Le fragment d'inscription que nous
avons rapporté sous le N.° 9. Voyez
tom. i. er , pag
. 281
2. ° Celui du N." 10
ibid.
3. "
du N.° 28
283
4. »
du N:° 3 O
284
5. ° L'inscription du N.° 34-
286
6. ° Le fragment du N.° 5i.
7. 0 L'inscription du N.° 53.
8." Le fragment du N.° 53 bis
9. 0 Celui du N.° 62
294
29 5
296
3o8
3i4
io.°
du N.° 64. . . .
II .° Plusieurs tambours de colonnes non achevés, et paraissant appartenir à la même
ordonnance.
Le premier tient à une base que l'on reconnaît facilement avoir été faite au tour. Son
diamètre est de
2 p.
2 p.
7 1. sur » p. » p. » 1. de haut.
Les autres sont d'une grosseur un peu moindre.
12. 0 Un tambour également brut. II a
2 p.
6 p.
61. (2).
i3.° Deux tambours entièrement lisses , provenant d'une même colonne.
Le premier a
2 p. 6 p.
Le second
2
5
i4-° Deux autres tambours également lisses et tenant à leurs bases. Ils ont de diamètre
environ
15. ° Un tambour à 24 cannel. pleines.
1 p.
3
»
31. sur
1 p.
6 p.
16. ° Un fragment de colonne , également à 24 cannelures , mais dont le diamètre
n'est que de
2 p.
5 p.
p.
11 p.
17. ° Le dernier tamb. d'une col. a 21 can.
1
7 1. sur 1 p.
5 p.
18 .0 Deux tambours ornés de 20 cann. , et paraissant appartenir à une même colonne.
Le premier a
Le second
2 p.
4 P*
2
3
»
3
sur 2 p.
2
» p.
g
ig.° Un troisième tambour tenant à sa base, et également orné de 20 cannelures. Son
diamètre est de
2 p.
» p. 8 1. sur 1 p. 10 p.
2o.°
Trois tambours de colonnes k cannelures torses, et paraissant appartenir à la même
ordonnance. Ils sont ornés chacun de 20 cannelures.
Les cann. du i. er sont pleines, et il a 2p. 1 p. 3 1. sur 3 p.
Le second s'ajuste au premier.
Le troisième a
1
11
» 1.
6 p.
2
(1) Tout ce qu'on y avait trouvé anciennement , et surtout lorsqu'on dédoubla le mur, a depuis
long-temps fini de disparaître. Beaucoup de ces sortes de matériaux ont été employés dans l'écluse
du moulin du Rousseau.
(2) Ce tambour de colonne a été creusé , ainsi que plusieurs autres , pour servir de pierre a eau.
DE VÉSONE.
IyI
2i. 0 Un quatrième tambour , également à 20 cannelures torses. Lc colerin qu'il conserve annonce qu'il appartient au haut de la colonne. Son diamètre est d'environ
i ,p.
i p.
22. °
Quelques tambours à 18 cannelures. L'un de ces tambours est du diamètre d'environ
2 p. 6 p.
3 1. sur 2 p.
23. °
Plusieurs tambours à 16 cannelures, et paraissant appartenir à unè ordonnance
dont les colonnes avaient environ. . 2 pieds de diamètre.
Le premier est orué , dans une partie de sa hauteur, de cannelures pleines, et il
a de diamètre
i p. 1 1 p. » 1. sur 4P- 8 P-
Le second a
Le troisième
i
ÏO
i
ïo
3
»
»
i
»
10
Le quatrième
i
9
8
1
10
Sur le cinquième et sur le sixième, on voit la fin des cannelures, et ils ont l'un
et l'autre
1 p.
8 p.
61. sur 2 p.
24. 0 Deux tambours également à 16 cannelures, et paraissant appartenir à des colonnes
dont le diamètre était d'environ. . . 1 p. n pouces.
Le premier est orné de cannelures pleines dans une assez grande partie de sa hauteur, et il a
1 p. 10 p.
» 1. sur 3 p. 3 p.
Le second est décoré de même , mais il a quelques lignes de moins de diamètre.
25.° Deux tambours à 16 cannelures. Ils paraissent appartenir à des colonnes dont le
diamètre n'était que d'environ. ...
Les cann. du i. er sont pleines , et il a
Le second a
1 p.
g pouces.
1 p.
8 p.
1
7
61. sur » p.
31.
2
» p.
4
26. 0
Un tambour de colonne tenant a sa base, et également orné de 16 cannelures.
II a
1 p.
6 p. 31. sur 1 p. 2 p. » 1.
27. 0
Deux tambours de colonne à i5 cannelures pleines.
Le premier a
1 p. 9 p3 1. sur 1 p.
Le second
1
8
6
2
28. 0
4
6
Un tambour de colonne a 14 cannelures pleines. II tient à une partie de sa base,
et il a
1 p.
» p-
» 1. sur
i p.
1 p.
Un tambour, orné de feuilles galbées, placées en forme d'écaillés de poissons,
comme nous en avons vu. II a. . . 3 p. 1 p. » 1. sur 2 p. 3 p.
2g.°
3o.° Cinq tambours également ornés de feuilles galbées , et paraissant appartenir a des
colonnes d'environ 2 pieds 7 pouces de diamètre. Celui de ces blocs qui était placé
au tiers de la colonne a
2 p. 6 p.
» 1. sur » p. » p. » 1. (1)
(1) On voit que ce tambour était au tiers de la colonne, parce que les feuilles s'y réunissent en
sens contraire , et qu'une bande taillée en couronne les sépare.
i 7a
ANTIQUITÉS
31. ° Deux
tambours ornés de feuilles galbées, et ayant cela de singulier, que dans
une partie de leur hauteur ils tenaient aux parois du monument par une masse carrée
qui pénétrait à 2 pieds de profondeur.
Le diamètre de ces tambours était de. i p. ïo p.
8 1.
32. ° Quelques tambours également à feuilles galbées , mais seulement du diamètre d'environ.
i p. 2 p.
33. ° D'autres tambours décorés de la même manière, mais dont le diamètre n'est que
d'environ
» p.
9 p.
34. 0 Un fragment de pilastre que nous n'avons pu voir qu'imparfaitement , mais dont
la largeur était de plus de
3 p.
A côté de ce pilastre était , en retour , une colonne engagée. Ce bloc est dans la
cave du château de Barrière.
35. ° Un grand nombre d'autres fragmens de pilastres.
36. ° Un petit chapiteau dorique d'un joli faire, et ayant appartenu à une colonne
lisse du diamètre d'environ
1 p.
37. 0 Huit chapiteaux corinthiens de différens diamètres.
Un de ces chapiteaux a, à sa naissance,
1 p. 10 p.
Un second
1
8
Un troisième , extrêmement soigné , a 1
4
Nous n'avons pu prendre la mesure des autres.
» 1.
»
3
38.° Quatre ou cinq chapiteaux composites, tous de différens diamètres et de différens
genres de travail.
Un de ces chapiteaux appartient aux colonnes a feuilles galbées que nous avons citées
sous le N.° 3i. Son colerin annonce que la colonne a été tournée. Son diamètre
est de
1 p.
9 p.
Un autre de ces mêmes chapiteaux est orné de feuilles et de fleurs. II est surchargé
de mauvais ornemens et paraît appartenir au, très-Bas-Empire.
Celui dont on voit un fragment dans la cave du château a été bien travaillé et est
d'un genre singulier.
3g. 0
Un fragment d'architrave dont les fasces , ornées d'astragales , étaient dans les
proportions de 5 p. 10 lig.., 4 P- 9 "g- 1 et 4 p- 7 lig4o. 0 Un fragment d'architrave à deux fasces, dont les proportions étaient de 4 pouces
6 lig. , et de 4 pouces 8 lig.
4i. 0 Plusieurs fragmens de frises de différentes espèces.
Une de ces frises est accompagnée d'une petite architrave à deux fasces , et est d'un
travail fort curieux. On remarque surtout, parmi les arabesques dont elle est ornée,
des casques, des boucliers et d'autres armures. Ses rinceaux eux-mêmes se contournent de façon k former des masques. Nous pensons que ce fragment faisait partie de
l'entablement d'un de nos arcs de triomphe.
DE VÉSONE.
I7 5
42.° Un grand nombre de de'bris de corniches extrêmement, soignées.
43. 0 Le fragment de figure suppliante dont nous avons parlé à la p. 3o,8 du tom. i. cr
44 ° La pierre sculptée en arabesques sur laquelle sont les ibis , et dont nous avons
parlé à la pag. 346.
45." Une pierre semblable qui se trouve encore dans les constructions antiques, et sur
laquelle se distinguent les pieds de deux enfans (1).
46. 0 Enfin, toutes sortes d'autres débris qu'il serait superflu de citer.
Mais revenons à notre description , et voyons qáelle direction pouvait prendre le mur d'enceinte du côté du nord. D'abord , quelle ligne
suivait-il en s'éloignant de la Porte -Normande ? Ensuite, quels angles
faisait-il? A quelle partie de l'amphithéatre venait-il aboutir, et de
quel point de ce même amphithéâtre partait-il pour aller se réunir à
la dernière courtine encore subsistante vers le nord-ouest ?
Si l'on faisait quelques fouilles , on résoudrait facilement ces divers
problèmes ; car on retrouverait quelques restes du mur , et il serait
aisé d'en suivre la trace ; mais , dans l'état actuel des choses , nous ne
pouvons donner que des conjectures : or, on sait que des conjectures,
quelques probables qu'elles puissent être, ne forment jamais de véritables preuves.
Toutefois nous ne pouvons guère douter que la Porte-Normande ne
fût au milieu d'une courtine ; car sa disposition sur la mème ligne que
le pan de mur qui lui est contigu à sa gauche, semble exiger un égal
pair de mur à sa droite dans la même direction.
Ainsi , supposons qu'il existait a la droite de la porte une partie de
courtine de l'étendue d'environ 38 pieds , comme du côté opposé ;
ajoutons une tour de 24 pieds de diamètre ; recourbons notre ligne
vers le levant par le moyen d'un angle extrêmement obtus 5 plaçons
une seconde tour à la distance de 60 pieds ; il ne nous restera plus
qu'une courtine d'environ 44 pieds pour arriver aux constructions de
l'amphithéatre , à 5o pieds de l'extrémité du petit axe dè ce monument, et nous aurons sans doute, à peu de chose près, la direction de
notre mur d'enceinte dans la partie du nord-ouest.
(1) Elle est dans un dégagement de la cuisine actuelle du château de Barrière.
23
ANTIQUITÉS
1? 4
C'est dans les fondemens de cette même partie qu'une statue de
Vénus fut trouvée (i), et c'est de là sans doute que sortirent les matériaux avec lesquels l'église du couvent fut bâtie.
Quant à la portion de mur qui joignait l'amphithéatre vers le nordest , nous ne pouvons non plus en rien dire de certain. La dernière
courtine, encore subsistante de ce côté, est, comme l'on sait, de í'étendue d'environ no pieds, et à son extrémité on distingue l'arrachement d'une tour dont le diamètre était sans doute de 24 pieds; ce
qui suppose qu'elle avançait vers le couchant de 10 pieds de plus que
le jardin du Sol de la Dixme. Ainsi ce n'est qu'une espace de 120 pieds
ou environ qu'il nous reste à connaître , et sur lequel nous n'avons aucun détail à donner. Quelle pouvait être la direction de la sixième
courtine? Quel angle faisait-elle avec la cinquième? Y avait-il une
sixième tour , et sur quel point était- elle située ?
On ne peut douter que l'enceinte ne fût complètement fermée ;
ainsi Pexistence de la sixième courtine ne peut être incertaine. Au
surplus , comme cette courtine eût été beaucoup trop longue si on
l'eût laissée de l'étendue de 120 pieds, il est évident qu'il existait de
ce côté une sixième tour.
Sans doute après la cinquième tour le mur se recourbait de quelques degrés vers le sud , et arrivé à la sixième , qui probablement
était à la distance d'environ -70 pieds , il se recourbait encore et aboutissait aux constructions du nord -est de l'amphithéatre, à environ
5o pieds de l'extrémité du petit axe.
La sixième tour était sans doute à 26 pieds de distance de l'amphithéatre , et peut-être, dans cet intervalle, avait -on laissé une porte
semblable à celle qui, naguère encore, subsistait vers le sud. Du moins
telle est la disposition la plus probable de cette partie de notre mur
d'enceinte. Si ce mur eût été continué régulièrement , il eût passé par
le milieu de l'arène ; et ce qui semble prouver que , en effet , la moitié
de l'amphithéatre était hors de la citadelle , c'est la grosse tour dont
nous avons retrouvé les fondemens à l'entrée du vomitoire du nord.
(1) Voyez tom. i.", pag. /jn et
4' 2. Voyez aussi, au même volume, les pag. 319 et Ò10.
DE VÉSONE.
I? 5
Telle est la citadelle dont nous possédons encore les restes. Sa forme
n'a rien de parfaitement régulier , bien qu'elle approche de celle d'un
oeuf raccourci et dont le gros bout serait tourné vers l'est-sud-est. Sa
longueur , de la troisième tour du sud-est à la Porte-Normande , est de
plus de 160 toises, et de la porte principale à la septième courtine du
sud-ouest, elle est de 1 4^ toises et quelques pieds. Sa plus grande largeur est d'environ 1 46 toises ; sa circonférence , y compris les constructions de l'amphithéatre , est de près de 5oo toises.
Quatre portes principales donnaient accès dans son intérieur , et des
poternes étaient pratiquées de distance en distance , soit dans les courtines , soit dans la masse même des tours.
Ses murailles avaient i5 ou 16 pieds d'épaisseur, et dans certains endroits elles en avaient davantage. Ses tours paraissent avoir été au nombre de 24. Les deux de la porte principale , c'est-à-dire de celle qui
est du côté de l'est , sont extrêmement rapprochées ; les autres laissent
entre elles un intervalle de 60 à 72 pieds ; et il en était deux entre
lesquelles la courtine semblerait avoir eu une étendue de plus dé 100
pieds (1). Au surplus, l'amphithéatre même était muni de tours dans
la partie qui saillait au dehors.
Sur certains points de ce mur d'enceinte étaient élevés des espèces
de châteaux forts : du moins l'épaisseur des constructions semble l'indiquer. Sans doute il y en avait sur les quatre portes , et peut-être aussi
sur quelques autres parties du pourtour de l'ovale.
Quant à la construction de cette vaste citadelle , elle est entièrement
faite en gros quartiers de pierres , sans aucune espèce de ciment ni de
mortier (2). On y voit des blocs qui ont jusqu'à 7 pieds de long sur
2 pieds et quelques pouces de hauteur 3 d'autres ont 3 ou 4 pieds de
diamètre dans tous les sens ; il en est aussi qui sont beaucoup moindres ; mais presque tous proviennent également de nos anciens édifices.
(1) Celte courtine aurait environ no pieds, á moins que dans Tintervalle il y ait eu une tour
dont maintenant on ne peut distinguer aucune trace.
(2) Voyez ce que nous avons dit de cette manière de construire, tom. 2, pag. 3ï.
i 76
ANTIQUITÉS
Si cette enceinte était encore dans son entier, on retrouverait dans
la masse de ses tours et dans ses murailles les débris de presque tous
nos monumens antiques, et il serait aisé de rétablir des parties entières
de chacun de ces édifices. On sera convaincu de cette vérité si l'on
réfléchit à l'immense quantité de choses curieuses qu'on en retire
après quinze siècles de destructions , et l'on regrettera que l'autorité ne mette enfin un terme a l'infatigable avidité du vandalisme
qui, chaque jour, fait disparaître les titres de gloire de notre antique
cité et nous ôte à jamais les moyens d'avoir une bonne histoire. Pire
cent fois que celui des barbares , ce vandalisme moderne ne respecte
rien , et il est même poussé au point de devenir un objet de mode et
de spéculation (i).
On remarque dans les murailles et dans les tours encore subsistantes
de nombreuses restaurations antiques faites dans des temps différens ;
ce qui annonce que , sous P empire romain , notre citadelle avait déjà
éprouvé plusieurs sièges : on trouve même dans son intérieur une grande
quantité de gros boulets de pierre qui, sans doute, ont servi à l'attaque ou à la défense (2). Quant à ses fossés, on n'en aperçoit presque
plus de traces , soit qu'ils aient été ruinés par les derniers assaillans ,
ou qu'ils se soient comblés d'eux-mêmes par la succession des siècles.
Tel est l'état de notre citadelle actuelle , tels sont les détails que
nous avions à donner sur son ensemble et sur sa construction. II ne
nous reste plus maintenant qu'à juger si elle est bien la même que
celle dont on parle dans nos inscriptions. Dans le cas contraire, nous
aurons à examiner à quelle époque elle a pu être fondée.
(1) Plusieurs propriétaires creusent et détruisent ce mur d'enceinte dans le seul but d'en Tendre
les matériaux, comme dans une carrière.
Nous n'ayons aucune loi pour la conservation des antiquités. Si elles étaient , sous certains rapports , assimilées aux mines, on en retirerait pour Thistoire de grands avantages. M. de Mourcin ,
dont le zèle ne se démentit jamais, proposa, en 1816, á la Société Royale des antiquaires de
France , dont il était alors vice-président , de présenter à S. Exc. le Ministre de l'intérieur un
projet de règlement sur cet objet. Sa proposition fut accueillie, une commission fut nommée ;
mais nous ne savons pas que, depuis le départ de M. de Mourcin, on ait donné aucune suite à ce
projet.
(2) II y a de ces boulets qui ont jusqu'à 1 pied 5 pouces de diamètre. Voyez tom. 2, p. 3g,
On s'est servi aussi de semblables boulets depuis Tiavenlion du canon.
DE VÉSONE.
i
7?
Le péristile fortifié du temple de Mars n'était pas seulement destiné
à servir de forteresse ; il avait aussi pour objet l' embellissement et la
sûreté d'un de nos temples les plus célèbres. Sa disposition devait donc
être régulière comme la forme du monument qu'il entourait : cela paraît d'autant plus probable , que la partie de l'ouest de l'église actuelle
répond juste à la cella de notre temple d'Isis, c'est-a-dire que les deux
sanctuaires étaient sous la même ligne méridionale. Ainsi, sans doute,
sous cette même ligne , il y avait aussi une porte dans le premier mur
d'enceinte , ce qui ne saurait s'accorder parfaitement avec la position
de la Porte-Romaine.
Comment d'ailleurs les constructions actuelles pourraient- elles appartenir à la première enceinte , puisqu'elles sont toutes composées
des débris de nos antiques monumens , et puisqu'on trouve , jusque
dans leurs fondations , des fragmens d'architecture qui évidemment
ne remontent qu'au Bas-Empire ?
S'il pouvait rester encore quelque partie de la primitive enceinte ,
ce serait la porte qui est du côté de l'est , et dont la structure semble
annoncer une haute antiquité ; mais , il faut en convenir , la direction
oblique de cette porte semble fournir la preuve qu'elle ne saurait appartenir à un ensemble régulier. Ainsi, quoique plus ancienne que les
autres parties, elle pourrait bien elle-même ne pas remonter a l'époque
de la première fondation du péristile , et tenir le milieu , pour la date,
entre cette première citadelle et celle que nous venons de décrire avec
d'assez longs détails.
Cependant, à quelle époque ferons-nous remonter la fondation de
cette dernière ? On voit qu'elle est un ouvrage du peuple romain ; son
style ne laisse aucun doute à cet égard, et sur une des courtines de
son pourtour sont des constructions qui datent évidemment de la fin
du troisième siècle (i). D'un autre côté, parmi les nombreux débris
qu'elle renferme dans la masse de ses tours et de ses murailles , on
distingue une grande quantité de fragmens qui ne peuvent appartenir
qu'au Bas-Empire. Ainsi ce doit être vers le temps du règne de Probus
(i) Voyez le chapitre suivant , yiag. 182.
\
178
ANTIQUITÉS
qu'elle a été élevée ; ce qui coïncide parfaitement avec ce que l'histoire nous fait connaître.
En effet, on sait qu'à ces époques une foule d'ambitieux excitaient
des guerres civiles pour obtenir la pourpre , et l'on doit penser que
dans un tel état de choses les monumens n'étaient pas épargnés. Le
vainqueur ne songeait qu'à prendre ses avantages ; le vaincu n'avait
d'autre pensée que celle de sa propre conservation , et ainsi rien ne
devait résister à ces féroces guerriers. Le sol de Vésone présente partout des traces de ces continuelles destructions ; les débris s'y sont
amoncelés jusqu'à la hauteur de 20 pieds ; on y aperçoit les traces de
cinq incendies successifs et antiques (1). Ainsi, qu'on ne soit plus surpris de Panéantissement de cette vieille métropole ; qu'on s'étonne plutôt que quelques-uns de ses habitans aient eu le courage de rester dans
leur malheureuse patrie.
Probus est sans doute un de ces personnages auxquels Vésone doit
sa ruine. Du moins on ne supposera pas qu'il ait pu s'emparer de six
cents villes, et faire périr dans les Gaules jusqu'à 700,000 hommes,
sans commettre partout de grands ravages. C'est en 2 y y que nos pays
surent le théâtre de ces désastres , et alors probablement les Vésoniens furent victimes , comme ils l'ont été dans presque tous les siècles. Cependant , comme il importe aux vainqueurs d'avoir des villes fortes , et de ne pas régner seulement sur des ruines , Probus put juger
convenable de construire, avec les débris de nos monumens, une vaste
citadelle , où une partie de ses troupes eût pu au besoin se retirer. Ce
qu'il y a de certaia ," c'est qu'une des premières constructions en petites pierres qu'on ait faites sur le gros mur, date à-peu-près de l'époque du règne de cet empereur.
Ainsi nous ne pouvons guère douter qu'il n'y ait eu successivement
à Vésone deux antiques citadelles romaines (2). La première ne fut
(1) M. de Mourcin a découvert sur le sol de Vésone jusqu'à cinq incendies, au-dessus desquels
on remarque les destructions des peuples barbares.
(2) C'est à M. de Mourcin que nous devons la distinction de ces deux citadelles , construites à
deut époques très-différentes.
DE VÉSONE.
J?9
sans doute qu'un portique en colonnade , qu'un véritable péristile fortifié du
temple de Mars ; elle fut probablement élevée par un des fils du grand Pompée ; l'autre fut une vaste citadelle fondée vers la fin du troisième siècle avec
les débris de nos plus somptueux monumens.
Dimensions de la seconde citadelle romaine ; mesures et proportions
de ses diverses pariies.
PIEDS,
MESURES ET PROPORTIONS.
POUCES , LIGNES.
LONGUEUR de la citadelle , de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest , y
compris l'épaisseur du mur, et non compris la saillie des tours, environ
Largeur de cette même citadelle, à la 5. e tour , environ
i43 t. i
i46
Circonférence totale prise à l'extérieur du mur, et y compris les constructions de l'amphithéatre , environ
Développement de ce même mur, non compris l'ampliithéatre , environ
861
876
»
499
2 ;994
»
»
404
2,424
»
»
» (')
»
»
»
»w
44
»
»
LARGEUR TOTALE de la porte avec ses deux tours.
58
6
»
^Première courtine du côté du nord-est, environ
' Première tour ( non apparente ) de ce même côté , environ
Seconde courtine , environ
,
.-.
Seconde tour ( entièrement détruite)
Troisième courtine
Troisième tour
t
PARTIE
Quatrième courtine
du.
Quatrième tour ( détruite ) , environ
MORD - EST,
Cinquième courtine, environ
Cinquième tour (détruite), environ
Sixième courtine ( entièrement supposée ), environ
Sixième tour (entièrement supposée)
Septième courtine. ( entièrement supposée, et dans laquelle devait
être une porte ), environ
64
24
73
24
67
23
72
24
1 10
24
1»
PARTIE
Intervalle entre les deux tours de la porte de l'est-nord-est
de Test.
Diamètre de chacune des deux tours, environ
[
22 pieds
DÉVELOPPEMENT TOTAL JUSQU'A L' AMPHITHEATRE', environ
—
»
»'
2
2
9
»
4
»
»
»
»
»
'
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
626
»
»
(1) Tel est le véritable axe de notre citadelle; mais comme elle n'est pas régulière et qu'elle fait un
angle fort saillant du côté de la Porte-Normande, la ligne que l 'on tirerait de cette porte à la seGonde
tour du sud-est serait beaucoup plus longue. Elle aurait plus de 160 toises.
(2) II y a erreur dans ces mesures, à la page i36.
ANTIQUITÉS
PIEDS,
MESURES ET PROPORTIONS.
PARTIE
du
SUS -EST.
POUCES , LIGNES.
»
71Première courtine ( non apparente), du côté du sud-est, environ
»
Première tour (détruite), de ce mîrae côté, environ
1
Seconde courtine
7
25
6
Seconde tour, environ
»
»
Troisième courtine (non apparente)
J)
Troisième tour ( entièrement supposée)
»
»
Quatrième courtine ( non apparente )
»
Quatrième tour ( entièrement supposée )
,
Cinquième courtine ( non apparente )
»
»
Cinquième tour (entièrement supposée)
))
))
Sixième courtine
,
utj il il i»—
))
Sixième tour ( entièrement supposée )
Septième courtine ( presque entièrement détruite , et dans laquelle sc
J
"'_ ' i » '
»
trouvait la Porte-Romaine )
DÉVELOPPEMENT TOTAL JUSQU'A LA SEPTIEME TOUR , à -peU -prèf
652
comme du côté opposé , c'est-à-dire environ
PARTI E
du
SUD - OUEST
et de
L'OUEST.
PARTIE
du
NORD - OUEST.
Première tour après la Porte-Romaine (entièrement supposée)
Première courtine ( presque entièrement détruite )
Seconde tour ( non apparente )
' •
Seconde courtine (détruite en partie ) , environ
Troisième tour
Troisième courtine
Quatrième tour
'.
•'
Quatrième courtine
• »,
Cinquième tour ( détruite et remplacée par un tour carrée ) , environ..
Cinquième courtine, environ
Sixième tour (non apparente ), environ
,
Sixième courtine, environ
Septième tour (sur laquelle est construite une tour du moyen âge)..
Septième courtine ( sur laquelle était construit le château gothique )..
Huitième tour ( presque entièrement détruite , ainsi que la tour carrée
qui l'avait remplacée )
Huitième courtine
•• ••
Neuvième tour
...
Neuvième courtine , environ
•
Dixième tour ( non apparente )
Dixième courtine, jusqu'au milieu de la Porte-Normande seulement,
environ...
...........
»
72
»
»
»
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4
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70
»
2
24
»-
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70
3
»
»
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4
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4
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24
24
fin
°9
24
60
24
6O
24
71
»
71
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7
»
2 '
5
»
»
70
»
1)
»
»
»
»
»
»
»
DÉVELOPPEMENT TOTAL jusqu'au milieu de la Porte-Normande....
912
Dixième courtine (partie non apparente), depuis le milieu de la PorteNormande jusqu'à la i. re tour
•••
Première tour ( entièrement supposée )
Seconde courtine ( entièrement supposée )
Seconde tour ( entièrement supposée )
Troisième courtine ( entièrement supposée)
»
»
»
»
»
»
»
(.*'<'
»
»
J , » ' , ;
»
» ,
»
»
DÉVELOPPEMENT TOTAL jusqu'à l'amphithéatre , environ
. .
197
■Ip
■
))
DE
MESURES
ET
VÉSONE.
181
PIEDS,
PROPORTIONS.
TOUCES , LIGNES.
PARTIE
du
NORD.
PORTE
de
•
h' EST.
PORTE
du
NORD.
PORTE
du
6 U D.
j La moilié de la circonférence de l'amphithéatre, étant en saillie hors
] du mur de l'enceinte, doit être comprise dans le périmètre total , et
(
cette moitié est d'environ
/Largeur de la porte de l'est
| Hauteur de cette porte jusqu'à la naissance -du cintre.
Hauteur sous clef
'Largeur de la porte du nord
Hauteur de cette porte juoqu'a la naissance du cintre. .
Hauteur sous clef
f Largeur de la porte du sud , environ
Hauteur de cette porte jusqu'à la naissance du cintre, environ.
Hauteur sous clef, environ..
Largeur de la porte du nord-ouest, environ
(Hauteur de cette porte jusqu'à la naissance du cintre.
J Hauteur sous clef.
NORD - OUEST.
Hauteur sous clef, à partir du sol actuel
PORTE
POTERNES.
(6)
570
Largeur de la poterne de Test (2)
Hauteur de cette poterne
Largeur de la poterne du nord-est (3)
Hauteur de cette poterne
Largeur de la i. re poterne de l'ouest (4) , environ.
Hauteur de cette poterne
Largeur de la 2. 6 poterne de l'ouest (5)
y Hauteur de cette poterne
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(1) Si au lieu de suivre cette demi- circonférence on tirait, une ligne droite qui passât par le centre de
l'arène et qui vînt joindre les deux extrémités du mur de la citadelle où nous supposons qu'elles se rattachaient aux constructions connues de l'amphithéatre , cette ligne serait d'environ
322 pieds.
Ce qui donnerait pour le périmètre, environ..
457 toises.
(2) Cette poterne est , comme l'on sait , dans une des tours de la porte principale.
(3) Dans l'arrachement de la seconde tour du nord-est.
(4) A l'ouest , entre la septième tour et l'arrachement de la sixième.
(5) Au nord de la 7. e tour.
(6) II pouvait y avoir beaucoup d'autres poternes ; mais elles nous sont encore inconnues.
f
ANTIQUITÉS
i8a
CHAPITRE III.
Du château de Bairière et dé ses dépendances (i).
IJE château de Barrière et ses dépendances avaient pour base le mur
de la citadelle , sur lequel ils formaient ùrie ligne de constructions de
près de 5o toises de longueur. Ils étaient diamétralement opposés au
château de Périgueux , et sans doute le bâtiment principal tenait la
place d'un vrai château romain , ou d'une large plate-forme qu'on avait
dû établir a cette extrémité de l'enceinte pour en faciliter la défense.
Quoi qu'il eh soit , le corps-de-logis de ce château , construit dans le
moyen âge , n'existe plus ; mais on ne peut douter que sa forme ne
fût un carré long, et l'on voit qu'il était flanqué de deux tours, élevées sur les tours antiques de la citadelle.
Une de ces tours subsiste encore, et conserve même une hauteur
considérable; elle est ronde vers l'extérieur de l'enceinte, et carrée du
côté de l'intérieur. Chacune des pierres dont elle est formée offre un
parallélogramme rectangle de la longueur de 6 pouces a pied 3 pouces , sur une hauteur de 2 à 5 pouces ; et , de distance en distance,
des pilastres ou espèces de contre-forts , de
pouces de saillie sur
2 pieds 5 pouces de largeur , consolident ce monument de trois cotés.
C'est la manière de bâtir des io. e et n. e siècles. Ainsi l'ancien château de Barrière fut construit à-peu-près à la même époque que certaines parties de celui de Périgueux. Quant aux ouvertures qui éclairaient la tour, elles n'ont point toutes été faites dans le même temps,
et ne sont nullement symétriques. Les unes paraissent dater de l'époque où cette tour elle - même fùt bâtie , tandis que les autres annon-
1
10
cent les derniers temps du genre gothique.
Le corps du château fut sans doute entièrement détruit pendant les
(1) Voyez la planche XVII.
DE VÉSONE.
Î 83
guerres que la ville eut à soutenir dans le i4-° siècle; du moins estil certain qu'une construction de cette époque l'a remplacé , et s'est
prolongée jusque sur la courtine qui vient immédiatement après, du
côté du nord. Nous voyons encore les ruines de cette seconde construction : elle fut détruite parle feu, en 1677, et n'offre plus maintenant que de vastes masures recouvertes d'arbustes et de lierre.
C'est au nord de ces masures, et toujours sur la méme ligne, que
se trouve l'habitation actuelle ; c'est lk surtout que l'on doit fixer ses
regards, et c'est là que nous devons entrer dans quelques détails.
Le principal bâtiment de cette partie de l'ensemble est un parallélogramme rectangle dont la longueur est de 70 pieds , et la largeur
de 26 pieds ou environ. Les murs de ce carré long s'élèvent à une
hauteur considérable , et ils ont été refaits presque en entier vers le
commencement du n. e siècle, ou peut- être même un peu antérieurement à cette époque.
Une cave occupe tout le bas de l'édifìce : elle est , comme l'extérieur
des murs refaits , et comme la tour méridionale , toute construite en
petites pierres plates et longues. Des corbeaux , distans les uns des autres d'environ 3 pieds, sont placés a la hauteur de 7 pieds , et la voûte
s'élève à près de 20 pieds sous clef : en un mot, tout annonce que
cette cave n'était point destinée à un usage ordinaire , et , s'il en fallait d'autres preuves , il nous suffirait d'ajouter qu'on a retiré de son
intérieur , a diverses époques , plusieurs tombeaux en pierre. Ainsi c'était un véritable caveau de sépulture , destiné saus doute â la famille
qui possédait le château.
Quant à Fétage supérieur , son usage ne saurait être plus incertain
que celui de la cave. C'était évidemment une chapelle dépendante de
l'habitation , et dont le caveau n'était qu'un accessoire. Le mur qui est
du côté du levant nous fournirait la preuve de cette assertion s'il en était
besoin; car, non-seulement ses grandes arcades dont l'intérieur , renfoncé de 10 pouces, offre au centre une étroite lucarne assez élevée
pour éclairer ce même étage supérieur, mais encore l'absence d'autres
ouvertures , tout annonce un édifice sacré , dont la construction doit remonter au io. e ou au n. e siècle.
184
ANTIQUITÉS
Au surplus, on peut d'autant moins douter de la destination de la
partie supérieure de cette construction, que son intérieur était parsemé
de larmes peintes en rouge, et que nous-mêmes nous nous ressouvenons d'en avoir vu autour de la vieille porte qui y donnait entrée (i).
Ainsi il ne peut exister aucune incertitude sur l'ancien usage de l'habitation actuelle , et il ne nous reste plus qu'à donner quelques détails
sur celui de ses murs qui est du côté de l'ouest , et dans lequel on distingue , de même que dans la tour qui lui est contiguë , diverses constructions qui le rendent 'très-remarquable.
Le mur de la citadelle sert de base à cette façade , et c'est nécessairement sa partie la plus antique. Les premières assises au-dessus des
grosses pierres se composent, du côté de la tour et dans une assez
grande étendue , de petites pierres carrées taillées en pyramides dans
l'intérieur du mur , et absolument dans le genre de celles des grandes
entrées de l'amphithéatre ; seulement elles ne sont pas aussi bien jointées
et n'ont point de losanges figurées sur leur parement extérieur. La largeur de ces pierres est de .... pouces. .... lignes , et leur hauteur de ....
pouces .... lignes.
De distance en distance , des cordons de deux briques de moyenne
épaisseur séparent les petites pierres; c'est-à-dire qu'au-dessus des 7 ou
8 premières assises de ces pierres vient un cordon de briques sur lequel sont encore cinq assises de pierres surmontées d'un second cordon, qui lui-même sert de base à cinq autres assises de pierres, audessus desquelles est un troisième cordon. C'est entre les croisées que
l'on remarque ce genre de construction : il paraît remonter vers la fin
du 3. e siècle.
On voit également au-dessus de ce troisième cordon quelques assises
de petites pierres , mais elles y sont placées à la hâte et sans aucune
régularité. Ainsi on doit considérer leur arrangement comme un autre genre de construction postérieur de quelques années à celui dont
nous venons de parler.
(1) Cette porte était cintrée ; elle a été refaite depuis sous une autre forme.
DE VÉSONE.
Î 85
Plus haut ce sont des pierres brutes placées diagonalement en assises , et posées de façon que l'assise supérieure est mise en sens inverse de l'inférieure : c'est ce qu'on appelle une construction en ailes
de fougère, et ce genre de bâtir, dont on trouve ici de fréquens exemples ,
pourrait, dans le monument qui nous occupe, remonter au 9." siècle.
Quant a la portion de mur qui est le plus au, nord, elle remonte
évidemment au io. e ou au ii. e siècle. Ainsi un seul côté de l'habitation actuelle offre cinq constructions bien distinctes non compris les
restaurations modernes.
La tour qui est à côté présente à-peu-près le même intérêt sous ce
rapport. Jusqu'à la hauteur de près de 30 pieds, c'est la tour de la citadelle. Immédiatement au-dessus des grosses pierres est une construction en petites pierres carrées comme entre les croisées de la façade
que nous venons de décrire. Des cordons s'j distinguent également ;
mais ils offrent cela de singulier, qu'ils sont eux-mêmes composés de
petites pierres carrées et de carreaux de briques parfaitement pareils
aux pierres et entremêlés régulièrement avec elles.
Au-dessous du premier cordon les pierres forment quatre assises. II
y en a trois au-dessous du second , et deux immédiatement au-dessus.
Le troisième cordon est composé de briques de moyenne épaisseur.
Au-dessus sont encore de petites pierres en trois assises, sui-montées
d'un quatrième cordon différent des trois premiers en ce qu'il est formé
d'un rang de grosses briques et d'un rang de briques très-minces , placés immédiatement l'un sur l'autre. Enfin, ce dernier cordon est luimême surmonté de deux assises de pierres peu régulières , et d'un
cordon d'une ou de deux briques, au-dessus duquel sont encore quelques rangées de pierres , et là finissent les restes de la tour.
Depuis les grosses pierres jusqu'au quatrième cordon exclusivement ,
c'est le même genre de construction , et nous croyons que ce genre
peut remonter vers le milieu du 4- e siècle ; du moins est -il certain
qu'il n'est pas aussi ancien que celui que nous avons décrit le premier au-dessus des grosses pierres du mur de façade , et qu'il approche plus des siècles barbares.
ANTIQUITÉS
Au-dessus du quatrième cordon c'est encore un genre différent. Les
pierres y sont , comme nous venons de le dire , posées avec beaucoup
de négligence , elles sont même presque brutes , et les cordons qui
les séparent diffèrent essentiellement de ceux qui sont au-dessous , ce
qui semblerait pouvoir se rapporter vers le milieu du 5. e siècle ou
x
environ.
186
Sur le premier cordon étaient non-seulement de petites ouvertures
en cintre , d'environ i pied de hauteur , mais encore des espèces de
fenêtres ou meurtrières qui s'élevaient jusqu'au quatrième cordon , et
qui offraient cela de très -curieux , qu'elles étaient évasées par le haut
et par le bas de près du double de leur largeur, c'est-k-dire que,, au
moyen de deux joues , le milieu de la baie se trouvait leur partie la
plus étroite (i). Les petites ouvertures, arrondies par le haut, devaient
être au nombre de trois : deux sur les flancs et une au centre. Elles
étaient recouvertes d'une longue pierre , ce qui semble annoncer que
leur largeur était beaucoup plus considérable du côté de l'intérieur.
Les grandes meurtrières , dont la largeur devait être aussi beaucoup
plus forte vers l'intérieur , étaient sans doute au nombre de deux ;
elles étaient placées entre les petites. II en subsiste encore une , qui est
entièrement fermée avec des pierres carrées et des carreaux de brique de même grandeur, placés alternativement, et de manière k ce que
le tout représente un échiquier. C'est sans doute Pavant-dernière construction romaine qui nous reste , et nous ne pouvons guère la rapporter qu'aux premières années du 5. e siècle.
Ainsi on retrouve au château de Barrière des constructions de presque tous les âges. Le mur de la citadelle est évidemment du 3. e siècle;
il ne peut avoir été élevé antérieurement, puisque parmi les nombreux
débris de monumens dont il est composé , il en est qui ne peuvent
appartenir qu'a cette même époque. Quelques parties du mur de l'habitation actuelle semblent remonter au règne de Probus, ou peut-être
aux premières années du 4- e siècle. Immédiatement au-dessus des fenê-
(i) Cet élargissement des grandes meurtrières n'est point indiqué sur la planche , et on n'y trouve
non plus aucune trace des petites ouvertures dont nous venons de parler.
DE VÉSONE.
l8?
tres est un reste de construction faite a la hâte , et paraissant être un
peu plus rapprochée de nous. La première construction en petites
pierres , dans le haut de la tour , nous paraît se rapporter au milieu
du 4 e siècle ; celle qui ferme la grande meurtrière peut avoir été faite
une quarantaine d'années plus tard , c'est-à-dire vers la fin du 4- c siècle ou dans les premières années du 5.° ; et ce qui reste au-dessus des
meurtrières , tout-à-fait dans le haut , annonce le milieu de ce même
5. e siècle ; ce qui fait en tout six constructions antiques faites à des
époques différentes.
Cependant on reconnaît dans le haut de la façade que nous venons
de décrire une construction du g. c siècle ou des commencemens du io. e
Le mur qui est du côté opposé, ainsi que la haute tour encore subsistante à l'est du château gothique, paraissent remonter au io. e ou au
1 1 . e siècle. On trouve au vieux château des constructions du commencement et de la fin du i4- e siècle. On en voit de différens côtés des
i6. e et 17.° siècles, et il y en a même de nos jours.
Tels sont les restes du château de Barrière, et c'est à l'ouest de ce
château que l'on peut se faire une idée juste de leur imposant aspect.
C'est là que l'on peut jouir de la vue de leur ensemble , surtout si
l'on s'y transporte au moment du coucher du soleil. D'abord l'on est
agréablement surpris de l'effet pittoresque que produit cette longue
ligne de masures colorées des derniers rayons de l'astre du jour , et
l'intérêt s'augmente encore quand on aperçoit ce travail de tant de générations ; car peut-être dans aucune autre partie de l'ancien monde
il n'existe une réunion si extraordinaire de dix ou douze constructions
différentes , dues à des époques parfaitement marquées. Le dessin ne
peut rendre la physionomie de ces édifices ; c'est toujours sur les lieux
que nous devons les voir et les étudier , si nous voulons qu'ils produisent de vives sensations sur notre ame.
1
ANTIQUITÉS
i88
CHAPITRE IV.
Champ de Mars de Vésone. — Postes romains du territoire
Pétrocorien. — Militaires de ce pays dont on trouve des inscriptions. — Goût de ses habitans pour l'art de la guerre.
IL ne reste plus de vestiges du champ de Mars où les Vésoniens allaient s'amuser et s'instruire dans les exercices militaires ; mais un
acte du 7 octobre i458 donne sa position (1). Cet acte contient Pacense faite par Arn. de Bourdeilles, possesseur et seigneur du château
de Périgueux , à un bourgeois
de la ville du Puy-Saint-Front , de
Quandam plesduram vocatam de Marte , ...... sitam infra muros civitatis Petragor. , inter carreriam quâ itur de hospicio dicti domini
militis vocato de Petragor. (3) , versus monasterium Sancti-Stephani ,
çt versus Portam- Romanam.
etc. » C'est-à-dire « d'une certaine
place appelée P lace -de -Mars , située au-dessous des murs de la Cité,
entre le chemin qui va de l'hótel de Périgueux, appartenant audit seigneur chevalier, vers le monastère de Saint- Etienne et à la Porte -
(2)
K
Romaine
etc. »
Ainsi ce champ de Mars était situé au sud-est de la citadelle , entre
le château de Périgueux et ce que l'on appelait la Porte-Romaine. II
s'étendait sans doute au loin sur Pemplacement qu'occupent les jardins, et peut-être était -il borné, du côté de Pest, par la principale
façade du capitole.
Quant aux positions militaires que les Romains avaient choisies sur
(1) M l'abbé de Lespine a extrait cet acte du registre de Pindrac, f.° 34 r.°, archives de la mairie.
(2) Dans les anciens actes on ne donne pas les mêmes qualifications aux habitans de la ville et
à ceux de la cité : les premiers s'appellent toujours burgenscs ; les seconds, cives.
(3) Le château de Périgueux a été connu plus tard sous le nom de château de Bourdeilles, paíce
qu'il était dès-lors la propriété d'une famille de ce nom. II était, comme nous l'avons déjà dit,
situé sur le mur de la citadelle , à Test de l'église de Saint-Etienne.
DE VÉSONE.
ïSg
le territoire Pétrocorien , pour correspondre entre eux et d'une province à l'autre , il serait difficile de les indiquer toutes. Nous avouerons méme que nous n'en connaissons que quelques-unes , bien que
nous ne puissions guère douter que les mansions des voies n'aient souvent servi pour cet objet. Mais c'est plutôt ici des véritables castrum
que nous devons nous occuper.
Suivant la tradition , les vieilles tours de V ernodes , situées près de
Fayolle , auraient été un véritable castrum ; et quoique la construction de ces tours annonce qu'elles ont été élevées vers, la fin du
e
io. siècle, les médailles, les ustensiles et les autres curiosités antiques de ce genre qu'on y découvre chaque jour, semblent en effet
annoncer qu'il y eut jadis dans cet endroit un château romain.
On trouve de pareilles antiquités à Issigeac , à Excideuil , à Issac et
à Beleymas, près de Villamblard ; a Lalinde,à Thiviers, à Mareuil, etc.;
mais on ignore - si dans tous ces lieux il exista également des châteaux
forts. On'croit qu'il y en avait un à Montravel , et l'on y découvre
une grande quantité de débris de constructions romaines. C'est méme
dans ce dernier endroit qu'on a trouvé une mosaïque dont nous avons
parlé.
Les mêmes doutes ne peuvent exister pour le Puy-de-Chalus , entre
Bénévent (i) et Montpaon. Le mot puy, en basse latinité podium,
était employé pour désigner une montagne , un coteau , un tertre ; en
un mot , toute position qui dominait les terrains d'alentour. C'est ainsi
qu'on a appelé Puy-Saint-Front, le monticule où a été bâtie la ville actuelle de Périgueux; Puy-de-Dôme, une montagne qui, s'élevant audessus des volcans éteints de l'Auvergne , domine Clermont et toute la
Limagne , etc. Chalus , dans tous les anciens titres , est nommé Castrum- Lucii , dénomination qui semble annoncer que les Romains y
avaient bâti un fort , et les médailles qu'on a découvertes dans sa tour
confirment ce témoignage. Presque toutes ces médailles ont été dépo-
(i) Bénévent, qui n'est maintenant qu'un village , a été jadis une ville et une bastide fortifiée;
on y voit encore quelques traces des fossés qui défendaient ses murailles, et l'on y trouve, ainsi
qu'à Longa, des constructions antiques.
25
igo
ANTIQUITÉS
sées à Bordeaux (i). Élies appartiennent au règne de l'empereur Probus,
ce qui porterait à penser que si le castrum de Chalus n'a pas été fondé
par ce dévastateur des Gaules , du moins il existait dans le Bas-Empire.
Quant aux constructions qu'on vient d'y abattre tout récemment, et
que l'on croyait être dues aux Romains , nous ne les avons pas vues ,
nous ne pouvons en rien dire de certain.
Enfin, on prétend qu'une tour du château de la Rigale, sur Dróne,
est aussi de travail romain , et qu'elle a fait partie d'un castrum ; mais
nous ne pouvons rien garantir a ce sujet. Occupons -nous des inscriptions des militaires Pétrocoriens.
Nous ne connaissons encore que trois inscriptions trouvées ici , qui
désignent des militaires ; la première est celle de ce Tibère-Pompée qui
est qualifié de tribun d'une légion que l'inscription trouvée à Lyon indique pour être la cinquième. La seconde est celle d'un Pompéius-Syrus ,
affranchi de Sextus , et membre de la même légion (2). La troisième ,
enfin, que nous possédons encore, et que nous allons transcrire, est
un cippe sépulcral où l'on avait assez bien sculpté un buste de femme ,
et sur le couronnement duquel était une rosasse. Malheureusement
cette espèce d'autel est resté trop long-temps a la disposition des écoliers , qui ont presque détruit la figure et ont fort endommagé plusieurs lettres de l'inscription.
N.° 96. — Au Musée.
IV LIA. G. F. PRIS®
G IVL. MAXSIMAS'
MIUS.FR4T.D. S.D '(5)
Si l'on n'a encore retiré des ruines de Vésone que trois inscriptions
fi) Par feu M. Jourdain de Montpaon.
(2) Voyez, pour le premier personnage, les n os 80 et 81 de nos inscriptions , tom. 1." , p. 44 a
et
et 443 i et pour le second , le n.° 55 , tom. 1 . , p. 296.
(3) Le faire de cette inscription, ses lettres doubles , ses points et ses accens annoncent le second
siècle. Ses points surtout sont remarquables en ce que, dans quelques endroits, ils sont doubles et
placés de cette sorte : •!■ . Au surplus, ceux qui sont à la fin des deux premières lignes étaient
parfaitement inutiles et contraires á Tusage.
DE VÉSONE.
ICjI
où il soit question de militaires , il en a été découvert ailleurs qui
font connaître quelques autres hommes de guerre de notre province.
On voit une de ces inscriptions a Manheim ; nous en avons parlé a l'occasion du N.° 74(1); ki voici telle que nous Pavons lue en 1790:
N.° 97. — Au Musée de Manheim.
ADBOGIVS. COL
N AGI. F. N A. PETR
VCORIYS. EQ. AL
RVSONIS. AN
XXIIX. STI. X
HIG. SITVS. EST
EX. TESTAMEN
TO. LIBERTVS
FECIT .co
Cette insmption , trouvée à Mayence en 1 731 , devant la porte qui
conduit à Zulback , et sur le penchant de la montagne , a été transportée, en 1766, a Manheim, dans le cabinet de l'électeur palatin. Le
cippe sur lequel elle est gravée a 4 pieds 6 pouces de haut sur 20 pouces
de large. A la page 248 de la Chronique de Mayence, le père Fuchs
dit que dans la 34- e année de notre ère , Abudius Ruso commandait
Paile de cavalerie dont Adbogius était membre; et M. de Lamey, garde
du cabinet de Manheim , pense que cet Adbogius était parent de Ruson; qu'ils étaient tous deux Périgourdins. Adbogius, fds de Colnagus,
Pétrocorien de nation, chevalier de Paile de Ruson, mort à 28 ans,
après 1 o ans de service , devait être un homme distingué , puisqu'il
avait des esclaves , et que c'est son affranchi qui lui élève un monu(1) Voyez tom. i. er , p. 422.
(2) A la première ligae on peut lire COL , ou COI.
ANTIQUITÉS
iQ2
ment et fait placer son corps dans le lieu qu'il avait lui-même désigné
par son testament. Voilà tout ce qu'on peut dire de cet individu dont
la famille , peut-être gauloise d'origine, n'est qu'imparfaitement connue,
malgré le monument que nous venons de citer et celui dont nous
avons déjà parlé dans le tome
er
i.
N.° 98. — Trésor de Muratori , t. 1, p. 1069 (1).
C. IVLIO
SE:VERO
PETRYGORIO.
C'est peut-être a tort que nous plaçons parmi les monumens militaires cette inscription, ainsi que quelques autres ; cependant il pourrait se faire qu'elle ne fût que le commencement d'une inscription plus
longue , et que la fin marquât le grade militaire du personnage. Mais
objectera-t-on que ce monument a été trouvé à Fréjus, et qu'à moins
d'une nécessité urgente , les Romains ne tenaient point de troupes dans
l'intérieur de leur empire, surtout dans les régions qui, ainsi que la
Provence, leur étaient soumises et affectionnées depuis long - temps ?
Nous ne répondrons rien de positif à cet égard ; car il serait très-possible , en effet , que ce C. Julius , surnommé Sévérus , eût été revêtu
d'une charge civile qui l'aurait retenu loin de son pays natal. Au surplus , le mot Petrucorius ne laisse aucun doute sur la patrie de ce personnage, que le seul nom de Julius nous aurait fait réclamer ; car nos
inscriptions font connaître un grand nombre d'individus de la famille
Julia, qui devait être considérée en Périgord, puisqu'elle y possédait
plusieurs charges et des places honorables (2). C'est le marquis Maffey qui a trouvé et conservé l'inscription que nous venons de donner
d'après Muratori.
(1) Cette inscription a été trouvée à Fréjus.
(2) Ce C. Julius du Périgord porte le surnom de Severus , comme un autre Julius, sous Né
ron, portait celui de Vindex , ou Vengeur.
DE VÉSONE.
"N.° 99. — Gruter, p. 572, n.° 3. (Apud vêtus Perith. , in
Cumbriâ ) .
A
C AD V N O
YLP (1). TRAI
EM. AL. PETR
MAR T I Y S
F. P. G
II ne reste de la première ligne de cette inscription que la lettre A.
La seconde ligne pourrait être entière , et le mot Cadunus semble provenir dé Cadunium (Cadoin ), lieu fort connu en Périgord, et où a été
depuis une abbaye célèbre. C'était peut-être le patrimoine des Cadurd.
Cadunus-Petrucorius , c'est-à-dire Pétrocorien, était émérite d'une aile
de la légion Vlpia-Trajana ; et c'est un Martius , son frère ou son fils ,
qui lui élève un monument : F. P. C. (Jilius ou frater ponendum curavit).
N.° 100. — Gruter, p. 922, n.° 11. ( Métis apud Lepidum ,
in arâ, supra irnaginem).
D
.
M
;I. SECVNDVS. OVSAV
' -/ : NA .-.v ; v. POI .V.V/V.
P O R .V.V.V.V.V.V. V. < V
Cette inscription est en trop mauvais état pour qu'on puisse la rétablir ; et si nous la plaçons parmi les monumens militaires , c'est qu'elle
a été trouvée à Metz , ville qui n'était pas assez éloignée des frontières
de l'empire romain , pour ne pas recevoir souvent des garnisons.
II est d'autant plus certain que ce Julius-Secundus nous appartient ,
ig4
ANTIQUITÉS
que le nom de sa patrie suit immédiatement le sien. II n'était même
pas seulement Pétrocorien, il était habitant deVésone ( OVSAVNAAZWÍ);
et ce mot nous donne une nouvelle manière d'écrire le nom de notre
métropole.
Telles sont les inscriptions qui appartiennent ou semblent appartenir
à nos militaires ; et certes il nous reste beaucoup de choses à désirer
sur cet objet ; mais forcés de nous resserrer dans ces courtes observations, nous ajouterons seulement, pour la gloire des temps modernes, que le Périgord est peut-être , de toutes les provinces de France,
celle qui a le mieux conservé le caractère martial des Gaulois nos ancêtres. Nous ne croyons pas exagérer en disant qu'avant la révolution elle fournissait seule à l'armée plus de six cents officiers de toute
arme et de tous grades , depuis celui de maréchal de France jusqu'à
celui de sous - lieutenant ; qu'il y avait plusieurs milliers de soldats de
ce pays engagés volontairement dans les troupes ; et que si les réquisitions et les lois de la conscription (i) ont amorti cette ardeur guerrière , quelques années de paix et de tranquillité rallumeraient ce beau
feu qui a toujours brûlé dans les cœurs Périgourdins.
CHAPITRE V.
Camp-de-César , situé sur la Boissière , au midi de Vésone.
Si les monumens que nous avons fait connaître dans le cours de cet
Ouvrage ont donné une idée avantageuse de la capitale des Pétrocoriens, et peuvent contribuer à faire débrouiller son histoire particulière,
peut-être^aussi les éclaircissemens que nous donnerons sur les camps
antiques qui la cernaient ne seront-ils pas inutiles , et ajouteront-ils à
l'opinion qu'on a dû se former de l'importance et de la vaste domination de cette métropole. On sera même obligé d'avouer que, pour l'as(i) Ces diverses levées de troupes ont fait sortir du département de la Dordogne plus de cent
cinquante mille hommes.
DE. VÉSONE.
ig 5
sujettir, les Romains surent prendre les moyens militaires les meilleurs
et les plus ingénieux.
Le camp le plus proche de la -ville est celui que l'on voit sur la Boissière; il est connu sous le nom de Camp-de-César (i). Séparé de Vésone seulement par la rivière de Pille , et situé sur un coteau qui
dominait a la fois cette ville et son faubourg de Vieille - Cité , il était
inaccessible presque de toutes parts (2),
> Le coteau est en effet fortement escarpé au nord, à l'est , au sud,
et même dans sa plus grande étendue du côté de l'ouest. Ce n'est qu'en
un seul point du nord-est , et sur la continuation de la croupe du sud •
ouest , qu'il est facile d'aboutir a son sommet ; et ce furent ces parties
faibles, jointes à quelques autres irrégularités du site, qui fournirent
aux Romains l'occasion d'employer tout l'art de la castramétation qu'ils
connaissaient si bien.
Le camp est placé sur le coteau. Un rempart d'environ a5 pieds
d'élévation vers le dehors le séparait du reste de la montagne au couchant , et le défendait ainsi du côté le plus accessible. Ce rempart , dont
les terres ont été prises extérieurement au camp , dans une largeur de
plus de i5o pieds, prend naissance dans l'escarpement du midi, se
prolonge assez en avant vers le nord en décrivant une ligne un peu
courbe, et se rattache par un angle presque droit à un second rempart,
également fort élevé, qui se dirige au levant. C'est vers le milieu de
son cours qu'on distingue la porte décumane , c'est-à-dire celle par
laquelle on pouvait sortir et recevoir des secours.
Ce retranchement n'embrassait , comme l'on voit , qu'une partie du
côté de l'ouest ; il s'arrête à une espèce de ravin, et c'est là qu'il change
de direction. Sans doute les Romains crurent un si fort rempart inutile sur le penchant du coteau, où la nature semblait, pour ainsi dire,
avoir assez fait pour la défense. Un rempart d'une médiocre hauteur
(1) La plupart des camps romains sont connus sous cette dénomination.
(2) Pour suivre cette description , il faut jeter les yeux sur la carte générale , pl. I. re , lett. P. et
Q , en observant toutefois que , par erreur , on a trop resserré le camp dans les parties du midi et
du sud-est, c'est-à-dire que le coude de la montagne est trop obtus, et n'est pas suffisamment prolongé.
t 96
ANTIQUITÉS
pouvait suffire, et on suit aisément les traces de ce rempart presque
depuis le grand retranchement dont nous venons de parler jusqu'à l'angle de la montagne, au nord-ouest du camp, là même où se remarquent
deux épaulemens considérables , et c'est surtout de ce côté qu'on les
distingue parfaitement (i).
Mais ces divers retranchemens n'étaient pas la seule défense des Romains du côté de l'ouest ; il y avait presque tout le long du grand et
du petit rempart des ouvrages avancés , encore assez apparens pour
qu'on ne puisse nier leur existence. Ils se remarquent surtout au nord
de la porte décumane , c'est-à-dire entre cette porte et l'angle du grand
retranchement. Ils y forment deux lignes distinctes presque parallèles.
Leur extrémité du nord aidait à défendre une autre porte décumane
qui , placée sous l'angle des deux grands remparts , donnait issue à la
partie septentrionale du camp.
Quant aux deux épaulemens du nord-ouest , ils étaient d'autant plus
nécessaires sur cette espèce de cap, que la pente n'y est pas très-rapide, et il était bien important de défendre ce point dominant, puisqu'il aboutissait presque directement à la rivière , et aurait ainsi communiqué facilement à la ville. Les coupures sont à environ 5oo pieds
l'une de l'autre ; leur largeur est de plus de 3o pieds.
Tel était le système de défense vers l'ouest. Au nord et au sud on
distingue les vestiges d'un petit retranchement appuyé de quelques
ouvrages extérieurs. Au reste , ces deux côtés n'avaient pas grand
besoin des ressources de l'artj la nature avait amplement pourvu
à leur sûreté par des escarpemens rapides. Le côté du sud -est seulement , et la partie de l'est qui l'avoisine , pouvaient être d'un facile accès ; car c'est sur ce point de la circonférence du camp qu'un
petit vallon descend du coteau vers la rivière et se prolonge jusqu'au
port de Campniac. II pouvait donc être de la plus grande conséquence
de fortifier ce côté avec soin. Voici comment les ingénieurs romains
s'en' acquittèrent :
(i)
Les pentes de la montagne ayant presque toujours été cultivées, on conçoit que les terres
ont dû se niveler et le rempart continuellement diminuer de hauteur.
DE VÉSONE.
, 97
Le sort retranchement qui est du côté de l'ouest se dirige du sud
au nord, fait un coude , comme nous l'avons dit, se prolonge a l'est et
tx-averse le camp. Dans le prolongement le rempart a jusqu'à 3o pieds
de haut, et plus de 80 pieds d'épaisseur. Vers le milieu de son cours
est une lax-ge pox'te, et il s'arrête au petit vallon dont nous venons de
par-ler, offrant à son extrémité un développement plus considérable,
ce qui semblerait annoncer qu'il y servait de base à une espèce de
fort. De là partait un rempart qui se dirigeait vers le nord. On en suit
aisément la trace ; mais , placé comme celui de l'ouest , la culture des
texTes l'a presque entièrement fait disparaître.
La croupe qui sépare le petit vallon du camp de celui de VieilleCité est accessible de toutes parts, sux-tout vers les Rocs et vers le pox't
de Campniac. Elle est en outre domiixée par le coteau d'Ecornebceuf où
était assise une citadelle gauloise ; il était donc important de défendre
parfaitement ce point , ce qui ne pouvait se faire qu'au moyen de la
continuation du rempart dans la direction de l'est ,■ et si cette partie
est presque totalement détruite , on ne doit point exx conclure qu'elle
n'exista jamais. Nous devons au contraire supposer qu'à côté du petit
fort que nous croyons avoir été construit sur le rempart, à la naissance
du petit vallon du camp , il y avait une pox-te spacieuse, au moyen de
laquelle on pouvait effectuer des sorties et descendre à la rivière 3 qu'ensuite le rempart continuait en se recourbant un peu sur la droite jusqu'à l'escarpement du coteau sur le vallon de Vieille-Cité.
II n'est pas douteux que cette partie du retranchement n'ait existé,
puisque sans cette fortification le côté le plus faible du camp serait resté
sans défense , ce qu'on ne peut supposer de la part d'un peuple aussi
vei-sé que les Romains dans toutes les pax'ties de l'art de la guerre.
S'il en reste peu de chose, c'est que , comme nous l'avons déjà dit ailleurs (1), les ouvrages qu'on avait élevés sur ce point durent être détruits
par les vives attaques que les Vésoniens y dirigèrent. Au surplus , lorsqu'on examine le terrain avec attention, on suit aisément la trace du
(1) Voyez la-dessus les deux chapitres où nous avons parlé de la citadelle gauloise , t. i
Voyez aussi les chapitres suivans.
26
p. 202.
198
ANTIQUITÉS
rempart sur toute la largeur de la croupe qui sépare les deux vallons.
On remarque même qu'il formait , avec celui qui se dirigeait au nord ,
un angle très - rentrant , au sommet duquel était la porte (i). Quelques légers amoncellemens de terres, et quelques talus qu'on remarque plus bas , ne nous permettent même pas de douter qu'il n'y ait
eu des ouvrages extérieurs , et le plateau qui servait de base a un monument gaulois a pu lui-même avoir été employé comme avant-poste.
Ainsi le camp se trouvait défendu de toutes parts ; ainsi les Romains
avaient opposé a l'ennemi , non-seulement toutes les espèces de fortifications qu'ils mettaient ordinairement en usage , mais encore divers
autres moyens dont ils se servaient peu et que nous avons cru devoir faire connaître ; tels que les deux épaulemens du nord -ouest, les
ouvrages avancés dont le camp était entouré presque de tous côtés ,
ces monceaux de terre qui se distinguent à mi-côte à l'est, au sud et
à l'ouest, c'est-à-dire sur le vallon de Vieille-Cité et sur celui qui conduit aux habitations de Gardonne et du Camp. Ces espèces de buttes,
extérieures aux remparts et même aux ouvrages avancés , semblent
marquer la place qu'ont occupée jadis de petits fortins, des espèces de
redoutes destinées à protéger les remparts et les pentes les moins escarpées du coteau. Ainsi il était difficile de mieux protéger les abords
d'un terrain qui non - seulement aboutissait à la rivière et par conséquent à la ville , mais qui en outre était voisin de la citadelle.
Ces moyens étaient ingénieux ; cependant ce que nous trouvons de
plus remarquable , c'est la disposition du rempart qui traverse le camp
presque dans le milieu , et vient former la base d'une espèce de château sur le bord du petit vallon. En effet, le camp se trouvait ainsi
divisé en deux parties , dont la plus grande était au midi et la plus
petite au nord. Cette dernière dominait la ville ennemie , et pouvait
facilement communiquer avec la première, au moyen d'une large porte
laissée dans le rempart qui les séparait. L'une et l'autre de ces parties
étaient sans doute occupées par les légions romaines , et elles Tétaient
([) Voyez sur la carte générale les lignes ponctuées; elles indiquent cette portion du retranchement ; mais malheureusement elles le rendent mal. C'est M. de Mourcin qui a remarqué le premier une grande partie de ces petits remparts.
DE VÉSONE.
ig9
avec sécurité , puisqu'elles se soutenaient réciproquement , se prêtaient
un mutuel secours , et formaient ensemble comme deux espèces de citadelles.
Le rempart de l'ouest a été formé , comme nous l'avons déjà dit ,
avec les terres de l'extérieur , et celui qui partage le camp l'a été
aux dépens de la partie du sud, qui, pour cette raison , se trouve, tout
le long du retranchement , plus basse que celle du nord. En sorte que
pour aller du nord au sud , en traversant cette branche des fortifìca.tions par la porte qui est réservée dans le milieu , il faut descendre
de plusieurs pieds.
Au premier abord, de pareilles dispositions peuvent paraître étonnantes ; mais ne pouiTait-on pas reconnaître dans tout ce travail une
précaution bien entendue de la part des ingénieurs romains ? En effet ,
les deux parties du camp étaient sans doute occupées par les légions ,
et dans le cas où l'ennemi se serait emparé de l'une , on pouvait se
défendre dans l'autre encore long - temps. Si , par exemple , l'ennemi
pénétrait par les épaulemens du nord-ouest, on pouvait se retirer vers
le sud et s'y maintenir. Si , au contraire , le camp était forcé du côté
du sud-ouest , c'est-à-dire vers les coteaux contigus , ou si , comme cela
est arrivé , il était assailli vis-à-vis de la citadelle gauloise , les légions
avaient un refuge du côté du nord , et pouvaient s'y défendre comme
dans une forteresse.
Tout nous annonce que les Gaulois dirigèrent en effet de vives attaques contre les Romains , et que ceux-ci furent forcés de se concentrer dans la partie du nord. Ce fut peut-être alors que le rempart qui
partage le camp fut élevé à une hauteur si considérable , et il ne serait pas impossible qu'avant ce moment un fossé large et profond eût
existé de ce même côté tout le long de son cours.
Ces attaques des Gaulois et cette espèce de retraite des Romains
nous semblent prouvées par la destruction des ouvrages que ces derniers avaient établis du côté du levant , et principalement par l'existence d'une petite tranchée qui sépare le rempart de l'ouest de celui
qui partage le camp; car une semblable coupure ne pouvait avoir pour
objet que l'isolement d'une partie du coteau.
20o
ANTIQUITÉS
Si ces dispositions particulières sont remarquables et font honneur
au génie du peuple romain, elles annoncent aussi que ce peuple craignait les Gaulois , du moins les Pétrocoriens et les habitans de Vésone, qui devaient avoir une si grande influence dans leur vaste ressort.
Mais ce qui paraîtra le plus extraordinaire , c'est que , comme on en
verra bientôt la preuve , les Vésoniens tentèrent ces attaques hardies
et vigoureuses malgré le blocus sévère et compliqué (i) où les tenait
l'ennemi , et quoique ce blocus fût disposé et resserré de façon qu'il
ne restait , pour ainsi dire , aucun moyen de le faire lever.
Au reste, ces efforts des Vésoniens pour secouer le joug surent
des plus meurtriers (2) ; nous en avons la preuve , puisqu'on ne peut
remuer la terre dans ces lieux , non plus que sur le coteau de la citadelle et dans le vallon de Vieille- Cité qui la séparait du camp romain , sans y découvrir des traces évidentes et nombreuses de mort
et de destruction. Partout ce sont des ossemens, du charbon, des morceaux d'urnes cinéraires , des armes brisées , et toutes sortes d'autres
indices de grandes catastrophes.
Les Romains surtout paraissent avoir éprouvé des pertes considérables , du moins si l'on en juge par les places des bûchers où furent
brûlés leurs morts. Elles se distinguent assez bien en divers endroits,
mais principalement sur le penchant du coteau , à l'est et au sud ; et
bien que les ravines et le travail de l'homme aient dispersé les terres,
en aient beaucoup entraîné dans le vallon , les cendres s'y reconnaissent encore , notamment sur deux petites esplanades faites dans l'escarpement du sud-est, c'est-à-dire sur le vallon de Vieille -Cité. C'est
surtout vers ces esplanades qu'on trouve une grande quantité de débris d'urnes cinéraires (3).
Ainsi l'on ne peut douter que l'armée romaine n'ait éprouvé de vives
(1) Voyez les trois chapitres suivans.
(2) Voyez ce que nous en avons dit dans les deux chapitres où nous parlons de la citadelle gauloise , et ailleurs.
(3) Nous conservons même une urne presque entière ; elle est au Musée.
DE VÉSONE.
a01
attaques de la part des Vésoniens , qui même paraissent s'être emparés
de la partie méridionale du camp (i) ; mais quelques efforts qu'ils aient
pu faire , et quelque perte qu'ils aient fait essuyer à l'ennemi, il est
évident qu'ils n'ont pu le déloger de la partie du nord -, puisque le
rempart qui partageait le camp est encore intact , et que la ville et tout
le pays ont été soumis.
Au reste , cette position fut sans doute long-temps occupée par les
légions romaines ; du moins c*fe qui semble le prouver , c'est qu'on y
retrouve des traces de tous les établissemens que les Romains se procuraient dans les camps où ils étaient à demeure. Un temple même
était à portée; il était situé près de Coulouniers. Nous en avons déjà
parlé (2).
Tels sont les détails que nous avions à donner sur notre Camp-deCésar. S'il pouvait y avoir des gens assez incrédules pour nier l'existence de ce camp romain , après toutes les preuves que nous en avons
données, nous leur demanderions d'où proviennent ces nombreuses
meules de moulins à bras qu'on déterre chaque jour dahs l'enceinte
du camp et qu'on sait appartenir aux Romains (3) ? Nous leur demanderions également d'où provient cette immense quantité de fers de flèches qu'on déterre partout, bien que depuis dix-huit siècles on en ait
• (1) Si les Vésoniens ne s'étaient pas maintenus dans la partie méridionale du camp, jusqu'à leur entière reddrtion , les Romains , après les en avoir chassés , n'auraient eu rien de plus pressé que d'en
rétablir les fortifications; or, elles sont presque entièrement rasées, et on reconnaît la coupure du
retranchement de l'ouest.
(2) Voyez tom. i.", p. 323.
(3) La plus grande partie de ces meules sont formées d'une espèce de pierre fort dure et très-caillouteuse, dont on trouve la carrière à Cantillac, près de Brantôme. Du réste, leur nombre est trèsconsidérable : on en voit quatre ou cinq au jardin du Sol de la Dixme ; M. Jouannet en possède
plusieurs; M. de Mourcin en a sept ou huit, dont deux forment un moulin complet ; enfin, nous
en avons au Musée au moins une douzaine , dans le nombre desquelles se trouvent également les
deux meules d'un même moulin. Nous conservons aussi au Musée une meule ciselée de rainures profondes , tirées régulièrement du centre à la circonférence ; sans douLe certains moulins étaient ainsi
façonnés pour monder l'orge et les autres grains auxquels on voulait faire subir cette opération.
Pour ce qui regarde le nombre de ces meules, j'ajouterai qu'avant la révolution j 'en ai vu beaucoup d'employées en pavés, dans l'intérieur des habitations voisines du camp ; leur diamètre moyen
est d'environ un pied.
202
ANTIQUITÉS
constamment employé k faire des clous? II existe encore un grand
nombre de ces divers objets (i).
L'aigle romaine dont parle le comte de Caylus venait aussi probablement de notre Camp -de- César , où sans doute elle était employée
comme enseigne ; et la place où il assure qu'elle fut trouvée (2) , peut
faire conjecturer qu'elle avait été enlevée par nos Gaulois.
CHAPITRE VI.
Camps alliés entourant la cité de J^ésone.
UN seul camp, dans une position aussi forte que celle que je viens de
décrire , et commandant la ville si avantageusement , aurait offert aux
Romains une garantie suffisante contre les efforts d'une cité ordinaire j
mais les assaillans' connaissaient trop bien sans doute la puissance, les
ressources et la population de notre métropole ; ils craignaient trop
son ascendant sur les Gaulois , avec lesquels la haine de toute domination étrangère rendait sa cause commune ; ils redoutaient son influence et ses droits sur un vaste ressort dont les peuples s'étaient
indubitablement empressés de répondre à son appel et d'envoyer un
fort contingent de troupes 3 en Un mot , les Romains virent trop de
difficultés à vaincre , pour s'en tenir à ces seules précautions.
Le camp de la Boissière n'investissait qu'un seul "côté de la ville, et
les conquérans voulaient ôter aux Vésoniens toute communication extérieure , tous moyens de secouer le joug. II fallait donc pour y réussir
établir d'autres camps qui , avec le premier , entourassent exactement
la cité métropole ; ces camps furent en effet placés , et ils le furent
presque aux trois autres points cardinaux.
(1) MM. de Mourcin , Jouannet et moi nous possédons quelques-uns de ces fers de flèches, ainsi
que quelques fers de lances et de javelots,
(a) Près de la Tour-de-Vésone. Voyez tom. i. ei , p. 365.
DE VÉSONE.
2o5
Le premier , situé au sud-est , était distant de Vésone d'environ une
lieue. Son emplacement est désigné dans les vieux titres sous le nom
de Campus-AsLuriorum , le camp des Asturiens. La tradition confirme
qu'il y a eu en effet un camp sur cette hauteur où est maintenant un
bourg qu'on nomme Atur, et anciennement Âstur.
Le second est au nord de la ville, et en est aussi éloigné d'environ
une lieue. La tradition et les anciens titres le nomment Campus-Sabinorum, le camp des Sabins. L'idiome du pays a peu changé cette dénomination antique ; on la retrouve fort reconnaissable et presque entière dans le mot Champsevinel ou Chansevinel , qui est encore le
nom du bourg.
Le troisième était situé au sud-ouest. II était éloigné de Vésone d'environ deux lieues (i). Son emplacement s'appelait, dans le moyen âge,,
Campus-Segniorum. C'est Chanseigne ou Chansbgne , mot qu'il est encore facile de reconnaître.
Mais qu'étaient donc ces Segniens que les Romains associèrent à
leurs opérations militaires ? Pour le savoir , il suffit de lire ce passage
des Commentaires de César (2) : « Les Segniens et les Condrusiens ,
« germains d'origine, et réputés pour tels, qui sont établis entre les
« Tréviriens et les Éburons , députèrent à César pour le prier de ne
« pas les mettre au nombre de ses ennemis , et de ne pas regarder
« comme rebelles tous les Germains qui habitaient en deçà du Rhin ; lui
« représentant qu'ils n'avaient ni pensé à la guerre , ni envoyé de se« cours à Ambiorix. César s'étant informé des prisonniers , et ayant
« trouvé qu'ils disaient la vérité , leur promit que s'ils rendaient les
« Éburons réfugiés chez eux, leur territoire ne serait point violé. »
Enfin , un quatrième et dernier camp paraît avoir été placé en face
et très à portée du troisième. J'avoue cependant que je n'ai vu aucun
ancien titre où il en fût question , et que la seule dénomination moderne m'a conduit à supposer son existence. Ne doit-on pas , en effet ,
(1) Cette position est éloignée de Vésone d'environ 5,ooo toises.
(2) Livre 6. e
2C-4
ANTIQUITÉS
reconnaître le nom d'un camp dans celui de Chambareau , en patois
Chamboreu? La première syllabe de ce mot ne semble-t-elle pas être
dérivée de Campus ?
La position du coteau qui porte ce nom, et celle de Chanseigne,
la distance de ces lieux entre eux, leur proximité de la forteresse gauloise de Montencès , tout semble appuyer ma conjecture ; car il fallait
des camps pour surveiller une telle forteresse , et un de ceux que je
viens de nommer est placé sur le même coteau dont elle occupe l'ex' trémité , tandis que l'autre est sur une espèce de tertre presque en
face.
Ces deux postes militaires étaient même bien choisis pour assiéger
cette place ennemie, car ils étaient assis précisément du côté où elle
pouvait être attaquée ; et s'ils étaient plus éloignés de notre cité que
les autres camps alliés , c'est que les Romains voulaient en retirer un
double avantage.
Mais revenons à l'étymologie du nom de Chambareau , dans lequel
on ne peut guère s'empêcher de reconnaître le mot camp , et voyons
quelle devait être la valeur de la dernière syllabe. Puisqu'on dit en patois Chamboreu , qu'on prononce Chamboreou , ne pourrait-on pas retrouver, dans le mot entier, Campus-Eburonum , le camp des Éburons?
Bien que ce ne soit la qu'une conjecture qui m'a été suggérée par le
passage que je viens de citer , du moins elle ressemble à la réalité, et
il serait naturel de supposer que , fatigués , excédés par César , les Éburons , ou ceux d'entre eux qui existaient encore , seraient venus lui offrir leurs services pour rentrer en grâce , et lui prouver leur repentir
d'avoir porté les armes contre les Romains (i).
En effet, si les Segniens furent obligés, comme le prouvent les Commentaires , de rendre k César les Éburons réfugiés chez eux , il pouvait , sans faire surveiller immédiatement ces deux peuples , les charger
(i)
On trouve sur laDordogne, assez près d'un camp romain, un endroit qui s'appelle Trévi ;
ce qui donnerait a penser que quelques troupes Tréviricnncs auraient pris les mêmes moyens que
les Eburons pour calmer la colère de César.
DE VÉSONE.
20 5
de cerner ou d'assiéger la forteresse de Montencès ; car la foi qu'ils
avaient jurée , et surtout l'animosité qu'ils devaient avoir l'un contre
l'autre , offraient une bonne garantie de leur conduite ultérieure. D'ailleurs , on ne tardera pas à voir que les lieux qu'ils occupaient étaient
assez proches d'un camp romain (i).
Ces courtes notions suffisent pour témoigner que, quoique dans leurs
expéditions les Romains se servissent des alliés, et que même ils employassent les peuples les uns contre les autres à mesure qu'ils le»
soumettaient , ils ne s'en rapportèrent jamais absolument a eux dans
les circonstances importantes. Le blocus de Vésone en fournit la preuve;
car, pour être plus sûrs que cet investissement serait maintenu avec
toute la rigueur nécessaire à leur projet , ils se réservèrent des postes
dans les environs de tous les camps étrangers.
C'est ainsi qu'ils avaient placé un camp assez à portée de Chanseigne
et de Chambareau , et qu'ils paraissent avoir occupé le poste de Chanlebout (Campus-Libonis) , dans le voisinage. Tel fut peut-être aussi
Sept-Fonds, près de Vésone, et encore mieux le village des Romains ,
à l'égard de Champsevinel ou du camp des Sabins.
Au surplus , qu'on ne soit point étonné de trouver dans les Gaules
des camps des Asturiens, des Sabins, des Segniens (2), des Eburons, etc.
On sait que les Romains levaient des troupes chez tous leurs alliés; et
les Commentaires sont un témoignage certain que César profitait toujours de la mésintelligence et de la jalousie qui existaient entre eux ,
ou qu'il savait lui-même susciter pour faire contribuer les vaincus à
de nouvelles conquêtes. Sans doute ils se servit des Asturiens, des Sabins , etc. , comme alliés ; des Segniens , des Eburons , des Tréviriens ,
comme otages ; car tous les peuples étaient également obligés de fournir des secours aux Romains , quels que fussent les rapports qui les
attachaient aux vainqueurs.
Au reste , ces divers camps offrent un exemple intéressant et rare de
(1) Le camp de Puy-de-Pont. Voyez pag. 208 et 209.
(2) II paraît que les Segniens occupèrent d'autres postes militaires en Périgord , lors du blocus
de Vésone ; car on y ttouve d'autres lieux connus sous le nom de Chanseigne.
27
206
ANTIQUITÉS
l'adroite politique militaire des Romains; ils nous prouvent que ces
conquérans du monde , qui ne voulaient point initier les autres peuples dans les mystères de leur savante tactique , mais qui pourtant exigeaient impérieusement leur concours dans les expéditions qu'ils entreprenaient , ne se mêlaient jamais avec eux , et leur laissaient , non
le choix de la position de leurs camps , mais la liberté de s'y établir
à leur gré, d'après leurs usages et leurs connaissances particulières.
Voilà sans doute pourquoi il ne reste d'autres traces de nos camps
alliés , que les noms qui leur sont restés ; car la plupart des anciens
peuples n'étaient guère dans l'usage de s'entourer ni de forts remparts
ni de fossés.
CHAPITRE
VIL
Des autres camps qui entouraient la cité de T^ésone.
LES cinq camps que nous venons de faire connaître cernaient immédiatement la cité de Vésone, et la resserraient à peu de distance. Ils
auraient suffi au blocus d'une ville ordinaire, et même d'une place importante ; mais de pareils moyens, ne pouvant rendre inutiles l'influence
et les efforts de cette cité métropole, ne tranquillisèrent point les assaillans. On crut indispensable de Pentourer d'une seconde ligne de
camps; et si, dans la position de ces camps ou dans le système qui
fut mis en usage pour les défendre , les ingénieurs romains n'eurent
pas à exercer leur sagacité comme sur la Boissière , du moins ils déployèrent leurs talens dans le choix des sites et dans la manière dont
ils surent en profiter pour arriver à leur but.
Le premier de ces camps est celui de la Bécède. II est situé vers le
midi de Vésone , et à sept grandes lieues de distance de cette métropole. Voici la description qu'en donne un de nos plus savans compatriotes (i) :
(1) M.
l'abbé~-áe Lcspine.
DE VÉSONE.
. 207
« Ce camp, dit-il , que le peuple appelle Las Tranchièras (i), est de
« forme carrée (2). Les quatre coins en sont un peu arrondis , et il
« est orienté aux quatre points cardinaux : les gens du pays le nom« ment Camp -de- César. II est situé au sud d'Urval , et a une démise lieue de ce bourg. Ses retranchemens sont fort distincts ; on y re« marque encore les remparts et les fossés ; l'on y voit aussi deux
« portes , l'une au midi , l'autre au nord. On fait voir a côté du camp
(t un lac aujourd'hui presque à sec , mais que les personnes âgées ont
« vu plein d'eau ; il servait sans doute d'abreuvoir pour les chevaux.
« Les hommes devaient tirer l'eau pour leur usage de plusieurs fon« taines qui ne sont pas très-éloignées. Ce camp est situé sur une mon« tagne (5) dont la pente est assez douce même au-delà des retranchées mens (4). De cet endroit on distingue bien le clocher de Belvez qui
« n'en est qu'à trois quarts de lieue. »
Ajoutons à ces détails que le camp a environ trente journaux de
superficie , et que le revêtement moderne du lac a sans doute succédé k une construction antique. Quant a l'éloignement de cette position militaire par rapport à Vésone , on ne peut douter que les Romains n'aient eu en vue principalement d'observer et de maîtriser le
cours de la Vézère, celui de la Dordogne, et les vastes plaines des alentours.
Une autre raison de ce grand intervalle entre Vésone et le camp de
la Bécède , c'est qu'il devait surveiller et peut-être assiéger les deux forteresses gauloises de Leyrat et de Limeuil. II parait même que la première de ces forteresses , dont il ne reste , pour ainsi dire , que le squelette , a été détruite par les troupes du camp ; et que l'autre , quoique
au-delà du fleuve , dut infailliblement être investie , car sans cette mesure on aurait pu troubler les opérations du blocus. Ainsi on ne sera
pas étonné du peu d'étendue du camp et de son éloignement de Vésone, surtout si l'on considère que les Romains ne choisirent cette po-
(t) Les retranchemens.
{n) II figure un parallélogramme rectangle.
(3) Sur le bord du plateau très-élevé de la forêt de la Bécède.
(4) Excepté du côté de Test , c'est-à-dirc vis-à-vis de Belvez , où sa pente est a pic.
208
ANTIQUITÉS
sition que pour garder soigneusement le cours d'un fleuve et celui d'une
rivière navigable. Une porte du camp est tournée vers le nord, ce
qui semble lever toute incertitude à ce sujet. II paraît aussi que, pour
faciliter les communications, les transports de vivres, de munitions, etc.,
les Romains avaient pratiqué une grande route qui, des bords dé la
Dordogne , aboutissait à ce camp (i); ce qui serait un témoignage certain qu'il a été long-temps occupé par les troupes.
Au reste , cette position a été choisie avec tant de discernement ,
qu'elle se trouve a portée du confluent des deux rivières , sans cependant en être trop rapprochée ; qu'elle est peu distante des deux forteresses gauloises , et qu'elle commande , non-seulement toutes les plaines
et la campagne du côté de Vésone , mais encore tout le pays opposé ;
car le plateau de la Bécède , où est assis le camp , est le point le plus
élevé de tous les environs.
Le second camp est celui de Puy-de-Pont. II est situé à environ quatre lieues a l'ouest de Vésone, et dans la direction de ceux de Chanseigne et de Chambareau. Lorsqu'on arrive au bourg de Neuvic , sur
la route de Périgueux a Bordeaux , on aperçoit , dans la direction du
nord , un coteau très-élevé que la rivière de Pille a usé a pic sur la
plaine, et que le ruisseau du Salembre a escarpé de même du côté opposé. C'est à son sommet , presque inabordable de trois côtés à cause
des pentes rapides , que les Romains ont assis ce camp , moins vaste
que celui de la Boissière , mais beaucoup plus étendu que celui de la
Bécède.
Comme il est inaccessible de trois côtés , ce n'est que vers le nordest qu'on a eu besoin de le défendre , et c'est là que se distingue le
retranchement qui le sépare du reste de la montagne. S'il a existé quelques autres ouvrages , le temps les a fait disparaître , ou du moins il
en reste peu de chose , et il faudrait un examen plus approfondi pour
les apercevoir. Au surplus , la famille d'un saint personnage , qui
vivait dans les commencemens du 6. c siècle (2) , construisit dans ce
(1) Voyez les manuscrits de M. l'abbé de Lespine.
(2) Saint- Aslier.
DE VÉSONE.
2o 9
camp un château fort dont on retrouve encore les vestiges vers la
pointe du coteau. Ce château s'appelait Puy-de-Pont; il a laissé son
nom au camp romain, et je crois que plus anciennement encore il y
avait peut-être une forteresse gauloise.
Pour former et fortifier ce camp il ne fallait pas un grand effort de
génie, puisque son rempart se prolonge tout simplement en ligne droite,
de l'escarpement de la plaine de Pille à celui de la plaine du Salembre;
mais sa position a été choisie avec tant d'intelligence , qu'il domine les
deux côtés de la plaine de Pille , le vallon du Salembre dont la direction est â- peu -près du nord au sud, et celui du Vern jusque même
au-delà de Grignols ; enfin, il est placé à une hauteur si considérable ,
qu'il semble commander tous les environs.
Lorsque j'ai parlé des camps de Chanseigne et de Chambareau, j'ai
dit qu'ils pouvaient être observés par un camp romain du voisinage ;
et en effet Puy-de-Pont n'en est éloigné que d'environ une lieue ; à vol
d'oiseau Pintervalle est même beaucoup moindre , et je crois que lorsqu'on est dans le dernier de ces camps il n'est pas impossible d'apercevoir les deux premiers.
Ainsi, non-seulement il existait une première ligne de camps autour
de Vésone , mais on s'aperçoit déjà qu'il devait y en avoir une seconde
plus éloignée et disposée absolument de la même manière , c'est-à-dire
qu'au-delà de chaque camp de la première ligne était placé un des camps
de la seconde. Tel devait être le système du blocus. Et en effet le camp
de la Bécède est sur le même rayon que celui de la Boissière , comme le
camp de Puy- de-Pont est à-peu-près sur le même rayon que ceux de
Chanseigne et de Chambareau. II devait donc exister un troisième camp
daxis la direction de Champsevinel et un quatrième dans celle d'Atur.
D'après la savante tactique des Romains , le camp qui devait suivre
celui de Champsevinel ne pouvait guère avoir été placé qu'au confluent
de la Drône et de la Côle , et en effet nous Pavons retrouvé sur la
pointe d'une montagne voisine de ce confluent. La place qu'il occupait
et ses environs sont connus sous le nom de Cantillac ou de QuintiLlac;
il se trouvait à environ quatre lieues de Vésone.
2io
ANTIQUITÉS
L'espèce de cap sur lequel est situé le camp se rattache, vers l'orient,
au reste de la montagne, s'avance majestueusement vers l'ouest dans
un pays plus uni , et semble commander au loin tous les coteaux , toute
la campagne , et principalement les plaines fertilisées par les deux rivières qui forment dans ces lieux leur confluent : k une petite distance, au sud- ouest , est la célèbre abbaye de Brantôme, et la ville
de ce nom. Cette position vraiment militaire était trop importante,
remplissait trop bien les vues des Romains , pour que leurs ingénieurs
n'en profitassent pas. Cependant lorsqu'on gravit la montagne on n'aperçoit d'abord qu'un ensemble assez conforme aux localités que les
Gaulois choisissaient pour asseoir leurs forteresses ; rien au premier
examen n'annonce que les Romains s'en soient emparés et y aient
établi un camp : c'est un terrain fertile livré depuis long-temps k la
culture. Ce n'est que lorsqu'on est au-delk de la vieille église, qui seule
est restée debout dans ces lieux , que l'on commence k reconnaître le
travail romain dans un talus qui évidemment fut la base d'un rempart,
au moyen duquel le camp fut isolé et détaché des coteaux limitrophes (i).
Au reste , ainsi que le camp de Puy-de-Pont , celui de Cantillac aurait pu se passer de retranchemens sur les côtés de l'ouest, du midi
et du nord , car ces côtés sont assez escarpés ; mais il paraît que les
Romains y ajoutèrent des remparts pour plus grande sûreté, et parce
que ce point important n'était pas très -éloigné des forteresses et des
villes de guerre des Gaulois (2). Quant au quatrième côté du camp, on
n'y aperçoit plus que quelques traces du fossé ; le rempart a d'autant
plus facilement disparu , que le col qui rattache cette position aux coteaux voisins est fort étroit.
Mais pourquoi les retranchemens ne se montrent-ils pas ici aussi bien
que dans les autres camps romains que j'ai déjk fait connaître ? C'est
que ces derniers camps sont pour la plupart placés dans des bois , sur
(1) Ce talus n'est pas aussi apparent au midi et à l'ouest qu'au nord, où il était moins exposé
aux ravines.
(2) On a vu , dans le tom. i. cr , p. 201 , que je regardais les Grolges, Villebois, etc , comme
des forteresses gauloises , et qu'Angoulême même avait été un oppidum gaulois.
m
DE VÉSONE.
des terrains unis, et dans des lieux peu propres à la culture, tandis que
celui de Cantillac offre des plans inclinés , que le sol est de bonne qualité, et que par conséquent il fut toujours en rapport. La plupart de ces
autres camps , au contraire , n'ayant été endommagés , pour ainsi dire ,
que par les pluies et les ravines , beaucoup plus de vestiges de leurs
remparts ont pu arriver jusqu'à nous. Au reste , le nom de Cantillac
que conserve cette localité , celui de Quintillac qu'on trouve encore
sur de vieilles cartes et qui peut-être est dérivé de celui du commandant romain, l'ensemble surtout du système de blocus auquel Vésone
fut soumise, tout paraît confirmer ma conjecture.
Le quatrième camp est celui de Marquessac (i). II est situé à l'estnord-est de Vésone ; et sa distance de cette métropole est d'environ
quatre lieues , comme celle des deux derniers dont nous venons de
parler. Lorsqu'on remonte la rivière du Haut-Vézère, au-dessus de la
belle forge d'Ans , on trouve , à trois quarts d'heure de chemin , le
château de Marquessac, au-delà duquel , et avant d'arriver au bourg
de Sainte-Eulalie-d'Ans , on rencontre un tertre assez élevé qui, se
prolongeant du nord au midi, force le Haut-Vézère à décrire un contour, et s'avance comme un promontoire dans les plaines fertiles de
Marquessac et de Sainte- Eulalie, dont il rend l'aspect pittoresque. C'est
sur ce tertre que l'on reconnaît les vestiges du camp.
Le but des Romains , en choisissant cette position comme celle des
trois derniers camps que je viens de faire connaître, a été d'empêcher
les troupes gauloises de déboucher par la plaine , et d'aller faire lever
le blocus de la ville investie ; et certes aucun site ne pouvait être plus
avantageusement choisi pour un pareil objet que celui que leur offrait ce
contour du Haut-Vézère; car c'est un mamelon élevé d'environ 60 pieds
au-dessus de la surface des eaux , et dont le pourtour est escarpé presque de toutes parts.
Ce camp offre cela de remarquable , qu'il "est divisé en quatre parties ; mais bien que la première de ces parties , celle qui est le plus au
midi , paraisse avoir été fortifiée comme les autres , on ne trouve plus
(1) Dans lc pays, il est connu sous le nom de Camp-dc- César.
2i2
ANTIQUITÉS
de vestiges de ses retranchemens ; elle a environ 25o pieds du levant
au couchant, et i5o du midi au nord. La portion suivante a conservé
les traces de son rempart, et la troisième, toujours en tirant .vers le
nord, le laisse voir en entier; elle peut avoir 120 pieds de large sur
3oo pieds de long dans la même direction. C'est cette partie du camp
qui, étant la plus élevée et la mieux fortifiée , devait sans doute servir
de refuge si les autres eussent été forcées. En effet , la rivière la défend à~l'est, un escarpement rapide lui tient lieu de rempart au couchant , et des deux autres côtés son fossé a été creusé dans le roc.
Quant a la quatrième portion , il me semble retrouver quelques vestiges de ses retranchemens à son extrémité septentrionale , et assez près
du chemin qui conduit de Marquessac a Sainte-Eulalie ; mais je dois
convenir que , comme dans la première partie , c'est-à-dire vers le midi ,
les traces en sont presque entièrement effacées 3 qu'il serait possible
que le camp n'eût été composé réellement que de deux parties, et que
les deux autres n'eussent servi que comme glacis ou esplanades.
Au surplus , si la position du camp était bien choisie pour que l'on
pût interrompre les communications de Vésone et se défendre du
côté de la plaine , il n'en était pas de même vers les coteaux du midi ,
et surtout vers ceux du nord , où il eût été impossible de soutenir une
attaque; aussi la tradition atteste- 1- elle que les Romains avaient des
postes avancés sur ces côtés faibles , et la dénomination actuelle de PuyRoman , que porte une de ces hauteurs voisines , vient confirmer cette
tradition. D'ailleurs le camp avait une médiocre étendue, ce qui nous
conduit à penser qu'il n'était peut-être que le point de réunion des
forces romaines répandues dans les environs.
Si l'on réfléchit mûrement à l'ensemble et aux détails du système de
blocus exécuté par les Romains contre Vésone, on sera convaincu qu'ils
durent s'emparer des coníluens et du cours des principales rivières du
pays , surtout de celles qui aboutissaient à Pille et par conséquent à
la métropole. C'est ainsi que se trouve placé le camp de Puy-de-Pont,
à quatre lieues au - dessous de Vésone , et de même sans doute il
devait y en avoir un à -peu -près à la même distance au-dessus. Le
Haut-Vézère, qui débouche dans Pille à une petite lieue à l'est de
DE VÉSONE.
notre cité, avait besoin d'être gardé par les assaillans, et ils avaient
en effet établi sur son cours le camp que nous venons de décrire ; mais
ce camp était trop petit pour le corps d'armée qui dut être cliargé de
garder la plaine du Haut-Vézère et celle de Pille ; et puisqu'on avait
assis un camp sur cette dernière rivière au-dessous de la ville , on dut
également en établir un au-dessus. Cette opinion semble même d'autant mieux fondée , qu'on trouve , à environ quatre lieues de cette
métropole, un point important que les ingénieurs romains ne durent
certainement pas négliger : c'est le confluent de Pille et de la Loue.
Peut-être retrouverait-on encore des vestiges de ce camp : ils doivent
exister au-dessous de la jonction des deux rivières. Jusqu'ici tous les
renseignemens que j'ai cherché à obtenir sur cet objet ont été entièrement infructueux.
On ne saurait disconvenir que ce système d'investissement, employé
par les Romains, ne fût admirable ; mais pour qu'il remplît parfaitement leur but , il fallait que ces conquérans se fussent ménagé des
postes de communication , non-seulement entre les camps de chaque ligne , mais aussi entre les lignes mêmes. J'ai déjà indiqué quelques-uns
de ces postes , tels que Trévi, Chanlebout, etc., et je pourrais en désigner d'autres , tels que Camp-Redon , Camp-Secret , etc. Au surplus ,
les camps de la première ligne étaient immédiatement chargés du blocus, et ils étaient eux-mêmes observés par ceux de la seconde ligne.
Une pareille disposition était d'autant plus ingénieuse, que les troupes
alliées , dont les Romains n'étaient pas aussi sûrs que de leurs propres
soldats, se trouvaient, pour ainsi dire, bloquées entre la ville et les camps
romains : et il est à remarquer que du camp de la Boissière , d'où partaient indubitablement tous les ordres , on voit très-bien deux camps
de ces troupes alliées, Champsevinel et Atur ; de même que du camp
de Puy-de-Pont , on doit voir Chanseigne et Chambareau.
Mais , comme nous le disions encore naguère , si de pareilles dispositions donnent une grande idée de la science des Romains dans Part
militaire, ne doit- on pas aussi s'être formé une haute opinion de la
ville contre laquelle on a été obligé de déployer de tels moyens ? Ces
moyens eux-mêmes ne sont- Us pas une preuve certaine que Vésone
38
aM
ANTIQUITÉS
était puissante et très-peuplée , et que son influence était considérable?
Que les savans en tirent des conséquences; qu'ils réfléchissent à cet
immense blocus; et peut-être alors ils seront convaincus de cette vérité que nous avons eu occasion de répéter plusieurs fois : que Vésone
fut jadis la métropole de toute la vieille Gaule aquitanique.
CHAPITRE VIII.
Conjectures sur l'époque du blocus de ì^ésone.
ON
chercherait vainement dans l'histoire Pépoque où Vésone fut investie par les neuf ou dix camps dont nous venons de parler. Aucun
auteur n'en fait mention ; César ne parle même pas dans ses Commentaires de cette cité - métropole , et l'on sait qu'il n'articule le nom des
Pétrocoriens que lorsqu'il est question du contingent de troupes qu'ils
fournissaient contre lui. Cependant une grande manoeuvre militaire a
eu lieu chez nous ; les traces des camps y subsistent , et le choix de
leurs positions , la manière dont ils sont réciproquement disposés , témoignent qu'ils ne purent être destinés qu'au blocus de Vésone; ainsi,
on ne peut élever aucun doute à cet égard. Mais pour découvrir dans
quel temps ces camps, et les divers postes qui leur servaient de moyens
de communication, furent établis, nous sommes forcés de recourir à
des conjectures; ensuite, peut-être la cause d'un pareil blocus ressortira-t-elle de Pépoque même où il fut formé. Attachons -nous donc à
discuter la date a laquelle peut se rapporter cette émission de troupes
destinées à maintenir notre cité dans une inaction absolue. Les noms
de plusieurs de nos camps pourront en faciliter la découverte.
Nous ne nous occuperons point sérieusement de la dénomination du
principal de ces camps , de celui de la Boissière , qu'on appelle communément Camp-cle-César ; on sait que ce nom a été donné souvent,
et assez indifféremment pour Pâge , à presque tous les camps des Romains. Mais les autres camps du blocus conservent les noms de quel-
DE VÉSONE.
2Y5
ques peuples , des Asturiens , des Sabins , des Segniens , des Eburons ,
etc. ; et ces noms , parvenus jusqu'à nous , pourront peut-être aider à
nos recherches.
Pour asservir l'Univers , et surtout pour dompter les Gaulois nos
ancêtres , non-seulement les Romains employaient , comme nous l'avons
déjà dit, les nations alliées ou soumises, mais encore ils avaient Part
d'armer les divers peuples de la même nation les uns contre les autres. Les Asturiens étaient Espagnols , et PEspagne avait été assujettie
avant la Gaule ; les Sabins habitaient l'Italie , et ils étaient incorporés
avec les Romains ; César nous a fait connaître ce que c'était que les
Segniens, et ses Commentaires attestent que les Eburons étaient Gaulois. Or, les noms de ces diíférens peuples semblent témoigner, ce que
sans doute on présumait déjà , que les camps du blocus de Vésone ont
été formés du temps de Jules-César lui-même.
*
En effet , si ces camps étaient postérieurs à César , s'ils eussent été
posés autour de notre métropole à une époque plus rapprochée de
nous, auraient-ils été distingués par des noms de peuples particuliers?
Non , sans doute , car dès que la république fut changée en empire héréditaire , tous les peuples soumis cessèrent de porter le titre d'alliés ;
les Asturiens, les Sabins, les Segniens, etc. , comme les Eburons et tous
les autres Gaulois , ne furent plus qu'une partie intégrante de ce vaste
empire , ne furent plus que des Romains de telle ou telle province.
Le nom des troupes qui occupèrent notre troisième camp allié semble confirmer ma conjecture ; car , quel autre général que César aurait
pu se servir des Segniens, de ce petit peuple germain , inconnu même
dans le nord des Gaules où il était caché, si ce n'est le chef qui avait
reçu depuis peu ses sermens , et qui employait son contingent militaire en garantie de sa foi?
11 paraît donc certain que les camps qui avoisinent la forteresse de
Montencès surent occupés du temps de César , et par les troupes de
deux peuples soumis ; or comme ces camps font partie de la grande
manoeuvre déployée chez nous par les Romains , il doit s'ensuivre que
cette opération est Pouvrage du vainqueur des Gaules.
aiô
ANTIQUITÉS
Si je n'étais pas dans Perreur sur le nom de Chambareau, que je
crois désigner le camp des Eburons , ma conjecture sur Pépoque du
blocus de Vésone acquerrait surtout une grande force ; car il est trèsvraisemblable que , pour arrêter les cruels effets de l'exécution militaire à laquelle ils étaient en butte , ces Eburons , seuls restes de leur
nation presque anéantie , se rendirent a César , lui offrirent de le suivre partout, et formèrent un assez fort contingent de troupes.
Cependant, serait-il absolument impossible que cette opération militaire du blocus de Vésone eût eu lieu à la suite d'un soulèvement de
cette cité et de son peuple, soit sous le règne d'Auguste, soit sous celui de quelqu'un de ses successeurs ? Les seules raisons que nous venons de donner suffiraient pour détruire une pareille opinion; mais en
outre, n'est- il pas évident que lorsqu'on veut dompter une ville rebelle on n'emploie guère un investissement long et compliqué ? U est
plus naturel de Passiéger vigoureusement, et de soumettre les peuples
qui en dépendent, par la force ou par la persuasion ; or, la gi-ande manoeuvre dont Vésone fut l'objet n'a aucun rapport avec ces sortes d'exécutions militaires; tout annonce, au contraire , qu'elle fut employée pour
faciliter l'accomplissement d'un tout autre projet. D'ailleurs, il demeure
bien prouvé que l'intervalle compris entre le camp de la Boissière et
le coteau d'Ecornebceuf a été le théâtre de plusieurs combats ; et comme
cette dernière position était indubitablement la citadelle Gauloise de la
ville , et qu'elle ne fut jamais occupée , comme fort ou citadelle , par
les Romains , il en résulte que ces mêmes combats n'ont pu avoir lieu
ni sous Auguste , ni sous aucun autre empereur , et qu'ils remontent
nécessairement a Pépoque où les Romains n'étaient pas encore maîtres
de tout le pays(i), c'est-à-dire au temps de Jules-César.
Mais suivons les opérations de ce conquérant , et surtout celles de
(i)
La première chose que durent faire les Romains après la reddition de Vésone , ce fut de dé-
manteler et de détruire sa citadelle gauloise ; car il n'eût pas été prudent de laisser subsister une
place aussi forte , dont l'ennemi aurait encore pu s'emparer. Si donc le blocus de notre métropole
avait eu lieu sous Octave , ou sous quelqu'un de ses successeurs, aucun combat n'aurait pu se livrer
entre les troupes du camp et celles d'une citadelle qui depuis long-temps ne devait plus exister ; ;
car on ne peut douter qu'à cette époque les Romains ne fussent nos maîtres.
DE
VÉSONE.
•
21 .7
ses dernières campagnes dans la Gaule ; peut-être y trouverons -nous
d'autres témoignages de ce que nous avons avancé sur Pépoque du blocus. D'abord nous voyons les lieutenans de César soumettre les pays
situés entre la Garonne et les Pyrénées , et tendre ensuite k remonter
vers le Nord. De son côté, César lui-même, après avoir subjugué toutes
les parties septentrionales des Gaules, dirige sa marche en Berry, en
Auvergne , etc. , c'est-k-dire qu'il cherche k se rapprocher de ses lieutenans (qui dès-lors lui ont soumis P Aquitaine méridionale), et semble
vouloir effectuer sa jonction avec eux , après avoir mis sous le joug
Pextrémité septentrionale de ce même pays. Que lui reste-t-il donc k
conquérir? Cet ensemble d'actions n'indique- 1- il pas un but central ?
Et quel peut-être ce but , si ce n'est le Périgord et sa métropole , puisque tous les autres peuples environnans sont vaincus ? C'est pourtant
de cette cité et de ce peuple qu'il ne dit mot ; mais cela n'a rien d'étonnant, puisque nì l'un ni l'autre n'avaient encore été Pobjet immédiat
de ses attaques (1).
Sans doute par impuissance momentanée, ou pour toute autre cause,
César fut obligé de laisser long- temps cette ville en état de blocus;
peut-être même , lors de ses démêlés avec Pompée , fut-il forcé d'accourir en Italie, pendant qu'elle s'obstinait encore k> se défendre?
II paraît, il est vrai, avoir fait hiverner ses troupes en Saintonges,
en Limousin , en Auvergne , en Quercy, <et dans quelques autres lieux (2).
Mais on pouvait également de lk s'opposer aux Vésoniens , et les resserrer dans leur territoire immédiat. U est même certain qu'un pareil
cordon ne pouvait être employé contre aucun autre peuple , puisque
tous étaient complètement soumis. D'ailleurs, il serait possible qu'avant
son départ, César eût tiré ses troupes de nos camps d'observation
pour les faire hiverner , comptant que la première ligne du blocus suffirait pour contenir les Vésoniens pendant la mauvaise saison ; et peutêtre ce fut-il alors que ces mêmes Vésoniens s'emparèrent de la partie
méridionale du camp de la Boissière.
(1) S'il dit quelques mots des Pétrocoriens , c'est ( comme nous l'avons dit) long-temps auparatvant, et seulement a l'occasion du contingent de troupes qu'ils fournissaient contre lui...
(2) Voyez la Pharsale de Lucain , les Commentaires , etc.
ANTIQUITÉS
Au surplus , il paraît que Vésone ne s'était point rendue lorsque les
Romains assiégèrent Uoceliodunum , puisque les soldats de Caninius furent étonnés de voir arriver César lorsqu'ils s'y attendaient le moins
{contra expectationem omnium). La surprise de ces légions, qui ne connaissaient point encore les opérations militaires que ce grand capitaine
avait faites chez nous , ne pouvait guère venir sans doute que de ce
que César, presque seul, avait osé traverser un pays ennemi; car on
ne pensait pâs qu'il eût distribué ses troupes autour de Vésone (i).
ai8
La marche combinée des armées romaines , et la position de ces
mêmes armées sur les frontières du Périgord peu de temps avant la
bataille de Pharsale , le silence absolu des Commentaires sur notre importante cité , tout annonce que les Vésoniens ne furent soumis que
dans les dernières années de la vie de Jules- César, et que ce fut luimême qui les investit d'une manière si rigoureuse.
Toutes ces circonstances font encore présumer que la ville ne fut
point prise d'assaut , qu'elle se rendit d'elle-même , et c'est sans doute
en vertu d'une pareille capitulation (2) qu'elle fut maintenue dans tous
ses droits.
L'inscription du petit monument élevé par nos pères a César semble
donner l'époque précise de la reddition de Vésone , et cette date est
parfaitement en rapport avec le silence des Commentaires (3) et avec
tout ce que nous avons dit de la grande opération militaire qui eut
lieu sur notre territoire ; car , d'un côté , les troupes laissées pour le
blocus , gênant les relations et le commerce de notre cité , finirent par
la forcer a se rendre ; et- de l'autre , cette soumission se trouve antérieure d'une armée à l'arrivée de la famille Pompeia, qui, si elle avait
(1) On voit dans le 8, e livre des Commentaires , et presque dans tout l'ouvrage, que César avait
dans son armée un grand nombre de troupes auxiliaires et alliées , et qu'il en tirait de partout.
(2) D'après le 8." livre des Commentaires, on pourrait croire que cette capitulation date du moment où , étant arrivé ú Narbonne , César assigne des quartiers d'hiver à ses légions ; mais on verra
e
bientôt les raisons qui me font rapporter cette reddition à la 44 année avant notre ère.
(3) Si Vésone ne s'est rendue que dans la 4 'i- 0 anQ ée avant Jésus-Christ, il n'est point étonnant
que César n'en parle pas et qu'il ne fasse aucune mention du blocus , puisque les Commentaires
finissent avec la campagne qui eut lieu dans la 5i.° année avant notre ère, c'est-a-dire environ sept
ans auparavant.
DE VÉSONE.
pu ou avait osé y venir auparavant , aurait bien certainement fait tout
au monde pour mettre obstacle a la capitulation.
II nous paraît donc indubitable que les camps antiques assis autour
de Vésone datent du temps de César; et comme ce conquérant n'est
venu dans nos cantons qu'à l'époque du siège d 1'Uocellodunum } et que
notre métropole était la seule cité qui pût , qui dût même s'opposer
efficacement à ses projets , il semble qu'on doit en conclure que le
siège d' Uocellodunum fut la cause du blocus , et que cette place forte
était évidemment un oppidum des Vésoniens.
Les mesures vigoureuses déployées par César , et la soumission de
tous les peuples voisins du Périgord , empêchèrent sans doute les Gaulois de venir au secours d'une place aussi importante que l'était Uxellodunum , d'une ville de guerre si bien défendue par Part et la nature ,
d'une forteresse qu'on devait regarder comme le boulevard de toute la
Gaule aquitanique. Les grands moyens militaires pris par César pour
contenir Vésone ne devaient-ils pas , en effet, paralyser les mesures concertées par les défenseurs naturels de cet oppidum? Au reste, nos ancêtres tentèrent souvent de lever les obstacles qu'on avait opposés à
leur valeur , puisque l'espace compris entre leur citadelle et le camp
romain offre de nombreuses traces de combats.
Si cependant on voulait encore nous opposer le silence des Commentaires à Pégard de Vésone et du blocus dont elle fut l'objet, nous ajouterions que le contingent de troupes fourni par les Pétrocoriens à Vercingétorix n'étant point proportionné à la population de leur pays ,
c'est un témoignage que ces peuples avaient évidemment formé d'autres projets, et que sans doute ils eurent la bonne politique, en voyant
le théâtre de la guerre se rapprocher de leurs propres foyers, de ne
pas démunir leurs places fortes, et de ne point se priver des troupes
dont, à chaque instant, ils pouvaient eux-mêmes avoir besoin. D'ailleurs, Aulus-Hirtius , auteur du 8. e livre des Commentaires, n'avait à
parler que des événemens du siège d'Uxellodunum. II ne pouvait s'occuper des opérations accessoires que peut-être il ne connaissait qu'imparfaitement , et qui même ne pouvaient pas alors être terminées.
220
ANTIQUITÉS
Pour aller prendre le commandement du siège d'Uxellodunum , César fut obligé de traverser une bonne partie de la Gaule , et il est à
présumer qu'il était suivi d'un grand nombre de troupes nationales ou
alliées (i). On sait que les légions de Calénus marchèrent avec lui (2) et
que déjà les vingt-cinq cohortes de Cassius s'étaient rendues sur les lieux.
Or , à quel usage furent employées toutes ces troupes ? On sait aussi
que la plupart n'aidèrent point à faire le siège d'Uxellodunum; ainsi
sans doute elles surent distribuées autour de Vésone , ville qui se trouvait sur le chemin de César lorsqu'il marchait contre cet oppidum ;
et si rien , dans les Commentaires , ne prouve que notre métropole ait
pris part à un événement d'une si haute importance , la ligne monumentale, cette ligne télégraphique qui subsiste en grande partie de l'une
à l'autre ville , a pourtant un langage. D'ailleurs , les dix camps qui
entourent Vésone ne suppléent-ils pas au silence de César? Ne temoignent-ils pas que ce ne fut qu'en déployant l'appareil militaire le plus
formidable , et en maîtrisant ainsi la principale cité de cette partie des
Gaules, qu'il put parAT enir à son but?
Mais il y parvint à ce but , car la Gaule fut soumise , et le siège
d'Uxellodunum est la dernière opération majeure et bien connue que
les Romains aient fait alors pour subjuguer cette région. Toutefois les
Pétrocoriens ne furent pas encore entièrement vaincus ; il paraît , au
contraire , que César fut obligé de prolonger le blocus de Vésone (3).
(1) On voit dans le 8." livre, qu'à son départ pour TJxellodunum , César ne laisse à Antoine que
quinze cohortes pour surveiller les Belges; qu'il visita lui-même les autres nations gauloises, et
qu'il en tira de nouveaux otages en plus grand nombre qu'auparavant.
(2) On trouve également dans le S. e livre, qu'à la même époque César ordonna à Calénus de le
suivre avec deux légions; que lui-même amena toute sa cavalerie; et enfin que Cassius, avec vingtcinq cohortes , c'est-à-dire deux légions et demie, était parti auparavant pour la même destination. Ces forces, jointes à celles dont Hirtius ne dit mot, étaient sans doute elles-mêmes accompagnées de beaucoup de troupes auxiliaires ou alliées dont César rie parle que rarement , quoiqu'il soit certain qu'il s'en servit toujours. Mais la plupart de ces troupes ne participèrent point au
siège d'Uxellodunum : ainsi, que devinrent- elles ? Et que faisait également César de celles qu'il tirait
tous les ans de l'Italie , de la Grèce , de Crête , des îles Baléares , de l'Espagne , etc. , ainsi que de
celles des jEduens , qui le suivaient sans cesse , des autres nations gauloises qui lui en fournissaient,
de Ja province romaine , de ses gouvernemens , etc. , etc. ? N'est-il pas probable qu'il s'en servait
pour investir Vésone ?
(3) Aulus-Hirtius finit le 8.° livre des Commentaires en disant que Tannée d'après il ne se passa
DE
VÉSONE.
221
En effet, si ce blocus n'avait pas duré plus long -temps que le siège
d'Uxellodunum (i), comment les divers peuples de nos camps alliés
eussent-ils été si bien connus? comment leurs noms seraient-ils parvenus jusqu'à nous ? comment l'inscription du petit monument dédié
à César par les Vésoniens aurait-elle une date si postérieure au siège
de Voppidum Gaulois (2) ?
Plutarque appuie fortement notre opinion sur la longue durée du
blocus de Vésone (3) lorsqu'il assure qu'au passage du Rubicon, César,
malgré les bruits de la renommée , n'avait réellement avec lui que 5,ooo
hommes d'infanterie et 3oo chevaux ; car il nous paraît hors de doute
que s'il avait pu disposer de son armée , il l'aurait fait marcher toute
entière , lorsqu'il ne s'agissait de rien-moins que de s'emparer du sceptre de l'univers.
Ainsi, il nous semble prouvé que l'investissement de Vésone a eu lieu
du temps de César ; qu'il a été formé par lui à son passage , et dans
la 5i. e année avant notre ère; que le siège d'Uxellodunum, entrepris
par son lieutenant et achevé par lui-même , a été la cause principale
de ce rigoureux blocus ; que ce même blocus paraît avoir été maintenu pendant environ six années ; enfin , qu'Uxellodunum dépendait
de Vésone , et que Vésone était la cité la plus importante de toute
cette partie des Gaules ; qu'elle en était , en un mot , la véritable citémétropole.
rien de considérable dans les Gaules ; mais cette expression elle-même ne prouve-t-elle pas que le
pays ne fut point alors entièrement soumis ? Sans douté il fut le théâtre des guerres subséquentes ;
et comme Aulus-Hirtius ne fit point ces campagnes, qu'elles se prolongèrent, et ne pouvaient entrer dans son 8.° livre, qui était achevé , il est tout simple qu'il n'en parle pas. C'est peut-être cette
durée dtt blocus qui a fait divaguer les anciens auteurs sur le temps que César mit à conquérir la
Gaule ; et bien qu'aucun de ces écrivains ne cherchât sans doute à diminuer la gloire du vainqueur en prolongeant le temps qu'il fallut pour la soumettre , on ne peut douter, d'après eux , que
dix campagnes entières y furent employées. Cependant il n'est question dans les Commentaires que
de huit campagnes; ainsi, lorsqu'ils furent écrits la conquête n'était point terminée.
(1) Voyez, sus la résistance obstinée de Vésone, ce que nous disons, vers la fin de cet ouvrage,
des châteaux forts du temps de la féodalité.
(2) On a déjà vu que cette inscription devait avoir pour date la 44 e année avant Jésus-Christ,
c'est-à-dire Tannée de la mort de Jules-César.
(3) Traduction d'Amyot, m -4-°, Paris ; Fouet 1606, 2. e Toi. , p. 78 , Vie de Pompée.
29
ANTIQUITÉS
222
Au surplus, s'il fallait encore des preuves de ce système de blocus,
nous offririons en témoignage les nombreuses médailles consulaires qui ,
ainsi qu'à Uxellodunum , se rencontrent très -fréquemment dans nos
camps romains , surtout dans celui de la Boissière , qui domine de si
près notre antique cité, et dans lequel, comme nous Pavons dit, se trouvent également tant de débris d'armes et d'armures , tant de íragmens
d'urnes cinéraires , etc. Nous devons même faire observer que sur un
de ces derniers objets se trouvent quelques restes d'un mot écrit en
caractères qui annoncent le très-Haut-Empire (i).
La soumission de Vésone fut le résultat de la savante tactique de
Jules-César, qui, en grand capitaine, avait su ôter à cette métropole
tout espoir de secourir Uxellodunum, et même de recouvrer sa propre indépendance. Ce fut à la suite d'un investissement rigoureux d'environ six années , que les Vésoniens furent obligés de se rendre , et
c'est alors sans doute que le blocus fut levé. Or , si l'on rapporte cette
levée du blocus à la 44- e année avant notre ère, ne doit-on pas présumer que ce fut peu de temps après, c'est-a-dire vers l'an 670 de
Rome, que la famille du grand Pompée vint s'établir en Périgord? Du
moins est-il certain qu'elle s'y est établie à-peu-près à cette époque ;
et c'est peut-être cette circonstance , jointe aux obstacles que Vésone
mit long-temps à la conquête , qui attira l'animadversion d'Auguste
sur notre malheureux pays. Au reste , que l'opiniàtre résistance de Vésone eût contribué à nous attirer le courroux de cet empereur romain ,
que l'asile donné a une famille rivale de la sienne eût irrité ce prince
vindicatif, ou que ce fût pour toute autre cause encore inconnue , il
n'en est pas moins certain que , environ quinze ans avant notre ère ,
Auguste priva Vésone de son titre de métropole ; et que , ayant divisé
en deux parties PAquitaine , qui , avant lui , ne formait qu'une seule
province , il désigna Bourges et Bordeaux pour nouvelles métropoles
de ces deux portions de la Gaule aquitanique.
Cependant l'entière soumission de Vésone et de ses peuples les fit
(1) Nous donnerons en supplément, à la fin du volume, cette empreinte et quelques autres que
nous avons recueillies.
DE VÉSONE.
22 5
rentrer en grâce auprès d'Auguste (1)5 mais alors il n'était plus temps,
le mal était fait , le titre de métropole nous était ravi , et ce fut pour
toujours , malgré tout ce que firent nos pères, et leur basse flatterie,
symptôme assuré de la terreur.
Ce fut à cette dernière époque que l'on bâtit dans l'enceinte de Vésone un temple à Rome et Auguste , et que l'on dédia au génie de cet
empereur plusieurs inscriptions qui toutes respiraient la plus servile
adulation. Au surplus on sait que les Pétrocoriens furent du nombre
des soixante peuples de la Gaule qui, dix ans avant Jésus -Christ , élevèrent le fameux autel de Lyon. Ainsi ce furent sans doute cette parfaite soumission , cette basse flatterie , qui valurent enfin a Vésone le
titre à'Augusta, en échange de celui de métropole dont Auguste avait
disposé.
Telles furent les grandes manoeuvres que les Romains employèrent
pour soumettre Vésone et son peuple , tel fut le blocus de cette cité ,
et tels furent les résultats de ce blocus. Ainsi nos camps romains furent sans doute abandonnés , au moins en partie , du temps de César
ou au commencement du triumvirat (2). Mais n'ont-ils plus été occupés
depuis cette époque ? Quelques-uns d'entre eux le furent probablement ;
car les Romains ne durent pas abandonner aussitôt un peuple qu'ils
avaient a peine soumis , et sur la fidélité duquel ils ne pouvaient encore
guère compter (3).
(1) La politique d'Auguste ne s'opposait plus alors á ce que les Vésoniens rentrassent dans ses
bonnes grâces, puisque le seul homme qui pouvait lui porter ombrage, Sexlc-Pompéo , n'existait
plus depuis long-temps , et que l'autoritó romaine était reconnue , respectée et parfaitement établie dans tout l'ancien univers.
(2) Je serais porté a croire que le blocus de Vésone ne fut levé que sous le triumvirat , et que
ce fut pour reconnaître cette faveur que les Vésoniens dédièrent aux triumvirs les bustes dont nous
avons parlé dans le livre précédent. Voyez tom. i. cr , pag. 4 .10.
(3) Ce qui même confirme cette conjecture , c'est qu'il paraît que des soldats romains ont travaillé
à quelques-uns de nos monumens antiques , tels que l'aqueduc du Petit-Change , sur le cours duquel on a trouvé des médailles et plusieurs débris de moulins à bras.
LIVRE QUATRIÈME.
MONUMENS MILITAIRES SOUS LES ROMAINS.
r-ìi)Q»9i-a—»
SECONDE PARTIE.
r
ITINÉRAIRES, VOIES, STATIONS, ETC.
AVANT-PROPOS.
rawg—'
îVous avons donné , dans la première partie de ce Livre ,
la description de notre citadelle romaine , les inscriptions qui
se rapportent à cet objet, celles qui appartiennent à des militaires du Périgord , et l'on y a vu de nombreux détails sur
les camps qui nous entouraient. On a pu se convaincre que
Vésone et son territoire étaient riches de ces sortes de monumens , si rares partout , mais principalement dans la Gaule ,
où les guerres et les ravages les ont encore plus détruits que
dans aucune autre partie de l'ancien monde.
On aura sans doute principalement remarqué la citadelle , dont les détails et le double but sont pour nous du
plus haut intérêt.
La situation et le nombre de nos camps a dû également
fixer l'attention des lecteurs. Leur disposition particulière ,
Tordre qu'on avait observé dans leur ensemble , ont ajouté
sans doute à la haute opinion qu'on avait déjà de l'art de la
castramétation chez les Romains : leur but offre un exemple
rare et curieux de la plus parfaite tactique.
Dans cette seconde partie , nous allons faire connaître les
articles qui regardent le Périgord , dans les différens itinéraires. Nous indiquerons la direction , le cours et les vestiges
des voies romaines qui avaient été ouvertes sur le territoire
Pétrocorien ; nous désignerons les lieux où l'on croit qu'il
existait des stations ou mansions de ces voies ; nous par-
228
AVANT-PROPOS.
lerons d'une colonne milliaire trouvée sur une de ces grandes
routes , et nous finirons par quelques recherches sur l'époque et les auteurs de la première destruction de Vésone.
Peut-être trouvera-t-on étrange que nous ayons classé les
voies romaines parmi les monumens militaires. Mais n'est-il
pas certain qu'en ouvrant ces grandes voies , le but principal
des Romains a été de faciliter la circulation des troupes, et
de pouvoir les porter promptement où elles devenaient utiles
à leurs projets ?
MONUMENS MILITAIRES
sous
LES ROMAINS.
ITINÉRAIRES, VOIES , STATIONS,
COLONNE MILLIAIRE,
ETC.
CHAPITRE PREMIER
Chemins d'Agrippa.
CELUI qui avait fait construire à Rome cent soixante-dix bains publics , qui avait fondé le portique de Neptune , le porche du Panthéon
et plusieurs autres édifices , tous décorés avec la plus somptueuse recherche et la plus grande magnificence ; celui qui avait vaincu SextePompée , et Pavait forcé d'abandonner la Sicile ; celùi qui avait défait
Marc- Antoine k Actium et avait placé la couronne de l'univers sur
la tête d'Auguste ; Agrippa , en un mot , conçut et exécuta un nouveau
projet d'une haute importance : il fit dresser une carte détaillée du
vaste empire romain ; et pour qu'un tel monument fût porté à toute
l'exactitude dont il était susceptible a ces époques reculées , il le laissa
long-temps exposé à la censure publique dans le portique d'Octavie ,
qui fut achevé pour cet objet.
3o
ANTIQUITÉS
2 3o
Cet nomme , grand dans tous les genres , ne s'en tînt point à cette
entreprise ; il en exécuta une autre dont les avantages furent peutètre moins sentis , mais qui annonce une politique consommée. Etant
venu à Lyon, vingt ans ou environ avant notre ère, et prévoyant que
les Gaulois essaieraient tôt ou tard de secouer le joug , il voulut lier
k cette ville , qu'il regardait comme le point central , tous les pays
nouvellement soumis , toute la Gaule ; et , dans cet objet , il fit faire
quatre grands chemins qui facilitaient la circulation des troupes par-,
tout, et leur donnaient les moyens d'arriver promptement où leur présence pouvait être nécessaire.
Strabon donne la direction de ces routes (i). Une, dit-il, passe par
les Cévennes et P Auvergne , traverse l'Aquitaine et va jusqu'aux Pyrénées ; une autre aboutit au Rhin ; la troisième passe par le pays des
Bellovaci et se dirige vers l'Océan ; la quatrième enfin tire vers la
Gaule narbonnaise et longe les côtes de la Méditerranée.
Or, on ne peut guère douter que la première de ces voies romaines
ne passât par Vésone : sa direction le témoigne ; les anciens itinéraires
en sont , pour ainsi dire , la preuve ; et la route la plus fréquentée des
Pyrénées a Lyon se dirige encore sur notre antique cité.
CHAPITRE II.
De TItinéraire d'Antonin, et de la Table théodosienne .
IL ne nous est parvenu des Romains que deux itinéraires fort inexacts:
l'un est connu sous le nom d'Itinéraire cVAntonin , et l'autre sous celui de Table Théodosienne. Le premier , comme le remarque très-bien
D. Bouquet
, ne semble guère remonter au Haut-Empire , puisqu'il
(2)
(1) Livre
4.™.
(2) Voyez les notes du Recueil des Historiens de France , art. Itinéraires.
DE VÉSONE.
25 r
y est question des villes de Constantinople , de Maximianople et de
beaucoup d'autres dont les noms indiquent une époque plus rapprochée de nous ; mais n'est-il pas possible qu'un travail de ce genre ait
été fait réellement 5011s l'un des Antonin, peut-être sous celui qu'on
distinguait par le surnom de Pie , et que plus tard on y ait ajouté les
nouvelles villes, en lui conservant un nom que tous les Romains chérissaient? Au moyen de cette simple hypothèse , tout s'explique 5 car
rien de plus naturel que de supposer qu'un itinéraire dressé par ordre
d'Antonin ait servi de base à un nouveau travail fait après le règne
du grand Constantin.
Le second itinéraire n'est pas seulement connu sous le nom de Table
Théodosienne , il l'est aussi sous celui de Table de Peutinger , parce
que l'original de cet itinéraire a été retrouvé par Conrad Peutinger,
mort à Augsbourg en 1 547- H e st maintenant à la bibliothèque impériale de Vienne en Autriche. C'est une espèce de carte géographique
que l'on croit assez généralement avoir été dressée sous le règne de
l' empereur Théodose.
Extrait de VItinéraire d'Antonin.
à BVRDIGALA
Bordeaux (Point de départ).
SIRIONEM
XV
"Le Pont-de-Siron.
VSSVBIVM
XX
* Ure.
FINES
XXIIII
AGINNVM
XV
Jgen.
EXCIS VM
XIII
* Notre - Dame - d 'Eysses ( 1 ) .
TRAJECTVM
XXI
VESVNNAM
XVIII
FINES
XXI
*Firbeix, ou plutôt Courbasy.
AVGVSTORITVM
XXVIII
Limoges.
.
Vésone ou Périgueux.
* L'astérisque désigne les noms dont nous ne sommes pas parfaitement certains , quoique sur
la plupart de ces noms il ne puisse guère y avoir de doute.
(1) Ou Villc-Neuvc-d'Agen. Le monastère de Notre-Dame-d'Eysses est à côté de cette yilJe.
est appelé, dans quelques anciens titres, Exciense.
11
23a
ANTIQUITÉS
Extrait de la table théodosienne , également connue sous le
nom de Table de Peutinger.
Vésone, ou Périgueux.
"Le Gué-du-Châlard.
n
r> m T~I-i-v
k m T~*
Coutras.
"V T "V"
VATEDO
XVIII. .
BVRDIGALA
>,.....
.
" Vaires.
Bordeaux.
•
-i 7-X7 i"l /""VTVTTVT 1
/ T\
*
■
1
1 /
Vésone.
, \
" Charmans.
c i Ti "n irnií
vv
CONDATE
X. . . .
Cognac.
MEDIOLANVM SANTON.
»...
Saintes.
ttp ,-i /—VTVT AT À
/ Tï - î
TXTTVTT1
AVSRITO.
M.
I ».
J ^
Vésone.
„ ... j. \
" Firbeix , ou plutôt Courbajy,
"VTTTT
Limoges.
XIIH. . .
Vésone.
.
BIBONA
XIIIÍ. . .
"La Linde.
Càhors.
Vésone.
VESONNA (Point de départ)
DIOLINDVM
»
"La Linde.
EXCISVM
XXI. . . .
* Notre-Dame-d' Eysses,
AGINNVM
XIII. . .
Agen.
II semble que ces extraits d'itinéraires devraient suffire pour donner
une idée des routes de notre province ; mais malheureusement ils ne
font pas connaître toutes celles qui existaient dans ce pays : ils sont
même souvent inexacts ; car il ne faut pas se figurer que ces antiques
tables aient la perfection de nos cartes modernes. Les positions y sont
presque toujours mal indiquées , et quelquefois elles sont oubliées ; les
distances et les noms sont fréquemment tronqués ou effacés 3 en un
DE VÉSONE.
2 33
mot, ce n'est qu'en étudiant les localités avec une scrupuleuse attention qu'on peut parvenir a débrouiller ce chaos. Le célèbre d'Anville
s'est distingué dans ce genre ; il a fait beaucoup ; mais il était impossible qu'il connût assez bien toutes les parties de la Gaule pour ne
pas donner dans quelques erreurs que nous tâcherons de rectifier.
Mais d'abord , que signifient les chiffres de ces itinéraires ? Sont -ce
des milles , des stades ou des lieues ? On sait que le stade n'était guère
employé que sur les côtes de la Méditerranée , et que le mille l'était
presque uniquement dans la province romaine ; ainsi, c'est bien évidemment la lieue gauloise que nous devons retrouver dans toute l'Aquitaine , et en effet cette lieue était d'environ 1 1 34 toises , ce qui
s'accorde assez bien avec la plupart des nombres dont nous avons à
nous occuper. Nos colonnes milliaires ne laissent même aucun doute
à ce sujet, car elles portent toujours quelques lettres du mot leuca,
comme nous le voyons sur celle de l'empereur Florien , où on lit :
P. L. ( prima leuca ou leugd). Suivons maintenant les noms des lieux
sur la table et dans l'itinéraire.
Sirionem , qui sans doute fait au nominatif Sirio , est selon d'Anville
le Pont-de-Siron. On lit sur la table : Sirione ; mais le nombre X qui
y précède ce mot étant trop faible pour exprimer la distance du Pontde-Siron à Bordeaux , nous devons la regarder comme inexacte , et nous
en tenir à l'itinéraire.
Ussubium ou Usubium serait , selon d'Anville , Ure. Sur la table ce
mot est écrit Vesubio. Entre Ussubium et Fines l'itinéraire marque
XXIIII ; la table donne XX de chaque côté de ce même lieu. Tous ces
nombres pai-aissent trop forts.
Fines. Nous ne savons pas au juste quel est ce lieu. Entre Fines et
Aginum l'itinéraire et la table marquent XV ; mais peut-être le nombre XX serait-il préférable. Les copistes pouvaient facilement se tromper du X au V.
Eoccisum paraît être Notre - Dame - d'Eysses , près de Ville- Neuved'Agen ; mais y a-t-il bien i3 lieues gauloises d'Agen à Ville-Neuve ?
234
ANTIQUITÉS
Trajectam. Trajectus est évidemment le passage de la Dordogne,
mais dans quel endroit du fleuve était-il? Nous en parlerons lorsque
nous en serons aux voies de la table théodosienne.
Le Fines, qui est entre Kesunna et Augustoritum , serait suivant l'itinéraire à XXI lieues de Vesunna et k XXVIII lieues d 5Augustoritum (i).
Suivant la table , cet endroit serait k XIII I lieues de chacune de ces
villes. Cependant la véritable distance entre Limoges et Périgueux étant
de 38 k 4° lieues gauloises , nous pensons qu'il faut lire dans l'itinéraire XX et XVIII , et dans la table XVIIII et XVIIII. Ce Fines serait-il Firbeix, comme quelques personnes le croient? ou ne serait-ce
pas plutôt Courbasy , qui est également sur la limite des deux territoires (a) ?
Ainsi, d'après l'itinéraire d'Antonin, un chemin de Bordeaux k Limoges , passait par Agen et Vésone , et certes ce n'était pas le plus
court. Mais passons k la table théodosienne pour connaître plus particulièrement les voies du Périgord. Elle en désigne cinq bien distinctes : celle de Bordeaux , celle de Saintes et celle de Limoges ; celle de
Cahors et celle d'Agen.
Pour aller de Vésone k Bordeaux , on passait , selon la table , par
Sc o , Corterate et P~atedwn.
Sc o. Ce nom , qu'on ne peut lire sur l'original , mais qui évidemment commence par un S et finit par un O, serait, selon d'Anville, Connezac , sur les confins de la Double ; mais une route pouvait-elle être
percée dans ces lieux ? Non sans doute. Du moins il aurait fallu vaincre bien des difficultés pour l'y faire passer; et, malgré tous les soins
possibles , elle eût été infiniment désagréable k cause des montées continuelles qu'on ne pouvait éviter. Nous croyons , au contraire , avec
M. l'abbé de Lespine , que la route suivait la rivière de Fille , et que
Pendroit dont on né peut lire le nom est le passage que l'on appelait autrefois le Gué-du-Châlard , en latin de Scalario. Ce gué est k
côté du château de Neuvic ; une forte tranchée dans les terres annonce
(1) Dans plusieurs anciens manuscrits on trouve XXI au lieu de XXVIII.
(2) C'est Topinion de M. l'abbé de Lespine.
DE VÉSONE.
2 35
son ancienne existence (i). Si le savant d'Anville eût pu consulter des
cartes exactes où les coteaux et les vallons eussent été correctement
exprimés, sans doute il ne serait pas tombé dans une si grave erreur.
D'ailleurs, l'endroit que nous venons d'indiquer convient parfaitement
au nombre X que porte la table théodosienne. On y a même souvent
trouvé des médailles ou autres antiquités romaines, et l'on y voit encore des débris de constructions qui ne peuvent appartenir qu'aux Romains.
Corterate. Ce mot fait-il Corterate au nominatif? C'est ce que nous
ignorons. Toutefois on ne peut douter que ce ne soit Coutras, et les
distances marquées sur la table le prouvent d'une manière évidente.
F~atedo pour Varatedo, de J^aratedum ou Varadetum. C'est probablement Vaires , sur la Dordogue , comme le croit d'Anville. La distance n'est pas marquée entre Vaires et Bordeaux , et il est évident que
le nombre XVIII , qui est du côté de Coutras , exprime la distance totale de Coutras a Bordeaux.
La route de Saintes passait par Sarrum et Condate. Sarrwu pourrait être Charmans ; mais la distance de Vesonna a Charmans n'est
peut-être pas tout-k-fait de XX lieues gauloises.
Condate semble être le même que Cognac; mais le nominatif est-il
Condate ? c'est ce qu'on ne peut savoir. Au reste , de Condate k Mediolanum- Santonum la distance est omise.
La route de Limoges passait , comme nous l'avons déjk dit , par un
Fines, qui est Firbeix ou Courbafyj du reste, sur la table théodosienne,
on lit Ausrito pour Augustorito (2).
(1) La tranchée est parfaitement apparente , et elle est en pente très-rapide ; mais le gué n'existe
plus depuis qu'on a établi des digues de moulins au-dessus. Au reste, il paraît que les anciens donnaient le nom de Scalarium aux chemins dont la montée était difficile ; et selon M. de Mourcin on
se servait aussi quelquefois du mot Gradus, soit qu'il y eût réellement des degrés ou qu'il n'y en eût
point, comme on en voit un exemple dans le nom de notre place du Gras.
(a) C'est sur la table que les noms sont le plus incorrects. II est même à remarquer qu'ils paraissent presque tous être á l'ablatif; mais selon M. de Mourcin ils sont véritablement à l'accusatif.
Des copistes ignorans pouvaient écrire Vatedo pour Vattdum, Ausríto pour Ausritum ou Augustoritum, Sirione pour Sirionem, etc., parce que la pronouciation est presque la même.
a36
ANTIQUITÉS
La route de Cahors passait-elle par Diolindwn ? Diolindum est la
Linde j mais dans la table ce mot se trouve hors de ligne , et le nombre XXIIII ne remplit pas bien l'espace de ce lieu à Cahors. Bibona
est pour Divona ; nous avons déjà dit que dans les itinéraires la plupart des noms étaient inexacts.
Selon l'itinéraire, la route d'Agen passe par Trajectus et par Eoccisum ; sur la table théodosienne il semble qu'on suivrait Diolindum et Eoccisum; or, voici comment s'exprime à ce sujet le célèbre
d'Anville :
« L'itinéraire d'Antonin conduit à'Aginnum à Vesunna, capitale des
« 1?elrocorii , en passant par Eoccisum et par Trajectus. La première
« de ces positions étant Ville-Neuve-cl'Agénois , comme on peut voir
« dans Particle Eoccisum , le Trajectus } que l'itinéraire marque a XXI
« au-delà à'Eoccisum et XVIII en-deçà de Vesunna , désigne indubita« blement le passage de la Dordogne sur cette route ; et je reconnois
K précisément l'endroit de ce passage dans le nom de Pontouoc , que
« porte un lieu situé sur la Dordogne , ayant sur le bord opposé un
« autre lieu plus considérable qui se nomme la Linde. On trouve dans
« la table théodosienne la même indication de XXI entre Eoccisum et
« une position sous le nom de Diolindwn , qu'entre Eoccisum et Tra« jectus ; çe qui fait voir que la position de Trajectus convient égale« ment bien à Pontouoc , que celle de Diolindum à la Linde , qui conte
serve évidemment un reste de son ancienne dénomination. L'estime
K de la distance entre l'emplacement d'Eoccisum et Périgueux étant
« d'environ 445°°° toises , les nombres de l'itinéraire , dont la somme
« est 3g , en tirent leur vérification , puisque le calcul de 39 lieues
« gauloises donne en rigueur 44 > 22 6 toises. »*
Mais d'Anville ne confond-il pas mal à propos Trajectus et Diolindum ? Ne sont-ce point deux positions différentes ? Le mot Pontouoc
n'est pas propre à désigner un Trajectus , c'est-à-dire un passage en
bac ou en bateau sur une rivière , mais bien à faire présumer qu'il y
avait jadis un pont à proximité de ces lieux. Peut-être était-ce un pont
de service que l'on avait fait à la hâte lorsqu'on construisait ou qu'on
restaurait celui de la Linde. D'ailleurs , comme nous Pavons dit plus
DE VÉSONE.
23?
haut , Diolindum est hors de ligne , en sorte que l'on ne peut guère
savoir à quelle route il appartenait. Nous croirions surtout volontiers
que d'abord la route de Cahors ne passait pas par la Linde. Du reste ,
si Diolindum et Trajectus étaient le même lieu , pourquoi ce lieu porterait-il deux noms différens? et si ce sont deux endroits voisins l'un
de l'autre, pourquoi, dans les itinéraires, emploie-t-on tantôt l'un et tantôt l'autre? On pourrait dire, il est vrai, que peut-étre le pont de la
Linde n'était pas encore construit lorsque l'itinéraire d'Antonin fut
dressé, et que pour désigner le passage on se servait du mot Trajectus qui ne signifie que cela ; tandis que du temps de Théodose , le
pont existant déjà, le nom du village voisin (Diolindum) put devenir celui de la mansion; que d'ailleurs, si Diolindum se trouvait sur la
route d'Agen , cette dernière route pouvait avoir quelque embranchement particulier pour Cahors. Cependant on a découvert les vestiges
d'une route qui bien évidemment se dirigeait vers cette dernière
ville (i ) , et qui débouchait par la plaine de Saint-Cyprien ; ce qui semblerait détacher la Linde de sa direction. Quoi qu'il en soit, les routes
de Cahors et d'Agen, ainsi que quelques autres, se réunissaient avant
d'arriver à Vésonej et on en conçoit la nécessité, lorsqu'on sait qu'au
midi de cette ville le pays est partout hérissé de montagnes , et qu'il
renferme beaucoup de profondes et étroites vallées.
Au surplus , nous devons faire remarquer que les stations désignées
dans les itinéraires par le mot fines (limites ou confins) ne détruisent
en rien ce que nous avons dit de la vaste étendue de notre territoire
et de notre juridiction. Ces limites n'ont point été fixées dans l'antiquité gauloise ; elles sont le résultat des opérations politiques ou militaires des empereurs romains ; et ces vainqueurs , dont le but était
de tout innover dans la Gaule, reculaient ou avançaient les fines suivant leurs caprices ou la protection qu'ils accordaient à tel ou tel
peuple.
(i) C'est M. Jouannet qui a fait cette découverte.
258
ANTIQUITÉS
CHAPITRE III.
Proies romaines. — Prestiges de ces voies sur le territoire
Pétrocorien.
CE qui regarde le Périgord, soit dans l'itinéraire d'Antonin, soit sur
la table théodosienne , est maintenant connu ; mais , comme le remarque le célèbre d'Anville : « Les communications établies entre un aussi
« grand nombre de cités que la Gaule en contenoit, avoient multiplié
« les grandes voies , et il s'en faut beaucoup que la trace de toutes ces
« voies, se retrouve dans les anciens itinéraires. » C'est donc le pays
lui-même qu'il faut étudier ; ce sont les restes de ces vieux chemins
qu'il faut tâcher de reconnaître. Déjà dans le chapitre précédent nous
avons donné quelques notes sur cet objet; dans celui-ci nous suivrons
pas à pas , autant qu'il nous sera possible , ces mêmes chemins ; nous
désignerons les lieux par où nous croyons qu'ils durent passer, et nous
constaterons les découvertes qui peuvent fournir quelques preuves de
leur direction ou de leur ancienne existence.
Route de Bordeaux.— Nous ne connaissons la route de Bordeaux que
par la table théodosienne. C'est cette table qui nous apprend qu'elle
passait par le Gué-du-Châlard , par Coutras et par Vaires. Du reste,
on ne la retrouve nulle part , ou du moins elle est tellement dégradée,
que nous n'avons encore pu la distinguer. Nous;, ne savons même pas
au juste par où elle aboutissait à Vésone ; mais oh ïie peut guère douter
que ce ne fût par le Pont-du-Toulon. C'était sans doute au-delà de ce
pont qu'elle se séparait de celle de Saintes (i) et tournait au sud -ouest.
La route actuelle de Ribérac suit d'abord la même direction ; mais elle
est un peu élevée sur le pied du coteau , tandis que , dans une assez
grande étendue, la voie romaine côtoyait immédiatement la rivière de
(i) A moias qu'il ne se trouvât un autre petit pont i l'einbouchurc du ruisseau.
DE VÉSONE.
2 3g
Ville. On croit reconnaître quelques vestiges de cette route sur le bord de
Peau; mais comme, d'après de vieilles traditions, la route moderne y passait elle-même d'abord, on ne peut y rien voir qui annonce l'antiquité.
Cette voie suivait sans doute constamment la rive droite de l'Ille jusqu'au Gué-du-Châlard, c'est-à-dire jusque vis-à-vis du château de Neuvic, où elle passait du coté opposé; ensuite elle revenait dans sa première direction avant d'arriver à Coutras ; peut-être était-ce dans le
voisinage de Montpaon qu'elle faisait sa seconde traversée. Tels sont
les seuls détails que nous pouvons donner sur notre antique route de
Bordeaux. Passons à celle de Saintes.
Route de Saintes. — La route de Saintes aboutissait à Vésone par le
Pont -du- Toulon. La table théodosienne la fait passer ensuite à Charmans et à Cognac; tâchons de suivre son cours à partir de Vésone.
Nous avons déjà dit que cette route se séparait de celle de Bordeaux
à une très -petite distance du ruisseau du Toulon , et c'est là qu'elle
prenait d'abord la direction du nord -ouest, en suivant le vallon qui
passe au-dessous de Vignéras , et dans lequel la colonne milliaire de
Pempereur Florien fut trouvée. Ce fut en 1754 que l'on fit la découverte de cette colonne ; nous regrettons^ que l'on n'ait pas marqué la
place où elle fut faite. Cette attention nous eût procuré l'avantage de
bien connaître la direction de la voie dans une partie de son cours,
et le point d'où elle partait de notre antique Cité.
Toutefois l'on est bien assuré qu'elle ne suivait pas la route actuelle
d'Angoulême , mais qu'elle passait à droite dans le vallon, et qu'ensuite
elle remontait du côté de Mihonet. Près de là , elle traversait sans doute
cette même route d'Angoulême, puis le ruisseau de la Beauronne, et se
dirigeait vers Carpentièras (1), village qui est au nord de la ChapelleGonaguet. Elle descendait probablement le cours de la Douzelle, passait la Dróne du côté de Rocheyrol , où se distinguent encore quelques vestiges d'un pont romain (2) , remontait un vallon près de la
Barde , se rapprochait de Marhouet et de Narbonne , aboutissait au
(1) Carpentièras semble dérivé de Carpentum; ainsi ce village .rappelle le nom d'une espèce de
voiture dont se servaient les Romains.
(a) Tels sont du moins les renseignemens que nous avons pu nous procurer.
ANTIQUITÉS
Chadeuil et à la Tour- Blanche, coupait la route actuelle de Ribérac,
allait vers Goust et Roncenac, traversait la Lisonne au Pas -Vieux, ou
peut-être au Pas-de-Fontaine (i), passait à Chai'mans , arrivait à Cognac,
et finissait à Saintes.
240
On reconnaît des vestiges de cette voie romaine du côté de Charmans et de Rousselières ; on en voit entre Fontaine et Goust , ainsi
que dans plusieurs autres endroits, et encore aujourd'hui les marchands
étrangers qui viennent acheter en Poitou des mules et des mulets pour
l'Espagne, suivent cette route dans une grande partie de son étendue;
partout elle est connue des habitans du pays sous le nom de ChomiBouinat, sans doute à cause des bornes ou colonnes milliaires qui marquaient les lieues sur toute sa longueur.
Au reste , que l'on ne soit point étonné de voir la route de Saintes passer à une certaine distance d'Angoulême : on sait que cette
dernière ville n'était qu'un castrum romain qui avait remplacé Voppidum gaulois. Peut-être y arrivait-on par un petit embranchement pris
entre Charmans et Cognac.
Route de Limoges. — La voie romaine de J^esunna a Augustoritum
suivait-elle la même direction que notre route actuelle de Limoges ?
On trouve bien dans la Combe -des -Dames et a l'est de Puy-Roger,
dans la continuation de ce même vallon, quelques restes d'une vieille
route qui passait a un endroit qu'on appelle la Pouge , près du hameau
de la Grange , et qui montait k la chapelle de Sept-Fonds prendre la
route actuelle de Thiviers ; mais ces restes appartiennent -ils à l'antiquité ? Leur aspect ne l'annonce nullement ; nous croyons au contx'aire y reconnaître une route du moyen âge.
Cependant , quelle était la direction de notre troisième voie ? Nous
pensons , avec M. de Mourcin , qu'elle aboutissait à Vésone par le Pont-
(3) Telle est la direction que les habitans du pays donnent à cette voie , et d'après eux nous la
ferions traverser au Pas-de-Fontaine, plutôt qu'au Pas-Vieux, bien que ce soit contre le sentiment
de d'Anville. Au reste, peut-être a-t-elle traversé successivement par l'un et par l'autre Pas.
DE VÉSONE.
de-Japhet, qu'elle passait dans le faubourg de Saint- Georges , et suivait constamment la rive gauche de la rivière de Pille (i).
Sans doute elle passait au-dessous de Monplaisir et au sud du PetitChange, descendait dans le petit vallon qui sépare cette dernière habitation de son colombier , débouchait sur la rivière à travers les arcades de Paqueduc, suivait le bord de Peau au-dessous du rocher, passait le ruisseau du Manoire, vers son embouchure, au moyen d'un pont,
dont les restes" n'ont fini de disparaître que depuis environ soixantedix ans, montait a Bassillac , et aboutissait a P embouchure .du Hauta&itryin} :í nu. aJuo h zám îLivytc, tô&Mrt. ,-QÌHo. atìp m i ;;í/o &*axà)V -ìw*:.
Vezere.
■ JJT 'zsq Ji^-iau kl sido -n) ftcdgifcs m '3i -sl -...ïis%& ÍIUU'WQÌ ía-svjuu^i'íisq
Au sud du confluent des deux rivières était une villa dont l'emplacement est encore connu sous le nom de -J^ille-de-Boulogne , bien qu'il
n'existe sur le sol que de nombreux débris; et, suivant la tradition,
les Romains avaient construit sur le Haut-Vézère un pont dont on
eroit retrouver quelques restes.
.K 'jyuosp-.íijifi tl oh _$; LVÛ&
La route passait bien évidemment sur ce pont , continuait de suivre
Pille, traversait la Loue près de son confluent où la tradition place un
autre pont , ét, longeant toujours la rive gauche de Pille , montait peutêtre au Châlárd, et arrivait ensuite à Courbafy, d'où elle se dirigeait
vers Augustoritum.
Telle était sans doute la direction de notre ancienne route de Limoges; car, non- seulement les difíerens ponts dont nous venons de
parler, les villa et autres gros lieux qui se trouvent sur le bord de
Pille, ne semblent laisser aucun doute à ce sujet, mais encore on retrouve dans ces lieux des vestiges de pavé qui ne peuvent appartenir
qu'à une voie romaine.
í'ïosiaufq \idkh èâgifásV 89* úéTtaûb'h t »'ò riO '.:ja > iO'i *iofl 'ali éUétìiHM ! i-J )«v:
On rencontre de ces restes de pavé en -deçà de Bassillac , notamment vis-à-vis du moulin de Lesparat et près de P embouchure du Manoire. Dans cet endroit surtout la route se distingue d'une manière bien
remarquable , car elle est au-dessous du niveau des eaux et à deux ou
(i) Voyez pour le Pont-de- Japhet , tom. a, p. 10 et i'ì.
a/p
ANTIQUITÉS
trois pieds sous le sol, ce, qui annonce qu'elle existait avant rétablissement des moulins à eau , et que , par conséquent , elle appartient à
Pantiquité.
Roule de Ljqri , ou chemin a" Agrippa. — On sait qu'Agrippa avait
fait construire quatre grands chemins qui partaient de Lyon et traversaient les Gaules ; on sait aussi qu'un de ces chemins se dirigeait vers
l' Aquitaine et aboutissait aux Pyrénées ; or nous croyons , avec M. de
Mourcin , que cette dernière voie passait par Vésone et formait un
embranchement avec celle de Limoges, au confluent de l'Ille et du
Haut-Vézère ; c'est là que cette route prenait sans doute une direction
particulière et tournait à l'e.st. Elle se dirigeait probablement par Tulle,
passait peut-être à Issoire ,e_tj à. Eeurs^ et arrivait* à, Lyon. On croit. retrouver quelques vestiges, de cette route sur le bord: du Haut.-Vézèrej
peut-être, un jour pourr-jonsrstQUS. connaître plus . particulièrement- sa direction. C'est à l'existence de cette voie et de celle, de Limoges que
nous devons attribuer l'étendue et l'ancienne prospérité de notre faubourg de Saint- Georges.
a : / \ÌÌÌ . sb ilfiUííiittO'.ì f.iaoa ao lue íííammahÍTO XIUÌG ÌÌSÌUSSCI siuo 'i &ï
Route.de Cahors (i). —La route de Cahors aboutissait à Vésone par
le Pont-de-Japhet , comme celles de Limoges et de Lyon 5 elle prenait
ensuite sa direction au sud-ouest jusqu'à l' embouchure du vallon de
Borgnac , où elle tournait presque au sud. Elle suivait à une certaine
hauteur le coteau d'Ecornebceuf , allait passer à la Male-Virade , à Andrivaux , à Chabrier, traversait la nouvelle route de Bergerac vis-à-vis
de la Rampinsole , descendait dans le vallon, du côté de la Borie, coupait la Combe -du -Cerf , remontait vers....
, et passait à l'ouest
de Rossignol.
Dans' cette partie de son cours, elle traverse deux ou trois fois la
route actuelle de Bergerac. On en reconnaît des vestiges dans plusieurs
endroits différens; mais c'est surtout au -delà de Rossignol qu'on peut
la suivre. Elle côtoie la forêt de Vern, et on la distingue parfaitement
près de Thabitation. connue sous le nom de la Maison-Neuve , ou anciennement Merlande. C'est même lorsque le propriétaire du lieu vou-
(1) Peut-être cette route . au lieu cVètre celle de Cahors , se dirigeait-elle vers Rhodez ou Alby.
DE VÉSONE.
245
lut, construire sa maison qu'il découvrit lë massif de cette voie. II est
formé dans cet endroit de gros silex plantés debout et si bien lies ensemble qu'on a de la peine à les séparer les uns des autres (1).
A une assez petite distance de là; notre route së divise en deux branches , dont l'une se dirige à Pont-Roumieux-de-Vern (2), et l'autre descend vers le bourg. La première va directement ; la seconde prend à
gauche. C'est probablement cette dernière qui formait la route de
Cahors.
Toutefois, le cours de cette route n'est pas d'abord bien déterminé ;
et quoique sans doute elle dût passer vers CendrieUx, on ne commence
à en retrouver les vestiges, au-delà de Vern, qu'au-dessus de la jolie
habitation qu'on nomme les Faures , en face de Campagne , et très-près
de la Vézère. C'est là seulement que nous les avons reconnus , et que
nous les avons suivis sur une longueur de deux ou trois cents toises ,
dans un vallon qui doit aboutir à Saint-Cirq. Nous ne savons pas encore si l'on découvre quelques traces de cette voie au-delà de la Vézère; mais il paraît qu'elle venait à Saint-Cyprien en longeant le petit,
vallon qui est au-dessous du château de Fages , et qu'arrivée dans la charmante plaine de cette ville , elle passait près des boues de Panassoux
et s'approchait des bords de la Dordogne (3).
Une des stations de cette route paraît avoir été située au-dessus : de
Bézenac (4) , assez près d'un endroit où l'on soupçonne qu'il a existé
jadis un grand atelier de poterie ou de tuilerie romaine , et dans un
lieu peu éloigné de celui où l'on prend les bains de bóue. Au-dessous
de cette localité , et presque au bord de la Dordogne , se trouve un
endroit qui se nomme encore Coiìstati, mût qui semble dérivé de
cum statione. C'est là qu'ont été trouvées, en 18 16;, deux mosaïques
(1) Le propriétaire de la Maison-Neuve n'a pas employé d'autres matériaux que ceux de cette voie
pour bâtir sa maison , sa grange , ses écuries et les autres dépendances.
(2) Ce lieu est célèbre par la victoire qu'y remporta le maréchal de Montesquiou - Monluc, né
à Fages, près de Saint-Cyprien.
(3) C'est M. Jouannet qui a fait cette découverte.
(4) Nous devons également la découverte de cette station et de ce grand atelier de poterie ou
tuilerie romaine à M. Jouannet
244
ANTIQUITÉS
dont nous avons eu occasion de parler (t). Cette cinquième voie romaine traversait la Dordogne à portée de , l'embouchure du Céou , et
se rendait de là à Cahors , à moins cependant qu'elle ne fût destinée
à ouvrir une communication avec le pays des Rhuténiens ou celui des
Albigeois, ce qui nous donnerait une huitième voie, et alors celle de
Cahors passerait par la Linde, comme semble l'indiquer la table théodosienne.
Route d'Agen. — C'est à Vern que la route d'Agen parait s'être séparée de celle de Cahors ; ainsi , depuis Vésone jusqu'à cette espèce de
petite ville, il n'y a nulle difficulté sur sa direction, et plus loin elle
se trouve déterminée par la table de Peutinger et par l'itinéraire , qui
la font passer par Diolindum ou Trafectus , et par Excisum. En arrivant au bourg de Vern , cette voie romaine coupait diagonalement
un coteau voisin de la paroisse de Saint-Jean, et ensuite elle se dirigeait vers la Linde , où d'abord sans doute on passait la Dordogne en
bateau , et dans la suite sur un pont , ce qui a fait admettre dans les
itinéraires deux noms diíférens. Mais nous n'avons pu reconnaître aucune trace de cette route dans cette partie de son cours ; seulement
les habitans de Vern et ceux des autres cantons où elle passait assurent qu'il en subsiste quelques vestiges. On retrouve beaucoup plus de
ces restes au-delà de la Linde. Ils se distinguent surtout pi'ès de la
petite ville de Molières (2) , et l'on dit qu'on en voit aussi à VilleRéal, où la route devait bien évidemment passer avant d'arriver à
Ville-Neuve-d'Agen.
fuj ; .
£
; . , •ii'ríinxríO 'f 9'rRÌÌînî 9 B . «b oi'^'îoq î>b 'ÍÍJJIÌSJ'G. Ba'B'ïg rit
Au surplus , il serait possible , il est même probable qu'on avait dirigé une branche de cette route de la Linde vers Cahors , pour que dans
aucun temps les communications de Vésone à cette dernière ville ne
pussent être interrompues par les débordemens de la Dordogne. Du
moins ce qui le donnerait à penser, c'est qu'il existe encore dans
cette direction quelques vestiges d'une voie romaine , surtout près de la
fontaine de la Bécède , et que la table théodosienne semble établir
(1) Voyez tom.
i.
cr
,
pag. 3p5.
(a) D'après les manuscrits de M. l'abbe de Lespine.
DE VÉSONE.
245
cette route de communication , puisqu'elle fixe une certaine distance
de la Linde a Cahors , et qu'en y ajoutant celle d'environ XVIII lieues
gauloises de Vésone k la Linde , on a k peu près l'intervalle qui existe
entre Vésone et Cahors par cet embranchement.
Route de Bajonne , ou suite du chemin d 1 Agrippa. — Jusqu'audelà de la Maison-Neuve , dans la forêt de Vern , la route de Bayonne
était la même que celle d'Agen et que les deux qui conduisaient a Cahors. Ce n'est que là qu'elle prenait une direction particulière pour
descendre k Pont-Roumieux-de-Vern (1), où elle traversait le ruisseau
sur un pont qui a été détruit, mais dont on voit encore quelques débris sur la place; ensuite elle descendait la petite rivière du Caudou.
Du moins telle est la direction donnée par d'anciens actes (2) qui prennent cette voie pour une de leurs confrontations, et qui la nomment,
comme on le fait encore dans le pays , le vieux chemin ferré.
Parvenue a Saint-Cibard ou k Mouleydier, elle traversait la Dordogne, allait passer au bourg de Saint -Germain -de- Pont - Roumieux , k
Pont-Roumieux même, et suivait la direction d'ïssigeac. Des vestiges
de cette route se distinguent dans le voisinage de cette même ville d'ïssigeac , et se retrouvent sur une longueur d'environ deux cents toises
dans les environs de Cerisoles (3). On en trouve également au pied
d'un coteau peu éloigné de ces lieux, et bien que nous n'en connaissions pas au-delk , nous ne pouvons douter que cette voie romaine ne
se dirigeât du côté de Tonneins, et n'arrivât, peut-être par Dax , k
Bayonne.
Telle est la continuation du chemin d'Agrippa. Et qu'on ne soit pas
étonné que ce chemin se trouve si rapproché de la route d'Agen, car
il lui était de beaucoup antérieur , et avait une destination toute particulière.
Ainsi , le pays des Pétrocoriens était traversé par sept ou huit voies
(1) Ou doit écrire Vern et non pas Vergt, puisqu'on disait en latin Vernium.
(2) Plusieurs propriétaires de ces cantons m'onl assuré avoir de ces actes.
(3) Plusieurs personnes, et entre autres M. Martin, aucien ingénieur des ponts-et-chaussées à Bergerac, m'ont attesté ces faits.
32
ANTIQUITÉS
2 46
romaines qui passaient à Vésone. Inexistence de ces voies est constatée
par les itinéraires , par des marques évidentes de stations et par des vestiges qu'on retrouve encore partout , qui souvent même prennent des noms
particuliers , tels que le vieux chemin ferré, lou chomi boúinat, etc.
Au reste , il existerait beaucoup plus de vestiges de ces antiques
voies sans les ravines qui sans cesse les détruisent, et font d'aiitant
plus de dégâts , que le terrain offre presque partout des coteaux , des
vallées et des pentes rapides.
Cependant nous ne pouvons douter qu'il ne partit de notre métropole au moins sept grandes voies , qui se dirigeaient à Bordeaux , à
Saintes , à Limoges , à Lyon , à Cahors , â Agen et a Bayonne. II est
évident que cette dernière servait même de moyen de communication
avec l'Espagne par les Pyrénées occidentales , comme une autre route
d'Agrippa le faisait parles Pyrénées orientales. Ainsi, un des chemins
d'Agrippa passait par Vésone; et c'est sans doute parce qu'il était le
plus ancien de tous , et que peut-être déjà, il n'était plus en usage, que
Pitinéraire d'Antonin ni la table théodosienne ne le désignent pas.
Au surplus , quel pouvait être le but des Romains en ouvrant tant
de routes dans notre province et sur toute la superficie de leur vaste
empire ? Sans doute ils voulaient se procurer les moyens de transporter plus promptement et plus régulièrement leurs troupes et leur attirail militaire où le besoin de la politique l'exigeait. C'est dans ces
vues qu'Agrippa fit ouvrir les quatre grands chemins dont nous
avons parlé; mais ne doit- on pas présumer aussi, qu'un peuple versé
dans Part de l'administration comme Pétaient les Romains , avait eu
également en vue que ces mêmes voies servissent à établir et à maintenir des relations commerciales entre les diverses villes et les différentes provinces soumises à leur domination ?
Quant à la construction de ces routes , elle était parfaite sous le rapport de la solidité, Quelquefois c'était un massif composé de quatre ou
cinq couches de matériaux choisis , liés ensemble en maçonnerie. D'autres fois c'était de gros rognons de silex plantés debout les uns contre
les autres , et recouverts de gravois. Souvent c'était de véritables cail-
DE VÉSONE.
24
7
loux déposés les uns sur les autres , et formant une couclie d'une
épaisseur considérable , sur laquelle étaient également de menus gravois destinés à lier ces matériaux et k rendre le chemin plus uni. C'est
à de pareilles marques que l'on peut toujours reconnaître les voies romaines, du moins dans une partie de la Gaule aquitanique.
II existe près de Molières quelques restes d'un chemin que le peuple nomme le Chemin de la Reine-Blanche (i). II ne faut, pas le confondre avec la voie romaine qui passe près de ces lieux , k moins que
la mère de Saint-Louis n'eût fait , pendant sa régence , réparer une véritable voie. On prétend aussi qu'il subsiste dans la Double , et près de l'Hopital-de-Cobes (2), des vestiges d'une vieille route; mais nous ne saurions penser qu'aucune voie romaine ait jamais passé dans des lieux
si éloignés de toutes communications connues. Ces restes pourraient appartenir k quelque chaussée construite sous la première ou la seconde
race de nos rois , ou peut-être était-ce une grande route gauloise qui
aboutissait k Fronsac , qu'on sait avoir été une antique forteresse ; car ,
qu'on ne se figure pas que nos pères ne connussent point l'usage des
grandes routes et ne sussent pas les construire : César parle souvent
de leurs grands chemins , ainsi que de leurs ponts isolés dans la campagne (3), et le mot pouza, qui maintenant se prononce en patois p ouzo ,
servait chez eux k désigner ces sortes de grandes voies.
(1) Manuscrits de M. l'abbé de Lespine.
(a) Manuscrits du mime savant.
(3) Voyez les Commentaires de César, et notamment le 8.° livre.
248
ANTIQUITÉS
CHAPITRE IV.
Colonne milliaire de l empereur Florien.
N.° IOI. — Au Musée (i).
DOMINO. ORBIS
ET. PACIS.IMP. G.
M. ANNIO. FLO
RIANO. P, F.
INV. AVG. P. M.
T.P.P.P.PRoCoS.
P L
Au maître de l'univers et de la paix , h Vempereur Càius-MarcusAnnius - Florianus , pieux, heureux , invincible , auguste, souverain
pontife , tribun du peuple , père de la Patrie et proconsul. Première
lieue.
Api'ès avoir dit qu'Arnauld de la Borie, qui écrivait sous Charles IX , avait trouvé à Périgueux des inscriptions grecques (2) , l'abbé
Lebeuf s'exprime ainsi (3) sur cette colonne milliaire, qu'il avait vue
(1) L'abbé Lebeuf lit a la i. re ligne DOMIN. , et il ne fait pas sentir les deux petits o de procos.
L'inscription est telle que nous la donnons, et elle offre cela de très-remarquable, que ses points
sont de forme ronde.
(2) L'ouvrage d' Arnauld de la Borie , chanoine de nos deux cathédrales , avait pour titre : Antiquités du Périgord. II avait été imprimé á Périgueux, chez Dalvy, en 1677. II ne se trouve plus
maintenant , quoique les anciens bibliographes en parlent. Je l'ai inutilement cl erché ici , à Paris et
0
partout. Sans doute il nous aurait fait connaître beaucoup de monumens détruits depuis le 16. siècle,
et entre autres ces inscriptions grecques dont parle l'abbé Lebeuf, et qui peut-être nouì transmettaient les noms de quelques-uns des savans grecs que Vésone soudoyait pour enseigner dans ses murs.
(3) Voyez les Mémoires de l'Académio des inscriptions et belles-lettres, t. 23, p. 204 , édit. iW|°.
DE VÉSONE.
2 49
au Grand- Séminaire , mais que nous fîmes enlever et mettre en lieu
de sûreté en 1789 (1) :
« En voici une latine (inscription), qui mérite attention; c'est une
colonne milliaire. II n'en reste que le fût; mais on voit au-dessus et
au-dessous la marque des crampons qui joignoient le fût avec le chapiteau et la hase. Ce fût a 4 pieds et demi de hauteur, 20 pouces de
diamètre par le bas et 16 par le haut.
« Cette colonne avoit été dressée pour marquer la première lieue
gauloise qu'il y avoit depuis la capitale de ce pays-la jusqu'à l'endroit
où elle étoit placée. C'est Punique inscription que l'on connoisse aujourd'hui qui porte le nom de Pempereur Florien , et elle ne se trouve
dans aucune collection.
« Cette extrême rareté des monumens de cet empereur vient de la
brièveté de son règne, qui ne fut au plus que de deux mois et demi.
II ne fut reconnu que dans une partie de PEmpire , le reste étant soumis à Probus, son concurrent.
« Florien étoit frère de mère de Tacite , successeur d'Aurélien. Son
frère n'ayant pu le faire consul , le fit préfet du prétoire. II le chargea
d'aller , avec une partie des troupes , repousser les barbares Scythes ou
Goths qui venoient des Palus Méotides par la Colchide. Tacite , qui
partit aussi pour la même expédition, y fut assassiné.
Florien , qui prétendoit à PEmpire par droit de succession , fut reconnu empereur par les soldats dans PAsie , l'Italie , les Gaules , l'Espagne , les îles Britanniques et PAírique ; pendant que la Syrie , la
Palestine, la Phénicie, PEgypte , obéissoient à Probus.
K
K II continua son entreprise contre les barbares, et il y réussissoit
quand Probus vint Pattaquer et le vainquit apparemment dans quelque combat. Florien , réduit à demander le partage de PEmpire , ne
Payant pu obtenir, se fit ouvrir les veines par désespoir, selon Zozime;
(1) Elle fut transportée alors au château de Barrière , à Villamblard. Depuis 1808, elle est dans
noire Musée des Antiquités.
z5o
ANTIQUITÉS
selon Vopisque et Aurèle-Victor , il fut tué par ses soldats à Tarse en
Cilicie
« Le titre de Dominus orbis et pacis est singulier quant a la première
partie ; pour la seconde, il s'accorde avec les médailles de ce prince,
dans lesquelles on lit : pacator orbis , paac ceterna , pax augusti. Ces
légendes ont rapport aux victoires (i) que Florien remporta sur les
barbares qui troubloient la paix de PEmpire.
II est difficile que dans l'espace de deux mois et demi que régna
ce prince , on ait appris a Périgueux son élévation a PEmpire , et qu'on
lui ait dressé cette colonne de son vivant. Mais il suffit qu'elle ait été
érigée avant qu'on y eût connoissance de sa mort. II mourut vers la fin
de juin 276, et peut-être la colonne ne fut-elle gravée qu'au mois de
K
juillet suivant (2).
« Les deux lettres P. L. nous apprennent Pusage de cette colonne ,
et nous pouvons deviner le lieu où elle étoit placée. Ces deux lettres
signifient prima leuga , comme L. I. dans la fameuse colonne de Tétricus. Nous ne connoissons, par l'itinéraire d'Antonin, qu'une seule
route romaine qui se terminât à Périgueux (3) : c'est celle qui partoit
d'Agen , située au midi de cette ville ; mais les tables tliéodosiennes
font mention de trois autres routes (4) , apparemment plus nouvelles ,
(1) Ces médailles n'ont rapport qu'indirectement
aux victoires de Florien ; il eût été
plus
exact de dire qu'elles indiquaient des traités de paix faits à la suite de ces victoires.
(2) L'abbé Lebeuf ne croit pas qu'on ait pu apprendre sitôt à Vésone l'avénement de Florien à
l'empire ; il pense au contraire que c'est après la mort de cet empereur que notre colonne milliaire
a été érigée. Cependant on sait que le premier soin de ceux qui prenaient la pourpre , était et devait
être de dépêcher en toute hâte des courriers pour en annoncer la nouvelle dans les différentes
provinces de la domination romaine. La politique exigeait cette promptitude ; c'était la seule manière de prévenir tous les concurrens â l'empire , et de porter ces provinces á embrasser exclusivement un parti ; aussi on n'y manquait pas plus qu'il faire frapper des monnaies à son effigie. Or,
je suis persuadé qu'un mois ou six semaines au plus suffisaient pour qu'un envoyé se rendit de l'Asie
dans les Gaules. Ce qu'il y a de singulier, c'est que le hasard ait voulu qu'il la réception de cette
nouvelle, les Vésoniens construisissent ou réparassent la voie qui conduisait â Saintes, et que cet
heureux hasard nous ait procuré Tunique inscription que l'on connaisse de Tempereur Florien , dont
le règne a été de si courte durée.
(3) Cette route ne se terminait point comme le dit notre savant académicien ; elle se dirigeait a
Limoges , d'où elle ouvrait une communication avec tout le nord des Gaules.
(4) Voyez les deux chapitres précédons.
DE VÉSONE.
2 5,,
qui conduisoient de Périgueux à Saintes , a Bordeaux , a Limoges. La
maison du Séminaire de Périgueux , où la colonne a été autrefois transportée, est k l'extrémité de la Cité, sur la route du nord- ouest qui
conduit à Saintes (i). II est probable que cette colonne étoit placée
presque au bout de la plaine, vers la source du ruisseau de Toidon,
à une demi-lieue de la Cité , selon notre manière de compter aujourd'hui, qui est d'évaluer une lieue gauloise à une de nos demi-lieues. »
Si quelques erreurs ont échappé à l'abbé Lebeuf dans cette description, il ne pouvait les éviter toutes, puisqu'il n'avait vu qu'un instant
le monument qu'il nous expliquait , et que sans doute il ne connaissait
guère par lui-même la topographie du lieu d'où ce monument provenait ; toutefois il était difficile de décrire plus clairement la colonne
milliaire de l'empereur Florien, et l'on ne peut mieux faire connaître
l'histoire de l'infortuné monarque auquel elle était érigée. Au surplus ,
nous allons tâcher de prouver que cette colonne n'est pas seulement
précieuse comme monument unique , mais qu'elle est en outre du plus
grand intérêt pour l'histoire des Pétrocoriens' et de leur métropole.
L'histoire dit que le gouvernement sage et modéré de l' empereur Tacite avait capté la bienveillance des peuples soumis aux Romains , et à
(i) L'abbé Lebeuf se trompe encore lorsqu'il dit que le Grand-Séminaire est sur la route du nordouest. Ce bâtiment, qui sert maintenant de caserne , est presque au centre de l'ancienne ville , et se
trouve au sud-ouest de ce qu'on nomme la Cité , qui, comme on l'a vu, n'est autre chose que la
citadelle antique. Au surplus, la colonne a été trouvée, non, comme le dit l'abbé Lebeuf, près de
la source du Toulon , mais un peu en avant dans le vallon qui est au nord-est de cette source. C'est
lá qu'elle fut déterrée dans une fouille qu'on fit pour un tout autre objet, en 1754; du moins tels
sont les renseignemens que nous recueillîmes de la bouche du supérieur du Grand-Séminaire , lorsqu'il nous céda ce précieux monument, et c'est en effet à cette distance que la première lieue gauloise devait aboutir , si la mêla centrale , c'est-i-dire la borne d'où l'on commençait à compter les
milles de toutes les routes , était placée dans le péristile fortifié de notre temple de Mars, comme cela
est 1 présumer , puisque là était notre principal temple , et que son péristile nous servait de citadelle.
Au reste , il n'est pas étonnant que l'abbé Lebeuf ait pris cette enceinte pour celle de Vésone
même ; il était étranger chez nous, il ne connaissait point notre histoire particulière , et à son passage tous les habitans, qui'en savaient encore moins que lui, n'ont pu lui apprendre ce que c'était que le péristile fortifié dont il voyait les traces. Dans ce moment encore il n'y a que trèspeu de personnes qui pussent lui fournir de meilleurs renseignemens.
Nous avons déjà vu plus haut que Vésone était le centre de plusieurs voies romaines ; s'il en fallait de nouvelles preuves, le P. L. {prima leuca~) de notre inscription ne laisserait aucun doute á
ce sujet.
25a
ANTIQUITÉS
coup sûr il dut surtout capter celle des Gaulois , car ils avaient d'autant
plus de naine pour la tyrannie , qu'ils avaient plus d'amour pour l'indépendance. Sans doute à la mort de Tacite cette bienveillance rejaillit
toute entière sur Florien qui était son frère utérin , et notre colonne
milliaire prouve que Vésone se déclara pour lui avec ardeur et promptitude (i). D'un autre côté, l'histoire nous apprend que Pempereur
Probus était le concurrent de ce dernier , et qu'après la défaite et la
mort de Florien , il vint dans les Gaules , s'en empara , y détruisit
600 villes, et y fit périr 700,000 habitans. Cette concurrence de Probus
avec Florien , et cet attachement des Gaulois pour ce frère de Tacite ,
font connaître la cause des ressentimens du premier , et expliquent les
motifs de ces cruelles exécutions militaires.
Mais s'il n'épargna pas les autres villes de la Gaule , il devait , avec
le caractère dur et inflexible que lui prête Pliistoire, ménager encore
moins les habitans de Vésone, qui avaient été dévoués k Florien, son
compétiteur , et avaient élevé des monumens à sa gloire. D'ailleurs notre inscription peut faire présumer que ce méme Florien avait été proconsul chez les Pétrocoriens (2) , et que sa mémoire leur était chère.
Ainsi, il n'est pas étonnant que Probus soit venu exercer des vengeances terribles dans ce pays , et l'on ne doit pas être surpris d'y
voir les traces de ses fureurs , et de trouver, dans la clôture de l' enceinte
(1) Pour ce qui est de rattachement des habitans de Vésone pour Florien , il serait possible d'en
trouver une cause encore plus particulière. On sait en effet que cet empereur était de la famille
Annia ; or , peut-être cette famille était-elle de Vésone ; du moins est-il certain qu'il en existait une
de ce nom dans notre métropole , puisque son second évêque , qui ù ce qu'il paraît était du pays ,
portait le même nom ( Annian ). Au surplus , les Amiius prenaient le surnom de Bassus, et l'on
sait que ce surnom était très-connu a Vésone.
(2) Je sens bien que cette induction n'est rien moins qu'une preuve, et que les qualités prises dans
les inscriptions ne sont un titre certain pour les villes et les provinces qu'autant que les noms de
ces villes ou provinces y sont catégoriquement exprimés ; mais il est certain aussi que l'histoire dit
positivement que Tacite, ne pouvant conférer le consulat à son frère utérin , le fit préfet du prétoire.
Ainsi , cette qualification de proconsul semblerait lui avoir été donnée spontanément par les Vésouiens , soit qu'il en eût fait réellement les fonctions chez eux , soit par l'effet de rattachement
qu'ils avaient pour lui ; car on ne peut douter que les habitans du Périgord n'eussent chaudement
embrassé son parti. D'ailleurs, les cruautés et les bouleversemens dont Vésone fut l'objet sous le
règne de Probus , viennent a l'appui de ma conjecture , et quelques anciens monumens , ainsi qu'une
vieille tradition rapportée par l'auleur de VJEsLat de CEglise du Pt'rignrd, pag.-g.^, la fortifient
puissamment.
DE VÉSONE.
2 53
sacrée de notre temple de Mars, des reconstructions antiques de son
temps , élevées sur des monceaux de .débris de nos plus beaux édifices (i).
CHAPITRE V.
Recherches sur V époque de la principale destruction de Vésone:
J'AI tâché de faire connaître l'histoire et les monumens de la cité de
Vésone dans les temps de sa splendeur; je vais maintenant rechercher
l'époque de la destruction de cette antique métropole.
Je ne parlerai point des divers bouleversemens qu'elle a éprouvés
sous l'empire romain. Déjà dans le second siècle son temple d'Isis et
ses thermes publics étaient en partie détruits ; vers le milieu du troisième elle avait essuyé de bien vives attaques , puisque son amphithéâtre et plusieurs autres de ses monumens se trouvaient en ruines; et quelque temps plus tard elle éprouva sans doute encore de plus grands
désastres , puisque le mur de sa citadelle est entièrement formé des
débris de tous nos édifices les plus somptueux. II suffit de jeter les yeux
sur cet amas de corniches , de frises et d'architraves , de tambours de
colonnes , de blocs de pilastres de toute espèce , de tombeaux , d'autels et d'inscriptions , pour se faire une idée de l'affreuse position dans
laquelle fut réduite alors notre antique cité ; et on ne peut douter que
ce ne soit k cette époque qu'elle éprouva une pareille subversion , puisqu'il existe sur ce même mur d'enceinte des constructions qui ne peuvent appartenir k des temps plus rapprochés de nous. Enfin, ces sortes
de désastres furent si multipliés dans tous les siècles , que si l'on creuse
k une certaine profondeur Femplacement de Vésone , on trouve presque partout les traces de quatre ou cinq incendies successifs , et des
débris de tous les âges.
(i) Voyez les chapitres qui concernent notre citadelle romaine.
53
254
ANTIQUITÉS
Peut-être est-ce à Probus que nous devons attribuer le plus grand
de ces ravages , le plus complet de ces bouleversemens ; du moins estil certain , comme nous Pavons dit dans le chapitre précédent , que
cet empereur dut exercer à Vésone des vengeances terribles. Cependant, malgré tous ces désastres, les Vésoniens réparèrent encore un
peu leurs pertes, et conservèrent leur métropole. Ainsi il faut rapporter à des temps postérieurs le premier anéantissement de cette vieille
cité. Quelques pièces de monnaie nous aideront a en fixer l'époque.
Elles sont au nombre de cinq; nous les avons déja indiquées (i).
La première est un tiers de sou d'or. Elle est d'un grand intérêt
pour notre histoire particulière. Elle offre d'un côté une tête assez mal
gravée; et, au revers, une aigle qui, quoique un peu bizarrement conformée et très-fruste , est pourtant facile à reconnaître (2). On lit ,
En légende , du côté de la tête
Au revers :
: VIVIS , et dans le champ : $
C. VISINA, et une croix en
J#
On est dans Pusage d'attribuer ces sortes de tiers de sous d'or k la
première race de nos rois ; mais la croix de Saint - André placée à la
fin de la légende du revers, le faire de ces pièces, la légende même, et
le titre de cité mis du côté du type , me semblent annoncer une époque antérieure à Clovis.
On ne sera point étonné de trouver sur une monnaie de Vésone
une aigle éployée, puisque on a vu que l'aigle servit presque toujours
de symbole a notre métropole , soit sous les Gaulois , soit dans les
temps modernes. Mais comment expliquer cette croix de Saint-André
qui est placée à la fin du nom de la ville ? N'est-ce point le signe que
prirent les ariens pour se distinguer des catholiques ?
(1) Voyez tom. i. er , pag. 372.
(2) Voyez le N.° 9 de la pl. IX. La pièce a été mal rendue par le graveur ; son faire n'est pas trèsbon ; mais il annonce une époque peu éloignée de celle où Vésone fut privée de ses bons artistes.
Comme cette pièce est très-fruste , et que même la tête du personnage a été fortement ratissée
avec un outil , le dessinateur a pu facilement se laisser induire en erreur. 1—■ Sur la pièce , L'S et l'A
de Visma sont renversés, et c'est ainsi qu'on le pratiquait souvent pour faire paraître les lettres
dans leur véritable position , et pour que l'on pût lire la légende sans tourner la monnaie. C'est ;'t
Antoniac que cette pièce a été retrouvée.
DE VÉSONE.
2 55
En admettant cette supposition , tout un côté de la pièce se trouve
raisonnablement expliqué : l'X est le signe de l'arianisme ; l'aigle est
la marque , le symbole de la ville ; et la légende donne le nom entier
de cette même ville , avec sa qualification de C (civitas).
L'explication de l'autre côté de la pièce n'offre pas les mêmes facilités, et nous force a nous livrer à quelques conjectures.
Ces difficultés n'ont guère lieu pour la légende : l'abréviation ....VIVIS
peut s'interpréter par le mot VIVISCI. Elles ne sont réelles que pour
les grandes lettres placées à côté de la tête dans le champ. C'est là que
l'on voit un grand P dont le jambage se replie par le bas en forme
de C , et un grand I un peu éloigné. Au premier examen on pourrait
prendre le double caractère pour une S ; mais la partie recourbée du
haut ne semble-t-elle pas s'opposer à cette leçon , puisqu'elle se lie carrément, ou forme même plutôt, avec le jambage droit, une espèce d'angle aigu? Ainsi on voit sans doute , dans le champ de la pièce : P. C. I.
Mais que signifient ces trois lettres ? Ils nous semble qu'elles ne peuvent être que l'abrégé du mot Petrocorii, et que, par conséquent,
elles désignent le peuple dont Vésone était la capitale (i).
Ainsi, le nom des Pétrocoriens figure sur cette pièce, et il parait y
occuper la première place. Ensuite vient en légende VIVIS, qui ne
peut être que l'abrégé de VIVISCI , mot qui désigne les peuples du
Bordelais , qu'on appelait aussi Bituriges Vivisci. Ce tiers de sou annonce donc qu'encore dans le temps où il a été frappé il existait
des liens entre Bordeaux et Vésone ; et comme cette dernière ville est
désignée en toutes lettres sur la pièce , avec le titre de civitas (C) , il est
évident que cette pièce lui appartient, et que les Vivisci , c'est-a-dire
les Bordelais, étaient dans la juridiction de notre cité; en un mot,
qu'elle était leur cité-métropole. Ainsi Vésone conservait son antique suprématie, même dans les temps de ses plus grands désastres.
(i) Au reste, ce que uous prenons pour un double caractère pourrait bien être véritablement
une S, et alors nous penserions, avec M. de Mourcin, que cette S et l'I qui la suit, sont le
commencement du nom de Sigeric, roi Golh , qui monta sur le trône en
et dont le règne
ne fut que de sept mois ou environ. Cela ne changerait rien à notre système, et la pièce serait
infiniment plus précieuse.
ANTIQUITÉS
2 56
Mais à qu'elle époque a été frappé ce tiers de sou d'or? Le titre
de cité que conserve encore notre ville , la croix de Saint-André qui
termine le nom , la réunion des noms des deux peuples , le travail un
peu incertain de la pièce, sa manière, qui semble encore rappeler les
temps de Part , tout annonce que Vésone sortait d'un premier bouleversement : or, ces diverses circonstances ne conviennent à aucun de
nos rois de la première race. Ainsi c'est sans doute aux premiers rois
goths , maîtres de ce pays , que ce tiers de sou appartient.
La seconde pièce de monnaie est aussi un tiers de sou d'or. On voit
d'un côté une tête décorée d'une longue barbe, et dont le travail est
excessivement barbare (i). On lit,
V
Du côté de cette tête :
Au revers:
CLOO+BI<ÍIG +
R.ATVS+ MO FE (2)
Le V du mot Clooubis (pour Clodubis) est beaucoup plus petit que
les autres lettres de la légende, et il a été placé un peu au-dessus, ce qui
nous paraît annoncer que non-seulement ce caractère est destiné à aider
à former Clooubis , mais encore qu'il peut servir de marque a la cité de
Vésone , où sans doute la pièce a été frappée , car on sait que cette
lettre , de même que VE et VES , désigne ordinairement sur les monnaies notre antique métropole , soit sous les G aulois , soit dans le moyen
âge. Telle paraît avoir été l'idée du monétaire , puisque la petite croix
grecque qui sert à terminer ou à séparer les mots des légendes d'alors,
et qui est employée k cet usage au revers de la pièce qui nous occupe , se trouve au milieu du mot Clooubis , immédiatement au-dessous
et à gauche du V.
Mais s'il est constant que ce tiers de sou d'or appartient à Vésone ,
il ne l'est pas moins qu'il a été battu sous le règne de Clovis I.er ;
puisque le nom de ce prince y est écrit en toutes lettres avec sa ter-
(1) Voyez le N.° n de la pl. IX. La figure est très-mal rendue ainsi que les lettres. Au surplus, le métal de la pièce paraît être de bas aloi. — On remarquera que le double caractère se compose de deux lettres S et R, et on lira : CLOOVBIS R. G. (Clooubis rex Galliœ ).
(2) Ou RATVR + M 0 FE, ou même peut-être FERATUS + M°.
DE VÉSONE.
?%
minaison tudesque, et que la barbe du personnage ne semble devoir
laisser aucun doute k ce sujet.
Au "surplus, la manière grossière dont la tête et les lettres de cette
curieuse monnaie sont gravées , annonce d'une manière bien évidente
le faire de cette époque ; car les monnaies qui ont été frappées a Vésone sous la plupart des autres rois de la première race, sont beaucoup
moins barbares que celle qui nous occupe. Ainsi le coin de cette dernière doit avoir été gravé dans une ville qu'une destruction presque
totale avait privée de ses bons artistes , mais qui , n'en conservant pas
moins son droit de battre monnaie, voulait encore en jouir et faire travailler ses monétaires : Ratus (ou Ratur) monetarius fecit. Ce fut sans
doute après que Clovis-le-Grand eut défait Alaric dans les champs de
Vouillé (i), et se fut emparé des villes et des provinces du midi de la
France , que ce coin grossier et barbare fut gravé.
S'il était nécessaire d'ajouter d'autres raisons k toutes celles que nous
venons de donner , nous pourrions dire que , sous les successeurs
de Clovis ï. er , la croix du revers est presque toujours placée sur une
estrade ou sur un socle ; tandis qu'ici la croix est seule , unie et sans
aucune espèce d'accessoire ; or , la forme la plus simple doit être regardée comme la plus ancienne; et, en effet, k l'époque que nous venons
de fixer , il n'y avait que dix ans que Clovis avait embrassé le christianisme (2).
Bouteroue (5) nous fait connaître un tiers de sou d'or qui appartient
également k Vésone. On y voit une tête couverte d'un diadème bordé
de perles (4) , et autour on lit ,
Du côté de la tête :
Au rêver* !
VOSONNO VIC.
FR.VNTO IC/DILAS.
(1 } M. des Brandes , auteur d'une histoire manuscrite d'Angoulême , pense que ce lieu est Veuil
en Anguumois. Ce qu'il y a de eertain , dit—il , c'est qu'on trouve dans ce dernier endroit des vestiges de retranchemens qui ne ressemblent en rien à ceux des Romains. Veuil est sur la frontière
actuelle du Périgord ; son nom latin est Koglium. Selon ce système , ce ne serait plus dans le Poitou
qu'Alaric aurait été vaincu.
(2) Ce fut en 4g6 qu'il se fit chrétien.
(3) Recherches sur les monnaies de France, pl. VII, N." i.
Oí) Voyez le N.° i3 de la pl. IX. Nous n'avons point vu cette monnaie. Probablement ,1e pre-
ANTIQUITÉS
2 58
Le Blanc (i) {Art. des Monétaires inconnus) donne la gravure d'un
autre tiers de sou d'or semblable au précédent , mais différent en un
point (2). On lit ,
Du côté de la tête :
Au revers :
VESONNO VIC.
FR.VNTO I CZ> IL AS.
On voit que la différence entre ces deux monnaies ne consiste que
dans le changement d'une seule lettre. Sur l'une on lit VOSONNO,
sur l'autre VESONNO ; mais n'est-ce pas assez pour témoigner que
les deux pièces forment deux monumens distincts. Ce qui paraît le prouver d'une manière évidente, c'est que si le Blanc eût connu la monnaie de Bouteroue, il aurait dit d'où la sienne provenait, et ne l'aurait
pas rangée dans les incertaines ; car Bouteroue nous attribue la sienne
avec d'autant plus de raison qu'elle retrace le nom de la ville, celui de
l'apôtre de la province (Saint - Front), et celui de son principal disciple ( Saint - Silain ). Au reste, je n'ignore pas que quelques interprètes n'ont fait qu'un seul nom des deux , et l'ont rendu par le mot
FRVNIGISILAS ; mais cette leçon prouve qu'ils n'avaient aucune notion du pays où ces monnaies avaient été frappées, et elle ne fait honneur ni à leur sagacité , ni a leurs connaissances numismatiques.
Enfin, le dernier monument dont nous ayons à parler est encore un
tiers de sou d'or qui nous est indiqué par Bouteroue (3) et par le
Blanc (4) ; il nous appartient de même , et il représente une tête cou-
mier caractère renversé est un O , joint au T. Quant au second, il est évident que c'est une S , ce
qui nous donne Silas , sans doute , au lieu de Silanus. L'I qui est entre les deux mots ne peut servir qu'à les séparer.
(1) Traité ìùstorique des Monnoyes de France (Mon. incon. , N.° 4, fig- 3o ). On trouve dans
ce même Traité , N.° 4 , fig. ií\, un autre tiers de sou d'or , sur lequel on voit également une tête
ceinte d'un diadème, ornée de perles, et autour de laquelle on lit : VOSO VICO. Cette pièce appartiendrait-elle à Vésone? Voso serait-il l'abrégé de Vosono? Au revers est une croix autour de
laquelle on lit : BERTOALDVS MON. — M. Jouannet m'a donné un tiers de sou d'or parfaitement
conservé, où se lit très-bien
Chramnus. Serait-ce le fils infortuné de Clotaire ?
(a.) Voyez le N.° 12 de la pl. IX.
(3) Planche IV, N. o 1/,.
(4) Page 7 8, N.° 2 , sig. ii.
DE VÉSONE.
2 5c
verte d'un casque ou d'un chaperon; au revers est une croix (i). On lit,
Du côté de la tête :
Au revers:
PETROCORIVS.
MRLEMVS.
Tels sont les monumens qui doivent fixer avec exactitude l'époque
de la première grande destruction de Vésone. Au reste , nous le répétons, malgré le bouleversement presque total qu'elle éprouva alors, elle
ne renonça point aux prérogatives qui lui restaient encore de son ancien titre de métropole. Son empressement à battre monnaie , sa qualité de cité et la première lettre de son nom placées sur les médailles
dans les temps de sa plus forte détresse , en sont un témoignage qu'on
ne saurait méconnaître.
Vainement on objecterait le silence de l'histoire sur cette vieille
ville , vainement on voudrait se prévaloir de ce qu'il n'est question que
de Bordeaux dans la relation des conquêtes de Clovis ; a ces époques
reculées , l'histoire n'est, pour ainsi dire, qu'une espèce de journal chronologique très-abrégé , très-imparfait. Si elle ne nous apprend rien de
Vésone , César n'en parle pas davantage ; mais les monumens suppléent
au silence des historiens anciens et modernes. Au surplus , pourquoi
Clovis se serait-il arrêté dans notre cité ? Elle ne pouvait ni lui résister , ni lui servir de point d'appui ; elle n'avait pas encore réparé ses
ruines ; il était plus sage a lui de suivre ses exploits. D'ailleurs ne devenait-il pas nécessaire aux projets de ce grand capitaine de se porter
promptement sur Bordeaux, pour être maître du passage important de
deux grands fleuves ? Ne devait-il pas séjourner dans cette ville , quelque ruinée qu'elle fût , pour faire reposer ses troupes et les mener ensuite conquérir sans obstacles tout le reste de l'Aquitaine ? Mais reprenons notre sujet.
On sait que les capitales des divers peuples de la Gaule portèrent
long-temps le titre de civitcis , et le conservèrent même très-avant dans
le moyen âge. On en voit la preuve dans Bouteroue , dans le Blanc et
dans les autres ouvrages de numismatique. Par quelle fatalité , Vésone ,
(i)
Voyez le N.°
i4
de la pl. IX.
ANTIQUITÉS
2 6o
qui était si florissante dans la haute antiquité gauloise, qui sous les
Romains se maintint municipe et devint ville augustale, qui enfin fut
métropole de toute l'Aquitaine ; par quelle fatalité , par quel malheur
perdit-elle tout-à-coup son titre de cité et même son existence comme
simple ville ? car ce changement nous est attesté par les deux avantdernières monnaies que nous avons fait connaître , et sur lesquelles on
ne trouve que Vesonno vico.
Ce cruel événement ne peut être attribué qu'à une destruction presque totale de notre cité. Sans doute cette antique métropole fut victime
plus que la plupart des autres villes , et les cinq monumens dont nous
venons de parler fixent l'époque de ce grand désastre.
Par le mot <vîcus qu'on lit sur deux de ces pièces , les savans entendent l'ensemble des habitans d'un bourg, d'un canton, etc., et le cheflieu de Padministration du pays. Ainsi, en prouvant que Vésone, après
avoir été détruite de fond en comble, avait perdu sa qualification de cité,
et n'était plus qu'une simple bourgade, ces deux monnaies témoignent
que c'était encore dans son enceinte que résidaient les chefs de l'administration , et qu'ainsi elle fut toujours regardée comme capitale
quoiqu'elle fût anéantie et eût perdu tous ses titres. Au reste , ce
ne fut que pendant un court espace de temps qu'elle fut privée de
ces mêmes titres. Elle les avait dans le Bas-Empire , puisque les itinéraires romains la désignent comme cité, et que les différentes notices de
l'Empire l'appellent également civitas J?etrocoriorum ; elle les avait encore après la conquête des Goths et. des Francs , comme le prouvent
les monnaies que nous avons expliquées ; et si depuis elle n'a pu récupérer son ancienne splendeur et ses prérogatives , du moins elle est
restée capitale , et notre cinquième pièce de monnaie prouve que déjà
à une époque assez éloignée de nous elle reprit sa qualité de ville en
adoptant le nom du peuple, PETROCORIVS, au lieu de Vesunna qui
était le sien propre.
Les deux premières de ces cinq pièces de monnaie sont donc véritablement les seules où Vésone conserve sa prééminence; et si le tiers
de sou d'or de Clovis , où le V désigne Vésone , annonce qu'elle ne
renonçait pas à ses prétentions , ou si le monarque chercha à la réta-
DE VÉSONE.
2 6i
blir, les autres pièces prouvent qu'elle ne put parvenir à son but, puisqu'elle ne prend point le titre de cité, et qu'on ne la voit plus qu'avec
la dénomination de vicus , ou avec un nom différent de celui sous lequel elle était connue. Or, le mot vicus indique qu'elle avait perdu
alors une portion de ses habitans, et le revers des deux avant -dernières pièces , où les noms de Saint-Front et de Saint-Silain sont exprimés , semble témoigner que déjà une partie de la population de
Vésone s'était portée autour de la basilique de Saint-Front et de l'oratoire de Saint- Silain , où dès-lors la ville du Puy-Saint-Front avait
commencé à se former. Mais ces pièces sont aussi une preuve que ,
malgré le nouvel établissement , malgré le délabrement de la cité de
Vésone , c'était encore dans l'enceinte de cette dernière que l'on battait monnaie et que résidaient les chefs de Padministration.
La cinquième pièce , où la ville prend le nom du peuple , fortifie
cette opinion , car ce M ARLEM VS qu'elle désigne était sans doute
comte ou gouverneur de la province, et par conséquent c'était encore
à Vésone , nommée alors PETROCORIVS , que résidaient les chefs
du gouvernement.
Mais le titre de comte ou gouverneur , que nous donnons aux personnages nommés sur quelques monnaies de cette époque, est-il bien
celui que nous devons employer? Plusieurs savans pensent que ces
personnages n'étaient jamais que des monétaires. Cependant ne doiton pas faire une distinction? et, lorsqu'il est question de ces officiers
publics , leur nom n'est-il pas généralement suivi , comme dans notre
seconde pièce de monnaie , des lettres MON. , MO. ou M. , qui signifient monetarius ; et quelquefois de FIT. , FI. , FE. ou F. qui veulent
èìrefecit ? Ainsi , nous pensons que lorsqu'on ne trouve dans la légende
que les lettres COM. , CO. ou C. qui indiquent le mot cornes, ou que
le nom du personnage n'est suivi ni précédé d'aucune lettre indicative ,
il désigne toujours le comte ou gouverneur du pays où la pièce a été
fabriquée. Quoi qu'il en soit , il demeure certain que Vésone conserva
l'administration , car à ces époques Petrocorius ne pouvait indiquer le
Puy-Saint-Front qui se formait à peine ; d'où nous devons conclure
que c'était dans la Cité qu'était établi ce que nous appelons PHôtel
des Monnaies.
34
262
ANTIQUITÉS
Si maintenant on tire de ces monnaies les conséquences que l'on
doit en tirer , on trouvera que tous les changemens de dignités et de
noms que Vésone a subis, ont eu lieu depuis les premières années du
5. c siècle jusqu'à la fin du 7.% ou, au plus tard, jusqu'au commencement du 8.e ; car nos quatre derniers tiers de sous d'or appartiennent
incontestablement à la première race de nos rois.
La cinquième pièce de monnaie semble même fournir la preuve que
notre métropole avait un peu réparé les désastres auxquels elle avait
été en butte , puisque le nom de Petrocorius équivaut ici à la qualification de ville. Mais la nouvelle ville du Puy-Saint-Front s'était déjà
formée; les revers des deux avant- derniers tiers de sous d'or en font
foi. Ces cinq monumens donnent donc avec une exactitude infiniment
rare, et pendant le cours de trois siècles consécutifs, toutes les chances
du sort qu'éprouva notre métropole. En effet, le travail de la première
pièce indique que cette cité sortait à peine d'un bouleversement presque total ; celui de la seconde , marque l'état de barbarie où de longs
malheurs avaient plongé les Pétrocoriens ; celui de la troisième et de
la quatrième est beaucoup supérieur : il annonce des époques plus heureuses; la cinquième pièce, enfin, rend à Vésone la qualification de ville,
en lui donnant le nom de Périgueux.
Au surplus, Vésone ne pouvait voir de sang-froid se former rétablissement du Puy-Saint-Front; mais tant que cette ville naissante ne
manifesta aucune prétention, l'antique cité dut sc taire ; elle n'avait même
rien à dire, puisque le nouvel emplacement formait une partie intégrante de la vieille enceinte. Ce ne fut que lorsque l'adroite politique
de l'abbé Suger voulut élever ce même Puy-Saint-Front au rang de municipe, et surtout lorsqu'on voulut en faire une ville forte et l'entourer
de murailles, que Vésone réclama ses droits. Mais il n'était plus temps :
la politique de nos rois s'opposait à ce que justice lui fût rendue. II
ne lui restait donc d'autre ressource que les armes , et dès-lors commença entre les deux villes une guerre terrible qui dura deux siècles
entiers , qui ne finit même pas entièrement à l'expulsion des comtes (1).
(1) Cette expulsion des comtes date de Tannée i3o,g.
DE VÉSONE.
2 65
Jusqu'à cette dernière époque, et tant que Vésone a existé comme
ville , elle n'a cessé de combattre pour son autorité , elle n'a laissé
usurper aucun de ses droits , et a toujours été le chef-lieu de l'administration générale.
On sera sans doute étonné que , privée d'une partie de ses habitans ,
Vésone ait pu soutenir deux cents ans de guerre contre une ville murée (i). Mais il ne faut pas imaginer qu'il n'ait resté que peu de monde
dans l'ancienne cité : les gens riches et ceux qui occupaient les places
administratives ne quittèrent point le chef-lieu du gouvernement ; le
peuple seul et quelques particuliers aisés l'abandonnèrent. D'ailleurs le
Puy-Saint-Front exista long-temps sans être entouré de murailles; car
celles qu'on vient d'abattre et qu'on abat chaque jour n'ont été construites que dans les i2. e , i3. e et i4- e siècles. Lors donc qu'il survenait
une guerre étrangère , ce n'était que dans la Cité , et à l'abri du pé ristile fortifié du temple de Mars, que les habitans de l'une et de l'autre
ville pouvaient se bien défendre. Ce n'est qu'ainsi qu'ils cherchèrent
en vain à résister aux Sarrazins en 725, aux Normands en 845 et en
85o : ces faits sont attestés par les auteurs ; et les noms de Mur-Sarrazin , de Porte- Normande , qui sont restés à P enceinte même ou à
quelqu'une de ses parties , en sont un témoignage certain.
La principale cause du rétablissement de Vésone à ces époques reculées, et de Paccroissement de sa population, qui la mit en état de soutenir cette lutte militaire contre le Puy-Saint-Front , fut donc la résidence des chefs de Padministration ; car le séjour du comte , de Pévêque , etc. , durent attirer un grand nombre d'habitans dans son enceinte ; et, en effet, il est certain que le Puy -Saint -Front n'a jamais
renfermé que deux paroisses , tandis qu'alors la Cité , sans ses faubourgs, en contenait une dizaine (2). Mais il est temps de rechercher
quelle est Pépoque précise , et quels sont les auteurs du premier grand
bouleversement que cette vieille cité a éprouvé.
On ne peut attribuer ces terribles désastres à Clovis-le-Grand, puis(1) Voyez, livre 5.°, le chapitre où il est question du système de défense réciproquement employé par les deux villes.
(2) Voyez tom.
p. 36o.
264
ANTIQUITÉS
que la conquête qu'il fit du midi des Gaules ne fut point disputée depuis la mort d'Alaric , et parce qu'elle fut trop l'apide pour qu'il eût
le temps ou le besoin de devenir destructeur, D'ailleurs, il existe des
monumens qui prouvent que, fatigués du joug des Romains et des
Goths , les Gaulois sollicitèrent Clovis de faire la conquête de leur
pays. Ainsi , il n'avait aucun intérêt k ruiner un Etat dont il voulait
devenir le maître paisible.
Les Gotlis eux-mêmes, une fois établis dans ce midi de la France,
qu'on leur avait cédé en partie , n'avaient nul besoin d'en être les destructeurs ; et si la religion catholique a eu a se plaindre des persécutions des ariens , il ne paraît pas au moins que leur tyrannie se soit
portée ailleurs que sur le culte. Mais il fut d'autres peuples barbares
qui , avant rétablissement des Goths dans ces provinces , y signalèrent
leur passage par les ravages les plus inouis ; ils y commirent tant de
dévastations et d'atrocités , que les peuples ne respirèrent que lorsque
les Goths y eurent obtenu un établissement fixe. Voici comment SaintJérôme rend compte de leur invasion (i) :
« Innumerabiles et ferocissimce nationes universels Gallias occu« párunt. Quidquicl inter Alpes et Pjreneum est, quod Oceano et
« Rheno includitur, Quadi, Vandali, Sarmatœ , Alani , Guipedes ,
« Herules , Sauconi, Burgundi, Alemani , et, ô lugenda respublica!
« hostes Pannonii vastáriint !
Aquitaniœ , novemque
« populorum Lugdunensis et Narbonensis provincice , preeter paucas
« urbes , populata sunt cuncta , etc. »
C'est-a-dire : « Des peuples innombrables et féroces s'emparèrent de
r; toutes les Gaules. Tout le pays compris entre les Alpes et les Py« rénées, tout celui qui est renfermé entre POcéan et le Rhin, furent,
« en proie aux dévastations des Quades , des Vandales , des Sarmatcs,
« des Alains, des Gépides, des Hérules, des Saxons , des Bourguignons,
« des Allemands, et, ô malheureuse patrie! tu fus entièrement sac« cagée par les Huns, ces peuples si fameux par leur cruauté!
« A un très-petit nombre près, toutes les villes de l'Aquitaine et des-
(1) BieYoii., epist. ii j ad jigueruciam.
DE VÉSONE.
2 65
« neuf peuples des provinces Lyonnaise et Narbonnaise furent en« tièrement ravagées. »
Ce fut vers Pan 4^6 que les Gotlis se fixèrent dans le midi de la
France ; mais leur invasion ne saurait se comparer à celle de ces hordes
féroces et sanguinaires. Celle des Vandales, qui commença le i. er janvier 406 , dura en France jusqu'en l'année 409 > qu'ils allèrent s'emparer de l'Espagne. C'est pendant de tels ravages , c'est-à-dire vers Fan
408 de notre ère , que Vésone éprouva la grande catastrophe dont elle
n'a jamais pu se relever , et c'est à la suite de ce bouleversement
qu'elle n'a plus mérité que la qualification de vicus. Plus tard , et sous
le gouvernement des Francs , elle sembla un instant vouloir sortir de ses
ruines ; mais ces momens de bonheur ne furent pas de longue durée.
Ainsi , la première destruction totale de notre antique cité et de ses
monumens , remonte vers l'année 4°8 de notre ère. Quant aux cinq
pièces de monnaie que nous venons d'expliquer, la première pourrait
avoir été frappée vers l'an ^ig (1), celle de Clovis est de 507, la troisième et la quatrième semblent appartenir à la fin du 6. e siècle , et le
cinquième tiers de sou date du 7.°
C'est donc dans ces derniers temps que Vésone a quitté son nom
pour prendre celui de Petrocorium , Petrocorius , Petrigordium , Petrigoricus ou Petrachora , d'où est venu celui de Périgueux ; et c'est
vers l'époque où les deux avant-dernières pièces de monnaie ont été
frappées, que les habitans de la Cité ont commencé à aller s'établir
autour de la basilique de Saint -Front. Mais, nous le répétons, tant que
l'administration a résidé dans la Cité , la nouvelle ville n'a porté que
le nom de Puy-Saint-Front. Elle n'a pris celui de Périgueux , que depuis l'anéantissement total de .la vieille métropole.
Maintenant que les deux villes n'en font plus qu'une, ne serait- il
pas juste et convenable de rendre à la ville actuelle de Périgueux l'aneicn nom de Vésone, et les antiques armes de notre vieille cité, l'aigle vue aux trois quarts , ou presque de face ?
(1) Vers l'an /Jiçj, si elle appartient à Vallia; si , au contraire , elle était de Sigeric, elle remonterait
nécessairement à Tannée /}i5 ou 4 .16.
LIVRE CINQUIÈME.
~—
MONUMENS ELEVES DEPUIS LE CHRISTIANISME.
i
i nati É
n
,
PREMIERE PARTIE.
BASILIQUE DE SAINT-FRONT.
AVANT -PROPOS.
Si les monumens du Haut -Empire donnent une brillante
idée des Romains ; si ces monumens seuls ont des attraits
pour les amateurs des beaux arts ; les personnes qui cherchent à s'instruire ne négligent ni ceux du Bas-Empire , ni
ceux des siècles postérieurs ; toutes les époques leur offrent
des sujets d'étude propres à fixer leur esprit sur les progrès ou la décadence de la sculpture et de l'architeeture ; et
tandis que leur admiration particulière s'attache aux chefsd'œuvre du génie, leurs observations embrassent tous les âges.
Après avoir fait connaître Vésone sous les dominateurs
de l' ancien monde , nous croyons donc devoir indiquer les
principaux monumens qui , à des époques plus rapprochées
de nous , ont été élevés dans son enceinte ou sur son territoire immédiat. II est surtout un édifice qui intéressera
sans doute ; nous en ferons le sujet de la première partie
de ce cinquième Livre.
ANTIQUITÉS
DE VÉSONE,
ou
DE LA BASILIQUE DE SAINT-FRONT
ET DE SES DÉPENDANCES.
CHAPITRE PREMIER.
Description générale de la basilique de Saint-Front et des principales constructions qui en dépendent (i).
LA basilique de Saint-Front est dans F enceinte de la ville actuelle.
Située sur le penchant d'un petit coteau au pied duquel coule la rivière
de Mlle, elle offrirait l'aspect le plus pittoresque et le plus agréable,
si les maisons et les échoppes qui lui sont adossées ne l'entouraient de
toutes parts et ne la dérobaient, pour ainsi dire, à la vue ; sous le triple
(i)
Voyez la pl. XXIII. Cette planche contient le plan et Pélévation du corps de la basilique et,de
son clocher. Les chapelles n'y sont point exprimées.
35
ANTIQUITÉS
270
rapport de sa forme , de son étendue et de l'époque où elle fut élevée ,
c'est un des monumens les plus curieux de la chrétienté.
Le plan de cette basilique se compose de deux parallélogrammes
rectangles égaux entre eux , concentriques et perpendiculaires l'un à
l'autre , c'est-à-dire formant une véritable croix grecque. Les quatre
branches de cette croix sont orientées sur les quatre points cardinaux (i) La longueur de l'édifice du levant au couchant et du midi au
nord est d'environ 181 pieds, non compris les petits avant-corps et
le rond-point qui terminent la croix du côté de l'est.
De cette disposition résultent évidemment douze angles, quatre de
rentrans et huit de saillans. Dans chaque angle saillant est un pilier
carré de près de 20 pieds de large y compris Pépaisseur du mur de
pourtour ; et au sommet de chaque angle rentrant est un pilier de
même dimension (2) ; ce qui fait douze gros piliers pour tout l'intérieur de l'édifice.
Ces douze piliers sont percés dans les deux sens, jusqu'à une certaine
hauteur. Ils supportent seize grands arcs et vingt pendentifs ou panaches, au-dessus desquels s'élèvent cinq coupoles ou petits dômes, qui
anciennement se montraient a découvert , et tel était alors le comble
de l'édifice. Depuis , le tout a été surmonté d'une couverture en charpente , portée par un attique en parpaing d'environ 9 pieds de hauteur (3) , et formant également une croix grecque , mais de dimension
beaucoup moindre que celle du plan inférieur. L'élévation totale de
l'édifice au-dessus 'du pavé est de 98 pieds et quelques pouces.
Les douze piliers sont à peu près également distans entre eux dans
tous les sens ; en sorte que s'ils étaient joints ensemble par des massifs
de 20 pieds d'épaisseur , l'intérieur de l'édifice serait divisé en cinq
carrés de grandeur égale , et tous séparés les uns des autres ; mais
comme le mur de pourtour n'est épais que de 3 ou 4 pieds , il se
(1) La direction de l'édifice est de l' ouest à Test, avec déclinaison d'environ 12 degrés vers le
nord.
(2) Dans la planche , le graveur a isolé les piliers du centre : c'est une erreur.
(3) Au-dessus de la basse toiture qui recouvre le restant des voûtes.
DE
VÉSONE.
n
i
trouve dans chaque branche de la croix des espèces de bas- côtés,
d'environ 17 pieds de largeur.
A. l'extrémité de chacune de ces mêmes branches est une porte,
excepté du côté du levant, où se trouve une chapelle en rond-point,
à Pentrée de laquelle est maintenant le principal autel. Le style gothique de cette chapelle ne laisserait nul doute sur la date de sa construction , quand on ne la connaîtrait pas d'une manière plus positive ;
ainsi, il est évident qu'elle n'entra point, du moins telle qu'elle est,
dans la disposition primitive du monument.
On a également, et à une époque assez ancienne, ajouté un clocher
au plan primitif. II est adossé au mur , sur la porte de Pouest ; il s'élève
d'environ igo pieds (1). Carré dans son plan, et pyramidal dans son ensemble , il se termine par une espèce de dôme en forme de pomme de
pin. Nous donnerons sa description dans un des chapitres suivans.
II a aussi existé un vestibule en avant du clocher. On en aperçoit des
restes dans la petite cour qui lui a succédé. Ils consistent en quatre
gros piliers et une façade extrêmement curieuse.
Un porche était en avant du vestibule ; il subsiste encore presque
en entier.
On voit plusieurs autres constructions autour de la basilique; elles
feront aussi le sujet de quelques descriptions particulières.
Les plus anciennes sont celles qu'on retrouve dans Pangle d'embranchement du nord -ouest et dans celui du sud- ouest. La première est
en partie ruinée , et ne communique plus avec Péglise.
La chapelle de Saint-Jean , adaptée à l'est de la branche du sud , paraît remonter au io. e siècle; elle se termine en rond-point, et est décorée de deux ordres corinthiens de fort mauvais goût.
Le cardinal de Taleyrand réédifia, sous l'invocation de Saint-An-
(1) A partir du niveau da pavé de l'église , et y compris la croix et le coq.
272
ANTIQUITÉS
toine , la chapelle gothique dont nous avons déjà parlé. Avant la révolution cette chapelle était desservie par des vicaires particuliers.
Dans l'angle que forment les deux branches de l'est et du nord
était aussi une vieille construction dont il ne subsiste que peu de traces; elle fut remplacée par une véritable église qui, commencée en
i5a4 sous l'invocation de Saint-Jean, fut terminée sous celle de SainteAnne vers les premières années du i7. e siècle. Depuis près de cent
ans cette bâtisse, d'un assez mauvais goût, servait de paroisse : elle a
été détruite depuis peu d'années.
Enfin, les bâtimens de l'ancien monastère, incendiés plusieurs fois, et
servant maintenant de palais épiscopal , occupent presque tout l'espace
compris entre la branche du sud et celle de l'ouëst. Nous dirons quelques mots, dans des articles particuliers, de cet amas de constructions,
et des échoppes qui dérobent le monument à la vue presque dans
son entier.
CHAPITRE II.
Description particulière de la basilique.
ï
SELON les vieilles chroniques, Saint-Front, premier évêque de Vésone et apôtre de la Province, aurait bâti un oratoire (i) sur l'emplacement qu'occupe notre cathédrale , ou immédiatement à côté , vers le
sud-ouest, et assez près des degrés qui communiquent au palais épiscopal (2) ; mais nous n'avons rien de certain sur ce premier monument ,
et nous ne sommes guère mieux fixés sur l'époque de la fondation de
l'édifice actuel. Après avoir donné la description particulière de cha-
(1 ) Voyez V Estât de ï Eglise du Pe'rigord, tom. 1 , pag. 125 , art. Chronope.
(2) Du moins telle est ridée que l'on peut se faire de remplacement de cette chapelle , d'après le
père Dupuy , qui, pour mieux la désigner, dit qu'elle était du côté de l'autel de Sainte-Catlierinc.
DE VÉSONE.
2? 3
(me partie de cet édifice et de ses dépendances, peut -"être nos idées
seront moins confuses, et nous serons en état de prononcer (i).
ARTICLE i. er — Des caveauoc et des fondemens de la basilique.
On trouverait presque partout sous la basilique des caveaux plus ou
moins vastes , mais plusieurs de ces souterrains sont maintenant comblés ou ignorés. Tantôt l'entrée en est cachée sous le pavé, tantôt elle
est dans quelque encoignure garnie de terre et de poussière. Quelquefois elle est fermée de murailles depuis de longues années ; d'autres
fois de simples planches ou quelques boiseries la dérobent à la vue. II
faudrait, pour tout retrouver, pour tout reconnaître, explorer le monument dans toutes ses parties ; or , l'on conçoit l'embarras qu'une
pareille investigation devrait causer, et le trouble qu'elle appointerait
nécessairement à l'exercice du culte.
La plupart de ces caveaux étaient uniquement destinés à la sépulture ; quelques-uns servaient de chapelles ; d'autres pouvaient être employés à l'un et à l'autre usage ; et ils offrent tous cela de remarquable, que, entre l'extrados de leurs voûtes et le pavé de l'église, ils
laissent assez d'espace pour que l'on pût aussi y placer des corps.
Au surplus , les plus vastes de ces caveaux , ceux qui sont le plus
élevés de cerveau, se trouvent du côté de l'est. La déclivité du sol sur
lequel la basilique est fondée exigeait cette disposition;
Caveauoc de Vouest. — II existe plusieurs petits caveaux dans le
pied de la croix ; il y en avait sous le clocher qui lui est contigu ,
ainsi que sous le vestibule ; mais n'en connaissant ni la forme , ni les
dimensions, ni■ d'entrée, nous ne pouvons en rien dire de certain.
Caveaux du sud. — Sous la chapelle de Saint-Jean, laquelle, comme
(ï) Comme nous n'avons pu faire graver un assez grand nombre de planches, qu'il y a même quelques inexactitudes dans celles qui accompagnent l'Ouvrage , et que d'ailleurs nous avons eu besoin de
faire un examen approfondi des constructions pour ensuite en tirer des résultats, nous avons dû être
minutieux. Ainsi , ceux qui n'aiment pas les détails peuvent passer a la fin de ce second chapitre.
a7 4
ANTIQUITÉS
on a vu , tient -à la branche du sud du coté du levant , on trouve des caveaux et des sous-caveaux qui tous ont leur entrée dans l'enclos des religieuses de la Visitation (ï) et dont nous donnerons la description dans
un des chapitres suivans. Maintenant, il suffit de dire que ces caveaux pénètrent sous l'église d'environ 12 pieds 6 pouces, k partir du parement
extérieur du mur; que leur étendue du nord au sud, c'est-à-dire de
l'angle de la croix au gros pilier du coin , est de 34 pieds 8 pouces ;
qu'ils sont au nombre de trois; qu'ils communiquent ensemble par des
portes de 2 pieds 6 pouces de large, et que leurs voûtes s'élèvent à
environ 12 pieds. Ces caveaux, construits en même temps que l'église
bien que placés en partie sous la chapelle en rond-point , annoncent
que le bas de cette chapelle remonte à une haute ancienneté. Quant
aux sous-caveaux , nous ignorons s'ils pénètrent sous la cathédrale. Leur
entrée est de trois ou quatre pieds plus basse que le terrain d'a-cóté
Ils servent encore de tombeaux.
Au surplus , comme les caveaux dont nous venons de parler n'avancent sous la branche de la croix que d'environ 1 2 pieds 6 pouces , il est
évident qu'il doit y en avoir d'autres très-considérables au milieu de
cette branche et du côté de l'ouest ; mais nous n'en connaissons point
l'entrée. Serait-elle cachée sous le pavé ? ou plutôt se trouverait-elle
dans les gros piliers des angles ? C'est ce que , du moins jusqu'à présent , nous ne pouvons faire connaître. Seulement , nous ne saurions
douter de l'existence de ces cryptes , puisque le pavé de l'édifice est si
fort au-dessus du sol des rues adjacentes et des bâtimens d'alentour.
Caveaux du nord. — Nous avons déjà parlé dans le chapitré précédent de la chapelle de Sainte-Anne ; on sait qu'elle était située dans
l'angle d'embranchement du nord-est, et qu'elle occupait un vaste espace. Cette chapelle avait aussi ses caveaux , 011 pour mieux dire elle
avait pour base une véritable église basse , aussi étendue en largeur et
en longueur que le plan supérieur. Nous donnerons plus loin la description de cette espèce de crypte. II suffit maintenant de savoir que
Les dames religieuses de la Visitation, qui jadis habitaient sur l'emplacement de notre amphi
théâtre, sont maintenant contre l'église de Saint-Front.
DE VÉSONE.
2? 5
c'est dans son intérieur que se trouve l' entrée des divers caveaux de
la branche de l'est et d'une partie de celle du nord , et que c'est quand
on est dans cette église souterraine moderne que l'on aperçoit ces
cryptes particulières.
Ainsi, c'est par le côté du levant que l'on pénètre dans tous les caveaux de la branche du nord, du moins dans ceux que l'on connaît,
et leur entrée actuelle est seulement de 5 pieds moins large que celle
des grands arcs de la voûte moderne. Au reste , cette même entrée,
dont la hauteur sous clef est d'environ 17 pieds et la largeur de 12
pieds et quelques pouces , n'est que la voûte même du principal caveau, dont la longueur est d'environ 22 pieds de l'est k l' ouest, non
compris l'espèce de grotte qui se trouve taillée dans le roc k son extrémité. Ce caveau paraît même avoir avancé beaucoup plus vers le
levant ; et comme nécessairement il devait être fermé d'une muraille
assez épaisse, et qu'il avance encore, ainsi que les grosses constructions
qui forment ses côtés, de 3 pieds g pouces hors de l'aplomb du mur
de la basilique , il est évident qu'il devait y avoir dans cette direction
quelques constructions anciennes dépendantes du principal édifice.
Sans doute avant qu'on eût rogné ces vieux fondemens pour y
adapter un des grands arcs de la nouvelle construction , on entrait par
une simple porte dans le caveau dont nous venons de parler. Quoi qu'il
en soit, k l'extrémité de son plan, qui, comme l'on a vu, est un carré
long, on trouve une grotte taillée dans le roc, Elle a environ 12 pieds
de largeur comme le caveau, 14 ou i5 pieds de longueur et 3 ou 4
pieds de hauteur de cerveau. Elle se replie k gauche dans une largeur
de 7 pieds sur 12 pieds de longueur, et se prolonge encore de 7 ou
8 pieds au couchant.
Dans l'intérieur du caveau principal, et k 10 pieds 5 pouces de l'entrée , on trouve k droite , et k la hauteur d'environ 5 pieds , une ouverture de 7 pieds de large sur 6 pieds 2 pouces de hauteur sous clef;
elle donne entrée dans un second caveau de 12 pieds 10 pouces de long
sur environ g pieds de large , et 1 3 pieds de hauteur sous clef. Ce second caveau est parallèle au premier ; un mur de 4 pieds 4 pouces les
sépare. A l'est est un renfoncement en forme de porte, de 3 pieds 5
276
ANTIQUITÉS
pouces de largeur, de 5 pieds g pouces de profondeur, de 5 pieds 5
pouces de hauteur , et il a été plus large. Au nord est aussi un renfoncement en forme de porte , de 2 pieds de large , de 6 pieds 4 pouces
de profondeur, et de 6 pieds 7 pouces de hauteur; il pénètre nécessairement vin peu dans un des gros piliers du nord.
Le premier caveau est taillé dans le roc jusqu'à la hauteur de 4 ou
5 pieds ; le second est assis sur ce même roc ; la construction de l'un
et de l'autre est la même, c'est-à-dire que, excepté les montans des
portes et les voussoirs de l'ouverture de communication , ils ont de même
leurs parois en moellons extrêmement bruts, placés sans ordre, avec
beaucoup de mortier. Seulement on doit remarquer que dans le second,
à l'est et à l'ouest, les dernières assises , immédiatement sous la clef
de la voûte, sont en ailes de fougère. Le renfoncement qui est du côté
de l'est est aussi très-remarquable, en ce qu'il a été jadis plus large de
près de 3 pieds , et que la pierre qui le recouvre du côté du caveau
est de la longueur de 7 pieds. La plupart -des autres pierres de cette
fausse porte sont aussi d'une grosseur très-considérable, et probablement, dans l'origine, c'était une porte d'entrée. Quoi qu'il en soit , une
chose à laquelle on doit'faire particulièrement attention , c'est qu'une
de ces longues pierres s'est cassée depuis peu par le milieu : la cassure est encore fraîche , et quoique aucune partie importante de l'édifice ne pèse immédiatement sur cette espèce de porte , il est hors de
doute que ce ne peut être que par le tassement ou faux aplomb du
gros pilier contigu que la fracture s'est faite.
On trouve parmi les moellons dont, est construit le second caveau.:
1. ° Un petit morceau de chapiteau corinthien;
2. ° Un petit morceau de corniche ;
~3.° Plusieurs fragmens de ces longs et minces voussoirs que les Romains employaient
dans leurs, constructions en petites pierres.
Vis-à-vis de l'entrée du second caveau , et à g pieds 8 pouces de celle
du premier, à gauche, on voit, à la hauteur de 5 pieds, la porte d'un
troisième souterrain. Elle a 2 pieds 8 pouces de large et 6 pieds 4
pouces de hauteur. Ce troisième souterrain a 14 pieds de long sur 8
DE VÉSONE.
3?7
pieds 2 pouces de large , et 1 3 pieds de hauteur sous clef. C'est la dernière crypte de la branche du nord, du moins de celles que nous connaissons ; elle est construite comme les deux autres, et elle laisse voir également dans le haut quelques ailes de fougère. Cette crypte communique
à un plus petit souterrain réservé dans le gros pilier qui lui est contigu
vers le sud. La porte de communication a . 2 pieds 2 pouces de large
et 4 pieds 6 pouces de hauteur. Le mur de séparation a 6 pieds d'épaisseur. La longueur de ce dernier petit caveau est , de l'est à l'ouest ,
de 5 pieds ; sa largeur est de 4 pieds 6 pouces , et sa hauteur , sous clef,
d'environ 12 pieds 6 pouces 5 sa construction est comme celle du troisième souterrain. Parmi les moellons avec lesquels sont construites les
parois de l'un et de l'autre, on trouve :
1. ° Un morceau de fút de colonne de 1 pied 3 lignes de diamètre;
2. ° Un petit fragment de corniche ;
3. ° Plusieurs fragmens de longs voussoirs de 4 pouces d'e'paisseur;
4-° Plusieurs morceaux de briques dont un de 3 pouces d'e'paisseur , d'autres de 2 pouces , et un de 1 pouce 4 lignes.
Au surplus , on doit également remarquer que la pierre qui forme
le dessus de la porte d'entrée du troisième caveau est fendue comme
celle dont nous avons parlé plus haut, et sans doute par la méme cause,
c'est-à-dire par le tassement ou par la mise en surplomb d'un des gros
piliers; seulement cette cassure est plus ancienne que l'autre de quelques années,
.]>>-:
íc .ril )-.ji; «òvsi* qè-'iínv) stioq anu jzaiJB teo*o l'iouu-ysq 'xih
Tels sont les caveaux de la branche du nord : ils sont parallèles entre
eux, et ce ne sont, pour ainsi dire, que les diverses párties d'un même
souterrain. D'énormes pierres, placées debout, forment la majeure
partie des montans des portes. La grande entrée qui communique du
premier caveau au second est en voussoirs de 1 pied 2 pouces de haut
sur 5 pouces de large à l'intrados. Les murs sont construits en moellons bruts, jetés les uns sur les autres sans aucun ordre, et liés par
un bon mortier ; parmi ces moellons se trouvent quelques fragmens antiques , et les grosses pierres ne paraissent avoir été employées à
aucun autre édifice. Au reste , toutes ces constructions reposent sur
le roc , qui pourtant ne paraît nulle part avoir été taillé pour les recevoir, et tout le sol est jonché d'ossemens de morts, jetés pêle-mêle et
36
27S
ANTIQUITÉS
entièrement à découvert depuis qu'on y a enlevé des terres pour la
fabrication du salpêtre.
Caveaux de l'est — Nous avons déjà dit que l'entrée des caveaux
de la brandie de l'est se trouvait dans l'église basse de la chapelle de
Sainte-Anne. Ces caveaux sont au nombre de trois. Nous allons les décrire chacun en particulier.
L'entrée du premier est près du sommet de l'angle rentrant que forment les deux branches de la croix ; c'est une porte cintrée dont le
seuil est élevé de 5 pieds au-dessus du sol de la crypte moderne. La
longueur de ce caveau , du nord au sud , est de 65 pieds 3 pouces ; sa
largeur est de 16 pieds; sa paroi de l'ouest est sur la même ligne que
l'extérieur des gros murs de l'est des branches du nord et du sud.
Sa hauteur, sous clef, est d'environ 18 pieds, et elle est même plus
forte de quelques pieds vers le midi. La porte qui y donne entrée a
5 pieds ï pouce 6 lignes de large sur 7 pieds 6 pouces de hauteur"; du
côté de' l'est , elle s'affleure avec le mur du caveau. La construction de
cette crypte n'a rien de remarquable. Elle est faite en moellons extrêmement bruts , parmi lesquels on ne voit aucun débris d'antiquité. La
porte seulement est en très -grosses pierres qui, quoique cimentées
avec du mortier , sont appareillées et ajustées presque à la manière
des Romains : le tout est basé sur le rocher.
L'entrée du second caveau est à g pieds 2 pouces 6 lignes de celle
du premier; c'est aussi une porte cintrée élevée au-dessus du sol. La
longueur de ce second caveau est, du nord au sud, de 64 pieds, sa largeur est de i5 pieds 6 pouces, et sa hauteur, sous clef, d'environ 18
pieds ; le mur de séparation des deux a environ 3 pieds d'épaisseur. La
construction de cette crypte est comme celle de la première , et l'on
n'y aperçoit non plus rien de remarquable, La porte qui y donne entrée a 5 pieds 4 pouces 6 lignes de large , et environ g pieds de hauteur ; elle est faite en grosses pierres de taille de même que tout jnextérieúr du mur (1).
(1) Cette porte est masquée en partie par les constructions de la chapelle de Sainte-Anne. Au
surplus, elle ne s'élève pas plus haut que celle du premier caveau; mais elle descend davantage.
Quant à la porte du troisième caveau, elle s'élève un peu moins que les deux autres.
DE VÉSONE.
2?9
L'entrée du troisième caveau est a environ i5 pieds de celle du second. C'est une porte cintrée , large de 4 pieds 5 pouces , et liaute , sous
clef, de 7 pieds ou environ. Ce caveau se divise en trois parties , et
ne forme point comme les deux autres une seule pièce en parallélogramme rectangle. Le mur dans lequel est pratiquée la porte a 6 pieds
io pouces d'épaisseur, et d'abord on trouve un petit caveau d'environ
12 pieds de long de l'est à l'ouest, sur 6 pieds ï pouce de large du
nord au sud. Au surplus , ce caveau s'étend inégalement de chaque côté
de la porte : à gauche il se prolonge de 6 pieds 2 pouces , et à droite de
1 pied 7 pouces seulement. Une seconde porte de même largeur que
la première, et placée sur la même ligne du nord au sud, donne entrée , par un mur de 6 pieds 2 pouces d'épaisseur , dans un second caveau de 35 pieds 6 pouces de long du sud au nord , sur 1 5 pieds et
quelques pouces de largeur. Au bout de ce rectangle, et à 8 pieds 4
pouces de la paroi de l'est, est une troisième porte de 2 pieds 11 pouces
de large sur 5 pieds de hauteur , laquelle pénètre dans un troisième
caveau de 14 pieds 10 pouces de long de l'est à l'ouest, sur 6 pieds
1 pouce de large. Le mur de séparation a 6 pieds 4 pouces d'épaisseur , et bien que rien ne soit parfaitement régulier , toutefois ce dernier réduit se prolonge à l'est précisément jusqu'à la même ligne que
celui qui est a l'entrée , en sorte que les trois parties ne forment réellement qu'un seul caveau, séparé du second par un mur de 3 pieds
d'épaisseur, et resserré dans ses extrémités, c'est-à-dire sous les deux
gros piliers de l'est.
Ainsi , les caveaux de la dernière branche de la croix sont de véritables parallélogrammes rectangles , placés à côté les uns des autres
et parallèles entre eux; seulement le dernier se trouve le moins vaste,
parce que ses extrémités sont resserrées dans les fondemens des gros
piliers. Au reste, la construction de ces trois souterrains est la même :
ce sont partout des moellons entièrement bruts , placés sans ordre ,
et le tout est assis sur le rocher. Les poi'tes seules et Pextérieur du
gros mur du nord de cette partie de la basilique, sont formés d'énormes quartiers de pierres qui, par la manière dont ils sont liés entre
eux, semblent un peu, comme nous Pavons déjà dit, rappeler le faire
des vraies constructions romaines.
ANTIQUITÉS
2 8o
Caveaux du centre. — II doit y avoir plusieurs caveaux au centre de
l'édifice, mais nous n'en connaissons point l'entrée. U en est aussi quelques-uns dans lesquels on pénétrerait par l'intérieur des gros piliers ;
mais ces piliers sont embarrassés de vestiaires ou d'autres constructions
modernes. Le seul de ces souterrains que nous connaissions d'une manière certaine et dont nous puissions donner la description , c'est la
chapelle de Saint-Severin. L'entrée de cette chapelle est dans le pilier
de l'angle rentrant du nord-est , c'est-à-dire sous l'escalier de la chaire
actuelle , et elle se dirige vers le sud ; c'est un escalier de
4 pieds 8
pouces 6 lignes de large , au bas duquel est une allée ou corridor de
même largeur et de la longueur de
io pieds. Un passage ou
espèce de
porte de la largeur de 5 pieds g pouces continue l'allée , dans une
longueur d'environ 4pieds , et au bout de ce passage se trouve la petite
chapelle ; c'est un carré de 1 2 pieds de long , de l'ouest à l'est , sur
5 pieds 7 ou 8 pouces de largeur. La hauteur de la voûte sous clef
est d'environ 7 pieds.
Du coté de l'ouest est un renfoncement en forme de porte, dont la
longueur , du levant au couchant , est de 7 pieds ; sa largeur , à l'entrée, est de 2pieds g pouces; elle est, à l'autre extrémité, de 1 pied 10
pouces , et sa voûte s'élève d'un peu plus de 6 pieds. A l'autre bout de
la chapelle était l'autel ; il est maintenant détruit.
Vis-à-vis de l'entrée , c'est-à-dire du côté du sud , est un second renfoncement de 3 pieds g pouces 4lignes de large sur 4pieds 3 pouces
de profondeur ; il est élevé sur le sol d'environ 2 pieds ; sa voûte est
un peu moins haute que celle du parallélogramme. C'est dans ce renfoncement que se trouve le tombeau du saint , c'est-à-dire le petit cercueil de pierre dans lequel a été placée la cassette de bois qui contient *
ses reliques. Ce tombeau a été brisé d'un côté ; la cassette a été ouverte ; mais les ossemens sont encore enfermés dans son intérieur.
Sans doute lorsque l'église actuelle fut bâtie il existait une petite chapelle sur le lieu même où gisait le corps , et alors elle dut être démolie pour faire place au nouvel édifice; seulement on y réserva une
petite crypte , pour ne pas être obligé de changer de place ces précieuses reliques et pour pouvoir les exposer à la vénération du peuple
dans le lieu même de la sépulture du saint personnage.
DE VÉSONE.
2 8i
Au reste , les murs de cette chapelle souterraine paraissent avoir
été refaits depuis la construction de l'église actuelle; on distingue même
parmi les moellons quelques débris qui semblent appartenir à l'architecture mauresque. Probablement d'abord elle était plus considérable ;
mais peut-être ses voûtes tombant en ruine , on fut obligé de la réduire
à de moindres dimensions.
Tels sont les principaux caveaux de la basilique. La plupart furent
destinés à servir de tombeaux ; quelques-uns ont été employés k d'autres usages, et il en est sans doute un grand nombre qui nous sont
encore inconnus. La construction de ces souterrains est presque partout la même , et l'on n'y aperçoit guère de traces de restaurations.
Toutefois quelques parties ont dû être refaites , car k diverses époques
le monument a été presque entièrement saccagé.
Au surplus, il est essentiel de remarquer que presque tous les caveaux que nous venons de décrire, ont la propriété de conserver les
corps et de les dessécher. Lorsqu'on y a enlevé les terres , ou plutôt la
poussière , pour la fabrication du salpêtre , on en a retrouvé plusieurs
qui étaient parfaitement dans leur entier : rien n'en était détruit , les
formes n'en étaient même pas altérées; seulement la peau était rembrunie et avait pris une véritable couleur de momie d'Egypte.
ARTICLE 2. — Des murs de la basilique considères à Vextérieur.
Rien de cette vaste basilique n'est parfaitement régulier : les gros
murs offrent différentes épaisseurs ; les ouvertures varient de chaque
côté ; les gros piliers même ne sont pas tous d'égale largeur sur chaque face, et ils ne se trouvent pas exactement disposés en ligne droite.
Néanmoins, l'édifice offre un ensemble agréable , et avant les dernières
restaurations chacun des douze pans de mur du pourtour se terminait
à l'extérieur par un fronton triangulaire d'un assez bon effet. Ces frontons , qui existent encore en partie , mais qui se trouvent sous des
constructions plus modernes , n'embrassent pas toute la largeur des
pans de murs : la portion contre laquelle sont appuyés les gros piliers intérieurs est ornée d'un entablement ordinaire; et c'est unique-
282
ANTIQUITÉS
ment sous les frontons que sont percées les ouvertures qui éclairent
Pédiíìce. Ces ouvertures sont au nombre de sept : trois se trouvent
placées sous les corniches rampantes; quatre sont à 10 pieds et quelques pouces au-dessus du niveau du pavé. Seulement il n'y en a point
de ces dernières aux extrémités de la croix ; lesquelles , comme on a
vu , contiennent des portes , ou de larges ouvertures propres à communiquer avec des parties dépendantes de la basilique.
Nous allons décrire d'abord l'extérieur de chaque gros mur en particulier , ensuite nous donnerons le détail de l'intérieur du monument.
Extérieur de la branche du nord; mur de V ouest. — Le mur de
l'ouest de la branche du nord fut, à P époque de sa construction, renforcé par le bas , vers le sommet de Pangle rentrant de la croix. L'espèce
de contrefort, qui dès-lors en fit partie, montait k i3 pieds 6 pouces,
et avait une largeur d'environ i5 pieds. II est maintenant détruit; on
ne peut plus en distinguer les assises ; la gelée et le salpêtre ont fait
éclater la pierre ; presque partout on y a rajusté du ciment ou de
mauvais mortier (i). Plus au nord , et dans Pespace d'environ 20 pieds,
la construction est un mauvais blocage jusqu'à la hauteur de plus de
10 pieds. Ce blocage est en gros moellons bruts, sur-tout vers le contrefort dont nous venons de parler. De l'autre côté , ces moellons sont
placés en assises peu régulières. La ligne de séparation entre les assises et l'autre blocage est oblique ; son extrémité la plus élevée est
du côté du nord. A coté de ce blocage on retrouve la construction en
grosses pierres, dont les assises ont jusqu'à 1 pied 8 pouces 9 lignes
de hauteur ; mais on ne la voit que dans un court espace , Pangle saillant de cette extrémité de la croix étant enveloppé d'un contrefort
de 5 pieds 7 pouces d'épaisseur. Les assises de ce contrefort , dont la
hauteur est considérable, ont de 10 k 11 pouces ; il n'a aucune liaison
avec le gros mur , et on voit qu'il a été fait dans un temps postérieur.
La longueur totale de ce mur de l'ouest , depuis Pangle rentrant de
la croix jusqu'à P extrémité, est d'environ 54 pieds 6 pouces (2).
(1) Voyez ce que nous disons de cette partie de Féglise , dans le chapitre où nous traitons de sa
restauration.
(2) II n'est en bas que de 53 pieds 4 pouces , parce que le mur du nord de la branche de l'ouest
se trouve aussi renforcé; mais ce n'était pas sur cela que nous devions calculer.
DE VÉSONE.
2 83
La partie de mur que nous venons de décrire se trouve au rez-dechaussée de la maison voisine , ou dans une petite cour. Au-dessous est
une cave, dont la longueur est d'environ 28 pieds, mais dans laquelle
on ne peut voir les fondemens de la basilique. Seulement la voûte
de cette cave prouve , par ses liaisons , que le gros contrefort du
coin lui est postérieur.
Le sol de la petite cour dont nous venons de parler est au-dessus
du pavé de l'église à environ 7 pieds 7 pouces , et c'est à 1 3 pieds 5
pouces au-dessus de ce même sol que commencent les quatre fenêtres basses. Ces fenêtres sont cintrées en voussoirs de pierre bleue
tous extradossés ; leur hauteur sous clef est de 1 1 pieds et quelques
pouces ; leur largeur est de 4 pieds 1 pouce ; la distance entre elles
est de 4 pieds 11 pouces; celle qui est le plus à l'ouest est très -rapprochée de l'angle-rentrant de la croix. Au surplus, ces fenêtres n'ont
aucune espèce d'ornemens, et elles sont depuis long-temps entièrement
murées. La hauteur des assises des trumeaux et du coin est d'environ
1 pied 7 pouces 6 lignes (1).
A environ 2 pieds au-dessus des deux fenêtres qui sont le plus dans
sangle , commence une construction différente de celle qui est au-dessous ,
et à 3 pieds 6 pouces ou environ des deux autres fenêtres est une
construction encore d'un autre genre. II reste peu de chose de la première ; elle n'arrive même pas jusqu'aux fenêtres d'en haut , excepté
tout-à-fait dans le coin : elle est en petites et en assez grosses assises.
L'autre contient les trois fenêtres d'en haut, mais elle ne s'étend pas audelà de l'aplomb du fronton : ses assises ont 10 ou 11 pouces de hauteur ; elles sont peu régulières. Ces deux constructions sont en retraite
de quelques pouces. Les trois fenêtres ne sont point égales entre elles :
celle du milieu est la plus grande ; sa hauteur sous clef est de i3 pieds
5 pouces ; sa largeur est de 6 pieds 6 pouces ; les deux autres ont 1 1
pieds 6 pouces de hauteur , sur 4 pieds 4 pouces de largeur : l'intervalle qui les sépare est de 4 pieds et quelques pouces.
(1) Depuis très-long-temps on a pratiqué des placards dans Tépaisseur de ce mur ; ce qui est
d'autant plus mauvais qu'ils ne répondent pas aux anciennes baies. Néanmoins ces rcnfonremcns
nuisent peu a la solidité.
■
ANTIQUITÉS
Les voussoirs de chacune des trois fenêtres forment une archivolte.
Cette archivolte est composée d'une fasce et d'un bandeau : elle pose
par ses extrémités sur des espèces de pilastres ou pieds -droits saillans , ménagés dans l'épaisseur du mur , et d'un assez mauvais goût.
284
L'ouverture des fenêtres se trouve de quelques pouces en retraite.
Le cintre de ces percées est tout entier dans le fronton. Les impostes
des pieds - droits sont faites en forme de petite corniche ou plinthe ;
partout elles sont différentes ; elles se prolongent des deux côtés , et
terminent par le bas le tympan du fronton.
Quant aux corniches rampantes, elles sont presque entièrement détruites. Ce qui en reste offre une saillie assez considérable , et fait partie
d'une des restaurations. Entre les archivoltes et un peu au-dessus sont
deux rosasses fort saillantes.
Au surplus , les voussoirs du grand arc de la voûte intérieure de
Féglise paraissent a l'extérieur dans ce même tympan du fronton, et
annoncent par les sinuosités de la courbe qu'ils décrivent , que les fenêtres et la construction qui est immédiatement au-dessus sont postérieures. Ceux de ces voussoirs qui touchent à la fenêtre qui est
le plus au nord ont même été dérangés et raccourcis pour faire place
k l'archivolte. La petite portion du tympan qui se trouve au-dessus
des deux autres fenêtres , sous les grands arcs , est encore plus récente , et peut être considérée comme quatrième ou cinquième construction.
Daus la portion de mur qui est au nord des fenêtres basses , et qui
toute est formée de grosses pierres , il devait y avoir une cinquième ouverture moins grande que les quatre autres (i) , mais k peu près au même
niveau : elle éclairait l'intérieur du gros pilier du coin. Les constructions de la maison contiguë la dérobent k la vue. Plus haut est une
lucarne d'environ 4 pieds de haut sur 1 pied 1 1 pouces de large ; elle
est cintrée, et se trouve k environ 3 pieds au-dessous de Pentable-
(i) Comme le mur est crépi et tapissé u l'extérieur, nous n'avons pu reconnaître cette ouverture;
elle ne se montre même guère dans l'intérieur, et ce n'est que par analogie que nous en parlons.
DE VÉSONE.
2 85
ment qui , dans cette partie , couronnait l'édiíìce. Cet entablement luimême est au niveau des petites impostes des fenêtres : il se compose
d'une espèce de saillie en foi-me de petite corniche brute (i), de grands
modillons placés en console au-dessus, et d'un gros bandeau ou larmier : le tout est de mauvais goût , et paraît avoir été fait en mêmetemps que les corniches rampantes du fronton ; c'est-à-dire que l'un
et l'autre semblent appartenir à une troisième ou quatrième construction , laquelle descend d'un côté presque au bas de la petite lucarne
dont nous avons parlé. Au coin du mur elle est en retraite de plus
d'un pouce.
Enfin , un peu au-dessus de l' entablement commence la nouvelle restauration (2) , laquelle s'élève presque au niveau de l'angle supérieur du
fronton. Une petite corniche termine cette dernière construction , dans
laquelle se trouvent trois fenêtres carrées, de 5 pieds de haut sur 2
pieds de large.
Ainsi , en supposant que la construction du bas , vers le coin , et y
compris les moellons en assises , soit la première , et que celle dans
laquelle sont percées les premières fenêtres soit postérieure , on pourrait distinguer dans le mur de l'ouest sept constructions différentes :
i.° Celle du coin jusqu'à une certaine hauteur, et y compris les
moellons en assises ;
2. 0 Celle dans laquelle se trouvent les quatre fenêtres d'en bas ;
3.° Celle qui est au-dessus des deux fenêtres les plus près de l'angle , et y compris peut-être les voussoirs du grand arc intérieur ;
4° Les corniches rampantes du fronton , l'entablement qui est à
côté , et la petite partie de maçonnerie qui est immédiatement au-dessous de cet entablement ;
5.° Les trois fenêtres d'en haut ;
(0 Nous appellerons corniches brutes toutes les saillies carrées ou chanfreinées placées en guise
de corniches.
(2) Celle qui a été faite il y a environ Go ans,
37
ANTIQUITÉS
2 8G
6.° Une portion de construction qui est immédiatement au-dessus de
la fenêtre qui est le plus près de Pangle rentrant;
7.0 La construction qui s'élève des deux côtés du fronton.
Au surplus , il serait possible què nous fussions dans Perreur sur
quelques-unes de ces constructions ; il serait possible que Pédiíice fût
resté assez long- temps sans être achevé pour qu'on eût quelquefois
changé de méthode; mais toujours est -il vrai qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître au moins quatre ou cinq constructions différentes dans le mur que nous venons de décrire, Nous verrons si les
autres parties du monument favorisent ces nombreuses distinctions.
Extérieur de la branche du nord; mur du nord. — Le mur du
nord ne s'aperçoit presque pas jusqu'à une certaine hauteur : les maisons qui lui sont contiguës le dérobent d'autant plus à la vue , qu'elles
sont entièrement crépies , et tapissées dans leur intérieur (i). C'est
dans ce mur , dont la hauteur est de 62 pieds 6 pouces et la largeur
de 74 pieds (2), que se trouve celle des grandes entrées qu'on appelle P orte-du-Gras (3) , laquelle, comme Pindique la date I 58 I , cpii
est au-dessus, a été reconstruite dans le i6. e siècle. Cette porte se trouve
placée assez exactement au milieu du mur ; elle est en plein cintre , et
n'a aucune espèce d'ornement. Sa hauteur sous clef est de 12 pieds;
sa largeur est de 8 pieds 4 pouces. Un peu au-dessus était un basrelief gothique assez curieux , qu'on a fait disparaître ou qu'on a recouvert entièrement lorsqu'on a fini d'obstruer cette partie de Pédiíice.
Ce qu'il y a de très - remarquable c'est que l'extérieur de cette
porte est renfoncé de 7 ou 8 pouces sur une largeur de plus de 3
(1) II y a 20 ans qu'on ne voyait encore de ce côté que quelques baraques qu'on a eu la maladresse de laisser embellir et élever à la fantaisie des propriétaires.
(2) En haut on trouve y/j pieds 7 pouces ; mais la construction moderne est un peu en saillie.
(3) Plus anciennement on l'appelait Porle-des-Gras , en latin de Gradibus , c'est-à-dire des Degrés,
parce que , pour entrer de ce côté, il fallait monter plusieurs marches, et parce que la place qui
est vis-à-vis, et qu'on s'est plu à dénommer sans motif, s'appelait aussi Place-des-Gras ( de Gradibus) , soit que sa montée fût rachetée dans quelques endroits par des degrés, soit simplement à
cause de sa déclivité. Dans les derniers temps le peuple appelait cette place et l'appelle encore par
corruption lo P la ço~dau~Graffe , d'où lui était venue la dénomination de P lace- du Greffe.
DE VESONE.
28?
pieds de chaque côté ; et comme les saillies latérales qui forment ce
renfoncement ne montent qu'à une certaine hauteur , il est évident
qu'elles furent destinées à supporter la retombée d'une voûte.
Nous ne savons point dans quelle forme fut construite d'abord cette
même porte : à une certaine époque elle devait se trouver dans un
petit avant-corps comme celle du Touin ; il paraît que plus tard elle
fut reconstruite dans le genre gothique , et s'il en est ainsi elle a été
refaite trois fois , ce qui a dû contribuer singulièrement à mettre le
mur en surplomb.
Des deux côtés de la porte que nous venons de décrire , et à la distance d'un peu plus de 3 pieds , étaient deux anciennes chapelles dont
l'une a été transformée , il y a quelques années , en maison particulière.
Sous chacune de ces chapelles est un caveau qui sans doute primitivement servait de tombeau ; nous en parlerons dans un article particulier. II suffit maintenant de dire que ces caveaux ont été construits
en même temps que les fondemens de la basilique.
Quant aux deux chapelles, elles s'étendaient jusqu'aux deux angles du
mur, et celle qui est à l'est sert d'entrée à l'emplacement de l'ancienne
paroisse , qui depuis fut changée en Salle - Décadaire. Dans l'intérieur de cette chapelle qui sert d'entrée, le mur a deux ouvertures :
l'une donne directement dans la basilique , l'autre dans le gros pilier.
La première a 2 pieds 9 pouces de large sur 6 pieds 1 pouce de haut
au-dessus du pavé de la chapelle, lequel est plus élevé que celui de
l'église d'environ 2 pieds; la seconde a 6 pieds 10 pouces de large sur
10 pieds de haut. Au reste, cette dernière ouverture est tout- à -fait
moderne : on s'occupe de la rétrécir , et il vaudrait mieux la fermer entièrement pour consolider Pangle de Pédifice dont nous avons déjà remarqué le tassement dans la description des caveaux. On pourrait dire
11 est vrai qu'il y avait anciennement plus haut une percée ; mais c'était une simple fenêtre , large de 4 pieds 1 pouce , haute de 8 ou 9
pieds, et qu'on a murée sans aucune liaison.
Au reste, Pépaisseur du mur, à paplomb du pilier, est de 6 pieds 8
pouces : les assises entre les ouvertures que nous venons de décrire et
288
ANTIQUITÉS
au-dessus sont de i pied 7 pouces et quelques lignes ; elles paraissent
appartenir k la première fondation.
A une certaine hauteur, 011 voit au-dessus de la grande ouverture
dont nous venons de parler une fenêtre carrée, de 6 pieds et quelques
pouces de haut sur environ
4pieds de large (1) ; elle paraît également
de construction un peu moderne : on devrait aussi la fermer puisque
elle ne fait que détruire la symétrie et affaiblir le gros pilier. Le milieu de sa hauteur répond a peu près au bas des trois grandes fenêtres.
Le reste du mur n'est remarquable ni par ses ouvertures ni par ses
ornemens. Le fronton est de même forme et k peu près de même grandeur que dans le mur de l'ouest, seulement il tient le milieu, ce qui
n'était pas possible de l'autre côté : il est également presque détruit.
Au-dessous de l'entablement sont deux lucarnes. Celle de l'ouest est a 2
pieds et quelques pouces de cet entablement; sa hauteur est d'environ 4
pieds, et sa largeur de près de 2 pieds, comme dans le mur que nous
avons décrit. Celle de l'est n'est guère qu'à 2 pieds de l'entablement;
sa hauteur sous clef peut être de 5 pieds, et sa largeur d'un peu plus
de 1 pied. Les archivoltes des grandes fenêtres sont achevées ; les impostes de leurs pieds-droits sont partout différentes ; elles sont au niveau
du bas de l'entablement comme au mur de l'ouest , et ce bas d'entablement n'est point sculpté. Le mur paraît se fendre dans quelques
endroits, ce qui annonce un faux aplomb dans un des gros piliers et
peut-être dans les deux. La restauration moderne est un peu en saillie,
et c'est ainsi qu'on est parvenu a rendre la toiture symétrique.
Quant aux diverses restaurations de ce côté de Pédiíice (2) , la première
se distingue vers le milieu du mur, k environ 16 pieds de hauteur; on
la voit dans l'intérieur. Au-dessus, les assises sont moins en ordre, et
l'on y remarque une assez forte retraite. A une quinzaine de pieds audessous de l'entablement, on remarque aussi une restauration ; elle se
(1) Nous ne donnons cette mesure , ainsi que beaucoup d'autres , qu'approximativement et á vue,
ces objets étant hors de portée.
(2) Nous appelons ici restaurations les changemens de constructions que l'on remarque dans le travail. Nous verrons plus loin que plusieurs de ces constructions peuvent appartenir à des époques
différentes sans être de véritables restaurations. Voyez chap. X.
DE VÉSONE.
.
3 89
manifeste par des assises un peu plus petites que celles du dessous , et
peu régulières. Cette restauration est au niveau du bas des grandes fenêtres , et coupe presque par le milieu la fenêtre carrée du coin : elle
est un peu en retraite. II en parait une troisième a quelques pieds plus
haut ; elle se distingue par son mélange irrégulier de petites et d'assez
fortes assises. Cette restauration traverse les petites lucarnes , celle de
l'est surtout, qui se trouve refaite presque en entier. Les trois grandes
fenêtres sont percées dans une construction pareille a celle qui contient les fenêtres hautes du mur de l'ouest, et au-dessus il serait aisé
de faire les mêmes observations que dans le haut de ce dernier mur.
Ainsi on pourrait y distinguer de même six ou sept genres de constructions , et peut-être encore davantage.
Extérieur de la branche du nord ; mur de l'est. — Le mur de l'est
a environ 52 pieds de largeur, ce qui est un peu moins que pour celui
de l'ouest; et dans le bas il n'offre pas la même disposition que ce dernier. Un large cintre, reste d'une ouverture de 18 pieds 8 pouces de
large sur 32 pieds ou environ de hauteur sous clef, est à environ 6
pieds au-dessous des grandes fenêtres du haut , et juste sous le milieu
du fronton. Cette ouverture , pratiquée au niveau du pavé de l'église ,
annonce P existence d'une ancienne chapelle , dans le genre sans doute
de celle qui est appliquée au mur de l'est de la branche du sud. C'est
cette chapelle que l'église de Sainte-Anne , autrement dite la Paroisse,
avait remplacée ; maintenant c'est un espace vide.
Au surplus , l'ouverture dont nous venons de parler est murée depuis long-temps , et elle appartient à une restauration qui ne paraît
pas être des premières. Des deux côtés , et depuis le bas , c'est une
construction plus moderne : elle est montée en assises de quelques
pouces de hauteur , et elle n'a que 1 pied et quelques pouces de large.
Vers Pangle rentrant de la croix , cette construction se lie à un blocage plus ancien , qui naguère encore était revêtu d'un contrefort 5
vers le nord , elle se joint aux grosses assises de Pangle saillant.
Le contrefort qui occupait Pangle rentrant que forment les deux
murs s'étendait sur celui de l'est d'environ 5 pieds ; sa hauteur était
2 9o
ANTIQUITÉS
d'environ 16 pieds (i). On l'a entièrement coupé lorsqu'on a voulu
bâtir des boucheries sur l'emplacement de la Salle-Décadaire ; et en
cela on a diminué d'autant la solidité de Pédiíice.
La partie de mur qui est le plus au nord est cachée, par le bas, derrière un massif de construction dépendant de la chapelle moderne;
on ne peut l'apercevoir au dehors : elle est percée au niveau du sol
d'une ouverture carrée de y pieds moins quelques pouces , sur environ
10 pieds de hauteur : cette ouverture , pratiquée dans le temps de
la révolution , a singulièrement contribué à affaiblir Pangle de Pédiíice ;
on va la rétrécir , on ne lui laissera qu'une largeur de 3 pieds ; et nous
ferons ici les mêmes observations qu'à la page 287 ; car ces nombreuses
percées 11e tendent qu'à détruire la symétrie et la solidité du monument.
A une certaine hauteur ce n'est plus la même construction : on y
voit quelques petites assises , et le tout est moins régulier ; c'est une
restauration faite un peu en retraite , et commençant au même niveau
que celle dont nous avons parlé dans notre description du mur du nord.
Plus haut les petites assises sont un peu plus multipliées, ce qui pourrait annoncer une troisième construction; cependant, à ce sujet, nous
n'oserions rien affirmer. Du reste , le mur offre peu de détails particuliers : les grandes fenêtres sont de la même époque que celles des
deux autres côtés ; les pieds-droits et leurs impostes présentent aussi des
différences entre eux; les corniches rampantes sont de même presque
détruites ; seulement il reste au-dessus de ces corniches et sur l'entablement qui est de ce côté une assez grande partie de la construction
qu'on éleva lorsqu'on voulut remplacer Pancienne couverture des pignons par une charpente unie.
Quant à la petite lucarne , elle est à environ 1 pied 6 pouces de
l'entablement ; sa hauteur peut être de 4 pieds , et sa largeur de 1 pied
et quelques pouces.
Extérieur de la branche de l'est; mur du nord, -r- La hauteur du
• r"
(1) Au-dcssus drt sol extérieur, qui s'élève d'environ 2 pieds au-dessus du pavé de l'église.
DE VÉSONE.
3gi
mur du nord, au-dessus du pavé de l'église, est a peu près comme
celle de tous les autres murs (i) : sa longueur est d'environ 55 pieds,
non compris n pieds pour la saillie d'un des avant -corps de la
tête de la croix : le bas de ce mur s'aperçoit dans la crypte de l'église
de Sainte-Anne ; il contient les portes cintrées des trois caveaux : les
assises y ont de i pied 7 pouces g lignes à 1 pied 10 pouces de hauteur (2).
Si on remonte sur la voûte de cette crypte , c'est-à-dire sur un sol
qui , comme on a vu , se trouve de 2 pieds plus élevé que celui de la
basilique , le mur se présente à peu près comme le premier que nous
avons décrit : il offre de même sept fenêtres , non-compris une fenêtre plus petite , ouverte à côté de celles d'en bas , et une lucarne audessus ; mais dans les détails on remarque de nombreuses différences
qu'il est bon de faire connaître.
Les fenêtres du bas commencent à 8 pieds 6 pouces au-dessus du
sol ; leur hauteur sous clef est de 22 pieds , et leur largeur de 4
pieds 4pouces ou environ ; leurs baies sont ébrasées de quelques pouces ; leurs trumeaux ou pieds - droits sont en retraite , et ils sont décorés de pilastres ménagés dans l'épaisseur du mur : ces pilastres ont
environ 10 pouces de largeur; ils sont ornés de chapiteaux corinthiens
passablëment sculptés pour le moyen âge , et sur lesquels viennent retomber des archivoltes assez saillantes et entièrement ornées en échiquier, comme on en voit ici des exemples jusqu'à la fin du i2. e siècle. Au
surplus , deux de ces fenêtres , celles qui sont le plus dans l'angle , n'ont
jamais été percées jusqu'au niveau des autres par le bas; ce qui prouve
d'une manière évidente que la chapelle en rond -point adaptée contre
le mur de l'est , était aussi ancienne que l'édifice. Le contrefort dont
nous avons déjà parlé avance même sur une de ces fenêtres de plus
de 4 pieds.
(1) Sa hauteur , prise depuis le sol de la crypte de la chapelle de Sainte- Anne, serait d'environ81 pieds.
/ 1 p.
7 pouc. Çjlig.
1
(a) Ces assises du bas du mur sont de différentes hau.teurs : il y en a de |
292
ANTIQUITÉS
Entre les archivoltes de ces fenêtres , et au niveau de leur extrados ,
sont trois rosaces sculptées fort en saillie. A quelques pouces plus haut
est une petite corniche ou plinthe faite en cavet (i) , et a environ 4
pieds au-dessus commencent les trois autres fenêtres ; lesquelles , soit
pour la grandeur , soit pour les ornemens , sont à peu près conformes à celles des murs que nous avons décrits : seulement ici les impostes sont toutes de même forme , et les deux dernières se continuent
en petite corniche sur les deux côtés. Ces impostes se composent de
deux cavets avec leurs réglets ; elles sont à la même hauteur que
celles des autres pieds-droits dont sont ornées presque toutes les fenêtres hautes.
La petite fenêtre qui est à côté des quatre d'en bas descend un peu
au - dessous de leur niveau ; sa largeur est de 4 pieds 2 pouces 3 sa
hauteur sous clef est d'environ i5 pieds.
La plinthe qui est au-dessus des fenêtres basses ne se continue pas
dans cette partie du mur. Plus haut est la petite lucarne ; elle a 1 pied
et quelques pouces de large sur près de 4 pieds de haut ; elle n'est pas
éloignée de Pangle saillant. A 1 pied et quelques pouces au-dessus est
l'entablement , qui offre cela de très-remarquable , que Pespèce d'architrave qui en fait le bas est sculptée (2) , et qu'elle se trouve plus basse
de 1 pied et quelques pouces que Pimposte qui orne les pieds-droits
des fenêtres hautes ; ce qui ne se rencontre nulle part ailleurs.
Le prolongement de mur qui aide à former un des avant - corps
de l'est s'élève à plus de 32 pieds de hauteur : il finit a 3 pieds audessous de la corniche qui est sur les quatre fenêtres ; il est orné d'une
petite corniche et d'un acrotère, ainsi que d'une fenêtre dont la hauteur sous clef est d'environ i3 pieds, et la largeur de 3 pieds 8 pouces.
Cette ouverture est un peu au-dessus du niveau de celle qui est à côté.
Au surplus, toute cette partie du mur est très-bien liée avec le reste,
et remonte nécessairement à Pépoque de la fondation.
(1) Cette plinthe ou petite corniche se compose d'un cavet placé entre deux réglets.
(2) Elle se compose d'un simple cavet avec ses réglets.
DE VËSONE.
2g 3
Quant aux diverses constructions que l'on remarque dans ce même
mur du nord , elles sont au nombre de sept ou environ. Dans la partie
qui est le plus a l'est , les neuf premières assises ont chacune i pied
g pouces 3 lignes de haut , et nécessairement elles appartiennent à la
fondation de l'édifîce. Au-dessus , les assises n'ont guère que i pied 7
pouces 3 lignes , et elles montent ainsi jusqu'au niveau de la plinthe
inclusivement. II est possible que cette seconde partie dépende d'une
seconde construction.
Le côté droit de la petite fenêtre du prolongement du mur offre des
assises mêlées et peu régulières ; c'est bien un troisième genre , et la
construction qui est au-dessus de la plinthe jusqu'à l'entablement, ainsi
peut-être que les quatre fenêtres , semble appartenir à la même époque. Le blocage qui est au-dessous des fenêtres parait antérieur.
Le bas de l'entablement, quelques pierres qui se trouvent au-dessous vers les fenêtres , la courbe que décrivent les voussoirs du grand
arc intérieur , et peut-être les corniches rampantes du fronton , appartiennent à une cinquième construction ; à côté des corniches rampantes
est la sixième ; au-dessus se trouve la septième et dernière.
Extérieur de la branche de F&stj mur de l'est. — Le mur de l'est
offre de chaque côté une espèce d'avant - corps : celui de ces avantcorps qui est vers le nord au pieds de saillie , l'autre a g pieds
et quelques pouces; ils ont chacun environ 17 pieds de largeur (1).
L'intervalle qui les sépare est de 38 ou 3g pieds. Nous âvons déjà décrit une face de celui qui est vers le nord ; à l'est , sa construction
est la même. On y voit une fenêtre de même grandeur; les assises
y sont également en grosses pierres, et on y trouve quelques traces
de restaurations. Quant à la face du midi , elle est cachée par les constructions du rond-point. L'avant- corps du sud est semblable par le
has à celui que nous venons de décrire ; son côté du nord est de
(0 Comme ces deux avances ont plus de largeur que de saillie , et que d'ailleurs elles étaient
couronnées de frontons , nous croyons devoir leur donner le nom Savant-corps. Cette construction n'est point exprimée dans la planche.
38
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ANTIQUITÉS
même enveloppé par la construction moderne ; ses deux autres faces
sont pareillement percées de fenêtres. Lorsque nous en serons au mur
du sud , nous donnerons la description de la troisième face ; il nous
suffit maintenant de parler de celle de l'est. La fenêtre qui est de ce
côté paraît avoir été entièrement refaite ; elle ressemble peu aux deux
fenêtres de l'autre avant-corps ; sa baie est taillée en embrasure ; ses
voussoirs sont différens des premiers ; elle paraît appartenir à une autre
époque. Au-dessus de cette fenêtre est une corniche pareille aux corniches rampantes des grands frontons ; elle sert elle-même de base à
un petit fronton dont le sommet est a angle droit , ou peut-être même
à angle un peu aigu , ce qui produit un assez mauvais effet. Au milieu
de ce couronnement est une espèce de corniche ou plinthe absolument
brute et dont on ne peut déterminer l'usage.
Quant aux corniches rampantes de ce petit fronton , elles sont ornées
de palmettes assez bien sculptées ; elles n'ont aucun rapport avec les
autres décorations de ce genre ; elles appartiennent à un autre temps , et
paraissent être ce qu'il y a de plus parfait en dessin dans tout l'édifice.
Au surplus , comme le fronton auquel elles sont adaptées , et tout ce
qui est immédiatement au-dessous , est un peu barbare , il est évident
qu'elles sont plus anciennes que ces restaurations , et qu'elles remontent
à une époque beaucoup antérieure.
Quoi qu'il en soit, on voit que les deux avant-corps ne sont nullement couronnés de même : celui du nord se termine cairément au
moyen d'un acrotère dont le haut finit , du côté de l'est , par une
espèce de saillie semblable à la naissance d'une voûte, tandis que
celui du sud est surmonté d'un fronton triangulaire très-aigu , et dont
les corniches rampantes sont de fort bon goût. Ce dernier se fend
par le milieu : la lézarde se distingue parfaitement par la séparation
des voussoirs de la fenêtre.
Entre les deux avant-corps que nous venons de décrire il a existé
sans doute une chapelle en rond-point antérieure à celle qu'on y voit
aujourd'hui ; peut-être même le bas du mur offre-t-il encore quelque
partie de cette ancienne construction ; mais comme nous n'avons pu
DE VÉSONE.
2g 5
le voir, nous ne saurions en rien dire de certain (i). Quoi qu'il en soit,
au niveau du pavé de l'église il ne subsiste rien du gros mur. Une ouverture de 26 pieds 8 pouces de large, sur environ 37 pieds 6 pouces
de hauteur , tient le milieu de l'espace ; c'est une arcade de forme un
peu gothique, construite en 1 583 (2). Cette ouverture forme l'entrée de
la chapelle en rond-point alongé que le cardinal de Talleyrand fit élever
en i347; et elle paraît avoir été ornée, avant cette époque, de deux
grosses colonnes, dont les blocs ont été employés dans la clef de la voûte
moderne , où on les voit du moins en partie. C'est François de Bourdeille ,
évêque de Périgueux, qui fit faire ce travail après la reprise de la ville
sur les religionnaires , et si l'on a fait le cintre un peu en ogive , c'est
pour qu'il y eût moins de disparate entre la chapelle et l'arcade qui
lui sert d'entrée.
Les pieds -droits de cette arcade ont une largeur et une épaisseur
considérables ; ils se lient par les côtés avec le gros mur ; à l'est , ils
se rattachent au pourtour de la chapelle gothique.
A environ 9 pieds au-dessus de cette même arcade , sont trois fenêtres comme sur les autres murs, seulement elles se trouvent percées
un peu plus haut , touchent presque les voussoirs du grand arc intérieur , n'ont aucune espèce d'ornemens , et prouvent que toute cette
partie fut refaite de même par François de Bourdeille. Au-dessus des
voussoirs du grand arc intérieur , il ne reste aucun vestige de fronton , toute cette partie ayant été restaurée à la même époque. Audessus des avant-corps que nous venons de décrire , le gros mur de
l'est est à peu près comme tous les autres : de chaque côté il offre
une lucarne au - dessous de l'entablement , et on y distingue diverses
restaurations. Vers le coin du nord il a seulement cela de remarquable, que le bas de l'entablement est taillé comme au mur du nord,
et est au même niveau. A celui du sud il a aussi cela de singulier ,
que la lucarne est carrée. Au surplus , les restaurations de ces deux par-
(1) Pour voir ce bas de mur il aurait fallu pénétrer sous la chapelle actuelle , et jusqu'à présent nous
n'avons pu cn découvrir l'entrée.
(2) La date de i5S3 , mise sur cette arcade moderne , fait croire aux gens du peuple , et aux autres
personnes qui n'ont aucune idée d'architecture ni d'antiquités , que l'église fut bâtie à cette époque.
ANTIQUITÉS
ties de mur commencent à une hauteur considérable , et ont même
au-dessus des avant-corps des assises de i pied 8 pouces de hauteur.
396
Extérieur de la branche de l'est; mur du sud. — Le mur du sud
est de la longueur d'environ 56 pieds , non compris le côté de l'avantcorps; il offre le même ensemble que celui du nord; dans les détails
on remarque quelques différences.
On voit parfaitement le bas de ce mur dans le jardin des Dames religieuses , lequel se trouve au - dessous du pavé de l'église , à environ
1 5 pieds , et c'est là surtout qu'on distingue bien les fondemens de la
basilique. D'abord ce sont de gros moellons entièrement bruts , placés
sans ordre et comme simple blocage ; ils tiennent tout le bas du mur ,
et ils montent à une certaine hauteur. L'angle que forme l'avant-corps
du mur de l'est , est seul fait en pierres de taille de i pied 7 pouces 6
lignes de hauteur. Au-dessus de ces premières assises on en trouve d'autres qui ont jusqu'à i pied io pouces 6 lignes (i), et cette construction en grosses pierres offre cela de singulier, qu'elle devient d'autant plus large qu'elle s'élève davantage ; en sorte que ce qui est en
moellon diminue dans la même proportion , et que la ligne de séparation se dirige obliquement du bas du coin vers la seconde grande
fenêtre, c'est-à-dire que si la construction en grosses pierres était détruite en entier , l'arrachement des assises formerait un petit escalier ,
au moyen duquel on pourrait monter jusqu'au niveau du pavé de l'église , et même plus haut. Toutefois ces deux genres de construction
sont de la même époque ; seulement les moellons semblent annoncer
que la partie qu'ils occupent était masquée. Entre les deux genres de
construction, et à la hauteur de 8 pieds au-dessus du sol, est une
petite ouverture carrée qui donne dans un des caveaux; elle se trouve
sous la cinquième fenêtre , et est fermée en pierres sèches ; sa hauteur et sa largeur sont de i pied et quelques pouces.
' i pied
(i) Ces diverses assises du gros mur ont
7 pouces 6 lignes.
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I
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DE VÉSONE.
297
Deux arcades en plein cintre ont été appliquées contre le mur , au
niveau du jardin : elles avaient de hauteur et de largeur environ 1 1
pieds ; elles étaient séparées par des pieds - droits dans le genre gothique. Quelques restes de cette construction se trouvent encore entaillés
dans le mur. Au-dessus et au niveau du pavé de l'église sont d'autres
traces d'arcades de la même dimension, et montant un peu plus haut
que la naissance des fenêtres ; elles étaient également en plein cintre ;
leurs pieds-droits, ainsi que les arcs saillans qui supportaient les voûtes,
étaient composés de nombreux fuseaux ou torons. Les arcades supérieures formaient sans doute une petite chapelle ou une sacristie ; celles
de dessous servaient de support, et n'avaient peut-être pas d'autre usage.
Les unes et les autres occupaient en longueur l'espace compris entre
la chapelle en rond -point adaptée à la branche du sud, et l'aplomb
de la cinquième ouverture du mur.
Les quatre grandes fenêtres sont à peu près de mêmes dimensions que
celles du mur opposé; elles ont également une embrasure; mais ni leurs
cintres, ni leurs trumeaux n'offrent aucune espèce d'ornemens ; les embrasures semblent même avoir été faites après coup. Les trumeaux ont
aussi cela de remarquable , qu'ils paraissent avoir été repris en sous-œuvre depuis le pied jusqu'à la moitié de leur hauteur ou environ, et
que, immédiatement au-dessus de cette reconstruction , il existe une
saillie en forme de plinthe , qui sans doute supportait le toit de la
petite chapelle en arcade dont nous avons parlé. Au surplus , les deux
baies qui se trouvent le plus dans l'angle sont entièrement fermées;
elles paraissent même l'avoir été dans le bas , depuis la fondation de l'édifice, ce qui s'accorde pârfaitement avec ce que nous avons remarqué
vers le nord. La plinthe qui est au-dessus des fenêtres est taillée en
cavet, et, de même que sur le mur opposé, elle ne s'étend pas au-delà
de l'aplomb du fronton. Quant aux trois fenêtres hautes, elles n'offrent
rien de particulier ; leurs archivoltes sont sculptées , mais les impostes ne le sont pas , bien que leur forme brute offre une espèce de
cavet. Deux rosasses sont entre les deux fenêtres , mais à des hauteurs
un peu différentes ; la courbe que décrivent les voussoirs du grand
arc intérieur a peu de sinuosités ; il reste peu de chose du grand fronton. La cinquième fenêtre du premier rang a 4 pieds 2 pouces de large ;
mais elle n'a que 1 1 pieds 4 pouces 2 lignes de haut ; parce que dans
298
ANTIQUITÉS
une restauration elle a été raccourcie par le bas , ce qui contribue à détruire la symétrie qui devait exister entre le mur du sud et celui du
nord. La petite lucarne est juste au-dessus de cette fenêtre; sa hauteur
peut être de 3 pieds , et sa largeur de a pieds ou environ : l'entablement
qui est au-dessus est entièrement brut.
L'avant-corps du mur de l'est se lie parfaitement, comme nous lavons déjà vu, avec le reste de la construction, et sa face du sud n'offre
rien de bien remarquable ; seulement son petit couronnement n'est point
surmonté d'un acrotère comme à l'avant-corps opposé. Quant à sa fenêtre , elle est au même niveau que les cinq grandes ; elle a été de
mêmes dimensions que celle qui est du côté opposé ; mais elle est un
peu plus étroite et plus courte depuis la construction du contrefort dont
nous allons parler.
Ce contrefort enveloppe le coin de l'avant-corps du mur de l'est;
il est saillant de 4 pieds 8 pouces sur la principale face de cet avantcorps ; sur le mur du sud il ne l'est que de 3 pieds 9 pouces ; au surplus , il ne se lie nullement avec le reste de la construction , ce qui
prouve d'une manière évidente qu'il a été fait à une époque postérieure.
Ses premières assises remontent néanmoins à une assez haute ancienneté ; leur épaisseur est de 1 pied 7 pouces. A une certaine hauteur ,
ce sont de grosses et de petites assises régulièrement entremêlées , ce
qui annonce un temps bien plus rapproché de nous. Enfin, le haut est
orné d'une espèce de petite corniche qui se trouve juste au-dessus du
niveau des voussoirs de la petite fenêtre dont nous avons parlé : un
talus termine cette construction. Mais quel est l'usage de ce contrefort ,
et à quelle époque a-t-il été construit? II est clair qu'on l'a ajouté pour
consolider le coin de l'édifice , qui sans doute menaçait ruine , puisque
encore il surplombe de plusieurs pouces, et que plus tard on l'a refait
en partie, parce que probablement il n'offrait pas assez de solidité ou
ne s'élevait point assez.
Quant aux diverses reconstructions ou restaurations du mur du sud,
on en distingue de plusieurs époques, comme sur les autres côtés.
Le bas , jusqu'à plus de 1 5 pieds de hauteur et dans toute sa longueur , appartient à la première fondation.
DE VÉSONE.
2 gg
A gauche de la cinquième fenêtre est la première reconstruction ; elle
monte presque jusqu'à l'entablement , et peut-être doit-on comprendre
dans cette restauration le bas du contrefort.
Les quatre grandes fenêtres , excepté dans le bas , et la petite qui est
à côté , de même cpie la plinthe qui est au-dessus , semblent appartenir
à la seconde , ainsi peut-être que l'espace qui sépare la petite lucarne
de l'aplomb du fronton , mais non-compris l'entablement qui est audessus.
La troisième pourrait se composer des voussoirs du grand arc intérieur , et de ce qui en supporte la retombée.
L'entablement et les corniches rampantes du fronton en feraient une
quatrième.
La cinquième contiendrait les trois fenêtres hautes et probablement
le haut du contrefort.
La sixième se distingue dans les quatre grandes fenêtres.
Enfin, la septième et la huitième se trouvent sur l'entablement et sur
les deux corniches rampantes , ce qui semble faire neuf ou dix constructions faites à des époques entièrement différentes, et non compris
quelques maçonneries de l'intérieur des fenêtres , ou autres restaurations de ce genre.
Au surplus , ce même mur offre plusieurs lézardes , surtout dans les
voussoirs des fenêtres hautes ; ce qui annonce que la poussée des voûtes
se fait fortement sentir de ce côté , et que le contrefort du coin n'a
pas encore assez de solidité.
Extérieur' de la branche du sud ; mur de l'est. — Le mur de l'est
a 55 pieds du nord au sud. Hors de l'aplomb de l'extrémité du fronton
il est caché par des maisons particulières jusqu'à une hauteur considérable. Sous le fronton se trouve une chapelle en rond -point dont l'entrée a environ 32 pieds 9 pouces de haut sur 17 pieds 3 pouces de
large. Nous donnerons la description de cette chapelle dans un article
particulier. Maintenant il suffit de dire que bien que construite dans
3oo
ANTIQUITÉS
e
le io. siècle elle a remplacé une chapelle encore plus ancienne, laquelle sans doute remontait à la fondation du monument.
Les caveaux de cette chapelle primitive paraissent subsister encore en
partie; du moins est -il vrai que la construction de ceux que l'on- voit
maintenant se lie avec celle de l'église de manière que l'on a de la peine
à distinguer dans quelle partie de leur voûte porte le gros mur.
Quoi qu'il en soit, cette partie basse du mur se trouve percée de trois
ouvertures : celle qui est directement sous la chapelle forme une longue
voûte ; sa largeur est de 12 pieds 4 pouces, et sa hauteur sous clef d'environ i3 pieds : celle qui est dans l'angle de la croix ne dut avoir primitivement que 5 pieds et quelques pouces de large (1); maintenant elle
est de 6 pieds 10 pouces ; enfin, celle qui est du côté du sud est de la
largeur de 3 pieds sur une hauteur de 5 pieds 8 pouces.
A côté de la grande arcade il subsiste encore deux des fenêtres basses ;
on en voit le haut ; elles sont parfaitement semblables à celles du dernier mur que nous avons décrit, et par leur position elles semblent indiquer qu'il y en aurait eu trois à la place de la grande arcade. Audessus est une plinthe carrée qui ne se prolonge point au-delà de l'aplomb
du fronton , mais qui paraît fort ancienne. Plus haut sont les autres fenêtres, lesquelles n'offrent rien de remarquable : leurs archivoltes sont
ornées de moulures; l'imposte diffère sur chaque pied - droit ; mais elle
se lie parfaitement avec celle des fenêtres de l'autre mur. Les voussoirs
du grand arc intérieur font, dans la courbe qu'ils décrivent, quelques
sinuosités. II reste peu de chose des corniches rampantes.
La lucarne de l'autre partie du mur a 2 pieds 7 ou 8 pouces de large
sur environ 3 pieds de hauteur ; elle est peu distante de l'entablement.
La fenêtre qui est au-dessous est entièrement cachée par les maisons
contiguës ; elle n'a rien de particulier. Quant à l'entablement dont nous
venons de parler, il a cela de singulier qu'il commence un peu au-des-
(1) Dans cette voûte, dont la hauteur sous clef est de n pieds, et la largeur de 6 pieds 10 ponces, le
gros mur se distinguait par une porte un peu plus étroite que la voûte ; mais les montans de cette porte et
ses voussoirs ont prescme entièrement disparu.
DE VÉSONK
5or
sous de l'imposte des fenêtres, comme au mur du nord de la branche
du levant.
Au surplus , on trouve dans ce mur. diverses restaurations comme clans
tous les autres ; il est inutile d'en parler. Nous devons seulement ajouter qu'il offre à la vue quelques lézardes , surtout vers le gros pilier
du sud.
Extérieur de la branche du sud ; mur du sud. ■— Le mur du sud offre
le même ensemble que celui qui est vers la place du Gras; sa longueur
est .de 74 pieds et quelques pouces. Au milieu de ce mur est celle des
grandes entrées qu'on connaît sous le nom de Porte du Touin ; c'est
une ouverture en plein cintre , dont la largeur est de 8 pieds 4 pouces ,
et la hauteur sous clef de 1 1 pieds (1).
Cette porte a dû être refaite presque en même temps que celle du
Gras : elle est de même forme ; seulement elle se trouve percée dans une
espèce d'avant-corps saillant de 6 pouces sur le nu du mur, haut d'environ 24 pieds, et large de 12 pieds 5 pouces.
Plus anciennement c'était une porte carrée de même largeur que l'ouverture actuelle , mais de la hauteur de i4 pieds 1 pouce ; le haut était
formé de deux longs sommiers encore subsistans , et d'un large claveau
qui plus tard fut remplacé par trois ou quatre voussoirs. Ces voussoirs
tendaient à faire une espèce de cintre extrêmement surbaissé, ou plutôt
presque plat. Au-dessus était un faux cintre en demi-cercle qu'une imposte ornée de palmettes séparait de la baie. Une archivolte, composée
d'une seule fasce et d'un bandeau sculpté en entrelacs, décorait ce cintre.
Le tout était surmonté d'une petite corniche chargée d'ornemens agréables.
Aux deux côtés de l'imposte, immédiatement au-dessus et un peu
en dehors , se trouvent deux pierres en forme de consoles ou corbeaux ;
(1) II parait qu'il y avait un toit sur cette entrée; de là le nom latin Porta de Tecto. On disait en patois
périgourdin , il y a deux ou trois siècles: la Porla de! Tony; en français c'était la Porte du Tojct; ainsi
il ne peut y avoir de doute sur l'origine du mot. Toiiy signifie encore dans certains cantons de la province
une toiture , et c'est évidemment de ce mot que Touin est dérivé.
39
302
ANTIQUITÉS
leur hauteur est d'environ 10 pouces; leur largeur est de près de i
pieds ; elles saillent hors du mur d'environ i pied ; et celle qui est vers
le levant est ornée , du côté de l'ouest , d'un lion en bas -relief. Deux
autres pierres de mêmes dimensions sont au-dessus des premières à la
distance d'environ 6 pieds. Or, il est évident que ces quatre saillies ou
espèces de corbeaux retenaient entre elles deux colonnes. Deux autres
colonnes d'une plus grande hauteur étaient nécessairement au-dessous;
et telle était la décoration de cette porte d'entrée (i), de même peut-être
que de celle du Gras, qui lui est opposée.
A 5 pieds 6 pouces , à l'est de la saillie de cette porte , est une fenêtre nouvellement percée ; sa hauteur sous clef est de 7 pieds 1 pouce,
et sa largeur de 3 pieds et quelques pouces. Le bas de cette ouverture
est presque au niveau du haut de la porte ; son cintre s'élève comme
le bas des pierres saillantes dont nous avons parlé ; elle produit un fort
mauvais effet (2).
A une dizaine de pieds au-dessus de la porte d'entrée que nous venons de décrire , est une espèce de plinthe brute taillée en cavet : elle
ne s'étend pas tout- à-fait jusqu'à l'aplomb des extrémités du fronton;
mais du côté de l'ouest, une assise de la même hauteur que la plinthe
se continue jusqu'au coin du mur, ce qui ne se voit pas de l'autre
côté.
(1) L'ensemble et les détails de cette porte devaient produire un bon effet. U est fâcheux que le dessinateur ne les ait pas rendus, et c'est ici le lieu de faire observer qu'on remarque plusieurs autres inexactitudes dans la planche : i.° Une seule restauration y est exprimée, tandis qu'on en distingue de plusieurs
espèces; 2. 0 la construction de la porte semble être de la même époque que celle des fenêtres hautes, cc
qui n'est nullement exact ; 3.° la plinthe qui est au-dessous de ces mêmes fenêtres ne devait point être
sculptée ; 4-° les deux fenêtres des coins ni les lucarnes ne sont point exprimées ; 5." les six fenêtres basses
de chacun des. autres murs ont été de même entièrement omises ; 6.° le cintre des fenêtres hautes , l'archivolte et l'imposte sont très-mal rendus , etc. , etc. Au reste , ce qu'il y a de plus singulier dans ce travail ,
c'est l'arrangement des grands frontons, dont on a fait les corniches rampantes absolument semblables à
l'entablement d'à côté ; c'est-à-dire qu'on ne s'est pas contenté d'une simple corniche , mais qu'on y a exprimé tout l'entablement , ce qui produit l'effet le plus bisarre. Plus tard nous parlerons des fautes commises dans le dessin du clocher.
(2) Cette fenêtre moderne a été percée pour donner du jour dans une mauvaise chapelle. Nous ne saurions concevoir comment, pour avoir un peu plus de clarté dans un endroit insignifiant, on a le courage
de défigurer un grand édifice.
DE VÉSONE.
3o3
Les trois fenêtres hautes n'offrent rien de remarquable dans leur ensemble ni dans leurs dimensions ; leurs ornemens seuls sont de quelque
intérêt. L'imposte des pieds-droits de ces fenêtres est taillée en cavet, sans
réglet ; il se prolonge sur les côtés de 5 pieds ou environ ; le bandeau de
l'archivolte est taillé en échiquier , comme celui des fenêtres basses qui
sont vers la Salle Décadaire; et, à la naissance de ce bandeau, une petite
moulure , également coupée en échiquier , s'élève presque perpendiculairement aux corniches rampantes , et fait avec l'imposte un angle de
45 degrés : c'est le seul ornement de ce genre qui se trouve dans le
pourtour de l'édifice (1). II n'y a point de rosasses entre les archivoltes,
et il paraît qu'il n'y en a jamais eu ; car une tête rase , dans le genre
de celle que nous avons trouvée parmi les voussoirs d'un des murs de
la branche du nord , tient la place d'un de ces ornemens.
Quant à la courbe que décrivent les voussoirs du grand arc intérieur ,
elle offre peu de régularité et elle est presque droite sous chaque corniche
rampante , ce qui semble indiquer qu'elle a été en partie entamée lorsque le fronton a été refait ; et pour ce qui regarde ces mêmes corniches, bien qu'elles soient fort exposées aux intempéries de l'air, elles
sont en meilleur état que sur les autres côtés , ce qui prouve d'une manière évidente qu'elles ne remontent pas à la même époque.
On ne peut voir que jusqu'au seuil de la porte la partie de mur que
nous venons de décrire ; les degrés qui y conduisent cachent le reste ;
mais les côtés s'aperçoivent beaucoup plus bas , surtout vers le levant ,
où la construction se montre au-dessous de ce niveau à plus de 1 5 pieds ,
et c'est particulièrement là que se distingue la construction première.
A la hauteur de 14 pieds au-dessus du pavé de l'église est la fenêtre
du pilier : elle s'élève sous clef d'environ n pieds ; sa largeur paraît être de 4 pieds 1 ou 2 pouces, non compris une embrasure de quelques pouces. Directement au-dessus est la petite lucarne; elle ne se
trouve éloignée de l'entablement que de 5 ou 6 pouces ; sa hauteur sous
clef peut être de 4 pieds et quelques pouces , et sa largeur de 3 pieds.
(1) Le graveur ne l'a pas rendu.
3o4
ANTIQUITÉS
L'entablement n'offre rien que l'on puisse remarquer. Les petites fenêtres
du comble ont 3 pieds 8 pouces de haut sur 2 pieds de largeur.
Vers l'autre coin , la fenêtre du pilier commence au même niveau ;
mais elle se termine par un cintre moderne extrêmement surbaissé ;
sa hauteur est de 12 pieds 6 pouces ; sa largeur est de 4 pieds 7 pouces ;
c'est-à-dire qu'on l'a élargie pour faire disparaître l'embrasure ,■ qu'on
l'a élevée pour donner du jour à une petite tribune ; et c'est ainsi que
sur les plus frivoles motifs, on défigure chaque jour les monumens. La
lucarne est juste au-dessus; elle est, comme de l'autre côté, très-rapprochée de l'entablement ; sa hauteur est de près de 5 pieds ; mais sa
largeur n'est que de 1 pied 8 ou 10 pouces. Pour ce qui est des moulures
de ce même entablement , elles ont cela de singulier , qu'elles se trouvent
de 3 ou 4 pouces plus bas que de l'autre côté, et que par conséquent
elles ne se raccordent point avec l'imposte. Les petites fenêtres qui se
trouvent au-dessus sont de mêmes dimensions que les deux dont nous
avons parlé..
Quant aux diverses restaurations de ce mur du sud , il est d'autant
plus difficile de les toutes distinguer qu'elles sont plus nombreuses que
partout ailleurs, parce que ce côté du monument était encore plus exposé que les autres à la pluie et aux orages. Partout on ne voit que
des reprises en sous - oeuvres , des pierres entières ou des portions de
pierres replacées , de grosses masses éclatées. La seule partie qui paraisse
appartenir à la fondation se distingue tout-à-fait dans le bas , vers le
coin du levant ; le reste est entièrement reconstruit ou plaqué , bien que
la porte carrée remonte à une assez haute ancienneté.
Au surplus , malgré les nombreuses restaurations dont le mur que
nous venons de d'écrire a été l'objet, c'est encore un de ceux qui offrent le plus de crevasses ; on en voit dans les fenêtres du haut , dans
la petite fenêtre du pilier , et jusque clans la porte d'entrée.
C'est le pilier de l'est qui cède le plus à la poussée des voûtes ; la
ruine de la coupole pourrait même s'ensuivre dans un certain nombre
d'années. On a fait usage dans toute cette partie de beaucoup de pierres
bleues.
DE VÉSONE.
3o5
Pour ce qui regarde le toit dont nous avons parlé , nous ne pouvons
déterminer au juste à quelle hauteur sa charpente s'appuyait sur le mur.
Quelques petits corbeaux subsistent encore à droite de la porte , et il
paraît y en avoir eu davantage ; ils sont au niveau de l'imposte. Cinq
trous d'une médiocre largeur se distinguent aussi clans la plinthe qui
est au-dessus. Était-ce au premier ou au second de ces niveaux que la
toiture montait ?
Extérieur de la branche du sud ; mur de l'ouest. — Le mur de l'ouest
a 56 pieds et quelques pouces de long ; la sacristie et le palais épiscopal sont adossés à son parement et en dérobent] presque entièrement
la vue ; ce n'est guère que dans le haut que l'on peut en distinguer
les détails.
Un long caveau s'étend à côté des fondemens de ce mur , mais sans
les laisser apercevoir ; c'est une espèce de souterrain divisé en deux
parties et dont l'entrée se trouve au niveau de la cour, du côté du
sud (i). Au-dessus de cette voûte est la sacristie; elle est au niveau du
pavé de l'église, et là encore on ne peut rien distinguer, parce que les
murs sont parfaitement crépis.
Plus haut sont les chapelles de l'évêque ; elles tiennent toute la longueur du mur. Un côté de la plus récente arrive presque jusqu'à l'extrémité de la branche du sud , et dans toute son étendue on ne peut rien
voir ; la plus ancienne se termine au sommet de l'angle que forment
les deux branches de la croix, et ces constructions cachent également
celles de la basilique.
Seulement deux fenêtres paraissent clans cet endroit ; leur largeur
est de 4 pieds 3 pouces ; elles sont entièrement fermées dans le bas , et
nous ne pouvons distinguer leur hauteur. On ne voit pas qu'elles aient
eu jamais' aucune espèce d'ornemens ; mais ce qui doit paraître singulier, c'est que les ouvertures percées à ce niveau étaient au nombre
de cinq , non compris celle du pilier ; ce qui ne se rencontre d'aucun
(t) Le mur de séparation de ces deux parties du caveau est percé d'une porte carrée, dont le linteau
est formé de deux gros sommiers et d'un large claveau , ce qui annonce que cette construction est fort
ancienne.
3o6
ANTIQUITÉS
autre côté (i). Quant à cette même fenêtre du pilier, elle est encore ouverte , au moins dans le haut , et sert de porte à une petite tribune (2) ;
seulement on l'a exhaussée comme celle du sud ; on y a fait , de même
qu'à cette dernière , un cintre surbaissé , pour la rendre conforme au goût
du dernier siècle; et non content d'avoir mutilé ces ouvertures, on a porté
le marteau sur l'angle du monument, qu'on a chanfreiné de près de 1 pied,
pour rendre plus agréable la vue d'une petite galerie extérieure.
De l'intérieur des galetas , ou de dessus les toits , on voit les fenêtres
du haut; elles sont au nombre de trois, comme sur les autres côtés.
Les ornemens de ces fenêtres n'ont rien de remarquable ; seulement l'imjDOSte
est presque au niveau du larmier ou grosse corniche de l'entable-
ment , ce qui ne se trouve dans aucun autre fronton , et le bandeau de
l'archivolte est composé de moulures taillées pour des arcades beaucoup
plus grandes (3). Les rosasses sont entièrement détruites. La courbe des
voussoirs du grand arc a peu de régularité, et se trouve presque droite
sous les corniches rampantes.
L'entablement qui est à côté du fronton n'offre rien de particulier.
A 1 o pouces au-dessous est la lucarne ; sa largeur est de 1 pied et quelques pouces; sa hauteur est d'environ 3 pieds. II n'y a point de fenêtre
immédiatement sous le toit, comme sur les autres côtés; le mur ne se
termine même pas par une petite corniche ; des dalles de 1 pied 6 pouces de saillie forment à quelques pieds plus bas un large cheneau , qui ,
au moyen d'une garniture en plomb , conduit les eaux à l'extrémité des
constructions.
Nous ne pouvons presque rien dire des diverses restaurations de ce
côté de l'édifice : on en voit une trop faible partie pour pouvoir entrer
dans des détails. Seulement il paraît que les fenêtres hautes ne sont pas
tout-à-fait de la même époque que les autres fenêtres de ce niveau ; du
moins la position de leur imposte semble l'indiquer : peut-être sont-elles
(1) Excepté dans le mur opposé , où elles se seraient également trouvées si on ne les eût pas remplacées
par la large ouverture du rond-point.
(2) C'est pour l'agrément de cette petite tribune de l'évêque , qu'on a défiguré la fenêtre qui éclaire ,
du côté du sud , l'intérieur du pilier.
(3) Ce bandeau n'est nullement pris dans les voussoirs : il est taillé dans des pierres séparées.
DE VÉSONE.
3o 7
de quelques années antérieures. Quant aux marques de poussées des voûtes et de surplomb du gros pilier , elles sont évidentes : on voit des lézardes au-dessous et à côté des fenêtres hautes ; il en est une surtout
d'un pouce de largeur, laquelle aboutit au bas de la plus grande de
ces fenêtres. Comment donc a-t-on pu être assez barbare pour affaiblir encore ce côté par la construction qu'on a faite d'un tuyau de
cheminée dans l'épaisseur même du gros mur ? Ce tuyau monte à
côté de la petite ouverture qui est sous l'entablement , et il s'élève
au-dessus de la toiture de l'édifice ; le foyer se trouve maintenant condamné (i). Au surplus, tout ce côté du monument est entièrement détérioré par les flammes : les traces de l'incendie s'y manifestent , nonseulement par la rougeur des pierres, mais encore par la grosseur et
le nombre des éclats qui s'en sont séparés (2).
Extérieur de la branche de l'ouest ; mur du sud. — Le mur du sud
de la branche de l'ouest est comme celui que nous venons de décrire:
on ne peut presque pas l'apercevoir ; les constructions de la sacristie ,
celles d'une petite église très - ancienne , et la vieille chapelle de l'évêché , le dérobent à la vue jusqu'à une très-grande hauteur. La longueur
de ce mur est de 47 pieds et quelques pouces , non compris une saillie
d'environ 2 pieds 6 pouces qui se trouve dans celui de l'ouest.
La sacristie occupe le sommet de l'angle rentrant que forment les
deux branches de la croix; elle est parfaitement crépie : on ne peut
y rien distinguer. Le caveau dont nous avons parlé aboutit au-dessous ;
et comme il forme une construction séparée , on ne peut y voir davantage.
La petite église se joint à la sacristie du côté du levant; elle s'étend
au couchant presque jusqu'à l'extrémité de la croix; sa longueur, hors
d'oeuvre , est de 34 pieds et quelques pouces ; sa largeur intérieure est
de 22 pieds 8 pouces au levant, et de 20 pieds 9 pouces du côté de
l'ouest. Le mur qui sépare son intérieur de celui de la basilique est de
l'épaisseur de 2 pieds 7 pouces; et ce qu'il y a de très-remarquable,
(1) II est derrière l'autel de la nouvelle chapelle.
(2) Ces traces d'incendie méritent d'être remarquées ; elles peuvent nous aider à fixer des époques.
3o8
ANTIQUITÉS
c'est que ce mur , entièrement construit en moellons et en pierres de
taille de médiocre grosseur, a été fait, du moins en partie, pour le
petit monument (i). Au reste, comme il a été plusieurs fois recrépi, on
n'en aperçoit pas tous les détails.
Au-dessus de la petite église et de la sacristie , est l'ancienne chapelle de l'évêché ; elle se prolonge du sommet de l'angle que forment
les deux branches de la croix à l'extrémité du monument du côté de
l'ouest; ce qui lui donne une longueur de 47 pieds et quelques pouces.
Le mur du sud de cette chapelle porte directement sur celui de la petite église qui est au-dessous ; celui du nord prend sa base sur les reins
de la voûte, et se trouve appliqué contre celui de la basilique.
A ce niveau , le gros mur a seulement 2 pieds 2 pouces d'épaisseur ,
non compris celle des pilastres de l'intérieur : les quatre grandes fenêtres
y sont entièrement fermées. Une porte carrée , large de 4 pieds 8 pouces, et haute d'environ 10 pieds 1 pouce, a été pratiquée dans une de
ces fenêtres et clans son pied-droit ; elle est éloignée de l'angle de la croix
de i5 pieds 7 pouces. Au surplus, ces quatre fenêtres n'étaient pas égales entre elles : les deux plus près de l'angle avaient environ 4 pieds ;
les deux autres avaient 4 pieds 1 1 pouces ; et c'est la seule irrégularité
de ce genre que nous ayons trouvée dans l'édifìce. Sans doute , lorsqu'on
fit les deux plus grandes percées , on avait un motif particulier. Quant
à la cinquième ouverture de ce niveau , elle sert de porte dans l'intérieur du pilier. Sa largeur est de 7 pieds 1 pouce : c'est par cette porte
qu'on va de l'évêché clans la cathédrale.
Au-dessus de la chapelle on peut faire les mêmes observations que
sur le dernier mur que nous avons décrit : mêmes traces d'incendie ,
même absence de corniche au haut du mur , même cheneau en pierres ,
même destruction des rosasses et des corniches rampantes ; seulement l'imposte des fenêtres est encore de 5 ou 6 pouces plus haut que sur l'autre
mur ; il n'y a point de lucarne au-dessous de l'entablement , les archivoltes sont plus régulières , et il y a trois petites fenêtres dans le haut :
(1) INous reviendrons sur ce point important ; noyez chap. 7, art. 2, et chap. 10.
DE VÉSONE.
3og
ces fenêtres coupent le cheneau; leur largeur est de 2 pieds, et leur
hauteur de 2 pieds 11 pouces.
Au surplus , il est évident que ce mur , dans lequel on ne distingue
pas tout-à-fait autant de restaurations que dans les autres, n'a point été
construit pour être isolé à l'extérieur ; et même on remarque au-dessus
de la chapelle une petite arcade appliquée à une espèce d'arrachement
qui annonce que le plafond de cette chapelle a été plus élevé qu'il ne
l'est maintenant.
Extérieur de la branche de l'ouest ; mur de l'ouest. — Le mur de
l'ouest ne paraît presque point au dehors ; il se trouve entre l'intérieur
de l'église et celui du clocher; sa longeur est de 74 pieds 8 pouces;
il est percé de quatre ouvertures, dont trois sont au niveau du pavé
du clocher , et la quatrième est immédiatement sous la clef du grand
arc intérieur.
Les trois premières de ces ouvertures servent de portes de communication : celle du milieu a 10 pieds 6 lignes de largeur, sur 3g pieds
de hauteur , sous clef ; les deux des côtés ont 29 pieds 6 pouces de
hauteur , sur 4 pieds 6 pouces de large. L'ouverture du haut , telle du
moins qu'elle est maintenant , est de 3 pieds 9 pouces 5 lignes , sur 8
pieds 10 pouces.
Du côté du sud , l'angle du mur offre une saillie en contrefort , ou
plutôt c'est le haut qui est en retraite. Quoi qu'il en soit , un petit escalier se trouve sur cette saillie ; il commence à une dizaine de pieds
au-dessous de l'entablement , et monte un peu au-dessus ; sa largeur est
de 2 pieds 3 pouces. Par le moyen de cet escalier on communiquait
sans doute du monastère au clocher , car il se dirige du sud au nord ;
il prend naissance tout - à - fait à l'extrémité de la construction. A 2
ou 3 pieds au - dessous , la saillie est plus forte , et dans cet endroit
il y a une petite corniche. Plus bas, l'épaisseur est encore plus considérable; jusqu'à une certaine distance du sol, les assises sont de la hauteur de 1 pied 7 pouces , 1 pied 8 pouces , etc.
Quant à l'extrémité du nord, on ne peut voir si elle a été semblable à celle du sud ; un contrefort élevé postérieurement dérobe toute
4o
3io
ANTIQUITÉS
cette partie à la vue ; nous ne pouvons même déterminer au juste son
épaisseur sur chaque côté ; seulement la partie supérieure du mur de
l'ouest se tient en retraite de 5 pieds 7 pouces sur cette construction
dont la hauteur est de près de í\% pieds (1).
Les assises de ce contrefort ont de 1 pied à 1 pied 3 pouces de hauteur ; mais plus anciennement il a été construit en pierres beaucoup plus
grosses. La séparation des deux constructions se distingue parfaitement
à quelques pieds au-dessus du sol (2) : c'est une ligne oblique qui monte
de l'ouest à l'est sur la face du nord, et de manière que vers l'ouest il ne
reste rien de l'ancien contrefort dont les assises avaient de 1 pied 7
pouces à 1 pied 8 pouces 9 lignes (3). Parmi les assises de la nouvelle
construction se trouve un morceau de corniche dans le genre mauresque ; ce qui pourra nous aider à déterminer quelques époques.
Ainsi , il paraît évident que les deux côtés du mur de l'ouest étaient
beaucoup plus épais dans le bas que dans le haut , et que , dès leur
première fondation , ils furent consolidés par des espèces de contreforts. Toutefois il est vrai que, comme la partie supérieure de ce mur
est de médiocre épaisseur à ses extrémités , ' on peut dire encore mieux
qu'il est construit en retraite.
Au surplus, ce n'est point ici le lieu d'entrer dans les détails de sa
construction ; nous y reviendrons lorsque nous décrirons l'intérieur de
l'édifice.
Extérieur de la branche de l'ouest ; mur du nord. — Le mur du nord
a 47 pieds de longeur dans le haut ; ce qui ferait , d'après la manière
dont est construit celui de l'ouest, plus de 53 pieds au niveau du pavé
de la basilique. Ce mur ne se montre guère à découvert que dans
l'angle rentrant que forment les deux branches de la croix ; le reste
(1) Au-dessus du niveau du pavé de l'église.
(2) Dans le bûcher de la veuve Puyroche, rue d'Enfer.
(3) La hauteur de ces assises varie beaucoup; il y en a de
1 pied 7 pouces
r
7
3 lignes.
DE VESONE.
5lI
est caché par une vieille église dont la longeur, hors d'oeuvre , est de
3i pieds et quelques pouces.
La partie qui reste à découvert donne dans une petite cour dont nous
avons déjà parlé à l'occasion de la branche du nord; et là, non -seulement le mur a par le bas une épaisseur considérable , mais encore il
est consolidé par une construction extérieure , ou espèce de contrefort
qui s'étend de la petite église à la branche du nord. Ce contrefort est
en pierres de taille de médiocre épaisseur ; sa saillie est de i pied , et
sa hauteur, au-dessus du sol de la cour, de i3 pieds et quelques pouces (i); il se termine par un recouvrement en glacis saillant par le bas,
et il est couronné d'une petite plinthe en forme de larmier. Cette construction paraît avoir été souvent refaite.
Immédiatement au-dessus commencent les fenêtres : on n'en voit que
deux , et même elles sont fermées ; leur largeur est de 4 pieds i pouce ;
leur hauteur, sous clef, est de u pieds et quelques pouces. Au reste,
comme le mur a une épaisseur considérable , ces fenêtres ont une fausse
baie à l'extérieur. Cette baie est de forme carrée ; sa largeur est de même
de 4 pieds i pouce; sa hauteur est de i3 pieds, et sa profondeur de
2 pieds ; son linteau est formé de deux sommiers et d'un claveau. Entre
les fenêtres et au-dessus , les assises sont de la hauteur de i pied 8 ou 9
pouces. Une seule petite assise est au-dessous du niveau de la naissance
des cintres.
A environ 8 pieds au-dessus des fenêtres , le mur est en retraite de
près de 2 pieds. La partie saillante est recouverte de dalles placées en
glacis , et forme à l'extérieur un petit larmier. Au-dessus commencent
les fenêtres hautes , lesquelles n'offrent rien de très-remarquable.
Seulement les archivoltes de ces fenêtres ne sont point sculptées ; le
pied-droid qui est à gauche de la plus grande n'a point de saillie en forme
de pilastre; celle qui est à côté n'a point d'archivolte; elle n'est point renfoncée dans l'épaisseur du mur , et elle est de dimensions beaucoup moindres que celle qui est à l'opposé ; son cintre ne s'élève qu'au niveau de
(t) Nous avons dit que le pavé de la cour était au-dessus du pavé de l'église à environ 7 pieds 7 pouces.
3i2
ANTIQUITÉS
l'imposte des deux autres ouvertures. Au surplus , le tympan du fronton
est presque entièrement formé de blocage , et il n'a qu'une rosasse , qui
se trouve assez élevée ; la courbe que décrivent les voussoirs du grand
arc est fort irrégulièrement tracée, surtout du côté de l'angle que forment les deux branches de la croix; il reste peu de chose du fronton ,
et il paraît n'avoir jamais été complet. Or , d'après ces détails il
est évident qu'une des fenêtres n'était point destinée à être vue au dehors; et s'il en fallait une plus forte preuve, on la trouverait, nonseulement dans le parpaing de cette partie du mur , laquelle n'est
qu'une espèce d'arrachement , mais encore dans des pierres d'attente qui
tiennent lieu entre les deux fenêtres d'un pied-droit saillant, et qui annoncent qu'une construction extérieure venait butter dans cet endroit
en ligne perpendiculaire.
Nous avons dit qu'il ne paraissait que deux fenêtres dans le bas du mur , et
que le reste était caché par une vieille construction qui s'élevait à une assez
grande hauteur; c'est là qu'on doit porter la plus grande attention.
Cette construction est une vieille chapelle dont la longueur , hors d'oeuvre , est d'environ 3i pieds 8 pouces, et la largeur intérieure de 18
pieds et quelques pouces : elle se compose d'une espèce de crypte ou
église basse, dont les voûtes s'élèvent à environ i3 pieds (i), et d'une
partie supérieure, dont les restes montent encore à près de Q.5 pieds. Nous
donnerons la description de cette chapelle dans un des chapitres suivans (2); il nous suffira maintenant de parler de son mur du sud, c'està-dire de la partie qui se joint à la basilique.
La voûte de l'église basse est formée de deux berceaux qui occupent
toute sa longueur; ils portent sur les murs latéraux et sur une rangée
d'arcades qui se trouvent au milieu de l'espace. Du côté de la basilique
sont trois ouvertures carrées. La première de ces ouvertures est éloignée
du mur de l'est de 5 pieds 8 pouces 6 lignes ; elle commence à 1 pied
au-dessus du sol; sa hauteur est de 4 pieds 8 pouces 9 lignes; sa lar-
(1) Au-dessus du sol actuel qni a été élevé de plusieurs pieds.
(2) Voyez le chapitre V. e Cette construction fait partie de 1'haMtation de la dame veuve Puyrochc ,
marchande de modes , rue d'Enfer.
DE
VÉSONE.
3i3
geur est de 2 pieds 2 pouces. La seconde est à 4 pieds 6 pouces 6 lignes de la première; elle commence au niveau du sol; sa hauteur est
d'environ 6 pieds 3 pouces; sa largeur est de 3 pieds 5 pouces 6 lignes.
La troisième est à 3 pieds 2 pouces 6 lignés de la seconde ; comme la
première, elle commence à 1 pied au-dessus du sol; sa hauteur est de
5 pieds 3 pouces ; sa largeur est de 3 pieds 7 pouces ; sa distance au mur
de l'ouest est de
4 pieds 8 pouces.
La première ouverture que nous venons de décrire donne dans un caveau de 8 pieds 1 pouce de long de l'ouest à l'est , sur 3 pieds de large ;
la voûte de ce caveau s'élève de 10 pieds 4 pouces au-dessus du sol; son
mur du levant est sur la
même
ligne
que celui de la chapelle ; et
contre ce mur est une construction en forme de banquette. La saillie
de cette construction est de
11 pouces ; sa hauteur est de 2 pieds 3
pouces. A 6 pieds 6 pouces au-dessus est une fenêtre d'environ 3 pieds
de haut, y compris le glacis du bas et le chanfrein du cintre; sa largeur pouvait être anciennement de 2 pieds.
Ce caveau est séparé de la grande crypte par un mur de 1 pied 1 1
pouces 3 lignes d'épaisseur ; son sol est au même niveau que celui de
cette chapelle basse; sa voûte est en berceau; au nord, elle porte sur
le mur de séparation , qui est construit en petites pierres brutes placées
en assises peu régulières; au sud, elle s'appuie sur celui de la basilique.
Son mur du levant est également en petites pierres brutes , et il offre cela
de remarquable , qu'il s'est étendu vers le sud plus qu'il ne fait maintenant. La petite fenêtre a même été coupée; son cintre, formé d'une
seule pierre , a été brisé sur le côté , et du haut en bas du mur , on
voit un arrachement qu'on n'a même point garni de mortier, et qui
n'a dû être opéré que pour faire place à une autre construction. Derrière cet arrachement, et sans aucune liaison, commence le mur du
sud; il sépare le caveau de la basilique. Ce mur est entièrement construit en petites et en grosses assises régulièrement entremêlées ; les petites
ont 9 pouces 6 lignes de hauteur; les grosses ont 1 pied 7 pouces, et
1 pied 7 pouces 9 lignes. L'épaisseur de ce mur est de 1 pied 9 pouces.
Au reste, ce même mur de séparation ne donne point naissance à la
petite voûte du caveau; mais de mauvaises pierres plates, fort irrégulièrement placées en saillie entre deux de ses assises , la soutiennent dans
3i4
ANTIQUITÉS
toute sa longueur, et l'on voit clairement qu'elle a été brisée; on ne
s'est même pas donné la peine de mettre du mortier entre les dernières pierres de sa retombée et les espèces de dalles dont nous venons de paiier ; en sorte que la vue n'est arrêtée par rien , et qu'il
ne peut y avoir aucune équivoque. D'ailleurs les dalles se trouvent à un
niveau supérieur à la véritable naissance de la voûte : on le voit par
le côté opposé. Quant au mur de l'ouest, il est sur la même ligne que
le côté de la petite porte, lequel se touve renfoncé et forme une feuillure de a pouces ; il est remarquable en ce que , par le bas , il laisse voir
en parement des moellons bruts et quelques briques fort irrégulièrement
mêlées , tandis que dans sa partie supérieure il offre un arrachement
replâtré avec des tuileaux et de mauvais mortier. Au surplus , ce mur
de l'ouest présente à la vue un second arrachement du côté de la construction en grosses • pierres ; ce qui annonce qu'il s'y est étendu davantage; vers le nord, il se joint au mur de la porte par un parement
crépi , ce qui prouve que le mur actuel de la chapelle est postérieur.
Ainsi, le petit caveau que nous venons de décrire renferme trois
constructions parfaitement distinctes. Le mur de l'ouest appartient à la
plus ancienne de ces constructions ; on n'en peut douter puisque celui du
sud est appliqué contre l'arrachement d'un de ses côtés, et que celui du
nord est élevé contre un de ses paremens. Le mur du sud appartient à
la dernière , puisque celui de l'est et la voûte ont été brisés pour le
recevoir, et que ces deux objets sont en liaison avec la paroi du nord.
D'où il suit que la petite église basse, qui est exactement en liaison
avec le caveau , et ne forme avec ce réduit qu'une seule masse de construction , est antérieure à la partie du monument qui lui est contigùe ,
et que le mur qui est entre celui de ce monument et l'église basse , est
antérieur à ce dernier édifice. Nous allons voir s'il n'existe pas d'autres preuves de ce que nous avançons.
Dans la seconde ouverture dont nous avons parlé , et à la profondeur de 3 pieds 6 pouces , est une feuillure d'environ 2 pouces. A partir
de ce point, la porte se trouve de 4 pouces plus étroite; peu après elle
est fermée d'une construction en pierres sèches qu'on a crépie du côté
de l'intérieur de la basilique. De la feuillure à cet intérieur le mur a
3 pieds 1 pouce d'épaisseur.
DE VÉSONE.
3i5
L'ouverture que nous venons de décrire est juste sous la quatrième
fenêtre, et nécessairement elle servait de porte de communication entre
les deux églises; au surplus, elle offre cela de remarquable, que tout
son intérieur n'est que d'une seule et même construction. Presque toutes
les pierres dont elle est formée ont i pied 7 pouces 6 lignes de hauteur , ce qui annonce l'époque de la fondation des murs de la basilique ; et à la seule inspection de cette porte dans l'intérieur de la chapelle basáe, on voit en effet quelle a été percée après coup. Bientôt
nous y reviendrons.
A 1 pied 7 pouces de profondeur , la troisième ouverture offre une
feuillure; les tableaux n'ont que 5 pouces de largeur; ils ' étrécissent la
baie de quelques pouces. Ces tableaux finissent l'épaisseur du mur, qui
est de 2 pieds, et un second se présente à la vue. Ce second mur est
plus ancien que le premier; c'est contre son parement que ce premier
a été construit ; on n'en peut douter lorsqu'on fixe ses regards dans l'intervalle des deux; et cette vieille construction est évidemment la même
que nous avons remarquée du côté de l'ouest, dans le petit caveau ;
elle est sur la mêmë ligne ; au surplus , elle est épaisse de 2 pieds 5 pouces , et elle se trouve percée d'une porte qui continue la baie de celle
dont nous venons de parler.
Cette porte est cintrée ; elle n'a de feuillure d'aucun côté ; sa largeur
est de 4pieds 1 pouce ; sa hauteur , au-dessus du seuil de la baie du premier mur, est de 6 pieds 8 pouces, et elle a dû descendre au-dessous
de ce niveau ; son cintre est un demi-cercle un peu outre-passé , et surhaussé; son imposte a 5 pouces 6 lignes de hauteur, et elle est ornée d'un
quart de rond taillé en spirale; ce qui est assez remarquable. Le fond
de cette ouverture , dont la profondeur totale dans les deux murs est de
4 pieds 2 pouces, est fermée par de larges pierres hautes de 1 pied 7
pouces, et placées de. champ. Derrière ces pierres, et tout juste contre
le second mur , se trouve une des parties du gros pilier de la basilique ; d'où il résulte que, lorsque la porte servait de communication,
ce gros pilier n'était pas encore construit. Ainsi , dans cette partie, on
distingue parfaitement les trois constructions.
Le premier mur , dans lequel se trouvent percées les trois ouvertures cpie
5i6
ANTIQUITÉS
nous venons de décrire, est, comme le reste des parois de la chapelle
basse , entièrement construit en petites pierres brutes ; seulement les
montans et le dessus des portes sont formés en cartelage ; ce qui lui
donne un aspect différent.
A la première porte ces montans sont en assises d'assez médiocre hauteur, et point du tout régulières; le seuil s'étend dessous, ce qui semble
annoncer que jamais cette ouverture ne fut proprement destinée au pas^
sage ; le linteau est formé d'une pierre coupée en glacis de chaque côté
sur le haut , c'est-à-dire qu'il figure une espèce de fronton ; et dans tout
cela on ne remarque aucune restauration. Au surplus , le mur dans lequel est cette porte a éprouvé quelque tassement; car le linteau dont il
est ici question, est cassé en trois morceaux.
La seconde porte a été refaite toute entière, ou plutôt elle a été percée lorsqu'on a construit le mur de l'église : c'est la plus récente des
trois; ses montans sont en assises de i pied 7 pouces 6 lignes de hauteur ; son linteau est d'une seule pierre de médiocre épaisseur , et par
l'effet de quelques tassemens, il se trouve également brisé.
La troisième porte a été refaite ; elle paraît avoir été un peu moins
large qu'elle ne l'est aujourd'hui, et probablement elle n'avait pas de
seuil. Une seule pierre debout forme presque en entier un de ses montans ; l'autre est en assises peu régulières , et dont la plus haute a 1
pied 5 pouces ; le linteau est formé d'une longue pierre. La reconstruction de cette porte pourrait appartenir à une époque approchant de
celle de la fondation de la basilique; du moins cette grosse pierre debout semble l'annoncer.
Au-dessus de l'église basse est une chapelle dont la largeur intérieure
est de 21 pieds 3 pouces, et la longueur de 18 pieds 10 pouces de
l'ouest à l'est; le plafond était à la hauteur d'environ 24 pieds. Au levant , s'ouvrent deux arcades de 7 pieds de large , sur 9 pieds 7 pouces
de hauteur ; elles donnent entrée sous deux petites voûtes , dont la largeur est de 8 pieds et quelques pouces, et la profondeur d'environ 7
pieds : c'est sans doute deux petits sanctuaires. Dans un des chapitres
DE VÉSONE.
5i
7
suivans nous reviendrons sur toute cette construction (i); le mur du
sud est le seul maintenant qui doive nous occuper.
Ce mur du sud est celui qui sépare l'intérieur de la chapelle de l'intérieur de l'église; il offre dans le grand carré deux renfoncemens, dont l'un
a 4 pieds i pouce de large, sur 2 pieds 7 pouces de profondeur, et 12
pieds 3 pouces de hauteur, sous clef : ce renfoncement est distant des
arcades de l'est, de 3 pieds 4 pouces 6 lignes. L'autre a 4 pieds 2 pouces
de large, sur 5 pieds 10 pouces de profondeur, et 11 pieds 2 pouces
de hauteur ; il finit sur la même ligne que le parement du mur de
l'ouest. Le premier répond juste à la seconde porte d'en bas, et forme
l'extérieur de la quatrième fenêtre du gros mur de la basilique. Le second donne dans l'intérieur du gros pilier. L'intervalle entre les deux
est de 7 pieds 2 pouces 9 lignes.
La première de ces ouvertures paraît avoir eu une espèce de seuil ;
du moins il reste encore sur les côtés deux banquettes de 1 pied de hauteur. Du reste , elle n'offre rien de remarquable ; sa construction est en
grosses pierres, dont les assises ont 1 pied 7 pouces 6 lignes de haut,
comme le reste du mur dans toute cette partie ; une mauvaise maçonnerie moderne intercepte la communication avec l'intérieur du principal monument.
La seconde est également fermée en maçonnerie , du côté de la basilique; mais comme elle donne dans l'intérieur du gros pilier, elle est
beaucoup plus profonde. Vers le levant, cette ouverture est formée de
grosses pierres comme la première; et elle l'est aussi vers le couchant,
mais tout-à-fait dans le haut , car plus bas c'est un ^mauvais blocage ,
excepté dans une largeur de 2 pieds, du côté de l'entrée. Dans cet espace, le pied -droit commence d'abord aussi par une espèce de vieille
maçonnerie en blocage ; mais à la hauteur de 4 pieds 8 pouces on voit
une petite imposte ornée en entrelacs ; au - dessus ce sont de petites
pierres carrées , un peu alongées et placées en assises. Cette portion de
mur offre de chaque côté un parement , et par conséquent on ne peut
douter qu'elle ne fasse partie d'une construction plus ancienne que le
{') Voyez chapitre VII, art. t.' r.
T. II.
4T
3i8
ANTIQUITÉS
mur de la chapelle et que celui de la basilique : c'est évidemment la
suite de celle qui forme l'intervalle à côté du mur de l'église basse. Au
surplus, le haut de l'ouverture présente à la naissance du cintre une
imposte de chaque côté : c'est la continuation de celle qui paraît dans
l'intérieur du gros pilier.
Quant à la masse du mur qui contient les ouvertures que nous venons
de décrire, et qui sépare les deux édifices, elle est entièrement construite en assises de i pied 7 pouces 6 lignes de haut, et son épaisseur
est de près de 4 pieds. A une certaine hauteur , cette construction est en
retraite de quelques pouces, et trois colonnes également espacées, sont
appliquées contre son parement , du côté de la chapelle ; l'une est dans
l'encoignure que forme le pied-droit d'une des arcades de l'est ; l'autre
est entre les deux ouvertures ; la troisième est contre le mur de l'ouest ,
où elle rétrécit l'entrée de la seconde de ces baies.
Ces colonnes sont moins anciennes que le gros mur; la manière dont
elles sont faites et ajustées, ne laisse aucun doute à cet égard; au reste,
comme elles ne font point partie de la construction qui nous occupe ,
il suffit maintenant de dire qu'elles s'élèvent sur des piédestaux de 1 pied
et quelques pouces de saillie , et qu'elles portent deux arceaux au - dessus desquels aboutissait le plafond de la chapelle, et dont l'épaisseur est
de 2 pieds 3 pouces.
Au-dessus de ces arceaux , le mur de l'église est en retraite sur luimême de près de 2 pieds ; et à partir de cette hauteur il est très-remarquable, en ce qu'il forme à l'extérieur une espèce d'arrachement,
et qu'il se trouve entièrement construit en gros moellons bruts , placés
pêle - mêle et à bain de mortier ; ce qui prouve évidemment que ,
lorsqu'on l'a élevé, on l'a appliqué à une construction extérieure : cela
est même d'autant plus positif, qu'il n'y a point dans cet endroit de lucarne qui éclaire l'intérieur du haut du pilier , comme il y en a sur tous
les autres côtés.
Nous avons parlé des deux petites voûtes qui terminent la vieille chapelle du côté de l'est : il est évident que celle qui se trouve au sud est
contiguë au gros mur de la basilique, et il est clair aussi que la troisième fenêtre basse est vis-à-vis de son intérieur. Toutefois l'on n'aper-
DE VÉSONE.
5 rg
çoit dans cet intérieur aucune trace d'ouverture; le pied- droit de la
voûte cache même entièrement le gros mur , et il a une épaisseur de 2
pieds moins 7 lignes ; ce qui est d'autant plus singulier , qu'il en résulte
une grande irrégularité dans l'ensemble du petit monument.
Au surplus , le mur qui termine l'église basse du côté de l'est ne
monte que jusqu'au-dessus des deux petites voûtes dont nous venons
de parler; un second mur de plus de 4 pieds d'épaisseur est fondé sur
ces mêmes voûtes; il est, du côté de l'intérieur, à l'aplomb de celui qui
contient les deux arcades ; à l'extérieur , il est sur la même ligne que les
pierres d'attente dont nous avons parlé , et qui se trouvent entre les deux
dernières fenêtres hautes de la basilique. Entrons dans quelques détails
sur ce côté des vieilles constructions.
Le mur de l'église basse est, comme on a .TU, entièrement construit en
petites pierres brutes, un peu carrées et placées assez irrégulièrement
en assises; il est percé de deux petites fenêtres : le milieu de celle qui
éclaire le berceau le plus près de la basilique, est éloigné de 3 pieds
1 o pouces du mur du caveau ; au dehors , il est distant de 5 pieds 3
pouces du contrefort.
A l'extérieur, le mur a été restauré plusieurs fois ; on remarque dans
sa construction de nombreux morceaux de briques; il conserve de fortes traces d'incendies ; son épaisseur est de 2 pieds 2 pouces. Les fenêtres qui éclairent les deux petites voûtes se montrent à une certaine
hauteur : le milieu de celle de la voûte du sud est éloigné d'environ
6 pieds du gros mur de l'église , et il l'est de 4 pieds 1 pouce 6 lignes
du pied-droit de la petite voûte : la différence de ces deux distances est
de 1 pied 10 pouces 6 lignes.
Au-dessus des petites fenêtres le mur a été entièrement détruit ; sa
reconstruction est en retraite de 1 pied 3 pouces; la ligne de séparation
entre les deux parties va obliquement de la naissance des fenêtres de
l'église à une certaine hauteur vers le couchant. Au moyen de la retraite, la seconde fenêtre est entièrement libre, et l'on voit que c'est
uniquement pour qu'elle le fut , que cette retraite a été faite. Le
gros mur contient même un retour d'équerre en énormes • pierres de
32o
ANTIQUITÉS
taille qui avancent progressivement de 5 ou 6 pieds sur la vieille
construction , ce qui prouve d'une manière évidente que cette vieille
construction est antérieure à celle du gros mur de la basilique ; et l'on
doit remarquer que les grosses pierres dont il s'agit ont aussi été brûlées.
A la hauteur d'environ a3 pieds, au-dessus du sol de la cour, finit
le premier mur de la chapelle ; les petites voûtes qu'il ferme du côté
de l'est paraissent avoir été couvertes en glacis. Le second mur dont
nous avons parlé commence au-dessus, et il est en retraite d'environ 6
pieds : on l'avait sans doute ainsi établi pour conserver le jour de la
grande fenêtre haute; ainsi, ce second mur est évidemment postérieur
à celui de la basilique.
Mais , en dernier résultat , sur quelle ligne porte le gros mur dans
toute la longueur de la vieille chapelle ? On vient de voir que la fenêtre
de la petite voûte du haut est éloignée de ce gros mur d'environ 6 pieds
du côté de l'extérieur , que vers l'intérieur elle est distante du pieddroit de la voûte de 4 pieds i pouce 6 lignes, et que le pied- droit de
cette voûte est en saillie sur le gros mur de i pied 1 1 pouces 5 lignes :
or , 4 pieds i pouce 6 lignes + i pied 1 1 pouces 5 lignes === 6 pieds 1 1
lignes; donc, le gros mur suit parfaitement la même ligne dans l'intérieur de la chapelle supérieure, et à l'extérieur.
Quant à sa position dans l'église basse , la voici : La petite fenêtre qui
est le plus au sud , est , comme on a vu , éloignée du mur en contrefort de 5 pieds 3 pouces : ce mur en contrefort a i pied d'épaisseur;
ainsi, la distance au gros mur est de 6 pieds 3 pouces. Vers l'intérieur,
la distance de cette même fenêtre au pied-droit de la voíite , c'est - àdire au mur qui sépare cette voûte du petit caveau, est de 3 pieds
io pouces : or , 6 pieds 3 pouces — 3 pieds io pouces = i pieds 5
pouces; ainsi, le petit mur qui sépare l'église basse du caveau avance
plus que le gros mur de i pieds 5 pouces ; et, comme l'épaisseur du
petit mur est de i pieds, il est évident que le gros mur porte sur
toute la voûte de ce caveau , excepté dans une largeur de 5 pouces ;
d'où il résulte qu'il a été construit après ce caveau ; que par conséquent il est postérieur à l'église basse , et encore plus au petit vieux
DE VÉSONE.
321
mur d'intervalle qui fait son principal soutien, et sur lequel il se trouve
seulement en retraite de 5 pouces : c'est ce que nous avions déjà prouvé.
Quant à la vieille construction que nous avons remarquée dans la chapelle supérieure , elle est en retraite de quelques pouces sur l'aplomb
du vieux mur d'en bas ; ce qui annonce qu'il existait une naissance
de voûte à une certaine hauteur.
AU surplus, le gros mur du nord de la branche de l'ouest ne suit
point une ligne droite , du moins dans sa partie supérieure : son extrémité du couchant tourne en dehors de près de i pied ; ce qui nous
fournirait de nouvelles preuves s'il en était besoin.
Tels sont les détails dans lesquels nous avons cru devoir entrer à
l'égard de l'extérieur de la basilique : passons maintenant à son intérieur.
4
ARTICLE 3. — De Vintérieur de la basilique.
L'intérieur de la basilique est une croix du même genre que celle de
l'extérieur ; seulement , comme les gros piliers étrécissent , dans les endroits où ils sont placés , les quatre branches de cette croix , et que ces
branches se trouvent ainsi beaucoup plus larges au milieu qu'aux extrémités , il s'ensuit que chacune de ces espèces de nefs forme à elle
seule une véritable croix dont les croisillons ont en longueur la largeur
des grands arcs qui les recouvrent ; c'est-à-dire que l'ensemble de l'intérieur du monument fait une croix recroisetée dont chaque angle
d'embranchement est déterminé par un des douze piliers (i). Nous appellerons croisettes les espaces vides et en forme de croix qui se trouvent ainsi dans chaque nef, et dont un côté aboutit au carré que laissent entre eux les quatre piliers qui soutiennent la coupole du centre
de l'édifice. Chacune de ces croisettes sera elle-même divisée en quatre
branches.
(i) On sait ce que recroiseté signiíìe,, en style héraldique : nous employons ici ce mot pour mieux notts
faire entendre. C'est pour la même raison que nous appelons croisettes les petites croix que forme Tinté—
rieur de l'édifice. Chaque croisctte a ses branches ou croisillons , que nous décrirons en particulier-
322
ANTIQUITÉS
Croisette du nord : branche du sud. — C'est par la branche du sud
que la croisette du nord aboutit au carré qui est sous la coupole du
centre. Cette branche est l'intervalle que laissent entre eux les deux
gros piliers; sa largeur est de 34 pieds 7 pouces ; sa longueur est de 19
pieds 8 pouces : elle n'a point de mur à son extrémité ; ses côtés sont
formés par les deux piliers : nous en parlerons plus tard.
Croisette du nord : branche de l'ouest. — La branche de l'ouest a 34
pieds 6 pouces de large ; sa longueur est de 17 pieds 9 pouces 6 lignes vers le sud, et de 17 pieds 7 pouces 9 lignes au nord. Le mur
qui termine cette branche est orné de quatre arcades feintes, soutenues
par des pilastres ; ces pilastres , au nombre de trois , ont pour base un
socle continu , surmonté d'une corniche brute ; la hauteur de ce socle
est de 3 pieds 6 pouces ; sa saillie est de 1 pied. La largeur des pilastres est de 1 pied 2 pouces 9 lignes ; leur saillie est de 1 pied , et leur
hauteur totale de 27 pieds 3 pouces; leurs chapiteaux, quoique tous
corinthiens, ont chacun une forme différente et de très-mauvais goût;
un de leurs tailloirs est brut, les deux autres offrent deux cavets couronnés. Les arcades sont en plein cintre ; leur hauteur totale , au-dessus
du pavé , est de 34 pieds ; leur largeur est de 7 pieds 8 pouces , 7 pieds
g pouces , 7 pieds 9 pouces 2 lignes , et 7 pieds 7 pouces 6 lignes. Les
arcs de ces arcades saillent sur le nu du mur un peu plus que les pilastres , et ils siqiportent une galerie qui s'étend de l'un à l'autre des deux
gros piliers : la largeur de cette galerie est de 3 pieds 5 pouces et quelques lignes; elle se compose non-seulement de l'épaisseur des arcades,
mais encore d'une partie de celle du gros mur et de la saillie d'une
espèce de corniche ou rebord.
Les deux arcades des extrémités portent maintenant par un de leurs
côtés sur les gros piliers ; mais il est évident qu'il n'en a pas toujours
été de même , et que d'abord elles étaient soutenues par des pilastres
comme dans le milieu. Du côté du sud, le pilastre se montre même encore dans le haut, où il est en saillie de près de 1 pouce, et l'on voit
également une partie de son chapiteau , qui était comme les autres d'ordre corinthien : le pilier a été plaqué contre ce pilastre , à une époque
postérieure. On a fait dans le bas quelques liaisons entre les deux constructions ; dans le haut , on ne s'est pas donné la peine de les lier.
DE VÉSONE.
323
A la dernière arcade du nord, le pilastre se montre également, mais
son chapiteau n'est cpi'une espèce d'imposte formée de deux cavets : l'on
voit aussi que le pilier a été ajouté au pilastre ; les joints des pierres
de ce dernier ne laissent aucun doute à cet égard, et il n'existe aucune
liaison entre les deux constructions. Au reste, ce n'était pas un véritable pilastre qui terminait les arcades de ce côté , mais bien un pan
de mur qui avançait sur la même ligne que les pilastres, c'est-à-dire
que le gros mur est plus épais derrière le pilier que partout ailleurs.
Les fenêtres basses commencent à 2 1 pieds au-dessus du pavé de l'église ; elles sont entièrement murées. Celles du haut sont à 4 pieds et
quelques pouces au-dessus de la petite galerie dont nous avons parlé.
Croisette du nord : branche de l'est. — La branche de l'est a 34 pieds
2 pouces de large , et 1 7 pieds de longueur : le mur qui la termine à
son extrémité a une galerie comme celui du couchant (1) ; mais pour
le reste il diffère beaucoup de ce dernier. Dans l'un on a vu quatre arcades feintes ; dans l'autre il n'y en a que trois : une grande au milieu ,
deux petites sur les côtés , et deux grosses colonnes corinthiennes sont
appliquées contre leurs pieds-droits. La grande arcade a 18 pieds et quelques pouces de large, sur 35 pieds de hauteur; et une baie de i5 pieds
9 pouces ou environ était dans son intérieur.
Cette ouverture communiquait évidemment à une chapelle en rondpoint de beaucoup antérieure à l'église moderne qu'on avait transformée depuis en Salle-Décadaire ; et c'est sans doute lorsqu'on éleva cette
dernière construction que l'ouverture dont nous parlons fut murée en
moellons. Une porte de 8 pieds et quelques pouces de large fut ménagée
dans cette nouvelle clôture ; elle est même maintenant fermée.
Les colonnes dont nous venons de parler ont environ 2 pieds de
diamètre sur 26 pieds 8 ou 9 pouces de hauteur, y compris la base et
le chapiteau; les pieds -droits auxquels elles sont appliquées ont également 2 pieds de large sur 1 pied 4 pouces et quelques lignes de saillie.
Un de ces pieds-droits est éloigné du pilier du sud de 5 pieds 8 pouces,
(.0 Cette galerie a 4 pieds 2 pouces de large. Toutes les antres sont moindres.
324
ANTIQUITÉS
l'autre l'est de 6 pieds i pouces 6 lignes de celui du nord ; ils forment,
avec ces deux piliers, les deux arcades latérales dont nous avons déjà
parlé, et dont la hauteur, au-dessus du pavé de l'église, est d'environ
34 pieds, comme du côté opposé.
Deux colonnes sont appliquées contre les pieds-droits du côté de la
grande arcade; elles ont 1 pied 3 pouces de diamètre sur près de i5
pieds de hauteur totale ; leurs chapiteaux sont assez bien sculptés ; les
feuilles dont ces chapiteaux sont ornés forment de petits panaches entrelacés par le bas ; des lions , disposés à s'engouler , remplacent les volutes des angles, et les queues de ces animaux forment les fleurons (1).
Au-dessus de ces colonnes il y en a d'autres d'environ 7 pieds de hauteur ; elles paraissent d'une époque postérieure.
La partie de mur qui est entre le pied-droit du sud et le gros pilier paraît avoir été refaite , et les restes d'une baie vraie ou fausse se
montrent encore de ce côté. Cette baie avait environ 1 5 pieds de haut sur
une largeur de plus de 5 pieds , car les voussoirs pénètrent derrière le
gros pilier ; c'est-à-dire que le pilier a été refait ou élargi postérieurement à l'existence de cette espèce d'ouverture. A côté de l'autre pieddroit la construction est en mauvais moellons , excepté dans l'espace de
1 pied 8 pouces contre le gros pilier ; et cette partie , qui est en petites pierres de taille , et qui forme parement sur deux côtés placés
d'équerre , appartient évidemment à la même époque que l'église moderne dont nous avons parlé.
Ainsi sans doute on pénétrait dans l'ancienne chapelle en rond-point
par une grande arcade ornée de colonnes , et aux deux côtés étaient
deux petites fausses arcades dans l'une desquelles était aussi une ouverture ; l'autre ne pouvant guère avoir contenu qu'une fausse baie , puisque
elle se trouve derrière un contrefort extérieur aussi ancien que les
fondemens de la basilique (2).
(r) Voyez le N.° i.er de la planche XXIV : il représente un chapiteau qui a beaucoup de rapports avec
ceux dont nous parlons.
(2) Nous n'avons pu distinguer certains détails de ce mur de l'est , parce qu'il est presqne entièrement
caché par le grand autel de l' Assomption, qu'on a placé dans cet endroit après la destruction de l'église du
collège des Jésuites.
DE VÉSONE.
325
Croisette du nord : branche du nord. — La branche du nord a environ 17 pieds de longueur sur 34 pieds 2 pouces 6 lignes de large :
le mur qui la termine à son extrémité est orné de trois arcades feintes,
soutenues par deux pieds-droits ou pilastres et par les gros piliers; la
largeur de ces arcades est de 9 pieds 9 pouces 6 lignes, 8 pieds 11
pouces , et 9 pieds g pouces ; leur hauteur est de 32 pieds 5 pouces ;
clans celle du milieu est la porte d'entrée. Les pilastres ont 2 pieds 7
pouces de large et 2 pieds 3 pouces de saillie ; leur petit chapiteau ,
en forme d'imposte , est orné de palmettes. La petite galerie qui est
au-dessus de ces arcades est semblable aux deux autres , et se trouve à
la même hauteur que celle du nord ; elle est à environ 4 pieds 8 pouces
au-dessus de l'intrados des arcades. Passons aux gros piliers.
Croisette du nord : gros piliers. —■ Jusqu'à présent nous n'avons parlé
que des murs qui terminent les branches de la croisette ; mais comme
chaque croisette est principalement le résultat de la disposition des piliers, lesquels forment tous les côtés de ses branches, c'est ici le moment de décrire en particulier ceux de la croisette du nord.
Les deux de ces piliers qui se trouvent vers le centre de l'édifice
sont au sud-ouest et au sud-est de celui de la croisette ; les deux autres se trouvent au nord-ouest et au nord-esj : les uns sont, comme
nous l'avons déjà dit , percés , dans les deux sens , de hautes arcades servant de passages; les autres renferment dans leur intérieur des espaces
circulaires auxquels on communique par deux arcades ouvertes du côté
de l'église seulement. La voûte intérieure de ces derniers s'élève plus
haut que l'ouverture des arcades , et on trouve au-dessus , de même que
sur les passages des premiers , un grand espace carré entièrement vide ;
c'est pour ainsi dire le second étage des piliers , et nous prouverons
plus tard qu'il contribue singulièrement à les affaiblir (1).
Le pilier du sud-ouest a 20 pieds de large du couchant au levant,
et 19 pieds 7 pouces 6 lignes du nord au sud : l'arcade qui le traverse
par son milieu , dans la première de ces directions , a 5 pieds de large ;
l'autre a 5 pieds 5 pouces 6 lignes. La hauteur de ces arcades est de 26
(1) Voyez le chapitre X.
T. II.
43
ANTIQUITÉS
526
pieds 7 pouces sous clef. Le pilier a 4o pieds 2 pouces d élévation :
il se termine par une petite corniche brute qui se trouve à 3 pieds et
quelques pouces plus haut que les galeries : la naissance des grands
arcs commence immédiatement au - dessus ; elle est en retraite de 1 pied
7 pouces au nord, et de 10 pouces 6 lignes à l'ouest. ,
La petite chambre carrée qui est dans l'intérieur de ce pilier , audessus des passages , est voûtée à une certaine hauteur ; elle a une sortie
sur chaque galerie contiguë , et est éclairée par deux petites fenêtres de
chaque côté : ces fenêtres ont environ 2 pieds 10 pouces de haut Sur
1 pied 4 pouces de large ; elles sont au-dessus des arcades à 5 pieds
6 pouces. La construction de toute cette masse est en grosses et en
petites assises^ régulièrement entre-mêlées : les premières ont 1 pied 5
ou 6 pouces de hauteur ; les secondes ont environ 8 pouces.
Le pilier du sud -est a 4 1 pieds de hauteur ; il, a r 9 pieds 2 pouces
3 lignes de large dans les deux sens : le passage qui le traverse de l'ouest
à l'est , par son milieu, a 4 pieds 10 pouces 3 lignes; celui cpii le coupe
dans l'autre direction n'a que 4 pieds 8 pouces. Du reste, ce pilier n'a
rien de particulier , il est absolument semblable à celui que nous venons
de décrire ; l'un et l'autre ont évidemment été refaits ou élargis : nous
y reviendrons.
Le pilier du nord-ouest et celui du nord-est, entre lesquels se trouve
la branche du nord , ont été évidemment ajoutés : non-seulement on le
voit à la manière dont ils sont ajustés sur les côtés , mais encore on
le remarque dans leur intérieur ; ce n'est même qu'à la hauteur d'environ 20 pieds qu'ils commencent à être en liaison avec le mur du nord,
ce qui prouve bien qu'ils n'ont pas été construits lors de la première
fondation de la basilique. La hauteur de ces piliers est de 4° pieds; ils
se terminent par une petite corniche de 6 pouces de saillie; au-dessus,
et en retraite de quelques pouces, commence la naissance des grands arcs.
Une fenêtre éclaire de chaque côté l'étage supérieur de ces piliers , et on
entre dans cet étage par deux portes donnant sur les galeries contiguës.
Les fenêtres dont nous venons de parler sont à i3 pieds 5 pouces audessus des arcades ; leur hauteur est d'environ 2 pieds 6 pouces ; leur
largeur est de 1 pied et quelques pouces.
L'intérieur du bas de ces deux piliers est, comme nous l'avons dit,
I
I
DE VÉSONE.
3 27
de forme circulaire; et, dans chacun d'eux, cet intérieur a 14 pieds 9
pouces de diamètre, sur environ 26 pieds de hauteur, jusqu'à la naissance de la voûte hémisphérique qui le recouvre. A celui du nordouest, l'arcade qui sert d'entrée, du côté du sud, a 5 pieds 6 pouces
g lignes de large; celle qui est au levant est de 5 pieds 11 pouces :
la hauteur de ces arcades est de 22 pieds 5 pouces sous clef. Au pilier
du nord -est, l'arcade du sud a 6 pieds 1 pouce, celle de l'ouest a 6
pieds , et leur hauteur est la même que celle des arcades de l'autre pilier. La hauteur de la voûte hémisphérique est aussi la même dans les
deux. Au surplus, le pilier du nord -est avait primitivement deux fenêtres donnant au dehors (1), et celui du nord-ouest, au contraire, n'a
jamais reçu le jour de l'extérieur ; ce qui prouve que déjà, lorsque la
basilique fut élevée , il y avait quelque bâtiment de ce côté , car toutes
les fenêtres des piliers appartiennent à la construction première.
Croisette du nord : voûtes ; observations. — Chaque branche de croisette étant recouverte d'un grand arc portant sur deux piliers, il est
évident que les piliers des encoignures doivent recevoir deux retombées, et que, au contraire, il y en a quatre sur ceux du centre; d'où
résultent trois panaches ou pendentifs, pour chacun de ces derniers, et
un pour les premiers ; c'est-à-dire que chaque croisette est recouverte
de quatre grands arcs et de quatre panaches , au-dessus desquels est une
coupole : ces arcs et ces coupoles sont un peu en arc elliptique.
Nous venons de voir que les quatre piliers qui forment la croisette
du nord ne sont pas de la même hauteur ; que celui du sud-ouest a 4°
pieds 2 pouces , et celui du sud - est 4 1 pieds ; tandis que les autres
n'ont que 4o pieds. Cette différence doit provenir en partie des reconstructions et du tassement : nous reviendrons sur ce point. Maintenant il suffit de dire que , sur les plus élevés de ces piliers , la naissance
des cintres commence de suite au-dessus de la corniche ; tandis que sur
les autres elle ne se montre qu'à 1 pied et quelques pouces plus haut.
On doit aussi se rappeler que la retraite de cette naissance des grands
arcs n'est pas la -même des deux côtés ; qu'elle n'est que de quelques
(0 Voyez page 287.
3 28
ANTIQUITÉS
pouces sur les piliers des encoignures , tandis qu'elle est de plus de i
pied sur les autres ; ce qui provient évidemment de la réfection de ces
derniers.
Quant aux panaches , ils s'élèvent de plus de 3 pieds au - dessus de
l'intrados des grands arcs ; et la coupole a 2 1 pieds 4 pouces de hauteur sous clef, sur environ 38 pieds de diamètre dans œuvre. Au reste,
comme cette coupole est en retraite sur les panaches de près de 2 pieds,
et que le haut de ces panaches est orné d'une petite corniche , il en résulte pour base de cette voûte une espèce de galerie de 2 pieds 8 pouces de largeur.
Le pilier du sud- ouest et celui du sud-est ne paraissent point avoir
souffert dans leur état actuel : on ne voit dans leur massif aucune crevasse; mais il n'en est pas de même des deux autres, lesquels sont lézardés dans tous les sens , sur toute leur hauteur. Celui du nord-est offre
même, outre une lézarde considérable qui le sillonne du côté de l'ouest,
une brisure très -marquée à son angle saillant, c'est-à-dire à celui qui
sert de base à son panache, et quelques déchiremens clans les voussoirs
de ses arcades. Pour ce qui est des grands arcs, une partie seulement de
celui du nord paraît entraînée par la mise hors d'aplomb du mur qui est
de ce côté ; et quant aux panaches ou pendentifs , c'est dans ceux du sudest et du nord-ouest que l'on remarque les plus larges crevasses : elles doivent même donner des craintes. La coupole n'a qu'une seule lézarde peu
considérable ; elle est du côté du nord-est.
Croisette de l'est : branche de l'ouest. — La branche de l'ouest est Pintervalle que laissent entre eux les deux piliers du centre ; sa largeur
est de 34 pieds 7 pouces ; sa longueur est de 19 pieds et quelques
pouces.
Croisette de l'est : branche du nord. — La branche du nord a 35 pieds
7 pouces 6 lignes de large, sur 17 pieds 3 pouces de long sur le côté
de l'ouest, et i5 pieds 10 pouces 6 lignes sur celui de l'est; le mur qui
la termine au nord est orné de quatre arcades , comme l'extrémité de
la branche de l'ouest de la croisette du nord. La largeur de ces arcades entre les pilastres est de 7 pieds 2 pouces 3 lignes, 7 pieds 3
pouces, 7 pieds 4 pouces, et 7 pieds 4 pouces; leur hauteur totale,
DE VÉSONE.
3 29
au-dessus du pavé, est de 34 pieds 2 pouces (1) ; la galerie qu'elles
supportent a 3 pieds 7 pouces 6 lignes de large; elle est à la hauteur
de 37 pieds 1 pouce. Les pilastres sont au nombre de cinq, parce
que les deux des extrémités se montrent à découvert , du moins en
partie ; leur épaisseur est de 1 pied 2 pouces ; leur largeur est de 1 pied
G pouces et quelques lignes, excepté celle du premier vers l'ouest, qui
n'est que de 7 pouces.
Ces pilastres portent sur une espèce de rebord ou socle d'environ
10 pouces de haut, sur 1 pied 7 pouces de largeur; ils ont une base
carrée , haute de 1 pied 2 pouces , et dont les arêtes supérieures sont
abattues en chanfrein; leur hauteur est de 29 pieds 10 pouces, ce qui
leur donne une élévation totale de 3o pieds 7 pouces au-dessus du pavé
de l'église; leurs chapiteaux sont corinthiens, tous différens les uns des
autres , et de fort mauvais goût. L'abaque de ces chapiteaux offre diverses moulures : au premier, ce sont deux cavets couronnés ; aux second , troisième et quatrième , deux petits cavets séparés par un quart
de rond; au cinquième, c'est un simple cavet dont les arêtes sont arrondies. Au surplus , si le premier pilastre ne se montre que sur une
largeur de 7 pouces , c'est que le reste de sa face est caché derrière le
gros pilier.
Tous ces pilastres que nous venons de décrire sont évidemment
plus modernes que le mur, mais ils sont antérieurs à la réfection du
pilier du centre : les joints de leurs assises ne s'accordent nullement
avec le reste de la construction , ni même avec le pilier de l'est qui
paraît être plus ancien : ce n'est qu'à environ i5 pieds de hauteur que
les assises se lient de ce côté , et que les deux constructions se confondent. Quant aux fenêtres que contiennent les arcades , elles paraissent toutes avoir été refaites, et elles sont chanfreinées dans leur contour. Une porte de 2 pieds de large , sur environ 6 pieds de hauteur , a
été ouverte dans la première arcade , tout contre le second pilastre ; on
voit. son contour, et elle se montre également au dehors.
(1) Le pavé de cette partie de l'édifice, c'est-à-dire de toute la croisette de Test, est de 6 ponces
plus élevé que celui du reste de l'église; mais nous rapportons toutes nos mesures à ce dernier, pour mieux,
les comparer..
33o
•
ANTIQUITÉS
Croisette de l'est : branche du sud. — La branche du sud a 35 pieds
6 pouces de large , sur i4 pieds 7 pouces 6 lignes de long à son côté de
l'ouest, et 14 pieds 2 ou 3 pouces à celui de l'est (1); le mur qui forme
son extrémité est comme celui que nous venons de décrire : seulement
le socle qui soutient les pilastres n'a que 6 pouces de hauteur ; les pilastres n'ont que 29 pieds 6 pouces au-dessus du pavé de l'église; les
arcades n'ont que 33 pieds 3 pouces; et la galerie ne s'élève qu'à 36
pieds. Ajoutons que le premier pilastre (2) ne se montre que sur une
largeur de 4 pouces , et que les moulures de Fabaque des chapiteaux
sont, pour le premier, une mauvaise doucine; pour le second, deux
cavets séparés entre eux et surmontés d'un listel ; pour le troisième ,
trois cavets également séparés et couronnés ; pour le quatrième , trois
simples cavets; et pour le cinquième, un grand cavet dont on a arrondi les vives arêtes. Les fenêtres n'offrent rien de remarquable; elles
sont comme les autres, chanfreinées dans tout leur contour. Dans la
première arcade, et tout contre le gros pilier, est une porte dont la largeur est de 2 pieds 3 pouces, et la hauteur de 6 pieds 6 pouces.
Croisette de l'est : branche de l'est. — La branche de l'est a 36 pieds
7 pouces de largeur , sur 1 5 pieds 2 pouces 6 lignes de long ; le mur
qui la termine à l'est est percé d'une grande arcade, servant de communication de l'église au rond-point; cette arcade a 26 pieds 6 pouces
de large , et environ 35 pieds 2 pouces de hauteur au-dessus des marches du sanctuaire ; ce qui lui donne une élévation totale de 37 pieds
2 pouces au-dessus du pavé de la basilique; elle a été refaite en 1 583 ,
et c'est alors, sans doute, qu'on l'a terminée en arc angulaire pour la
mettre en harmonie avec le rond-point gothique dont elle fait Fentrée.
Plus anciennement, cette arcade était ornée de colonnes dans son intérieur; plusieurs tambours de ces colonnes ont été transformés en voussoirs et se trouvent clans sa voûte (3). Les pieds -droits contre lesquels
les deux colonnes étaient appliquées, se distinguent encore de la nouvelle construction; leur distance de l'un à l'autre est d'environ 33 pieds
(1) Dans le bas, cette branche paraît avoir i5 pieds I pouce de long à l'est, sur une largeur de 34
pieds 7 ponces seulement ; mais cette apparence est due à un renforcement du pilier.
(2) Le pilier qui cache ce pilastre a été renforcé un peu plus que celui du coté opposé.
(3) Le gros chapiteau corinthien gravé sur la planche XXIV, appartenait probablement à ces colonnes.
DE VÉSONE.
33ï
2 pouces ; c'est-à-dire que la ligne de séparation est à i pied 2 pouces
et quelques lignes des gros piliers. La galerie qui est au-dessus de cette
même arcade est à 3g pieds 7 pouces au-dessus du sol de l'église.
Croisette de l'est : gros piliers. — Les deux piliers qui sont vers le
centre de Fedifice se trouvent au nord-ouest et au sud-ouest de la croisette que nous décrivons ; nous en parlerons plus tard : c'est celui du
nord-est et celui du sud-est qui maintenant doivent seuls nous occuper.
Le premier de ces piliers offre à sa face de l'ouest, et y compris l'épaisseur du pilastre (1), une largeur de i5 pieds 10 pouces 6 lignes;
au sud, il a ID pieds 2 pouces; sa hauteur est de 4 1 pieds 10 pouces.
Du côté de l'ouest, la naissance du grand arc est en retraite sur son parement de 3 pouces 6 lignes ; au sud , elle est en saillie de 1 pouce. Les
arcades dont ce pilier est percé à l'ouest, au sud et à l'est, s'élèvent
de 27 pieds 2 pouces 6 lignes ; leur largeur est de 7 pieds 6 pouces , 6
pieds 1 pouce 9 lignes, et 6 pieds 5 pouces 3 lignes. L'intérieur de la
masse est un octogone dont le haut est terminé par une coupole : la largeur de cet octogone est, entre lignes parallèles, de i3 pieds 5 pouces;
sa hauteur est de 37 pieds.
L'arcade de l'est sert de communication entre ce même octogone et
l'intérieur de l'avant-corps qui est de ce côté : l'intervalle de l'un à l'autre est de près de 7 pieds. Le retour d'équerre que fait cet intérieur
vers le nord est de 4 pieds 4 pouces 6 lignes ; sa profondeur est de 6
pieds 4 pouces ; la hauteur de sa voûte est la même que celle de l'arcade qui y donne entrée. Vers le sud, et à la distance de 4 pieds 10
pouces de l'intérieur du pilier, est une porte de 1 pied 9 pouces 6 lignes
de large : c'est l'entrée d'un escalier à vis , dont les marches ont 1 pied
et quelques pouces de longueur ; cet escalier communique aux galeries
supérieures. A 2 pieds 1 1 pouces à l'est de la porte est un renfoncement de 1 pied 1 pouce de profondeur, de 5 pieds 1 pouce et quelques lignes de large , et de 7 pieds g pouces de hauteur ; il paraît que
estait anciennement une large ouverture qui communiquait avec le rond-
(1) Comme il n'y a pas de socle sous tous les pilastres de l'église, et que par conséquent, dans beaucoup d'endroits , les piliers avancent jusque dans le fond de l'arcade , nous comprenons l' épaisseur de ces
pilastres dans celle des piliers.
\
35 2
ANTIQUITÉS
point ; son linteau est formé de claveaux. L'octogone est éclairé par une
fenêtre ; le recoin lest par deux , dont une est à Test et l'autre au nord.
Les assises du bas du pilier , principalement du côté de l'ouest , ont i
pied 9 pouces de hauteur; plus haut, elles sont un peu moindres. Au
surplus, comme ce pilier a été retouché plusieurs fois, et qu'il est presque entièrement crépi, on ne peut guère distinguer ses diverses restaurations : la fenêtre qui éclaire son intérieur ne paraît pas être postérieure.
Dans le recoin , les assises de la paroi du sud ont i pied 9 pouces de
haut; vis-à-vis, elles ont 1 pied 10 pouces; et au-dessous de la fenêtre,
elles s'accordent avec celles du pilier, dans sa partie de l'est.
Le pilier du sud-est est semblable à celui que nous venons de décrire,
et il est de même accompagné d'un recoin qui fait l'intérieur du second
petit avant-corps de l'est. La largeur de ce pilier, y compris l'épaisseur
du pilastre , est d'environ 14 pieds 8 pouces du côté de l'ouest, et de
i5 pieds 2 pouces vers le nord; sa hauteur est de 4 2 pieds 2 pouces 6
lignes; il est en saillie, sur la naissance des grands arcs, de 3 pouces
de chaque côté ; son intérieur est un peu plus large que celui du pilier
opposé, mais il n'a que 35 pieds de hauteur; ses arcades de l'ouest et
du nord ont 24 pieds 7 pouces de hauteur sous clef, sur 6 pieds 1 ou 2
pouces de large; celle de l'est a 2 pouces de plus de hauteur, et sa largeur est de 6 pieds 5 pouces. A 4 pieds 5 pouces de l'intérieur du pilier ,
est une porte qui communique à un petit escalier , comme du côté du
nord ; vient ensuite le recoin , lequel n'a que 4 pieds 1 1 pouces de profondeur , parce que l'avant-corps dans lequel il se trouve placé a moins
de saillie que celui de l'angle opposé.
Ce pilier du sud-est est la partie de l'édifice qui paraît avoir donné
anciennement le plus d'inquiétude ; il a même été refait dans le haut,
et on a repris en sous-œuvre, jusqu'à la hauteur de 20 pieds, son angle du nord-ouest , lequel , par cette opération , se trouve fortifié de 5
ou 6 pouces de chaque côté, et même de près de 1 pied à l'ouest et
au sud. C'est probablement à cette restauration que l'on doit la diminution de hauteur de l'octogone et de ses arcades. Pour fortifier encore
plus la masse 011 a garni le petit escalier de maçonnerie, et le mur a
r
été l'objet de plusieurs restaurations, notamment clans le retour d équerre
DE VÉSONE.
333
du recoin , où il a été renforcé dans oeuvre de près de 2 pieds ; ce qui
fait que ce retour d'équerre ne s'étend au sud que de 2 pieds 3 pouces.
Cette dernière construction, dont les assises ont 1 pied 4 ou 5 pouces
d'épaisseur, s'élève à près de i5 pieds; et nous avons déjà fait observer
qu'à l'extérieur il existait un contrefort d'une hauteur considérable.
Telles sont les précautions que l'on a prises pour consolider l'angle
de ledifice et remédier à la faiblesse du pilier (1). Cependant la construction n'en continue pas moins à se forjeter , mais elle le fait lentement; peut-être même s'est-elle un peu arrêtée : quoi qu'il en soit, les
voussoirs de l'arcade de l'ouest ont baissé de plusieurs pouces. Quant
aux assises , celles du pilier ont 1 pied 8 pouces de hauteur , et 1 pied
9 pouces 6 lignes, 1 pied 8 pouces 6 lignes, 1 pied 7 pouces 6 lignes,
clans ce qui a été repris en sous -oeuvre; celles du recoin ont 1 pied 7
pouces 6 lignes et 1 pied 6 pouces; clans le pilastre qui joint le pilier
elles sont de diverses hauteurs.
Croisette de l'est : voûtes ; observations. Les quatre piliers qui forment
la croisette de l'est , sont , comme nous venons de le voir , de différentes
hauteurs; celui du nord-ouest a 4i pieds; celui du sud-ouest a í\i pieds
8 pouces; les deux autres ont 4* pieds 10 pouces, et [±i pieds 2 pouces
6 lignes : ces différences proviennent sans doute de diverses causes ;
nous devons dire ici seulement que dans la restauration , les deux premiers ont été exhaussés , l'un de 7 pouces 6 lignes ; l'autre de 8 pouces
4 lignes. Les deux autres paraissent avoir été restaurés à des époques
différentes, de même que les murs du nord et du sud, dont l'élévation
est en raison inverse de celle des piliers, puisque le premier a, jusqu'à
la galerie, 37 pieds 1 pouce, tandis que l'autre n'a que 36 pieds.
La naissance des grands arcs est aussi plus ou moins élevée au-dessus
des piliers, et cela doit être, puisque ceux-ci sont de hauteur différente;
les panaches n'ont rien de remarquable, ni pour leur forme ni pour
leurs dimensions ; la coupole est semblable à celle du nord , seulement la
petite galerie qui lui sert de base n'a qu'une médiocre largeur ; une fenêtre percée du côté de l'est a éclairé cette coupole.
(1) Nous expliquerons pourquoi ce pilier a moins de largeur que l'autre. Voyez le chap. X.
T. H
43
334
ANTIQUITÉS
Les piliers du nord-ouest et du sud-ouest n'ont aucune crevasse. Celui
du nord -est ne se forjette que d'environ 2 pouces de chaque côté; il a
été l'objet de plusieurs restaurations , et l'on ne s'aperçoit pas qu'il ait
travaillé depuis long-temps. Quant à celui du sud-est , nous avons parlé
des diverses restaurations qu'on y a faites, et il ne paraît pas qu'il ait
cessé entièrement d'éprouver l'effet de la poussée. Les grands arcs, surtout celui du sud, jarrettent dans toute l'étendue de leur courbe; l'arête
qu'ils forment avec les pendentifs semble se briser, et les pendentifs même,
excepté celui du sud-ouest, offrent de nombreuses lézardes : en un mot,
ce côté de l'édifìce a besoin d'être surveillé.
Croisette du sud : branche du nord. — La croisette du sud a beaucoup
de rapports avec celle du nord : sa première branche est l'intervalle des
troisième et quatrième jDiliers du centre; sa longueur est de 19 pieds 8
pouces; sa largeur est de 34 pieds 6 pouces 9 lignes.
Croisette du sud : branche de l'ouest. —• La branche de l'ouest a 35
pieds 2 pouces 6 lignes de largeur, 17 pieds 4 pouces 6 lignes de long
vers le nord, et i5 pieds u pouces 3 lignes sur son côté du sud : le
mur de ,son extrémité est orné de 5 arcades feintes , dont la largeur ,
entre les pilastres (1), est de 5 pieds 6 pouces 6 lignes, 5 pieds 11 pouces 3 lignes, 6 pieds 10 pouces 4 lignes, 6 pieds 11 pouces 6 lignes,
et 4 pieds. La hauteur des quatre premières arcades est, au-dessus du
pavé de l'église , de 33 pieds 8 pouces ; celle de la cinquième n'est que
de 32 pieds 8 pouces 6 lignes (2) : la galerie qui est au-dessus a 2 pieds
10 pouces de large ; elle est élevée de 36 pieds 5 pouces.
Les pilastres ne sont qu'au nombre de quatre, parce qu'il n'en reste
rien aux extrémités; ils ont de petites bases comme ceux de la croisette
de l'est; ils sont portés sur une espèce de socle de 4 pouces de hauteur,
et de 1 pied 10 pouces de large; leurs chapiteaux, à un ou deux rangs de
feuilles, ont l'abaque orné de deux cavets séparés, et au-dessus desquels
est, comme à l'ordinaire, un listel ou large réglet. Ces pilastres ont 1
pied 1 pouce de saillie ; leur largeur est de 1 pied 2 pouces 9 lignes ;
(1) A partir du nord.
(2) Elles prennent naissance sur un rebord d'environ 4 pouces, ce qui diminue d'autant leur hauteur
réelle comme arcades.
DE VÉSONE.
335
leur hauteur, au-dessus du pavé de la basilicpue , est de 3o pieds 5 pouces; ils paraissent avoir été construits en même temps que le mur; mais
ce dernier est formé de moellons au milieu des arcades , ce qui annonce
qu'il y eut toujours de ce côté quelques bâtimens extérieurs.
La première arcade du côté du nord est en partie cachée par le gros
pilier; et il est évident que ce pilier a été fortifié depuis la construction de l'arcade : il n'existe même aucune liaison entre les deux masses.
Quant à la dernière arcade, elle paraît avoir été faite en même temps
que le pilier du sud -ouest; les deux constructions sont parfaitement
liées, et l'on doit remarquer que les voussoirs du cintre de cette arcade
sont plus petits que partout ailleurs. Au surplus , cette même petite arcade et celle qui est à côté offrent quelques lézardes qui ne peuvent
permettre de douter que l'angle de Fédifice ne se forjette vers le sud.
Les fenêtres commencent à la hauteur de 20 pieds.
Croisette du sud : branche de l'est. —■ La branche de l'est a 34 pieds
n pouces de large, sur 16 pieds 9 pouces 6 lignes de long sur son côté
du nord, et seulement 1 6 pieds 3 pouces sur celui du sud; le mur qui
la termine à l'est est orné d'une grande arcade ouverte, et de deux petites arcades feintes; et c'est par là surtout que la croisette du sud a beaucoup de rapports avec celle du nord. Au-dessus est une galerie comme sur
tous les autres côtés : Félévation de cette galerie est de 36 pieds 6 pouces ;
sa largeur est de 3 pieds. Deux pieds-droits séparent la grande arcade
des deux qui sont sur les côtés; leur largeur est de 1 pied 10 pouces 6
lignes ; leur saillie est de 1 pied 1 pouce ; leur hauteur , jusqu'à Fimposte des arcades des côtés, est de 28 pieds 8 pouces. Ces deux arcades
des côtés ont 5 pieds 1 pouce 6 lignes, et 6 pieds 9 pouces 6 lignes de
large, sur 3i pieds 6 pouces de hauteur : leur renfoncement n'est pas
le même partout ; en bas , il n'est que de quelques pouces , parce que
le mur a été renforcé et repris en sous - œuvre très - postérieurement à
sa construction. L'arcade du milieu a, d'un pied-droit à l'autre , 19 pieds
5 pouces 9 lignes ; elle a environ 33 pieds 6 pouces de hauteur , et seulement 17 pieds 2 pouces 9 lignes de baie de l'un à l'autre des deux pi- .
lastres dont elle est ornée dans son intérieur. Quant à ces pilastres, ils
ont 1 pied 1 pouce 6 lignes de saillie, 1 pied 10 pouces de large,
et 24 pieds 10 pouces de hauteur; ils sont ornés de chapiteaux corin-
336
ANTIQUITÉS
thiens; nous parlerons plus tard de la chapelle en rond-point dont ils
décorent l'entrée.
Au surplus, la grande arcade n'a aucune espèce d'ornemens; les pilastres même de son intérieur sont appliqués, et ils appartiennent à une
époque postérieure. Quant aux petites arcades , celle qui est vers le nord
ne se montre qu'en partie ; le reste est caché derrière le gros pilier , et
le cintre n'a point été refait ; en sorte qu'on ne voit de cette fausse
baie qu'une seule imposte , laquelle , il est vrai , est assez remarquable en
ce qu'elle est ornée de glyphes. A l'arcade du sud, les impostes se composent de deux cavets séparés.
Croisette du sud : branche du sud. —■ La branche du sud a 36 pieds
u pouces de large, 16 pieds i pouce de long sur son côté de l'ouest,
et 16 pieds 5 pouces sur celui de l'est ; le mur qui la termine au sud
est orné de trois arcades feintes, comme le mur du nord dans la croisette du nord. La largeur de ces arcades est de io pieds io pouces 9
lignes, 8 pieds 9 pouces 6 lignes, et 10 pieds 7 pouces; leur hauteur
sous clef est de 3i pieds 4 pouces 6 lignes. Le petit socle qui est audessous a environ 4 pouces de hauteur , sur 2 pieds 1 1 pouces de large.
La galerie est à 35 pieds 7 pouces 6 lignes d'élévation ; sa largeur est
de 3 pieds 7 pouces 3 lignes. Les deux pieds-droits ont 2 pieds 6 pouces
6 lignes , et 2 pieds 8 pouces 9 lignes de saillie ; leur largeur est de
3 pieds 4 pouces 6 lignes, et de 3 pieds 5 pouces 3 lignes; ils s'élèvent au-dessus du pavé à la hauteur de 28 pieds. L'imposte, ou espèce
de chapiteau dont ils sont couronnés , est composée de deux cavets séparés et d'un tailloir; contre le pilier de l'ouest, cette imposte n'a qu'un
seul cavet.
La masse du mur paraît avoir été l'objet de plusieurs restaurations ;
nous en avons déjà dit quelques mots à l'article de l'extérieur, et nous
devons ajouter ici que vers l'intérieur tout annonce une reprise en sousœuvre et plusieurs autres parties refaites. Les assises du bas sont mêlées,
et de médiocres dimensions; le haut, du moins dans renfoncement de
la première arcade et de la seconde , est formé de petites et de grosses
assises placées alternativement ensemble. Le pied-droit qui est le plus à
l'ouest, a été de même repris en sous-œuvre, du côté du nord; l'autre a
DE
VÉSONE.
33
7
été reconstruit entièrement en petites et en grosses assises , et il n'a presque aucune liaison avec le gros mur : ce dernier paraît plus ancien.
La porte a dans l'intérieur 8 pieds 9 pouces 6 lignes de large, sur
i3 pieds 6 pouces de hauteur dans l'arrière-voussure. Les tableaux extérieurs de cette partie n'ont que 7 pouces 6 lignes de largeur.
Au surplus, les deux arcades des côtés sont fortement lézardées dans'
leur cintre ; les voussoirs de celle de l'est sont descendus de plusieurs
pouces ; le mur laisse les deux gros piliers , se sépare surtout de celui
du sud-est, et se forjette de plus de 6 pouces à la hauteur de la galerie
dont nous avons parlé.
Croisette du sud : gros piliers. — Nous parlerons plus tard du pilier
du nord-ouest et de celui du nord-est, c'est-à-dire des deux qui aident
à supporter la coupole du centre : ici le pilier du sud-ouest et celui du
sud-est doivent seuls nous occuper.
Le premier, comme on a déjà vu, a i5 pieds 11 pouces de large à
sa face du nord , et 1 6 pieds 9 lignes à celle de l'est ; sa hauteur est de
/[O pieds 11 pouces; sa saillie, vers le nord, est de 3 pouces 9 lignes, et
vers l'est elle est de 2 pouces 9 lignes ; son intérieur est une petite croix
formée par les arcades mêmes qui ouvrent sa masse dans les deux sens.
Ces arcades ont iS pieds 9 pouces de hauteur sous clef; la largeur de
celle du nord est de 7 pieds T I pouces 9 lignes ; elle est de 6 pieds 9
pouces 6 lignes à celle de l'est. La continuation de la première au-delà
de la seconde a 7 pieds 9 pouces de large, sur environ 3 pieds 10 pouces
de profondeur ; et la continuation de la seconde , à partir de la première , est d'environ 3 pieds 9 pouces de profondeur , sur 6 pieds 1 1
pouces de large. Les assises de ce pilier ont environ 1 pied 8 pouces
de hauteur ; son angle du nord-est a été restauré en sous-oeuvre , et l'intérieur de son ouverture de l'est a été entièrement refait vers le sud.
Le reste de sa construction est plus ancien, mais se trouve nécessairement postérieur au gros mur, puisqu'il est appliqué contre ce dernier,
et sans aucune liaison, jusqu'à la hauteur d'environ 14 pieds.
Au surplus , non-seulement le gros mur se sépare du pilier , mais le
pilier même est fendu dans toute sa hauteur du côté de l'est : toutefois
358 ;
ANTIQUITÉS
ce déchirement ne paraît plus faire de progrès , quoique le pilier soit
de quelques pouces en surplomb.
Le second pilier a 16 pieds 3 pouces cle large à sa face du nord, et
16 pieds 5 pouces à celle de l'ouest; sa hauteur est de Ao pieds 5 pouces;
il est en saillie, sur la naissance des grands arcs, seulement de a ou 3
pouces; ses arcades ont 6 pieds n pouces de large, et 23 pieds 6 pouces de hauteur sous clef ; ses lucarnes ont 2 pieds 4 pouces de haut ,
sur 1 pied 5 pouces 6 lignes de large ; elles sont à 12 pieds 9 pouces
au-dessus du cintre des arcades.
L'intérieur de ce pilier est sans doute comme l'intérieur de celui que
nous venons de décrire : il a été entièrement fermé dans les temps modernes; nous n'avons pu y pénétrer (1).
Au surplus , ce même pilier est un de ceux qui ont le plus éprouvé
l'effet de la poussée des arcs, et il est fendu dans toute sa hauteur, surtout du côté de l'ouest , où les crevasses ont jusqu'à 9 lignes de large ;
il se sépare entièrement, comme nous avons déjà dit, du gros mur, avec
lequel il n'est nullement lié jusqu'à une certaine hauteur ; sur son parement du nord, il se forjette de 4 pouces et quelques lignes; et sur celui
de l'ouest , de près de 3 pouces.
Croisette du sud : voûtes ; observations. —■ Les voûtes de cette croisette n'offrent rien de remarquable quant à leur forme ; les arcs sont
un peu angulaires comme sur tous les autres côtés ; la coupole est à peu
près de même grandeur que celle de l'est et que celle du nord ; elle a
de même pour base une petite galerie circulaire , mais cette galerie n'a
que 1 pied 7 pouces de largeur ; une seule fenêtre éclairait cette coupole
vers le sud. Le pilier du nord-ouest et celui du nord-est n'ont éprouvé aucun déchirement ; les deux autres , au contraire , ont , comme on vient de
le voir, singulièrement souffert. Le grand arc cle l'ouest et celui du sud
offrent quelques crevasses; celui de l'est en a d'assez considérables, mais
aucun des trois ne jarrette beaucoup. De nombreuses lézardes se mon-
(i) On dit que l'intérieur de ce pilier recelle les corps de quelques-uns des derniers évêques. Rien de
plus bisarre que l'idée qu'on aurait eue déplacer ces corps dans un pareil endroit. Au reste, nous pensons
que lorsqu'on a fermé les arcades on n eu en vue nu tout antre objet,.
1
DE VÉSONE.
33 9
trent également dans les panaches , et les arêtes que forment ces pendentifs avec les grands arcs se brisent perpendiculairement en plusieurs
endroits , ce qui annonce quelque danger. Enfin , la coupole même a
quelques déchiremens , surtout dans le contour de sa fenêtre ; et l'on doit
remarquer qu'il existe des repaires au bas des panaches , ce qui indique
que ces panaches devaient avoir quelques décorations particulières.
Croisette de l'ouest : branche de l'est. — La croisette de l'ouest est la plus
curieuse des quatre ; sa branche de l'est a 34 pieds g pouces g lignes de
large à son embranchement; et à son extrémité, seulement 34 pieds 3
pouces 8 lignes : elle a de long 20 pieds sur le côté du nord,' et 20 pieds
6 pouces sur celui du sud. Ces irrégularités proviennent de la disposition des deux gros piliers.
Croisette de l'ouest : branche du nord. — La branche du nord a 33
pieds 7 pouces 3 lignes de large à son embranchement, et 33 pieds 5
pouces g lignes contre le gros mur; sa longueur est de-16 pieds 1 pouce
vers l'est, et de 16 pieds 10 pouces 3 lignes à l'ouest (1); les arcades
de son extrémité commencent sur un socle ou embasement de 1 pied
6 pouces de large , sur 4 pieds 8 pouces de hauteur : la largeur de ces
arcades (2) est de 6 pieds 1 1 pouces g lignes , 7 pieds 5 pouces g lignes, 8 pieds 1 pouce, et 7 pieds 3 pouces g lignes; leur hauteur sous
clef est de 2g pieds 6 pouces ; ce qui leur donne au-dessus du pavé une
élévation totale de 34 pieds 2 pouces. Ces arcades ont cela de singulier,
que, quoique de largeur différente, elles se terminent toutes par des
cintres à peu près égaux ; ce qui fait que la plupart de ces cintres portent de côté sur les pilastres qui leur servent de pieds-droits. C'est dans
la dernière que sc trouve la porte qui donnait communication de la
petite église extérieure à la basilique (3) ; la première a été rétrécie de
1 pied et quelques pouces par le renforcement du pilier : cette dernière
construction effleure presque la baie. Le fond des trois premières arcades est, jusqu'à la hauteur de 1 1 pieds et quelques pouces , en petites
et en grosses assises entre-mêlées ; la dernière est toute en pierres de 1
(1) De ce dernier côté elle n'aurait que 16 pieds 4 pouces 3 lignes, si la dernière arcade entre les pilastres n'était pas plus profonde que les trois autres.
(2) En commençant du côté de l'est.
(3) Voyez article 2 , pages 3i3 et 3 14.
5/.o
ANTIQUITÉS
pied 8 pouces , et i pied 9 pouces de hauteur ; elle paraît construite en
même temps cpie le pilier , et elle a cela de particulier qu'elle se trouve
renfoncée de 6 pouces plus que les trois autres. La galerie qui est audessus a 3 pieds 2 pouces de largeur, et elle est élevée de 3 7 pieds 1
pouce 6 lignes.
Les pilastres qui supportent les arcades ont 1 pied 1 pouce et quelques lignes de saillie (1); leur largeur est de 1 pied 2 pouces 9 lignes; leur
hauteur, au-dessus du socle, est de 25 pieds 7 pouces, ce qui leur
donne 3o pieds 3 pouces au-dessus du pavé de l'église ; ils paraissent
avoir été ajoutés. Les chapiteaux de ces pilastres ressemblent à presque
tous les autres ; leur abaque se compose cle deux cavets séparés. Les fenêtres commencent au-dessus du pavé, à la hauteur d'environ 20 pieds 4
pouces; la seconde, à partir de l'est, est murée cle manière à laisser une
niche profonde. Au surplus , le mur offre cela de très-remarquable , qu'il
ne suit pas l'alignement des autres , mais se porte plus en dehors par son
extrémité de l'ouest.
Croisette de l'ouest : branche du sud. — La branche du sud a 34
pieds de large à son embranchement , et 34 pieds 6 pouces à son extrémité : sa longueur est de 17 pieds 4 pouces et quelques lignes sur
son côté du levant, et seulement de i5 pieds 4 lignes vers l'ouest. Les
quatre arcades feintes qui ornent son gros mur sont de la largeur de
5 pieds 7 pouces 6 lignes , 6 pieds 8 pouces 9 lignes , 9 pieds 3 pouces , et 9 pieds 2 pouces. L'espèce de socle, ou embasement sur lequel
elles portent, s'élève, au-dessus du pavé, de 6 pieds 1 pouce; son
épaisseur est cle 1 pied 3 pouces , 1 pied 6 pouces , 1 pied 2 pouces 3
lignes. La hauteur des deux plus petites de ces arcades est de 27 pieds
3 pouces ; ce qui leur donne , au-dessus du pavé , 33 pieds 4 pouces : les
deux autres ont, au-dessus de ce même pavé, 34 pieds. Le fond cle ces
arcades , dont la première est étrécie par le renforcement du pilier , est
presque partout, et jusqu'à une certaine hauteur , en petites pierres
brutes, placées en assises peu régulières : dans quelques endroits ce sont
de gros moellons , de même que plus haut ; et on y trouve aussi des
pierres de taille en fortes assises, principalement dans la dernière ar(1) Seulement on vient de voir que sur lu dernière arcade le troisième pilastre a une saillie plus considérable.
DE VÉSONE.
341
cacle, c'est-à-dire "dans celle qui se joint au pilier de l'ouest. Ces pierres
' ont 1 pied 7 pouces, 1 pied 8 pouces, 1 pied 9 pouces de hauteur, et elles
paraissent parfaitement liées avec celles du gros pilier. La galerie qui
est au-dessus des arcades a 3 pieds 2 pouces de large; elle est au-dessus
du pavé à 36 pieds g pouces.
Les pilastres ont 1 pied 1 pouce de saillie, sur 1 pied 2 pouces et
quelques lignes de large; leur hauteur, au-dessus du socle, est de 23
pieds 9 pouces 6 lignes; ce qui leur donne 29 pieds 10 pouces 6 lignes
d'élévation totale au-dessus du pavé de l'église. Ces' pilastres ont été
ajoutés dans la maçonnerie 'du bas , avec des harpes sur les deux côtés (1), et dans le haut ils paraissent aussi un peu plus récens que le
gros mur dans lequel ils se trouvent encastrés ; l'abaque cle leurs chapiteaux est orné de deux cavets séparés , de même que celui qui est adapté
à la face de l'est du gros pilier.
Au surplus, le tout étant recrépi, on ne voit pas bien s'il a existé des
fenêtres dans toutes les arcades ; seulement on en reconnaît une clans
la première de ces fausses baies , et une porte moderne est ouverte à
la hauteur de 19 pieds et quelques pouces dans la troisième. Cette
porte, irrégulièrement placée entre les pilastres, a 4 pieds 8 pouces de
large, sur 9 pieds 2 pouces de hauteur ; elle sert de communication de
la tribune à l'ancienne chapelle de l'évêché (2).
Croisette de l'ouest : branche de l'ouest. — La branche de l'ouest avait
3 7 pieds de large : sa longueur était de 12 pieds vers le nord, et de
12 pieds 9 pouces du côté du sud. Cette branche est maintenant occupée, jusqu'à une certaine hauteur, par une tribune moderne, servant
de base au buffet de l'orgue , et dans le bas est la principale porte d'entrée. Le sol de toute cette partie est de 3 pieds 7 pouces plus élevé que
celui du reste de l'église (3) , et c'est à peu près à cette hauteur que se
(1) Ce mur paraît même se composer de deux parties dans son épaisseur.
(2) Au lieu de cette grande porte carrée, on aurait du se contenter d'ouvrir une des fenêtres, et de lui
laisser ses proportions anciennes. 11 aurait pu en être de même de la porte du haut de l'escalier qui descend de l'évêché : ainsi toutes deux seraient devenues symétriques dans la chapelle.
(3) Outre cette élévation, le sol du reste de la croisette est incliné d'environ 3 pouces; de manière que
ponr avoir la hauteur totale de toutes les parties du mur de l'ouest , et des deux gros piliers , il faudra ajouter 3 pouces aux mesures crue nous en donnons.
T. II.
44
542
ANTIQUITÉS
trouve aussi le pavé du clocher : sept marches forment la différence des
deux niveaux.
Le mur qui termine cette branche à l'ouest n'a aucun rapport avec
les autres murs de l'édifice ; il ne supporte même point de galerie :
ainsi nous le considérerons dans toute sa hauteur, et nous donnerons
autant que possible les détails de sa construction.
Ce mur est ouvert par le bas de trois baies en arcades, une grande
au milieu , et deux , qui ne sont pas entières , sur les côtés : chacune de
ces dernières est percée dans une arcade feinte, un peu renfoncée, et
qui n'est pas non plus dans son entier. S'il falláit compléter ces arcades
et ces baies, ce serait aux dépens des piliers.
Entre les arcades sont deux pilastres ; leur saillie est de i pied i
pouce , et leur largeur de 2 pieds 10 pouces 6 lignes ; leur hauteur est
de 3i pieds 2 pouces, ce qui leur donne une élévation de 34 pieds 9
pouces au-dessus du pavé du corps de l'église. Ces pilastres se terminent
par des espèces de chapiteaux de 1 pied 1 pouce 6 lignes de haut, et
de 3 pouces 6 lignes de saillie ; ces chapiteaux se composent d'un petit
filet , d'une doucine fortement renfoncée dans sa partie supérieure , et
d'un large tailloir ou bandeau. Au-dessus de chaque pilastre est la naissance d'un arc-doubleau de même largeur : ce qui reste de cet arc-doubleau s'élève encore d'environ 2 pieds.
II ne paraît qu'un peu plus de la moitié de l'arcade feinte qui est vers
le sud, et la largeur de cette partie, jusqu'au pilier, est de 7 pieds
11 pouces. Cette arcade est éloignée du pilastre de 1 pied 10 pouces;
sa profondeur est de 1 pied 1 pouce 6 lignes, et sa hauteur sous clef
est de 29 pieds 6 pouces, ce qui fait une élévation totale de 33 pieds 1
pouce au-dessus du pavé de la basilique. A la naissance du cintre est
une imposte composée de deux cavets séparés , et dont le couronnement
supérieur a 4 pouces 8 lignes de hauteur. La baie conservée dans cette
ouverture feinte est plus étroite de 1 pied 10 pouces 6 lignes ; elle a
environ 1 pied de moins d'élévation, et elle est murée dans le haut,
c'est-à-dire derrière le buffet de l'orgue ; son imposte, composée de
deux cavets et d'un listel , est assez mal profilée.
II ne paraît pas tout-à-fait la moitié de l'arcade qui est du côté du
DE VÉSONE.
343
nord : la partie qui se montre est renfoncée de 1 pied 1 pouce 3 lignes;
sa largeur est de 6 pieds 4 pouces et quelques lignes; sa hauteur est de
29 pieds. Cette arcade est éloignée du pilastre de 1 pied 7 pouces 9 lignes; dans son intérieur est une demi-baie en arcade, moins large de 1
pied 10 pouces, et moins haute d'environ 1 pied 3 pouces; elle est murée dans le haut : l'imposte de l'une et de l'autre de ces ouvertures est
comme du côté opposé.
Le cintre de l'arcade du milieu est soutenu par deux colonnes, et
sans doute ces colonnes portaient sur des .piédestaux ; mais comme la
construction qui sert de base à la tribune de l'orgue et celle du clocher
ont changé cette partie, on ne peut plus la distinguer. Quoi qu'il en
soit, la largeur de l'arcade est par le bas de 9 pieds 8 pouces 6 lignes,
et au buffet de l'orgue, c'est-à-dire entre les fûts des deux colonnes,
elle est de 10 pieds et quelques lignes; quant à sa hauteur, elle est de
3g pieds 2 pouces ; ce qui fait L\i pieds 9 pouces au-dessus du pavé du
corps de la basilique.
Les colonnes dont nous venons de parler sont d'ordre corinthien ;
elles sont renfoncées d'environ 1 pied 10 pouces relativement aux pilastres ; leur diamètre est de 1 pied 8 pouces et quelques lignes. Le chapiteau de ces colonnes a 3 pieds 10 pouces de hauteur ; il est formé de
deux rangs de feuilles ; son abaque a 1 pied 1 pouce d'épaisseur ; il est
orné de deux tores séparés par un cavet ; un listel couronne le tout.
L'ensemble est disposé d'une manière singulière , mais non absolument
désagréable.
Les assises des pilastres et celles du reste du mur ont environ 1 pied
4 pouces de hauteur, et ce genre de construction monte à 1 pied et
quelques pouces de plus que les arcades feintes. Plus haut, entre les pilastres et les piliers , est une naissance de voûte , en retraite de quelques
pouces ; au - dessus est un arrachement ; ce qui prouve d'une manière
évidente qu'il a existé une voûte contre ce mur , et que le berceau de
cette voûte se dirigeait du nord au sud : déjà, sans doute, on avait pu
le penser lorsque nous avons parlé des arcs-doubleaux.
L'arrachement a 10 pieds de hauteur ou environ, et au-dessus est
une construction à parement un peu brut : cette construction est en re-
344
ANTIQUITÉS
traite de a ou 3 pouces , et elle monte jusqu'au grand arc ; elle n'a pas
une très-grande largeur. Sur l'arcade du milieu c'est un genre plus récent.
Du côté des piliers, et jusqu'à une certaine hauteur, ce sont de grosses
pierres en assises. Ces pierres partent de chacun des deux piliers; elles
avancent de 2 ou 3 pieds, mais très-irrégulièrement, dans la construction que nous venons de décrire ; et par la manière dont elles sont
ajustées avec le reste, il est évident qu'elles appartiennent à une construction postérieure. Quant à celle qui est au-dessus de la grande arcade,
elle appartient au temps où les colonnes furent placées, où le cintre
mème fut formé ; et l'on ne peut douter que ce ne soit une tout autre époque.
Au milieu de cette dernière partie, et tout-à-íait dans le haut, est une
fenêtre cintrée, rajustée dans une autre un peu plus grande, laquelle
n'était éloignée de la clef du grand arc que d'environ 6 pouces : cette
dernière avait 5 pieds 4 pouces 5 ou 6 lignes de large, sur i3 pieds 6
pouces de hauteur; l'autre n'a que 3 pieds 9 pouces 5 lignes, sur 8 pieds
10 pouces; elle est en retraite de 7 pouces, et appartient évidemment
à la construction du clocher , de même que les deux baies qui se trouvent dans les demi-arcades inférieures.
Ainsi, le mur de la branche de l'ouest présente cinq constructions
parfaitement marquées, et appartenant à des époques distinctes:
La première comprend les pilastres , les pieds - droits contre lesquels
ils sont appliqués, les demi-arcades feintes dans lesquelles d'autres ont
été pratiquées, les naissances des arcs-doubleaux et des voûtes, les arrachemens.
La seconde ne se compose que des deux parties qui se trouvent audessus des arrachemens. ;
On doit rapporter à une troisième époque les deux parties de constructions en grosses pierres qui sont au-dessus des arcades, et se lient
avec les gros piliers.
A la quatrième appartient le haut de la grande arcade , ses colonnes,
son cintre , et la construction qui est au-dessus.
Enfin, les baies des demi-arcades inférieures, et la fenêtre du haut
DE VÉSONE.
345
remontent nécessairement à la cinquième et dernière époque , qui est
celle de la construction du clocher.
On ne peut élever aucun doute sur la première et la dernière de ces
divisions; la manière dont les parties que nous y rapportons se joignent
avec les>autres, forment des preuves positives, et, pour ainsi dire, mathématiques : la seconde époque se prouve aussi très-bien par la manière
dont les constructions que nous y rapportons s'adaptent avec les grosses pierres des côtés. II n'y a de difficulté que pour les constructions
cpie nous croyons appartenir à la troisième époque ou à la quatrième ;
mais pour celles-ci, rien ne prouve d'une manière positive la préancienneté des unes sur les autres ; seulement le faire de ces parties semble
indiquer le rang que nous leur assignons.
Croisette de Vouest : gros piliers. — Les piliers du nord-est et du sudest de cette croisette sont du nombre de ceux qui supportent la coupole du centre de l'édifice; nous en donnerons le détail à la fin de cet
article : maintenant il suffit de nous occuper de ceux du nord-ouest et
du sud-ouest.
Le premier de ces piliers a 16 pieds 10 pouces et quelques lignes à
sa face de l'est, 12 pieds à celle du sud, jusqu'au fond de la demiarcade, et 18 pieds d'épaisseur totale jusqu'à sa face de l'ouest, laquelle
a 7 pieds 2 pouces jusqu'au mur du nord des constructions qui renferment le clocher. La hauteur particulière de ce pilier, y compris sa
petite base en chanfrein, est de 36 pieds 6 pouces ; ce qui lui donne
une élévation totale de [\o pieds 2 pouces au-dessus du pavé de l'église ;
il est en saillie sur la naissance des grands arcs de 6 pouces à l'est , et
de 8 pouces au sud ; son arcade de l'est a 8 pieds 4 pouces de largeur ;
celle du sud a 5 pieds 7 pouces. La hauteur particulière de ces arcades
est de 28 pieds; ce qui leur donne une élévation de 3i pieds 5 pouces. Les lucarnes ont '2 pieds 7 pouces , sur 2 pieds 2 pouces ; elles
sont au-dessus des arcades à 4 pieds 9 pouces et quelques lignes.
L'arcade de l'est ne dépasse point celle du sud, et celle du sud ne
dépasse que de 3 ou 4 pouces celle de l'est ; c'est-à-dire que les passages de l'intérieur du pilier ne forment que deux seules branches de
croix. Le sommet de l'angle est même un peu obtus, parce que la con-
546
ANTIQUITÉS
tinuation de l'arcade du sud n'a que 4 pieds 6 pouces de largeur à son
extrémité du nord, c'est-à-dire au point où elle dépasse l'arcade de
l'est, et cette irrégularité provient de ce que, clans l'arcade du sud, le
côté de l'ouest n'est pas en ligne droite , mais , au contraire , forme une
espèce d'angle à 5 pieds 7 pouces et quelques lignes de l'entrée.
A 1 pied 1 1 pouces au nord de cet angle est une porte de 2 pieds
6 lignes de large, y compris la feuillure, et de 5 pieds 10 pouces de hauteur ; elle communique à un escalier à vis , qui monte dans l'intérieur
du pilier , et qui a sa sortie en haut , du côté de l'ouest. La largeur de
cet escalier est de 1 pied 6 pouces ; deux petites lucarnes en forme de
barbacanes, placées l'une au-dessus de l'autre, du côté du levant, éclairent son intérieur, et il y en a eu d'autres de moindres dimensions à
l'ouest, et principalement au sud; mais elles ont été fermées en dehors,
où elles ne paraissent point , ce qui d'abord paraît singulier. Le noyau
a près de 1 pied 6 pouces de diamètre. La cage est presque toute formée à son parement de petites pierres carrées, grossièrement placées en
assises ; la largeur de ces pierres est de 2 , 3 , 4 et 5 pouces ; leur
hauteur est d'environ 3 pouces 6 lignes. A une certaine hauteur ce ne
sont plus de petites pierres, mais des pierres de taille de 1 pied 7 pouces de hauteur. A 0 pieds plus haut l'escalier a une petite rampe droite
qui se dirige au sud ; dans cette rampe les pierres de la paroi de
l'ouest ont 1 pied 7 pouces , et celles du côté de l'est seulement 1 1
pouces. Presque tout-à-fait au haut, le côté de l'ouest a également été
restauré en pierres de 1 1 pouces d'épaisseur.
La profondeur totale de la cage de l'escalier que nous venons de décrjre est d'environ 6 pieds 8 pouces, à partir de l'extérieur de la petite
porte , et la partie du sud de cette cage est à 7 pieds 9 pouces de là
face du sud du gros pilier.
Au surplus, on doit principalement remarquer que dans l'endroit où
est une espèce d'angle obtus, à 1 pied 11 pouces de la petite porte, deux
constructions bien distinctes se joignent : celle qui est vers le sud est
en assises de 1 pied 8 pouces, et de 1 pied 7 pouces et quelques lignes;
les pierres de celle du nord n'ont au contraire que 1 pied 5 pouces ou
environ; et quoiqu'on ait fait quelques liaisons entre les deux masses, il
est aisé de distinguer la ligne de séparation.
DE VÉSONE.
34 7
Mais quelle est la plus ancienne de ces deux constructions? Le problème
sera facile à résoudre, si l'on se pénètre des observations suivantes :
Premièrement , les pierres de la partie qui est le plus au nord ont été
entaillées pour recevoir les grosses pierres du côté opposé ; cela est
évident : on peut s'en convaincre au moindre examen.
Secondement , cette partie du nord a une petite base chanfreinée ,
séparée de celle du reste de la masse ; cette base , que l'on distingue
parfaitement à l'est, tourne en équerre vers le sud, et il est aisé de voir
que les pierres de la première grosse assise apparente portent sur son
biseau.
Troisièmement , on voit que le parement de la partie du nord a été
restauré à une certaine hauteur , et que la restauration se lie avec la
masse du sud.
Quatrièmement, la demi -arcade feinte du mur de l'ouest- n'est point
appuyée sur le pilier ; on voit au contraire que c'est au moyen de ce
pilier qu'elle a été réduite à son état actuel : on n'en peut clouter, si
l'on fait attention à la manière dont les deux constructions sont liées
ensemble dans le haut, et surtout si l'on jette les yeux au-dessus de
la porte du petit escalier , un peu vers le sud ; car dans cet endroit on
distingue très-bien la naissance du cintre, et on voit que l'arcade avait
primitivement 12 pieds de largeur, comme nous prouverons, dans un
des chapitres suivans , qu'elle devait les avoir (1).
Cinquièmement , la partie de l'ouest du pilier ne porte absolument
rien ; elle est plaquée sans aucune liaison derrière le pied - droit de
l'arcade dont nous venons de parler , et , plus haut , derrière le mur qui
surmonte cette arcade et soutient la voûte des constructions latérales
du clocher ; à cette élévation il y a même un espace de plusieurs lignes
entre les deux masses.Sixièmement enfin , les petites lucarnes qui paraissent avoir éclairé
jadis l'intérieur de l'escalier , à l'ouest et au sud, ne se montrent pas
à l'extérieur , et il n'y eut jamais de restaurations sur ces côtés. D'ail-
(1) Voyez le chapitre VI.
348
ANTIQUITÉS
leurs, comment de très-petites lucarnes auraient -elles pu éclairer du
coté du sud , au travers d'une masse dont l'épaisseur est de 7 pieds et
quelques pouces ?
Tels sont les faits au moyen desquels nous avons pu reconnaître la
prèanciennetè de la partie des constructions qui renferme le petit escalier , et l'on conviendra sans doute que ce sont autant de preuves
positives. Ainsi, avant qu'on eût ajouté le reste de la masse, ce petit
escalier se trouvait dans l'intérieur d'un pilier qui, à sa face de l'ouest,
avait 1 pied et quelques pouces de large jusqu'au mur des constructions
latérales du clocher, et qui, à celle du sud, avait environ 4 pieds 3 pouces. Nous ne pouvons déterminer au juste la largeur de la face de l'est
de ce pilier; mais nous sommes assurés qu'elle devait être au moins
de 10 pieds. Quant au côté du nord, il nous est entièrement inconnu,
se trouvant enveloppé dans la construction extérieure de l'angle de la
basilique ; mais il devait être un peu plus large que celui du sud, parce
que c'est dans cette partie même que se trouve l'escalier.
Le pilier du sud-ouest a i5 pieds 6 pouces de large à sa face de
l'est, 12 pieds 9 pouces à celle du nord, jusque dans renfoncement de
la demi-arcade, 17 pieds 6 pouces d'épaisseur totale de ce même côté,
et 5 pieds 7 pouces à "sa face de l'ouest, jusqu'au mur du sud des
constructions latérales du clocher. La hauteur particulière de ce pilier
est de 36 pieds 6 pouces , et sa hauteur totale , au-dessus du pavé de
l'église , est de 4o pieds 1 pouce ; il est en saillie , sur la naissance des
grands arcs , de 3 ou 4 pouces du côté de l'est ; mais il est à l'aplomb
vers le nord ; il se trouve parfaitement lié avec le mur du sud , et il ne
l'est pas avec les arcades feintes de ce mur, qui évidemment appartiennent à une époque postérieure ; son arcade de l'est a 7 pieds de largeur ;
celle du nord a 6 pieds 7 pouces , et cette dernière le traverse du nord
an sud : la hauteur particulière de ces arcades est d'environ 27 pieds 9
pouces ; ce qui fait une élévation totale de 3 1 pieds 4 pouces au-dessus
du pavé. La lucarne qui est à la face de l'est a environ 3 pieds de hauteur , sur 2 pieds 6 pouces de large ; l'autre est à peu près de mêmes
dimensions : ces lucarnes sont à environ 4 pieds, 2 pouces au-dessus
des arcades.
L'arcade du nord traverse le pilier , comme nous avons dit , dans toute
DE VÉSONE.
34
g
son épaisseur ; elle contient un grand escalier au moyen duquel on
communique de l'église à l'évêché ; cet escalier aboutit directement à
l'ancienne chapelle de l'évêque; au-dessous est un caveau; mais comme
on n'y pénètre point nous n'avons pu voir le bas des constructions (i).
Ce n'est qu'au-dessus de l'escalier dont nous venons de parler que
l'on peut apercevoir ces constructions, et, à cette hauteur, le parement
de l'ouest de l'arcade qui traverse le pilier ne forme point du nord au
sud une ligne droite ; elle fait , au contraire , un angle saillant dont le
sommet est à environ 6 pieds dans l'intérieur du passage; de sorte que
ce passage a 6 pieds 7 pouces de large à son entrée du nord, 6 pieds
5 pouces 9 lignes vis-à-vis du sommet de l'angle , 6 pieds 10 pouces un
peu plus haut, et 7 pieds 1 pouce à son extrémité du sud.
Au surplus , il en est de ce pilier comme de celui du nord-ouest ; sa
partie de l'ouest se compose, de deux constructions différentes ; seulement , comme il a été retravaillé et recrépi plusieurs fois , que même
on ne voit point le bas de son intérieur, on ne distingue pas au premier abord la plus ancienne de ces constructions ; ce n'est même que
par le moyen des observations suivantes que l'on peut se convaincre de
son existence.
Premièrement , il doit y avoir un vieux pilier vers le sud , puisqu'il y
en a un vers le nord.
Secondement, l'extérieur de l'ouest du gros pilier actuel ne porte rien
dans sa partie supérieure , et cette partie paraît plaquée comme au pilier du nord-ouest; seulement elle est plus mince, et, par conséquent,
la naissance de la voûte des constructions latérales du clocher est ici
beaucoup moins en retraite.
,
Troisièmement , la demi-arcade du mur de l'ouest ne porte point sur
le gros pilier ; on voit au contraire que c'est au moyen de ce gros pilier qu'elle a été réduite à sa largeur actuelle. La liaison des deux constructions ne laisse aucun doute à cet égard, et cependant l'arcade entière devait nécessairement porter, vers le sud, sur un pied-droit.
(1) Pour pénétrer sous cet escalier, il faudrait ouvrir une porte murée dont on distingue le contour dans
a chapelle extérieure qui est vers le sud.
T. II.
45
35o
ANTIQUITÉS
Quatrièmement enfin, on voit réellement dans le passage le vieux
pilier ; on distingue sa construction à 4 pieds 6 pouces de l'entrée ; mais
elle ne se montre guère que sur une largeur de 4 pieds , tout ce qui
suit vers le sud ayant été refait en même temps que le reste de la masse.
Au surplus, cette vieille construction, qu'on a retaillée à son parement
pour donner plus de largeur à l'escalier et pour émousser l'arête de sangle obtus dont nous avons parlé, a été mise en liaison des deux côtés.
Toutefois on voit d'autant mieux la séparation, que les vieilles assises
n'ont que i pied 3 ou 4 pouces de haut , tandis que les autres sont
de i pied 7 ou 8 pouces.
Nous devons ajouter qu'il en est de ce vieux pilier comme de celui du
nord; sa partie supérieure de l'est a été refaite en entier, et se trouve
ornée de l'imposte dont on a décoré tout l'intérieur du passage.
Croisette de l'ouest : voûtes ; observations. — Les grands arcs de la
croisette de l'ouest n'ont éprouvé aucun déchirement, et celui de la
branche de l'extrémité est moins angulaire qu'aucun des autres, ce qui est
assez remarquable. Les pendentifs sont en bon état; seulement celui du
sud-est .a une légère crevasse qui se communique à la coupole, et qui
toutefois ne peut donner aucune crainte. Au surplus, cette même coupole a cela de singulier , que la petite galerie qui lui sert de base est
extrêmement étroite , et que ses fenêtres , au nombre de quatre , sont
placées sur les pendentifs, comme à la coupole du centre.
Si maintenant on examine la croisette de l'ouést dans son ensemble,
on verra qu'elle n'a rien de régulier. En effet, non-seulement ses quatre piliers sont de dimensions différentes , mais encore les murs des
extrémités ne sont ni parallèles entre eux, ni perpendiculaires au reste
du plan : celui du sud rentre de 8 pouces par son extrémité de l'ouest;
celui du nord se porte en dehors de 8 pouces, non-compris 6 pouces
de profondeur pour la dernière arcade, et celui de l'ouest s'éloigne également beaucoup plus à son extrémité du sud qu'à celle du nord. Plus
tard nous expliquerons les motifs de toutes ces irrégularités (1); il nous
suffit d'ajouter ici que le sol de cette croisette n'a pas toujours été au
(1) Voyez chap. VI, chap. VII, et chap. X.
DE VÉSONE.
même niveau que celui du reste de l'église ; qu'il était au contraire de
3 pieds 7 pouces plus élevé , comme l'est encore celui de la petite branche de l'ouest et celui du clocher. La preuve de ce fait résulte des observations suivantes :
Premièrement, les deux piliers de l'ouest ont, clans tout leur pourtour, une petite base chanfreinée, et cette base est immédiatement placée sur le pavé le plus élevé , c'est-à-dire sur celui de la branche que
laissent entre eux ces deux gros piliers.
Secondement, le pavé le plus élevé avance considérablement hors de
l'aplomp des piliers.
Troisièmement, les espèces de socles continus ou embasemens des
murs du nord et du sud sont fort irréguliers, et annoncent avoir été
formés par arrachement , c'est-à-dire qu'ils paraissent par le bas s'être
étendus en largeur sur le sol actuel.
Quatrièmement enfin, les deux piliers de l'est offrent, tant à l'extérieur
que dans les passages qui les traversent de l'ouest à l'est, des marques
non équivoques d'arrachemens qui montent juste à 3 pieds 7 pouces de
hauteur ; on y voit même la trace des marches qui terminaient le pavé
du niveau supérieur ; la dernière de ces marches finissait juste sur la ligne de la paroi de l'ouest de l'intérieur du pilier.
Au surplus , le pavé est encore de 3 ou 4 pouces plus élevé à l'ouest
que vers le centre de l'édifice , et on doit avoir égard à cette différence
pour avoir la hauteur juste des deux gros piliers et de toutes les parties du mur qui sépare la basilique du clocher.
Centre de Védifice : gros piliers. — Nous avons dit que l'intérieur de
la basilique était une croix recroisetée, et nous avons décrit les quatre
petites croix grecques- qui résultent de cette disposition ; mais il nous
reste encore à parler du centre de l'édifice , c'est-à-dire du carré auquel
se rattachent par un de leurs côtés les petites croix , et des quatre piliers contigus ; car, quoique ces piliers fassent partie des croisettes, et
qu'ils aident à en déterminer le contour , nous les avons renvoyés à la
fin de cet article pour pouvoir les décrire ensemble et les mieux comparer entre eux.
35a
ANTIQUITÉS
Le carré dont il s'agit ici n'est, comme l'on voit, qu'un espace vide
dont rien ne termine les côtés ; seulement les angles en sont fixés par
certains angles des piliers. La largeur de ce carré est de 34 pieds 10 pouces au nord , et de 34 pieds 6 pouces 6 lignes au sud ; elle est de 34
pieds 5 pouces 3 lignes à l'est, et de 34 pieds 3 pouces à l'ouest.
Le pilier qui fixe l'angle du nord-ouest de ce carré a 4o pieds i pouces
de hauteur ; il a r6 pieds g pouces 6 lignes de large au nord, 16 pieds i
pouce à l'ouest, 20 pieds au sud, et 19 pieds 7 pouces 6 lignes à l'est;
nous l'avions déjà presque entièrement décrit (1) : nous ajouterons seulement que le passage qui le traverse du sud au nord n'a jamais été ouvert
par le bas du côté du sud ; que ses diverses faces ne sont point parfaitement parallèles deux à deux ; que celle du sud tourne de plusieurs
pouces vers le nord à son extrémité de l'ouest, et que celle de l'est rentre vers l'ouest à son extrémité du nord ; de telle sorte que la fáce du
sud , prolongée , aboutirait à environ 1 pied de l'angle sur le pilier de
l'ouest , et que celle de l'est s'éloignerait de 1 ou 2 pouces du pilier
du nord.
Au surplus , nous avons fait voir que les faces de l'ouest et du nord
étaient évidemment ajoutées aux murs contigus ; et nous devons également dire ici que, dans l'intérieur des petites portes qui donnent communication des galeries à l'étage supérieur du pilier , on remarque que le
haut de Ge même pilier a été en effet moins large qu'il ne l'est maintenant. Vers le nord , les pierres qui servent d'enveloppe à la vieille
construction y sont mises en liaison ; mais il n'en est pas de même du
côté de l'ouest , où le renfort se distingue parfaitement , et où il est
de l'épaisseur de 1 pied.
Le pilier du nord-est du carré (2) a 1 6 pieds 1 1 pouces de large au
nord, 17 pieds 3 pouces à l'est, 19 pieds 2 pouces à l'ouest, et 19 pieds
3 pouces au sud; il a, comme on a déjà vu, 4 1 pieds de hauteur; il
est en saillie sur la naissance des grands arcs de 10 pouces du côté du
nord , et de 1 pied 3 pouces vers l'est ; le passage qui le traverse de
l'ouest à l'est a 4 pieds 1 o pouces et quelques lignes de large , l'autre
(1) Voyez pag. 325 et 826.
(2) C'est le pilier contre lequel est la chaire.
DE VÉSONE.
353
a 4 pieds 8 pouces; la hauteur de ces passages est de 27 pieds 1 pouce.
Les lucarnes ont 2 pieds 10 pouces de haut sur 1 pied 5 pouces 6 lignes
de large ; elles sont à 5 pieds 10 pouces au-dessus des arcades. D'ailleurs
ce pilier est construit comme celui que nous venons de décrire ; il est
également en petites et en grosses assises , mais il est un peu moins de
travers. Au surplus , il a été de même fortifié ; on le voit parfaitement
dans le haut , où il n'y a aucune liaison entre l'ancienne masse et la
nouvelle construction , laquelle au pouces d'épaisseur au nord, et 1 pied
2 pouces et quelques lignes à l'est.
Le pilier du sud- ouest a 17 pieds 4 pouces 10 lignes à sa face de
l'ouest, 17 pieds 4 pouces 6 lignes à celle du sud, 20 pieds 6 pouces
au nord, et ig pieds 8 pouces à l'est; sa hauteur est de 4° pieds 5
pouces ; il est en .saillie sur la naissance des grands arcs de 1 pied 4
pouces à l'ouest , et de 1 pied 8 pouces au sud : le passage qui le traverse de l'ouest à l'est a 5 pieds de large , l'autre a 5 pieds 7 pouces ,
et il a toujours été fermé par le bas du côté du nord. Les lucarnes ont
2 pieds 1 o pouces de haut sur 1 pied 4 pouces 6 lignes de large ; elles
sont à 5 pieds 6 pouces au-dessus du cintre des passages.
Ce pilier du sud-ouest est entièrement construit en petites et en grosses
assises placées alternativement; il est peu régulier dans son ensemble et il
a été renforcé comme ceux que nous venons de décrire. L'ancienne construction se distingue parfaitement dans l'intérieur des petites portes des
galeries ; elle est en pierres de médiocre hauteur ; la nouvelle a 1 pied 3
pouces d'épaisseur à l'ouest, et 1 pied 1 pouce 6 lignes au sud; aucune
liaison ne paraît entre les masses, du moins à cette élévation. La vieille
corniche, qu'on a mutilée, paraît même encore; elle est au-dessous de
la nouvelle ; les pierres qui sont au-dessus sont en assises de différentes
hauteurs : il y en a de 8 pouces, de 8 pouces 6 lignes, de 10 pouces,
et de 1 pied , et il en est de même de quelques assises placées immédiatement au-dessous ; mais celles qui sont un peu plus bas ont environ 1 pied 7 pouces (1).
Le pilier du sud-est est le dernier que nous ayons à décrire (2) ; il a
(r) C'e6t celui des quatre piliers du centre que nous avons examiné dans le haut avec le plus de soin.
(2) C'est contre ce pilier qu'on a adossé le hanc des marguilliers.
354
ANTIQUITÉS
17 pieds moins quelques pouces de large à sa face du sud, 1 4 pieds 7
pouces 6 lignes à celle de l'est, 19 pieds 5 pouces vers le nord, et 19
pieds 8 pouces à l'ouest ; sa hauteur est de 4 1 pieds 7 pouces ; il est en
saillie sur la naissance des grands arcs de 1 pied 8 pouces à l'est, et de 1
pied 7 pouces et quelques lignes au sud. Le passage qui traverse ce pilier de l'ouest à l'est a 5 pieds de largeur , l'autre a 4 pieds 6 pouces
6 lignes ; la hauteur de ces passages est de 27 pieds 6 pouces. Les lucarnes ont 2 pieds 10 pouces de hauteur sur 1 pied 5 pouces 6 lignes
de large ; elles sont à 5 pieds et quelques pouces au-dessus du cintre
des passages.
Du reste, ce pilier n'offre rien de particulier ; il est en petites et en
grosses assises comme les trois autres ; il est composé de même d'une
vieille et d'une nouvelle construction ; cette dernière est de 1 pied 5
pouces d'épaisseur du côté de l'est , et de 1 pied 1 pouce au sud.
Centre de l'édifice : voûtes ; observations. — Les quatre panaches
de la coupole du centre n'ont rien de remarquable ; ils offrent tous ,
excepté celui du sud-ouest, quelques crevasses qui paraissent fort anciennes , mais qui n'ont rien d'alarmant : celui du sud- est a des commencemens de repaires qui annoncent que le tout devait être ragréé et
sculpté. Les grands arcs paraissent avoir éprouvé quelques déchiremens;
on en aperçoit des traces principalement dans celui du sud ; mais rien
n'a bougé depuis long-temps. La coupole commence à 5 pieds 10 pouces
au-dessus de la douelle des grands arcs ; elle est percée de quatre fenêtres qui se trouvent juste sur les panaches et qui ont quelques vieilles
crevasses dans leur cintre. La galerie qui sert de base à cette coupole a
2 pieds 6 pouces de largeur. La hauteur totale de l'ensemble, au-dessus
du pavé, est de 84 pieds et quelques pouces sous clef.
Quant aux quatre piliers que nous venons de décrire , il est évident
qu'ils ont été autrefois de moindre grosseur , et que , à une époque postérieure de beaucoup à leur construction première , ils ont été repris
en sous -œuvre et considérablement fortifiés tant dans leur intérieur
qu'au dehors. Les preuves de ce second travail résultent des observations suivantes :
Premièrement , ces piliers ne s'accordent point avec ceux des extré
DE VÉSONE.
355
mités des branches de la croix , et ils laissent entre eux beaucoup
moins d'espace que ces derniers , qui pourtant devraient être sur la
même ligne (i).
Secondement , les faces de ces piliers ne sont point parallèles et perpendiculaires les unes aux autres ; elles sont au contraire un peu de
travers dans presque toutes leurs parties.
Troisièmement , les passages de ces mêmes piliers sont plus hauts et
beaucoup moins larges que les arcades des autres piliers, et ces diverses
percées ne s'accordent point comme elles devraient le faire si elles eussent été pratiquées à la même époque.
Quatrièmement , la construction de ces piliers est entièrement différente de celle des autres, puisque elle est en grosses et en petites assises
régulièrement entre-mêlées , et placées de manière que les unes sont en
délit et que les autres se trouvent dans leur lit de pose.
Cinquièmement, les grands arcs naissent fortement en retraite sur les
piliers du centre, tandis qu'il en est autrement sur ceux des extrémités.
Sixièmement enfin , le haut de ces piliers du centre offre deux constructions bien distinctes , dont l'une est enveloppée dans l'autre , ce qui
fournit une preuve à laquelle on ne peut rien opposer.
Intérieur de la basilique : ensemble du plan. — Les deux piliers de
Fextrémité de la branche de l'est sont distans l'un de l'autre de 36
pieds 7 pouces (2) ; ceux de l'extrémité de la branche de l'ouest le sont
de 37 pieds. Or, si l'on tire une ligne droite entre les deux premiers,
sur leur parement de l'ouest , qu'on en tire une seconde dans l'intervalle des deux autres , vers leur milieu , et qu'on en fasse passer une
troisième qui coupe par égales portions les deux premières, celle-ci
se dirigera de l'est-quart-nord-est à l'ouest-quart-sud-ouest , du moins à
2 degrés près ; c'est-à-dire que Taxe principal de la basilique n'est point
véritablement de l'ouest à l'est, mais qu'il décline de 12 degrés et quelques minutes vers le nord.
(1) Les deux piliers qui sont contre la porte du Gras sont les seuls qui ne laissent pas plus d'espace entre
eux que ceux du centre. Nous reviendrons sur cette particularité. Voyez le chap. X.
(2) Cette distance ne paraît être que de 36 pieds 3 pouces 9 lignes ; mais il ne faut pas perdre de vue
<pe le pilier du sud a été repris en sous-œuvre et renforcé dans un de ses angles.
356
ANTIQUITÉS
Au surplus , comme les quatre piliers du centre ne sont pas également
éloignés de cette ligne , que le parement de chacun de ces piliers n'en
est même pas à égale distance dans toutes ses parties, et qu'il en est de
même des gros murs, voici la position de chaque objet en particulier :
COTÉ nu NORD.
Du pilier de l'extrémité de la branche
COTÉ DU SUD.
Du pilier de l'extrémité de la branche
r. r.
18 3
34 2
6
De ce même mur , contre le 4. e pilier
De ce même mur, contre le 2. e pilier
Du 2. c pilier du centre, angle sud-est.
Du même pilier, angle sud -ouest. . .
Du r. cr pilier du centre, angle sud-est.
Du même pilier, angle sud-ouest. . . .
3a
33 10
16 8
16 8
16
M
33
7
3
9
8
5
Du 4-° pih du centre, angle nord-est.
Du même pilier , angle nord-ouest. . .
Du 3. e pil. du centre , angle nord-est.
17 10
Du même pilier, angle nord-ouest. . .
17 6
34 n
Ì7
r7
4
De ce même mur , contre le pilier de
De ce pilier de l'extrémité de l'ouest. .
r. p.
18 3
32 1 1
9
6
De ce même mur , contre le pilier de
35
18
3
O
4
9
33
18
De ce pilier de l'extrémité de l'ouest. .
5
4
La largeur intérieure de la porte du nord de la basilique est de 8
pieds io pouces, et celle de la porte du sud est de 8 pieds 8 pouces
ou environ, contre la feuillure. Or, si par le milieu de ces deux lignes
on- tire un second axe, il ne sera pas absolument perpendiculaire au
premier, il s'en faudra d'un degré; c'est-à-dire qu'il ne s'éloignera que
de n degrés et quelques minutes du nord vrai, et on aura pour distances de chaque côté :
COTÉ DE L'OUEST.
COTÉ DE L'EST.
Pour la moitié de l'intérieur de la porte
r.
p.
Pour la moitié de l'intérieur de la porte
4 4
18 '5>
34
8
33
Du même pilier, angle nord-ouest. . .
9
9
3
9
16 10
4
Du 3. e pilier du centre, angle sud-est.
Du même pilier, angle nord-est. . . .
Du i. cr pil. du centre, angle sud-est. .
16
9
3
Du même pilier , angle nord-est. . . :
9
1
17
16
33
34 10
17 6
17
18
9
17
34
8
6
De ce même mur , contre le pilier de
De ce même mur, contre le pilier de
De ce pilier de l'extrémité du nord . .
Pour la moitié de l'intér. de la porte.
r.
4 4
18 "4
34 4
De ce même mur, contre le 3. c pilier
De ce même mur, contre le 4- e pil- du
Du 4. e pil. du centré, angle sud-ouest.
Du même pilier, angle nord-ouest. . .
Du 2. c pil. du centre, angle sud-ouest.
r.
.
6
De ce pilier de l'extrémité du nord. .
33 10
17 2
4 10
Pour la moitié de l'intér. de la porte.
4 , 4
33 10
16 10
4
(1) Et à partir du fond de l'arcade, comme à l'ordinaire.
(*) Si la dernière arcade n'était pas pins profonde que les autres, on aurait seulement ici : 34 piods 9 p.
, DE VESONE.
35
7
II résulte de ce que nous venons de dire , et principalement des deux
tableaux , que le plan de l'édifice est peu régulier , du moins dans son
intérieur , où tout est de travers , et où se trouvent les diverses largeurs
suivantes :
Contre les piliers de l'extrémité de l'est.
Contre les 2. c et 4- c piliers du centre.
Contre les i. cr et 3.° piliers du centre.
Contre les pil. de l'extrém. de l'ouest.
67
1
»
66
68
68
3
3
8
»
»
>>
Contre les piliers de l'extrémité du sud.
Contre les 4« e et 3.° piliers du centre.
Contre les 2. e et i. er piliers du centre.
Contre les pil. de rextrémilé du nord.
69
«
>>
68
68
67
8
3
8
»
»
»
C'est surtout à l'angle rentrant du sud -est et dans la croisette de
l'ouest que l'on trouve les principales irrégularités : nous y reviendrons
plus tard (i). II suffit maintenant de faire remarquer que lorsque les
voûtes ont été construites, on a cherché autant que possible à reprendre la symétrie , et que c'est dans cet objet qu'on a évité de mettre en
retraite la naissance du grand arc sur le pilier du nord-est de la croisette de l'est , de même que sur le pilier du sud -ouest de la croisette
de l'ouest.
Nous devons ajouter, avant de terminer cet article, que le rond-point
de l'est n'est point perpendiculaire à l'ensemble de l'édifice ; que son axe
particulier ne décline que de 10 degrés vers le nord; qu'il passe, en
se prolongeant jusqu'à l'entrée du choeur, à i pied 6 pouces au nord
de Taxe de la basilique , tandis que ce dernier va donner au quart de
la baie de la fenêtre qui est à l'extrémité des constructions ; et on conçoit que c'est au moyen de cette disposition , dont le motif sera connu
plus tard (2), que la grande arcade de l'autel se trouve d'inégale épaisseur des deux côtés.
ARTICLE 4- — Des trois chapelles qui dépendent immédiatement de
la basilique.
Trois chapelles dépendaient immédiatement de la basilique , ^t faisaient partie de son plan ; toutes les trois étaient sans doute en forme de
(0 Voyez le chap. X.
(a) Voyez ibid.
TOM. II.
46
358
ANTIQUITÉS
ronds-points. Deux de ces chapelles sont encore subsistantes : l'une est à
l'extrémité de la branche de l'est, l'autre est à l'est de la branche du
sud. Quant à celle qui a été détruite, elle était à l'est de la branche du
nord, et c'est par cette dernière que. nous allons commencer.
Chapelle de la branche du nord. — Une chapelle en rond-point étant
ajoutée à la branche du sud, nécessairement il devait y en avoir une de
même forme à la branche du nord ; sans doute elle fut détruite lorsqu'on
jeta les fondemens de la nouvelle église de Sainte-Anne, c'est-à-dire dans
les commencemens du seizième siècle.
L'existence de cette ancienne chapelle n'est point douteuse ; s'il en fallait d'autres preuves que les lois de la symétrie , nous pourrions ajouter
que la grande arcade qui se trouve de ce côté , et qui , comme nous avons
vu, est ornée de pieds-droits saillans et de colonnes, ôterait toute incertitude , et cela d'autant mieux que l'ouverture de cette même arcade est
encore parfaitement apparente au dehors, où les voussoirs offrent un arrachement qui annonce que la voûte continuait.
Ce n'est que lorsqu'on a construit la nouvelle chapelle que la grande
arcade dont nous venons de parler a été murée. On croyait sans doute
cette dernière opération nécessaire , soit pour pallier le défaut de symétrie, soit pour mieux séparer l'église de Sainte-Anne de la cathédrale (i).
Mais à quelle époque la vieille chapelle dont il s'agit ici avait-elle
été fondée ? Etait-elle aussi ancienne que la basilique ? Les nouvelles constructions ont fait disparaître les indices qui auraient pu nous fixer à cet
égard; elles pénètrent le gros mur dans toute son épaisseur, et ne nous
permettent plus de distinguer les anciennes liaisons. II est possible que
cette chapelle n'appartenait pas en effet à la première fondation du monument, son arcade semble même l'indiquer; mais s'il en est ainsi, elle
aurait succédé à une construction qui évidemment remontait à cette fondation première : on n'en peut douter lorsqu'on examine le souterrain de
la branche du nord , puisque la voûte de ce souterrain avance de plusieurs
(i)
Cette nouvelle chapelle, dont nons parlerons à l.'art. 3 du chapitre VIII.°, fut commencée sous l'invo-
cation de Saint-Jean-Baptiste, et achevée sous celle de Sainte-Anne, patronne de la ville; mais peu après
elle survit de paroisse , et dans la révolution on en lit (me Salle-Décadaire.
DE VÉSONE.
35
g
pieds hors de l'aplomb du gros mur, qu'elle se termine par un arrachement qui annonce qu'elle avançait davantage , et que cependant elle ne
paraît avoir été refaite dans aucune de ses parties. Au surplus, on pénétrait dans cette ancienne chapelle, non -seulement par la grande arcade,
mais aussi par une petite porte latérale qu'on remarque encore dans le
gros mur de la branche de l'est, et dont nous avons donné les dimensions (i).
Chapelle de la branche du sud. — La chapelle de la branche du sud est
adaptée au mur de l'est, et elle est en rond-point ou abside; sa largeur intérieure est de 19 pieds 6 pouces , et sa longueur de l'est à l'ouest est de 17
pieds 3 pouces, non compris l'épaisseur de l'arcade d'entrée, qui, comme
on a vu, est de 1 pied 10 pouces.
Le sol de cette chapelle s'élève au-dessus du pavé de l'église de 1 pied
7 pouces ou environ ; sa voûte a la même hauteur que l'arcade , et elle
se termine en cul-de-four ; son pourtour est orné de deux rangs de colonnes placés l'un sur l'autre ; ces colonnes sont au nombre de huit à
chaque rang ; elles sont d'ordre corinthien et de fort mauvais goût ; chacun de ces rangs a une espèce de couronnement en arcades. "
Les colonnes du bas portent sur une espèce de socle continu, dont la
hauteur , au-dessus du pavé de la chapelle , est de 1 1 pouces ; leur élévation particulière est de 10 pieds. Au-dessus des arcades qui forment leur
couronnement sont les autres colonnes, dont la hauteur est d'environ 6
pieds ; et il est à remarquer que ces dernières ne portent pas très-directement sur les premières , et que les arcades qui leur servent de couronnement se trouvent alternativement en plein cintre et en forme de
trapèze, ce qui produit un effet bizarre : les deux rangs s'élèvent à la hauteur totale d'environ 23 pieds 2 pouces.
L'espacement des colonnes est de 5 pieds et quelques pouces , et entre
la quatrième et la cinquième de ces colonnes est une fenêtre cintrée
qui éclaire l'intérieur de la chapelle. Une porte latérale donne communication de cette chapelle à l'intérieur de la branche de l'est du principal
(t)
Voyez pag. 32g.
\
36o
ANTIQUITÉS
monument ; sa largeur est de 2 pieds 4 pouces ; sa hauteur est de 6
pieds 3 pouces. Au surplus , il est essentiel de remarquer que cette porte
ne remonte pas à une époque très -reculée, et que lorsqu'on l'a ouverte,
on a été obligé de supprimer une espèce de petite chapelle qui se trouvait dans l'épaisseur des constructions (1).
Les pilastres qui décorent l'arcade d'entrée ont tous , comme on a déjà
vu, 1 pied 10 pouces de large, sur 1 pied 1 pouce 6 lignes de saillie,
et leur hauteur est de 24 pieds 9 pouces 6 lignes au-dessus du pavé
de l'église.
Les assises de ces pilastres se lient et sont parfaitement coordonnées
avec celles du couronnement que supportent les premières colonnes ; et
comme ce couronnement n'est point plaqué contre le mur de pourtour, il
est évident que le tout appartient à la même époque. D'un autre côté , ces
mêmes pilastres sont encastrés dans les pieds-droits de la grande arcade ;
la manière dont les deux masses se trouvent liées ne laisse aucun doute
à cet égard : d'où il résulte que la construction de la chapelle est postérieure à celle de la basilique. C'est sans doute lorsque cette chapelle a été
élevée qu'on a fait disparaître les colonnes qui durent orner jadis les
côtés de la grande arcade comme à la branche du nord.
L'extérieur de la chapelle que nous venons de décrire , donne dans le
jardin des religieuses de la Visitation; et comme le sol de ce jardin est à
un niveau très-inférieur à celui du pavé de la basilique , il en résulte que
le mur de pourtour s'y présente sur une assez forte hauteur. Dans le bas,
ce mur a même une épaisseur considérable ; car , au sud , elle est d'environ 3 pieds 6 pouces , et au "nord elle est de 4 pieds 4 pouces. Jusqu'à la
hauteur d'environ 16 pieds, ce mur est construit en moellons bruts assez
irrégulièrement posés , et dans cette partie on voit les restes d'une vieille
baie en forme d'arcade ; cette baie se trouve fermée en petites pierres placées un peu grossièrement en assises. Une petite fenêtre est maintenant
la seule ouverture qui se montre de ce côté.
La baie en arcade dont nous venons de parler, n'est pas juste au cen(1) Cette petite chapelle se terminait aussi en ahsicle , et sa voûte est encore décorée de vieilles peintures,
dont le principal sujet est le Père-Éternel. L'arcade feinte qui est à côté du gros pilier, et qui autrefois était
ouverte , lui servait d'entrée.
DE
VÉSONE.
•
36i
tre des constructions actuelles, elle tourne un peu vers le nord, et à son
côté du sud on voit un reste de mur dont la direction était du nord-ouest
au sud-est, et qui semble avoir été élevé quelques années plus tard, quoique ses pierres soient d'une hauteur considérable. Un sécond mur s'étendait suivant la ligne de l'arcade ; il se dirigeait vers la branche de l'est
de la basilique ; mais ce qui subsiste de ce dernier paraît remonter à
l'époque du mur circulaire, avec lequel il ne fait qu'une seule et même
masse. Une porte carrée est tout-à-fait dans le bas de ces -constructions
et au-dessous de la vieille arcade ; son seuil est de trois ou quatre pieds
moins élevé que le sol du jardin.
Au surplus, la masse brute que nous venons de décrire ne s'élève,
comme nous avons dit, qu'à la hauteur d'environ 16 pieds. Plus haut, et
de quelques pouces en retraite, ce sont de petites pierres carrées disposées en assises assez régulières : c'est une autre manière de bâtir, et elle
remonte évidemment à l'époque où la chapelle actuelle fut élevée. A cette
hauteur, le mur est assez régulier dans tout son pourtour, et il est renforcé d'éperons ou espèces de pilastres d'environ i pied 2 pouces de large
sur 6 ou 7 pouces de saillie. Ces pilastres sont à une assez forte distance
entre eux, et toute cette petite ordonnance est couronnée d'une espèce
d'entablement composé de consoles de forme insolite , et de dalles qui
tiennent lieu d'une véritable corniche. Dans l'intérieur du bas de ces
constructions est un caveau de sépulture ; nous n'avons pu encore y pénétrer (i); il ne paraît pas avoir d'autre issue que la porte dont nous
avons parlé.
Au-dessus de ce caveau , et à un niveau supérieur de quelques pieds au
sol du jardin contigu, est un second caveau dont la voûte soutient le
pavé de la chapelle. La largeur de ce bas étage est de 12 pieds 4 pouces;
sa longueur est à peu de chose près la même que celle du rond-point supérieur; il se termine de même en rond-point du côté de l'est ; et du côté
de l'ouest, il se prolonge, comme nous avons dit, de 12 pieds et quelques
pouces sous la basilique : c'est-à-dire que sa longueur totale est d'environ
3o pieds (2). Dans la partie qui se trouve sous la basilique sont deux portes
(1) C'est le caveau de sépulture des religieuses.
(2) Voyez pag. 270 et 274.
\
36a
ANTIQUITÉS
latérales au moyen desquelles on pénètre clans ce bas étage; nous en avons
parlé , ainsi que des deux petits caveaux auxquels elles communiquent et
que l'on voit sur les côtés. Celui de ces caveaux qui est au nord a son entrée à l'est, dans une espèce dè corridor qui se prolonge autant que le
rond-point; l'autre a la sienne dans la même direction, sous une voûte
dépendante d'un corps de bâtiment des religieuses.
Dans le premier de ces deux caveaux , le mur de séparation où se trouvait l'entrée a presque entièrement disparu; seulement on distingue quelques vestiges des montans de la porte. La longueur de ce caveau est,
comme on a vu, de 12 pieds 6 pouces, et sa largeur du nord au sud
est de 8 pieds 10 pouces, excepté du côté de l'entrée où elle n'est que
de 6 pieds 10 pouces. Le mur de séparation entre ce même caveau et
celui du milieu est de l'épaisseur de 2 pieds ; mais à partir de la porte de
communication il a 4 pieds 4 pouces , et cette épaisseur continue entre
le corridor et le reste du grand caveau : par cela même, la largeur du
corridor se trouve réduite à 6 pieds 10 pouces, et elle devient moindre
de 1 pied 2 pouces, à 7 pieds plus loin vers le levant. Au surplus, ce corridor ne fait point partie des constructions de la chapelle en rond-point,
mais il occupe tout l'intervalle compris entre ces constructions et la branche de l'est de la basilique ; et une chose que l'on doit remarquer , c'est
que la voûte du caveau se prolonge jusqu'au commencement de la partie
la plus étroite du corridor, porte d'un côté sur le mur de l'église, et annonce avoir été faite d'un seul jet. Le reste paraît remonter à une époque postérieure ; la voûte en est moins élevée , et elle porte sur un contre-mur fait dans cet objet. La longueur totale du corridor est d'environ
19 pieds 6 pouces.
Le second caveau , c'est-à-dire celui qui est au sud , a 1 1 pieds de long
sur 9 pieds 6 pouces de large ; il est séparé du caveau du milieu par un
mur dont l'épaisseur est de 2 pieds ; sa porte d'entrée a 3 pieds de large
sur environ 7 pieds de hauteur ; elle est à 3 pieds 2 pouces de la paroi
du sud, et son montant, de ce côté, n'a que 1 pied 7 pouces d'épaisseur,
tandis qu'il a presque le double vers le nord. Cette porte donne dans
une espèce de vestibule assez ancien , mais qui n'offre rien de remarquable. Dans ce vestibule , le mur du rondípoint n'a guère que 3 pieds 6
pouces d'épaisseur.
DE VÉSONE.
363
Tels sont les caveaux de la chapelle que nous venons de décrire : ils
consistent en un bas caveau que nous n'avons pu voir, et en trois caveaux supérieurs, dont un seul appartient véritablement au rond-point ;
les deux autres se trouvant à côté , immédiatement sous la basilique , et
ne saillant au dehors que par des espèces de couloirs. Les voûtes de ces
caveaux s'élèvent de ia à i3 pieds; elles sont construites en moellons
bruts, de même que tous les côtés, excepté les montans des portes, dont
quelques-uns sont formés d'une seule pierre placée debout, et quelques
grosses pierres qu'on a employées dans un des murs du caveau du sud (i).
Au reste, il y a cela de très-remarquable dans ce bas étage, que la voûte
du grand caveau, de même que celle du caveau du nord , a été faite d'un
seul jet, tant sous la basilique qu'au dehors : d'où l'on doit tirer la conséquence, que le bas du rond-point a été construit en même temps que
cette basilique , et a fait partie du plan primitif de l'édifice ; ce qui sans
doute n'étonnera pas si l'on considère que la chapelle actuelle annonce
une époque très-reculée , et que cependant elle diffère essentiellement
des constructions du dessous.
Chapelle de la branche de l'est. ■— La chapelle de la branche de l'est est
adaptée à l'extrémité de cette branche , et elle augmente ainsi la longueur
de la basilique, du couchant au levant; elle est en rond-point alongé, et
forme un arrière-chœur, depuis que le principal autel a été placé sous
l'arcade qui lui sert d'entrée.
La largeur de cette chapelle est de 28 pieds 5 pouces, et sa longueur
de 45 pieds 4 pouces, non compris l'épaisseur de l'arcade, qui est de 16
pieds 2 pouces 6 lignes au nord, et de i5 pieds 8 pouces vers le sud; son
architecture est gothique, et annonce le faire du i4- e siècle (2).
Le parallélogramme que forme la principale partie de cette chapelle a
32 pieds de long; il est orné de chaque côté de deux espèces de pilastres
ou nervures carrées et.toronnées : la première tient à l'arcade et semble
en faire partie ; la seconde est distante de la première de 1 8 pieds et quel-
(t) Une des portes latérales a pour montant, d'un côté, une pierre debout de 5 pieds 2 pouces de hauteur. Quant aux grosses pierres crue l'on voit dans le mur du caveau, elles sont du côté du sud, où elles forment plusieurs assises dont la hauteur est de 2 pieds , 1 pied r 1 pouces et 1 pied 7 pouces. .
(■>■) Voyez le chapitre X.
\
564
ANTIQUITÉS
(|ues lignes, et dans Tintervalle est une fenêtre. La première nervure a i
pied -et quelques pouces de large , la seconde a i pieds ; et à i pied 8
pouces de cette dernière , on aperçoit de chaque côté un renfoncement
de 7 pieds de profondeur sur 9 pieds et quelques pouces de largeur dans
le fond. Celui qui est vers le sud est éclairé par une fenêtre , l'autre communique avec la sacristie des chanoines, qui paraît avoir été construite ;'i
la même époque. L'arcade qui forme l'entrée de ces renfoncemens a 8
pieds un pouce et quelques lignes de large.
La courbe du rond-point commence à 1 pied 3 pouces plus loin ; sa
naissance est dans une nervure triangulaire et toronnée; et comme deux^
autres nervures se trouvent de chaque côté , la partie curviligne de la
chapelle est ornée de 6 nervures de même genre, entre lesquelles 5 fenêtres , décorées de rosasses , ont été ménagées. Du milieu de la première
nervure au milieu de la seconde on trouve g pieds 1 pouce 6 lignes; de
la seconde à la troisième , 7 pieds 9 pouces 6 lignes ; les deux dernières
sont distantes de 8 pieds ; toutes vont se réunir à un seul point de la
voûte où elles se terminent en cul-de-lampe. Tel est l'intérieur de ce petit
édifice, qui, s'il n'offre rien de très -recherché, du moins ne manque
ni de quelque pureté dans les détails , ni d'une certaine élégance dans
son ensemble ; quant à son extérieur , il est orné de douze éperons qui
lui servent de contreforts.
nous resterait à parler du bas étage, mais nous n'avons pu en découvrir l'entrée. Vainement nous l'avons cherchée au dehors, dans les maisons particulières qui entourent la chapelle de toutes parts ; elle était
sans doute dans l'intérieur ; et comme le pavé a été élevé de plusieurs
pieds (1), on ne peut savoir maintenant dans quel endroit elle se trouvait
11
placée.
Quoi qu'il en soit, on ne peut douter qu'il n'existe un vaste caveau
sous la chapelle de l'est , car la déclivité du sol exigeait la construction
d'une voûte dans cette partie, et on en a reconnu l'extrados (2).
(r) Lorsqu'on a placé le grand autel actuel, on a exhaussé le sol de cette chapelle. Auparavant il fallait
descendre plusieurs marches pour y arriver.
(2) On l'a trouvée lorsqu'on a établi les fondemens de l'atitel.
I
DE VÉSONE.
365
Si nous avions pu y pénétrer peut-être aurions-nous découvert quelques restes de constructions antérieures à la chapelle actuelle; car nécessairement il existait un rond-point à cette extrémité de la croix , et il
appartenait au plan primitif de l'édifice. La manière dont- la branche de
l'est est terminée , la large porte dont on distingue les traces dans le petit
avant-corps qui est du côté du nord , les anciennes colonnes qui formaient
la grande arcade , et enfin l'usage où étaient les chrétiens , à ces époques
reculées , d'orner d'absides la plupart de leurs basiliques , ne permettent
aucun doute à cet égard.
Au reste , on a déjà vu que l'arcade qui sépare la chapelle de l'est du
corps de la basilique a été refaite dans les temps modernes;. et non-seulement on aperçoit, du côté de l'ouest, la liaison de cette nouvelle construction, mais on la remarque aussi dans l'intérieur de l'arcade, à quelques pouces des premières nervures dont nous avons parlé. Nous ajouterons que la voûte de cette arcade n'a point été chargée comme celle
de la chapelle , que ses voussoirs sont à découvert , et que c'est là que
nous avons retrouvé quelques tambours des colonnes qui ornèrent l'intérieur de l'édifice de ce côté.
ARTICLE 5. — De la partie supérieure des combles.
Nous avons dit que toutes les voûtes étaient en pierres de taille , excepté les coupoles, qui sont en petits moellons posés à bain de mortier;
nous n'y reviendrons point : il s'agit seulement de leur extérieur, et des
divers genres de toitures qu'on y a successivement employés.
Première toiture. — D'abord ce furent des dalles de pierre qui formèrent la couverture dans son entier; et partout où le dos et les reins des
voûtes ne sont pas obstrués par les décombres on voit encore ces dalles
à leur place (i); elles ont environ 10 pouces d'épaisseur, et elles sont disposées en rang, suivant la direction de chaque berceau. Au surplus, elles
se trouvent placées de manière que les joints d'un rang ne s'accordent
(i) Ces décombres se composent de débris de tuiles, de plâtras, etc.; ils s'élèvent presque partout de
plusieurs pieds.
TOM. II.
47
566
ANTIQUITÉS
jamais avec ceux du rang qui est au-dessous, et que leur ensemble représente partout de véritables escaliers à girons rampans.
Les coupoles s'élèvent au-dessus du tout ; chacune offre à l'extérieur
un tambour et une calotte. Le tambour commence par un fort empâtement disposé en retraite à chaque assise; il diminue de diamètre à deux
ou trois hauteurs différentes, et la petite assise qui précède chaque retraite est un peu en saillie sur celle qui est immédiatement au-dessus.
Au surplus, ce tambour est fortifié par des espèces d'éperons de i pied
de large sur 10 pouces de saillie. Ces éperons sont au nombre de 16 à
quelques coupoles et il y en a 20 aux autres. L'ordonnance se termine
par un bandeau carré qui sert de corniche, et qui est soutenu par des
consoles qui n'ont reçu aucune espèce d'ornement. Le tout est construit
en pierres de taille dont les assises , régulièrement entremêlées , sont de 1
pied 2 pouces et de 7 pouces de hauteur; c'est-à-dire que les unes sont
en délit et les autres dans leur lit de pose; toutes sont fortement liées
avec le blocage dont l'intrados de la voûte se trouve formé.
La calotte de chaque coupole était recouverte de dalles comme le
reste de l'édifice , et au sommet de chaque calotte était placé , en guise
de lanterne, une espèce de cippe en pierre (1). Le diamètre extérieur
des tambours est d'environ [\i pieds , leur hauteur est de 8 pieds , et celle
du tambour et de la calotte était de 26 pieds ou environ. La seule coupole
du centre était un peu plus haute ; on le voit surtout à son tambour , qui
a plus de 1 1 pieds (2) , et probablement elle fut surmontée d'une véritable
lanterne ou d'une croix ; mais cet acrotère et la sommité de toutes les
coupoles ont entièrement disparu.
Les huit piliers des angles saillans du plan furent aussi nécessairement
surmontés d'une voûte en pierres ; et de cette disposition il résultait
huit petites pyramides qu'on a fait disparaître , mais qui ne pouvaient être
recouvertes qu'en dalles. L'existence de ces pyramides ne saurait être douteuse, si l'on fait attention que les piliers des angles rentrans sont voûtés
(1) On le voit encore dans quelques tableaux.
(2) Non-compris la corniche.
DE VÉSONE.
S6?
même assez bas (i), tandis que l'intérieur des autres monte à un niveau
supérieur, qu'il est à découvert, qu'il présente une naissance de voûte
et un arrachement qu'on ne peut méconnaître.
Ainsi , la partie supérieure de notre basilique présentait dans son plan
primitif un ensemble de cinq coupoles ou petits dômes et de huit pyramides. Le tout était couvert de pierres ; le bois et le fer n'y entraient
pour rien.
Seconde toiture. — Bientôt après la construction des voûtes , les piliers
durent se for jeter : ils étaient mal construits (2) ; leur tassement dut être
considérable , et alors nécessairement des lézardes se montrèrent de toutes
parts dans les combles, comme déjà nous l'avons fait remarquer en signalant les nombreux jarets qui défigurent presque tous les grands arcs dans
leur intrados. C'est à cette époque qu'on reprit en sous-oeuvre les piliers
du centre; et comme sans doute l'eau pénétrait, par les crevasses, dans les
reins de presque toutes les voûtes, que d'ailleurs, quelque bonne que
soit la pierre des environs de Périgueux, elle est un peu sujette aux
gelées , on fut forcé d'employer la tuile pour mettre la nouvelle basilique
à l'abri de l'intempérie des saisons. Au reste, il ne paraît pas qu'on ait
d'abord construit une charpente pour établir cette seconde toiture; on se
contenta sans doute, selon l'usage du temps, d'appliquer les tuiles sur
une couche de mortier qui portait immédiatement sur les dalles de
pierre, et d'ajouter quelques bouts de chevrons dans les endroits les plus
bas , pour que l'ensemble offrît moins d'irrégularités. II existe quelques
traces de ce second genre de couverture, et sans les décombres on en
verrait probablement davantage.
Troisième toiture. — Plus tard une charpente entière fut élevée sur l'édifice, et c'est probablement alors qu'on détruisit les petites pyramides
qui nécessairement embarrassaient beaucoup. Cette charpente , avec les
tuiles dont elle était recouverte , ne s'élevait que de 3 ou L\ pieds audessus des dalles de l'extrados des grands arcs; on en voit la preuve à
l'extérieur des coupoles , où se trouvent encore des enduits de mortier/
(1) Ces piliers des angles rentraus ne pouvaient pas se terminer en pyramides. U'ailleurs on était obligé
de les voûter bas , parce cpie les principaux courans d'eau de pluie devaient s'établir au-dessus.
(2) Voyez le chapitre X.
568
ANTIQUITÉS
Au surplus , les coupoles n'éprouvèrent alors aucun changement ; elles
restèrent recouvertes avec de grandes tuiles appliquées à bain de mortier sur la calotte ; on en voit encore les traces.
Quatrième et dernière toiture. ■—• Le quatrième genre de couverture est
celui qui existe maintenant; il consiste en une toiture basse qui ne
porte que sur les grands arcs des côtés , et en une toiture haute qui recouvre à la fois les cinq coupoles. La première commence sur les murs
extérieurs de la basilique ; la seconde porte sur un parpaing de 10 pouces
d'épaisseur , et elle s'élève de 9 pieds sur la première ; son faîte est à environ 10 pieds au-dessus des coupoles. L'une est en tuiles creuses, et sa
charpente , mal prise dans son ensemble , mal exécutée dans ses détails ,
renferme quelques vieux débris ; l'autre est en ardoise , son faîte et ses
arêtiers sont couverts de plomb laminé , sa charpente est légère et parfaitement exécutée dans toutes ses parties. Une lanterne ou campanille,
assez bien disposée, est élevée au centre de la croix; sa hauteur est d'environ 12 pieds au-dessus du faîte.
Toiture des trois chapelles. — Les trois chapelles ont été refaites plusieurs fois ; celle de la branche du sud est même entièrement détruite ,
ainsi nous ne pouvons rien dire de leur première couverture. Néanmoins ,
il est à présumer que ces chapelles ont éprouvé les mêmes changemens
que le corps de l'édifice , et que par conséquent elles durent d'abord être
recouvertes en pierres. Celle de la branche du sud a encore même une
charpente fort basse et absolument dans le genre de la troisième toiture
du monument. .
Telles sont les diverses couvertures successivement employées sur notre
basilique , et il est évident que la première et la dernière sont celles qui
produisent le meilleur effet : l'une par sa masse pittoresque et imposante,,
l'autre par son élégance , sa légèreté , et la forme pyramidale de son ensemble.
Nous terminerons cet article par quelques détails sur les tuiles dont
on trouve des débris au-dessus des combles que nous venons de décrire;
mais, avant tout, nous devons ajouter que ces combles présentent les
traces du plus violent incendie, et que même, dans plusieurs endroits,
les pierres sont profondément éclatées.
r
L
DE VÉSONE.
369
Dans l'immense quantité de ces tuileaux, nous avons remarqué de nomhreux fragmens de tuiles à rebords, dans le genre de celles que les Romains employaient, et cela a dû fixer notre attention d'une manière particulière.
Plusieurs de ces fragmens ont jusqu'à i pouce d'épaisseur ; d'autres
n'ont que i o lignes ; il en est de 8 lig. , de 7 lig. , de 6 lig. , de 5 lig. ,
de 4 hg- et même de 3 lignes. Le rebord des plus épais est ordinairement carré, et large de près de i5 lignes ; aux autres il est peu arèté,
et presque toujours la tuilè est un peu arrondie dans toute sa longueur
sous ce rebord. Les entailles du haut , au lieu d'être faites carrément
comme dans les véritables tuiles romaines , sont coupées en biseau , et
au bas on ne distingue point d'entailles de dessous : le tout est d'un faire
grossier.
Nous ne pouvons donner la mesure de ces diverses espèces de tuiles,
n'ayant pu nous en procurer d'entières ; seulement il nous a paru qu'elles
n'étaient pas toutes de même grandeur , et qu'il en était dont le haut
devait se trouver plus étroit que la partie inférieure. Au surplus, presque toutes ces tuiles , dont la couleur varie du rouge-brun au blanchâtre ,
ont une bonne cuisson , et quelques-unes paraissent avoir été calcinées à
une époque postérieure à leur fabrication.
On trouve aussi , parmi les décombres , des débris de tuiles creuses
fort recourbées , et quelques fragmens de tuiles creuses extrêmement plates et assez larges. Le reste appartient à des tuiles ordinaires : nous n'avons pas à nous en occuper; mais toujours résulte-t-il de notre examen,
qu'une couverture dans le genre des toitures romaines a été 'employée
sur la basilique de Saint-Front , et qu'elle l'était encore , à ce qu'il paraît, lors de l'incendie dont on remarque les traces , puisqu'un grand
nombre de tuileaux de cette espèce ont été calcinés. Elle l'a même été
depuis, puisque des fragmens beaucoup plus minces ne conservent aucune
marque de feu ; d'où l'on peut conclure que certains usages romains
ont pénétré fort avant dans le moyen âge. La chapelle de la branche de
l'est offre encore quelques-unes de ces vieilles tuiles dans leur entier (1) :
(1) Nous n'avons pu y arriver pour en prendre les dimensions.
5 7o
ANTIQUITÉS
on les remarque au bas des cheneaux ; sans doute elles ont bravé les
siècles. Quant à celles dont le haut est plus étroit que le bas , il est évident qu'elles ont été faites exprès pour les coupoles.
ARTICLE 6. — Des constructions modernes de l'intérieur de la basilique ;
de l : orgue ; de la chaire; des autels.
Nous ne dirons que peu de mots des constructions modernes de l'intérieur de la basilique, de même que de l'orgue, de la chaire et des autels. Ces matières n'appartiennent point au plan de notre Ouvrage ; elles
pourraient faire le sujet d'une notice particulière.
Des constructions modernes. — Dans la description que nous venons de
faire des diverses parties de l'édifice , nous avons parlé de quelques réparations peu anciennes, telles que celle de la grande arcade de l'est et
celle des deux portes des branches de la croix : nous n'y reviendrons
point ; seulement nous ferons connaître quelques travaux plus modernes encore, lesquels consistent en deux tambours de portes et en trois
tribunes dont l'architecture est du plus mauvais goût.
Un des tambours est placé à la porte du Gras, l'autre est à celle du
Touin; ils sont l'un et l'autre de même forme et ils ont été faits à la même
époque, c'est-à-dire vers le milieu du i8. e siècle; leur largeur est celle
de l'arcade du milieu du mur et de ses pieds-droits; leur hauteur est d'environ i4 pieds; ils avancent de 8 pieds dans l'intérieur de l'église; ils sont
percés de trois portes, dont une grande, voûtée presque en plein cintre,
au milieu , et deux petites donnant sur les côtés ; leurs angles sont chantournés, et le tout est orné de panneaux comme le seraient des objets de
menuiserie faits à cette époque (i).
Les tribunes sont dans la croisette de l'ouest , où elles avancent autant que les gros piliers. Celle de la branche de l'ouest soutient le buffet
de l'orgue; elle porte la date de 1722; sa largeur est celle cle la branche
(r) Ces tambours , entièrement exécutés en pierre , offrent un exemple des plus ridicules décorations du règne de Louis XV.
DE VÉSONE.
3 i
7
de la croisette; sa hauteur est d'environ 20 pieds; son acrotère est en
balustrade formée de balustres carrés ; le milieu de son sol est voûté ,
le reste est planchéié. Le bas de cette construction est ouvert par trois
arcades , dont celle du milieu est voûtée en anse de panier. La largeur
de celle-ci est de i3 pieds 2 pouces; les deux autres ont 6 pieds 6 pouces.
La première est vis-à-vis de la grande ouverture -du gros mur ; les deux
autres répondent, à quelques pieds près, aux demi- arcades. Les piedsdroits de séparation ont 3 pieds et quelques pouces de large; ils sont ornés
de colonnes d'une espèce de dorique ou toscan de fort mauvais goût. La
seule chose que l'on doive remarquer, c'est que l'arcade latérale qui est
vers le nord n'est qu'à 9 pouces du gros pilier, tandis que celle du sud
est distante de l'autre pilier de près de 1 pieds 4 pouces : cette disposition était nécessaire pour que la nouvelle construction masquât un peu
moins la principale entrée.
La tribune du nord et celle du sud se composent d'une façade en parpaing et d'un simple plancher portant sur ce parpaing et dans le mur de
l'église ; leur hauteur est de 19 pieds et quelques pouces; elles ont pour
acrotère un appui en balustrade comme la tribune que nous venons de
décrire. Le parpaing offre trois arcades à plein cintre : celle du centre
est supportée par deux colonnes mal fuselées et portant sur leur piédestal;
celles des côtés le sont par ces mêmes colonnes et par des pilastres plaqués
contre les gros piliers. Le tout est fort mal agencé, et est évidemment
antérieur de quelques années à la construction qui porte le buffet de l'orgue. La tribune du côté du sud sert pour l'évêché ; l'autre n'a jamais
été achevée.
Du buffet de l'orgue. — Le buffet de l'orgue est d'assez mauvais goût ;
les principaux jeux sont supportés par des cariatides en gaines; au-dessus
du tout sont trois statues en ronde bosse. L'ensemble produit un effet
singulier et mesquin.
De la chaire. —■ La chaire est dans le genre de celle de Saint-Etiennedu-Mont, à Paris ; elle est de même supportée par un Samson , ou plutôt
par un Hercule; mais elle est moins curieuse sous le rapport des ornemens dont elle est décorée. Dans le bas , des enfans groupés deux à deux
soutiennent de petits médaillons où sont sculptés les évangélistes ; à l'appui sont quelques chérubins groupés trois à trois; le dais est supporté par
37a
ANTIQUITÉS
des cariatides en gaines ; le haut du contour de ce dais est orné de pots
à fleurs ; une grande aigrette termine le couronnement. Cette chaire , dont
la hauteur totale est d'environ 20 pieds, provient de l'église des Jésuites,
où elle produisait un très- bel effet; son faire annonce le milieu du 17/
siècle.
Des autels. — "Le, maître autel a été placé où il est maintenant en 1806 ;
il est isolé entre la tête de la croix et le rond-point de l'est; jadis il appartenait à la chartreuse de Vauclaire, où il fut consacré en 1762 (1),
comme le témoignent deux inscriptions.
Cet autel a la forme d'un tombeau ; il est orné d'un rétable richement
travaillé , et il s'élève sur trois marches ; sa largeur est de 1 3 pieds ; sa hauteur , avec les marches et le rétable , est de 6 pieds 9 pouces , non compris la
partie pyramidale du milieu et les deux anges adorateurs qui sont sur les
côtés , et qui , quoique à genoux , s'élèvent de 4 pieds 6 pouces. Ce monument , exécuté en marbre , est orné de compartimens de marbres de
diverses couleurs et dont quelques-uns sont rares : on est fâché seulement d'y trouver ces contours , ces chantournures , ces formes recherchées que les Italiens affectaient dans le i8. e siècle (2), et qui sont si
opposées à la noble simplicité.
Au - dessus , et de quelques pieds en arrière , est un baldaquin doré ,
porté par deux doubles pilastres repliés et dont les fûts sont en marbre.
Ce baldaquin couronne une gloire, au centre de laquelle est l'emblème
de la Sainte-Trinité. Dans le triangle on voit le mot jéhova, écrit en hébreux et estropié (3).
Au surplus , cet ensemble était destiné à être adossé à un mur et à ne
recevoir le jour que par le devant; maintenant il est moins bien: placé,
mais il produit encore un assez bon effet.
(1) On tronve ces inscriptions sur le derrière de l'autel ; elles sont très-mal gravées.
(2) Cet autel fut exécuté à Gênes, ainsi que son baldaquin.
(3) Ce mot est écrit de manière qu'on ne sait si la première lettre et la dernière sont des ïod on des ouaou.
Au surplus les deux hé sont dans le milieu, ce qui fait que le tout ensemble ne signifie rien, puisque au
lieu de ïehoah on aurait ïahhi. Nous ajouterons , pour les personnes qui peuvent l'ignorer , que lehoah
signifie VEtre , c'est-à-dire celui qui est , qui a été , et qui sera. Ce mot vient de haïah être ; R. haouah ,
fuit, ortus est, natus esp.
DE VÉSONE.
37 5
Le grand' autel de bois qui occupe toute la branche de l'est de la croisette du nord, provient, comme la chaire à prêcher, de l'église des Jésuites : c'est un ouvrage immense , qui , vers son centre , s'élève au-dessus
de la petite galerie de communication qui est entre les piliers. L'assomption de la Vierge forme le sujet du contre-rétable. On voit la mère du Sauveur montant au ciel parmi des nuages et des anges, pendant que les onze
apôtres, restés autour de son tombeau, jouissent avec admiration de ce
divin spectacle. Tout ce sujet est sculpté dans une grande arcade. Dans
les deux petites qui sont sur les côtés , un peu en retour et sur un plan
inférieur de quelques pieds, on voit à droite Fange Gabriel, et à gauche
la Vierge ; celle-ci est en prières et reçoit la salutation. L'ange a 5 pieds
6 pouces de haut, la Vierge à plus de 5 pieds.
Les trois arcades sont séparées par des colonnes torses chargées de
fleurs, d'oiseaux, d'animaux, de petits enfans, et d'autres ornemens de
toute espèce. Sur l'arcade du milieu se présente le Père-Éternel, ayant
deux anges à ses côtés : il tend les bras à Marie. Au-dessus - des quatre
colonnes et de leur entablement sont des acrotères soutenant des pots
à fleurs ; le monogramme du Christ , supporté par deux anges , termine
le monument et le couronne.
Tout ce grand travail de sculpture , qu'on dit avoir été exécuté par un
seul Jésuite, paraît être des premières années du \"j. e siècle; il offre un
ensemble assez bien ordonné ; il n'est point sans élégance dans quelquesuns de ses détails , principalement dans les arabesques de ses panneaux ;
mais la plupart des figures manquent de noblesse et de correction ; lc
plan est recherché , les contours, les encadremens sont chantournés d'une
manière peu agréable. Quoi qu'il en soit, c'est un ouvrage assez remarquable pour qu'on doive veiller à sa conservation , et que les connaisseurs puissent le voir avec- quelque intérêt (i).
Les autres autels qui décorent notre basilique ne méritent, sous aucun rapport, de fixer l'attention des curieux, et ils sont pour la plupart disposés de la manière la plus bizarre.
(i) Nous regrettons de ne pouvoir faire connaître le nom du Jésuite qui exécuta ce travail ; mais toutes
les recherches que nous avons pu faire à cet égard ont été inutiles, et la tradition ne nous a été d'aucun
secours.
TOM. II.
48
ANTIQUITÉS
37 4
Dimensions de T Eglise cathédrale de Saint-Front ; mesures et proportions de ses diverses parties.
GRANDES MESURES ET PROPORTIONS GÉNÉRALES. M
LONGUEUR de l'édifìce, dans œuvre, y compris le renfonc. des arcades , mais sans j Du côté du sud.
y comprendre ni les avant-corps de Test, ni le rond-point, ni lc clocher. . . IDu côté du nord
171
169
Longueur moyenne
,
„
TLongueur , hors
d œuvre.
■'
: • • •
( Au sud, env. . .
,
,
An nnríi. env. . .
170
Longueur moyenne.
. .
j An sud i env - •
I Au nord, env. .
181
180
.,
8
su<^ ' enT' "
ì Au nord, env. .
190
19.1
7
»
45
Longueur de ce rond-point , jusques hors d'œuvre, et y compris 4 pieds pour la saillie des éperons. . 5i
LONGUEUR TOTALE de la basilique, dans œuvre, y compris le rond-point : 170. 3 4- r5- n + 45- 4 = Î3 I
LONGUEUR TOTALE , hors d'œuvre : 180. 10 -f- 11. 10 4. 5r. 6 s=
244
LONGUEUR TOTALE, Y coair-Ris LE CLOCHER, environ
282
Longueur, dans œuvre, du nord au sud, y compris le renfoncement des arcades
176
4
6
Longueur, hors d'œuvre, y compris l'avant-corps du Touin
180
(i
>,
G
»
°
.<
•
'
-
• • • •
Longueur, y compris la saillie des gros piliers de l'ouest.
Loncueur
totale , y compris les avant-corps de l'est
6
> J
r
!
f
179
177
178
Longueur intérieure du rond-point de l'est
Hauteur des murs, du niveau du pavé de l'cglise au haut de l'entablement extérieur
5o
Hauteur de ces murs, jusqu'à la toiture
Largeur des frontons , environ
. . .
La hauteur de ces frontons, au-dessus de l'entablement, était d'environ
62
I Pour celui de l'ouest.
54
5a
Longueur des murs de la branche du nord.
38
i5
j Pour celui de l'est .
( Pour celui du nord. .
6
2
»
»
6
2
Pour celui du sud , non compris l'avant-corps. . .
Pour celui de l'est
74
56
55
94
55
56
73
' Pour celui du nord
Pour celui du sud
' Pour celui de l'ouest
47
47
74
»
6
. . .
84
88
»
2
HAUTEUR TOTALE DE L'ÉDIFÌCE, y compris celle de la lanterne, environ. . . .
98
112
»
»
Longueur des murs de la branche du sud. .
[ Pour celui de l'ouest.
Pour celui de l'est. .
Pour celai du sud. .
J Pour celui du nord , non compris l'avant-corps. .
Longueur des murs de la branche de l'est. .
Longueur des murs de la branche de l'ouest.
Hauteur des grands arcs intérieurs, au-dessus du pavé de l'église, environ. .
Hauteur de la naissance des coupoles , au-dessus de ce même pavé , environ.
Hauteur de la naissance de la coupole du centre , environ
Hauteur de l'intérieur de cette coupole , au-dessus du pavé
Hauteur actuelle de toutes les coupoles , jusqu'à la cime de l'extrados.
Hauteur du comble moderne, toujours au-dessus du pavé
»
2
1
3
1
4
1
8
59 " »
63 »
64 6
(1) La difficulté qu'il y a à prendre certaines mesures pourrait nous avoir fait commettre quelques erreurs.
(2) L'avant-corps qui est à l'angle du nord-est au pieds de saillie , tandis que l'autre n'a que 9 pieds 7 pouces
ou environ.
(3) Comme la basilique est entourée de constructions , nous avons été forcés de prendre la largeur de presqnc
tous les murs en haut , ce qui peut avoir causé quelque inexactitude.
(4) Ces coupoles s'élevaient autrefois de 2 ou 3 pieds de plus, non compris leur petit couronnement, qui était
en forme de cippe.
DE VESONE
/ Ces fenêtres sont' au-dessus du pavé de l'église à.
FENETRES BASSES.
j Leur hauteur est de
Leur largeur est de
4
r
Leur distance de l'une à l'autre est de
4
ii
BRANCHE
Les fenêtres hautes sont au-dessus des autres à environ.
DD IfORD ,
La hauteur de celle du milieu est de
ìnur de l'ouest.
Sa largeur est de
| FENETRES HAUTES.
6
La hauteur des deux autres est de
Leur largeur est de. ....
1 1
;
4
Et elles sont de celle du milieu à environ
i GRANDE ARCADE.
BRANCHE
DU IÏORD"~,'
Í
2
4
La grande arcade est de la hauteur d'environ.
,
.
. .
Sa largeur est d'environ
Sa distance de l'angle rentrant est de
35
»
iS
3
6
3
6
u
f Sa hauteur était de
mur de l'est.
FENETRE DU TIXIER.
í Sa largeur est d'environ.
; Les fenêtres hautes sont comme celles du mur de l'ouest.
Excepté où est la porte, ce mur est en saillie par le bas d'environ
\ Sa hauteur est de
GRANDE TORTE.
TETITE FORTE.
BRANCHE
DU NORD ,
I Sa largeur est de.
Í
,
La petite porte est distante de l'autre d'environ. .
.
r
Sa hauteur est de
6
« Sa largeur est de
mur du nord.
.
Elle est au-dessus du pavé de l'église à
,
La fenêtre qúi éclairait l'intérieur du pilier est comme celle du mur de l'est.
f La hauteur de celle du milieu est de
r4
6
Sa largeur est de
FENETRES HAUTES.
La hauteur des deux autres est de
Leur largeur est de
/Deux portes ont été ouvertes au niveau du pavé; celle de la 5.
e
arcade a de haut.
.
I Et sa largeur est de
BRANCHE
DU SUD,
mur de l'ouest.
I
I
FENÊTRES BASSES. . . .
II n'y en a que deux d'ouvertes; elles sont au-dessus du pavé à env.
I Leur hauteur est de
1
[ Leur largeur est de.
f La fenêtre du pilier a éprouvé des changemens ; elle sert de porte ; sa larg. est de. .
\Les fenêtres hautes sont comme celles des murs latéraux de la branche du nord.
BRANCHE
DU SUD,
mur de l'est.
I
Le rond-point occupe en grande partie le bas de ce mur; sa larg. hors d'œuv. est de
On voit à côté le haut des fenêtres basses; la largeur de ces fenêtres était de.
.
.
.
La fenêtre du pilier n'a rien de remarquable ; elle est de l'angle à la distance de.
.
23
»
4
6
3
io
Les fenêt. hautes sont de mêmes dim. que celles des murs latéraux de la hr. du nord.
Elle a de haut
' GRANDE TORTE.
Sa largeur est de.
Sa saillie' est de. .
AVANT-CORrS .
.
Sa largeur est de
,
.
'.
I Sa hauteur est d'environ
[ La fenêtre du pilier de l'est n'a rien de remarquable.
BRANCHE
DU SUD,
FENÊTR. DES TILIERS .
! Celle clu pilier de l'ouest a été dégradée; sa haut, actuelle est de
( Sa largeur est de
mur du sud.
/ Elle est de l'avant-corps à
I FENETRE
MODERNE.
.1.5
10
J Elle est au-dessus du pavé à
j Sa hauteur est de
( Sa largeur est de
-
7
3
Les fen. du haut sont de mêm. dim. que celles du mur du nord de la branche du nord.
(i) On rétrécit dans ce moment la grande porte moderne qui était dessous; elle n'aura plus que 4 pieds
le même que celle du nord.
2 pouces
\
ANTIQUITÉS
376
MESURES PARTICULIÈRES DE L'EXTERIEUR.
/
r-REM. FENETR. BASSES
[ Elles sont au-dessus du pavé de l'église à
Leur hauteur est de
•
Leur largeur, de même que celle des deux, autres, est de.
Elles sont au-dessus du pavé à
Leur hauteur est de
BRANCHE
Elle est au-dessus du pavé à environ
DE L'EST,
Sa hauteur est d'environ
FENETRE DU PILIER.
mur du nord.
Sa largeur est de
Elle est au-dessus du pavé à environ
FEN. DE LAV.-COPRS. Sa hauteur est d'environ
Sa Jargeur est de
i
\ Les fén. hautes sont à peu près comme celles des murs latér. de la branche du nord.
AUTRES FENET. BASSES
BRANCHE
DE L'EST,
mur du sud.
BRANCHE
DE L'EST,
mur de l'est
f Les ouvertures du mnr du sud sont à peu près de mêmes dim. que les ouvertures du
mur du nord , et elles sont disposées de même. Seulement celle du pil. et celle de
l'av.-corps ont éprouvé quelques changemens par l'esfet d'une ancienne restauration.
^L'avant-corps du nord a de saillie
Sa largeur, de même que celle de l'autre, est d'environ. . . .
I Sa hauteur, au-dessus du pavé de l'église, est d'environ. . . ,
| AVANT-CORPS . . .... | Sa senêt. est au même niv. que celle d'à-còté ; elle a de haut env.
I Et de large.
.. .*'.
L'avant-corps du sud a de saillie environ
i Sa senêt. de l'est est à peu près comme celle de l'autre av.-corps.
| L'intervalle entre les deux avant-corps est occupé par le rond-point , et il est de.
/ Cel. du mil. comm. à tpiedplus haut que les autres; sa haut, est de
I Sa largeur est de.
FENETRES HAUTES
' j La hauteur des deux autres est de.
' Leur largeur est de
Î
BRANCHE
DE L'OUEST ,
mur du nord.
Jusqu'à la chapelle le mur est sortiílé par le bas de près de.
Ce renforcem. s'élève au-dessus du niv. du pavé de l'cgl. dVnv.
Plus haut le renforcement n'a plus que
Le reste du bas du mur est dans la chapelle, et on y voit trois ouvertures (i)
La i *° de ces ouvertures donne dans un caveau; sa haut, est de
Sa largeur est de.
La 2. e est de la première à
Elle comm. à i pied pins bas que la T. re ; et sa hauteur est de
rORTES DU BAS
Sa largeur est de.
La 3. e est de la seconde à
, .
Sa hauteur est de
Sa largeur est de
Les fenêtres du bas sont au-dessus du niveau du pavé à. . . .
Leur hauteur est de. . . . .
FENETRES BASSES. . .
Leur largeur est de
La haut, extér. de celles qui se trouvent dans le renf. est d'env.
j La fenêtre du pilier est de la hauteur de
FENETRE DU PILIER. .
I Sa largeur est de
(I
Í
Les fenêtres hautes n'ont rien de remarquable ; seulement celle qui est vers l'ouest
est plus petite que l'autre.
BRANCHE
DE L'OUEST,
mur du sud.
/ Les deux les plus près du pil. du centre étaient de la larg. d'env.
| Les deux autres avaient
,
' j Celte du pilier avait
I La haut, de toutes ces fen. était à peu près comme du côté opposé.
^Les fenêtres hautes n'avaient rien de remarquable.
FENETRES BASSES.
Le mur de l'ouest est renforcé sur les côtés par des contreforts saillans de quelques pieds, et sa partie
du milieu est cachée par la base du clocher, dont la largeur est de
(i) Celle de ces ouvertures qúi commence le plus bas est à 3 pieds ro pouces au-dessus du niveau du pavé de
l'église; elle servait encore, il y a deux ou trots siècles, de porte de communication. La troisième a servi également
Me porte, mais à une époque fort antérieure.
L
DE VESONE.
I. er PILIER DU CENT.
(angle nord-ouest.)
2. e
'Le pilier du nord-ouest est en saillie sur le mur de la branche de l'ouest de
T si
IO
i II
•r
si
IO
l'est sur celui de la branche du nord de
| Sa hauteur est de.
!
PILIER DU CENT,
Ses arcades s'élèvent de.
,
5
5
f Le pilier du nord-est est en saillie sur le mur de la branche de l'est de.
17
3
i II l'est
16
T
sur celui de la branche du nord de
| Ses arcades s'élèvent de
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i II l'est sur celui de la branche du sud de
| Sa hauteur est de
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pilier du sud-est est en saillie sur le mur de la branche de l'est de.
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pilier du sud-est.
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' Ce pilier est en saillie sur le mur de l'ouest de
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II l'est sur celui du nord de
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' Celle du sud est de la largeur de.
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1 L'autre a. . . .
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II l'est sur celui du sud de
16
Sa hauteur est de
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CROISETTE
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Et de la largeur d'environ
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CROISETTE
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OBSERVATIONS.
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' Celle qui se dirige de l'ouest à l'est est de la largeur de
pilier du nord-ouest.
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(angle sud-est. )
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f Le pilier du sud-ouest est en saillie sur le mur de la branche de l'ouest de
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L'autre a.
i L'autre a
(angle sud-ouest.)
26
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f Celle qui se dirige de l'ouest à l'est est de la largeur de
3, e PILIER DU CENT.
40
Celle qui se dirige de l'ouest à l'est est de la largeur de
| Sa hauteur est de. .
(angle nord-est. )
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1 Ce pilier est en saillie sur le mur de l'est de.
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i Ses arcades s'élèvent de
23
6
' Celle du nord est de la largeur de
6
11
1 L'autre a.
6
10
(r) Aune certaine hauteur l'arcade étant plus profonde le pilier se trouve avoir environ 17 pieds 10 pouces.
(?■) On ne doit pas perdre de vue que nous prenons la saillie des piliers à partir du fond des arcades.
(3) A une certaine hauteur la façade du pilier est de 17 pieds;
3
9
9
6
3
6
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ANTIQUITÉS
378
MESURES ESSENTIELLES DE LTNTÉRIEUR.
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Ce pilier est en saillie sur le mur du nord de.
II l'est sur celui de l'est de
Sa hauteur est de
CROISETTE DE LEST,
Ses arcades s'élèvent de
| Celle de l'ouest est de la largeur de
pilier du nord-est.
I L'autre a. • -■ .■ .' .' .•
Celle qui communique à l'avant-corps a. . . .
i La voûte de l'octogone s'élève de
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Ce pilier est en saillie sur le mur du sud d'environ.
II l'est sur celui de l'est d'environ
Sa hauteur est de
CROISETTE DE L EST,
Ses arcades s'élèvent de.
pilier du sud-est.
1 Celle de l'ouest est de la largeur d'environ
I L'autre a environ
Celle qui communique à l'avant-corps a
; La voûte de l'octogone s'élève de
. . . .
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Ce pilier est en saillie sur le mur du nord de. . . .
II l'est sur celui de l'ouest de
Son épaisseur totale de l'est à l'ouest est d'environ.
CROISET. DE L OUEST,
Sa hauteur est de
pilier du nord-ouest.
I Ses arcades s'élèvent de
Celle de l'est est de la largeur de.
L'autre a. . .' .
.... . .' . ......
i Et à son extrémité du nord elle n'a que
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( Ce pilier est en saillie sur le mur du sud de.
II l'est sur celui de l'ouest de
Son épaisseur totale de l'est à l'ouest est de.
CROISET. DE L OUEST,
Sa hauteur est de
pilier du sud-ouest.
I Ses arcades s'élèvent de
Celle de l'est est de la largeur de
L'autre a. . . . ............. . . . .
i Et à son extrémité du sud elle est de. ... .
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Le mur de l'ouest , entre les piliers , est de la longueur de
Sa hauteur , jusqu'à la galerie , est de
, Ses arcades feintes sont toutes à peu près de même largeur , c'est-à-dire d'env
34 6
36 11
7 »
/Le mur de l'est, entre les piliers, est de la longueur de
Sa hauteur, jusqu'à la galerie, est d'environ
Sa grande arcade est de la hauteur d'environ
La largeur de cette même arcade, entre les grandes colonnes, est d'environ.
L'arcade latérale du nòrd a
CROISETTE DU NORD,
Celle qui est du côté du sud n'a plus que
mur de l'est.
L'ouverture du milieu, prise entre les petites colonnes, est d'environ. . . .
Les grosses colonnes s'élèvent d'environ
Leur diamètre est de . .■
'
La hauteur des petites colonnes est d'environ
Leur diamètre est de
34 1
37 7
35 »
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2 »
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i 3
CROISETTE DU NORD,
mur de l'ouest.
CROISETTE DU NORD,
mur du nord.
Í
Le mur du nord, entre les piliers, est de la longueur de.
Sa hauteur, jusqu'à la galerie, est de
Son arcade du milieu est de la largeur d'environ
Les deux autres ont environ
La petite porte est de la largeur de.
Elle est distante du pilier, de
I.
34 2
36 11
8 11
9
9
(1) U y a en bas i5 pieds 9 lignes; mais nous ne devions pas compter sur le renforcement du pilier.
(2) En bas il y a 16 pieds 1 pouce 6 lignes
(3) A partir du renfoncement de la dernière arcade , qui est de G pouces plus profonde que les trois autres, par'
qu'on a voulu redresser le mur quand on l'a réparé.
DE VESONE.
MESURES ESSENTIELLES DE L'INTERIEUR.
CROISETTE
DU
^Le mur de l'est, entre les piliers, est de la longueur de. .
Sa hauteur, jusqu'à la galerie, est de
Sa grande arcade est de la hauteur d'environ
CROISETTE DU SUD ,
La largeur de cette arcade est de
mur de l'est.
La distance entre les deux pieds-droits extérieurs est de.
L'arcade latérale du sud a
^ L'autre n'a plus que
I
I
SUD,
mur du sud.
CROISETTE DE I,EST,
mur du nord.
CROISETTE DE L EST,
mur du sud.
CROISETTE DE L EST,
mur de l'est.
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Le mur du nord, entre les piliers, est de la longueur de
I Sa hauteur, jusqu'à la galerie, est de
[ Ses arcades sont toutes à peu près de même largeur, c'est-à-dire d'environ.
35
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Le mur de l'est, entre les piliers, est de la longueur de
Sa hauteur, jusqu'à la galerie, est de
Son arcade est de la hauteur d'environ
Et de la largeur d'environ
,
Le mur du nord, entre les piliers, est de la longuetu- de.
Sa hauteur, jusqu'à la galerie, est de
Sa première arcade, en commençant à l'est, est de. . . .
La seconde est de
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La troisième a
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mur du nord
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Le mur du sud, entre les piliers , est de la longueur de.
| Sa hauteur, jusqu'à la galerie, est de
. Son arcade du inilieu est de la largeur de
I Son arcade latérale de l'ouest est de
[ L'autre a
Le mur du sud, entre les piliers, est de la longueur de
Sa hauteur, jusqu'à la galerie, est de
Ses arcades sont toutes à peu près de même largeur , c'est-à-dire d'environ.
CROISET. DE L OUEST,
CROISET. DE L'OUEST,
p.
' Le mur de l'ouest, entre les piliers, est de la longueur de.
I Sa hauteur, jusqu'à la galerie, est de
' Ses trois arcades du milieu sont de la largeur d'environ. .
I Celle qui est le plus au sud n'a que.
Celle qui est le plus au nord a
SUD,
mur de l'ouest.
CROISETTE DU
3 79
Le mur du sud, entre les piliers, est de la largeur de. . .
Sa hauteur est de
'.
Sa première arcade en commençant à l'est est de
La seconde est de
La troisième a
. . ,
La quatrième a
r-
/Le mur de l'ouest, entre les piliers, est de la longueur de
La hauteur particulière de ce mur, jusqu'à la voûte, est de
Ce qui donne, au-dessus du pavé de l'église, une élévation totale de.
i L'arcade du milieu est de la hauteur d'environ
|Sa largeur, entre les colonnes, est de
CROISET.DE L'OUEST,
D'un pilastre à l'autre elle serait de
Les colonnes, y compris le socle, sont de la hauteur d'environ. . .
mur de l'ouest.
Leur diamètre est de
Les pilastres sont de la largeur de
Les demi-arcades feintes sont distantes des pilastres de
La hauteur de ces arcades est d'environ
La largeur de celle qui est du côté du sud est de
?. . .
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6 4 9
(1) An-dcssus da pave du clocher, qui est de 3 pieds et quelques pouces plus élevé que celui de l'église.
ANTIQUITÉS
38o
CHAPITRE III.
Description particulière du clocher de la basilique.
LE clocher est à l'ouest de la basilique ; sa base a environ 58 pieds
9 pouces du nord au sud, et 37 pieds 9 pouces 6 lignes de l'est à
l'ouest, depuis F extérieur des deux gros piliers. Au surplus, comme le
mur de l'extrémité du pied de la croix fait partie de cette base , et
qu'on doit le comprendre dans la masse, on a 44 pieds 6 pouces de
longueur totale.
A 4° pieds et quelques polices au-dessus du sol (1), la largeur de
ce clocher n'est plus que de 28 pieds 9 pouces ; mais sa longueur de
l'ouest à l'est est la même. A 2 pieds 6 pouces plus haut, le mur de
l'ouest est en retraite de 1 pied 5 pouces , celui du levant l'est de près
de 2 pieds , et la masse ainsi réduite s'élève de 26 pieds et quelques
pouces : c'est ce que nous appellerons la première ordonnance ou le
premier étage au-dessus de la base.
Dans cette hauteur, deux grandes arcades feintes ont été pratiquées
au nord, et deux au sud. Un petit entablement couronne le tout.
Au-dessus, la construction est en retraite de quelques marches, excepté du côté de l'ouest où la diminution est beaucoup plus forte, mais
où elle ne s'opère qu'à quelques pieds plus haut.
Cette seconde ordonnance est décorée de chaque côté de quatre pilastres , entre lesquels sont deux rangs de fenêtres ; elle est couronnée
d'un entablement au - dessus duquel on a mis , en forme d'acrotère ,
un parapet de galerie extérieure. Le tout s'élève d'environ 4 1 pieds,
(1) Le sol particulier du clocher est, comme on a vu, de
3
pieds
7
pouces plus élevé que celui de la ba-
silique , et il va en pente ; de sorte que vers l'ouest il est encore plus haut de 1 pied
3
pouces ou environ.
Au surplus , il ne faut pas perdre de vue que le pavé du corps de l'église s'élève aussi de 2 ou
bas du pied de la croix.
3
pouces au
DE VÉSONE.
38,
sur 28 pieds 11 pouces de l'est à l'ouest, et 25 pieds 6 pouces et quelques lignes du nord au sud.
Sur la. galerie commence la troisième ordonnance : elle se compose
de colonnes engagées , et se trouve percée de deux rangs de fenêtres
comme la seconde ; son entablement est de même surmonté d'un acrotère formant parapet de galerie : le tout s'élève de 3a pieds 5 pouces ,
sur 2 5. pieds 3 pouces, et 23 pieds 2 pouces, y compris l'épaisseur des
colonnes , mais non la saillie des bases ni celle de l'entablement.
Au-dessus de cette troisième ordonnance le plan devient circulaire :
ce sont de petites colonnes élevées sur un soubassement de 7 pieds 11
pouces de haut , et couronnées d'une espèce d'entablement sur lequel
est une calotte en forme de pomme de pin. Le tout est surmonté d'une
croix de fer au haut de laquelle un coq tourne sur son pivot.
La hauteur particulière de ce clocher , y compris la croix et le coq ,
est de 186 pieds et quelques pouces , ce qui lui donne une élévation
totale de près de 191 pieds au-dessus du pavé de l'église. Entrons dans
quelques détails :
Base du clocher ; extérieur. — Du côté de l'est l'extérieur de la base
du clocher est l'intérieur du mur de l'église ; nous l'avons décrit (1) :
on sait qu'il est percé d'une arcade entière décorée de colonnes , de
deux demi-arcades et d'une fenêtre haute ; qu'il est orné de deux pilastres , et que sur les côtés sont deux gros piliers. C'est par ce mur
que l'on communique du clocher à la basilique.
Le mur du nord et celui du sud ont 4 pieds 3 pouces 6 lignes d'épaisseur (2) ; leur hauteur particulière est d'environ 4o pieds : le premier a quelques contreforts vis-à-vis des pilastres intérieurs ; ces contreforts ont 4 pieds 6 pouces de large sur 6 pieds de saillie par le bas,
et il paraît qu'ils ont été construits après coup ; leurs assises sont d'une
bonne hauteur, mais elles n'ont point de régularité. Quant aux deux murs,
(i) Voyez page 342.
■ (2) Nous ne connaissons réellement que l'épaiïseur du mur du sud ; mais nous pensons qu'elle est la
inèoie à celui du nord.
TOM. II.
49
38a
ANTIQUITÉS
ils sont presque entièrement construits en moellons bruts un peu alongés
et placés en assises ; au surplus , ils se trouvent tellement cachés que
nous ne pouvons rien dire de leurs décorations extérieures.
A l'ouest , deux gros piliers empêchent de voir les côtés de la base
qui nous occupe. Ces piliers sont en saillie de i4 pieds et quelques
pouces , ils se trouvent distans l'un de l'autre de 29 pieds 9 pouces , et
c'est seulement dans l'intervalle qu'ils laissent entre eux que le bas du
clocher se montre à découvert : contre le pilier du sud, et sur une largeur de 3 pieds, ce sont de simples moellons bruts; le reste est en pierres de taille , et il n'y a guère , au premier abord , que cette dernière
partie qui ait l'air d'appartenir au monument ; elle semble en effet se
détacher des côtés , avec lesquels elle n'a aucune liaison , et sa largeur
de. 26 pieds n'excède que de 6 pouces celle qu'elle a à la hauteur du
second étage. Toutefois comme la largeur du second étage même est
de près de 29 pieds , il est évident que la façade dont nous venons
de parler , n'est qu'une espèce d'avant-corps engagé entre les deux gros
piliers et construit à une époque postérieure. C'est dans ce mur que se
trouve la porte d'entrée ; nous en parlerons lorsque nous en serons à la
description de l'intérieur. II suffit maintenant de faire observer que
cette petite façade est entièrement construite en pierres de taille, dont
les assises, entremêlées irrégulièrement, ont depuis 6 pouces jusqu'à
1 pied 1 pouce 9 lignes de hauteur, et que le gros pilier du nord ne
la joint sur le côté que par un pilastre dont il est décoré, et qui paraît avoir servi de support à une vieille arcade : un espace de quelques
lignes sépare les deux constructions.
Base du clocher : intérieur ; galerie du milieu. ■— L'intérieur de la
base du clocher peut se diviser en trois galeries : une au centre et deux
sur les côtés. Ces trois galeries forment autant d'allées qui se dirigent
de l'ouest à l'est ; nous les décrirons chacune en particulier , en commençant par celle du milieu et y compris la masse des constructions
qui en forment la clôture des quatre côtés. '
Cette masse de constructions, dans laquelle est la galerie du milieu,
forme un parallélogramme rectangle de 44 pieds 6 pouces de long , non
compris les pilastres de l'intérieur de la basilique, sur 2.5 pieds u pouces
DE VÉSONE.
383
de large, non compris les pilastrés des galeries latérales, au moyen desquels on aurait 26 pieds 7 pouces. Ces derniers pilastres dont elle est ornée sont au nombre de trois de chaqUe côté ; leur largeur est de 3 pieds
1 pouce 10 lignes ; leur épaisseur est de 3 pouces 8 lignes au nord ,
et de 4 pouces 3 lignes au sud ; ils s'élèvent d'environ 22 pieds 6 pouces jusqu'à leur chapiteau , où prennent naissance les grands arcs intérieurs des galeries. Le premier de ces mêmes pilastres, à partir de
l'extrémité de l'est, est dans le mur de la basilique dont il aide à former la demi-arcade , et avec l'extérieur duquel il s'affleure ; de celui-ci
au second ôn a i3 pieds 7 pouces, et autant du second au troisième;
au-delà de ce dernier , le clocher ne s'est prolongé d'abord que de 2
pieds 7 pouces. Le reste a été ajouté plus tard : on n'en peut douter;
il y a même cela de très-remarquable , que , vers le sud , ce qui est à
l'ouest du pilastre est renfoncé de 1 pied 2 pouces 6 lignes , tandis que
la partie ajoutée ne l'est que d'environ 7 pouces et offre une petite fenêtre ; nous y reviendrons lorsque nous en serons à la description des
galeries latérales.
Entre, les pilastres sont des arcades de 6 pieds 6 pouces de large et
de 37 pieds de hauteur. Les deux du nord et une de celles du sud sont
fermées jusqu'à la hauteur de 8 pieds et quelques pouces ; la quatrième
est maintenant ouverte jusqu'au sol. A 1 pied 6 pouces au-dessus de ces
arcades la construction est cachée par les voûtes des ailes.
L'intérieur de la masse que nous venons de décrire représente deux
ronds un peu ovales , de l'ouest à l'est , et placés de manière que leur
petit diamètre, dont la longueur est d'environ 17 pieds 9 pouces, se
dirige juste au milieu des arcades du nord et du sud. La longueur de
leur grand diamètre serait de 18 pieds et quelques pouces s'ils étaient
complets ; mais comme ils sont raccourcis à chaque bout , celui de l'est
n'est réellement que de i4 pieds 3 ou 4 pouces, et l'autre n'a que i3
pieds 2 pouces ou environ. Le premier pénètre de quelques pouces
le mur de la basilique ; de sorte que dans l'endroit où il aboutit , il ne
reste plus à ce mur que 3 pieds 8 pouces 6 lignes d'épaisseur , et là
est une arcade de 9 pieds 9 pouces de large ; il se termine vers l'ouest
à une autre arcade dont l'ouverture a 12 pieds 5 pouces 4 lignes. Le
second part de cette autre arcade , et aboutit au mur du couchant où
584
ANTIQUITÉS
est la porte d'entrée. La ligne de section qui tronque le premier ovale
à l'est , est de la longueur de 1 1 pieds 3 pouces ; celle qui coupe le
second à l'ouest, a i3 pieds 5 pouces, et cette différence sera facile à
expliquer.
En effet, il dut y avoir d'abord, du côté de l'ouest, une arcade pareille à celle qui est à l'est ; elle eut de même 9 pieds 9 pouces de
largeur ; elle fut de même ornée de colonnes , et alors les deux ovales étaient égaux entre eux ; ils avaient chacun 14 pieds et quelques
pouces de longueur, parce que l'un et l'autre pénétraient dans les murs,
ce que ne fait plus celui de l'ouest. Cette différence de disposition peut
frapper les yeux les moins exercés : à l'est , l'ouverture est dans une véritable arcade feinte renfoncée en demi-ovale; chaque arcade des côtés
est de même ; il n'y a que le mur de l'ouest où l'on ne voit rien de pareil , mais où l'on s'aperçoit aisément que la partie rectiligne de la construction n'a aucune liaison avec les côtés , ni même avec le haut , où se
distingue très-bien le cintre du renfoncement de l'arcade.
Celui de ces renfoncemens dans lequel est l'arcade de l'est, s'élève à la
hauteur d'environ [±ipieds , et il en était de même de celui de l'ouest.
Les renfoncemens dans lesquels sont les arcades des côtés , s'élèvent
à la hauteur de 4° pieds et quelques pouces , et au-dessus de tous ces
renfoncemens ou arcades feintes, les ovales sont transformés en carrés
de 1 2 pieds 7 ou 8 pouces de long , sur 1 3 pieds et quelques pouces
de large. Ces carrés se terminent par une petite corniche dont la partie supérieure est au-dessus du pavé à environ 44 pieds 6 pouces : à
ce niveau est un plancher. Mais revenons au mur de l'ouest.
L'épaisseur de ce mur est de 10 pieds 7 pouces 6 lignes; il contient
la principale porte. La largeur intérieure de cette porte est de 6 pieds 1
pouce 6 lignes , et celle de l'extérieur est de 5 pieds 5 pouces 6 lignes;
sa hauteur est de 16 pieds et quelques pouces (1); son cintre est composé au dehors de deux rangs de voussoirs , et il offre cela de remar-
(1)
Cette porte n'a réellement que i5 pieds 6 pouces de hautear ; mais comme le pavé du clocher n'est
point de niveau, qu'il s'élève vers l'ouest de près de I pied G pouces de plus que du côté opposé, et que
nos mesures sont prises de la partie la plus basse , nous croyons devoir y tout rapporter.
DE VÉSONE.
385
quable que , dans la masse du mur , il est percé à la clef de deux trous
carrés , au-dessus desquels est une espèce de galerie.
Au surplus, on ne pourra douter que ce mur de l'ouest n'ait été
doublé à l'extérieur , et qu'une arcade à colonnes n'y ait précédé la
porte actuelle , si l'on se pénètre des observations suivantes :
i.° Non-seulement les assises du mur de l'ouest sont, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur , mêlées fort irrégulièrement , mais les plus fortes
de ces assises ont i pied i pouce 9 lignes , 10 pouces 9 lignes de haut,
et les autres ont 6 pouces 9 lignes , ou 6 pouces ; tandis que dans le
reste des constructions du centre que nous venons de décrire , les assises sont régulièrement entremêlées , que les plus fortes ont depuis 1 1
pouces 9 lignes jusqu'à 1 pied 1 pouce 6 lignes de hauteur , et les autres depuis 7 pouces 3 lignes jusqu'à 8 pouces 6 lignes (1);
0
Les ovales durent être égaux en longueur , et celui de l'ouest dut
se terminer par un renfoncement en arcade comme celui de l'est ;
2.
3.° Vers l'intérieur, le gros mur n'a aucune liaison avec les côtés : on
voit même par le bas que l'ovale continue derrière , et à une certaine
hauteur on distingue parfaitement les arêtes du renfoncement de l'arcade. Il n'y a d'ailleurs aucune liaison entre les deux constructions, et
à la manière dont sont faits les joints , on peut connaître à laquelle des
deux masses appartient la préancienneté ;
4. 0
On a vu que le clocher ne se prolongeait à l'ouest que de 2 pieds
7 pouces au-delà du dernier pilastre latéral; 'qu'à cette distance était
un angle en vive-arête contre lequel se trouvait ajoutée une autre construction , et que , par conséquent , l'épaisseur de ce mur devait être diminuée à l'extérieur de 4 pieds et quelques pouces , comme elle doit l'être dans l'intérieur de plus de 1 pied ;
5.° Ce mur de l'ouest a été construit avec des pierres de mauvaise
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(1) LES GROSSES ASSISES ONT
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1 p.
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3
386
ANTIQUITÉS
qualité , ou avec des pierres qui avaient souffert de quelque accident ,
puisqu'il est détérioré dans toute sa hauteur , et que l'on ne remarque
point cet effet dans les autres ;
6.° Ce même mur détruit toute la régularité du plan, et lui est absolument étranger ;
7. 0 Enfin, jusqu'à une certaine hauteur, l'ovale de l'ouest paraît se
prolonger dans la nouvelle construction, tandis qu'au - dessus les deux
masses se joignent à vive arête ; et c'est en cela surtout que consiste la
preuve de l'existence d'une ancienne arcade à colonnes à cette extrémité.
Ainsi , le mur de l'ouest ne dut avoir d'abord , de l'extérieur à l'ovale ,
qu'environ 5 pieds d'épaisseur , et il fut nécessairement percé d'une arcade ornée de colonnes, ce qu'il était important de faire remarquer.
Base du clocher : intérieur; galerie du nord. — La galerie du nord
a 32 pîeds 9 pouces de longueur intérieure, et 11 pieds 10 pouces de
largeur clans la plus grande partie de son étendue ; un des gros piliers
de l'église la termine vers le levant , et un mur en moellons forme sa
clôture de l'autre côté. A l'extérieur de ce mur en moellons est un des
deux piliers dont nous avons déjà parlé.
Un côté des constructions que nous venons de décrire forme la paroi
de cette galerie vers le sud, et par ce moyen elle s'y trouve ornée de
deux arcades et de trois pilastres, dont un est vis-à-vis du pilier de la
basilique. Du côté du nord elle a également des pilastres qui répondent
aux premiers. Nous décrirons. ce côté après avoir dit quelques mots de
l'extrémité de l'est.
La galerie se termine , comme on a vu , à l'un des gros piliers de l'église, et ce pilier fait avec les autres constructions une des deux demiarcades dont nous avens eu occasion de parler. La largeur de cette demi-arcade est de 4 pieds 6 pouces 4 lignes, et elle est, comme on sait,
dans une demi-arcade feinte, large de 6 pieds 4 pouces 9 lignes. C'est
par là qu'on communiquait de la galerie du nord avec l'intérieur de
l'église.
1
DE VÉSONE.
38
?
La partie de pilier qui termine cette galerie a , comme nous avons
dit, 7 pieds 3 pouces 6 lignes de large au sud, et 7 pieds 2 pouces à
l'ouest ; elle a été faite en deux temps différens ; on a vu qu'elle avançait d'abord beaucoup moins au couchant (1) ; mais .telle qu'elle est elle
se trouve presque en ligne avec le montant de la première arcade des
constructions du milieu ; il ne s'en faut que d'environ 1 pouce.
Le pan de mur qui suit le gros pilier et qui commence la paroi du
nord a 10 pieds 8 pouces de large. Viennent ensuite un pilastre de 3
pieds 1 pouce de large sur 2 pieds 6 pouces de saillie, et un second
pan de mur de 1 1 pieds 8 pouces 6 lignes , au bout duquel la galerie
devient plus étroite de 2 pieds 6 pouces et quelques lignes.
Le pilastre est vis-à-vis du second pilastre ou pied-droit des constructions du milieu , et avec ce dernier il forme une arcade transversale clont la largeur est de 9 pieds , et la hauteur de 27 pieds et quelques pouces , comme celle de la demi-arcade de l'est (2). Au surplus , ce
pilastre offre cela de très-remarquable , qu'il n'avait d'abord que 1 pied
4 pouces de saillie , que plus tard il a été renforcé de 1 pied 2 pouces , que ce renfort n'a aucune liaison avec la partie antérieure , et que
les voussoirs du cintre dont il forme un des montans, sont appliqués
par leur extrados aux voussoirs d'une plus vieille arcade. Nous ajouterons que vers le sud ces mêmes voussoirs ne touchent point ceux qui
sont au-dessus , que la vieille arcade paraît s'être étendue davantage de
ce côté , et que par conséquent elle a dû être brisée à l'époque même
où le cintre inférieur a été construit.
Dans la partie de mur qui est entre le gros pilier et le pilastre est
une arcade fermée : elle a 16 pieds ô" pouces sur 10 pieds et quelques
pouces. Le gros pilier cache un de ses côtés sur une largeur de 1 pied
4 pouces ou environ ; l'autre est à 1 pied 9 pouces du pilastre , et à
l'ouest de ce même pilastre est une seconde arcade de mêmes dimensions que la première , et qui est également distante d'un second pieddroit.
(1) Voyez page 345.
(2) Nous appelons ici arcades transversales celles qui sont perpendiculaires aux autres.
388
ANTIQUITÉS
A 5 pieds 3 pouces au-dessus de ces arcades est une plinthe de 7
pouces d'épaisseur ; elle est saillante de 4 pouces , et ne se compose
que d'un grand cavet sans petites moulures. Au-dessus sont des arcades
de 12 pieds 2 pouces sur 6 pieds et quelques pouces (1). A 3 pieds 10
pouces plus haut est la clef des voûtes ; et ainsi la hauteur totale de ce
mur, vers l'intérieur, est d'environ 38 pieds.
La partie étroite de la galerie qui nous occupe n'a que 7 pieds 3 pouces de long sur 9 pieds 2 pouces de large : elle est recouverte d'une voûte
d'environ u pieds de hauteur sous-clef, et au-dessus est une arcade à
deux rangs de voussoirs comme celle que nous avons décrite. II est
même à remarquer que clans le haut cette partie de galerie a une largeur pareille à tout le reste, et que le bas n'a été rendu plus étroit que
lorsqu'on a établi le massif sur lequel porte la retombée de la voûte
inférieure.
Au reste , cette voûte basse a été faite en même temps que la partie
du milieu du clocher, et elle fut destinée à en fortifier la base; on
n'en peut douter si l'on considère :
i.° Que cette voûte n'aboutit à rien, et ne peut avoir d'autre objet
que celui de servir d'arc-boutant ;
2. 0 Que sa construction se lie avec la masse du centre;
3.° Enfin , que le troisième pilastre de cette masse est coupé par une
petite corniche qui sert d'imposte à la voûte basse dont il s'agit , et
qui a été faite en même temps que le reste de cette même masse principale du clocher.
Au fond de la partie étroite que nous venons de décrire, et à 1 pied
des constructions du centre , s'ouvre une porte de 2 pieds 4pouces de
large , sur environ 6 pieds de hauteur ; elle est dans un mur de 3 pieds
2 pouces d'épaisseur ; elle pénètre dans un angle du gros pilier extérieur , et , par un retour d'équerre , communique au dehors.
(1) Au-dehors, ces ouvertures avaient un peu moins de largeur^ puisque elles sont en embrasure : on le
voit à la seconde, qui n'est point fermée à l'aplomb du parement intérieur du mur.
DE VÉSOWE.
38
9
Le mur qui contient cette porte est entièrement construit en moellons, excepté dans ce qui forme le contour de la baie , et l'on ne peut
douter qu'il n'ait été fait postérieurement à la voûte : la manière dont
il s'adapte par le baut et sur les côtés le prouve clairement.
La porte est de quelques pouces plus étroite en dehors qu'en dedans ; la feuillure est à 5 pouces du parement extérieur du mur, et
sur la même ligne que le tableau du nord vient une construction en
pierres de taille : cette construction se prolonge de 3 pieds 4 pouces,
et retourne ensuite vers le sud jusqu'au dehors. Sur la ligne du tableau
du sud est une mauvaise maçonnerie de blocage qui ferme entièrement
l'ouverture ; et comme le mur de l'ouest du clocher a été doublé , il
avance sur cette ouverture de manière qu'elle ne se présente plus à l'extérieur que sur une largeur de 2 pieds.
Au surplus, la petite porte que nous venons de décrire, ou, pour
mieux dire , le recoin au moyen duquel cette ouverture communique
au dehors, doit être examinée avec le plus grand soin, si l'on veut se
fixer sur certaines époques. Ainsi l'on remarquera :
i.° Que dans ce recoin la construction du nord est en pierres de
taille comme celle de l'ouest ; que ces deux parties s'accordent parfaitement par leurs assises, et qu'elles ont été faites à la même époque.;
2. 0 Que ces deux parties dépendent du pilier extérieur sous lequel
elles se trouvent ;
3.° Que celle de l'ouest se recourbe en voûte et va s'appuyer, à 12
pieds de hauteur , contre les voussoirs de l'arcade basse , ce qui prouve
que le pilier est postérieur à cette arcade et au clocher ;
4-° Que le mur en moellons dans lequel est la petite porte prouve ,
par la manière dont celui du recoin y est appliqué, qu'il est antérieur
à ce mur du recoin , et par conséquent au gros pilier.
5.° Enfin , que la porte qui communique au dehors est entière dans
l'intérieur, et qu'elle n'a été réduite à la largeur de 2 pieds que lors-qu'on a doublé le gros mur du clocher ; que par conséquent ce renTOM. II.
5o
ANTIQUITÉS
fort de construction est postérieur au gros pilier, comme nous lavions
5go
prouvé.
La grande arcade qui est au-dessus de la voûte basse est comme celle
que nous avons déjà décrite ; seulement son cintre le plus élevé est de
i pied 2 pouces plus épais que celui qui est appliqué au-dessous, et il
en est de même du vieux pilastre. Au surplus, c'est sur la voûte basse
que l'on distingue parfaitement où finissait le clocher avant qu'on l'eût
fortifié à l'ouest : la jonction des deux masses est à 2 pieds 7 pouces du
pilastre qui est de ce côté.
Lorsqu'on est sur cette même voûte, on peut aussi s'assurer que le
mur du nord s'étendait beaucoup plus à l'ouest avant la construction
du gros pilier extérieur, et que ce pilier est postérieur à la voûte basse
comme à toute la clôture de l'extrémité de la galerie du nord. On n'élèvera là-dessus aucun doute , si l'on considère :
i.° Qu'à 2 pieds 2 pouces du vieux pilastre, c'est-à-dire tout à fait
au sommet de l'angle que forment le mur du nord et celui de l'ouest,
est le montant d'une arcade pareille aux deux autres arcades hautes du
mur du nord ;
2. 0 Qu'au-dessous de cette arcade, la vieille construction continue
avec sa plinthe derrière le mur de l'ouest ;
3.° Que ce mur de l'ouest, dont l'épaisseur est de 2 pieds (1), est
percé d'une fenêtre haute de 4 pieds et large de 1 pied 7 pouces vers
l'intérieur, haute de 2 pieds 6 pouces et large de 6 pouces à l'extérieur , ce qui prouve d'une manière positive que" lorsque ce mur a été
construit rien ne l'encombrait en dehors ;
4-° Enfin, que les joints des montans de la petite fenêtre dont nous
venons de parler ont été faits avec soin, et qu'ils sont maçonnés jusqu'au
parement extérieur du mur; que au surplus, cette fenêtre ne se trouve
fermée que par les pierres de taille du gros pilier.
(1) Ce mur étant moins épais sur la voûte que dessous, il en résulte que la galerie du nord est un peu
plus longue en haut qu'en bas.
DE VÉSONE.
3 gi
Nous avons décrit les parois de la galerie du nord; nous avons parlé
de ses pilastres , des arcades qui la traversent , de celles qui communiquent au centre du clocher, et de celles qui se trouvent du côté opposé : nous ajouterons' seulement que les montans de ces dernières, de
même que les vieux pilastres , sont en assises de i pied 5 pouces et
quelques lignes de hauteur ; que dans le bas ces arcades sont fermées
en moellons bruts alongés, et qu'elles ne semblent pas avoir été jamais
ouvertes ; tandis que celles du haut ont été murées en pierre de taille,
et à une époque qui ne paraît pas très-ancienne; qu'il en est une dans
laquelle même on avait réservé d'abord une petite lucarne.
Quant aux voûtes , elles sont construites en dalles brutes , et ce n'est
point un seul berceau dirigé dans le sens de la galerie, mais de petits
berceaux dont la longueur est du nord au sud, et qui ont leur retombée
sur les arcades transversales et à double cintre dont nous avons parlé.
C'est à 3 pieds et quelques pouces au-dessus de l'intrados des vieux
voussoirs que commencent ces retombées, et dans cet espace on remarque de grosses pierres et de petites pierres carrées qui ont quelques rapports avec celles des constructions romaines.
Au surplus, ces berceaux, dans lesquels on voit quelques crevasses,
ont cela de très-remarquable qu'ils s'élèvent moins au nord qu'au sud ;
de sorte que contre le vieux mur la clef du cintre n'est au-dessus du
sol qu'à environ 37 pieds 9 pouces , tandis qu'elle est à 38 pieds et
quelques pouces du côté opposé.
Nous ne parlerons point de l'extrados de ces voûtes : primitivement
il dut être mis en pente douce et sans doute il fut recouvert de dalles ;
maintenant il est encombré de pierres et de débris , et une mauvaise
charpente surmonte le tout.
Base du clocher : intérieur ; galerie du sud. — La galerie du sud est
dans le même genre que celle du nord ; sa longueur intérieure est de
37 pieds ; sa largeur est de 1 1 pieds et quelques pouces , ce qui fait une
petite différence de grandeur entre les deux allées.
Pour ce qui regarde la longueur, cette différence provient i.° de ce
que le gros pilier du sud de la basilique est moins saillant sur le gros
392
ANTIQUITÉS
mur que celui du nord(i); 2. 0 de ce que le mur de l'extrémité de FoUest
est plus reculé que dans l'autre galerie.
Quant à l'excès de largeur , il provient uniquement de ce que la galerie du milieu n'est pas au centre exact des vieilles constructions , mais
se trouve un peu plus au nord ; aussi le vieux cintre des arcades transversales ne manque-t-il que de 8 ou 10 pouces pour être complet en largeur dans la galerie qui nous occupe, tandis que dans celle du nord
les nouvelles constructions empiètent plus de 1 pied.
Dans le premier pan de mur de cette même galerie du sud , et à 1
pied 8 pouces 6 lignes du gros pilier, est une porte gothique dont la
largeur est de 5 pieds 3 pouces : elle communique du clocher aux cloîtres , et se trouve ouverte dans l'ancienne arcade , comme une fenêtre
carrée est percée dans l'ouverture cintrée qui est au-dessus. Le pilastre
suivant est fortifié comme de l'autre côté , et à partir de ce pilastre la
voûte basse commence ; elle est d'abord de 10 pieds 2 ou 3 pouces de
large, mais à 11 pieds 10 pouces de distance elle n'est plus que de 9
pieds 9 pouces 6 lignes. Au reste, ces deux parties de voûte n'ont pas
été faites à la fois : il est évident que la plus étroite seule est ancienne,
que l'autre n'a été ajoutée depuis que pour faire une chambre au-dessus. On a même été obligé , pour faire cette chambre , de fermer en entier la première arcade transversale , ainsi que presque tout une des
arcades des constructions du centre , ce qui produit un mauvais effet.
Si maintenant on se transporte sur l'extrados des deux voûtes basses,
c'est-à-dire dans la chambre ou bûcher qu'on y a pratiqué , et à laquelle
on communique par l'évêché, on peut y faire à peu près les mêmes observations que dans la galerie du nord. On y trouve cependant quelques
différences que nous allons faire remarquer.
D'abord, du côté de l'ouest, au lieu d'un bon mur en gros moellons
smillés comme il est dans l'autre galerie , c'est une mauvaise maçonnerie
de pierres brutes et d'argile , et l'on ne conçoit guère à quoi cette construction moderne est destinée. Que peut-il y avoir derrière ? Si c'est le
(1) Voyez pag. 345, 348, etc.
DE VÉSONE.
5 3
9
gros pilier , pourquoi le masquer ainsi ? et si entre le pilier et cette
même construction il y a un mur plus ancien, pourquoi une si mauvaise maçonnerie en contrefort ? Nous nous faisons ces questions , et nous
ne pouvons les résoudre. Toutefois nous pensons qu'on avait détruit le
mur qui devait y être ; qu'on avait peut-être entamé le pilier extérieur
pour en retirer quelques matériaux , et qu'ensuite , pour supporter l'escalier qui monte chez le sacristain, et une partie des vieilles voûtes,
on a été obligé de faire cette construction , à laquelle on fait soutenir de
grosses dalles qui, par un bout, portent sur l'arrachement du troisième
berceau de voûte.
Du moins il paraît bien certain que le mur ancien qui fermait la galerie à cette extrémité était beaucoup plus reculé que celui de la galerie du nord, puisqu'ici on voit un reste de voûte, ce qui n'a pas lieu de
l'autre côté.
II y a aussi dans cette galerie du sud cela de fort singulier, qu'après
le troisième pilastre les constructions du centre se renfoncent de i pied
2 pouces 6 lignes, et qu'à la distance de 2 pieds 5 pouces, où finissent
ces constructions, comme de l'autre côté, la partie ajoutée est en saillie
de 7 pouces 3 lignes.
Cette partie saillante offre même cela de remarquable que , à son parement du sud et à 8 pouces de l'angle , elle laisse voir le montant d'une
fenêtre de 5 pieds íí pouces de hauteur, dont l'intérieur, quoique maçonné et -masqué par le nouveau mur, peut s'apercevoir, et n'est autre
chose que l'entrée d'une petite galerie qu'on a pratiquée dans le gros
contre-mur de l'ouest. Cette galerie ou espèce de corridor a 5 pieds 5
pouces de hauteur et 2 pieds 1 pouce de large ; elle s'étend aux deux
tiers de la largeur du mur ajouté, et c'est avec son intérieur que communiquent les trous du cintre de la grande porte.
Au surplus, on aperçoit dans le mur du sud une continuation des
vieilles constructions et de leur arcade, comme de l'autre côté, et les
berceaux de la voûte sont faits de la même manière ; seulement ils sont
beaucoup plus crevassés et ils peuvent faire craindre quelques dangers ,
394
ANTIQUITÉS
d'autant plus que le vieux mur est en surplomb , vers l'extérieur , de
près de 8 pouces (i).
Telles sont les diverses constructions de la base du clocher, et il est
évident qu'elles appartiennent à plusieurs époques différentes.
La première de ces constructions, c'est-à-dire la plus ancienne, se
compose de la plus grande partie du mur de l'est, du mur du nord en
entier, de celui du sud, et des voûtes des galeries latérales. La seconde
ne consiste que dans une partie des deux gros piliers de la basilique ,
et dans quelques portions élevées du mur de l'est.
La grande arcade de ce mur de l'est, les colonnes et tout ce qui est
au-dessus du cintre, forment la troisième.
La masse des constructions de la galerie du centre, les basses voûtes
des côtés, et les cintres inférieurs des arcades transversales, appartiennent à la quatrième.
La cinquième consiste dans le gros mur appliqué vers l'ouest, et dans
les contours de la porte d'entrée.
On pourrait en compter une sixième, une septième et une huitième,
dans une des voûtes basses et dans d'autres parties accessoires ; mais
comme elles offrent peu d'intérêt , nous les passerons sous silence.
Au reste , il est important de remarquer que la première des cinq
constructions que nous venons de classer appartient nécessairement à un
vaste édifice, détruit en partie avant la construction du clocher.
Premier étage du clocher ; extérieur. — Le premier étage du clocher
commence au niveau de l'extrados de la partie la plus élevée des voûtes
des galeries latérales , ou du moins sur les dalles qui d'abord durent recouvrir cet extrados; sa hauteur est d'environ 29 pieds 3 pouces, y compris la petite corniche qui le couronne ; du nord au sud sa largeur est ,
comme on a vu, de 28 pieds 9 pouces, et sa longueur est de 44 pieds 7
pouces 4 lignes. Au reste , cette longueur de 44 pieds 7 pouces 4 lignes
(1) Le sacristain habite sur les voûtes de cette galerie du sud.
DE VÉSONE.
3g5
diminue bientôt après, soit par la retraite de i pied 5 pouces du mur
de l'ouest , soit parce qu'une portion de l'épaisseur de celui de l'est s'arrête sous le grand arc du pied de la croix que forme la basilique ; et
ainsi réduite, elle n'est que de [±\ pieds et quelques pouces.
Cet étage offre deux grandes arcades feintes au nord et deux au sud ;
à l'est il n'a qu'une petite fenêtre donnant dans la basilique ; à l'ouest
il n'a point d'ouverture. Dans chacune des grandes arcades est une fenêtre cintrée. Le mur du nord et celui du sud se renfoncent de i pied
6 pouces à leur extrémité de l'ouest , sur une bonne partie de l'épaisseur du mur ajouté , et de telle sorte que ce mur se présente en avantcorps sur la porte d'entrée. Au surplus, si l'on retranche ce même mur
en entier, la longueur de la construction se trouve réduite à 35 pieds,
et ce n'est que dans cette partie, la seule qu'on ait représentée dans la
planche, que se trouvent les décorations extérieures (J).
La largeur totale du nord au sud étant de 28 pieds g pouces, et celle
de la base n'étant que de 25 pieds 11 pouces pour la galerie du centre
et ses massifs , il est évident que les constructions supérieures portent
sur les vieilles voûtes latérales de 1 pied 5 pouces de chaque côté, ce
qui est assez remarquable ; et c'est pour remédier à l'inconvénient de ce
porte-à-faux , qu'on a fortifié d'un second rang de voussoirs les grandes
arcades transversales. Au surplus, pour que le poids ne se fît point sentir
sur les berceaux des voûtes, on a eu la précaution d'établir au-dessus, et
à quelques pouces de leur extrados, des cintres portant sur les côtés.
De l'intrados de ces cintres extérieurs jusqu'au bas des grandes arcades du premier étage , il y a 5 pieds 6 pouces ; c'est un véritable soubassement au haut duquel est une plinthe de 8 pouces de large sur 4
pouces de saillie. Vers le milieu de la largeur de ce soubassement est
une porte de 5 pieds 2 pouces sur 1 pied 10 pouces ; elle donne dans
un petit escalier qui monte au second étage.
La hauteur des grandes arcades feintes est de 19 pieds ; leur largeur
(1) Nous avons déjà dit que , pour la base du clocher , il ne fallait avoir aucun égard à la planche. Pour
le premier étage, elle est aussi assez inexacte, principalement en ce que le mur ajouté n'y est point exprimé, non plus que les fenêtres des arcades.
3g6
ANTIQUITÉS
est de 8 pieds n pouces au nord, et de plus de g pieds au sud; leur
renfoncement est de i pied : elles ne sont pas parfaitement égales. Leurs
pieds-droits s'élèvent à l'aplomb du soubassement, et ne sont point non
plus d'égale largeur entre eux, ni sur la même ligne, ni sur les deux
côtés , bien qu'on ne puisse guère concevoir le motif de cette différence (i).
L'archivolte de ces mêmes arcades ne se compose que d'un bandeau
avec son cavet ; mais comme le cavet est au-dessus de l'intrados à près
de i pied , le tout figure assez bien un membre complet. Limposte se
continue sur toute la largeur des pieds-droits ; elle est de la hauteur
de 6 ou 7 pouces (a).
Les fenêtres ont 3 pieds 8 pouces g lignes de large , et 7 pieds 1 1
pouces de hauteur au-dessus de la plinthe dont nous avons parlé ; elles
sont renfoncées de manière qu'entre l'arête extérieure de leurs montans et le fond des arcades feintes , on a placé des colonnes corinthiennes de 8 ou g pouces de diamètre. Sur le chapiteau de ces colonnes est
une imposte carrée non saillante ; elle supporte la retombée d'une espèce de tore ou boudin de même diamètre que les colonnes, renfoncé
de même , et recourbé suivant le cintre de la baie.
Nous avons déjà parlé de la fenêtre de l'est, dans la description du
mur de la basilique; elle a 8 pieds 10 pouces sur 3 pieds g pouces 5
lignes de baie , et elle se trouve renfoncée dans une ouverture plus large ,
où l'on voit clairement qu'elle a été ajustée lors de la construction du
clocher : les joints ne laissent aucun doute à cet égard; ainsi, il est évident que l'ouverture plus large est d'une époque plus ancienne.
Quant au côté de l'ouest , il n'a aucune ouverture , et il n'offre à l'œil
aucune espèce d'ornement. Le gros mur ajouté s'y présente seul, en avantcorps, sur une partie de son épaisseur. La ligne de séparation entre ce
mur et les autres constructions est facile à distinguer : elle est à 5 pieds 1
pouce des arcades latérales, c'est -à-dire que, d'abord, le premier étage
(1) .Nous donnerons dans le tableau beaucoup de mesures crue nous n'insérons pas dans le texte.
(2) Sur la planche on a figuré l'imposte beaucoup trop sorte , et l'archivolte trop étroite , ce qui produit
un mauvais effet.
,
DE VÉSONE.
3
Q7
du clocher n'avait, au-dessus du soubassement, que 35 pieds de longueur ou environ.
Au surplus , ce premier étage est couronné d'une corniche , ou plutôt
d'un larmier soutenu par de longs modillons ou consoles ; ce larmier a
y pouces de hauteur ; les modillons -ont i pied , et dans les métopes on
a sculpté des griffons, L'ensemble de toute l'ordonnance est agréable ;. il
est fâcheux que , par l'effet du mur ajouté , on ne puisse la voir que de
deux côtés.
Premier étage du clocher ; intérieur. — On a vu que la galerie du milieu de la base se terminait en haut par deux carrés , et qu'il existait
autour une petite plinthe ou corniche ; c'est sur cette plinthe que commence l'intérieur du premier étage.
Cet intérieur se présente également d'abord sous la forme de deux
carrés dont la longueur, de l'ouest à l'est, est de 12 pieds 8 pouces 6
lignes, et la largeur de i3 pieds 7 pouces 4 lignes; mais cette disposition change à 7 ou 8 pouces plus haut , c'est-à-dire qu'on n'a laissé subsister cette forme dans le bas que pour établir plus facilement le plancher, et que le premier étage ne commence réellement qu'à 7 ou 8 pouces au-dessus de la corniche.
Au niveau du plancher , les deux carrés se changent en octogones de
i4 pieds 7 pouces 6 lignes de long, sur i5 pieds 6 pouces 4 lignes de
large, et sur chaque côté de ces octogones est une niche en demi-cercle , ou une fenêtre de même largeur. A chaque angle est une petite colonne corinthienne dans le genre de celles qui décorent les ouvertures
au dehors. Ces colonnes servent de support à autant de cintres ; et de
l'ensemble de ces parties résulte , sur chaque côté des octogones , une
arcade feinte de 7 pouces de profondeur. A 3 pouces au-dessus des arcades feintes estime corniche sur laquelle porte une voûte surhaussée,
et dont la clef est à 21 pieds 6 pouces au-dessus du plancher.
Les deux pièces (1) ne sont séparées que par un mur de 1 pied 2 pou-
Ci) C'est dans la pièce qui est le plus à l'est que l'iiorloge de la ville se trouve placée. Cette horloge ,
ouvrage de feu M. Chambon, a été terminée en 1802.
TOM. II.
5Ï
398
ANTIQUITÉS'
ces 6 lignes d'épaisseur, et une porte de 3 pieds 8 pouces 3 lignes donne
communication de l'une à l'autre. De cette manière chaque octogone se
trouve percé de quatre ouvertures , car il y en a une de 3 pieds io pouces 8 lignes de large du côté de l'ouest , bien que le gros mur la cache
au dehors (i).
Nous ne donnerons point ici toutes les mesures de chaque partie de
cet intérieur (2) ; nous dirons seulement que si l'on veut tracer un plan
exact de l'ensemble, il faut, i.° former deux carrés à 3 pieds 2 pouces de distance l'un de l'autre ; 2. 0 ajouter un trapèze sur chaque côté
des carrés , de manière qu'au nord et au sud ces trapèzes aient 1 1
pouces 6 lignes de haut , 7 pieds g pouces vers le carré , et 5 pieds 9
pouces de l'autre côté ; qu'ils aient à l'est et à l'ouest même hauteur ,
mais des côtés un peu moindres ; 3.° joindre ces trapèzes les uns aux
autres par leurs angles aigus, et, du milieu de chaque ligne de jonction,
décrire, avec un rayon égal à la moitié de cette ligne, un demi-cercle. Par
cette simple opération on aura tous les contours, et le centre des niches
se trouvera au sommet des angles des carrés. Quant aux détails ils ne
peuvent offrir aucune difficulté.
Deuxième étage ; extérieur. — Le second étage est en retraite sur le
premier d'environ 3 pieds 3 pouces de chaque côté ; de manière que sa
largeur est de 25 pieds 6 pouces, et sa longueur de 28 pieds 11 pouces.
Cet étage s'élève sur trois marches qui forment une hauteur de 2 pieds
g pouces ; il est , comme on a vu , orné de quatre pilastres (3) , et il se
trouve percé de deux rangs de fenêtres de chaque côté; sa hauteur totale
au-dessus des marches , et y compris la corniche , est de 3 1 pieds 1 1 pouces : au-dessus est un acrotère de 6 pieds 2 pouces de haut-, cet acrotère
sert de hauteur d'appui à la galerie extérieure du troisième étage.
Les pilastres ont une base de 1 pied de hauteur et de 4 ou 5 pouces
de saillie ; leur largeur est de 2 pieds 4 pouces au nord et au sud, et de
(1) Vers l'intérieur, cette fenêtre s'enfoneant encore de 3 pieds 4 pouces, on devrait y apercevoir la liaison des constructions ; mais comme elle a été ragréée , on ne peut y distinguer cette liaison.
(2) On les trouvera en partie dans le tableau.
(3) Bien entendu que les pilastres des angles ne forment deux à deux qu'une seule masse.
DE VËSONE.
399
2 pieds 9 lignes des deux autres côtés ; leur saillie dans le bas est de 7
pouces 6 lignes ; leur hauteur totale est de 3i pieds 3 pouces.
Les chapiteaux de ces pilastres sont bizarrement façonnés : la plupart
se composent d'un gros tailloir arrondi par le bas , d'un large gorgerin
sur lequel sont sculptés trois anneaux ou espèces de rosasses, et d'un
astragale ; il en est même dont le gorgerin n'a aucune espèce d'ornement ;
quelques-uns consistent en un petit tailloir également arrondi par le
bas , en une espèce de quart de rond sculpté en oves ou autres ornemens , en un gorgerin et un astragale. Celui qui forme l'angle du sudouest est orné sur ses deux faces d'un gorgerin à deux rangs de rosasses
séparées par un listel. A l'ouest les deux du milieu sont en feuilles d'acanthe passablement sculptées, et tous ceux de l'est paraissent aussi avoir
été corinthiens ; mais leur état de dégradation ne permet guère de juger
de leur faire.
Quant à l'entablement, il se compose d'une architrave en guise de corniche, d'une espèce de frise entrecoupée par des modillons alongés en
consoles (1), et d'une corniche consistant en trois listels et une cymaise
semblable aux tailloirs des chapiteaux cpie nous venons de décrire.
Du reste, cet entablement offre cela de remarquable, qu'il ne s'élève
au-dessus des chapiteaux que de l'épaisseur de la cymaise, que cette cymaise est en ressaut et de forme un peu différente sur ces mêmes chapiteaux , et que les métopes de la frise sont ornées de figures d'agneaux.
Les fenêtres du premier rang sont entièrement murées : elles commencent à 1 pied au-dessus des marches ; leur largeur est de 3 pieds 9 pouces et quelques lignes ; leur hauteur est de 8 pieds 5 pouces 6 lignes ; on
les avait diminuées avant de les fermer entièrement , et alors elles avaient
2 pieds 2 pouces 5 lignes sur 7 pieds 3 pouces.
A l'est et à l'ouest , les fenêtres sont également distantes des pilastres ;
au nord et au sud , elles sont plus rapprochées des pilastres du centre
que de ceux des extrémités : la différence est d'environ 7 pouces.
(1) Ces modillons sont le vrai modèle des consoles gothiques, au moyen desquelles on établissait des mâchicoulis sur une pièce de fortification.
4oo
ANTIQUITÉS
A II pouces 4 lignes au-dessus de ces mêmes fenêtres , le mur est en
retraite de 4 pouces, et au-dessus de cette retraite les pilastres se trouvent de près de i pied d'épaisseur. Au reste, il est à remarquer qu'au
nord et au sud cette même retraite ne s'aperçoit point contre les pilastres des extrémités, sur un largeur de 7 pouces.
A 1 pied 3 pouces plus haut sont des frontons triangulaires , aux centres desquels est une rosasse. Ces frontons s'éloignent à leurs angles de
2 ou 3 pouces des pilastres , et ils sont surmontés d'une petite croix. A
quelques pouces au-dessus de cette croix est une plinthe ornée de petits
modillons, et à 8 ou 10 pouces de la plinthe s'ouvrent les fenêtres du
second rang.
Ces fenêtres du second rang ont eu 3 pieds 9 pouces 6 lignes de large
comme celles du premier , et 9 pieds de hauteur sous-clef ; elles sont
ornées d'impostes et d'archivoltes assez bien profilées pour le moyen
âge (1) , mais elles ne se trouvent plus ouvertes dans leur entier.
Les ouvertures actuelles ne sont même pas de grandeur égale ; celle
du milieu de chaque côté est plus grande que les autres : au nord, au
sud et à l'ouest elle est de 3 pieds de large sur 7 pieds 2 pouces de hauteur ; à l'est elle a 2 pieds 6 pouces sur G pieds 9 pouces, tandis que les
autres n'ont que 2 pieds 2 ou 3 pouces sur 6 pieds 7 pouces. Ces dernières ont même cela de singulier, qu'elles ne sont point percées au centre de leur ancienne baie, -mais qu'elles se trouvent au contraire le plus
éloignées possible des pilastres des angles ; qu'il en est même quelquesunes de peu régulières dans leur contour, ce qui tient à une cause que
nous aurons bientôt occasion de faire connaître. Au surplus, toutes ces
nouvelles ouvertures commencent à 2 pieds 6 pouces au-dessus de la
plinthe, et l'architrave de l'entablement est à environ 1 pied au-dessus
de leur archivolte.
Second étage du clocher ; intérieur. — L'intérieur du second étage commence au-dessus de la voûte du premier ; c'est-à-dire à près de 2 pieds
au-dessous de la base des pilastres extérieurs : on y aboutit par deux petits escaliers tournans, placés dans les masses d'intervalle des grandes ar-
(1) La gravure représente tout cela d'une manière inexacte.
DE VESONE.
401
cades inférieures , et par deux rampes droites cpii continuent ces petits
escaliers et qui vont se rencontrer entre l'extrados des deux voûtes.
Toutefois ces petits escaliers et leurs rampes droites n'arrivent point
exactement au sol de l'étage ; ils s'arrêtent au fond d'un espace carré
dont la longueur de l'ouest à l'est est de 7 pieds 4 pouces, la largeur de
8 pieds , et la profondeur de 6 pieds 9 pouces. C'est au haut de cet espace
que se trouve véritablement le sol de l'étage , et il faut encore une rampe
de plusieurs marches pour y parvenir. Cette rampe se dirige du côté de
l'ouest ; elle aboutit à la fenêtre du centre , s'élève de quelques pieds de
plus que le bas de cette fenêtre , et se trouve au niveau de la cime du
gros mur ajouté.
Rien ne recouvre l'espace carré que nous venons de décrire ; ainsi le
second étage n'a réellement pour sol actuel que de larges rebords ; mais
ce sont ces rebords qui lui servent de base , et c'est là qu'il se forme en
octogone de 16 pieds 2 pouces de long sur 14 pieds 10 pouces 6 lignes
de large. La voûte de cet octogone est en moellons comme celles qui
sont plus bas : elle commence à la hauteur de 10 pieds 6 pouces ; elle
s'élève intérieurement à 19 pieds; et le sol qu'on a pratiqué sur son extrados est à 1 pied 11 pouces au-dessous des fenêtres hautes actuelles.
Au surplus , il est bon de remarquer que l'octogone que nous venons de
décrire n'ayant que 16 pieds 1 pouce de long, tandis que les deux du
premier étage, avec leur mur de séparation, font une longueur totale de
3i pieds 3 pouces, il en résulte qu'une partie des constructions du second
étage porte sur les voûtes du premier. Passons à quelques détails.
Les fenêtres du premier rang sont entièrement fermées ; une seule est
ouverte sur une largeur de 2 pieds 2 pouces 5 lignes ; elle donne sur le
mur postérieurement ajouté. Les constructions dans lesquelles cette dernière est pratiquée ont 5 pieds 11 pouces d'épaisseur (1); mais à 4 pieds
et quelques lignes du parement extérieur, on aperçoit une ligne de séparation qui annonce qu'elles ont été doublées vers l'intérieur , sur une
épaisseur de 1 pied 10 pouces 6 lignes.
([) Le gros mur ayant près de 6 pieds d'épaisseur, et l'intérieur étant octogone, il en résulte que dans
les angles il y a près de 1 2 pieds du sommet des triangles massifs que forment les constructions , à la base
de ces triangles.
4o2
ANTIQUITÉS
Cette opération ne saurait être douteuse. Les deux masses n'ont aucune liaison entre elles ; et à la manière dont les pierres de chaque' partie
sont ajustées à la ligne de séparation, on voit clairement laquelle des
deux a été ajoutée. S'il en fallait d'autres preuves, on les tirerait des observations suivantes :
i.° Les fenêtres du premier rang, c'est-à-dire celles qui pourraient
éclairer l'octogone , ne se montrent point dans cet intérieur ;
2. 0 Avant d'être entièrement fermées , ces fenêtres furent diminuées de
largeur et de hauteur , ce qui annonce qu'elles étaient encore destinées
à donner du jour, et que par conséquent elles ne furent jamais feintes;
3.° A quelques arrachemens, on voit en effet que ces fenêtres pénétraient fort en avant dans l'intérieur ;
4-° Les assises de l'octogone et celles des constmctions extérieures ne
sont nullement de même hauteur ; d'un côté elles sont mêlées , et leur
hauteur varie de 5 pouces 9 lignes à 1 pied 1 pouce 2 lignes; de l'autre,
elles sont toutes de 1 1 pouces 6 lignes ;
5. ° Les montans et le haut des baies les plus larges sont entièrement
éclatés et crevassés, ce qui annonce que ces parties ont singulièrement
souffert d'un incendie ; elles sont même encore un peu rouges ;
6. ° Enfin, dans la fenêtre ouverte on voit, à la ligne de séparation, que
le parement intérieur de la construction extérieure est singulièrement
dégradé, et on y trouve aussi la preuve certaine que les fenêtres furent
diminuées de grandeur avant que les murs fussent doublés.
De tout cela il résulte non-seulement que le second étage du clocher
a été doublé dans l'intérieur, et qu'il l'a été à la suite d'un incendie;
mais encore que , immédiatement après l'incendie , on s'était borné à
restaurer les fenêtres, à en diminuer les dimensions, et que ce n'est que
plus tard qu'on a songé à fortifier les gros murs. Bientôt nous en donnerons d'autres preuves.
En doublant les gros murs, en construisant l'octogone et la voûte, on
a laissé un espace vide sur la fenêtre ouverte. Cet espace se trouve mé-
DE VÉSONE.
4o3
nagé partie dans la vieille construction et partie dans la nouvelle : on y
a établi quelques marches qui portent sur les reins de la voûte , et c'est
au moyen de ces marches, et d'une petite échelle de bois placée dessous,
que l'on peut arriver sur le troisième et dernier sol intérieur.
Ce sol est , comme on a vu , sur la voûte de l'octogone ; il se trouve
à i pied 1 1 pouces au-dessous des secondes fenêtres ; ainsi il appartient ,
tout comme la pièce inférieure , au second étage , et nous pourrons y
faire de nouvelles observations tendant au même objet (i).
A cette hauteur, l'épaisseur des murs de pourtour est de 4 pieds 10
pouces à l'ouest , de 4 pieds 6 pouces 6 lignes à l'est, de 3 pieds 1 1 pouces au nord, et de 3 pieds 9 pouces 6 lignes au sud (2). L'espace carré
que ces murs renferment est de 17 pieds 7 pouces de long sur i5 pieds
1 o pouces de large ; et de l'examen de ces mêmes murs résultent les observations suivantes :
i.° Tous ces murs ont été doublés sur une épaisseur de près de 2 pieds
à l'est et à l'ouest , et ils l'ont été sur celle de 1 pied et quelques pouces
des deux autres côtés : on en voit la preuve certaine à la grande fenêtre
de l'ouest , où la construction est un peu endommagée ;
2. 0 On a retaillé tous les vieux murs vers l'intérieur, avant de les doubler : on en voit également la preuve à la fenêtre que nous venons d'indiquer ;
3. ° Les parties retaillées conservent encore de la rougeur ;
4. ° A l'extérieur des fenêtres on distingue une restauration : tantôt on
y suit les traces de l'ancienne baie , tantôt cette ancienne baie a été ir(1) C'est sur les reins de cette voûte que porte le beffroi, et c'est à la hauteur d'environ 22 pieds que
se trouvaient suspendues deux principales cloches , dont la plus forte a été enlevée pendant la révolution.
Celle qui y est encore est de la largeur de 3 pieds 2 pouces ; elle porte l'inscription suivante :
IHS MARIA. SANCTI STEPHANE ET FRONTO ORATE PRO NOBIS. CAPIUTLUM («c)
SUIS SUMPTU5US ME RESTAURA VIT ET AUGMENTAVIT
, 1748.
Les cloches qui sont au-dessus sont de très-petites dimensions , excepté les deux de l'horloge , qui sont
modernes.
(2) Toutes ces épaisseurs sont données non compris celle des pilastres.
4o4
ANTIQUITÉS
régulièrement retaillée avant de recevoir , dans son intérieur , les nouvelles constructions ;
5. ° A quelques-unes des fenêtres, les voussoirs et même l'archivolte ont
été dérangés , et un peu irrégulièrement rajustés ;
6. ° Enfin, dans l'intérieur de la plupart de ces mêmes fenêtres on voit,
tant dans le cintre que sur lés côtés , une ligne de séparation qui annonce que cet intérieur a été fait à deux reprises ; et de tout cela on
doit encore tirer la conséquence :
i.° Que le clocher fut brûlé sur plus de ìa moitié de sa hauteur, et
en effet l'histoire nous apprend qu'il l'a été ;
2. 0 Qu'après l'incendie on refit les fenêtres, parce qu'elles étaient dégradées, et qu'on en diminua les proportions pour donner plus de force
à la masse ; que l'on construisit aussi le gros mur de l'ouest ;
3.° Enfin , qu'à la suite de cette première restauration , soit qu'on craignît qu'elle ne pût suffire , soit qu'il se manifestât quelques nouveaux
dangers , on se crut obligé de ragréer dans l'intérieur tous les murs du
pourtour, et de les doubler.
Au surplus, il est certain que lorsque la première de ces opérations
fut faite , on ne songeait nullement à la seconde ; on en trouve la preuve
non-seulement dans la diminution des fenêtres du premier rang, qu'on a
dû ensuite fermer en partie , mais encore dans les fenêtres hautes qui approchent des angles ; et c'est là surtout que la preuve est irréfragable ,
car on a été obligé de refaire ces fenêtres presqu'en entier une seconde
fois , pour qu'elles ne se trouvassent pas derrière les nouvelles constructions ; et alors on les a rapprochées le plus possible de l'un des montans de l'ancienne baie, soit en refaisant un des côtés, soit en élargissant
avec le ciseau celui qu'on ne voulait pas refaire. C'est par l'effet de ce
travail que les fenêtres hautes se trouvent étroites et peu régulières.
Tels sont les détails que nous avions à donner de l'intérieur du second
étage, et nous devons ajouter, suç l'extérieur, que la corniche et les chapiteaux des pilastres durent souffrir considérablement de l'incendie ; que
ce fut alors sans doute que les sculptures de la frise disparurent, du moins
DE VÉSONE.
'
405
en partie, et que les chapiteaux d'acanthe furent remplacés par des chapiteaux bizarres.
Troisième étage du clocher ; extérieur. — On a vu que l'acrotère du
second étage n'était autre chose que la hauteur d'appui de la petite galerie du troisième. Le sol de cette galerie est à environ 2 pieds au-dessus
de l'entablement inférieur , et le parapet s'élève sur ce sol de 4 pieds 2
pouces. La longueur de ce parapet de l'ouest à l'est est de 29 pieds ; elle
est de 26 pieds du nord au sud.
C'est sur cette même galerie que commence en retraite le troisième
étage et les colonnes dont il est orné; sa longueur est, comme on a vu,
de i5 pieds 3 pouces, y compris l'épaisseur des colonnes, et sa largeur
est de plus de 23 pieds; il est décoré de deux rangs de fenêtres cintrées,
ornées d'archivoltes et d'impostes; sa hauteur est de 28 pieds 8 pouces.
Les colonnes sont engagées de moitié ; elles ont 2 pieds de diamètre;
leur base est assez bien profilée ; elle est composée d'un tore supérieur ,
d'un filet au-dessous , d'une scotie , et d'un tore inférieur qui , avec la
plinthe, se trouve engagé dans le sol. Ce qui paraît de cette base est
encore de la hauteur de 8 pouces. Quant au chapiteau , il consiste en
deux tailloirs placés l'un sur l'autre , un astragale , et un gorgerin audessous duquel est l'astragale ordinaire. Le tailloir le plus élevé est épais,
il est coupé en chanfrein par le bas ; l'autre a moins de hauteur , et il
est arrondi clans sa partie inférieure. L'astragale ou espèce de tore qui
vient après est plus fort que celui du gorgerin ou tambour. Le premier
des deux tailloirs est sculpté en échiquier sur ses deux faces. Parmi les
chapiteaux il en est un de corinthien ; les feuilles d'acanthe y sont même
assez bien dessinées : on le voit du côté de l'ouest.
Les fenêtres du premier rang sont percées à 1 pied 6 pouces au-dessus
du sol de la galerie extérieure ; leur largeur est de 2 pieds 6 pouces au
nord et au sud, et de 2 pieds 1 pouce 9 lignes à l'est et à l'ouest; leur
hauteur est de 7 pieds 6 pouces. Avant la restauration ces fenêtres commençaient à 1 pied du sol ; leur largeur était de 4 pieds, et de 3 pieds 6
pouces 3 lignes ; leur hauteur était de 9 pieds ; elles étaient ornées d'impostes et d'archivoltes : les impostes ont 6 pouces de haut ; les archivoltes ont environ 10 pouces.
TOM. II.
5a
406
ANTIQUITÉS
A i ou 2 pouces de l'archivolte est une plinthe composée d'un listel ,
d'un cavet et de ses réglets ; elle a 6 ou 7 pouces de haut ; et à 1 pied
7 ou 8 pouces au-dessus est une seconde plinthe de même forme.
C'est à 1 pied au-dessus de cette dernière plinthe cpie commencent les
fenêtres du second rang ; leur largeur est de 1 pied 7 pouces 9 lignes au
nord et au sud ; elle est de 1 pied 5 pouces 6 lignes des deux autres côtés ; leur hauteur est de 6 pieds 10 pouces : au surplus, ces fenêtres ont
été restaurées comme les autres , et c'est lors de la restauration qu'elles
ont été réduites à leurs dimensions actuelles ; auparavant elles étaient de
la grandeur de celle du premier rang, et elles commençaient immédiatement sur la plinthe.
L'archivolte de ces fenêtres est surbaissée , ce qui produit un mauvais
effet ; mais elle pourrait avoir été dérangée lors de la restauration : elle
le paraît même ; quant à l'imposte , elle n'offre rien de remarquable.
L'entablement qui couronne toute cette ordonnance est agencé à peu
près comme celui du second étage. Seulement ici les métopes sont ornées
de masques et de têtes grotesques, et la partie de corniche qui est au
niveau des tailloirs supérieurs des chapiteaux est profilée à peu près
comme ce tailloir, et est ornée de même en échiquier. Au reste, cette
dernière partie d'entablement est moins saillante que le tailloir des chapiteaux , et elle est recouverte d'une espèce de bandeau de 7 ou 8 pouces d'épaisseur. Au-dessus de ce bandeau s'élève un acrotère ou hauteur
d'appui de 4 pieds et quelques pouces.
Tel est l'extérieur du troisième étage. Peut-être serait- il permis de
soupçonner que la galerie découverte qui est au bas et celle qui le surmonte ont été ajoutées à une époque postérieure. II serait possible, en
effet , que la retraite du mur de chaque étage se fût opérée , comme audessus de la base, par le moyen de quelques marches; et ce.qui porterait à le croire , c'est que les premières fenêtres de ce troisième étage ,
de même que les colonnes, sont en partie cachées par le parapet, tandis
qu'on devrait les voir dans leur entier.
Troisième étage ; intérieur. — L'intérieur du troisième étage n'a rien
de remarquable; sa longueur de l'ouest à l'est est de 17 pieds 7 pouces 6
lignes, et sa largeur est de i5 pieds 8 pouces 6 lignes : un mauvais plan-
DE VÉSONE.
4o 7
cher en forme le sol particulier. A cette hauteur les murs ont une épaisseur de 2 pieds 10 pouces ou environ, et ils offrent à l'esprit les mêmes
observations que ceux de l'étage inférieur; seulement ils ne se trouvent
doublés que de i pied ; et même , à 2 pieds 9 pouces au-dessous du second rang des fenêtres actuelles , cette opération cesse , et il en résulte
vers l'intérieur une retraite d'environ 1 1 pouces.
Au surplus , quoique à partir de cette retraite le mur soit beaucoup
plus mince , il n'en a pas moins été doublé sur une épaisseur de 7 ou 8
pouces ; mais ce travail n'a aucun rapport avec l'autre , il en est même
séparé par un espace d'environ 2 pieds ; il est sans doute le résultat de
la première restauration , puisqu'il se lie parfaitement avec celui des nouvelles fenêtres : quoi qu'il en soit, il s'élève à environ 5 pieds au-dessus
de l'intérieur de ces baies : plus haut , le mur est en retraite de 2 pouces
à l'est et à l'ouest, et il l'est d'environ 6 pouces des deux autres côtés.
Pour faire cette opération on avait coupé le vieux mur sur une épaisseur
de quelques pouces, et elle paraît appartenir à la première réparation.
Quant à l'intérieur des fenêtres du premier rang, il laisse encore voir
quelques restes de la première reconstruction dont il fut Fobjet ; on y
voit , soit dans les montans , soit dans les voussoirs , quelques lignes de
séparation ; mais on aperçoit en même temps que , lors de la seconde
restauration , plusieurs de ces ouvertures furent refaites presque dans
leur entier , ce qui donne à l'ensemble une plus parfaite solidité. Pour
ce qui regarde les fenêtres du second rang, il est clair qu'elles n'ont
été l'objet que d'une seule opération. Au surplus, ces ouvertures du second rang furent sans doute considérablement endommagées par le feu ;
car les nouvelles constructions qu'on, ajouta sur les côtés pénètrent fort
avant dans les anciennes , avec lesquelles elles sont irrégulièrement liées.
II paraît même que plus haut le mur a été presque tout reconstruit, tant
dans l'intérieur qu'au dehors^ Ainsi sans doute l'entablement a été refait,
et c'est alors que des- chapiteaux barbares ont remplacé les vrais chapiteaux corinthiens. Les colonnes même ont été reprises depuis le tiers
de leur hauteur ; on n'en peut douter si l'on compare le travail du haut
avec celui de la partie inférieure.
Ce qui d'ailleurs prouve d'une manière évidente que l'entablement a
été refait, ce sont ces ornemens en échiquier, et ces têtes grotesques qui
4o8
ANTIQUITÉS
rappellent si bien le faire du i2. e siècle. Enfin, à 2 pieds ou environ. audessus de l'endroit où finit la grosse construction ajoutée dans l'intérieur,
les assises ne sont plus de mêmes dimensions au dehors, ce qui compléterait la preuve s'il en était besoin.
Quatrième étage ; extérieur. —• L'acrotère du troisième étage a 4 pieds
2 pouces de hauteur, non compris la cymaise de la corniche, dont l'épaisseur est de 8 pouces, et avec laquelle il se confond à l'ceil : sa longueur,
de l'ouest à l'est, est de 26 pieds 9 pouces, et du nord au sud elle est de
24 pieds 1 1 pouces 6 lignes ; il s'élève de 3 pieds 9 pouces 6 lignes audessus du sol de la petite galerie dont il forme la hauteur d'appui, et le
quatrième étage commence sur cette même galerie, dont la largeur est
de 1 pied et quelques pouces de chaque côté.
Ce quatrième étage se présente d'abord sous la forme d'un parallélogramme de 22 pieds 6 pouces de long , et de 21 pieds 1 pouce de large.
Ce parallélogramme, dont les angles sont d'abord un peu coupés, diminue de longueur au moyen de deux retraites , et à la hauteur de 5
pieds 4 pouces , il se trouve de même mesure dans les deux directions.
Au reste , comme les angles diminuent aussi successivement , et forment
de véritables marches , il en résulte en haut une figure d'octogone , ou
plutôt une espèce de croix , dont les angles d'embranchement sont remplis de manière , à l'extérieur , que les quatre côtés ne saillent que d'environ 1 pied; et c'est sur cette figure que commence un plan circulaire
dont le diamètre est de 21 pieds.
Ce plan circulaire est un soubassement de 2 pieds 8 pouces. Dans le
haut et dans le bas, ce soubassement offre une espèce de listel de quelques pouces de large ; le milieu est creusé en section de cercle.
Sur ce soubassement portent des colonnes de 8 ou 9 pouces de diamètre , et de 8 pieds 1 pouce 6 lignes de hauteur. Ces colonnes sont au
nombre de cinquante-huit, et elles se trouvent très-rapprochées les unes
des autres ; pour leur couronnement , elles n'ont , la plupart , aucune
forme arrêtée ; quelques-unes seulement ont un petit chapiteau corinthien , et il en est une qui est entièrement en marbre. En un mot , l'ensemble et la forme de ces colonnes n'ont rien de déterminé , et tout annonce une restauration faite à la hâte dans des temps barbares.
DE
VÉSONE.
409
L'entablement de cette petite colonnade a 3 pieds 8 pouces de hauteur, ce qui fait, pour le quatrième étage, une élévation de ig pieds 9
pouces et quelques lignes au-dessus de la petite galerie découverte qui
lui sert de base. Cet entablement se compose d'une large plate-bande au
haut de laquelle se trouve en saillie de 2 pouces un listel avec son cavet, et au bas de laquelle est également en saillie une espèce de listel
de 7 pouces de largeur. Cette dernière moulure finit en cavet par le
haut, et elle offre par le bas un filet et un petit cavet.
C'est sur cet entablement que porte la calotte du clocher : sa hauteur
totale est d'environ 24 pieds, y compris la pointe ou espèce de cippe
dont elle est surmontée.
Cette calotte imite assez bien la portion supérieure d'une pomme de
pin : elle est de même hérissée sur toute sa hauteur de parties saillantes
en forme d'écaillés; la pointe qui la termine est une espèce de cylindre
orné , de deux tores et d'un petit rebord en haut : au-dessus est une
croix de fer surmontée d'un coq (1).
Quatrième étage du clocher ; intérieur. — L'intérieur du quatrième
étage n'offre absolument rien de remarquable. Vers les angles les pierres
sont placées en encorbellement , et c'est par ce moyen que le plan finit
par devenir circulaire. Des crampons de fer maintiennent plusieurs de
ces pierres , et les lient les unes aux autres : il paraît que ces crampons
ont été placés à une époque postérieure à la grande restauration.
Le petit soubassement qui porte les colonnes n'a guère que 1 pied
d'épaisseur , ainsi que l'entablement ; mais cette dernière partie est fortifiée de crampons de fer dont quelques-uns ont fait éclater la pierre,
et elle est armée de deux tirans qui se croisent à angle droit au centre
du plan. La hauteur intérieure de la calotte , y compris l'entablement ,
est de 22 pieds 2 pouces.
Tel est le clocher de notre basilique, et tels sont les détails de sa cons-
(1) Cette croix et ce coq ont été placés en 182 r. La croix seule a environ 7 pieds de hauteur, y compris
le reste d'une ancienne croix que le temps avait détruite , ou qu'on a brisée pendant la révolution. Le coq
s'élève au-dessus,, de 1 pied 8 ou 10 pouces.
4io
ANTIQUITÉS
truction. Les côtés de sa base remontent à une haute ancienneté ; il a
souffert, à une époque reculée, par l'effet d'un violent incendie ; il a été
l'objet de deux principales restaurations, et, dans le dernier siècle, on
avait entièrement recouvert sa calotte en lames de plomb, qu'on a enlevées pendant nos troubles révolutionnaires.
Nous dirons plus tard quels seraient les moyens de consolider à jamais
ce précieux édifice ; maintenant il suffit d'ajouter que son ensemble produit un bel effet ; que son premier étage , au-dessus de la base , est dessiné d'une manière plus agréable et plus correcte que ne le sont la plupart des autres monumens du moyen âge ; que la dégradation successive
de ses étages est assez bien entendue, et que son couronnement circulaire est une idée heureuse (i).
Quelques défauts , il est vrai , déprécient ce grand ouvrage : sa base
est trop haute , le premier étage n'est pas assez élevé , le plan n'est point
un carré exact , et une foule de détails y retracent le souvenir des temps
barbares ; mais qu'on se reporte aux époques de cette vaste construction
et de ses restaurations successives ; qu'on se rappelle qu'il existait à la
même place un vieux édifice que l'on ne voulut point anéantir, alors
peut-être on sera disposé à l'indulgence. Enfin , que l'on compare notre
clocher à tous ceux qui ont été élevés antérieurement au i2. e siècle, et
l'on sera forcé de convenir qu'il n'en est aucun d'aussi curieux.
L'axe" particulier de la galerie du centre de ce monument, c'est-à-dire
la ligne que l'on ferait passer par le milieu de son arcade de l'est, et par
le milieu de l'arcade qui sépare les deux ovales , coupe l'intérieur de la
porte en deux parties inégales , se trouve à 3 pieds i pouces 3 lignes
du montant du nord , à i pieds n pouces 3 lignes de celui du sud, et
aboutit à environ 8 pieds du montant de l'arcade sous laquelle est le
grand autel de la basilique.
(r) C'est vers le nord et vers le sud qu'il faut voir ce clocher. A l'est et à l'ouest , non-senlemci>t
m
n'aperçoit pas le premier étage , mais l'ensemhle n'est pas assez pyramidal. II faut éviter aussi de le voir
obliquement, c'est-à-dire vis-à-vis des angles, parce que sur ces points l'étage circulaire se trouve naturelloiuent un peu trop en retraite.
DE VESONE.
4n
Tableau des principales mesures et proportions du clocher.
HAUTEURS PRINCIPALES ; PROPORTIONS DE LA BASE.
HAUTEUR du clocher, au-dessus de son pavé , et seulement jusqu'à la naissance de la calotte.
P.
.
i55
Avec la calotte et son amortissement, il s'élève à environ
r 79
Avec la croix et le coq , il a environ
187
SA HAUTEUR TOTALE , au-dessus du pavé de l'église , est d'environ
*9*
|
ÍGRA\DES
/ La longueur de la hase , de l'intérieur de l'église au contre-mur de l'ouest , est de.
^ etl:c longueur, y compris le contre-mur, est de
1
La largeur, du nord au sud, et y compris les constructions latérales, est de. . .
La hauteur , prise aux murs latéraux , est d'environ
Cette haut., prise au pied du I. ER étage, sur les côtés du nord et du sud , est d'cnv
/ Sa hauteur , jusqu'à la petite retraite , est d'environ
\ CONTRE-MUR I Sa largeur est de
de l'ouest. j La porte qu'il contient est de la hauteur de
[ Elle est de la largeur de
P.
40
44
4 . »
6
58
9
»
»
4o
42
"
44
26
i5
6
5
5
6
32
9
1 r 10
i
{ Les autres murs sont cachés par les constructions extérieures.
Longueur de la galerie du nord , à partir du gros pilier de l'église.
Largeur de cette galerie
Largeur de la partie de l'ouest. .
Hauteur des voûtes , contre le mur du nord , environ
Hauteur de ces voûtes, contre les constructions du centre, environ.
Hauteur des arcades feintes du mur du nord
Largeur de ces arcades
GALEH. DU N. (' Les arcades du haut sont au-dessus des autres à
.
Leur hauteur est de
Leur largeur est de
;
Hauteur de la plinthe qui est sous les arcades hautes
Largeur des pieds-droits qui se trouvent entre les arcades
Saillie de ces pieds-droits
,
,
I Distance de ces pieds-droits aux arcades du Las
\ Hauteur de l'arcade transversale de la partie étroite de la galerie. .
INTKR.
'Longueur de la galerie du sud, à partir du gros pilier de l'église. .
iLargeur de cette galerie , à l'extrémité de l'est
f Largeur , du côté de l'ouest
GATJER . DU S.
1 La porte qui communique au cloître a de haut
' Elle est de la largeur de
^Le mur du sud a un contre-mur sur les deux tiers de sa longueur.
9 a
38 „
38 10
16
6
10
3
5 10
12
2i
6
2
3
2
1
7
z
6
9
n
37
12
3
6
9
9
9
6
5
3
»
Largeur des constructions, non compris les petits pilastres
Longueur intérieure de l'arcade de Test à celle de l'ouest, environ. .
Longueur de l'ovale de l'est, environ
Longueur actuelle de l'ovale de l'ouest, environ
Largeur de ces ovales
^ Largeur de l'arcade de l'est
Largeur de l'intérieur de la porte de l'ouest
,
Distance entre les deux ovales
Hauteur des arcades latérales, au-dessus du sol
Largeur de ces arcades
Hauteur des constmet. , jusqu'au haut de la corniche intér. , env. ,
6
6
44
6
Si la hase consistait dans les seules coustruct. du centre , sa largeur, avec les pilastres, serait de.
26
(
»
25 1 1
3o
3
i3
2
x7
9
6
9
9
1
2 11
6
9
37
(■) Si le contre-mur du sud n'existait pas, la largeur de la galerie serait partout de 12 pieds et quelques pouces.
ANTIQUITES
GRANDES
mesures.
/Longueur du premier étage, non compris le contre-mur de l'ouest.
I Longueur, avec le contre-mur
1 Largeur , du nord au sud
V Hauteur, à partir de l'extrados des voûtes latérales de la buse.
SOUBASSEM.
( Le soubassement s'élève jusqu'aux fenêtres; sa hauteur est de. . .
I Au nord et au sud il n'est point en saillie
À l'est il pénètre sous la voûte cle l'église de
| A l'ouest il est en saillie d'environ
I Avec le contre-mur sa longueur est de
Au-dcssus de la retraite du contre-mur, cette longueur n'est plus que de
Hauteur des arcades feintes
Largeur de ces arcades
Le pied-droit de l'extrémité de l'est est de la largeur de. .
Celui qui est de l'autre côté a
MURDDIÍORD ( Celui du uiilieu a
Les fenêtres sont de la hauteur de
Leur largeur est de
Les colonnes dont elles sont ornées sont de la hauteur de.
Le diamètre de ces colonnes est de
La hauteur des arcades feintes est, comme de l'autre côté, de. . .
Celle de ces arcades qui est le plus à l'est est de la largeur de. . . .
L'autre a
. t
Le pied-droit qui est à l'extrémité de l'est est de la largeur de. . . .
MUR DU SUD ^ Celui qui est de l'autre côté a
Celui du milieu u
La fenêtre qui est le plus à l'est , est du pilastre de l'angle a. . . .
Elle est du pilastre du milieu à
Tout le reste est comme du côté du nord.
O
Le mur de l'est n'a aucun ornement ; il donne dans l'intérieur de l'égìise et an- • dessus des voûtes.
Í
I1 est masqué par le contre-mur , dont l'épaisseur est de.
Ce contre-mur s'élève plus que le premier étage , de. . . .
Sa petite retraite s'élève moins que le soubassement, de. .
'Longueur des carrés, au-dessus de la corniche du bas étage. . .
Largeur de ces carrés
Du carré de l'est à l'intérieur de l'église il y a
1 Distance entre les deux carrés
PRINCIPALES
Les octogones commencent au-dessus des carrés , à environ. . .
mesures.
Leur longueur est de
Leur largeur est de
La voûte de ces octogones commence , au-dessus de la base , à.
L Elle s'élève , au-dessus du sol , à
'La longueur des côtés des octogones est de
Les côtés où se trouvent les fenêtres latérales n'ont qu'environ. .
Les niches sont de la largeur de. .
La hauteur de ces niches est de
Leur profondeur est de
Les colonnes sont de la hauteur de
Leur diamètre est de
,
L'ancienne fenêtre de l'ouest est de la largeur de
ySa hauteur était comme celle des autres baies.
(
Epaissenr du mur du nord, entre les octogones et l'intérieur des arcades feintes de l'extrémité.
Epaisseur du mur du sud, seulement
(i) Cette mesure est prise au-dessus des fenêtres, et où il n'y a plus aucune saillie.
DE VESONE.
I
4l3
MESURES ET PROPORTIONS DES TROIS DERNIERS ETAGES.
P. P.
L.
/La longueur du deuxième étage, y compris la saillie des pilastres, est de.
. .
mesures, j La hauteur du soubassement en degrés qui supporte l'ordonnance est de. .
\ La hauteur totale de l'ctage , y compris une corniche de 7 pouces , est de.
28 11
25 6
2 9
34 8
»
GRANDES j Sa largeur , du nord au sud , est de
' PILASTRES. . .
ANCIEN. FEN,
basses.
ANCIEN. FEN.
hautes.
NOUV. FENET.
basses.
Les pilastres sont de la hauteur de
Leur largeur est de
Leur base s'élève de
Elles étaient au-dessus des marches à
Leur hauteur était de
Leur largeur était de
Elles étaient au-dessus des autres à environ
Leur hauteur était de
Leur largeur était de
,
Elles étaient , comme les autres , au-dessus des marches , à. . .
Leur hauteur était de
Leur largeur était de
3i
2
1
1'
8
3
5
9
6
9
g
9
9
a
3
Elles commencent plus haut que les anciennes , de
La hauteur des quatre du milieu est d'environ
NOUV. FENET.
Leur largeur est d'environ
hautes.
La hauteur des autres est d'environ
Leur largeur est d'environ
| Les frontons des anciennes fenêt. basses sont au-dessus de ces fenêt. à
\ ORNEMENS. .
1 La plinthe est au-dessus de ces mêmes fenêtres à environ
7
a
2
7
3
G
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3
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2
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2
2
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14 10
6 3
6 9
10 6
J9
Í
25 3
23 2
2 9 10
EX TER.
; Du sol de la galerie , leur hauteur est d'environ.
Leur diamètre est de
Elles commençaient , au-dessus du sol de la galerie , à
ANCIEN. FEN.
Leur hauteur était de
basses.
La largeur de celles des côtés était de 3 p. 6 p. ; les autres avaient.
'
Elles
étaient , au-dessus des premières , à environ
ANCIEN. FEN.
Leur hauteur était d'environ
hautes.
{ Leur largeur était de 3 pieds 6 pouces, et de
í Les plus grandes du bas ont 2 pieds 6 pouces sur
I NOUV. FENÊT.
1 Les plus grandes du haut ont 1 pied 8 pouces sur
26
2
1
9
4
í Le soubassement du quatrième étage s'élève , sur la galerie , de.
1 II se termine en plan circulaire , sur une hauteur de
I Dans le haut, son diamètre est de
1 Les colonnes sont de la hauteur de
Leur diamètre est d'environ
^Le petit entablement qui surmonte les colonnes s'élève de. . .
8
2
21
8
■I
3
9
8
1 CALOTTE , f ^ a hauteur de la calotte , avec l'amortissement , est d'environ. .
I La croix et le coq s'élèvent d'environ
24
<
H
»
a
O
La longueur du troisième étage , y compris la saillie des colonnes , est de. . .
Sa largeur , du nord au sud , est de
Sa véritable hauteur , non compris le parapet de la galerie supérieure , est de.
0
5
7
' Le sol intérieur commence plus bas que l'ordonnance extérieure , d'environ.
, L'octogone qui commence sur ce sol est de la longueur de
I Sa largeur est de
■ Ses côtés ont environ
Seulement celui du nord et celui du sud ont
La voûte commence au-dessus du sol à
y Elle s'élève à la hauteur de
I
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mesures.
/ GRANDES
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6 10
S
1
6
(1) Cette corniche ne parait guère , parce qu'elle sert de hase à la hauteur d'appui de la galerie qui est au-dessus.
(2) Ce parapet de galerie a 3 pieds et quelques pouces de haut.
TOM. II.
53
4*4
ANTIQUITÉS
CHAPITRE IV.
Description particulière du grand porche de l'ouest et de
Vavant-porche.
SÎ-~f7-B
A. l'ouest du clocher est une cour fermée de hautes murailles. La longueur de cette cour est de 55 pieds 9 pouces; sa largeur est de 49 pieds
6 pouces ; sa forme serait un parallélogramme , si quatre gros piliers ,
placés dans les angles, n'en faisaient une véritable croix : c'est dans cet
espace que consistait l'intérieur du principal porche de notre basilique;
ce sont ces hautes murailles qui formaient son pourtour ; ce sont ces
vieux piliers qui soutenaient son comble. L'ensemble occupe une surface
de 59 pieds 6 pouces en carré, parce que les deux murs latéraux font une
épaisseur totale de 10 pieds, et cpie celui de la façade a 3 pieds 6 pouces. En avant de ce dernier est une construction de près de 3i pieds de
longueur , y compris l'épaisseuf du gros mur , et de 28 pieds de large :
c'était une espèce d'avant-porche, qui avait été le véritable porche ancien. Ces deux parties sont distinctes : nous en ferons le sujet de deux
articles particuliers.
ARTICLE i. er —• Du porche.
Extérieur. — Les murs latéraux du porche n'eurent jamais d'ouvertures dans le bas ; car on n'en aperçoit aucune trace ; et s'il y eut des fenêtres, nécessairement elles étaient placées à une grande hauteur. Au surplus, '■ces deux murs ont cela de singulier qu'ils ne sont point de même
épaisseur, celui du nord ayant 5 pieds 10 pouces, tandis que celui du
sud n'a que 4 pieds 2 pouces ; du reste ils sont construits absolument de
la même manière, c'est-à-dire en assises de longs moellons grossièrement
smillés(i), et l'un et l'autre ils s'élèvent encore de plus de 3o pieds. L'un
(1) Ces moellons, dont la hauteur varie de 5 à 6 pouces, sont de toutes longueurs, depuis 6 ou 7 pouces
jusqu'à 1 pied C pouces.
DE VÉSONE.
-
de ces murs est obstrué au dehors par le cloître et par les galeries de
l'évêché ; l'autre sert de mur mitoyen entre cieux maisons particvúières ,
et il est assez difficile de l'apercevoir (i) ; on peut néanmoins s'assurer
qu'il a une espèce de contrefort ou ante à son extrémité de l'ouest (a),
et il est aisé d'en conclure que le mur opposé devait en avoir autant. La
saillie de ce contrefort est de i pied 6 pouces ; sa largeur est de plus de
3 pieds.
Le mur de l'ouest est de même obstrué , du moins au dehors , par des
constructions étrangères (3) : on ne peut le voir que très-difficilement
dans toutes ses parties ; mais comme il offre ce qu'il y a de plus curieux
dans l'ensemble du porche, nous tâcherons de le décrire avec quelques
détails (4).
L'épaisseur de ce mur est de 3 pieds 6 pouces ; sa longueur est d'environ 62 pieds 8 pouces ; sa hauteur actuelle , depuis le sol extérieur jusqu'à la pointe du pignon , est de 53 pieds 6 pouces : ce qui lui donne
une élévation totale de 63 pieds au-dessus du pavé du clocher (5). Au
reste , le haut de ce même mur peut se diviser en trois parties , le milieu
et les deux côtés , et c'est le milieu seul qui s'élève à une hauteur si considérable, tandis que les côtés n'eurent guère jamais plus de 45 pieds.
La largeur de la partie du milieu est de 25 pieds 5 pouces, et les extrémités de cette partie sont montées d'aplomb jusqu'à la hauteur de 12
pieds 6 pouces , où commence le fronton (6).
Aux extrémités du mur sont deux contreforts ou antes comme sur les
côtés; ils ont 1 pied 10 pouces de saillie, et plus de 3 pieds de large;
(1) Celle des deux maisons qui est dans l'intérieur du porche a été construite en iSrg.
(2) On voit cette ante dans la cave du sieur Goursole, sergeur.
(3) La maison de M. Ser , marchand drapier.
(4) Voyez la planche XXIV , qui malheureusement n'est pas très-exacte.
(5) C'est-à-dire au-dessus de la partie la plus élevée de ce pavé ; ce qui serait une hauteur totale de 68
pieds 2 ponces au-dessus du pavé de la basilique C'est an niveau de la partie la plus élevée de ce même
pavé du clocher que nous rapporterons toutes nos mesures des porches.
(6) Dans la planche on n'a représenté réellement que le milieu du mur ; mais on l'a représenté jusqu'au
bas, en le raccourcissant dans cette partie ; de sorte que pour se faire une idée un peu exacte, d'après la
gravure , il faut ajouter deux grandes parties sur les côtés , ne les faire monter que jusqu'au-dessus des petites arcades , mettre la porte beaucoup plus bas , et ajuster trois grandes fenêtres au-dessus. II faut aussi
retrancher les deux saillies des extrémités , parce qu'elles ne sont pas à la place qu'elles doivent occuper.
s
416
ANTIQUITÉS
ils forment avec les premiers les angles de l'édifìce (i); au milieu est la
porte d'entrée.
Cette porte, dont la hauteur serait de plus de 16 pieds si le pavé était
à son ancien niveau , n'a que 7 pieds dans l'état actuel des choses ; sa
largeur est de 6 pieds 5 pouces , et tout-à-fait à l'extérieur elle est de 8
pieds; son cintre est en arc aigu, et le tout est orné de petites colonnes,
de boudins ou torons , et de sculptures en pointes de diamans , ce qui
rappelle une époque très-reculée. La largeur de toutes ces moulures est,
de chaque côté , de 1 pied 2 pouces , et elle est de 1 pied 4 pouces autour du cintre.
Vers l'intérieur , la baie offre une arrière-voussure de 6 pieds g pouces
de large, et dont le haut se termine par une petite portion d'un trèsgrand cercle. Cet intérieur de baie s'élève de 1 pied 6 pouces de plus
que la pointe de Tare extérieur , et à la manière dont les montans sont
ajustés à la masse du mur , on ne peut douter qu'il n'ait été refait à une
époque postérieure au reste de l'ouverture. Au surplus , la partie extérieure même ne remonte pas à l'époque où le mur fut fondé : un cintre
plus ancien se montre à 1 pied 8 pouces au-dessus des moulures de la
porte actuelle; ce cintre, un peu surhaussé, est composé de voussoirs
extradossés, sur lesquels sont placés, suivant la courbe, de longues pierres de 6 ou 7 pouces d'épaisseur. Ces pierres paraissent avoir été martelées ; elles contenaient sans cloute les moulures d'une archivolte.
De tout cela il résulte que , antérieurement à la porte actuelle du porche , il y avait une porte en plein cintre ; que cette porte était ornée de
moulures , du moins autour du cintre ; qu'elle était aussi ancienne que le
mur ; que sa largeur était d'environ 8 pieds, et sa hauteur de près de 19
pieds. II en résulte également que la porte actuelle a été restaurée vers
l'intérieur de l'édifìce ; et s'il fallait d'autres preuves de cette dernière
assertion, nous ajouterions :
f.° Que les espèces de colonnes ou torons dont cette partie de la baie
est décorée montent beaucoup plus haut que celles de l'extérieur , et
qu'elles se trouvent beaucoup plus élevées sur leur base ;
(r) On le voit à l'extrémité da nord, dans í'éscaliér de la cave de M. Ser.
L
DE VÉSONE.
4, ?
0
2. Que les assises de cette même partie ne s'accordent nullement avec
celles de l'autre ;
3.° Enfin , que les voussoirs des deux n'ont aucune espèce de liaison
ensemble.
De i'exâmen de cette porte, de la comparaison des niveaux du sol
extérieur et du pavé du clocher , il résulte aussi que le terrain a été
exhaussé de près de 10 pieds contre le mur de l'ouest, et on conçoit
qu'il l'a été postérieurement à la construction de l'ouverture actuelle,
puisque la naissance du cintre de cette ouverture n'est qu'à 2 pieds 10
pouces de hauteur. C'est sans doute lors de cet exhaussement du terrain ,
qu'une cave a été construite tout le long du mur, et même devant la
porte. Le bas de cette cave n'est guère au-dessous de l'ancien sol.
Au-dessus de la porte on aperçoit la trace de deux fenêtres cintrées.
Avant l'exhausscment des terres, ces fenêtres se trouvaient à plus de 22
pieds d'élévation ; mais maintenant elles ne sont plus guère qu'à 1 2 pieds
ou environ : leur largeur de baie est de 5 pieds ; leur hauteur est de 1 2
pieds ; elles sont ébrasées vers Fintérieur , et nous ne pouvons savoir de
quels ornemens elles étaient décorées au dehors , parce que dans cette
partie le mur a été retaillé et crépi à diverses époques. La distance entre
ces deux fenêtres est de 1 1 pieds 6 pouces : probablement dans l'intervalle , et au-dessus de la porte , il y avait une troisième ouverture ; mais
les crépis extérieurs empêchent de l'apercevoir. Probablement aussi il y
en avait d'autres sur les côtés ; mais on ne saurait l'affirmer.
A 3 pieds et quelques pouces au-dessus des fenêtres est une plinthe
de 7 pouces de hauteur et d'autant de saillie ; elle est faite en guise de
petite corniche ; elle a des modillons carrés , et elle est ornée de petits
filets dans sa partie supérieure (1).
Sur cette plinthe commence une rangée de petites arcades feintes , et
de petits pilastres dans les intervalles : les arcades ont 2 pieds 1 1 pouces
6 lignes de haut , et 1 pied 2 pouces de large ; les intervalles sont de 1
(1) Le nom de corniche conviendrait mieux que celui de plinthe à cette saillie, de même qu'aux autres
saillies dont nous allons parler; néanmoins, comme ees divers membres ne couronnent rien, nous avons
adopté la dernière dénomination.
4í8
ANTIQUITÉS
pied x pouce 6 lignes. Les archivoltes de ces arcades sont composées de
trois fasces et d'un bandeau. Les pilastres ont 3 pieds 8 pouces de hauteur totale , y compris la base et le chapiteau : leur largeur est de 6
pouces 3 lignes ; ils sont décorés de cannelures à vives arêtes : un seul
est orné de glyphes à peu près comme on en voit dans la frise de Tordre dorique.
Au-dessus des pilastres est une seconde plinthe : celle-ci a 6 pouces de
hauteur ; elle est ornée de modulons arrondis par le bas , et elle offre
dans le haut de petits compartimens en échiquier. C'est à une petite
distance de cette plinthe que se terminent les deux parties latérales du
mur , et c'est là que commence à s'élever seule celle du milieu. C'est là
aussi que prennent naissance les premières lozanges dont le mur est
orné, et dans lesquelles sont placées deux petites colonnes qui montent
-jusqu'à la troisième plinthe.
La troisième plinthe est à 4 pieds de la seconde : elle traverse par le
milieu les premières lozanges ; elle offre dans le bas deux petits filets audessus desquels est un quart de rond tors. Le tout est surmonté d'un
filet et d'un listel convenables.
"..n r.j.'iji) sim oo ísiff. fS'ioúáb u& aaèttcpàu înoisJ'j ?/>!«■?, gaointiíno aloup
La quatrième plinthe est à 4 pieds de la troisième : elle porte sur la
pointe des lozanges ; elle est ornée en échiquier. Sur cette plinthe portent trois demi-lozanges , deux peUtes sur les côtés et une grande dans
le milieu.
La cinquième plinthe est à 2 pieds 9 pouces de la quatrième : elle est
faite en guise de corniche comme les autres ; elle a clans le bas des modulons. C'est sous cette plinthe que se trouve la pointe des deux petites
demi-lozanges : la grande l'aurait dépassée si elle n'eût pas été tronquée.
Les deux dernières lozanges commencent immédiatement sur cette même
plinthe , et à 1 pied plus haut est le dessous des corniches rampantes du
fronton.
La sixième et dernière plinthe ou corniche est à 4 pieds et quelques
pouces de la cinquième : elle est ornée de palmettes. Au-dessous est une
espèce de frise de 1 pied 4 pouces de large, et sur laquelle sont également sculptées des palmettes. Cette dernière plinthe n'a pas toute la
largeur du mur, parce qu'elle se trouve à une certaine hauteur dans le
DE VÉSONE.
4 Ï9
tympan du fronton , et que le sommet de ce même fronton ne s'élève
au-dessus que de quelques pieds.
Les premières lozanges sont à environ 3 pieds des extrémités du mur ;
les deux demi-lozanges en sont à environ i pied; les dernières en seraient à près de 2 pieds , mais elles se trouvent ert partië dans le tympan
du fronton , où elles montent autant que la dernière plinthe ou corniche. Au surplus , ces deux dernières lozanges sont distantes l'une de f autre d'environ 9 pieds , et entre les deux est une ouverture en forme de
croix, de 5 pieds de haut et de 4 pieds et quelques pouces de largeur
totale. Chacune des quatre branches de cette ouverture a 1 pied 5 pouces de large , et tout le contours en est orné d'une espèce de rudenture
torse, ce qui produit un effet assez agréable. Les côtés de la demi-lozange incomplète arrivent aux bras de la croix. La cinquième plinthe
est coupée par cette même croix, et se trouve au niveau de la rudenture inférieure de ses deux bras.
Le fronton qui couronne toute cette singulière ordonnance paraît avoir
été baissé de quelques pieds : on le voit à la manière dont les pierres
de la corniche rampante sont ajustées ; il a même été surmonté d'un
Christ dont la hauteur est de 1 pied 7 pouces (1).
Quant aux ornemens particuliers dont cette partie du mur est décorée,
nous ajouterons que les lozanges mêmes sont composées de corniches
núnpantes bizarrement travaillées, et dont quelques-unes sont ornées
de glyphes ; qu'à côté de la tête de la croix est un petit parallélogramme
en entrelacs ; qu'il devait sans doute y en avoir d'autres du même genre
qui n'ont pas été exécutés ; que deux figures en bas-relief sont dans le
fronton ; que d'autres figures de haut-relief sont dans les premières ìozanges et au-dessous ; mais que toutes ces sculptures sont si dégradées
et si peu faciles à voir , que nous ne pouvons dire ce qu'elles représentent.
Une ou deux des figures des lozanges ont même entièrement disparu;
mais nous croyons que toutes ensemble elles étaient au nombre de six,
(1) II est encore dans le grenier de la maison de M. Ser.
4ao
ANTIQUITÉS
dont une au pied de la croix , c'est-à-dire au-dessus de la troisième plinthe et entre les deux premières lozanges.
Peut-être ces six figures , toutes assises , vues presque de face , et dont
quelques-unes ont un bâton à la main, représentaient-elles Saint-Front,
Saint - Aignan , Saint -Silain et Saint-Frontaise , Saint- Séverin et SaintSéverien : celles du haut sont peut-être Saint-Pierre et Saint-Paul. Dans
cette supposition, Saint-Front serait au pied de la croix, Saint-Aignan
serait an-dessous , Saint-Silain et Saint-Frontaise pourraient être sur les
deux colonnes. Quoi qu'il en soit , ces sculptures sont bizarres et d'un
mauvais style ; mais elles paraissent appartenir à un siècle très-reculé.
Enfin , il est essentiel de faire observer que les petites arcades feintes
se continuaient sur les deux parties latérales du mur : on n'en peut
douter , puisque la dernière de ces arcades , de chaque côté , dépasse
ì'aplomb de la partie du milieu, et que même elle se trouve brisée, ce
qui n'a pu être fait que lors de la restauration de ces mêmes parties
latérales.
Tels sont les détails que nous avions à donner sur Fextérieur du mur
de Fouest : sa construction est en grosses pierres de taille , dont la plus
grande partie est en délit (i); sa hauteur, y compris le petit Christ dont
il était couronné , a du être d'environ 66 pieds ; sa porte a été refaite
une première fois , et elle a été restaurée depuis. Ses côtés ont aussi été
refaits à leur extrémité lorsqu'on a construit les gros piliers intérieurs ; on
n'en peut douter si l'on fait attention :
i.° Que l'angle extérieur du nord, avec son contrefort, se joint également bien au mur latéral et à celui de la façade , quoique le mur latéral ne remonte , comme nous le verrons bientôt , qu'à l'époque de la
construction du pilier ;
a.° Que les assises du milieu du mur sont de fortes dimensions , tandis
que celles des côtés ne sont que de i pied i pouce, n pouces 6 lignes,
et 7 pouces.
Enfin , il est bon de remarquer que par sa hauteur et ses ornemens ce
(i) Ces assises sont de la hauteur de i pied i pouce à i pied 9 pouces.
DE VÉSONE.
43 ,
mur ne saurait convenir à la façade d'un porche, et qu'il dut appartenir
d'abord à un édifice bien plus important.
Intérieur du porche. —■ Les dimensions de l'intérieur du porche sont
déterminées ; sa forme est une croix dont le pied et la tête sont un peu
plus alongés que les bras ; son mur de l'est est celui du clocher ; ceux
du nord et du sud ont été décrits à l'extérieur , et ils n'offrent à l'intérieur rien de particulier ; celui de l'ouest seul doit nous occuper.
Ce mur de Fouest ne se montre d'abord, vers l'intérieur, que sur une
largeur de i "ò pieds 2 pouces ; ce n'est qu'à une certaine élévation qu'il
s'étend un peu plus au sud.
Le bas de ce mur est en pierres de taille ; il est en retraite de 8 ou 10
pouces à 20 pieds et quelques pouces au-dessus de l'ancien sol ; ses assises jusqu'à cette hauteur sont de 1 pied, 1 pied 1 pouce, et 1 pied 2
pouces. Contre le pilier du nord la construction est renfoncée de 4 pouces , sur une largeur de 2 pieds 6 pouces , et là les assises sont de 1 pied ,
et de 1 pied 6 pouces ; elles sont même entremêlées d'assises de 6 pouces , et de 6 pouces 6 lignes. Or , il est évident que ces deux parties ne
sont point de la même époque , mais que celle qui avance le plus ne
date que de la restauration de la porte d'entrée.
Au-dessus de la retraite du mur on aperçoit la baie des deux grandes
arcades, et l'on voit que ces arcades sont ébrasées d'environ 6 pouces
de chaque côté vers l'intérieur. Entre ces deux ouvertures il paraît qu'il
y en avait une troisième qu'on avait refaite en arc ogive ; mais elle est
entièrement murée , et comme les montans même ont été en partie refaits , elle ne se montre que par quelques restes de son cintre.
La construction en pierre de taille cesse entièrement à l'imposte des
grandes arcades dont nous venons de parler. Ce ne sont plus ensuite que
des moellons smillés placés en assises , et le mur s'élève ainsi jusqu'audessus du niveau de la partie supérieure des petites arcades feintes. A
cette hauteur est une retraite de 4 pouces, et à y ou 8 pouces au-dessus est un cordon de briques qui paraît régler la hauteur des parties
latérales du mur.
Sur le cordon de briques la construction n'est plus qu'un simple bloTOM. II.
54
422
ANTIQUITÉS
cage, qu'un amas de moellons jetés au hasard ; seulement les extrémités
du mur, sur une largeur de 6 pieds, sont en grosses pierres de taille,
de même que les contours de la croix ; et ce qu'il y a de très- remarquable, c'est qu'à i pied 6 pouces ou environ de chaque extrémité on
voit la trace du parement extérieur d*un mur latéral de près de 3 pieds
d'épaisseur ; que l'un et l'autre de ces murs prenaient leur naissance audessus des grandes arcades, et que la place où ils joignaient sans liaison
celui de l'ouest est intacte, tandis que dans l'intervalle les pierres sont
rouges et éclatées.
Les gros piliers de l'intérieur du porche sont de la hauteur de 35 pieds
6 pouces, depuis l'ancien sol jusqu'au haut de la corniche dont ils étaient
couronnés. Celui du nord- est a i4 pieds 7 pouces 3 lignes de large à sa
face du sud, et 10 pieds 6 lignes à celle de FoUest. Celui du sud-est est
également de i4 pieds et quelques pouces à sa face du nord, et il a 9
pieds 9 pouces 9 lignes à celle de l'ouest. Le pilier du nord-ouest a 12
pieds 6 lignes à sa face du sud, et 9 pieds 9 pouces à celle de l'est. Enfin , celui du sud-ouest a 12 pieds 4 pouces à sa face du nord, et 16 pieds
6 pouces à celle de l'est ; mais on voit que ce dernier a été élargi de 6
pieds 8 pouces lorsqu'on a pratiqué un escalier dans son intérieur.
Le premier des quatre piliers que nous venons de décrire est encore
presque dans son entier, et il en est de même du second; ils n'ont guère
perdu l'un et l'autre que quelques assises du haut. Le troisième est presque entièrement vide ; on a pratiqué des chambres dans son intérieur ,
et il est percé de fenêtres , mais il conserve toute sa hauteur. Le quatrième renferme un escalier de l'évêché , et il est entièrement défiguré ,
surtout à sa face du nord , qui , comme nous venons de le voir , a été singulièrement avancée dans l'intérieur du porche. II n'y a pas quatre-vingts
ans que cet escalier est fait ; mais il paraît qu'il y en avait un premier ,
antérieurement à cette époque, car on remarque deux constructions bien
distinctes clans la restauration.
Au surplus , tous ces piliers sont construits clans l'intérieur en moellons de blocage , et à l'extérieur en pierres de taille dont les assises , irrégulièrement mêlées, varient en hauteur de 9 pouces à 1 pied 2 pouces , et les deux de l'ouest ont cela de singulier qu'ils se lient parfaitement
avec les murs latéraux, mais non avec celui de la façade. Ce dernier laisse
DE VÉSONE.
4 ^3
voir un parement du côté des piliers : on l'aperçoit dans le coin du nordouest, et on voit clairement que le pilier a été ajouté à l'autre construction. On n'en peut douter si l'on considère :
j.° Que les joints des assises du gros mur sont crépis et ont été faits
avec soin derrière les assises du pilier ;
2." Qu'au-dessus de la retraite, une espèce de renfort de ce même
mur pénètre également derrière le pilier.
Toutefois on est presque forcé de reconnaître que les côtés de ce
mur de façade ont été refaits, du moins en partie. Cela résulte non-seulement de la liaison du pilier avec cette construction vers l'extérieur,
mais encore de la différence de hauteur des assises , qui , vers le centre ,
sont de i pied g pouces , i pied 7 pouces , 1 pied 5 pouces , 1 pied 4
pouces , 1 pied 3 pouces , 1 pied 2 pouces , et 1 pied 1 pouce ; tandis
que sur les côtés elles ne sont guère que de 1 pied 5 pouces 6 lignes , 1
pied 1 pouce, 11 pouces 6 lignes, et 7 pouces. Les ragréemens, les crépis, et les constructions étrangères à l'édifice, nous empêchent de décider d'une manière positive.
Quoi qu'il en soit , il n'est pas moins évident que le mur de l'ouest
est antérieur aux murs latéraux et aux piliers , et que même il a été renforcé d'épaisseur sur les côtés avant la construction de ces masses. Au
surplus, il offre cela de très -singulier , qu'à l'extérieur il est tout en
grosses pierres, tandis que son intérieur ne l'est que jusqu'à une certaine hauteur, et que sa porte étàit à 12 pieds 10 pouces du pilier du
sud, tandis qu'elle n'est qu'à io pieds 4 pouces de celui du nord; différence qui est rachetée par l'excès d'épaisseur de l'un des gros murs.
Quant au comble , on ne peut douter qu'il ne consistât en une coupole dans le genre de celles du corps de la basilique : les piliers le prouvent d'une manière positive. Des dalles recouvraient sans doute cette coupole et les bas-côtés ; mais vers le mur de façade il devait y avoir une
charpente aussi élevée que le pignon. Les traces des petits murs latéraux
dont nous avons parlé ne laissent aucun doute à cet égard , et cette charpente existait à l'époque de l'incendie. Au surplus , une nouvelle charpente à dû couvrir ensuite le porche en entier; sans cela la retraite du
contre-mur du clocher devenait inutile.
424
ANTIQUITÉS
Sans doute de petites galeries hautes servaient de communication entre les piliers , et il y avait en outre une petite arcade qui joignait ensemble les deux du levant. La naissance de cette arcade se montre , encore sur le pilier du nord -est, et elle prouve que lorsqu'elle fut faite,
le mur de renfort du clocher n'était point encore élevé.
Enfin , dans le bas il y avait aussi une liaison entre le pilier du nordest et celui du nord- ouest, entre le pilier du sud-est et celui du sudouest : c'était un simple parpaing dont on remarque les traces aux angles de ces piliers, et dont la hauteur totale était d'environ 10 pieds 9
pouces. Une porte était sans doute pratiquée dans chacune de ces deux
clôtures , et par ce moyen l'intérieur du porche se trouvait divisé en
deux parties latérales et une grande allée.
Le sol de cet ancien porche est pavé maintenant de cailloux ordinaires ; il est à 4 pieds 9 pouces au-dessus de celui du clocher , et contre
la porte d'entrée il est encore plus élevé de 1 pied, quoiqu'il soit de 3
pieds 10 pouces plus bas que le sol extérieur. Ce rehaussement provient
des décombres , parmi lesquels on trouve du charbon et des cendres ,
ce qui compléterait la preuve de l'incendie s'il en était besoin. Sous l'ancien sol sont de vieux caveaux de sépulture (1).
Tel était le principal porche de Saint-Front , si fameux dans les écrits
de nos chroniqueurs et de nos vieux légendaires. Une maison particulière
en occupe maintenant une partie ; l'escalier qui monte chez le sacristain
est de l'autre côté. Une chapelle gothique est élevée entre la porte du
clocher et le pilier du sud ; elle avance autant que ce pilier , et produit
le plus mauvais effet (2). Enfin , cette bigarrure est terminée par un mur
de clôture qu'on a fait partir du coin de la chapelle , et qui aboutit au
montant de la porte d'entrée.
Ces détails suffisent sans doute pour donner une idée du porche ; ils
suffisent pour faire connaître que cette construction remontait à une
(1) Dans la maison qu'on a bâtie en 1819, on a retrouvé de ces caveaux, et il en est d'autres dont on
n'a vu que l'cxtrados des voûtes.
(2) Cette chapelle, bâtie dans le i5. e siècle, était dédiée à Saint-Barnabé. Elle appartient à un particulier auquel elle sert de magasin.
DE
VÉSONE.
4a5
haute ancienneté, et qu'on ne peut attribuer sa ruine qu'à une cause
étrangère (1).
Nous ajouterons seulement que cette partie intérieure de l'édifice a un
axe particulier ; que cet axe , pris à égale distance des quatre piliers ,
passe à 1 pied 3 pouces du montant du sud de la porte du clocher, et
à 1 pied 10 pouces du même côté de la porte d'entrée. Au reste, si on
tire une ligne qui passe par le milieu des deux portes, elle coupe Taxe
du clocher à son extrémité de l'est, et va aboutir à 7 pieds du montant
de l'arcade du chœur de la basilique , c'est-à-dire à l'extrémité des marches du grand autel : ce qui prouverait encore, s'il en était besoin, que
les diverses parties de ce monument ne remontent point à la même époque, et qu'on doit même à des temps différens le porche et le clocher.
Quoi qu'il en soit, ces diverses constructions, jointes ensemble, ne faisaient qu'un seul et même édifice , dont la longueur totale était de plus
de 34i pieds.
ARTICLE 2. — De Vavant-porche , ou véritable porche ancien.
L'entrée du porche est obstruée vers l'extérieur de constructions particulières. C'est au milieu de ces constructions qu'il faut passer pour arriver à la basilique par le côté de l'ouest , et au commencement de l'allée
couverte qu'elles forment est une grande arcade qui se montre au dehors.
Cette arcade fait partie de la façade de l'avant-porche dont il nous reste
à parler ; les murs latéraux servent de murs mitoyens dans les maisons
qui sont à côté.
Cet avant-porche a 23 pieds 6 pouces de largeur intérieure du côté
de Test, et 24 pieds à l'ouest; sa longueur est de 27 pieds 10 pouces;
ses murs latéraux ont 2 pieds 4 pouces d'épaisseur (2), et l'autre a 3
pieds 1 pouce : le tout forme une espèce de parallélogramme de 3i pieds
de long sur près de" 28 pieds de large. Les deux angles sont même fortifiés comme ceux du porche, tant à l'ouest que sur les côtés, ce qui fait
une façade dont la largeur est d'environ 29 pieds.
(1) Ces piliers n'étaient pas très-élevés , et ils étaient massifs : d'ailleurs ils n'ont point perdu leur aplomb.
(2) Telle est du moins l'épaisseur de celui du nord ; nous n'avons pu ccnnaitre au juste l'épaisseur de
celui du sud.
\
4a6
ANTIQUITÉS
Extérieur. — Le mur latéral du nord a, comme on a vu, 2 pieds 4
pouces d'épaisseur ; il paraît être- en grosses pierres à l'extérieur ; mais
il est tellement caché qu'on l'aperçoit difficilement. Dans certaines parties de l'intérieur il est construit en petites pierres de taille fort alongées; dans d'autres les assises ont jusqu'à 1 pied 6 pouces, et 1 pied 8
pouces de hauteur. Ce mur était percé d'une grande arcade vers son extrémité de l'ouest ; il a été l'objet de plusieurs restaurations.
Le mur du sud 11e se montre nullement vers l'extérieur; de vieux crépis de toute espèce le dérobent à la vue dans l'habitation du portier de
l'évêché. Vers l'intérieur, ce mur est en grosses pierres de taille et en
moellons comme celui du nord : il avait aussi , comme ce dernier , une
ouverture à son extrémité de l'ouest.
Le mur de l'ouest est percé d'une arcade de 1 5 pieds 2 pouces de largeur. Cette arcade, dont le cintre est en arc aigu, s'élève de i3 pieds 1
pouce au-dessus du sol actuel ; le haut de son imposte est à 3 pieds 2
pouces de ce même sol.
A 1 pied au-dessus de la pointe de Tare est une espèce de plinthe ou
corniche de 7 ou 8 pouces de hauteur. A environ 1 pied 6 pouces de dislance il y en a une seconde de même dimension. La première est composée de filets et de modillons. La seconde est coupée en chanfrein, et est
décorée dans toute sa longueur d'un ornement rubané d'assez bon goût,
et du genre de ceux qu'on appelle ornemens grecs. L'intervalle forme
une espèce de frise divisée par des pilastres corinthiens travaillés dans le
genre des petites colonnes des lozanges du grand mur du porche : entre ces pilastres étaient quelques branchages et des figures de saints ou
d'apôtres qu'on a soigneusement effacées pendant la révolution (1).
Au-dessus de cette petite ordonnance le mur a été entièrement refait
dans le siècle dernier, et alors, non- seulement on Fa élevé bien plus
qu'il ne l'était d'abord , mais on a encastré dans son parement extérieur
quelques objets curieux que nous devons faire remarquer , et dont la
majeure partie se trouvait déjà peut-être dans la vieille construction.
Ces objets sont :
(1) II y avait des figures dans chaque intervalle des pilastres.
DE VÉSONE.
4a
7
i.° Trois bas-reliefs représentant des figures d'anges, et dont le plus
grand était encadré dans une espèce d'ovale formée de deux portions de
cercle. Ce dernier était le plus soigné de tous , et son cadre était enrichi de moulures sculptées : on les a martelés tous les trois pendant la
révolution ;
0
2. Une frise en rinceaux fort bien conservée, et d'un bon goût (i);
3.° Les deux angles aigus d'un fronton triangulaire. On voit encore
sur Ces deux morceaux des ornemens en rinceaux également d'un bon
goût ; mais comme quelcpies parties de décorations s'y terminaient en
fleurons , on crut y reconnaître de véritables fleurs de lis , et ils ont été
un peu dégradés.
Au reste , tous ces morceaux de sculpture appartiennent bien évidemment à d'autres constructions que celles que nous voyons aujourd'hui :
s'ils étaient déjà au-dessus de l'arcade lorsqu'on a refait le mur, il n'est
pas douteux qu'on les y avait mis uniquement pour les conserver , et
qu'ils remontaient à des époques beaucoup plus reculées ; car la frise et
les pièces angulaires rappellent le faire des Romains, et les trois bas-reliefs paraissent l'ouvrage de siècles extrêmement reculés.
La construction du mur de façade que nous venons de décrire est en
pierre de taille d'un échantillon médiocre : la hauteur des assises varie
de 8 ou g pouces à i pied i pouce , et l'on voit que ce mur a été refait
postérieurement à ceux des côtés : les joints de l'angle intérieur ne laissent aucun doute à cet égard.
Quoi qu'il en soit, ce mur de façade est de la longueur d'environ 29
pieds 2 pouces ; aux deux extrémités, l'angle est en saillie de 8 pouces,
tant à l'ouest que sur les côtés ; et cette saillie en contrefort a 2 pieds
et quelques pouces de largeur sur chaque face (2).
Intérieur de Vavant-porche. — L'intérieur de l'avant-porche est obs-
(1) Voyez la planche VII, figure 8.
(2) On ne peut guère distinguer l'angle du sud ; mais on aperçoit celui du nord dans une cave, et c'est là
que nous nous sommes assures que l'ante de l'angle offrait une saillie de a pieds 2 pouces de large vers
le nord, et de S pouces d'épaisseur. Les assises de cet angle sont de [ pied 10 pouces, 1 pied G pouces,
et 1 pied 4 pouces 6 lignes.
428 ANTIQUITÉS
trué de petites boutiques et d'autres baraques ; il se trouve même réduit
à une simple allée, au moyen de deux parpaings qui partent des deux
côtés de la grande arcade et vont aboutir à quelques pouces des colonnes engagées de la porte d'entrée du porche. C'est dans les échoppes
qu'on a pratiquées derrière ces parpaings qu'on aperçoit les murs latéraux , et c'est là qu'on voit un peu leur construction. Celui du sud offre
même cela de singulier, que, de la porte à l'arcade latérale, et jusqu'à
la hauteur de plus de 18 pieds (i), il a une saillie de 9 ou 10 pouces
d'épaisseur, et que cette saillie se termine en talus , ce qui semblerait indiquer la naissance d'une voûte, ou un projet de voûte non exécuté.
L'arcade latérale de ce mur du sud est de la largeur de plus de 6 pieds,
et son cintre est en arc aigu ; elle est ouverte dans une arcade un peu
plus large et beaucoup plus ancienne. Quant à l'arcade latérale du mur
du nord, les crépis empêchent de l'apercevoir.
II est inutile d'entrer dans d'autres détails. On voit que ce que nous
appelons avant-porche était le véritable porche de Saint-Front, et que
la partie qui vient après était un vestibule disposé après coup. On conçoit aussi que cet avant-porche a pu être couvert d'une voûte composée
d'un seul berceau et de deux lunettes placées sur les arcades latérales,
ou d'une simple charpente lambrissée ; que cette couverture ne devait
s'élever qu'à une médiocre hauteur ; qu'elle devait aboutir au-dessous
des premières arcades du grand mur ; et que le mur de façade ne pouvait être guère plus élevé que ce que l'on voit maintenant. Enfin , on
doit être convaincu du rehaussement du terrain au dehors et en dedans,
puisque le mur latéral du nord laisse voir un vrai parement à son extrémité de l'ouest , et que toutes les impostes , tant celle de la grande arcade que celles des arcades latérales, sont à si peu de hauteur.
Nous ajouterons seulement que les murs latéraux que nous venons de
décrire paraissent antérieurs au grand mur ; que la manière dont les
deux constructions sont jointes ensemble ne laisse guère de doute à cet
égard; que Taxe du porche, si on le fait passer par le milieu de la porte
du clocher et par le milieu de l'autre porte, aboutit à 8 ou 10 pouces
du centre de la grande arcade ; et que si , au contraire , on fait passer une
(1) A partir do l'ancien sol.
/
DE VÉSONE.
4 2g
ligne par le milieu de la grande arcade et par celui de la porte du porche , elle arrive à la porte du clocher à 1 pied 7 pouces du montant du
sud; d'où il résulte que l'avant - porche , ou le porche proprement dit,
n'est point perpendiculaire à l'intérieur du grand porche ou vestibule ,
quoiqu'il le soit au mur de l'ouest et à la porte d'entrée , ce qui prouverait encore que le vestibule ou grand porche est postérieur à l'ensemble de l'avant-porche et au grand mur de façade.
Au surplus, on sait que les constructions de la basilique et de son
rond-point de l'est, jointes à celles du clocher et du vestibule ou grand
porche, forment une longueur de 34 1 pieds 3 pouces, ce qui fait, pour
ces mêmes constructions et celles du vrai porche , une longueur totale
de 372 pieds.
Tableau des principales mesures du vestibule et du porche.
PRINCIPALES MESURES ET PROPORTIONS.
'Longueur du vestibule, dans œuvre
GRANDES
mesures.
J Longueur , y compris l'épaisseur du mur de façade. . .
) Largeur, dans œuvre
\ Largeur , hors d'œuvre.
P.
P. L.
55
9
3
59
49
59
6
6
sl2
8
/ Le mur de façade est de la longueur de
Sa hauteur, au-dessus du niveau du pavé du clocher, est de
Ses ailes s'élevaient seulement d'environ
La porte que contient ce mur est de la largeur de. . . .
EXTÉRIEUR. { Elle était anciennement d'environ
. . .
Et sa hauteur était d'environ
.
Les fenêtres étaient à la hauteur d'environ
Les petites arcades feintes sont à
. .
VESTIB. e (
\ Du bas de ces arcades au haut du mur il y a
iS
9
22
40
23
6
5
»C
PILIER DU N.-E.
j Sa largeur , à sa face du sud , est de. .
I A sa face de l'ouest , elle est de. ....
14
10
7
3
6
PILIER DU S.-E.
j Sa largeur , à sa face du nord , est de. .
I A sa face de l'ouest, elle est de
9
9
9
INTERIEUR.
(
1 Sa largeur , à sa face du sud , est de. .
PILIER DU Îî.-O. j
I A
sa face de l'est , elle est de
í Sa largeur, à sa face du nord , est de. .
PILIER DU S.-O. |
í A sa face de l'est , elle était d'environ. .
De la porte du cloch. au pil. N.-E., il y a.
DISTANC. ESSEHT. '
De la porte du vestib. au pil. N.-O., il y a.
LOKGUEUR TOTALE des constructions de l'église, du clocher et du vestibule.
/ Longueur du porche jusqu'à l'extérieur du mur de façade
I Largeur , hors d'œuvre
PORCHE. / Longueur du mur de façade , environ
I La largeur de l'arcade d'entrée est de
I La hauteur de cette arcade était d'environ
LOHGUEUR TOTALE des diverses constructions de l'église y compris le porche
(1)
Toujours au-dessus de l'aucien sol.
TOM. II.
63
45
6
5
8
6
12
9
9
12
4
9 10
10
9
10
4
3
341
3r
27
11
1
i5
2
22
29
372
55
ANTIQUITÉS
45o
CHAPITRE V.
Du porche du nord et de celui du sud.
ON a vu qu'il existait de vieilles constructions à l'extérieur de la porte
du nord de la basilique , et qu'il y avait eu un toit sur celle du sud (í);
c'était évidemment deux espèces de porches : nous en ferons le sujet de
deux articles.
A
RTICLE
i. er —
Du porche du nord.
A l'est de la porte , et à la distance de 4 pieds í pouce , est une vieille
chapelle qu'on avait dédiée à Sainte-Marguerite. A 2 pieds 7 pouces 6
lignes, à l'ouest de cette même porte, était une seconde chapelle qu'on
avait mise sous l'invocation de Sainte-Magdeleine. Cette dernière est presque entièrement détruite ; elle a été remplacée par une maison qui , à
une certaine hauteur , avance sur l'entrée de l'église et la recouvre dans
toute sa largeur.
Extérieur de la chapelle de l'est. — La chapelle de l'est a la forme
d'un parallélogramme ; le gros mur de l'église forme un de ses côtés ;
sa longueur est de 29 pieds 7 pouces (2) ; sa largeur , à partir du gros
mur, est de 16 pieds 4 pouces. Le terrain sur lequel est élevée cette chapelle ayant beaucoup de déclivité , le mur de l'est descend plus que les
deux autres. Dans la partie inférieure de ce mur est un arceau de 5 pieds
1 1 pouces 6 lignes de large , de 7 pieds de hauteur , de 3 pieds 7 pouces de profondeur vers le sud, et de 3 pieds 9 pouces 6 lignes au nord.
Cette profondeur est même, jusqu'à la hauteur de 3 pieds, de 4 pieds 3
pouces, et de L\ pieds 5 pouces 6 lignes. Au surplus, l'arceau est cons-
(1)
Voyez pag. 287 et 3oi.
(2) Cette longueur est de 29 pieds 4 pouces au sud, et de 3o pieds 1 pouce au nord, non compris la
saillie de l'extrémité du mur de l'ouest.
DE VÉSONE.
451
iruit en pierres de taille dont les assises ont í pied 8 pouces 9 lignes de
hauteur ; il n'a point d'imposte ; ses voussoirs sont extradossés. Dans renfoncement est une porte de 3 pieds 8 pouces 6 lignes de large , et de
2 pieds de hauteur au-dessus du sol ; elle forme l'entrée d'une cave dont
nous parlerons bientôt : son montant du sud est sur la même ligne que
celui de l'arceau ; les assises des deux parties s'accordent et ne font qu'une
même construction. Le montant du nord, au contraire, s'éloigne de celui de l'arceau de 2 pieds 4 pouces , et il a été refait clans les temps modernes, sur une largeur de 10 pouces 6 lignes, c'est-à-dire que l'ancien
montant n'avait que 1 pied 5 pouces 6 lignes de saillie , et que la porte
avait alors une largeur de 4 pieds 7 pouces. Ce vieux montant est formé
d'une seule pierre placée debout , et dont la hauteur est de plus de 5
pieds. Le linteau est fait également d'une seule pierre.
De l'arceau aux constructions de l'ancienne paroisse il y a 4 pieds. A
environ 1 pied 6 pouces au-dessus de cet arceau commence une arcade
de 19 pieds 5 pouces de haut sur 7 pieds 5 pouces 6 lignes de large.
Cette arcade est en plein cintre ; elle est ornée d'une imposte chanfreinée ; ses voussoirs sont extradossés , et elle est fermée d'un simple parpaing de 6 ou 7 pouces d'épaisseur. Au milieu de ce parpaing , et dans
sa partie supérieure, est une lucarne de 3 pieds 11 pouces de hauteur,
et de 1 pied 5 pouces de largeur. Une plinthe carrée est au niveau de
l'imposte sur le côté. A quelques pieds au-dessus de l'arcade finit la
construction ; mais on voit qu'elle a dû s'élever davantage.
Le bas de ce mur de l'est est construit en grosses pierres de taille
non-seulement sur les côtés de l 'arceau, mais aussi dans toute la partie
du sud. Dans celle du nord , les assises n'ont que 1 pied 2 pouces de
haut, et il en est de même sur toute la largeur du mur, au-dessus de
l'arceau. Enfin, ce même arceau a été formé postérieurement à la construction de la porte : on voit la liaison des deux masses , et l'on peut
juger que d'abord il n'y eut que le montant du sud.
Au surplus , il est évident que le sol a dû être beaucoup plus bas ,
puisque le haut de la porte dont nous venons de parler ne s'élève que
de 2 pieds, et qu'il a fallu pratiquer l'escalier sous l'arceau. Nous ajouterons que le mur de l 'est n'est point sur la même ligne que celui de la
basilique, qu'il avance d'environ 2 pieds de plus; qu'il n'est point sur
432
ANTIQUITÉS
une ligne parfaitement parallèle à ce mur , mais qu'au contraire la direction de son parement aboutirait au sommet de l'angle d'embranchement de la croix.
Le mur du nord est en petites pierres de taille comme la majeure partie de celui de l'est ; il offre à son extrémité un avant-corps d'environ
6 pieds de large et de 2 pieds 8 pouces 6 lignes de saillie. Au pouces
de cet avant- corps est une arcade de 7 pieds 6 pouces de large et de
19 pieds 5 pouces de hauteur. A 11 pouces plus loin est un second avantcorps dont la saillie n'est que de 7 pouces , mais dont la largeur est d'environ 2 pieds 9 pouces. L'arcade s'élève juste à la même hauteur que
celle de l'est; elle a de même une imposte chanfreinée ; elle est de même
en plein cintre , et ses voussoirs sont également extradossés ; elle est fermée d'un mur de 1 pied 8 pouces d'épaisseur , et dans ce mur , beaucoup moins ancien que celui qui forme l'arcade de l'est , est une fenêtre en arc aigu. La largeur de cette fenêtre est de 3 pieds 1 pouce ; sa
hauteur est de 8 pieds 9 pouces. L'imposte de la vieille ouverture se continue carrément sur les côtés ; elle se trouve même sur l'avant-corps de
l'extrémité de l'est, et tourne sur le mur qui est de ce côté. Au-dessus
du cintre le mur ne s'élève que de quelques pieds ; mais il annonce ,
comme l'autre, qu'il s'est élevé davantage.
A l'ouest du petit avant-corps est une arcade pareille à celle que nous
venons de décrire; mais comme une baraque a été construite au-devant, on ne peut guère l'apercevoir. Un second petit avant- corps est
après cette seconde arcade , et là se termine le mur du nord.
Quant au mur de l'ouest, il est presque entièrement moderne : son
épaisseur est de 1 pied 6 pouces ; il contient une porte carrée dont la
largeur est de 8 pieds 4 pouces et la hauteur de 14 pieds et quelques
pouces. Cette ouverture a été pratiquée pendant la révolution : auparavant c'était une petite porte percée dans un simple parpaing. Au reste,
la seule chose qu'il y ait de remarquable dans ce mur c'est son extrémité
du nord, c'est-à-dire l'angle nord-ouest de la chapelle. En effet, cette
partie des vieilles constructions a 3 pieds 8 pouces cle large ; elle offre à
l'ouest une espèce de pied-droit ou pilastre de 6 pouces 6 lignes de saillie , de 2 pieds 8 pouces de largeur , et ce membre se termine par une
DE VÉSONE.
433
sorte de chapiteau, en imposte chanfreinée, qui annonce qu'il a existé
une troisième arcade de ce côté.
Chapelle de l'est ; caveau. -— Nous avons dit que la porte du grand
arceau de l'est donnait dans un caveau. La largeur de ce caveau est de
11 pieds 9 pouces; sa longueur est de 3i pieds 4 pouces vers le nord,
et de 3o pieds au sud. Son mur de l'est est sur deux lignes différentes ,
c'est-à-dire que le montant de la porte, vers le nord, n'a que 1 pied 9
pouces d'épaisseur ; que cette épaisseur , j ointe à la profondeur de Renfoncement carré et à celle de l'arceau , n'est que de 6 pieds 2 pouces ,
tandis que le côté du sud présente une épaisseur totale de 7 pieds et
quelques pouces, et l'on doit remarquer que c'est de là que provient la
différence de longueur des deux côtés du caveau.
La porte de ce caveau est à 4 pieds et quelques pouces de la paroi du
sud et à 3 pieds de celle du nord : ses murs sont en moellons bruts,
excepté celui du sud qui est en pierres de taille , et qui se compose de
plusieurs assises , dont la hauteur est de 1 pied 8 pouces 9 lignes et de 1
pied 9 pouces. La dernière de ces assises seulement n'a que 1 pied , et
c'est là - dessus que commence la voûte ; elle est construite en moellons
plats. Le mur de l'est, celui du sud et celui du nord, sont parfaitement
liés ensemble ; ils ont été faits à la même époque : celui de l'ouest a été
refait après coup. Quant à la voûte, sa hauteur est d'environ 12 pieds
sous-clef, et la porte ne s'élève que de 1 pied 6 pouces de moins.
Au surplus , on doit remarquer que comme les constructions extérieures n'ont que 29 pieds 6 pouces de longueur totale, tandis que la
longueur du caveau est de 37 pieds 6 pouces , y compris l'épaisseur du
mur de l'est, il s'en suit nécessairement que le caveau se prolonge vers
l'ouest de 8 pieds de plus que la chapelle.
Chapelle de l'est ; intérieur. — La longueur intérieure de la chapelle
est de 22 pieds 6 pouces; sa largeur est de i3 pieds 9 pouces. Le sol
de cette chapelle est plus haut que celui de l'église de près de 2 pieds.
Le mur de l'est a 4 pieds 1 1 pouces d'épaisseur vers le sud , et 5 pieds
4 pouces au nord. L'arcade qui est dans ce mur s'élève de 17 pieds 5
pouces au-dessus du pavé ; sa largeur n'est d'abord que de 6 pieds 1 1
pouces 6 lignes ; mais à 1 pied 10 pouces de profondeur elle est de 7
434
ANTIQUITES
pieds 6 pouces , parce que le montant du nord se compose de deux parties, dont l'une avance plus que l'autre de 8 pouces, bien qu'elles aient
été faites à la même époque. Les assises du montant du sud sont en
grosses pierres comme celles de l'église ; celles des deux parties de l'autre
montant sont en pierres de moyenne grosseur.
Une espèce d'ante est dans l'angle du nord-est de l'intérieur qui nous
occupe ; elle a 9 pouces 6 lignes à sa face du sud , et 7 pouces 6 lignes
à celle de l'ouest. Au pouces de cette ante est la première arcade du
nord ; à 1 1 pouces après cette arcade est une ante de 8 pouces sur chaque face. Un pilastre de 1 pied 4 pouces 6 lignes de large, sur 10 pouces de saillie , vient après. Au-delà, et sur la même ligne que le pilastre, est lin parpaing moderne qui empêche d'apercevoir la seconde arcade : ce mur a été fait pendant la révolution , non - seulement pour
consolider le petit édifice qui nous occupe, et qui servait d'entrée à la
Salle- Décadaire , mais encore sans doute pour donner plus de profondeur à l'échoppe qui est au dehors.
Le mur du sud est celui de la basilique : nous l'avons décrit ; nous
ajouterons seulement qu'il a été coupé à la profondeur de plus de 1 pied
pour recevoir l'extrémité de celui de l'est ; qu'un pilastre est applicpié
contre ce mur, vis-à-vis de celui du mur du nord; que des pierres paraissent avoir été laissées dans ce même mur pour aider à former ce pilastre ; que la plinthe en imposte chanfreinée , qui est sur la même ligne
que les chapiteaux , est également encastrée dans le gros mur ; et qu'un
second pilastre se trouve caché par l'extrémité du mur de l'ouest.
Tous ces pilastres des deux murs, de même que la plinthe en imposte
qui continue la ligne de leurs chapiteaux , s'élèvent de 1 2 pieds 9 pouces. Au-dessus commence une voûte construite en briques , et soutenue
par des nervures gothiques peu compliquées dans leur forme. Cette voûte
offre plusieurs lézardes , de même que le mur du nord , surtout dans la
première arcade , ce qu'il faut attribuer à une coupure qu'on a faite à
l'extérieur du pied-droit.
D'après tous ces détails , il est évident que certaines parties de la chapelle de l'est remontent à l'époque de la fondation de la basilique actuelle , et que les autres ne sont que des restaurations successives. Ces
constructions différentes sont au nombre de six.
DE
VÉSONE.
435
La voûte du caveau , trois de ses murs , et le montant du sud de l'arceau de l'est appartiennent à la première.
La seconde est presque de la même époque ; elle se compose du reste
de l'arceau, du montant du sud de l'arcade supérieure, et de quelques
parties des pilastres appliqués contre le mur de la basilique.
L'extrémité du mur de l'est et sa partie supérieure, le mur du nord
en entier, avec ses vieilles arcades, ses pilastres et quelques parties de
ceux qui leur sont opposés, forment la troisième.
La quatrième consiste dans le parpaing de l'arcade de l'est.
La cinquième, dans le mur qui forme la première arcade du nord, et
dans la voûte entière.
Enfin , la sixième et dernière comprend le mur de l'ouest et celui qu'on
a construit devant la seconde arcade du nord.
CHAPELLE DE L'OUEST. — La chapelle de l'ouest était dans le genre de
celle de l'est, dont elle n'était, distante que de i5 pieds 9. pouces. Une
maison particulière l'a remplacée de nos jours ; mais comme il en paraît encore quelques vestiges , nous devons les faire remarquer.
Chapelle de l'ouest ; extérieur. — La longueur totale de la chapelle
de l'ouest était d'environ 34 pieds 4 pouces ; sa largeur était d'environ
16 pieds 4 pouces, comme celle de la chapelle de l'est.
Le mur de l'ouest de cette chapelle paraît avoir 1 g pieds de longueur
ou environ : il est percé d'une arcade de 9 pieds 3 pouces de large , et par
la déclivité du sol il est tellement enterré que quoique l'arcade monte
un peu plus que celle du mur de l'est de l'autre chapelle , elle ne s'élève
néanmoins que de 1 5 pieds sur le pavé extérieur. Cette arcade est ornée
d'une imposte. Au dehors , et à la hauteur de cette imposte , est une
plinthe carrée ; elle se trouve à 10 pieds d'élévation. A 10 pieds plus
haut est une corniche de même forme.
Au surplus , l'épaisseur de ce mur de l'ouest est de 7 pieds 7 ou 8
pouces ; sa construction est en pierres de taille de médiocre hauteur ;
elle se lie parfaitement à celle du contrefort de la basilique : l'une et
436
ANTIQUITÉS
l'autre ne font qu'une même masse , dont le parement est à 3 pieds 7
pouces du gros mur. Au moyen d'un arrachement on a pratiqué une petite arcade à l'extrémité du nord de ce mur de l'ouest, ce qui nuit d'autant à la solidité dé la basilique.
Le mur du nord a presque entièrement disparu : la seule extrémité de
celui de l'ouest se montre de ce côté , où elle fait un avant-corps"de 7
pieds 2 pouces de large. La plinthe se continue sur cet avant-corps, et
à 10 pieds au-dessus est une corniche composée d'un gros larmier et de
quelques modillons, ce qui fait un couronnement pareil à celui des côtés des grands murs de la basilique. Avant la révolution ce mur du nord
offrait de vieilles arcades dans le genre de celles de la chapelle de l'est.
Le mur de l'est était aussi jadis en petit parpaing comme le mur de
l'ouest de l'autre chapelle : il ne reste plus de ce mur que son extrémité , ou en d'autres termes que le retour de celui du nord. Cette partie
des vieilles constructions se présente sur une largeur de 3 pieds 4 pouces 6 lignes. A. une certaine hauteur , on voit une imposte ornée de quelques moulures, c'est-à-dire absolument différente des autres impostes ou
petits chapiteaux des deux monumens.
Chapelle de l'ouest ; caveau. — Le caveau de l'ouest a n pieds 8 pouces de largeur, et 32 pieds 3 pouces de longueur totale. Une partie de
sa voûte a été coupée pour faire place, dans l'angle du sud -est, à un
grand escalier; par ce moyen le mur du sud n'a plus que 17 pieds 11
pouces de longueur. La voûte de ce caveau s'élève, comme celle de l'autre, d'environ 12 pieds, et elle est construite de même. Les murs sont en
moellons, seulement on aperçoit quelques grosses pierres dans l'angle du
sud- ouest. Le mur de l'est a évidemment été ajouté. A 1 pied de ce dernier , et dans celui du nord , est une porte dont la largeur est de 4 pieds
5 pouces, et la hauteur de 6 pieds ; elle n'a point de feuillure, ce qui
annonce qu'elle communiquait à d'autres caveaux, et l'on voit à cette
porte que l'épaisseur du mur est de 2 pieds 6 pouces.
Chapelle de l'ouest; intérieur. — On ne voit absolument rien dans
l'intérieur de la chapelle qui nous occupe. Les nouvelles constructions
• ont tout caché ou tout fait disparaître , seulement on se souvient que sa
disposition était pareille à celle de la chapelle opposée.
\
DE VËSONE.
43
7
Tels sont les détails des chapelles du nord : nous ajouterons que celle
qui est vers l'est se trouve à 4 pieds i pouce 3 lignes de la porte de la
basilique , tandis que l'autre n'en est qu'à 2 pieds 7 pouces 6 lignes ; que ,
par conséquent , pour que le tout fût régulier , il faudrait que la dernière de ces chapelles avançât de 1 pied 5 pouces 9 lignes de moins ; que
probablement c'était ainsi d'abord , et que l'irrégularité est due à une restauration qui nécessairement a été faite, puisque de ce côté la vieille construction ne ressemble point à celle qui est à l'angle de la chapelle de
l'est. Ce qui d'ailleurs le prouve de la manière la plus complète, c'est
que Taxe de la basilique , si on le prolonge , est en effet beaucoup plus
éloigné de la dernière de ces chapelles que de la première, et que primitivement le tout devait être régulier.
Aii surplus , clans tout cela on peut faire une remarque importante :
c'est que le mur de l'ouest de la chapelle de l'est, et le mur de l'est de
la chapelle de l'ouest , sont plus minces et moins anciens que tous les
autres ; qu'au sud , à l'extrémité de ces murs , il y a encore des pilastres
pareils à ceux de l'intérieur ; d'où il faut nécessairement conclure, que
pendant long - temps il n'existait rien à la place de ces mêmes murs ;
que, par conséquent, les deux petits édifices que nous venons de décrire
étaient ouverts de ce côté , et ne pouvaient être des chapelles comme
ensuite ils le sont devenus , mais bien un véritable porche en portique.
S'il fallait de nouvelles preuves de cette dernière assertion , nous rappellerions :
1 .° Que les deux caveaux n'en formaient d'abord qu'un seul , et que
le mur de séparation a été ensuite ajouté ;
v
0
2. Que ce grand caveau a été bâti en même temps que la basilique ,
puisque la voûte porte sur le gros mur , et que les murs des extrémités
sont liés avec celui du sud ;
3.° Que les voûtes du haut portent également sur le gros mur de la
basilique ;
4 ° Que les arcades ont été ouvertes sur toute leur hauteur , ce qui
ne pouvait convenir à des chapelles ;
5.° Enfin, que le mur du nord de la chapelle de l'est se termine à
TOM. II.
56
438
ANTIQUITÉS
l'ouest par un pilastre orné d'une imposte , ce qui annonce de la manière la plus positive qu'il suivait une troisième arcade de ce côté.
Ainsi, il existait un porche au nord de notre basilique : ce porche se
composait d'une galerie de i3 pieds 9 pouces de large, et d'environ 66
pieds 6 pouces de longueur dans la direction de l'ouest à l'est ; il était
éclairé à chaque extrémité par une arcade ; son côté du nord , c'est-àdire sa façade , avait cinq arcades , et celle du milieu était plus grande
que les autres. L'ensemble de ce porche offrait la forme d'un parallélogramme dont la longueur extérieure était de 79 pieds et quelques
pouces (1), et la largeur, à partir du gros mur de la basilique, de 16
pieds 6 pouces , non compris la saillie des petits avant-corps qui séparaient l'extérieur des arcades, ni celle des grands avant- corps des extrémités. Les premiers de ces avant - corps avaient 2 pieds . et quelques
pouces de large sur 6 ou 7 pouces de saillie ; les deux autres avaient 1
pieds 7 ou 8 pouces de saillie sur environ 7 pieds de largeur (2). L'arcade de l'est avait 7 pieds 6 pouces de largeur , sur une hauteur de 19
pieds 5 pouces ; celle de l'ouest avait 9 pieds 3. pouces de large ; toutes
celles du nord avaient 7 pieds 5 pouces sur 19 pieds 5 pouces, excepté
celle du milieu, dont la largeur devait être de 16 pieds, et la hauteur
d'environ 23 pieds. Une plinthe était au niveau de l'imposte, sur les avantcorps des extrémités ; une corniche , composée d'un larmier soutenu de
gros modillons , couronnait toute l'ordonnance. L'arcade de l'est et celle
de l'ouest avaient une espèce de garde-fou de 4 pieds de hauteur ; celles
de la façade étaient ouvertes jusqu'au bas , ce qui annonce qu'elles servaient toutes d'entrée, et sans doute, pour arriver à celles qui étaient le
plus à l'est, il fallait monter plusieurs marches (3). Dans l'intérieur, des
pilastres étaient placés entre les arcades; ces pilastres soutenaient sans
doute des arcs-doubleaux. La voûte devait se composer d'un long berceau divisé par ces arcs-doubleaux, et sur la principale arcade un berceau plus élevé devait être perpendiculaire au premier , et le couper
pour ainsi dire en deux portions. Vraisemblablement des dalles recouvraient le tout.
(1) Cette longneur est de 7 g pieds 9 ponces au nord , et de 79 pieds 5 pouces an sud.
(2) Celui de 1'ex.tiémité de l'ouest a 7 pieds 2 pouces ; l'autre n'a que 6 pieds et quelques ponces.
(3) C'est de ces marches qu'est venue la dénomination de Porte-du-Gras ; voyez page 286.
DE VÉSONE.
43 G
Quant à l'étage inférieur, il est évident qu'il ne formait qu'un seul
caveau, qui sans doute servait de crypte. L'entrée de ce caveau était à
l'est, et il paraît qu'un second souterrain communiquait au premier : on
croit même qu'il y avait quelques sous- caveaux.
Tel était le porche du nord : sa façade s'élevait d'environ 2 5 pieds audessus du pavé de la basilique ; sa fondation était de la même époque
que celle du principal monument. Comme porche , il a été restauré deux
ou trois fois ; plus tard on en a fait deux chapelles ; maintenant il est
en grande partie la propriété de quelques particuliers.
ARTICLE 2. — Du porche du sud.
Dans la description de la basilique, nous avons dit qu'il y avait eu
un toit sur la porte du sud, et que c'était de là que le nom de Touin
s'était formé. Ce toit s'élevait à une hauteur considérable ; certains trous
où portaient quelques parties de la charpente se montrent encore dans
le gros mur , et sans doute des piliers ou des colonnes portaient cette
même charpente de l'autre côté. Ainsi, c'était bien une espèce de porche;
néanmoins , comme il ne se liait point à la construction du monument
principal , qu'il paraît avoir été fait après coup , et d'une manière peu
convenable , que d'ailleurs il n'en subsiste rien , nous n'en parlerons pas
davantage. Comme le sol a beaucoup de déclivité de ce côté , on crut
sans doute qu'il ne devait point y avoir une entrée principale, et les
abords en furent négligés.
CHAPITRE VI.
De la vieille église, c'est-à-dire d'une église fort ancienne sur
l'emplacement de laquelle ont été élevés le vestibule ou grand
porche et le clocher.
.r -ìifrOQr.— Ì-
D ANS la description du clocher nous avons prouvé que le mur de l'est
de la base, que celui du nord et celui du sud, de même que les voûtes
44o
ANTIQUITÉS
des galeries latérales , appartenaient à une époque antérieure au reste
du monument. On a vu que ces murs et ces voûtes avaient été brisés
pour recevoir la construction nouvelle (i); que le mur de l'ouest du
grand porche remontait aussi à des siècles très-reculés, et qu'il devait
avoir servi de façade à un édifice beaucoup plus important qu'un porche ou un vestibule (2). Nous ne reviendrons point sur les détails que
nous avons déjà donnés ; seulement nous considérerons ces détails dans
leur ensemble , nous en rappellerons quelques-uns en particulier , pour
en déduire des conséquences , et ce sera sur ces diverses données que
nous reconstruirons une ancienne et assez vaste église.
La largeur de cet édifice nous est déjà connue , elle est la même que
celle de la base du clocher; il s'agit de déterminer sa longueur; mais
pour y parvenir, il faut voir d'abord sa distribution intérieure.
Le mur qui est entre la basilique et le clocher a 4 pieds i pouce et
quelques lignes d'épaisseur ; et de ce mur à la première arcade transversale des galeries latérales, on a i3 pieds 8 pouces. De la première
arcade à la seconde on a aussi i3 pieds 8 pouces, et le pied-droit qui
est entre les deux a 3 pieds i pouce de large. On appelle ces espaces
d'arcade à arcade, des travées. Or, si à la première travée on ajoute la
largeur du pied-droit ou pilastre , on a 16 pieds 9 pouces de longueur
totale.
D'un autre côté, la longueur de la base du clocher est de 44 pieds 6
pouces , ce qui fait 4o pieds 5 pouces non compris le mur de l'est ; et
on sait que la longueur intérieure du grand porche est de 55 pieds 9
pouces. Or, 4o pieds 5 pouces + 55 pieds 9 pouces = 96 pieds 2 pouces , et l'on est bien assuré que tout cet espace était occupé par l'édifìce dont il s'agit maintenant , puisqu'on a la preuve que les murs latéraux se continuaient en avant du clocher , et que le mur du couchant du grand porche est plus ancien que les autres parties de cette
espèce de vestibule. II ne faut même pas perdre de vue que le mur de
l'est du clocher conserve une naissance de voûte du côté de la basilique , ce qui prouve que la vieille église s'étendait encore de ce côté ;
(r) Voyez pages 387, 388, 38g, 3go, 3gs>., 3g4 , etc.
(5.)
Voyez pages 419 , 420 et 4 2 '-
DE VÉSONE.
44!
mais bornons-nous pour un moment à l'espacé que nous venons de déterminer , et voyons combien de travées il pouvait contenir.
Si l'on divise 96 pieds 2 pouces par 16 pieds 9 pouces , on a 5 pour
quotient, et il reste à diviser 12 pieds 5 pouces. Ainsi, l'on est assuré
que dans l'espacé de 96 pieds 2 pouces il y aurait eu cinq travées, et
un surplus de 1 2 pieds 5 pouces. Au reste , comme le pied-droit qui suit
la seconde travée a 4 pieds 2 pouces de large, et qu'il est à présumer
que celui qui était après la troisième avait les mêmes dimensions , on
doit retrancher encore 2 pieds 2 pouces des 12 pieds 5 pouces, et il ne
reste réellement que 10 pieds 3 pouces au-dessus de ce qu'il faut poulies cinq travées. Ainsi , la vieille église comprenait au moins dans sa longueur un petit vestibule et cinq travées.
Mais les pieds-droits des deux arcades qui forment la troisième travée
étant plus larges que les autres , il en résulte que cette travée était la
principale , qu'elle devait être au milieu , et que , par conséquent , l'édiíice se prolongeait du côté de l'est : cela est évident ; la raison syndique. Ce n'est pas tout : il faut se rappeler la description du mur qui
est entre la basilique et le clocher (1), ne pas perdre de vue que ce mur
laisse encore voir , à son parement de l'est , une naissance de voûte qui
lève toute difficulté , et cpii prouve de la manière la plus positive que
la vieille église se prolongeait en effet de ce côté.
Au surplus, comme ce reste de voûte n'est point au niveau des berceaux des travées , qu'il est de plusieurs pieds plus bas , et cpie , par conséquent, il n'a jamais pu faire partie d'une travée, il est clair qu'il ne
pouvait recouvrir qu'un { espace moindre, et que là était nécessairement
le sanctuaire. La longueur de cette partie était sans doute de 10 pieds
3 pouces , comme celle du vestibule : ainsi , le tout était parfaitement régulier.
Maintenant, si à 96 pieds 2 pouces on ajoute 4 pieds 2 pouces pour
lepaisseur du mur qui sépare la basilique du clocher, et 10 pieds 3 pouces pour le sanctuaire dont nous venons de parler, on aura 110 pieds
7 pouces pour la longueur intérieure. Si l'on y ajoute les 3 pieds 6 pou-
(1) Voyez page 34t-
442
ANTIQUITÉS
ces d'épaisseur du mur de l'ouest , qu'on en suppose autant pour celui
qui terminait l'édifice du côté de l'est, on a une longueur totale de 117
pieds 7 pouces.
Ainsi , le vieux édifice dont nous rétablissons ici le plan avait 1 1 o pieds
7 pouces sur 5o pieds 2 pouces dans œuvre, et il avait hors-œuvre 117
pieds 7 pouces sur 58 pieds 9 pouces ; c'est-à-dire qu'il avait juste en
longueur le double de sa largeur. On ne peut douter que cet édifice ne
fût un monument religieux : à l'avenir nous rappellerons la vieille église.
Nous allons jeter un coup d'œil rapide au dehors , ensuite nous reviendrons à l'intérieur.
Extérieur de la vieille église. — Nous avons décrit le mur de façade
de notre vieille église (1), nous avons fait remarquer qu'il était antérieur
aux autres parties du grand porche , mais que les côtés paraissaient avoir
été refaits dans toute leur hauteur. Nous avons dit que ce mur était entièrement construit à l'extérieur en pierres de taille , qu'il devait avoir
été percé de cinq grandes fenêtres dont trois seulement se montrent
encore dans quelques parties , que ces fenêtres étaient cintrées à plein
cintre , qu'elles avaient environ 1 1 pieds 6 pouces de hauteur et 5 pieds
de largeur , qu'elles étaient ébrasées vers l'intérieur , que la distance entre elles était de 3 pieds et quelques pouces , qu'elles prenaient naissance à environ 22 pieds au-dessus de l'ancien sol. Nous avons parlé de
la partie supérieure de ce même mur , des ornemens singuliers dont il
est, décoré , de sa fenêtre en forme de croix (2) ; nous en avons examiné
le bas , et , dans cette partie , nous avons fait remarquer qu'il se terminait à l'extrémité du nord par une ante qui saillait également sur le mur
latéral. Nous ajouterons que si notre vieille église se terminait ainsi par
des antes à ses quatre angles, elle avait réellement 121 pieds 2 pouces de
long, et 61 pieds 9 pouces de largeur totale.
Le mur de l'est est entièrement détruit; nous ne pouvons en rien dire
de certain ; il avait sans doute une fenêtre vis-à-vis de chacun des deux
bas -côtés, et probablement une grande arcade était percée au milieu.
Cette arcade, de mêmes dimensions que celle qui maintenant est ornée
(1) Voyez page 41 5 et suivantes.
(2) On aurait pu placer dans cetle fenêtre nue petite cloche.
DE VÉSONE.
443
de colonnes , devait donner dans un petit rond-point extérieur au plan ,
et où se trouvait nécessairement le principal autel. Ce rond-point pouvait avoir 9 ou 10 pieds de saillie hors d'oeuvre, ce qui alongeait d'autant la masse de l'édifìce (1).
Quant aux murs des côtés, on sait qu'ils ont été détruits en grande
partie , et qu'il n'en subsiste des deux que de la longueur de la base
du clocher ; mais c'est assez pour connaître le tout , et il est clair que
ces murs latéraux , qui ne laissent voir aujourd'hui que des moellons de
moyenne grosseur, placés en assises (2), avaient environ 4° pieds de hauteur ; qu'ils étaient percés de fenêtres de 6 pieds et quelques pouces
sur 1 1 pieds 7 pouces , que ces fenêtres étaient cintrées à plein cintre ,
qu'elles étaient ébrasées vers l'intérieur , qu'elles commençaient au-dessus
du sol à plus de 20 pieds , et qu'elles se trouvaient au milieu des travées
des nefs.
Intérieur de la vieille église. — Les détails que nous avons donnés du
mur de l'est dans la description de la base du clocher, et ceux de ses
galeries latérales , ne laissent aucun doute sur la disposition intérieure
de notre vieille église : il est évident qu'elle consistait en une nef principale et deux ailes ou bas-côtés. II s'agit seulement de déterminer les
dimensions respectives de ces trois parties et de leurs accessoires , d'indiquer ensuite ce qu'il pouvait y avoir d irrégulier , et de faire connaître
les motifs des irrégularités.
Le mur qui est entre le clocher et la basilique est percé de trois arcades , dont deux ne se montrent que sur une partie de leur largeur.
L'une a 6 pieds 4 pouces 6 lignes d'ouverture jusqu'au gros pilier du
nord , l'autre a 7 pieds 1 1 pouces jusqu'à celui du sud. Ainsi , l'on a 6
pieds 4 pouces 6 lignes -f- 7 pieds 2 pouces = i3 pieds 6 pouces 6 lignes, et 7 pieds 11 pouces -f- 5 pieds 7 pouces = i3 pieds 6 pouces;
(1) Sans un rond-point l'autel n'eùt pas été placé convenablement. D'ailleurs l'usage de ces ronds-points
est extrêmement ancien. On en voit un exemple frappant dans la Basilique de Sainte-Sophie , à Constantinople. Cette basilique a même une espèce de corridor à côté de son rond-point , et elle en a deux à la
porte d'entrée , ce qui lui donne quelques rapports avec notre vieille église.
(2) C'est du côté du cloître que l'on voit le mieux ces moellons : leur largeur est de 5 pouces à i pied
a pouces ; leur hauteur est de 5 à 6 pouces.
444
ANTIQUITÉS
et comme les pilastres de toutes les arcades qui séparent les diverses travées ont i pied 4 pouces d'épaisseur contre les vieux murs , il faut retrancher i pied 4 pouces de chacune de ces deux sommes pour avoir la
véritable largeur des arcades. Or, i3 pieds 6 pouces 6 lignes — i pied
4 pouces = 1 2 pieds 2 pouces 6 lignes ; et 1 3 pieds 6 pouces — 1 pied
4 pouces = 1 2 pieds 2 pouces.
Telle est la largeur des arcades transversales. Si maintenant on veut
avoir la largeur totale des ailes ou bas-côtés , il faudra non-seulement y
ajouter de nouveau l'épaisseur du pilastre que nous venons de retrancher, mais encore y mettre celle d'un second pilastre qui nécessairement
devait être de l'autre côté. Alors on aura 12 pieds 2 pouces 6 lignes
+ 1 pied 4 pouces + 1 pied 4 pouces = 14 pieds 10 pouces 6 lignes;
et 12 pieds 2 pouces + 1 pied 4 pouces + 1 pied 4 pouces = 14
pieds 10 pouces.
Par ce calcul , la largeur des bas-côtés et celle de l'ouverture des arcades qui les traversent sont parfaitement déterminées. Voyons maintenant le milieu de l'édifice , ou ce qu'on appelle grande nef. Cette partie
n'est jamais plus étroite que les ailes ou bas-côtés ; elle est même ordinairement plus large. Au surplus, comme ici les bas- côtés sont déjà
connus , et que ce qui reste de largeur doit nécessairement contenir
la grande nef et les massifs de séparation (1), on peut procéder comme
il suit : 14 pieds 10 pouces 6 lignes -f- i4 pieds 10 pouces == 29 pieds
8 pouces 6 lignes ; et 5o pieds 2 pouces — 29 pieds 8 pouces 6 lignes
= 20 pieds 5 pouces 6 lignes, ou, en compte plus rond, 20 pieds 6 pouces. Ainsi il ne reste que 20 pieds 6 pouces pour la largeur de la nef
et l'épaisseur des massifs. Or, comme on ne peut guère donner moins
de 2 pieds 9 pouces à chaque massif, on aura pour les deux 5 pieds 6
pouces ; et parce que 20 pieds 6 pouces — 5 pieds 6 pouces == i5 pieds,
on est assuré que la largeur de la grande nef est d'environ i5 pieds,
c'est-à-dire qu'elle est à peu près égale à celle des bas-côtés.
Quant aux pilastres ou pieds-droits qui devaient être en saillie dans
cette nef, derrière ceux des ailes , il est bien évident qu'ils avaient moins
(1) Nous appelons ici massifs de séparation les pieds-droits des arcades nui séparent la grande nef des
)jas>côtés , et contre lesquels sont appliqués les picdsTdroits ou pilastres des arcades transversales.
DE VÉSONE.
445
d'épaisseur que ces derniers ; car ils ne devaient certainement pas rendre les arcades plus étroites que celle du sanctuaire. Or, la grande arcade du sanctuaire a i3 pieds 5 pouces de largeur; i5 pieds — i3 pieds
5 pouces = 1 pied 7 pouces , et la moitié de 1 pied 7 pouces est 9 pouces 6 lignes : donc les pilastres de la grande nef ne pouvaient avoir tout
au plus que 9 pouces 6 lignes d'épaisseur, et les arcades n'avaient point,
une ouverture de moins de i3 pieds 5 pouces de large.
Au surplus , comme la grande nef avait nécessairement pour comble
une seule voûte dans toute sa longueur, et que cette voûte ne pouvait
être séparée en berceaux que par des arcs-doubleaux d'une très-médiocre saillie , il serait très - possible que les pilastres eussent été encore
moindres.
Mais comment se terminaient les massifs sur les côtés , et quelle était
leur largeur? A quelle hauteur s'élevaient les arcades que ces massifs formaient, entre eux, c'est-à-dire celles qui communiquaient de la grande
nef aux ailes ?
Ce qui subsiste encore de notre vieille église étant d'un style simple ,
le reste devait être de même. Ainsi, les arcades dont il s'agit ne pouvaient
avoir pour tout ornement que leur imposte ; ainsi , les massifs qui leur
servaient de pieds-droits devaient être lisses et carrés ; et comme dans les
murs des bas-côtés il y a des arcades feintes qui ne se montrent nullement
au dehors, que, par conséquent, ces arcades ne furent jamais ouvertes,
il est évident qu'elles n'y ont été pratiquées que par un motif de symétrie, qu'ainsi elles devaient répondre exactement à celles de la grande nef,
et être de même largeur. Or,. la largeur de ces arcades feintes est de 10
pieds 3 pouces, et l'intervalle qui les sépare est de 6 pieds 9 pouces :
donc les arcades latérales de la grande nef avaient de même 10 pièds
3 pouces de large , et les massifs étaient de 6 pieds 9 pouces de longueur.
Quant à la hauteur de ces mêmes arcades , nous ne pouvons la déterminer au juste , non plus que l'élévation de la voûte principale : toutefois nous rappellerons quelques détails, nous les comparerons, et nous
tâcherons d'en tirer un résultat.
L'arcade à colonnes qu'on voit dans le mur qui sépare la basilique
TOM. II.
57
446
ANTIQUITÉS
actuelle du clocher a 39 pieds de hauteur, ce qui fait 37 pieds 6 pouces
au-dessus de l'ancien sol de la vieille église (1) ; et quoique les pilastres
de ce mur soient un peu moins élevés que les colonnes, comme la naissance des arcs-doubleaux qui sont au-dessus , du côté de l'est , annonce
que le cintre de la vieille arcade était surhaussé de plus de 4 pieds,
qu'il était même outre-passé , il s'ensuit que cette vieille arcade avait
plus de 4 1 pieds au-dessus de l'ancien sol -, et que la voûte devait nécessairement s'élever davantage. Ainsi, l'on est assuré que cette voûte avait
au moins 42 pieds et quelques pouces d'élévation totale.
D'un autre côté , le grand mur qui sépare les deux porches a 63 pieds
de hauteur : or, si l'on en retranche 3 pieds pour le sommet de l'angle,
et 2 pieds pour l'épaisseur de la voûte , il reste 58 pieds , et l'on est bien
certain que l'intérieur de la grande nef ne s'élevait pas davantage. Ce serait donc de 42 pieds et quelques pouces à 58 pieds que cet intérieur
aurait pu s'élever : nous y reviendrons bientôt.
■
.
On a vu que les arcades de communication de la principale nef aux
ailes devaient avoir 10 pieds 3 pouces de largeur ; mais leur hauteur est
encore indéterminée , et même sur ce point nous ne donnerons rien de
certain. Toutefois, comme les berceaux des voûtes latérales s'élèvent, du
côté de la grande nef, à 37 pieds 6 pouces (2) , que les arcades de communication étaient à 1 pied 9 pouces des pilastres , et que leur cintre devait être à lá même distance du cintre des berceaux , il en résulte que ces
arcades pouvaient avoir environ 35 pieds 9 pouces de hauteur; et comme
c'est sur ces mêmes arcades que la grande voûte devait nécessairement
porter, qu'elle était surhaussée, que par conséquent il fallait entre la
véritablë naissance de son cintre et leur intrados une distance de 6 ou
7 pieds , que le plein cintre avait près de 8 pieds , il est à présumer que
cette voûte s'élevait à environ 5o pieds.
Les arcs-doubleaux qui divisaient la voûte de cette grande nef devaient
avoir 2 ou 3 pouces de saillie sur la douelle , et, à 3 ou 4 pieds au-dessous de la naissance du vrai cintre , il y avait sans doute une corniche
de chaque côté, sur toute la longueur des travées.
(1) On a vu que le sol de la vieille église est au niveau de la partie la plus élevée du pavé du clocher.
(9.)
Toujours au-dessus de l'ancien sol.
DE VÊSONE.
44
7
La petite travée du sanctuaire se composait, comme le reste de Fédiíice , de trois parties : le centre et les côtés. Le centre était recouvert
d'une voûte qui faisait suite à celle de la nef, mais qui probablement
se trouvait plus basse ; chacun des côtés avait pour comble un berceau
parallèle à ceux des ailes. Le mur du fond devait , comme on a vu , être
percé de trois ouvertures cintrées. La naissance des deux berceaux de
voûtes des côtés est à la hauteur d'environ 29 pieds; cette naissance se
montre encore : ainsi , l'on peut se convaincre que les deux berceaux latéraux de l'extrémité étaient plus bas que les autres de plusieurs pieds.
Quant au vestibule , nous ne pouvons dire au juste quelle était sa disposition intérieure : on sait qu'il avait 10 pieds 3 pouces de l'ouest à
lest , et que sa largeur était celle de l'église ; mais comment était - il
couvert ? comment était percé le mur qui le séparait de la grande nef et
des bas-côtés ?
Le mur de façade étant percé de cinq grandes fenêtres, dont deux donnaient juste sur les deux lignes des massifs qui séparaient la grande nef des
ailes , il est évident que le vestibule était à part , qu'un mur plein l'isolait entièrement des nefs, et que ce mur ne contenait qu'une porte principale , pareille sans doute à la première porte d'entrée , et peut-être deux
petites issues sur les côtés. Ce vestibule pouvait être divisé en trois parties par deux murs de refend ; celle du milieu servait de passage , et probablement les fonts baptismaux étaient placés dans l'une des deux autres.
La voûte commençait vraisemblablement à 24 ou 25 pieds de hauteur,
puisque c'est à 20 pieds que le mur est en retraite. Au reste, cette voûte
devait être composée de plusieurs berceaux et de lunettes. Sur la porte
d'entrée c'était sans cloute un berceau dirigé de l'ouest à l'est; son cintre devait se trouver au-dessus de la fenêtre du milieu, c'est-à-dire à la
hauteur d'environ 3 1 pieds. De chaque côté il pouvait y avoir un berceau
perpendiculaire au premier , et comme ces deux berceaux latéraux prenaient naissance beaucoup plus bas que le haut des fenêtres , sur chacune de ces grandes ouvertures, on devait avoir pratiqué une lunette.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette partie des constructions,
c'est que le mur de façade ne conserve , vers l'intérieur , aucun arrachement : la retraite dont nous venons de parler est la seule marque de
448
ANTIQUITÉS
liaison qu'on y aperçoive ; rien de semblable ne se voit au-dessus : ainsi
il est évident que ce mur est postérieur au reste de l'édifìce.
Enfin, dans la description de la grande basilique, nous avons parlé du
petit escalier du pilier (i); nous avons dit que la -porte de cet escalier
donnait à l'est, et que la partie des constructions où elle était placée se
dirigeait fort obliquement "(a) , et ne se trouvait ni sur la ligne des anciens massifs, ni sur celle des masses postérieures. Nous avons fait remarquer que derrière l'autre partie du gros pilier il y avait une ancienne ouverture que l'on pouvait voir dans la chapelle extérieure (3), et
que cette ouverture n'avait point de feuillure , ce qui annonce qu'on n'avait pas besoin de la fermer. De tout cela nous devons conclure qu'il y
avait communication de la vieille église à la chapelle extérieure; et comme
le sol actuel de cette chapelle extérieure est au niveau de celui de la
vieille église, que l'ancien sol de cette chapelle était beaucoup plus bas,
qu'on avait prolongé vers le nord le côté du sanctuaire de l'église , que
ce prolongement était de près de 7 pieds hors de l'extérieur du mur , et
qu'il ne pouvait avoir pour objet que de joindre ensemble les deux monumeils , il est clair que la chapelle est antérieure , du moins dans quelques-unes de ses parties, à la vieille église dont nous venons de retracer
le plan.
Si la chapelle était postérieure, pourquoi en effet ne l'aurait-on pas
construite au niveau de la vieille église? Pourquoi ne l'aurait-on pas
élevée contre ce monument? Pourquoi aurait- on placé la porte de communication de manière à avoir besoin, pour y arriver, d'un corridor oblique? Pourquoi cette porte ne serait-elle pas au milieu du corridor? et
comment se ferait-il que ce corridor fût construit en même temps que
la vieille église (4) ?
La chapelle extérieure qui est vers le sud et à l'autre extrémité du
(1) Voyez page 346.
(2) Cette partie se dirige presque au nord ; elle ne décline à l'ouest que d'environ trois degrés.
(3) Voyez pages 3i3 et 3i5.
(4) Le mur dans lequel est la petite porte de l'escalier n'a point été restauré dans le bas ; il est d'un seul
jet tout du long du corridor , ou du moins aussi loin qu'on peut le suivre vers le nord. Quant à la porte
de la chapelle, elle était tout contre le mur de l'est, et par conséquent ne se trouvait point au milieu du
couloir ; car l'extérieur de ce mur de l'est avançait de 2 pieds et quelques pouces de plus que le parement de l'est du gros pilier de la nouvelle basilique.
DE V.ÉSONE.
44 9
sanctuaire , était aussi beaucoup plus basse que la vieille église , et elle
est de même isolée de ce monument ; mais elle n'en est éloignée que de
5 pieds et quelques pouces , et la communication de l'une et l'autre donne
dans le vide du gros pilier. Cette dernière chapelle ne remonte peut-être
pas si haut que l'église ; mais elle a dû être refaite. , et celle dont elle
tient la place était nécessairement antérieuré à cet ancien édifice.
Ainsi, il est certain que la vieille église qui nous occupe avait à ses
côtés, et tout près de son extrémité de l'est, deux anciennes chapelles,
avec lesquelles elle communiquait , et à la fondation desquelles elle était
postérieure.
Au surplus, il ne faut pas perdre de vue que la porte qui communiquait de la vieille église à la chapelle du nord, n'eut jamais aucune espèce
de feuillure dans sa partie la plus ancienne , c'est-à-dire dans le vieux
mur d'intervalle; et puisque cela prouve évidemment qu'on aboutissait,
au moyen d'un corridor , dans le petit édifice dont ce mur faisait partie ,
et que la construction d'où partait ce corridor était antérieure , il en résulte , d'une manière positive , que la vieille église que nous venons de
décrire en avait remplacé une plus ancienne.
En effet, nous venons de prouver que la chapelle extérieure, ou du
moins certaines parties de cette chapelle , telles que le vieux mur d'intervalle et la porte qu'il contient, étaient plus anciennes que la vieille église.
D'un autre côté, il est évident que la vieille porte ne donna jamais au
dehors puisqu'elle n'a ni feuillure ni traces de fermeture quelconque.
Donc , lorsque cette vieille porte fut faite il existait un édifice de ce côté ,
et sans doute cet édifice était un monument religieux auquel elle communiquait.
Telle était la vieille église de Saint - Front ; sa longueur totale, prise
hors d'œuvre , et y compris la saillie des antes ou pilastres , était de 1 2 1
pieds 3 pouces sans le rond-point, et sa largeur était de 61 pieds g pouces , y compris cette même saillie des antes. Cet édifice se composait ,
comme on a vu, d'une nef principale et de deux bas -côtés. A l'entrée
était un vestibule ; à l'autre extrémité était un sanctuaire terminé par un
rond-point demi-circulaire. Les trois nefs se composaient chacune de cinq
travées ; chaque travée avait pour comble un berceau de voûte particu-
45o
ANTIQUITÉS
lier. Dans les ailes, ces berceaux étaient parallèles entre eux, et perpendiculaires à la longueur de l'édifice; clans la grande nef, ils formaient une
seule voûte divisée par des arcs-doubleaux. Toutes ces voûtes étaient portées par les murs du pourtour, par des massifs et des pilastres. Le vestibule et le sanctuaire se composaient aussi de trois parties , le centre et
les côtés. Enfin , ce que nous avons nommé avant-porche était le vrai et
seul porche de cette vieille église , qui avait plusieurs caractères des anciennes basiliques.
La voûte principale s'élevait à près de 5o pieds, et les autres à près
de 3o pieds ; des dalles , ou une charpente à deux eaux , formaient la couverture. Au centre était peut-être une petite flèche (i), ou un autre couronnement de ce genre , qui ensuite aurait servi de clocher ; et peut-être
aussi, plus tard, le beffroi fut-il placé sur la porte d'entrée : ce qui du
moins pourrait le faire croire , c'est la hauteur du mur de façade dans
sa partie du milieu (2).
Quant à la construction de ce vieux monument , elle était toute en
pierre de taille vers l'intérieur. Au dehors , on ne voit au contraire que des
moellons presque bruts, grossièrement disposés en assises, excepté au mur
de façade; car ce dernier est en pierre.de taille dans toute sa hauteur
à l'extérieur, quoique, au-dessus de 20 pieds, il soit en moellons vers
l'intérieur.
Cette différence de construction est remarquable; on ne conçoit même
guère qu'elle ait pu entrer dans le projet de l'architecte ; et en effet,
si l'on examine avec attention ce qui reste de l'édifice, on demeure presque certain qu'il a été repris et fortifié sur les côtés. Peut-être le parement du mur avait été dégradé par l'intempérie des saisons ou par la
main de l'homme. S'il en était ainsi , ce serait lors de la restauration que
les moellons bruts auraient remplacé les quartiers de pierre , et primitivement notre vieille église n'aurait laissé voir que de beaux quartiers
de pierre de taille, tant clans l'intérieur qu'au dehors.
(1) Les pilastres plus larges de la travée du centre semblent indiquer cette disposition, qui pourtant
n'était guère en usage dans ce genre de monuinens religieux.
(2) On ne peut guère penser que la principale voûte s'élevât à cette hauteur. Si cependant cela eût été,
la charpente se serait trouvée composée de deux parties bien distinctes : le centre et les côtés , comme
dans la toiture de la basilique actuelle. Ce genre de couverture paraît avoir été en usage dans les premiers
siècles du christianisme.
DE VËSONE.
CHAPITRE VII.
Des deux vieilles chapelles latérales.
D ÉJA plusieurs fois nous avons eu occasion de parler des deux chapelles
latérales, c'est-à-dire des deux petits édifices qui flanquent le pied de la
croix de la grande basilique, et auxquels la vieille église communiquait
par les ailes du sanctuaire : c'est ici le moment d'en donner de plus amples détails , et de les décrire chacune en particulier.
ARTICLE
i. er — De la chapelle latérale du nord (i).
La chapelle du nord forme une espèce de parallélogramme ; sa direction est de l'ouest à l'est (2) ; son côté du sud se lie avec les constructions de la branche de l'ouest de la basilique ; son extrémité de l'est est
à 12 pieds 10 pouces de la branche du nord. Au surplus, cette chapelle
a deux étages ; sa longueur est de 3 1 pieds 7 pouces hors d'oeuvre ; sa
largeur , dans la petite cour et à partir du renforcement du mur de la
basilique, est d'environ 22 pieds 3 pouces; à l'ouest elle est de quelques
pouces de plus. Nous allons commencer par l'extérieur de ce petit monument , ensuite nous passerons successivement à l'intérieur de chacun
de ses deux étages.
Extérieur. — On a élevé des maisons particulières à l'ouest de la chapelle qui nous occupe, et tout le long de son mur latéral du nord; en sorte
qu'on ne la voit guère qu'à son extrémité de l'est, c'est-à-dire vers l'intérieur de la petite cour. Le mur qui termine l'édifice de ce côté a même
déjà été décrit (3) : on sait qu'il est construit en petites pierres carrées
(i) Cette chapelle fait maintenant partie de la maison de la dame veuve Puyroche, marchande de modes,
rue d'Enfer : le premier étage sert de cave,
(a) Avec déclinaison d'environ 7 degrés vers le nord.
(3) Voyez pages 319 et 320.
45a
ANTIQUITÉS
peu correctement disposées en assises, qu'il a été restauré très-anciennement , que ses pierres sont rouges et un peu calcinées , qu'il est en retraite de i pied 3 pouces à une certaine hauteur, que cette retraite n'est
point de niveau, qu'elle commence vers le sud, à i5 pieds et quelques
pouces au-dessus du pavé de la cour, et qu'elle s'élève de 3 ou 4 pieds
de plus du côté du nord ; que les constructions de la basilique s'y étendent en retour d'équerre, que quatre ouvertures cintrées sont pratiquées
dans ce mur , que les deux du bas sont à 4 pieds du sol de la cour ,
qu'elles ont i pied 8 pouces sur 7 ou 8 pouces, que celles du haut avaient
environ 5 pieds sur 2 pieds 5 pouces , qu'elles ont été réduites à quelques pouces de large et à 3 pieds de hauteur, qu'elles sont à 9 pieds 10
pouces des premières ; enfin on a vu que le mur finissait à environ 25
pieds de hauteur, et qu'immédiatement au-dessus, et en retraite de 6
pieds , il en commençait un second en simple blocage.
Le mur du nord est aussi en petites pierres carrées, grossièrement smillées , et il a été crépi sur presque tout son parement dans l'intérieur des
maisons voisines : on ne peut guère l'apercevoir ; mais on est assuré que
son épaisseur est de 2 pieds 6 pouces. Au reste, ce mur ne s'élève qu'à
la hauteur d'une quinzaine de pieds ; au-dessus de ce niveau, il a été entièrement refait. Dans le bas , et presque aux extrémités , on trouve deux
portes, dont l'une a 2 pieds 8 pouces 6 lignes de large, et l'autre 3 pieds
3 pouces. Celle qui est le plus à l'ouest donne dans une cave particulière, et l'autre dans un petit caveau que nous décrirons bientôt (1).
Le mur de l'ouest est construit comme celui du nord ; il a été de même
presque entièrement refait , et non-seulement il se trouve caché par des
constructions étrangères , mais encore par l'exhaussement du sol extérieur , parce qu'il n'y a point de caves dans cette partie. Ce mur , dont
l'épaisseur est de 2 pieds 6 pouces , est percé de deux longues lucarnes
qui ont été refaites clans tout leur contour. Enfin, les deux angles que
fait le mur du nord avec ceux de l'ouest et du levant sont en pierres de
taille de diverses hauteurs, mais dont quelques-unes ont jusqu'à 1 pied
4 pouces, et même jusqu'à 1 pied io pouces.
(1) La cave dépend de la maison du sieur Boucherie, orfèvre et joaillier ; et le caveau, de celle du sieur
Conte , ferblantier.
DE VÉSONE.
453
Premier étage ; intérieur. — L'intérieur du premier étage se compose
de deux nefs séparées par des arcades : sa longueur est de 27 pieds ; sa
largeur est de 18 pieds 5 pouces à l'est, et de 18 pieds 10 pouces à l'ouest.
La nef du sud est parfaitement régulière ; sa largeur est de 8 pieds 4
pouces de chaque côté ; celle du nord au contraire a 8 pieds 6 pouces à
l'ouest, et 8 pieds 1 pouce à l'est : c'est ce qui produit l'irrégularité.
Les arcades de séparation sont au nombre de quatre ; elles sont soutenues par des pieds-droits carrés; leur cintre est en arc surhaussé et un
peu outre-passé ; leur largeur est de 4 pieds 4 pouces 8 lignes , L\ pieds 5
pouces 9 lignes, 4 pieds 2 pouces 6 lignes et 4 pieds 4 pouces (1); leur
hauteur au-dessus du sol actuel est d'environ 6 pieds 1 pouce , et celle des
voûtes est de i3 pieds. La largeur des pieds-droits est de 1 pied 8 pouces
6 lignes , 2 pieds 6 lignes , 2 pieds 6 lignes , 2 pieds 6 lignes et 2 pieds ;
leur épaisseur est également de 2 pieds. L'imposte dont ils sont ornés
dans les baies , a 6 pouces 6 lignes de haut et 2 pouces 6 lignes de saillie ;
elle se compose d'un listel de 1 pouce 8 lignes, d'un petit filet et d'un
large cavet peu profond, au-dessous duquel est un second filet.
Au-dessous de l'imposte est une brique de 2 pouces d'épaisseur , et il
s'en trouve quelques-unes de semblables dans le massif des murs. Les
voussoirs des cintres sont extradossés ; leur largeur à l'intrados est de 4
pouces; leur longueur est de 10 pouces; ils sont au nombre de 21 à chaque
arcade; leurs joints sont faits de manière que le mortier est en saillie de
2 lignes d'épaisseur et de 1 pouce de largeur, ce qui produit un effet
singulier. La naissance des cintres est à la hauteur de 3 pieds 5 pouces.
Les voûtes sont en pierres brutes , plates et longues ; leur naissance est
à environ 2 pieds au-dessus des arcades, et dans l'intervalle on voit quelques rangées de petites pierres carrées , assez régulièrement placées en
assises.
Les deux lucarnes du mur de l'est sont fortement ébrasées ; elles ont
vers l'intérieur 3 pieds 7 ou 8 pouces sur 1 pied 9 pouces ; du sol au
bas de leur talus on trouve 6 pieds 6 pouces ; leur cintre est formé d'une
seule pierre sur laquelle on a figuré des voussoirs extradossés. Celle de
(t) En commençant à compter du côté du levant.
TOM. II.
58
454
ANTIQUITÉS
ces deux lucarnes qui éclaire la nef du sud est de quelques polices plus
rapprochée du mur du sud que de celui du nord ; l'autre est encore moins
dans le milieu : elle est à 3 pieds 8 ou 9 pouces du mur du nord.
Les deux lucarnes de l'ouest sont plus alongées que celles que nous venons de décrire; elles commencent à peu près au même niveau que ces
dernières , mais elles s'élèvent jusqu'à la voûte. Au surplus , ces lucarnes
sont fortement ébrasées vers l'intérieur, et elles ont été grossièrement refaites. Celle de la nef du sud est au milieu du mur ; l'autre n'est éloignée
du mur du sud que de 2 pieds. A côté est la porte au moyen de laquelle
on pénètre dans le bas étage qui nous occupe : c'est une ouverture moderne dont le linteau touche la voûte ancienne , et dont le seuil est élevé
de 5 pieds au-dessus du sol ; c'est-à-dire que pour entrer dans la chapelle
basse il faut maintenant descendre de 5 pieds. Avant qu'on eût pratiqué
cette porte, il ne paraît pas qu'il y eût d'autre ouverture de ce côté que
les deux lucarnes.
Les deux portes du mur du nord donnent clans les angles de la nef qui
est de ce côté : celle qui est vers l'extrémité de l'est a 2 pieds 7 pouces de
large ; l'autre a 3 pieds , et elle se trouve à 3 pieds 7 pouces du mur de
l'ouest. La hauteur de ces ouvertures sur le sol actuel n'est que de 3 pieds,
et elles ont une feuillure vers l'extérieur , ce qui prouve qu'elles ne servirent jamais de portes d'entrée. Vers l'intérieur, le linteau de la première
est formé d'une pierre taillée en fronton dans sa partie supérieure. Au
surplus, ces portes n'ont été l'objet d'aucune restauration.
La cave dans laquelle communique celle des deux portes qui est le
plus à l'ouest n'a rien de remarquable ; elle est ancienne , mais elle est
de beaucoup postérieure à la construction de la chapelle.
Le caveau dans lequel donne entrée la seconde porte a 8 pieds de longueur de l'ouest à l'est, et 4 pieds 6 pouces 6 lignes de largeur; le mur
du nord de la chapelle forme un de ses côtés ; son sol est de 8 ou 9 pouces plus élevé que celui de cette même chapelle; la hauteur de sa voûte,
à partir de ce sol , est d'environ 5 pieds 9 pouces sous clef.
Le mur de l'est de ce petit caveau est sur la même ligne que celui de
la chapelle; seulement il est moins épais de 1 ou 2 pouces, ce qui fait
que , vers l'intérieur , il se trouve un peu plus reculé. Ce mur a été pres-
DE VÉSONE.
455
que entièrement refait lorsque, clans les temps modernes, on y a percé
une porte. Le mur du nord contient aussi une petite ouverture , mais celleci est fort ancienne quoiqu'elle le soit un peu moins que le reste de la
construction ; la largeur de sa baie est de 1 pied 6 pouces ; sa hauteur , sur le sol, est de 2 pieds 10 pouces ; sa distance du mur de l'est est
de 2 pieds 1 pouce. Les tableaux de cette espèce de porte n'ont que quelques pouces de large jusqu'à la feuillure ; plus loin l'ouverture est de
1 pied 10 pouces. Au surplus, quoique cette porte soit extrêmement ancienne , elle a été pratiquée depuis la construction du mur , et comme le
réduit où elle /communiquait était sans doute de peu d'importance, on
l'a montée en retraite de ce côté, et on ne s'est pas donné la peine d'en
ragréer le contour. Le mur dans lequel est cette baie , de même que celui de l'ouest, est en petites pierres carrées comme ceux de la chapelle.
Dans celui de l'ouest surtout, ces pierres sont disposées en assises assez
régulières , et la manière dont la voûte est agencée avec le grand mur
prouve clairement que la chapelle et le caveau ont été élevés en même
temps. Revenons à l'intérieur de cette chapelle ; il nous reste encore à parler de la paroi du sud.
Les constructions qui séparent la basilique de cet intérieur sont de l'épaisseur de plus de 7 pieds (1)-, elles renferment un petit caveau presque
pareil à celui que nous venons de décrire, et deux portes qui se trouvent
maintenant fermées. Nous avons déjà donné les détails de ces constructions (2); nous n'y reviendrons point; nous ajouterons seulement que les
quatre murs du bas étage qui nous occupe sont parfaitement liés ensemble, et qu'ils ont été construits en même tenms, de même que les voûtes et
les deux petits caveaux. Ce qu'il y a d'antérieur se distingue, comme on a
vu, dans le caveau du sud et dans la troisième porte. Au surplus, il est
probable que le sol actuel de l'édifice est plus élevé que l'ancien sol.
Second étage; intérieur. — Le second étage de la chapelle n'a aucune
communication intérieure avec le premier : il se compose d'une pièce de
18 pieds 10 pouces de long sur 21 pieds 3 pouces de large, et de deux
(1) Elles sont d'environ 7 pieds 1 pouce d'épaisseur dans la partie qui contient le petit caveau ; où est
la porte du milieu , elles n'ont que 6 pieds 7 pouces ; à la troisième porte , elles se trouvent derrière le gros
pilier de la basilique.
(2) Voyez pages 3i2 et suivantes.
456
ANTIQUITÉS
carrés dont la longueur de l'ouest à l'est est de 7 pieds , et la largeur de
8 pieds et quelques pouces. Ges carrés sont à l'est de la grande pièce ; ils
en sont séparés par un mur dont l'épaisseur est de 1 pied 11 pouces, et
dans lequel sont pratiquées deux arcades de 7 pieds de large et de 9 pieds
7 pouces de hauteur. Le mur qui sépare les carrés est de l'épaisseur de
2 pieds 3 pouces; les deux voûtes qui forment leur comble ont 10 pieds
3 pouces d'élévation sous clef.
La principale pièce n'a maintenant d'autre ouverture que la porte d'entrée cpii est moderne. Cette porte est dans le mur de l'ouest, tout contre
celui du nord , et l'on sait que ces deux murs ne remontent pas à une époque très-reculée.
Les deux carrés sont éclairés par les deux petites fenêtres cintrées dont
nous avons déjà parlé. Ces fenêtres , dont la hauteur en dehors était d'environ 5 pieds , et la largeur de 2 pieds 5 pouces , ont en dedans 6 pieds
2 pouces, sur 3 pieds 4 pouces, et elles sont également éloignées des murs
latéraux. Le bas de leur talus est à 3 pieds du sol ; leur cintre est à 6 pouces de la voûte ; leurs voussoirs sont extradossés, et ils ont 4 pouces de
largeur à Fintrados. Celle de ces fenêtres qui éclaire le carré du nord est
en partie détruite , de même que le côté du mur ; et la voûte de ce carré ,
ainsi que le cintre de l'arcade qui lui sert d'entrée , offre de larges crevasses qui proviennent évidemment de la mise hors d'aplomb du mur du
nord (1).
Au surplus , les carrés ne sont point parfaitement égaux en largeur :
celui du nord a 8 pieds 9 pouces , l'autre n'a que 8 pieds 3 pouces , et
cette différence provient non-seulement de la mise hors d'aplomb d'un
des côtés , mais aussi de ce que le mur qui les sépare n'est pas parfaitement dans le milieu, qu'il se trouve au contraire à 9 pouces 6 lignes de
l'arcade du nord, tandis qu'il n'est qu'à 7 pouces 6 lignes de celle du sud;
et nous devons également ici faire remarquer que le mur du nord du premier carré est sur la même ligne que celui de la grande pièce , tandis que
la paroi du sud du second avance de près de 2 pieds de plus que le gros
mur qui est de ce côté.
(1) Cette mise hors d'aplomh dn mur du nord se manifeste , comme on a TU , dès les fondemens : la
voûte de celle des deux nefs qui est de ce côté en a éprouvé l'effet d'une manière sensible.
DE VÉSONE.
45 ?
Quant aux arcades , leur imposte est à 4 pieds 6 pouces du sol 5 elle a
6 pouces de hauteur, et se compose d'un listel de 1 pouce 8 lignes de
large , d'un petit filet et d'un cavet qui a peu de profondeur, mais qui est
orné de palmettes d'assez bon goût , et au - dessous duquel est encore
un petit filet. Le cintre de ces mêmes arcades est en voussoirs extradossés,
très-réguliers, et dont la largeur est d'environ 4 pouces à l'intrados; leurs
pieds-droits sont en pierres de taille dont les assises ont environ 1 pied
de hauteur. Au-dessus des cintres , ce sont de petites pierres disposées un
peu grossièrement en assises , et il en est de même de toutes les parois des
carrés. Les voûtes sont comme celles du bas, c'est-à-dire en pierres brutes , longues et plates. Au-dessus , le mur de l'est est en retraite d'environ
6 pieds ; et comme il a 4 pieds 8 pouces d'épaisseur , son parement interne
est à l'aplomb des arcades. Au surplus, ce mur, dont la hauteur n'est pas
très-considérable , a été refait ou redoublé plusieurs fois , et il ne conserve
presque plus rien qui annonce l'ancienneté. Mais, pour en revenir aux
arcades, nous ajouterons que les joints de leurs voussoirs ont été enduits
en saillie comme au premier étage , et que celle du carré du nord est fermée d'un mur qui lui sert de soutien , et dans lequel est une porte à
oreillettes dont la construction doit remonter à une époque assez reculée.
II nous resterait à parler du mur du sud de la pièce principale ; mais
c'est le même que celui de la basilique, et nous en avons donné tous les
détails (1); ainsi, il n'y a plus qu'à décrire la petite ordonnance dont ce
mur est orné. Cette ordonnance se compose, comme on a vu, de trois
colonnes élevées sur de hauts piédestaux , et sur lesquelles portent deux
arceaux de 1 pied 10 pouces de saillie sur le parement du gros mur.
Les piédestaux sur lesquels portent les colonnes sont de la hauteur de
7 pieds 1 1 pouces, et ils n'ont aucune espèce de moulures ni de corniches.
Le premier, en commençant à l'est, a 1 pied 4 pouces de large et 1 pied
4 pouces 8 lignes de saillie ; le second a 1 pied 8 pouces 3 lignes , et 1
pied 2 pouces ; le troisième a 1 pied 2 pouces 6 lignes , et 1 1 pouces. La
différence de saillie de ces piédestaux est remarquable ; elle est rachetée ,
à quelques pieds au-dessus du sol , par une petite retraite du gros mur.
(1) Voyez pages 3i6 et suivantes.
458
ANTIQUITÉS
Les colonnes ont iò pieds 4 pouces de hauteur, y compris la base et
le chapiteau ; leur fût est d'une seule pièce ; il a i pied 4 pouces de diamètre, et il a été fait au tour (i). La base de ces colonnes a i pied de
haut ; elle se compose de deux tores et d'une scotie : c'est une vraie base
ionique , assez bien profilée. Le chapiteau a 2 pieds 6 pouces de haut , y
compris le gorgerin et l'astragale ; il est corinthien , mais il diffère sur
chaque colonne : un seul a deux rangs de feuilles. L'abaque ou tailloir a
9 pouces 6 lignes d'épaisseur, et il est différemment profilé sur chaque
chapiteau. Les moulures et les modillons dont les trois chapiteaux se trouvent décorés , sont bizarres et curieux.
Les deux arceaux qui portent en plein cintre sur les trois colonnes s'élèvent de 3 pieds 8 pouces, et de l'intrados de ces arceaux au haut de la
construction, il y a 1 pied 10 pouces, ce qui fait 23 pieds 9 pouces pour
la hauteur totale de l'ordonnance. Au-dessus est une espèce de petit arrachement , ce qui prouve que le second étage de la chapelle était surmonté
d'un galetas pavé en carreaux de briques ou en dalles. Une charpente
ordinaire recouvrait le tout.
Voyons maintenant comment les deux étages de la chapelle se coordonnent entre eux , et quels sont les changemens qui paraissent y avoir été
opérés.
Dans la description de la basilique (2) nous avons prouvé :
i.° Que le premier étage de la chapelle était antérieur au mur de la
basilique ;
2. 0 Que le mur qui séparait les deux édifices se composait de trois parties bien distinctes, et que celle qui formait l'intervalle des deux autres
était la plus ancienne ;
3.° Qu'à la hauteur du sol du second étage de la chapelle, la partie la
plus moderne se montrait seule des deux côtés; qu'elle était en retraite
(1) Un de ces fûts est éclaté sur toute sa hauteur : c'est celui de la troisième colonne. Quant à la circonstance du tour, elle annoncerait on que ces fûts ont été enlevés de nos antiquités, ou que l'usage de tourner
les colonnes a subsisté long-temps parmi nous.
(2) Voyez pages 3i4, 3i5 , 317 , 3i8 , 3ig , 32o et 32i.
DE VÉSONE.
45
9
de 2 pieds 5 pouces sur la paroi du premier étage; que, par conséquent,
elle portait sur la partie la plus ancienne , et qu'elle ne se trouvait en retraite que de 4 ou 5 pouces sur cette dernière construction.
Mais la largeur du premier étage étant de 18 pieds B pouces à l'est, et
de 18 pieds io pouces à l'ouest, tandis que celle du second est de 21
pieds 3 pouces ou environ, on aura 21 pieds 3 pouces — 18 pieds 5 pouces == 2 pieds 10 pouces, et 21 pieds 3 pouces — 18 pieds 10 pouces == 2
pieds 5 pouces. Ainsi , la différence de largeur des deux étages est de 2
pieds n pouces et de 2 pieds 5 pouces, ou, en terme moyen, d'environ
2 pieds 8 pouces. Or, on a vu que la paroi du sud de la grande pièce du
second étage n'était autre chose que le vrai mur de la basilique , et qu'elle
était plus reculée, de près de 2 pieds, que celle du petit carré, tandis
que l'ancienne paroi devait être sur la même ligne, comme du côté opposé. Si donc, de 21 pieds 3 pouces, on retranche 2 pieds, on aura 19
pieds 3 pouces, et telle était nécessairement la largeur primitive du second
étage. Celle du premier est moindre de quelques pouces, et l'on conçoit
qu'il le fallait pour que les murs pussent porter la retombée des voûtes.
Au surplus , il est également facile de concevoir pourquoi le mur de la
basilique ne porte que sur une partie du vieux mur d'intervalle, et qu'il
le laisse en saillie de 5 pouces par le bas ; c'est que ce mur d'intervalle
avait aussi un arrachement de voûte vers le nord, et cela contribue à
prouver que l'édifice dont il faisait partie était de ce côté.
Tels sont les détails de la chapelle latérale du nord. On voit qu'elle contenait dans sa hauteur une église basse et une église plus élevée. La direction de cette chapelle était de l'ouest à l'est, avec déclinaison de 7 degrés vers le nord. L'église basse qui formait son premier étage, se composait de deux nefs égales et séparées par des arcades ; elle avait en saillie ,
à son extrémité de l'est, deux petits caveaux qui, par leur forme et leurs
dimensions , prouvent qu'ils durent renfermer les corps des deux saints
en l'honneur desquels le monument fut érigé. Peut-être même , à côté de
celui du nord, en fut-il élevé ensuite un troisième pour un autre saint
personnage : la petite porte de communication le fait présumer. A l'autre
extrémité du mur, il devait y avoir une crypte pour les inhumations; on
y descendait au moyen de quelques marches ; maintenant c'est une cave
ordinaire , qui parait avoir été refaite.
46o
ANTIQUITÉS
L'entrée de cette église basse était du côté du sud , d'abord près de l'angle du sud-ouest, et plus tard vers le milieu, c'est-à-dire qu'on pénétra
toujours dans ce bas étage par la vieille église ou par la basilique.
L'église haute se composait peut-être aussi de deux nefs : du moins estil vrai qu'elle conserve deux espèces de sanctuaires , ce qui prouve encore
plus que deux saints étaient révérés dans ce lieu. Une voûte surmontait
sans doute le tout ; et si la grande pièce contenait deux nefs , cette voûte
consistait en deux longs berceaux. Ce fut probablement la pesanteur de
ce comble qui fit mettre en surplomb le mur du nord.
Quoi qu'il en soit , il est bien certain qu'après la construction de la basilique actuelle la chapelle ne fut plus voûtée , mais qu'un simple lambris
forma son comble. A cette époque, en effet, le mur du nord s'était probablement déjà forjeté, les voûtes devaient être crevées, ou peut-être elles
étaient tombées en ruine ; le mur du sud gênait, et vraisemblablement il
s'était mis aussi un peu hors d'aplomb; d'ailleurs, on voulait faire communiquer ensemble les deux édifices : il était donc naturel de ne laisser
entre eux d'autre intervalle que le mur de la basilique. Seulement, pour
remédier un peu à l'irrégularité qui provenait de l'excès de largeur dans
cette partie , on y construisit immédiatement après une petite ordonnance
en colonnes qu'on éleva beaucoup plus haut que ne pouvaient l'être les
anciennes voûtes (i).
Le mur de façade ayant été presque entièrement détruit, nous ne pouvons affirmer qu'il ne fût décoré à l'extérieur d'aucun ornement. Toutefois , il paraît que ce mur ne devait avoir aucune grande ouverture , non
plus que les trois autres , et que ce ne fut que lors de la construction de
la basilique qu'on éclaira l'église haute , vers le sud , au moyen de deux
grandes arcades qu'on laissa de ce côté.
II ne nous reste plus qu'une seule chose à expliquer pour ce second
étage. Comment pouvait-on y pénétrer ? Y avait-il une espèce de perron
à l'extérieur? Rien n'indique une pareille construction, et nous ne pou-
(i) II ne pouvait pas y avoir de colonnes de l'autre côté, parce que le mur n'était pas assez épais pour qu'on
le montât en retraite , et qu'elles ne pouvaient autrement y être adossées ni engagées , sans empiéter sur l'entrée de l'un des sanctuaires.
DE VÉSONE.
46 Ï
vons penser qu'elle ait été faite. Nous croyons au contraire qu'on entrait
dans rédifice du côté de la basilique, et au moyen de l'arcade du gros
pilier. Pourquoi en effet ce pilier se trouve-t-il fermé sur la ligne du parement intérieur du pied-droit de son arcade de l'est, lorsqu'il n'en est
aucun autre qui soit traité de même ? Un petit escalier , placé clans l'intérieur de cette partie du pilier, et dans la masse des vieilles constructions, pouvait communiquer aisément du sol de la vieille église à l'arcade de l'angle du sud-ouest de la chapelle. Cet escalier doit exister, et
il nous semble en reconnaître l'issue dans le bas.
Au surplus, la chapelle actuelle a remplacé un édifice plus ancien encore : le mur d'intervalle de l'église basse ne laisse aucun doute à cet
égard. Ainsi, ce lieu fut consacré à une époque très-reculée, et sans doute
le monument qu'on y contruisit d'abord , comme celui qu'on y érigea
plus tard, était une simple mémoire ou une confession (i), dont l'entrée
fut toujours dans un édifice plus important, sur remplacement duquel la
vieille église fut ensuite élevée.
ARTICLE 2. — De la chapelle latérale du sud (2).
La chapelle du sud forme une espèce de parallélogramme comme celle
que nous venons de décrire , et elle tient de même aux constructions de
la basilique : sa largeur , hors de ces constructions , est de 26 pieds 3
pouces à l'est , et de 23 pieds 2 pouces à l'ouest ; sa longueur est de 33
pieds 9 pouces au nord , et de 34 pieds 4 pouces au sud. Cette chapelle
est distante de la branche du sud de la croix grecque de 14 pieds et quelques pouces contre la branche de l'ouest, et de plus de i5 pieds de l'autre côté ; vers l'ouest elle avance un peu moins que les gros piliers ; elle
se compose de deux étages, clont le second paraît avoir été entièrement
refait.
Extérieur. — L'extérieur de cette chapelle ne se montre prescpie d'au(1) On appelait mémoires les petites chapelles élevées sur les tombeaux des saints, pour empêcher la profanation da lieu où reposait leur dépouille mortelle, et pour fixer plus particulièrement la dévotion des
fidèles. Sur les tombeaux des martyrs ces monumens prenaient le nom de confessions.
(2) L 'entrée du bas étage est dans le cloître ; le haut communique aux galeries de l'évêehé , et il servait
encore naguère de chapelle aux évêques.
TOM. II.
59
462
ANTIQUITÉS
cun côté : au nord, c'est l'intérieur de la basilique , et cette partie a été
restaurée à son parement ; à l'est et au sud , des pieds-droits de voûtes
particulières et de fortes crépissures ne laissent rien apercevoir. Le seul
côté de l'ouest est ajjparent jusqu'à une certaine hauteur , et il contient
deux portes cintrées. Une de ces portes est à 4 pieds 8 pouces de l'extrémité du sud; elle a 5 pieds i pouce 6 lignes de large, et 7 pieds 11
pouces de hauteur. L'autre est à 6 pieds 1 pouce 9 lignes de celle-ci, et
elle a 2 pieds 10 pouces sur 7 pieds 4 pouces. Le renforcement des constructions de la basilique commence à environ 5 pouces de cette dernière
porte; il est en saillie sur le mur de la chapelle de 3 pieds 3 pouces,
et à 12 pieds vers le nord on voit le mur de la vieille église de SaintFront.
La grande porte est en plein cintre ; elle n'eut jamais d'imposte, et ses
voussoirs sont assez égaux; seulement les plus bas de ces voussoirs ont
été coupés pour recevoir un battant carré qui se serait élevé au-dessus
de la naissance de la douelle. Du reste, cette porte n'a point de feuillure,
et tout semble prouver qu'elle a été refaite à une époque très-reculée.
La petite porte est en arc aigu ; son tableau de baie est de 7 pouces
de large, y compris 2 pouces de chanfrein. Cette porte n'a point d'imposte , et tout prouve qu'elle a été percée long-temps après la construction du mur.
Les assises' de sangle du sud -ouest sont, sur une largeur de 2 pieds,
de la hauteur de 1 pied 4 pouces 3 lignes, 2 pieds 1 pouce 6 lignes, et 1
pied 4 pouces 6 lignes. Des deux côtés de la porte elles sont de 1 pied 1
pouce , 2 pieds 1 pouce 6 lignes , 5 pouces et 6 pouces. Plus loin , entre
les portes, elles sont de 1 pied 9 pouces, et de 1 pied 7 pouces G lignes.
Plus haut elles se trouvent mêlées; il y en a de 1 pied 6 pouces 6 lignes,
de 1 pied 5 pouces, de 6 pouces et de 5 pouces. Au-dessus ce sont de petites pierres presque brutes , grossièrement disposées en assises , et dont
quelques-unes sont inclinées en ailes de fougère.
L'extrémité du nord de ce mur de l'ouest est cachée , comme on a vu ,
par le renforcement extérieur du gros pilier de la basilique : les. assises
de ce renforcement en saillie sont de 1 pied 8 pouces 6 lignes , 1 pied 7
pouces 6 lignes, 1 pied 6 pouces, etc. ; et la manière dont il est appliqué
DE VÉSONE.
465
au mur de la chapelle ne laisse aucun doute sur la préancienneté de ce
dernier.
Les voûtes du cloître sont également appliquées contre ce vieux mur ,
et elles le sont sans aucune liaison ; une des colonnes empiète même de 8
ou 9 pouces sur le côté du nord de la grande porte. Les nervures des
cintres s'élèvent à J 3 pieds 9 pouces de haut ; le pavé de la galerie qui
est au-dessus se trouve à près de 16 pieds d'élévation, et c'est à ce niveau que commence le second étage de la chapelle. Au surplus , le mur
de l'ouest est entièrement refait à cette hauteur , et il contient seulement
une porte moderne dont la largeur est de 5 pieds 8 pouces : il est inutile d'entrer dans aucun détail sur l'extérieur de cette partie des constructions.
Premier étage; intérieur. — Le premier étage se compose de deux nefs
comme à l'autre chapelle latérale : sa longueur est de 29 pieds 1 pouce
3 lignes au nord , et de 29 pieds 1 1 pouces 8 lignes vers le sud ; sa largeur à l'ouest est de 20 pieds 9 pouces, et elle est de 22 pieds 8 pouces
6 lignes à l'est ; son sol actuel est à environ 1 pied au-dessous du niveau
de celui du cloître , et par conséquent il est de près de 3 pieds plus bas
que celui de la vieille église.
La nef du nord a 9 pieds 5 pouces de large à l'ouest , et 1 o pieds 1
pouce à l'est. Celle du sud a de même 10 pieds 1 pouce à l'est ; mais elle
n'a que 8 pieds 10 pouces à l'ouest.
"
-
'
"jfr '
Les arcades de séparation des deux nefs sont au nombre de trois. "La
première , à l'ouest , a environ 7 pieds 9 pouces de large ; la seconde a 7
pieds 10 pouces, et la troisième 7 pieds 11 pouces 3 lignes. Le premier
et le dernier des pieds-droits ont 6 pouces de saillie sur le mur ; les deux
autres sont de la largeur de 2 pieds 7 pouces ou environ. L'épaisseur de
tous ces pieds-droits est de 2 pieds 6 pouces et quelques lignes.
Les cintres des arcades commencent à 1 pied 6 pouces du sol actuel ;
ils sont composés chacun de trente-six voussoirs un peu grossièrement
extradossés , et maçonnés à joints saillans comme dans la chapelle du
nord ; leur hauteur est de 4 pieds 5 pouces ; celle des voussoirs est de 1
pied, et leur largeur à l'intrados est de 3 pouces 3 lignes, 4 pouces, et
4 pouces 2 lignes. L'imposte qui termine les pieds-droits a 8 pouces de
464
ANTIQUITÉS
hauteur , et 4 pouces 6 lignes de saillie ; elle se compose d'une espèce
de listel de 3 pouces de hauteur , et d'un chanfrein légèrement taillé en
cavet.
Les cinq pieds -droits se dirigent de l'ouest à l'est avec déclinaison de
8 degrés vers le nord , et la ligne qu'on élèverait perpendiculairement à
ces pieds-droits , à 5 pieds du mur de l'ouest , vers le nord , se trouverait
à 6 pieds i pouce 9 lignes de ce même mur du côté du sud.
Les voûtes des nefs s'élèvent à 1 1 pieds 6 pouces sous clef ; leur naissance est à environ 7 pieds ; elles sont en moellons plats. Les murs sont
en petites pierres presque brutes , assez généralement disposées en assises, et aucune ouverture ne se montre maintenant dans ces murs, si ce
n'est dans celui de l'ouest où sont les portes d'entrée.
Au surplus , il y a cela de très-remarquable dans l'étage qui nous occupe, que les deux nefs sont coupées par trois arcades transversales faites
après coup , et fort irrégulièrement disposées. La première est appliquée
au mur de l'ouest ; la seconde et la troisième sont vis-à-vis des pieds-droits
des vieilles arcades.
Dans celle des deux nefs qui est contre la basilique , c'est-à-dire dans
la nef du nord , un des pieds-droits de la nouvelle arcade est dans l'angle du nord-ouest; il a 2 pieds 3 lignes à sa face de l'est, et 1 pied 10
pouces 9 lignes à sa façade du sud. L'autre pied-droit est contre le mur de
l'ouest et le montant de la vieille arcade ; il a 1 pied 9 pouces à sa face
de l'est, et 1 pied 10 pouces 9 lignes à celle du nord. Cette première arcade a 5 pieds 6 pouces 9 lignes d'ouverture.
Le pied-droit du nord de la seconde arcade est appliqué contre le mur
du nord ; il a 2 pieds de saillie , et 2 pieds 5 pouces d'épaisseur. Celui du
sud est contre le vieux pied-droit ; il a 1 pied 4 pouces et quelques lignes
de saillie, et 2 pieds 5 pouces 3 lignes d'épaisseur. Vers l'ouest, ce dernier avance moins que le pied-droit de la vieille arcade de 1 pied 3 pouces ; à l'est , il dépasse de 1 pied 1 pouce cette partie des constructions.
L'arcade a 6 pieds 2 pouces 9 lignes d'ouverture : au nord, elle est éloignée de la première de 7 pieds 2 pouces 9 lignes ; au sud , elle en est à
7 pieds 6 pouces 6 lignes.
J
DE VÉSONE.
465
Le pied- droit du nord de la troisième arcade a i pied 9 pouces 9 lignes de saillie, et 2 pieds 3 pouces 4 lignes d'épaisseur. Celui du sud
a 1 pied 10 pouces 6 lignes sur 2 pieds 3 pouces 8 lignes ; il avance vers
l'ouest de 1 pouce 6 lignes de moins que le vieux pied-droit, et il en
fait autant de l'autre côté. L'arcade a 6 pieds 2 pouces 6 lignes d'ouverture au nord ; elle est distante de la seconde de 6 pieds 8 pouces 9 lignes. Au sud , elle l'est de 6 pieds 7 pouces 6 lignes ; elle se trouve à 8
pieds 6 pouces du mur de l'est.
A la première arcade de la nef du sud , le pied- droit de l'angle a 1
pied 9 pouces à sa face de l'est et 1 pied 1 1 pouces à celle du nord :
l'autre est de mêmes dimensions. L'arcade a 5 pieds 3 pouces 6 lignes
d'ouverture.
Le pied-droit du sud de la seconde arcade a 2 pieds 1 pouce 6 lignes
de saillie à l'ouest , 2 pieds 2 pouces 3 hgnes à l'est , et 2 pieds 5 pouces
6 lignes d'épaisseur. L'autre a 1 pied 2 pouces 4 lignes sur 2 pieds 4
pouces 3 lignes ; il avance vers l'ouest de 6 pouces 6 lignes moins que
le vieux pied- droit; à l'est il le dépasse d'environ 5 pouces. L'arcade a
5 pieds 10 pouces d'ouverture; elle est distante de la première de 7 pieds
9 lignes au nord, et de 7 pieds 3 pouces au sud.
Le pied-droit du sud de la troisième arcade a 1 pied 10 pouces 6 lignes de saillie , et 2 pieds 4 pouces d'épaisseur ; celui du nord a 1 pied
1 1 pouces de saillie à l'ouest , et 2 pieds 9 lignes à l'est ; il a 2 pieds 4
pouces d'épaisseur ; il avance à l'ouest d'environ 2 pouces de plus que le
vieux pied -droit, et il avance un peu moins à l'est. L'arcade a 5 pieds
10 pouces 6 lignes de largeur; au nord, elle est distante de la seconde de
7 pieds 4 pouces 4 lignes ; au sud , elle ne l'est que de 6 pieds 8 pouces
6 lignes ; et de ce même côté elle se trouve à 9 pieds 3 pouces 3 lignes
du mur de l'est de la nef.
La hauteur de ces six arcades est de 8 pieds 9 pouces; leur cintre prend
naissance à 6 pieds 4 pouces ; leur imposte a 6 pouces 3 lignes de hauteur , et 3 pouces 6 lignes de saillie ; elle est coupée en chanfrein. Leur
construction est en pierres de taille, dont les assises ont 1 pied 1 pouce,
et 1 pied 1 pouce 6 lignes de hauteur; leurs voussoirs ne sont point extradossés.
466
ANTIQUITÉS
Au surplus , ^irrégularité de ces mêmes arcades , soit entre elles , soit
relativement aux vieux pieds-droits, est très -remarquable ; elle prouve
d'une manière bien positive que lorsqu'on les a construites l'on avait un
tout autre objet que la simple conservation de la chapelle où elles sont
élevées. Mais revenons aux parois de ce petit édifice.
A l'ouest , les deux pieds-droits de la première arcade transversale du
sud dérobent entièrement à la vue le parement du vieux mur : l'arcade
qu'ils forment est exactement de la grandeur de la vieille porte , excepté
que vers l'intérieur de la nef elle a 2 pouces de plus de largeur.
Dans la nef du nord , au contraire , comme la porte n'a que 3 pieds 3
pouces vers l'intérieur, et qu'elle est ouverte de manière que son côté du
sud est sur la même ligne que la face du nord du pied -droit, ce mur
se montre sur une largeur de 2 pieds 3 pouces 9 lignes ; c'est même dans
cet espace que l'on peut s'assurer qu'il était construit en petites pierres
vers l'intérieur, quoiqu'il le soit en gros cartelages au dehors, du moins
jusqu'à une certaine hauteur, et cette dernière circonstance pourrait faire
supposer qu'il en devait être de même de quelques autres parties de
l'édifice.
Quoi qu'il en soit, ce mur de l'ouest a 2 pieds 1 pouce 6 lignes d'épaisseur ; sa grande porte peut avoir été refaite , et sa petite porte est
postérieure aux arcades transversales. II ne peut y avoir de doute sur
cette dernière assertion ; on s'en convaincra aisément si l'on examine avec
attention la manière dont les voussoirs de la porte et ceux de l'arcade sont
ajustés ensemble sur le montant du sud de la baie.
D'un autre côté , comme rien n'annonce qu'une vieille porte ait existé
dans cette partie , il est clair que celle qu'on y voit a été ouverte après
coup. Toutefois cette porte est antérieure à la construction de la voûte
du cloître : la position d'une nervure qui porte sur son cintre le prouve
de la manière la plus positive , et par conséquent il y a dans le mur de
l'ouest plusieurs constructions bien distinctes , toutes plus anciennes que
les voûtes extérieures.
Le mur du sud n'a rien de remarquable ; il a près de 3 pieds d'épaisseur. Celui de l'est doit avoir l'épaisseur de celui de l'ouest ; mais nous
ne pouvons l'affìrmer : probablement il était percé de deux petites lucar-
DE VÉSONE.
46
7
nés ébrasées vers l'intérieur ; comme il est crépi et peint clans toute sa
hauteur , on ne peut voir ces anciennes baies.
Le mur du nord forme l'intervalle de l'intérieur de la chapelle à celui
de la basilique : son épaisseur n'est guère que de 2 pieds 3 ou 4 pouces (1). A 2 pieds 9 pouces du pied-droit de la première arcade il y avait
une porte dans ce mur : cette porte paraît avoir été carrée ; sa largeur
était de 3 pieds 1 ou 2 pouces, et, d'après sa position, il est évident qu'elle
donnait dans l'intérieur du gros pilier de la basilique, juste contre la partie de l'est de ce pilier. Primitivement c'était peut-être la seule entrée de
la chapelle du sud; du moins paraît -il certain qu'il dut toujours exister
une ouverture de ce côté.
Quant aux voûtes , nous avons parlé de leur construction ; nous devons seulement ajouter ici qu'elles offrent à la vue de larges lézardes qui
traversent les deux nefs , et dont la direction est du sud-ouest au nordest. Le mur du sud est même fendu dans toute sa hauteur, à quelques
pieds de distance de celui de l'ouest , et l'on ne peut douter que ces diverses crevasses ne soient antérieures à la fondation des arcades transversales , puisque certaines parties de la maçonnerie de ces arcades pénètrent entre leurs pierres désunies (2); c'est même pour appuyer plus efficacement la vieille construction qu'on a si mal accordé la seconde arcade
du sud avec celle du nord , et de là résulte partout l'irrégularité.
Enfin, pour terminer ce qui regarde l'intérieur de ce premier étage,
nous dirons que la partie des deux voûtes qui est à l'est de la dernière
arcade transversale a été peinte à une époque très-reculée , mais que les
couleurs en sont tellement détériorées que l'on ne peut distinguer tous
les détails du sujet.
Dans la nef du sud , un lion, tenant à sa patte un petit étendard, est
placé dans la partie la plus élevée de la voûte : c'est l'emblème de la force
et de la victoire. Le surplus de la douelle est orné de zigzags en chaînons et de fleurs ; le mur de l'est a quelques décorations particulières.
(1) Du côté de la basilique, ce mur a été décrit dans le chapitre II : voyez pag. 307 et 3oS ; voyez aussi
pag. 340 et 34i.
{■>■) On le voit surtout à l'est de la seconde arcade de la nef du nord.
468
ANTIQUITÉS
Dans la nef du nord , le Père-Éternel est représenté au haut de la voûte ;
il est coiffé d'une espèce de bonnet oriental, et il se trouve dans un encadrement ovale formé de deux sections de cercles. Un peu au-dessous
et vers le nord est un bœuf et un ange aux ailes éployées ; au sud sont
deux figures presque entièrement effacées, mais que nous croyons être
un aigle et un lion ailé. On a sans doute voulu représenter les évangélistes, et l'Être-Suprême les inspirant dans leurs travaux.
Sur le mur de l'est de cette même nef on voit un tableau composé d'un
groupe de plusieurs personnes dans la tristesse. Au-dessus est une figure
qu'on croirait portée sur des nuages , et au premier plan un personnage
à longue barbe blanche est étendu sur son lit de mort.
Si les nombreuses légendes que soutenaient chaque figure d'ange ,
d'homme ou d'animal n'étaient pas si dégradées, non - seulement on y
trouverait plusieurs passages des saintes écritures , mais sans doute aussi
on connaîtrait d'une manière plus positive le sujet du tableau. Toutefois,
on ne peut douter qu'on n'ait voulu exposer à la vue des fidèles l'apothéose d'un saint personnage , et sa longue barbe blanche nous apprend
qu'il était, à l'époque de sa mort, dans un âge très-avancé (i).
Tel est le premier étage de la chapelle latérale du nord : son sol a dû
être beaucoup plus bas qu'il ne l'est maintenant , puisque l'imposte des
vieilles arcades n'est qu'à i pied d'élévation , et l'on ne peut douter qu'il
n'ait contenu le tombeau d'un bienheureux; les deux nefs nous porteraient même à croire qu'on y a vénéré deux corps , quoique les peintures
ne représentent qu'une seule apothéose. Quoi qu'il en soit , on avait sans
doute un grand désir de conserver ce monument, puisqu'on a élevé le
mur de la basilique sur un de ses côtés, et que pour donner à la nouvelle
construction la solidité convenable , on a eu la précaution de consolider la
vieille voûte , au moyen de plusieurs nouvelles arcades (2).
Second étage ; intérieur. — Le second étage de la chapelle se prolonge
jusqu'à la tranche du sud de la basilique ; il a 47 pieds 1 1 pouces de lon(1) Dans la légende que souvient l'ange qui est vis-à-vis le bœuf, on lit : Pater noster qui es in cœìis sancti0
Toutes ces légendes sont en lettres gothiques du i3.° ou du 14. siècle.
ftcetur nomen tiuun
(2) H est évident que si l'on eût détruit cette vieille construction et qu'on eût fait le mur de l'église depuis
le fondement , c'eût été beaucoup plus économique.
DE VÉSONE.
46
9
gueur au nord, et 5o pieds 3 pouces au sud. Sa largeur, à l'ouest, est de
18 pieds 2 pouces, et elle est de 20 pieds 6 pouces à l'est, non compris
la profondeur des grandes arcades qui se trouvent sur les côtés, et qui
donnent à cette partie une largeur de 24 pieds 1 pouce. Au surplus , on
doit remarquer qu'à la distance de 3i pieds, à partir de l'ouest, la largeur n'est que de 19 pieds 3 pouces, et qu'immédiatement après, le mur
du sud offre une espèce d'angle obtus et tourne en dehors , de manière que
son premier allignement aboutirait à 1 pied 2 pouces de son extrémité actuelle. Le sol de ce second étage est à 4 pieds et quelques pouces au-dessus de l'intrados des voûtes du premier.
De toute cette disposition et de ces diverses mesures , il résulte :
i.° Que la chapelle supérieure est beaucoup plus longue que celle du
bas , et que cet excès de longueur est pris du côté de l'est ;
0
2. Que les murs latéraux avancent sur les reins des voûtes inférieures.
Nous y reviendrons bientôt.
Le mur de l'ouest a 2 pieds 5 pouces d'épaisseur ; la porte qu'il contient a 6 pieds de largeur intérieure.
Le mur du nord a 3 pieds 10 pouces d'épaisseur; à 1 pied 5 pouces de
celui de l'ouest il est percé d'une porte de 4 pieds 7 pouces de large, et
de 9 pieds 2 pouces de hauteur. A 5 pieds 11 pouces de cette porte est
une arcade de 9 pieds 2 pouces de large, de 6 pieds 5 pouces de hauteur
et de 2 pieds 4 pouces de profondeur. A 6 pieds 4 pouces 6 lignes plus
loin il y a une porte de 4 pieds 8 pouces de large et de 9 pieds 2 pouces de háuteur ; elle est carrée comme la première. A 4 pieds 2 pouces audelà de cette porte est une seconde arcade dont la largeur est de 1 1 pieds
3 pouces , la hauteur de 6 pieds 5 pouces et la profondeur de 2 pieds.
Le mur de l'est est celui de la basilique ; nous lavons décrit (3) : il est
percé de trois fenêtres, dont la première, au nord, est entièrement murée.
Le mur du sud a 2 pieds 5 pouces d'épaisseur vers l'ouest , et il a 3 pieds
et quelques pouces à l'autre extrémité ; à 3 pieds du mur de façade , il est
(1) Voyez pag. 3o5, 3o6 ; 334 et 335.
TOM. II.
60
4 o
ANTIQUITÉS
7
percé d'une porte de 2 pieds 6 pouces de large et de 6 pieds 3 pouces de
hauteur ; du côté de l'est il contient une arcade de 1 1 pieds 4 pouces de
large , de 6 pieds 5 pouces de hauteur , et de i pied 7 pouces de profondeur. Vers le milieu de cette arcade est un renfoncement de porte de 1
pied 3 pouces de profondeur , de 4 pieds de large à l'entrée , de 3 pieds 9
pouces au fond , et de 5 pieds 6 pouces de hauteur.
Le comble de la chapelle est un plafond qui a près de 18 pieds d'élévation; seulement, à environ i3 pieds de l'extrémité de l'est, il est continué
par une voûte composée d'un cintre à angle aigu , et sur la douelle de
laquelle sont en saillie deux arcs-doubleaux portant sur des espèces de
consoles de très-mauvais goût : c'est sous cette voûte , dont la hauteur est
la même que celle du plafond, qu'est établi le sanctuaire (1). Une trèsmauvaise charpente surmonte le tout.
Si maintenant nous examinons avec attention le mur du nord, nous
trouvons qu'il se compose de deux parties bien distinctes , celle qui appartient à l'église et celle qui dépend de la chapelle. La première a 2 pieds
2 pouces d'épaisseur ; la seconde a 2 pieds 4 pouces 6 lignes , 1 pied 8 pouces et 2 pieds, et il est facile de se convaincre que celle-ci est postérieure.
Ainsi, il est évident que le mur de la chapelle, c'est-à-dire celui dans
l'épaisseur duquel sont pratiquées les arcades , a été appliqué à celui de
la basilique : déjà l'on ne pouvait en douter , puisqu'on avait vu qu'il portait sur les reins de la voûte du bas étage.
D'un autre côté , le mur du sud porte de même sur les reins de la
voûte ; sa grande arcade est en plein cintre comme celles du premier , et
sa construction n'a rien de particulier. Ainsi , il est bien prouvé que le
second étage de la chapelle a été refait en entier postérieurement à la fondation de la grande basilique ; et comme la voûte du sanctuaire est en arc
très-aigu , on ne peut douter qu'elle n'appartienne à une époque encore
bien plus rapprochée de nous.
Au surplus , il est probable qu'avant la reconstruction dont nous venons
de parler , la chapelle supérieure avait été restaurée comme celle du nord :
(1) Quelques peintures sont au-dessus de l'entrée de ce sanctuaire, et l'on a voulu y figurer le mot lehoak
qu'on a transformé en celui de lekhobakh ou Rekhobakh.
DE VÉSONE.
4 ?I
un vieux arceau que l'on distingue encore dans les galetas , rappelle ceux
qui sont au-dessus des colonnes de l'autre côté. Ainsi , la chapelle du sud
fut probablement restaurée et ornée de colonnes à son second étage lors
de la fondation de la grande basilique ; tout ce second étage a été sans
doute refait plus tard , et son sanctuaire a été reconstruit à une époque
où l'on travaillait avec peu de goût.
Nous ajouterons que le sol de l'étage qui nous occupe a dû être plus
bas qu'il ne l'est maintenant, puisque de la voûte de l'étage inférieur à
ce sol il y a 4 pieds et quelques pouces. Au surplus , il est bon de remarquer qu'à l'est de cet étage inférieur la voûte s'élève de 4 pieds 4 pouces
moins que celles des deux nefs , et que par conséquent , de Fintrados
de cette voûte au sol du sanctuaire , il y a 8 pieds 7 ou 8 pouces. Cet
exhaussement du sol a été fait lors de la construction des nouvelles voûtes
du cloître : sans doute, avant cette époque, la chapelle supérieure ne
s'étendait pas plus que celle du bas (1).
Telle est la chapelle latérale du sud ; probablement elle communiquait
avec la vieille église comme celle du nord, et plus tard on pratiqua l'entrée principale du côté du cloître. C'était aussi bien évidemment une mémoire élevée sur le tombeau d'un saint personnage : les peintures dont
le bas étage est orné ne laissent aucun doute à cet égard; bientôt nous
en donnerons de nouvelles preuves, et nous tâcherons de faire connaître
quel était le saint qu'on y révérait.
CHAPITRE VIII.
Des autres constructions dépendantes de la basilique.
VJE n'est pas le seul emplacement des édifices
que nous venons de décrire qui appartenait au monastère de Saint-Front, ou au Chapitre , après
que le monastère fut sécularisé ; tous les terrains d'alentour durent aussi
(r) Le peu d'élévation de la voûte qui est à l'est de cette chapelle basse annonce que lorsqu'elle fut construite elle n'était pas destinée à recevoir sur son extrados la chapelle supérieure.
ANTIQUITÉS
nécessairement en dépendre. C'est par des acensemens successifs que plusieurs parties de ces terrains devinrent des propriétés particulières et que
des maisons y furent bâties. On ne peut douter de cette assertion , puisque le sol de presque toutes les caves de ces maisons renferme de nombreux ossemens humains , et que dans le bas des murs on trouve de ces
vieux cercueils de pierre dont l'usage est perdu depuis six ou sept siècles (i); il est même bien évident que plusieurs de ces lieux souterrains
servirent particulièrement aux inhumations avant d'être employés à leur
usage actuel.
472
Quoi qu'il en soit , notre basilique est de toutes parts entourée de
constructions : des chapelles, des sacristies, le palais épiscopal et des maisons particulières forment un groupe qui la dérobent presque entièrement à la vue. Nous nous bornerons à dire quelques mots de ce qui dépend encore de ce monument , de ce qui en dépendait naguère , ou de
ce qui paraît plus particulièrement en avoir été un accessoire.
ARTICLE i. er —■ Des chapelles de l'intérieur du vestibule ou grand porche.
Depuis la destruction de la vieille église et du grand porche qui l'avait
en partie remplacée, on avait construit dans le même lieu plusieurs petites
chapelles au-dessous desquelles étaient les caveaux de sépulture de quelques familles. Des autels , sous l'invocation de Notre-Dame-de-Pitié , de
Saint-Georges, de Saint-Saturnin, de Saint-Thomas, y avaient été élevés,
et l'on y avait fondé autant de vicairies perpétuelles. Une seule des petites chapelles subsiste encore ; elle est placée contre le gros pilier du
sud-est et contre le mur du clocher ; il paraît qu'elle avait été consacrée
sous l'invocation de Saint-Barnabé.
Quoi qu'il en soit , ce monument est carré ; sa longueur de l'ouest à
l'est est de i3 pieds 6 pouces hors d'oeuvre; sa largeur est de 12 pieds 4
pouces ; ses murs sont en parpaings de 6 pouces d'épaisseur , et son angle du nord- ouest est fortifié par une ante en contrefort de 1 pied de
saillie de chaque côté ; sa porte est cintrée , elle est à l'ouest , et une ou-
(1) On en voit encore plusieurs dans la cave du sienr Cuginaud , au nord du clocher de la vieille église.
J
DE VÉSONE.
4
?5
verture plus nouvelle a été percée au nord. Un renfoncement de 6 pieds
de profondeur et de 9 pieds 2 pouces de large est pratiqué dans l'intérieur du pilier ; l'entrée de ce renfoncement est ornée de moulures et de
sculptures qui appartiennent au style gothique de la fin du i5. e siècle.
Quant aux voûtes elles sont en ogive ; et le sol est de près de 2 pieds
plus bas que celui de l'extérieur. Au surplus, comme cette chapelle contribue à gêner l'entrée de la basilique, on devrait la faire disparaître.
AKTICXE 2. ■— De la cave de Vangle d'embranchement du nord-ouest (1).
La cave de l'angle d'embranchement du nord -ouest de la croix que
forme la basilique a 27 pieds 10 pouces de long du nord au sud, et 9
pieds 5 pouces de large ; son entrée est à 4 2 pieds de la branche de
l'ouest , et son extrémité du sud est éloignée de cette branche d'environ
i3 pieds; sa voûte s'élève de 8 pieds 6 pouces ; ses murs sont en moellons bruts , et celui du sud est postérieur aux trois autres ; le montant
de l'est de sa porte est en pierres de taille de 1 pied 7 pouces 6 lignes de
hauteur ; celui de l'ouest est formé d'une longue pierre placée debout.
Au surplus, cette cave, qui nécessairement a été d'abord un caveau de
sépulture , offre cela de très-remarquable , que sa construction est parfaitement liée à celle de la basilique , et qu'une partie du contrefort de ce
dernier monument porte sur les reins de sa voûte.
Nous ajouterons qu'à l'ouest de l'entrée de ce même étage souterrain il
y a une seconde cave non voûtée , dont l'étendue est d'environ 1 2 pieds
de l'est à l'ouest : le sol de cette dernière est plus élevé de 3 pieds que
celui de l'autre ; son mur du sud est construit en gros quartiers de pierres, surtout à son extrémité de l'est, c'est-à-dire contre la porte de la
première cave, où il tourne à angle droit vers le sud, et où l'on voit un
de ces quartiers qui a 2 pieds de hauteur. C'est après la fondation de cette
dernière partie que le mur de l'ouest de la première cave a été construit :
le plus simple examen suffit pour qu'on n'en puisse douter.
Mais à quoi pouvait appartenir ce reste de vieux mur dont on ne voit
(a) Chez le sienr Conte , ferblantier.
474
ANTIQUITÉS
que l'extérieur ? Faisait-il partie de quelque habitation , ou d'une troisième
mémoire ? II se trouve parallèle à la chapelle latérale ; son parement du
nord n'est éloigné que de i3 pieds du petit caveau; son genre de construction est remarquable : on n'en sait pas davantage.
—...
,= —
ARTICLE 3. — De la chapelle de Sainte-Anne.
La chapelle de Sainte-Anne était située dans l'angle d'embranchement
du nord-est de la basilique ; elle avait remplacé un rond- point pareil à
celui qui est de l'autre côté ; peu de temps après sa construction elle avait
été transformée en église paroissiale ; pendant la révolution on en avait
fait une Salle-Décadaire; maintenant elle est détruite, du moins à une
certaine hauteur.
La longueur de cette chapelle de l'ouest à l'est était d'environ 101 pieds
dans œuvre, et elle était de 108 pieds hors-œuvre, y compris la saillie des
contreforts de l'extrémité. Sa largeur était de 34 pieds dans œuvre , et de
36 pieds hors d'oeuvre; vers l'ouest, elle se trouvait de 53 pieds et quelques pouces, et cette différence était rachetée assez ingénieusement par
deux portions de bas-côtés placées vers le nord, de façon que la nef était
réellement en parallélogramme : ce parallélogramme se terminait à l'est
par une espèce de trapèze. Deux ordres de colonnes corinthiennes, élevés
l'un sur l'autre , décoraient la nef ; un lambris formait le comble ; de grandes fenêtres cintrées étaient ouvertes vers le nord : à l'ouest et au sud , la
chapelle n'avait d'autres parois que les gros murs de la basilique.
Le sol de cette chapelle était un peu plus élevé que celui du principal
édifice. Au-dessous est une église basse , un peu moins vaste que celle du
haut , parce qu'à ce niveau les murs sont beaucoup plus épais et que les
grosses piles sont bien plus saillantes vers l'intérieur. Les voûtes de cette
église s'élèvent d'environ 18 pieds; elles ont des nervures, et elles portent sur des pieds-droits qui n'ont que 3 ou 4 pieds de hauteur; quatre
grandes arcades donnent du jour du côté du nord, comme dans l'étage supérieur. C'est dans cette espèce de crypte que se trouve l'entrée des grands
caveaux de la basilique.
L'extérieur de l'édifice était orné de pilastres cannelés ; dont la largeur
DE VÉSONE.
4? 5
est de 3 pieds ; les fenêtres de l'étage supérieur ont dans tout leur pourtour trois fasces d'archivolte ; des contreforts sont en saillie autovir du
trapèze. Le tout est solidement construit ; mais il n'y avait rien de puni dans l'ensemble ni dans les décorations : il paraît , au contraire , que
le caprice fut la seule règle de l'architecte chargé de cette construction.
—i^o-a ie— —
ARTICLE L\.
—
De la sacristie de MM. les chanoines.
La sacristie des chanoines est au nord du rond -point de l'est de la
basilique : c'est un carré de 14 pieds de long de l'ouest à l'est, et de i3
pieds 6 pouces de large; son mur du sud est celui du rond-point, et les
trois autres sont parfaitement liés avec celui-ci , ce qui prouve que la sacristie a été construite en même temps que le rond-point, et qu'elle a été
d'abord uniquement à l'usage des vicaires de Saint-Antoine.
Cette sacristie est éclairée du côté de l'est par une grande fenêtre carrée, qui a succédé à une ouverture plus ancienne. Une rosasse d'assez bon
goût était ouverte dans le mur du nord ; elle est maintenant fermée. Une
large porte a été pratiquée depuis peu au centre du mur du sud; elle
donne dans le rond-point, et a remplacé la porte gothique que l'on remarque près du mur de l'ouest, tout- à- fait dans l'angle. Une grande
porte est également ouverte dans le mur de l'ouest ; elle communique à
une nouvelle pièce qu'on a formée en avant de la première , et qui s'étend
jusqu'aux constructions de l'est du corps de la basilique. Antérieurement
à l'ouverture de cette baie , il y en avait une près du mur du nord qui
donnait dans un petit escalier encore subsistant. Ce petit escalier est à
l'extrémité du mur de l'ouest , et non-seulement il aboutit à l'extrados de
la voûte de la sacristie, mais encore il arriverait aisément dans la chambre que l'on a faite pour les prédicateurs. L'entrée de cette chambre serait même ici beaucoup mieux que dans l'intérieur de la basilique , où elle
produit un effet bizarre.
Au surplus , la sacristie que nous venons de décrire est couverte d'une
voûte d'arête ornée d'arcs- doubleaux formés de nervures à la manière
gothique. Tous ces arcs-doubleaux , groupés trois à trois, prennent naissance dans les quatre angles de la pièce , et ils portent sur des espèces de
consoles dont le bas représente des têtes bizarres. C'est de cette manière
47 6
ANTIQUITÉS
que le renfoncement du nord du rond -point est décoré, ce qui, s'il en
était besoin , contribuerait encore à prouver que le tout remonte à la
même époque.
Nous devons aussi ajouter que le sol du rond-point et celui de la sacristie ont été élevés de la même manière il y a quelques années, et qu'ils
ont toujours été parfaitement de niveau entre eux.
n<HM)«»—
ARTICLE 5. — De la chapelle ou sacristie de l 'embranchement du sud-est.
Dans la description de la basilique nous avons parlé d'une construction gothique qu'on avait appliquée contre le mur du sud de la branche
de l'est (i). La longueur de ce petit édifice était d'environ 26 pieds ; sa
largeur pouvait être de 10 pieds ; il se composait d'un étage inférieur
dont le sol était au niveau du terrain, et d'un étage supérieur dont le
pavé était à la même hauteur que celui de l'église. Une petite porte communiquait de l'une à l'autre des deux constructions.
Ce monument était voûté; il subsiste encore quelques restes des piedsdroits qui soutenaient sa voûte ; ils sont formés de la réunion d'un grand
nombre de torons, ce qui indique assez à quelle époque il a dû être élevé.
Mais quelle était sa destination? Etait-ce une chapelle, ou n'était-ce pas
plutôt une petite sacristie ? Nous admettons cette dernière supposition.
ARTICLE 6. — De la grande sacristie.
La grande sacristie est dans sangle d'embranchement du sud -ouest;
elle se compose de deux pièces , et elle occupe tout l'espace que laissent
entre elles les deux branches de la croix , excepté l'emplacement de la
chapelle latérale du sud.
La première pièce a 52 pieds 9 pouces de long du nord au sud ; sa largeur , sous la partie de l'est du second étage de la chapelle latérale , est
de 14 pieds 3 pouces et de i5 pieds, et elle est de 12 pieds 8 pouces
(1) Voyez page 297.
DE VÉSONE.
4 ?7
sous l'arcade du mur du sud de cette même chapelle. À ì'extrémité du
sud, cette largeur est de i5 pieds, non compris i pied 6 pouces de profondeur pour un renfoncement de 5 pieds a pouces de large qui se trouve
à cette extrémité , dans le mur de l'ouest. Quant à la voûte , elle se compose de deux berceaux dont la direction est du nord au sud : le premier
est sous la chapelle; sa hauteur est de 10 pieds 3 pouces; le second comprend tout le reste de l'espace ; sa hauteur est de 1 5 pieds 3 pouces.
Dans le renfoncement du mur de l'ouest est une porte qui communique à la seconde pièce. Le mur de séparation a près de 6 pieds d'épaisseur , et comme il n'est point parallèle au mur de la basilique , cette seconde pièce ne l'est pas davantage ; elle est couverte en voûte d'arête ;
sa longueur du nord au sud est de 3i pieds ; sa largeur est de 27 pieds
et quelques pouces ; son mur du nord appartient à la chapelle latérale ;
celui de l'ouest est celui du cloître, et ce dernier conserve des traces de
vieilles arcades dont la largeur était de 6 pieds 6 pouces, de même que
la hauteur.
Sous la première des deux pièces que nous venons de décrire, il y a
un caveau divisé en deux parties, et dont la longueur totale est de 52 pieds
7 pouces. La largeur de ce caveau est de 14 pieds et quelques pouces ; sa
voûte s'élève d'environ 8 pieds sur le sol. Le mur de séparation des deux
parties a été construit en même temps que les gros murs de la basilique :
nous en avons déjà parlé (1).
ARTICLE 7. — De Vancien monastère , et du palais épiscopal.
Le palais épiscopal est dans l'angle d'embranchement du sud -ouest,
comme la sacristie : il se compose de trois corps de bâtimens disposés de
manière qu'ils laissent entre eux et le mur de la vieille église un vaste
espace carré , et c'est dans cet espace que se trouve le cloître. Un de ces
corps de bâtimens est à l'est , un second est au sud , l'autre est à l'ouest ;
ils ont remplacé ceux de l'ancien monastère.
Au surplus, ces trois corps de logis n'offrent rien de remarquable :
(1) Voyez page 3o5.
TOM. II.
61
478
ANTIQUITÉS
c'est un amas de bâtisses élevées successivement et sans ordre ; nous n'en
donnerons pas les détails ; seulement , comme les constructions du monastère se distinguent encore de tous les côtés , nous ferons connaître cet
ancien édifice, qui se composait aussi de trois corps de bâtimens au centre
desquels était le carré dont nous avons parlé.
Le corps de bâtiment de l'est commençait contre la chapelle latérale
du sud; sa façade avait un développement d'environ 80 pieds; celle du
corps de bâtiment du sud devait avoir 167 pieds; et celle de l'autre, près
de 110 pieds (1). Cette dernière finissait contre le vieux porche, et se
trouvait à peu près sur la même ligne de front : c'était sans doute de ce
côté qu'était la principale entrée du monastère.
Le premier de ces corps de bâtimens avait 3 7 pieds de profondeur hors
d'œuvre ; le second avait près de 35 pieds ; le troisième n'avait guère que
32 pieds.
La façade extérieure du premier se composait de cinq arcades feintes ;
ces arcades avaient 6 ou 7 pouces de profondeur; leur largeur était de i3
pieds et quelques pouces ; des espèces de pilastres sans chapiteaux étaient
en saillie sur leurs pieds-droits. Le mur de l'intérieur de ces arcades a jusqu'à 5 pieds 9 pouces d'épaisseur ; d'étroites lucarnes y sont ouvertes , et
il y en avait de même au-dessus.
La façade extérieure du bâtiment du sud avait onze arcades feintes , dont
neuf" subsistent encore : les deux qui sont le plus à l'est ont 11 pieds de
largeur , et I'extrémité du mur sur laquelle on les a figurées est en avantcorps saillant d'environ 1 pied 6 pouces. Dans toute la partie des constructions où se trouvent les sept arcades du milieu, le mur n'a que 3 pieds
6 pouces d'épaisseur.
Le bâtiment de l'ouest est presque entièrement détruit ; nous ne pouvons rien dire de sa façade extérieure : elle devait avoir neuf arcades
feintes.
Le corps de bâtiment de l'est se compose , au rez-de-chaussée , de trois
(1) Toutes les mesures cjue nous dunnons ici ne sont qu'approximatives.
DE VÉSONE.
4
?g
pièces. La grande sacristie carrée forme la première. La seconde et la troisième sont à la suite de celle-ci; leur longueur particulière, de l'ouest à
l'est, est de 28 pieds; leur largeur est de i4 pieds et quelques pouces (i)elles se communiquent par deux grandes arcades , et depuis long-temps
elles se trouvent divisées en deux étages , au moyen d'un plancher placé
au niveau du sol du cloître. Au-dessus des voûtes , l'intérieur a été totalement refait.
A côté de la dernière des deux pièces est un petit corridor de 6 pieds
10 pouces de large; le mur de façade du sud forme un de ses côtés.
Le corps de bâtiment du sud se compose de deux pièces : la première
a G7 pieds 4 pouces de long et 26 pieds 8 pouces de large ; la seconde a
i5 pieds de long. Dans les derniers temps, l'une servait de chapelle et
l'autre de sacristie ; mais primitivement ce devait être un réfectoire et son
vestibule. La première pièce est éclairée par de petites fenêtres faites en
lucarnes , et percées deux à deux dans les arcades feintes que l'on voit
au dehors. Le sol de ces deux pièces est au niveau de celui du cloître;
les voûtes en sont très-élevées.
Le corps de bâtiment de l'ouest est presque entièrement détruit; une
partie de son rez-de-chaussée est comblée ; le reste sert de cave pour le
palais épiscopal, ou forme le bas de quelques maisons particulières : la
cave a toute la largeur de l'intérieur des anciennes constructions , c'està-dire 23 pieds. Au surplus, nous pensons que tout ce bas étage servait
de vestibule , et que la principale porte d'entrée du couvent était de ce
côté : du moins il est certain qu'il communiquait au cloître par plusieurs
ouvertures , notamment par une grande arcade placée au centre. La voûte
de la cave est moderne ; mais dans le mur de la façade extérieure , les
pierres sont en assises de 1 pied 1 pouce, de 9 et de 6 pouces, et elles
se trouvent assez régulièrement entremêlées. Une portion de la façade intérieure subsiste encore au sud ; sa hauteur est de plus de 5o pieds.
Nous n'entrerons point dans d'autres détails sur l'ancien monastère ;
nous ajouterons seulement :
(1) Le sol de la sacristie est plus élevé que celui des autres pièces : peut-être renserme-t-il des caveaux dont
nous ne connaissons point l'entrée.<
480
ANTIQUITÉS
í.° Que cet édifice a été restauré plusieurs fois, et à des époques trèsreculées ;
a.° Qu'il conserve de nombreuses traces d'incendie ;
3.° Qu'il n'avait au-debors que de très-petites ouvertures, des espèces
de barbacanes, ou que s'il avait de plus grandes baies elles étaient toutà-fait dans le haut;
4-° Que sa façade de l'est était au levant de l'équinoxe , et que sa façade du sud était parfaitement au midi ;
5.° Enfin , que le mur de la vieille église est la construction qui dérange le plus la régularité du plan , parce qu'il ne suit pas la même direction que l'autre monument.
Ces observations sont importantes : nous aurons occasion d'y revenir.
Il suffit maintenant de faire remarquer cpie, d'après l'épaisseur des murs
et le genre des ouvertures qui se montrent au-dehors, le monastère était
en quelque sorte destiné à servir de forteresse.
ARTICLE 8. — Du Cloître.
Un cloître, composé de quatre galeries, a été construit dans le vide que
laissaient entre eux les trois corps de bâtiment du monastère et le mur
du sud de la vieille église. La galerie de l'est a 6 arcades sur le carré ou
préau, celle de l'ouest en a cinq, celle du sud en a sept, et l'autre huit.
La première de ces galeries a 85 pieds 3 pouces de long sur 1 1 pieds
9 pouces de large au sud, et 11 pieds au nord. La seconde a 74 pieds 10
pouces de long, 10 pieds 3 pouces de large au sud, et 10 pieds 9 pouces
au nord. La troisième a 96 pieds 6 pouces sur 10 pieds 10 pouces. La quatrième a 98 pieds (1) sur 9 pieds 2 pouces, et 9 pieds 5 pouces 6 lignes.
La largeur du préau est de 58 pieds à l'est, de 49 pieds G pouces à. l'ouest,
de 68 pieds au sud, et de 71 pieds au nord. Les arcades du nord sont les
plus anciennes : celles de l'est ont été faites immédiatement après ; les unes
(1) Y compris l'épaisseur du contrefort de la basilique.
DE VÉSONE.
481
et les autres sont en plein cintre. Les arcades de l'ouest ont été construites
plus tard , et celles du sud sont encore moins anciennes ; les unes et les autres sont en arc aigu ; leur archivolte est taillée en pointes de diamans.
Quant aux voûtes intérieures , elles sont toutes à arêtes et à nervures
de diverses espèces , et elles ont toutes été refaites. Les plus vieilles sont
celles de la galerie du nord; elles sont supportées par des colonnes ajoutées aux murs des côtés. Celles de la galerie de l'est viennent après, et
elles sont disposées de même. Dans la galerie du sud et dans celle de
l'ouest , elles sont postérieures , et elles portent sur des consoles rondes
décorées de têtes humaines et d'autres ornemens ; leurs nervures se comi
posent de diverses moulures, dont quelques - unes sont surchargées de
petites figures dans le genre gothique.
Dans sangle que forment la galerie de l'est et celle du sud , on voit encore une naissance de voûte plus ancienne : elle est ornée dans le genre
des constructions du i2. e siècle; et dans le mur qui est entre la galerie
de l'est et la grande sacristie, il y a trois vieilles arcades cpii remontent
à la même époque; elles conservent encore quelques-unes des colonnes
qui ornaient leur baie. Dans la galerie du sud , il y a eu une porte cintrée
qui donnait dans la grande pièce que nous croyons avoir servi de réfectoire. Une grande arcade et une petite porte communiquaient de la galerie, de l'ouest au corps de bâtiment qui était de ee côté, et une ouverture est dans l'angle que forment les galeries de l'ouest et du sud.
Nous ajouterons que sous ces quatre galeries on trouverait de nombreux caveaux de sépulture; cpi'il y en a sous le préau, de même que
clans plusieurs autres parties du vieux couvent dont nous venons de parler. Nous n'avons pénétré dans aucun de ces lieux souterrains; Fentrée en
est recouverte de terres, et elle l'est surtout à une grande hauteur dans
le préau , dont le sol vient d'être élevé au niveau des galeries de l'évêché (1).
(1) On ne peut douter de l'existence de ces caveaux; plusieurs personnes encore existantes y ont vu enterrer; et lorsque, cette année même, on a muré les arcades du cloître, on a retrouvé quelques entrées qu'on
ne s'est point donné la peine d'examiner.
48a
ANTIQUITÉS
CHAPITRE IX.
Des inscriptions de la basilique de Saint-Front et de ses dépendances.
DANS le moyen âge et dans les temps modernes on ne plaçait guère
d'inscriptions ni sur les édifices publics ni sur les tombeaux , et celles
qu'on avait gravées sur ces derniers monumens sont maintenant perdues , parce qu'elles se trouvaient , du moins pour la plupart , sur les dalles du pavé des églises , et que ces dalles ont été souvent changées.
La seule inscription sépulcrale que nous ayons pu voir dans l'intérieur
de la basilique est celle que l'on fit graver en i582 sur le cénotaphe de
Saint-Front. Les reliques du saint avaient été enlevées par les religionnaires, et elles' avaient été jetées dans la Dordogne (i). 11 ne restait plus
qu'un tombeau vide , que l'on fit recouvrir d'une longue pierre sur laquelle on lit , en grosses lettres , l'inscription suivante :
N.° i. — Au bas des marches du grand autel.
SEPVL
Cl !K Y M
BEATI
F RO N
TONÏS
APOSTO
Lî i58a
( i) A cette époque les reliques n'étaient plus dans le tombeau , on les avait placées dans une châsse précieuse qui excita la cupidité des vainqueurs, et c'est ce qui les a fait perdre : voyez XEstât de VEgìise du
DE VÉSONE.
483 '
La pierre sur laquelle on lit cette inscription a 7 pieds de long, et 3
pieds 2 pouces de large ; elle couvrait un encaissement pratiqué dans le
pavé, devant le grand autel. Quand on a prolongé en portion circulaire
la montée du sanctuaire, on a rempli de pierraille cet encaissement, et
on a le projet de placer la pierre un peu plus en avant.
Les seconde et troisième inscriptions de l'intérieur de la basilique sont
celles du grand autel de marbre ; nous les avons déjà citées.
N.° 2. — Vers le côté gauche de Vautel.
ALT* IS
D
EIG : FU T : 1762 & ADD i «
N.° 3. —! Vers le côté droit.
— ÎII- DE PREMEAUX EP.
BEN~ w
On trouve aussi quelques dates dans cette même basilique ou au dehors. Une de ces dates est sur la porte du Gras : elle nous apprend que
cette porte a été refaite en I 58 I . La seconde est sur le haut de l'arcade
où est placé le grand autel : elle fait connaître une restauration de cette
époque. La troisième indique le temps de la construction de la tribune
où est placé l'orgue. La quatrième est sur les vitraux du rond-point de
la branche de l'est. Toutes ces dates sont en chiffres arabes.
N.° 4- — Sur la porte du Gras.
I
58 I.
rigord, par le père Dupuy , tom. 2 , pag. M>3 , où il est dit : « Le plus précieux tbresor qui fut perdu dans ce
" gênerai desordre fut la chasse du corps et la médaille du chef sacré de l'apostredu Perigord, Sainct Front, que
« le capitaine Jauré et La Palanque eurent pour leur part du butin. Ce La Palanque estoit du commencement
"guabarrier à Bragerac, et par les brigandages insignes faicts sur les catholiques, s'estoit rendu formidable
"dans les armes protestantes. Pour Jauré, il estoit du voisinage de Eragerac, et pour conduire au ebasteau
e
" " Tiregan la chasse , il fut contraint d'en charger son cheval avec ce blasphème , qu'il ajmoit bien Sainct
* Front puis qu'il le mettoit à cheval et luy alloit de pied. lis fondirent les lames d'or et d'argent de la chasse ,
" et jetterent les ossemens du sainct dans.la Dordongne. »
(0 .'lltare istud erectum fuit 1762, et addictum.
(2) ìll pour IOII., c'est-à-dire : Johanncs de Prerneaux , episcopus, benedixit
484
ANTIQUITÉS
ÎS.° 5. •— Sur Varcade dans laquelle est placé le grand-autel.
1
583.
N.° 6. — Sur la tribune de Vorgue.
N.° 7. — Sur les vitraux de V arrière -chœur.
i586.
A l'extérieur de la porte du clocher, à main gauche, on trouve une inscription sépulcrale très-mal gravée , et qui paraît avoir été faite lorscpi'il
ne fut plus permis d'enterrer dans les églises.
N.° 8. — A la poîie du clocher, à gauche en entrant.
CET. TOMBE AV. SI. DEY A
NT APPARUE.
F. MAZA w
Dans l'intérieur du clocher , à droite en entrant et à la place qu'occupe
le bénitier actuel, il y en avait un beaucoup plus petit sur lequel était
gravée la lettre D, qui indicpiait les tombeaux de la famille Du Cheyron.
ÎNf. 0 9. •— Dans le bas du clocher.
D
Sous la chapelle de Sainte -Anne, ou ancienne paroisse, on trouve
deux inscriptions sépulcrales.
10. — Sur un des pieds-droits de la voûte.
.P
MORT ASS AI
qNC
(1) C'est-à-dire, ce ci-devant tombeau appartient à François Maza , ou à ìa famille Maza. Cette fa
est inconnue.
DE
VÉSONE.
485
ii. •— Sur un autre pied-droit de cette même voûte.
CET - T. CI
DEHN SV
i ■
BET
La première de ces deux inscriptions est inintelligible : c'est une espèce d'énigme qui sans doute était comprise par celui qui la fit graver ;
elle peut dater d'une cinquantaine d'années (i). La seconde incliquait qu'un
individu du nom de Loubet avait été inhumé dans cet endroit ; et il paraît que , de même que l'inscription du n.° 8 , elle a été faite après coup.
On doit lire : Ce ci-devant tombeau fut à Pierre Loubet (2).
N.°
12.
— Dans la chapelle du petit Séminaire.
CI GIST HAUT ET PUISSANT
SEIGNEUR , MESSIRE FRANÇOIS
LOUIS DE
DE MARQUEYSSAC , BRIGADIER DES
ARMÉES DE SA MAJESTÉ ,
ET DOYEN DE L'ORDRE ROYAL
ET MILITAIRE DE S.*-LOUIS.
SA MAJESTÉ LUI CONFIA LE COMMANDEMENT DE LA VILLE ET CHATEAU DE CASAL DONT IL SOUTINT
LE SIEGE CONTRE LES ENNEMIS,
AVEC BEAUCOUP DE DISTINCTION,
EN 1706, etc. , etc. , etc.
C'est au milieu de la chapelle qui a remplacé le réfectoire du vieux
monastère qu'on trouve écrite, sur une table de marbre noir, cette pom-
(t) Peut-être s'agit-il dans cette inscription d'un Pierre Mortassai , quincaillier.
(») Au reste, ces caveaux, dans lesquels on inhumait comme dans un cimetière, appartenaient à la fabrique, et n'étaient destinés qu'aux familles qui n'avaient pas de tombeaux.
TOM . II.
62
486
ANTIQUITÉS
peuse et longue inscription. Les noms, les qualités et les armes du personnage ont été martelés pendant la révolution.
— Dans le cloître; galerie de l'est.
N. 0 i3.
E
R
CI. GIST. HONORABLE. HOME. M M
IEHAN. CHEVALIER. CONCELIER. ELV
QVI.TRESPASSA.LE. 2 7 .D'AOVST.L'AN. 1 643
N.° i^- — Au même endroit.
CL GIST. HONORABLE. HOME
IEHAN. CHEVALIER. CONCELIER
QVI. TRESPASSA. L'AN. DE. GRASSE. 1 5 9 6
N.° i5;
— Dans le cloître; galerie du sud.
BROVSSE
Les deux premières de ces inscriptions ont été recouvertes de maçonnerie lorsqu'on a , depuis peu , muré les arcades du cloître : on ne peut
plus les voir ; et il y en a quelques autres qui ont été cachées de même
avant que nous eussions songé à les copier. Le n.° i5 est en assez gros
caractères modernes : il est écrit sur le mur de la galerie , vers son extrémité de l'ouest.
Au surplus, on trouve dans cette même galerie du sud trois inscriptions des commencemens du i3. e siècle, et ce sont celles-là surtout qu'il
est essentiel de remarquer.
N.° 16.
— Dans la galerie du sud; vers Vextrémité de l'est
du gros mur.
V: KL *: IVNII: OBIIT : P : DE
CHAIAC DACIP ET CELIA
RARI
DE VÉSONE.
48 7
N.° 17. — Dans la même galerie; vers le milieu du gros mur.
ÏIII. KCIVLIL O
BUT. BERNA
RDYS. DECLARES.
1N.° 18. — Ibidem; à côté de l'inscription précédente.
ANNO : DNIJj MÍCCiXXXilIII :
INCRASTINV i PVRIFICA
TIONIS: BEATE : MARIE:
OBIITÎ FVLCOi DECLA
RENS : SACRIsTAi
La première de ces inscriptions est mal gravée ; on doit la rétablir
comme il suit :
V. KL. IVNII OBIIT P. DE
CHALHAC, DIACONVS ET CELLARARIVS.
Cette première inscription, de même que la seconde, offre cela de remarquable, que le jour du mois y est exprimé, et qu'il n'y est point fait
mention de Tannée , ce qui prouve que l'une et l'autre étaient principalement destinées à fixer le jour du service du défunt (1).
Au reste, les caractères de la seconde et de la troisième de ces inscriptions sont parfaitement dans le genre de ceux du i2. e siècle : les A
ont une barre horizontale dans le haut : la partie du milieu des N ne va
point à l'extrémité des jambages; les M sont un peu cursives, de même
que les X et les T , et une partie des E sont faits en epsilons (2). Ainsi , il
est évident que les caractères que nous appelons caractères du i2. e siècle, furent employés long-temps , et que ce n'est qu'au commencement du
i4- e siècle que l'on se servit ici des lettres gothiques.
(1) Cette négligence de mettre l'année a induit en erreur pour beaucoup de dates. Quant au nom de Clarens , il appartenait à une famille qui est éteinte depuis plusieurs siècles.
(2) Ces caractères sont connus ; nous ne les avons point fait graver.
488
ANTIQUITÉS
CHAPITRE X.
De l'ancienneté de la basilique et de ses dépendances ; de celle
des changemens et restaurations dont ces divers édifices ont
été l'objet; de la destination de chaque partie.
ARTICLE i. er — De Vancienneté de la basilique et de ses dépendances.
L 'EUROPE entière est couveríe de monumens romains; les édifices que
l'on nomme gothiques sont nombreux , et nous avons de précieux restes
de ceux de la renaissance. Dans ces trois genres il est donc facile de comparer, et l'on peut aisément, à quelques années près, connaître l'ancienneté de chaque objet; mais pour le moyen âge il n'en est pas de même (i) :
les monumens de cette époque sont rares, et l'architecture de ceux qui
subsistent n'a point de caractères déterminés : c'est le passage des belles
formes , déjà corrompues , aux formes monstrueuses qu'enfanta le caprice.
De là ce vague et cette incertitude sur tout ce qui a été fait depuis les
commencemens du 5. E siècle jusqu'à ceux du i2. e ; de là le peu d'accord
des savans sur la plupart des constructions de cette longue période.
Ce n'est que par un examen attentif et des recherches pénibles qu'on
peut lever les doutes et fixer les idées sur cette matière ; aussi nous avons
dû faire tous nos efforts pour bien connaître la basilique de Saint-Front
et ses dépendances, et, nous osons le dire, nous sommes parvenus à quelques résultats heureux (2).
(1) Nous appelons
ici moyen âge l'espace de temps qui s'est écoulé depuis la destruction de l'empire ro-
main dans les Gaules, jusqu'aux commencemens du I2. c siècle, époque où il commença a s'introduire dans
nos pays un genre d'architecture déterminé et facile à reconnaître.
(2) Pour tout ce qui regarde la basilique
de Saint-Front, nous devons beaucoup à notre savant helléniste
M. de Mourcin : son âge lui a permis d'étudier le monument dans ses détails, et de là se sont ensuivies d'importantes conséquences. Ce travail a retarde, il est vrai, l'impression du 2. e volume de nos Antiquités, mais
il fait connaître un édifice curieux sous tons les rapports , et il peut servir .au classement des constructions d'une loDguc période, dans laquelle on manque presque toujours d'objets de comparaison.
J
DE VÉSONE. ,
48 9
Pour plus de clarté , il eût été nécessaire , il est vrai , de faire °raver
un certain nombre de planches; mais la difficulté de ce genre de travail
lorsqu'on est en province , et les dépenses qu'il occasione , ont dû nous
y faire renoncer. Pour suppléer à ce moyen , nous avons été forcés d'entrer dans des détails minutieux. Au reste, les hommes qui veulent connaître à fond l'histoire de l'art ne les trouveront peut-être pas entièrement inutiles : ils les considéreront comme un dépôt où l'on peut trouver des objets de comparaison , et ils regarderont sans doute comme
essentiels ceux qui nous aident à fixer les époques de la fondation ou de
la restauration des diverses parties d'un des plus anciens, des plus curieux et des plus vastes monumens de la chrétienté.
On n'aperçoit rien d'antique ni dans les constructions du corps de l'église,
ni dans celles de ses dépendances ; on n'y voit ni ces grosses pierres placées sans mortier, ni ces petits moellons smillés, régulièrement disposés
en assises , ni même cet opus incertum que les anciens peuples employaient
quelquefois; le peu d'ornemens qu'on y remarque rappelle, au contraire,
des temps reculés, mais une époque barbare. Ainsi, tout prouve, de la manière la plus positive, que notre basilique ne doit rien aux Romains, et
par conséquent l'on est assuré qu'aucune partie de ce monument ne peut
remonter au-delà du 5. e siècle. Si quelques sculptures d'un bon style se
trouvent clans un mur moderne élevé sur le vieux porche , il est évident
qu'elles ont été encastrées dans ce mur lors de sa construction , et qu'elles
appartiennent à un édifice antérieur à tout ce qui subsiste au PuySaint-Front (i).
D'un autre côté , l'église et le monastère ont été la proie des flammes :
on voit les traces du feu à l'extérieur des gros murs de la croix grecque ,
sur l'extrados de toutes les voûtes, à l'extérieur des coupoles, sur le comble du. rond -point de la branche du sud, dans le clocher, sur les chapelles latérales , et dans les porches (a) ; d'où il faut nécessairement conclure que , lors de ì'incendie , toutes ces constructions existaient ; et
comme le clocher a été restauré depuis , et cpie plusieurs de ses décora-
(1) Voyez pag. 427 ; voyez aussi le N.° 8 de la pl. VII. Les portions de fronton n'ont point été gravées,
et leurs sculptures sont en partie détruites, parce que dans la révolution 011 crut y voir des fleurs de lis,
qui n'y furent jamais.
(2) Voyez pag. 307, 3ig, 369, 402, 404, 407, 410, 422, 424, 402, etc.
4go
ANTIQUITÉS
tions prouvent qu'il Ta été clans le i2. e siècle (i), il est évident que l'incendie ne peut être postérieur à cette époque.
Au surplus , il a été fait mention de cet évènement dans de vieux manuscrits que l'on peut en quelque sorte regarder comme des pièces authentiques. Les vicaires de Saint-Antoine ont conservé long-temps un de
ces titres, et la Chronique de Maillezai nous en fait connaître un autre.
Le P. Dupuy (2) et le P. Labbe (3) citent un fragment du premier ; ce
f ragment est conçu en ces tenues : Guillelmus de AIbâ-Rochâ , episcopus
petragor
cujus tempore burgus Sancti-Frontonis et monasteriurn
cum suis ornamentis repentino incendio , peccatis id promerentibus , coriflagravit, atque signa in clocario igne soluta sunt. Erat tune temporis monasteriurn ligneis tabulis coopertum.
Dans le second manuscrit, on lisait ce qui suit (4) : Anno MCXX, XI
kalend. augusti, monasteriurn SaJiclœ - Mariœ - Magdalenœ - de - Vizeliaco
cumbustum est, cum 11 27 hominibus et feminis. Similiter incensum est monasteriurn Sancti - Frontonis cwitatis Petragoricœ , cum multis hominibus
et feminis.
Au moyen de ces deux textes, l'époque de l'incendie est parfaitement
fixée, et nous sommes assurés que ce fut en 1120 que la ville, l'église et
le couvent furent la proie des flammes. Au reste , comme il n'est point
probable que ce désastreux évènement soit arrivé immédiatement après
que les dernières constructions furent achevées, nous devons faire remonter ces dernières constructions au commencement du u. e siècle, et
en conclure que le tout a été élevé dans l'espace de six cents ans.
Mais nous avons prouvé que le vestibule ou grand porche était postérieur au clocher, que le clocher l'était à la basilique actuelle, que la
basilique actuelle avait été construite après la vieille église , et la vieille
église après certaines parties des chapelles latérales (5) : ainsi, ce sont cinq
monumens distincts, élevés à des époques différentes et successives.
(1) Voyez pag. 407 et 408.
(2) Voyez YEstat de ì'Eglise du Perigord , tom. 2, pag. 'il.
(3) Voyez Bìbìioth. mss. libr., tom. 2, pag. 738. ( Ex fragm. de Petragor. Epìseopis , apud Eabbe).
(4) Voyez Labbe, tom. 2, pag. 219. f Ex Chron. Sancti-Maxentii , vu/go dicto maìléacensij.
(5) Voyez pages 388, 38g, 590; 343, 344, 3,45, 3g4 ; 342, 347, 34g, 35o; 448, etc.
DE VÉSONE.
.
49 1
D'un autre côté , le mur de l'extrémité du pied de la croix grecque a
été l'objet de plusieurs restaurations, dont la dernière a été faite avant
la construction du clocher : c'est clans celle-ci que se trouvent la grande
arcade et la fenêtre du haut. A droite et à gauche c'est une réparation plus
ancienne , et les parties qui se lient aux gros piliers le sont encore davantage ; ce qui suppose un assez long intervalle de temps entre la construction du clocher et celle de ces gros piliers (i).
Cependant le reste de la croix a été aussi l'objet d'un grand nombre
de restaurations ; et probablement , après la fondation du monument ,
les travaux ont été abandonnés et repris plusieurs fois avant qu'on fût
parvenu au comble. Tous les gros piliers des extrémités ont même été
ajoutés au plan primitif, à une de ces époques où l'on reprenait les travaux. Dans le chapitre suivant nous reviendrons sur ce point ; il suffît d'ajouter ici que les grands édifices du moyen âge et des temps modernes ont
presque tous subi de nombreux changemens avant d'être achevés , que les
travaux en ont été fréquemment interrompus, et que presque toujours
ils ont duré plusieurs siècles ; ce qui doit faire penser qu'il en a été de
même de notre basilique. On n'en doutera même point, si l'on considère
qu'elle a été construite dans une ville qui ne fut jamais le siège du gouvernement, et dans des temps de guerres et de destructions.
Si donc, outre les cinq constructions principales, nous reconnaissons
plusieurs restaurations antérieures au ïi. é siècle, et des reprises de travaux, de quelque peu de durée que nous supposions les intervalles, nous
n'avons pas trop de six cents ans pour tout classer.
Ainsi, nous pensons que le vieux mur de la chapelle latérale du nord
remonte aux premières années du 5. e siècle ; que la Vieille église a été
achevée dans les commencemens du 6. e ; que la chapelle dont nous venons de parler a été reconstruite quelques années après , et celle du sud
un peu plus tard ; que la croix grecque a été commencée vers Fan 620 ;
qu'elle a pu être terminée dans son état actuel en Q 5 O ou environ ; que
le clocher a dû être élevé vers la fin du io. e siècle, et que le vestibule ou
grand porche l'a été quelques années plus tard. Nous prouverons, autant qu'il nous sera possible , chacune de ces assertions , après avoir
(t) Voyez pages 344, etc.
493
ANTIQUITÉS
parlé du temple romain qui a dû précéder toutes les autres constructions.
L'existence de ce temple romain ne peut guère être révocpiée en doute :
la frise et les portions de fronton qu'on a placées dans la construction
moderne qui surmonte le mur de façade du vieux porche, ont dû être
trouvées sur les lieux , et elles appartiennent évidemment à un édifice antique. Nous avons supposé que ces restes précieux avaient pu être conservés, parce qu'on les aurait successivement encastrés clans divers paremens de murs élevés depuis ; mais peut-être n'ont-ils été retirés des décombres que dans le i6. e siècle : ce qui le ferait penser, c'est que le temps
les a très-peu dégradés.
Le P. Dupuy parle d'un prétendu oratoire de la Vierge, dont on aurait
trouvé les fondemens peu avant l'époque où il écrit. « Le corps de nos« tre sainct (Saint-Front) fut mis, dit -il , avec hymnes et cantiques,
« dans le sepulchre choisi dans l'oratoire de la Vierge, duquel il n'y a
« pas 5o ans que les fondemens furent descouvers , prés la nef de l'eglise
cc qui fut hastie à son honneur par Chronope (i). »
C'est sans doute vers Tannée i582 que les fondemens dont parle le
P. Dupuy furent découverts. On jugea que ces fondemens appartenaient
à une construction romaine , puisqu'on croyait qu'ils faisaient partie d'un
édifice élevé du temps de Saint-Front; et c'est probablement à la même
époque et dans le même lieu que l'on retrouva les fragmens de sculpture que nous venons de citer.
Ainsi, le temple qui dut précéder les constructions actuelles occupait
sans doute remplacement où la vieille église fut bâtie depuis : cela paraît évident, puisque c'est tout à côté de cette vieille église que des fondemens antiques ont été retrouvés. Seulement le temple était peut-être un
peu plus large et se prolongeait davantage au levant.
; Au reste, le P. Dupuy est dans Terreur lorsqu'il confond avec le temple antique l'oratoire où notre apôtre a été enterré : il fait en cela un mauvais mélange de ses idées et de ce que raconte Guidonis ; nous le prou(i) L'Estat de l'Eglise du Perigord , tom. i. cr , pag. S5. Cet Ouvrage a été imprimé chez Dalvy, à Périgueux , en 1629.
DE VÉSONE.
4 3
9
verons plus tard. II nous suffit ici d'avoir fait connaître que dans le i6.e
siècle on avait retrouvé des constructions romaines à côté de la vieille
église de Saint -Front (i), et d'avoir pu faire présumer que ce devait
être du même lieu qu'on avait retiré la frise antique et les deux portions de fronton.
Mais ce n'est pas tout , il est d'autres moyens de prouver l'existence
du temple du Puy -Saint- Front ; ils consistent dans les remarques suivantes :
i .° On a vu que , antérieurement à la construction des chapelles latérales, il y avait un monument religieux dans l'endroit même où la vieille
église a été ensuite élevée : la porte du mur d'intervalle de la chapelle du
nord ne laisse aucun doute à cet égard (2). Or, puisque les plus anciennes
des constructions actuelles remontent aux commencemens du 5. e siècle,
il est évident que tout ce qui est antérieur appartient aux Romains ; et
comme la frise et les parties de fronton dont nous avons parlé rappellent le faire du 2. E siècle, et paraissent provenir d'un assez vaste monument, il n'est pas possible cpi'ils aient appartenu à une église chrétienne.
La ville antique s'étendait, du moins par une de ses extrémités, jusque sur Femplacement de la ville actuelle ; et si , comme on en a vu la
preuve (3), un de ses temples était élevé dans l'endroit même où a été
depuis l'église de Saint-Silain, comment pourrait-on supposer que le site
le plus agréable de Vésone , que le monticule qui dominait son enceinte
fût demeuré sans un monument important ?
i.°
3.° Le choix que l'on fit de ce lieu pour la sépulture des martyrs et
des personnages marquans de la primitive Église , la disposition qu'on y
a faite des tombeaux de ces martyrs et de ces personnages, les mémoires
qu'on y a élevées, tout n'indique -t-il pas que déjà l'on regardait le monticule comme un lieu sacré ?
C'était sans doute, pour les néophytes, la montagne sainte; et puisque
(1) On dut faire cette découverte en creusant les fondemens de quelqu'une des maisons particulières qu'on
voit maintenant vers le nord , ou peut-être en construisant quelque caveau de sépulture dans le cloître.
(2) Voyez pag. 3i5, 44-S et 449(J ) Voyez tome I. er de nos Antiquités, pages 321 et 322.
ÏOM . II.
63
4g4
ANTIQUITÉS
elle était un objet de vénération avant de renfermer la dépouille mortelle des saints , elle devait avoir un édifice important et convenable aux
cérémonies des chrétiens.
4-° Enfin, les constructions actuelles de la basilique de Saint-Front, de
la vieille église et des chapelles latérales , sont orientées de manière que
l'autel se trouve du côté de Test, mais avec déclinaison de plusieurs degrés vers le nord ; tandis que les bâtimens du monastère sont au levant
vrai, principalement dans la direction de leur façade du sud : or , ne sait-on
pas que les anciens tournaient les façades de leurs temples vers les véritables points cardinaux? d'où il semble que l'on peut conclure que lorsque les premiers bâtimens du monastère furent élevés, ils durent être adjacens à un édifice parfaitement orienté, et que ce devait être un temple
païen, comme ces mêmes bâtimens, souvent refaits depuis, étaient sans
doute les logemens destinés aux anciens prêtres.
Tels sont les documens d'après lesquels il nous semble certain cpi'il y
a eu un temple antique sur l'emplacement de la vieille église , et que ce
temple a été ensuite employé au culte chrétien. Ce monument a dû être
érigé vers le commencement du second siècle ; le faire des sculptures de
la frise et du fronton ne laisse guère de doute à cet égard ; mais nous ne
savons ni à quelle divinité il était d'abord consacré , ni sous quelle invocation il fut ensuite destiné au culte du vrai Dieu : c'est sans doute dans
le temps de notre apôtre que sa destination fut changée. Quant à sa destruction, elle doit remonter au 5. e siècle. Ce fut en Tannée 4«7 que les
Alains , les Vandales et divers autres peuples du nord inondèrent nos provinces et les mirent clans la désolation. Vers Tan 4*3, et avant d'être paisibles possesseurs du pays, les Goths en firent autant; et sous le règne
d'Evarix, un de leurs rois, nos églises furent dévastées et abandonnées.
C'est probablement clans ces derniers temps de destructions que le temple
fut renversé; ainsi, sa ruine peut remonter à Tan 470 ou environ (1). Revenons aux constructions actuelles de la basilique et de ses dépendances.
Le mur intermédiaire de la chapelle latérale du nord est ce qu'il y a
de plus ancien : nous Tavons prouvé ; et puisque non-seulement cette
construction est antérieure à la vieille église, mais qu'elle contient une
( 1) Les guerres d'Evarix avee Anthemius datent de cette époque.
DE VÉSONE.
49 5
porte destinée à servir de communication avec un monument encore plus
ancien, et qui ne pouvait être autre chose que le temple romain dont nous
venons de parler , il est évident que l'édifìce dont elle faisait partie devait
remonter aux premières années du 5. e siècle, c'est-à-dire vers Tannée Zjoo
ou 4o5/*C'était sans doute une chapelle élevée sur le tombeau d'un saint
personnage, et elle a été refaite à une époque postérieure, de même que
la chapelle latérale du sud, dont on ne voit rien de la construction première.
,
La vieille église paraît avoir été construite peu de temps après ces premières chapelles latérales (i); ainsi, elle doit remonter à la fin du 5. e
siècle : son faire semble encore rappeler les usages romains. C'est sans
doute sous Tépiscopat de Chronope II que cette basilique fut érigée. Dans
ce temps-là les Goths étaient entièrement maîtres de TAquitaine ; et
comme sous Alaric , leur roi , il n'y eut point de persécution , que même
les catholiques furent-protégés , on respira pendant quelques années et on
releva les édifices du culte.
Chronope II gouverna long-temps le diocèse ; il fut promu à Tévêché
de Vésone dans le 5. e siècle , et en 533 il vivait encore : il fut constamment occupé du soin de faire oublier les anciens malheurs de TÉglise et
de réédifier les monumens. Voici Tépitaphe que Vénance-Fortunat , évêque
de Poitiers, nous a laissée de ce vénérable pasteur (2) :
EPITAPHIUM CHRONOPII, EPISCOPI PETROCORICENSIS.
Si terrena , sacer , quondam tibi cura fuisset ,
Carmine plus lacrymas quam modò verba darem ;
Sed quia tu mundus , nec sunt tibi crimina mundi,
JVunc gaudere mones , qui sine morte manès.
Autistes pietate calens , venerande Chronopi ,
Membra sepulchra tegunt , spiritus astra tenet ;
Ordo sacerdotum cui fluxit utroque parente ,
Venit ad hœredem pontificalis apex :
(1) Nous entendons ici par premières chapelles , les premières chapelles dont il subsiste quelques traces ;
elles ont dù succéder à des chapelles encore plus anciennes , mais dont il ne reste plus rien.
(2) Voyez Fortunatus , lib. 4j carm. 8.
4g6
ANTIQUITÉS
Hune tibi jure gradum successio sancta paravit ,
Ut quasi jam merito debitus esset honor ,
Nobilis antiquo veniens de germine patrum ,
Sed magis in Christo nobilior merito.
Sic vultu semper placidus seu mente serenus ,
Pectore sincero frons sine nube fuit ;
Cujus ab eloquio nectar per verba fluebat ,
Vinceret ut dulces ore rigante favos.
Nudorum tu vestis eras , algentis amictus ;
Qui ad tua tecta fugit , tectus et ipse redit.
Divitias omnes inopum sub ventre lócasti ;
Undè tibi semper viva talenta manent.
Esuriens epulum , sitiens te sumere potum ,
Cernere te meruit trislis et exul opem.
Implesli propriis viduatam civibus urbem ,
Videruntque suos , te redimente , lares.
Quam lupus à stabulis tulerat , frendente rapinâ ,
Te pastore , gregi reddita plaudit ovis.
Templa exusta celer revocasti in culmine prisco :
Hinc tua ; sed cœlis stat sine labe domus.
Ipse bis octono vixisti in corpore lustro ;
Nunc tibi pro meritis stat sine fine dies.
TRADUCTION.
Si du monde autrefois tu n'avais fui les charmes ,
Je te consacrerais moins de chants que de larmes ;
Mais libre et pur , au sein d'un monde corrupteur ,
Bienheureux! laisse-nous célébrer ton bonheur!
Ta dépouille ici -bas n'est qu'un peu de poussière ,
Mais ton âme rayonne au séjour de lumière.
Saint prélat , consumé du feu de la vertu ,
Le trône du pontife à ton sang était dû ;
De tes nobles aïeux c'est le double héritage ,
De tes nobles vertus c'est surtout le partage.
Ton front calme annonçait le calme de ton cœur ;
Tes paroles , du miel égalaient la douceur ;
DE VÉSONE.
Le pauvre , heureux dépôt de pieuses largesses ,
Fut le trésor vivant qu'ont acquis tes richesses ;
De l'exilé plaintif suspendant les regrets ,
Ta voix au cœur troublé savait rendre la paix ,
Et tes soins tout entiers , voués à l'infortune ,
Eloignèrent la faim et la soif importune.
Devant toi , chaque jour propice à la douleur ,
Voit éclore un bienfait et s'enfuir un malheur ;
Ton manteau qu'un saint zèle étend sur la souffrance,
Réchauffa la misère et couvrit Findigence ;
De nombreux prisonniers ta main brisant les fers ,
A de vieux citoyens ouvre des murs déserts.
Le captif a revu le foyer de ses pères !
Fuyant du faux pasteur les ruses mensongères ,
La brebis égarée , accourue à ta voix ,
Revient sous ta houlette obéir à tes lois.
Les temples du Seigneur , que tes travaux achèvent ,
Sur leurs débris fumans par tes soins se relèvent ;
A celui dont la main réparables saints lieux ,
Un temple impérissable est ouvert dans les cieux.
Si nos cœurs, ici -bas, charmés de ta présence,
Ont deux fois quarante ans béni ta bienfaisance ,
Sur toi , Chronope , au sein de l'immortalité ,
Luit du jour éternel l'éternelle clarté (i).
4 97
D'après cette épitaphe, il est bien évident que Chronope fut un des évècpies les plus distingués de Vésone , et qu'il fit réédifier les églises qui ,
peu de temps avant sôn épiscopat, avaient été brûlées par les barbares.
Au surplus , comme il occupa le siège pendant plus de 4° ans , et à une
époque assez heureuse , il dut faire beaucoup de choses ; et l'on ne peut
douter qu'il n'ait été èn effet le fondateur de la vieille église ; c'était même
dans tous les temps l'opinion reçue , et le Père Dupuy (2) cite un ancien
Bréviaire du Périgord où il en était fait mention, à propos de la transla-
(1) Nous devons cette traduction à M. le baron du Reclus de Gageac. II était difficile de mieux réuniile vrai sens du texte et la grâce poétique,
(2) VEstât de TEglise du Perigord , tom. I. cr , pag. 125.
»
4gS
ANTIQUITÉS
tion des reliques de Saint-Front (i). Au reste, d'après ce que dit le Père
Dupuy, le monument aurait été achevé vers l'an 5i2, et c'est bien à cette
époque qu'il dut Fêtre : la forme des arcades, les petites pierres qu'on voil
au-dessus de leurs cintres , et les berceaux des voûtes en sont des preuves
qu'on ne saurait nier.
Les deux chapelles latérales durent être refaites quelques années après
que la vieille église fut achevée. La construction de celle du nord est même
remarquable , et la régularité des voussoirs des arcades, les assises de larges
briques placées dans les pieds-droits, les petites pierres disposées en assises, principalement au-dessus des cintres, tout annonce une haute ancienneté , tout prouve que ce petit édifice a été refait dans la première
moitié du 6. e siècle. Sans doute les deux chapelles avaient été détruites
comme le temple qui les séparait , et on s'occupa à les rétablir dès que le
monument qui remplaçait ce temple fut achevé. Seulement , la chapelle du
sud paraît avoir été reconstruite une seconde fois, quelques années plus
tard , ou peut-être avait-elle d'abord un peu moins souffert que celle du
nord, et l'avait-on laissée dans son état primitif jusqu'à la fin du 6. e siècle , époque à laquelle nous croyons devoir faire remonter la construction
actuelle de son premier étage.
Ainsi, la chapelle latérale du nord a dû être refaite après l'an 5i2, et
probablement celle du sud Ta été vers l'an 56o ou 570, c'est-à-dire avant
les guerres et les dévastations de Chilpéric (2).
Cependant, comme la renommée des miracles de Saint-Front se répandait de plus en plus, comme on était dans des temps de ferveur, que les
pèlerins arrivaient de toutes parts , et que l'église bâtie par Chronope ne
pouvait plus suffire , il fallut songer à édifier une basilique plus vaste , et
nous pensons que ce fut vers Fan 61 5 ou 620 qu'on en jeta les fondemens.
Les grosses pierres des premières assises, les montans monolites des
portes des caveaux, les voûtes de ces caveaux, l'ensemble de Fédifice, tout
tend à le prouver , tout annonce des siècles reculés ; et il y a plus en-
s
(1) Brev. Petrochor. .Ce bréviaire était en manuscrit très-ancien ; il est maintenant perdu.
(2) Ce fut en 576 que l'Aquitaine devint le théâtre des ravages et des dévastations de Chilpéric.
DE VÉSONE.
4
99
core : déjà à cette époque Clotaire II s'était emparé avec violence de l'Aquitaine (i), et avait réuni sous son empire toutes les parties de la monarchie. C'était un grand prince : il devait avoir la passion des grandes
choses et les entreprendre partout. II était meurtrier et usurpateur : il dut
faire ses efforts pour se concilier la bienveillance du clergé et l'amour des
peuples.
Au surplus, quoique la basilique de Chronope n'eût été bâtie qu'un
siècle auparavant, déjà ses murs latéraux s'étaient forjetés (2) et elle menaçait de tomber en ruine : on n'en peut clouter, puisque ces mêmes murs
latéraux sont en surplomb tout à côté des gros piliers , et que l'on ne remarque entre les deux masses aucune désunion.
Le plan de la nouvelle église fut donc arrêté : ce fut une croix grecque.
On commença les travaux à l'extrémité de l'est de la vieille église , de manière qu'une partie de cette vieille église se trouvât renfermée clans la nouvelle , et que le reste pût servir de vestibule.
11 y a même cela de remarquable , que le nouveau plan aboutissait , par
les côtés de sa branche de l'ouest, aux deux petits édifices que nous appelons chapelles latérales , et qu'il contenait dans son ensemble une troisième mémoire où une chapelle souterraine a été conservée (3).
Les constructions furent d'abord élevées jusqu'à une certaine hauteur :
de grosses pierres, presque toujours placées en délit, forment les deux
paremens des murs de cette première partie ; un blocage de gros moellons
garnit l'intérieur. Plus haut , les assises sont un peu moindres et du reste
?
le travail est le même (4) ; c'est évidemment une construction faite après
coup. La différence d'échantillon des pierres , la retraite un peu irrégulière en saillie qu'on voit à ce niveau, tant clans l'intérieur de l'édifìce
qu'au dehors , les redressemens qu'on y remarque , tout prouve deux époques, et l'on ne peut guère supposer que la seconde soit celle d'une restauration. En effet , les grosses constructions du bas ne paraissent point
(1) C'est en 6i3 que Clotaire fit mettre à mort les eníans île son cousin Thierry, et qu'il réunit k sa!
couronne le royaume d'Aquitaine.
(2) Voyez pages 3g3 et 3g4.
(3) Celle de Saint-Séverin et Saint-Séverien : voyez page 280,
(4) Voyez page 288.
5oo
ANTIQUITÉS
avoir souffert ; on ne voit point qu'elles se soient forjetées anciennement.
D'un autre côté, si les hommes eussent voulu détruire le monument, déjà
élevé jusqu'au comble, il n'est guère probable qu'ils eussent commencé
par le haut, et qu'ils eussent agi avec une certaine régularité. C'est surtout vers la porte du Gras et du côté de l'ancien sol de la chapelle de
Sainte-Anne qu'on distingue bien les deux constructions.
Si donc on suppose que la première fondation ait été faite vers l'an 620 ,
que les travaux aient duré 10 ans, et qu'ils aient été interrompus seulement
pendant 7 ou 8 ans , il restera évident que ce qui appartient à la seconde
époque n'a pu être commencé avant 636 ou 6úo : ainsi, ce serait sous le
règne de Charibert, ou sous celui de Dagobert que l'édifìce se serait continué : on sait que Dagobert avait beaucoup de piété , et que c'est sous
son règne que l'abbaye de Saint-Denis fut fondée.
Probablement notre basilique fut continuée sous Clovis II , et pendanl
la régence de Nantilde sa mère; sous Clotaire III, et la régence de sa mère,
Sainte-Batilde. Peut-être ensuite les travaux furent-ils interrompus pendant quelques années : certains changemens de construction autorisent à
le penser. Quoi qu'il en soit , l'ouvrage fut sans doute ensuite repris ,
encore abandonné, et vraisemblablement en partie ruiné vers l'an 725,
époque à laquelle les Sarrazins dévastèrent tout sur leur passage.
Les diverses guerres dont le Périgord fut le théâtre jusqu'en Tannée
768, que le malheureux Waiffre, duc d'Aquitaine, fut défait, ne durent
point permettre de reprendre les travaux , et sans doute ce ne fut que
sous le règne de Charlemagne que l'on put s'en occuper. Enfin , si l'on
examine avec attention les divers genres de constructions du monument,
on sera forcé de reconnaître que les voûtes et les entablemens sont postérieurs à cette époque , et il faudra nécessairement en conclure que l'ouvrage n'a été achevé que vers le milieu du io. e siècle.
Ces différentes époques de constructions se montrent de toutes parts
dans l'ensemble et dans les détails ; partout on voit même des changemens de méthode, ce qui suppose la discontinuation des travaux pendant
d'assez longs intervalles.
Ce qu'il y a de plus ancien se réduit, comme on a vu, aux fondemens,
qui, presque partout , sont en moellons bruts , aux murs de pourtour jus-
DE VÉSONE.
5oi
qu'à une certaine hauteur, et probablement à quelques parties des quatre
piliers du centre. Les assises de quartiers de cette première époque sont
presque toutes en délit, leur hauteur est de i pied 10 pouces 3 lignes,
i pied 10 pouces, i pied 9 pouces 3 lignes , 1 pied 9 pouces , 1 pied 8 pouces 9 lignes , 1 pied 8 pouces 6 lignes , 1 pied 8 pouces , 1 pied 7 pouces 9
lignes, 1 pied 7 pouces 3 lignes, etc.
Sur ces premières assises il y en a d'une hauteur un peu moindre, lesquelles s'élèvent , dans beaucoup d'endroits , à une quarantaine de pieds
au-dessus du sol de la basilique ; elles doivent appartenir à la seconde
époque, de même que les piliers des angles saillans avec lesquels elles
se trouvent liées dans l'intérieur, tandis que celles de dessous en sont séparées. Quelques-unes des fenêtres basses encore existantes ont été faites
à cette seconde époque , ainsi que le fronton d'un des petits avant-corps
que l'on voit au levant. Nous avons déjà fait remarquer que ce fronton
était ajusté d'une manière originale, et que ses sculptures étaient d'assez
bon goût.
Au surplus , ces piliers des angles saillans ne paraissent pas avoir tous
été construits dans un temps précis et déterminé : on croirait, au contraire , qu'ils ont été élevés successivement par plusieurs architectes ; on
n'en peut même guère douter si l'on considère,
i.° Que ceux de la branche du nord sont beaucoup plus larges que
la plupart des autres ;
0
Que ces mêmes piliers de la branche du nord, et ceux de la branche du sud, n'ont aucune liaison avec le gros mur jusqu'à une certaine
hauteur, tandis que les autres ont été liés aux constructions qui existaient déjà ;
2.
3.° Enfin, que les assises de pierre de taille ne sont pas partout de la
même hauteur.
Quelques parties élevées et plusieurs des fenêtres basses semblent appartenir à une troisième époque. La quatrième comprend l'entablement
de l'édifice , les voûtes et les coupoles ; et ces dernières parties sont si
différentes des premières , par l'appareil et les ornemens , qu'il faut nécessairement penser qu'il y a eu entre elles un très-grand intervalle , et que ,
TOM . II.
64
ANTIQUITÉS
par conséquent, les dernières n'ont clû être faites que dans le io. e siècle ; à moins qu'on n'aime mieux supposer que le monument avait été
achevé avant le commencement du 9. siècle, qu'immédiatement après
il avait été ruiné par les Normands , et que .entablement , les voûtes et
les coupoles avaient été refaits à l'époque que nous venons d'indiquer.
On pourrait d'autant mieux admettre cette dernière conjecture, qu'il était
digne de Charlemagne de tirer de ses ruines un édifice depuis si longtemps commencé.
5o2
En effet, Charlemagne eut occasion plusieurs fois de visiter nos provinces, soit lorsqu'il y vint pour dompter Hunaucl, père de Waiffre, soit lorsqu'il allait en Espagne pour combattre les Sarrazins (1); et quand nous retrouvons partout sur son passage des traces de sa munificence, quand de
nombreuses fondations faites par lui subsistent encore aux portes de Vésone et dans les environs (2), comment pourrions -nous supposer qu'il
n'eût pas jeté ses regards sur un édifice aussi important que la basilique
de Saint-Front , et qu'il n'eût pu en terminer les travaux dans le cours
de son règne ?
D'un autre côté, le P. Dupuy parle d'un premier porche de Saint-Front,
et il en parle d'après Sébalde , qui était notre évêque vers l'an 900 (3).
Or, comment eût-il pu être question d'un premier porche avant que la
vieille église fût transformée en second porche ou vestibule, c'est-à-dire
avant que l'église actuelle fût achevée ?
Mais ce n'est pas tout encore : la façade de la vieille église est décorée
d'ornemens dans le genre mauresque , et l'on verra bientôt qu'elle a dû
être refaite vers la fin du 8. e siècle ou au commencement du g. e Or, dans
quel objet se serait-on occupé de cette façade, avant que les travaux du
nouvel édifice fussent terminés ?
Enfin , les contreforts extérieurs des angles saillans de la croix ont tous
été réparés , et leur structure annonce qu'ils Font été dans le 10. e siècle.
Or, pourquoi les aurait-on reconstruits presqu'en entier s'ils n'eussent pas
(1) Charlemagne commença à régner en 768, et il ne tarda pas à venir dans l'Aquitaine attaquer Hnnaud.
II y revint ensuite en 778 , c'est-à-dire lorsqu'il tourna ses armes contre les Sarrazins.
(2) On lui attribue la fondation de l'Hòpital-Charles , près du Toulon ; celle de l'abbaye de Brantôme , etc
(3) Voyez VEstat de l'Eglise du Perigord , tom. 1. r , pag. 211.
DE VÉSONE.
5o3
été dégradés ; et comment auraient-ils été dégradés , comment se seraientils forjetés, si ce n'est par la poussée des grands arcs d'un comble?
Quoi qu'il en soit, il demeure évident pour nous que les voûtes actuelles ont été faites vers le milieu du io. e siècle, et que .ensemble du
comble, tel qu'il est, ne peut remonter au-delà de cette époque (i).
Cependant il manquait encore à notre basilique une partie importante :
elle n'avait point de clocher ; il fallait donc en construire un ; et comme
la vieille église menaçait ruine de toutes parts, que peut-être même quelques berceaux de ses voûtes avaient déjà croulé , c'est sur .emplacement
de ce vieux édifice qu'on se détermina à le fonder.
On ne peut élever aucun doute sur le rang, d'ancienneté que nous indiquons pour chacune des deux constructions ; nous l'avons prouvé en
décrivant le mur qui les sépare (2) ; et ce fut sans doute peu de temps
après qu'on eut achevé le monument principal dans son état actuel , que
l'on s'occupa de celui qui en était l'accessoire.
C'est donc vers la fin du 10. e siècle, et probablement sous l'épiscopat de
Frotaire de Gourdon , que notre clocher fut élevé. Il ne peut guère y avoir
d'incertitude à cet égard , et de là vraisemblablement est venue l'opinion
commune que Frotaire était le fondateur de la basilique (3).
Quant au vestibule ou grand porche qu'on édifia dans ce qui restait
de la vieille église , on ne dut guère s'en occuper que clans les commencemens du n. e siècle, c'est-à-dire que i5 ou 20 ans après que le clocher
fut achevé.
En effet, c'est en 991 que Frotaire décéda. A cette époque, Fan 1000
approchait; on attendait la fin du monde et le jugement dernier : il y avait
une consternation générale ; on ne s'occupait plus à rien construire. Ce
ne fut que lorsque Fan 1000 eut passé, et que trois ou quatre années
de plus se furent écoulées , que l'espérance commença à renaître. Bientôt
(1) Le bourg de Saint-Front, le monastère et l'église furent saccagés par les Normands en 927, comme
ils Pavaient été en 845.
(2) Voyez pages 344 et 345.
(3) Frotaire fut promu à l'évêchë de i'ériguenx en 977 , et il fut assassiné à Mourcin, paroisse de Coursac, le 8 décembre 9g 1.
\
5o4
ANTIQUITÉS
après , l'ardeur et lenergie succédèrent à rabattement ; il y eut plus de
zèle que jamais pour la construction des édifices religieux, et c'est alors
sans doute que le vestibule de Saint-Front fut élevé (i).
Telle est la suite des principales constructions de notre basilique et
des divers monumens du culte qui l'ont précédée. II ne nous reste plus
qu'à indiquer les époques des restaurations particulières dont ces édifices
ont été l'objet, et à faire connaître la fondation de quelques-unes de
leurs dépendances.
ARTICLE II. —• De F ancienneté des changemens , reconstructions et restaurations dont la basilique actuelle et ses dépendances ont été l'objet ; de
la fondation de quelques dépendances particulières.
Nous venons de fixer , autant qu'il était possible , l'âge des diverses constructions de notre basilique et de ses dépendances ; il nous reste maintenant à parler des restaurations et reconstructions dont chacun de ces édifices a été l'objet.
De la basilique actuelle. — Nous avons fait voir que les travaux de la
basilique actuelle avaient dû être souvent abandonnés et repris ; mais ce
n'est pas tout, on remarque dans ce monument diverses reconstructions
et restaurations dont nous devons aussi tâcher de fixer l'époque.
Le contrefort de l'angle du sud-est de la branche de l'est, paraît, dans
sa partie inférieure , appartenir à une première restauration. Dès que les
murs furent élevés à une certaine hauteur, ils purent donner des craintes
sur leur solidité ; peut-être même , comme l'ouvrage demeura long-temps
imparfait , ces murs , qui se trouvaient exposés à toutes les intempéries
des saisons, se forjetèrent-ils un peu. Quoi qu'il en soit, il est bien évident que le bas de ce contrefort remonte à l'époque où les travaux furent repris pour la seconde fois; car non -seulement il n'a aucune liaison
avec le bas du gros mur , mais ses assises sont de la même hauteur que
celles de la seconde construction. Quelques parties des contreforts de l'angle du sud-ouest, et de l'angle du nord-ouest de la branche de l'ouest,
pourraient appartenir à la même époque.
(t) Ce fut sans doute pendant l'épíscopat de Raoul de Scoraille , ou sons celui d'Arnaud de Yîlìelioís.
DE VÉSONE.
5o5
On voit la seconde restauration dans quelques fenêtres du bas , et dans
une partie des constructions qui sont immédiatement au-dessus : elle peut
remonter au 8. e siècle ; elle fut faite avant que le monument fut achevé ;
ce qui prouve que, quoique imparfait, ce monument avait souffert des
désordres de cette époque. On est bien certain que c'est une restauration ,
et non pas une continuation des travaux après qu'ils auraient été abandonnés, parce qu'elle est raccordée sans aucune régularité.
La troisième restauration se montre au mur du nord de la branche de
l'ouest; c'est une reprise en sous-oeuvre dont les assises sont alternativement de i pied 7 pouces , et de 9 pouces 6 lignes de hauteur : elle peut
remonter vers les commencemens du io. e siècle. Une partie du mur du
Touin a été refaite à la même époque , de même que presque tous les
pilastres de l'intérieur.
La quatrième restauration consiste en une reprise en sous -oeuvre du
pilier du sud- est de la branche de l'est, et de quelques parties du mur
du sud de cette même branche. Cette restauration ne peut avoir été faite
qu'après rétablissement des voûtes actuelles, puisque encore on voit aisément, que le grand arc penche de ce côté ; d'où il résulte qu'elle ne
remonte pas plus haut que le milieu du io. e siècle. La réfection de presque
tous les contreforts extérieurs paraît aussi appartenir à cette époque. .
La cinquième restauration comprend la reconstruction du rond -point
de la branche du sud : elle doit avoir été faite immédiatement après la
quatrième (1).
La sixième est la reprise en sous-œuvre des quatre piliers du centre :
elle peut être postérieure à la cinquième d'une vingtaine d'années , c'està-dire qu'elle doit appartenir aux commencemens du n. e siècle. On voit
que cette restauration a été faite grossièrement , et uniquement sans doute
pour empêcher la ruine de l'édifice.
La septième restauration comprend presque toutes les fenêtres du haut :
elle doit remonter vers l'an io4o ou environ. Alors les voûtes étaient ache-
(t) C'est aussi à peu près à cette époque, c'est-à-dire vers l'an 990 ou 992 , que la comtesse Emma lit
reconstruire , sous l'invocation de Saint-André , une chapelle que nous croyons être l'ancieu rond -point de
la branche de l'est.
5o6
ANTIQUITÉS
vées depuis près de cent ans ; elles s'étaient affaissées , leurs douelles s'étaient jarretées, on avait déjà repris en sous-œuvre diverses parties de l'édifice ; et comme tant de dégradations avaient dû nécessairement entraîner
celles des parpaings qui fermaient le haut des grands arcs, on fut obligé
de les reconstruire en entier. Ce ne fut même qu'après cette restauration
qu'on regarda l'édifice comme terminé , puisque ce n'est qu'en 1 047 qu'on
en a fait ou qu'on en a renouvelé la dédicace (1).
La première charpente de l'édifice appartient à la huitième restauration : elle doit remonter vers la fin du 1 1 . e siècle ; et c'est alors que les
huit pyramides des angles saillans furent rasées.
Peu de temps avant, c'est-à-dire en 1077, un nommé Etienne Itier,
chanoine et cellerier de Saint-Front , avait fait orner de mosaïques le tombeau de notre apôtre. Guinamond (Guinamundus), moine de l'abbaye de
la Chaise-Dieu, avait été chargé de ce travail (2).
La seconde charpente dut être faite immédiatement après l'incendie :
c'est en elle que consiste la neuvième restauration.
La dixième comprend la reconstruction du rond -point de la branche
de l'est : elle a dû être faite de l'an i34o à l'an i35o ou environ. L'acte
de fondation qu'en fit dresser Antoine de Talleyrand , cardinal de Périgord(3), est du 28 juin i347; il est conçu en ces termes (4) : Nos Talejrandus
cardinalis
quandam capellam juxta ecclesiam beati Frontonis
construi fecirnus et sufficienter dotavimus
In quácumque cappella XII perpétuas capellanias , pro XII perpetuis capellunis
per nos jam institutis , fundandas
instituendas duximus , etc.
L'arcade qui sépare ce rond-point d'avec le corps de la basilique est la
onzième restauration , et la date qui est au-dessus nous apprend qu'elle
est de 1 583. Les trois fenêtres qu'on voit de ce côté sont de la même
(1) Ce fut pendant l'épiscopat de Géraud de Salagnac ou de Saliguac, et le 21 mars 1047, que cette dédicace fut faite par Aymon , archevêque de Iìourges : il en était fait mention dans le grand Vivre de SainiSilain.
(2) Voyez V Estât de f Eglise du Perigord , tom. 2 , pag. ig.
(3) Le cardinal de Périgord était connu sous le nom d'Hélie de Talleyrand ; mais nous croyons que son
véritable prénom était Antoine.
(4) D'après une copie que nous a communiquée M. l'abbé de l'Espine.
DE VÉSONE.
5o
7
époque , et deux ans auparavant on avait reconstruit la porte du Gras
ainsi que celle du Touin. Ces réparations furent faites pendant l'épiscopat
de François de Bourdeilles , et ce fut alors aussi que le sol du pied de la
croix fut baissé (i).
Enfin, la douzième et dernière restauration est de 1760 ou environ :
elle consiste dans la charpente supérieure de l'église et dans le parpaing
qui lui sert de support (2).
Outre ces restaurations et reconstructions principales et essentielles , on
en distingue , tant dans l'intérieur qu'à l'extérieur de l'édifice , un grand
nombre d'autres; et, à ce sujet, nous ferons remarquer,
(1) Le livre jaune des archives de la mairie finit en 1041, et celai qui venait immédiatement après est
perdu depuis la révolution ; il était connu sous le nom de ïivre rouge ou de gros Uvre noir ; et c'est dans
ce registre, vers Tannée i5S3, qu'on lisait ce qui suit : « L'église de sainct Front
estoit descouverte
■< partout , de sorte qu'en peu d'années les voûtes , alireuvées des eaux pluviales , sussent tombées par
« terre ; c'est pourquoy ladicte église fut promptement couverte, etc
et parce que le chœur estoit
« anciennement à main droicte, entre les deux piliers plus proches de l'horloge , et le grand autel avoit esté
« posé vis-à-vis, entre les deux autres piliers qui sont à l'opposite; la grande nef entre deux, qui separoit
« le choeur dudict grand autel , dont les ecclésiastiques recevoient plusieurs incommodités , à cause de la
« grande distance qui estoit entre deux, occupée par ceux qui estoient en ladicte église; par quoy il fut
« advisé de faire autel, et de le bastir à l'entréc de la chapelle des vicaires de sainct Antoine, laquelle es« toit séparée de la dicte église par une grande et espaisse muraille ( cette muraille n'y avait pas toujours
» été), qui seroit abattue, et au lieu d'icelle , on délibéra de faire une voûte qui rendroit le lieu ouvert,
« et seroit qu'il n'y auroit chose qui empêchât la vue dudict grand autel, et ceux qui seroient dans le
chœur; et le lieu auquel estoit ledict chœur ancien, un peu plus élevé que le passage de ladicte nef de
<> l'église, seroit applani à l'egal du bas de la nef, etc
Entre les ruines, en fut faietc une signalée
« du tabernacle , où estoit gardé le chef de sainct Front et plusieurs autres sainctes reliques , lequel estoit
» édifié en rond , couvert d'une voûte faicte en pyramide ; mais tout le dehors estoit entaillé de figures de
« personnes à l'antiquité, et de monstres de betes sauvages de diverses ligures ; de sorte qu'il n'y avoit pierre
« qui ne fut enrichie de quelque taille belle et bien tirée , et plus recommandable pour la façon fort anti« que , enrichie de pierres , de vitres ( de verre ) de diverses couleurs , et de lames de cuivre dorées et email« lées , et tout le circuit environné de barres de fer , sur lesquelles ceux qui se mettoient à genoux pour
« prier Dieu se reposoient. Au lieu de ce tabernable , appelle le sepulchre de sainct Front, on en a faict un
« antre au milieu du chœur , lequel toutefois est grossier et sans ouvrage, etc.
« II y avoit dans ladicte église (de Saint-Front) plusieurs sepulchres de chevaliers, cardinaux et evesques ,
" élevés en pierre , et de tres excellens ouvrages qui furent rompus , de sorte que l'on n'y en voit aucune mar« que ni apparence
Les tapisseries, fort riches et d'antiquité mémorable, furent volées, ainsi que
" les vaisseaux sacrés, d'or et d'argent,
livres couverts d'argent, avec images de la Passion et de la
« saincte Trinité, car n'en laissèrent un seul, ni les quatre croix grandes et riches, etc., etc., etc. »
(2) Avant que l'on blanchit l'intérieur des coupoles, on lisait près de la fenêtre de celle du sud la date
<ìe 176.',, écrite en gros chiffres rouges; c'était sans doute l'époque de cette restauration.
5o8
ANTIQUITÉS
i.° Que les ornemens des fenêtres basses du nord de la branche de lest
paraissent avoir été sculptés vers le i2. e siècle;
2. 0 Que diverses petites réparations ont été faites successivement à l'extérieur du mur du sud de la branche du sud , mais qu'on ne peut en fixer
l'époque ; que , d'ailleurs , comme ce mur est fortement exposé aux intempéries des saisons , et qu'on y avait employé de la pierre de mauvaise qualité, presque toute posée en délit, on a été obligé d'y revenir si souvent
que les assises n'y ont presque plus de régularité ;
3.° Que plusieurs parties des fenêtres hautes ont été refaites à diverses
époques qu'il serait difficile de déterminer ;
4-° Qu'une fenêtre carrée a été ouverte dans le pilier du nord- est de
la branche du nord , et que nécessairement elle l'a été dans les commencemens du iy. e siècle, puisque c'est à cette époque que l'église de SainteAnne a été achevée , et que c'est la construction de cette église qui ôtait
le jour du pilier ;
5. ° Que la tribune de l'orgue a été faite en 1627 , comme le porte la
date qu'on y a gravée , et que les tribunes latérales avaient été élevées
quelques années auparavant , de même que les tambours des portes ;
6. ° Qu'une fenêtre a été ouverte il y a moins d'un siècle à côté de la
porte du Touin , et que celle qui éclaire le pilier du sud-ouest est encore
plus récente dans sa forme actuelle ;
7. 0 Que pendant la révolution deux larges portes ont été ouvertes dans
le gros pilier du nord-est de la branche du nord, et qu'en 1824 elles ont
été réduites à de moindres dimensions ;
8.° Enfin , que l'exhaussement de la chapelle de Saint-Antoine , les marches du sanctuaire et quelques travaux de ce genre ont été faits depuis
une vingtaine d'années ;
Quant aux travaux que l'on a faits dans les parties accessoires de la basilique , nous bornerons nos observations à ce qui suit :
Du clocher. — Le clocher fut brûlé en 11 20; ainsi, sa première restauration ne peut avoir été faite que de l'an 1121 à l'an u3o : ce fut alors
DE VÉSONE.
5og
que l'on changea l'arcacle du bas en simple porte, que l'on rétrécit presque toutes les fenêtres , que l'on refit l'entablement du troisième étage et
tout Textérieur du quatrième, de même que le cinquième étage en entier
et sa calotte. La seconde restauration est celle de l'intérieur, et elle ne
peut guère remonter qu'à l'an 1 1 5o ou environ.
Vers Tannée 1760, ce clocher fut couvert en plomb, comme il Tétait
encore au moment de la révolution; et c'est en 1821 qu'il a été si mal
crépi et si maussadement badigeonné.
Du vestibule ou grand porche. — On a vu que le vestibule ou grand
porche avait été élevé peu. de temps après le clocher , et que nécessairement il avait été détruit lors de Tincendie de ce dernier monument : c'est
donc de Tan 11 20 cpie doit dater sa ruine; on n'en peut douter, puisque
la calotte de ce clocher est tombée , et qu'elle n'a abattu ni les voûtes latérales de la base, ni celles de la basilique actuelle. D'ailleurs la voûte du
vestibule n'a pu s'écrouler autrement , car ses piliers sont massifs , et ils
ne se sónt point forjetés.
Au surplus , ce vestibule ayant été élevé sur Templacement de la vieille
église , la façade de cette vieille église est devenue celle du vestibule , et
elle a été Tobjet de plusieurs restaurations (i), comme dépendante de l'un
ou de l'autre monument : dans le bas , elle paraît appartenir à la fondation
première ; plus haut , et seulement dans le milieu , elle rappelle le faire
du 8. e siècle ; sur les côtés, elle offre un travail plus récent , et en effet
elle doit y avoir éprouvé des changemens lors de la construction des gros
piliers, c'est-à-dire vers les commencemens du iì. c siècle.
On ne peut guère élever de doute sur la première des deux restaurations, si Ton se rappelle ce que nous avons dèjà dit (2), et que Ton fasse
attention ,
i.° Que le mur dont il s'agit a quelques ornemens extérieurs qui ressemblent assez aux décorations des arcades des petits sanctuaires encore
subsistans dans la partie supérieure de la chapelle latérale du nord, et
(1) Voyez pages 416, 420, 423; 442, 447 > 44^, etc.
(2) Voyez pages 447 j 448 , etc.
TOM. II.
65
5io
ANTIQUITÉS
que ces. arcades sont antérieures à la construction des gros murs de la basilique actuelle;
a.° Que ce mur n'a pu être construit pour le vestibule tel qu'il était depuis la fondation de sa coupole , puisqu'il est plus élevé qu'il n'aurait dû
l'être pour ce dernier monument, et que sa partie du milieu monte beaucoup au-dessus des deux autres, ce qui ne peut appartenir qu'à un édifice composé d'une grande nef et de deux bas- côtés.
Ainsi, cette première restauration a été faite pendant que la vieille
église subsistait encore , et elle doit l'avoir été vers la fin du 8. e siècle.
Quant à la seconde , il est évident qu'elle ne peut être postérieure aux
gros piliers, nous l'avons prouvé (i); et comme elle ne peut pas non plus
être antérieure , du moins dans quelques parties , nous devons la rapporter au commencement du n. e siècle, c'est-à-dire au règne de Robertle-Pieux.
La porte que contient le mur de façade a été refaite en arc aigu ; elle
est ornée de colonnilles sur les côtés , et dans son cintre on remarque des
moulures taillées en pointes de diamans. Or, comme les moulures taillées en pointes de diamans ne remontent- guère ici que vers le milieu du
i2. e siècle, et qu'elles finissent avec les commencemens du i3. e , nous
fixerons à Fan 1 2 1 o ou environ la réfection de cette porte , et ce sera la
troisième restauration.
La quatrième consisterait dans la construction d'un comble en bois
qu'on aurait fait après la chute des voûtes. Cette restauration , dont il ne
subsiste plus rien , semble prouvée et par la retraite du gros mur extérieur du clocher, et par les soins que l'on prit d'orner la porte dont nous
venons de parler.
Enfin , la cinquième restauration consiste dans le travail de l'intérieur
de cette même porte (2) , et comme nécessairement elle est postérieure à
la dernière destruction du vestibule, et à l'exhaussement du terrain, elle
ne peut guère remonter plus haut que l'an 1270 ou environ.
(1) Voyez pages 422, 423, etc.
(2) Voyez pages 416 et 417.
DE VÉSONE.
5n
De Vavant-porche , ou du vrai porche de Vouest. — Le vrai porche a
également été restauré , et il l'a été plusieurs fois ; car non-seulement on
remarque sur ses côtés des changemens de construction qui paraissent
remonter à des époques très-reculées , mais sa grande arcade a été refaite
en entier; et si l'on considère la forme et les ornemens de cette arcade,
on est forcé d'en rapporter la reconstruction vers la fin du ia. e siècle.
Du porche du nord. — Le porche du nord a dû être réparé une première fois, lorsqu'on a fait l'entablement de la basilique actuelle : dans
l'une et clans l'autre de ces constructions c'est le même échantillon de
pierres et le même décor; ainsi, cette première restauration remonte au
io. e siècle.
Une seconde a été faite vers les commencemens du i3. e ; du moins la
petite lucarne ménagée clans le parpaing de l'arcade de l'est semble l'annoncer.
Une troisième consiste clans la réfection des voûtes de ce qui subsiste
encore du côté de l'est, et nécessairement celle-ci appartient aux commencemens du i6. e siècle.
De la vieille église. — A propos des restaurations du vestibule, nous
avons parlé de celles de la vieille église ; ainsi , ce monument a été restauré, et non-seulement il l'a été dans sa façade, mais il paraît aussi quelques reconstructions sur les côtés.
De la chapelle latérale du nord. — La chapelle latérale du nord a dû
être refaite vers les commencemens du 6. e siècle, nous l'avons prouvé;
et comme clans un mur du bas on voit quelques parties plus anciennes,
cette construction est une véritable restauration que nous ne pouvons nous
empêcher de reconnaître pour la première.
La seconde comprend la partie du sud de l'étage supérieur : elle doit
remonter au g. e siècle.
De la chapelle latérale du sud. —• On ne voit rien de la première construction de la chapelle latérale du sud. Le premier étage de ce qui subsiste aujourd'hui de cette chapelle peut remonter vers la fin du 6. e siècle , et on peut le considérer comme la première restauration.
5iV
ANTIQUITÉS
La seconde consiste dans les arcades transversales de l'intérieur, et bien
évidemment elle remonte au 7- e siècle.
La troisième se distingue dans le haut du mur de la basilique : elle doit
remonter à la même époque que la seconde restauration de la chapelle latérale du nord.
La quatrième comprend presque tout l'étage supérieur actuel, et elle
e
paraît appartenir au i4- e siècle ou aux commencemens du i5.
De la chapelle du grand porche. ■—■ La petite chapelle qu'on voit encore dans le grand porche a été élevée vers la fin du i5. e siècle : ses ornemens ne permettent point d'en douter.
De la cave de Vangle d'embranchement du' nord- ouest (i). — La cave
qui est dans l'angle d'embranchement du nord-ouest a dû être un caveau
de sépulture : elle a été bâtie en même temps que le mur de l'église ; ainsi
elle doit remonter au y. e siècle.
De la chapelle de Sainte-Anne. — Le plan de la basilique actuelle exigeait, à l'extérieur de la branche du nord , un rond-point pareil à celui de
la branche du sud ; mais nous ne savons pas s'il avait été refait dans le io. e
siècle comme ce dernier : il ne subsiste de vieilles constructions de ce côté ,
que quelques arrachemens de voûte ; nous ne pouvons en rien dire. Ce qu'il
y a de certain, c'est qu'en l'an \§-xl\, soit que ce rond-point tombât en
ruine, ou que, contre la saine raison, on jugeât convenable de lui donner plus d'étendue, un prêtre nommé Pierre Roux, curé de Montagnac,
y fonda une vaste chapelle sous l'invocation de Saint-Jean-Baptiste. Vers
l'an i53o, ce même curé donna tous ses biens pour la continuation de
l'entreprise, et il nomma, à cet effet, pour ses exécuteurs testamentaires,
Hélie de Laurierre , chanoine ; Pierre Gay, greffier au sénéchal ; et Pierre
de Saint-Angel , licencié en droit. L'édifice fut donc continué ; mais en
1 54g , la commune intenta un procès aux architectes , parce qu'elle ne
trouvait pas que les basses voûtes fussent faites avec assez de solidité (2) ;
et alors sans doute on refit une partie du travail , puisque quelques res-
(1) C'est la cave du sieur Conte , ferblantier.
(2) Voyez VEstât de l' Eglise du Perígord, tome 2, page 166.
/
DE VÉSONE.
5i3tes des premières constructions sont encore en saillie sur les constructions
actuelles. Quoi qu'il en soit, lorsque le procès fut terminé, les travaux
furent repris, et ils furent continués jusqu'en 1
, que les protestans
s'emparèrent de la ville du Puy-Saint-Front.
Après la rentrée des catholiques, la nouvelle chapelle fut consacrée à
Sainte-Anne , et les travaux furent repris. Ils furent ensuite encore interrompus faute d'argent; et ce ne fut que vers Tannée i5o,o que les pénitens bleus firent continuer Touvrage à leurs dépens , moyennant la cession
qui leur fut faite de Tédifice pour leurs cérémonies religieuses. Enfin , le
tout fut achevé en 1620 ou environ, et à la fin du 17.° siècle les vicaires perpétuels de la paroisse demandèrent à y célébrer Toffice divin , et
s'en emparèrent.
De la sacristie des chanoines. — La sacristie des chanoines était destinée
aux vicaires de Saint-Antoine ; elle fut construite en même temps que le
rond-point de Test, c'est-à-dire vers Tannée 1 347- L'exhaussement de son
sol, et les autres changemens qu'elle a éprouvés datent de Tannée i 8o/[.
De la sacristie de Vangle d'embranchement du sud-est. — La sacristie
de Tangle d'embranchement du sud-est est entièrement détruite : sa construction pouvait remonter au ií\. e siècle ; nous ne connaissons aucune
de ses restaurations.
De la grande sacristie. —La grande sacristie est dans Tangle d'embranchement du sud-ouest : ses voûtes paraissent remonter au 16. e siècle.
De Vancien monastère et du palais épiscopal. — Vraisemblablement les
ruines de Tancien monastère sont à la place qu'occupaient, vers le sud, les
logemens des prêtres du temple païen ; mais il n'y a plus rien des constructions antiques, à moins qu'on n'en retrouvât des vestiges dans les fondemens. Quoi qu'il en soit , quelques parties basses des murs actuels pourraient avoir été faites sous Tépiscopat de Chronope II , et alors elles remonteraient aux commencemens du 6. e siècle. Le reste de ce qui subsiste
de ces vieux murs paraît appartenir à une époque très- rapprochée de
celle des voûtes de la basilique , et remonte sans doute à Tépiscopat de
Frotaire de Gourdon, c'est-à-dire au io. e siècle. Dans le second étage nous
croyons reconnaître quelques restaurations du i3. e siècle, c'est-à-dire de
celles qui auraient été faites après Tincendie de 1120. Plus haut, ce sont
5í4
ANTIQUITÉS
des constructions de la fin du i5. e siècle, et l'escalier du sud-ouest paraît appartenir à la même époque. Quant aux constructions du palais épiscopal, elles sont toutes modernes, et ont été faites pièce à pièce, sans aucun ordre : la dernière consiste dans la chapelle qu'on a élevée en 1824,
à côté de celle qui y était déjà. Au surplus, le côté de Fouest de toutes
ces constructions a été enterré de 10 ou 12 pieds par l'exhaussement du
sol extérieur; cet exhaussement s'est fait peu à peu, et il n'a guère commencé que dans le i3, e siècle.
Du cloître. —• II paraît que très-anciennement un cloître faisait partie
des bâtimens du monastère. On voit des restes de cette construction du
côté de la grande sacristie ; ils consistent en trois arcades qu'on a murées depuis long-temps; ils paraissent remonter au 10. e siècle (1).
Le cloître actuel a été ensuite élevé sur le même local , et l'on y a
travaillé successivement à diverses époques. Les arcades de la galerie du
nord et celles de la galerie de l'est, remontent évidemment au i2. e siècle.
Les arcades de la galerie du sud paraissent appartenir aux premières années du i3. e siècle, et celles de la galerie de l'ouest ont été faites immédiatement après. Quant aux voûtes , elles ont presque toutes été reconstruites une seconde fois. Celle de la galerie du nord est la plus ancienne :
elle remonte au commencement du i4- e siècle. Celle de la galerie de l'est
a dû être refaite aussitôt après. Au sud et à l'ouest elles peuvent être postérieures d'une cinquantaine d'années. Au surplus , il est essentiel de faire
remarquer que dans l'angle que forment la galerie de l'est et celle du
sud on voit des restes de naissance de cintres qui ne peuvent appartenir
qu'au i2. e siècle.
Tels sont les détails que nous avions à donner sur l'âge des diverses
constructions de notre basilique et de ses dépendances. Des époques sont
connues d'une manière positive , et nous avons pu en fixer quelques autres par le simple examen du travail. La position de certaines constructions relativement à d'autres nous a également servi de guide ; et dans
les parties les plus difficiles à connaître , nous ne pouvions tomber dans
(1) II doit y avoir eu un cloître encore plus ancien, et vraisemblablement il était à l'ouest de la vieille
église : le nom de Clautre ( Claustrum ou Claustra ) que porte la place-, ne semble laisser aucun doute a
cet égard.
DE VÉSONE.
Siô
de graves erreurs. Mais , nous le répétons encore , ce n'était qu'au moyen
d'une étude approfondie , et par des comparaisons et des recherches fastidieuses qu'on devait arriver à ce résultat. Ce n'est point à la hâte qu'on
peut se former une juste opinion sur de pareils monumens : les Mémoires que le savant abbé Lebeuf a fait sur nos antiquités , et particulièrement sur notre église de Saint-Front , en fournissent la preuve la plus
certaine (i).
ARTICLE III. — Destination des diverses parties de la basilique et de. ses
dépendances.
La destination de la basilique actuelle ne saurait être douteuse : il est
évident que cet édifice ne cessa jamais d'être sous l'invocation de SaintFront, et que c'est en l'honneur de ce saint qu'il a été élevé, de même
que la vieille église bâtie par Chronope. Mais quel a été l'objet de toutes
les constructions dépendantes de ces monumens , et sous quelle invocation les diverses parties consacrées au culte y ont-elles été fondées ? Nous
ne nous engageons point à résoudre complètement ces questions ; nous
nous bornerons à quelques observations.
En l'honneur de quelle divinité païenne avait-on érigé le temple qui dut
exister au Puy? Rien ne nous le fait connaître. Sous quelle invocation
ce temple fut-il ensuite consacré au vrai Dieu ? Nous ne le savons point
avec certitude ; mais il est probable que ce fut sous celle de la Vierge
Marie. C'est du moins ce que nous ferait penser le P. Dupuy, lorsqu'il dit,
d'après Guidonis , et en y mêlant ses propres idées , que le corps de SaintFront fut inhumé dans l'oratoire de la Vierge. En effet, il ne paraît point,
et il n'est guère probable que, dans les premiers temps de la chrétienté, on
ait inhumé les morts dans les églises (2); on se bornait à les placer à côté
de ces monumens du culte. Si donc il est question de l'oratoire de la
Vierge dans le texte de. Guidonis , c'est que probablement cet auteur avait
lu, dans quelque vieille chronique, que le corps du saint avait été porté
à l'église de la Vierge, où il avait été inhumé : ce qui ne prouve rien, si
ce n'est que dès lors il y aurait eu au Puy un monument consacré à la
(1) Voyez les Mémoires de V.Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , toni. 23, pag. 201 et suivantes.
(2) C'était inèine expressément défendu. Voyez le Concile de Nantes, tenu vers l'an 660, etc.
X
5i6
ANTIQUITÉS
Vierge Marie ; et c'est cela seul qu'il importait de faire connaître. Au surplus, nous pourrions ajouter que la Vierge fut toujours ici tellement vénérée , qu'avant la révolution elle avait encore sept autels où chapelles
dans la basilique actuelle , et que l'un de ces autels était désigné sous le
nom de Notre-Dame-la-Fieille , ce qui semblerait rappeler une plus ancienne consécration.
Cependant l'évêque Fronto était décédé ; le bruit de sa sainteté se répandait sans doute de toutes parts ; et comme ses miracles faisaient de nombreux prosélytes , on se hâta d'élever un monument sur le lieu de sa sépulture. Déjà ses disciples avaient souffert le martyre ; ils étaient enterrés
au Puy comme leur maître ; comme lui ils opéraient de nombreux miracles , et ils eurent aussi sur leurs tombeaux des espèces de mémoires. Deux
de ces édifices sont encore existans , et l'on reconnaît aisément la place
d'un troisième. Les deux premiers sont les deux chapelles latérales ; l'autre
a été remplacé par la chapelle souterraine de Saint - Séverin et SaintSéverien.
Comment , en effet , lorsqu'on a construit l'église actuelle , se serait-on
décidé à laisser irrégulière sa branche de l'ouest , dans le seul objet de
ménager les deux chapelles latérales , si ces chapelles n'eussent pas renfermé quelques objets particuliers de vénération ? Comment aurait-on pu
se résoudre à élever sur les vieux murs de ces mêmes chapelles les nouvelles constructions , si ces vieux murs n'eussent fait partie d'édifices auxquels se rattachaient de pieux souvenirs ? Pourquoi se serait-on assujetti
à fortifier, par des travaux intérieurs, un de ces petits édifices, lorsque
déjà il tombait en ruine? Pourquoi d'ailleurs ces caveaux de 8 pieds de
long sur 4 pieds de large, sur les côtés d'un de ces monumens? Quel pourrait en être l'usage, si l'on se refusait à y reconnaître des tombeaux? Pourquoi aussi, dans la chapelle du sud, aurait-on peint un personnage sur
son lit de mort , et une espèce d'apothéose ? Pourquoi , enfin , aurait-on
ménagé une chapelle souterraine dans un endroit de l'église où elle n'est
régulièrement placée par rapport à rien? Pourquoi aurait-on affecté de
mettre dans cet endroit les reliques de deux saints, et d'y faire chaque
année une cérémonie religieuse ?
Mais ce n'est pas tout : on sait que Saint-Front et ses disciples , à l'ex^
ceptiòn de Saint-Silain , furent inhumés sur le monticule où notre ba-
DE VÉSONE.
5 I?
silique est élevée maintenant , tous les chroniqueurs en conviennent , et
cependant où placerait-on leurs tombeaux, si l'on se refusait à les reconnaître dans les lieux que nous venons de désigner? Dans quel autre endroit trouve-t-on quelque chose de remarquable qui indique où repose
leur dépouille mortelle ? Nous ne croyons pas que l'on puisse élever le
moindre doute sur nos assertions relativement à l'existence de ces divers
tombeaux ; il ne nous*' reste, plus qu'à faire connaître à quel saint chacun
de ces monumens était destiné.
On n'élèvera sans doute aucune difficulté sur la destination de la chapelle de Saint - Séverin et de Saint - Séverien ; il est évident qu'il y a eu
dans cet endroit une mémoire ou une confession , et on ne peut douter
qu'elle n'ait été construite sur le tombeau des deux saints. Le nom que
porte encore cette chapelle , et la célébration que l'on y faisait de l'office
divin le jour de Saint-Séverin et de Saint -Séverien (i), ne laissent point
d'incertitude à ce sujet. Ainsi, c'est dans ce lieu même qvie les deux personnages ont été inhumés ; leurs noms semblent indiquer qu'ils étaient de
la même famille, et peut-être frères (2).
La chapelle latérale du nord est aussi , comme on a vu , une mémoire.
On ne peut douter de sa destination ; mais quels étaient les saints dont
elle renfermait la dépouille mortelle dans ses deux caveaux? Saint-Front
fut déposé dans un endroit différent, nous le prouverons bientôt; SaintSilain eut une confession particulière , sur remplacement d'un temple où ,
sans doute, il avait établi son oratoire (3). La chapelle latérale du nord
ne peut donc guère avoir été érigée qu'en l'honneur de Saint-Frontaise ;
et comme évidemment il y avait deux tombeaux , c'était sans doute ceux
de Saint-Frontaise, et de Saint-Anian (ou Saint-Aignan ) , que l'on croit
être le successeur immédiat de Saint -Front (4).
Les tombeaux de Saint-Séverin et de Saint-Séverien , de Saint-Frontaise
(1) Le 2 du mois de janvier.
(2) Le cercueil de pierre qui est dans cette chapelle a été ouvert en présence de M. de Mourcin, et on
y a trouvé quelques ossemens de cinq corps diiïérens. D'abord il ne dut y avoir que les reliques de SaintSéverin et de Saint-Séverien ; mais il paraît qu'elles surent dispersées , de même que tontes les autres , cn
15^5, et qu'à la rentrée des catholiques on rassembla dans ce même lieu tout ce que l'on put retrouver.
(3) Voyez la seconde partie de ce cinquième livre.
(4) Comme probablement il ne restait pas de place près de la petite mémoire qu'on avait élevée sxir le tombeau de Saint-Front , on dut inhumer Saint-Aignan à côté de la confession de Saint-Frontaise.
TOM. II.
66
\
5i8
ANTIQUITÉS
et de Saint -Anian, une fois connus, et la chapelle latérale du sud étant
une mémoire , il est évident que ce ne peut être que celle de St.-Front.
C'était , en effet , l'endroit le plus convenable que l'on pût choisir pour
déposer le corps de notre apôtre , puisque d'un côté il touchait au temple
qui venait d'être converti en église chrétienne, et .que de l'autre il était
enfermé par une partie des constructions du logement des prêtres ; et il y
a même cela de remarquable dans cette position , que l'évêque fondateur
de la foi se trouvait à gauche de l'autel, après sa mort, comme il y était
pendant sa vie.
Au reste, les peintures du bas étage de la chapelle actuelle, lesquelles
remontent bien évidemment au i4- e siècle, prouvent que ce lieu était
e
resté long-temps nn objet de vénération; et dans le i7. siècle même on
n'avait point encore oublié que c'était là le premier tombeau de St.-Front.
Le P. Dupuy nous l'apprend d'une manière positive. Voici ce qu'il dit à
ce sujet (i) :
« Revenons à Chronopius, qui, voyant son bastiment de l'église sainct
« Front parachevé, jugea bon de transporter le corps de ce glorieux apostre
« hors la petite chapelle qui avoit esté commencée par luy durant son vi« vant, du costé que nous voyons aujourd'huy le grand degré, prés l'autel
« dédié à saincte Catherine. II fit colloquer ceste précieuse relique au nii« lieu de la nef qui nous reste encore de ce second édifice du costé du
« cloistre , diffèrent en fabrique du troisiesme bastiment qui sera fait par
« Froterius. »
Quelques erreurs se sont glissées dans ce texte. 11 nous paraît bien évident que la chapelle dont il s'agit n'avait pas été commencée du vivant
de Saint-Front , et il est certain que Frotaire de Gourdon n'a pu être le
fondateur de la basilique , qu'il n'en a été au contraire que le restaurateur
ou le continuateur ; mais le P. Dupuy nous fait connaître d'une manière
positive, soit d'après ce qu'il a entendu dire, soit d'après l'ancien bréviaire du Périgord , qu'il cite à l'appui de son récit ,
i.° Que le corps de Saint -Front fut ôté de son tombeau primitif, au
r
(i) Voyez ï'Estat de VEglise du Perígord, tom. i.'' , pag. tíS'.
DE VÉSONE.
5 Ig
e
commencement du 6. siècle, et qu'il fut transporté au centre de la nef
principale de la vieille église , c'est-à-dire vers le milieu de remplacement
qu'occupe le clocher ;
2. 0 Que la chapelle d'où .ce corps-saint fut tiré était au sud du gros pilier du sud-ouest de la branche de l'ouest de l'église actuelle , puisqu'elle
se trouvait du côté du grand degré, c'est-à-dire du côté du degré qui
communique à l'évêché, et vers l'autel de Sainte-Catherine, qui, comme
on sait, était encore naguère contre le gros pilier du sud-ouest du centre
de la croix ;
3.° Enfin, que dans le temps du P. Dupuy on connaissait encore les
restes de la vieille église , qu'on a ensuite entièrement oubliés (i).
Au surplus, il est probable que, clans ce même temps du P. Dupuy, les
légendes qui se trouvent sur les peintures de la chapelle du sud n'étaient
point encore effacées et qu'on pouvait y lire le nom de Saint-Front.
Enfin, s'il fallait d'autres preuves , nous ajouterions que Pierre de Mimet,
nommé évêque de Périgueux en 1169, et décédé en 1-182, fit rechercher
les corps de plusieurs de ses prédécesseurs , qu'il les déposa clans des
cercueils cle pierre, placés les uns à côté des autres, près de l'autel de
Sainte-Catherine, qu'il avait dédié et consacré dans cet objet, et qu'il fit
ensuite peindre sur le mur les portraits de ces évêques avec leur nom
au bas.
Pourquoi , en effet , Mimet eût-il choisi cette partie de la basilique pour
y déposer tous les évêques , si Saint-Front n'y eût pas été enterré ? Sans
les pieux souvenirs qui se rattachaient à cet endroit, n'eût-il pas été préférable de les mettre dans la branche de l'est ou dans un des ronds-points?
Les dépouilles mortelles de ces pieux personnages n'y eussent-elles pas été
plus convenablement placées que partout ailleurs ? leurs images n'eussentelles pas été plus en vue que dans le pied de la croix ? Oui , sans doute ;
mais, dans l'intention où était Mimet de rassembler les corps de tous ses
prédécesseurs , il ne pouvait mieux faire que de les déposer à côté de l'an-
(r) Avant les recherches de M. de Mourcin, personne ne se doutait plus cra'il subsistât queloue chose de
l' église de Chronope.
Ô20
ANTIQUITÉS
cien sépulcre de notre apôtre (i). Voici comment le P. Dupuy s'exprime
à ce sujet (2) :
« H ne faut obmettre le soing pastoral qu'eut nostre evesque de r'assem« bler tous les ossemens des evesques , ses prédécesseurs , ensevelis dans
« l'église sainct Front, lesquels il transporta avec grande solemnité dans
« des cercueils de pierre qu'il fit poser autour de la chapelle qu'il dédia
« et consacra à saincte Catherine, faisant peindre au dessus leurs effigies,
« qui commençoient depuis Bertrandus , jusques à Gaufridus de Cauzê
« ( Geoffroi de Cauze ) , avec les inscriptions de leurs noms. »
A l'article Bertrandus , le P. Dupuy s'exprime encore en ces termes (3) :
« Cependant je rencontre dans un manuscrit faict l'an iB^o , que du
« temps de celuy qui l'escrit on voyoit dans l'église collégiale de sainct
« Front , du costé de l'autel dédié à saincte Catherine , contre la muraille ,
« plusieurs evesques du Perigord, représentez en peincture, et que imme« diatement devant Froterius il y avoit la représentation de quatre eves« ques : le premier portoit escrit Bertrandus , le second Bajmundus, il
« n'avoit peu lire le nom des autres deux. Voicy (ajoute le P. Dupuy), les
« mots du petit manuscrit, faict, à ce que je crois, par feu M. r De Jean,
« conseiller, qui dés son vivant a esté loué par les autheurs comme re« cogneu trés docte és langues hébraïque et grecque, etc. : Prœdictorum
« episcoporum imagines depictœ erant propè altare divœ Catharinœ , et
« prœter eos, quatuor antiquorum quorum primas erat Bertrandus , secun« dus Rajmundus , tertii et quarti nomma legere non potui ; quintus Fro« terius (4) »•
Mais , ce n'est pas tout : on lit dans la chronique de Geoffroi , prieur de
Vigeois, qui écrivait en 11 84, et qui,, par conséquent, était contemporain de Mimet : « Sabbato sequenti ( 3 mars 1173), Petrus episcopus Pe« tragoricâ in urbe ordines fecit. Intérim , prœsente electo archiepiscopo
a Burdegalensi, corpora prœsulum de capitulo effodiuntur, dieque sequenti
(1) Un seul mur les en séparait.
(2) Voyez VEstat de l'Eglise du Perigord, tom. 2 , pag. 63.
v
(3) Voyez VEstat de VEglise du Perigord, tom. i. er , pag. i5g.
(4) On voit encore sur le vieux mur quelques parties de l 'enduit qu'il avait salin faire pour pouvoir y
peindre les portraits de ces évêques.
DE VÉSONE.
5 aï
« ante altare Sancti Bartholomeì, singuli in loculis novem, honore condigno
« in basilicâ Sancti Frontonis reconduntur (i) ».
Or , de la combinaison de ces divers textes il résulte bien évidemment ,
i.° Que Mimet fit déposer les corps des évêques contre le mur du sud
de la branche de l'ouest de la basilique actuelle ;
0
2.
Que ceux qu'il put retrouver étaient au nombre de neuf;
3.° Que ces corps furent placés chacun dans un tombeau particulier;
4-° Que ces mêmes corps étaient inhumés auparavant clans le Chapitre
( in capitulo ) , c'est-à-dire dans le lieu où les chanoines tenaient leurs assemblées ;
5. ° Que l'autel que Mimet consacra à Sainte-Catherine était dédié auparavant à Saint-Barthélemy ;
6. ° Que le P. Dupuy ne devait pas dire autour de la chapelle , mais
près de l'autel , propè altare , parce que sans doute les cercueils de pierre
furent disposés en rang contre le mur, puisque les noms des évêques et
leurs portraits devaient être au-dessus ;
0
7. Enfin, que les auteurs du Gallia Christiana sont tombés dans une
grave erreur, lorsqu'ils ont prétendu que les corps des évêques avaient
été transportés dans l'église cathédrale de la Cité , où ils avaient été mis
dans un seul cercueil.
Et de tout cela il faudra encore conclure que la chapelle latérale du
sud est bien l'ancien tombeau de Saint-Front.
Nous ne savons pas si le rond-point de la branche de l'est fut consacré
d'abord à quelque Saint en particulier ; mais nous croyons que 'c'est cette
abside qu'Emma, mère de l'évêque Martin Boson, successeur de Frotaire,
reconstruisit ou acheva vers la fin du io. e siècle, et mit sous l'invocation
de Saint-André. Ainsi, ce serait là qu'aurait été la chapelle de Saint-André
dont parle le P. Dupuy et d'autres auteurs. Cette chapelle est devenue
celle de Saint-Antoine , lorsque le cardinal de Périgord l'a eue reconstruite
(r) Voyez Labbe, tom. 2, pag. 3ig. {Ex Chron. Gaufridi , prioris Vosiensis).
522
ANTIQUITÉS
e
dans le i4- siècle, et depuis i8o4 elle n'a plus servi que d'arrière-chœur
à la basilique (i).
Ce qui nous fait penser que c'est bien la chapelle construite anciennement par Emma, c'est que l'autel de Saint-André y est toujours resté, et
que d'ailleurs il était assez naturel que le cardinal de Périgord fit reconstruire un monument fondé par ses ancêtres , et en disposât à son gré.
Le rond-point de la branche du sud paraît aussi avoir été reconstruit
dans le io. e siècle, et nous devons dire de même de cette seconde abside,
que nous ne savons rien de bien certain sur sa destination première. Depuis long-temps elle est sous l'invocation de Saint-Jean-Baptiste ; peut-être
cependant était-elle d'abord sous celle de Sainte-Anne : ce qui nous le ferait
soupçonner , c'est qu'il y a toujours eu dans notre basilique un autel dédié
à Sainte-Anne, qu'en i538 cet autel était dans une chapelle, qu'il y était
aussi en I 58 I , et que la grande chapelle de la branche du nord n'avait
point encore alors une pareille destination. D'ailleurs, s'il est vrai que
St.-Front ait mis le temple antique sous l'invocation de la Vierge Marie,
Sainte-Anne devait y être l'objet d'une dévotion particulière.
Voici comment s'explique le P. Dupuy (2), à propos de la reprise de la
ville sur les protestans, en I 58 I , et en parlant du P. François Bord qui,
peu de temps après , fut mis à la tête de notre collège des Jésuites : « Et
« souvent les met à non plus (les ministres protestans) dans quelques conce ferences, s'hazardant à souffrir patiemment plusieurs insolences, mes« mes en chaire , dans la chapelle saincte Anne , qui seule estoit permise
« aux catholiques , le restant des églises servant d'escueries , d'arcenal , de
« corps de garde, de tripots, et autres prophanations , etc. »
Or, dans quel endroit de St.-Front pouvait être cette chapelle de SainteAnne , si ce n'est, dans le rond-point de la branche du sud ? Ce n'était point
près d'un simple autel que le P. Bord prêchait : c'était dans une chapelle,
(t) Les douzes chapelles que le cardinal de Périgord fonda dans ce rond-point étaient :
0
i.° Celle de la Vierge ;
5.° Celle de St.-Jacques ;
9. Celle de St.-Martial ;
0
2. Celle de St. -Jean-Baptiste ;
6." Celle de St.-Pierre-ès-I.iens ; 10. 0 Celle de St.-Euparche ;
3.° Celle de St.-Michel ;
7.° Celle de St.-Etienne ;
n.° Celle de Ste.-Magdeleinc ;
4. 0 Celle de St.-Jean l'évangéliste ; 8." Celle de St.-Front ;
12.° Celle de Ste.-Marthe.
lit il y avait en outre, dans ce même rond-point , les anciennes vicairies de Saint- André, du Saint-Esprit,
de Saint-Nicolas , de Sainte-Barbe , etc.
(2) Vovez VEstat de l'Egììse du Périgord , tom. 2 , pag. 210.
DE VÉSONE.
52 3
et cette chapelle pouvait en quelque sorte être isolée du reste de l'église :
elle avait même une chaire particulière (i). II est donc bien évident que ce
ne pouvait être que dans la chapelle actuelle de St.-Jean, puisqu'au moyen
d'une espèce de cloison on pouvait séparer cette même chapelle et toute
la branche du sud du reste du monument, et entrer par la porte du Touin ,
ce qui était impossible ailleurs, puisque le rond-point de la branche du
nord était détruit depuis 1 524 , et que la grande chapelle qui devait le
remplacer n'était point encore achevée.
Quant à ce dernier rond-point, nous ne pouvons non plus rien dire de
certain sur sa destination ; peut-être était-il spécialement consacré à NotreDame ou à Sainte-Marthe. Quoi qu'il en soit, il avait sans doute été détruit ou il était tombé de vétusté, puisqu'en 1024 on fonda à sa place une
vaste chapelle sous l'invocation de Saint-Jean-Baptiste. Après que les catholiques eurent repris leur ville sur les protestans , comme une colombe
avait paru annoncer cet évènement en voltigeant autour de l'autel de SainteAnne pendant qu'on y célébrait la messe, la nouvelle chapelle fut continuée sous l'invocation de Sainte-Anne , et ce fut sans doute alors que la
vieille chapelle de cette sainte fut mise sous l'invocation de Saint-JeanBaptiste. Plus tard , les vicaires de Saint-Front s'emparèrent du nouvel édifice et en firent une église paroissiale.
Nous n'entrerons point dans le détail de tout ce que contenait le corps
de l'église , en autels et en chapellenies. Avant la révolution , il n'y avait
pas un recoin, pas un pilier qui ne fût consacré à un saint particulier.
Maintenant , comme il n'y a plus de prêtres attachés à chacune de ces
chapelles, on en a presque entièrement perdu le souvenir; on a même
changé de place la plupart des autels , ce qui fait une véritable confusion.
Si nous nous sommes attachés à faire connaître la destination des principales parties du monument , c'est parce que nous lavons cru indispensable pour son histoire ; nous devons même faire remarquer que toutes ces
principales parties étaient consacrées à des saints de la primitive église ,
ce qui prouverait encore , s'il en était besoin , que la foi remonte en Périgord à une haute ancienneté.
(1) Elle en a même encore une, et, avant la révolution, les tribunes des maire et consuls et des autres
autorités étaient disposées vis-à-vis de la place cju'elle occupe.
524
ANTIQUITÉS
Au surplus, nous ne terminerons point cet article sans faire une dernière remarque : c'est que le vestibule ayant été divisé par deux parpaings en trois galeries parallèles (i), une au centre, et deux sur les côtés , ces dernières devaient être à l'usage des pénitens , lorsqu'ils avaient
franchi le premier porche ; c'était là sans doute que , conformément aux
anciens rites , on entendait les confessions ; c'était là , vraisemblablement
que les fonts baptismaux étaient placés. Dans le dernier chapitre, nous
aurons occasion de prouver combien était sage une pareille disposition.
CHAPITRE XI.
De la construction de la basilique actuelle ; de son premier plan
et de son second; de l effet des changemens et restaurations
dont ce monument a été Vobjet,
■
ID99IÎT-
ON a vu que l'église actuelle de Saint-Front, commencée dans le 7. e siècle, avait été rajustée à des édifices plus anciens, et que de là était provenue une certaine irrégularité , surtout clans sa branche de l'ouest. Nous
avons fait remarquer que cette basilique offrait à l'examen diverses constructions ; qu'on en avait souvent repris et abandonné les travaux ; qu'il
s'y était opéré des changemens successifs, et que, presque partout, les
murs et les piliers contenaient deux parties distinctes : l'intérieur de la
masse, et les paremens, qui se composent de grosses pierres de taille placées en délit. Nous allons revenir sur ces matières., en commençant par
le maçonnage ou la construction proprement dite.
A
RTICLE I. ER — Du maçonnage de la basilique , ou de sa construction
propj'ement dite.
La durée d'un édifice tient non-seulement à la sagesse du plan , mais
encore aux matériaux qu'on a employés et à la manière dont ,on a appa(i) Voyez page 424.
DE VÉSONE.
5^5
reillé et mis en place ces matériaux. Sous le premier rapport, notre basilique laisse peu de chose a désirer ; sous le second , elle nous rappelle
toute l'incurie des siècles barbares.
Le plan fut, en effet, conçu avec sagesse : les voûtes ne sont point trop
larges pour leur hauteur ; les murs ainsi que les gros piliers ont assez d'épaisseur , et tout serait encore dans un équilibre parfait , si la construction
avait été faite avec soin ; mais c'est là qu'il y a des fautes de toute espèce.
On doit remarquer surtout,
Que presque tout le bas des murs est composé de moellons entièrement bruts et sans ordre;
if°
a.° Que souvent ces moellons ne se touchent point, et que, quoique
placés à bain de mortier, ils laissent entre eux des intervalles vides, ce
qui annonce la plus grande négligence de la part des constructeurs ;
3.° Que les gros quartiers de pierre des assises sont presque tous posés
en délit ; que l'intérieur est un blocage grossier ; que ce blocage a peu de
liaison avec les quartiers de l'extérieur, et qu'il n'a point été battu conformément à l'ancien usage ;
4-° Que ces gros quartiers sont mal appareillés dans leurs lits , qu'ils
sont posés avec peu de soin et mal taillés à leur parement ;
5. ° Que la pierre de certaines parties a été mal choisie , qu'il y en a
même de bleue qui , comme on sait , est toujours ici salpétrée et fort sujette à s'écailler ou à s'égrener ;
6. ° Que presque nulle part on n'a laissé aucun fruit dans le bas des
murs, et qu'on n'a pas toujours eu soin de fortifier le bas des angles
saillans par de petits contreforts extérieurs, même dans les parties du sol
les plus déclives ;
0
7. Que les piliers ont trop de vide , surtout dans leur partie supérieure ;
8.° Que les pierres des grands arcs et des voûtes sont de toutes grandeurs et qu'elles se trouvent mal ajustées entre elles ;
0
9. Que lorsqu'on a ajouté íes gros piliers du nord et du sud, on les a
élevés jusqu'à une certaine hauteur sans liaison avec le gros mur ;
io.° Enfin, que dans quelques endroits on a fait porter les constructions
de la nouvelle basilique sur de mauvaises constructions antérieures.
TOM. II.
67
526
ANTIQUITÉS
Que l'on ne s'étonne donc point que , même avant la fin de l'ouvrage ,
des murs se soient forjetés, qu'ils soient devenus gauches, et que dès lors
ou depuis on ait été obligé non- seulement de les armer de gros contreforts , mais encore d'en reprendre certaines parties en sous-œuvre : c'était
l'effet naturel des vices que nous venons d'indiquer, et peut-être de quelques autres.
ARTICLE II. —■ Du premier plan de la basilique actuelle.
Nous avons prouvé que les gros piliers des angles saillans de notre basilique avaient été ajoutés au plan primitif (i); et, en effet, leur défaut de
liaison avec le bas des murs ne laisse aucun doute à cet égard. Ainsi , il
est bien évident qu'il ne devait y avoir qu'une coupole au centre de l'édifice , ce qui était une espèce d'imitation de l'église de Sainte-Sophie de
Constantinople. Des colonnes auraient été sans doute disposées en deux
rangs dans les quatre branches de la croix ; elles auraient avancé jusqu'à
la ligne de face des gros piliers , et il en serait résulté une nef principale,
et deux bas-côtés pour chaque branche. Peut-être aussi , au lieu de colonnes , aurait-on employé des arcades avec leurs pieds-droits ornés de pilastres , comme dans la vieille église bâtie par Chronope. Au surplus , chacune des trois galeries eût été recouverte d'un lambris ou d'une voûte , et
dans les deux qui auraient formé les bas-côtés , de même que vers les portes d'entrée, on aurait ménagé des tribunes ou travées.
Les quatre piliers du centre auraient été percés d'arcades beaucoup plus
larges et mieux proportionnées que celles qu'on y voit maintenant (2) ;
dans chaque mur latéral il y aurait eu en bas cinq ouvertures réelles
ou feintés , et il y en aurait eu autant au-dessus des travées ; le mur de
face du nord et celui du sud se seraient terminés au dehors par un large
fronton; trois ronds-points auraient été ajoutés à l'ensemble , comme ils
l'ont été en effet ; la coupole se serait élevée seule au-dessus de la masse
des constructions , et le tout eût produit un imposant aspect.
(1) Voyez pages 323, 326, etc., etc.
(2) Ces arcades des piliers du centre eurent d'abord la même largeur cjue celles des autres piliers, et elles
n'ont été étrécies que lorsqu'on y a fait une reprise en sous-œuvre.
DE VÉSONE.
5 2y
ARTICLE III. — Du second plan de la basilique actuelle ; de Veffet des changemens et restaurations dont cette basilique a été Vobjet.
Cependant, à peine les travaux de la nouvelle basilique étaient élevés à
une certaine hauteur , qu'ils furent abandonnés ; et ce fut lorsqu'on se remit à l'ouvrage que le premier plan fut changé. On n'en peut douter ,
puisque la seconde construction' se lie avec les gros piliers , que par conséquent ces gros piliers ont été élevés à la même époque , et que dès lors
nécessairement on avait en vue de surmonter l'édifice de cinq coupoles.
Cette nouvelle disposition changeait en partie l'extérieur de l'édifice ,
elle modifiait l'intérieur et exigeait un comble tout différent ; mais on
pouvait en tirer un assez bon parti , et c'est ce qu'on n'a pas su faire :
le temps de la bonne architecture était passé , et l'on en perdait de plus
en plus le souvenir. Les grands frontons du premier projet furent transformés en petits frontons mesquins et trop élevés ; les cinq fenêtres hautes
de chaque côté furent remplacées par trois ouvertures inégales ; les bascôtés intérieurs ne furent plus séparés des principales nefs , et les travées
disparurent pour faire place à de petites galeries du plus mauvais goût.
Cinq coupoles , de hauteur presque égale , formèrent le comble du monument; un clocher fut ajouté à l'extrémité de l'ouest , il occupa une
partie de remplacement de la vieille église ; le reste de cette vieille église
servit de vestibule ; en avant se trouvait le vieux porche , il fut conservé
et restauré.
Ce second plan exigea de nouvelles constructions : les murs du pourtour ne se trouvèrent plus assez forts pour contre -buter les gros piliers;
ils se forjetèrent dans plusieurs endroits ; il fallut en reprendre en sousœuvre quelques parties (i), et ajouter des contreforts à l'extérieur.
II fallut aussi reprendre en sous-œuvre un des gros piliers qu'on avait
ajoutés à la branche de l'est, ainsi que ceux du centre, et malheureusement presque toutes ces opérations se ressentent des temps où elles furent faites ; car en songeant à prévenir la ruine de l'édifice , on ne prit
aucune précaution pour ne le point défigurer ; et, en effet, on donna plus
de largeur aux piliers repris en sous-œuvre ; on fit leurs arcades plus étroi-
(i) Voyez pages 3i3, 33g, 340 ; 332, etc.
5a8
ANTIQUITÉS
tes; on ne suivit même aucune méthode, soit dans Fensemble de cette
reconstruction , soit dans la pause des pierres , et par ce moyen tout l'intérieur de l'édifice devint irrégulier.
Les reconstructions du rond-point de la branche de l'est et de celui de
la branche du sud ont également contribué à modifier l'ancien plan , tant
dans l'intérieur qu'au dehors ; et lorsqu'on a remplacé le rond-point de la
branche du nord par une vaste église , on a fini de tout bouleverser.
Nous ne nous arrêterons ni sur la mesquine réfection des portes du Gras
et du Touin , ni sur le changement de l'arcade d'entrée de l'ouest en simple porte , ni sur l'ouverture de certaines baies dans les endroits où il ne
devait point y en avoir , ni sur la construction des tribunes de l'ouest ;
tous ces travaux sont du plus mauvais goût , et ils n'ont aucune espèce
de rapport avec Fensemble de l'édifice. En un mot , chaque siècle a produit, dans notre cathédrale, quelque chose de barbare.; et pour ne revenir
que sur ce qui a été fait de bizarre depuis une centaine d'années , nous
nous bornerons à citer ,
i.° La fenêtre qu'on a ouverte à côté de la porte du Touin, et près
du gros pilier du sud-est ;
i.° Le changement qu'on a fait, dans la même branche, à la fenêtre
du gros pilier du sud-ouest , en transformant son plein cintre en anse de
panier ;
3.° La porte carrée qu'on a ouverte pour communiquer de l'église dans
la sacristie de MM. les chanoines ;
4-° Le ridicule petit escalier qu'on a placé au-dessus , et le changement
de l'arcade qui était à ce niveau en porte carrée et à chambranle (i) ;
5. ° Les petites lucarnes qu'on vient d'ouvrir sur la toiture , et qui contribuent si bien à donner un air de galetas au comble de l'édifice ;
6. ° Enfin , les deux ouvertures en arc bombé qu'on a laissées dans le gros
pilier du nord-est de la branche du nord. Ces deux ouvertures sont même
d'autant plus déplacées , qu'on les a formées en saillie irréguliere vers l'in-
(i) Nous ne concevons pas pourquoi l'on a mieux aimé construire un escalier bizarre dans l'inlérieur de l'église , que de se servir de celui qui est à côté de la sacristie.
DE VÉSONE.
5 2g
térieur du pilier , et qu'elles nuisent à la solidité du monument. Quand
donc se donnera- 1- on la peine de consulter le plan et la disposition d'un
édifice , avant d'y porter une main barbare !
Nous devons ajouter qu'il est difficile de concevoir pourquoi on s'est déterminé à construire une nouvelle chapelle de Févêché , lorsqu'on pouvait
rendre Fancienne infiniment plus belle et plus agréable. On ignorait alors,
il est vrai , que cette dernière faisait partie d'un ancien édifice élevé sur le
tombeau de Saint-Front ; mais outre le grave inconvénient d'abandonner
à jamais le premier monument consacré à notre apôtre, on aurait dû éviter celui de détruire Fensemble d'un appartement complet , et de se priver
d'une salle qui devenait essentielle dans le temps des ordinations.
Nous ne parlerons point du badigeonnage du clocher et d'une partie de
l'église; le temps commence à en faire justice : les croix, les guirlandes,
les pots de fleurs , etc. , auront disparu dans quelques années ; et nous espérons qu'à l'avenir nos compatriotes seront convaincus que jamais on
ne doit toucher avec le pinceau à l'extérieur des monumens. Veillons à la
conservation de ces monumens , prévenons leur ruine par des réparations
convenables , mais respectons les teintes que le temps y a imprimées.
CHAPITRE XII.
Des restaurations à faire à la basilique et à ses dépendances
d un projet d'embellissement.
ÍNlous avons décrit la basilique et ses dépendances; nous avons fait re-
marquer les nombreux changemens que ces édifices ont éprouvés, et on
a vu qu'il s'y trouvait des constructions de presque tous les âges ; qu'il
paraissait y avoir eu d'abord au Puy-Saint-Front un temple païen ; que
ce temple pouvait remonter au 2. e siècle, et que tout annonçait que plus
tard il avait été consacré à la Vierge ; que les chapelles latérales avaient
été ensuite élevées , que c'était des espèces de mémoires ou confessions ,
que ces petits édifices laissaient voir encore des constructions du 5. e siè-
55o
ANTIQUITÉS
e
cle , que vraisemblablement ils' avaient été refaits dans le 6. siècle , et
e
qu'on les avait restaurés clans le 8. e siècle ou dans le o,. ; que la vieille
église était de l'an 5oo ou environ , qu'elle avait été restaurée dans le 8.''
siècle ; que le vieux porche paraissait avoir été bâti en même temps que
cette vieille église ; que la basilique actuelle avait dû être commencée dans
e
e
le 7- e siècle, et qu'on en avait continué les travaux dans les 8. , g. et lof
siècles.
Nous avons prouvé que dans la construction de cette dernière église on
n'avait pas toujours suivi le même plan, et que, soit avant que l'édifice
fût achevé, soit après, on avait été obligé d'y faire de nombreuses réparations ; que même on avait repris en sous- oeuvre quelques parties des
murs du pourtour et des gros piliers ; que le rond-point de la branche de
l'est avait été refait une première fois vers la fin du io. e siècle, et une
seconde fois en 1 347 ou environ ; que son arcade cle communication avec
l'église avait été reconstruite en j 583 ; que le rond-point de la branche
du sud paraissait aussi avoir été refait dans le io. e siècle; que celui de la
branche du nord avait été remplacé par une vaste chapelle , fondée en
e
i524, et achevée dans les commencemens du i7. siècle.
Nous avons parlé des réparations faites à cette même église dans les
temps modernes, et nous avons fait voir que jamais elles ne furent dirigées suivant les règles cle la raison et du goíit.
Nous avons prouvé que le clocher n'avait pu être construit que clans
le io. e siècle, qu'il avait été brûlé en 11 20, et qu'immédiatement après
il avait été l'objet de deux restaurations, dont la dernière pouvait remonter à 1160 ou environ.
Nous avons également prouvé que le vestibule ou grand porche avait
été élevé sur l'emplacement de la vieille église après qu'on eut achevé le
clocher; que ce vestibule avait été détruit en n 20 ; qu'il avait été refait
et recouvert d'un lambris ; qu'il paraissait avoir été brûlé une seconde
fois, et cpie depuis ce second évènement, arrivé vers les commencemens"
du i3. e siècle, il avait été abandonné.
Nous avons parlé des nombreuses constructions qui .entourent l'église
cle toutes parts , et surtout des anciens bâtimens du monastère ; nous
avons indiqué , autant qu'il était possible , les époques cle leur fondation
DE
VÉSONE.
53i
et de leurs restaurations , et nous avons tâché de découvrir les anciens
tombeaux des saints.
Enfin , nous avons fait remarquer que la longueur du monument , prise
hors d' œuvre et y compris le vestibule et le porche , étant de 372 pieds,
et sa largeur étant de plus de 180 pieds, non compris les porches latéraux , il existait peu d'églises construites sur de semblables dimensions ;
que , par conséquent , notre basilique était sous tous les rapports un des
édifices les plus importans et les plus curieux de la chrétienté : il ne nous
reste plus qu'à indiquer les moyens de la restaurer.
ARTICLE i.
er
— Des réparations urgentes de la basilique et du clocher.
Toutes les personnes que leur goût attache aux monumens du moyen
âge, et surtout à ceux qui réunissent à un aspect imposant l'avantage des
rapprochemens historiques , doivent désirer la conservation de notre basilique. Une restauration générale serait un service rendu aux arts, et à
une ville qui , ayant perdu sa splendeur , sa prépondérance et toutes ses
anciennes prérogatives, trouverait dans cette sollicitude d'un gouvernement réparateur, un motif de consolation de ses pertes, et de reconnaissance pour les soins paternels du Roi. Espérons qu'un jour viendra où
ce monarque daignera jeter un regard favorable sur notre métropole , et
jugera que la restauration complète d'un édifice aussi important sous
tous les rapports que la cathédrale de Saint-Front , est une dette sacrée
pour l'État.
II devient d'autant plus nécessaire de s'en occuper , qu'avant peu il ne
sera peut- être plus temps ; car les causes de destruction se multiplient
sans cesse, et doivent chaque jour nous effrayer davantage. II est même
des réparations qu'on ne devrait pas du tout retarder ; nous allons les
indiquer; mais nous devons dire, avant tout, cpi'on ne doit point perdre
de vue ce principe : Qu'il ne faut jamais faire la moindre réparation à
un édifice , sans en avoir étudié avec soin le plan et la structure , et sans
s'être bien fixé sur ce que la raison et le bon goût peuvent autoriser.
La coupole du Touin et celle du Gras sont les parties du monument qui
doivent donner le plus d'inquiétude , et si l'on ne se hâte d'arrêter les progrès du mal , la dernière surtout menace d'une ruine que nous ne croyons
53a
ANTIQUITÉS
pas pouvoir être éloignée (1). Nous avons indiqué les crevasses de cette
coupole , celles des grands arcs qui lui servent de base , et celles des gros
piliers. Nous avons dit que ces mêmes gros piliers se forjetaient, et que
le mur de façade était en surplomb de plusieurs pouces. Nous devons
ajouter ici que cette dégradation se fait sentir de plus en plus; que le
plâtre dont on avait enduit, il y a trois ou quatre ans, l'arête d'un des
grands arcs , est déjà tout crevassé , et que le pilier du nord-est se décoiffe chaque jour davantage (2).
Les piliers de la coupole du Touin sont un peu moins lézardés que les
deux autres, mais ils se sont encore plus forjetés, et le mur de façade
de ce côté surplombe de plus de 10 pouces. Ainsi, ces deux parties de
l'église méritent également la plus grande attention ; mais c'est par le côté
du Gras qu'il faudrait commencer.
Le mal étant du même genre des deux côtés , le remède pourrait être
à peu près le même , et par ce moyen on conserverait à l'édifice sa régularité. L'ancien porche du nord nous indique ce qu'il y aurait à faire
à ce sujet.
En effet, cet ancien porche se terminait à chacune de ses extrémités
par un mur d'une extrême épaisseur , et il est évident que ce mur servait d'arc-boutant à celui de l'église et aux gros piliers. II faudrait donc
rétablir le porche du nord avec quelques modifications , et en faire un
pareil au sud. On prendrait quelques autres précautions pour l'intérieur
de l'église.
Nous allons dire d'abord tout ce que nous croyons nécessaire pour la
coupole du nord, ensuite nous en viendrons à celle du sud.
Pour conserver la coupole du nord, et ne point défigurer l'édifice, il
faudrait ,
1 .° Abattre les maisons qui sont de ce côté ;
(1) On vient de murer les arcades du pilier du nord-est ; mais cette opération, qui contribue beaucoup
à défigurer l'édiíice , n'est qu'un faible moyen pour remédier au mal.
(2) Par cette expression se décoiffer ou se découronner nous entendons exprimer cette sorte de travail
au moyen duquel un pilier, poussé par la voûte qu'il soutient, tend à se briser horizontalement ou obliquement, et de manière que sa partie supérieure se détache de celle du bas, et semble glisser vers l'extérieur.
DE VÉSONE.
533
i.° Refaire l'extrémité des deux gros murs de l'ancien porche, la fonder solidement, et lui donner vers le nord un fruit de 8 ou io pieds, jusqu'au niveau du pavé de la rue ;
3.° Lorsque les deux murs seraient élevés à la hauteur de cet ancien porche, on les réduirait à 10 ou 12 pieds de large, et on les continuerait en
talus jusqu'à 3o pieds au-dessus du pavé de l'église; on aurait soin de les
lier convenablement avec le gros mur ;
4-° On bâtirait de chaque côté cle la porte de l'église , et à la distance de trois pieds de cette porte, deux nouveaux murs semblables aux
premiers ; seulement ils ne s'élèveraient guère qu'à la hauteur de l'ensemble des constructions, et l'arcade dont ils seraient percés aurait 12 pieds
de largeur;
5. ° Les quatre murs seraient liés ensemble par un mur de façade percé
cle cinq arcades comme il l'était , et une toiture en dalles couvrirait le
nouveau portique ;
6. ° On fermerait toutes les nouvelles ouvertures du pilier du nordest, tant celles du bas, que celle qui se trouve à une certaine hauteur,
et l'on en ouvrirait une des anciennes , de même que les deux grandes arcades de l'intérieur ;
0
7. II faudrait relier chacun des deux gros piliers par quelques petits
tirans de fer que l'on placerait sur le sol de l'étage supérieur, et mettre
par -dessus deux ou trois pieds d'épaisseur d'une bonne maçonnerie de
briques, pour que ces piliers ne pussent plus se décoiffer;
8.° Enfin , on relierait entre eux ces deux piliers par deux forts tirans
de fer très -doux et bien battu. Ces tirans traverseraient les piliers à la
hauteur des petites galeries , et aboutiraient avi-dehors , où ils seraient arrêtés au moyen de fortes ancres encastrées dans le parement extérieur
des murs.
Pour la coupole du sud , on ferait absolument les mêmes opérations ;
seulement , comme de ce côté il n'y a jamais eu de porche en maçonnerie, on serait obligé de faire les quatre murs qui devraient servir d'arcsboutans et la façade entière , et il faudrait aussi avoir la précaution de
donner aux fondemens de ces murs plus de fruit que du côté opposé ,
parce que le terrain y a plus cle déclivité. Au surplus , il serait essentiel
TOM. II.
68
534
ANTIQUITÉS
que les deux gros murs des extrémités enveloppassent bien les angles de
l'édifice, de manière qu'ils fissent aussi à l'est et à l'ouest des espèces cle
contreforts , comme ils le font au porche du nord. Après ces diverses opérations , il faudrait ,
i.° Remettre en son ancien état la fenêtre du pilier du sud-ouest;
2. 0 Oter le tuyau de cheminée qui est à côté, et relier le mieux possible les deux parties du mur ;
3.° Fermer la nouvelle ouverture qu'on a pratiquée à côté du pilier du
sud-est;
4-° Cimenter avec grand soin le mur du sud dans toute sa hauteur , et
y remettre les pierres détruites par la gelée. Au reste, il n'y a point de
ce côté de nouvelles ouvertures à murer dans le bas d'aucun pilier, comme
clans la branche du nord ; seulement il y a deux arcades à r'ouvrir.
Dès que l'on aurait achevé les réparations cpie nous venons d'indiquer,
on devrait ,
i.° Fermer soigneusement toutes les crevasses intérieures et extérieures
du monument (i) ;
2. 0 Nettoyer tous les joints des pierres à l'extérieur , et les refaire avec
de bon ciment , qu'on ferait entrer le plus profondément possible , et qui
ne couvrirait jamais aucune partie cle la pierre ; on ne passerait sur les
joints, ainsi refaits, aucune espèce de couleur.
On pourrait ensuite s'occuper du mur du sud cle la branche de l'est ;
car, bien que ce mur ait été repris en sous-œuvre clans quelques parties,
de même que le gros pilier du sud-est, il s'est encore forjeté depuis; et
quoique de ce coté le péril ne soit pas imminent , il serait nécessaire
d'y remédier, parce que la déclivité du terrain y est tellement prononcée,
et le grand arc s'est tellement jeté vers le sud, avant les anciennes restaurations, ou même depuis, qu'il ne faudrait qu'un instant pour ruiner cette
partie de l'édifice.
Pour éviter cet accident , nous croyons qu'il suffirait d'établir à l'extérieur un contre-mur en talus , de donner à ce contre-mur une épais-
si) On vient d'en fermer quelfmes-uncs grossièrement.
DE VÉSONE.
535
seur de i o ou 12 pieds par le bas, de le lier un peu avec le mur, et de
l'élever à une dizaine de pieds au-dessus du pavé de l'église, où il n'aurait plus que 10 ou 12 pouces d'épaisseur.
Si l'on voulait encore mieux consolider celte branche de l'est , on pourrait aussi relier ensemble les deux gros piliers, au moyen d'un tirant de
fer qu'on placerait au niveau de la petite galerie qui est au-dessus de l'autel, tout contre le mur, pour qu'il ne pût produire aucun mauvais effet.
Enfin , pour préserver le monument de l'effet des eaux cle pluie , il faudrait mettre tout autour, sous la subgronde, des cheneaux en plomb, ët
adapter à ces cheneaux cle larges tuyaux de descente (1) qui conduiraient
l'eau jusqu'en bas, où il y aurait des égouts pour la recevoir, ou des puisards très - profonds ; et comme du côté du nord-est le tuyau de descente
aboutirait sur des voûtes extérieures , on pourrait percer ces voûtes avec
précaution , faire descendre le tuyau jusque dans le caveau , où un large
égout , entièrement recouvert , prendrait les eaux et les conduirait au-dehors , du côté cle l'est. Au surplus , comme il serait bon dé conserver les
voûtes dont nous venons cle parler , on pourrait les recouvrir d'une chape
de bon ciment ou de béton , et mettre par-dessus un pavé à bain cle mortier. Auparavant on aurait soin de raser à hauteur d'appui ce qui subsiste
encore des grands murs de la chapelle cle Sainte-Anne.
Le clocher devrait aussi être l'objet cle quelques travaux importans.
i.° On pourrait consolider ses voûtes latérales du bas, qui menacent
ruine clans quelques parties ;
2. 0 On mettrait un cercle de fer autour cle la coupole. La place cle ce
cercle serait au haut de la frise; il préviendrait à jamais Fécartement de
la voûte ;
3.° II serait nécessaire de construire quatre petits éperons portant sur
les angles du plan carré , et aboutissant en talus au haut de la colonnade. Si
ce travail était fait avec goût, il ne déparerait pas beaucoup le monument,
et il le consoliderait pour toujours ;
(1) On commence à sentir la nécessité de ces cheneaux, et on vient d'en placer quelques-uns ; seulement
ou n'a pas donné assez dé capacité aux tuyaux de descente, et on n'a pas eu la précaution de les couronner
d'un bassin séparé de là dalle, et dans lequel on pût mettre la main à volonté.
536
ANTIQUITÉS
4. ° II faudrait nettoyer avec soin les espaces vides qui se trouvent sous
la base des colonnes et sur les chapiteaux , y faire pénétrer de bon ciment
ou du plomb liquide. II est de ces colonnes qui remuent , d'autres qui
ne portent que sur quelques parties de leur base : on a peine à concevoir comment une calotte si élevée peut rester en équilibre sur d'aussi
mauvais points d'appui ;
5. ° II serait indispensable de faire recouvrir de plomb cette calotte ,
comme elle Tétait avant la révolution , et de refaire à l'extérieur des murs
tous les joints des pierres , d'après la méthode que nous avons indiquée
pour les murs de l'église. Le mortier qu'on y a mis depuis peu ne contribue en rien à la solidité ;
6. ° Enfin , les marches des petits escaliers qui montent au clocher étant
fort usées , il faudrait les doubler en bois. II faudrait aussi faire un petit escalier en bois au-dessus de l'endroit où finissent ces marches ; cet escalier
monterait jusqu'à la colonnade du haut; à chaque étage, il aurait une espèce de pallier qui régnerait autour du clocher , et de niveau avec les petites galeries extérieures : les curieux qui veulent visiter ce monument, et
jouir de l'agréable vue que son élévation procure, ne le peuvent pas sans
danger. Telles sont les réparations les plus urgentes, celles qu'on ne devrait point retarder.
ARTICLE II. — Des restaurations dont on devrait s'occuper lorsque les
réparations urgentes auraient été faites.
Nous avons prouvé que les travaux de notre église cathédrale avaient
été souvent abandonnés et repris, et qu'il en était résulté un grand nombre de changemens. On a vu que cette basilique avait été dégradée par le
feu et par les barbares , qu'on y avait fait des restaurations ridicules , et
que , dans son état actuel , ses diverses parties offraient de graves défauts
et de grandes irrégularités. Si donc on voulait remettre ce monument
dans un état convenable, le rendre intéressant sous tous les rapports, il
faudrait y faire des dépenses considérables , et c'est pour ces dépenses surtout qu'il faudrait l'intervention du gouvernement.
i.° L'église et ses dépendances immédiates sont entourées de maisons
et d'échoppes qu'on serait forcé de faire disparaître. Pour cet effet , on
DE VÉSONE.
53 7
pourrait prendre une mesure de police relativement à ces constructions,
et établir, pour en faire l'acquisition , une espèce de caisse d'amortissement. Par ce moyen , on dégagerait le monument peu à peu , et l'on pourrait aisément le restaurer par parties à l'extérieur ;
a.° 11 faudrait rétablir le grand vestibule et reconstruire sa coupole
comme elle était. Deux des piliers subsistent en entier , de mème que les
fondemens des deux autres ; les murs sont encore debout , et ils ne paraissent pas avoir perdu leur aplomb. La dépense ne serait point énorme ,
et l'on aurait l'avantage , en divisant ce vestibule en trois parties comme
il Tétait , de pouvoir y placer convenablement les fonts et les confessionnaux qui , sous tous les rapports , figurent d'une manière si bizarre dans
l'intérieur de l'église (i). On ferait au mur de façade les restaurations nécessaires , et ce morceau curieux reparaîtrait à la vue ;
3.° On rétablirait l'ancien porche ; il existe encore en grande partie. II
suffirait d'y faire quelques restaurations et de le recouvrir d'une manière
convenable. On pourrait placer au-dessus de l'arcade les fragmens antiques
qu'on a encastrés dans les nouvelles constructions ;
4-° On r'ouvrirait l'arcade qui communiquait du vestibule au clocher ;
on laisserait le mur qu'on y a mis en contrefort , mais on en diminuerait
la hauteur , de manière qu'il ne parût pas au-dehors ;
5. ° On détruirait la tribune actuelle de l'orgue ; on en construirait une
nouvelle qui serait soutenue par des colonnes dont l'ordonnance s'élèverait au niveau de la corniche des gros piliers. Par ce moyen, la seconde
arcade du clocher ne serait plus obstruée ;
6. ° On referait les deux tribunes latérales clans le mème style ; seulement
on pourrait ménager des travées au-dessous , si cela était nécessaire ;
7. 0 On mettrait le sol du vestibule au niveau de celui du clocher, comme
il Fêtait autrefois ;
8.° On baisserait le sol de la Clautre de 10 ou 12 pieds. Autrefois il
était à ce niveau, du côté de l'église seulement, mais il faudrait l'y mettre
partout. Cette opération serait extrêmement simple et facile. Vers le sud ,
il n'y aurait presque point de terres à ôter ; sur les deux autres côtés , on
(1) On ne peut rien imaginer de plus bizarre et d'un plus mauvais goût c[ue les confessionnaux que MM.
les chanoines font faire, et qu'ils placent chacun à son gré.
538
ANTIQUITÉS
formerait un trottoir devant les maisons , et l'on aboutirait à l'entrée de
ces maisons au moyen de quelques marches ; elles n'en seraient que plus
saines et plus agréables ;
9. 0 On baisserait à proportion les rues qui arrivent à la place , ce qui
les rendrait d'autant plus commodes;
10. ° On referait le rond-point de la branche du nord; on lui donnerait
la forme et les dimensions de celui de la branche du sud ; seulement on
pourrait traiter son intérieur avec plus de goût ;
1 1. ° On remettrait des colonnes à l'entrée du rond-point de la branche
du sud', comme il y en a de l'autre côté ;
12. 0 On referait la chapelle de l'évêché où elle était, on l'éclairerait par
une espèce de petit dôme , on restaurerait l'étage inférieur de cette chapelle , on le remettrait à son ancien niveau , et l'on y établirait un petit
autel en forme de tombeau : ce serait une vraie chapelle expiatoire. On
tâcherait de découvrir le caveau où dut être renfermé le corps de SaintFront , ou de reconnaître la place où il fut inhumé ;
i3.° On restaurerait de même la chapelle latérale du nord; on placerait des cénotaphes dans ses deux caveaux ; et pour l'étage supérieur qu'il
faudrait rétablir sans rien détruire de ce qui subsiste encore , on élèverait un autel dans chaque sanctuaire. On aboutirait dans cette chapelle supérieure par un petit escalier pratiqué dans l'intérieur du gros pilier, ou
par la travée qu'on aurait ménagée sons la grande tribune latérale ;
i4..° On remettrait en bon état la chapelle souterraine de Saint-Séverin
et Saint-Séverien , et on en reculerait l'entrée clans la partie du nord du
gros pilier , ou bien on rouvrirait sous la chaire à prêcher ;
i5.° Oh nettoierait et on remettrait aussi en bon état les ailes du bas
du clocher ; on les paverait , et l'on y établirait des sacristies , ou bien on
y mettait les escaliers des tribunes ;
16. 0 On mettrait une balustrade en fer pour hauteur d'appui à la galerie qui fait le tour de l'église : il y en a déjà eu quelques parties ;
17. 0 II serait nécessaire de chercher à retrouver les divers caveaux dont
l'entrée est dans l'intérieur de l'église ou de ses dépendances, et d'en
ôter autant que possible les débris de matériaux qu'on y a fait tomber
en refaisant le pavé. On pourrait ajouter, dans l'intérieur de ces caveaux,
des inscriptions qui indiqueraient leur objet. II est décent d'avoir quel-
DE VÉSONE.
53g
que respect pour les morts (i) ; d'ailleurs nous ne pensons pas qu'on ait
le droit de profaner des lieux de sépulture qui, pour la plupart, appartiennent à des familles (2). Quant aux grandes cryptes , dont l'entrée est
sous l'emplacement de la chapelle de Sainte-Anne, il faudrait les nettoyer,
en retirer les ossemens dont le sol est jonché, déposer ces restes dans la
grotte qui est sous la branche du nord de la basilique , et fermer cette
grotte d'un mur sur lequel on mettrait une courte inscription ;
1 8.° II faudrait surtout tâcher de retrouver les tombeaux des saints , et
ceux des évêques que Mimet avait fait déposer à côté de la chapelle de
Sainte-Catherine : on pourrait remettre les noms de ces évêques vis-à-vis ,
comme ils y étaient jadis ;
ig.° On devrait établir les tombeaux des évêques dans le caveau qui est
sous le rond-point de l'est. Pour pénétrer dans ce caveau, il faudrait d'abord faire une trouée sous le pavé , et lorsqu'on saurait où est la véritable entrée, on y pratiquerait un petit escalier, si déjà il n'y est pas (3);
0
20. On comble clans ce moment le préau du cloître, et il faudrait au
contraire se hâter de le décombrer. On ferait ensuite r'ouvrir les arcades,
et, par ce moyen, ce qui est maintenant soivterrain redeviendrait le premier étage de Févêché (4)- La grande salle qui est à côté de la sacristie , les
deux autres pièces et l'ancienne chapelle du petit séminaire, pourraient devenir des appartemens très-agréables ; les caves et le bûcher seraient audessous. Le corps de bâtiment de l'ouest serait diminué de hauteur ; il ne
contiendrait qu'un rez-de-chaussée , un étage supérieur et un attique. C'est
de ce côté que serait la principale entrée ; ce qui sert maintenant de cave
deviendrait le vestibule. Tout ce côté de l'ouest serait fait dans le goût
moderne ; il offrirait une façade régulière qui avancerait d'environ 1 pied
de moins que l'ancien porche , et qui ne s'étendrait que de la longueur de
la branche du sud de la basilique. Plus loin , cette façade serait en retraite
de quelques pieds ; elle viendrait ainsi se lier aux vieilles constructions du
(1) Encore cette année (iS25), lorsqu'on a fait l'estrade du sanctuaire, et qu'on l'a disposée en portion
de cercle d'assez bon goût, on a comblé de pierraille 1 'encaissement où l'on avait figuré le tombeau de SaintFront.
(2) Quoique l'ordonnance du 19 novembre 1776 défende d'inhumer dans les églises, les particuliers qui
y possédaient des tombeaux: n'en ont pas moins le droit de les entretenir dans un état convenable.
(3) Peut-ctre pénétrait-on dans ce caveau par le bas du petit escalier qui est à côté de la sacristie, et
dans lequel on a si ingénieusement pratiqué des lieux d'aisance.
(4) C'est-à-dire le rez-de-chaussée.
S
\
54o
ANTIQUITÉS
sud; c'est près de l'angle formé par ces deux corps de bâtimens que se
trouverait l'escalier.
On laisserait paraître au-dessus des toits ce qui subsiste d'un des vieux
murs de l'ouest. Au sud et à l'est, on profiterait des vieilles constructions ;
seulement elles seraient percées et restaurées d'une manière convenable ,
et un entablement fort simple les couronnerait à l'extérieur. Vers le préau ,
les trois corps de bâtimens seraient de même structure. Les terrasses qui
portent sur les voûtes du cloître seraient refaites avec le plus grand soin ,
et elles demeureraient à découvert. De l'autre côté du porche on élèverait
un corps de bâtiment pareil à la façade de l'évêché. Ce corps de bâtiment
pourrait être destiné à la maîtrise, au séminaire, ou à tout autre objet;
il ne s'étendrait pas plus loin que la branche du nord de la basilique ; sa
profondeur serait la même que celle du porche. Au sud des bâtimens de
l'évêché, on disposerait des jardins en terrasses, et c'est là que les terres
de la Clautre et du préau seraient employées.
ARTICLE III. — Des autres restaurations et embellissemens dont la basilique
pourrait être Vobjet.
Nous avons indiqué les réparations urgentes qu'il y aurait à faire à notre basilique , et les restaurations dont on devrait ensuite s'occuper pour
la remettre dans un état convenable. II ne nous reste plus qu'à parler des
embellissemens dont cet édifice serait susceptible , tant dans l'intérieur
qu'au dehors. Voici ce que nous proposerions dans cet objet :
i.° II faudrait ragréer avec beaucoup de soin le parement intérieur des
gros murs et tous les gros piliers ;
■2° II
serait indispensable de diminuer la largeur de certains piliers du
centre , pour les raccorder avec les autres , et de dresser leur parement :
cette opération , faite avec soin et intelligence , ne nuirait en rien à la solidité. Si quelques-uns des piliers de la branche du sud et de celle de l'est
se trouvaient trop hors de ligne , on pourrait les plaquer en pierre ; et on
profiterait de cette occasion pour décorer ceux de l'extrémité de l'est ;
3.° Un entablement, profilé suivant les règles de l'art, couronnerait chaque pilier ;
Jj.° On ornerait de bas-reliefs les pendentifs ou panaches; des caissons
DE VÉSONE.
54!
et des rosasses seraient sculptés ou figurés sous les grands arcs ; on taillerait -au haut des panaches une cymaise avec ses deux listels ;
5. ° Les coupoles recevraient un enduit , et l'on y peindrait des sujets
religieux ;
6. ° Des colonnes d'ordre corinthien, et dont la base porterait immédiatement sur le pavé , seraient disposées au nombre de quatre dans chaque
intervalle des gros piliers; elles seraient surmontées d'un entablement qui
continuerait, sans ressauts, celui de ces mêmes piliers. L'acrotère de Tordre servirait de hauteur d'appui aux tribunes ou travées qui régneraient
sur tous les bas-côtés, et la naissance des grands arcs partirait de dessus
cet acrotère. Les pilastres actuels ne pouvant s'accorder avec cette disposition des colonnes , on masquerait leur saillie en élevant un parpaing clans
les intervalles ; leurs chapitaux et les arcs qui sont au-dessus se montreraient seuls hors de l'aplomb de ce parpaing ; ils seraient peu en vue ,
parce qu'ils se trouveraient près du sol des travées ;
7. 0 Un autel convenable serait élevé au centre de Tédifice ; les quatre
piliers de cette partie pourraient être décorés d'ornemens particuliers. Il
y aurait aussi un autel dans chaque rond-point, et l'on pourrait en établir dans les piliers des extrémités ;
8;° Des tambours d'un bon style remplaceraient ceux que Ton voit devant les portes du Gras et du Touin ;
9. 0 Ces portes seraient refaites en entier ; mais on aurait soin de ne pas
détruire ce qui reste d'ancien à celle du Touin ;
io.° Les fenêtres basses, excepté celles qui éclairent l'intérieur des piliers, seraient fermées ; seulement on les laisserait figurer au dehors en
fausse baie. On conserverait les fenêtres hautes , et on les restaurerait
dans les endroits où elles peuvent en avoir besoin ;
u. 0 On referait ce qui est détruit des frontons extérieurs et de i'entablement ;
.
12. 0 On referait aussi, d'une manière régulière, la charpente basse , et
on la couvrirait d'ardoise comme on a fait à la toiture supérieure.
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Tels sont les changemens que nécessiterait Tétat actuel de notre basilique : elle a été achevée dans des temps où le souvenir des beaux arts était
presque entièrement perdu ; les ornemens dont elle devait être décorée
n'ont point été exécutés, et, à chaque restauration, on l'a tellement déTOM . II.
69
542
ANTIQUITÉS
gradée, qu'il ne nous reste que l'ensemble de son plan : y faire les changemens que nous proposons, ce serait se rapprocher des idées de ses premiers fondateurs.
Au surplus , il faudrait aussi embellir les entours de ce monument , et
voici les moyens que nous proposons dans cet objet. La déclivité du terrain sur lequel il est élevé exigerait pour ses abords trois différens niveaux. Le premier serait celui de la Clautre , qu'il faudrait ,. comme on a
vu, baisser de 10 ou 12 pieds. La place du Gras et celle du Touin formeraient le second , et celui-ci serait de 9 à 10 pieds au-dessous du premier.
Le troisième serait celui de la place qu'on ouvrirait au levant ; il se trouverait plus bas que le second de i5 ou 20 pieds.
Au nord du bâtiment qui tiendrait au porche , il y aurait un second bâtiment : une rue le séparerait du premier ; il serait isolé de toutes parts;
sa largeur du nord au sud serait d'environ 5o pieds; il aboutirait, vers le
levant, juste à la ligne de façade du pied de la croix de la basilique; à
l'ouest, il serait en retraite sur celui qui joindrait le porche, comme une
partie de la façade de l'évêché le serait sur l'autre partie. L'un et l'autre
de ces édifices du nord , de même que le palais épiscopal , seraient au premier niveau à l'ouest , et au second du côté de l'est.
A l'extrémité du second bâtiment du nord, il y aurait une large rue qui
se dirigerait de l'ouest à l'est ; par sa position elle ne serait bordée de
maisons, dans la plus grande partie de sa longueur, que du côté du nord;
ces maisons seraient établies sur une ligne droite.
Au sud du palais épiscopal , au lieu d'une rue, il y aurait des jardins en
terrasse.
La porte du nord et celle du sud de la cathédrale donneraient sur les
places du second niveau. Une de ces places s'étendrait depuis le bâtiment
isolé qui serait au nord du porche jusqu'à une ligne que l'on tirerait du
nord au sud , à l'extrémité de la tête de la croix qiie forme la basilique ;
l'autre partirait des bâtimens de l'évêché , et aboutirait à la même ligne.
La première aurait de 60 à 70 pieds de large du nord au sud , à partir de
l'extrémité de la branche du nord ; la seconde n'aurait qu'une trentaine
de pieds, à partir de l'extrémité de la branche du sud. Cette dernière se
terminerait par un mur de terrasse le long duquel se prolongeraient les
jardins dont nous venons de parler , et dont la largeur serait d'environ
DE VÉSONE.
543
5o pieds. Vis-à-vis de la porte qui est de ce côté on pratiquerait un large
degré pour la montée.
Ces deux places latérales se trouveraient à 6 ou 7 pieds au-dessous du
niveau du pavé de l'église, de manière, qu'il faudrait 10 ou 12 marches
pour pénétrer dans ce monument par les portes du Gras et du Touin.
A. l'est de chacune de ces deux places on construirait un édifice dans
le genre de celui qui serait isolé au nord du porche. L'un de ces édifices
serait sur la même ligne que ce dernier ; l'autre serait du côté du sud et
à la même distance de la tête de la croix. A l'ouest , ces deux édifices seraient au second niveau; au levant, ils donneraient sur le troisième, c'està-dire que du côté de Test ils auraient un étage de plus que vers l'ouest ,
où serait la principale porte d'entrée ; l'espace qui les séparerait l'un de
l'autre formerait une vaste place qui s'étendrait jusqu'au quai , et qui serait , comme on a vu , le troisième niveau du projet.
Ces bâtimens auraient une distribution intérieure conforme à l'usage
auquel ils seraient employés , et pour qu'ils gênassent le moins possible
la vue de la basilique , on pourrait leur donner un peu moins de hauteur
qu'à celui de l'ouest ; mais , dans ce cas , pour ne point détruire la régularité de la place du nord , il faudrait que cet édifice de l'ouest fût diminué de tout l'attique du côté de l'est , et qu'il s'y terminât en terrasse avec
hauteur d'appui ; alors les bâtimens de l'est seraient en totalité recouverts
en plate-forme , et le tout offrirait un ensemble assez régulier.
Les terrains compris dans les angles d'embranchement de la croix seraient à peu près au même niveau que le sol des places latérales , et ils
pourraient au besoin être un peu plus élevés. Chacun de ces terrains ,
dans les angles d'embranchement du nord-est et-du sud-est, se terminerait,
au levant , par un mur de terrasse qui , par une de ses extrémités , aboutirait à un des bâtimens de l'est , et se dirigerait vers un des angles de la
tête de la croix. Ces deux murs se termineraient à 10 ou 12 pieds de ces
angles, et ils se joindraient l'un à l'autre par un mur en hémi-cycle qui
ferait le tour du rond-point. On pratiquerait une rampe de 12 pieds de
large contre chacun de ces bâtimens de l'est ; ainsi , il y aurait deux rampes de ce côté , et elles formeraient une communication du second niveau
au troisième ; on en établirait une semblable entre les bâtimens du nord
du porche ; elle communiquerait du second niveau au premier.
544
ANTIQUITÉS
Du reste , notre basilique serait enfermée dans une enceinte particulière , au moyen de quatre grilles de fer. La première de ces grilles commencerait à l'angle du nord-ouest de la branche du nord , et aboutirait au
bâtiment contigu au porche. Une seconde partirait de l'angle du nord-est
de cette même branche, se dirigerait à l'est , et, par un retour d'équerre,
irait aboutir à 12 pieds de l'extrémité de la tête de la croix. Une troisième,
semblable à celle-ci, commencerait à l'angle du sud- est de la branche
du sud , et irait également , par un retour d'équerre , à 1 2 pieds de la tête
de la croix. Une quatrième grille serait placée sur l'hémi-cycle ; elle joindrait ensemble la seconde et la troisième.
L'angle d'embranchement du sud-ouest se trouvant entièrement occupé
par les bâtimens du palais épiscopal , aucune grille ne pourrait être employée de ce côté. Sans cela l'église se trouverait inscrite dans une espèce
de parallélogramme , à l'est duquel serait une partie circulaire qui renfermerait le rond-point.
Dans les deux parties de l'enceintè qui se trouveraient à l'est , des allées
d'arbres régulièrement plantés serviraient de promenade publique. Le palais
épiscopal aurait des jardins dans l'angle rentrant du nord-ouest : les constructions intéressantes qui se trouvent dans cet endroit seraient , comme
nous avons dit , religieusement conservées , de même que les vieux bâtimens de l'évêché et toutes les constructions de l'angle rentrant du sudouest.
Si notre basilique était ainsi rétablie , si ses entours étaient disposés
comme nous venons de le dire, on trouverait peu de monumens qui fussent
si bien placés, et qui eussent un aussi imposant aspect ; car il est peu d'endroits qui j oignent à cet effet pittoresque des terrasses , l'avantage de pouvoir contenir un aussi grand nombre d'édifices , groupés avec agrément dans
un si petit espace. Au surplus , il n'est point de monument consacré au
culte du vrai Dieu , qui présente plus d'intérêt et plus de souvenirs (1).
(1) Sans les ronds-points et quelques autres constructions anciennes, il aurait été beaucoup mieux d'ouvrir la principale entrée du monument dù côté de l'est , et de faire précéder cette entrée d'un péristyle
en colonnade , an-devant duquel se serait trouvée une montée de même largeur.
II
'H'
LIVRE CINQUIÈME.
MONUMENS ÉLEVÉS DEPUIS LE CHRISTIANISME.
—■
™—IOWJCB——
SECONDE PARTIE.
. m i ii
MONUMENS DE TOUTE ESPÈCE.
AVANT -PROPOS.
DANS la première partie de ce cinquième livre, nous avons
fait connaître la basilique de Saint-Front et les constructions
qui en de'pendent ; dans la seconde , nous donnerons la description sommaire de quelques autres églises et de divers monumens du moyen âge et de la renaissance.
Peut-être trouvera-t-on étrange qu'on ait fait entrer dans
un Ouvrage d'antiquités des constructions qui appartiennent
à des temps presque modernes ; mais notre travail n'eût-il pas
été incomplet , si nous n'eussions indiqué , du moins succinctement , tous les édifices un peu anciens qui , soit à Vésone
ou au Puy-Saint-Front , soit sur le reste du territoire pétrocorien , méritent de fixer l'attention, et peuvent servir a l'histoire de nos ancêtres ?
II est de ces édifices qui même intéressent beaucoup l'histoire de Fart , et , sous ce dernier rapport , les amateurs nous
sauront gré de les leur avoir fait remarquer.
I;
MONUMENS
ELEVES
DEPUIS LE CHRISTIANISME.
EDIFICES DE TOUTE ESPECE ,
CONSTRUITS
CHAPITRE PREMIER.
De l'église de Saint-Étienne, ancienne cathédrale.
L'ÉGLISE de Saint-Étienne est dans l'enceinte que forme le gros mur de
la citadelle romaine dont nous avons donné la description ; et d'après ce
que nous en avons dit, en parlant des monumens religieux des Romains,
on ne peut douter qu'elle n'ait remplacé le temple du dieu Mars (i).
Si l'on doit s'en rapporter à la vieille chronique dans laquelle on trouve
ces mots : Martis templum vanis suis idolis spoliatum
Protomartyris Stephani cultui cessit ; hoc in templo Fronto cathedram fìxit , on
(i) Voyez page i36. Voyez anssi tom: i. er , pag. 3?./, , 3ï5 et suivantes.
548
ANTIQUITÉS
sera même forcé de reconnaître que le monument antique servit d'abord
d'église chrétienne , et que ce fut là que commença à Vésone le culte du
vrai Dieu.
Quoi qu'il en soit , le temple a disparu ; une église a été bâtie dans le
même lieu, et cette église, refaite plusieurs fois en totalité ou en partie,
est restée cathédrale jusque clans le 17. e siècle (1) ; elle offre même cela de
remarquable, qu'on l'a toujours reconstruite en parallélogramme, suivant
la forme de la plupart des anciens temples. Un vieux cloître, les restes
d'une chapelle très-curieuse et ceux d'un palais épiscopal subsistent encore près de ce monument.
ARTICLE i. er — De l'église.
Telle qu'elle est aujourd'hui, l'église de Saint-Etienne forme un parallélogramme composé de deux parties distinctes, celle de l'est et celle de
l'ouest. La première a 66 pieds 10 pouces de long , sur 66 pieds 9 pouces de largeur hors d'oeuvre; la seconde a 65 pieds 6 pouces, sur 64 pieds
6 pouces (2), ce qui fait, pour les deux ensemble, une longueur de i32
pieds 4 pouces; et comme, à l'ouest, la seconde partie se prolonge encore
de 2 pieds 1 pouce , quoique sur une largeur beaucoup moindre , on a
réellement i34 pieds 5 pouces. L'édifice se prolongeait même davantage,
mais sur une largeur de 48 pieds 6 pouces seulement, et c'était là une troisième partie dont la longueur était d'environ JO 4 pieds, y compris le clocher qu'on avait élevé à l'extrémité; ce qui faisait, pour le tout, un total
de 2.38 pieds et quelques pouces.
Les trois murs de la partie de l'est de cette église avaient environ 74 pieds
d'élévation au-dessus du pavé de l'intérieur, et ils formaient une hauteur
d'appui sur les combles (3) ; celui de l'extrémité est décoré de cinq arcades
(1) Jusqu'au n janvier 1669.
(2) Toutes ces mesures sont prises au-dessus du sol extérieur , c'est-à-dire au-dessus du socle.
(3) Celui de l'est et celui du nord ont été baissés de quelques pieds , lorsqu'on a voulu établir une charpente sur les combles ; celui du sud est le seul qu'on ait laissé intact. Au reste , comme le sol s'est exhaussé
tout autour du monument, et qu'il se trouve élevé au-dessus du niveau du pavé de l'intérieur de 4 , de 5 ,
de 6 , de 7 , de S , de 9 et même de 10 pieds, nous prenons nos mesures à partir de ce niveau, qui se trouve
de 8 pieds plus bas que la doucine du socle extérieur.
DE VÉSONE.
54
9
feintes. Ces arcades du mur de l'est sont renfoncées de 10 ou n pouces;
elles commencent à 10 pieds et quelques pouces des angles; les deux des
côtés sont plus étroites que les trois autres; ces dernières s'élèvent d'environ 56 pieds 2 pouces au-dessus du socle extérieur, c'est-à-dire de 64
pieds et quelques pouces au-dessus du pavé ; toutes sont ornées d'archivoltes en simples couronnemens taillés en endentures. Dans les trois du
milieu il y a trois fenêtres cintrées percées en retraite ; ces fenêtres ont un
couronnement d'archivolte taillé en pointes de diamans , et la fausse baie
dans laquelle chacune est ouverte est décorée de même, et a sur les côtés
deux colonnilles engagées. Dans le haut du mur il y avait trois cartouches
en tableaux ; on les a détruits lorsqu'on a placé la charpente. Le cartouche
du milieu portait des armes écartelées , et sur lesquelles on distingue encore une croix.
Les deux murs latéraux sont ornés chacun de quatre arcades égales entre elles et absolument semblables à celles dont nous venons de parler (1);
elles commencent aussi à 10 pieds et quelques pouces des angles ; trois fenêtres sont ouvertes de chaque côté, dans ces arcades. Les angles de l'ouest
sont en saillie de 1 pied et quelques pouces de plus que les deux autres.
Les deux murs latéraux de la seconde partie de l'édifice s'élèvent de 56
pieds ; ils sont ornés de deux grandes arcades feintes, dont la hauteur est
de 46 pieds et la largeur de 19 pieds et quelques pouces. Ces arcades sont
éloignées de i3 pieds 3 pouces de la première partie, et de 10 pieds 2 pouces 6 lignes des angles de l'oùest. Une petite fenêtre a été ouverte dans
chaque arcade ; un œil de bœuf est au-dessus du pied-droit de séparation.
La troisième partie est en retraite sur la seconde de 8 pieds 10 pouces au sud, et de 6 pieds 9 pouces au nord. Dans l'angle rentrant que
font les deux constructions , est un petit angle saillant dépendant de la
seconde.
II ne reste de cette troisième partie que deux pans de mur ; l'un au sud
et l'autre au nord. Le premier a i3 pieds de long, le second a 9 pieds5 pouces. Dans ce dernier était une porte de 5 pieds de large ; elle est
murée depuis long-temps. Dans l'autre il y avait aussi une porte ; mais
(t) Une senle de ces arcades a son couronnement d'archivolte taillé en échiquier.
TOM. II.
70
55o
ANTIQUITÉS
celle-ci avait 6 pieds 2 pouces de large au dehors, et elle a été murée plus
anciennement encore ; elle est carrée , et se trouve ornée d'une fausse
imposte avec archivolte en plein cintre; son linteau est formé de quatre
claveaux à crossettes. Ces portes, d'un assez hon style, sont encore en
fausse baie dans l'intérieur.
Au surplus , il paraît que les murs de cette même troisième partie n'avaient aucune saillie à l'extérieur. Le clocher qui était au bout était carré
et pyramidal dans son ensemble. La porte d'entrée était sous ce clocher ;
il en subsistait encore quelques masses en 1806.
L'intérieur de l'édifice se compose, comme l'extérieur, de deux parties
distinctes et dont chacune a trois murs et quatre gros piliers, au-dessus
desquels est une coupole. Deux piliers de l'une des parties sont appliqués
à deux piliers de l'autre, de manière qu'au premier abord il semble n'y
avoir que six piliers pour les deux. La distance des unes aux autres de
ces six masses est de près de 42 pieds.
La largeur de la première partie est de 56 pieds 2 pouces , et sa longueur , jusqu'à la ligne de séparation des piliers qui se touchent, est d'environ 61 pieds; seulement ces dimensions sont un peu moindres contre
le pavé , parce que les murs , comme les piliers , ont un socle de 2 pieds
6 pouces de haut, sur environ 2 pieds de saillie.
Les colonnes portent sur ce socle : le mur de l'est en a quatre ; les murs
latéraux en ont sept chacun ; les piliers en ont deux sur chaque face.
Les colonnes des murs ont 1 pied de diamètre; leur hauteur est de 21
pieds 9 pouces ; leur chapiteau est sans sculpture. Ces colonnes sont un
peu engagées; elles supportent des arcades feintes, ornées d'un couronnement d'archivolte taillé en pointes de diamans. A 5 pieds ; 1 pouce audessus de ces mêmes colonnes , est une galerie dont la largeur est de 2
pieds et quelques pouces.
Les colonnes des piliers ont 1 pied 6 pouces de diamètre , et 33 pieds
de hauteur ; elles sont engagées de quelques pouces , et , deux à deux ,
elles soutiennent les arcs-doubleaux qui décorent les grands arcs. Ces arcsdoubleaux et ces grands arcs sont composés de deux portions de cercle.
A 5 pieds au-dessus des galeries sont les fenêtres ; elles se trouvent ou-
DE VÉSONE.
55 t
vertes dans de fausses baies ornées de colonnilles et de couronnemens d'archivoltes taillés en pointes de diamans, et elles sont décorées comme ces
fausses baies ; leur hauteur est de 1 1 pieds 7 pouces ou environ. Des colonnes moins fortes que celles du bas , et au nombre de quatre de chaque côté , sont engagées de quelques pouces dans le mur qui contient
ces ouvertures. Plus haut , et sous la clef de chaque grand arc , est un
cartouche en tableau. Celui du mur de l'est offre un écu écartelé , et sur
lequel est, au premier et quatrième, une croix, et au second et troisième,
un aigle à deux têtes; une crosse et une mitre couronnent cet écu; deux
anges forment ses supports. Quant aux cartouches du nord et du sud,
on distingue très-bien dans leur écu, un Agnus Dei , qui était le véritable sceau du Chapitre.
Les pendentifs qui surmontent les gros piliers n'ont rien que l'on puisse
remarquer. La coupole est assez proprement construite ; elle a intérieurement 88 pieds 2 pouces au-dessus du pavé; extérieurement elle s'élève
de 92 pieds.
La lanterne dont cette coupole est surmontée se compose d'une calotte
hémi-sphérique portée sur des colonnes de 4 pieds 1 pouce ; sa hauteur intérieure est de 1 1 pieds ; son diamètre est de 7 pieds 2 pouces hors d'œuvre; avec le couronnement qui la termine, elle s'élève d'environ i3 pieds,
ce qui fait une hauteur totale de io5 pieds depuis le pavé de l'église.
La largeur de la seconde partie de l'édifice est de 58 pieds 6 pouces ;
sa longueur, depuis la jonction des piliers, est de 61 pieds 9 pouces, ce
qui fait, pour tout l'intérieur de l'église actuelle, environ 124 pieds.
Les piliers de l'est de cette seconde partie ont 23 pieds 3 pouces de
hauteur; les autres ont 23 pieds 8 ou 10 pouces.
Le mur du nord est orné de six arcades feintes , et dont les pieds-droits
ont 1 pied 5 pouces de largeur. Ces arcades supportent une petite galerie qui va d'un pilier à l'autre, et dont l'élévation est de 20 pieds 10 pouces. Le mur du sud n'avait que trois arcades sur toute sa longueur ; elles
supportaient de même une petite galerie ; mais le tout a été coupé. C'est
de ce côté que se trouve l'entrée actuelle.
Contre le mur du nord , et dans la troisième arcade , à partir de l'est ,
55a
ANTIQUITÉS
on voit un mausolée en arcade feinte, surmonté d'un fronton sans base.
Ce petit monument comprend dans sa largeur l'arcade et ses pieds-droits ;
deux colonnes supportaient son cintre un peu angulaire : les fûts de ces
colonnes ont disparu ; mais les chapiteaux existent encore , et leur composition est remarquable. L'espèce d'archivolte du cintre est chargée d'ornemens assez bien sculptés, quoique dans un genre qui se rapproche du
gothique. Ce mausolée paraît être enterré de plus d'une demi-toise , et sa
hauteur est encore de 10 pieds au-dessus du sol actuel; sur un de ses
pieds-droits on trouve trois inscriptions qui se suivent presque immédiatement (i).
Une tribune, ou espèce de jubé, est élevée contre le mur de l'ouest,
et c'est sous cette tribune qu'étaient les portes d'entrée qu'on a murées
pendant la révolution.
La coupole de cette seconde partie n'a rien qui puisse fixer l'attention ;
elle s'élève beaucoup moins que celle de la première , mais elle est de
même surmontée d'une lanterne. Seulement à l'ouest, cette coupole offre
au- dehors un arrachement, et l'on n'en voit point à l'est. II y avait des
galeries sur les reins des grands arcs ; elles sont maintenant presque détruites ou encombrées.
Le reste des combles ne présente rien d'extraordinaire : la charpente de
la seconde partie que nous venons de décrire est fort peu élevée ; la coupole se montre au-dessus, et elle est recouverte de tuiles encastrées dans
le mortier. Sur la première partie , la coupole est traitée de même , et la
charpente des autres voûtes est si basse qu'on a de la peine à passer dessous ; dans quelques endroits , elle consiste même en de simples chevrons
placés sur les dalles qui formaient la toiture première.
La troisième partie de l'édifice est presque entièrement détruite ; il n'en
reste , comme on a vu , que deux pans de murs ; ainsi nous ne pouvons
guère juger de son intérieur : toutefois il est évident que ses murs latéraux étaient ornés d'arcades feintes , renfoncées d'environ i pied. On voit
des vestiges de ces arcades de chaque côté, et on remarque la naissance
d'une coupole sur le mur qui sépare cette troisième partie de la seconde.
(i) Voyez le dessin de ce mausolée, et la copie de l'inscription , dans les Monumens français de M. Willerain. Voyez également , ci-après , pag. 568 et 56g.
DE VÉSONE.
553
Mais n'y avait-il qu'une seule coupole clans tout ce qui a été détruit jusqu'au clocher ? C'est ce que nous ne pouvons dire avec certitude. Si cependant on réfléchit à la longueur de l'espace , on sera forcé de convenir qu'il put y en avoir deux , à moins que l'extrémité de l'ouest n'ait
été couverte en simples berceaux. En effet, la seconde partie a 58 pieds
6 pouces de largeur intérieure , et les piliers y sont distans les uns des autres de 42 pieds. Or, comme clans la troisième partie il devait y avoir à
peu près le même rapport , et que la largeur intérieure de ce côté de l'édifice n'était que de 42 pieds , la distance d'un pilier à l'autre y était sans
doute de 3i pieds ou environ (i); et si à cette somme on ajoute 7 pieds
pour la largeur du pilier, on aura 38 pieds. Mais 38 + 38 — 76 : ainsi,
en supposant deux coupoles pour cette partie de l'ouest, il resterait encore 28 pieds, ce qui serait plus que suffisant pour l'emplacement du
clocher. "
Nous ne pouvons guère donner d'autres détails sur la troisième partie de l'église de Saint-Etienne : avant la révolution il en subsistait encore un très-long pan de mur vers le sud ; mais il a été presque entièrement détruit , de même que les restes du clocher. Nous avons dit que les
murs latéraux étaient ornés , vers l'intérieur , de petites arcades feintes ;
nous ajouterons qu'il y avait au-dessus de ces arcades une galerie, comme
clans le reste de rédifice. On ne peut douter de cette disposition ; la galerie se montre encore dans ce que l'on peut voir des murs latéraux , et
l'on distingue également dans cette construction , et des renfoncemens
d'arcades, et des assises de pierres qui, bien évidemment, ont été adaptées à des voussoirs.
La porte cpii se trouve du côté du nord communiquait au cloître ; celle
dtt sud paraît avoir toujours donné au dehors. L'entrée principale était à
l'ouest ; plusieurs vieillards se souviennent encore d'avoir vu son cintre
et ses pieds-droits presque dans leur entier (2).
Le clocher était au-dessus de cette porte principale , et il saillait en dehors ; son rez-de-chaussée consistait en quatre gros piliers , et comme sa
r 7 64
3528
..
,
42X42
(1)
que x —
=
—=
= 3o
w 58 1/2
7 : 42 : : 42 : x, d'où il suit H
58 1/2 381/2
117
pouce et quelques lignes.
(2) La douelle du cintre était ornée de peintures.
18
.
, c'est-à-dire 3o pieds r
rI 7
554
ANTIQUITÉS
masse était beaucoup moins large que celle de l'église , probablement des
constructions particulières servaient de vestibule sur les côtés.
Suivant la planche de la Cosmographie de Belle-Forest , ce clocher se serait composé de trois étages. Le premier de ces étages aurait eu la-forme
d'une tour carrée ; il aurait contenu deux rangs de fenêtres , non compris les arcades du bas , et ces fenêtres se seraient trouvées au nombre
de trois sur chaque face. Le second aurait été également de forme carrée , mais de moindre largeur que le premier ; il se serait aussi composé
de deux rangs de fenêtres. Le troisième aurait été en retraite sur le second ; il aurait contenu quatre rangées de fenêtres ; sa forme eût été celle
d'un cône très-alongé et un peu renflé ; au-dessous se serait trouvé une
espèce de globe surmonté d'une croix. Au surplus , voici ce que dit Fauteur dans son texte (i) :
« Celle Cité ancienne de Perigueux, qu'on dit qu'anciennement se nom« moit Japhet , s'espandoit ( ainsi qu'aisément on peut juger ) par toute
« celle planure qui est serrée entre la rivière d'Isle et la ville moderne
« des Perigordins : si bien qu'on treuve encor le long de cette plaine
« sous terre plusieurs et divers fondemens d'édifices, des caves, et longues
« voûtes, qu'on a recerchees depuis trente ou quarante ans en ça : et
« contenoit cette vieille ville plus de septante arpents de terre , là où à
« présent il s'en faut beaucoup que la moderne (2) n'en approche du tiers :
« et laquelle est close de murailles, qu'on peut juger avoir esté des ruines
« de quelque vieux palais fort magnifique , entant qu'on ne voit autre
« cas que des pieces de gros piliers , colomnes , architraves , chapiteaux ,
« soubassemens , fragmens de statues , et pierres gravées d'epitaphes et
« autres antiquitez , et inscriptions grecques et latines fort anciennes. Et
« bien que cette Cité moderne soit si petite que de ne contenir plus haut
« de quatre arpents de terre en circonférence, ci est-ce qu'elle a en soy
« une belle église voutee a deux faces , avec un clocher excellent fait en
« piramide , laquelle est ronde , et posee sur une haute tour carrée : con« tient aussi cette Cité la maison épiscopale bastie pres de l'église et ayant
(1) Aboyez la Cosmographie universelle de tout le Monde , par Munster et par François de Bell&fprest, tome
i. er , pag. 202 et 2o3.
(9.) C'est ainsi qu'il appelle le noyau de la Cité actuelle, c'est-à-dire ce qui est enfermé dans l'enceintc de
la citadelle romaine.
DE VÉSONE.
555
« sa face vers la ville : outre ce, plusieurs maisons nobles des gentilshommes du pays , etc. »
u
Nous ne nous arrêterons point à relever les erreurs commises par BelleForest. II s'agit seulement ici de donner une faible idée d'un monument
que nous n'avons plus sous les yeux, et qui paraît avoir été d'une hauteur considérable.
Nous devons ajouter que dans l'intérieur de l'église 11 n'y a ni tableaux
ni autres objets que l'on puisse citer, que le grand autel de bois, qui est
du côté de l'est (i); ce seul morceau est remarquable, et il serait digne
de fixer l'attention si l'on eût eu le soin de le remonter en entier (2). Avant
la révolution , cet autel était dans la chapelle du Grand-Séminaire , pour
laquelle il paraît avoir été fait ; ses sculptures se ressentent un peu du
goût du 17.° siècle , mais elles ne sont point sans mérite , et l'on y trouve
des détails curieux. Dans sa partie principale, ce monument se renfonce
en demi - ellipse ; quatre colonnes torses , richement sculptées quoique
trop chargées d'ornemens , soutiennent son ensemble ; elles sont élevées
sur un stylobate porté sur un soubassement, et elles soutiennent un entablement sur lequel étaient placées en acrotère les statues des quatre
évangélistes.
Le milieu de cette ordonnance était surmonté de trois statues, parmi
lesquelles était celle du bon pasteur. Un grand cadre occupe tout ce milieu; il sert de bordure à un tableau peint sur toile, et où est représenté
Jésus-Christ entouré de ses douze apôtres et assis sur un rocher très-élevé :
ce Dieu éternel est dans Pattitude d'un homme qui prend du repos ; plus
bas est un peuple immense. On a sans doute voulu représenter NotreSeigneur prêchant dans le désert.
Dans le soubassement et dans les panneaux des piédestaux des colonnes, sont différens sujets de haut - relief , assez bien sculptés. Parmi ces
sujets, on distingue : l'apothéose de Saint-Front et la chute du Démon;
(1) On n'en a remonté qu'une partie ; le reste a été brûlé peu à peu, excepté les statues et les bustes
qu'on a placés sur la petite galerie de l'est , et les deux colonnes qu'on a données aux religieuses de SainteUrsule. Peut-il exister des hommes si insoucians et si barbares !
(2) Bien entendu qu'il s'agit ici du rétable et non pas de l'autel proprement dit ; car cette dernière partie
n'a rien que l'on puisse faire remarquer.
r
556
ANTIQUITÉS
Saint-Front ressuscitant Saint-Georges au moyen du bâton que lui avait
remis Saint-Pierre (i) , et la vision de ce dernier apôtre ,, occide et manduca; Saint-Pierre délivré de sa prison par un ange, et la pêche miraculeuse; la prédication de Saint-Front, et ce saint apôtre chassant le dragon de la Tour-cle-Vésone (2) ; quatre pères ou docteurs de l'église , qui
paraissent recevoir les lumières du Ciel en composant leurs immortels ouvrages. Enfin , on doit surtout remarquer les arabesques des divers autres
panneaux et compartimens , car c'est principalement dans ce genre de travail que brillaient les artistes des 16. e et iy. e siècles.
L'ensemble du monument que nous venons de décrire est orienté de
l'ouest à l'est ; seulement la troisième partie décline de 3 ou 4 degrés vers
le sud. Au surplus , il est dans cet ensemble des particularités que nous
devons faire connaître.
Nous avons dit que l'édifice se composait de trois parties bien distinctes : celle de l'est, celle de l'ouest et celle dont il ne subsiste que quelques pans de mur. On a vu que la première et la seconde n'avaient entre
elles aucune liaison vers Fintérieur, et que la troisième n'avait pas la même
direction. On a vu aussi que les trois parties n'étaient pas de la même largeur , que leurs ornemens extérieurs et intérieurs étaient tout-à-fait différens , que les murs n'avaient ni la même épaisseur ni la même hauteur,
et qu'il en était ainsi des coupoles. On a vu enfin que la construction
n'était nullement la même : cela doit suffire sans doute pour prouver que
chaque partie appartient à une époque différente et bien marquée ; il ne
s'agit plus que de déterminer à quels siècles elles peuvent remonter.
La première a toutes ses arcades en plein cintre , et ses couronnemens
d'archivoltes sont taillés en pointes de diamans ; des colonnilles engagées
ornent ses fenêtres , et ses grands arcs de Fintérieur sont angulaires. Or ,
toutes ces circonstances réunies ne peuvent se rapporter qu'à notre architecture de la première moitié du i2. e siècle ; et ce n'est pas tout : un
des murs latéraux porte une inscription , qui , comme on le verra bien-
(1) D'après les idées reçues. Voyez YEstat de l'Eglise du Perigord , tom. i.
cr
, pag. 40.
(2) I.e peuple prend encore à la lettre cette anecdote de Saint-Front, tandis qu'on doit y reconnaître une
ingénieuse allégorie de la destruction du paganisme, que ce saint apôtre opéra en prêchant le culte du vrai
Dieu.
DE VÉSONE.
55
?
tôt (i), a du être gravée en n63. Ainsi, il est bien évident que la partie
de l'est a été fondée dans les commencemens du i2. e siècle, et qu'elle a
été achevée vers l'an 1 160 ou environ; seulement l'extrémité de cette première partie a été refaite.
On voit parfaitement au dehors la ligne qui sépare les deux constructions; elle commence clans la première arcade, et monte obliquement, vers
la seconde fenêtre, dans le mur du sud, et vers la troisième dans celui
du nord; le tout est en pierres de taille dont les assises ont de n pouces à i pied 4 pouces de hauteur.
II ne peut y avoir de doute sur cette restauration , et les armoiries sculptées clans le cartouche qui est sur le parement intérieur du mur de l'est ,
nous apprennent de la manière la plus positive que c'est un travail de François de la Béraudière, nommé évêque de Périgueux en 1614 et mort en
1664. On sait en effet que la destruction de ce côté de l'église avait été
faite par les religionnaires en 1577 , de même que celle du clocher et de
toute la partie de l'ouest : ainsi, on est fixé sur l'époque de la reconstruction; elle coïncide avec le milieu du i7. e siècle (2), et il paraît que le Chapitre contribua à cette œuvre de tout son pouvoir , puiscpie ses armes sont
sculptées sur les murs latéraux. Au surplus , on doit dire , à la gloire de
François de la Béraudière, crue ce prélat eut le bon esprit de suivre le
premier plan avec tant d'exactitude, qu'au premier coup d'oeil on s'aperçoit à peine qu'il y ait eu une réparation.
La mauvaise charpente cpii surmonte les combles a dû être faite clans le
i8. e siècle, et malheureusement à cette époque on n'imita point François
de la Béraudière ; car, pour placer cette charpente avec plus de facilité ,
on n'hésita pas de baisser le mur de l'est et celui du nord.
La seconde partie de l'église est en pierres de taille et en moellon.
Les pierres de taille sont aux angles , aux gros piliers et aux pieds-droits
des arcades ; c'est dans Fintérieur des grands arcs que se trouve surtout
le moellon. Les assises des grosses pierres de l'extérieur sont de la hauteur
(r) Voyez l'aitìcle 5.
(2) Ce côté de l'église avait déjà souffert de la poussée des voûtes avant sa destruction ; on n'en pent douter,
car ce qui subsiste d'ancien du mur du sud est en surplomb.
TOM. II.
71
/
558
ANTIQUITÉS
de 1 1 pouces à i pied 2 pouces ; celles des gros piliers du sud ont 1 1 pouces, 1 pied 1 pouce et 1, pied 2 pouces, et celles des gros piliers du nord
sont alternativement de 9 pouces G lignes , et de 1 pied 5 pouces. L'ensemble de toute la construction de cette seconde partie rappelle celui des
voûtes de la basilique de Saint-Front ; seulement il a moins de grâce ,
ce qui semblerait lui donner la préancienneté : toutefois on doit faire remonter l'un et l'autre à peu près à la même époque, c'est-à-dire au io. e
siècle. On sait, en effet, qu'il y eut une dédicace de l'église de St.-Etienne
vers les premières années du 1 i. e siècle , et comme nécessairement les travaux exigèrent un assez long espace de temps, nous croyons devoir en
rapporter l'entreprise vers l'an 930 ou environ. Les arcades feintes du dehors, le raccourci des masses de l'intérieur , la forme très-peu angulaire
des cintres , tout annonce cet âge , et nous pensons qu'il ne peut guère y
avoir de doute à cet égard (1).
Plusieurs charpentes ont pu être employées successivement sur ce côté
de l'édifice; celle qui subsiste aujourd'hui est faite avec peu de soin.
Ce qui existe encore de la troisième partie de l'église de Saint-Etienne,
consiste, comme on a vu, en deux seuls pans de murs. La largeur de cette
troisième partie, la manière dont elle est ajustée avec la seconde , au moyen
de laquelle elle est, pour ainsi dire , enveloppée à son extrémité de l'est,
sa construction en assises de différentes hauteurs, et dont les plus fortes ne
sont que de 1 pied 6 lignes (2) , le cintre de sa porte du sud , tout prouve
que sa construction est antérieure à celle du reste de l'édifice, et nous
croyons pouvoir la rapporter au 8. R ou 9. e siècle. La porte dont nous venons de parler a évidemment été murée lorsqu'on a construit la seconde
partie, c'est-à-dire vers le milieu du io. e siècle. Quant au clocher, il se
(1) Le peu
d'élévation des piliers pourrait tenir à l'intention que l'architecte dut avoir de ne pas trop dis-
proportionner la partie qu'il construisait avec celle qui existait déjà; mais il n'en est pas moins vrai aussi,
que tel était l'usage au io. e siècle. Les voûtes de la basilique de St. -Front sont d'une architecture pins svelte;
elles sont un peu plus angulaires , plus élevées , et paraissent tenir le milieu entre celles dont nous parlons ici
et celles de la partie de l'est. Quant à ces dernières , elles sont un véritable acheminement au genre gothique , qui est encore plus hardi : telle est la marche de l'esprit humain. Nous devons même ajouter que cette
architecture en arcs angulaires , n'a eu d'abord d'antres motifs que la solidité ; ce qui le prouve d'une manière évidente , c'est que , meme dans le 1 2. e siècle , on ne faisait guère de cette manière que les grands arcs;
d'où il résulte nécessairement qu'on n'y attachait encore aucune idée de beauté.
(2)
Ces assises sont de 9 pouces, de 10 pouces, de 1 pied 6 ligues, etc.
DE
VÉSONE.
55
g
trouvait hors du plan, et d'après Fidée que nous en donne Belle-Forest ,
il pouvait bien avoir été élevé dans le n. e siècle (i).
Ainsi, le temple de Mars a été d'abord changé en église .chrétienne ;
cette église a été refaite en entier vers le 8. e ou le g. e siècle ; dans le io. c
elle a été reconstruite en partie, et l'on y a ajouté un clocher vers la fin
e
du n. ; dans le 12. e siècle elle a été alongée du côté de l'est; dans le i6. e
elle a été détruite en partie, et dans le 17.° on l'a restaurée ; enfin, dans
des temps plus modernes elle a éprouvé de légers changemens dont il est
inutile de parler.
Nous avons dit quelle pouvait être la forme de l'édifice païen (2), et
nous venons de décrire les diverses parties de l'église chrétienne ; il nous
reste maintenant à examiner si le monument actuel est à la même place
que celui des Romains, et si l'église a toujours occupé le même espace.
Le sol extérieur s'élève au - dessus du pavé actuel de Fintérieur de 4
pieds à l'ouest, et de 10 pieds au levant; le mausolée qui est dans la seconde partie est enterré de plusieurs pieds, et dans le i2. e siècle, époque
à laquelle on fit ce mausolée, le terrain s'était déjà sans doute beaucoup
exhaussé ; d'où il suit que le sol antique doit être à plus de 20 pieds de
profondeur , et de là il résulte bien évidemment que pour résoudre d'une
manière positive les deux questions que nous nous sommes proposées, il
faudrait faire des fouilles que nous ne voulons pas entreprendre.
Ce qui pourrait conduire à penser que dans la construction de l'église
on n'a pas parfaitement suivi la direction des murs du temple païen , c'est
que la vieille partie n'est pas exactement orientée. Quoi qu'il en soit, il
est à présumer que l'édifice bâti vers le 8. e siècle ne s'étendait que jusqu'à la seconde partie de l'église actuelle , ce qui lui donnait une longueur
de 80 pieds ou environ, sur une largeur de 48 pieds 6 pouces. Seulement,
comme cet édifice devait se terminer à l'est par un rond -point ou abside , et que les portes latérales semblent prouver en effet que le sanc-
(r) La forme an peu renflée de la flèche pourrait faire croire que ce clocher remonte à la fin du 12.*
siècle; mais ce renflement est jieu sensible, et l'on ne peut guère s'en rapporter, pour cet objet, à l'exactitude du graveur.
(2) Voyez tome i. er, page 32:'t et suivantes.
56o
ANTIQUITÉS
tuaire n'était pas éloigné de leur ouverture, mais qu'il se trouvait un peu
plus au levant, on peut supposer une longueur totale de 92 à 95 pieds.
Probablement cette première église était formée de trois nefs, et était
voûtée en berceaux , comme la vieille basilique de Saint-Front ; cela paraît d'autant plus vraisemblable, que les restes de coupole que l'on voit
de ce côté, de même que le grand arc et les gros piliers, sont très -bien
liés avec la construction de la seconde partie , remontent à la même époque, et n'ont aucun rapport avec les pans de murs du vieux monument.
La seconde partie de l'édifice nous paraît donc avoir remplacé le rondpoint de la troisième, et l'architecte qui l'a ajoutée nous semble s'ètre imposé, pour principales conditions, d'orienter exactement la nouvelle construction , de la rendre régulière dans Fintérieur , et de faire en sorte que
de la partie existante on pût voir parfaitement le nouveau sanctuaire. Pour
arriver à son but, il a été obligé de faire avancer cette nouvelle construction plus au sud qu'au nord, et de rendre presque égaux (1) les piedsdroits du grand arc de séparation, ce qui fait que, vers l'ouest, ils ne saillent pas autant l'un que l'autre dans Fintérieur.
Nous ne voyons point les autres gros piliers de la troisième partie; mais
on ne peut douter qu'ils n'aient été disposés de manière que ceux du sud
fussent tous inégaux, entre eux , et , par ce moyen , celui qui était le
plus à l'ouest devait se trouver en saillie d'environ 4 pieds 8 pouces. Ceux
du nord avançaient peut-être aussi un peu plus que celui qui est à l'extrémité de l'est , ce qui tendait encore à rectifier Firrégularité. Nous devons ajouter que le grand arc de séparation est construit de telle sorte
que la clef de son cintre ne se trouve point au milieu de Fouverture , ce
qui produit un assez mauvais effet , mais ce qui contribuait à redresser Faxe
visuel du monument.
Enfin , nous ferons remarquer que la partie qui nous occupe ne s'est
jamais étendue davantage : ce qui le prouve, c'est que sur les combles 011
voit un arrachement à l'extérieur de la coupole du côté de l'ouest, et qu'il
n'y en a point à l'est. D'ailleurs , on distingue très-bien , au parement des
deux gros piliers de l'est, des arrachemens de marches qui annoncent la
(1) Seulement celui du nord avance moins que celui du sud de quelques pouces.
DE VÉSONE.
56 Ï
montée de Fancien sanctuaire ; seulement , comme il ne paraît point qu'un
mur ait existé clans cette partie, on est assuré qu'un rond-point terminait
l'édifice au levant. Ce rond-point devait avoir quelques pieds de largeur
de plus que Fintervalle des piliers , et il s'étendait sans cloute au-dehors
d'une trentaine de pieds. Nous ne savons pas si l'on a détruit cette abside
lorsqu'on a voulu construire la partie de l'est cle l'édifice, ou si quelque
accident l'avait fait disparaître auparavant. Quoi qu'il en soit, cette partie a été élevée, et le monument, tel qu'il existait encore en 167.7, avEUt
une longueur totale d'environ 238 pieds, y compris le clocher.
Pour restaurer cette ancienne cathédrale d'une manière convenable , il
faudrait la décombrer des terres qui l'environnent de toutes parts, et remettre le sol extérieur un peu au-dessous du pavé actuel; rétablir dans
leur ancien état les murs dégradés de l'est et du sud ; élever à la même hauteur, quoiqu'en simple parpaing, ceux de la partie cle l'ouest, et surmonter le tout d'une charpente uniforme qui ne laisserait paraître au-dehors
que la coupole qui est le plus au levant.
On pourrait ensuite construire à l'ouest un petit parvis en colonnade (1),
et le surmonter de deux tours qui serviraient de clocher.
On décorerait Fintérieur de l'édifice ; l'autel de bois serait rétabli clans
son entier ; une grande porte serait ouverte dans le mur de l'ouest ; celle
du sud serait fermée ; et alors , malgré les destructions des barbares , on aurait encore un monument digne de fixer Fattention des curieux.
ARTICLE 2. — Du cloître.
Le cloître était au nord cle l'église; il s'étendait, du côté de l'est, jusqu'à
7 pieds de distance du pied-droit qui sépare les deux arcades extérieures
de la seconde partie; et vers l'ouest, il avançait autant que le clocher, c'està-dire que sa longueur de l'ouest à l'est était cle près de 129 pieds hors
d'oeuvre; quant à sa largeur, à partir du gros mur, elle n'était que d'environ 94 pieds.
(1) On pourrait, pour construire ce porche, se servir de bioes de colonnes antiques; on conserverait par
ce moyen quelques morceaux précieux, et la façade de l'église n'en serait que plus pittoresque.
562
ANTIQUITÉS
Ce cloître se composait de quatre galeries, dont deux subsistent encore
en entier : celle de l'est a 91 pieds 5 pouces de longueur intérieure, et 8
pieds 5 pouces de large; celle du nord a 89 pieds sur 8 pieds x pouce,
et à l'extrémité de cette dernière étaient de vieilles constructions qui formaient dans le préau une saillie de 26 pieds 6 pouces , et dont la longueur
extérieure était d'environ 21 pieds. Le préau avait 72 pieds 2 pouces du
nord au sud , et un peu plus de 100 pieds de l'ouest à l'est. Les voûtes
des galeries sont à lunettes ; elles s'élèvent de 8 ou 9 pieds sur le sol actuel , lequel est un peu plus haut que le pavé de l'église ; leur construction est presque toute en moellon , et on ne voit à leur douelle aucune
espèce de nervures.
La galerie de l'est (1) est percée sur le préau de dix arcades en plein
cintre , et elle a deux ouvertures de l'autre côté ; elle communiquait avec
l'église , au moyen d'une porte carrée qui ne paraît pas très-ancienne ; dans
son intérieur sont deux inscriptions ; l'extérieur de ses arcades a été
orné d'archivoltes fort simples.
La galerie du nord avait à peu près le même nombre d'arcades . que celle
de l'est ; mais elle a été tellement bouleversée vers l'ouest qu'on ne peut plus
les toutes distinguer. Les vieilles constructions qui rentrent dans le préau
de ce côté ne s'élèvent plus que de 4 à 5 pieds au-dessus du sol, et leur
intérieur est comblé ; elles offrent à l'extérieur de petites pierres en assises
qui paraissent appartenir à un siècle très-reculé , et à leur extrémité est un
reste de voûte de la même époque. Cette voûte de l'extrémité a 7 pieds 7
pouces de large et 21 pieds de longueur; elle se dirige du sud au nord.
De ce dernier côté, elle est fermée d'une muraille qui ne semble pas remonter à une très-haute ancienneté ; de l'autre , elle est ouverte en arrachement, ce qui annonce qu'elle se prolongeait davantage; et en effet,
comme le mur qui renfermait le cloître vers l'ouest subsiste encore jusqu'à
une certaine hauteur , sur une étendue de plus cle 46 pieds , et que ce
mur laisse voir dans toute sa longueur une naissance cle cintre et quelques restes d'un étage supérieur, on ne peut clouter que le cloître n'eût
pour troisième galerie la voûte dont nous venons de parler. Le gros mur
qui laisse voir cette naissance cle cintre est construit en petites pierres
(1) L'étage supérieur de cette galerie sert maintenant de presbytère.
DE VÉSONE.
565
longues; il a 2 pieds 6 pouces d'épaisseur, et il est orné à l'extérieur d'arcades feintes absolument semblables à celles de la seconde partie de l'église.
Ces arcades ont i3 pieds 6 pouces de largeur.
Quant à la quatrième galerie, elle avait 10 pieds 8 pouces de largeur'
du côté de l'est , et elle pouvait avoir un peu moins à l'autre extrémité.
Au surplus , comme le mur cle la vieille église formait une de ses parois ,
elle a été détruite presque clans toute sa longueur. Deux de ses arcades
seulement subsistent encore; elles sont contre le vieux pan de mur, et contre l'ângle cle la seconde partie de l'église actuelle, où il ne se trouve qu'un
assez étroit passage ; leur construction est comme celle des galeries de
l'est et du nord.
Tels sont les restes du cloître de notre ancienne cathédrale, et l'on ne
peut douter qu'à chaque galerie il n'y ait eu au moins deux étages. Ce monument a cela de remarquable , qu'il est exactement orienté ; ce qui prouve
qu'il ne peut remonter plus haut que la seconde partie de l'église. La seule
construction qui fait angle dans le préau paraît antérieure ; et comme on
distingue clans les galeries deux autres constructions bien marquées et parfaitement analogues à la première et à la seconde partie de l'édifìce principal, nous pouvons dire, presque avec certitude , que ce qui forme sangle
rentrant du préau appartient au huitième siècle ; que le mur de l'ouest et
la galerie cpii était cle ce côté remontent au 1 o. e siècle, et le reste aux premières années du i2. e
ARTICLE 3. — De la chapelle de Saint-Jean (1).
La chapelle de Saint-Jean était au nord du cloître , mais elle avançait
vers le levant cle 21 pieds et quelques pouces de plus que cette construction. Ce petit, édifice se composait de deux parties distinctes , celle de l'est
et celle de l'ouest. La première est moderne, et elle subsiste encore en
entier; sa longueur, dans œuvre, est de 19 pieds 1 pouce; sa largeur est
(1) Cette chapelle, extrêmement curieuse sous tous les rapports , est détruite maintenant en grande partie ;
elle était encore sur pied en 1817 ; mais comme les pénitens hlancs en étaient en possession, de même que
du cloître, et qu'ils y faisaient leurs offices, le curé [M. Desm. ) et les marguilliers ne trouvèrent rien de
plus ingénieux que de la détruire pour les déposséder,
564
ANTIQUITÉS
de 20 pieds 3 pouces. La seconde était fort ancienne et elle est prescpie
entièrement détruite; elle avait. 09 pieds 4 pouces sur 22 pieds 8 pouces;
elle était séparée de la première par une arcade de 17 pieds cle large, et
dont les pieds - droits ont 1 pied 6 pouces d'épaisseur , ce cpii donnait à
l'intérieur de la chapelle une longueur totale cle 81 pieds.
La première partie a clans son mur cle l'est la porte d'entrée, et elle est
fortifiée à son angle extérieur du sud-est par un contrefort diagonal ; son
intérieur se divise en cieux étages. Le premier cle ces étages est décoré cle
la manière la plus recherchée; sa voûte, dont la hauteur est d'environ 16
pieds au-dessus du sol actuel ( 1 ) , offre des nervures simples dans leur
forme, et très-bien disposées, quoique placées peut-être avec un peu trop
de profusion. À leurs principaux embranchemens, ces nervures sont ornées
de petits culs-de-lampe à fond plat ; elles aboutissent au milieu de chaque
mur, et principalement aux quatre coins du carré où se trouvent, pour
support, des espèces d'encoignures gothiques, surchargées d'ornemens cle
la renaissance, travaillés avec le plus grand soin. Les culs-de-lampe sont
au nombre de cinq : sur celui de la clef cle la voûte est le buste d'un vicaire de Jésus-Christ ; sur les quatre autres sont les attributs des évangélistes. Une niche est ménagée clans chacune des encoignures ; les pans cle
murs offrent quelques bas-reliefs en forme cle tableaux ; mais ce qui mérite toute l'attention cle l'observateur , c'est l'arcade surbaissée cpii sépare
l'une de l'autre les deux parties du monument : c'est là que l'on trouve
toute la richesse des détails cle la renaissance , surtout dans le contour du
cintre où se distinguent des rinceaux dont la grâce et la légèreté sont vraiment admirables.
La porte d'entrée , dont la largeur est de 5 pieds 3 pouces , est aussi cle
quelque intérêt : son cintre est en arc aigu ; son contour est ébrasé des
deux côtés , et l'on y a taillé des rainures profondes ; mais l'ensemble est
d'un style simple et sévère qui annonce le retour des bonnes formes.
L'étage supérieur s'élève de 19 pieds sous la clef de sa voûte ; on y aboutit
par un escalier placé dans le haut d'un petit clocher construit clans l'angle
extérieur que font la chapelle et le cloître. Cet étage avait autrefois deux
(1) C'est dans cette partie , dont on a élevé le sol de plusieurs pieds , qu'on a fait tout récemment le grenier
à foin et l'écurie du presbytère.
DE VÉSONE.
565
portes de communication avec Pévêché ; il est ouvert du côté de l'ouest,
et on voit qu'il fut toujours destiné à servir de tribune; quelques nervures profilées sans recherche , mais ornées cle culs-de-lampe pareils à ceux
de l'étage inférieur , forment tout son décor.
La seconde partie ne s'élève maintenant qu'à une médiocre hauteur ,
et on a fait un jardin clans son intérieur. Le mur du sud de cette partie était
celui du cloître; il a été souvent refait ou restauré. Celui cle l'ouest est un
peu en ligne courbe à ses extrémités ; 6n lavait assez mal construit, et il
a été l'objet de quelques restaurations. Le mur du nord est celui qui mérite le plus de fixer l'attention ; il paraît remonter à une époque très - ancienne , et il offre à la vue diverses constructions.
Tout ce qui appartient à la fondation première de ce dernier mur est
en petites pierres grossièrement équarries et disposées en assises assez régulières. Quatre ouvertures très-étroites au dehors, mais fort ébrasées vers
Fintérieur, éclairaient jadis l'édifice de ce côté. Ces ouvertures ont été pratiquées après coup , on n'en peut douter , et leur contour est fait en petites
pierres longues ajustées avec soin : c'est un genre tout différent du premier. Enfin, une porte cintrée a été ouverte dans le bas ; les mon tans -de
cette porte sont en petites pierres de taille ; ses voussoirs sont peu alongés,
ils ont eu du mortier en joints saillans clans la douelle du cintre, et il est
évident cpie cette ouverture a été percée postérieurement aux petites fenêtres , car elle empiète sur une de ces baies. Ainsi , le mur du nord offre
à l'examen des curieux trois constructions bien distinctes , et qui remontent à des siècles fort reculés.
A côté de ces constructions on trouve quelques restes de vieilles voûtes
encombrées cle terres et de matériaux de toute espèce. La largeur de ces
voûtes du sud au nord était d'environ 26 pieds ; leur longueur était cle
plus de 90 pieds ; elles avançaient du côté de l'est de 1 pied et quelques
pouces de moins que la vieille partie de la chapelle ; et à l'ouest de ce dernier monument on voit une autre voûte encore assez bien conservée. Celleci forme une pièce de 3o pieds 6 pouces cle long sur près de 20 pieds de
large , non compris Fépaisseur des pieds - droits ; sa douelle est en voûte
d'arète (1).
(1) On a laitdes espèces de jardins an-dessus de tontes ces voûtes.
TOM. II.
72
566
ANTIQUITES
Cette vaste pièce communiquait autrefois , au moyen de deux arcades ,
avec la galerie septentrionale du grand cloître; vers l'ouest, elle communiquait aussi , par une large porte , avec d'autres voûtes qui sont maintenant détruites , et elle en faisait autant du côté du nord ; au levant , elle
donnait entrée à deux petits caveaux de sépulture qui pénétraient sous la
chapelle, à côté de l'autel principal.
Tel est l'ensemble de l'ancienne chapelle de Saint-Jean et des restes de
constructions qui l'entourent au nord et à l'ouest. Les vieilles parties du
mur du nord doivent remonter au 5. e siècle, ou au 6. e ; les lucarnes qui
ont été ouvertes dans ce mur peuvent appartenir au 8. e , de même que le
mur de l'ouest de la grande pièce qui est à l'extrémité ; le vieux arceau
doit être du g. e ; le mur curviligne qui était derrière l'autel, et presque
e
toutes les voûtes contiguës au monument, semblent remonter au io.
Quant à la partie moderne de ce même monument, une inscription en
lettres guillochées , sculptée sur l'éperon ou contrefort du sud-est , nous
apprend qu'elle a été commencée en i52i (i), d'où nous devons conclure
que c'est avant 1 53o qu'elle a été achevée. C'est un morceau précieux de
la renaissance des arts ; nous le devons à Guy de Castelnau , nommé en
I 5 II évêque de Périgueux, et à Jacques-Maurice de Castelnau, son successeur ; peut-être même ne fut-il achevé que par Jean de Plas. C'est dans
cette construction que l'on distingue le mieux le passage des formes barbares du gothique à celle de la bonne architecture, car l'un et l'autre
genre s'y trouvent admirablement confondus.
Nous devons ajouter que, primitivement, la chapelle a pu s'étendre davantage à l'ouest , puisque les murs latéraux paraissent s'être prolongés
derrière les parties curvilignes du mur du fond , mais que de l'autre côté
elle n'avançait pas plus que le mur du cloître , avant que la construction
moderne fût élevée ; ce qui le prouve, c'est la différence de largeur entre
les deux parties de l'édifice , car cette différence est toute entière du côté
du nord , où la paroi intérieure se trouve en quelque sorte formée par le
parement extérieur du mur de Fancien évêché.
Au surplus, nous ferons ici un rapprochement qui ne sera pas sans quel(i) Voyez Tarticle 5. Les armes de la maison de Castelnau sont au-dessous de l'inscription.
DE VÉSONE.
56 7
que utilité pour l'histoire de i'art. Par la description que nous avons donnée
de l'église , on a vu que les grands arcs de la seconde partie tendaient à la
forme angulaire, mais que, comme la pointe en était émoussée, ils figuraient plutôt une espèce de demi-ellipse dans leur élévation. Dans la partie
de l'est, au contraire, nous avons fait remarquer que les grands arcs étaient
parfaitement angulaires, que leur pointe était déterminée, quoique cependant toutes les arcades extérieures, toutes les ouvertures fussent en plein
cintre; et de là nous avons conclu que, dans le i2. e siècle, on n'ajoutait
encore à ce genre de construction aucune idée de beauté ; que , par conséquent, son emploi n'avait eu pour objet qu'une plus grande solidité.
Toutefois, il n'en est pas moins vrai que, comme les arcs elliptiques du
io. esiècle ont donné naissance aux arcs angulaires , de même ceux-ci sont
en quelque sorte l'enfance du genre gothique.
D'un autre côté , nous venons de voir que la partie de l'est de la chapelle de Saint-Jean est un échantillon précieux de la fin de ce même genre;
or, il est intéressant de voir réunis dans la même enceinte les commencemens et la fin d'un mode de construction qui, pendant plusieurs siècles,
a eu tant de vogue dans tout le monde chrétien.
ARTICLE 4-—• Du palais épiscopal (1).
Le palais épiscopal était au nord-est de la chapelle que nous venons de
décrire ; ses constructions paraissent s'être étendues sur les vieilles voûtes
dont nous avons parlé , et elles occupaient sans doute un vaste espace : au
levant, elles avançaient peut-être éncore plus que la grande église; au
nord, elles avaient un développement de plus de 70 pieds.'
II reste encore de cet édifice trois voûtes entières, trois parties de quelques autres, et des pans de murs très-élevés; mais on ne peut déterminer
avec certitude ni quelle fut son étendue, ni à quelle époque il fut fondé :
il a dû être souvent restauré , et l'on n'y distingue maintenant que des
constructions du i2. esiècle, dans lesquelles on a pratiqué des voûtes, quel-
(i) C'est surtout dans le jardin de feu M. Cbambon que l'on voit les ruines de ce palais.
568
ANTIQUITÉS
ques siècles après, et qu'on a entièrement réparées dans le genre gothique.
Suivant la gravure de la Cosmographie de Belle-Forest , les combles prouveraient en effet , s'il en était besoin , que ce palais avait été rebâti presque
entièrement dans le i4- e siècle , car on y remarque toutes sortes de pointes
de tours et d'amortissemens qui ne peuvent appartenir qu'à cette époque.
Selon le texte du même auteur , la façade principale se serait trouvée vers
le sud. Lorsque les protestans détruisirent une partie de l'église , le palais
fut également renversé ; et comme , après tous ces désastres , le Chapitre
de Saint-Étienne et celui de Saint-Front furent forcés de se réunir, ce
vieux palais fut entièrement abandonné (i).
ARTICLE 5. — Des inscriptions.
On trouve dans l'ancienne cathédrale de Saint -Etienne et dans ses dépendances , quelques inscriptions que nous allons faire connaître. La plupart de ces inscriptions sont sépulcrales ; deux se rapportent à des constructions ; la dernière est un monument astronomique très-curieux.
gi@#QiSi
N.° i. er — Dans l'église; au côlé droit de Varchivolte de Varcade qui couronne le mausolée de Jean d'Asside.
CONSÏAN
TIN 9 ? DE:
IARNAC:
FECI T i
HOC':OP°i >
(1) On sait que cette réunion date du 17.° siècle.
(2) Cette inscription a 1 pied 3 pouces 6 lignes de haut , sur 1 1 pouces et 8 pouces 6 lignes de large ; ses
lettres sont de la hauteur de 2 pouces , tandis que celles des deux N. os suivans n'ont que 1 pouce 9 lignes.
/
DE VESONE.
56 9
N.° 2. — Ibidem; au-dessous de la première, c'est-à-dire
sur le pied-droit de Varcade.
.
ANNO i AB : INCAR
NATLONE-DNI
M :C : LX! NONO
SGÎ)A : DIE : MAII
OBIITi DOMNVS
IOfcSi H Y I V S : E G
CLIEi EPSi SEDIT
AVTEM : IN : EPA
TV i NOYE • ANNIS
SEPTEM : DIEBYS
MINYS:
N.° 3. — Ibidem ; immédiatement au-dessous de la seconde
et sans aucune séparation.
Q VI: PRESENTES
IJ ITERAS : LEGIS
ET: CONSIDERAS
INiDEFYNCTIi NO
MINE: DIG: ABSOL
VE ï DNE ! VEL i DS
. . VI .: PROPRIVM
.vVT : S ALT E M
T DELIVM w
(i) Cette inscription et celle du IN ,° 2, prises ensemble, ont 4 pieds 6 pouces (i ligues, sur 1 pied 5 pouces.
5 7o
ANTIQUITÉS
N.° 4- — Ibidem. Cette inscription ne parait plus; elle
devait être dans Varcade.
PICTAVIA NATVS HIC PAVSAT PRESVL HVMATVS
FILIVS ERGO DEI PROPITIETVR El.
N. os 5 et 6. — (Voyez le tableau ci-joint).
N.° 7. — Dans le cloître; sur le mur de l'est de la galerie
de lest, sous le j. e arc , à partir du mur de l'église.
\ ANNO i mi \ k: GG :. XL°
: VII:UI:Rfc:MAII:OBIIT
:W :. MIMETIi SAGER
DOSi ET: SACRISTA
: AïA : EIUS: REQ^S
CAT i IN i PAGE :. AMEN. h
N.° 8. — Ibidem ; dans la même galerie , sur le 6. e pieddroit du mur de l'ouest.
ANNO: DNI: M :. GG í LX
III i XII i Kfc ! OCT015 ; OBIITi
ADEMAR 9 : DE MELET
ARGhIDAGN 9 . U. SAGR
DOS i AïA ! El 9 • RQiESCAT
INiPAGEi AMEN i -I—
(1) Cette inscription a 1 p. 1 p. 6 lig., snr 1 p. n p. 6 lig., y compris l'encadremcnt; celle dn N." S
a t pied 7 pouces sur rt pouces. Les lettres de la r.™ ont 1 pouce 10 lig., et celles de l'autre 1 pouce 4 lig-
TOM. II. {Pag. 570 bis.)
N.° 10. — Dans l'église; sur le mur latéral du sud de la paiiie la plus moderne.
HOC ; EST; PASCH A ; SINE ; TERMINO i ET NVI .
MARCIVS i XXIIII
MR XXVHII
XXVIIII
AP III
AP-XVII
AP XVIII
AP XVIII
AP IIII
AP XXIII
AP VIII
MR XXX
Ai 11*1
APXIII
Mi XXIIII
AP VIII
APRILIS ; xíi
M vrai
AP- Vini
MR- XXV
AP XIIII
AP- xxrâi
MR- XXV
AP- XIIII
AP- V
AP XIIII
AP- XIII1
MR. XXX
AP-VI
APXVIIII
AP 1*11
MR XXVII
AP-XX
;v
MR! XXVIII AP:XVI
S
XX AP-V MRXXVIII 1k.p -XVII j Ip -I APXXI APXIII
MR- XXVIII
AP-X
AP-X
Ap X
AP- XXV
a
APXVIIII ■ A*- XI
MR: XXXI
■ • IIII
Ap XX*III Ap-Vlfll AP-Ì
MR-XXV
Mít -XXX
APXVIIII
AMlîl
. 3 i C VM FINIERIT \ A CAPITEiREINCIPE :
MR XXVI
í
AP- I* [
AP íl
Ai XXI
AP. XXII
AP XV
A >VH
AP- VI
Ai VI
MR XXXI
AP-XX
Ai XII
1
AP III
AP-XVI
Mi -XXXI
MR- XXVIIII
MR- XXVIIII
Mi. XXVI AP X°V AP VII M5- xi\ ' APXI
AP-XV
J
MARCI?
Ai XI
AP-XX'III
AP-VIII
APXVIIII
AP-IIH
Mi XXVII Ai XVI MR^XXXI
M XX
•
N.° 5. •—• Sur le mur latéral du nord; dans le sanctuaire.
PRESVL i PETRVS i ERAT i IACET ! HIC : IN PVLVERE i PVLVIS :
SITi CELVM: REqVIESi SIT: SIBI: VITA i DEVS : OBIIT i DEC MA IDIEI APRIESl
N.° 6. — Dans la cour du presbytère, (On ne sait où cette inscription était primitivement).
= IIII • IDVSi FEBROARII i OBIIT- AR: VIGERII iHVIVS- ECCtIE: ARCHIDIACONVSi
—e
DE
VÉSONE.
571
N.° 9. — Sur ï éperon de la chapelle de Saint-Jean , à environ i3 pieds de hauteur.
LAN:MIL:V:C:XXI:ET
LEXIII.DAVRIL.FVT:
CONMANCE * E:LA:
PRESTE : CHAPELE
GVIDO:DE CA
ÔTJAO: NOVON.° 10. — (Voyez le tableau ci-joint).
.
asa-g-ss»
Ce n'est que par la gravure que nous aurions pu rendre ces inscriptions
d'une manière convenable, car les caractères de l'époque où elles ont été
écrites sur la pierre sont d'un genre particulier , et ressemblent peu à ceux
qu'on emploie maintenant. On s'est servi de ces caractères bâtards jusqu'en
i3oo , qu'ils ont fini par devenir entièrement gothiques; on pourrait les
appeler les caractères du moyen âge, quoique , pendant le temps qu'ils
ont été en usage, leur forme ait quelquefois varié (1).
( 1) Pour tenir lieu , autant que possible , de la planche qui nous manque pour nos inscriptions de l'église
de Saint-Etienne, nous devons faire remarquer que, dans le I2. esiècle et dans le i3. e , on employait ensemble des lettres de deux espèces : les unes ressemblaient assez à celles dont on se sert aujourd'hui; les autres
étaient de forme différente , et c'est sur ces dernières que l'attention doit principalement se íixer.
L'A de ces inscriptions se termine ordinairement par une tète ou trait horizontal qui souvent ne s'étend
qu'à droite, mais qui quelquefois se prolonge des deux côtés; quelquefois aussi le trait du milieu est en
forme de petit V.
Le B n'a rien de bien remarquable ; ordinairement sa parlie droite est moins alongée que l'ensemble de
la lettre , ce qui lui donne une certaine grâce. Nous devons en dire autant du D , du P et de lit.
Le C commence, "dans le i3. e siècle, a être fermé d'un trait du côté de son ouverture, et souvent il se
compose de trois simples traits joints à angle droit.
Le D ressemble quelquefois un peu au D de notre écriture ; seulement la partie du haut ne s'élève pas audessus de la ligne, et elle se termine par un trait horizontal.
\
57 3
ANTIQUITÉS
Nous n'avons point exprimé les barres qui se trouvent entre les lignes
dans presque toutes les inscriptions de cette époque, non plus que celles
qui forment l'encadrement ; on pourra les suppléer. Nous avons mis les
trois points ; on sait qu'ils appartiennent aussi à ces temps reculés , quoique dans le 5. e siècle et dans le 6. e on en employât deux seulement.^
L'inscriptiou du N.° i nous apprend c[ue le mausolée de Jean d'Asside ,
évêque de Périgueux, a été fait par un nommé Constantin {Constantinus)
dé Jarnac; mais ce Constantin était -il le fondateur du monument, ou
en était-il l'arcbitecte et le sculpteur ? Nous pensons qu'on ne peut guère
rester dans le doute à cet égard , et il nous paraît incontestable que c'est
à la main d'un Constantin , natif de Jarnac , que nous devons ce précieux
morceau de sculpture.
On trouve dans le N.° 2 l'époque juste de la mort de l'évêque dont nous
venons de parler , et l'on y voit que cet évêque , décédé le 2 du mois de
mai 11 6g, avait tenu le siège neuf ans moins sept jours. II n'y a, il est
vrai, dans l'épitaphe, que Johannes (JoSs), mais comme nous n'avons pas
L'E ordinaire a ses trois traits horizontaux égaux en longueur ; l'autre est fait en forme d'epsilon minuscule;
dans le i3, e siècle, il est fermé d'un petit trait à son ouverture.
L'F n'a rien de fort remarquable ; ses traits horizontaux sont plus courts que ceux de notre F.
Le G ordinaire a sa pointe du bas tournée en volute ; l'autre se termine par le haut en ligne horizontale, un
peu relevée à l'extrémité.
L'H ressemble un peu à notre H cursive , et quelquefois aussi à notre H du bas de casse.
L'I n'a rien de particulier, si ce n'est que dans le i3.° siècle il est quelquefois renflé au milieu comme par
un point.
Le K a ses branches courbées , et qui se rapprochent de sa barre droite.
L'L a son trait horizontal plus court que dans l'L actuelle.
L'M ordinaire a sa pointe du milieu beaucoup moins basse que notre M actuelle ; l'autre est faite comme
une espèce d'oméga minuscule tourné du haut en bas ; quelquefois ses pointes se recourbent à leur extrémité.
L'N ordinaire est faite de manière que le trait oblique n'arrive point au bout des jambages ; l'autre est faite
presque comme un D ; quelquefois son dernier jambage se recourbe comme dans l'M.
L'O est presque toujours formé de deux portions de cercle.
Le P n'a rien de remarquable.
Le Q se fait quelquefois comme notre Q minuscule.
L'R est plus resserrée par le bas que notre R actuelle.
L'S n'a rien de particulier,
s
Le T ordinaire a sa tète plus étroite que notre T actuel ; l'autre a quelque ressemblance avec le tau de la
langue grecque ; seulement sa partie droite a la forme de notre C.
L'II majuscule était employé quelquefois dans le i3. c siècle; il ressemble à notre U minuscule; seulement
son trait droit est à droite : IJ.
Le V et rX. n'ont rien de particulier ; seulement pour l'X le trait de droite est quelquefois en contre-esse.
DE VÉSONE.
5 3
7
e
d'autre prélat du nom de Jean juscpi'au i5. siècle, il est bien évident que
ce ne peut être que Jean d'Asside.
LeN.° 3 est immédiatement et sans intervalle sous le N.° 2. Dans cette
inscription , on recommande à ceux qui liront l'épitaphe , de réciter , pour
l'âme du défunt , Xoremus ABSOLVE , DOMINE
, ou Xoremus
DOMINE, VEL DEUS , cui PROPRIUM
... , ou du moins l'oraison FIDELIUM
DEUS OMNIUM
L'inscription du N.° 4 est détruite, ou peut-être elle est cachée. sous le
pavé de l'église ; c'est d'après le P. Dupuy que nous la rapportons ; elle est
propre à donner une idée de la versification de cette époque , où la rime
était assez en usage , même clans les vers latins. Probablement cette inscription était en quatre lignes.
Le N.° 5 forme l'épitaphe de Pierre de Mimet , et comme le millésime
n'y est point exprimé, on l'a toujours prise pour celle de Pierre de Durfort, décédé en i4o3. Nous avons de la peine à concevoir qu'on ait pu tomber dans une pareille erreur, lorsqu'on avait l'inscription sous les yeux;
car, au plus léger examen, on ne peut s'empêcher de reconnaître clans
cette inscription les caractères du I2. E siècle , et l'on sait en effet que Pierre
de Mimet est mort le io avril 1182 (1). Les lettres de ce monument sont
très-bien gravées.
Le N.° 6 contient l'épitaphe d'Arnaud de Viger , archidiacre de l'ancienne cathédrale. Le millésime n'y est point exprimé ; mais on voit que
cet Arnaud de Viger mourut le 4 des ides de février {febroarii pour februarii), et le genre des caractères ne nous permet guère de douler que
le décès du personnage ne remonte vers le milieu du i3. e siècle.
Dans le N.° 7 nous trouvons l'épitaphe de Guillaume ( W. pour Willelf
mus') de Mimet (Mimeti), décédé le 6 des calendes de mai 1247. Ce Guillaume de Mimet, prêtre et sacristain de la cathédrale (2), était sans cloute
parent de l'évêque Pierre de Mimet; ainsi, nous savons positivement de
(1) C'est M. de Monrein qni a relevé cette erreur, et c'est à ce savant que nous devons notre travail sur la
cathédrale de Saint-Étienne, de même nue celui de la basilique de Saint-Front, et assez généralement tout
ce qui concerne nos monumens du christianisme.
(2) Sacristain signifiait alors tout autre chose que ce que nous entendons ordinairement par ce mot.
TOM. II.
73
57 4
ANTIQUITÉS
quelle manière il faut écrire ce nom. Au surplus , l'inscription se termine
par ces mots : AïA (anima) ejus requiescat in pace, amen; formule qui, depuis, a été fort usitée.
Le N.° 8 offre l'épitaphe d'Adémar de Melet, archidiacre et prêtre , décédé le 11 des calendes d'octobre 1263. A la fin, on trouve la même prière
que dans l'inscription précédente.
Le N.° 9 est une de nos inscriptions les plus curieuses sous tous les rapports , et nous sommes vraiment fâchés qu'elle n'ait pu être gravée.
Cette inscription est sculptée en relief; ses lettres, faites presque sur le
modèle de celles du i2. e siècle, sont ouvrées d'une façon singulière et en
espèce de guillochis ; seulement le sculpteur, gêné par quelques rognons
de silex, et connaissant assez mal son alphabet, a quelquefois séparé les
mots d'une manière bizarre ; il a même renversé l'S de Castro, et on trouve
dans la troisième ligne deux fautes d'orthographe ( CONMANCEE ), et une dans
la quatrième ( CHAPELE ). Probablement aussi c'est par erreur que le mot
PAR a été omis devant GTJLDO . Quant au premier mot de la quatrième ligne
(PRESTE ), il est évident que c'est l'abréviation de présente, et il ne peut y
avoir de difficulté à ce sujet. Au surplus, la faute la plus grave est dans la
première ligne , où le C , qui devait être en forme de lettrine au haut du
V, se trouve à côté , ce qui semble faire six cents , tandis qu'il faut lire cinq
cents (VI). Enfin, nous devons faire remarquer que dans cette inscription
la plupart des mots y sont séparés par deux points, ce qui, pour le i6. e
siècle , nous paraît singulier. Voici donc l'inscription telle qu'elle doit
être lue :
L'AN : MIL : V e : XXI : ET
LE : XIII : D'AVRIL : FVT
COMMENCÉE : LA
PRÉSENTE : CHAPELLE
PAR : GVIDO : DE : CAS
TRO-NOVO :
Telles sont nos inscriptions de la cathédrale de Saint-Etienne. La première et la neuvième se rapportent à la construction de deux monumens ;
DE VÉSONE.
57 5
les autres sont sépulcrales (i). II ne nous reste plus qu'à parler de celle du
N.° 10 ; et c'est là principalement que le lecteur doit porter toute son attention.
Cette inscription est une table pascale ; elle est gravée sur le mur latéral
du sud de l'église , à la hauteur de 3 pieds 7 pouces au-dessus du socle
qui soutient les colonnes , et jamais elle n'a été ailleurs qu'à la place qu'elle
occupe maintenant (2) ; sa longueur est de 5 pieds 4 pouces 3 lignes ; sa
hauteur est de 1 pied 2 pouces 10 lignes , non compris les lignes du bas,
qui occupent un espace de 1 pied 4 pouces , sur un peu plus de 6 pouces.
Les lettres sont de la hauteur de 1 pouce 4 lignes à 1 1 lignes (3) , et en examinant leur forme avec attention , on ne peut douter qu'elles n'appartiennent au 1 2. e siècle. D'ailleurs, il est évident que ces lettres ont été
gravées sur le mur actuel , et nous avons vu que ce mur ne remontait pas
plus haut; ainsi, nous devons être parfaitement fixés à cet égard.
(1) On lit sur une pierre tumulaire qui se trouve dans le pavé de l'intérieur de l'église, une septième inscription sépulcrale ; mais comme celle-ci n'est point ancienne , elle n'est d'aucun intérêt ; la voici :
CY GIST REV
PERE EN DIEU......
NICOLAS DA
CHANTRE ET CHAN
OINE EN L'EGLISE
CATHEDRALE DE
CEANS ET ABBÉ DE
PEYROUZE ÂGÉ DE
QUATRE VINGT ET
DOUZE ANS LE
QUEL DECEDA LE
10.EME AVRIL 1649
B.EQUIESCAT IN TACE
(2) L'abbé Lebeuf se trompe lorsqu'il dit que cette inscription était d'abord plus élevée ; la destruction
n'arriva point jusque-là en 1577. Ce savant est aussi dans l'erreur sur plusieurs autres points : nous nous
bornerons à relever les inexactitudes qui lui sont échappées relativement à la table.
i.° II dit qu'il y a partout trois points; 2.° que les lignes sont à la distance de près de 2 ponces; 3.° que
les lettres ont 1 pouce 6 lignes de hant. 4. 0 II lit dans la 2. e ligne , MARTIVS pour MARCIVS , APRILIS
XIII pour APRILIS XII , APRILIS XVI pour AP. XVI ; 5.» dans la 4- c lig. , APRILIS XXI pour AP. XXI ;
6.° dans la 5." ligne, MARTIVS XXVIIII pour MR. XXVIUI; 7. 0 dans la 6. e ligue, MR. XXVIII pour
MR. XXVIIII. S.° Dans la 7 . e lig., entre MR. XXVI et AP. VU, il omet AP. XV; 9. 0 dans la 8. e lig., il lit
APRILIS VIII pour AP. VIII; 10. 0 dans la dernière des lignes courtes, APRILIS XX pour AP. XX.
(3) Celles des deux premières lignes ont 1 pouce 4 lignes ; celles de la troisième et de la quatrième ont 1
pouce 1 ligne ; celles de la cinquième et de la sixième , 1 pouce ; celles de la septième et de la huitième , 1 1
lignes ; celles de la première des lignes courtes, 1 pouce 1 ligne; celles des deux autres, 11 lignes. L'intervalle est de 4 lignes à 1 pouce.
57 6
ANTIQUITÉS
Nous n'entrerons point dans le détail de tout ce qu'ont dit de cette table
Scaliger et l'abbé Lebeuf : le premier la regarde comme le cycle de Théophile d'Alexandrie , lequel se composait de ç)5 années ; l'autre y retrouve
une partie de la période de Victorius d'Aquitaine, qui, comme on sait,
était de 532 ans , et que Denys-le-Petit corrigea clans le 6. e siècle. Au reste ,
quel que soit celui des deux cycles qu'on ait voulu copier , il est demeuré imparfait. On peut voir la dissertation que l'abbé Lebeuf a faite silice sujet (ï).
Le premier concile d'Orléans , tenu en 5i i , ordonna de faire usage de la
période dionysienne : il est donc probable que c'est en effet cette période
que les auteurs de notre table pascale ont voulu copier. Seulement, comme
c'est vers Tannée 1 163 que cette table a été gravée, on y fait commencer le
cycle à cette année , au lieu de le faire remonter à l'an io65 qui était celui
du renouvellement de la véritable période de Denys-le-Petit : comme cela
ne dérangeait rien , il devenait indifférent de commencer à l'une ou à l'autre époque. Toutefois, nous devons faire remarquer que le monument de
notre vieille cathédrale n'est pas entièrement conforme aux calculs de Denys-le-Petit (2), que l'on paraît avoir suivi généralement. Suivant ces calculs , la Pâque devait tomber au 3 avril en 121 1 , et au 23 mars en i23i ,
tandis que notre table l'indique au 4 avril et au 25 mars pour ces années.
Au surplus , nous avons fait imprimer cette table avec la pins grande
exactitude ; nous laissons aux computistes le soin d'en tirer le parti qu'ils
croiront convenable. Nous ferons seulement observer que la dernière des
grandes lignes finit à la quatre-vingt-quatrième case ; ce qui pourrait faire
croire qu'on aurait voulu remettre en vigueur le cycle hébraïque, dont on
a fait usage clans les premiers siècles de l'église ; et ce qui , au premier
abord , porterait à le penser , c'est qu'il paraît que les trois petites lignes
ont été ajoutées.
Enfin , nous ne devons pas omettre de dire qu'au-dessus de chaque case
de la table qui nous occupe il y a un trou rond , large de 4 lignes et profond de 1 pouce 5 lignes ; que dans plusieurs de ces trous il reste un morceau de bois cassé ; que les lettres et les chiffres ont été peints en rouge ;
(1) Mémoires del'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , tome 23 , pag. 207 et suivantes, édit, in-4 °
(2) Du moins d'après les Bénédictins : voyez Y Art de 'vérifier les dates, tom. 1."
DE VÉSONE.
5 77
qu'à la suite et au-dessous de la troisième petite ligne, la pierre a été
polie plus particulièrement qu'ailleurs (i); qu'un quatre-vingt-douzième
trou, plus étroit et moins profond que les autres , est au-dessus de l'endroit
où devait être le quatre-vingt-douzième chiffre ; qu'au-dessous de ce quatrevingt-douzième trou , de même que plus bas, on voit des traces de chiffres
romains et de lettres, écrits les uns en rouge et les autres en noir (a); et
de tout cela on doit nécessairement conclure ,
i.° Que cette table est bien évidemment un cycle pascal, fait à l'usage
du diocèse ;
a.° Que chaque trou a reçu une aiguille de bois ou plutôt une espèce
de petit drapeau , et que ce petit drapeau était changé de place au commencement de chaque année ;
3.° Enfin , que , lorsqu'il n'y a plus eu de cases gravées , on a fait un
dernier trou à côté , qu'on y a mis le drapeau , et qu'à chaque année on
écrivait au-dessous le jour et le mois où tombait la Pâque.
Cette pratique d'indiquer la Pâque ne doit point étonner ; on conçoit
même qu'elle devait être en usage clans la plupart des cathédrales. Dans
ces temps , on ne connaissait point encore l'art de la typographie ; les livres étaient rares : l'évêque devait donc être chargé de faire connaître aux
curés de sa dépendance l'époque des fêtes mobiles, qui toutes étaient réglées sur la Pâque. Un concile de l'an 3g3 ordonne même que l'évêque de
Carthage sera tenu, chaque année, d'indiquer le jour de cette fête, pour
Tannée suivante, à tous les évêques d'Afrique, ses collègues (3). Ainsi, Ton
doit reconnaître que chaque évêcpie était chargé d'en faire autant clans
son diocèse , et il ne peut y avoir aucun doute sur le but de notre table pascale.
(i) La place qu'occupent les trois petites lignes est également très-polie et un peu renfoncée, ce qui contribue à nous faire .penser que ces lignes ont été ajoutées après coup.
(?.) Ces traces de caractères y sont multipliées à l'infiiii.
(3) Cet empressement de nos prélats à faire graver un cycle pascal , pourrait faire présumer que l'évêque de Vésone avait eu la même charge pour l'Aquitaine , que celui de Carthage pour l'Afrique.
57 8
ANTIQUITÉS
CHAPITRE XII.
Autres églises et chapelles de Vésone , du Puy - Saint - Front
et du territoire Pétrocorien.
AVANT la révolution , on comptait dans la ville actuelle de Périgueux , dans
la Cité ou dans les faubourgs , un grand nombre d'autres églises ou chapelles, dont la plupart remontaient, du moins pour leur fondation, à une
haute ancienneté. Plusieurs de ces édifices ont été détruits, et il en subsiste encore : nous allons les faire connaître tous, aussi succinctement qu'il
nous sera possible ; ensuite nous parlerons de quelques autres monumens
religieux du territoire pétrocorien.
ARTICLE I . ER — De l'église de Saint-Silain.
L'église de Saint-Silain était au nord- ouest et à une petite distance de
la basilique de Saint-Front (ï); elle était orientée de l'ouest à l'est; son
plan formait un parallélogramme rectangle d'environ 100 pieds de long,
sur 5 7 pieds de large , et à l'extérieur de son mur du couchant on avait
élevé un clocher à base carrée.
On a vu que cette église avait remplacé un temple païen , et que lorsqu'elle fut détruite , nous avions remarqué parmi les matériaux qui en provenaient, de nombreux fragmens antiques (2); c'est tout ce qu'on peut savoir de son origine. Telle qu'elle était au moment de sa destruction, elle
(t) Si, au moyen de la boussole, on oriente le graphomètre sur la galerie de l'ouest du clocher de SaintFront, l'emplaceinent de l'église de Saint-Silain se trouve à l'ouest, avec déclinaison de iS° vers le nord. Cet
emplacement, connu aujourd'hui sons le nom de Place de Saint-Silain , a été aussi appelé Place du iS Fructidor et Place de la Concorde. On y avait planté des arbres qui ont été arrachés en 1823.
cr
(2) Voyez tome i. , pag. 32 1. Parmi les débris antiques, on a retrouvé aussi quelques fragmens de marbres. Au reste , il serait possible que le temple n'eût pas été juste à la même place que l'église ; probablement
il était un peu plus au nord.
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■
I
DE VÉSONE.
5
79
n'offrait rien qui parût remonter à une haute ancienneté , ou du moins
les légers souvenirs qui nous restent de son ensemble et de ses détails, ne
nous fournissent rien à cet égard ; son caveau principal est la seule chose
dont nous puissions parler avec certitude (i).
La plupart des édifices du culte sont élevés sur des cryptes, ou espèces
d'hypogées , qui souvent n'étaient destinés qu'à la sépulture , mais qui
quelquefois sont de véritables mémoires ou confessions des saints patrons.
Nous en avons distingué de ces deux sortes dans notre description de la
cathédrale actuelle; l'église de Saint-Silain en avait sans doute de même, et
nous ne doutons pas que celui qui nous occupe n'ait renfermé primitivement le tombeau du Saint.
Ce caveau se trouvait au centre de l'église (2); sa longueur, de l'ouest
à l'est, est de i5 pieds et quelques pouces; sa largeur est de 12 pieds; sa
voûte est en plein cintre, et elle peut s'élever au-dessus du sol de 12 à
i3 pieds ; on pénétrait dans son intérieur par une rampe pratiquée du côté
du couchant. Au levant est une fenêtre ébrasée, et dont la largeur extérieure est de 2 pieds 2 pouces ; au nord , et tout contre l'entrée , est un
embranchement, en forme d'arcade, de 5 pieds de large, sur 8 pieds de
profondeur.
Les montans de l'entrée sont en pierres de taille de médiocres dimensions ; les murs latéraux sont en petits moellons grossièrement smillés ,
disposés en assises, et dont la hauteur est de 3 pouces 6 lignes, et la longueur de 6 pouces. Le mur de l'est suit une ligne légèrement recourbée ;
il est également en moellons , mais ceux-ci n'ont que 3 pouces de haut sur
4 pouces de longueur. La voûte est en longs éclats de pierres.
Mais quelle est l'ancienneté de ce petit monument souterrain, et quelle
était sa véritable destination ? Ses murs latéraux et sa voûte remontent évi-
(1) Lorsqu'on a voulu, en
r8a3 , baisser le niveau de la place , on a fait quelques ouvertures aux voûtes
de ce caveau pour avoir la facilité de jeter dans son intérieur des matériaux inutiles, et M. de Mourcin a profité de cette occasion pour y pénétrer; mais malheureusement, à cette époque, les décombres s'élevaient île
7 à 8 pieds sur le sol.
(2) II est distant de la maison qui est du côté de l'est de 3 S pieds 9 pouces, et il se trouve à environ 2 5
pieds de celles du sud ; mais le trou par lequel on peut le mieux pénétrer dans son intérieur, est à 5 pieds de la
première maison dont nous venons de parler , et à 32 pieds de celles qui sont de l'autre côté.
58o
ANTIQUITÉS
e
demment au io. siècle, ou tout au moins au xi. e : il ne peut y avoir de
doute à cet égard; et dans l'ensemble du mur de Test, comme dans ses
détails , on est forcé de reconnaître une construction de Fan 5oo ou environ. Au surplus , ce dernier mur offre des particularités remarquables.
i .° Sa fenêtre monte encore plus que sa voûte , et comme cette fenêtre
est détruite dans le haut , il est évident qu'elle s'est élevée davantage ;
a.° La partie supérieure de ce qui reste de cette fenêtre est de 3 ou 4
pieds sous le sol extérieur ; ce qui prouve que ce sol s'est considérablement exhaussé ;
3.° Enfin, les côtés du mur continuent en parement derrière les extrémités des murs latéraux ; ce cpii prouve qu'ils ont eu un plus grand développement.
Et de tout cela il résulte que ce même mur de l'est a fait partie d'un édifice beaucoup plus vaste et plus élevé que la crypte dont il forme maintenant une des parois.
Pour juger avec certitude de cet édifice , il faudrait faire des fouilles à
l'extérieur , et tout examiner avec soin jusqu'au sol antique, qui est à plus
de 1 5 pieds de profondeur ; mais du moins dès à présent on ne peut douter que ce ne fût une chapelle construite vers l'époque dont nous venons
de parler. Sans doute le temple païen avait été détruit dans le 4- e siècle ;
cette chapelle l'avait remplacé, et elle fut détruite à son tour; seulement
comme elle rappelait de pieux souvenirs , et que le sol extérieur s'était
beaucoup élevé , on la reconstruisit comme simple hypogée de l'église
qu'on bâtit sur ce local vers le io. e siècle ; et malgré les diverses reconstructions et restaurations du principal monument, on l'a toujours ménagée , ce qui prouve bien qu'elle renfermait quelque objet de vénération ;
et comme on ne peut douter que ce ne fût le tombeau du saint, c'était
une véritable confession.
S'il fallait de nouvelles preuves de cette assertion, nous ajouterions que
le jour de la fête de Saint-Silain, on était encore dans l'usage, il y a une
quarantaine d'années, de célébrer la messe dans cette chapelle souterraine;
que sa voûte et ses murs sont ornés de peintures à fresque qui paraissent
remonter au i4- e siècle, et que, parmi ces peintures, on retrouve toute
l'histoire de Saint-Georges et de Saint-Silain.
DE VÉSONE.
58 1
Le tombeau a dû être placé dans l'embranchement du nord ; mais sans
doute on en avait ôté les reliques à une époque reculée, puisque depuis
long-temps ce réduit était séparé de la chapelle , et servait de sépulture à
des particuliers (i).
Au nord de l'église , et sur une ligne parallèle , était un vieux cloître
dont il ne subsiste que quelques vestiges. La galerie de l'ouest de cet édifice était vis-à-vis du clocher, et l'on distingue encore de ce côté plusieurs
arcades qui évidemment donnaient sur le préau : ces ouvertures sont en
plein cintre ; leur largeur est de 5 pieds 7 pouces , et elles sont toutes disposées à un pied d'intervalle.
ARTICLE 1. — Des autres églises et chapelles de Vésone , du Puy-SaintFront et des.faubourgs.
De V église de Saint-Roch ; en ville (2). — L'église de Saint-Roch faisait
le coin de la rue de Saint-Roch à celle de l'Aubergerie ; sa direction était
de l'ouest à l'est, avec déclinaison de i5 ou 16 degrés vers le nord; sa
longueur était de 36 pieds, et sa largeur de 18 pieds ou environ. II y a plus
de deux cents ans que cette église a été détruite, et qu'on a fait une espèce
de terrasse sur son emplacement (3) ; le seul mur de l'est subsiste encore ,
et l'on y reconnaît le faire du 1 i. e siècle. A l'extérieur de ce mur sont de
vieilles constructions qui paraissent avoir fait partie d'un hôpital.
De la chapelle de Saint-Roch ; en ville. — Lorsqu'on eut détruit l'église
de Saint-Roch, on édifia sur la porte de l'Aubergerie une petite chapelle
que l'on consacra sous l'invocation du même saint ; elle a été détruite
pendant la révolution.
De la chapelle de Saint-Louis ; en ville (4). — La chapelle de Saint-Louis
(1) MM. de Raymond de Sallegourde, qui avaient succédé à MM. de Makanam , comme ceux-ci l'avaieht
fait à la famille des d'Arnaud de Golce.
(2) Avant les recherches de M. de Mourcin on ne soupçonnait pas qu'il eût existé , dans la ville actuelle
de Périgueux , une église de Saint-Roch , ni une église de Saint-Louis, et on ne connaissait point l'emplacement
de celle de Saint-Georges , quoique plusieurs titres en fissent mention.
(3) C'est la terrasse de la maison de Sallegourde ; on finit dans ce moment de la détruire.
(4) Rue de Saint-Louis , N.° 4.
TOM. II.
74
■
58a
ANTIQUITÉS
était dans l'angle de la rue qui porte ce nom ; quelques parties de ses constructions subsistent encore, et l'on y remarque le faire des i3. e et i/|. e
siècles.
De la chapelle de Saint-Georges ; en ville. — La chapelle de Saint-Georges confrontait aux rues de Notre-Dame, de Saint-Georges et du Pas-SaintGeorges ; il paraît que sa direction était de l'ouest à l'est. Depuis longtemps cette chapelle était détruite , et des maisons particulières l'avaient
remplacée ; mais en 1790 quelques-unes de ces maisons dépendaient encore
d'une vicairie.
De quelques autres églises de Vintérieur de la ville. — Nous croyons qu'il
y a eu une très-ancienne église sur la place du Cimetière-de-Saint-Silain ;
mais nous ne savons pas sous quelle invocation elle était consacrée ; elle
dut être détruite avant le I2. e siècle.
Les autres églises de l'intérieur de la ville dépendaient des communautés; nous en parlerons à l'article suivant.
De Véglise de Saint-Pierre-ès-Liens (ou VAncien); au Cimetière-des-Pendus(ï). — L'église de Saint-Pierre-ès-Liens est à une petite distance de la citadelle romaine, et se trouve au sud-est de l'ancienne cathédrale de la Cité;
depuis long-temps il n'en subsiste qu'une partie, dont la longueur, hors
d'œuvre, est de 28 pieds, et la largeur de 27 pieds et quelques pouces.
Cette petite église, dont la direction est de l'ouest à l'est, avec déclinaison de 3 degrés vers le nord , ne paraît point avoir été voûtée ; du sol actuel au haut de son pignon elle s'élève de 21 pieds; ses murs de l'ouest,
du nord et du sud sont parfaitement liés ensemble , et rappellent le faire
du6. e siècle; ils sont formés de petits moellons bruts placés en assises. Aux
angles , on trouve des pierres de 2 pieds et quelques pouces de hauteur.
La porte d'entrée est du côté de l'ouest, mais tout-à-fait contre le mur
du nord ; sa largeur est de 4 pieds 7 pouces. Le mur de l'est , bien qu'il
annonce une haute ancienneté, a été fait après les trois autres, du moins
dans sa partie inférieure; il est percé d'une arcade d'environ i5 pieds de
(1) Cette église sert maintenant de grenier à foin, d'écurie et d'orangerie.
DE VÉSONE.
585
large, sur i3 pieds de hauteur sous clef; la naissance du cintre de cette
arcade commence à 4 pieds au-dessus du sol actuel.
A 20 pieds et quelques pouces des angles de l'ouest , les murs latéraux
offrent au dehors une partie d'arcade feinte, pratiquée dans un avant-corps
de 7 pouces 6 lignes de saillie ; ils ont un arrachement à leur extrémité,
et l'on ne peut guère douter que ce qui a été détruit ne fût à peu près
de la même étendue que ce qui subsiste encore; d'où il résulte que la longueur totale de l'église était de 54 pieds.
Nous ne savons à quelle, époque la partie de l'est de ce petit édifice a
été détruite; peut-être est ce au i5. e siècle. Quoi qu'il en soit, on trouva
sous son ancien sol, lequel est maintenant enterré de plusieurs pieds, une
vieille tombe avec ces mots : LEO PAPA ; et on en tira la conséquence que
le pape Léon, celui qui avait sauvé la capitale du monde des ravages d'Attila, était mort dans notre antique Vésone (1).
Dans les premiers siècles de l'église, le titre de Papa était assez généralement attribué à tous les évêques , et l'on ne peut guère douter que
le personnage inhumé dans l'église de Saint-Pierre-ès-Liens, ne soit ce Léon
ou Léonce qui, vers le milieu du 4- e siècle , occupait le siège épiscopal
chez les Pétrocoriens, où il mourut en odeur de sainteté. Peut-être ce
vénérable prélat avait-il fondé un modeste oratoire dans le lieu même où
l'église fut ensuite élevée.
De l'église de Saint-Jean-VEvangéliste ; au Cirnetiere-des-Pendus. — L'église de Saint-Jean-l'Évangéliste est au nord de celle de Saint-Pierre , dont
elle n'est distante que de 54 pieds 8 pouces ; elle n'a jamais été voûtée ;
sa longueur hors d'œuvré est de près de 47 pieds; sa largeur est de 19
pieds 7 pouces ; sa direction est de l'ouest à l'est , avec déclinaison de 3
degrés vers le sud. La porte d'entrée de cette petite église est au sud , mais
à peu de distance du mur de l'ouest ; sa construction est en pierres de taille
dont les assises sont de différentes hauteurs ; et il est à remarquer que sa
partie de l'est á été refaite. Ce qu'il y a de plus ancien dans cet édifice
nous paraît remonter au n. e siècle; le reste peut appartenir au i3. e
Au surplus , ce monument du culte est connu maintenant sous le nom
(1) M. l'abbé de Lespine avait déjà relevé cette erreur.
584
ANTIQUITÉS
dfe Saint-Cloud , parce que dans les derniers temps on y avait consacré un
autel sous cette invocation. Dans les i2. c et i3. e siècles,' il y avait une espèce de vieux cloître à côté ; des actes en font mention en ces termes : In
claustro Sancti-Johannis-Evangelistœ , inter Podium et Civitatem.
De l'église de Saint-Pierre-ès-Liens (laneys); au cimetière actuel'(i). —
Nous ne pouvons rien dire de cette seconde église de Saint-Pierre ; elle
est détruite depuis plus d'un siècle , et bien cpi'il en subsistât quelques
vestiges avant la révolution, nous ne pouvons nous les rappeler. D'ailleurs,
ce petit édifice avait été refait plusieurs fois ; quelques parties de ses fondemens, que nous avons eu occasion de voir depuis peu d'années (2), nous
ont paru construites en très-ancien blocage ; elles offrent même cela de
particulier, que, pour les établir, on a été obligé de trancher par le milieu des mosaïques antiques et d'un très-bon goût (3).
Au sud de cette église on voyait une petite construction de forme ronde,
et dont l'étage souterrain a servi long-temps de charnier ; peut-être avaitelle remplacé un édifice païen ; mais ce que nous en avons vu ne conservait rien qui rappelât Fantiquité.
Quoi qu'il en soit de ces deux petits monumens, on ne peut douter
qu'une église n'ait existé'de toute ancienneté dans ce lieu; car non-seulement le terrain d'alentour a servi de cimetière depuis les premiers siècles
du christianisme (4) , mais c'est là qu'autrefois nos évêques prenaient possession de leur diocèse (5).
(1) A environ 120 pieds du mur du nord , et à l'ouest de l'allée.
(2) C'est M. de Mourcin qui les a vus en 1822.
(3) Voyez le supplément.
(4) D'anciennes tombes en pierre occupaient tout ce terrain ; elles étaient même les unes sur les autres.
Au surplus , voyez le supplément.
(5) Après que l'évêque avait pris possession dans l'église de Saint-Pierre , les quatre barons du Périgord le
prenaient sur leurs épaules et le portaient jusqu'à la Porte-Romaine (à côté de la maison de Mad. d'Anglars ) ,
où était une estrade sur laquelle les principales autorités l'attendaient pour recevoir son serment. Immédiatement après cette cérémonie , le cortège se rendait dans le même ordre à la porte de la cathédrale , et cela
ne s» faisait jamais sans que les quatre barons se fussent disputés sur la prééminence à laquelle chacun
prétendait.
A la réception de Foueaud de Bonneval , nommé évêque de Périgueux le 4 août 1 53 r , le roi , ponr éviter
tout sujet de querelle , avait défendu aux barons de venir exercer leurs fonctions en personne , et en conséquence ils avaient nommé des procureurs chargés de les remplacer et de faire toutes les protestations de
DE VÉSONE.
585
De l'église de Notre-Dame-de-Leydrouse ( de Lesdrosa );à la Cité. ■— La
petite église de Notre-Dame-de-Leydrouse sert maintenant d'habitation -,
elle est située dans le bas de la rue Romaine ; sa longueur hors d'œuvre
est de 4 1 pieds 7 pouces; sa largeur est de 22 pieds 9 pouces. On a conservé une partie des murs de cette vieille église , et ses caveaux à voûte
d'arête subsistent encore en entier. La direction du monument était du
nord au sud , avec déclinaison de 1 6 degrés à l'est.
De l'église de Saint-Astier ; à Iq Cité. — Il y avait, à ce qu'il paraît, une
petite église consacrée sous l'invocation de Saint-Astier ; elle était située
dans la rue qui porte ce noní , et se trouvait à l'ouest de Notre-Dame-deLeydrouse ; nous n'avons rien retrouvé de ses anciennes constructions.
De l'église de Saint-Jacques ; au couvent de Sainte- Claire. — L'église de
Saint-Jacques est située sur les bords de Fille, et au sud-ouest de Fancien
pont de Japhet : avant la révolution , elle servait de chapelle aux religieuses
de Sainte-Claire ; sa longueur hors d'oeuvre est de 79 pieds; sa largeur est
de 32 pieds 5 pouces; à l'extérieur de chacun de ses murs latéraux sont
trois éperons de 3 pieds 2 pouces de saillie sur autant de largeur, et à
chaque mur des extrémités il y en a deux.
droit. Messire Raymond de Gontaut, chevalier, seigneur de Cahreyreys et de la Veuèque, et messire Jean
de Gontaut , chevalier , seigneur de Saint-Geniès , surent chargés des pouvoirs du baron de Biron. Le seigneur des Escuyers de Charnars comparut pour le baron de Bourdeilles. M. r M. e Louis Arnaud , seigneur
de la Borie , pour le baron de Beynac ; et Jean Bazin , pour le baron de Mareuil.
Ces chargés de pouvoirs firent chacun en particulier toutes les protestations qu'ils crurent convenables,
et s'étant disputés aussi bien que leurs commettans auraient pu le faire , l'évêque désigna quatre autres seigneurs pour le porter , ce qui pourtant n'eut pas de suite , parce que le maire et les consnls voulurent avoir
cet honneur.
Cependant les véritables barons étaient déjà venus en personne, et le 3 1 décembre, qui était la veille du
jour où devait se faire l'entrée , « M." les maire et consulz
advertys par certains personaiges ,
« mesmement par noble Jehan de Sainct-Astier , dit Sainct-Martin , maistre Loys Raymond, etc
q ue à l'entrée de révérend pere en Dieu , maistre Foulcaud de Boimeval , evesque de Perigueux , laquelle se
« doibt faire le jour de demain, les barons de Perigort font grosse assemblée de gens d'armes, mesmement
' « messieurs de Bordeilhe et de Byron qui veullent conte'ndre de aller devants ladicte entrée dudict eves« que , et que l'ung contre l'aultre font grosse assemblée de gens : Parquoy lesdictz seigneurs maire et con« sulz , advertis de ce , comme seigneurs de la presant jurisdiction , affin que ne y ayt scandalle et que le
« droict de justice soit gardé , ont faict inhibition et deffence ausdictz barons et aultres qu'il appartiendra ,
« de ne faire aulcungport d'armes en la presant jurisdiction, ne congrégation illicite, à la peine de la harr
•< et aultre peine qu'il escherra , etc. » ( ÈU're-Jaune ; f.° 178, verso , et suivans ).
Ces inhibitions et défenses, signifiées aux barons le lendemain (i. er janvier i53a), produisirent leur
effet : tout rentra dans Tordre.
586
ANTIQUITÉS
La direction de cette église est du nord-ouest au sud-est : sa porte principale est au nord-est; elle est en gothique fleuri, et il est évident qu'elle
a été ouverte vers la fin du i
siècle. Le reste de la construction se compose de deux parties, celle de l'ouest et celle de l'est. La première paraît
remonter à i45o ou environ; la seconde, excepté ses fenêtres, peut être
plus ancienne d'une centaine d'années. Du côté du sud-ouest est un petit
clocher moderne. Au surplus, les gros murs ont une bonne épaisseur, et
les contreforts nous indiquent que l'édifice avait d'abord été destiné à être
voûté.
•
e
/i.
De l'église de Saint-Hilaire ; près de la rivière. — L'église de Saint-Hilaire était au nord-est, et à une petite distance de celle de Saint-Jacques;
avant la révolution elle était encore paroissiale , et peut-être avait-elle été
fondée dans Fendroit même où Saint-Hilaire fut logé, lorsque, en 36o,il
vint visiter les tombeaux de nos saints. Quoi qu'il en soit, cette église
avait été réparée plusieurs fois, et telle qu'elle était avant sa destruction,
elle n'offrait presque plus rien d'ancien ni de curieux.
De l'église de Saint-Hippolyte ; contre la fontaine des Malades. — La
fontaine des Malades était connue autrefois sous le nom de Fontaine-deSaint-Hippolyte , et à une petite distance au nord-ouest il y avait une église
consacrée à ce 1 même saint. Nous ne connaissons ni le plan ni Fétendue
de cette église; nous ne savons même pas au juste quelle place elle occupait; seulement il paraît qu'elle était à l'ouest de Fancienne route qui
aboutissait au pont de Japhet, et qu'elle servait de paroisse au faubourg.
On retrouverait encore sans doute ses fondemens, parce que le sol d'alentour s'est beaucoup élevé; et si quelques portions de murs, qui maintenant servent de clôture entre deux jardins, dépendent, comme on ne peut
guère en douter de sa construction, on peut assurer qu'elle appartenait
au 7- e siècle, ou tout au moins au 8. e (i). Au surplus, tous les environs
de cet édifice sont couverts de débris d'antiquités, et dans le i5. e siècle
il y avait encore u$ hôpital qui pendant long-temps avait servi de retraite
pour les lépreux.
(i) Ces portions de murs sont à environ 2S0 pieds au nord-ouest de la fontaine; elles ne s'élèvent , sur
le sol actuel, tpie de 3 ou 4 pieds, et les petites pierres en assises qui entrent dans leur construction son 1
presque entièrement détruites par la gelée.
DE VÉSONE.
58 7
De l'église de Saint- Georges ; au faubourg de ce nom. — L'église de
Saint-Georges servait encore de paroisse au moment de la révolution ; elle
est détruite en partie; sa largeur hors d'oeuvre est de 18 pieds 6 pouces.
A l'extérieur étaient des éperons qui ont été coupés. La voûte subsiste encore ; elle est en arc angulaire , et tout annonce que la reconstruction de
l'édifìce appartient aux i /i. e et i5. e siècles. On pense que celui qui y fut
d'abord élevé avait remplacé un temple païen. Le cimetière qui était à
côté remontait à la plus haute antiquité (i).
De la chapelle de Saint-Cloud ; à Vancien faubourg de Charroux. — A
l'est de la léproserie de Charroux était une chapelle consacrée à SaintCloud (2); avant la révolution il en subsistait encore quelques pans de
murs ;• les matériaux qu'on en a tirés lors de sa première démolition ont
servi à faire le mur de terrasse du petit enclos où elle était située , et ils
nous prouvent que sa construction remontait au i2. e siècle.
Nous avons déjà parlé d'une autre église dans laquelle se trouvait aussi
un autel de Saint-Cloud , et l'on ne sera sans doute pas étonné qu'il y ait
eu à Vésone plusieurs édifices consacrés sous cette même invocation , si l'on
fait attention que Clodoald était fils de Clodomir, et que ce dernier avait
été roi d'Aquitaine.
De la chapelle de l'Arsaut ; près de Vancien hôpital de ce nom. —- La
chapelle de l'Arsaut était située contre la rivière et à l'ouest de l'hôpital
de ce nom : nous ne connaissons ni son plan , ni son étendue ; nous savons seulement qu'elle avait été dédiée sous l'invocation de la Vierge-Marie , et que , depuis qu'elle dépendait d'un établissement consacré à l'humanité , Saint-Còme y était en grande vénération.
Dans les derniers temps on avait reconstruit quelques parties de cette
ancienne chapelle; mais on ignore l'époque de sa fondation première; peutêtre même avait-elle .été rebâtie dans le i3. e siècle : ce qui donnerait à le
(1) Voyez tome i. cr , pages 323 et 364.
(2) Elle était dans le petit enclos cpii sépare la vieille route de la- nouvelle : on reconnaît encore la place
qu'elle occupait , parce que le sol y est plus bas qu'ailleurs. Peu d'années avant la révolution , on y allait
encore offrir quelques sous qu'on déposait sur une large pierre restée au milieu de l'enceinte, ce qui engagea
le dernier curé de la paroisse de Saint-Pierre-ès-Liens ( le sieur Lass. ) à faire transporter la pierre, dans son
église paroissiale, dont ce lieu dépendait.
588
ANTIQUITÉS
penser, c'est un fragment d'inscription que nous y avons retrouvé, sur un
tambour de colonne d'environ 9 pouces de diamètre.
Sur un fragment de colonne.
FR: G : ARNAV
DIiSAGERDOS:
ANO : DNI : M
C.\ : LI : ^ : :
Ce fragment est la fin de l'iiiscription , et il est évident qu'il y est question, d'une dédicace ; mais était-ce celle de la chapelle ou d'un simple au-,
tel ? C'est ce que nous ne pouvons déterminer.
De l'église de Saint-Martin ; près du couvent des Jacobins (1). — L'église
de Saint-Martin , qui autrefois était paroissiale , et qui , au moment de la
révolution , dépendait du couvent des Jacobins , a été rebâtie plusieurs
fois ; et telle qu'on la voit aujourd'hui, elle est presque moderne : sa direction est du sud au nord, avec déclinaison de deux degrés vers Test; sa longueur est d'environ 102 pieds, et sa largeur de 38 pieds., non compris
les chapelles latérales.
On croit que cette église occupe une partie de l'emplacement du palais
des anciens gouverneurs du Périgord , et que sa première fondation remontait au 5. e siècle. Quoi qu'il en soit , elle fut entièrement ravagée par
les barbares ou par l'effet des guerres civiles , et l'évêque Pierre de SaintAstier la reconstruisit dans le i3. e siècle. Enfin, les protestans la détruisirent encore en i$ r] r] , et malheureusement on eri confia la réédification à
des architectes dont le goût n'était rien moins qu'épuré.
De l'église de Saint- Martin ; au faubourg de ce nom (2)..— La petite
(t) Les anciennes religieuses de Sainte-Ursule occnpent maintenant ce couvent,
(a) A quelques pas au nord de la rue.
DE VÉSONE.
58 9
église du faubourg de Saint-Martin était encore paroissiale avant la révolution ; elle sert maintenant de magasin. On croit que la première fondation de cette église remonte à une haute ancienneté ; mais comme elle a
été reconstruite plusieurs fois , et sur de très-petites dimensions , elle n'est
maintenant d'aucune espèce d'intérêt; sa longueur est de 46 pieds 6 pouces; sa largeur est de 3o pieds, et sa direction est de l'ouest-nord-ouest
à l'est-sud-est.
De la chapelle de Notre-Dame-de-là- Garde. — La chapelle de NotreDame-de-la-Garde est à quelques pas à l'ouest de la route de Paris ; elle
sert maintenant de grenier à foin et de magasin ; sa construction actuelle
est moderne, mais le bas de ses murs appartient au i2. e siècle, ce qui
prouve que sa fondation remonte à une époque reculée. La direction de
cette chapelle est de l'ouest à l'est, avec déclinaison de 10 degrés vers le
«ord ; son plan est une croix latine ; sa longueur est de 5g pieds ; sa largeur est de 46 pieds.
Le mur du nord de la branche du nord de ce petit édifice se continue
à l'est par une partie de constructions du i2. e siècle, et à sangle du nordouest de la tête de la croix on voit un petit bâtiment du i3. e (i).
De la chapelle de Saint- Nicolas ; sur la route d'Angoulême. — La chapelle de Saint-Nicolas était près du pont de ce nom ; comme elle est détruite depuis long-temps , nous ne pouvons en rien dire de certain ; son
emplacement est à environ deux cents pas au nord de la route d'Angoulême, et la maison du borderage connu sous le nom du Pavillon, paraît
renfermer encore quelques parties de ses constructions. A côté, on trouve
des débris romains.
De la chapelle de Saint-Sicaire. — La chapelle de Saint- Sicaire est entièrement détruite ; elle était située sur le bord du vieux chemin du coteau qui porte ce nom , et elle se trouvait à une bonne distance au nord
de celle de Saint - Nicolas. Nous ne connaissons rien de la fondation de
cette chapelle ni de son genre de construction.
De la chapelle de Saint- Gervais. — La chapelle de Saint-Gervais , qui a
(i) On vient (en 1826) d'acheter cette église pour la démolir, et on se propose de bâtir nne maison sur
son emplacement.
TOM. II.
75
5go
ANTIQUITÉS
servi long-temps d'église paroissiale, n'est plus maintenant qu'un petit réduit dont on fait une étable ; elle est située en-deçà du vieux pont de la
Cité , tout à côté et à l'ouest du tracé de la route qu'on se propose de faire
pour arriver à l'endroit où l'on doit établir un nouveau pont sur l'Ille.
Cette chapelle, dont la fondation doit être fort ancienne puisqu'on trouve
tout autour beaucoup de vieux tombeaux , a été réédifiée plusieurs fois ;
et telle qu'elle est aujourd'hui, elle ne présente aucune espèce d'intérêt
sous le rapport de sa construction. Une inscription fait connaître que Guillaume Le Boux, nommé évêque de Périgueux le i5 décembre 1666, et
décédé le 6 août 1693, y avait consacré un nouvel autel sous l'invoca- "
tion de Saint-François-de-Salles ; elle est conçue en ces termes :
+
.\EO. OPT. MAX
SVB NOMIIIE. SANG
TI. FRANCISGI
SALESII
SACRYM
PER.ILL.GVIL.EPISG
+
+
Au surplus, c'est au sud de cette chapelle qu'on acheta, en 1 5 19, un
vaste emplacement pour les pestiférés.
De l'église de Saint-Eumais (Eymays, EUMACHIUS). — L'église de SaintEurnais était paroissiale dans le i3. e siècle; du reste nous ne savons rien
de son genre de construction , et nous ignorons même dans quel endroit
elle était située : seulement il paraît qu'elle se trouvait du côté du pont
de la Cité, ou du côté de Sainte-Claire.
De l'église de Sainte- Eulalie. — L'église de Sainte-Eulalie était également paroissiale , et il paraît , d'après d'anciens titres , qu'elle était située
où est le collège actuel. Le portail d'entrée de ce collège est en effet une
vieille porte d'église ; il est enterré de 7 ou 8 pieds ; sa largeur est de 9
pieds 1 pouce, et sa construction est du ia. e siècle.
De l'église de Notre- Dame- de -la- Daurade ; (ecclesia Sanctœ - Mariœ
DE VÉSONE.
59 i
Deauratœ). — II est question, dans quelques titres, d'une église de NotreDarne-de-la-Daurade , et elle devait être située à l'est et à deux ou trois
cents pas de la fontaine des Malades. C'était un Hélie de Charroux ( Helias de Carrophio), bourgeois 'du Puy-Saint-Front, qui avait édifié ce petit
monument; et en 1206, Pierre de Charroux en fit don à l'abbaye de Cadouin : c'est tout ce que nous en savons.
D'une petite église qui a dû être au-delà du pont de la Cité. — Il parait y avoir eu une église ou une chapelle dans le petit faubourg qui est
au-delà du pont de la Cité , et peut-être aussi y a-t-il eu dans ce même
endroit un vieux hôpital ; mais nous n'en savons rien de certain.
De l'Église-Charles ; près du gouffre du Toulon (1). — Nous avons déjà
parlé de l'Église-Charles ; elle était située au sud , et à une vingtaine de
pas de la route d'Angoulême : il en subsiste encore une partie, qui formait
le sanctuaire; sa longueur est de 21 pieds 9 pouces, sa largeur est de 18
pieds 5 pouces, et sa hauteur est de 20 pieds jusqu'au haut du pignon.
Le reste avait plus de 3o pieds de long sur 26 pieds de large.
La portion qui subsiste encore est voûtée en plein cintre , et sa voûte
est faite en éclats de pierres ; ses murs sont en petits moellons , dont quelques-uns sont un peu smillés. Les grosses pierces des angles ont de 1 pied
2 pouces à 1 pied 7 pouces de hauteur, et l'on remarque dans le haut des
pignons quelques ailes de fougère. En un mot, l'Eglise-Charles , dont le
sanctuaire sert maintenant de chai , appartient à une époque reculée , et
a été restaurée plusieurs fois. Ce qu'on y voit de plus ancien semble remonter au 8. e siècle; d'où il résulte que Charlemagne pourrait bien, comme
le dit la tradition, en avoir été le fondateur; c'est même ce que nous semblent confirmer certaines histoires populaires (2). On sait que l'hôpital qui
était à côté de cette église remontait à la plus haute ancienneté.
(r) On l'appelle aussi très-souvent X Hôpital- Charles , à cause de l'hôpital dont elle dépendait.
(2) Suivant ces contes populaires, « Le prince ou empereur Charles aurait en son armée dans la plaine; il
« y aurait fait construire un hôpital pour ses malades , et un jour , comme les ennemis avaient empoisonné la
« rivière et que ses soldats mouraient de soif, il était dans la plus grande désolation. Quel parti prendre ?
« l'armée allait périr. Plein de ces réflexions , et l'àme livrée au désespoir , le prince restait immobile , appuyé
« sur le pommeau de son épée , lorsque tout-à-coup il aperçut quelques filets d'eau que la pointe de cette
« mèine épée faisait jaillir : c'était nue source , et le bonheur de Charles fut extrême lorsque , quelques mo" mens plus tard , le gouffre du Toulon parut en entier. »
5ga
ANTIQUITÉS
De Véglise de VErmitage du Toulon. — II paraît qu'il y a eu une pe»
tite église près de la fontaine de l'Ermitage du Toulon ; elle subsistait encore dans le i6. e siècle, mais nous ne connaissons ni son plan ni l'époque
de sa fondation.
ARTICLE
3. — Des divers couvens de Vêsone et du Puy-Saint-Front.
Avant les ravages de la révolution, l'on comptait au Puy-Saint-Front , ou
sur le reste de remplacement de Vésone , plusieurs couvens et autres établissemens religieux.
Du couvent des Jacobins. — Le plus ancien de ces couvens, après le
monastère, de Saint -Front, était celui des Jacobins (Dominicains ou Frères Prêcheurs) ; selon le P. Dupuy et la tradition, il aurait été fondé par
Saint-Cybar, vers le 5. e siècle, et sans doute il avait été plusieurs fois détruit et reconstruit; au i3. e siècle, il appartenait aux chanoines réguliers
de Saint-Jean-de-Côle , et il fut cédé en échange à l'évêque Pierre de SaintAstier (i), qui le réédifia, et y établit, en l'an
, les Frères Prêcheurs.
e
Enfin , dans le ] 6. siècle , ce couvent a été encore ravagé et puis reconstruit
en entier ; maintenant il est occupé par les Dames Ursulines , qui , comme
on sait, suivent la règle de Saint-Augustin. Nous avons parlé de l'église de
ce même couvent ; il est inutile d'y revenir.
Du couvent des Cordeliers. — Le couvent des Cordeliers ( ou Frères Mineurs, de Tordre de Saint - François ) était dans le vaste enclos qui est au
sud du champ de foire ; c'est maintenant une propriété particulière , et il
n'en reste plus que quelques parties sûr pied.
La première pierre de l'église de ce couvent fut posée en 12 20,' par
l'évêque Raoul de Lastours ; mais presque toutes, les constructions qui y
avaient été faites dans le i3. e siècle furent détruites dans le i6. e La nouvelle église qu'on y voyait avant la révolution formait un carré-long, et
on l'avait ornée de beaucoup de sculptures ; sa direction était du nord au
sud. On voit un grand nombre d'inscriptions sépulcrales, assez modernes,
dans quelques parties de murailles qui subsistent encore autour ; et dans le
(1) Pierre de Saint-Astier céda pour cet échange la petite église de Saint-Martin,
DE VÉSONE.
59 3
bas d'un des vieux murs du couvent on en remarque une du i3. e siècle,
qui est conçue en ces termes :
*:ÌÌ;ILWSIVNII;
OBIIT FR: S: DE: CE
SACERDOSi ANNO
DNÏM;CCLXXVÌ;*;
Du couvent des Augustins. — Le premier couvent, des Augustins fut fondé
■ en 1 484 , hors des murs de la ville , et à l'ouest de la route qui aboutissait
à la rue du Plantier(i); il fut détruit dans le i6. e siècle, et en 161 5 on
en fonda un second intra muros. C'est ce dernier édifice qui subsiste encore, et dans lequel on a établi les prisons; il n'offre rien que l'on puisse
citer. On avait reconstruit une petite chapelle sur l'ancien local.
Du couvent des Récolets. — C'est au-delà du Vieux-Pont et dans le faubourg des Barris que se trouvait le couvent des Récolets ( ou Frères Mineurs de Saint - François , de l'étroite observance ) ; il avait été fondé en
J 6 I 5; il a été abattu en partie pendant la révolution. L'église fut également détruite à cette dernière époque; elle était décorée de beaucoup
d'ornemens, mais dont la plupart étaient d'assez mauvais goût.
Du collège des Jésuites. — Le collège des Jésuites, fondé en i53o, sous
le simple nom de Collège , ne fut achevé que vers les commencemens du
i7- e siècle; les Pères y furent établis en i5 9 2.
L'église de ce collège a été détruite en 181 1 : elle était dirigée du nord
au sud , et elle ressemblait à toutes les autres églises des Jésuites ; elle
était même assez vaste , et sa construction , toute en pierre de taille (2) ,
avait été soignée.
(1) Au nord de la place de Tourny , et vis-à-vis des prisons actuelles.
(2) On avait employé dans la construction de ce monument une grande quantité de pierres antiques; on
les reconnut facilement lors de sa destruction. C'est dans ce vaste édilice , qu'on ne serait pas reconstruire
pour un million, que nous avions établi provisoirement notre musée d'antiquités, et le chef de l'administration de cette époque ne daigna seulement pas nous prévenir lorsqu'il lit commencer à détruire les voûtes ; ce
ne fut que par hasard que nous en fumes instruits.
594
ANTIQUITÉS
C'est pour cette église que le grand autel de l'Assomption avait été fait,
et c'est de là qu'il a été tiré. Les bâtimens accessoires et ceux de l'habítation ont été changés en hôtel de Préfecture (i).
Du Grand-Séminaire. — Les bâtimens du Grand-Séminaire ( ou GrandeMission ) ont été fondés vers le milieu du i7- e siècle : ils sont à l'ouest de
l'emplacement de la vieille église de St.-Pierre, et ils servent maintenant
de casernes. C'est de la chapelle de cet établissement que provient le grand
autel de bois de l'église de la Cité.
Du Petit - Séminaire. — Le Petit- Séminaire était au sud de l'église de
Saint- Front ; il avait été fondé en 17 14 ; il n'offrait rien de curieux.
Du couvent de Sainte-Claire. — Le couvent des Religieuses de SainteClaire (ou Sœurs Mineures de Saint - François ) est attenant à l'église Vie
Saint-Jacques ; il fut fondé en i2 9 3 (2) ; depuis la révolution il servait de
casernes , et on va y établir le séminaire (3). Les constructions de ce couvent sont presque toutes modernes et de mauvais goût ; seulement la grande
pièce qui est contre l'église peut remonter au lá- 6 siècle.
Du couvent de Saint-Benoit. — Le couvent des Religieuses de Saint - Benoît est à peu de distance de celui de Sainte-Claire ; il fut fondé en 16/10,
et il sert maintenant de collège. La porte d'entrée de ce couvent est à
l'ouest; c'est un reste de la vieille église de Sainte-Eulalie.
Du couvent de Notre-Dame. — Le couvent des Filles Religieuses de Notre-Dame était dans la ville actuelle; il avait été fondé vers l'an 1610, et
il fut consacré en 1628. L'église de ce couvent était dans l'angle que fait
la rue de Barbacane avec celle du Plantier ; elle est entièrement détruite.
(r) Au grand regret de tous les hábitans de la ville, qui auraient voulu conserver cet ensemble de bâtimens , et qui auraient mieux aimé avoir un collège dans l'intérieur que d'être obligés d'envoyer leurs enfans
au dehors.
(2) Cet fut Ayremburge , fille d'Archambaud III , comte de Périgord , qui obtint de Philippe-le-Bel la permission d'établir ce monastère : « Jpud locum et pîateam qhem nuper acquisivisse dichur, sitam apud Petra« goram , contiguum ponti îapidis Pctragorariun , ex unâ parte , et via? publicœ per quant itur de dicto ponte
« ad Civitatem Petragor. , et n>iœ publicœ per quam itur de ponte Iapidis ad Podium Sancti-Frontonis Petra'• gor. , et mûris Fratrum-Minorum -villœ ejusdem , ex altéra , etc. »
(3) On pourrait faire l'acquisition du jardin qui est au nord de cet établissement, et mettre le chemin
entre l'église et la rivière ; par ce moyen tout deviendrait commode, et on éviterait de détruire le JardinPublic, comme on semble en avoir le ridicule projet.
DE VÉSONE.
5 5
9
Quelques parties de l'habitation subsistent encore ; on y a établi les Sœurs
de la Charité.
Du couvent de Sainte-Ursule. — Le couvent des Dames Ursulines (ou de
Saint- Augustin ) était au sud-ouest de celui des Jacobins, qu'elles occupent maintenant ; sa fondation remonte à Tannée 1 6/j i ; une partie de ses
bâtimens a été détruite ; son église sert de magasin , et elle n'a rien de remarquable.
Du couvent de la Visitation. — Les Religieuses de la Visitation établirent leur couvent sur les ruines de l'amphithéâtre , vers le milieu du
siècle. Dans la construction de l'église on avait pris pour modèle celle du
collège des Jésuites. Cette église est maintenant détruite, ainsi qu'une
grande partie des bâtimens qui servaient d'habitation.
Du couvent des Dames de la Foi. — Les Dames de la Foi s'étaient établies dans la rue des Farges, vers l'an 1680 ; c'était une institution libre et
uniquement destinée à renseignement des jeunes filles pauvres. L'église de
ce couvent avait été disposée dans un ancien jeu de paume , et les religieuses avaient fixé leur demeure dans un vieux bâtiment dont nous aurons occasion de parler (1).
Telles sont les églises et autres établissemens religieux qu'on voyait il y
a peu de temps , ou qui subsistent encore sur l'emplacement de Vésone ,
au Puy-Saint-Front ou dans les faubourgs. Nous aurions pu citer quelques
autres monumens de ce genre , tels que la chapelle de la Miséricorde , ceîle
des Vieilles - Casernes , etc. ; mais comme nous avons déjà en quelque
sorte abandonné notre sujet, nous devons nous hâter d'y revenir.
-T—
. otí-g a—
ARTICLE [\. — De quelques églises ^ci7;ieuses du département.
Les guerres continuelles dont le Périgcfe #1 été le théâtre dans les siècles reculés , les invasions des barbares , lefefcìiscordes qu'ont enfantées les
diverses sectes religieuses et les troubles de notre dernière révolution , ont
fait disparaître du sol pétrocorien la plupart des vieux monumens du culte.
Quelques édifices de ce genre subsistent cependant encore , et il en est
( 1) Elles avaient à Saint-Astier une annexe , sondée par Jean de Mourcin , chanoine théologal.
5 96
ANTIQUITES
d'autres dont on retrouverait des restes dans des constructions des temps
plus modernes ; mais pour tout voir et tout distinguer , il faudrait visiter
les diverses parties du département, les étudier , et même faire des fouilles
qui souvent seraient dispendieuses. Nous ne nous sommes point imposé
cette tâche; seulement nous citerons quelques objets que nous avons vus
presque par hasard et qui nous ont paru curieux.
De la chapelle de Saint-Augutre (ï). — Sur la rive gauche de Tille , près du
Saut-du-Chevalier , et à une petite distance de Marsac , on trouve le coteau
de Saint • Augutre , qui s'avance, en forme de promontoire, du côté de la
route de Bordeaux, mais dont l'escarpement est peu élevé. C'est vers la
pointe de ce coteau, dont l'aspect est des plus arides et des plus sauvages,
qu'on voit les vestiges d'une vieille chapelle dédiée à Saint-Augutre.
Ce petit édifice avait 35 pieds de long de l'ouest à Test , sur %í\ pieds
6 pouces de large ou environ ; il en subsiste encore quelques parties de
murs, qui nous permettent d'autant moins de juger de son ancienneté,
que le tout était en moellons bruts , et qué la construction en était peu
soignée. Quel est même ce Saint-Augutre ? Nous Tignorons entièrement.
Y aurait-il eu jadis clans ce lieu un autel consacré à Auguste ou un saint
personnage connu sous le nom de Augustulus aurait-il été l'objet de cette
pieuse fondation ? Nous ne pouvons rien dire à cet égard ; tout ce qu'il y
a de certain , c'est que ce lieu est encore en si grande vénération , qu'on
y porte, de plusieurs lieues à la ronde , les enfans malades, et qu'on y
dépose leurs dépouilles parmi les broussailles.
De Véglise d'Andrivaux. — Le vallon d'Andrivaux est à une bonne lieue
de Périgueux ; il est resserré dans toxite sa longueur , et il offre presque
partout des sites sauvages que semble vivifier un faible ruisseau , à côté
duquel est une vieille église consacrée à Saint-Maurice.
Cette église , dont le plan est un parallélogramme rectangle , parait
avoir en longueur un peu pkis du double de sa largeur, et Ton distingue
dans son ensemble quatre ou cinq genres de constructions qui appartiennent à autant d'époques différentes et bien marquées. Le clocher est ce
(t) C'est M. (le Mourcin qui a fait la découverte de cette chapelle; elle se trouve dans le pariage , mais
juste à l'extréinité de la banlieue. La horne qui séparait les deux juridictions est tout contre ; on y voit d'un,
côté les armes de la ville , et de l'autre celles de l'évêque Pierre ïizon , mort en i384.
DE VÉSONE.
5 97
qu'il y a de moins ancien , et il paraît remonter à un temps très-reculé ;
c'est une masse carrée, aussi large que l'église, et qui n'a jamais été achevée. Au-dessous est le portail, qui, comme le mur de façade et une partie
des côtés , remonte au i2. e siècle; et plus loin, on croit apercevoir une autre sorte d'appareil. Le milieu de l'édifice appartient au i r. e siècle ; sa coupole ne laisse aucun doute à cet égard ; et la partie de l'est , avec sa chapelle basse , sa voíite et ses arcades en plein cintre , ne peut guère être
postérieure au 8. e
A côté de l'église était un vieux monastère dont il ne subsiste plus de
traces ; c'était d'abord , dit-on , un couvent de filles : ce qu'il y a de certain, c'est que, dans le i2. e siècle, la propriété en fut cédée aux Templiers,
et qu'avant nos troubles révolutionnaires les chevaliers de Malte étaient
encore en possession de la paroisse.
Sans doute les bâtimens de ce monastère furent détruits pendant les
guerres de religion du i6. e siècle, et probablement ils le furent par le feu,
car le haut de l'église conserve encore de fortes traces d'incendies.
Pour prévenir la ruine de cette même église , il suffirait de raser le clocher au-dessus du pignon de la façade , de faire quelques travaux au bas
des murs latéraux , de restaurer la charpente et d'établir un tirant de fer
dans le sanctuaire : ce serait une dépense peu considérable , et l'on conserverait au Périgord un de ses monumens les plus curieux.
De quelques autres anciennes églises. — Nous pourrions faire connaître
plusieurs autres petits monumens religieux qui ne sont pas sans intérêt
pour l'històire de l'art; mais l'éspace nous manque , et nous nous bornerons à indiquer aux amateurs de ce genre d'antiquités : l'église deBesse,
dont le portail est extrêmement curieux; celle de Babio, près de Besse ; les
deux églises de Trémolat , surtout celle qui est hors du bourg (i); celle
de Paunat; la cathédrale de Sarlat, dont le portail remonte vers le io. e
siècle , et l'intérieur de l'église de Sainte-Marie-de-Vern (2).
( 1) On sait que Saint - Cybar était natif de Trémolat ( Themolatum ) , et qu'il alla se faire ermite à Angoulême. C'est sans doute en mémoire de ce fait que le prieuré de Trémolat dépendait de l'abbaye de St. -Cybar. ■
(2) On trouve surtout, dans ces sortes d'édiíices du culte, beaucoup de constructions des io. e et n.° siècles. L'église de Saint-Astier en offre un échantillon dans un de ses piliers et dans une partie de son mur du
nord ; c'est tout ce qui reste , dans cette collégiale , des travaux de Raoul de Scoraille, nommé évêque de Périgueux en l'an IOOI , et décédé en IOI 3.
TOM. II.
76
5gS
ANTIQUITÉS
Nous devons indiquer aussi ,. quoique moins ancienne , l'église de SaintAmand-de-Coly , dont le plan a quelques rapports avec celui de. la basilique de St. -Front , et celle de Rouffignac , près de Thenon. Cette dernière est encore plus moderne ; mais la. simplicité de son. plan , et Pagrément de ses décorations la rendent très^ remarquable , et fournissent un
exemple de plus de la grâce qu'on savait donner aux constructions à l'époque de la renaissance des arts.
CHAPITRE III.
Des monumens civils du moyen âge et des temps gothiques ;
des maisons particulières de ces époques.
JUES monumens civils du moyen âge et des temps gothiques sont peu nom, breux dans la ville actuelle de Périgueux , et l'on n'en voit que quelques
vestiges sur le reste de remplacement de Vésone. Les guerres et les incendies , les ravines et les débordemens de la rivière , Findifférence de la
plupart des hommes, et le mépris des ignorans pour tout ce qui n'est pas
à la mode, ou qu'ils ne connaissent point, ont été dans notre malheureuse
patrie des fléaux de tous les siècles, et ne nous permettent de donner que
bien peu de détails à cet égard.
ARTICLE i. er —■ Des ponts.
A l'article des ponts romains nous avons parlé de ceux qui les avaient
remplacés dans' le moyen âge (i). Nous avons dit que le petit pont du Toulon, qu'on a détruit depuis peu , remontait à une haute ancienneté ; que
celui de Japhet avait été restauré plusieurs fois , et que le bas de ses piles subsistait encore ; que le pont de la Cité avait aussi été l'objet de plusieurs réparations , et qu'il pouvait , comme les deux autres , avoir remplacé un véritable pont antique. Enfin , nous avons donné quelques détails
(i) Voyez pages 8, 9, 10 et 11.
DE VÉSONE.
5g9
sur celui de Tourne - Piche , et nous devons ajouter ici que si l'on ne se
hâte de reprendre en sous-œuvre les avant-becs de ses piles et quelques
parties de ses arches , il sera détruit dans peu d'années , et qu'un de nos
faubourgs les plus industrieux sera .séparé de la ville pour jamais.
Un petit pont d'une seule arche partage ce même faubourg ; son principal usage est de faciliter l'ëcoulement des eaux dans les fortes crues ; sa
construction annonce qu'il a été fait vers le i3. e siècle : c'est le seul dont
nous eussions à parler ; il a été connu sous le nom de Pont-du-Marquis.
ARTICLE 2. — Des égouts et cloaques.
Nous ne connaissons clans la ville actuelle dePérigueux qu'un seul égout ;
il part du bout de la rue -de l'Aiguillerie , côtoie les anciens murs , et va
dégorger ses eaux dans ì'enclos du couvent des Cordeliers : c'est une construction toute moderne.
S'il existe d'autres égouts, nous ne pouvons donner aucun détail ni sur
leur construction, ni sur leur cours, ni sur leur embouchure. Cependant, que
deviennent les eaux qui s'engouffrent avec tant d'abondance dans les puisards de certaines maisons particulières ? Où peuvent se perdre celles qui
se précipitent à sangle rentrant du nord -ouest de la basilique de SaintFront? II nous paraît évident qu'il existe des' cloaques inconnues, et peutêtre en trouverait-on l'issue dans la rivière, à une certaine profondeur (1).
Au surplus , soit que les eaux qui se perdent aillent au loin , soit qu'elles
s'engouffrent dans des crevasses de rochers, il serait important de rechercher ces vides souterrains, et de les utiliser davantage, dans une ville où
des constructions de ce genre feraient un si grand besoin.
II y a environ dix ans que l'on retrouva une de ces constructions souterraines : elle passe sous d'ancien grenier du Chapitre; elle se dirige au
sud , et paraît venir du porche de Saint-Front ; ses côtés sont en maçonnerie , sa Couverture est en dalles de pierres , son intérieur est d'une capacité médiocre.
(i) Comme Tille n'a pas toujours eu des écluses, il ne serait point étonnant que l'embouchnre des égouls
se trouvât maintenant sous les eaux.
6oo
ANTIQUITÉS
ARTICLE 3. — Des aqueducs et des fontaines.
Les conduites d'eau du moyen âge se ressentent de l'époque où elles
ont été faites : ce ne sont plus ces vastes aqueducs taillés dans le roc , ou
soutenus au niveau de leur source au moyen de ces formes en arcades qui
étonnent l'oeil du voyageur : ce sont de simples tuyaux de pierre , de terre
cuite ou de bois , qu'on a emmanchés les uns dans les autres , qu'on a cachés à une certaine profondeur , en suivant toutes les. pentes du terrain ,
et l'on conçoit que de pareils ouvrages ne devaient guère passer les siècles.
Qu'on ne s'étonne donc point si l'on ne retrouve ici que quelques vestiges
de ce genre d'aqueducs ; il peut en avoir existé dont il ne subsiste plus
de traces , et probablement il en est qu'on ne connaît point encore.
De la conduite d'eau de la fontaine des Malades. — La fontaine des
Malades est, comme on sait, sur la rive gauche de Fille, et à une petitç
distance de la route de Bergerac ; elle était connue autrefois sous le nom
de Fontairìe-de-Saint-Hippolyte , et au nord de son bassin on a trouvé , il
y a environ dix ans , des tuyaux de bois qui ne pouvaient avoir servi qu'à
une conduite d'eau. Ces tuyaux , dont le diamètre intérieur était d'environ
3 pouces, se trouvaient d'environ 3 pieds sous le sol, et ils se dirigeaient
vers le nord. Or, si l'on fait attention que, de ce même côté, il y avait une
petite église de St.-Hippolyte, et un hôpital qui fut ensuite converti en
léproserie, l'usage de ces tuyaux ne sera plus incertain , et l'on ne pourra
douter qu'ils ne fissent partie d'un aqueduc établi vers le i3. e siècle.
De la conduite d'eau de la fontaine de Puyrousseau. — Nous avons déjà
parlé de la conduite d'eau de la fontaine de Puyrousseau (i) ; ses tuyaux
étaient en terre cuite , et ils se dirigeaient vers le Puy-Saint-Front : probablement ils avaient été établis vers le i.i. e siècle, et l'on ne peut guère
douter qu'au moyen de l'exhaussement de la source, ils ne menassent les
eaux à l'ancienne fontaine de la Clautre : c'est tout ce que nous en savons.
Tels sont les seuls détails que nous puissions donner sur les fontaines
du moyen âge. Peut-être celle de Saint-Georges fournissait-elle aussi à quel-
(i) Voyez page 106. — Peut-être nous aurions dû écrire : Puy-Rousseau.
DE VÉSONE.
6 OÍ
que petite conduite d'eau ; mais nous ne pouvons rien dire de certain à
cet égard. Au surplus, cette même fontaine de Saint-Georges, comme celle
des Malades, est enterrée maintenant de plus 10 pieds, et se trouve revêtue d'une assez vieille construction.
ARTICLE 4- — Des cimetières.
Nous ne connaissons point l'antique cimetière de Vésone : probablement
on le trouverait dans les prés qui longent la rivière , à moins qu'il n'eût
occupé remplacement de la ville actuelle, et dans ce cas il est évident que
son sol a été bouleversé. Quant aux cimetières des chrétiens , ils ont presque toujours été placés à côté des monumens religieux , et comme, dans
nos deux villes , les églises étaient nombreuses , on retrouve partout de
vieux tombeaux de pierre en forme de cercueils.
Au surplus, le cimetière actuel est un des plus anciens; car, non-seulement on y trouve de nombreux tombeaux de pierre placés les uns sur les
autres, mais encore des fragmens d'urnes cinéraires qui évidemment appartiennent à l'antiquité.
On a découvert aussi de ces tombeaux de pierre et de ces urnes dans
un jardin qui est au nord-ouest du moulin du Rousseau; ainsi il est évident que c'était de même un ancien lieu de repos.
Le cimetière de Saint-Georges contenait également quelques antiquités ;
mais il a été entièrement bouleversé. Celui de Saint -Silain remontait
aussi à une époque très-reculée ; et celui qu'on voyait à l'est du chemin
des Barris avait été béni, pour les pauvres, dans le i2. e siècle.
ARTICLE 5. — Des léproseries et des autres anciens hôpitaux.
Dans les 12. e , i3. e , i4- e et i5. e - siècles, on comptait un grand nombre
d'hôpitaux et de léproseries sur l'eniplacement de Vésone , dans la ville
actuelle, ou dans les faubourgs; mais quelques-uns de ces établissemens
de la charité publique nous sont à peine connus , et il en est sans doute
6©2
ANTIQUITÉS
d'autres dont le nom est encore ignoré (i). Quelques erreurs se sont glissées dans ce que nous avons dejà dit .de ces hôpitaux et de ces léproseries (2); nous allons rétablir les faits le plus exactement possible.
Des léproseries. — Les léproseries étaient au nombre de quatre (3) ; on
les désignait sous les noms de Ladreries, Maladeries ou Maladreries de St.Hippolyte , du Toulon , de Sauvajou , et de Capite-Pontis-Lapidei-Cà'itatis.
La première était contigué' à l'église de Saint-IIippolyte , et se trouvait
assez près de la fontaine des Malades : depuis 1-ong-teinps elle est entièrement détruite.
La seconde était k côté de rÉglise-Charles ,o,u du Toulon : elle est également détruite ; mais il en est fait mention dans une foule de titres,, de
mème que des religieuses nn'c-u y avait attachées., ou qui du moins en
étaient à peu de distance.
La troisième qui , comme nous avons dit , était connue sous le nom de
Maladrerie-de-Sauvajou (Salvaj'ou, Salvagum, Salvougum), se trouvait, suivant un titre de I 3 I 5, nimis prope burgum Sancti-Martini et habitantes ;
et, en conséquence, on jugea convenable de la transférer ailleurs. Suivant
un second titre elle confrontait à une terre de Saint - Silain et au chemin
public qui conduisait de Périgueux au Toulon. Dans un troisième acte il
est question de la peyrière ou carrière de Sahougo ; et dans un quatrième
on parle de las gravièras sive Sahougo. Ainsi , l'emplacement de cette troisième léproserie n'est plus incertain , et il est évident que c'est le premier
jardin qu'on trouve à main gauche lorsqu'on suit le chemin qui part de
rOrmeau et se dirige au Toulon. Avant la révolution, ce jardin appartenait
aux Dames de la Foi, et il n'y a pas quatre-vingts ans qu'on y voyait
encore une espèce de chapelle où se reposait la grande procession que
l'on faisait de ce côté chaque année (4)- Au surplus , nous ne savons absolument rien de positif sur l'endroit où cette troisième léproserie fut trans-
(r) Pour quelques-uns de ces établisseinens , la base de notre travail consiste en de simples notes que
M. l'abbé de Lespine avait eu le bonheur de recueillir avant les destructions révolutionnaires.
(2) Voyez tora. i. cr , pag. 36o.
(3) Non compris celle de Beaurone , qui était à nne lieue de Périgueux.
(4) Cette procession allait passer ù Saint-Nicolas , à Saint-Sicairc et à Notre-Dame-de-la-Oarde. — Quant á
Ja chapelle de Sauvajou, elle était située dans le bas du jardin.
r
DE VÉSONE.
6o3
férée. Peut-être choisit-on pour cet objet le petit faubourg, qui est à l'extrémnté du pont de la Cité. Du moins est-il vrai qu'il paraît y avoir eu sur
ce local quelque espèce de petit monument du culte.
La quatrième léproserie était désignée, dans tous les vieux titres, par le
nom de Maladrerie de Capite-Pontis-Lapidei-Civitatis. Mais est-il question
ici du pont actuel de la Cité , ou du pont de Japhet ? Ce dernier a porté
différens noms , tels que ceux de Pont-de-Saint-Jacques , Pont-de-Saint-Hilaire, Pont-des-Minorisses<, et Pont-de-Sainte-Claire ; mais dans le i2. e siècle et dans le 1 3. e , il était encore plus connu sous la qualification de PonsLapideus-Cwitatis , parce que, sans doute, celui qui est sur la route de Bordeaux a presque toujours eu quelques-unes de ses arches en bois. Nous
pensons donc; que notre quatrième léproserie pouvait être dans les prés, à
gauche de la rivière, et un peu au-dessus du moulin de Cachepouil; mais
nous ne savons rien de positif à cet égard.
Des hôpitaux. — Les seuls vieux hôpitaux et hospices sur lesquels nous
puissions jusqu'à présent dire quelque chose de certain étaient au nombre
de cinq : celui de Saint- Silain , celui de Saint-Pierre- du-Cimetière, celui
de Saint-Jacques, celui de Charroux, et celui de l'Arsaut.
Le premier était établi dans le cloître de Saint -Silain : en i552 il fut
réuni , ainsi que plusieurs autres , à l'hôpital de Sainte-Marthe , qui avait
été fondé en i33c). Le 25 avril i585 la ville acheta cet hôpital pour y établir des boucheries.
Le second était au sud du. cimetière de la Cité ; ses bâtimens subsistent
encore en grande partie, et ils paraissent avoir été reconstruits vers le i3. e
siècle. En i584 cet hôpital avait été réuni à celui de Sainte-Marthe ; mais
un individu du nom de Lacueille le rendit à son premier usage un siècle
plus tard, et il y fit graver cette inscription :
L'HOSPITAL DE LAC VEILLE «
Le troisième était près du pont de Japhet; ses bâtimens furent achetés
(i) La pierre sur laquelle on voyait cette inscription avait été portée au moulin du Rousseau, et il parait
qu'elle a été entraînée par les eaux. Nous ne nous rappelons pas bien si les trois mots étaient en une seule
ligne.
6o4
ANTIQUITÉS
en 127 1 par les Dames de Sainte-Claire, et elles y établirent leur couvent
en 1293. L'acte de vente fut fait par MM. du Chapitre de Saint-Etienne,
auxquels ce local appartenait ; et l'on y trouve ces mots : Domum seu hospitale nostrum , situm prope Petragoras , ad caput ponds cognominati de
Petrâ , cum capellâ et pertinentiis ejusdem hospitalis.
Le quatrième était au bas du coteau d'Ecorne-Bœuf', et immédiatement
sur le bord de Tille ; ses bâtimens subsistent encore en partie , et ils rappellent le faire du ii. c siècle. Les cheminées en sont surtout remarquables , et nous considérons le manteau de celle qui est en rond comme
un de nos monumens les plus curieux.
Le cinquième était au faubourg de l'Arsaut. Quelques parties dç ses
constructions subsistent encore, et il est évident qu'elles remontent de
même au i2. e siècle.
II paraît qu'il y avait un sixième hôpital à Notre-Dame-de-la-Garde ;
du moins les vieilles constructions qui sont à l'est de la chapelle peuvent
le faire supposer ; mais nous ne connaissons aucun titre qui en fasse mention. Un septième peut avoir été établi près de la fontaine de Saint-Georges ; toutefois nous ne l'indiquons que comme une simple supposition.
De deux hôpitaux plus modernes. — Les hôpitaux plus modernes sont
au nombre de deux : celui de Sainte-Marthe et celui qui est au faubourg
de Taillefer.
Le premier est situé près du moulin de Saint -Front; il fut fondé en
i33g par Pierre Brunet , chanoine de la cathédrale. Ses bâtimens étaient
assez vastes , quoique mal ordonnés ; ils sont occupés maintenant par un
fabricant de draps. Un fragment de l'inscription qu'on avait gravée sur la
principale porte de l'édifice existe encore ; nous l'avons retrouvé sur une
des pierres de la mauvaise maçonnerie qu'on a faite dans l'ancien mur de
la ville, pour y placer un moulin à foulon ; il se compose de cinq lettres :
PITAL
Le second hôpital moderne était connu sous le nom de Grand-Hôpital,
ou de la Manufacture , et c'est le seul établissement de ce genre que nous
DE VÉSONE.
6o5
e
ayons encore; sa construction remonte vers le milieu du i7. siècle. On
lit en grosses lettres sur la porte d'entrée :
L'HOSPITAL GENERAL.
Plus bas on voit le millésime
mgile de Saint-Mathieu :
I668 7 et cette inscription, tirée de l'é-
PAVPERES EVANGELISANTVR.
M.CAP.XI.
Du côté de l'ouest, on trouve aussi ces deux inscriptions :
SALE
DES TRAVAVX.
LABORES MANVVM
TVARVM QVIA1. •.
L'église de cet hôpital est une espèce de parallélogramme , avec deux
ailes à, côté du choeur, ce qui lui donne la forme d'un T; sa longueur, dans
œuvre, est de près de 79 pieds; sa largeur est de 25 pieds 6 pouces.
ARTICLE 6. — De Vhôtel du Consulat , et de quelques maisons particulières du Puy-Saint-Front.
Le Puy-Saint-Front ayant été la proie des flammes en 11 20 et à quelques autres époques , on ne doit pas être surpris de ne retrouver dans
l'enceinte de cette ville qu'un très-petit nombre d'anciens édifices. Les
changemens de mœurs et de modes ont dû contribuer aussi à cet anéantissement des vieilles constructions , et nous ne pouvons donner que bien
peu de détails à cet égard.
De VHôtel-de-Ville , ou du Consulat. — L'Hôtel-de-Ville est à l'ouest de
la place duCoderc(i); il consiste en un parallélogramme rectangle, adossé,
par une de ses extrémités , à une tour carrée. Le parallélogramme a 37
pieds et quelques pouces de long , sur 23 pieds et quelques pouces de large ;
il se compose de trois étages, y compris le rez-de-chaussée, et quelques
parties de sa construction paraissent remonter au i3. e siècle.
(1) On commence à le détraire, et déjà, depuis quelques années, il était abandonné.
TOM . n,
'
77
6o6
ANTIQUITÉS
La tour est de même largeur que le parallélogramme ; sa hauteur ,
au-dessus du sol, est de 87 pieds, non-compris sa charpente pyramidale ,
qui s'élève de 8 ou 9 toises; sa fondation remonte au i2. e siècle.
L'extérieur de cette tour est orné de deux arcades feintes, à chacune de
ses trois faces isolées , et il se termine par des mâchicoulis et des créneaux. Quant à l'intérieur, il est divisé en six étages, par le moyen de
cinq voûtes, dont les deux plus hautes paraissent avoir été ajoutées en
i35o ou environ. Les voûtes basses furent toujours destinées à servir de
cachots , et nous pensons qu'il doit y en avoir une sixième sous le sol.
Ce vieux édifice, autour duquel se trouvent groupées de mauvaises constructions de plusieurs âges, est de peu d'intérêt sous le rapport de l'art;
mais il s'y rattache de glorieux souvenirs , et quelle que soit la détermination du conseil municipal , pour rétablissement d'un nouvel hôtel de
la mairie, la tour devrait être ménagée. Un beffroi est nécessaire au centre d'une ville , et pour quatre-vingts mille francs on n'en élèverait pas un
pareil (1). D'ailleurs, ce n'est que par les tours et les pointes des clochers
qu'une ville se distingue au dehors.
De la maison qui est au nord de VHôtel-de-Ville (2). — La maison cpii
est au nord de l'Hôtel-de-Ville est remarquable non-seulement par un escalier dont nous aurons bientôt occasion de parler , mais encore par de
vieilles caves dont la construction paraît remonter au 11. e siècle. Ces caves se composent de trois parties , disposées les unes à la suite des autres ;
leur largeur est de i3 pieds 6 pouces; leur longueur totale est de près
de 7 1 pieds ; leur construction est presque partout en grosses pierres de
taille. Au surplus , le sol de ces caves a été moins bas qu'il ne l'est maintenant, et si l'on fait attention que celui de l'extérieur a dû s'élever de
(1) La cloche de cette tour a 4 pieds 3 pouces de diamètre ; elle a été fondue en 1675 , et elle est remarquable
par son beau son. On lit autour: EN L'AN i56o J'AY ESTÉ FONDVE , ANTHOINE DE CHILHAVD ,
ESC." S. r DE PRONSAVD ESTANT LORS MAIRE ; ET LA PRESANTE ANNEE i6 7 5 , AV NOM
DE LA TRES SAINTE TRINITÉ, PERE, FILS ET SAINT - ESPRIT , J'AT ESTÉ RESÏAVRÉE ET
AVMANTÉE , ESTANT EN CHARGE MESSIEVRS : MESSIRE ANTHOINE DE CHILHAVD , CHEVALIER SEIG.'- DE LA LANDE DES FIEUX, MAIRE; ANNET DE MONTOZON , &c. , &c. Celte
respectable famille des Chillaud, qui a produit tant d'cxcellens citoyens, vient de s'éleindre , et déjà, depuis
une centaine d'années, elle avait quitté le Périgord.
(2) C'était la maison de MM. de Roche ; elle appartient maintenant à M. Chabricr de la Joubertie.
DE VÉSONE.
G07
plusieurs pieds , on en conclura qu'il y a eu clans cet endroit un ancien
édifice dont elles formaient une partie du rez-de-chaussée.
De la maison qui est au bout du cul-de-sac de la rue de la Limogeane ,
près du Coderc (i). — Les caves de la maison qui est au bout de ce culde-sac du Coderc se composent de deux parties, disposées à la suite l'une
de l'autre , comme dans celles que nous venons de décrire ; leur largeur
est de i3 pieds 8 pouces ; leur longueur est de 60 pieds ; et elles paraissent s'être prolongées davantage vers le sud. Le mur de l'est de cette
même maison a 3 pieds 6 pouces d'épaisseur, et sa construction en petites pierres longues, et ses fenêtres en arcades à plein cintre, annoncent
le faire du io. e siècle. Enfin, dans la petite cour de l'ouest, on voit une
porte dont le cintre, parfaitement elliptique, paraît remonter aussi à une
époque très-reculée ; et au-dessus de cette porte , de même que vis-à-vis ,
on aperçoit des peintures qui semblent appartenir au il\. e siècle.
Après de semblables détails on ne peut douter qu'il n'y ait eu dans cette
partie de la ville un assez vaste monument ; mais nous ne pouvons guère
savoir à quel usage il fut d'abord destiné. Etait-ce, comme on le croit, une
commanderie des Templiers ? Sans doute ces preux chevaliers peuvent en
avoir été les possesseurs ; mais comme leur ordre n'a commencé que dans
les premières années du i2. e siècle, il est évident que l'édifice avait été
fondé pour une tout autre destination (2).
De la maison qui fait le coin de la rue de Tailleser à celle de Saint -Silain. —■ On trouve plusieurs vieilles constructions dans le bas des maisons
de la rue de Saint-Silain ; et dans l'angle que fait cette rue avec celle de
Taillefer on voit une espèce de tour de 3o pieds 2 pouces de long sur 22
pieds de large, et 58 pieds de hauteur au-dessus du sol extérieur. Les
murs de cette tour ont 3 pieds 10 pouces d'épaisseur; jusqu'à une certaine
élévation , ils n'ont à leur parement que de petites pierres longues g audessus , ce sont de grosses pierres de taille. Quelques arcades de médiocre
(1) C'est la maison dn sienr Fauconey, lutliier et aubergiste.
(2) La place publique qui est entre l'IIòtel-de-Ville et la maison dont nous venpns. de parier , est connue
sous le nom de Place-du-Coderc , et on sait que ce mot coderc ou couderc (COCDERCUM) est synonyme de
préau (PRATELI.CM) ; or, nous penserions volontiers , avec M. de Mourcin, qu'il pourrait y avoir eu un cloître dans cette partie de la ville.
6o8
ANTIQUITÉS
largeur étaient dans le bas. Dans le haut , il y avait des fenêtres à quatre
parties, comme il était d'usage de les construire dans le i2. e siècle.
L'intérieur de ce vieux édifice était voûté à environ 1 8 pieds au-dessus
du niveau du pavé de la rue ; la voûte était en berceau , et elle avait été
faite en même temps que les gros murs. Dans le bas , il y a une cave également voûtée , mais dont la construction ne remonte pas à une haute ancienneté. Lorsqu'on a pratiqué cette cave, on a mis à découvert les fondemens des murs , et on peut voir la manière dont ses fondemens sont
établis sur des arceaux de blocage dont un est à double cintre. Toute cette
construction du bas paraît remonter au çj. e siècle , et elle est toute basée
sur des tombeaux de pierre ; ce qui prouve qu'il y eut un ancien cimetière sur ce local, et que le terrain s'y est élevé de 7 ou 8 pieds.
Au surplus , la tour que nous venons de décrire n'est couronnée par
aucune espèce de corniche, et comme le haut de ses murs a 2 pieds 10
pouces d'épaisseur , on ne peut douter qu'elle ne fût d'abord plus élevée ;
quant aux fenêtres qui l'éclairent maintenant , elles ont été faites à différentes époques , et n'ont aucun rapport à la fondation première.
D'une haute maison de la place de la Clautre. — On voit du côté du
nord de la place de la Clautre une maison très-haute et très-étroite; c'était
aussi sans doute une grosse tour, dont le bas peut remonter au io. e siècle. La cave de l'intérieur de cette tour a été refaite trois ou quatre siècles
plus tard , et elle n'offre rien de remarquable ; elle communique à une
seconde cave assez spacieuse , qui se trouve sous la place publique.
De Vancien grenier du Cìiapitre. — L'édiílce connu sous le nom de Grenier-du-Chapitre , était au sud du monastère de Saint-Front : il était entièrement construit en pierre de taille ; sa longueur , de l'ouest à l'est, était
de 48 pieds , et sa largeur de 34 pieds 2 pouces (1).
Au rez-de-chaussée , cet édifice était percé de deux arcades , une à l'est
et l'autre au sud ; ces arcades étaient en arc un peu aigu. Au premier et
au second, il y avait trois arcades sur chacun des petits côtés, et cinq sur
les autres ; ces arcades étaient en plein cintre ; elles étaient ornées de pe-
(1) Le bas de cet édifice subsiste encore ; on a fait un petit jardin dans son intérieur.
DE VÉSONE.
6òg
tites colonnes qui soutenaient leurs archivoltes , et elles contenaient des
fenêtres à quatre baies. Une espèce d'attique , décoré également de colonnes , surmontait le second étage. Le tout produisait un effet singulier.
Les colonnes des deux grands étages de l'extérieur du monument étaient
ornées de différentes manières : aux unes, il y avait pour décoration de petits carrés saillans et rentrans , disposés en échiquier ; aux autres , c'était
des endentures, des rudentures torses ou longitudinales, des lozanges ou
des demi-lozanges , et d'autres ornemens de toute espèce (i). Les colonnes
de l'attique étaient lisses.
Les bases de ces diverses colonnes étaient profilées dans le goût de celles
qu'on nomme attiques : leurs chapiteaux étaient ornés de feuillages ; les
archivoltes des arcades , de même que les moulures des corniches , étaient
décorées d'entrelacs et de guillochis ; et entre les archivoltes on avait
sculpté des rosasses. En un mot , l'ensemble et les détails de ce charmant
édifice étaient absolument dans le genre des constructions du i2. e siècle,
et l'on doit supposer qu'il avait été élevé vers l'an IIIO ou environ.
D'une maison de la rue des Farges. — On trouve dans la rue des Farges
plusieurs maisons particulières qui paraissent également remonter au i2.e
siècle ; mais la plus remarquable est celle qui servait de couvent aux Dames de la Foi. La façade de cette maison est parfaitement soignée ; sa construction est en pierre de taille d'assez grand appareil ; ses arcades du bas
sont comme celles du grenier du Chapitre , et elles se trouvent au nombre de cinq, dont deux plus petites que les autres sont sur les côtés. L'étage supérieur se compose aussi de cinq arcades, dont deux sont beaucoup
plus petites que les autres; mais toutes sont en plein cintre, et les trois
grandes ne sont ouvertes que par des fenêtres à quatre baies (2).
Toutes ces arcades des deux étages sont ornées d'archivoltes décorées
d'une manière singulière. La plinthe qui est au-dessus des premières a
des ornemens en fer de lance; la corniche qui surmonte le tout est en
échiquier.
(1) On voit encore quelques parties de ces colonnes chez le nommé Sicaire , menuisier , rue de St.-Roca.
(2) Dans toutes les constructions de cette époque, les arcades du rez-de-chaussée sont en arc un peu aigu,
tandis que toutes celles du haut sont en plein cintre; ce qui prouve, comme nous l'avons déjà dit, qu'on
n'a mis en usage Tare angulaire que pour obtenir une plus grande solidité.
6io
ANTIQUITÉS
L'ensemble est un peu bizarre , en ce que les arcades du haut ne portent pas juste sur celles du bas; néanmoins l'effet n'en est point désagréable, et si, comme le veut la tradition, Duguesclin a logé dans cet endroit, il s'y rattache un glorieux souvenir.
De quelques autres maisons du ii. esiècle. — Parmi les autres constructions du i2. e siècle, nous nous bornerons à citer les deux maisons cpii
sont vers le milieu de la rue de l'Aubergerie ; celles qui forment le côté
du sud de la rue de Saint-Roch, lesquelles paraissent n'en avoir fait jadis
qu'une seule (i); celle du bas de la rue du Calvaire; celles des N. os i et 2
de la rue de la Sagesse, et celle qui fait Fangle de la rue des Dépêches à la
rue du Plantier (2); cette dernière, surtout, est très-remarquable par les
jolies rosasses dont ses petites fenêtres à quatre baies étaient décorées.
De quelques constructions gothiques. —• On trouve dans plusieurs rues
de Périgueux quelques parties de constructions gothiques ; mais nous nous
bornerons à citer, i.° la maison du N.° 18 de la rue de l'Aiguillerie ; i.°
celle du N.° 5 de la rue de la Reconnaissance ; 3.° celle qui fait le coin de
la rue de la Limogeane à la rue de Lammary , et celle du N.° 19 de la
rue de l'Aubergerie.
La première de ces maisons est remarquable en ce que sa façade a été
décorée , à chaque étage , d'une arcade feinte qui embrasse toute sa largeur. Le couronnement de l'archivolte de cette arcade subsiste encore en
partie à chaque niveau ; il est presque en plein cintre , et il rappelle le
faire du i2. e siècle; seulement ses moulures sont d'une autre sorte, et
tout indique que l'ordonnance de ce petit édifice remonte vers Tannée
12 10 ou environ.
La seconde offre au dehors quelques parties de très-vieilles constructions , et son salon du premier étage est décoré d'une cheminée en gothique fleuri et du meilleur goût. Cette cheminée , qui maintenant est masquée par une boiserie, appartient à la première moitié du i5. e siècle (3);
elle mérite d'être conservée.
(1) Cette longue maison pourrait avoir été une espèce de couvent , à l'extréniité duquel se serait trouvée
la chapelle de Saint-Roch.
(a) Elle appartient à Madame d'Aumassip.
(3) Elle a été gravée dans les Monumens fi aiicais , de M. AVilleuiin.
DE VËSONE.
6n
La troisième a pour ornement quelques parties de décorations du dernier gothique (i), et il en est de même de la quatrième. Cette dernière dépendait de la terre de Salegourde, et elle a été construite par les d'Arnàud de Golce ; sa façade est curieuse non-seulement par son ordonnance
un peu orbe , et par son haut pignon , mais encore plus par les deux fenêtres dont elle est décorée. C'est là qu'on voit la fin du gothique , sans
aucun mélange de la renaissance des arts, et tel qu'il était en usage dans
les dernières années du 5. e siècle (a).
1
On peut voir aussi avec intérêt, dans la rue de la Reconnaissance, la
maison du N.° i. er ; elle se distingue par de jolis créneaux de la même
époque.
CHAPITRE IV.
Des Monumens publics , et de quelques maisons particulières
de la renaissance.
n—ne-tt-o-ia—
L'ARCHITECTURE , comme tous les autres arts, fut créée par la nécessité, et
dans son enfance elle ne tendit qu'à un seul but. Cependant on ne tarda
pas à s'apercevoir qu'elle pouvait flatter les yeux, et peu à peu ses diverses parties furent soumises à de justes proportions. C'est ainsi que les
Greçs avaient poussé cet art à un très-haut point de perfection, et c'est
dans ce dernier état que les Romains , au faîte de leur puissance , le transplantèrent en Italie ; seulement il ne prit racine sur ce nouveau sol que
comme une plante exotique , et il y déchut de sa beauté. La simplicité
des formes ne pouvait plaire à une nation riche et orgueilleuse ; il fallut les
modifier, en les accommodant à plus de faste et de grandeur.
Mais comme le faste ne compense point la noble simplicité, et qu'il est
(1) Cette maison a été construite par MM. de Saint- Aulaire de Lainmary.
(2) Pendant que nous imprimons, on détruit ces charmantes décorations , pour se procurer le plaisir d'avoir quelque chose de très-commun, au lieu d'un monument curieux, que l'on pouvait rendre commode
sans le dégrader.
6ia
ANTIQUITÉS
des bornes que le génie ne saurait dépasser, quand un art est parvenu
à une haute perfection les changemens qu'on peut y faire ne tendent qu'à
le détruire.
D'ailleurs le bon sens est toujours regardé comme une chose triviale;
il est méprisé par les artistes, qui tous prétendent au génie et croient devoir inventer. D'un autre côté , le goût a besoin d'une longue étude pour
être épuré , et la plupart des hommes sont portés à admirer tout ce qui
est chargé d'ornemens, quelque bizarres qu'ils puissent être. Voilà les véritables causes de la décadence des arts chez les Romains ; voilà pourquoi
les monumens du bas-empire sont si inférieurs à ceux que les premiers
empereurs avaient fait élever (i).
La chute de l'empire d'Occident fut dans nos provinces le tombeau de
ces mêmes arts dégénérés : les guerres civiles , les invasions des barbares
et tous lés fléaux qui en furent la suite pendant plusieurs siècles , ne laissèrent aux peuples que peu d'années de repos , et dans ces courts intervalles tout dut se borner aux choses de stricte nécessité.
Dès -lors les beaux modèles avaient disparu ; déjà on avait oublié les
principes, et lorsque, dans quelques momens de paix, on voulut s'occuper de constructions un peu importantes, de nouveaux architectes, qui
n'eurent d'autres guides que leurs caprices et leur imagination , durent se
former.
Quelques débris épars, quelques restes d'édifices du bas-empire furent
alors grossièrement imités, et comme les artistes de cette époque étaient
peu versés dans l'art de la coupe des pierres , et que nos matériaux n'étaient pas d'une très -grande solidité, les arcs en plein cintre succédèrent presque partout aux plafonds et aux architraves. Quant aux ornemens
ils devinrent arbitraires; les chapiteaux des colonnes prirent toutes les formes ; l'acanthe fut souvent remplacée par d'autres feuillages dont les Romains, dans des temps de décadence, avaient eux-mêmes fourni les mo(i) Nous pensons, avec M. de Móûfcin , qu'un musée qui renfermerait des monumens d'architecture et de
sculpture de tous les âges, serait la plus forte barrière qu'on pût opposer à la décadence des arts. Ce musée
a existé, et nous ne pouvons concevoir quel a été le but qu'on s'est proposé dans sa destruction; car ce
n'est que par la comparaison de ce qui est lion avec ce qui est mauvais , qu'on rectifie lc génie , qu'on épnro
le goût et qu'on arrêts 1 clan des imaginations fongueuses.
DE VÉSONE.
6i3
dèles ; les corniches furent profilées sans goût ; on n'observa plus aucune
proportion.
Telles furent les constructions élevées depuis la chute de l'empire juse
qu'au io. siècle, et c'est à cette dernière époque que l'on commença à
remplacer Tare en plein cintre par Tare elliptique , dont la forme offrait
une plus grande solidité. A Tare elliptique succéda ensuite Tare angulaire,
et dès-lors un nouveau genre d'architecture fut formé ; il est connu sous
le nom de gothique , et comme il n'avait aucune règle fixe, il passa bien
vite de la plus grande simplicité , à la recherche la plus outrée. C'était un
nouveau chemin pour les architectes, c'était une nouvelle école, et comme
de nombreux édifices religieux furent alors élevés , et que ces sortes de
monumens exigeaient la grandeur j qui toujours est un genre de beauté ,
on -alla jusqu'à trouver charmans les détails les plus bizarres , et le gothique fut admiré.
Cependant quelques artistes, curieux de voyager en Italie, virent des
modèles et épurèrent leur goût ; mais comme on ne peut pas dans un
instant changer les usages d'un peuple , ils se bornèrent d'abord à abandonner Tare angulaire , et à employer de nouvelles décorations dont ils
avaient trouvé le type dans Tantiquité. C'est avec le i6. e siècle que cette
grande révolution commença dans Tarchitecture ; ce sont les monumens
de cette époque que Ton désigne sous le nom de monumens de la renaissance , et nous avons le bonheur de pouvoir en citer quelques-uns de
Tancienne Vésone et de la ville actuelle de Périgueux.
er
ARTICLE i. — De la conduite de la source de Jameaux ; de la fontaine
de la Clautre ; de. celle des vieilles Casernes, à la Cité; etc.
Foucaud de Bonneval fut nommé évêque de Périgueux en I 53 I , et il
fit son entrée solennelle le i. cr de janvier de Tannée suivante. En i533, il
proposa aux maire et consuls de faire venir à ses dépens Teau de la source
de Jameaux , et d'établir une fontaine sur la place de la Clautre , dans Tendroit même où il y en avait eu une autrefois. II n'exigeait rien de la commune ; il demandait seulement qu'on lui prêtât main forte contre les particuliers qui pourraient entraver son dessein. On accepta avec joie la proposition de Tévêque , et de crainte qu'il ne s'en dégoûtât , Tautorité Taida
TOM. II.
78
6i4
ANTIQUITÉS
de tout son pouvoir. Par ce moyen, les travaux furent poussés avec activité , et , en peu de temps , l'eau vint en effet jusque en la Clautre de ladite
présent ville , et prés le lieu communément appellé la Fontaine- de-la Clautre.
Les tuyaux de cette première conduite étaient en bois ; seulement on
avait fait en plomb ceux qui traversaient la rivière , et on les avait arrêtés
dans le fond de l'eau avec des espèces de madriers.
Au mois de mai i534 , on s'occupa du bassin de la fontaine ; mais comme
l'évêque voulait que l'eau jaillît de la gueule d'un lion , sans doute parce
que cet animal était la principale pièce de ses armes , la ville crut qu'il
prétendait comprendre la Clautre dans son fief, et elle fit des protestations
à cet égard. On dressa un acte authentique de ces protestations , et l'évêque
répondit aux consuls qu'il n'entendait en rien leur préjudicier.
Cependant un ouvrage de ce genre ne pouvait être de longue durée :
une conduite en tuyaux de bois ne peut être employée dans un terrain sec
et pour une grande ventrée. L'expérience venait de démontrer cette vérité, et, en conséquence, Foucaud de Bonneval proposa à la ville de remplacer le bois par des tuyaux de plomb , depuis la rivière jusqu'à la Clautre, pourvu qu'on lui fournît la somme de 5oo livres, et en effet la ville s'y
engagea ; elle paya même quelques autres sommes à l'acquit de l'évêque ,
et fit clorre , à ses frais , la source d'où partaient les eaux : en un mot ,
elle fit beaucoup plus qu'elle n'était convenue de faire ; mais il paraît
que l'évêque ne put tenir sa promesse (i).
(i) Pour donner une idée de celte seconde fontaine de la Clautre, et pour mieux faire connaitrc ce qui fut
fait à cet égard, nous allons citer par extrait ce qu'on en a écrit dans les archives du consulat. {Livre-Jaune ,
fol." 196, v.° et suivans. )
« Et certain temps apres que les susdietz mère et consulz de lad. présent ville surent crees et institués,
« révérend pere en Dieu, l'cvesque de Périgueux, les manda quérir pour aller disner en sa companihe ,
« en sa maison épiscopale , assise en la Cité ; ce que lesdietz nicre et consulz firent ; et âpres disner led. re« verand leur dict et déclara la cause pour quoy les avoit envoyés quérir et disner en sa companihe, qu'es« toit pour ce que en la présent ville de Périgueux n'avoit aulcune fontaine , et qu'il avoit intencion de en
« faire venir une en lad. ville, et au lien appellé de la Clautre, où d'ancieneté et aultrefois estoit venue,
« et ce de certaine fontaine estant au lieu appellé de Gimcauìx , dela la reviere appellce de VIsle, paroisse
« de Colonhés , à ses despens , sans ce que la présent ville de Périgueux fust tenue fornir ou frayer aul« cune chose ; sauf seullement que quant se viendroict à faire avecques aulcuns particuliers , pour faire
« les passaiges de lad. fontaine , de les randre faisans , faire avecques culx , et luy tenir la main forte. A
DE VÉSONE.
6i5
Tels sont les seuls détails que nous ayons à donner sur les travaux qúi
furent faits, en i533 et en 1 534 pour la conduite des eaux de Jameaux.
II parait que déjà il y avait eu une ancienne fontaine sur la place de la
Clautre de Périgueux; le nom s'en était conservé, et ce fut sans doute ce
>
laquelle remonstrance , bon vouloir, oeufïre et déclaration par led. sieur reverand ausd. mère et consulz
* faicte , iceulx mère et consulz acceptarent et remerciarent led. S. r révérend , en luy disant que si son
« voloir, comme il avoit dict et déclaré , estoit accomplie, il ne sçaroit faire plus grand bien à lad. ville, et
« chouse publicque d'icelle , et que à jamais les babitans d'icellc ville seroyent tenus prier Dieu pour luy.;
« et avec cc s'en allarent lesd. consulz de la companihe dud. S. r révérend.
r
« Et certain temps âpres , led. S. evesque conmança à mectre son voloir à exécution ; et pour ce faire ,
« fîst faire plusieurs préparations, comme cors de boys chaestainhiers , des cors de plumb pour mectre dans
« la reviere seullement ; et tant fust procédé que raoyanant l'ayde et seccours que lesd. mere et consulz
« tirent pour led. affaire , mesmement quant au íornisscment des maneuvres et gens qui estoyent tenus
« à l'euvre de la présent ville, que aussi de l'ouvrier d'icelle ville et aultres officiers de lad. ville, led.
r
« S. evesque lìst tant que, par certains jours et intervalles de temps , l'eaue de lad. fontaine vint jusques en
« la Clautre de lad. présent ville et prés le lieu appellé la Fontaine-de-la-Clautre. Et avant ce que lad.
« eauc fust á lad. fontaine de la Clautre, cousta grand somme de deniers à lad. ville, tant pour raison de ce
r
« que dict est , oultre cc que led. S. evesque fcsoit fere, que aultres chouses; car iucontinent qu'il avoit à
« fere aulcune chouse pour led. affaire fornir ou frayer , oultre la facture desd. cors , tant de boys que de
« plumb , dessus comme dict est , et poyer les maistres qui fesoyent lesd. cors , lad. ville fornissoit et frayot ,
« afiin de mieulx en mieulx tenir et entretenir ïe bon vouloir dud. S. r révérend , et qu'il heust meiìheur
« courage de tenir et entretenir et mectre à exécution son vouloir et intencion et promesse.
r
« Item , et certain temps âpres , led. S. révérend voulsist faire mectre , and. lieu appelé de la Font-de-la« Clautre , certain griffon où l'eaue viendroict et descendroict ; et avant mectre et pouser ou faire pouser
« aud. lieu led. griffon , estans advertis de ce , lesd. mere et consulz , pour la conservation du droict et auc■< torité de lad. ville , et le vingt-troysiesme jonr du moys de may dernier passé , lesd. mere et consulz ,
« mesmement led. mere acompainhé desd. Lacoste, Roche et Chouchier, consulz de lad. ville, et maislre
« Roubbert Besse , leur procureur et scindic , pour scavoir de quelle anctorité led. S. r révérend vouloit
« faire mectre et pouser aud. lieu appellé la Fontainc-de-la-Clautre , led. griffon, allarent à la maison episr
« copale dud. S. révérend , assise en la Cité ; où illec estant , luy remonstrarent lenr vouloir et intencion ,
r
« sommarent et requirent led S. révérend leur faire déclaration de ce que luy donnarent entendre. Lar
« quelle déclaration led. S. révérend leur fist
« Et certain aultre temps âpres , led. S. r révérend fist dire et déclarer ausd. mere et consulz de lad. ville ,
« s'ilz vouîoyent fornir et poyer la somme de cinq cens livres tournois , qu'il feroit faire les cors pour servir
« àìad. fontaine, despuys la reviere appellee de VIsle , jusques à lad. Clautre , de plumb. Laquelle remonstrance
« faicte , apres les trente prendhommes de lad. ville et conseilh d'icelle assemblés , suivant leur advis et con« seilh , fust faicte responce aud. S. r révérend, que voulautiers lad. ville, pour led. affaire, forniroit lad.
« somme de cinq cens livres tournois , mais que pour le présent lad. ville n'avoit aulcun denier. A quoy
r
révérend fist responce, que d'argent ne se sociassent; car pour ce ne demeuiaroit , mais qu'on
« led. S.
« luy en respondit ; ce que fust faict.
« Et suyvant ce que dessus , certains jours apres , ung merchant vint en la présent ville , qui avoit amené
« certaine quantité de plumb; leqnel merchant fust mené ausd. mere et consulz, 011 aulcuns d'iceulx , par
« maistre Guynot David , prebstre , recepveur dud. S. r révérend
Et pour ce aussi que par
« arrest de la court souverene du parlement de liourdeaulx fust ordonné que led. S. 1' révérend forniroit et
6i6
ANTIQUITÉS
qui donna l'idée à Fouçaud de Bonneval d'y en établir une nouvelle.
Peut-être même un des motifs de ce prélat était-il d'avoir de l'eau dans
son palais épiscopal de la Cité.
Quoi qu'il en soit, il abandonna son dessein après ce premier essai, et
« avansaroit la somme de quarante livres tourn. , pour faire faire quelques deligences de certain prisonLaquelle sonunc de quarante livres lesd. mere et consulz n'ont recouvert dud. S. r eves-
u nier
" que , crainhans luy desplaire
Et par ainsin lad. somme de quarante livres tourn. est encores
« par led. S. r révérend deue ; et lad. ville fust contraincte faire les deligences dud. prisonnier à ses despens,
« et envoyer en Bretainhe et en Poytou, pour ce faire.
Item , et pour ce qu'il fnst avisé par led. S. r révérend et conseilh de lad. ville faire fermer et clourre ,
« de pierres et cartiers, le lieu et sorce de là où venoit lad. fontaine, lesd. mere et consulz merchanda.< rent avecques Estienne du Mas, maistre masson de lad. ville; et pour ce faire luy fust promis la somme
de soixante cinq livres tourn
.c
Item , et voyant lesd. mere et consulz , environ le moys de septembre , que led. S. r révérend ne tenoit
« compte faire faire lesd. cors de plumb , pour faire venir lad. fontaine despuys lad. reviere de l'Isle jus« qnes à lad. fontaine de la Clautre , comme dict est ; ne aussi fere refsaire les aultres cors de plumb enchassés dans certains boys, pour mectre au sons de la reviere, qu'il avoit faict faire, que estòyent gastés;
lesd. S. rs mere et consulz deliberarent envoyer devers led. S. r révérend; ce que fust faict ; et alla maistre
•< Clément de la Font, consul de lad. ville, jusques en Lymosin, et au lieu appellé aus LjTiardz, où led. la
« Font le trouva , et luy remonstra ce que dessus , et aussi comment l'yver se aprocboit , les reviercs se
.< feroyent grandes ; au moyen de quoy l'on ne pourroit , si le cas advenoit , faire pouser lesd. cors dans
« lad. reviere en assurance, ne iceulx arrester ; aussi, que la ville avoit faict abatte tine partie de l'es« cluse du molin du S. r de Ladouze , pour assoir et mectre en assurance mieulx lesd. cors dans lad. reviere ,
.. et si les caues venoyent grandes pourtaroyent grand doumayge à l'escluse dud. S. r de Ladouze ; duquel
« doumayge lad. ville en seroit tenue. Lequel S. r révérend fist responce aud. de la Font , consul susd. , que
« dans quinze jours apres il envoyaroit les cors de plumb , pour les mectre dans la reviere , lesquels il
Í
< avoit faict faire en la ville de Lymoges. Comme tout ce que dessus, led. la Font reffera ausd. mere et
•< aultres consulz.
« Et certain temps apres, voyans , lesd. mere et consulz, que led. S. r reverend n'avoit encores envoyé
« lesd. cors de lad. ville de Lymoges
~.
et que voyent l'yver aprocher et les revieres estre en
<■ danger d'estre faictes grosses , et aultres chouses dessusd. , lesd. mere et consulz estans advertis led. S. 1'
« reverend estre au Chasteau-L'èvesque , fust par eulx avisé que led. S. r mere , accompanhé d'ung ou deux
« consulz de lad. ville, iroit de rechief remonstrer ce que dessus aud. S. r reverend; ce que fust faict.
« Lequel reverend fist responce , ausd. mere et consulz , que le maistre qui fesoit lesd. cors à Lymoges luy
«< avoit escrîpt que dans quinze jours luy envoyaroit lesd. cors de plumb , et que lesd. mere et consulz
« fissent fermer le trou et pertuys de l'escluse dud. S. r de Ladouze quant bon leur semblaroit ; car aussi
« bien se feroit-il quant l'eaue seroit grosse que aultrement
Et despuys, lesd. mere et consulz
« ont faict fermer lad. escluse and. S. r de Ladouze , à leurs despens , et aussi led. S. 1' reverend n'a tenu
« compte envoyer lesd. cors , ne faire faire aulcune aultre chouse à lad. fontaine
« Aussi, led. S. r reverend bailha ausd. mere et consulz certain instrument en latin escript, conmençant:
« In Dei nomine, signé par luy, et plus bas Auternis , en date segond de julhet mil cinq cens trente et quatre,
•< faisant mencion de lad. fontaine , les priant de le mectre au trésor de la ville. ( Est écrit en marge : Led.
« instrument n'a sorty son entier effet. ) »
DE VÉSONE.
617
ce ne fut qu'en i535 , sous la mairie de Jean Bordes, seigneur de la Croze,
que le projet fut repris et reçut son entière exécution, aux frais, de la
communauté. Pour cet effet , on fit venir deux fontainiers , on s'entendit
avec eux ; on leur confia la direction de l'ouvrage ; on les chargea des travaux essentiels, et le reste fut fait à la journée. Voici ce que nous avons
trouvé à ce sujet (1) :
« Audit an ( i535 ), parce que led. S. r Foulcaud de Bonnaval, evesque de Périgueux, 11e
K
voulsit antandrc par aulcunes causes à faire venir la fontaine de Gimels, par luy encom-
« mansec, fut délibéré par les maire et consulz par ceste annee estans en office , par l'advís
« et délibération des trente preudhomes, la faire venir. Lesquelz envoyarct quérir ung fontanier nommé M. e Françoys Jaques , habitant au lieu de Sallaignac, et ung nommé M. e Es-
ce
te
tienne de la Sale, d'oupres de Blays. Led. conseilh tenu le huictiesrae jour de may mil v.c
« trente cinq, signé par Delort, greffier, qu'est en ung petit livre couvert de peau tanee.
>< Auquel jour fut faict marché, auxditz maistres fontaniers, faire venir lad. fontaine de Gi« mels au lieu et plasse de la Clautre, dedens le jour St.-Michcl apres prochein suisvant;
« lesquelz s'en obligearet à la rigueur de exécuteur (sic), en la fasson et manière que s'en
« suict, passé par led. Delort. Premièrement la faire venir en cors de pierre estans au carré
« de ung pié et demy et longs de 1111 à cinq pietz et demy; en ce que la ville seroit tiretce
la pierre d'icelle mesure, mener et conduire au molin de Labbatut, et apres forniraiet
« molin, fer, acier et aultres choses à ce necesseres à la perecion, et apres percés que seroit,
« la seroit mener et conduire sur le lieu ; pour les pouser seroit tout vuidage swe deschau ,
« fourniroit tout euvre.
« Item , lesdits fountaniers feraiet (sic) quarrir lesd. cors et pierres à leurs despens , per« cerait lesd. cors et les pousarait, et an somme la ville leur baillait la somme de dix soubz
« ( sic ) par brasse ; où il y a despuys lad. fontaine jusques an la plasse de lad. Clautre , le
« nombre de xn cens brasses ou environ.
« Que costa à faire le grenier de l'eaue aud. trou de Gimels , que fut faict par journaulx de
« massons, à nj s. vj d. par journée (en marge : l'on y misret cent xviij journées), et toute ma« tiere, sans l'euvre, comme est contenu par les comptes d'icelle annee, la somme de
»
»
»
« It., costa à fere passer l'eaue, pouser les cors, et fourniture toute, tant boys que pierre,
« fer et aultres choses à ce necesseres , sans l'œuvre
»
»
»
« It., en icelle annee messieurs les maire et consulz fourniret pierre tant de la perrière du
« Coulonbicr que St.-Georges, que St.-Martin, sens comprandre la pierre necessere à faire
« le grenier, seulement pour les cors, la quantité de deulx mil nj. c inj. x * xij piets, à vij d.
« le pié pour le droict du perrier et perrière, sens la conduicte d'icelle, que montet, en
« somme, la somme de
LXIX 1. xv s. mj d.
(1) Vovez le Livre-Jaune , f.° 200 , v°. líous avons copié le pins exactement possible et avec tontes les fautes
d'orthographe'. — Le moulin de Labbatut est le même que celui de Sainte-Claire.
618
ANTIQUITÉS
« lt. , plus, fourniret vnj grans pierres pour couvrir le grenier, de ix pietz de longueur,
« que costait vj s. la piesse du droict de la perrière et perrier
>> » »
« It. , furet expensées iuj. xx vj journées à tirer quartiers pour mettre au long des cors,
« dedens l'eau, à nj s. mj d. par journée, que montet (i)
xinj 1. vj s. vnj d. »
D'après ces détails , il est évident que toute la conduite fut faite en tuyaux
de pierre. On distingue encore de ces tuyaux dans le fond de la rivière ;
ils y sont consolidés par de grosses pièces de quartiers. II y en a beaucoup
aussi qui sont restés en place, tant au-delà de 111] e que de ce côté ; d'autres ont été déplacés , et l'on en a employé de ces derniers dans quelques
murs de clôture (2). Le trou rond qui forme leur capacité a 2 pouces 4
lignes de diamètre ; leur longueur est d'environ 4 pieds ; leur épaisseur
est de 1 pied , et on voit qu'ils s'emboîtaient les uns dans les autres , par
des entailles ét des tenons.
Nous ne savons point de quelle forme était le bassin de la fontaine ; seulement il paraît qu'il était au centre de la Clautre, et d'après le nivellement que nous avons fait du terrain, depuis la source de Jameaux, nous
sommes assurés qu'avec un ajutage convenable on aurait pu y obtenir un
jet qui se serait élevé à plus de 3o pieds.
II paraît qu'on profita de cette même conduite d'eau pour établir une
fontaine au palais épiscopal (3) , et une troisième fut construite aux vieilles casernes, qui alors étaient une dépendance de l'abbaye de Peyrouze, et
que les évêques ont habitées. Cette dernière se composait d'une première
coupe peu élevée au-dessus du sol et portée sur une espèce de socle , d'une
tige ornée des trois grâces en gaîne , et d'une seconde coupe dans laquelle était l'ajutage. La première coupe avait 9 pouces de profondeur et
5 pieds 4 pouces de diamètre, non compris les bords; elle était ornée de
quatre têtes de lions qui vomissaient l'eau ; le socle qui la portait avait 4
pieds 9 pouces de largeur (4).
(1) Montet pour montent, et ainsi de la plupart des autres troisièmes personnes plurielles : au lieu de l'n
on mettait ordinairement un trait sur la dernière voyelle, et c'est ce trait crac le greffier a presque toujours
omis de marquer.
' (2) On en voit un morceau dans le mur du jardin du sieur Michelet , et il y en a trois ou quatre tronçons
dans le mur de l'enclos qui est le plus proche du passage de Campniac.
(3) Nous ne sommes pas assurés de l'existence de cette fontaine : nous ne la connaissons que par certaines
traditions.
(4) Ce groupe est encore en entier dans le jardin de la petite église de Saint-Pierre-l'Ancien. l.e grand
bassin est resté sur place.
DE VÉSONE.
619
La tige qui sortait du milieu de cette première coupe avait 1 pied 10
pouces et quelques lignes de diamètre dans le bas , et sa hauteur était de
6 pieds. La seconde coupe a disparu , et nous ne connaissons rien de ses
ornemens.
Les tuyaux qui formaient l'embranchement de cette troisième fontaine
étaient de terre cuite , et on les avait enveloppés d'une forte chemise de
ciment; leur capacité était de 1 pouce 9 lignes. Ce fut sans doute vers l'an
x 536 que cet ouvrage fut exécuté, et vraisemblablement il le fut en vertu
d'une concession des maire et consuls.
De la Fontaine du Port-de-Graule (1). — Le 24 avril 18 12 on découvrit un bassin de fontaine à l'entrée de l'abreuvoir connu sous le nom de
Port-de-Graule ; on le creusa, on y trouva de l'eau, et l'on crut que ce
serait une heureuse ressource pour cette partie de la ville de Périgueux.
Cependant on ne tarda pas à s'apercevoir que la source n'avait d'autre réservoir que la rivière, et il fallut renoncer à tous les projets que l'imagination avait déjà enfantés.
Ce bassin de la Fontaine du Port-de-Graule existe encore en grande
partie; seulement on l'a recouvert de terre : ses ornemens extérieurs consistent dans quelques mascarons ; son plan est un octogone dont le diamètre est de 8 pieds 8 pouces aux angles , et dont la profondeur paraît
être d'environ 4 pieds. Au milieu s'élevait une espèce de cippe , en forme
de piédestal, dont la hauteur était de 2 pieds 5 pouces 6 lignes, et dont
les faces avaient 1 pied de large. C'est du haut de ce cippe que l'eau jaillissait ; elle y était amenée par une conduite de plomb qu'on avait arrêtée
sur les dalles du pavé. Cette conduite se dirigeait au nord, avec déclinaison de 12 degrés 10 minutes à l'ouest, et hors du bassin, elle était formée en tuyaux de terre cuite et dont le diamètre est de 3 pouces. Du côté
opposé, il y avait un tuyau de fuite, destiné à tarir le bassin ou à porter
les eaux dans quelque autre endroit ; c'était en quelque sorte la continuation du premier.
Le tuyau de chasse étant vers le nord , il est évident que l'eau venait de
ce côté; mais de quelle fontaine l'avait-on amenée? et à quelle époque
(1) M. Gratien Lepère , ancien ingénieur en chef des ponts et chaussées , que quelques intrigues ont enlevé
à notre département, et que nous regrettons toujours, en avait pris le plan avec exactitude.
62o
ANTIQUITÉS
remonte la construction du bassin ? C'est ce qu'il nous reste encore à examiner.
Y aurait-il eu une source dans le voisinage du Port-de-Graule , et maintenant cette source serait-elle perdue? Cela serait possible sans cloute; mais
si l'on fait attention que les tuyaux qui furent découverts se dirigeaient
vers le jardin voisin , et qu'on en a trouvé de pareils, il y a une vingtaine
d'années, dans un autre jardin beaucoup plus éloigné, et toujours près de
la rivière , on ne pourra clouter qu'on n'ait amené les eaux de la fontaine
de l'Arsaut, et que ce ne fût une espèce de réminiscence de Taqueduc
romain (i).
Quant à la construction, nous croyons pouvoir fixer deux époques : une
première conduite paraît avoir été faite vers le n. e siècle, et le bassin, tel
qu'il est, doit remonter au i6. e ; seulement alors l'écluse du Vieux-Pont
était moins élevée qu'aujourd'hui, puisque le fond de ce bassin est de i
pied 6 pouces plus bas que les moyennes eaux de la rivière (2).
De la fontaine de VAbreuvoir ; près du moulin de Saint - Front. — En
i536 on établit également un bassin de fontaine près de l'abreuvoir du
moulin de Saint-Front, et ce fut aussi de la source de l'Arsaut qu'on y
amena les eaux : voici ce qu'on trouve sur cette dernière conduite dans
le Livre-Jaune des archives de la mairie (f.° 212 , r.° ) :
« Aussi aud. an, on fist venir la fontaine de TArsauIt dedans la ville, au lieu de l'Abreu« voir, pres les molins Sainct-Front, que fust conduyte par maistre Françoys-Jacques , de
« Salanhac , lequel en heust pour ses vacquations, la somme de 1111 n xv sans les aultres
« frays que cousta lad. fontaine. »
Sans doute ce fut aussi à cette dernière époque qu'on reconstruisit le
vieux bassin de la fontaine du Port-de-Graule.
(1) Depuis l'impression de notre chapitre des aqueducs romains , M. de Mourcin a trouvé , au bas du mur
de Tourny , un gros bloc de ciment romain qui ne peut avoir appartenu qu'à un aqueduc. Au surplus , ect antiquaire pense que la source de l'Arsaut était considérable avant qu'elle se fùt divisée en cinq ou sis branches, et il croil qu'on pourrait la retrouver toute entière en creusant à une certaine profondeur dans le petit
vallon qui est au-dessus , ce qui faciliterait beaucoup les moyens d'établir des fontaines dans l'intérieur de la
ville actuelle.
(2) Lors de la découverte de cette fontaine du Port-de-Graule , quelques personnes prétendirent avoir trouvé
une plaque de plomb avec cette inscription : F. G. QOO. , en caractères en relief, et tournés de droite à gauche , comme s'ils avaient été moulés dans des lettres gravées sur la pierre. Nous ne nous arrêterons point à
ce grossier monument de la charlatanerie : il sufíit de l'avoir vu pour ne pas tomber dans le piège.
DE VÉSONE.
621
Tels sont nos monumens publics de la renaissance , ou du moins les
seuls qui, jusqu'à ce jour, nous soient connus (1). Passons à quelques édifices particuliers.
»a --—
—riiQ
ARTICLE 2. — De quelques maisons particulières.
Parmi les nombreuses maisons qui furent élevées au Puy-Saint-Front ,
à l'époque de la renaissance, il en est quelques- unes de remarquables et
que nous devons indiquer.
De la maison du N.° 17 de la rue de la Limogeane. — La maison du
N.° 17 de la rue de la Limogeane est remarquable par ce qui reste de
sa jolie façade , et principalement par la porte d'entrée dont elle est décorée du côté de la cour.
De la maison qui fait le coin de la rue de V Aiguillerie à celle de SaintLouis (2). — La maison qui fait sangle de la rue de l' Aiguillerie à celle de
Saint-Louis , est digne de fixer l'attention des curieux et par l'ordonnance
d'une de ses grandes fenêtres, et par celle de sa principale porte d'entrée.
La fenêtre est à meneaux (3) ; ses décorations , en partie gothiques et en
partie de la renaissance , sont bien distribuées ; on y distingue des monstres , des feuillages , des fleurs de lis et d'autres ornemens de toute espèce : l'ensemble produit de l'effet.
La porte est dans sangle que forment les deux rues ; elle est dessinée
dans de bonnes proportions ; sa construction est faite avec art ; ses détails
sont précieux. Au-dessus du linteau de cette porte étaient des armes que
le ciseau révolutionnaire a fait disparaître. Au-dessous de l'écu on trouve
deux inscriptions en caractères gothiques ; à droite on en voit une troisième en caractères presque entièrement cursifs ; à gauche il y en a une
quatrième en lettres un peu cursives , et en lettres du genre de celles du
i3. e siècle.
(1) Sauf la chapelle de Saint- Jean, dont nous avons parlé, pag. 563 ; et le rocher sculpté qui est près du
Toulon : voyez tome r. cr , p. 356. Ce dernier morceau pourrait être un reste d'un petit couvent de filles.
(2) Cette maison appartenait jadis au cardinal de Périgord , et probahlenient elle resta long-temps dans la
famille comtale. Dans le 17.° siècle elle était la propriété de MM. d'Alexandre, et c'est là que le marquis de
Chanlot tenta de pénétrer avant d'aller se faire tuer dans la rue du Plantier.
(3) On vient de les détruire pour rendre la fenêtre plus moderne, et il n'y a plus le même ensemble.
TOM. II.
79
622
ANTIQUITÉS
N.° i. er — Presque immédiatement au-dessous des armes.
MEMENTO MORI
N.° i.
— Sur le linteau de la porte.
QUISQUIS AMAT D
N.° 3.
—A droite de ïécu.
SUMA
QUIDEM
LAUS EST
DISPLIGUISSE
MALIS
<o
N.° 4- "—A gauche de Vécu.
DOMUS
GONSTRUGTIO
ANNO DNI
I.S.I 8 w
FAUENTE.ALTISIMO
On voit que sur ces quatre inscriptions il y en a trois qui ne sont que
des sentences, et tel était l'usage du i6. e siècle. La quatrième est la seule
qui mérite de fixer l'attention , et elle est d'un assez grand intérêt, puisqu'elle fait connaître l'époque juste de la construction de l'édifice, et celle
des jolies sculptures dont cet édifice est décoré.
De quelques maisons de la rue de Tailleser. — Plusieurs maisons de la
rue de Tailles er ont été reconstruites dans le i6. c siècle, ou du moins on
les a restaurées et embellies à cette époque. On doit surtout y distinguer
une porte dont les décorations offriraient de l'íntérêt si elles n'eussent pas
été mutilées (3). Au N.° 37 il y avait aussi une cheminée digne de fixer l'attention des curieux; on l'a abattue en i8a3, et nous l'avons fait enlever.
Parmi les nombreuses décorations de ce morceau précieux, on remar-
(1) Cette inscription est dégradée, et elle n'est pas d'un haut intérêt.
(2) II faut lire I 5 I 8. En copiant le modèle qu'on lui avait donné, le graveur prit un 5 pour une S.
(3) Celle de la maison du n." 3i.
DE VÉSONE.
62 5
que principalement de jolis médaillons, des rinceaux, des ornemens dessinés avec goût et deux tableaux de haut-relief. Dans l'un de ces tableaux
on a représenté Hercule enlevant une femme (peut-être Déjanire); dans
l'autre, on voit ce même héros déchirant le lion de la forêt de Némée. Le
dessin de ces deux grands sujets n'est point correct, mais le tout produit
un assez bon effet.
De la maison du N.° 4 de la rue du Plantier(i). — Lorsqu'on descend
la rue du Plantier, la seconde maison que l'on trouve à gauche, après
avoir passé la rue de Barbacane, appartient à la renaissance, et elle est
curieuse par les plafonds d'une partie de son rez-de-chaussée, et par une
grande cheminée qui est au premier étage au-dessus du sol.
La partie où se trouvent les plafonds est une espèce de galerie , percée
de trois arcades extrêmement surbaissées : quatre colonnes , ornées de chapiteaux profilés d'une manière singulière , supportent-le cintre de ces arcades. Les plafonds se divisent en trois parties, dont chacune porte sur
des arcs composés d'un grand nombre de moulures concentriques. Des
culs-de-lampe sont opposés aux colonnes; ils soutiennent la retombée
des arcs qui sont parallèles aux premiers , et la retombée de ceux qui
leur sont perpendiculaires. La hauteur de tous ces arcs, de leur intrados
à leurs moulures les plus élevées , est de près de 3 pieds , et c'est immédiatement au-dessus que se trouvent les plafonds, lesquels se composent,
comme il est d'usage , de caissons carrés , ornés de sculptures d'un trèsbon goût et parfaitement soignées. On distingue , parmi les sujets de ces
caissons, le buste d'un vieux personnage à tête ailée, un pélican, des tètes
casquées , des casques , des armures , des rosasses , Saint-Michel terrassant
le diable , un écusson chargé d'un petit sujet que nous n'avons pu distinguer, et un autre avec une porte de forteresse presque semblable à celle
qui forme les armoiries de la ville actuelle de Périgueux ; seulement elle
est surmontée d'un arbre au pied duquel est un animal qui paraît être
un lion.
Plus loin, dans cette espèce de galerie, on trouve un escalier à vis, et
au-delà de cet escalier sont d'autres plafonds supportés par des arcades
comme les premiers , mais plus simplement ornés.
(i) Cette maison appartient à MM. de Langlade.
6a4
ANTIQUITÉS
Quant à la cheminée, elle n'est pas d'un très-bon goût; son ordonnance
est même mesquine et bizarre : néanmoins on y voit aussi quelques détails
curieux et des médaillons singuliers. Au surplus , ce qui distingue principalement" cette cheminée, c'est le tableau à fresque qui en occupe le haut.
Le sujet de ce tableau est le baptême de Notre-Seigneur : Jésus a les jambes dans le fleuve, Saint-Jean lui verse de l'eau sur la tête, et deux anges sont debout sur le -rivage. Un vieux pont est au second plan ; la ville
de Jérusalem est au dernier. L'ensemble produit de l'effet; le coloris est
bon , et le dessin ne manque point d'une certaine correction.
Au bas de l'ordonnance du manteau de cette même cheminée , c'est-à-dire
sur ce qu'on peut appeler la partie supérieure du chambranle, on trouve
une inscription en lettres ornées et guillochées ; elle est placée clans une
bande de lozanges , et on voit qu'elle se rapporte au tableau du haut ; ce
qui prouve que le tout appartient à la même époque. Cette inscription
est ainsi conçue :
p
A
x
H
v
1
c
D
o
C'est-à-dire, pax huic Dominus ; ce qui est pris de ce passage de l'Apocalypse : Primum dicite : pax huic Dominus ; et si ibi fuerit Jilius pacis , requiescat super iïlum pax vestra.
De la maison du N.° 2 de la rue du Port-de-Graule (1). — La troisième
maison que l'on trouve à droite , en allant de la rue du Vieux-Pont à l'a breuvoir connu sous le nom de Port-de-Graule , est remarquable par la
décoration de ses fenêtres les plus élevées et par une petite galerie à trois
étages.
La galerie est ouverte des deux côtés ; elle donne sur la rivière et sur
une petite cour : son étage du rez-de-chaussée se compose de jolis pilastres , élevés sur des socles et sculptés dans toute leur hauteur ; ses arcades
sont au nombre de quatre; elles sont tellement surbaissées qu'elles ressemblent à des architraves ; ses plafonds sont ornés de rosasses , de têtes
casquées et d'autres têtes qui paraissent être des portraits.
(1) C'est maintenant la maison de la maîtrise de la cathédrale.
DE VÉSONE.
6a5
Le second étage est orné de colonnes des deux côtés : ces colonnes sont
portées sur des socles ronds; elles sont décorées de feuillages jusqu'au tiers
de leur hauteur ; leurs chapiteaux s'ont corinthiens , mais d'un genre singulier. On voit au plafond de ce second étage des rosásses, de petits génies sonnant de la trompe, des portraits, et le buste d'un pape entouré
de chérubins. Le tout est de bon goût; on regrette seulement que les sculptures soient un peu détériorées.
Le troisième étage est en bois, et il n'offre aucune espèce d'intérêt.
Quant aux trois fenêtres dont nous avons parlé , elles éclairent le dernier étage des appartemens de la maison , et elles s'élèvent au-dessus des
murs. Une de ces fenêtres est du côté de l'eau; les deux autres sont sur
la cour; le haut de leur chambranle a une certaine hauteur. Sur un de
ces chambranles , et à peu de distance de la baie , on distingue les armes
de France , soutenues par des lions ; sur un autre , ce sont des armes qui
ont un lambel en chef; et, dans les trois, on trouve au-dessus dei'écu,
des ornemens de toute espèce , et des monstres , dont le plus remarquable
est le dragon du jardin des Hespérides : il vomit des torrens de feu.
De la maison du N.° 9 de la rue du Plantier (1). — Nous avons déjà
parlé d'une maison de la rue du Plantier, et il y en a une seconde que
nous devons indiquer : c'est celle qui donne, d'un côté, dans la rue des
Dépêches. L'escalier de cette maison offre, à son plafond du premier étage
au-dessus du sol, quelques figures de haut-relief, qui, quoique fort incorrectes de dessin , méritent d'être remarquées.
De la maison qui est au bout de la rue de la Sagesse , près de la place
du Codeix (2). — Nous avons déjà parlé de quelques parties des caves de
la maison du N.° ia de la rue de la Sagesse ; mais ce n'est pas ce que cette
maison offre de plus curieux. Comme objet de la renaissance, sa porte d'entrée était remarquable, avant qu'on en eût détruit les ornemens, et son escalier est un des plus jolis morceaux d'architecture qu'on ait élevés dans le
i6. e siècle. Pour faire connaître cet escalier d'une manière convenable, il
faudrait le secours de la gravure, et toutes ses décorations "devraient être
soigneusement étudiées.
(1) Elle appartient ù M. le comte de Malet de Lasarge.
(2) C'est la maison de M. Chabrier de la Joubertie.
6^6
ANTIQUITÉS
Ce monument de la renaissance est en colonnade , ou du moins il a une
colonne à l'angle intérieur de chaque palier; il n'a jamais été achevé : il
devait s'élever beaucoup plus haut. La cage de cet escalier a 19 pieds 5
pouces de largeur dans œuvre, de l'est à l'ouest, et 17 pieds 8 pouces du
nord au sud; ses rampes ont 5 pieds 5 pouces et 5 pieds 11 pouces; elles
sont au nombre de six et se trouvent perpendiculaires les unes aux autres.
Les marches sont à giron un peu rampant; elles ont J pied 1 pouce 6 lignes de large , et 4 pouces g lignes de hauteur ; elles sont délardées alternativement en doucine et en quart de rond.
Au rez-de-chaussée , ce sont des espèces de pilastres à pans coupés qui
supportent les arcs rampans , les rampes et les plafonds ; des arabesques
sont sculptées sur toute leur hauteur. Au-dessus , ce sont des colonnes irrégulières et de diverses formes.
Une de ces colonnes est ornée de cannelures torses ; son chapiteau se
compose de petits monstres ailés et à figure humaine. Celle du second palier est resserrée en forme de balustre, à différens points de sa hauteur;
elle est bandée d'une ceinture ornée de boucliers ovales , et au-dessus de
laquelle s'élèvent de grands feuillages placés en écailles de poissons ; son
chapiteau se compose de petits monstres fortement recourbés. La colonne
du troisième palier est galbée de la manière la plus singulière , et elle est
de même en forme de balustre ; la ceinture dont elle est bandée est ornée de visières de casques; sa partie supérieure n'est point un chapiteau,
c'est un amortissement qui porte sur une espèce de tambour en forme de
panier rond. La seconde colonne de ce même palier est aussi fort singulière , et sa ceinture est Ornée de boucliers.
Quant aux plafonds, ils sont décorés de lozanges, de rosasses, de rinceaux , d'armes et d'armures de toute espèce , et de bustes de chevaliers.
On y voit aussi une Vénus ailée et un petit amour qui a déposé son arc ;
un écu aux armes de la famille de Roche (1), un chiffre composé de plusieurs lettres dessinées avec goût et agréablement entrelacées (a).
(t) Cette maison a appartenu long-temps à MM. de Roche ; mais ce ne sont point eux qui-ont bâti l'e'scalier ; on croit que c'est un ouvrage de MM. de Vassignac-d'Imécourt. Les armoiries qu'on y voit, et qui ont
été dégradées pendant la révolution, paraissent avoir été sculptées après coup.
(a) Les principales lettres de ce chiffre sont une H et une S ; mais il pourrait aussi y avoir une M et un A.
DE VÉSONE.
G27
Au surplus , nous le répétons , pour faire connaître tous les détails de
ce précieux monument , il faudrait le secours de la gravure , et nous pensons que son ensemble pourrait être surtout un bon sujet d'étude pour
les artistes et les curieux.
II est d'autres édifices que nous pourrions indiquer ; mais ceux-là suffisent pour donner une juste idée des constructions de la renaissance, et de
la grâce et de la naïveté qui distinguent toutes les productions de cette
époque (1).
(1) A ces mèmes époques de la renaissance des arts, où tout semblait devoir reprendre une nouvelle vie ,
quelques citoyens de Périgueux voulurent aussi s'occuper de littérature plus qu'on ne l'avait fait jusqu'alors ,
et écrire la langue française avec dignité ; mais ordinairement ils outre-passèrent le but : on en jugera par.
cette première phrase de la harangue que Louis d'Arnaud de Laborie , maire de Périgueux , fit, en ií>3o,
à Henri d'Albret , roi de Navarre et gouverneur du duché de Guienne.
« Puisque voyons présentement celluy duquel despend la asseuree sperance , trausquilité et solaigernent de
" nostre povre choze publique , Tres Illustre Prince et Invictissime Roy , comme ravys en estase de joye
« desmesuiee et esbloys de vostre irradiante lumière , perdons toute contenence , et nous semble que re« tornons en l'eaige douré auquel estions maintenus par la généreuse auctorité de feuz, de céleste et immor« telle mémoire , voz père et ayeul , que Dieu abseulle ; l'ombre desquelz , en leur vivent , nous estoit tant
« heureuse , doulce et fructueuse que nous reputions en plus grande félicité confìtz que toute aultre nation
•< régie et govemee soubz aultre prince et seigneur ; car par eulx des procelleux et tempestueulx ventz
« d'oppression estions préservés , et de l'amour et obeyssance correspondente que leur portions , entierement recompencés ; en sorte qu'il n'y avoit riens en ce ciecle tant à commandement que liberté, ne plus
•< esloigné de nous que servitude , etc. , etc. »
Voici le commencement du procès-verbal qu'on rédigea ensuite ; c'est un vrai modèle dans son genre :
Quant le clair soleilh , filz de Eyperion et nepveu de Titan , faisant son cours parmy le zodiaque et se•< jornant ez parties meridionalles , heust oultrepassé le froid et sec capricornus et actainct l'humidité et
« challeur naturelle de aquarius , signe yvernal , et le dixiesme jour du moys dedyé à l'antique portier des
« dieux , Janus , Van de la salutiffere incarnation mil cinq cens vingt neuf, messieurs les maire et consulz
« de Périgueux, advertis par lettre missive à eulx envoyée par tres hault et illustrissime prince le Roy de
« Navarre , gouverneur de la duché de Guyenne , etc. , etc. » {Livre-Jaune , f.° 161 , r." et v.°)
ANTIQUITÉS
628
CHAPITRE V.
Monumens militaires du moyen âge et des temps gothiques ;
système de défense de Vésone et du Puy-Saint-Front.
r-newKir—■■
Nous avons parlé de la citadelle gauloise d'Écorne-Bœuf ; nous avons décrit celle que les Romains avaient élevée dans l'enceinte de Vésone ; nous
avons dit qu'il paraissait y avoir eu'sur les murs de cette dernière d'antiques châteaux forts , et probablement il y en avait aussi sur quelques localités extérieures , telles que l'emplacement du monastère des Jacobins ,
celui de l'église de Saint-Silain et le monticule qui avoisinait le temple du
Puy-Saint-Front: Au surplus, nous ne savons rien de certain de ces fortifications extérieures , et celles du moyen âge et des temps gothiques sont
les seules maintenant qui doivent nous occuper.
ARTICLE
i. er —
Des fortifications de Vèsone, dans le mojen âge et dans
les temps gothiques.
Après les différentes destructions de Vésone , le reste des habitans de
cette antique cité se resserra autant que possible dans l'enceinte de la citadelle romaine, et ce fut sans doute alors qu'on éleva de nouveau, sur les
gros murs, de nombreux châteaux forts. Celui de Barrière subsiste encore
en partie ; celui de Périgueux et celui de Limeuil n'ont fini de disparaître
que dans le dernier siècle. Les vieilles casernes ont bien évidemment remplacé un quatrième château ; on voit quelques parties de ses tours. Un cinquième était à l'ouest de la Porte -Romaine. Le sixième était élevé sur les
ruines de l'amphitéâtre ; il était connu sous le nom à' Hôtel des Rolphies ,
et il fut détruit après la condamnation du comte de Périgord. Un septième
servait de palais épiscopal : il fut renversé en 167 7; et probablement il y
en avait un huitième du côté de la Porte-Normande (1).
(1) Qu'on appelait aussi, dans les lemps gothicmes , Poita-Boarela.
DE VÉSONE.
629
Outre ces châteaux forts de la citadelle, il y en avait au dehors. On sait
que celui des premiers comtes était sur remplacement que le monastère des
-Jacobins a occupé depuis. Les ruines de nos thermes, près de Sainte-Claire,
servirent de base à celui de Godofre. Celui de Campniac était situé au-dessous de la Tour-de-Vésone. Il paraît qu'il y en a eu un quatrième à une
petite distance de l'église de Saint-Gervais, et il y en avait sans doute plusieurs autres dont remplacement est ignoré (1). Nous ne parlons point de
ceux qui durent être renfermés dans l'enceinte de la nouvelle ville ; ils
appartiennent à l'article suivant. Nous devons seulement ajouter ici, qu'il
paraît y avoir eu , à ces mêmes époques , des fortifications sur le coteau
d'Ecorne-Bœuf , et que même la butte de la forteresse gauloise a été surmontée d'une tour ronde qui évidemment a été livrée aux flammes (2).
ARTICLE 2. — Des fortifications du Puy-Saint-Front.
Le monastère de Saint-Front était un véritable château fort : nous avons
fait remarquer l'épaisseur de ses murailles et la rareté de ses ouvertures
au dehors. D'un autre côté, il paraît y avoir eu vers le temple de SaintSilain une espèce de Castrum : la tour de la rue de Taillefer , celle dont
on voit quelques restes sur la place de la Clautre, celle du Consulat, et les
grands bâtimens qui ont existé vers le levant de la place du Coderc , ne
peuvent guère laisser de doute à cet égard, et par conséquent la vieille
ville se trouvait fortement défendue de ce côté.
La position de cet ensemble des constructions du Puy donnait même
de grands avantages pour la défense ; et comme l'enceinte de la citadelle
romaine ne suffisait pas pour contenir les habitans de l'antique communauté , une partie des citoyens dut se réunir et se grouper dans la clôture particulière que formait ce monastère et ces fortifications extérieures ;
et dès-lors commença , en quelque sorte , une nouvelle cité.
Les habitans des deux citadelles avaient bien, il est vrai, un intérêt commun, puisqu'ils pouvaient s'aider mutuellement; mais se trouvant divisés
(1) A ces époques, toutes les habitations considérables étaient construites en châteaux forts : on attendait
l'ennemi à chaque instant; il f.dlait pouvoir se défendre,
(a) Les fondement de' cette tour subsistent encore.
TOM. II.
80
63o
ANTIQUITÉS
par le fait , et étant obligés de veiller à leur sûreté particulière , ils finirent par avoir des idées politiques toutes différentes, par être entièrement
séparés d'opinions et de sentimens , et alors ils devinrent des ennemis
acharnés.
Au surplus, dès les commencemens du i2. e siècle, Louis-le-Gros songea
à établir les communes (i), et comme la nouvelle enceinte ne renfermait
ni le palais des comtes , ni les hôtels des grands seigneurs , ce fut cette
partie de Vésone que nos rois crurent devoir favoriser; et, toujours guidés
par l'ingénieuse politique que l'abbé Suger avait introduite dans leur cabinet, les successeurs de Louis-le-Gros s'empressèrent d'accorder le droit
de commune au Puy- Saint-Front, et de l'entourer de fossés larges et pro-,
fonds , de tours et de murailles , qu'on a détruites depuis peu d'années. La plupart de ces murailles de la nouvelle" enceinte paraissaient remonter .au 1 3. e siècle , et l'on ne peut guère douter qu'elles n'aient été élevées sous le règne de Philippe - Auguste et sous celui de Philippe-le-Bel ;
elles étaient flanquées de tours et de demi-tours rondes ou carrées , d'éperons et d'ouvrages extérieurs de toute espèce ; mais plusieurs parties de
l'ensemble avaient été souvent détruites et restaurées.
Les portes principales de cette nouvelle ville étaient : i.° celle de StRoch ou de l'Aubergerie (la porta de V Albergariaï); i.° celle de Taillefer;
3.° celle de Mouchy, de Bonnet ou de la Boucherie (PORTA BOCHARI^E) (2);
4-° celle de l'Aiguillerie ; 5.° celle de la Limogeane ( la porta Lemovicana
ou Lemotganay, 6.° celle du Plantier ou des Plantiers ; 7. 0 la Porte-Neuve,'
de la Barbacane ou de l'Arsaut (3) ; 8.° celle du pont de Tourne-Piche. II
y avait en outre, du côté de l'eau, quatre autres portes : celle du Portde-Graule ; celle du moulin de Saint-Front ( que nous croyons avoir trouvée désignée , dans quelques titres , sous le nom de Porte du Cluzel ) ;
celle qui était un peu plus bas, et celle du Gravier. Ce qui fait en tout
douze entrées.
Chaque porte était surmontée d'une espèce de tour ; d'autres, tours
(1) Louis-le-Gros monta sur le trône en rio8.
(2) Cette porte avait été murée; elle fut reconstruite il y ajune cincpiantaine d'années, et c'est pour cela
qu'on l'appelait souvent la Porte-Neuve.
(3) II paraît crue cette porte avait été refaite vers les commencemens du i6. c siècle.
DE VÉSONE.
63i
étaient dans les intervalles , et principalement aux angles : les unes étaient
rondes , les autres carrées , et il y en avait cpii ne saillaient pas du tout
au dehors.
Les deux tours qui étaient au-dessous de la porte de St.-Roch avaient
environ i o pieds de saillie : l'une était contre l'eau ; l'autre se trouvait vers
le milieu de l'espace. Celle de la porte était un peu plus avancée. Au bout
de la rue Milord était la 4- e tour ; elle portait le même nom que la rue ,
et elle était de même forme que les trois autres , c'est-à-dire carrée. Dans
le premier angle rentrant que les remparts faisaient de ce côté, on voyait
une tour ronde qui saillait moitié en dedans et moitié en dehors : elle
était connue sous le nom de Tour-des-Anges (i). Plus haut était la 6. e tour ;
elle était carrée , et on la désignait par le nom de Tour-de-Niouffiol. La
7. e se trouvait à l'autre angle rentrant, et elle était toute dans l'intérieur :
on l'avait adossée à une tour du i2. e siècle, laquelle est appliquée à une
construction plus ancienne. La 8. e est encore dans son entier; elle est connue sous le nom de Tour-de-Mataguerre : cette tour, rebâtie en 1477 ( 2 )'
est remarquable par ses belles proportions, et elle mérite d'être' conservée (3).
Depuis la tour Milord jusqu'à la tour de Mataguerre les remparts rentraient fortement , et ils étaient défendus à l'extérieur par un vaste bassin
qui nécessairement est une vieille carrière (4).
A la porte de Taillefer il y avait une espèce de château fort, ou de citadelle flanquée de quatre tours entières et de deux demi-tours : elle était
fort en saillie, et se trouvait défendue par des ouvrages en terrasses.
Une i5. e tour était à l'angle de la porte de Mouchy. La iG. e était celle
(1) Les jardins qui se trouvent vis-à-vis de remplacement de cette tour, vers l'intérienr de l'enceinte,
sont connus aussi sous le nom de Place-des-Anges : c'était très-anciennement la place du marché au poisson ,
au bois , etc.
(2) « En aqucst an, los mayer et cossols , an la volumtat et conseilh de toute la ville , bailkeren a far et
>. masonar la tour de Mataguera, lacal se lefssava tombar; et lod. an, losd. majer et coussols la fezeren
« commensar.
; et lo XXIX." jour de may , l'an sobred. , h mayer pouset la premieyra
-• peyra de lad. tour. .■ (Voyez le Livre-Jaune , f.° 3i r." ).
(3) Seulement , on devrait en ôter le magasin à poudre.
(4) II se pourrait qu'on aurait tiré de là tous les matériaux de Saint-Front ; nous croyons même que la
carrière s'est prolongée , quoique avec moins de profondeur, jusqu'au-dessus des remparts.
63a
ANTIQUITÉS
de la porte de l'Aiguillerie , et il y avait eu dàns cet endroit quelque ouvrage avancé. La i7. e était à l'angle rentrant qui est au-dessus : il y en
avait eu plus haut une i8. e La porte Limogeane était pratiquée sous la
ig. e La 20. e était entre la porte Limogeane et celle du Plantier. La 2i. e
était sur cette dernière porte. La 22. e était à l'angle saillant qui est audessous , et la 23. e à la porte de la Barbacane : il y avait même eu dans
cet endroit quelques petites tours avancées, et un vieux éperon était au
bout de la promenade actuelle.
La 24.° tour est contre la rivière; la 25. e était à l'entrée du Vieux-Pont;
la 2Ô. e occupait le carré de ce même pont, et la 27. e était en avant.
Au-dessous du pont était une espèce de bastion en forme de lozange
très-alongée ; il existe encore en partie , et il est fortement avancé dans
le lit de la rivière. Une haute tour pentagone était élevée au centre de ce
bastion : c'est la 28. e (1). II y en avait deux autres plus bas, sur les remparts ; ce qui fait en tout trente tours , sans compter celles qui ne nous
sont pas connues.
A une certaine dista'nce des murs , il y avait aussi quelques ouvrages de
fortifications, tels que la tour de l'Arsaut, qui, probablement, n'était pas
éloignée de l'hôpital de ce nom , et celle de Gaudy , qui paraît avoir été
élevée sur le bord du chemin que l'on suit eiî allant de la porte du Plantier à la Croix-Ferrade.
Vers le i3. e siècle on construisit un moulin entre le bastion qui est audessous du Vieux-Pont et les remparts ; c'était un établissement utile pour
une ville fortifiée. Ce fut alors aussi nécessairement que l'écluse fut faite ;
et depuis cette époque elle a été successivement élevée , et les basses rues
de la ville , le faubourg des Barris et toute la plaine ont été exposés aux
plus terribles inondations.
Tels furent les moyens que prirent les habitans du Puy-St.-Front pour
se fortifier dans leur enceinte , et peu après ils se rendirent indépendans
(1) ■< Ledit joar ( i. or août i56g ), visitâmes le lieu où l'on vouloit commencer la palissade et bastion du
« Moulin de l' Abreuvoir , autrement de St. Front; et fut fait procès comme par évidence apparaissoit qu'au
« haut de la tour, qui étoit crénelée , y avoit les armes de la ville, à laquelle icelle appartenoit ; et parce qu'il
« la salloit abbaisser, le tible de la couverture fut porté en la maison commune , la pierre convertie à l'œn« vre de la palissade, les armories remises au plus haut de ce qui restoit entier, nonobstant l'insistance da
« dame de Ferrières , dame de la Forest. » sExtrait d'une eopiej.
DE VÉSONE.
633
de l'antique cité : ce fut en quelque sorte deux villes séparées. Bientôt
même ces deux villes se firent, comme nous avons dit, des intérêts particuliers, et chacune prétendit à la prépondérance, ce qui causa des guerres civiles qui durèrent plus de deux siècles (i), et à la suite desquelles
Vésone succomba entièrement.
CHAPITRE VI.
Des villes murées et des châteaux forts du territoire
Pétrocoiien.
. ■—«jiooa us—n
DANS le moyen âge, le Périgord était hérissé de châteaux forts; et vers le
milieu du iy. e siècle, on comptait encore dans cette province trente-deux
villes murées
; ce qui sans doute n'étonnera point ceux qui connaissent
l'origine du système féodal et l'ancienne constitution de l'État.
(2)
En effet, Clovis avait réparti son armée dans les pays conquis : il avait
distribué des terres aux chefs et aux soldats. Les généraux avaient le titre de Ducs : ils avaient plusieurs provinces sous leur mouvance. D'autres
généraux , d'un grade inférieur , avaient le titre de Comtes : ils gouvernaient les provinces en particuliers , et ils obéissaient aux ducs. Les marquis étaient à peu près sur la même ligne que ces derniers , soit qu'ils
fussent chefs de la cavalerie , ou défenseurs particuliers de certaines frontières.
D'autres officiers supérieurs , dont le gracie pouvait répondre à celui de
colonel , obtinrent des terres qu'on appela depuis châtellenies ; ceux qui
étaient au-dessous furent pourvus de terres qu'on a nommées seigneuriales ; les simples soldats eurent des fiefs.
Lorsque le chef suprême avait à donner des ordres , il les envoyait
aux ducs : ceux-ci les transmettaient aux comtes et aux marquis, qui les
(r) Plusieurs traités furent faits entre les deux villes, et particulièrement en r2i7 , en 1220, en 1240, en
1247 1 * n i25o, et en 1269. Celui de 1240 est remarquable sous beaucoup de rapports; mais surtout par ces
mots :
aiso que coin la Ciptaz fos francha , e no fos sosmesa a la justizea d'alcun home , etc.
(2) Voyez , à la Bibliothèque du Roi , à Paris , les manuscrits de Dupuy.
634
ANTIQUITÉS
faisaient passer aux vicomtes et aux seigneurs châtelains , d'où ils arrivaient aux soldats. C'était une véritable armée prête à combattre au premier signal, et dont la solde était en fonds de terres (i). Par ce moyen,
le manoir de chaque fief était une espèce de camp où l'on dut se fortifier
pour plus de sûreté , et telle est l'origine de nos villes murées et de nos
anciens châteaux forts.
ARTICLE I . CR — Des villes murées.
Nous ne parlerons point ici des villes murées du Périgord ; elles étaient
nombreuses , et plus tard nous pourrons en faire le sujet d'une dissertation particulière : il suffit de faire remarquer que toutes les anciennes
fortifications ont été successivement détruites, depuis le système de Suger
et rétablissement des communes. On le voit par les petites villes d'Excideuil , de Terrasson , de Montignac , de Thiviers , de Nontron , de Mareuil ,
de Bourdeilles , de l'Isle , de la Tour - Blanche , de la Boche - Chalais , de
Brantôme , de Ribérac , de Saint-Astier , de Mucidan , de Montpaon , de
Villefranche-de-Longchapt , de Biron, d'Eymet, d'Issigeac, de Belvez, de
la Linde, de Beaumont, de Molières, de Montpazier, de Villefranche , de
Limeuil, de St.-Cyprien , de Beynac, du Bugue , de Domme, etc.
Par l'effet des guerres continuelles dont le Périgord a été le théâtre pendant plusieurs siècles , la plupart de ces vieilles villes murées sont même
(i) Voilà pourquoi la noblesse ne payait point l'impôt de la taille; voilà pourquoi elle était exempte des
logemens de gens de guerre. II était juste que ceux qui devaient servir en personne et à leurs frais n'eussent
point de subventions de guerre à payer.
Charles VII fut le premier roi de France qui leva un corps de troupes soldées , et ce fut pour l'entretenir qu'on établit cet impôt de la taille. Le premier pas une fois fait , l'usage de convoquer le ban et l'arrière-bau de la noblesse tomba peu à peu en désuétude : Louis XIV fut le dernier qui l'appela, et ce n'est
que depuis ce moment que la noblesse aurait pu être assujettie à supporter les charges de l'État comine les
autres particuliers.
Nous devons ajouter ici, pour ceux qui trouvent étranges les anciens privilèges, que ces privilèges n'appartenaient point aux personnes, mais bien aux terres; et qu'il dépendait de tout individu, quelque petit
qu'il fût , de devenir seigneur. Un seul exemple suffira pour faire sentir cette vérité.
Après avoir acheté le duché de Péquigny, l'opulent Samuel-Bernard voulut exiger du curé qu'il lui rendit les devoirs seigneuriaux, et celui-ci s'y refusa, sous prétexte qu'il ne devait rien à un homme qui était
roturier et juif ; cette demande lui parut même fort extraordinaire. Cependant l'affaire ayant été portée au
parlement de Paris , on décida , comme cela devait être , que Samuel-Bernard était seigneur du duché de
Péquigny , et le pauvre curé fut forcé de rendre au juif tous les honneurs qu'il rendait à l'ancien duc,
•
DE VÉSONE.
635
devenues des bourgs, des villages, ou de pauvres hameaux. C'est- dans
cette catégorie des villes fortes, presque abandonnées, que nous devons
classer : le bourg de Vern (i) et celui de Grignols (2), où l'on voit encore
les vestiges de plusieurs châteaux ; celui de Roussille , où était un des
palais du duc Waifre ; et celui d'Agonat , où l'on remarque encore de nombreux restes de fortifications.
ARTICLE
2. — Des châteaux forts.
Nous ne décrirons point non plus les' anciens châteaux forts ; nous indiquerons seulement quelques-uns de ceux qui étaient dans les environs
de Périgueux. On sait que pour s'opposer aux invasions des Normands
l'évêque Frotaire de Gourdon en éleva cinq à une petite distance de Vésone : celui de la Boche-de-Bassillac , celui de la Roche-Saint-Christophe,
celui d'Agonat , celui de Crognac , et celui d'Auberoche. Quelques parties de ces fortifications sont- encore sur pied.
Parmi les autres constructions de ce genre , nous citerons : Montancès ,
la Jarthe , Ligueux , Ligne , le Lieu - Dieu , les Bories , Trigonan , le PuySaint- xistier , etc.
Si nous devions faire connaître les autres châteaux forts du territoire
Pétrocorien, nous ajouterions : Gurçon, la Mothe-Montravel , Montaigne,
Montazeau , la Force (3), le Fleix , Saucignac, Puy-Guilhem, Ste.-Aulaie ,
Aubeterre, Grézignac, Marhouet, Villamblard-Barrière , Jaure, Montréal ,
Montaut, Ste.-Alvère, Salignac-Fénélon , Hautefort, Fages (près de St.-Cyprien), Monsec , Besse , Lançais, Castelnau-lès-Mirandes , Miremont, la
Douze, Abjat-d'Hautefort, Thenon , Ans, Ste.-Orse, Jumillac, etc.
La multiplicité de ces châteaux sur le territoire Pétrocorien pourrait
«être le sujet de profondes méditations : elle semble indiquer que les con-
(1) La dernière destruction de cette ville fut l'effet de la bataille qu'y livra le célèbre maréchal de Montesquiou-Montluc, frère du seigneur de Fages , de Saint-Cyprien.
(2) Sa dernière destruction est due à un vicomte de Turenne.
(3) Le château de Laforce était très-remarquable comme monument refait en entier à l'époque de la renaissance des arts ; mais Lakanal le fît abattre dans la révolution. Pour réussir plus promptement , on avait
attaché des cables aux fenêtres hautes ; on avait attelé à ces cables tous les bœufs de la plaine de Bergerac,
et dans un instant, ce monument, qui avait coûté des millions, fut détruit de fond en comble.
■
636
ANTIQUITES
fiscations furent nombreuses clans cette province, ce qui prouverait une
forte résistance à l'armée romaine ; car on sait qu'en subjuguant le midi
des Gaules , Clovis ne distribua à ses troupes que les terres qui provenaient du fisc des empereurs romains.
CHAPITRE VIL.
De Vancienne prospérité de Vésone et du Puy-Saint-Front ; de
V industrie de ces deux villes dans le moyen âge et dans les
temps modernes ; de leur situation et de leur état actuel.
PfrS^I
m
1
IVous avons parlé de la prospérité de Vésone du temps des Gaulois ; nous
avons prouvé que cette ville était considérable, qu'elle avait un vaste territoire dans sa juridiction, et que, dès la plus haute antiquité, elle faisait
avec les autres peuples un commerce important. Nous avons dit que sous
lès Romains elle avait perdu peu à peu de sa prépondérance , que néanmoins elle avait été l'objet de la sollicitude du gouvernement, que des
familles puissantes y avaient fixé leur demeure, et qu'elle avait été ornée
des plus somptueux monumens.
Nous avons décrit les fortifications de cette ville dans le moyen âge ;
nous avons parlé de quelques châteaux forts qui entouraient son enceinte;
nous avons indiqué les travaux qu'on avait fait pour la défense du PuySaint-Front, et les causes de l'ascendant qu'avait pris cette dernière ville
sur l'antique cité. Ce serait ici le lieu de parler de l'industrie de ces deux
communautés ; mais l'espace nous manque , de même que les matériaux
dont il nous faudrait faire usage. Nous nous bornerons donc à de simples
observations sur cette matière ; ensuite nous donnerons un aperçu de la
situation des deux villes , et de leur état actuel.
ARTICLE i. er — De Vindustrie de Périgueux et du Puy-Saint-Front , dans
le moyen âge et dans les temps modernes.
On trouve, dans les environs de Périgueux, de nombreux emplacemens
DE VÉSONE.
63 7
de fabriques où l'on ne voit rien de r antiquité , quoique tout y annonce
des époques reculées : ce sont des restes de l'industrie du moyen âge. G'est
surtout sur les bords de Tille et sur ceux du Manoire qu'on reconnaît les
vestiges de ces vieux établissemens , parmi lesquels il paraît y avoir eu de
nombreux fourneaux de poterie.
D'un autre côté , on parle souvent dans les vieux titres de la papeterie
du Toulon et de celle du Manoire, de la draperie (las draparias) de l'Arsaut , de nos tanneries, de nos faïencèries (i), et de l'excellence de notre
coutellerie. Enfin , une de nos rues porte depuis plusieurs siècles le nom
de Y A iguillerie , et en i58o nous avions encore plus de trente martinets
pour la chaudronnerie (2). Aujourd'hui nous n'avons aucune manufacture (3), aucun entrepôt, et nous ne devons guère espérer que notre industrie soit florissante avant une cinquantaine d'années.
ARTICLE 1. — De la situation et de l'état actuel des deux villes.
L'ancienne ville s'étendait sur la rive droite de Tille ; elle était presque
entièrement dans la plaine , et quoique elle renfermât quelques petits
monticules dans son enceinte , sa pente générale était assez uniforme , et
ses eaux pouvaient librement s'écouler. Ce qui subsiste maintenant de cette,
vieille cité ne se prolonge guère au-delà des murs de son antique citadelle ;
les rues en sont étroites et désertes , et, à peu d'exception près, on n'y
rencontre qu'une misérable population.
C'est au nord-est, et à une petite distance de cette même citadelle, que
la ville actuelle de Périgueux se trouve située : elle occupe une partie de
l'emplacement de Vésone et de ses faubourgs ; on. l'a désignée long-temps
(1) La dernière de ces faïenceries a donné son nom à un petit faubourg situé sur le chemin qui conduit
au Pont-de-la-Cité : elle était encore en activité il y a une centaine d'années.
(2) Nous fournissions plusieurs provinces de cette chaudronnerie , fabriquée à Périgueux , principalement
16 jours chacune. (Voyez
la Saintonge. —.On sait aussi que nous avions encore en 1409 quatre foires de
toine r. er , pag. 36i.).
(3) Nous avons bien une espèce de manufacture de draps , même d'après les nouveaux procédés mécaniques ; mais celui qui la dirige ne pourra jamais , faute de fonds suflisans , la rendre ce qu'elle devrait être. L'imprimerie de MM. Dupont est le seul établissement d'industrie que l'on puisse citer, et dont
doive se faire honneur notre vieille métropole. Du reste, si nous sommes encore un peu connus, ce n'est
que par nos liqueurs , nos truffes et nos pâtés,
TOM. II.
\
81
638
ANTIQUITÉS
sous le nom de Puy-Saint-Front , et tout annonce qu'elle doit son existence à la protection d'un castrum que les Romains avaient établi sur ce
local , à l'affluence des pèlerins qui venaient visiter les tombeaux de nos
saints, aux églises qu'on avait élevées sur ces tombeaux, et à un vieux
monastère dont Porigine se perd dans la nuit des siècles.
De même que l'antique cité, cette seconde ville est sur le bord de ía
rivière ; mais comme elle est bâtie à l'extrémité d'une chaîne de coteaux ,
elle s'élève avec rapidité , et du côté du nord elle est à plus de Go pieds
au-dessus des eaux , ce qui rend sa situation très-saine et très-agréable.
Le sommet du podium qui lui a donné son nom de Puy, est entre la
Clautre et la place de Saint-Silain (i). Deux espèces de petits vallons aboutissaient même au-delà de ce point : l'un suivait la direction du Gras, et
l'autre celle de la rue de l'Aubergerie ; ainsi , le monticule était parfaitement déterminé , et il ne peut y avoir de doute sur sa position (2).
Nous devons ajouter que la chaîne de coteaux au bout de laquelle est
ce podium, commence à diminuer de hauteur à une lieue au nord -est;
d'où il suit que lorsqu'on an-ive par la route de Paris, la ville paraît être
dans un fond , quoique elle soit très-élevée sur tous les autres points environnans. Si l'on veut se faire une idée juste de la situation de cette ville,
on doit y fixer ses regards en arrivant par la route de Lyon ; car c'est de
cette route qu'elle se présente le mieux sous la forme d'amphithéâtre ,
qu'on distingue le mieux son église de Saint-Front ,. ses toits et ses clochers , et qu'elle paraît sous son plus brillant aspect.
Au surplus , cette ville est entourée de promenades qui seraient belles
partout (3) ; les routes qui aboutissent à son enceinte sont bien tracées (4),
et ses alentours offrent des sites dont s'enorgueilliraient les villes les plus
considérables. Quant à son intérieur, nous devons en convenir, il n'a rien
(1) La Clautre est plus baute maintenant ; mais elle a été élevée.
(2) D'ailleurs il suíïìt qu'une position soit en pente de trois côtés pour qu'on lui donne le nom de
coteau, de montagne ou de PODIUM.
(3) La place de Tourny , qu'on a tracée en 174Ï» , sous l'intendancc de M. Aubert de Tourny, se compose de quatre allées; sa longueur est de io56 pieds-, et sa largeur de i5o pieds.
(4) On va s'occuper à refaire le Pont-de-la-Cité ; on le placera un peu plus bas ; et il faudrait profiter de
l'oecasion pour redresser l'avenue qui partira de ce pont. On pourrait mime diriger cette avenue vis-à-vis
du clocher de St.-Front, ce qui produirait le plus bel effet.
DE VÉSONE.
6.3$
de régulier : ses rues sont tortueuses et étroites, et ses maisons, élevées
de trois ou quatre étages, manquent souvent de clarté; ce qui fait qu'on
les regarde comme peu salubres , quoique cependant il s'y trouve beaucoup d'habitans nonagénaires (i). Au reste, il serait aisé de faire disparaître ces défauts, et avec une administration un peu sévère, avant un siècle on pourrait avoir une ville charmante à la place de la ville actuelle
de Périgueux (2).
(r) II est très-commun ,de trouver à Périgueux des hommes de .90 ans et même de 100 ans. Pendant
Ja dernière année qui vient de s'écouler , il y est décédé "1 5 personnes âgées de plus de 80 ans ,, 5 qui avaient
passé 90 ans, une de 100 ans, une de io3 ans et une de 104 ans.
(2) II faudrait, il est vrai, que notre administration municipale»pùt marcher autrement qu'elle ne le fait.
A Dieu ne plaise, cependant, que nous entendions accuser M. le maire; nous aimons à lui rendre justice :
c'est un homme distingué sous tous les rapports, et qui sait se faire aimer de ses administrés , par son caractère loyal et son aménité. Nous ne chercherons non plus à jeter le blâme sur aucune autre personne en particulier ; mais il est vrai de dire que depuis bien des années rien ne se fait, et que le peu qu'on se décide à
entreprendre est presque toujours à contre-sens de la raison.
Dans les restaurations qu'on a faites à l'ancien couvent des Augustins , pour y établir les prisons , on a tout
mal disposé ; mais ce travail ne regardait point la commune : la seule chose qui la regardât c'était le mur
du nord, et on a eu la précaution de ne point le mettre en parallèle avec les allées de Tourny.
Le puits qui est à l'extrémité de ces allées, et tout contre la route de Paris, fut commencé il y a environ
vingt-deux ans ; on ílnit de le 'creuser en 1817 ; on le couvrit d'un petit monument en 1822 ; on y établit
une machine qui coùta fort cher et ne servit à rien, et à peine encore y a-t-il une poulie pour avoir de
l'eau. Quand on creusa ce puits on aurait dù le mettre vis-à-vis du milieu de la petite allée de Tourny , et le
disposer de mêine pour celle du Boulingrin , mais on n'en sit rien ; quand on l'a recouvert il eût été nécessaire d'y employer une construction ronde ou octogone , et on y a affecté une forme carrée, pour que le tout
parût plus de travers.
En r825, on a voulu continuer le mur de terrasse des allées , et on ne s'est pas donnéJa peine de prendre
un alignement juste. Ce mur a été même si négligemment conduit et si mal construit, sous tous les rapports,
qu'il est presque en ruine avant d'être achevé.
On a voulu avoir des Frères de la Doctrine Chrétienne , ét on a affecté de les logpr dans nne vieille bâtisse
qu'on a achetée fort cher , et qu'on a réparée à grands frais , tout justement , sans doute , parce qu'elle masquait à la fois l'église de Saint-Front et le palais épiscopal.
On a établi quatre Sœurs de la Charité dans ce qui restait de l'ancien couvent des Religieuses de NotreDame ; il fallait à ces bonnes Sœurs une chapelle : une chambre qu'on aurait disposée pour cet usage, moyennant cent écus , leur aurait suffi ; on a cru devoir leur bâtir une petite église qui coûtera plus de
18,000 fr. ;
et on a eu la précaution de la placer contre une rue fort étroite , sans reculer d'un seul pouce , pour contribuer de mieux en mieux à maintenir la ville dans son état actuel.
Cette petite église sera décorée d'un beau pignon, et on sc propose d'orner le milieu de ce pignon d'uni:
jolie niche, à limitation de celle qui produit un si bon effet sur Ja porte de l'église des Jacobins.
Quant à l'alignement des rues, on ne suit aucun plan; chaque particulier fait à sa guise : on peut s'en
convaincre en parcourant la rue Hiéras , celle de Saint-Roch , et quelques autres qu'il est inutile d'indiquer.
Nous ne finirions pas si nous voulions tout relever : ce court exposé suffira, sans doute, pour faire connaître à nos neveux notre goût dans le 19." siècle.
640
ANTIQUITÉS
II suffirait, pour cela, de forcer les propriétaires à reculer les façades
de leurs maisons, lorsqu'ils voudraient les réparer; de redresser les rues,
autant que possible ; de les élargir beaucoup du côté du dehors ; de rendre droite l'avenue de Bordeaux, et de faire un quai tout du long de la rivière; de réparer le Vieux-Pont, d'établir une chaussée pour y aboutir,
et de détruire l'écluse et le moulin de Saint-Front, qui causent tant de désastres chaque année (i). Tout cela n'empêcherait point la ville de s'éten(i) Depuis la construction de ce moulin, le bas de la ville, de même que toute la plaine de la rive
gauche , a été couvert par les inondations , à chaque grande crue des eaux. Ce sont ces inondations
qui ont détruit en partie le faubourg des Barris; et tout le monde se souvient des désastres de 17S3.
Au surplus, cet établissement a été la cause de plus de procès que le quart des autres constructions du
Puy-St.-Front. En i53r les maire et consuls en intentèrent un relativement à l'exhaussement des écluses :
il fut terminé par arbitrage. En 1679 l'hòpital de Sainte-Marthe s'opposa à la construction d'un mur dans
son lavoir. Quelques années plus tard , et après d'assez longs débats , ce mur fut établi tel que nous le
voyons encore , mais à de certaines conditions. Nous ne finirions pas si nous voulions faire connaître toutes
ces discussions : on sait qu'il y en a cu plusieurs de nos jours , et qu'il en est qui ne sont point encore
terminées. Nous nous bornerons à citer par extrait le jugement arbitral de i53r t parce qu'on y trouve des
choses essentielles :
-
« Est à noter que en lad. annee survint proucés, en matière de nunciation d'œuvre nouvelle, entre le pror
« cureur de la présent ville, denunciant, d'une part, et nobles Jehan Dupuy, licencié, S. de la Mothe,
» et Jacques d'Aytz , S. 1' de Meymy , pour raison et à cause de l'escluze des molins Sainct Front ; duquel
» proucés lesd. parties se meisrent cn arbilraige et compromis de certains arbitres ; lesquelz arbitres pro« cedarent à leur laude et sentence , de laquelle le teneur s'ensuy t : Nous , Pierre du Mas , licencié ez droietz ,
« enquesteur par auctorité royal en Perigort ; Helies André , aussi licencié ez droietz , advocat au siege
« presidial de la seneschaucee de Perigort ; Guyon , procureur pour le roy nostre sire , en l'election de
« Perigort , et Jehan ïexier , bourgeois et merchant de la ville de Perigueux , arbitres à ceste partie es« leuz et nommés* savoir faisons : Que sur le diffèrent estant entre led. procureur de la présent ville de
« Perigueux , pour messcigneurs les maire et consulz et habitans d'icelle , demand. et nonciant œuvre nour
« velle , d'une part ; et noble maistre Jehan Dupuy , licencié ez droietz , seign. de la Mothe , et Jacques
" Aytz, seigneur de Meymy ,,aud. cas deffend. , d'autre; et ce pour raison de ce que led. procureur, and.
« nom , disoit lesd. Dupuy et Aytz , en faisant reparer les escluzes de leurs molins , autrement appellés de
Sainct-Fronct , assis sur la reviere de l'Isle, et soubz les pons de la piarre de lad. ville, appellés de Toru
nepiche , haulserent et esleverent lesd. escluzes plus que ne debvoient et oultre la forme ancienne; et à
« ce moïen lad. reviere, quant croissoit, donnoit et pourtoit dommaige aux maisons de plusieurs habi« tans de lad. ville, aussi aud. pont, murs, tour et balloard dud. pont de lad. ville, respectivement. Par« quoy led. procureur, pour eviter à ce, avoyt faict lad. nonciation aux ouvriers qui faisoient lad. repa>< ration ausd. excluzes ; lesd. Dupuy et Aytz disans que en faisant fere lad. réparation n'avoir aulcunement
" excédé, ou faict aulcune nouvelleté, et que en plusieurs autres endroitz desd. excluzes, icelles excluzes,
« tant en boys fichés par terre que en piarres , estoient et sont plus haultes que à l'endroict où se fait
« de présent la réparation sur laquelle a esté faicte la prétendue nonciation , et en icelle haulteur , tant
« en' boys que en piarres , ont este tenues, voyans , saichans lesd. S. rs maire et consulz, scindic ou pro- •
« cureur , et non contredisans par temps immémorial ; et si lad> reviere de l'Isle , quant venoit grosse et
<• suberne , donnoit doumaige ausd. habitans , n'estoit par le moyen desd. excluzes , mais estoit par le fait
7
DE VÉSONE.
641
dre au dehors, à mesure que sa population augmenterait; mais les propriétés actuelles conserveraient leur valeur , elles en acquerraient même
•< desd. S. rí maire et consulz ou de leurs prédécesseurs esd. offices , et aussi dud. procurenr et des aulcuns
« desd. habitans ; lesquelz officiers auroient assansé plusieurs détours des eslaux par lesquels ennetienne« ment lad. reviere auroit acoustumé de courir an temps de inundation , et lesd. habitans avoir basty
plusieurs et grandes maisons dans lesd. eslaux. Et devantaige , aucuns desd. habitans , quant bastissoient
» en lad. ville, gectoient lesd. bastimens, les deschaux, et les mectoyent par les rues d'icelle villf , et quant
« parcourait l'caue que tumboit des agoustz des maisons, mesnoient lesd. deschaux et aultres choses prove« nens desd. bastimens, et aussi les lians et aultres immondicités , dans lesd. excluzes, pardevant lesd. mo« lins, qui sont en lieu bas et pres lad. ville. Et aucuns desd. habitans, qui veoyent ainsi l'eau decourir par lad.
« ville, mectoyent ou fesoient mectre la main à faire counnnenner lesd. deschaux et comme dessus , combien
« que aultresfois eust esté desfendue par lesd. officiers ou leurs prédécesseurs decedés , et aussi de les gecter
« de sur- led. pont en lad. reviere, ne des maisons que sont sur icelle , qui tellement en y avoient gecté et
« continuoient gecter , que ung des arceauîx dud. pont estoit presque dutout chaussé , et que par icelluy
« arceau, estant devers ladicte ville , partie d'icelle reviere, que avoit acostumé passer soubz led. arceau en
« tout temps, et descendre ausd. molins, ne y passoit, et lesd. molins estoient presque chaussés pardevant
« à cause de ce que dessus est dict , que auroit esté cause de haulser lesd. excluzes que se trouveroient estre
« chaussés , en grant détriment desd. Dupuy et Aytz et de toute la choze publicque de lad. ville , que n'ont
« aultres molins pour leur servir en temps de guerre et de necccssilté. Et pour mectre ordre à ce que lesd.
« excluzes ne sussent haulsées , mais selon la formation eneienne estre entretenues , icelles parties pour sortir
« dndict différant et mectre partout et en tout ordre, se soyeut accordés de nous dessus nommés, assavoir
« est : lesdietz S. rs maire et consulz , de nous Pierre du Mas , licencié , et Jehan Texier , merebant ; et lesd.
« Dupuy et Aytz , de leur part , de nous Helies André , aussi licencié , et Guyon
, qui nous sons-
« mes transportés avec lesd. seigneurs maire et consulz et procureur , et lesd. Dupuy et Aytz , assemblés sur
« lesd. molins , qui , après avoir appelle Pierre Malroux et Pasquet Molyn , maistres massons et expers ,
« avons fait mesurer et ligner lesd. excluzes au cordeau, règle, et à la forme anciene; prins ràdvis selon
« laquelle antiquité , avons fait faire aulcunes marques , qu'est une croix en potance , tant en la tour du
« balloard dud. pont de ïornepiche , à laquelle commense lad. excluze, que en la tour desd. molins, où est
« l'aultre extrémité et sin. Et ce fait, nous assemblés en la maison de consulat et parquet d'icelle, etc
« Nous , arbitres sur led. différant , et veu led. lieu que dessus , disons et déclarons que selon icelle mar« que, prenant parle dessoubz desd. marches , lesd. excluzes, en tout et partout, leur longitude, altitude,
« estre de sofíizante mesure; et que selon les deux extrémités, le mylieu se debvoir ranger, régler, et
.< que, pour l'advenir, seront mises deux piarres fendans l'eaue audevant lad. excluze ; esqxielles piarres se<■ ront affichées pareilhes marques que ont esté mises esd. tours ; lesquelles piarres seront réglées comme les
<> deux extrémités et boutz d'exclnze ancienne, et, selon que a esté marché esd. tours en signe de marque,
« monstreront la haulteur d'icelle excluze. Et aussi déclarons que , heu regard à I'edifsice ancien de lad. excluze , ce que a esté nouvellement fait est trop hault eslevé ; et pour ce, avons appoincté et ordonné que ce
.< que a esté fait de nouveau en icelle excluze , par lesd. Dupuy et Aytz , sera baissé et remys en la forme
« et de la haulteur que est le demeurant de l'excluze ancienne et selon lesd. mesures , et désormais entre■< tenue par lesd. Dupuy et Aytz , de lad. haulteur et sans la plus haulser, etc. , etc.
Fait et prononcé , en la manière susdite , en présence
v
au.parquet de consulat , le pénultième
« jour du moys d'aoust , l'an mil cinq cens trente ung. »
Cet acte est transcrit sur les registres de l'hòtel de ville , et est contre-signé PAIXLET , not. reg. greff.
( Voyez le Livre-Jaune ,f.° 1 7 4 , v. 0 )
64?.
ANTIQUITÉS
une plus considérable y et les quartiers les plus agréablement situés ne seraient plus destinés à servir d'habitation au vice et à la misère.
Tout nous reste à faire, il est vrai, en fait de monumens d'utilité publique. Nous n'avons ni fontaines (i), ni halle au blé, ni marchés couverts,
ni abattoirs, ni casernes de gendarmerie. Notre grande caserne n'est même
pas achevée ; notre hôpital est mal placé ; nous n'avons pas de palais de
justice (2); nos prisons sont mal distribuées; notre bibliothèque est mal
logée ; notre musée consiste en une vieille grotte, où sont entassées nos
inscriptions les plus précieuses. L'hôtel de la Préfecture a été jusqu'aujourd'hui le seul objet de la sollicitude du département, et encore a-t-on
cru devoir y sacrifier une belle église , et un établissement que les habitans de Perigueux regretteront toujours.
Cependant nos routes s'achèvent ; la navigation de Fille (3) va compléter nos moyens de communication; dans peu d'années, sans doute, notre
ville deviendra un entrepôt important, et alors Findustrie commencera
nécessairement à renaître.
(r) On parle bien, depuis un assez grand nombre d'années , de faire venir les eaux du Toulon ; mais il est
probable qu'on ne s'y décidera pas de long-temps encore. Peut-être même vandrait-il mieux profiter de la
source du Vieux-Pont ou de celle de l'Arsaut : il faudrait également une pompe à feu ; mais il y aurait de
l'économie pour les conduits.
On pourrait même auparavant faire des recherches daris le petit vallon qui est au nord de l'Arsaut : ce serait un belle occasion pour déballer la sonde artésienne de notre Société d' Agriculture , SCIENCES ET ARTS.
On trouverait aussi quelques réservoirs dans l'intérieur de la ville , et on pourrait en tirer un très-grand
parti : les plus remarquables sont celui de la maison du N.° 33 de la rue de la Limogeane , et celui du N.° i
de la petite rue qui est au sud de l'ancien hôtel de la mairie.
Le premier consiste dans un bassin taillé dans le roc ; il a 19 pieds de long sur 5 pieds de large ; ses eaux
se trouvent à l5 ou 18 pieds au-dessous du pavé de la rue, et elles sont toujours d'une parfaite limpidité :
il serait facile d'y établir une pompe.
Le second est une espèce de puits ; ses eaux sont ù une vingtaine de pieds de profondeur, et si , comme
tout l'annonce , elles étaient abondantes, on les conduirait aisément sur la terrasse du Gras. On pourrait
même d'abord établir à côté du réservoir une simple pompe.
{1) II paraît cependant qu'on va s'occuper d'un palais de justice : il sera placé hors de la ville , et au'"delà des routes , en dépit de la raison et des convenances , qui assignaient sa place à côté des prisons.
On parle même de placer ce monument sur le Boulingrin ! ! !
(3) On s'était déjà occupé de cette navigation de l'Ille en 1244, en i3o5, en i337 et en 1624 ; mais nous
ne savons pas avec certitude si jamais les travaux surent achevés. A la première de ces époques , Hélie de
Talleyrand s'était chargé des travaux à faire dans l'étendue de la juridiction de Montpaon. L'acte qui fut
passé dans cette occasion entre les deux villes et le comte de Périgord est écrit en patois : il est extri'raement
curieux.
DE VÉSONE.
645
CHAPITRE VIII.
Dune fété singulière; de la décadence de Vautorité des deux
villes, et des causes de Tanéantissement de leur commerce
et de leur industrie.
Y i &oïíE et le Puy-Saint-Front étaient des villes souveraines : elles ne
reconnaissaient d'autre seigneur que le roi de France, qui en était suze^
rain comme de tous les grands fiefs ; elles battaient monnaie ; elles levaient
leurs troupes et nommaient leurs généraux 5 elles déclaraient la guerre ,
et faisaient marcher leurs soldats avec le ban et l'arrière-ban , lorsque le
roi les convoquait. Ce n'est point ici le lieu de faire une dissertation sur
l'origine de cette souveraineté de nos ancêtres ; elle se perd dans la nuit
des siècles ; elle est nécessairement une suite de l'indépendance des municipes romains , et le titre de métropole que Vésone devait avoir avant
la conquête des Gaules est vraisemblablement sa première base. Nous nous
bornerons à donner la relation d'une fête singulière qu'on avait sans doute
imaginée comme marque de cette antique liberté.
« Est à noter que par les statuts de la ville, M. rs les maire et consuls, lors de leur prise
« de possession, jurent de faire constituer, à chaque an, à la vigile de St.-Jean-Baptiste ,
K les officiers d'Empereur, Roy, Duc, Marquis et Abbé, lesquels sont établis selon les quar« tieres de la ville, à ces lins réglées, savoir : l'empereur vers les Plan tiers, le roy au Pont, le
« duc à la Limogeane et PAiguillerie, le marquis en rue Neuve, l'abbé à St.-Silain, compre« nant partie de Taillefer et de l'Aiguillerìc. Auxquels officiers, à chacun, fors que dudit
« abbé, on donne 7 sous 6 deniers de gages et pension une fois payés, et audit abbé les bou« chers doivent donner chacun deux livres de chair de bœuf. D'abord qu'ils sont mis en pos« session , chacun doit les honorer par révérence , chapeau ou bonnet en main , depuis la« dite vigile jusqu'au dimanche après St.-Jean , même lorsqu'ils sont assis. A faute de ce,
« les contrevenants sont par eux et chacun d'eux mulctés. Leur est dû par les femmes raa1 riées de la ville et banlieue , comme le partage est lait, savoir : par celle qui est mariée
« dans l'au précédent ladite vigile , une pelotte en quadrature , lozangée de drap ou de cuir
s< de diverses couleurs, garnie de fleurs, et la collation à celle à qui appartient ledit devoir,
<■ soit au rov ou autres. Bien en peuvent ils composer en argent. La femme qui est mariée
« deux fois , est tenue de payer un pot de terre , avec i3 bâtons de divers bois et arbres por-
644
ANTIQUITES
« tants fruit; lequel pot lesdits officiers, chacun en son détroit, font planter sur une perche le dimanche après ladite fête, et assez loin (i) y est tiré par ceux qui se présenteroicnt
te
« les yeux fermés, avec lesdits bâtons , et à celui qui le romp est donné pour son souper 2
« sous 6 deniers. Les autres , qui ne l'ont rompu doivent ce qu'ils ont mis au jeu. En outre
« est dû par la femme mariée trois fois, une comporte sive manauclie de cendres barutées,
« sive tamisées i3 fois, de i3 cuillers, de i3 bois et arbres divers portants fruit (2). Et la
« femme du 4- e mari doit mie maison sur la rivière de l'Isle, de i3 chevrons, dans laquelle
« entreront i3 hommes habillés de blanc aux dépens de ladite femme. Celle qui aura épousé
« 5 maris doit une cuve pleine de fiente de geline blanche. Desquels devoirs les hommes
« sont exempts.
« L'ordre qu'on tient à mettre en possession lesdits officiers, outre la dévotion qui y cn« trevient, est que les maire et consuls font prêter serment à iceux officiers, tel qu'il ap« partient ; et la vigile de-ladite fête, les maire et consuls en chaperons, s'assemblent en la
« maison du consulat, avec les principaux habitants et autres, lesquels ayant des rameaux
« et herbes de St.-Jean en-main, vont quérir l'un après l'autre lesdits officiers, les condui« sent avec les haut-bois et tambourins en la place de la Clautre, et iceux font seoir en
« rang l'un après l'autre à l'entour d'un arbre mai, et est dû à ces fins, de rente par les hait
bitants de Puy
(ce mot est mal écrit, 011 ne peut pas distinguer s'il y a Puy-Chcij
« ou Puy-Abiy) , ayant lesdits officiers la face tournée vers les assistants ; et lors, autour ,
« lesdits maire et consuls font la procession en chantant la chanson faite sur la Nativité de
« St.-Jean-Baptiste, en langage Périgourdin (3); et tout autour de la place, ceux qui ont dé« votion prient Dieu, font procession, et y menent lès petits enfants et filles. Ce fait, lesdits
« officiers et habitants vont à la maison du consulat ou la collation est apprêtée aux dépens
« de la ville. Est aussi dû par les tenanciers de la maison de Ribcyrol des Plantiers, de rente
« auxdits officiers , un baril de vin et deux grands pains blancs , qui leur sont présentés sur
« une table ayant nappe en la rue. Avec ce, lesdits officiers de St.-Jean, empereur, roy ,
« duc, marquis et abbé, chantent la susdite chanson autour d'un feu dressé au-devant la« dite maison aux dépens desdits tenanciers, sur le soir
.., etc. » (4)
II nous semble, en effet, que cette fête singulière, et dont l'origine pa-
(t) Probablement il y avait
dans le texte : et d'assez loin; nous ne pouvons pas le vérifier, parce que le
Gros-Livre-Noir , dont, à ce qu'il paraît, ces détails ont été tirés , est perdu. Dans la copie que nous suivons,
l'orthograpbe est mise à la moderne , ce qui est également inexact.
(2) Sans doute il faut lire : et 1 3 cuillers , et 1 3 bois et arbres , etc.
(3) Cette chanson, imprimée chez Pierre Dalvy, vers l'an 1600, finissait par ces vers :
« Et pregen tous la fesle
« Que nous gard de tempeste,
« Et nous garde lous bladz ,
« Las vignhas et lous pratz ,
Et pax del cel en terre ,
« Que jamais n'ayan guerre »
(4) Cet extrait avait été fait par M. l'abbé de Lespine , avant les destructions révolutionnaires.
DE VÉSONE.
645
raìt remonter à une époque très-reculée , n'était pas seulement consacrée
à l'amusement du peuple , mais qu'elle avait au contraire pour principal
objet de bien faire comprendre que toute personne qui se trouvait dans
le fief de Périgueux, de quelque condition et qualité qu'elle fût, était soumise à la juridiction des consuls, et leur devait foi et obéissance.
Quoi qu'il en soit, cette souveraineté de Vésone et du Puy-Saint-Front
avait diminué peu à peu : depuis long-temps ces villes n'avaient plus le
droit de battre monnaie ; elles n'avaient plus de soldats depuis que le
roi levait des troupes réglées; on leur avait ôté jusqu'à la nomination de
leur maire ; leur population avait décru , et leur commerce et leur industrie avaient suivi la même proportion de décadence.
Les guerres continuelles dont ces deux vieilles villes furent le théâtre,
leurs dissensions intestines, la privation qu'elles ont toujours éprouvée
de routes et de canaux , le commerce maritime qui transporta sur les côtes
l'esprit de spéculation, l'humeur guerrière de nos pères, et l'ordonnance
de Louis XÍV qui créa une noblesse militaire, telles sont les causes principales de cet abaissement , dé cet anéantissement complet.
C'est à l'époque des guerres du protestantisme que nos ancêtres essuyèrent les plus grands de ces désastres : ils voulurent résister, pour garder
la foi qu'ils devaient à Dieu et au Roi, et toutes leurs habitations furent
saccagées. Les efforts de ces braves citoyens furent même inutiles pour
émouvoir la générosité du Roi de Navarre (1). Voici comment le P. Dupuy,
auteur contemporain , rend compte de cette anecdote historique :
« Le Roy de Navarre , sorty de la Rochelle voulant visiter son Gouver« nement vint à Perigueux : ceux de la ville qui restoient dans ce lamen<t table desordre, luy présentèrent pour toute entrée un arc tres-haut sans
« fueillure , painct de noir , et au milieu un escriteau blanc qui disoit ,
* URBIS DEFORME CADAVER. Un escuyer qui marchoit devant le Roy,
« l'asseura que c'estoit la plus belle entrée où il l'eust jamais accompagné,
« à cause de ces trois mots , lesquels luy estant commandé d'expliquer, il
« s'en excusa sur ce qu'il n'y avoit de mots françois pour les exprimer.
(1) C'était Antoino de lîourbon, père de Henri IV.
TOM. II.
82
646
ANTIQUITÉS DE VÉSONE.
« Langoiran fut accusé de beaucoup de cruautez et phalarismes, d'avoir
« ravy l'ame et la vie à ceste piteuse esquelette , bonnement descharnée ,
« n'ayant policé l'insolence de ces soldats dénaturez contre ce pauvre peu« pie affligé, etc. (i). »
(i) Voyez ì'Msta: de l'Eglise du Perigord, tom. 2 , pag. 208.
ANTIQUITÉS
DE VÉSONE
ÍË?)&orijfcàon c/ei
cHUDOM /imieiM
^é^aieua}, civils ef mttââavreà c/e ceSfe
MONUMENS DE TOUTE ESPECE.
.TENDANT que nos Antiquités étaient sous presse, quelques personnes
nous ont fourni des détails sur divers monumens gaulois que nous ne
connaissions pas encore. M. de Mourcin a trouvé lui-même plusieurs
de ces monumens ; et comme ce savant a découvert beaucoup d'autres
objets que nous n'avons pu mettre à leur place, nous sommes forcés de
les donner en supplément. Nous profiterons de cette occasion pour faire
quelques corrections à des inscriptions du premier volume; seulement,
comme le second est déjà fort gros., nous nous bornerons pour le tout
à de très-courtes observations.
648
ANTIQUITÉS
CHAPITRE PREMIER.
Des monumens gaulois du territoire Pétrocorien.
—-groupai—■
XJES monumens gaulois abondent sur le territoire Pétrocorien : nous
en avons déjà fait connaître un nombre considérable; nous en ajouterons
ici quelques-uns.
A RTICLE
i.
er
— Des pierres monumentales ,
des mottes ou tombelles ,
et des châteaux forts (i).
On trouve chaque jour des pierres monumentales , des tombelles et des >
emplacemens de châteaux forts que nous n'avons pu comprendre dans
nos listes. Voici quelques-uns de ces monumens : nous pourrions en indiquer beaucoup plus.
A BEAUMONT ; Peyre-Levade , ou le Cros-de-la- Vuigc. — La principale pierre de ce monument
a 12 pieds de long, 8 pieds de large et 2 pieds d'épaisseur; elle est élevée de 5 pieds
6 pouces au-dessus du sol. II paraît qu'anciennement d'autres pierres - levées faisaient
suite a celle-ci, et que l'espèce de galerie qui en résultait avait au moins une longueur
de 24 pieds.
A BELVEZ. — Un faubourg de la ville de Belvez porte le nom de Peyre-Levade } ce qui
prouve qu'il y avait autrefois un dolmen.
'
A BESSE ; le Roc-de-Travers. — Nous avons déjà cité un chromleck de la commune de Besse :
depuis nous y avons vu les restes d'un dolmen et d'un peulvan ; ils se trouvent dans les
bois. II y a aussi dans le bourg de la même commune une vieille motte connue sous le
nom de Sucatel : c'était sans doute une tombelle.
A CHAMPSEVINEL. .—■ On trouve dans la commune de Champsevinel des restes qui ne peuvent avoir appartenu qu'à un dolmen ; ils sont sur le penchant du coteau qui est à l'ouest
du vallon de Combe-Donzaine.
A LA CITÉ (2); les Rocs. — A l'entrée du vallon de Vieille- Cité , et au-dessus de l'habita-
(1) Voyez tom. i. cr , pag. 254 et suivantes. Voyez aussi pag. 1G6 et suivantes ; pag. 194 et suivantes.
(2) La commune actuelle de la Cité est au-delà de l'llle , et on l'a jointe depuis peu à çëlle de Côulouhier.
DE VÉSONE.
649
tion connue sous le nom des Rocs, on voit les restes d'un dolmen qu'on avait établi sur
une petite esplanade faite de main d'homme : c'était sans doute le principal autel de
l'antique Vésone, et il paraît qu'il avait une assez grande étendue.
La Motte de la Jarthe , ou de Vésone. —■ D'après l'étude approfondie que M. de Mourcin
a faite du site d'Ecorne-Bœuf , et les divers genres d'antiquités qu'il en a retirés, nous
sommes certains que la vieille ville gauloise ne s'étendait pas seulement sur les bords du
ruisseau, mais qu'elle s'élevait jusqu'au haut du coteau et qu'elle en ,occupait les deux
revers. Nous sommes aussi presque assurés que c'est du ruisseau même que cette ville a
pris son nom de Vésone. Beaucoup de petits courans d'eau, ou de petites rivières, portent
des dénominations analogues, telles que la Sandrone, la Lisone , ra Nisone, la Beauronc,
etc. , etc. ; et on sait , en effet , que ONA signifie source ou fontaine. Nous avons déjà expliqué le nom de Vésone , et nous avons dit qu'il signifiait la source du tombeau; seulement
nous nous sommes trompés sur la situation de cette source (i), et maintenant nous croyons
pouvoir affirmer que c'est la fontaine de la Jarthe, d'où sortaient sans doute anciennement les eaux de celle de Jameaux, qui fut la véritable Vesona, et qui donna son nom à
tout le cours du ruisseau. Ce qui nous confirme dans cette idée, c'est que tout à côté
de cette vieille fontaine , on trouve une espèce de butte factice qui très - probablement a été une tombclle, et qu'on reconnaît encore aisément, quoique les ravines l'aient
beaucoup détériorée. Ainsi, c'est la dépouille mortelle d'un faible individu qui a imposé
son nom à notre antique cité; et pendant que plusieurs villes ont successivement remplacé cette vieille métropole , ces restes sont peut-être encore intacts , après trois ou quatre mille ans , sous le monceau de terre où ils surent déposés. •
A CONDAT ; PRÈS DE BRANTÔME. — On voit dans la commune de Condat les restes de trois
pierres-levées. Un de ces monumens était en-deçà de la Côle ; les deux autres se trouvaient au-delà de cette rivière , et il y en avait un de très-remarquable , en ce qu'on savait élevé sur une espèce de monticule ou large motte composée de terre et de pierres.
Les restes de ce dernier sont vis-à-vis du hameau de Valade ; la table a encore 10 pieds 8
pouces de longueur (2).
A COULOUNIER. — On trouve les restes de trois mottes dans la commune de Coulounier, et
à une petite distance de la route de Bergerac ; celle qui est le plus près de la Brande est
connue sous le nom de lo Couréio , et l'on ne peut douter que ce ne soit une véritable
tombelle, puisque un l'y veu enquiero quauque co daus cychantis (3).
A COURSAC. —• On voit dans les bois de la commune de Coursac , et près du hameau de la
Morenie , un grand nombre de petites mottes ; elles sont disposées deux à deux , trois à
trois , ou quatre à quatre. On trouve sous ces mottes , des cendres , du charbon et des
(1) Voyez tome i. er , page ia3.
(2) Les restes de celui qui était en-deçà de la Còle sont au Bois-Noir, près de Monplaisir.
(3) On appelle èychantis , en patois Périgourdin, des espèces de feux follets qui scintillent pendant la nuit ,
et qui , suivant les habitans de la campagne , ne sont autre chose que les âmes des personnes qui sont
mortes sans avoir été baptisées.
65o
ANTIQUITÉS
restes d'ossemens humains. Près de l'habitation connue sous le nom de Châtras il y a une
tombelle plus considérable.
A CUGNAC ; Peyre-Levade , ou la Cabane-du-Loup. — On trouve ce dolmen, de la commune
de Cugnac, dans la forêt, entre le château et ce qu'on nomme les RocaUles ; sa table a 9
pieds de long, 6 pieds de large, et 4 pieds d'épaisseur ; elle est élevée de 5 pieds. II y
avait sans doute quelque autre monument aux Rocailles.
A GIUONOLS; le Château- Vieux. — Nous avons déjà dit quelques mots d'une butte des environs de Grignols (1); mais comme nous ne l'avions aperçue que de loin, et que nous n'avions pu en parler que fort vaguement, nous entrerons ici dans quelques détails sur cet
objet (a).
Le château actuel est en ruines , et il n'a presque rien qui puisse intéresser : ce qu'on
y voit de plus ancien paraît remonter aux i3. e et 14. e siècles; le reste est de la lin du
i5. e , et cela seul offre quelques décorations curieuses.,
A l'est, et à une certaine distance de cet ancien manoir, on trouve un emplacement
connu sous le nom de Château - Vieux : c'est un petit tertre qui , du côté du sud , tient à
la chaîne des coteaux, et qui s'avance vers la plaine, en forme de promontoire peu élevé ;
il est remarquable, non-seulement par des vestiges de vieilles construction^ et par lep
restes d'une tour isolée , mais encore plus par les changemens que son sol a éprouvés.
Cet emplacement se compose, dans sa longueur, de trois mottes de fortes dimensions:
la première n'est séparée du coteau que par une coupure de moyenne largeur ; la seconde est au nord de la première, et une forte tranchée est entre les deux; la troisième
est séparée de la seconde par une excavation encore plus Considérable que les deux autres. Une petite esplanade est en avant de cette dernière, et un escarpement de peu de
hauteur termine le tout.
Les trois tranchées sont plus profondes au nord qu'au sud, et celle du milieu a cela de
particulier qu'elle offre aussi une espèce d'esplanade dans sa partie la plus élevée. Quant
aux buttes, leur diamètre est à peu près le même que la largeur des tranchées, et elles
sont disposées de manière qu'une ligne tirée du haut de la première à la cime de la troisième serait également tangente à la seconde; seulement elle se trouverait inclinée, c'està-dire que son extrémité du sud serait beaucoup plus élevée que celle du nord, Eníin ,
l'escarpement qui termine la principale esplanade paraît s'être prolongé sur los flancs du
monticule, et avoir formé, à l'extérieur des deux grandes coupures, une espèce de rempart en forme d'éperon.
Tel est l'ensemble des antiques ouvrages de l'emplacement du Château-Vieux, et l'on
11e peut douter qu'il n'appartienne aux anciens peuples de la Gaule. Chacune des deux
premières buttes était sans doute surmontée d'une grosse tour de bois ; une construction
plus considérable devait être sur l'esplanade du nord, et vraisemblablement une bonne
(1) Voyez tome i. er , page 196.
(2) M. deMonrcin a examiné avec soin cet emplacement, le 21 juin dernier (1826).
DE VÉSONE. •
65í
palissade ou peut-être même une espèce de mur gaulois , aidait h. défendre les côtés. Le
tout formait un véritable château fort, ou plutôt une petite forteresse, et si l'on fait attention que, par ce qui subsiste encore, elle annonce une antiquité de plus de trois mille
ans (i), on devra en conclure que le terrain a dû s'abaisser beaucoup, et que primitivement les abords en étaient d'un diflìcile accès.
Peut-être après la conquête quelque chef romain fixa-t-il sa demeure dans ce lieu ;
du moins est-il vrai qu'après l'arrivée des Francs il continua d'être habité par de puissans seigneurs, puisqu'il y a eu des restes d'un très-ancien château, et qu'on y voit encore
le bas d'une tour dont la construction ne peut guère être postérieure au 7- e siècle.
Cette tour est à l'extrémité de l'est de la seconde tranchée ; elle est de forme carrée ;
elle a environ 18 pieds de largeur dans les deux sens, et il semble qu'elle fut toujours
isolée; ses murs sont d'une assez forte épaisseur, et ils sc composent de petites pierres
grossièrement disposées en assises. Le maçonnage de ces murs est dans le genre de celui
des Romains, et l'on y distingue peut-être mieux que partout ailleurs les procédés que ce
peuple employait pour la manipulation du mortier. Ainsi , cet emplacement de fort gaulois servit de base à d'autres constructions faites long-temps après , et, sous tous les rapports, il doit être considéré comme un de nos sites les plus curieux.
A RAZAC ; SUR T.'ILLE. — On distingue près du hameau de Fayetas , commune dê Razac, quelques restes de tombelles; l'endroit où elles étaient situées porte le nom de Mothes.
A SAINT-CIRQ ; les Rocouilles , ou Rocailles. — Enfin, on trouve dans la commune de SaintCirq , à une petite distance de la Vézère et sur le bord d'une voie romaine , les restes de
deux monumens gaulois que nous croyons avoir été un dolmen et un chromleck. L'ancien
hameau de Salle-Pinson, qui est maintenant détruit, était à côté.
ARTICLE 2.
— Des armes , des outils et autres instrumens de pierre
employés par les Gaulois (2).
Nous avons parlé des haches , des flèches et des autres instrumens de
pierre dure employés par les Gaulois : voici le détail de ce que le cabinet
de M. de Mourcin renferme dans ce genre. Les haches sont de toutes longueurs , depuis 1 1 lignes jusqu'à 1 pied.
(1) Nous ne connaissons gnère de battes de châteaux gaulois qui annoncent plus d'ancienneté que celle-ci ;
la vieille inotte de Vern , seulement , pourrait être antérieure : du moins sa simplicité semble tenir davantage à l'enfance de Fart. Grignols appartient encore à la maison de Talleyrand-Périgord , mais les redevances
du Château-Vieux étaient depuis des siècles la propriété d'une autre famille.
(2) Voyez ce que nons en avons dit tom. i. 6r , pag. i35 et suivantes. M. dê Mourcin se propose de faire un
travail complet sur cette matière : son système n'est pas parfaitement conforme à celui que nons avons émis.
ANTIQUITÉS
652
Tableau des armes et outils de pierre dure du cabinet de
M. de Mourcin.
ARMES ET OUTILS DE PIERRE DE TOUT GENRE.
Elles sont de toutes longeurs, depuis i pouce 3 lignes jusqu'à 5 pouces
6 lignes :
Entières ou presque entières
•
Gros fragmens
ì
Petits fragmens ou éclats
Fragmens qui n'ont que quelques traces de poli
HACHES EN SILEX. ,
FOLIES
ou à demi-polies.
TOTAL
•
Elles sont de toutes longueurs, depuis n lignes jusqu'à ì pied :
Entières ou presque entières
Gros fragmens
Petits fragmens
HACHES EN JADE,
ES AMPHIBOLE,
ou autres matières.
TOTAL .
. . . ....... .*.'*>. . . . . . y .
II est des bâches de silex qui étaient gâtées et qu'on a commencé à retravailler; leur longueur est de a pouces à 7 pouces 8 lignes : nous en
avons d'entières ou de presque entières
Les fragmens sont au nombre de
'
HACHES EN SIL1ÎX.,
RETRAVAILLÉES.
TÓTA£.
HACHES EN SILEX,
NON TOLIES (i).
. . . . . . .
Ì
.* . . . .......... . . . . '.
Entières ou presque entières , de forme ordinaire
Autres , plus plates. .
Gros fragmens
Petits fragmens ou éclats
t
TOTAL
( II est des espèces de bacbes de forme indéterminée ; elles sont à demi-polies ; leur longueur est de 2 à 5 pouces : nous en avons
DE FORME SINGULIERE. i
OUTILS
( Ces outils se terminent en pointe d'un côté , comme les bacbes ; mais ils
sont fourebus de l'autre : nous n'en avons qu'un gros fragment ; il est
OUTILS FOURCHUS. |
f
en jade. .
\
f On trouve des bacbes presque plates d'un côté : nous en avons d'entières.
HACHES APLATIES. (Fragmens. .
■ ... t ...... ^.
. ,
PIERRES
EN FORME DE RABOTS.
- JAVELOTS,
OU GRANDES FLECHES
barbelées.
JAVELOTS
ARRONDIS.
JAVELOTS BRUTS
D'UN CÔTÉ.
PETITES FLECHES
BARBELÉES.
On trouve quelques silex arrondis d'un côté et entièrement plats de l'autre ; leur longueur est de 3 pouces à 4 pouces 10 ligues : nous en avons
d'entiers ou d'autres
.
Ces grandes flèches ont eu près de 6 pouces de long sur 4 pouces de
large; elles sont rares : nous n'en possédons que cinq, dont mème la
queue est cassée
H y a des javelots dont la partie supérieure est arrondie en demi-cercle.
La longueur de cette espèce de projectiles est de 3 pouces à 4 pouces
6 lignes : nous en avons
Un grand nombre d'autres pierres sont taillées de mème en forme de javelots; seulement elles sont brutes du côté opposé à la pointe. La longueur de ces pierres est de 1 à 5 pouces : nous en avons
II y a de ces javelots qui sont plus pointus que les autres, et qui sont
plats ou même concaves d'un côté : nous en avons
Ces petites flèches sont faites sur le modèle des javelots barbelés; leur
longueur est de 6 lignes à 2 pouces : nous en avons d'entières ou de
presque entières
. . ',
.
Les fragmens sont au nombre de
TOTAL
(1) Tout ce qui suit est de même en pierre de la nature du silex.
DE VÉSONE.
653
ARMES ET OUTILS DE PIERRE DE TOUT GENRE.
/ Crtaines flèches sont arrondies à leur partie postérieure ; leur longueur est
de ì pouce 3 lignes à ì pouce 9 lignes : nous en avons d'entières. . .
I Les fragmens sont au nombre de
'
PETITES FLECHES
ARRONDIES.
TOTAL. .
i . '.
•
147
45
192
I Les projectiles dont le dessous est concave sont de la longueur de 1 pouce
PROJECTILES
CONCAVES.
1 8 lignes à 3 pouces ; ils sont arrondis à leur partie postérieure , et la
|
plupart sont presque bruts : nous en avons
] U en est quelques-uns de plus réguliers que les autres : nous en avons.
| On en trouve de plus alongés : nous en avons
\ TOTAL
: . . .*
\ ... i .......... .
73o
65
5
800
GRANDS CISEAUX. | Ces espèces de ciseaux sont triangulaires ; leur longueur est de plus de 3
pouces : nous en avons
Les petites pierres triangulaires peuvent avoir servi de projectiles ou de
ciseaux ; leur long, est de 1 1 lig. à 1 pouce 8 lig. : nous en avons. . .
II y a de ces ciseaux qui sont égalem. larges sur toute leur long. : nous en av.
PETITS CISEAUX.
60
I Certaines pierres de forme elleptique paraissent avoir servi de couteaux ;
COUTEAUX
ELLIPTIQUES.
COUTEAUX
POINTUS.
leur longueur est de 2 pouces 6 lignes à 3 pouces 6 lignes : nous en
avons d'entières
I Les fragmens sont au nombre de. . .
. .
t TOTAL
/ Ces couteaux , pointus des deux côtés , sont rares : nons en avons un
dont la longueur est de 5 pouces
•
I Les fragmens sont au nombre de.
IRRÉGULIERS.
15
16
/ On tronve des espèces de grands éclats de silex, de différentes formes, et
)
dont le contour est travaillé ; on dut s'en servir aussi en guise de couJ teaux ; nous n'en connaissons point d'entiers : les fragmens que nous
'
possédons dans ce genre sont au nombre de
OUTILS ÉTROITS.
' U y avait des pierres qui étaient plates d'un côté , qui étaient longues et
étroites ; nous ignorons si c'était des projectiles ou des outils : nous en
avons des fragmens au nombre de
PETITS BILLOTS.
/ On tronve de petites pierres étroites , un peu plates , rondes ou triangu|
laires , grossièrement travaillées , et n'ayant de pointe d'aucun côté ;
I
leur longueur est de 1 pouce 10 lignes à 3 pouces 5 lignes : nous en
avons
,
CASSE-TÊTES.
On trouve quelques pierres en forme de paters ; leur diamètre est d'environ 2 pouces 6 lignes ; c'était peut-ètre de petits casse-tètes : nous en
avons deux moitiés
MARTEAUX
25
70
I
( TOTAL.
COU TEAUX
43
Í
26
í ^y a <l ue l (Ines pierres qui sont également perforées et qui paraisent avoir
!
servi de haches ou de marteaux : nous en avons un fragment
AUTRES PIERRES (Nons avons d'antres pierres travaillées, pointues ou coupantes, et des
DE TOUT GESHE .
H
fragmens de tout genre
29
' On trouve une assez grande quantité de pierres qui paraissent avoir été
PIERRES A POLIR.
destinées à polir, et nous en avons une qui est particulièrement remarquable : les plus curieuses de ces pierres sont au nombre de. . . .
PIERR . DE FRONDE.
/ Les pierres de fronde sont en silex , en quartz ou en calcédoine (1) : nous
en avons d'entières
i Les fragmens sont au nombre de
^ Ce qui fait en tout
j
TOTAL GÉNÉRAL , AU 1 5 DU MOIS D'AOUT 1826.
5oo5
(t) Quelques-unes de ces pierres pourraient ne pas avoir été de véritables pierres de frondes.
TOM. II.
1
225
55
280
83
654
ANTIQUITÉS
ARTICLE 3.
—
Des paters de terre cuite , c'est-à-dire de ces espèces de
boulettes de terre qui sont percées dans le milieu.
On trouve dans le même cabinet, parmi un grand nombre d'objets divers , beaucoup de ces espèces de paters de terre cuite crue les antiquaires croient avoir servi d'ornemens , de poids ou de marques numérales :
M. de Mourcin pense que ce sont des amulettes; il se propose de faire une
dissertation sur ce sujet. On se sert encore de gros paters de verre, qu'on
attache au col des femmes pour leur faire venir le lait ; c'est une suite ,
d'après l'opinion du même savant, de l'usage des paters de terre cuite;
c'est aussi de cet usage, selon lui, qu'est venu celui du chapelet (i).
CHAPITRE II.
Des Monumens romains de Vésone et de son territoire.
■
—Mg ^miii
~
ON découvre tous les jours des monumens romains sur remplacement
de Vésone , ou dans les autres parties du territoire pétrocorien (2) : nous
en avons déjà fait connaître ; en voici encore un assez grand nombre.
ARTICLE i. er — Des voies romaines.
Dans notre chapitre des voies romaines (3), nous avons dit que la route
de Saintes suivait le vallon qui est au-dessous dé Vignéras, tandis que
maintenant nous sommes presque assurés qu'elle montait la côte, qu'elle
passait au midi de Barbadaud, descendait à Beaurone, remontait de suite,
et se dirigeait du côté de Sauvagie. Du moins il est certain qu'une trèsvieille route a suivi cette direction ; et il ne serait même pas impossible
qu'elle eût eu plus loin un embranchement pour Bordeaux. Malheureu(1) Les peuples étaient si attachés aux usages du paganisme , que souvent on a été obligé de conserver ces
usages en en changeant le but.
(2) II est fâcheux que I'administration départementale ne prenne aucune mesure pour la conservation de
ces élémehs de l'histoire.
(3) Voyéz tome 2, pages 23S et 239
DE VÉSONE.
65,5
sèment nous n'avons encore reconnu sur cette voie aucun reste de véritable pavé romain; un jour nous tâcherons de l'examiner avec soin, dans
toute son étendue.
ARTICLE 2. —< Des aqueducs romains.
Nous avons fait connaître divers aqueducs (i) destinés à conduire les
eaux dans la ville de Vésone, et aujourd'hui nous croyons pouvoir encore
en indiquer un qui a servi au même usage, et qui paraît être parti de la
source de Charnier. Ce qui nous confirme dans la pensée, que cet aqueduc
a existé , c'est que le pont des Izarns n'était point vis-à-vis du vallon, mais
qu'il se dirigeait au Contraire contre le rocher. Nous ne pouvons maintenant rien dire de plus positif à cet égard ; de nouvelles recherches nous
en apprendront peut-être un jour davantage.
rrfSTfr'gpr.--
ARTICLE 3. —■ D'un colombaire ou chambre sépulcrale.
Le cimetière actuel de la ville de Périgueux est employé au même
usage depuis plus de quinze cents ans : les nombreux tombeaux de pierre
et les fragmens d'urnes cinéraires qu'on y découvre chaque jour, ne laissent aucun doute à cet égard, et prouvent que des peuples idolâtres et
des chrétiens y ont fait des inhumations à la même époque , ou tour à
tour (2).. A une certaine profondeur, 011 trouve aussi sur ce local une chambre sépulcrale, et d'autres antiquités dont nous parlerons bientôt.
La plupart des Romains étaient dans l'usage de brûler les morts , de
renfermer leurs cendres dans des urnes, et d'enterrer ces urnes à une
certaine profondeur sous le sol , ou de les placer clans des chambres sépulcrales, qui souvent étaient construites à grands frais.
(1) Voyez
tome 2 , pag. 89 et suivantes.
(2) On ne voit plus clans ce cimetière aucune ancienne inscription ; niais chaque jour on y en grave de
nouvelles, à la rédaction desquelles président rarement la raison et le bon goût; en voici une qui nous a
át
paru très.curiense :
Cl-GIT
ANTOINE-JEAN-BAPTISTE
ANCIEN
B
,
AGE
DE
67 ANS,
CHANOINE
PROTECTEUR DE I.A RELIGION, DU TRONE ET DES ARTS, MORT LE
5 NOVEMBRE 1822.
656
ANTIQUITÉS
Ces chambres sépulcrales étaient connues sous le nom de columbaria ,
parce que ordinairement on pratiquait dans les murs plusieurs rangs de
petites niches en forme de bouches de fours, ce qui leur donnait une
certaine ressemblance à l'intérieur d'un colombier.
Le colombaire que nous avons trouvé sous le sol du cimetière actuel
est dans le carré du sud-ouest : il est distant de 88 pieds de la grande allée, et il se trouve à environ 3g pieds du mur du sud; sa forme est
un parallélogramme rectangle (i) ; son pavé est en compartimens de marbre ; ses murs sont en moellon , et il n'en reste que quelques parties.
Au surplus , ce colombaire avait cela de particulier , que les urnes qu'il
renfermait étaient entièrement maçonnées dans les parois du monument.
On a brisé plusieurs de ces urnes : elles étaient couchées ; leur goulot
s'affleurait avec le parement intérieur des murs; il était garni de ciment,
et un enduit recouvrait le tout , de manière qu'on n'en pût rien apercevoir. Un seul de ces vases cinéraires a été retiré presque entier : il est de
forme sphérique ; sa capacité est de i pied 6 pouces 6 lignes dans presque
tous les sens (2) ; on y voit encore les cendres de l'illustre citoyen romain qu'on y avait déposé.
ARTICLE 4- — De quelques mosaïques de Vésone et de son territoire.
On a vu , dans notre premier volume , la description de plusieurs mosaïques de l'antique Vésone ; et depuis quatre ans nous en avons encore
découvert trois dans le carré du sud-ouest du cimetière dont nous venons
de parler.
La première de ces mosaïques est à environ i5 pieds de l'allée, et à 108
pieds du mur du nord ; elle est détruite en partie : nous n'avons vu de cet
antique travail que quelques encadremens d'un excellent goût. Les dés
dont sont composés ces encadremens ont 4 lignes de largeur ; il y en a de
blancs, de bleus et de rouges. Les gros murs de rédifice dont faisait partie
ce pavé ont 2 pieds moins quelques lignes d'épaisseur.
La seconde mosaïque esta environ 32 pieds au sud-ouest de la première;
(r) Nous n'avons pu lc voir en entier , à cause des corps morts cpj'on entasse chaque jour par-dessus.
(2) Cette urne est an Musée ; elle appartient à M. de Muurcin.
DE VÉSONE.
65 7
nous ne l'avons vue que clans un espace de 6 pieds de long sur 2 pieds et
quelques pouces de largeur : on l'a coupée très-anciennement pour fonder un mur. Les ornemens de cet ouvrage consistent en de très -jolis entrelacs de pavots et de quelques autres fleurs; les dés dont il est composé
sont de fort petites dimensions : il y en a d'un beau bleu foncé, d'un bleu
clair, de rouges, de jaunes et de blancs ; et c'est à environ 3o pieds à l'est
que se trouve le troisième pavé (i).
On a retrouvé aussi, depuis l'impression de notre premier volume, quelques fragmens de mosaïques sur diverses autres parties duPérigord; mais
nous ne pouvons dans ce moment rien dire de positif à cet égard.
ARTICLE 5. — D'un très-ancien puits.
Dans le cimetière que nous venons de faire connaître par quelques-uns
des monumens qu'il renferme, les terres se sont élevées de 10 ou 12 pieds
au-dessus de l'ancien sol , et on y trouve partout des fondemens d'édifices
qui évidemment appartenaient à l'antiquité. Parmi ces restes de constructions romaines , il y a un gros mur qui se dirige du nord au sud , et qui ,
par urie de ses extrémités , se lie perpendiculairement à celui qui termine ,
du côté du nord, la première mosaïque. C 'est sous ce gros mur, et un
peu en dehors, du côté de l'est, que nous avons découvert un puits qui
nécessairement fut creusé à une époque très - reculée , puisque les premières assises d'un édifice qui ne peut être postérieur au second siècle ,
sont établies par-dessus , au moyen d'une espèce de cintre. L'orifice de
ce puits, que nous sommes tentés de croire antérieur à la conquête des
Gaules, est à 12 pieds sous le sol actuel ; sa largeur est de 2 pieds 6 pouces , et sa chemise est remarquable en ce que les petites pierres d'éclats
dont elle est composée sont placées sans aucune espèce de mortier, et
croisent toutes irrégulièrement les unes sur les autres. II est probable que
si l'on nettoyait entièrement ce vieux réservoir, on retrouverait dans le
fonds quelques objets curieux (2).
(1) Ces trois mosaïques sont à 5 pieds de profondeur ; M. de Mourcin les a retrouvées en 1822 et en 1823.
(2) On vient de découvrir un autre vieux puits : il est au nord-est , et à une petite distance de la FonlChaude ; sa largeur est de 3 pieds 4 pouces ; ses eaux paraissent thermales ; sa construction est faite avec peu
de soin, mais il est évident qu'elle remonte à une époque très-reculée.
ANTIQUITÉS
658
ARTICLE 6. — De diverses marques de fabriques de grosse poterie (i).
Nous avons déjà parlé de quelques marques de fabriques de grosse poterie (2) ; nous donnerons ici celles du cabinet de M. de Mourcin. Si dans
chaque pays on ramassait avec soin ces sortes de monumens, on pourrait quelquefois en tirer des conséquences pour l'histoire de l'industrie.
N. i. — Sur un petit fragmen t
d'urne.
N.° 5. — Sur le haut d'une anse
d'urne.
APOL
IVOM
AP
N.° 2. — Sur une anse d'urne.
N.° 6. ■— Sur le goulot d'une urne.
E•M
Q- GALQr
N.° 3. — Sur un goulot d'urne.
N.° 7. — Au bas d une anse d'urne.
LEFvRN.°
TK
H
4- — Sur le bas d'une grosse
urne.
MECETO
OVCIFW
N.° 8. — Sur un fragment de peu
d'épaisseur , et gravé à la pointe,
dans la pâte (3).
A
L'empreinte duN.° 1 désigne sans doute un Apollonius , Apollonii filius.
Celle du N.° 2 appartient peut-être à une famille Ebussia , qui , à ce
qu'il paraît , était encore à Vésone dans le 4- 6 siècle.
Celle du N.° 3 est évidemment la marque d'un Lentulus, Publii filius.
Une seconde marque est à 4lignes de la première, et semble réunir en
chiffre une H et un A.
L'empreinte du N.°
4 est très-fruste et très-difficile à lire ; la seconde
(1) Presque toutes ces marques viennent d'Écorne-Bœnf ou du Camp-de-César.
(2) Voyez tome i. et , page 385.
(3) On a trouvé près de Vésone, à différentes époques, d'autres marques de grosse poterie , telles que ccllc
de TOLONIO- F, qui semble indiquer qu'il y avait une fabrique de ce genre près de l'abimc du Toulon.
DE VÉSONE.
65g
ìigne en est même presque indéchiffrable. Si nous sommes parvenus à copier le tout avec exactitude , il semble que l'on peut compter au nombre
de nos fabricans de poterie un Meceto , Quincti filius.
L'empreinte du N.° 5 porte le nom renversé et bien distinct d'un Novius.
Celle du N.° 6 appartient à un Quintus Gallus , Quinti filius.
Celle du N.° 7 offre lé commencement d'un nom barbare ; et celle du
N.° 8 n'est qu'un signe de convention qu'on a gravé au trait.
ARTICLE
7. — De diverses marques de fabriques de poterie fine (1).
On trouve dans le même cabinet des marques de fabriques de poterie
fine : les unes proviennent de remplacement de Vésone, et les autres
d'Olivoux.
Celles qui ont été ramassées sur le sol de Vésone sont au nombre de
huit :
N.° i. er — Sur un fragment de patère.
N.° 5. — Sur un fragm. d'une petite patère.
AMORIS
IVLLI
N.° 2. — Sur un fragm. de patère
un peu plus forte.
N.° 6. — Sur un fragment d'un petit vase.
AiONVS
MAE
N.° 3. •—■ Sur un fragm. d'un vase
de 6 pouces de large {p).
N.° 7. — Sur un fragm. d'une trèspetite patère.
C CO
M' P
N.° 4- — Sur un fragm. d'un petit
vase.
W.° 8. — Sur un fragm . d'un large
vase.
INGENVI
RINNIN
(1) Toutes ces marques sont dans le fond des vases, et elles sont moins grandes que celles de l'article 6
(2) A l'extérieur de ce vase on trouve écrit à la pointe : Ciimoritis.
\
66o
ANTIQUITÉS
Celles que nous avons retirées de l'antique villa d'Olivoux , près de Montignac, sont au nombre de quatre :
N.° i.
Dans le fond d'un petit vase (i).
N.° 3. — Sur un fragm. d'un trèslarge vase.
EPI .
PRIME OFF
N.° 2. — Sur un petit fragment
de patère.
N.° 4- — Sur un fragm. d'une trèspetite patère.
SILV
L'empreinte du N.° i offre le nom d'une famille qui était connue à
Vésone vers la fin du 3. e siècle (2); ainsi l'on ne peut guère douter que
la patère qui porte cette marque n'ait été fabriquée dans cette antique cité.
Le N.° 2 consiste dans le mot Antonus, qui est probablement le nom
du fabricant, ou peut-être celui du bourg á'Antone , où il pourrait y avoir
eu une fabrique de ce genre de poterie.
Le N.° 3 offre les initiales d'un nom : peut-être est-ce celui d'un Caïus
Cocceïus, affranchi.
Le N.° 4 désigne un fabricant qui sans" doute portait le nom d'Ingenuinus , sous lequel étaient connues plusieurs familles.
Le N.° 5 indique un Jullius. II y avait ici des Julius (3) , et le Jullius
dont il est question dans ce N.° pouvait être un de leurs affranchis.
Le N.° 6 semble appartenir à un Maecius.
Le N.° 7 pourrait désigner un Marcus Pompeïus , qui peut-être aurait
(r) Cette marque n'est point dans notre cabinet.
-
(2) Voyez tome t.", page 285, N.° 20 de nos inscriptions. Au reste, il serait possible que nous eussions
mal lu ce mot ; il est très-peu apparent.
(3) Voyez tome i. cr , pag. 287 , N.° 3; de nos inscriptions, etc.
DE
VÉSONE.
661
été affranchi par le Marcus Pompeïus que l'on trouve sur une de nos inscriptions (i).
Le N.° 8 nous fait connaître un Rinninus. La première N a son trait du
milieu en barre , au lieu de l'avoir en bande ; mais nous n'avons point exprimé cette particularité.
Le N.° i des empreintes d'Olivoux, offre peut-être le commencement
du nom d'un Epidius.
Le N.° 2 présente la fin du nom de Felicio : ce nom se trouve sur beaucoup de fragmens de poterie de Bordeaux et d'Olivoux. Une inscription
de Gruter fait mention d'un Felicio qui habitait à Arles, et nous avions
ici des Felicianus.
Le N.° 3 désigne expressément l'atelier d'un individu connu sous le nom
de Primas : Primi officina.
Enfin , le N.° 4 offre le commencement du nom d'un Silvius , peut-être
de la famille des Silvius-Paternus , qui , suivant une inscription de Gruter ,
aurait été établie à Saint-Privat.
ARTICLE
8. — De quelques inscriptions.
Depuis le commencement de l'impression de nos Antiquités , on a retrouvé plusieurs inscriptions que l'on a insérées dans le corps de l'ouvrage : en voici quelques autres, qui ont été découvertes trop tard, et
que nous n'avons pu y faire entrer (2).
N." 1 . — Au Musée; sur une pierre de 2 p. 3 p. de long.
........... it^-t
(1) Voyez tome I. er , page 2o5, N.° 53 de nos inscriptions.
(2) Tontes ces inscriptions ont été découvertes par M. de Mourcin , et elles lui appartiennent. Au surplus, si on voulait faire quelques dépenses, on trouverait encore une foule de raonumens de ce genre, surtout dans le mur de la citadelle. Les Romains ne construisaient point d'édifices sans y graver des inscriptions , et il est fâcheux que les peuples modernes, aient négligé cet usage.
T OM . II.
\
s
84
662
ANTIQUITÉS
N.° 2. — Au Musée, ha pierre sur laquelle est gravé ce fragment provient des Vieilles-Casernes .
OM
1S.° 3. — Au Musée; sur une énorme pierre.
XXII K
PTISQ OMNIL
N.° 4- •— Au Musée ; sur un assez grvs morceau de moellon.
V JL/JUV
MPLÏ
N.° 5. — Dans un vieux mur, au sud-est de l église de la Cité.
2IVAC
1S.° 6. — Au Musée ; sur un très-petit fragment.
OR
(i) Le P de ptisq. ne paraît guère plus sur la pierre ; mais il se trouve en partie sur un éclat trai s'en
est détaché.
I
DE
VÉSONE.
N.° 7. — Dans le cabinet de M. de
Mourcin.
665
N.° i3. — Au Musée; sur une table
de marbre.
.t.
• N.° 8. — Au Musée.
Y
x
VICTORIA
C«F ÍAím
RIVS&XX
11
"Ali*
N.° g. — Au Musée.
DIS- MA.
N.° 14. — Cabinet de M. de Mourcin.
o i: ...........
VA • ET AD x
N.° i5. — Au Musée.
CIÊ1S
N.° 10. — Au Musée.
..
- M
111S
ISIS
ABI]> .
CËC..
N.° 11. — Au Musée.
ÌVL*
N.° 12. — Au Musée.
TES CEF.
ll-j .
1 • TV.
,^TER. .
N.° 16. — Dans le cabinet de M. de
Motírcin.
.RIiSV.
AIES X
, T :NRI.
N.° 17. — Elle a été détruite.
CAESARI- AYGVSTO
ETLIVIAE-EIVS
VXORI
664
ANTIQUITÉS
Le N.° i de ces inscriptions consiste en quatre lettres onciales et dont la
hauteur a dû être d'environ 10 pouces. Ces lettres ne sont point entières,
mais ce que l'on en voit permet de juger qu'elles sont du meilleur temps ,
et qu'elles furent gravées au plus tard dans les commencemens du second
siècle : celles du milieu sont un C et une F; les deux autres sont placées
et espacées de manière qu'elles ne peuvent être qu'un I et un O;, ainsi
on est assuré d'avoir : IC. FO.
Mais à quels mots appartiennent ces syllabes ? Dans IC. , on ne saurait
voir sans doute que la fin de HIC. pris comme adjectif pronominal ou
comme adverbe ; et FO ne peut guère avoir fait partie que de fodere , de
forum, de sons ou de fortuna.
D'un autre côte , si l'on fait attention à la grandeur des caractères de
ce fragment , et à la forme de la pierre sur laquelle ils se trouvent placés ,
on sera nécessairement convaincu qu'ils ont fait partie de l'inscription
principale d'un vaste édifice, et alors peut-être on sera tenté de croire',
comme nous , qu'ils étaient gravés sur la frise du fronton d'un temple de
la fortune :
HIC. FORTVNA. REDVX
Le N.° 2 n'offre que deux lettres : O et M. ; et ces lettres , dont la hauteur
est de 4 pouces 6 lignes, peuvent avoir fait partie de l'adjectif omnis.
Peut-être s'agit -il encore ici du Consœptum omne circa templum , que
nous retrouvons si souvent sur remplacement de Vésone (i).
La pierre sur laquelle est gravée l'inscription du N.° 3 , a 3 pieds 1 1
pouces de large, sur 2 pieds de haut, et 2 pieds 9 pouces d'épaisseur;
c'était sans doute une portion de frise d'un grand monument ; elle est Irèsfruste , parce qu'on l'avait employée en parement dans le gros mur de la
seconde citadelle. Cette pierre peut provenir d'un arc de triomphe, ou
des antiques fortifications du temple de Mars , et dans un cas comme dans
l'autre, l'inscription désignait sans doute un personnage qui avait rétabli
de vastes constructions.
Dans la première ligne de cette inscription , on parle de 122 pas ou de 1 22
pieds , et peut-être même le nombre de ces mesures était-il plus considé-
(1) Voyez pages i2ç,,,i3o, I 3 I et suivantes. Voyez aussi page i30, etc.
DE VÉSONE.
665
rable, car la pierre est fortement éclatée devant le C. Dans la seconde ligne, omnibus est précédé de la fin d'un mot et d'une conjonction copulative : ptisque. PTIS appartient sans doute à un participe passif, tel cpie
corruptus , diruptus , consumptus , etc. ; et le que annonce qu'il y en avait
vin autre avant. Ainsi on pourrait lire :
novos muros in longitudinem passuum CXXII Perducere jussit ;
priscis munimentis jam dudum eversis <iz>'«PTISQ. OMNIBWÍ.
Le fragment du N.° 4 se compose d'une lettre entière et de sept portions de lettres. A la première ligne on doit lire V DEO , et à la seconde
TEMPLVM. II ne peut y avoir aucun doute à cet égard. Mais que signifie ce V placé devant Deo ? de quel dieu s'agit-il ? et à quelle divinité
appartient le templum ? Sur tout cela nous ne pouvons rien dire de certain; seulement, V peut être la fin d'un nom de la quatrième déclinaison,
ou un nombre , et le TEMPLVM pourrait être celui de Mars.
.„
.'.
v DEO
Circa feMPLV/rc
v .(i).
Dans le N.° 5 il ne peut guère être question que d'un Quintus JuliusAquilinus : Q. IVL. AQuilinus; il y a eu en Périgord un saint de ce nom.
Les lettres de ce fragment ont 4 pouces 6 lignes de haut , et elles sont
d'un très-bon style.
Le fragment du ÎN.° 6 consiste en deux lettres : OR , et il paraît que c'est
la fin d'une ligne.
Celui du N.° 7 est sur du marbre de placage , et on peut y lire également :
SI
ou
IS
Le fragment du N.° 8 se compose de deux portions de ligne , et il n'y a
qu'une seule lettre entière : I. Dans la première portion de ligne on trouve
VI, VF, ou VP; dans la seconde on a RATIA. Ainsi on peut lire :
'.
-
•
V I
gRATIAraw
Peut-être aussi s'agit-il simplement d'une Gratia Grata, du Dauphiné.
' (i) Voyez pages i3o et I 3 I . Voyez aussi tome ï.^pag. 324 et suivantes. Le temple de Mars était célèbre chez les Vésoniens , et on a vu qu'il est souvent question de son enceinte.
666
ANTIQUITÉS
Le N.° 9 est un fragment d'inscription sépulcrale ; le dis manibus le
prouve positivement. Peut-être l'E de la seconde ligne devrait-il être joint
à l'A, au lieu de l'être au T. S'il en était ainsi on lirait :
DIS . M knibus
VAE TABIus
CIEN dum curauit (i).
.fa
On sait qu'il y avait beaucoup de citoyens romains du nom de Tadius.
Le N.° 10 est aussi un fragment d'inscription sépulcrale; la forme de la
pierre et l'M du haut ne laissent aucun doute à cet égard. Au surplus , les
caractères de ce fragment sont mal gravés , et la première ligne est presque
illisible, parce que la pierre est dégradée. A la seconde ligne on lit : ISIS;
c'est la seule chose remarquable que présente ce reste de monument.
Le N.° II offre le commencement d'un nom; les caractères en sont d'un
mauvais style.
Le N.° 12 est également en petits caractères mal gravés; il appartient
au Bas-Empire , et il n'offre aucune espèce d'intérêt.
L'inscription du N.° i3 est entière, et elle se trouve gravée sur une table de marbre qu'on a brisée; c'est un monument sépulcral dont les caractères annoncent le Bas-Empire, ou peut-être même le moyen âge.
A la seconde ligne de cette inscription on lit : ÍANVARIVS , et au premier examen on pourrait croire que c'est un nom d'homme ; toutefois nous
pensons que ce mot ne doit désigner ici que le mois de janvier, et quelles
que soient la contexture du monument et ses singulières abréviations,
on peut lire :
Koscia EBussia Mater,
Memoriœ VICTORIAE Caïi Filífe.
IANVARIVS T>ies XXII.
'Le fragment du N.° i4 est sur du marbre de placage ; il consiste en
deux portions de lettres fort mal gravées ; on doit y lire :
CA
Le N.° i5 se compose de quatre portions de lignes ; ses lettres, gravées
(r) Cette inscription pourrait bien avoir fait partie de celle du N.° 27. (Voyez tome i. er , page 28 3).
DE VESONE.
667
carrément, sont d'un très-mauvais goût, et appartiennent à une époque
postérieure à l'empire romain ; on doit y lire :
'..IL............
A . TV
CTER
CTAT
Enfin, le N.° 16 est sur un fragment de marbre , et il semble rappeler
le faire du 8. e siècle , ou du g. e ; on doit y lire :
..RI . SV..
.DIES X.
.dnl . NRI les. xp.
P
II s'agit sans doute dans ce fragment d'une pieuse fondation , et nous avons
cru devoir l'ajouter ici quoiqu'il appartienne au moyen âge.
Quant à l'inscription du N.° 1 7 , nous ne pouvons en garantir l'authenticité : jamais elle n'a été copiée. Suivant un vénérable ecclésiastique, cette
inscription, trouvée en 1783, près de la Porte-Romaine, était sur une table de marbre gris veiné, et des guirlandes de laurier formaient son encadrement. La table avait environ 5 pieds de large sur 4 pieds de hauteur ;
deux petites colonnes de la même espèce de marbre étaient à côté.
N.° 18. — Cabinet de M. de Mourcin.
N.° 19. — Dans le même cabinet.
111 V
Ces deux N. os , grossièrement gravés sur des fragmens de tables de marbre, n'offrent que des espèces de marques d'ouvriers. C'est au moyen de
pareils signes que les marbriers reconnaissaient certaines pièces de leur
placage, et ils ne les mettaient jamais au dehors.
Une de ces marques ne se trouve plus entière ; c'était le chiffre V. L'autre est le nombre VIII, mal disposé.
Telles sont les inscriptions qu'il nous restait à faire connaître ; ajoutées
à celles que nous avons déjà données , elles en élèvent le nombre à 108,
abstraction faite de tout ce qui peut être incertain. Malheureusement, il
est vrai , il y en a 27 de perdues de celles que les anciens auteurs ont
668
ANTIQUITÉS
citées ; mais cette perte est une preuve de plus de nos antiques richesses :
dans tous les siècles nos monumens ont disparu à mesure qu'on les a retrouvés; et si, dans un court espace de temps, tant d'inscriptions ont été
détruites , combien ne s'en est-il pas perdu avant Scaliger ? combien n'en
a-t-on pas brisé depuis Beauménil jusqu'à nous ?
A RT. 9. — De quelques corrections à faire à des inscriptions du i. er volume.
Quoiqu'il soit d'usage de faire entrer dans Yerrata toutes les corrections,
de quelque nature qu'elles puissent être, nous avons cru devoir mettre dans
le Supplément celles de nos inscriptions; elles sont peu nombreuses, mais
elles nous conduisent à cette réflexion : que si, avec toutes les précautions que nous avons prises, nous avons quelquefois mal lu , les personnes qui visitent en poste les antiquités, et qui lisent, pour ainsi dire, les
inscriptions en courant , doivent commettre d'innombrables erreurs.
N.° 17. — ( Tom. i.er , pag. 282) .
N.° 41. — {Tom. i. er , pag. 288).
AIU l :\w.v
MATRI.-.
GIVLVIATTIVS
D
M
ETMCE^S
/s
N.° 61. — {Tom. i. er , pag. 3o6).
TVTEIAE- AV.-.VESVMJE
SEevrovs
SOTT-I-L-r>ç^
A la première ligne du N.° 17, il ne paraît point qu'il y ait ANTI ,
comme nous l'avions d'abord pensé; les deux jambages droits qui suivent
l'A sont carrés l'un et l'autre par le bas, comme des I , et le second ne pourrait l'être s'il avait fait partie d'une N. Ces deux jambages semblent au contraire appartenir à une H, et s'il en est ainsi, on peut lire A. IIIR
,
DE VÉSONE.
66g
c'est-à-dire, kulœ HÏRtiœ (i). Néanmoins il y a encore cette difficulté,
que l'I se trouve un peu éloigné de l'H et de l'R.
A la troisième ligne, on doit remarquer que l'L de IVL est un peu plus
grande que les autres lettres, et que l'S de VLATTIVS se montre encore.
L'inscription du N.° 4 1 a été retrouvée depuis l'impression de notre
premier volume , et quoiqu'elle ait été bien lue , nous l'avons remise ici
pour en rectifier l'L et Yascia. Au surplus , les mots de cette inscription ne
sont nullement séparés, et elle offre cela de remarquable, qu'il restait
assez de place sur la pierre pour que l'on pût mettre encore une lettre au
bout de la ligne : d'où il résulte que CELS n'est point l'abrégé de Celsi,
mais bien de Celsini, Celsino , Celseni ou Celseno. Ainsi on lira :
DM Manibus
ET Memorice CELSrá'.
°
U
Dis Manibus
ET Marco CELSino.
L'inscription du N.° 61 se trouve gravée sur une pierre de si mauvaise
qualité, et elle est tellement dégradée qu'on n'en avait jamais pu lire exactement la quatrième ligne. Tous les antiquaires étaient tombés dans Terreur à cet égard ; M. de Mourcin est le seul qui soit parvenu à résoudre
la difficulté. Maintenant tout est positif dans, cette inscription , et si on
veut l'écrire en toutes lettres on aura :
Tutelœ Augustœ Vesunnœ.
Secundus Soter testamento jussit ;
Loco dato sententiâ decurionum.
ART. 10.— Mesures et proportions des inscriptions romaines qui nous restent.
Lorsque personne ne veille à la conservation des monumens, ils ne
tardent pas à disparaître. Pour avoir du moellon on brise même souvent
les pierres sur lesquelles se trouvent les inscriptions les plus précieuses ,
ou bien on les retaille et on les emploie dans de nouvelles constructions ;
et si les savans en retrouvent plus tard quelques fragmens , ils ne peuvent
décider si ce sont des inscriptions nouvelles. C'est pour remédier à cet inconvénient que nous avons composé le tableau suivant.
(i) Voyez l'inscription da N.° 36 , tome i. or , page 287.
TOM. II.
85
ANTIQUITÉS
670
Mesures et proportions des inscriptions romaines qui nous restent,
et des lettres qui composent ces inscriptions.
N.°
DIMENSIONS.
{
3.
5.
Í
P.
P.
N.'
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres du haut.
Hauteur du C
23.
(Longueur
< Hauteur
(.La haut, des lett. dev. être d'env.
24.
( Longueur
] Hauteur
I Hauteur des lettres
I Distance de la grande ligne à l'M
Longueur
Hauteur des lettres.
("Longueur
■j Hauteur
(.Hauteur des. lettres.
25.
sLongueur
j Hauteur
< Hauteur des lettres.
Hauteur de l'M
Distance des lignes à l'M,
I
16.
17-
18.
I 9-
{
{
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres.
Longueur
Hauteur
■. .
Hauteur des lettres.
10
6
Í
("Longueur
\ Hauteur. ......
LHauteur des lettres.
!
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres de la i. re lig
Hauteur des autres lettres
í Longueur.
1 Hauteur.
j Hauteur des lettres
(.Haut, des lettres de la d. re ligne.
{
Í
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres.
Longueur
Hauteur
Haut, des lett. des i. re et d. re li]
Hauteur des lettres de la 2. e ligne
Hauteur des lettres de la 3.° ligne
29.
sLongueur
\ Hauteur
LHauteur des lettres.
3o.
| Hauteur de la lettre.
3i.
rLongueur
) Hauteur
I Hauteur des lettres , environ.
I Distance des lignes à l'M. . .
32.
Longueur
Hauteur des lettres
| Hauteur du D. M
[.Distance des lignes au D. M.
(
33.
Hauteur
ÍI Hauteur
des lettres , environ.
/Longueur
I- Hauteur des lettres, environ.
Longueur
. .
Hauteur
re
re
Haut, des lett. des i. et d. lig.
Hauteur des lettres de la 2. e ligne
DIMENSIONS.
rHauteur de ce qui reste de la lett.
\ Entière, elle devait avoir
6(0
7
Longueur
Hauteur des lettres. . . .
Distance de la ligne à l'M.
{
L.
Longueur
'. .
I Distance des lignes au D. M.
34.
35.
sLongueur
< Hauteur
(.Hauteur des lettres.
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres
Hauteur du D. M
Distance des lignes au D. M.
Í
(
(1) C'est la longueur de ce qui reste de l'mscription. Dans toutes ces mesures, il n'est point du tout question des
dimensions de la pierre , mais seulement du cadre dans lequel chaque inscription pourrait être placée. Nous avons
même toujours mis à part le D. M., parce que souvent il se trouve dans un fronton , et a l'air de faire une inscription séparée.
(2) A moins que cette lettre ne fût un P, ce qui pourrait être ; et dans ce cas , elle aurait plus de hauteur.
DE VÉSONE.
N.°
36.
37-
38.
3g.
4i.
44.
45.
P.
L.
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres de la 1 rc lig.
Hauteur des lettres de la 2. c ligne
^Hauteur des lettres de la 3.° ligne
5
1
4
3
3
4
»
»
.»
5
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres
! Hauteur du D. M
[^Distance des lignes au D. M.
6
2
DIMENSIONS.
(
Í
7
>'
2
3
2
2
Longueur
Hauteur des deux lignes. .
Hauteur des lettres
! Hauteur du D. M
^Distance des lignes au D. M.
Í
!
Longueur
Hauteur des lettres
Distance de la ligne au D. M._
Distance de l'ascia à la ligne. .
(
(
Longueur.
Hauteur , y compris l'M du bas.
Hauteur des lettres
Hauteur du D. M
^Distance des lignes au D. M. . .
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres. . . .
| Hautenr de l'M
.Distance des lignes à l'M.
( Longueur.
■î Hauteur
(.Hauteur des lettres.
5i.
Longueur
Hauteur des lettres.
{
("Longueur
I Hauteur.
,
Hauteur des lettres de la i. re lij
| Hauteur des lettres du bas. . .
Hauteur des autres lettres. . . .
sLongueur
53 b. \ Hauteur de ce qui reste des lettres
(.Entières , ces lettr. pouv. avoir. .
Í
Longueur
Hauteur
Hauteur des lett. de la i.' e ligne
Hauteur des autres lettres
N.'
DIMENSIONS.
59 .
Longueur
:
Hauteur
1 Haut, des lettres de la t." ligne.
LHauteur des autres lettres. . . .
(
61.
4
''Longueur
1 Hauteur
I Hauteur des lettres de la i. re ligne
j Hautenr des lettres de la 2. e ligne
f Hauteur des lettres de la 3 c ligne
^ Hauteur des lettres de la 4- e ligne
62.
("Longueur
1 Hauteur
/Hauteur des lettres. . . .
i Hauteur du D
^Distance des lignes au D.
47-
53.
P.
sLongueur
! Hauteur
[Hauteur des lettres.
63.
/Longueur
Hauteur des lettres.
64.
Longueur
Hauteur des lettres.
(
p. P. L.
I
I
»
I
**
5
1
3
3
9
9
4
6
11
a
2
2
9
3
(*
„
5
1 11
n
5
5
2
9
I 11
2
6
7
»
4
2'
r
»
II
»
»
í »
5
1
»
3
65.
( Longueur
< Hauteur
(.Hauteur des lettres.
66.
sLongueur
I Hauteur des lettres.
I 11
67.
Longueur
Hauteur des lettres.
g
1
6
5
8
»
{
68.
/Longueur
l- Hauteur des
(
lettres.
72.
Longueur.
Hauteur. .
Haut, des let. de la r , r ' lig., près de
<JHaut. deslet. de la a. e lig., près de
J Hauteur des lettres de la 3. c ligne
I Haut, des let. de la 4- c lig., près de
I Hauteur des lettres de la 5. e ligne
Í
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres.
»
I
n
10
7
4
I
3
9
A,
O'
2
Í
I
76.
Longueur
Hauteur
I Hauteur des lettres de la r. re ligne
L Hauteur des autres lettres. . .
'Longueur.
Hauteur
Hauteur des lettres de la i. re ligne
| Hauteur des lettres de la 2. e lij
Hauteur des lettres de la 3. e ligne
Z
S Longueur.
2 11
S
>.(')
Í
7
1
8
7
6
9
1,
2
I
4
4-
1 9
9 4
2 4
2 2
2 ■ 1
j Hauteur. .
79-
4
6
2 ~2
7 3.
3
2
5
11
9
3
4
671
Hauteur des lettres de la r. re ligne
( Hauteur des lettres de la 2/ ligne
Hauteur des lettres de la 3. e ligne
(r) Nous pensons que c'est le haut des lettres qui est coupé ; mais nous n'en sommes pas parfaitement certains.
ANTIQUITÉS
672
N. C
DIMENSIONS.
Longueur
Hauteur de ce qui reste des lettres
Entières, ces lettres pouv. avoir.
H
/
3
83.
6
'7
4
3
( Longueur
< Hauteur de ce qui reste de la lett.
(.Entière , cette lettre pouv. avoir.
'3
5
7
{Í
0
84.
{
Longueur. ;
Hauteur de ce qui reste des lettres
Entières, ces lettres pouv. avoir.
86.
87.
88.
P.
P. L.
4
6
3.
3(
7
5.
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres.
8
Q
g
6.
Longueur.
Hauteur.
(.Hauteur des lettres.
6
9
4
6
7-
Longueur de chaque mot. . . .
Hauteur des lettres du 1." mot.
Hauteur des lettres du second mot
4
6
8
Í
{
1
("Longueur
< Hauteur
(.Hauteur des lettres.
10
sLongueur
< Hauteur
(_ Hauteur des lettres , environ.
2 6
2
2 10
91 -
sLongueur
t Hauteur des lettres.
5
9 3.
S
9496.
I. W
{
Longueur
Hauteur , environ
Hauteur des lettres
Hauteur des lettres de la d. re lig
("Longueur. .....
' Hauteur
^Hauteur des lettres.
{Í
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres.
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres.
(Longiueur
1 Haut.
auteur de ce qui reste des lettres
(.Entières, ces lettres avaient env.
1
{
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres.
{
{
Longueur
Hauteur des lettres.
/"Longueur.
1 Hauteur
L Hauteur des lettres.
/•Longueur
I Hauteur des lettres.
Longueur
Hauteur de ce qui reste des lettres
("Longueur.
I Hauteur
,
jHaut. des lett. des trois i. ros lig
j Hauteur des lettres de la d. re lig
J Hauteur de l'M du fronton. . .
>■ Distance des lignes à l'M. . . . .
5
Longueur
Hauteur
Hauteur des lettres.
2 6
2 10
5
7
Longueur
Hauteur des lettres.
(
3
9
9 4
5 n
(
Longueur
Hauteur
I Hauteur des lettres de la i. re ligne
l. Hauteur des autres lettres. . .
8
5
DIMENSIONS.
(Longueur
\ Hauteur
(Hauteur des lettres.
10
Longueur
Hauteur des lettres.
go.
N.°
9
6
i3.
{
Í
Longueur
Hauteur des lettres.
Longueur
Hauteur , y compris le II du bas
Haut, des lett. des trois i. ros li.
Hauteur des lettres de la d. rc lig
. Hauteur dn II
14.
j Longueur
■j Hauteur de ce qui reste des lettre:
(.Entières, ces lett. dev. avoir env
l5.
(Longueur
) Hauteur
(Hauteur des lettres.
(t) Ce fragment et celui du N.° 83 paraissent appartenir à la même inscription.
(î>.) Ce nouvel ordre de numéros est celui du Supplément : nous n'y avons pas compris le fragment du N.° 1 G , parce
qu'il est évident qu'il est postérieur à l'empire romain.
(3) S'il arrivait que , dans la suite des temps , quelques-uns de nos fragmens d'inscriptions vinssent à se perdre ,
on pourrait toujours , au moyen de nos mesures, les comparer , jusqu'à un certain point , à ceux que l'on trouverait
plus tard , et calculer s'ils avaient pu faire partie des mêmes inscriptions : c'est le second avantage de cette table ;
nous avions déjà fait connaître le premier.
DE VÉSONE.
ARTICLE 1 1 . —• De quelques marques incertaines ,
67 3
ou qui semblent avoir
été tracées sans motif.
On trouve quelquefois, sur des morceaux de marbre ou de poterie, des
espèces de marques faites à la pointe ou au ciseau , mais qui par leur peu
de profondeur et de régularité semblent avoir été gravées sans motif.
N.°
—■ Sur un fragment de poterie de peu d'épaisseur.
N.° 3. — De Vautre côté du même
fragment.
1.
X I
N.° 2.
N. d 4- — Sur un autre fragm. de
marbre.
Sur un frag. de marbre
de placage.
Ces marques sont de peu d'intérêt (1); nous les donnons pour ne rien
négliger de nos antiques monumens.
Nous avons aussi un morceau de marbre blanc rosé qui paraît avoir
fait partie d'un pavé en compartimens , et sur lequel sont gravés deux
traits profonds que nous avions pris pour quelques restes de décorations ,
mais que nous avons ensuite reconnus pour des portions de lettres. Nous
croyons devoir ajouter ici ce nouveau fragment : ce sera le i7- e N.° des
inscriptions du Supplément.
N.° 1 .7. ■— Sur un fragment de marbre de 3 pouces de haut,
de 8 lignes de large , et de près de 3 lignes d'épaisseur.
1.
r
Ces restes de caractères , qui nécessairement appartiennent à un I ou
à un T, et à une autre lettre qui ne peut être qu'un D, un P ou une R,
(1) Elles font partie du cabinet de M. de Mourcin, de même cpie tont ce qui suit.
Ton. II.
sa
67 4
ANTIQUITES
ne sont point du côté du parement : il paraît qu'on avait taillé l'espèce
de parallélipipède sur lequel ils se trouvent gravés , dans du marbre qui
d'abord avait été employé à un tout autre objet.
Nous devons encore ajouter ici, parce que nous avons oublié de le faire
en son lieu , qu'on voit une petite portion d'M au commencement de la
première ligne de Finscription du N.° 29 (.1), et que par conséquent on
ne peut douter que ce monument n'appartienne à un Marullius.
ARTICLE
12. — De quelques monumens de bronze, et de quelques ustensiles et bijoux du même métal.
Depuis peu de temps on a trouvé aussi sur remplacement de Vésone ,
ou dans les environs, divers objets de bronze parmi lesquels on doit surtout remarquer (2) :
i.° Une petite tête qui paraît être celle du
dieu Pan. Le fils de Dœmogorgon est représenté en longue barbe, avec des oreilles
pointues, entourées de cornes de bélier.
Le côté droit du petit dé qui forme la
base du cou est orné de la face d'Isis. La
hauteur de ce joli monument est de 1
pouce 5 lignes ; le travail en est assez
bon.
0
2.
Le derrière de la tête d'un homme ou
d'un dieu. Ce fragment paraît avoir fait
partie d'une petite statue coulée trèsmince, et dont Fintérieur était garni de
terre et de plomb. II ne reste rien de la
face.
3.° Un petit dieu en longue barbe , ayant
un bonnet phrygien sur la tête et une espèce de houlette à la main : c'est vraisemblablement Silvain. La hauteur de ce petit
bronze est de a pouces 2 lignes; l'attitude
en est bonne , mais les détails en sont
peu soignés.
4. 0 Un petit ustensile en forme de cuiller
ronde : c'est peut-être une espèce de simpulum ; sa long, est de 3 pouces 4 lig.
5. ° Un pied de réchaud, d'un travail grossier; sa hauteur est de 5 pouces 9 lignes;
il se termine dans le bas par une espèce
de griffe ; on voit vers le milieu une figure humaine ; le haut représente une tête
de monstre marin.
6. ° Deux petits manches de poignards dont
la lame était en acier.
7. 0 Un morceau de cuivre travaillé en forme
de cylindre creux; il a 16 lignes de long
sur 16 lignes de large; son extérieur est
orné de cannelures, et on voit une espèce
de boucle dans son intérieur ; son vernis
est de la plus grande beauté.
8.° Deux grosses boucles, liées d'un côté à
une espèce de plaque ovale qui paraît
avoir été soudée à du fer.
9. 0 Un très-fort anneau dont l'usage est incertain , et plusieurs" grosses bagues.
Nous pourrions citer beaucoup d'autres objets; mais ceux-là suffisent
(1) Voyez toin.
(2) Voyez
i. cr , pag. 284.
ce que nous avons dit de ces sortes de monumens (toin. 1.", pag. 363 et suivantes).
DE VÉSONE.
67 5
pour donner une idée de nos richesses , et pour prouver cpie des fouilles
bien dirigées feraient retrouver un grand nombre de monumens antiques,
puisque après tánt de siècles on en ramasse encore à la surface du sol.
Nous pourrions également faire connaître une foule de médailles nouvellement découvertes, et dont quelques-unes offrent de l'intérêt.
ARTICLE I3. — De quelques vases de terre cuite.
Lorsqu'on travaille la terre à une certaine profondeur, on en fait presque toujours sortir des fragmens de vases de. toute espèce de poterie, souvent même on découvre des vases entiers : on en voit plusieurs dans le
cabinet de M. de Mourcin, qui ont été nouvellement retrouvés.
ARTICLE 14. — De deux fragmens de statues de marbre.
M. de Mourcin a découvert aussi depuis peu deux fragmens de statues
de marbre blanc. L'un consiste dans une tête d'évêque : le travail en est
mauvais , et on y reconnaît le faire du moyen âge. L'autre laisse voir encore quelques portions du dos , des fesses et des jambes d'un petit enfant assis , et qui paraît avoir été au bas d'une statue : c'était probablement l'Amour -jouant aux pieds de Vénus. Le travail de ce joli morceau
annonce le bon temps de Fart (1).
CHAPITRE III.
De quelques objets des temps gothiques et de la renaissance.
O N voit également, dans le cabinet que nous venons de citer, un assez
grand nombre d'objets des temps gothiques et de Fépoque de la renaissance , tels que : des fragmens de réchauds en terre cuite , décorés avec
goût; un ornement de cuivre qui pourrait avoir fait partie d'un chenet,
(r) Dans ce moment ces deux morceaux sont au Musée.
67 6
ANTIQUITÉS
et où est représenté en saillie le devant d'un cheval , etc. , etc. On y trouve
aussi des flèches et des carreaux qui ne paraissent point appartenir à Van-.
tiquité, et plusieurs sceaux parmi lesquels il en est de curieux. Nous avons
fait graver celui du chapitre de Saint - Front (ij, et comme la légende
n'en a pas été copiée fidèlement , nous la mettons ici en toutes lettres :
S. SANCTY FRONTONIS VILLE PETRAGORARV ; c'est-à-dire, Sigillum Sancti-Frontonis villœ Petragorarum.
La même collection renferme beaucoup de monnaies françaises , depuis
Louis-le-Débonnaire jusqu'à nos jours ; il y en a même quelques-unes qui
paraissent offrir de l'intérêt : mais ce n'est point ici le lieu d'en donner
le détail , non plus que de celles des rois anglais qui ont régné sur notre
malheureuse Aquitaine ; les unes et les autres pourront un jour être le
sujet d'un nouveau travail.
CHAPITRE IV.
De la ville de Vésone , du temps des Gaulois.
AYANT déjà parlé de notre cité gauloise et des fortifications qui la protégeaient , il semble inutile d'y revenir (2) ; cependant , comme nos idées
sur cette vieille métropole se sont rectifiées peu à peu, et que ce que
nous en avons dit est en quelque sorte disséminé dans le cours de notre
Ouvrage, nous allons encore en retracer succinctement le tableau.
C'est dans le vallon de Vieille-Cité que furent jetés les premiers fondemens de Vésone; c'était d'abord une espèce de bourgade, et on ne peut
douter qu'elle n'ait pris son nom du ruisseau : la motte de la Jarthe ne
laisse presque aucune incertitude à cet égard , et on sait que pour établir
leurs habitations, les anciens Gaulois préféraient à tous autres lieux le
voisinage des petits courans d'eau (3).
(1) Voyez la planche XXIV.
(2) Voyez tom. i er , pag. 119 et suivantes; pag. 202 et suivantes. Voyez aussi tom. 2, pag. 649.
(3) M. de Mourcin en a trouvé la preuve positive ; il la fera connaître plus tard. Au surplus , 011 conçoit
aisément le motif de ce choix de position.
DE VÉSONE.
677
Cependant cette ville naissante dut bientôt sentir la nécessité de se procurer quelques moyens de défense, ou du moins un refuge dans l'adversité : c'est alors vraisemblablement qu'elle commença à établir des fortifications sur le sommet du principal coteau qui la dominait, et peu à peu
le surcroît de sa population se groupa sans doute autour de la nouvelle
enceinte (1).
Quoi qu'il en soit , Vésone s'étendait sur les deux bords du ruisseau ,
depuis Fille jusque vis-à-vis de la grande coupure de la citadelle; elle remontait, à l'ouest, sur la petite esplanade des Rocs; à l'est elle occupait le
coteau j usqu'au vieux chemin qu'on suivait encore avant qu'on eût ouvert
la nouvelle route de Bergerac : elle dut aussi , mais beaucoup plus tard , se
prolonger au nord de la rivière, et l'intérieur des vastes fortifications qui
la dominaient devait aussi renfermer des habitations.
Le sol de tout cet emplacement est brûlé jusqu'à une certaine profondeur, et il contient une si grande quantité de débris de poterie gauloise,
qu'on peut en ramasser, à la surface, jusqu'à 100 fragmens dans un espace de 4 pieds carrés. On y trouve aussi des outils de tout genre , de
pierre et de bronze ; toutes sortes de médailles , du verre , du laitier ,
des scories , de nombreux morceaux de cuivre fondu , et beaucoup de
gouttes du même métal.
Tableau des anciens outils , et des divers autres objets que nous
avons retirés d'Ecorne-Bœi/f, depuis peu d'années (2).
ARMES , OUTILS , USTENSILES ET AUTRES OBJETS.
JÍOMB,
/ La terre du coteau est toute noirâtre ; mais ce n'est guère qu'à 1 pied de profonCHARBON 1
deur que l'on peut encore trouver des morceaux de charbon. Quant aux frag-et
[
mens de poterie, il y en a partout en immense quantité; leur épaisseur est de 1
TOTERIE.
f
ligne à 3 lignes ; leur couleur est brune, cendrée ou rougeâtre, et nous en avons
\
qui sont assez Lien décorés.
/ Les outils de pierre abondaient aussi sur ce local : on en a retiré des haches enOUTILS - 1
tières en silex et en amphibole, des fragmens de tout genre, des flèches arrondies
DE PIERRE , j
ou barbelées , des projectiles concaves, des couteaux , des pierres de fronde , etc. ,
80O
(r) C'est ainsi que plusieurs villes^et gros bourgs se sont formés au pied des châteaux du moyen âge.
(2) Déjà Écorne-Bœuf était elfcjuelque sorte dépouillé avant que M. de Mourcin eùt commencé à y
colliger : tout ce que cet antiquaire a pu cn retirer n'est que le résultat de sa persévérance à glaner,
et cependant on voit qu'il a encore fait une assez ample moisson d'objets curieux.
ANTIQUITES
678
ARMES , OUTILS , USTENSILES ET AUTRES OBJETS.
PATERS
DE TERRE ,
s Les paters de terre cuite qu'on trouve à Écorne-Bœuf sont de toutes grosseurs , dei
puis 3 lignes jusqu'à 2 pouces : nous en avons
'Les médailles gauloises d'Ëcorne-Bœuf sont de tous les genres, depuis l'état le plus
barbare jusqu'à celui d'une civilisation assez avancée. Les plus anciennes consistent dans une boulette de cuivre , un peu aplatie au moyen d'un marteau sur leMEDAILLES
quel était une empreinte : nous en avons
f II y en a de fondues qni sont excessivement barbares ; nous en avons
t Autres de toute espèce , en argent , en billon et en bronze
'On découvre sur ce même emplacement toutes sortes de bijoux de bronze et même
d'argent ; nous en avons en assez grande quantité , parmi lesquels nous citerons :
i .°
Des anneaux ronds , de toutes grandeurs , au nombre de
2. 0 Des fragmens d'anneaux en forme de bracelets, au nombre de
3. ° Des espèces de íibules , ou agrafes rondes , au nombre de
DE BRONZE.
4. ° Des fibules en forme de harpes , au nombre de
5 ° Des agrafes en hameçon, au nombre de
6.° Une libule d'argent en forme de harpe
,
i Nous avons des fragmens de ces sortes de bijoux , ou d'autres du même genre. . .
BIJOUX
On retire de ce vieux sol de Vésone un grand nombre de petits outils de bronze ;
et nous avons :
1. ° De petits ciseaux, tranchans par les deux bouts, longs de i à 2 pouces, et
larges de i à 3 lignes
2. ° De petits ciseaux pointus d'un côté et tranchans de l'autre : entiers ou fragm.
3. ° Un très-petit ciseau, tranchant et très-élargi aux deux bouts
PETITS OUTILS
4. 0 Une espèce de petit oiseau, pointu d'un côté, et ayant 3 dents au tranchant.
de bronze.
5. ° De très-petits outils ronds , pointus des deux côtés, et souvent assez mousses.
6. ° Des aiguilles entières, ou autres
'
7. 0 Des espèces d'épingles entières , ou- autres
*
8.° De longues pointes sans tète; (elles ont de 2 à 6 ponces)
De longues pointes à tête plate.
\ Fragmens de toute espèce, dans ce genre.
ARMES
DE BRONZE.
' Nous avons aussi dans notre collection quelques projectiles de bronze et quelques
fragmens d'armes , tels que :
i.° Une flèche entière, deux portions de flèches, et un reste de javelot. . . . .
2. 0 Deux morceaux d'épées à deux tranchans. . . .
3.° Une pointe de fourreau d'un genre très-singulier.
Enfin , nous possédons quelques autres objets de toute espèce , tels que :
i.° Des clous
de toutes dimensions
2. 0 Deux fragmens de conteaux
3.° Deux fragmens de grosses haches
4. 0 Un petit canard qui semble avoir servi de jouet d'enfant
5 0 Une petite botte extrêmement curieuse, et dont la hauteur est de 1 pouce.
AUTRES OBJETS
de bronze.
TOTAL des outils et autres objets de bronze provenant d'Ecorne-Bœuf et de "Vieille-Cité. ' On trouve aussi sur les flancs du coteau des fragmens de verre , du laitier et des
scories de tout genre , et chaque jour on y découvre des morceaux de cuivre de
CUIVRE
I . toutes grosseurs , et dont quelques-uns paraissent avoir été cassés après être sortis
BRUT ,
du fourneau ; tandis que les autres semblent s'être échappés sous la main de l'ouverre et laivrier. On a recueilli des masses de ce métal qui pesaient plus de 2 livres , et nous
tier.
en avons encore , de diíférens volumes, quatre-vingts morceaux (1)
Ì
(1) Les gros morceaux paraissent être de la véritable rosette.
DE VÉSONE.
679
Tels sont les antiques débris que fournissent encore chaque jour ÉcorneBoeuf et Vieille-Cité; et combien n'en a-t-on pas ramassé depuis la conquête des Gaules jusqu'à nous! combien ne s'en est-il pas perdu dans l'espace de près de deux mille ans? Les plus gros outils, les bijoux d'or et
d'argent, les ornemens les plus précieux durent exciter la cupidité et disparaître les premiers ; les autres Pont fait avec les siècles. Des fouilles bien
dirigées, faites sur les revers du coteau et dans le fond des vallons, pourraient seules maintenant produire quelques résultats heureux.
Mais ces fortes traces d'incendie n'indiquent- elles pas remplacement
d'une ville brûlée (1)? Ces médailles, ces bijoux, ces petits outils de toute
espèce, ces armes, ces fragmens de verre, ces scories, et ces masses de
cuivre fondu ne nous apprennent-ils pas que cette ville était riche et industrieuse ? Cette immense quantité de débris de poterie n'annonce-t-elle
pas le long séjour d'une nombreuse population ? Et ces outils de pierre ,
ces amulettes de terre cuite ne prouvent -ils pas que l'origine de cette
vieille communauté se perd dans la nuit des siècles ?
Ainsi notre cité gauloise accupait un vallon étroit , une montagne escarpée , et quelques portions d'une vaste plaine ; une longue citadelle dominait son enceinte , et était elle-même dominée à son tour par une espèce
de grosse forteresse qu'on avait élevée à une de ses extrémités : c'était le
dernier refuge des citoyens , dans les temps de guerre et de malheur. Oh !
combien cet ensemble devait produire un aspect imposant et bizarre !
Telle était Vésone du temps des Gaulois : nous avons fait voir ce qu'elle
fut sous les Romains; on sait qu'alors elle occupait une grande partie de
la plaine , et que dans le moyen âge elle s'est encore éloignée de sa première situation , en se formant sur un petit mamelon du nord.
Le voyageur instruit qui visite cette dernière ville n'y aperçoit qu'un
très-petit nombre de monumens dignes de fixer son attention : la basilique de Saint-Front, quelques constructions du i2. e siècle, des temps gothiques oii de la, renaissance , voilà tout ce qui peut l'intéresser. Si ce
même voyageur tourne ses pas au sud-ouest, il se trouve sur l'einplacement
(1) Les villes gauloises étant bâties en bois, ce n'est guère que du charbon et quelques outils que l'on
peut trouver sur leur emplacement.
680
ANTIQUITÉS DE VËSONE.
de la ville romaine : c'est là qu'il rencontre les débris de la magnificence ,
et qu'il reconnaît la trace des vainqueurs de l'Univers. Si ensuite il porte
ses regards vers le sud , il les fixe naturellement sur une montagne isolée :
c'est là notre cité gauloise ; c'est là le premier berceau de nos pères. Les
mouvemens du coteau , les sinuosités du vallon qui est à l'ouest , les souvenirs qui se rattachent à ce vaste local , tout y porte au recueillement et
à la réflexion. On croit voir encore, sur les revers de la montagne, cette
ville en amphithéâtre ; on mesure des yeux ces remparts de la citadelle , et
ces hautes murailles de la forteresse qui en occupait la sommité ; on aperçoit, dans les rues de l'antique métropole des Pétrocoriens , des druides
avec leur serpe d'or à la main , et des Gaulois de toutes les classes ; on
entend les chants des bardes : tout s'anime pendant quelques instans ;
mais bientôt le tableau disparaît, et les teintes rembrunies du sol et leur
contraste avec les coteaux rougeâtres des environs viennent attrister l'imagination.
BlêllOTHEQ
DE LA VILL
DE PÉRiGUrl
FIN DU SECOND ET DERNIER VOLUME.
ANTIQUITÉS DE VÉSONE.
680 bis.
APPENDICE.
PENDANT que l'on imprimait la dernière feuille de notre Ouvrage , nous
avons encore reçu une médaille que nous croyons ne pouvoir pas nous
empêcher de publier (1).
Cette médaille est en bronze ; sa largeur est de 9 lignes ; son poids est
de 1 gros 56 grains ; son vernis est de la plus grande beauté ; son contour
est en biseau , et son faire annonce la dernière époque des arts chez les
Gaulois.
D'un côté on voit une figure debout ; elle a le bras droit levé , et semble appuyer le gauche sur la hanche : on croirait d'abord que c'est un
homme dans une attitude menaçante. Si cependant on examine cette figure
avec attention, on aperçoit bientôt que ses jambes ne sont que des espèces de bâtons , que sa tête n'est qu'une pointe formée d'une draperie (2),
et que le corps est d'une épaisseur hors de toute proportion; en un mot,
on voit que le tout n'est qu'un mannequin , ou une sorte de dépouille disposée en trophée. Le biseau du contour est relevé par un grenetis.
Au revers, il y a également une ligne en grenetis, et on lit dans le
champ :
wc
vecoN
Mais que signifient ces lettres, VVC? C'est-il véritablement deux V et
un C? ou n'est-ce pas plutôt deux V, et une S en forme de C, comme on
(1) M. de Mourcin en a fait l'acquisition , le 10 septembre 1826; elle avait été trouvée dans la plaine
du Toulon.
(2) On aperçoit même un pieu qui sort au-dessus de cette draperie ; ainsi il ne pent pas y avoir de doute.
T
OM . II.
86 bis.
6Soter.
ANTIQUITÉS DE VÉSONE.
la faisait assez ordinairement? Les deux V ne pourraient-ils pas même
être une M renversée? Nous ne résoudrons point ces divers problêmes.
Quant au second mot , il est évident qu'il forme le nom presque entier de
notre cité : le V est croisé dans le bas, comme souvent nous le croisons
en écrivant ; l'E est en epsilon minuscule ; l'S est en C , comme chez les
anciens Grecs ; l'O et l'N n'ont rien de particulier ; et si l'on ne voit point
l'A de la terminaison , c'est qu'il n'y avait pas de place pour le graver.
Nous sommes donc assurés que cette médaille appartient à notre antique métropole. Sans doute les Vésoniens avaient eu quelque avantage
sur leurs ennemis , et ils voulurent en éterniser la mémoire par leurs monnaies : le trophée que nous venons de décrire ne semble laisser aucun
doute à cet égard. Au surplus , on sait ce que nous avons dit du blocus
de Vésone , et des combats qui paraissent en avoir été la suite : ce dernier monument fournit une nouvelle preuve ; il est du plus haut intérêt ;
c'est même , en quelque sorte , le complément de notre système et de nos
longs travaux.
8888888888888888888888888888888888888888888 8888888G8888088688888888Q88®
TABLE DES MATIÈRES
LIVRE PREMIER. — I. re PARTIE.
CHAP . II. — Des monumens religieux deVésone
et de son territoire, du temps des Gaulois.. . i55
Essai sur les Gaulois.
Art. 1. — Des grottes druidiques
ibid
CHAPITRE PREMIER. — De la Gaule; sa situation,
Art. 2. — Des autels druidiques
160
ses limites , ses habitans , leurs mœurs , leur
luxe. . . . '.
Art. 3. — Des tombeaux Gaulois
166
il
CHAP . III. — Monumens civils des Gaulois ... . 171
CHAP . II. — Religion et dogmes des Gaulois ;
antiquité de leurs opinions religieuses et philosophiques
19
Art. 1. . — Des peul vans ou obélisques
ibid
Art. 2. — Des chromlecks
173
CHAP . III. — De l'introduction des cultes étran-
Art. 3. — Des pierres mouvantes
176
gers dans la Gaule ; conjectures sur l'antiquité
de sa civilisation
Art. 4. — Des lignes monumentales
179
27
CHAP . IV. —■ Des monumens gaulois, comparés
avec ceux des anciens peuples
CHAP . V.
'.
36
Art. 5. —■ Des rochers convertis en monum. 182
Art. 6. — Des forges gauloises
184
Art. 7. — Des médailles gauloises
190
— Gouvernement et lois des Gaules .
/|0 CHAP . IV. — Monumens militaires des Gaulois. 194
CHAP . VI. — Ecriture, histoire, poésie, littéra-
Art. i. — Des châteaux ou forts gaulois. .. . ig5
ture , musique et danse ; sciences et philosophie des Gaulois
47
CHAP . VII. —: Agriculture, industrie, richesses
des Gaulois
59
•
199
Art. 4. — Preuves que Écorne-Bœuf fut une
citadelle gauloise
205
Art. 5. — Des villes de guerre
CHAP ..VIII.— Commerce des Gaulois ; médailles de ce peuple
Art. 2. — Des forteresses gauloises
Art. 3. — De la citadelle gauloise de Vésone. 202
208
67
Art. 6. — De la fondation de Bordeaux. . . 217
75
LIVRE PREMIER. — III. e PARTIE.
CHAP . IX. — Des villes gauloises et de leur état
politique ; conjectures sur les moyens de reconnaître leurs différens âges
CHAP . X. —■ Arts militaire et nautique chez
les Gaulois
CHAP . XI. — Forts et forteresses; génie militaire
chez les Gaulois
Relations des Gaulois avec quelques anciens peuples.
86 CHAPITRE PREMIER.— Relations des Gaulois avec
les Egyptiens
223
96
CHAP . XII. — Expéditions et colonies des Gaulois
Art. 1..— Noms qui annoncent ces relations, ibid
Art. 2. — Pierres gravées et médailles
224
Art. 3. — Monumens
ibid
Art. 4. — De la fondation de Narbonne. . . 225
CHAP . II. — Relations des Gaulois ayee les Phé-
LITRE PREMIER. — II. e PARTIE.
niciens et les Carthaginois. . . . ,
Rcclierclies sur la Cité de Vésone , son territoire et ses
monumens , du temps des Gaulois.
NOTICE sur le Périgord et sa capitale
CHAPITRE PREMIER.— De Vésone; son antiquité,
229
Art. 1. — Médailles phénic. et puniques. . . ibid
Art. 1. — Pierres gravées
23o
11 5 CHAP . III. — Relat. des Gaulois avec les Grecs . 23 1
Art. 1. — Médailles
ibid
' sou territoire , ses prérogatives , sa splendeur
sous les Gaulois; sa décadence.'
119
Art. 2. — Pierres gravées
•• 232
Art. 3. — Monumens
TOM. II.
234
87
TABLE DES MATIÈRES.
682
Art. 4- — De la fondation de Lyon
235 CHAP.V. — Restauration de la Tour-de-Vésone 336
Art. 5. — Liaisons des Pétrocoriens avec les
CHAP. VI. — Destination de la Tour-de-Vésone 344
Grecs , et preuves que les Gaulois méridioCHAP. VII. — Vues politiques des Romains en
naux ont parlé trois langues
238
fondant le temple d'Isis.
346
CHAP. VIII.— Époques de la fondation et de la
destruction du temple d'Isis
\
348
LISTES DIVERSES.
Nui)].°I. {r — Superstitions druidiques et autres, du territoire Pétrocorien. .
241
Num.° II. — Dolmens ou autels druidiques. . . 254
LIVRE TROISIÈME. — I. re PARTIE.
Num.°ÌII. —■ Peulvans ou obélisques gaulois. . a58
MONUMENS CIVILS SOUS LES ROMAINS.
Num.TV. — Noms de lieux qui pai-aissent dérivés du Celtique
262!
Monumens particuliers.
Num.° V. — Noms de lieux qui paraissent dérivés du Grec
267 CHAPITRE PREMIER. — De l'étendue de la cité de
.. Vésone, et de son état sous les Romains et
Num.° VI. — Noms de lieux qui dérivent du Ladans le moyen âge
355
tin, ou qui indiquent le séjour des peuples
barbares. . .
. 268 CHAP. II. — Bijoux , ustensiles, bronzes
363
CHAP. III. — Anneaux, bagues, pierres gravées 366
LIVRE DEUXIÈME. — I. RE PARTIE.
MONUMENS RELIGIEUX SOUS LES ROMAINS.
CHAP. IV. — Inductions tendant à prouver que
Vésone a toujours eu le droit de battre monnaie; coins, monnaies et médailles
370
Inscriptions sépulcrales et autres. „
CHAP. V. — Briques , tuiles et poterie ; urINTRODUCTION. — Conquête de la Gaule par les
nes , vases , verrerie
381
Romains, et effet de cette conquête sur l'esprit des Gaulois
.. 275 CHAP. VI. — Jaspes, porphyres, granits, marbres, stucs et enduits
387
CHAPITRE PREMIER. — Fragmens d'inscriptions
sépulcrales ou autres
CHAP. II. — Inscriptions sépulcrales
280 CHAP. VII. — Mosaïques , sculptures et bas-re285
liefs
392
CHAP. III. — Inscriptions sépulcrales et votives. 2g3 CHAP. VIII.—■ Bases, fûts et chapiteaux de colonnes
-.
4 °o
CHAP. IV. — Grande inscription votive , et inscription taurobolique
29g CHAP. IX. — Architraves, frises et corniches;
décorations et ornemens d'architecture
4o!>
CHAP. V. — Divinité topique
3o2
CHAP. X. — Bustes
'
409
CHAP. VI. — Inscriptions tutélaires!
3o5
CHAP. XI. — Statues. — Liaisons amicales entre les villes de Narbonne et de Vésone, et
LIVRE DEUXIÈME. — II. e PARTIE.
conjectures sur les causes de ces liaisons. ... 4 1 1
MONUMENS RELIGIEUX SOUS LES ROMAINS.
Temples de Vésone.
CHAP. XII. — Familles grecques, étrangères et
romaines, établies à Vésone dans ['antiquité. 419
CHAP.XIII.— Familles peu connues, établies à
CHAPITRE PREMIER. — Temple élevé à Rome et
Vésone.
421
Auguste, et inductions au sujet de ce temple. 3i3
CHAP. XIV.— Familles qualifiées ou historiques,
CHAP. II. — Temples d'Osiris, deBacchus, de
établies à Vésone
4*5
Neptune , de Vénus , de Junon , etc. — Temple dans l'enceinte de la nouvelle ville; temCHAP. XV. — De la famille du grand Pompée ,
ple près du Camp-de-César, etc
3 16
et des monumens qui tendent à prouver qu'elle
vint s'établir à Vésone..
<'|34
CHAP. III. •— Temples de Jupiter et de Mars.. 324
CHAP. XVI.— Antiquités romaines du territoire CHAP. IV. — Temple vulgairement appelé la
Pétrocorien
• 446
Tour-de- Vésone , et description de ce temple. 328
TABLE DES MATIÈRES.
LIVRE
TROISIÈME. — II. e PARTIE.
LIVRE
MONUMENS CIVILS SOUS LES ROMAINS.
MONUMENS MILITAIRES SOUS LES ROMAINS.
Monumens publics.
Itinéraires , voies , stations , etc.
CHAPITRE PREMIER. —■ Fragmens d'inscriptions
appartenant à des édifices publics
3
CHAP. II.
7
CHAPITRE PREMIER. — Chemins dAgrippa. . . 229
— Des ponts
CHAP. III. — Gymnase; école de Vésone
CHAP. IV. — Cirque , naumachie , théâtre et
amphithéâtre
Art. i. — Cirque, naumachie
i3 CHAP . III. — Voies romaines ; vestiges de ces
voies sur le territoire Pétrocorien
238
17 CHAP . IV. — Colonne milliaire de l'empereur
Florien
248
ib. CHAP. V. — Recherches sur l'époque de la
principale destruction de Vésone
253
Art. 3. — Amphithéâtre
24
CHAP. V. — Des thermes ou bains publics , et
des bains particuliers
77
CHAP. VI.
87
Des cloaques et des aqueducs. . .
Art. 1. TT Des cloaques
CHAP. II. — De l'Itinéraire dAntonin , et de la
Table théodosienne
23o
22
Art. a. — Théâtre
-r-
683
QUATRIÈME. — II. e PARTIE.
'
Art. 2. — Des aqueducs
ib.
89
LIVRE CINQUIÈME. — I. re PARTIE.
MONUMENS ÉLEVÉS DEPUIS LE CHRISTIANISME.
De la basilique de Saint-Front.
CHAP. VII. — Basiliques , ou palais de justice . . 109 CHAPITRE PREMIER. —• Description générale de
la basilique de Saint-Front et des principales
CHAP. VIII.— Du capitale
n5 s constructions qui en dépendent
269
CHAP. IX. — Arcs de triomphe , ou autres moCHAP. II. — Description particulière de la banumens de ce genre
118
silique
272
LIVRE QUATRIÈME. — I. re PARTIE.
Art. 1. — Des caveaux et des íbndemens de
la basilique
273
MONUMENS MILITAIRES SOUS LES ROMAINS.
Art. 2. — Des murs de la basilique , consi- .
dérés à l'extérieur
281
Citadelle de Vésone et camps romains.
Art. 3. — De l'intérieur de la basilique. .. . 32 1
CHAPITRE PREMIER. — Première citadelle romaine de Vésone, ou péristyle fortifié du temple de Mars
1 29
CHAP. II.
sone.
— Seconde citadelle romaine de Vé?36
CHAP. III. — Du château de Barrière et de ses
dépendances
182
Art. 4- — Des trois chapelles qui dépendent
immédiatement de la basilique
357
Art. 5. — De la partie supérieure des combles..
.
365
Art. 6. — Des constructions modernes de
l'intcrieur de la basilique ; de l'orgue ; de
la chaire; des autels
370
CHAP. IV. — Chump-de-Mars de Vésone ; posCHAP. III. ■ — Description particulière du clotes romains du territoire Pétrocorien ; militaicher de la basilique
38o
res de ce pays dont on trouve des inscriptions ;
goût de ses habitans pour l'art de la guerre.. 188 CHAP. IV. — Description particulière du grand
porche de l'ouest et de l'avant-porche . . . . 414
CHAP. V. — Camp-de-César, situé sur la Boissière , au midi de Vésone
194
CHAP. VI. — Camps alliés entourant la cité de
Vésone
202
Art. 1. -— Du porche
ibid
Art. 2. — De l'avant - porche , ou véritable
porche ancien
425
CHAP. V. — Du porche du nord et de celui
CHAP . VII. — Des autres camps qui entouraient
du sud
43°
la cité de Vésone
206
Art. 1. — Du porche du nord
ibid
CHAP . VIII.— Conjectures sur l'époquc du blocus de Vésone
aï 4
Art. 2. — Du porche du sud
489
684
TABLE DES MATIÈRES.
CIIAP . VI. — De la Vieille-Église , c'est-à-dire
d'une église fort ancienne sur l'emplacement
de laquelle ont été élevés le vestibule ou
grand porche et le clocher
ibid
CHAP. VII. — Des deux vieilles chapelles latérales
45 1
Art. 1. — De la chapelle latérale du nord . . ibid
Art. 1. — Des réparations urgentes de la basilique et du clocher
53 1
Art. 2. — Des restaurations dont on devrait
s'occuper lorsque les réparations urgentes
auraient été faites
536
Art. 3. Des autres restaurations et embellissem. dont la basilique pourrait être l'objet. 54o
Art. 2. — De la chapelle latérale du sud.. . ^61
CHAP . VIII.— Des autres constructions dépendantes de la basilique
47 1
LIVRE CINQUIÈME. — II. 8 PARTIE;
MONUMENS ÉLEVÉS DEPUIS LE CHRISTIANISME.
Art. 1. — Des chapelles de l'intérieur du
vestibule ou grand porche. ... :
47 2 Edifices de toute espèce , construits dans le moyen âge
Art. 2. — De la cave de l'angle d'embranet dans les temps modernes, à Vésone, au Puychement du nord-ouest
473
Saint-Front et sur le territoire Pétrocorien.
Art. 3. — De la chapelle de Sainte-Anne. . 474
Art. 4. — De la sacristie des chanoines. . . 475 CHAPITRE PREMIER. ■— De l'église de SaintEtienne, ancienne cathédrale.'.
547
Art. 5. — De la chapelle ou sacristie de l'anArt. 1. — De l'église
548
gle d'embranchement du sud-est
476
Ait. 6. — De la grande sacristie
ibid
Art. 7. — De l'ancien monastère , et du palais épiscopal
477
Art. 8. — Du cloître
480
Art. 2. — Du cloître
56 1
Art. 3. — De la chapelle de Saint-Jean. . . . 563
Art. 4- — Du palais épiscopal
567
Art. 5. — Des inscriptions
568
CHAP . IX. — Des inscriptions de la basilique de ■
CHAP.. II. — Autres églises et chapelles de VéSaint-Front et de ses dépendances
482
sone , du Puy-Saint-Front et du territoire Pétrocorien
578
CHAP. X. — De l'ancienneté de la basilique et
de ses dépendances ; de celle des changemens
Art. 1. — De l'église de Saint-Silain
ibid
et restaurations dont ces divers édifices ont
Art.
2.
—
Des
autres
églises
et
chapelles
de
étél'objet; de la destination de chaque partie. 488
Vésone, du Puy-St.-Front et des faubourgs. 58i
Art. 1. — De l'ancienneté de la basilique et
Art.
3. — Des divers couvens de Vésone et
de ses dépendances
ibid
du Puy-Saint-Front
592
Art. 2. — De l'ancienneté des changemens ,
Art.
4■
—
De
quelques
églises
curieuses
du
reconstructions et restaurations dont la badépartement
5g5
silique actuelle et ses dépendances ont été
l'objet; de la fondation de quelques dépenCHAP. III. — Des monumens civils du moyen
dances particulières
5o4
âge et des temps gothiques ; des maisons parArt. 3. —r Destination des diverses parties de
la basilique et de ses dépendances
515
ticulières de ces époques
598
Art. 1. — Des ponts
ibid
Art. 2. — Des égouts et cloaques
5gg
CHAP . XI. — De la construction de la basilique
actuelle ; de son premier plan et de son second ; de l'effet des changemens et restaurations dont ce monument a été l'objet
524
Art. 3. — Des aqueducs et des fontaines. . . 600
Art. 1. — Du maçonnage de la basilique actuelle, ou de sa construct. proprement dite, ibid
Art. 5. — Des léproseries et des autres anciens hôpitaux
ibid
Art. 2. — Du premier plan de la basilique
actuelle
526
An. 6. —• De rhô tel du Consulat, et de quelques maisons du Puy-Saint-Front
6o5
Art. 4- — Des cimetières
• . . 601
CHAP. IV. ■— Des monumens publics, et de quelArt. 3. — Du second plan de la basilique acques maisons de la renaissance
611
tuelle ; de l'effet des changemens et restaurations dont cette basilique a été l'objet.. . 527
Art. í. — De la conduite de la source de Jameaux ; de la fontaine de la Clautre ; de
CHAP . XII. — Des restaurations à faire à la bacelle des Vieilles-Casernes, à la Cité; etc.. 61 3
silique et à ses dépendances ; d'un projet d'embellissement
529
Art. 2. — De quelques maisons particulières. 621
TABLE DES MATIÈRES.
685
CHAP. V. — Monumens militaires du moyen
Art. 1. — Des pierres monumentales, des
âge et des temps gothiques ; système de démottes ou tombelles , et des châteaux forts . ibid
fense de Vésone et du Puy-Saint-Front
628
Art. 2. — Des armes , des outils et autres
Art. 1 . — Des diverses fortifications de Véinstrumens de pierre employés par les
sone, dans le moyen âge et dans les temps
Gaulois
65 r
gothiques
ibid
Art. 3. — Des paters de terre cuite
654
Art. 2. — Des fortifications du Puy-SaintFront
629 CHAP. II. — Des monumens romains de Vésone
et de son territoire
ibid
CHAP. VI. — Des villes murées et des châteaux
Art.
1.
—
Des
voies
romaines
ibid
forts du territoire Pétrocorien
633
Art.
2.
—
Des
aqueducs
romains
655
Art. 1. — Des villes murées
634
Art. 3. — D'un colombaire
ibid
- Art. 2. — Des châteaux forts
635
Art. 4- — De quelques mosaïques
656
CHAP. VII. — De l'ancienne prospérité de VéArt. 5. — D'un très-ancien puits
657
sone et du Puy-Saint-Front ; de l'industrie de
ces deux villes dans le moyen âge et dans les
Art. 6. — De diverses marques de fabriques '
temps modernes ; de leur situation et de leur
de grosse poterie
658
état actuel
.'
636
Art. 7. — De diverses marques de fabriques
Art. 1. — De l'industrie de Périgueux et du
de poterie fine
659
Puy-St.-Front , dans le moyen âge et dans
Art. 8. — De quelques inscriptions
661
les temps modernes
ibid
Art. 9. — De quelques corrections à faire à
Art. 2. — De la situation et de l'état actuel
des inscriptions du i. er volume
668
des deux villes
637
Art. 10. — Mesures et proportions des insCHAP. VIII.—• D'une fête singulière; de la décacriptions romaines
669
dence de l'autorité des deux villes , et des
Art. 11. — De quelques marques incertaines. 673
causes de l'anéantissement de leur commerce
Art. 12. — De quelques monumens de bronet de leur industrie
643
ze, et de quelques ustensiles et bijoux du
même métal
674
Art. i3. — De quelques vases de terre cuite. 675
SUPPLÉMENT.
Art. 14. — De deux fragmens de statues. . . ibid
MONUMENS DE TOUTE ESPÈCE.
CHAP . III
De quelques objets des temps gothiques et de la renaissance
ibid
CHAPITRE PREMIER. I— Des monumens gaulois
du territoire Pétrocorien
648 CHAP. IV. — De la ville gauloise de Vésone ■■ . 676
[ BtSUOTHÊQUfc 'fj
DE l A VILLE ■
DE FírKICUEUX :
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
ERRATA.
POUR faire un Errata complet , il faudrait relire l'Ouvrage avec la plus
grande attention , en analyser les phrases et les mots , et souvent même
vérifier certaines mesures sur les lieux : ce serait un travail de plusieurs
mois. Nous nous bornerons donc à noter les principales fautes que le hasard nous a fait découvrir; pour tout le reste, le lecteur voudra bien
y suppléer.
TOME PREMIER.
Le tome i. er a déjà son Errata; seulement nous y ajouterons ce qui
suit :
Page,
—
116 ,
dans la note : Petra sis ingratis
i2r, lig. i. re : le vallon de Campniac.
Lisez : Petra esto duris.
— le vallon de Vieille-Cité; et faites le même changement
partout. Le nom de Campniac n'appartient qu'à nne
portion de la grande plaine ; c'est par erreur que le
peuple le donne quelquefois à l'habitation des Rocs et
au vallon de Vieille-Cité.
—
1 7 2, ligne
—■
2g5, av.-dern. lig. de la note : 3. e siècle.
— ceux que j'ai vus et ceux.
— 2. e siècle.
—
3 1 4 , à la suite de la note
Ajoutez : Au surplus , il se pourrait que cette inscription dé-
—
3gg , ligne
7 : une femme debout.
Lisez : un homme debout.
—
eâd., ligne
g : 3 pieds 1 pouces de long.
— 3 pieds 2 pouces de haut.
—
eâd., ligne n : par les habitons
6 : ceux que j'ai vus , ceux
signât simplement un soldat de la 8. e légion.
— par un Gaulois.
TOME SECOND.
Page
14, ligne i3 : lf.° 86
Lisez : l'un au sud-ouest.
— iV.° 86 bis.
—
26, ligne ig : Visistation
— Visisation (sic).
—
107, lig.
—■
1 10, ligne
—
i38 , en note , i la íïn du
—
g , ligne 23 : l'un au sud-est
i. re : une défriche
— un défrichement.
4: Etat de l' Eglise du Périg.
— L'Estat de VEglise du Perigord; et faites le même chan-
gement partout.
alinéa
Ajoutez : (1) L'artiste qui nous avait dessiné cet acrotère l'a
détruit en 1822 , pour élargir de quelques pouces une
allée de jardin
—
eâd., ligne 2g : bute contre
Lisez -.forme une espèce de buttée contre.
É
688
SUITE DE VERRJ'IJ.
Page 140, en note , après la 1 2. e ligne
— 209, en note, à la fin du 2. e alinéa
Ajoutez: (z) II peut y avoir une inscription sur la porte,
— (1) Nous avons visité ce camp en 182G; // se compose
de deux parties bien distinctes : celle de l'est et celle de
l'ouest. Le rempart de la première est fortement élevé ,
et il était surmonté de plusieurs buttes. Un plan trèsexact des divers travaux de cette antique position serait curieux.
— 242 , ligne 23 : et passait à l'ouest
— 243 , note 2. e : né à Fages....
— 3op, , ligne 18 : sur 4 p. Ii p. de large....
— 556 , à la suite de la note 2. e
Lisez : et passait à une petite distance.
— dont le frère était seigneur de Fages.
— sur 6 pieds 3 pouces, et 4 pieds 6 pouces de large.
Ajoutez : Au surplus , il ne faut pas croire que cette destruction ait été achevée pendant la vie de notre apôtre ;
ce ne fut que long-temps après lui qu'on abattit réellement les temples païens.
— 5 7 8, lig. t.": CHAPITRE XII.
— 588 , en note, après la i3. c ligne
Lisez: CHAPITRE II.
Ajoutez : (1) Les constructions que nous avons prises pour
un reste de l'hópital (voyez page 604) sont celles de
téglise , et elles appartiennent au 12. e siècle.
— 625 , en note, après la 1 7. e ligne
— (1) Ce monstre pourrait bien être une énorme salamandre.
BIBLIOTHÈQUE
DE LA VILLE
DE PÉRIGUEU;
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