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Médias

Fait partie de L'Anti-Chiron, ou deffense de l'accord de la foy, avec la raison. Contre la réfutation et les répliques de maistre Jean Chiron...première partie. Dédiée à madame la duchesse de La Force. Par Joseph Asimont,...

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LANTICHIRONOV DEFFENSE

DE L'ACCORD

DE LA FOY
AVEC LA RAISON.
CONTRE LA REFUTATION
(T les Répliqués de Maiflre Iean Chiron,
Preftre & Bachelier en Théologie.
PREMIERE

PARTIR

Dediée à Madame la Ducheffc de

LA FORCE
Par IOSEPH ASIMONTft&Ciniftre
du Saint Euangile , dans l Eglifè
Reformée de Bergerac.

PARI SL* «IMIOTHtQUt
DE
DE LA
LA VILLE
VILLE
PL PERIGUEUX

DC.

L X

I

TRESHAVTE
ET

TRESILLVSTRE DAME,

MADAME LA DVCHESSE
DE

LA FORCE
AD AME,

Auant que dentreprendre cét Otwrage, ie
deliberay long-temps en moy-meCme, pour me

E P ï S TR E

t oudre à ce dejjein $ le ni ajsis *comme le Roy
de ILuangile, non pour consulter f iepouuois
aller an deuant de celuy, qui me benoit atta~
quer : mais pour examiner, s'il meritoit, que
ie prife la peine d aller à fa rencontre •> Et tauouè, que fi ien eujje confideré que la perfonnc
qui écriuoit contre moyfet fa façon décrire : ie '
n aurois iamais mis la main à la plume, pour
défendre le party d? la Foy çtf de la Raifon,con- y
tre la vanité de fes Répliqués. I'eufse efié
comme vn fourd, et comme vn muet volontai­
re^ ri ayant point d’oreilles ,pour écouter fes
iniufies reproches, ie rieufse point eu de bouche,
pour répondre vn feul mot d fesfaufses accufations, Mais depuis que ieus formé la refolution
de ne garder pas le filence, G) que la confideration de la vérité de Dieu meut obligé de ne
l'abandonnerpointfansdéfenfe contrevn homme
Animal,qui l'offenfoit : tlne falut pas beaucoup
de temps, pourconfulter, à qui ie deuois dedier
cét Ouurage. Et confiderant les aduis que vor
Flre Grandeur mauoit fait donner fur ce fuiet,
ie creus d'abord, GM AE> A ME que la
première Partie luy en eftoit légitimement dcüe:
puis qu elle mén infpiroit le dtfsein, & me donnoit le moyen de la produire. En effet, ie n aurots point découuert l'entreprise > ny la premie­
rs marche de mon Ennemy, fi voftre Grandeur

E P I S T R E.
ne me ïeûtfait connoifire5 Etie ri aurois iamais

eu l'aduantage de me feruir de la mefme main
> qui a travaillé pour Chiron, fi vofire zele ne
rrien eût fait trouuerle moyen Cefipourquoy ie
reconnais, M AD À ME, que le commence­
ment de cette production vous appartient:puis
que cefivous, qui luy auez donné lanaifsance.
Et ie confefse en vous l’offrant, que ce riefi pas
tant vnprefient que ie vous fay, comme l'acquit
d’vne de b te, que ie vous paye, & comme vn
hommage que ie rens d vofire Grandeur. Le fu­
ie t que iy traitte riefi pas indigne d elle 5 C’eft
l'Accord de la Foy auec la Raifon, que ïy deffens iÊt ie maffeure que vous ferez bien -aife
dy voirfouftenir dés l'entrée le lien de ce Ma­
riage facré> que Dieu entretient fiparfaitement
en vous- mefme. le parle auec Saint Paul d la
façon des hommes touchant les cbofes, quifont de
Dieu. Vous fçaue^ , çÿïCA DAME, que
bien qu vne alliance foit dvnhomme, fi elle efl
confirmée, nul ne l'a cafse, nul n'y adioufte-, Et
qu apres que les Contratfsontefié reconnus et ratfie fdans la focietéàlrieftpluspofsiblede les in*
valider, ny de les changer en y adiouflant) ou en
retranchant quelqueyhofe.Si cela s obferue dans
les traitez qui Je font par lefeul confientement
des hommes , quoy quils fient tout naturelle­
ment inconfians,et menteurs: Il deuroit encore
C

epïstre;
fe garder plus inuio labiément dans les alliances
que Dieu afaites> & qui ont receu leur confirma­
tion de celuy qui ne peut mentir, et dont la véri­
té ejt éternellement immuable. Ainf voyonsnous que nul ne peut entreprendre de fifarer l’â­
me de l'homme d'auec fion corps, en rompant le
lien de la vie, qui les vnit enfemble ,Jansfie ren­
dre homicide : parce que Dieu a faitïvnton de
ces deux parties ,pour encompofiervn <1 out. De
jnefme l homme ne peut fe fieparer de fiafemme*
pour fe marier d vne autre, fansfe rendre adul­
téré: parce que Dieu a contoint l homme & la
femme parlefiacre lien du çdfrCariage, pour faire
de deux perfionnes vne mefine chair. C'ejt luymefme qui a fait l'alliance de la Foyauec la raifion en laperfmne des Fideles fioümettant la Ra ifond la Foy, comme vne feruante d l'empire de fa
çjtâaiftreffe : pour vyir la grâce auecla nature,
(fifaire voir que l’vne ne pretenà pas à détruire
l autre , mais feulement a la perfectionner. Ce­
pendant il sefi leué dans ces derniers temps vne
forte de Gens, qüon appelle çJtâifsionnaires, qui
n ayant ny Foy. ny Raifon en eux-mefines, veu­
lent feparer en àutruy ce que Dieu a contoint.
Ils difent qu il faut décider les matières controuersées delà Foy , fans le minifiere delà raifon-,
Ils foufiiennent qùondoit ceffer de raifenneraufi
fi'tofiquon commence de croire -, et ils s’efforcent

I

&

E P ï S T R E.

,-de changer les hommes en b efies, four enfaire des
■Chrefiiens. C'ejl' contre ces Gens là que ï entrefrens de combattre, lors que ï entreprens de foutenir ï Accord de la Foy auec la Raifon -,

ne me fers que des armes que ces mefmes puif
fances me mettent en main, pour défendre leurs
communs interefis. llefi<vray, M A DA M E,
.quil riappartient pas à la raifon naturelle de
iugerdes t&fiyfleres de la Foy : parce qu’ils ne
fontpas de fon r effort, efyuilsfe trouuentéleuez,
infiniment au defus defa portée. Il faut qu elle
captiue fon iugement à l'obeyffance de cette
Maifirefie des cœurs:Mais dfflors qu elle eil
éclairée du rayon CelefieJaFoy luy demonftre des
chofes ^qu elle ne <voyoit pas, (fi luy fait contem­
pler fes vérité& à la faueur de fes lumières 5 Et
depuis que la Foy a mené fes pensées captiues
dans fa prifon, e lie luy donne la liberté de raifonnerfur toute forte de fuiets -, elle luy permet
de bafttr furie fondement quelle a posé j de ti­
rer des concluions des principes, quelle luy
fournit'-,
de combattre pour la vérité\par les
armes de la Parole de Dieu, quelle luy fait en­
tendre. Si ces grands Difputeurs du fiecle en
'uouloient'vfer de la forte (fi employer les mef
mes armes, quand ils difputent auec nous, ou
nous permettre de nous en fieruir, quand nous
difputonsauec eux : onwrroitbien-toft tous nos

v

E P IS T RE

differens terminez,, toutes nos Contreuerfes dé­
cidées ,
la concorde fucceder à la diuifion des
caurs P ourles mettre dans cette façon dagir3
qui tient beaucoup de la modération Chrefienne\
ie fouhaïterois quils vouluffent imiter la proce­
dure de 1 E S V SC HRISP enuers cette
femme de /’ Evangile, laque lie nefe montra pas
moins ferme dans fon raifonnement, que con­
fiante dans Jd Foy, & humble dans fi priere.
Elle eftoit étrangère de l’Alliance de Dieu,
O’ de la République d'Ifràèfet d’vne Religion
contraire d celle des Iuifs : Cependant elle s’ap­
proche du Seigneur pour implorer fon fecours en
faueur de fia fille , qui efioit tourmentée du
Diable. Et quoy quil la rebute d abord auec
mépris : néant moins ayant oüy dire quilguerifi
fioit toutes fortes de maladies
de langueurs
entre les peuples, elle croit qrielle ne fiera point
exclufi des effets de fa bonté. Le Sauueurraifiortne auec elle, pour luy donner la libertéde raifionner auec luy 5 II luy prouue, quilne doit pas luy
accorder la grâce qu elle demande ; parce quelle
nefi pas dans l Alliance de la grâce de Dieu-,
la traite de chienne, pour luy faire entendre
quêtant étrangère, elle ria pas le droit de pré­
tendre aux faueurs, qui font refiruées pour les
enfans. Mais cette femme ioignant la Foy auec
la Raifon finfifte contre toutes ces obtenions s &

epïstre
fe feruant des paroles mefmes duSaUUeur,plus
elle raifonne, plus elle croit 5 plus elle fait éclater
fa rafon, plus on voit reluire fa Foy, & plus
elle efl forte en raifonnement, plus elle remporte
de victoires. Tellement que le CbefetConfommateur de la Foy f laiffe vaincre à vne femme
qui croit çef qui raifonne en croyant 5 & luy ac­
cordant ce quil auoit faitfemblant de luy refufer, il rend fa Foy vtfiorieufe par les armes de
la raifon. Il ny a pas tant de distance entre la
RcligtonRomaine & la Reformée, quily auoit
de contrariété entre la Religion des Syriens,
celles des Juifs -. Car ils ne contenaient feule­
ment pas en laconnoifjance du vray Dieu 5 Et
nous conuenons non feulement en cepoinfô, mais
aufsi enplufieurs autres communs principes, et
generales maximes du Chriflianifme. Fourquoy
donc ces Nouueaux EnuoyeT^ ri imitent-ils la
pratique du Fils de Dieu ? Fourquoy nous
veulent-ils interdire le raifonnement furies
matières de Religion ? C efl parce qu'ils voyent
bien, qu apres avoir écouté nos raifons , ils fe­
raient contraints de faire l'Eloge de noflre Foy,
& de nous accorder ce que nous prouuons par la
Sainte Ecriture. Pendant qu'ils prendront le
loifir de confiderer cét exemple à leur confufion:
permettefmoy , MADAME , de contem­
pler auec admiration celuy de vofirePerfonne}

EPI ST RE.

tn qui Dieu a coniotnt les dons de la Nature &
de la Grâce> les lumières de la Raifon (fi de la Foy.
Vous aues atteint l âge que la Nature permet
aux temperamens les plus vigoureux 5 (fi dans
cét âge de la vieillefie ,qui aggrauel Efpritpar
les infirmités de la chair, où le refie des hom­
mes nont quvne demy-veùè des chofies, quil
leur importe le plus defçauoir j où les Efprits les
plus forts fentent diminuer leur vigueur •> (fi
éclypfer leurs lumières : voftre Grandeur pofiede
vne ame parfaitement faine dans vn corps par­
faitement fain, & conferue des clartés fans
nuages, des lumières fans eclypfe, vn iugement
folide, vne raifon entière, et vne viue Foy des
çfiXCyfieres Diuins. Vous faites paroifire cette
Foy , non feulement par les difcours de voftre
raifon, quand onvous entendparler de fes verttes: mais principalement par les aiïions de vos
mains, quand on les voit tous les tous occupées
à la pra tique des bonnes œuures, quidémontrent
la Foy, comme les bons fruitts font connoiftre
la bontédes arbres qui les portent. Tellement
que nous voyons en voftre Perfonne vne expreffion de ces arbres Myftiq^es, qui font plantes
en la Maifon de Dieu-, et qui félon le dire du
Prophète,portent des fruifts enlavieillefle tou*
te blanche, (fi fetiennent vigoureux (fi verds.
Comme ce font des aduantages, que vous tenez»

E P I S T R E.

de celuy qui efl Le Pere de Lumières , PAutheur de la Nature &d le Principe de la Grâce-.
Je ne doute pas MADAME, que vous ne
luy présentiez, tous les tours le Sacrifice de reconnoijfance , quil demande de vous 5 que vofire
ame ne b ente incefsamment le Nom de P Eter­
nel, qui la guérit de fies infirmitez,, qui la cou­
ronne de gratuité, et qui renouuelle fa ieunefse
comme celle de PAigle. Jldaïs ie vous fupplie
x aufii tres-humblement de croire que ie prefenteray fans cefse mes Oraifons à Dieu, à ce qutl
•vous confirue la poffefsion de ces faueurs, tuf
qu'à ce qu ayantferuy à vofire Génération auec
Jldonfeigneur le Duc vofire tres-Illufire Efpotts,
après auoir receu auec luy fur la terre toutes les
benedictions de fa Grâce,il vous éleue dans le
Ciel au ‘Triomphe de fa Gloire : Ce font les
•vœux de celuy , qui après P édification delà
çJtCaifon de Dieu, ria rien tant à cœur que la
profperité de la vofire> ny de plusforte pafsion,
que d’efire,

(MADAME,
DE VOSTRE GRANDEUR,
Le tt®s • humble, & treî-obeïflâot
Seruitcur 1, A s im o st.

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EPITRE

DE M AISTRE IEAN CHIRON»
A MONSEIGNEVR LTLLVSTRISSIME
ET RE VE RE N DI S SI ME

HENRY DE BETHVNE;
ARCHEVESQVE DE BOVRDEAVX
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—•
ET PRIMAT D’AQVIT AINE,

L ’éclatdevoltreNaiffance, la Nobleffe de voltre Maifon,
le Rang que vous tenez dans l’Eglifc de Iesvs-Christ , l’Eminente Dignité que vous remplirez,en cette Prouince, la Pieté
que vous répandez par vos Prédications Apoftoliques, &par
vos Inftruétions Synodales,le zele que vous aucz pour la Conucrfion des Aines, & pour le maintien de la Doctrine Ortho­
doxe: En vn mot, toutes vos vertus éclatantes meritcroient
fans doute qu’on vous dédiait des Ouuragcs plus excellons que
celuy-cy, & qu’vne autre plume que la mienne confierait
voltre nom en la mémoire des hommes. Toutesfois fçachanè
qu'àf imitation du Diuin Sauueur (dont vous cites vne Image
viuante ) vous ne dédaignez pas les chofes les plus petites, je
prendray la liberté de vous offrir ce petit Trauail, dans lequel
ie combats vn liure Hcretique, remply d’artifice âc derailons
humaines, capable d’entretenir & de fomenter l’erreur dans
l’entendement de ceux qui fe font feparez de l’Egîifes Vn liure
que les Religionnaires auoient fait glilfcr dans voltrcDiocczc,
qu’ils diitribuoient fceretçemem aux Catholiques, comme

t



Reftonfî à l’Ëpitrè

ie découuris J’aflnée paflee, trauaillant à la Controuerfe publi*
que par voltre ordre 5 Vn.liurc qui couure par des fauffes cou­
leurs ôedes raifons apparentes, l’horreur des blafphcmesde
Caluin. Ic Icay bien, MONSEIGNEVR, que-voftre
Grandeur a dans 1 cftenduë de la Iurifdidion des Efprits plus
éclairez que le mien, des bouches plus éloquentes, & des Ec»
clcliàftïques & Religieux beaucoup plus Dodcs, Icfqucls fans
doute auroiepe mieux rciifïi que ic n’ay lait dans cette entreprife : Mais pourtant i’olcray dire que c’eft vn coup de la vertu
&delaprauidenccduCiel,qu’vnfimpIc Prcftrc qui nevoid
pas le grand Monde, qui ne monte pas dans les plus hautes
Chaires, & que voftre Grandeur enuoye tous les ans dans les
Landes autres lieux plus reculez en voftre Diocezc,pour
inftruircles pauurcsPayfyis, ferue d’vn inftrumcntpour defcouurir & dei'ucloper tous les lophifines & les argumens cap­
tieux d’vn Hérétique rule, & pour confondre vn Miniftre qui
s’eftime le plus fumfânt de la Prouince. Certes cette grâce qui
n’cft pas des pi us petites, m’obligeant à recônnoiftrc à deux
genoux la Sagefle Incarnée, m'ordonne quant-&-quant à reucrer voftre Perfonne, en laquelle ic vois reluire vn rayon de
cette Authorité fupreme, & de cette dignité Paftoralc, à la­
quelle appartient dç droit Qiuin à iugerdes matières de Foy,
& à donner bçqçdi&ion à tous nos trauaux. Il eft vrayauili
qu’il y a long-temps que trauaillant dansles lieux de voftre Iurifdidion, i’auois dclfein de marquer le relpcd& l’affedion
que i’auois pour voftre Grandeur; Il eft vray que i’en ay lou’uent cherché les occafions : Enfin il fcmblç aujourd’huy que
Dieu ait exaucé mon defir, me donnant le moyen de vous of­
frir vnpruidcucilly en voftre fonds, vn Ouurage compofc
en voftre Diocçze, par vne perfonne qui a eu l’honneur d’y
prendre la nailfancç, & d’y trauaiher la meilleure partie de fa
vie dans les Millions & dans les autres fondions duSacerdoce.,
Vous rcccurez donc, M O N S EIG N E V R, ce petit prefent que ic vous offre, & vous agréerez qu’il paroilfe fous vo­
ftre protection > laquelle icm alfeurc luy donnera vn heureux
fuccez, & leruira d*vn folide rempart contre les ennemis de 1?
Foy, que ie délire combattre autant qu’il me fera polfible, La
pieté qui anime toutes vos actions , & l’intercft dclaftçligiop|

de Afaîflre Jean Cbiron,

j

qui vous touche plus que tout autre chofe,mc promettent cet­
te grâce de voftre bonté, & que vous aurez quelque egard à la
profeffion que ie fay, d’eftreauee foûmiflïon & rcipeéï,
, DE VOSTRE GRANDEVR,
MONSEIGNEUR)
Voftre tres-hurnble^ très-obéi(font, tres-ftoûrhis
firuiteur, IEAN CHIRON Preftrc.
De Eourdeaux ce 20. Auril 1662.

RESPONSE.
E ne doute pas, illuftrc Bachelier, que voftre Seigneur IIIuftriflimc ayant leu voftre lettre ne vous aye fait vne refponfc conucnable à fa Grandeur, & à voftre mérite. L’éclat
deraNaiflancc, laNobfcflc delà Maifon, le rang qu’il tient
dans l’Eglifc Romaine, qui fe pique d'honneur, l’Eminente
Dignité qum remplit en cette Prouince, la pieté qu’il répand
par fes Prédications Apoftoliques, & par'fes inftmélions Sy­
nodales, le zele qu’il a pour la conuCrfion des Ames, &pour
le maintien delàDodrinc Ortodoxe 5 En vn mot toutes lès
vertus éclatantes me font conjeéiurerraifonnablcmcnt qu il a
receu voftre liure auec les lentimcns d’vne iufte rcconnôifiance, & qu’il ne manquera pas de rccompenfet les trauaux d'vn
Preftrc,qui non contant d’aller porter tous les ans les lumières
de fon fçauoir iniques dans les extremitez de l’Amérique,pour
éclairer les Payiàns des Landes,comme il parle: tourne encore
fes armes auec tant de vigueur contre les blafphemçs de Caltiin,& contre les Sénateurs de fonHcrefic. Telleme nt que
comme ie m’imagine, il ne manque rien à l’accompliifcment
de voftre ioye, aprés*Ics acclamations que vous auczvcceuês
de toute la Coyr Archiepiicopale, après les fcmerci mens que

Ï

A i)

$

7*

Rcfyonfe à, l'fyitït

vous a rendus le Reucrendiliime Primat d’Aquitaine, & dans
l’cfperance que vous auez conceuë de voir fatisfaire voftre am­
bition. Mais corne la Prouidencc de Dieu ne nous laifte point
goufter en cette vie de douceurs, qui ne foient détrempées de
quelqucramertume,ny de plaifirs qui ne foient meflez de quel­
que mécontentement : foufti.cz queic vienne vn peu troubler
les délices de voftre fefte. Et puis que dans voftre lettre vous
m’interelfcz auecceuxdemaProfeftion : permettez-moy d’y
faire quelques reflexions pour vous faire connoiftre cequeie
. fuis, de ce que vous cftes vous mefme. Car ie voy bien que
comme vous ignorez les deftauts qui font cnmoy , vousn’aucz j^s aufli vne entière connoiflance des perfeélions qui font
en vous.
Ceux qui ont dit que la parole eft l’image des penfées de
l’cfprit ,& des defirs de la volonté, ont dit vray : car quoy qu’5
puifle parler quelquefois pour déguifer les fentimens del’interieur: ncantmoins on a beau le contre-faire : il faut que la
bouche parle de l’abondance du cœur, & que chacun foit iugé
par fes paroles, comme dit l’Efcriture. Suyuant cette maxime
27 àes Sages , que la parole donne à connoiftre la penfée de l hôme : tous ceux qui liront voftre lettre fans préoccupation, ver­
ront que voftre langage vous y donne à connoiftre, 8i iugfcrôt
que voftre ftyle n’eft pas éloigné de celuy des mondains, qui
difcnt datons, mentons : puifque vous entendet également
l’art de flater & de médire.
Dés l’entrée vous tafehez de vous infinuër dans les bonnes
grâces de Monfieur de Bethune 5 & pour vous faire confidcrer
de luy comme vn grand Maiftre,& comme vn doéteBachclierj
vous le traitez d’Archeucfquc, de Primat, de de Monfeigneur.
Ic fçay bien que ce font des tiltres qui luy font deus dans la
Hiérarchie Romaine: mais fans mentir c’eft vn peu tropd’abbaiftement pour vnPreftre, & vn peu trop d clcuation pour
vn Êuefque, & i’ofe dire que ces appellations reftentent la flaterie du Siccie, puisqu'elles ont cfté inconnues à toute l’Or­
thodoxe Antiquité. Sainél Pierre le fuit bien contents
dcmoins,&quoy qu’il euft vne fupreme authorité dans l’Eglife en qualité de fon Chef vniuerfcl, c«nme vous le croyez,
de que vous ne voyez reluire qu vn rayon de la puilfance en 1^

de z^/aijtre Jean. Chiron.

5

p erlonne de voftre Euefque : il auroit pourtant rejette tous ces
telinoignages de refpcd. Comme il défend aux Preftres d’a-1. T’/rr. j
uoir Seigneurie furlcs-heritages du Seigneur : auflîn’eft-il pas j.
croyable qu’il euft voulu rcceuoir le tiltre de Seigneur delà r*
bouche des Preftres, puis qu’il fie dit Prcftre auec eux. Sainél î*r* .
Paul ne croit pas faire tort aux Euefques, quand il appelle les ^#,20
Preftres de leur nom. Et Iefus -Chrift donne cét aduis à fes 28.
£>ifciplcs : les Roysdes Nations les maiftrifent i&'vf'ent d’authorité
fur ell es : mais il nsnfera point ainfi entre vont.
25.
Les anciens Pcres de l’Eglilc ont cfté dans les mefmes fenae.
timens. Saine! Auguftin qui eftoit Euefque a reconnu que ce
üe*
nom d’Euefché fignifioit vne œuurc, & non pas vn honneur.
Sainét Hierofme qui fait la leçon aux Eucfques de fon temps, fjjer e?
dit la mefme chofe j il leur remontre qu’ils doiucnt agir com- adibeoph
me Pcres,& non pas trancher de Seigncurs;& comme il prou- Hitr.Sp»
ue par l’Efcriture que lesPreftres font les mefmes que les Euef- “d
ques par l’cftabliïïemcnt du droit Diuin : aulfi veut-il que les
Euefquesfçachcnt que s’ils font plus grands que les Preftres,
c’eft pluftoft par la couftume que par vne véritable difpenfa- y-JJap \
tion du Seigneur.Recônoiflcz donc,Maiftre IcanChiron, que
*' ‘
vous eftes vn peu trop liberal des noms, dont vous ne connoiffcz4>as la valeur.
le ne touche point aux Eloges que vous donnez à voftix
Seigneur: je n'ayquc des léntimens*dc rclpcéfc pour faPerfonne; &iecroy qu’il mérité beaucoup plus que ce que vous
luy attribuez dans fon Panégyrique. Mais en confçicnce vou­
lez-vous le luy donner pour néant? Et fi vous dites tant de
bien de luy, n’cft-cc pas pour l’obliger de vous en faire ? Cer­
tes il y a grande apparéce que toutes ces belles paroles ne ten­
dent qu’à impetrer de fa Grandeur quelque plus haut degré
que celuy de Bachelier, & quelque plus grand Bénéfice que
celuy de Millionnaire. Vous le témoignez allez adroitement
dans la fuite de voftre Difcours ; lors que par vne feinte humi­
lité vous vous plaignez que vous ne voyez pas le grand Mon­
de; que vous ne montez pas dans les plus hautes Chaires . ÔC
que fil Grandeur vous enuoye tous les ans dans les Landes-,
autres lieux plus reculez en fon Dioceze, pour inftruire les
pauurçs Payiàns, N’eft ce pas dire qu'il leroit irjuftc, s’il
A iij

6

XjJponfe à ÏËpirrè

vous expofoît plus long-temps à ccs fatigues dans les defertsj
& s’il ne vous appclloitpasbien-toft en fa Cour, pourygouftcrles plaifirs du grand Mo.jdc? Pourmoy de qui vous dites
tantdemal,vousnem’auez pas donné fujctdc vous vouloir
du bien : Mais quand ie confiderc les capacitez de voftre Bachelerie,ie confcffe que vous méritez que voftre Seigneur
vous procure vne Commandcrie, puis que vous aucz fi digne*
ment feruy voftre Carauane parmy les Amcriquains, pour
adoucir la férocité de ces Peuples Barbarcs,qu’il vous éleuc de
. la pouflicric &du fable dcsLâdes,pour vous mthrofiier fur vne
Chaire de S. André, puis que vous elles vn fi excellent Prédi­
cateur; & quil vous attire dansvn autre Monde que celuy
des pauurcs paylàns, puis que vous fçauez fi bien parler
le langage des riches Mondains. Permettez - moy pourtant
de vous dire qu’en recherchant ces aduantages, vous n’imitez
pas
le Sauucur, qui cftant humble de cœur n’a point cherché
Jtun 8,
fa propre gloire ; que vous ncftes-pas imitateur deS .Pauhpuis
50.
que cotre 1b prcccptevous affeélez les chofcs hautes,au lieu de
vous accommoder aux plus baffes par humilité; en vn mot
que vous ne fuiuez pas l’exemple de voflre Eucfquc qui ne dé­
daigne pas les chofes les plus petitesipuis que vous paffionnez
les plus grands employs,
• Pour le perfuader à vous mettre dans les occupations,dont
Vous elles digne ; vous me donnez des tiltres & des qualitcZ
que ie ne mérite pas : 8? pour luy faire voir que vous elles ca­
pable de quelque chofe de plus grand que d-inftruire les pan­
ures Payfans : vous dites que dans lé petit trauail que vous luy
offrez,vouscombatczvn liure Hérétique, remply d’artifice
Sc de raifons humaines 5 capable d’entretenir & de-fomenter
l’erreur dans l’entendement de ceux qui fe font feparez de l’Eglife ; vn liure que les Religionnaires faifoient ghffcr dans fon
Diocezc, 8c qu’ils dillribuoient fecrettemcnt aux Catholi­
ques; vn liure qui couurê par des fauffes couleurs l’horreur des
blafphemcs de Caluin. Apres cela vous metraitez comme
mon liure d’Hcretiqucrufé; & vous me faites palier pourVn
Minifirc, qui s’cllime le plus fuffilànt de la Prouince. Et pour
montrer que vous n’auez pas mal rcülfi dans ce combat : vous
vous glorifiez que vous aucz feruy d’inftrument pour dccou-

x-'.

de tÿfaiflre Jedn CJriron.
tirîr &• déuclopcr tous les Sophiiincs & lcs/Yrgtimeris captieux
de cct Hérétique, & pour confondre ce Miniftre qui s4cftime
fifuïfilànt ; & vous en rendez mefme grâces à Dieu comme
d’vnc vi&oire que vous auez délia remportée. En quoy vous
faites connoiftre que vous fpauez joindre la détra&ion auec la
vanité,& quà l’imitation des Philofophes du Paganilmc,vous
I;
n’eftes pas moins injurieux que vantcur. Vous tafehez de me jO< * *
noircir pour vous donner de l’éclat, & vous me voulez ietter
dans l'infamie pour acquérir de la gloirc.Vous ne croiriez pas
eftre vn limple Prcftrc, fi ie n’eftois vn Hérétique ruféjny cilrc
eftimé grand Philofophe, fi ic n’eftois vn Sophifte captieux; a
ny auoir grande capacité, fi ic ne prelumois aiioir vne haute
fuififancc; ny palfer pour zélé à retirer ceux qui fe font fcparez
de 1 Eglife, fi Caluin n’eftoit vn blalphemateur. A ce mal que
vous dites de luy, ie ne refpondray pour luy autre chofc que ce
ce que refpondit le Sauueur pour loy-mefmc au Sergent qui le
frappa de fa vergç. S’il a mal parlé ren tefmoignage du
mal: & s’il a bien dit, pourquoy le frappes-tu? Pourtour le 23. *
mal que vous dites de moy, ie ne m’eftonne pas, que ie n’aye
point 1 honneur d’eftre connu de vous: puis que lapaffionquj
-vous anime contre moy, vous a tellement aucuglé, que vous
n’auez pas'fpcu lire les caraderes de mon nom. Il n’appartient
qu à ceux qui fc vantent des forces de leur liberté, de fe glorifief de-leur fuififancp. Quant à nous, nous confcftons auec S.
Paul que nous fommes infiifif&ns de penfer quelque ebofe de g
nous , comme de nous - mefmes : ej- que noftre fuffifaftce eft de j _
Dieu. Pour le bien que vous dites de vous-mefmc: je vous diray que Iefus-Chrift vous apprend par fon exemple à tenir vn
g,
autre langage : car il a dit de foy, y?à? me glorifie moy-mefme mu 5 4.
gloire n eft rien. levons diray auec S. Bernard, qu’il n’eftricn Bernard
de plus peruersny de plus indigne que celuy qui eftant obligé Serm- 1(î
d’eftre le gardien de l’humilité , combat par la profelïion/"f’
qu’il fait de la fuperbe; qu’il vucillc paroifire meilleur de ce
qu’il eft plus mefehant : & que c’eft vne jadance bien cftrangc
de croire qu’on ne puifle palier pour Saind, fi l’on ne fc mon­
tre orguillcux.
Il eft vray que pour cacher voftre orgueil vous confciTez à
voftre Seigneur, qu il meriteroit fans doute qu’on luy dédiait

4$

Béfenfe de iEpîfrT,

chant Ie$ traditions; & ie le puis mettre auec vérité au nombre
'A/eth liu de ceux dont parle le Cardinal de Richelieu fur ce fuiet, en ces
3. cap. j. termes> £a Controuerfe qui eft entre les prétendus Reformez
. & nous fur le fuiét des Traditions, n’eft pas telle que beaucoup
•de perfonnes eftiment. Quelques Catholiques peu verfez en
ces matières penfent que nos aduerfaires condamnent toutes
fortes de Traditions. Tous nos Aduerfaires admcttentles tra­
ditions en ce qui eft des Ceremonies, delà Difcipline & de la
.-JPôliccfinl’Eglifè, qui n’ont point d’autre fondement que la
; Tradition : niais ils nient formellement qu’aucun point de foy
necefîaire à falut puilfe eftre fondé en la Tradition. C’a efté la
mefme creance des Peres : car pour le regard de la Difcipline,
.des Ceremonies du Seruice Diuin, & des autres choies non
neceifaires à falut, ils ont fuiuy les Traditions non eferites.
Epiphan.
En ce iens eft véritable Ce que MaiftreChiron allégué de S.
hartf. 61 Epiphane, quand il dit, il faut aufli fe feruir de la tradition:car
on ne peut pas tout reccuoir de laDiuine Efcriturc : c’oft pourquoy les Apoftres ont baillé quelques chofes dans leurs eferits,
d'autres dans leur tradition. En ce fens nous ne conteftons
lî. pas aufli l’opinion de S. Auguftin, touchant la couftume de
2 de Ba- j gg{jfe qLll eftoit de fon temps. non de ne baptifer pas les Hé­
ptif.cont.
rétiques, comme dit voftre Bachelier, mais de ne rebaptiièr
Donat.c,
pas ceux qui auoient efté baptifez par eux; quand ièdit, ic croy

que cette couftume vient de la tradition dcsApoftres : comme
il fè trouue beaucoup de chofes qui ne fôt pas dans leurs écrits,
ny dans les Conciles de leurs fucceflèurs; &neantmoins on
croit qu’elles n’ont efté baillées ny rccômandées que par eux:
parce qu’elles font obferuées par toute l Eglife. Quoy qu’il
tafehe luy-mefme de prouuer cette couftume par l’authorité de
l’Efcriture ; & que Saincl Cypricn qui eftoit au milieu du
troifiéme Siècle, & par confequent plus proche du temps
des Apoftres, ait efté dans vn contraire fentiment.
En ce fens encore pourroit eftre véritable ce qu’il attribue
TZapl.lii a Saint Bafile, que des Dogmes qui font prefehez & oblèruez
e front. tjans p£gijfc } nous en auons quelques-vnes de la Dodrinc efr.9,.CttT- crjtCj & que nous en auons aufli receu quelques autres delà
tradition des Apoftres. Mais quand il ad joufte, que les vns &
les autres ont pareille force: c’eft ce qui me fait reconnoiftre

que

de iffldijfa Jean foiron.

£

lettre qui en fait le commencement ôc la dédicaccn’arîende
grand que la flateric, la médifance & la vanité. Vous y cftallez la flatterie auec tousles attraits ; la médifance aucc les plus
noires couleurs, & la vanité auec toute fon arrogance. Par la.
flatterie vous allez contre la vérité du Dieu viuant, pour plaire
à vn homme mortel. Par la médifance vous choquez les loix
de la charité que vous deuezauoir pourtous les hommes; Ec
par la vanité vous renuerfez l’humilité,qui doit regner en vous
mefmc. Par la première de ces qualitez vous atttribuez à 1Euefque la Seigneurie fur lesPrcftrcs, & de tant qu’il y ad’Eucfques dans l'Eglife Romaine, vous en faites autant de Sei­
gneurs contre la déclaration dcSaintPaul qui dit que, noies na- , Ccr ^
teons dans l’Eglife qu vnfetelSeigneur^fçauiyr lefts-Chrift.Vzr la 6,
fécondé ayant entrepris de difputcr contre moy par écrit, vous
me condamnez d’abord d’Hercfic & de blafphcme, contre la
defenfe de Saint Paul, qui ne veut point que le Preftrefoit i.Tim.ï
querelleux & à limitation des Hérétiques, qui ont accouftu- 3.
mé d'agir en leurs difputes par la violence des injures, & non *
par la force des raifonnemens. Par la dernierc cftant enflé de
la prefomtion de vos bonnes qualitez,vous vous attribuez l’authorité de maiftrifer dans l’Eglife de Dieu; & vous y eftablilfcz
autantdcMaiftrcsqu’ilyadc Clercs qui exercent voftre Pretrilè : contre la defenfe de Iefus- Chrift, mais vous nefoyez,point
2
appell-z, ncjire Maiflre ; & contre l’exhortation dcSaint Iacques. gw
Misfreres nefoyez, point plufieurs Maiflres : fçaehans que nous en rece- 7acq.y,l
• tirons plus grande condamnation.
Après tout cela fi ?orgueilïa deuant fécrafement-, &fi Péleteation <
dejpntprécédé la rieyne, comme dit le Sage : I'ay grandfujetde ^et< I<5’
croire que celuy qui fe glorifie d'auoir confondu vn Mimftre 1
dcrEuangilcjferaluy-mefme confus > qu’il trouueradans le
fujctdc fa gloire la matière de fa confufion
que celuy qui
chante fuperbement le triomphe, & qui fc donne des applaudiflemens auantlaviéioire,fc verra honteufement vaincu par
la force delà mcfme vérité qu’il a combatuc. Vous aucz beau
recommander voftre liure à la prote&iô d’vn llluftriflime.Sei­
gneur ,d’vn ArcheuefqucdeBourdeaux,d’vn Primat deGuyénc : il n’y a point de Seigneurie, de Mitre, ny de Primauté qui
puilfe feruii de rempart contre les armes de la vérité : car la vc•
B

r'/p?

'

Défenje de l'Epitrel

aux Donatiftes qu’ils luy montrent par l’Efcriture que l’Eglife
eftoit dans la feule Afrique, comme il leur a montré par la
mefme Efcriture,que 1 Eglife eftoit refpanduë par tout le mon1 de. Or dans tous les paflages qu’il a citez de l’Efcriture , on
ne trouuc pas vn feul mot de cette propofition, que l’Eglife eft
refpandué par tout le monde: mais il prouue feulement cette
vérité par la force & l’éuidence des raifonnemens, qu’il a tirez
des textes alléguez. 11 eft donc éuident qu’il ne veut pas obli­
ger les Donatiftes de faire voir dâs l’Efcriture en mefmes îqpts
ce qu’ils difoient que l’Eglife eftoit conferuée dans l’Afrique
feule : mais feulement qu’ils luy prouuent la chofe par des paffages bien raifonnez: puis qu’il veut qu’ils faftent feulement
ce qu’il a fait luy-mefme. Il eft donc manifefte qu’il y a autant
•de différence entre nous 8c les Donatiftes, qu’entre S. Auguftin & les Miffionnaires : car ceux-cy n’ont garde de nous faire
les mefmes demandes, que S. Auguftin faifoit à ceux-là : puis
qu’ils nous demandent que nous leur faflions voir dans l’Efcriture les mots dont nous nous feruons: au lieu que ce Doéleur
leur demandoit, qu’ils luy fiffent voir la vérité des chofes.
La troifiéme exception de Maiftre Chiron eft tirée de la dif­
férence qu’il met entre nous & les Saints Peres : parce, dit - il,
que ces Pcrfonnages éclairez des lumières Celeftes n’auoicnt
pas pour feul & pour total principe de leur Foy l’Efcriture,
mais la Sainde Efcriturc auec la tradition Apoftolique, c’eft à
dire,la parole de Dieu efcrite,& la parole de Dieu non eferite.
Mais pour vous il eft confiant, dit-il, que vousrejettez toute
forte de traditions, 8c que vous n’admettez que la feulc Efcriture pour rcigle totale 8c yniuçrfellc du falut 8c du feruicede
Dieu.
Mais ces deux propofîtions font également éloignées de la
vérité : car comme il n’eft pas vray que nous remettions abfolument toute forte de traditions : aufli eft-il faux que lesanciens
Peres n’ay ent pas reconnu pour total principe de . leur Foy, la
feule parole de Dieu efçrite.
Pour voir la vérité de ce que ic’dis : je vous prie de confiderer que comme l’Eglife eft la focieté des fideles appeliez à vne
mefme Communion de la grâce de Dicmelle a befoin de deux
reiglespour fc gouverner &fe maintenir dans cette Commu-

de l’approbation,

ÏT

fbetes-, qui doiucnt iugcr des proportions auancces : il eft bien
plus iufte que la doéhinc des Bacheliers foit foûmilc à l’exa­
men des Dodeurs, qui ont le droit de l’approuuer h elle eft
Orthodôxc, ou de la condamner ft clic ne l’cll pas. Mais quand
Û:conftdcreccqucditlcmcfmc Apoftrc, que bienheureux eft ffn'^
(eluy qui nefe iuge peintfoy-mefme en ce quil approuue ; Sc ce que dit i »* { *
Sainét ïçaniéjproHue‘{le$ efprits s’ilsfont de Dieu: j’ofe croire que
voys ne vous eftes pas lcruis de toute l’intégrité de voftre iugement, quand vous aucz approuué le liure de Maiftre IcanChi­
ron, Prcftre 8c Bachelier en Theologicjôc ft vous vouliez pren­
dre la peine d’en faire vne exaétc rcucuë pour éprouuer toutes
les chofes qu’il a eferites, 8c retenir feulement ce qui eft bon :
je m’afleure que vous feriez vn liure de corredions qui feroit
plus grand que celuy de fes répliqués ; 8c 'que vous trouucricz
vn iufte luict de recracher l’Approbation que vous luy auca
.• dennçe.

le fçay bien que vous trouucrcz cftrangc, qu’vn homme qui
n’eft pas dans vos lentimcns, fie mefle de contre-dire le iugement que vous aucz porté des Ouuragcs d’vn homme qui eft
dans voftre creance. Il femble que ic deurois me contenter de
la liberté que i’ay de les combattre, fans luy vouloir faire en­
courir voftre condamnation j 8>c que la qualité dcDodcurs que
vouspofiedez, nevous permet pas d écouter les rcmonftran;ccs de celuy què vous regardez comme eftrâgcr de voftre Foy,
8c comme voftre aduerfaire dans les matières de Controuerfe.
Mais puis quil n’y a point de li grand Doétcur qui n’ait aufli
befoin d’écouter les autres, pour en reccuoir des inftruéiions,
ou des aducrtilTcmcns ; puis que l’aduis mefme d’vnenncmy
n’eft pas toujours à méprifer ; 8c qu’il peut eftre quelquefois
falutairc ; Souffrez que ic vous donne deux aduertiftemens qui
vous paroiftront raifonnablcs, aufii toft que vous les lirez.
Le premier eft, quedans voftreApprobation vous ftippofex
des chofes comme incôtcftablcs, qui fonrencore ncantmoins
dans 1 incertitude parrny vous.-Car prcmicrcmêt en vous qua­
lifiant Doélcurs en la faCrée faculté de Théologie : vous .defi' ■ nificz que la Théologie eft vne faculté ; 8c cependant vos plus ytecan.Jf
fçauans Autheurs qui difputent dans lÈicole touchant le gen- nai.Tbselte de la Théologie, la mettent tous dans le nombre des hqbitn- qe.t fi, ; -

Bij

44

Defenfe <Je l’Epitre, • ■

pics les reprefentltions de la Diuinite,& les images dcsSaints£
deuarttlcfquelles on fc profternoit, &aufquclles onrendoit
des fennecs Religieux, par ce coup de foudre que la Loy a lanExod.io cé contre les Idolatï es. Tu ne te feras peint d'image taillée , ny
rejfmblance aucune des chofes, quifont és Cieux.) &c. tu ne te proflerncras point deuant elles ne les feruiraf. Ils efteignirent le feu
i.îean, i Purgatoire par le Sang de lefus-Chrifl Fils de Dieu, qui nota net1' ,
toye de tout péché, & qui afait la purgation de nos pechez parfoy-mef
f
me. ijs abolirent l’opinion du mérité des œuures, par cette
T^om, 8.
àcS2.ït\éiVa\.\\. ) onclesfouffrances du temps prefent n ont
jg'
point de condignité auec la gloire qui efl Avenir, & que la vie eternelT{ym.6. le efl le don de la grâce de Dieu par lefits-Chrifl. IJs ofterent au Pape
2J.
l’authorité qu’il prétend auoir dans l’Eglife, &. le pouuoir qu’il
s’attribue de co mmand^f aux Rois, & de rompre les Mariages
légitimement contradcz pour autre caufe que celle del’adultcrc, en difant, votafçauez que les Rots des Nations les maifrifent^
& que les puiffants exerçent authorité fur elles : mais tin en fera pas
7tf>. 13.1 ainfi entre vous. 11 cft eferit, que touteperfonnefoit fuiette auxpuiffances Supérieures,& qu.e Iclus-Chvill a payé le tribut à Cefar.
Afat.ty. j[ eferit, c t que Dieu a conjoint, que l’homme ne le fepare point.
6‘
Enfin, ils firent la corrcdion des erreurs, des abus, & des ex­
cès de l’Eglife Romaine, par l’authorité de l’Efcriture, qui cft
propre à inftruirc& à corriger; Et c’eft ce que nous faifons
encoreaujourd’huy, en cheminant fur leurspas. Tellement
que bien loin d’auoir changé d’opinion, comme dit le Bache­
lier , nous continuons d’executer tous les iours la bonne paro­
le qu’ils ont donnée: car comme nous corrigeons les vicieux
parlEfcriturc;aulîieft-ce par l’Efcriture que nousconuaincons les contredifans, & que nous tafehons de ramener ceux
•qui font en erreur. Comme l’Eglife eft fur la terre, non point
pour y viure comme en Pais de couftumc.-mais comme cnPaïs
tic droit eferit : C eft par l’Efcriture diuinement infpirée que
nous nbuseftudions de rendre tout homme de Dieu parfaite­
ment inftruit à toute bonne œuure, & fage à Iàlut ; & comme
ce ne fommes pas nous mefmes, qui auons fait cette Loy,mais
que c’eft Dieu qui nous l’a impofee : aufïi voulons-nous rap­

peler toutes chofcs à fa Loy & à fon tefmoignage.

1$

de t^robationT'

de fes penfées. Si donc vous ne pouuez certainement fçauoir
quelle a efté l’intention de l’Eucfque qui a confacré Me.Iean
Chiron : vous ne pouuez non plus fçauoir s’il a effeétiuemenc
rcceul’ordre de la Preftvifc; & par confcquent i’ay droit d&
douter qu’il foit Preftre, comme vousdepofez dans voftre Atteftation • & vous deuicz le qualifier Prcftrc foy difant,ou auec
ce terme de doute & d’incertitude (peut-eftre') car’inul ne peut
rendre vn tefmoignage affeuréd’vne chofe qu’il ne feait point
de fcicnce certaine.
L’autre aduis que i’ay à vous donner fur voftre Approbatio,
c’eft que vous l’auez donnée à voftre Bachelier vn peu Iegerement, & contre la vérité qui vous doit cftre connue. Car vous
teftnoigncz en fa faueur, Sc certifiez auoir leu fon liure, & n y
auoir rien trouué qui ne foit conforme^ la creance de 1 Eglife
Catholique Apoftolique & Romaine : & neantmoins comme
je l’ay leu vn peu plus exactement que vous n’auez fait,J’y ay
découuert beaucoup de chofes qui font contraires, non feule­
ment au fentiment des Catholiques, à la Doétrine dcsApoftres, mais aulïi à la creance Romaine, le ne confidcrc pas icy
1 Eglife Romaine telle qu’elle eftoit du temps de SainétPaul,
lors que fa foy eftoit renommée par tout le monde : cat fiiela
regardois en cét eftat, jç pourrois dire auec vérité que le liure
de Maiftre IeanChiron ne contient que fort peu de chofes qui
foient conformes à la vérité de fes maximes. Mais ic la confiderc telle qu’elle eft aujourd’huy dans les erreurs de fa mauuaife foy, comme fuiette au Pontife Romain ; & en cét égard ,
ie fouftiens que le liure du Bachelier a beaucoup de chofes,qui
ne font nullement conformes à la creance de voftre Eglife.
pour vous faire voir la vérité de ce que i’auance, ievousmarqueray quelques endroits de fon liure, dans Icfqucls fi vous
voulez faire comparaifon de fado(ftrine*auec la creance Ro­
maine , vous y remarquerez vne manifefte contrariété,
C eft la creance de l’Eglife Romaine félon la déclaration Concit.
du Concile de Trente, que l’homme qui a efté vne fois iufbfié Tndjejf.
peut perdre la foy par i’infidelitc, & la grâce de Jaiuftification c' iOpar quelque péché mortel que ce foit. Sur ce fondement le
CardinalBellarmin s’efforce de prouucr par des textes de l'Eftïiturç mal entendus, que pluficurs vrais fidèles fe deftournent
j a<



... ..

B iij

'Dcjfenjè it l'Eftin.
fur cette mefnlé matière. Car après auoir expliqué Ce paflàgeî

3.C«r.5» Dieu eftoit en Chrift reconciliant le monde dfoy. Voila, dit-il,ce que

'

c’eft que confubftântiel qu’on nous reproche injuftement. Ce
n’eft pas le feul mot, mais la chofe qui eft dans le mot ; ce n’eft
pas la feule parole que véfonne aux oreilles : mais l’vnique fubftance de Dieu qui doit eftre creuë dans les efprits. Que nul,
dit-il, fur vn autre paftage, ne nous calomnie point pour ce
mot: car ce qu’il a au dedans, ou ce qu’il fait fonner au dehors,
il le montre,non par quelque autre : mais par l’vnique fubftâce
de la Diuinitè, en laquelle le Fils dit au Pere, tout ce qui eft
lew 17. mien eft tien , & tout ce qui eft tien eft mien. Et fur ces paro­
io.
les de Saind lean, les Iuifs tafehoient à le faire mourir : parce
fan 10. qu’ildifoitque Dieu eftoit fon propre Pere, fefaifantégalà
Dieu. Quoy que le mot mefme, dit-il, ne fe trouue point ef33*
crit en la Loyque le Fils eft égal au Pere : ncantmoins S. lean
le prouue premièrement, & puis S. Paul. Ces telinoignages
fuififent pour vous montrer que les Pcres ont prouué la foy Ca­
tholique , & réfuté les erreurs des Hcaetiques, non par les ter­
mes exprès de l’Efcriture : mais par des bonnes confequenccs
qu’ils en ont tirées. Et c’xft vne vérité fi manifefte,que Monficur le Bachelier n’a pas eu le front de la nier.
Mais pour vous faire voir que ce qu’ils en ont fait n’a pas
efté feulement pour cux-mcfmcs, mais aulfi pour nous . & que
dans leur pratique ils nous ont donné vn exemple, afin que
nous les imitions en de pareilles rencontres : ils nous ont lailfé
des dodes Leçons, qui nous enfeignent le moyen de bien in­
terpréter l’Efcriture ; de pénétrer dans la vérité de fon fens j &
d’en déduire des bonnes confequenccs, pour rendre raifon de
azf«£.î.? noftrefoy,Scconuaincrcceux qui la contredifent. Ils nous
de ‘Drflr.
enfeignét qu’il faut interpréter 1 Efcriturc par l’Efcriture mef­
Çhr.c.2^me, & expliquer les lieux obfcurs par l’éuidécc des plus clairs,
r^ih.quaf à l’exemple des Leuites, qui expoloient la Loy par la Loy. Ils
ad 4ntio. nous aduertilfent que fi nous nous arrcftons a la lettre de pîuficurs Efcritures : nous tomberons dans l’erreur & dans le blafHier. tn pheme ; qu’il faut chercher le fruiéf de l’Efcriture dans fon ef­
£p.adÇal prits & non dans la iettre & dans l’cfcorce j qu’il faut fiuure le
C«f- $
fens, & non pas s’arrêter aux mots ; que nous deuons joindre
yàern ad
les
fens des Efcritures, pour en entendre iaconfequcncesSç
Pammac.

de l'approbation.

Jy

fcn liure , qui ne foit conforme à la creance de l’EglifcR-bmainc:ou bien confeftez que l’Eglife Romaine a changé de crean­
ce' dcpui^le Pape Nicolas ; & que ce qui cftoit vne Confcflion
de foy de fon temps, cft maintenant vne Hcrcfic.
C eft vn Dogme de la foy Romaine, que dans le Sacrement
le Corps de Chrift ne naift pas par nature; mais cft fait par la
confccration , cômc le déclaré le Concile de Trcntej & qu’eri Decret.
vertu de laTranfubftâtiation le Corps cft fait du pain, & que la p. difiçi.
fubftancç du Corps cft produite de la lubftancc dupain, com­
me parlent deux de vos célébrés Cardinaux expliquans ccMy-rDut>err0
ftcrc.. Mais voftre lean Chiron renonce à cette foy,niant que "Bcllarm*
le Corps de lefus-Chrift foit formé par la vertu des paroles l6c>.
que le Preftrc prononce ; niant que le Corps de lefus-Chrift
foit fait du pain, & faifant voir qu’il n’cft pas fi mauuais Philofophe,pour croirequc ce qui exifte puifle cftrc produit.
le pourrois^ous produire d’autres lieux de fon liure, où par
des fentimens particuliers il s’éloigne des Dogmes dcl’Egîifè
Catholique Romaine : mais ces trois queie vous ay marquez
fùifiront,pour vous faire voir que v^is n’auez pas leu ion liure, .
on que fi vous l’auez leu, vous uc flmez pas examiné ; ou que
fi vous l’auez examiné,ce n’a cfté qu’en vous ioüant,&non pas
fcricufcmcnt, comme vous dites : puis que dans l’examen que
vous en auez fait, vous n’agez pas appcrccu des finîtes fi grofficres; ou fi vous les aucz remarquées, aduouez que vous aucz
eu vn peu trop de compjailancc pour vn Preftrc cfcriuant con­
tre vn Miniftrc : puis que pour fortifier l’vn contre l’autre,vous
aucz diftimulé la vérité, & donné voftre Approbation au menfonge. Souucncz-vousdelà iqenace que fait vn Prophète à
,
tels Approbateurs. Malheurfur Ceux qui appellent le mal bien, qui y*1 5*
font les tenehres lumière : Et pour éùiter ce malheur, reuoquez ‘
l’Attcftationqucvdusaucz donnée au liure de Maiftrc lean
Chiron: ou fi vous ne la voulez pas retrader, corrigez-la du
moins, & faites connoiûrc que c’eft vn liure dangereux en
quelques endroits, où ileftinfedé du venin de l’Hcrcficrou
enfin fi vous ne pouuez-pàs confcntir à cette corrcdion crain­
te d’aduoiier voftre furprife; & que vous foyez refolusdeme
refpondrc ce que Pilate rcfpondit aux Iuifs iiirvn autre fuiet,»
ce
tay écrit) iepay écrit : le vous fupplie de ne. condamner pas
19

4<>

^effenfi

l’Epitre', r

traitent aujourd’huy de incline façon que les Hérétiques ont
traité les anciens Doéleurs de l’Eglife;puis qu’ils nous deman­
dent , comme ceux-là faifoient aux Peres, que nous prouuions
nos Articles de Foy par les termes exprès de l’Efcriture, puis
que comme eux ils condamnent la Do&rinc qui ne fe lift pas
dans! Efcriturc en mefmes mots : c’eft à bon droit que nous
auons dit qu ils combattent contre nous auec les mefmes ar­
mes , dont les Hcretiques fe font feruis contre les Peres.
Aulfi eft ce auec raifon que nous combattons les Million­
naires auec les inclines armes, que les anciens Peres ont em­
ployé contre les Hérétiques. Quoy que les Hérétiques leur
ayent demandé les termes de l’Efcriture pour preuue de leur
foy : neantmoins ces Docteurs n’ont pas abandonné 1 Efcriture j ôc quoy qu’ils n’y trouuaflcnt pas les paroles de leurs Confciïions, & les mefmes mots qui exprimoient leur Doétrine ;
ils ont pourtant tous vnanimementprotefté de la prouucr par
FElcriture; de ne combattre l’erreur que par fes armes, &dc
ne confondre les Hcretiques que par fon authorité. Ils ont dit
cont.Çct, quelesSainélesEfcrituresdiuinemcnt inlpirées fontfuffifan/demJEp. tes d’elles-mefmes pour defcouurir & montrer au doitlaverifent. té j & que les Hcretiques n’y trouueront rien, qui ne ferue fortement à les réfuter eux-mefmes. Ils ont afl'euré quel’autho/jilarhb
^CS ^uangiles j & la Doétrine des Apoftres eft le valide &
1 immobile fondement contre tous les vents 5c les torrens des
tsfuçltb Hcretiques; que toutes les Efcriturcs ont efté réduites &rei dfs-ym, cueillies dans le Symbole des Apoftres, afin que chacun puifle
Jdeot in dire & retenir ce qu’il eft obligé de croire;5c que c’eft dans ces
Epi. fa. EfcrituresqueDieuavoulu mettre vne afleurancc contre les
traü. 2. erreurs} qUi tendent des embufehes aux Ames. Que quand les
ennemis de la vérité nous pourfuiuent en vn lieu de 1 Efcritu7/ifr. in re, nous deuons recourir à fes autres tefmoignages, qui font
tAmos. comme des Villes de refuge ; que l’Efcriture eft le glaiue ïpiricap.
tuel, dont ils doiuent cftre frappez ; & auec lequel il faut couydem in per les liens des Sophifmcs & des captions, dont ils attachent
jVahum. ]es Ames des pécheurs. Ainfi quoy que nous ne trouuions pas
I* dans l’Efcriture les termes de nos Articles de Foy, comme les
Millionnaires le demandent : nous ne laiflons pas pourtant de
nous défendre par l’Efcriture contre leurs capticufes interro­

gations.

de Maifirejean CJuron.

rj
que quelques-vns de nos aduerfaires aucugkrz parleur erreur ,
faifbicntvnfi grand trophée de ce liure, qu’ils le vouloicnt
faire paffer comme vn fécond Bouclier,& vn rempart de laRc-,
ligion Huguenotte, inuincible à tous les efforts & à toutes les
raifons des Doéteurs Catholiques : I’ay crcu qu’il ne falloir
plus demeurer dans le filence, & qu’il eftoit très-important de
defabufer ces pauures Déuoycz, & dc trauaillcr à la Réfutation
de ce liure. C’eft pourquoy encore que ic ne fois pas doue de
Ces lumières éclatantes, qui fondent d’abord lçs nuages, quoy
que ic ne faflc point profeffion d enfeigner ny la Philofophic
ny la Rhétorique; quoy que i’ayc demeuré afTez de temps dans
les Forefts Se dans les folitudes de l’Amérique ; quoy qu’enfin
ic fois des moindres Soldats de noftrc Eglife Militante : i’efpcrc neantmoins par la vertu de celuy qui choifit les chofes
foibles de ce monde pour confondre les fortes, de faire voir
quedans le liure duMiniftre, lemenfonge y cfttrauefty, que
la vérité y eft déguiféc, &l’impofturc couucrte des armes de la
Philofophie, 8c des fleurs de l’Eloquence.» I’efpcre découurir
Ifcs fourbes & les fineffes, dont fe feruent lesMiniftres pour en­
dormir nos Frères errants. I’efpcre de fournir l’Antidote foiiucrain pour fe garétir de ce poifon mortel, qui a défia empefte
vne infinité d’Ames. Ce n’eft pas que i’apprehende que la foy
d’vnCatholique piaffe eftre tant foit peu blcfféc par desArmes
û foibles, & dans vn temps où la Religion de Caluin eft entiè­
rement décriée, & comme aux derniers abbois.Cc n’eft pas
que ie craigne que ce venin empoifonne l’Ame d'vn fidelcqui
avn peu de pieté & de Religion dans le cœur. Car fi la foy
d’vn bon Chreftien ,fila Charité d'vn Catholique ne peur ef­
tre arrachée de fon Ame, par les flots & par les fccouffesdcs
plus preffantes perfècutions , ainfi qu’enfeigne F Apoftrc:
Comment des paroles mal digérées, des Argumens captieux,
des paflàges de l’Efcriture tronquez, des Textes fort mal ap­
pliquez; Comment des difcours pleins de contradi<ftions,.fans
authorité, fans tefinoignage des Peres,ny des Côcilcs ; Com­
ment vn liure qui comme vn puantcloaquc ramaffe toutes les
ordures des anciennes Hcrefies, &s’oppofè aux fcntimcns&
à la pratique des quatre premiers Siècles del'Eglife, pourra
‘faire brèche à la foy d’vnCatholique, & pourra éteindre les

3$

2.
2‘ P

Defenfe de l'Epitre!
la force de la vérité, le dis que nous auons eu droit de nous fe­
parer de l’Eglife Romaine, pour ne fuiurc pas la rcuolte de
î homme de péché, qui l’a feparée de Iefus-Chrift 5 que nous
auons eu droit de fortir de Rome : parce qu’elle cftoit vne Babylon fpirituelle, félon la confeflion de vos propres Doéleurs.
Que l’Efcriture qui marque fa reuolte, autborife noftrc fcparation de Rome par cette voix qui crie du Ciel, Sortez de Babyionntonpi;li^igt Que nous n’auons point fait vne Religion à la
mode: mais que nous auons rejetté la riouucllc mode qu’on
auoit introduite dans la Religion, pour reprendre l’ancienne,
&: nous remettre dans fa primitiue fimplicité. Que nous n’a­
uons point fuiuy le train des Hérétiques anciens: Mais la pu­
reté des Apoftrcs, voyant qu il n’en cftoit pas ainfi dés le com­
mencement. Enfin que comme l’Eglife ne peut eftrerenuerféc: aufli nous n’auons aboly aucune de lès Ceremonies inftituées par le Seigneur: mais que nous auons rejetté le fardeau
des vaincs & fupcrftiticufcs Ceremonies qu’on auoit mis fur
les confçicnces.
Pour reuenir aux plaintes du Bachelier : la fécondé qu’il
fait contre moy n’cft pas p lus iufte que la première. Il s’ofrenfcdecequei’appcllcdumcfmcnomderufe & dé ftratageme
la méthode que les Millionnaires obfcrucnt, Scquiconfiftc à
demander des paftages exprès de l’Efcriture , où nous leur fafi
fions lire en mefmes termes les Articles de FoyControucrfez:
& dit que c’eft plùtoft vnerinuention admirable pourdefeouurir nos erreurs, &manifeftcr au peuple les finclïés de noftrc
cabale. Mais ie dis moy que c’eft l’artifice dont les Héréti­
ques le font de tout temps féruis contre les Doéleurs de l’Eglife: pour combattre la vérité de leur creance, & pour fouftenir leurs propres erreurs. Car comme ils leur ont demandé
qu’ils prouuaîfcnt leur Doélr ine parles mefmes paroles qui le
lifent dans l’Efcriture, fçaehant bien que les Pcres n’y trouueroient pas leur confeflion de Foy en autant de mots,fans inter­
prétation & fans glofe : aufli fe font-ils opiniaftrément tenus à
la faufleté de leurs Dogmes : parce qu'ils en trouuoient les
mots dans l’Efcriture. Si cette parole vous paroift rude, & fi
vous ne la pouuez porter : parce qu’elle fort de ma bouche : reccuez-la delà bouche des anciens Pcres, à qui vous faites cftat

aux Catholiques Romains.

, *9

$oup de pierre il frappa le Géant au Iront, auec tant d’adrefle
& de roideur qu’elle luy entra iufques dans le crâne : tellement
que ce Colofle tomba par terre ; & Dauid fc ictta dclfus luy, 6c
luy ayant ofté Ion elpéc il la plongea dans fes entrailles, 6c luy
trancha la telle ; 8c depuis encore ce mefme coutelas, qu’il luy t
auoit arraché luy feruit pour faire la guerre aux Philiftins, qui 2I> v.
faifoient tous les iours des courles fur ceux de fa Nation. Ce
quri aduint à Dauid dans ce Duel,qu’il eut à démefler contre la
chair Scie fang : c’eft cela mefme qui nous peut arriucr dans
les guerres que nous auons à dcmcncrcontrc les malices Ipi ri­
tuelles 8c dans le bon combat de la Foy, qu’il nous faut fouftenir contre l’erreur des Sages ôc des Difputeurs de ce Siccle; &
ic puis dire pour la gloire de Dieu, 6c |K»ur la conlufiondcs
ennemis de fa vérité, que dans ces occafions i’ay.éprouué con­
ta c eux vn femblable fccours de fa Grâce.
Ilyaplusdccinqansqu’vnMifliorinairc de Monfieur l’Eucfquc de Sarlat parcourut tous les lieux de fon Diocczc auec
des paroles aulïi arrogantes que celles du Géant Goliath: car
il faifoit des rodomontades pleines de vanité ; 6c prefentant vn
cahycr de demandes, il défioit fupçrbement tous les Minillres
de laProuincc,de rcfpondrc par l’Efcriture aux queftions qu’il
propofoit. Ce défy donné auec tant de fierté caufa moins d’ellonncmcnt à ceux de noftre Profclfiô, qu’il n’apporta de confufion à ceux de la voftre. Toutes ces brauades s’éuanoüyrent
en fumée, lors qu’vn Catholique Romain m’ayant enuoyé ces
Demandes auec proteftation, quçli ic rcfpondois à vne feule,
il cmbralferoit noftreReligion : ic luy rcnuoyay bien toft après
vn liurc imprimé contenât lcsRefponfes à toutes fes queftions,
auec autant de douceur que Saint Pierre en demande de nous,
8c auec toute leuidencc que requeroit l’éclaircilfcmcnt de ces
matières, le blpffay ce Goliath au front auec quelques pierres

du torrent, qui félon Saint Auguftin font les préceptes de l’Ef- gT/^\
criturc 5 8c dont il fc faut feruir félon Saint Hicrolmc pour la-* ' ’5
pider les Hcretiques: 6c ie luy arrachay le glaiue de l’Efcriture,
dontilfaifoitïcmblantdenous vouloir frapper. Le Million­
naire fc vit fans armes, aulfi toft qu’il vit mes rcfponfes : 6c fi
clics ne furent pas capables de le terrafler, au moins clics l’o-

bligerent de garder le filcnçe & de prendre la fuite : tellement
.
c..

’Défenfe de l’Epitre,
comprendre. Car il y a, dit-il beaucoup de chofes vaines &
fuperflués, & fouucnt mefme dommageables que les efprits
©yfeux peuuent demander : aufqucls il faut dire quelque cho­
fe, pour leur découurir qu’il ne faut pas faire ccs recherches.
Pour le regard des chofes vtilcs, & qui regardent l’inftruélion
du falut: il faut quelquefois refpondre à celuy qui nous inter­
roge, comme fit le Seigneur aux Saducccns. Quelquefois il
faut interroger celuy qui nous a fait la queftion : pour l’obliger
luy-mefme à faire la rcfponlè. Et c’eft ainfi que i’ay dit dans
mon£pitrc,quenouscn deuionsvfer enuers les Millionnai­
res, pour nous défaire de leurs ftratagemes,côme Iefus-Chrift
fe défit des rufes des Pharifiens.
Mais le Bachelier trouue cette comparaifon odieufe : parce,
dit-il,qu’il y a grande différence entre les Pharifiens & lesMiffionnaircs. Il eft vray que les vns font fort differens des autres:
caries Pharifienscftoientlaplufpart Sacrificateurs,Scribes,&
Doreurs de la Loy. Mais les Millionnaires font ordinairemét
des particuliers, ignares & non lettrez. Il y a peu de Preftres
& moins encore de Doéleurs qui foient honorez de cette Miffion;& l’on ne donne cét cmploy qu’à des petits efprits, qui
n’ont d’autres qualitez pour fe rendre recommandables, qu’v­
ne mémoire de Perroquets, & vne facilité de mal parler. Les
Pharifiens ayans vne ou deux fois interrogé le Sauueur ou fes
Difciplcs : ne reuenoient plus aux mefmes demandes j &euffent eu honte de propofer fouucnt les mefmes chofes. Mais les
Millionnaires rebattent cent fois les Oreilles des mefmes quefiions, aufquelles on a cent fois relpondu.
Ces différences pourtant n’empefehent pas que lcsMiffionnaires & les Pharifiens ne foient fort fcmblablcs en leur employ. Les Pharifiens eftoient enuoyez de la part des Iuifs,
pour enlacer Iclus-Chri en paroles, & pour tirer de les refponfes fuiet de l’accufcr Et les Millionnaires pourquoy fontils enuoyez, finon pour irprcndre les efprits par des captieufes demandes? Pour prendre occafion de leurs refponfes de
déclamer contre les vns; défaire informer contre les autres;
d’accufcr les vns qu’ils ont mal parlé de la^Vicrgc, & les autres
'Math.'i3 des puiffanccs Supérieures. Les Pharifiens couroicnt par mer
15,

& par terre, pour faire vnProfclytc, c’eft à dire pour le con:

4ux Catholiques P&mànf»

*

ttîts particuliers : ie ne crcus pas les deuoir rendre publics ; &
ie me contcntayde refpondreàl’vnparlcfilencç,& à l’autre
par vne lettre, dont ie m’afléure qu’il demeura fatisfait. En­
fin vn Maiftre Bachelier en Théologie, vn des moindres Sol­
dats de voftre Eglife Militante, s’eft mis fur les rangs plus de
quatre ans après,pour faire,à ce qu’il dit, ce que d’autres n’ont
pas encore entrepris, c’eft à dire pour trauaiÙer à la Refutatiô
de ce liure.
En quoy fon ignorance touchant ce que les autres ont fait,
me paroift cxculablc : car comme il eftoit relégué dans les folitudcsdei’Amcrique, il ne pouuoit pas fçauoir ce qui l'epaffoit dans le monde lhperieur. Mais en ce qu’ila refolu de faire,
ne vous paroift-il pas bien hardy pour vn petit Soldat ? N’eft*
ce p as auoir bien du courage d’attaquer la Religion de Caluin
dans vn temps où elle eft entièrement décriée, & comme aux
derniers abbois?N’cft-cc-pas eftre bien généreux que de vou­
loir réfuter vn liure qui porte fa réfutation, dans fa propre le­
cture ? N’eft-cc-pas eftre bien entreprenant, que de s’auancer
pour combattre contre des armes fi foiblcs, qu’elles nefeauroient blefter tant foit peu la foy d’vn Catholique ? Certes s’il
en falloitiuger feulement par cç difcours, vous n’auriez pas
fuict de faire grand eftat de fon courage. Mais tournez vn peu
la médaille: & vous verrez qu’il eft plus vaillant qu’il ne paroift
pas i & qu’il ne parle de la forte que corne vn S oldat glorieux,
qui mcfprife fes ennemis jqui pours’animçr à le> combat­
tre fans crainte, fe figure qu’ils font défia vaincus. Car après
auoir-dit démon liurc tout le mal qu’il pouuoit s’imaginer,
pour le mettre dans le décry: il change auffi-toft de langage,
& en dit plus de bien que tous ceux de ma Profeffion n’en ont
iamais pensé : cela pour fe mettre en cftime, & pour rem­
porter la gloire d auoir percé vn bouclier impénétrable,& for-cé vn rempart de la Religion Hugucnottc, inuincible à tous
les efforts & a toutes les raifons des DoéleursCatholiqucs Ro­
mains, En tout cela pourtant ne reconnoiffez-vous pas qu’il
ya vnpcuduvifionnaire^Etncvous fcmblc-il-pas voir en la
perfonne de Maiftre IeanChiron, yn original des Domgui<chT)ts,dcs Cardenios, & autres fcmblablcs Conqucrans du

Thcatre, quifefa.ifoiçntdcs phaotofinesinuinciblesj.pour acC iij

34

Défcnfè de l'Epirre,

noiflancc que i’ay de la vérité, contre l'experience,& contre la
pratique des anciens Doélcurs del’Eglife. Car oùa-il trouué
que les Peres fe foient feruis de cette méthode, pour confon­
dre l’infidélité des Philofophcs Payens, & l’obftination des
Hérétiques? Quelcxéplcadiouftc-il, pour prcuuc de ce qu’il
aduancc fi hardiment? il allégué Origcne & Saint! Auguftin :
mais fans prouuer pourtant qu’ils ayent fait ce qu’il leur im­
pute.
Pour le premier, il eft vray que quand il a bien dit , il a dit le
mieux de tous : mais quand il a mal dit, il a dit le plus mal. Il
s’eft embarrafle Iuy-mçfme dans des queftions efpineufes fur
l’Efcriture; & n’ayant pu les refondre par le fens de fa chair,
dont il eftoit témérairement enflé, il tomba dans des erreurs,
'Sarem. pOur lefqUcllcs l’Eglilc l’a frappé d’excommunication,& le re4»,
garde encore comme vn chef de fes aduerfaires. PourSainéfc
Auguftin, tant s’en faut qu’il ait combattu les Heretiques en
leur faifant des demandes, qu’au contraire, ce font les Héré­
tiques qui l’ont attaqué par des queftions, comme ils ont fait
»« les autres Peres, & tous les fideles pour tafcher de les feduirelO- & lesdeftournerdelaFoy. Et comment eft-cc que les Valen­
tiniens, & les Marcionites, & les Hermogenites ont diiputc
Tennl c°ntre Tertuli en ? N’eft-ce pas en luy propofant des folles
ont. Hcr queftions pour tafcher d’appuyer leurs refueries ? Et mettant
mo^en. en diipute la fitnplicité des paroles par leur fubtilité? Commet
eft-cc que les Arriens ont attaqué Sainéf Athanafc, S.Grégoi­
re de Nazianze, & Sainéf Hilaire ? N’a-ce-pas efté par des de­
mandes captieufes? Comment eft-ce enfin que ces mefmes
Arriens, que les Donatiftcs, les Pclagiens, & fcmblablcs peftes del’Eglife s’en font pris à Saincfc Auguftin? N’a-ce pas
efté par ce mefme artifice de queftions qu’ils faifoient fur les
mots, pour renuerfer la vérité des chofes? Et comment eft-cc
que les Doélcurs ont éuité leurs pièges, & fe font démélcz
de leurs fubtilitez ? H eft vray que quelqucsfois ils leur ont fait
des interrogations pour les battre de leurs*proprcs armesunais
ils n’ont iamais fait lemeftierde queftionneurs, comme font
les Hérétiques & les Millionnaires : & fe font attachez plûtbft
. à leur fermer la bouche, ou par le filence & le mefpris; ou par
l’authorité des Efcritures, ou par la force des raifonnemens

aux Catholiques Romains',
\owams.

ij'

doricufej enfin que quelques rudes & violcns aflauts queles
Ames fidèles ayent à fouftenir, elles en viennent toufiotirsiç
bout,& qu’en repouflant les tentations clics demeurent en
leur forterefle. Ne diricz-vous-pas que voftre Bachelier a eftudié dansl’Efcolcde Caluin, quand il dit que les flots Selesfecoufles des plus preftantes perfccutions ne peuucnt arracher
la fov de2 Ame d’vn bon Chrefticn? Cependant c’eft vne Do- Ctncil.

C onciîe frappe d’anatheme,
Voycz-donc quel iugementnous deuosfaire les vns & les
autres de voftre Médecin en Théologie ? Certes nous auons
raifon de luy dire, Médecin gucrytoytoy-mcfmc, auant que
dctrauaillerànoftrcguerifbn : ou bien fi tu crois te porter
bien, reconnois que nous n’aqops pas bcfôin de ta.Mcdccinc:
puis que nous fommes en bonne fantc. Vous n’auez pas fuiet
de vous’fîcr à fes ordonnances: puis qu’il fait de fi eftranges
quiproquo dés le commencement, & qu’il vous donne le poilon,quand il vous en offre l’Antidote ; & il faut ncceflaircmét
qu’il aduouë, ou qu’il veut faire reuiurc la Religion deCaluin,
dansvn temps, où il dit qu’elle cft corne aux derniers abbois;
ou qu’il rcconnoiffc que la fienne eft bien fojblç: puis qu’il
faut qu’elle emprunte le langage & les maximes de la noftrc
pour fe fouftenir. C’eft de telles Hercfies que mon liure eft
remply; ce font les ordures qu’il ramafle, & qui le font font ir
au nez de voftre Bachelier comme vn puant cloaque .-parce
que la parole de Dieu, d’où elles font reçüçilljçs, luy eft le
plus fouucnt vne mortelle odeur. I’aduouë qu’en vn mefmc
difeours on y voit fouuent vne erreur tic l’Eglife Romaine côbattre contre vne autre erreur, & la vérité de l’Efcriture malhcureufemcntmcfléeSç confondue auec le menfonge de fes
traditions. I’aduouë que vous y verre? maintenantlç men­
fonge trauefty, la yerité d.éguifçç, l’impofturc couuerte des
armes de la Philofophie de Monfieur le Bachelier, & des fleurs
de fon éloquence, Mais dire qu’il pft plein de parolçs mal di­

gérées , d’argumc»s çaptiguXa de paftages de 1 Efcriturç CfQn-

3%

*

Défenjèd: l’Epirrv.

de rufe & de ftratageme : parce que dans le combat desdifputes ils fe ïèruent de l’adrefle & de l’artifice, pour furprendre les
clprits,& non pas de l’éuidence du raifonnement , pour leur
perftiader la vérité ; & le Bachelier luy-mefme , qui comme vn
4- Soldat généreux fait femblant de n’approuuer pas le ftratagéme, confclfe bien toft après que c’eft vn ftratageme excellent.
Mais que veut-il dire,quand il dit que i’ay befoin d’eftudicr
la Grammaire, & d’apprendre à parler, pour appcller les cho­
fes par leur nom? Certes il paroift bien par là qu’il a mal eftudié fa Logicjue. Car la Grammaire ne traite des noms, qu’en­
tant qu’ils feruent à faire vne conftru&ion rcgulicre dansles
difcoùrs, fans aucun égard à la vérité des chqfcs. Mais la Lo­
gique parle des noms, entant que ce font des lignes employez
par Finftitution des hommes, pour lignifier lcsqualitcz ou la
nature des chofes. Tellement qu’on peut appcller les chofes
par leur nom : & ncantmoins faillir contre les loix de la Gram­
maire : comme fi ic dis d’vn homme qui a grand fçauoir, cette
homme eji vne fçauant homme. Et au contraire l’on peur fansfaillir contre les reigles de la Grammaire appcller les chofes
autrement que par leur nonucomme fi ie dis d’vn home blanc,
' cét homme ejl noir. Que fi voftre Bachelier entend fi mal la
Théorie de la Grammaire : il n’eft pas plus fçauant dans la pra­
tique de cét Artj& lors qu’il fait meftier d’apprendre les autres
à parler, il auroit befoin de retourner à l Elcolc. Tcfmoins
foient de là fçauance Grammaticale, ces Locutions qurpeuuent palfer pour Françoilés parmy les Payfans des Landes.
Dant- la Vous y découurirez auec eftonnement vnnouucau Pa ïs çf vne
Préfacé. uoutlei[e Région. C’eft vne redite non feulement inutile,mais ridiculc :puis que le mot de Pays eft plus intelligible en Fran­
çois que celuy de Région. Vous enfeignaftes qu’il n’yauoic
point de Doârine qui fuft certaine, ny fur laquelle on peut lefaf. 1 r gitimement fonder vn Article de Foy, fnon fur la fainfte Efcri*
ture, pour àivc,fnon lafainte Efcriture. No ftre façon d’agir telle
qu elle foit., ne vous dégage point, pour dire telle qu'elle effou,
quelle quellefoit. Qui voudrait parcourir tout le liurc du Bâche- *
lier, pour remarquer toutes les fautes qu’il acommilcs contre
la Grammaire : il en pourrait faire' vn Volumeaulfi gros que
celuy des Remarques de Vaugelas fur la Langue Françoife.
• •>Celles-

aux Catholiques Romains,

4$

îcs Ordonnances de nos Roys, qui la veulent maintenir. La
Charité Chrefticnne ne nous permet pas d’eftre injurieux en­
uers noftrc prochain. Saint Paul qui nous delcrit les proprictcz de cette vertu, nous enfeigne que bien loin d’vler d’infolcnce , elle ejl cCvn ejprit patient , & quelle je montre bentgne \ Se luy-mefme ne s’eft iamais emporté aux iniurcs contre
les Iuifs, ny contre les Payens, auec lefquels il a diiputc. Au , , Cor. g.
contraire il s’eft fait Iuifaux Iuifs, Gentil aux Gentils, Sc tou- 2o. 2U
tes chofes à tous, afin d’en gaigner pjufieurs à Chrift : 8c a loi- 22.
gneufement pratiqué le précepte, qu’il donne à fon Difciplc
Timothée, il nefaut point que leferuiteur du Seigneurfoit debateur-, 2ains qu ilfoit doux enuers tous ^enjoignant auec douceur ceux qui ont 2h2S*
vnfentiment contraire. C’eft ainfi qu’en dcuoitvfcr Moniteur le
Répliquant, s’il vouloit eftre imitateur de Saint Paul, comme
Saint Paul l’a efté de Iefus-Chrift : puis qu’il fait profeffion de
nous regarder comme fes frères errants j de me vouloir décou- pag. 36.
urirlevray fens de l’Efcriture; 8c puis qu’il protçfte que les ^ag.
Millionnaires pleins de zele 8c de charité, ont deflein de nous
enfeigner le chemin du falut.
LcsLoixdela Société humaine deffendent les iniurcs 8c
les outrages aux dilputeurs les plus échauffez ; 8c les Payens
mefines ont reconnu que dans les difputes on deuoit employer Cicer. 1.
des paroles de douceur 5 8c que s’il eftoit permis de les accoin- offr.
pagner de cenfure 8c de grauité : il en falloit pourtant éloigner
le courroux & l’iniure : d’autant que ce qui ledit auec pertur­
bation d’efprit,ne fçauroit gaigner l’approbation de perfonne,
C’eft auec cette humanité que Saincf Auguftin a traité 8c
exhorté les fidèles de traiter les Heretiques. Soyons frères, vtdcver.
dit-il, patiens enuers eux: les yeux que nous voulons guérir,
font dans la tumeur 8c dans 1 inflammation: je ne dis pas que
noûsccffionsdcles enfeigne! : mais que nous ne lesiettions
pas par nos infultcs dans des plus grandes amertumes; ains que
que nous leur rendions raifon auec douceur. C’eft auec cette
humanité que nous auons traité les Miffionnaires. Us auoient
requis que nous leur rendiffions raifon de l'cfperancc qui eft en
nous; 8c c’eft ce que nous auons fait auec douceur 8c reucrenccjfuiuant le commandement de Saint Pierre, comme ouïe t,
peut voir dans toutes nos rclponles. Et maintenant il y auoit 15.

EPITRE
AVX SAINCTS ET FIDELES
EN IESVS CHRIST QVI FONT PROFESSION
DE LA RELIGION REFORMEE

DANS

L EGLISE DE BRAGERAC.

E S freres bien - ayme^ en lefus-Chrift noftre
Seigneur}
Comme l’Efcriture diuinement infpirée eft profitable, non
feulement à donner confolation : mais aufli à inftruire, à cor­
riger, à conuaincre, & à rendre liionmie parfaitement inftruit
à toute bonne œuure: Vous m’auczvcu depuis fix ans occupé
à détailler la Parole de Dieu parmy vous, pour conlolcr les af­
fligez , &c. Et pour vous feruir en mon deflein, & vous rendre
mon prefent vtile, comme ie defire qu’il vous foit agréable, ie
fuis obligé de vous découurir les rufes desMiflionnaircs: & de
vous donner quelques adrcfîes pour vous.cn garentir.

I^EFfrTATlOlSL VE L'EplFB^E
L eft écrit dans le fécond cbap. du Gencfe, qu’Adamqui
n’ignoroit aucun fecret delà Nature, nomma chaque chofe
qui luy futprefentée, par Ion propre no^. Au contraire,le
Miniftre Afimont,manquant de connoifîancc & de iugement,
Appelle les chofes tout autrémêt que par leur nô. Car il appelle
rufe & artifice vne Méthode excellente,tres-propre à conuarnxrc les Hérétiques par leurs propres principes, &c.

Î

attx Catholiques Romains*

vj

il n'en rendoitpoint ; quand, on luy faifoit du mal, il n'vfoit point de

menaces : mais ilfc remettoit d celuy qui luge iujlement. De tout ce­
la pourtant vous pouuez. aifémét connoiftre que MaiftrcChiron eft definonté : puis que ne pouuant combattre par la force
des raifons,il a recours aux injures, qui font les armes dc^fcmmes, & des petits enfans.
Maisccîeroit peu de chofe, s’il ne s’enprenoit qu'à ma
perfonne : le malheur eft, qu’il attaque la vérité que ic deffèns;
& comme il s’emporte contre moy par vne ouuc'rtc violence :
aulïi combat ilia vérité par des artifices couucrts. .
Le premier artifice, dont il fefert, pour ruïnercouuertement la vérité : c’eft qu’il déguife les textes de l’Efcriture, &
les paflages des Peres par des faufles interprétations ; & leur
donne la gefnc, pour les faire depofer en fa faueur.
Il tord les textes de l’Efcriture en pluficurs endroits de fçn ^0^4. a
liure : comme quand fur cepaflage de SainélPaul, quefi Abra­
ham a efié iufiific par les œuures, il a dequoy Je vanter, mais non pas
enuers Dieu, il dit que le fens de l’Apoftrc eft, qu’on ne doit pas Pa£‘ 5°
lè glorifier par la Loy dos œuures, mais par la Loy de la foy.
Glofc manifeftement contraire à l’intention de S. Paul, qui
dit, que toute vantance efi forclofe, non parla loy des œuures , mais "K?™' 3
paria loy de lafoy. Comme quand expliquant cét autre paflâge 2?’
de Saint Paul, que nulle chair ne fera iufiifiée deuant Dieu par les
œuures de la loy, il dit qu’il le faut entendre feulement desœu-^. p
ures extérieures de la loy Cérémonielle,
des œuures faites
52,
auant les lumières de la foy. Au licuqu’iicft éuident que l’Apoftrc parle des œuures qu’Abraham a faites eftant en la foy,5e
auant qu’il euft rcceu la Circoncifion. Car nous difons, adioufte-il, que lafoy a efté allouée à Abraham à iufiiee : comment, d ce efié
luy efiant ja Circoncis, ou durant le Prepucei Ce n’a point efic en la Cir­
concifion, mais durant le Prepuce. Il interprète aufli mal les Peres
que l’Efcriture : comme quand il entafle pluficurs de leurs
palpages, pour prouucrquc pluficurs chofes s’obferucnt en 1 Eglife,qui nefontpas eferites,& que nous auons rcceuès par
tradition, ce qui ne fait rien pour vous, ny contre nous: car
nous ne remettons pas toute forte de traditions non eferites, eu .
ce qui ne regarde point les chofes ncceffairés à falut, & l’efleuce de la Religion.

Drj

I*feC»ftd»rtîficç quai employé, c’eft de falfifier l’Efcrfturc & les Pères, & de citer leurs paftages à faux. Il falfifie
fV- 6j. lEfcriturc, quand il dit que S. Pierre promet aux fideles, ce
qu’il n’aiamais dit ydetrauailler aprèsfa mort, quils gardaient en
leur metnoirefes tnftruclions. Il falfifie les Peres & les cite à faux:
' comme quand ilfait dire à S. Auguftin que laloyquieft dansles
membres a efté pardonnes, parce que lafubjettion de la conlpe ejl oftée
par le Sacrement^ lieu qu’il dit, que l’obligation a lapeine eft oftée.
pag. 66. Quand il citelc mcfme Saint Auguftin pour l’intcrccftron des
Saincts, fur le Pfeaume 85. où il ne dit pas vn fcul mot de ce
qu’il luy fait dire. Et quand il allègue des paroles deS.Bafi6. }c 5 p0Ur ics traditions, & des paroles de S. Ambroife fur l’APa&pocalypfe, pour le Purgatoire, qui ne font point dccesDo. élcurs, mais de quelques Auteurs fuppofez, qui ont pris le faux
vifiige de ces Peres.
Latroifiéme rufe de voftre Bachelier eft de prendre toute
forte de formes, & de fc reueftir de toute forte de couleurs co­
rne le Caméléon. Car il change l’eftat des queftions ; il met
en Cor.trouerfc ce qui n’y eft pas, & puis il fe débat contre des
phantofmcs 5 il embrafle tous les partis, où il trouuc de l’ad- .
uâtage. Vous le verrez tâtoft fortir de la crcâce de 1 EglifcRomaine, tantoft entrer dans les fentimens de l’EglifeReformée;
& quelquefois mefine embrafle des erreurs, qui font condam­
nées de tous les Chrcfticns: tellement que vous uc fçauriez iu­
ger, s’il a deflein de combattre noftre Religion, ou dedefendre la voftre, ou fi des deux il ch veut compoler vne troifiéme.
Le quatrième & plus ordinaire ftratageme de ce Soldat de
Voftre Eglife-, eft d’imputer à la noftrc ce quelle ne croit pas;
de faire dire à nos Doéleurs ce qu’ils n’ont iamais dit ; & de
m’impofer des chofes non feulement éloignées de mapenfée,
mais aufli directement contraires à mes expreflions.C’eft pour
cela qu’il tronque ou change tous mes railbnncmcns, au lieu
de les produire dans le mcfme fens que ie les ay conçeus ;
6’eft pour cela qu’il les cache fous le voile d’vn &c. afin de me
faire raifonncr à fa mode,& de couurir la vérité par des nüagcs
qui vous empefehent d’en appcrçeuoir les rayons
Cela cftant vous pourriez facilement iuger de toute fa pie-

ceparcçtâcbantilloni&iepourroism’arrefter icy, pour,ne

«

aux Catholiques Romains»



cheminer pas plus long temps auec l’outragcux félon leçon- JW-pjl
feil du Sage ; & pour ne nïattacher pas à tous les difcours d’vn
homme qui fuit les pratiques de la mauuaifc foy contre les lu­
mières de la vérité 5 & les fentimens de fa confçicnce. Mais
parce que vous diriez peut-eftre qu’il u’en eft pas des loix de la
difpute comme de laltoy dcDieu,contre laquelle fi quelqu’vn
manque en vn feul point, il fe rend coulpable de tous; le vay
fuiure voftre Bachelier par tout, où il ira, & fi ie ne puis pas le
ramener dans le droit chemin: au moins ic vous feray voir que
par tout il marche contre la vérité, ou qu’il s’éloigne de fes.
voyes. Or comme i’ay droit de condamner le procédé qu’il
tient enuers moy : aufii ne le veux-je pas imiter. 11 n’a garde
de vous folliciter à lire mon liure; il veut fort que vous vous en
rapportiez à la foy du Curé. Mais moy ie vous exhorte à le li­
re auec application d'efprit : & vous verrez fi ic change
aucune de les paroles ; fi ie defguilè fes exprcfïïons ;
fi ic ne produis pas tous fes raifonnemens auec tout ce
qu’ils ont de force &de fubtilité. Et fi vous voulez prendre
la peine de faire comparaifon de fes répliques auec mes ref­
ponfes qui les précèdent, ôt auec mes defenfes qui les fuiucht : j’cfperedelaGracedcDieu, qui éclaire ceux qui font
en tenebres,qu’il dilfipera tous ces nuages elpais que l’on vous
met deuant les yeux, pour empefeher que les rayons de la vé­
rité falutairc ne refplendilfent dans vos Ames ; que nou feule­
ment il vous donnera les yeux de voftre entendemcnt'illuminez, pour apperceuoir cette vérité : mais aulfi qu’il enflamme­
ra vos cœurs pour vous la faire aymcr;&que cette même vérité
eftant connue aimée de vous,vous affranchira de l’errcur,où
l’on vous entretient depuis fi long-temps, pour vous mener
captifs, faute d’intelligence. Si ie puis feruir d’infttumcnti
deliurcr quclqu vnd’cntre-vousdc ce malheureux cfclauagc,
pour l’attirer à cette heureufe liberté ; j’en rapporteray toute
la gloire à Dieu feul, qui eft le Pere de lumières, f Auteur de
toute bonne donnation, & de tout don parfait .

,

Citant -prèbds
fuiet d’cfperer qu’ils agiraient auec nous de la mefme façoJSÇ
fuiuantccttcLoyquerAutcur de la nature a grauée dans le
• 7 c œur de tous les hommes. Tout ce que vous voule^ que les hommes
vousfajfent,faites le leur aufsi femblablement. Cependant pour
réplique à no* refponfes on nous donne vn libelle, parfeme de
paroles iniurieufes en vne infinité d’endroits; & Tonne croi­
rait pas nous auoirTcfutcz, fi Ton ne fc portoità des outrages,
qui ne tiennent rien de l’humanité, ôc à dcsmédifanccsordi, T<m 6 naires aux TM/m dijputesf.es hommes , qui félon Saint Paul font
.
corrompus d entendement.
Aulfi la fagelfe de nos Roys préuoyant bien que ces paroles
outrageufes feroiét capables d’aigrir les efprits de leurs Suiets,
& de troubler leur tranquilité : a voulu les maintenir en paix,
/ïW défendant par des Edits exprès toute forte d’iniures dans les
X Â/jn difputes dcRcligiqp: interdifantfur tout aux Prédicateurs d’vj0!t
fer dans leurs Sermons d'inuediues contre lesMiniftres, &
'Sit d'O particulièrement de les olfenlcr par ce terme de Huguenots;&
déclarant qu’ils n’ont point voulu comprendre fous ce nom
Déclara, d Hcrctiquqs, ceux qui profeflent noftre Religion. Apres cela,
de Louis qUci efpri t font menez ccs nouueauxMiftionnaircs?& quelX111. Je cft la Théologie de ccs Doélcurs, qui croycnt nepouuoir
fouftenir leur creance fans outrager ceux qui rcfpondcnt dou­
cement à leurs interrogations ? Certes il faut aduoiicr qu’ils
.renoncent à mefme temps à la charité de Chreftiens, à la quaJitédcbons François, & à la raifon des hommes:puis qu’à
mefme temps ils violet par leur procédé laLoy de Iefus Chrift,
les Ordonnances du Prince, & les fentimens de l’humanité.
3 • Qu,a nt à moy fçachant que lafaptetteefcnfuelle & diabolique ejl
*4 1517 pigiez (pirritation : mais que la Sapience qui ejl d enhaut ejl paijible,
rnoderée çf traitable : le me contcntcray de dii-e auec le Ptopherpf-')6 6 te. Tous les iours ils tordent mes propos -, leur moyen d’échapper, c’ejl
p . - par outrages. O Di tutufais connoifireft iefuisfol, comme ils ont .
' prétendu. le me confolcray par ccs paroles du Sauueur. Vous
Mat. i),ferez, bien-heureux, quand on vous aura injuriez,, & quand on aura
H.
dit toute mauuaife parole devons à caufe de moy en mentant. Et puis
s.Pier.i. quil nous a lailfé vn patron, afin qu e nous cnlûiuions les tra* p,.
ces : pour auoir part à ce bon heur, ic talchcray d imiter l exé-

?er*2' pic de patiCncc, par laquelle quand on luy difoit des outrages*

jr

C£F£7<C£ DE

REVITES.

L eft écrit dans le Liure des Proucrbcs, fhomme a ioje en la

I

rencontre defa bouche-, & la parole dite en fon temps , combien efi- P™*- IS
elle bonne? certes le cœur du ittjle médité ce quil doit refondre y 2E^g
comme dit Salomon, mais lecœurdtsmefchansdefgorgedes chofes v'- 4
mauuatfes. Monfieur le bachelier au lieu de relpon^re à ce qui
choque la creance de l’Eglife Romaine dans mon Epitrc :faitL
l’offenfé, de ce qui ne le touche pas ; & pour Réfutation il for­
me dés l’entrée deux plaintes contre moy : puis failant le Do­
cteur en Philofophic, il aduance pour maximes indubitables*
des propos,que ic puis appcller maldigerez: puis qu’ilIçs rend
tout tels qu il les a pris de fes mauuais Maiftres.
Dans fa première plainte il m’accufe de manque de iuge-»
ment, &d ignorance en Grammaire, & dit que i’ay beloin
d’apprendre à parler : parce que i’appclle les chofes tout autre­
ment que par leur nom ; au contraire de ce que fit Adam , qui
nomma chaque chofc par Ion nom propre. Il faut aduoücr que
cette plainte eft bien délicate, & que cette accufation eft bien
grolficre. Si tous ceux qui n’ont pas la fçience du premier
Homme eftoient incapables de connoiftre les chofes & d’en
bien iûger : il y auroit bien des telles peu connoilfantes, & peu
judicicufes dans le monde ; tous les enfans d’Adam feraient
fans connoiflance & fans iugement : parce qu’aucun n’a hérite
les lumières qu’il auoit dans l’eftat de fon innocence ; &quc
tous font heritiers de fon ignorance, aufli bien que de fon pé­
ché. Dans l’eftat d’innocence Adam n’ignorait aucun fecrec
de la Nature : & tous fes defeendans ne marchent qu’en taftônant dans la dcfcouuerte de fes Myfteres. Noftre premier Pe.re nomma tous les animaux que Dieu fit venir vers luy du nom
qui leur conucnoit : parce qu’il connoifloit leur elïcnce, aufli
bien que leurs qualitcz j & les enfans ne peuuent nommer cer­
taines chofes que par des noms empruntez: parce qu’ils ne cônoiflenc que les rapp orts extérieurs qu’elles ont auec d’autres.

Ainfi i’ay pû nommer la üçon d'agir des Mdfionaires du nom

yp

ZduœntZjmpot

qucz » de textes fort mal appliquez, de difeours pleins dé
contradictions ,fans authorité, fans telinoignage des Pcres ny
des Conciles : c’eft auoir mauuais eftomac; c’elbmal entendis
les reigles de la Logique i c’eft cftrc fort peu versé dans l’iatelligence de l’Efcriture, dans la le&ure des Peres & des ConciJcs, dedans 1 Hiftoire de l’Antiquité j & comme on aduance
toutes ces accufations fanspreuue, ic me contenteray d’y refpondre par vne funple négation ; & d’en dire ce que les Peres
ont dit touchant les faufles accufations des Hérétiques y à fçauoir qu’on a droit de les nier auec la mcfme facilité qu’ils les
ont affirmées.
Pour ne pas agir contre luy delà mcfmefaçonqu’il procei- Tvn $. je contre moy : puis que félon Saint Paul il ne faut point receuoir ny porter acculât!on.contre le Preftrc, que fur le rapport?
de deux ou de trois tefmoins : ie n’allegucray rien contre iùy„
qu’à mcfme temps ie n’en produite des prennes en nombre jfutfila n t. Et pour vous faire vojr qu’il tientrvne procedure indi­
gne du Cara&erç de Preftrc,dont il prend le nom : je vous prie
de remarquer par aduance ce que vous dcteouurirez plusclai­
rement dans le cou r s de tes répliqués; c’eft qu’il n’agift contre
moy que par la violence des inhnes,ou par l’artifice des déguifcmcns& desfalfifications. Par la violence il fe porte contre
la charité : car il faut que le Preftrefoit benin; & c’eft chofe indignequeccluyqniprefchcl’Euangiledepaix, foüille tes le ures par des paroles de guerre. Par l’artifice il combat ou dé , z gU1fc ja vérité, qu’il doit maintenir : car la Loy de vérité doit efire
dans la bouche du Sacrificateur*
Quant aux iniures, dés 1 entrée de fon Epitrc il me traiter
d Hérétique & de blafphcmateur ; & comme dans la fuite de là
A- ?. Réfutation , il appelle ceux de ma Profeffion Huguenots, He57- retiques : aufli me qualiftc-il en mon particulier,Sophifte,Dodeur de menfonge,fol, extrauagant,malin, fourbe,.menteur,
impie : peu s’enfaut qu’il ne me nomme Sorcier & Démonia­
que. le feray vote cy-aprés auec la grâce deDicu, que i e ne fuis
pas digne de ces Eloges : Pour le prefent vous pouuez iuger
par là de quel cfprit eft animé Monfi eur le Bachelier. Cerrainemcntcc procédé ne choque pas feulement la Charité d«
Çhriftianifine, mais aufli les Loix de U Société Jiumai ne, &

Dtfence de l’Epitre.

35

Cclles-cy fuffiront pour vous faire voir, que detoutcsjes rei­
gles duDefpautere il n’en eft pas vne, qu’il aye mieux retenue,
ny qu’il pratique mieux que celle, que ce Grammairien a fai­
te, pour authoriler les Solecifmes, les Barbarifmes, & toutes
lesincongruitezde la veriion Vvlgate de la Bible, quipafte
pour authentique parmy vous.
Grammattca leges plerumque Ecclefiafpernit)

C’eft.à dire,
Souuent fEglife nojlre Adere,
Mefpnfc les loix de Grammaire.
Tellement que par cette loy Monfieur le Bachelier eftant
Preftre, a receu l’abfolution de toutes fes fautes Grammatica­
les. Mais il doit fe fouuenir que c’eft vne chofe honteufe à ce­
luy qui fait leDoéleur,de fe rendre cenfurable des mefmes fau­
tes , qu’il reprend en autruy ; & i’ay droit de luy dire ce que S.
Paul dit à tous les hommes fiirvn fuict plus important. Ohom1
me ■> quiconquefois tu, tu esfphs exeufe en ce que tu iuges d’autruy -, &
tu te condamnes toy -mefmtd \eu que toy qui iuges^ commets les mefmes
chofes. C’a efté de tout temps le procédé ordinaire des Héré­
tiques , de quitter les chofes, pour s’attacher aux mots, qui
n’en font que les images : c’eft aujourd’huy la couftumc des
Miffionnaires de s’amufer à dilputer des mots pour cacher la
vérité des choï'cs : tellement que fi nous les voulions imiter,
ils nous engageraient dans ces vaines difputcs des hommes,
qui ont l’entendement corrompu.
Laiffons donc là ce débat de paroles, félon l’exhortation *• T?/». <5
de Saint Paul ; & pour chercher la vérité que nous y deuons 4'
aimer félon S. Auguftin. Voyons fi la plainte du Bachelier eft
mieux fondée dans la chofc mefme, dont il fe plaint, que dans c^r GII.
le nom qui l’exprime. Pour m’apprendre à parler, il voudroit
quci’appellaffelacouftumeque les Miffionnaires ont de propofer toufiours des queftions, le fléau des Heretiqucs,vne mé­
thode excellente & très-propre à conuaincre les Hcretiques,
la maniéré auec laquelle lesPcrcs de l’Eglife ont fermé la bou­
che aux Infidclles Seaux Hcretiques, le moyen pour décider
toutes les Controucriès de la Foy, & l’inuention admirable
pourtirer la vérité des efprits les plus fourbes 8eles plus mefchans. Mais fi ie tenois ce langage: ie parlerais contre la.con;

ai*

ÀUAnt -propos

quérir la réputation de les auoiriurmontez ? & qui baftiffoient
des Chaftcaux imprenables dans leur imagination,pour auoir
la gloire de les emporter à coups de lance?
Aufli le Maiftre Bachelier voyant bien qu’il ne pafleroitpas
dans voftre eftime pour grand Soldat,quitte cette qualité pour
prendre celle de Médecin Empirique 5 & s’eftant élcué fur vn
autre Théâtre, il defcric mon liure comme infedbe de venin,
pour mieux débiter fon Oruiatan 5 & comme vn autre Centau­
re , qui portoit le mcfrçe nom de Chiron, & qui eftoit fort en­
tendu dans la Medecine, il promet de vous fournir l’Antidote
lbuuerain,pourvous garentir de ce poifon mortel, qui a défia
empefte vne infinité d’Ames. Mais comme en cela il fait voir
qu’il ne veut pas démentir la lignification du nom qu’il porte :
aufli tombe-ildans le malheur de celuy dont il a pris fa déno­
mination. Chiron le Centaure de la Fable, quoy qu’excellét
Médecin, ayant neantmoins voulu toucher par curiofité les ar­
ômes d’Hercule, fut blclfé d’vne playe, dont il ne peut iamais
guérir, par vne flèche teinte du venin de l’Hydre, qui luy tôba
fur les pieds. C’eft cela mefme qu’a fait Chiron leBachelier;
car quoy que comme fçauant Médecin des Ames, il leur offre
l’Antidote contrô le veninùl s’eft pourtant procuré luy-mefme
vne blcffurc incurable; il a voulu- manier les armes du grand
Cardinaldc Richelieu, qui paffe parrny vous pour vn dcbellateur de l’Hercfic, comme d’vn monftre a plufieur^ telles, pour
vn {qcrcujç admirable, félon l’Anagramme qu’on a tiré de fon
nonK Mais il s’en eft feruy auec fi peu d’adrefle, qu’aucc vne
de fes flèches il s’eft infc&é luy-mefme du venin, dontilprctend de garentir les autres 5 & qu'il eft tombé malheureufemét
dans l’Hercfic de Caluin, dont il offre le contre-poifon. Car
il fuppofe comme vn enfeignement infaillible de l’Apoftre,
que la foy d’vn bon Chreftien ne peut eftre arrachée de fon
Ame par les flots & par les fecouffcs des plus preffantes perfè• cutions s & c’eft cela mefme qu’enfeigne la Religion de Cal­
uin contre les fentimens de I’Eglife Romaine, quand il dit que
Jnft.litir, h foy fouftient les fidèles au milieu des rudes concuflions ; &
3-qu’elle eft vrayement comme la palme qui fc roidit contre tous
17‘
fardeaux, & qui ne laiffe pas de s’éleuer en haut quand el» eft

21, chargée, qu’ainfi eft accomply en eux ce que dit S. xcan ça

'Défenjede FEpitn.
35
qu ils ontformé contre leurs propres queftions.
Il ne faut que lire leurs eferits $ pour découurir Cette vérité.
Mais pour vous rclcucrde Cette peine, oyez-les parler euxmefines fur cette matière: ôc vous connoiftrez ce qu’ils ont
fait par cela mefme qu’ils nous ordonnent de faire : Il faut, dit
T'trtul. H»
Tertulien, rappcller toutes les queftions aux lettres Diuincs, fi de antmu
vous en exceptez celles que l’on propofe fans tendre des pié- cup. 2.
ges;ôc qui peuuent eftre receuës comme vn fimple tefmoigna­
ge des aduerfaires fans aucun prciudice delà vérité. Mais il
n’cft pas permis au Chrcfticn de rien chercher au de-là de ce
qui fe peut trouucr; ôc Ton ne peut rien trouuer que ce que l’on
apprend de Dieu. Ceux qui font vne fois décheus de la vérité,
dont ils auoient efté conuaincus par des claires demonftrations, ne quittent iamais leur delfein, & ne reuiennent iamais
dans le droit chemin, dit Saine! Athanafe j mais cftans entrez isfthan.
dans les précipices de leurs voyes, tournent çà ôc là, propofàs aduen.eot
des queftions abfurdes. C’eft pourquoy ie croy qu’on ne fçau- qui dicnne
roit reprimer par aucun difcours la fureur infenféc de ces ef­ &c.
prits qui font emportez d’vne paffion contentieufe. La foy HiUr.l.il
confiante, dit S. Hilaire, reiette les inutiles & capticufes que­ de Tirinit.
ftions de la Philofophic ; 6c Dieu ne nous mène point à la vie fj.em.lib.
i o.deT'ri.
bien-heureufe par des queftions difficiles. Saincl Grégoire Grt.Naz
nous aifeure que par le moyen des queftions que l’on fait fur
hs matières de la Foy, l’on ne choque pas feulement: mais
qu’on anneantit l’authorité du Sainéf Efpric. Il appelle ces
queftions fuperfluës, ôc dit qu’elles éuacüent lcMyftercdc la
Croix, ôc aneantifferit l'Euangilc. Luy-mcfmc nous fait re­
marquer que Iefus-Chrift auoit accouftumé de refoudre ôc ?dem orat
d’expliquer certaines queftions, ôc de réprimer les autres en
fermant la bouche des demandeurs ; ôc nous enfeigne qu’.à fon
imitation il nous eft quelquefois permis de reprimer ceux qui
nous attaquent en diipute,ôc de refoudre l’abfiirdité de leurs
queftions, par des interrogations qui paroift'ent plus abfurdes.
C’eft ainfi que Saint! Auguftin nous apprend par ce mefine
exemple à refpondre aux queftions qu’on nous fait : tantoft en isfttv Hb.
? de ferm
cachant la vérité à ceux qui ne font pas en eftat de l’entendre, 'Dont. in
afin de ne donner pas les chofes faintes aux chiens: tantoft en mon.c. ja
expliquant la vérité à ceux qui la cherchent ôc qui la peuuent
E ii

ÎO

àf jïuunt^propes >

que depuis ce temps-là, il n’a plus parlé, ny paru dans nos
Quartiers. Cependant l’accord de la Foy auec la raifon a efté
leu de pluficurs Fideles & de plufieurs Hommes ràifonnables :
plus de ftx cens Exemplaires de ce liure ont efté diftribuez,
tant aux Catholiques Reformez à qui i’en faifois la Dédicace ,
qu aux Catholiques Romains, pour lcfquels icl’auois mis au
jour, & qui m’enfaifoient demander des copies : il alla mefmejulqucs dans les Landes. De forte que Maiftrc lean Chirô
vous trompe, quand pour exeufer le long retardement de là
Réfutation, il fait femblant de n’auoir oüy parler de mon liure *
que l’année paft'ec : car il 1 çait bien en fa confçicnce, qu’il fut
porté dans le lieu de fon fejour, non pour gaigner des pauurcs •
Paylàns, qui ne conaoiflent pas les lettres : mais pour conten­
ter les d’efirs de quelques Curieux. Il auroitmieux fait d’avoücr, qu’ilîrc luy falloit pas moins de quatre oti cinq ans*
pour apprendre la méthode du Carninal, & pour entendre les
oracles de Maiftre Guillaume.
Mais il fe trompe aufli luy-mcfinc, quand il dit que ce Iiurç
a roulé quatre ans, fans qu’aucun DodcurCatholique aye pris
la peine de le réfuter & de le combattre de point en point : car
vn an après qu’il fut mis en lumière, il fut attaqué de plufleurs endroits, & par des fçauants pcrlonnagcs,qui ne le trou­
vèrent pas remply de tant de contradictions, ny farcy de tant
de fophifmes, ny fl plein d’impoftures & dç calomnies, com­
me fait Maiftrc lean Chiron, pour croire comme luy quedç
LeCteur iudicieux fans aucune réfutation en deut prendrefuiet de mcfprifcr noftre DoCtrine. Le Sieur Pean Millionnaire
enuoya de Paris en cette Prouince vne fueillc de Remarques,
qu’il auoit faites, pour rompre & deferier l’Accord de la Foy
auec la raifon: mais le Seigneur la fit éuanouïr comme la füeil»
le qui tôbe, &quj eft emportée par le vcnt.Lc.Sr. de la Millettierc donna aufli fon iugement touchant mon Ouuragc à vn de
* fes amis, pour me le faire voir, & s’attacha particulièrement à
réfuter vne de mcsRcfponfcs fur vn fuiet qu’il croyoit eftre des
plus importans. Et Monfieur de SainCt Senaç Confeillier du
lvoy & Mairp de Périgueux, me fit l’honneur de m adrefler vn
liure de Répliques, qu’il auoir eferit & composé pour l’cntierç
réfutation du mien. Mais comipe ce n cftoit que desManuf;

Défenjè de l'Epitre»
uertir à leur Religion, lequel ils rcndoient apres plus coulpable & fils de la gelne au double plus qu’eux, comme dit le Fils
de Dieu. Et les Millionnaires fe vantent comme les Hercti- Hier», ii»
ques font de gaigner les homes,& courent par tout, pour con- Eptft ai
uertir vne Ame à la Religion Romaine : c’eft à dire pour la Ttt. c. ï.
rendre doublement cfclaue de la gcfnc, en la rendant cfclauc
dclafupcrftition. Les Pharifiens faifoient tant de courfes par
le zele qu’ils auoient pour la Loy de Dieu, mais non pas feion
fçience. Mais les Millionnaires tracalfent par toute la terre
par le zele qu’ils ont pour leur profit. Caronlçaitquc c eft le
reffort qui les fait marcherj& qu’il y a des fommes qui leur font
taxées pour.chaque conuerlion qu ils pourront operer : telle­
ment que comme ceux qui les enuoyent, ont mis les Ames à
prix : ainfi les enuoyez chalfent aux Ames, pour en faire vn Efèch.xj
gain deshonnefte. Que donc Monficur le Bachelier ne fc faf-x^.
che pas de la comparaifon que i’ay faite entre les Pharifiens & ••
les Millionnaires j j’aduouë qu’elle cloche en ce point &en
deux autres, que i’ay remarquez dans leurs différences.
Pour les demandes qu’il ad joufte en fuitte, & qu’il dit auoir
à nous faire, pourquoy nous nous fommes leparez du corps de
rEglifcRomaine,pourquoynous auons fait vne Religion à
la mode ; pourquoy nous fuiuons le train & les erreurs de tous
les anciens Heretiques ; où eft l’Efcriture ôt le Co ncile qui authorilè noftre tcuolte ; où font nos pièces & nos patentes, qui
nous donnent le pouuoir de renuerfer I’Eglife, & d'abolir tou­
tes fes làinéles Ceremonies.
Au lieu de refpondrc à tout cela : i’aurois droit de me taire,
pournepasextrauagucr comme luy hors du fuiet qui eft en
queftion. Ic pourrois dire pour refponfe, qu’il luy eft permis
de multiplier les queftions à l’infiny, à la façon des Milïïonnaircs ; de propofer des nouuelles demandes, pour fortir hors
de la queftion que nous traitons, le pourrois dire qu’il peut
imiter les Arriens, qui faifoient de fcmblables demandes tou­
chant Sainéf Athanafc, comme d’vn homme qui le feparoit de
la Communion del’Eglife, pour viure dans les deferts, & qui
s’attachoit à foûtenir tout feul vne opinion côtrairc à la crean­
ce de tout le monde. Mais afin qu’il ne die pas que nous ne
pouuons relpondrc à fes interrogations cftans coriùaincus par

Àuant -propos

18

lumières, & coft'ompjc l’entendement d’vn homme, qui aura
tant foit peu de railon & de fens commun? . Ne croyez pas
donc que ic m ctte la main à la plume,ny que i'entreprenne cét
Ouurage, principalement pour garentir les Catholiques de
l'erreur de ces faulfcs maximes : mais c’eft pour vous Mefticurs
les Religionnaircs,quc ic trauaille : c’eft pour vous que i écris;
c’eft pour vous principalement que ie vay découurir les fophifmes de voftre Miniftre. Soyez donc attentifs à lalctfturedc
ces paflages, & ne courez pas ic vous prie fur les raifons & les
atithoritez que i’alleguc : mais pefez-lcs meurement ; lifez &
reliiez les répliques ; & ic m’afléure que Dieu par fa mifericorde vous deftilant les yeux, vous y découurirez autre eftonne­
ment vnnouucau Pays, Se vne nouuelle Région; Se qu’enfin
vous y trouucrez la vérité que vous auez fl long-temps cher­
chée.

RES^PONJE

EN pORJME D'^VANT-

propos à J^cjfcnrs les Catholiques Romains.

* L’Hiftoire Sain&e rapporte que Dauid, lors qu’il n’eftoit
’• S*m. encore qu’vn Jeune Garçon, Se vn petit Berger, qui gardoit les
*7*
Troupeaux de Ion Père, ayant oüy les paroles pleines debrauerie, par lefquellcs vn Géant Philiftin défioit Ifraél,& désho­
norait les Armées : il s’avança pour affronter cct incirconcis,
afleuré que la mefme puilfance qui l’auoit défia tant de fois deliuré de la griffe des Lyons Se de la rage des Ours, pourrait en­
core le lauucr des menaces & des fureurs de ce Philiftin.Eftant
appuyé du fccours de Dieu, il ne prit pour le combattre que là

Ponde, Se des cailloux qu’il auoit chorfis du Torrent, ôed’vn

foeffenfe de l’Epitre.

39

de donner creance. Outre les preuues de fait, que i’ay allé­
guées dans mon Epitrc, & que voftre Maiftrc Chiron adiftimulées, pour n’eftre pas obligé d’y refpondre. le vous produiray maintenant les déclarations de ces Sainéls Doéleurs.
Les Apollinariftcs ne pouuoient croire que lefus-Chrift
euft pris de noftre humanité l’Ame raifonnable,mais feulemét
le corps : parce qu’il n’cft pas dit dans l’Efcriture qu’il ait par­
ticipé à f Ame, mais à la chair ; ny que Dieu luy ait approprié Gr(tw^
vne Ame, mais vn Corps. C’cftpourquoy Grégoire de Nazianzcdifputantcontr’eux, dit qu’ils fe fontlaiftcz tromper à ,5.
la lettre qu’ils cherchent - & qu’à caufe de cela ils recourent au
mot de chair, qui fc trouue dans l’Efcriture. Les Arriens dcmandoient aux Catholiques qu’ils prouuafTét en mefmes mots
que lefus-Chrift Fils de Dieu cft confubftantiel & de mefine
fubftance que le Pcre ; & rejettoient cette creance : parce que
les mots font eftrangers de l’Efcriture. C cft pourquoy Sainél tAtban.
Athanafc difputant contre eux,dit que leur Hcrcfic efl la plus
dangereufe de toutes celles qui auoient paru au monde : parce r^n’
quelle cache fon vifage, & qu’à limitation du diable, qui eft
Ion perc, elle fercucft des mots de l’Efcriture, comme d’vn
honnefte ornement. Sainél Hilaire cfcriuant à lEmpcreur Hilar lib
Conftans, qui ayant efté infeélé du venin de l’Arrianifme, te- «d Ccnjl.
noit encore le langage des Arriens; & demandoit qu’on luy
donnait les preuues des veritez de laFoy par les termes de 1 Efcriturc : luy parle en ces termes. Vraycment ie vous admire,
Seigneur Conftans Empereur} de ce que vous délirez auoir la
Foy feulemét félon ce qui cft eferit : mais fouucnez-vous qu’il
n’eft point aujourd’huy d’Hcrctique, qui ne tienne le mefine
langage : tous parlent comme l Efcriturc, fans s’arrefterau
fens de l’Efcriture. L’Hcretique Pafccns, qui cftoit auffiArrien, difputant contre S. Auguftin luy demande importunément qu’il condamne le terme de confubftantiel : parce qu’il
ne fe trouue pas eferit dans les liures Sacrez,& l’accufe de fou­
ler aux pieds l’authorité de l’Efcriture, en pofant ce que l’Ef­
criture n’a pas dit. Et S. Hierofme tefinoigne que toutes les ^(r -n
Hercfies ont pris leur naiffance de la recherche des mots, & de
l’attachement aux fîmples paroles, qu’il appelle la chair & l’efc. $
corce de l’Efcriture. Puis donc que les Millionnaires nous

ï£

R$onfe * la ‘Treface

dans vnMiniftrc' les fentimens que vous approùucz dansvn
Prcftre
qu’il me foit permis de dire-quelque chofe contre
1 Eglife Romaine de laquelle ie ne dépens pas : puis ^u vn Pre­
ftrc qui a eferit contre la creance de I’Eglife Romaine donc il
dépend , vous a eu pour Approbateurs.

DE MAISTRE
Jean Cbiron.* w
OMME les Philiftins eftans campez furies terres des
Ifraelites, fe troublèrent fi fort par la prefence inopinée
de Ionatas, qu’ils tournèrent leurs armes contre leurs
propres perfoi ncs, s’entretuans auec ce mefme fer qu’ils vou­
loicnt employer à la perte de leurs ennemis : Tqut de mefme
les impies & les Heretiques entrans dans lesMyfteres de la Re­
ligion Catholique, font quelque-fois fi cftonnez par l’afpcd
de la venté qu’ils combattit, que bien fouucnt ils tombent
dans le defordre, & dans
contradidion fi manifefte, qu’ils
fc deftruifent par eux-mefmcs, & nous fourniflent des raifons
pour découurir leurs fourbes & leurs menfonges. C’eft cc
qui fc peut fasilement connoiftre dÿis tous les écrits dcsMiniftresquiont ofé choquer les maximes de lEglife Romaine»
ainfi que le S ieur le Sueur a fort bien prouué dans’fa Babylone:
mais certes cela paroift encore bien mieux dans le liure compofé par le Sieur AfimontMiniftreà Bragerac, veu quedans
vn mefme difcours on y void fouuent l’erreur combattre con­
tre l’erreur,& la vérité malheureufement niellée & confondue
auec le menfonge. Ainfi il ne faut pas s’eftonner fi le liure de
ce Mmiftrc a défia roulé quatre années,fans qu’aucun Dodeur
Catholique ayé pris la peine de le réfuter, & de le combattre
de point en point : car il eft remply de tant de contradidions ,
farcy de tant de fophifmes & de raifons humaines, il eft fi plein
d’impoftures &de calomnies,que le Ledeur judicieux fans au­
cune réfutation prendra de là fuiet de mefprifer la Dodrinc
des Religionnaires, pluftoft que de l’auoir dans la moindre
eftime du monde. Toutesfois ayant appris depuis peu de téps

C

Deffenje de rentre.
41
gâtions ,& de fouftenu ics Article, de noftre creance parfôn
authorité.
Si donc les Peres n’ont pas laifte d’cxecutcr les proteftatios
qu’ils ont faites de vouloir prouucr leur doctrine, & combattre %
les Dogmes des Hérétiques par l'Efcriture : encore qu’ils n’y
ayent pis trouué les termes de leurs preuues ny de leurs conuiétions : pourquoy nous àccufe-t-on de faufter noftre foy, & de
manquer de parole, quand nous prouuons noftre creance &
combattons celle de lEglifeRomaine par des preuues tirées de
l’Efcriture, bien que ce foit en termes diuers ? Certes nous
prouuons & combattons de la mefm c façon que les Peres ; &
l’on ne peut blafmcr noftre procédé lins condamner celuy des
anciens Doétcurs.
Quand les Peres de l’Eglife n’ont pû faire lire dans l’Efcriturc les termes exprès des Articles de leur creance, & de leurs
Confeffions de foy contraires à l’erreur des Hcretiques : ils
n’ont pas laifte de fe feruir de 1 Efcriture, pour defendre la vé­
rité de leurs fentimens ,«& conuaincre de faufteté les Dogmes
contraires : ils ont employé la bonne intelligence, le vray fens
& la droite interprétation des Efcritures; & fans s’arrefter aux
mots, ils y ont fait voir les chofes qu’ils difoient, par des légi­
timés confequcnccs. C eft ainfi que Saint Athanaze raifonne t^than.
contre Arrius, ou permets moy de prouucr par les confequen- dt/p. ç0nt9
ces laConfubftantialité,c’eft à dire la foy d’vne fubftance en la
Diuinité: Ou fi tu ne veux pas me concéder cela, il te faudra
nier tout ce que tu confeftes toy-mcfihe:vcu que tu ne fçaurois
le trouucr fimplement mis en aucun lieu de l’Efcriture. Mais,
adjoufte il, il connoift bien tics afteurcment qu’il pourra cftre
facilement furmonté, fi nous en venons là, qu il faille enfeigner par la confequéce de l'Efcriture, que la fubftance duPcre
& du Fils eft vne mefine. C’eft ainfi que le mefine Pere parle ssfthan'.
àtousles Arriens. Vous accufcz, dit-il, les Peres; vous blafde~
mezles mots qu'ilsemployent, comme eftrangcrs de l’Elcriture. Mais il n’importe en rien, fi quelqu’vn fe fert desparotft*
les, qu’il n’a pastrouués dans l’Efcriture : pourueu qu’il re­
tienne les fentimens de la pieté. Au contraire bien qu’vn Hé­
rétique emprunte dé 1 Efcriture les motsdont il fefert:ilne Au Epijl
laifte pas d’eftre fufpcéi. C’eft ainfi que S. Auguftin difeourt * 78:

Ï4

K.efyonfe aux autheurs

'Id-m c
— £é & <leuicnncnt rcprouuezj qu’ils déchéentdélx
j ‘ * foy & de la grâce; & que tous les iuftes ne perfeuerent pas iufques à la fin ; parce que leur charité fe refroidit, & qu’cnfin cl le cft entièrement efteir.tc. Mais Mc. lean Chiron tient vn
langage contraire à celuy du Concile &: du Cardinal qui le
louftient : car en fa Préface, il aflcurc qu’il ne craint pas que le
venin de la Religion de Caluin empoifonne l ame d’vn fidèle,
qui a vnpcu de pieté & dç Religion dans le cœur: dautant que
la foy d’vn bon Clîreftien, & la charité d’vn Catholique ne
peut cftrc arrachée de fon aine par les flots & par les fecouflcs
des plus preftantes perfccutions, ainfi qu’enfeigne l’A poftrc«r
C’eft bien la doéixinc de Saint Paul cfcriuantà l’Eglife Ro­
maine de fon temps : mais ce n’cft pas-la creance de l’Eglife
Romaine d’aujo.urd’huy;. Que fi ces paroles de voftre Bache­
lier font conformes a la crÆnce de l’Eglife Romaine : pourcondamnez-vous d’Hercfic la creance de lEglifèRcéc, quand elle dit que les fideles qui fôntiuftificz par Ix
foy en Iefus Chrift, & vnis à luy parla charité ne peuuent ia­
mais en eftre feparez 5 que leur foy peut bien eftre ébranlée,
mais.nonpas abbatué ; que leur chanté peut fe rallcntir, mais
non pas entièrement s’efteindre par la violence des tcntatiôa 9
qu’en vn mot ils ne peuuent iamais périr : parce qu’ils ne peu­
uent dcchcoir delà Grâce de Dieu qu’ils ont receué. Si donc
vous approuuez les paroles eferites dans le liure de lean Çhironjccfîcz de condamner des fcmblablcs difeours, qui fe trouuent eferits dans les liures de lean Caluin.
C’eft vne maxime de foy dâs l’EglifeRomaine, que IcCorps
de lefus-Chrift qui eft dans le Sacrement, eft touché ïênfuclIcincnt par les mains des Préfixes - rompu & mis en pièces par
les dents des fideles,félon la confcflion que le Pape Nicolas
part.dtft. j j. dj&a à Bercngcrypour luy faire rctraclcr l’Hcrefic, dont il
cftoit accufé ; laquelle il enuoya par les Villes d’Italie, d’Alle­
magne, & de France s & quifert aujourd’huy de canon & de
rcigle à l’Eglife Romaine. Mais voftre Bachelier me comme
vn meurtre qu’on coupe cette Chair facrée auec les dents j &
pour ne tomber pas dans le fens des Capcrnaïtes, il donne le
dementy au Pape , & l’accufe d’erreur, pour s’en garentir lu.ymefmc. Ne dûtes donc-pas que vous n’auez rien trouue dans

S

Défence de l*Epitre,
qu’il faut interpréter les Efcritures par les conlequcnces. Sui- /dent itt
liant ces exemples & ces enfeignemens des Peres, nous-prou£î
uons les Articles de noftre foy parles confequenccs, ne nous IO'
arreftant point à la lettre des mots: mais regardant au fens, à
l’efprir, & à l’intelligence des chofes.Comment donc peut-on
trouuer à redire à noftre procédé, fans condamner la pratique
& les enfeignemens des anciens Docteurs? Puis qu’en cela
nous faifons ce qu’ils ont fait, & ce qu’ils nous ont enfeigne de
faire?
Monfieurlc Millionnaire des Landes, ne pouuant obfcurcir l’éuidencc de ce raifonnement, tafehe de vous ictter du la­
bié dans les yeux par trois exceptions pour vous empefeher de
l’apperceuoir.
La première eft prife de noftre engagement, par lequel,
dit-il, nous nous fommes obligez de ftirc lire en inclines ter­
mes dans l’Efcriture les Articles de Foy Controuerfcz : mais
c’eft vne fuppolition, dont la faulfcté fe voit dans la vérité de
nos eferits. Nous auons promis à la vérité de prouuer tous les
points de noftre creance par des textes de l’Efcriture, qui faffent voir la vérité des chofes que nous aduancons. Mais de les
fairelire en autant de mots : non feulement nous n’aüons ja­
mais dit cela: mais nous auons protefté du contraire, geiay
deffié, comme ic dcffic encore tous les Miffionnaires, de pro­
duire vn feul de nos eferits, où ils faffent voir & lire cette pa­
role ; & Monficur Drelincourt s’explique afTez elairemet dans
fes Dialogues, pour faire voir qu’il n’a iamais rien aduancé de
fcmblable,& pour donner le dementy à Monficur le Bache­
lier. II eft vray que les Hommes dcDieu qui portèrent la Re-"
formation en France & ailleurs, promirent de reformer TEglife&delapurgcrdcfes abus par l’authorité de 1 Efcriturc:
mais ils ne manquèrent pas de faire ce qu’ils auoient dit. Car
quand ils virent que les Sacrcmcns, le Corps & le Sang dp
Fils de Dieu,la Remifïion des pechez, IeParadis & la vie Eter­
nelle fc vendoient dans l’EglifeRomainc à beaux deniers contens : ils renuerferent cette banque, comme Iefus-Chrift fît les
tables des Changcuts dans le Temple de Icrufalcm,par cc tex­
te de 1 Efcriturc. Ma Maifon fera appcllce Maifon d'Oraifon , ©*
vous en autfjatt'vne cauernede brigands.

“..........

Ils olicrent des Teqr- 13.

Rcjfionje aux Âtttheuri

*

des , &nen pas au rang des facilitez. Aufli les ProfelTeurs efi
Théo og,e de l Vnmerfité de Paris fe difcnt bien Dodeurs en
Théologie de la faculté de Paris , mais non pas Doreurs en la
fcculte de Théologie : pour montrer qu’ils ont bfcn la puiflancc & la faculté d enfeigner la Theologicipuis qu’ils ont la qua­
lité de Docteurs : mais que cette faculté d’cnfcigner eft bien
autre chofc que la Théologie mefine qu’ils enfeignent.
Secondement quand vous qualifiez Maiftre lean Chiron
Prcftrc & Bachelier en Théologie : vous' iuppofcz qu’il eft vé­
ritablement tel qu’il fc dit eftre luy - mefme. le ne doute pas
qiul n’aye pafte le degré du Baccalaureat ; mais qui vous a dit
qu il eftoit Prcftrc ? Ic veux croire qu’il a receu la Tonfure, les
quatre moindres, & toutes les Ceremonies externes de l’Or­
dination , que vous eftimez cftre vn Sacrement : mais qui peut
afleurer qu’il a receu le véritable Caractère de laPrcftrifc?
Certes vous n® pouuc? l’attcfterqu’aucc incertitude; parce
que vous ne le pouuez fçauoir que p ar vne conieéturc qui vous
peut tromper.
le ne parie pas icy félon les fentimens de 1 Eglife Reformée,
mais félon la.crcancc de l’Eglifc Romaine, & félon les maxi­
mes de voftre propre Théologie. Vous Içaucz mieux que
moy, vous qui Tciifeigncz tous les iours, quelle doit cftre l’inTra^de tcn^on du Miniftre pour faire, & pour conférer le Sacrement ;
1 aôfcuclle n’y eft pas ablblumcnt ncceflaire : parce qu’elle n’cft
e 5^7. pas en fon pouuoir, & qu'il ne feauroit cmpcfcher que les penîçes de fon efprit ne s’égarent, lors mefme qu’il traite les choConcil. fes facrées. Mais l’intention que vous appeliez Virtuelle y eft
Trid.(iJJ\ neceflairement requife : car il faut pour le moins qu’vn peu auparauant il s’applique luy-mcfmc à l’cçuure qu’il doit faire,
c’eft à dire qu’il aye la penfée & la volonté de faire ce que 1Eglife fait ; & c’eft en vertu de cette intention que fe fait l’ope­
ration du Sacrement. Or qui cft-cc qui peut tfire auec afleurancequel’Euelqucaiteu cette droite intention auant l’a&ç
de l’Ordination qu’il a fait d’vn Preftre ? Certes il n’y a que
Dieu qui fonde les cœurs, qui en cônnoifle les intentions fecrettes : pour le regard des hommes il n’y en a point quifeache
i.Qor.1- les chofes qtà fent de l'homme-, finon l’efirit de l homme qui efi en luy :
j»..
& luy-mefme ne peut pas toujours rçipondre de la rectitude

. î) éferifè de ÏEpitre,

4$

La féconde exception que le Bachelier produit pour nous
obliger de prouuer nos Articles, non par confequences j mais
par termes exprez de l’Efcriture: eft prife d’vn tefmoignage
de Saint Auguftin j lequel il fait parler de cette forte aux Do?
natiftes dans le liure de l’Vnité de l’Eglife. £uils lifent dans dtvnit^
PEferiture ce qu'ils veulent quen croje : ou autrement qu'ilsfe taifent. ëccltf
A quoy ie pourrois dire pour refponfe 5 qu’il life dans Saint
Auguftin au chap. treiziéme du liure qu'il a cité de luy vne
fcylc de ces paroles, & ic croiray qu’il ne l’a pas cité fur la foy
de quelque Methodifte; ou autrement qu’il fe taife, ou qu’il
confefte d’auoir allégué S. Auguftin à faux.
Mais pour vous dcfcouurir la vérité qu’il vous cache; &
vous faire voir que S. Auguftin parle en faueur des Reformez,
qui fe contentêt de prouuer les veritez de leur foy par des con­
fequences de l’Efcriture contre les Millionnaires, qui en de­
mandent des preuues en fermer exprès, & en autant de mots:
Vous fçaurez que ce Doétcur difputant contrôles Donatiftes,
pofe ainfi l’eftat de la queftion,qui cftoit entr’eux. La queftioft
cft, dit-il, entre nous & les Donatiftes, à fçauoir où cft l’Ëglifc, ou parmy eux, ou parmy nous. Les Donatiftes difoient
que l’Eglife cftoit reftreinte au party de Donat, dans la feule
Afrique. Saint Auguftin affeuroit au contraire que l’Eglife
cftoit de fon temps rcfpâduë par tout le monde ; & après auoir
prouué cette vérité par plufieurs textes de laGenefe,dcsPfeaumes, des Prophètes, & de l’Euangile: Il adjoufte au chapitre
treifiéme, comme nous auons aucuré par des tefmoignages
tres-clairs,que l’Eglife eft refpandue par tout le monde:qu’cux
de mefine produilent quelque chofe de manifefte ; pour mon­
trer qu’il a efté prédit, que la lcule Afrique dcmcurcroit, les
autres Nations décheans de la Foy de Chrift. Et au chapitre
fciziefmc, parlant à eux-mefines, il leur dit : produifez quel­
que chofe de fcmblablc,ou vne feule qui déclaré ouuertement,
ou que l’Afrique a efté laiffcc feule parmy les autres; où qu’elle
a efté feule releruée pour eftre le principe du rcnouuelleinent
-&deraccomplifl’ement du monde : mais fi vous ne pouuez
montrer ce que nous exigeons de vous fi iuftement : croyez à
la vérité ,taifez-vous & réueillez-vous à voftre falut.

D’où il paroift manifeftement que S. Auguftin demande

XO

Rejponje aux Autheurs

■g'dr jin rite eft plus forte que toutes chofes, comme dit le Sage Zoro2 .Cor. 13 babel;ez
ns pouuons ri tn contre la vérité dit S aint Paul, maû
S.
pour la véritéfi nous entreprenons de deffendre fes intcrefts.Ec
quoy que Dieu permette quelquefois quelle foit obfcurcic de
nuages qui la couurcnt : enfin pourtant elle dilfipera toutes ces
obfcuritez qui dérobent aux hommes fa lumière; elle paroiftra
dans fon iour ; elle fe rendra victorieufe de tous fes ennemis;&
fi elle ne caprine pas tous les cœurs, elle ne laiflera pas de tri­
ompher de l’erreur & du menfonge.

APPROBATION DES DOCTEURS
pour le J^iure de Maistre lean Chiron.
*K 7 O VS fous lignez Doélcurs en la facréc faculté deTheo- .
I AU l'ogie, dans l’Vniuerfitc de Bourdcaux ^Certifions auoir leu, & ferieufement examiné le liure de Maiftre lean
. Chiron, Prcftre, Bachelier en Théologie, intitulé, Réfutation
du liure d’ /jfimont^Minifre de la Religion Prêt endue Reformée à Bra­
gerac , & n’y auoir rien trouué qui ne foit conforme aux fenti­
mens de I’Eglife Catholique Apoftolique &Romaine : En foy
dequoy nous auons ligné la preîcnte Attcftatiô.»A Bourdeaux
ce27.lanuicr ïfcôz.Signé 2 EONTENElL-> AMEL1N.

RES POTÏfS E 4EX ^ADTHEDRS
de l’approbation.

ESSIEVRS,
vous elles Docteurs en Theolo
doute pas que vous ne polfedicz les qualitez conucnables
au tiltre que vous portez ; que vos efpritsnc foient éclairez
de lumières fuffifantes , pour diftingucr le bien d’auec le
t.Cor.iq JXJaj & ja vcrjc<t d’auec le menfonge i & fi félonie fenti3 2‘ ment d.c Sainct Paul, les efprits des Eropbeteifoutfnjets aux Pro*
P„,c mir

.



- 2.

âîon. l’Vriè régit les chofes de la Foy & de la Religion necef(aires à falut : l’autre regarde la conduite de la Difcipline &
des circonfiances externes dufcruiceDiuin. Pour la goüücrener dans les chofes qui regardent la Foy -, & l’efienticlde laReligion, Iefus-Chrift luy.a donné l’Efcriture Sàinélc, qui cftàflc
diuinementinlpiréc eft propre à inftruire, à corriger, à conuaincrc, & à rendre l’homine de Dieu fage à falut. Pour la di­
riger dans les chofes’qui regardent, la difcipline & l’exterieur
du feruice Diuin, le Sauueur ne luy a point donné des ordres
par eferit : mais il a laifte au pouuoir de fon Eglife de faire des
reiglemens touchant les Ceremonies, le temps, le lieu du fer­
uice Diuin,& les perfonnes qui le doiuent adminiftrer : parce
pièces chofes peuuent changer fuiuant les circonftanccs des
temps, des lieux, & des perfonnes j & c’eft.ce que nous appel­
ions Traditions non eferites. Sùiuaht cela7 nous receuons la
.
feule Efcriture pour rcigle des chofes falutaires de la Foy & de
liRcligion : parce que lafoy eft de l’ouye de cette parole', c[ue toutes ces chofes ont efté eferites, afin que nousoroyonsen Ïefus-Chrift pour ?ean 2o,
auoir la vie parfon nont. Pour le regard de la difciplinc.&cdu jt.
régime extérieur du feruice de Dieu :■ nous receuons aufli les
-•
traditions non eferites, c’eft à dire les conftitutions que l’Eglilè a faites de temps en temps; & croyons qu'il s’y faut foufmettre, pourueu qu’elles n’aycnt rien de tyrannique, rien de con­
traire à la première reigle de l’Efcriture, rien qui ncfoit con­
forme à l’Ordonnance’ de l’Apoftre: que toutes chofes fê faftent tlCtr.ÏQ
honneftement & par ordre en l’Eglife de Dieu. Et c’eft icy que ie 4°*.
fouftiens la diftinétion que i’ay faite dcsArticles de Foy neceffaircs à falut, d auec ceux qui ne le font pas. Pour les chofes
neceftâires à falut: nous n’en deuons point croire d’autres que
celles qui font dans l’Efcriture : car ellefufftt pour rendre l'homme
fage àfalut. Pour celles qui ne font pas neceftâires à ce point :
nous en croyôs quclqucs.-vncs par certaine raifon : quoy qu’el­
les ne foient pas eferites, comme la perpétuelle virginité de
Marie. Carquoy qu’il n’y ait point d’Efcriturc, qui nous la
déclaré : neantmoins nous la croyons comme vne choie conuenablc à la fainteté de la Vierge.
D’où il paroift que Monfieur le Bachelier a fort mal com­
pris la queftion qui eft entre nousôc l’Eglife Romaine, tou-

!•

g

Refponfe a l’Epitre

dcsOuuragcs phis excellens que celuy que vous luy prefentez; ■
que la grandeur a dans l’eftenduë de fàlurilHi&ion des Efprits
plus cfclaircz que le voftre, des bouches plus éloquentes, &
des Ecclefiaftiqucs beaucoup plus doftes, lcfquels fans doute
auraient mieux reùffi que vous n’auez fait dans voftre entrepri­
fe. Mais en tout cela vous ne faites que vous élcuer vous mcf­
me, en faifant femblant de vous abbatre ; Se vous attribuez aux
autres le pouuoir de mieux faire, afin qu’ô vous dône la louan­
ge d’auoir bien fait. Vous voulez bien faire paftèr voftre liure
pour vn excellent Ouuragc, puis que vous aduouez qu’on eu
. pourrait dédier de plus excellens. Vous prétendez bien qu’on
croyc voftre éfprit pourucu de belles lumières, puis que vous
rcconnoiffez qu’il en cft de plus éclairez j qu’on écoute voftre
bouche comme diférte, puis qu’il en cft de plus éloquentes; &
qu’on vous confidere comme vn homme fçauant, puis qu’il y
en a de plus dodes. Enfin vous ne voulez pas qu’on doute que
vous n’ayez reüffi dans voftre entreprife : puis que vous dites
que d'autres y auraient mieux reüffi que vous. En quoy vous
vous couurez du manteau de l’humilité, pour affeder la vaine
gloire ; & vous tournez, le dos au riuagc pour l’aborder plus fa­
cilement. Ainfi en penfant vous cacher, vous faites voir que
'GregMb. vous cftes de ceux,dont vn de vosPontifes a très bien dit,qu’ils
20 Afor, recherchct la gloire, lors qu’ils luy tournent le vifage, & qu’ils
font mine de la fuyr;& du nôbre de ceux qui félon le dire de S.
Sernard. Bernarj> defcouurent quelquefois deux-mcfmes des chof? fes hôtcufes,non pas parce qu’ils font humblcs:mais afin qu’on
Jttp. at, Jcs ejjjme te|s> Mais comme il adjoufte luy-mcfmc, rechercher
la louange dans l’humilité , n’eft pas le moyen d’eftablir , mais
de deftruire cette vertu.
Cela cftant, s’il eft vray félon le dire des Sages,que châque
produ&ion tient de lit nature de fon principe
que toutes
chofes participent aux qualitez de leur commencement, qui
en eft la principale partie ; fi l’on peut iuger de la ftrudurc d’vnc maifon par lôn frontifpice, & des fruids qu vn arbre porte­
ra par les fleurs qu’il a défia pouftées : le puis dire que voftre
Epitreliminaire porte des caradcrcs qui font iuger détour
voftre Ouuragc ; & vous auez raifon en 1 oftiant avofticSeigneur de dire que vous luy faites vn petit prefent, puis que la

Dêfenfè de /’ Epitreï

4. |

que ce n’eft pas le vray Baille, mais vn Bafile fuppofe,qui parle
de la forte. Et c’eft ce qui paroift manifeftement parla fuite
de fon difcours: car il metcntçclcs traditions des Apoftres la
couftume qui eftoit de ion temps*, de prier Dieu vers l’Orient,
& de faire les prières debout depuis Pafqucs iufqu’à Pcntecofte. Or penfez-vous bien que ces enfeignemens doiucnt auoir
autant de force pour la pieté, que les Doctrines de Foy que le
Seigneur nous a laiflées dans l’Efcriture ? Certes I’Eglife Ro­
maine ne le croit pas ainfi ■ &c puis qu’elle n’obferue plus telles
couftumes, elletefmoigne bien par là, qu elle les regarde auec
mcfp'ris comme eftant de nulle authorité. Aufli üft-ccpoui
cela, 8c pour d’autres confidcrations que qtrelques-yns de vos
DoCteurs ont déclaré que ce Liure du Saint Efprit qu’on attri­
bué à S. Bafile ; eftoit vn Enfant fuppofe, & non pas vne de fes
,
productions véritables^
y
Pour le regard des vçritcz de la Foy & de la Religion, neeeflàires à falut, cc font les Heretiques, qui accufansTEfcrititrc d’infuflifâce, pour enfeigner toutes leschofès du falut,l’ont
joinCte auec Icstraditions non eferites pour prouuer leurs er­
reurs ;c'cftLtqu’ilsfè font réfugiez; & c’a efté de tout temps
leur retranchement ordinaire. SainCt Irenée auditeur de Po- iren. Mr.
lycarpe, qui fut difciplc de l’Apoftre S. lean, parlant des difei- t. adaer^
pics de S imotn le Magicien r qu'il appelle le Pere des Hercti- H&rtf.
quesrtefmoigne qu’ils fe glorifioiét des chofes qui ne f’ot porat eaP‘
eferites, mais qui ont cfte feulement données par la tradition,
de viue voix. Luy-mcrmcafleurc que c’eft le propre de tons ^rin
les Hérétiques, quand, ils font conuaincus par les Efcriturc s>
d’intenter accufationcontre les Efcritures : parce difent ils,
que par elles on ne peut point trouuer la vérité,. fi Poivne fçait
la tradition. Et c’eft cela nrefine que dit Monficur le Bache­
lier en autres ternies, quand il dit que 1 Efcriturc n’eft pas
feule ny totale rcigledesvcritcz de la Foy': mais-que c’eft l’Ef­
criture Stc-aucc.laTraditiortnonefcritc; Lcirnhnc Docteur fdtm Ho.parlant dcsCaipocratiens,dit qu'-ilsdcfendoicncleurs réucries t.
par ce prétexté : Que le Seigneur Içfiis-auoicparîé de ces-chofes à fes Apoftres ;.& que les Apoftres Iesauoicnt donnéespar
traditionà ccyxqxH cneftoient dignes. TértuiLien tcfinoi'gnc: f?J
icsValentini&Sj qxïongotsuoiç bien les- çonuaincre mais- nc«;.
'•

.

£»

50

Dêfence de l’Epître,

pas les perfuadcr: parce qu’eltans conuaincus par les Efcritu­
rcs, iis auoient leur recours aux traditions. Eulcbe rapporte
Èkfeb. 1. d’vnArtemon Hérétique,qu'il Cç glorifîoit de là dodrine com­
j.c. 28, me ancienne, & comme receue delà tradition des Apoftres;
que tous les Predecefleurs, & les Apoftres mefmes auoient te­
nu & enfeigne les mefmes fentimens. Vn autre Heretique
Eprphan. nommé Ptolomée fc vante chez Epiphane, qu’il a receu là
33 doctrine de la tradition des Apoftres par fuccclfion. Enfin ce
Eptph-tn.
mefme Dodcur tcfmoigné des Selgiens, des Arcontiques,dos
h<cr<f }940. 4 S Scueriens, des Encrantes & autres Hcretiques, qu’outre les
47- 56- Saindcs Elcriturcs, ils alleguoient aufli les traditions Apoftoliqucs. En cela donc vous voyez que les Miffionnaires & ceux
qui leur ont enfeigne la game de la difpute, lûiucnt la métho­
de des anciens Hcretiques: puisqu’ils rcçoiilent pour princi­
pe de leur Foy la parole de Dieu efçrite, & celle qu’ils appel­
lent non efçrite, c’eft à dire l’Elcriture Sainde auec la tradi­
tion non efçrite des Apoftres: comme fi les Apoftres auoient
dit pour noftre falut d’autres chofes que celles qu’ils ont eferi­
Jren. [ib.
tes.
Certes S. Irenéeafleurc le contraire; car nousn’auons,
3. G I. '
dit-il connu la difpofitiô de noftre làlut que par ceux, par Fentremife dcfqucls FEuangile eft paruenu iulqu’à nous, lequel à
la vérité ils prefeherent alors de viue voix : mais lequel puis
après ils nous ont baille dans les Saindcs Efcritures,pour eftre
le fondement & la eolomne de noftre Foy.
Tous les anciens Peres ont efté dans le inefmç fentiment.
Tant s’en faut que dans les matières du falut ils ayent voulu
joindre la tradition non eferite auec FEfcritureSainde : qu’au
contraire, c’eft la feule Efcriture qu’ils ont prife pour reigle de
leur creance ; & c’eft par elle feule qu’ils ontprouué toutes les
77rU/^
falutairesveritez de la Foy. C’eft ce qu’ils ont tcfmoigné dvn
prnfcr.ni
verjstrtt commun confentcment, quand ils ont dit que nousn’auons
Wp. 8. plus befoin de curiofité après Iefus Chrift, ny de recherche
apres fon Euangile : parce que nous croyons qu’il ne faut rien
Orig. ht. croire au delà. Qu’il nous eft neceflàjre d’appeller les Saindes Efcritures en tefmoignage : parce que noftre fens ne peut
tic.
auoir foy fans ces sefinoins. Qu’çn matierede Foy & de Reli­
Cyprian.
gion, il ne faut obferuer d’autre traditiô que celle qui eit com­
Sf"P 74.
mandée
dans FEuangile, ou qui eft contenue dans ics Actes
luiQwpt

des Apoftres, ou dans leursEpitres. Queles Saindes Lettres
diuinement infpirécs futfifent d’clles-mefincs pour le difeer- orat co„.
nement de la vérité. Qi^e c’eft vu tefmoignage d’infidclité& trafdoht.
vn ligne tres-certain de fuperbe : Si quclqu’vn veutreietter 'BafilSer
quelque chofe de ce qui eft eferit, ou introduire des chofcs qui de fide,.
ne font pas eferites. Qufil ne faut point parler là où l’Efcriture
ne parle point : qu’il ne faut point fuiure l’erreur de nos Peres,
ny de nos Anceftres, mais l’authorité des Efcritures ; & que “ c ‘
tout ce que nous difons, il le faut confirmer par les Efcritures.
Et quand les Hcrctiquesfe font voulus retrancher dansles 'fercm.c.
traditiôs non eferites, pour prouuer leurs errcurs-.les Dodcurs 7.
de l’Eglife les ont appeliez à la feule Efcriturc, pour les tirer
de leur fort. Oftez, ditTertullien,, aux Hérétiques ce qu’ils
£
ont de la fageffe des Payons, pour les obliger de reprefenter
leu rs queftions par les feules Efcritures, & ils ne pourront fub- arn-c'î
fifter. l’adore la plénitude de l’Efcriture , dit luy-mcfmc : que fert. adla boutique d’Hermogcncenfeigne que cela eft eferit j ou s’il turHcrn eft pas eferit, qu’il appréhende cemalhcur,quicft deftiné à mog.c.11
ceux qui adjouftcnt,ou qui diminuent quelque chofe à l Elcriturc. Si lefus-Chrift fcul doit eftre efeouté, dit S. Cyprien,
comme le Pere le tefinoigne du Ciel: ne regardons point ce j •
que quclqu’vn a eftimé deuant nous deuoir cftrc fait, mais ce
qu’a fait lefus-Chrift qui eft deuant tous : car il ne faut point
fuiure lacouftume, mais la vérité de Dieu. Parce que cela n’a Hier, nt
point l’authorité des Saindes Efcritures, dit S.Hierofme : on- **/*ù^»
le mefprife auec autant de facilité qu’on le produit. Quils
nous montrent s’ils ont l’Eglife par les feulsliurcsCanoniquesdes diuines Efcritures, dit S. Auguftin aux Donatiftes^ Si çC(,cj
quclqu’vn, dit luy-mcfmc après S. Paul, je ne diray pas nous, ^<5,
qui ne fommes nullement comparables, à celuy qui a parlé,. jfom l. ?
mais mcfme fi vn Ange du Ciel vous-annonce outre ce que cent, Ht,
vous auez receu des Efcritures,de la Loy & de l’Euangile tou- Fet‘l
chant lefus-Chrift, touchant fon Eglifc,ou quelque autre cho­
fe qui appartient à la Foy & à noftrc vie, il eft anatheme.
De tout cela vous pouuez iuger &connoiftrc clairement-,
s’il eft vray ce que dit voftre Bachelier, que les Sainds Pcres,
ces Saints Perfônagcséclairez des lumières du Ciel n’auoient
pas pour feuldi- total principe de leur Foy la par oie de Dieu

Gij

'DéfenJ'ede l’Epitre'.
eferite : mais l’EfcritureSainéte auec la tradition.
Vous pouuez aufli iûger fi la confequencc qu'il tire de cette
fijppofition n’eft pas aufli faufle que fon principe: à fçauoir que
les Arriens n’auoicnt pas droit de vouloir obliger les Sain<fts
D odeurs à lire dans les Saindcs Lettres le mot de Confubftantiel : parce qu’ils pouuoient relpondre & terminer ce dif­
ferent par les lumières de la tradition, qui n’auoit pas moins
d’iyitfaorité chez eux que la parole eferite. Car fi cela eft vray,
d4th«r. .puis que les Arrienshaïifeiênt ce mot de Côfubftâticl àçaufe
difp.con-, fie la chofe qu’il lignifie, à fçauoir que la fubftance du Pere &
Ju pUs cft la mefine. Comment cft-cc que les Peres du pre­
mier Concile de Nicée euflent pû terminer le different
qu’ils auoient auec’eux par les lumières de la tradition? Certes
cette tradition ne le ùr pouuoit venir de l’Eglife : car ils eftoiét
fes Dodcurs ; & ce n’eft pas l’Eglifc qui donne aux Dodeurs
Ja tradition ; mais ce font les Dodcurs qui l’a baillent à l'Eglife. Ils ne pouuoicnt pas aufli l’auoirrcccuë de leurs predeceffeurs : car cette queftion n’auoit pas encore efté agitée dans
aucun Concile ; &ce fut dansccluy de Nicée que ce mot de
Confiibftantiel fut mis premièrement en vlage. Comment
• donc eft ce qu’ils terminèrent leur different? Ce nefutpoint
par la tradition : car il n’y en auoit pas encore : mais ce fut par
î aut^or^® de l’Efcriture, dans laquelle ayant trouué cette vcfp de de- rite, que le Fils & le Pere font vn, ils l’exprimèrent plus claiere>. Syn. rement par des termes équiualcns,difans qu’il eftoit de mefine
fubftance que le Pere, ou Confiibftantiel au Pere. Et ce ne fut
font.t^r pas par la vertu de ce mot qu’ils décidèrent la queftion: mais
rw/j. par ja forcc Jc ]a vérité fi gnifîéc par ce nom, laquelle fc trouuoit dans l’Efcriture.
JStUarm. Le Cardinal Bellarmin le reconnoift & le confeflc ingenueli.b» 2 de ment, difant que quand le Concile de Nicée détermina que le
fjjs eftoit Confiibftantiel au Pere, il déduifit cette conclufion
des Efcriturcs.
D’ailleurs après que l’vfage de ce mot eut efté authorifé par
le Concile. $ i les Peres dflputans contre les Arriens, qui ne
laifloientpas de dogmatifer après leur condamnation, euflent
voulu terminer la diiputc par les lumières de la traditiô 5 qu’auoieot ils à leur refondre autre choie, finon que le Concile

Déenfe de l’Epitre',

$1

Pauoit ainfi décidé, &qu’ii ne falloit plus mettre en queftion
des chofes déterminées ? Pourquoy s’amufent-ils àraifonner
âuec des Heretiques condamnez ? Et pourquoy ne vont-ils
tout droit à la tradition du Concile, qui auoit approuué ce
nom ? Cepcndât au lieu de cela, ils s’arreftentà tirer des confcquences de l’Efcriture comme auoient fait leurs deuanciers,
pour montrer que la chofe fignifiéc par cc nom y eft côtcnuèj
,
Ils confeflcnt bien qu ils n’ont pas trouué le mot de Confub- ^itx 'in
ftantialité dans les Saintes Lettres : mais ils déclarent aufii Epi.^tk
qu’ils y ont trouué la chofe mefme. Et pour iuftifier l’arrefté
du Concile, ils font voir qu’il n’a point cftablyde nouuelle
Doctrine : mais feulement exprimé parvnnouueau mot vne
ancienne vérité, qui eftoit fignifiéc dans lEfcrkurè en termes
^iuers.
;? ■ . . : . i
Cela eftant ainfi, quand les Millionnaires nous demandent
que nous leur faflîons voir en mefmes termes dans l’Efcriture
les Articles de noftre Foy Controuerfcz : nous auons droit
d’imiter le procédé des Peres : puis qu’ils imitènr celuy des
Heretiques, & de leur dire comme S. Auguftin difoitauxArriens , qu'ils nous iaflent lire dans l’Efcriture les terme»
de leur foy qui combattent nos fentimens : ou s’ils né
peuuent pas, qu’ils retraéfccnt leurs articles de foy, ou qu’ils
cclfent-denous faire les mefines demandes: car celuy, dit ce ?a,?'
Dodeur, qui fait eftat de reprendre quelqu’vn, ne doit pas fai*l ?
re ce dont il prétend accufcr les autres. Ques’ilsfe contentét
que nous leur faftions lire dans l’Efcriture les choies que nous
croyôs, quoy qu’en mots différés, qu’ils ne nous interdifét pas
l’vfage des confequenccs, comme les Heretiques le vouloicnt
interdire aux Saints Doélcurs. Il eft vray quolcs conlcqucnces de l’Efcriture ne font pas l’Efcriture rnelme.: mais cc font
des propofitions qui peuuent eftre des Articles de Foy: puis
qu clics font tirées de l’Efcriture, & fondées fur fa vérité. Et
c’eft dequoy les Millionnaires ne dilputcroicnt pas, s’ils vou­
laient confeftcr auec le Cardinal Béllarmin que rien ne peut
eftre aficuré par certitude de foy, que cc qui eft immediatemêt
?
contenu dans la parole de Dieu j ou qui en eft tiré par éuiden-illJ
te co nfequcnce ; & s’ils vouloicnt reconnoiftre ce que reeonnoift ce Cardinal, quelcs Catholiques Sx ceux qu’il nomme

G iij

54

2*

Dtffenfe de l'Epitrel

Herctiques, ne font point en difpute de cela. Mais ces Meffieurs*, qui s’eftiment plus fçauans que ce grand Doéleur de
l’Eglife Romaine, aiment tant la difpute, qu’ils aiment mieux,
combattre les fentimens de l’Eglife Romaine, que de ne nouspas conteftcr vn principe, que fes Doéleurs ont accordé.
A Monfieur le Bachelier fuiuant leur méthode, forme vne.quatrième exception, pour ofter au moins a quelques-vns de
nos Reformateurs le droit de prouuer les veritez de la Foy par
des confequéccs de l’Efcriture ; & au lieu de refpondre à l’objeétion d’vn troifiéme artifice, que ie découure dans les Mifiionnaires, qui eft d’oppofer la Théologie &la raifon, pour
nous deffendre de raifonner dans les veritez de la Foy : il nous,
• demande file Cardcur de Meaux fçauoit bien déduire les con­
fequences, & fi les petits Artifâns,.aufquels nous donnonsl’Efcriture à lire font affez fçauans , pour tirer les confequences en bonne forme. Il nous demande encore, pour nous priuer de ce mefmc droit, & nous interdire l’imitation de lefusChrift & de fes Apoftres, qui fe font feruis des confequences
tirées de l’Efcriture : Si nous fommes infaillibles comme Iefus
Clffift & fes Apoftres s Si nous fommes remplis & dirigez de
l’Efprit Diuin en toutes les operations de noftre Ame comme
ilseftoiér
finous auons les miracles&les Prophéties pour
tefmoins de la bontéde nos confequences*
Pour refpondre à ces demandes en mefmc ftylc qu’on nous
les fait : il faudroit dire que les vncs font des railleries deCabarct, & les autres des queftions ridicules. Mais pour parler des
chofcs Saintes plus ferieufement que ne fait Maiftre Chiron:
le dis pour le regard de Maiftrc lean le Clerc, que quoy qu'il
fp euft manier les Cardes pour accô moder la laine : cela n’en»
pefchoitpas quil ne fçeut manier le glaiuc Spirituel dé la pa>
ï 8. roje Dieu pour defendre fa vérité- Sainél Paul fçauoit faire
desTentes;&a fouucnt trauaillé de fes propres mains pour
gaigner fa vie s & neantmoins il ne laiffoit pas d’auoir efté imftruit dans les fçien ces humaines ; & d’auoir eftééleuéenht
connoiflance de la Loy auxpieds d’vn grand Gamaliel. Ainffi
quoy que lean le Clerc fçeut peigner la laine: il ne laiffoit pasd’auoir appris les Saintes Lettres;&fàns le vanter beaucoup,$
«flcroyable qu’il auQÎt fait fon. cours cn.Philoldphie pour it

Defenje de l’Epitre,

j$

moins aufli bien que Maiitrc Dufoulicr & Maiftre Guillaume,
donc l'vn a quitté l’aiguille & les cifeaux, & l’autre la maniclc
& le tirepied, pour s’ériger en tilcre de DodeursMiflionnaires,qui le vantent de confondre les Miniftres les plus Içauants.
Mais quâd cela ne lèroit pas, & qu:il n’auroit pas eu autant
de fçiencc que ceux-cy ont de mémoire: qui vous a dit que la
raifon commune a tous les hommes ; cette Logique naturelle,
qui fevoid dans les Païfans; & par laquelle les plus idiots fçauent tirer des confequences, & faire des raifonnemens fans ar­
tifice j jointe à la connoiftance qu’il auoit des Saintes Lettres
&. la Foy en Iefus-Chrift, n’aye liiifi pour le rendre propres*
conuaincre les ennemis de la vérité par les Efcritures, comme
il a fait? Et fi>Dieu voulut autresfois châger vn Bouuier en Pro­
phète,pour prédire àlo peuple reuolté la vérité de fes Jugemés;
8. j*
s’il a fondé fa force par la bouche des petits Enfans , & d c ceux
qui pendent encore à la mammclle, pour confondre les aducriâires; Si Iefus-Chrift a transformé des pelcheurs en Ap'oftres, Man **
pour les faire pefeheurs d’hommes, &: pour trauailler à la fon-z •
dation de l’Eglife ; s’il a pu mefme faire parler les pierres pour
la conui&ion de fes ennemis; pourquoy n’auroit-il pas pû faire
d’vn Cardeur vn Théologien, pour trauailler à laReformatiô
des Hommes ? Certes fi nul ne peut dire Iefus eftre Seigneur i-Cor.x^
finon par le SaiftEfprit : il falloit bien que ce leruiteur deDieu }•
■fut animé de fon Efprit de'fapience Sc de force: puis qu’il a fi
bien maintenu la domination du Seigneur Iefus contre la lagelfe du monde, & contre la tyrannie du Pontife Romain : &
c’eft en cela qu’a paru la force & la fapience de Dieu, en ce
qu’il a fait éleéfion des chofes folles de ce monde, pour faire .
honteauxlagcs; & qu’il a choifi les chofes fbibles, pourcon- 3*^
fondre les fortes.
Pour le regard de nos Artifans ; c‘eft à bon droit que nous
leur baillons les Saintes Elcriturespour les lire : parce quelles
j
donnent fapience au fimple, comme dit le Prophète: parce
qu’elles inuitentlcsDoéites& les Ignorans, comme dit Sainét
Auguftin,pourpaiftre ceux-cy par vne vérité manifefte,&
pour exercer ceux là par vne vérité fecrette. Que fi tous nos
gens de Meftier n’en tirent pas allez de fçiencc, pour dilputer
Centre les Thomiftes, les Scotiftes, & les difciplcs de Loyola: .

T) efenje de lTEfitre,
ils en recoiuent pourtant allez de lumière, pour découurir les
artifices des-Millionnaires,& pour rendre à tous raifon de leur
foy. .
Enfînpoiir ce qui nous concerne, c’eft à tort que Maiftre
Chiron ycut que nous foyons infaillibles comme Iefus-Chriftr
& fes Apoftres pour nous feruir des confequenccs de l’Efcriture ril ne faut pas auoir l’elprit dans, vn degré d’infaillibilité
pour raifonner fur lçs matières de Foy : autremét les Doâeura
de I’Eglife, qui n’eftoient pas infaillibles comme Iefus-Chrift
& fes Apoftres n’auroient iamais produit leurs raifonnemens;
& quoy que nous n’ayons pas receu l efprit fans mefure com­
me Iefus-Chrift, ny dans vne mefure d’abondance comme le»
Apoftrçs cela n’empcfche pas pourtant que nous ne douions
n cftrc iniitateurs des Apoftres. y comme ils l’ont efté de Chrift,
r*
félon la foifiLefté de noftre capacité; & que pour les-imiter, il
ne faille parler comme ils ont parlé pour la defenfe de la verij
té, quoy que nous ne publions pas faire toutes les mefines œuurcs- Comme donc Iefus-Chrift a tiré des. confequenccs do
l’Efcriture ,.pour perfoader aux Iuifs les veritez de la Foy ;
• ■ comme les Apoftres fe font, aufli feruis desconfêquencesdo
l’Efcriture, pour amener toutes les Nations à la F.oy deChrift:
Aufli fommes-nous obligez de raifonner & de tirer des criofëquences delà mefincEfcriturc, pour prouucâles. Articles do
noftre Foy..
C’eft aufli fans raifon qite Monficur le Bachelier nous de­
mande des miracles pour prouuer la bonté de nos confcquen. ces* Car premierementtoutes les fois que Iefus Chrift & les
Apoftres ont raifionné fur les chofes de la Foy ;-ilsn’ontpas
fait des miracles pour prouuer'la bonté de leurs raifonnemens*Sccondemcnt il ne faut point chercher I’Eglife dansles miraM C^CS ’ ma^s ^ans k*linqcs Canoniques des Diuines Efcritures,
L X»7. comme dit S.- Auguftin :<parce que le Seigneur nous ayanî
Ecckf. f. aduertis que desfaux Prophètesferoientfegncs& miracles sponrfe>.
duire mefme les éleus s'il efioit pofsible t ad joufte pour nous mieux
Mat. 24 ipcé.c2.'i\ÙQnr\e:x ^'Koicgie levons ay prédit. En troifiéme lieu fi le»
miracles ne font que pour confirmer la vérité de la Dodrine là' oùil n’y apoint dé nouu elle Doélrine, il ne faut point aufli
de miracles.Jiouueaux. Puis-donc que nousme prefehons point

'
de

\

Dcffenje de l’Epitrc ».
bouuclleDoiftnnc, mais telle qui cftoit dés le cômencement:



il n’eft pas.bcfoin que nous faflions de noqueauxprodiges : lcfc
miracles de lefus-Chrift & de fes Apoftres font les tcftnoins
de la vérité de noftre Foy ; puis que nous ne croyons que la vé­
rité, qu’ils nous ont enfeignéeSc confirmée par les miracles.
Et pour la mcfme raifoff les anciennes Prophéties feruent à
confirmer cette mefine vérité : puis que nous ne croyons autre
Euangile que celuy que Dieu auoit promis par les Prophètes
' és Saindes Efcritures. C’cftpourquoy comme lefus-Chrift
parlant aux Iuifs qui s’émerueilloient comment il fpauoitlcs
Efcritures : leur difoit, Si quelqtt'vnveutfaire la volonté de celuy
qui ma enuoyéy il connoiftra de la Doctrine, afçanoirfi elle cfi deDien^
oufii ieparle de par moy-mefine : Aufti auons-nous droit de vous
dire, Si vous voulez faire la volonté de lefus-Chrift, &vous
enquérir foigneufement des Efcritures, qui rendent tefmoi­
gnage de luy: vous cônoiftrez de la vérité que nous prefehons,
iî nos conclufions font tirées de 1 Efcriturc.
En cela il n’eft pas bcfoin de miracles, ny pour nous, afin
de tirer ces conclufions, ny pour vous afin de les connoiftre.
Autrement s il falloit faire des prodiges toutes les fois qu’on
prefehe quelque vcrité'de la Foy controuerfée 5 il faudroit que
Dieu troublaft continuellement l’ordre de la nature pourlêriuir à la curiofité& comme l’a reconnu vn de vos Do&eurS , fi
77?e
Dieu vouloit rendre la Toute-puiftance tributaire de 1 infideli- nat- tom‘
téiulnuesàcepoint,defaire autant de miracles qu’il y a de 1 ^c"
mefereans, à la fin il ne s’en feroit plus : parce qu’il s’en feroit

trop ; Il n’y auroit plus ny Loix ordinaires de la nature, qui
.peuftent eftre paflees par priuilege, ny lujet d eftonnement en1
fc qui foroit ordinaire.
Dailleurs c’eft vne queftion controuerfée entre nous &lcS’
Millionnaires, fçauoit s’ft faut encore faire des miracles pour"
prouuer les veritez de la Foy à.ccux qui ne les croycnt pas. Quifont ceux qui font obligez de décider cette Controuçrfc par
des miracles ? Ce ne fommes pas nous, car nouscroyons qu’ilsne font plus neceflaircs : ce font donc les Miffiônaires qui doiuent faire d es miracles pour-nous prouuer leurs articles de foyr- .
ou bien il faut qu’ils aduouent qu’ils n’ont pas allez de puillànce,pour.fairecfcqu’il/àutpourladçcifiondes £ontEoucrfcs5>

$$

Deffenjè ie l’Epïtrel

ou qu’ils n’ont pas la bonne volonté ny tout le zcle qu’ils font
femblant d’auoir pour la conuerfion des Hcretiques,
.

Rcconnoiftcz-donc ce que confeflcnt vos Dodcurs : qu ’à

iHcf.Theo
npt. ttw. la vérité le bras de Dieu n’cft pas raccourcy,& que fa puifl'ancc
j. dtfcou. n’eft pas moindre à cette heure pour faire des miracles : mais
zsfpolog. qu’il nous doit fuifire qu’ils ayent parrîà la nailTance de lEglile

pour tous lcsSieclcs; & qu'ils ayent efté faits en faueur d’vne
mefme nature , pour obliger tous fes defeendans à la Foy.
Efcoutcz & croyez ce qu’ils difent à chacun de vous. Si tu
Didacw
fie Ha in crois aux lignes qui ont efté faits par Iclus-Chrift & par fes
i-uc. tap Apoftres : tu ne dois plus demander d’autres lignes, comme
T !.
les melchans Pharilîens qui difoient au Fils de Dieu, qu’il leur
A/ath.iô montraft quelque ligne du Ciel ; & il ne faut plus dilputer : car
i.
fi tu crois aux miracles de Iefus-Chrift, tu es obligé de croire
à la Dodrine. Les miracles ne font plus neceftâires en noftre
temps, & ne peuuent plus apporter aucune vtilité, particuliè­
rement parmy ceux qui ont crcu comme les Hcretiques : quoy
qu’ils aycnt'cfté neceftâires au commencement de l’Eglifc
jiailïantCi Car comme vn Enfant quand il commence à mar­
cher çftayde par vn petit chariot roulant où l’on le met .-mais
quand il eft venu grand, s’il entroit dans ce véhiculé, non feu­
lement il u’en rcccuroit point de fecours : mais mefme il en feroit embarrafté, & cela l’empefeheroit de cheminer auec tant
d’aifance. Ainft tant que l’Eglife a efté petite, elle a eu befoin
de miracles dans la tendrefte de fon enfance, mais maintenant
qu’elle cft adulte,les miracles ne luy font plus neceftâires: mais
plutoft inutiles pour la fouftenir.
•dug- lib
Efcoutcz ce qu’a dit auant eux Saint Auguftin parlant aux.
de voil­
Donatiftes.
Ne dites point, cela eft vray parce que ie le dis ;
éeclef, v.
ou parce que Donat, ou quelque autre a lait des miracles par­
lS.
my nous ; comme aulfi nous ne difons pas qu’il nous faut croi­
re, parce que nous difons que nous fommes dans l’Eglife de
Chrift, ny parce que dans les lieux Sainds que noftre Com­
munion frequente, il fe fait tant de miracles & deguerifons.
.dug ibid
Mais nous auons les Iiures du Seigneur, à l’authorité dclquels
3nous confentons & croyons les vns & les autres : cherchons là
l’Eglife,debattons-là noftre caufe. Si les Miffionnaires qui

nous traitent d’Herctiques,vouloient agir auec nous comme

. Defenje de l Epi tre.

5^

Saind Auguftin auec ics Donatiftes; il y âlong-tdïips que
nos Controucrfes feroicnt.terminées ; & ils ne sattachcroient
pas, comine ils font à nous demander des miracles pour pren­
ne de nos Articles de Foy: mais nous irions tout droit à l’Efcriture; & fclô l’aduis de ce mefme Dodeur nous regarderions Hitron,
les antccedcns, &lcs confequcnccs qui en dépendent pour la Ept{l.2$
' dcmbnftration de la vérité.
,
Finalement Monfieur le Bachclicr*voyant bien que ccttc
rigueur, qui veut interdire aux hommes le droit de raifonner
cft extrêmement tyrannique : eft contraint de nous ad- *
mettre à tirer des confequences. Par vn priuilege fpccial il ne
veut pas nous traiter en beftes; il nous accorde par grâce ce qu’il ne pouuoit nous refufer qu’aucc vne extrême injufticc; &
veut.que nous luy ioyons rcdcuables corne d’vne faueur -fignalée, de la liberté qu’il nous donne de raifonner auec luy. Mais
ncantmoins il rctrade bien toft fa donnation ; & marry de nous
auoir odroyé cét aduantage, ce qu’il fcmble nous auoir don­
né d‘vne main, il nous le rauit incontinant de l’autre, tant il
appréhende la touche des confequences. Car après auoir dit
qu’il fouffrira par grâce que nous tirions des confequences : il
veut après cela que nous les tirions à fa mode; il marque des
bornes à noftre raifonnement, pour auoir le temps defuïr,
• comme s’il difoit, vous irez iufqucs-là, & ne paftcrczpasou­
tre. En’quoy il fe montre fort femblable à Arrius qui auoit
grand peur d’eftre vaincu par Saint Athanafe, s’il en venoit
aux preuues par les confequcnccs de l’Efcriture; & nous pou- . ,.»•
lions dire de ce Maiftre Chiron, ce que ce Dodcur difoit de
eét Heretiqjic : à fçauoir, qu'il imite les Adeurs qui paroiffee
fur le Théâtre , qui ne laiffent pas d’eftre toufiours les mefmes ,
quoy qu’ils joiicntdiuers pcrfonnages, fous des Habits diffexens. Car ainfi Monfieur le Bachçlicr après auoir faitdiucrs
deftours fur vne mefme demande ; après auoir combattu no­
ftre droit fur la façon de luy refpondre, ne laifte pas de le cho­
quer , lors mefme qu’il femble nclc pas contredire ; & ce qu’il
a fait en qualité de difputeur, iHc fait encore en forme de dogjnatifte.

1 Êfcoutons ce Bachelicf qui fait le Dodcur. Quoy qu’il
aye protefté de n’auoir iamais enfeigné la Philofopbie : néant............‘. Hii
*

£<3
• ' E)efence de ls Ëpître,
moins iîfe mefle de nous en faire des leçons 5 & veut que nous
remarquions que dans le fait de Controuerfc il y a deux fortes
de confequences, dont les vnes font parfaites, & quidoiuent
eftre admifes danslesEfcolcs de nosaduerfaires & par tout ail-*
leurs, Les autres font imparfaites, & doiucnt eftre rejettées
cd matière-de-foÿ. Puis il donne des exemples des vnes & des
autres, pour conduire que toutes celles que nous tirons de*
^’fefcrituye eftans imparYaites, elles doiuent eftre rejettées.Sur
quoy ie me contenteray de vousfaire remarquer ce qu’il y a de
bon & dcî véritable, afth que V-ous le reteniez, & ce qu’il y a de1
faux de dcricieUx, afin que vous le rejettiez j & au lieu de ces
mauuais principes, je vous en propoferay d autres, qui font
bons & d’.cux mefmés-rcceuableS.
- Pour commencer pat les défauts que vous douez rejetter ;
premièrement il lùppofc qii’en matière de foy l’on ne peut ti­
rer vne confequcncc que de deux propofitionsj c’eft adiré
qu’on ne peut raifonncr que par des argumens qu’on appelle
Syllogifmes. Ce qui n’eft pas véritable: car comme les bons
Philoïôpkes argumentent quelques- fois fur les chofcs de U
nature par enthymémes, qui n’ont que l’anteccdant & le confequent : Aufti Iefus Chrift-& fes Apoftres ont fouuent raifonnéfur les matières de Foy de cette façon, & tiré des confequenccs d’vnelculepropofition. lefus-Chriftrefpondantaux
Herodicns qui le vouloicnt furprendre : de cette propofition
qu’ils aduoüent, cette Image de cette Efcriturc ejl de Cefar : il infè­
20. ai. re cette conlcquencc. Rendez doucj. Cefar les chofes qui fenticéi
far,. Ainfi V Apoftre ayant pofé cette propofition, la nuicl efl
estpaffée & le tour efl approché*, en tire cette conclufion. Rejetions
donc les œuures infruclaeufes de tenehres , d"foyans reueflus des armes,
de lumière.
Secondement j il dit que la confequcnce eft nulle,’ &non
rcceuable, lors qu’elle eft tirée de deux propofitions qui ne
font pas de l’Efcriture, ou dont vne feule ne l’eft pas. Ce "qui
cft manifeftement faux,comme il fêvoid par les exemples mef­
mes qu’il allcguei Car fi cette conclufion doit eftre rejettée
en mati ere de loy. Donc perfonne rie peutJerutr à Dieu d' aux -voluptczfenfu'clles : il faut accepter la contradictoire, donc queïqu YnpeutfetuiràDieu&auxyoluptcz l’cnfuclies : ce qui eft
t
...

€i

'Defenfe de l’Eftre".

contraire au fentiment de Iefus-Chrift, qui.dit, que nous nepou- Luc i 6<
pottuonsferuir à Dieu & aux richejfes 5 Et au decret du Co ncile de MTrente, qui dit qu’on ne peut eftre dans la grâce de Dieu, & Concil.
Trid.ftf
dans le péché mortel. S’il faut rejetter cette confequencc, 6. c. i®.
donc Dieu nef pat compose : il faut receuoir la contradictoire,
donc Dieu eft'compofé. Ce qui eft contraire au fentiment de
tous les Théologiens, & conforme à l’erreur des Heretiques,
qui ont nié la fimplieité de Dieu.
En troifiéme lieu il allégué pour vn exemple des conclu-»
fions incertaines vn argument, dont toutes les propofitions
font certaines. £ue les plus fages ont quelque -fois menty , y
îrilrien de plus vray ? £uon peut imiter quelque-fou les plus
y a-il rien de plus aficuré ? £ufn peut quelque - fis men­
tir: ya-il rien de plus certain ? Certes fi cette confequencc:
doit eftre rejettéc, il faut admettre la Contradictoire, à fçauoir
qu’on ne peut iamais mentir: ce qui eft donner le dementy à
î;
SainCt Paul, qui dit que tout homme ef menteur.
4*
Pour vn quatrième principe il pofe qu’vne conclufion eft
faufte, lors qu’elle eft tirée de deux propofitions, dont l’vne
feule eft faufte : ce qui eft manifeftement contraire à la vérité.
Car dans les chofes de la nature, vn Logicien peut tirer le vray
du faux, aipfi'qu’onlepcut voir dans cét exemple.
Toute befe ef viuante,
Qr tout homme ef befe :
Doncques tout homme ef viuant.
Car quand il feroit vray, ce qui n’eft pas, que tout homme fuft:
befte : neantmoins il s’enfuiuroitpar bonne confequencc qu’il
auroit la vie, parce qu’il auroit le fentiment. Ainfi dans les
chofes de la Foyvn Théologien peut ranger vn raifonnement
en forme fyllogiftique Comme veut Monficur le Bachelier ; &
neantmoinè de deux propofitions, dont l’vne eft faufte, ilpeuç
tirer vne conclufion véritable, comme fi ie dis.
Tous les damnez rejfufciteront :
Or tous lesfdeliesJont damnez,
Doncques tous tesJi,déliés rejfu(citeront.
Car quand il feroit aufli vray qu’il eft faux,que Ie,^£dellcs foiét
damnez: il s’enfuiuroit pourtant de cette faufte fuppofition,
qu’ils reflufcitcront:parce que tous les damnez doiuent reftufj





'

.«T

Ci

D éfenfè de l’Eftître.

citer. Ce n’cft pas que ie me veuille feruir de cette façon de
raifonner: mais cequeie dis, c’eft feulement pour vous faire
voir la faufteté des maximes que voftre Philofophe délie pour
incontcftablcs.Vos propresMaiftres, de qui i ay rcceu les prin­
cipes de la Logique m’ont enfeigné, que quclquc-fois le vray
fc peut inférer d’vn faux anteccdant: comme fi ic dis, Pierre
Collegiu cft vn cheual, donquesil eft vn anitnal.Et lesDoéteurs du ColConplut. legede Complute vous confirment dans ce fentiment, quand
î- ils dilcnt que le vray s’enfuit du faux en vertu de la forme & de
Proemt. ja coqfequence. En effet comme la volonté peut tirer le bien
e argum 4umalpav]a fOrcc de fes defirs: aufli ne faut-il point douter
que l’entendement ne puifle tirer le vray du faux par la force
de fes raifonnemens; Ètfileslugcsfçauent quelque fois defcouurirla vérité par la faufle dépofition d’vn tefinoin : il cft fa­
cile aux Logiciens de tirer la vérité d’vne propofition, qui luy
eft contraire.
Après vous auoir dcfcouucrt la faufteté des maximes de
voftre Bachelier : agréez que ie vous en propofe de vcrirablcs*
La première eft, que la conclufion la plus parfaite & la plus receuablc en matière de foy, cft celle qui eft tirée de deux pro­
pofitions de l’Efcriture bien entendues : car fi elles font mal
entendues, & qu’on s’arrefte feulcmét aux mots, comme font
les Millionnaires ; elfes n’induiront qu’à l’erreur. Comme ft
ic dis :
*
ftfft croira & aura efté haptift ,■ferafauué.
Or Simon le Magicien a creu & a efté baptisé ,,
Doncques Simon le Magicien a eftéfouué.
'Marc\6
La première de ces propofitions eft eferite en Saint Marc»
15
La fécondé eftclcritc dansée liure des A<ftcs. Cependant la
conclufion eft faufle : parce qif elle eft déduite de deux propo­
fitions mal entendues. En voicy vne autre qui eft déduite de
deux propofitions de l’Efcriture bien entendues, .
148.
Celuy par qui toutes chofes ont efté créées eftDieuyCommc il eft
eferit dansles Pfeaumes
5Coioft, 1.
Or toutes chofes ont efté créespar Jefus-Chrift , comme il eft

if:

eferit par Saint Paul
Doncqifas lefts-Chrift eft Dieu,

Mais s’il falloit prouuer tous les Articles de Foy par des propo«

D éfenje de l’Efitrêi

'r 63

îîtions écrites en mefmes termes : il y auroit bien peu cî’Arti­
cles de Foy qu’on peut prouuer par l’Éfcriturcj & MaiftreChi­
ron feroit bien en peine luy-mefme de vérifier en cette façon
ceux qu’il ne croit pas .eftre de tradition non eferite.
C’eft pourquoy la féconde maxime que voiftdcucz rece­
uoir comme inconteftable eft,qu’il y a»des bonnes confequences j & qui doiuent eftre rcceuës comme bien tirées de l’Efcri­
ture : quoy que les propofitions dont elles font déduites ne s’y
trouuent pas en mefmes termes : pourucu qu’elles s’y trouuent
quant au fens. Par exemple, fi ie raifonne ainfi.
Nota deuons faire ce que Dieu nous commande pour obtenir la
falut.

Or Dieu nous commande de faire des bonnes œuures.
Doncques nous deuonsfaire des bonnes œuvres pour obtenir le.
falut.
C’eft vne conclufion de Foy doht nous fommes d'accord. Et
iepuis dire qu’elle eft tirée des propofitions eferites: parce
qu'elles fe trouuent dans l’Efcriture, non quant aux mots,mais
quant au fens. Car la première, àfçauoir, que nous deuons
faire ce que Dieu nous comande pour obtenir le falut, fe trouuc dans le fens’dc ccllc-cy qui oft eferite en autres mots. Si tu Jtfath.s?
veus emrer en la vie garde les Ccmmandemens. La fecon- 17.
de,àfçauoir, que faire des bonnes œuures eft ce que Dieu
nous commande, eft comprife dans le fens de laLoy, & dans
, .
cette proposition de l’Apoftre , que Dieu a préparé les bonnes
f
œuures afin que nous cheminions en icelles.
Et cc raifonne- *
ment eft fi bien tiré de l’Efcriture, que ie ne penfe pas qu’il fe
trouue vn homme raifonnable, qui en ofe contcfter la vérité.
La troifiéme maxime eft que dans les matières de Foy il y a
des confequenccs fort bonnes & fort reccuables, quoy qu’el­
les foient déduites de deux propofitions- dont l’vne eft de l Efcriture, Sc l’autre de la droite raifon. Comme fi ie dis,
Celuy qui ne peut mentir., accomplit infailliblement fies promeffes.
Or Dieu ne peut mentir :
Doncques Dieu accomplit enfailliblementfes promeffes.
Cette conclufion eft de Foy, Sc neâtmoins eft tirée d’vne feule
propofition eferite : car il eft eferit que Dieu ne peut mentir Ttt.s.ï.
Mais l’autre eft conforme aux lumières de la droite raifon, qui

Dcffenje de l’Epitre,
jointl’accompliflcment des promettes auec l’impuiflance de
mentir, comme eftant des chofes d’elles-mefmes infeparables.
Et quoy que cette conclufion foit ainfi déduite : elle ne lailfe
pas d’eftre véritable ;& pour la rejetter il faudroit renoncer à
mefine tempfo l’Efcriture & à la raifon»
Ce feul exemple powtroit fuffire pour prouuer Ta vérité de
noftre maxime. Mais parce qu’elle n’eft pas du gouft de Mon­
teur le Bachelier : tt faut que ie relponde icy aux objedions
qu’il fait pour élu der la force de cette vérité. Quoy qu’il n’aye
rien dit contre l’Accord, tle la Foy auec la Raifon, que nous
auons eftably dans noftre Epitre contre la rulè des Millionnai­
res ; & qu’il lemble auoir approuue ce Mariage par lonfilencet
neantmoins il employé maintenant tous les artificesafin dcle
rompre. Il pofe premièrement qu’en matière de foy il fauêrejetter toute conclufion comme delfedueufe : lorsqu’vne des
propofitipns qui la précèdent ri’eft pas de l’Efcriture. I’avfait
voirla faufleté de ce principe, par les mefmes exemples qu’il
a alléguez. I’ay fait voir la vérité de la maxime contraire par
vn exemple qu’on ne peut conteftcr. .
Mais pour mieuxd’eftablir dans vos efprits : je vous prie de
confiderer qu’il en cft des Argumens qui lônt foit s en matière
de foy,comme du Chrefticn.ou du Théologien qui les fait.
Le Chrefticn eft vn homme fidele, & Dieu ioint la raifon auec
la foy pour en faire vn Théologien» Par la foy il embrafle des
propofitions reuelées dans l’Efcriture: par la raifon il tire des
confequences de ces propofitions elcrites. De forte que com­
me il ne Qauroit produire des ades de foy s’il n’auoit l’vlàgc
de la raifon : aufli ne peut-il tirer des- confequences de l’Efcriturc fans raifonner. C’eft pourquoy nous ne difons pas que la
raifon eft vn principe de la foy : mais qu’elle en çft la feruante,
parce qu’elle eft vn moyen dont la foy fe fert pour difeourir des
chofcs Diuines ; & quoy que la foy foit éleuée par defliis la rai­
fon : elle ne pofe pourtant rien qui luy foit contraire: autrémêt
il faudroit renoncer à, la raifon pour auoir la foy; ôedeuenir
befte, pour cftrc fidele»
'VecaJif, O C’eft vne Dodrine approuuée de vos Dodeurs, quidifent
■preémi. que la Théologie eft vne habitude d’argumenter ou de difeourirs quefon propre offtc.e cft de tirer des conclufions defo.ydc

Defenjè ae rEpitre.

6$

deux propofitions rcuclecs, ou dont l’vne eft reuelce & l’autre
eft connue par les lumières de la raifon. Que par elle les Apo­
ftres ont tiré des conclufions des principes rcuelez , ce.quieft
argumenter. Que cette habitude tient de la foy & de la fçience j qu’elle a la certitude de la foy, entant qu’elle s’appuye fur
le tefinoignage de la reuelation Diuine; qu’elle a l’cuidcnce
de la fçience, entant qu elle tire des confequenccs des princi- 7^,aWt
pes certains, par le raifonnement. Que puis que la grâce n’o- /um. i./>.
ftc point la nature, mais la perfectionne : il faut que la raifon 7' i. art,
naturelle férue à la foy, comme l’inclination naturelle f crt à la 8.
(
charité : qu’encore que lEfçriture enfeigne pluficurs chofes
par deffus la raifon naturelle:toutcsfois elle n’enfeigne rien du
/
tout contre elle.
J
Que fi Maiftre Chiron dit là-defïus que ce font des fenti­
mens de quelques DoCteurs particuliers de l’Efcolc. Qu’il efcoûte au moins fon grand Maiftre, à fçauoir le Cardinal de Ri­
chelieu , qui a preferit la méthode à tous les Miflionnaires>& il
trouucra que lors qu’il veut choquer nos maximes, il va contre "XJcM.
fes fentimens. Il y a des Théologiens parrny nous, dit ce Car- -Afr/fcU.
dinal, qui fouftiennent que pour auoir vne conclufion de foy,
f*
il n’eft pas necefîaire que les deux propofitions defquelles la
conclufion eft tirée foit de la foy : mais qu’il fuffit que l’vne des
deux le foit : mais ils difent tous expreffement qu’il faut que la
propofitionquin’cftpointdclaFoy,ncfoitpas incertaine &
douteufcjmaisqu’cllc foit tres-certaine &tres éuidente par
la lumière naturelle. Il n’y a perfonne ( dit- luy - mefme ) qui
ne foit capable de connoiftre , Qtfonnepeut enfeigner ny
cftablir vne chofe directement contraire à la raifon: puis que
la raifon & l’Efcriture SainCtc ont vn mefme principe -, & que
Dieu qui en eft la commune fource, ne peut fc contredire en
fes enfeignemens.
Que s’il ne veut pas fuiure les inftructions que luy donne va
Maiftre de fon temps : qu’il faffe eftat de déférer au tefmoigna-.
gc de Saint Auguftin, qui fut vne des plus éclattantes lumières
de l’ancienne Eglife. Ce Pere dépofe la mefme vérité, quand
il dit que fi l’on oppofe en quelque forte l’authorité des ÈfcrituresSainétesà vne manifefte & certaine raifon: celuy qui le
frit ne s’entend point luy-mefme, & oppofe à la vérité nonlc

i6

_

Dêfence de l’Epitre'.

fens de 1 Efcriture, auquel il ne peut paruenir, maispluftoftlë
/ien propre. Qu’il défère au comun fentiment de tous les Do­
Juef. ne cteurs que nous qualifions du nom de Peres,qui au rapport vé­
el Hat io_ ritable d’vn de vos Autheurs, éclatterent en Eferits & en Pré­
i ùf.^p
dications , & forcèrent leurs Siècles à reconnoiftre l’abus de
6lo^,
l’idolâtrie auec des raifons prifes des Sçiences." Dieu, dit-il,
qui fait ccfTer toutes les contrarictcz,conduifit la plume de ces
Docteurs; & l’Efprit d’vnion leur infpiralcs moyens pour trai­
ter l’accord de la foy & de la nature,& montrer qu’elles eftoiét
d’vne fi parfaite intelligence, qu’en leurs procédez elles ne
tomboient iamais dans la contradidion. Puis donc que la
raifon s’accorde fi bien auec l’Efcriture pour l eftabliflèmcnc
& la confirmation de la foy ; l’vne comme maiftreffe, & l'autre
comme feruâte ; l’vne pour fournir des principes, l’autre pour
donner le moyen d’en tirer des conclufions : C’eft à tort que
Monfieur le Bachelier contefte la vérité de cette maxime, à
fçauoir, qu'on peut tirer des conclufions de foy d vne propofi­
tion efçrite par le moyen d’vne autre qui ne l’eft pas : pourueu
qu’cljc fojt certaine & connue par les lumières de la raifon na­
turelle.
Que s’il dit contre cela, que ces confequences, ainfi tirées
font méfiées de raifonnement humain, & fujettes à pluficurs
fautes, & par confequent incapablesd’eftablirvn article de
foy. le refpons que ce raifonnement qu’il appelle humain,
eftant formé de la forte cft infaillible : parce que la propofition
qui cft de la raifon naturelle-, outre fa propre certitude, nous
conduit à celle de l’Efcriture, qui cft d’vne infaillible vérité.
Et quand mefine il feroit fujet à l’erreur, ce qui n’cft pas, il ne
laifferoit pas d’engendrer la foy en nous conduifant à vn prin­
cipe qui eft de certitude Diuinc; & fur cela il n’y a point de
‘jRJcheli. difpute entre nous & les Catholiques Romains, comme le re­
methsd. I. connoift le Cardinal de Richelieu. Partant, dit-il, fi lors que
2, cfa'S. les Miniftres difcnt que la foy s’engendre fouucnt par l’intcruention d’vn moyen humain & fujet à l’erreur, ils veulent que
ce moyen fuiet à l’erreur nous conduife à vn autre moyen qui
foit infaillible : nous conuenons auec eux en ce point.
Si le Bachelier dit que félon toutes les reigles de la Logi­

que, la conclufion prend la qualité delà plus foible des propq-

4

Défertjede t Epitre.

6~]

fitions;& que celle qui elt hors l’hlcriture eftant la plus foiblc:
la conclufion reçoit & s’imbibe de ce defaut. Ic relpons qu il
entend mal cette reiglc de Logique, & qu’il l’applique à ce lu­
jet contre toute bonne raifon.Car cette reigle ne veut pas dire
qu’vnc propofitiô faulfc ou incertaine influé là faulfcté ou fon
incertitude dans la conclufion : mais feulement que la conclu­
fion participe de la négation ou particularité d’vne îpropofitio
qui fe trouuc dans l’argument negatiuc ou particulière. C’eft CoHegtum
ainfi que l cxpliquent vos Dodcurs en Philofophie. Lacon- C°mP,ut.
clufion, difent ils, fuit toufiours la plus debile partie: c’eft à 1 ' àe
dire, que fi vne des propofitions eft particulière, la conclufion
l’eft aufli: Si vue des propofitions eft negatiuc, la conclufion
eft pareillement ncgatiue.Tellcmét que pour venir à noftrc fujet, il fe peut faire qu’en matière de foy vne des propofitions
qui eftant de 1 Efcriturc cft la plut forte au regard de la vérité:
fera neantmoins la plus foible félon les reigles de la Logique,
parce qu’elle fera particulière, ou negatiuc j & par ce moyen
la conclufion qui participera de fa foibleffc au regard de la né­
gation ou particularité : ne laiifera pas de tenir de fa force au
regard de la vérité. Cela fe peut voir dans le dernier exemple
que i’ay allégué cy-delfus. Mais ie vous cnmettray vn autre
deuaut les yeux, afin que cette vérité ne vous efehappe.
Celuy'qui eft fidele fera ce qu il a promis :
Or Die» eftfidele -,
Doncques Dieufiera ce qu il a promis.
Dans cét Argument la majeure eft de la raiion naturelle, qui
nous dide que la fidelité eft vne caufe ncceflaire de l’accompliflcmentdespromeflés : & félon les reigles de la Logique
elle eft la plus forte au regard de l’eftendué : parce quelle cft
vniuerfelle. La mineure par les loix de la Logique cft la plus
foibleau regard delà quantité: parce qu’elle eft particulière:
& neantmoins elle ne laiffe pas d’eftre la plus forte au regard
de la certitude & de la vérité : parce qu’elle cft de I Efcriturc z
& de la foy. Aufti voyez -vous qu’elle influé la force de là vérité
dans la conclufion :& que pour la rendre particulière i elle ne
lailfe pas de la rendre in faillible, comme elle l’eft elle-mefmc,.

& d’eftablir vnarticle de foy, àfçauoir, que Dieu fera ce qu’il
apromis,
ï9

68

Dcffcnfe de FEpitre.

Si le Bachelier redit iur les exemples des Pcres, qu’ils
rempliflent leurs raifonnemens de conclufions qui ne font pas
toufiours déduites de deux propofitions de 1 Efcriturc : parce
que ccs Hommes Doétcsôc éclairez auoient pour principe &
pour fondement de leur foy la traditiô& l’Efcriture;& qu’ainfi
ils tirent fortfouucnt leurs conclufions de l’Efcriture & delà
tradition qui n’eft pas moins de foy que la première. le luy redirav que les Pcres n’ont pas fait cc qu’il dit, qu’ils ont fait ce
qu’il ne dit pas ;& qu’en matière de foy ils ont tiré leurs con­
clufions de l’Efcriture, fans s’arrefter à la tradition,comme
nous l’auons prouué. Mais en fuite puis quç la tradition eft de
foy aufii bien que l’Efcriture : je luy demanderay pourquoy
I’Eglife Romaine a-clle rejetté des traditions que lesPcrcs ont
obferué comme?Apoftoliques ? Et d’où vient qu’elle en obfcruc auiourd huy d’autres que les Peres n’ont iamais connues.
Pourquoy ne croit-ellc-pas qu’vn homme parfait ne doit pas
iurer ? Qu’il n’eft pas permis aux Chreftiens de plaider en Ju­
gement, mefme deuant les Sainéts , comme l’enlcignc Clé­
Clem, lib.
ment l’Authcur des pretéduës traditions Apoftoliques ? Pour­
quoy ne commande-ellc de prierDicu vers lOrient?Pourquoy
ncdcfend-cllcdcieufncr & de fléchir les genoux durant les
HttfilMb.
nié foirit. cinquante iours de la Pentecoftc, comme on faifoit du temps
Satào. c. fie S. Bafile ? Pourquoy dans la célébration de l’Euchariftie ne
17.
fe contcntc-elle de la feule Oraifon Dominicale, comme Gregoire tefinoigne que c’cftoit la couftume des Apoftres ? PourftA. 7. quoy a-cllc adioufté tant dcCcremonies aux chofes qui fe trai. . toientau commencement dans la fimplicité, comme tefimoi-vita§nc Platinc-Certes c’eft vn tefinoignage que la tradition n’eft:
j
' ’ pas de la foy comme l’Efcriture : puis qu’elle change auec le
temps
puis que nous auons receu vn mefme efprit de foy
que les Anciens, nous deuons parler & agir de mefme façon
qu’eux : car la foy eft toufiours la mefme, & ne peut changer
non plus que la vérité qu’elle embraffe.
Si Monfieur le Bachelier dit encore, que les Peres n’employent guercs ces grands raifonnemens que pour conuaincrc
les Heretiques. le le prieray de nous vouloir traiter comme
les Peres ont traité les Heretiques: puis quil nous appelle du
mefme nom} & qu’il nous permette d’agir auec luy par l’Eftyri-

T)cffenfe de /*Epitre,

69

turc, comme les Peres ont permis aux Hérétiques cl’agir auec
eux. S’il dit enfin que les confequences déduites par ces grâds
Pcrfonnages ne font pas toufiours des Articles de foy : le luÿ
diray qu’il lùffit qu’elles le foient quand ils traitent des matiè­
res Controuerfces, pour prouuer qu’à leur exemple nous pou­
vons tirer des conclufions de l’Efcriture par le moyen de la raifon pour defendre les Articles de Foy qui font en Contro­
uerfe.
La quatrième Scdernicre maxime, que vous ne ferez pas
difficulté de reccuoir comme infaillible, eft qu’en matière des
Articles de Foy qui font controuerfez, l’on peut tirer des con­
clufions inuincibles d’vne ou de de ux propofitions,qui ne font
point de l’Efcriture, quand mefme elles feraient fauffes : pourucu qu’elles foient admifès & rcceuès pour véritables par les
aduerfaires. Et c’eft Ce que les Philofophes appellent desargumens à l’Homme ; c’eft à dire des raifonnemens qui battent
vn ennemy de fes propres armes; qui le conuainquent par fes
principes
qui le forcent, ou de condamner fespremiers
fentimens, ou d’approuuer ceux des aduerfaires qu’ifcondàiri*
ne. C’eft ainfi que les anciens Peres ont fouuent agy contre
les Hcretiques : & notamment Saint Auguftin & S. Athanafe
contre les Arriens, pour les contraindre par leurs propres ma­
ximes, ou d’approuuer le mot de Confiibftantiel, qu’ils condamnoient comme eftrangerde 1 Efcriturc, ou de condamner
d’autres termes dont ils fe feruoient dans leur Confeffion de
foy, quoy qu’ils ne fuffent pas eferits. C’eft ainfi que le Cardinal de Richelieu promet d’agir auec nous. Mon but eftant,
0 •*
dit-il, de rechercher tous les moyens d’agir auec nos-aduerfai- l'c
res par leurs propres principes : apres auoir montré, comme ic
prêtons, que leur diftinétion eft fauffe, ic me refous de l'em­
ployer & delà fuppofer comme fi elle eftoit véritable : parce
que c’eft vn moyen certain de les condamner par eux-mefincs;
Et c’eft ainfi que ic traiteray auffi quelque fois Monfieur le Ba­
chelier en Théologie. De forte que fuiuant ces maximes vous
verrez clairement dans la fuite, que vous deuez receuoir tous
les raifonnemens que i’ay produits, comme ceux que ie produiray cy après, pour prouucr nos Articles de Foy controuer­
fez : puis qu’ils ne contiennent que des conclufions certaines
Xiij

JO

Défenjede la

& indubitables, dont les vncs font tirées de deux propofitions
eferites en mefmc fens, quoy que non pas en mefmes termes ;
les autres de deux propofitions infaillibles, dont l’vne eft de
l’Efcriturc,&I’autrc de la raifon. Les autres enfin de deux
propofitions, dont l’vne eft cferite, & l’autre receué dans IEglife Romaine, comme eftant ou de la tradition, ou des Peres,
ou de fes propres Doéleurs.

PREMIERE DE JM APSIDE
JMiJJtonnaire.

DP

N demande àMeffieurslesMiniftres,ouautres delà Re­
ligion Prétendue Reformée,l’endroit de l’Efcriture Ste,
où il fc peut lire quel'qu'vn de leurs Articles de Foy controuerfez, félon qu’ils s’y font obligez par l’Article cinquième
de leur Confcflion de Foy, qui porte que l’Efcriture Cft reigle
de toute vérité, contenant tout ce qui eft ncceflaire à Salut.

O

RES^TOTS^SE,
’Eft à bon droit que les Miniftres enféignent, & que tons
les Reformez croyent aucc eux, que 1 Efcriture contient
tout ce qui eft ncceflaire à fâlut: car que faut-il auoir neceflaircment pour eftre fàuué que la Foy , l'Efpcrance, & la
Charité ? La Foy qui nous fait croire, &C.

C

Répliqué du Catholique Romain»
Eux qui ont bonne caufe prennent vn fîngulier plarfir
d’cfclaircirleuraffaire, & d’en donner l’intelligence à
ceux qui font curieux d’en apprendre le fait : mars le Mi-

C

j

première Refponfe,

71

niftre Afimonts’eftantfaitTAduocatd vnctres-maiiuaifecaulè, prend attache à confondre les chofes, & à obfcurcir les ma­
tières. C’eft pourquoy il ne rcfpond pas dirc&cment à là de­
mande des Millionnaires : mais il biaife, & embarrafté Ion dif­
cours en iettant pluficurs propofitions inutiles ? qui font per­
dre au Leéteur la mémoire de l’eftat de la demande, & la qua­
lité de la refponfe, &c.

Dffenfe du Catholique Reforme,
Eux qui ont-mal aux yeux, fc plaifcnt dans les tenebres& ne peuuent foufirir la clarté du iour, non plus que les
oyfeaux de nuiéf. Et les efprits malades, à qui le Dieu de
ceSiecleaobfcurcy les yeux de l’entendement, ne peuuent
fupporter les rayons de la vérité, tant ils fe plaifcnt dans les te­
nebres de Terreur. Ils fuyent la lumière des Efcritures,comme
dit Tcrtullien ; l’éclat de ce flambeau leur cft importun,& tous
les éclairciflcmens qu’on leur donne de la vérité , ne font que
leur oftufquer la veuë. Le Bachelier fc trouuc fort embarrafte
p3r ma refponfe ; & ne fçaehant que répliquer, il dit que ie ne
refpons pas dircâemcnt à la demandc.Vcnant d vn autre mon?
de,Tordre de celuy cy luy paroift vn Cahos; il perd la veuë de
l’eftat de la queftiô, aufli toft qu’elle n’eft plus renfermée dans
l’enceinte de trois propofitions, c’eft à dire dans la poufticre
del’Efcolc, dont il n’a pas encore l’cfprit bien defehargé ; &
c’eft pour cela qu’il trouué que ie confons les chofes, quand ic
leur donne vn peu plus d’eftenduë, afin de les mieux éclaircir.
Mais comme fes paroles ne f ont pas des Arrefts définitifsjj’appelle de l’abus de fon imagination à l’intégrité de voftre iuge­
ment, & à l’équité de tous les Eesfteurs, qui n’ont pas la raifon
préoccupée.
L’on me demande l’endroit de l’Efcriture, où fe peut lire
quelqu’vn de nos Articles de Eoy controuerfez, comme ie m’y
fuis obligé par cét Article de ma Confeffion, qui porte que
l’Efcriture cft la rcigle de toute vérité , contenant tout ce qui
cft neceftaire à falut. Et d’abord ic fais voir dans l’Efcriture ce

C

.Défenje dè la
mefine Article de ma Conteflion de Foy, par lequel on dit que
ie me fuis obligé d’y faire voir tous les autres : n’eft-c epas'refpondie direélement à la demande ? Après cela, d’autant que
cette interrogation, en quel endroit de 1 Efcriturc fe p euucnt
lire nos Articles de Foy, eft équiuoque & captieule : ie I’ay diftinguée félon les rcigles de toute bonne Logique, I’ay pro­
tefté, comme ic protçfte encore, que fi par cette demande l’on
entend que nous faftions lire nos Articles de Foy en mefmes
termes dansrEfcrituré Sainte : iene m’y fuis iamais obligé,
non plusqu’àucun autre de ma profeffion; que l’Article de no­
ftre Confeflion, que l’on allégué, ne nous y engage nullemët;
& que tous ceux quidifent cela, pour le faire à croire ,tefmoignent qttils n’agiftent pas de bonne foy. I’ay dit aufii, &le dis
encore, que fi par cette interrogation l’on demande que nous
prouuions nos Articles de Foy par des bonnes conclufions
prifesdes textes exprès de l’Efcriture : ie les prouueray tous
par bonnes confequenccs,tirées non feulement de fôn filence,
mais aufii de fes déclamations, comme nous nous y fommes en­
gagez. Eft ce confondre les chofes , que de les diftinguer?La
diftindtion n’eft elle-pasla maiftreffe de l’ordre £ & fans cette
diftinclion que Dieu a fait des chofes,le monde ne feroit-il pas
encore dans fa première confufion ? Que donc Monficur leBaÆhelier nemeblafine pas de l’embarras où il fe trouue: mais
qu’il confcfte qu’il eft ennemy de la lumierc-.puis qu’il fe mon­
tre ennemy de la diftinélion; & qu'il ne cherche qu’à fe cacher
dans les obfcuritez d’vne demande fallacieufe.
Mais pour vous faire voir plus clairement que i’ay dégagé
noftre parole pour le regard du cinquième Article, que l’on
met en Controuerfe: il faut que ic reduife mes raifonnemens
en forme d’argumens Syllogiftiques, qui en rendront l’intel-»
ligcnce plus facile à Monfieur le Bachelier. Mon raifonnement touchant l’Efcriture, pour prouuer qu’elle contient tout
cc qui eft necefîaire à falut, fe doit réduire non pas à la forme
que Monficur le Bachelier luy donne, mais à celle-cy
Le Liure oùfe trouuent tous les préceptes de la Foyy de F Efperance*
& de la Charité y &de tous autres moyens neceffaircs pour nous
fauuer : contient tout ce qui efl necejfa ire àfalut,
Crtont les precept ts de la Foy, de l Efperance , de laCharitcy& de

tous

première Rjfponfe,

7$

tous hs moyens necejfiures pour nousJauuerfe trouuent dans le Li­
ure de fEfcriture.
* Doncques le liure de l'Efcriture contient tout ce qui efl neceffaire à
falut.
La première de ces propofitions ne laiffe pas d’eftre certaine,
quoy qu’elle ne foit pas dans l’Efcriture : parce qu’elle eft re­
crue des Doéleurs Catholiques Romains; & qu’elle eft con­
forme aux fentimens de la droite raifon. Car nous fommes
d’accord que toutes les chofes neceftàires à falut fc réduifent à
celles qui font ncceflaires par neçeflité de moyen, 8c par neccffité de precepte. De forte que comme nous pouuons dire
qu’vn liure contiet tout ce qui cft neceffaire pour faire la guer­
re, s’il marque tous les moyens neceflaircs pour cela j 8c s’il
enfeigne toutes les maximes de l’Art Militaire. Aufli faut-il
dire, que ce liure contient ce qui cft neceffaire à falut,qui mar­
que tous les moyés de fc fauuer,& qui en enfeigne tous les pré­
ceptes. La féconde propofition eft formellement de l’Efcriture : car quand elle ne diroitpas d’ellc-mcfinc qu’elle contient
tous les moyens 8c tous les préceptes du falut: il fuffit qu’ilss’y
trouuent pour pouuoir dire aucc vérité qu’elle les contient.
Mais il y a plus, c’eft qu’elle le déclare expreflement ,* comme
nous l’auons dit dans noftre Refponfe; & en termes fi clairs,,
qu’il faut eftre aueugle de corps 8c d’elprit, pour n’y pas dcf­
couurir cette vérité.
A cét Argument Monfieur le Bachelier refpond trois cho­
fcs. Premièrement il nie que la Foy, l’Efpcrance & la Charité
foient les feules chofes neceftàires à fàlut.C’eft à dire qu’il me
fon imagination, 8c non pas noftre objeéhon : car qui a iamais
dit qu’il n’y euft autre chofe neceffaire à falut que ces trois ver­
tus Chreftiennes ? Certes c’eft luy qui fe l’eft ainfi imaginé,
mais il paroift par noftre Difeours que nous auons vne penfée
toute contraire. Car i’ay adjoufte expreflement en fuite,'que
s’il y a quelque autre chofe qui foit neceflairemët requife pour
le falut, vous la trouuerez fans doute dans l’Efcriture. Qu’il ne
die pas que i’ay ainfi parlé en doutant: car ce (fi') n’eft pas vn fi
de doute 8c d’incertitude, mais de fuppofition véritable, dont
onacouftume de fe feruir danslerecitdeschofeslesplusaffeurées, quand on n’en peut, ou qu’on n’en veut pas faire vne

74

Dcffenfe delà,

cxade énumération : ainfi i'Apoftre voulant prouuer que tous
les Coinmandcmés delà féconde Table fc réduifent à l’amour
• du prochain, fc fert de cette mefme façon de parler.Car ce qui
13 cft dit ->Tu ne cbmmetteas joint adultéré i Tune tuerasjoint-, Tu ne
dfirobéras joint; Tu ne diras jointfaux 'témoignage'-, Tu ne conuoiterat
joint : (fi fi ily a quelque autre Commandement, il estfemmairement
cornjris en ce joint d fçauoir, Tu aimeras ton jrochain comme toymefme, Tellement que Monfieur Chiron ic fait des hommes
de paille, afin de les combattre plus facilement; & au lieu de
refpondre à ce qu’on luy objecte, il fe gendarme contre ce
qu’il s’eft figuré luy-mefme dans Ion imagination.
Secondement il dit qu’il n’cft pas vray ny certain que l’Ef­
criture contienne toutes les Doctrines qui concernent la Foy,
l’Efpcrance jSèla Charité, l’aduouë qu’il y a plufieurs Do­
ctrines que les hommes peuuent donner touchant ces vertus
Chrefticnnes, qui ne font pas contenues dans l’Efcriture:
mais il n'y a point d’çnféigncment Diuiia & falutaire touchant
ces mefmes vertus, que l'Efcriture ne contienne. Dire le con<2» em jj traire au regard delà charité, c’eft donner le démenty àl’Apo1O<
ftre Saint Paul, qui dit que la charité efi l’accompliflement de la
1. Tim. i Loy, (fi que lafin du Commandement cefi Chanté Séficft accufer de
5.
menfonge Iefus-Chrift qui eft la vérité , & dircqft’il n’a pas
entendu l’Efcriture, quand il a dit que la Loy (fi les Prophètes dé37- W jendentdesdeuxjrecejtesdclaChanté, qui font, d’aimer Dieu de
^°’
toutfon cœur (fi de touteJon ame, (fiJon jrochain comme foy-mefme,
C’eft s’inferire en faux contre le tefmoignage de SaintAuguftin ? qui dû que ceux qui ne trouuent pas dans les Saintes Ef173. critures la Charité qu’ils cherchent,font aucuglcs dans la faim
qui les trauaille. Car puis, dit ce Dodeur, que de deux Commandemens delà Charité dépendent toute la Loy & les Pro­
phètes: combien plus en dépend l’Euangile, qui n’abolit pas
la Loy, mais l’accomplit. En vn mot, c’eft rendre tout à fait
ridicule la dodrine de l’Eglife Romaine, qui enfeigne que
Thom. i. l’Efcriture contient les conieils d’vne perfcdionEuangclique.
2. «r^A-Car quelle apparence y-a-il qu’elle aye donné lcs.Confcils
108.art. j’vne perfedion qui n’eft point de neceftité; & fans laquelle
4'
nous fommes quelque chofe : & qu’elle ait oublié quelque

Commanddment neceftaire à falut touchant la Charité, fans
laquelle nous ne fommes rien.

ppemicre Tfc/ponje,
t)ire aufli cela de 1 Efperance, c’eft aller contre le fentimét
de Saint Paul, qui Fait naiftrc noftre Efperance de la confola1S
tion des Efcritures j & qui dit qu’elles nous ont efté données
pour cela. C eft choquer l’interpretation de Saint Ambroifc,
in
qui nous affeure fur ce lieu del’Apoftrc, que toutes chofes ont
efté eferites pour nous donner les inftruéfcions de cette vertu, 7{om. e.
non feulement afin que nous Payons : mais aufli afin que nous 15. 4.
nous aduancions en elle.
Dire enfin que l Efçriture ne contient pas tous les précep­
tes des chofes que nous deuons croire pour eftre fauués, c’eft
accufer de faux tefinoignage le Difciplc bien-aimé du Sei­
gneur, qui nous affeure quc«toutcs les veritez de FEuangile
Jont e/crites, afin que nous croyons en l. Cbrifl pour auoir la vie par/on
2 **
nom. C’eft contredire à Saint Cyrille, qui nous affeure qu il
ne faut rien croire qui n’aye fa dcmonftrarion des Saintes Let- Hier. Cet
très ; & que le falut mefme de noftre foy procède de la démon- zfcef. 4.
ftration des Diuines Efcritures. C’eft fe moquer de l’interpretation de SaintAuguftin, qui dit fur ces paroles deS. lean.
Qu’a la vérité Iefus-Chrift a dit & a fait beaucoup de chofes
qui ne font pas eferites : mais que celles qui fuflifoient pour le
falut des croyans, ont efté choifies, pour eftre mifes par eferit.
Que fi le Bachelier dit contre tontes ces veritez qu’il y a plu­
ficurs chofes qui font l'objet de noftre Foy , & qui neantmoins
ne fc trouuent pas dans l’Efcriture : comme que lé Saint Efprit
procède du Pere & du Fils ; que les trois Perfonnes Diuines
quoy que diftinétes réellement, n’ont qu’vne mefme effcncc j.qu il y a deux natures en vne feule Perfonne de Iefus - Chrift,
& que Marie Mcrc de Dieu a toufiours efté Vierge. le refpons
que la dernière de ccs veritez que nous croyons , n’eft pas vn
article de foy iuftifiante & neceflairc à falut: parce qucl'Efcriturc n’en parle point: mais feulement de Foy Hiftorique, qui
nous'fait croire la perpétuelle Virginité de Marie comme va
honneur conuenablc à fa Sainéteté auec toute l’Antiquité Or-

ç

tllodoXC.

r-n ç] r

Noys difôns auec Saint Bafile qu’il ne faut pas difputer euTienfement de cela : parce que cela ne fait rien à laDo&rmé dn
Myftcre. Nous croyons auec Saint Hierofme, que Dicucft né
de la Vierge par la porte commune aux antres naiiianccs : Par-

& r

r

Kij

2

y6
Deffenje delà
cc que nous le liions dans 1 nfcriture. Mais nous ne croyons
pas quelofeph aye connu Marie après l’enfantement : parce
ez/ tnbro que nous le liions pas. Mais puis que S. Ambroife dans fes
St>. 79. Epitres. S. Epip'nane contre les Antidicomarianitcs. Saint
Ppipb cot Hicrolhic contre l'Heretiquc Heluidius, tafehent de prouuer
S?nttdie. par les Efcritures la pcrpctucllc Virginité de Marie : il paroift
hœr.78.
qu’ils n’ont pas receu ce Dogme comme vne tradition non efHter.cot.
crite.
Hcluid.
Pour les autres Doâxines, quoy qu’elles ne foient pas con­
tenues dans l’Efcriture en mefmes termes : neantmoins il y a
des textes allez exprès, d’où les Doéleurs les ont tirées par
bonne confequcncc. Comme l’Vnité de TElfence dans les
troisPcifonnesdclaDiuimté, fe déduit fort clairement des
i. lean 5 paroles de S. lean,qui dit quily en a trois, qui donnent tejmoigna7«
ge au Ciel, le Perc, la Parole & le Saint Efprit, &'que ces trou-làJont
vn. Il y en a trois, voila la Trinité de Perfonncs • Et ces troislà font vn , voila en trois Perfonncs l’Vnité de l’ElTence, L’é­
manation du Saint Elprit procédant du Perc & du Fils s’infère
7e4”
de ces paroles du Sauueur. V Efprit de vérité qui procédé démon
'lean 16 ? ere^^e<}uehe'V0M's wuoyeray de par mon Pere , prendra du mien', car
j
' tout ce qu a mon Pcre eft mien. Or le Pcre a Cela que le S. Elprit
procédé de luy, & à caufe de cela il cft appcllé l’Efprit duPerc.
Le Fils doncques a aufti la melme chofe, & pour la mefmc rai­
fon il cft appellé 1 Elprit du Fils. La dualité des Natures en
vne Perfonne duMcdiateur fe tire conuenablcment de ces textr' ’ tes àcYldYcx'xtuxccpnzdiiÇcwzcpuc nous n auons quvn feul Seigneur,
, àfçauoir lefus- Chrift, qui eft Pils de Dieu, & qui a efté fait de la fe• mence de Dauidfélon la chair. Vn fcul Seigneur marque l’Vnité
de la Perfonne. Fils de Dieu, démontre fa Nature Diuine.
Fait de la femence de Dauid, d eclare fa Nature Humaine.
En troifiéme lieu le Maiftre Bachelier luppofant que mon
Argument n’eft pas en bonne forme : parce qu’il ne l’y a pas
fçeu mettre : relpond qu’il ne prouue autre chofe finon que les
Saintes Lettres comprennent tous le* Myfteres & tous lesDocumcns qui font necelfaires de neçeflité de moyen à vn cha­
cun des Fideles, & non pas tous ceux qui font necelfaires de
neçeflité de precepte à tout le Corps de l’Eglife. En quoy pa­
roift d’vn cofté la force de la vérité, qui arrache cette Confef-

première Refponfe.

tmc#
h;/*
Efprit
LPcre.

"fif

lion de fa bouche, malgré toutes les répugnances de fon efprit,
& par cette confeffion le fait tomber en deux manifeflcs contradiélions. Car tout ce qui eft neceftaire par neceffité do
moyen, l’eft auffi par neceffité de précepte : tellement que l’Ef­
criture nous donnant tous les Documcns neceftâires à falut de
neceffité de moyen, il eft impoffible qu’elle ne nous donne
tous les préceptes de noftre deuoir ; & tous fes préceptes font
neceflairement contenus dans fes Documcns. Dire qu’elle
.donne fes Documcns à chacun des fidèles, & non pas à tout le
Corps de l’Eglifc, c’eft encore aduancer des chofes contradiéloires. Car tout ce qui fc dit de tous les particuliers d’vne
efpece, ledit de toute l’efpece 5 Et fi ie dis que Pierre, lean,
Iacques,& chacun des Hommes en particulier cft raifonnablc;
j’affeurc à mefine temps que toute la focieté des Hommes l’eft
auffi. Or tout le Corps de l’Eglife n’eft autre chofe que la fo­
cieté des Fideles. Tous les enfeignemens donc & tous les pré­
ceptes qui font donnez dans l’Efcriture à chacun des Fideles
comme neceftâires à falut, font auffi donnez à tout le Corps
de l Eglife: autrement tout le Corps cnfcmble auroit moins
d’aduantage dans les affaires du falut, que chacun des Mem­
bres en particulier.

Mon fécond raifonnement pour prouuer la fuffifance de
l’Efcriture dans les chofes neceftâires à falut : reuient à cette
forme.
Ce qui peut rendrefage dfalut, & quifert d endoCtriner les ignoras,
d conuaincre les contrcdtfans-, d corriger les vicieux-, (fi d les instrui­
refélonjuftice, afin que C Homme de Dieu foit accomply 3 & parfai­
tement infiruit à toute bonne œuure : contient tout ce qui efi neceffaire dfalut.
Or CEfcriture Diuinement infpirée peut rendre fage d falut, çfi
fert d endoctriner, d conuaincre, a corriger ^çfi d tnfiruirefélon jufiiee, afin que C Homme de Dieufoit accomply, (fiparfaitement infiruit d toute bonne œuure.
Doncques C Efcriture Diuinement infpirée contient tout ce qui efi
nsceffaire dfalut.
L’on ne peut nier la majeure de cét Argument, fans re­
noncer à la raifon & au fens commun, qui font comprendre*;!
tous les Chrcfticns que ce qui peut rendre l'homme fage à fà-

K iij

•7S

Défenfè de la

lut, contient tout cc qui eft neceftairc à falut; & qu’il n’y a riefi
de neccftaire pour eftre fauué , qui ne foit contenu dans cette
Sagcftc falutairc, qui comprend l’endoctrinement en la vérité,
la correction des défauts, la conuiction de l’erreur, l’inftru&iô
en Iufticc, 1 accomplift’cment & la perfection de 1 homme*
Qifcft-ce que le fidele peut defircr dauantage pour fon falut ?
Qu, eft-cc que I’Eglife peut enfeigner outre cela à fesEnfans,
qui foit neceftaire pour lesjnener au falut? Certes pour ima­
giner quelque autre chofe neccftaire pour cela, il faut ne pas.
entendre que veut dire falut; il faut ignorer que veut dire ne­
ccftaire. La mineure eft fi clairement eferite, quelle fe lit en
mefmes mots dans les Epitres de Saint Paul, & pour la nier il
faudroit nier l’Efcriture mefme, & démentir le Saint Efprit,
qui l’a diCtée. L’on ne peut donc nier la conclufion , qui eft
noftre Article de Foy en mefines termes.
Aufli Monfieur le Bachelier fe trouue fort en peine pour
refpondre à ce raifonnement. Premièrement il dit pour fe
défaire de la confequence,quc l’Apoftre' ne dit pas que les faintes Lettres contiennent toutes les chofes neceflaircs à falut,
& que ce qu’il tefinoigne de l’Efcriture n’eft aucunement en
queftion. Mais ic dis que ce tefinoignage de l’Apoftre, qui
n’eft nullement en queftion, décide la queftion qui eft entre
nous. Car dire que 1 Efcriturc fert à nous donner tous les pre^
ceptes,à nous preferire tous les moyens neceffaires, pour nous
rendre fages à falut, n’eft-cc pas dire en termes équiualens,
Tlxoplnl, qu’elle contient tout cc qui eft neceftaire à falut? CertesTheophilaéte le reconnoift fur ce lieu, quand il dit que la correéhô
&ramendGincntfefaitpar les Efcritures, afin qu'aucun bien
ne défaille à l'Homme de Dieu. Et que l’Efcriture conduifant
tsÏHguft. 1 Homme à la Foy de Chrift, luy procure le falut. Sairtt AuConfef.lib guftin a reconnu cette mefme vérité, quand il a confcfte que
7- cAp.-f. Dieu a mis en Iefus-Chrift, & dans les Saintes Efcritures la
voye du falut des hommes, afin que I’Eglife les rendît par là

recommandables.
Le Bachelier dit en fuite pour éluder la force de ce paftage,
que l’Apoftre ne parle en cét endroit que des Efcritures de
l’AncienTeftament, lefquclles Timothée auoit apprifes des
fon enfance ? & qui ne traitent point des nouucaux Documës

première Refponjè,

acp<»
burfe
k'sfiû
i laim,
cm en

fcqtic
les h
jarli
hgf>

y9

qui nous font enfeignez par 1 Euangile, ny de plufieurs autres
chofcs, qui ont efté aipplcment reuelées au Nouueau Tefta­
ment. En quoy il raifonne manifeftement pour nous, &nous
donne tout l’aduantage que nous pouuons tirer de cette Efcri­
ture. Car quand il ne feroit pas vray ce que tefinoigne l’Apo- yiil. 26.
ftre, qu’il n’a rien ditfors les chofes que Moïfe & les Prophètes ont 22.
prédites deuoir aduenir -, Quand il ne feroit pas vray, comme dit
Saint Auguftin, que le Nouueau Teftament eft caché dans le tsfug.lib
Vieux, & que le Vieux eft rcuelé dans le Nouueau ; qu’il n’y a de Cathe.
prefque rien dans les Liures de celuy-cy, qui ne fc trouue dans rud.c. 4.
esfugreles Liures de ccluy-là. Neantmoins fi Saint Paul a rendu tef­ tratt. lib.
moignage des Efcritures de l’Ancien Teftament, qu’elles peu­ I. cap. 2.
uent rendre fon Difciple fage à falut:à combien meilleur droit
pouuons nous rendre ce tefmoignage de toutes les Efcritures
enfemble du Vieux & du Nouueau? Et s’il attribué cét effet
de rendre fage à falut, à vne partie, combien plus le deuonsnous attribuer atout le corps desEfcritures?Ccrtes le tout doit
auoir plus de vertu qu’vnc de fes parties j& ileftéuidentque
fi les Liures de Moïfc & des Prophètes ont efté fi falutaircs: les
Liures des Euangcliftcs & desApoftres eftâs joints auec ceuxlà le font bien dauantage. Et fi Timothée a pû rcceuoir le laiél
d’intelligence des Efcritures du Vieux Teftament pour con­
noiftre les veritez du falut : à plus forte raifon le pouuons-nous esfuf in
1. Epis}.
tirer abondamment des deux Tcftamens, qui félon Saint Au­ poh.trait
guftin, font les deux mammcllcs de lEglife.
3Pour fe prémunir contre ces veritez, Monfieur le Bachelier
confondant l’ordre des chofcs, fait quelques objeélions con­
tre noftrc Article de Foy, auant que de refpondre à nos raifonnemens ; & ne fe fouucnant pas que fon Ouuragc eft vne Réfu­
tation, il quitte la qualité de Repliqueur pour prendre celle
d’oppofant/
La première objciftion qu’il forme contre cét Article, eft
2. Thejft.
prife de ces paroles de Saint Paul aux Theffaloniciens. Retenez, 2. IJ.
les traditions qu auez apprifes, foit par noftre parole, foit par noftre
Epitre. Si la parole de Dieu couchée par eferit, dit le Maiftre
Bachelier, comprcnoit toutes les veritez neceftàires àfalur,
1 Apoftre Saint Paul n’auroit eu garde de recommander aux
Theffaloniciens qu’ils conferuaffent foigneufement les tradi-

$0

Defenje de la

tions qu’il leur auoit données, foit par fa parole foit par fon
Epitre.
A cela ie refpons que ces traditions que Saint Paul recom­
mande aux Theifalonicicns de garder, ne font autre chofe que
les enfeignemens de l’Euangile qu’il leur auoit premièrement
prefehé de viue voix, & qu’il confirma puis après par fes Let­
tres. Que ces traditions de viue voix foient la mefme Doctri­
ne de 1 Euâgile, qu’il leur a dépuis eferites: 1 Hiftoire desACtes
jiêt. 17- le tcfmoigné, où il eft dit que Paul efiant venu en Thcffalonique y
'lildifiutoit auec les Juifs par les Efcritures, leur déclarant & proposant
quil auoitfallu que le chrififoujrifi, & reffufeitafi des morts, c?- que
ce Iefus efioit le Chrifi, lequel difoit-il, je vous annonce. C’eft ce
que SaintPaul luy-mefme fait voir dans cét endroit par la fuite
a Theff. de fon difcours. Nevousfouuient-ilpasy a il dit cy-deuant,
2. 5. 14.
J eftois encore auec vous yje vous difois ces chofes ? Dieu vous
a appeliez, par nojlre Euangile, à l’acquifition de la gloire de nofire Sei­
gneur lefus-Chrifi. Parquoy demeurezfermes y & retenez les traditios
[Ambr.in qu auez apprifes de nous. C’eft ainfi que l’explique Saint Ain2. Thejg. broife. Il les aduertit ( dit-il ) de demeurer & perfeuerer dans
cap. 2. la tradition de l’Euangile. Tellement que les mefmes tradi­
tions de Saint Paul, qui n’eftoient pas encore eferites , quand
il les prefehoit de viue voix : furent puis apres couchées par effrtn.adu. critenfcsEpitres. Car comme a remarqué Saint Irenée, ça
baresjtb. efté la pratique des Apoftres, pour la difpofition de noftre fa3. cap. 1 jut , qUC prernjerelnêt ils ont annoncé l’Euangile de viue voix;
& puis après par la volonté Diuinc, ils nous l’ont donné par
tradition dans les Efcritures,pour eftre le fondement de noftre
Foy.
La fécondé objection qu’il fait contre la fuififancc de l’Ef­
criture , eft prife de la creance des Peres. Car iamais, dit - il,
les SainCts Peres n’auroient embrafte les traditions auec tant
de deuotion comme ils ont fait, ny ne les auroient ofé égaler à
la parole eferite, fi l’Efcriture contenoit toutes les chofes ne
ccifaires à falut.
I’ay cy-deuantreipondu à cette objeCtion, diftinguant les
traditions écrites d’auec les non écrites, & les matières de'foy
neceftâires à falut de celles qui ne le font pas. Maintenant ie
dis que fi ces DoCteurs auoient rcceu dans les matières du falut
& de

première Refyonje.

Si
& de la Foy, des traditions non elcrites, îamais ils n'aur oient
exhorte les Chreftiens à ne reccuoir d’autres traditions que
celles de l’Efcriturejiamais en difputant contre lcsHcrctiques,
qui combattoient par Icstraditions, ils ne les auroient appel­
iez à la feule Efcriturc ; iamais ils ne fe feroient attachez li for­
tement comme ils ont fait, aux feules traditions eferites.
,
Saint Cyrille n’auroit pas dit, que fans les Saintes Eferitures, il ne faut bailler la moindre chofe touchant les DiuinsMy- ” f*"
ftcrcs. Saint Hierofme ne diroit pas que le glaiue du Seigneur
frappe toutes les chofes que l’on a controuuées fous le nom de
. e.
tradition Apoftolique, fans l’authorité & le tefinoignage des i.w. 7Efcritures. S aint Cyprien ne feroit pas cette demande: D’où Cypr.ëpJ.
eftjcctte tradition? Vient-elle de l’authorité du Seigneur ?'Et i°'adPop
n’adjoufteroitpas cette raifon : Car Dieu tefinoigne qu’il faut
faire les chofes qui font eferites. Et Saintlrenée ne foùtiendroit pas qu’il ne fafit receuoir aucunes traditions, que l’on ^Are[-,l'’fait courir fous le tiltre des Apoftres, que celles qui font com- caï'&
prifes dans l’Efcriture, & qui luy font conformes.
La troifiéme objeétion du Maiftre Bachelier eft tirée de
quelques pratiques & de quelques dogmes de I’Eglife, qu’elle
ne fçauroit pas, comme il veut dire, fans la tradition. Car ft
l’Efcriture, dit-il, comprenoit tout ce qui eft neccftaire à falut;
jamais on n’auroit fçeu qu’il faut Baptifer les petits Enfans,
changer le Sabath en Dimanches & receuoir pour Canoni­
ques le Liure de lob, l’Apocalypfe & autres : voulant fignifiéc
par là, que l Eglife tient ccs veritez & ces couftumes de la tra­
dition, Sc non pas de l’Efcriture.
Mais à tout cela,la refponfe.eft facile. Pour le BaptcfmC des
petits Çnfans, comme il èft neceftairc par nceeftité de preccp-te : Aulfi fe prouue- il qu’il eft com mandé par l’Efcriture 5 & ie
in’eftonne que Monfieur le Bachelier mette ceDogme au rang
des traditions non eferites : puis que tous les Doéteurs de l’Eglife Romaine l’ont trouué dansl’Efçriture, 8c l’en ont tiré par
des bons raifonnemens. Le Cardinal Bcllarmin produit trois
Argumens de l’Efcriture, pour prouuer le Pedobaptifme,
dont le premier eft tiré de la figure de 1a Çirconcifion; lefecond du Commandement dclefus-Chrift, difantàfcsDifci- ^aij,
lespetits £nfans_ venir à

& le troifiéme de h ï;.».

81

Defence de la

Mat. 2 8 pratique des Apoftres - qui ayant receu Commandement dù
l. Cor. 1. Seigneur de Baptifer toutes les Nations, ont Baptifé des Fa­
milles entières. Grégoire de Valence preffe vne quatriefmc
ltf.
Epb 5.26 raifon prife des paroles de S. Paul, & de la prédi&ion du Pro­
Joël 2.î8 phète Iocl. Le Catcchifme du Concile de Trente le déduit
p. i.traft dclaCirconcifton. Et Innocent III. qui eftant Pape ,eftoit
deBaptif. comme vous croyez, exempt de toute erreur : prouue la mcf­
hb. ^.dé­
me Dodrine par l’Efcriture Sainte.
cret. tit.
Pour l’obferuation du iour du Dimanche,au lieu du iour du
• 2*
Sabath: cc n’eft pas vn Article de Foy neceffaire à Iàlut-, &
ceux qui le croycnt ainfi en trouuent l’obferuation par la pra­
• y/i7. 20. tique des Apoftres en 1 Hiftoirc des A êtes,& l’inftitution dans
l’Epitre auxHebreiix, où vn autre certain iour eft deftiné pour
7Hcb.4, v le repos du peuple de Dieu : à fçauoir celuy auquel I. Chrift
7.10. s’eftrepofé déroutes les œuures de la Rédemption, comme
Dieu a fait des ficnncs apres la Création.
Pourccquieftdereccuoir les Liures de lob, de l’ApoçaBtU.l. 5.
lypfe
& autres pourCanoniqucs : Bellarmin refpôd pour nous,
de Eccle.
CAO. 14, quand il dit premièrement, que croire quetels ou tels liures
Jdeœ. lib font Canoniques, n’cft pas entièrement neceffaire à falut. Se­
1 .de verb condement qu’il n’y a rien de plus connu ny de plus certain
Dei c. 2. que les Saintes Efcritures 5 & que la vérité des prédidionsj
l’admirable concorde de ceux qui les ont eferites, tefmoignét
affez qù’cllcs font tres-certaincs, & qu’elles contiennent des
Oracles Diuins.
La quatrième & dernière objc&icn du Bachelier eft ce dilémmc
’ Si F Efcriture comprend toutes, les veritez neceffdires d falut-^ott
c efl clairement & diflinclement, ou bien confufement & auec ob- feurité.
Et quoy que nous puiflions refpondre, il s’imagine de
nous faire tomber en abfurdité. Mais fans craindre;cette cheutc,je refpons que toutes les veritez neceftàires à falut font con­
tenues dans l’Efcriture, les vnes plus évidemment & en termes
exprez,les autres moins clairement, &*feulement quant au
fens ; & neantmoins auec affez de clarté,pour en pouuoir eftre
tirées par bonne confèquence. Tellement qu’il n’eft pas bc­
foin de parole non effrite pour defiieloppcr & mettre au iour

première Refponfe.

85

ces veritez : parce que 1 Efcriture cft eile-mcfme vne lumière»
comme dit leProphetc; Parce que l’Efcriture eft fidelle Inter- f II5‘
prête d'elle mefme ; que comme dit Saint Auguftin ce qui paroiftobfcur en vnliru cft expliqué clairement en vn autre; &. f fi d„ti
que félon Saint lean Chryfoftome, toutes chofes font claires Chr.c 25
dans les Diuincs Efcriturcs, & que toutes chofes neceftâires y Chryfho
font manifeftes.
3fn
Ces deux Argumens tirez de l’Efcriture Sainte pourroient ?
fuffire à prouuer la première partie de noftre Article de Foy, à
fçauoir que l’Efcriture contient toutes les chofes neceftâires à
falut ;& ce feroit bien voftre deuoir d’acquiefccr aux démonftrations des Prophètes Se des Apoftres. Mais parce que com­
me l’Eraniftedifputant contre l'Orthodoxe dans Thcodoret,
vous requérez auec cela l’interprétation des Saints Pcresmous
vous appliquerons encore, auec l’ayde de Dieu cette Médeci­
ne ; Sc vous confirmerons cette mefme Dodrine par vn Argu­
ment tiré des plus amples tefmoignages de ces Dodcurs, que
vous efcoutcz corne fideles Interprètes de l’Efcriture, & com­
me des Hommes extraordinairement éclairez de Dieu.
Si Z5 Efcriture enfeigne tout ce qu ilfautfçauoir & croire en matière
defoy ,& tout ce qu ilfautfaire & fuir pour le regard des mœurs z
fans contredit elle contient tout ce qui efi neceffaire à falut.
Orfélon la Dottrine des Peres, EEfcriture enfeigne tout ce quil
fautfçauoir & croire dans les chofes de la Eoy : tout ce qu il faut
fuir &faire pour ce qui regards* les mœurs.
Doncquesfélon la Doctrine des Peres, l Efcriture contient tout ce
iqui efi neceffaire dfalut.
La maicure de cét Argument eft de l'Efcriture, qui réduit
toutes les chofes du iâlut à la foy operantepar charité. Car la
Foy comprend tout ce que nous deuons croire; & la Charité
tout ce que nous deuons faire pour noftre falut; la Foy com­
prend toute%les vcritez falutaires, & la Charité toutes les ver­
tus. La mineure eft aufli de l’Efcriture Sainde : car l’Euangile nous enfeigne tout ce que nous deuons croire pour obtenir
le falut, quand il dit à chacun de nous, croy au Seigneur Iefus- v-fct-iS
.Chrifi & tuferasfauué. La Loy nous enfeigne tout ce que nous
deuons fai; c, quand elle dit que l’homme quifera ces chofes viura Rf** 10
par elles. Mais parce que vous ne voulez pas reccuoir i’Efcri- 5*
L ij

4k

$4

fteffenfe de ù

turc fans i’interprctation des Peres, receliez les déclarations
qu’ils ont faites fur c c fuiet.
ora.
Scion S. Athanafc nous ne deuons prendre leçon que des
cont.tdtl. Saintes Lettres : parce que lesDocumens que nous y trouuons

ï

nous fuffilênt.
•Selon le fentiment de S. Hilaire 5 c’eft bien que nous nous
contentions feulement des choies qui font eferites.
Selon la Dodrinc de S. Bafile, fi tous les Commandemens
’Safil'. tn
^ettie. de Dieu ne nous eftoient pas ncccftaires pour le deftein du fa­
lut : certainement ils neuflent pas tous efté couchez par cfHil. I. 3.
de Trin.

L
M

t

38 alfa
Selon la creance de S. Auguftin tout ce qu’il faut pratiin eremo. quer, & tout ce qu’il fiiut fuir fe trouue pleinement dans l’EfHng.l. 1 criturc Sainte
dans les chofes qui ont efté clairement coude doctri. chées dans les Efcritures, nous y trouuons toutes celles qui
Chr.c. g. contiennent la foy, & les mœurs de la vie.
Hmb He^
Selon le langage de S. Ambroifc, ce que la fuite ou l’ordre
xacmer. I
r'6 des Diuines Efcritures comprend, eft le falut de ceux qui l’ef3. cap
coutent.
Hiero. >n
Et félon le dire de Saint Hierofme, tous, les exemples & ’
pr<ef.in£p les préceptes de bien viure nous ont efté parfaitement rédigez
Tànli par ordre dans les Eu jngiles.
Chr.bom
Selon le tefinoignage de Saint Chryfoftome, s’il nous
Timoth ^aut aPPr^n<^re 011 ignorer quelque chofe, nous l'apprendrons
des Efcritures,
.dnfcl.de
Et Anfclme protçfte qu’il ne prefehe rien de neccftaire ai|
conc. prxf falut, qui ne feie contenu dans l’Efcriture.
G~
Cette vérité eft fi certaine, à fçauoir que lEfçriture con?• 3*
tient tout ce qui eft neceftaire à falut ; qu’elle a arraché des ap^
probations de la bouche de fes ennemis, c’eft à dire de vos
plus fçauans Doéteurs, & les a contraints de dépoferenfafadt ucur ? par |es confeftions qu’ils en ont faites. Lombard le
/,n- 11 • Maiftre des Sentences aduouë que 1 Euangile contient la Foy
3 toute entière. Thomas d’Aquin le Doéfeur Angélique, cona
Sue lcs c^°fcs Su* prouiénent de la feule volonté dcDieu,
5 n« peuuent nous eftre notifiées, qu’entant qu elles font conte-,

nues dansl’Efçriture, qui nous fait connoiftre la volonté de
Lenb
Dieu. Scot le fubtil, pofe comme vne chofe éuidente que

première Refponfe,
FEfcriturê contient fuffifàmment toute la Dodrincnèceflaire
au voyageur, c’eft à dire à celuy qui tend au falut. Toftat af- T°ft,
feurc que les fonde mens ncceflaires à falut, foit pour laFoy, fem'e‘ii
foitpour les œuures, ont cfté pofez fur lefus-Chrift dans les
eferits que fes Apoftres ont laiflez. Etle Cardinal Bellarmin
qui déclame fi hautement contre la fuffifance de l’Efcriture, 4fevel
dit enfin que lesAp’oftres ont écrit toutes les chofes qui cftoiét
neceflaircs à tous
qu’ils auoient eux-mefmes publiquemét *
prefehées. Puis donc que cette vérité à fçauoir que l’Efcriture
contient tout ce qui eft neceffaire à falut, paroift éuidemment
par le tefmoignage de l’Efcriture mcfme, par la dépofition des
Peres de l’Eglife, & par la confeflion de vos propresDodeurs:
ne nous conteftez plus la vérité de noftre creance.
Après vous auoir prouue cette partie de noftre Article de
Foy : ien’auraypas grand peine à vous confirmer celle-cy, à
fçauoir que la mcfme Efcriture cft la reigle de toute vérité falutaire ; & ie vous feray voir que voftre Bachelier ayant conté
tout fcul, comme on dit, n’en a pas eu fi bon marché comme
il veut faire accroire. Ma première raifon pour prouuer que
l’Efcriture cft rcigle de toute vçrité falutaire fe récapitule à cét
Argument.
Tout liure qui cft Canonique pour toutes les chofes qui regardent
la Foy & les moeurs ejl reigle de toute véritéfalut aire.
Or 1‘F.friture Sainte eft vn Liure Canonique pour toutes le$
chofes qui regardent la foy & les mœurs.
Doncques TEfcriture Sainte eft reigle de toute vérité falutaire,
La première propofition de cét Argument eft éuidente à tous
ceux qui en entendent les termes, c’eft à dire à tous ceux qui
fçauent que Canonique fignifie Régulier,eftant dériué du mot
Canon, qui veut dire Reigle; que toute vérité falutaire figniffic toutes les veritez qu’il nous faut fçauoir pour eftre fauucz;
& que toutes ces veritez falutaircs font renfermées dans l’en­
ceinte des Myfteres de la Foy & dans les préceptes des bonnes
mœurs ; n’y ayant rien de véritable, qu’il nous importe de fça­
uoir pour noftre falut,"qui ne fc rapporte à ces deux points. La
féconde propofition eft de l’Efcriture, félon l’interpretation
4esPcres,approuuée de vos Dodeurs. Car quelEfcriturc
foit vn Liure encore qu’elle foit compofée de plufieurs ; Saint

pp. 40 3.

VIf '
JM

u-

1



Defenfc de la

Auguftin le prouue par ces paroles du Fils, il eft eferit de moy an
?f 150. commencement dit Liure : parce que toutes les Efcritures Diuine­
ment inlpirées , conlpirent enfemblc par vne admirable Ôc Diuinc Vnité. Que ce Liure foit Canonique, l’Efcriture le dit
elle mefme parla bouche des Organes du Saint Efprit, qui l’a
diélée.
Dauid l’appelle non feulement vn commandement
PfM>- a
•P/-4S- 7- droit: mais aufli le Sceptre de droiture; Et le Sage Salomon
Eccl. 12. qualifie l’Efcriture , eferit de reélitude, & .parole de vérité :
12.
parce que non feulement elle eft droite en clle-mefme : mais
aufli parce qu’elle cft la reigle de tout ce qui eft droit. S. Paul
Gal.6-.\6 l’appelle expreflement la reigle félon laquelle nous deuons
‘Pkil p. 3 marcher dans nos aétionss ôc felô laquelle nous deuo us rcigler
lé.
nos fentimens.
C’eft cette reigle de l’Efcriture que Ioftié auant,que de mou­
rir remet deuant les yeux deslfraélitesjpour la conduite de leur
vie. Eortifiez-vous fevit dàt-iïy pourgarder dr faire tout ce qui efl
eferit au liure de la Loy de Moife : afin que vous ne vous en deflourniez
ny a droit ny à gauche. C’eft à cette reigle que les Prophètes
rappellent ce peuple, pour le ramener de fes égaremens, à la
£f. 8. 20 Loy dr an tefmoignage , dit Elay c, pour le deftourner des Deuins
ÔC des faux Prophètes i £ue s’ils ne parlent félon cette parole-cy »
pour vray il ny aura point de matin pour luy. C cft par cette rei gle
7^5.39. que Iefus-Chrift veut mener les Iuifs à fa connoiflance. Enquerez-vous diligement des Efcritures:carvous eftimez auoirpar icelles la
vie eternolle : d“ cefont elles qui rendent tefmoignage de moy. C’eft
'Ma:. zz par ccttc rcigle qu’il fait connoiftre auxSaducéens leur erreur^
pour les en tirer : vous errez ne [cachantpas les Efcritures.
2?«
C’eft cette reigle que Dieu en la Perfonne du Pere Abra­
ham propofe au mauuais Riche pour la côuerfion de fes freres ;
Luc 16 ils ont Molfedr les Prophètes , qu ils les efeoutent : Aimant mieux
29.
les inftruice par les Efcritures de ces grands-Hommes, que par
la miraculeufe Refurreélion d’vn mort. C’eft par cette reigle
aittesvp que les fideles de Beroé tôt louez d’auoir examiné la Do&rin e
de Saint Patil, conférantjournettement les Efcritures pour fçauoir s il
11.
eftoit ainfi. Enfin c’eft ce Canon ÔC cette rcigle de toute vérité
lâlutaire que Saint Paul prefente à tous les fideles, pour les di­
riger dîns les fentimens de la Foy ; pour les conduire dans I$s
paroles ôc dans les aétions de la vie , ôc les mener au falut. che*
in

B

86

première T^cfponft'.

87

minons, dit-il, en ce a quoy notesfommesparuenus Avise mefme reigle,
&fentons vne mefine chofe. Tous ceux qui marcherontfélon cette rei­
gle , paix foitfur eux & mifericorde. Nous concluons donc fui­
uant les paroles de l’Efcriture, que l’Efcriture mefine cft la rci­
gle de toute vérité falutaire.
Mais afin que vous ne difiez pas que nous interprétons mal
l’Efcriture : oyez les interprétation des Pcres, qui l’ont enten­
due comme nous. C’eft n’eftre point fage, dit Saint Ambroi­ ternit.in
£pifî. ad
fe, au delà de la rcigle, que nous auons apprife dans la conucr- ThH.c.1*
fàtion de la Foy, mais auoir dès fentimens communs & pleins
de modeftie félon la vérité de l’Euangile. Toutes chofcs font
dreftées à la reigle, dit Saint Hierofme; quand vne fois on l’a Hiero. in
pofée, l’on reconnoift fi elles font droites ou de trauers. Ainfi ép’ft. ad
la Dodrine de Dieu eft comme vne reiglc de noftre difeours, Gal.c. 6,
qui fait diftingucr entre le iufte Scl’injurtc; & fi quelqu’vn la
fuit, ilpoflcdera enfoy-mefme vne paix qui furpaffe tout en­
tendement. Et afin qu’on ne s’imagine pas que cette Dodri- Hiero. in
nc ne reigle que les paroles. Cheminons, dit-il,& demeurons £ptfl. ad.
dans vne mcfme reiglc : car la fçiencc ne fuffit point fans les Phil.c. 3
l adions. Il nous faut rechercher dans les Saintes Efcritures
tout cc qui concerne les chofes Diuines & noftre Religion,dit
Orig- ho.
Origcne ; c’eft par elles qu’il faut examiner tout ; & c’eft de là S f“Per
que nous deuons prendre la fçience de toutes chofes. Nous leuit.
trouuerons, dit S. Cyprien, que les reigles de toutes les Do- Cypr.fer.
drines font émanées de l’Efcriture; que tout ce qui regarde de TSapl.
l’endodrinement de l’Eglife a pris fa naiffance delà, & doit
reuenir là-mefme.
"Sajil. in
C’eft pour cela que Saint Bafilc dit, que nous deuons con­ moral.refirmer tout cc que nous difons & tout cc que nous faifons , par gui. 26.
le tefmoignage des Lettres Diuines. C’eft pour cela que S. Chry. ho.
Chryfoftome nous prie & nous conjure de fuiurc au niucau le 13. in 2,
Canon de l’Efcriture Sainte. Car nous auons, dit-il, vne ba­ Coiint.
lance, vne reiglc tres-exade, à fçauoir laffertion des Loix
Diuines & des Efcritures, par lefquelles nous deuons recher­ /4ug. 1.2
cher toutes chofes. C’eft.pour cette caufe, dit S. Auguftin, cot. CreÇe
que l’Efcriture cft appcllée le Canon de l’EgIife,auquel appar­ cap, 31.
tiennent certains liures des Prophètes & des Apoftres, dont
nous n’oferions iamais iuger : mais par lcfquels nous pouuons»
iuger de toutes autres chofes,

$8

Deffenfe de la

Ma fecon de raifon pour prouuer que l’Efcriture eft reigle
de toute vérité, reuenoit à cecy.
La parole de Dieu qui eft appellée vérité par excellence, eft U
reigle de toute véritéfalutaire.
Or rEfcrituré Saincte est la parole de Dieu , qui eft appellée vé­
rité par excellence.
Doncques l’Efcriture fainte eft la reigle d^ toute vérité faitetaire.
La majeure de cét Argument eft certaine & inconteftable,
fuiuant-cét Axiome fondé fur Ja nature des chofes, & fur l’experience de tous les iours, à fçauoir que ce qui eft le premier
& le plus excellent en chaque genre des chofes, eft la reigle &
la mefure de toutes les autres, qui font dans ce mefme genre.
Ainfi voyons-nous dans la nature que les Aftres fe reueftent de
la clarté du Soleil : parce qu’il eft la fource de la lumière ; que
la téfte qui eft la plus releuée & la plus excellente partie du
corps,reigle les mouuemens & les'aéiions de toutes les autres^
que dans le corps politic les fuiets forment leur conduite fur le
modèle du Prince qui en eft le Chef; &que dansles fçience?
toutes les conclufions fe reiglent par leurs principes, Suiuant (
cela parrny les veritez du falut celle qui eft la plus excellente,
doit eftre neccffairetnent la reigle de toutes les autres.
La mineure eft dans l’Efcriture Sainte, Car qu’elle foit la
parole de Dieu, Iefus-Chrift le dit. Que cette parolefoitla
Jean 17. vérité par excellence:luy-mefme l’aflèurc. Ta parole eft vérité.
17.
Que cette vérité foitfalutairc : il paroift par ion effet: puis
qu’elle fanélific les Ames. Selon la demande de Iefus-Chrift.
Sanciife-lespar taverité. le fçay bien que ccstiltres de parole
& de vérité aulfi bié que l’effet de lànciifier côuiénent à IefusChrift ,comme à la caufe principale, mais cela n’empefche.
pas que tout cela ne conuienne proprement à l’Efcriture, dans
Théo, in le genre des caufes inftrumentales, Aufli Theophylaéte Interfoü.
prete ce lieu de Saméi lean de la parole de Iefus-Chrift, qu’ils
*7* ’7- eftoient obligez de garder, d’enfeignet & d'eferire,- félon le
JueftThe. jon de pEfprit qui les deuoit conduire en toute vérité. Vn de
^desm'c VOS £*o<$eurs dft que cette parole effrite eft vne exprelfipn du.
Verbe Diuin par qui toutes chofes ont efté faites, & du Verbe
ebr.c. 4 Incarné, qui a rcftably la Nature dans fes droits auec des gran-



des

$9

première Refponje,

desprerogatiues : S. Auguftin luy donne les mefmes Elo­ .Àni.
O lib.
ad
Hcnor
ges. Croyez-moy, dit il, que tout ce qui cft dans ccs Efcri­
cotea Ma
tures cft relçué & Diuin : la vérité y eft entièrement, & la Dôttieb.
drine fi bien accommodée pour réjoüyi &rcftaurer les âmes,
qu’il n’y a perfonne qui n’aye droit d’en puifer tout ce qui luy
fufiit. Puis donc que ccttc parole de Dieu cft la vérité falutai­
re par excellence: il faut neceflairement qu’elle foit la reigle
de tontes les verjtez du falut. A cette raifon Monfieur le Ba­
chelier n’a rien refpondu non plus qu’à la précédante : c’eft
pourquoy i ay droit de prcndre.fon filence pour vne approba­
tion de ceque i’ay dit.
le croy auffi que vous approuuerez mon dire, fi vous confîderez que comme il eft tiré de l'Efcriture, il cft auffi entière­
ment conforme au fentiment des Peres qui 1 ont interprétée :
car ils l’ont tous regardée comme la feule rcigle des vcritez dufalut./ren ad

Saint Irenée le tcfmoigné, quand il appelle l’Efcriture le uer bxref.
Canon, ou la reigle inflexible de la vérité.I. 4. C.dp

Saind Athanafe le montre,quand il dit que les Efcritures Epi. ad
font les maiftrefles de la vertu & delà vraye Foy.
tSMarcel
Saint Ba file le fait voir, quand il nomme 1 Efcriture le Ca­ Cent. Eunèm.
non du droit , & la rcigle de vérité.
Saind Hicrofmclc déclare, quand il qualifie les Saindcs Cant.Htl
uidinm,
Lettres l’vniquc fource de la vérité.
Saint Chryfoftome auffi, quand il appelle l’Efcriture la Ho.it,. in
2. tory».
rcigle cxade de toutes chofes.

Et Saint Auguftin,.quand ilia nomme la rcigle de noftre Hua bit.
de bon.yi
Dodrine.Etafinquevousnepenfiez-pas que nous nous’éloignions ditit. f.j.
dcl'intention des Peres : voyez l’approbation de vos propres
Tho. left,
Dodeurs. Thomas d’Aquin dit que la Dodrine des Apoftres l,in \Ti>
& des* Prophètes eft appellée Canonique: parce qu’elle cft la moib.
rcigle de noftre intelled. Durand Euefque de-Méndc déclaré Dur.l 3V
que l’Efcriture Sainte eft la reigle de la Foy, à Equelle il n’cft fent .dttt.
permis de rien adjoufter ny de rien ofter. Gerfon Chancelier T'jtji.-epï
del’Vniuerfité de Paris, afleure que l’Efcriture Sainde nous a Çerf, dt
l'exam.
efté donnée comme vne reigle fuffifànte & îflfadliblt pour la pflri. 3.
conduite de tout le Corps de l’Eghié ôc de fes Membres, juf-

•M

$6

Défenjc de la

ques à la fin du Siècle. Andradius aduouë que les Liures de
l’Efcriture font appeliez Canoniques : parce qu’ils contien­
(ItneiHï.
Trident. nent le Canon de la Pieté, de la Foy, & de la Religion : c cft à
dire vne reiglc très-ample, qui nous a efté apportée desCieux
par
la bencficcncc de Dieu. Et Gratian dans les Decrets qui
Gratian.
pafTent
aujourd’huy pour des Canons dans l’Eglife Romaine,
C au. T^e
laf. dift. •ordonne qu’il faut prendre le fens de la vérité des Efcritures
mefmes, puis que chacun a receu des Diuines Efcritures, la
37‘
reigle entière & ferme de la vérité.
Que fi le Bachelier après tout cela dit que l’Efcriture cft
bien rcigle de vérité : mais que c’eft vne reiglc partiale & im­
parfaite: parce quelle n’eft pas reigle de toute vérité, & qu’il
y a des veritez non eferites qui ne fe reiglcnt point par l’EfcriBaftl.l.i ture, mais par la tradition. le refpons auec S. Baftle que la
C9Ht. £h- reiglc & l’efquierre ne rcçoiuent aucune addition,qui les puifnomtun. fe rendre plus exaéies ; & que fi elles font imparfaites, elles ne
Sàfil. £p peuuent pas bien porter ces noms. Et ie conclus auecluyVJ7.8o ad mefme : arreftons-nous donc au iugement de l’Efcr-iturc Diui­
Suft.
nement infpirée ; & que ceux chez qui l’on trouuera les Dog­
mes qui s’accordent aucc les Oracles Diuins, foient eftimez
auoir en toutes chofes le fentiment de la vérité.
Ayant ainfi prouué cét Article, que l’Efcriture contient
tout cc qui eft neceffaire à falut ; & qu’elle eft la reiglc de toute
vérité falutaire : I’ay fait voir en fuite qu'elle prouue nos Arti­
cles de Foy Controuerfez par deux moyens. Premièrement
par fon filcncc : parce qu’elle ne commande pas les abus que
nous condamnons dans la Religion Romaine; Secondement
par des confequences tirées de ics déclarations, qui les con­
damnent ouuertement. Pour le regard de fon lilence, j’ay
prouué par deux raifôs que ce qui n’eft pas enfeigné dans l’Ef­
criture cft erreur & menfonge en matière de foy & de falut. Et
mon premier raifonnement fe réduit à cette foqnc déSylIogifme.

Si tout ce qui nejl pas enfeigné dans /’ Efcriture rieftoit pas er­
reur on menfonge aufait de la Religion & de la Fcy falutaire :
l'Efcriture nepourroitpas iuftement condaner certaines allions
des hommes par cette raifon, qu elle ne les a pas commandées j
ny nous defendre de croire des chofes : parce quelle ne les a pdf
dites.

al.

première Rêjpônje.
Or t Efcriture condamne auec juftice certaines .actions des
hommes -.farce feulement quelle ne les a pas commandées-, &
nous défend de croire des chofes : parce qu'elle ne les a *pas dites.
Tout ce donc qui n'efl pas enjeigné dans F Eferitaro, eft er­
reur ou menfonge en matière de Religion & de Foyfalutaire.
Contre cela Monficur le Bachelier ne refpondmot; & ie
trouue qu’il a mieux fait de fe taire que de mal parler. Car que
pouuoit il dire contre la force de cette raifon? La première
propofition çft fi éuidente, qu’elfe n’a pas befoin de preuue,
Nousncdifonspas que Dieu ne puiffe laiffer faire & croire
beaucoup de chofes en matière de Foy & de Religiô, fans rien
dire à ceux qui les font ny à ceux qui les croycnt. Mais quand
il les condamne feulement : parce qu’il ne les a pas comman­
dées ; quand il les defend feulement, parce qu’il ne les a pas di­
tes : C’eft vn tefinoignage qu’elles s’éloignent de fa vérité , ou
par l’erreur de ceux qui les ignorent, ou par le menfonge de
ceux qui s’y portent auec connoiffance; & ainfi nous deuons
prendre fon filence précédant pour vn defaueu de toutes ccs
• chofes, & nous en abftenir feulement : parce qu’il n’en a point
parlé. La fécondé propofition eft écrite : Car Dieu dans l’Ef­
criture condamne l’idolâtrie des Iuifs, par cette feule raifon, „ y(m
qu’il ne l’auoit pas commandée, ny n’auoit eu feulement la Ç,
penfée de la leur commander. AinfiSaint Paul ne veut pas que
nous croyons qu’aucun des Anges foit égal à Iefus Chrift, ou
foit comme luy Fils de Dieu par génération : parce que nous
rie trouuons pas dans lEfçriture que Dieu aye iamais dit à au­
cun des Anges, c eft toy qui es mon Fils , je i’ay ce jour#huy engen1
dré } nyfteds - toy à ma dextre.
1
Et c’eft par ce filence de l’Efcriture que nous condamnons
aufli le mérite des œuures deuantDicu,l inuocation desSaints,
la Confeflion Auriculaire, le culte des Images , le feu de Pur­
gatoire i la Tranfubftantiation, Sc-autresopinions de I’Eglife
Romaine: parce que l’Efcriture ne dit mot de toutes ccs cho­
ies. Et comme bien fouuét nous condamnons nos Semiteurs , .
quand ils entreprénent des chofes au delà des ordres que nous
leur auons preferits,encore qu’ils le faffent à intention de nous
feruir ; & auons accouftumé de ieur dire, qui vous a comman­
dé cela : aufli eft-il vray que Dieu ne prend point à gré ces fèx-

<?î

Defenje de la

uicés que les fcommes luy rendent, quoy qifil'nelcs aye point
ordonnez dans l’Efcriture, qui nous fait connoiftre fes volontez.
Noftre raifonnement ne vous paroiftra point cftrangc , fi
vous conftdcrcz ce que dit vn de vos Docteurs, à fçauoir qu’on
à»/<.
tcvtp.fer. peut argumenter par l’authorité de l’Efcriture negatiuement;
que c’eft vn lieu Thcologiquc, c eft à dire vn principe d’où la
M*
Théologie tire des vallables conclufions.
En eftct c’eft comme cela que les Anciens Peres ont fou*
Oent raifonné dans les matières de la Foy & de la Religions
pour combattre les erreurs que les Hérétiques vouloient intro­
duire dans l’Eglifc, & les mauuaifcs couftumesque les Chré­
tiens y vouloient pratiquer. Car comme les vns .& les autres
vouloient fc préualoir du filence de l’Efcriture, difant, l’Efcri­
ture n’a pas deifendu cela:, ces Doéïeurs leur ferment la bouc lie en difant que l’Efcriture ne l’a pas commandé. *
Hier. in
C’eft par ce principe négatifque S.Hierofme rejette l’opi­
Alatln c. nion fabuleufe que quelques-vns auoient tirée de certains liures Apocryphes , touchant Zacharie pere de IeanBaptifte.
Cela, dit-il, le rejette auec la mefme facilité qu’on le prouue:
parce qu’il n’a aucune authorité des Efcriturcs. Comme nous
HieY.cot. ne nions pas les chofes qui font écrites, dit luy-mcfine, difpuHelmà. tant contre vn Heretique : Aulïi ne voulons-nous pas receuoir
celles qui ne le font point.
Chryfoïl
Ce qui n’eft pas eferit, dit S. Chryfoftome, ne doit pas en­
inMath. trer dans nos fentimens.
hom. 4p.
Et Tcrtullien, qui eftoit fi puiftant dans le raifonnement
& dans la démonftration des Efcriturcs : ne laift’c pas de com­
battre les mauuais fentimens des Chrcfticns & des Hérétiques
par le filence mefme des Efcriturcs. Cardilputant contre des
îafchesPaftcursde fon temps, qui foütenoient qu’il n’eftoit
pas mal fait de marcher couronné dans la lolemnité desFcftes,
à l’honneur des Empereurs Payons, & félon la couftumc des
Ttrtul.de
fujets de l’Empire, il leur demande,où eft-il écrit que nous do­
cejan.c.$.
uions ainfi porter des Couronnes > Car fi l’on dit qu’il eft per­
mis d’eftre Couronné : parce que l’Efcriture ne le defend pas:
je dis de mefme, qu’il n’eft pas permis d’eftre couronné : parce
que l’Efcriture ne le commande pas. Luy-mefme difputanj:

Défence de la
contre l’Heretiquc Hermogcne0 qui difoit quç Dieu n’auoit
pas créé la matière : raifonne de la forte. Comme l’Efcriture Ttrt.ctnt
Heimog.
parlant des chofes qui ont efté engendrées des Elcmens, fait cap.ïi.
voir d’où elles ont efté produites : ainfi quand elle ne montre
pas touchant d’autres, d’où elles ont efté produites, elle con­
firme qu’elles ont efté produites de rien. Enfin furvn autre Negat'.
firtptura
fujetiicnvicntiufqucs-làqucde dire, que ce que l’Efcriture qued non
ne remarque pas elle le nie. Suiuant cette iqjcntion de l’Ef­ notât.
criture, & ccfentiment des Pcres, nous auons droit denier Tert, de
plufieurs articles que vous croyez pofitiuemcnt : parce que monogam
l’Efcriture ne les marque pas; & de lès condâner : parce qu’elle caput 4.
ne nous commande pas de les croire.
L’autre raifonnement que i’ay fait fur cette matière peut
eftre mis en cette forme.
S’il eftoit permis déenfeigner en l'Eglife des chofes qui nefont pas
■écrites, en matière defalut & de foy : Dieu ne condamneroit pas
ceux qui les enfeignor oient.
Dr Dieu condamne ceux qui en matière defalut & defoy enfeignét
en EEglife des chofes qui nefont pas écrites,
lin eft doncpoint permis d'enfeigner en I’Eglife des chofes qui ne
font pas eferites en matière de. foy & defalut.
La maieure eft éuidente d’elle-mefme. Car comme vn
Prince n’a garde de condamner ceux qui font dans fon Eftat ce
qui leur eft licite de faire : ainfi Dieu ne côdamneroit pas ceux
qui enfeignent dans l Eglife des traditions non eferites pour
le falut, s’il leur en auoit donné la licence : autrement Dieu
pourroit mentir j &fes dons ne feroient pas fans repentance
non plus que fa vocation. La mineure eft écrite. Car com­
me l’Apoftre veut que'nottsfoyons fages d fobrieté félon que Dieu a
départy d chacun la mefure defoy : auffi ne veut-il point que perfonne I Cor.q.t
préfume outre ce qui eft écrit : ains il frappe d’anatheme vnÂnge Gai. 1.8
du Ciel, vn Apoftre, voire foy-mefme, s’il venoit à Euangclifer outre ce qu’il a Euangelifé,&outre cc que nous- auonsreccu. Il eft donc vray qu’il n’eft point permis d’enfeigner en
l Eglife pour la foy & le falut, autre chofe que ce qui eft conte­
nu dans lEfçriture.
Le Bachelier s’arreftant à vn de ces textes de J’Efcriture,dit
qu’ily a grande différence entre prefumer & enfeigner, & que
M iij

£4

première T^efponfel

prefiimer fignifie en cét endroit s’enfler & s’enorgueillir. Mais
ceux qui entendent le Grec, fçauent que cc terme veut dire *
cftrc fage. Il eft vrayquel’ Apoftre conioint icy l’orgueil auec
l,Cor^.6 cette fagefîé, quand il dit, j’ay tourné es proposfur moy &furApollos à cau/é oke vous : afin que vous appreniez, en nous à n’eftrepoint fa­
ges outre ce qui eft eftrit : à ce que l’vn pour l autre ne s’enfle point con­
tre àutruy. Mais il cft vray auffi que I Apoftre parle de la forte à
l’occafion des ©odeurs, qui enfeignoient dans l’Eglife,& que
celuy qui veut enfeigner outre cc qui cft eferit pour le falut, eft
vn orgueilleux, puis qu’il cft fage au delà de la fobrieté ; puis
Deuteron
prefume de fçauoir les chofes cachées, qui appartiennent a
•tç.ig. l'Eternei-fr qu’il ne fe contéte pas desreuelées,qui^/zrpour nous
*s4uiu(E & pour nos enfans. Car comme dit Saint Auguftin, l’Efcriture
lib.de bo. Sainde pofe vne rcigle à noftre Doftrine, qui luy dpit feruii?
viduir. c. de borne rafin quenous n’ofions point eftre fages plus qu’il ne
•î’
faut, mais que nous foyons fages à fobrieté, comme dit l’Apoi/fmb iu ftre’ ü a tourné ce propos fur fôy-mcfme & fiir Apollos, dit
j. 0.4 S* Ambroife fur ce lieu, quand il anneantit les vanitez &les
per'uerfes traditions des faux Apoftres en fa Perfonne. I’ay
///«•. in tourné ce propos par figure fur moy & fur Apollos, afin que
i. Cor. 4 vous preniez de nous vn exemple d’humilité, dit S. Hierofme
expliquant ec paffage, à cc que l’vn ne s’enfle point contre
1 autre par deffus la difeipline de l’Efcriture. C’eft ainfi que
Théo, tn fexplique Theophylade: afin, dit-il que vous appreniez par
*' pr. 4 noftre perfonne à n’eftre point fages au delà de cc qui eft écrit:
car l’Efcriture nous cnfeignant dc ne nous pas élcucr, dit que
celuy qui s’humilie fera exalté. Et S. Chryfoftome que le Ba­
chelier allégué, a eu raifon d’appliquer ces paroles aux Hypocrites orguillcux, qui ne font gueres différons de ceux qui pré­
fument d’enfeigner outre cc qui eft eferit. Car ceux-cypour
enfeigner leurs traditions non écrites, accufent l’Efcriture de.
défaut, Scdécouurent en elle des fcftus,.cependant qu’ils ont
dans les yeux le cheuron d’vne vaine prefomption.
Pour l’autre paffage de S. Paul aux Gallatcs, Monfieur le
Bachelier n’y a pas voulu toucher, & pour y refpondre, ils’eft
contenté de dire, que c’eft vn fatras de paftages, quoy queie
n’en aye allégué que deux ou trois fur ce fujet. Mais il n’a pas

osé le confiderer .-parce que c’eft vn tonnerre qui effraye les

i/i
■!

I

fe

première Refponjè.

$5

Millionnaires ;vn éclair qui leur éblouît les yeux ; & vncoup
de foudre qui brife les rochers des traditions non écrites, dont
ils font des remparts* Quelques-vns pour fe mettre à couucrt
de la foudre, difent que l’Apoftrc ne parle pas feulement de la
parole écrite, mais auftî de la parole non écrite : puis qu’il ne
dit pas outre ce que nous auons écrit, mais outre ce que nous
auons Euangclisé ; Et qu’ainfi l’Eglife Romaine ne tombe pas
fous l’anatheme : puis qu’elle n’Euangelifc rien outre ceque
l’Apoftrc a Euangclisé , foit par écrit, foit par tradition non
écrite. Mais il paroift manifeftement que S. Paul ne veut
parler en cct endroit que de l’Euangile écrit : puis qu’il protcfte ailleurs qu’il n’a rien dit outre les chofes qui fôt contenues
dans les prédidions des Prophètes j & qu’il n’a annoncé d’au- 23.
tre Euângile que celuy que Dieu auoit auparauant promis par Vj'v
Jcs Prophètes dans les Saintes Efcriturcs.
C’eft ainfi que S. lean Chryfoftome interprète ce lieu,quâd Chryf. in
il dit, qu’il faut preferer les Efcritures aux Anges delcendans
des Cieux. C’eft ainfi que l’entend Saint Aughftin, quand il
parle en ces termes. Si quelqu’vn parlant de Iefus - Chrift ou
de fort Eglife, ou de quelque autre chofe que ce foit qui regar­
de la Foy, & qui appartient à noftre vie, vous annonce outre
ce que vous auez receu dans les Efcritures legales ôcEuangcliques , qu’il foit anathème.
D’autres, pour fe garantir de cét anatherne, difent que l’A­
poftre ne deffend que les enieignemens qui font contraires à
ce qu’il a Euangelifé ; & qu’ainfi il n’anathematife pas l’Eglilc
Romaine ; puis que fes traditions ne font point contraires aux
enfeignemens de SaintPaul. Mais le Saind Apoftre fait bien
voir que fon intention eft tout autre : car il n’a pas dit contre,
mais 9 outre ce que nous vous auons Euangelisé ; & Thcophy1,1
lade-va audeuant de cette éuafion. Il n’a pas dit, remarque cét
’Interprète, s’ils annoncent des chofes répugnantes, mais s’ils
annoncent outre çc que nous vous auons Euangclisé, s’ils y
adjouftent tant foit peu.
D’ailleurs, comment peut-on dire que les traditions non
écrites de l’Eglifc Romaine ne font pas contraires aux enfei­
gnemens de l’Euangile ? Certes il en eft qui leur font plus que
contraires: puis quelles leur font contradidoircment oppo^

/ ,

. £6

li

Deffenfe de la

fées. Et s’il y en à quelqu’vne qui ne répugné pas aux précep­
tes particuliers de l’Efcriture : toutes neantmoins font conTietttero. traires à cette deffenfe generale, que Dieu fait d’y adjoufter^.
P Il faut donc conduire delà que vos Doéteurs qui vous enfei-Iî"’2*
«-'fpOCdl'
gnentpar dcfïus l’Efcriture des traditions qui ne font point
3j. 18.
écrites, font fujets à l’anathemc de S. Paul. Car s’il n’apas
épargné les Apoftres,quoy qu’ils euflen'tvnc pleine authorité
comme enuoyez immédiatement de Chrift; s’il ne s’eft pas
épargné foy-mefme, quoy qu’il euft efté rauy dans le troifiéme
Ciel 5 s’il n’a pas épargné mefme les Angçs des Cieux : mais,
lesfoûmettous également à cette exccratiô en cas qu’ils vinft
fentà prefeher vne autre Doéhine que celle de l Euangile^
Pourquoy épargnerons-nous des gens qui fe portent à cétexcez, quoy qu’ils n’ayent ny l’authorité des Apoftres ny les;
prérogatiues de S. Paul, ny les lumières des Anges ?•
Le fécond moyen que nous employons pour prouuer nos^
Articles de Foy par les*principes de l’Efcriture, font les conlèquencestiréesde fes déclarations ; & c’eft le moyen dont (&
font feruis Iefus Chrift & fes Apoftres, & les Anciens Doéleurs del’Eglife. I’ay prouué que nous fommes obligez de
les imiter par .vne raifon de l’Efcriture, qui fe peut réduire à
eét Argument.
Nous d.-uons fairt cc que lefus-Chrif & les Apoflres ont fait
fans miracle y pour prouuer les veritez de la Foy.Or Iefus-Chrift & fes Apoflres , pour prouuer ces vérité^ ont
fans miracle tiré des confequenccs de l'Efriture.
Do.ncques à leur imitation nous deuons aufsi tirer des confe: \ quences de l’Efriture four prouuer les veritez de la Foy.
La majeure eft dans l’Efcriture entérinés équiualans : car il
ï.Cer.nl eft écrit par S. Paul que nous foyons fes imitateurs, comme il
9. i.
1 eft de Iefus-Chrift. Or eftre imitateur de quelqu’vn ne veut
dire autre chofe, que faire ce qu’il a fait, & le conformer à Ion
exemple. I’adjoufte feulement cette l’imitation, fans miracle:
parce que nous fommes d’accord que nous deuons bien imiter
IesaélionsvertueufesdeIefus-.Chrift&‘de fes Apoftres, mais
non pas leurs operations miraculeufes ; & que les miracles que
Iefus Chrift & fes Apoftres ont faits,font les objets de noftre
admicatio»3,muis non pas de noftre imitation. La mineure

aufli

première Rejponft,

'

$7

à fçauoir que Ielus-Chnltôe les Apoftres ayent tiré«dcs confe­
quences de i Efcriture pour prouuer les veritez de la toy , cft fi
éuidente par les exemples que l’Efcriturenous en donne, que
Monfieur le Bachelier ne la contredit pas. Il n’a donc point de
droit de nous conteftcr la conclufion, ny de nous interdire l’vfage de ces confequences.
Neantmoins il s’arme contre vne vérité fi manifefte; &
pour en obfcurcir le iour j il dit premièrement que les anciens
Hérétiques ont chanté fur ce mefine ton; qu’vn Arrius, vn Sabelhus, vn Eutyches, & autres monftres d Hcrcfîe fe lônt fon­
dez fur les raifonnemens tirez de l’Efcriture.
I’aduouë auec S. Grégoire de Nazianze,quç l’Efcriture eft
vn inftrument de Mufiquc, dont tous les tons font accordans,
& font vne parfaite Harmonie : mais ie puis dire comme luy
que les Herctiques ont mal chanté fur cét Inftrument, & qu’ils
en ont rompu les accords, quand ils fc font attachez aux mots
de l’Efcriture , & non pas à fon vray fens. Vn Arrius bien loin
de rechercher les confequences de l’Efcriture, lesapprehendoit comme le fuiet infaillible de fa confufion,comme tcfmoigne S. Athanafè. Vn Sabcllius fondoit fes réucriesnon fur les
confequences de l’Efcriture, mais fur fes mots mal entendus ;
& principalement fur vn liure Apochryphe,qu’il appclloit l’Euangile Egyptien; & dâs lequel il difoit que Iefiis-Chrift auoit c,onf'£a~
donné à fes Difciples la connoiftàncc de fes Myfteres par vne
fecrctte tradition, comme rapporte S. Epiphanc. VnEuty- ?2’ .
chez appuyoitfon erreur fur le mot,-y» Jeul Seigneur, à Jçauoir
Jefut-Chrift ouï prouuer qu’il n’y auoit qu’vne Nature enlefus Chrift. Enfin tous les Herctiques le lônt arreftez aux mot»
& iwiï pas aux chofes, & ont detorqué les fÿllabcs à leurs arti­
fices p cru ers, comme tefmoignent les mefmes Pcres.
Que fi quelquefois ils ont tiré des confequences de l’Efcriturc : ils ne l’ont pas fait comme nous. Ils ont imité le diable ,
qui voyant que lefus-Chrift n’auoit point d’autre refponfe que
celle cy, il eft écrit , le voulut combattre auffi par l’Efcriture-■
mais tronquée en les paroles, & falfifiée en fon fens. Ainfi les
MiffionnairesonttordulesEfcritures à leur propre condamnation. Mais quoy, ne nous fera-il pas permis de faire vn bon 1

$8

Defenje Je la

vlage de (‘rçhiiie Spirituel, parce que les Hérétiques en ont
abusé comme des furieux? Et faudra-il que nous nous abftenions de cét aliment de nos âmes, parce quils en ont fait vn
poifon ? Au contraire, Comme Iefus-Chrift ne laifla pas de réisWat-4' pondre au diable pour la fécondé & la troifiéme fois, il ejl écrit',
7- l0* quoy que ce malin efpritluy euft objeélévn texte de 1 Efcritu­
re : ainfi nous ne laifterons pa< de refpondre aux demandes des
Millionnaires par l’Efcriture : quoy qu’ils fcmblcnt nous vou­
loir combattre par elle-mefme.
Pour nous interdire fvfage de ces armes, le Bachelier dit
en fécond fieu quetout homme cft menteur : mais cela nous
doit-il empefeher d’imiter Iefus-Chrift dans la deffenfe des
vcritez de la Foy ? Il eft vray quetout home eft menteur : mais
il eft vray aulfi que le Pape cft toufiours homme : il feroit donc
vray aulfi que le Pape feroit toufiours menteur, s’il falloit rai­
fonner comme fait voftre Bachelier. Et comme il ne faut rien
croire de ce que difent les menteurs : il ne faudroit aulfi rien
croire de ce que difent les Papes. Voyez où vous porteroit ce
principe de l’Efcriture, fi vous le preniez aulfi mal que faitMaiftre Chiron. 11 cft certain que tout homme eft pécheur, car il
r. 7ean t. n'y a nul qui ne peche ; fi nous difons que nous n'auons point de
pecbé^verité n’ejl point en nous. Et toutesfois n’obftant ce pé­
ché qui eft en tous,Iefus-Chrift veut que nous imitions fon hu­
milité, fia charité, & les autres vertus, dont il nous a laifte vn
parfait exemplaire. Ainfi n’obftant le menfonge dont per­
fonne n’eft exempt, nous deuons à fon imitation deffendre la
vérité par les mefmes armes, dont il s’eft leruy, c’eft à dire par
les confequences de l’Efcriture. Et quoy que les confequen­
ces de l’Efcriture ne foient pas pure Efcriture : neantmoins ce
font des veritez fondées fur l’Efcriture, & tirées de fes princi­
pes.
Il redit en troifiéme lieu qu’il ne nous fert de rien d’alleguer
l’exemple de Iefus-Chrift & de fes Apoftres : parce que nous
n’auons point helprit d’infaillibilité comme ils auoientj ny ce­
luy des Saints Peres : parce que nous n’auons pas les mefmes
principes qu’eux. Mais pour le regard de Iefus- Chrift & de fes
Apoftres, la priuation de l’elprit infaillible n’eft pas vn obftaçle qui nous doiue empefeher de les imiter. Il n’y a aucun des

!

première Reftonfe.

hommes qui puiffe porter l’humilité fi bas comme Iefus-Chrift
l’a portée, quand il s’eft aneanty foy-mefme : & neantmoins
qui eft-ce qui niera,que nous ne dcuiôs eftre humbles de cœur
comme luy ? Il n’y a aucun des fidcles,qui puiffe porter la cha­
rité à ce haut degré de la dileâion de Chrift, qui furpaffe tou- Sph. j.ip
te connoiffance : neantmoins qui oleroit dire pour cela que
nous ne deuons pas nous aimer lvn l’autre, comme il nous a /f<fM Xj.
aimez ? Ainfi quoy que les fidèles, n’ayent pas l’efprit d’in- 54.
faillibilité comme Iefus-Chrift & fes Apoftres dans les confe­
quenccs qu’ils tirent de l’Efcriture : neantmoins ils ne doiucnt
pas laiffer de les tirer à leur imitation : parce qu’ils ont receu \.peAni
î’Onélion du S. Efprit qui leur enfeigne toutes chofes nccef- 20.
faircs pour leur falut.
Et fi vous croyez qu’il faut jeufner quarante iours à l’imita­
tion de Iefus-Chrift, quoy que fon jcufnc fût miraculeux Sc
par deffus les forces de la nature : parce, dites-vous, que vous
vous en deuez approcher autant qu’il vous eft poflible. Pour­
quoy ne voulez-vous pas qu’il nous foit permis de raifonner
pat l’Efcriture, & d’en tirer des confequenccs, quoy que nous
nelcstirions-pasdansvne égale perfection : puis qu’en cela
nous faifons feruir la raifon à la foy,& le confequenccs de l’Ef-*
criturc à la deffenfe de la vérité ?
Pour le regard des Peres; quand il feroit vray, cc qui n’eft
pas, que nous n’ayons pas auec eux les mefmes principes de
foy : il ne faut pas nier que nous ne foyons obligez de faire ce
à quoy ils nous exhortent par leur parole. Or ils nous exhor­
tent de raifonner par l’Efcriture, ôc d’en tirer des conclufions
pour preuue de la vérité ; quand ils veulent que nousrccherchions le fens des paroles ; que par le fens nous entendions la j.deTrt»
raifon, & que parla raifon nous comprennions la vérité. Ils
nous exhortent à cela, quand ils nous ordonnent d’obeïr au
Commandement du Seigneur difant, enquerez-vous foignenfe- Ttafîl.ftr
ment des Efcritures ; & d’apprendre à l’imitation des Apoftres le 2.<U Sa
falut & la vérité des vnes de fes paroles, par celles qui font di-?^/**•
tes ailleurs. Ils nous exhortent à cela, quand ils nous promettent que fi nous heurtons à la porte des Efcritures par la mainÇS
de l’Efprit, & que fi nous examinons les chofes cachées, nous
rcçuefdirons peu à peu la raifon des chofes qui ont efté dites;

N ij

ioo

Defence de la

&qu’en-fin il lions fera ouuert, non par autre que par cette
Epiphan. mefmc parole de Dieu. Enfin ils nous exhortent à cela mef­
mc , quand ils déclarent que pour fçauoir ce qu’il faut refpon­
dre à chaque queftion, il le faut apprendre de la confequcnce
des Efcritures. Que donc Monfieur le Bachelier ne nous condâne pluspour les côfcquenccs, que nous tirons de l’Efcriture :
puis qu’en cela nous ne faifons que ce que les Pcres nous ont
ordonné ; & puis qu’il fait eftat de les reucrct côme dés Saints
Dodcurs, comme des efprits éclairez des lumières du Ciel:
qu’il nous permette de fuiurc le flambeau qu’ils ont porté dé­
liant nous, & de marcher à la faueur de fa lumière.
Quoy que noftre demande foit plcine.de iufticc : il ne veut
pas pourtant nous l’accorder, de peur que nous ne foyons en
eftât de fatisfaire à la fienne. Quoy qu’il aye proteftéquefa
?a£e 5‘ méthode nous donne toute liberté de tirer des preuues de no­
ftre principe : neantmoins il ne veut pas que nous les tirions; &
y ie> quoy qu’il aye dit que pour nous faire grâce, il fôuffrira que
nous tirions des confequences : il nous oétroye ce priuilege, à
condition que nous ne nous en feruirons pas. Càr après auoir
longtemps débattu contrôles confequences; après auoir dit
que nous ne pouuons pas nous en feruir ny à l’imitation de le­
fus-Chrift & de fes Apoftres, ny à l’exemples des anciens Do­
cteurs de l’Eglife : enfin il fc déclaré, & fait voir qu’il ne veut
, pas que nous en vfions du tour. Et voicy comment il parle fur
la fin de fa réplique. Il ne doit pas s’excuf’er en difant qu’on luy
preferit les confequences, quand on luy demande raifon de fâ
foy : parce qu’on ne luy demande pas qu il raifonne : mais on
luy demande en quel endroit de l’Efcriture Sainte fè peut lire
quelqu’vn de fes Articles de Foy Controuerfez; & c’eft à quoy
il faut refpondre fans raifonnemens.
'
En quoyMonfieur lcBachclier fc contre-dit manifeftement
luy-mefmc;& fi i’eftois tombé dans vne fèmblablc contradi­
ction , il ne manqueroit pas de crier que tout homme tfi menteur î
mais ie me contenteray de dire, qu’il n’a pas bonne mémoire.
Carilnefefouuientplusde l’cnticrc liberté, que fa méthode
nous donne de tirer des conclufions de noftre principe; il ne
fefouuientplusdela plainte qu’il a faite, que ie ne veux pas
future les loix que nous auons nous-mcfmes eltablies ; il ne fè

première Refponfè.

ïOÏ'

fouuient plus delà grâce qu il m’a accordée de tirer des confe­
quences , ny des reigles qu’il m’a preferites pour les déduire :
puis quil me deffend abfolumcnt de raifonner. Et c’eft icy
que ic luy pourrois dire auec vérité : d’où vient cette inconftâce, cette legereté, ce manquement de parole ? Mais ce feroit
peu de chofc, s’il eftoit feulement oublieux : le malheur eft:
qu’il eft également injufte & inhumain, pour ne dire pas quel­
que chofc dauantage. C’eft vne haute injuftice de vouloir lier
les mains à vn ennemy,que l’on attaque:puis que c’eft luy ofter
le moyen de fc défendre : c’eft vne extreme inhumanité de dé­
fendre à l’homme le raifonnement : puis que c’eft luy interdire
l’exercice d’vne puilfance qui le diftingue d’auec les beftes.
Mais c’eft vne brutalité fins pareille, de ne permettre pas à vn
homme de raifonner, quand on luy demande raifon.
Permettez-moy, Maiftre lean Chiron, de vous faire icy le
mefme reproche que S. Auguftin faifoit autrefois à vnDonatifte, qui agiffoit auec luy comme vous faites auec moy. Vous
m’auez fait des leçons de Logique, qui eft vn Art derailonnér, 8c vous entendez que ie ne m’en ferue pas. Pourquoy tsfug.lib
vous eftes-vous engagé dans le péril delà difpute,fi vous ne i. cont.
fçauez pas dilputer ? ou fi vous le fçauez, pourquoy eftantDia- Ctefem.
leclicien, condamnez-vous la Dialcéliquc? En cela vous elles
I3î
temeraire ou ingrat: fi vous ne réfrénez pas cette ignorance,
par laquelle vous cftes vaincu j ou fi vous accufcz la fçiencc,
■qui vous donne du fccours. le confiderc le difcours que vous
m’auez écrit, 8c ie voy que vous faites eftat de dilputer fubtilement 8c par argumens, c’eft à dire félon les reigles de la Dia­
lectique ; 8c neantmoins vous la condamnez. Si ce font des
chofes dommageables, pourquoy les pratiquez-vous ? ou fi el­
les ne le font pas, pourquoy les reprenez-vous ?
Vous voulez raifonner auec moy, 8c vous ne pouuez pas
fouffrir que ic raifonné auec vous ! Mais vous ne vous contentez-pas de ne fuiurepoint la Loy de Dicu,qui vous ordonne de
faire aux autres le mefme traitement que vous voudriez qu’ils
'vous filfent : vous ne voulez pas mefme que ie fui vie la Loy que
vous m’auez prefcritc. Vous m’ordonnez auec Saint Pierre
d’eftre toufiours preft à vous rendre railon del’elperance qui
cft cnmoy : c’eft l’infcription qui paroift fur le fronti piçç d?_____

N iij
e

BIBLIOTHEQUE
de la vil; ;-

DE PÉkIGUEUX

€64

21

Defenfe de la

vos demandes ; & quand ic fuis en eftat de vous rendre ce què
vous me demâdez, c’eft à dire de vous rendre raifon auec dou­
ceur, voftre rigueur ne veut pas permettre que ie raifonne.
Ainfi quoy que ie puiffe faire,ie fuis toujours coulpable fi vous
en eftes creu. Car fi iene vous rends pas raifon : vous dites
que ie ne fatisfais pas à voftre demande ; & fi ie veux raifonner:
aufti-toft vous me le deffcndez, & vous voulez que xe relponde
fans raifonnement. N’eft-ce pas renoncer volontairement
aux lumières de la raifon naturelle, pour m’en interdire l’vfage ? N eft cc pas agir auec plus de fouueraineté que Dieu mef­
me ? Dieu qui a donné la raifon aux hommes, permet aux pecheurs de raifonner aucc luy & quoy qu’il aye droit de les con­
damner fans autre examen, fur la fimple connoiflance qu il a
4t« je icurs crimes : neantmoins il veut qu’ils débattent leur caufe
deuant fon tribunal, & qu’ils allèguent leurs raifons, pour les
conuaincre parles mefines lumières qu’il leur adonnées. Et
quoy que ie vous fois égal, & que vous ne foyez pas plus que
moy dans la nature : vous ne voulez pas permettre que ie rai­
fonne auec vous, & vous me condamnez fans entendre mes
raifons, qui iuftifient la vérité de noftre caufe. Certes s’il fal­
loit appellcr les chofes parleur nom 5 il faudroit dire que c’eft
vouloir mener les hommes comme des befteS fans raifon.
C’eft ainfi que vos Do&eurs vous traitent, Catholiques
Romains: ils ont pardeuers eux la clef delà fçience ; mais au
lieu de vous ouurir, ils vous tiénent fermée la porte du Royau­
me des Cieux. Ils veulent que vous croyez fans vous informer
de ce qu’il faut croire; ils veulent que vous n’ayez point d’in­
telligence , afin de vous mener captifs, & que pour eftre fidè­
les vous ccfticz d’eftre raifonnablcs. Quant à nous , fçaehans
que Dieu nous a donné la foy & la raifon, .& que cc font deux
rayons émanez d’vn mefme Pere de lumières , nous ne feparerons point cc que Dieu a conjoint : mais pour entretenir ce
• Mariage, nous ferons feruir la raifon à laSby , nous ferons que
cette fcruantedefployera tout ce qu'elle a de force Ôed’induftrie, pour fouftenir les interefts de fa maiftreftc. Nous argu^menterons des principes de l’Efcriture par la raifon, non pour
prouuer les veritez de noftre foy à ceux qui les croyent défia &
qui les fuppofent comme infaillibles ; mais pour conuaiucre

deuxième Rejponfel

I0£

ceux qui ne les Croycnt pas, par vne lumière qui cftant com­
mune à tous les hommes, fc fait receuoir de tous ceux qui no
veulent pas paiïcr pour déraifonnables.

Seconde demande du tffliflîonnaire.
N demande par exemple Fendroit de l’Efcriture Sainélc
où l’on peut lire ce qui fé lit dans le Dimanche dixiéme
de leur grand Catechifine; Sçauoir, que Iefus-Chrift
qui cft Sauueur du monde a efté en damnation.

O

Refponfe d laJeconde demande.
I vous liiez l’Efcriture vous y trouuerez cét Article en ter­
mes plus qu’équiualens. NoftreCatechifme dit que lefusChrift a cfté en damnation, l’Efcriture dit quelque chofe
de plus, à fçauoir qu’il a efté fait maledi&ionpour nous, ma­
lédiction cft bien autant que damnation, &c.

S

Répliqué du Catholique Romain,
ES grandes promettes faites par des perfonnes foibles &
impuilfantes, font le plus fouucnt pleines de fraudes &dc
menfonge, ainfi que nous voyons en la perfonne d'Afimont, lequel promet vn texte plus qu’équiualentpourpreuue
de fon Article de Foy, &c.

L

r^mb.lib
eft vray que la fidelité des promeffes eft de droit naturel}
2. offre. c. 1 & dans la guerre mefme l’on doit tenir aux ennemis la p aroap.
Alc qu’on leur a donnée» Les Iurifconfultcs ont dit auec raii. exem fon qu’il n’cft rien de plus conucnable à la bonne foy quienpte. ff. de tretientla focieté des hommes, que l’accompliffemcnt de ce'
aet.empto que pona promis. Mais quand vn homme qui a fait vne promeffe à intentiô de l’executer, fait tout ce qu’il luy cft polfible
pour dégager fa parole : il eft quitte en cofçicnce deuantDieUy
& fans deshonneur enuers les hommes ; bien qu’on ne voye
pas le fuccez qu’on en auoit efperé; & l’inexecution en ce cas,
n’eft pas vne preuue de fon in fidelité,mais feulement vne mar­
que de fa foiblelfe. Tellement que quand il feroit vray comme
dit Monfieur le Bachelier, que ien’auroispu m’acquiter de la
promelfe que i’auois faite, de donner vntexte plus qu’équiualent, pour preuue de mon Article de Foy : il n’auroit pas pour
cela droit de m’accufer de menfonge ; Scmonimpuifïance ne
feroitpasyn reproche de ma mauuaife volonté,, mais tout au
plus vn effet d’imprudence, qui m’auroit engagé à promettre
des chofes qui eftoient au-dela de mon pouuoir.
Mais pour vous montrer que ie n’ay pas manqué de parole r
je vous prie de confiderer qu’il y a deux-fortes de promeffes : il
en eft d’abfolues, que nous failôns fans exiger aucune condi­
tion de la perfonne qui les accepte j & celles-là fc doiuent aulïi
tenir ablblumcnt & fans referue. Il y en a d’autres qui font côditionnelles,&quincfefontquelbuslepa<fte d’vne certaine
condition
nous ne fommes obligez d’executer celle-cy
que conditionnellement ,& de la mefme façon que nous les
auons données : parce que leur accompliffcment ne dépend
pas moins de celuy qui les accepte, que de celuy qui les faitr
Par exemple, fi ie promets a vn homme qui ne manque pas de
veuë, que ie luy feray voir le Soleil, à condition qu’il ouure les
yeux. : ft au lieu de les ouurir il les tient fermez, je fuis quitte de

fécondé J^cfonf.

105

ma promcffc : parce qu'il n’a pas accomply la condition ncccffairepour en rcceuoir l’execution : & s’il n'aperçoit pas cét
Aftrc, cc n’cft pas vn coup de ma tromperie, mais vn effet de
fa mauuaife volonté. Si ie promets àvn Iuifdc luy faire voir
dansles Prophètes que le Melfie promis par leurs Prédictions
eft délia venu, moyennant qu’il vueille croire à la vérité de
leurs Oracles j & que le voile de l’infidélité demeure toufiours
fur fon cœur en la leClurc du Vieux Teftament : C’eft luy qu’il
faut appeller infidèle, parce qu’il ne croit pas à la parole des
Prophètes j & non pas moy qui luy propofe des textes Prophé­
tiques, d’où l’on doit inférer l’aducncmcnt paffé du Melfie par
des necelfaires confequences»
Ainfi i’ay promis au Catholique Romain de luy faire voir
dans 1 Efcriture cét Article de noftre Foy, mefmc en termes
plus forts qu’il n’eft écrit dans noftre Catcchifme, à fçauoir
que Iefiis-Chrift a efté en damnation. Mais ç’a cfté fous cette
condition, qu’il liroit l’Efcriture Sainte- & qu’il la liroit, com­
me ie I’ay aduerty, non pas feulement aucc les yeux de la chair,
qui ne profite de rien : mais principalement auec les yeux de
lcfprit Diuin qui fonde toutes chofes, & qui nous fait connoi­
ftre les intentions de Dieu. Si Monfieur le Bachelier n’a pas
fçcu faire cette ledurc fpiritucllc : ce manquement ne vient
pas de moy qui luy ay produit des paffages exprès de l’Efcritu­
re , mais de luy, qui n’a pas accomply la condition rcquile. Et
fi dans les textes, que i’ay alléguez il n’a pas trouué 1 Article
de noftrc Foy,i’ay droit de le mettre dansleCataloguc de ceux
J
dont parle le Prophète, lefejuels ont disyeux pour ‘voir, <£• napper14»
poiuent points des oreilles pour ouyr r&nentendent point 5 & dans le
nombre de ceux, qui félon S. Athanafè fc contentent d’enten­ sAthin.
aduerftôt
dre refonner les mots à leurs oreilles, fans confiderer la confe­ qui tiicutt
quences des chofcs qui font dites. Mais ic puis dire aufti auec dre,
le mcfme Perc ,que tout autre qui aura l’clprit plus docile & Athan de
plus ftudieux, reconnoiftra bien que fi les mots, dont nous cret, Synous feruons ne fe trouuent pas dansl’Efcriturc ; ils ont neant­ »od, Nlmoins le mcfme fens ; & qu’ils lignifient la mefme chofe dans e&n. cont.
hcref. Ar
1 intelligence de ceux, qui ont les oreilles entières pour la
rian.
pieté.

Si vous cftes de ceux-là vous verrez dans l’Efcriture que i’ay
O

106

Defenfe de la

citée j ce qu’il n’y a pas veu, & vous entendrez ce qu’il n’a pft
entendre. Pour cét effet mon raifonnement ne doit pas eftre
mis en la forme qu’il luy a donnée : car comme l Efçriture ne
dit pas que Iefus-Chrift a efté en malédiction, mais quelque
chofe de plus, à fçauoir qu’il a efté fait malédiction : auffi no­
ftre Catechifine ne porté pas qu’il a efté damné, mais qu’il a
efté en damnation. Et ne dit pas Amplement qu’il a efté en
Catechif. damnation : mais qu’il a efté en telle damnation qu’il a efté
Jttt.io. frappé de la main de Dieu pour nos pechez, & qu’il a porté
nos iniquitez j& qu’il a efté en telle frayeur comme s’il euft
.efté abandonné de Dieu ; que félon f à nature humaine, il a efté
en cette extrémité ; & que pour ce faire la Diuinitè fetenoit
pourrn peu de temps cachée, c’eft à dire qu’elle nedémonftroit point fa vertu. Voicy donc la forme qu’il faut donner à
mon raifonnement.
Celluy qui a eftéfait malediftion pour nous, a efté en danation^
Or Iefus - Chrift a eftéfait malédiction pour nous3
Doncques Iefus-Chrift a efté en damnation.
La majeure eft inconteftable à ceux qui en entendent leà
termes. Car eftre fait malcdiétion pour nous, c’eft à dire por­
ter l’cxccration & la peine que nous auio ns méritée. Or com­
me nous cftions exécrables deuant Dieu, & enfans de fon ire
à caufe de noftre péché, nous méritions d’eftre damnez , & de
fentir les rigueurs defôn indignation. Celuy donc qui a efté
fait maledidion pour nous, a efté mis en noftre place,ôc a por• té la damnation , c’eft à dire les rigueurs de l’ire de Dieu que
nous allions méritées. Pour la mineure, elle eft formellement
écrite dans l'Epitre aux Galatcs, où l’Apoftre Saint Paul dit
que Iefus-Chrift nous a rachetez de la malédiction de la Loy , quand il
Gal.j.t j a eftéfait malediftion pour nous. Que cette malédiction de la Loy
fignifie la damnation, il paroift par la fentence mefme de la
Loy, qui porte, maudit eft quiconque n’eft permanant en toutes les
'Deut.’iq chofes eferites au Lturede la Loy pour lesfaire. Or perfonne ne dou­
te que la malédiction que laLoy dénonce à fes infraétcurs ne
3*.
foit la damnation. Et S. Auguftin le déclaré, quand il dit <
in pccheur outrepaftant le Com mandement eftoit deuë vne
damnation.
.

I’ay prouué cette mefme propofition par la fentence que le-

(huxiéme Refponfî.

^07

fus-Chrift luy-mcfine prononcera aux reprouucz dans le der­
nier Iugement. Car comme ceux aulquels il dira, veneT^-les
bénits de mon Pere, font les fauucz : aufli ceux aufqucls il dira, Mat. 2 5
liiez maudits, font les Hamnez. Comme donc en ce lieu-là les 34.
maudits fignifient les damnez : ainfi dans ce lieu desGalates, Mat. 2$
la maledi&ion fignific la damnation. Enfin i’ay prouue la con- 4U.
clufion par le témoignage de Chryfologuc ôc de S. Cyprien,
dont l’vn a dit en mefmes termes que Iefus-Chrift a efté dam­
né afin qu’il deliuraft les damnez.
A ce tefmoignage Monfieur le Bachelier n’a rien dit ; & s’il
eft vray, comme dit Saind Grégoire félon le commun prouerbe, que le filence cft vn indice du confcotemcnt : j’ay
droit de prendre fon filence pour vnaducu de ma conclufion.
Il ne laiflé pas ncantmoins de combattre les propofitions qui la
precedent, ôc celles qui en font la preuue : mais fi foiblcmertt
que ie pourrois me defendre par le filence, Ôc répliquer fans di­
re mot puisqu’il reuient toufiours à fa routine de mots ôc de
fÿllabcs.
Pour me rendre ridicule il me fait raifonner à fâ mo­
de j & faifant des argumens fur la forme de MaiftrcGuillaume,
il en tire ce qu’il luy plaift , mais non pas ce qui s’en peut vala­
blement déduire. Car comme de ce que IeiiisChrift appelle
les Pharificns Hypocrites, on ne doit pas inférer, comme il Mat.2$
veut, que donc Pharifien ôc Hypocrite cft la mefme choie: *>•
mais bien que les Pharificns lont ceux que Iefus-Chrift nom­
me Hypocrites, ôc que ceux qu’il nomme Hypocrites font
Pharifiens.Côme on ne peut conclurre que lui! Ôc cngcnce de
viperes fois la mefme chofe, comme il dit, de ceque S. lean £«*3.7,
appelle les Iuifs cngences de viperes : mais bien quclesluifs
donc parle lean Baptifte font fcmblablcs aux viperes, ôc que
ceux qu’il compare à ces ferpens font Iuifs. Ainfi de ce que Iefus-Chrift appellera les damnez maudits, Je ne conclus pas que
toute malédiction fignifie damnation : mais ic dis que la 111aledidiondelaLoydontilnousarachetcz eft la mefme choie
que la damnation. Autrement Iefus-Chrift nous ay^nt retirer
de la malcdiélion, ne nous auroit pas deliurez de la.damnatiô ÿ
ainfi ceux qu’il a rachetez feroient tous damnez, ôc fa Rédem­
ption leur lèroit inutile. Comme donc la bénédiction d'abraham Gal.^. iæ
O iij

10$

Deffe'nje de la

qui eft aducHue aux Gentils par Icjus-Cbrijf n’cft autre chofe que
Cjtn. 28- le falut, félon qu’il eft écrit, enta femence feront benites toutes les
18.
Nations de la terre : ainfi la malediélion contraire, n’eft autre
chofe que la damnation. Et puis que lefus-Chrift a eftéfajt
malediélion pour nous en deliurcr : nous deuons dire qu’il a
efté en damnation pour nous fauuer.
Dire contre cela que tous ceux qui font maudits ne font pas
damnez ; que le Larron conucrty a efté en malediélion puis
qu’il a cfté pendu au bois, & que neantmoins il n’a pas encou­
ru la damnation ; que les Iuifs ont efté fous malediélion, parce
qu’ils ont efté des œuures de la Loy ; & que cependant tous ne
font pas damnez : c’eft ne rien dirc.Et le bon Larron & tous les
Iuifs ,& tous ceux qui font fauuez par grâce, eftoient damnez
par leur mérite, Scauroicnt fouffert la damnation en effet, fi
lefus-Chrift ne les auoit pas rachetez de la malediélion. Car
comme dit Saint Auguftin, par lefus-Chrift noftre péché a
Atanicb. cfté condamné, afin que nous fuflions deliurez, & quenous
hb. 14.C, ne demeuralfions pas damnez par le règne du péché,
3*
Dire auffi que Saint Hierofme n’enfeigne pas que Iefus#
Chrift aye fouffert le tourment des damnez, c’eft aduancer des
Hier, tn
chofcs manifeftement contraires au langage de ce Doélcur :
car il dit expreflement fur cc lieu, qu’il a pris fur foy la malcdi­
élion pour nous, & que par la malédiction qui ne luy eftoit pas
deuë, il a compensé noftre debte. Quelle eft cette malediétiô
qu’il a prife fur foy, finon la malcdiélion de la Loy,dont il nous
a rachetez ? Et quelle eft cette malcdiélion de la Loy, finon la
damnation quelle dénonce à les tranfgrcffcurs ? Et comment
cft cc que lefus-Chrift l’a prife fur foy pour nous, finon parce
qu’il la foufferte en noftre place, pour payer ce quenous dé­
liions?
Pour renuerfer cette interprétation de S. Hiero fine, il oppofe celle de S. Ambroife, & conclud, mais fort mal à propos
que lefus-Chrift n’a efté fait malcdiélion que par les I uifs, qui
l’ont crucifié comme vn criminel. Car premièrement S. Am. broifen^ dit pas qu’il n’ait efté fait que malcdiélion des Iuifs,
mais il die qu’il a cfté fait aufli malcdiélion parles Iuifs, pour
montrer qu’outre la malediélion qu’ii a foufferte de lajpartdeS
hommes, il en a fouffert vne autre de la part de Dieu,

féconde Refponfe,

16$

Secondement S. Hierofme dit expreffement que Dieu l’a Hier. U
fait eftre malcdiélion pour nous, comme il [afait ejlre péché pour Epi&. *d
nous. Or Dieu l’a fait eftre péché pour nous, parce qu’il luy a

imputé nos pechez :car il afait venirfur luy [iniquité de nous tous.,
comme dit vn Prophète : ainfi l’a-t-il fait eftre maledidion 6. ' ’*
pour nous, parce qu’il luy a fait porter la peine de noftre male•di&ion : car Z’Eternel l'ayant voulufroijfer [amis en langueur lu
playe luy ef adttenuêpour les pechez, defon peuple.
8. io.
En troifiéme lieu, ie ne penfe pas que voftre Bachelier vueillcrcftreindrelcsfouffrancesdelefus-Chriftaux feules peines
que les Iuifs luy ont fait endurer. Car puis que réellement Si
de fait, ils n’ont affligé que fon Corps, il n’auroit fouffert que
des peines corporelles; Sc n’ayant rien fouffert en fon Ame
pour la redemptio de nos anaes, il ne feroit que le Rédempteur çar <5
de nos corps. Neantmoins l’Efcriture nous déclare que nous
auons efté tout entiers achetez par prix ; & que par ce rachapt
nos efprits auffi bien que nos corps appartiennent à Dieu. Il
falloit donc que Iefus-Chrift pour racheter nos âmes fouffrift en fon Ame les coups de l’ire de Dieu allumée contre les pe­
chez des hommes, dont il eftoit chargé; comme pour rache­
ter nos corps il a fouffert en fon Corps les coups de la fureur f p-fr
des hommes. C’eft pourquoy fi l’Efcriture dit quil a porté nos
pechez enfon Corpsfur le bois : aufli dit-elle quil a donnéfon Ame en Mat. 20
rançon pour plufieurs, 8c quefon Ame s’ef mife en oblation pour le pe- 28.
ché. Comment a-il donné fon A me en rançon pour plufieurs,
53*
fi elle n’a rien fouffert pour eux? Et comment s’cft-ellc mife en I0*
oblation pour le péché, fi elle n’a pas enduré les peines inté­
rieures qui eftoient deués à nos pechez?
Dire que l’Ame de Iefus-Chrift a fouffert non point par
idopathic, c’eft à dire par vne paflion qui luy fut propre, mais
feulement par fÿmpathic, comme dit voftre S. Thomas, c’eft à Tbem. 3
dire par compaflion & par le fentiment de la douleur duCorps: Vf*’
’c’eft parler manifeftement contre lEfçriture, qui tefinoigne fff. **
que le Sauueur eftant au Iardin de Getfemané, auant qu’il fuft
pris, & que les hommes luy fiflént aucun mal, il commença d'e- Mat. 26
fire contriflé & fort angoijfé ; qu’il dit d fes Difciples que fon Ame 37.38.
cfo itfaifie de toutes parts de trifreffe infques à la mort ; & qu eftant en
ugpnie yfdfueur deuint comme grumeaux de fang découlans enterre.

9 “j

îlO

Deffenfe delà

D’où venoit ccttc fueurfanglante de fon Corps, fi ce n’eft dé
la douleur intérieure de fon Ame? D'où procedoit la triftefle
de fon Ame ? Ce n’eftoit pas de la fureur des Iuifs, car ils ne le
tenoient pas encore. D’où prouenoit fon angoifle & fon ago­
nie ? Ce n’eftoit pas de la cruauté des bourreaux, ils n’auoicnt
fait encore aucune playe fur fa chair. Il faut donc qu’auant que
- les hommes euffent ietté les mains fur fon Corps, ilfentift la
main de Dieu appcfantic fur fori Ame ; qu’auant que les Bour­
reaux euflent percé fes pieds & les mains, & déchiré fa chair,
il eut le cœur tranfpcrcé des flèches du Tout-puiflant j & qu’a­
uant quil entendit les blalphemcs & les maledi&ions de fes
ennemis, il reflentit la maledi&ion de Dieu iuftementirrite
contre les pechez des hommes.
Si vous dites que l’apprthenfion de fa mort prochaine le
jettoit dans ccs anxietez & dans ces angoiffes : ie l’aduouë,
mais il faut aduouër aufli que cette mort deuoit bié auoir quel»
que chofe d’extraordinaire : puis que la feule penfée fait trem­
bler celuy qui en deuoit eftre vainqueur. Autrement fi ce n’eut
efté qu’vne mort commune, l’Ame de Iefus-Chrift auroit efté
moinsgcncrcufc que celle des Martyrs, qui ont regardé la
mort auec vn vilagc riant ; qui ont chanté dans les flammes, 8c
qui fc font réjouis dans la rigueur des fupplices les plus cruels.
Apres cela Monfieur le Bachelier s’eftant inutilement tour­
menté, pour déguifer mon raifonnement, & pour en éluder la
force : il m’en fait faire vn autre, qui eft tout à fait éloigné de
ma pensée & contraire à mon intention. Car d’autant que
Luc
i’ay dit que le mot de damnation fe trouuoit dans l’Efcriture
appliqué a Iefus-Chrift •< il s’eftand là-delfusen beaucoup de
paroles, non feulement fuperfluës, mais ridicules : comme fi
ic m’eftois voulu feruir de ce mot pour prouucr l’article de no-• ftre Catechifme. Il n’eft pas befoin que ie fafle icy protefta­
tion du contraire : car fi vous lifez exa&cment ma -refponfe,
vous verrez clairement que ie n’ay pas prétendu tirer aucun
aduantage de ce mot : mais feulement faire voir aux Million­
naires, que s’ils ne recherchent que des mots fans confiderer
la nature des chofes, ils trouueront celuy de damnation dans
l’Efcriture, Tellement que dans tous les difcours que Maiftre
Chiron entafle là-dcflus, il ne tend qu’à fc faire des objection*

fécondé Refponfe,

tir

polir les refondre fans peine; à cleuer des montaignès, pour
auoir la gloire d’applanir le terrain; c’ eft à dire à fe former des
difficultcz là où toutes chofes font faciles. Qu’il ne fe tour­
mente donc plus après les phantofmes de fon {imagination> &
s’il ne croit pas que i’ayc fuffifàmment prouué noftre Article
qu il a mis en Controuerfc : Voicy encorcs trois Argumens,
qui vous en confirmeront pleinement la vérité.
Le premier Argument eft pris de l’authorité de l’Efcriture,
interprétée par vos propres Dodeurs.
Celuy qui a eflé abandonné de Dieu pour vn temps
qui a
foufert enfa mort les douleurs de l’enfer , a eflé pour vn temps
en damnation.
Dr Iefus-Chrift a cfté abandonné de Dieu four vn temps , & 4
fouffert enfa mort les douleurs de l’enfer.
Doncques leftu-Chrift a eflépour vn temps en damnation.
La majeure eft tres-certainc & trcs-veritablc, fi vous l’en­
tendez , comme il l’a faut entendre d’vn abandonnement de
Dieu qui priuc des contcntcmens de la béatitude ; & des dou­
leurs de l’enfer au regard de leur excès, fans y enfermer la du­
rée. Car c’eft en cela que confifte précifement la damnation.
La mineure eft formellement de l’Efcriture. Car lefus-Chrift Adat. V),
46.
mourant fur la Croix, fe plaint d’eftre abandonné de Dieu. Çrtg. de
Vos Interprètes entendent que dans la paffion fon Ame ne rc- val. inDh
ceut aucun contentement de la vifion de la béatitude. Et dans om. d. r.
cét abandonnement il a dit vrayement auec le Prophète, les quaft. Ç.
douleurs de la mort m ont enuironné
les angoiffes de l\enfer m ont
trouué ; S’il en faut croire vn fçauant Iefuitc. 11 eft donc vray AJaldon.
in Math,
que lefus-Chrift a cfté en damnation.
Le fécond Argument eft pris du tefmoignage des Peres. 26. 37*.
Celuy qui a daigné prendrefurfoy la malédiction du péché, &
la peinepropofée à ceux qui riobfèruentpoint la Loy ; qui a eflé
damné afin de deliurcr les damnez, ; qui a vrayementfouffert la
damnation^ a eflé en damnation.
Or ifus-chnfl félon les Peres a receu & fouffert toutes ces
chofes.
Car félon Saint Auguftin, il a pris fur foy la malcdiélion du frfy. ad
péché, Sc la peine propofée aux tranfgrcffcurs de la Loy ; & fé­ Gal.c. j,
teiug. in
lon luy-mcfinc, la peine deuë au pécheur putrepaftant lcConi- PJal.6.

îlî

Defenfe de la

.
mandement efl: vne iufte damnation. Il a efté damné pour denart.Chr Hwrer les damnez félonie dire de S. Cyprien. Et il a vrayeTerr. /-3 nient fouffert la damnation , félon le fentiment de Tertulicn.
tôt. Mar
Doncquesfélon la creance des Peres Jefus-Chrifi a efié en damci. c, il,
nation.
Le troifiéme Argument que i’ay à produire pour la confîrmationde cette vérité eft tiré de l’approbatiô de vos Doéteurs,.
& des principes de leur Théologie, qui en ce point s’accorde
fort bien auec la noftre. Et parce que i’ay dit en ma refponfe»
que ce n’eftoit pas vn point controuersé entre I’Eglife Romai­
ne & la Reformée : il faut que ie vous explique la Doétrine de'
voftre Eglife, pour vous faire comprendre la creance de la no­
ftre ;& vous verrez par là que l’vne ny l’autre n’a pas efté bien
entendue de Monfieur le Bachelier.
Vous fçaurez donc que félon le fentiment de I’Eglife Ro*
mainc,la damnation en ce qu’elle a de peinai, fans confidcrer’
i. cc Q11 il y peut auoir de criminel en ceux qui la fouffrent, conî.
fifte precifemcnt en deux fortes de peines , dont l’vne s’appel87.4^ 4 le la peine du dam, & l’autre la peine du fentiment. La peine
du dam confifte en la priuation du Paradis, & des délices éter­
nelles de la vifion de Dieu qui béatifié ccyx qui le côtemplentÿ
T/. \6. & qui font appellécs dans l’Efcriture vnraffaficmentde joye.
La peine du lcns ou du fentiment confifte dans lesangoiffes &
les tortures de la confçicnce, pour le regard de l’ame , & pour
le regard du corps dans les flammes d’vn feu qui le brûlera fansle confommcr.
Suiuant cela celuy quifouffre enfon ame la peine dit dam, c'efi ci
dire ta priuation desjoyes du Paradis \&la peine du fens, c’ejl
à dire les gènes & les angoiffes intérieures du cœur & de l'effrit,
ef en damnation.
Or Iefus-Chrif afouffert en fon Ante la peine du dam v & celle
dufentimentfélon vos Docteurs.
Doncques Iefus -Cbnf félon vos Docteurs a efié en damna*
tion.
La maieure eft inconteftable félon les principes de la Do­
drinc Romaine, que voftre Bachelier vous a tenu cachée. La
mincureeftdevospropres Doéteurs, qui vous la font enten­
dre, &’qui s’expriment clairement fur cette matière. Car

• pour

'féconde Refponfe.

ÎTJ

pour la peine du dam,ils dilét tous que l’Ame de Iefus-Chrift a
efté priuée des délices de la vifion de Dieu; & que bien qu’ elle
fuft jouïflantc de la connoiflance & de l’amour de Dieu, elle
n’a pourtant receu aucune douceur de fa béatitude. Pour la
peine du fentiment ils confeftfent aufli que la douleur, l’angoiffe&latriftreftcdefon Aine ont efté dans le fouuerain degré.
Et afin que vous ne dificz pas que ie leur fais tenir vn langage
éloigné de leur penfée, ou contraire à leur intention: voicy
comment parlent vn Preftre, vn Iefuitc, & les Autheurs du
Catechifine Romain, qui eft le Catechifme du Concile de
Trente.
Ce Catechifme dit pour le regard de la peine du dam, que T) oïl. Ca
Dieu enuoyoit fouucnt du foulagemcnt aux autres Saints dans techtf. in
art. 4. dy
leurs tournions: niais que Iefus-Chrift n’a tempéré le Calice tnbtlt.
de fa Paflion tres-amcrc, par le meftange d’aucune douceur.
Quant à la peine du fentiment, il dit que pour ce qui regarde Cat. Con.
la douleur intérieure de l’Ame,perfonne ne peut douter,qu’cl- Trid.tbid
lc n’ait efté extrême en Iefus-Chrift.
Eftienne Molinicr Preftre Tolofain , en fes Catechefcsfur le Symbole des Apoftres,deferit ainfi les peines de l’Amer
Kaolin.
de Iefus-Chrift, pour la peine du fentiment.- LaPaflion, dit-il, Catech. 7
de fon Ame a efté plus griéue encore que celle de Ion Corps, fur le Sy
foit pour la durée ayant commencé pluftoft que l’autre, dans le mbole’r
Iardindcs Oliuesj-foit pour la rigueur ayant exprimé par fi
force Scvehcmence vne fueurfanglante de tous fes membres,
effet de la douleur intérieure du tout extraordinaire,. & mar­
que éuidentc d’vne deftrefle incomparable. Car ce n’eft pasmcrucille que les-playes qu’on fait auCorps en faftent ruifteler
le Sang : mais que la triftefle de l’Ame foit fi viue,que leCorps
fans eftre nauré faigne des blefteures de lEfprit ; c’eft l’argu­
ment d’vne afftiéhon,enqui l’cxccz &le prodige fe joignent
à la nouuèauté.
. Pour la peine du dam, il l’exprime en ces termes. La troi­
fiéme preuue de la rigueur de fa Paflion, c’eft la pureté delà
douleur non meflangée d’aucune confolation, ny tempérée
par-aucun adouciftement. Car le Fils de Dieu pour patir da­
uantage pour nous, a voulu renoncer à tous les foulagemens
<ju il euft pu reccuoir ,,foit de foy-mefme, loit des côfolations

114

Defenfe de la

du Ciel. Car il n’a pas permis que la béatitude aye fait couler
quelque goutte de fa douceur dans l’amertume du Calice de là
Paffion, ny que la Diuinitévnie fi eftroitement àfon humaniuité, l’ait tant foit peu foulagée dans le combat que la triftefïè
liuroit à fon Ame. Et pour cc qui regarde les confolations du
Çicl, n’oyez-vous pas comme il en déclaré la totale priuation
par ce cry lamentable, qu’il adrefle à fon Pere, Mon Dieu., mon
Dieu, pourquoy ni'us-tu abandonné.
Iulien Hayneufue Iefuitc,deferit cette peine du dam en le7a vit de Chrift Pav ^cs tcimcs phiS forts.Il n’y a pas dequoy s’eftonner,
Cfcr. dit-il,car nous fçauons que le Perc n'a point cfpargné fon profur cespa pre Fils ; & que le.plus Sainél de tous les Hommes a cfté auffi
roi.Mat. le plus dclôlé ,de tous les hommes. Cc Sauueur confpirant
27.
aucc la Iyftice de fon Pcre, fouffrît que toutes les fources de la
Confolation fuflent fermées au temps de fa Paffion j & queles
eaux de la tribulation entrans iuf ques au tonds de fon cœur lç
trouuaftent vuidc de toutes les douceurs fcnfibles. De forte
que cette Humanité Sainte fc voyant plongée dans vne mer
effroyable de douleurs fans trouuer aucun allégement à fon
tourment, clanec ces cris pitoyables comme du fonds de labyfmc.Â/o Dieu^wo Dieu^pourquoy niaucz,--vous delaiffé'.^ms après
il en rend cette raifon. C’eft que côme l’effet de la malignité
du péché va iufques à la leparation de l’Ame d’auec fon Dieu,
par la dcftruéïion de la grâce & par la perte de la gloire : Cc
Réparateur des ruynes de noftrc nature, pour reftablir le nœud
Ûerc d’vne fi fain&c Alliance, voulut prendre la place des
çoulpablcs; & de peur que nous ne fuffions feparez de Dieu
dans toute l’Eternité, il ne refuià pas d’eftre feparé de Dieu en
la manière qu’illepouuoit eftre: afin que par yn delaiftemcnt
auffi Sainél, qu’il cftoit fenfiblç , il fatisfift au diuorce
mal heureux, qui nous auoit feparez de noftre Souuerainbicn.
Hayneuf Pour jc regard de la peine du fentiment, il l’exprime en ter-,
mes plus emphatiques, & qui pafferoient pour des blafphemcs
'.jwm. ^ans *es e^crits de Caluin. Toutes les circonftanc es, dit-il,
' ' f ’ fc rencontrent icy, & s’allient par enfemble pour combler 1Ame de Noftrc Seigneur d’vne incroyable confufion. Quel
/*/; 87. çrcuc-cœur de voir fon Perc irrité contre luy, qui luy.failoit

fèionJc

îï$

fentir toute la colcre qu’il auoit conçcuë contre nos crimes? Law.ltr
Car Dieu n?cft point autrement irrité qu’en chaftfant. Quel *•
fpeétaclc de voir cét Homme-Dieu rougir de honte, baifcrla
terre, & plier les cfpaules fous les fléaux de la Juftice Diuine,
qui le traitoit comme vn voleur, comme vn fàcrilege, comme
vnforcier, comme vn ennemy de Dieu, & quafi comme vne
ame damnée ? Cette douleur ne reçoit point de comparaifon,
&n’cn a point de pareille.Il a bien dit, quand il a dit, quafi, & non pas tout à fait
Comme vne ame damnée. Car de vray ily a grande différence '
entre les foufltanccs de Iefus-Chrift & celle des dânez. Ceuxcy fouffrent-aprés leur mort : Iefus-Chrift n’a fouffert que du­
rant favit. Les damnez fouffrent eternellemementi Icfus-Ch.'
n’a fouffert que pour vn temps. Les'damncz endurent pour la
punitiondc leurs crimes : Iefus - Chrift a fouffert pour les pe­
chez , non pour les fiens, car il n’a iamais connu de péché, f
mais pour les noftres. Car il a /ouffirt vne fois four les feskez > 3* 18.
luy Iufte four les injuftes.
Enfin les damnez fouffrent auec
impatiancc,auec murmure Scdefcfpoir : mais Iefus-Chrift a
fouffert patiemmét, car il a efté mené comme vn Agneau à la tuerie^
aucc refignation, caril s’eft remis à la volonté de Dieu ; auec 39.
efperance, car il s’eft confié toufiours en luy.
Croyez cela Catholiques Romains, & vousm’accufcrcfc
plus de blafphcme ny d’impieté ceux qui difent que I. Chrift a
efté fuiet à la malédiction dcDieu pour nous faire les bénits dè
fonPerej Qifil a efté en damnation temporelle, pour nouî
mériter le falut éternel. Ne prenez point à honte cétEuangilc>qui vous propofevn Homme fait malediétion de Dieu, yrerhCtnt\
vn Dieu fait anathème pour les hommes. C’eft le-prétexté Marcio*
fous lequel les Marcionites calom nièrent autresfois Moïic, & l. 3. c.iï
condamnèrent fes eferits-, pour n’eftre pas obligez de recon­
noiftre pour Sauueur des hommes vnHomme maudit dcDieu,
C’eft le reproche que les Iuifs nous font encore attjôurd’huy,
que nous adorons vn Chrift qui a encouru la nïaledidSon de
Dieu, & l’cxccration des Hommes. Mais c’eft la confolation
des âmes fideles, de fçauoir que Iefus-Chrift qui eft la femencé
kenitc, a efté fait malédiction pour elles,'afin de leur donner
la bénédiction dcDieu jqtfila fouffert la mort pour leur ac4*

Tïtf

Defenje de U

quérir la vie ", qu’il a enduré les douleurs de l’cnfcr, pour les en
garantir j & qu’il a efté en damnation pour vn temps, afin de
les deliurcr delà damnation éternelle,

sWf jwe
Troifiéme demande du sJWiffionnaire.
N demande l’endroit de l’Efcriture, où il fe lift ce qui eft
dans leur maniéré d’adminiftrer le Baptcfme, que les en­
fans font fàndificz dés le ventre de la mere, comme ils
font fauftement dire à Saind Paul,

O

Rjfiponfi à la troifiéme demande.
Aire vne telle dcmâde n’cft pas propofervn poind cotrouerfé,mais piquotter fur la citation d’vn paflâge, & vouloir
mal à propos multiplier les fujets de Côtrouerlc par vn ef­
prit de contradidion.Or pour vous faire voir,Monfieur,qu’on
nous accufc fauftement de citer à faux, & de faire dire à Saint
Paul ce qu’il n’a pas voulu dire ,ie vous prie de faire ces trois
r efledions auec moy, &c.

F

Répliqué du Catholique Romain.
L faut aduouër que le Miniftre cft fort empefehé à rcfpon­
drc à ccttc demande : c’eft pourquoy il brouille & embarraf. fc fon difcours par trois longues reflexions qu’il iette com­
me le fondement de fon Difcours Dans la première il enfei­
gne comment on falfifie l’Efcriture, dans la fécondé il dit que
ceux qui tiennent le fens ne falfificnt pas l’Efcriture, &c.

I

«
E pouuoir pas apperceuoir la lumière, eft vn défaut de la
veuë, moins digne de reproche que de compaflion. Ac­
cufer d’obfcuritc le lieu où nous fommes,parce que nous
. auons mal aux yeux, cft vne cxtrauagance ridicule, &fembla• ble à celle de la feruante de Seneque, qui eftant deuenuë fubitement aucuglé, ne croyoit pas eftre tombée dans l’aüeuglement, mais s’imaginoit que fa chambre eftoit tçncbieufe.Mais
voir la lumière, & dire qu’elle eft tenebres, c’eft vn procédé
que l’Efcriture condamne auec malédiction. L’on nous accufe
d’auoir fahifié vn paffage de S. Paul. Sur cela i’ay fait voir que
falfifier l’Efcriture c’eft en tronquer ou changer les termes, ou
y adj oufter pour en corrompre le fens. I’ay fait voir que rete­
nir fidèlement le fens de l’Efcriture n’eft pas la falfifier, encore
qu’on n’en retienne pas les termes. I’ay fait voir que nous allé­
guons dans nos Liturgies ce paffage de S. Paul, non cnmefmes mots, mais en mefme lignification; & que pour en auoir
changé les termes, nous n’en auons pourtant nullement altéré
le fens, mais l’auons feulement rendu plus intelligible. Car
au lieu que S Paul a dit que les enfans des fideles font Saints, i.Cor.7,
nous difons que Dieu les fandifie : au lieu qu’il a dit que main- «4tenant ils font Saints, nous difons qu’ils font fanélificzdés le
ventre.
Là-dcffus Monfieur le Bachelier au lieu de retraéler l’accufation du Millionnaire après cét éclairciftcment, il m’accufe
encore d’cmbroüillcr & d’embarraffer mon difcours. le vous
laiffe à iuger, fi l’allcgation de ce paffage ainfi faite cft vne falfification : & fi la diftinction que ic fais des chofes eft vn em­
brouillement.
Après cela fans s’arrefter à ma première reflexion; parce
qu’elle fait voir vn paffage de l’Efcriture manifeftement falfifié
par vn célébré Cardinal: il dit fur la féconde, que le vray fens
d.c l’Efcriture fera toufiours difficile à trouucr : parce que les
P iij

N

ti8

Deffenfe de Ici

Hérétiques qui tordent l’Efcriture pour pallier leur erreur ,-fè
vantent neantmoins d en tenir le vray fens. I’ay montré cydelïusquc les Herctiques fe font éloignez du fens de l’Efcriture ; parce qu ils fe font arreftez aux mots comme fait le Bache­
lier ; & que s’attachans comme luy à la lettre qui- tué, ils n’en
ont point poftedé l cfprit viuifiant.*Mais quoy parce qu’il y ades aueugles, s’enfuit il qu’il n’y ait point de clair-voyans ? Oli
faut il que nous nous crcuions les yeux, parce qu’il y en a qui
les ont malades ? Les Oracles de Dieu que les Ghrcftiens confultent dans les Efcritures, ne font pas côme ceux des Payons,.
qui partaient par Enigmes, afin qu’on ne les entendiftpas. La
parole de Dieu eft nette, & Dieu parle affez clairement dansi’Efcriture pour eftre entendu,2? T1ter.
Iefçay bienqu [\y ades chofes difficiles à entendre^ mais c’eft'
3» i<S. 2\i.x.mal-adutfezqut les tardent à leur condamnation, lefçay que”
2. Car. 4 l'Euangile eft couuert ; mais ceft à ceux d qui le Dieu de ce Siecle a
aueuglé lesyeux de l’entendement y à fçauoir aux incrédules. Mais
4?
pour les autres qui cherchent la vérité, lefus-Chrift qui eft le;
tefmoin véritable leur promet qu’ils la trôuuerôt ; & s’ils heur-lib. tent à la porte des Efcritures, Saint Auguftin dit qu’il leur fera'
2.cot. Do ouuert. C’eft pour ceux-là que la parole de Dieu eft vne lam­
nat. c.6.
pe à leurs pieds, & vne lumière à leurs fentiers : car pourquoÿ
tsfuguft.
tratt. 21. dit cc mcfme Docteur, les chofes ont elles efté dites, finon afin'
!» /«&.
qu’on les fçache ? Pourquoy ont elles refonné aux oreilles, fi­
non afin qu’on les oye? Pourquoy les a-t-on ouyës, finon afin’
qu’on les entendift ? Certes Dieu n’auroit pas voulu dire quel­
que chofe, s’il n’auoit pas voulu qu’elle-fuft entendue. C’eft'
pourquoy le Seigneur ne nous a voulu rien cacher : mais plutofta voulu que les Lettres eferites fuffent plus claires que les
rayons du Soleil.
Que donc Monfieur le Bachelier ne vous figure pas tarit
d’obfcuritez, afin que vous luy ayez l’obligation de lesauoir'
s.’P«r.i éclaircies. JVm# auonsy dit Saint Pierre, la parole des Prophètes, i
jÿ.
à laquelle vous faitrs bien dentendre, comme à vne lampe tjut'uotte
éclaire en lieu obfcttr.
Le Bachelier nous offre trois moyens, pour nous conduire'
dans vn chemin qu’il fc figure ténébreux. C’eft pourquoy,dit-

il, pour ne chopper pas dans vn chemin fi feabreux, & fi-otr-'

troisième Refponfe,
TT#
fcur, il efl ncceffàire d’y employer vn de ccs trois moyens, qui
font, ou de poffeder le mefme Efprit,qui a diète les Efcritures,
ainfi que les Apoftres, aufqucls ccs grands Enigmes ont efté
découuerts : ou d’apporter vnpaffage fort clair de l’Efcriture,
qui en explique & defueloppe vn autre qui feroit ambigu: ou
enfin en rapportant quelqu’vn des Petes de I’Eglife, qui font
comme les féconds Oracles du Chriftianifme, Sc qui par des
lumières Diuines éclairent le fonds de ccs tenebres. 1 aduouë
que ces moyens nous pourroient feruir enuers des perfonnes
raifonnablcs : mais ie fuis bien affeure qu’ils feront inutiles enuers luy. Car quand i’aurois tout l'Efprit des Apoftres : il di­
roit de-moy ce quelcs Iuifs difoient de Iefus-Chrift, il a le dia­
ble. Quand ie luy citcray les textes de l’Efcriture les plus clairs
four preuue de mon dire, il dira qu’ils font obfcurs, ou mal­
entendus. Quand ic luy allegucray les tefmoignagcs des Pè­
res les plus éuidens,il fbûtiendra que ic ne les entens point non
plus que l’Efcriture. Neantmoins i’accepte ces trois moyens
de prctiuô -.parce que ie croy qu’ils pourront feruir à vous in­
ftruire , & qu’ils feront capables de le conuaincrc, s’ils ne peuXicnt pas le perfuader,
Pourlepremierquieftlalumicrcde l’Efprit , qui a éclairé
les Apoftres : l’aduouë que Iefus-Chrift ne fouffle pas fur tous
les fidèles, comme il fit fur eux, pour leur donner comme à
eux le S. Efprit &c l’intelligence des Efcritures. le confeffe
qu’il n’enuoyc pas fur les croyans le S. Efprit en forme de Lan­
gues pour les faire parler comme eux, des chofes magnifiques
dcDieu. Mais il eft vray pourtant qu’on ne peut eftre Chre­
ftien fans auoir 1 Efprit dcChrifhcar côme dit Sait Paul,y?^»e/- 7?^ g. pi
qu'un ria point l’EJJrit deChrift^ cetuy-là riejl point à luy. Il eft vray
que nul ne peut entedre la vérité des Efcritures fâs les lumières
de l’Efprit qui les a dictées, & qui eft l’Efprit de vérité • mais il
n’eft pas neceffaire de pofl’edcr cét Efprit dans le mefme degré
qu*il fut communiqué aux Apoftres. Car s’ils ont defcouucrc
les grands Enigmes de l’Efcriture,ce n’a pas efté pour eux feu­
lement ou pour ceux de leur temps, mais pour tous les fidèles
,
des Siècles à venir. Car ils n’ont point cherché des cachetés, 2* or’^*
& n’ont point falfifié l’Efcriture, mais ils fc font manifeftez à
toute confçicnce d’hommes par la dcmonftration de la vérité
deuant £)icu.

lîd

Defenje de la

Pour le fécond moyen, qui eit quelque paffage clair de l’Ef.
criture, pour expliquer ceux qui font obfcurs : je m’en feruiray
aufli quand il fera befoin. Et ic fuis fort aife que Monfieur le
Bachelier récônoifle que l’Efcriture eft interprété d’elle-mefme ; que fans auoir recours à la tradition on peut trouucr fo»
lib: vray fens; & que comme dit S. Auguftin, on peut bien entendeCt~ dre les chofes qui font dites moins ouucrtement3 quand elles
Det. s,accortjenc aucc celles qui font plus manifeftes.
’7’
Pour le troifiéme qui cft le tefmoignage des Peres : I’aduoué qu’ils ont eu de belles lumières : mais il faut aufli confcC
fer qu elles ne les ont pas empefehez; de chopper en pluficurschofes. Comme ils n’ont pas efté fans erreur : aufli ont-ils re­
connu qu’ils n’eftoient pas infaillibles & qu’il ne falloit pas
jes cro,rc fur icur parole, mais feulement entant qu’ils parloiét
conformement aux Efcritures, aufquellcs ils ont dit mefme
qu’on pouuoit appcller de leurs fentimens.Mais puis queMonfieurle Bachelier fait eftat de les ccouter comme les fécondsOracles du Chriftianifme, qui par des lumières Diufnes éclai­
rent le fonds des tenebres : je m’en feruiray contre luÿ,comme
de luges qu’il approuue, ôc àl’authorité defquels il fe foûmct.
Et pour vous faire voir que ie me fuis feruy de ces trois
moyens pour iuftifier l'allufion que nous faifons au dire de S.
Paul dans noftre Liturgie du Baptefinc. le vous prie de confi­
derer que fi nul ne peut trouuer la vraye interprétation de l’Ef­
criture fans auoir l’Efprit de vérité qui l’animefil faut que nous
ayons allégué ce paffage de l’Efcriture aucc cét Efprit f puis
que nous en auons trouué le vray fens. Car quand l’Apoftre
r. Cor. "[ parlant des enfans des fideles dit, autrement ils feroient poilus, or
MsnaintenAnt ilsfont Saincis : il cft éuident que ce terme demaintenant fc ra -porte au temps auquel il parlait. Or quand Saint
Paul parloir ou efcriuoit aux Corinthiens, combien y auoit-il
de petits enfans, qui ne faifoient que fortir du ventre de leurs
mères ? Combien y en auoit-il qui eftoient encore renfermez,
dans les cachots de leur formation? ils eftoient donc Sainds
dés lors qu’ils ne faifoient que naiftre, & dés lors qu ils eftoiét
dans le ventre- ils eftoient donc Saints dés le ventre, & dés le
moment de leur naiflàncc ôc de leur formation. Autrement
l’Apoftre


troifiéme Re fronfi,



| '

12 (

V Apoftre n’auroit pas dit vray, dilant maintenant ilsfout Saints',
& au lieu de parler au teins prêtant, il auroit deu parler en ter- •
mes dui\xt\K, ilsferont Saints. 11 n’eft donc pas befoin d’allcgucr vn autre paftage de l’Efcriture, pour vérifier le fens de celuy-cy : puis qu’il n'a point d’obfcunté, & qu’il eft aftcz clair
de luy-mefine, pour fe faire entendre ; & Ton ne peut pas dire
que nous ayons falfifié cc paftage : mais lesMiftionnaires le falfifient ouucrtement : puis qu’ils donnent le dementy à S. Paul. '
Car au lieu quelApoftrc parlant des enfans qui viennent de
naiftre, a dit, qu’ilsfont Satntis i ils veulent qu il die qu’ils ne le
font pas ; au lieu qu’il a dit qu’ils le font maintenant : ils luy font
dire feulement qu’ils le feront àTaducnir.
Cela fuffit pour prouuer clairement à vn efprit raifonnable
la vérité de noftre allégation. Mais parce que Monfieur le Ba­
chelier demande vn paftage plus clair pour prouuer lalànchfieation des Enfans dés le ventre de leur mere : je vay vous en
produire de plus éuidens dans ce raifonnement.

Ceux qui font dans la Sainte Eglife & dans la Communion dis
Saintts, font véritablement Samcls &fanclifiez.
Gr les enfans desfideles font dés le ventre de leur mere dans las
Saincte Eglife,, & dans la Communion des Samcls.
Doncques les enfans desfidelesfont Samcls & fanttifief dés le
ventre de leur mere.
- 1
La majeure ne peut eftre reuoquée en doute que par ceux
qui n’en entendent point les termes. Mais ceux-là ne peuuent
douter de fa vérité, qui fçauent que la Sainte Eglife eft la focicté des Saints; de ceux qui font enfans de Dieu; membres du
Corps myftique de fon Fils, animez de fôn Efprit ; qui ont
Communion auec les A nges, & aufqucls appartient le Royau­
me des Cieux. Car c’eft ainfi que l’Apoftre définit la Sainétc’ ■
'
Eglife, quand il dit que nous fommes venus à la Cité du Dieu vi- Heb'. i*.
uant ,à la lerufalemCelefie , aux milliers d’Anges, a FAffembléc & 22. 23.
Eglife des premiers nez, qui font écrits és Cieux ; aux efprits des jufies 34»
fanctifiez, d'à lefits Médiateur delà nouuelle Alliance.
La mineure eft toute puifée de l’Efcriture ; qui prouue mànifcftemcnt que les enfans des fidèles font dans la Sainte Eglile. Car comme ils font enfans des hommes par nature: aufti
f&nt-ils enfans de Dicuparla grâce, félon qu’il eft écrit, fap.

Q.

lit

delà

'^aiu.y, pelleray won Peuple, celuy qui n eftoit point mon peuplé,
la sien.
2 y. ad. aimée, celle qui n eftoit point bien-aimée : & admendra qu'au lieu où
• il leur a efté dit, voue neftes point mon peuple, là ilsferont appeliez les
enfans du Dieuviuant. Ils font les Membres du Corps Myftiquc
a. de fon Fils : car comme Iefus-Chrift a participé à la chair & an
Mfag
1ue
enfans : au^
honoré de fabenedi&ion
jZ/trcio ceux qui n’eftoie.nt pas encore Baptifez, &qui pendoientencorcàlamammelle. Ils font animez de fon Efprit : car il cft
jW/î.28- écrit par vn Prophète ,jerefpandray de mon Efprit fur toute chaire
(Sal.^.ô, &parce que vous eftes enfans, die l’Apoftre, Dieu a enuoyé t Efprit
defon Fils en vos cœurs. Ils ont Communion aucc les Anges:
car comme l’Apoftrc nous afteure que ces Efprits Adminiftrateurs l'ont euuoyez pourferuir en faueur de ceux qui doiuent rcceuoir
'Z/^.t.14 fhéritage dufalutxwfà. lefus-Chrift nous dit, que leurs Anges
voyent és Cieux la facefte fon Pere ; Et l’on vous donne dans voBtnau in ^rc ^ghfc Pour art*cfc de foy, que comme il y a des Anges qui
8. dft,n prefident à toutlc Corps de l’Eglife : aufli à chacun des fide­
les eft donne vn Ange Gardien, non feulement dés le iour de
fa naiffance : mais mefine dés le moment de là conception, au­
quel l’ame cft infufe dans le corps au ventre de la mere, afin de
garder fon amc. Enfin ils ont droit à la félicité du Paradis, où
JMat.ï.%. rien de fouillé ne peut auoir entrée. Car à tels eft le Royaume des
Cieux, comme dit lefus-Chrift en l’Euangile. 11 cft donc vray
que les petits enfans font dans la Saintê Eglife dés le ventre de
la mere : car quoy qu’ils n’y foient pas introduits vifiblemcnt
par le Sacrement du Bapteline: ils y font pourtant admis, &
2. Tim.t par leftcau de la Prcdcftination , car le Seigneur connoift ceux qui
14.
fentftens-, Etparlagraccdcradoptiôj&parlcpa&edel’Alliâcc de Grâce, félon cette promeffè qu’il fait au Pere des croyâs,
Gen. iq.- leferay ton Dieu & de tapofterité après toy. Puis donc que les cn7.
fans des fideles rççoiuent dés le ventre tant d’aduantages de
Dieu en vertu de l’Alliance de Grâce qu’il a contra&éc auec
leurs Peres : il faut conclurre qu’il leur communique quelque
fainteté, pour les mettre dés leur naiffance dans la Cornniu^
pion des Saints.
Pour ce qui regarde cette faintetc des petits enfans, nous
ne fommes pas obligez de rechercher en quoy elle confifte ; &
pourucu que nous ayons prouué qv’ds font fâétificz dés le vert

troifiéme Refponfe.
tre, nous auons vérifié i allégation que nous faifons de ce paf­
fage de Saint Paul : puis que nous ne difons autre chofe, finon
qu ils ont quelque fanétification, quelle qu’elle foit. Mais puis
que Monfieur le B^zhclicr fort des termes de la queftion propoféc, pour en former vne nouuelle, il faut le fuiurepourle
fatisfaire.
Surquoy ic vous prie de confiderer qu’il nous veut ietter'
dans l’excez, & qu’il demeure luy-mefme dans le deffautfur
cette matière: il nous veut mettre dans l’excès quand il nous en
fait trop dire j il demeure dans le deffaut, quand il n en dit pas
allez. II nous en fait dire trop, quand il nous fait dire que les
enfans font fainéts d’vne fainteté intérieure qui n’a pas befoin
du Baptcfme, & là-dcffus il nous demande, où cft le Pere de
l’Eglife qui l’interprcte de la forte? Mais ic luy dcmanderay ,
où cftl’impofteuraffcz effronté qui puiffe dire que nous auons
écrit ou parlé de ccttc façon? qucles enfans foiét fan&ifiez dés
le ventre, cela fc trouué dans noftre Liturgie du Baptcfme :
mais qu’ils foient faintsd'vnc fainteté intérieure qui n’a pasbefoin de Baptcfme : cela n’eft que dans fon imagination, & ne
fut iamais dans nos eferits, non plus que dans noftre creance.
C’eftoitl’errcurdesPelagiensquicroyoicnt que les petits
enfans n’auoicnt pas befoin d’eftre Baptifez pour obtenir la remiftion du péché originel : parce qu’ils ne croyoicntpas qu’ils
en fuffent entachez. Mais nous cnfei'gnonsclairemcnt lc contraire ; & noftre Liturgie le fait voir- Car tant s’en faut que
nous difions qu’ils ont vne fainteté qui les doiue difpcnfcrdir
Baptcfme : Qu au contraire nous inférons de ce que Dieu lesfanciific dés le ventre, qu’ils doiuent cftre Baptifez’, afin de re­
ccuoir la Rcmiftion des péchez & la Sanctification de 1 Efprit
danslcBaptelmc. Nous rcconnoiffons que noftre nature cft
du tout peruerfe 6c maudite ; que les enfans des fideles font de
la race corrompue d’Adam mais que Dicu’ne laiffe pas de les
accepter par la vertu de fon Alliance,pour les aduoùer au nom­
bre des fiens ; qu’à cette caufe Dieu a voulu qu’ancierrnement
en fon Eglife les enfans reccuffent le ligne de la Circoncifion;
par lequel il reprefétoit tout ce qui nous cft aujourd’huy ni^ntré par le Baptcfme; que pour cela S. Paul dit que Dieu les fànétifie dés le ventre de la mere, pour les dilccrner d’entre les ens

QJj

3«4

Defenfe de /<<

fans dcsPayens,& Infidèles; que pour cette raifon Iefus-Chrift
a receu les enfans qu’on luy prefentoit ; & que pour cette mef­
me raifon il nous inftruit fuffifamment que nous ne deuons
, point les exclurre de fon Eglife.
*
C’eft ainfi que Saint Auguftin raifonne fur cefujet: caril
verb. yip
i fiel, fer- dit que les enfans des fideles font fanctifiez en quelque façon;
mon. ! }• qu’ils font purifiez par la foy de leurs pere & mere : & neant­
moins il adjoutc qu’vn enfant n’eft pas né fi lâint des fideles,
qu’il ne doiuc eftre Baptisé.
C’eft ce qu’il prouue enfuite par les paroles de S. Cyprien,
qui eftant interrogé s’il falloit Baptifer les petits enfans auant
le huidiéme iour, dit qu’il ne faut rejetter perfonne de la grâ­
ce de Iefus-Chrift, ny de la remiftion des pechez & du Baptcfme: puis que Sainr Pierre tefinoigne qu’il ne faut point tenir
pour fouillé ce que Dieu a purifié.
C’eft cela mefine qu’il confirme encore par l’exemple de
S/ag. lib. Corneille le Ccntcnicr, lequel Saint Pierre Baptifi après qu’il
3- ‘jueft. cutrecculeS.Efprit^ Il ne faut pas, dit-il, pour cela mefprilcr
iuPer
le Sacrement vifiblc : car celuy qui le mcfprifc ne peut en au­
tutic.
cune manière eftre fandifié inuifiblcmcnt. De là vient que
Corneille & ceux qui eftoient auec luy ne laiflerent pas d’eftre
Baptifez, quoy qu’ils panifient défia fandiftez par l’Efprit qui
auoit efté inuifiblementrcfpandu fur eux; & la fandificatioû
vifiblc ne fut pas iugée inutile, quoy que l’inuifible l’eut défia
précédée. Ainfi difons- nous que quoy que Dieu fandifie les enfans inuifiblcment dés le ventre : il ne faut pas pour­
tant laifter de les fandificrvifiblcmcnt dans l Eglife par leBaptefine ; que bien que Dieu leur sye donné ion Efpiit:elle
ne doit pas laiffer de leur donner l’cau;& que quoy qu’ils ayent
receu les fcmences d’vne grâce inuiiiblc en vertu de l’Alliance
qui les confacre à Dieu comme fes enfans : il ne faut pas pour
çela leur refufer le Sacrement vifible ou ils font nettoyez du
de Pcché originel. le conclurray donc auec le mefme Pere, que
ver^A- ceux qu‘nous appellent Frères ne nous appellent plus Heretifeft.jerta ques: puis que nous les pourrions peut-eftre qualifier de ce
14,
nom, quand ils difputent de ces chofes.
Mais, dit Monfieur le Bachelier, Saint Auguftin ne dit pas
que les enfans font fandificz dés le ventre ;nnusdis-jej Saind'

«5

Auguftin afleure qu’ils lont purifiez par la foy de leur pere&
mere, comme ils lont fouillez par leur péché.Or ils font fouil­
lez par le péché tic leurs parens dés le ventre: ils font donc aulïi
dés le ventre purifiez par leur foy. Mais S. Auguftin dit, que
puis qu’on court au Baptefinc auec vn enfant des fideles : fes
pere & mere ne doiuent pas eftre dans cét erreur de penfer
qu’il foit défia fidèle né : car ils peuuent bien dire qu’il eft né:
mais non pas qu’il cft né derechef. C’eft ainfi que S. Auguftin
parle, & non pas comme le Bachelier le fait parler. Mais il dit
aulïi que le corps de mort a engendré les enfans pécheurs dans
leurs premiers parens, qui font Adam & Eue : mais que l’elprit
de vie les a régénérez fideles dans les derniers, qui font leur
pere & mere. Tout cela s’accorde fort bien dans la penfée de
ce Saint Dodeur, qui nous fait voir qu’il en eft de la Régéné­
ration Screnailfancelpirituellc des enfans comme de leur gé­
nération &naifïancc corporelle. Car comme par la généra­
tion de la chair ils font inuifiblement dans le corps de leur me­
re, & enfans du pere qui les a engendrez • ainfi par la régéné­
ration de l’elprit ils font défia enfans de Dieu, & dans le Corps
de l’Eglife inuifiblement. Mais comme par la naiflànce ils en­
trent vifiblement dans le fein de leur mere, & font nettoyez de
leurlang & de leur foüillcure auec de l’eau: Ainfi par la renaiffance Ipirituclle , ils entrent vifiblement dans le fein de l’Egli­
fe , pour y cftre purifiez des tâches de leur crime par le laueméc
d’eau, c’eft à dire parle Sacrementvifiblc.
Tellement que toutes les objedions quç Monfieur le Ba­
chelier fait enfuite de l'Efcriture & des Peres, ne font que des
raifonnemens hors de propos, & desphantofmcs qu'il fe for­
me dans fon imagination afin de les combattre. Nous parlons
comme 1 Efcriturc, nous parlons comme les Peres. L Efcridans la Liturgie du Baptcfme, que noftre nature cft maudite.
Dauid confelfe dans l’Efcriture qu’il a efté conçcu en peché;8c T3/. 51.7
nous difôs que toute la lignée d’Adam cft coulpable du pechc
originel. Les Peres difcnt que nous ne naiïfons pas,mais que
nous rcnaiflbns Chrcfticns ; & nous difons qu il nous faut renaiftre ,& qu’il faut que noftre nature foit rcriouuellée pour
auoir entrée au Royaume de Dieu. Les Peres difcnt que les
9JÜ

딣

Defenfe de la

enfans demeurent dans la coulpe originelle s’ils ne font Bapti­
fez ; & nous difons que le péché originel, dont ils font coulpablés,leur eft remis dans le Baptefme 5 & que cette coulpe fuffic
pour les condamner dés le ventre de leur inerc. Mais comme
ccs confiderations n’ont pas empefehé les Peres de dire auec
rEfcriturc,quclcscnfansontquelque fainteté dés leur naiffancc : aufli n’obftant ces mefmes confiderations, nous pou­
uons dire aucc la mcfme Efcriturc, que dés- le ventre Dieu les
afanéhficz, ou qu’ils font faints des le ventre; Se de quelle de
ces deux expreftions que nous nous fermons, nous ne falfïfions
point 1 Efcriture : puis que l’vne n’cft qu’vne expofition de
l’autre : voila pourquoy nous les employons indifféremment,
pour marquer cette fainteté des petits enfans.
Le Maiftre Bachelier luy-mefmc eft contraint d’aduoü'ef
qu’ils ont quelque fainteté dés le ventre; & pour me dcfcou­
urir cn-quoy elle confifte, il me fait des leçons en Théologie,
quoy qu*il n’y fôitpas encore Doélcur. Il dit que ic nentens
pasléquiuoquequicftdansle mot de Saint. Mais s’il auoit
7r«.
bien confulté les Pcres, qu’il appelle les féconds Oracles du
2. c. 46. Chriftianifine, il auroit appris de S. Ircnée queles termes de
Laiï.l'b. l’Efcriture font fans ambiguité. Il auroit appris de Laélance
6. inft.c. que Dieu qui a fait l’cfprit Scia langue, parle pour eftre entenai*
du de tousjSe la raifon éclairée par ces lumières luy feroit com­
prendre que Dieu voulant communiquer aucc les hommes
dans l’Efcriture, parle clairement pour fc faire entendre, ôc
non pas par équiuoquc pour cacher fes fentimens ; & que s’il /
a de l’obfcurité dans fon langage, clic ne vient pas defapaiolc, qui cft vne lumière,mais de la foiblcfïe de nos efprits qui
ne conçoiucnt pas d’abord les rapports qui fe trouuent en plu­
ficurs chofcs que Dieu lignifie par vn mefine nom.
Pour m’ayder dans ma foiblcffe à trouuer le vray fens de
l’Efcriture, il veut queie diftingue vne fainteté extérieure &
legale, d’auec vne fainteté intérieure
morale. Mais il au­
roit mieux fait de les appeller toutes legales : puis que toutes
deux font preferites par la Loy; & de dire que l’vne cft ccremonielle,rcigléeparlaLoy des Ceremonies, & l’autre Mo­
rale rcigléc parla Loy des Mœurs. Mais quelque '-nom qu’il
leur donne, tout cela ne fait rien à noftrc fujet; &l’applica^
«ion qu’il en fait eftJauffc & ridicule.

troifiéme ’B^efonfe»

'

le dis qu’elle cft faulïè, car U n’cft pas vray que les enfans
des fideles qui nailTent fous la grâce de l’Euangile,foient faints
dés le ventre d’vne fainteté qu’il appelle legale, & que ie nom­
me cercmonielle. Car cette fainteté ne confiftoit que dans
vne pureté corporelle, qui nettoyoit les foüillez quant à la
chair, par des afpeïfions & des lauemens externes. Mais ceux
qui naiftent fous l’Alliance de grâce ne font point fujets à l’ofiferuation de cette Loy ; & fi l’on a couftumc de laucr& net­
toyer les p etits enfans dés lors qu’ils font nez, ce n’cft pas pour
oblcruer les Ceremonies de l’Ancienne Loy : car nous fçauôs
que Iefus-Chrift qui eft la fin de laLoy en iufticc à tous croyâs, 2^0.10.4L
l’a abolie en luy donnant l’accoinpliffcment.
Ic dis auffi que cette application eft ridicule : car que vou­
droit dire l’Apoftrc parlant aux fideles conucrtis à la grâce' du
^Chriftianifme, s’il leur difoit poiîr les confoler dans IcMariajge où ils eftoient conjoints auec les Infidèles : maintenant vos
enfansfontfaints d’vne faintetélegalc? Quoy! voïidroit-iljdirc
feulement que leurs enfans ont efté nettoyez félon la Loy de
Moïfe par des lauemens extérieurs $ Certes fi c’eftoit là fon in­
tention , cette confolation lèroit bien eftrangc dans la bouche
de S. Paul, qui prefehoit l’abolition de cette Loy} & bien af­
fligeante pour ceux aufqucls il parloir : puis que par ce moyen
il les voudroit remettre îous le joug des Ceremonies, qu’eux
ny leurs peres n’auoicnt iamais pû porter lèlon la déclaration ]O ' *’•
de Saint Pierre.
Que peut direlà-dclïiis Monfieur le Bachelier, pour me fai­
re trouuer le vray fens de l’Efcriture ? Dira-il que cette falsi­
fication des petits enfans fe doit entendre au mefme fens que la
lanétification du mary infidèle en la femme fidelle ? C’eft bien
ainfi qu’il l’entend : mais c’eft tomber dans la mefme abfurdité
que dclfus. Car comment la femme fidelle peut-elle commu­
niquer vne fain&cté legale au mary qui eft dans l’infidélité:
veu qu’elle ne l’a pas fi elle eft Chrcftienne : parce qu elle a re­
noncé à la Loy,pour embrafièr la Foy de l’Euangile. Et quand
mefme elle feroit Iuifuc,clle ne pourvoit donner vne telle fain­
teté à fon mary, fans qu’il fc rangeait à cette mefme Loy : car
la pureté d’vn corps nettoyé &laué ne peut palfer iufques àvn
autre, fi l’on ne le nettoyé d’vn femblable lauement.

lïS

Deffenfe delà

D’ailleurs fi c'eftoit lintention de l’Apoftre cpietferoit
i C»r. 7 f°n ra^onncment >• Quand il dit, Le mary infidèle efi fanclifié en Itt
*
femme & lafemme infidèle efifanctifiée au mary : autrement vos en­
fansferoient poilus : or maintenant ils fontfaintsi Quoy parce qu’vu
pere & vne mere font fandifiez légalement, & d’vne pureté,
corporelle, s’enfuit il que les enfans qui en font prouenus,,
foient nez purs ôcfàndifiez, comme ceux qui les ont mis aumonde ? Certes le contraire fevoyoit parrny les Iuifs, qui gardoient exactement cette fainteté legale : car comme vn hom­
me circoncis engendroit des incirconcis: aufli les pcres & meres qui eftoient purifiez quant à la chair, nelaiflbient pas d’en­
gendrer des enfans fouillez ; & pour les nettoyer, il falloit leur
appliquer la mefine purification legalc.Dircque comme le mary infidèle,, quelque fainteté qu’il
obtienne par lacohabitation de la femme fidele, ne peut ob­
tenir le falut mourant dans l’infidélité : de mefme les petits enfans naiflan» des parens fideles ne reçoiuent qu’vne fainteté
extérieure ,,qui ne fçauroit les garantir du péché': c’eft bien
difputer auec S. Auguftin contre les Pelagiens, qui croyoicnc
que les enfans des fideles eftoient appeliez Saints yparce qu’ils
. eftoient exempts de péché. Mais ce n’eft rien dire contre
nous, quicroyons que les enfans des plus grands Sainéls font
entachez du péché originel désleventrc. Tellement que vous
voyez parla comment Monficur le Bachelier fe glorifie dece
qu’il n’a pas receu comme le Pharifien, quand il fe vante d’a-,
uoirledond’interprctcrlcs Efcritures ; & que lors qu’il pré­
tend de m’en montrer le vray lcns, il s’en éloigne autant que
les Cieux font éloignez de laterre.
Ce qu’il adjoufte en fuite, eft de mefme trempe ; Et com­
me il a fait voir dans la répliqué qu’il entendoit mal les paroles
de S. Auguftin: aufli telmoigne-il fur la finqu’il n’entend pas
bien les paroles de ma refponfe. le parle ainfi, aimant mieuxl’accufcr d’ignorance que de malice : parce que celle-cy eft
toufiours mcxcufable, & que celle-là eft quelquefois digne de
pardon. Car de cc que fur la fin de ma refponfe, j’exhorte vn
Catholique Romain à ne fc feparcr point de fa femme , qu’il
croyoit Heretique; & que fur cela j’allegue le Cardinal Bellarmin & Thomas d’Aquiu,voftre Bachelier infère que j’approu-



ue

troifiéme Rtfporf,

fip

uc fes rcucrics, & que rentre dans le lcntimét de vos Doreurs.
Mais pour vous montrer qu’il fc tronfpc lourdement en fa pen­
fée: je vous prie de receuoir de l’clclairciflement que icvay
vous donner de la vérité.
Vous (çaurez-donc que i’cfcriuois à vn CatholiqueRomain,
en faueur de qui i’auois entfepris clc refpondre aux demandes
de Moniteur lEuefque de Sarlat. Ce Catholique eftoit marié '
auec vne femme de noftre Communion > Et ce Prélat, qui tafchoit en ce temps-là de faire des grandes Conuerfions en fon
Dioccfc , vouloit lyy perfuader de quitter fâ femme : parce
qu’elle eftoit Heretique, & que les enfans qu’il auoit de ceManage n’eftoient pas légitimés, ôc quil Ici feroit déclarer Baftards. Là deftus ayant en main l’occafion de parler de ccsMariages, qu’on appelle bigarrez , ôedesenfans qui en prouicnnent, je pris fujet d’exhorter ce mary à ne fe feparer point de fa
• femme,quoy qu’elle fuft d’vne Religion contraire à la fienne:
parce que ce Mariage eftoit indifîoluble, & que fes enfans
eftoient légitimes par les raifons du droit Diuin. Mais pouc
gaigncrfacrcanccpardcsmotifs qui fuffent plus puiffansfur
fon efprit, j’oppofay à l’autrorité de fon Euefque , qui le fol] jeitoit à cette fcparation, l’authorité des deux plus celebrcsDodeurs de l’Eglife Romaine, dont l’vn affeure queleMariagc } ‘jfùa
dvn Catholique, contrarié auec vne femme Heretique ne fe
peut rompre : parce qu’il eft vn Sacrement : Et l’autre rcfmoi- cra, c.- 11
gne queles enfans qui naiftent d’vn tel Mariage font légitimes Tbo.left.ôc non point baftards.
in i.Cor.
Sur cela Monfieur le Bachelier triomphe, comme fî i’auois
dit que les enfansdes fidelesn’ont qu’vne fainteté ciuile. l'auois droit d’alleguer ce Dodcur Romain, contre la damnablc
maxime de ceux qui difent que-ces enfans nefontpas légiti­
més. Mais voftre Bachelier a tort d’en tirer cette confequcncc, qui n’eft pas moins contraire à mes paroles qu’aux fentimens que i’ay de la vérité. Car certes fi les enfans des fideles
n’auoicnt dés le ventre qu’vne fainteté legale, comme dit vo­
ftre Bachelier, ou qu’vne fainteté ciuile , comme dit voftre
Dodcur Angélique i. Le Mariage des Chrefticns n’auroit
point d’aduantage par deftus celuy des I uifs de Ses Paycns Infi­
dèles : car les enfans qui naiftent de ceipqlà font fimdifiez le-



Ueffenfe de la

gaiement ; & ceux qui prouiennent de ceux - cy ne font point
baftards, eftans nez d’vne copulation légitime.
En quoy donc direz-vous confifte cette fandification que
nous attribuous aux enfans des fideles des le ventre de leur
mere? Pour vous dire noftre creance fur ce fujet, ie vous dé­
clare que cette fainteté n’eft pas fi deffed ueufe, comme dit vo­
ftre Bachelier : je nie auffi qu’elle foit fi parfaite, comme il
nous fait dire. Mais ic dis qu’elle tient le milieu entre le deffaut & la perfection
que fans rien tenir des figures de la pu­
rification legale, elle cft vn commencement de la vraye fain-j
teté Euangelique.
Cette fanctification confifte en trois degrez. Le premier
eft vne fainteté d’alliance & de confédération : car Dieu ayant
traité vne Alliance de grâce aucc les fideles, non feulement
pour eux, mais auffi en faueur de leur pofterité, il promet d’e­
ftre leur Dieu & de leurs enfans après eux. Or il ne peut fè dé­
clarer le Dieu de leurs enfans qu’à mefmc temps il ne foit en­
gagé aies reconnoiftre pour fon peuple, par cctiltredc puifJeremy lance & d’amour , félon qu’il dit luy mefme: le leur feray Dieu*
verf. 3 j. & ils (eront mon peuple. Tellement que comme les enfans qui
naiffent d’vn homme annobly par le Roy, font eftimez nobles
dés lors qu’ils font fes enfafts : quoy que leur fang ne foit point
changé, & qu’ils n’aycnt aucun fentiment de la vraye Nobleffc qui gift en la vertu : De forte qu’ils ont part à tous les droits
Sc prerogatiûes de leur pere, par le priuilege de la grâce que le
Prince luy a accordéc.De mefme les fideles eftans honorez de
l’Alliance de Dieu, Annobfts par fa grâce, qui lesarelcucx
fur le refte des hommes, & appeliez d’vne fainte vôcatiomtou?
les enfans qui naiffent d’eux font eftimez faints dés le ventre^
par le priuilege de la grâce qii’il a faite à leurs peres.
P’où ie forme cét Argument.
Lepeuple de Dieu ejl Sainél.
Or les enfans desfideles dés le ventrefient le peuple de Dîetf^
Doncques les enfans desfideles dès le ventrefont Saincis.
La majeure de cét Argument eft de l’Efcriture : car les Iuif*

6 qUj eftoient lepeuple de Dieu font appeliez par Moïfe le peuple
T>an. 1'
LcsChreftiens font appeliez par Daniel, le peuple des.
i/aSio
du Souuerain : & la nationfaincie par Saint Pierre.

trbijiémc Reftonje,

îjt

La mineure eft aufti de l'Efcrituic : car l’Apoftre Saint Paul
applique aux Chreftiens cette promefte de Dieu, je leur feray
pieu, & ilsferont mon peuple. Et afin qu’on ne die pas que cette
promefte eft faite feulement en faueur des Peres : Saint Pierre
î’cftcndà toute la pofterité des fideles. Car à vous & a vos enfans efifaite la promejfe ,& à tous ceux quifont loin., autant que le Sei- gneur en appellera àfoy. Donne peut donc point fans nier l’Ef­
criture , nier que tous ceux qui font enfans des fideles ne foiét
faints dés lors qu’ils font leurs enfans , c’eft à dire dés le
ventre.
Le fécond degré de leur fanéfification eft vne fainteté de
confecration, qui les feparc dés le ventre, delà focictédes
Payens, 8c de la Communauté des Infidèles, pour les dédier
au fcrnicc de Dieu, & les affeéler à la fainteté de fon Nom.
Car quoy que par la nature ils foient engagez dans la mefme*
corruption8c dans la mefme impureté que les Infidèles qui
font hors de I’Eglife : neantmoins par la grâce ils font confi­
erez à Dfeu, pour entrer dans la focieté de ceux qui font de
dedans,c’eft à dire dans la Communion des Sainéls. Car
nous fomnlesd accord que par ccuxqui font de dehors l’Apo- H‘tr- *n
ftre entend les infidèles, 8c par ceux quifontde dedansceux
qui font membres de I’Eglife. D où ic tire cc raifonnement.
2*
Ceux qui dés le ventre font confierez, à'Dieu par les vœux de
leur pere & mere, par lafainteté de leur A4ariageypar les priè­
res de lEglife j par les-merites de lefus-Chrifi ,font finnois dés
le ventre de leur mere.
Or les enfans desfidelesfont dés le ventre confierez, à Dieu par
tous ces moyens.
Doncques les enfans desfidelesfontfaincîs dés le ventre de leur '
mere,
La majeure de'ce raifonnement ne peut eftre contredite,
fJelle s’entend comme il la faut entedre d vne fainteté de con­
fecration , qui retire les cbofes 8c les perfonnes d’vn vfage prophane ,,pour les dédier à vn vlàgc facré. La mineure eft véri­
table, 8c découure là vérité dans la déduélion de toutes fes
parties .
Premièrement les enfansdes fideles font confierez à Dieu
dés le ventre, par les voeux de leurs païens.- Car qui efhle peR ij

ijî.
Defenje de la,
rc Chrcfticn qui rtc confacré a Dieu fes enfans mefme auant
qu’ils (oient nez : puis qu’il efpcre de les obtenir de la liberalité?Qui eft la mere fidele qui portât vn enfant dans fon ventre,
ï ne die comme Anne mere de Samuel difoit à Dieu? Si turr.è'

donnes lignée d’enfant majle, je le donneray d ïEternel pour tous les
iours epuil viura s&qui ne le luy donne par des vœux ardens,
auant mefme que Dieu le luy aye donné par la nailTance ? Mais
parce que vous pourriez dire que Dieu n’exauce pas toufiours
les vœux & les prières que les pere & mere font pour leurs en­
fans ; & que cette dédicacé qu’ils luy en font,n’eft qu’vne confccration particulière qui ne peut produire l’effet qu’ils fe font
promis.
le dis en fécond lieu qu’ils font confierez par l’Eglife : Caf
quand elle conjoint deux perfonnes par le facré lien du maria­
ge, elle ne prie pas feulement pour elles; mais aulfi pour les
fruids qui doiuent naiftre de leur amour conjugal. Pourquoy
Tiytu. de jc Preftre qui bénit les mariez dans voftre Eglife, prie- il Dieu
Sacram.
alfifte'bcnignemcnt aux ordres qu’il a eftablis, pour la
matrt,n' propagation du genre humain ? Pourquoy dcmande-il qu’il
leur donne des Enfans ; qu’il accôpliffc fur eux fa benedidion •
& qu’il ne laiffe rien vfurper de leurs actes à l’autheur de la preuarication, qui cft le diable ? N’cft-ce pas luy demander com­
me nous failons qu’il leur donne vne fainte lignée. Et fi nous
faifons cette demande à Dieu, pourquoy ne l’cxaucera-il pas ?
puis qu’il a promis de le faire, quand il a promis d’eftre lcDieil
de nos enfans? Certes c’eft parla que nous diftinguons les
enfans des fideles d’auec les enfans des infidèles & des Payensj
& c’eft pour cela que nous difons que Saind Paul les appelle
Sainds : parce que l’Eglife qui eft Sainde les fandifie en lc§
confacrant à Dieupar fes Orailons.
C’eft ainfi que Saint Ambroife entend ccs paroles del’ASïfwL»» poftre : Maintenant vos enfansfont Saincis. Ils font S aints, diti. Cor. 7 il » non feulement parce qu’ils font nez de Mariages légitimés:
14»
niais aulfi parce qu ils font nez fous la veneratiô du DieuCreateut. Car corne tout ce qui fe fait par le dédicment des idoles,
eft immonde : ainfi tout ce qui fe fait fous la profeffion de Dieu
r ‘il j le Créateur, eft faind.
Paulin.
C’eft ainfi que Saind Hierofmel’entend félon le fentiméf

trùfîeme Reftonfe,

IJ $

de Tertullien. Ils font appeliez Sainds, dit-il, parce qu’ils
font defignez à la foy ,& qu’ils ne font point fouillez dcstinpuretcz de l’idolâtrie.
C’eft ainfi que Tertullien explique luy-mefme fa penfée, Ttrtulh
pour nous faire voir la différence qu’il y a entre les enfans des
Fideles & ceux des Payens. Il n’y a point, dit-il, prefque pas 3?*.
vne natiuité, qui foit pure parmy eux : Car auquel d’entr’eux*
le malin-efprit ne feroit-il point attaché, puis qu’il a faifi leurs
âmes dans la porte mefme de leur naiffance, & qu’il y a efté intiité par toute cette fupcrftition qui s’obferuc dans leurenfan- Omiuifc
tement ? Tellement que l’idolâtrie fert comme de fage femme
à la naiffance de tous : puis qu’ils tefmoignent par leur profef- ^a^tur
fion, que les enfans qu’ils ont engendrez font dédiez &con- yerl<,/. J
facrez aux démons. Mais pour le regard des Chrcftiens, l’A­
poftrc dit que d’vne des parties fandifiées naiffent des enfans
qui font Sainds, autant par la prerogatiue^de leur naiffance,
que par l’ordre de l’inftitution : Autrement, dit-il, vos enfans
naiftroient im mondes, donnant à entendre que les enfans des
fideles font comme deftinez à la fainteté, & par cela mefme
au falut: afin que par le gage de cette efperance il deffendit la
Juftice des Mariages, qu il vouloit faire retenir.
En troifiéme lieu ils font confacrez à Dieu par la fainteté
mcfme du Mariage, dont ils font produits. Car quoy que le
Mariage foit honorable entre tous, à caufe de l’eftabliffcment
de Dieu, qui l’a inftitué : neantmoins celuy des infidèles eft
j
bien different de celuy des Chreftiens. Celuy-là eft ordonné
pour faire des hommes, pour peupler le monde & confêrucr le
genre humain: mais celuy-cy cft inftitué pour faire des enfans
de Dieu, pour peupler l’Eglife, & pour accomplir le nombre
des predeftinez. Auffi le confiderez - vous comme vn grand
Sacrement de lEglife, dont il reprefente l’Vnionauec lefusChrift comme d’vne chafte Vierge aucc fon Efpous.Pourquoy
le regarderiez-vous comme vn Sacrement, s’il n’a point d au­
tres aduantages que ceux de la nature j & s’il n’obtient quel- -t g
que fainteté de la grâce ? Certes le Prcftre confeffc à Dieu $air£
qu’il a confacré 1 Alliance des Nopccs, & l’Vnion Conjugale,
par vn Myfterc fi excellent j & qu’il a doiié cette focicté d vne
jbenediélion, qui feule n’a pû eftre emportée par la fentence

R iij

Defenfe de ht
du déluge, ny p ar la peine du péché originel. Et pourquoy
luy-melmediroit-il la Mefle pour les mariez ? Pourquoy pretendroit-il facrifier en leur faueur le Corps de Iefus-Chrift, s’il
ne croyoit pas fanctifier leur Mariage par ce Sacrifice ? Maisquel adnantage aura cette focieté des Chreftiens par deffus
celle des Infidèles, fi elle ne porte pas fa confecration furies
• enfans qui en doiucnt naiftre? Certes c’eft le fentiment de 1’Apoftre, que cette fainteté paffe des peres aux enfans, quand il
dit, que/z/er prémicesfontfâintes, aufsi efi la maffs,& quefi la raci~
ne efi fainte, les branches lefont aufsi.
jiug.lib.
C’eft la creance de Sainéf Auguftin. Car quoy qu’il die
S. de pcc. qUe cctte faintcté des enfans des fideles n’eft pas capable de les
jzw.iÿ'rf. fàire paffer pour Chreftiens, ny de leur remettre les pechez :
saP” 12« neantmoins il aduouë que les paroles de 1 Apoftre fcmblent
forcer en quelque façon de dire, qu’il faut entendre là vne fan»
édification par laquelle les enfans des fideles naificne Sainéf^
par quelque afperfion de fainteté qui fe répand de Pvnion des
Mariages fur les enfans.
Enfin nous difons qu’ils font confacrez par les mérités de
«■. , Iefus-Chrift. Car depuis qu’il a participé a la chair & aufang
16 tn aat cofftme ^espetits enfans, il a efté fait Dieu aucc nous; & cétEnfant
eftant né pour nous, a confacré l’intégrité de l’Enfance-, com­
me dit le mefine Doéfeur.
• (
Le troifiéme degré de leur fandifîcation confifte dans vnfc
fainteté intérieure, Si. habituelle : parce que dés le ventre- ilsreçoiuent le S. Efprit, qui eft le principe de la Foy
de tou­
tes les vertus Chreftiennes ,6c l’Authcur de la fainteté. Iene
dis pas qu’ils reçoiuent le S. Efprit pour eftre garantis à mefme
temps de la coulpc & de la tâche originelle:Nous fçauons que
tous les hommes naiffent pécheurs :-parce qu’ils font conccus
Zott. 55 en péché. U n’y a ([ucleüisChri{ï({uUoit né Saincl, innocent,
Heb-j.z6 fans tâche ,fans macule, feparé des pécheurs : parce quil a efté corfçeu,nonparlaconuoitifcdelachair,maispar l’enombremée
du Saint Efprit. Mais ic dis que le Saint Efprit leur eft donnépour prendre par aduancé poffcfïion d vne maifon, qu’il veuf
fanétifier comme fon Temple > qu’il leur eft donné pour eftre
en eux vn germe de fainteté ,.qui leur fera produire quand il eu
fera temps les mouuemens Si les operations des vertus, dont if
eft le princip e?'

'troîjiéme Reffcnfî.

ï#

C’eft ce que la Foy nous pcrfüade, Ôc que la raifô nous con­
firme, 1 ors que nous confiderons la vertu de la grâce qui cft adlienué par Iefus-Chrift, & que nous en faifons oppofition à la
corruptionqui cft entrée au monde par le péché d’Adam. Car
fi cepcché communique à tous fes defeendans, voire mefme
aux petits enfans dés le ventre le principe de leur corruption,
qüi eft vne chair de péché & de mort : il eft bien croyable que
la gracedc Iefus-Chrift communique aux enfans des fideles
Chrefticns le principe de leur fandifi cation qui-eft vn Efprit
de juftice & de vie. Autrement Adam auroit efté plus puiftant
pour nous perdre, que Iefus-Chrift pour nous fauuer : puis que
celuy-lànousinfeéledefonmaldéslc moment de noftre for­
mation ; & que celuy-cy ne nous apporteroit pas au mefme
temps le fccours du remede.
Pour donc éuiter ce défaut, qui choque la vérité du ChriHianifme; il faut dire, que comme le principe de la corruption,
ôc la fource de tous les vices, à fçauoir le péché originel, ne
laifte pas d’eftre dans les enfans d’Adam dés le ilentccA encore
qu’il ne fè démontré pas parles effets: ainfi.lc principe de fanéfification, & la fource des vertus qui eft la grâce du S. Efprit,
ne laifte pas d’eftre au mefine temps dans les enfans de IefusChrift, qui font les enfans des fideles ; quoy qu’elle ne fç fafle
pas connoiftre par fes operations. Et que comme ceux là ne
laiffcntpas d’eftre pécheurs par la corruption de la chair, quoy
qu’ils ne puiftent faire aucun maf: de mefme ceux-cy ne laiftét
pa? d’eftre Saints par la grâce de l’Efprit, quoy qu’ils ne foient
pas encore en eftat de faire aucun bien. D’où ietire ce raifonpement, ôc le mets en cette forme»
. Le.TemfledéDieueftfaincl. .

;

fie de Dieu.
Doncques les enfans desfdelesfontfainfis dés le ventre de leur
mere.

*3*

Defenfe de la

7 won (attftàairefera au milieu d eux à toufiours. Que par toute chair
-il faille entendre les petits enfans dés le ventre, auffi bien que
’ les adultes : il paroift par l’Efcriture mefme. Car il eft écrit
Ijaye 6. toute chair ejl comme l’herbe. Comme donc en ce lieu-cy, toute
4°:
chair fignifie tous les ênfans d’Adam, qui lônt reprefentez par
1 herbe, qu’vn mefmc iour voit naiftre & mourir : auffi dans ce­
luy-là toute chair comprend tous les enfans des fideles , fur qui
Dieu rcfpand la grâce de fon Efprit. Puis donc que les enfans
des fidèles mefme dés le ventre font dans l’Alliance de Dieu >
que Dieu les reconnoift pour liens auffi bien que leurs peres »
puis qu’ils luy font côfacrez dés le ventre par les vœux de leurs
parens, parles prières de l’Eglile, & par les mérités de lefusChrift: Reconnoilfez en eux vne fainteté autre qu’exterieure
& legale, qui eft celle que Monfieur le Bachelier leur attribué j
dites auec nous qu’ils poffedent vne fainteté intérieure , no»
pas en ade, mais en habitude ; non pas en fruiél, mais en fe­
mence j,non pas en operation maisen principe. Et puis qii’if
Employé tout fon fçauoir pour combattre vne vérité eftablie
par l’Efcriture, & confirmée par les Peres : aduoiiez qu’il n’eft
pas amy de la vérité ; 8c que ie ne fuis pas fonennemy, puis
que i’employe toute mon induûrie , pour la faite triompher diî
menfonge»
2 3.

GTÀTRIESME DEM4NVZ
du sfhhijfonnaire.
V fepeut lire- ce qui eft dans l’Article onzième de ledf
Confeffion de Foy, fçauoir que le Baptefme n’efface pas
le péché, & qu’il demeure après le Baptefme, quant à la
coulpe»

O

quatrième RjfjonJê»

.

137

Refponfe à la quatrième demande.
I ic voulois agir aucc ceux qui font ccttc demande, comme
ils agiffent aucc nous : je leur demanderois en quel endroit
de noftre Confeftion ils ont leu,ce qui ny fut iamais écrit ?
S çauoir,que lcBaptefmc n’cffacc pas le peché.Lifez bien l’Ar­
ticle que vous citez,vous n’y trouueiez rien de tel : mais quâd
bié nous l'auriôs dit, ce feroit auec veritércar ce n’eft pas leSacremcnt qui produit cét effet dans les Ames, mais la vertu de
la Grâce que Dieu déployé dans le Sacrement, &c.

S

Répliqué du Catholique Romain.
V O Y qu’il en foit de la demande, laquelle fans doute
a efté faite auec grand iugement. Il eft certain que vous
ne fçauricz montrer dans 1 Efcriture Sainte le contenu
de voftre Article vnziéme, qui porte qu après le Baptcfme, ce
vice, à fçauair le péché originel, eft touftours péché quant à la
coulpes Parce que fans doute vous tomberiez dans vne contradition manifefte, qui dccouurira la foibleflc de voftre caufe. Car vous foùtcncz dans le Difcours précédant, que les
énfans font Saints dés le ventre de leur mere, &c.

Q

ELV? qui déclaré jufic le mefehantceluy qui deJare mf- Trou. 17
chant le fujle vfont tout deux en abomination à L Eternel, Cit ic 15,
Sage dans fes Proucrbcs. Monfieur le Bachelier ne peut;

C

1$9
.
Deffenfi de U
qu'encourir ecttc double aoonunation de Dieu : puis qu’en
fa réplique il tombe dans ccs deux cxcez également condam­
nables. Faire parler les hommes autrement qu’ils ne parlent;
aduancer des proportions contre la vérité : ce font à fon aduis
des coups de grand iugement : mais dcffédrela vérité par l’Ef­
criture , c’eft à fon dire tomber dans des contradidions manifeftes, Il m’en impute quatre, qui ne font que dcsEnantiophaucs, c’eft à dire des oppofitions apparentes, & qui n’ont
pas la répugnance qui fe trouuc dans les contradidions.
La première qu’il m’impute eft Iodée fur ce que nous auons
dit dans l’Article précédant,& fur ce que nous dilôns en celuycy. Dans le précédant nous auons pofé que les enfans des fi­
dèles font Saints dés le ventre: dans celuy-cy nous difonsque
le péché originel, mefme après le Baptefme eft toufiours pé­
ché quant à la coulpe : fur quoy il raifonne comme cela. Si les
enfans font Saints long temps auant le Baptefme, d’où vient
qu après le Baptefme ils font fouillez par la coulpe du péché
originel ? Eft ce que le Baptefme a prophané cc qui cftoit défia
Saind par la loy des parens $
Mais c’eft mal entendre cc que nous auos dit de la fainteté des
enfans , par laquelle ils font appeliez Saints dés le ventre, Sj
les enfans auoient dés lors vne Sainteté qui les garantit delà
tâche originelle : aflcurcmcnt ils n’en feroient point fouillez
après le Baptefme ; ou il faudroit dire que le Baptefme auroit
fouillé ce qui cftoit pur, & prophané ce qui eftoit Saint. Si
dans le Baptefme ils reçcuoicnt vne Sainteté parfaite, qui les
exemptât de tous les vices, qui les portât à toutes les vertus:
ils ne feroient plus apres cela entachez d’aucune coulpe de pé­
ché. Mais nous difons qu’ils n’ont dés le ventre qu’vnc fàint,e?'
té de confccratiô, qui les préparé au fcruicc de Dieu ; qu’vnc
fainteté en principe, qui n’cxcrce point encore fes operations;
vne fainteté en femence, qui ne produit pas encore fes fruits ;
& qui les rend fcmblablcs à des tendres plantes nouucllcment
plantées, qui paroifiet comme mortes: mais qui ayans en elles
mefmes les principes de la vie, poufferont des boutons des
fücillcs, des fleurs & des fruits, quand il en fera temps.
Nous difons que par le Baptefme leur péché originel eft en­
tièrement ofté,quant à la peine ; mais non pas tout à fait quant

quatrième Refponfe.
i là Coulpc ; & qu'il rcltc toufiours en leur Ame des reliques de

cette corruption,que Dieulaifle en eux par les ordres de fa
fagefîe, qui veut operer leur fanciificationpardegrcz. Telle­
ment que nous pouuons afteurer fans contradidion , qu'ils
font faints auant le Baptcfme d’vne lâinteté imparfaite, qui
ne les garentît pas du péché originel, mais qui les difpolè à en
eftre lauez : & qu’aprés le Baptcfme , qui n’emporte pas: toute
la viciofité de ce péché, ils lont encore fouillez des reliques de
fa corruption. C’eft ce que i’ay prouué par l’exemple de Saint
Paul, & confirmé par le témoignage de Saind Auguftin dans
ma Relponfe.
La Iccondc contradidion qu’il m’objede, eft fondée fur ces
deux mefmes Articles. Car s’il eft vray,dit-il, que les enfans
font Saints dés le ventre de leur mere, d’où vient qu’aprés le
Baptefmeils font fouillez parla coulpe du pcchéoriginel? Eftce qu’vne mefme perionne puifte eftre cnfcmblc faind, & prophane, jufte & pécheur, bon $c mauuais, Enfant de Dieu , &
enfant du diable? Voyez, adjoufte-il comment voftrePhilofophie s’échoue &c fe contredit? eftant réduite ou àaduoüer
vn blafphcme, ou bien à admettre deux contraires en vn mef­
me fujets
Surquoyiem’eftonnequ’il ofe parler de Philofophic, luy
qui ne veut pas qu’on fafte feruir la raifon à tirer des confequê<ces des principes de l’Efcriture, veut maintenant fondervn
Article de Foy fur vn principe dé Dialedique ; & prouuer que
les enfans qui font fanctifiez par le Baptcfme, ne peuuent eftre
fouillez par le péché originehparce que deux- contraires, com­
me font la fainteté & le péché ne peuuent compatir cnfcmblc
«n vn mefme fiijet. Quand nous voudrions recctfoir cctte
maxime dansles matières delà Foy, il nous feroit bien aisé de
faire voir qu’il l’a mal entendue, & encore plus mal appliquée;;
& qu il n eft pas meilleur Philofophc que Théologien- Car
s’il auoit leu fon Ariftote, il auroit appris que les contraires
ont vn mefine fujet;&que comme ils y peuuent loger leurs
qualitez dans vn fouuerain degréfucceflKiement, elles s’y ac­
cordent auftien mefine temps dans vn degré de relâche.
11 n’y a rien de plus contraire dans la nature que le froid &'
la chaleur, que l humidité Scia feichercftc : ncantmoins ces
.
Si/

ï4°

fttfenjè clelct

Ti>i,n. Je qiwljfgz contraires dcsElcmeüs s’accordent enfemble dans le»

*«/?
mixtes, quand clics font modérées pour en faire le teinperam7* 'ib art nwnr. Ainfi pouuons-nous dire que quoy qu’il n’y ait rien de
4.
plus contraire dans la morale que la fainteté & le péché, que le
bien & le mal, la vertu & le vice : neantmoins ces qualitez iî
contraires fe trouuent en vn mefmc fidele dans vn moyen degré.Tcllemct qu’il peut eftre à mefmc temps fainéf & pécheur,
bon & mauuais, vertueux & vicieux félon ccs qualitez affoiblics qui font en luy.
'
J' '
D’ailleurs puis que félon les loix de toute bonne Logique
la contradiéfion cft d’vne mefme chofe confiderée en vnmefme égard : ce n’cft pas fc contredire, d’afteurcr queie fidele eft
tout enfemblefainct & fouillé, iufte & pecheur, bon&mauuais, enfant de Dieu, Sc enfant du diable : parce que ces ap­
pellations, qui font tirées de qualitez contraires fe rapportent
à des principes différons, dont elles émanent. Il eft Sainél à
T
cauf e de l’Efprit de fainteté qui eft en luy, Sc qui le rend net de
coeur;& q fouillé à caufe du péché qui habite en luy-mcft
T?!'8°io mc » & ftul
ftue nu^ homme ne peut dire qu’il a le coeur net. Il eft
juftcàcaufede/’4j^c7zo»^ÿ l'efprit., qui cfi jttfiiee & quifaitque
j8.
celuy qui tfi né de Dieu nepeche point ; & il cft pécheur à caille de
hf. 8.7 l’affection de Zx chair ^qtti ne peut s1ajjujettir à la Loy de Dieuj & qui
l.jei 1.8 fait quefi notes difons que notes riauons point péché vérité riefl point
en notes. Il eft bon à caufe de la juftice par laquelle il fait bien,
il cft mefehant à caufe du péché, qui le porte à mal faire. Il cft
1.5 enfant de Dieu par la grâce & par la vérité de l’adoption: ctr
Dieu notes a adoptez, àfoy par lefus-Chrifi au nombre de fis enfans : ÔC
neantmoins il cft enfant du diable à caufic du péché & du men*,
fonge qu’il tire de la corruption de fa nature, & qui luy fait faix.fian 3. re les œuures du diable : car celuy quifait pechc^efi du diable^com8’
me dit S. lean ; & celuy qui cft menteur imite le diable, qui
cft le pcre de menfonge, comme lefus-Chrift nous fait enten­

dre dans l’Euangile.
Luc n

2 3*.

C’eft pourquoy le Sauucur qui auoit appellé tous fes Dift
eiples enfans de Dieu, difant que Dieu eftoit leur Pere: ne
16. laiffe pas de les appeller tous mauuais, & d’en nommer vnSathan, parce qu'il le vouloit deftournet du deffein qu’il auoit de
mourir pour le monde. Cc que icn’ofcrois pas dire, dit Saint'

troifiéme Kejfonfi.
14!
Auguftin, touchant ceux dcfqucls Dieu eft le Pere, fi leSeigneur luy-mefme ne le difoit : car quand jil leur a dit, combien pcrf.e. 14
flttf voftre Pere Celefteftï a montré qu’ils eftoient enfans deDieu;
& neantmoins il ne laifte pas de les appcller mauuais,lors qu’il
tcfmoigné qu’ils auoient défia Dieu pour Pere. Sont-ils mauny
uais de ce qu’ils font enfans de Dieu ? Ainfi n’aduicnne : mais 3. Bo~
ils font mauuais de'ce qu’ils font encore enfans duSiccle,quoy nfac. cap
qu ils ayent efté faits enfans de Dieu parle gage de lEfprit.

Ncpcnlèz-pasque ce foit vn fentiment de noftre Eglife;
c’eft vne des plus communes & des plus claires vcritez de vo,
ftre Religion, Si vous en voulez croire vn de vos plus fçauans
Dodeurs : que l’eftat du jufte en ce monde eft tout plein de
contradidions apparentes. Mais des contrarietez, adjoufte-//Cm»*»
il,qui paroiftent d’abord fi eftranges, ne troubleront point préfacé.
celuy qui confidcrera que le iufte en ce monde n’eft pas vn ho­
me fimplement, mais deux hommes; lvn extérieur & l’autre
intérieur; l’vn vieil & l’autre nouucau, félon le langage du S.
Efprit. Et ainfi toutes ccs propofitions qui fcmblent fi répu­
gnances fc vérifient fans aucune contradidion, parce qu’elles
fe rapportent à deux termes differens, c’eft à dire à ccs deux
hommes, qui font dans le iufte, & qui n’y font pasdans vie &
fans adion, mais qui y font dans vn combat continuel, & dans
vne diuifion mortelle. Tout le bien qui fc trouuc dans le iufte,
comme la lainteté, la iuftice, la pureté, & autres qualitez 1cmblables, appartiennent à l’homme nouucau • & ne luy conuiénent qu’à caufe du renouuellement que Iefus - Chrift a fait en
luy en le rempliflant de fa foy & de fon amour. Et tout le mal
qui fe rencontre encore en ce mefme iufte, comme le péché,
l’injuftice appartiennent à l’homme vieil, à ce péché qui ha­
bite en luy, à ccttc concupifcénce qui cft la racine de tous les
maux, à ce corps de péché qu’il doit combattre & ruyner làns
Celfe, iulques à ce qu’il en foit entièrement deliuré.
Si le Maiftre Bachelier dit là-dclfus, que ce tefmoignage
vous doit eftre fufped; parce que le tefinoin qui le rend eft sipprob.
ïanfenifte ; jc le fupplieray de voir auant que de le condamner ^es De^l’approbation que fon liure a rcceu des Dodcurs, laquelle ils
luy rendent fi authentique, qu’ils ne font pas difficulté de dire j-radi. de
que ce liure n’a befoin d’aucune approbation particulière, l'Egl.fier
S iij
&c.

<4 4

Defenfe Je ta,
ayant la generale de toute ILgiilé, après laquelle il faùdroïc
auoir perdu la pudeur & la confçience, pour y vouloir donner
vn contredit.
.
Qie li n’obftant ce fuffrage vniuerfel,il veut encore foufte... nirquiiy a de la contradiction à mettre des qualitez fi-con«aires
vne mefmc perfonne : )e le raPPelle a S.Auguftin,
tti Lan- qui dit que dans ccs côtraires, qu on appelle bons 8c mauuais,
cette reigle des Dialecticiens elt deffectueufe par laquelle ils
difent que deux contraires ne peuuent élire enfeinble dansvn
mefme fuiet. Car perfonne ne doute que le bien & le mal ne
foient contraires: & neantmoins ces contraires non feulement
peuuent eftre enfemble : mais ils y font de telle forte, que s’il
n’y auoit pas de bien auquel le mal luit conjoint, il n y pourroit point auoir de mal dans le monde : paice que le-maleft
toufiours attaché à quelque bien. Vous pouuez iuger par cét
exemple, fi Monfieur le Bachelier n’a pas les yeux bien per­
sans, Scia vcué bien pénétrante, de prendreles plusclaires*
veritez pour des contradictions manifeftes.Par la troifiéme contradiction dans laquelle il dit que ie
fins tombé, il veut faire voir que ie m’enferre moy mefmc
dans ma Refponfe. Car s’il n y a, dit-il, que deux chofes dans
le péché originel-,à fçauoir la coulpe &la peine, & fi ccs deux
chofes font oftées par le Baptefinc : ic ne vois pas comment le
péché originel, ny la coulpe du péché peut refter apres le Baptcfinc.Autrement il faudroit dire que cctte coulpe refte apres
le Baptefinc, & qu’elle ne refte pas, ce qui eft bien cftrange.
Maisii me fera bien aisé de me defonferrer , fi- vous voulez
prendre la peine de lire ce que i’ay mis dans ma Refponfe; 8c
cctte feule ieéturefuffira pour vous faire connoiftre la fraude
du Bachelier & la vérité qu’ildefguife. Il eft vray que i’ay dit
que les enfans de Dieu font nettoyez du péché originel quant
à la coulpc : mais i’ay adjoufte expref&ment qu ils n’y font pastellement nettoyez, qu il ne refte encore en eux de la corrup­
tion: parce quel Efpritdcfanétification ne l’ofte pas abfohv
ment, & qu’il n’abolit pas entièrement la concupifcence. Làdcfïus il me fait dire que ce péché eft entiercipcnt ofté quant à
coulpc, 8c que neantmoins cette coulpe demeure encore,pour
inférer qu’elle refte & ne refte pas après ic Baptefinc. Ne con-

quatrième Refponft.

Î4J

fidcrant pas que les premiers effets de cette malheureufe caufe
(ont oftez dans le Baptcfme, à fçauoir la peine deuë à la coulpc : parce qu’elle eft remife par la grâce de Dieu j la coulpc
mefme, parce qu’elle n’cft point imputée à péché par cette
mefme grâceô la tâche delà coulpe j parce qu’elle y eft effacée
par l’Efprit de Sandification : & que neantmoins cette mefme
caufe demeure, à fçauoir la corruption ou la concupifcence
qui eft l’origine de tous les pechezaduels.
.
Et c’eft ce que Saind Ambroife & Saint Auguftin ont dit,
quand ils ont dit que la côuoitifè cft oftée, non pas afin qu’ci- 6 cont.
le ne foit point, mais afin qu’elle ne nuife pas, & quelle ne foit
f. 6.
point imputée à péché. S'il y a en cela quelque contradidion,
(c ne vois pas comment 1 Eglife Romaine s’en pourra garantir,
ic comment on pourra dire quelle ne s’enferre parellc-mefme. Car elle croit que tout le péché originel cft ofté parle
Baptefme : Et neantmoins elle dit qu’il demeure encore apres
le Baptcfme, quant au fom:s^ ou l’allumette, qui excite & qui
entretient tous les iours les flammes du péché dans les coeurs:
Il faudra donc dire qu il demeure,& qu’il ne demeure pas.Elle
croit que la peine éternelle de ce péché cft entièrement oftée ;
& neantmoins, elle dit qu’il refte toufiours quelque pénalité
pour les Baptifcz:il fau dra donc dire que la peine refte & qu’el­
le ne reltc pas ,fi l’on veut raifonner à la mode du Bachelierj &

nous pourrons adioufter comme luy , que cela eft bien
cftrangc.
La quatrième contradidion dans laquelle il me veut ietter,
eft fondée fur ma Refponfe à la feiziéme demande, dans la­
quelle il me fait.dire ce que ic n’ay pas dit. Si vous croyez ,
dit-il, que ccttc coulpc demeure après le Baptefinc ? Pourquoy
eft-cc que vous dites en la Refponfe à la Demande feiziéme,
que le Baptefinc nous ouure la porte du Ciel, nous donne la
qualité d’enfans de Dieu, le Ciel pour héritage, & que nous y
achetons pour néant le vin & le laid de la Grâce de Dieu ? Ce
n’cft pas mon dire, mais celuy de Saind Hilaire, qui attribué à Hilat, in
Dieu ce que le Bachelier me fait attribuer au Baptcfme,
tJMaih,
Mais ie veux que le Sacrement produife ccs effets en noftre Can- z*
faueur : que fait cela pour prouuer que la coulpe du péché ori­
ginel ne demeure pas apres le Baptefinc $ Quoy } faut-il que

I

f 4.4
Defenje de ta
les Baptifez foient entièrement exempts du péché originel fut
fa terre : parce que le Baptefme leur ouure la porte du Cicl£
Eft il vray quils ayent perdu la qualité de pécheurs, parce
qu’ils ont obtenu la qualité d’enfans de Dieu ? Faut-il inférer
qu ilsfont entièrement defpouillcz du péché qu’ils ont hérité
d Adam,parce qu’ils ont receu le Ciel pour héritage ? Et s en*
fuit-il que ce péché n’habite point en eux, parce qu'ils ont reffenty les effets de la grâce ? Certes Iefus Chrift a bien d’autres
€*>•4 7- penfées : il qualifie Ion Efpoufe Belle, & dit qu’elle n'a point
fat.l. j.
de tâche; 8c neantmoins il ne trouuc pas que là beauté l’exetn*
pte de noirceur. C’eft le fentiment de S. lean fon Difciple
bien-aimé qui fc repofoit fur fon Sein : car il déclaré bien fàus
iJea.1.7 nous tromper que le Sang-dc lefius-Chrip Fils de Dieu nous nettoye
: mais il ne laiflé pas de dire, que finous dtjonsque
l,/eà i.8 de
nous n auons point peche-, nous nousfieduijons nous-mefines. C’eft le
fentimét de Saind Paul, qui a cfté rauy dans Ic troifiéme Ciels
Eph. .5. car il d it bien que cérz/i 4
fion Eglfie par le lauement d’eatt
26.
2.Cor.7.! parla parole-, mais luy-mcfme nous exhorte de nous nettoyer de
touteJoàillure de chair & d’efiprit. Il dit bien que la grâce de Dieu
,
I. Cor. 15 cft aucc luy ;& que la Loy de l’Efprit de vie qui eften lefus10
Chrift l’a affianchy de la loy du péché : mais il confefte luy*
^J.8. 2, mefmc que le péché habite en luy,, & qu’il eft trailné captif
7 fous la loy du péché.20, 23.
C eft pour cela que S. Maquaire fuiuant la pensée de lefusChrift St de fes Apoftres, a bien reconnu que le péché &la
grâce peuuent habiter enfemble dans l’ame d’vn Chrefticn ::
quand il a dit, que comme Satan c ft en l’air & Dieu s’y trouuc
hemtl.iô. auffi tans-cn eftre aucunement bltffe : de melme le péché cft
dans vne amc, & que la gtaceDiuine y eft fcmblablcment, fans
en rcceuoir aucune injure. Nous pouuons donc icy nous feruir des paroles de Monfieur le Bachelier contre luy mefine,
& luy dire auec iufticc ce qu’il nous dit fans raifon’1 La grâce
deDicu, tous ces beaux Eloges, tous ces glorieux effets que
vous attribuez au Baptefme, pcuuent-ils bien s’accorder aucc
la coulpe & la tâche horrible du péché ? Iugezs il a droit d ac­
culer les autres de deffàut de iugement, apres s’eftre montré
luy mefmc fi iudicicux que de contredire ouuertement a ce
Saind, quand il a voulu combattre ma Rcfpoulc,

Pou£

quatrième Rcjfonfî.

T45

Pour ne pas tomber dans vn femblable égarement; pour ne
point choquer le dire de ce Pere, ny la penfee de Iefus Chrift,
ny le fentiment de fes Apoftres : nous difons auec S. Auguftin,
que la coulpc du péché origincl.eft oftée en faueur des enfans
de Dieu dans le Baptcfme, quant au rcatoti lacriminauté : Tranfo
parce que Dieu ne les traite plus comme coulpables; mais reatu, ma
qu’elle demeure en eux quant à l’ade, parce qu‘ils font touf- net tel».
jours pécheurs. Qu elle eft oftée quant à la condamnation
parce qu’il ny a pim de condamnation à ceux quifont en lefusChrifly
1
& quelle demeure quant a la corruption : parce qu ils ont tou­
jours vne mauuaife inclination qui les porte au vice. Nousdifons enfin que la tâche de ce péché n’y eft pas tellement ef­
facée , qu’il ne refte toufiours quelque fafle impreffion dans les
cœurs: car du cœur de l'homme portent pensées malignes, &ce font Mdt.lfr
ces chofes qui le fouillent. Ce qui fait que nous auons toufiours I?i
befoin d’eftre nettoyez, &de dire auec Dauid chacun de nous
à Dieu, crée en moy vn cœur net. Pour eftablir cette vérité dans
ma Refponfe, i’ay prouué deux chofes, à fçauoir, que la con­
uoitife demeure dans les fideles Baptifez, & que cette conuoi­
tife eft péché après le Baptcfme ; & i’ay compris ces deux cho­
ies dans vne raifon qui doit eftre réduite en cette forme.
La conuoitife demeure dans les fdeles regenerez, après le Ba~ptefme.Or la conuoitife efl le péché originel.
Doncques le péché originel demeure dans les fdeles régénéré^
après le Baptefinc.La première propofition cft de l’Efcriture; & ie I’ay prouué
par le dire de Saind Paul, qui dit que dans les fideles la chair
conuoitecontrel3efprit ; & par fon exemple, car iladuouë qu’il
fent en foy-mefme la loy des membres & la loy de péché-, qui n’eft X/7*2?
autre que la conuoitife félon le fentiment de Saind Auguftin.
La fécondé eft approuuéc de tous vos Dodeurs, & Saind
Auguftinl’enfeigneen vne infinité de lieux, & prouue que
i,b
c’eft par le veninfecrct delà conuoitife que le premier homme 1 .de pcc.ainfedé tous ceux qui defeendent de luy. Et le Pape Vrbain merit.
IV. a fi bien fuiuy les traces de ce Pere, qu’il femble le faire
rcuiurc dans fes Exprcftions, quand il dit que par cette loyvi- Wrban.rn
cieufe nous naiffons tous enfans d ire des le ventre, & fommes- TJal.yvi
J.

15effenjè delà

conftitucz pécheurs mefme auant que d’auoir péché; & què
’ ce n’eft pas la propagation qui fait cela, mais laconuoitife s
• que ce n eft pas la fécondité delà nature, mais la falctédela
concupifcence. Puis donc que la conuoitife demeure dans
les régénérez après le Baptcfme félon l’Efcriture : puis que
cette conuoitife n’eft autre chofe que le péché originel félon
§. Auguftin, il eft éuident que le péché originel demeure dans
4tes regenerez apres le Baptcfme.
Monficur le Bachelier au lieu de refpondre à ce raifonne­
ment , tafehe de yous diuertir de fa considération par la vanité
de fes chimères. Pour eét effet il fuppofe que pour prouuef
quç le péché originel demeure quant a la coulpc apres le BaÆ/ty* 43. ptefme, i’ay allégué ctttc déclaration de Dieu dans Efaye,?efl
moy qui efface lesforfaits pour /’Amour de moy. Jedemande, dit-il»
au Ledeur, s’il eft parlé en celieuduBaptefme, & s’il eft dit
que le péché demeure quant à la coulpe ? le fçay bien que vous
direz que non.,
pourquoy dope alléguer vn paftage qui ne
fait rien au fujet. Puis apres il forme vn argument à laBachcj
licrc, pour prendre fuiet de s’en moquer.
Peut-eftre, adjoufte-il, qu’il en voudra déduire quclqu©
Confequencc, difant,
Si Dieu efface lepéché> le péché demeure après le Baptefne quant
A la coulpe.
Or Dieu efface le péchéfélon le Prophète Bfaye,
Donc le péché refte quant à la coulpe. Mats qui ne void la foihleffe de ce raifonnement
Il n’eftoit pas befoin de demander fi ce paftage ainfi allégué
eft à propos : il n’y a rien de plus extrauagant que l’application
qu’il en fait. Il ne falloit pas demander fi ce raifonnement eft
foible & faux : tout le monde void aftcz qu’il n’y a rien d c plus
infirme ny de plus contraire à Ja vérité. Et fi i’auois raifonne
delà forte ,ie me eondamnerois moy mefme à eftre banny
pour toute ma vie de la focieté des humains dans les deferts de
l’Amérique. Mais il luy eft permis de fe rire de fes propres ou*
tirages : & puis que c’eft luy feul qui les a formez : je croy que
vous ne me regarderez pas comme l’autheur de certe extrauagance, de cette foiblefte, ny de cette faufteté. Cctte impofturc fi grofticre r.ç meritçnoit pas d’eftrç réfutée, & i’aurois

quatrième Xj/ponJe*

*4?

-^e la peine à me refondre d’en parler : fi ie n’aûôis pas obfcrué
que c‘eft vu dés principaux artifices , dont fe fert Monfieur le
Bachelier,pour deftourner vos yeux des objets que ie vous pre­
fente j & pour vous cacher la vérité de mes fentimens.
Le paflâge que i’ay cité ne fait rien au fuiet auquel il l’appli­
que : mais il eft à propos de la fuppofition qu’à faite le Million­
naire dans fa demande,qui nous fait dire que le Baptefme n’ef­
face pas le péché. Surquoy i’ay refpondu que quand bien nous
l’aurions dit, ce feroit auec vérité : parce que ce n’eft pas lcSa>*crement qui produit cét effet dans les âmes, mais la vertu de la
grâce que Dieu déployé dans le Sacrement : parce que Dieu
s’attribue ce pouuoir à luy feul dans l’Efcriture, d’effacer les
pechcz, En quoy comme ie reconnois que Dieu eft lacaufcdecéteffacefflent,aufïiienenic pas que le Baptefme ncfoit
vn Infiniment de fon pouuoir pour nous communiquer ccttc
grâce. Mais i’entens que ce n’eft. pas comme vn inftrumcnt
Phyfique, qui contienne la grâce : mais vn inftrument moral,,
qui fans contenir la grâce ne laiffe pas d’eftre accompagné de
moyen du Baptcfme,comme il nous éclaire par le moyen du
SoleiljÔc comme fil’eaii contenoit cette vertu qui nettoyé nofr
ames, de mefme que le Solftifcontient la lumière’qui éclairenos corps. Mais il efface les pechez par le moyen du Baptefjne : parce qu’à mefme temps que ce Sacrement vifible citad­
in mift ré fur les corps , il déployé fa grâce inuifible fur le*
Ames,
m--. •
Ec ne fert rien de dire, quefoccla auoit lieuu, .la foy ne nofis
ftiftificCoit pas : car la confequencc cft nulle: Mais aulfi n’eftil
pas dit que c’eft la foy, mais que c’eft Dieu qui itiftifie^&qu il
Bousiuftifie par la foy ,pour montrer qu’iLcftTAutheur de
noftre iuftification, & que la foy eft l’infti ument qui embrafte
& nous applique la iufiiee du Médiateur^
...S> .
i.ru
Apres cette longue digrefiîonTe Bachelier renient de fon
égarement pour me refpondre j & s’attachant a. vn des pafla­
ges que i’ay citez de Saint Paul, il répliqué trois choies.- Il dit
prcmicrernent.quc l’Apoftre fouffrant en foy la loy des mem­
bres contre celle de fonéntendement j; & la loy de péché qui
te captiue, ne parle pas eucét endroit de la çotilpe du péché

148

Dcfenjê de Lt

originel apres le Baptcfme. Mais il eft aise de prouuer le con­
traire par fes expreffions. Qu il parle de cette coulpe dupet yy ché apres le Baptefinc , il paroift : puis qu’il auoit receu ce Sa3 etni /« crement quand il difoit cela ; & Sainéf Auguftin le confirme
5. quand il dit, Saint Paul n’auoit-il pas efté Baptisé ; d’où vient
, donc qu’il parloit de la forte ?,Que ce péché dont il parle, foit
le pccbé originel, ie I’ay prouué : parce que c’eft la conuoitife.
Que cette loy des membres foit la coulpc du péché originel, il
eft éuident. ' Caria coulpe n’eft autre chofe que la faute qui
nous rend criminels, foit que nous y tombions par deflein, oif
par ignorance.
Or ie vous demande ycft-il rien de plus injufte ny de plus
criminel, que cette tyrannie de la: concupifcence, qui foule11c la chair contre l’efprit i qui fait reuoltcr l’homme contre
Dieu ; qui luy met les armes à la main pour luy faire la guerre;
qui donne des ordres contraires à noftre Souuerain ? Qui cftablit des loix de péché pour renuerfer les Loix delà luftrce£
Direz-vous que tout cela peut eftre fans coulpc ? Or S. Pauf
reffentoit tous ces mouuemens de la concupifcence en foymefme , encore qu’il fuft Baptisé & Régénéré. 11 parle donc
de la coulpe du péché originel apres le Baptcfme,
Secondement Maiftre lean Cbiron pour fc desfaire de ce
paflage^quilcticntprifonnier, dit que cctte concupifcence
& loy de péché ne demeure pas apres le Baptcfme quant à la
coulpc} & pour leprouucr il fe flatte du partage de S. Auguftin
que i’ay allégué contre luy, comme s’il luy eftoit fanorabic, &£
d’vn autre de lean Caluin, coranic s'il eftoit dans fon fenti­
ment.
' CJ.
Pour le tefinoignage de Sainéf Auguftin,s’il veut remettre
à fon dire la dccifion de noftre different, il n’y peut trouuer
que fa condamnation,bien loin c'en pouuoir tirer quelque aduantage : Car quand il auroit bien traduit ce partage, il paroift
qu’il Pinterpretc mal. Cc Pere n’a pas dit comme il l’allegue
dans fa propre citation, que la coulpe eft oftée par le Sacre­
ment de Régénération, mais feulement la fujetion à la coul­
pc : parce qu’en effet quoy que les fideles foient coulpables
apres le Baptefinc ,Dieu pourtant ne les traite pas comme cri­
minels d’vn péché qu’il leur a pardonné. Quoy que la coulpe

quatrième Refponfe,-

149

foit en eux, elle ne leur eft pas imputée; & quoy qu’ils foient
fuiets à faillir par les mouuemens de cette conuoitife, qui eft
la fource de tous les pechcz : neantmoins ils ne s’y foümettent
pas volontairement. S’ils font le mal, ils ne le veulent pas fai­
re ; s’ils feruent à la loy de peche, c’eft à contre-coeur, ft le pé­
ché habite en eux, il n’y régné pas pourtant : parce qu’ils ne le
regardent pas comme vn fouucrain légitimé pour luy obéir,
mais comme vn tyran, pour luy faire refiftance & pour Je com­
battre. Et c’eft pour cela que Saind Paul qui confcffe qu’il
fert de la chair à la loy de péché-, réd grâces de cc qu’il fert de L'efprit ^0.7. î 5
d la Loy de Dieu ; & déclaré qu’il ny a point de condamnation a
8.
ceux quifont en lefus-Chrifi, &. que la Loy de 1‘Efprit de vie qui ejl en 1 • 2‘
luy, l'a ajfranchy de la loy du péché & de la mort.
C’eft pour cela mcfme que Saind Auguftin explique cette
dcliurance de la coulpe originelle par le pardon & par l’aboli­
tion de fon régné, quand il parle de la forte. Pour cc quire- -dug.fer.
garde le s Sainds, le péché perd fon régné en cette vic;& dans
ver‘
1 autre il eft entièrement deftruit. Il perd ion règne, lors que ™ ^PWnous n’allons pas apres nos conuoitifcs. C’eft pourquoy 1Apoftre apres auoir dit, quilfert d’efprit à la Loy de Dieu, mais de la
chair a la loy de péché, adjoufte. Il ny a donc plus de condamnation à 2^9.8.1»
eeux quifont en leJus chrijl, c’eft à dire, qui ne cheminent point fé­
lon la chair-, maisfélon l’ejpnt.
Que fi ce Dodeur dit que le reat, c’eft à dire comme traduit
le Bachelier, la fuietion à la coulpe eft oftée. Il l’explique quâd
il dit que cc n’eft pas de la concupifcence mefmc qu’elle eft
oftée, mais de 1 homme Baptisé; & que cependant elle de- j cont
meure toufiours mal, & vn mal tel qu’eft cette folie, par laquelle vn Baptisé, n entend point les chofes qui font de PÈfpit de
<$.
Dieu, laquelle certes cft péché.
Mais pour mieux pénétrer dans la pensée de ce Pcre, il faut
faire vne autre verfion de fes paroles, que celle que Monfieur
le Bac helier vous a donnée ; & ic ne doute pas que s’il euft en­
tendu la bonne Latinité, il ne les euft mieux traduites qu’il n’a
fait. Il auroit fçcu que le mot, Reatus, fignifie parmy les La­
tins l’eftat calamiteux & miferable des criminels, qui font fous
l’écrouç ou dans la prifon, félon les Loix de la Iufticc qui l'o­
bligent à cette peine. Il auroit appris que Saind Auguftin

ï$<5

Defenfe de Ia

employé ordinairement ce terme en ce fens, far tout quand il
parle de la grâce de Dieu qui nous deliure de la coulpe du pé­
ché. Enfin il auroit feeu que félon Saint AuguftinSoluere
Reatum, veut dire acquiter 1- obligation à la peine , & deliurec
le criminel de ce malheureux eftat ,- auquel il eftoit en­
isfug.lib
gagé
par Ion crime : Voicy donc comment parle ccSainéb
cont,
Julian, Dodeur. Cette loy de péché, qui eft dans les membres du
corps de cette mort, a efté remife par la Régénération fpiriruelle, & demeure dans la chair mortelle. Elle a efté remife
parce que l’obligation à la peinea efté acquitée ou payée dans
le Sacrement, par lequel les fideles renaiftènt : mais elle de­
meure : parce qu’elle opéré des defirs, contre lelquels les fide­
les mefmes combattent. Où vous voyez que félon le fentiment de Saind Auguftin, le péché originel ,, qui ed cette loy
de péché a efté ofté par le Baptefme, quant à la condamna­
tion : parce que l’obligation àda peine a efté acquitée; & que
neantmoins il y demeure quant à la coulpe : parce qu’il opéré
isfttg.t'bi des mauuais defirs. C’eft ainfi que ce Peres’explique enfuite,
Aem,
quand il dit, que la concupifcence eft remife quant à l obligation à la peine, mais qu’elle demeure en ade.tsfug.lib
C’eft ainfi qu’il fc déclaré ailleurs plus amplem et,quand il
l.de nnpt.
dit
que
dans ceux qui font regenerez en I cfus-Chrift, ileft ne*
Crconcup
cclfaire
quel'obligation de cette concupifcence qui demeure
Cap. 26.
en eux leur foie remife ,afin qu’elle ne foit point imputée à pé­
tsfuguft. ché. Que ceux qui croycnt enlcfus-Chrift.parlelauementde
trabl.i 24 Régénération, l’obligation à la pcinede tous les pechez,& fur
in Jthà.
tout de l’originel eftant acquitée, ils font deliurez de ladamnation éternelle. Que dans les petits enfans la grâce de Dieu
îsfuçjtb
CJ ■ par le Baptefme fait que la chair de péché eft anéantie, non pas
l.depec. afin que la concupifcence foit foudainement abolie dans cette
tner.&rt chair,& qu’elle ne foitplus,mais afin qu’elle ne nuife pas après
la-mort à celuy, en qui elle eftoit dés lanaiftancc.
Qif enfin dans les-adultes mefmes le Baptefme ne fait pas que
la loy du péché qui répugné à la loy de l’entendement, foit en­
tièrement cfteinte, & qu’elle ne foit pas : mais que tout ce
qu’ils ont fait, dit ou pensé de mal foit aboly, & foit eftimé
comme s’il n’auoit pas cfté fait : & quelle mefine demeure
dans, le combat, ic lien de l’obligation ùla peine ayant efté
deflicè

quatrième Rejponjè.

i

■1

!

I
I
I

1$ i

Dire contre ccja que la concupifcence & la coulpc du pé­
ché originel n’eft pas la mefme chofe, ce n’eft rien dire contre
nous, ny cfchappcr des mains de ce Dodeur. Car qu’eftcc
que la coulpe du péché originel, finon l’adc delà conuoitife,
l'operation des mauuais defirs, & le combat qu’elle nous liure,
& qui nous rend coulpables deuant Dieu? Or félon S. Augu­
ftin cét Ade de la concupifcence, cette operation des mau­
uais defirs, ce combat qu’elle liure aux Regenerez demeure en
eux apres le Baptcfme. Doncques la coulpe du péché originel
demeure en eux félon ce mefme Dodeur.
Ce qu’a dit ce Pere de I’Eglife : c’eft cela mefine qu’a dit
celuy, que Monfieur le Bachelier nomme le Pere des Huguenots. Si Sainét Auguftin a dit que les fidèles obtiennent dans
le Baptefinc la remifïion de tousTes pechez paffez&: à venir.
(Caluin a dit que nous y reccuonsalicurancc que tous nospe- cal. l.$,
chez font abolis & effacez, & que nous fommes purgez pour
<oute noftre vie. Si Saind Auguftin a dit que les Régénérez lM.c.26
en Iefus-Chrift reçoiuent cette Remifïion, afin que leurs pé­
chez ne leur (oient pas imputez. Caluin affeure, qu’ils font
abolis afin qu’ils ne foient point imputez, & qu’ils ne viennent
point en mémoire deuant Dieu. Saind Auguftin tefinoigne
que le péché originel leur eft remis, & qu’ils font deliurez de
tn
la damnation. Et Caluin dit que le péché leur eft remis quant
à la coulpc: parce qu’ils n’en font point tenus pour coulpables
13*
deuant le Iugement de Dieu, & qu’ils font abfous de la dam­
nation. Mais comme SaindAuguftin reconnoift félon laDo- ^ug.hb.t
drine de Saind Paul, que ce péché originel à fçauoir la con- &
cupifcenccdeineure effediuement dans les Regenerez pourmer&r*
les combattre pendant toute leur vie : Auffi Caluin déclaré fèIon cette mefme Dodrinc que le péché demeure toufiours
* *
quant à la matière en tous Chreftiens, & qu’il leur fait la guer­
re iufques à la mort.
A cela mefme s’accorde la confeffion d’vn de vos Dodeurs
Scolaftiques, à fçauoir de Lombard, qui eft appellé le Maiftre Lomb. 2»
des Sentences. Quand il dit,que nous attendons encore la
Rédemption de nos corps, mais que félon nos ames nousfommes défia rachetez en partie, non entièrement, à fçauoir de la
coulpe., non de la peine, &non tout à fait de la coulpe: car

i 54

Defenje de ta
nous n’en fômnres pas rachetez afin qu’elle ne foitpas , maïs
afin qu’elle ne domine pas en nous.
En troifiéme lieu le Bachelier dit que la conuoitife qui de­
meure dans les fideles Régénérez après le Baptefme n’eftpaspéché quant à la coulpe. S urquoy il y a grand fuiet de douter
qu il entende ce qu’il veut dire. Quant à moy, j’aduouë mon
foible; & ie confelfe que comme ie ne fçaurois comprendre
qu’vn homme ne foit pas homme quant à la raifon : parce que
la raifon, eft çe qui conlhtue l’effence de l’homme : auffi m’eftil impoffiole de conçeuoir que la côuoitifè foit péché, Ôc qu’el­
le ne le foit pas quant à la coulpe : puis que dans cette coulpe
Ôc dans l’offenfe qui nous rend criminels,confifte la nature du
péché. Et c’eft la féconde ehpfc que i’ay prouuéc dans ma
Refponfe, à fçauoir que la- concupifcence qui demeure dans
les fideles Régénérez apres le Baptefme, eft vrayement péché.
Ma preuue reuient à cét Arguments
Ce qui efi contre la Loy efi péché.Or la conuoitife qui demeure dans les Régénérez, après leBa^tef~
me , efi contre la Loy.
Doncques la conuoitife quidenteure après le Baptefme dans les
Regenerez,, efi péché.-

La majeure de cét Argument eft de S. Ican, qui definifiantle
j.lean y. péché, dit que péché efi ce qui efi contre la Loy. La mineure eft de
Saind Paul, qui apres auoir efté Baptisé reconnoift en foymefme vne conuoitife contraire à la Loy de Dieu; ôc pour cet­
te caufe il l’appelle péché par fept fois dans vn feul Chapitre.
‘Ry 7: 7. A fçauoir, péché., qu’il n’auroit point connu fans la deffêfe de la
v
Loy, quia dit,7# ne conuoiteras point-, péché qui a pris occav- 9'
fionparlc Commandement j^erAéqui a commencé à reuiurc,
**1 *’ quand le Commandemet eft venu péché qui prenant occafion
i 4.
Par Ie Commandement, l’a feduit j péché qui luy a engendré la
v.i-t.
mort par le bien , péché fous lequel il eft. vendu -, péché habitant
en luy.
L’on ne peut pas dire à cela que Saind Paul fe confidere tel
qu’il eftoit auant qu’il euft receu le Baptefme, ôc qu il fuft conuertyàlefus Chrift parla grâce de l’Euangile. C’eftoit Pani­
fiée que Saind Auguftin dcfcouurc dans les Pelagicns, qui
pour fc desfairc de ces paroles de l’Apoftrc, foütenoient auec,

u

contention

quatrième Refycrnfi,

ift

Contention que Sainct Paul ne parioit par i cy en fa propre Per­
fonne, mais en la perfonne de quelque Iuif, qui n’çltantpas
encore fous la gface de l’Euangile,mais fous le joug de la Loy,
combattoiten-lby-mefmeparlacraintcduliipplice contre les
mauuaifes couftumes du péché. Mais nous auons veu cy-dcuant quece Saint Docteur a preuenu cette pensée, & qu’il eft
allé au deuant de cette obj c<îion, quand il leur a dit que Saint
Paul eftoit Baptisé lors qu’il tenoit ce langage ; & qu’il parloit '
de foy-mefme en qualité de Chreftien , qui auoit receu la Re­
mifïion du péché originel par le Baptehne. Puis donc quccc
Saind Apoftre, cc grand Vaifteau dElcdion reconnoift en
foy-mefme vne conuoitife qui répugné à la Loy de Dieu, qui
s’irrite contre fes defenfes, qui fe roi dit contre fes Comman­
demens; puis qu’il 1 appelle ft fouuent péché ul n’y a point lieu
de douter qu’elle ne foit péché comme il le dit. Autrement il
faudroit 1 acculer ou de menfonge ; pour auoir parlé contre laverité ; ou d’ignorance, pour ne falloir pas connue.
A ce raifonneraentMonfteur le Bachelier fait troi^ Rclpon­
les, ou pour mieux dire il a recours à trois Euaftons pour en
éluder la force eonuaincantc.
La première ell vne diftindion commune dans l’Efcolc
Romaine, qu il appuyé d’vne tienne exception, &d’vntelmoignage de Saint Auguftin. L’Apoftre, dit-il, appelle lac
concupifcence péché, mais ie ne voy pas qu’il l’appelle coul­
pe de péché, qui eft noftre different. En quel fens eft ce quftl
l’appelle péché ? Certes ce n’eft pas pour afteurer qu’il a la na­
ture du péché, mais feulement pour nous e.nlcigner qu’elle eft
l’cftct & la caufe du péché. Nous 1 apprenons, adjoufte-il du
grand Saint Auguftin ,au liure des Nopces ôc de la Concupifccncc,où il parle en cctte force. Cette conuoitife n’eft plus
péché en ceux qui font Baptifez : mais elle eft appellée péché
parvnc certaine manière de parler, à caufe qu’elle a efté faite
parle pcc hé, & que venant à prcualoirôc à vaincre, elle pro­
duit le péché.
Sur quoy il eft éuident que l’exception du Bachelier eft inu-\
tilc. Car ft Saind Paul n’a pas dit que la conuoitife eft coulpe
de péché : auffi ne dit-il pas qu’elle loitpeebé fans coulpc; Et
comme pour tefmoigncr qu’il eft iour, il fnflit de dire que le
Soleil luit, fans dire qu'il luit de iour : parce que le iourn’cft

V

154.

Defenje de la

autre choie que la lumière : ainfi pour montrer que la conçut

!•

iI

pifcenceeftcoulpe, il n’eftoit pas befoin que l’Apoftrc l’appellaft coulpc de péché, & c’eftoit allez qu’il 1 appellaft pechéi
puis que le péché confifte formcllcmét dans l’offcnce deDieu,
qui n’eft autre choie que la coulpe des hommes..
Pour ce qui regarde le tefmoignage de Saind Auguftin,
il paroift qu’il l’a cité fur la foy du Cuvé :puis qu’il ne marque
point en quel des deux Iiures que ce Dodcur a faits desNopces& de la Concupifcence, il parle delà forte-. Et puisqu’il
, allègue ce paffage autrement qu’il n’eft couché dans fes écrits.
\ f*?* Voicy-donc cornent il parle dans le liure premier. Cette con.
cap. 23. cupifcence, dis-je, qui eft expiée par le feul Sacrement de
Régénération, tranfmet affeurcment le lien du péché dans les
defeendans par la génération; s’ils n’en font auftü eux mefmes
defliez par la Régénération. Car la conuoitife mefme n’eft pas
maintenant peçhé en ceux qui font Régénérez, quand on n’y
confient pas pour des œuures illicites, afin que fi l’on ne fait
Evod 30 pas ce quj eft eferit, Tu ne conuoiterM point ; au moins on fafle ce
Eeelef.iÜ qui fc lift ailleurs, «e chemine point après tes conuoitifet. Mais clic
cft appelléc péché par quelque façon de parler : parce quelle
s’eft faite du péché ; & que fi le péché furmonté, il fait vn cri­
minel obligé à la peine, dont 1 obligation vaut en çeluy qui eft
engendré. Mais la grâce de Iefus-Chrift par la rcmiftion de
tous les pechez, fait que ccttc obligation à la peine n’a point
de force en celuy qui eft régénéré.
Surquoy ie vous prie de confiderer premièrement que S.
Auguftin auoit à faire aux Pelagiens, qui nians le péché ori­
ginel, accufoient ce Dodcur de rendre par ce moyen le Ma­
riage infâme, quoy qu’il foit honorable entre tous, & IcsNopZ/fEt3-4 ces pollués, quoy que la couche y foit fans macule félon Saint
Paul. Là-deflus ce Saint Perfonnagc pour fe iuftifier de cette
accufation, dit que les Nopces font bonnes eftant inftituées
de Dieu: mais que le mal de là conuoitife les rend honteufes.
Iladuouë que le Mariage des fideles régénérez n’eft point à la
vérité fouillé de paillardifcs, d’aduîtcrcs, ny d’autres pechez
aduels de voluptez infâmes. Mais il adjoufte que leur copula­
tion toute honnefte qu’elle cft, n’eft pas pourtant exempte de
la honte d u péché originel, parce quelle n’cft pas exempte de

la conuoitife.

quatrième Refponfe'

155

Voyez comment il s’explique en fuite. Les Nopccs font Jug.lib'.
honorables entre tous, par les biens qui leur appartiennent:
mais quoy qu’elles ayent le liét immaculé, & exépt des tâches c^COf^de la pailiardife, de l’adultere,& d'autres exccz des plaifirs illi - caP* 2^‘
cites : neantmoins la copulation coniugale, quoy que licite &
honnefte, ne peut eftre fans l’ardeur de la conuoitife, dont le
inouucment cft honteux, cftant excité par l’aiguillon du pé­
ché. Suiuant cela Sainct Auguftin.refpondant à fes accufàtcurs a eu raifon de dire, & a dit auec vérité, que la conuoitife
qui rend honteufervnion des mariez, n’eft pas péché aétuel,
au regard duquel T Apoftre dit que Dieu iugert les paillards & les
*
adultères : mais qu’elle ne laiffe pas d’eftre péché originel, fille
dupeché originel, entant quelle procédé de luy, & mere du
péché aétucl, entant qu’elle le produit. Et que fi les Régéné­
rez ne font pas cc que l’Efcriture deffend,. quand elle dit, ne
ehemtne point après tes conuoitifes^ entant qu’ils ne s’y abandon­
nent pas ; ils ne laiffent pas de faire ce que la Loy de Dieu def­
fend , quand elle dit, Tu ne conuoiteraspoint. C’eft pourquoy il
conclud vn peu apres, que les petits enfans font criminels &
obligez à la peine, non parce qu’ils font nays du bien qui rend
les Nopces bonnes : mais du mal de la concupifcence,dont les
Nopces fe feruent bien >mais dont elles ne laiftent pas d’auoir
honte.
En effet la concupifcence ne laiffe pas d’eftre péché pour en
eftre la caufe & l’effet tout enfemble. Au contraire elle a la
nature de fà caufe comme effet, & a la nature de fon effet com­
me caufe: car chaque chofe produit félon fon cfpecc. On ne
cueillepoint des raifins des efipines^ny desfigues des chardons ; & des 1 *
ruiffeaux bourbeux ne peuuent couler que d’vne fource impu­
re. Si donc la conuoitife eft la fille du péché, il faut qu’elle
rcffcmblc à fa mere ; & fi elle en eft la mere, il faut que le pé­
ché tienne de la nature de celle qui l’a produit.
En fécond lieu, ie vous prie de diftinguer dans le péché fi
nature & fa propriété. Sa nature confifte en cc qu’il cft con­
traire à la Loy de Dieu : car péché efi ce qui efi contre la Loy , félon t.peu 3,4
la définition de Sainét Iean. Sa propriété eft qu’il nous rend
obligez aux peines delà Iuftice de Dieu. Car comme Sainéfc ~~ f
Paul parlant des pechcz aétuels, dit que félon le droit de Dieu,

Vii

Î56

Deffenfe delà

ceux qui commettent telles chofesfont clignes de mort : aulïi luy-mef
me parlant du péché originel, dit que par le péché la mort eft en­
^J»w. 5 trée au monde, que par'unefeule offenfe la coulpc efi 'venue (ur tous
ta. xS. en condamnation. Suiuant cela quand Saint Auguftin parle du
pccbé originel au regard de fa propriété, c’eft à dire du reat &
del’obligation à la peine, il dit que la concupifcence dans les
Régénérez n’cft point péché, mais il en rend cette raifô : parce
que l’obligation à la peine leur cft remife , afin quelle ne leur
i knupt fôft P°int imputéc à péché : car,.dit-il,, c’eft n’auoir point de
cocup. péché,'de n’eftre point criminel obligé à la peine du péché,
cap. 2.6, Mais quand il parle du péché originel quant à fa nature, il dit
toufiours que cette concupifcence eft péché mefine dansles
Saints & dans les Rcgenerez; parce qu’elle eft contre laLoy.
[cfugfer • Qu’vn chacun de nous, dit-il, ayant en foy la concupifcence
mm. 49. prenne garde à la Loy qui dit, T» ne contient tras point : il trouué
de lemP en foy ce qu’elle deftend,& deuient coulpable dç la .Loy. Tout
jç genre humain cft généralement afïïijctty à cette Loy fans
Tempor. cxceptjon 5 3^ n’y a perfonne pour li Saint qu’il loit qui s en
jerro, 47. pUjjpe
J_a £Oy cft- fpirituelle : noftre vcndition fous
le peefié nous a rendus charnels. Quel eft ce péché , dit il, JC
yous prie, & de qui eft il? Sans doute d’Adam, par lapreuarication St dommageable négociation duquel nous auons efté
ug.de vpndus. Que le péché, c’eft à dire la conuoitife de la chair, ne
-ff^regnepoint envout. 11 ne dit pas, que le péché ne foit point en
^ùqtra toy 5 mais qu’il n’y règne pas : car tant que tu es en vie, C'cft
/?«■.*42. vne choie ineuitable que le péché foit en tes membres. Au
i» /ohan. moins fay que le règne luy loit ofté, & que ce qu’il commande
ne fe falfe pas.
Ce n’eft pas feulement fon fentiment, mais celuy des Pe­
res qui l’ont précédé, & qui ont dit comme luy que la concu­
pifcence eftoit péché, mefme dans les Rcgenerez apres le Ba­
ptefme. Nous n’aurions iamais lait, fi nous voulions alléguer
fur ce fujet tous leurs tefmoignages. Mais Sainéi Auguftin
luy mefme nous relcue de cette peine: car il a ramaftè leurs
principauxfuffrages fur cette matière, pour montrer que li
'concupifcence qui refte dans les fideles apres le Baptefme i
véritablement la nature du péché. 11 l’appelle auec Grégoire
de Nazianzevn vice qui eft au dedans d eux, Se qui lesaftàl,t

quatrième Refponfe.

157

iour Sê nuit. Aucc Saind Cypricn vn vice qui fait fouhaiter à
l’Apoftre de defloger, pour eftre auec Chrift affranchy de pé­
ché ; Des blefleures qui ont befoin de medecine j & qui ne
nous permettent pas de dire que nous foyons fans péché. Aucc
SaintHilaire,vncmalicc qui fut mefme attachée aux Apojftres quoy que fandifiez. Aucc Saind Ambroife vne dcledation contraire au Commandement Diuin j vne loy qui opé­
ré en nous des mauuais defirs i vne iniquité qui fait conuoiter
la chair contre l’efprit, vn vice qui eft auec nous dés noftre
nîïffancc, & vn péché fous lequel naiffent tous les hommes.Et Aug. lib.
luy mefme de fon chefl’appelle vn vice,vn mouuement rebel- 5
le, vne langueur, vne affedion de mauuaifc qualité, vnmal ban.c.
qui répugne à la Loy de Dieu.
Que fc peut-il dire de plus exprez pour prouuer que la con- n 2 $•
uoitife mefme dans les Baptifez eft vrayement péché, & qu’el­
le en a la nature ? Que Ci apres tout cela Monfieur le "Bachelier
dit encore, que la concupifcence eft appelle péché, parce
qu’elle eft la caufe & l'effet du péché. Saind Auguftinluymefme luy fermera la bouche , en luy faifant voir que pour
eftre caufe & effet du péché, elle ne laiffe pas d’eftre péché en
clle-mefme. Car voicy comment il rcfpond à Iulien Hereti­
que Pelagien, qui fe feruoit d vnféblable artifice, pour prou­
uer vne fcmblablc erreur. La concupifcence de la chair, dit- Auç. libil, contre laquelle le bon efprit conuoitc eft & péché, & peine ç.côr.7«/.
du péché, & caufe du péché. Elle eft péché, parce qu’il y a e‘ 3*
en elle de la defobcïffancc contre l’efprit j elle efl peine du pé­
ché , parce qu’elle a efté rendue aux mérités d’vn rebelle ; elle
efteaufe du péché par la reuolte de celuy qui confent,ou par la
contagion de celuy qui naift. De ces tcfmoignages des Peres,
joints à l’authorité de l’Efcriture, ic tire cét Argument contre
Ja première éuafîon de Monficur le Bachelier.
Toute iniquité a la nature du péché.
Or la conuoitife dans les Baptifez, ejl iniquité.
Doncques la conuoitife dans les Baptifez a la nature du péché.
La majeure eft.de Saint lean,qui dit entérines formels que <•
5
toute iniquité efl péché. Et afin qu’on ne rcfpondc pas que Fini- *7»
quité eft péché fans en auoir la nature. Saint Auguftin ne veut
pas que perfonne die, autre chofe eft péché, autre chofe eft
V iij

t

Ï58

Defenfe de U

'Xug.tra iniquité. La mineure eft de Sainél Ambroife & de Saint Au#*'•4 tn guftin. Car le fécond expliquât la penfée du premier dit,qu’il
ip^a‘tn" a appellé iniquité cette loy de péché, qui demeure apres que
■M ’ fon obligation à la peine a efté remife dans le Baptefme : parce
que c’eft chofe inique que la chair conuoite contre l’efprit.
l’on ne peut donc nier la conclufion fans donner le dementy à
ccs Doéleurs, & fans s’inferire en faux contre le tefmoignage
d'vn S. Apoftre.
La fécondé éuafîon de Monfieur IeBachelicr eft vne remar­
que qu’il fait fur les paroles de l’Apoftrc , & laquelle fans dou­
te eft de 1 inuention de fa Bachclcrie : à fçauoir que l’Apoftrc
dans le lieu allégué enfeigne que la concupifcence, dont il eft
queftion, habite non pas dans l’efprit, mais dans la chair. O?
ce qui eft vray ment péché, dit-il, s’accomplit dans la volonté,
laquelle pour cela doit confentir aux mouuemens de la concupif cence, ‘pour qu’ils foient imputez a péché, Et c’eft Ce qu’il
confirme par le dire d’vn autre Apoftre : car Sainél Iacques,
ad joufte-il, qui traite de cela, ne dit pas que les amorces & les
mouuemens delà concupifcence foient péché : mais il ditfeu/4C.115. lement que quand la concupifcence a conçeu, elle enfante le péché. Or
la concupifcence ne conçoit que par le conientemët de la voA
lonté, laquelle eft lafourcc&l’origincdu vice & de la vertu ,
&dubicn&dumal. Ainfi félon les-termes de FApoftre, la
concupifcence n’a pas la vraye nature du péché.
Mais cette côclufiô fait voir qu’il fc côfôd dâs la vanité de fes
penfées : car S. Paul dit qu’il a connu que la conuoitife cftoit
péché ; Et Monfieur le Bachelier veut perftiader qu’il ne Fa pas
connu : puis qu’il a appellé péché cc qui ne l’eft pas, & quin’a
que les apparences, Se non pas la vraye nature du péché. Saint
Pauldit qu’il a connu ce péché comme tout autre par le moyen
faq. 1. de la Loy parfaite, qui fclô le dire de S.Iacques eft vnmiroüer
33. 35. qui nous defcouure toutes nos tâches, & iufqu’aux moindres
de nos deffaurs. Et lean Chiron faifant le iMaiftre de ce Sainél
Apoftre, veut faire vne autre loy dans fôn raifonnement, pour
luy defrober cette connoiflance. Enfin ce grand Doéleur des
^0.3.20 Gentils parlant félon cette connoiflance qu’il auoit receué de
tsfug. m la loy donnée à l’homme, pour luy faire connoiftre fa maladie,
81. & luy démontrer fes pechez, appelle la concupifcence péché

quatrième-7{cfponfc',
par fept fois; Et le bachelier s’éieuant par deffus cette loy, &
faifant des leçons à cc Dodeur, dit encore qu’il n’en a pas ren­
contré la vraye nature. N’eft-ce pas vouloir exténuer ce que
S. Paul aggraue? N’eft ce pas luy dire qu’il prend vne Moufi
che pour vn Eléphant ? Et n’eft-ce pas luy reprocher encore
vne fois par vn mefpris de la fçience Diuine, que fon grand
fçauoir és Lettres le met hors du fens ? Puis qu’ily'attache à
donner fi fouuent le nom injurieux de péché à ce qui ne le mé­
rite pas ? Et à condamner comme criminelle vne conuoitife ,
qui eft innocente.
Mais, dit le Bachelier, ce qui ne refide que dans la chair,n’a
pas la nature du péché. Et telle eft la concupifcence dont par­
le Saint Paul. Mais Saind Paul tefinoigne le contraire: car
7.'
comme il dit qu’en fa chair ri habite point de bien^ aulfi confclfc-il 17. ai.
que le péché eft habitant en luy, & que le mal eft attaché à luy.
Mais que c’eft mai entendre le ftyle de l’Efcriture, de s’imagi­
ner que la chair à laquelle le péché tient fi fortement, ne fignifïc que la partie fcnfible de l’homme, & fon corps qui eft ani­
mé d’vn elprit. Toute chair auoit corrompufa voye eft-il dit dans (jtn.6 il
l Efçriture, c’eft à dire tout homme. Et afin que vous ne dificz
pas que i’entens mal l’Efcriture, Saind Auguftin nous feruira adftj'tat
17.
d’Intcrprcte fur cette matière. Les Oracles Diuins ont accou­ cap.
T/6 5.?.
ftumé, dit il, de lignifier l.c tout par le nom d’vne partie : com­ TÇ. 56.$
me il eft dit toute chair, c’eft à dire tout homme viendra vers toy : 12.
car par la chair eft entendu tout homme, le ne craindray rien^que Aug.l. a
mefera la chair ? C’eft à dire,comme l’explique ouucrtement le Itcut. de
Prophète qui parle, quemefral’homme?Tellement que filon £xod.
la DodrinedcccPcrc, l’ame eft aulfi comprife dans la lignifi­ £{aie. 4.
jdug.
cation dece nom de chair: car quoy qu’il foit eferit que toute ft.ljo.ad
chair verra lefalut de Dieu^ il ne faut pas laiffer d’entendre en ce Honorlieu les aines.
Mais peut eftre, direz-vous, que Saind Paul ne l’entend
tend pas ainfi , quand il parle de la concupifcence. Mais le
Cardinal Bcllarmin refpondra pour nous par l’authorité de ce
mefmc Pere.' Il ne faut pas nier, dit-il, qu’vn fcmblablc vice BelarM.
ne fe trouue aulfi dans la partie fupericurc de l’ame : car cette j.sfc amtf
&
partie eft aufti fujette à conuoiter, les honneurs, la vainc gloi­ grat.
jlat. pec.
re» & quelquefois elle enfante ces defirs malgré nous mef- cap. 15.

Ï6d

Deffenjè de la
mes. C’eft pourquoy Sainét Paul en l’Epitre aux Galatcs ayât
chair conuoite contre l’efprit : aufli-toft apres faifant l’énumeration des œuures de la chair : il ne nomme pis feule­
ment la pailiardife, l’yuroignerie & autres chofes femblablesr
mais aufli l’idolâtrie, les Hercfies, les inimitiez.
lib.
C eft ce qu’a bien remarqué Saint Auguftin dans le quatorCi ziémeliur® de la Cité de Dieu, où il démontré que lâchait
fût. Dei. fe prend quelquefois pour tout l’homme tel qu’il eft depuis la
faP-2 j. 4 cjleute æAdam 3 & que ccluy-là eft appellé charnel, qui vit fé­
lon foy mefme & non pas félon Dieu. C’cftpourquoy encore
que le vice de la concupifcence foit dans lafcnfualité : il ne
laifle pas d’auoir fon fiege dans lentcndetnent. Mais S. Au­
guftin dans fes liures contre les Pelagiens, parle prelquè toufjours du vice de la chair & de la fenfiialité r non qu’il ignorait
qu'il a aufli fon fiege dans l’efprit, mais parce qu’il fc defcouure
dauantage dans la fenfiialité. Quand donc 1 Apoftre parle de
la conuoitife de la chair contre 1 elprit, qu’il reconnoift en foy
mcfme : Vous voyez félon la Dodrine de Saind Auguftin,
qu’il n’entend pas qu’elle fuft feulement en fon corps, mais
^tS'heb
n auin en fon amc : car comme dit ce Dodeur, la chair ne con«dkt&'ç ll°ite P°inc par elle-mcfme, mais l’ame conuoite par la chair,
ia.
Et quand bien elle n’auroit logé que dans fon corps, elle ne
lailferoitpasd’eftre vicieufe : puis que Saind Paul l’appelle
mal attaché à luy, péché habitant en luy, loy de péché qui afibid ftjîcttit G chair j Et puis que Saind Auguftin lôn Interprété
l’a nomme en termes formels peche qui eft dans les membres,
contre lequel combattent ceux qui font fous la grâce, non pas
afin qu’il ne ibit pas, en leurs corps: mais afin qu’il n’y régné
pas.
Ge queie Bachelier adioufte desparoles deSaind Iacques,
ne fait rien pour prouuer Ion dire. Gar il eft éuident que ccS.
Apoftre parle du péché aduel, que la conuoitife ne fçauroit
conçcuoir par le deflein., ny enfanter par l’execution, fi elle ne
gaigne le confentement de la volonté. Mais elle ne lailfe pas
d’eftre péché originel : puis qu’elle eft l’origine de tous les pc■.
r chez que nous commettons, & puis que tout cc qu’il y a de pe6;devtrb ché, foit dansles adions, fort dans les paroles, foit mefine
dans les pensées, ne procédé que de cette mauuaife cupidité,
félon

•f

fa

quatrième Rjfponfè.

lfa

fclon la déclaration de Saxnét Auguftin, d’où xc forme cet
Argument.
La conuoitife d; la chair qui conuoite contre Pefprit qui tente
& qui attire au péché, eji péché quant àJa nature.
Or la conuoitife que Sainct Paul reconnoift en foy-mefme ejl la
conuoitife de la chair qui conuoite contre Pefprit, qui tente &
qui attire au péché.
Doncques la conuoitife que Saint Paul reconnoijl enfoy-mefme^
eft péché quant àfa nature.
La première propofition de cét Argument eft de S. Augu- ^ug.lib
ftin, qui dit'que c’eft vne chofe injufte que la chair conuoite 1 fontcontre l’elprit j elle eft aufli des Scolaftiqucs Romains, qui dt- yfm’
fent que c’eft pechc de tenter quelqu’vn & de le loliciter à mal
faire. La fécondé propofition eft de Saint Paul luy-mefme:
car il reconnoift bien que la conuoitife qui eft en luy conuoite
contre l’cfprit, & qu’elle le tente ôc le follicite au péché : puis
qu’il l’appelle vne loy des membres qui combat celle de Jon entende­
ment, qui le mcinc captif - & qui le fait feruir à la loy de péché.
L’on ne peut donc nier la conclufion fans contredire à SainCt
Paul, à Sainét Auguftin, ôc aux Dodcurs de voftre Eglife.
La troifiéme Euafion du Bachelier eft vne remarque fem­
blable à.la précédante. 11 faut, dit il, remarquer que félon la
Loy il y a deux fortes de côuoitifè , dont Ivnc s’appelle la conuoitifç de l’elprit, & l’autre la conuoitife de la chair. La conuoitife de l’cfprit qui confifte dans le defir de la volonté, qui
fuit les mouuemens de la chair, eft fans doute vn péché contre
la Loy. Mais la conuoitife de la chair prenant fon origine de la
partie fenfüclle ôc animale n’eftpas propremét contre la Loy,
finon entant qu’elle excite & quelle attire à foy le confentc­
ment de la volonté. D’où vient que ces mouuemens de la chair
confidcrczen foy ôc fcparez de tout acquicfcemcnt de la vo­
lonté ne font pas contraires à la Loy Diuine, ny ne choquent
pas le neufiéme Commandement du Dccalogue : parce que
ce qui eft contre la Loy eftant volontaire : ôc ces élancement
de la concupifcence cftans inuolontaircs, ôc fcparez des complaiftnces de la volonté, ne peuuent pas confequent ny s'ap­
peler péché, ny eftre contre la Loy.
I’auoispréuenu cette objection, ôc i’eftois allé audeuant

X

Deffenfe de U
parvn paffage formel de S. Auguftin, qui condamne d’impu­
dence & de folie ceux qui difent que fa concupifcence n’eft
point péché fans le confcntcment de la volonté. Mais puis
qu’il a fait femblant de ne le pas apperceuoir, pour fe difpenfèr
de la peine d’y refpondre, ie le luy rcmettray deuant les yeux j
8c vous feray voir que fon raifonnement eft contraire à l’authotité de l’Efcriture ; au tefinoignage des Pcres, aux lumières
de la droite raifon, & au fentiment de pluficurs de vos Do­
deurs : apres que i’auray fait quelques réflexions fur fa remar­
que.
Ceux qui parlent félon la Loy en doiuent alléguer le texte
en termes formels, ou y faire quelque allufion en termes diuers ; ou marquer le lieu où elle fc trouue, afin qu’on la puiffe
confulter : fi ce n’eft qu’on ait à faire à des gens doüez d’vne
foy aueuglc, qui croyent tout fans s’informer de rien. Mais
Monfieur le Bachelier efcriuant en faueur de fes freres errants,
deuoit bien s’imaginer qu’il n’auroit pas afTez d’authorité fur
leur efprit, pour en eftre crcu fur fa parole. Puis donc qu’il ne
nous indique pas où eft cette Loy,ny comment elle parle, pour
authorifer fa diftindion: nous auons droit de dire qu’il veut
faire paffer pour vne loy eferite dans la parole dcDieu, ccqui
n’eft qu’vne imagination forgée dans le ccrueau des hom­
mes.
Cela paroift dans la diftindion qu’il fait de la conuoitife de
l’efprit & de la conuoitife de la chair, difant que la première
eft péché, 8c que la féconde ne l’eft pas. Car s’il faut s’arrefter
aux termes de l’Efcriture, d’où il veut que l’on croyc qu'il a ti­
ré fa remarque : je trouue au contraire, que la conuoitife de la
chair eft péché, 8c non pas celle de l’efprit. Car /’affection de la
7^.8,6. chair efl mort-, comme dit Saind Paul, mais /’affection de l’efprit ejl
•vie. Et comme dit Saint Auguftin, qucllecft cctte concupife^«f. in ccncedelachair,finonvnediledionmauuaife? Et quelle eft
Pf u 8. cette concupifcence de l’efprit,fi ce n’eft vne bonne diledion?
Que fi par la conuoitife de l’efprit il entend celle de l’ame: c’eft
à tort qu’il l’a fepare de celle de la chair; car la chair ne peut
auoir aucune conuoitife feparce de l’ame; 8c la chair eft dite
fyig.16. conuoiter : parce que comme dit le mefmc Pere,l’ame conuoicotJ*li£. te charnellement par elle. Tellement que fi l’vne eft infedée
eaf>' J* de péché, i’aütre n’cn fçauroit eftre exempte.

quatrième Re fponfe.

lï6$

Pour donc mieux diftingucr ces matières,& vous les repre- '
fenter dans le clair iour de la vérité : il faut remarquer aucc S.
Auguftin, que comme conuoiter eft délirer, 3ulïi la conuoiti- «jy. 118.
fe eft le defir. C’eft pourquoy il en cft vne bonne & louable,
& vne autre mauuaife & condamnable, comme dit le mefine
Docteur. La concupifcence bonne, vertueufe & louable, cft
celle qui s’attache comme il faut à des objets légitimés. Ainfi Ppe ,,
Dauid tefmoigne que Ion Ame a grandement conuoite les Ordon- 167.
stances de la Loy de Dieu j ainfi T Apoftre veut que nous foyôs con- 1. Cor.t 4
uoiteux des dons fpirituels ; & la Sapience de Salomon dit, qne/z» ’ •
conuoitife de lafagefle conduit au régné. La conuoitifemauuaife &S
vicieufc cft celle qui fe porte à.la recherche des objets illicites,
ou qui en pourfuit des légitimés par des mauuais moyens^pour
vne mauuaife fin, ou qui s’y attache auec trop d’ardeur. Et cellc-cy aulfi-bicn que celle-là, a fon fiege dans le cœur, qui cft Doiï.Cat
la fource des bons & des mauuais defirs, félon la Dodrine du
tn 9
Catechifine Romain.
pracep.
Cette mauuaife conuoitife, dont il eft maintenant queftion,
fe doit confiderer dans trois diuers degrez, à fçauoir dans fon
commencement, dans fon progrez, & dans fa fin. Son com­
mencement confifte dans 1g mouuementde l’appetit fenfitif,,
qiii fe forme ordinairement par la perception des obj cts exter­
nes , & qui par le moyen de l’imagination en prefente a l’en­
tendement des idées agréables. Et c’eft ce que S. Iacqucs ap­
pelle tenter, qui eftdéduire par les images d vn bien apparente
Sonprogrez fe fait, lors que l’entendement imprimé de ces
images, les offre à la volonté par fes pensées, afin qu’elle les
embrafte par fes defirs. Et c’eft ce que le incline Apoftre ex­
prime , quand il dit que la conuoitife attire Sé amorle celuy qui
en cft tenté : parce quelle prefente des appas à la volonté,pour
la faire confentir à fes allechemens. Sa fin eft quand la volon­
té attirée ôtamorfée par ces objets qui luy plaifcnt, les defire
& les aime,& donne fon confcntemcnt aux pensées de l’cfprit,
& aux appétits des fens pour les fuiurc. Tellement que la con­
uoitife qui confifte dans l’appetit fenfitif, dans les pensées de
l’cfprit, & dans les defirs de la volonté, produit le péché aéhicl
par les mefmes degrez, par lefquels elle fe forme. Par les mouuemens de l’appetit fenfuel, clic difpofe l’entédcment à pon-

t<74

« Deffenfe de ht,

céuoir le péché ; par les pensées de l’clprit elle le conçoit, &
par l’acquicfcement de la volonté elle l'enfante.
Cela eftant ainfi nous fommes d’accord que la concupif.
cence cft péché quâd elle cft achcuéc de former par l’acquieffcmentde la volonté. Mais pour le regard des mouuemens
qui precedent fon confentement, nous difons qu’ils lônt pé­
ché , foit qu’ils aillent iufqu a l'entendement, foit qu’ils s’arreftent à l’appctit fenfitif. Môfieur le Bachelier dit que ces mouucmens confiderez en foy, & fans la complaifance de la volonté.nc font point deffendus par la Loy de Dieu, & que par con­
séquent ils n’ont point la nature du péché.
Il cft vray félon fa négation, qu’ils ne font pas deffendus
par le neufiéme Commandement du Décalogue : car c’eft ce­
luy qui deffend le faux telinoignage ; mais ils lônt interdits par
le dixiéme, qui défend de conuoitcr.
Ic trouue la première prcuue de cette vérité dans l’Efcritu­
re. Car vous ne croyez-pas que Sainét Paul confentift aux
mouuemens de la fenfiialité : certes comme il confefte qu’il en
reftentoit les attaques, aufti dcclare-il qu’il les combattoit inccftammcnt ; & que bien loin delcur acquicfcer, il leur failôit
toufiours refiftance. Pour letcfmoigncr il aftcui c qüc s’il ne
faitpœs lebien^ il ne laifle pas dcle vouloir; que $ ilfait le mal > il
7 te nc k vcut Pas Pourtant faftcj il dit qu’en faifant ce qu’il ne veut
2C»7-22 Pas il con/ent Loy ^nelle eft Z'oww,comme il ne confient pas au
mal qu’elle deffend ; il protefte qu’il prendplatftr à la Loy de Dieu
quant à [homme intérieur-, 8c que s il y a vne loy en fes membres,
il nc luy obeift pas volontairement: puis qu elle bataille contre
relie qui cft en fon efprit; Que s’il lcrr à laloy de péché, c’eft
de fa chair feulement, mais que de l’efprit il fert à la Loy de
Dieu. Enfin pour vous faire voir qu’il eft bien éloigné de donnerlônconlèntement à cette concupifcence qui cft en luy, il
W-7.24 fc porte iufques à délirer la fin de fa vie, pour voir la fin de ce
combat. Cependant n’obftant ce refus de côfentement, n’ob­
ftant ccs oppofitions & ccs rcfiftances, il nc laifte pas d’appellcr la conuoitifcqui cft en luy, péché par pluficurs fois; & dit
qu’il a connu qu’elle cftoit péché par la Loy de Dieu qui def­
fend de conuoiter. C’eft donc donner le dementy à S. Paul)
de dire que la concupifcence dans ces mouuemens qui nc font

quatrième Refponfe.

ï6$

poîntfuiuîs du Confentement de la volonté, ne peut eftre appellée péché, & qu’elle n’eft point contraire à la Loy de Dieu,
le racourcis ce raifonnement & le réduits à cette forme.
Ce que Sainct Paul a reconnu enfoy-mefme ejlrepéchépar la dé­
fence de la Loy i ce quil appelle mal lequel il hait, qui l’empefehe defaire le bien ; & loy de péché contraire à la Loy de Dieu ,
ejl 'véritablementpéché.
Or Sainct Paul a reconnu enfoy-mefme que le mouuement de
de la concupifcence qui nef point fuiuy du confentement de la
volonté-) ejloitpéché) par la Loy de Dieu qui le defend ; il rap­
pelle vn mal lequel il hait) qui l’empejehe defaire le bien-) & loy
depéché contratre à laLoy de Dieu.
Doncques ce mouuement de la concupifcence , qui n'ejl point
fuiuy de l’acquifcement de la volonté , ejl véritablement péché
contraire a la Loy de Dieu.
La première propofition de cét Argument eft formellemét
de l’Efcriture: fi ce n’eft qu’on vucille dire que Saind Paul n’a
pas fçeu que c’cftoit que péché, quand il l’a connu par la Loy*
qui en donne la connoiffance. La féconde eft aufli clairement
de l’Efcriture:!! ce n’eft qu’il faille dire que le mal que l’on hait
& qu’on fait fans le vouloir, fe fait aucc le confentement de la
volonté j & que la loy de péché qui eft dansles membres, &
qui bataille contre la loy de l’entendement, n’eft pas contrai­
re à la Loy de Dieu. La conclufion eft donc inconteftable parmy ceux qui lifent & qui entendent l’Efcriture.
La féconde preuue de cctte vérité eft prife du tefinoignage
des Pcres; il fuffit d’entendre leur depofition, pour eftre perfiiadé qu’ils ont efté dans le mefme fentiment que nous lommcs. Iis ont bien crcu que le mouuement de la concupifccncc eft péché, quoy qu’il n’entraifne pas le confentement de la
volonté, puis qu ils l’ont fournis aux chaftimens de la Iuftice &. ^et
de Dieu, aufli bien que les defirs volontaires. La cenfifre Diuine, ditTertullicn ,pourfuit les feules pensées aufli bien que les voi(tnmta
fimples defirs. Ils ont bien iugé que ces premiers mouuemens ce„fura,
de la conuoitife eftoient condamnables comme des pechez: Dtuina
puis qu’ils ont condamné les feules pensées du mal comme vi- parfont cicufes & criminelles, quoy qu’elles (c gliffent dans nos cf. tur.Tert.
j>ricspar furprife & malgré nous-mefincs.
,
- anim

X iij

ïfâ
Défenfedela
Cypr. £•
Oyons, dit Saind Auguftin ie victorieux Martyr Cyprienè
fiil. âe >îous auons, dit-il, vne luite aflîduelle & fafcheufe à foûtenir
mortal' contre l’auarice, l’impudicité, l’ambition. Cyprien, adjoufte
* '

W £,n Interprété, n’eftoit ny auare,ny impudique, ny ambitieux,,
parce qu’il refiftoit fortement a ces mauuais mouuemens, qui
’ viennent ou de l’origine,ou de la coufturne: neantmoins quoy
qu’il n’y acquiefçât point,il ne laiffoit pas d’eftre blefle dans ce
périlleux combat, & ne fe glorifîoit point d’eftre net des
pechcz.

'JMacnr.

S i tu continues, dit Saint Maquairc, à dire qu’apres le Ba-

htrml.t^ ptefæc ce vice ne trouuc point de lieu où fe loger, Ôc où repaiftre dans le cœur: tu ne fçais pas combien il y enaeudepuisl’aducnement du Seigneur iufques à prefent, qui ayansefté
Baptifez n’ont pas laiflé pourtant de penfer deschofes mauuaildt.hô,\6 fes.Ce mal, adjoufte-il> qui s’infînué fecrettement dansl’homme intérieur, cft attaché à nous ,parce qu’il eft dans le cœur,
& y defployc fes forces, en nous fuggerant des fales penfées,
qui ne nous permettent pas de faire des pures Oraifons.
Ils ont biencreu que ccs premières émotions de la concu­
pifcence pouuoient& deuoient eftre appellées péché, quoy
qu’elles ne gaignent pas l’acquiefccment de la volonté : puis
qu’ils les ont eux-mefmes qualifiées de ce tiltre. Les premiers
Hiein.in mouuemens, dit Sainét Hierofme, ne font pas fans couipe dt
v|cc. quoy. qu’ils ne foient pas coulpables de crime. Le pre11 m'cr Peché 5 dit luy - mefme, c’eft d’auoir pensé des chofes.
Am»s. mauuâifes ; & le fecondc’cft d’auoir acquiefcé aux mauuaifes

cogitations..
Enfin ils ont bien iugé que ccs premiers mouuemës eftoient
péché fans le confcntemcnt de la volonté : puis qu’ils les ont
appeliez mauuais defirs, mal & péché, encore qu’on leur fift
«x/agZi rcfiftance. La conuoitife de la chair, dit Saind Auguftin,fait
«f nup.^ quelque chofe, lors qu’on ne luy prefte point le confèntement
c. du cœurpoury régner, nylcs membres du corps pour inftru2 7*'
ment d’iniquité pour faire ce qu’elle commande. Mais qu’eftcc quelle fait, finon ces fales & mauuais defirs Certes s’ils
eftoient bons & licites l’Apoftrc ne nous deffendroit pas de
%j.6.12 leur obéir : d îfa nt, que le péché ne régné point en vcjlre corps mortel}
peur luy obéir- enfes defirs. De là vient que le mefme Apoftre efl

quatrième Refponfe,

i6j

autre lieu s’introduit parlant en la propre perfonne, & nous
inftruit difant : car ie nefay point ce que ie veux, &fay ce que ie hayy
1*
C’eft à dire, ie côuoite. Orfi iefay ce que ie ne veux point^je confient 15*.
à la Loy qu'elle efi bonne-. parce que ce qu’elle ne veut pas, ie ne le
veux pas aufti : elle ne veut point que ie conuoite, & ie ne veux
point conuoiter. En cela donc la volôté de la Loy & la mien­
ne s’accordent: Mais parce, dit ce Pere, qu’il ne vouloit pas
conuoiter, & que neantmoins il côuoitoit, fans feruir ny con­
fentir nullement à cette mefme conuoitife, il adjoufte, maintenant donc ce n'efipim moy qui fiais cela> mais le péché qui habite tn
moy,
Laconuoitifedelachair,ditluy-mefme,contrelaquellele
5
bon elprit côuoite, cft péché : parce qu’il y a en elle de la dcfoJK~
beïftance contre la domination de l’entendement. Qui çft- tan-c’*'
ce donc concluons-nous auec le mefme Pere, qui foitlîimpudent,li effronté , li opiniaftre , fi obftiné, enfin fi fol & cot. ful\
infensé, qui confcftant que les pechez font des maux, ofe nier cap. j.
que la conuoitife des pechez foit mauuaife : quoy que parl’ciprit qui conuoite contre elle, on ne luy permette pasdcconçeuoir, ny d’enfanter le péché ? Que ceux qui foûticnnent cet­
te, opinion negatiuc, & qui ne veulent pas qu’on puifle appellcr péché les mouuemens de la concupifcence, aufqucls la vo­
lonté n’acquiclce pas, voyent s’ils ne méritent pas de porter
les tiltres que ce grand Elprit leur donne. Quant à moy ie croy
volontiers aucc luy qu’il n’y a que les opiniaftres qui puifl'ent
deffendre vne telle propofition.
La raifon cftant d’accord auec la foy, comme vne feruante
lôûmife aux volontez de fa maiftreffe : La troifiéme prcuue de
noftrc fentiment que i’ay à vous produire, eft tirée de la railôn
éclairée par 1 Efcriture, félon l’interpretation des Sainds Do­
deurs. Car premièrement fi la concupifcence de la chair dans
fes premiers mouuemens aufqucls la volonté ne confient poinr,
n’eftoit point péché : Les extratiagantes faillies qu’elle fait fai­
re à l’imagination ; les mauuaifes pensées qu’elle fait monter
dans lcfprit, ne feroient point péché,quand la volonté leur rcfuferoit fon approbation. Cependant nous auons veu queles
Peres de l’Eglife condamnent de péché ces imaginations qui
nous troublent dans nos prières 5 & qu’ils dilent que c’eft le

Ï68

Défenfède la

premier péché d’auoir des mauuaifes pensées fans l’acquiefcement de la volonté
nous entendons que Iefus-Chrift nous
affeure que l’homme eft fouillé, non feulement par les deffeins
du meurtre & de l’adultere j mais aulfi par les mauuaifcspenfées qui partentdc fon cœur.
- .
3^0.7,12
En effet comme Dieu eft Saind & fa Loy bonne & Sainte,
il ne demande pas feulement la fainteté de nos efprits, mais
aulfi celle de nos corps i Et comme il eft Efprit luy-mefme, &
fa Loy Spirituelle, s’il requiert la pureté dans les appétits de
nos fens ; aulfi n'exige il pas moins la lâinteté dans les pensées
de noftre efprit que dans les defirs de noftre volonté.C’cft pour
îCor7 1 cela que Saind Paul nous exhorte à nous purifier c/e toute foüil°
lure de chair & d efprit ; & s'il veut que nous foyons renouuellez
Cph.jf. 23 en l’efprit de noftre entendement : aulfi nous fait-il entendre
j que nous deuons
nos corps en Sacrifice viuant & Sainct À
Dicu^ fi nous voulons qu’il luy foit plailânt, & que noftre feruice foit raifonnable.
En fécond lieu fi cette concupifcence de la chair eftoit
exempte de péché,quand elle n’eft pas accompagnée d’vne
complaifance volontaire : la conuoitife habituelle aucc laquel­
le naiffent les petits enfans, ne feroit pas péché en eux auant le
Baptcfme : parce que n’ayant point encore I’vfagc de la raifon,
ils n’ont que des appétits brutes, Scieur volonté eft encore en
eux une puilTance inutile, & incapable de former des defirs, &
de donner des confentemens. Cependant nous fçauons que
toits ceux qui font nays d’Adam ont tiré de luy la conuoitife de
la chair ; que c’eft le péché originel qui naift aucc tous les hô~
mes; Et Saind Auguftin tefinoigne que c’eft dans les petits
UansU~ cn^ans3^a^ourcc^e toutes
C
maladies qu’ils fouffrent dans
4- j anic & dans ie corps.. Si donc cette conuoitife eft criminel­
le dans les petits enfans dés leur nailfancc; fi elle les rend pé­
cheurs auant qu’ils ayent aucune volonté: comment leroit elleinnocente en ceux qui ont atteint l’vfage de la raifon ? Si elle
eft péché en ccs petits aueugles nays: comment ne le fcroitellc
pas en ceux qui ont vne lumière de connoiffance capable de
guider leur volonté r II ne faut pas dire que ceux cy IbntBaptilêz,& que ceux-là ne le font pas; ôcqu’à caufe de cela h
conuoitife eft péché dans les vns, & non pas dans les autres.

quatrième XjfponJe»

ïO

Car il ne faut pas croire, dit ce melme Pere, que la conuoitife v/ag.1.6
ait efté fandifice par le Baptefme, ny que ce qui eftoit mal en cot. Julia,
cap. 6.
ceux qui n’eftoient pas Baptifez,fe foit changé en bien en ceux
qui le font.
Mais dit Monfieur le Bachelier, comme le péché refidc &
s’accomplit dans la volonté, tout péché doit eftre volontaire.
Mais ces élancemcns de la concupifcence ne peuuent eftre vo­
lontaires, puis qu’ils font feparez des complaifences de la vo­
lonté : ils ne peuuent donc eftre appeliez péché.
C’eft la mefmc objedion que les Pelagiés faifeient à Sainél
Auguftin : car ils difoient que tout péché proccdoit de la vo­
O
lonté ; & par là vouloient prouuer que les petits enfans eftoiét 2.de nupt
fans péché, parce qu’ils n’auoient aucune volonté. C’eft pour­ & cocup.
quoy comme les mefmes objedions demandent les mefines cap. 2 3.
relponfes, nous rcfpondrons au Bachelier ce que S. Auguftin
rclpondoit aux Pelagiens, à fçauoir que quand on dit que tout j. cont.
péché cft volontaire, cela cft bien dit du péché aduel qui eft Julian.c.
propre & particulier à vn chacun, mais non pas de la côtagion
5’
du péché ori ginel, qui eft commun à tous : parce que nous ne
pouuons commettre celuy-là fens y donner quelque confentementj& que nous fommes infedez de celuy-cy auant que nous
foyons en cftat de le vouloir & de le connoiftre. Que fi cette
maxime fe doit vérifier de toute forte de pechez, je diray aüec
le mefme Dodeur que la concupifcence habituelle, où le pé­ Aug. ïbid
ché originel eft volontaire en quelque façon : parce qu’il a pris
fon commencement delà mauuaife volonté de nos premiers
parens.
'En troifiéme lieu fi le mouuement & l’inclination de la concu­
pifcence qui n’entraifne point l’acquiefccmcnt de la volonté,
n’eftoit pas vn péché defrendupar ce Commandement, T» ns
conuoiterai point j 11 s’enfuiuroit que dans les Commandcmcns
précédas, Dieu n’auroit point deffédu les mouuemcs internes
du cœur,mais feulemét les adçs externes du corps.Cependant
il eft éuident que dans ces Commandemens Dieu n’a pas deffendu feulement les adions qui commettent au dehors les pe­
chez de pailiardife, de meurtre, de larcin : mais aufli les defirs
ducœur,&lesrefelutionsde la volonté, qui les conçoiucnt
Afat. J,
& lesproduifent au dedans. Si cela n’eftoit pas', ïefus-Chrift 28.
. ... .................... '
Y

t-j©

Bejfenje delà

ne: condantfieroit pas comme vn adultère celuy qui a conuoîté vne femme en fon cœur. Saint Ican n’appelleroit pas meur­
trier celuy quia conçeu delà hayne contre lônfrere ; Et Saint
sfu£. in Auguftin n’auroit pas eu raifon de dire que celuy-là eft larron,
125 qui a refolu de faire vn larcin, & que quoy qu il ne Paye pas
commis, il ne laifte pas d’eftre deuant Dieu coulpable de ce
crime. Si don c dans ces Commandemens, Tu ne tueras points
Tu ne paillarderaspoint,Tu ne déroberas points Dieu condamne
les defirs du cœur, & les confentemens que la volonté donne
à ces pechez, qui font les mouuemens volontaires de la con­
uoitife: il faut de toute neccftitc que dans ce dernier Com­
mandement, Tu ne conuoitcras points il défende fes premiers
mouuemens, qui font feparez des complaifanccs de la volon­
té. Autrement il faudroit dire, ou que dans ce dernier il ne
deffend rien , ou qu’il y défend les mefmes chofes qu’il a cydeuant deffenduès. Or I vnc & l’autre de ces abfurditcz doit
cftre rejettée :1a première, parce qu il n’eft pas croyable que
Dieu aye voulu faire vn Commandement négatif, pour ne dé­
fendre aucun mal : la fccôdc, parce qu’il n’y a pas d apparence
qu’il aye voulu réitérer vne mefme deffenfe dansvn petit abbregé de dix Commandemens. Pour donc éuiter ccs deux cfCatechif. cticils, nous difons que Dieu dans les Commandemens qui
precedent le dernier,a voulu rcigler non feulement les œuures
extérieures, mais aufti les affeétions du cœur, & ranger nos
volontez;& que dans le dernier qui deffend de conuoiter, il
veut impofer loy à nos pensées, lefquellcs emportent quelque
conuoitife, & toutesfois ne viennent pas iufques à vn vouloir
-arrefté.
Ces raifons font fi manifeftes & fi conuaincantes que plu­
ficurs de vos Docteurs apres s’eftre efforcez de prouucr le con­
traire , ont efté contraints d’aduoücr vne partie de la vérité,ne
Stapkt. voulant pas tout à fait luy donner les mains. Le Iefuito Stapiéton dit que la Loy defend le premier mouucment de la con-.
çlJpifcence s non par manière d’obligation, mais par maniéré.
7’ 1 ' d’enfeignement : parce que c’eft la perfection de la Loy que
nous foyons quittes de toute mauuaife conuoitife. Mais ie dis
que nou» fommes obligez d’obeïr à toutes les deffenfes de la

fof.jao Loy :piusqu’ellcleslaitfcuspeine de malédiction.

quatrième Rejpon/è

171

Le Cardinal Bellarmin dit qu’vn des moyens de la Loy eft Belarl. ç
de refifter à la conuoitife & de ne luy confcntir iamais : mais«k
que la fin de la Loy cft d’extirper entièrement toutes les con- &ra1, &
cupifccnces- & défaire qu’aucun mouuement ne s’efleue dans^4,wftff*
la chair, qui foit contraire à la raifon ; & que la Loy nous propofe cette fin, pour nous faire connoiftre où nous deuons pretédrc.Mais ie dis que fi lafin du comanckmet efi chante, côme dit
l’Apoftrc : celuy-là n’eft pas moins coulpabic, qui peche coutre la fin , que celuy qui fe porte contre les moyens.
Luy-mefme parlant de cette conuoitife de la chair au re- Xefar.ptf
gard de fes premiers mouuemens, confefte en diuers endroits fim.
de fes eferits, quelle cft vne puiftance vicieufe de l’ame,qu’el­
le reflemblc aux chiens enragez; qu’elle cft vne iniquité, vn
vice contraire à la vertu ; quelle eft illicite, qu’elle eft haïe de
Dieu, qu’elle répugne à fa Loy ; qu’elle combat contre l’efprit
iufques à la mort; qu’elle cmpclche la raifon, & qu’elle eft
beaucoup plus mauuaife que la concupifcence des belles.
. Senaut dit qu’elle n’cft pas innocente dans les plus grands Senaut.
Sainéls, quelle conferue fa malice dans l’empire de la grâce; l homme.
qu’elle refifte au Saint Elprit ; il l’appelle mal, défordre, rebcl- Chrefi.
lion, monftrc, & loy répugnante à celle de Dieu. Iugcz apres
cela fi ccs Doéleurs qui font de voftre Eglife, n’ont pas crcu
qu’elle eftoit deffenduë par la Loy de Dieu, & par confeqùent
péché.
Iugez apres cela fi Monfieur voftre Bachelier a eu raifon de
dire, qu’ils ont dit feulement qu’elle cft la caufe du péché ; &
s’il n’eft pas bien fubtil en chicane, quand il dit que la concu­
pifcence eftant vn effet du péché originel, ne peut pas cftrc le
péché originel : parce qu’il eft impolfible qu’vnc chofefoit la
caufe de foy-mefme. Qui ncfçait que la conuoitife des enfans
procède de celle de leurs peres, 8c qu’elle fe communique des
vns aux autres par la génération? Il n’y a donc point de contradiélion à dire qucïa conuoitife des enfans eft vn effet du pé­
ché orihinel des pcres, & qu’elle-mefme eft péché originel
des enfans, comme vne mauuaife qualité qui corrompt le fang
des enfans, fc trouuc dans le fang corrompu des pcres; & quoy
qu’elle foit la mcfme en cfpecc, elle nc laiffe pas de tenir lieu
d’effet dans les vns, & de caufe dans les autres.

Yij

Défenjcdc la
R ejcttez-donc cctte pernicieufe do&rine, quidonne en­
trée dans voftre cœur à vn ennemy d’autant plus dangereux,
que fes attaques font agreablcsj qui endort les aines dans le pé­
ché,en iuflifiant cc que la Loy de Dieu condamnes & qui vous
entretient dans la négligence de refifter aux premiers efforts
de la conuoitife fous prétexte qu’ils font innocens. Mais enibralfez la doétrine contraire, qui félon le fentiment de l’Efcri­
ture & l’intentiô des Peres vous oblige de vous tenir toufiours
fur vos gardes, de veiller inceftamment pour vous garantir
d’vn ennemy, que vous portez audedans de vous-mcfmes,pour
ne luy donner aucune prife fur vous; & qui vous faifant con­
noiftre le mal & la corruption de voftre nature parla Loy,vous
aduertit de recourir à la grâce de l’Euangile, & d’implorer lç
fecours du Médecin, qui feul eft capable de vous guérir.

’E N D R OIT, où il fe peut lire que nous fommes forti­
fiez par la fdule Foy ,& que les bonnes œuures faites par
la conduite du Sainél Efprit, ne fortifient pas, comme ils
difept en l’Article vnziéme de leur Ç onfcflion de Foy.

L

* ‘Rsfywft &

cinquième demande.

VANT que de vous marquer l’endroit de l’Efcriture,où
ces veritez fe trouuent : ievous prie de diftinguer auec
l’Efcriture deux fortes de fortification: car l’hom me peur
eftre fortifié deuant Dieu & deuant les hommes. 11 efi fortifié
deuant Dieu lors que Dieu l’abfout de tous fes pechez, & qu’il
le reconnoift pour innocent, &ç.

A

cinquième Re/ponjc,

fy%

Répliqué du Catholique Romain.
’ATTENDOIS antre chofe du Miniûre Afimont, mais
certes ie voy qu’il eft bien foible , puis qu’il ne rcfpond
pas diredement à la demâdc du Million nairç,laquelle com­
prend deux chefs, dont le premier eft, s’il peut faire lire dans
lEfcriturcquelafeuIeFoyiuftifie, & le fécond s’il peut faire
voir dans la mefme Efcriturc, que les bonnes œuures faites
par la conduite du Saind Efprit, ne iuftifient pas, &c.

I

E n’attendois pas moins du Bachelier Chiron , que de luy
voir fermer les veux aux rayons de la vérité : car ceux qui
veulent furprendre, aiment mieux les tenebres du defordre,
que la lumière de la diftindion. Comme il y avn double tri­
bunal , deuant lequel nous pouuons eftre reconnus & déclarez
iuftes ou criminels, à fçauoir celuy du iugement des hommes,
& celuy de la Iufticc de Dieu : 1’ay.diftingué vne double iuftification, l’vne cft'la iuftification deuant les hommes, l’autre
eft vne iuftification deuant Dieu. Et i’ay dit que la première
fc fait par les œuures .-parce que les hommes iugent de noftre
intérieur, par les adions du dehors, comme ils ont accouftu­
mé de iugcr d’vn arbre par fes fruits. I’ay dit que la fécondé fe
fait parla feule foy : parce quelle eft le feul inftrument qui em­
braffe, & qui nous applique la Iuftice du Médiateur, qui feule
pft allez parfaitc.pour nous faire fubfiftcr deuant Dieu.
Cette diftindion eft fondée fur l’Efcriture: car elle nous at­
tribué deux fortes de iuftice pour nous iuftifier deuât ccs deux
Tribunaux: l’vne eft vne qualité deSaindeté imparfaite, qui
cftinherauteennous
laquelle nous fait paffer pour iuftes
ï «i

I

Ï74

Deffenje de la

deuant les hommes, quand elle le démontré par desbonnès
aérions , de laquelle il eft dit, que celuy quifait iuftice efi iufte ; &;
laquelle les hypocrites aifectans vainement, font dits fe iuftj,
Luc 16. fier eux-mefines deuant les hommes. L’autre eft vne qualité
B.
de perfection imputée, & qui eftant en lefus-Chrift cft faite
noftre par la Foy ; & c’eft cette jujlice de Dieu qui eftant parla foy
en lefus-Chrififur tous les croyans, fait qu’ils font juftifiez, par la
vrace de Dieu, par la Rédemption qui eft en Iefus-Chrift : p ar la grâce
de Dieu, comme par la caufe efficiente 5 par la Rédemption de
lefus-Chrift, comme par la caufe méritoire, & par la foy com­
me par la caufe inftrumentale, qui embraftè cette Iuftice du
Médiateur, que la grâce de Dieu leur donne. C’eft pourquoy
Jaq.2.2l l’Efcriture parlant de la première, dit qu Abraham a efté luftifié
par les œuures : parce que fon obcïlfance fit connoiftre aux hom­
mes combien il aimoit Dieu. Mais quand clic parle delà fé­
conde , elle en exclud toufiours les œuures, & n’y met que la
^V-3- V foy : difant, que rhomme eft iuftifé par lafoyfans les œuures, & qu’il
Qal 2,l6 n tft point iuftifiépar les œuures, maufeulement par lafoy.
Sainét Auguftin iuftifie cette diftinétion par fon fuffrage,
& la tirant du mefme principe de l’Efcriture, comme nous fai­
fons, il fait voir que Sainét Paul a pû eftre iuftifié deuant les
hommes par les bons déportemens de fa vie : parce qu’ils ne
connoilfent pas l’intcrieur : mais qu’il n’a prétendu eftre iufti­
fié deuant Dieu que par la iuftice qui eft de la foy en lefus•Aug. in Chrift : Voicy comment il parle. Il s’eft reconnu malade, il
Pfol.qg. implore le Médecin, quand il s’écrie, moy miferable, qui me deli*
^•7.24 tirera du corps de cette mort ? Que le Médecin relponde, la Grâce
&?• 7-2 5 de Dieu par 1 fus-Chrift noftre Seigneur, la Grâce de Dieu, non pas
tes meritcs.Pourquoy donc as-tu dit que dans la Loy ru as conuersélâns reproche $ prenez-garde, il a dit fans reproche des
hommes : car il y a vne juftice que l’homme peut accomplir,
en telle façon qu’aucun des hommes ne fe plaindra de luy. Si
tu nc rauis point le bien d’autruy, il n’y aura aucune plainte de
la part des hommes : mais fi tu conuoitcs le bien d’autruy, en­
core que tu ne le rauilfe pas; la Sentence de Dieu eft fur toy,
parce que tu conuoitcs s & tu es coulpable contre la Loy de­
uant les yeux du Legiftateur, quoy que ru viues fans reproche
<Jeuant les hommes: c’eft accomplir la Loy de ne conuoiter

quatrième Rejftonfci

.

Pi

pas. Qui cft-ée donc des viuans qui la peut accomplir ? Que
le Pfeaumc que nous auons chanté nous ayde, Exauce-moy, Sei- Tft. 143.1
gneurfclon ta juftice, non point félon la mienne : car s’il difoit
fclon ma juftice, il en parleroit comme de fon mérité. AEt puis
,& n entrepoint en jugement auec ton fcruitear, enexigéant de moy toutes les chofes que tu as ordonnées, toutes les
chofes que tu as commandées .-car tu me trouueras coiilpable
fi tu entres en iugement aucc moy. I’ay donc befoin, dit-il,
de ta mifericordé,pluftoft que de ton Iugement. Pourquoy
donc cela ? Il le dit en fuite : parce que nul viuant nefera iuftifté do­
uant toy, St ce n’eft pas en vain qu’il a adjoufte, deuant toy, parce que quelqu’vn peut eftre iuftifié deuant les hommes, & ac­
complir ce qui eft requis félon la Loy, pour viurc fans repro­
che deuant eux. Que ferons nous donc ? Difons aucc Dauid ,
neutrepoint en jugement auec ton fcruiteur', crions aucc S. Paul, Z’/?43-ï
moy mîfcrable qui me deliurera du corps de cette mort? La grâce deDieu
par leJus-Chrift ; St c’eft pour cela qu’il dit, afcn que iefois trouué en 'ï’bd‘3‘9
luy ayant non point ma juftice qui estparla Loy,mais lajuftice qui eft
de la Foy en Iefus-Cbnft.
Monfieur le Bachelier au lieu de prendre en bonne part
ccttc diftinétion, qui éclaircit la matière controuerfée entre
luy St nous, dit que ie ne refpons pas dircétcment aux Dcmandet des Millionnaires,& m’accufe de foiblcfte : comme fi auant
quc.de relpondre aux demandes qu’on nous fait, il ne nous
eftoit pas permis d’expliquer nos fentimens à ceux qui ne les
entendent pas. Mais s’ilauoit bien leu ma Refponfe, il auroit
veu que i’ay fatisfait à la première demande & à la fécondé, &
fait voir dans l’Efcriture l’vn & l’autre Article de noftre Foy, à
fçauoir que nous fommes iuftificz deuant,Dieu par la feule foy,
St que les bonnes œuures que nous faifons par la conduite dir
Sainét Efprit, ne viennent poiut en conte, pour nous iuftifier,
ou mériter que Dieu nous tienne pour fes enfans. Le premier
texte de l’Efcriture, que i’ay allégué pour prouucr ccs deux
verjtez, cft tiré de l’Epiftrc de Saint Paul aux Romains ; & ce
paffage client mis en forme d’Argument, fe réduit à ce Syllogifmc.
Si Thorne eft iuftifié par lafcyfanslcsaùuresde laLoy, il s'en­
fuit que nousfommes luftiftez par lafeulefoy, & que les bonnes

yjÇ

'Defenfe de la
ceuures que nouefaifons far la conduite du Sainél Efprit, »>«;
trentpoint en compte y pour nous iufiifier deuant Dieu.
Or il efi vray que Phomme efi tufifiépar la foy fans les au,
ures de la Loy.

Doncques il efi vray que nous fommes iufifiez par la feule
foy, & que les bonnes œuures que nous faifons par la conduite
du Sainél Efprit ne viennent point en conte pour nous iufiifier
deuant Dieu.
La confequencc de la première propofition eft éuidente.
Car comme ayant fuppofe qu’vn homme ne peut prendre cc
qu’on luy donne qu’auec fes mains : fi ie prouue qu’il le prend
de la main droite fans la gauche,. il s’enfuit ncceflàiremét qu’il
le prend de la droite feule , & que bien qu’il ne foit pas fans la
gauche, elle ne luy fert pas pourtant à cela. De mefme puis
que vos Doéteurs aduouënt qu’il n’y a que deux moyens, par
lefquels 1 homme puiffe eftre iuftifié deuant Dieu, à fçauoir la
foy & les bonnes œuures : fi l’Efcriture dit qu’il eft iuftifié par
la foy fans les œuures, il s’enfuit neceffairement qu’il eft iufti­
fié par la feule foy i & que bien que fa foy ne foit pas fans les
„ . œuures; neantmoins elles ne contribuent rien à cét effet. La
3**7 féconde propofition eft de l’Efcriture formellement & en mef­
mes termes. La conclufion eft donc infaillible , à fçauoir que
nous fommes iuftifiez par la feule foy; c’eft à dire pour nous
feruir des termes de noftre Confeflion, que cctte iuftiœ &
obeïffancc de Chrift qui nous_merite la remifïion des pechez
eft faite noftre par la feule foy; & que les bonnes œuures que
nous faifons par la conduite du Saint Efprit ne viennent point
en conte pour nous iuftifier deuant Dieu.
A cela Monficur le Bachelier rcfpond, que i’allegire des
paflàges tronquez, qui prouucnt bien que nous fommes iufti­
fiez par la foy, mais non pas par la feule foy. Iladuouë que S.
Paul répété fouuent qu’on eft iuftifié par foy fans les œuures
de la Loy : mais il dit que dans tous ces paflàges que i’allcgue
on ne fçauroit trouuer en termes exprez, nycn mots équiua­
lens , ny enfin dans aucun bon fens noftre Article de Foy, qui
porte que les bonnes œuures faites par la conduite du S. Efprft
ne iuftifient pas.

Mais à cela icn’ay rien à dire 5 finon que ce n’eft pas con­
noiftre

,

cinquième Refponfe.

tyy

noiftrcl’cquiualcncc des termes de l’Efcriture, ny entendre
fon bon fens, mais feulement agir en petit Miifionnaire des
Landes. Aufli Maiftre Chiron fcfouuenant qu’il çft Bachelier
en Théologie, a recours à la refponfe d’vn Théologien ; &
pour faire entendre que ces paroles de l’Apoftrc, difant, que
f homme ejl iuftifiéparfoyfans Ici oenures de la Loy, excluent feule­
ment delà iuftification les œuures de la Loy Cercmoniclle,
mais non pas celle de la Loy Morale : voicy comment il s’ex­
prime. Ic veux que les œuures de la Loy de Moïfe, quel’obferuationdu Sabath, que l'abftinencc de certaines viandes,
que les Sacrifices 5 que la manducation de l’Agneau Pafcal,
que les néoménies, les fumigations & autres chofes femblables nc iuftifient pas, ny ne feruent de rien eftant feparées de la
foy, ce n’eft pas là noftrc queftion : mais noftrc différent eft, fi
les bonnes œuures faites par la conduite du Sainél Efprit, &
procédantes de la charité iuftifient, & concourent au progrez.
& à I'aduancemcnt de noftre iuftification ou non.
I’ay preuenu cette réplique dans ma refponfe, & i’ay prouué ce qui eftoit en queftion par l’exemple d’Abraham, duquel
l’Apoftre tefinoigne qu’il n’a point efté iuftifié deuant Dieu
a*
parfes œuures. Cependant perfonne ne peut douter queles
bonnes oeuures qu’Abtaham a faites, n’aycnt cfté faites par la
conduite du Saint Efprit: car comme il cft autheur de toute
fainteté, c’eft luy
les vertus en nous. Perfonne aufli
ne peut nier que fes oeuures ne foient procédées de la charité :
car ila efté appellé amy de
comme tefinoigne Saint Iacques,
il a eu la charité qui croit tout, comme dit Saint Auguftin ; & tseflta,
O ae
dans la plus parfaite de fes oeuures, qui fut l’oblation de ion tcw.jerM
Fils en Sacrifice, Dieu cfprouua Ion affedionj comme tefimoi- 4*.
b
gne Saint Ambroife, Si donc Abraham n’a point efté iuftifié dutbr,
8.
douant Dieu par fes oeuures, quoy qu elles fuffent faites par la bra.p^r»
conduite du S. Efprit, & qu’elles fuffent toutes pleines delà
charité dont elles procedoient: nous qui eftans de la foy d’Abrahaut fommes fes enfans, pourquoy prefumerions-notts d'eftre iuftifîez deuant Dieu par des oeuures qui procèdent du
mefine principe?Quoy ! Les oeuures des enfans font-elles plus
parfaites qi^cellcs de leur pere? Sont-elles mieux conduites»
parle SainétJfifprit? ou font-elles enflammées d’vne plusar-

K

178

Defenje de U

dente charité, polir leur procurer i’aduantage d’vne iuftifîcation qu’il n'a pas pû receuoir des fiennes ? Certes au contra ire
i9 Iefus Chrift fait voir aux Iuifs qu’ils pourroient fc dire enfans
4’Abraham, s’ils faifoient les œuures d’Abraham 5 & quand
rEfcriture nous le propofe comme vn patron de bonnes oeu­
vres , elle nous fait aftez entendre, que nous deuons imiter cét
exemple, bien loin d.c nous dire que nous le pouuons furpaffçr.
Dire contre cela que l’Apoftre n’exclud des moyens de no­
ftre iuftification queles œuures Ccrcmonielles de la Loy de
de Moile, c’eft mal entendre l’Efcriture, ôcparler direéiement
contre l’intention de Sainét Paul. Car premièrement quand il
parle des œuures delà Loy, par lefquellcs nous ne fommes pas
iuftiftez , il parle de cette Loy qui prononce malcdiétion con­
tre tous les tranfgrcfteurs, & qui lance cét anatherne,maudit efi
qui conque nef permanent en tontes les chofes eferites au hure de la Lcj

Or toutes ces chofes ne comprennent pas fculejnent les Ordonnances des Ceremonies, mais aulfi & principalcmcntles Commandemens de la Loy Morale : autrement
ce feroit vne malcdiétion particulière au peuple Juif: car luy
feul ayant receu les Statuts & les Ordonnances de la Loy Ce,
remoniellc, pouuoit cftre coulpable de leur inobferuation ; &
*A H7- les autres Nations n’eftoient pas obligées de les obferuer : puis
qu’ellesn’en^uoient aucune counoiftance. CcpcndantfApoftre dit qu’il a convaincu par la Loy que tous tant Iuifs que Grcct
fiitr. in font fous péché ; & Saint Hierofme affeure que nous citions tous
$4. c. 3, maudits par la Loy, parce que nous n’auions pas cftépcrinanens en toutes les chofes quelle commande. Il eft donc euident que quand l’Apoftre dit que nous ne fommes pas iuftificï
par les œuures de la Loy, il parle non feulement.des oeuui-S
Ccremoniellcs, mais principalement des oeuures Morales.
C’eft ainfi que Sainét Auguftin l’aftcure, afin quepcrldn"diug.l. de
pptr, sim, nc ne pcnlàft point que l’Apoftre difant que nul n’eft iuftifc
par laLoy,parle icy de cetteLoy qui auoit beaucoup de précep­
cap.
tes & figures dans les anciens Sacremcns, comme eftoit h
Circoncifion de la chair : il adjoufte à mefme temps de quelle
Loy il a parlé, & dit que par la Loy eft la connoiflance du pe*
X‘.7- 7z ché : carie n'enffepoint connu la cçncupifcencela Loyneif dit,
pour lesfaire.

cinquième Refysnfî

vj$

necofiuoitcraspoint. C’elt ainfi que i entend Thomas d’ Aquin. 7hom. in

l’Apoftre, dit-il, parle de toutes oeuures tant Ceremonielles
que Morales : car les oeuures ne font pas caufe que quelqu’vn
eft iufte enuers Dieu, mais font pluftoft des manifeftations de
la juftice.
En fécond lieu pour mieux comprendre cette vérité: je
vous prie de confidcrer les objeétions que l’on faifoit du temps
de Sainét Paul contre cette Doétrine, & les reproches dont
on la chargcoit. Aufti-toft que S. Paul eut prefehé que l’hom­
me eft iuftifié deuantDicu par la foy fans les oeuures de la Loy;
les Iuifs commencèrent à deferier fa parole, comme vne Doétrinequi portoitles hommes au péché, qui ouuroit la porte à
la diftbîution , & qui donnoit licence à toute forte de crimes,-.
Ils difent qu’il aneantiffoit la Loy par la foy, qu’il rendoit lefus Chrift Miniftre de péché- & que puis qu’on eftoit iuftifié Gai 7.17
par la grâce làns les oeuures, il faloit demeurer en péché afin
de faire abonder la grâce. Que fi Saint Paul euft voulu joindre
les oeuures morales auec la foy pour iuftifier l’homme deuant
Dieu .'jamais les Iuifs zélateurs de laLoy, n’eufl’cnt noircy làDoctrine de ces calomnies Jamais ils ne I’euftènt accufé d’aneantir la Loy; jamais ils ne Fcuffcnt calomnié de retenir les
hommes dansle péché parla grâce,ny de rendre Icfiis Ghrilfc
Miniftre & fauteur de péché, s il euft dit que la iuftice qui noirs
fauue eftoit par la loy Morale qui deftend le péché. Quel eft
donc le prétexté qui a donné lieu à ccs faillies accufations é
C’eft parce qu’il rejettoit les oeuures de la Loy Morale auflibi'cnquede la LoyCeremoniclle des moyens de la iuftifica-tion deuant Dieu;
Ce font les mefines objeétions que vos Doéteurs font ati>
jourd’h'uy contre noftre Doétrine ; car d’autant que nous pref­
ehons aucc SaintPaulque nous fommes iuftifiez deuant Dieu
par la foy fans les oeuures : ils difent aufli toft que nous enga­
geons les hommes dans le vice, & les deûoflrnons de la vertus
que nous les portons à la négligence des bonnes oeuures : puis
qu’elles ne font pas ncccftaires pour les iuftifier. En quoy
nous auons fujet de nous conloler, & de dire que noftre crean ce eft celle de Sainéî Paul : puis qu’on.nous fiitles mefmes rejjrocftes, quand nous tenons le mefine langage que luy. Mais.

t)effcnjè de la
comme ce S‘. Apoftre a iùftirié là Dodrine contre toutes ces
faufles accufations; en niant les confequences qu’on endroit
contre la vérité de fes fentimens • comme il a fait voir à fes aceufatcurs, que d’vn bon principe ils tiroiêt des mauuaifes con­
clufions ; que s’il nc pofoit pas la neçeflité des bonnes oeuures
pour acquérir le falut, il les recommandoit pourtant comme
neceflaircs, pour reconnoiftre la grâce du Sauucur qui nous a
3^/. ?. 3. deliurez du peche ; que bien loin d?ancantir la Loy par cette
9'd.2.17 foy, il l’eftablifloitj qu’il rendoit lefus-Chrift Miniftre de luftice, & non de péché par cét cfprit de gratitude j & qu’au lieu
2. jc retenir les hommes dans le péché il les en droit, en leur fai­
fant voir les obligations qu’ils auoient à leur Libérateur. Ce
fontles mefmes relponfes que nous faifons aux calomniateurs
de noftrc Dodrine, leur montrant qu’elle ne contient aucun
principe, d’où ils puiflent légitimement tirer ccs pernicieufes
confequences ; & leur faifant voir que fi les bonnes oeuures 11e
iuftifîentpasaueclafoy,ellcs en font pourtant infeparables;
que fi elles ne feruent pas à nous acquérir le falut, elfes feruent
neantmoins pour nous mener à fa joiüflàncé; que fi elles ne
font pas les caufes de noftre iuftification, elles en font les mar­
ques & les effets.
C’eft ainfi que les anciens Pcres de l’Eglife ont entendu ces
paroles de Saind Paul ;& c’eft de la mefme façon qu iis font
allez au deuant de l’obiedion qu’qp leur pouuoit faire.
'Jflex.lq.
Dieudonné le Salut par la feule Foy, dit Clcment AIcStrom. xandrin.
,
E
iuftification de la feule Foy fuffit dit Origcne : de forte
fifi.
qUc cejUy
croit feulement eft iuftifié.
Orat. 1 Ce n eft pas par I’cffufion de leur fang que les Saints ont efté
eot.^rri. iuftificz, mais par la Foy comme dit S. Athanafè.
/»* sofejf.
Nous fommes iuftifiez par la feule Foy en lefus-Chrift, dit
Saind Bafile.

Çreg 'Na

Aufli croire feulement en lefus-Chrift eft la iuftice, dit S.

«ami. Grégoire.

fi7*
^eu^c F°y iuftice fiif Saind Hilaire ; & cette feule Foy
ià£l.6^de confeflant lefus-Chrift Fils de Dieu, a procuré à Saint Pierre
tria,
la gloire de toutes les felicitefc.
t^imbàn
Le mefehant cft iuftifié enuers Dieupar la feule Foy » diÇ

^.^4, Saind

.....

~'

*

iRr
Comment cft-ce donc , dit luy-mefme, que les Iuifs s’ima- .dmbr.tè
ginent d’eftre iuftifiez parles oeuures de la Loy félon la iuftifîcation d’Abraham ? Puis qu’ils voyent qu’Abraham luy-mcf- C*P
me a efté iuftifié, non par les oeuures de la Loy,mais par la feu­
le foy ? Comme Abraham a creu à Dieu, & il luy a efté imputé
àiuftice : à nous de mefine pour iufticc fuiïitla feule foy, dit cal, 5.
Saint Hierofme.

Que par la Loy nul ne foit iuftifié enuers Dieu, il est ntttnifefie dit
Il montre donc, dit
Thcophila&e, que par la Loy les hommes font rendus exécra- Theophl
blés & fuiets à maleduftion : mais qu’ils font comblez de benedidions par la Foy, & en cela démontré clairement que la Foy
toute feule a en foy la vertu de iuftifier. Et parce que ces bons
Peres voyoient bien que tenans la Dodrine de Saint Paul, on
leur obiedoit les mefmes difficultez, qu’on obiedoit autres­
fois à ce Saint Apoftre ; & que pluficurs, ou par malice ou par
infirmité, en pourroient tirer fuiet de négliger la pratique des
bonnes oeuures; ils vont audeuant par la mefine raifon que
nous auons alléguée.
Mais peut-eftre, ditOrigene, que quelqu’vn oyant ces çho- q . y
Tes fe relafchera, & fe portera dans la négligence de bien faire:
S il cft vray que la feule foy fuffit pour nous iuftifier. Mais nous T^om. c,
luy dirons que fi quelqu’vn fait mai apres la iuftification, fans 3.
doute il mefprife la grace.de celuy qui l’a iuftifiéjôc que ce n’eft
pas pour cela qu’il a receu le pardon de les pechcz, pour en ti­
rer fuiet de croire qu’il a receu laliccncc de retomber dans le
péché.
C’eft la mefme déclaration qu’a fait Saint Auguftin: quand
l’Apoftre dit, nous aduertit ce Pere, que l’homme eft iuftifié de
gratuitement par la foy fans les oeuures de la Loy : ce n’eft pas
afin qu’on mefprife les Commandemens apres auoir receu &
profeffé la Foy ; mais afin que chacun fpachc qu’il peut eftre
iuftifié par la foy, encore que les œuures de la Loy n’ayct point
précédé : car les oeuures fuiuent cçiuy qui eft iuftifié, mais ne
precedent pas celuy qui le doit eftre.
Dire que les bonnes oeuures concourent au progrez ôc à
l’aduancement de noftre iuftification, c’eft ne rien dire. Car

Î&î



Deffenfe delà

guftin j elles ne la produifenc pas, mais fuppofent qu’eHeeft
défia toutefaite; & fi elles nepeuuentpas concourir à la pro­
duction de fôn commencement, qui confifte dans la remiftion
des pechez : aufti ne peuuent elles contribuer à fon progrez,
qui eft vneTcmiffion-de pechez continuée. Car c’eft ainfi que
4 6 l’Apoftre Saint Paul apres le Prophète Dauid déclaré la beatitu•j.Ü.
de de l homme à qui Dieu alloué la juftice fans œuures, difant, Bien­
heureuxfont ceux defquels les iniquitez, font pardonnées, & defquels
les pechezfont couuerts 5 bien heureux eft l'homme, auquel le Seigneur
néaura point imputé le péché. Il eft vray que fi les bonnes oeuures
ïic feruent pas de moyen pour nous procurer la remiftion despechez celles feruent neantmoins à nous en donner le fenti­
ment : cas nous fçauons que Dieu ne fait grâce & ne pardonne
les pechez qu’aux repentans félon cette déclaration de Saincfc
ip Pierre, repentez-vous ,-afn que vos pechez foient effacez. De forte
que quand nous voyons que nous faifons des bonnes oeuures,
nous pouuons iuger que Dieu nous à pardonné les mauuaifes,
& que nous fommes dans fa grâce, puis que nous fommes dans
Efaye i. la repentance : car c’eft la vraye marque durepenty,que de ccf-«Â 17. fer de faire le mal, & d’apprendre à bien faire. Mais c’eftla
foy qui fert de moyen pour nous obtenir cette remiftion des offenfes : parce que c’eft la foy qui nous fait embrafïèr la grâce de
Dieu en Iefus-Chrift, en qui toutes les promeffes de grâce
j.î4 font Ol,y & amen : car Dieu l‘a ordonné de tout temps pour propitia­
toire par lafiy aufang dticeluy,qfn de démontrer fa iuftice par la remifsion des pechez yrecedans.
Le fécond texte de l’Efcriture, que i’ay allégué dans ma'
Refponfe pour preuue de cctte vérité, eft tiré de 1 Epitrc do S.
Paul aux Galatcs ; befe peut réduire à cctteforme </c raifonnement.
Si nousfçauons que lhomme neftpoint iuftifié par les œuures de la
Loy, maiafculement par la Loy ; nous pouuons dire auec vérité
que nousfemmes iuftifiez par lafeulefoy, &que les bonnes auures ne contribuent riend nous iufiifier enuers Dieti.Or nousfçauons que l’homme neft point iuftifié par lesœuurèS
de la Loy, matsfeulement par la Foy.
Doncques nous pouuons dire aucc vtrité que nous fommes ittfti'
fte^par lafeule foy, & qu& les bonnes œuures ne contribuent
rien à nous iustifter enuers Dieu.

.

wtquume ^fijponfel

ÎA maicurc de cét Argument cft indubitable, Car nous de­
vons parler de la vérité fclon la connoiftance que nous auons
deschofes. Or il cft éuident, & c’eft chofe connue dvn cha­
cun, que ce font des chofes équiualentcs d’eftre iuftifié feule­
ment par la foy, & d’eftre iuftifié par la feule foy j & que dire
que 1 homme n’eft point iuftifié par les oeuures de la Loy, vaut
autant que fi l’on dit, queles œuures faites par la côduitcdu S.
Efprit ne viennent point en conte pour nous iuftifier deuant
Dieu. Car c’eft l’Efprit de Sainteté, qui nous fait obeïr à la
Loy de Dieu, & c’eft par fa conduite que nous faifons les œu­
ures que la-Loy nous commande : Tellement qu’on ne peut
point admettre l’vne de ces propofitions, fans reccuoir l’autre.
D’ailleursl’oppofition que Saint Paul fait toufiours entre la
foy & les œuures au fuiet de la iuftification, nous fait voir, que.
fi I on pofe l’vn pour moyen de nous iuftifier enuers Dieu, il
faut exelurre l’autre, & luy dénier la qualité de moyen de iufti­
fication ; de forte que les œuures cftans rciettées en cette
qualité, il faut ncccfïairement que la foy demeure feule. Or
que par la Loy, dit-il, nul nsfoit iuftifié enuers Dieu, il appert, tfautant que le jufte viura defoy. Si Fhéritage eft de la Loy, il n’eft plus par
,g
la promejfe. Si l'a Loy auoit efté donnée pourpouuoir viuifier,yraye- g al y 2t
ment la jufticeferoit de la Loy-.mais rEfcriture a tout enclosfous pechc, 22.
afin que la promejfe par lafoy de Jejus-Chriftfuft donée aux creyans. A
celuy qui n .œuure point, mais croit en celuy qui iuftifié le mefehant, la
4 5.
foy luy eft imputée àjuftice. Si ceux quifient delà Loyfont heritiers, la X/«4a4
foy eft anéantie, (fi la promefife eft abolie. La promejfe nef point adue- «zw? .4 Abraham par la Loy jmais par lajustice de lafoy. Vous eftesfaua<
nez par lafoy, non point par œuures.
La mineure de ce mefine Argument cft formellement de
l’Apoftrc,& confirméepar l’Efcriture d’vn Prophcte.SfdcZw?/, Çd/.a.ié
dit-il,4«e l'homme rieft point iuftifté par les œuures de la Loy, mais
feulement par la Eoy de Iefus-Chrift : nous auons aufti creu en IefusChrift., afin que nousfufstons iuftifiez par la Foy de Chrift, (fi non point
par les œuures de la Loy : parce que nulle chair ne fera mftiftée par les
œuures de la Loy. L’on ne peut donc nier la conclufion, fans
renoncer aux lumières de la raifon naturelle flans accufer d er­
reur la fçience de l’Apoftre, & fans impugner de faux la décla­
ration du Prophète. Auffi Monfieur le Bachelier, qui a dit dés

l’entrée que i’auois allègue des pairages tronquez^ a redouté
celuy-cy tout tronqué qu’il eftoit, & la paffé fous lilence afin
de le laifter fans réplique.

Le Cardinal de Richelieu confiderant la force de ce paffa’mjcM,
method. ge, dit pour l’cluder, que nous l’auôs falfifié, & que noftre verI. 2. C. J. lion n’eft point côformc à l’original Grec,ny à la leéture qu’en
ont faite les anciens Peres. Mais il eft aisé de faire voir à ceux
qui entendent cette langue,que nous auons fidèlement fuiuy
la lignification des termes. Car foit que l’ontraduife, Sçachant
que l'homme nefi point iufiifié par lef œuures de la Loy ,fi ce nefi par la
foy, comme portent nos premières verfions; foit que bon tour­
ne matsfeulement par lafoy,traduit les dernieres: il
cft certain que tout renient à vn, & que ccs particules d’excep­
tion, mais feulement, & fi ce nefi, excluent les œuures des
moyens de noftre iuftification, & n’admettent que la foy pour
moyen de nous iuftiffer deuant Dieu i & de quelque façon que
les Peres ayét leu cc-palfage ils l’ont toufiours interprété com­
Chryfl in me cela. Sainét Chryfoftome qui entendoit le Grec, & dont
<yal. c. 2 co Cardinal croit tirer aduantage pour prouuer la iuftification
par les œuures, a traduit cc lieu de melme que nous. Sçachans
que l homme n efi point iufiifié par les œuures de la Loy, mais tantfeule­
ment par la foy de lefus-Chrtfi. Et tous les autres enfeignent exprclfement cette Doétrine de la iuftification par lalèulcfoy,
comme nous faifons j ainfi que nous l’auons montré par leurs
tefinoignages autentiques..
Le troifiéme texte de l’Efcriture que i’ay produit dans ma
refponfe, pour prouuer cette mefmifc Doétrine, eft contenu
dans 1 Epitre de Saint Paul aux Romains, & peut cftrc réduit à
cette forme.
Le moyenfalut aire qurofie à Thomme tout fujet de fe qlorfier
deuant Dieu dansJaiufiification,efi le moyen par lequel il efi
iufiifié deuant luy.
Or lafoyfans le concours des œuures cfi le moyen falutaire, qui
luy ofie tout fujet de fe glorifier deuant Dieu dans fa iustfication.
Doncques la foyfans le concours des œuures efi le moyen par lt'
quel tl est iufiifié deuant Dieu.

Prfùirh.
l6.4. «

La maicurc eft fondée fiir l’Efcriture : car comme Dieu a fi*
toutes,

cinquième 'Refponfe,

185

toutes chofes pourfa gloire^ aulfi vcut-ii paiticuliercmcntquc nous €ph-t. IX
foyons à la louange de la gloire. Et s’il nous permet de nous
glorifier, cc n’eft pas en nous inclines, mais en luy, afin que
nous luy rendions toute la gloire de tous nos bonsfucçezj &
quey/ quclqu vnfe glorifie., ilfi glorifie au fieigneur. S uiuant cela 1 * Cor' 7
il clt certain que dans noftre iuftification il nous preferit cette 51 ’
incline fin ; & comme il nous a adoptez, a foy par Iefus Christ a la EP^1' S*
louange de lagloire def grâce, de laquelle il nous a rendus agréables *
tnfion Bien-aymé •. aulfi faut-il croire, que pour nous rendre par­
ticipais de cctte grâce il nous ordonne vn moyen, qui nous
ofte tout luict de nous glorifier nous-mefincs, pour le glorifier
luy feul: car de luy,par luy pour luy font tontes chofes > afin qua
luyfoit gloire.
La mineure, à fçauoir que ce moyen qui nous ofte tout fu­
jet de nous glorifier nous-mefmcs dans la iuftification, foit la
leulefoy fans le concours des ceuures, eft de Sainét Paul en
termes exprez : car il dit que nousfommes fautiez, par grâce par la
foy, non point par ceuures afin que nul nef glorifie > que la vantance est 9.
forcloftnonpar la Loy des «mires,mat$ par la J*oy de la foy j efi que fi
Abraham a efié iuflifié par les œuures, il a dequoyf vanter , mais non
2.
pM entiers Dieu. Montrant parla félon I’interprctation des Pc­
res, que ceux qui fe glorifioicnt d’eftre iuftifiez par les ceuures»
ont perdu tout lujet & prétexté de vaine gloire » quand ils ont
veu qu’on ne pouuoit eltre iuftifié que par la foy.
Pour répliquer à cela Monfieur le Bachelier donne vne in­
terprétation particulière pour le texte qui regarde Abraham,
bc puis apres vne expofition generale de tous les trois palkigcs
que i’ay alléguez. Pour le regard de ce paftage, 5/ Abraham a Rfifa, 2
efié tufiifiépar les œuures., il a dequoy fe vanter, mats non pas enuers
Dieu, le refpons, dit-il, quel Apoftre dit cela, parce que tou­
te la bonté des bonnes oeuures vient de Dieu, Ôc qu’ainfi nous
n’auons pas raifon de nous vanter j & aulfi parce que toutes les
œuures de la Loy, la Çirconcifion, l’abftincnce des Viandes,
l’obleruation desFcftcs» les Sacrifices, les Oblations,
les.
autres Ceremonies cftans prifes feparement & fans aucun rap­
port à la Foy, ne font en aucune confidcratiojx. deuant Dieu »
lequel regarde plûtoft le cœur & l’a&ion intérieure que tout
ec qui paroift.ru dehors. Voila» dit-il ,1e vray fens & la vraye
intelligence dece palfagCr
••
Aa

>

iStf’

Defenfe de la

Maisiem’cnuay vous taire voir que cc qu’il appelle le vray
fens & la vraye intelligence de cc texte, eft vne interprétation
forcée, & directement contraire à la vérité des chofes & à fin»
tcntion de Saint Paul. Car pour la première raifon qu’il en
donne,ie vous prie de confiderer qu’Abraham fut iuftifié apres
auoir cfté appcllé de Dieu, comme le font tous les fideles: car
ceux que Dieu a oppellezfil les a aufsi iuftifiez. Or croyez-vous bien
que ce Pere des croyans apres fa vocation, ou dans le temps
qu’il y obéît, aye douté queles bonnes oeuures qu’il faifoit ne
procédaient de Dieu ? ou qu’il en aye voulu tirer fuiet de fe
glorifier pour les auoir faites? certes il n’eftpas croyable qu’vn
elprit efclairé dé la connoiflance du vray Dieu, comme cftoit
ce Patriarche, pût eftre préoccupé de fi grofîicres erreurs.
Pour donc entendre l’intention de l’Apoftre, il ne faut pas
prendre fa propofition pour abfoluë, comme fait le Bachelier,
puis qu’elle cft conditionnelle. Son but cft de nous faire voir
qu’Abraham n’a pas cfté iuftifié par fes œuures , parce qu’il n a
pas dequoy fc glorifier en foy-mefme, mais feulement enDieu.
Car apres auoir dit aux Iuifs que leur vantancc eft forclofc non
par la Loy des œuures, à laquelle ils s’arreftoient, mais par la
Loy de la foy qu’ils ne vouloient pas vniquement fuiure : il leur
confirme cette vérité par l’exemple d’Abraham, pour qui ils
auoient tant d’eftime & de vénération, & qui fans doute auroit
efté iuftifié par fes œuures deuant Dieu, fi quclqu’vn le pouuoit eftre. £fue dirons-nous donc, qu Abraham nosire Pere a trouaté
Certesfi Abraham a efié iufiifié far les œuures ^ila dequoy fie glorifier-,
mais non pas entiers Dieu. C’eft pourquoy il déployé toute fon
înduftric, comme a remarq ué S. Ambroife , & fait en forte de
*y dcftacher les Iuifs de la Loy ,'ôc de les cftablir en la feule Foy de
prafEp,fr,.„
l
Chrift.
acLU ai
C’eft pour cela qu’Origene, le mcfme Saind Ambroife, S«
Auguftin,S.Hierofme,S. Chryfoftome , & Theophylade,
donnent vne interprétation de ce lieu toute contraire à celle
du Bachelier, & font raifonner Saint Paul de la forte. Si Abra­
ham a efié iufiifié par fies œuures, il ria pas dequoy fie glorifier entiers
Dieu,mais en fioy-mefime-, d’autant que par fes travaux il a fait
quelque chofe de bien, & a receu la iuftice pour recompenfc
dp fes bonnes adions. Or il a dequoy fe glorifier enuers Diei’jr

cinquième Rejponfe,

187

à fçauoir de ce qu’il a cité aimé de luy, fauué par fâ grâce j 5c a
fuict de le glorifier en croyant qu’il a pu faire deschofes, qui
nous femblôient impofliblcs. Doncques il n’a pas efté iuftifié
par les bonnes œuures qu’il a faites, mais parla foy. Car que dit ^J>4- 3*
/’ Eferit tire, Abraham a creu à Dieu, & il luy a efié alloué d jufiiee.
C’eft ce qui luy a donné fujet de fe glorifier, non pas en foymefme, mais en Dieu, qui a accepté là foy à iufticc fins aucune
confideration de fes oeuures ; c’eft ce qui luy a donné matière
de prefeher fa liberté 6c fa confiance en Dieu. Voila le vray
fens des paroles de Saint Paul, félon la penfée de cesDoétcursj
& ie m’eftonne que Monfieur lcBachclier foit allé direéiement
contre leurs fentimens dans l’interpretatiô des paroles de l’A­
poftrc : puis qu’il fait eftat de les efeouter, comme les féconds
Crades du Chriftianifme.
Pour la fécondé raifon qu’il allégué de ccs mefmes paroles ;
ie vous prie de remarquer fon langage : Carilparlede la Cir­
concifion, de l’abftinence des Viandes , des Sacrifices,des
. Oblations, & des autres Ceremonies de la Loy.Mofaïquc, en
termes du prefent, quoy qu’elles ayent efté abolies par la mort
du Fils de Dieu, qui a confommé toutes chofes 5 6c dit que ccs
Ce;cmonicsprifesfeparcment& fans aucun rapporta la.foy,
ne font en aucune confideration deuant Dieu, & dans vn autre
endroit de ccttc réplique, il dit qu’dlcs ne iuftinent pas , 5c
qu’elles ne profitent de rien cftans feparées delà foy. N’eft-ce
pas nous vouloir remettre fous le ioug des Ceremonies delà
Loy, à laquelle Iefus Chrift a mis fin en faueur des croyans?
N’eft ce pas dire que ces chofes peuuent profiter eftant con­
jointes aucc la foy ; quelles font en quelque confideration jo­
uant Dieu, 6c qu’elles nous peuuent iuftifier auec la Foy dit
Chriftianifme ? C’eft ce que croyaient les Iuifs du temps de S.
Paul, qui pour cette caufe vouloient ioindre les Ceremonies
de la Loy auec la Doctrine de l’Euangile. Mais c’eft ce que S.
Paul condamncpour toufiours, quand il notls protefte en interpofant fon nom, que fi nous fommes Circoncis, Chrift ne
nous profitera de rien] que Chrifi efi aneanty d l'efigard, de tous ceux Çal.^. 2,
qui veulent efire iufiifiezpar la Loy, & qutlsfont defcheus de la grâce-, 4*
quand il ne veut point que perfonne prenne fuiet de nous condamnerenmangerou enboire3ouen dïfiinclion dvnn iour de
deïefie,
efi
A a ij

î88

Deffenje de Id

lesquelles chofesfont ombres de celles qui efteient à venir, muts dent l»
Çnl 5.’

corps efl en Chrift. Tenez-vous donc fermes en la liberté de laquelle
Chrft vous a a franchis, CZ nefoyezpoim retenus du joug de (eru tu~

de. Pour cet effet donnez vous garde de fuiure la doéli inc de
•voftre Bachelier: car s’il falloit s’arrefter à ce quil dit, il fau­
droit ioindre les Ceremonies de la Loy aucc la Foy de l’Euan:gile , c’eft à dire la Synagogue de Moïfe auec l Eglife dé IcfusChrift,& faire vne troifiéme Religion compofée de la Iudaïque & de la Chrcfticnnc.
• Que s’il n'a pas eu raifon d’alleguer les oeuures Ccremonielles, pour dire que les Chreftiens peuuent eftre iuftifiez par
elles mefincs-coniointcs aucc la foy : auffi cft-ce fans raifon, &
contre l’intention de l’Apoftre qu’il les allégué pour le regard
d’Abraham dont il cft queftion. Car S. Paul difant qu’Abra­
ham n’a pas efté iuftifié par fes oeuures, n’a. pii parler des ocuures Ccremoniellcs de la Loy de Moïfe: parce que cette Loy
des Ceremonies nc fut donnée que quatre cents & trente ans
1/fmbr.in apres, comme il nous aduertit luy-mcfme j Et Sainél Atnbroifc remarque apres l’Apoftre, qu’Abraham fut iuftifié auant que
d’eftre Circoncis. Puis il receut dit Sainél Paul, la Circoncifton
four Sceau de la justice de lafoy. Cela eftant ainfi,quelle apparen­
ce y a il que S. Paul aye voulu dire qu’Abraham a eu dequoy fc
glorifier, mais non pas enuers Dieu, s’il a cfté iuftifié par les
oeuures Ccremoniellcs delà Loy ? certes il n’a eu fuiet defe
glorifier ny en Dieu, ny en foy-mcfme, puis qu’il n’auoit enco­
re pratiqué aucuncCercmonie de çe’tte Loy. Son but donc cft
de montrer aux Iuifs, par l’exemple illuftre de leur Pcre, que
puis qu’Abraham n’a pas cfté iuftifié deuant Dieu par des ocul,rcs grandcs qu’il auoit faites, comme dit Theophylaéle, ils
M T^ym. n’auront pas plus d’aduantage que leur Pere 5 &que les plus
W* d* parfaites oeuures qu’ils fçauroient pratiquer, ne leur acquer­
ront pas la iuftice deuant Dieu, puis qu’Abraham luy mefme
ne l’a pas troiiuée par ce moyen.
• S i Monfieur le Bachelier a fi mal rencontré dans I interpretation de ce paffage: il ne s’eft pas moins éloigné du but dans
l’cxpofition des autres : oyons les leçons que nous fait ce Do­
éleur. Puis que nous fommes, dit-il, fur l’explication des texÇes de 1 Efcriture; ie Yeux bien yous expofer tous ceux que vous

cinquième Rejponjè,

i§<j

auez-cîtez en Ce lieu pour voftre faufle creance, afii. de vous
faire voir qu’ils ne font ny bien entendus, ny aulfi bien appli­
quez. Pour cét effet vous fçaurez que les Iuifs nouuellcmcnt
connertis à la Foy de Iefus-Chrift, croyoicnt abfolument l’em­
porter fur tous les Gentils, & fur toutes les Nations appellécs
à la grâce de l’Euangile .-parce que par vne erreur groffiere, ils
fe perfuadoient que la iuftice auec toutes les lumières Diuines
& tous les dons du S. Efprit leur auoient efté départis comme
vne iufte recompenfe de l’obfcruâce Cercmonieufe de la Loy,
qu'ils auoient pratiquée depuis fort long-temps. C'eft pour­
quoy l’Apoftre qui penetroit fort bien dans leurs pensées, ré­
prime ces efprits orguilleux,& les defabule en leur enfeignanc
que les oeuures faites auant les lumières de latfoy ne feruent de
rien pour obtenir la iufticc: parce que la première grâce & la
première iufticc ne fe peut mériter, autrement la grâce ne fe­
roit pas grâce. Delà vient qu’il répété aftcz fouucnt dans fes
Epitres que la foy iuftifié fans les oeuures de la Loy, & que les
mefines oeuures de la Loy ne iuftifient pas. Pour donner à en­
tendre qu’on n’obtient pas la iuftice parla vertu & par l'effica­
ce des oeuures extérieures de laLoy : mais par Pcntremifç&
par le moyen de la Foy, qui eft la racine & le commencement
de toute iuftice. Voila, dit-il, le vray fens de ccs paffages, .&
non pas celuy que donnent nos aduerfaires.
le croy que Monficur le Bachelier s’imaginoit de prefeher
aux Païfans.des Landes, quand il fabriquoit dansfon intelli­
gence ccs beaux Commentaires; car c’eft à telles gens qu’il
faut débiter des femblablcs réueries pour des expofitions de
l’Efcriture Sainéfe. Et pour vous faire voir que ce neft pas là
le fens de Saint Paul dans les paffages que i’ay citez ; Ievous
prie de confidcrer que quoy qu’en fon expofitiô il aduoué vne
vérité, il ne laiffe pas pourtant d’y aduanccrdes fuppofitions
contraires à la pensée de l’Apoftre, & à I’interprctation des
Pcres. La' vérité qu’il aduoué , c’eft que la première grâce ne
fc peut mériter,parce qu’autrement la grâce ne feroit plus grâ­
ce. Mais par la mefine raifon l’on ne peut auffi mériter les fuiuantes ; parce qu’autrement elles perdraient le tiltre & la qua­
lité de grâce, fi elles eftoient méritées j ny par confequent la
gloire, qui eft la confommationdç toutes les grâces : parce

A a iij

ïpo

Defenje de la

^.23 que fi l’on l’a meritoit, clic ne lèroit pas vn don de la grâce dé
Dieu, comme dit S. Paul.
La première chofc qu’il fuppofe fans la prouucr eft, Que
l’obferuancc Ccrcmonieufe, ôc les œuures extérieures de la
Loy font feulement celles qui ne iuftifict pas. Mais nons auons
fait voir par le tefmoignage de Sainét Auguftin, que l’Apoltre
exclud de la iuftification les œuures Morales aulfi bien que les
Ccrcmonielles.
La fécondé fuppofition qu’il fait fans preuue, eft qucles
Iuifs croyoicnt auoir mérité la iuftice par robfcruance Ccrc­
monieufe de la Loy. Ce n’eftoit pas - là leur feule, ny leur plus
grande prefomption : mais parce qu’ils auoient efté première­
ment choifis d entre toutes les Nations pour cftre le peuple.de
Dieu, ôc pour receuoir la Loy écrite de fon propre doigt : ils
s’imaginoientque depuis Dieu les auoit appeliez àla grâce
du Chriftianifme par les bonnes aétions qu ils auoient faites
félon cette Loy; ôc qu’aprés leur vocatiô encore Dieu les auoit
iuftificz pour les bonnes œuures faites félon la Loy en la Foy
de Iefus Chrift. De là vient qu’ils regardoient lesGentils auec
mefpris, comme des peuples fans Loy, ôc par confequent in­
capables d’entrer dans la Iufticc de Dieu.
Sa troifiéme fuppofition eft, que l’Apoftre ne parle que des
œuures faites auant les lumières de la Foy, & que ce font cel­
les-là feulement qu’il dit cftre inutiles pour obtenir la iuflic'c.
En quoy il fo contre-dit foy-mefme : car vous fçaurez, a-il-dit,
queles Iuifs eftoient conucrtis à la Foy de Iefus Chrift, Or ils
14 auoient appris depuis leur Côuerfion que toute? qui efi fait (s«s
?3'
foy efi péché, félon l’cnfcignement du mefme Apoftre : Com­
ment donc auroient-ilspû s’imaginer d’auoir efté iuftificz par
des pechcz, c’eft à dire par des œuures faites auant les lumiè­
res de la Foy ? Certes il les veut deftromper d’vne autre pensée
qu’ils auoient d’eftre iuftifiez deuant Dieu par les bonnes œu­
ures qu’ils auoient faites depuis leur Conuerfion. Cela paroift
_ „
en çe qu’il parle aux Romainsdcs œuures de la Loy, à laquelle
frlforuoitluy-mclmed’efprit. AuxEphcficns il parle des

Z ’

ures que Dieu & préparées, afin que nous cheminions en icelles. Au*

<jW.2.i5 Galates, il parle des œuures qui fuiuent la Foy, Nousaufsiauoifi

creu en Iefus-Chrifi, afin que notesffsiens i/tfiifie^par la Foy de chrifi.

cinquième Rejponf
non point par les œuures de la Loy. Et aux Corinthiens parlant
de foy-mefme il dit, qu’il ne fe fent en rié çoulpable, mais que ï^ar.f 4
pourtant il n’çft pas iuftifié. Il cxclud donc des moyés de la iu­
ftification les oeuures mefmc que nous faifons apres les lumiè­
res de la Foy.
Sa quatrième fuppofition contient deux chofes contraires
à la vérité : difant que l’Apoftre n’a voulu reprimer que l’or­
gueil dont les Iuifs eftoient enflez à caufe de I’obferuance de
la Loy Ccremonïell*. Car quand il dit aux Ephefiens, Vous Vph.2. 8
eftesfauuez par grâce par la Toy, non point par œuures , afin que nul ne
fe glorifie-, quand il dit aux Romains, maintenant la vantance eft ^0.3,16
fcrclofe, non par la Loy des œuures, mais par la Loy de la foy : vous
notterez qu’il parle à tous ceux qui auoient embraffé 1 Euangi­
le , foit d’entre les Iuifs, foit d’entre les Payens. Or ceux-cy
ne pouuoicntpas fc glorifier delà Loy des Ceremonies, puis
qu’ils ne l’auoient pas rcceuë : mais ils fc glorifioicnt des lu­
mières de leur fageftc,& des belles adions qu’ils faifoient fclonlcdidamcndclaloy naturelle : c’eft pourquoy l’Apoftre
pour rabattre la fierté des vns & des autres, leur propofo la Loy
Morale 5 & leur fait voir que toutes les adions qu’ils pouuoicnt
foire folon cctte Loy, foit qu’elle fût écrite fur des Tables de
pierre, foit qu’elle fût écrite dans les coeurs, ne pouuoicnt
rien contribuer à les iuftifier deuant Dieu : parce que cetteLoy
n’engendre qu’ire, & qu’elle enclôt tous les hommes fous pé­
ché. Et luy-mefme parlant aux Iuifs, les adreife à cetteLoy
qui donne connoiffance du péché : voicy3 dit-il, tues (urnommé ^0.2.17
Juif & te repojes du tout en la Loy, efi te glorifies en Dieu. Mais pour
leur faire voir qu’ils n’ôt pas fuiet de fe glorifier de la forte,il le
conuainq par cctte mefine Loy, fur laquelle ils fe rcpofent.T^ ~ „
qui prefehes quon ne doit point defrober, ne defrobes-tu point ? Toy qui ff'
dis quil nefaut commettre adultéré, n en commets-tu point. Quand Eph.2.9,
donc il dit que nous nefommes pointfauuczpar œuures , mais parla ç.
foy, afin que nul nefe glorifie, & que la vantance efifcrclofe, non par
la Loy des œuures ,mats par la Loy de lafoy : il veut nous fairevoir
que nous ne fommes point iuftifiez ny fauuez par les œuures
d’vne iuftice qui foit en nous, mais par la foy qui embraffe vne
iuftice qui eft hors de nous, afin que nous n’ayons aucun fuiet

de nous glorifier en nous-mefines. En effet ceux qui croyent

t$2

Defenfe de U

eftre iuftifiez par les bonnes œuures, trouuent toufiours quel­
que fuiet de fc glorifier en eux mefmes. Car quoy qu’ils ne
puiftent pas fc vanter d’auoir fait d’eux-mcfmes des bonnes
fPhil. a. adions ; & que toute leur bonté dépende de Dieu, qui produit.
*3en nous le vouloir & le parfaire félon fon bon plaifir : neant­
moins ils peuuent toufiours dire que Dieu leur a rendu la iufti­
ce & le falut, comme vne recompenfc dcué à leurs bonnes
3^0.4. 4. adions :car à celuy qui œuure dit Saind Paul, le loyer nefi point
' imputé pourgrâce, mais pour chofe deuë. M^is ceux qui croyent
eftre iuftifiez par la feule foy, qui embraftè le mérité & la iufti­
cc du Médiateur, font toufiours dans les fentimens d’vne pro­
fonde humilité j & ne peuuent trouuer le moindre prétexte de
fe glorifier en eux mefines,.mais en Dieu feul,qui accepte gra­
tuitement pour iuftice vne foy, qui outre qu’elle eft vn don de
Dieu, nc fait que receuoir ce que la grâce de Dieu luy donne,
à fçauoir la remiffion des pechez.
Ic ne veux pas que Monfieur le Bachelier rcçoiue cette interpretatiô de moy; mais il cft iufte qu’il la rcçoiue des anciens
Peres de l’Eglife ; & ie le prie d’ouurir les yeux à ces grandes
Lumières qui, comme dit luy-mcfme, éclairent les obfcuritcz
qui fe trouuent dans l’Efcriture. La vantanceludaïquc eftexGrif. in clufe, dit Origene, non par la Loy des œuures, mais par la Loy
Epif.ad de la foy qui eften lefus-Chrift. Car qui cft-ce qui fe pourra
e.; iuftement glorifier de fa chafteté : puis qu’il cft écrit, que Si
quelqu'un a regardé vne femme pour la conuoiter

il a défia commis

adultère enfon cœuré Qui eft-ce qui tirera gloire de fà iufticc,
£74^^64 quand il entend vn Prophète difant, que toute nofire. iu/îice efi
verj. 6. comme le drapfouillé ? Noftre feul glorifiement donc eft en la foy
dclaCroixdc Chrift, laquelle bannit toute cette vanterie,
qui defeend des œuures de la Loy.
r^4mir E
Pour cette caufe, dit S. Ambroife, nul nc fe glorifie és œupifi. 72. ures, parce que nul n’eft iuftifié par fes adions : mais celuy qui
eft iufte l’a receu comme vn don, parce qu’il a efte iuftifié par
le lauemenr. C’eft donc la foy qui nous deliure par le Sang de
Chrift: d’autant que celuy là cft heureux, à qui le peche cft
remis, & à qui l’on donne le pardon.
Céz / in
La vantancc eft forclofe, non par la Loy des oeuures, mais
2^2 r/J Par k L°y de la foy. Eu cela } dit Saint Chryfoftome, il monffi4

cinquième 7{efponje.
trelavertu deDieu, que non feulement il a fauué, mais auffi
qu’il a iuftifié, & qu’il a introduit dans la gloire, fans fe feruir
d’aucunes oeuures pour cela, mais demandant feulement la
Foy.
C’eft entièrement & parfaitement en toute maniéré fc glorificren Dieu, dit Sainét Bafile, quand quelqu’vn ne s’éleue mtl> 22’
point à caufe de fa iuftice: mais reconnoift qu’eftant deftituc
d’vne vraye iuftice, il a efté iuftifié par la feule foy en Chrift.
C’eft là le vray fens des paroles de Saind Paul, que vous don­
nent les Anciens Dodeurs de l’Eglifc s & non pas celuy que
vous propofe vn nouucau Bachelier, vn petit Millionnaire des
Landes, témérairement enflé du fens de la chair.
S’il entend fi mal les Efcriturcs, il n’entend pas mieux les
Peres qui l’ont interprétée. Après ccs trois paftages de S. Paul,
i’ay produit vn tefmoignage de S. Ambroile, qui n’eftât qu’intcrpretc de Saind Paul, me fournit vne quatrième raifon pour
prouucr la vérité de noftre Article par l’authorité de ce mefme
Apoftre : Et mon raifonnement reuient à ccttc forme.
Ceux qui/ont infiifiez & adoptezgratuitement par la grâce de
Dieu, par lafoy en lefiis-Christ ,/ont tellement iiiflifie^ que les
bonnes œuures quilsfont par la conduite du Sainci Efprit ns
viennent point en cont: pour les iufiifier> ou pour leur mériter la
qualité d1énfans de Dieu.

Or lesfdeles font iufifez & adoptez gratuitement par lagrâce
de Dieupar la Eoy en lefiics-Chrifi.
Doncques les fideles (ont infiifiez d: telle forte que les ceutires
quilsfont par la conduite du Sainct E(prit n: viennent point en
conte pour les iufitfier , ou pour leur mériter la qualité d’enfans
de Dieu.

La maicure de cét Argument eft de Saind Paul qui exclud
toufiours les oeuures des caufes du falut, afin de feftablir par la
grâce, ôc qui n’y admet que la feule foy, afin que le falut nous
foit acquis par grâce. Car vous efiesfautiez
- par grâce par Eph.t.S.
foy ynon pointpar œuures pour cette caufe, dit luy-mcfine, c'efl par 9fioyy afin que cefaitpargrâce. Et pour faire voir plus clairement
que les oeuures n’y ont point de part, il remonte iufques à l’éledion, dans laquelle fans doute Dieu a déterminé toutes cho­
fes dés l’Eternité , comme elles fe doiuent accomplir dans fe

------ ~~ ------- ------------ ----'

Bb

ï£4

/

ucjfiwje aeia

temps; &; montre que félon ce deflein Eternel de Dieu, les
oeuures &Ia grâce font des moyens tellement oppofez pour
nous acquérir le droit au falut, que l’vn eftant pofe excludneceflaircment l’autre. Quefi c efi par grâce dit-il, cenefi plus par
les oeuurej ; autrementgrâce nefi plut grace:maisfi c’efi par les oeuures,
ce nefi plus par grâce, autrement oeuure nefi plus oeuure. Et en rend
2^ow. 4. cette raifon; parce quà celuy qui oeuure le loyer nefi point imputé pour
vtrj.q.î. grâce}
p0Ur chofe deuë : mais à celuy qui n oeuure points mais croit
fin celuy qui ittfiifie le mefehant, fa foy luy efi allouée à iufiiee. D’o ù
il paroift que fl nous eftions iuftifiez par les bonnes oeuures
ous ne ferions pas iuftifiez par grâce ; parce que la iuftifica­
tion feroit vne recompenfe deuë aux bonnes aélions que nous
aurions faites parla conduite du Saint Efprit. Il faut donc que
ccs bonnes oeuures n’entrent point en conte pour nous iufti-ficr deuantDicu : mais que nous foyons iuftifiez par la feule
foy, afin que noftre iuftification foit attribuée à la grâce.
C’eft ainfi que les Pcres expliquent l’intention de S. Paul.
St c'efi par grâce , ce n'efi plus par .ceuures , cela eft manifefte,
IXmbr in dit Sainél Ambroifc, parce que la grâce eft vn don de Dieu,&
Epifi. ad nonpasvnfàlairequilbit deu aux oeuures : autrement grâce
y^oman. n’eft point grâce ; cela eft vray, dit cc mefine Doéleur, parce
trfp n. que le falairc n’eft point grâce : mais donner le pardon aux pé­
cheurs , & le leur offi ir quand ils ne le requièrent pas, ce n’eft
a’utre chofe que grâce.
Cctte grâce de Iefus Chrift n’eft point rendue aux merites,mais eft donnée gratuitement, dit Sainct Auguftin; &
c
pour cela qu’elle eft appellée grâce, efians dit-il,gratuite+
ment iuftifiez,parfon Sang.
siuç. tôt.
La grâce de Dieu, dit luy-mefme, ne fera point grâce du
Pelag. & tout, Ci elle n’eft gratuite en toute maniéré.'
Cale/l. e.
5 j nous fommes agréables à Dieu par les œuures, la grâce

, n’aura plus de lieu, dit Tbeophylaéte : car fi on laifle lieu à la
? 8 w gtacc, incontinent l’œuure s’en va, & n’eft plus appellée œ«wd. n* ure: d’autant qu’on ne cherche point l’œuure là où la gracefiî
trouue ; & là eù eft l’œuure, il n’y a point de grâce.
Bernard.
La iufticc d’autruy,dit Sainél Bernard, a efté aflignée»
epfi.\ÿo l’homme qui n’cn auoit point qui fuft ficnne, afin que lafàtis-

fa$iond’vnfeulfoitimputécàtous,comme il a porté les pc:

cinquième Refponfî,

jejj

Chez de tous. Et pour s’appliquer cette vérité falutaire, voicy'
comment il s’exprime dans fes dernieres paroles. Ic l’aduouë, 7"
ie ne fuis pas digne > & ie de puis point obtenir le Ciel par mes
r
propres mérites: mais mon Seigneur poffede cét aduantage
par vn double droit, à fçauoir par l'héritage du Pere, St parle
mérite de fa Paflion j fc contentant de l vn,il me donne l’autre.
re,
Voila pourquoy il conclud ailleurs que c’eft le propre de Dieu 2
de ne pocher point i mais que la iuftice de l’homme cft l’indul- Bem. [er
gencedeDieu. Mon mérite,dit luy-mefme, c’eft lamifericorde de Dieu ; & c’eft tout le mérité de l’fipmmc, de mettre Çant,.^
toute fon efperance en celuy qui a fauué tout l'homme»
** 9k
Quant à la mineure qui eft la fécondé propofition de cét
Argument: elle n’a pas befoin de preuue, puis qu elle cft for­
mellement de l’Efcriture. Car l’Apoftre nousalfcure pour le
regard de la iuftification, que lajuftice de Dieu eft mantfeftée fans KfLoy-, voire la justice de Dieu qui eft parla foy en lejut Chrift, enuers 22t
tous dr fur tous les croyans > eftans iuftifté^ gratuitement par la grâce
4/l'iceluy. Pour le regard de l’adoption, l’Efcriture la rapporte
aufli à la gracede Dieu comme à la caufe première, à IefusChrift comme à la caufe méritoire, & à la foy comme à la cau­
fe inftrumentalc, qui nous en applique le droit. Car l’Efcritu­
re dit que c’eft vn effet de la charité du Pere, que nous foyons ap~
peliez enfans de Dieu > que Dicte nous ajsredeftinezpour nous adopter d £
foy par Iefus-ChriftRelent le bon plaiftr defa volonté^ ôc q u’à tous ceux
''
qui l'ont receu^tl leur adonné ce droit d'eftre faits enfans de Dieu, d
fçauoir à ceux qui croyent enfon Nom.
Mais parce que vous pourriez dire,que ie. m’efloigne dit
vray fens de l’Efcriture: il Fay t que ie tous la donne toufiours
interprétée parles Peres, afin que vous ne la réfufiez-pascom»mc vne viande defagreâble à voftre goufl, quand elle vous efl •'
prefentée par ces Docteurs, qui l’ont détaillée aucc tant de
deÿtcritéz Ils font iuftifiez gratuircmentjditSaind Ambtoi- ^brd»
fe, parce que fans rien opérer ; fans rendre rien à la pareille, ils
i*
ont efté iuftificz par la feule foy,par le don de Dieu. Nous ob­
tenons cela, parce que nous croyons, dit luy-mefme, parlant
de l’adoption : car croyans que Iefus-Chrift eft le Fils de Dieu
nous fommes adoptez pour enfans j ôc il ne pouuoit donner AO1R0
«ux croyans rien au delà, que de les faire appcller enfans de

B b ij

J 9$

fi rj'enJe de Ia

fàtm j n Dieu. La Loy, dit il encore, a cfté donnée afin que les pè2
3 cheurs fc recônuflent criminels deuant Dieu : car leurs pechez
leur eftans manifeftez ils ont efté enfermez afin qu’ils nepeuffent point s’exeufer, mais qu’ils recherchaffent la mifcricordej
& que celuy qui auoit cfté promis à Abraham ne leur deman­
dât que la feule foy qu’Abraham auoit.
esAug.lib Ayant donc confideré ces chofes, dit S. Auguftin, & les ayant
de Jfur. c traittées félon les forces qu’il a pieu au Seigneur de nousdonHt. 1.13:• ner: nous recueillons que l’homme n’eft point iuftifié par les
préceptes d’vne bonne vie, finon par la foy de lefus-Chrift:
c’eft à dire non par la Loy des œuures, mais par la Loy de la
Foy i non par la lettre, mais par l’Efprit; non par les mérités
des adions, mais par vne grâce gratuite.
n
Qui cft-ce, dit S. Bafile, qui cfpcre en la mifericorde de
tjal. 3 î. Dieu ? C’eft celuy qui ne s’appuye point fur les belles & genereufes adions qu’il a faites, & qui n’efpcrc point d’eftre iuftifié
par les œuures : mais qyi met fon efperance feulement en la
m ifericorde de Dieu. ÈJtans gratuitement iuttifez far la grâce d’i-ty
n
JJier. i celuy.) c’eft à dire, félon Saind Hierofme, fans aucuneadion
V{çm, 1r. des œuures, par le Baptefme,qui a remis les pechez à tous fans
3-& 4 . qu’ils le meritaflent. A celuy qui œuure le loyer nef foint imputé
four grâce, mats four chofe deu'é. C’eft à dire, comme dit luy-mef­
mc, la iufticc nc luy cft pas donnée gratuitement, mais le falaire des premières œuures luy eft rendu.
C’eft là-dcftus que Monfieur le Bachelier auroit raifon de
s’eferier, alléguez d’autres paffages que ceux de Saind Paul j
c’eft fur cela qu’il auroit fuiet de dire, alléguez d’autres inter­
prétations que celles dc*s Peres : cc font des lumières dont il ne
peut fouftenir la* clarté. Car pour croire, comme il dit, que ce
font feulement les oeuures faites auant auoir embraftè laFoy
du Meffic, qui ne contribuent en aucune forte à la iuftification
de l'homme ; pour croire dis-je cela, il faudroit contredire .au
fentiment de Saind Paul, &à l’interpretation des Peres qui
l’ont expliqué. Car Saint Paul parle de la iuftification gratui­
te à ceux qui auoient défia embraftè la foy du Meffic, puis qu’il
parle aux Romains , dont la foy cftoit renommée par tout le
monde ; & fur qui vous dites que vous auez pris le modelle de
voftre creance. Saind Ambroife exclud toutes les oeuures

Cinquième Rejponje,

1$?

pour cftablir la feule foy pour moyen de nous iuftificf ; & les
autres P-eres rejettent les plus belles aétions, par lefquelles on
prétend de mériter, au fujet de la iuftification , afin de la ren­
dre purement gratuite.
Après auoir prouue par l’authorité de l’Efcriture, & parle
tefmoignage des Peres cette gratuite iuftification de l’homm c
deuant Dieu par la feule foy fans le concours des oeuures : I’ay
adjoufte dans ma refponfe la confeffion de deux de vosDoéteurs, notamment d’vn Moine Francifquain, qui dit que pour Conrad.
le regard de nos oeuures 3 Noftrc Seigneur en a prononcé la Clingius.
S entcnce,& dit que quand bien nous nous trouuerions dans fcLi.C*
vne parfaite obferuation des Commandemens deDicu, nous tbec,c,'l‘
deuons nous dire feruiteurs inutiles; 6t que par conlèqucnt les
oeuures de noftre obcïflance ne peuuent entrer dans les caufcs
de noftrc iuftification. D’où l’on peut tirer vn Argument en
Ibrmc de cette façon.
r.
Celuy qui nous oblige de nous déclarerferuiteurs inutiles^quand,
mefme nous aurifbs fait tous les Commandemens de Dieux ne
•veut pas que nous nous imaginions d'cïtre juftifezpar les bon­
nes œuures.

Or le Seigneur nous oblige de nous déclarer feruiteurs inutiles*
quand mefme nous aurions fait tous les Commandemens de
Dieu.

> ‘
Doncques le Seigneur ne veut pas que nous nous imaginions
d’eflre iuftifiez par les bonnes œuures.
La première propofition de ce raifonnement eft éuidente*
Car puis que la iuftification qui nous procure le pardon de nos
■pechez, qui nous reconcilie auec Dieu par le mérité de la iufti­
ce de lefus-Chrift, & qui nous met dans le nombre de fes enfansieft le plus grand bien que hous puiffiôs receuoir de la grâ­
ce de Dieu : il n'eft pas croyable que nous le puiffions acquérir
par tous les feruices que nous fçaurions rendre à Dieu,qui font
fi peu de chofe au prix de ce que nous luy deuons, que quand
nicfme nous ferions ttout ce que nous fommes obligez de faire,
noftrc obcïflance feroit inutile pour nous mériter cét aduanta­
ge. La fécondé propofition cft de l’Efcriture: car lefus-Chrift
ayant propofé à fes Difciples la fimilitude d’vn feruiteur, à qui
fon maiftrc ne fçait point de gré,quoy qu’il aye fait ce qu’il luy

B b iij

19$

Deffenfe de la
auoit commande aux champs, ôc dans la maifon : adjoufte CctZ«e ï 4. te application , Vous aufsifemblablement quand'vous aur e\fiut touf
tes les chofes qui vousfont commandées, dites , nousfommesJeruiteurs
inutiles: etautant que ce que nous e(lions tenus de faire , nous tauons
fait. Il eft donc manifefte fuiuant noftre conclufion, que le
Seigneur ne veut pas que nous ayons cette penfée d’eftre iufti­
fiez deuant Dieu par nos bônes oeuures pour fi parfaites qu’elles foient.
A ccpafTage Monfieur le Bachelier dit fur la fin de fa replique, que cela n’enfeigne point noftre Article ; & que fi nous
entendons bien ce palfage nous verrons qu’il ne dit autre cho­
fe , fi non que nous fommes des feruitcurs inutiles à la gloire in­
térieure & eflentielle de Dieu, laquelle ne peut eftre accrcue
ny diminuée par toutes les aélions héroïques des hommes &
des Anges. Mais que pour la gloire extérieure & pour l'affai25 te du falut, il eft certain que nous pouuons eftre fort vtiles,ainft
30.
qu’enfeigne le mefme Seigneur blafmant le feruiteur inutile,Si
commandant de le ictter dans les tenebtes extérieures.
Sur-quoy pour mieux vous faire entendre le but de ce texte,
que ne fait Monficur le Bachelier : je vous prie de confidcrer
premièrement que le Sauueur parle en cçt endroit à fesDifciples qui auoient receu la foy, & qui eftoient en eftat de faire
des bonnes oeuures fuiuant fes lumières,félon les exhortations
qu’il leur en auoit faites auparsuant. En fécond lieu qu’il leur
parle des oeuures, non pas telles qu’elles, mais des plus par­
faites, aufquelles ils pouuoicnt prétendre par fa grâce, co mine
eft l’obferuation de tous les Commandemens. En troifiéme
lieu, qu’il ne s’agit pas icy de cc que nous fommes, mais de ce
que le Seigneur veut que nous croyons, & que nous declariôs
de nous-mefmcs. La queftion n’eft pas fi nous fommes inu­
tiles : certes nous le fommes abfolument à Dieu, non feule­
ment pour fa gloire eftentiellc, qui eft indépendante de toutes
les créatures, mais mefmes lors que nous-feruons à fa gloire
35.7 extérieure. Car St tu es iufte, que luy auras-tu donné $ ou qu'aura
il receu de ta main ? Certes chacun doitluy faire xette côfcffio°
?fi6. 2. auec le Prophète, mon bien ne-viintpoint iufques à tcy. Mais la
queftion eft, fi ceux qui croyent eftre iuftifiez par leurs bonne*
oeuuresane s’imaginent pas d’acquérir la grâce, par des difpoh:

cinquième Refponfe.
tions conuenablcs , & de mériter le falut par la dignité de leurs
aérions^ C’eft ce que vos Dodeurs vous enfeignent de croire:
& c’eft ce que Iefus-Chrift ne veut pas que nous croyons. Car
il ne dit pas feulement que nous fommes inutiles, mais il veut
que nous le difions nous-mcfmes : afin que nous recônoiftions
que nous fommes indignes de la moindre de les grâces, ne
failâns pas ce qu’il commande : puis que nous nous confelfons
inutiles, quand mefme nous aurionsfait tout ce qu’il nous a
commandé.
C’eft ainfi que Saint Ambroile explique ces paroles du A'nbr. in
Sauueur. Reconnois, dit-il, que tu es leruiteur obligé à plu­ Luc. 1.8.
fieurs feruicesj ne te préféré point àvn autre, parce que tu es *»?•17*
appelle enfant de Dieu : il faut que tu reconnoiffcs la grâce,
mais tu ne/dois pas mclconnoiftre la nature.
C’eft ainfi que Saind Hierofme les a entendues : c’eft, dit- Hier, in
il , l’obligation d’vn detteur de faire ce qui luy eft commande; 'K^oman.
cap. 4.
s’il ne le fait pas il eft condamné ; s’il obéît, il n’en a point de
gloire : parce qu’on appelle encore vn feruitcur inutile, quand
jl ne fait que ce qui luy cft commandé. Si celuy-là eft inutile Hier. Equi a tout fait: que faut il dire de celuy qui ne l'a point pû ac­ pijt 66 ai
complir ? Certes fi Dieu vouloit agit aucc nous, non comme Ctefiph.
vn Pere bénin enuers fes enfans, mais commy vn Maiftre ri­ cot.Pelag
goureux enuers des efclaues: il auroit fujet de nous traiter tous
corne le leruiteur inutile qui fut ietté dans les tenebres de dehors.Car il n’en eft pas vn qui n’éfoüifte quelque talêt & quel­
que grâce deDieu,bié loin de la colloquer pour les interefts de
la gloire du Maiftre ; Et il. s’en trouué plufieurs, qui prodiguée
tous les dons qu’ils ont rcceus de Dieu en des mauuais vlàges.
Si celuy là eft condamné, dit Sainét Auguftin, qui n’a pas iAhtettJfi
fait valoir le talent,quoy qu’il Paye gardé tout entier : que doi­ ferm. de
uent attendre ceux qui le perdent, & quijen font des mauuais bono coif*
M:
emplois $
Dire que pour l’affaire du falut nous pouuons eftre fort vtilcs, c’eft dire vray, & ne dire rien contre nous : mais il le faut
bien entendre. Nous pouuons eftre vtiles par nos bonnes œu­
ures,non pas à Dieu pour mériter de luy quelque grâce par nos
feruices, mais à noftre. prochain & à nous-mefnaes. Car le
Tout-puiffiint rçfeura-il cjuclcpse gain

tu chemines en intégrité , dit /cA.at, j

200

Defenfe de la,

l’Efcriture : c'efiplufiofi à foy-mefine que Phommefage apporte profit.
, C'efi à l’homme tel que toy que tajufiiccfait quelque chofe. Mftis il faut
diftingucr deux chofcs dans l’aifairc du falut ; l’vne cft l’acquifition du droit que nous auons au falut; l’autre eft là mifeca
pofteflion & l’entrée en la joüyftance du falut acquis. Les bonnés oeuures font fort vtilcs pour nous mettre en pofteifion &
nous mener à la ioliyffance du falut ; & en ce fens lefus-Chrift
'Jlfat.iç. dit, fi tuveux entrer en la vie, garde les Commandemens ; ence
J7*
fens Saint Paul dit que nousfommes touurage de Dieu -> efians creéz
£ph.2.\ o à bonnes ceuure's que Dieu a préparées., afin que nous cheminions en icel­
les. Mais ces mefmes oeuures font inutiles, & ne feruent de
rien pour nous acquérir le droit au falut : car c’eft lefus-Chrift
fcul qui nous la acquis ; & qui ayant pris forme de Scrtiiceur
fait à la femblance des hommes nous a mérité le falut parfoa
obcïftance. Et c’eft en cét égard que le mcfme Apoftre dit
que nous ne fommes point fauucz par oeuures ; & que Dieu nom
Ttte.-yq. a fauue'gj non point par œuures de jufiiee que nous eufisionsfaites, nuis
5.
félon fa mifericorde. Enfin c’eft en ccs deux égards que S. Bernard a exprimé ces deux veritez, quand il a dit que les bonnes
degrater œuurcsfontlc chemin qui nous meiijc au Régné,mais non pas
la caufe qui nous fait regner.
Après auoir examiné les répliqués que Monfieur le Bache­
lier fait à ma rcfponfa; il faut refpondre aux nouuelles obje­
ctions qu’il forme contre noftre Doétrine, pour prouuer que
les bonnes oeuures contribuent à l’acte de noftre iuftification
deuant Dieu. La première eft prife d’vn tas de paftages, qu'd
accumule fi hors de propos, que la feule leéture fuifira pour
vous faire voir qu’il entend aufti mal l’Efcriture que noftrc
creance. Nous liions, dit-il,dans les Diuines Efcritures qu’ou­
tre la foy plufieurs autres vertus prennent part & contribuent i
la iuftification de l’homme. Les oeuures de iuftice y contri­
buent félon le tefmoignage du Prophète, lequel parlant àDieu
luy demande. Seigneur qui efi- ce quifejournera en vofire Taberutcle,dr quihabiteraenvofireMontaigne Sainctel Puis il relpond,
Celuy qui marche en intégrité , & qui opéré jufiiee. L’obferuation
des Commandemens Diuinsy contribué, ainfi que nous l’ap'Mat, i$> prend le Diuin Seigneur en Sainét Mathieu, Si tuveux entrer
j 7.
en_ la vie gardeles, Commandemens. »La crainte de Dicuy contri-

cinquième Rejponje

e 01

bue ,pnis qu’il eft écrit dans l’Ecclcliaftique , que celuy qui ejl Sctkf ii
jàns la crainte ne pourra ejlre iuftijié. L’aumofne y contribue ,puis
qu’il cft eferit que le Prophète Daniel donnant confeil au Roy
Nabucodonozor,luydit, racheté tes pechez parjaftice 3& tes ini- T>an. 4,
quitezenfaifant aumojhe auxpauures. La charité y contribué en 2 7*
y mettant la dernierc main, & faifant plus toute feule que tou­
tes les autres enftmble,comme enfeigne l’Apoftre en ces mef­
mes termes. ^upndie parlerons le langage des hommes, votre mef- i.Çor.tf
me des Anges3& que ie riaye point la charité 3 je fuis comme fairain l>2.
qui refonne. Quand 1 aurois toute lafoy , tellement que ie tranfportajfe
toutestes Montaignes, que ie n aye point la charité -, je nefuis rien.
Si donc fclon l’Efcriture l’intégrité, les œuures de iuftice,
i’obfcruation des Commandemens de Dieu, la crainte, l’au­
mofne, & fur tout la charité contribuent à noftre làlut, con­
courent à noftre iuftification, & coopèrent à la remifliondes
pechez: pourquoy voulez-vous afleurer que la leulc foyiuftifie ? Pourquoy voulez vous exelurre les autres vertus ? Pour­
quoy vous oppofez-vous à la parole de Dieu? Ceflez-donc de
dire dauantage que la leulc foy iuftifié, vous voyât pleinement
conuaincu.
Pour relpondre à tout cela ,ie pourrois me Contenter de di­
re que quelques-vns de ces paflages ne parlent nullement de
noftre iuftification; que les autres ne parlent pas de noftre iuftifîcation deuant Dieu; & qu’il n’y en a pas vn qui prouue que
nosbonnes oêuures y contribuent. Mais qu’ils font voir feule*
ment que les bonnes œuures font ncceflàircs pour obtenir la
poflelfion du falut; & que la foy iuftifiantc n’eft pas fans les
bonnes œuures; &que la foy n’eft pas véritable, fi elle n’eft
opérante par charité. Le Le&eur judicieux fepourroitfatisfairc de ccttc refponfe generale: mais parce que le Bachelier
croit m’auoir conuaincu par ces paflages : il faut aufli le farisfaire, ou pour mieux dire le defabufer defon opinion; & luy
faire voir que tous ces textes de l’Elcriture ne font rien contre
noftre Article de Foy.
Pourlepremier,quteft du Prophète Dauid, il eft certain
qu’il n’y a que ceux qui cheminent en intégrité^ & qui operunf fujliccf ePfe,
qui doiuent Jejourner dans le Tabernacle de T>ieu& habiter dans la
Msntaigne defa Sainîteté, C’eft à dire, dans la I erulàlém Cele-

204

> Defenfî de la,

fte & dans le Paradis. Mais il ne s’enfuit pas qu’ils foient'iuftifiez deuant Dieu par l'intégrité dans laquelle ils cheminent, &
par la iufticc quils font: au contraire il faut que Dieu les aye
iuftifici auant qu’ils foient en eftat de cheminer en intégrité,
& de faire iufticc. Il eft vray qu’il faut fuiure ce chemin de iu­
ftice & d’intégrité pour eftre receu dans leTabernacle Éternel,
& pour arriucr 4 la gloire. Mais il ne s’enfuit pas que ceux qui
tiennent ce chemin méritent de Dieu cette gloire : au contrat
P/f 8+ rc 'Iécrit Sue
donne la gloire & h grâce à ceux qui chemi13*
nent en intégrité. Comme donc Monfieur leBachelier recon­
noift que la première grâce de la iuftification ne tombé point
fous le mérité : aufli doit il aduoüer que la gloire n'en relcue
pas: puis qu’elle eft vn don gratuit de Dieu aufli bien que la
grâce.
Pour le fécond, qui eft de Iefus-Chrift : il eft vray qu’il faut
garder les Commandemens, pour entrer en la vie, mais non
6.2 5 pas pour la mériter, car elle eft vn don de la grâce de Dieu, comme
dit Sainét Paul. C’eft pourquoy, comme a remarqué le CarCa-et. i» dinal Cajctan après Sainét Auguftin, il ne dit pas le gage delà
3^0. f. 6. iuftice, mais le don de Dieu c'estla vie éternelle : afin que nous
entendions que ce n’eft pas par le mérité des œuures, mais par
le don gratuit de Dieu, que nous obtenons pour fin la vie éter­
nelle. Et Iefus-Chrift ne dit pas, fi tu veux eftre iuftifié, ou fi
tu veux mériter la vie éternelle, mais Ji tu veux entrer en lavis
• garde les Commandemens : car ilfçauoit bien que-c’eftoit à luy
feul de iuftifier les hommes par fa connoiffance, & de leur mé­
riter la vie par fà mort. Et c’eft pour cela que fuiuant la remarCa‘'tibi 9UC de ce mefme Cardinal, Sainét Paul adjoufte, que le don de
dem,
Dicuc ejl lavieeternelle far Iejus-Chrifl nefire Seigneur. Voila 3 ditil , le mente : voila la iuftice, dont la vie éternelle eft le gagc>
mais pour nous c’eft vn don de Dieu à caufe de Chrift luymrefpie.
Quant au troifiéme texte, qui eft celuy du Liure de l’Ecclefiaftique : ic pourrois dire que ce Liure eft Apocryphe; qu’il
n’a point d’authorité Canonique, pour fonder vn Article de
Foy jqu^plufijeursdevosDoéleursont reuoqué en doute foa
authorité, & que Thomas d’Aquin aduouë qu’il n’eft point rearbS. 9 ceu entre les Efcritures Canoniques parrny les Htbreux. Mai*

cinquième Rejponje,
id veux le receuoir en ce poit pour Canonique, examinons ce

qu’il dit. Si Monfieur le Bachelier l’auoit leu en la langue qu’il
a écrit, il auroit trouuc qu’il n’a pas dit que celuy qui eftîànt
crainte, mais que fhomme colere ne pourra, efire iustific. En effet

il faudroit iuftifier le defordre de nos partions, pour dire qu’vn 2 7*
homme puifle eftre iuftifié deuant Dieu quand il eft dans les
tranfportsdc la colère -.car le courroux de hhomme n’accomplit petnt taq.\.i9
comine dit Sainél Iacques. Mais pofé ce qui
n’eftpas, queie fils de Sirach aye dit que celuy qui cft fans
crainte ne peut eftre iuftifié : Eft-cc à dire que la crainte luy
procure laiuftificatiôînullcmét, car comme Dieu rejette de ^poc.ïti
fon Paradis les timides : aufli eft il vray que la foy qui nous fait
approcher de luy, cft accompagnée de hardiefle. Neantmoins Ephtyti
il faut que la crainte marche deuant elle, pour nous abattre par
l’apprehenfion de la iuftice de Dieu, auant que la foy nousreleue par les fentimens de fa grâce. C’eft pourquoy comme S. fude. r.
Iude dit qu’il en faut fauuer quelques-vns par la crainte , en j;.
les arrachant hors dufeu : ainfi Saind Paul dit que fçaehant que c'efi i.Corf
de lafrayeur de Dieu nous indu if ns les hommes à la foy. lis ne fôn t 11 •.
pas pourtant iuftifiez par la crainte des iugemens de Dieu,mais
par îa foy qui leur fait embrafler les promefles de grâce.
Le quatriefmc paffage qui eft tiré des Rcuclations du Pro­
phète Daniel, nc prouue pas non plus, que les œuures de iufti­
ce ou de mifericorde que les hommes font, les iuftifiét deuant
Dieu. Car voicy comment ce Prophète parle à Nabucliodonofor. Racheté tes peche^par iufiiee
tes iniquite&enfaifant mi- Dan. 4.
fricorde aux paHures>& cefera vn allongement à ta profiterité. Sur- 27,
quoy vous vous fouuieridrez premièrement de lamaximeque
le Bachelier a posée par deux fois,, à fçauoir que les œiiuresfa ires auant les lumiercs.de li Foy ne feruent de rien pour obte­
nir la iufticc; queles œuures quifont faites auant que d’auoir
embraftè la foy du Meffie ,ne contribuent en aucune forte à la
iuftification de l’homme, Or ce Prince cftoit encore infidèles
& perfonne ne doute qu’il ne foit demeuré dans l’infidélité
long temps après. Quand-donc, félon l’aduis de Daniel,il auroit rendu iuftice à chacun, au lieu des- vexations qu’il auoit
faites ÿquand. il auroit exercé mifericorde enuers les pauurcs
Àulieudefcscruautez-prccedantes : il n’auroit pas eftépout-

Ce ij

deffenjè de U
tant iuftifié par ccs œuures fexon ia maxime du Bachelier : puis
qu il les auroit faites auant que d’auoir embrafte la Foy du Meflic. Il faut donc qu’il renuerfe la maxime qu’il a cy - deuant
poféc luy-mcfmc, & qu’il aduouë auec la plufpart dcsDoéfeurs
Romains, que les œuures faites auant les lumières de la Foy
peuuent mériter la première iufticc : ou s’il la veut maintenir.il
ne faut point qu’il allégué les œuures d’vn Prince infidèle x
pour prouuer que l’homme eft iuftifié deuant Dieu par fes œu­
ures : puis que ce Roy n’a pû eftre iuftifié par celles-là.
Vous notterez en fécond lieu que le Prophète apres luy
auoir donné cct aduis, ne luy promet pas que s’il agit félon
fon Confeil, il fera iuftifié : mais feulement que ce fera vn al­
longement à la profperité, c’eft à dire que n’obftant les Prédi­
rions qu’il luy auoit faites de fa ruync, Dieu ne laifferoit pas
de le maintenir dans fon Eftat encore quelque temps, s’il donnoir ccs marques de fon repenty. En effet nous voyons que fa
prouidence voulut accorder cette profperité temporelle au
,
plus mefehant des Rois, & le garantir des malheurs qui luy
21. 2ÿ' auoient efté prédits par Elie, après qu’il eut donné des lignes
extérieurs d’humilité.
Mais pourquoy, direz vous, le Prophète Daniel conlêilleil au Roy de Babylon, qu’il racheté fes pechez par iuftice, &
fcsiniquitezpar mifericordc ? Ce n’cft pas pour dire que par
cette iuftice & par cette mifericordc il deliurera fon ame des
peines éternelles qu’il auoit méritées par lès pechez. Car que'
donnera l’homme pour la rançon de [on amey dit Iefus-Chrift en l’E26.
uangile? Certes tous les biensdu monde ne font pas capables
Pf. 49.S. de racheter vne ame de fes pechcz ; perfonne n'en pourra aucune?"
ment racheterfonfrere^ny bailler à Dieu la rançon d'tceluy^ comme
dit le Prophète : car le rachat de leur ame efl par trop cher., pour (c
faire par ce moyen ; & il n’a pas moins fallu que la mort du Fils
Ttf. 2*14 de Dieu pour nous racheter de nos iniquitez : d’autant que
pour racheter des âmes immortelles, & fatisfaire à la iuftice de
Dieu pour des pechez commis contre fon infinie Majefté,il ne
faut pas moins qu’vn payement de valeur infinie. Quand donc
le Prophète tient ce langage à ce Roy, il luy confeille dârrefter le cours de.fes pechcz, & de rompre la luite de fes injufticespar des méfions contraires de iuftice & de bénignité. C’eft

cinquième Rejponft,

iOf .

îc que les Hebreux appelaient racheter : Cômme il leur eftoit
ordonné de racheter les premiers nez des belles immondes,ou Exad. 34
parvnefommedefîcles facrez, ou par d’autres Vidimes qui 20.
po uuoient eftre légitimement offertes félon la Loy. AinfiDaniel veut que Nabuchodonofor racheté fes pechez & fes ini­
quitez , c’eft à dire qu’il en rompe le cours , mettant en la pla­
ce de fes vexations, des Sacrifices de iuftice, & au lieu des
cruautez qu’il auoir exercées, des œuures de beneficencc, qui
font des Sacrifices 'aufquels Dieu prend plafir.
Hebx^.' 6
Le dernier paffage qui eft tiré de la première Epitrcde S.
Paul aux Corinthiens, ne prouue autre choie finon que la foy 1. Cor,ij
des miracles eft inutile fans la charité: Car l’Apoftre ne parle
pas en cét endroit de la foy iuftifiante, veu qu’elle eft infeparable de la charité. En quoy Monfieur le Bachelier fe trompe,
s’il croit, ouvous veut tromper, s’il vous veut faire accroire,
que nous leparons la charité de la foy qui nous iuftifié. Nous
fçauons Sc enfeignons que ce font deux vertus infeparablemét
vniesj que fi la foy nous fait connoiftre Dieu comme la pre­
mière vérité, la charité nous le fait aimer comme le Souuerain
bien ; que nous aimons autant que nous croyons; que la chari­
té s’enflâme dans les cœurs par les lumières que la foy refpand
dans l’entendement, & que la foy eft opérante parla charité.
Mais quoy que ces deux vertus foient fi eftroitement conjoin­
tes : nous difons pourtant qu’elles font diftinéles en leur natu­
re , Sc que leurs effets font diuers. C’eft le propre de la charité
d’offrir Sc de don ner nos cœurs à Dieu : mais ce n’eft pas cette
aétion qui nous iuftifié. C’eft le propre de la foy d’embraffer
les promeffes de grâce, Sc la iuftice de Chrift; Sc c’eft par cctte
acceptation que nous fommes iuftifiez : car à celuy qui tt*amure
point, mais croit en celuy qui itfifie le mefehant, cc n’eft pas la cha­
rité ,mais fifoy qui luy eft allouée pour juftice 3 comme dit Sainél
S*
Paul.
La féconde objection de Monfieur le Bachelier contre cet­
te Doctrine eft prife des paroles de Sainél Iacques. Car cét
Apoftre dit en fon Epitrc Catholique. Abrahamnofire Pereriail point esté iuftifié par les œuures ayant offertfonfils ifaac fur PAutel ?
Ec puis conclud ainfi, \'oyez>-vous pas donc que Phomme eît iuftifié Z4?,2-24
par les œuures, & nonfeulement par lafÿ ? fcc fur cela Monficur le
C C iij

Deffenfe de la
bachelier s’écrie, vous dites que les oeuures ne iuftifient pas,
inontrez-le donc par l’Efcriture; alléguez d’autres, paffages
que ceux de Sainét Paul , puis que nous y auons refpondu.
I’auois preuenu cette objeétion, ou pour mieux dire cette
contradiction apparente entre deux Apoftres, à fçauoir entre
SainCt Paul& SainCt Iacques, dont l’vn femble dire le contrai­
re de ce que l’autre dit, dont l’vn femble affirmer cc que l’autre
nie. Et pour refpondre à cette obieCtion ,& rendre à mefme
temps la vérité du Chriftianifme quitte de toute la contradi­
ction qu’on luy pourroit oppofer fur cc fuiet ; I’auois diftingué
deux fortes de iuftification, dont l’vne nous déclare iuftes de­
uant les hommes, l’autre nous abfout & nous déclaré iuftes de’frtq î. ai uant Dieu ; & i’auois dit que par celle-là, Abraham a efté iuftift
parfes œuures, comme dit Sainét Iacques, parce que fesoeuurcs auoient faitparoiftre fa foy deuant les hommes,& que par
£54.2,$ celle-cy le mefme Abraham a efté iuftifié deuant Dieu parla
foy fans les oeuures, comme dit SainCt Paul : parce que fa foy
par laquelle il a embraffé la promefte de grâce,luy a efté impu­
tée pour iuftice, comme dit le mefmc ApoftrcSur cela Maiftre lean Chiron s’eftonne de cette diftinCtioa
comme d’vn prodige de menfonge. Ne dites-pas, replique-il,
que S. Iacques enfeigne que les bonnes oeuures ne iuftifient
pas deuant Dieu, mais feulement deuant les hommes i car en
quel chapitre auez-vous trouué cette belle remarque $ Et d’où
eft-ce que vous tirez cctte glofe? Sans doute c’eft l’efprit de
menfonge qui vous l’a fuggeréeEn quoy vous me pardonnerez ft ic dis qu’il parle comme
vn icune homme, & que ie mefoucie fort peu de me iuftifier
deuant vne perfonne qui me condamne auant que de m’auoir
entcndu.Mais fi vous rue demandez en quel chapitre i’ay troulié cette remarque i ic vous diray que ie I’ay trouuée dansle
chapitre troifiéme del Epitrc de Saind Paul aux Galatcs, où
Çcf.j ii il dit que parla Loy nul riest iuftifié enuers Dieu-, je lay trouuée
dans le Pfeaume cent quarante troifiéme, où le Prophète Dauid parle ainfi
aucc ton (èruiteur»
2. dans le neufiémv chapitre du Liure de lob, où cét homme de
bien tient vn femb labié langage , Comment l homme mortel ftettf.

cinquième Refyonfèi

iby

flifîerail entiers le Dieufort ? Cét Apoftre grand Vaifleau d’EIeétîon fous la Loy de grâce ; ce Prophète homme félon le cœur
de Dieu fous la Loy de Moïfe j ce Perfonnage , ce Prince du
Leuant, qui fut entier & droit dans la loy,de nature, recônoiffans tous trois que l’homme ne fepeut iuftifier deuant Dieu,
aduouënt qu’il peut eftre iuftifié deuant les hommes.
Si vous me demandez encore d’où c’eft’quc i’ay tiré cette
glofe : ie I’ay tirée de Theophylaétc, qui dans fes Commentaires fur l Epitre de Sainét Paul aux Galates fait cette remarque.'c‘~
11 a fort bien dit que nul n’eft iuftifié par la Loy enuers Dieu:
parce que d’auanture il fe peut faire que ceux qui font fous la
Loy paroiftent iuftes deuant les hommes.
le I’ay tirée de Sainét Auguftin qui a fait la mefine glofe
auant luy fur ces paroles de Dauid, parce que nul Piuant nefera tufifé deuant toy. Ce n’eft pas en vain qu’il a adioufté dcuânt toy; T/49.
parce que quelqu’vn peut eftre iuftifié deuant les hommes, &
accomplir ce qui eft requis félon la Loy, pour viurc fans repro­
che deuant eux.
Ic l ay tirée de ce mefine Pere qui glofc de la mefme façon»
les paroles de Sainét Paul. Parce que nulle chair nefera iuftiféc de' '
uant Dieu par la Loy. Cela fe peut bien , dit-il, deuant les homg,
mes , mais nota pas deuant celuy qui cft infpcdeur des
cœurs.
Enfin ie I’ay tirée de ce mefme Dodeur, qui fait vn fembla­
ble Commentaire fur ces paroles du Prophète, d'autant que nul
Mît
vivant ne fera iuftifté deuant toy. Tout viuant fe peut iuftifier 2*
peut eftre deuant foy, mais non pas deuant toy : comment do­
uant foy? en fccomplaifant, mais ente defplaifant. Mais dé­
liant toy nul viuant ne fera iuftifié: ne vueillcs-donc point en- • - <
trer en iugement auec moy, Seigneur mon Dieu : far pour fi ^ug. in
droit qu’il me femble que iefois, fi tu me veux adiufter à la rei- ^1,^3
gle que tu tires de ton threfor, ic me trouueray dépraué.
S i Monfieur voftre Bachelier euft fçcu que ce Dodeur & ce
Pere auoient fait cette glofc, il n’auroit pas dit fi hardiment
contre toute vérité, que l’cfprit de menfonge me l’a fuggeréej
& n’auroit pas fuiuy fi legerement les impuifions de l’cfprit de
calomnie & de témérité.
Mais il dira p eut- cftre que quoy que cette glofe- foit Terifâ-'

lo8

D éfenfe de la

ble, i’cn fay pourtant vne faufile application au fuiet d’Abraham. Qu’il life Sainét Auguftin, & il trouuera que pour faire
voir que Saind Paul & Sainét Iacques font d’accord : Ce Pere
rapporte la iuftification d’Abraham dont parle Sainét Paul à la
Foy, comme à la caufe, & la iuftification du mefme Abraham,
dont parle Sainét Iacques aux œuures comme aux effets qui
l’ont fait connoiftre aux hommes. Pour cela, dit il, S. Paul
fe fert de l’exemple d’Abraham, parce que fans les œuures il a
c{té iuftifié par la foy
Saint Iacques I’employe aufti, parce
5*-* 76- qU’jj dernontre que les bonnes oeuures ont fuiuy la foy du mcf­
me Abraham. Sainét Iacques a recommandé les oeuures d’A­
braham, dont S. Paul recommande la foy, & ces deuxApoin ftres ne font point contraires. Mais Sainét Iacques dit que
Q i1* I’oeuure d’Abraham a efté connu de tous. Abraham offrit
à Dieu fon fils pour eftre immolé, c’eft vn grand oeuure > mais
il cft de la foy.
Et afin qu’il nc die pas que ie prens mal les paroles de Saint
Auguftin, qu’il life voftre Doéteur Angélique, & il verra qu’il
eft infpiré comme moy de l’efprit de menfonge, quand il parle
ainfi fur ce lieu de Sainét Iacques. Il eft dit au fécond de Saint
Towi in Iacques, Abraham nofire Pere ria-il pas efié iufiifié parles œuures'.
Çal. c, j je refpons, dit-il, que iuftifier fc peut prendre en deux façons,
à fçauoir ou quant à l’execution ou manifeftation de la iuftice,
1 homme eft iuftifié par les oeuures qu’ila faites, c’eft à dire cft
montré iufte. Les oeuures, adioufte-il, ne font point caufe que
quelqu’vn eft iufte enuers Dieu unaispluftoft ce fôt des exccutæns & manifeftations de la iuftice. Enfin qu’il life la glofe
»»
ordinaire de voftre Bible fur l’Epitre de Sainét Iacques ; &il
y««c>. 2» trouuera qu’Abraham n’a pas efté iuftifié par les oeuures qu’il
a faites, m^s par la feule foy : mais que fon oblation efl l’oeuure & le tefmoignage de fafoy & de faiufticc.
Le Bachelier dira-il encore que cette glofe a efté diétée par
l’efprit de menfonge ? Mais lifez bien l’Efcriture, & vous trou­
uerez qu’elle eft fondée fur fa vérité. Car Saint Paul dit que
&al.î .»xr nul ricft iuftifié par la Loy deuant Dieu ; & que fi Abraham aefiétU'
î. fiifié par les œuures, x/zA» pas dequoy fieglorifier enuers Dieu, Et 5*
Jacques auant de dire qu’Abraham a cfté iufhfié par les oeu‘Jaet 2,18

WÇes,ditqueparlesoeuuresilûutraonti:erfâfoyj.St neditpaS’
r —
a.jjfoiumeûî

cinquième

onje,

i op
dbfblument que l’homme eft iuftifié parles oeuures, mais que
nous voyons que l’homme eft iuftifié par les œuures:parce ^.2,14
qu’elles font les prcuues de là iuftification, eftant les tefinoins
de fa bonne foy. Il eft donc éuident que Saind Paul parle à
ceux qui prefumoient de leurs bonnes adionscomme fi par
elles ils eftoient iuftifiez deuantDicu ; Si que Sainét Iacques»
parle à ceux qui negligeoient la pratique des bonnes œuures y
&fccontentoientdelafoy,c’eftàdircd,vne profeffion exté­
rieure de la vérité, fans en produire les véritables fruits. Que
Saind Paul agift de la iuftification intérieure deuant Dieu
. dans le Barreau du Ciel : Si que Saind Iacques traite de la iu­
ftification externe deuant-les hommes, & deuant le Tribunal •
de la Terre; que Saind Paul en vn mot confiderc la iuftificationau regard de fes caufes ;& que Saindlacques la confide-re au regard de fes effets & de fes tefmoignages.
Mais l’Apoftre, dit le Bachelier, ne dcclare-il pas en cét
endroit que la foy fans les œuures ne fauue pas, qu’elle neiivftifiepas?
Saind Iacques ne dit pas que la foy ne fauue pas fans les
ceuures, mais quand il le diroit, il ne diroit rien contre nous,
car-nous croyons quçlcs œuures font ncccftaires à falut pour
en obtenir la iouylfance : II ne dit pas non plus qu’elle ne iufti­
fié pas fans les oeuures : mais que l’homme eft iuftifié parles
oeuures Sinon feulement par la foy: ce qui eft vray au regard
de deux Tribunaux differens. I-lcft-iuftifié parles oeuures do­
nnant les hommes, qui iugent de la vérité de ion intérieur par
fes adions: 11 eft iuftifié par la foy deuant Dieu quiconnoiftles vrais fideles^
Mais la foy, dit S. Iacques, eft inutile, morte, & fins
ame, fi elle eft lansocuures. Que le Cardinal Bcllarmin refponde pour nous. La vie, dit-il, n’eft pas de l’eftence de la foy^
commc clic eft de l’efténtc de l’homme : mais par métaphore
lafoy eft appellée viuante,.quaud elle opetc,.Si morte quand
*5<
«llen’operc pgts..
Mais ne dit-il pasquç la foy coopéré auec les bonnes oeu­
vres, Si <}uc les bonnes oeuures rendent la foy complété Si
■achcuéccTl eft vray, mais que Denys le Chartreux relponde
encore pour nous. Parce que la grandeurdela ftfy par laque!-

ÎIO

«k

Defenje de

le Abraham creut à Dieu, fut par après approuuée de Di
déclarée aux autres, en ce qu’il auoit efté preft d'offrir fon Fils
à Dieu; alors donc fut connu publiquement, & comme dans
fa consommation, ce qui n’eftoit connu que de Dieu & d’A­
braham feulement, à fçauoir qu’il peut tellement fe fer en
Dieu mefme» En effet ce que dit ce Dodeur eft conforme au
ftyle de l’Efcriture,qui dit fouucnt que les chofes font confommées, quand clics paroiftent dans leur perfedion. Ainfi le»
9 Cor. ia fus-Chrift le Seigneur rcfpond à Sainét Paul que fa vertu s’ac9çomplit en infirmité, pour dire qu’elle fe montre accomplie
^mbr.in dans la foiblcfte des hommes:parce que la dcuotiçn qui ne fuc4
2,CorÀi2 çombe point fous la prefte, paroift éprouuée, comme dit Saint
de Ambroife 5 & que l’homme fe connoift plus afteurement foyad me£mie dans les tentations, comme dit Sainét Auguftin.
Ziô cî1 $•
Après cela il eft aifé de voir combien eft foible le raifonne­
ment du Bachelier, quand il dit : La foy &îes bonnes oeuures
font aftociées pour operer la iuftification de l’homme. Or la
foy, fclon tous les Religionnaires iuftifié deuant Dieu, Ainfi
il faut dire que les bonnes oeuures ne iuftifient pas feulement
deuant les hommes, mais aufti deuant Dieu.
Car c’eft comme fi ie raifonnois de la lôrtc. Le corps Srlcfprit font aflociez pour operer des aétions humaines. Or l’ame
raifonné, fclon tous les Catholiques Romains, il faut donc di­
re que le corps raifonné aufli. Si ie faifois vn tel Argument
vous me rcfpondricz fans doute que le corps & l’ame font des
aétions humaines chacun félon là portée & félon fa manière
d’agir, l’ame d’vne façon fpirituelle, & le corps dvne façon
corporelle j l’ame en raifonnant, le corps en dcfcouurantk
raifonnement par la parole. C’eft la mefme refponfe que ie
fais à l’Argument de voftreJBachelier. La foy & les bonnes
oeuures font aftociées pour operer la iuftification de 1 homme»
diuerfcmcnt&deuantdcuxdiucrsTribunaux : la foy deuant
le Tribunal de Dieu, les bonnes oeuures deuant le Tribunal
des hommes i la foy embraflant la iuftice du Médiateur, qui 1e
fait fubfiftcr deuant Dicu;& les bonnes oeuures en faifant con­
noiftre fa foy, & le faifant pafter pour iufte deuant les hommes»
Et comme vous me pourriez dire auec vérité qu’cncore bien

que l’ame fort voie auec le corps, quand clic raifonné : néant:

cinquième Reftonje,
Moins le corps nc raifonne pas auec elle. Ainfi ie P’âis dire veriçab^inea» au Bachelier, que quoy que la foy foit neceffàirenient conjointe auec les bonnes;œuures,qj’-and elle nous iufti­
fié deuant Dieu, neantmoins les bonnes oeuures n’opèrent pas
auec elle cette iuftification.
Mais d’où vient cela, direz-vous, que la foy foie auec les
oeuures quand elle iuftifié l’homme deuant Dieu; & que les
oeuures ne iuftifient pas l’homme deuant Dieu auec la foy?
Permettez-mo>v de vous faire vne fèmblablc demande, & vous
é coûterez après cela ma refponfe. D’où vient cela que la cha­
leur eft conjointe aucc la lumière du Soleil, quand il éclaire le
monde, & que neantmoins c’eft la feule lumière qui efclairc,.
& non pas la chaleur? Vous me direz fans doute que c’eft par­
ce que le propre de la chaleur eft d’échauffer ,
que le propre
de la lumière cft d’éclairer, & que quoy que ccs deux caufcs
ioient neceflairemët conjointes, elles ne produifent pas pour­
tant le mefine effet. Si vous fçauez diftinguer ces chofes quoy
qu’eftroitement vnies dans l’ordre de la nature, il faut faire U
mcfme diftinélion dans les matières de la grâce ; & dire qu’encorc bien que les bonnes œuures Ioient infeparablemcnt con­
jointes auec la foy quand elle iuftifié l’homme deuant Dieu,
elles n’operent pas pourtant cette iuftification aucc la foy: par­
ce que c’eft le propre de la foy de iuftifier l’homme deuant
Dieu, cômc c’eft le propre des bonnes œuures de le iuftîfici?
deuant les hommes.
Si cette refpôfe nc vous fatisfh.it pas, parce qu’elle vient d’yn
Miniftre, reccucz celle de S. lean Chryfoftome. Ce n’cft,dit- Chryf,bo,
il rien d eftiange que celuy qui n’a point les œuures foit fauué Z.tnEpift
par la foy: mais que celuy qui eft orné de bonnes actions ne
:
foit point iuftifié par clics, mais>parlafoy, c’eft ce qui eft ad­
mirable , & qui manifefte principalement la vertu de la foy.La
raifon de cela eft éuidente félon nos principes parce que la
iufticc de nos bonnes œuures eftant imparfûteSi dcffcôtucufc,
elle eft incapable de fatisfaire à celle de Dieu : mais la iuftice
de lefus-Chrift que la foy embraffe eftant d’vn mérité infiny,fau qu’il eft luy-mefmcZ’£/»r»;Z noftre iuftice, Tellement que
Comme Dieu l’afuit eftre péché pour no quand il l’adonne pour ï.Cor.

nous à la mort : ainfi quand nous croyons en luy mefine, nous î fDd if

2 12

Defenje de la

fommes iufticede Dieu en luy. C’eft ainfi que S. Auguftin pj
Fnchir. donné à entendre. Iefus-Chrift, dit-il, a efté fait pechépour
ud Lan- nous * comme nous iuftice. Nous auons efté faits iur/w.f.41 ftice5 non Ja noftre, mais celle de Dieu, non pas en nous,
mais en luy-mefme. Comme luy-mefme a montré eu la forme
de chair de péché en laquelle il a efté crucifié, qu’il a efté fait
péché, non le fien, mais le noftre, non en foy, mais pour nous.
Jufl.inS- C-’eft ainfi que Iuftin Pere & Martyr du premier Siecle a exfiîl. ad pliqué ce Myftere. Quelle autre chofc a pû couurir nos pechez
Diogntt. que fa iuftice? En quel autre nous injuftes & melchans pouuions-nous cftre eftimez iuftesqu’en celuy fcùl qui eft le Fils
de Dieu ? O douce permutation, o admirable artifice, que l’i­
niquité de pluficurs coulpables foit cachée en vn feul Innocétj
que la iufticc d’vn feul falfe pafter pluficurs criminels pour
iuftes.
• Ce que Monfieur le Bachelier adioufté, que Saint Iacqucs
qui a eferit après Saind Paul, & qui auoit receu l’Ondion Sa­
crée du mefme Elprit, voyant que plufieurs ignorans abufoiét
de l’obfcurité des paroles qui font dansles eferits du mefme S.
Paul, & qu’ils fe contentoicnt d’vne foy oifiue & fainéanté,
comme les Religionnaires de ce temps : explique toutes ces
difficultez ôcdiffipe ccs tenebres, enfeignant qu’à la vérité la
foy cft le principe des bonnes œuures, mais qu’elle n’eftpas
fuftifimteà falut, fi elle n’eft accompagnée de bonnes œuuresj
Cela, dis-je, contient vn peu de vérité déguisée par le menlônge. 11 eft vray que Saind Iacqucs explique aux libertins de
fon temps comment il faut entendre les paroles de SaintPaul
au fait de la iuftification : mais ce n’cft pas à dire que s’il y a de
I obfcurité dans les eferits de Saind Paul fur cette matière, il
ne Paye tien éclaircie luy-mefme. Car comme a remarqué S.
Auguftin,il prefcheaficz en plufieurs lieux & ouuertcment,
80 \uaft. que tous ceux qui ont crciï en Iefus-Chrift fôt obligez de bien
86 viurc.
C’eft y ne v'erité que nous croyons auffi bien que vous : mais
il eft entièrement faux, que ceux qu’il appelle Religionnaires
.de ce temps Ce contentent d’vne foy oifiue & feineantc. Si
vous lifez ma refponfe, vous y trouucrez comment nous aficurons que la foy iuftifiantc cft opérante par charité j qu’elle cft-

cinquième Re/ponje,

.

irréparable des bonnes œuures,Ôc quelle les produit neceflairement. Si vous regardez noftre Confeffion de Foy, vous y
lirez que la foy non fculemét ne refroidit pas l’affedion à fain- Confeflion
tement viure, mais qu’elle l’engendre, & qu’elle l’excite en
f°y'
nous , produifant necelTairemcnt les bonnes œuures. Si vous art-i ?*s
lifez les eferits de nos Dodeurs fur cctte matière : vous y trou- #
lierez cette vérité fouuent répétée, que la foy fans les œuures
Vi’eft point vne vraye foy, & qu’elle n’en eft que l'ombre & le
phantofine. Si vous entrez dans nos Temples, vous entendrez
refonner tous les iours cctte mefme vérité fur les Chaires.
Et fi la dépofitiô de nos ennemis ngrvous doi?pas eftre fulpe#e,ie pourrois vous alléguer le tefinoignage de plufieurs de
vos Dodeurs,qui donnent le démenty à voftre Bachelier fur ce
poind, & qui font voir que noftre foy n’eft pas infruducule:
Mais il plaift ainfi à Maiftre lean Chiron de noircir noftre Profeffion par des calomnies. C’eft le mefme reproche que Iulien
faifoitauxfidelesdefontcmps,difant, que toute leur fagelfe ,J ‘
n’eftoit rien au-de-la de croire :c’eft la mefme objedion que
les Payens faifoient auxChreftieils du temps de SaintCypricn, cypr. in
difans que leur Religion ne confiftoit qu’en la feule perfùafion xpl.Syn.
de la foy. En quoy nous auons fuiet de nous éjoiiyr comme tsipoÜ»
compagnons des anciens fideles 5 & de croire que la caufe que
nous fouftenons eft la mefine que deffendoit Saind Cyprien :
puis qu’on la charge faulfcment des mefmes accufations & des
mefmes reproches.
Ce que Monficur le Bachelier allégué de Saind Auguftin
pour montrer que S. Paul n’a pas efté bien entendu de ceux
qui ont pensé qu’aprés auoir creu en Chrift ils pouuoicnteftre
fauuez par foy encore qu’ils fiffient mal, & qu’ils menafl’ent vne
vie mefehante dansles exccz & dans les crimes • & que Saind
Iacques rapportant les œuures d’Abraham, fait afles voir que
l’Apoftre n’enfeigne pas que l’homme eft tellement iuftffic
fans les œuures, qu’il fe doiue difpenfèr de faire des bonnes
œuures : mais pluftoft que perfonne ne doit prefumer auoir at­
teint le don de iuftification par le mérité d’aucunes œuures
précédantes • tout cela eft fort vray: mais cela eft fort contraire
àla Dodrinc de I’Eglife Romaine, qui enfeigne & qui croit
que les bonnes œuures faites auant la foy acquièrent la grâce,

D d iij

5

T)effenfe de la

& la iuftification par mérité de congruité. Et Saint Au guftifi
.

montre bien luy-mefme qu’il ne confidere pas les œuures,
quelles qu’elles Ioient, comme caufes de la iuftification : car
voicy comment il s’explique en fuite dans le mefine lieu. Que
fi l’homme ayant creu fort incontinant de cette vie, la iuftifi.
lib. 80. cation de la Foy demeure auec luy, fans œuures précédantes :
. p tIis qu’il n'y eft point paruenu par mérite, mais par grâce, &
7.^î
ûns œuures fubfcquentcs : puis qu’il n’cft point laifté envicî
D’où il paroift que les œuures nc font pas ce qui nous iuftifié -,
puis que la iuftification fc fait fans les œuures qui la precedent;,
& puis qu’elle demeure fièvre en celuy qui meurt,encore queles
ceuurcs ne lafuiuentpas.
'
'
Enfin la confequence que Monfieur le Bachelier tire des
paroles de Sainél Auguftin, à fçauoir que les œuures faites
auant la foy ne contribuent rien à la iuftification de l’homme;
mais que celles qui fuiuent la direélion de la foy font non feu­
lement vtiles, mais aufti ncceflaires au falut des adultes; ce
qu’il adioufte de Sainél Ambroife, que la foy eft tres-falutaire,
& qu’il n’eft pas poffible d’eftre fauucz fans elle : mais que la
foy nc fuffit pas,& qu’il eft neceffaire qu’elle foit accompagnée
des bonnes œuures, ce font des veritez inconteftables , & qui
n’ont pas befoin de répliqué : parce que nous les croyôs mieux
que luy. Mais tout cela ne prouue pas que les bonnes œuures
qui font necelfaires pour nous mener au falut, foient neceftaircs pour nous mener à la iuftification deuant Dieu. Au con­
traire cela fuppofe que la iuftification fe fait fans elles : puis
qu’elles la fiiiuent, comme les effets fuiuent la caufe qui le*
produit.

Cette creance de la iuftification de l’homme deuant Dieu
par les œuures eft vne Doélrine Iudaïque, Mahometanc, &
Arrienc. LcTalmud des Iuifs eft remply de telles declaratiôs,les Enfans dlfraél croycnt &viuent bien ;& par ces chofes ils
font iuftifiez : l’Alcoran de Mahomet contient ces paroles,
Nous auons confiance & faifons des œuures ; &par ce moyen
la iufticc & le falut aduient à noftre amc. Le Cathechifmc
nouueau des Arriens dit que ce n’eft pas la feule foy, mais les
œuures aucc la foy qui iuftifient. Pour donc nous tenir à lx

Doélrine de Saind Paul d de Sainél Iacques , nous concluons

cinquième Rèjponfî

îï$

auec le premier, que nous Iommes iuftifiez deuant Dieu par la
feule foy fans les œuures : & difons auec le fécond que pour
eftre iuftificz deuant les hommes, nous deuons par les œuures
montrer noftre foy. Nous croyons auec Saind Panique fans Hù» u.
la fanttifcation nul ne verra le Seigneur ■: mais nous difons, que H*,
routes les œuures de fainteté que nous pouuons faire, ne nous
acquierét point le droit à cette vifion.mais la iufticc duMediateur qui nous eft imputée par grâce, & que nous acceptons par
la Foy.
Cefentiment eft fi véritable que vous ne le reietterez pas, fi
vous voulez fuiurela creance de plufieurs de vos Dodeurs. S’il •
faut tenir le party le plus afleuré dans les affaires du Salut, vous
• direz auec le Cardinal Bellarmin, qu’à caufe de l’incertitude
de noftre propre iuftice, & du danger'de vaine gloire, c’eft
le plus afleuré de mettre toute fa confiance en la feule miferi-w
corde &£. bénignité de Dieu.
Vousreconnoiftrez auec luy-mefme que comme nospe- TtcÜarmi
chez font imputez à Chrift quant au deuoir de fatisfaire, lib. 2. Je
dont il s’eft chargé volontairement: ainfi fa iuftice nous eft im- "‘fiputée quant à la latisfadion qu’il a rendue pour nous.
AuecîeDodeCaflader,vous mettrez hors deCôrrouerfe,que „
la iuftice par laquelle nous fômes iuftifiez, confifte en la rcmjf- co„pt ‘
fion des pechez, c’eft à dire en ce que les pechcz ne nous font art.
point imputez à caufe du mérité de la Paffion de Chrift, qui
n’eft autre chofe que l’imputation de fon mérité.
Enfin.vous confefferez auec d’autres Dodeurs Catholiques, Staplet l.
qui font parmy vous infignes en Dodrine & en pieté, que 7. de iu~
l’homme eft feulement iuftifié par l’imputation de la iuftice àcflfc. $.
Chrift, entant que noftre foy embrafte la mifericordc de Dieu,
& la Iuftice de Ie svs.

Sixième demande du sfkfifîionnaire.
V l’on peut lire ce qui cft dâs l’Article vingt-quatt iéme,
que la Confcffiô auriculaire eft proccdée de la boutique
de Satan, & ce qui cft dit dans le mefme endroit, que

O

Defenfe de la

5Ï6

l’intcrcefiîon des Sainds n’eli qu’abus & fallacc de Satan'
comme aufli le Purgatoire.

Refponfe à la fexiéme demande.
’I L efl; vray qu’il n’y a nulle Communion de Chrffl: auec
Belial , comme dit l’Apoftre, & qu’il cftimpofîible de feruir à deux Maiftrcs, qui ont des fentimens contraire?,
comme Iefus-Chrift luy-mefme nous le fait entendre. 11 faut
neceffairement en matière de foy, que tout ce qui n’eft poinp
forty de l’Efcolc de Iêfus-Chrift, qui eft vn Dodeur de vérité,
foit procédé de la boutique de Satan

S

Répliqué du Catholique Romain,

H

’EST icy où le Miniftre rusé,plein d’artifice St d’inucation humaine, manquant tout àfaitd’Efcriture a recours
au raifonnement humain, pour fonder fôn Article de
Foy : car voicy comment il raifonne.Tout cc qui n’eft pas coqforme à la vérité du Fils de Dieu ,n’eft qu’abus & fallace d’er­
reur, & tout ce qui n’eft pas forty de FEfcole de Iefus-Chrif
eft procédé de la boutique de Satan, ôec.

C

Deffenfe generale du Catholique Reformé.
E S T icy où Monficur le Bachelier manquant tout a
fait deraiion, a recours au meftier des Miffionnaires
qui veulent faire a croire que nous n’auons point qS*'
criture, pour prouuer nos Articles de Foy, fi nous ne les fæ

C



'

fons

fîxiêm? Ryjponfî,

ïÿ

fons pas lire dans l’Elcriture en autant de mots, & qui appel­
lent inuention humaine, artifice & raifonnement humain les
.confequences legitimemét tirées des principes de l’Efcriture.
Certes fi cela eftoit vray, nous pourrions dire que les Apoftres
manquoient tout à fait d’Efcriturc poifr prouuer vn Article de
Foy, qui eft le fondement de toute la Foy Catholique, à fçauoirqucIcfuscftleChrift. Car où eft-cc qu’ils auroient pu
trouuer vn texte formel pour prouucr faqs confequencc 6c
montrer fans raifonnement, que Iefus Fils de Marie, que ce
Iefus que les Iuifs auoient crucifié corne vn malfaictcur, eftoit
le Melfie que Dieu auoit auparauant promis par fes Prophètes
dans les Efcriturcs? Cependant il cft eferit que Saind Paul
expofant par tefmoignages le Royaume de Dieu , induifoit les Acl. a?.
Iuifs à croire ce qui efl de Iefus , tant par la Loy de Moyfe que 23.
par les Prophètes. Et il eft dit qu’Apollos conuainquoit pu*8.
bliquemettt les Iuifs en grande vehemence y démontrant par les 2^*
Efcritures qu: Iefus eftoit le Chrift Comment pouuoit'il mon­
trer cela par l’Efcriture : puis qu’il n’çftoit nullement efetit?'
Certes il ne le pouuoit faire voir que par illation de-duite
de l’Efcriture; 6c quoy que la dcmonftrationfoit le plus par­
fait de tous les raifonnemens,il ne pouuoit pourtant le démon­
trer que par confequencc tirée de fes principes. Mais fi lus
Miffionnaires plus rufez 6c plus malins que les Iuifs euflent
efté de ce temps-là, ils n’auroient iamais pû eftre conuaincus
de cette vérité par l’Efcriture : car ils auroient dit hardiment
à ccs hommes Diuins&puiftansés Efcriturcs, quilscn man-.
quoienttout à fait ; ôc-tous leurs raifonnemens euflent paffé
pour des artifices humains.'
Monfieur le Bachelier ne fe contente pas de donner ce nom
ù-monraifonnement,mais il l’appelle encore vnbeau début
digne d vn Sophifte 6c d vn Docteur de menfonge; & pour déeouurir la faufteté qu’il fuppofe dans mon Argument, il y fait
trois rcfponfes. La première eft vne inftancc dans laquelle il
croit me confondre, 6e refpondre à mon Argument par vn au­
tre de mefme fabrique. C’eft pourquoy, dit-il, fi félon le con»feil du Sage, nous deuons refpondre à vnfol fuiuant fâ folie,Mcfpondons à AfimcffSt par Alîmont mefine; & faifons-luy voir
fon cireur par fon propre raifonnement.

*1$

Béfcnje generale

Tout ce qui n’eft point Jorty de tEjcole de lefus-Chrift eft procé­
dé de la boutique de Satan.
Or f Argument d'Afimont ne procédé pas de PEfcole de Iefus.
' •
Chrift,
Donc l'Argument d Afmont vient de F Efcole de Satan.
Et puis adjoufte pour fe donner l’applaudiflcmcnt qu il mé­
rite, il y en auroit afl’cz pour le confondre.
Pour refpondre à cet Argument, ie reçois la majeure com­
me trçs-veritable : car il eft vray qu’il y a deux Efcoles au mon­
de, à fçauoir l’Eglife & la fynagoguc de Satan. Dans celle-là
lefus-Chrift qui en cft le Maiftrc, y enfeigne toutes les veritez
Ica 14.6 du falut : car il cft letcfmoin véritable iSc la mcfme vcrité.Dans
cellc-cy le Diable qui en eft le Dodcui, n’y enfeigne que tou­
te forte de fallaces, d’erreurs & d’hereftes contraires aux verilcd 8,44 tez du falut : parce qu’il eft le pere de menfonge. Comme les Mai­
ftres de ccs deux Elcolcs font tellement oppofez,quclclusChrift cft venu pour défaire les œuures du diable s & cuele
diable cft toufiours cnoemy & pcrfecuteur de lefus-Chrift:
aufli les leçons qu’ils dônent, fbt tcllcmét contraires en matiè­
re de foy, qu’il n’y a point de milieu entre la Doélrine de véri­
té qui procède de Iefus-Chrift,& la dodrine de menfonge qui
émane du diable : puis qu’il eft vray .que toute vérité falutaire
procède de Iefus-Chrift, & que tout erreur & fout menfonge
procède du démon.
Mais la fécondé propofition du Bachelier cft tres-faufîe, a
fçauoir que mon raifonnement nc procédé pas dcl’Efcole de
Iefus Chrift. Car cc Souuerain Dodeur inftruit fes Difciples
dans fon Efcolc qui cft l’Eglife, d’vne double façon,& rcfpand
deux fortes de lumière dans leurs efprits, à içauoirvnelumiefan 1. 9 rc naturelle qui cft celle de la raifon : car il eft cette lumière qui
lumine tout homme tenant au monde ; & vne lumière fur- naturelle
qui cft celle de la foy, pour croire aux chofcs qui font dites de
Htbii.i luy dansles Efcritures: car il eft le chcf& le confommateur delà
fy. S uiuant cela il eft éuident que mon raifonnement procède
dcl’Efcole de Iefiis-Chrift, Autheur de la raifon &dc la foy:
puis qu’il eft tiré de l’Efcriture qui cft la rcigle de la foy, par
lumière de la raifon éclairée de cc flambeau.

Dans la féconde refponfe Monfieur lcBachelief nie la ma;
z

tfe lafaiéme fyfanfa

n

Jeure de mon Argument. Où aucz - vous trouüé, dit-il, que
tout Ce qui n’eft pas forty de l’Elcole de Iefus-Chrift n’eft
que menfonge & fallace*
Mais il y a fallacc en luy-mefme
il paroift à fon langage
qu’il n’eft pas des Difciples de Iefus-Chrift, qui parlent en vé­
rité .-puis qu’il change les termes de ma propofition pour en
changer lefens. Cari’aydit quil faut neceffairement en ma­
tière de foy, que tout cc qui n eft pas forty de FEfcole de IefusChrift , qui eft vn Docteur de vérité, foit procédé de la bouti­
que de Satan qui eft le pere de menfonge; & que tout ce qui
n eft pas conforme à la vérité du Fils de Dieu , ne foit qu’abus
& fallacc d’erreur.. Sicespçopofitionsnefont pas véritables,
il faut dire que quelque vérité de foy peut procéder de la bouti­
que du pere de menfonge ; ou que quelque menfonge & quel­
que erreur peut procéder de FEfcole du Dieu de vérité. Que
fi elles font véritables, pourquoy faut-il demander où ie les ay
trouuécs ? puis qu’il eft défia fuppofé qu’elles ne peuuent venir
que de cette mefine Efcole ?
Maispuis que le Bachelier eftpreft à les nier, fi iene luy
marque pas le lieu où ie les ay trouuées : ic luy diray que i’ay
trouué l’vne & l’autre de ces veritez dans l’Efcriture Saindc;&
que Saint Auguftin les a trouuécs toutes deux auant moy dans
cc mefme liure,, qui eft celuy qu’on lift dans FEfcole du Fils de
Dieu. Iaytrouué la première dans l’Euangile, où Iefus Chrift Mat. 12.
fait cctte déclaration,
n’eft point auec moy^ il eft contre moy. 50.
Cctte Sentence eft generale & vniucrfellcmét véritable félon Corn.favos Commentaires; & Saind Auguftin en tire cctte confc­ fen. tn
quence qu’il n’y a point de milieu pour perfonne : Tellement
que celuy qui n’cftpoint aucc Iefus-Chrift, ne peut eftre qu’a­ I. âe peuec le diable. C’eftla mefmc confcquence que nous en tirons cat.merit
pour le regard des dodrines en matière de foy : de forte qu’il es" remiÇ.
faut quelles procèdent de FEfcole de Iefus-Chrift ou de celle cap. 2 8du diable ; & Monficur le Bachelier n’cn fçauroit marquer vne
feule fur ce fu j et qui ne vienne de FEfcole de l’vn ou de Fautrc.
Car certainement fi elle eft faufle, il faut necelTairemcnt qu’el­
le vienne dcl’efcolc de Satan :pu^ qu’il eft l’efprit d’erreur &
de menfonge: & fi elle eft véritable, il faut de toute neccflité
qp’elic procédé defèfcole de Iefus - Chrift: j puis qu’il eft vn
E « ij

22.0

1

fiejfcnjè generale de Lt

Jean 16. Doélwtr véritable, dont l’Efpnt enfeigne toute vérité,
*î«
La féconde propofition n’eftpas moins.éuidente, à fçauoir
que tout ce qui n’eftpas conforme à la vérité de Iefus Chrjft
en matière de foy, n’cft que fallace d’erreur & de menfonge,
Car comme il n’y a rien de bon, qui n’aye quelque participa­
tion de la Souuerainc bonté ; aufti n’y a il rien de véritable,qui
n’aye quelque conformité aucc la vérité première. Tellement
que fi le Bachelier nie cette propofition incontcftable : c’eft
parce qu’il veut auoir la liberté de vous débiter desdoélrincs
pour véritables en matière de foy, encore qu’elles ne foient
point conformes à la vérité de Chrift. Mais l’Efcriture le cont^ean t. damne aufti bien que la raifon : carw#/fçauons, dit Saint lean,
2 r,
que nul menfonge rieft de vérité j & qui connoift Dieu notes efeoute^ dit
t. 7^5 4 luy mefmc, qui riestpoint de Dieu ne nous efeoute point : à cefjconnoiffons-nctes l’Efprit de vérité & l’efprit d’erreur. Et puis que lcrEn rcur n’eft autre chofe qu’vn égarement de la vérité, comme dit
Sainét Auguftin ; puis que c’eft la vérité qui corrige l’erreur^
cap. 17.* comme dit le mefmc Pere: Il faut ncceflaircment que tout ce
e^fur.lib qui s’éloigne de la vérité de Chrift en matière de foy tombe
8. de Ci dans la fallace de l’erreur. Enfin fi tous ceux qui mentent ne
nit.'Dti. font point de Chrift qui eft la vérité, félon le fentiment de ce
cap. 24. nicfme Doélcurztout ce qui choque la vérité de Çhrift ne peut
c^rc flu a^>us menfonge.
/mAF. j.
Donc fuiuant voftre raifonnement,dit le Bachelier,les cinq
Liures de Moïfci les Prcdiétions des Prophètes, & enfin tout
1 Ancien Teftament eferit auant la venue de lefus-Chrift n’cft
qu’abus & fallace. Ofcricz-vous, adjoufte-il, fouftenir ce blîf
pheme?
Mais vous Maiftre lean Chiron, doéte Bachelier, oferiezvous fouftenir que les Liures de l’Ancien Teftament qui ont
cfté eferits auant la venue de lefus-Chrift, n’ayent pas efté df
élcz dans fon Efcolc ? Quoy vous imaginez-vous quelcfu5'
Chrift n’ait cfté que depuis fon Incarnation ? hé ne fçauezvous pas epa’il ejl le mefme hier çf aujourd’huy, çf eternellcme^
§.
ou pouuez vous douter que les Prédirions des Prophètes ne
foient pas proccdées de fon£fprit? Certes fi vous en doutez?
vous eftes dans vne groftiere erreur par yne craffe ignorance
des Efcritures. Et fi vous en voulez fortir, lifez les Epitres fl?

iii

• fîxiéme Rcfponfi.

Sainct Pierre ,Sc il vous apprendra que tEfprit Prophétique de i.TierX»
de Chrifi qui eftoit en eux , rendant auparauant tefinoignage^ déclarait 1 Is
les foufirances qui deuoient aduenir à Chrifi) & les gloires qui s3en denotent enfiuiure.
Lifez Saind Auguftin, & vous trouucrez dans cette gran­
de ïlimiere dequoy diffiper les tenebres de voftre erreur. Car il
dit expreflement que Iefus-Chrift luy mefine fe prefehoit dans
«
les Prophètes : parce qu’il eft la parole de Dieu, & qu’ils ne di*42!
foient rien dans leurs Prédirions, qu’ils ne fuffent remplis de
cette Parole. Tellement qu’ils preccdoicnt celuy qui deuoit
venir ; & neantmoins il n’abandonnoit pas lès deuanciers.
Enfin fi vous liiez bien voftre Breuiaire, vous y trouucrez
ce mefme paffage de Saint Pierre, qui vous ramènera de voftre Domin.$
égarement, fi vous entendez le Latin. Cependant puisque pfiPuJe*
vous faites profeffion d’inftruire les Paylàns, je vous exhorte ieti ’’
auec lemclroe Apoftre à ne vous conformer plus aux defirs de
voftre ignorance, qui vous porte à contre-dire aucuglement
toutes les vcritez quifortent de la bouche des Miniftres. le
vous exhorte comme enfant n’agucrcs né àdefirerlelaid d’in- i.T’ier.t
telligcncc, qui eft fans fraude, auant que vous vous mefliez.de 2.
le diltribucr aux autres.
Et vous Meilleurs les Catholiques Romains, ie vous prie
d’agréer que ie vous fafle cette proteftation, que ie ferois bien
* marryîde m’eftre engagé en diiputc aucc vn Nouice en Théo- «t
logie, qui ignore les fondemens de voftre Religion & de là
noftre, & qui ne feait pas mefine les communs principes du
Chriftianifine:fi ic n’auois intention de vous defcouurir les ve­
ritez de noftre creance que l’on vous cache, & les abus de vo­
ftre Religion, que l’on vous couure pour vous y détenir.
La troifiéme refponfe du Bachelier nie la mineure de mon
Argument. Où cft,dit-il, le telinoignagequi dife que la Confeflion auriculaire, l’Intcrceflion des Sainds, & le Purgatoire
ne lont pas fortis de l’Efcole de Iefus-Chrift? Direz-vous que
c’eft parce que les Apoftres Sc les Difciplcs du Sauueur n'en
ont rien laiflé par écrit ? certes cela eft -faux. Car nous liions
dans Sainct lean & dans Saind Mathieu que le Diuin Sauueur
a donné pouuoir aux Apoftres de remettre les pechez. Nous
liions aux Ades des Apoftres que les Chrefticns de la primitif

Eeiij

£îî

Deffenfe generale

ue Eglife confeffoient leurs ades, c’eft à dire leurs pechez auy

mefines Apoftres» Nous lifons dans l’Apocalypfe qu’il y a des
Vieillards qui tiennent des Phioles remplicsdes Oraifons des
Sainds. Nous lifons dans la premicreEpitre aux Corinthiens,,
qu’il y en a qui feront fauuez corne par le fçu : ce que les Saints
Peres expliquent du Purgatoire. Il n’eft donc pas vray que Ces
Dodrines ne fe trouuent pas dans les eferits des Apoftres.
Pour refpondre aux deux premiers paffages de Saind lean
&de Saind Mathieu, il faut deuincr le raifonnement du Ba'RJcbard chelier. Voicy comment le forme vn devosfçauants Scolaftf
4. Sent, ques» Iefus-Chrift donne àfes Apoftres & à leurs Succcflcurs
difl. 17. la puifïance de iugcr& de remettre les pechez en qualité de fes
Jean. 20- Miniftres, quand il leur dit d quiconque vota pardonnerez, lespev 23» chez-jlsferont pardonrlefj & d quiconque vota les retiendrez ilsferont
'JCtth.iZ Menus ' & cn d’autres termes j en vérité ie vota dis que quoy quev. 18? vota aurez liéfur la terre, ilfera lié au Ciel & quoy que vota aurez
defliéfur laterre yilfera deflté au Ciel. Or ceux, adioufté-il, à qui
l’on donne la puifïance de iuger, reçoiuent aufli la puifïance de
t
connoiftre; & la connoiflance fc fait par l’accufation & par U
déclaration des pechez-,
Biel. ex
Mais qu’vn autre Dodeur de FEfcole Romaine relponde
4. fent. pour moy rla puiffance de iuger eftdonnée aux Apoftres,mais
dift. vj. la neceflité de confeflèr n’eft pas impofée aux pécheurs. Plu-»
i- fleurs s’efforcent ,dit-il,.mars la plufpart en vain, de montrer *
que la Confeflion aduellc efi: necefîaire. Et certes on ne peut
la démontrer fuffifamment par la neceflité de la remifïion des
pechez : car quoy que la remifïion des pechez foit ncccflaire à
falut : neantmoins laConfeflion,dont nous parlons ne 1 eft pas:'
parce qu’il y avn autre moyen fuffifant. pour obtenir cette re­
mifïion fans la Confeflion aduellc. à fçauoir la contrition di»:
cœur, par laquelle le péché eft délia remis auant qu’onle confeffe au Preftrc.
Au refte quand Iefus-Chrift a donné aux Apoftres la puiffancedesClcfsj&Jedroicdercmettrelespcchez, ce n’apas
efté par vne authorité iudicielle,dont ii les ait inueftis,comme
les Princes fondeurs luges : mais feulement par vne promul­
gation de fes Arrefts, & par l’annonciation des nouuelles de
de grâce , com me les Hérauts qui portent les lettres de grâce

de laJixiéme Rcjponje}

îî|

de la part du Souuerain à vn criminel. Mais Dieu ie referue le
droit d'effacer la tache du péché, de pardonner l’offenfé, &
d’ofter l’obligation à la peine.
lib'.
Comment eft-ce que Chrift, dit Saind Ircncc, pouuoit
nous remettre les pechcz que nous douions à noftre Créateur 4- 57& à noftre Dieu, s’il n’eftoit pas le Souuerain Seigneur ? Et
ÿdem.lib.
comment, dit luy-mefme, les pechez font-ils bien remis, fi ce­ 5. cap.if
luy contre qui nousauons péché, ne nous en donne paslareiniftion ?
11 n’y a que Dieu feul,dit Tertulien,qui reinette les pechcz, Tcrt. de
Taptif.
& qui donne l’Efprir.
Il n’y a que le feul Seigneur qui puiffefaireniifericorde, dit Saind Cyprien; celuy-là feul peut odroyerle pardon Cypr.fer.
des pechez, qui les a portez, qui a efté affligé pour nous, & ’ÿ.île Latff-.
que Dieu a liuré pour nos crimes.
Comment donc, direz-vous, eft-ce que les Apoftres &
leurs fucceffcurs remettent les pechez dans l’Eglife? S. Paul
vous apprendra que c’eft en déclarant cette remiflîon aux pé­
cheurs rcpentans,& leur difant, comme il difoit aux fideles
3.’
d’Antioche , notes vous Annonçons la remifiion des pechez, par
38.
Christ.
.
Saind Ambroife, cité dans voftre droit Canon, vous enfei- /Imbr.in
gnera, que c’eft la parole éternelle de Dieu qui remet les pe­ jur. Cano
chcz ; que le Preftre ne fait que rendre feruice, fans exercer le
droit d’aucun pouuoir; qu’ileftle Miniftre & non pas le Sei­ Jdem l 3.
dt Spir.
gneur de la promelfe & du bien-fait d’autruy; & que lesPre- Sto. c.19
ftrcs ne foqj que prier, nuis que c’eft la Diuinité qui donne le
pardon..
Saint Chryfoftome vous dira que c’eft icy vn lieu de méde­ Chryfho.
cine, & non pas de iugement, & que c’eft la pénitence qui 9. de poen*
donne non les peines, mais la rcmiftion des pechez.
Enfin vn Dodeur de voftre Efcole vous afteurcra, qu’il n’y tJUarfil.
a que Dieu qui remette les pechcz, de telle forte qu’il nettoyé Pammn.
deffenf
l’ame de la tache intérieure, & l’abfout de la dette de l’eternel - in
pacts.p. 2
le mort; mais qu’il n’a pas donné ce pouuoir aux Prcftrcs : qu’il cap. (5,
leura pourtant donné la puilfance de lier & de deflicr, c’eftà
direde montrer qui font ceux qui font liez & defliez douane
Ion Tribunal.

I
iïq

Defenfe generale

Le troifiéme paffage que ie bachelier allègue pour la Con*
feffion auriculaire eft tirée du Liure des Atftcs, ou il cft dit que'
tsfiï.tp. plufieurs de ceux qui auoient creu vendent confejfans^fi declarans leurs18.
ailes. Mais Sainét Chryioftome entend cela du récit des mira­
Chryf. bo cles qu’ils auoient opérez. Les croyans,dit-il,aienoientcontntl.41.in feflans & annonçans leurs adions, c’eft à dire qu’ils declaroiéf
tsdtl.
publiquemét & auec joyc ce que Dieu auoit fait par eux : com­
me les feptante Difciples reuindrent auec ioye cclebrans les
merueilles du Seigneur.
Maisie veux qu il s’agiffe là de la confêffîon des pechcz:Qify-a-il en cét endroit pour prouuer cette énumerationpar»
ticuliereftes pechez à l’oreille d’vn Preftrc? Certes il eftéuident que Sainct Luc parle d’vne Confeffion generale , par la­
quelle les nouucllement conucrtis à la foy fc deelaroient pé­
cheurs , fans faire le catalogue de leurs emnes. Et cela paroift
par vne aétion publique qu’ils firent en fuite : car ceux qui s’e'9fioient adonneffi chofes curieufis, apporteront leurs liures, d» les brû­
Lorin* in leront deuant tout. C’eft pourquoy le Iefuitc Lorin expliquant
fdélx.lÿ ce paffage, rapporte ccs paroles à vne Confcflion qui fc failôiten general par ceux qui embraffoient la foy de Chrift auant
qu’on leur donnait le Baptefme; & dit qu’aucun des anciens
Théologiens ne prouue par cc iieu laConteffion Sacramentel­
le,ny mefine le Catechifinc du Concile de Trente,quo.v qu’ils
ayent traité ce fuiet auec exactitude.Enfin ie ne içay pas pourquoy le Bachelier ie tourmenté
l’Eiprit, pour prouuer la Confeffion auriculaire par l’authori­
Gratian-, té de l’Efcriture : puis que l’EglifeRomaine met cqjtc quciticQ
dift.1 .àt au nombre des opinions probables; Puis qu’au rapport de Mal',
pasnit.
donat il y a plufieurs Catholiques Romains, qui cftiment qu’il
JlLaldon.
n’y
a point de Commandement Diuin touchant cette Confclin fùm.t],
18. <«7-7,4, fion ; Puis que des fçauants Scolaftiques; & tous les In­
terprètes des decrets du Canon pofent que la Confeffion auri­
(flsff.iifi culaire eft vne loy pofitiue de l’Eglile ; vne confticution qui cft
5. deptt- émanée d’vne generale tradition de l’Eglife, pluftoft que de
>nr.cap.i. l’authorité du Vieux oudu Nouueau Teftament.
Le paffage que Maiftrc Chiron produit pour prouuer qu ’l
eft parlé de üntcrccflion des Saints dans l’Efcriture, eft tiré de
l’Apocalypfe,
où Sainét Icandit qu’il vid lesvinçt quatre dr
'afpoc.y 8

de la Jtxiemt Rtfyonfc.
11J'
riensfe profternans deuant ïAigneau, ayans chacutt des harpes & des
phioles d’orpleines d; parfums, quifont les prières des Sainlifs.il a pris
cctte objedion du Cardinal Bcllarmin j mais il n’a pas çonful-/'1.' e ~e~
te les Interprétés de l’Apocalypfe, pour fpauoir comment il
faut entendre cctte Efcriture.
prett. [,4.
. Saind Irenée l'entend des Sainds qui offrent à Dieu En- aduer.h*
CcnsSc Sacrifice pur en tout lieu par Iefus-Chrift.
ref.c.^.
Saind Auguftin l’explique des Sainds qui font vne publi- *sfuguft*
que profeffion des veritez de la foy ; & parla harpe entend la
corde tendue en la Croix, c’eft adiré la chair de Chrift con- caP’ 5’
jointe aucc la Paflion ; Sc par la phiole la confeffion Sc la con­
tinuation du nouucau Sacerdoce.
Le le fuite Salmeron en parle douteufement, Sc dit que ccs Salmtr'.
Sainds font ou les Bien-heureux qui font dans la patrie, ou les difl>ut. y.
Voyageurs qui font fur la terre.
in
Mais Blaifë de Viegas vn de vos Interprètes ,fe détermine à
Ventcndre Sc-à l’expolcr des Sainds qui font encore dans les ? f
combats ; Scdit que la plus véritable 8c la plus fincere interpré­
tation , eft d’entendre par les phioles d’or les cœurs des Saints
cclattans de charité ; par les Parfums, les Oraifons des Sainds,
qui font de tant plus feruantes, qu’ils font plus preffez de tra­
uaux ; Sc qu’ils font iettez-danslefeu de la tribulation comme
des chofes aromatiques*
Et ne fert rien de dire contre cctte interprétation, que les
Saints dont parle Saint lean ,ont efté veus de luy dans le Ciel,
Sc que par confequent il faut entendre icy les Sainds qui font
bien-heureux dans la gloire du Ciel, Sc non pas ceux qui font
encore dans les malheurs de laterre. Car comme dans l’E­
uangile l’eftat del’Eglife Militâte icy bas eft appellée leRoyau- Math, fi
me des Cieux : parce qu’elle eftgouuernée par des loix toutes T2«
Cclcftcs: ainfi dans les Reuelations de Saind lean, le Ciclfe
prend fouuent pour cette mefmcEglifc qui combat fur la terre:
comme quand il dit qu’//futfait grande bataille au Ciel entre Mi- ssfùgufl.
chel & le dragon^ entre les Anges de lvn& de fautre ; 8c de mefmc mtyfpoc.
cn plufieurs autres endroits de l'Apocalypfe.
^.12.7.
Mais posé que cela fe doiue entendre, non des prières des
Sainds qui font cn cctte vie, mais des oraifons des Sainds qui
font dans la gloire du Paradis : pourquoy dirons-nous que ces
E f

Defeiïfe generale
Oraifons font celles qu'ils prefentent à Dieu pour flous,p^J
ftoftque celles qu’ils font à Dieu pour eux-mefmes ? Certes il
n y a rien qui nous oblige à Croire la première de ccs chofes :
puis qu’il n’eft dit en aucune part, qu ils prient pour nous 5 &
irfpw. 6, nous fommes obligez de croire la fécondé : puis que nous en?*»
tendons que les Ames prient Dieu pour elles-mefmes deflous

l’Autel.
Mais enfin quand nous aurions concédé que ces Prières
font celles que les Sainds offrent à Dieu pour nous, qu’y-a-ii
en cela de commun aucc l’interceffion des Sainéts qu’enfetgne l’Eglife Romaine ? Dans celle-cy les Sainds, à ce que di­
fcnt fes Dodeurs, prient Dieu pour chacun des membres de
l’Eglifequicodnbatfurlaterre, comme s’ils auoient vne par­
faite connoiftance de leurs prières & de leurs befoins partie u*
liers. Dans celle-là tout ce qu’on peut polcr probablement ,
eft qu’ils prient en general pour l’Eglife Militante : parce que
la raifon nous perfuade qu’ils fçauent qu elle cft encore dans
les combats ; & qu’ils défirent de voir tous les Sainds recueil­
lis auec eux dansvn mefine fejour de repos & de félicité. Dans
l’interccflion Romaine les Sainds prefentent comme on croit
à Dieu pour nous des Oraifons de Propitiation, qui appaifent
lacolere de Dieu, & qui nous remettent en fa grâce. Mais
dans celle qu’on peut tirer probablement de Saind Ican, leurs
L^pcr.5. Oraifons ne font que des Adions de grâces qu ils rendent à
?.io. Dieu pour l’oeuure de noftre commune Rédemption. Enfin
dans celle-là, les Sainds prient à ce que l’on dit par leurs méri­
tes , fur lefquels on tient que vous deuez vous appuyer. Mais
dans celle de Saint Ican ils ne prefentent à Dieu leurs Parfums
e-z57w- 5 que fur le mérite de Iefus-Chrift, qui nous a tous rachetez par
Ion Sang. 11 eft donc certain & manifefte que cette Efcriture
ne fauorife point du tout l’interccflion des Sainds qu’on croit
en l’Eglife Romaine.
Le paffage que le Bachelier cite pour le Purgatoire, n’3
pas plus de vertu pour allumer fes flammes. Il cft tiré de la pre­
mière Epitre de Saind Paul aux Corinthiens, où l’Apoftre dit
L Cor.3. cpicfiFœuure de quelqu'un qui aura édifiéfur lefondement demeure') d
1 J* en receura falaire : maisfi Pœuure de quelqu'un brufle, il enfera perte •
mais qu ilferafauué quant a luy -.toutesfois ainfi comme par feu. Çç

dè la Jixiéme Refponfe,

-“7

que îcs Sainds Peres, dit-il, expliquent du Purgatoire.
11 n’eft pas befoin que ie m'arrefte a vous faire voir quelle eft
1 intention de l Apoftre en ce lieu; ny de vous defcouurir tou­
tes les abfurdutcz ou nous tomberions,s’il nous falloit receuoir
cette expofition : il me fuffira'de montrer que Monfieur le Ba­
chelier l’attribué fauftement aux Peres. Il eft vray qu’ils font
partagez dans l’interpretation de ce lieu: Mais c’eft chofe bien
eftrangc qu’il n’qp aye pasallegué vn feul quiTcntendc du feu
que l’Eglife Romaine imagine pour la purgatiô des atnes après
cette vie.
Selon le tefmoignage du Cardinal Bclarmin quelques-vns
des Peres ont entendu par ce feu les tribulations de cette vies Belfar.-Ai
les autres le feu éternels quelques autres le feu de la dernière
conflagration qui doit embrafer l’Vniuers.
En effet Origene interprète celieu de l’Apoftre d’vn feu par Hom. <$,
lequel tous les hommes doiuent pafter.
** £xvd.
Saind Ambroife par le bois, foin, & chaume, entend les ^mbr,in
Dodrines que les Dodeurs baftifênt fur le fondement qui cft **Cor' i’
Chrift ou fon Euangile ; & dit qu’elles feront examinées par le
feu du iugement Diuin jôc adjoufte qu’il faut neceflairement
Çueceluy-làrougifte d’vne honte éternelle, qui void qu’ifadeffendu le menfonge pour la vérité-.
Saind Hierofme f entend du feu d:examen & de iugement
in
Diuin, qui fe fera à la fin du monde; & luy mefine dit ^quçJ* 9”,?'
ceux qui auront bafti fur le fondement du Seigneur, bois, foiiî,*^””?^
ôc chaume, feront la pafturc du feu éternel.
Saind Auguftin le prend tantoft pour le feu de la tribulatiô ^7 £>„•
„ en ce Siccle: tantoft pourvu feu par lequel tous doiuent paf- /deSnrfn
fer vniuerfellcment.
nd.r. ?<?•
Grégoire ditcxprcfTement qu’on fc peut entendre dufou
de la tribulation qui nous eft enüoyée en cette vie.
Et fclon le rapport de Grégoire de Valancc, Oecumcnius <7^. de
Ôc Theodorct l’intcrpretent du feu de la conflagration qui fera
au dernier iugement. Iugez de là fi voftre Bachelier n’eftpas f'ff'
bien verfé dans la ledurc*des Peres; ôc fi félon la Sentence de 1
Saind Ambroife il ne deuroit pas rougir de honté d’auoir ef­
erit fi audacieufement contre la vérité.
Si vous voulez fçauoir quel eftle vray fens de ces paroles :

Ëfij,

5.28

Deffenfe generale Je U

le vous diray pour fatislairc voltre curiofité, que ce feu fe doit
entendre par quelque fimilitude, puisqu’il y a comme par feu,
Bt que comme le fondement dont parle Sainét Paul, les Arehiteélcs qui baftiffent deiïus ; l’or, l’argent, les pierres prejtieufes, que les vus édifient, le Bois, le loin, & le chaume, que
d’autres y conftruifcnt, fc doiuent entendre par métaphore:
ainfi le feu qui doit efprouuer l’œuure d’vn chacun eft vnfeti
métaphorique.’Ce teu n’eft autre que la parole de Dieu : car
ttT. 23. ma parole y dit Dieu mefmc, n efi-elle pM comme vn feu ? Ce feu
éprouue lceuure d’vn chacun, & les Doctrines que l’on édifie
?9
fur le fondement de la Foy, pour approuuer celles qui luy font
conformes, & promettre recompenfe à ceux qui les' édifient;
& pour reietter celles qui luy font contraires auec la condam­
nation de leurs Autheurs. Que la parole de Dieu f icune, dit
in Sainét Ambroife ; qu elle entre dans I’Eglife ; qu’elle foit faite
ff ti8. comme vn feu confirmant, pour brufler le foin & l’eltule, &
pour confommcr tout ce qu’il y a de ceSiecle, Vousvoyezdonc que l’Efcriture alléguée par le Bachelier ne parle point
du tout du Purgatoire Romain.
Et c’eft en vain qu’il s’eft mis en peine de le prouuer par
fon authorité, puis que vos Doéteurs les plus éclairez ont rcfetràSo connu qu’il n’a point de fondement dans l’Efcriture. Car les
t». m ai vns aduoücnt que les textes de 1 Efcriture qu’on a couftume de

æ 1 1 * 1 ts

c
ji
fert. Çfc citer,
pous cftablir
le Purgatoire,
font
éloignez de
leur ..vray
tholic/^fenSi&e detorquez à vn fens eftrangcr. Les autres confcftvnt
que ces lieux de l’Efcriture ne le prouucnt pas clairement.
Les
f* I lu
,
i
trei.no vns déclarent qu’on ne le peut prouuer par rEfcrituré, & les
- trait* autres difent quil ne faut pas s’eftonner de cela : puis qu’il y *
plufieurs chofes que nous deuôs croire, quoy qu’elles ne foient
pas eferites ; mais que l’authorité de I’Eglife fuffit.
Affile Bachelier ayant reconnu qu’il auoit fait vn effort
inutil^»our cela,auffi bien que pour la Confeffion auriculaire,
& l’intcrctffion des Sainéls : s’eft aduifé de regaigner fon forr,
& de fe fauuer dans les traditions non eferites. Quand cela ne
feroit pas, dit il, les Apoftres & Ics^uangcliftes ont ils écrit
toutes les paroles, & toutes les aélions du Seigneur Iefus ?
vous louuient il pas d’auoir leu dans Sainél lean ces paroles-

jWai.25 Qu’/Z/ a plufieurs autres cbofes que Iefuc-Chrift afaites 3 lefquelles efw

delafixiemeRsJponfè'
eferites de point en

,

2î>

point, je ne penfe pas que le monde mefme pusitenit

Jes hures quon en eferiroit.
Mais que fait cela,pour authorifer les traditions de laConfelfion auriculaire, de l’intcrcelfion des Sainds & du Purga­
toire ? Ccs chofes font-elles au nombre des miracles que lefusChrift a faits ? Où trouucz-vous dans les traditions toutes les
actions de Iefus Chrift, queles Apoftres Se les Euangeliftes
n’ont pas eferites? Il eft vray qu’ils n’ont pas eferit tout cc
qu’il a fait pour confirmer la Dodrine deuant fes ennemis:
mais qui vous a dit qu’ils n’ont pas eferit tout ce qu’il a dit pour
^■inftruirefon Eglife? Il eft vray qu’ils n’ont pas eferittoutes
choies : mais ils ont eferit toutes celles qui eftoient necclTaires
à la foy & au falut des crqyans. N e vous fouuient-il pas d’auoir
leu dans le mefine Saind lean ces paroles t Iefus ft plufieurs au- j(an
tresfgncs en prefènee defes Difciples, lefquels ne font pas eferits en
. 31. ’
Liure -.mats ces chofesfont eferites afin que vous croyez, que Iefus efl le
Chrift, çf qu’en croyant vous ayez, vie par fon Nom.Ne voyez-vous
point par là que toutes les choies qu il nous falloit croire pour
cftrc fauucz, ont efté redig’ées par eferit ?
Si vous ne le croyez pas, vous l'apprendrez de Saint Cy- Cyril.ldil
rille, qui vous dit que toutes les chofes que le Seignelr a faites , 2 tniob.
n’ont pas efté écrites, mais bien celles que les Elcriuains ont c. vliim.
eftimé fulfifantes, tant pour les mœurs que pour la Dodrine.
Yous l’apprendrez dc^aind Auguftin, qui dit qu’on a tsfuyuft.
fait éledion des chofes qui fedeuoient eferire, & qui ont efté tratl-W*
jugées lulfifantcs au falut des croyans.
» /A
S i donc ccs Elcriuains Diuinement infpirez, euftènt îugé
que la Confeffion auriculaire, 1 Intercelfion des Sainds, le
Purgatoire,& autresDodrines,qu’on vous baille par tradition,
eftoient necelfaires à falut, ils n’auroient pas manqué de les ef­
erire î& puis qu’ils ne les ont pas eferites, nous deuons dire
quelles ne font point de foy, & qu’elles ne regardent pas le
falut.
Enfin Monfieur le Bachelier voyant que l’Efcriture n’authorilcpasccs traditions non eferites, eftant deftitué du tef­
moignage de Dieu, il a recours au tefmoignage des hommes,
& veut vous perfuader que noftre raifonnement tiré du filcncc
4e 1 Efcriture n’eft pas rcceuable: parce, dit il, qu’vn deuos

$3 6

ï)efenfî generale

Confrères n’approuuc pas cette façon de raifonner. Suiuant
jnefmcvoftre Confrère Dumoulin, dit-il, les tefmoignages
tirez des Diuines Efcritures doiuent eftre affirmatifs, & non
pas négatifs. D’où nous concluons que voftre Argument cft
captieux, & indigne d’eftre propofepar vn Philofophe.
Surquoy vous n’aurez qu’vnc refponfe negatiuc : car Du­
moulin n’aiamais ainfi parlé ; Et fi vous lifez les élemens de fa
Dimoul Logique, vous y trouuerez le contraire. S’il y a quelque choiâs(a Lo fe, dit-il, de laquelle nous ne puiffions rien connoiftre, que
gique, f par le tefmoignage d’vn feul : alors cette raifon eft bonne &•
2. chap. folidc, un telnapas dit cela rdonc Vous ne pouue^ affirmer que celai
foit. Veu donc, adjoufte-il, que nous ne fçauons rien des cho­
fes neceftàires à falut que par la paro^ de Dieu, quiconque af­
firme és chofes du falut quelque chofe non contenue en la pa­
role de Dieu, ne doit point eftre creu. D’où ic conclus pofitiuemenx que Monfieur voftre Bachelier eft vn impudent ca­
lomniateur .-puis qu’il fait dire à Monfieur Dumoulin le con­
traire de ce qui fe lift dans fes eferits. Et puis que félon nos
preuues précédantes l’on peut tirer des folides raifonnemens
dufilencedcbEfcriture, pour condamner en matière de foy
tout cc ^h’clle nc dit pas : puis que félon Tertulicn tout ce que
l’Efcriture ne marque pas elle le nie;, puis que félon vos Do­
éleursl’on peut bien argumenter de fon authorité negatiuement : mon Argument demeure fa force.
En matière defoy tout ce qui nefi pointfiorly de T Efiole de Iefus
Christ qui efi un DeEteur de ucrité, efi necefiairement procefy
de la boutique de Satan qui eit le pere de^nenfinge -, Et tout ce
qui n efi pas conforme à la uerité du Elis de Dieu n'efi quabut
&■ fallace d'erreur.
Or ces Doctrines de la Confifiion auriculaire rde l'intercefsiclt
des Saincis & du Purgatoire nefont point finies de l’Efiole à»
Eils de Dieu fineJont nullement confirmes àfa uerité.

Ilfaut donc quellesfoient procedées de la boutique de Satan, fi
que cc nefoit que des abus &. desfallaces de cét efprit d'erreur fi
de menfonge.
'i.Cat. 6.La maieure de cét Argument cft éuidente : parce quil nffi
i$.
point de Communion de Chrifi auecBelial. & que qui n’eft po,llt
ta-ailc<Iefus-Chrift, çft contre luy, c’eft q dire aucc le diable

2elafixtérne Refponfe',

23?

La mineure eft aduoûéc du Bachelier : Câr après auoir dit
, que la Confeflion auriculaire, finterceflion des Sainds, & le
Purgatoire, ne font point fortis de l’Efcole de Iefus-Chrift, ft
les Apoftres & les Difciplcs du Sauueur n’en ont rien laifle par
eferit : il confefle enfin que ces Dodrines font de la tradition
non eferite .-donc la conclufion qui fait noftre Article de Foy
«ft inconteftable.
Après cc raifonnement general, qui rejette ccs troisDodrines par le filence de l Efçriture : l’en ay propofé d’autres,
qui font voir qu’elle condamne par fes déclarations chacune
<le fes dodrines en particulier. C’eft pourquoy apres les auoir
combatuësen commun dans noftre deffenfe generale i nous
les réfuterons feparement, & chacune à part par des deffenfes
particulières ; Sc pour nepoint fatiguer l’attction des Ledeurs
fur cette matière, nous la partagerons en trois Scdions, dont
la première fera vne deffenfe particulière de lafixiémcRefponfe touchant la Confeflion auriculaire. La féconde de.ffendra
cette mefme Refponfe touchant finterceflion des Sainds, &
la troifiéme touchant le Purgatoire.
TftEMIElfE

SECTIOTf.

T)efenjeparticulière de la (ixiemc refbonjè , touchant la
Confeffion auriculaire,
T E raifbnnementque i’ay produit contre la Confeflion aliri-’
^-'culairc, fe peut réduire à cctte forme.
C'eft à celuy-làfeul, à qui l'Efcriture nous adreffè, que noue dél­
iionsfaire la Çonfefsionparticulière de tous nos pechez, auec af
Jeurance d’obtenir le pardon..
Or c eft à Dieufeul que ïEfcriture nous adrejfe pour cela.
C'eft donc à Dieufeul que nous deuons faire vue Confefsion de
toutes nosfautes auec ajfeurance d'obtenir le pardon.
' La première propofition de cét Argument eft indubitable :
puis que l’Efcriture eft la reigle de tout ce que nous actions
faire pour noftre falut. La féconde propofition eft de l’Efcrituremefme, quinous adrefle à Dieu feul, & par Commande­
ment , que les peuples confient à toy, è Dieu, félon la verfion Ro-

Deffenjè particulière maine, ce qui s’entend de la Confeffion des pechez, félon $;
Hierofme & Saind Auguftin. Et par l cxemple de Daniel &
de Dauid, qui félon Saind Hierofme eft l'exemple des penitens. De plus ie I’ay confirmée parla pratique ôcl’enfeigncment de Saind Chryfoftome. La conclufion cft donc certai*
ne & éuidente contre la Confeffion auriculaire.
A cela Monfieur le Bachelier rcfpond premièrement que
i’ay fort mal tourné en François ce paffage de la vulgatcLatine : veu qu’au lieu que i’ay traduit que tous les peuples confeffentàtoy,6Dieu, il y a dans la verfion de Louuain queles
peuples vous louent,& dans noftre Bible,que les peuples te

ïebrent.
Mais ie dis que les Dodcurs de Louuain ny les Autheurs

de noftre verfion n’ont point reiglé leur tradition fur la vulgate
Latine, mais fur le texte Hébreu. Quant à moy, l’on- ne peut
point m’accufer d’auoir mal tourné en François ce paffage,fans
accufer d’ignorance Saind Hierofme & Saind Auguftin, qui
l’ont tous deux interprété delà Confeffion des pechez, encore
qu’ils entendiffent auffi bien que le Bachelier leLatin de la vul­
gate. le fçay bien que ce fécond Pere reconnoift deux fortes
de Confeffion, l’vne qu’il appelle confeffion de fraude, par la­
quellenous confelfons nos pechez à Dieu ; l’autre qu il nom­
me confeffion deloüange,par laquelle nous célébrons les bontcz ornais illcs conjoint icy toutes-deux. Lé chant mefme,dit•narr. à» il, cft. vne confeffion' de tes pechez, ôcdela vertu de Dieu.
66. Confelfe ton iniquité, confeffc la grâce de Dieu ; accufe-toy,
&le glorifie ; repren toy Scie loué, afin que luy-mefme venant
fe montre ton Sauueur en te trouuant punilfeur de toy -mefine.
Secondement il dit que j’infere mal à propos de ce paffage
ainfi adiufté à mon humeur, que Dieu commande à tous le*
peuples de con feffer à luy feul : Car encore, dit-il, que ce paf­
fage s’eftendiftà tous les fideles del’Ancicnnc & de laNounclle Loy, encore qu’il fuft bien traduit : toutesfois ic n’y voy
pas l^not de feul,ny qu’il commande de confeffcr à Dieu fèuf.Autrement, dit-il, ils feroient les premiers tranlgrclfeursde.
ce Diuin précepte : veu que mefme fclon le tefmoignage d’Afimont, ils obligent par leurs pratiques les pécheurs publics SC

fcandalcux,dcconfclfer leurs fautes non feulement àDieu:
-......... -.................. .........
iu;Us

(telaJtxiémcRefponJc»
mais auffi au Confiftoirc des Anciens, & mefmc à tout le peu­
ple dans l’AfTemblée du Prefehe.
<
.
Mais Monfieur le Bachelier fe trompe, quand il s’imagine
que ce paffage ne s’eftend pas à tous les fideles de, l’Ancienne
& de la Nouuelle Loy. Oyez le verfet fuiuant, dit Saind: Auguftin, que tous les peuples teconfcfïént, car il ne parle pas enarr- ta
d’vne partie. Marchez dans la voye auec tous les peuples, cnfans de I’Eglife Catholique : car pourquoy craigne2-vous de
confeffer,vous quitrouuez ce chemin parrny toutes les Na­
tions. Pourquoy crains tu de confeffer à Dieu dans toute la
terre, dans la paix Catholique ? Eft-ce de peur qu’il ne te con­
damne apres ta Confeffion? Sainét Hierofme l’cxpliqqc dé ^ter- **
mefine. Qu’eft ceàdirequefjes:peupIeste confeffcnt?£>Dieu^
Éfl-ce les peuples des Iuifs ? Nort,mais tous les peuples & tou­
tes les Nations ; & que faut-il qu’ils te confeffent?Certes leurs
pechez.
Quand il dit que le mot de feul ne fe trouue pas dans les pa­
roles du Prophète : il reuient à fon prix fait, & à la chicane or­
dinaire des Miffionnaires -/mais puis que Dauid n’adreffe tous
/
les fideles qu’à Dieu dans l’aétc de la Confeffion,-il s’enfuit
qu’il ne leur ordonne de confcffcr tous leurs pechez qu’à Dieu
feul. Quand l’Ange dit à Sainét lean, adore Dieu : direz- vous 4po:.
qu’il faut rendre des adorations à d’autres qu’à Dieu fcuhparce <1»'
que le mot de feul n’y eft pas? Mais pluftoft ne côcfiurcz-vous
pas de là, que Dieu feul doit eftre adoré : puis qu’vn Ange ne
luy prefente que Dieu pour objet de fon adoration ? Ainfi if
faut inférer que les peubles ne doiuent confeffer tous leurs po­
chez qu’à Dieu-feul r puis le Prophète ne leur prefente queDieu pour objet de leur confeffion.
C’eftla mefmc confequence qu’il faut tirer des exemplesde Daniel
de tous les Saints , mais particulièrement de Da­
uid. Car puis queparlantcn la perfonne de tous les penitens
conucrtis,il dit qu’il fcra côfcffiô de les trâfgrcffiôs àl’Eternel,
qu’il a déclaré à Dieu fon iniquité, & qu’il ne luy a point ça «hé-6,
fon forfait jpuis qu’il adioufté enfuite, que Dieu a fait pafïèr
fbn iniquité >.& que pour cctte caufe tout bien-aim'é de luy lé'
requerra : Il eft éuident que tous les fideles doiucnt imitcF fon
exemple, & qu&pour l’imiter >fils ne font tenus de faire que et
G s.

1$ 4

D éfenjê particulière

qu’il a fait, c’eft à dire de faire confeffion de toutes leurs tranf»
greffions à l’Eternel.
.
Quand;jl'cfit dit que fl cela ‘eftoit nous ferions les premiers
.
tràrifgreiïdurs de ce précepte : il fort hors de l’eftat delà que.
ftion : car nous ne fommes pas en difpute, fçauoir s’il y a des
pechcz qu’il faut confefter aux hommes : nous fçauons que
Dauid luy-mcfmc a confefte ion peche au Prophète Natan, &
C’eft àquoy nous obligeons les pécheurs fcandaleux. Mais la
queftion cft, fi nous fommes obligez, fous peine de péché
mortel de dcfcouurir aux hommes tous nos pechez1, mefmc les
plus feercts, auec toutes leurs circonftanccs ; & c’eft à quoy
nous n’obligeôs aucune forte de pécheurs par noftre pratique,
En troifiéme lieu pour refpondre au tefmoignage que i’ay
allégué de Sainél Chryfoftome : il dit que cc Saint Pcrfonnagc ne parle en cét endroit que de la confeffion publique défia
efteintc & abrogée par l’authorité de Ncâarius, Patriarche de
Conftantinôplc, à caufe d’vn fcandale public, ^aufépar 1 im»
prudence d’Vnç femme pcchereffc ; & non pas de laConfcffion
particulière pratiquée de tout temps dans l’Eglife, 8c laquelle
il eftablit en plufieurs endroits de les oeuures, 8c notamment
en l’Homelie troifiéme, fur le troifiéme Chapitre deSaintMa*
thicu, où il dit que la Confeffion des pechcz caufe delà confu­
fion , 8c que cette honte donne beaucoup de peine : mais qiic
c’eft pour cette raifon que Dieu nous commande plus expref»
fcmentde çonfcflcr nos pechez.
Ç’r4t»4»ftuoy & remarque eft contraire au tefmoignage de GraXrr<r.2. Gan confirmé par l’authorité des Pontifes Romains, qui dit
f. Je pa- que Sainél Chryfoftome a parlé de la Confeffion fecrctte,
rut. dift. j reconnu qu’elle n’eftoit point neceffaire. D’ailleurs il tefmoigne qu’il n’eft pas bien informé de la vérité de l’Hiftoire. Car
Sacrai. I. Socrate 8c Sozomene font affez voir par leur rapport que Ncj.f4/>. 19 Darius abolit la Confeffion fecrette 8c auriculaire, à l’occafion
Sozam.l. j’vn crime que commit vn Diacre dans le Temple aucc vne
».c4£.i6 feynme de condition, qui s’y eftoit rendue pour feconfefftr.
Or quoy que ce péché fuft d’vn fcandale public ; ce nefutpaS
pourtant par la Confefsion publique qu’il fut dcfcouucrt, n131*
par quelque perfonne qui les y furprit. D’ailleurs, comment
tft-cc que cét Eucfquc de Conftantinoplc, quin’cftoit quc

tle-la jîxiéim Refèonfc
la fin du quatrième Siècle 3 auroit aboly la Confefsion publi­
que qui n’eftoit défia plus çn vlage, ayant efté abolie parles
EuclqueslesprçdeçelFeqrs, lelquejj dit Nicephore, trouué-,îyierpb.,
rent fafeheux que chacun vint cqnfelfer Fes fefttçs en prefêcç/'M*
du peuple.
.fior.c.iS„
Enfin fi vous liiez bien l’Hiftoire .vous -frpuuçrez que ccs
Eucfques auoient cftably pour l’aduenir vn d’entre les Prçftres,
prudent & fage, & gardantle fecret : ççqui n’çftoit pas necef-..
faire dans la Confclftqmppblique; & que Neélarius depuis cctfcaétion infâme,per^t à chacun de participerauxfàcrezMyfteres fclon la difpofition de fa confçiençc làns autre formait•'
té. Et pour vous montrer que cela eft. ainfi , ie ne veux que la Tb/fa'.
dépofition de Thomas de VaJ.de ,;&5 d# Pierre Soto , deux de f'aLÏ.To.
vos célébrés Doélcurs, dont.l’vn arçcônnu.que la Confeftion
fuft abfolument abrogée par Ne&arhisf&Tautrea diaque Ne- Petr.Soto
étarius rendra vn iour conte de cela deuant Dieu.
in Sc°lCe que le Bachelier allègue de Sainét Chryfoftome ne
fait rien pour la Confeftion auriculaire, ny contre ce que i’ay te eité dy mefine Docteur. Car if nç. parle là qiie delaCpjnfçlïïo n
des pechez ordonnée de Dieu,pour la confufion des pecheurj^
&qui doute que chaque penitent nç doiue eftre confus en fëymcfnje, lors qu’il fait la confeftion dç fçs crimes deuant Dieu?
Certes Jç pafturc peager
leuer l?s yeux vers le Ciel. mauLue 18»
frappoit ftpôitfïine ^difant Dieu fois appaisç enuers moy quiJuùpe- 13'

; ôc tous les pec-hcuts repentant lont ceux dont parle le
Prophète, qui ont leurs faces couuertes d’ignominie deuant /T.83',17.
Dieu, afin qifils cherchent le Nom de Dieu, & qui félonie
fentiment de Sainét Auguftin lont rendus confus afin d’çftrÇ
rendus agréables.
ftduo.C

4 ‘ 2*
Mais que Saint.Chryfoftome aye voulu feulement defeharger les homincs-du fardeau de la Confeftion publique , & non
de la fecrette & particulière : il paroift du contraire dans les
lieux mefmes que i’ay alléguez : puisqu’il les-tire de la prefençe des hommes, ppur les.mettreen la-feUÎe prcfçnçc de Dieu#
Car voicy comment il s’exprime furfte Pfcaunfccinquatiéme } Chryf.ho.
fi tues confus de dire àquclqu’vn les pechcz que tuas commis, îinPfal,
dy les tous les iours en ton ame 5 je ne te dy pas que tir les con>
fcftçs à ton cou&aiiteurunais que Diçuleul te voye confefi'ant

G g#

ijS

D effenjê particulière

felem ht- tes crimes. le ne t’oblige pas, dit-il ailleurs, de defcouurirtçs
mil. ydt pechez aux hommes j examine ta confçience deuant Dieu jou'mùrmpi ure-toy, montre tes playcs au Souucràin Médecin, & demanDti **• de-luy léremede. Et dansvn autre lieu, iene te disq>as que tu
*’’* rtr t'accufes deuant les autresnnaisie veux que tu obeïflcs au ProC
phetc, difant, déclaré tes voyes au Seigneur.
Lp"i i.
C’eft donc fans raifon que le Bachelier fuppofe que la confvftion fecrette & auriculairfca efté de tout temps pratiquée en
yÿienan. I’Eglife : puis qu’il eft éuident par la vérité de l’Hiftoire qu’clprafat.in a pris fa nailfancc de là côfeffion publique, laquelle fut long7err, de rcmpS vfitée , iufqtfà-cc qu’on trouua incommode & jnjuftè,
fœnit, & contraire aux deuoirs de laCharité,qui couure multitude de
pechez,de rendre publiques des fautes qui eftoient fecrette
> de manifefter dés pechez qui eftoient couuerts s &puis que fé­
lon l’adufu mefme de plufieurs de vos Dodeurs, la Cohfeffion
publique ne fut abolie que du temps de Nedarius, pour mettre
la particulière cn la place, c’eft à dire fur la fin du quatrième
Sjecle.
' •
7
Enfinil ne tefinoigne pas auoir plus de raifon ny moins
d’ignorance, quand il dit que ie contredis par vns infigne au­
dace aux plus célébrés Dodeurs de noftre Religion, lefquels,
dit-il, an lieu de fulminer contre la Confeflion auriculaire, la
r
loüent grandement, & en confeillent la pratique. Gc qu’il
prétend de prouuer par quelques paroles tirées du Liùrc delà
Pratique de Pietc,&par vne Déclaration que Monfieur DuMoulin a faite fur ce fujet.
En quoy Monfieur le Bachelier fait voir, ou qu’il n’a pas
. leu nos Autheurs, ou qu’il ne fçait pas que veut dire Confef­
fion auriculaire,& qu’il a oublié l’eftat de noftre queftion: c’eft
pourquoy il faut que ie luy en rafraifehiffe le founenir. Vous
fçaurez-donc que nous tenons & pratiquons parrny nous qua­
tre forte de Confeflîons de pechez. La première fe fait à Dieu,
la fécondé aux prochain, la troifiéme à I’Eglife, & la quatrié\
me au Pafteur. Par la première, nous caoyons que chaque
Chreftien doit Confeffer tous les iours à Dieu tous dès pechez
Peeterh. Ç11’^ 3 commis, afin d’en obtenir le pardon. Car celuy quicache
cap. 28. fes tranfgrefsions ne profperera point, dit le Sage, mais celuy quil'1
i j.
ccnfjfe & les delaijfe obtiendra mijericorde j &Ji nom difons que nota

de lafixiéme Reffonfè.
îÿj
ifauons point péché, dit Saind lean ,nous nous feduîfons notu-mef- i.Tean.s»
mes & vérité n efi point en noua : mais Ji nous confejj'ons nos pechez, 8. p.
Dieu ejlfidele & iufie pour nous patdonner nos pechez, & nous, nettoyer
de toute iniquité. Et aprésjuy auoir fait confeffion de tous les pe­
chez que noftre mémoire nous peut reprefenter après vne exa­
cte recherche, nous deuonsdire chacun de nous à Dieu com­
me le Prophète, qui eficeluy quiconnoifi fes pechez commis par er- Tf.19.13
reur^ purge-moy desfautes cachées. Car comme dit Saint Augu•
ftin, ft tu ne dis pas à Dieu ce que tu es, Dieu condamnera ce
qu’il trouuera en toy. Veux-tu qu’il ne le condamne pas ? con- 1 * 0 *--damne-le i veux-tu qu’il le mefeonnoiffe ? reconnois-le toymefme, afin que tu puifles dire àDieu, dejlourne ta face de mes
pechez.
.' .
i
Par la fécondé quand nous auons offenfé noftre prochain,
nous luy deuons confcfler noftre faute afin de guérir Ion mal
de coeurj& parce que ces offenfes font ordinairement récipro­
ques : la confeffion doit eftre auffi mutuelle, félon le comman­
dement de Saind Iacques, confjfezvosfautes l’vn enuers l autre,
& priez t'en pour r autre afin que vousfoyez guéris. Et félon le confeil de Saind Chryfoftome : fi tu as offensé ton prochain de Chryf. i»
penfée, rcconcilie-toy de pensée, fi tu l’as offensé de paroles, Math.c,
réconcilié toy par paroles 5 ft tu l’as offensé de fait, reconcilie- $•
toy par adions.
Par la troifiéme, les pécheurs font obligez de confcfferà
l’Eglife les pechez fcandaleux, afin de la fatisfaire, & de leuer
parlcurpenitencele fcandale qu’ils ont donné par leurs cri­
mes. De celle-là Saind Hierofme aduouë qu’il en eft autre- Hier. in
ment de la penitence des crimes, &dela fatisfadion pour la- Mat.c.6
quelle l’Eglife interpofe fon iugement en public, lors qu’elle a

cfté bleffee par quelque offenfe, infligeant vne fatisfadion pu­
blique & plus griefue, afin qu’il foit connu de tous queceluylà eft véritablement touché de repentance, lequel fe fous-met
volontairement à tout ce que l’Eglife a ordonné. Et Saint Au■guftin en rend cette raifon : parce qu’ordinaircment la douleur inEnchiintericure, qui eft dans le cœur de l’vn, n’eftpas defcouuerte à ridio. ad
l’autre ; & qu’elle ne vient point en la connoiflance des hom- Laurent.
rues, quandelle eft deuant Dieu à qui nous difons, mon gemif- caP‘ ^5»
fement ne fefi po/nt caché : pour cptte caufe ceux qui gouvernent

î$8

Deffenfe particulière

I’Eglife ont bien à propos cftably des temps de penitence, affn
que I’Eglife dans laquelle les pechez font remis, reçoiuc fatisfadion.
Parla quatrième leChreftien peut & doit,en cas de befoin,
quand il fent fon ame chargée de quelque péché qui trouble fa
confçience, defeharger fon cœur dans le fein d’vn Pafteur,
pour receuoir de luy, fuiuant l’exigence du cas, les aduis & les

confolations neceffaires. C’eft de celle-là que l Autheur delà
Pratique de Pieté allégué par le Bachelier, donne ceconfcil
aux malades. En quelque façon fouuicns-toy, ft faire fe peut,
frathus denuoyer quérir quelque Saind & Religieux Miniftre, non
W» Tittc. feulement afin qu’il prie pour toy à 1 heure de la mort:car Dieu
chaf. 51. a promis en tel cas d ouïr les prières des Anciens de l’Eglifej
mais auffrqu’aprés vne confeflion & vne repentance non fein­
te , il te prononce l’abfolution de tes pechez. C’eft de celle là
que Dumoulin a dit qu’il eft faux que nous difions qu’il ne faut
tnfesEua confeffer les pechez qu’àDieu feul, qu’il les faut aufli confef/iont ebap ftr à fon Pafteur. C’eft de celle-là que Caluin a dit deuant eux,
ft3’
. que les Preftres doiuent confermer les coniçiences des fideles
"b 4 Par les promeffes de l’Euangile, & les certifier que Dieu leur
t. tfftSl. veut &lre pardon & inercyj-ôc cela tant en commun qu’en paraa.
ticulicr. Car il y en a d’autres fi infirmes, qu’ils ont befoin,
qu’on les confole à part & en fecret
Saint Paulne dit pas
20. feulement qu’en Sermon public, mais aiifli par les maifons il a
2o*
enfeigne le peuple enla foy de Iefus-Chrift, admoneftant vn
Tctr Ma chacun de fon falut. C’eft de celle-là mefmc que Pierre Martt.locco. tyr a dit que nous n’oftons pas l’vtilité qui pourroit venir delà
conteflion faite àvn homme fçauant & pieux, à fçauoir afin
2^' CC ’ que les ho mm es cn reçoiuent de la confolation & de l'infini'
-dion ,pourueu qu’elle foit laifféc àla liberté, & qu’elle n’en:
gage point à vne exade énumération des pechez.
Mais tout cela ne fauorife point la Confeffion auriculaire»
comme s’imagine le Bachelier 5. & tous nos Dodeurs ont bien
fait connoiftre par leurs déclarations qu’ilsen ont d’autres fen­
timens qu’il ne veut faire accroire» Mais dire que les repentans font obligez,fous peine de péché mortel, de faire vn exa­
de dénombrement de tous leurs pechez à vn Preftrc,auec toutcslescircpnûanccsdutempsjdeslieux^ des perfonnes, des

3e la Jtxieme Refponfe.--.
intentions, des caufcs, des moyens, des commenccmens, des
progrez, de la fin, de la quantité, de la qualité, du nombre, des
aéiions, des paroles, des pofturcs & des geftes, en telle façon
que ce qui n’eft point confefte n’cft point remis, quand mefme
on en feroit repentant : C’eft ce qu’ils ont nommé & que ic
nomme aucc eux la gefne des efprits, la torture des âmes, &
vne cruauté tyrannique qui bourrellc les confçiences: parce
qu’elle les oblige à vne chofe humainement impoflïble. Car fi 7^.24^
le plus juste tombe Çept fou le tour. comme dit le S a^a; fi lob hom- 16.
vie entier&fe deftournant du mal apprehéde pour toutes fes œu- lob.9.1%.
ures : fi Saint Paul quoy qu’il ne fc lent en rien coulpable, ne iCer.4.4
s’eftime pas innocent, qui eft-cc qui connoiftfesfautes cachécstcommc ditDauid,8c qui cft-ce qui les pourra nombrer exactement,
comme ordonne la Confeffion auriculaire, pour en obtenir le
pardon?
lefus-Chrift n’en vfoit pas ainfi : car ayant veu les larmes
de la pechereftc comme des marques de fon repêty, il luy don­
ne l’indulgéce plcniere de toutes fes iniquitez,fans autre con­ 2^7,48
fefsion que celle de fes foûpirs. Ayant oüy de la bouche de
Zachéc la confefsion generale de les pechez, & les protefta- £«e.iÿ.3
tions de fon amendement, il luy prononce î’abfolution, & l’affeurc que falut eft venu dans fa famille, fans luy demander vn
exaéte énumération de fes fautes. Les Apoftres qui ont cfté
enuoyez de Iefus Chrift, comme il a efté enuoyé de fon Pcre,
en ont vfé de mcfme. Sainél Pierre demande bien la repen­
tance aux pécheurs, mais non pas l’énumération de leurs cri­
mes,pour leur annoncer la grâce de I’abfolution. Rcpentef'uous^
3 g
leur dit-il,&c)tivn chacun de vous foit baptisé en remifsion despe* ’ '
cbe\. Et l’enfant desbauché ayaût fait confefsion generale de
fes pechez à fon pcre, & tefinoigné fon defplaifir, eft aufsi-toft
receu en fa grâce & dans fa maifon, pour nous apprendre, dit
Tertulien, que Dieu qui cft noftre Pcre ne laiftera pas de nous 7ert. Je
voir, à caufe du contentement qu’il a de nous voir reuenir, fi p«>ut.cap
comme cét enfant perdu nous nous repentons dans le fonds du
Coeur; fi nous quittons comme luy les belles impurcs;& fi nous
nous confelfons indignes de porter le tiltre d’enfans.
Dire encore, comme font les deffenfeurs de laConfcfsion

auriculaire, que les Confefleurs comme iugesdans le barreau

■i'

i

y

14 9
'Defenje particulière de la
delà confçiehce, ont le droit d’impofer des peines aux'penP
tens pour fatisfaire la iuftice deDieu: c’eft ce que nous ne pou.
uons entendre fans horreur, comme ils ne le peuuent dire fans
blafpheme. N’eft-ce pas impofer des fardeaux fur lesconfçicnces, que leurs directeurs n’ofent pas toucher du bout du
doigt ? Et qui leur a donné cette authorité d’infliger des peines
temporelles aux pécheurs j pour les garantir de la iuftice eternellcdeDieu? Certes Iefus-Chrift enuoyant fes Apoftres ne
leur commande pas de décerner des punitions aux pécheurs
pour les meiltr au falut, mais feulement de leur prefeher la re­
pentance & remifsion des pechez par toutes Nations; & la pcj-^^.nitencc, dit Saind Chryfoftome, ne donne pas la peine des
mil 9,de pechez, mais leur remifsion.
pœnit.
D’ailleurs, qui eft-ce qui peut fatisfaire à Dieu pourtant
de pechez, dont le moindre mérité la mort éternelle ? Certes
’Bern. de Saind Bernard ne l’a pas creu pofsible,.quand il a dit que nul
verb. Ori ne rend iamais à Dieu ce qu’il doit, & que nos pechcz cftans (i
grands & en fi grand nombre, quand mefine tu t’eicorcherois
tout vif, tu ne lçaurois-iamais fatisfaire.11 n’y a qu’vne expiation du péché, dit Saind Bafile, à fça­
TZ'cfil. in
uoir
ce Sang qui allié refpandu pour le falut du monde Tout
Efti.c.l.
ce que Dieu demande de nous c eftvn cœur contrit vns amepenitente, com me dit le Prophète.
le tefmoigne & refpons, dit Saint Chryfoftome , que fi
Chryf. de
"Seat.Phi chacun de nous qui fommes fuiets à péché, fc retirant de fes
fcgazf.
premiers vices, promet à Dieu finceremcnt & de bon cœur,
qu’il n’y retournera iamais j.queDicu aufsi ne luy demandera
point d’autre fàtisfadion.
Dire enfin que cette confefsion iointc auec Tes œuures de
pénitence, qu’on appelle de fatisfadion, mérité au penitent
la remifsion des pechcz aduels, la deliurance de la peine éter­
nelle, & le prix de la felicitc,,comme difent vos CafuiftesSt
vos Confcftèurs ; C’eft remplir les âmes d’vn orgueil injurieux
à la gloire de Dieu &au mérité de Iefus-Chrift. Car luy feul
i. P/'a.a. a Çorté nos pechez enfon Corpsfur le bois , Afin que nous fufsians oueris
24parft meurtrijfeurs^commc dit Saind Pierre. Luy feul, comme
Saind Auguftin, a efté fait Fils de l’Homme, afin que nous
4 ’ filfsions faits enfans de Dieu: ainfi luy feul a pris fur foy la peine

îafîxémc Refponfè,

t4T



<p/il ne merîtoit pas, arin que nous fans mérite obtenions par
luy la grâce qui ne nous cftoit pas deuë.
C’eft pour cela que Saind Ambroife, Saind Auguftin, S.
Chryfoftome, ont condamné cctto Confêffîon particulière,
dont quelques-vns vouloicnt faire vne loy de leur temps, Si
n’ont ordonné aux pécheurs que les contritions de la repen­
tance deuant Dieu. Pour cela Saind Pierre a pleuré, dit S.
j
Ambroifé,parcequelepeché s’eftoit glifte dans luy. le ne
trouue pas ce qu’il a dit, mais ie trouue qu’il a pleuré : je lis cap. 22.
fes larmes, mais ie ne lis point de fatisfadion. Cc qui ne peut
eftre deffendu, peut eftre laué, les larmes lauent la faute qu’on
a honte de conteftcr de bouche j8c les pleurs obtiennent le par­
don fans engager dans la honte.
?
Qu’ay-je donc à faire, dit Saind Auguftiny que les hommes fçache nt mes Confcffïons,. comme s’ils pouuoient eux- Mo. cof\
mefmes guérir meslang.ucurs?C’eft vne forte de gens curieux,
3:
pour prendre connoiftàncc de la vie d’autruy,cependant qu’ils
font parefteux à corriger leur propre vie. Pourquoy mc de­
mandent-ils qui ie fuis,puis qu’ils ne veulent pas apprendre de
toy quels ils font ? Et cornent fçauent-ils que ie dis vray,quand
ils entendent que ie dis quelque chofe de moy-mefme: puis
que nul nefçait les chofes quifont de l’homme^finon ïefprit de L’hom- j. Cor. 2,
me qui cft en luyà

jj.
ConfefTe-donc tes pechcz deuant Dieu, dit Saind Chry- cbryf.hofoftome j prononce tes fautes deuant le vray iuge aucc prière, w,/.,
non par la langue, mais par le fouuenir de ta confçicncej& lors
enfin croy que tu peus obtenir mifericorde, fi tu as tes pechez
continuellement dans l’efprit.
Dy tes pechcz le premier afin que tu fois iuftifié, dit le mef­
mc Dodeur.- Pourquoy donc as-tu honte, pourquoy rougis- Jdent ho*,
ru de dire tes pechcz ?pren-garde que tu ne les diespasa vn mil 4. de
La^art.
homme, qui te lespourroit reprocher: car tu ne les confeftcs
pasàtonconferuitcur,quiles peut produire en public : mais
tu montres tes playes à celuy qui eft leSeigneur, quiefthumain, 5c qui cftle médecin pour les guérir.
Si donc ccsSts.Dodcurs ont condâné cette côfeffio qui obli­
ge à faire l’cnumcration des pechcz à vn home,qui inflige
desfatisfadions enuers Dieu j sils ont déclamé contre ceux

Hh

14*

Defenfe gene rdïe

qui la vouloicnt iinpofer, comme vne loy neceffaire aux corp
fçienccs; s’ils ont appelle les pécheurs du Tribunal des hom­
mes à celuy de Dieu, pour faire deuant luy & non pas deuant
eux la confeffion de leurs crimes :qu’cuffcnt-ils dit, s’ils euffent
veu propofer de leur temps les ordonnances & les obferuatiôs
que l’on pratique en ce lujetdansnoftreSiecle? Qu’cuflcntils dit, s’ils euffent veu le nombre des qualitez que vosCafuïftésprcfcriuent, pour rendre la Confeffion parfaite & falutai­
rc ? Le nombre des deffauts qu’ils remarquent, dont le moin­
dre la peut rendre inutile & fans fruid ? Qu’euffent-ils dit, s’ils
euffent leu les centaines d’interrogations qu’ils mettent dans
fa bouche des Confèfleurs, pour examiner vne confçicnce?
Les queftions efpineufes & innombrables qu’ils font touchant
J ■ ■ - le temps, le lieu, la perfonne du Penitent, la perfonne du Confeffeur? S’ils euffent leu les diuifîons , les fubdiuiiions de vos
Directeurs, & leurs déterminations contradictoirement oppofécs?Qifcuflcnt-ils dit, s’ils euffent veu les Bibliothèques rem­
plies deiiurescompofez fur cette matière, pour éclaircir les
difficultez, pour inftruire les Directeurs
refoudre les cas de
confçicnce? Qu’euffent-ils dit enfin, s’ils euffentveulesconfçienccs pures enlacées dans les pechez par la crainte de fe
bleflcr elles mefmes; les ames innocentes inftruites par ccs
maximes au vice qu’elles ne fçauent pas ; les criminelles forti­
fiées dans leurs vieilles habitudes; les ignorantes conduites
dans les précipices; les fermes torturées par lesdoubtes; les
tranquilcs iettées dans l’agitation ; cn vn mot, la porte ouucr. te à toute forte de crimes par l’efperance de l’abfolution ?
r^inàra.
Certes ils ne fc feroient pas contentés de dire aucc André
Fr»*, hb. Fricius vn de vos Dodeurs qu’il ne faut point charger les con£fl. fpcnccs de cctte fcrupulcufc énumeratiô de pechez & dé leurs
circonftances. Ils ne fc feroient pas contentez de gémir, auec
Çeor.Caf Caffandcr vn de vos plus ccIebresEfcriuains,quc desMedccins
fad.mto ignorans& importuns ont infedé & contaminé la Médecine
/«//. art.
jes tradjtions inutiles, par lcfquelles ils ont tendu des laqs
aux confçicnccs qu’ils dcuoicntfoulager & tirer de peine, &
les ont bourrcllées comme par autant de tourmens. Mais fans
doubte après auoir fulminé des anathèmes contre ccs tyrans
des conférences, & ccs bourreaux des ames, ils auroient per-

de la fîxiérnefclponje.

afé

mis à chacun, comme fit Nedarius, de Communier félon la
difpofition de fa confçicnce.; ils auroient remis à chacun le
iugement de foy-meline, pour n’eftre point iugé parle S ci- i. Cor.it
gneur, comme a fait l’Apoftrc Saind Paul; & dit aux fideles ji.
comme\\\y-tene^vousfermes en la Itberté quivous a efté acquifipar Gai. j. i
lefus-Chri[l ; (fi nefioyezplus retenus du joug de fieruitudeiiïs auroict
authorisévn decret de vos Canons, qui dit que puis qu’auant Dft. i.'
la Confeftion nous fommes défia rcft’ufcitez par la grâce,& de- de punit.
üenus enfans de lumière, il appert tres-éuidemment quc.le pe- c*p' y».
ché eft remis par la feule contrition du cœur làns la confeftion
de bouche. Ils auroient publié auec vn de vos Dodcurs, que
les'Grccs qui fc confeftént fecrettcmét à Dieu feul ne pcchent 7°b. \fi
point: parce que l’Eglife Orientale n’a point receu les confti- P^pefte
tutions de celle d’Occident ;& pour infpirer à tous le defir de c^raÿjlaa.
les imiter, ils auroient dit ce qu’il a dit à chacun des pécheurs Ca^’ *
repentans. Si tu as honte de veucler aux hommes tes pechez:
ne defifte point de les confcfter auec fupplication continuelle
à celuy qui ne les peut ignorer, & qui a accouftumé de les gué­
rir fans publier la honte, & d’en odroycr le pardon ûn.s le re­
procher.
Après tout cela iugez, ft voftre Bachelier a raifon de m’appcllcr extrauagantence fujet; & s’il me peut qualifier de ce
tiltre , fans accufer de la mefme cxtrauagance les Apoftres de .:s .1
Iclus-Chrift, les Anciens Peres de l’Eglife 5 &vos plus célé­
brés Dodcurs. fdc luy pardonne cette iniure : mais puis qu’il
croit la Confeftion auriculaire, il faut qu’il fe conféflè de ce
péché s’il en veutobtenir le pardô; & il a tort de fc fafeher con­
tre moy, car il ne doit pas appréhender que mon liurc dégoufte de la.confcflion auriculaire les panures Païfans des Landes,
puis qu’ils ne Connoiftent pas les lettres ; ny qu il foit priué pan
ce moyen des prefens que fes Parroifliens ont accouftumé de
luy faire au temps de la Confeftion: puis quece’ft vne couftume fi bien eftablic parmy ces pauures ignorants»

Tfffenf particulière
SECONDE

SECT/Oldf

£)efenf particulière de lafixiéme Refponfe touchant
l’interceffion des Sainéls»
Onfieur le Bachelier ne me traite pas plus ciuilemcnt en
cette Côtroucrfé, qu’en la precedante:car il dit que ie ne
fuis pas moins extrauagant, lors que i’entreprins de choquer
l’intcrceflion des Sainéls.
Il ne fçauroit dire tant de mal de moy, que ic ne fois preft
d’en fouffrir dauantage : mais fi celuy qui s’emporte en injures
ne peut fc conferuer l’vfage de la raifon, nyfepoffederfoymcfme : vous iugerez qui de nous deux cft extrauagant, ou ce­
luy qui dit des outrages, ou celuy qui les fupporte fans mur­
murer. Vous me direz peut-eftre qu’il s’emporte ainfi contre
moy pour l’honneur des Sainéls, dont il veut venger le met
prisunais quand il feroit aufli vray que ie les mefpriferois,comme il cft certain que ic les reucre : ce feroit mal deffendre leur
caufe,& fouftenir les intherefts de leur hôneur par des moyens
contraires à leur intention. Car fi Iefus Chrift durant les iours
de fa chair, ne voulut pas que Saint Pierre fc feruit de l’c/pée
22. contre fes ennemis, quivenoient pour feietterfur luy : mais
5r*
aduança fa main pour guérir la playe qu’il auoit faite à intentiô
tje jc dtqfencjrc
reprit fon Difciple pour 1 mftruire à la dou­
ceur & le porter à la patience : quelle apparence ya-il dédire
que ceux qui à l’exemple de leur Maiftrc nous ont enfe'ignc à
fouffrir les injures, & à ne refpondre point, quand nous ferions
offenfez, vouluflent eftre deffendus par des outrages? Certes
il faut croire que s’ils voyoient du Ciel ce qui fe pafle fur la ter­
re, ils ccnfureroient le zelc indiferet de Maiftre lean Chiron;
& que bien loin d’approuuer fa deffenfe, ils feroient des mira­
cles en faueur de leurs ennemis afin de les conuertir.
Cccy mcmcneinfcnfiblemcntà la première raifon, dont
ie me fuis feruy, pour prouuer qu’ils n’intcrcedcnt pas pour les
fideles enuers Dieu dans l’eftat de leur Bcatitude.'Cette raifon
fe réduit a cette forme de raifonnement.

M

Çenx gai intercèdent entiers Dieu peur chacun des fdeles cfi

de lafïxiénte Refponfè.

Î45

fontfur la terre, doiuent connoifire leurs befcins purticuliers.
Or les Sainfts Bien heureux ne connoiffentpas les hefoins partf
culiers de chacun desfideles quifontfur la terre.
Doncques ils riintercèdent pas pour eux enuers Dieu , enpar-'
ticulier.
Pour entendre Ja vérité de la première propofition, vous
Vous fouuiendrez, s’il vous plaift, de l’eftat de noftre Contro­
uerfe. La queftion n’eft pas de fçauoir, fi les Sainds de l’Eglife Triomphante prient cn general pour les fideles del’Egliïc Militante : c’eft vne vérité que nous confcfîons tous; & pour
ce faire il eft éuident qu’il leur fuffit d’auoir cctte generale cônoiftànce qu’il y a des fideles fur la terre engagez dans les com­
bats qu’ils ont fôuftcnus. Car il eft croyable qu’eftans mem­
bres d vn mefme Corps, & animez d’vn mefmc Efprit, la cha­
rité les porte à fouhaiter de les voir éleuez auec eux dans la
gloire du Triomphe. Mais le poinél de la Controuerfe confi­
fte à fçauoir s’ils prefentent leurs prières à Dieu pour chacun
de ccs fideles en particulier -, & pour cét effet nul de vos Do­
deurs n’a iamais nié qu’ils 11e deuffent auoir vne exade connoiffance de leurs neceffitez particulières j & la raifon nousperfiiade qu’il faut que cela foit ; car autrement ils feroient en
danger de demander à Dieu des faueurs à contre-temps, qui
leur feroient inutiles. Ils pourroient demander la guerifon
d’vne maladie pour vne perfonne qui feroit en parfaite fanté;
le guain de caufe pour vn autre qui auroit perdu fon procez, &
la dcliurance du vice de prodigalité, pour celuy qui feroit fu­
jet à l’auarice : ainfi Dieu auroit fuiet de refpondre à leursOraifons cc que Iefus - Chrift rcfpondit aux Prières indiferetes de si/areiô
deux de fes Difciplcs, vous nefiauez ce que vous demandez.
58.
Il y a bien plus, c eft que puis que toutes les Prières que les
hommes leur adrelfent, ne font pas vocales, c’eft à dire ex­
primées de viue voix, côme celles qu’on prononce hautement
dansles Proceffions & Litanies publiques j puis qu’il en eft de
mentales, c’eft à dire qui leur font feulement adreftees par éleuation d’efprit, comme celles des malades agonifans, & les
éjaculatoires des contemplatifs : Il faut neceffairement que les
Sainéls pénétrent dans les coeurs de ceux qui les inuoquent cn
çette façon, & qu’ils ayent connoiffance des fècrcttcs inten-

H h iij

246

ïiefenje particulière

tions, de ceux qui prient feulement en elprit, fans fe feruir dé
laparolc.
Il relie donc à fçauoir, fi les Sainéls ont cette parfaite connoiffâce de toutes les chofes dont chacun des fideles a befoin :
vos Dodeurs foulliennent qu’ils l’ont, les vns difent que c’eft
Çofter.i» par l’cntremife des Anges, qui viennent vers nous &rctourSnchiriâ. nent vers eux j les autres par le moyen des âmes qui lortans de
'Bcllarm. cette vje leur cn portent des nouuelles. Les vns par le priuileUb. de ge je}elir Béatitude qui leur fait voir toutes chofes dans la viAtit tae ^on Dieu, comme dans vn miroir , les autres par la célérité
20.de leur nature, qui rend leurs âmes prefentes à tout ce qui fc
fait icy bas comme les Anges ; & quelques-vne par la feule rcuelation que Dieu leur donne des Prières qui leur font adref-

fées.
Mais la féconde propofition de mon Argument fait voie
gltp' p, le contraire par l’Efcriture. Car il cft eferit, certainement les
j. G.
viuansfçauent quils mourrontçmais les morts nefçauent rien^cJ- n ont
plus nulle part au monde en tout ce quiJefaitfous le Soleil. C ette lèntence generale eft confirmée par des exemples particuliers :
si 7?eh ^ai Dieu dit au Roy lofias par vne Prophetclfe, voicy je m’en23, 20. aayte relirer auec tes peres &feras retiré en tesfepulchres en paix, &
tesyeux ne Verront point tout ce maf que ic m en \'ay faire venir fur ce
lieu cy. Et le Prophète Efaye parle ainfi. à Dieu. Certes tu es noEftye.ôç JlrePerC} Abraham ne nous apoint connus, ijra'el ne nous a point recon*6.
»/«; c ef toy Éternel qui es nojlre Pere. On ne peut donc point
nier la conclufion, à fçauoir que les Saints n’intercedcnt point
cn particulier pour les fideles de l’Eglifc MilitanteA cét Argument Monfieur le Bachelier fait cinq differen­
tes rcfponfes : par la première il veut vous faire accroire que
c’eft mal raifonner , & que la confequencc que ie'tire ne fait
rieu au fuiet. Car, dit il, la queftion n’cft pas fi les Saincis
Trefpaffcz de l’Ancien Teftament, dcfqucls entend parler le
Sage au lieu défia cité, intercedoicnr pour les fidèles quiviuoient dans la Synagogue: mais fi les Saincis Trefpaffcz qui
régnent aucc Iefus - Chrift en la gloire Celeftc intercèdent
pour nous.
Mais contre cela ie dis que ma conclufion eft vniuerfclle,
Suffi bien que les prqpofitions dont elle efl tirée. Ic dis que les

de lafixiéme Refionfi,

Sainds n’ont pas la connoiflance de nos befoins, & ie le prou*
Uc par cette ncgatiue vniuerfelle , que les morts ne/puent rien de
ce quifefattfous le Soleil. Mais, dit le Bachelier, le Sage nc parle
en cét endroit que des Sainds Trcfpaffez de l’Ancien Tefta­
ment : mais il eft aisé de faire voir le contraire par le difeours
• du Sage: car il dit qu’vn mcfme accident félon le corps arriuc
au iufte & au mefehant, & que tous vont aux morts,apres auoir Ecelef.f,
fouffert des maux en cette viej puis il adioufte que les morts ne 3»
fçauent rien. Comme donc ce commun accident qu’il attri­
bué aux bons & aux mefehans s’eftend à tous les hommes, tant
de la Nouuelle que de l’Ancicnnc Alliance : Ainfi cette igno­
rance des morts fe doit entendre de tous les Trefpaflez,tanrdu
Nouueau que d e 1 Ancien Teftament.
D’ailleurs Saind Auguftin fait voir que ç’a cfté la pensée
de Salomon par les paroles de Dauid fon Pere.Car expliquant
cette déclaration du Prophète, mon fere & ma mere mont uloan- Pf.tf.vi
donné, il en tire cette confequcnce. Si donc nos pcres & mefi­
xes nous ont delaiflcz, comment eft-ce qu’ils fè méfient de nos
foins & de nos affaires? Or fi nos parens nc fe méfient point de
,
ce qui nous touche, qui font les autres d entre les morts, qui
connoiflènt ce que nous faifons & ce que nous fouffrons?C’eft
donc fans raifon queie Bachelier oppofe les Sainds Trefpaffez de l’Ancien Teftament à ceux du Nouueau, pour donner à
ceux-cy le droit d’interceder,& non pas à ceux-là: puis que
les vns & les autres ont cfté dans vne mefmc ignorance des
chofcs qui fc font icy bas félon Saind Auguftin.
Auffi Monfieur le Bachelier voyant que cette refponfe nc
fatisfait pas, il a recours à vne autre : de plus il cft très- manife­
fte , dit-il, que le texte allégué, qui tft tout fon fondement &:
tout fon appuy,nc dit pas que les Sainds Trcfpaflcz ne fçauent
rien : mais que les morts nc fçauent rien. Or les Sainds Trefpaffez ne font pas morts, comme nous apprend le Diuin Sau- .
ueur, quand il dit dans l’Euangile, qu’Abraham Ifaac St Tacob ne font pas morts, mais viuans: d’autant que Dieu cft le
Dieu des viuans & non pas des morts : c’eft à dire des dam­
nez.

Cette refponfe n’eft pas moins contraire à l’intention du
Saind Elprit que la précédante. Carie Sage parle du iufte auf- Ecl. ^.2Î

$4$

• ""

Defenfe particulière

û bien que du mefehant, du net comme du poilu, du bon-cornme du pecheur, de celuy qui iure comme de celuy qui- a crain­
te de iurer,& dit que tous ceux-là vont aux morts.Neantmoins
Monfieur le Bachelier ne veut pas que les bons, les nets, les iu­
ftes, c’eft à dire les Sainds foient morts, quand ils fontTrefpalfez. Certainement s?il eft vray qu’ils ne le font pas, c’eft à
tort que l’Apoftre parlant des Sainds de l’Ancienne Loy, dit
• qu’enfiy tous ceux-cy font morts ; C’eft contre la vérité que les
Apoftres ont prefehé la Refurredion de tous les morts, tant
bons que mauuais ; c’eft fans raifon que le Saind Efprit appclIcBten-heureux les morts qui meurent au Seigneur j Et c’eft contre
le droit que Saind Auguftin dans tous fes eferits appelle les
Sainds du Paradis du nom de morts, s’il eft vray que ce noin
ne conuient pas aux Sainds Treipaftez.
Mais qui iamais oüit vne contradidion pareille à celle cy?
Pour moy tant que trelpafl'crfic moürir lignifieront la mefmc
chofe, tant qu’il n’y aura point de différence entre la mort & le
trefpas, je ne fçaurois iamais conccuoir comment les Sainds
peuuent eftre treipaftez & n’eftre pas morts.- Et c’eft chofe
cftrange que l’elprit d’vn Bachelier en Théologie, foitcapable
d’vne contradidion fi manifefte : mais il ne faut pas s’en eftonner : ceux qui veulent cracher contre le Ciel fc falilfent le vif age, & le crachat mefme qui fort de leur bouche leur retombe
furie nez. Les mefmes flèches que les Barbares décochent
contre lcSolcil qui les brulledc fes rayons,retombent fur leurs
telles
ceux qui veulcnts’oppofcr à la vérité de l’Efcriture
qui choque leur fentiment, tombent eux- mefines dans la con­
tradidion.
Mais comment, direz-vous, faut-il donc entendre ce que
2.38 Iefus-Chrift a dit en l’Euangile : Dieu n’eft point le Dieu des mortSy
mais desvtuans. Or il eft vray qu’il eft le Dieu des Saints Bicn. heureux, il fautdonc que les Sainds Bien-heureux ne foient
pas morts. La refolution de cc doubte ne vous fera pas diffici­
le, fi vous confidcrcz que les Sainds trcfpaftcz ont efté com­
me nous fommes compofez de deux parties, à fçauoir de corps
fie dame, dont l’vne fubfifte après la deftrudion del autre.
Ils ne font pas morts, mais viuans quant à l’ame : parce qu’outrela vie naturelle par laquelle elle fubfifte cn Dieu, ils font en-

de lafîxiémeRefponJe,

24^

€orc viuans à luy d’vne vie furnatureilc de. gloire. Iis Zone
inotts au regard du corps : parce qu’lis ont perdu la vie tempo­
relle & animale qu’ils poffedoient icy bas : autrement ils n auroient point de part à la Rcfurrcéhon, car il n’y a que les morts
qui doiuent reftufeiter. Et c’eft pour cela que Iefus Chrift »
dit que Dieu n’eftoit pas le Dieu des morts mais des viuans,
pour dire qu’ils ne font pas entièrement deftruits,, & que leur
Dieu qui en fait fubfifter la meilleure partie, fçaura bien reforl’autrc pour les rejoindre enfemble toutes deux.
Car c’eft l’intention de lefus-Chrift cn.ee lieu de prouuer Hier. fo
la Rcfurredion des Corps par l'immortalité des Aines. Puis Mathi*
donc que ces Sainds viuans d’vne vie celefte ont efté cnleucz
par la mort temporelle de cette vie malheureufe : il eft éuident
qu’ils font du nombre des morts, qui ne fçauent rien de ce qui
le fait fous le Soleil : non pas qu’ils foient damnez, mais parce
qu’ils ne penfent plus aux chofes qui font en bas fur la terre>
mais à celles qui lônt en haut, pour viure d’vne vie bien-heureufe, laquelle ils poffedent auec Chrift en Dieu.
LcBachclier ne trouuant point d’appuy pour fe fouftenir
dans là féconde refponfe, en employé vne troifiéme; & dit que
le Sage ne parle pas en fa perfonne; mais qu’il fait parler vn?
impie, lequel nc croyant rien de l’immortalité de l’ame, pro­
féré en tout ce chapitre plufieurs chofes extrauagantes, & con­
formes à fon erreur, comme que toutes chofes arriuent égale­
ment au iufte & à 1 impie ; & que les plaifirs de cette vie font la
portion & le prix du trauail que l’on endure; Si quclesmortsnc fçauent rieo,& le refte. Ce qui eft confirmé, dit-il, pariamarge de la Bible au verfet quatrième & cinquième de ce mef­
mc chapitre,, où nous lifons ces paroles. Maniéré de parler
prouerbiale, dont vfent volontiers les Epicuriens, pour mon­
trer que toute leur félicité gift en la ioüyffance de cette vie.D’où nous colligeons éuidemment que le Sage ne parle pas en
faueur du Miniftre; & qu’il ne dit en aucune forte, queles
S aints qui régnent aucc lefus-Chrift ne fçauent rien de ce qui
fè paffé fous le Soleil.
Par cette refponfe il veut faire voir que nous nous feruons
du lan gage des impies, pour deffendre noftre creance :mais il
tomb e luy-mefme dans l’impiété, quand il attribué le langage

Ii

« 15®

&efcnfe particulière

du Saind Efprit aux Athées, qui ne croycnt point de Dieu: car
il dit que le Sage fait parler vn impie cn tout ce chapitre : mais
cela cft il vray ? Certes il cft aife de le conuaincre de faux : car
fi vous lifez le commencement, le milieu & la fin du chapitre,
vous y trouucrez des Sentences Diuines & toutes contraires à
l’impiété de ceux, qui ne croycnt rien de l’immortalité de l'A­
me ; & qui vous pcrliiadcront que c’eft le Sage, qui y parle
•toufiours, pour addonner fon cœur à la recherche des chofes,
pour éclaircir les difficultez, & pour en recueillir des maximes
Eceltf- 9- de fagelîc. C ar quand il dit que les iuftes & les fages, auftsi bien
que leursfaiclsfont en la main de Dieu j que les hommes ne connoiftent
1.
v. a.
point s’ilsfont dignes d’amour ou de haine par les accidens de cette
vie qui font communs aux bons & aux mauuais 5 que le cœur des
v. 5,
humains eft plein de maux ; que Dieu a les œuures du iuïie pour agréa­
v, 7.
bles ; que lhomme ne connoift point fon temps ; que la fagejfe vaut
v. ia.
que laforce, dr que tous les inftrumens de guerre ; que les paro­
mieux
ZZ. l6.
les desfages doiuent eftre plus paiftblement ouïés, que la crierie de celuy
v. 18.
qui domine entre les fols, & qu’vn foui homme pccheur deftruit vn
V. 17.
v. 18.
grand bien. Sont-cç des paroles d’vn impie, qui ne croit rien
de l’immortalité de l’Ame, & qui dit des cxtrauagances ? Ne
font ce pas pluftoft des paroles de pieté que proféré vn homme
fage'& defensraflis? Or le mefme qui a eferit ccs paroles, eft
celuy-là mefme qui a eferit que les morts ne fçauent plus rien
des chofes particulières qui fc font fous le Soleil, comme il pa­
roift éuidemment par la tiftiire de fon difcours. Ces dernieres
paroles donc ne font pas le langage d’vn impie, mais vnefentencc du Sage.
Mais, direz-vous, n’eft-ce pas le difcours d’vn impie, que
toutes chofes arrivent également au iufte dr à l'impie & que lesplaiftrs de cette vie font la portion & le prix du travail que /on endure’!
Mais lifez là deftus les Paraphrafes du Sieur Guillcbert Curé
de Beruillc,approuuécs des Dodcurs cn Théologie de la Fa­
culté de Paris &Maifon de Sorbonne; & vous trouucrez que
ces paroles bien entendues n’ont aucun fentiment qui fauorife
Çmkeb. l’impieté. Carvoicy comment il exprime le premier de ces
f*XC/*«* deuxvcrfets. Les bons & les mefehans cftans pefle-meflez
furt’Ecl. deftus la terre, on ne peut fçauoir encore qui aura du pire ou du
cbap.9. meilleur :1e tout eft referue dans le fecret de l’aduenir, car ce

de lafîxieméRjJponjè.

-25/

qu’on appelle bon-heur ou malheur en l’vfage du prefent, ne
font que chofes extérieures, communes indifféremment aux
vns & aux autres j qui ne peuuent donner aucun ligne éuident
dclafaueuroudeladifgrjce du Ciel. Et voicy comment il
parle fur le fécond,après auoir reiglé aucc Salomon les chaftcS'
eontentenicns d’vn honnefte mariage. Voila,. dit-il, les plai­
firs licites que vous auez à prendre durant le cours de ce mor­
tel pèlerinage, duquel voustrauucrez bien-toft le bout. C’eft
là toutela part que vous deuez prétendre de la terre au bref fcjour que vous y faites : ce font les fruicls de vos follicitudes &
de vos trauaux ,qui ne vous font pas defnicz : mais quand vous
en vfez> fouuenez-vous que le dernier foupir en vous oftant U
vie, Vous priuera de tous ces frelles contcntemcns.
Mais les notes qui font à la marge de voftre Bible, dit Mon­
fieur le Bachelier , attribuent cc langage à l’impie, quand elles
difent que c’eft vne façon de parler prouerbiale, dont vfent les
Epicuriens, pour montrer que toute leur félicité giften cette
Vie. Il eft vray que noftre verfton porte cette remarque à la
marge fur le quatrième verfet > dont il ne s’agift pas mainte- . liant: il eft vray que les notes marginales difent que quelques
interprétés eftiment que ce font paroles de ceux, qui collo­
quent le Souucrain-bien cn la joüyflàncc de la vie prefente:
maisclles-difcntaufliquelcsautresrapportentlc tout à Salo­
mon , lequel ne veut point nier l’eftat des ames après la mort.Et tout cela s’accorde fort bien : car l’vne & l’autre de ccs cho­
fes eft-véritable, & que le Sage a prononcé ces paroles enfà
perfonne & félon fon fentiment, pour dcfeouurir aux mondainslavanitédecettevieparlavanité de fes plaifirs, &que
les impies ont abufe de ccs mefmes paroles ,.pour cn tirer lujet
de fe moquer d’vne vie future. Et c’eft ainfi que Saint Hierof- #?#»•.
me attribue ce langage aux impies, faifant parler par Profopée Ecc^f^
vn Epicurc, ou quelque autre des Philofophes libertins foiuant
l’crreur populaire & comr.wne des hommes, qui s’animent les
vns les autres à joiiyr des plaifirs du Siecle prcfcnr. Et puis
après il explique, ccs mefmes paroles fuiuant la pensée Scie
fentiment du Sage Salomon..
Encffctil n’eft rien de plus ordinaire à ccs efprits impies»
&prophancs,que de reçcuoir des bons & véritables principes;»
'
------- — ’
Ii ij

Deffenfe particulière
pour en tirer des fauffes & des mauuaifes confequences. Par
//.idrtf. exemple, parce que lefus-Chrift a dit nefoyez point enfoucy pour
34.
le lendemain, afin dé nous deftourner de ces foins pleins de dé­
fiance & d’inquiétude, qui trauaillent l’efprit des mondains
dans l’acquifition des biens temporels: les impies n’abufcnt-ils
pas de ces paroles contre l’intention du Sauueur ? pour dire
qu’il ne faut prendre foin d’aucune affaire publique ny particu­
lière? mais paftèr laVie dans Poifiucté, & abandonner toutes
chofes à la conduite du -hasard ? De ce que Saind Paul a dit
«j _ pour nous difpofcr à bien mourir & à bien viure, que nous hahitons dans un Corps de mort ; Que la mort eft toufiours prés de
nous, & que celuy qui eft aujourd’huy viuant ne le fera pas de­
main : Les libertins de fon temps n’en tiroient-ilspas cette
confequence, qu’il nc falloit s’adonner qu’à faire bonne chet C«rK re, comme fi l’ame deuoit mourir auec le corps? Mangeons,
j2,
beuuons, difoient-ils, car demain nous mourrons.Y)c mefme quand
le §2° z a dit cycles morts nefçauent rien, qu'ils nont
aucun
commerce ny nulle part au monde en tout ce quifcfait feus le Soleil :
Ed.y. y. l’impie n’en a point tiré d’autre confequêce que celle-cy, qu’il
faut manger & boire & fe réjoüyr en cette vie fans penfer à
C%lle qui eft à venir.
Mais parce que cette confequence de l’impie n’eft ny bon­
ne nyvéritable, s’cnfuit-ilqùe le principe d’où elle eft mal ti­
rée ne le loit pas auffi ? Au côtraire, comme nous ne condam­
nons pas le dire de lefus-Chrift en l’Euangile, n'ayez point fou*
cy du lendemain, encore que les libertins en tirent des mauuai­
fes confequences pour authorifer leur pareffe criminellejcommc nous ne rejettons pas ce dire de 1’Apoftre,que noftrc corps
eft vn corps de mort: quoy que les impies en ayent tiré ce mauuais raifonnement, qu’il faut fc gorger dans les délices des feftins. Ainfi nous ne deuons pas accufer d’impieté ces paroles
de Salomon, queles Sainds ne fçauent'plus rien de ce qui &
fait fous le Soleil 5 encore que les impies infèrent de là quil
faut s’abandonner aux voluptez des fens.
ZZtrr in
Auffi Saind Hierofme ne condamne pas l’interpretation
Etcltfe, de ceux qui entendent ainfi ccs paroles, que les morts nont
ÿ. 5.6. * plus aucune communion en ce Siecle, ny fous ce Soleil que

nous voyons : mais qu’ils en ont fous le Soleil de Iuftice 5 &

de la.fixéme Rjfyonfê.
dans vn autre S iecle, dont Iefus-Chrift a dit, mon Roytame iïcjl fean i8«
point de ce monde.
3 .
Et voftre Paraphraftc les explique de cette forte. L’eftat Gu'M.
des viuans eft meilleur en ce point que la condition des morts: 'Paraphr'.
car ceux-là connoiffans qu’ils doiuent rendre conte vn iour de 3r
leurs déportemens, quelque defordre qui puifle arriuer dans ca?’
leurs mœurs, ils en fçauent reparer les deffauts & mériter de
bien en mieux: mais depuis qu.’vne fois ceux-cy font hors des
limites de la vie, ils ne peuuent reprendre ce qu’ils auoient ob\
mis, ny le rendre dauantage recommandables par aucune ad­
dition de probité. Il eft donc éuident que le Sage parle en ce
lieu de tous IcsTrclpaflcz qui font deccdcz de cette vicî& qu’il
dit d’eux qu’ils ne fçauent plus rien des chofes particulières
qui fe font cn ce monde, depuis qu’ils cn font fortis.
Pour vne quatrième refponfe Monfieur le Bachelier allè­
gue deux tefmoignages des Peres,par lefquels il prétend prou­
ucr que les Saints Bien heureux qui régnent auec Iefus-Chrift
cn la gloire Celeftc, ont connoiffance de nos Prières & de nos
befoins particuliers. Peut cftre, dit-il, qu’au deffaut de l’Ef­
criture , les Sainds Dodcurs parleront mieux pour luy ? Cerresau contraire: & le premier tefmoignage qu’il produit cft
de Saind Auguftin. Car ie lis, dit-il, cn Saind Auguftin, que tsfugttjk
ft Elizéc eftant corporellement abfcnt, a veu prendre à fon fer- lib-^-de
uiteur Guiezy les prefens de Naaman le Syrien : combien plu- ciait.'T)»
ftoft les Sainds verront toutes chofes en ce corps Spirituel,
non feulement s’ils ferment les yeux, mais de plus eftans cor­
porellement abfcns $
Pour vous faire reconnoiftre la bonne foy de Monfieur le
Bachelier dans la citation de ce paffage : je vous prie de confi­
derer que Saind Auguftin parle dans le lieu fus-allegué des
Sainds dont les Ames feront rctinies auec leurs corps après
la Refurrcdion: Ce qui paroift manifeftement, parce qu’il dit
qu*ls auront vn corps fpirituel. Or cela ne fait rien au fujet .
dont il eft queftion: puis qu’alors il n’y aura plus de fideles mal­
heureux fur la terre, qui ayent befoin de leur interceffion, &
qu’ils joüyronttous de la mefme béatitude.
D'ailleurs quand ce Pere dit que les Sainds verront toutes
chofes cn çe corps fpirituel, çc n’eft pas pour leur attribuer

Ii iij

25 4

Deffenfe pdrticulit re

toutefçience : mais feulement pour dire qu’ils verront tout ce
qu'ilücur fera conucnable de voir pour leur félicité; & qu’au
lieu que lors qu’ils font dans ce corps terreftre leurs yeux ne
voyent que les choies corporellesy alors ils verront naefmes
iffufftft- celles qui n’ontpoint de corps : car voicy comment il s’cxpli»
jÿ/dçOT. qUC< Si dans cctte vie Elifce a veu fon Seruitcur, receuant
desprcfcnsdanslelieuoùil n’eftoit pas luy-mefme: feroit il
vray que lors que la pcrfè&ion fera venue; que ce corruptiblen’aggrauera point l’ame, & que l’incorruptible n’apportera
aucun empefehement, les Sainéts euflènt befoin d’yeux cor­
porels pour voir les chofes qu’il faudra voir ï Ils auront-bien
pourtant aufli des yeux corporels* qui feront leur office en ce
lieu-là, Scdont l’efprit fe feruira par l’cntremife du corps fpirituel : mais ils feront d’vne force bicnplus excellente : non feu­
lement pour voir plus fubtilement queles Serpés & lesAigles,
qui ne peuuent apperceuoir que des corps : mais pour voir les
choies dcftachées du-corps & de la matière. Voila comment
ils verront toutes chofes : mais tout cela-ne fait rien pour prou­
uer ceqne Monfieur le Bachelier aduancé : car il n’eft-pas queftionde fçauoir ce que feront tous les Saincis,.quand Dieu lera-toutes choies en-tous dans la perfection de laBeatitudcunais
de ce que font maintenant les Bien-heureux qui font dans Je
Giel, en faueur des malheureux qui font fur laterre.Voulez-vous l’apprendre de S. Auguftin melrtie : il vous
dira qu’ils ne fc mènent point des chofes qui nous regardent
il4ug Hb en particulier, Sc qu’ils n’cn ont aucune cOnnoilfancc. Car
decur.pro voicy comment il raifonne fur les paroles d’Efaye,- que noiÿ
««/.c > 3 auons citées-. Le Prophète Efaye dit, tu es noftre Pere : farce
Fjaye.6 3
abraham nous a ignore^ : qu'lfra'el ne nom a point connus. Si
? *
de fi grands Patriarches ont ignoré cc qui fe palfoit parmyle
peuple qui eftoit defeendu de leur tige : comment eft-cc que
les morts femelle nt de connoiftre les affaires & les actions de
leurs proches pour lesaider? Et fur la predidioneforitcafffeTjùs- cond Liure des Rois. Tesjeux ne Verront point ce mal, que ie ni eu
Z2.20. yay faire'venir ftur ce lieu.- Gommentdifons-nous , dit-il, qu’il aefté pourucu à l’aduantage de ceux qui font morts auant la ve­
nue des maux qui ontfuiuy leur trefpas, s’il eft vray qu’aprés

leur mortils prennent garde aux calamites qui arnuent dan*

de la JïxiémeKefponJe,
lâ vie humaice? Eft-ce peut-eftre que nous difons ces chofes
par erreur? ou croyons-nous que ceux-là foient tranquilles
dans la félicité qui font touchez de l’inquictudc des viuans?
Pourquoy eft-cc donc que Dieu promet comme vne grande
faueur au tres-pieux Roy lofias, qu’il mourroit paraduance,
afin de ne voir pas les malheurs dont il menaçoit & la ville & le
peuple ? Luy eftant eftonné des menaces de Dieu auoit pleure
&defchiréfesveftcmens;&ilcft mis en feureté contre tous
les maux à venir par vne mort aduancce, par laquelle il deuoit
fc repofer cn paix, de forte qu’il ne les verroit point. Les ef­
prits donc des Trefpaffcz, conclud ce Doéteur, font envn
lieu où ils ne voyent point les chofes qui fe font ou qui arriuent
dans la vie des hommes. Jugez de là fi Sainét Auguftin a efté
dans cette creance, que les SainétsTrcfpaffez ont connoiffanec de nos befoins & de nos demandes ?
Le fécond tefmoignage qu’il cite des Peres cft de Sainét
.
Hierofme, accompagné de trois autres, dont il marque les
noms, mais non pas les paroles. le lis bien, dit-il, en S. Hie- *
1
rofme cfcriuant contre Vigilance infeété de la mefme Herefic
que nos Caluiniftes, que fi les diables courent par tout l’Vniacrs,& qu’ils fc trouuent prefens en tous lieux par leur extrê­
me agilité, qu’anfïi les Martyrs après auoir refpandu leur fan g,
ne feront pas enfermez dans vn coffre. le lis bien la mefme
chofe en Sainét Paulin, cn Scvere, en Sulpice, & en d’autres
grauesDoéteurs. Mais iamais on ne pourra lire que les Saints
Trefpaffcz n’ont aucune connoiffance des affaires d’icy bas, &
qu’ils ne voyent pas les prières & les demandes que nous leur
adreffons.
S u ppofer imprudemment des chofes qu’on ne fç: a i t pas, &
qu’il eft difficile de fçauoir, c’eft vne négligence qui peut eftre
tolérée. Mais fê propofer ouucrtement d’obfcurcir la vérité par
des fuppofitions manifeftes, c’eft dit le grand Cardinal de Ri- Jasfame
chelicu, vn procédé qui cft d’autant plus coulpable dans la Religion, qu’il ne lèroit pas mefme fupportable dans le commer­
ce des hommes. Si Monfieur le Bachelier auoit bien profité de
cét adu is de fon Maiftre, il ne fc feroit pas feruy de ce tefmoi­
gnage de Sainét Hierofme, qui eftant allégué tout du long fuf­
fira pour vous faire voir qu’il eft luy-mefme autant éloigné de

15^

Défenfî pdrtictdierè

la pensée de ce Dodeur, que nous le fommes du fentiment de
Vigilance: voicy donc comment ce Pere parle à cc Preftrc de
Barcelonne.- Tu dis que les Ames des Apoftres &-des- Martyrs
demeurent ou dans le fein d’Abraham, ou dans vnlieuderafraifehiflementjou fous l’autel de Dieu ; & qu’elles nc peuuent
point fortir de leurs tombeaux, pour aller où clics veulét: c’eft
à dire quelles font cortime dans la dignité des Sénateurs, &
que n’eftant point au nombre des homicides, -elles ne font pas
enfermées dans vn cachot mfame, mais dans vne honnefte
prifon, comme dans les Ifles fortunées, ou dans les Champs
Elifiens. Tuimpofes donc des loix à Dieu ; tuictteslcs Apo­
ftres dans les liens, afin que ceux-là foient détenus en garde
jufques au iour dulugemét,&ne foient point auec leSeigueur,
Ctyw.14 ftefquels il eft écrit, c^'ùs/ùiuejjt t Agne’au partout où- il va. Si
4*
l’Agneau eft par tout ; il eft croyable que ceux qui font aucc
l’Agneau font aufli par tout. Et fi les démons trottent par tout
le monde, ôd'ont prefens par tout auec trop d’agilité: les Mar­
tyrs après l’éfufion de leur fang feroient-ils couucrts & enfer­
mez fous l’Autel comme dans vn coffre,.fans qu’ils en puiflent

fortir ?

t

D’où il paroift premièrement que ceuxrque vous appeliez
Caluiniftes combattent l’erreur de Vigilance, bien loin d’en
eftre infcéfccz. Car Vigilance a creu que les Ames des Sainéte
après cette vie eftoient en prifon;& nous croyons qu’elles font
dans la glorieufoliberté des enfans de Dieu.. Il a dit qu’elles
eftoient dans cette prifon iufques au iour du lugcment,& nous
difons qu’elles font admifes à cette liberté Bien-hcureufe in­
continant après eftre deflogées du corps. Il a fouftenu qu’el­
les n’eftoient point aucc 1g Seigneur j & nous fouftenons au
contraire, que leur Bon heur vient.de ce qu’elles font en fa focicté, fuiuant le fouhait de l’Apoftre, qui deûrcde deftcger.ponr
eftre aucc chrift. Mais ceux-là font infedez de l’erreur de ce
Prcftre Efpagnol, qui dil'cnt, comme Bellarmin, qu’outre
l’Enfer, le Purgatoire, & le Royaume des Cieux, ilyaencorc comme vn pré fleury, agréable, remply de lumière Sc de
bonnes odeurs, qui eft le lieu où viucnt les âmes quinefouffrent rien , & qui leur cft comme vne prifon honorable. Ccuxia. font empoifonnez de cette hcrcfic , qui veulent fuiure b
creance

*

de lafixiéme Pjftonfî,

257

créance du Pape Ican XXII. lequel enfeigna publiquement, Oetm.in
& commanda fous peines à l’Vniucrfité de Paris, de tenir pour compend.
vray,que les Ames purgées ne reçeuoient point la robbe blan-trrtr,i t
che, & n’eftoiét point participantes de la claire vifion de Dieu 22’
auant le dernier Iugement.
Secondement il paroift de ces paroles de Saind Hierofme,
que ce Pere n’a efté nullement entaché de l’erreur du Bache­
lier : car il a bien dit que les âmes des Sainds Bien heureux ne
font point enfermées comme dans vn coffre; il a bien dit qu’el­
lesfont auec le Seigneur & qu’elles ont la liberté d’aller par
tout où il va: mais il n’a pas dit qu’elles entendent leS prières
qu’on leur adreflê, ny qu’elles ont connoiffance des affaires
d’icy-bas. Mais pluftoft il a bien tcfmoigné qu’il auoit vn fen­
timent contraire: car cfcriuant à Helio^ore fur la mort de Ne- Hier. JF»
potian, il dit qu’il eft auec Chrift, & qu’il cft méfié dans le
Chœur des Sainds :& neantmoins il parle ainfi dés le com­ tielwdor.
mencement de fon Epitaphe. Mon efprit eft eftonné, la main £pitnph.
Nepvt.
me tremble, mes yeux font obfcurcis, ma langue begaye.jôc
tout cequeie fçaurois dire femble eftre muet : parce qu’il ne
l’entend pas : Mais ne ceffons point de parler de celuy auec
qui nous ne pouuons point parler. Et après auoir fait mention
des degafts & des cruelles imprécations des Barbares: il adjou­
fte, que Ncpotian eft heureux! qui ne voidpas ces chofes, &
qui ne les entend pas.
Pour les autres Dodcurs que le Bachelier fc Côtente de nom­
mer fans alléguer leurs paroles : s’ils ont dit la mefine chofc, ils
n’ont rien dit qui me choque, ny rien qui le puifle fauorifer.
Mais pour trois Dodeurs qu’il me nome fans les faire parler,
ic luy cn veux faire entendre trois autres de plus grande confi­
deration. Saind Ambroife dans l’Oraifon Funebre de Saind ^mbr.in
Satyr, luv fait cette Apoftrophe. Combien gemirois-tu, fi tu
Setty
connoiff ois que maintenant 1 Italie cft preffee de fon ennemy. r/.
Le Pape Grégoire a bien creu de mefme , que les Sainds Tref- Greff fa
paffez. n’ont pas connoiffance des affaires d icy bas, quand il a ^pioral.
dit, que comme les viuans ignorent en quel lieu font les Ames
des morts : ainfi les morts ne fçauent comment eft difpofée la
vie de ceux qui fiuent en chair. Et dans le Droit Canon, I’Ap- Derr. 3
pendice d’vn Decret propofe & refout la queftion de la forte, p.caufat
Or touchant les morts on demande, s’ils fçauent les chofes qui 7. 2.

Kk

358

Défenjc particulière



fc font par les viuans. ■ Efaye dit cn la perfonne du peuple affli­
gé, Abraham nojlte Pere ne nous a point connus.
Enfin Monficur le Bachelier voyant bien que toutes ces
refponfes, qui.attribuent aux Sainds Bien-heureux vne exade
connoiflance de nos befoins particuliers, font incertaines &
doubteufes : aime mieux s’appuyer fur leur feule charité; & ad­
joufte pour dernierc réplique. le dis de plus que quand mef­
me ils ignorcroicnt toutes nos affaires; quand mefme ils ne
lçauroient rien dece qui fe fait fur laterre : neantmoins cela
n’empefche point que leurs cœurs cftans pleins de charité &
du zele des ames, ils n’offrent fouuêt à Dieu leuïs prières pour,
nosbefoins. Car s’il eft vray que tandis que nous fommes fur
la terre fort occupez au trauail de noftre Salut;tandis que nous
fommes incertains de l’iflué de noftre combat : nous ne per­
dons pas pourtant le foin de nos amis abfens,nous offrons bien
fouuent à Dieu des vœux & des prières pour eux, encore que
nous ignorions le lieu de leur demeure & l’eftat de leurs affai­
res : comment eft-ce que les Sainds Treipaftez,qui font main­
tenant en vn parfait repos, les Sainéls quj nous aiment &qui
nous chcriftent plus que nous n’auons efté aymez de nos pa­
rens ; les Sainds, dis-jc, qui fçauent du moins que nous auons
befoin de beaucoup d’ayde & de fecours, nous refuferont leurs
fofticitations, & leurs prières enuers la Bonté Souuerainc?
Certes c’eft faire iniurc à la charité & à l’amour, que les Saints
ont pour leur prochain.
A quoy ie dis premièrement, que nous ne doutons point de
la charité des Sainds Bien-heureux dans le Ciel enuers les Fi­
dèles de I’Eglife Militante fur la terre : mais comme l’amour
bien reiglé eft vn mouuement originaire de la connoiffance:
ils aiment Dieu & le prochain à proportiô de ce qu’ ils les cont Corhj. noilfent. Comme ils çonnoiflcnt Dieu parfaitement & non
ï2«
en partie : aufli l’aiment-ils parfaitement & de toutes les affedionsdeleur cœur. Mais comme ils ne connoiffent qu’en
general qu’il y a des fideles qui font encore dans les tenta­
tions de cette vie : aufli ne peuuent-ils prier Dieu pour eux
qu’en general, à ce qu’il leur donne l’efprit de confeil & de for­
ce, pour les faire paruenir à la mefine félicité qu’ils pofledent.
Mais cc n’eft pas là le point de la Controuerfe ; car la qucftioA

de lafixéme Refponjc,

«59

h’cft pas, s’ils font des prières generales pour toute l’Eglife qui
combat fur la terremous difons aucc SaintAuguftin, qu’eltans- tsfuwft.
éloignez de toute conuerfation des mortels , ils prient néant-1. âc mr.
moins Dieu généralement pour leur indigence. Maisie point prû ™rcontrouersc entre nous, eft de fçauoir s’ils font des prières a
x6'~
Dieu quirefpendent aux demandes que les particuliers leur
adreflent à mefme temps en vne infinité de lieux i de fçauoir
s’ils prient pour lean malade, & qui demande la faute i pour
Iacques voyageur & qui defire de rcuoir fa patrie: pour Paul
qui eft fur mer en péril du naufrage,?*: qui demande d’arriuer
au port j pour Guillaume qui eftpourfuiuy de fes ennemis, &
qui fouhaitc la vidoire 5 pour Sulânne, qui eft fôllicitcc en fon
hôneur , & qui demâdela deliurâce de cette tentation,pour ne
fe rendre pas à des allechcmens impudiques; & pour vne infi­
nité de particuliers qui fe recommandent quelques-fois à vn
feul Saind, & luy adrclfent vn nombre infiny de prières, félon
l’innombrablediuerfitédes accidens dont ils font accueillis.
C’eft ce que nous difons qu ils ne font point, & qu’ils ne peu­
uent faire, non par faute de charité, mais par deftqut de connoiffancc.
Car en fécond lieu le foin que nous deuons prendre deschofcs qui regardent noftrc prochain, fc mefure à la connoiffancc que nous en auons: à moins que nous voulions agir cftourdnncnt &: alalegere, fans fçauoir dequoy nous nous méf­
ions. Nous ne pouuons demander auec alfcurancc vne faueur
particulière pour vn amy, fi nous nc fçauôs qu’il en aye bcfôin :
lorsque nous prions Dieu pour quclqu’vn fans fçauoir le lieu
de fa demeure ,ny l’eftat de fes affaires, nous ne pouuons que
luy fôuhaitcr en general bon-heur &prolpcrité; & encore
comme cette demande procédé de lamour que nous auons
pour luy, elle fe trouuc toufiours fondée fur la connoiftàncc
que nous auons de fa perfonne. Mais tant s’en faut que les
Sainclsaycntconnoiftanccdelamaladiedclean, du voyage
de Iacques, de la nauigation de Paul, du combat de Guillau­
me, de la tentation de Sufanne , & des infinis accidens qui
peuuent arriucr à chacun des fideles, qu’ils ne connoiftént pas
leurs perfonncs ;& ne fçauent pas feulement fi clics font dans
la nature des choies. N’en ayant donc qu’vne connoiftàncc

Kk ij

Deffenfe particulière
generale & confufe, lous quelque notion commune d’Egliic Militante, ou de fideles combattans : ils ne peuuent prier
pour eux qu'en general: autrement s’ils fe mefloient de prier
pour chacun des fideles, & de demander pour eux des faueurs
particulières, ils prefenteroient des interceffion s à la volée; ils
prieroicut Dieu pour eux comme battans l’air; &nefçachant
point la diuerfité de leurs, eftats, ils demanderoient pour l’vn
ce qui ne luy feroit pas befoin ; & ne demanderoient pas pour
l’autre ce qui luy feroit neceffaire.
C’eft pour cela que les Anciens Peres de l’Eglife voyans
la connexion neceftaire qui cft entre cette interceffion parti­
culière, & la connoiflancedcsbcfoinsparticulicrs, n’ont pas
creu qu’il fallut attribuer aux Sainéts cette interceffion, ne
croyans pas qu’ils euflent cette connoiftance.
Origene ne le met pas dans les articles de foy,mais au nom­
bre des queftions occultes, qu’il ne faut point coucher par cfOrig. lib. crit, & dont la connoiftance n’appartient qu’à Dieu. Si ceux,
2 *« fpift dit-il qui font hors du corps, ou les Saints qui font auec Chrift
ad7{om. font quelque chofe & trauaillent pour nous à la façon des An­
ges, qui procurent les feruices de noftre Salut : que cela foit
mis entre les Myfteres de Dieu qui font cachez,& qu’il ne faut
point mettre fur le papier.
Saint Grégoire de Nazianze cn parle auec tant de doute,
Gregor.
JVazian. qu’il fait bien connoiftre qu’il n’a pas efté dans cette creance ï
orat. ii. parlant à fa Sœur deffunéte, il conclud ainfi fon Oraifon funcin tandem brc. 5ituas cn quelque confideration nos paroles; & fi les
£|pr|ts Sain<qs ont rcceu ce don de Dieu de pouuoir cônoiflre

telles chofes :rcçoy noftre difcours en lieu de pluficurs Epi­
taphes.
Vffifitfl.
Sainét Auguftin détermine la chofe plus clairement en
l.dicur. noftre faueur, quand il dit. Sidcfiexcellens Patriarches ont
fro mort. ignoré ce qui fe paftoit parmy le peuple forty d’eux : comment
cap. 13. eft-ce que les morts fé meflent des affaires de leurs proches
pour les connoiftre, & de leurs aétions, pour les ayder ?
r.
Luy-mefme dit que fa Mere feroit aucc luy toutes les uuiéts»
de ‘‘cur. ’ A les Sainéts après la mort fe mefloient de nos affaires. Chafro mort. cun, dit-il, prendra ceque ie diray comme il luy plaira.
cap. 13. Ames des morts fc mefloient des affaires des viuans, ma bon;

delà, fixiérnelmefponfe'.

î6i

ne Mere ne m’abandonneroit aucune nuid : puis qu’elle m’a
fuiuy par mer & par terre pour viure auec moy. Car ja n’aduicnnc qu’elle foit deuenuë cruelle depuis qu’elle eft cn pofleffton d’vne vie plus heureufe.
,
Hiîdcbcrt Euefque de Tours deffend le fentiment de Saint Httteb.
Auguftin, que les Ames des Sainds ignorent ce qui fe fait en ann.'Docctte vie; & conclud que les Litanies par lefquclles on lesfol- «wiUMS
licite de prier Dieu pour les viuans font inutiles: puis qu’ils ne
nous entendent pas,& qu’ils ne fçauent point ce qui fe fait parmynous. Iugezdelàftcettc intcrceffion des Sainds eft vne
vérité & vne pratique auffi ancienne que I’Eglife, comme dit
Monficur le Bachelier
puis qu’il dit que mes raifons font
comme les canons, dont ie me lers pour hurter cette interceffton: Voyez ficc premier canon ne la bat pas cn ruyne par
l’authorité de l’Efcriture ; par le tefinoignage des Peres, & par
l’approbation de vos Dodeurs.
La fécondé raifon que i’ay employée pour cela mefine, eft
prife de deux textes de 1 Efcriturc &de l'cxéple de dcuxSaints,
l’vn de l’Ancien, l’autre du Nouucau Teftament : laquelle ef­
tant mife en forme reuient à cét Argument.
Si les Saincls eujfent cretfquaprès la mort, ils pouuoicnt ayder
leurs amis dans leurs befoins particuliers en cette vie par leurs
intercefsiens enuers Dieu. Elie ne diroit pas à Eliaçée, deman- 2.7^0A i
de moy ce que tu veux que ie tefafle auant que iefols enleué d’a- v. ç.
uectoyiEt Sainct Paul n auroit pas dit aux Philippiens il PM. x«
mefl beaucoup meilleur de defloger & eflre auec Chrifl : mais il 2 4»
ell plus neceffaire pour vous que ie demeure en chair.
Or le Prophète tient ce langage afon Difciplc , & f Apoflre aux
fdeleS Philippiens.
Jls n’ont donc pas creu les pouuoir ayder après la mort en cette
vie par leurs intercefsions enuers Dieu dans leurs befoins parti­
culiers.
La confequence de la première propofition eft éuidente:
car pourquoy Elie au roit-il obligé fon Difciplc à luy deman­
der ce qu’il vouloit auant fon rauilfeinent,s’il euft creu pouuoir
entendre fes prières dans le Ciel, & luy procurer le mefine aduantage par fes prières enuers Dieu ? Pourquoy auffi S. Paul
diroit-ilaux Philippiens qu’il eftoit plus neceftaire pour eux

Kk iij

£t>ï

.

Deffenfe particulière

qu’il demeurait en vie : puis qu’aprés fà mort il pouuoit procu­
rer leur aduancement 8c la ioye de leur foy par l’efficace de fes
prières. La féconde propofition eft Iiteralcment de l’Efcritu­
re, il cft donc manifefte que l’vn 8c l’autre a tenu ce langage :
parce que tous deux ont creu qu’ils ne pourroientplusfccourir
leurs Difciples apres eftre deflogcz de cc monde.
A cét Argument Monfieur le Bachelier fait trois refponfcs:
la première n’cft qu’vne chicane dcMiffionnaire; la féconde
eft vne éuafîon de mauuais Théologien 5 & la troifiéme cft vne
petite fubtilité de Philofophe.
Pour la première, il l’exprime en ces termes. Tout cela ne
font que glolcs & confequences Miniftrales, dont toufiours
vne propofition sftdouteufe 8c hors l’Efcriture. Car encore
que le Phophetc Elie aye exhorté fon Difciple à luy demander
quelque chofe auant fon enletiement au Ciel, 8c que l’Apoftre
aye déclaré auxPhilippicns qu’il cftoit plus neceffaire pour eux
qu’il demeurait en chair: toutesfois leProphcte ne dit pas qu’apres fon départ il ne donnera aucun fecours ny aucune ayde à
fon Difciple : ny l’Apoflre ne dit pas qu’aprés la mort il ne fera
nullement profitable ny ne fera rien pour ceux de Philippes.
Contre cela ic dis premièrement, qu’vnc vérité petit eftre
dans l’Efcriture en deux façons, ou quant aux mots 8c quant
aux lettres, lors quelle y cft exprimée en mefmes termes: ou
quantaufcns8càlafubftancedcschofes, lorsqu’elle eft dans
1 intention de celuy qui parle. Or quoy qu’Elie n’aye pas dit à
Elizée, ny Sainét Paul auxPhilippicns qu’aprés leur deflogcment de ce monde, ils ne pourraient plus les fecourir dans
leurs befoins particuliers : cela pourtant ne s’enfuir-il pas
éuidemment de leur difeours? 8c nc l’ont ils pas clairement
fait entendre parleurs paroles ? Certes fi ce n’euft pas efté leur
intentiqji ; 8c fi les fideles Difciples de ces Saincts ne l'eufTcnt
pas ainfi entendu : Elizée aurait eu fuiet de dire à fon Maiftrej
jcn’ay que faire de vous rien demander auant voftre enleuement au Ciel : carie fuis bienperfiiadé que dans ce fejour de
bon-heurvous n’onblierez-pas voftre cher Difciple, 8c qu’eftant auprès de Dieu,vous me procurerez par vos follicirations
entiers luy plus d'aduâtages queie ne vous en fçaurois deman­
der 3 maintenant que la ttiftcflcnc me permet pas de penfer à

de la Jtxiemé Rejponfe.
Cè qui me Fait befoin.

163

Mais au lieu de cela il le prend au mot,
& comprenant par le difcours du Prophète qu’aprés eftre crfic.ué dans le Cicf> il ne feroit plus en eftat d’cfçouter fes prières,,
il luy demande le double de fon efprit tandis qu’il eft fur la teç- î.
re. LesPhilippiens aufli euffent eu raifon dédire à S. Paul: 9.
pourquoy aymez vous mieux demeurer cn chair aucc nous ex­
posé aux fôuffranccs, que d’eftre auec Chrift affranchy de tou­
tes les tribulations de cette vie ? Ne dites-pas que cela cft plus
neceftaire pour noftre bien : car quand vous ferez aucc le Chef
de l’Eglife cn poflelfion de l’etcrnelle félicité, non feulement
vous ferez heureux : mais encore vous pourrtz parvosintercelfions ayder à noftre foy eftant éloigné de nous, autant Sc
plus que fi nous joüyflions de voftre prefencc.
D ailleurs quoy qu’vne propofition foit entièrement hors
de l’Efcriture, s’enfuit il de là qu’il l’i faille rejetter comme
douteufe?MonfieurleBachcIierlecroit ainfi : mais fon Mai­
ftre le Cardinal de Richelieu ne le croit pas : car il aduouë qu il
faut receuoir, mefme en fait de Controuerfe vne propofition
comme véritable & certaine, qui eft conforme aux lumières ‘
'
de la raifon naturelle. Il faloit donc faire voir que la premiè­
re propofition de mon Argumét n’a pas cette conformité aucc
la droite raifon, & non pas la condamner fimplement, parce
qu’elle cft hors de 1 Efcriture.
Mais outre cela s’il faut rejetter comme incertain & dou­
teux tout.ee qui n’cft pas dans l'Efcriture, comme veut le Ba­
chelier : vous ne pouuez receuoir qu’auec doute & incertitude
ce qu’il dit que mes raifonnemens ne font que glofes, & confequenccs Miniftrales. Car cela mefine ne fc trouué pas dans
l’Efcriture ; & il ne peut pas dire qu’il l’ait appris de la tradition
Apoftolique : d’autant que les Apoftres n’ont iaes-q. enfeigné
l’Art de former des Argumens ny de tirer des côfcqbv.ices. Si
ce n’eft qu’il entende que vous cftes obligez d’écouter toutes
fes leçons Magiftrales comme des textes de l’Euangile, ou des
maximes de tradition.
Enfin ie vous prie de remarquer en paftant la contradidion
manifefte, dans laquelle il s’enucloppe luy - mefine. Car ré­
pliquant à ma première raifon, il a dit que les Sainds de l’An­
cien Teftament n’tntercedoict pas pour les fideles qui viuoient

S’.

I.’D*

Defenfe generale
dans la Synagogue ; & maintenant répliquant à la fcconde, il
d.t que le Prophète Elie donnerait fecours à fon Difciplc
après fon enleucment : comme fi Elie n’eftoit pas vn Saint de
l’AncienTeftament. Certes s’il eft vray que tout homme eft
menteur : aufli eft il certain qu’vn menteur doit auoir bonne
mémoire, pour n’eftre pas furpris en mentcric.
Dans la fécondé refponfe Monficur le Bachelier forme des
objeétions contre mon raifonnement ,afin d’en çluder la for­
ce. Ces objeétions font prifes d’vn paftage de 1 Efcriture, &
d’vn tefinoignage de Sainét Auguftin tous deux citez à faux.
Le Prophète, dit il, n’a point dit qu’il ne donnerait aucun fe­
cours à fon Difciplc après fon départ, ny l’Apoftre qu’il ne fe­
roit rien pour ceux de Philippes : autrement ils contrediraient
éuidemment à ce qui eft eferit dans la féconde Epitrc de Saint
Pierre, où ce premier 3e tous les Apoftres promet aux fideles
difperfezdetrauailleraprésfamort, qu’ils gardaflént en leur
mémoire fes inftruétions. Par où nous voyons que dans tous
les pafta ges alléguez non feulement le Miniftre ne prouue pas
lanegatiue, à fçauoir que les Sainéts enlcucz de cc monde &
qui régnent auec Iefus-Chrift, n’aydentpasleursamis-, ny ne
fçauent pas leurs affaires. Mais auffi que l’affirmatitie , qui dit
que les Sainéts connoiffent nos neceffitez, & qu’ils peuuent
ayder leurs amis après cette vie j y eft cftablie par vn paffage
clair & formel. D’où vient que nous concilions aucc Sainél
Auguftin furie Pfeaume 85. que noftre Seigneur Iéfiis-Chrift
prie pour nous, que tous les Martyrs qui font aucc luy prient
pour nous ; & que leursinterccffions ne ccftcnt point iufques *
ce que noftre gemiffement ceffc.
I’ay cy deffus indiqué ce que i’auois à dire fur cctte obje­
étion . à c Rfir que voftre Bachelier cite fauffement ces deux
tefi z.g'nages,&qu’il fait dire à Sainél Pierre & LSainétAaguftin ce qu’ils n’ont iamais dit, ny voulu dire. Mais parce que
ce n’eft pas aft’ez d’impugner fon ennemy de faux ; & qu’il faut
prouuer fa faufteté, pour luy ofter toute creance : je m’en vay
mettre au iour celle du Bachelier, afin que connoifians de
quelles armes il fc fert pour deffendre voftre Religion,vous ap­
preniez à n’eftre par fi crédules.

Pour le paffage de Sainél Pierre, il en atranfpofé lesparo-

de la JtxiémcRefponfè.

16^

les afin d’en renuerfer le fens. Car voicy comment il cft cou­
ché dans la verfion de Sain& Hierofme. Mais is mettraypeine & s.Titr.i
fouuentesfots , que vous ayez, après mon trefpas à faire msmoire de ces i 5.
chofes. Au lieu de cela il fait dire à Sainét Pierre, jc trauaillcray
après ma mort, que vous gardiez cn voftre mémoire mesinftruétions. Tellement qu’il met ce Saind Apoftre dans le tra­
itai! aprésïon trçfpas pourrememorer fes inftrudions aux fide­
les j au lieu qu’il dit que pendant fa vie il aura le loin de leur
donner des enfeignemens falutaires, afin qu’ils s’en puiftent
fouuenir après fa mort. Que ce foit là le but ôc l'intention de
l’Apoftre : il paroift par laliaifon de fes paroles auec les précé­
dantes : car voicy comment il a parlé auparauant. Parquoy ie ns 2. Tkr.t
feray pareffeux de •vous ramsnteuoir toufiours ces chofes quoy qneVous 12,1 S-4*
foyez connoiffans &fondez cn la vérité prefente. Car fefi1 me que c'est
chofe iufie , tandis que iefuis en ce Tabernacle de Vous efucillsr par aduertiffemsnt yfiachant qu'en breffay à defloger de ce mien Tabernacle?
comme nofire Seigneur lefus-Chrifi mefme ms P a déclaré. ' Mais, adjoufte-il ?je msttray peine qu après mon département aufsi vous puif- ^.Pitr.ii
fiez continuellement vous ramsnteuotr ces chofes.
15»
Et afin que leBachclier ne m’accufe pas de quitter le fens de
l’Apoftre en retenant fes termes : jc le prie de confiderer que
c’eft l’expofition qu’en donnent vos Interprètes: c’eft ainfi que
l’expofe la glofe ordinaire de voftre Bible. Tandis queievis, gbff.tric inettray peine que vous ayez ces chofes fréquemment en atn.inhitc
memo;re après mon trefpas, à fçauoir toutes les fois que des
faux Prophètes s’approcheront pour vous en diftraire.
Celt ainfi que l’a interprété Monfieur Godeau Euefque godeau.
de Grafle dans lès Paraphrafes. Que ia nouuelle de ma mort
Pane vous trouble point : i’auray foin de vous laifter auparauant rapbrafe
des eferits, pour conferuer la mémoire des chofes que ie vous ',tr 2,l>r'
ay dites:C eft ainfi que l’a entendu Emmanuel Saalcfuite. le * !
mettray peine,qu’aprés mon trefpas vous puiffiez fouuent vous
fouuenir de ces chofes.
C cft ainfi que l’ont interprété auant eux Oecumenius par­
my les Anciens, Thomas d’Aquin, le Cardinal Cajetan, ô£
Eftius parmy vos Dodeurs. Oecumcniusrfuiuant linteiligen- Oecumin
ce de ceux qui traittent fimplement 1 Efcriturc, a traduit & expliqué ce paffage de la forte. le mettray peine qu après mon.

266

Dcfcnjê particulier \ -

-départ.voiis ayez toufiours dequoy faire mémoire de ceschoS
fes : c’eft à dire, ne vous eftonnez pas, & ne trouuez pas in­
commode que ievous fàftc alfiduelle mention de ccs chofes:
car ic ne fay pas cela pour condamner voftre grolfiereté : mais
par des enfeignemens continuels, ic vous baille vn fecours
ferme 8c aficuré ; afin qu’eftans confirmez par ces chofes vous
cnpuiifiez auoir vne doétrine viuante & inefaçabledcvosefpries.
'
...
Thomas d’Aquin l’explique de la forte. le mettray peine,
2, Tff- à fçauoir cependant que ie fuis en vie, vous aduertift’ant non
feulement vne, mais pluficurs fois, que vous ayez mémoire de
t, i»
ccs chofes.
Le Cardinal Ca/etan l’cxpofe ainfi. le mettray peine,c’eft
Crtîi’Mn*
à
dire
ic donneray ordre cependant que ie fuis en chemin, que
in hune
vous
ayez
des Iiures qui vous remettront ces chofes en lameivcum.
moire , afin que vous cn conferuiez le fouuenir,c’eft à dire que
vous accompliflicz la Doârinc qui vous a efté remémorée.
Eftius vnde vos Profefteursen Théologie, en donne la
mefmc verfion & la mefme expofition dans lès CommcntaiEfiius in rés : La verfion,.dit-il, eft plus claire cn cette façon. Au rçfte
Commet, ie mettray peine que vous puilïîez aulfi après mon trefpas faire
in 2. pet fouuentesfois mention de ces chofes : c’eft à dire i’employeray
C, J*
mon foin & mon trauail à ce qu’aprés mon décès vous puilficz
en tout temps renouucller la mémoire des chofes,dont ie vous
eferis maintenant :& c’eft ce qu’il a fait en leur laiflant le mo­
nument de fes Epitres, afin qu’ils n’oubliaflènt iamais fes pré­
ceptes & fes aduertiftemens.
Par où vous voyez que le Bachelier non feulement ne trou­
ue point en ce paftage la preuue de cette aftirmatiue, queles
Saints Treipaftez connoiftent nos neceffitez & qu’ils peuuent
ayder leurs amis apres cette vie : mais que mefme nous en pou­
uons colliger la negatiue contraire. Car S. Pierre ne fc feroit
pas donné tant de foin, & n’auroit pas pris tant de peine fur la
fin de fa vie, pour confirmer la foy des croyans : s’il eut creu le
pouuoir faire plus aduantagcufcmçt & fans aucune peine après
fon trefpas.

Pour le tefinoignage qu’il cite de SaintAttguftin fur le Pfeau­
me huiélante cinquième : il eft encore moins véritable dans

de la fixiéme Rjfyonfi,
•Cette allégation que dans celle de 5. Pierre. Car ic trouue bien
dans le lieu allégué, que le mefine qui eft le Sauueur de lôn
Corps à fçauoir lefus-Chrift noftre Seigneur, eft le fcul qui
prie pour nous, qui prie en nous, & qui eft prié par nous.Qu il »» Pfalta.
prie pour nous comme noftre Sacrificateur ; qu’il prie en nous
comme noftrc Chef; & qu’il eft prié par nous comme noftrc
Dieu : mais ie n’y trouuc rien des prières & des incercclfions
des Martyrs. Et certes Sainél Auguftin contrediroit à foy'mcfme,s’iljoignoit,comme fait le Bachelier, rintcrccflio»
des Martyrs aucc celle de lefus-Chrift. Car comme de tous les
hommes il n’y a que luy qui loit prié rcligieulcmcnt par nous :
parce que luy feul eft noftre Dieu ; comme il n’y a qfle luy, qui
prie en nous: parce queluy feul cft noftrc Chef : aufli n’y-a-il
que luy qui puifle prier pour tous &vn chacun de nous: parce

que luy feul eft noftre Prcftre, qui a vne parfaite connoiflance
de toutes nos ncceflîtcz.
;
le trouue bien dans l’expofition du mefme Pfeaume, que ssfHgufti
depuis que le Corps de Chrift cft dans l oppreflion il gémit & *»
crie àDieu iufques à la fin du Siecle,cn laquelle les tribulatiôs

pafl’eront;& que chacun de nous félon fa portiôdc maux à la
clameur dans ce corps: mais ie trouue aufli que quelques-vns
.des Membres de Chrift crient, &quc d’autres fc repofenten
luy; que quelques vns ne crientpas, & que d autres crieront
-apres nous, quand nous ferons dans le repos : mais que lefusChriftnoftre Chef intercédé pour nous à la dextre du Perc.
ïugez fi cela fauorife i’interceflion des Martyrs j & li Moufle-or
île Bachelier n’a pas perdu tout fentiment de honte, quand il
- fait dire à Sainél Auguftin lecontraire de ce qu’ila dit. Certes
-il auroit mieux fait d’agir autrement & felon'l-aduis du Cardi­
nal de Richelieu, de rentrer en luy-méfine, & de penfer fe- 7{ichel.
rieufement aux extrémitez où*il s’emporte par fôn obftina- Method*
i tion. Il ne peut point douter que lors qu il s’agit de combattre, l,“re
. ou de deffendre quelque chofe,ons’expofeàïa risée & au mef-c
prisde tout le inonde i fl on nc l’entreprend, &flon nclefait
; par des moyens fermes & folides » & que d’y employer des im1 pofturcs & des fauftctez éuidentes : c’eft vn préjugé plus que
probabled’vnc mauuaife caufc>& de la foiblcffe de ceux qui l-'a
î deifendenc,
:'-'.i c : ..'C èi:

Lli;

î 58

Defenje particulière

Si le Bachelier a fi peu d’ingenuïté quand il cite des paflai
ges pour combattre noftre creance: il n’apas plus defolidité,
quand il fait l’interprete de ceux que i’ay citez pour la défen­
dre. Peut-eftre, dit il, que vous me direz, que lignifient en­
fin ccs paflages alléguez : je vous refpons que cc feroit au Miniftrc qui les employé à vous cn dcfeouurir le fens. Toutesfois
ie veux encore le deliurer de cette peine : difant que les Saints
nous peuuent profiter en pluficurs manières, (bit en nousinftrüifant par leur dodrine, foit en nous côfeillant cn nos doubtes, foit en nous reprenant en nos fautes, foit ennousaducrtiftant par leurs Saindes munitions, foit en nousconfolant
dans nos afflictions, foit cn nous afteurant parrny les craintes
& les dangers, foit en nous relcuant dans nos cheutes, foit en
nous excitant par leurs exemples & par leurs exhortations, foit
enfin cnfollicitant pour nous la mifericorde de Dieu. Or il eft
certain que les Sainds Pafteurs demeurans fur la. terre & conuerfans auec nous, nous profitent cn toutes ces maniérés, &
nous feruent en toutes les façons, par lefquelles nous fommes
aduancez au chemin du falut : mais quand ils font fouftraits de
nos yeux, quand ils font éleuez au fejour de la gloire; quand
leur voix viue & efficace ne frappe plus nos oreilles, ils ne nous
font alors bien fouuent vtilcs que par le moyen de leurs îprieres
& de leurs oraifons. D’où vient que l’Apoftre Saind Paul
qui mignoroit pas cette vérité, déclaré aux Philippiens conuertis à la foy, non pas qu’il ne leur peut eftre neceftaire qu’en
demeurant fur la terre: mais qu’il eft plus neceftairc pour eux
qu’il demeure cn chair. Pour donner à entendre que quoy
qu’il leur fuft vtile & neceftaire en tous lieux & de toutes fa­
çons : neantmoins qu’il eftoit encore plus vtile, & plus aduantageux pour eux qu’il demeurait fur la terre, à caufe qu’il les
feruiroit cn toutes fes fondions Apoftoliques.
En quoy non feulement il fe deftache des fentimens de
l’EglifeRomainc, maisii combat manifeftement fa creance.
Car il dit que les Sainds ne nous profitét pas tant dans le Ciel»
comme lors qu’ils eftoient fur la terre ; mais l’EglifeRomainc
dit au contraire, que les Sainds nous font plus vtiles après leur
mort, qu’ils ne l’ont efté pendant la vie; & qu’outre les aydes
de leurs interccffions enuers Dieu, ils nous donnent encor*

*

î6$

de lafîxiémeRefoonfei

d’autres fecours plus efficaces que ceux que nous en receuions
quand ils viuoicnt auec nous.
Le Pape Pclagius II. dit que le Souuerain Paftcur n’a- Tela^.-i.
bandonne pas fon Troupeau; qu’il ledeffend par le moyen de fy’ft- 4*
fes Apoftres, par vne continuelle protedions & que ceux qu’il decret,
luy a donnez pour Pafteurs comme Viquaircs de ion Ouurage,
font fes Rcdeurs pour le gouuerner.
Le Pape Leon afteure que S. Pierre accomplit maintenât Léo.[cm
plus parfaitement & plus puiflamment les chofes qui luy ont 2.0-5.^
efté coinmifcs ; & qu’il exerce toutes les parties de fes foins & anntMerf.
de fes deuoirs en celuy par qui il a cfté glorifié ; nous fortifiant a/iuPtioa*
par fes exhortations ; & ne ceflant de prier pour nous, afin que
nous nc foyons furmontez d’aucune tentation.
Enfin tous vos Docteurs demeurent d’accord que les Saints
qui font dans la Gloire ne voyent pas feulement nos affaires, &
qu’ils ne contemplent pas feulement du Ciel ce qui nous tou­
che: mais encore qu'ils viennent à nous quand il leur plaiftj Thl.L
qu’ils font prefens par tout par le don de la Gloire qu’ils pofîe- de
dent j qu’ils font toutpuift’ans enuers Dieu ; que nous obtenôs beat,J‘ c*
par leurs prières les miracles des guerifons, & autres tels be- Cojler.in
nefices qui furpaftent les forces de la nature. Que les Sainds £nchiriel.
nous animent par leurs exemples ; qu’ils nous aydent par leurs rues tom.
interceftions ; que s’ils ont fecouru les affligez durant qu’ils ef- ^.deluKe
toienten cette vie, il ne faut point douter qu’ils ne leur en- IjfrCbreji
uoyent des affiftanccs plus fauorables de cét eftat qui eft le fu- c^a?' 24*
preme degré de la vertu i que là ils ont tous les moyens qu’on
peut fouhaiter pour obtenir les mifericordes de Dieu,connoiffàns ce que nous leur demandons par nos prières. Que comme
les Planettes nous donnent des influances plus heureufes lors
qu’ils font au point de leur Ciel qui eft le plus éloigné du mon­
de inferieur: ainfi les Sainds ont des affedions plus efficaces
pour noftre bien dans vne Béatitude qui les rend libres de tou­
tes les conditions mortelles. Qu’cnfin comme nos aifnez ils fe
rendent les tuteurs de noftrc minorité, & lesazyles de noftre
foiblefle j qu’ils s’employent charitablement, pour nous tirer
des périls qu’ils ont éuitez; qu’ils fe montrent fènfiblesà nos
defplaifirs, & qu’ils aduancent noftre falut comme s’ils contribuoient à la perfedion de leur Triomphe.

LI iij

î.70

Deffenjè particulière
E n effet s’il eft vray que les Sainds qui régnent aûec Icfuii;
Chrift dans le Ciel, ont vne parfaite connoiftance de tous les
befoins, dont nous fommes preffez fur la terre; S’il eft vray
qu’ils ayent tant de pouuoir enuers Dieu , tant de charité pouf
les hommes t la confequence eft infaillible, qu’ils nous donnét
plus de fecours après la mort, qu’ils ne nous en pourroient
donner s’ils eftoient cn cette vie. Et Grégoire de Nazianze
reconnoift bien, que s’il fautadmettre cette propofition témé­
raire , que les Sainds font élcuez à la dignité & à la liberté des
Anges, qui eft ce que l’Eglife Romaine leur attribue, pour les
rendre prefens par tout
connoiffans de nos affaires : on ne
peut pas rejetter cette confequence, à fçauoir qu’ils nous don• nent plus de fecours par leurs prières, qu’ils ne faifoient pa?
Ècurs enfeignemens. Car dans l’Oraifon Funebre de fon Pezjar.vat re, il parle de la forte. Ic me perfuade qu’il opère maintenant
14. tn la- bien plus par fes prières qu’il ne faifoit auparauant parla Doud. Ta- drine : d’autant qu’il eft plus proche de Dieu, ayant efté rendu
digne de l’ordre & delà liberté des Anges : Si toutesfois ce
n eft pas vne audace & vne témérité de dire cela.
Cela eftant ainfi, fi Saind Paul euft voulu parler félonie
fentiment de l’Eglife Romaine, il luy auroit fallu tenir vn lan­
gage tout contraire à celuy qu’il tient aux Philippiensj &au
lieu qu’il leur a dit, il eft
ncceflaire pour votts que ie demeure e»
chair pour voftre aduancement &pour lajoye de voftrefoy : il deuoit
dire, il cft plus neceffaire pour voftre bien que ie defloge pour
eftre aucc Chrift : puis qu’eftant aucc luy ic pourray vous régir
plus efficacement par mes confcils ; vous ayder plus puiffammentparmes interceffions , & vous impetrer toutes forte de
faueurs par mes prières.
Enfin puis que le Bachelier Iüy-mefin e confelfe, qu’il leur
eftoit neceffaire en tous lieux & de toutes façons : il nous
donne les mains, & ne peut pas dire qu’il leur fuft plus vtile &
plus aduantageux fur la terre, qu’il n’euft efté dans le Ciel : au­
trement il feroit obligé de croire que ce Saind Apoftre dans la
félicité du Paradis auroit eu moins de connoiffancepourapu
perccuoir leurs neccfïïtez , moins de puiffance pour lesfoula-gcr,.&moins de charité pour les vouloir fecourir dans leurs
miferes : toutes choies diredement oppofées à la creance d«

4e laJixéme Refponfe.

£71

. l’Eglilc Romaine, & à la dodrine des Pontifes Romains.
Pour donc fuiure l’intention de l’Apoftre, il ne faut point
chercher d’autre fens de les paroles, que celuy que nous auons
defcouuert dés le commencement, à fçauoir qu’il parle ainft
aux fideles de Philippes, pour ieur faire entendre qu’aprés fon
dcflogement, il ne pourroit rien faire pour leur aduanccmcnc
particulier, & que pour cette caufe Dieu le confcrueroit enco­
re en vie pour leur aduantage.
C’eft ainfi que le fait entcndreTheophylade dans fcsCom- Theoph'.
mentaires fur ce lieu. Toutesfois il eft plus neccftaire pour vo- »'» Phil.c,
ftre commodité que ic demeure cn chair:car iene cherche
point cc qui eft pour moy, mais ce qui eft pour vous. Qu’y-ail de plus digne que l’efprit de Saint Paul, qui préféré la com­
modité des autres à fon vtilité particulière? Mais ce n’euftpas
efté fon profit particulier, s’ilcftvray queftant auec Chrift il
euft pu profiter à chacun des fideles.
C’eft ainft que l’entend vn de vos Interprétés à fçauoir le GuUltb.
ÇurédeBervilleen fes Paraphrafcs. Mais d’autre coftéicre- Paraphe.
garde que pour le fàlut& pour la confirmation de vous & des fur l'Epi.
autres fideles en la foy, il eft neceftaire que Dieu me laiftè cn ftre ai,x
cette mortelle conuerfation. Or il n’y auroit point de neccflité pour cela, fi dans le fejour de la gloire il euft pu fortifier les
fideles & trauailler à leur falut.
La troifiéme raifon que i’ay employéedans marefponfe,
pour prouuer noftre Article de Foy, eftprifc.de quelques tex­
tes de l’Efcriture, dont on peut former cét Argument.
Si les Saincts decedez, de cette vie intercedoient pour les fideles
enuers Dieu.) par des prièresfondéesfur leur mérité : il y auroit
d'autres Médiateurs que lefus-Chrifi, entre Dieu & les hom­
mes ily auroit d’autres dduocats que luy peur plaider nofire
caufe deuant Dieu’) & d’autres chemins de mérité pour nous
mener au Pere.
Or l’Efcriture nous dit quil ri'y a point d'autre Médiateur que
Iefus-Christ entre Dieu & les hommes ; elle ne nous donne point
d’autre dduocat pour plaider nofire caufe, & ne nous montre
point d'autre chemin par lequel nous puifsions aller à Dieu.
Jl efi donc vray que les Sainct s decedez, de cette Die n’intercèdent
point pour lesfideles par des prièresfondées fur leurs mérités.

t-jz
Deffenfe particulière
I’ay mis dâs la première propolïtiô ces termes,par des prières
fôdées fur leurs mérités,pour ne fortir pas de l’eftat delà Controuerfc: car la queftion n’cft pas files Saints font des lôuhaits
en general pour l’Eglife Militante: c’eft cequenousdeuons
prefumer de leur connoiflance & de leur charité: Mais fi par
leurs mérites ils demandent & obtiennent des faueurs particu­
lières , pour chaque fidele. Or il eft éuident que s’ils font cela,
ils font l’office de Médiateurs & d’Aduocats pour nous, & fer­
uent de chemin pour aller au Pere par leur mérite ;& cette con­
fequence eft fi claire, qu’il faut renoncer au fens commun
la raifon naturelle pour la nier. La féconde propofition eft tout. Tim.2 te de l’Efcriture : car elle dit qu*/// a vnfeulMédiateur entre Dieu
v- 5*
& les hommes-, afçanoir lefus-Chrifi homme ;quefinous auons péché*
y'ltan 2‘ nous auons vn Aduocat enuers le Pere à fçauoir lefus-Chrifi lejufie*
£ h t. r.2 que
luy que nous auons accez, auec hardiefle (f en confiance'*
led.\a 6. qu’il cft Z?
Zd vérité ef la vie*que nul ne vient au Pere finon
5<j?.8.j2 Par Ity î qu’il efifeula la dextre du Pere, (f fait requefie pour nous *
vieb.-j. 2 5 que luy feul peutfauuer à plein ceux qui s’approchent de LUeupar luy*
efiant toufiours viuant afin d'intercéder pour eux .

Pour refpondre à cét Argument, Monfieur le Bachelier
trempe fa plume dans vne ancre de fiel & de vinaigre; & à la
façon des anciens Heretiques, il s'irrite contre 1 Efcriture, qui
le conuainc ; il grince les dents contre celuy qui la-propofe j &
me donne trois injures qu’il veut faire paffer pour trois refponfes. Voila, dit-il, la grande raifon du Miniftre, voila toutes
lès preuues & toutes fes authoritez. Or il eft.certain, adjoufte
il, qu’il n’y a rien de plus malin, rien de plus ridicule, rien de
plus grofficr. Examinons chacune de fes relponfes en parti*
culier.
La première cft vne vaine & faufle redite des Millionnaires»
Il n’y a rien de plus malin, dit-il, parce qu’ Afîinôt falfifie l’Ef­
criture, adjouftant ce mot de feul, qui ne fe trouue ny dans
nos Vvlgates, ny dans leurs premières verfîôs , ny mefme dans
la verfion de Caluin, qui tourne ce paffage comme nous: y
adjouftant,dis-je,cemotde fcul, qui fait toute noftre que­
stion. Car nous ne fommes pas en different, fi Iefus Chrift
cftMoyenneur, s’il eft noftre Aduocat; s’il fait Requefte, &
«’il intercédé pour nous : mais s’il eft feul Moyenneur, feul Ad-

-

-

-

uocat.

de la Jtxiêmefc[j>onftt

yft

nocat j feul Intcrcefleur.
Surquoy ie ne l’accuferay point de malice i mais foferay
bien dire fans crainte de l’ofrenfêr, qu’il n’entend ny le Grec, «
dont s’eft feruy l’Apoftre dans le paflagc allégué, ny le Latin
de voftre verfion Vvlgate. S’il entendoit l vn ôc l’autre, il fçauroit que le mot ben qui eft employé en Grec, ôc le mot Pntu en
Latin figmfiétvn feul.C’eft ce mefme terme que la verfion de
Lpuuainatraduiten vn autre lieu par vne négation exclufiue.
Il riy a qu’vn corps* & vn efynt j // riy a qu’vn Seigneur* vne Foy*vn £pb. 4.^
Baptefme ^vn Dieu dr Pere de tonsce qui vaut autant que com me 5*
nous auons tourné V» feul corps & vn feul efprit, vnfeul Seigneur*
vne feule Foy , vn feul Baptefme. Mais quand ils ont veu le mef­
me mot employé dans le lieu où il eft parlé de la Médiation de
Chrift : les Autheurs de cette verfion au lieu de tourner vn feul
Dieu , ôc vn feul Moycnneur , ont traduit vn Dieu ôc vn
Moycnneur, pour dôner lieu à d’autres Médiateurs entre Dieu
Ôc les hommes.
C’eft contre la vérité que le Bachelier impute à Caluin d’a- Calu.inft.
noir traduit de mefine: car il dit expreflemét alléguant ce paf-3'c~ a»
fage que Saind Paul appelle Iefus-Chrift vnique Médiateurs A20*
ôc le Cardinal de Richelieu qui a marqué les paflages plusconfidcrables, qu’il nous accufe d’auoir.falfificz, na fait aucune
mention de celuy-cy. Et de fait il ne faut que confiderer auec 2.chap. p
attention d’efpnt ce que veut dire l’Apoftrc dans le texte que
nous auons cité, pour faire voir que l’Orficc de Médiateur ap­
partient à Iefus Chrift incommunicablcment à tout antre.Car
comme il y a vn Dieu: Aufli y a il vn Moycnneur entre Dieu
ôc les hommes. Or il eft tellement vray qu’il y a vn Dieu, qu’il
n’y en peut auoir plufieurs ; ôc que la pluralité de Dieux répu­
gne à l’vnité de fa nature. 11 eft donc vray aufli qu’il y avn
Moyenneur , de telle façon qu’il n’y en peut auoir pluficurs ; ÔC
que la pluralité de Médiateurs répugne a l’vnité de fonOfficc
ôc de fa Perfonne.
C’eft ainfi que Sainft Auguftin explique ce paffage ôc fuie
voir que Saint Paul n’auroit pas eu railon de pofer l’vnité du
Médiateur, s’il n’en euft point voulu exelurre la pluralité. Si
S. Paul, dit-il eftoit Médiateur , cei tes les autres Apoftres aucc pf'^'
luy le feroient pareiiicmêt$ôc s il y auoit plufieurs Médiateurs, capt ?. *
M m

Üeffenfî particulière '
Saine Paul Iuy-mcfmc ne içauroit montrer h raifon de ce qu*i|
a dit, vnfeul Dieujfrvnfeul Moyenntur entre Dieu & les hommes.
t^ugn^‘ a fçauoir Icfus-Chrijt homme. C’eft pour cela que luy-mefme
l. io.Cof- l’appelle le vray Médiateur,que la fecrette mifericorde deDieu
wp.
a montré aux humbles, à fçauoir Iefus-Chrift Homme, & le
Iufte immortel, qui eft apparu entre les pécheurs mortels.Enfin c’eft pour cela qu’il conclud qu’il n’eftoit befoin que
d’vn Médiateur, & qu'il n’en faut point chercher d’autres. Si
tous ies hommes, dit-il, tandis qu’ils font mortels, font necef?■' fàircmcnt mifcrables : il faut chercher vn moyenneur,, qui ne
Dtici'i foit pas homme feulement, mais auffi Dieu, afin que la bien*: 5 heureufe mortalité de ce Moyenneur interuenant,menneles
hommes de cctte mifere mortelle à la bien-heureufe immorta­
lité. Pour paruenir à ce bien qui nous doit rendre heureux, il
n’eftoit pas befoin de pluficurs Médiateurs , mais d’vn feul ; &
ne faut point chercher d’autres Médiateurs, par lefquels nous
nous imaginions qu’il nous faille monter les degrez, pour y ar­
riucr.
Que S aint lean nous propofo auffi Iefus-Chrift pour feul
Aduocat, cc mefme Pere vous le montre expliquant comme
nous fes paroles. Si S. lean, difoit, ie vous ay eferit ces chofes
a^n 4UCVOUS ne péchiez point, & fi quelqu’vn a péché nous
tap g. " auons vn Aduocat enuers le Pere, je le prie & le fléchis pour
vos pechez : Qui eft ce des gens de bien & des fideles Chre­
ftiens , qui le pourroit fupporter? Qui le regarderoit comme
Apoftrc de Chrift, & non pluftoft comme vn Antechrift ?
Enfin que Iefus-Chrift foit feul Interccfteur luy-mefme le
'tsfugufl. déclare par les paroles de l’Apoftre quand il dit, quel autre InItb.medu tcrceffcur t’adrefferay-je, finon celuy qui eft la Propitiation
caP' 5* pour nos pechez? O peuple choifi vn tel Sacrificateur,pour
lequel tu ne fois point obligé de prier, mais de l’Oraifô duquel
•'*’m tu puilfes eftre aficuré : luy-mefme eft Iefus-Chrift noftre Sei*
5 '
gneur, feul Médiateur entre Dieu & les hommes. Si tu cher­
ches vn Sacrificateur, il eft par deffus les Cieux, & celuy qui
eft mort pour toy fur la terre, intercède pour toy.
Si donc c’eft eftre malin de dire que Iefus-Chrift eftfcul
Médiateur, feul Aduocat, feul Interccfteur pour nous enuers
Dieu: que le Bachelier impute cette malice à Saint Auguftin

de lafîxieméRejponjè,

2.75

qui l’a dit auffi bien que nous : où fi ce Pcre n’a point eu de ma­
lignité, quand il a parlé & fait parler ainfi les Sainds Apoftres,
qu il uc m’en accufé point;& qu’il ne die pas que ie falfifie l’Ef­
criture: puis que cc. Saind Dodeur l’cxpolé de mefmc que
moy.
Sa féconde refponfe n’eft pas moins injurieufe ny plus véri­
table que la precedente. De plus, dit-il, il n’y a rien auffi de
plus ridicule : car s’il en cftoit creu, il faudroitquetousles
Chreftiens celïaftent de prier Dieu les vns pour les autres, de
crainte d’vfurper l’office de Médiateur. Il faudroit rayer ccs
paroles de l’Efcriture, priez les vns pour les autres affin d’eftre
fauuezjil faudroit accufer l’Apoftre de témérité & d’vfurpatip,
entreprenant de prier Dieu pour les Romains, pour lesEpheftcns& les autres Chreftiens de l’Eglife Militante : il faudroit
faire le procez à tous les Miniftres, quand ils ofent prier Dieu
pour les Malades, & pour les autres perfonnes qui ont recours
à leurs prières: d’autant qu’ils font des entreprrl'es injuftcsfut
l’Office de Moyenneur .
Pour reconnoiftre la nullité de cette confequence i ie vous
prie de confiderer qu’il y a grande différence entre l’intcrccffion qu’on attribué aux SainCts, & les prières que les fideles vi­
uans font les vns pour les autres fur la terre. Dans celle-là fon
croit que les Saints intercèdent par leurs mérites enuers Dieu j
que par leurs mérites ils obeiénent des grâces & des faueurs
falutaircs pour ceux qui les prient ;& que par leurs mérités ils Epi mm.
ont obtenu de Dieu d’eftre les diftributcurs de fes grâces. Mais DoSlr,^
dans celle-cy les fideles ncfondêt les prières qu’ils font à Dieu Euang*
pour leurs freres, que lur le mérité de Chrift; Sc s’ils obtiêncnt
des faueurs les vns pour les autres, ce n’eft pas à leurs meritesy
mais à la feule grâce de lefus-Chrift qu’ils s’en croycntredeuables. Dans celle-là les Saints, comme on vous fait accroire'
prefentent leurs prières à Dieu par eux-mefmes, fans qu’ils
ayent befoin d’autres Médiateurs pour cela. Danscclle-cy lesfideles ne prefentent à Dieu leursOraifôs que par lefus-ChriftC’eft pourquoy nous difons auec raifon que l’interceffiô qu’onattribue aux Sainéls vfurpe quelque chofe fur 1a Médiation de .
Ïefus-Chrift : parce qu elle conjoint leurs mérites auec ceux
de Iefus -Chrift mefme. Mais on ne peut pas dire que les fidc-

Mm ij.

*

vfî
Defenfî particulière
les prians les vns pour les autres entreprennent rien fur fon Of­
fice : parce qu ils le laiffent toufiours dans l’vnité de Média­
teur, &c qu’ils ne s’adreflcnt à Dieu que par la médiation de fon
mérité. Tellement que Dieu eft prié de tous par luy feul} &
luy feul intercède enuers Dieu pour tous.
tsfugKft.
C eft ainfi que Saind Auguftin va audeuant de cette mef1.2. cont. meobjedion par vne mefme refponfe. Les hommes Chre’parmen. ftiens, dit-il, fe recommandent mutuellement par leurs Orai8. fonsà.Dieu : mais celuy pour qui perfonne n’intercede, & qui
intercède luy mefme pour tous, eft le feul & vray Médiateur.
Si donc ceux là font ridicules, qui attribuent à Iefus-Chrift
fepl l’Office de Médiateur : Saind Auguftin a efté ridicule de­
uant nous. Mais fi ceux-là font impies qui veulent communi­
quer cét honneur aux créatures : ceux qui fouftiennent Tinterceffion méritoire des Sainds font coulpables de cette impiété:
puis que les eftabliflant Médiateurs, ils font entant qu’en eux
eft quil n’eft pas le feul vray Médiateur, comme l’enfeigne S.
Auguftin après le Saint Apoftre.
La troifiéme refponfe du Bachelier, eft vne diftindion or­
dinaire dont fe feruent vos Dodeurs, mais il la fortifie d’vne
grofle injure comme les autres. Enfin,dit-il, iln’yariendc
plus groffier: puis qu’ils ne fçauent pas faire la diftindion en­
tre Médiateur d’interceffion, & Médiateur de rédemption. Il
cft certain que Iefus- Chrift eft feul Médiateur de Rédemption,
s’eftant, comme enfeigne l’Apoftre au mefme endroit, donné
en rançon pour tous: mais il n’eft pas feul Médiateur d’interceflion : d’autant que nous lifons au Deuteronome, que Moïfe
a fait 1 Office d’Entremctteur ; & dans lfaye, que les Entremet­
teurs d Ifraél ont forfait.
Sur quoy i’aduouè que cette diftindion eft bonne : mais ie
auffi que l’application n’en vaut rien : nyau regard du fait,
Catech. ny au regard du droit. Quant au fait, quoy queles Dodcurs
Sttar. in de l’Eglife Romaine faffent femblant d’appeller Iefus-Chrift
um. dtff. feul Médiateur de Rédemption: neantmoins dans la pratique
ils ne laiffent pas de regarder les Sainds comme fesRedemPtcul s* Car Ics appellent Ouuriers auec Chrift & fes Coadjuceurs cnl œuure de noftre Salut; Us nomment la ViergeCoieâi.Ktrl opératrice de noftre Rédemption, & difent quelle y a coopéré

delafixiemeReftonfè»
tfvne façon finguliere; & que le Fils a bien offert fà Chair

fon Sang, mais que la Mere a offert fon Ame. Quant àu d r oiV'-w
celuy qui eft Médiateur d’interceffionpour les hômmcs ertuers
Dieu, le doit eftre neceftàirement de Rédemption. Tellement &on*
queles Sainds ne pouuans eftre nos Médiateurs par rachapt,
ils ne le peuuent eftre auffi par intçrceffion, & Tvn & l’autre
tiltre appartient vniquement à Iefus-Chriftfélon la vérité de la
chofe lignifiée par ce nom.
.
a
Pour entendre cctte vérité, il faut fçauoir que celuy qui
fait valablement l’Office de Médiateur enuers Dieu pour les
hommes,doit auoir neceffairement trois aduantages, outre
r
celuy de la vocation. Le premier eft, qu’il doit tenir le milieu'
entre les parties diuifées, & que fa perfonne doit également'
approcher les deux extrêmes, pour les vnir. Ainfi Saint Chry- 'Cbryf. hi
foftome dit que le Médiateur doit eftre conjoint de focieté aux m^'"îm
vns & aux autre^ dont il eft Médiateur ; qu’il ne peut pas porter 1 ’^,w>’2î
ce nom s’il eft feparé des vns ou des autres ; & qu’à caufe de ce-î
la Iefus Chrift ne feroit pas noftre Médiateur enuers Dieu, s’il,
eftoit feparé de la fuftbance du Pere ; & pour cela mefmel’A-’
poftre Saint Paul appelle Iefus Chrift Homme, quand il l’ap­
pelle Médiateur entre Dieu & les hommes. Le fécond aduan­
tage qu’il doit poffeder, eft dappaifer la colcre de Dieu par font
mérité : car il ne pourroit iamais mettre les pécheurs en fà grà^
ce, s’il n’auoit premièrement fatisfait fa Iuftice. Et c’eft ainfi
que l’Apoftre dit que Iefus - Chrift efi naître paix qui de tous les gp^2.iÀ
deux en afait vn, ayant aboly en fa chair îinimitié. La troifiéme j je
chofe qui luy eft requife c’eft la liberté d’interceder pour les
pécheurs, pour lefquels il a fatisfait. Etc’eft ainfi que f Apo­
ftre nous<ht<\ucïd\iS-GYinhest mort&refifoficitéi&quil fiat rc- Ttjm. S.
quefie pour nous efiant à la dextre de Dieu.
33*
C.es trois chofes font fi eftroitement çonjointés, que l’vne
dépend neceffairement de l’autre. Si Iefus-Chrift n’eftoit pas
Homme Dieu il ne nous auroit pas rachetez : car comme dit S. ^Ugnft.
Auguftin nul ne deuoit fàtisfaire que l’Homme; & nul ne pou- lib. cur.
uoit payer la fatisfaéfion finon Dieu ; Et fi Iefus-Chrift luy- Dem ba,
mefme n’euft fatisfait à Dieu pour nous, il n’auroit pas le droit
c. 6.
d’interceder pour nous pas fon mérité. C’eft pourquoy com­
me lEfçriture fonde le mérité de fa fatisfa&ion fur la dignité!

M m iij

Defenfe particulière
de fa Perfonne 8c dit qu’il cft noftre Rédempteur, parce qu’il
eft noftre Dieu : aufli fonde-clle fon interceffion fur la RedemfV.ï ' / • ption qu’il nous a procurée ; & dit qu’il çft noftre Intcrcefleurj
r- - parce qu’il cft noftre Rédempteur. Ainfi Dieu tefinoigne par
Efiye 5 3 Efayc, qu’/Z intercédera pour les tranfgrejfeurs, parce quil aura porté
12.
les pechez, de plufieurs. C’cftpour cela que Sainét lean nous le
1 fean 2. propofe pour noftre Aduocat enue/rs le Pere j parce qui/ efi la
>• »•
Propitiation pour nos pechez : montrant par là qu’il ne plaidcroit
pasnoftre caufe deuant Dieu, s’il n’auoit fait la Propitiation
de nos crimes. C’eft pour cela que Sainél Paul dit qu ayant obtenu vne rcderitption eternelle il est entré és lieux Saincis, qui ne (ont
*2»
l
3/7\;-7
/
• z
Z*
•À.*z
pointfaits de main, c ejt a dfre dans le Ciel mejme, pour mai menant
comparoistre pour nous deuant laface de Dieu. Et dans le texte mcf­
me , où il l’appelle Médiateur entre Dieu & les hommes, il adjoüfte , qu /Z /f/Z donné Joy - mefme en rançon pour tous : pour
montrer que fà Médiation eft fondée fur la rançon. qu’il a
payée.
tp^Cela cftant ainfi comme nous nc pouuons point appeller
les Sainéts nos Médiateurs de Rédemption, parce qu’ils nc
font pas hommes Dieux, ny par confeqùent capables de nous
racheter : auffi ne les-pouuons- nous appeller Médiateurs d’intcrctfliqn, parce qu’ils ne font pas nos RedçmpteursOlnypar
confeqùent capables de nous réconcilier à Dieu, & cojnmc ils
n’onr pu fatisfairepour nous la Iuftice deDicu : auffinepenuent ils intercéder pour nous enuers Dieu par leur mérité.
L’on pourroit dire qu’ils n’intcrcedcnt que par le mérite de Ic*Beüa.r. \ fus-Chrift : mais outre que c’eft fe départir de la dodrine de
beint. 1 Eglife Romaine, qui enfeigne que les Sainéls ont mérité pr
Jatt.c.\y. ]eurs bonnes oeuures d’obtenir deDicu toutes les faueurs qu’ils
demandent pour les viuans : ce ne feroit pas encore les eftablie
nos Médiateurs d’interceifion : parce que celuy qui fait cét Of­
fice doit prefenter des prières, qui ayent aflcz d’efficace, ou
par la dignité de fa Perfonne, ou parie mérite de fes adions,
’ pour moycnncr noftrc paix auec Dieu, & nous impetrer toute
forte de bénéfices; Or cette efficace nc conuient qu’aux priePDb. 12 res jc lefus-Chrift, qui intercède par fon propre Sang, par lequelileft entre dans le lieu Saind, & qui cftant le Sang du
fils deD/eu cft d’vn mérité infiny :c’cft pourquoy il eft dit ft
28,

delàfî'xéme Refî>onfê.'l

2751

prononce,c’eft à dire qu’il demande chofes meilleures que ce-*
luy d’Abel; parce que celuy-cy ne folheitoit que la Iuftice de
Dieu, pour faire la vengeance de celuy qui l’auoit fait mourir 5
mais celuy-là ne follicite que fa mifericorde, pour procurer le
falut & la vie, & impetrer toute forte de biens à ceux pour lefqucls il eft mort.
De là vient que les Anciens Peres de l’Eglifc confiderans
Cette vérité, n’attribuent qu’à Iefus-Chrift cette Médiation
d’interceffion, tantoft à caufe de la dignité de fà Perfonne. Il
faut, dit Sainét Auguftin, pour arriuer à l’immortalité Bienheureufe, chercher vn Moyenneur, qui foit non feulement^* ,o‘,
homme, mais auffi Dieu. Tantoft à caufe du mérite infiny de
fa mort & de fon Sacrifice. Quel autre Moycnneur t’adrefferay-je, dit luy-mefme, que celuy qui eft la Propitiation pour
nos pechez ? Quelque- fois pour l’vne & l’autre de ccs raifons.
c. 5.
Il cft dit par l’Apoftrc mefine après laRcfurrcélion de noftre
Seigneur Iefus-Chrift, comme tefmoigne le mefme Pere,qu’il
cft à la dextre de Dieu, & qu’il intercède pour nous.Pourquoy en^f'
eft-cc qu’il intercède pour nous? Parce qu’il a daigné d’eftre in Ja >a*
noftre Médiateur. Qu’cft-ce qu’eftre Médiateur entre Dieu &
les hommes. Qu’eft ce que Dieu ? Le Pere, le Fils, St le Saine
Efprit. Que font les hommes ? Des pécheurs', des impies, des
mortels. Entre cetteTrinité & l’infirmité & injuftice des hom­
mes Iefus-Chrift a efté fait Médiateur, non iniufte, mais tou­
tesfois infirme: afin qu’en ce qu’il n’eftoit pas iniufte, il t'ap­
prochais de Dieu; St qu’en ce qu’il eftoit infirme il s’approchât
de toy;St ainfi afin qu’il fuftMcdiateur entre Dieu St l’homme,
la parole a efté faite chair,c'eft a dire la parole a efté faite hom­
me.
Par fois auffi ces Doéleurs attribuent cette interceffion à
Iefus-Chrift feul, à caufe de la vocation de Dieu qui l’a cftably
feul dans cét Office. Il eft neceffaire, dit Arnobe, que vous 4 &
appreniez cecy de nous, à fçauoir que vous ne pouuez obtenir
l’efficace de la vie 8t du falut d’aucun autre que de celuy que lé tes.
Souuerain Roy a commis à cette charge St à cét Office, qui eft
Iefus-Chrift. C’eft luy que le Tout-puiffant avoulueftrela
porte du falut St de la vie ; c’eft par luy feul que nous auons en­
trée dans la lumi erc. »

Deffenfe pfrticülicrè
Quelque-fols enfin Us rellreignent cctte interceffion à Ic<
fus-Chrift feul pour toutes ces raifons prifes de la dignité de fa
Perfonne, de l’Ordre de la vocation & du mérite de fon SacriEttjtbM ficc. Chrift nommément obtient du Pere tout ce qu’il deman^.demôft. de, ditEufebc; &cn rend ces raifons. Premièrement parce
Ehm^.c. qU’ayant efté fait Homme pour nous, & receu pour l’amour de
nous toute forte d’injures, nous fommes enfeignez de prier
auec luy. qui demande grâce pour nous au Pere, comme aucc
celuy qui peut repoufter toutes les attaques vifibles & inmfiblés de nos ennemis. Secondement parce que c’eft vn priuilcge qui luy eft propre, comme eftant Souuerain Sacrificateur,
défaire des Sacrifices pour plufieurs, dans les chofes qui re­
gardent la gloire de Dieu. En troifiéme lieu, parce que com­
me Sacrificateur, il s’eft offert foy-mefme à Dieu comme vn
parfait & entier Sacrifice#Puis donc que Iefus-Chrift lcul pofî'ede tous ces aduantages, c’eft à bon droit que nousle regar­
dons feul, côme le Médiateur de la Nouuelle Alliance ; & c’eft
auec raifon que nous dénions aux Sainéts cc tiltre de Média­
teurs d’mterceffion : puis qu’ils n’ont ny la dignité perfônnelle , qui les approche également de Dieu & des hommes, ny le
mente du Sacrifice qui reconcilie les hommes auec Dieu > ny
la vocation qui le$ éleue à cette charge.
Mais, dit le Bachelier, Moïfe a bien faitl’Officcd’Entremetteur,& les Sacrificateurs font appeliez les Entremetteurs
d’Ifrael. Iefus - Chrift n’eft donc pas feul Médiateur d’intcrceffion i & ce tiltre peut eftre auffi donné aux Saincts qui ré­
gnent aucc luy dans la Gloire. Enquoy i’aduouë que Maiftre
Chiron entend la Philofophic d Anaxagbras, qui déduifoit de
toutes chofes tout cc qu’il vouloit. Car il a dit cy-dcuant que
les Sainéls de l’Ancien Teftament n’intercedoient pas pour les
fideles de la Synagogue : à quoy donc alléguer maintenant
l’exemple de Moïfe qui eftoit vn Sainét de l’Ancien Teliament? A quoy l’excple des Sacrificateurs & des Pafteurs dlfraél, qui n’eftoient pas Sainéls : puis qu’il eft dit qu’ils auoient
forfait ? Certes c’eft bien manquer de raifons, que de vouloir
prouuer l’intcrceffion des Sainéls par l’entrcmife des Preftres
corrompus jl’interceffion des Sainéls TrefpafTcz par les priè­
res des viuans j & la Médiation des Sainéls du Nouueau Tefta­
ment»

delafixiêmePsfyonfe»

î8i

ftient, par l’exemple de ceux de 1 Ancien. •
Pourquoy donc, direz vous , cft-cc que l’Efcriture qualifie
Moïfe Scies Sacrificateurs de lAncicnnc Loy du nomd’Entremetteurs? Tout cela ne fait rien pour donner le nom de
Médiateurs aux Sainds qui font dans la Gloire. Car pour le
regard de Moïfe, il explique luy-mefme comment il fut Entre­
metteur entre Dieu ôc le peuple : je me tenoûy dit il, en ce temps- Deuter.
là entre l’Eternel & vouSypour vous rapporter la parole de l’Eternel-, 5. 5.
pource que vous auiez peur. Il eftoit entre-deux, non pour eftre
Médiateur du peuple enuers Dieu, mais pour faire fçauoir la
volonté de Dieu au peuples ôc pour luy porter auec plus de
douceur fa parole ,.qui l’auoit tellement effrayé, qu’il deman- Hcb. ij,
da qu’elle ne luy fuft pas plus long temps adreffée. Or vous ne
voudriez pas donner cét Office auxSainétsBien-heureux:vous
ne pouuez donc pas leur donner auec vérité le tiltre d’Entremetteurs ,qui le fignifie. Ic fçay bien que Moïfe éleu de Dieu;
fe prefenta en la brefçhc deuant luy, pour deftourner là fureur,-. 7/. 106.
afin qu’il ne deffit point fon peuple : mais voyez comment il le
prie: il ne fonde point lès prières fur lès mérités, mais fur la
vérité des promelfes de Dieu, Ôc fur les interefts de fa gloire.
Eternel déporte-toy de l’ardeur de ta coleré : pourquoy diroient les Egyp- pxgj
tiens y il les a retirez en mal ypour les tu'ér és Montaignes. Aye Jouttenance de tes feruiteurs aufquels tu as iuré par toy-mefme de donner ee
pays à leur poferité,
P'ouvcc qui regarde les Sacrificateurs, je fçay bien que le
Souuerain Sacrificateur de l’Ancienne Loy eftant prts d'entre
les hommes y efaoit eslably pour les hommes és chojcs qui fe faifoient Htb^.ù
enuers Dieu y afn d offrir dons (jrfacrifces pour les pechez. Il cft vray
auffi que les autres portent ce nom d’Entremctteurs en l’Efcri­
ture ;ôc que Dieu fe plaint par Efaye, queles Entremetteurs Efayaufi
du peuple ont forfait contre luy : mais ce n’eftpas pourtant 27*
qu’ils fuffent les vrais Médiateurs pour le peuple enuers Dicu»C’eftoitau rapport de Sainét Auguftin Terreur de Pafmenian t^fugufi.
Donatifte, qui vouloit que l’Euefquc fuft.Médiateur entre ^«2 cont
Dieu ôc le peuple ; Ôc qui pour cctre caufe a efté condamné de
luy comme vn Antechrift. Mais ils font qualifiez de ce tiltre ,/"jP ’ *
par type Ôc par figure : parce que Dieu inftruiloit Ion peuple
pat leur cntremilc: ôc qu’ils grelentoient àDieu des Sacrifices, '

N- iv

Deffenfe particulière



qui n’eftoient que des figures du vray & éternel Sacrifice î par
lequel Iefus-Chrift Médiateur nous a reconciliez à Dieu. Il
eft donc confiant que Iefus-Chrift eft feul vray Médiateur,
comme dit cc mefme Pere, duquel nous deuons eftre afleurez
I- cn nos Oraifons. C'eft pour cela que Saint Ambroifc dit que
Iefus-Chrift eft noftre voix par laquelle nous parlons au Pere,
er anima noftrc œjj p3r jeqUc{ nous je voyons,& noftre main par laquelca?‘ ' lcnousluy offrons des Sacrifices’.
*
/eh. HtC’eft pour cette caufe, dit lean Hcffels Profcffcur de Loujjel.com- uain, que Iefus Chrift eft appelle Médiateur dcDieu &dcs
ment, in hommes : parce qu’il réconcilié les hommes à Dieu, cnl’api» Ttm. paîfant pour leurs iiîiquitez,& nous obtenant l’efprit d’obcïf2. fance afin de luy plaire. D’où il appert, adjoufte-il, que les
Sainéls ne font point Médiateurs deDieu & des hommes félon
le langage de l’Èfcritute : parce qu’ils ne peuuent plaire àDicu
par eux-mefmes.
CImJ. Sft
C’eft par ce feul & vnique Médiateur,dit ClaudcDelpenfe,
pe». trait vn<jc vos pius célébrés Docteurs, que nos oblations font rede Chrift'
/Médiat, çeoës de Dieu, & que nos prières font exaucées de luy. Si dans
ccs textes de l’Efcriture interprétez par les Peres, approuucz
cap. ÿ.
par deux de vos Dodeurs, il y a de la malice & de la mentcric:
i’aduouë que voftre Bachelier dit vray, quand il adioufté. Sui­
uant cela il faut dire que le Miniftre Afimont eft vn malin & vn
CDttmoul. menteur s & qu’enfin il doit fe retraiter, pour dire auec Duli.7 k la moulin, nous ne nions pas que les Sainds ne prient pourlEnou. du glife qui eft cn terre, & les Saincts prient pour nous au Ciel,ce
r
n ePas cn Controuerfe. Mais fi Dieu qui parle dans l’EfBoucï.
criturc> ne peut point mentir, fi les Pcres de lEglife ne l'ont
pas malignement interprétée, fi vos Doéteurs alléguez par
moy 1 ont aufti bien entendue que luy, il faut qu’il prenne luy *
mefmc les nos iniurieux qu’il me donc: puis que ic ne les ineritepas. Quât à moy comme Iefus Chrift prïoit Dieu pour ceux
qui le faifoient mourir , Pere pardonne - leur, car ils ne fauent"
qu ilsfont j ic prie Dieu de mefme pour voftre Bachelier, qu’il
luy veuille pardonner, car il ne fçait ce qu’il dit. Et puis queic
tiens le mefine langage que Dumoulin , il n’eft pas befoin que
ic me retraéle pour me feruir de fes paroles. le ne nie point
. non plus que luy, que les Sainéts ne prient Dieu en general

de U fîxiérneRefponfe.

28$

jîour l’Eglife qui eft for laterre; ie dis comme luy que cela ncft
pas en Controuerfc.. Mais iefoullicns auec luy que les Sainds
ne prient pas en particulier pour les fideles, ny ncles aydent
parleurs Oraifons dans leurs particulières neccifitez ; qu ils ne
prient point pour eux par leurs mentes ; & qu ils nc font point
nos Médiateurs d’interceifion.
Pour finir cette queftion, il me refte à examiner ceque le
Bachelier refpond aux paroles de lefus-Chrift que i’ay allé­

guées. Iefids ,diz-ïl 3 lecbemin, laventè & la vie-, nul nc\ient lean 14.
au Perefinon par moy. A cela Maiftre Chiron fait trois icfponfcs: verf 6.
La première eft encore vne éuafion de Miifionnaire. Il ne fert
rien, dit-il, de dire cc qui cft écrit dans’Saind lean : car cela
ne dit pas, ny que les Sainds ne prient pas pour nous, ny qu’il
ne faut pas les inuoquer, ny enfin rien de ce qui eft en queftiô.
Mais fi vous confiderez bien la force de ce paffage, vous trouuerez qu’il eft également contraire à l’interccifion & àl’inuocation des Sainds. Car n’ij-il pas vray que vous eftablilfcz les
Sainds comme Médiateurs d’interccifion, afin d’aller àDieu
par eux, & d’obtenir fes grâces par leur faueur & par les fuifrages de leurs mérités? Et nc dites-vous pas que comme on nc Lomb.4.
peut aborder la Majefté des Rois que par l’entremifc de leurs Sent.di/t._
Fauoris qui poffedent leurs bonnes grâces : de mefine l’on nc 45 ’fcci‘ 7
peut approcher de Dieu que parla Médiation des Sainds , qui
font appeliez fes ami?? Certes c’eft la comparaifon ordinaire,
que vos Dodeurs employentpoufvous entretenir dans cette
creance.
Mais c’eft l’erreur que Saint Ambroife condamne en
quelques fuperftiticux de fon temps, qui croyoient bien ap­
puyer vne fèmblablc pratique par vne fèmblablc comparaifon.
lis ont aecouftumé, dit- il, ayant honte de mcfprifcr Dieu, de
fe feruir d’vne miferable exeufe y difans que par les Sainds ils adi^ow.
peuuent aller à Dieu, comme on s’approche du Roy par le
moyen des grands Seigneurs: Et en fuite il les conuainc de fo­
lie par cette raifon. On va au Roy, dit-il, par l’entremifc des
Magiftrats & des grads Seigneurs : parce que le Roy -cft vraye­
ment vn homme qui ne feait point à qui il doit confier les affai­
res de fon Eftat. Mais pour gaigner la faueur deDicu, à qui
rien certes n’eft caché,il n’cft pas bcfoin de fuffragant qui nous,
Ï) de de fa parole, mais d’vn elprit deuoueux. De forte q uc

ccs paroles de Iefus-Chriit font aufli concluantes que Celles dé
l’Apoftre contre l interccflion des Sainds, & mon raifonné.
ment demeure en fa force contre toutes les diftindions.
- Si Ici Saincts eftoient nos Médiateurs d'interccftsion^ nous peuri
rions aller à Dieu par autre que par Iefus-Chrift.

La fécondé refponfe du Bachelier vous attribue ce qui ne
vous conuient pas, & nous dérobe ce qui nous appartient. Au
contraire, dit-il, cela confirme la pratique des oraifons de l’E­
glife Romaine, iclquclles elle prefente à Dieu par l’entremife
de fon Fils, ce que ne font iamais les Religionnaires.
S’il falloit appcller les chofes parleur nom, ie ne pourrois
appcller cela qu’vne double contre-vérité. Car pour ce qui re­
garde vos oraifons, quand vous le^ adreflez diredement à la
Vierge & aux Sainds, les prefentez-vous à Dieu par l’entre­
mife de fon Fils ? Lors que vos Prédicateurs après leur premier
exorde demandent l’afliftance du Saind Efprit pour leur Ser­
mon , par la Médiation de la Vierge, prefentent-ils leurs priè­
res à Dieu par l’entremife de fon Fils. Quand vous demandez
- àla Sainde Vierge qu’elle guerifl'e les playes de voftre ame fel°nla dodrine de fon Rofairè j qu’elle exauce les foupirs de
vos cœurs, qu’elle rcfpando de fes threfors fa grâce fur vous,
qu’elle adoucifle vos douleurs, qu’elle vous conferue & multi­
plie les biens de la grâce 5 qu’elle illumine vos cœurs, quelle
éclaire vos fentiers, quelle vous deffende contre l’ennemy &
inP/alter. vous reçoiue à l’heure de la mort comme Mere de grâce, félon
tsrtarùt. les Prières du Pfeautier. Quand vous dcmâdez à tous les Saints
7» Hor qu’ils demandent grâce pour vos pechez, qu’ils chaflentcntiercmcnt vos cœurs les obfcuritez de l’erreurj qu ils éclairent
vos yeux dCs lumières de la vraye foy Catholique:eft-ce à Dieu
- 1
que vous prefentez vos oraifons par l’étremifè de Iefus -Chrift?
Il n’eft donc pas vray que l’Eglife Romaine prefente feS prières
à Dieu par l’cntremife de fon Fils 5 puis que c’eft l’EglifeR0"
maine qui vous dide ces Oraifons. Vous deuez donc donner
ie démenty à voftre Bachelier fur cette matière : puis que luy-

de la,fîxiémeReftonfe',
mefine vous donne d’autres Médiateurs d’interceflion que le­
fus-Chrift , pour prefenter vos prières à Dieu par eux , & pour
obtenir de luy des faueurs parleur mérité.
Il n’eft pas plus véritable quand il parle de nos Oraifons j

qu’il dit que nous ne les prefentons iamais à Dieu par l’entremile de fon Fils. C eft vne fi noire calomnie, &vneimpofture fi manifefte, qu’il ne faut que lire nos Catechifines, nos Li­
turgies , & entédre prier Dieu nos Prédicateurs, nos Lecteurs,
nos Enfans, pour conuaincre fon Autheur de menlonge.C’eft
la première inftrudion que nous donnons aux petits Enfans
dés lors qu’ils ont l’vlàge de la parole, de prier vn feul Dieu,au tit ça ;
Nom de noftre Seigneur lefus-Chrift qui eft noftre feul Aduo- techifiae.
cat & Intercefleur.C’eftrenfeignement que nous confirmons Dans le
dans l’efprit de ceux qui commencent d’auoir l’vfage de larai-Ca
fon, qu’il ne nous faut inuoquer Dieu qu’au Nom de Iefus- ‘echtfme.
Chrift : parce que nous en auons le commandement exprès & Seti* 3 *
la promefle, qu en ce faifant nos Requeftes nous feront oétroyées par la vertu de fon Interceffion. Que ce n’eft point témé­
rité de nous adrefler priuement à Dieu, moyennant que nous
ayons lefus-Chrift pour noftre Aduocat, &que nous le met­
tions en auant,afin que Dieu par fon moyen nous ait agréable^
& nous exauce fqu enfin nous prions comme par fa bouche,
d autant qu’il nous donne entrée & audiancc, & qu’il intercè­
de pour nous. C’eft ce que nous pratiquons dans nos Prières
publiques; c’eft ce que nous enfeignons aux fideles de prati­
quer dans leurs Oraifons particulières. Nous fçauons que c’eft
par lefus-Chrift feul, comme dit Sainét Pierre, que nous pou­
uons offrir à Dieu des Sacrifices finrituels qui luy fissent agréables ; i.T/er.j
& nous fômes affeurez par la promefle de IefusChrift luy-mef- sme, que toutes les chofes que nous demanderons au Pere en lcan
fon Nom,il nous les donnera.
2^‘
C’eft pourquoy nous difons auec Sainét Cyrille que nul ne Çyrmfc
s’approche du Pcre que par le Fils, que par luy nous auonsac- u.în/eb.
cez au Perc en vn mefmc elprit; qu’à caufe de cela il fe nomme cap. y.
la porte & le chemin, parce que nul ne peut venir au Pere que
par luy : qu’entant qu’il eft Fils de Dieu luy-mefme, il nous
élargit des biens auec le Pere ; & qu’entant qu’il eft Médiateur
Pontife, & Aduocat, il prefente nos prières à Dieu.

Nn iij

iSd

Deffenfe particulière
Enfin nous concluons aucc Saind Auguftin qu’il n'y i

inPf.ïo'i point de iufte Oraifon que celle qui fe fait par Chrift; & que

1 Oraifon qui n’eft point faite par luy, non feulement n’obtient
pas le pardon du péché, manque mefme elle fe conuertit en
• péché. Si donc félon le dire de voftre Bachelier, les paroles de
Iefus-Chrift vérifient quelles font les bonnes Oraifons, il faut
qu’il change de langage ; & qu’il die que la plufpart des Orai­
fons de I’Eglife Romaine font mauuaifesfpuis qu’elle les adreffe à Dieu par l’cntremife, non de Iefus-Chrift,mais des Saints;
& que toutes les prières de l’EglifeRcforméc font bonnes.-puis
qu’elle ne les prefente à Dieu que par la Médiation de fon
fils.
Auffi pour faire voir combien il a honte de cette pratique;
qui adreffe les prières à Dieu par l’entrcmife d’autre que de Iefus-Chrift: il ne fe contente pas de nous l’imputer fauflement
& comme vn crime : mais encore il a recours à vne troifiéme
refponfe, dans laquelle il ne confiderc plus les Sainds com­
me nos Médiateurs enuers Dieu : mais feulement comme nos
intpreeffeurs enuers lefus-Chrirt. De plus, dit-il, encore qu’on
ne puiffe aller au Pere que par le mérité de fon Fils, celab’empefchc pas qu’on ne puifïe aller au Fils par l’cntremife de fa
mcrc, & des autres Sainds qui régnent auec luy dans la gloi­
re Celcftc. Ainfi tous ces.nuages qui vouloient.obfcurcirla
gloire & l’interce/fion des Sainds, font diffipez.
En quoy il dit vray, quand il aduoué qu’on ne peut aller à
Dieu que par le mérité de Iefus-Chrift: mais il parle contre la
creance de I’Eglife Romaine, qui croit qu’il faut auffi aller à
Dieu par le mérité des Sainds; & qui les appelle nos Média­
teurs, non feulement enuers Iefus-Chrift, mais auffi enuers
Dieu: qui dit que nous nous approchons plus commodément
par les Sainds du Pere de Mifericorde, parce que noftre Dieu
Zf f». tn
vn feu confumant ; qué nous craignons à bon droit de périr
fnchtrtd. deuant fa face, & ftc nous écouler comme la cire deuant le feu,
& qu’à caufe de cela nous cherchons des Médiateurs & desinterceffeurs. Mais quand il adioufté que cela n’empefche point
qu’on ne puiffe aller à Iefus-Chrift par l’entremife de fa Mere
& des autres Sainds, il choque manitcftementla vérité, com3

me ie le prouue par^e raifonnement.

Je lafïxéme Refponfe,



S’ilfalloit aller à lefss-Chrift far l entremife des Sainfl’s , ce fe­
roit ou farce que les Saintfs luy manifestent nos frieres 5 ou far­
ce que Iefus-Chrift veut que nous leur rendions cét honneur ; ou
farce que Iefus-Chrift eftant noftreDieu & noftre lugefa Majefté nous eftonne, & nous oblige de chercher des Entremetteurs
flus doux four nous affrocher de luy. Car il ne faroistfoint
d'autrefondementfur lequel on fuijfe raifonnablement eftablir
cette Médiation des Saincis entre Iefus-Chrift & nous.
Or nul de cesfondemens ne feutfubftfter auec la vérité,
il n eft donc fas vray qu’il faille aller d Iefus-Chrift far Fen­
tremife des Saincis.
L’on ne peut pas dire que ce foit parce que les Sainds majnifeftcnt nos prières à Iefus-Chrift : autrement il faudroit ac­
cufer Iefus Chrift d’ignorance, & dire que les Difciplcs qui
ont efté inftruits par Iefus-Chrift dâs l’Efcole de laGrace,don­
nent des inftrudions à leur Maiftre dans celle de la Gloire.
Aufti vos Dodeurs n’ont garde d’admettre cefondement; &
bien loin Je dire que Iefus-Chrift apprend nos oraifons par le
rapport aes Sainds, ils afteurent au contraire que c’eft IefusChrift qui leur fait connoiftre nos prières & nos defirs, ou par
ÏaGloire de la Béatitude, où il leur fait voir toutes chofes commedans vn miroir, ou parles lumières d’vne particulière reuelation. Mais cela mefme prouue clairement qu’on ne peut
point aller à Iefus - Chrift par l’entremife des Sainds, mais
pluftoft aux Sainds par l’cntremife de Iefus Chrift. Car puis
que c’eft luy qui leur fait fçauoir qu’vn tel, ou vn tel implore
leur fecours, pour eftre aidé dans vne telle ou telle neceftité : il
eft manifefte que nos prières paruiêncnt pluftoft àlefus-Chrift
qu’aux Sainds 3 qtfc c’eft luy qui les porte aux Sainds par fa reuclatiQn; & que fc mettant entre eux & nous, il nous fertdç
Médiateur de connoiftance.
On ne peut pas dire non plus que Iefus-Chrift veuille que
nous déferions cét honneur aux Sainds, que d’aller à luv par
leur entremife. Car fi c’eftoit fa volonté, il nous auroit fait ce
commandement ;& eux-mefincs ne nous auroient pas caché
fon intention puis qu’ils nous ont enfeigné de garder toutes
les chofes qu’il leur a cômandées. Cependant uy Iefus-Chrift
ny fes Apoftres ne nous ont rien dit de cela j & quoy que le

i8S

Defenfe particulière .1

ïun r$. Maiftrc dedarc à fes Difciples qu’il leur a fait connoiftre tonc
.«$•
re qu’il a oüy de fon Pere comme eftans fes amis ; & queles
Difciplesproteftcntqu’ilsn’ontricnrctcnu à dire des chofes.
ao *îo qui nous eftoient vtilcs. Neantmoins vos Autheurs confeffent
“ *
qu’il n’y a point de commandement dans les Diuins Oracles,
& qu’aucun precepte n’a efté encore notifié à l’Eglife , pour
nous obliger de demander le fecours des Sainéls. Au contraiJ. Cor. î. re les Apoftres nous ont enfeigné que Dieu nous a mis enlc3°*
fus Chrift, que par la foy nous fommes en luy, que par cette
3 ’7 mcfme foy il habite en nous ; que nous luy fommes tous fi im­
médiatement vnis, qu’il n’eft pas befoin de Médiateur pour
2g nous approcher de luy par leur entremife r puis que nous fomMath iS -mes tous vn en luy ; & comme le Sauucur nous a dit que là où
20.
ilyadeuxoutroisaftemblez en fon Nom, là il eft au milieu
d’eux: auffi Sain&Paul nous tefinoigne que Dieu parfagra£pb,2.6, ce nous a fait feoir enfemble és lieux ccleftcs en Iefus Chrift.
Toutes chofes qui nous font affez connoiftre qu’il nc nous faut
point d’Entrcmetteurs pour aller à luy, ou pour luy demander
quelque grâce : puis qu’il n’eft point éloigné de chacun de
nous.
A ufti luy- mefme a voulu nous faire voir par le procédé qu’ila tenu fur la terre, comment nous deuons nous approcher de
luy, maintenant qu’il eft dans la gloire du Ciel. Lors, qu’il
conuerfoit icy bas, il a toufiours fait plus d’eftatde ceux qui ‘
s’approchoient immediatemét de luy pour luy demander quel­
que grâce, que de ceux qui imploroicnt fon fecours parlént2. tremife des Apoftres. Les Grecs qui defirans de le voir s’ad22.
dreflentà Philippe, n’ont point 1 honneur de luy parler; & ,
Zacip.j Zachéc qui monte luy-mefme fur vn Sycomore pour le voir
paffer, eft appellé de luy par fon nom ,& honoré de fa vifitefaZ«c$.t9 ïutairc. Il exauce plus fàuorablcmcnt les defirs de ceux qui
2o.
prefentent vn Paralytique à fes pieds ; & de la femme qui perZ«r8.44 <c la foule pour toucher le bord de fon vertement ; que la
■Math.17 pricre du Perc du Lunatique, qui s’eftoit adrefté à fes Difeiphs
’7* pour la guerifô de fon fils. Lors que fes Difciples s’approchent
at>2J,iS pour le prier en faueur d’vne femme Cananéenc, qui crioit
Math t$ après eux, elle n’en reçoit point de fauorable refponfe : mais
25. 28. quand elle-mefmc vient & l’adore, difant Seigneur tyde-tnofc

I

de lafi&iemé Rejpcnfe? '
.<|uandellelcprefieparl’inftancede les ardantes prières, elle
reçoit 1’exaudicion.de fes demandes aucc vn éloge de fa foy,
cfemme tafoy eft grande, ainfi tefoit fait comme tu veux. Que ft Itf Mafo .x j
Seigneur durantles iours de foninlirmité où il fcmblon auoir 2^*
bcloin de l’entremife de les Difciples pour communiquer aucc
les Hommes, a voulu ncantmoins que les pecheurss adreffaffent immédiatement à luy pour luy demander des faneurs :
combien plus faut-il croire maintenant qifil eft dans la gloire
du Paradis, qu’il demande de nous cét honneur, que nous al­
lions diredement à luy, lansl’entrcmife des Sainds, pour luy
demander fes grâces?
Certes c’eft le raifonnement de Saint Chryfoftome. Veux- chryf. ho
tu fçauoir, dit-il, que lors que nous prions pour nous-mefincs, mil.de oer
nous faifons plus enuers Dieu, que lors que d’autres prientfeiKEuapour nous? La Cananéenne cria & les Difciples s’approche- &el‘
rent ; & le Seigneur leur rcfpondit, je nefuis enuoyéfirion vers les A/ath i5
brebis d'ifraél quifont perdues. Mais quand ellc-melmc s'appro- 24.
cha, lors ii luy. donna le bien-fait qu’elle defiroit. Tu vois
comment quand d’autres prient pour elle, il les rejette : maisquand elle-mefme s’écrie en le priant,il luy accorde fa deman-* .
de. D’où il tire cette confequence pleine de confolation pour
nous. Puis que nous n’ignorons point toutes ccs chofes, quoy
que nous foyons pécheurs & indignes i quoy que nous levons
fouis & que nous n’ayons point d interceffeurs, ne perdons
point courage.
Si nous veillons d’efprit, dit luy mefme, nous pouuons
>
■ eftre plus affeurez. de noftre voix que de celle d’autruy: car aufti
*'■' 'h0
Dieu ne veut pas tant accorder noftre falut aux autres qui
prient pour nous, qu’à noas-mefmês. C’eft ainfi qu’il a eu pi­
tié delà Cananéenne ; c’eft ainfi qu’il a donné la foy à la fem­
me de mauuaife vie; c’eft de mefmc enfin qu’il a tranfporté le
Larron de la Croix en Paradis fans eftre flefehy par les prières
d’aucun Aduocat ny d’aucun Médiateur. Iugez de là s’il eft
neceffaire d’aller à Chrift par l’cntremife des Sainds.
Mais peut-eftre, direz-vous, qu’il nous faut aller au Fils
par 1 entremife de la Mere qui a tout poui^r fur luy, & qui luy
ayant efté fujet durant les iours de fà chair, ne peut maintenant
luy refufer rien dans la gloire. C’eft bien ce que difent.vos

O o

IbtfcnJcpÂrticulicrt
Dodcurs j quand ils vous enfeignent de folliciter ainfi la Sain4
de Vierge. Prie aucc humilité, ordonne auec hauteur, commande au Rédempteur par le droit de Mere. Mais cela n’cft
pas moins contraire à l’intention du Fils, qu’il eft injurieux à
la gloire. - Car fi lors qu’il eftoit dans la forme de Seruitcur, il
/M» 2.v. rebuta fa Mere, qui le prioit cn faueur de ceux qui n’auoicnt
з. 4.
plus dé vin, & luy demandoit vn effet de fon pouuoir pour leur
communiquer vn bien dutemps & de la vie prefente; fifelon
7rta M- le tefmoignage deSaint Irenée fa preffe luy fut importune, tel18 |çmenc
ne voulut point haftcrtl’vn moment le miracle
4U auo^ refolu de faire ; fi félon le dire de Saind Auguftin il
Traii. 8. ne reconnuft point les entrailles de l’humanité, félon laquelle
in /oh. il eftoit né de fa Mci c : parce qu’il deuoit faire vne œuure de la
Diuinité, quelle n’auoit pas engendrée.' Combien moins
faut-il croire qu’il vouluft tnaintenât reccuoir les follicitations
de fon authorité Maternelle dâs la gloire de fon Règne,pour la
diftributiô des grâces qui regardét la vie future & le falut éter­
nel? Certes fi clic fc mcfloit des affaires defon Royaume } fi
elle eftoit,comme on dit faCoadjutricc dans les affaires de nop. "lire falut d’Efcriture ne diroit pas que fEmpire a efié mis forTcf-,
5.
faute duFilsi<\\\ï\ ny a point defalut fin aucun autre, ny déautre no qui
ns/El. 4. foit doué aux homesfoies leCtelpour eftrefauttez^que leNom de Iefus-,ic
13*
fi clic auoit droit de luy commander ; Saind Paul n’auroit pas
c _ dit vray, quand il a dit qu’// efl le Chef du Corps de f Eglife, afn
1%' ' quil tienne le premier lieu en toutes chofes
que Dieu l’a fouuerainement éleué ,(f-luy'a donné vn Nom par detfus tout nom, afin que toute
Fhil.1.9. langue confffe qu il eft le
non pas àla gloire de faMcre,
и.
qui la enfanté dans le temps, mais du Pere qui l’engendre de
toute éternité.
Vous direz enfin que nous deuons aller à Chrift par l’en­
tremife de fa Mere & des Sainds, à caufe de la gloire de fa Di­
uinité qui éblouit les pauures mortels ; & à caufe de fa Mîjcfté
de luge, qui eftonne les pécheurs. Et c’eft le plus grand fon­
dement que vos Dodcurs prennent pour appuyer cette Media.
tiondes Saindspous nous enuers Iefus-Chrift. Carilslcs
appellentMcdiatciu^crs le Médiateur; ils difent particulièrelihr. fàp, ment touchant la yWgc, que fi quelqu’vn cft effrayé du.Fils
frS. 36. feant à la dextre du Pere, parce qu’il cft luge , qu’il aille vers U

Ae lafixiéme Refit Mifi,

ipi

Kfêre, parce quelle elt Mere de Miieri corde; qnc Çhrift cft
non feulement Aduocat’, mais aufti luge ; & qu’a caufedecela canton.
Dieu nous a pourueus d’vne Aduocate qui éftrdoucp& dcbon- 7>4r,« 4*
nuire, & qui n’a point do rigueur ny de féucritï. -Que le Mo
M*
diateur de Dieu & des hommes àfçauoirlcfus-Chrift homme, P' r ■
eft bien fidele & puiflant; mais que léshomnics redouent en Cele/ii'
-luy la Majefté Diurne ; éj£ que,pour cela nous;auons’bcfoin de
Médiateur, & qu’il n’en eft;pqint de plus:.vtile.qàc Marie*. Difcipul.
Qu’cnfin à caüfe de cela les pécheurs recourent- auec plus de Temp.
confiance à la Mere de mifericorde, qu’a lefus-Chrift : parce ©"
que le Fils eft non feulement mifcricordieux, mais aufti jufte ^7' de
en toutes fes œuures ; & que la mifericorde de la Mere deliure
fouuent ceux-que la Iuftice du Fils xcondamneA
. cr : ;
Mais ce fondement pour eftre plus lpccieux , n’eft pas plus
véritable, ny moinsrùyneuxqueles àncrcs.Car preraierclncnt
s'il cft vray que les Sainéls nousferuent de Médiateurs enueefc
lefus-Chrift à caufe de fa gloire Diuiîics & de fa Majefté ludracielie: nous aurons encore befoin d’autres Médiateurs enuers
-les Sainéls, parce qu’vn iour ils doiuent iuger lesÂngcs auec ’•
luy ; & que des à prefent ils régnent aucc luy dans vne mefme „
gloire. Aufli eft-ce pour cela que plufieurs de vosDoéicurs ^f4i7,îa
difent que les AngesSs IcsEfprics qui force nt des corps de cct*
tevie, nousferuent d'entremetteurspçur filtre :connorftre nos
. prières &41 os ncccilîtex aux Sainéls R&m heureux* Mais en­
core pareeque les Anges ne nous parodient pas fous des for­
mes vifibles;& que qvfcndmefine ils.femontreroient à nous ,
ilsnepourroientquenous c ah fer delà frayeur,: comme ils fai­
foient anciennement dans leurs apparitions : il nous faudroit
-pour aller aux Anges, employer l’entremifc des Sainéls qui
'-dont fur la terre, qui eftans defpouillcz des affeélions de la
chair font eftimez auoir communication aucc ces efprits. Et
d’autant que ccs Saints félon voftre creance ne fe trouuent pas
- dansle commerce du monde ; & qu’ilsfont ordinairement ca­
chez dans les deferts,ou enfermez dans des cellules : il faudroit
encore auoir d’autres Entremetteurs, foitpour nous indiquer
le lieu de leur fejour ; foitpour nous en ouurir l’entrée; foit
pour nous introduire dans leur familiarité.

Que fi nous voulions nous feruir de l’entremifc des âmes
*
Oo ij



Defenfe 'particulière "



;





quidefidgent-dexe monde, p our faire fçauoir les nouucHe^de
nos befoins aux Sain dis qui'régnent dans la gloire celefte : U i
n’y durcir p3s moins de. difficulté, pour allenaux Sainds par
leur moyen. Caril nous faudroit : des Entremetteurs pour
fç iuoir qui font ceux qui Jcsconfcficnt, d’autres pour obtenir
la liberté de les prier, de leur recômandcr nos interefts, & leur
confier nos demandes. Tellement que dans cette longue recherche de Mioyenncnrs bous péririons mille fois fous les mal­
heurs infeparables de cette vie, auant que les Sainds euffent
appris nos demandes ; & que nous euffions receu quelque fe­
cours par leur moyen ; & ce recours de Médiateur à Médiateur
nous ietteroit dans vne longueur infinie, qui n’eft pas moins
infuportablc dans l’ordredcla grâce que dans celuy de la na­
ture.
'
C’eft la raifon que Saind Athanafc employé pour com­
battre l’erreur des Arriens, qui au lieu de dire que Dieu a fait
toutes choies par le Fils, & que le Fils eftoit Dieu de toute
cternité, difoiét que le Fils eftoit l’onurage de Dieu, & que les
' -r autres chofes du monde eftant incapables de reccuoir l’operation Diuine, auoient efté faites par l’entremife du Fils. Il les
combat, dis-je,par cette raifô,que fi la nature creée a eu befoin
fte Médiateur pour eftre faite, à caufe qu’elle ne pouuoit recej»ax^on jc Dieu, il faut auffi de.toute ncceffitéque le
w’ Fils aye befoin d’vnMediateur pour eftre fait,puis.qu’il eft aufli
au nombre des chofes crées. Qifainfi ayant trouué vn Média­
teur pour la création de celuy-cy, il cnÉ’audra trouuer vn autre
pour la produdion de cc mefmc Médiateur ; & que par ce
moyen cn montant toufiours plus haut# fil fe trouvera vneffi
grande afâuance de Médiateurs, que ianoais la nature desebofes ne pourra fubfifter eftant toufiours. dans l’indigence ae
quelque Médiateur poureftre produite.
: .
La mefine abfurdité s’enfuit de cctte Médiation des Saints
enuers le Médiateur : car il faudra trouuer encore d’autres Entremetteurs pour aller aux Sainds
^autres Moy enneurs
pour aller à ces Entremetteurs i ainfi la grâce de Chrift qui ^*c
fc tenir prés cœur s defolcz, fera moins prompte à fecourir les
mifcrables, qu’ils ne le feront à le réclamer; ainfi elle n’aura
point la nature d’v ne vra^c grâce, parce qu’elle ne viendra

a

9

delà JîxiémcReJponje.

293

mais à temps, pour foulagcr ceux qui cn ont befoin
les ma­
lades mourront dans leurs pechcz, auant que le Souuerain
Médecin leur ait apporté le remede,s’il faut qu’il cn foit requis
par des Médiateurs, Se ccs Médiateurs par d’autres MoyenneurSjSeccsMoycnncurspar d’autres Entremetteurs, Se ces
Entremetteurs encore par d’autres amis de leur particulière
.connoiffance.,
Secondement dire que cette médiation des Sainds nous
cft ncceflaire pour aller à Chrift Médiateur, parce que fa Di­
uinité nous effraye,& que fa Iuftice nous cpouuante : c’eft par-. y
lcr diredement contre l’Efcriture, qui ne rend fa Diuinité ef­
froyable qu’à ceux qui ne l’inuoquent pas, nyfa Iuftice cfpouuentablc qu’à ceux qui n’embrafl’cnt pas fon mérite. 11 cft vray
quç.ce Médiateur eft Dieu : mais eftant aufli Homme il eft
Dieu auec nous &: pour nous Se non pas contre nous. Il cft vray
que ce Médiateur cft luge, mais ce luge eftant noftre Aduoçat, nous ne deuons point appréhender de perdre noftre pro• ccz : pui.s qu’il eft '^Eternelnostre justice, pour nous le faire gaigner.
Pourquoy ce luge s’cft-ilrendu noftre Aduocar, fi ce n’cft
pour playder la caufe de noftre falut, & pour nous donner la li­
berté de le folliciter nous-mcfmes fans l’cntremife de perfon­
ne? Certes il eft luge & Aduocat, dit Saind Ambroife, en dubr.i»
l’vn il porte les marques de fa puiffance, en l’autre il fait vn ofc-%
fice de pieté. Tu viendras au luge aucc aflcurance, dit-Saint
,
Auguftin, tu as là vn Aduocat, ne crain point de perdre la
caufe de ta Confeffion.
Epist*
Pourquoy ce Dieu s’eft-il fait Homme, fî ne n’eft pour ré­
concilier les hommes aucc Dieu? Pourquoy s’eft-il approché
de nous en fe reueftât de noftre nature & de les foiblcflcs,finon
afin de nous donner la hardiefle de nou%approchcr immédia­
tement de luy, & de nous élcuer à fes grandeurs? Certes c’eft
pour cela que l’Apoftre nous le reprefente aflujettyaux foibleflcs de l’homme & pourueu de la puilfance de Dieu, afin
que nous n’apprehendions point d’aller immédiatement à luy,
comme à celuy qui nous a efté fait femblable en toutes chofes
& que nous ne (routions point de fon fecours : puis qu’il eft en­
tré dans noftre Alliance pour accomplir fa vertu dans nos in-

Ooiij

294

Defenfe particulière

Hcb 2. firmitez.' .Il afallu, dit-il, 5»’ilfuftfcmblablc à fes freres en toutes
17. 18. chofes, aftn qu ilfrit Souuerain Sacrificateur mifericordiettx & fidele
és chofes qui doiuent eftre faites entiers Dieu, afin defaire propitiation
pour les pechez du peuple. Car parce quil afoufert en.eftant tenté, iltft
aufsi puifant pourfecourir ceux quifont tentez. Car nous riauons point
vn Souuerain Sacrificateur , qui ne puiffe auoir compafsion de nos infir,
mitef : ains nous auons celuy-> qui a efté tenté de mefine que nous en tou,
tes
chofes hormis péché. Allons donc, cbncîüd-il, auec affeurance ait
fdeb. q
Thrcfne de grâce , afin que nous obtenions mifericorde ,pôur eftre aydd{
16.
en temps opportun. C’eft pour cela que Iuy-mcfme parlant de ce
Médiateur entre Dieu & les hommes, l’appelle Iefus-Chrift
Homme, pour nous montrer que comme par fa Perfonne Diuinc il touche Dieu immédiatement, fâns'qü’il y ait aucun Mé­
diateur entre Dieu & luy : ainfi par fa nature humaine iî-touchc
immédiatement tous les hommes , fans qu’il foit befoin d’autre
Médiateur entre luy & nous.
C’eft ainfi que Sainét Auguftin raifonne fur ce paftage. Il
vdaguft. n’eft pas pourtant Médiateur, dir-il, principalement : parce
lib. ç. de qu’il eft la parole par laquelle toutes chofes ont efté faites : car
Ciuitatc. cn cét égard eftant immortel & fouuerainemcnt heureux cn
/)«.*, 14. foy-mefme, il eft trop éloigné des pauures mortels. Mais il
l’appelle Médiateur entant qu’Homme, montrant certaine­
ment par là que pour paruenir à ce bien, qui eft non feulement
heureux, mais qui donne aufli le bon-heur , il ne faut point
chercher d'autres Médiateurs r parce que Dieu Rien-heureux
& béatifiant-ayant efté fait participant de noftre humanité,
nous a donné vn moyen racourcy pour eftre faits participans
de fa Diuinitè.
C’eft pour cette raifon que Saint Chryfoftome loue la cortChry/ihaduitcdelafemmeCananeéne,
parce quelle s’adrefte immé­
ntit.x2.de
rnulier. diatement à Iefus-Gèuift. Voy, dit il, la prudence deéètre
Canan. femme : elle nepric pas Iacques j elle ne conjure pas lean; elle
ne va pas à Pierre , & elle ne s’adrefte point à la compagnie des
Apoftres; elle ne cherche point de Médiateur : maisau lien de
tous.ceux-là elle prend la pçnitcnce pour compai'gne, qui
tint la place d’vn Aduocat ; & ainfi s’en alla iufqu’à la première
fource de toutes les grâces. C’eft pour cela, dit-elle, qu’il eft
defeendu, c’eft pour cela qu’il apris la chair, & qu’il a efté fait

de lafîxéme Reftonfè.

$9$

Homme, afin que i’ayc la hardielie de luy parler.
Nous concluons donc aucc SaintAuguftin, que Chrift
eft la vérité où il faut aller, & le chemin par où il faut aller à la trtft. ij
vérité. Si tu veux aller, dit-il, à la vérité, tien le chemin, car « /<?/,.
luy-mcfme cft le chemin & la vérité. Par Chrift tu viens à
Chrift : comment cela ? Par Chrift Homme tu viens à Chrift
Dieu j parla parole qui a cfté faite chair, à la parole qui cftoit
au commencement aucc Dieu.
l’adjouftc aucc luy-mefme, ou pour mieux dire auct l’Autheur delà vifitation des infirmes, qui cft entre fes ouuragcs.
le parle plus affcurcment & plus agréablement à mon Iefus, f ' * in
qua quelqu’vn des Saints Efprits de Dieu : car Clyrift me doi»
j.
plus qu’à aucun des Efprits Ccleftcs. Dieu a daigné cftrc fait'
ce que tu es : ton Dieu & ton Homme cft allé deuant toy dans
la Cour de fon Dieu Se de ton Dieu : là il intercède affiduellement pour nous. Celuy donc que tu as pour Intcrcefleurj ce­
luy que tu as pour Médiateur, pren-le pour ton ayde fauorable.
Par routes ccs raifons vous pouuez connoiftre fi l’interccffion des S ainds eft, comme dit voftre Bachelier, vne vérité 6c
vne pratique auffi ancienne que l’Eglife. Pour toutes ces rai­
fons pluficurs de vos Dodeurs en ont bien autrement parlé ; 6c
bien loin d’en faire vn Article de Foy, les vns l’ont iugée non
neceffaire, parce qu’elle n’eftoit pas commandée dans l’Efcri­
ture; les autres l’ont laiffcc dans l’indiffercncc; 6c d’autros
ont eftimé qu’elle cftoit inutile.
Ce qu’on dit de l’interccifion des Sainds, dit leDode „
,
Cafïander, nc doit pas eftre finalement entendu comme fi
elle eftoit neceffaire à falut : il faut aduoucr que pluficurs 8c art 21 de
grandes erreurs fous prétexte de cette interceffion, fe font glif- cuit.fiel.
fées dans les efprits du peuple. Quant à moy dausunes prières
ic n’ay point aecouftumé d’inuoquer les Sainds : mais i adreffe mon inuocatiô à Dieu-mefmc,6c ce au nom de lefus-Chrift,
car i’eftime que c’eft le plus affeuré.
La parole de Dieu, dit André Fricius, Secrétaire du Roy
dç Pologne, 8cDéputé au Concile de Trente, nous commande d’inuoquer Dieu au Nom de Chrift, qui eft l’Intcrccflcur
qui nous ouure l’accès au Pcre, 6t f Aduocat par lequel nous cap. 13.

V.
Deffenjè particulière

29 £
pouuons aller au Throfne de Grafce.Ce font des chofes claires,
authorifées par les tcfinoignagcs & par les exemples des Apo­
ftres & des Prophètes. Mais touchant les Sainds il n’eft rien
dit de femblable. Certes le Fils dit qu’il nous a annoncé tou­
tes les chofes qu’il a ouyés de fon Pere : ce donc qu il ne nous a
pas annoncé, il ne l’a pas oüy de luy. Par quelle Loy donc
peut-on impofer au peuple deDieu la nccclfité d’vne chofc qui
n’a point efté oüyê du Pere Celeftc, ny honorée d'aucune promcife dû Ciel.?
Salmtr.
Le Iefuïte Salmeron confelfe que Iefus Chrift eft le feul
8. /» Médiateur, qui par foy-mefme eft toufiours exaucé, mais que
i. Tiw. Ifcs Sainds ne le font pas toufiours.
*•
C’eft vne affedion Religieufe, dit le fçauant Erafme, de
apft^Fri cro*rc 4UC ^es Sainds peuuent quelque chofe enuers Dieu:
M ma*s 4UC ccux
onc vne autrc opfoi°n inuoquent d’vne foy
Ibidem, finccre le Pere, le Fils, & le Saind Efpric. Mais luy-mefme
pour faire voir que c’eft vne chofe non leulcment indifférente,
mais mefme inutile de s’adreffer jiux Sainds : introduit dans le
EraÇm. Colloque du naufrage, vn homme interrogeant vn autre, &
in Cotise], luy demandant fi dans le péril éminant de la mort il auoit imoaufmg. ploré le fecours de quelque Saind, lequel luy refpondant que
non, pourquoy cela, dit-il ? Parce rcfpond l’autre que le Ciel
eft d’vne vafte cftenduë : tellement que fi ie recômandois mon
falut à quelqu’vn des Sainds, comme à Saint Pierre, qui peuteftre en eftat d’entendre pluftoft queles autres parce qu’il cft à
la porte : auant qu’il fuft allé vers Dieu, & qu’il euft exposé ma
caufe, ie ferois défia péri.
Tous ces tefmoignages de Iefus-Chrift 8c de fes Apoftres,
des Anciens Peres de l’Eglife & de vos propres Dodeurs ne
tendent pas à obfcurcir la gloire des Sainds : car nous auons
appris auec Saind Auguftin à honorer leur mémoire, à renhb. 8. dt dre grâces à Dieu de leurs vidoires, & à tafeher d’imiter leurs
vertus, pour obtenir de femblables couronnes. Toute cette
2 7- grande nuée de tcfmoins ne tend qu’à éclairer les efpritsdcs
Chreftiens, afin qu’ils n’aillent plus pour les viuans aux morts;
& qu’ils fe tiennent dans le chemin & dans la vérité qui eftle*

fus-Chrift, afin de paruenir à la vie.
V

111. Section»

de la fixicmé Rcfeonfe,
TROIS IESME

,

i$7

SECTION

Defenfe de la (ixiéme Rcfeonfe touchant
le ‘Turgatoire,
E Purgatoire, difent vos Docteurs, eft vn certain lieu dans ^eparm

L

lequel les aines qui n’auoient pas efté entiercmét nettoyées /,£. ,, de
dans cette vie, (ont purgées de tous les pechez qui leur rcftent Furgat.
après leur deflogement: afin qu’eftans ainfi purifiées elles puif- cap, i.
fent entrer dans ie Ciel,où rien de fouillé ne peut auoir entrée»
&prefquc tous demeurent d'accord, que le feu qui les purge fdemlib.
dans cette prifon, eft le mefine que celuy qui bruflc lésâmes ï. de Pur
damnées. Mais quoy que ce feu ait efté fuppofé fous prétexte g(aaap.6
de faire la purgation des ames : nous pouuons dire auec vérité
qu’il en a fouillé autant en effet, que purifié en imagination. Si
nos mœurs font fouillées par lauaricc, comme tefinoigne le -JMath,
Sauueur : il eft certain que la conuoitife des richeffes, qui eft 15. iÿ«
vn feu deuorant, qui ne dit iamais, c’eft aftcz, a enflammé les
cœurs des PontifesRomains & de leurs adhcrans de ce fale dé­
fit j & leur a donné lieu d’arranger le bois fous la terre, & d’y
allumer ce feu purgatif, afin de débiter leurs I ndulgcnces, fous
l’efperance qu’ils ont donné d’en retirer les ames, & de les
tranfporter de ce lieuse tourment dans la félicité du Ciel. Car
comme rapporte Polydore Virgile après vn autre devoseele- Polyàtr.
bres Docteurs, tant qu’on ne s’eft point foucié du Purgatoire, z
on n’a point cherché d’indulgences: car c’eft de là que dépend
_
toute l’eftime qu’on en en fait. Si vous oftez le PurgMoite,;'' rer.
quel befoin fèra-il de ces pardons $ Les Indulgencics ont donc
commencé depuis que les ames ont commencé de trembler
fous l’a pprehenfion des flammes du Purgatoire. C’eft pour­
quoy comme ceux qui ont intereft à conferuer cc feu, y refpan• dent de l’huile, autant qu’il leur eft poflible,afin de 1 entretenir;
ainfi ceux dont le cœur bruflc du zele de fa Maifon dcDieu,
f^achans qu’elle ne s’édifie poiut par des fables, mais par la vé­
rité s & que Ielu.s Chrift eft venu mettre & allumer le feuen Luc 12.
eu terre non pas lous la terre : tafe lient de'ver fer dans ce feu 49.
fous terrain lescaj-ix qu’ils ont puisées dansia fource desEf,
criturcs, afin de l’eftcindrc,
Pp

ip'S



Deffenjè particulière

Pour Contribuer quelque chofe à l’extin&iop de ce feu J
qui pour cftre i maginaire £>our les morts, ne laifte pas de pro­
duire des funeftes embrafemens parmy les viuans : j’ay produit
dans ma rePponfc au Millionnaire plufieurs raifons, qu’il plaift
à Monfieur le Bachelier d’appeller des calomnies, par lcfquel• les i’attaque la vérité du Purgatoire, quj ta’a iamais efté conteftéc que par les libertins. Mais il me fera facile de vous faire
voir qu’il cft combatu par l’Efcriture, par les Anciens Peres de
l Eglife, & qu’il n’eft pas généralement approuué de tous vos
Dodeurs. C’eft cequeie feray s’il plaift a Dieu en examinant
toutes les répliques.
La première raifon que i’ay produite contre cétcftangde'
feu, aufti cuifant que celuy de l’enlcr, eft prife de l’Efcriture,
' qui tefmoigne que les âmes des fideles au defloger de cette vie
font purgées de tous leurs pechez ; & que par confequent elles
n’ont plus befoin de purgation après eftre feparées du corps.
Cette raifon eftant mife en forme fe réduit à cét Argument.
Quand les âmesfont purgées & nettoyées de tous leurs pechez^
elles nont pas befoin d'estre purifiées par vhfeu Purgatoire.
Or les âmes de tous les fideles qui meurent dans la grâce de Dieu
font purgées & nettoyées de tous leurs pechez dés qu elles defiogent du corps.
Doncques les âmes des fideles, qui meurent dans la grâce de
Dieu n'ont pas befiin desire purifiées par vn feu Purgatoire
après leurfcparation du corps.
La maicurc de cét Argument cft éuidente à tous ceux qui
ont vn grain de raifon & de fens commun. Mais de plus elle
eft de l’Efcriture : car fi ceux 'qui font en fantè n'ont pas befoin de
Médecin., comme dit Iefus Chrift : parce qu’on ne cherche la
Médecine que pour fedeliurer ou pour fe garantir de quelque
jean 13. maladie. Aufli celuy qui eft tout entièrement net, n'apas befoin d’e10.
sirelaué) comme dit luy-mefme. 11 eft vray que tandis que nous
cheminons en cette vie, nous auôs neceffité de laucr nos pieds
comme le Seigneurtious le fait entêdre, c’eft à dire félon l’exo^ugufi. pofition de Saind Auguftin, de purifier nos affedions huinai/r<âf. 56. nes, qui nous attachant aux choies terreftres, nous font enco»» Dh. rc chopper cn plufieurs choies, & nous fouillent de beaucoup
.
d’ordures dans la côuerfation du monde,après que nous auons

/’

de lafîxiémeRffponJe»

^99

cfté nettoyez par le Baptefme, & par robeïlîance de la Foy.
Mais lî lors que nous fommes à la fin du voyage, & quenous
deflogeons de ce corps mortel toutes nos affrétions font entiè­
rement purifiées : il eft manifefte que nous n’auons plus bcfoin
de purification : parce que nous ne fommes plus en eftat de
nous fouiller.
La mineure aufli eft de l’Efcriture formellement : car elle
tefinoigne en termes exprez que Pieu purifie nos cœurs far foyÿ
9
quey? nous confeffons nos pechez,, Pieu efifide le efi iufie-,pour nous les i*lea'-9
pardonner t (fi nous nettoyer de toute iniquité ; que le Sang de Iefus- ’• 7 e*'1 f
Cbrisl Fils de Pieu nous nettoye de tout péché-, que fi le fang des tau­
reaux çf des boucsfanctifioit lesfouillez, quanta lapuretéde lachair-. Efeb. 9,
beaucoup plus le Sang de lefus-Chrtfi purifiera nos confidences desœu- *3- Hures mortes de péché, s'efiant offertfoy-mefme d Pieu par iEfprit éter­
nel, que lefius-Chrifi a aiméfan Eglifè çfi s fi donné fioy-mefime pour Ephef. 5.
elle , afin qu il l’a fianclififi apres l'auoir nettoyéepar le lauement d'eau 26' *!'■
par la parole -, afin qu ilfi la rendifi vne Eglife gloneufe , n ayant ny
tache, ny ride , ny autre telle chofi : ains afin qu ellefifi Saincle efi irreprehenfible. Il cft doc manifefte félon l’intétion de lefus-Chrift,
que l Eglife eftant parfaitement purifiée au fortir de cette vie,
n a plus bcfoin de purification après qu’elle en eft dehors : au­
trement il faudroit dire que lefus-Chrift a inutilement rcfpandu fon Sang pour lEglife, & qu’il a efté fruftrédelannqu’il
s’eft propoléc en fc donnant pour elle : puis que félon fon def­
fein il ne peut pas la nettoyer de toute tache par le Baptefme,
par la Parole, par la Foy, par la Repentance, par fon Sang ; &
qu’elle a encore befoin deftre nettoyée par le feu après cette
vie.
A ce raifonnement Monfieur le Bachelier ne refpond rieni
&: luy qui eft fi ardent à demander des paffages formels, nc les
veut pas receuoir quand on luy en donne j & ne fait pas mef
me femblant de les voir quand ils luy font offerts.
li euft pu dire, félon la creance de l’Eglife Romaine, que
•cette purgation des pechez ne fe fait pas parfaitement en cette
vie pour toutes lésâmes ; & qu’ainfi elle fe doit achcuer dans
celle qui eft à venir. Mais Sainél Auguftin eft alleaudeuant
de cette réplique, quand expofant les paroles de lefus-Chrift
& celle.:» de Sainét Paul que nous auons alléguées, il en tire
Pp ij

3 0O

Deffenjè particulière

tsfutuft..ccttc conclufion. Partant, dit-il, l’Eglife que Iefus - Chrift
trad. <$6, purifie par le lauement d’eau cn la parole, eft làns tache & fans
in /ah. rjje non feulement en ceux, qui apres le lauement de Régéné­
ration font incontinant oftez de la contagion de cette vie i &
ne marchent plus fur la terre, pour auoir befoin de lauer leurs
• pieds : mais aufti cn ceux à qui le Seigneur a donné cette grâ­
ce de les faire fortir de ce Siecle, ayant mefme leurs piedslauez ,& leurs affedions purifiées. Mais quoy qu’elle foit pure
cn ceux qui fejournent icy bas, parce qu’ils viuent iuftement :
iis ont pourtant befoin de lauer leurs pieds, parce que certai­
nement ils ne font pas fans péché. Où vous voyez qu’il diftin­
gue en trois ordres ceux qui ont part à la purgatiô des pechez,
qui fe fait par la grâce de Iefus-Chrift : dont les vns font enco­
re dans cette vie, & ont befoin d’y eftre tous les iours nettoyez,
parce qu’ils fe fouillent tous les iours ; les autres en fortent pu­
rifiez incontinant après le Baptefme j les autres en deflogent
parfaitement nettoyez de tous les pechez qu’ils ont commis:
mais il ne fait aucune mention d’autres gens, qui ayent befoin
ïsriuguft. de purgation après cette vie. Et luy-mefme parlant ailleurs de
ferm. jt. tous les Fideles, dit que nous ne fommes point icy fans péché,
de verb. mais que nous cn fortirons fans péché.
*-'*?*#• ►
La fécondé raifon que i’ay aduancéc contre cette purga­
tion des âmes après la mort, eft vne fuite, 8c vne confirmation
de la précédante ; & eftant mife en forme fc peut réduire à cét
Argument, vn peu different de celuy, que le Maiftre Bache­
lier m’a fait l’office de fabriquer pour moy.
Si les âmes desfdeles qui meurent en la grâce de Dieu^ auoient
befoin d ejlre purgées par le feu aprgz cette vie : elles rientre­
voient pas dans la gloire du Ciel immédiatement apres le dejlogement de la terre.
Or les antes desfdeles, qui meurent en la grâce de Dicu^entrcnt
dans la gloire du Ciel immédiatement aprez le dejlogement de
la terre.

Doncques les âmes des fideles qui meurent en la grâce de Die«riont pas befoin riejlre purgées aprez cette vie.
17.

La maieurc de cét Argument cft inconteftable : puis qu’elle cft fondée fur vn principe de l’Efcriture, dont nousdemeutons tous d’accord, à fçauoir querâ# defoiiillé nepeut entrer dans

30î

de la JtxiémeRefponJè,

la Cite de £>/£■«,dans la gloire du Paradis; & que nul ne verra Dieu Hrf>. i j ;
fans la fanélifcation acheuée.D’où il s’enfuit éuidemment,que fi
les ames endéflogeant delà terre entrent dans cette Cité de
Dieu , qui eft la félicité du Ciel ;& font admifes à cette vifion
deDieu, qui eft la gloire des Bien heureux : elles n’ont nulle­
ment befoin d’eftre purgées : puis quelles ne font point fouil­
lées , & qu’elles ont atteint vne parfaite fain&eté.
Pour la mineure, ic I’ay prouuéc premièrement par l’exem­
ple, fecondcment par l’authorité de l’Efcriture. La première
preuue que i’ay donnée de cette propofition ; que les ames des
fideles qui meurent dans la grâce de Dieu, dcflogeant delà
terre entrent incontinant dans la gloire du Ciel, eft prife de
l’exemple du Lazare, qui aufti-toft apres la mortfut porté par les lvc ,
Anges dans lefein d'Abraham, C’eft à dire dans la félicité duCicl. 22.
Et de l’exemple du Larron conucrty, qui félon la parole duFils Luc. 23.
de Dieu fut receu aucc luy dans le Paradis, incontinant après 45*.
fa mort.
A cela Monficur le Bachelier refpond, Quel raifonnement
eft cecy ? L’indudion prife de deux exemples peut-elle con­
clure vne propofition vniuerfclle? Peut-elle fonder vnArticlc de Foy ? Quand mefme il feroit vray, queic Lazare & le
Larron penitent feroient montez d'vn plein vol dans la gloire
du Paradis, comme nous le croyons de tous les Martyrs, lef­
quels meurét pour la Foy, & de plufieurs Confèfleurs, qui ont
atteint iufques au haut point de la pureté du cœur : certes cela
ne conclud pas que tous les fideles indifferamment qui deflogent de cctte vie , paruiennent tout à coup dans le repos
eternel.
Où vous voyez qu’il nie ouuertement vne vérité, que l’Ef­
criture affirme aucc cuidencej que les Peres confirment par
leur tefinoignage ; & que plufieurs de vos propres Dodeurs
approuuent par leur confeffion, à fçauoir que les ames du La­
zare & du Brigand repenty font montées de plein vol dansia
gloire du Paradis, & dans le repos eternel. Pour l’ame du La­
zare , elle fut portée incontinant après fa mort dans le fein
d’Abraham : Or qui ne fçait que ce fein d’Abrahamne fi­
gnifie autre chofe que le repos des Bien-heureux ? Pour enten­
dre certe lignification, il ne faut que confidcrer ce que dit l’Ef-

P P üj

302

Defenjè particulière

criture : car elle nous reprefente cc fein d’Abraham comme vn
lieu de repos opposé au lieu de tourment , où eftoit le mauuais
riche, c’eft à dire comme le Paradis opposé à l’enfer. En effet
LUC T<S. comme le mauuais Riche eftoit tourmenté en enfer : le Lazare
3$.25. fc repofoit dans le Sein d’Abraham. L’vn auoit fes maux &fes
peines dans le lieu des tournions; & l’autre auoit fes biens Sc
les confolations dans le fejour du repos.
C’eft pour cela que Sainét Auguftin entend par ce ïcin
d’Abraham,vn repos où les âmes des iuftes attendent en aftéuConci. t.
rance le iour du Iugement, pour reprendre leurs corps,& pour
in Pfabn.
eftre changés à la refiemblance des Anges.
3^C’eft pour cela qu’il ne doute point, que ce nc foit vn lieu,
.dug.l.9.
cenf. c.j. où il y a vne félicité fans fin.
*
C’eft pour cela que luy mefme dit que par Ieftind’Abra­
\dng. /. 2.
E ham s’entend le fecret du Pere , où Iefus - Chrift fut éleué rtffufeitant après fa Paffion.
Et afin qu’on ne die pas que le Lazare nc fuft point éleué
tout à coup dans ce fein de la félicité : le melme Sainél Augu­
Luc 16. ftin fait reflexion fur ce que Iefus-Chrift dit,, que le panure
22.
mourut ,&qu’il y fut porté par les Anges, faifant. fuiure fou
a4ug. fer. tranfport incontinant après fa mort. En peu de temps, dit-il,
de Ternp. les conditions de cc pauure, & de ce riche furent changées.Le
227.
pauure obtint la félicité par fôn indigence i & le riche acquiff
îe fupplice par fes facilitez.
Chryf. coC’cftpour cette raifon que Sainél Chryfoftome, dit que
don. ï.de le tourment du riche qui cftoit dans la gehéne,s’augmenta par
Laz.aro. laveuè des plaifirs du Lazare : afin queles maux fuffent rendus
plus intolérables, non feulement par la nature des fupplices,
mais auffi par la comparaifon des biens dontil s’eftoit priué.
C’eft pour cela que Sainél Hierofme met ce changement
Hier. pro
l. aduer. immédiatement après la mort. Le Lazare, dit il, a receu les
ÿoutn. A maux en fa vie ; & le Riche a joüy des biens de la chair, quand
polog. ad ilviuoit: mais après la mort ils occupent des Lieux diffens; les
Tàmach. miferesfônt changées en plaifirs , Ôc les plaifirs en miferes.
HaezA.
C’eft pour cela mefmc que le Icftûte Baeze fait cette bellb
lom.^. co
remarque fur la Parabole du pauurcLazare, & du riche mon­
ment mo dain, que toutes choies au regard de Dieu vont au contraire,
ral J.17.C
!./<#. 8. de ce que les mondains cftiment prcfentcmcnt. Voicy lvn?

de lafîxiéme Refîonfî.

5 05

dit-il, couché à la porte, & l’autre fplendidefur le lié! : mais
quand il faut venir deuant Dieu, qu’ils font voir de merueilleux changeincns ! Lors que celuy là paroift dans la fublimitc
des Cieux j & que l’autre fe voit dans la profondeur des en­
fers.
EtGaufred cite par le mefine Iefuïte fait vne femblable ob- Çalfrid.
feruation, mais entérinés plus forts. Il fembloit, dit-il, que apudTil*
le riche eftoit à la dextre du Seigneur, quand il viuoit: mais iriann. in
mourant, il fut aufli toft trouué à la gauche ;& le pauurc fem­ alléger.
bloit eftre mis à fa gauche eftant affligé en plufieurs manières :
mais il fut colloqué à la droite, quand il eftoit porté dans le
fein d’Abraham. Or qui ne fçait que la droite & la gauchedu
Seigneur lignifient dans l’Efcriture le Paradis & l’enfer ? Cer­
tes quand tous les Peres ne l’expliqueroient pas ainfi, comme
ils font: l’Efcriture d’elle-mefme le fait entendre de la forte:
puis qu’il n’y a que fes Brebis qui feront mifes à fa main droites Afatb.ïj
c’eft à dire les bénits du Pere, qui doiuent polTeder cn hérita­ 33- ?4ge le Royaume ; puis qu’il n’y a que les boucs, qui feront mis Math. 25
à fa gauche, c’eft à dire les maudits, qu’il doit renuoyer au feu H'41»
eternel auec les démons. Il eft donc vray, félon 1 Efcriture ,
félon I’interprctation des Pcres, & félon l’adueu de vos pro­
pres Dodeurs, que l ame du pauure Lazare fut receué auftitoft après fa lèparation du corps, dans le fein de l’immortalité
Bien-heureufc:quoy que voftreBachelier die que cela n’eft pas
vray.
Pour l’ame du Brigand repentant, qui peut douter qu’elle
ne foit montée d’vn plein vol dans le Paradis, fans s’inferire cn
faux contre les promefles du Sauueur, ou reuoquer en doute
la vérité de fa.parole ? Certes le Seigneur ayant oüy la deman­
de que luy fit ce Larron conuerty, Seigneur ayefouuenance de moy, Luc,
quand tu 'viendras en ton Régné : luy fait au mefme inftant cette 42.
promefte, Autourhuy tuferas auec mey en Paradis ; & trois heu­ Luc. 23.’
res apres il remet fon Efprit entres les mains du Pere. Si donc y6.
le Paradis eft le Royaume du Fils de Dieu, qui n’eft pas de ce lean. j8.
n»oi1de,oùilregnepar la communication*de fa gloire; fila 36.
promefte de Iefus eft véritable,comme la vérité ejl en Iefus : il faut
croire que l’ame de ce penitent eft dcflogeant du corps fuiuit
Celle du Fils deDieu dans la Gloire, comme fon corps l’auoit

304

Defenje particulière

accompagné fur la Croix. Autrement le Sauueur euft efté
trop prompt à luy faire cette promcfl’e, & trop lent à l’exccu.
ter j & fi luy ayant afleuré auec ferment en vérité qu’il luy donncroit le mefme iour ce glorieux aduantage , il cufl différé de
le luy communiquer au lendemain, ou iufques de-la à plufieurs
_ _
Siecles;oumefmeiufqu’à la fin du monde, comme veulent
hb
quelques vns de vos Doéleurs : il auroit fait naiftre fubitement
Beatit. des hautes elperances dans fon ame, pour le tromper par le reSahiï'.c. tardement. Et luy qui n’eft pas moins fage que confiant & Fi.
j.
delc cn tout ce qu’il promet : feroit tombé dans l’imprudence,
cn promettant de donner bien toft ,ce qu’il ne pouuoit donner
que bien tard , ou il auroit failly par inconftance, en reuoquanc
fa bonne parole; ou il fe feroit rendu coulpable d’infidélité en
ne l’accompliflant pas au temps qu'il auoir promis. Et ainfi fa
Sagefle feroit fujette à l’erreur, ou fà confiance au change­
ment , ou fa vérité à la tromperie.
Pour éuiter toutes ces abfurditcz indignes d’vne fàgefle in­
faillible dans fes lumières, d’vne confiance immuable dans fes
defleins, & dvne venté qui ne peut tromper perfonne îles An­
ciens Doéleurs de l Eglife ont interprété comme nous ccttc
parole de vérité.
'Ambr, in
Si S. Ambroife ne l’eut pas ainfi entendue, il 11e nous proZ-Kf.1-.23 poferoitpas auec admiration la bonté du S eig neur,qui a fi foudainement ôélroyé à ce Larron le pardô de fes crimes, & dont
la grâce a efté abondante par deflus fa fupplication; 6e luy-mcfJerm. 5 5.,ne ne ^*ro^c Pas flue ce Brigand, qui auoit efté long temps er. rant ça & là : ne pouuoit autrement reuenir en la patrie, s’il
n’eufl efté attaché au bois.
Çreg»r>
Si Sainél Grégoire de Niflc n’auoit pas creu , qu’ilfutreNijf.orat ccudans la vie inconrinant apres la mort : il n’auroit pas dit
que ce Larron fubtil & ingénieux ayant dcfcouuert vn threfor,
auoit pris l’occafion , ôc s’eftoit heureufement feruy de fon
meftier, pour emporter la vie par violence.
ChryÇ. ho Si Saint Chryfoftome euft eftimé qu’il y euft eu long-temps
tml. de di entre la promefle du Sauueur ôc fon accompliffcment : il ft’3*1'
roit pas regardé la Croix de Iefus- Chrift comme la clef, qu*
ouure le Paradis ; il n’auroit {Tas dit, qu’il n’y a point de milieu
entre l’vn & l’autre; & n’auroit pas fait fuiurelc Paradis immediatc’ment

de lafîxéme Refyonje.
30 J
diatement apres la Croix, dilant, aufli-toft la Croix, aufli toit
le Paradis.
Si Saind Auguftin n’eut pas eu cette penfée, que cc péni­
tent fut éleué tout à coup de la Croix dans la gloire du Ciel : il Dominic.
ne l’auroit pas exprimée, comme il a fait, en ces termes. Vn de Ty{itr
Larron demande en la Croix le Régné du Sauucur î &lôrs Serm. 7.
qu’il endure les peines qu’il a méritée^, il eft conduit âuxrecompenfes de l’Éternité. 11 n’auroit pas fait cc Commentaire tsdugufK
fur la demande de l’vn & fur la refponfe de l’autre. Le Larron in
i9,
efpcroit que fon falut fuft elloigné ; & il cftoit content de le rc­
ceuoir long temps apres fa demande : mais vn iour n’eftpasdifféré. Celuy-là dit, Seigneur aye fouuenance de moy, quand tu
viendras en ton Régné 5 & celuy-cy refpond, Aujourd’huy tues
auec moy au bois de la Croix; Aujourd’huy tu Jeras auec moy au
bois du falut : le Paradis a des bois de félicité. Enfin luy-mcf­ tsfugufi.
de Teper.
me ncparlcroit pas aucc admiration de l’eftendué de la grâce [crm.L22
du Sauucur, comme il faitquand il dit. O ample mifericorde
du S eigneur, qui oublie le crime d’vn in jufte ; qui reçoit la foy
d’vn penitent; qui fait vn efleu d’vn homme condamné pour
fôn forfait ; & qui rend participant d’vne eternelle vie, celuy
qui mérite la mort.
Il cft donc vray félon la déclaration de l’Efcriture, &l’iiv
terpretation des Peres, que l’ame du Brigand conucrty adflî
bien que celle du Lazare, monta de plein vol dans la Gloire du
Paradis. Et cette vérité elt fi manifefte, que plufieurs de vos
Dodcurs ont mieux aimé confcfl'cr que ce Larron penitent
fut introduit dans le Paradis, fans pafTer par le Purgatoire,que
de faire violence aux paroles du Fils de Dieu par des interpré­
tations forcées, & contraires à fon intention.
Bccan Iefuïte célébré parmy les Scolaftiques Romains, dit 'Secan.iu
que c’eft icy le vray fens de ces paroles du Sauueur, Aujourd’huy append.
tuferas auec moy en Paradis. le ne dilayeray-pas au temps à ve­ dftfur.di
Turgat.
nir ce bien fait que tu me demandes : mais dés maintenantic Calunt.
te remets tous tes pechez; & te promets que ce mefrfic iour tu
ferasauee moy dans l’eftat de la Béatitude.
liaeza.to
Le Iefuitc Baeze fait la mefmc confeflion auecautant de q.Comet.
clarté, mais auec plus de Icgance. Voicy, dit-il, yn Larron mer. J.16
penitent 6c confçlfantfe^ pechez, lequel par la conduite de fa cap. 15.
Q-'j

ïïefenfé particulière
penitence s’en eft incontinant enuolédans le Paradis. Il e{[
donc vray de dire qu’il y eft monte de plein vol, comme parle.
leBachelier. Et afin qu’on n’attribuaft pas cette élçuation au
mérite de fa penitence, ou de fa paflion : ce Doéteur adjoufte
d’où eft ce que U penitence de ce Larron a obtenu cét aduan­
tage de monter fi haut? Certes elle l’a receu des bras duPcre
Celefte.
*
Clem
Et voftre Clcment Romain Autheur de vos Conftitutions,
t. 5- «A qu’on appelle Clçmentines à caufe de cela,confefle que Chrift
l0, luy ayant accordé l’onbly des chofes paftées, l’introduifit dans
le Paradis, pour y joiiyr de la douceur des biens Myfterieux. .
C’eft donc à tort que Maiftre Chiron contredit cctte véri­
té atteftée auec ferment par le Fils de Dieu,confirmée par l’ex­
plication des Pcres, par la confeflion de vos Doéteurs, & authoriséeparvospropres Conftitutions.
Mais, dit le Bachelier, quand cela feroit vray : vne indu­
ction prife de deux exemples, peut-elle conclurre vne propo­
fition vniuerfelle? Certes cela ne conclud pas que tous les fi­
deles indifferamment délogeans de cette vie paruiennent tout
à coup dans le repos eternel. C’eft ce que refpond le Iefuïte
Bccan, apres la confeflion qui! a cy-deuant faite, à fça uoir
que le priuilege de quclques-vns ne lait pas vne reigle genera­
le pour tous.
Mais i’auois preuenu cette refponfe, & i’eftois alléaudeccrd de la Uant de cette objeétion, faifant voir que ce paffage de la mort
^7.
à la vie éternelle & bien-heureufe, n’eft pas vn priuilege re7$ ôrc*nt k perfonne du pauure Lazare, & du Brigand conuerty : niais vn aduantage commun à tous les fideles, qui meurent
dans la grâce du Fils de Dieu. C’eft ce que i’ay prouué par le
tefinoignage de Sainét Cyrille, par la confeflion d’vn Euef­
que Catholique Romain . par l’adueu d’vn autre de vos Com­
mentateur'; & par les Oraifons mefmes que les Preftres de 1 Eglife Romaine ont accouftumé de faire à Dieu, pour les ames
des agonifans. A quoy ierenuoye les Leéteurs; & puis que
Monficur le Bachelier n’a dit mot à tout cela : j ay fiijet de croi­
re qu’il demeure fatisfait de nia refponfe,ou qu’il en a efté con-

«ainçu.
$ ur cc qu’il répliqué maintenant, je n’ay que deux chofes

yyj

de la JtxiérneRefponJê,

dire: l’vne cft qu’il fe trompe lourdement, quand il s’imagine

que mon raifonnemnnt foie vne induétion : l’autre cft,qu il
vous veut tromper, quand il vous veut pcrfùadcr que de deux
exemples de l’Elcriture que i’ay alléguez, ie ne puis pas tirer
vne propofition vniuerfclle, pour fonder vn Article de Foy.
le fçay bien que l’induction, pour eftre bonne, requiert
vne énumération de tous les particuliers, ou de toutes les efpeees qui fe trouuent fous vn mefme genre; & que fans cela elle
ne peut point prouucr vne conclufion vniuerfclle. Comme fi
ie difois, le feu ôc l’air font légers, donc tous les Elcmens ont
de la legereté : fans contredit ie raifonnerois mal : parce qu’il
y a d’autres Elcmens, aufquels cette qualité ne conuient pas,
comme la terre & l’eau. Mais fi ie dis, la terre, l’eau , le feu &
l’air font des corps fimples : doncques tous les Elcmens ont de
lafimplicité : ce raifonnement eft demonftratif parmy ceux
leS:
qui tiennent les principes d’Ariftote. Mais mon Argument Tho.
l. in I
eft tiré de l’exemple que lesLogiciens appellent vne induétion fltr.c. i.
imparfaite.
le fçay bien auftî que le lieu de Fexemple ne fournit que des
raifons probables, quand il n’eft fondé que fur des aétions mo­
rales & contingentes: parce que cômc les volontcz des hom­
mes font muables,auftî les éuenemens font incertains ; & quoy
que deux perfonnes tiennent vne mefme conduite, l’on ne
peut pas afleurer pourtant qu’elles auront vn mefme fuccez. Ic Lorin. itt
fçay enfin que l’exemple pris de telles aétions n’cft qu’vne illa­ titdniïjn.
tion d’vn particulier à vn autre particulier^ qu’ainfi il ne peut zsfnftot.
Lotte.
pas prouuer vne conclufion generale à caufe de l’incertitude
des éuenemens, qui dépendent beaucoup plus de la difpofitiô
de Dieu, que du propos & de la refolution des hommes. Com­
me par exemple, fi ic difois Pierre paffant hier par vn champ ÿ
drfcouurit vn threfor qui y eftoit caché, & comme l’homme
de l’Euangile il vendit tout ce qu’il auoit, ôc acheta ce champ- Math.ri
là. Doncques moy aufti, & tous autres qui pafleront par les Ml
champs y troyuerons des threfors cachez, ôc les achèterons
pour pofleder les threfors: je raifonnerois mal, parce que ces
aétions tiennent du hazard; ôc font des éuenemens fortuits,
qui n’arriuét pas tous les iours. Ainfi ie ne raifônerois pas bien ,
fi ie difois. Gcdcon aucc peu de Soldats courageux Ôcguer<4 0’

• ■.

Jo8

Défcnfè particulière

7. riers,dcffit les Orientaux, qui auoient des troupes innombra^
12«
blcs: doncques i’Empercur aucc peu de gens aguerris & valeu­
reux deffera les grandes armées du Turc î & tous ceux qui en­
treprendront de combattre les Infidèles*, les furmonteront de
mcfme aucc peu de troupes, pourucu qu’elles ayent du coura­
ge, & qu elles entendent le meftier de la guerre. Ce raifonnement, dis-je, feroit trompeur : parce que quand bien les trou­
pes des Princes Chreftiens auroient autant de cœur & d’adrefîe contre les Infidèles, qu’en eurent celles de Gedeô contre les
Madianitcs: les armes lont, commeon dit, iournalieres ; el­
les font conduites par le fort, c’eft à dire par la prouidencc de
Dieu , dont les decrets ne nous font pas connus ; & la vi­
ctoire ne dépend pas delà valeur & de l’adrefte des hommes,
7^44.6. mais de la puiftance du Dieu des armées, quiprefide dans les
7. 8.
combats.
Mais quand l’exemple eft pris des adions naturelles, ou
qui arriuent félon le cours ordinaire de la nature : alors le rai­
fonnement qu’on en tire eft demonftratif j & l’on peut fans fe
tromper, inferer vne conclufion vniuerlcllc d’vn cas particu­
lier pour tous autres femblables éuenemens : parce qu’ils dé­
pendent des caufcs neceftàires, qui agiftent toufiours de mef­
mc forte , quand elles fe treuucnt dans vne mefmc difpofition.
Par exemple, perfonne ne dira queie raifonne mal, fi ie dis,
cette année il y eut Eclypfe de Lune vn tel iour : parce que la
terre fe trouua interpolée entre la Lune & le Soleil : doncques
l’année prochaine la Lune s Eclypfera deux fois, à fçauoir le
32. Feurier & le 18. d Aouft: parce que la mefine interpofition
arriuera en ccs deux iours ; & par confeqùent 1 année fuiuante,
& iufques à la fin du monde il fc fera Eclypfe de Lune toutes
les fois que cette interpofition fe récontrera. Ce raifônement
pris de l’exemple cft infaillible : parce qu’il eft fondé fur des
caufcs ncceflaires, qui produilent régulièrement les mefmes
effets ; & de là vient que les Aftrologues predifent fi ponctuel­
lement les Eclypfcs : d’autant qu’ils ont vne certaine connoilfance de ces caufes naturelles, qui les produifent par vn cours
ncceflaircment inuariable.
Que fi nous pouuons tirer des conclufions demonftratiues

vniuerfelles de l’exemple des chofes qui arriuent dans l’or-

delà fîxieméRefponfe.

309

dre de la pâture : parce qu’elle clt régulière dans fes produ­
ctions j & qu’elle garde inuariablemét les loix que fon autheur
luy a preferites, fuiuât lcfquelles toutes chofes perfeuerét ainfi
déslecômenccment. Les exemples que nous prends des ope­
rations de Dieu dans 1 ordre de la grâce, font bien pluspuiffans, pour conclurre demonftratiucment, & pour tirer vne
propofition vniuerfelle d’vn ou de deux particuliers cn faueur
de tous autres qui leur font fèmblables : d’autant que la grâce
eft plus ferme que la nature. Dans celle-cy Dieu fe repentit d’a6.
uoirfait l’homme :parct que tous les hommes ayans efté créez Gen‘ 6*
dans vne condition muable ,ils corrompirent leurs voyesnnais ll*I2‘
dans celle-là, il ne le repentira iamais de l’auoir refait, pour
eftre ferme & immuable : parce que fes dons & fa vocation font
fans repentance.
C’eft de ce principe que les Sainéts Hommes de Dieu ont
tiré des confequenccs vniuerfellcs , pour afteurer tous les
croyans de l’amour de Dieu par l’exêplc des faueurs cômuniquées à vn feul. Dauid regardant le PhiliftinGoliath, côme vn
homme qui n’eftoit point different des belles : ne doute point
queparrafliftancedcDicu ilncluyaduienne la mefme chofe
qu’au Lion 8c à l’Ours, qu’il auoic tuez. Pourtant^it il, ce Phi- r* Sanf.
17>
liflin incirconcisfera comme Vn de ceux-là : 8d vrayemét auec fagef- 'Baez.a
to
fc , dit vn de vos Doéteurs, car il eft permis à tous d’efpcrer, 4 àe Chr.
foit pour le bien , foit pour le mal, ce qui eft arriué àvnfem-^»r./. 8.
blable. C’eft ainfi que le Prophète Nahum publie les biens c 3. feil.
que Dieu auoit fait à leurs pcres contre leurs ennemis. L’Eter- î2nel eft vengeur il tance la mer & Lafait tarir & deffeiche tous lesfteu- 7^a^um*
ues. Il parle ainfi, parce quil auoit fendu les eaux du jordain,1’ 2‘
pour faire paffer fon peuple à fec. Mais pourquoy, dit-il, que
tous les flcuucs ont efté deffcichez, puis qu’il n’en auoit deft’ciché qu’vn ? En ccluy-là feul, dit Sainét Cyrille, tous les autres Cyr/7.
font eftimez mis à fcc : d’autant que ce qu’il a fait à vn, il faut
in
Croire qu’il le fera femblablement à tous en pareils rencontres. * *e‘1’
Mais cette façon de raifonner a plus de force dans les exem­
ples qui font pris des operations de la grâce falutairc dcDieu,
que dans ceux qui font tirez de l’operation des miracles : parce’
que Dieu ne promet pas généralement à tous les fideles de fai­
re des aélions miraculeufes en leur faueurunais il a fait vne proQjl hj

Deffenfe particulière
mcffc generale de falut & de grâce à tous les fideles repentans"
en vertu de laquelle nous pouuons raifôner d’vn feul en faueur
Pp4.8. de tous. Ainfi parce que Dieu a promis qu’il enfeignera aux dé­
bonnaires les voyes quils doiuent tenir, quand le Prophète dit qu’/Z
afait connoiftre fes. voyes à Moïfe : Si vous demandez, quelles
voyes a-il manifeftées à Moïfe ? Et pourquoy a-il choifi celuytsiwft' là ? Sainct Auguftin vous refpondra, que par Moïfe vous de?” phic3 uez entendre tous les Iuftes & les Sainéts;& que s’il n’en a mis
qu’vn feul, il faut que tous les autres fe prefentent à vous,
C’eft ainfi que l’Apoftre S. Paul raifonné par l’exemple,
pour faire efperer à tous les fideles par la confideration d’vn
feul toutes les grâces qui les doiuent mener à la pofteftion de la
gloire. S’il parle de noftre éleétion, il nous propofe Iacob
7; 9‘ comme vn exemple des éleus, pour nous faire voir qu’elle eft
gratuite, afin que nous fçaehions que comme Iacob fut l'objet
de l’amour de Dieu auant qu’il eut fait aucun bien: de mefme
6 fi nous fommes éleus, ce nest point du voulant, ny du courant-ynais
de Dieu quifait mifericorde. S ’il parle de noftre vocation : com •
Hf”- 9. me il dit de celuy-là, que le propos arrefté félon ïélettion demeure
11. 12. ferme, non point par œuures^mais par celuy quiappelle : aufli dit-ilde
tous les croyans,epacDieunousa appeliez dtvne fainctevocation,
9*
non pointfélon nos œuures , mais félon fon propos arrefté, Itt
laquelle nous a efté donnée deuant les temps eternels en Iefus-Christ*
S’il nous veut perftiader que nous fommes iuftifiez par la foy t
il tire cette conclufion de l’exemple d’vn feul Abraham en faÇe». 1 S* ueur de tous les fideles.Car il eft eferit, Abraba a creu à Dieu-,&
il luy a efté alloué à iuftice. d’où il infère cette propofitiô generale
4. pOurtOus les croyans. Orque cela luy ait efté alloué à iuftice, n’t
'
peint efté eferitfeulementpour luy : mais aufsi pour noasy anjquels aufti
ilfera alloué yà fçauoir à nous qui croyons en celuy qui a rejfufcité des
morts Iefus noftre Seigneur. C’eft ainfi que Sainét Cyprientaifonne fur vn femblable dire de l’Apoftre en l Epitre auxGalates. Abraham a creu à Dieu y cr il luy a efté alloué à juftice. Parainft
9*
ceux quifont de la Toyfont bénits auec leftdele Abraham. Cette benediélion , dit ce Pere, procédant de Dieu fur Abraham
appartenoit à noftre Peuple : car fi Abraham a crcu à Dicii, &
il luy a efté réputé pour iuftice : certainement quiconque croit
à Dieu, & vit par la foy,-il cft trouué iufte j & il paroift qu’il

de lafixiéme Refiwnfe,

3 ir

«ft défia depuis long temps bénit en Abraham.’
1. • C’eft le mcfme raifonnement que nous deuons faire fur le
ftiiet de la Gloire, qui eft la fin, & la contamination de toutes
les grâces : c’eft à dire, que fi l’Efcriture nous propofe l’exem­
ple d’un pauure Lazare, &dvn Larron penitent, & noustefmoigne qu’ils font paffez de cette vie malheureufe à la pofleflion de l’etcrnclle félicité: ilfaut croire que cct aduantage n’cft
pas feulement pour eux, mais aufli pour tous leurs femblables:
C’eft à dire pour tous ceux qui croiront, & qui fe conuertiront
Comme ils ont fait auant que de mourir. Car fi ccs exemples
nous tant prefentez, ce n eft pas feulement pour nous induire
à la foy & à la repentance : mais aufli pour nous affeurer, que fi
nous croyons & nous repentons comme ce Pauure & cc Bri­
gand, nous remporterons comme eux pour fin de noftrc foy le
lalut éternel de nos âmes 5 & que nous obtiendrons la vie après
noftre conuerfion.
Pour le Lazare, tait que ce foit vncHiftoire, comme la
plufpart des Anciens Peres l’ont creu ; loit que ce foit vne Pa­
rabole, comme quelques-vns d’enu’eux ont eftimé: il nous
cft proposé comme l’exemple de ceux qui font pauurcs en cf­
prit , qui pour eftre pauurcs félon le monde ne laiftent pas d’eftre riches félon Dieu; & qui dans leur indigence peuuent éga­
ler la beneficence des plus charitables. C’eft pourquoy file
Sauueur doit introduire ceux-cy dans le Royaume pour cou- Afath.2<}
ronner par la grâce les effets de leur charité : aufli a-il dit de 34.
ceux-là qu’ils Ignt heureux, parce que le Royaume des Cieux iMath.i
cft à eux. Comme donc ccs Riches qui fe font des amis de
leurs richeffes tant affeurez, talon la promefle de lelus-Chrift,
$
d’eftre receus quand ils défaudront, dans lesTabérnacles eterj,
nels : aufli ces pauurcs qui font riches en foy, & qui ont fait
threfor de bonnes oeuures,font certains qu’en fortant du mon­
de où ils ont eu leurs maux, ils iront receuoir leurs biens dans
le fein de Dieu comme le Lazare. Car Dieu conduit au Ciel
celuy qui cft pauure en efprit, de mefme que ceux qui font mi­
fericorde à leurs prochains, comme dit Sainél Grégoire de
Nyffe. Or ces Riches mifcricordieux qui donnent leurs biens g
aux pauures par charité entrent dans la Gloire duCielcndef- ,
*
logeât de la terre : càr celuy qui demeure en chanté demeurrettDieu, l(St

Defenfe particulière
& Dieu en luy, comme dit Saint lean, c’eft à dire, qu’il eft bîeri-3
heureux. Doncques aufli ces pauures fpirituels, qui s’humi­
lient dans la fouffrancc des maux, entrent en Paradis en forLuc. 14 tant de ce monde : car celuy qui s'humiliera fera exalté, comme die
i».
Iefus Chrift: c’eft à dire, éleue en la gloire.
Chryfisi.
Si vous ne voulez pas receuoir de moy ce raifonnement,
mkmm. receliez le de Sainél Chryfoftome, Quoy que les iuftes, dit-il,
dcLaz.a- cnflurent icy des affligions fans nombremeantmoins vne'bonne efperance les entretient, & ne laiflent pas de ioùyr d’vn
contentement folideSc immuable-.parce qu’aprés ccs maux,
des biens fans nombre les attendent, comme il eft aduenu au
Lazare.
ïsfugttft.
Receuez-le de Sainél Auguftin, qui parle ainfi à chafque
in Pfaim, fidele. Ton dernier iour ne peut pas eftre fort loin: prepare3^toy pour cela : car apres cette vie tu pourras eftre là où le riche
fuperbe, qui eftoit dans les tourmens, vid le pauurc fe repolü-ç.conf fa nt, c’eft à dire, comme il s’explique ailleurs luy-mefme,dans
3. je jjcu (je l’eternelle félicité.
Etafinquevousnepenfiez pas que les ames de tous ceux
qui meurent dans la grâce de Dieu, pourroient bien aller dans
cc lieu après la mort, mais que neantmoins elles n y vont pas
il vous le reprelènte côme le fejour de tous les iuftes quimeutsiuguft rent au Seigneur ,& dit qu’ils y font reccus auant laRefurrc/. 2. quafi élion,& après cette vie. Cc fein d’Abraham, dit-il, eftlefeEuang.c. C1-et 3U perC} où viuent aufli aucc Dieu les Ames des iuftes
auant la Refurrcélion. C’eft le repos des pauure^ Bienheureux,
aufqucls appartient le Royaume des Cieux , dans lequel ils
font reccus après cette vie.
Tube ad
Reccuez le" encore de Fulgence. Afin que nous entenVena 't. de ^i°ns s dit-il, que ceux qui fe plaifent aux ioyes temporelles,&
Tœmt. E mefprifcnt les Commandemens Diuins, doiuent eftre brûliez
fiil. y. par des feux eternels; & qu’au contraire, ceux qui endurent
les maux prefens auec patience & auec la crainte de Dieu, doi­
ucnt ioùyr d’vn repos eternel : confiderons leRichefuperbemcntveftu,&le pauure Lazare : Celuy-là liuré aux flammes
éternelles après fes feftins; & ccluy-cy afleuré dans le repos
eternel du lein d’Abraham après fes milcrcs. \
Sivdus croyez que ieprens mal le fcns*dcs paroles de Saint

AuguftiD>

de laJixiémeReJponjc.

Auguftin > dc Saint Chryfoftome ,•& de Fulgence : receucz-le
de voftre Baeze, lequel tient ce langage à tous hommes, comme s’il parloit à chacun d’eux. Croy moy, dit-il, ô homme, 4 Chr».
la mefme chofe t’aduiendra, que tu vois cftrc aduenuë à tes Jïgur,
femblables. Tu vois le mauuais riche dans les tourmenS : fi tu
çs mauuais riche, la mefine chofe t’aduiendra : c’eft le mefmc
iugement que tu dois faire de chafque vice; & c’eft la mefmc
eiperance, que tu dois conceuoir des biens de la vertu: car ce
qui eft fait àvn iufte, c’eft cela mefme que tous les autres fes
femblables doiuent efperer.
Pour le Larron conucrty : il nous cft propose «orne l’exem­
ple des fideles penitens, à qui Dieu promet de faire grâce j &
qui font affeurez d’aller en Paradis incontinant apres la mort,
s ils Ce conucrtifl'ent auant que de mourir : afin que de là nous
tirions fuiet d’efperer le mefme aduantage, fi nous iipitonslà
foÿ & fa conuerfion.
C’eft pour cela que Saind Auguftin après auoir dit que cc
. Larron penitent obtint le Régné du Sauueur qu’il auoit de­
mandé j & qu’incontinant en fortant de fon fupplice il fut cônduitauxrecompcnfes éternelles : il en tire cette exhortation
pourtous. Prenez garde, ôtrcs-chers, & voyez .ce qu’obtient
le fidele : imitez là deuotion, & le defir qu’il a pour chercher
le Régné de Chrift; ce que le Larron demande en mourant,
defirez-lc en bien-viuant. Le Paradis fut oupert à la foy -, & la
fermeté des recompcnfes eft montréeà noftrc efperance.
C èft pour cela que Saind Hilaire compare cét homme Hitar. i»
bien heureux, dont parle le Prophète, à cc bois auquel le Lar- Pfolm. i.
i on fut attaché à cofté de lefus-Chrift ; & dit qu’à la façon de
cc Brigand tranfporré dans le Paradis, il cft planté le long des
eaux courantes- Heureux, dit fur cela voftre Baeze, celuy qui
fe repent à limitation de ce Larron regardât auprès de luy ce- 16. Zi j.
luywjui élargit le pardon : car cette plante ne fera point arra- de Fiho
chée, mais fera éleuée d’icy à la parfaite poffcffion du Régné. TroAtgo.
C’eft pour cela mefmc qu’Origene affeure qüe ceque le. Qri fa
Seigneur dit au Larron, Aujourd’huy tuferas auec moy enParadis,
n’a pas efté dit pour luy feulement* mais auffi pour tous les
^a,nAS\
r
ChryÇofl*
eft pour cette raifon que Saind Chryfoftome ,veut que Sermon.]

Rr

J.ï'4-

Deffenfe particulière

nous prenions exemple de ce Larron ; & que nous n’ayons pas
honte de regarder côme noftre Maiftre, celuy que le Seigneur
a introduit fins delay dans le Paradis.
C’eft pour cette caufe que Saint Athanafe dit, que Chrift
ad noftre Dieu n’a pas ouuert le Paradis pour l’ame feule du Lar^ntiteb. ron. majs
pOur toutcs ies autres âmes des Saincls.Si donc
ill’aouucrt à la pcnitence d’vnBribrand tout chargé de cri­
mes : penfez-vous qu’il le ferme à la conuerfion de ceux, qiy
félon vos fentimens ne fe trouuent chargez que de pechæ ve-,
Z#L 15. niels? Mais pluftoft comme Iefus-Chrift parlant aux Iuifs/<?«l;
ebant les Galileovs, defquels Pilate auoit méfié lefia»g auec leurs Sacri­
fices , leur difoit auec vérité, fi vous ne votes amendez, l'ous périrez,
tousfemblaidement. Atnfi pouuons-nous dire parla loy des con­
traires , que fi nous nous conuertiflons comme ce Brigand, ôc
çroyons au Fils de Dieu, nous repentans de tous nos pechez,
nous ferons fauuez comme luy.
'Cornet 7d
C’eft pour cette mefme raifon que Saint Ambroife confifiïexAm derc cette promefle que le Sauueur fit au Larron fur la Croix,
brofi. in comme vn Teftament public qu’il fit en faueur de fon Eglife:
promettant tacitement l’indulgence Scie falut à tous ceux qui
aucc leLarron fc conucrtiflcnt,meftne dans l’extremitç de leur

vie.
,
-1 :
Penfez-vous que ces Dodeurs de l’ancienne Eglife euffent
parlé de la forte", s’ils euffent creu que ce tranfport de l’ame
dans le Paratlis incontinant apres la mort euft efté vn priuilege
particulier à la perfonne du panure Lazare, ôc du Brigaiîd conucrty,ou vn aduâtage referue pour les Martyrs? Certes fi c’euft
efté leur pensée , ils n’auroient eu garde de nous propofer ces
exemples à imiter, pour arriucr à vne mefme fin; ôc c’eft en

vain qu’ils auroient exhorte tous les iuftes,tous les fideles,tous
ceux qui font de l’Eglifc à fe promettre la mefine faueur, s’ils
euflet crcu que c’cftoitvne grâce particulicremêt referuée p«ur
quelques-vns. Puis donc que félon le fentiment d»s Peres le
pauurc Lazare ôc le Laron penitent font montez de plein vol
après la mort dansJa gloire Celçfte; puis que félon leur raifonmementee qui a efte
à leux-là, eft cela mefme que tous
leurs femblables doiuent efperer : il s’enfuit que de ces deux
exemples on peut inférer vne propofition vniuerfclle. Et puis

de laJtxéme Rejponjè,

515

Qu’ils nous affeurent que tous ceux qui fuiuront le chemin de
leur foy & de leur penitence, paruiendront comme eux à U
poftciiion du bon heur : Certes cela conqlud. manifeftemoiiç
que tous les fideles indifferamment délogeans de cçt-tc vie paî>
luennent tout à coup dans le repos eternel.
Au dernier tefinoignage de Sainét Ambroife que i’auois al­
légué dans ma relponfe, le Bachelier tait cette répliqué., Les
paroles de Sainét Ambroife, qui afteurent que Dieu pronfet
tacitement le falut à tous les pécheurs copuçrtis^ne difcnt.rien
contre nous. Aitcontraire^, le mefmc.Sainét Ambroife dans
fon Commentaire fur le Cnap. ai. dei’ Apocalyfc, enfeigne la
doétrine du Purgatoire, quand il dit, que la^conuerfâtion des
perfonnes. mariées ne fe pouuant fair,e fans des frequentes ofe
fenfes, elles doiuent eflre fauuées félon l’Apoilreparlefeu,
c’eft à dire parle feu dePurgatoirej & cela arriuera s’ils s’abfticnnent des gftefs pechez j & qu’ils méritent par leurs aumofe
nés d eftre fauuez après, leur nïort par le.-feu dp Purgatoire.
I’aduouë que çes fèujes paroles qqe Maiftre Cfeipp adeftachées du lieu fus-allegué de Sainft Ambroifc ,,ne?fpnt rien
contre vous. Mais quand ce Doéteur dit que Iefus-Chrift,dans
cettç promefte qu'il fit au Larron, Auiourdhuy tu ferai auecmçy Lue, «3*
enParadis^zhit vn Teftament public cn faueur de. toute fon ij.
Eglife ; ne montre-il pas éuidemmentpar là, qu’ila fait la.mçfe » * ■
.me promefte à tous Icsàidele.s qui compofcnt FEglife,ù fçaupjr
qu a 1 heure de leur mort ils feront reccus auec luy dans ^gloi­
re du Paradis, comme ce Brigand ?& que par confequent ils
n’auront point à paffer non plus que luy par les flammes duPurgatoire > Certes on ne peut niçr c.ette confequence fansannuf-ler cette claufe.du Teftament, que lç Filsde Dieu a. fait jaour
-nous fur la Croix ; & fans accufer le Teftateur mçfme de trom­
perie. Car l’Apoftre dit, qu’;/efi Médiateur du Nouueau Testament fafin que la mort enireuenant pour la rançon des tranfgrefsions) jj.
eezz.v quifont appeliez, reçoiuent la promejfe de fhéritage eternel.
Si donc ce Brigand appellé à la grâce, receut'cette fauorable promefte delà bouche dti Teftateur t auffi faut il croire que
tous les fideles , qui font appeliez à la mefme grâce , reçoiuent .
la rnelme afteurance de fa part i Et fi ce Larron quoy qu’il ne fe
conuertit que furla fin de fes iours, fut neanynoins en vertu de

?........

>I

Rr ij ' '



Defenje particulière

Cette promette admis fans aucun delay à la vie Bien heureufe •
«lu Paradis,en fortant de cette vie malheureufe : aufli neûut.
il point douterque tous les fideles coriucrtis, particulièrement
veux qui rie remettent pas leur conuerfion iufques à la fin de
leur vie, ne foiét trâfportez de cette Région d’ombre de mort
à la participation de l’héritage des Sainds en la lumière. Au«remet ilfaudroitdirc que ce Tcftatcur n’a pas le droit de nous
tftfpoferle Royaume, qu’il nousa conquis ; que cét heritier de
«toutes chofds rie peut pas nous faire fes coheritiers ; ou que
nous ayant promis vn héritage eteyiel, aufli toft apres la mort,
il ne veut pas nous en donner la pofteflion au temps marqué
par la promelTc: toutes chofes également éloignées de la gran­
deur de fon mérité, de l’eftendué de fa puiftance, & de la véri­
té de fes déclarations.
Quant à ce que le Bachelier adjoufte, que Saind Ambroi­
fe enfeigne la dodrine du Purgatoire : îe mc jïburrois conten­
ter de dire, comme ie vous ay lait remarquer dans mon Auant' Propos, que ce n’eft qü’vne faillie peinture de SaintAmbroifè, qu’il veut oppol’er à fon vray original; que ce n’eft qu’vn
phantofme de ce Pere, qu’il vous fait paroiftre, pour eftonner
vos eonfçiences par fes difeours: Comme le. phantofme de Sa«•
.mue 1, que la Pytomfle fit autres-fois monter, troubla le cœur
- 2o« -(fc Saul,8cle ietta d'arts le defcfpoir. Mais parce que vous pour­
riez dire que ie prensmoy-mefme cc 3aindpour vn Speârc,
ayiùit peur du fcii,‘dortt il parle: comme les Difciples prirent
pourvn phantofme le Seigneur, qu’ils voyoient denuidchejnincr lur les eaux. Efcoutczle iugement qu’en font les Dodefirs de l’Eglife Romaine, mieux verlèz dans la leduredes
Pcres, que n’eft pas voftre Bachelier. Les vns vous tefmoigneront, comme Sixte de Sienne, & Poflfeuin, que ce Comnien.< •
taire fur l’Apocalypfe eft Fàuflcmcnt attribué à Saint Ambroi-<* -fc: parce que l’Autheur confefte qu’il aelcrit après quelEmpirc Romain futoccupé par les Lombardsrce qui n’arriua que
plus de deux cens ans après le temps dé Sàind Ambroife. les
Saimer. autres vous diront comme le Iefuïte Salriieron, que ce liure
w Epiftr p’efl- pas iUy ; parce qu’il cite diuérfes Sentences deGiégoiPaul.dtfî rC} qUi ne fut qUc deux Siècles après luy. Et tous enfin Vous
aflçtircront que oét ouuage eft la produdion de quelque aune

de laftxieweRefponfî.

3 FJr

que de Saint Ambroife, à caufe de la diuerfité du ftyle & du *
caractère, qui n'approche nullement de celuy de ce Doéteur.
Et certes li vous voulez côfiderer les paroles que le Bachelier
en a citées:vousreconoiftrezvous-mefmesqu’elles ne peu­
uent eftre de S. Ambroife:puis quelles ne s’accordent pas auec
celles qui font inconteftabicment de ce Doéteur. Cartn cc
lieu allégué par Maiftre Chiron, l’Auihcur dit que les perfon­
nes mariées à caufe des frequentes offenfes où elles tombent,
doiuent eftre fàiiuécs par le feu fclon l’Apoftre. Et le vray Saint'
Ambroife en fes Commentaires fur les paroles de l’Apoftre
entend cela des Doéteurs qui prefehent vne mauuaife Doétri- 1 •
ne, au lieu d’annoncer dés veritez falutaires & conformes au
fondement de la foy. Ce qui eft édifié deftus, dit- il, c’eft cc
qui nous a efté baillé par la prédication des Apoftres, & par les
Doéteurs bons ou mauuais, qui leur ont fuccedé. Que chacun in ,. cor.
regarde comment il édifiera dcfTus,afinquece qu ilconftruit
loit rapportant au fondement: cars il enfeigne mal, le Nom
de Chrift qui cft le fondement demeure : mais la mauuaife do­
ctrine périra. Comment tela fe peut-il accommoder à la conuerfation des perfonnes mariées ?
D’ailleurs ce prétendu Sainét Ambroife dit que les mariez
feront fauuez par le feu félon l’Apoftrc, à fçauoir par le feu du
Purgatoire : Et le vray Sainét Ambroife expliquant l’intention
de 1 Apoftre, dit manifeftement le contraire. Car il remarque
que l’Apoftre ne dit pas que celuy dont l’oeuure périra, fera
fauué par feu, comme fi par fon mérité il deuoit cftre fauué,
n’eftant point bruflé, mais examiné par le feu : mais il dit com­
me par feu , pour montrer que ce falut ne fera pas fans
peine.
Cét Ambroife fuppofé dit, que l’Apoftre parle d’vn feu de '
Purgatoire, qui doit lâufler les perfônes mariées après la mort.
Et le vray Sainét Ambroife entend parce feu, comme nous
auons veu cy-deuant, la parole de Dieu qui pendant cette vie «T/nS
confume dans l’Eglife, tout ce qu’il y a de ce Siecle peruers.
Ce faux Ambroife recommande auÿ mariez de faire* des aumofncs, pour mériter d’eftre fauuez après leur mort par le feu
de Purgatoire. Y a il bien apparence que cc foit vn confeil du
vray Ambroife ? Quoy ! faut-il faire des bonnes aétions, pouc
Rr iij

318

Defenje particulière

7{nm. 2.*meriter des peines ? L’Apoftre ne dit-il pas qu’/7y aura tribut*.
$• io. &angoijfejur toute ame dhommefaifant mal', ma 'icgloire & faix «
chacun quifait bient Et n’auricz-vous pas fuiet de vous moquer
d’vn homme, qui vous confeillcroit de donner voftre bien aux
pauures, vous afteurant que par ce moyen vous mériteriez d’e­
ftre bruflez à petit feu toute voftre vie ?. Certes Saint Ambroi­
fe fuiuant l’intention de Saind Paul, donne aux mariez d’aiftres moyens que ce feu imaginaire,pour cftre fauuez auec leurs
enfans, à fçauoir la pratique des vertus qui fait la fandification
Ijimbr. in ^cs ames 5 & ^es a^elire du falut,r’ir/j demeurent enfoy , endtleclion

i.

fim. &fanftification aurc modeflie. ■

Enfin cét autheur parle d’vn feu de Purgatoire auquel il ne
condamne que les perfonnes mariées, comme s’il n’y auoit
qu’elles qui tombaflent dans des frequentes offenfes. Mais S»
Ambroife a crcu vn feu de Purgatoire, par lequel tous les plus
idmbr. grands Sainds doiuent pafter à la fin du monde. Il faut, dit-il,
que tous paflent par les flammes, foit lean l’Euangelifte, foit
Pierre, ou quelque Saind que ce foit. Tellement que quand
mefme ces paroles citées par le Bachelier feroient du vray S.
Ambroifc:encore ne diroient-elles rien pour enfeigner le Pur­
gatoire Romain, duquel vous exemptez les Confcftèurs Scies
Martyrs.
L’on nepeut pas dire que le Larron & le Lazare ayent efte
garantis de ce feu par cette raifon, comme fi l’vn & l’autre
auoient conuerty leurs peines cn martyre, & fatisfaitpar ce
moyen à la Iuftice de Dieu pour leurs pechez , l’vn en
fouffrant les vlceres du corps & la pauurcté,& l’autre le fuppli‘BeRarm. ce de la Croix. Ic fçay bien que cette pensée eft montée dans
l.i,dtPnr l’elprit de quelques-vns de vos Dodeurs pour le regard du Brigat.c.t*. gand : mais elle ne peut eftre reccué pour luy, non plus que
pourlc Lazare, fans tomber dans l’eîreur. Car cét indigent
fo»ffrit la pauureté& les vlceres, non pour la querelle du Fils
Htb. 12. de Dieu, mais pour l’cfpreuue de fa patiance ; non pour fatis6, io. faire à la Iuftice de Dieu, mais pour fuiure les ordres de fort
amour,'qui luy fait chaftierfes enfans, pour les rendre particirjiug. de pans de fa faindeté. Le Brigand endura lé fupplice de laCronf,
bapt.l, 4. non pour la vérité de Chrift, mais pour la punition defèseri2mes, comme reconnoift Saint Auguftin ; il fouffrir non coin2.15.

de lafixiérneRefponJè.

jrp

me Chreftien,mais comme mal-laideur, félon la confeflion
qu’il fait luy-mefme à fon complice : car, dit-il, nous recelions Ue, 15;
chofes dignes de nosforfaits. Enfin il endura non pour fàtisfaire la 4t.
juftice de Dieu, qui demandé la mort éternelle du pccheur;
mais pour fubir la rigueur des loix humaines pas vne mort tem­
porelle.
De forte que l’vn ny l’autre n’a point efté Martyr; l’vn ny
l’autre n’a point rendu fatisfadion àDicu pour fes pechcz:aÿafi
l’vn ny l’autre n’auroit pu fc garantir du feu de Purgatoire Ro­
main, félonies maximes de I’Eglife Romaine. 'Autrement il
faudroit dire que tous les pauures qui fouffrét patiemment leur
indigence;que tous les malades qui endurent des grands maux
fans murmurer; que tous les criminels qui meurent fur la po­
tence , ou fur la roue, en inuoquant le Nom de Dieu, feroient
autant de Martyrs; & que leurs peines feroient des fatisfadionsrendues à la Iuftice de Dieu ; & par confequent il faudrait dire
aufli que tous ceux-là feroient difpenfèz d’aller en Purgatoire
après la mort : puis qu’ils l’auroient fouffert pendant leur vie.
Mais on dit cn faueur du Brigand qu’il fut vn généreux con- ’SeUarm.
feffeur du Nom de Chrift ; & que cette confeflion joinde à fa/“p,‘* de
patiance peut tenir lieu d’vne pleine fatisfadion, finon pour
l’empefeher de defeendreen Purgatoire, au moins pour faire
qu’il n’y demeuraftpaslong-tcmps. I’aduouë que. ce Brigand
fut généreux en confeffant le Nom de Chrift, enfouftenant
fon innocence contre les blafphemes de fon compagnon, & le
regardant comme Roy parrny les oppropres de fon fupplice; &£
j’admire auec Saind Auguftin la grandeur de fa foy, qui confeffe le Seigneur, non dansle temps qu’il reflufeite les morts,
temP*
mais lors qu’il meurt luy-mefme pour lès pécheurs ; qui adore
vn crucifié comme Dieu, lequel Saint Pierre auoit renié com­
me vn homme pour la crainte de la paflion. Mais fi cela fuffit
pour vne pldînc fatisfadion enuers Dieu, & pour mériter vne
4cxemption,ou vne prompte dcliurance des flammes du Purga­
toire : Pourquoy refufe- on aujourd’huy le mefmc aduantage à
tant de criminels, qui endurent bien fouuent des plus grands
fuppliccs que ce Brigand pour des moindres crimes ? qui fouffrent aucc tant de confiance ,& qui inuoquent auec tant d’ar­
deur le Nom de I^fus au milieu tics tourmens ? Pourquoy fay;-

jio

Deffenfe particulière
dire tant de Mcfles pour eux après leur mort, afin de tirer leurs
âmes de Purgatoire : puis qu’ils ont mérité aufli bien que ce
Larron, ou de n’y entrer point du tout, ou d’en fortir bien toft,
par leur patience Se par la confcflion qu’ils ont faite auant la
mort? Et pourquoy eft-ce que leurs Confefleurs quand ils les
confolent au lieu du fupplice,'leur promettent - ils publique­
ment, que ce mcfme iour ils iront fouper en Paradis aucc Dieu
& lgs Anges : 's'il faut qu’ils foient renuoyez après la mort dans
vn lieu de tourment, dans vn feu aufli cuifànt que celuy de l’en­
fer ; & âans vne habitation proche de-cclle des diables ?
S’il fuffit d’vne foy non feinte, d’vne confeflion gencreufe,
& procédante d’vn cœur épuré,pour eftre garanty des flammes
du Purgatoire : tous les fideles en feront exempts : car comine
ils obtiennent la iuftice en croyant en lefus-Chrift : aufli obtiennent-ils le falut en le confeflant : Carde cœur on croit djufiic»,
bouche onfait confefsion dfalut, comme dit Sainél Paul,
Atath.io tout homme, dit IeCus-Chrift, qui me confeffera deuant les hommes ,
3 j.
je le confefièray aufsi deuant mon Pere qui esi és Cieux.Qomnic donc
plufieurs de vos Doéleurs afleurent que ce Brigand en conlequence de fa confeflion obtint le falut eternel immédiatement
après la mort: Aufli eft-ce la mefme afleurance que l’Apoftre
~u
donne à chaque fidele confeflcur. Carfi tn confejfes le Seigneur de
io,p yot{ciJe * & yUC tu CfOyei en ton cceur q((e
rejjujcité des mortsyu
ferasfauué.
Puis donc que félon l’Efcriture le Lazare & le Brigand conuerty font entrez en fortant <fece<nonde dans la gloire du Pa­
radis; puis que félon la doélrine des Peres & la confeflion de
vos propres Doéleurs nous deuons tirer de ces exemples des
confequences generales en faueur de tous ceux qui imitent
leur foy & leur conuerfion : cette vérité demeure confiante &
pleinement refolué, que tous les fidèles incontinant après la
mort font receus dans la pofteflion de la gloire. *
Nous aurions quelque fuiet d’en douter, fi nous nouions
pas receu les mefmes afleurances de la grâce de Dieu: mais
♦ nous auons des promefles de grâce fi vniuerfellcs, & fi expreffes en faueur de tous les fideles repentans, qu’elles font capa­
bles de furmonter noftre mcfcreance. Et c’eft la féconde preu­
ve que i’ay prod uite, pour confirmer cette pwpofition, & pol,r

31T

delafixiéme Rejponje,

faire voir que Ce paffage des âmes ndclcs au bon heur cterqcl
en deflogcant du corps, n’eft pas vn priuilege particulier à,,
quelques-vns, mais vn aduantage commun à tous ceux qui.
mc’urent dans la grâce de Dieu. Comme Dieu nouspreferit
deux deuoirsprincipaux, pour nous mener à la vie éternelle,
à fçauoir la foy & la repentance, difant amendez-vous & croyez : Marc- 1,
aulfi promet-il de dôner cette vie aux repentâs & aux croyans, 15.,
& de la leur donner fans remife aulfi toft apres la mort.
La promelfe qu’il fait aux repentans les affeure expreffement de cette vérité. le fuis viuant, dit l’Eternel, par la bouche
?.
d’vn Prophète, que ie ne veux point la mort du pecheur : mais plujlosi
$
quilfcconuertijfe& quil viue. Comme par cette mort il ne faut
’ ’ 4
pas entendre la-mort temporelle : parce que Dieu veut cette
mort là pour tous les pécheurs : mais la mort eternelle de la-r
quelle il veut exempter les penitens:auffi par ccttc vie il ne faut
pas entendre la vie du temps, qu’il concédé aux pécheurs obftinez, mais la vie de l’cternité bien heureufe, qu’il referue
aux pécheurs repentans. Or il ne met point de milieu entre la
con uerfion&la vie, pour afleurer le pécheur qu’il fera viuant
aufti-toft qu’il fera conuerty ; & il fait cette afleucration auec
ferment fur fa propre vie,pour montrer d’abondant Timmuablefer- FScb. 61
meté defon conjeil aux heritiers de lapromejfe. Sidonçlc pecheur 17.
fe conucrtit à l’heure de la mort,il ne faut point douter qu’aufli
toft il n’entre en poffcffion de la vie promife.
En effet, fi comme dit Sainél Auguftin, montant iufques
ttg.de
au principe de cette vérité, ce font nos pechez qui nous fepa- tcmp.fer,
rent de Dieu félon le Prophète:nous n’auons qu’à ofter cét ob- 13t.
ftaclc mitoyçn, & rien n’empefehera, que nous ne foyons con-, EJty'W
jointsàDieu. Et c’eft ceque nous faifons par la repentance: 2'
car comme par le péché nous abandonnons Dieu qui eft la itrem 2;
fource de vie, pour nous attacher aux créatures, qui font com- j 3.
medescifternescrcuafféesqui ne contiennent point d’eaux:
aufti par la côuerfion nous delaiffons les créatures pour retour­
ner au Créateur. Par ie péché nous fortons de lamaifondc
noftre Pere comme l’enfant desbauché; Et par la repentance Luc. j* ,
nous difons comme luy, je m en iray vers mon Pere ■> & y retournons cn effet. Or comme ceux qui s’eftartent de Dieu péri- Tfeau.^
tout, félon le dire du Prophète; auffi cft-çc noftre Souuerain- 27. 28.

Ss

Ü4

Defenfe particulière

biend’ad’hereràîuy. Si donc le pécheur dans l’extremiré de
favie eft vrayement penitent, il eft à incline temps vny auec
Dieu, & pat confequent Bien-heureux aufti-toft après Ja
mort.
Patniten ■
Pcn*tencc donc, comme dit Tertullicn, eft la vie, quand
»m erç» elle eft mife deuant la mort. Ic fuis viuant, dit Dieu, &cnjuefi, tant il veut qu’on le croye. O que nous fommes heureux, en
cùm mor- faueur defquels Dieu employé le ferment : mais que nous fomti prtpt mes miferables, fi nous ne croyons pas à Dieu quand il jure.
nttnr, i
La promefte qu’il fait aux croyans n’eft pas moins ferme,
. . ma-s e|je
cncorep{us exprefle : car voicy comment il s’exwp 4. plique par la bouche de fon propre Fils. En verité, en venté je
/eà.^. 24 vous dis, que celuy qui oit ma parole , & croit en celuy qui ma enuoyé,a
vie eternelle ,&ne viendra point en condamnation : mau ejl pajfé de
la mort à la vie. Comme il promet à chaque fidele deux aduan­
tages , dont l’vn eft l’affranchiftcment de la condamnation, &
l’autre le paftage prefent de la mort à la vie: aufti employé il vn
double ferment, afin que nous ne faftions point de doute fur la
vérité de cette double promefte. Si donc vous la croyez véri­
table en tous ccs deux chefs : comment vous peut onperfiiader que lesTames des fideles qui meurent en la grâce de Dieu,
vont après la mort dans le Purgatoire? Certes on ne le peur,
fans impugner de faux l’vne & l’autre de ces veritez 5 & fans
donner le démenty à ce tefmoin véritable.
Car Iefus-Chrift dit que celuy qui croit en Dieu ne vien­
dra point cn condamnation : & l’on vous dit au contraire, que
les ames de ceux qui croyent viennent en condamnation : puis
qu’elles font condamnées à eftre torturées par les flammes.
Iefus Chrift nous afl’eure auec ferment, que celuy qui croit eft
pafle de la mort à la vie : & l’on vous fouftient contre cela, que
les ames des fideles, qui font morts en la foy, font paftées de
cette mort première qui ne dure qu’vn moment,à vne mort qui
doit durer plufieurs fieeles. Enfin Iefus-Chrift pro tefte en iurant que les croyans ont dés à prefent la vie eternelle, parce
qu’en effet ils cn ont les prémices : mais l’on vous protefte ail
contraire, que les fideles n’auront cette vie de long temps,:
c’eft à dire qu’a la fin du monde. Car la vie du Purgatoire n’eft
pas éternelle : puis qu’on en doit finalemçt Ibrtir j elle n’eft pas

de laJixéme Refît onfî.

\

32$

bien-heureufe, comme celle que Ici'us-Chriftpromet:puis
qu’elle eft infeparable du tourment & de la douleur. Mais nous
qui croyons à la vérité du Fils de Dieu : fommes affeurez que fa
promefle commence de s’exécuter en nous dans le Siecle pre­
fent* Qui croit en Dieu, vit en luy de la vie de Iefus, & cette
vie fe commence en nous dans le temps par la grâce, & fe doit
confommerhcureufementdansl’ctermté : cm noftre vie est ca- çoiojj\ .
chée aucc Christ en Dieu \ quand Chrift qui eft noftre Vie apparoistra,
lors vous aufsi apparoistrez auec luy en gloire. : comme nous affeure
Sainét Paul.
Ce Sainét Apoftre fondé fur la vérité immuable de ces
grandes & precieufcs promeffes, tire de ces principes vne
fçiencccertame3&communeà tous les fideles, par laquelle
ils font affeurez que leurs âmes en délogeant de leurs corps, où
elles font commcdansdesmaifonsd,argille,quifeconfomment d la fob.q ift.
rencontre d'vn vermyffeau, entreront dans le Ciel, qui eft vne
Maifon de bon heur eternel. Car nousftauons queft nosire habita- 2 Cor. 5.
tion de cette loge terreftre eft deftruiteytous auons vn édifice de parDieu,
dfauoir vne Maifon eternelle és Cieux, qui n'eft point faite de main :
car aufipour cela gemiffons-nous defirans tant & plus d'eftre reueftus
de noftre Domicile, qui cft du Ciel. C’eft la fécondé raifon que i’ay
produite dans ma Relponfc, pour prouuer la mineure démon
premier Argument j &pour vous la rendre reccuable, i’y ay
adjoufté non noftre interprétation, mais celle d’vn Pape, à
fçauoir de Grégoire I.furnomméle Grand , lequel a efté con­ Ç rrçori.
traint par la force de la vérité de parler ainfi en fa faueur. L’A­ A-tag I y
poftrc Sainét Paul nous tefinoigne en cc lieu que ceux qui fous
la grâce de l’Euangile fortent de ce monde, font incontinant cap. 52.
aptes leur trefpas fans aucun termoyement nyticlay, receus
dan< >e repos Celefte. D’où ie forme ce raifonnement.
Ceux quifortent de ce mondefous la grâce de l’Euangile font re­
ceus incontinant après leur trefpas fans aucun dela^lans le re­
pos Ceccfte félon lefentiment de Sainél Paul, & Pinterpréta­
tion du Pape Grégoire.
Or tous ceux qui meurent en eftat de grâce fortent de ce monde
fus la grâce etc PEuangile.
Doncquesfélon lefentiment de Saincl Paul, f Pinterprétation
du Pape Grégoire , tous ceux qui meurent en eftat de grâce ftnt
S s ij

3^4

Defenje particulière
incontinant après leur trejpas receusJans aucun delay dans le re»
pos Celejle.

A ce raifonnement le Maiftre Bachelier fait deux refponfes.
Par la première il veut faire voir que Sainét Paul n’eft pas con­
traire à fon fentiment dans les paroles fus-alleguécs. Où il faut,
dit-il, premièrement remarquer que l’Apoftre ne comprend
pas en ces paroles tous les fideles, ou iuftes, ou penitensqui
fortent de cette vie. Secondement il ne dit pas qu’incontinant
après la deftrudion de cette maifon terreftre, on fera cleué au
Paradis Celefte, mais feulement qu’on a vn édifice & vne mai­
fon éternelle, fans marquer precifement le temps auquel on y
aborde.
Voila vn Chiron manifeftement oppofé à vn Grégoire,
c’eft à dire, vn petit Bachelier à vn grand Pape, vn des plus pe­
tits Soldats de l’Eglife Militante à fon Chef Vniuerfêl. A qui
croirez-vous pluftoft dans l’explication deiparolcs de S. Paul?
ou à Chiron qui dit que l’Apoftre ne comprend pas en ces pa­
roles tous les fideles qui fortent de cette vie; ou à Grégoire qui
dit que l’Apoftre parle de tous ceux qui fous la grâce de l’Euâgile fortent de ce monde? ou au Bachelier ,lelon la glofe du­
quel lApoftre ne dit pas qu’incontinant après la deftrudion
de cettemaifon terreftre ils feront élcuez au Paradis Celefte;
ou au Pape, félon l’interpretation duqueli’Apoftrc tefmoigne
qu’incontinât après leur trefpas ils font rcceus fans delay dans
le repos celefte ? Certes il cft iufte que vous donniez plus de
creance à vn Souuerain Pontife, qui fclon la foy Romaine, eft
infaillible, & au deflus de tous les Dodeurs, qu’à vn petit Prc­
ftrc qui le confeflc fuict à l'erreur : puis qu’il a fournis, fon liure
à la cenfurc dts Dodeurs en Théologie.
Si veus voulez confiderer les paroles de l’Apoftre: vous y
trouucrez fans doute que Grégoire a bien compris fonintention, ÔC^ue Chiron, ne s’en eft pas feulement éloigné, mais
qu’il ne l’a point du tout entendue. Car Saint Paul après auoir
i.Cor. 4. dit au précédant chapitre, que fon afflidion legere & paflàge17» 18. re, doit produire en luy vn poids de gloireau deflus detoutc
excellence ;& déclaré qu’il ne regarde point aux chofes Vifibles qui ne font que pour vn temps, mais aux inuifibles, qux
font éternelles: il veut élcuer tous les fideles aux mefmes pre✓

3 î$

de la fiîxléme'Refiponffi,

tentions de félicité: car tl nousfaut, dit-il, tous comparoiy douant 2-Cor.j.
le Siégé Indicialde Chrift., afin qu’vn chacun remporte en fi n corps fie- 1 °*
Ion qu'ilaura fiait ou bien ou mal. Dans l’attente de cette comparition qui ne fc fera qu’au dernier Iugement, c’eft à dire à la fin
du monde, où nos corps feront glorifiez, lors que ce qui eft
mortel fera englouty par la vie : afin que nous ne fuffionspas
dans l’incertitude pour l’eftat de nos ames, il nous fait fçauoir
ce qu’il fçait de fçience certaine, qu’aprés ladeftruélion de cc
corps mortel, nous auons, & non pas que nous aurons vne
maifon eternelle dans les Cieux. Et pour nous afteurer que
nos ames y doiuent entrer en dcflogeant de la terre : il ne dit
pas feulement que nous gemiffons pour cela , defirans d'efiye reueftus î.Cor.yl
de nofire domicile Celefte : mais aufti que nous auons confiance, (fi que 3.
nous aimons mieux eftre eftr&ngers de ce corps (fi eftre aucc le Seigneur. -• Cor. 5 .
Où vous voyez manifeftement que comme il defire ailleurs
de defloger : il donne le mefme defir à tous les fideles ; & que
*•
comme il s’afleure qu’aufli toft après le deflogemétil fera auec
Chrift: il attribué aufli à tous les Sainds la mefmc confiance,
qu’aufli toft qu’ils feront eftrangers du corps, ils feront auec le
Seigneur. Il eft donc éuident par les paroles de Sainél Paul
que tous les- fideles, & tous les iuftes qui deflogentde cette
maifonterreftre, entrent incontinant dans la maifon du Ciel.
C’eft ainfi que Sainct Cyrille a entendu cette vérité félon Cyril.Hb
l’intention de Sainél Paul, Quand il dit, nous deuons croire 1
que les ames des Saints eftas lorries de leurs corps font recom- caP* i6,
mandées à la bonté Diuine, pour s’enuolèr entre les mains du
Pere, par le chemin que Iefus-Chrift a préparé : car il a remis
fon Efprit entre fes mais, afin que nous ayons vne certaine efperancc de cecy, croyans fermement que nous ferons après la
mort entre les mains de Dieu,& que nous menerôs auecChrift
vne vie beaucoup meilleure : car c’eft pour cela que S. Paul de­
fire de defloger pour eftre Itucc Chrift.
.
C’eft ainfi que Sainél Auguftin nous l’a voulu donner à
entendre, fuiuant les paroles du mefme Apoftre; quand il en
ç.
tire cette propofition generale en faueur de tous les Sainéls.
Les Ames Sainélcs font reccués de noftre Sauueur; & il faut
croire qu’elles font auec luy, fuiuant le dire de ! Apoftre , mon Thi’, ij
defir eft de deftogerpour eftre auec Chrift.

S s iij

,

Deffenfe particulière

guiüeb.
C’eft ainfi que IeCure de Beruille a touché au but de Saint
titfaPa- Paul dans fa Paraphrafc. La perfûafion donc & le defir que
r^r.yâr nous auons jc poftéder en bref ce contentement, eft ce qui
2><-er-5- nous porte à vouloir de bon cœur que par la mort noftre amc
s’abfentepourquelquetempsducorps de fon domicile, afin
dcnousvoirpluftoftenlaprefcncc du Seigneur; &d’efprouuer au Ciel cc que nous croyons, & ce que nous cfperons en
la terre. Il eft donc vray félon Saint Paul n’obftant la glofe de
voftre Bachelier, que tous les fideles, & tous les iuftes, qui
fortent de cette vie, incontinant après la deftruélion terreftre
font éleués au Paradis Celefte.
Dans la féconde refponfe Maiftre lean Chiron tafehedefe
défaire de l’interpretation de Grégoire en le faifant parler au­
trement qu’il n’a parlé, & citant d’autres paroles du mefmc
Pontife pour le Purgatoire. Et il ne faut pas, dit-il, qu’il fe
couurê de la glofe de Sainél Grégoire : car quoy que cc Sainél
Pcrfonnagedifequepluficutsde ceux quifortent de cc mon­
de , font incontinant receus dans le repos celefte : toutesfois il
n’afteure pas cela de tous ceux qui fortêt de cc monde; ny n'en­
tend pas nier la vérité du Purgatoire , veu que dans ce mefme
quatrième liure de fesMorales,il enfeigne en termes fort clairs,
qu’il y a vn feu purgatif auant le 1 ugement pour l’expiation de
quelques pechcz légers. Par où vous voyez que les exemples
& les authoritez du Miniftre font appliquées fans iugement,nc
parlans en aucune façon contre le Purgatoire.
Comme la qualité de Grand, que vous reconnoiftcz en
Grégoire, n’a pas empefehé le Bachelier de préférer fes remar­
ques fautiues à l’interpretation d’vn Pape, qui comme vous
dites, nc peut errer ^aufti le tiltre de Sainél Pcrfonnage , qu’il
luy donne, n’empcfche pas qu’il nc renuerfe toutes fes paroles;
& fous prétexté de le deffendre, il ne laifté pas de luy donner
le dementy. Car voftre Grand Grégoire dit expreftèment que
tous ceux qui fous la grâce de l’Euangile fortent de ce monde,
font incontinant receus & fans delay dansle repos du Ciel : Ec
voftre petit Bachelier dit,qu’il ne parle pas de tous,mais fculemét de pluficurs.il eft vray qu’il nc dit pas cela de tous ceux qui
deflogent du monde : autrement il 2uroit nié l’enfer,pour eftablirlc Purgatoire : mais iU’iiftcurc de cous ceux qui enfortent

deldfaiémeRefronJè.

x

fous 11 grâce de l’Euangile, c’eft a dire de tous ceux qui meu­
rent en la grâce de Dieu j & par confequent il leur donne à tous
cette afleurancc, qu’en Portant de cc inonde , ils iront cn Para­
dis j & lî c’eft làns aucun delay , & fans aucune remife, comme
il dit: le ne voy pas comment ny pourquoy ils feront arreftez
dans le Purgatoire.
Et pour vous faire voir que ce ne font pas des paroles qui
luy foient échappées fans y penfer : il confirme cette mefme
vérité dans vn autre endroit de fes Morales. Pourcc, dit-il, Cjreÿrrï
que par la. grâce de noftre Seigneur, nous nous trouuonsrachetez: maintenant nous auons ce priuilege, qu’au partir de H- M°'
cette vie nous fommes incontinant conduits dans la gloire
20
Celefte.
Mais, dit le Bachelier, il enfeigne ailleurs en termes fort
clairs, qu’il y a vn feu purgatifauant le Iugement, pour l’expia­
tion de quelques pechez légers j & par confequent il n’entend
pas nier la vérité du Purgatoire.
Il ne faut pas s’informer de l’intention d’vn homme, quand
il parle clairement .-puis que la parole eft donnée à tous hom­
mes, pour exprimer leurs penfées. Quand Grégoire a dit que
nous qui fommes rachetez par le Seigneur, fommes inconti­
nant conduits dans la gloire Celefte au partir de cette vie 58c
que ceux qui fortent de ce monde fous la grâce de l’Euangilc, font incontinant & fans delay receus dans le repos Cclelle: perfonne ne peut douter qu’il n’ait entendu que tous les
fideles qui meurent en eftat de grâce vont en Paradis inconti­
nant après la mort. le ne doute pas aufli que quand il parle
dvn feu purgatifauant le Iugement,il n’aye voulu enfeigner le
Purgatoire Romain. Mais cela n’eft pas incompatible qu’vn
Pape aye prononcé des paroles contraires fur vn mefme fuict,
fclon la contrariété des motifs qui l’ont fait parler.
Vn Criminel parle autrement fur la queftion, qu’il ne fait
quand il eft en liberté. Quand il cft libre, il cache la vérité par
fes negafiucs, ou la deftruit par des fauffes dépofîtions : mais
quand il eft torturé, il confelfe cette mefme vérité qu’il auoic
niée
par vn langage contraire il réedifie ce, qu’il auoit de­
ftruit. Quand le faux Prophète Balaam regarde au falaire d’ini­
quité , que Balak luy promettoit, il fe refout de maudire le peu-

318

Deffenfe particulière

Vfymbr. pie d’Ifrael j il fe met cn chemin pour cela, & drcffe des autels^
22, 22 pour rencontrer des enchantemcns., ôc fulminer des impréca­
T'Çombr. tions magiques. Mais quand Dieu luy vient audeuant, & qu’il
23.
met la parole en fa bouche :.il eft contraint de changer fes maledidionsenbenedidions, & deProphetifer des grands aduantages pour ce peuple. Ainfi quand Grégoire a parlé com­
me Pape a il a dit qu’il y a vn feu purgatif auant le Iugement,
pour l’expiation de quelques pechez; il a parlé de la forte par
le motif de fon intereft, afin d’entretenir pour les morts vn feu
fous terrain, qui luy procuroitdes grands reuenus fur la terre
des viuans 5 & a prononcé cette condamnation contre les fide­
les qui meurent en la grâce deDieu, qu’ils deuoient premiè­
rement eftre purgez par fes flammes, auant que d’entrer en
Paradis. Mais quand il s’eft approché de Dieu, & qu’il a voulu
apprendre fon intention dans fa parole : alors cette parole qui
eft vn feu celefte, luy a fait oublier ce feu fous terrain î & elleHebr. 4. mefme, qui efl iuge des pensées & intentions du cœur, l’a contraint
A a.
de prophetifer la vérité en faueur des fideles, pour leur faire efpercr la poffeflion du repos Celefte incontinant apres la mort.
Si vn Euefque de Rome a fait cctte confeflion par la force
delà vérité : c’eftla mefme déclaration, qu’ont faite IcsAncicns Dodeurs de I’Eglife, pour l’amour qu ils auoient pour
elle.
Ils ont bien creu que les ames de tous les iuftes qui croyent
cn Iefus-Chrift entroiét dans IeParadis au fortir de leurs corps:
puis qu’ils ont regardé leur mort comme la fin de toutes leurs
miferes, ôc comme le commencement & l’cntrcc de leur
félicité.
Cy&r./ir,
Saind Cyprien l’a bien creu ainfi, quand il a dit que fi nous
w/ m°r' mourons>nousPafl'onsPai'lamoi't a 1 immortalité ; & que la
mort n’eft pas vne fortie, mais vnp^fage que nous faifons au
bon - heur eternel par le chemin du temps, & par le cours de la
vie.

ez/Æa».
Saind Athanafc eftoit bien dans cette pensée, yiand il a
/. Fïr- dit, qu’il n’y a point de mort pour les iuftes, mais vmtranfport:
veu qu’ils font tranfportez de cc monde au repos eternel ; &
que comme celuy qui fort de garde, s’en va repoferdans la
maifon : ainfi les Sainds s’en vont de cette vie à la poffeflion

I
de îa Jtxieme Rejponjè.

3 1$

desbiens qui leur font préparez, qu’œiln’a point veus, qu’oreillen’a point ouïs, & qui ne lont point montez en cœur
d’homme.
Gregcr.

Sainél Grégoire de Nyffe l’a bien creu de mefme, quand il Nyjjen.

a dit que la mort eft comme la Sage-femme, qui tire les âmes orat.

de
mortuis,
des corps, pour les mettre au iour d’vne meilleure vie.
Sainél Ambroife eftoit bien dans ce fentiment, quand il Arnbr. I.
adit que la mort eft vn bien en toutes maniérés: parce qu’elle de bono.
mort.ç^

eft le port de ceux qui eftans agitez dans la mer de ce monde,
recherchent le havre d’vn repos affeuré. Quand il a dit que la
mort eft pour les gens de bien vn paffage de la corruption à
l’incorruption, de la mortalité à l’immortalité, du trouble à la
tranquilité; & quand il a fait cette exhortation à chaque fidele,
que donc le nom de la mort ne t’offenfe point: mais que les
biens d’vn paffage fi aduantageux te réjouyflent.
Sainél Chryfoftome a bien eu la mcfme creance, quand il Chry/.ho.
adit, que la mort nous fait ioindre cette Aflemblée, qui eft 14. tn Eauec Chrift, & ioiiyr de la mefme Gloire. Quand il a dit par­ ptfi. ad
VI.
lant du iufte, qu’il y a de 1 honneur, & non pas du duëil pour le 2^0
Homii.
iufte ; des Hymnes de joye, & vne vie bien-heureufe, Scnon 61. in]oh
pas des gemiflemens : parce que mourant il s’enuolera aucc les
Anges, encore que perfonne n’affîfte à fon enterrement.
Si les Anciens Doéleurs de l’Eglife n’euflent pas creu, que
les âmes de tous les fideles qui meurent en la grâce de Dieu ,
font receués dans le repos Celefte incontinant après leur deflogeinént de cc monde : ils ne les auroient pas admifes à la poffelfîonde la vie eternelle, & des ioyes du Paradis, auffi-roft
après leur feparatiop du corps, comme ils ont fait par des dé­
clarations fi abfoluës, & expreflès.
Denys, qui pafle parmy vous pour l’Areopagite conuerty vîonyf. de
par Sainét Paul, ne diroit pas, que les iuftes fçauent que quand Coeïtf'.Hi.
ils feront paruenus à la fin delà vie prefente, ils reccuront tous erar.c. 7.
Jc repos,pour eftre entièrement conformes à l’Image de lefusChrift.
Sainél Iuftin n’auroit pas dit que les âmes desiuftcsaufli- JufHn.qtt
toft apres la fortie du corps font portées dans le Paradis, où el­ aîi. 7$.
les jouyffcnt de la conuerfation des Anges, & des Arcanges.
& Je la vifion du Sauueur luy-mefme.

Tt

3 JO

Defenje particulière

Cypr.cot,
Saind Cyprien ne parleroit pas ainfi à chaque fidele. Sx
Denttri, tu pries pour tes pechcz, mefme dans l’extremité de la vie; 8c
quetuinuoqueslevray Dieu par la confeffion & par la foy de
fa connoiffance :1e pardon cft donné à celuy qui confefl’e i 8c
l’indulgence falutaire eft accordée par la Diuine Bonté à celuy
qui croit: tellement que par la mort mefine on paffé à l’immor­
talité.
Cypr.ftr.
Luy-mefine ne nous exhortcroit pas, comme il fait, d’emmort‘ braflcrauecioyeleiourdelamort, comme celuy qui nous ap­
pelle au Seigneur ; qui doit affigncr à chacun fon domicile ; 8c
qui nous retirant des lacqs de cc ficelé, nous doit rendre au
Paradis & au Royaume Cclc$e.
Çregor.
Saind Grégoire de Nazianze ne feroit pas cette confefTfyz.ian. fion, qu’il eft obligé de croire fuiuant les paroles des Sages,
orxr. tn qUe toute ame que Dieu chérit, après cftre fortie d’icy deftach£e jes ^ens corpSj reçOit incontinant le bien qui l’attend;
& qu’ayant quitté cette vie comme vne prifon, & fecoüé les
liens, dont elle eftoit arreftée, elle s’envole toute ioyeufeà.
fon Seigneur.
Cbrif.bo.
Saind Chryloftome ne diroit pas que les iuftes, qui ont
éç.adpo quitté la terre, joüyflent auec Dieu delà Gloire éternelle dans
]e$ Cieux.
^m 'br l
Saint Ambroife n’exhorteroit pas les fideles d’aller fans
bg’,,9\ crainte à la mort, comme à celle qui nous mène à Iefus-Chrift
mort.cap. noftre Sauueur, à la compagnie des Sainds, àla focieté des
x 2.
iuftes ; 11 ne diroit pas que par la mort nous irons à nos Peres,
aux précepteurs de noftre vie,8c que quoy que les œuures nous
manquent, fi la foy nous ayde, & fi l’heritage nous foufticut,
nous irons au fein d’Abraham, où eftle Paradis de delices. x
Cyril.lib.
Saint Cyrylle ne nous feroit pas entendre, que dépuis'que
2. in foh, Iefus-Chrift a dit cn mourant, Pere ie remets mets Efprit entre tes
mains :nous auons vne elpcrance & foy certaine, que de la
mort nous irons au Pere.
*s4nfc.tl.
Et Anfelme ne nous afleureroit pas, que par la mort de
»« Coltjf. Chrift vne fi grade paix nous a efté procurée : que maintenant
x. jes ames des iuftes, quand elles fortent du corps, percent in­
continant les Cieux, & queles Anges s’en é joüyflent.
Iugez de là, fi tous ccs Peres, ces grandes Lumières de l’E*

de lafîxiéme Refponfe.

331

glife, ces féconds O racles du Chriftianifme ont ncnprononcé, qui fauorife tant foit peu le Purgatoire Romain. Certes
s’ils auoient creu que les ames de ceux qui meurent en la grâce
de Dieu, doiuent cn Portant du corps aller dans-des lieux infer­
naux : ils ne les auroient pas colloquées dans les lieux Ccleftcs
au defloger de la terre. S’ils auoient eftimé qu'elles deuffent
eftre reléguées dans la focieté des démons, ou dans des lieux
proches de leur habitation : ils ne les auroient pas éleuées dans
la compagnie de Dieu & des Anges. S’ils auoient eu la moin­
dre pensée qu’elles deuffent eftre torturées par les flammes : ils
ne les auroient pas mifes dans le raffraifehiflèment. Et fi c’eût
efté leur creance, qu’en Portant de ce monde elles deuoient al­
ler fouffrir dans ces bas-lieux des cuifàntes peines pendant plu­
fieurs Siècles: ils ne les auroient pas admifes à la joüyflàncc
eternelle de la gloire & de la félicité duParadis,aufli toft après
leur fcparation du corps.
Après des telinoignages fi clairs de l’Efcriture, après ccs
déclarations fi expreliès des Peres, qui l’ont interprétée: iene
m’efton ne pas d’entendre les confeflions, qui font forties de la
bouche de vos Dodeurs les plus éclairez fur cette matière,
le ne m’eftônc-pas d’entédre que voftre Clemet,Autheur des Clem. R»
Conftitutions Apoftoliques, parle ainli à Dieu touchant les Z. 8. confia
cap. .y}*
ames des iuftes. Les ames de tous viuent à toyj & les efprit s
des iuftes font en ta mairféloignées des atteintes du tourment.
Ic ne trouue pas eftrange que le Pape Innocent IV. efcri­ lnnoc.1V
uant à vn Euefque de Mets, touchant vn Iuif conuerty à l’heu­ tn decret.
re de la mort,luy tienne ce langage. Si vn tel fuft mort inconti­ Çr‘&>rl.
nant , il s en fuft auffi-toft enuolé dans la Patrie Celefte à caufe ^•CAp
de la foy du Sacrement, quoy que non pas pour le Sacrement
de la foy.
Iene fiiis pas furpris d’entendre vn Pamelius difant, que Tarnet.
quand le iour de noftre départ eft venu, il faut que volontiers in argw»
hbS-ypr.
& gayement nous allions d’icy au Seigneur : veu principale­ de morte»
ment que nous paflons vers la Patrie.
Vn Alexis de Salo Prédicateur Capucin, qui dit que l’ame £n ta pra
de celuy qui prie deuotement noftre Seigneur de vouloir fe tique de
fouuenir de luy à l’heure de la mort, eftfauuée dans le Ciel, & la fainte
VetlH.C. $
affranchie dufentiment des pemeS^

Tti;

Deffenfe particulière
SurSaint
Vn Lucas de Bruges Théologien & Doyen de l’Eglife CaIcmc 8. thcdrale de S. Orner, qui dit qu’incontinant que lame du Fiw/ S1, dele Chrefticn eft deftachée du corps, elle eft affranchie de
toute mifere. •
An TaVn Loüys Richeome Iefuïte, qui affeure que la mort de
bi.de leu noftrc Sauucur a rendu valide fon Teftament, & nous a fait
ccttcfaueur} qUqj mct fans delay fes enfans heritiers en pleine •
pofteflion de l’hcritage.
Enlacb’
Vnl. Bouys Prcftre & Bénéficier de Sainél Pierre d’Aaire des uignon, qui dit que pour les fideles,aie Z4
Curez..2, que celuy de U naiffance : parce que l’vn donne commencement
fart.
aux miferes, & l’autre au repos. Et qui inftruifànt les Curez
comment ils doiuent parler à toute perfonne Chrcfticnnc, qui
s’en va mourir : dit qu’il luy faut dire pour fon falut, & pour
la bien aflifter contre la crainte de la mort, que fi la mort vient,
c’eft pour luy donner vne meilleure vie ; que fi la feparation de
fes amis & parens l’affligent, il doit fçauoir qu’il va au Ciel, où
fes plus grands amis font logez ; Sc que c’eft là où il fera affocié
auec les Anges & tous les Bien heureux. Que fi Dicff l’appellc de cette vie mortelle, c’eft pour luy donner vne vie fans
mort yjm repos fans trauail, vne vie fans fin; & queDieul’appclle pour changer fon mal en bien, fa triftefîe en ioye, & fon
ennuy en contentement.
le nc m’eftonne point d’entendre ces belles confcflions
de la bouche de vos Doéleurs : ie fçay bien quel’intercft, le
profit, lcrcfpcél humain, & autres confiderations ont beau­
coup de force fur les efprits : mais ie fçay aufli, que la vérité eft
plus forte que toutes chofes, quand il plaift à Dieu de la faire
connoiftre.
Le fécond Argument general que i’ay employé pour de­
ftruire le Purgatoire, eft pris des fondemens mefmes, fur lcf­
quels on prétend de Teftablir -, & fe réduit à cette forme.
S'ilfalloit croire que les âmes de ceux, qui meurent en eftat de

grâce ^vont dans les flammes du Purgatoire : ilfaudroit dire
quellesy font enuoyées yafln defatisfaire à Dieu pour leurs pe­
chez apres la mort j ou pourfe purger des taches qui leur reftent
apres cette vie.
Mais ton ne peut pas dire auec vefitf qu'elles y foient enuoyeei
pourfatisfaire , ny pourfe purger.

de la fîxiéme Refîonfî»

333

Doncques on ne peut pas croire auec vérité , quelles aillent dans
lesflammes du Purgatoire.
La première propofition de ce raifonnement ne fc peut
hier, que par ceux qui ignorent les principes de laReligionRomaine : car tous vos Docteurs demeurét d’accord, que le Pur- fent.
gatoireeftvn lieu de peine temporelle, où les amesdeceuxCo/îfr.i#
qui meurent en charité doiuent fatisfaire à Dieu pour leurs pe- fsrtf
chez véniels, & fe purger ainfi apres cette, vie, afin quelles ^liarT!tf
puilfcnt entrer dans le Ciel. Tellement qu’ils n’eftabliffent le
ePurgatoire que pour ces deux fins, à fçauoir pour l’expiation
des pechez veniels, qui fc fait par la fatisfadion de Dieu ; &
pour la purgation des ames, qui fe fait par cette expiation,
la féconde propofition cft de l’Efcriture en toutes fes parties,&
pour le regard de la fatisfadion, & pour le regard de la purga­
tion.
Pour la fatisfadion: car Iefus-Chrift a pleinement fatisfait
Si contenté la iuftice de Dieu, pour ceux qui meurent en fa
grâce, quand il a efiéfait malédiction pour nou\ ; quand il a efté na- Gaivré pour nosforfaits ,&froififé pour nos iniquitez-, quand il s’eft don5«
néfoy-mefme pour nous, en oblation & facrifce à Dieu-, en odeur de Eph.^.i*
bonnefenteur. Si donc la Iuftice de Dieu a efté pleinement fatisfaite par la mort de foq Fils 5 fi Dieu a flairé odeur d’appaifèment en l’oblation de fon Sacrifice : il eft éuident qu’il ne de­
mande aucune fatisfadion des hommes qui font enTa grâce.
Aufli l’Efcriture nous donne cette alTeurance, que l’amende qui Efa)'e 53
a efié mife fur luy, nous apporte la paix, comme dit vn Prophete;& 5*
qu’ il a effacé lobligation qui eftoit contre nous, & l’a abolie entière*
ment, comme dit vn Apoftre.
Et c’eft vne vérité fi certaine, que le Catechifme Romain,
n’a pas fait difficulté de la fous-crire, quand il a dit que IefusChrift a payé entièrement la peine deuë à nos pechez; qu’auec j le 13
le Sacrifice de fa mort il nous a rendu Dieu propice; & qu’ila
deffait nos pechez, & qu’à mefme temps il nous aouuertla
porte du Ciel, que le péché auoit fermée atout le genre hu­
main.

Pour la purgation : l’on ne peut dire aufli fans choquer l’Ef­
criture, que les ames de ceux qui meurent en grâce, aillent
dans les flammes après cette vie? pour eftre purgées de leurs
T f iij

Defenfe particulière
m
l.7ea 1.7 tâches ’.p^rcc C[UC le Sang de /eJus-Chnfi nous nettoye de tout péché-,
parce que Iefus-Chrift afait la purgation de nos pechez, par foj-jnsfHeb. io. me-, pk
tl/ir 1>np
Iptllp CllilPt
inn iil
! p
& rttlp
quepar
vne(cnle
Oblation
a mnC*,-.,!,
confacrépour toufiours ______
ceux qui
M
(ontfanclifiez.

L’on ne le peut dire fans choquer le fentiment des Peres,
quitefmoigncntquelenettoyementdes ames ne fe peut faire
que pendant cette vie ;& qu’aprés cela elles ne doiuent point

prétendre au falut. Car il n’y a point d’autre lieu pour corriger
nos mœurs que dans cette vie, comme dit Saind Auguftin:
5^‘ veu qu’aprés elle chacun receura ce qu’il aura acquis pendant
Tertitl.de qu il viuoit. Et nulle ame ne peut obtenir le falut, ft elle ne
refur.c.6. croid pendant qu’elle efl: dans la chair, comme dit Tcrtullien.
Ben, lu
C’eft pour cela qu’vn Iefuïte a fait cette confeflion, que
(Itnian.m tous les iours par la vertu du Sacrifice de Iefus-Chrift lespeHeb
chez font lauez & expiez ; & que les iuftes defpoüillez de leur
rj*
mortalité s’enuolent à la vie eternelle & bien-heureufe.
A ces authoritez de l’Efcriture Monfieur le Bachelier donne trois refponfes. .
Par la première il me fait rationner à la mode, afin de répli­
quer ce qu’il luy plaift. La première raifon, dit-il, du Miniftre
eft, que Iefus-Chrift a pleinement fatisfait & contenté la Iuftice de Dieu ,pour les pechez de tous les hommes. Ainfi il n’y
a plus de raifon d’enuoyer tant d’aines dans le feu de Purgatoi­
re. Certes fi ce railonnement auoit lieu , il faudroit dire qu’il
n’y a point d’enfer,& que le Sacrifice delaC roix a efteint tou­
tes les flammes préparées pour tourmenter les reprouuez. Car
s’il ne faut plus d’autre fatisfadion,ny d’autre mérite que celuy
de Iefus-Chrift: donc il n’y a rien à faire, ny à payer àlaluftrcc de Dieu ; donc la Foy que lesRcligionnaires exaltent ft fortr
eft inutile ; Donc les Sacrcmcns, & l’Efcriture mefine ne fer­
uent de rien. Vous voyez bien par là que ces raifons fontridh;
cules, & contre les principes de toute Religion.
I’aduouë qu’il n’y a rien de plus ridicule, que cette façon
de raifonner : mais il n’eft rien de plus déplorable, que de lûppofer des faux principes, pour cn tirer des pernicieufes consé­
quences , comme fait Monfieur le Bachelier : puis que c’eft
agir contre les maximes de la bonne foy, & renuerfer les pria-;
ppes de la Religion,

de la fîxiemeRefpon/eî
Ien’aypas dit que Iefus-Chrift aye pleinement Iàtisfait &
Contenté la Iuftice de Dieu pour les pechez de tous les hom­
mes. le fçay qu’il n’a pas fatisfait pour les incrédules : cargw/
ne croidpoint efi défia condamné,(fi l’tre deDieu demeurefur luy,com­
me nou» alfeure luy-mefine ; ny pour les impenitens, qui mef-

prilênt les richelfes de fa bénignité : car par la dureté de leur
cœurfans repentance, chacun d’«eux s’amaffe ire au iour de l’ire (fi
j*
de la déclaration du iuftejugement deDieu, comme dit l’Apoftre.
Mais i’ay dit que Iefus-Chrifta pleinement fatisfait fa Iuftice
pour les fideles repentans, qui embraftent fa vérité,& qui meu-,
rent en fa grâce : car comme le bon plaifirde Dieu a efté de fauuer t Cor~A g
les croyans j & comme il protefte luy-mefme, qu’il demande la
55
conuerfion du pecheur, afin de luy donner la vie : aulfi Iefus- n.
Chrift a efiéfait Autheur defalut eternel d tous ceux qui luy obe'ifiènf, Hcb.’EÇi
& luy-mefme ne fait promettre la grâce & la remilfion des pe­
chez qu’aux fideles & repentans. Car quiconque croira en luy, receura remifsion defes pechez parfon Nom", (fi c eft luy que Dieu a éleué 4;.
parfa dextre pour Prince (fi Sauueur ,pour donner repentance (fi remif- 48• 5 • 3l.
fion des pechez, comme tefmoigne Sainét Pierre.
De ce principe de 1 Efcriture, que i’ay posé dans ma Ref­
ponfe, il ne s’enfuit nullement qu’il faille dire, comme dit le
Bachelier, qu’il n’y a plus d’enfer, & que le Sacrifice delà
Croix a efteint toutes les flammes préparées pour tourmenter
lesreprouuez. Car comme nous auons dit, Iefus-Chrift n’a
point fatisfait pour eux j il n’y a point de Sacrifice ny d’Oblation pour les pechez des reprouucz, qui font les incrédules &
les impenitens : voyla pourquoy la fàtisfadion du Médiateur
n’eftant point pour eux,il faut qu’ils fatisfalfent eux-imefmes la
juftice eternelle de Dieu par des fupplices eternels. Il ne s’en*
fuit pas non plus de ceprincipe qu’il n’y ait rien à faire-, ny que,
la Foy, lesSacremens, & l’Efcriture mefme ne feruent de rien r
car comme Iefus-Chrift a fatisfait la Iuftice deDien pour nous,
& nous a mérité le falut eternel : aulfi faut-il que nous luy foyôs
obeïlfans, pour auoir part àfafàtisfadion,& au falut qu’il nous
a mérité. Or pour obéir, il faut faire ce qu’il commande,c’eft
à dire croire & fe repentir, félon qu’il eft dit, amendez-vous, (fi Marc.ï*
croyeTji l’Euangile, à quoy la foy n’eft pas inutile : puis que par 15.
elle nous croyons j ny les Sacremcns, puis qu’ils confirment

noftre foy, & nous inuitent à repentance ; ny l’Efcriture ,pui
que c’eft elle ,qui nous prefehe la repentance, & la foy.
Mais il s'enfuit bief) de ec principe qu’il n’y a point d’au­
tre mérite que celuy de Iefus Chrift ; qu’il ne faut plus de fatis­
fadion à ceux pour lefquels il a fatisfait j & qu’il ne leur refte
plus rien à payer à la Iuftice de Dieu. Car fi la Iufticc cft plei­
nement fàtisf’aite par la mort de lefus-Chrift : pourquoy de­
manderait elle encore vne autre fatisfadion des fideles £ Et fi
elle eft parfaitement contente du payement que lefus-Chrift
luy a rendu pour eux : pourquoy exigeroit elle encore d’eux-;
tes on ne peut dire que les fideles foient encore obligez de fa­
tisfaire la Iuftice de Dieu fans accufer d’infuffifance lafatisfa■ <
dion de Iefiis-Chrift; ny afleurer que Dieu le demande, fans
l’accufcr d’vne haute injuftice, ôe fans tomber dans vne mani­
fefte contradidion.
Ic dis premièrement que c’eft accufer d’infuffifànce la fâ; < c *J- -tisfadiondelefus-Chrift : car s’il a fatisfait la Iuftice de Dieu,
c’eft pour nous ,& en noftre nom ; s’il a payé ce que nous de*

prmc 'ip
1e droit, fi le payement eft fait par la caution, le principal
?
‘ detteur eft libéré de tout ceque le refpondant a payé pour luy:
C. (lipu- de forte que as’il .n’a payé qoe partie delà dette, l’obligation
lattu Çum n’cft cfteint equ’en partie ; & le detteur principal eft obligé de
•S1- 9-ff. payer le reftant. Si donc nous fômes encore obligez depayer
de/olut. quelqUe chofe à la Iuftice de Dieu, après le payement que Iefus-Chfciftluy a fait pour nousx’eft vne preuue manifefte,qu’il
nia payé qu’vriepartie de la dette, & non pas tout ce que nous
deuions-; s’il nous faut encore fatisfaire cette Iuftic^, c’eft vn
tefmoignage infaillible, qu’il nel’apas fatisfaite entièrement
pour nous; depuis que nous fommes encore obligez defatis-

'

delajîxéme Refponje,

Gela mefine eft contraire au ientiment des Peres, & no­
tamment de Saint Auguftin, qui dit que par l’effufion du Sang
fte Chrift fans coulpc, les obligations de toutes nos coulpes
ont efté effacées. Qjc Chrift ayant pris fur foy la peine, non tnif.e.zo,
Serm. 5 y
la coulpe, il a aboly & la coulpe & la peine.
de verb„
Qu’on ne die pas que Iefus-Chrift a fatisfait la Iuftice de Dont.
Dieu pour les pechez mortels, & non pas pour les vcnielsjpour
les peines etefnelies, & non pas pour les temporelles : car ou­
tre que cela diminue beaucoup dit prix de fa fatisfaélioft, cela
eft encore contraire à la creance de I’Eglife Romaine,qui con­
fcfte par la bouche de fes Doéteurs, que le Fils de Dieu a pris lur.cano.
la chair de péché, & la peine fans Coulpe; afin que dans cctte e. Ftltus
chair de péché la peine fuft oftée aufli bien que la coulpe : que Dei, dtfl,
Iefus-Chrift a tres-abondamment fatisfait à Dieu pour l’obli­ 4*
TSeHarm.
gation de la coupe, & de la peine temporelle & eternelle de I. 2 de in­
tous les pechez ;& qu’il a rendu à la Iuftice de Dieu vnefatis- du!g. c. 10
faétion, non feulement parfaite, mais furabondante : c’eft à Louys
dire qu’il a non feulement payé noftre debtc, mais mcfmcau- g rendis
dela de ce que nous douions; & qu’il a plus rendu à-Dieupar des perfe.
fonobeïflance, que l'homme ne luy auoit ofté par fon péché. liions de
le dis en fécond lieu, que fi n’obftant cette pleine & par­ Dieu.
faite fatisfaétion que Iefus-Chrift a rendue à Dieu pour nous ,
on dit qu’il nous oblige encore de le fàtisfaire; fi après cét en­
tier payement, on dit qu’il exige encore de nous quelque cho­
fe, pour acquitcr noftre debtc: cela ne fe peut fouftenir, fans
l’accufcr d’iniquité. Car félonie droit, l’obligation efteftein- fnflit. de
tc par l’entier payement de toute la debte ; & la juftice n’a rien fllnt obitg
plus à demander, quand la peine & l’amende à laquelle le det­
teur eftoit condamné,eft entièrement payée. Qui eft le creancicrjquiayanteftépayépar vne caution de tout ce dont fon
detteur luy eftoit obligé,non feulement pour la fomme princi­
pale , mais aufti pour les defpens, dommages & interefts : vouluft encore demander vne partie du payement à fon detteur
principal? Certes il n’oferoit l’entreprendre, s’il eftoit tant L. Fide\
foit peu équitable,quand mefine ce cautionnement auroit efté \ubert 50
fait à l’infceu de fon premier obligé. Aucontraire, fiieprin- ff. deflde
Y*#*
cipal detteur ne fçaehant pas fa libération, fe prefentoit à luy,
pour luy payer vne partie de ce qu’il doit : il feroit obligé de
V v

338

Defenje particulière

- I’en aduertir, & de luy dire qu’il n’eft plus fur fes Cotesj qu’il hè
luy doit plus rien, que fa caution l’a fatisfait pour tout ; & s’il
en vfoit autrement, il pafleroit pour le plus injufte de tous les
hommes. Or nous fçauons que Iefus Chrift a payé pour nous
. & le principal & l’accefloire ; pour les plus légers & pour les
plus grands pechez ; pour la peine du temps & pour celle de
l’éternité j & que Dieu a accepté ce payement pour vne parfai­
te fatisfadion à noftre defehargé. Quelle apparence y-a-il
donc dé croire que Dieu nous tienne encore dans l’obligation
de luy payer quelque chofe, après que l’obligation a efté can­
cellée par le payemét de Iefus-Chrift?Certes il n’eft pas croya­
ble que celuy qui doit iuger le monde, puifte commettre vne
in juftice, que le mondé ne peut pas fouffrir-, nyque celuy qui
a eftabli ce droit dans la Iuftice des hommes, qu’vn créancier
ne peut pas légitimement exiger vn double payement d’vne
mefme debte: voulût luy-mefme demander vne double fàtisfadion pour les memes pechez.
le dis en troifîcfme lieu que cela ne fc peut imaginer fans
vne manifefte contradidion : Car Dieu feroit à mefme têps fa­
tisfait & ne le feroit pas j il feroit content & mefeontent tout
cnfemble furvn mefme fujet. Il feroit fatisfait du payement
que Iefus-Chrift luy a rendu pour nous : puis qu’il a acquité
tonte noftre debte j & neantmoins il ne le feroit pas : puis qu’il
nous faudroit encore payer quelque chofe. Il feroit content de
la fatisfadion de Iefus Chrift : puis qu’elle eft pleine&furabondantc j & toutesfois il ne feçpit pas content : puis que nous
ferions encore obligez de le fatisfaire.
Pour donc éuiter toutes ces abfurditcz, qui vont contre la
Iufticc deDieu,contre la fuffifànte fatisfadion de Iefus-Chrift,
contre les déclarations de l’Efcriture, & les principes delà
droite raifon : nous concluons aucc l’Efcriture que IcfusChrift
par l’entier payement qu’il a fait à Dieu pour nous, nous a tirez
hors de toute obligation de le fatisfaire: puis qu’il a aboly ccttc
obligation. Que parla fatisfadion abondante de famort, il
nous a rachetez de la malcdidiondelaLoy; qu’il nous a deli­
urez de la puiffance de fatan, de l’ire de Dieu, de la mort, 8é
de l’enfer, & de toute condamnation; & par confequent de
touteslespeincsaufquellcsonveutcondamner après la mort,

’ de la, fixieméRefponfe.

33 $

Ceux qui meurent en fa grâce : car qui ejl - ce qui les condamnera ? ^om. S.
chrift eft celuy qui ejl mort. Tout ce qui nous refte à faire, c’eft
de glorifier Dieu en nos corps & en nos aprits, qu’il a rachcp- ’• Cor'6>.
tez par le prix de cette fatisfadion, laquelle il a gratuitement 2Oacceptée en noftre faueur; c’eft de reconnoiftre la grâce de no­
ftre Caution, qui s’eft mis en noftre place, & qui a fouffert en
cette vie les peines que nous méritions de porter en celle qui
eft à venir, afin de nous cleuer incontinant après la mort à la
pofTeftion de fa Gloire.
La fécondé refponfe de Monfieur le Bachelier n’eft pas plus
raifonnablequehwrcmiere, quoy qu’elle foit plus conforme
au fentiment de vos Dodeurs. D’ailleurs, dit-il, encore que
nous aduoùyons que lefus -Chrift a de fa part pleinement fatis­
fait pour nous, &: que fes mérités 6c fes fatisfadions foient d’vnc valeur infinie : ne faut il pas encore s’appliquer cette Diui­
ne fatisfadion par tous les moyens ordonnez de faSagefte?*
Autrement n’en feroit-il pas de mefme que d’vne médecine,
laquelle quelque efficace qu’elle foit, eft toufiours inutile au
malade, s’il nc fa prend, & s’il ne l’a rrjet dans fon corps ?
Voila qui eft bië dit, & fort veritablcmêt : Mais que fert cela
pour prouuer que cette mcdecine fedoit appliquer aux âmes
après cette vie? Certes après la mort le Médecin eft inutile.
C’eft icy maintenant le temps de la guerifon; c’eft icy qu’il
nous faut prendre la Mcdecine pour eftre guéris. Voicy mainte- ‘t-Cor.é.
nant le temps agréable > voicy maintenant lejour deJalut, nous dit S. 2 ’
Paul. C’eft icy où le remede eft preft, pour nous loulager,dit
Grégoire de Nazianze: mais après la mort la Mcdecine du fa- 2^,
lut eft fermée.
t»m.
Et c’eft pour cela que Saind Chryfoftome nous aduertit de cbryflo;
trauailler à fortir de cette vie, fjins 8c deliurez de toute mala- 75»«ww
die de péché : parce que quand nous nous«en ferons allez il ne
2x
nous reftera rien plus à faire.
Que l’ert tout cela, pour prouuer qu’il faut d’autre fatisfa­
dion d’autre mérité que celuy de lefus-Chrift? Que fert
tout cela pour montrer qu’aprés cette fatisfadion de vaieur in­
finie, rendue par lefus-Chrift à la Iuftice de Dieu, nous foinmes encore obligez de la fatisfaire par les peines du feu de Pur"

gatoirc?Ilfaiortadjouftcr j comme a fait le CardinalBelUr_- -

Y v ij

**

34®

Deffcnfc particulière

min, que le mcritc de Iclus-Chrift nous cftappliqué non feu­
lement par les Sacrées, mais aufli par nos ades ; & que com­
me dans ccttc vie cc mérite nous eft applique par la contrition
& la confcflion pour ofter la coulpe : ainfi il nous doit eftre ap­
plique en ce monde ou cn l’autre par les œuures de fatisfa.
dion pour ofter la peine temporelle. Monfieur le Bachelier n’a
pas osé parler de la forte: parce qu’il euft efté cn peine de prou­
ucr que les peines du Purgatoire font vn moyen eftably du Sei­
gneur, pour nous appliquer la fatisfadion de Iefus-Chrift : ce
qui ne lé peut dire fans renôcer à la fatisfadion de IefusChrift,
Sefans nier fa valeur infinie.
4L
Car puis que cette fatisfadion eft vn payement que Iefus. Chrift a fait,pour acquiter noftre debte : le demâdc, où Chrift
l’a tout à fait acquitée par fon payement, ou feulement en par­
tie. Si vous dites qu’il ne l’a acquitéc qu’en partie par vn paye­
ment partial: vous deftruifèz manifeftement le prix infinyde
fa fatisfadion: puis que vous dites qu’il n’a fatisfait queporr
vne partie, & que vous deuez fatisfaire pour l’autre; & ainfi
vous niez ce que vous auez aduoüé, que Iefus Chrift aye pleindtient fatisfait pour nous. S i vous dites qu’il a entièrement
acquité noftre debte par le total payement de ce que nous dé­
liions : eft-ce le moyen de vous appliquer cette entière fatisfadion que Iefus-Chrift a rendue à Dieu de fa part pour vous,
que de luy en prefenter de voftre cofté vne partiale?Vn detteur
principal s’appliquc-il le total payement, que fà caution a fait
de cc qu’il deuoit, en offrant à fon créancier le payement d’v­
ne partie ? Au contraire ne fait-il pas voir par là qu’il n’approuuepas tout cc payement : puisqu’il ne veut pas qû’il foit tout à
fait à fa defeharge ? Et ne tefmoignc-il pas par le payemét par­
tial qu’il fait, qu’il ne veut eftre obligé à fa caution que de l’ac­
quit d’vne partie ddfa debte , puisqu’il en veut payer l’autre?
Ainfi quand vous voulez rendre à Dieu des fatisfadions, bien
loin de vous appliquer celle de Iefus-Chrift ; vous déclarez que
vous renoncez à l’cntiere fatisfadion qu’il a rendue defaparC
pour vous: puis que de la voftre vous vous chargez de fatisfai-

repourvous-mefmes.
j™”1
Si vous dites, comme quelques-vns de vos Dodeurs ont
dit, que bien que la feule fatisfadion de Iefus Chrift fuft fuffi*

de lafîxiéme Jfefyonfè,

$ qt

farite: neantmoins pour la plus grande gloire deÜicu auquel
on fatisfait j & pour vn plus grand honneur de l’homme fatisfeifant, il a pieu à Iefus-Chrift de ioindre noftre fatisfadion à
la fienne : vous tombez encore dans des plus grands inConucniehs. Car premièrement vous deftruifez toufiours par cc
moyen l’infinité de fa fatisfadiô : veu qu’à l’infiny l’on ne peut
rien adioufter dansvn mefmc genre de chofes : tellement que
fi vous prétendez adioufter voftre fatisfadion à celle de IefusChrift ; vous niez à rnelme temps qu’elle foit infinie : puis que
vous afleurez, qu’elle peut receuoir cette addition de la voftre.
Ainfi vous donnez des bornes à ce qui n’en peut receuoir ;&
quoy que l’Efcriture die qu’il n’y a point de fin à la grandeur de Pfi
Dieu : neantmoins vous vous en imaginez dans la grandeur de 3< 4*.
la fatisfadion de Iefus-Chrift; & ioignaht le fîny aucç l’infiny,
les. peines de l’homme auec les fouffrances. du Sauueur : vous
croyez pouuoir adioufter quelque chofe au prix de celles - cy
par la valeur de celles-là.
D’ailleurs en abbaiffant ainfi Iefus-Chrift, vous vous éle­
uez par vn orgueil iniurieux à là Gloire: car-vous voulez parta­
ger auSc luy la gloire de voftre làlut,puis que vous voulez auoiV
part à l’honneur de làtisfairé, Contre ce qu’il dit ltiy-mefme.
C’efi moy parlant en jufiiee, qui ay tout pouuoir de fauuer’, fay efié Eftye 634
tout feula fouler an prejfoir. Ainfi voftre prelomption n’eft pas
moins orguilleufe, quand vous voulez vous aflbcier auec luy
dans l’œuure de la lâtisfadion, què fi vous prétendiez vous
ioindre auec luy dans l’œuure de la création. Car s’il faut eftre
Tout-puilTant,pourfurmonter ladiftance du neantàl’Eftre:
il ne faut pas moins qu’vne Puiffance infinie, pour furmonter
■la diftance du péché, qui nous éloigne infiniment de Dieu , à
la’Grâce, qui nous rcioint auec luy ;&fi'felon la pensée de S. tsfuguft.
Çtiil. 146
Auguftin, c’eft vn crime de s’imaginer que les Anges, quoy
•que les plus nobles des créatures, puiftent eftre Créateurs:
aufli eft-cc violer le refped que l’on doit à Iefus-Chrift de penférqueles hommes puiftent eftre leurs Rédempteurs; & les
ioindre aucc luy, pour fàtisfaire la Iuftice deDieit : c’eft leur
attribuer vn honneur, qu’il s’eft refenié à luy feul, & dont il eft
fi jaloux, qu’il ne le communique à perfonne.

Enfin par cette iondion que vous faites de voftre làtisfaVv iij

34?-

D efienfie particulière

dion aucc îa fienne : vous mettez la plus grande gloire deDicu
dans la plus haute iniuftice, qui fe ptiiffc commettre, par la­
quelle vpus voulez, que Dieu fe vange deux fois, d’vne mefme
injure ; qu’il rcçoiue d’vne fedle debte deux paycmçs ; & qu’aprés s’eftre fatisfait en defefiargeant fa colere fur la Pcr.foftnc
de noftre Caution : il fafte ericore éclatter fa fureur fur ceux,
pour lefquels il a cautionné , & payé reelement tout ce dont ils
eftoient rcdcuables. Ce qui eft manifeftement contraire aux
déclarations de l’EforitUre, qui nous fait entendre qu’en vertu
2.C«r. 5- de cette fatisfadion future, Dieu, efioit en Chrifi réconciliant le
monde afoy, en ne leur imputant point
; qu'ayant égard
fJeb 8.12 àcettefatisfadion,il feroit appaisc quant à nos iniquitez, Sc
10 l7’n’auroit plus fouuenance de nos pechez : &que fi lors quenous
5 Méfiions que pechenrS, Chrifi efi mort pour nous, beaucoup pluftoft
efians maintenant juftifiez, enfion Sang-, nousfierons fiauuez de tire par
luy.
i.Quels font, direz-vous donc les moyens de nous appliquer
la fatisfadion de Icfus-Çhrift, afin quelle nous foit falutaire >
L’Efcriture vous apprend qu’ils font de deux fortes : les vns
font externes & hors de nous, comme la parole & le>Sacremens. Par la parole il nous fait entendre les promefTes de gra5? ow 10 ce, pour nous induire à la foy : cm lafoy eft de Poiiye de la parole
fy. * <ZeZ)Ze« : Parles Sàcremens il nous confirme & nous fecllc la
3^0.4.11. yerfté de fes promeffes : car ce font des Seaux de la Iufticc de
uiiï.i 58 pieu par la foy. Le Baptefme nous eft adminiftré en remiffion
des pechcz par le mérite de lefus-Chrift. Et la Sainde Ccne
jMat.‘i6. nous cft auffi donnée, pour nous afTeurcr qu’?» luy nous auons
28.
Rédemption parfion Sang,àfçauoir remifsion de nos offenfes. Les au­
tres font intérieurs,Sc des qualiçcz produites en nous par le S.
„ . Efprit, à fçauoir la Foy : car Dieu l a eftably pour Propitiatoire ptr
AJ7- ^‘Z<^ lafioy au Sang ePiccluy ,afin de démontrerfiajnftice par la remifiion des
£faye 66. pechez ; & la repentance : car à qui regarderay-ff. dit Dieu, à celuy
2,
qui a l’efprit contrit, qui tremble à ma parole.
Voila les moyens que Dieu a eftablis par faSageffe, pour
nous appliquer efficacement la fatisfadion de fon Fils: mais
qu’il nous ordonne des peines, pour fatisfaire faiufticc dans
la vie prefente, ou dans celle qui cft à venir : c’eft à quoy il n’a
nullement pensé, puis qu’il ne nous en dit mot en fa Parole*
t

dt laJiïàont Refponfe,

* 343

le fçay bien que la repentance doit produire en nous, non
Feulement zele& ma rrifïèment, maisaufti fatisfadion & vengence, côme l’Apoftre le tefmoigne de celle des Corinthiens: 1M
mais ce n’eft pas pour fatisfaire Dieu, qui ne fevange iamais
de ceux aufquels il pardonne : mais feulement pour fatisfaire le
prochain, en réparant le tort que nous luy auons fait; &pour
, ÎMisfaire l’Eglife, en leuant le fcandale, que nous luy auons
donné. le fçay bien aufti que Dieu nous inflige des peines en
cette vie, mefme apres qu’il nous a pardonné nos pecheznnais
cc n’cft pas pour la fàtisfadion de fa Iuftice, laquelle a efté
pleinement contentée par les fouffrances de fônFils: mais
pour la corredion de nos mœurs, ou pour l’exercice de noftre
patience. Car comme dit S. Chryfoftome, Dieu impofedes Chryf.ho.
peines, nô pour exiger fupplice des crinjes,mais pour corriger
ceux qui lesont commis; & comme tefmoigne S. Augpftin,
l’homme fouffre des miferes, mefme après que fes pechez luy traa.\i^
ont efté remis, ou pour la demonftration des maux qui luy font yoW.
deus, ou pour l’amendement de fa vie qui eft fautiue , ou pour
l’exercice d’vne neceftaire patience.
C’eft donc vne réueric de s’imaginer que Dieu,qui ne nous
demande point de fatisfadions cn cette vie, nous en impofe
après la mort ;& qu’aprés nous auoir gratuitement pardonné
nos pechez, pour l’amour de Iefus-Chrift qui l’a fatisfait, il
vueiile encore nous infliger des peines pour fe fatisfaire. Car
là où la coulpe n’cft point imputée, il n’y a plus de peine à ap­
préhender : puis que la coulpe cft la caufe qui produit l’obliga­
tion à la peine. Or là o ù Dieu exerce fa mifericorde, il n’y a
point d’imputation de pechez. Bien-heureux fopt ceux defquels 3^4. f,
les iniquitezfont pardonnées,& defquels les pechezfont couuerts : bien- g.
heureux es/ l’homme, auquel le Seigneur n aura point imputé le péché , Jerem. 3t
dit l’Apoftre Saind Paul. C’eft pour cela que Dieu protefte wf 34*
•dans fa parole, qu’il n’aura plus fouuenancede nos pechez; ^J’17
qu’il les iettera derrière fon dos ; qu’il les plongera au profond T
7’
de la mer; qu’il les éloignera de luy autant-que l’Orient eft éloiIc;>
gné de l’Occident :ppur nous afleurer qu’il nous en veut don- I2,
* ner le pardon entier, & l’abfolution parfaite par fa grâce. Or
quelle feroit ccttc grâce, dit Saind Chryfoftome, ii Dieu en Ch-yf. in
remettant la coulpe, fe referuoit encore la peine à infliger, ou Tfal. 50.

544 *

Defenje particulière

gloff.Ca. en tout, ou cn partie ? Certes là où il y a lieu pour la mifericorsalera- de, iln’y cnapûint pour la peine., comme dicluy mefme. L’a.
r»r. dtjto fondante grâce de Dieu ne donne point le pardon à demy, Jide fent vos Canons ; & c’eft vne cfpece d impiété & d’infidelité,
dit Sainél Auguftin, de n’cfperer que la moitié du pardon de
frlf. pœ/i. celuy qui eft iufte & la Iuftice mefme.
eap.$.
Par la troifiéme refponfe Maiftre Chiron tafehe, maisindb
tilement de fe défaire d’vn palfage que i ay allégué de S. Paul.
Car pour faire voir qu’il ne faut pas enuoyer en Purgatoire les
ames de ceux qui meurent en la grâce de Dieu, pour les purger
de leurs pechez après cette vie : I’ay dit que cela eftoit entière­
ment inutile : parce qu’elles cn ont efté parfaitement purgées
i.Jean.i. par le mérité de Iefus-Chrift. Cas le Sang de Iefus christ ïils de
7Dieu nous nettoye de tout feché, comme dit Sainét lean ; & il a
Jdeb. 1.3. fa? iA purga{fOn de nos pechezparfoy-mefme, comme u ou s a fleure
SainétPaul. S’il a purgé les ames des fideles de tousleurs pe­
chez : pourquoy les aller faire purger de ceux qu’on’appelle
veniels ? Et s’il a fait cette purgation en cctte vie par foy-metme: pourquoy l’a fera il encore par le feu après la mort? Cer­
tes il n’y a point de raifon, qui les puifte empefeher d’auoir
Communion aucc Chrift en fortât de cctte vie dansia Gloire:
puis qu’il les a fanétifiées en vérité auant la mort par la Grâce.
A cela pourtant, certes, dit leBachelier, Afimont vous
aucz tort d'alleguer ce paflagetcar fuiuant la doétrine que vous
auez débitée dans la refponfe à la fécondé demande,& celle de
voftre Maiftre Caluin en fon Inftitution : ce n’eft pas le Sang
de Iefus-Chrift, qui nous purge de tous pechezj mais c’eftla
* damnation de Iefus-Chrift, qui nous rend ce bon office^ Tou­
tesfois fans m’arrefter à ce que ic vous ay défia dit j je vous refpons que l’Apoftre n’enfeigne pas par ce paftage qu’il n’y a pas
de Purgatoire, & qu’on n’eft pas obligé de fàtisfaire pour l’in*
juftice de nos pechez : mais feulement que le Sang de IefusChrift eft vne caufe generale & vniuerfelle de la remiftion de
tous les pechez, laquelle doit eftre appliquée, comme nous
auons défia dit, par la foy, par les Sacrcmens, & par les autres*
moyens inftituez du mefme Seigneur.
I’approuue ces dernières paroles comme conformes à la
vérité de l’Efcriture, qui nous enfeigne que Iefus-Chrift eft
A
'
feule

de lajixiéme Refponfe,

345

feule caufe méritoire de la remiflîon Ôc purgation décos pe­
chez: parce que luy feul a appaisç la colère de Dieu pour nous
remettre en fa grâce ;& que luy feul nous a mérité l’cfprit de
fandification. Et neantmoins elle nous fait voir que luy-mef­
me a eftably la parole, les Sacremens, la Foy, la repentance
pour nous appliquer cette remiflîon & cette purgation qu il
nous a méritée :& c’eft aufli ce que i’ay montré clairement cn
ma refponfe, & reprefenté encore dans ma deffcnfc. Mais que
le feu de Purgatoire foit vn moyen inftitué du Seigneur pour
nous appliquer cette mefi>e purgation des pechcz qu’il a faite
par fon Sang: c’eft ce que Monfieur le Bachelier fuppofe fans
lofer dire ;& c’eft ce qu’il luy falloit prouuer, pour agir cn
homme d honneur: puis que c’eft le point de la queftion, &
l’eftat de la Controuerfe. Pour moy, il me fera fort facile de
prouuer que ce feu n’eft pas vn moyen ordôné par le S eigneur,
pour nous appliquer la purgation de nos pechez; & que c’eft
mal à propos qu’on l’appelle Purgatoire, ou purgatif: puis
qu’il ne purge les ames de rien. En effet l’on peut confiderer
dans le péché, ou la coulpe qui offenfe Dieu,‘& qui-à mefme
temps quelle eft commife s’écrit dans noftre confçience,com- ^0.2. iç
me l’oeuure de la Loy; ou la tache &l’infeélion de cette coul­
pe, qui falît nos ames par vne mauuaife impreffion, & qui les
rend impures deuant Dieu ; ou l’obligation à la peine, oui s’é­
crit dans le liure de fon Iugement. Or le feu dont nous par­
lons , ne purge rien de tout cela : c’eft donc fans raifon qu’il eft
appcllé Purgatoire.
Premièrement l’on ne peut pas dire qu’il purge ou qu’il ef­
face la coulpe de ceux qui font morts en eftat de grâce : car vos
Doéleurs vous enfeignent que dans le Sacrement de l’Abfolu- BcHtrml
tion, qui eft le Baptefme, Dieu agit tres-Jiberalement, &ap- hb. 1. dt
pliqué le mérité de Iefus Chrift par cette feule aélion de laue- Purg.r#
ment, pour ofter toute coulpe ; & que dans le Sacrement de »4«
l’Abfolution il applique auffi ce mefme mérité de Chrift, pour
ofter toute coulpe. Si donc le mérité de Chrift eft appliqué
aux ames fideles, comme on vous dit, pour ofter toute la coul­
pe du péché originel dans le Sacrement du Baptefme, & toute
la coulpc des pechcz aéluels dans le Sacrement de Pcnitence :
gomment cft -cc que ce mefme mérité leur peut eftre appliqué

34Defenje particulière
par le feu, pour les purger de la coulpe de ccs mefines pechez"
dont clics font parfaitement deliurées ? Certes il ne faut pas
croire qu’elles en ayent befoin : puis que ccfont les âmes de
ceux, qui font morts en la Grâce; c’eft à dire, qui par foy&
repentance ont obtenu la remiffion de toutes leurs offenfes
parla grâce de Dieu.
Secondement l’on ne peut pas dire que cc feu purge les
âmes de la tache des pechez vcniels après cette vie : car félon
Jter.iH.de Ica maximes de quelques-vns de vosDoéicurs, file péché veSacrw. nicl n’cft point remis en cette vie, incident mortel en la mort
cap. p. mefine:parce que celuy qui meurt dans vn péché veniel,meurt
9‘ dans la négligence de fa béatitude, & par confeqùent en pé­
ché mortel, qui luy ferme la porte du Paradis auffi bien que du
Purgatoire.
D’ailleurs, comme raifonne Thomas d’Aquin voftre DoTbo.apnd &cur Angélique, Si la macule du péché veniel eft oftée dans
Zecan. le feu de Purgatoire : cela fc fait par la fouffrancc de la peine,
ou parla connoiflance de la peine qu’on fouffre, ou par l’ade
de la patience qui l’a fait endurer. Or ce ne peut eftre princi­
palement par la fouffrâce de la peine tolerée : car elle ne chan­
ge point la volonté, fi clic mefine ne produit quelque ade ; &
ainfi nc la peut rcnouueller fpirituellcment: cc qui eft pourtant
neceffaire pour ofter la macule du pccné. Ce n’eft pas non
plus par la feule penfée de lapeine qu’on fouffre:car cette penféc nc peut feruir à ofter le péché, fi elle n’excite dans la vo­
lonté quelque ade de charité & de contrition. Ny enfin par
l'adc de la patience : parce qu’il n’a nulle oppofition auec le
peche veniel ; & par confeqùent il ne le peut ofter. C’eft pourytan.ie quoy vos Dodcurs les plus éclairez en viennent à ce fèntiSatram. ment, que le péché Ycnicl eft ofté quant à la tache dans l’inftant mefmc de la feparation de lame d’auec le corps par l’ade
d’vne diledion & contrition véritable. D’ôù ie conclus parlesprincipes de voftre propre Dodrine, que le feu de Purgatoire
ne purge pas la tache des pechcz veniels.
En troifiéme & dernier lieu l’on nc peut fouftenir que ce
feu purge ccs mefmes pechez en oftant l’obligation à la peinet
caries âmes n’y font cnuoyées,quc parce qu’elles font obli­
gées d'y fouffrir pour fatisfaire; & bien loin que ce feu les deli-

de laJtxéme Rejponje,

g 4/^

ure delapeine,c’eftcefeu mefme qui la leur fait fouffrir.Qifon
nediepas quecefeudeliurelesamcs’dc la peine eternelle de
l’enfer, h changeant en vne peine temporelle : car outre que ‘Brilarnï.
ce changcmét félon les maximes de voftre creance, fc fait feu- lib. i. de
lement par le mérité de Iefus-Chrift : je dis que ce châgcment
ci
ne fe peut faire en faueur de ceux qui meurent auec des pechez *4*
veniels: parce que félon vos principes ces pechez ne méritent 2
point de peine eternelle, mais feulement vne peine temporelle. Ainfi le feu de Purgatoire ne peut pas deliurer les ames de
la peine eternelle : puisque les pechez veniels ne la méritent 'Bcttarm,.
pas. Nous difôns donc auec les Dodeurs de Louuain que par lib. i.de
les feules fatisfadions de Iefus-Chrift, la peine temporelle a
efté remife, aufli bien que l’eternelle. Nous dilonsfuiuant vos 4Canons, que le Fils de Dieu a pris la chair de péché, & la peine
Dei’
fans coulpe, afin d’ofterôt la coulpe & la peine.
C’eft pourquoy vous auez tort Monfieur leBachelier, de
dire que nous alléguons fans raifonles paroles de Saind lean, T z
,
C[Yi[ dît c[UG le Sang de Jefus-Chri^l Fils de Dieu nous nettoye de tout J
!
feché j & celle de Saind Paul qui tefinoigne qu’ il a, fait far foyi
tnefme lafurcation de nosfeche\. Car quoy que ccs paflages ne
difentpas,qu’iln’yapoint de Purgatoire, & qu’on n’eft pas
obligéde fàtisfaire pour les pechez veniels : neantmoins ils
montrent éuidemment qucla purgation & l'effacement de nos
pechez eft vn effet de la mort de Chrift, & non pas de nos pei­
nes ; de fon mérité, & non pas de noftre fatisfadion. Ce qui
fuffit pour faire voir que fon Sang, qui purifie parfaitement les
aines de tous leurs pechez par les eaux du Baptefinc & delà
Penitence. en cette vie, a efteint aufti pour elles lefeu , dont on
les menace après la mort.
à . i
t . 1.
Vous aucz aufti grand tort, de dire qtfe bous ri’attribuons
pas cette purgation des pechez au Sang de* Iefus-Chrift, niais
feulement à fa damnation. Car fi vous lifez bien Caluin, vous
trou lierez que par tout il afl’eure que la remiffioh de nos pechez
eft vn effet delà mort de Chrift, deTeffufiô de fon Sang, & de
toutes les peines extérieures de foo corps. Mais il eft vray auffi ^,#,7
qu’il attribué cét effet, aux peines & douleurs interieuresde 2
fon Ame, comme à deux caufçs infeparablement conjointes. fell.ii.
£n effet, fi Iefus-Chrift euft rcfpâdu fon Sang par des feignées

Defenje particulière
rcïtcrccs, telle qu’ordonne la Medecine : ceSang ne nous euft
de rien feruy. S’il lauo'it efpanché pour choifir vn genre de
mort plus douce, comme fit autres-fois vn Philofophe condamné àla mort : ce Sang ne nous auroit point purgez ;s’ft
l’auoit donné feulement pour obcïr à l’iniufte arreft de Pilate :
fon Sang n’auroit pas fatisfait la Iufticc de Dieu pour nous.
Mais parce qu’il l’a don né pour exécuter le iufte Arreft de fon
ÏÆk 53 Per c, qui l'a mis en langueur, qui l'a naurt four nosforfaits
froif5'lO*
sé four nos iniquité^ : c’eft par cela qu’il a fait l’expiation de nos
pechez: d’autant que ç’a efté le Sang de l’Agneau deDieu, le
Sang d’vn Homme Dieu, fitisfaifantà Dieu pour les hommes.
Calu.ibi- Et c’eft en cela que Caluin fait confiftcr la damnation, dont
vous parlez ; & c’eft de cette.damnation qu’il fait dépendre no­
ftre falut jdilànt après Saind Hilaire, que la Croix, la Mort ôc
l’Enfer font noftre vie.
Tous les Anciens Peres de l’Eglife ont efté dans le mefine
fentiment : ils ont attribué au feul mérite de la mort de Chrift
la remilfion de nos pechez & la purgation desamés, aucc des
termes qui font bien voir qu’ils n’ont eu nulle penfée d’vn Pur­
gatoire femblable à celuy de l’Eglifc Romaine, pour la purifi­
cation des ames après la mort.
C’eft pour cela qu’ils n’ont reconnu d’autre fatisfadion
capable d’appaifer la Iuftice de Dieu pour les pechez des hom'iaRl in nics’ 4UC ce^c
l£fus-Chrift : quand ils ont dit qu’il n’y a
£]ay'.ef qu’vne expiation du péché, à fçauoir ce Sang, qui aeftérefi.
pandu pour les pechcz du monde. Quand ils ont alfcuré que
Hnfil. in l’ame, qui s’eft miferablemcnt veautrée dans les pechez: peut
regul.'Brt neantmoins s’approcher de Dieu, aucc larmes de repentance,
»/. quafl. crOyant tres-fermement que la purgation de fes pechez a efté
faite par le Sang de Chrift, lèlon la grandeur des conipalfions
de Dieu , & la multitude de lès mifericordes.
Quand ils ont déclaré qu-»la purification des iniques & des
yfxçj.4.
de Tria. fuperbes, c’eft le Sang d’vn Iufte & l’humilité d’vn Dieu :&
CAD, 2.
que la Paffion de Chrift eft le leul Sacrifice, par lequelu°us
^'^7’fommes nettoyez de tous pechez.

7
Ctmt.Dei
C’eft pour cela qu’ils ont tefmoigné aux fideles, qu’aprés
îl* jmoir obtenu la rcmiftion des pechez de la grâce de Dieu par 1e
mefite tic ion Fils, il ne leur refte plus'de peine à fouffrir pour


Je laJtxiéme Rejponje»
349
fatisfaire fa Iuftice,mais feulemét pour exercer leur vcrtll en ce
monde : Quand ils ont dit que lors que Dieu abolit le peche, il ChryftjH
ne lailfe aucune cicatrice, ny aucune marque dcfablelTeure; Prae>a'»•
qu’à mefmc temps qu’il exempte de la peine, il donne la Iufti-tn
ce, & rend le pécheur fèmblablc à celuy qui n’a point péché.
Quand ils ont dit que Chrift appellent Dieu noftrc Perc, a chryf.kS.
exprimé par ce feul mot le pardon des pechez, l’abolition des zo.wmxc
peines, la Iuftification, la Sanctification & tous les dons de la
Grâce. Que Dieu ayme le croyant, quand il feroit coulpable Horn-^‘
de plufieurs crimes, non feulement pour le deliurer dufupplice, mais aulfi pour le rendre iufte. Que là où eft la grâce , il y a
a pardon ; & que là où eft le pardon il n’y a plus de peine.
Quand ils ont enfeigné que Dieu par la mifericorde couurê Hiero»,
les pechez , pour ncles pas voir; qu’il ne les void pas, afin de
ne les pas imputer ;& qu’il ne les impute point, parce qu’il ne
les punit pas,

Quand ils nous ont aduertis, que les peines auant la remif
fion des pechez; font les fupplices des pécheurs : mais qu’aprés
3la remiffion, elles font l’cxerciccdes iuftes.
pcc.mcrtt
C’eft pour cela mefme qu’ils ont protefté que c’eft mainte- re'
nant le temps de falut; que le lieu de la purgation eften cette
vie i& qu’aprés la mort on ne peut point efperer la remiffion
des ppchcz, de la grâce de Dieu, ny fatisfaire à la Iuftice:
Quand ils ont dit, qu’aprés la feparation de l’ame d’auec le Juftin.ai
corps, les hommes ne peuuent plus obtenir aucun fecours, Ort^’ V*
quelque foin, & quelque cftude, qu’ils employent pour cela. 6o’
Quand ils ont dit que le ternp s de la penitence &de la re*
million des pechez eft feulement preferit en cettevie; & que er-Catec^
ceux qui font morts dans leurs pechez, n’ont plus le temps de l8‘
les confcfler pour en obtenir le pardon.
Quand ils ont tefmoiené, que lors qu’on fera forty d’icy, il Çypr‘c',t.*
nyauraplusdcheu de penitence; que la fatisfadion fera de M
nul effet ; & que c’eft icy que nous obtenons, ou que nous per- b
dons la vie. Qu’aprés le départ de cette vie, il n’cft plus temps 'ga/i!.
de bien faire; & que Dieu par fa bénignité nous a donné le
temps prefent, pour trauailler aux choies qui le peuuent ap-Jum-i-c- 5
paifér, & le rendre propice.
Quand ils ont affeuré que celuy qui n’aura point icy receu mbro.
. Xx iij

3$o

Deffenfe particulière

de la remiftion des pechez ne fera poinc dans laPatrie des Biem
bons, mor heureux.
^f^rho'
Quand ils ont déclaré, que nous ne deuons pas nous imagi-,
DiHite ner trouuer mifericorde apres que nous ferons partis; & que
<ÿ- Laza maintenant nous nous deuons mettre cn eftat d’obtenir le parro,
don. Que tandis que nous fommes icy, nous auons de belles
efperanccs : mais qu’aufti-toft que nous en ferons deftogez, il
ne fera plus en noftre pouuoir de nous repentir, ny de lauer les
Jfomil. 4 fautes cômifes. Et que ceux qui n’auront pas nettoyé leurs perncap.2. chcz encettc vie, après cela ne trouueront aucune confolaJPcbr,
1
*
- non.
Enfin c’eft pour cela qu’ils ont exhorté les fideles de leur
temps à trauailler à leur falut pendât le cours de la vie prefentsfupnft. te :proteftans que quand nous ferons palfcz au Siecle à venir,
homil. 5. jj n»y aura pju$
compon<ftion de cœur, il ne reftera point de
Ep'

54.*/ M4
Qif après cette vie il n’y aura plus de lieu de corriger fes
ced.
mœurs.
Tenul.de
Et que nulle ame ne peut prétendre a obtenir le falut ,fi elle
Ttfur.c.8. ne croid, pendant qu’elle eft dans la chair.
I’ay allégué dans ma refponfe ces deux derniers tcfmoi• gnages de Tertullicn & de Sainét Auguftin ,pour vous rendre
mon raifonnement receuablc par l’approbation de ccs,deux
grands Doéteurs. Mais parce que Monfieur le Bachelier a fait
femblant de ne pas apperceuoir ces lumières : je les luy remettray deuant les yeux, dans vne autre façon de raifonner plus
conforme à fon humeur, & plus rapportante à Ion genie.
Si apres la mort il y auoit vn Purgatoire pour les ames '.elles
pourroientfe corriger de leurs defauts , dr prétendre à la pof
fefsion dufalut apres cette vie.
Mais apres cette vie les ames ne peuuent plus corriger leurs def
fauts,félon Sainft Auguftin , ny prétendre àla pofsefsioit d»
falut,félon Tertullicn.
Doncques felonTertullien & Sainft Auguftin, il nyapoittf

apres la mort de Purgatoire pour les ames.
Monfieur le Bachelier a efté fur le point de nier côme faufTc
l’allégation de ces Peres, qui fait la mineure de monArgument : mais voyant au marge la citation des lieux, quilepou;

de la fexiemé Refponfe,

3 51

îxoit conuaincre, il s’eft retenu, Se a changé la négation cn vne
conccffion douteufe. le veux bien, dit-il, que cela foit ^’nfi,
certes cela ne fait rien contre le Purgatoire : car nous ne difons
pas que le Purgatoire eft cftably, pour corriger lesinœurs,
mais pour fatisfaire, & expier le reliquat de nos pechez. Nous
ne difons pas qu’on y acquière des prêterions de falut: car la­
me eft iugée incontinant apres la mort : mais nous croyons
qu’il y avn lieu, où les ames foufïfcnt& font detenués durant
quelque temps, lequel s’appelle Purgatoire.
Monfieur le Bachelier dit ce qu’il croit, mais non pas cc
qu’ont crcu les Peres de l’Eglife, nyceque croit l’Eglifc Ro­
maine. Queles Peres ayent creu, qu’aprés cette vie il n’y a
point de lieu pour corriger nos mœurs ; ny pour prétendre, ou
pour trauailler à acquérir le falut ;il faut que cela foit, vueilleil ou non : puis qu’ils ont déclaré leurs fentimens fur ccttc ma­
tière , comme nous auons veu. Et certes ce qu’ils ont dit, ils
l’ont dit conformement à l’Efcriture. Pour la corredion, Kpift. ai
Saind Auguftin, prouue qu’elle fe peut faire en cette vie, & Macedt»
non point après ,parrcxempleddhommeimpenitcnt, donc
parle Saind Paul, lequel me fprifant la bénignité de Dieu & les T^o.2.^
richeffs de/a longue attente, s’amaftc vn threfor d’ire pour lelugement deDieu. Quant à la prétention que nous auons d’ob­
tenir le falut : ileft vray que nous remportons le falut des ames i.Tier.iî
pourfn de nofirefoy^ comme dit Saind Pierre ;& que nous cbe-wf 9mimons par foy-, comme dit Saind Paul, pour paruenir àlavi- 2- Cor.j.
fion. Mais Tcrtullien prouue que la chair eftle fondement
falut parce que l’ame peut croire tandis quelle cft cn la chair, ro paivtis
c’eft à dire dans le corps j & qu’aprés cela elle ne peut plus tra- efl carda.
uailler à obtenir le falut, d’autant qu’elle n’eft plus en eftat de Tert. di
croire.
.
rtfir.car
Maiftre Chiron fait femblant de croire cela : mais après
il croit fc fauuer cn difant, que le Purgatoire n’eft pas cftably
pour corriger les mœurs, ny pour acquérir ou prétendre le fa­
lut. le croy bien que ceux qui ont inuenté ce feu, ne l’ont pas
allumé pour de fi bonnes fins : mais ie dis que s’il n’cft pas efta­
bly pour cela,il faut bannir du Purgatoire tous les ades de foy,
d’efpcrancc, de patience, de repentance, & de charité, qui
font les vertus par lefquellcs on peut trauailler à corriger fes

35i

Deffenje particulière

mœurs pour obtenir le falut. Car fi les âmes y fatisfont àDieu
par 1g fouffrancc des flammes: je demande où clics fouffrenc
auec foy & efperance d’en fortir vn iour pour entrer en gloire
ou aucc incrédulité & defcfpoir. Si elles n’ont point de foy, ny
d’cfpcrance elles font en enfer, qui cft le iour des incrédules
defcfperez. Si elles croyent, fi elles efpcrent, comme vous
Tellarm. dires, qu’elles ont vne foy certaine, & vne parfaite efperance
2. d: <je ja béatitude : nc font-elles pas dans le chemin & dans le traPurgat.c. ua-j pQijr obtenir le falut, qu’elles cfpercnt, & qu’elles ne pof**
fedent pas ? Certes vous n’en pouuez point douter, fi vous fça­
uez que la foy & l’cfpcrance font les vertus qui nous mcincut à
la Patrie.
D’ailleurs, je demande, où ces âmes qui font en Purgatoi­
re fouffrent auec murmure, & hayne contre Dieu, ou auec des
fentimens de patience & d’amour pour Dieu, qui les punit. Si
vous dites que c’eft auec murmure & averfion de Dieu: vous
rendez leur cftat femblable à celuy des âmes damnées, qui font
'Mat.13 en pleur & grincement de dents. Si vous dites, commeon
42.
vous enfeigne, qu’elles expient leurs fautes venielles par des
a<ftes de patience & de dileéfion : n’eft-ce pas bien trauailler
fent.dift. pOur obtenir la Béatitude? Et s’il cft vray comme on-vous dit,
** 1 que les'peines du Purgatoire furpaftent de beaucoup toutes les
'BtlLtrm. affligions de cette vie j quelles égallent en grandeur celles
lib. 2. de de l’enfer, & qu’elles en font differentes feulement en durée:
Turgat. Que peut-on faire dauantage pour acquérir la jouïflance de U
c*/». 17. félicité?
Enfin dites-moy, fi ces âmes qui fouffrent en Purgatoire,
pour fatisfaire à Dieu, & pour expier leurs pechez veniels,font
marries de les auoir commis ; & fi elles fe repentent d’auoir of­
fensé la Bontéde Dieu par des fautes legeres. Si elles n’en
font point marries, elles changent leurs pechcz veniels en
mortels, par cette impenitcnce de laquelle lefus-Chrift a dit.
13 S Si vous ne vous repentez., vous périrez tous femblablement. Si elles
ne s’en répètent,pas elles font dans vn cndurciffemcnt,qui ^ur*
pafle celuy des reprouuez en enfer, lefquels comme dit Sain#
guftin, font dans vne continuelle penitence des maux qu ils
ttc^erm ont comm*s » à caufe des maux qu’ils endurent. Si elles s en

repentent, elles font donc dans les exercices de la penitence»

de la JtxiémeRefyenjê,

355

n

elles ont déplaifir d’auoir offensé Dieu; & Cctte acceptation
qu’elles font des peines qui leur font infligées par la Iufticc de
Dieu, eft vne penitence qui procédé de la charité,comme vous j*c Ar*'
enfeignent les Dodeurs de la vie purgatiuc. Orqu’cft-ccqüc
ù
la Penitence, ft ce n’eft vne correction des mœurs, vn perpé­
tuel amendement de vie? Certes elle corrige neceftàirement
la volonté : puis quelle confifte dans la haine du mal que l’on
a commis, Sc dans l’amour du bien que l’on aobmis; dansle
defplaiftr du péché qu’on a fait , ôedans la refolution de ne le
plus faire 5 & puis que félon S. Auguftin, elle change l’hotfime tsiuguft*
envn meilleur eftat parl’aucrfiontm péché, & par laconuer,tmP'
fion à Dieu. Reconnoiflez donc, quoy qu’en die Maiftre Chi- ferm'
ron, que le Purgatoire eft eftably pour trauailler à acquérir le J°‘
falut par des peines fatisfadoires, & pour corriger les mœurs
par des actes de Penitence. Et que par confequent il eft aboly
contre la Dodrine de l’Efcriture, qui dit que nous deuons fai­
re bien pendant que nout tuons li temps qu’il faut trauailler pendant le iour de cette vie; qu’aprés cela la nuid de la mort eftant fean.ç.
venue l’on ne peut plus rien faire; que c’eft maintenâtic temps
de faire penitence, qu autrement le Seigneur vient bien toft 5pour nops iugcr. Et contre le fentiment de tous les Peres,qui
nous tcfmoigncnt ,-qu’en cette vie eft le temps du combat & Chry/.bS
du trauail, mais qu’aprés la mort eft le temps de fe repofer & de
teceuoir des Courônes ;-qu’en cette vicfeuicment nous auons 'n^nc^n'r
li liberté
Itbrrr/* rlr»
nmic rrnpntir
l-i mort,
tnnrf nous
nrvuc n'au­
n’on
.0 / erm
la
de nous
repentir, m-ïic
mais nii’-iarpc
qu’aprés la
66.0e tëp
rons plus le pouuoir de nous corriger.
Après cela Monfieur le Bachelier ayant définy le Purga­
toire, vn lieu où les ames fouffrent &lbntdetenués durant
quelque temps, nous fait cette double demande fuiuant le ftile
des Millionnaires. Que le Miniftrç nous allégué vn feul Pere,
qui nie clairement ce troifiéme lieu, & qui dife que le Purga­
toire eft vne illufion procedée de la boutique de Satan : par ce
que les deux Peres qu’il a défia citez ne dépofent rien pour luy.
Et pour cftablir le Purgatoire fur leùî tefinoignage,il adjoufte,
au contraire ils parlent éuidemment en noftre faueur : Car
Tcrtullien au liure de l’ame nous apprend que les Preftres
auoient accouftumé de faire quelque Oraifon pour les morts^
Et Saint Auguftin fur le Pfeaume trente-feptiénie addrefle fa
¥ y

354

Defenje parriettfiere

voix à Dieu en ccttc maniéré, Que tu me purges cn cette vie
& me rendes tel, que ie n’aye pas befoin de feu purgatif. Voila
des tefmoignages fort clairs &c fort naïfs pour i’cftabliiTcmenc
du Purgatoire.
Surquoy nous fatisferons premièrement à fes deux demandes, & puis apres nous vous ferons voir que cc qu’il allè­
gue de Tertullien & de Sainél Auguftin, ne fait rien pour l’ellablilTcment du Purgatoire Romain.
Pour fatisfaire à la première demande, comme cy deuant
nous auons deftruit le Purgatoire au regard du temps, mon­
trant qu’il n’y en peut auoirfeprés cette vie; & au rêgard des
fins, pour lefquellcs on l’a eftably, failant voir qu’aprés la mort
les ames ne font point en eftat de le corriger , ny d’expier leurs
pechez, ny de trauailler à leur falut; aufli faut il maintenant
quenouslcdcftruifions au regard du lieu, puis que Monfieur
Chiron le veut ainfi. Et c’eft ce qui nous fera fort aisé à faire
par l’authorité de l'Efcriture, Ôc par le tefmoignage de plu­
ficurs Peres, quoy qu’il n’en defnandc qu’vn leul.
L’Efcriture parlât des lieux où les ames lot reccués après ccttc
vie,ne fait mentiô que de deux lieux oppofez, où elles ferôt cn
t. Samuel deux eftats côtraires,àfçauoir àesfaifteauxde we,où les ames des
aç. 29. iuftes font recueillies pardeuers leur Dieu j & duZ/e» ou leurs
Aiath. 5. ennemis font jettez au loin comme auec vne fonde. Du^xmrr
12’
où le Seigneur de la moiffon aflemblcra le bon grain, & du/?»
Afath. j. q,ii ne s’efteint point, où il bruflera la paille. De la perditton, où
mené le chemin large ôc fpacicux : Et de la vie, où mené le
Math.?. chemineftroit, ôc difficile à trouuer. Du Royaume des Cieux,
j 1.
où les iuftes feront à table aucc les Sainéls Patriarches : Et des
tenebres de dehors, où les iniques feront iettez. Du Royaume de
41.43.4j J)teu, où les iuftes reluiront comme le Soleil : Et de lafournaifte
Math. 2$ defeu, où feront iettez ceux qui font iniquité. De la droite du
33.
Souuerain Pafteur des ames, où feront miles fes brebis: Etde
Mathieu
où feront mis les boucs. Du Royaume préparé aux
25-34-4l bénits du Pere: Et dufeuAernel, où feront enuoyez les niauMath.is dits. Dcli vie eternelle, oùlcs iuftes iront : Et despetnes cterl
où s’en iront les mefehans. Du/f/WjWwwsOÙleLa" uc 16
2-. " zare eft porté par les Anges incontinant après la mort, pour
’ cftre confolé ôc reccuoir lès biens : Et de EEnfer, où le mauuais

de la fixiemé Refponfe.

355

Riche eft apres fa mort,pour auoir les maux,6c pour eftre griefuement tourmenté.
,
Seroit-il bien polfible que le Sauucur qui nous deferit les
diuers cftats des iuftes & des mefehans après la mort, euft ou­
blié de nous parler d’vn lieu fi necelfaire pour noftre confola­
tion, comme vous croyez qu’eft le Purgatoire? Et quenous
ayant marqué le^Paradis & l’Enfer pour réceptacles de leurs
âmes, il nous euft voulu cacher le milieu, par lequel tous les
iuftes, exceptez les Martyrs & quelques Confcffcurs , doiuent
neccflairement paffer pour éuiter l’enfer, & pour aller en Pa­
radis? Certes s’il ne nous a rien dit d’vn lieu mitoyen, c’eft par­
ce qu’iki’y en a points Et fiaiitresfoisildifo.it à fes Difciples,
Ily a plufieurs dcmeurances en Ia mutfion de mon Vere ? S’il efiest Autre- jed.i^2.
ment je vont VSuffi dityje VAy vous Apprefier lieu : Aulfi eft-il croya­
ble que s'il y euft eu quelque demeurâce hors de cette Mailôn
pour les fideles * rés la mort, il n’auroit pas manqué dé nous
en aduertir : autrement luy-mefme qui dit, voies fiçAuez là où je j(«ya/,&fiçAuez.l; chemin, nous auroit laiffe dans 1 ignorance d’vn
chemin, qui nous doit mener à la Gloire. Et puis qu’il j) rote- »
ftel&y-mefmc qu’il nous a fait connoiftre tout ce qu’il a oüydc ,
ion Perc : c’eft vn tefmoignage qu’il n’a point oüy de Ion Perc,
qu’il y euft après la mort vn troifiéme lieu entré,le Paradis .&
l’enfer, puis qu il ne nous l’a pas fait connoiftre.
Les Peres Interprètes de l’Efcriture fe font tenus dans le
mefmcfilcncequ’elle,touchant ce troifiéme lieu; & voyant
que l’Efcriture n’en parle point, ils n’en ont fait aufli aucune
mention ; & n’ont affigné que le Paradis, aux âmes des Iuftes
apres la leparation du corps, & l’enfer aux âmes des mefchan>; •
A •
les lieux Celeftesaux vns, les lieux infernaux aux autres; le
raffraifchiffèmentàceux-là,lefeueternelàccux-cy; à ceuxlà les fieges de bon heur, à ceux-cy la région de tourmens:
enfin aux vns le lieu de conlôlation & de joyc, 6c aux autres le
.‘hcudepleur&degemiffèmét. S’ils eufîent ercü qu’il y auoit
vn milieu cotre ces deux extrêmes après cette vie,pour
mettre les âmes dans vn cftat mitoyen hors du Paradis &dc
l’enfer : Scroit il bien poflible qu’ils fe fuffent retenus d en par­
ler ? & qu’ils n’euflent parlé auec afleurance fur vne matière de
cette importâcc > eux qui ont débité leuj;s fimplcs conjeéhircs

356
Deffenfe particulière
fur des moindres fùicts ? Certes leur filence feroit vne raifon
fuffifi^itcà»vn homme qui fepayeroit de raifon, pour luy pcr.
fùadcr qu’ils n’ont rien fçeu de cc troifiéme lieu, puis qu’ils
n’en ont rien dit.
Mais parce que Monfieur le Bachelier nous deffie de luy
pouuoir alléguer vn feul Pcrc qui le nie formellement : en voi­
cy quatre pour vnf*

Ephraïm Syrien, Diacre de I’Eglife d’Edefie, qui viuoit
furie milieu du troifiéme Siecle, n’a-il pas nié formellement
ce troifiéme lieu duquel nous parlons, quand il a parlé delà
forte dans le traité qui luy efi: attribué, de la demeure des Bien­
Epltrtm. heureux. Hors ces deux ordres il n’y apoint d’autre ordre mi­
Syrui.tr*
toyen: or ic parle d’vn qui eften haut, & de l’autre qui eften
litt.de ma
enfer. Euiter la gehenne, cela mefme eft entrér dans le Roy­
Jione beat
aume des Cieux
eftre exclus de ce Royamne, c’eft entrer
dansia gehenne t car l’Efcriture ne nous enfeigne pointées
autres Régions.
Sainét Auguftin n’a-il pas nié formellement cc mefme lieu
tsfttgntl.
bb. i. de qu’on nous figure entre le Paradis & 1 enfer après cette vie ?
ftecat. me Quand il a dit , il n’y a point aucun lieu mitQyen pourpefcfonrit .& re- ne : de forte que Celuy qui n’eft point auec Chrift, ne peut eftre
mjf.c.2% qu’auec le diable. Et afin qu’on ne vous die pas que les ames
de Purgatoire font auec Iefus-Chrift : parce que fa Diuinitè
qui remplit tous les lieux, eft dans le Purgatoire : 11 nous fait
fçauoir ailleurs que par ces termes eftre auec luy, il entend l’eftatdcs Bien heureux qui font en la Gloire; & voicy comment
tsfuguft. il s’explique. C’eft vn grand bien d’eftre auec luy : car les mi-,
trafla 11 ferables peuuent eftre auffi là où il eft; parce qu’il eft en quel*
in ?th.
que lieu qu’ils puiftent eftre : mais les feuls Bien heureux font
auec luy, parce qu’ils ne peuuent eftre heureux que par luy.
Luy mefme ne nie-il pas expreffcmét ce troifiéme lieu? quâd
il dit que la foy Catholique ne recônoift que deux lieux, à fça­
'a4ng fa?
uoir le Ciel des Bien heureux & l’enfer des dânez,où les hom­
de Citât.
£)ei.c. 8. mes feront perpétuellement ? Et quand il affeure que ceux qui
Ltb. 21. ne feront point dans la pofTeffion du Régné de Dieu, feront
de Ctnit. détenus dans vn fupplice eternel? parce qu’il n’y a point de
Dei.c.i} lieu mitoyen, où ne foit dans le tourment celuy qui ne fera pas

cftably dans cc Règne.

de lafixiéme Refyonjc.

3J7

Ce mefine Pere pouuoit-il mer plus formellement cc troi­ esfugufl,
fiéme lieu ? Qu’en difant comme il a dit, qu’il y a deux habita- ferm- 10.
tio ns , l’vne dans le régné eternel, l’autre dans le feu eternel; de verb.
tsfpott.
que celuy qui n’aura point obtenu de regner aucc Chrift, pé­ Ser.\2^,
rira fans doute auec le diable; car il y a deux lieux, & il n y en de temp.
a point de troifiéme pour perfonne.
Enfin pouuoit-il s’expliquer plus clairement pour nier cc
troifiéfme lieu, que quand il a fait cette déclaration ? la foy des
^Catholiques fondée iur l’authorité Diuine, croid que le pre­
Itb. ï'hymier lieu c’eft le Royaume des Cieux, d’où eft exclus celuy qui povnofltc;
n’eft point Baptisé ; foutre la gchenne,où tout Apoftat & alié­ cont. Te^
né de la foy de Chrift fera l’cxpericnce des tourmens éternels :
pour vn troifiéme nous l'ignorons entièrement, voire nous ne
trouuerons pas qu’il foit dans l’Efcriture. Et au marge de mon
Saind Auguftin, impreffion de Paris de l’an 1555. le lis ce mot
vis à vis du troifiéme lieu, le Purgatoire. En paftant jugez delà
fi Sainét Auguftin ne s’eft pas contenté de l’Efcriture pour la
fçience du falut; s’il n’a pas fait gloire d ignorer ce qu’il ne
trouuoit pas dans lEfcriture; s’il n a pas fondé la foy des Ca­
tholiques fur fon authorité ; ôc fi Monfieur le Bachelier ne s’efloignc pas de cette Efcriture, de cette Foy, & s’il ne donne pas
formellement le démenty à ce Sainét Dodeur, quand il dit
qu’aucun Pere n’a point expreftement nié ce troifiéme lieu*
Olympiodore pour n’eftre pas fi Ancien que celuy-là, ne
laifte pas de fuiure les traces de l’Antiquité Orthodoxe ; &
vous diriez qu’il a voulu comprendre en peu de mots tout cc
que Saind Auguftin a dit en beaucoup de paroles, quand il a Olympia»
dit, qu’en quelque lieu ou en quelque eftat, en quelque ordre, dar.in Ec
clefiafLci
& en quelque degré que l’homme-le trouué lors qu’il meurt, il II.
y demeure éternellement: car adjoufte-il,ou il fe repofedans
la lumière de l’eternelle félicité auec les iuftes & auec Çhrift le
Seigneur ; ou il eft tourmenté auec les iniques, ôc auec le Prin­
ce de ce monde, qui eft le diable.
II n’y a que Saind Bernard qui fait mention de trois lieux : Bernard,
mais qui ne laiffe pas pourtant de nier le Purgatoire par cette fente»,
énumération. Il y a, dit-il, trois lieux, le Ciel, la Terre, &c mon.c. 9-.
l’Enfer : chacun a fes Habitans 5 le Ciel n’a que les feuls bons;
l’Enfer que les feuls mefehans, ÔC la terre les bons ÔC les mef­

ehans , niellez cnfemble.

358

Deffenfe particulière

Après cela fi vous voulez préférer l’aduis d’vn grand Euefque ôcd’vn grand Dodeur au fentiment d’vn petit Prcftre &
d’vn petit Bachelier : le vous reprefenteray le confcil fraternel
Sérw.j?3 de Saind Auguftin. Freres -, dit il, que nul ne fe trompe : il y a
de tewp. jeux üeux. fl n’y en a point de troifiéme pour perfonne.Choide va
maintcnât ce que vous voulez; & dés à prefent preparezw® i " vous a cc^a Per,dant voftre vie, ou à vous refiouïr eterncllemêt
* auec les Sainds, ou bien à eftre tourmentez fans fin aucc les
impies. Ne vous laiflez donc point tromper à Maiftrc Chiron?
par la vaine efperance qu’il vous donne d’vn troifiéme lieu,
pour éuiter ces tourmens, & pour auoir part à ces joy es de l’E­
ternité.
Pour moy,ic croy luy auoir donné refte de fatisfadion, firr
fa première demande, en alléguant plufieurs Peres qui ont nié
clairement ce troifiéme lieu, que l’on eftablit pour la fatisfa­
dion de la Iuftice Diuine. le n’auray.pas plus de peine à le fa­
tisfaire fur la fécondé, s’il veut efeouter la raifon. . Il veut que
ic luy fafle voir par le tefmoignage d’vn Pcre, que le Purgatoi­
re eft vne illufion procedée de la boutique de Satan : & c’eft ce
que vous pouuez facilement conclurre des paroles de S. Au­
guftin, & que nous pouuonsreduire à cette forme de raifonnement.
* Tout dogme que l'onfait paffer pour article defoy-,(ft qui néantmoins est plein d’erreur (ft de tromperie ; qui choque l’authorité
Diuine (ft lafoy des Catholiques fieft quvne illufion procédés
de Satan.
Or la doUrine du Purgatoire-,. qui eftablit vn troifiéme lieu en­
tre le Paradis (ft lEnfer apres cette vie , eft Va dogme, que Ion
fait paffer pour article defoy-.mais qui neatmoins est plein derreur (ftde tromperie firqui choque 1‘authorité Diuine, (ft l*
foy des Catholiques.
Doncques la doctrine du Purgatoire , qui eftablit vn treiftéuit
lieu entre le Paradis (ft l Enfer apres cette viefieft qtivns ilht'
fion procedée de Satan.
La majeure de cét Argument eft de la droite raifon,de l’Ef­
criture, & dés Peres. De la raifon, car n’eft-ce pas eftre fediideur comme le Diable ,.de faire palier l’erreur pour la vérité, &
ce qui choque la foy des Catholiques pour vn article d^foy-

de lafîxiéme 1{efonfe,

359

Fut-il iamais d’illufion plus diabolique? E-IIe eft aufli del’Efcriturc : car à cecy, dit Sairtâlcan, connoifons-notts l’efprit de ve- r. ^tan^
rité & Fefprit d'erreur : qui connoif Dieu nota efeoute, qui nef point 6.
de Dieu, ne nous efeoute point lEtSain&Paulùitvoirciu.’onïcrcuoltedelafoy en s'adonnant aux efprits abufeurs & aux dotfnnes1 •Th’M*
des diables. Toute dodrine donc qui choque l’authorité Diui-r*
ne, &quis’oppofcaux veritez de la foy, ne procédé que de
l’elprit d’erreur, æ n’eft qu’vne illufion des efprits abufeurs,&
vne dodrine des diables. Cette mefine propofition eft des Pe- isfuguft.
res, qui ont parlé du diable, comme du chef des Heretiques,du Gregor.
Pere des erreurs & des tromperies,-& comme du Prince des te a

nebres, qui fc dcfguife en Ange de lumière pour feduire les
hommes.
La mineure eft de SaindAuguftin : car il protefte, comme
nous auons veu, que c’eftla foy des Catholiques, qu’il n’y a
que deux lfcux apres cette vie pour les ames, à fçauoir le Para­
dis & 1 Enfer; qu’il n’y a point de troifiéme lieu pour perfonne;
que l’authorité Diuine les oblige de croire cette vérité ; & que
celuy qui le croit autrement fe trompe. Cette dodrinc donc,
qui eftablitvn troifiéme lieu, choque lafoy des Catholiques;
s’oppofeà l’authorité Diuine ; & n’eft qu’vne dodrinc d’er­
reur : puis que celuy qui la croit fc trompe. Or telle eft la Do­
drine du Purgatoire qui eftablitvn troifiéme lieu entre le Pa­
radis &l Enfer. Doncques fclon noftre conclufion, & félon
le fentiment de Saint Auguftin, c’eft vne illufion de Satan.
Mais parce que Monfieur le Bachelier pourroit dire que çe
nefontquedcsconfequcncesMiniftralcs, &quc les Peres ne
parlent pas ainfi : Il faut que ie luy fÿffelirecc mot d’illufion de
Satan dans les Peres, touchant le Purgatoire. Et c’eft ce que ic
feray, s’il veut examiner lçs propofitions de cét Argument.
En matière defoy, ce qui estfondéfuries apparitions & reuela­
tions des ames des trejpaffez, eft vne illufion de Satan.
Or le P urgatoire eftfondéfur les apparitions & reuelations des
ames des trefpaffez.
Doncques le Purgatoire ef vne illufon de Satan.
La première propofition de ce raifonnement eft del’Efcrîturc, qui nous enfeigne que les ames des morts ne rcuiennent

point pour parler aux viuans ;& qui deffend aux viuans derç-

X



3 6o

Defenje particulière

Deut. 8. chercher de la bouche des morts les veritez de la foy. 1/ ne fe
xo.ii.i2. trouuora peint parmy toy aucun qui s'enquefte vers les morts', carquiconquefait telles chofes eft abomination à ^Eternel, dit Dieu par fbn
Efaye. 8. Prophète Moïfe. Le peuple ne s’cnqueftera-il point defon Dieu ? alj 9. 2 o. icr poar ieS viuans aux morts, a la loy & au tefmoignage, d it D ic u
/.//£■ 16. luy-mefme pai- Je Prophète Efaye. Et quand le mauuais Riche
2 7*
eftant en Enfer demande que le Lazare foit enuoyé vers fes
Luc \6. freres pour les aduertir > afin qu’ils ne vienlrentpoinc danscc
So.
lieu de tourment, & qu’il fe promet que fi quelqu’vn des morts
Luc rtf. va vers eux, ils s’amenderont : Que luy eft il refpondu? ils ont
2? 5*. Moïfe & les Prophètes., non plusferont-ils perfitadez, quand bien quel­
qu'un des morts reffufeitera, Pour montrer non fculemét que c’eft
vne chofe inutile aux viuans d’attédre que les morts les inftrui'Z/^W^Jcnt de leur deuoir : mais aufli popr nous apprendre, comme
in Lues. difcnt Tertullien, Sainâ Athanafe, & Saint Chryloftome,
16.
que fi cela fe faifoit ,*ce feroit vne çaulc de beaucoup derreursj
& que les démons apparoiflans & parlans en la perfonne des
ames des dcffun<fts,tromperoicnt les hommes par leur illufion;
& leur pourroient perftiader tout ce qu’ils voudroient par cct
artifice.
Cette mefme propofition eft formellement desPcres, qui
nous enfeignent que les ames feparées des corps ne rcuiénent
point dans les Régions de ce monde; & que telles apparitions
& reuelations des ames font des impoftures du Démon ,*& des
illufions du pere de menfonge.
Fallacia
Tertullien l’a bien creu de la forte, quand il a nommé ce
fftritw pourparler des ames des morts auec les viuans, vne fallacc du
ntquafub malin elprit, qui fe cachg fous les apparences des perfonnes
trelpaflees. Et quand il dit que le Seigneur Gn la Perfonne d Amdel'i braham, nous a fait allez connoiftre, que nul ne peüteftre renteÇciMû uoyé 5 Pour nous apporter des nouuelles de ce qui fe pafle dans
Tertul.de l’autre monde, par 1 exemple du Pauure fe repofant, & du Ri*
anima, c. che gemiflànt,ce qui pouuoit cftre pourtant bien permis alors,
57.
pour faire qu’on donnait creance aux paroies de Moïlc & des
Prophètes.
Sainét Athanafe eftoit dans le mefme fentiment, quand il
^A^refpondoit ainfi à cette demande. Pourquoy Dieu n’a il P35
quaft.ïf. permis que l’ame de quelqu’vn de ceux qui font fortis d’enue

de laJtxiéme Rejponje,
les viuanâ, reuienne vers nous, pour nous rapporter quel elt
F eftat des’chofes dans les enfers ? Plufieurs erreurs viendroient
de là parmy nous : car les démons fe pourraient reueftir des
formes humaines , & prenans les figures des hommes trcfpaf­
fez , femer beaucoup de chofes fupposées parmy les viuans, &
nous faire à croire des fauffes doctrines, pour nous feduire&
pour nous perdre.
Saint Chryfoftome auoit la mefme creance quand il difoit, Chryfoft.
ce n’eft pas l’ame du deffunCt, qui dit, je fuis l’ame d’vn tel: homii. 29
mais c’eft le diable qui feint ces chofes , afin de tromper les au- **
diteurs : Car, adjoufte-il, les âmes des iuftes font en la main
de Dieu j & les âmes des mefehans font incontinant après la
mort emportées loin de nous.
de
Sainét Auguftin a creu la mefme chofe, quand il a dit, que cura pro
par ccs trompeufes vifions les hommes tombét dans des gran- mort». c.
des erreurs.

10. •
C’eft pour cela que luy-mefine voyant les peuples de fon
,rr
,
* r fr

ce
ferm. \ t.
temps abulez de cette raulfe opinion , qui regne encore parmy &
le vulgaire de l’Eglife Romaine , qu’il falloit apprefter des
viandes , vn certain iour de l’An aux âmes de leurs parens trefpaffez: les defabufe par cette raifon, qu’il faut croire qu’elles
. font aucc Chrift ; & que bien loin de fc plaire aux viandes
charnelles,elles s’en tiênent offensées : fi nous croyons qu’cl' . les font fur la terre, cependant quelles font dans des fieg.es fa­
crez. ,

Et c’eft pour cela que le Concile d’Ancyre, a donné ce beau Concilia
decret fur cette matière, & fait cette ordonnance aux Eccle- ^ncyran
fiaftiques. Les Preftres doiuent prefeher inftammentaupeu“
pie dans les Eglif'cs qui leur font commifes, pour leur faire fça­
uoir que ces chofes font entièrement fauffes, & que ce n’cft
point par l’efprit de Dieu, mais par l’efprit malin, que tels
phantofmes fe prefentent aux âmes des fideles.C’cftpourquoy
il faut annoncer à tous publiquement, que celuy qui croit ccs
chofes, & autres femblables, a perdu la foy.
Lafcconde propofition de mon raifonnement cft de voftre
creance, & du fentiment des Doéleurs qui vous l’cnfeigncnt.
Car n’obftant l’authorité de l’Efcriture, le tefmoignage des
Pcres, & le decret d’vn Concile approuué parle General de
Zz

$62

Deffenfe particulière

Nicéc j ils n’ont pas laifle de fonder le Purgatoire furies appa;
ritions des morts j & fur les reuelations que les ames "des trcf­
paftcz ont fait aux viuans. Cét édifice commença de fc faire
Çjregvr. lùr ce fondement au temps du Pape Grégoire I. qui n’cnpcuc
Aiag.lib. parler qu’auec des termes d’admiration. D’où vient celaie
4. Dial, vous prie, dit-il, que tant de chofesqui ont efté auparauant ca­
cap.
chées touchant les ames, fc voyent clairement en ccs derniers
temps? de forte que le ficelé à venir féblcfc montrer & feprefenter à nous par des reuelations & des demonftrations mani­
feftes ? Mais il n’auroit pas efté dans cét eftonnement, s’il euft
i. Tint4. bien confideré ce qu’à prédit Sainél Paul, qu’« derniers temps
plufieursfe deftourneront de lafoy, s’adonnans aux efprits abufeurs.
1.
Le Cardinal Bellarmin tire vne raifon fondamentale pour
"Btllarm.
hb. ï. de ce baftiment des apparitions des ames, qui ont rapporté quel­
Purg. c. les eftoient en Purgatoire, &c qui ont imploré le fecoursdes
ïl.
viuans.
C’eft pour cela que nous voyons les Iiures de quelques Do­
'Seda lib.
5. biEfer. éteurs Vifionnaircs, remplis de telles apparitions des ames, qui
tsfngl.c. venoient dire qu’elles eftoient griefuement tourmentées en
Purgatoire, pour quelque léger péché quelles auoient com­
B?
mis eftans dans les corps. D’autres qui cftans morts & retour­
nez en vie, ont raconté des chofes merueilleufes de l’enfer, du
Purgatoire & du Paradis. Us en font mefine venus iufqu’aux
reuelationsduDiable, qui a luy-mefme rendu tefinoignage
Dob.hif. du Purgatoire. Car Lombard raconte qu’vn certain Odilon
158.
inftitualaFcftedc la Commémoration des Morts, ayant ouï
les hurlemens des Démons,'qui fè plaignoient de ce que les
ames des dcffunéls eftoient dcliurces du Purgatoire par les aumofnes, par les Meftès,&les Oraifons. O doétrine diaboli­
que, & digne en toute maniéré d’eftre enfèignéeparlesMai*
ftres de l’enfer.
C’eft de ces Maiftres fans doute,que Simô le Magicien auoit
Xptph.kœ
ref. 20. receu les inftruétions, quand au rapport d’Epiphane, ilenfeignoit la Purification des ames après la corruption & la mort de
la chair.
C’eft de ces Maiftrcs que le Iefuïte Cotton vouloit eftre in­
ftruit,
quand au rapport deTilenus il interrogeoit le démon,
Tile.part
2.difp.6$ par quel paftage du Nouucau Teftament on pouuoit plus com­
f(H. 34. modément prouuer le Purgatoire.

de la fixiéme Rcjponfe.

3 6$

C’eft pour cela que l’Eglife Romaine dansle defir qu’elle a
de profiter de ces leçons infernallcs, c’eft à dire d’entretenir
les hommes dans l’erreur, a inftruit les Preftres des paroles &
des ceremonies dont il fe fia ut feruir pour conjurer ccs efprits
& ces phantofmes, qui paroiftènt quelquesfois dans lcsmaifons ; & leur a preferit cette formule de priere auant la conjura­
tion. Seigneur lefus-Chrift, qui connois tous les feercts; qui Format.
as toufiours aecouftumé de reueler aux petits enfans, &à tes
fideles, les chofcs vtilcs & falutaircs ; & qui as permis qu’en cc {pirit.
lieu vn elprit fe foit montré : Nous fupplions humblement ta
mifericorde, & ta btnignité, par ta Palfion & par I’cffufion de
ton très précieux Sang,que tu as donné pour nos pechcz, que
tu daignes commander a cét elprit, à ce que fans efpouuantcr,
Se fans endommager aucun de nous, il fereuele, faifantconnoiftre à nous tcsïéruiteurs, ou à d’autres pécheurs, qui il cft,
& pourquoy il eft venu ;& ce qu’il demande: afin que voulant
eftre honoré parla, il reçoiue luy-mcfmc de la confolation, &
que tes fideles aulfi en tirent du foula gement.
Puis donc que telles recherches, que l’on fait vers les efprits
dés morts, font en abomination deuant Dieu, fçjon le tefmoi­
gnage de l’Efcriture; puis que ccs apparitions & rcuclations
des âmes des trefpaffez font des fallaces, & desimpofturcsdtt
diable, félon la creance des Peres ; puisque le Purgatoire eft
fondé fur telles apparitions & reuelations des efprits, félon le
fentiment de vos Dodeurs : ïugez de tout cela, fi noftrc conclufion n’eft pas véritable, à fçauoir que le Purgatoire eft vne
illufion de Satan. Certes vous n’aurez point de peine à vous
perluadcr cette vérité, fi vous voulez encore lire auec attentio,
ôé-confiderer auec application d’cfprit le raifôncmeht fuiuant,
que ie réduis à trois propofitions en cette forme.
Toute doctrine qui ejl tirée desfables des Poètes, ef des inuen­
tions des Philofophes Payens? qui ejl conforme aux réueriesdes
Rabins Iuifs , ef aux extrauagances de /’ Alccran de Mahomet?
ne peut ejlre quvne illufion procedée de la boutique de Satan.
Or la doctrine du Purgatoire ejl tirée des.fbtions ef fables des
Poètes, ef- des inuentions des Philofophes Payens ; ef est entiè­
rement conforme aux réueries des Rabins Iuifs, ef aux extra­
vagances de l’Alcoran de Mahomet»

-

Zzij

3*4

Defenje particulier?

Doncques la dottrine dirl'urgatoire ne peut ejlre qu'une illufion
procédée de la boutique de Satan.
le ne penfe pas qu’aucun de vousCatholiques Romains me
contefte la première propofition de cét Argument: Car tous
les Chrcfticns demeurent d’accord que les fierions des Poètes,
& les inucntiôs des Philofoplfes Paycns,au fait de la Religion,
n’ont efté que les produétions d’vne làpicnce terrienne, fenfuclle, & diabolique. Nous fçauons tous que ces grands El•ProPpcr. prits du Paganifmc, n’ont efté que des aucuglcs dans les Mylib. cont. fteres de la foy ; que n’eftans point éclairez de la reuelation
ColUtor. Celefte,&quen’ayans d’autre guide qfle les lumières de la
collat.i^. raifon naturelle,ils n’ont pû auoir aucune connoiflance des
veritez que Dieu a reuelées aux Chreftiens; & Sainét Paul
P^om. i. nous apprend qu’eux tous font deuenus pains en leurs difcours, que
21.22.2 5 ^eur coeur defiitué déintelligence a efié remply de tenebres, cpeicfe dtfans
efire fages, ils font deuenusfols j & que les vns par leurs inuentiôs
& les autres parleurs fables, n’ont fait que changer la Perité de
Dieu enfaufifeté. Pour les Rabins d’entre les Iuifs, comme Ie/f4»8.44 fus-Chrift difoit à ceux de Ion temps qu’ils eftoient enfans du
Diable, quieft menteur dés le commencement : parce qu’ils
^idimant se^°^ent deftournez de la vérité de la Loy, à l’imitation de
cap.<ÿ. leur pere î Quin aPor,lt perfeueré en la Perité j cômc l’Apoftre déJ.7ÏOT.4 fend à fes Difciples de fuiure les fables Iudaïques inuentées
7.
par les Rabbins, parce qu’elles deftournent les hommes de la
fit. 1.14. vérité: aufli tous ceux qui lifent le Talmud des Rabbins qui
leur ont fuccedé, aduouënt qu’il eft plein de réueries, & de
blafphemes contre les veritez de la Foy. Pour l’Alcoran de
l’impofteur Mahomet, perfonne ne peut douter que ce ne foie
vn ouurage de l’enfer, Scvn liurc diété par le pere de menfon­
ge. Tellement que tirer les veritez de la foy des Poètes & des
Philofophes Payens, c’eft vouloir apprendre la fçience dufalut de ceux qui ont efté dans l’aueuglement &dans les tene­
bres ; fuiurc les fentimens des Rabbins, & les pensées de Ma­
homet dans les Myfteres de la Religion Chreftienne, c rit
prendre pour guides dans les voyes du Chriftianifme , les en-,
nemisiurez de Iefus-Chrift.
Or c’eft ce que font vos Conduétefirs, qui vous enfeignenf
la doétrine du Purgatoire : la preuue de cela n’eft pas difficile a

de lafîxiéme 'Refyonfc,
3 6<5
faire : c’eft vneprcuue de fait, qui vérifiera la fécondé propofi­
tion de noftre Argument, aflauoir que la dodrine du Purga­
toire eft tirée des fidions des Poètes , & des inuentions des
Philofophes Payens ; & qu’elle eft entièrement conforme aux
réueries des Rabbins#& aux extrauagances de Mahomet. Pour
voir la vérité de ce que ie dis, vous n’auez qu’à faire comparai­
fon de ce qu’ont dit ces Poètes, ccs Philofophes, ces Rab­
bins, & ce faux Prophète, auec cc que vous enfeignent vos
Dodeurs touchant le Purgatoire :& vous trouucrez qu’il y a
fi peu de différence entre ce que les vns & les autres difent,
qu’il paroift manifeftement que les derniers ont fuiuy les ma­
ximes des premiers, & fe font arreftez aux inftrudions de leur
Efcole.
Si les Poètes du Paganifine ont fait mention desfleuues & Hopter '.
des flammes de l’enfer, où les ames fouffrent des peines, pour Firgili.
fe purger, & faire l’expiation de leurs pechez : C’eft cela mef CUud.a,
nie que difent vos Dodeurs, affeurans que dans l’enfer, c'eft à
dire dans le P urgatoire, les ames fe purgent, les vnes dans les 7^^**
fleuues, les autres dans les feux.

, ’
Si les Philofophes Payens ont donné pour chofe certaine, 7lato. m
que les ames de ceux qui doiuent eftre purgez font portées en vhaid5.&
leurs lieux pari es démons; que là font purgez ceux qui n’ont
efté ny tout a fait bons ny tout a fait mauuais, mais qui ont te­
nu le milieu, & qui font fortis de ce monde auec des pechez
curables ; qu’eftans grillez par les flammes, ils implorent l’ayde des viuans; Sc qu’enfin après auoir enduré ces tourmens Mtcrob.
pluficurs fieeles, après auoir obtenu la purgation, il eft permis «
à ces efprits de fortir de ces lieux infernaux- & de remonter SeifiMb.
dans le Ciel, comme dans le lieu de leur origine. C’eft cela 2*
mefme que vos Dodeprs tiennent pour affeuré, quand ils di­
fent que les démons font prefens à ceux qui font purgez, pour ’SelUrm.
infulter à leurs miferes, & pour fe fàtisfaire de leurs tourmens; hb. a. de
que le Purgatoire eft cftably feulement pour ceux qui meurent Pttrg.ca.
auec des coulpes vénielles, ou qui font morts auec l’obligatiô
à la peine après la remiftion de la coulpe ; c’eft à dire, comme
ils l’expliquent eux-mefines, qui tiennent le milieu entre les
bons & les mauuais; qui à la vérité font morts en Chrift & en *
la foy, mais n’ont pas efté purgez parfaitement. Et quand ils
Z1 iij

$66

Deffenje particulière

’Setlarm. font cc ingénient,qu’aprés cette vie il y a des peines éternelles
hb. i.de pour ceux qui font fort mefehans, des recompcnfes éternelles
Purgicap pOUr ceux qU j font fort bons . & pOur ccux
pOüt niC(jjocrc_
ment bons.& mauuais des peines temporelles, par lepaffagc
«Wmer. lefquelles ils vont aux recompenfes etcrqplles ; & leurs ames
tom. 14. expiées paroiftènt fans macule deuant Dieu. Mais auant cela
difp. 25. elles ont bcfoin du fecours des viuans, comme nous auons veu;
& c’eft pour cela qu’elles vicnent quelquefois demander quelque raffraifehiftemét contre les ardeurs de ces régions enflam­
mées.
Thalm.in
C’eft la mefine réuerie que les Rabbins débitent dans leur
l. 'Rj>/cb. Thalmud, quand ils diftinguent ceux qui doiuent reftufeiter,
hafebana en trois elaftes.' La première cft de ceux qui font parfaitement
fV p bons, la féconde de ceux qui font extrêmement mefehans, la
troiftéme de ceux qui n’eftans ny entièrement bons, ny au der­
nier point mefehans, doiuent expier après la mort le refte de
leurs pechez en enfer ; qui apres cela font deliurez, & qui mef­
mc peuuent eftre aydez à cela par les prières, que l’on récite à
'chaque Sabbat.
.
.
rMabom. • C’eft là mefine peine que Mahomet impofe à tous les hom­
in .eflctr, mes fans exception dans fon'AIcoran. Croy, dit-il,. que tous
az.oar.io.
pafteront par ce Purgatoire , & que les vns y demeureront
Ibidem, plus, les autres moins. Il faut fçauoir, qu’il n’y a perfonne,
az.oar.2? qui ne doiue aller au feuiparce que le S eigneur l’a commander
mais les incrédules y demeureront à toufiours, mefine corpo­
rellement. Il n’eft pas befoin de raifonner, pour combattre
H/f r diaitoutcs ces fi<ftfons fabuleufes: parce qu’elles portent auec elles
leur condamnation, aufli bien que leurs autheurs; & qu’elles
dfftdn. font du nombre de ces erreurs, défquelles Saind Hierofme a
dit, que pour les réfuter , il fuffit de les faire connoiftre.
Après auoir fatisfait aux deux demandes dé Monfieurle
Bachelier, aufquelles il me défioit de pouuoir refpondre par le
tefmoignage d’vn feul Pere : il faut maintenant que ie fatisfafle
à deux objedions prifes des mefmes Peres,que i’auois alléguez
dans ma refponfe ; Sc dont il m’oppofe deux tefmoignages,
pour faire voir, qu’ils ont efté dans la creance du Purgatoire,
bien loin de le condamner. Les deux Peres, dit il, qu’ila delta
citez ,ncdépofent rien pour luy > au contraire'iis parlent cifo

dé lafixiéme Reffinje,

36 j

demmcnt en noftre faueur. Car Tertullien au liure dcl’Ame
nous apprend que les Preftres auoiét accouftumé de faire quel-:
que Oraifon pour les morts. Et Saind Auguftin fur le Pfcaumetrente-feptiémeadrefl’e fa voix à Dieu en cette manière,
que tu me purges en cette vie,ôc me rendes tel que ie n’aye pas
befoin de feu purgatif. Voila des tefmoignages fort clairs ôc
fort naïfs, pour l’eftabliffcment du Purgatoire.
Voila qui eft fort clair dans l’imagination de ceux, qui
n’ont iamais leu Tertullien, ny Saint Auguftin, ou qui les ont
Ieus fins les entendre, ôc fans s’arrefter à leur intention.
Pour le premier tefmoignage, qui eft de Tertullien : je ne
fcay pas pourquoy Monfieur le Bachelier dit qu’il eft fort clair
pour eftablir le Purgatoire. Car fi ic voulois chicaner auec luy
fclon la méthode des Miffionnaires : je pourrois luy refpondre,
en imitant fon exemple,Tertullien en cét endroit ne dit pas vn
feul mot du feu, ny du Purgatoire : comment donc ofez-vous
dire que ce paffage ait affez de clarté, pour nous defcouurir ce
feu purgatif? certes vous ne pouuez tirer la moindre bluette de
ees paroles, pour allumer ce feu, fi vous n’employez la force
des confequences. Surquoy remarquez cn paffant auec quel­
le injuftice il me traitte : Quâd i’alleguc quelque texte de l’Ef .
criture, ou quelque tefmoignage des Peres, il m’interdit l’vfàge des confequences, ôc ne me permet pas de raifonner : &
maintenant fur ce paffage de Tcrtullien allégué par luy, il faut
que i’en tire des confequences pour luy-mefme, ôc que ie deuine ce qu’il veut dire pour le faire raifonner.
Afin que vous ne difîez pas pourtant, que ie le fais raifon­
ner auec foiblefle, apres vous auoir fait remarquer, que Ter­
tullien n’a rien dit de l’Oraifon pour les morts dans le liure de
l’Ame : voicy comment le CardinalBellarmin argumente du 'Bciïarm.
tefmoignage pris de ceDo&eur au liure de la Monogamie, ôc lib. i. ‘de
au liure de la couronne du Soldat. Tertullien,dit-il, fait men- Pttrgat.c.
tiqj^ de 1 Oraifon pour les morts, ôc affeure que c’eft vnctradi- 15«
tion Apoftolique : delà rcfulte éuidemment qu’il y a vn Pur­
gatoire. Car fi c’eft vne tradition Apoftolique, qu’il faut prier
pour les morts : qui ne void, qu’à mefme temps il s’enfuit de là
que les ames après cette vie ont befoin de fecours ? Sc que par
confequent elles font dans des peines temporelles, ôcnon pas
éternelles ?

3 58

Defenfe particulier?

Auant que d’examiner les paroles de Tertullien : je pour­
rois dire premièrement, que tout ce qu’on veut débiter fous le
nom de tradition Apoftolique, doit eftre reietté, ou du moins
ne peut paffer dans I’Eglife pour article de foy, s’il neft fondé
fur l’authorité des Diuines Efcritures. Et ie le dirois aucc S.
Jren. c~t. Irenée, qui foûtient qu’il ne faut reccuoir aucunes traditions
haref.l.^.
cap. 36. que l’on fait courir fous le tiltre des Apoftres, que celles qui
Cyril. FJi font comprifes dans l’Efcriture. le l’affcurcrois auec S. Cyril­
erofal.ca- le, qui dit que fans les Sainélcs Efcritures, il ne faut bailler la
tech. 4. moindre chofe touchant les MyfteresDiuins. le le dirois auec
Tcrtullien luy-mefme, qui dans le liure cité par Bellarmin, re­
Terlul.de jette & condamne la couftume defe couronner, qui eftoit cn
corona. c. vogue de fon‘temps, parce que l’Efcriture ne le commande
2.
pas. Orlaccfuftumede prier pour les morts eft telle, qu’elle
Tertul. I, n’a nul fondement en l’Efcriture : car comme tefmoigneTerde coron, tullien dans le mefmeliure, fi vous demandez vne loy de l’Ef­
cap. 4. criture, quieftablifle ces reiglemcns, & autres fcmblables:
vous n’en trouuerez pas vne : mais on vous mettra en auant la
tradition, qui les a augmentez, la couftume qui les a confir­
Æpiphan. mez , & la fidelité, qui les a gardez. Et Epiphane fait defeenhar. 5 7. dre cette obfcruatiôn de fa couftume de I’Eglife, & non pas de
contra, la difpofition du Seigneur. Puis donc que cette couftume de
fsterian. prier pour les morts, n’eft point fondée fur l’Efcriture: nous
auons droit de la rejetter, ou à tout le moins nous ne fommes
pas obligez de la reccuoir comme vn article de foy, félonie
fentiment des Peres.
Secondement Tertullien nous fait voir manifeftement que
nous auons ce droit:car il met cette coutume de faire des obla­
tions pour les morts, au nombre de plufieurs autres, qui ont
efté receués par le feul tiltre de traditions, & fans aucune preuuede l’Efcriture : mais qui ont efté aufli abrogées par la feule
volonté des hommes, comme elles auoient efté eftabliespar
Tertnl.de leur liberté. Telle eftoit la couftume de goufter du laiét &JU
coron.c. 2 miel auant le Baptcfme, en ligne de douceur & de concorde,
& de s’abftcnir depuis ce iour là pendant toutela femainedu
lauement ordinaire; la couftume de tenir pour vn crime de
jufncr & d’adorer à genoux lejour du Dimanche; & celle de
jouir du mefme Priuilege depuis Pafqucs iufques àPcntecofte.



dé làfîxiéme Refyonjc,

36$

Si doncTEglife Romaine a retenu comme vn article de foy la coufturne de faire des oblations auec pricre pour les morts:
pourquoy 11’obferue-ellc encore cômc vn point de foy la couftume de prendre du laid & du miel au Baptcfme? Pourquoy
ne retient-elle encore ces autres obferuations fous peine de
péché? ou fi elle a creu pouuoir rejetter ces autres reiglemens
auec iuftice : quoy qu’ils fulfent émanez du mefme principe de
la tradition: pourquoy n’aurons-nous pas le mefme droit de re­
jetter la coutume cf offrir & de prier pour les morts: puis qu’ek.
le n’a point d’autre origine ? Certainement Tertullien luymefine fait entendre aftez clairement, que chaque particulier
a le pouuoir de les deftruire ou de ne les pas obferuer:puis qu’il
donne à chaque fidele la liberté de les eftablir. Penfez-vous, Tertul. K
dit-il, qu’il ne foit pas permis à tout fidele de conçeuoir,
d’eftablir ce qui eft conuenable à Dieu, duifànt àla difcipline,/^-4-, j
& profitable au falut ? Il parle donc de cette obferuation,comme d’vn reiglement que chacun pouuoit prendre félon fâ bon­
ne intention, & félon ce qu’il trouuoit conuenable. Nous
pouuons doncques dire de cette coufturne, cc que ce mefme
Dodeur a dit de toutes les autres, à fçauoir qu’elles ont tirevj^' tf
leur origine de quelque ignorance ou fimplicité des hommes,
*c x
& que s’eftant fortifiées par l’vfage & par la fuite du temps, on
les maintient contre la vérité. Mais Iefus-Chrift s’eft nommé
la vérité, & non pas la coufturne.
- Mais ie veux que celle de faire des oraifons & des oblations
pour le s morts ait efté pratiquée dés le temps des Apoftres , &
authoriféespar leur tradition : venons à l’examen des paroles
de Tertullien. Ce Dodeur parlant de lavefue, qui félon fa
pensée, après la mort de fon premier mary, ne deuoit point fc
remarier à vn autre, fait ce raifonnement pour prouuer fon er­
reur , qui condamnoit les fécondés nopces. Car, dit-il, elle Tertul. I.
prie pour l’ame de fon mary deffund, & fait des oblations tous dcMonog
les ans au iour de fa mort. Nous faifons, dit luy-mefme, vn cap.10
certain iour de l’An des oblations pour les morts. Que fait
tout cela pour eftablir le Purgatoire? Il paroift delà, dit le
Cardinal, que les ames font après cette vie, dans des peines
temporelles , où elles peuuent receuoir du fecours par les
prières des viuans. Mais qu’vn Iefuïte refponde à vn autre.

..

aa

37»-

Defenfe particulière

slilmer. Ccttc conférence n’cft pas fortfolide, ditSalmeron, l’off
/8>», 14. prie pour quclqu’vn: doncques il cft dans le. Purgatoire : car
«ir/pw.ï5 bien louucnt on fait des oraifons pour celuy qui regnnedans

les Cieux ; quelquefois pour celuy qui cft puny dans 1a géhen­
ne : veu que nous fommes incertains de 1 eftat & de la condi­
tion particulière des ames après la mort.
Cette confequcnce cft nulle, non feulement à caufe de cet*
te incertitude de noftre connoilfance : mais félon la creance
mefme des Anciens : car ils ont fait des prières pour les morts,
qu’ils croyoient eftre alfeurement bien-heureux dans le ParaYermUt dis. Nous faifons vn iour de l’an des oblations pour le iour de
çorona. fe naiffance des Martyrs ; & pour les autres morts, dit Tertul­
lien. Nous offrons toufiours des Sacrifices pour eux, dit Saint
Cyprian. Cyprien, toutes les fois que nous célébrons les iours des Mar62 tyrs # leurs fouffrances.
, ,
Dans la Liturgie de S. Chryfoftome le Preftrc parle ainfi à
Clnfrp
f°blation &oraifon qu’ilfait pour les morts. Nous
” te prefentons ce fcruiceraifonnable pour nos Ayculs, qui fe re­
pofenten foy, pour nos Peres, pour les Patriarches, pour les
Prophètes, les Apoftres, les Euangeliftes, & les Martyrs.
tyri/My
Et Saind Cyrille tefinoigne qu’on auoit aecouftumé de
fiag. 5. faire des oblations & des oraifons pour les Sainds Peres, pour
les Euefques, & pour tous les morts.
Or vous ne croyez-pas que les Sainds Prophètes, les Apo­
ftres & les Martyrs ayent iamais efté dans les peines temporel­
les du Purgatoire: puis que vous les en exemptez. Auffi ne le
croyoientpas les Anciens Dodeurs de l’Eglife : car parlans
d’eux, ils ont dit que nos freres Bien-heureux font paff'cz de la
Eptft.W prifon à l’immortalité par la fortie d’vne mort glorieufe; &
j-.fift.62 qu’ils ont obtenu les couronnes du Seigneur par vne illuftre
paffion. Puis donc qu’ils ont fait des oblations & des prières
pourtous les S ainds trcfpaffez: quelle confequence peut-on
tirer, pour eftablir le Purgatoire, de ces oraifons que fon fal­
loir pour ceux qui eftoient deliurez de toute peine, &cnpoffeffion de la félicité ? Certes on n’en peut rien tirer defauorablc à voftre creance, fi ce n’eft qu’on vueille mettre le tour­
ment des flammes dans le Paradis, & faire defeendre du Ciel
dansle Purgatoire les ames des Sainéls Bien heureux.

de lafîxiéme Refponfe,
Pourquoy eft-ce dôc, direz-vous, qu ils ont fait tât de prières
à Dieu pour des perfonnes, qui n’en auoient nul befoin ? pour­
quoy ont-ils battu l’air de tant d’oraifons pour les morts, s'il
eft vray qu’elles fuflent inutiles pour leurs ames, & qu’elles ne
leur feruiftent de rien ? le ne veux pas refpôdre à cette deman­
de : mais ie veux que les Anciens Peres vous refpondent euxmefmesj & qu’ils vous faflent connoiftre leur intention par
leur difcours.
Si vous voulez fçauoir de Tertullien & de Sainét Cyprien,
pourquoy l’on faifoit des oblations pour les Martyrs, l’vn veus
fera entendre la pensée de l’autre, par ces parolles. Tcrtullien Cypriart.
eferit & me marque les iours aufquels nos Freres Bien heureux Epijl. JJ
fontpaflez à l’immortalité, lefquels nous célébrons parvnc
commémoration annuelle. Et aftn que vous entendiez quel­
le eftoit cette commémoration, c’eft dit vnde vos Dodeurs, rB.
qu’aprés auoir chanté le Symbole des Apoftres, on recitoit les an.in an­
noms de ceux qui eftoient morts dans la pieté, auec Eloge de nota inTtr
leurs vertus. C’eftoit donc, adjoufte-il, des prières d’adion tu!.
de grâces, que l’on rendoit à Dieu pour celles dont il auoit ho­
noré les Martyrs ; & par lcfquelles on dcmâdoit aucc des voeux
communs le mefme don Celefte, comme fait encore I’Eglife,
quand elle chante, réjoüyifons-nous au Seigneur.
Si vous voulez apprendre d’Origenc, pourquoy l’on faifoit Origcn. 1.
mention des morts dans les prières : il vous refpondra de la for­ 3.>» lep.
te. Nous célébrons le iour de la mort: parce que ceux qui
femblent mourir, ne meurent pas. Voila pourquoy nous fai­
fons deuotement commémoration des Sainds, de nos parens,
de nos amis qui font morts en la foy j foit pour nous réjouir de
leur raffraifehiflèment j foit aufti pour demander vne heureufe
confommationenlafoy. Croyez-vous que ccs oraifons teadiflent à deliurer les ames de quelque peine ?
Si vous demandez à Saind Epiphane, pourquoy l’on pro­ Epifrh. ht
nonce les noms des morts : ilvous refpondra cc qu’il refpon- ref.l’i ai
doit autresfois à l’Her®tique Aërins, qui luy faifoit la mefme tfuft.Aè
demande. Qify-a-il de plus vtile, nyde plus commode, ny r,ï
de plus digne d admiration ?C’eft parce que ceux qui font pre­
fens, croyent que ceux qui font decedez viuent, & qu’ils ne
font point dans i’oiftueté, mais qu’ils viuent auec le Seigneur.

Aaa ij

3 ~}l

Defenje particulière

Il vous dira encore que cela le fait parce que ceux qui prient
pour leurs parens, comme pour ceux qui font eftrangers de
nous auec le Seigneur, ont la mefme efperance. Enfin il vous
dira qu’on prie mefme pour les Apoftres & pour les Martyrs,
afin de diftingucr le Seigneur, d aucc l’ordre des hommes, par
l’honneur qu’on luy rend.
Si vous defirez entendre de Sainél Grégoire de Nazianze,’
de Saind Ambroife, & de Saind Auguftin la railon de cette •
Auguftin vous dira pour vneraifon generale,que
duit.-oti c
Pour tc^mo’gner communion qui eft entre les membres
cap, ÿ. de l’Eglife Militante icy bas, & celle qui triôphc dans la Gloi­
re. Car, dit-il, les ames des iuftes trelpaflcz ne font point fepa­
rées de l’Eglife, qui eft le règne de Chrift : autrement ou ne fe­
roit point métion d’elles en la Cômunion du Corps de Chrift.
Car pourquoy fe font ces chofes,finon parce que les fideles decedez font membres de Chrift ? Quoy que leurs ames donc ne
foient pas encore auec leurs corps telles régnent défia pourtât
auec luy.
Les autres vous feront connoiftre aucc luy par leur prati­
que , & par les élans de leurs oraifons, qu’ils ont en cela voulu
tefmoignerl’ardcnteaffedion qu’ils conferuoient pour leurs
parens, & pour leurs amis deffunds, pour lefquels ils prioient:
quoy qu’ils fulfent bien perluadez qu’ils eftoient en poffeflion
des félicitez de la Gloire.
Çreg.Na
C’eft par ccttc affedion que Saind Grégoire dans l’Oraicr,it fon punebrc, qu’il a faite à la loüange de fon frère deffund,
™ huù fajtcettc Pricre à Dicu.O S eigneur, Créateur de tous, &pard'frinti. ticulierement de ceVaiffcau, ô Dieu,& Pere de tous hommes,
qui as puiffance de vie & de mort, 6 Arbitre & Bienfaideur de
nos ames, reçoy, ie te prie, maintenant Cefarius. Et neant­
moins il fait bien voir auffi-toft après,qu’il ne doute nullement
qu’il ne loit dans la gloire, quand il adjoufte, Que félon les pa­
roles des Sages, il croit que toute ame genereufe& chérie de
Dieu, aufli toft qu’elle fort des liens du corps, elle contemple
r. , . & relient le bien qui battend auec vne ioye admirable,
erv
C’eft par les mouuemens de cét amour, que Saind Am-,
obnu ra broife fait ccs proteftations à Valcntinian & Gratian après leur
Imtift. morf.O couple biéheureux,fi mes prières pcuuét quelque cho-,

de lafîxiémeReJponfei

^3

fc, aucun iour ne fepaflêra, queie ne parle de vous; nulle de
mes oraifons ne vous laiifera fans honneur ; nulle nuid ne s’é­
coulera fans que ic vous nielle dans mas prières; ic feray Ibuuét
des oblations pour vous. Eftoit-ce pour les deliurcr des pei­
nes du Purgatoire, & pour les tranfporter dans le Ciel, qu’il
vouloit faire tant de prières & d’oblations? C’eft bien cc qui
vous vient d’abord dans l’efprit : mais c’eft ce qui eft tout à fait
éloigné de Iapcnféc de Saind Ambroife : puis qu’à mefine
temps il tefinoigne qu’il ne faut point douter de leur félicité
prefente. Vaientinian, dit-il, jouît dés maintenant de la vie
eternelle, de la vie des Sainds dans les Cieux : car Chrift eft
viure aux iuftes, & mourir leur eft gain. Ne doutons point,
mais croyons fur le tefmoignage des Anges, qu’ayant efté la­
ué de toute tache ( car fa foy l’a lâué du péché ) il eft monté là,
où eftant conjoint auec fon frère, il jouît d’vn plaifir eternel.
,
C’eft pour tefmoigner vne femblable amitié qu’il fait cette . ™at
prière à Dieu, pour l’Empereur Theodoze après fa mort. O ^,^-j-he
Seigneur, donne vn parfait repos à Theodoze, ce repos que tu
as préparé pour tes Sainds ; que fon ame retourne au lieu d’où
elle eftoit defeenduë, où elle ne puilfe point fentir l'aiguillon
d e la mort. I’ay aimé cét homme, adioufte-il en fuite : voila
pourquoy ie I’accompagneray iufques dans la région des vi­
uans ; & ne l’abandonneray point que par mes pleurs & par
mes prières, ie ne l’aye introduit là où fes bonnes œuures l’ap pcllcnt, dans la Sainde Montaigne de Dieu, où eft la vie éter­
nelle ; où il n’y a point de corruption, ny de gemilfement, ny
de douleur. Mais pour faire voir que ce n’eftoit pas pourl’ofter de Purgatoire, qu’il faifoit tous ces vœux: voyez cornent
il parle en fuite de fa félicité. Il s’en cft allé, dit-il, il n’a point
quitté le regne, mais il l’a changé, ayant efté appellé dans les
Tabernacles de Chrift, dans la Ierufalem d’enhaur. Celuy qui
auoit fuiuy 1 humilité de Chrift, eft paruenu àfon repos : eftant
forty du combat il jouît maintenant de la lumière perpétuel­
le, d’vne tranquilité durable; il fc glorifie dans la compagnie
des Sainds, & connoift maintenant qu’il regne, quand il eft
dans le Regne du Seigneur Iefus.
C’cftpar la vehemence d’vne pareille affedion que Saint
i
Auguftin fait cette oraifô pour la Mere dcflàindc. Maintenant

Aaaiij

574

Defenfe particulière

ie te prie pour les pechez de ma Mere : exauce-moÿ par celuy
qui eft la medecine de nos playes, qui a efté pendu au bois ; &
qui eftant maintenant affis à ta dextre fait rcquefte pour nous.
Pardonne-luy, Seigneur, pardonnc-luy ie te fupplie ; n’entré
point cn iugement auec elle j & que la mifericorde fe glorifie
ainfi par deftus le iugement. Mais auffi-toft fe reprenant foymefme il adjoufte. le croy bien que tu as fait défia ce que ie te
demande: mais approuue les oblations volontaires de ma bou­
che.
Et certes il ne faut point trouuer eftrâge le tranfport de cette
affedion que nous auous pont nos amis: côme c’eft le propre
de l’amour dedefirer le bien &l’aduautage des perfonnes que
nous aimons: nous ne pouuons nous empefeher de leur fouhai­
ter du bien, en quelque eftat qu’elles puiftent eftre; & lors mef­
mes qu’elles jouïftet du Souuerain bien, nos fouhaits ne finit
fent pas par.cette jouïffance. Nous-mcfines, qui ne croyons
point de Purgatoire, & qui fommes perfiiadez > que ceux qui
meurent au Seigneur, vont tout droit en Paradis : nous ne laiffons pas pourtant de faire des vœux pour leur félicité ;& quand
nous apprenons la mort de quelqu’vn de nos amis, nous ne
pouuons pas retenir nos defirs, ny nous empefeher de dire,
Dieu luy aye fait mifericorde, Dieu l’aye receu dans lôn Para­
dis. Ainfi nous faifons des fouhaits pour des chofes pafteesi
nous prions Dieu de faire, ce que nous croyôs qu’il a défia fait;
& nous aimons mieux tomber dans laZontradidion, que de ne
pas donner à l’amitié, ce que fes premiers mouuemens nous
demandent.
Mais enfin pourquoy eft-ce, direz-vous, que les Anciens
Peres de I’Eglife ont dit que ces prières eftoient profitables aux
morts, s’ils n’ont pas crcu les pouuoir foulager de quelque per£p!ph.j^ ne> pourqllOy Sain<3 Epiphane a-il dit, que les prières que
Aérium l on
POUF ^cs morts ^eur profitent? & qu’on fait mention
des pécheurs dans les oraifons, afin d’implorer pour eux la mifericorde de Dieu ? Pourquoy Saind Auguftin a-il dit, qu’il
verbû ne faut point douter que les morts ne foient aydez par les orat^poît. fons & par les oblations qu’on fait pour leurs ames ? Si ce n’eft
ferm. 34. pas pOur jcs tjrcr jes peines temporelles du Purgatoire ?

Il faut que les Pcres refpondent cux-mcfmcs à voftre dc^

de iaJixiéme Refponjè,

i

37$

mande, fe qu’ils vous déclarent leurs fentimens. Si vous les
voulez écouter, ils vous feront entendre qu’ils ont confiderc
les fideles après la mort comme Bien-heureux à la vérité, mais
non pas comme dans l’eftat d’vne parfaite Béatitude. Car ils
fçauoient bien que fi leurs ames eftoient éleuées dans le Ciel,
leurs corps eftoient encore gifans dans la pouftiere de la terre ;
que fi leurs ames eftoient affranchies de la mort & du péché,
elles efperoient,&attendoient aucc patience la rédemption
de leurs corps, la refurredion glorieufe, le Iugement dernier,
où il leur faudra côparoiftre, & l’aflemblage de tous les Saints1
dansvn mefme fejour de bon-heur & de gloire. Ce que l’Ef­
criture appelle les temps de raffraifchijjètnent de la frefence âu Sei­ ^c7.;.2o
gneur j&qui doit augmenter la ioye des bien-heureux, félon
Saint Auguftin, lors qu’ils receuront tous enfcmble la refurre- fraU.^g.
âion de la chair, la vidoirc de la mort, & la vie eternelle auec m feh,
les Anges.
S uiuant cela les Peres ont approuué & recommandé com­
me vtiles les prières qu’on faifoit pour les ames des morts,pour
leur fouhaiter félon leur defir & félon la promefte de Dieu,des
biens quelles n’auoient pas encore, à fçauoir vnluge fauorable au dernier iour, vne refurrcdion prompte & glorieufe, &
le comble de la gloire dans la bien-heureufe compagnie de
tous les Sainds.
C’eft ainfi que Tertullien dit que lavefue prie pour l’ame l'ertul. I.
deMonode fon mary deffund, & demande pour luy le raffraifehiftemêt,
& fa compagnie dans la première refurrcdion.
C’eft ainfi que Saind Ambroife explique fa penfée dans esïtnbrof
l’oraifôn qu’il fait pour Valentinian & Gratian Empereurs. le in orat.dt
te prie, 6 Dieu Souuerain, que tu reftufeites promptement ces obitu pa­
deux icunes hommes qui nous font tres-chers; & que par vne ient.
refurrcdion aduancée, tu recompenfès le cours de leur vie qui
femble auoir efté précipité.
C’eft ainfi que Saind Chryfoftome confole vn homme af­ Cbryfo^flige fur la mort de fon parent ou de fon amy deffund. Pour­ bomtl. 3 2
quoy demandes-tu que le Preftre prie pour luy? le n’ignore pas in Math.
que tu me rcfpondras, que c’eft afin que le deffund obtienne
le repos, & qu’il trouué le luge propice : mais penfes-tu que
pour ces chofes il faille hurler? ne vois-tu pas combien tu rc-

r

$76

Deffenje particulière

pugnes à toy-mefme $ Car fi tu dis que tu n’as point d'heritier'
Dieu l’a fait fon heritier pour toy ;& il n’a pas efté fait coheri*
tier de fes freres j mais coheritier de Chrift. Ou vous voyez
que ce Pcre condamne les larmes de cét affligé, parce qu’il les
refpandoit pourvn Bien heureux heritier deDicu, & coheri­
tier de Chrift. Et s’il luy accorde des prières pour fon parent
deffunél, ce n’eft pas afin d’obtenir le repos de fon ame feparée
du corps: car elle l’auoit obtenu, puis qu’elle eftoit enpoffeffion de l’heritage : ny pour impetrer la faueur du luge dansle
Iugement particulier, qui fuit incontinant après la mort: car
il l’auoit eu propice, puis qu’il auoit efté fait ion coheritier. Si
donc il luy oétroye ces prières, c’eft au regard du dernier lugement, ôc du parfait repos que l’ame doit polfeder conjointe-^
ment auec le corps.
C’eft ainfi que Sainét Auguftin a creu que les viuans, dans
t^aguft. leurs prières, fedeuoient fouuenir des Sainéts Bienheureux,
Itb. ç.tff & des Habitans de la Celefte Ierufalem : parce que leur félici­
cap. 13. té n’eft pas confommée. Ils font bien-heureux, dit-il, mais ils
ne (ont pas confommez; ils font auec Chrift dans fon Royau­
me : mais ils ne font pas encore aucc Dieu dans cct eftat où
tsfUQuft. Dieu fera toutes choies en tous. Ils font bien dcfpoùillcz de
I. r. 7<jf ce corps mortel, qui aggraue l’efprit : mais ils attendent enco­
tratt.c.'.^
re la rédemption de leurs corps ; & leur chair ferepofe en efpe­
rance : mais elle n’eftpas encore éclattate dans l’incorruption
à venir.
isfugufh
Et parce que ce mefineDoéteur cftoit perfiiadé que les fide­
Conci t.
les au dernier jour ne receuoient pas vn Iugement fans miferi­
*«77^32.
corde ;& qu'il leur feroit pardonne, comme ils auroient par­
donné : il tefinoigne aufti que les prières font vtiles aux morts
pour le jour du Iugement. Il ne faut point douter, dit-il, que
tsfugitft. leurs ames ne Ioient aydées par les prières & par les aumofnes
de ver bis que l’on fait pour eux, afin qu’ils foient traittez du Seigneur
tsfpoftol. plus mifericordieufemcnt que leurs pechcz n’ont mérité. Iüf
ferm. 34.
ques là que donnant de l’eftendué à la mifericorde de Dieu : ü
dit que ces prières & ces oblations feront vtiles à quelques
damnez,pour
alléger les peines de leur damnation.Pour ceux,
.Aiig.Fri'
chind.ad dit il, à qui elles profitent, elles leur profitent, ou pour leur
Laurent, obtenir vne pleine remiffion, ou pour faire que leur damnation
cap. ti o. foit plus tolerabie.
Enfin,

de la fixiéme Refponfe,
jyf
. Enfin parce que la gloire des Bien heureux, n'eftant pas
de tous points accomplie auant la refurredion, peut receuoir
quelque accroiffement : le Pape Innocent III. a trouué ce fondement des prières pour les morts dans le fentiment de quel- i-Cancu.
ques Anciens Pcres. Quelques-vns, dit-il, des plus Anciens Marthe.
ont creu que la gloire des Bien heureux pouuoit s’augmenter, y -fV
iufques au dernier Iugement de Dieu, & de là ils ont recüeilly, T; 'cef
qu’il eftoit permis de faire des prières à Dieu pour l’accomplif- ‘ 'mfement de la gloire des Sainéls.
C’eft pour cela qu’vn autre de vosDo&eurs par vn iugemét Caftant.
de charité,a rapporté cette couftume à d’autres confidcrations «» confie
qu’à celles du Purgatoire. £ncore bien, dit-il, que les An- de*tcrat.
ciens n’ayent pas efté certains de l’Eftat des ames, ny de l’vtili- ^tfta.
té que les prieres^>ouuoicnt apporter aux morts : neantmoins
ils ont iugé que c’eftoit vn office & vn tefinoignage de charité
enuers les trefpaffez, vne profeffion de foy touchant l’immor­
talité des ames, & la future refurredion des corps, agréable à
Dieu & vtile à I’Eglife.
Voila à quoy les Peres ont eftimé que les oraifons & les aumofnes eftoient vtiles pour les morts : Mais pour les deliurer
de quelques peines, ou pour leur ouurir l’entrée du Paradis,
c’eft à quoy ils ont creu qu’elles né feruoient de rien, quand
mefine elles feroient prefentées par les plus grands Sainéts.
Après la mort, dit Saint Epiphjnc, Se dans le ficelé futur, fpiphan.
il n’y a pas moyen de fournir des j unes, ny des aumofncs.
har^-ept
Pendant que nous fommes dans le prefent fieele, nous pou- t'atbar.
uons nous ayder mutuellement, foit par confcils, foit par orai- ^ltr’ f
fons : Mais quand on fera venu deuant le Tribunal, ny lob, ny

Daniel, nyNoé ,ne pourront prier pour perfonne; mais cha­
cun portera fon fardeau. Or incontinant apres la mort, il faut
paroiftre deuant le Tribunal : car il ejl ordonné aux hommes de H^.p.27
mourir }>nefois, & après cela s'enfuit le jugement.

Ceux qui n’ontpoint laué leurs pechez en cctte vie, ne Chryftbo.
pourront point apres cela receuoir aucune confolation, dit S. 4* tnHt
Chryfoftome. Ne penfon^ point, dit Iuy-mcfmc, que quand
nous ferons venus là, nous receuions mifericorde, quand mef&
me Abraham, Noé, Sc Daniel prieroient pour nous.
Lazaro.
C’eft pour cela que luy-mefme defàbufc ceux qui s’affeu- Chryfoft.
Bbb

'Defenfc particulière
àelazar voient d’obtenir le falut apres Ja mort par les prières d’autruy1
«»r». 3. E’vn dit} i’ay vn Pere Martyr, l’autre i’ay vn grand Pere qui cft
Euefque. Tout cela, dit-il, font des paroles de néant : la vertu
d’autruy ne nous peut de rien feruir :ny parent ny amy ne te
donneront point alors d’aftiftancc.
Et certes fi cela fc pouuoit, comme onvous enfeigne: il
feroit facile à des perfonnes riches d’ofter promptement leur
parens dePurgatoire,en faifât faire beaucoup d’oraifôs, & dire
beaucoup de Méfies pour eux. Ainfi ’nc feroit pas vray ce que
Ç’f
dit le Prophète, que perforine ne pourra racheterfonfrere, ny bailler
à Dieu la rançon d’iceluy. Ainfi feroit faux ce que dit Saint lean
'J)ama(c. Damafccne, que le cômerce finit ÿ>rés que la foire eft paffée;
ài defùnlt
ce qUe j Theophylade , que les Vierges folles font qualiinA/'itîi ^CS
ce nom : Parce quelles cherçhoierft de l’huile, lors
cap 22.* qn’H n’eftoit plus temps d’en acheter. Car il feroit toufiours
r
temps d’entretenir ce beau cômerce des viuans auec les morts:
Ceux-cy pourroient laifter des biens à leurs heritiers, pour les
enrichir fclon le corps i ceux-là pourroient faire des prières &
des aumofnes pour le falut de leurs ames s & les moindres pe­
chez que les vns auroient négligé de lauer pendant leur vie par
les ades de leur pénitence, les autres les pourroient facilement
acquiter apres leur mort par les ades de leur charité.
L’autre tefmoignage que le Bachelier allégué de Sainft
Auguftin, pour eftablir lePurgatoire, ne demande pas vne fi
longue explication que le précédant de Tertullien : parce que
Saind Auguftin s’explique allés clairement luy-mefme. Voicy
- . in ^onc c°mcnt il parle au Pleaume trente huidicmc félon les
Hebreux,quieft le trente feptiéme félon lc,s Latins. S il ne

craignoit pas quelque chofe de pire que le mal, dont il eftoit
détenu : ilnecommcnceroitainfi. Seigneur, ne me repren foint
en ton indignation ne me corrige point en ta fureur. Carilarri• uera quoquclques-vns ferôt corrigez en l’ire de Dieu, & repris
en fon indignation ;& peut cftre que tous ceux qui feront re­
pris ne feront pas corrigez:toutesfôis quelques-vns feront fi»’*
uez dans la corredion, qui le doit faire comme par feu. 0e
tous ceux qui feront repris ne feront pas corrigez : car certai­
nement il reprendra ceux aufquels il dira, fay eu faim, &
nernauefpoint donne a manger j fay eufoif, çf yout ne rnaHe&p0^

delafîxiémeRefyonfe''



379

donné àboire-, & le refte qu’il pourluit en ce lieu là, pour repro­
cher l’inhumanité & le défaut de bonnes œuures aux mefehas,
qu'il mettra à fa gauche,&aufquelsil dira, allez au feu eternel
préparé au diable & àfes anges. Voila vn paffage fort clair & fort verf qi»
naïfpour deftruire le Purgatoire Romain, que Monfieur le Ba­
chelier veut eftablir par ccs paroles. Et pour vous montrer que
cela eft-ainfi, comme ie dis.
le vous prie de confiderer premièrement que ce n’cft pas
Sainct Auguftin qui parle de foy dans cc lieu-là, mais le Saint
Prophète Dauid, que Sainét Auguftin fait parler. Or Dauid
nc pouuoit pas appréhender les peines du Purgatoire Romain:
autrement luy qui eftoit Prophète, auroit ignoré quel eftoit
l’eftat des fideles de fon temps après la mort j & quoy queDi«inement infpiré,il n’auroit pas fçeu ce que vos Doéteurs vous
enfeignent. Car pour les Patriarches & Prophètes, & autres,
Sainéls & fideles de 1 Ancienne Loy, qui mouroient dans la
foy du Chrift à venir: vous croyez qpe leurs ames eftoient rcceuës dans vn autre lieu, que vous appeliez IcLimbc des Pcres.
Logement bien different du Purgatoire : car celuy-cy eft dans
le plus bas eftage & le plus proche de l’enfer où lônt les dam­
nez auec les diables : & ccluy-là cftoit dans vn plus haut appar­ Tdcilvrm.
tement, comme nous le deferiuent les Architeéles de ces mai- hb. 2. de
fons infernales. Dans celuy - cy il y a vn feu très cuifant de Pttrgat.
mefine efpecc que noftre feu élémentaire, dans lequel les ames ca,. 6.
fbid.c.\o>
fouffrent vne peine affligente, qu’orrappelle de fentiment,ou­ U.
tre la peine du dam, & la priuation de la gloire. Mais dans cc­
luy-là il n’y auoit point de feu; & les ames des Pcres n’yfouffroient autre peine que la priuation de la vifion beatifiqut. Da­
uid donc n’auoit point fuiet de craindre que fôn ame tombait
dans cette chambre ardente du Purgatoire : puis qu’il fçauoit
bien que Dieu luy referuoit vne prilôn fans feu.
Confiderez en fécond lieu que le Prophète Dauid félon la
Paraphrafe de Sainél Auguftin fon Interprété, parle d’vn feu
qui fera à la fin du monde, & au dernier iour du Iugement, au­
quel il reprendra les vns en fà,colere, & les enuoyera au feu
eternel ; & fauucra les autres comme par feu. Mais alors voftre
Purgatqjrc prendra fin : car l’Eglife Romaine croit qu’il nedu- 72 ePar, h
1 «dz purg
îcra que iufques au iour du Iugement
que ceux-là mefmes cap. 12,
fcbbij

3$o



Deffenfe particulière

,
oui fc trouueront viuans en ce iour-là, n’y entreront point.
St talon * Remarquez en troifiéme lieu, qu’il parle d’vn feu corrcétif
wf red- lequel il appréhende, 6c dont il prie Dieu de le garentir, ou
cw fairc que dés maintenant il n’cn aye pas befoin. Mais vous ne
voll^ez Pas 4UC Ie Purgatoire foit cftably pour corriger perfonw ngn ne, mais feulement pour fàtisfaire ; Son feu eftle fujet ordinaioptufit. re de vos vœux, & l'objet de vos defirs ; & bien loin de fouhaicsfug. in ter d’en eftre preferuez, vous vous eftimeriez heureux, fi vous
37. pouuiez eftre affeurez d’y entrer.
Confidcrcz enfin que Sainél Auguftin faifant parler fclon
fon fentiment le Prophète Dauid, a creu qu’à la fin du.ficcle
lib.^t.de il y aura deux fortes de feu : l’vn fera d’etcrnelle damnation,
CîuitDei dans lequel les maudits périront éternellement; l’autre d’eff*?*
preuue & de correction, par lequel tous les iuftes pafleront:

. auec cette différence pourtant, que les vns cn fouffriront dom* mage, & neantmoins feront fauuez; & les autres feront fauuez
fans cn fouffrir aucune lefion. Mais on vous enfeigne qu’il n’y
a que ceux qui meurent auec d*es pechez veniels qui doiuent
paffer par le Purgatoire; & que tous ftux qui y pafferont,y
fouffriront du dommage & des tourmens.
Quelle eft donc , me demanderez-vous , l’intention du
Prophète, félon le fentiment de Sainél Auguftin, & quelle eft
lapcnféedcS. Auguftin luy-mefme touchant le Purgatoire?
Pour fàtisfaire à voftre première demande,ic croy qu’il faut
chercher l’éclairciflcment des paroles de cc Pfeaume, dans
celles du Pfeaume fîxiéme, dont le commencement eft le meftsfttguf me que de celuy-cy. Or voicy comment Sainél Au guftin l’exrtal.6. püquC;> ne me reprenpoint Seigneur en ton ire ; l’Apoftre parle aufli
de l'ire du iugement, tttt'amajfcs ire au iour de i'tre & dujttfftU’
’ 5’ gement de Z>/e#,dans laquelle ne veut point eftre repris, qui con­
que defire d’eftre guery en cctte vie. Et ne me chartes point enl*
fureur, c’eft quelque chofe de plus doux : car cela fert pour la
correélion, & après il adj o ufte. Ca; au iour du Iugement ceux
qui n’ont point le fondement, qui eft Chrift, fout repris; &
ceux qui ont bafti deffus, bois, foin, ou chaume, foptcorrigaz, c’eft à dire purgez : car ils fouffriront du dommage ; mais
ils feront fauuez comme par feu. Qu’eft- cê donc quç deman­
de celuy qui ne veut point eftre repris ou corrigé en l’Û6

de la fixiéme Refonf.

5 Ri

Seigneur? Que demande-il,finon d’eftre gucry? car là où cft la
fanté,iIncfautpointapprehéderlamorr,nyIamainduMcdc- •
cin,qui couppe ou qui brûle.Par là vous voyez que leProphcte
defire d’eftre chaftié dâs cette vie en la grâce dcDieu,pour n’eftre poipt puny dans le iugement de fon ire, ny corrigé par cc
feu de la tribulation derniere pour fouffrir des peines dans cc
\
feu, qui doit eftre à la fin des fiecles : Ce qui n’a rien de com. 1
mun aucc le Purgatoire Romain.
Pour la penlëe de Saind Auguftin fur ce fuiet, il faut que
ie vous la déclaré, côme il s’en explique luy - mefmc en fes efcrits.C’cft fans doute que de fon téps cette erreur cômençoit à
s’eftablir dans l’efprit de pluficurs, que les ames de ceux qui
n’auoient pas vefeu fi faintement que d’autres, deuoient fouf­
frir des peines après cette vie, pour eftre purgées des reliques
de leurs pechez, auant que d’entrer en Paradis : ne jugeans pas
conuenablc que ceux qui^ioient paffé leur vie dans les plaifirs
du monde, euftent autanta’aduantagc que ceux qui l’auoient
employée aux exercices continuels de la priere & de la chari­
té. C’eft pourquoy ils s’imaginoient que le feu feroit propre à
purger après cette vie les ames de ceux qui n’auroient pas laué
leurs pechcz dans les eaux de leur penitéce auaut la mort. Soit
qu’ils euftent receu cette imagination des Iuifs conucrtis, foit
qu’ils en fuffent infedez par la communication des Gentils,
appeliez à la grâce du Chriftianifine, qui tous auoient de la
peine à fe dcsf’airc de leurs vieilles erreuts.
Sur cela Saind Auguftin a parlé diuerfement félon les di­
uers principes qui le faifoient parler. Quand il a voulu exercer
fon raifonnement, il en a parlé auec doute, & a mis cela au
nombre des queftions, que l’on ne peut déterminer fans vne
témérité dangereufe.
Si les hommes, dit-il, fouffrent ces chofes feulement en tsfuguft.
cette vie ; ou fi après cette vie s’enfuiuent encore de rcls iuge- ltb.de/ide
mens : le fens de cette fentence n’cft pas, ce me femblc, entie- & oper.c.
renient éloigné de la vérité, à fçauoir, que par ccfcu, dont
parle l’Apoftrc, il faille entendre vn feu de douleur.
*. Luy-mefme après auoir dit que le feu, dont parle l’Apo­
ftre, eft la tentation de la tribulation, qui cfprouue en cette vie
i’oeuure d’vn chacun, à fçauoir, & de celuy qui penfe aux eho-

$£2

Deffenjè particulière

fes qui font de Dieu, & de celuy qui penfe aux chofes qui font
'ÏAag'Pt.- du monde. Il n’cft pas incroyable, adjoufte-il, que queJchind.ed que chofe de tel fc fait après cette vie, & l’on peut demander
Laur.cap
s’il eft ainft.
69.
Des chofes qui ont efté dites, il femble paroiftre plus éuitsfuguft.
lib. 20.de demment, dit-il envn endroit, que dans ce iugement les pei­
Ciuit. oei nes de quelques-vns feront purgatiues. Si ce n’eft peut-eftre
cap. 25. qu'il faille dire qu’ils font nettoyez en quelque faconde leurs
fouilleures,lors que les mefehans font feparez d’eux par la pei­
ne du iugement: de forte que la fcparation & damnation des
vns loit la purgation des autres.
’&fuguftl
Si après la mort de ce corps, dit-il ailleurs, iufques au iour
hb.2f.de
dernier de la Refurre<ftion,on dit queles elprits des morts foufCi vit.oei
frent
vn tel feu, que les vns fentent, ôc que d’autres ne fentent
cap. 26.
pas : le ne le condamne pas, parce que peut-eftre cela eft vray.
Car à cette tribulation peut appar^nir la mort mefme delà
chair, les perfecutions deTEglifc, que tous les Chreftiens en­
durent, & par lefquclles les Martyrs ont efté couronnez; ôc lai
tribulation, qui furuiendra à la fin du fieclc.
Mais pour faire voir quetout cela ne liant que des conje­
ctures incertaines fur des queftions curieufes : il aduouë fon
foibleôc condamne de témérité ceux qui les veulent définir.
*s4ug*fl‘ Quel eft ce moyen, dit-il, 6c quels font ccs pechez mefmes,qui
lib. 21 de empefehent de paruenir au régné, en telle forte ncantmoins
Ciuit.oei que par les bonnes œuures des Sainéts amis, on cn peut obte­
cap. 27.
nir l’indulgence : c'eft vne chofe tres-difficile à trouucr,ôctresdangereufe à définir. Et pour moy certes ic n’ay pû pai ucnir
à la recherche de ces chofes, mefme iufques au temps prefent,
quelque cftude, que i’y aye employé.
Et pour montrer qu’il n’a iamais entendu faire de cét opi­
nion vn article de foy:voicy comment il parle pour foy ôc pour
*sfug:tft. tous les fideles. Que noftre infirmité, dit-il,ou celle des autres
in cjuœft. s’exerce tellement par les chofes que nous auons eferites,qu’en
ad dulctf. cela pourtant on n cftabliffe rien comme vne authorité Cano­
?•$.
i
nique.
Mais quand il parle fclon les fentimens de la foy, c’eft tou­
Lib.q. de
jours aucc certitude ; ôc fans aucune hefitation il affeure que
cap.8.9 la foy Çatholiquc ne reconnoift que deux lieux, où les hom-;

«Zc la fîxiéme Refîonfîéi

38$'

mes doiucnt eftre apres cette vie; que les Catholiques ignorent entièrement qu’il y en ait vn troifiéme pour qui que cc pog.cor.t.
foit. lia dit qu’il n’y a qu’vne purgation des pechez, à fçauoir,
-4le Sang d’vn Iufte. Que toute remiftion des pechez fe fait en
i.c.
Cette vie, qu apres la mort on ne peut plus s amender; & que ,
chacun fera iugé au dernier jour du mode, dans le mefme eftat gnChir.
où il fe trouuera au dernier iour de la vie.
aà Lanr.
Après cela iugez s’il eft rien de plus côtraire aux fentimens c.iijde S. Auguftin, que la doétrine de voftre Purgatoire. Sainct Strm.66:
Auguftin a parlé d’vn feu purgatifaprès cette vie, fans le croirc pourtant : s’il l’auoit creu, il n’en auroit pas parlé fi douteu.
fement, comme il a fait ; car croire vrayemét Sc comme il faut,
c’eft croire fermement 5c fans eftre ébranlé, dit ce Doéteur,
la foy doit eftre affeurée, comme dit luy-mefme; & il faut que /rxtf.iotf
fon confentement foit conjoint auec certitude, comme dit vo- in J eh.
ftre Doéteur Angélique ; autrement s’il eft conjoint auec le
doute, ce n’eft qu’vne opinion. Encore les doutes de ce Pere
ne s’accordent pas auec voftre creance : Car le feu dont il a
parlé fera commun à tous les efleus félon là penfée; & le voftre , ‘arl, 4,
eft reftreint à la referue de quelques-vns. Le feu, dont parle ce
Doéteur, ne fera qu’à la fin du fieele, Sc au jour du Iugement :
mais celuy dont vos Doéteurs vous parlent ne fera plusen ce
iour-là. S. Auguftin a efté dans cette opiniô, que tous les fidè­
les palTans parce feu, les vns fouffriroient, 8c feroient corri­
gez auec douleur, 5c non pas les autres. Et vos Doéteurs difér,
que tous ceux qui pafferont par le feu de Purgatoire, y fouffri­
ront , Sc que pas vn ne fe corrigera. Ce Doéteur ne veut point
qu’on prenne fon fentiment pour reigle de cc qu’il faut croire ;
Sc l’on vous donne fes doutes pour des articles de foy. Enfin,
cc Sainét Pere condamne de témérité ceux qui veulent définir
ces queftions douteufes : Et vos Doéteurs condamnent aux
flammes éternelles de la gehenne, ceux qui ne veulent pas r. 7M
’f
croire leurs décidons. Quant à nous, nous efprouuerons tou­ 577»èWr-.
tes chofes, pourretenir ce qui eft bon fuiuant le précepte de tüfdimirl’Apoftre ; Sc félon le confeil de Sainét Auguftin, nous retien- tetn ct„ü
drons ce qui eft affeuré, 8c laifferons cc qui eft incertain.
Attgnsi.
La derniere raifon que i’ay employée, pour combattre le
Purgatoire Romain, eft prife principalement de deux textes



'' de l’Efcriture, dont l’vn promet l’affranchiftcment detoutè
condamnation» & l’autre le bon-heur & le repos à ceux qui
meurent en la foy du Fils de Dieu, incontinant après la mort.

le les réduis maintenant tous deux à ccttc forme.

Or tous ceux qui meurent en la foy de lefus-Chrift font offrant
chts de toute condamnation auant que de mourir •> & inconti­
nant après la mort ils entrent en jouïffance du bon-heur, & dit
rettos . <4* recoiuent la recompenfe de leurs bonnes œuures.

La majeure de cét Argument eft de la railôn éclairée, qui
nous dicte, que ceux qui font exempts de la condamnation >
font à couuert de la peine : parce que la peine n’eft qu’vn effet
de la condamnation. Qui nous fait connoiftre que ceux qui
font en pofteflion du bon-heur » ne peuuent eftre dans la foutfrance ; que ceux qui jouïflent du repos, ne peuuent eftre dans
les trauaux ; & que ceux qui font délia recompenfez, n’ont pas
befoin d’attendre la recompenfe: parce qu’il n’cft rien de plus
contraire que la douleur & la félicité; que le trauail, & le reposa
que la pofteflion & l’attente de la rémunération.
La mineure eft formellement de l’Efcriture Sainde: car
7*7$,24, quâd le Seigneur a dit en vérité que qui croit en luy ne viendra
point en condamnation', quand Saind Paul a déclaré qu’//»/**
maintenant nulle condamnations ceux qui font en lefus-chnft : Le
Maiftre &lc Difciple n’ont-ils pas voulu nousaftèurcr parla
queceuxquifontenlafoydelefus-GhriftSc dans la grâce de
Dieu, ne font plus fuiets à la condamnation de fa Iuftice? ny
par confeqùent obligez de fouffrir des peines après la mort? Si
vous en doutez, oyez l’explication de Saind Auguftin, qui
hb.fo.ho vous tirera de ce*doute: car il vous déclaré que par cette damtnil. hom. nation il entend la peine des pechez ; & que celuy qui croit en
aa.
Chrift & garde fa parole, ne viendra point en cette damnation»

c’eft à dite qu’il ne viendra point au nombre des pécheurs;
mais

de laJixiéme Reftonft.
qu’il paftera des chofes de ce temps à celles de l’ctcraité.Quîid
l’Efprit de Dieu dit en l’Apocalypfe , que bien-heureux d'ores c» Apiclfify
auantfont les morts, qui meurent au Seigneur qu’ils Je repofent de 13.
leurs trauauX) & que leurs œuures lesfuiuent^’a. il pas voulu iSg^îifier par là, que ceux qui meurent en la grâce du Fils deDiçu,
entrent en Portant de cette vie en poflelfion du bon-heur, du
repos & de la recompenfe eternelle ? Si vous doutez de ccttc
vérité, efeoutez Saint Auguftin, & vous la rcccurez fans flou- vAugufi.
te, quand il vous dit, que quoy que les ames de ceux qui font f 2Omorts au Seigneur, ne foient pas encore auec leurs corps,elles.ciutt-Dei
régnent pourtant auec Chrift.Et quand il vous affeure qu’aufli
toft qu’elles font fequ eftré es du corps, elles font aftociées aux &
Anges & aux Saints, & qu’elles jouïft’entf ans delay du Royau - wrfiïmi
me des Cieux, qui eft la vifion de Pieu.' Puis donc que les cap. 44.'
ames de ceux qui meurent en la grâce dû Fjls de Dieu, font af ­
franchies de toute condamnation: pourquoy les condamnera
fouffrir encore des peines après la mort? Car qui efi-eequiinten- 7{om. 8.
tera accusation contre les efieus de Dieu ? Dieu efi celuy qui iufitjie : Qui 32- 33 ;
efi-ce qui condamnera? Cbrtfiefi celuy qui ejl mort. Puis qu’elles
font dans le bon heur: pourquoy les engager encore dans la
mifère? puisqu'elles font dans le repos, pourquoy les mettre
dans le tourmét ? puis qu’elles tiénent la recôpcnfe: pourquoy
les remettre en eftat d’attendre la rémunération ? Certes c’eft
vouloir desfaire ce que Dieu a fait; troubler les ordres de fq lu- ••
ftice, renuerfer l’équité de fes Iugemens, ôc s’oppofer 'à la vé­
rité de fes promeffes.
Pour refpondre à ce raifonnement, Monfieur le Bachelier
n’a rien dit fur les paroles de Iefus-Chrift, ny fur celles de l'Apoftre, qui exéptent les fideles de toute condamnation, & par
confequent de toutes les peines, que la Iuftice de Dieu inflige
aux pécheurs, pour fe fatisfaire. le trouué qu’il a bien fait, Sc
je n’ay pas droit de condamner fon filence. Car fi vn luge in­
ferieur ne peut pas condamner vn criminel, qui a efté légiti­
mement abfous par le Souuerain : beaucoup moins vne créatu­
re a-elle droit de condamner ceux que Dieu a iuftifiez deuant
fon Tribunal : Certes elle ne le peut entreprendre, fans encou­
rir elle-mefin-e la iufte condamnation du Souuerain fuge.
Maiftre Clairon auroit bien fait de garder la mefme retenue



/•

- -

»

Ccc

'

Êefenje particulière
fur les paroles de Sainct lean : Mais il aime mieux outrager
l’efprit de grâce, qu'c demeurer muet, & nc pas contredire vne
vérité, qu’il nous a clairement reuelée. A cela, dit-il, nous
rcfpondons deux chofes. La première eft, que ce mot/wffjvn~auant montre éuidemment que cette fentence ne fedoit
accomplir que vers la tin du môde,& au temps de l’Antechrift,
comme il eft manifefte des verfets qui fuiuent. •
C’eft à dire que les ames des fideles qui meurent en la grâ­
ce du Fils de Dieu, n’entrerôt dans la félicité du Paradis, qu’a­
prés le dernier Iugement. C’eft vne refponfe que le Bachelier
^SeBar ! 3 trouu®e dans Bellarmin, qui dit que ce mot d’ores-en-auant ne
i.devtire. fignifie pas que ces morts au Seigneur foient heureux, dés le
raf. 12. moment de leur mort, mais depuis le dernier Iugement, dont
il eft parlé dans ce chapitre. Mais il cft aisé de conuaincre de
faux par la feule leéture du texte, l’interpretation de ce Car-*
dinal,queeePreftreafuiuie : car voicy comment cepafTage
ïApacjq. eft écrit dans vos verfions. Bienheureuxfont les morts qui meurent
au Seigneur : Ouy dés maintenant, dit l'Ejprit : car ils Je repofentde
f modo, ieurs triUAUX}
[ettrs œuures lesfuiuent.
Là, le Sainét Efprit après auoir montré en vifion à Sainét
lean la gloire des Bien heureux dans le Ciel ; après auoir parlé
de la prédication de l’Euangile par toute la terre j après auoir
prédit la deftruélion de Babylon, de la Befte, & de ceux qui
u//)âr.i4. l’adoreront : adjoufte, icy ejl la patience des Saincts : icy font ceux
**'
qui gardent les Commandemens de Dieu &da foy de Iefus. Apres
cela pourconfoler les fideles, & les animer à la patience,a
l’obferuation des Commandemens de Dieu, à la pcrfeuerance
en la foy, il fait entendre cette voix du.Ciel, Btcn-heureux font
les morts j & le Sainét Efprit pour confirmer cette fentence, &
faire voir qu’elle s’accomplit fans delay, affigné à ces morts
dés à prefent & dés maintenant le bon Heur, le repos &lareçompenfe. Eft-ce pour dire, que cette déclaration n aura fon
accomplifTemcntqu’à la fin du monde ? Mais n’eft-ce pas pour
afTeurcr les fideles, qu’ils ne doiuent point craindre larnorr»
pourueu qu’ils meurent au Seigneur, ceft à dire en fa foy & en
fa grâce : puis que dés le moment de la mort, il les doit intro­
duire en la pofTeffion de la gloire?
• Si vous ne voulez pas receuoir cette interprétation de nous,
’X
• •

de lafixiéme Refij onfi,

; 87
fèceuez-Ia de Sainét Auguftin, qui raifonne de la forte furcc
paftage. Les ames des iuftes ne lont point feparccs de I’Eglife, &
qui eft mefme à prefent le Régné de Chrift. Quoy que leurs
3Oames donc ne foient pas encore auec leurs corps: elles régnent ca?‘
défia pourtant auec Iuy;Ceux donc qui veulent remettre l’exe­
cution de cette fentécc & déclaration de la béatitude des fidè­
les iufques à la fin du monde, feparent leurs ames de I’Eglife
qui eft le Régné de Chrift,félon le fentiment de ce S. Doéteur.
Et afin que vous ne dificz pas que iem’efloigne de l’intention
de ce Pere, receuez cette mefme expofition de la bouche de
vos Doéteurs.
.
Receuez-la de Meflire PierreSeguiér Prefident au Parlcmêt de zfo #wv
Paris, qui fbufcrit à cét Arveft du Ciel, & l’interprete comme & la connous. A mefure, dit-il, que le corps fe panche vers la terre, l’a- noiffauce
me afpire au Ciel j & lors que la diflolution fe fait d’elle & de
*
cette
mafle
qui l'enuironne
: elle s éleue
à Dieu,f &• fe repofe
en
r
f

/


r Tl
n MCJUie.
luy. Bien heureux font les morts qui meurent au Seigneur. 11 eft
temps déformais, dit l’Efprit de Dieu, que leurs trauaux pren­
nent fin ,■ & qu’ils fe repofent cternellCment. Ils fe repofent
en effet : car l’ame fortant de cette maifon de boue, où elle
eftoit engagée, prend l’eflor, & s’enuole à tire d’aiflc iufques
dans le Palais de la gloire Celefte.
Receucz-la du Cardinal Bellarmin , "qui tefmoignât n’ap- Bfttarmi
prouuer pas la première interprétation de ces paroles, qu’il a M-àcJw
donnée au lieu fus-allegué : cn donne ailleurs vn autre contraire à celle-là. Les peines des gens de bien, dit-il, font courtes: Ca.
de cela il ne faut nullement douter, veu qu’elles ne s’eftendent
point au delà de cette vie, l’Efprit difant aux iuftes qui meurét
au Seigneur, qu’ils fe repofent de leurs trauaux.
En effet, fi nous voulons prendre la liberté de raifonner
fur cette matière, fuiuant la clarté de l’Èfcriturc , & à la faueur
des lumières que les Peres nous donnent par leurs ^pterpreta#
tions: nous trouuerons que la félicité de ceux qui meurent en
la grâce du Fils de Dieu, ne doit point eftre différée iufquesà
la fin du monde: mais qu’ils en doiucnt obtenir la jouïftàncc
incontinant après la mort, puis qu’elle fait la recompenfe de
leurs trauaux. Autrement il faudroit accufer Dieu d’vne inj.uftice > qu’il ne p eut fouffrir entre les hommes : car luy mefine
.
Cccij

$88

Deffenje particulière

ne nous deffend pas feulement de retenir le falaire de ceux^uî
^.5.4. nous ont feruy: dilant,que le loyer des ouuriers , dont ils ont efié
frufirez^cne contre nous: mais aufli d’en retarder le payement*
Leuit. ip au de la d’vn iour. Le loyer de ton mercenaire ne demeurera point par
j j.
deuers toy iufques au lendemain-.tu neferas-point de tort au mercenaire-.
D enter0. tu luy donnerasfon loyer lejour me(me quil aura trauaillé^auant que la
34.14.15 Soleilfe cçttche : car il efi pauure^ & c efi à quoy s’attend fon ame, afin
quil ne crie point contre toy d 1‘Eternel, & quil n’y ait point péché en
toy.

*

Si Dieu n’approuue pas ce retardement du Glaire promis;
s’il condamne les Maiflres, qui font atteindre à leurs feruiteurs
le payement de leur loyer feulement iufqu’au lendemain : Penfez-vousqu’ilfaffeluy-mefmcce qu’il condamne? Si l’efpoir
rpronerh. différé fait languir le cœur, comme dit le Sage : Penfez-vous
jj. ia.
que Dieu vueille imiter la cruauté de ccs ames barbares, qui
font attédre auec inquiétude,ce qu’elles ont promis-aucc mau- *
uaife foy ? Et que plus cruel que les homes,il fc plaife à prolon­
ger les peinés de les feruiteurs, en remettant leur remuncratiô
iufques à la fin du rntmde? Certes Dieu n’eft pas-capable de
fî^.640 cette cruauté : comme il n’cft point iniufte, pour mettre en oübly noftre œuure, ny le trauail de noftre charité : aulfi n’eft-il
point cruel, pour en différer fi long-temps la recôpcnfe. C’eft
'Mat.to. pourquoy il nous cft reprefenté dans la Parabole du Maiftre de
8,
la vigne, donnant ordre à celuy qui auoit la charge de fes affai­
res , d’appeller les ouuriers , & de leur payer leur falaire, quand
lefoirfut Venu. Or le loir, félon l’interpretation des Peres, c’eft
/m 9 4. G fin de noftre vie : félon que le Seigneur dit ailleurs, la nuill
tJUaldo. vtentée nulnepeut trauailler. Il appelle nuid la mort d’vn châin Math, cun comme difent vos Commentaires. C’eft pour cela que
i.Fwr.i,' Saind Pierre affeure les fideles, que croyans en lefus-Chrift,
%&
ils s’égayent d’vne ioye glorieufe, remportans pour fin de leur
. *
foy le falut eternel des ames. Or la fin de noftre foy, c’eft la fin
i
de noftrc vie : car alors la foy cefléra, pour faire place à la vi­
fion. Ce fera donc en ce foir, en cette nuid, en cette fin, que
les fideles receuront le falut eternel pour recompenfe de leur
trauail: Il n’eft donc pas vray que cette fentence prononcée
par la voix du Ciel dans l’Apocalypfe, nc doiue auoir fonaccompliffcment qu’à la fin du monde, comme dit voftre Bache­
lier.:

de la fixiéme Refponjè.

"

*

D’ailleurs la mefme Efcriture qui dit qu’/'Zy aura tribulation Tj.t. 9.

& angoiffbfur toute ame d’hommefaifant mal.> eft celle qui nous affaxe cp ily aura gloire^ honneur& paix à chacun qui fait bien-, & 'Zf.ï.ia
comme elle dénonce les peines de l’enfer aux incrédules &
impenitens : Aulïi promet-elle les ioyes du Paradis aux repen­
tans & aux fideles. Orlafentence de condamnation s’exé­
cute contre les impenités & incrédules dés l’heure de la mort :
cardans ce moment leur ame defeent en enfer; & aulïï-toft
qu’elle cft iugée, elle reçoit l’execution funefte de fon arreft
dans la compagnie des démons. Il faut donc par la loy des
contraires que les fideles & repentans mourans dans la grâce
du Fils de Dieu, reçoiuent l’execution de cette fôntcncedc
grâce incontinant après la mort; & puis que leurs ames font
iugées à mefme temps , qu’elles foient aulfi à mefme temps rccompenféesdansla focictt des Anges. Autrement Dieu fe­
roit plus exaél pour exécuter fes menaces, que pour accom­
plir fes promettes ; & fa mifericorde, qui fe glorifie par deifus
le iugement, feroit plus lente à defploycr fes faueurs, que fa
iuftice à faire fentir fes vengeances.
Pour éviter cette abfurdité contraire à la grâce deDieu,
& à la vérité de fes promeffes : Tous les Peres del’Ancicnnc
Eglife ont efté dans ce fentiment, que comme les mefehans
qui font hors de la grâce de Dieu, font punis incontinant après
la mort dans les tourmens de l’enfer : ainfi les iuftes qui meu­
rent en fa grâce, font incontinant après la mort recompenfez
dans la gloire du Paradis.
Sainél Iuftin, ou l’Autheur des queftions qui luy fontattribuées l’a bien creu ainfi, quand il a dit, que les ames desiu- ‘PW’Ti
ftes après leur fortie du corps font incontinant menées par les
Anges dâs le Paradis; les ames des iniuftes dans les lieux infer­
naux; & que toutes font gardées dans des lieux conuenablcs
iufques au iour de la Refurreélion.
#
Sainél Irenée a creu la mefme chofe, quand il a dit que les

impies, les injuftes font enuoyez au feu eternel; & que la vie
& gloire eternelle eft donnée aux iuftes, qui gardent les Com­
mandemens de Chrift,& qui perfeuerent en fa dileélion: à fça­
uoir à quelques-vns dés le commencement,& aux autres après
Jarepentance.

Ccciïj

390

Defenje particulière

Cyprian.
C’eftoit bien la creance de Saind Cyprien, quand il nous
[erm. de aduertit, que fi les iuftes meurent aucc les iniuftes fafis aucune
rnniiAl.
différence du genre humain: il ne faut pas pourtant que nous

eftimions que les bons & les mefchans ayét vne mort commu­
ne: puis que les iuftes font appeliez au raffraifchiflementi8c
les iniuftes font traifnez au fupplice.
C’eftoit la pensée de Saind Hilaire, quand il nous donne
'HiUr. in
ZPJalm.i. cét aduis. Que nul ne fe flatte dans le delay du Iugement: car
l’enfer vengeur des crimes reçoit incontinent ceux-là} & fortans du corps, ils periffent aufli-toft, s’ils ont ainfi vefeu : mais
les autres font colloquez dans les fîeges des Bien heureux.
Mncar,
Saint Maquaire eftoit dans le mefme fentiment, lors qu’il
bomil. 22 fait cette déclaration dans vne Homilie, dont le tiltre eft tou­
chant le double eftat des mourans. Lors que l'ame eft délogée
ducorps de l’homme, alors s’accomplit vn grand Myftere.
Car fi elle eft coulpable de péché, les troupes de démons s’ap­
prochent, & les puiiîances des tenebres prennent cette ame
affujettie à leur empire, & l’entraifnent dans leurs quartiers.
Mais les Anges afliftent aux feruitcurs de Dieu, lesenuironnent, les deffendent ; & quan'd leurs ames deflogent du corps,
ces Sainéls Efprits les prennent, & les meinent ainfi vers le
Seigneur dans vn lieu efpuré.
Sainél Athanafe tefinoigne qu’il a creu cette vérité de mef­
isfib/tn.
ynzft.19. me que nous,quand il parle de la forte. Nous apprenons de
tdMtitc, TEfcriturequelesamesdespecheurs font en bas, dans les te­
nebres & dans l’ombre de mortj & que les ames des iuftes font
dans le Paradis.
Puis donc que félon l’Efcriture, & la Doélrine des Peres,
les iuftes, les fideles & les feruiteurs de Dieu font reconipenfez
aufli promptement, que les mefchans font punis, c’eft adiré
incontinant après la fin de leur vie : Iugez fi comme ditMaiflre
Chiron , la fentencede bon-heur, de repos, & de recompenfe
prononcée par l’Efprit de Dieu dans l’Apocalypfe, ne doit
s’exécuter en leur faueur, qu’à la fin du monde, & au iour du
dernier Iugement.
Certes c’eft vne erreur que vos Doéleurs ont notée dans
ïïelbtrm.
Euthymius, Tertullien & Laélancc, lefquels, à ce qu’ils difêt,
ont creu que les ames n’eftoient admifes à la vifion de Dieu

V-

delapxiémePs/ponfèï

39 i

qu’aprés la refurredion des corps : C’eft l’erreur dont fut infe­
dé le Pape lean XXII. au rapport du Pape Adrian VI. laquel1
le il enfeigna publiquement, & ordonna qu’elle fut fuiuicde
tous : iufques là qu’il porta l’Academie de Paris à n’admettre
perfonne à quelque degré de Théologie que ce fuft, qui n’eut
22.
premièrement fouferit à cette Hcfefie,& qui n’eut promis de
l’a retenir iufques à la fin de fa vie. Mais enfin ccçte Dodrine Gerfon.
de lean ayant émeu toute la Sorbonne, fut condamnée publi- f™quement& à fon de trompe, deuant le Roy Philippe le Bel, ‘Pafch*
fuiuant le tefinoignage de vos Hiftoriens. C’eft enfin vne Herefie qui depuis fut condamnée dans vn de vos Conciles, à fça­
uoir dans celuy de Florence,que vos Dodeurs mettent au rang Cocit. Fia
des Generaux, & qui fe tint fous le Pape Eugene IV. contre ret.fejf.vl
les Grecs & les Arméniens.
nmn.
Aufli leCardinal Bellarmin voyant bien que cette première
refponfe qu’il a faite fur Je texte de l’Apocalypfe, ne plairoit
pas à tous, quand il a dit que ceux qui meurent au Seigneur
font bien-heureux non pas après la mort, mais après le dernier Iugement: Il a recours à vne féconde j&ditau lieu défia
citç. S’il y a quelqu’vn qui n’approuue pas cette relponfe: nous
*• de
pouuons refpondre que Saind lean parle en cét endroit des
hommes parfaits,’& principalement des Sainds Martyrs, quiC,I?’ 1
meurent Amplement au Seigneur, & n’emportent rien auec
eux qui aye befoin d’eftre purgé.
A fon imitation Monfieur le Bachelier employé vne fécon­
de évafion, pour fe défaire de ce f^lfagc. La fécondé raifon
. eft, dit-il, que Beze après Saind Auguftin, tourne en fa ver­
fion Françoife ce palfage en cette forte. Bien heureuxfont ceux
qui meurent pour lu caufe du Seigneur. Or fuiuant cctte tradudion
le bon heur de la glafrc n’eft pas approprié à la mort de tous
les Sainds, mais feulement à ceux qui ont prodigué leur vie &
leur fang, pour foûtenir la gloire & l’honneur du Diuin Sauueur.
. Le Cardinal a eu raifon de foubçonner fa première refpon­
fe, & a bien fait de la laiffer , pour fc tenir à la fécondé : car il
eft impolïïble de les admettre toutes deux , parce que l’vne eft
contraire à l’autre ; l’vne parlant de ceux qui meurent au Sei­

gneur auec des pechez veniels, Vautre de ceux qui meurent

592

Deffenje particulière

fans péché; celle-là remettâc le bon heur des vns iufques aprév
e la Refurreélion, & celle-cy attribuant la félicité aux autres in­
continant après la mort. Ce jeune Bachelier n’imite pas la
prudence de ce vieux Docteur : mais comme vn homme qui fe
noyé, il fe prend à tout ; & n’ayant pas l’cfprit exercé au difeernement des chofes contraires, il veut employer deux raifons,
qui fedeftruifent mutuellement, & dont on ne peut receuoir
l’vne, fans rejetter l’autre. Car s’il eft vray,comme il dit main­
tenant, que le bon- heur immediatemét après la mort conuient
aux Martyrs, qui ont prodigué leur vie pour la gloire du Fils
deDieu : ce qu’il a dit cy deftus n’eft pas véritable, à fçauoir
que cette fentence de bon-heur ne doit s’exécuter qu’à la fin
du monde ; & ainfi fa première refponfe eft inutile, & fans rai­
fon. Ou s’il eft vray comme il a dit cy-deuant, qu’alors feule­
ment les ames de ceux qui meurent au Seigneur, entreront en
poflelfion du bon-heur: ce qu’il dit maintenant n’eft pas vray,
à fçauoir que le bon heur eft approprié aux Martyrs après la
mort ; & ainfi cette fécondé refpôlè n’a plus de lieu,puis qu’el­
le eft deftruite par la precedente.
Mais ie ne veux pas le traiter auec cette rigueur ; & pour le
fatisfaire fur cette fécondé raifon : ie déclaré ingenuèment que
ie n’ay iamais rien leu en François dans les eferits de Beze ; &
ie ne fçache pas qu’il aye fait aucune traduélion Françoilè de la
in Bible. Il cft vray que dans fes notes Latines fur leNouueauTcc^ipocAÏ. ftanient} s’arreftant à la propriété de la Phrafe Hébraïque,
retenue dans le Grec, il diwque mourir au Seigneur veut dire à
caufe du Seigneur: mltis ce n’eft pas pour reftrci ndre à la refer-.
uedes Martyrs cette béatitude promife incontinent après la
mort: Tous ceux qui liront fes eferits trouueront qu’il n’a ia­
mais efté dans cette pensée. Mais c’cfr feulement pour faire
voir, que cét aduantage d’entrer en la vie eternelle «n fortant
de celle-cy, conuient principalement à ceux qui fouflrent perfecutionpour juftice. En effet ceux-là meurent plus glorieufhilip. i. lement au Seigneur: d’autant qu’il leur a efié donné non fiulemwt
19.
de croire en luy , mais aufsi de fouffrir pour luy. Cela n’empcfche
pas pourtant que tous les autres fideles qui meurent en la foy
du Fils deDieu, ne meurent au Seigneur, & que par confe­
quent ils n’ayent part aufli - toft après la mort à cette mefme
gloire;

de lafixiéme Refit onfit

393

gloire; & il ne faut pas s’imaginer que pour auoir efté priuez
de Phonneur d’épancher leur fang pour la caufe de Iefus, ils
foient priuez de fa béatitude,iufques au dernier iour.CarlcfusChrift luy-mefme promet cét aduantage à tous ceux qui croy­
cnt en luy, de les faire paiïcr de la mort à la vie. Aufli eft ce Jea j .24
‘pour cela que l’Apoftre parlant de tous les fideles dcccdezde
ce monde, dit pour confoler les viuans, quils.yW morts en 1. 7he(f.
christ) 8c qu’ils
c’eft à dire qu’ils lé repolent en Iefus, 4. 14.16,
attendansla bien heureufe Rcfurredion. Et le Saincl Elprit
dans ce lieu de I'Apocalyfe fait cette déclaration de la béatitu­
de, Bienheureuxfont les mortS) non feulement pour les Saincis
qui ont patience pour fouflrir : mais aufli pour
qui gardent fipoc.\^.
12.
les Commandemens de Dieu ef lafoy de Iefus.
Pour le regard de Saiod Auguftin, ie ne içay, ny ne puis
conceuoir àquoyfongeoitle Bachelier, quand pour authori­
fer fa penfée, il a allégué ce Dodeur : Car ce Perc a traduit ce
paflfage comme nous, Bienheureux font les morts qui meurent au
Seigneur8c Pa interprété de mefme que nous : Car voicy com­
ment il explique ces paroles. L’Eglife donc regne dés main­ de Cimr.
Dei.l.ia
tenant auec Chrift en la perlonnc des viuans 8c des morts: car cap. ÿ.
cef pour cela, comme dit l’Apoftre, que Chrifi efi mort ef retour­
né a vie, afin quil aye Seigneuriefur les viuans effur les morts ùfaàs
il a fait feulement mention des a mes des Martyrs : parce que
ceux-là principalement régnent eftans morts, lefquels ont
combatu pour la vérité iufques à la mort. Mais par vne partie
nous entendons le tout, 8c les autres morts appartenansàl Eglifc, qui cft le Regne de Chrift. ïugez de là fi noftrc fenti­
ment n’cft pas entièrement conforme à celuy de Saind Augu­
ftin : puis que nous difons comme luy, que quoy que tous les
* fideles qui font membres de l’Eglife foic-nt bten-heureux auflitoft après la mort : neantmoins cét aduantage appartient prin­
cipalement aux fideles Martyrs, qui meurent pour la caufe du
Seigneur.
ïugez de là fi ce Pere fauorife en rien la penfée de voftre
Bachelier, qui dit que le bon-heur conuient en propre aux
Martyrs, qui ont prodigué leur vie pour la gloire du Sauucur.
Mais ie veux eftre d’accord auec luy, que le Martyre eft
ttbfolumcnt neceffaire pour obtenir la vie eternelle du Paradis

Ddd

,
D'ffenfc particulière
incontinant après la mort : s'enfuit il pourtant de là qu’il faille
vcrfer en effet fon fang pour cftre Martyr de Iefus-Chrift $ Ne
fçait-il pas qu’il y a vn martyre de penitence, & vn martyre de
charité, qui engage tous les fideles à fouffrir pour l’amour de
Chrift durant tout le cours de leur vie? Certes nous n’aurons
pas de la peine à comprendre cette vérité, fi nous confiderons *
2^5.8.24 le deffein eternel de Dieu : car il nous a predeftineza eftre rendus
conformes à limage de Çon Fils. Comme donc il a fallu que le
Chrift fouffrift, & qu’ainfi il entraft cn fa Gloire : Auffi cette çat. Tim.2. raie eft certaineyquefi nous mourons &Çouffrons aucc luy, nous Ytuions
zi. 12. & régnerons aufsi auec luy mefme. Nous n’aurons pas de la diffi­
culté à la pratiquer, fi nous entrons dans les intentions du Fils:
car_/7
dit luy-mefme,
eftre de mes Difciples, quil
io eharge.furf°yfa Croix, & qu'il mefuitte, (f qui ne prend fa Croix &
^2,’ ‘ ue vient après moy, rieft pas digne de moy. Comment pouuonsnous fouffrir & mourir auec Chrift fans perdre la vie? Com­
ment pouuons-nous porter la croix à fa fuite fans épancher
noftre fang? Sainél Paul vous apprendra que c’eft par la peni­
tence que nous fommes crucifiez auec luy : car ceux-i dit-il, qui
Coi. $.24 font Je chrift, ont crucifié la chair auec les affections & conuoitifes d’i6. felles 5 & nous fçauons cela que noftre "vieil homme^a efté crucifié auec
luy, d ce que le corps depéchéfut réduit à néant* Luy-mefme vous
cnfèignera que c’eft par la charité que nous mourons pour
Chrift. Car la charité de Chrift nous eftreint* tenans cela pour refolu,
h. Cor. 5 qUejjvn ef mortztous aufsifont morts, afin que ceux qui viuent, ne
1
viuent plus d’orcs-en-auant à eux-mefmes, mais d celuy qui eft mort &
reffufeitépour eux.

Confultcz la-dcffus les Anciens Doéleurs de l’Eglife, &
ils vous feront fçauoir que l’Eglife fouffre dans la paix, aulfi
bien que dans la ptrfecution
qu’elle ne laiffe pas d’auoir fes
Martyrs,quoy qu’il n’y ait point de Tyrans, quii’apcrlècu-

tent.
TbvvLfe

Tertullien vous fera entendre qu’vn Chrefticn qui vitchaftement peut porter le nom de Martyr; puis qu’il foûtient vn
fit.
plus rude combat ; qu’il eft plus aife de vaincre la douleur, que
l’impudicité, & que c’eft quelque chofe de plus grand de viurc
dans la çhafteté, que de mourir pour elle.
tsfuguft.
Sainél Auguftin vous dira que la paix de l’Eglife à fesMat;

de lafixiémeRefioiïfi.

s'

tyrs} qucla vie du Chreftien eft vn pénible martyre; & qu’il ne de tttttp.
peut viure félon les maximes de l’Euangile fans fouffrir vnfup-Arw-2s°
plice aufti rigoureux que celuy de la Croix.
A "Z-fer.
Luy mefme vous enfeignera que furmonter fa colère» dompter lès appétits, & garder la iuftice fait vne grande partie du^^^y^
martyre. Que pour faire vn Martyr, il n’eft pas toufiours bcloin de refpandre fon fang pour la querelle du Fils de Dieu, ny ^ng,tfi.
d’expofer ion corps à eftre brullé par les flammes ; & qu’on fern?. 40
peut paruenir à cét honneur par le mefprisdelachair, aufti & fanclis
bien que par la fouffrance de la mort.
Il vous affeurcra luy-mefme, qu’il y a deux fortes de Mar- èJugutf.
tyrs, que les vns le font cn habitude,comme les autres en effet} L de bono
que la vertu du martyre ne fait qu’eelatter au dehors par la
fouffrance des tourmens} mais qu’ily cn a plufieurs, qui ne 2l*
laiflent pas de poflcder cette vertu deuant Dieu, quoy qu’elle
ne paroiflc pas aux yeux des hommes} & que l’on peut dire de
ceux-là que l’occafion leur manque, mwsnon pas le courage
pour fouffrir.
Sainét Bernard vous aduertira que la continuelle mortification de la chair eft vne efpcce de martyre, qui n’eft pas àla (irm. in
vérité fi horrible que le fupplice, qui couppe les membres du ott.Tafo
corps : mais qui eft plus infuportableà caufe de fa longueur.
Enfin c’eft vn dire commun parrny les Anciens, que nous
pouuons eftre Martyrs , fans endurer le fer ny le feu: pourüeu
que nous gardions nos ames par noftre patiance. Si donc les
Martyrs entrent dans la gloire en fortant de cette vie ; fi le bon­
heur eft approprié à leur mort fclon la voix duCiel eferite dans
l’Apocalypfe : il faut dire que tous les fideles qui meurent en la
foy du Seigneur, font bien-heureux incontinant après leur
trefpas : puis qu’ils font Martyrs de Iefus-Chrift; puis qu’ils en­
durent beaucoup, pour obeïr à fes loix} & puis qu’aprés auoir
embraffé par foy le tefmoignagc de fa vérité, ils le confirment
par ieur patience. Ainfi n’y ayant point de Purgatoire pour les
Martyrs, il n’y en a point pour aucun des fideles qui meurent
au Seigneur : puis que par la mort ils entrent en poffeflion du;
bon heur & du repos de la vie eternelle.
Après celaie n’ay rien plus à vous dire, pour vous fauuer,
en vous arrachant comme du feu f finon que vous confieriez.
~ ...... ....—----------Ddd ij
v

$9&

Deffenfe particulière

les fondemens du Purgatoire Romain ; & vous trouuerez qu'il
nc peut nullement fublifter auec les maximes de voftre propre
creance.
*
Que vous fert-il de croire la dodrine de la Iuftification
comme on vous l’enfcigne? Car on vous dit que la remiffion
des pechcz cft le nettoyement de l’iniquité & de la tâche refiLib.r.'de dente en lame, par l’infufion de la grâce & de la iuftice: de
•Etpttf.c. f°rte que k pecheur y cftant laué deuient blanc comme la nei>3
gc ;& l’homme de pecheur deuient iufte, par la iuftice queie
Lib.î.de Soleil rcfpand en luy, & par la lumière de la grâce qui chafte
toutes les tenebres des pechez. Si cela eft ainfi, pourquoy fautil encore enuoyer en Purgatoire ceux qui meurent en eftat de
grâce, puis que la grâce les a parfaitement nettoyez? & qu’il
ne refte plus rien à purger dans les ames qu’elle a blanchies ?
Si l’on vous dit que c’eft pour fatisfaire à la Iuftice de Dieu
pour la peine des pechez vcniels, qui leur ont efté remis : Que
’Bellar', I. deuiendra le threfor des Indulgences? Car on vous enfeigne
L»/ c 7' <IueIcs Indulgences du Pape deliurent les hommes del’obli
gation à lapeine, non feulement deuant l’Eglife, mais auffi
deuant Dieu ; & que l’intention des Pontifes qui les donnent,
cft qu’elles feruent principalcmct pour expier la peine du Pur­
gatoire. Pourquoy donc après auoir receu, ou acheté des In­
dulgences , faut-il que les ames aillent payer en Purgatoire les
peines, dont elles ont cfté affranchies par ces Indulgences-là?
C/j». ZrQue deuiendra le pouuoir du Sainét Pere? Car quoy que
gatHr.q.ï JePjpc Gclaze aye reconnu que Sainét Pierre ne rcceut du
Seigneur que le pouuoir de deflier les viuans fur la terre,& non
pas d’abfoudrclcs morts : neantmoins vos Doéteurs vous en­
joignent quel^Iurifdiétion du Pape n’a point de bornes, &
Tlanauet. qu’elle s’eftend iufques dans le Purgatoire; que les ames du
4. feat.
Purgatoire font du reffort de fon authorité ; & que s’il vouloit
dtti. 20.
5
fc feruir de la Souuerainc puiffancc, il pourroit donner tant
7- 5
Tttr.Stt d’indulgences aux trefpalfez, &fi puiftantes, quelles vuideHtrt.Tbef roient le Purgatoire, & feroient enuolertoutes.les ames dans
>2?
le Ciel. Cela eftant, n’rft-ce pas vne cruauté tyrannique, de
laifter fi long temps fouffrir dans le feu tant de milliers da­
mes, qu’on pourroit deliurer par vne Bulle dansvn moment.
Mais il faut conter de l’argent pour obtenir vn Iubilé:

5

de la fîxiéme Refonfè.

cela fait bien voir que voftre Saint Pete n’eft pas fticcefleur de
celuy qui d ir, vous tous qui auezfiif, Venez aux eaux ; vous qui n a- Efty- 5$
ue^ point ’ argent Venez, achetez de moyfans argent. Et nous pour- 1 •
rions dire auec vérité de voftre Pontife,ce que Sainél Ambroi- ^m’tr
fe a dit d’vn riche auaricieux ,que ccluy-là eft malheureux, qui dtaabôth.
a le pouuoir de garentir tant d’arnes de la mort, & qui n’cn a cap. 13.
point la volonté !
Enfin que vous feruira la doélrine de vos Sacremens, & de toutes les choies Sacramentelles cn cette vie,
s’il faut encore attendre vn Purgatoire après la mort ? Pour­
quoy vousadminiftre-onleBaptefine? N’eft-ce pas, comme
ou vous dit, pour effacer entièrement le péché originel? Pour­
quoy vous ordonne-on le Sacrement de Penitence ? N’eft-ce
pas pour vous donner l’abfolution de tous les pechez aéluels?
Pourquoy vous porte-on la Communion, quand vous efteS
malades? N’eft ce pas pour vous conférer la remiftion de tous
vos pechez après la contrition du cœur, & la confeffion de la
bouche? Pourquoy vousdonne-on le Corpus Domini pour voftre
viatique : Eft-cc pour le porter auec vos ames dans le feu?N’eft .
çe pas pluftoft afin qu'il vous conduife de la voye dans la patrie
duCiel?CerteslePrcftrequiledonne,le fait ainfi entendre an fosacr'a.
malade qui le reçoit, quand il luy dit, reçoy mon frere, ou ma Snth.
fœur, le Viatique duCorps de noftre Seigneur Iefus-Chrift,
afin qu’il te deffendc du malin ennemy j & qu’il te conduife à
la vie eternelle. Pourquoy vous applique-on encore outre ce­
la les huiles de l’Onélion-Éxtrcmc? N’eft-ce pas pour vous ob­
tenir la remiftion de tous les pechez que vous pouuez auoir
commis par le mauuais vfage des fens & .des autres parties de
voftre corps, & pour purger entièrement voftre ame? Si cela
n’eft pas, le Preftrc a tort de tenir ce langage aux infirmes,auf- de Sacr.
quels il prefente cette Onélion. Voicy la mifericorde de Dieu Extremt
eft accourue à vous, pour vous renforcer, vous réjouir, vous vn"*.
confoler, & vous communiquer abondamment fes grâces par
cette huile facréc j dont nous vous oindrons. L’huile touchant
voftre corps, la grâce oindra voftre ame, & vous fera reflentir
des effets merueilleux, la rempliffant de vigueur contre les
malins efprits ; & nettoyant le refte de fes taches, pour fe prefenter nette,& pure deuât Dieu,s’il faut qu’elle forte du corps.
”•



Ddd iij

Défende particulière
Pourquoy outre ces Sacremens vous ordonne-on encore
les battemens de la poiétrine, les oraifons,les aum.ofnes> Pour
SX"; guoyyous don„e-on d“ P’“J Hcmt, des Prières, des Lian,^
w.?2. « des alPedlos d eau benite? Toutes ces choies,fi vous en c&yez
*' vos Doéleurs, ont la vertu d’ofter les pechez véniels.
Pourquoy enfin les Preftres vifitans les infirmes dans leurs
maladies, ont-ils receu ordre de leur donner ces belles afleijrances du làlut $ S’ilplaift à Dieu vous appeller, cftimez-vous
a; Sacra, bienheureux d’aller à luy : vous quittez la terre , pour gaigner
Ciel; vous renôcez au môde,pour aller àDieu; ôc vous vous
defehargez de tontes les miferes de cette vie, pour allerprcn.
dre pofteftion d’vne ioye fans fin, & des biens qui furpaflent la
cbviT Penfëeôcle defir du cœur humain. Pourquoy ont-ils ordre
^curain de ^es Encourager par ces paroles ? Bon courage, mon fils,baifirm,
fez l’Image de voftre Sauueur Crucifié : vous cftes en trouble
& angoifle, ce bon Dieu vous mettra en paix ôc cn repos. Le
voila attaché enCroix,pour vous dcftacher des peines aufquelles vous eftes attaché j le voila pendufur le bois, pour vous at,
tirer dans le Ciel ; le voila roide mort, pour vous donner la vie
eternelle. Courage, mon fils, vous ferez vn bienheureux efi
change : vous quitterez cette vie mortelle pour vous rendre à
la vie eternelle. Courage donc, ne craignez riencarpourueu que vous ayez le regret de vos fautes, ôc la confiance en
Dieu grauée dans voftre cœur, vous gaignerez les Cieux,
triomphant de la mort.
Toutes ccs Indulgences, tous ces Sacremens, toutes ccs
Oraifons, toutes ces Ceremonies, toutes ces belles confolations, tous ces beaux encouragemcns, toutes ces aflcurance?)
ne font ce pas autant de fourberies, Ôcd’illufions : fi après tout
cela il faut encore que les ames de ceux qui meurent en la grâ­
ce de Dieu, aillent fouffrir dans les flammes? Certes ie confefle que l’on ne peut point entrer en Paradis fans pafter par va
Purgatoire : mais fi vous croyez à l’Efcriture ; fi vous adjoufte»
foy aux Peres de l’Ancienne Eglife; fi vous voulez fuiure les
Doéteurs de la voftre les mieux éclairez : croyez moy, que no­
ftre Purgatoire fe doit faire en cette vie; & que fi nous n’en for­
çons pas bien elpurez, il n’y aura plus de temps, ny de lieu pou*

noftre purgation.

de lafixiéme Rcfponfi»
$$$
, Tafchez donc de vous purger pendant que vous eftes en
vie: mais n’employez pour cela que les caufes & les moyens
que la grâce de Dieu vous prefente. Voulez-vous eftre purgez
par fang & eau/allez à Iefus-Chrift, zes il eft'Venu par eau &par r>
fang-> comme tefinoigne l’Efprit de vérité. Par eau, afin de lalier les foüillcures de nos pechez 5 par lâng, afin de fatisfairc la
Iuftice de Dieu, & fairc l'expiation de nos crimes. Voulezvous que le mérité de cette purgation vous foit appliqué inuifiblemcnt par eau & par feu.*’demandez à Dieu la grâce du S.
Efprit, qui fandifié les ames : car il eft cette eau Celefte, qu’il
promet de rclpandre fous l’Alliance de Grâce, dilant par vn
Prophète, en ces iour-là ie rcfpandray de mon Efprit fur toute chair,
Luy mefme eft ce feu Diuin, que lean Baptifte annonce aux
croyans ds la part du Meflïe. Iceluy vous baptifera dn Sainft Efprit Luc$.i6
& de feu. Voulez - vous que cette mefme purgation vous foie
appliquée exterieuremêt par eau & par feu/vous auez le Sacre­
ment du Baptcfme, qui eft le lauement de Régénération : vous auez 77/. 3. 5.
la penitence, dans laquelle les pécheurs repentans.font ce que
Dieu nous commande difant, lauez-vous, nettoye^yous, oftez,de
deuant vosyeux la malice de vos aftions. Vous auez la parole de
Dieu, qui félon Saind Ambroife eft comme vn feu, qui puri- -dnbr.in
fie nos coeurs de l’amour du fieele ; vous auez les tribulations
de cette vie, qui comme vn feu efprouuent noftre foy plus precieufe que l’or, félon S aint Pierre i quifelon Saind Auguftin
font cc feu qui efprouue les hommes, comme la fournaife ef- Encbiri.
prouue les vaiffeaux d’vn potier. Vous aucz enfin les infirmitez les douleurs de la mort, par lefquelles l’ame de chaque
fidelle eft purgée des reliques du péché félon le fentiment de dtfpï z6.
vos Dodeurs, pourueu qu’il endure en foy, en charité, & auec
patience. C’eftpar cette eau & par ce feu qu’il nous faut paf­
fer pour nous purger de tous pechez en cette vie, après quoy il
îîe faut plus elpercr d’autre purgation en cellequi eft à venir.

4013F

Defenje de lu

S E'TTIES M E

'

DEMANDE

du sNf'fiJfonnaire.

D

E quelle Efcriture ils ont receu la puiftance de condamnerles Aftemblées de la Papauté.

Qejponjeala Jèptiéme demande.
I vous voulez eftre fatisfait fur cette demande, dont le fu­

S
il

jet n’cft pas vn Article de Foy , mais vne confequcnce tirée
d’vn Article : le vous prie, Monfieur, de confiderer ce que
nous entendons par les Aftemblées de la Papauté ; comment
nous condamnons ces Aftemblées j & puis après ie vous feray
voir, qui nous en a donné la puiftance. Par les Aftemblées dé
laPapauté nous n’entendons pas toutes fortes de focietez com­
posées de perfonncs qui font profefîion de la Religion Catho­
lique Romaine, &c.

Répliqué du Catholique Romain.
E S vieillards impudiques pat vne malice abominable
chargèrent autrefois la chafte Sufanne du crime infâme
d’adultere , pour auoir lieu de fevanger de fon innocence,
& pour la condamner injuftement à mort. Ainfi les Relig’on'
naires beaucoup plus mefehans que ces fàlcs Vieillards, irnpo*
fent fauftement à l’Eglife Romaine quantité de forfaits, ahn
d’auoir vn prétexté fpecicux, pour la pouuoir condamner,

L

pour inuediucr aucc infolcce contre l’ordre de fa côduite.&c'
r '------------- - -------- "

L efl vne forte de gens , dit Salomon , qui s'eflime eflre net- ‘Pronirb.
te y & toutes -fois n’efl point lAuée de fon ordure. Telle eft 30.12.
la voye de la femme adultéré, parée en putain & garnie de 'Proucrb.
rufe : elle aftcurc fa troigne, elle mignarde fon parler; elle 30. 20.
mange & torche fa bouche ; & puis elle dit, je n’ay point com­
mis d’iniquité. L’impudence, dont la femme débauchée fc
fert, pour cacher fa turpitude ÔC fon infidélité, eft la mefme
qu’employoit autrefois l’Eglifc des Iuifs corrompue, afin de
couurir fa paillardife fpirituelle, comme Dieu le luy reproche
par vn Prophète, difant , Pourquoy rens-tu ainft ta contenance ferem 2.
affectée pour chercher des amoureux , dont tu as mefme enfeigné 33. $5ton tram aux meflhantes ? Et tu dis , je fuis innocente : mais
voicy je m'en vay contefler centre toy , de ce que tn dis je n ay
point péché.
C'eft le mefme reproche que nous pouuons faire auccjuftice à l’Eglife Romaine : carquoy quelle ait abandonnélaichement la vérité de Dieu, pour embrafièr l’erreur; foiiillé la
. pureté de fon culte par fes fuperftitions, ôc traité fes enfans
aucc tyrannie : elle vent neantmoins palfer pouc innocente > ôc
fe iuftifier de fes crimes,comme fi elle ne les auoit pas commis.
Mais fes propres enfans éleuez. dans Ion fein,ôc fes propres Do­
deurs ont efté des Prophètes, pour nous découurir foninfa- p(trarch
mie, ôc pour la reprendre de fon infidélité. Les vns l’ont appellée l’Efcole des erreurs, Sc la mere des Hercfies. Les au- Nuol. de
tre s l’ont qualifiée vne maifon de Brigands, qu’il faut repurger Clemang.
auec le foüct, comme autrefois le temple de Ierufalem: Ettn Epff
quelques-vns ont dit, qu’elle eft la nouuelle Babylon , la grande paillarde -la mere des paillardifes ôc des abominations: a^a^wr
parce queic Way culte ôc l’amour de l’Elpoux Iefus-Chrift y cft
2^
îalemét corrompu; ôc que l’elprit des iuftes y eft excefiiucmcnt pbtrtn?
opprimé fous le joug de fa tyrannie.
« Cffdjt
C eft ce qui nous a donné lieu de condamner lès Afièrn>
Ecc

I

4ÔÎ

Defenfe de la

blées, qui fc font par l’ordre ôc tous l’authorité du Pape, qu’el
Conff.de le reconnoift pour fon Chef: parce que la pure vérité de Dieu
àef»y.art en eft bannie ; que les Sacremens y font altérez ouâhneantis
du tout ; & que les fuperftitions Sc idolâtries y ont vosue. La
?8.
première raifon que i’ay produite, pour appuyer la iuftice de
cette condamnation, eft generale contre l’Eglife Romaine,
qui n’eft autre chofe que l’Aftemblée qui reconnoift le Pontife
Romain pour fon Chef, cn ce qui regarde les chofes fpirituelles. Et cette raifon fe peut réduire à cette forme d’Argument.
Toute fifjèmblée qui ne s*affujéttitpas à laparolc deDieu, doit
efire condamnée par cette mefineparole, dont elle mefprife l’au­
thorité.
Cr l’Eglife Romaine ne s’affujettit point à la parole de Dieu.
Doncques l’Eglife Romaine doit efire condamnée^par cette mef­
me parole, dont elle mefprife l*authorité,
La première propofition de ce raifonnement cft de I’Efcrifoftc.ïy ture '•car comme Iefus-Chrift dit que fes brebis oyent fa voix}
<£•14.23 que fi quelqu’vn l’aime, il gardera fa parole; & que celuy qui
& 8.47. eft <fe Dieu, efeoute les paroles de Dieu : Auffi fait il cette vé­
ritable proteftation à tous ceux qui ne veulent point fc fournet'Jean 12. tre à la parole. Celny qui me rejette ne reçoitpoint mes parolesfl
48.
a qui le iuge : la parole que i’ay portéefera celle qui le iugera.
La féconde propofition eft éuidente : car fi 1 Eglife Romai­
ne vouloit s’alïujettir à l’Efcriture, elle nel’accuferoitpas,
comme elle fait d’infuffifancc, dans les matières de Religion;
ellenercgardcroitpasla tradition non eferite,comme vne rciin^Ade
& *oy» c^c ne croiroit pas, comme elle croid, beaucoup
caufisrtchofes, qui ne font pas eferites dans la parole de Dieu ; elle
• reeufati. nc diroit pas comme elle dit, que l’authorité de l’Efcriture déConciUj pend du Pontife Romain, qu’il jfeut tout par dcftiis le d roit &
Trident, contre le droit; ôc que le Pape a pouuoir de donner des difpenfes contre les préceptes de l’Euangile.
A ce raifonnement Monfieur le Bachelier s’écrie cn noirs
* acctifant de faufteté. L’Eglife Romaine, difer^ils, nes’affnjettitpas à l’Efcriture : Qu’y-a-il de plus faux que cela? veu
que-tous les Miffionnaires leur proteftent, que s’ils font lire vn
feul de leurs Articles de Foy controuerfez dans les Saintes lettresjils fc rangeront de leur party; Ôc qu’enfin ils préfèrent

feptiéme Reftonfc,

'40$

fort authorité à tout autre telinoignage de quelque excellence
qu’il foit. Mais encore, adjoufte-il, voyez qui cft-ce qui s’afliijettit mieux à l’Efcriture, ou nous qui faifons voir pluficurs de
nos articles de foy controuerfez formellement dans les Diui­
nes Efcritures,ou eux qui n’ont rien de formel ôcfl’exprés dans
les mefmes Efcritures ; eux qui ne peuuent fairelirc vn feul ar­
ticle de foy de quarante qui font en controucrfe ; eux qui n’ont
que des confequences frauduleufes & incertaines tirées des
propofitions hors de l’Efcriture.- Sans doute qu’il y en auroit
affez, pour faire voir non feulement l’injuftice, mais encore
l’cxtrauagancc de leur condamnation.
Si tout ce que dit Mr. le Bachelier, eftoit véritable : faduouë
qu il auroit raifô de fe plaindre de nôtre injuftice; & que nôtre
iugement feroit plein d’iniquité, puis qu’il condamnerait des
innocens, pour iuftifier des coulpables. Mais fi ie fay voir que
la proteftation qu’il fait pour l’Eglife Romaine, qu elle s’affujettità l’authorité de l’Efcriture ; quel’affeurance qu’il donne
défaire voir formellemét dans les Sainctes Efcritures plufieurs
des articles de foy controuerfez; que le défy qu’il nousfaitfi
fouuent d’en prouuer vn feul des noltres par des textes formels,
ne font que des paroles éloignées de la vérité : vous advouérez
qu’il n’a pas droit d’appeller de noftrc iugement ; & que la fen­
tence de condamnation, que nous auons prononcée, nc peut
point eftre annulléc par les hommes, puis qu’elle eft félon la
vérité deDicu. Or c’eft ce queie m’en vay vous montrer aucc
tant de clarté, que vous reconnoiftrcz ie m’aftcurc, que toute
la méthode des Miffionnaires n’cft qn’vn feu d’illufion & de
forfanterie.
Quant à la proteftation que vous faites, Monfieur & Mai­
ftrc Chiron au nom de tous vos Collègues, que vous préférez
l’authorité de l’Efcriture à tout autre tefmoignage, de quelque
excellence qu’il foir: C’eft bien le refpeél que vous luy deuez :
puis que c’eft le tefmoignage de Dieu,qui eft croyable par def- 7/ pj ji
fus tout autre à caufe de fa certitude,comme tefinoigne le Pro­
phète ;& puis que l’Efcriture dans laquelle Dieu nous parle,
eft d’vne très éminente authorité, comme dit Saint Auguftin.
&
Mais lEglife Romaine, pour laquelle vous parlez, ne vous en
aduouéra pas ; & perfonne ne croira qu’elle reçoiue voftre de- cap. 3.

hee ij

<9

*

claration pour Vne reigle de fa conduite : puis que fes Maiftres
& fes Dodeurs j aufquels vous deuez eftre fournis aufli bien
qu’elle >luy enfeignent de tenir vn autre langage, & de faire le
contraire de cc que vous auez dit.
Si le Cardinal Bellarmin euft crcu qu’il falloit déférer 1
___ _______ ___ __ _

r



otrbo.oei n’auroit pas dit que Dieu deuoit pouruoir I’Eglife d’vn luge
cap. 9' T1* terminaft les difficultez & les controuerfes de la foy & que

ce luge ne peut eftre ny lEfçriture ny l’Efprit de Reuelation
particulière ; mais feulement le Prince de I’Eglife, c’eft à dire,
le Pontife Romain.
Gratian.
Si Gratian compilateur des Decrets & Canons de l’Egli19. fe Romaine auoit efté dans cette creance, qu’il faut préférer
aan.tnca j»authorjté de lEfçriture à tout autre tefinoignage : il n’auroit
?dc dttt. Pasfnis dans fes Canons, que IcsEpiftrcs décrétales dcsPon2o.* Can. tifes doiuent eftre contées entre les Efcritures Canoniques, &
décrétâtes que les Canons des Conciles font d’vne mefmc authorité.
Çregor.l»
Si voftre Grégoire le Grand, qui eftoit Pape , euft cr^u la
i. èpijl. mefme chofe : il n’auroit pas dit qu’il rcueroit les quatre prc24.
miers Conciles, comme les quatre Iiures des Euangiles.
'/«>^1? f
Si Lindan vn de vos célébrés Doélcurs euft eftimé qu’il
deopt/cr falloit rendre cette foûmiflïon à l’Efcriture : il n’auroit pasafiptwa.in feuré comme il a fait, que toute tradition Ecclcuaftiquc eft
terpret. comme la pouppe& la proue de la Religion Chrcftiennç, la
deffenfe & le fort afleuré du faluti& que pourucu qu’on retienne le fondement de la tradition , il nepeut arriucr aucun dom­
mage à l’Eglifc «*quand mefme les Efcritures feroient abolies.
Enfin fi I’Eglife Romaine eftoit dans ce fentiment que
l’authorité de l Efçriture eft préférable à tout autre tefmoignaObJîwxj. ge de quelque excellence qu’il foit : Les Autheurs de la CcnÇelwtcns fure de Cologne ne diroient pas que les traditions ont vne pa­
reille authorité j & qu’il les faut croire auec la mefme foy, que
les chofes qui ont vn manifefte tefinoignage dansl’Efçriture.
Gsfi- L’EglifeRomainc elle-mefme, n’auroit pas mis dans fes

fyttéme Rejponfe.

405

Le Concile de Trente n’auroit pas protefte dans fes De- Concilia.
crets , qu’il reçoit les traditions non eferites, quiregardent la Trid.fiff.
foy & les mœurs, auec la mefme reucrance,& auec vne pareil- 4*
le affedion de pieté, que les liures làcrez de l’Efcriture, commefiellesauoientefté didées de la propre bouche de lefusChrift , & par le Saind Efprit. Et quand vn Euefque tefmoi- rtrgcr.
gna dans l’Affemblée que ces paroles luy fembloient rudes,n’y
ayantrien qui peut eftre comparé auec l’Euangile : elle ne luy ^iem.
auroit pas enjoint de fortir de la Ville de Trente, & d’aller à
Rome vers le Pape, pour en obtenir pardon.
C’eft donc fans raifon, Monfieur le Bachelier, que vous
vous plaignez de noftre iugement rendu contre l’Eglife Ro­
maine à caufe du mefpris qu’elle fait de l’Efcriture ; c’eft à tort
que vous proteftez pour elle de preferer l’authorité de l’Efcri­
ture à tout autre tefmoignage : puis que fes Dodeurs l’ont mifes dans l’égalité auec les decrctales des Pontifes, & les Ca­
nons desConciles: puis que les Papes & leurs Côciles luy éga­
lent les traditions non eferites, & puniffent auec rigueur ceux
qui ont des contraires fentimens.
Mais, dites-vous, les Millionnaires font aujourd’huy cette
proteftation. Ils veulent donc reformer la creance dcsDodeurs, les decrets des Pontifes, & les Canons des Conciles:
qu’ils aillent donc à Rome demander pardon de leur témérité.
Mais ie ne doute pas que Rome ne leur aye donné la licence de
tout promettre, afin de ne rien tenir, & que celuy qui leur a
permis de faire des fauffes proteftations, ne leur en accorde fa­
cilement l'indulgence. Ce qui me le fait croire de la forte,
c’eft que ie voy que Maiftre Chiron fe dément luy-mefme dans
cette proteftation qu’il vient de faire pour infirmer noftre iu­
gement. Car il protefte que les Millionnaires preferent l’au*
thorité de l’Efcriture à tout autre tefmoignage quelque excel­
lent qu’il foit : mais il ne fc lôuuient pas de ce qu’il a dit,& vou­
lu prouuer dans la réfutation de mon Epitre, que les enfeigne- page 7.
mens baillez par la tradition non elcrite , & lesenfeignemens
eferits ont vne pareille force. Il ne fe fouuient pas de ce qu’il
dit dans la répliqué de la refponfe que nous défendons mainte­
nant : Quel crime cft-ce que dans les Conciles on reçoiue les page, Soi
traditions non eferites auec autant de deuotion que les Eferi-

Ece iij

40S

Defenje de la

turesSainéles?Icfçay bien que ce n’eft pas vn crime parmy
vos Cafuïftcs, de proteftcr quelque chofe contre les fentimês
de la confçicnce : Mais eft-ce ainfi que vous préférez l’authori­
té de l’Efcriture à tout autre tefmoignage? Certes vous luy
oftez ce droit de prelation que vous venez de luy bailler: puis
que vous la mettez dans l’égalité auec le tefmoignage des tra­
ditions qui ne font pas eferites j & ainfi vous faites voir que
toutes vos paroles font pleines de tromperie & de vanité.
Telle eft l’affeurance que vous donnez de prouuer plufieurs de
vos Articles de Foy controuerfez par des textes formels de
l’Efcriture:car en cela vous vous vantez de faire ce que les plus
fçauants de vos Doéleurs n’ont iamais entrepris, lefquels onc
eu recours à la tradition pour prouucr la plus grand part de vos
Articles de Foy , qui font en Controuerfe. En effet quel arti­
cle controuersé prouuercz-vous formellement par l’Efcriture?
Eft-ce le culte des Images? Peut-eftre le trouuerez-vous dans
Sxod.îo. l’Exode, où le Seigneur deffend d’en faire, pour fc profterner
4-5.
deuant elles, & pour les feruir. Eft-ce le mérite des oeuures?
Mais cc terme de mérité ne fe trouuc point dans l’Efcriture, ny
la chofe lignifiée par ce nom n’eft iamais attribuée aux œuures
des Sainéls. Eft-ce le dogme de laTranfubftantiation ? Mais
vos Doéleurs confefTent qu’il n’y a point de lieu exprès de l’Ef­
Scotm. criture qui le prouue, ny qui oblige de le receuoir, & qu’il cft
Hcliarm. faux qu’il ne faille propofer à 1 Eglife pour article de foy, que
ce qui fepeut prouuer par l’Efcriture. Eft ce le Purgatoire?
Eft-ce l’interceffion des Sainéls ? La Confeffion Auriculaire ?
Çratian. Mais nous auons veu cy-deuant par la confeffion de vos Do­
A'ialden. éleurs que ce font des Doélrines eftablies par la tradition de
Tetr. Soto l’Eglifc, & non point par l’authorité de l’Efcriture; Et le Ba­
chelier luy-mefme, qui fe glorifie tant des textes formels a eu
recours à la tradition eftant deftitué 3e bons tefmoignages de
l’Efcriture,pour lesprouucr. Eft ce l’article des Indulgences?
tsfnlon.i Mais vos Autheurs reconnoiftcnt que nous n’en auons rien ex­
par. fit.
preflement dans l’Efcriture ;& que de toutes les chofesdont
io. c. 3.
nous difputpns, il n’en cft pas vne dont elle ave parlé moins
SHy'non.j.
clairement.
Après cela il faut dire, ou que les Miffionnaires
deCaflro.
font
plus
entendus
à prouuer les articles de voftre foy, que lcS
i. ü.cont.
barett
Cardinaux, que les Eucfques, & vos plus fçauants Doreurs J

Jcpti'me Refponjè',

407

ou que leBachelier vous prcd pour des Païfâs des Lâdes; quâd
il fe vante de prouuer plufieurs articles controuerfcz par des
partages exprès de l’Efcriture. Et iepuis dire de luy & de fes
Confrères ce que les Anciens Peres de I’Eglife difoient des
Heretiques de leur temps ; Ils fe glorifient d’auoir pour eux les
Efcritures; & neantmoins eftans conuaincuspar elles, ils re­
courent aux traditions..
De mefmc nature eft le défy qu’ils nous donnent, de pou­
uoir prouuer nos articles de foy controuerfez par des textes
formels, & les offres qu’ils font, que fi nous en faifons lire vn
feul, ils embrafteront noftre crcance.Quoy que ic fçache bien
qu’ils ne feront rien de ce qu’ils difent, quand mefmc nous au­
rons fait cc qu’ils demandent de nous : neantmoins ie vous en
feray voir quelques-vns, pour vous faire connoiftre les artifices
de ccs efprits abufeurs, & vous defcouurir la vérité qu’ils vous
cachent.
C’eft vn Article controuerfe entre les Catholiques Ro- •
mains & les Reformez, fçauoir fi Iefus-Chrift eft feul Média­
teur pour nous enuers Dieu : vous dites qu’il y en a d’autres, &
que les Sainds font auffi nos Médiateurs : nous difons qu’il n’y
en a point d'autre que luy. L’Efcriture ne decide-elle pas cette
queftion cn noftre faueur è Et ne lifes-vous pas noftre Article
de foy cn termes formels dans les eferits de Saind Paul ? là où
il dit, ily avnfeul Dieu, & vn feul Médiateur entre Dieu & les hom- 1 -Tim. 2
nies,àfçauoir Iefus-Chrift Homme} LcsMiffionnaires diront-ils 5*
que ce partage n’eft pas expies ? Mais Saind Auguftin le trou1‘2
11e afles expi es,pour dire qu il n y a point plufieurs Médiateurs’ men ç g
& pour prouuer parla que Saind Paul, ny les autres Apoftres
ne le font point.
C’eft vne queftion de Controuerfe entre vous Scnous,
fçauoir fi les bonnes œuures que nous faifons parla grâce, mé­
ritent la gloire : vous dites qu’cllcsla méritent par condignité;
nous difôns qu’elles ne la méritent pas. Si vous voulez que
l’Efcriture foit iuge de cctte Controuerfe, Saind Paul vous y
fera lire formellemét l’Article de noftre foy, & la Gondânation
de voftre creâce, quand il dit que lesfouffraces du teps prefet nont

point de codignité auec la gloire qui eft à w»/r.LesMiffiônaires dirôt
. fans doute, que çe texte n’eft pas formel : parce qu’il ne parle

408

Deffenfe de la

&ulg. lib. point de bonnes œuures : Mais Fulgéce le trouue afles formell.adAdo puis qu’ill’entend detoutes les bonnes œuures entant quelles
nim.
procèdent du Saind Efprit & delà grâce de Dieu. Eufebe le
Eufeb .£•
trouue affez formel, quand il l’entend de toutes les peines du
imjjen ho
•$.adAfo- corps & de l’efprit, & de tous les exercices de l’obeïffadce ; afJiacboi. feurant qu’auec tout cela nous ne fçaurions rien offrir de con-

digne en mérité pour lesbiens Celeftcs & eternels.
C’eft vn article fur lequel nous fommes en difpute de Con.
trouerfe, fçauoir par quel moyen nous fommes iuftifiez deuant
Dieu. Vous dites que nous fommes iuftifiez par la foy & par
les œuures ; nous difons que uous Ibmmes iuftifiez par la feule
foy. Si vous voulez vous affuiettir à l’authorité de rEfcriturê
fur ce point, nous vous y faifons lire cét article de noftre foy
en termes exprès, dans les eferits de Saind Paul, la où il con^J>3^7 clud que l’homme ejl jujlifé par Iafoyfans les œuures de la loy, & là
ÿaki.lû où il dit qu’il fçait que /’home nejl point iujlijié par les œuures, mais
feulement par lafoy. SilesDodcursdelaMiftionofent direque
ccs paffages ne font pas afles exprès : Saind Chryfoftome leur
fera voir qu’ils le font pour prouuer clairement la vérité que
nous croyons,& qu’ils ne peuuent pas croire, quand il parle de
Chryfoft. laiortc. Que quclqu’vn cftant deftitué d’œuures, foit iuftifié
hom. 8.in
par la foy , il femble bien que cela fe peut comprendre : •
Epift. ad
mais que quelqu’vn eftât orné de vertus & de bonnes œuures,
ne foit pas pourtant iuftifié par elles, mais par la foy, c’eft ce
qui cft adm’irable, & qui démontre la puiftance de la foy.
L’article des Images au fait de la Religion eft vn fuiet de
Controuerfe entre vous & nous : car vous dites qu’il faut auoir
des imagespour les feruir religieufemét,& fe mettre à genoux
deuant elles en priant Dieu : nous difons au côtraire qu’il n’en
faut point auoir pour aucun vfage de Religion. Si vous vou­
lez v&tis foûmettre à l’authorité de Dieu parlant dans l*Eicritu­
re, nous vous ferons lire dans fa Loy l’article de noftrc crean­
ce en terrrresexprés qui condamnent la voftre, quand il dit, w
ne
teferas image taillée, ny rejfemblance aucune des chofes qui font es
Sxod.io.
Cieux,
ny en la terre, ny dejfotcs la terre ; tu ne teprojlerneras point ae4-Suant elles
ne lesferu/ras. Les Millionnaires diront bien ians
Cle.xltx. craindre la fureur de Dieu, que cette deffenfe r/eft pas exprelTertull. fc:mais tous les Anciens Dodcurs de lEglife tefmoignent

eu j

feptiéme Refponfe.

4°^

qu il cft aftes exprès pour défendre non feulement de faire des Hiertn.
«sfugttfi.
images de Dieu : mais auffi d’honorcr & feruir Dieu deuant
tAmbrof
quelque image.
Athanaf.
Enfin c’eft vn Article controuersé, fçauoir s’il faut donner
la Communion au peuple fous les deux lignes du Sacrement.
L’on vous dit qu’il fuffit que le peuple reçoiue le Pain fans par­
ticiper à 1a Coupe : nous difons au contraire, que tous les fide­
les doiuent participer à tous les deux Symboles, & receuoir le
Vin auffi bien que le Pain de la Sainéfe Euchariftie. Puis que Luc 22.
le Sauueur dit, que la Coupe eftle NouueauTeftamcnt en Ion 20.
Sang : Allez confulter la volonté du Teftatcur; voyez le Tefta­
ment, & vous y lirez l’Article de noftre creance cn termes for­
mels. Car il eft écrit, qu ayant fris la Coupe & rendu grâces, il Ta LHf22.I7
bailla a fes Difciples, difant fdifiribuez-la entre vous, & beuuezen Adath.26
tous. Si l’on vous dit que ccs paroles du Teftatcur lôntobfcu- 2 7res: allez confulter Saind Paul qui cft fidele interprété de fes
intentions, & il vous donnera ce qu’il a receu du Seigneur, &
vous dira comme nous failonsau peuple fidele. £ue chacun r. Cor.U
s’efprouuefoy mefine, & ainfi mange de ce Pain dr bome de cette Cou-- 28.
fe.

Si après cette déclaration du Maiftre, & cette interpréta­

tion du Difciple, les Miffionnaires vous difent encore que ces
textes ne lont pas formels : efcoutcz les Anciens Peres de l’E- fgnatP'E.
glifc,&ilsvoustelmoignerontqu’ils font aftez exprès, pour pifiol. ad
prouucr que comme il y a vn feulPain qui eft rompu pour tous: Thüadel.
fuftin. A
ii y a auffi vn feul Calice qui cft diftribué à tous. Que les Apo­ pologet.t.
ftres dans les Euangiles nous ont baillé par tradition, que le pro Chrifi
Seigneur l’a ainfi commandé, & que nous n’obferuons-paslcs Cypnà. S
ordres que le Seigneur nous a donnez, fi nous ne faifons pas P fi- 3’.
1 es melincs chofes qu’il a faites.
Et l’Eglife Romaine elle mefine a iugé les paroles des tex­
tes fus-allegucz fi expreftes, qu’elle a efté contrainte de con­
fcfter, que Iefus Chrift a inftitué & adminiftré le venerable
Sacrement fous l’vne & l’autre efpece ; & que la Communion
a efté en viage de la forte dans l’Eglife Primitiue. Tellement Concil.C-l
qu’elle n’a point trouué d’autre moyen, pour iuftifier /a con­ fiant.fifi.
duite, que d’oppoler l’authorité de Ces Conciles à celle de Ie- 3fus-Chrift; Scdc dire que n’obftant l’inftitution &I’adminiftrationduScigueur,n’obftâtlapratique delaPrimitiue Egli-

410

Deffenfe de la

fc : ncantmoins l’authorité de lès facrez Canons a conferué la
couftume de ne donner aux Laïques la Communion que fous
l’cfpece du Pain.
A cela nous n’auons rien à dire, que ce que le Seigneur
^.15.6. difoit aux Pharifiens, votu aucz, annuité le Commandement de Dieu
par vofire tradition ; & ce que Saint Cyprien difoit fur cette maCypr.E- tiere à quelques Euefques de fon temps. Si quelqu’vn eft cnpiU. 3, corepoflede de cette erreur, qu’il retourne à l’origine de la
traditionduScigncur,ayantapperçeulalumiere de la vérité.
Car s’il n’eft point permis de violer le plus petit des Comman­
demens de Dieu : combien moins eft-il licite d’enfreindre des
préceptes fi grands,qui conçernent le Sacrement de la Paffion
du Seigneur, & de noftre Rédemption? ou de changer leur
Diuin eftablifl'emcnt par quelque tradition humaine ?
Iugez de là, Mcffieurs les Catholiques Romains, fi l’on
ne vous joue pas tous les iours fous ce beau nom d Eglife,pour
vous faire receuoir des doctrines contraires aux intentions de
Iefus-Chrift fon Efpoux? Iugez de là fi Meilleurs les Million­
naires font gens de bonne-foy, oc hommes de parole, quand
ils proteftent qu’ils fe rangeront à noftre Communion, fi nous
leur faifons lire dans l’Efcriture vn feul de nos Articles de Foy
controuerfez? Iugez enfin, fi nous n’auons pas droit de con­
damner I’Eglife Romaine:puis qu’elle préféré l’authorité du
Pôtife Romain à celle de Iefus Chrift Souuerain Lcgiflatcur ?
Et puis qu’elle aime mieux enfreindre les Commandemens de
celuy qui eftle Chef, que de manquer àlobferuation désor­
dres de ccluy-qui fc dit ion Viquairc ?
N’obftant tout cela Monfieur le Bachelier prétend de mon­
trer par deux raifons tirées de nos principes, que nous fommes
desvfurpatcurs, & que nous n’auons aucun droit ny aucun
pouuoir de la condamner,
La première eft prife de noftre Confeffion : Car ils difent
en leur Confeffion de Foy. Nous croyons qu’aucune Egl”e
ne doit prétendre Domination ou Seigneurie fur vne autre : Et
partant, adjoufte-il, I’Eglife Huguenotte n’ayant aucun pou*
uoir, ny aucune Domination fur I’Eglife Romaine : il eftccrtain qu’elle ne peut faits injuftice & fans yfurpation iuger &
condamner les Affemblées de la Papauté; d’autant que püllC

Jêpriéme Rcjponje,
fugcr, il faut auoir quelque droit & quelque authorité fur celuy
qui fubit la rigueur du iugement.
Vous diriez à entendre Monfiçur le Bachelier, qu’il cft vn
grand Iurifconfultc; & certainement ic croy qu’il entend la Iurifprudence aufli bien que la Théologie.. Car après auoir nié
le crime de rébellion contre le Seigneur lefus-Chrift, pour le­
quel nous condamnons l’Eglife Romaine j Après auoir tafehé
de prouuer fon innocence & de faire voir Fin juftice de la con­
damnation, que nous auons prononcée contre-elle, il veut
maintenant décliner noftre iugement, comme eftant rendu
par des luges incompctcns, qui n’ont ny droit ny authorité de
la iuger. Mais fans nous arrefter à examiner ft ces exceptions
font péremptoires: voyons comment il prétend éluder noftrc
fentence. S a raifon eft fondée fur vn deffaut de Iurifdidion,
& fur vne vfurpation qu'il remarque dans noftrc procedure,
parlaquelle nous nous attribuons vn pouuoir, que nous n’a­
uons pas fur l’Eglife Romaine pour la iuger : parce que noftre
Difeipline ne veut pas qu’vne Eglife pretende domination fur
vne autre.
Cét Article de noftre Confeflion eft véritable : puis qu’il
eft fondé fur l’ordre & l’eftabliftement de Iefus Chrift. Car
comme l’office des Pafteurs n’eft pas vne domination des vns
furies autres, félon le dire du Seigneur, celuy qui d’entre vom'HdarcAO
•voudra eftre le premier foit le feruiteur de tom. Comme ccs chef- 44*
mes Pafteurs ne doiuent point vfer de domination fur les Trou - ’ • "Picr.
peaux qui leur font commis : parce que ce fontles héritages du 5« 3Seigneur, félon le dire de Saind Pierre : Auftiles Eglifes par­
ticulières nc doiuent point prétendre de Seigneurie les vncs
fur les autres : parce qu’elles ne reconnoiflènt toutes qu'\n feul t.Cor.8 <?
Seigneur >afçauoir lefm chrift, félon le dire de Saind Paul.
Ce melme Article eft conforme au fentiment des Peres,
qui ont bien enfeigné que les Eglifes particulières deuoient
eftre vnies par vn mefme lêntimentdefoy, & par vn mcfme
lien de chanté : mais qui n’ont iamais entëdu qu’vne Eglife fâc
fujette à la domination d’vne autre ; & qui ont traité d AnteChrifts & d ennemis de Dieu ceux qui ont voulu eftablir ccttc
Domination.

Maisla confequcnce que le Bachelier tire de noftre Arvi.
Fffij

412-

Deffenfe de la

•cle eft nulle : parce qu’il l’apphquc à vn fujet dont il n’eft pas
queftion, & fur vne condamnation que nous n’auons iamais
prononcée. Pous entendre cette vérité : je vous prie de diftin­
guer deux fortes de iugement, l’vn eft de punition, l’autre de
diferetion. Le iugement de punition décerne & inflige des
peines aux delinquansi le iugement de difcrctionncfaitquc
diftinguer le bien d’auec le mal, & la vérité d’auec l’erreur &
lemenfonge. Celuy-là s’attache aux perfonnes afin de les pu­
nir des fupplices qu’elles ont méritez j Ccluy-cy ne s’en prend
qu’à leurs mauuaifes qualitez, pour tefmoigncr qu’on ne les
approuue pas, & qu’on les rejette. Pour exercer le iugement
de punition il faut fans contredit auoir quelque authorité fur
ceux que l’on condam ne afin de les punir ; & telle eft l’authoritédontles Rois inueftiflent les luges, qui reprefentent leurs
Majeftcz dans l’eftendué de leur Eftat, pour faire iuftice cn ire
de celuy qui fait mal. Telle eft l’authorité temporelle que le
Pontife Roinomain s’attribue Souueraincment furies Clercs,
pour ofter aux luges Séculiers la connoiffance de leurs caufes
criminelles. Telle eft l’authorité fpirituclle, que l’Eglifc Ro­
maine a vfurpée fur toutes les Eglifes, pour lancer des anathè­
mes contre celles qui fe font feparées de fa Communion. Mais
pour prononcer le iugement de diferetion , il ne faut qu’auoir
h«L4'.T4 lesfens exercez, au difeernement du bien & du
ne faut qu’auoir
Philip, v intelligence, pour difeerner les chofes contraires, comme dit l’Aio.
poftre. Iln’yapointdeparticulierqui ncpuifï’c rendre ccjugement fur les chofes qui luy font connues, fans vfurper aucu­
ne authorité fur les perfonces; & qui ne foit obligé d’en iugcr
félon les lumières de fà connoiffance, pour approuuer le bien,
& pour condamner le mal. Et il n’y a perfonne qui puifte trouucr quelque chofe à redire dâs cctte procedure: pourucu qu’on
leup. 34 n’aille point contre la vérité, en iugeant félon les apparences
trompéufes ; ny contre la prudence, en iugeant par quelque
précipitation temeraire ; car il ne faut rien iugcr deuant le
temps: ny contre la charité en fuiuant quelque mauuaifc pre°t.Ccr.ij cupation : car charité ne penfe point à mal. Suiuant ccttereigle,
5.
l'hommefpiritucljuge de tonies chofes, comme dit Sainél Paul ; &
j.Ccr.2. fuiuant cela Iefus Chrift auoit raifon de dire aux Pharifiens,
15*
qui auoient condamné témérairement fes Difciples, Siv6^

feptiéme Refponfe,

41$

fçauiez que c efl fie veux mifericorde & non point Sacrifie ^vous Adatb.iz
neufsiefpas condamné ceux qui nefontpoint coulpables.

Cela eftant ainfi quand nous condamnons les Aflemblées
de l’Eglife Romaine; nous ne la confiderons plus comme vne
vraye Eglife : puis qu’elle s’eft feparée de Iefus-Chrift abâdonnant fa vérité, & fouillant la pureté de fon culte. Ainfi quand
il faudroit auoir autrorité pour prononcer ce iugement: nous
n’vfurperions point de domination fur vne Eglife, puis qu’elle
ne l’eft pas ; & puis qu’en retenant ce nom, elle eft defeheuê de
la vérité. Mais nous ne prononçons pas contre elle vn iuge­
ment de punition. «Quand nous condamnons les Aftemblées
de la Papauté, noftre condamnation ne va pas contre lespcrionnes qui les compofcnt ; au contraire nous prions Dieu tous
les iours pour elles : mais contre les erreurs & les defteiglemés
qu’elles fuiuent, & que nous ne pouuons approuuer. Nous ne
faifons pas comme le Pontife Romain, qui fulmine des ana­
thèmes contre tous ceux qui ne veulent pas fe foûmcttre à fon
authorité , & qui condamne à la damnation eternelle aucc
les diables , ceux qui ne veulent pas adhérer à fes fentimens.
Nous auons appris auec Sainél Chryfoftome, à reprendre & ChryÇofc
condamner les dogmes impies des Hcretiques ; mais àelpar- ferm, de
gner les perfonnes, & prier Dieu pour leur falut.
anathem.
Nous difons dans noftre iugement que l’Eglife Romaine
ne fe foufmet point à l’Efcriture, qu’y-a-il en cela, qui choque
Ja vérité? Nous condamnons celte rébellion qu’elle a commi­
fe contre le Seigneur : Qu’y-a-il en cela qu’on puifte iuftement
appcller vfurpation? Et pourquoy ne pourrons-nous pas con­
damner fon infidélité : puis que fes propres enfans la traittent
de paillarde? Nous prions Dieu neantmoins pour ceux qui
font attachez à fes fuperftitions : Qu’y-a-il en cela qui ne foit
conforme aux deuoirs de la charité ? C’eft donc à tort que le
Bachelier pour décliner noftre iugement, nous accufc d’vfurper vn pouuoir qui ne nous conuient pas : puis qu’en cela nous
ne faifons rien que cc que la vérité nous ordonne,ôc que la cha­
rité nouspreferit, qui eft d’cfprouucr toutes chofes, pour retenir ce qui eft bon, & rejetter le mal: afn que notes nefoyons point 2,‘
enfinsflot tans, eflans àemenez ça &làa tous "Vents de doctrine far la
4*1
ptperie des hommes, &par leur rufe à cautéleufementfeduire : mats afln $ *

F f f iij

4t4

Defenjè de la

quefuiuans "vérité auec charité, lelon l’enfeignement de l’Apoftre'

nom croirions en tout en celuy qui efi le Chef, afçauoir Chrifi.
La fécondé raifon qu’il allégué pour éluder noftre iu<>ement, eft prife d’vne autre maxime de noftre creance, parla­
quelle il prétend faire voir ,quc nous ne pouuons condamner
les erreurs de l’Eglife Romaine, fans déroger à l’authorité de
l’Efcriture. D’ailleurs, dit-il, le Miniftre Dumoulin au liure
de fes lieux Communs,& enfemble fes Collègues enfeignent,
que l’Efcriture doit eftre le fouuerain luge de tous les différés,
qui furuicnnent au fait de la Religion, fans qu’il en faille cher­
cher d’autres. Or cela eftant ainli, il eft manifefte que l’Eglrfe Huguenotte eftant composée ou de gens puremêt Laïques,
ou de Preftres & Moines Apoftats, laffez de faire penitence,
ne peut aucunement condamner les Aftemblées de ia Pa­
pauté fans vfurper l’oflice de la Sainde Efcriture , & fans faire
injure au Sainél Efprit, qui l’a diétéeCeux qui fefentent coulpables, voudroient qu’il n’y euft
point de iuges, pour les condamner : Voila pourquoy quand
ils font accufez & conuenus deuant des iuges légitimés, ils
propofent toufiours des déclinatoires, pour n’entendre iamais
leur condamnation. C’eft la procedure ordinaire des Million­
naires dans les caufes controucrsées touchant la Religion.Car
quand nous auons à vuider des diifcrens anec l’Eglife Romai­
ne , ils difent que nous ne pouuons pas les décider félon- nos
fentimens,parcc que nous fommes parties : nous difons aufli
qu’elle ne peut pas les terminer par fes traditiôs,pour la mcfme
raifon, parce qu’elle eft intereflée. Là deftus quand nous leur
propofons pour iuge de nos queftions l’Efcriture Ste-dans la­
quelle Dieu parle, & nous fait entendre fès Iugemens, ils refpondent que ce n’eft point 1E1 criture qui en doit iuger; que
c’eft le Pape feul qui a cette authorité & cette dignité Paftorale, à laquelle appartient de droit Diuin à iuger des matières de
la foy, comme dit le Bachelier dans fon Epitre. Et quand nous
les condamnons félon cette Efcriture: ils difent que nous vfurpons l’office de l’Efcriture, parce que nous difons qu’elle eft le
Souuerain luge de toutes les Controucrfcs.Ce que Dumoulin & fes Collègues enfeigncnt,touchant
l’Efcriture,pour luy attribuer le iugement définitif des difficul-

fîptiéme Rêfponjè,

41 5

tez 8c queftions de la toy : c’eft ce que Diçu luy-mefme nous
enfeigne parlant dans lEfçriture. Car la parole de Dieu eft viuan- H^.4.12
te& d'efficace, & eft tuge des pensées & intentions du cœur, comme
dit le Sainét Apoftre. La parole du Seigneurfortira de lerufalem,çfi ëfayett.
jugera les Nations, comme dit vn Sainét Prophète. Et parce 3«4*
que cette parole de Dieu eferite co ntient la Loy & l’Euangile:
aufti Dieu attribue à l’vne & à l’autre cette aétiô de iugcr.Pour
la Loy, tous ceux, dit S. PauL, qui auront péché en la Loy, feront ju- 7^0.7. it
ge^par la Loy. Pour l’Euangile. Celuy qui me rejette, dit Iefus- Jean 12.
& ne reçoit point mes paroles, il a qui le juge, la parole que 48.
j'ay portée ,fera celle qui lejugera.
*
C’eft cela mefme que les Peres de I’Eglife ont enfeigne par
leurs eferits. C’eft l’Efcriture Sainéte qu'ils ont propofée pour
iuge infaillible de toutes les Controuerfes. C’eft à cctte Efcri­
turc que le Grand Conftantin exhorte les Peres du Concile de Theodor.
Nicéc, de recourir, pour terminer les differens de la Religion,

& de prendre la refolution desqueftions des lettres Diuincmêt

c

7*

infpirées.
C’eft elle que Saint Auguftin nous donne pour iuge,quand
il dit, que le Canon Ecclcfiaftique a efté drefle par vne làlutai- ,dj‘2-co'r
re vigilance, auquel appartiennent les Iiures des Prophètes &
des Apoftres, defquels nous n’ofons point iuger, & félon lef- ’
quels nous deuons iugcr de tous autres Iiures. Quand il dit que
1
l’excellence de l’authorité Canonique du Vieux & du Nou- cot.Fauft
ncau Teftament eft hautement eftablie comme fur vn fiege,
afin que tout entendement fidele luy foit aflujctty.
C’eft le luge que Theophilaéfce nous prefente pour la déci- iheopb.in
lion des queftions de lafoy, quand il dit, qu’il n’y a rien autre Comment
qui foit capable de refoudre les queftions & les doutes ; & qu’ilin
ne faut point recourir aux raifons particulières, mais à la voix ca?'
de Dieu : parce que la raifon fe renuerfe, mais 1 Efcriture ne
peut point tomber.
C’eft ce qu’ils ont enfeigne par leur exemple : Car quand
eux-mefmes ont eu des difputes contre les ennemis de lafoy,
ils n’ont point reconnu d’autre iuge que l’Efcriture.
Clement Alexandrin n’cn a point voulu d’autre, quand il Clem.*sf
a dit, il nous eft permis de trouuer la vérité, fi nous voulons; lgx l’b.-f.
nous nous feruons de l’Efcriture comme d’vn iuge, afin de ^lrom’

416

Defenje de /a

trouuer les chofes j & tirons de ceprincipe indemôftrablc les
demonftrations de la vérité.
Sainél Auguftin n’en a point rcceu d’autre quand iladiftsfuguft.
ad fialvt. puté contre les Pelagiens, touchant la grâce & le franc Arbi­
I. degrat. tre ; ôc c’eft au iugemét de l’Efcriture, qu’il a remis la decifion
C* hber. de leur different. Que l’Apoftre Sainét Ican, dit-il, foitaflis
arbit.cap
comme luge entre nous, ôc qu’il die, Bien-aimez, aimons l’vn
J 8.
l’autre, car la dileélion eft de Dieu.

Quand il a difpute contre eux mefmes, touchant la contsfugup.
lib. 2. de cupifcence, qu’ils difoient cftre exempte de péché, il n’a point
tiup.& CO voulu d’autre iuge que l’Efcriture. Cette Controuerfe, dit-il,
Ciip.C.'tf. demande vn iuge : Que donc Iefus Chrift luge, quel’Apo­
ftre en iuge auec luy : puis que Iefus - Chrift a parle en la per­
fonne de l Apoftre.
tsfugufl.
Quand il a difpute contre les Donatiftes, qui vouloient fuI. 2. cont. bir le iugement des Doéleurs Ecclefiaftiques : il cn a appelle
Crefc.cap au Iugement de Iefus-Chrift parlant dans l’Efcriture. L Egli­
21.
fe, dit-il, ne doit point fe preferer à .Chrift : parce qu’il iuge
toufiours véritablement, mais les iuges Ecclefiaftiques font
fouuent fuiets à fe tromper.
Optât de Mileuis n’en a point reconnu d’autre, ôcdifpuOptât.
tant
contre Parmcnian, il tient vn langage, qui fait voir qu’il
Milcuit.
déferoit
à la feule Efcriture l’authorité de décider lescontrohb.^.cot.
uerfesdelafoy.
Entre ceque vous dites, il cft permis, ôc ce
Carmen,
que nous difons, il n’eft pas permis, les efprits des peuples font
chancellans : il faut chercher des luges de cette Controuerfe.
Il n’en faut point chercher parmy les Chrefticns, parce que les
defirs empefehent de connoiftre la vérité. Il n’en faut point
chercher dehors: car s'il eft Payent il ne peut pas auoir connoifTancc des Myfteres du Chriftianifme ; s’il cft Iuif, il cft en­
nemy du Baptefme des Chreftiens. On ne pourra donc point
trouuer aucun iugement de cét affaire fur la terre : Il faut donc
chercher vnluge dans le Ciel : mais pourquoy hurtons-nous
au Ciel, puis que nous l’auons dans l’Euangile $
Ce principe donc cft véritable, que l’Ef criture cft iuge abfolu des differens qui furuiennent en jnatierc de Religion: puis
Dieu nous l’a donné dans l’Efcriture mefme ; & puis que les
Anciens Doéleurs de l’Eglife l’ont tenu comine vn premier

feptiéme Refponfe.

417

principe qui n’a pas befoin d’eftre prouué, & qui doit eftre re»
ceu de tous les fideles. Mais s’enfuit-il de là que nous vfurpons
l’office de l’Efcriture , lors que nous condamnons les erreurs
de l’Eglife Romaine j fuiuant les lumières de la vérité? Nulle­
ment , autrement il faudroit dire, que les iuges inferieurs vfurpent l’authorité du Roy, quand ils prennent connoiflance des
affaires pour en iuger en fon nom, parce qu’il eft Souuerain
daqs l’Eftat ; il faudroit dire que les hommes raifonnables, qui
jugent de beaucoup de chofes, félon la cônoiffance qu’ils ont
des loix, vfurpent l’authorité des loix mefmes : parce que tous
les fujets en doiuent dépendre. L’authorité fupreme deDicu,
qui parle dans l’Efcriture, n’empefche le Mtnifteredes hom­
mes , qui fuiuent fôn iugement. Dieu juge comme Souue- LaH-lfa
rain luge detoutes chofcs, qui prononce la vérité, comme dit tnPlt'c
Laétance ; comme Souuerain Legiftateur, qui forme les Arrefts, faq. 4& qui félon fes kïtc&s peutfauuer & perdre comme dit Sainél l2r
Iacques. L’Efcriture iuge comme la rcigle du droit que Dieu
nous a donnée, & comme la Loy, où fes Arrefts fontefcritsj
& nous iugeon s comme Miniftres appliquans cette rcigle, &
fouferiuans aux Arrefts de ccttc Loy. Si donc c’eftl’oificcde
l’Efcriture de iuger de tous les differens au fait de la Religion :
pourquoy nc la regardez-vous pas comme iuge infaillible?
Pourquoy ne vous foufmettez-vous à fon iugement ? ou fi elle
n’eft pas iuge de ces matières, pourquoy dites-vous que nous
vfurpons fon office, quand nous condamnons par elle les Affemblées de la Papauté : puis qu’en cela nous nc faifons rien
que fouferire au iugement mefme de 1 Efcriture,, & fuiure les
intentions du Sainél Efprit qui l’a diétée ?
Mais, dit le Bachelier, l’Eglife Huguenotte ne peut points
porter cc iugement de condamnation cotre l’Eglife Romaines
parce qu elle eft composée ou des genspurement Laïques, ou
de Moines & Preftres Apoftats. Pour le regard des Laïques^
je fçay bien que les Miffionnaires ont aecouftumé de dire du;
peuple Catholique Romain, ce que les Pharifiens orgueilleux
difoient du peuple Iuif. Ce populaire qui nefçait que c efl de la Loy-, fap.aft
eft plut qu execrable. Mais nous difons du peuple Chrefticn, ce
que Moïfe difoit du peuple Iudaïque yl'héritage de lEternelle ef
Jonpeuple , a qui Dieu a donné fon Eip tit, pour connoiftre

4^'

Defenje de la
ceux qui ne font pas fon peuple ;& pour les condamner parla
pureté de fa foy, & par la fainteté de fes exemples. Pour ce qui
regarde les Preftres & les Moines qui fe font feparez de l’Eglife Romaine, s’il eft vray que ceux-la feulement font Apoftats,
qui abandonnent la vérité: ceux-cy ne méritent point ce tiltre,
puis qu’ils n’ont fait que quitter l’erreur des traditions humai­
nes, pour embrafter la vérité des Diuines Efcritures; & puis
qu’ils font deuenus fideles par cette lèparation, ils n’ont pas
perdu le droit de condamner l’erreur, dont ils font fortis, & de
déplorer le malheur de ceux qui y demeurent.
Le fécond raifonnement que nous auons produit pour iu­
ftifier la condamdation de I’Eglife Romaine, regarde les Af­
femblées qui fe font dans fon fein & fuiuant l’ordre de fonPontife, comme font les Aflcmblées des Conciles, des Conucnts
& des Freries, des Méfiés & des Prières, que l’on adrefle aux
Sainéts. Et cette raifon fe réduit à cette forme.
Toutes les Affemblées quife font contre les ordres (f les inten• tions de Jefus-Chrifi Chef de ÏEglife doiuent ejlre condam­
nées.
Or les Affemblées de la Papautéfefotit cotre les ordres (f les in­
tentions de Iefus-Chrifl Chefde PEglife.
Doncques ces Ajfmblées doiuent ejlre condamnées.
La majeure de cét Argument ne peut eftre rejettée que de
ceux qui font aduerfaires du Fils de Dieu : car qui voudroit approuuer, & qui d’entre les Chreftiens pourroit s’empefeher de
condamner cc qui eft contraire aux intentiôs de Iefus-Chrift,
& à fon feruice ? Mais de plus elle eft de l’Efcriture:car fi IefusLue ii. Chrift a dit auec vexité-, qui n'cft point auec moy il efl contre moy ,
2 3’
& qui naffemble point auec moy ilcfpard : nous pouuons dire auec
raifon, que les affemblées qui le font contre luy, ne font pas
feulement dommageables à ceux qui les font, mais aufii con­
damnables par ceux qui ne s’y trouuent pas. Autrement il fau­
droit ou les approuuer, ou les tenir dans l’indifFerence : ce qui
nc*fe peut fans encourir fon indignation : car approuuer ce qui
eft contraire à Iefus-Chrift, c’eft fe déclarer fon ennemy? &
tenir pour indiffèrent ce qui choque fon honneur, c’eft cio e
tiede à fon feruice. Or comme il deftruira fes ennemis en la
colere : auffi vomira-il hors de fà bouche, ceux qui ne font ny

feptiéme Refponjc,

413)

froids ny boüillans pour lès interefts.
Pour la mineure, il ne faut que voir ce qui fe fait dans les
Aftemblées des Conciles Romains, dans celles des Conuents
£c des FrerieSjdâs celles des Meftes, & des Prières qu’on adreffe aux Sainéls, ou à Dieu deuant les images : Pour connoiftre
que toutes ces Aftemblées fe font contre les intention de IefusChrift. La conclufiô eft donc véritable, que telles Aflemblées '
doiuent cftre condamnées par tous les Chreftiens.
A cét Argument Monfieur le Bachelier refpond première­
ment en Millionnaire, c’eftà dire cn fçauant Chicaneur, 8c
puis en mauuais Philofophe. En qualité de Miftionnaire,c’cft
là, dit-il, tout le fort & tout le raifonnement d’Afimont, lequel
on pourroit rompre tout d’vn coup, en difant qu’il quitte fes
principes, fe feruant d’vn raifonnement fautif, 8c trompeur,au
lieu d’apporter quelque texte formel de l’Efcriture, pour ref­
pondre diredement à la demande du Miffionnairc,quicft de
fçauoir, s’ils ont quelque texte de lEfcriture, qui leur donne
le pouuoir de condamner les Aftemblées de la Papauté.
Quand la première propofition de mon raifonnement ne
feroit pas de l’Efcriture, comme ie I’ay fait voir : il ne s’enfuit
pas pourtât qu’il foit fautif 8c trompeur : puis qu’elle eft fi con­
forme aux lumières de ia droite raifon, qu'il faudroit auoir des
pensées d Antechrift, pour ne l’a pas admettre, c’eft adiré,
pour ne condamner pas les Aftemblées qui fe font contre
Chrift. Mais puis queMonfieur le Millionnaire a fait femblant
de ne pas voir le texte d’où cette propo^fcon cft tirée j. il faut
que ie luy cn donne vn autre plus exprès, pour luy faire con­
noiftre que Iefus-Chrift luy-mefme nous a donné le pouuoir
de condamner les Aftemblées du Papifme. Il nous a donné
cette puiffance, quand il a dit, ne jugez point félon ïApparence,
mais jugez efvn droit jugement. Si donc ie fay voir qu’en con­
damnant les Aflemblées de l’Eglife Romaine, noftre iugemét
n’eft point fondé fur des faufles apparences, mais fur des dcreiglemens connus de tout le monde, Scaduouez defespropres Doéleurs : il faut dire que noftre iugement eft droit, 8c
que par confequent nous ne fomtnes pas coulpables d’vfurpation,puis que noirs faifôs ce que Iefus-Chrift nous commander
Et afin que vousnepenficz-pasquc ie tire ces paroles de
Gggji;

4*0



.

Deffenfe de la

I. Chrift hors de leur vray lés: le vous prie de côfiderer qu’il les
die aux Iuifs, qui eftoient fes ennemis,qui le regardoient comZr-î 7.12. me vn fedudeur, & qui le condamnoient, parce qu’il auoit
guery vn homme au jour du Sabbath. Cette adion eftoit con­
damnable en apparence,parce qu’il lauoit faite vn iour auquel
la Loy deffédoit de trauailler : mais elle eftoitloüable en effet-,
parce qu’il auoit opéré la guerifon d’vn homme, & qu’il eft
loifîble de bien-faire és Sabbats. C’eftpourquoy le Sauucur
leur pouuoit bien dire, pourquoy me iugez-vous, & qui vous
a donné le pouuoir de me condamner ? Montrez -moy vn texte
de l’Efcriture qui vous donne cette puiftance. Mais au lieu de
cela il fe plaint feulement de ce qu’ils le condamnent fur des
apparences trompeufes, & tefmoigne qu’ildubira leur iugegent, pourucu qu’ils le iugent félon le vray fens de la Loy. Si
les Miffionnaires, qui ne font pas Souuerains, vouloient agir
auec hous, côme le Souuerain Seigneur traitoit auec les Iuifs :
ils ne nous diraient pas comme ils font, qui vous a donné le
pouuoir de nous condamner? Mais ils diraient comme lefusChrift ,jugez dvn droitjugement, & non jointfélon les apparences.
Mais parce qu’ils voyent bien que nous les iugeôs félon la Loy,
qui les condamne, ils nous accufent d’vfurper l’office de la
Loy : comme fi nous n’auions pas le droit de fouferire à cette
• Xfoyi 8. condamnation prononcée par le Prophète, à la Loy& au tefmoiao.
i tils neParlent félon cette parole^pour vray la lumière du matin
ne luira pointfur eux. La féconde refpcmfe de Monfieur le Bachelier eft celle qu’il
fait en qualité de mauuais Philofophe. Toutes fois, dit-il,nous
rcfpondons encore que fon Argument eft frauduleux, & qu’il
tombe dans tous les deffauts que nous auon s marquez au com­
mencement de ce liure : parce que les deux propofitions font
hors de l’Efcriture.
Si ie difois qu’il faut condamner toutes les AfTcmblées qm
fe font contre le feruice du Roy : je ne penfe pas qu’il y euft au­
cun bon François, qui accufât cette propofition de fraude $ &
quand ie dis, qu’il faut condamner toutes les Aftemblées qui
fe font contre l’honneur & les'intentions de lefus-Chrift: y aU"
ra-il de bon Clîreftien qui puiftè dire, que ce raifonnement cl
frauduleux ? Mais cette propofition, dit le Bachelier, eft h°rs

*

feptiéme Re/pon/ê,

qii

de I Efcriture •. Mais s’il auoit leu ma refponfe, il î’auroit trounée dans l’Efcriture: car Iefus-Chrift condamne tous ceux qu? Luc ïxi
ne font point auec luy ,parce qu’ils font contre luy ; & Saind
Auguftin expliquant ces paroles j dit que celuy qui n’eft point
auec Chrift j ne peut eftre qu’auec le diable. Iugez de là fi les
Aflemblées quifc font contre Iefus-Chrift ,*he font pas condamnées par l’Efcriture.

Enfin Maiftre Chiron voyant bien que cette propofition,
<pii fait la majeure de mon Argument feroit receuê de tous les
bons Chreftiens, & de tous les efprits raifonnables : ils’auifc
de nier la mineure. La fécondé, dit-il, eft faufle, pleine de ca­
lomnies , & fuppofant des points qui font en Controuerfe. Ic
dis qu’elle eft faufle, & calomnieufe : Car commentfera-il
voir que les Conciles, & les Aflemblées de l’Eglife Romaine
font contre les intentions de Iefus-Chrift, quelle eft la preuue
& le tefmoignage qu'il apporte pour cela? Mais quelles font
ces intentions du Sauueur ? Qu’il les déclaré, qu’il les fpecifie,
pour fçauoir fi nous allons à l’encontre. Certes iln’ofepasde
crainte de manifefter fa fourberie & fon menfonge : mais il affemble vne multitude de calomnies & des points controuerfez
quûl fuppofe fauffemcnt comme des veritez inconteftables.
C’eft bien affembler multitude de paroles fuperfluës pour
nier vne propofition : mais vtiles pourtant, pour vérifier le dire
du Sagc,qu'en la multitude des paroles ily a beaucoup de vanité. Il ëcclefcj
ne faut que lire la fuite de ma refponfe, pourvoir la vérité de
cette propofition que le Bachelier appelle faufle & calomnieu­
fe, à f çauoir,que les Aflemblées de 1 Eglife Romaine font con­
traires aux intentions de Iefus-Chrift.

I’en ay fait la preuue, premièrement pour le regard de fes
Conciles, par vn raifonnement, que ie réduits à cette for­
me.
Tontes Jjfèmblées qui mettent les traditions non eferites dans
tégalité auec les Sainftes Efcritures,font contraires d l'inten­
tion de Iefus-Chrift.
Or les Affèmblées des Conciles Romains mettent les traditions
non eferites dans légalité auec les Sainttes Efcritures.
Doncques les Affèmblées des Conciles Romainsfont contraires à
fintention de lefus-Chrif.

?' Defenje de la
tr y ;

.jj, La majeure de cét Ar gument a efté cy-deuant receue pat
le Bachelier, car quand il a protefté pour 1 Eglifeîlomaine, de

preferer l’authorité de l’Efcriture à tout autre tefmoignage : il
a bien reconnu qu’il ne falloit égaler aucun tefmoignage à ce­
luy dei Efcriture. La mineure eft inconteftablc : puis que le
Cocil. Tri Concile de Trentt protefte qu’il reçoit & reucre les traditions
denttfetf. non eferites, & les liures du Vieux & du Nouueau Teftament,
auec vne pareille affedion de pieté. La conclufion cft donc
indubitable, afçanoir, que les Aftemblées des Conciles Ro­
mains font contraires à l’intention de lefus-Chrift.
Neantmoins Monfieur le Bachelier ayant oublié fa prote­
ftation , fait voir qu’il n’a pas oublié le meftier de Millionnaire,
qui eft de promettre tout, & de ne rien tenir. Car voicy com­
ment il refpond à ce raifonnement. Il dit, parlant de moy *
que dans les Conciles ort y reçoit les traditions non eferites
auec la mefme deuotion que les Efcriturc's Saindes. Et quel
crime,adjoufte-il, eft-ce de receuoir auec refpcd les traditions
Apoftoliques que Saind Paul recommande, cfcriuant la fé­
conde Epître aux Theffaloniciens , & que les Sainds Peres
ont receu, aduoüant qu’elles eftoient d vne égale authorité
auec les Ef critures , ainfi que nous l’auons montré ?
Dans la
I’ay fait voir cy-deuant que ccne font pas les vrais Pcres,
mais des Peres fuppofez, qui ont eu cette eftime pour les traIfytjlre. ditions ji’ayiaitvoirqueces traditions qu’on donne hors de
l’Efcriture, nc font point des produdions Apoftoliques, mais
des inuentions des Heretiques, qui ont employé cét artifice,,
pour appuyer & deffendre leurs erreurs j-I’ay aufti montré que
les traditions que l’Apoftre recommande aux Theffaloniciens,
font les mefmes cnfeignemens,qu’il leur a laifte par eferit dans
fes Epitres. Maintenant nous n’auons qu’à refpondre à la de­
mande que fait Monfieur le Bachelier touchant celles qui ne
font pas eferites. Et quel crime eft-ce, dit-il, de les receuoir
auec autant de deuotion que les Efcritures Saindes?
Quand il n’y auroit autre péché qu’vn manquement de pa­
role , vous ne feriez pas excufàble : car fi la parole non eferite
d’vn homme d’honneur doit eftre ferme, la proteftation efente d’vn homme facré doit eftre inuiolable. Puis donc que vous-

auez protefté par eferit de preferer lauthorité de rhicuturea

JèptiérneRejponfè'»

42$

tout autre tefmoignage de quelque excellence qu'il foit : vous
ne pouuez receuoir le tefmoignage des traditions aucc autant
de deuotion que celuy des Saindes Efcriturcsj fans vousaduouer coulpable de mauuaife foy. Si ce n’dft que vous foyez de
l’aduis de ces Cafuïftes qui tiennent, qu’il ne faut point garder
la foy à ceux qu’ils app ellent Heretiques.
Mais quand bien vous n’auriez pas promis d’auoir ce ref­
ped pour les Efcritures : le dis que c’eft aller contre les inten- .
tions de Iefus-Chrift, de leur égaler le tefmoignage des tradi•'*
dons. Car le Sauueur condamne pour cela les Pharifiens, qui
eftoient fideles obferuateurs des traditions.de leurs P ères.Pour- Mat.if,
quoy outrepajfez, vous le Commandement de Dieu par^ofre tradition ? 3*
C’eft par ce principe que les Autheurs duThalmud, ont
fait receuoir aux Iuifs toutes leurs réueries, comme des confti­
tutions baillées par tradition de viue voix, pour les faire obfer- ^,<r‘
tier auec autant de refped que celles qui font eferites dans la ^jis" „
Roy. C’eft par ce beau prétexte que les Heretiques ont intro’’
duit dans I’Eglife toutes fortes d’erreurs,difâs que Iefus-Chrift ?rtn / r;
& fes Apoftres n’auoient pas enfeigne toutes chofes par eferit, c. 24. &
& qu’il en auoit rcuelé plufieurs de viue voix aux parfaits, 3- c. 2,
qui eft la mefmc raifon qu’employent les Dodeurs de l Eglife
Romaine, pour accufer l’Efcriture d’infuffifance, & pour au­
thorifer leurs traditions.
Contre cela tous les Peres ont dit, qu’il falloit recourir à Cyprtan.
la fource, c’eft à dire aux traditions eferites, & qu’il n’enfal- 'jren‘ZM*
loit point reccuoir d’autres. Et Saind Bafile tefinoigne que
c’eft vne manifefte Apoftafie de la Foy, devouloir rejetter ce Ba[ilftrqui eft eferit, ou de vouloir introduire ce qui ne l’eft pas. C’eft
“ fi
donc vn grand crime, qui fe commet dans vos Conciles, de ’
reccuoir les traditions non eferites auec autat de deuotion que
les Saindes Efcritures.
I’ay prouué auffi dans ma refponfe la mefme propofition
touchant les Affemblées des Conuents & des Freries, à fça­
uoir, que ces Affemblées font contraires à l’intention de IefusChrift par cette raifon.

Les Ajfemblées qui attachent les hommes par des vœux témé­
raires aux exercices d’Vne deuotion volontaire,font contraires a
Lintention de Iefus-Chrif,

424

Deffenje de U
Or les Àjfemblées des Conuents (ft des Frerfts attachent les
hommes aux exercices d’vne deuotion volontaire, par des

temeraires.
Doncques les Aflemblées des Conuents (ft des Freries font contraire s à l’intention de lefas-Chrift.

La première propofition de ce raifonnemement eft de l’Ef­
criture : Car Iefus-Chrift condamne comme des chofes vaines
Math.v$ & inutiles ces deuotions volontaires,quand il dit, en vain mho9*
norent-tls , enfeignans à garder des doctrines qui ne font que comman­
demens chhommes. Et Saint Paul les condamne comme contrai­

res à la profeflion d’vn Chrefticn. Siïoous eftes morts., dit-il
Coloft. 2. chrift quant aux rudimens du monde z pourquoy vous charge-on d’or2O- 2*• donnances, ne mange, ne goufte, ne touche point, lefquelles ont bien
Coloft. 2. quelque apparence defapience en deuotion volontaire • (ft en ce quelles
2 ?•
ri efpargncnt nullement le corps y (ft ri ont aucun égard au raffaftement
Coloft. 2. de la chair ‘.mais qtti font tontes chofes periffables par l’vfage, eftans
22.
eftabliesfuiuant les commandemens (ft les doctrines des hommes.
La fécondé propofition eft inconteftable parmy ceux qui.
fçauent les reiglemens qui s’obferucnt dans les Aflemblées des
Conuents & des Confréries. Car il eft certain que ceux qui
C'ompofét ces Aflemblées font obligez par vœu dobfcruer les
ordonnances du jeufne ,qui leur deffend de manger en certain
temps, & de goufter de certaines viandes, ce qui n'a point d’é•
gardauraflafiementdclachair. Du Célibat, qui leur deffend
de toucher à femme. De l’Obcdiance aueugle, qui a grande
apparence d humilité d’cfprit j. De la mendicité ; Des .pèleri­
nages ; Des pcnitence, & des Flagellations,qui font des deuo­
tions volontaires, qui n’efpargnent nullement le corps. Il faut
donc que la conclufion foit véritable, à fçauoir que telles Afi
femblées fe font contre les intentions de Iefus-Chrift.
Neantmoins Monfieur le Bachelier aime mieux nier des
faits connus de tout le monde, que d’aduouër la vérité de cet­
te conclufion. QuWainformé,dit-il,que dansles Freriesoa
fe lioit par les vœux ? Certes il n’a pas eu de bons mémoires.
Mais ie ne requicr contre cette négation, finon qu’il f°lC
plus amplement enquis de ceque i’aduance. Que ceux qui ne
m’en veulent pas croire fur ma parole, s’informent des Con­
fréries mefmes, pour voir s’il en eft ainfi. Qffon demande^

feptiéme Refponfe,

41$

la Frêne des Pèlerins, fi dés le moment, qu’ils fercfolucntà
prendre le Roquet & le Bourdon, ils nc font pas vœu de Pèle­
rinage, pour aller vifiter Sainét Iacques leur Patrota en Gallice. Qnon s’informe de la Confrérie des Penitens, s’ils ne s’en­
gagent pas par vœu à ieufner& faire penitence certains iours
del’année. Qifon adjure la Confrérie des Miffionnaires, s’il
n’eft pas vray qu’ils vouent & proteftent,quand ils font receus
dans la Miffion, de l'exécuter auec fidelité, & de combattre
l’Herefie auec ardeur,félon la cabale de la nouuelle méthode*
Auffi Maiftrc Chiron voyant bien qu’on le pourroit con­
uaincre fur cette queftion de fait, n’ole pas perfifter dans fa né­
gation j & femble la vouloir reuoquer, pour mieux déguifer la
queftion du droit, quand il adjoufte. Ic veux pourtant qu 'on
faflqdesvœuXjfoitdanslesConuents, foit dans IcsFreries;
où cft l’Efcriture qui les côndamne? M’alleguera-t-il ces paro­
les de Icfus-Chrift en Sainél Mathieu ? En nain mbonorcnt-ils^ M<tth.l5
enfeignans des doctrines qui ne font que commandemens d'hommes; 9'
Mais ce paftage nc parle en aucune façon des vœux, bien loin
de les deifendre. D'ailleurs il eft éuident , dit-il, que dans ce
«
chapitre & dans le lieu cité, le Diuin Sauueur blafme feule­
ment les traditions & les enfeignemens iniques des Pharifiens:
parce qu’ils éneruoient la vigueur des Commandemens de
Dieu ,&renuerfoient la pieté naturelle, que les enfans doi­
uent auoir enuers leurs peres : Mais iamais il n’a blafméles
vœux, fçaehant fort bien qu’ils eftoient très-bons, & approuucz de Dieu, qui exhorte les fideles par labouchc de fon Pro­
phète aies entreprendre, difant, Ecu'e^^ rende^vos vœux au
Seigneur, nous tous qui estes à l'entour de luyr
11 eft vray que le Seigneur dans ces paroles que i’ay citées
de Sainél Mathieu ne parle pas des vœux : mais il eft éuident
qu.i 1 y parle de ces dénotions volôtaires, par lefquelles on pré­
tend feruir & honorer Dieu , quoy qu’elles ne foient comman­
dées que par les hommes ; & dit que ceux qui 1 honorent aipfi, . r
l’honorent en vain, c’eft à direque ces feruices font friuoles,& ^ath.
que ceux quiles rendent n’en receuront aucune recompenfe
de Dieu, parce qu’il ne les a pas commandées. Car comme
«lifent vos Commentateurs,celuy qui honore Diciî fuiuant fon tlEalàon.
propre4efir,ôcnonpascommeDieui’enfeigne,l’honore inu- tn Math.

' ’

Hhh


4*6”

Défende dt la

tilement & fans fruid : Que donc ceux quiobferuentlesreigles des Conuents & des Confréries , qui leur deffendent lvfage des viandes, & du Mariage i qui leur cômandent la men­
dicité,l’obeifTance aueuglc,les pèlerinages & les flagellations:
voyent cc qu’ils peuuent cfpcrcr de toutes ccs deuotiôs volon­
taires : puis qu’en tout cela ils ne font que des chofes que Dieu
ne leur a pas commandées.
Dire que dans ces paroles fus-allcguées, le Sauueur ne
condamne que les traditio ns iniques des Pharifiens, qui énecuoient la vigueur des Commandemens deDieu : c'eft parler
manifeftement contre l’intention de Iefus-Chrift. Car fi vous
confiderez. auec attention le fujet qui luy donna occafion de
parler aux Pharifiens de la forte : vous trouuerez qu’il blafine
non feulement les traditions qu’ils enfeignoient cotre la Loy,
mais aufli celles qu’ils auoient recéuès des Anciens outre la
Loy, & qu’ils obferuoient aucc deuotion, comme vne partie
du feruice Diuin. L’EuangeliftcS.Marc racontant cette Hiftoire plus au long, nous marque plus expreffement le fujet fur
7. lequel Iefus-Chrift prononça ces paroles.
dit-il,/ex
1.2.3. 4. pharifiens, & quelques-Vns des Scribes, qui efoient Ventes de lerufa5*
7* s'affemblerent vers luy, (f voyuns quelques-vns defes Difciples prenàre
leur repas auec les mains communes , cefl à direfans eflre lauées, x/x les
blafmoient. Car les Pharifiens (f tous les Iuifs ne mangent point quils
ne lauentfouuent leurs mains , retenans les traditions des Anciens j &
retournant du marché, ils ne mangentpoint quils nefoient'lauez. il y
a au[si beaucoup £autres chofes qu’ils ont prifes à garder, comme les lafiemens des coupes, des brocs, de la vaiflfellc, (f des couchettes'oh ils fe
repofent en prenant leur repas. Là deffus/ex Pharifiens & les Scribes
l’interrogeront, difans,pourquoy ne cheminent point tes Difciplesfélon
la tradition des Anciens,mats prennet leur repasfans lauer leurs m attisé
Jl refpondit & leur dit : Certainement Efaye a bien Prophétisé devant'
autres Hypocrites , comme il efl eferit, ce peuple-cy nihonore de fes le­
ttres , mais leur tueur eflfort éloigné de moy ; mais en vain m’honorent-

ils ,enfeignaos des doctrines, qui ne font que commandemens d
mes.
Il çft éuident que toutes ces traditions n’auoient rien d in*
juftesenelfcs-melmcs; & tant s’en faut qu’elles fuflent con­
traires à la Loy, que les Pharifiens ue les rccommandoicnt aux

feptiéme Kefponft
Iuifs, que pour mieux faire obferuer les purifications félon la
Loy des Ceremonies, afin que comme remarquent vos Do­
deurs, ils fuffent nettoyez, fi par hazard, & fànsy penfer iis
auoient touché quelque chofe d'immonde. Cependant Iefus- ** ddaic.
Chrift les condamne comme des chofes friuoles, parce qu’il
les obferuoient auec deuotion pour honorerDicuj & comme
vn honneur rendu vainement à Dieu, parce qu’il n’eftoit efta­
bly que par l’ordre des hommes.
Mais ie veux que Iefus-Chrift dans ces paroles ne condam­
ne que les traditions iniques & contraires à la Loy de Dieu:
cela ne met pas à couucrt de la condamnation celles qui s’obferuent dans les Côuents & dans les Freries. le fçay bien qu’il
y en a de vaincs & d’inutiles, qui font feulement eftablies ou­
tre le Commandement de Dieu, comme les figues de Croix,
les lauemens, & les afperiions d’eau benite, & autres fcmblàbles que l’on obferue aucc fuperftition. Mais on ne peut pas
nier, qu’il n’y en ai t auffi beaucoup d’autres, qui font injuftes,
& contre les Commandemens de Dieu. Car Dieu a dir par S. r.Or.7.
P aul ,vous e(les achetefparprix, ne devenez, point ferfs des hommes', 25.
que nul ne vous maiflnfe àfon plaiftr par humilité d efprit. Mais la Coloff. aj
traditiondit aux Conuentuels, que le vœu d’obedience les *8,
oblige de fe foûmcttre aueuglemêt aux volontcz d’vn homme
cn toutes chofes, fans s’informer s’il commande bien ou mal.
Dieu commande par l’Apoftre, que celuy qui ne veut point trauatl- r- Thiff.
1er, ne mange point aufsi i & le Sauueur nous déclaré par luy- 3»,omefme , que cefl chofe plus heureuse de donner que dereceuoir. Mais
la tradition dit aux Frères Mendians, que le vœu de la guçufe.rie volontaire les oblige de manger le pain d’oifîuetc; & que
c’eft chofe plus heureufe de receuoir, que de donner: parce
qu’il faut trauailler, pour auoir dequoy départir à celuy qui cn £>^4*2$
a befoin. Dieu dit à Noé dans l’eftat de la nature, tout ce quifc
meut ayant vie,y>ousfera pour viande', & Sainél Paul à ceux qui
font fous la grâce, mangez, de tout ce quife vend à la bouchent, fais i-Cor.to
vous en enquérir pour la confçience. Mais la tradition ditauxFrc-2Î*
res Penitens ; Que le vœu qu’ils ont fait de penitcncc,lcs obli­
ge à s abftcnir pour la confçience en certain temps de; vian­
des que Dieu a créées pour l’vfage des fideles. Dieu dit parSe
Paul que le Mariageefthonorable entre tous. Mais la traditiô


..............«

»

Hhhii'

4-î
deffenfe de la
dit aux Moines & aux Prcltres, que le vœu de Célibat leur dé­
fend de fc marier j & que le Mariage fouille les perfonnes conftcr'ées au feruice du SanéluairC. Iugez fi ccs traditions des
r. 7ï>».4. hommes ne font pas iniques & contraires à la Loy de Dieu :
5puis que Saind Paul mefme nous affeure que ce font des dodrincs des diables. Enfin Iefus-Chrift a dit que l’heureeftvefea 4.21 nue en laquelle on n’adorera ny cn la montaigne de Gucrifim,
s3î
ny en Ierufalem, mais que les vrais adorateurs adoreront par
tout le Pere en efprit & vérité ; pour montrer que la grâce de
Dieu ny fon adoration ne feroient point attachées à vn certain
lieu. Mais la tradition fait entendre à la Frerie des Pèlerins,
qu il faut félon leur vœu, qu’ils aillent prier à Rome, ou à Saint
Iacques, pour obtenir le pardon de leurs crimes.
C’eft à caufe de ces vœux que les traditions des hommes
ont ordonnez, que nous condânons les Affemblées des Con­
uents, & des Freries: Car pour les vœux que l’Efcriture nous
recommande, nous les approuuons, & les pratiquons: parce
qu’ils font faits non pas aux créatures, mais à Dieu Créateur,
7/L 72* fclon le Commandement du Prophète , rendez,vos\œux àl’E12.
tcrnely parce qu’ils fc font pour des chofes poffibles, iuftes &
'Bellarm. conformes à la volonté de Dieu^Sc leCardinal Bellarmin nous
hb. 2. de rend ce tefmoignage : de forte que tout cc que le Bachelier dit
Monach.
hoj-s t]e propos. Mais nous condamnons feulement ccs
W I5* vœux téméraires, dont nous auons parlé. Le vœu de Célibat,
parce qu’il fe fait pour vne chofe impoffible à ceux qui n’ont
ï.Ccr.7. pas le don de continence, cartevouàroy^ dit Sainél Paul, <}ue
7tous hommes f'uffent comme moy, mais vn chacun a fon propre don de
Dieu-/vn en vnefaçon
l'autre en vne autre. Or nul ne pcutlcgi'
timemét voue r au Seigneur, que cc qu’il a receu de luy, félon
le Concile d’Orange. Les vœux d’obe'dience, de mendicité,
siranfie. jg diftindion de viandes, de pèlerinage : parce qu’ils fe forW*11, ment pour des chofes injuftes & contraires à l’intention de
Dieu, comme nous auons fait voir. Et c’eft pour celaquvn
Ca\etan. (je TOs Célébrés Cardinaux veut que yous remarquiez fur cetin Mari* te matière, que le Seigneur Iefus n’a point ordonné de vœu a
celUy qUi Teut atteindre la perfcétiô delà vie : parce,dit-il}^
Ja perfeélion confifte dans la pratique des bonnes ceuures >
non pas dansles liens des vœux. Puis donc que dans les Con;

K

Jefffme Rejponfè.

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S

5
:
j
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t



429

uents &dans lesFrcries ccs vœux s’obfcruentreligieufement,
comme on dit, félon les traditions des hommes, & contre les
Commandemens de Dieu : nous auons droit de dire que ces
Affemblées font contraires aux intentions de lefus-Chrift.
Fay prouué cette mefmc vérité touchant les Aftemblées
de la Mefle, des Prières & des Sermons, qui fe font dans l’E­
glife Rom'afne, par vne raifon, quife peut réduire à cette for*

we<

Les Affemblées, oit le Preftre s'attribue le pouuoir de créer &
deftruirefon Créateur i où fon adore comme Dieu ce qui ne left
pas j où i'onfc profterne deuant les images, ; où l’on inuoque religieufement les Sainfis ,font contraires aux intentions de IefusChrifi.
Or tellesfont dans f Eglife Romaine les Affemblées de la Méfié ,
où le Preftrc s'attribué le pouuoir de créer fon Créateur parles
paroles du Sacrement, & de le défaire par le Sacrifice ; où lepeupie adore comme Dieu ce qut ne l’eft par, lesAffemblées des Prieres & des Sermons, où I onfe prosterne deuant les images 5 où
Pon inuoque religieuftment les Saincis, & la Saincte Viergé,
pour obtenir la grâce du S. Efprit.
Doncques les Affemblées de la Meffe , des Prières, & des Sermons,quifefont dans l'Eglife Romaine, font contraires aux
intentions de lefus-Chrift.
A ce raifonnement Monfieur le Bachelierfait deux rcfponfes: Dans la première il nie auec indignation contre moy, cc
que i’ay dit des Aftemblées de la Mefle; dans la fécondé il ap­
prouue & deffend ce quife fait dans celles des Prières, & des
Sermons.
Pour les Affemblées de la Mefle, il nous accufé, dit-il,
que dans la Mefle le Preftrc s’attribue le pouuoir de créer fon
Créateur, ce qui eft vne impofture, & vne calomnie effrontée:
car il ne trouuera rien de femblable ny dans noftre profeffion
de foy, ny dans les Conciles, ny dans les eferits des Pcresjmais
feulement que dans l’Euchariftie il y a vne Tranfubftantiation,
c’eft à dire vne conuerfion de toute la fubftance du pain Ôcdu
vin au Corps & au Sang de lefus-Chrift. Il affeure auffi, ad­
joufte-il, que dans le Sacrement de l’Euchariftie nous adorons
autre chofe que Dieu, & que l’eglife Romaine croid, que le
.
" Hhh iij

Deffenjè de la ■
Preftre qui cft chargé de péché mortel, ne peut faire ny conferercc Sacrement : mais tout cela ne font que calomnies, par
lefquelles le Miniftre décharge fa fureur contre l’innocence de
la mefme Eglife, manquant de preuues & de tefmoignages,
pour appuyer l’inj uftice de fa condamnation.
Sans contredit ccs blafphemes font fi horribles, & cette
idolâtrie fi abominable, qu’il faut que iefois le plus impudent
de tous les Calomniateurs, fi ce que i’ay dit n’eft pas vray ; ou
que le Bachelier porte le nom qu’il me donne , fi cela eft
vray comme ie I’ay dit ; & qu’il foie le plus ignorent de tous les
Preftres: puis qu’il ne fçait pas fa creance ; ou le plus impie,
puis qu’il l a deffend fi mal. Mais ce font des queftions défait,
qui ferôt bien toft vuidées par la feule leélure de vos Doéleurs,
& de voftre Concile. Car pour les Peres de l’Ancienne Egli­
fe , je croy fort que bien loin d’auoir écrit de fi deteftables pen­
fées , ils n’ont pas feulement efté capables de les conçeuoir.
Pour ce qui regarde la création du Créateur, pour vous
faite voir que le Preftre l’a peut faire, & qu’il l’a lait dans la
Tranfubftantiation, fclon la creance de l’Eglfte Romaine : li­
fez le Cardinal Bellarmin dans le troifiéme liure du Sacrement
’SeVari».

l»p.|irHariftie. & vous v trouucrez ces mot&.Dico Corpus Chri-

Chrift eft fait du pain, non comme d’vne matière, comme il a
efté fait de la chair de la Sainélc Vierge : mais comme *du ter­
me de départ, en la maniéré que le Ciel a efté fait de rien. Or
jc vous demande fi eftre fait de rien, ne veut pas dire eftre créé,
& fi le Ciel n’a pas efté créé, quand il a efté fait de rien? Et qui
font ceux qui font du pain le Corps de Iefus Chrift finon les
Preftres , comme il dit luy-mefme ? Ce font donc les Preftresj
qui le font de rien, & qui le créent fclon’fon explication.
Mais parce que le Cardinal peut auoir lafehé ces paroles
contre le fentiment de fa creance, pour refoudre vne queftion
quilemettoitàla torture; & pour fe défaite d’vn argument
qui le ferroit de trop prés : eicoutons vos autres Doéleurs, qui
ont parlé auec plus d’cuidcnce , parce qu’fis ont parlé auec vne

entière liberté.

LifcZ le Doéteur Lochmeyer, dans vn Sermon qu’il afait Loebmey
de la célébration delà Mefle; & vous v trouuerez ces paroles, ier^erm
creatorfui Creatoris. La vertu ou puiffance du Prcftre eft fi gran­
de , qu’il eft fait tous les iours creator de fon Créateur.
Lifez le liure intitulé l’Eftoille des Clercs;& vous y entédrez Stella Cle
donné de le créer; & celuy qui m’a créé fans moy, eft créé
moyennant moyk £ui creauit me, dédit mibi crearefe ; &quicrea~
oit mefine me, créâtur mediante me.
»
Si le Prcftre Bachelier eut efté éclairé des brillans de
cette Eftoile : il ne m’auroit pas accusé de calomnie effrontée.
Maisie croy qu’il a mieux aimé auoir mauuaife opinion d'vn
Miniûre, que de conçeuoir vne fi finiftre penfée de fes Do­
éleurs ;& qu’il a voulu m’appcller calomniateur, pluftoft que
de croire fes Maiftres capables de proférer des paroles, qui ne
peuuent fortir que de la bouche d’vn homme de péché, qui s’çleue au deffus de ce qui eft nommé Dieu, & qu'on adore com­
me Dieu.
Mais, dit le Bachelier pour me faire paroiftre coulpable,il
ne trouuera rien de femblable dans noftre Profeffion de Foy,
ny dans nos Conciles. Maisie trouue quelque chofe de fem­
blable dans les Canons, qui font les reigles de voftre foy : dans
les paroles du Canon, en vertu defquelles la fomme Angeli- Sum.An
que dit, que la Tranfubftantiation fc fait, quand il eft dit, que

fair.
le lis queftjuc chofe de femblable dans l’Hiftoire du Con- T>aulSar
cile de Trente. Car quand les Cordeliers & les Iacobins eu- pio Kentrent long temps difputé dans cetteAffemblée touchant la ma- tien>
niere de la Tranfubftantiation, les vns difans, qu’elle fefait
paradduétion ; & les autres par production duCorps de Chrift 7e re*tS'
' fous les efpeces du Sacrement : le Concile fit vne déclaration
generale, qui peut feruir à toutes les deux parties, & eftre accômodée au fentimét de toutes deux. Voila pourquoy le Con­
cile ayantlaiffé à chacun la liberté de croire fvn ou l’autre de

4JÏ

Defenfe de la,

de ces moyens, tous ont perlifté dans leur opinion, & Comme
ilyenaqui tiennent la Tranfubftantiation adduéliue : aufli en
eft-il qui fouftiennent la produétiue, ^quelle félon v’oftreDoTbom, 3. éteur Angélique, conuient auec la création. Si Monfieur le
p.
Bachelier n’eft pas de cét aduis, il ne doit pas ignorer que de
75«w.8. plusfçauantsqucluylefoi^j&il n’a pas droit del’impugner ,
de faux, puis qu’il n’eft pas contraire à la refolution de voftre
Concile.
Pour la deftruélron du Créateur, j’ay prouué par deux rai­
fons , que le Preftre l’a fait en difant ia Mefté, félon la creance
de tous vos Dodeurs. Car premièrement comme par la ver­
tu des paroles Sacramentelles, il donné au Corps de lefusChrift vn eftre Sacramentel qu’il n’auoit pas auparauant fous
les efpeces du pain & du vin : aufli en mangeant le Sacrement,
& digérant les efpeces, il luy ofte cct eftre Sacramentel qu’il
T)ecret. auoit fous elles : car le Corps de lefus-Chrift n’y demeure que
tant que les’efpeces demeurent félon la définition de voftre S.
tx om. 'j'|loniaSjgcjecjecret(}evo{];re5ain(qGregoirc.De forte qu’il
«r/4 77' 'Ie fait cefter d’eftre par la manducatiô, ce qu’il l’auoit fait eftre
par la confecration, qui n’eft autre chofe que le deftruire.
D’ailleurs le Preftre fait le Corps de Chrift pour le facrifier,
& le facrifie réellement aprèsl’auoir fait. Or tout Sacrifice
reel emporte la deftruélion de laviélime facrifîée. Partant le
Preftre deftruit le Corps de Chrift en le làcrifiant. Ces raifon­
nemens font puifez des principes de voftre creance , & fi con­
formes aux fentimens de vos Doéteurs, que le Bachelier les a
paftcz fous lilence, & n’a rien répliqué fur ce point ; Et luy qui
' m’a appellé calomniateur effronté, quand i’ay dit qu’ii s’attribuoit le pouuoir de faire fon Créateur, ne dit rien, quand i’adjoufte qu’il fe donne la puiftance de le deffaireL Mais ic vous
laifle à iuger quelle des deux abfurditez eft plus blafphematoire, ou celle qui dit que le Preftre a le pouuoir de créer fon créa­
teur; ou celle qui pofé, qu’il a le pouuoir de le deftruire ?
Pour l’adoration de ce qui n’cft pas Dieu : i’ay prouué qu’el­
le fe fait fouuent dans les Aftemblées de la Méfié, mefine lcloo
les maximes de l Eglife Romaine, par cette raifon.
Ceux qui adorent ce qui n'efi que pain } adorent ce qui nefi p#
;
'
0,

feptiéme XjfponJe»

43 5

Or dans les Aflemblées de la Meflefouuentesfois on adore ce q ui
n’efl quepain.
Doncques dans les Aflemblées de là Mefle on adorefouucnt com­
me Dieu ce qui netefl pas.
- La maieurc de cct Argument ne peut eftre conteftce, quoy
qu’elle ne foitpas de l’Elcriture : parce que la raifon éclairée
fait connoiftre & comprendre à tous cette vérité > que qui n’a*
dore que du pain, n’adore qu’vne créature, & par confequent
adore ce qui n’cft pas Dieu. Sur la mineure le Bachelier m.c
condamne de calomnie. Mais ie la prouue par les maximes
de voftre propre creance. Car il arriue fouucnt que le Prcftrc
qui célébré la Mefle eft en péché mortel,f;& dans vne mauuaife
intention touchant le Sacrement, ou que mefme il n’a pas in­
tention de le faire j ce qui empefehe la vérité de la confccration : Tellement que la conlécration eftant nulle, il ne fc fait
point de tranfubftantiation 5 & par confequent il n’y a que du
pain, & le Corps de Iefus-Chrift n’eft pas fous les accidents.
Ncantmoins IesAfliftâs ne laiflent pas d’adorerl Hoftie,quand
le Preftre en fait l’éleuation 5 & ainfi ils adorent comme Dieu
ce qui ne l’eft pas : puis qu’ils adorent comme Iefus-Chrift, ce
qui n’eft que du pain.
A cela Monfieur le Bachelier dit que mes paroles ne font
que des calomnies, quand ie dis que le Preftre eftant en péché
mortel de mauuaife intention, ou n’ayant pas l’intention de
confacrcr, ne peut ny faire, ny conférer le Sacrement. Mais
voftre Concile & vos Doéteurs,qui ont écrit auant & après le
Concile, me iuftifierônt ; & feront voir que ic nedelcharge
point ma fureur fur l’innocence de l’Eglifc Romaine,mais qu il
defehargé luy-mefme fa bile contre vn homme qui dit la vé­

rité.
Si vous lifez le Concile de Trente, vous y trouuercz ces
refolutions fulminantes,dans la Seétion feptiéme. La premiè­
re au Canon onzième. Siquis dixerit in Miniflrisdûm Sacramen- Coàl.T’ù
ta confciunt & conférant, non requiri intentionem Çaltem faciendi^ dcnt.jtj].
quodfacit Ecclefia, anatemaflt. Si quelqu’vn dit que l’intention j.Can.n
pour le moins de faire ce que l’Eglife fait,n’eft pas requilè dans
les Miniftres, quand ils font & confèrent les Sacremens, qu’il
foit anatherne. L’autre dansleÇanon douzième. Stqvisdixe-

4?4
Defenfe de U
Sef. 7. r/t Miniftrum inpeccato mortali uù&eMtm+Mufo ownU tfléntialia,
CaUt >»• qu<e ad Sacramentum conjïciendum aut conferendum pertinent\feruauent y conficere ont conferre Sacramentel»y ,&vfct»a$i quelqu’yn dit que Jc-Miniftre eftant ça pççbç mortel» &«eu con­
féré le Sacrement, pourueu: qn il obferuetoutcs tes chofes cffentiçUesquifpnt requîtes pour le faire, ou pour te conférer,
qu’ilfoitanatheme. Le liure de ce Concile pàtelisees Ca­
nons, eft de Vimprelfion de Lion, 16t8. auec vn Carategue des
Autheurs deffendus., reconnu $ publié par tePapeCtemcns
VIII. & collationné auec l’originalpar J?. Paul Pfç 4e biturgo,
de l’ordre des Prédicateurs de S. Thomas» & Sécrétait? de là
Congrégation des Cardinaux..
Tbom.
Sivous confuitez le Docteur Angélique Sl qui aeferte prés
pareil de trois cens ansauant ce Concile : Il vous dira, que dans l’ad-»
c^.art. 8 miniftration des Sacrcmcns l’intention de faire requefait Ish
fus-Chrift&lEglife eft neceffaire dans celuy qui tesadmiofe
ftre> jj vous.affewtcra qujJ&mauuaife &peruerfefntsptiQe du
Con Miniftre ofte la veritédu Sacrement. Or ie w demanda#
cctte mauuaife intention n’eft pasvn péché n?orteh
'4ngti. in
Si vous propofez cctte queftion au DoétetK Angel de Cia*
fum.mëbr uaife, fçauoir fi vn Preftre par les paroles Sacramentcltespeus
tranfubitencier le pain au Corps de Chrift» ayant intention de
d>4r. «/«.f s>çn ferujc pour empoifonneméeou forçeterie : UfHOusrefpon[lion. 24. jra > qU>ji fauctcnir qU’vn tel ne Je pçut ; parce que l’intention
qui eftablit ce Sacrement luy manque, comme te tient Bona?.
uenture,& pluficurs autres.

'B écart
Sivous interrogez 1e Doéteur Becan, il vous dira que Fin*
traiï. <ie tention abfoluc eft neceffaire pour faire le Sacrement.Êf quoy
Sacrum,
qUg Ja Loy & h probité duMiniftre ne font pas requis
4- fes pour la validité du Sacremct: neantmoins il tient qu’il.doip
Créa.cap e^rc cn eftacde grâce quand il l’adminiftrcj& allégué à CSPr°'
necejeeft po&les paroles de Çregoire, il eft neceffaire quç lainainfoit
qn<rft. v nette, qui prend le foin de lauer les ordures.
Puis donequ’il arriué fouuent que 1e Preftre n’eft pas dans
cét eftatî qu’il a mauuaifc intention touchant te SacrementiQU
qu’il n’apas intentionde confacrer -, & que cependant te PcU‘
pie ne biffe pas d’adorer l’Hoftig, s’imaginant» qff cite eft coæ
facréc -. Iugezde là qil n’eft pas vray qu’on adore fouucnt cc

fêpriéme Refpon/è,

435

<4jui n’eft pas Dieu dans la celebr atio n de la Mefle.
Mais outre ces accidens, il y en a d’autres qui vous font
tomber dans l’idolâtrie fans y penfer. Car quand le Preftrc fetoit le plus faind de tous les hommes,& qu’il auroit la meilleu­
re intention : il ne fçauroit empefeher que les rats ne touchent
quelquefois l'Hoftie qu’il a confacrée,fans qu’il en fçache rien.
Or par cet attouchement la confecration ceffe:car félon la gloi9
fc de vos Canons, le Sacrement celfc d’eftre dés lors qu vn rat ean.
l’a touché.Cependant il ne laiffe pas de l’a porter à vn malades bene.Aift.
& non feulement le malade l’a prendra auec des ades d’adora- z-^eC0Kz
tion, mais tout le peuple voyant porter le Ciboire par les rués, ^cr*
-l’adorera comme fi c’eftoit Chrift.
A ceque nous auons dit de la vénération des images, de
I’interceflion de la Vierge, & de l’inuocation des Sainéts. Le
Bachelier refpond que tout cela font des aétions louables pra­
tiquées par l’ancienne Eglife, & affermies par 1a couftume de
tous les liecles.
Pour I’interceflion de la Sainde Vierge, nous auons mon­
tré cy-deuant par l’Efcriture & par les Peres, qu’elle ne pou­
uoit pas eftre noftre Médiatrice enuers lefus-Chrift. Pour l’inuocation des Sainds nous ferons voir cy après dans la deffenfe
de la dixfèptiémc Refponfe, qu’elle eft injurieufe à Dieu, con­
traire à 1 Efcriture, & au fentiment des Anciens Dodcurs de
l’Eglife. Pour la vénération religieufe des images mous auons
défia prouué qu’elle choque manifeftement la Loy de Dieu.
Maintenant nous n’aurons pas de la peine à faire voir que
cette pratique dé faire des images pour l’vfage de la Religion,
de les feruir & venerer religienfement, & fe profterner deuant
elles, comme on fait dansl’Eglife Romaine , eft contraire à la
pratique de l’ancienne Eglife. Car elle nc fut authorisée qu’en
l ’année 787. dans le fécond Concile de Nicée conuoqué par
vne Princeffe infidèle, à fçauoir par l’Imperatrice Irène, la­
quelle après auoir fait bannir ceux qui l’année precedente
auoient condamné les images dans vn Synode légitimement
aflemblé à Conftantinoplc, affembla ceConcile à main armée
dans laVille de Nicéc,pour y faire reftablir le culte des images,
fuiuant les confcils du Pape’AdrianL & l’inclinatiô naturcHc>
qu’elle auoit à l’idolâtrie.
lui/

43^‘

Deffenfe delà

Mais fi c’eût efié la pratique de 1 Eglife, pourquoy dix ans
Blond. lie apres vn Synode légitimement conuoqué à Francfort fous1. de cad.
1 Empereur Charle-Magne, auroit -il côdamné le decret de ce
2.
Concile, qui iauorifoit les fentimens d’vne femme idolâtre Ôc
Stgeb. in Payenne, par la vénération des images ? Pourquoy le Concile
Cbron, tenu auparauant fous Conftâtin Copronymc, euft-il condam­
né entièrement les images au fait de la Religion ?
Mais parce que l’Ancienne Eglife ne fe doit point prendre
fur la fin du huitième fiecle j pour monter plus haut, fi c’euft
efté la pratique de l’Ancienne Eglife d’auoir des images dans
Ca/fand. les Temples, & de les reuercr: pourquoy Caftander vn de vos
inConfult Dodeurs donneroit-il pour chofe aftèurée fur le tefmoignage
art, 2t.
d’Arnobe & de Clement Alexandrin,qu’on ne fc leruoit point
d’images au commencement de la Prédication de l’Euangile,
*Polydor. ny quelque temps après ? Pourquoy Polydore Virgile, vn de
virg.l. 6. vos HiftorienSjtefmoigneToit-il après Saind Hicrolmc, que
de muent tous les Anciens Peres ont condamné le culte des images ?
rer.c. ij.
Pourquoy Saind Irenée blafmeroit-il la coufturne des
Jren. I.1. Gnoftiques, qui auoient & couronnoient des images, entre
cent. hcr.
lelquelles eftoit celle de Iefus-Chrift, qu’ils difoient auoir efté
cap. 24.
faite par l’ordre de Pilate ?
Tertul.dt Pourquoy Tertullien auroit-il condamné la peinture de Ion
fdol.c. j. temps, comme vn Art illicite, s’il euft creu qu’elle pouuoit
Ter tttl.de fcruiratixvfagesdelaReligion $ Pourquoy luy-mefme auroitfyeüs.lî il condamné les mafques, comme des reprefentations dcfplaifantcsàDieu , parce que ce font des reflemblances del’homCtncil.y. me qui eft Ion image ?
Pourquoy Saind Chryloftome diroit il que nous iouilfons
Confiant,

la prefence des Sainds par les Efcritures, ayans nonles
ex ChryJM.
imagesde leurs corps, mais celles de leurs ames $
Lait, dt Pourquoy Ladancc s’attacheroit il à prouuer comme il fait,
trig.trror que l’oh ne peut figurer Dieu par quelque image ?
cap. 2.
PùwpqBoy'Ssind Auguftin voulant faire voir qu’il n’y auoit
vs/ngttft.
rien
dans l’Eglife de Ion temps , qui relfentît l’idolatric ,conin Pfalm.
fefi'ebicn
qu’il y a des vaiiïeaux qui font ouurages demains
Ui/erm.
d’hommes, mais que neantmoins ils n’ont point de bouche
»,
lâns parler, ny des yeux fans voir • & qu’on ne leslert pas,
ombre de s’en feruir pour le feruice de Dieu-ê

fep ttéme Refponjc,

437

Pourquoy Nicephorea-il condamné lés Arméniens Sc ies,7\(icef>h.
Iacobitesd’extrauagance,en ce qu’ils figuroient les Images du
i8.e.
Pere, du Fils, 5c du Saind Efprit?
5b
Pourquoy les Serenesôc les Epiphanes ont-iis fait gloire
de porter le tiltre d’Iconoclaftes, linon parce qu’ils ont brisé
les images, 8c qu’ils n’en ont p'û fouffrir dans les Temples des
Chreftiens ?
~,
Pourquoy le Concile d’Eliberia-il deffendu de mettre des
peintures dans les Eglifes, finon pour empefeher que ceque be"t‘c‘tn.
l’on fert, ou que l’on adore ne foit peint fur les parois?
3
Pourquoy Saind Agobard Euefque de Lyon fuiuant le decret de ccCôcileEIiberitain,a-il fouftenu que fort à propos ce- de ptf#la fuft arrefté par les Peres Orthodoxes, finon pour abolir cet- rù& inet
te fuperftition, comme dit luy-mefme ?
Tout cela nefait-il pas vtfir clairement que la pratique de
l’Eglife Romaine eft tout à fait contraire à celle de l’Ancienne
Eglife j Sc cela ne fuftit-il pas pour vous môtrer que ccs Affem­
blées font contraires à l’intention de lefus-Chrift? dans lefquelles on vous propofe des objets qui engagent les vns dans
la fupcrftitiô., 8c qui portent les autres à l’idolâtrie? Danslefquelles il ne tient qu’à l’attouehement d’vn rat, pour vous ren­
dre idolâtres; qu’à la mauuaife intétiô d’vnMiniftre,pour vous
faire adorer ce que vous ne connoiffcz pas. Dans lefquelles vn
Preftre s’efleue par deffus 8c contre fon Créateur, pour le foire
& pou r le desfaire, par vn blafpheme qui eftonne les démons :
car le diable dans le plus haut point de fon orgueil n’a iamais
dit, jc in’eflcueray par deffus mon Créateur,mais s’eft conten­
té de duc, je monteray, 8c feray fait femblable au Souuerain.
Certes s’il n’y a point de communion de Chrift auec Belial, ny 2.Car.<?.
du Temple de Dieu auec celuy des idoles, comme dit S. Paul: 15. 16.
nous auons eu raifon de’nous feparer de ces Congrégations.
Et puis que félon la déclaration du Prophète, nous deuons
mcfprifcr ceux qui ne font pas receuablcs : c’eft auec iufticc
que nous les auons condamnées.
Mais parce que ic preuois bien que Maiftre lean Chiron en
qualité de Millionnaire,demandera encore que ie luy faflé voir
dans l’Efcriture ce mot de condamnation contrôles Afféblées
de la Papauté: il faut que i’adjoufte encore ce raifonnement
111 iij

438

D'finfe Je 'U

pour la ratis&aiondefonelpnt.&pour la confirmation <fe 1,
vente.
Nous auons droit de condamner toutes les Ajfemblées, où ton
tient qu ilfautfaire des maux, afin que bien en aduienne.
Cr dans les Ajfemblées Papales on tient quil faut faire des
' maux, afin que bien en aduienne.
'•
Doncques nous auons droit de les condamner.
La première propofition de cét Argument cft de l’EfcrituX?-3- re, qui dit par Sainét Paul, que la condamnation ejl iujle de ceux
qui difent^ que nefaijôns-nous des maux afin que bien en aduienne^
BeSarm.
La fécondé eft eft vos Dodcurs, & de vos Cafuiftcs, qui
de >JMo- enfeignent qu’il eft permis aux enfâs de defôbeïr à leurs peres
aac.c. $6 & meres, p0Ur entrer en Religion, c’eft à dire pour fe faire
Moines contre leur gré.
ToletJ.^.
Qu’il eft permis de tuer vn entiemy, pour éuiter vne injure
eap. 6.
notable, & pour conferuer fon honneur.
TJarar.
QlljI eft permis de deftober, & prendre en cachette pour reBnckirid.
cfif'.c.xy courner fon bien.,
Qifon peut fans péché mortel rendre faux tefmoignage
Jderu.cap
pçur leruir quelqu’vn, & luy rendre vn bon office.
18.
TSell. de
Qie le Magiftrat ne peche point s’il donne aux putains vn
amtJJJracertain lieu de la Ville pour habiter, encore qu’il fçache afteu***•&fta rcment qu’elles abuferot de ce lieu. Parce qu’il peut permettre
vn moindre mal pour en éuiter de plus grands.
Et cette derniere reigle de confçience eft aurhorisée par la
pratique du Pape dans la Ville de Rome, qui eft le S iege de fâ
Saindeté.

\ ,

Bt par nul efirange maxime,

£ue nnl Autheur ne nous apprend,
Pour éuiter vn malplusgrand.
Le Bordel s’y croit légitimé, Comme Vn de VOS
Dans la pogtes a véritablement chanté.
^ome ri
concjufjon eft l’Article de noftre ’Confeftîon de Foy»
S?*"? £ fçauoir que nous auons droit de condamner les Aftemblées
de la Papauté. Partant Monfieur le Bachelier ne la peut nier
fans s’inferire en faux contre S. Paul, & fans donner le démen­
ty à vosDiredeurs de confçience, & auPape mefme, quon

dit eftre le Chef de l’Eglife» j (

L

lanti chiron,
OV

DEFFENSE

DE LACCORD

DE LA FO Y!
AVEC LA RAISON
LA REFUTATION
& les Répliqués de Maiflre lean Chiron,
Preftre & Bachelier en Théologie.

CONTRE

SECONDE PARTIE.
Dediée à Madame la PrincefTe de

T H V R E N EPAR JOSEPH ASIMONT, Mini­
ère du Saint Evangile, dans l’Eglife
Reformée de Bergerac.

A PARIS,

m. dc. LXV.

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TRESHAVTE
ET
TRES ILLVSTRE' PRINCESSE

MADAME LA PRINCESSE
D E

THVRENE
9-?

. L Anti-Chiron, qui défend les interefts
communs de la Raifon et de la Foy, qui veut

E P I S T R E.
entretenir leur Accord félon les intentions de

Dieu y Çÿ les fentimens de tous lesfidelles , fc
prefente à V O S T R £ tALTESS E,
four luy offrir vne partie de ce quil a de vérita­
ble en fa creance
dereceuable en fon raifon­
nement. Mais à mefme tempsfe défiant de fes
forces, il implore vofire fecours , pour rétifir
dans l execution d'vne iufte entreprife. IL fe
propofe de combattre des opiniaftres /parles lu­
mières de la raifon, et des mécreans par les veritezde l Efcriture 5 & quoy que tous les hommes
raifonnables tfi tous les vray s croyans foient
obligez, de leféconder dans fon defsein : Néantmoins il nofe fe promettre de pouuoir triompher
de la dureté des vns, ny de /’incrédulité des au­
tres ,fî VOSTRE ALT ESSE ne l’appuye de fa protection : mais il croit que la vi4
&oire luy ejl afseurée, pelle luy prefte main for­
te dansfes defenfes. lefçay bien M A DAME,
que plufieurs ne manqueront pas de dire : quil
prend mal fes mefures 5
quagijjant contre
les maximes des fages, qui confiderent les cit con­
fiances des temps t des Iteux
des perfonnes, il
femble agir en aueugle, ou fermer les yeux a tou*
tes ces confiderations. Ils diront fans doute,
quil ell priué luy-mefme des lumières de l*
raifon, dont il entreprend la defenfe, quand d
ofe parler des Controuerfes de la Foy, à vn efprd

epïstre.
éclairé comme le vofire, qui ri ignore rien des verite^ du Chrifitanifme, ny des çMyfieres de la
* Religion. Ils diront encore equil a tort de por­
ter Jes armes à Paris, pour deffendre des vérité^,
qui ont eFiéfi vigoureufementfouftenüès dans le
mefme lieu, par les meilleures plumes de nofire
Profefiion Ils diront enfin» quil efi maladuis é,
de traiter des matières controuersèes, dans vn
temps, auquel peu de perfonnes écoutent cette
forte de vérités 3 quelles [ont hors de [afin,
quil vaudroit mieux les dfsimuler ouïes taire,
que den parler fans efperance d'vn fauorable
fukcez,. çj&ais, çjftt A DA MEie vous [upplie très humblement de permettre, queie vous
découure mes intentions 3 et ie mafseure, que
cela fifffira, pour iufiifier ma conduite enuers
yO ST RE ALTES S E,ç$ qu apres ce­
la la continuation de cét outrage, que ie vous
offre, nevous fera pas entièrement defagreable.
I aduouë, que ie pourrois pafser pour vn ternemeraire dans l efprit de ceux qui connotfsent
_ VOSTRE ALT ESSE,fi enluy présen­
tant vn nouueau Volume fie pretendots luy don­
ner quelque nouuelle connoïffance : çAMais com*
me cét effet efi audefsus de mon pouuoir , aufsi
cette prétention efi fort éloignée de mon efprit.
le fçay , MADAME, que vous riignorez,
rien de ce quil faut fçauoir dans la Religion

EPIS TRE.

v

Chreftienne 5 que vous pofedez cette fcience
vniuerfelle des Saincis, qui leur enfeigne toute
vérité, et quayant+receu l Q ntt ion du Saint
Efprit, qui vous fait connoiftre toutes chofes,
vous auez>afsés de lumières, non feulement pour
vous rendre fage d falut, mais aufsi pour in­
ftruire des ames fort éclairées. Mon but n’eft
autre ^que d informer de la vérité ceux qui ayment la Religion Romaine fans l'entendre, et
qui hayfent la noftre, quoy qu ils ne la connoif
fentpas. le tache d ofter le voile des préoccupa­
tions, quona mis fur les yeux de leur entende­
ment :afin qu ils puifsent découurir nettement
les chofes, qu'on leur fait acroire,
reconnoiftre

au vray celles que nous croyons C'eft pôur cela
que i ay dédié cette fécondé Partie d voftre
illuftre Nom : Afin que la véritéque ïydeftenSi
y eftant placée comme furvn lieu eminent, fe
fafse voir de plus loin,
qu elle attire les yeux
de plufieurs, qui ne la voyaient pas. Portant
fa lumière iufques dVOST RE ALPESSE,
i ay cru la mettre fur vne haute montagne»
qui nepeut eftre cachée, et la pofer fur vngrand
chandelier d’or : afin que nonfeulement elle éclai^
re ceux qui entrent dans la maifon , mais aufit
que ceux de dehors, qui en font éloignez» f puif
fent voir reluire. Ceux qui n en. eaifoient point
d'eftat, cefseront de laméprifer , auand elle
J

v”

E P î S T R E.
aura Taccez d vne illuftre Princeffe ; Et quoy
que cette véritéde Dieu ne tire faa fon prix de
la recommandation des hommes, on fera mieux,
difposé à T honorer, quand on la verra entre les
mains de VO S TR E ALE E SS E, Que ft
ie Ta porte dans le lieu de vofire feiour, qui efi
l Ecole de la France, ou des grands Do Sieurs
ont traité les mefmes matières auec tant de fça­
uoir (A d’euidence d’efprit \ Ce nefi pas que ie
pretende adioufier quelque chofe aux lumières
qu'ils ont données 5 Ce feroit porter des eaux
dans leur fource , çtf vouloir accroifire l Océan
>auec vnpetit ruiffeau : mais ie croy qu il rriefi
permit de faire apres eux, ce quils auroient
fait, t ils fufjent venus apres moy. La moiffon
du Seigneur riefi pas fi petite , quelle ne laiffe
beaucoup de grain à recueillir à tous les ouuriers,
quil y poujfe de temps en temps ; et ceux qui
font venus les premiers, riontprtsfi exactement
moiffonné fon champ , quils riayent laifié des
efpys à glaner apres leur récolté Au refte ,per'fon ne ne fe fâche devoir reluire vne petite Etoile
auprès de celles quifont de la première grandeur}
Les Afirologues ne fe font iamais ofjenfez, de
de voir qu au mefme temps que lesEtoilles briT
lent dans Tazur de s Cieux >comme des diamans,
vn petit ver Iuifant iette vn éclat d'émeraude
. parmjf des brofsailles-, & Ton ne doitpas trouuer

epïstre.

étranger que four élairer la 'vérité, i apporte
ma petite bougie auprès des flambeauxfi lumi­
neux. Si l on dit enfin que ceft malprendre fion
temps de débiter auiourd'huy des Controuerfies:
le répons, quon ne le fie auroit mieux faire que
dans vne fiaifion , ou les vns abandonnent làchementlaverité, ou les autres la trahifisentauec
perfidie ou quelques vns la déguifient auec arti­
fice , (fi la plufpart la combattent par malice, ou
par ignorance. Et pourquoy lEglife efi-elle ap­
pelle la colomne & l'appuy de la Verité, fi ce
nefi par ce quelle efi obligée de défendre fa
caufe, quand on l attaque, d'appuyéfr fion droit
quandonleveut ruiner. (fi defiouflenir fes interefis, quand on tache de la détruire ? le ri ignore
pas que comme il jy a des menfionges agréables,
il y a des veritefodieufes : Mais ie fçay bien
aufsi que la vérité de Dieu ne doit point rele*
uer des Loix *du Temps , ny du caprice des
hommes 5 Et fi on ne la vouloit dire, que quand
il leur plairoit, le menfonge j ou i erreur / em­
porterait bien toft fur elle. C efi tout ce que le
Diable demande de ceux qui ne l’ofer oient pas
combattre. à fçauoir, qu ils ne difent rien en fia
faueur : Efperant que ceux qui font muets
pour la vérité . feront bien tofl efclaues de l vn
ou de l autre de fies ennemis 5 (yg qu apres auoir
fermé la bouche, pour ne la confefjer pas, ils Ifi/

E P I S T R E.

fermeront le cœur ^our ne'la pas croire. En ef­
fet il y a peu de diftance entre fon filence, &
fon abnégation i Çéft il eftftrt d craindre , que
ceux qui font fi faciles à la taire, riauront pas
grand peine à la renier Cefi pour cela que ceux
qui l’ont adorée comme vne Diuinité, ont eu
raifon de luy donner vn nom, qui fait bien com­
prendre a ceux qui entendent fa fignification,
quelle n’ay me rien tant que de fe faire connoifire , afin de fe faire aymer 5
quelle ne hait
rien tantque d'eflre cachée, fçachant bien quon
ne la peut aymer,fi on ne la connoifi pas. .Mais
quoy quelle ne cherche iamais les cachettes de
hante, & quelle vueiile toùiours paroifire dans
fon naturel: ily a deux occafions particulières,
dans lefquelles il efi impofsible âe la taire, fans
la détenir captiue en iniufiice. L’vne efi, quand
on veut fçauoir les fentimens que nous auons
d e lie, afin de l embrafer-. Car en ce cas là fi nous
gardions le filence, nous choquerions le deuoir de
la charité, qui nous oblige d aymer le prochain
comme nous-mefnesfie luy faire part de nos lu­
mières pour le mener à la conoifsace delà vérité,
dont elle s éiouit. L’autre efi, quand on l’at­
taque pour la détruire, ou pour l’obfcurcir: Car
alors, fi nous efiions muets, noustrahiriors les
fentimens de l’amour de Dieu, qui nous oblige de
prefererfa gloire à nofire interefis & d'enprocu'

e Pis tre.

rer l'aduancement aux dfpens de noftre propre
vie. Qefut* MADAME, le premier de
ces motifs qui me porta, ily a huit ans> à cùmpofer l Accord de la Foy auec la raifon, pour
fàtisfaire aux demandes d'vne perfonne de la
communion de Rome , qui me promettoit d'em
brafser nofire Religion -fi ie luy fafois voir dans
l Efcriture vn feul de nos Articles , de Foy
controuefcZj. Et cefi le fécond, qui ni a fait
entreprendre la defenfe de cét Accord contre
les répliqués d'vn Preflre ‘Bachelier, qui com­
bat la vérité, ne pouuantfouffrir l’éclat de fa
lumière. On m interroge touchant ma creance,
pourquoy ne répondray~ie pas ? On attaque
la vérité, que ie croy , pourquoy ne parlera^ie pas , pour la défendre ? Certainement,
JW ADAME, il nefi pas pofsible defêtai*
re dans vn fi beau fuiet de parler, fans encou­
rir auec iufiiee le blâme du mauuais feruiteur,
qui fait lceuure du Seigneur lâchement,
condamnation d'vn mauuais Chrefiien ,
négligé les interefis de fa gloire. Fay crû ,dtfotFDauid, etpource ay ie parlé-Nous croyons,
dit faint Paul,
pourtant parlons nous
comme nous auons receu vn mefme efprit de
Foy auec les anciens fideles : Aufsi auons-nous
la mefme liberté de parler- C'eft pourquoy lay
mefme ioint la confefsion de la bouche auec la

EP ï ST R E.
Foy du cœur j tfi comme il promet la iuftice
aux croyans, aufsi fait-il efperer le falut aux
Confeffeurs. Si tous les Chreftiens font obligez»
à l'acquit de ce deuoir, iufques-là que le Seigneur
protefte qu il ne confeffera point deuant Dieu,
celuy qui ne l'aura point confefsédeuant les hom­
mes: Combien moins s en peuuent difpenfer les
tfiftCiniftres de l'Euangtle? Certes ft ceux-cyfe
taifent, les pierres mefmes parleront 5 et ft ceux
en qui il a mis le Miniftere de la parole , de­
meurent muets, il fondera fa force par la bou­
che des petits enfans, pour confondre fis aduen
faires. Ce qui me confirme dans ce fentiment,
ceft,
A D A ME, l'exemple de
VO ST RE ALT ESSE: Carie fuis af
feuré que la parole de Dieu neft point liée en
fes levres 5 quelle eft en eftat , non feulement
de répondre auec douceur à ceux qui luy de­
mandent raifon de fon efperance, mais aufsi de
fermer la bouche à ceux qui en combattent la
•üerité, et me[me de gagner ceux quî la veulent
entendre. Nous pouuons bien par nos eferit's, [fi
par la force des raifonnemens tirez» dei Efcri­
ture conuaincre les efprits incrédules de la véri­
té de noftre Foy.mais VOSTRE ALTESSE,
a trouué le moyen de les perfuader par la pu­
reté^ par la lumière éclatante de fes aéiions.
tiufi neft4l point de plus beaux carafieres.

r
E P I S T R’E.

J

que ceux qui s écriuent far les bonnes mœurs:,
les paroles que les mains prononcent par les pra­
tiques de la vertu , font bien de plus puiffante $
imprefsionsfur les ames, que celles de la bouche-,
Et il fe peut faire quv ri homme fauant ne fe­
ra iamais croire par tous les difcours de fon
éloquence, ce quvn homme de bien efi capable
de perfuader par fes œuures, Ceux de dedans
qui contemplent la conduite de V 0 STI RE
A LE ES S E, reconnoifient, que lie efi entiè­
rement reformée 5 & ceux de dehors, qui ri ar­
ment pas voftre Profefion , ne laifsent pas de
louer voftre vertu. C efi icy MADAME,
que voftre modeflie me commande de marrefier:
Car ie fcay que voftre A LT E S S E, ne re*
cherche pas les applaudifiement du monde-, quaucontraire elle met fous les pieds les honneurs
de la terre , pour s éleuer à la gloire du Ciel-,
quelle fe plaift à faire du bien fans auoir des
témoins , fe contentant de l attefiation d vne
bonne confcience deuant Dieu -, et que méprifant
toutes les louanges des hommes , elle riattend^
que la louange , qui fera vn iour rendue a
chacun par le Seigneur, et le grand falaire, qM
nous efl referué dans le Ciel. Aufsi fon attente
nefera point vaine: Car Dieu nef point iniufte,
pour mettre en oubly voftre œuure,
le trauai
de voftre charité-,^ puis qu il s eftvoulu rendre

E P I S T R E.

noftre debteur, non en receuant quelque chofe
de nous, mais en nous promettant tontes chofes,
il ne manquera pas d accomplir les promeffes de
fa grâce auecfidelité. Dans l’efperance de cette eternelle rémunération, à laquelle nous regardons pour la vie, qui efl à ^enir: Agréez,
MADAME, que ie 'vous fouhait te encore
deux chofes , pour la vie prefente, & que ie fi­
nife cette lettre par cette prpere, que ie fais à
Dieu de bon cœur 5 Qu il plaife d fa bonté,
d'adioufter au cours de vos années autant de
iours de vigueur çfd de fanté, qutl en a rétably par les foins de voftre charité en tant de
perfonnes languiffantes j Et que vous ayant
donné tant d’enfans félon l efprit, que 'vous
auez» conferuez & amenez d IE S V SCHRIST , il vue ille vous en donner de vo­
ftre illuftre mariage. C'efi le fouhait commun
de toute lEglife de Dieu, & le defir particu­
lier de celuy qui vous a confacré fon cœur plu­
ftoft que fa plume,
qui fera toute fa vie auec
toute forte de refpeft,

MAVAME,
DE VOSTRE ALTESSE,
K

Le tres-humble, très-acquis, & rresobeïffanc Setuiteur I. As i mont

kui&iéme Refponje,

439

wwww w w- w w-w
i^^îS%:5SSà^^sWf5W{^
HNICTIESME DEMANDE
du sMkfiJJtonnaire.
V il fe peut lire que Dieu les a fufcirez d’vne façon ex­
traordinaire, pour redrefter I’Eglife de nouucau, qui
eftoit tombée en ruïne & defolation. Article trentevniéme de leur Confeflion de Foy.

O

P

Refponjè à la huictiéme demande,
OVR fàtisfaire à cette demande, il faut que ie vous prouue
quatre veritez, que nous pofons pour incontcftables dans
la confequencc de cét Article trente-vniéme. La premiè­
re eft que I’Eglife tombe quelquefois cn ruine & defolation :
Pour comprendre cette vérité, il faut confidcrer I’Eglife en
deux eftats diuers, l’vn eft fpirituel &inuifible, l'autre exté­
rieur & vifiblc, &c.

P

»

,

»

Répliqué du Catholique Romain,
E prétendu Reformateur qui veut reftablir toutes chofes
par la feule Efcriture, comme il protefte en lifant fa Con­
feflion de Foy, quitte maintenant l’Efcriture, pour eftablir
fes vifions phantaftiques, & forme vn raifonnement dedixhuiét pages, afin de perfuader fon erreur, appuyant toute fà
Religion qu’il appelle Diuine, fur quatre propofitions humai­
nes, qui n’ont ny certitude, nyéuidence, mais feulement vn
faux mafque, pour tromper les yeux des ignorans, &c.

L

;>

Deffenfe du Catholique Reformé.

O N S IE V R le Bachelier a promis dés le commence­
ment d’agir auec nous par les principes de l’Efcriture;
il nous a mefmeenfcigné le moyen de tirer des conclu­
ions certaines de ces principes, pour prouuer les veritez delà
Foy;&aproreftépardcuxfoisqu’ildcffcroit à l’authorité de
lEfcriture, plus qu’à tout autre tefmoignage de quelque ex­
cellence qu’il fuft. Mais ce feroit vn miracle fi vn Millionnaire
fe fouuenoit de ce qu’il a promis, pour tenir parole. le me fuis
mis en cftat de prouuer en raifonnant par les principes de l’Efcriture, que l’Eglife eftoit tombée en defolation au regard de
fon cftat extérieur, qui eft la profeftion externe de la vérité ; &
que nos Reformateurs ont efté fufeitez extraordinairement de
Dieu pour la reftablir, en la purgeant de fes abus, & la remet­
tant en fa pureté première. Et là deflus Maiftre Chiron fe dé­
partant de fon principe de Bachelier, veut que ie m’arrefte aux
termes d’vn Millionnaire; que ie renonce à la droite raifon ;
que ie luy allégué vn texte de l’Efcriture dans les mefmes mots
qu’il me preferit; & que ie confirme encore cette Efcrirurepat
lesmiracles. Qu’ay je affaire,dit-il, de voftre Philofophie,
tiy de vos Argumcns captieux ? Dites-moy, Afimont, qui
vous a fufeitez d’vne façon extraordinaire? Où eft voftre vo­
cation? où font les lettres de voftre Million extraordinaire ?
où eft l’Efcriture qui dife que dans le quinziéme Siècle deux
grands Prophètes deuoient eftre fufeitez en Occident, pour
releuerl’Eglifc qui eftoit tombée en ruine & defolation? Où
font les miracles?
Et pour prouuer que nos Réformateurs extraordinairement
fufeitez deuoient faire des miracles pour authorifer leur voca­
tion extraordinaire : il employé trois raifons. La première eft
prife de l'exemple du Fils de Dieu. Les miracles, dit-il, (ont &
neceffaires pour cette forte de Million, qu’il a fallu mefme qu®
le Fils de Dieu, enuoyé de fon Pere, la mantfeftât par cette

M

voye authentique.

fyuictiéme Refyonje,

441

o oe

Pour refpondre au raifonnement que Maiftre Chiron veut
tirer de cét exemple : puis que nous appelions extraordinaire,
ce qui eft ou qui 1e fait outre l’ordre: il faut diftinguer deux
fortes de Million extraordinaire. L’vne cft extraordinaire au
regard du bon ordre qui eftoit eftably de Dieu dés le commen­
cement j l’autre eft extraordinaire fculemét au relpcd du mau­
uais ordre eftably par les hommes, & receu de long temps par­
my eux. La première a befoin de miracles, pour s’authorifer:
parce que ceux qui font enuoyez par celle là ont charge d’annoncervncDoéîrine nouuelle, & d’aller au de-la desordres
que Dieu mefme auoit eftablis. C’eft pourquoy il eft neccffaire que Dieu qui parle par leur bouche, agifle miraculeufe mentpar leurs mains, pour perfiiader aux hommes que c’eft
luy-mefmc,quireuoquefesordrcs précédants, pour cn efta­
blir de nouueaux. Mais il n’cft pas befoin de miracles pour
confirmer ia leconde : d’autant que ceux qui font enuoyez par
celle-cy, n’ont charge que de porter vne dodrine , qui pour
femblernouuelleenap.parence,nelailTepas d’eftre ancienne
en vérité. Et quoy qu’ils parlent contre l ordre eftably des
hommes,c’eft à dire contre les mauuaifes couftumes & les
opinionsinueteréesparmy eux:neantmoins ils n’entrepren­
nent rien outre la primitiue inftitution de Dieu, maisrameinent toutes chofes à céc ordre qu il auoit eftably dés le com­
mencement.
*
Suiuant cela quand Iefus-Chrift cft venu au monde, difant
qu’il eftoit enuoyé de Dieu pour làuucr les croyans: il a efté
conuenable ôc mefme neceftaire qu’il confirmait la vérité de
fon enuoy par la production des miracles : parce qu’il ie difoit y, ~
hômeDieu, égal à Dieu en vnité d'EiTëce,qui le faifoiteftre vn /M( x
aucc le Pere 5 cn puiftace qui luy dônoit le pouuoir de pardonner les pechez, & de dôner la vie eternelle à ceux qui croiroiét
fon Nom ; en éternité & en gloire : parce qu’il prefehoit qu il
eftoit venu pour confommcr la Loy, pour mettre la grâce &la/f<* ,8,S’
vérité au lieu des Ceremonies, pour faire ceifer le Sacrifice
continuel par l’oblation de foy-mefme 5 en vn mot pour abolir
l’Ancien Teftament, qui fut dédié par le Sang desVidimcs,
afin d’en eftablir vn nouucau cn fon propre Sang. Il eftoit né- Lue 4?.
ccftaire qu’il fift des miracles, pour relouer les infirmitez dçla 20.

Kkk

44i

Defenfe de la

nature humaine par l’efclat de la puiffance Diuine ; pour fur­
monter l’incrédulité des hommes ; pour prouuer qu’il eftoit cc
qu’il le difoit eftre, c’eft à dire le Meffie promis; & pour don­
ner l’accompliffement aux Oracles des Prophètes, qui auoieqc
prédit de luy qu’il feroit des mcrueilles, dont tout le monde fe­
roit eftonné,
C’eft pourquoy quand il a voulu prouuer aux hommes tou­
tes ces veritez extraordinaires touchant l’excellence de faPcrfonne, & la dignité de lôn Office : il ne s’eft pas contenté de

dircauxlui£siEnquerez,-vous diligemment des Efcritures : ce fent
elles qui portent tefmoignage de moy : mais encore il leur a dit, let
Jcd$.$6. ceuures que mon Pere m’a données , pour les accomplir i ces euures-là
mefmes que iefay, tefmoignent de moy que mon Pere m’a enuoyé. C’eft
ainfi que pour perfuader aux Difciples de lean Baptifte qu’il
eftoit le Chrift, qui deuoit venir, il ne leur commande pas feufement de rapporter à Saint lean ces paroles. L’Euangile efl an­

noncé aux pauures 9 & bien heureux eft quiconque n aura point efté
'Xfa, ^.fcan^ts^en r»°y: niais au® de luy reciter, ces adions, qui font
é.
voirl’accompliffementdela predidiôn d’Efaye. -Les aueugles
recouurent la veué , les boiteux cheminent^ les lepreuxfont nettoye^ftes
fourds oyenty les morts reffufeitent.
Il falloit Ç ue I. Chrift operaft.toutes ces nierueilles, qui
fùrpaffent les forces & les ordres de la nature : pour montrer
qu’il eftoit le Mcffic, le Dieu fort & puiffartt, le Pere d’Eternité ; qui venoit pour faire vn monde nouueau; pour changer les
ordres de Dieu dans l’Eglilc; pour abolir l’obferuation des Ce­
remonies preferites fclon le Commandement de l’Ancienne
71**4.23 Loy 5 & pour cftablir vn nouucau culte de Dieu en efprit & en
vérité, fclon les préceptes de la nouuelle Loy de grâce.
Mais quand nos Reformateurs font venus, ils n’ont prefehe
que les mefmes veritez que Iefus-Chrift & fes Apoftres auoiét
confirmées par les miracles ; ils n’ont point porté de commandemét nouueau; ils n ôt parlé que felô le Cômandemét ancic;
Ils n’ont rien entrepris au-dela des ordres primitifs que le Sei­
gneur auoit eftablis dans I’Eglife; ils n’ont parlé que contre
les mauuaifes couftumes que l’erreur &la fuperftitiô auoiét in­
troduites dâs I’Eglife,& que la fuite de quelquesSiccles auoiét
fait paffer pour des loix anciennes au préjudice de la vente»

httictiéme Rejponfè,

qqj

C’eftpourquoy il n’a efté nullement befoin qu’ils fîffçnt des
miracles pour prouuer leur Million : leur langage fuffifoit,pour
faire cônoiftre qu’ils eftoiét les vrais Difciples duFils deDieu;
& chacun d’eux a pu dire auec vérité,ce que IefusChrift d ifoit
ïuxluife, ma doctrine n efi point mienne, mais de celuy qui m'a ennoyé :fi quelquvn veutfaire la volonté diceluy, il connoifira de la do- 1 y.
• clrtne , àfiauoirfi elle efi de Dieu, oufi ie parle de par moy -mefme.
Si les miracles eftoient fi neceffaires, pour authorifer tou­
te Million extraordinaire, les Prophètes qui eftoient extraor­
dinairement enuoyez de Dieu, n’auroient pas efté deftituez de
cette preuue authentique ; & Dieu qui leur donnoit l’Elprit de
Prophétie, pour prédire les chofes futures, ne leur auroit pas
refusé le don des miracles, pour confirmer la vérité de leurs
Predidions: neantmoins la plufpart n’en ont pas fait.Mais par­
ce qu’ils eftoient enuoyez pour corriger les abus qui s’eftoient
gliffez dans la Religion & dans le feruice de Dieu : ils fefont
portez droitement en la Reformation du peuple, félon la paro­
le de Dieu, &fe font contentez de lerappeller à laloy&au 8,20ç
tefinoignage.
lean Baptifte eftoit plus que Prophète, homme extraordi­
nairement enuoyé de Dieu,pour eftre le Precurfcur du Mefïïe,
& grand entre tous les hommes nés des femme félon le tef- Lucj.ïB
moignage de Iefus Chrift. Ncâtmoins il n’a fait aucun ligne; ptan 10.
& parce qu’ils n’eftoit enuoyé deuant la face du Seigneur, que 4 »•
pour préparer fes voyes,& pour donner connoiffance delalut Z'*C,-7(S
à Ion peuple,fans rien toucher aux ordres de la Loy Mofaïque, 77»
ils’eft contenté de remontrer à chacun fon deuoir, fans opé­
rer des miracles.
Iefus-Çhriftluy-mefine qui a fait tant de miracles pour han i©*.
prouuer fa Diuinité,&fa Souueraine puiffance : n’en a pourtant point voulu faire, quand il n’a efté queftion que de refor­
mer l’Eglife des abus qu’on y auoit introduits en ce qui regar­
de la foy,les mœurs, & la Religion; & pour entreprendre cet­
te Reformation, il ne s’eft appuyé que fur le tefmoignage de
l’Efcriture. S’il veut chafièr du Temple lesMarchands, & renuerfer les tables des Changeurs : il ne fait pas des miracles,
pour faire voir de quelle authorité il fait ces chofes : Quoy que
la demande de ceux dont iljhoquoit les procedures, lembloit
Kkkij

444

^e.ffenfe de

Luc ip. Fy obliger. Mais il fe contente de leur dire, il eft eferit ma maifon eft la maifon de pricre, vont en auezfait ~X>ne cauerne de brigads.
S’il veut abolir cette mauuaife coufturne, qui paftoit pour Loy
MaA.19
Iuifs j répudier leurs femmes, pour quelque fujet
3,
que cc fuft : il ne fait pas vn miracle pour faire voir qu’il auoit
droit de reprimer cét abus: mais il les ramcine par l’Efcriture
à l’ordre de la première inftitution de Dieu, il n'en eftoit pat ainfi
8.
du commencement. S’il veut prouucr la Refurreélion des morts
Luc 20. contre la Seéte des Saduciens ,qui la nioient formellement; il
?7n’a pas recours aux miracles, afin de montrer qu’il eftoit extra­
ordinairement enuoyé, pour combattre vne erreur fi damnable ; 11 ne reftiifcitc pas quelque mort, quoy qu’vne refurre­
élion miraculeufe euft bien efté capable de prouuer la vérité,&
de confondre l’impiété de fes ennemis: mais il fe contente de
'Adat.22. leur dire, qu’ils font dans l’erreur, parce qu’ils font dans l’igno?£•
rance desElcritures& de la puiffance de-Dieu.
Tout cela fait voir clairement que les miracles ne font point
neceftâires pour authorifer vne Million extraordinaire, lors
que les enuoyez n’entreprennent rien au -dela des ordres efta­
blis de Dieu : quoy qu’ils parlent contre les couftumes ordinai­
res & communément receuës parmy les hommes. Puis donc
que nos Reformateurs n’ont rien dit contre 'la vérité des or­
dres deDieu, mais feulement contre les traditions des hom­
mes : C’eft fans raifon qu’on leur demande des miracles, pour
preuue de leur Milfion extraordinaire : parce que les miracles
que Iefus-Chrift & les Apoftres ont fait, ont confirmé la mef­
me vérité qu’ils ont prefehée. Tellement que comme ceux qui
xcçoiuent par foy les Efcriturcs, n’ont pas befoin de miracles
pour eftre induits à les croire : ainfi les miracles ne.font point
neceftâires à ceux qui prefehent les Efcritures pour faire voir
qu’ils en prefehent la vérité. C’eft pour cela que Iefus-Chrift»
qui n’efpargnoit rien pour le falut des hommes, & à qui les miracles ne couftoient rien que le parler; reprend neantmoins
ceux qui ne croyoient point,’s’ils nevoyoient lignes & mira*
i.Cor.T4 clés. Et c’eft pour cela mefme que Sainél Paul dit, que les la»» »?
gages ( qu’on parle miraculeufement ) font pour ftgnes aux inf™'

les

non pat aux croyans.
C’eft par ces raifons que les Anciens Doéleurs de 1 Egllle

IwicticmeRefpon/c.
44$
ont prouué que les miracles, qui furent neceffaires aucomencement de la prédication de l’Euangile, pour eftablir la Foy,ne
le font plus depuis que le Myftere de la pieté a efté prefehé aux
Nations, & creu par tout le monde.
Si Tertullien auoit creu les miracles neceffaires de fon Quant &
temps, il n’auroit pas dit en difputant contre l’Heretique Mar- ip/e ço(tcion, que quoy que Iefus-Chrift euft cette lotte de tefmoignaex
ge, pour prouuer qu’il eftoit le Fils, le Chrift & l’enuoyé de 4Utorau,e
Dieu par la demonftration des miracles : neantmoins il luy ^tMi /
auoit ofté bien-toft après luy-mefme toute authorité,predifant ? M"4'
que plufieurs faux Prophètes viendroient cn fon Nomfaifans cûn.e.3,
lignes & miracles.
Si Saind Auguftin euft creu la neceflité des miraclespour
I’Eglife de fon temps; il n’auroit pas dit qu’ils ont cité neceffaircs auant que le monde creuft, pour le mener à la foy : mais ^*’# ^**
que celuy qui demande encore des prodiges pour croire, eft caP* *
luy-mefme vn prodige, comme ne croyant pas, quand tout le
inonde croit.
Si luy-mefme euft eu cette pensée,que les miracles eftoient tsfuguJK
neceffaires pour confirmer les veritez de la foy : il n’euft pas dit Üb'de vequenosprcdeccffeurs ontfuiuy les miracles, parce qu’ils ne
pouuoient autrement s’efteuer des chofes vifibles aux eternel- ca?‘
les que par ce degré : mais qu’ils ont fait par cc moyen que les
miracles ne fuflent point neceffaires à la pofterité.
Si Saind Chryfoftome euft efté dans ce fentiment, qu’il Chryfift:
eftoit befoin de miracles pour confirmer la foy de I’Eglife: il ne
tiendroit pas ce langage à chaque Chreftien. Si tu es fidelein iMn’
eommé*il faut, fi tu aimes Iefus-Chrift, comme il le faut aimer:
tu n’as pas befoin de lignes, caries lignes font donnez aux in­
crédules.
Luy-mefme ne diroit pas qu’alors, à fçauoir au temps des Çhryfl.
Apoftres les miracles fe faifoient vtilement, & que mainte- h»m.6.in
nant c’eft vtilemét qu’ils ne fe font pas : parce que s’ils eftoient 1. Cw.
manifeftes & neceffaires, ils diminueroientla recompenfe de
lafoy.
Si Saind Bernard, à qui l’on attribue fauffement tant de Bernard:
miracles, euft efté dans cette creance, qu’il en falloit d’autres Serm. de
que ceux de Iefus-Çhrift, il n’euft pas parlé en ces termes, BenediU»
Kkk iij

44^

Deffenfe de ld
Quoy que nous n’ayons pas des miracles faits par nous,ce nom
doit eftre vne grande confolation, d’auoir les miracles de no.
ftre Maiftre.
vos Pr0Pres Dodeurs euffent pensé que les miracles
bomil.29 eftoient neceffaires en ces derniers temps voftre Grégoire
ioEuang. n’euft pas dit, que les lignes ont efté neceflaires dans la nailfance de l’Eglife, afin de meiner les hommes à la foy ; & que com­
me nous arrofons les arbriffeaux, quand nous les plantons,
jufqu’àce qu’ils ayent pris racine : De mefme il a fallu nourrir
la multitude des croyans,&la faire croiftre par les miracles:
mais que depuis que tous font fideles , il n’y a p oint de fu jet de
demander, qu’on fafle voir des lignes.
Trith.lib.
L’Abbé Tritheme ne conclurroit pas qu’aujourd’huy les
ad vrais Chreftiens ne doiuent plus chercher, ny attendre des mi/mpcrtM raclcs.
Cerf^’in
Gerfon Chancelier en l’Vniuerfîté de Paris n’affeureroit
txpol paf pas, comme il fait, que les miracles paflcz, qui ont efté faits
Par lefus-Chrift & par fes Apoftrcs, pour la confirmation de la
Dodrine Celefte, vous doiuent fuffire , fi vous les croyez; que
li vous ne les croyez pas, vous n’adjouftericz non plus de loy
aux autres, que vous pourriez voir & entendre.
Sf Cojla.
De la Colle Iefuïte ne diroit pas que la foy, qui eft maintei»b. 2. de nantalfez confirmée, n’a plus befoin d’eftre confirmée par des
pr<Kur,fa miracles nouucaux ; & qu’il eft plus vtileque nous n’en ayons
dor.jal.c. pas parce qu’il y a plus de mérité à croire làns^piracles.
Caraeli
Ét Corneille Mufle Eùefque de Bitonte, ne fouftiendroic
jm/ tn pas que guérir les infirmes, relfufciter les morts, chaflcr les
aonci. d» démons , & tels autres lignes ont efté faits, pour planter la ReviintePi» ligion : mais que maintenant depuis qu’elle eft plantée, ils ne
ïetaff, font plus neceflaires.
Qifon examine donc la Religion que nos Reformateurs
ont prefehée 5 & l’on reconnoiftra que s’ils n’ont point annon­
cé d’autre Religion que celle qui a efté plantée par IefusChrift
& par les Apoftres : il ne faut point leur demander des mira­
cles, puis qu’elle a efté confirméepar ceux que Iefus Chrift
& les Apoftres ont faits.
N’obftant tous ces tefmoignages de l’Efcriture, des Peres
de l’Eglife, & de vos propres Authcurs, Monfieur le Bachelier

huitième Re/ponfe,
447
veut prouuer qu’il a droit de nous demander des miracles, par
vne fécondé raifon prife du tefmoignage des Dodeurs de no­
ftre Communion: Le premier eft de Luther. Les miracles,
dit-il, font eftimez abfolument neceftâires par Luther, qui
parle en cette forte dans fes lieux Communs. Regarde s’ils
peuuent prouuerleurvocation: car iamais Dieu n'a enuoyé
perfonne, qu’il ne l’ait appelle, ou par vn homme, ou qu’il
n’ait manifefte fa vocation par miracle. Cc font les termes
de Luther,qui doiuent fermer la bouche auMiniftre Afimont.
Le fécond eft de Dumoulin. Et il ne faut pas, adjoufte-il,
qu’il allégué que les miracles ont ceffé : car outre que c’eft
prendre à partie l'experience de tous les Siècles, nous vous
produirons le tefmoignage de vos Partifans, qui vous donne­
ront le démenty. Dnmoulinenféignccnlarefponfe à la 50.
demande du Iefuïte Coton, que l’expulfion des diables, du
corps d’vn Energumene eft vn miracle qui continué encore.
Le troifiéme eft tiré de la Ville de Geneue. De plus, dit-il, la
Ville de Geneue, fource du Caluinifme, attribué à vn infigne
miracle le recouuremcnt de fa liberté par la foubftradion de
l’obcïflance deué à fon Prince Souuerain : ainfi qu’il eft eferit
en vne Table d’airain au haut du Portail de la Maifon deVille.
N’alleguez donc plus, conclud-il, des exeufes friuoles, &
aduouëz franchement que voftre Million extraordinaire pro­
cède de Satan, qui vous en a donné fes patentes, & non pas
de Dieu: puis que vous n’auez ny le tefmoignage de l’Efcri­
ture , ny la preuue des miracles, ny aucun autre Diuin indice,
qui marque voftre enuoy.
Nous n’aurons pas de la peine à refpondre aux citations
que le Bachelier fait de toutes ces paroles, & vous aurez de la
facilité à comprendre qu’il les allégué hors de propos, fi vous
confiderez le fentiment & l’intention de ceux qui les ont ef­
erites.
Pour le regard de Luther, il eft éuident par la feule veuê dit
lieu d’où Maiftre Chiron a tiré ces paroles, que ce Dodeur
parle de la vocation extraordinaire de ceux qui fé donnent
l’authorité d’eftablir des nouueatfx dogmes en la foy, & vn
culte nouueau dans la Religion; & c’eft de ceux-là qu’il dit,
qu’ils doiuent prouuerleurvocation par miracles. Mais Lu-

X

44®

Defenje de la
thcr ny aucun de nos Réformateurs ne s’eft iamais glorifié d’y-i
ne telle vocation : Voila pourquoy on n’a pas droit de leur demander des miracles-.puis qu’ils n’ont prefehé que le Com­
mandement ancien, qui eftoit dés le commencement » & puis
qu’ils ont fournis leur dodrine à l'eipreuuc de la parole de
Dieu.
Pour Dumoulin s’il a dit, rcfpondant au Iefuïte Coton,
que l’expulfion des démons hors du corps des pofiedez eftvn
miracle qui continué encore : il s’explique aftcz luy-mefme
Danon relpondant au Iefuïte Arnoux, quand il parle ainfi, c’eft à l’E/»# das le glife Romaine de fairc des miracles, puis qu’elle propofe nouIBouclier uclles dodrines. Mais encore quels miracles fait - elle, &
d? Z4 Foy qU4nd > Ce font miracles fouuent condamnez d’impofture,&
Jec .100. pUnis parja iuftice. Miracles réduits à chafter feulement les
diables, ou la fi&ion eft fort aisée, & où Satan a beau jeu, fortànt exprès pour authorifer le menfonge. Et encore cela ne fe
fait iamais deuant nous : car en la prefence d’vn homme qui
craint Dieu, & qui croit en Iefus-Chrift, Satan perd fon cfcrime. Si Monfieur le Bachelier veut que ^opération de tels
miracles continué encore parrny vous, je ne le contcfteray
pas. Mais il ne fçauroit prouuer par laque Dumoulin ait allé­
gué cela comme vne preuue de la vérité , ou comme vne mar­
que de I’Eglife: Puis que luy-mefme reconnoift que plufieurs
'Math.p. diront à Iefus-Chrift au dernier iour, n auons-nous-pas jette hors
les diables en ton Nom>. Aufquels le Seigneur refpondra,;? ne
•vous connus onques, départez-vous de moy, vous ouuners d'iniquite,
Pour la Republique de Geneue, fi Monficur le Bachelier
eftoit bien informé de la vérité des chofes , il ne l’appclleroit
pas la fource du Caluinifme : car il auroit appris que cette Vil­
le auoit connu & confcfte la vérité auant que Caluin y entrât 5
& que plufieurs autres Eftats & Républiques auoient embrafte
la Reformation pluftoft qu’elle. C’eft aufli aucc injuftice^u il
1 accufé de s’eftre fouftraite del’obeïffancc deué à fon Prince
Souuerain, quand elle recouura fa liberté. Car ceux qui n 1guorent pas l’Hiftoire, fçauent bien que cette Cité a eu tou­
jours le droit de s’appcller libre. Du temps de l’Ancien Em­
pire , elle eftoit alliée de la Republique Romaine, auec le refte
des Allobroges. Sous l’Empire nouucaua quand elle a cfte

gouuernec

buicriéme Refponje.

449

gouucrnce par des Comptes, elle s’eft toufiours conferue la li­
berté de créer des Confuls & des Magïftrats,qui côterolloient
leur authorité. Quand les Eucfques y lont entrez, leur éledion
s’eft faite par les communs fuffrages du Sénat & du peuple.
Quâd les Princes de Sauoye ont attiré à eux la jurifdidion des Corne Ai
Comtes j lors que les vns ont obtenu de l’Empereur, d’eftre mè l'oit.
tint de
Viquaires de l’Empire, pour eftre au deffus des Euefquesj & Charlet
que les autres ont impetré du Pape la domination temporelle, 1^.
pour y commander comme Souuerains : Iamais pourtant ils Comme
n’en ont pûjouïrjSc l'amour de la liberté a efté fî forte dans Am'ceixt
cette République, qu’elle s’eft toufiours maintenue dans la du Tape
pofTefïïon de fes priuileges contre l’injuftice des vlurpations. Aiarttth,
Mais cc qu die a fait pour conferuer fa liberté cn ce qui re­
garde les biens du corps & de la vie prefente : elle ne l a pas
toufïoursfaitencequiconçerneles biens de l’ame, les inte­
refts du falut Sc de la vie qui eft à venir. Car fi elle fut afl’ujettie aux malheurs de l’idolâtrie Payenne durant plufieurs Siè­
cles t auffi fut-elle efclaue des fuperftitions du Papifme durant
long temps.- C’eft pourquoy comme quand elle fut deliurée
des abominations du Paganifine pour cftre conucrtic à la grâ­
ce de Iefus Chrift : vpus rcconnoiffcz bien que ce fut vn mira­
cle de la puilfance de Dieu , qui l’a tranfporta des tenebres ai»
Royaume de fa lumière : Auffi quand elle s’eft veuë affranchie
des erreurs de la Papauté; c’eft auec raifon qu’elle a attribué
cette deliurance à vn miracle infigne de la prouidence de
Dieu , qui luy a fait connoiftre Sc embraffer la vérité falu­
taire.
l’aduouë que ce miracle n’eft pas fi éclatranc aux yeux ducorps, que l’expulfion des diables, l’illuminatiô des aucugles,
& la refurredion des morts: mais il ne laiffe pas d’eftre plusaduantagcux,& de paroiftre plus grand àla confideration de
l’ame. Il ne faut pas moins de pouuoir pour chaffer les démonsdes amesqu ils detenoient captiues dans les liens de l’erreur Sc
de 1 iniquité, que pour les expcller des corps, qu’ils poffedoient. Ce n’eft pas l’effet d’vne moindre puiffance d’ouurir
&d illuminer les yeux de l’entendement naturellement aueitglc dans les chofes Diuincs, que de donner la veuë du corps à
io aucugle-né j Et il faut bien defp loyer yne plus grande graLn

45°

. Dcfcnjê de la

ce, pour reffufcitcr des âmes, qui eftoient mortes en leurs Fau­
tes & en leurs pechez,que pour ranimer des corps,qui eftoient
défia puans dans le tombeiu. C’eft pourquoy l Efcriture pour
nous exprimer les merueilles de noftrc conuerfion, l’appel­
le vncdeliurance delà feruitude du diable, vne illumination,
vtcl,i6. vnercfurreélion;&ditque nous auons efté conuertis destene18.
b res à la lumière
de la puiffance de Satan à Dieu. Que Dieu nous
JE>ki.i8. doue lesyeux de noftre entendemet illuminez ,pottr cônoiftre les richef
Sçhef. ï- fes defa gloire •, cpasparfa grande charité de laquelle il notes a aimez,
4. 5.
du temps mefmes que notes eftions morts en nos fautes, zZ nous a vtui£phef. 1. ftez effemble auec Chrift ; & qu’il a déployé enuers nous qui croyons
9- s9î
f excellente grandeur defa puiffance, laquelle il a déployée auec efficace
en Chrift, quand il l’a refit[cité des morts.
Cela eftant ainfi, c’eft à bon droit que la Ville de Geneue
attribué le recouurcment delà liberté à vn infigne miracle de
la grâce de Dieu: puis que par elle Dieu la fit ïôrtir des tenebres de l’erreur, & de la région d’ombre de mort, pour voir
la lumière de la vérité, qui meine à la vie; puis que par cette
grâce elle a heureufement fecoüé le joug de la tyrannie du Pa­
pe, qui fe difoit fon Prince Souuerain, pour ne reconnoiftre
Epb.i.vi. d’autre Seigneur dans l’Eglife, que celuy que Dieu adonné
fur toutes chofes, pour eftre fon Chef.
Suiuant cela, puis qu’il y a deux fortes de miracles; les vns
qui paroiffent extérieurement aux yeux du corps; les autres
qui s’accompliflcnt interieuremêt dans les âmes. Si Monfieur
le Bachelier demande de ces derniers pour preuue de noftrc
Miffion : nous luy aduouérons qu’ils continuent encore dans
l’EgIifc;& que Dieu en fait to us les iours de ceux-là pour conijertir les hommes à la foy par la vertu nïiraculeufe de fa grâce.
'tyfupttft.
En ce fens nous dirons auec Sainéf Auguftin, qu’il fe fait
tant de merueilles au Nom de Chrift en ce temps, que nous
nraft.c.^. ne pOUllons ics connoiftre tous, ny faire l’enumeratiô de ceux
que nous connoiffons.
Nous dirons auec luy-mefmc, queDieu opéré aujourd’hui
des plus grandes guerifons des âmes, pour lefquclles il ne dei*
'iyfuotft. daigna pas autre-fois d’en faire dé moindres. Que comme
/er.fg.dtf l’cfprit eft meilleur que le corps, auffilefàlut de lvneftmeilvcrb,Do. leur que la fanté de l’autre. Quç maintenant la chair aueuglo

Ijuictïéme

45 x

îi’ouure pas fes yeux par le miracle du Seigneur} maisquele
cœur aueugléouurc les yeux par fa parole. Que maintenant
vn cadavre mortel ne reifufeite pas, mais bien l ame qui gifoic
morte dans vn cadavre viuant iqu’à prefent les oreilles lourdes
du corps ne font pas ouuertes: mais qu’il en eft plufieurs qui
ont les oreilles du cœur fermées, lefquelles toutesfois s’ouurent à la parole de Dieu pénétrante, afin que ceux qui ne
croyent pas, croyent} & que ceux quin’obcïfl’oientpas, dcuicnijent obeïflans.
Nous dirons auec voftre grand Saind Grégoire que la Gréa. htSaincte Eglife fait tous les iours fpirituellement, ce qu’elle mtl.29.in
faifoitaucrefois corporellement par les Apoftres j & que ce EHangçl,
font des plus grands miracles, par lefquels on reflufeite les
ames, & non les corps.
Nous dirons auec Gerfon qu’il n’eft point de miracle, qui Çerfon.i'n
nous fafte croire plus fermement en Dieu, que l’effet mefmc expof. paf
fian.
de fa grâce par laquelle nous croyons.
Mais fi Maiftre Chiron demande des miracles corporels,
qni frapper^ la veué, & quife démonftrent au dehors aucc efclat : nous dirons que tels miracles ont ceffc depuis plus de
douze cens ans, & qu’il ne s en fait plus dans I’Eglife de IefusChrift j & nous le dirons hardiment ,fans craindre de choquer
l’experiencc de tous les Siècles : puis que les Doéteurs de l’Eglife ont reconnu & confcfl’c cette vérité.
Nous le dirons aucc Eufebe, qui n’a pas crcu choquer l’ex- £nfeb lib.
pericnce de tous les Siècles, quand il a dit qu’il le faifoit enco­ Ç. btïl.C.
re des miracles incontinant apres le temps des Apoftres, & 7*
aufli du temps d Irenée, mais non pas par tout,mais feulement
cn quelques Eglifes,
Nous l’aduancerons aucc Sainét Auguftin, qui n’a pas tsiuguff.
choqué lexperience de fon Siecle, quand il a parlé de la forte. I. devtil.
Tels miracles ont efté faits au temps que Dieu paroiflbit aux creden, sic?.
hommes dans la*vraye nature de l’homme comme cela fulfifoit. Les malades ont efté guéris, les lepreux nettoyez; le
marcher rendu aux boiteux, l’ouié aux fourds, la veué aux
aueugles. C’eft ainfi que l’authorité Diuine émouuoit alors
les ames des mortels qui eftoient dans l’erreur. Pourquoy ces
chofes ne fc font-elles pas maintenant? Parce qu’elles n’emouL l 1 ij

45 i

Defenje de la

uroient pas, fi elles n’eftoiét merueilleufesj or elles ne feroient
point mcrueilleufcs , fi elles eftoient accouftumées.
Nous l’affcurcrons aucc ce mefme Dodeur, qui n’a creu
l.de verà. rien dire contre la vérité ny contre l’experience, quand il 3
’Hfhg. f. dit, que depuis que l’Eglife Catholique a efté fondée & ref­
panduë par tout le monde, Dieu n’a pas permis que les mira­
cles vifibles duraftent iufques à noftre temps : de peur que l’efi»
prit ne recherchait toufi ours les chofes vifibles ; & que le gen­
re humain ne ie refroidift par l’accouftumâcedcs chofes, donc
il auoit embraifé la nouuèauté aucc ardeur.
Chryf.hoNous le dirons aucc Saind Chryfoftome, qui n’a point
md.23.in parlé contre l’experience de fon temps, quand il a repris com­
Joban.
me des gens qui tentoient Dieu, ceux qui recherchoient des
lignes, & qui demandoient pourquoy il ne fe faifoit plus de
Oper.im • miracles. Et quand ila déclaré que l’appel des Nations infi­
pcrfeil.ho
mil. 49. dèles à la foy ayant ceifé, l’operation des miracles auoit efté
entièrement oftée.
T>amaf. I.
Nous l’aduouërons auec Saind lean Damafccne, qui parî.Orthod. le en vérité, quand il dit, nous n’auons point receÿ le don des
fdci.c.3. miracles.
ëpifeoptu t Nous le dirons auec vn de vos Euefques, qui a confeflc la
me^ncver,téj difputant contre Luther, & l’a eferite en Ces
X termes. Chrift a promis à fes Difciples qu’ils chafleroicnt les
capt. Ba • démons . & nous voyons clairement que cette promefle n a nul
byl.c.io. effet cn nos iours. Car il n’y a perfonne qui chafle maintenant
les démons des corps, qui guerifl’e les maladies j & toutesfois
nous ne doutons point qu’il n’y cn ait plufieurs qui ont la mef­
me foy queles Anciens fideles. Neantmoins cette promefle
n’a pas efté vaine : puis que Iefus-Chrift n’a pas voulu qu’efle
euft vne psrpctuelle efficace, mais feulement pour le temps de
la naiflance & de l’accroiflcment de l’Eglife.
Çreg.lib. Nous le déclarerons enfin auec vn de vos Papes, qui n’a
rty. Mo- point choqué la vérité cônuë de fon fiecle, qûandila cenfure
ccux jc pon cempSj lefquels oyans les adions mcrueilleufcs
des Apoftres, qui chafloicnt les démons par la parole, qui relfufeitoient les morts, qui guerifibient les malades auec leur
ombre, & faifoient tel s autres miracles; & ne voyans point
ces vertus dans l’Eglifc, foubçonnoicnt que la grâce fuperncl1c de Dieu s’eftoit retirée de l’Eglife.

klfictlême Refponje,

453

Mais ievcux que cela ne foit pas, & que le don des mira­
cles n’ave pas celfé dan^’Eglifc : le dis qu’on n’a pas raifon de
les demander, comme la marque de ceux qui font enuoyez de
Chrift, puis qu’elle conuient à fes plus grands ennemis’. Lors
qu’il eftoit fur la terre, les enfans des Iuifs chaïfoicnt lesdc- Math.iz
mons,& cependant ils ne Iaiftoient pas de le perfecuter. Quel- 27.
qu’vn fut veu par les Apoftres, qui icttoit les diablcsau Nom Luc ir.
dclcfus ,& neantmoins il ne le fuiuoit pas auec eux, Auant 19.
que de quitter le mode il prédit à fus D i fciplcs, que faux Chrifts Z/4/.24.
faux Prophètesfe leueront, feront grandsfignes & miracles^'voi- 24.
re pourfeduire les efleus mefmes^ s’il eftoitpofsiblc. Et quand il vien­
dra au dernier jour, pour iuger le monde, plufteurs luy diront Math. 7.
tfauons-notts-pasjette hors les diables en ton Nom ? £?■ riauons-notts- 22. 23.
pasfait plufteurs miracles en ton Nom ? lefquels neantmoins il rennoycra comme des ouurier$d’iniquité, & comme des maudits
auec les démons. AuftiSainCt Paul prédit que l’aduenement de 2. Theff.
l’Antechriftferafélon l’efficace de Satan, en toute puiffance &fignes*
& miracles de menfonge. EtSainCtlean voit dans l’Apocalypfe
vneBcfte, faifoit grandsfîgnes aj-oire iufques à faire défendre
alufeu du Ciel en terre deuant les hommes, (frfeduifoit les habitans de ‘3- >4la terre àcaufe desfgnes qu’il luy eftoit donné defaire. Puis donc que
par la prouidcnce de Dieu il eft permis à l’Antechrift & à fes
faux Prophètes de faire des miracles, quoy qu’ils ne foient
nullement enuoyez de Chrift : Comment pourriez-vous con­
noiftre que quclqu’vn feroit enuoyé de luy par les miracles
qu’il feroit? Certes tant s’en faut que ces operations miraculcufes vous deuftent perfüadcr la vérité de là Million j qu’au
contraire ces melmcs prodiges vous donneroient vn iufte fu jet
de la fôubçonner de faux,& de le prendre pour vn de ces Emiffaires de Satan, pluftoft que pour vn enuoyé du Fils de Dieu.
Qu’on ne die pas que les miracles de 1 Antcchift & de fes
fuppoftsncfontquedcs impofturcs&desilluftons du pere de
menfonge : mais que les miracles de ceux qui font enuoyez de
Chrift font des vrayes productions de la puiftancc de Dieu ; &
qu’ainfi il faut croire à ceux-cy, & rejetter ceux-là. .Que les
Millionnaires, dis-je,n’3yent pas recours à cette éuafion:car
Thom. x.
tous vos DoCteurs demeurent d’accord auec pluficurs Peres de p. quafl.
rE glife, que des vrais miracles pcuuent eftre faits par d’autres liqart.i.

L l l iij

454

~ , t.

de U

que par les Catholiques, non feulement par les mefchans,mais
auffi parles faux Prophètes, par rA«teéhrift,par fcsprecur7feurs, & par tous les Heretiques ,Dieu le permettant ainfi. Et
Pcrcriât,
l’vn d’entr’eux prouue par les paroles de laprediébon du Sau­
in Ç/enef.
ueur, que plufieursfaux Prophètes fe loueront çfte. Et parcelles
7Staplet. qu’il leur dira au dernier jour, que tels faux Prophètes auront
in prompt fait des vrais miracles: car le Seigneur ne leur dira pas qu’ils
tnar. mo ont menty, mais feulement qu’il ne les connoift pas, encore
ral.domi- qu’ils ayét fait ce qu ils difeftt. Et certes ce ne feroit pas grand
nie. 24. chofe, adjoufte-il, s’il nous aduertiffoit feulement de ne croire
Malion.
pas à ceux qui feront des faux miracles : mais ce qu’il nous ad­
in Adath»
uertit de ne croire pas aux faux Prophètes, lors mefmes qu’ils
Cap],22.
font des vrais miracles 5 c’eft quelque chofe de grâd & du tout
merueilleux. Il eft donc impoffible de reconnoiftre la vérité
de la million par l’operation des miracles : puis que les Héré­
tiques & les Emiffàircs de l’Antechrift cn feront des véritables
par la permiffion de Dieu.
Mais quand bien tous ces prodiges des faux Prophètes, des
Heretiques, & des ennemis de Chrift ne léroient que des impoftures du démon & des preftiges du pere de menfonge,coinmeie croy que la plufpart le font : le moyen de diftinguer la
faulfcté des vns d’auec la vérité des autres? Et comment
difeerner que ceux cy procèdent de la puiffance deDieu, &
L4 Cofta. ceux la de la puiffance de Satan ? Certes vos Doéleurs tien­
de timp. nent qifiil fera mal-aisé de difeerner les vrais miracles d’auec
nouiJJ'.cap les faux au temps de l’Antechrift : parce qu’il s’en fera beau­
29.
coup^ de grands, qui fieront très vray-femblables. Le Cardi­
^Betlarm. nal Bcllarmin luy-mefme confefle qu’auant l’approbation de
hb 4. de
I’Eglife,l’on ne peut iuger d’aucun miracle, que ce foit vn vray
not. Ecclcj.c. 14. miracle auec éuidence & certitude de foy: parce qu’il n’appert
pas de certitude infaillible, que cc n’eft point vne illufion du
Mat. 24. démon. Et Iefus-Chrift nous reprefente les miracles des faux
24.
Prophètes fi grands & fi cclattans, qu’ils feroient capables de
feduire les Eflcus mefmes s’ils pouuoicnt eftre feduits?Qijelle
apparence y-a-il donc que l’on doiuc iugcr de lamiffionde
ceux quife difent enuoyez de Chrift, par des prodiges, que
l’on a tant de peine à dcfeouurir s’ils font vrais ou faux. Quelle
apparence qu’il faille reconnoiftre ceux qui font de la vraye
Maldon.
in Math

«t

lvuictiémë Rejponje,
_ 'dffi
Eglife par des miracles, dont la vérité ne peut cftre connue
que par l’approbation de l’Eglife mefme ? Certes tant s’en faut
que cc foit la marque à laquelle on peut reconnoiftre les vrais
enuoyez du Fils de Dieu : qu’au contraire c’eft l’indice qu’il
nous donne dans fes prédirions, pour reconnoiftre les faux
Chrifts & les faux Prophètes.
C’eft pour cela que les Anciens Dodcurs de l’Eglife n’ont
point voulu du tout que les fideles s’arreftaflet aux lignes qu’ô
leur mettoit en auant; mais pluftoft qu’ils regardaffent toutes
fortes de miracles, exceptez ceux des premiers temps cômc
fulpeds à la Religion Chreftienne.
Saind Iuftin le vouloit ainfi, lors que dans les queftions Juftin. in
aqui portent fon nom, il parloit de la forte. Si la représentation
dorthox.
des miracles eftoit vne preuue, ou vn indice de la vraye Reli­ quaft. 5.
gion : jamais le Seigneur n’auroit reprouué & prononcé indi­
gnes de la familiarité ceux qui luy auroient dit, Seigneur, u’auons-nous pas fait plufieurs miracles en ton Nom ?
T ertullien l’entendoit ainfi, lors que pour rendre inexcu- Tertul.de
fables ceux qui auront efté feduits par les Hcretiques, il parle praferipe.
en ces termes, du conte qu’ils rendront à Iefus-Chrift au iour Harctic.
cap, 44.
du Iugement. Ils allégueront, dit-il, beaucoup de choies tou.
chant l’authorité de chaque Dodeur Heretique; ils dirôt qu’ils
ont grandement confirmé la creance de leur Dodrine en reffufcitantlesmorts,remettantcnvigueurles infirmes, predi font les chofes à venir, de forte qu’à bon droit ils ont pâlie pour
Apoftres : comme fi cela mefme n’eftoit pas eferit, que plu­
ficurs viendroient, qui feroicnt des grands miracles,pour cou­
urir la tromperie d’vne faulfc’prédication.
C’eft pourquoy le mefine Dodcur difputant contre I’He- Tertul. K
retique Marcion, dit que Iefus-Chrift luy-mefine ofta bien- 3 Crnt.
Marcio,
toft toute authorité au tefinoignage des miracles : veu que pre- cap.
3.
difant que pluficurs viendront & feront des lignes , & que
neantmoins il ne les faut pas reccuoir ; il a montré que la foy
qu’on adjoufte aux miracles cft temeraire, puis quelle eft mef­
me fi facile parmy les faux Chrifts.
.dthan.l.
C’eftoit le fentiment de Saind Athanafe, quand il difoit qtta/l. ad
que nous ne deuons point trouuer eftrange que quelques Hc­ ^dntioch.
retiques faftent des lignes : puis que nous auons oüy le Sei- quaft.no

456
Déferfè delà
^neue&i^ty^fauxchnji, & faux Prophètes fe leueront & fî~
ront grands fignes & miracles.
^Hieren.
C’eft le mefme aduis que nous donne Sainéf Hierofine,
inCjal.c. quand il dit, qu’il faut remarquer, que ceux-là font dits faire
3des vertus,qui ne retiénent point la vérité de l’Euangilc. le dis
cecy, adjouftc-il, contre les Heretiques, qui s’imaginent
d’auoir vne preuue de leur foy, quand ils ont fait quelque mi­
racle.
t^ugufl.
C’eft à quoy penloit Sainéf Auguftin, quand ilparloit
/.i 3. to»/ainfi aux Manichéens, quand bien vous feriez des miracles,
Faujt.c. nous nous en donnerions bien garde, félon l’inftruftion du
5*
S eigneur, qui nous a dit, queplufteursfaux Prophètes fe leueront^
faifansftgnes & miracles.
OperimC’eft la mefme pensée qu’auoit Sainéf Chryfoftome, ou
perf.bom. l’Autheur de l’ouurage imparfait fur Sainéf Mathieu, quand il
4?»
parloit ainfi. Auparauant on connoifîoit les vrais ChrcftienS
par les fignes : car les féruiteurs de Chrift ont fait des miracles
pour recommander la vérité de la prédication, iufqu’à ce que
l’appel des Nations a efté fait. Ainfi l’on montroit en plufieurs
manières qu’elle eftoit l’Eglife de Chrift : mais aujourd’huy
ceux qui veulent connoiftre la vraye Eglife de Chrift, ne la:
eonnoiffent par aucun autre moyen que par les Efcritures tant
feulement.
ClauJ, £f
C’eft pour cela que vos propres Doéf curs conftdcran9 que
peng com les miracles font communs àChrift & à lAntechrift,aux Apowfor. in ftles} & aux Heretiques,ont aduoüé qu’ils ne démontrent pas
MvjT ncceftairementl Eglife S &qu’oq n’en peut tirer nulle preuue
Mat’’" Heceffairc, mais feulement vn argument probable pour lesveritez delafoy.
Iugezdelà fi Monfieur voftre Bachelier a raifon de dire
que noftrc Miffion procédé de Satan, parce que nous n’auons
pas la preuue des miracles ; 8c fi nous ne pouuons pas dire auec
plus de vérité félon le langage de l’Efcriture & des Peres, quc
ceux la pluftoft font enuoyez de Satan, qui fe vantent d’auoir
cette marque des miracles, dont les faux Prophètes 8c les He• retiques fe font glorifiez.
Quel eft donc, direz-vous, l’indice qui marque noftre enuoy? C’eft la parole de Dieu, c’eft l’Efcriture. Car celuy que
4

Dieu

huifhéme Refponfe.
457
^seu a enuopé, annonce les paroles de Dieu : voila le éara&crede ^44.34
fonenùoy. Et Saind Paul prouue que les Apoftres font en­
uoyez de Chrift par la parole que Dieu a mife cneux. Dieu a «.Cw.**
mu en nous la parole de réconciliation', nous femmes donc Ambafta- lÿ- 20.
deurs pour Chrift. Dieu a mis dans nos Reformateurs cette pa­
role de réconciliation, s’ils ont annoncé aux hommes cette
parole que Dieu auoit mile en eux : qui peut contefter la vérité
de leur Million? Sinon celuy qui veut contredire la vérité de
Dieu & de fes Apoftres ? Si donc vous voulez faite la volonté
dcDieu, ne vous amufez point à leur demander des miracles: .
puis que l’operation en a celfé dans I’Eglife, félon le fentimét
des Peres & de vos Dodeurs
puis que quand mefme ils en
feroient, ce ne leroit pas vne preuue certaine deleurenuoy.
Mais examinez ce qu’ils ont prefehé,& vous reconnoiftrcz par
la Dodrine qu’ils ont annoncée , fi elle eft de Dieu, ou s’ils ont
parlé de par eux-mefmes.
Suiuant cette parole de Dieu, qu’ils ont annoncée au temps
d’vne corruption extraordinaire, j’ay prouué par la Reforma­
tion qu’ils ont faite de l’Eglilê, que Dieu les a fulcitez extra­
ordinairement , pour redrefter I’Eglife de nouueau, qui eftoit
tombée en ruï ne & defolation, félon la déclaration qui eft au
pied d’vn Article de noftre Confeftion de Foy. Et pour faire
la preuue de cette propofition generale : le l’aiiois diuiséeen
quatre parties, que ie reduiray maintenant en deux Sedions,
pour abbreger les matières. Dans la première ie monftreray
comment I’Eglife eft plufieurs fois, & mefme en ces derniers
temps tombée en defolation. Dans la fécondé ie prouueray
que nos Reformateurs l’ont redreftee & remife dans l’eftat de •
fa première pureté ; Et que Dieu les a fufeitez extraordmairement pour vne œuure fi excellente.
PREMIERE

SECTION

gomment I’Eglife autrefois, & mefme en ces derniers tempf
ef tombée en ruine & defolation.

VANT que de prouuer cette propofition , i’ay fait voir
comment elle doit eftre entendue j & pour cét effeti’ay
Mmm

A

4



45 &

J^éfenf delà

dit qu’il faut confiderer l’Hghfe félon deux dfuerfes formes^
ou deux eftats differens des membres qui la compofent: l’vn
eft vn eftat intérieur qui fait fa forme effentiellc, & qui con­
fifte en leiedionSi eu la foy; car lEglife eft l’Aftemblée dçs
fideles éleus àla vie eternelle, ou comme dit Saind Paul, f j/L
Heb. ufemblée des premiers nés-, qui font eferits és Cieux.' Au regard de
» j.
cette forme inuifible à nos yeux, nous difons, je croy la Sain­
de Eglife, parce que la foy eft des chofes qu’on ne voit point.
Au regard de cét eftat intérieur nous difons, & il cft certain
.. que l’Eglife ne peut iamais tomber en ruïne : Car comme les
efleus<ne peuuent eftre feduits pour defeheoir de la grâce: aufli •
Luc aa. la foy des efleus ne peut point défaillir. Tellement que tant
j2.
eue le monde fera il y aura toufiours vne Eglife qui fubfiftera
dans le monde,c’eft à dire des efleus & des fideles : Car le pro­
pos arrefté félon l’eftedion de Dieu demeure fermej& comme
2^00» 11. w dons & la vocation de Dieufontfans repentance : aufsi lefondemet
«t9»
de Dieu demeure ferme ayant le feau^ le Seigneur connoif ceux qui
2, Tim. i fatfens,.
M*
L’autre eftat & forme de l’Eglife eft vn eftat extérieur, &
vne forme vifible, qui confifte en Aftemblées publiques, en la
profeflion ouuerte de la foy, en l'ordre & conduite externe
des Pafteurs. iAu regard de cét eftat nou sdifons quelle tombe
quelquefois en defolation, non feulement par la perfection
qui diffipe les Aftemblées, &qui trouble l’ordre vifible de fa
conduite,mais aufli à caufe de la tyrannie de fes Condudeurs;
à caufe des fuperftitions qui fe gliftent dans le feruice de la Re­
ligion, & des erreurs qui s’emparent de la plufpart des efprits,
. &s’oppofent à la profeflion de la foy. La première preuue que
i’ay dônée de cette propofitiô eft prife d’vne côparaifon com­
mune parmy les Peres, & qui a fon fondement dans 1 Ecri­
ture.

* -

Les Peres félonie file de FEfcriturc comparent FEgHf a
Lune.

Or la Lunefouffrefes dechets &fes obfcurciffemens } & tomty
quelquefois en défaillance defa clarté.
Jinft donc FEglifefouffre fes diminutions, & tombe quelque*
fois en defolation quant à fon extérieur & vifble.
,
La première propofition de ce raifonnement eft incontc-

huictiéme Refponjc.
flatte : car comme Iefus-Chrift qui eft le Soleil de I’Eglife, la
nomme belle comme la Lune : Aufli les Dodeurs de l’Eglilc la CS/.tf.t»
comparent auec cét Aftre;& nous voyons les rapports de l’vne auec l’autre dans les eferits de Saind Ambroife, de Saind
Auguftin j de Saind Hierofme & de Saind Bernard.
La féconde propofitiô eft tirée de la raifon naturelle, & con­
firmée par I’experiéce de tous les iours. Car quoy que le corps
(de la Lune foit toufiours dans Ion Ciel : neantmoins fa clarté
ne paroift pas toufiours fur la terre. Elle ne fe môtre pas quand
elle eft couuerte de niiages ; nous auons de la peine àla con­
noiftre dans fes Eclypfes, lors que la terre fe trouue interpoféc
entr'elle& le Soleil, dont elle emprunte toute fa lumière; &
nousceflons de la voir, quand elle eft dansfa défaillance &
dans lextremité de fon déclin.
La troifiéme propofition eft des Peres de I’Eglife, fidclerhiterpretes de l’Efcriture. Car pour nous donner l’apodoze de cette comparaifon, & nous en expliquer les rapports:
les vns ont dit que la Lune defigne quelquefois l’Eglilc de ce Bern^*
temps : parce que comme la Lune ne reluift que par l’éclat que
le Soleil luy communique; de mefme l’Eglilê n’a point d’au- J * •
tre lumière que celle qu’elle reçoit de Iefus-Chrift le Soleil de
Iufticc ; dont elle dit en la perfône de fes enfans, l’a-onregarde é "Pfaq.6
on en ejl illuminé. (Les autres ont dit que 1 Eglife eft reprelentée Hier. in
par laLune à caufe de les diuers châgeméS;qu’elle croift & décroift par la paix & les perfècutions, quelle eft changeante &
obfcurc au temps de fa pérégrination ; & quelle a fes Icuers & Vf*
fes deffauts frequents. Et c’eft ce que nous entendons, quand
nous difons en autres termes, qu’au regard de fon eftat exte- Sxan.tr.
rieur, elle tombe en ruïne & defolation.
/. 4. e.
A cela Monfieur le Bachelier ne répliqué pas vn feul mot :
mais félon la couftume de Millionnaire, il ne fait que répéter
la mefme demande, aucc vne paraphrafe indigne d’vn Bache­
lier en Théologie. Où auez-vous trouué, dit-il, que I’Eglife
de Iefus-Chrift (car c’eft de celle la dont il eft queftion) eft
tombée en ruï ne & defolation ? Que fon eftat eftoit interrom pu à la venue de Luther & de Caluin 5 Quel paffage, quel tex­
te de l’Efcriture auez vous qui foit clair, fans auoir befoin
d interprète, qui dife que l’Eglilê fondée par le Fils de Dieu &
- j
Mmm ij

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460

Defenfe de U

par les Apoftres, deuoit périr quant à l’eftât & au régime ex;
terieur ? Que cette defolation deuoit durer mille ans; quelle
deuoit eftre remife fur pied par l’authorité & par le zele de Lu­
ther & de Caluin ? Certes nous ne vous en deuons pas croire,
fi vous n’eftes munis du tefmoignage des Diuines Efcritures.
Carfilaruïne&lerenouuellement du Temple de Salomon,
qui n’eftoit pas vne chofe de beaucoup fi importante comme
l’Eglife du Fils de Dieu, fut pfedite par la bouche & par les efcrits des Prophètes Efaye, lercmie & Daniel : A plus forte
raifon deuez-vous citer vn Prophète, vn homme Diuin, qui
aye prédit la rui ne & le reftabliflement de l’Eglife Chreftienne, & l’anneantiffemcnt de fon eftat extérieur. le penfe que
vous chercherez bien long temps auant de le trouucr.
Si Monfieur Chiron n’auoit pas le do n d’oubliance, il ne
feroit pas tant en peine de chercher, & de demander ; & s’ilfc
fouuenoit de ce qu’il a dit cy-deuant, il auroit bien toft trouué
ce qu’il demande. Car il a protefté non feulement qu’il deferoit à Fauthorite.de l’Efcriture : mais aufti qu’il reueroit les
Peres, comme les lumières qui peuuent difliper fes obfcuritez,
& qu’il les efeouteroit comme les féconds Oracles duChriftianifmc. Et maintenant quand ie luy allégué vn texte de
l’Efcriture, qui félon l’interpretation des Peres , fait voir que
l’Eglife fouffre quelquefois des obfcurciffemens & des défaillacesiil me demâdevn texte qui n’aye pas befoin d interprète,
comme fi l’expofition que ces Efprits éclairez donnent de la
vérité, rendoit la vérité moins reccuable. Certes ils l’expli­
quent de trop bonne grâce, & auec trop d’éuidence, pour n’eftre pas écoutez de ceux qui aiment la clarté.
TtrtHllia
Quand ils difent que l’Eglife eft toufiours vne, mais que fâ
face n’eft pas toufiours la mefme; quelle eft toufioursvneen
la foy, mais qu’elle ne paroift pas toufiours auec éclat.
Quand ils afîeurent que la clarté de la foy s’obfcurcit par
xo.>s£m les nuages de la perfidie; que comme la Lune s’éuanouïtlors
ai. quelaterres’oppofe entre elle & le Soleil; que de mefme la

Sainéte Eglife ne peut point receuoir des rayons de Chrift
l’éclat de la lumière Diuinc, lors que les vices de la chair s’oppofent à la clarté Celefte.

Quand ils- ont déclaré que c’eft l’Eglife elle-mefme > qul

kuictiéme Rejponfî',
«ft quelquefois obfcurcie, & couuerte de nuages par la multi- Èpîfi. 48
tudedesfcandales. N’ont-ils-pas voulu lignifier par là fuiuât
le fens de l’Efcriture, que l’Eglife eft quelquefois réduite en
defolation au regard de fon eftat extérieur, ou par la cruauté
des perfecutions, ou par les tenebres du vice, ou par les ob­
fcuritez des erreurs & des hercfies, qui font entre les vices de
la chair ?
Mais Monfieur le Bachelier me demande vn tefinoignage
de quelque homme Diuin, qui predife clairement que 1 Egli­
fe fondée par Iefus-Chrift deuoit tomber dans cette defolatiô
de fon eftat extérieur. Qu’il efeoute Saind Paul, que nous
pouuons appcller vn homme Diuin, pour prédire les chofes
futures; 8c il entendra la predidion qu’il fait de la defolation
de l’Eglife, quand il parle de la reuolte qui doit aduenir - lors
que l'homme de péché, lefils de perditionfera reuelé. Duquel l’ad- Tluff.
uenement eftfélon Cefficace de Satan,en toutepuiffance &fignes & mi- 2. 3.
racles de menfonge, & en toutefeduclion d'iniquité. Et afin qu’il ne
diepasqucieprcnsmalle fens de l’Efcriture, qu’il efeoute S.
Irenée, Saind Auguftin, Saind Chryfoftome, & ilapprcndra d eux que l’Apoftre parle d’vne Apoftafie generale, qui
doit arriuer au temps de î’Antcchrift. Qu'il efeoute vos pro- Bell. I. j.
près Dodeurs, & il apprendra qu’en ce tcmps-làl’Apoftafic B^om.
rognera par tout j que tous les exercices publics de IaReligiô Tont.c.y
coderont; quel’Agtechrift interdira tout le SeruiccDiuin,
Av
qui fe fait dans les Eglifes des Chreftiens ; & que l’eftat externe de l’Eglife Romaine ceftera , laquelle pourtant vous ThJ. 2*.
croyez eftre l’Eglife fondée par Iefus-Chrift.
f. 10.
Il demande encore vn paffage de l’Efcriture, qui predife
que cette defolation, ou interruption de l’eftat extérieur de
l’Eglife deuoit durer mille ans. Qu’il life l’Apocalypfe de S.
lean, homme Diuinement infpiré, 8c il y trouuera cette predidion. Car il eft dit que la femme qui eftoit reueftu'é du Soleil, Apoci Ta
qui auoit (urfon chefvne Couronne de douze Esiotlles, ayant enfanté 1. 5. 6.
vnfils mafte, qui doit goutterner toutes les Nations ,fon enfantfut rauy à Dieu & au Throfne diceluy j 8c que /a femme s’enfuit de deuant
leferpent en vn defert, ou elle a lieu préparé de Dieu, afin quon l&
nourriffe mille deux cens (oixante iours.

Et afin qu’il ne die pas que i’entens mal les prédidions de’

M m m iij

Defenfe de fa
iyfuf in cc Sainél Apoftre,qu’il conlulteles Commentaires qui ne luy
peuuent point eftre fufpeéts j & il trouuera que cette Femme
c>eft l Eglife j que le defert fignifie des lieux cachez où e(le fc
iA^èc ret*rcra Par k cra^nte de fe perfecution ; & que fa fuite daus le
12. ^° ' defert veut dire que I’Eglife ne paroiftra point dans la perfecujiug.Eç. tion extraordinaire des impies. Après cela, comme les feptente (emaines prédites à Daniel, marquent autant d’années
fich.
qu’elles contiennent de iours, félon l’interprétation des^uifs
r/i«.^.24 & des Chreftiens : Si Monfieur le Bachelier entend le ftile
des fupputations Prophétiques, il ne niera pas que la nourri­
ture de cctte femme dans le defert durant mille deux cens foixantc iours, ne reprefente là fubfiftance dans vn eftat caché
l’efpace d’autant d’années.
Il demande enfin que ie luy prouue par l’Efcriture que cet­
te defolation de I’Eglife Chrefticnne eftoit au temps de Lu­
ther & de Caluin. Qu’il fuppute ces années, & il trouuera
qu’elles ont commencé vers la fin du troifiéme fiecîe^c quel­
les ont duré iufques au temps de noftre Reformation. Mais
c’eft vne vérité queic luy feray voir plus clairement fur la fin
de cette Sedion, quand ie prouueray que I’Eglife eft tombée
en defolation en ces derniers temps.
La fécondé preuue que i’ay donnée de ma première pro­
pofition touchant la defolation & la ruïne de l’eftat extérieur
de I’Eglife en diuers temps, eft prife de l’fjiftoire Sainéte, &
de l’Hiftoire Ecclefiaftiquej & pour la réduire en peu de mots,



je la mets en cette forme.

L'Ajfemblée desfideles çfi des enfans de Dieu auant la loy ,fous
la loy (fi [bus la grâce y efi plufieursfols tombée en defolation &
ruine, quant afin efiat extérieur.
Or T Ajfemblée des fideles (fi des enfans de Dieu ayant la loyj
fous la loy (fifous la grâce efi la vraye Eglife de lefus-Chrifi.
Doncques la vraye Eglife de lefus-Chrifi eft plufieurs fitstont*
bée en defolation (fi ruine, quant àfon efiat extérieur.
La mineure de cét Argument eft inconteftable. Car fi
I’Eglife eft rAflembléc des premiers nés qui font eferits es
Cieux, par tout où le trouuent ccs enfans premiers nés de
l'^tugdnvf Dieu, là fe trouue la vraye Eglife de Iefus-Chrift. Et Sainéf

36 jir.5. Auguftinia confirme,quand il dit que touslcs fideles depuis



!» commencement du monde ne font qu’vn mefme corps,
dont lefus-Chrift eft le Chef j vne mefme Cité qui lareconnoift pour fon Souuerain.
La majeure eft de l’Efcriture ; & il ne faut q ue lire I’HiftoircSaindcdu Vieux & du Nouueau Teftamentpourenconnoiftre la vérité.Auant laLoy en quelle defolatiôfe vit l’Eglife
au temps d'E nos,auquel on commença d’innoquer le Nom de FEter»e/, pour diftinguer les fideles de l’Eglife & les enfans de Dieu
d’auecJa race maudite de Caïn par vne profeftion publique?
Quelle fut la defolation de fon eftat extérieur au téps deNoé,
lors que le nombre des fideles eftoit reftreint à fa feule famille:
carluyfeulfuttrouué juftedr entier en fin temps, & toute chair Çen.S.ji
auoit corrompufia voye dejfius la terre. Quel eftoit l’eftat extérieur 12*
de l’Eglife au temps d’Abraham, d’Iiàc, & de Iacob, lors qu’il
n’y auoit qu’eux & ceux de leur maifon, qui fuflent éclairez
de la connoiffance du vrayDieu ? Cependant que toutes les

Nations de la terre eftoient plongées dans l'idolâtrie & dans
l’infidélité ; Et que ces Sainéts Patriarches viuoicnt comme
des eftrâgers en la terre de Canaan ? Quelle fut fa ruine quant
à l’eftat extérieur, lors que le peuple eftant multiplié dans l’E­
gypte, fe vid opprimé l’efpace de quatre cés ans par la cruau­
té des Tyrans; & qu’eftant priué de la liberté de facrifierau
vray Dieu, il apprit les couftumes des Egypfiens idolâtres, &
s’imprima de fês mauuais fentimens ?
Après que ce peuple qui eftoit feul la vraye Eglife de Dieu, ^fé/.7 53
euftreceu fa Loy parladifpofîtion des Anges: Quelle fut fa Exod.^z
defolation pendant l’abfènce de Moïfe, lors que le Sacrifica-1.6.
teur & le peuple fe portèrent à faire vn Veau d’or, & fe proftituerent à vne ipfame idolâtrie ? Quelle fut fa ruine dans la fuite de fon voyage au Defert, lors que tous exceptez deux outfç.
trois furent l'objet de la colère de Dieu, à caufe de leurs murmures & de leur incrédulité, aufquels il jura en fon ire, qu’ils 1 ’
n’entreroient point en fon repos ?
Après que leurs defeendans furent eftablis en la terre proveu toutes les grandes aeuures de CEternel^qu’il auoitfaites pour ifirael.
Mais Iofué eftant mort, & toute cette génération là eftant re-

4^4

Deffenjè delà

tirée auec fes Peres, côbien lamentable fut leur eftat ? Certes

»

fiiffet 2. Us tombèrent en defolation & ruine -.car vqe autre génération J
lo.ii.i2 fe leua après eux, laquelle n’auoit point connu PEternel, ny aufsi les
14. i S» œuures qu’il auoitfaites four ifraél. Les enfans d'lfrael doncfirent ce
qui efl defplaifant a PEternel, Cr feruirent aux Bahalinsi dr ayans
abandonné l’Eternel le Dieu de leurs Peres , ils allèrent après d'autres
Dieux d'entre les Dieux des peuples qui eftoient tout a l’entour dieux,d*
feprofternerent deuant icettx ; dont ils defpitercnt PEternel. Dont la
colere de P Eternel s'embrafa contre ifraél-, drilles hura en la main
des pillards qui les pillèrent ; dr les vendit en la main de leurs ennemis
cPalentour ,dr ne peurent plusfubfifier deuant leurs ennemis. Par tout
oit ils alloient la main de P Eternel efioit contr eux en mal, comme PEternel en auoit parlé , dr comme il leur auoit juré : Ainfifurent-ilsfort
Jue.2.\6 oppreffez. Et l'Eternel leurfufeitoit des juges qui les deliuroient de la
«7*
main de ceux qui les pilloient : mats ils ne vouloient pas mefme efeouter
les juges ,ains ils paillardoient après d'autres Dieux ; dr fiprosternoient deuant eux i&fi défiournoient aufsi-toit du chemin par lequel
leurs peres obsijfans aux Commandemens de P Eternel auoient che­
minée
Quelle fut la defolation de l’Eglife Iudaïque, antemp9
2. Cro» ^es R°1S idolâtres, auquel plufieurs iours fe font paffez entre ceux
15. j. d'ifraélfans levray Dieu , fans Sacrificateur enfeignant,drfans Loyf
Mais fur tout fous le régné d’Achab le plus mefehant des Rois,
t. T{?is. fa defolation fut fi grande, qu’Elie ne pouuoit reconnoiftre où
i£. 10. eftoit l’Eglife : Car il croyoit eftre relié feul après la tuerie des
Prophètes & la démolition des Autels. Elle fut bien grande
au temps de la captiuité deBabylonc, où ceux qui furent tranfportez , non plus que ceux qui demeurèrent de refte en Iudée,
J) au. 6. n’auoient ny Autels, ny Sacrifices, ny Temple pour feruir
y.
Dieu publiquement; & où l’on faifoit mefme vn crime des
prières qu’ils prefentoient cn fecret au vray Dieu. Elle fut
bien lamentable au temps du cruel Antiocus, qui fe rendit iliMacab, luftre par fes tyrannies. Car il fit brufler les Iiures de laLoy;
x. 45.52. il commanda aux Iuifs d’abandôner leurs Statuts ; & plufieurs
56« 57* d’Ifracl confentirent à ccttc feruitude, Sc facrificrcnt aux ido­
les ; & plufieurs du peuple s’affemblerét vers ceux qui auoient
abandonné la Loy du Seigneur, & firent des maux fur la ter­
re. Tellement qu’ils chaflerent le peuple d’Ifraél, & le contraignirejat

*

/

Vu'ictiéme Reftonjè,

46$

traïgnirent dcfe cacher comme des fugitifs dans des lieux feCtets & reculez j & le Roy édifia vn idole abominable de defo­
lation fur 1 Autel du Seigneur ; & par toutes les Villes de Iuda
ils édifièrent des autels,& firent des enccnfemés & des facrififices aux idoles dans les rués, & deuant les portes des maifons.
Enfin la defolatiô de l’Eglife des Iuifs fut extreme lors de leur
dernieredeftruélionpar les Romains : Car alors l’abomina­
tion de la defolation fut eftablic au lieu Sainéf, félon la mena­ 15.
Dà.ÿ.-ij
ce du Sauueur, & la prediétion d’vn Prophète.
Que fi l’Eglile du Vieux Teftamcnt eft tombée fi fùuucnt
en defolation auant laLoy: Celle du Nouueau n’en a pas clic
exempte fous la Grâce. L’Eglile Chrellienne s’ell vcué en defolation dés le commencement de fa nailfance: Car lors que le
Seigneur en jettalesfondemcns, elle ne confilloit qu’en vn Marc 14
petit nombre d hommes & de femmes,qui le fuiuoient, & qui 27.
failoient profelfion d’efeouter fa vérité ; lequel pour cette cau­ Lhc 22.
fe il appelle petit Troupeau. Et lors qu’il voulut mourir pour 48.
fanétifier fon Eglife,le Pafteur eftant frappé les brebis furent Mat.z6*
efparfes ; 11 fe vit trahi par vn de fes Difciples , renié par vn au­ 70.
tre, & abandonné de tous.
o /M16.3Ï
Depuis que l’Euangile a efté prefehé par toute la terre, com­
bien de fois a-elle elle réduite en delolation par la cruauté des
Empereurs Romains? Combien fut-elle delôlée par laperfccution de Dioclctian ? Certes c 'eft à bon droit que Saint Hieroline s’eftonne que de fon liecle il fe foit trouué des reliques
des Chreftiens après la cruauté des perlecutions précédantes;
Quelle fut la ruine lotis le règne de l'Empereur Conftantiusî
I ay fait voir qu’elle fut lamentable ,& pour la cruauté des perl'ecutcurs,& pour la corruption des Heretiques. Car alors il
n’yauoifcpointd’Eglifequiadoraft Icfus Chrift auec liberté,
comme dit Sainét Athanafc : parce que ceux qui auoient de la ad vira*»
pieté eftoient en danger; que les Preftres des peuples, & les [oltt.agen
Doéicurs de la Foy eftoient enleucz, & les impies introduits tes.
dans les Eglifcs. Alors la Doélrinc de la Foy eftoit tombée, (jreg'N.
or. tn lait
comme parle Saincl Grégoire de Nazianze; & 1 Arrianifme àï sltka.
auoit tellement infeéié l Eglilc, que les Troupeaux & les Pa­ Hier, dial
lpeurs fort peu exceptez, eftoient tombez dans l’erreur. Alors cont. Luenfin tout le monde gémit & s’eftonna de le voir Arrien,com­ ctfertan.
me dit Saint Hierofine.
Nnn

4^

Deffenfi de lut

PouracheuerlapreuuedecetteSedion, & de la premiè­

re propofition de mon Argument, il ne refte qu'à faire voir
que I’Eglife Chreftienne eft tombée en ruine & defolation en
ces derniers temps. Et c’eft ce que i’ay prouué par les prédi­
rions de l’Efcriture, & par leur accompliflement, quia paru
dansles derniers fieeles, d’où l’on peut former ce raifonne­
ment.
Quand l'Efcriture prédit que les erreurs fe glifferont dans la
D oclrine de lafoy , les vices dans les mœurs, la tyrannie dans
la difcipline ,dr les defreigletyens dans la Religion : fans con­
tredit elle nousfait entendre que l’Eglife tombera en defolation
quant à fon eftat extérieur', dr quand ces prédictions fe font
accomplies , //faut dire qu elley eft tombée.
Or EEfcriture nous prédit qués derniers temps toutes ces cbofes
arriueront, & E on aveu Eaccompliffement de ces prédictions.
Nous pouuons doncques dire que E Eglife és derniers temps eft
tombée en defolation quant àfon eftat extérieur, félon les pré­
dirions de E Efcriture.
La première propofition de cét «Argument ne pçut eftre
Conteftée par ceux qui en entendent les termes : Car il n’eft
rien qui defole plus I’Eglife en Ion eftat extérieur, quç quand
la plufpart de ceux qui lont dans fôn corps vifible reçoiuent
des erreurs en matière de foy, des vipes dansles mœurs, des
tyrannies dans la Difcipline , & des abus dans la Religion.
L’Efcriture prouue la vérité de la fécondé, quand elle preAfat.î^. dit par la bouche de Iefus-Chrift, que plufieurs faux Prophètesfe
11. i a. leueront & enfeduiront plufieurs ; que Zî charité de plufieursfe refroiMat.34. dira,parce que Einiquité ftra multipliée ; que ces faux Prophètes fe23. 24. rontgrandsfignes & miracles, votrepour feduire les Efleus s’ileitoit
35.
pofsible , difans^ le Christ eft icy, ou il eft là, il est és defert^, il eft d
3.7l<y.2 cabinets. Quâd elle nous prédit par la bouche de S.Paul, que Z*
3-4-p.io. journée duSeigneur ne viendra point,que premieremet nefoit aduenué
la reuolte ou apoftafie, & que l’homme de péché nefoit reuelé, le fth de
perdition, qui s’oppofe & s éleue contre tout ce quheft nommé Dieu, &
qu on adorejtifquà eftre afsis an Temple de Dieu ,fè portant comme s t
eftoit Dieu ; & que Eaduenement de ce mefehantfera félon Eefficace de
Satan en toute puiffance , &fignes dn miracles de menfonge, dr en tou­
te fcduclton diiniquité. Quand elle prédit par la bouche du mel-

*

Jjuifliéme Rcfponjè.

»

fhe Apoftre, <plés derniers temps, quelques-vns fe révolteront delà x.Tim.^
foy, s'addonnans aux efprits abufeurs , & aux doctrines dfs diables f ï. a. 5.
enfeignans menfottgeSpar hypocrifte, eflans cauterifez eh leur propre
confçience, deffendans de fe marier, commandans de s'abflenir des
•viandes que Dieu a créées pour lesfdeles. Qu’ér derniers tours ilfub .
uiendra des temps fafeheux. Que les hommesferont amateurs d’eux- 1.2.34.5
mefmes, auaricieux, vanteurs , orgueilleux, diffamateurs, dcfobeïffans à peres (f d meres, ingrats, prophanes, fans affection naturelle ,
fans loyauté, calomniateurs, incontinent, cruels-, haiffans les bons,
traiftres, temeraires enflez,, amateurs des voluptez, pluftoft que de
Dieu : ayans l'apparence de pieté, mais ayant renié laforce d’icelle.
Elle prédit les erreurs, quand elle nous aduertit par le mef­
me Saind Paul, qu’vn temps viendra, que les hommes nefouffri- t.Tim.^
ront point la faincte dottrine ; ams qu’ayans les oreilles chatouilleufes 3. 4.
ils s'affembleront des Detteursfélon leurs defirs j & destourneront leurs
oreilles de la 'Vérité, &fe tourneront auxfables.
Elle prédit enfin tous ces defordres d’erreurs, de vices, &
de tyrannie, quand elle nous propofe dans les Reuelations de
Sùn&ïean, vnefemme laquellefcftedfurplufieurs eaux, a fçauoir,
la grande Babylon, la mere des paillardifes & abominations de la terre, 1.4. «.6,
accoustree de pourpre & d’efcarlate, parée d'or & de pierfes precieufes ,
&deperles,tenantenfamainvne coupe oïor, pleine etabominations
& desfoùilleures de fa paillardife enyurée du Sang des Saintts ,& du
Sang des Martyrs de Iefus. Il cft donc vray que l’Efcriture predifanttous ces malheurs, a prédit que l’Eglife tomberoit endefolation & ruïne.
Or que toutes ces choies foient arriuées en ces derniers
temps dans le corps extérieur de l’Eglifc : perfonne n’en peut
douter, que ceux qui ignorent la venté de l’Hiftoire Ecclefiaftique i & perfonne ne le peut nier, que ceux qui veulent con­
tredire l’experience. Car qui font ceux qui cn ces derniers
têps fe font vâtez de faire des miracles, & qui ont dit le Chrift
cft icy, ou il eft là? finon les Dodeurs & Pafteurs de l’Eglife
Romaine, qui depuis quatre cens ans ont inuenté fedogme de
IaTranfobftantiation,&ontfupposédesmiracles, pour perfùader aux peuples que Chrift eft corporellement fur les Au­
tels, dansles Chapelles, dans les Rués. & dans les Ciboires.
Certes û vous eu croyez vos Hiftoriens, apres Grégoire VII.
N n n i;

\

*

$6%

Defenje.de fa \

Quentin, fe leuercnt des Faux Prophètes, .& des faux Apoftres, qui par

hl?.<>.4n vnc fcint£ Religion, &: par des grands miracles & prodiges
««/.
deceiircnt Pe peuple, & commencèrent de s’afteoir au Temple
dç.Dicu, 8ç de fe leuer au deflus de tout ce qui eft honoré.
.Qui eft cét homme qui s’eft aflis dans le Temple de Dieu,
-& qui s’eft éleué par des faux miracles par deflus ce qu’on
nomme Dieu, & qui s’eft porte comme s’il eftoit Dieu? Si
ts4puAA vous ne le connoiftez pas,vn de vos Euefques vous le fera conuentinjtb noiftre dans les paroles qu’il profera, au Côcile de Reinbourg.
’j.deT^th Celuy qui fe dit feruiteur des féruiteurs, tranche du Seigneur
man.To- (Jcs Seigncurs : Il veut eftre comme s’il eftoit Dieu; il dit chofes magnifiques, comme s’il eftoit Dieu ; il change les loix, il
authorife les fiennes. Cét homme qu’on a couftume d’appeller Antechrift, furie front duquel eft écrit vn nom deblafpheme, je fuis Dieu, ie ne puis errer : eft aflis au Temple de Dieu,
& domine au long & au large.
- .
Voftre SainéteBrigidc vous le defcouurira dans fes reuelations, lors qu’elle appelle le Pape de fon temps, meurtrier
ji.
des âmes., defehireur des brebis de Chrift : plus abominable
que les Iuifs, plus cruel que Iudas, plus injufte que Pilate, plus
mefchantque Lucifer.
Quels font ces hommes corrompus des derniers temps ?
Hier, in Sainét Hierofine vous le fait entendre, quand il en applique
Sephon.c. ]a deferiptionaux hommesqui feront dans l’Eglife au temps
2‘
de l’Antechrift ; & quand il dit qu’à caufe de cela l’Eglife fera
réduite en defert, & que celuy qui confiderera ce diredeJ’AjSern.fer. pOfl-re} ne doutera point de la defolàtion extérieure de l’Egli3?- /«p- pe> Et S. Bernard quand il en fait l’application à fesEuelques,
■ an " à fes Preftres, & à tous fes Miniftres.
Qui font ceux que Saint Paul appelle des efprits abufeurs,
enlèignans des doétrines des diables, qui és derniers téps ont
fait reuolter les hommes de la foy par la deffenfe du ma'riage,
&parl’abftinence des viandes éfinon les Doéteurs de l’Eglife
Stella Ch R°ma*ne£ ft11* au ^cu d’eftre des vrais Pafteurs eftoient des
n'corww. impofteurs comme marque l’Eftoile de vos Clercs.
i ,
Qui font ceux qui félon la prediétion de ce mefme Apoftre fe font deftournez de la vérité pour s’adonner aux fables ?

Ce font les Pontifes, qui fe font affcmblez des Maiftres felofl

huictiéme Refponfe',



^6^

leurs defirs, non pour apprendre d’eux ce qu’il faloit faire : foh.Petr.
mais pour trouuer par leur eftude & par leur aftuce le moyen Carraffa.
de faire tout ce qu’ils vouloiét, côme tefmoigncrent quelques Conctl‘
Cardinaux à Paul III. dâs leCofeil qu’ils luy dônerent de corriger les abus de I’Eglife. Ce font ceux qui pour fuiure les Do'*
dteurs de l’Eglilc Romaine ont quitté la vérité des Efcritures,
& fe font amufez aux traditions humaines , aux Légendes, Sc
contes faits à plaifir.
Quelle eft cette femme dont parle Saind lean dans l’Apocalypfe ? Ses enfans qui la connoilfcnt vous le feront enten­
dre, Quand ils difent que I’Eglife Romaine eft la nouuelleBa- rhertin.
bylon, où l’efprit des iuftes eft opprimé outre mefure, & con d Cafalil
treint de feruir en plufieurs chofes aux ades de la paillarde.
Quâd ils déclarent que I’Eglife Romaine n’eft qu’vne bouti 7yjcol.de
que d’ambition & de larcin, vne cauernc, vn bordel, plus de Clemang.
teftable mefme que Babylon.
Quand ils afteurent que la defeription que Saint lean fait
$ta
de cctte femme difant, que c’eft la Ville affilé fur fept Montai- philetuin
gnes, conuient proprement à Rome, qui a domination fpiri- orat. ad
tuelle furies Rois delà terre 5 qui eft pleine de blafphemçs, de uuditoret
fouilleurcs, de paillardilcs & d’abominations ; & que ces termes ne demandent pas vne dcmonftration plus particulière de
cette Ville-là.
Ce lont des tefmoignagcs que vous ne pouuez pas reeufer
iuftement : puis qu'ils font rendus contre l’EglileRomaine par
fes Domcftiqucs, par fes Enfans, & par fes Diredeurs. Car il
n’y a pas d apparence qu’ils euffent voulu defcouurir fans fujet
les ordures d’vne maifon où ils auoient efté nourris i la turpitu­
de d vne Mere qui les auoit éleuez ; ny les maladies d’vn corps
dont ils auoient la conduite. Mais ceft que par vn zele de
Dieu, & par la force de la vérité ils ont efté contraints de dé­
clarer des maux, aufquels ils ne pouuoient apporter deremede ; & de s’écrier aucc douleur touchant I’Eglife Chreftienne,
comme les Anciens Prophètes touchant I’Eglife Iudaïquc,
■comment efi deuenuë paillarde la Cité loyale t Puis doncquel’Hi- Efa.i. 21
ûoire vous fait voir l’accompliffement de ce que l’Efcriture a ’*
prédit touchant les mal-heurs, & les renuerfemens de I’Eglife
és derniers temps : vous ne pouuez point douter qu’elle ne foie
Non iij

Defenfe de U
tombée en defolation dans ces derniers fieeles, fuiuant la vé­
rité de fes prédirions.
I'ay prouué cette mefme propofition par vn autre raifon­
nement ,qui neft qu’vne Confirmation du précédant, & qui fc
peut réduire à cette forme.

470

Quand F Eglife reçoit des erreurs en la doctrine delàfoy, des
fuperftitions, dr des idolâtries dans le culte de la Religion, des
vfurpations, des abus dr des tyrannies dans la conduite çd dans
la difcipline : alorsfans contredit elle tombe en ruine dr défla­
tion en l’eftat quelle les reçoit.
Or en ces derniers temps I’Eglife a receu dans Ïeftat. defon corps
vifible des erreurs en la doctrine de la foy, des fuperftitions dr
des idolâtries dans le culte de la Religion j des vfurpations, des
abus & des tyrannies dans la conduite de la difcipline.
Doncques I’Eglife en ces derniers temps eft tombée en ruine &
defolation.
La majeure de cét Argument eft fi claire à tous ceux qui
ont l’vfage de la droite railôn,qu’elle n’a pas befoin de preuue.
Etie croy que le Bachelier tombera d’accord auec moy, qu’il
n’y a rien qui ruine plus l’eftat de I’Eglife, que les erreurs qui
renuerfent la foy j les fuperftitiôs & les idolâtries, qui corrom­
pent le feruice de la Religion, & les abus qui déreiglent la dif­
cipline.
I’ay prouué la mineure par des raifons de fait & d’experience. Car i’ay fait voir que l’Eglifè Romaine auoit depuis long­
temps receu des erreurs dans la dodrinc de la foy, en ce qu’elle
a crcu, ce que Iefus-Chrift nous defend de croire, àfpauoir
que le Chrift eft icy,ou qu’il eft là, qu’il eft és defcrts,ou dâs les
cabinets. Qu’elle a receu des fuperftitions & des idolâtries
dans le culte de la Religion, en ce qu’elle a fait ce que Dieu a
Afatb.4. deffendu de faire, feruant religieufement quelques images, &
10.
adorant les autres de l’adoration de latrie, comme l’image de
3. Iefus_Chrift, & le bois de la Croix. Qifella a receu des abus
dans la conduite de la difcipline par l’vfurpatiûn & tyrannie
B^onan fie fes faux Pafteurs, dont! in trodudion & la domination tynal. tom. rannique ont obligé vn Cardinal de demander quelle eftoit la
10 an. s>. face de I’Eglife Romaine ; & de confeftcr que la naftclle eftoit
)2<«r/.2. couucrte de flots,cependant que lçs vents fouffloient auec vio-

hiictiéme Refis on]e.

47Ï

îencè ;& qu’il n’y auoit point de «Difciples qui par leurs cris
éueillaflent le Seigneur, tous cftans afloupis du fommeil.C’eft
dans cette vilaine face que Luther & Caluin & les autres Re• formateurs ont veu l’Eglife Romaine; c’eft dans cette déformité qu’ils l’ont trouuée, quand ils fe font mis cn eftat de l’a re­
former. Elle eftoit donc de leur temps dans vne defolation
bien lamentable.
La troifiéme raifon que i’ay alléguée pour preuue de cette
vérité eft prife d’vne comparaifon de l’Efcriture, qui fait voir
la defolation extrême de l’eftat extérieur de l’Eglife.
Vne femme ne peut receuoir deux maris à mefine temps
fans ruiner fa çhafteté, & fans manquer de fidelité à fon pre­
mier mary. L’on ne-fçauroit donner deux telles à vn mefme
corps, fans ruiner fa perfeélion, & le rendre monftrueux. On
ne pourroit mettre vn nouucau fondement en vne maifon au
deflous du premier, fans abbatre tout l’édifice.
Or l’Eglifc eft l Efpoufe de Iefus-Chrift, fon Corps Myftique, & fa Maifon fpirituelle félon l’Efcriture; & Chrift eft le
Mary de cette Efpo ufe, le Cfiefde ce Corps, & le fondement
de cette Maifon félon la mefme Efcriture.
Il faut donc que cette Efpoufe foit appropriée comme vne t.Cor.n.
Vierge cbafte àfon feul mary ; & l’on ne peut luy en donner vn au- 2*
tre fans ruiner fa çhafteté, & fans violer fa fidelité conjugale,
l’on ne peut point donner d’autre chefà ce corps fans deftruire
fa perfeélion : puis que Dieu a donné lefus-Chrifi fur toutes chofes Sph.x.i*
pour ejlrefon Chef ■,& nul ne peut pofer autrefondement que celuy qui a *• ^®r«2*
efiéposé-> c'ejl àfçauoir Chrifi, fans ruiner cét édifice.
1u
Cependant c’eft ce qu’on a fait dans l’Eglife Romaine:Car
l’Euefquc de Rome s’eft attribué la qualité d’Efpoux Vniuerfcl
de l’Eglife pour la maiftrifer, Scfe l’a rendre fujette; de Chef
pour la conduire, & de fondement pour la fouftenir. Il faut
donc aduouër que cette Efpoufe qui a receu pour mary celuy
qui ne l’eftoit pas, a perdu fa fidelité ; que ce corps eft deuenu
monftrueux en receuantvn autre Chef; & que cette Maifon
&
cn receuant vn autre fondement a efté ruinée.
Enfin i’ay confirmé les preuues de cette vérité par letefmoignage des Rois & des Empereurs, qui ont fait prefenter ure delà
dans les C onciles des Mémoires, pour la Reformation de l’E-/''*?#. c°f

1

47Î

i‘

I

Défenje delà

glife ; qui ont fupplié les Conciles de mettre ordre aux abiis &
déreiglemens de l’Eglife. Par l’atteftation des Euefques qui
ont fupplié dans les Conciles qu’on vouluft trauailler à purifier
les mœurs monftrueufcs du Clergé, & du peuple Chreftien.
Par la confeftion des Papes, qui ont aduoüé que la Religion
Chrejlienne auoit befoin de rforme -.parce qu’il ny auoit en elle aucune
partie fine depuis la plante des pieds iufques à la tcjle. Par la dépo­
sition des Conciles qui ont porté pour tiltre ■ pour la reforme
generale de l’Eglife; pour reformer l'Eftat de l’Eglife; pour re­
former la difcipline & les mœurs de l’Eglife ; pour Reformer l’Eghfe dansfafoy & dansJes mœurs.
D où il paroift clairement qu’il y auoit des grands abus&
d’eftrangesdéreiglemens, non feulementdansla vie des Pa­
fteurs , & dans les mœurs des peuples : mais aufti dans la difci­
pline de 1 ’Eglife, dans la dodrine'de la foy, & dans le culte de
la Religion. Et c’eft ce que nous voulons dire, quand nous dé­
clarons que l’Eglife eft tombée en ruine & defolation.
A tous ces exemples, à toutes ces prédirions dcl’Efcri-,
turcjàtouscesraifonnemens pris de fon authorité, à toutes
ces veritez confirmées par lHiftoire & par l’expcricnce^à tous
ces tefmoignages de vos Doéicurs, le Bachelier fait première­
ment vne relponfe generale, & puis des refponfes particuliè­
res.
Sarefponfe generale eft vne demande capticufe de Mil­
lionnaire. Où trouùerez-vous, dit-il, que la vraye EglHe du
Fils de Dieu, car c’eft de celle-la qu’il eft queftion, eft tombée
en defolation & ruine ?
Enquoy Maiftre Chiron tafehe d’abord de changer l’eftat
de la queftion, ou fait femblant de ne le pas entendre, afin de
faire que vous ne l’entendiez pas, comme il le tefmoigne en
fuite lorsqu’il nie vne confcquenfe de mon raifonnement ,&
qu’il adjoufte. Il ne s’enfuit pas delà que l’Eglife Chrex
fticnnedoiue périr pour quelque temps, & demeurer dans le
tombeau l’efpace d’vnze fiecles. Vous diriez fi vousvousarrcftczàfon dire, que noftrc Article de Foy combat lapcrpo
tuellefubfiftanccdcl’Eglile,&que nous voulons anéantir la
vraye Eglife du Fils de Dieu : ce qui eft entièrement contraire
à noftre creance, & tout à fait éloigné de la queftion qui eft
entre

huictiéme Refponjc,

47$

entré nous. Car la queftion n’eft pas fi I’Eglife de Iefus -Chrift
eft quelquefois perte,ou fi elle peut périr: nous difôs quelle ne
le peut : Mais fi cette Eglife peut fubfifter dans vne forme inui fible, lors que fon eftat extérieur clt ruiné. Vous dites qu’elle
ne peut pasVftre inuifible dans le monde, & qu’il faut qu’elle
foit toufiours dans vn eftat extérieur qui l’a fafte connoiftre. Et
nous afteurons au contraire que fon eftat extérieur eft quelque­
fois tellement ruiné quant à la profeftion externe de la vérité,
quant au nombre des fideles, quant au régime externe des Pa­
fteurs , qu’elle ne fubfifte que dans vne forme fecrette & inuiftble aux yeux des hommes, qui eft la foy & l’éledion.C’cft ce
que leCardinal Bellarmin recônoift & confefle ingenuement,
quand il parle ainfi. Il fautremarquer que pluficurs des noftres Belfor»T.
perdent le temps, quand ils l’cmployent à prouuer que l’Egli- Mt. 3
fe ne peut point abfolument défaillir. Car Caluin 8c les autres F-cc^f- ci
Heretiques concèdent cela: mais ils difent qu’il lefautentendre de 1 Eglife inuifible. le voudrois que Monficur le Bache­
lier euft fait cette remarque-.s’il l’auoit faite, il n’auroit pasft
mal employé fon temps & lès paroles, pour nous imputer des
chofes contraires à nos fentimens, & pour fairc des refponfesqui s’en vont à néant par cette feule diftindion.
Voicy cc qu’il refpond aux exemples de I’Eglife du premier
monde, qui eftoit auantla Loy fousî’eftat de la nature. Il clt
certain,dit il, que du temps du Deluge, lequel fans doute 3efté le plus malin & le plus déplorable qui ait couru dans lesfieeles paftez , il y eut fept perfonnes qui coinpofoient la famil­
le de Noé,lelquellesfe garentirenr de l’impureté Sc de l’ordu­
re qui auoit fali tous les autres. Voila donc 1 Eglife quife fau­
ue dans l’Arche, & qui ne peritpas par les eaux du Deluge.
N’eft-ce pas bien débuter, pour prouuer que I’Eglife fubfiftoit alors dansvn eftat extérieur j Et que fa forme vifible n’e­
ftoit pas ruinée ? Qui pouuoit iuger que ccpetit nombre de^p^j
huid perfonnes compofaft la vraye Eglife de Dieu? Quelles 20.
marquesauoçnt-ellqs pour fe faire connoiftre? Direz-vousque ce fut la pureté ? mais elle eftoit couuerte & obfcurcie par
la corruption qui regnoit au monde Vniuerfel, Aufli eft il die
que Noéfut hommejufle & entier en (an temps-, cheminant auec Dieu r
g
mais que La terre efoit corropiïè douant DteUyCf remplie dhexterfton.

Ooa

474

*

®effenfe ck

Voulez-vous qne ce fuft P Arche de falut > Maisquand Noé la
baftiftoit par foy pour obéir au Commandement de Dieu,tout
le refte des homes eftoient dans l’incrédulité & le regardoient
comme vnVifionnairej& quand il fefauua dans cette Arche
aucc fa famille, tous les autres homes eftoient péris.’ Aduoczdonc qu’alors l’Eglife ne fubfifta que dans vn eftat inuifible
aux hommes : puis qu’il n’y auoit que Dieu qui l’a connuft.
Mais ie ne fçay que veut dire Maiftre Chiron ,quand il ad­
joufte. De plus nous difons que tous ces miferables qui fu­
rent engloutis par l’innondation generale, quoy que mefehans
& corrompus dans les mœurs, ne furent pas pourtant enueloppez en des erreurs contraires à la foy, ny ne perdirent pas la
creance de la Diuinité félon le fentiment commun des Peres,
qui afteurent que l’idolatric ne commença qu’aprés le Deluge,
■- - ainfi que le Sage nous le donne à entendre en la Sapience.
Quand il dit que les idoles n’ont pas efté au commencement,
ny ne feront pas à la fin des fiecles.
A quoy faire alléguer l’Autheur de la Sapience , & le fen­
timent des Peres, pour prouuer que les hommes du premier
monde n’eftoient pas idolâtres ? Cela n’eft-il pas hors de pro­
pos fur noftre queftion? Pourquoy dire que ces hommes cor­
rompus dans les mœurs ne tomberét pas dans des erreurs con­
traires à la Foy ? N’cft-ce pas donner le démenty à l Elcriture Sainde, qui les met au nombre des incrédules ? Ileft vray
qu’ils ne perdirent pas le fentiment de la Diuinité : mais ils
n’eurent pas la foy, pour croire aux menaces de fa vengeance,
t. *Pier. ny aux aduertifl’emens de Noé tains ils furent defobeijfansyquantl
3.20. la patience de Dieu attendoite's jours de Noé, lors que FArche s‘appa11. re,^°^ 5 comme dit Saind Pierre. Et par foy Noé ayant efté Dij,
uinement aduerty des chofes, lefquelles nefe voyoient point encore-fraignit & bajlit f Arche pour lafauueté defafamille : par laquelle Arche
il condamna le monde ,&futfait heritier de lajuflice, quiefl fton la
yôy, comme dit Saind Paul. Ce qui nous fait voir que le mon­
de qui fut condamné par la foy de ce Patriarch^, périt dans
l’incrédulité.
Mais quand les hommes d’alors n’auroient point efté mcicreans, non plus qu’idolâtres : c’eft aftes que les enfâs de Dieu
Çen. <>.2. fe meflerent par Mariage auec
filles des hommes à caufe de

buicliéme Rcjponft,

475

leur beauté ;&fe confondirent tellement auec la génération '
des mefehans qu’ils oublièrent la crainte & le feruice de Dieu
par toute la terre i que la malice des hommes eftoit ires-grandefur la Çen.6.f»
terre
la terre eftoit corropuèdeuant Dieu^dr remplie d’extorfion^ il. 12.
çf que toute chair auoit corrompu fa voye. Cela liiffit pour dire
que l’Eglile eftoit bien defoléc quant à fon eftat cxtcrieunpuis
qu’elle eftoit reftreinte dans vne famille de huiél perfonnes, &:
mcfconnoiftable à des yeux mortels.
Aux exemples que i’ay produits de l ’Eglife Judaïque, fous
le gouuernemenc des Iilges & des Rois idolâtres, Monfieur le
Bachelier rend trois refponfes.
La première eft fort femblable à la précédante, c’eft à dire
fort elloignée de l’eftat de la Controuerfe. Dauantage,dit-il,
au temps des luges & d urant le Régné des Rois, il y a eu tou­
jours quantité de gens pieux & deuots, qui alloient rendre
leurs deuoirfau Temple & au Tabernacle,qui n’ont iamais de­
meuré depuis Moïfe iufques à la démolition de Icru(àlcm,fans
Adorateurs & fans Officiers & Miniftres. Car fi du temps d’Achab, qui a efté le plus mefehant & le plus impie des Rois d’Ifraél, Dieju s’eftoit referué fept mille hommes dans ce malheu­
reux Royaume, & pluficurs millions dans celuy de Iuda, qui
ne flefehirent iamais les genoux deuant Bahal : comment y en
peutauoir dauantage en des temps moins fafchcux& moins
infortunez ?
Nous demeurons d’accord de cette confequence, qui n’eft
nullement contraire à noftre fentiment : mais tous les princi­
pes d'où le Bachelier la tire ne font pas véritables. Il eft vray
que de tout temps Dieu s’eft voulu referuer des vrais fide­
les & des vrais adorateurs, mefme au milieu des impies, & des
mefehans, félon l’éleûion de fa grâce. Mais comme du temps
d’Achab il s’en conferua fept mille qui n’auoient flefehi les
genoux deuant l’idole, en telle façon neantmoins qu’il» ne paroilfoiept pas aux hommes, & que l’homme de Dieu mefme,
le Voyant de l’Eterncl, vn Prophète Diuinement infpirén’en
fçauoitricn,&neconnoiftoitpoint où eftoit l’Eglile. Ainfi
au temps de la plus grande corruptiô Papale, au milieu deslùperftiticux& des idolâtres, Dieu s’eft confcrué fecrettemenc
des vrais Adorateurs, qui l’adoroienc en efprit & en vérité,
O o o ij

’yj6

TD'ftnfi delà

loin de toute idolâtrie & de toute fuperftition : de telle forte
neantmoins qu’ils eftoient connus de peu de perfonnes.
tsfujrttft» Car comme dit Sainft Auguftin, s’il arriue quelquefois qu’il
ne paroilfe prcfquc rien que de la paille à nos yeux : néanmoins
la vraye Eglife qui eft cachée, n’eft point dans la paille, mais
dans les grains.
Mais ce que Maiftre Chiron aduance touchant quantité
de gens pieux & deuots du temps des luges, & des Roix, tou­
chant plufieurs millions dans le regne de Iuda, eft manifefte­
ment opposé à la vérité de l’Hiftoire. ’ Où eftoit cette multi­
tude de gens pieux & deuots au temps des luges ? Lors que les
enfans d'lfrael ne vouloient pas mefine efeouter les Inges^ ains yaillardoient après d'autres Dieux > comme dit l’Elcriture? Où paroiffoient ces deuots qui allaflet rendre leurs deuoirs au Taberna­
cle au temps de Saül? Certes il faloit qu’il y en euft bien peu:
t.Cro.13. puis que l’Efcriture tefmoigne, ôc queles Iuifc eux-mefines
3*
confelfét, q*u’és iours Se Saül l’Arche de l’Etcrnel ne fut point
recherchée. Où eftoient ces millions de pieux,qui rendirent
leurs deuoirs au Temple dans le regne de Iuda? Lors que les
Prophètes fe plaignoient qu’il n’y auoit rien d’entier, depuis 1a
Efiye 1. plante des pieds iufqu’à la tefte; que leur païs n’eftoit que dc7*
folation; que la Iudée eftoit pleine d’idoles,; que les habitans
Efay.ï.% fe profternoient deuant l’ouurage de leurs mains ? Certes il faloit qu’il y euft bien peu de telles perfonnes deuotes & pieulès
enuers le vray Dieu: puis que ccs hommes de Dieu tiennent
ce langage dans les complaintes qu’ils font touchant la corruepayt
ption des Iuifs de leur temps. La fille de Sien donc refiera-elle telle
H, ÿ, quvne cabane en vne vigne, telle quvne loge en vn champ de concom­
bres? Si FEternel des Armées ne nous cufl laiffe des gens de refie} com-,
me vn bien peu : nous eufsions eité comme Sodome, & eufsions efie
femblables à Gomorre.
E* comment peut dire leBachclier que le Tabcrnacle&
le Temple n’ont iamais demeuré fans Adorateurs, & (ans Offi­
ciers & Miniftres, depuis Moïfe iufques à la démolition de Ie­
rufalem? Certes c’eft parler comme fort ignorant del Hift01'
re Sainde. Où eftoient ceux qui adoroient le vray Dieu dei.Satn. 4 liant le Tabernacle,lors que l’Arche fut prife par les Philiftins.1
Où eftoient fes Officiers ôc fes Miniftres, pendant- l’elpace de

hkiciiédte Refionje,

Iprjf

fept mois qu’elle demeura dans ieur contrée ? Les chercherez vous parrny les Philiftins ? mais c’eftoient des infidèles, enne­
mis de Dieu & de fon feruice. Les trouuercz-vous parrny les i.Sam.q.
Iuifs ? Mais Hophni & Phinées Sacrificateurs moururent en la u.
bataille, où l’Arche fut prife, & leur Pere Heli mourut auffi à i.Sam.qi
l’ouié de cette funefte nouuelle. Où eftoient les Officiers de 18.
l’Arche&du Tabernacle, lors que Icremie cacha l’vn & l’au­ tMaeab
tre dâs vne maifô cauée en vne fofle fur la Môtaignc de Nebo, 2-4«
auec proteftation qu’il fit aux Iuifs qui le fuiuoient,
ce lien
leurferoit inconnu, iufqu’à ce que Dieu euft rajfemblé la Congrégation,
(f quilfufim/>/Mwé,c’eft àdireiufqu àlafinde la captiuité qui
dura feptente ans? Où eftoient les Miniftres du Temple durant
le temps de cette captiuité lamentable? Certes après que le 2.Cro,$6
TempUfut brullé il ne refta plus de Sacrificateurs du Temple, 19.
ils furent tous tranfportez en Babylone, & les Caldéensne 2.
laiftcrent dans le pais que des Vignerons & des Laboureurs. 2 5. 1 8.
Où eftoient enfin les Officiers & Miniftres du Temple &du 2.
25.12.
Tabernacle, au temps de plufieurs Rois idol^res ? 11 faut bien
qu’il n’y en euft pas, quoy que le Tabernacle & le Temple fuffent encore en leur entier : puis que l’Efcriture tefinoigne
qu’en ce temps-là, pluficurs iours fe fontpaflez entre ceux d’ifra'ël 2. Lroni
fans Dieu,fans Sacrificateur enfeignant,&faut Loy. Tellement que 1S’3«
ie ne puis affez m’eftonner qu’vn Preftre qui doit fçauoir les •f-• * »
Efcritures,; qu’vn Bachelier cn Théologie qui les doit enfei­
gner, aduancé fi hardiment des chofes fi contraires à l’Efcri­
ture. Mais mon admiration cefte, quand ie confidere que
comme l’ignorance fait faire aux hommes beaucoup de chofes
contre la vertu, dans la penfée qu’ils ont de bien faire : ellemefme auffi leur fait prononcer beaucoup de paroles contre la
vérité, dans cette imagination qu’elles font véritables.
Ncantmoins Monfieur le Bachelier pour faire voir qu’il
n’eft pas ignorant fait vne autre refponfe; & pour éluder la
force de cc dernier paftage : Il ne fert de rien, dit-il, au Mini­
ftre de nous oppofer ce qui eft eferit dans les Croniquesrparce
que l’Efcriture ne parle cn cét endroit que du Royaume d’Ifraèl, d’où les Preftres & les Leuites forcez par l’impiété du
Roy Ierobqam, fe retirèrent en Ierufalem. le veux donc, ad­
joufte-il, que les dix tributs d’Ifiacl fuflent fans Loy & fans Sa^

Qooiij

' 47^
v

DefenJe de la

crifice ; le veux que dans ces temps déplorables ils fiiflent tous

addonnez au culte des idoles, Qu’cft-ce que cela fait contre
nous? Puis qu’à mefme temps le Royaume de Iuda eftoit plein
deLeuites & de Sacrificateurs, qui cnfeignoient la Loy au
peuple, & faifoient fumer les Hofties fur l’Autel des Holocauftes. Voyez donc que c’eft tromper le monde, d’afteurer que
la Synagogue eftoit comme morte, & enfeuclic durant le Re•
gne d’Achab, & des autres Rois d’Iftaël.
Contre cela ie puis dire à Maiftre Chiron, ce quclefusVMat.22. Chrift difoit aux Saduciens, vous errez neffachans point les Efo
&&
critures ; &: ie puis adjoufter, fi vous les fçauez vous parlez con­
tre les fentimens de vo ftre confidence. Il eft vray qu’Hafaria
le Prophète fur lequel eftoit l’Elprit de Dieu, tenant ce langa­
ge deuant le Roy Aza en prefence de fes fujets, parlait de la
corruption que Ieroboam auoit introduite dans les dix Tributs
d’Ifraël, pourfe maintenir dans là rcuolte : mais il paroiftpar
Iafuitcdefondifcours,q*u’ilexhorteceRoyà ne fuiure pas la
conduite d’Abijyn, & de Roboam Rois de Iuda fes predeceffeurs, qui s’eftoient corrompus auec Iuda aulfi bien que Iero­
boam auec les dix Tributs d’Ifraël. Car il eft rapporte dans
LHiftoire Sainde, qu’en la quatrième année de Roboam, Iuda
aufsifitce qui est dejplaifant à l’Eternel’, (fi parleurs pechezqutls
23. commirent, ils l’efmeurent à jaloufie plus que leurs peres n auoient
fait en toutes leurs allions : Car eux aufsife battirent des hauts lieux,
(fi des images ,(fi des b ofcages fur toute haute coline, (fi furtoutarbre verdoyant. Il eft dit aulfi effiAbijamfon fuccejfeur chemina en
S’
tous les peche'J defon pere , lefquels il auoit commis auant luy, & qu c
fon cœur nefut point entier euuers l’Eternel. Et comme le Sotiucrain eft le premier mobile de l’Eftat, pour entraifncr fes fujets
. au bien ou au mal, par l’imitation des bons ou des mauuais
exemples: Qui doute que les Iuifs viuans fous de fi melchans
Rois, n’ayent pour la plufpart luiuy le train de leurs déreigle*
mens ? Sur la remonftrance de ce Prophète, LHiftoire rappar’si Cron. te qu’ Afa ayant oui ces paroles il fe fortifia, (fi ofia les abominations
15. 8. p, de tout lepais de Iuda efi de Benjamin ; (fi renouuella l'Autel de l’Eter12.
ncl, lequelefioit deuant le Porche de /’Eternel. Et qu ayant aJfembiC
tout Iuda efi Benjamin, (fi plufieurs d'ifra'él qui s’eftoient r.endus à luy,
ils rentrèrent en l’alliance ,pour chercher l’Eternel le Dieu de leurs fe-

Huictiéme Rejponje,
res. Preuue infaillible que la corruption n’eftoit guère moin-

dre auant cette reformation dans lcRoyaume de Iuda que dans
c.cluy d’Ifrael.

.*
< .1

Que le defreiglement du Seruice Diuin ait efté aufli grand
dans le régné de Iuda au temps d’Achab Roy d’Ifrael & de plu­
fieurs autres Rois idolâtres : Cela paroift par la côplainte d’Elie, &par les reproches des autres Prophètes enuoyez delai
part de Dieu pour reprendre les Iuifs, &pour condamner leur
idolâtrie.
Elie ayant ouï les menaces de Iefabel >qui auoit iuré de le
faire périr, fe leua pour fauuer fa vie, & s en vint en Beer-fcebab t.7{ois *9
de Iudée, <ÿ- laijfa lafon garçon : mais luy s’en alla au defert le chemin a» 34’5* '
d’vnjour, où s’eftant endormy de triftefle, & puis réueillépar
vn Ange, & interrogé de Dieu, il refpondit. ïay eftéextreme- r.
ment émeu àjalouftepour l’Eternel le Dieu des Armées -.d'autant que 19- *°*
les enfans d’lfra'él ont delaijje ton Alliance , ils ont démoly tes Autels ,
ont tué tes Prophètes par l'efpée, &je fuis demeuré moyfeul. C es
enfans d’Ifrael lignifient toute la Nation des Iuifs, qui auoit
corrompu le Diuin feruice. Car quoy que ceux du Royaume
de Iuda, ne fuflent pas dans vne fi grande corruption queles
dix Tributs d’Ifrael qui s’eftoient reuoltées ; quoy quelofaphat Roy de Iuda ne fut pas idolâtre comme Achab Royd’Ifraël : toutesfois il ne puft pas entièrement reformer tous les
abus, ny retirer le peuple de l’idolâtrie. Car les hauts lieux ne2- ^renfurent point oftez,parce que le peuple n auoit pas encore difposéfon cœur ,O’ JL? * •
enuers le Dieu defes peres i lepeuplefacrifoit encore, & faifoit encenfe- 2j "S
mens és hauts lieux.
Si donc au temps qu’Elie faifoit cette complainte, ily euft
eu des millions de vrais Adorateurs dans le Royaume de Iuda ;
pourquoy auroit-il quitté la Iudée pour chercher fon falut par
la fuite dans le defert? Ne pouuoit-il pas fe retirer parrny eux,
& trouuer vn azyle fauorable parrny tant de millions, contre la
cruauté d’vne Reyne idolâtre qui le perfecutoit? Si ce Royau­
me euft efté plein de Sacrificateurs
Leuites enfeignans la
Loy au peuple, comme dit le Bachelier, n’auroit-il pas trouué
chez eux vne retraite afteurée ; & puis qu’il eftoit venu dans la
Iudée, ne pouuoit-il-pas s’y fauuer promptement fans crainte
d’eftre defcouuert? Mais il fçauoit que Iofaphat ne les auoit

Deffenfe delà
2. Cran. pas encore cnuoyet par les Villes de Iuda; 8c de fait il ne lesent 7* 7*
ttoj/a que P an troifiéme defon Regne, pour circuir toutes les Villes d; iu.
4S0

da endoclrinans le peuple.
Enfin s’il y euft eu pour lors des Sacrificateurs & Leuitcs,
faifans fumer les Vidimes fur les Autels : Pourquoy le Prophè­
te fe plaindroit-il à Dieu, que fes Autels ont efté démolis £
L’on ne peut pas dire qu’il parle des Autels qui eftoient dans le
Royaume d’Ifraél : car ce n’eftoiét pas les Autels du vrayDieu»
mais des autels confierez aux faufles diuinitez, dont laruync
euft efté le fujet de fa joye Si de fa confôlation,bicn loin de luy
caufer vne douleur mortelle. Il parle donc des Autels facrez
3« Crm. qui eftoient en Ierufalem : car il fçauoit bien que comme c’e,2- *3- ftoitle lieu que Dieu auoit choifi pour y mettre fon Nom8c
pour y eftablir fon feruice» que comme ^ors de là il n’yauoic
•3* M* point de Temple :L’on ne pouuoit aulfi ériger ailleurs des Au­
tels , ny faire des facrifices, qui ne fulfent en abomination dé­
liant Dieu. Si donc les Autels eftoient démolis, où cft-ce que
les Sacriîtcateurspouuoient faire fumer les Holocauftcs félon
laLoy de Dieu 2
Si de tout temps le Royaume de Iuda euft efté remply de
Sacrificateurs& Leuitcsenfeignans la Loy au peuple, & laifans fumer les Hofties, & de millions d’hommes exempts de la
corruption des idolâtres : Pourquoy les Rois fideles auroientils de temps en temps rcftably le feruice Diuin en oftantles
9. ‘Rois abus de l’idolâtrie? Pourquoy Afa Roy de Iuda auroit-il ofte
•4- 3-4- les Autels des Dieux eftrangers, 8c brisé les ftatués, & com­
mandé à Iuda de requérir l’Etcrnel le Dieu deleurs peres,ÔC
de faire la Loy 8c les Commandemens ? Pourquoy Iofaphat
fon fuccelfeur auroit-il enuoyé des Sacrificateurs 8c Leuites
pour taire qu’on fuft endo&riné parmy lesVilles de Iuda/Pour9. Cron. quoy Ezcchias euft il fait venir les Sacrificateurs 8c Leuitcs
5- pour fandifier la Maifon de Dieu; 8c pour jetter hors les impnretezqu’Achab fon predeceffeur y auoit introduites pour le
feruice des faux Dieux/ Pourquoy trauaillant à cette Refor-,
i. Cron. niat i°n » dit-t-il aux Iuifs que leurs peres ontforfait, & fa,t ce Vf
6.7, efi defplaifant à l’Eternel, dr defiourné leurs faces arriéré de fon Paul-Iony que mefme ils ontfermé les portes du Porche, & ont efiemt les lam­
pes » c? nont pointfait de Parfum , & nont point offert d HclocauJ e

Jjuictîeme Rejponje',

4$(

lieu Sainci au Dieu d'ifra'él. Pourquoy 1 ofias s’eftant employé
à vn femblable reftabliffemét de l’Eglife,eft-il dit auoir purifié
Iuda Se Ierufalem des hauts lieux, des bofeages, & des images
de taille Se de fonte, s’il n’euft pas trouué le’Royaume fouillé
de toutes ces impuretez? Pourquoy en fin ayant trouué le Li­
ure de la Loy, le fait-il lire auec tant de ceremonie deuant les
Habitans de Iuda, comme vn liure qui auoit demeuré perdu
longues années, s’il y euft eu toufiours des Sacrificateurs cnfeignans la Loy ?
Mais ie veux que cela foit ainfi, comme le Bachelier le fiippofe ; 8c que les Sacrificateurs & Leuites n’ayent iamais defifté
de faire fumer les Holocauftes en Ierufalem, 8c d inftruire le
peuple de Iuda : Que fait cela contre nous? Cela prouue-il que
le Corps vifible de l’Eglife des Iuifs n’ait pas efté de temps en
temps plongé dans les defreiglemens de l’Idolatric? Certes les
plaintes 8c les reproches que Dieu leur fait par la bouche des
Prophètes, tefmoignent manifeftement du contraire, 8cce
feroit à tort que ces Enuoyez de Dieu les reprendroient fi fouuent de ce vice, s’il en euft efté toufiours innocent.
En vain le Prophète Efaïc leur feroit-il entendre cette me­ Lfaie joJ
nace de Dieu. Neferayjepaa aufsi à Ierufalem &àfèsfaux Dieux, 11.
de mefme que i’ayfait a Samarie àfes idoles ?
Ce feroit fans raifon qu’il feroit cette plainte contr’cux
par la bouche de lercmie. Les Sacrificateurs n’ont point dit ou eft per tnt. 2&
l'Eternel i ceux qui manioien^ la Loy, ne friont point connu’, & les Pa- 8.
fieurs ontforfait contre moy j &les Prophètes ont prophétisé de par Ba­
hal , cz ont chemqé après des chofes qui ne profitent de rien.
Ce feroit fauftement qu'il accufcroit ce peuple d’auoir Ierem. si
changé fâ gloire en vne idole , d’auoir multiplie fes Dieux fé­ 11.28.
lon le nombre de fes Villes ; d’auoir imité l’infidélité 8c la pail- perem.%.
lardifc de fafœur Iftaël, 8c de l’auoir fait paroiftre iufte par les S. Il,
excès de fes abominations.
Ce feroit in/uftement que Dieu par la bouche d’Ezechiel Ezechitl.
QCcuferoitlesSacrificateursd’auoirfaitviolence à fa Loy, 8c 22. 2tr,
d auoir prophané fes Sanétuaires.
Ce feroit contre la vérité qu’il diroit par Ofée, que le Sa-trficateur eft tel que le peuple j que Pefprit de paillardifeles afait errer , Osée: f.
12,
CZ qu ils ontpaillardefe defiournans de lafujeciion de leur Dieu.

Ppp

4^5

Defenfe Je Lt

Cela eftafitainfï, voyez qui eft celuy qui vous veut trom­
per, & vous ictter dans l’erreur, ou voftre Bachelier qui foû­
tient contre l’Efcriture, que le feruice Diuin eft demeuré en
fon entier fans interruption dans l Eglife des Iuifs, ou moy qui
dis fclon le tefmoignage de l’Efcriture, que le feruice du vray
Dieu y a efté de temps en temps interrompus & que le corps
extérieur de cette Eglife eft fouuent tombé dans les abus de
l’idolâtrie. Si donc vous ne voulez pas eftre trompez furcc
fujet, il faut que vous rcconnoiffiez auec nous que dans ce
temps-là l'Eglifô eft tombée en defolation, quant à fon eftat
extérieur ; &c que Dieu l’a conferuée dans vn petit nombre de
fideles Adorateurs, qui eftoit caché parrny la multitude des
idolâtres. Reconnoiflez auec le Prophète Efaye , qu’elle a
efté comme vn pays qui n’eft que defolation. Aduouéz auec
les Iuifs mefmes que la Synagogue eftoit comme morte & en,
feuelie, puis qu’ils eftoient deuenus des os fecs, comme parle
-37 je prophèteEzechicl. ConfefTez auec Sainél Auguftin que
pendant plufieurs années cette Eglife de Dieu n’a point paru
ttnfcnfù dans fes enfans, c’eft à dire dans fes Sainéls auant quelcfusëwingel. Chrift fuft prefehé par les Euangeliftes.
Aufli Maiftre Chiron voyant que fa fécondé refponfe ne
pouuoit pas infirmer cette Jverité, a recours à vne troifiéme.
Mais quand cela feroit, dit-il, quand mefme I’Eglife de l’An­
cien Teftament auroit interrompu fon cours durant quelque
petit efpacc de temps:Il ne s’enfuit p$s de là que 1 Eglife Chre­
ftienne fondée immédiatement parla Sageflé & la Doélrine
du Fils de Dieu, doiuc périr pour quelque tcnjps, & demeu­
rer dans le tombeau l’efpace d’vnzc fieeles : parce qu elle a re­
ceu de très-grands priuileges, ayant efté eftablie auec des promeflés authentiques, pour durer autant que le monde, & pour
n’auoir d’autres bornes que celles qui font preferites à toute la
terre. Au lieu que la Synagogue a efté renfermée dans les con­
fins de la Paleftine, & quelle a veu enfin fon dernier période,
& fa deftruélion totale.
Si Monfieur le Bachelier fe fouucnoit de la queftion, ilnc
.
s’amuferoit pas à prouuer des veritez qui ne font nullement en
Controuerfe; il ne perdroir pas le temps, comme dit le Car­
dinal Bellarmin, à vérifier que I’Eglife ne peut point défaille •

Ijuictiemc Refyonfe,



483

c5r c’eft dequoy il confelfe luy mefme que nous fommes d'ac­
cord. Nous receuons ces différences qui diftinguent l’Eglife
Chreftienne d’auec la Iudaïque,foit pour l’eftenduè des lieux,
foit pour la durée des temps, foit pour la diuerfité d^mem. bres. Car celle de l'Ancien Teftament a efté reftreinte dans
les bornes de la Paleftine, à la Nation Iudaïque; & n’a duré
que iufquçs à la manifeftation de Iefus-Chrift en chair. Mais
celle du Nouueau Teftament s’eft refpanduc dans la faite du
temps par toute la terre ; elle a embrafle fucccfliuemcnt toutes
les Nations, & doit durer iufques à la contamination de l’Vniuers. Ce tant des chofes alléguées hors de propos: parce
qu’elles ne font point en difpute, & que nous les croyons auffi
bien que vous.
Mais n’obftant toutes ces différences qui diftinguent ccs ■ ‘
deuxEglitas, elles ne laiffent pas d’auoir autant de rapports,
qui conuienncnt à noftre fuiet. Le premier eft, que comme
l’Eglife Iudaïque a duré iufques ail premier aducneifient du
Melfie, qui eft venu en la plénitude des temps j afn de rallier lés Epfaf, 2’
Iuifs & les Gentils en vnmefmc corps à Dieu ; Et a pris fin comme i5,
Iudaïque, pour palfer de l’eftat de la Loy lous le Regne delà
Grâce: ainfi l Eglile Chreftienne doit durer iufques au fécond
aduenement de Iefus-Chrift qui viendra à la confommation
des Siècles, pour recueillir tous fes efleus cn Dieu mefme ; Se M4/A.14
finira comme Militante, pour palfer des combats de laGrace i1dans les triomphes de ÏaGloire. Le fécond rapport eft, que
. comme l’Eglilc de l’Ancien Teftament fut petite en fa fin auffi
biç qu’en fan cômccemét au regard du petit nôbre des fideles
qui receurent Chrift parla foy : n’ayant trouué quand il vint
au monde que quelques ames pieufes, qui attendoient la con­
folation d’Ifracl. De mefme l’Eglife Chreftienne qui a efté
petite en fon commencement à caufe du peu de croyans qui la
compofoientjfetrouucraauffipetite à la fin à caufe du petit
nombre de fideles. Car quand le Fils de l'Homme viendra^fenfez,- Luc 18,8
vous quil trouuéfoy en terre ? C ’eft à dire félon l'explication des Tbeoehil.
Peres, qu’il ne trouuera foy qu’enpeu de perfonnes, &.quele
nombre des fideles tara rare. La troifiéme conuenancc de 1 Eglife Chreftienne auec la Iudaïque, eft que l’vne & l’autre de.
puislccommenccmentiufquesàlafin a efté fujette audunPpp ij

4$ 4
&eJfenfi de
gcmcnt de fon eftat exteneur ; & que toutes deux ont foiiffcrt
en diuers temps de fi grandes diminutions,qu’elles n’ont point
fait de corps vifible, qui les rendift connoiflables ; & c’eft ei;
quoy llbus faifons confifter leur defolation.
Il eftvrayque l’Eglife Chreftienne a receu des promeffes *
authentiques de fa durée fur la terre, iufques à la fin du monde,
c’eft à dire iufqu’au dernier aduenement de lefus-Chrift. Mais
il n’eft pas moins véritable que la Iudaïque a receu des promef­
fes aufti authentiques de fa fubfiftencc iufques à l’accompliftement des temps, c’eft à dire iufqu’à la première venue duMeC
2W4/.28. fie. Comme lefus-Chrift a dit aux Chreftiens, voicyjefiuû auec
20.
vous toufiours jufiques à Ia confiommationdu monde : AuffiDieu a dit
£fayt 54. au peuple des Iuifs. Quand les Montagnes crolleroient 3 & que les
i°*
cofteauxfie remueraient, ma gratuité rie fi départira point detoy>&
talliance de mapaix ne bougera point a dit i Eternel qui a compafisio»
detoy. Sil’EglifeChreftienneareceuleSacrementde la Ce­
lle en Commémoration de la mort de Chrift iufqu’àce qu’il
vienne; l’Eglife Iudaïque a receu le Sacrement delaPafquc
comme vne figure de fa mort, iufqu’àce qu’il vint afin d’eftre
m°lé pour nous. Et pour dire tout en vn inot,l Eglife Chrew P[.9o> ftienne & la Iudaïque eft vne feule Eglife également cherie de
tencione. Dieu, de laquelle Chrift eft le Chef, & dont tous les fideles
2.
font les membres en quelque temps qu’ils puiflent eftre ; de Ja4ue^e comme vn Apoftrc a dit, que lefue-Chrift a aiméfion Egli1
fi
s’eft donnéfoy-mefinepour elle : Aufti Dieu dit parvnProP/«2.T9 phetc qu’il l’efpou fera pour foy à toufiours en iuftice, engratuïté & compaftion.
Mais comme toutes ces promeffes de faueur & de grâce »
faites à l’Eglife Iudaïque pour fà conferuation, n’ont pas em£^#.54. pcfché qu’elle n’ait efté à diuerfes-fois affligée, tempeftée^&deftituee de confolation, au regard de fon eftat vifible. Aufti ne fautil pas trouucr cftrange que l’Eglife Chreftienne foit tombée
quelquefois en defolation quant à fon eftat extérieur, foit par
la cruauté des perfecutions, foit par les tenebres de l’erreur,
foit par les déreiglemens du vice qui défigurent fon corps vin*
ble. Au contraire, fi l’Eglife qui fous l’eftat de la Loy auoit
des promeffes particulières de profperité temporelle, des beHedi&ionsdufiecleprefent,'& dçs aduantages de la terre, %

huictiéme Refponfe.

485

ncantmoins efté fôuuentes-fois déiôlée en fefti éftatiçxtcrieur t
combien plus deuons-nous croire que I’Eglife fous l’eftat de là
Grâce eft fujette à de fcmblables déflations è puis qu’elle eft
le Règne de Chrift, qui neft pas de ce monde; qui ne Vient /ean 18.
pas auec vne apparence qui le fafte remarquer aux fens,comme 36.
dit le Seigneur luy-mefme ; qui n’a que la Croix pour partage,’ Luc
& à qui fon Chef n’a promis que l’héritage du Ciel.
2O;
Dire contre cela que I’Eglife Chreftienne a efté fondée
immédiatement par la Sagefte & par la Doélrine du Fils de
Dieu : c’eft bien prouuer qu’elle ne peut iamais périr en fort
eftat intérieur & inuifible, qui l’a fait eftre la vraye Eglife du
Fils de Dieu : mais ce n’eft rien dire pour prouuer que fon
Corps vifible ne puifte fouffrir aucune defolation.Si vous con­
fiderez I’Eglife Chreftienne en fa forme interne & eftcntielle *
qui confifte en l’eleétion& en lafoy:t il eft certain que IefusChrift l’a fondée immédiatement, car il eft luy-mefmel’Architcde & le fondement de cét édifice fpirituel ;& comme
c’eft en Chrift que Dieu nous a efleus deuant la fondation du Epb.r'.^*
môdc-.auffi eft-ce pourChrift qu’il nous a dôné gratuitemét de Phil.™? .
croire en luy. Mais I’Eglife Iijdaïque a eu cét aduantage com­
mun auec la Chreftienne : Car Iefus-Chrift eft le fondement £pfc.2.2q
des Prophètes aufti bien que des Apoftres; les fideles dcl’An- 22>
cien Teftament ont efté fondez fur luy & par luy auffi bien que
ceux du Nouueau ; Et fi Iefus-Chrift a dit de celle-cy qu il l’e- A-fat.16.
difiera fur la pierre, c’eft à dire fur foy-mefme, & que les por- 18.
tes d’enfer ne preuaudront point contre elle : Dieu a dit à cel- ^é4ye S4le - là, qu’elle fera fondée en iuftice, & qu’elle ne craindra I^*
rien'»
Mais fi vous confiderez I’Eglife dans fa forme extérieure,
qui confifte cn Affemblées vifibles conduites par des Pafteurs,
& en la profeftion externe de la vérité & de la Religion : IefusChrift a fondé l’vne & l’autre par fa Sagefte mediatement &
par l’entremife des hommes : celle du Vieux Teftament par
1 entremife des Prophètes ; celle du Nouueau par ie Miniftere
des Apoftres. C’eft pourquoy fi ceux-cy ont dit qu’ils ont posé r. Cor. j.
le fondement comme des Architectes experts : Ceux-là font10,
dits enuoyez de Dicidp our baftir, & pour charpenter. Com- Am.io»
me donc l’édification de I’Eglife Iudaïquc a efté quelquefois
5*

Pppiij

s

. Ücfenfe de la
interrompues^ mefmeeft tombée quelquefois en ruïne quant
à fon eftat extérieur : fans que cela pourtant aye préjudicié à h
fubfiftanccdc fon eftat inuifible, parce qu’il y a toufiours eu
des efleus & des fideles feruans à Dieu, qui eftoiét cachez par­
my lesreprouuez & les idolâtres. Ainfi l’Eglife Chreftienne
cft quelquefois tombée cn defolation au regard dè fa forme vi■ fible , quoy qu’elle aye toufiours fubfiftc en fon eftat intérieur :
parce que les efleus & fideles qui feruoient à Dieu en efprit &
vérité n’eftoient pas cônus des hommes par vne publique pro­
feflion de la vérité.
C’eft ce que i’ay prouué par le tefmoignage de Iefus-Chrift
cn la naiflance de l’Eglife; par le tefmoignage des Peres dans
fon progrez j pat les prédirions du Sauueur & des Apoftres
pour les derniers temps; par l’accomplifTemcnt de ces prédi­
ctions en ces derniers fiecles; &par la confcflion de vos pro­
pres Doéteurs. Voyons ce que Monfieur le Bachelier refpond
à toutes ces preuues.
Au tefinoignage de Iefus-Chrift touchant l’eftat de l’E­
glife naiffante, Que ccs raifons, dit il, font impertinentes !
Car la queftion n eft pas fi 1 Eglife du Nouueau Teftament
eftoit petite ou grande en fon inftitution & en fon commence­
ment. Mais la queftion eft, fi après fa fondation; fi après qu’el1c fut eftenduë par tous les lieux du monde, elle eft tombée en
ruïne & defolation. Aufli adjoufte-il, il n’eft pas moins im­
pertinent d’affeurcr qu’elle fut ruinée aucc la deftruétion de la
Ville de Ierufalem par les armes Romaines. Car toute TEglifc eftoit elle renfermée dans cette miferable Ville ? N’eftoit; cllc-pas alors cftenduë par toutes les Prouinces de la terre?
Sainéi Paul n’auoit-il pas dit long temps auparauant que la
foy des Romains eftoit refpanduë par tout le monde, & n’aduoucnt-ils pas eux-mefmes auec Caluin, que l’Eglife a fubfifte
cinq Siècles en fa pureté ? Que direz-vous à cela Monfieur le
Miniftre $
le ne diray rien à tout cela, finon que c’eft entafler beau­
coup de paroles fuperfluës, pour ne dire rien qui foit à propos.
Car pour le regard de Caluin, ic ne fçay pas où il a dit que l’E­
glife aye fubfifté cinq fiecles en fa pure t# Il fçauoit bien que
Sainél Cyprien a confeflc que de fon temps on yoyoitl’ac-

Ijuliïi'me Refponfe.

487

iomplifletnènt de cc que Iefus-Chrift auoit prédit, Quand le Cypr.lib.



Fils de THomme viendra, penfez-vous quil trouue defoyfurla terre? comun
Il n’ignoroit pas la confeffion d’Egefippe, qui tefmoigne^ ef* °f^
chez Eufebe, que I’Eglife eft demeurée Vierge durant
des Sainéls Apoftres : mais qu’auffi-toft après leur trefpas clic
'fut mcrueilleufement corrompue.
Il fçauoit bien ce que Sainél Hierofme a dit, que Ion fieele,
/*
eftoit la craffe'de l Eglife. .
vit.walck
Enfin il ne pouuoit pas ignorer la plainte que fait SaintAu- t^Hg,Eguftin, que de lôn temps tout eftoit plein de prefomptiôs Sc de./></?. nj.
« ceremonies plus que Iudaïques.
Mais quand bien Caluin auroit dit ce que le Bachelier luy
fait dire ; & que l’Eglifc auroit conferué fa pureté l’efpace de
cinq fieeles : cela pourroit-il empefeher qu’elle ne fuft defcheué après ce temps-là de fa pureté première?
Pour ce qui regarde la ruine de I’Eglife en la defolation de
Ierufalem : c’eft à tort que Maiftre Chiron m’accufc d’imper­
tinence: puis que i’ay allégué cela pour prouuer la defolation
de l’Eglilt Iudaïquc. Que fi i’ay mis cét exemple parrny ceux
de l’Eglifc Chreftienne : c 'eft parce que cette defolation fut
prédite par Iefus-Chrift; c’eft parce^u’elle aduint après que
*
l’Eglifc Chreftienne eut efté fondée^c’eft parce que I’Eglife
Chreftienne elle-mefine y eut quelque part: car les fideles Eufeb.l.i
Iuifs qui auoient cmbralTé le Chriftianifme, furent obligez de

quitter Ierufalem, & de fe tenir cachez dans vne Ville au de-la
du Iordain pendant quelque temps.
Pour la diftinéliô que le Bachelier fait entre la naiflancê de
I’Eglife & fon accroiffement : elle eft auffi hors de propos.Car
ic demande fi ccpetit troupeau composé de douze Apoftres,
de trente Difciples, & de quelques femmes pieufes, qui fui­
uoient le Fils de Dieu auec fa Mere, eftoient la vraye Eglife.
Certes vous ne fçauriez le nier, fi vous confiderez que dans
cette feule compagnie fctrouuoit le Chef de l’Eglifc, c’eft à
fçauoir Chrift ; que dans ce feul troupeau eftoit le bon Berger Jean toi
qui connoift fes brebis, & fes brebis qui écoutent fa voix. Car 14. 27.
comme dit Sainél Auguftin, I’Eglife eft en ceux qui édifient t^ug.de
fur la Roche, c’eft à dire, quioyent les paroles de Chrift, & z"’7* Ec~
quilcs gardent. le demande fi cette Eglife de Chrift nefuc

f

.)
D'firf de U ;.}

d-' y*'.; pasbicn defëlcedéslc commencement defoiiinftitntiompinÿ
qu’elle eftoit teftreinte dans vnfi petit nombre de croya ns, &
y';
qui encore auoient fi peu de liberté de confefler la vérité qu’ils
auoient embraflee. Car les Iuifs auoient arretié que f quelqu'un
L Faduoüoit eftre-ie Chrift + il feroitjetté hors de la Synagogue. le de­
mande enfin fi lors que le Seigneur fut condamné à la mort de
la Croix pleine de rigueur & d’ignominie : cette Eglife ne fut
pas réduite en defolation quant à fon eftat extérieur.
Certes elle parut bien ruinée dans fa forme vifible: puis
que fon Chef fut condamné par le Concile des Sacrificateurs,
des Scribes & Doéleurs de la Loy ; puis qu’vn de fes Difciplcs
le trahit, qu’vn autre le renia, que tous l’abandonneront & fu­
rent feandalifezenluy,1evoyans meurtry de coups, accablé
de douleurs, mocqué des grands, &perfecuté de la populace;
puis qu’il ne vidau pied de fa Croix qu’vn Difciple muet de
douleur, &vneMere affligée; & qu’il n’y eut qu’vn brigand
pendu à fes coftcz, qui confeflaft la vérité de fon Nom. le ne
dis pas que l’Eglife perift quant à fa forme interne & inuifible;
car ie fçay bien que quand il ne refteroit que deux fideles dans
le monde, l’Eglife qui eft l’vnité des fideles fe conferueroit en
*
eux. Mais vous m’aduq^rez qu’elle fut bien ruinée dans fa
forme vifible : puis que fclon le fentiment de quelques-vns de
crefr.f vos Doéleurs les Apoftres fouffrire nt fcandale, quant à la conVaient.co feffion extérieure de la foy, & qu’ils ne gardèrent la foy que
^ans leur ame ’ Pu*s que ^c^on^a Pens^e des autres la vraye loy
/•ban. âe
demeura que dans la tres-Sainéle Vierge Marie, lorsdela
7jwwr?. Paflion du Seigneur. Et c’eft ce que l’on vous veut reprefenUb. i. de ter par cette feule chandelle, qu’on conferue allumée trois
JSccleft. c. iours deuant laFcfte de Pafques, durant l’Office de la nui#5°;
Si donc l’Eglifc que Iefus-Chrift venoitde fonder immédia­
tement par la vérité de fa Doélrine, par l’exéple de fes aélions j
&par la fainteté de fes miracles ,a efté auffi-toft dcfoléc en fon
eftat extérieur, lors mefine que Iefus-Chrift fon Chef eftoit
auec elle corporellement fur la terre : Faut-il s’eftonner fi de­
puis qu’il eft éleué dans le Ciel elle s’eft veué réduite q uelqücfois en defolation ? Quoy la hayne du monde eft elle moindre
contre les membres, qu’elle ne fut contre le Chef? Ou la foy
des Chreftiens deuoit-elie eftre plus grande que celle des

.

z

Apodes’

huictiéme Rejponje,

48$

Apoftres ? Certes cette defolation de VE glife dés le commen­
cement de fa fondation fut vn prognollique de fa condition
future dans la fuite des temps : puis que le Sauueur a prédit que
fes Difciples auront angoiffe au monde; & qu’ils pleureront hâi6.2è
& lamenteront y cependant que le monde s’éjoüyra.
3 3*.
l’aduoué que depuis que l’Eglife fut refpanduê par tout le
monde, elle ne fe vid iamais réduite à vn fi petit nombre de fi­
deles, comme elle fut au commencement : Mais ie dis que cet­
te multitude de croyans refpanduê par toute la terre, n’a pas
toufiours efté vifible; parce qu’elle n a pas eu toufiours la liber­
té de fe faire connoiftre par vne publique profelfion de fa foy,
n’ayant ny lieu d Aifemblée, ny des vrais Pafteurs pour leur
prefeher ouuertement; & c’eft en cela que nous faifons con­
fifter la defolation de l’eftat extérieur de l’Eglife.
C’eft ce que le Bachelier eft contraint d aduouër tacite­
ment dans la rcfponfe qu’il fait à la prediétion de lefus-Chrift
que i’ay alléguée : mais laquelle il a tronquée, n’ofant la citer.
toute entière. Il eft écrit ,dk-il,qu’4Zwj/«jG»xPn>pAe/« feleueront & enfedutront plufieurs, Votre mefme les efletts s’il efioitpof'sible. Certes, adjoufte-il, fe reçois ce palfage auec grand relpcél:
mais ie ne voy point qu’il predife, qu’vn iour toute l’Eglife
doit tomber en ruine 8c defolation: Au contraire il nous alfeurequ il reftera toufiours des efleus, qui ne fe laifTeront iamais
tromper aux faulfes apparences des faux Prophètes 8i des fcduétcurs.

Maiftre Chiron veut qu’oncroye qu’ilrefpcéle lefus-Chrift
lors mefme qu’il le deshonore. S'il auoit fi grand rcfpcél,
comme il dit, pour les paroles du Fils de Dieu, il n’en auroit
pas caché la moitié fous le filence;il les auroit citées auec plus
de fidelité, s’il fe fuft fouuenu de la deffenfe expreffe que Dieu
fait de diminuer aulfi bien que d adjoufter à fes paroles ; & puis Dtnt.4.2
que lefus-Chrift eft ce grand 8e véritable Prophète, touchant
lequel Dieu commande d efeouter toutes les paroles qu’il aura
*8
dites en Ion Nom: le Bachelier le deuoit efeouter en tout ce l?‘
qu il nous a prédit. Mais pourquoy a-il couppé fes paroles en
les citant } Pourquoy n’a-il parlé du moyen des grâds fignes Si
miraclcsduntlUus-Chriftnousmarquc que les faux Prophè­
tes feferuiront, pour lcduire mefme les efleus s’il eftoit poffi-

49°
Deffenje de la
ble? C’eft qu'il a bien reconnu que vos Doreurs quife van­

14. ’

tent de faire des miracles, & qui les veulent faire palier pour
vne marque infaillible de l’Eglifc, eftoient notez par cctte
predidion : car c’eft défia vouloir feduire les efleus, de bailler
pour marque de I’Eglife ce qui conuient à des fedudeurs. Il cft
vray qu’il y aura toufiours des efleus qui ne fc laifleront point
tromper aux miracles des faux Prophètes, ny aux faufles appa­
rences de leurs difcours : mais puis qu’il y a peu d’efleus en côparaifon de ceux qui font appeliez, comme dit Iefus-Chrift
luy mefme. Il faut aduouër que lors que cctte fedudion fefera, l’Eglifc fera bien defolée dans fon eftat extérieur : puis que
tout fon corps vifible fera feduit à la veuë de fi grands mira­
cles ; & qu’il n’y aura que les efleus inuifibles qui foient garentis de la fedudion.
Pour le tefmoignage des Peres Monficur leBachelier ne
s en desfait pas mieux que des textes de l Efçriture. le fçay
bien, dit-il, que vous alléguerez le tefinoignage de S. Hicrofme, qui dit que tout le monde gémit fous l’Arrianifine j & enfcmble celuy de Saind Athanafc, qui fe plaint qu’il n’y auoit
plusd’Eglifè qui adoraft Iefus-Chrift auec liberté, lors que
ceux qui auoient de la pieté eftoient en danger. Mais certes il
paroift bien que vous ne comprenez pas le dire de ces Peres:
parce que Saint Hierofme par toute la rerre entend vne partie
de la terre, à fçauoir 1 Orient, qui eftoit le plus infedé de cet­
te Hercfie. Car il cft confiant par la ledurc des Hiftoires, que
l’Occident eftoit cn ce temps-là fort Catholique, & qu’il y eut
pluficurs grands Perfonnagcs qui s’oppoferent à la fureur de ce
monftre, comme vn Vidorin & vn Optât Mileuitain cn Afri­
que jvn Eufebe en Italie, vn Hilaire cn France, & pluficurs
autres que nous ne nommons pas. Et ce qui cft bien plus re­
marquable, dans l’Orient mefme qui eftoit le plus gafté : plu­
fieurs Proninces Sc Dioccfes fe maintindrent genereufement
cnla Foy Orthodoxe, par les foins & par la diligence d’vn S.
Bafile, d’vn Saind Athanafe, d’vn Saind Grégoire de Nyflê,
d’vn Saind Grégoire le Théologien , d’vn Saind Anthoine,
& de pluficurs autres Sainds Dodeurs. Il eft donc faux qu en
ce temps-là le Corps Vniuerfel de I’Eglife fut empoifonné pat
le venin des Arriens.


hiictiéme Refponft,
Tout cela n’eft que du fable des Landes, bien propre à aueugler les yeux des pauures Païfans, mais qui ne ff auroit obfcur­
cir la veué de ceux qui entendent tant foit peu les veritez de la
Théologie & de l’Hiftoire. Car pour cc qui regarde le tcfmoignagede Sainél Athanafe, & de Sainél Grégoire de Nazian­
ze, comment eft-ilpoftible que ces Peres & autres leurs Con­
temporains ayent maintenu genereufeinent en la Foy Ortho­
doxe plufieurs Prouinces par leurs foins & parleur diligence :
puis quils en eftoient bannis parle commandement de l’Em­
pereur Conftantius; & qu ils ne furent rappeliez qu’apres fi fâern:
mort, félon le tefmoignage de Sainél Hierofme ? Puis qu’ils fc dial.cent.
plaignent eux-mefmes, que ceux qui femblôient aiioir retenu LutifiriS
la pure Doélrine eftoient diuifez les vns contre les autres? & Bafil. c’qu’ilsfevoyoicntenuironnczd’affliélions femblables à la defolation qui furuint à Ierufalem, quand elle fut affiegéepar
'
Vefpaftan?

Si cela eftoit vray que plufieurs Prouinces fe fufïent genereufement maintenues en la foy : pourquoy Sainél Bafile fc Bafil. Eplaindroit il, que les Eglifesfont dcfôlécs & réduites à vne ex1- /?'#• 6#.
treme foiblelfe j que le mal de l’Hcrefic ronge tout; queles 7°*
Maifons d’Oraifon font têrmees ; qu’il n’y a plus nulles affemblécs de Chreftiens , nulle conduite de Doéteurs ; que les Do~
élrincs falutaires ont ceffé ?
Pourquoy diroit Sainél Athanafe que par tout où il y a des 4tban.fi.
gens pieux, il faut qu’ris fc cachent comme le Prophète Elie advitam
dansles cauerncsSc dans les trous des rochers; ou qu’ils demeurent errans dans les folitudes ?
Pourquoy Sainél Grégoire de Nazianze, dans Ictefmor- Cre(r
gnage que iay cité de luy, diroit il que la Doélrine de la Foy
eftoit tombée; & que l’Eglife eftoit tellement infeélée de l’Ar - in lande
rianifme, que les Troupeaux & les Pafteurs, fort peu exceptez afthanafi,
eftoient engagez dans l’erreur ?
Pourquoy Sainél Hilaire parlant des Eglifes d’Orient, af Hibr.là
feureroit il, que les dix Prouinces d’Afie eftoient dans l’ignb- de syn°rence de Dieu, eftans infeélées de 1 Herefic Arricne ? Que c’cftoit choie rare de trouuer vn Euefque ou vn peuple Catholi­
que parmy les Orientaux r mais que par tout on ne voyoit que
fcaudalvs, que fchifuics Ôc perfidies. Eft-ce bien entendre le

Qsvi

42 2

Defenfc de la

langage de ces Peres, de louftemr que par leurs foins plufieurs
Prouinces s eftoient genereufement maintenues en la Foy >
Pour le regard de Sainél Hierofine voicy comment il parDial.cot._ le touchant l’eftendué de l'Arrianifme. Le monde,dit-il, ae.
mit,& s’eftonna de lé voir Arrien. Et là-dclfus MonfieuHe
Bachelier a bien fuiuy la refponfe du Cardinal Bellarmin, qui
dit, que par le monde, il faut entendre vne grande partie du
' inonde : Mais il a tort de reftreindre cette partie aux Eglifes de
Hiero in Prient, & de dire que l'Occident eftoit en ce temps-là fort
133. Catholique. Car Saint Hierofine luy-mefme tefmoigne ma* nifeftcment le contraire, quand il
que l’Eglife eftoit là où
eftoit la vraye Foy : mais qu’au refte les Heretiques polfedoiéc
in tous les baftimens des Eglifes.
CTronic.
Quand il alfeure que prefque dans tout le monde toutes
ad aww. les Eglifes eftoient polluées parle commerce des Arriens fous
le nom de paix, & lôus l’authorité du Roy.
Vos propres Doéteurs ont rendu tefmoignage à la mefme
Er.z'm. , verjt^} quand üs ont dit qu’au ternes de Saint Hilaire la faétion
Htlariii des Arriens auoit eftendu fi auant lés racines, & s’eftoit telle*- ment fortifiée, que le monde chancella quelque temps dans
l’incertitude de quel cofté il tomberoit : fur tout lors que tous
eftoient contraints de fe joindre au party des Arriens, par les
exils, par les pillages, parles menaces, & par-la crainte de
l’Empereur.
Vtnce.Ly
Quand ils ont déclaré que le venin des Arriens auoit falli
^redno- non tîllc^<luc petite partie, mais quafi tout le monde.
uationts.
Quand ils ont alfeuré que cette prophané nouueauté des
Arriens ayant premièrement gaigné l’Empereur de tous, &
fdt.ibidc fubjuguéfousdesnouuellesloixtoutes les telles les plus émi­
nentes de l’Empire, ne cefla point de tourmenter tout le mon­
de, & de confondre l’vniuers. Que dites-vous à cela Monfieur
le Millionnaire des Landes ?
tAthan.
Croyez-vous bien qu’en ce temps - là l’Occident fut fort
lib.AtSy' Catholique, lors que Liberius Euefque de Rome foufcriuit
nod, adfo luy-mefme à l’Herefie des Arriens, qui nyoient la Diuinité de
//r.wftïw lefi,s-Chrift?
‘ffillcït
Aunent'

Croyez-vous que les Eglifes d’Occident eftoient fort Catholiques, lors que Samél Hilaire difoit qu’en ce temps-ü'M

huictiéme Refponfe',
493
ne falloit point chercher I’Eglife dans les édifices: mais dans
les montaignes & dans les prifons ?
Voudriez-vous faire à croire que FOccident eftoit fort
Catholique, lors que prefque tous les Euefques Latins auoient f^incetità
leurs encendemens obfcurcis de tenebres, ayans efté trompez,
les vns par fraude, les autres par violence? Certes û vous le
croyez, vous n eftes pas plus fçauant en Hiftoire qu’en Théo­
logie j & fi vous le voulez faire à croire, vous voulez perfiiader
vne erreur cotre le tefmoignage des Saints Peres qui viuoient
de ce temps-là, & contre le rapport de vos propres Dodeurs,
qui entendent mieux l’Hiftoire que les Bacheliers en Théolo­
gie.
le fçay bien que tous ces Euefques & pluficurs autres, loit
dans l’Orient, foit dans l’Occident, fe garentirent des attein­
tes de cette damnable Herefie, qui deftruifoit le fondement de
la Foy Chreftienne. le fçay bien que ces Peres animez de
l’Efprit de vérité firét tous leurs efforts, & s’oppoferent vigoureufement au progrez de cette erreur : Mais leurs refiftances
n’empefeherent pas que l Eglife ne tombait dans vne dcfolation extrême en fon eftat extérieur : puis que félon leur con­
feflion elle n’auoit plus de lieu pour s’affembler; ny fes vrais
Dodeurs la permiffion d’enfeigner ; ny les fideles la liberté de
çonfeffcr de bouche la vérité qu’ils auoient dans le cœur.
Contre cela Monfieur le Bachelier nous objede les paro­
les de Caluin. D’ailleurs, dit-il, c’eft donner le démenty à
Caluin qui affeure, que c’eft vne chofe notoire & hors de dou- Ca^Ut in“
te, que depuis l’âge des Apoftres iufques au temps des Saints
Dodeurs, il ne s’eftoit fait aucun changement de Dodrine,
ny à Rome ny aux autres Villes. Si la Dodrine des Apoftres,
adjoufte-il, n’a point changé dans Rome iufques au temps des
Sainds Dodeurs. Donc l’Arrianifine, ny aucune autre er­
reur n’y a efté en vogue durant tout ce temps-là.
Si Maiftre Chiron euft voulu pouffer deux lignes plus auant
dans la citation de ce tefmoignage : il auroit defcouuert l’in­
tention de Caluin, qui renuerfe tout fon raifonnement dans
les paroles fifiuantes; &fait voir que nous fommes d’accord
auec luy, comme il eft d’accord auec la vérité de l Hiftoirc.

Caluin dit que la dodrine n’a point fouffert de changement
Q3 q iij

«

4£4

Dtfenfe de U
ny à Rome hy aux autres Villes, depuis le temps des Apoftres
iufques au temps des Sainéts Doéteurs : Et qui de nous a dit le
contraire? Mais Caluin adioufte expreflement, qu’ils ont pris
cela comme vn principe fuffifant à renuerfer tous erreurs qui
s’eftoient cfleuez de nouueau. Il s’efleua donc des erreurs de
leur temps, qui eurent vogue dans Rome & dans les autres
Villes : puis qu’ils trauaillerent à les renuerfer comme contraires à la vérité des Apoftres. Et c’eft ce que nous difons, quand
nousalfcurons que l’Eglife tomba en defolation de fon eftat
extérieur par l’Herefie & faélion des Arriens au temps d’Atha'
nafe, Bafilc, Hilaire, Grégoire de Nyfte, Grégoire de Nazianze, & autres que nous appelions Sainéts Doéicurs.
C’eft ce que Mr. le Bachelier eft contraint de confeflér dans
la fuite de fon difeours. Peut eftre,dit- il,que vousferez encore
affez curieux pour demander l’intelligence des deuxpaflàgcs
alléguez. C eftpourquoy ie vous diray que cesPerespouffans ces iuftes plaintes entendent parler du Côcile d’Arimini,
où les Euefques Latins, qui n’eftoient pas bien inftruitsdans
toutes les lubtilitez de la langue Grecque, fc IaifTerét furprendre par l’artifice des Arriens, non pas quant à lafubftancede
leur foy, comme le mefine Sainét Hierolme le rapporte dans
ce lieu défia cité : mais dans l’intelligence du mot Grec Homoyotifion> qu’ils croyoient lignifier la Confubftantialité du
Verbe auec le Pere : dont ayans efté aduertis de leur erreur ils
fe retraélercnt incontinent après.
Çal.6. 3,
quelquvn, dit Sainél Paul yScflime eflre quelque ebofe,com­
me ainfi foit quil ne foit rien , il fe déçoit foy mefine parfa fantafie,
Maiftre Chiron ne fe contentant pas du tiltre de Bachelier,
veut paffer pour vn grand Doéteur: mais à mefme temps qu’il
affeéte de paroiftre fçauant, il fait connoiftre qu’il ne l’eft pas.
Son affeélation prelomptueufe fe démontre en ce qu’il veut
faire la leçon à tous les Euefques aftemblcz au Concile d’Arimini ,& qu’il fuppofe en eux peu d’intelligence de la langue
Grecque, afin de paffer pour Doéleur en Grec : comme s’il
falloit eftre fort fubti 1 pour diftinguer le mot Homoufios, qui li­
gnifie confubftantiel ou coeflentiel,q.ue les Arrfës rejettoienr,
d auec le terme Homoyoufios, qu’ils vouloient introduire, parce
<^u’il lignifie femblable enefïence ou en fubftancc, pour dire

>

huictiéme Refponfe,

495

que le Fils n’eftoit pas d’vne mefine elf’encc auec le Pere.
Mais il defcouure fon ignorcnce, quand il dit que les Euef­
ques Latins fe laiftercnt furprendre aux Arriens par l’ignoran­
ce de ce mot qu’ils n’entendoient pas. Car s’il auoit bien leu
la relation que Sainét Athanafe a fait touchant ce Concilejs’il
en auoit veu les aâes, il auroit trouuc que tous les Eucfques
ayans ouï lire la Confeftion que les Arriens auoient prefentée,
iis defcouurirent leur fraude ; & que tous d’vn confentement, „od'Arim
fans aucune différence d’aduis condamnèrent les Arriens, y &fileuc.
depoférent quelques-vns de leurs Partifans, qui y eftoient ve- ÿdem in
nus j&s’arrefterentàlaverité, fuiuant le decret du Concile
de Nicée. Qui eft ce donc qui blafmera d’imprudence oude"fl<iJ
fiirprife ce Concile d’Arimini ? Sera-ce Sainél Hierofme ? Il
cft vray qu’il dit qu’on trouua bon d’ofter le mot d’cffenceou [Oa.aàuer
de fubftance, parce qu’il ne fc trouuoit pas dans 1 Efcriturc : Luci^nà
mais il adjoufte que les Euefques ne fe foucioient pas des ter­
mes , parce que le fens demeuroit en fon entier félon l’abncgation qu’ils faifoientde l’Arrianifme. Nous dirons donc plutoftaucc Sainél Athanafe, qui n’approuuera la pieufe prudence de ccs Eucfques aflémblez à Arimini, d’auoir fouftenu les ybifom.
trauaux d’vn long & pénible voyage, 8c de s’eftre expofez à de
fi grâdsperils fur la mer,pour ofter de l’Eglifc ceux qui auoient
les fentimens de l’Arrianifme ; 8c pour conferuer les traditions
8c les decrets Canoniques de leurs Peres en leur entier?
le pouuois diftimuler cette ignorence de voftre Bachelier,
& en tirer de I’aduantage pour vous cn faire à croire. Mais//
quelqu'un eft ignorant qu ilfoit ignorant : Quanta nous, nous n’a- i.Cor.14.
uons pas appris de dcfguifer la vérité pour la défendre ; Et puis 38.
qu’elle ne craintricn tant que d’eftre cachée, nous la mettrons
au iour, comme nous l’auons apprifè de l’Hiftoire. C’eft que
Liberius Euefque de Rome après auoir refifté aux promeffes 8c
aux menaces de l’Empereur, qui le vouloit attirer dans le party
des Arriens : Enfin ayant fouffért deux ans le banniflèmentpourvncfi iufte caufe, il l’abandonna par l’impatience
de fes miferes j&foufcriuit à l’Arrianifme par Papprehenfion
j.
de fouffrir la mort-.comme Sainél Athanafe s’en plaint dans ^oismr
1 eferit qu’il adreffe à ceux qui viuoient comme luy releguez vitam adansia folitude. Bien plus, c’eft que luy-mcfmc conféntit a gentet.

*
49$

Defenje delà

la condamnation de Saind Athanafe, quoy qu’il fçeuftqn’fl
fouffroit perfecution pour la caufe de la foy, comme tefmoiSêll. l.$. gne le Cardinal Bellarmin. Et pour faire paffer fôn fentiment
del^j.pô comme vn iugement de toutes les Eglifes Latines : ileferiuie
/»/. c. 9. en ces termes aux Chefs des Arriens, félon le tefmoignage du
'Baron.to Cardinal Baronius, Que voftre prudence fçache qu’Athanafe
a
feparé de la Communion de I’Eglife Romaine.
A fon imitation tous les Euefques d’Occident tombèrent
en pareille faute ; les vns eftans intimidez par les menaces de
l’Empereur, afin de conleruer leur vie & leurs offices; les au­
tres cftans trôpez par les fraudes des Heretiques ; & ne croyans
pas eftre Arriens, pour fuiure les fcntimës de ceux qui auoient
Hier.tliAl de leur bouche publiquement abjuré 1 Arrianifmc. Alors
aduerjM. s’accomplit le dire de Saind Hierofme, que tout le inonde geLuc/fèria mit de fe voir Arrien : parce que les Euefques Latins en Occi­
dent eftoient tombez dans l'erreur, auffi bien que ceux d'Orient. Et de quelque principe que procedaft leur égarement,
foit d ignorence ou de lafeheté > foit qu’ils fuflent infedez de
ce venin en effet ou en apparence : nous pouuons dire qu’alors
I’Eglife eftoit dans vne extreme defolation : puis que les vns
auoient renié la vérité de cœur; & que les autres n’ofoient pas
la confeffer de bouche.
Sur ce que fay allégué en paflant delà corruption qui fê
trouue dans les mœurs des Pafteurs de I’Eglife Romaine,Mon­
fieur le Bachelier s’eftend amplement, mais inutilement, par­
ce que c eft vne vérité que vos Dodeurs n’ont iamais conteftéc. Il faut, dit-il, faire grande différence entre la vérité de la
dodrinc & la faindeté des mœurs. Quant à la fainteté des
mœurs, quoy qu elle fut ficc. page 95. 96. 97.
S’il ne faut iamais difputer des chofes dont on eft d’accord,
cette diftindion du Bachelier, & toutes les paroles dont il fe
fert pour l’amplifier font fuperflués : puis que nous Renfeignôs
auec tant d’éuidence, que i’ofe dire qu’il l'a-apprifc de nos Do­
deurs. Nous fçauons que 1 Eglife eft Sainde ; que l’Affeæblée des fideles qui l’a compofent eft la Cômunion des Saints^
^.5. 25 & que Iefus-Chrif s’ef donnéfoy tnefme pour elle, afn qutl l’a fart'
35.
tlifafl : Mais nous fçauons auffi que la faindeté n’eft pas vne
marque qui l’a faflê connoiftre» Car fi la faindeté cft intérieu­
re ï

497

Iwifliéme Refponfe,

re,commeil efl; vray que la gloire de l’Efpoufe eft en dedans:Il n’y a que Dieu qui l’a puifle defcouurir, car luy feul connoift
les penfées des hommes -, 8c luy feul qui fonds les cœurs, connoifi
quelle efi taffection de fefprit. S il eft queftion d’vne fainteté ex­
térieure : il eft vray qu’il faut que noftre lumière reluife deuant Matk. 5,
lesliommes, afin qu’ils voyent nos bonnes œuures, & qu’ils I<5,
glorifient noftre Pere qui cft és Cieux. Mais les Hypocrites
peuuent fe couurir des apparences de la pieté, quoy qu’ils en
ayent renié la force, ils viennent en habit de brebis , mais par de-.
dans ilsfont des loups rauiffans , comme dit Iefus-Chrift en PR-JS*
uangile.
Nous fommes aufli d’accord non feulement auec voftre
Bachelier, mais aufli auec tous vos Dodcurs, que la vérité &
faine Dodrine des Apoftres cft le fondement qui fouftient l E­
glife ;& puis que 1’Eglilé eft la Colomne.de la venté: il n’y 3point de doute que ce n'eft pas lEglife là où regne Içrrcur &.
le menfonge. C’eft pourquoy comme voftre Bachelier dit vé­
ritablement que la vérité de la Dodrine 8c la pureté delà Foy
eft l’eflence 8c l’ame du Chriftianifme, laquelle maintient l’E­
glife : mais que la fainteté des mœurs n’clfpas abfolument neccflaire pour la faire fubftfter, 8c pour la conferuer cn fon eftre j
8c que la corruption des mœurs n’abolit ny n’erteint pas l’Egli­
fe. Aufli diions nous auec Caluin, que par tout où le Mmi- _
,„
fterc de la parole deDieu 8c des Sacremens demeure cn fon en- à*
tier, il n’y a nuis vices touchant les mœurs, qui empefehent
que là il n’y ait Eglife.
Mais fur cela ic vous prie de faire trois remarques, qui vous
flcfcouurirontrcftatdclaControucrfe, 8c la mauuaife foy de
voftre Bachelier.
La première cft, qu’en fuiuant les fentimens de Caluin, il
s’cfloigne de la creance de l’Eglife Romaine. Car fi l Eglife
peut fubfiftcr là où il n’y a nulle fainteté de mœurs : Pourquoÿ
vos Maiftres vous propofcnt-ils comme vne marque de JEglife la fainteté de fes Dodcurs? Pourquoy le Cardinal Bellarmin 'SeUarm'.
dit-il que la vraye n’a pas feulcmét vne dodrine fainde, mais//£. 4. ie
aulfi des Dodeurs fainds?Pourquoy nous reproche-il que par- noiis.Sciny nous il n’y a pas vn faind ny vn homme de bien s Pourquoy
fc gloxifie-il que voftre Eglife cn eft pleine, finon pour mon-,

Rr r

49§

T>éfenfe de U

trer que I’Eglife Romaine eft la vraye, & que la noftre he l’eft
pas ? Et pourquoy leCardinal de Richelieu à fon imitation a-il
tait vn grand chapitre dans le traité de fa Méthode, où il eftal1c auec exagération tous les vices dont on accufé nos Refor­
mateurs , finon pour prouuer que nous ne fommes pas la vraye
Eglife? Mais voftreBachelier nous met à couuert de ces re­
proches, quand il fait cette refponfe pour nous, que la corru­
ption des mœurs ne deftruit pas I’Eglife ; & que la fainteté
n’eft pas abfolument necclfairc pour la maintenir. Vous voyez
qu’en cela ce Preftrc parle comme vn Reformé,& non comme
vn Catholique Romain ; & que cc Soldat de voftre Eglife defertc fa Milice, &fe range de noftre cofté, quand il fait fem­
blant de nous combattre.
La fcconde remarque, que ie defire que vous fafliez, eft
qu’il parle contre la pieté & cotre la vérité, quand il veut prou, uer que U Synagogue des Iuifs eftoit la vraye Eglife, lors que
Iefus-Chrift eftoit fur la terre; & qu’il ne falloit pas s’en fepa­
rcr, encore que l’impiété regnaft parrny les Saducicns, l’hypocrifie parrny les Pharifiens, la corruption parrny les Sacrifi­
cateurs , & Doéleurs de la Loy ; & toute forte de vices parrny
le peuple. le dis que ce fentiment eft contraire à la pieté : car
n’eft-ce pas infinuër cette pensée dans les Efprits, que l’Eglifc, hors laquelle il n’y a point de falut, peut eftre vne alfemblée
d’impies & de prophanes ? Et n’eft-ce pas à mefme temps le
moyen de perfuader qu’on y peut eftre fauué en commettant
toute forte d’excès? le dis aulfi que c’eft vn langage contraire à
la vérité. Car quoy que la faintefé des mœurs ne foit pas vne
marque infaillible de 1 Eglife, à caufe des hypocrites, qui pren­
nent le mafque de la vertu: neantmoins quand on y voit régner
toute forte de vices impunément par le filence de ceux qui les
deuoient reprendre, & auec approbation de ceux qui lesdehoient corriger; quand on s’y abandonne à toute dilfolution
fans aucune crainte de Dieu, pour authorifer toute forte d’ex­
cès, & pour fauorifer à ceux qui les commettent : alors c’eft
vne preuue certaine, que fon eftat extérieur eft bien defole:
puis que ceux qui y confeflcnt Dieu de bouche, le renient par
leurs aélions. Et quoy que Dieu y puifle conferuer quelques
fideles ,qui ont fa crainte dans l’ame, & la pieté dans le cœur;

buîctiéme Reftonfi



4«)>

& qui ne communiquent point aux œuures des iniques : on ne
peut point nier pourtant que fa forme vifible ne foit tombée en
ruine, quand la foy n’y eft point opérante par charité; quand
cét arbre n’y produit point de fruids ; quand cette foy ne fe dé «
montre pas parles œuures, & qu’au contraire la charité y eft
refroidie par la multiplication des injuftices,& que la foy y pa­
roift morte parle nombre infiny de mauuaifcs actions.
Or telle eftoit la corruption de la Synagogue Iudaïque an
temps que lefus-Chrift eftoit fur la terre. L’impiété des Sadu­
ciens nioit 1 exiftence des efprits, l’immortalité des âmes, & la
refurredion des corps; ce que lefus-Chrift reprend comme Marci*
Vne erreur dans les.ibndemens de la Foy. L’hypocrifie des 2?»
Pharifiens faifoit confifter tout le feruice de Dieu dans l’obferuation des traditions humaines, & dans vne apparente fainteté : de laquelle le Sauueur dit à fes Difciples,// Voftre jrtftice ne Math. 5
furpajjc celle des Phartftens, vous n'entrerez point au Royaume des 20.
Cieux. La corruption des Sacrificateurs auoit eftably la ban ­
que dans la Maifon de Dieu ; & de la Maifon de priere en auoit
fait vne cauernede brigands, par vn traffic quç le Seigneur ju­
gea digne du fouet, & qu’il voulut luy-mefme punir dans là jixlte colère. La déprauation des Scribes & Dodcurs de la Loy
authorifoit par des faulfes interpretatiôs de la Loy le courroux 2j. 28*
desfreres,lesappetitsdcvengeance,lahainedcsenncmis,les 44.
conuoitiles des adultérés, les diffolutions des mariages, les
iurcmcns téméraires, les mefpris des enfans enuers leurs peres 1
5c mères ; Et le peuple fuiuant la diredion de ces Condudcurs
aueuglcs s’abandonnoit fans aucun fentiment de confçience,* 1 ‘ '
commettre tous ces péchez.
Cependant c’eft ce monde d’impics, d’hypocrites, de preuaricateurs, de mefehans, d’aueugles, de prophanes; cette
engencc de viperes, cette nation incrédule & peruerfe, cette
race de meurtriers des Prophètes, que Monfieur le Bachelier
veut faire paffer pour la vraye Eglife du Fils de Dieu,de laquel­
le on ne fe deuoit point fc feparer. Eft-il polfible que cette affemblée des ennemis de lefus-Chrift 9 qui ont accusé fa vérité •
de menfonge, fes miraclesd’impofture, fes paroles d’extrauaganceôcdeblafphcme, fa vie de débauche Se dedéreiglcment, 5c qui l’ont condamné comme vn crimincRfuft la vr ave
Rrr ij

, -,

\

'
Deffenfe de la



Eglife de Chrift ? Certes h l’Eglifc deChrift eft le troupeau de
fes brebis, qui efeoutent fa voix, l’Efpoufe qui luy eft fujette
comme vne femme à fon mary j ft les fideles qui ja compofent
font les membres de fôn Corps myftique, qui dépendent de
luy comme de leur Chef : il n’eft pas croyable que ceux-la fuffent la vraye Eglife, qui ont reietté la voix de ce Pafteur. & ne
l’ont point voulu entendre ; qui ont crucifié cét Efpoux au lieu
de fe ious-mettre àluy; & qui ont fait mourir ce Chef, au lieu
de s’y affujettir.
Que le Bachelier ne die pas que Iefus-Chrift commande
aux troupes & à fes Difciples d’efeouter les Scribes &Phari». a. 3. fiens qui eftoient affis fur la Chaire de Moïfe, & de garder tou­
tes les chofes qu’ililcurs commandoient de garder, mais de ne
faire point félon leurs œuures j qu’il ne conclue pas de laque
les Scribes & Pharifiens eftoient la vraye Eglife: parce qu’ils
conferuoient la vérité de la Doélrine parrny la corruption des
'Mat.16. mœurs. Car fi Iefus-Chrift leur comande icy de les efeouter,
<f. 12» ailleurs il leur enjoint de fe donner garde du leuain de leur do­
élrine. Il leur commande d’obeïr aux Pharifiens affis f ur la
Chaire de Moïfe, c’eft à dire, quand ils enfeigneront des doélrincs conformes à la Loy de Moïfe. Mais il les aduertit de fe
garder de leur leuain, c’eft à dire des traditions qu’ils auoient
adjouftées outre & contre la parole de Dieu, qui corrôpoicnt •
Ç4/.5. p. le vray fens de la Loy, comme vn fett de leuain enaignt toute lu
faste.
Puis donc qu’ils n’auoient ny l’integrite des mœurs, ny la
. pureté de la Doétrine : il n’y a pas d’apparcce que Iefus-Chrift .
les aye voulu faire confidcrer côme la vraye Eglife,de laquelle
jl ne falloit point fc fcparer : autrement il ne diroit pas à fesDif’jean 15. ciples, qu’il les a efleus du monde, & que le monde les a en
ip.
hayne, parce qu’ils n’cn font plus ; il ne feroit pas cette plainte
'Mat.-i-]. contrelesluifscnleurreprochantleur incrédulité. O Nation
17.
incrédule & defens renuersè^jufques à quandferay-je auec vous } S’ils
euffent efté la vraye Eglife, qu’il n’euft pas fallu quitter; il ne
leur auroit pas fait luy - mefme cette prediélion, voicy vostre
38.
maifon s’en va vous ejlre laijféc deferte. 11 eft v-ray qu’il n’apas
voulu fc fcparer de leur Cômunion extérieure durant les iours

de fa chair : parce qu’il deuoit mourir parrny eux, pour accomj;

lottictiéme Refponfe.
5°I
plir par fa mort les Oracles d es Prophètes , & po ur faire fucceder la vérité de la grâce aux figures de la Loy.Mais depuis qu’il
eut donné l’accompliffement aux figures & aux Prophéties : il
voulut que fes Difciples & fes fideles fc départifl’entd’aueC
eux. Auffi voyez-vousqu’aprésl’Afccnfion du Fils de Dieu ex/c7.2;
les croyans faifoient leur Communion à part ,8c hors de lafo- 42,
• cieté des incrédules ; Et c’eft pour cela que Sainél Pierre exhortoitles appeliez dilant, fauucz-vom de cette génération per- Hcl.2.^9

uerfe.
Où eftoit donc, direz-vous, la vraye Eglife, lors que le Sei­
gneur eftoit au monde ? elle eftoit recueillie, corne nous auons^
défia dit, en la Perfonne de lefus-Chrift,de fes Apoftres, & de
quelques fideles qui croyoient en Ion Nom. Il eft vray que fi
vous vous arreftez aux apparences, vous fuiurez le iugement
de voftre Bachelier ; & vous lailfant tromper par l’elclat des
chofes vifibles,vous croirez auec luy, que la vraye Eglife eftoit
l’Affembée des Scribes 8c Pharifiens 8c du peuple Iudaïque:
parce qu’ils auoient de leur cofté la fucccflion des Pontifes,
l’Ordre des Sacrificateurs & Leuites j les Doéleurs de la Loy,
le Temple & les Ceremonies du Scruice Diuin, auec l’authoritédubras feculicr, & des puiflances temporelles. Mais la
compagnie des fideles qui eftoient à la fuite du Fils de Dieu,
eftoit deftituée de tous ces aduantages ; Ils eftoient la plufpart
de la lie du peuple d’vne naiftance baffe,des emplois le plus raualcz; leur Maiftre tenoit le dernier rang fur la terre : parce
qu’il y eftoit en forme de Seruiteur, n’ayant pas feulement où
repofer fa tefte ; accusé de vouloir défaire le Temple, changer A#Z.r4
les Ordonnances de Moïfe, & fubuertir la Nation. Ccpcn- Luc 23.
dantfivous iugez d’vn droit iugement & félon la vérité des 14*
chofes; 8c fi là où eft la vraye foy, là eft auffi la vraye Eglife,
comme difent les Peres : vous trouuerezque cette feule Com- ^mbrof
pagnie eftoit la vraye Eglife : puis qu’elle feule auoit la vrâye'CfcryPA
loy ; puis qu’elle feule auoit creu 8c confeffé que Iefus eftoit le
Chrift, le Fils du Dieu viuant. Cette Eglife ne paroifToit rien
au monde ; elle eftoit cachée dans le corp s extérieur de la Sy­
nagogue desluifs: tellement que comme lefus-Chrift le Chef ha 1 26.
de l’Eglife conuerfoit parmy eux fans eftre cônu: auffi auoient- Ha S.tÿ.
ils l’Eglife au milieu d’eux fans la connoiftre. C’eft pourquoy
Rrr iij

$04
Defenje de la
tiê ïj. eftant interrogé par les Pharificns, quand le Regne de Dieu viendraitA
»°î
il leur refpondit auec v erité, Voicy le regne de Dieu eft dedans vous. ’
Voila la véritable image de l’eftat de la vraye Eglife, qui
eftoit cachée dans le Corps extérieur de l’Eglife Romaine
auant la Reformation. Ic ne veux pas faire vn parallèle de la
Synagogue auec l’Eglife Romaine ; des Souuerains Sacrificateurs,des Scribes des Pharifîês & Doéleurs de celle la,auec les
Souuerains Pontifes, les Cardinaux, les Prélats, les Preftres,
vfugufl. & Moines de celle-cy. I’ay appris de Sainél Auguftin qu’il ne
fyft'W faut pas imiter les Heretiques, qui ont accouftumé d’objeéler
des crimes, quand ils ne peuuent pas reprendre la Doélrine.
Jdem E- Te fçay, comme dit luy-mefme, que ceux qui enfeignent, peu/J7.136. uent parlcr bien, ôc viure mal ; Et ainfi félon l’aduis de cc mefide^ mcD°éleur, ie croy qu’il ne faut pas mefdire de l’Eglife cn
iib.£ccïe( klafinant les mœurs des hommes,fi elle mefme les condamne}
Cathol.c. ny deferier fes mauuais enfans, fi elle mefme tafehe de les cor34,
riger. Maisi’aduanccray hardiment cette propofition; ôc ie
croy qu elle palfera dans vos elprits pour véritable: C’eft que ft
vne Eglife non contente de tolérer les<vices, les authorifé en­
core non feulement par exemple, mais mefme par des confti­
tutions contraires àla Loy deDieu : fans contredit elle n’eft
plus Eglife que de nom ; ôc ce delrciglement de mœurs eft vne
erreur cn la foy, qui rend ceux qui y tombent dignes de cette
£/h.j.îo malcdiélion que Dieu lance contre ceux qui appelles le mal bien,
& la lumière tenebres. C’eft par cette railon que Sainél Paul
‘Rjm. 1. rend les Payens du tout inexcufables deuât Dieu:parce qu ayant
3 2•
connu le droit de Dieu, àfçauoir que ceux qui commettent telles chofes
font dignes de mort, ne les commettent pasfeulement ; mais aufsi fauorifent à ceux qui les commettent. C’eft par cette mefme raifon que
« Iefus Chrift condamne les Pharifiens-.parce qu’ils auoient annullé le Commandement de Dieu par leur tradition. Si donc
iefay voir que l’Eglifc Romaine s’eft rendue coulpable de ce
defreiglemét : vous ne pourrez plus douter qu elle ne foit tom­
bée en ruïne, quand elle eft tombée dans cette corruption :
puis qu’elle cft tombée dans la perte de là làinteté, ayant per­
du la pureté de la doélrine. Or c’eft ce qui me fera facile de
vouslâirevoir,nonparlcsparoles de nos Doéleurs, dont le
tefinoignage vous eft lùfpcél, mais par la voix de voftre propre

huictiéme Refyonfè.

jo$

Eglife, qui dépofe contre elle-melme en faueur de cette vérité.
Lifez les Decrets de vos Pontifes,les Canons de vosConciles,
qui font reigles de voftre conduite, les déclarations de vos
Dodeurs, & les decifions de vos Cafuïftes j & vous trouuerez
qu’il n’eft nulle forte de pechez, que ces Decrets, ces Canons,
ces Déclarations & Decifions n’authorifent, & qu’elles ne
donnent la permiflion de commettre contre la Loy de Dieu
qui les défend.
Voulez-vous que l’Atheifme vous foit permis? C’eft vn
Stapl.par
Ateifme, dit véritablement le Iefuïte Stapleton,non feule­ i. orat..
ment qând on ne recônoift point de Dieu, mais aufli quand on
en adore plufieurs,ou quand on n’adore pas le vray Dieu en
vérité. Mais le Pape vous donne la licence de l’vn, quand au
iour de fon Sacre, eftant placé fur l’Autel, il fe fait adorer par
fes Cardinaux, côme l’Aigneau par les vingt-quatre Anciens.
Ttlet.l.q.
Etie Cardinal Tolet vous accorde la permiffion de l’autre, de
inflr.
quand il dit, que nous ne fommes pas obligez par commcndc- Sacerd.e.
ment d’aimer Dieu plus que toutes chofes, quant à laferueur 9*
ou vehemenfe de la diledion.
Voulez-vous auoir des images de Dieu&lereprefenter
par la figure de l’homme corruptible, des oifeaux & des beftes
à quatre pieds , comme faifoient autres - fois les Payens?
Voulez - vous auoir d^iutres images des Sainds pour la de­
uotion, vous profterner deuant elles, & les feruir religieufe­
ment ? Voftre vcncrable & facré Concile de Trente , Cw»7.7Vi
vous l’ordonne, comme vne chofe pieufe, contre l’exprefîe dcnt.fcff.
deffenfe de Dieu. Et fi vous ne voulez pas prédre la peine d’al­ 2 5*

yaffuez..
ler dans les Temples pour les adorer : vnde vosDiredeurs de de adorat
confçience vous dira que vous pouuez tres-bien les adorer lors l. 2.c. 5.
qu’elles font encore cnla boutique du Peintre j ou en quelque
autre lieu que ce foit.
Voulez-vous auoir la permiffion de prendre le Nom de
Dieu cn vain par des iuremens temeraires, des parjures & des 7'olet. I.4
blafphemçs ? Vos Cafuïftes vous l’a donnent, quand ils difent cap.21.
ëmSa.v»
que celuy qui jure fans neceflité, & pour des chofes de néant ce \warn
ne peche point mortellement; que le iurement d’vne chofe in­ ait. to.
différente n’oblige point j& que celuy qui blafpheme cn co­ Toi. l. 4*
cap.13.
lcre ne peche pas mortellement.

504

Défènfî de la

Voulez-vous eftre difpensé de lafanCtification du iour du
repos & des feftes que voftre Eglife confacrc à ladeuotion?
Tolet.
Vos Directeurs vous diront qu’aprés auoir ouï Mefte,il eft pcvL
Caje/ztn. mis en ccs iours là de voyager, d’aller à la Chafte, à la Comé­
die & aux fpeCtaclcs du Théâtre; & enfin de trauailler parla
permiftion du Pape, ou d vn Euefque.
Voulez vous des Canons & des Déclarations quidifpenfent les fujets d obcïr à leurs Souuerains, & les enfans d’obcïr
à leurs peres & mères ? Vos Pontifes vous dônent ces Canons;
GrIgor. quand ils vous abfoluent du ferment qui vous attache à l’obcifV/tlcap. lance de vos Souuerains, qu’ils ont excoipinuniez; & vous dé­
15. q.6. fendent en toutes manières de leur garder fidelité; & le tout
par authorité Apoftoliquc, conformement aux ordres de l’Apoftrc Sainét Pierre , qui vous dit, Rendez ■'vousfujets a tout ordre
î. Tier.i
V-

humain pour l'amour de Dieu, au Roy comme d celuy qui efl par défias

lesaures ; Et aux préceptes de 1 Apoftrc Sainét
que toutes
perfonnesfoitfuj-ttes auxpuiffances Supérieures. Vos DoCtcurs vous

Bellarm.
Bflnu.
Tolet,

baillent ccs déclarations,quand ils difent que les Mariages que
les enfans contractent cotre le gré de leurs peres & meres font
valables;^ que le fils qui eft hors de la puiffance du Pere,comme en eftat de Religion, n’eft point tenu de luy obeïr. Eft ce
Galy. 4. vouloir eftre imitateur de Chrift, qui ayant efté fait de femme
Bhc.2-$i s’eft rendu fujet à la Loy ? Et qui tout D^cu qu’il eftoit, a efté
fujet à Iofeph & Marie? Mais pluftoft n’eft-ce pas imiter la preuarication des Pharifiens,aufquels lefus-Chrift luy-mefmc

‘Jlfat.ii. tient cclangagc? Dieu a commandé difant ■> Honore ton Perè &ta

5* 6. Mere. Mais vous dites , quiconque aura dit à fon Pere ou d fa Mere,
tout don qui fera offert de par moyfera d ton profit, encore qu’il n hono­

iMarc 7 re pas fon pere onfa mere -,fra hors de coulpe - & ne luy fouffre^ plus

12.

rienfaire d fon pere ou d fa mere.

Demandez-vous des decrets & des décidons, qui vous
GratSDc donnent main-leuée pour commettre des meurtres? Gtatian
cret.catt- Compilateur des Decrets vous en fournit vn qui dit, que celuy
 2 3.7.5 qui tué vn Excommunié n’eft pas homicide. Les Directeurs
can ex- qui ont décidé les cas de confçience, vous donnent cesdecieo/nunic.
fions, qu’il eft permis de tuer pour conferuer fon honneur ; &
Maldon.
Tolaut. qu’vn Gentil homme peut tuer fon ennemy pour éuitcrvne

injure notable,

Jjuictiéme Rèfponft,
Cherchez-vous des Dftpenfes, pour vous abandonner aux
fales voluptez de la chair ? Le Cardinal Tolet vous fournit vne
déclaration, qui approuue les aumofnes qu’on fait de l’argent e‘ 2?‘
gaigné par adultéré ; Et vous trouuerez dans les Decrets vn
Canon, qui ordonne que celuy qui n’a point de femme, &au
lieu d’vne femme a vne concubine ne foit point rejette de là
Communion. Tellement que félon l’obferuation de la glofc,
la luxure a quelquefois plus de droit que la çhafteté: car vn
chafte feroit rejette de la Communion, & le paillard ne l’eft
pas.
Auez-vous inclination à vous accommoder du bien d’au­
truy par l’arrecin, ou par quelque mauuaife pratique? Vos Caluiftes vous en donnent la permiffion; & vous déclarent que
vous pouuez fans péché prendre du bien d’autruy ce qui vous
fait befoin dans la neceffité ; Prendre vne chofe de peu de va- 7»/«w.
leur, fans eftre obligé à la reftitution; Prendre à quelqu’vn fe- Smnan.
crcttement ce qu’il vous donneroit, s’il lny eftoit demandéjEt Saque vous n’eftes point obligez à reftituer ce que vous aurez dé- ^‘ttiarr*
robé à autruy, fi cela intereffe voftre renom niée.
Vous voulez-vous fortifier dans l’inclinatiô que tous les hom­
mes ont à mentir ? Vos Cafuiftes vous en donnent le moyen,
quand ils afteurent que lé méfonge ioyeux qui fe dit feulement Bcnctâli
par plaifir ; ny le menfonge officieux qui fert à quelqu’vn j ny
mefme le frauduleux en chofe legere ne font point mortels j &
que celuy qui prend quelque chofc pour vne faufteté, n’eft Em* Sa:
point tenu à la reftitution.
Enfin voulez-vous lafeher la bride aux conuoitifès delà chair,
qui conuoite contre l’cfprit ? Ne vous mettez pas en peine
• de crucifier la chair auec les conuoitifès : vos Doéleurs vous
difpcnfent de ce deuoir, quand ils vous difcnt que ce n’eftpas
a la chair que Dieu a fait ccttc deffenfè , Tu ne conuoitcras point '
Et le Concile de Trente vous defeharge de cette obligation, j
,
quand il déclaré que l’Eglife Catholique n’a iamais entendu que la conuoitife fuft proprement péché dans lesregene- can.fi
rez : quoy que Sainél Paul l’ait appellée quelquefois péché.
Mais reconnoiftez à mefine temps que S. Paul n’eftoit pas en
Ce point Catholique Romain.
Et faifant reflexion Iur toutes'ccs chofes : aduouëz que
'
S ss
• x

5°^
I’Eglife Rorfuinb cft bien tombée en ruïne & defolation de fa
fainteté : puis qu’elle eft tombée dans vn fi cftrange defreiclé­
ment de mœurs, qu’elle croit auoir le droit de violer la Loy de
Dieu fans péché. Nçft-ce pas ouurir la porte à toutes fortes
• '•
de crimes, d’enfeigger qp’on les peut commettre en certain
« cas ? N’eft-ce pas iuftifier les pechez, de dire qu’ils ne font pas
puniflables en certains rencontres ? Et n’eft-ce pas leuer les
obligationsdelaconfçience, d’afteurer qu’on peut aller con­
tre la Loy de Dieu fans l’offenfer ? Certes tous ces decrets &
toutes ces conftitutions ne peuuent procéder que d’vn homme
’Sell eot
Peché j d’vn fils de perdition, qui pour s’efteuer contre
Dieu s’attribue la puiffance de fairc que ce qui eft péché ne le
j,. ’ foit point. De forte que fi le Pape failloit en commandant les
lie 4e Po vices, ou deffendant les vertus : I’Eglife ferçit tenue de croire
tîf.T^o.l. que les vices font bons, & que les vertus font mauuaifès:autre.
4. cap. 5. ment elle pecheroit contre fa confçience.
Parrny cctte eftrange corruption ,1a vraye Eglife n’a pas
laifle defe conferuer pure de ces mauuais fentimens, dans le
corps extérieur de I’Eglife Romaine, comme vn Lot qui afi.Pier.î. fligeoitfon ame iufte parmi les Sodomites cn voyât leurs ades
$•
mefchans j comme la famille de Noé cheminant deuant Dieu,
parrny les hommes du premier monde j tomme le peuple d’Ifraélparrny les Caldcens dansia captiuité de Babylon, où ils
7/457,4 fen’°ient à Dieu d’efprit, n’ayanspas la liberté de chanterfes
louanges j comme les Difciples du Fils de Dieu dans le fein de
la Synagogue des Iuifs, dont le Seigneur reprenoit les vices,
& cinpefchoit fes Difciples de les imiter. De mefme les fi de*
les qu’on appelle Vaudoisoy Lionnois, eftoient auant laReformation en plufieurs endroits du monde, dans le corps de
I’Eglife domaine, comme peu de bon grain parrny beaucoup
de paille : mais conferuans leur pureté parrny ccs ordures, &
retenans la fainteté de la Religion, fans adhérer aux abus qui
s’y eftoient introduits. C’eft vn tefmoignage que vos propres
Hiftoriens ont efté obligez de rendre à la vérité ; & qui leur eft
d’autant plus aduantageux, qu’il leur eft rendu de la part de
F.Zjtine ceux qui n’aimoient pas leur profeffion. Entre toutes lesSerius.in Ju &es, qui font ou qui ont efté , dit François Rainier, il n’cn “t
point de plus pernicieufe à I’Eglife Romaine, que celle des

kuicliéme Rejponjè,
pauures de Lyon, pour trois raifons. Premièrement parce
qu’elle eft de plus lôgue durée: Car quelques-vns difent qu’el­
le a duré depuis le temps de Sylueftre ; d’autres la font defcendre du temps des Apoftres. Secondement parce qu’elle eft
plus generale : car il n’y a prefque point de pais où cette Seéte
ne fe relpande.Troifiémement, parce qu’au lieu que toutes les
autres dônét horreur par quelque félonie cotre Dieu: celle des
VaudoisoudesLyonnoiseftlafeuIe, qui a grande apparence1
de pieté : parce qu’ils viuent iuftement deuant les hommes, &
croyent bien toutes chofes de Dieu;& tous les Articles de Foy
•qui font contenus dans le Symbole.. S eulement ils ont de l’alierfion pour l’Eglife Romaine, diiàns qu’elle eft la congréga­
tion des malins, le fiege delà paillarde; & qu’elle fercuolta
lous Sylueftre, lors que le venin des choies temporelles fut réf*
pendu dans l’Eglife. Et Monfieur Du-Thou après auoir parlé 2?«7^o«
de leur Confeffion de Foy, qui eft entièrement conforme à là
noftre, dit qu’ils ont appris cette creance de leurs Anceftrest,
& qu’ils l’ont enfeignée l’elpace de quelque cétaine d’années 2
mais que toutes les autres chofes qu’on leur attribué, font des
chofes feintes,&controuuées par enuie..
i
C’eft pourquoy comme les Iuifs fôrtircnc du milieu de$
Caldéens , quand ils entendirent cçtte voix du Ciel ^fuye^bors /erem'^
de Babylon ^&ne foyezexterminez en l'iniquité et icelle i comme les <j.
Iuifs conuertis à la foy de Iefus-Chrift ne tardèrent pas à fortir
de Ierufalem, aprésque Sainét Pierre leur eut fait cectèéxhortation -, (auuezvous de cette générationperuerfe : Ainfi les vrais fi- Aff.2.40
deles qui eftoient cachez dans le corps extérieur de l’Eglife
Romaine, s’en font enfin feparez, pour cuiter l’infeétion des
vices qui y eftoiét approuucz,Scia contagion des erreurs qui y
.eftoient en vogue. Après auoir trauailié long-temps, mais
inutilement à-là gucrifon,. ils ont dit comme les Prophètes,
nous auons meekeiné Babylon^ & elle riefipoint guerte, laejfins-la.
Ils ont dit auec les Apoftres, c’eftoit bien à vous quil falloit pre- 4tl, 13.
wierement annoncer la parole de Dieu zmaispuês que vous la rejettez ,-4^«
voicy nous noies tournons vers- les Gentils. Ils ont dit aucc-vn de
vos Dodeurs, qui n’a pu cacher des veritez odieufes, Que fe- Fradf.ve
rions-nous à Rome ? où la vérité pafte pour folie; oùtout ce trarcb.itque 1 on dit des enfers, de la vie future, delà fin du monde, de /»#.» S.ip
S s s ij

5o8
Defenje de la
i aduenenicnt de Chrift, du Jugement dernier 3 e{f mis entre
Jes fables. Où l’on voit les loups en liberté, les agneaux dans
les liens, lefus-Chrift banni, l’Antechrift dominant, & Beelzebud iuge. Qui reformera les mœurs peruerties? Qui raftemblerales brebis elparfcs? Qui reprendra les Pafteurs égarez
tr.br. dans l’erreur £Enfin ils ont fuiuy le fentiment de SainâAmhb. 6. in broife, qui dit que s’il y a quelque Eglife, qui rejette la foy, &
qui ne poftede pas les fondemens delà prédication Apoftolique; il l’a faut delaifler, afin qu’elle ne puiffe refpandre fiir

nous quelque tache de perfidie.
Mais, dit Maiftre Chiron, quand l’Eglife adfoit efté fi ht.fteufe & fi vilaine, comme Afimont le veut faire à croire : cela
ne prouue aucunement que l’Eglife Vniuerfelle aye receu és
.derniers temps quelque dechet en fa creance,& en fà doftrine;
quelle foit tombée en defolation & ruine ;& qu’elle ait eu befoin de Cardeurs de laine & de Peigneurs de filafte, pour laredrefïer dé nouueau. Mais cela prouue feulement'que les Chre­
ftiens & les Catholiques de ces fiecles infortunez eftoient déprauez en leurs mœurs, & en leur conduite; & que leur foy
n’eftoit pas accompagnée des bonnes œuures, ce qui n’eft
point du tout en queftion.
•-..•3 Surquoy après les deyx remarques precedentes; jevoifs
prie d’en faire vne troifiéme; c’eft que Monfieur le Bachelier
fuppofe trois chofes qui font contraires à la vérité. Première­
ment il fuppofe que ie veux faire à croire que l’Eglife Romaine
a efté hideufe & vilaine : & cependant ie n’ay dit fur ce fujet
que deux ou trois mots tirez des Annales de voftre Cardinal
Baronius. Mais fi vous en voulez dauantage, liiez les plaintes
de S, Hierofine,de S.Bernard,& les reuelatiôs de Ste.Brigide;
les Remonftrances des Cardinaux choifis par le Pape Paul III.
&des Euefques de Treues & de Coloigne; les rapports de
Platine ,d’Onuphre,& de plufieurs autres de vos Hiftoriens:
Et vous trouuerez que i’ay efté fort retenu à vous dépeindre la
face de l’Eglife Romaine dans toute fa laideur & deformité
que fi ievoulois fuiure l’humeur de voftre Bachelier, ie pourrois vous en faire vne véritable peinture, qui vous feroit hor­

reur.
• n rïi
Secondement il fuppofe que nous croyons ce qux elt com

t

509

huictiéme Rejponje,

traire à noftre creance, à fçauoir que I’Eglife Vniuerfelle eft
tombée en ruine de fa foy & de fa doéhine. Nous fçauons que
la vraye Eglife Catholique qui eft l’Alfemblée de tqus les vrais
fideles, ne peut point decheoir de la foy. Nous fçauons que
quand I’Eglife Romaine s’eft corrompue,les Eglifes Grecques
n’ons pas fuiuy fa corruption, & qu’elles n’ont iamais voulu fe
«
•foufmettre à l’authorité du fiege Romain. Nous fçauons en­
fin que dans lefein mefme de I’Eglife Romaine, & dans fa plus
grande corruption, il y a eu des vrais fideles, qui n’ont iamais
cftéinfeétezdcfes erreurs; & qui ont toufiours conferué la
foy dans le cœur, quoy qu’ils n’ayentpas toufiours eu la liber­
té de la confefler de bouche.
En troifiéme lieu il fuppofe que pour prouuer la ruine de
l’Eglifc Romaine, ie me fuis arrefté à la corruption de fes
mœurs. Cependant côme il dit, que la corruption des mœurs
n’eft du tout point en queftion : auffi ay-je dit expreffement,
que pour la corruption des mœurs, nous n’en fommes pas en
difpute. Et puis que le Concile de Latran fut affemblé fous
Alexandre IILpour reformer I’Eglife en fa foy auffi bien qu’en
fes mœurs j Puis que le Pape Eugene IV. eferit aux Euefques
aflèmblez au Concile de Bafle, que la Religion Chreftienne
auoit grand befoin de reformation; Puis que le Cardinal de
Lorraine fut enuoyé par le Roy Charles IX. auec les Archeuel’que de Sens, & Euefque d Orléans au Concile de Trente,
pour demander la reformation de I’Eglife au fait de la doélrine
& du Seruice Diuin, à ce que toutes fuperftitions en fuflent loh.fMrt'
retranchées ; Puis qu’vn Cardinal qui prefidoit en ce Concile, Car^‘ tn
aduoué que des abus fans nombre fe font gliflez dans l’adminiftration des Sacremens.
cdci/Tri
Puis que le Concile mefme confefle que la Difcipline Ec- dent.'çejr.
clefiaftique eft defeheué ; que les anciens Canôs font oubliez; 6. de refir
que plufieurs abus fe font gliflez dans la célébration de la Mef- mat.c. 1.
fe & dans les Indulgences, foit par l’auarice, qui eft le feruice
fies idoles • foit par la fuperftition, qui imite fauflement la dec,re?‘eievraye pieté ;
Puis que le Pape Adrian VI. déclaré aux Légats de Norinberg, qu’il fçait que depuis quelques ans il y a eu beaucoup ka.adco*
4e c^°l'es abominables daus le Sainét Siégé; des abus dans les mit.tiorïfo

Sss iij

Jio

Defenje de la
chofes fpirituclles ; des exccs dans les Commandemens-' 8c

que toutes chofes y foqt petuerties ;
Ferger.in
Puisqu enfin les Cardinaux efleus par le Pape Paul III.
Confil.de pour reformer l’Eglife, tefmoignent ouuertcment que l’Eglife
entend, de Dieu eft trauaillée de plufieurs abus comme d’autant de'ma£.cclef. iadics contagieufes, qui ont attiré fur elle vne grande ruine.
Après tout cela ie ne fçay pourquoy voftre Bachelier s’opiniaftre fi fort à fouftenir, que l’Eglifc Romaine n’eft point tom­
bée en ruine & defolation.
Au troifiéme raifonnement que i’ay produit pour preuue
de cette vérité, Maiftre Chiron fait deux refponfes : La pre­
mière eft vne négation d’vn fait inconteftable, par laquelle il
me donne vn démenty, qui ré jaillit contre la vérité mefme.
Car fiirce que i’ay dit qu’vn homme pecheur & mortel fc met
en la place de Dieu pour conduire & gouuerner l’Eglife; &
que l’Euefque de Rome prend la qualité d Elpoux, de Chef &
de fondement de l’Eglilê Vniuerfelle : Il n’eft pas ainfi, Meffleurs, dit le Bachelier. Car le Pape fe fent tres-honoré.d’eftre
Lieutenant 8c le Vicaire de Iefus Chrift,faifant gloire de s’ap­
peler le Seruiteur des Seruiceurs de Dieu. Il n’eft pas ainfi:
cariamaislcPapenes’eftattribuéla qualité dEfpoux de l’E­
glife , fçachant tres-bien qu’elle n’appartient qu’au Saind Ef­
prit, quialuy feulle régime intérieur des ames. Il n’eftpas
ainfi j car iamais le Pape n’a pris la qualité de fondement de
l’Eglife : bien qu’en cela il ne feroit qu’imiter les Apoftres, du
premier & du principal defquels il eft fuccefleur légitimé. Il
n’eft pas ainfi : car encore que le Pape foit le Chef vifible de
l’Eglife, que Saind Hierofme & Je Concile Oecuménique de
Florence luy attribuent ce tiltre d’honneur ; encore que l’Em­
pereur Iuftiniencn fes Loix luy donne cette qualité i- neant­
moins dans fes Bulles &dans les Decrets il s’en abftientpar
humilité, & ne prend que fort rarement ce tiltre releué, qui
donne du relped à tous les Chreftiens.
A tout cela ie n’ay qu’à oppofer vne affirmatiuc contraire
à la négation de voftre Bachelier, pour fouftenir la vérité qui
ï.farti, ne peut eftre que fauflemét démentie : car#»/n efi de
?ï.
vérité. Il eft ainfi que le Pape fe met cn la place de Dieu, puis

qu’il fe dit Vice-Dieu, 8c Lieutenant de Iefus Chrift en terre.

buîctiéme Reftonfe»

$rr

Comme vh Vice-Roy eft celuy qui tient la place du Roy dans
quelque Royaume; & Lieutenant General du Roy eft celuy
qui tient la place du Roy au Gouuernement de quelque Prouince, pour y commander au nom de là Majefté : Ainfi vos
Dodcurs veulent prouuer que le Pape eft le Prince &leMo- rBeiiarm.
narque de l’Eglife Vniuerlèlle, & qu’il a pouuoir & Empire de7{om.
fur toutes les Eglifes: parce qu’il eft le Lieutenant General de Tonttf,
Iefus Chrift.
Il eft ainfi que le Pape prend les noms de Chef, de Fonde- Bctlarnù
nient, & d’Elpoux de l’Eglife: Autrement le Cardinal Bellar- 2. de
min auroit eu grand tort de les mettre dans l’énumeration des
noms qui font ordinairement attribuez au Pontife Romain ; & caP*
de prouuer par ces noms la Souueraineté de faMonarchie dans
l’Eglife.
Il eft ainfi que le Pape eft qualifié le fondement, le fonde- b eilarm.
ment de l’Eglife, le fondement de l*edifice,la pierre fur laquel- ibidem»
le l’Eglife eft fondée ; & Monfieur le Bachelier qui nie que ce­
la foit ainfi, dit pourtant que quand le Pape fe qualifieroit de
la forte, il ne feroit qu’imiter les Apoftres. Dire que le Pape
eft le fondemét de l’Eglife, eft- ce imiter les Apoftres, qui ont
dit que nul ne peut pofèr autrefondement que celuy qui a efté posé, c’eft 1. Cor.jî
àftauoir Iefw-chriïiï Affeurcr que le Pape eft la pierre fonda-u.
mentale de l’Eglife, eft-cc imiter les Apoftres, qui ont dit qutf
tous les fideles font édifiez fur lefus-Chrift ; & qui ont appelle**
lelùs- Chrift le fondement des Apoftres aufti bien que des fyh.i.îo
Prophètes ? Certes puis qu’il eft éuident par là, que lesApo- 22«
lires & les Prophètes n’ont qu’vn feul fondement, à fçauçir le
Seigneur lefus-Chrift, comme dit Sainét Hierofine : Vouloir £[aftcafi
fonder l’Eglife fur autre que fur IefusChrift, ce n’eft point baftir fur la roche, fur laquelle l’Eglife de Chrift eft édifiée,comme fur vn ferme & ftable fondement : mais c’eft pofer toutes Hiero. in
fes paroles fur du fable mouuant, & qui n’a point defolidité, Mat.c.y
comme dit le mefme Sainét Hierofmé.
Il eft ainfi que le Pape le qualifie l’Efpoux de l’Eglife; &
le Cardinal Bellarmin veut prouuer que ce tiltre luy appartiér,
parce qu’il luy fut donné dans vn Concile de Lyon. Mais nous
croyons qu’il ne luy eft pas deu: parce que l’Eglife eftalîtvne
Elpoufe, ne doit auoir qu’vn Efpoux; parce qu’eftant vneVicr-

Defenfe delà
1. Cürhî. ge, elle eft appropriée à vn feul Mary, qui eft Iefus-Chrift - 8e

2.

comme Iefus-Chrift appelle I’Eglife fon vnique : auffi I’Eglife
doit regarder Iefus-Chrift comme fon feul Efpoux. Car comCypr. d? me dit Sainél Cyprien, l’Efpoufe de Chrift ne peut eftre adul*
/implie. tere. ene eft chafte & incapable de corruption ; elle ne cou*
Pralator. nojft qU’vne Maifon, & conferue toufiours la pureté d’vn feul
liélparvne chafte pudeur. C’eft pourquoy comme nous di5 4. f°ns à I’Eglife, ce que difoit vn Prophète , ton mary, cefi celuy
5.
qui t'afaite, ï Eternel des Armées efi fon Nom : Auffi difons-nous
au Pontife Romain ce que Saind lean Baptifte difoit touchant?
Jea 3.29 leFilsdeDieu. Celuy qui a la Mariée efi l’Efpoux : mais léamyds
ï Efpoux qui ifsifie^r qui foit, efi tout ejoiiy pour la voix de l'Efpoux,
Bernard. Et ce que Sainél Bernard remontroit au Pape Eugene. L’Efyfi.237 glife eftl’Efpoufe de ton Seigneur î Si tuesamy dcl’Efpoux,
appelle la Princeffe ; & ne t’approprie rien qui foit en elle.
Il eft ainfi que le Pape s’appelle le Chefde l Eglife- & qu’eft
^Bellarm. cette qualité il s’attribue la puiffance de iuger de tous, &de
ibids,cap n>eftre iugé de perfonne ; & d’exercer Emp'ire fur tous les fideles, pour les gouuerner comme leur Chef; de mefme quels
tefte eftant le fiege du iugement & de la raifon gouuerne tou­
tes les autres parties du corps qui luy font inferieures. le fçay
bien qu’il préd le nomde Seruitcur des Seruiteurs : Maispour
fous faire voir que ce n’eft que le nom qu’il en prend par vne
«feinte humilité,& non pas la qualité pour en faire l’office : c’eft
qu’à mefme temps il tranche du Roy des Rois, & du Souuerain
de tous les Monarques, non feulement pour impofer des loi»
à leurs confçiènces, mais auffi pour heurter leurs Throfnes,&
pour difpofcr à fon plaifir de leurs Sceptres & de leurs Eftats*
y» lib.Sa Eft-ce agir comme Seruiteur des Seruiteurs, de ne faire là reerar.Cere uerance àaucun des mortels? D’admettre les Empereurs au
raofl. J.R baifer du pied & de la main, comme fait le Pape ? & d’ordon—
ner comme il fait à tous les mortels, & principalement aux fi­
deles deChrift de quelque dignité & preémincce qu’ils foient?
de flefehir trois fois les genoux deuant luy, dés qu’ils viennent
à fa veué, & de luy baifer les pieds à l’honneur du Sauueur le*
r ~
fus-Chrift, duquel il tient la place en terre ? Certes c’eft auec
^luet rajfon _ue ies Euefques de Trcues & de Coloigne faifoient auchriSt’z très-fois remonftrance au Pape Nicolas I. fur ce fujet en ces

»

--

termes»

buictiéme Rejponfè,

jij

termes. Il eft vray que tu montres au dehors l’apparence d’vn.



Pontife : mais fouuent tu agis en tyran, fous l’habit de brebis?
tu te fais connoiftre comme vn loup. Tu te nommes Pere pat
vn faux tiltre-.mais par tes aéhôs tu te môtres vn Iupiter;au lieu
d’eftre Seruiteur des Scruiteurs, tu pretens eftre Seigneur des
Seigneurs ; & quoy que par la Difcipline du Sauueur tu fois le
dernier de tous les Miniftres du .Temple : neantmoins tu te
laides emporter au defîr de dominer j & tout ce qui teplaift
t’eft permis.
Que le Bachelier pour authorifer cette arrogance, ne die
pas que Saint Hierofme, que le Concile de Florence, & l’Em­
pereur luftinien donnent ce tiltre de Chef de l’Eglile au Pon­
tife Romain. Car pour Saind Hierofme, ienay pas leu en
quel lieu il luy attribue ce nom : mais i’ay bien leu dans vne T/'ér.'FÈpiftre qu'il eferit à Euagrius, qu’il fait tous les Euefques ef1•
gaux en mérité & en Sacerdoce, en quclq ue lieu qu’ils foicnty
foit à Rome, foit à Conftantinople. Or cette égalité de tous
ne fe peut accorder auec la qualité deChef Vniucrfel attribuée
à vn feul, qui marque fa fuperioritéfurles autres:mais elle
s’accorde bien auec le dire de l’Apoftre, qui n’attribué ce nom
qu’à lefus-Chrift. Car comme il n y a que lefus-Chrift dont ephti.ii
l’Eglile Vniuerlèlle foit le Corps : AulÏÏ n’y a-il que lefusChrift luy mefme qui foit le Chefde l’Eglife: puis que nul ne
peut eftre le Chefd’vn Corps qui n'eft point à luy.
, Pour le Concile de Florence tenu en Italie, l’An 1459.Eu* 1
gene IV. dcfïïnit contre les Grecs, que le Pontife Romain
tient la primauté fur tout le monde, qu’il eft le Vicaire de Iefus
Chrift & le Chef de toute l’Eglife. Mais c’eft mal à propos
que le Bachelier le nôme Vniucrfel: puis que les Grecs n’ont
.
iamais voulu s’y foufmettre; & c eft contre la vérité que leGaï?dinal Bellarmin fuppofe que ce decret fut fait du côlèntemcnt
des Grecs & des Latins, afin de faire paffer ce Concile pour~^‘p|
general. Car les Grecs fe font de tout temps oppofez à la Priij,
mauté du Pape, & n’ont iamais pu la reconnoiftre: Tcfmoin Cannes.
cequ ilsrefpondircnt à lean XXII. qui les follicitoit à-cela par Mandefes lettres, difant qu’il n’y auoit qu’vne feule Eglife de Chrift, «'A, ALt.
dont il eftoit le Chef ; & qu’ils deuoient le reconnoiftre pour car\ l7*

le leul Vicaire de lefus-Chrift en terre : Nous croyons fermeTtt

5*4


Tbéfenfè delà

«icct, dircht-ils, que ta puiffance eft Souuêraine fur tes Sujets : mais nous ne pouuons tolerer ta fuperbe, ny affouuir ton
auaricé. Tefinoin ce qu’obfcruc encore le Prince de Mofcoyic, lors qu’il veut donner Audience aux Ambaffadeurs Ca­
tholiques Romains : Car pour exprimer la grande auerfion
Sigtfwità qu’il a de la foy Romaine, lors qu’ils fc prefentent à luy, ilfe
fait porter vnbaffin auec deux aiguieres & vne feruiette: afin
A/? <lu aPr^s auo*r donné la main à celuy qui-porte la parole, il foit
auffi-toft en eftat de fe lauer, parce qu’il le regarde comme vn
homme impur & immonde. .
Que s’il falloit difputer par l’authorité des Conciles, nous
/n \urt pourrions prouuer par celuy de Cartage, & par plufieursauC«m«u> très, que nul ne fe doit qualifier Euefque Vniuerfcl j & que par
" con*equent LEuefque de Rome s’efleue contre l’authorité des
/f u. Conciles, quand il prcndlc nom d’Eucfquc Souuerain, &de
{/.•_ 99> ÇhefVniuerfel de l’Eglilc. Mais j’aime mieux dire fur ce fu'ofuyttft. jet au Bachelier ce que Sainél Auguftin difoit à vn Arrien fur
b cont vne autre matière. le ne dois point produire comme vnpreA/aximî jugé le Concile de Nicée, ny toy celuy d’Arimini : le nefuis
e^/rian. point attaché.à l’authorité de celuy-cy, ny toy à l’authorité de
celuy-là : Mais combatons par les Efcritures, comme par des
telmoinsquine font point particuliers à l’vn de nous, mais
communs à tous deux. Or l’Efcriture me dit bien que Chrift
Epb.q.u luy-mcfme a donné des Pafteurs & des Docteurs, mais non pasvn
12*
Pape &. vn Pere au deffus de tous, pour fajfeniblage des Saincts,
pour l’ouure du Mi>ùftere -)&pour l'édification du Corps de Chrift. Et
p ,
l’Efcriture elle mefine ne nomme point autre que Iefus-Chrift
t.T^r.2. qui ait efté donné pour eftre Chefà l’Eglifc,n.y d’autre que luy
55.
qui loitlc Souuerain Pafteur & Euefque des ames. Pourquoydp,oc chercheray-je yn aune Chef au Corps Vniuerfcl des Flj
deies , vn autre Pafteur ^toutes fes Brebis ?
Quant au dire de Iuftinien, il eft vray que cét Empereur
Epifi. dans l’Epiftrc qu’on luy attribué, adreffée au Pape lean II. &
aJ /eb.ll jnferée dans le Code, luy tient ce langage. Nousnefouffrons
bb,S.Ced • n jg cc qUj appartient à l’Eftat des Eglifes, qui ne foit notidtftïtnma
Sain&eté, qui eft le Chef de toutes lesSainéles
Ita ’cde Eglifes. Mais luy-mefme eferit auffi que l’Eglife dcConftanffiEcclt/. tiflople eftle Chef de toutes les autres. Surquoy les Interpre*

4 buîctiéme Refîtonjè,

1

*

0$

eescJu Droit font en peine, comment on peut accorder des
déclarations fi contraires. Maisileftéuidentquc cette lettre
de luftinien au Pontife Romain eft fuppofee, non feulement
parce qu’elle ne fe trouué pas dans les anciens Codes manufcrits; non feulement parce que fon ftile eft fort éloigné de la
pure Latinité,dont cét Empereur fe fert dans fes Côftitutions,
comme les fçauants ont remarqué : Mais aufti parce que dé- Hstoman
puis long temps le Pape a efté conuaincu de telles fraudes & l. 1. <*«>
tromperies, qui tendent à l’accroiflcment de fon authorité.
refP*
Comme ilfut condamné de faux au Concile deCartagepat eaP' lï
le Iugt ment de deux cens trente Euefques, fur l’inftrumenc de
la donation prétendue de Conftantin le Grand j & parce que
l’Empereur luftinien luy-mefmc décide ailleurs de beaucoup
de chofes appartenantes à la Religion, fans faire aucune men­
tion du Pape : voire il luy impofe des Loix auîfi bien qu’àlEglilè de Rome : ce qu’il n’auroit pas entrepris, s’il euft déclaré
qu'il le rcga’rdoit comme le Chef, à qui ilfaloic donner connoiflance de tout ce qui fc pafloit dans les Eglifes.
Dire après cela, comme dit le Bachelier, que le Pape
prend rarement dans fes Bulles le tiltre de Chef de l’Eglife i
c’eft fort mal exeufer fon arrogance.Car s’il ne fe le donne pas
luy-mefme tous les iours, il le reçoit pourtant toutes les fois
qu’il luy eft donné par les complaifances de la flatterie j & qui
voudroit aujourd’huy luy contefter ce nom, pafleroit pour
Hérétique, & feroit fujet aux foudres de fes excommunica- •
lions. Cependant Hcrodc pour n’auoit receu qu’vne fois les»
acclamations de laflatteriedu peuple, qui eftant rauy défont
éloquence s’e/cria^ voix de Dieu, & non pas dhomme-: né l'ailla
• pas d’eftre ffappéd’vn Ange. & rongé de vers : parce qriil ria*
uoit point donné gloire à Die». MaislePapcs’oppofàntà Iagloi- 22.2^2^
re de Dieu fans craindre fes Iugemcns, reçoit tous les iours
auec plaifïr les éloges qu’on luy donne, quand on l’appelle
Chef Vniuerfel de l’Eglife, Lieutenant General de Dieu,Dieu
& Seigneur noftrc Dieu 5i&afinquecestiltres- d’honneur du- tiS’
raflent pluslang temps que des paroles prononcées end’air,
&qtie tous les membres de l’Eglife Romaine fuflent aduertis
de leur deuoir, il les a fait eferire dans le droit Canon, dons rtrb.files decrets vousfontautant d’obligations de confçience.
. >
Ttt ij

'

.

.



'



f

5t^'

Defenfe de la

Auffi Monfieur le Bachelier ayant nié du commencement
que le Pape s’attribue la qualité de Chef de I’Eglife, a depuis
cpnccdéqu’ilprenoitmais fort rarement ce tiltre releué; &
enfin voyant bien que ce n’eftoit pas affez vigoureufem’enc
fouftenir fes interefts, il tafehe de luy conferuer la gloire de cc
nom illuftre, par vne diftinâion du dro it, qui paroift d’abord
aftcz fubtile, mais qui enfin fe deftruit d’elle-mefme. Il ne fert
de rien j dit- il , d’alleguer qu’vn corps qui a deux teftes eft tout
à fait monftrueufc. Car à la vérité fi c’cftoit fans dépendance,
&làns fubordinationdel’vn à l’autre, ou qu’il fuft queftion
d’vn corps phyfique & naturel, on pourroit bien le croire de la
forte. Mais de dire que dans vn corps Myftique, & dansvn
eftat Politique il n’y puifte pas auoir deux Chefs, dont l’vn eft
dépendant & lubordôné à l’autre : Certes c’eft démentir l’experienceiournafiere, qui nous fait voir vn Chef Souuerain
dans vn Royaume , & enfemble plufieurs Gouuerneurs &
Chefs de Prouince. C’eft mal-traiter tous lesAhglois, que
vous receuez en voftre Communion: puis qu’ils font profef­
fion de reconnoiftre leur Roy pour Chef Vniuerfel de I’Eglife
Anglicane.
Ierepoy cette diftindion qui met différence entre vn corps
Phyfique ou naturel, & vn corps Myftique & moral. I’aduouë
que dans celuy-cy il y peut auoir plufieurs Chefs particuliers,
inferieurs & dependans : mais fi c’eft vn Eftat Monarchique il
• n’y en peut auoir qu’vn qui foit Vniuerfel, Souuerain, & de
qui tous les membres dépendent. Les Lieutenans du Roy &
les Gouuerneurs font Chefs des Prcuinces, mais ils ne font
pas Chefs de l’Eftat, & pas vn n’oferoit fe dire Souuerain,
mefme dans la Prouince, où il a droit de commander. Com­
me il n’y a qu’vne Couronne de Souuerain dans le Royaume,
il n’y a qu’vne Tefte qui la puifle porter, il n’y a qu’vne Per­
fonne, en qui la Souuerainc authorité «fe trouue renfermee.
Tellement que vouloir introduire plufieurs Chefs Souueratns
dans l’Eftat Monarchique, c’eft le deftruire ; & vouloir faire vit
Souuerain dépendant, c’eft à dire qu’il n’eft pas Souuerain»
Or nous fommes d’accord que l’Eglilc eft vn Eftat Monarchi­
que : puis qu’elle eft le Royaume des Cieux. C’eft pourquoy
nous rcconnoiflons bien- dans fon Gouucrnement pluuc«C

huitième 'Refponfe,

517

Chefs particuliers, inferieurs Ôcdcpendans, qui font les con­
ducteurs des Eglifes particulières: mais nous ne pouuons re­
connoiftre qu’vn Chef Vniuerfel & Souuerain,auquel tous les
membres du corps font aflujcttis, à fçauoir Iefus-Chrift: car
comme ily avnfeul corps , & vn feeul Eferit j aufli y-a-il vnfeeul
Seigneur, comme dit Sainét Paul. Luy feul cft Souuerain en la 5.
Doétrine : carvn feulcft vostre Docteur a fecauoir Chrife, comme
ditlüy-mcfme; & dans le Sacerdoce: car nous n’auons d’autre Souuerain Pontife de noftre Confeflion que luy, comme
dit Sainél Paul
dans la Royauté : car il a receu toute puif-’j/^a
fanceauCiel&enterre. Luy feul donc eft le Chef Vniuerfel r8.
& Souuerain de I’Eglife.
C’eft vne vérité qu’vn de vos Pontifes a reconnue auant
que cét orgueil fuft môté fur le Siégé Romain: Car efcriuant à
lean Euefque de Conftantinople, il le reprend de cc qu’il affedtoit le tiltre de Chefde l’Eglifc Vniuerfelle. Pierre, dit-il, Çregtr. I,
cft le premier membre de I’Eglife Sain&e & Vniuerfelle: Paul, 4. c. 28.
André, Iacques, que font-ils autre chofe que les Chefs des
Peuples particuliers ? Mais neantmoins tous font membres de
I’Eglife lous vn mefme Chef.
Nous pouuons* doncques dire de ce Corps Myftique du
Fils de Dieu, ce que nous difôs du corps naturel, qu’il ne peut
auoir deux teftes làns eftre monftrucux. Et nous deuons dire
touchant I’Eglife, oe que le Cardinal Baronius a confefle, que Baron.an
Je Chef de 1 Eglife qui eft vne, doit eftre neceffairement vn,
j-u
auquel ft vous en adjouftez vn autre, vous ferez vn monftre
plein d’horreur.

Cela eftant, lors que lePape ayant pris fa triple Couron­
ne, qu’on appelle le Régné, fe qualifie le Doéleur de tous les
fideles, le Souuerain Pontife, le Prince Souuerain de l’Egli­
fc , le Chef de I’Eglife Vniuerfelle. Ne fe met-il pas en la pla­
ce de Iefus-Chrift, puis qu’il vfurpe des tiltres,qui ne conuiennent qu’à luy feul: & qu’il s’attribue des qualitez incommuni­
cables à tout autre ? Et puis qu’on ne peut mettre deux Souuerains dans vne Monarchie fans la deftruire ; ne pouuons-nouspas dire auec vérité, qu’il a ruiné l’Eftat de l’Eglifc, quand il
s’en eft cftably le Monarque Vniuerfel.
Qu’on ne die pas que le Pape cft vn Chef Souuerain &Vni«

T 11 iij

Defenje de la,



uerfel de l’Eglife, mais fubordonné à Iefus-Chrift, & dépen­
dant de luy cômc fon Vicaire. Car outre qu’vne telle fubordination & dependâce ne fe peut trouucr entre deuxSouuerains:
je dis quelle fc peut encore moins côferuer entre Iefus-Chrift
& le Pape au regard de l’Eglife. Car Chrift eft leChef de l’E§^fe j comme le mary eft Chefde la femme, félon le dire de
? ’
Sainél Paul. Comme donc la femme doit tellement recon­
noiftre fon propre mary pour chef, qu’elle n’en peut reccuoir
vn autre qui luy foit fuborbonné, fans faire brèche à fon hon­
neur : Ainfi lEglife doit eftre tellement fujette à Chrift, & le
reconnoiftre tellement pour fon ÇhefVniuerfel ôc Souuerain,
quelle ne peut receuoir d’autre Chef Vniuerfcl ôc Souuerain
qui luy foit fubordonné. Et comme la féme qui voudroit auoic
vn autre mary pendât la vie du premier ne laifteroit pas d’eftre
adultéré, quoy qu’elle vouluft rendre l’vn dépendant de l’au­
tre ; Ôc meriteroit d’eftre répudiée du premier : Ainfi l’Eglife
qui veut receuoir vn autre Chef Souuerain que Iefus-Chrift,.
veut auoir vn autre mary que celuy à qui elle a efté appropriée;
ôc par confequent elle ne retient point le chef de fon corps,
mais fc rend indigne de fon amour, quand elle veut partager
Ion affedion conjugale aucc d’autresD’ailleurs s’il y a quelque fubordination entre ccs deux'
Chefs de l Eglife Vniuerfclle : il eft éuident qu’elle rend IefusChrift dépendant du Pape, auffi bien que le Pape de le fusChrift.Car fi le Vicaire dit qu’il cômande en l’authorité de ce-^
• luy dont il tiét la place: Auffi fedône-il le pouuoir de changer
fes lo^, ôc de le faire aller ôc venir où bon luy féble:Car quand
il fait porter le Corps de Iefus-Chrift par les rués, ôc d’vne^
Eglife à l’autre : c’eft par l’ordre du Pape qu’il marche,ou pour
mieux dire qu’il eft porté, car il n’eft pas en eftat de cheminer
fur la terre. Tellement que fi vous y prenez bien garde, vous
trouuerez queMonfieur le Lieutenant cft toufiours en repos
fur vne chaire, cependant que fuiuant lès ordres fon General
eft dans vn continuel mouucment entre les mains des hom‘JTÏ4rci6 nies : aulieuque l’Efcriture nous le reprefente glorieufemenc
aflis à la dextre de Dieu, ôcfè repofant de toutes fès oeuures,
ïîfM40 Cornme fit Dieu des fiennes.

S uiuant cela i-’ofè dire que Monfieur le Bachelier n a

huictiéme Refponje»

yij>

raifon d’appeller le Pape S ucceffeur légitimé de Sainét Pierre.
Car fe faire baifer les pieds aux Rois de la terre, & mettre le
pied furla tefte des Empereurs f eft-ce eftre Succefleur de S. ^c7. toZ
Pierre,qui ne voulut pas permettre qu’vn Centcnierfepro- 25.26.
fternaft deuant loy? Se dire indépendant de tous les Monar­
ques du monde, & leur faire des Loix auec vn pouuoir abfolu,
eft-cc eftre fuccefleur légitimé du principal des Apoftres, luy r p;#*
qui a dit qus tous les Chreftiens doiuent eftre fujets à tout or- •, 3.
dre humain pour l’amour de Dieu? Commander abfôlument
dans l’Eglife, non feulement aux peuples, mais aufti aux Pre­
ftres & Euefques, & à tout le Clergé : Eft-ce agir en fucccffeur de Saind Pierre, luy qui fc dit Preftre auec les Preftres,& i.Titr.f.
qui leur deffend d’auoir domination fur les héritages du Sci- 3t
gneur? Certes nous auons fujet de dire, que s’il a fuccedé à
Sainét Pierre, c’eft comme les tenebres fucccdent à la lumiè­
re dans la nature ; ou comme les maladies fuccedent à la fanté A»£./.ù
dans le corps humain. Car côme dit Sainét Ambroife, ceuxlà n’ont pas l’héritage de Pictre, qui n’ont pas fa foy ; & ceuxla ne font pas enfans des Sainéts qui occupent leurs places,
mais ceux qui pratiquent leurs aéiions, comme dit Saint Hie- Uodor,
rofme.
Venons maintenant aux répliqués de Monfieur le Bache­
lier fur mon quatrième raifonnement, par lequel i’ay prouué la
defolation & ruine de l’Eglife Romaine, quant a la Doétrine
de 1a Foy & du Scruice Diuin.
Afimont,dit-il, s’efforce de prouuer que la Doétrine de
-l’Eglife a efté viciée par le meflange de Terreur; & pour venir
à bout de fon deffein, il fait vn long dénombrement des points
qui font en controucrle, partie dcfqucls il corrompt & degui fe, donne à tous le nom d’erreur ; & fuppofe enfin fes iugemés
& fes cepfures comme des veritez de foy. Or qu’y-a-il déplus
cftrange que de vouloir faire paffer des nouvelles opinions,des
impoftures, des points qui font tous les iours en controuerfe
pour des articles de foy, & pour des fondemens & des maxi­
mes inébranlables : Certes il n’en faudroit pas dire dauan­
tage.
II eft vray qu’il n’en faudrait pas dire dauantage, afin de
de paffer pour ennemy de la iuftice Sc de la raifon. Car y-a-il

Deffenfe de la
rien de plus iniufte que de vouloir obliger yne partie aduerfe '
âuec qui Von plavde, de n’alléguer dans fes deffenfes quc dCs
raifons dont on demeure d’accord, & de ne produire que des
pièces qui nous font fauorables $ Y-a-il rien de plus deraifonnable que de vouloir qu’vn ennemy que l’on attaque ne porte
que des coups qui ne puiffcntpas bleffer? Certes fi cette pro­
cedure eftoit receuable, les plaideurs auroient bien toft finy
tous leurs procez-.puis qu’ils donneroient à leurs parties tout
ce qu’elles demandent. Les plus grands criminels feroient
en eftat de fe iuftifier fans peine : puis qu’ils pourroient dire
qu’on ne les accufé que de crimes, qu’ils ne confefîerontiamaisî Et les plus grands Heretiques difputans contre les Peres
de I’Eglife auroient pu leur fermer la bouche par cette feule
refponfe, qu’ils n’alleguoient contr’eux que des chofes dont
ils eftoient tous les iours en difpute.
Nous reconnoiffons que I’Eglife Romaine a conferué des
principes du Chriftianifme, dans la Doélrine de la Foy & delà
Religion, defquels nous ne fonftnes pas en different : Mais
nous difons auffi qu’elle a receu beaucoup de chofes au delà de
ces principes, qui ne s’accordent pas auec la pure doélrine de
la Foy & de la Religion
c’eft dequoy nous fommes endif-.
pute.La queftion donc n’eft pas de fçauoir fi ce font des points
côtrouerfez : mais fi l’Efcriture décidé en noftre faueur toutes
ces Controuerfes. C’eft ce que i 'ay tafehé de vous montrer;
& Monfieur le Bachelier eft obligé de faire voir le contraire.
C efi pourquoy connoifTant bien qu’il en falloit dire dauantage pour répliquer à mon raifonnement, il adjoufte. Néantmoins ie veux encore refpondre non feulement en general»
mais auffi en particulier à toutes les impofturcs & àtoutcsles
accufations du Miniftre. Et voicy comment il y procédé.
Premièrement, dit-il, il fuppofe que nous adoroqs du cul­
te de latrie les mourceaux dubois de la Croix, & l’Image de
Iefus-Chrift. Ce qui n’eft pas : carie Concile de Trente, qul
cft vn abbregé de tous les Anciens Conciles ne parle point de
cela, ny ne dit pas qu’il faille adorer du culte de latrie l’Image
de Iefus-Chrift, ny autre chofe femblable : mais il enfeigne
feulement que l’honneur & la vénération qui leur eft deuë leur
eft à rédrej& qu’il n’y a aucune vertu ny Diuinitè cachée dans
l'Image.
Ccl

liuictieme Rcfporfe.

521

,
C’eft vne queftion de fait qui ie peut vuider par le feul telttioignage de vos Autheurs; Il eft vray que le Concile de
Trente le contente de dire en termes generaux qu’il faut ren­
dre aux images l’honneur ôc la vénération qui leur eft deué.
Mais puis qu’il cft vn abbregé de tous les Conciles, comme dit
le Bachelier, il approuue le decret du fécond Concile de Ni­
cée conuoqué par vne Princcfte idolâtre, où il fut arrefté que
l’Image de Dieu doit eftre adorée du mefine genre de culte,
quicftdeuà Dieu mefme.
Dailleurs afin que vous fpeuftiezen quoy confifte la véné­
ration qui eft deué a la Croix Ôc aux Images : Les Doéleursqui ont précédé le Concile de Trente, ôcccux qui l’ont fuiuy
vous le font clairement entendre.Car s’ils ne croycnt pas qu’il
falluft adorer la Croix de Chrift ÔC fes Images du culte de la­
trie : Pourquoy Thomas d’Aquin voftre Dodcur Angélique
vous l’cnfcigneroit-il cn termes formels? Et pourquoys’eftudieroit-ilàvousleproiuicrde laforte. Puis que Iefus-Chrift Thm. £
doit cftre adoré de l’adoration de latrie : Son Image aufti doit
eftre adorée de la mefme adoration. La Croix de Chrift en laquelle Chrift a efté crucifié doit cftre adorée de latrie, foit à ?de.ibidz
eaufcdelarcprefcntation,foitàcaufede l’attouchement des art- 4k
membres de Chrift. Mais l image de la Croix en quelque an­
tre matière que ce foit, -doit eftre adorée de latrie leulcment
pour la première raifon.
Pour quel fujet confîrmreroit-il Ion fentiment parla couftutne de l’Eglifc, fi ce n’eftoit pas la pratique de l’Eglifc Ro­
maine , quand il dit. Nous déferons le culte de latrie à cc enquoy nous mettons l’efpcrance du falut. Or’nous mettons
f efperance de falu t cn la Croix de Chrift : Car l’Eglife chante
cn ce temps de la Paftïon.
le tefaluë,ô Croix, nofire vniqne efperance T
.Augmente aux gens de bienjufiiee en abondance y
Et donne le pardon d tous les criminels^
Doncques nous defFerons à la Croix le culte de fatric.- Et Nicebli.
ainfi n’auons-nous pas droit de vous donner le mefme nom
que Nicephore donne aux Arméniens, quand il Icsappelle Cap. jq.
Chazinzaires ou- Scautolati.es x c’eft i dire adorateurs de lu
ÇroÜ >

? -

Vu-ut




/



Dcfenfe de la

Crtforde
Pour quelle raifon Grégoire de Valence vn des Doéleurs
F'al.iom. de voftre Efcole, diroit-il qu’il faut honorer les images du

mefme honneur que l’original qu’elles reprefentents &que
par
confequentles Images de Chrift doiuent eftre reuerées du
2.
culte de latrie à caufe de leur prototype?
A quel propos Azoriusvn autre de vos Doéleurs affeuretsfz.or.1.
ç.infl c.6 roit-ij que c’eft l’opinion confiante des Théologiens, quel’i&r
tnage doit eftre honorée du mefme honneur & du mefme cul­
te que celuy dont elle eft l’image? & que cette opinion n’eft
pas de Thomas feulement, mais qu’elle eft reçeué du commun
çonfentement des Théologiens?
Pour quelle caulè enfin luy-mefme voulant prouuer ce
fentiment, allegue-il le Concile de Trente ? dont la voix, à ce
r8eHarm. que dit le Cardinal Bellarmin, eft la voix de l’Eglife Catholi­
I* « ‘de inque, laquelle tous les Catholiques font obligez de fuiure com­
tf’f.C.12. me leur maiftrefle. Pourquoy donc dit voftre Bachelier que
cela n’eft pas ? Eft- ce pour me faire dire qu’il n’eft rien de plus
effronté/le ne le diray pas : mais ie me contenteray de dire
qu’il n’eft rien de plus hardy que ce Miflionnaire:puis qu’il nie
formellement vne chofe inconteftable parmy vos Doéleurs,
reçeué des Paiïàns des Landes, & entièrement conforme à la
creance & à la pratique de tous les Catholiques Romains.
Cocil.Tri
Mais le Concile de Trente, dit leBachelier, pour exeufer
âent.feJJ-,
cette iconolatrie, dit qu’il n’y a point de vertu, ny de Diuinité
cachée dans l’image, pour laquelle il l’a faille honorer. Mais
en cela le Concile n’eft pas excufâble, de déclarer qu’il n’y a
point de Diuinité dans les Images, & de permettre neant­
moins qu’on leur dcffcrc l’adoration de laxric qui n’eft deuë
qu’à la Diuinité. Mais encore s’il eft vray que les images
n’ayent aucune vertu Diuinc, pour laquelle il les faille adorer,
ou mettre leur confiance en elles, ou leur demander quelque
ebofe : Pourquoy ce Concile n’a-t il condamné la pratique de
l’Eglife Romaine,qui met l’efperance de fon falut en la Croix,
& qui luy demande la plus grande lànéliftcation des iuftes, &
la enaep pour les pécheurs ? Pourquoy n’a-il condamné le Do­
éleur Angélique, qui dit que dâs la Croix de Chrift on confiderc
fa vertu Diuine,par laquelle il a triôphé de nos ennemis?
4
'Seliarm»

Pourquoy n’a-il condamné d'autres Docteurs, qui «dilenc

lotù&iémc Refponfe.
qu’ilfaut fréquenter plus iouuent vne image qu’vn autre , tors lib. 2. de
eue Dieu fait par elle des miracles, qu’il ne fait pas par d’au- tmag.cap
3
_i
18»
très?
Pourquoy n’a il condamné le Pape VrbainV. qui enuoya
cinq petites images confacrécs, que vous appeliez des Agntts
Dei, al Empereur d Orient, aucc des vers par lefquels il teC
moigne que ccs images ont la vertu de chafler les foudres, de
garentir de l’eau & du feu, & d effacer les pechez comme le
Sang de Chrift?
Pourquéy le Pape fouffre-il encore que dans la confccra- Sncruru.
tion de ces Agnus ZXv ,on demande à Dieu qu’ils reçoiuent la
mefme vertu contre les fraudes du malin efprit, par laquelle
fon Fils Iefus-Chrift l’Aigneau innocent deliura noftre pre- y/* !
mier Pere de la puiffance du diable fur l’Autel de la Croix $
Pourquoy enfin voftre Saind Pere qui entend bien l’in­
tention du Concile, n’a-il aboli cette Oraifon, qu’on a cou­
ftume d’adrefTer à ce qu’on appelle la Saincte Véronique: dans
laquelle ceux qui faluént la face de Iefus-Chrift qu’on dit eftre
imprimée furvn linge, luy demandent qu’elle les purge delà
tache des vices, & les conjoignc â la focieté des Bien-heu­
reux ?
Certes cét erreur cft fï fort enraciné dans les efprits, qu'il
y a quelque chofe de Diuin dans les images, qui mérité qu’on
les adore : que voftre Bachelier ne s’en peut pas deffendre.Car
voyant bien qu’il auoit efté trop hardy dans fa négation, voicy
cornent il exeufe l’adoration que l’on rend aux images.Quand*
mefine cela feroit, dit-il,- il eft certain que*toutl’honneur &
toute l’adoration qu’on rend à ces chofesfàcréesfe rapporte à
Iefus-Chrift, qui cft adoré dans l’image & dans la Croix, ncplus ne moins qu’autrefois Dieu eftoit adoré dans l’Arche,. oùil faifoit paroiftre fa Grandeur & Sa Ma j efté Surquoy ievous prie de remarquer premièrement la con­
tradidion , par laquelle voftreBachelier fê coupe luy-mefme.Car il vient de dire qu’il ne faut pas adorer les images , pour
quelque vertu ou Diuinitè qui foit en elles;& maintenant il dit
qu’onrend adoration àceschofesfacrées par rapport à IefusChrift qui cft adoré dans l’Image, comme Dieu eftoit adoré-

dans 1:Arche, OrlesIuifsfêproftcrnoientdevantrArchc de

5-4

Deffenfe de la

l’Alliance, & auoient raifon de l’adorer deuant elle : parce que
Dieu y demontroit la prefence de fa Diuinité. Vous adorez
donc les images., parce que vous croyez que quelque vertu
Diuinefe démontré en elles. Et puis que félon le dire du Ba­
chelier vous adorez lefus-Chrift dans l’image, il faut bien que
'vous y fuppofiez quelque chofe de Diuin & d’adorable : autre­
ment vous feriez doublement idolâtres, fi vous adoriez dans
l’image quelque chofe qui nemeritaft pas voftre adoration.
Secondement ie vous prie de conhdcrer, que le Bachelier
n’entend pas la creance de l’Eglife Romaine, ou«qu il l’a defguife, quand il dit, que toute l’adoration qu’on rend à ces cho­
ies facréesfe rapporte à lefus-Chrift; & quand il vous fait en­
tendre que ce n’eft pas l’image qu’on adore, mais Iefus-Chrift
dans l’image : S i c’efto it la foy Catholique Romaine, les Do­
uleurs de voftre Eglife ne tiendroient pas vn langage contrai­
re à celuy du Bachelier.
Çreg. de
Grégoire de Valence ayant propofé l’objeélion de ceux
qui difent que ce n’eft pas l’image mefme qui eft honorée,mais
*6 ferment le prototype ou l’original deuant elle: ilnerefpon* ’ ’ droit pas de la forte. Il ne s’enfuit pas de là que l image mefme ne foit auffi véritablement honorée; il ne condamneroit
pas de peu de circonfpcécion comme il fait, ceux qui nient
qu’il faille honorer proprement les images mefmes, du mefme
honneur que leurs exemplaires.
Cofler. in
Le Iefuïte Cofter ne diroit pas que tout l’honneur qui eft
£nchind, deu £ l’original, fe doit rendre à l’image ;
Et le Cardihal Bellarmin ne fouftiendroic pas que les imaimat ges de Chrift & des Sainds doiuent eftre vénérées non fculcment par accident, mais aufti proprement, en telle façon
qu’elles terminent la vénération eftans conftderées enellcsmefrnes, & non feulement entant quelles tiennent le lieu de
l’exemplaire. Il eft vray qu’il donne cét aduis aux Prédica­
teurs, de ne dire iamais deuant le peuple, qu’il faille adorer
quelque image du culte de latrie; mais s’il s’agit de la chofe
mefme, on peut receuoir, dit-il, qu’on honore l’image du
mefme culte que fon original. Eft-çe ainfi que la vérité cherTéfitdai che des cachettes de honte, elle qui ne craint rien tant que
«erj.valit d’eftre cachée, comme dit Tertullicn? Et ne pouuons-nous

bitictiéme Refponfe,
pas nous écrier icy auec Sainél Auguitin ? Belle Religion à la- tsfugujl,
quelle l’infirme s’adreffe pour cftre deliuré; & quand il rccher4«
che la vérité, d’où dépend fa deliurance, il luy eft expédient CtHtt^e*
de croire qu’on le trompe.

ca?' ZT*
Eu troifiéme lieu quand bien mefme la diftinétion du Ba­
chelier feroit vniuerfcllement receuê, ôc dans le fens qu’il luy
donne ; confiderez que cette exeufe n’eft pas capable de vous
mettre à couucrt d’idolâtrie. Car fi ceux-là ne font pas idolâ­
tres,qui rendent l’adoration de latrie à l’Image de Iefus-Chrift
.Sc à fa Croix par rapport à Iefus-Chrift luy-mefme ; Les peu­
ples infidèles qui adoroient autres fois le Soleil n euffent pas
efté coulpables d’idolatric : Car nous n’adorons-pas, difoientils ce Soleil vifible : mais dans le Soleil qui pîroift à nos yeux,
nous adorons le Soleil inuifible qui éclaire nos ames. Les Fonjec.tn
Paycns euffent pû par ce moyen fe iuftifier de l’idolâtrie : Car notIScomme tefmoignent vos Doéteurs, ils auoient des Simulacres dédiez au vray Dieu. Tout ce que les Gentils adoroient Jfeut'CAr
ne fignifioit pas de fauffes Diuinitez : puis que dans Athènes perefp.ii
il y auoit vn Autel érigé au Dieu inconnu, c’eft à dire à ce detradit.
Dieu qui a fait le monde, ôc toutes les chofes qui y font. Et ex cap 17
comme tefmoigne S. Chryfoftome j ils adoroient dans les Simulacrcs le premier ôc le Souuerain Créateur & Conferuateur Chr.orat^
de toutes chofes. Quant à nous, fçaehans comme dit S. Auguftin, que le culte de Religion qui eft cn efprit, n’cft deuà
aucune chofe qui foit inferieure à l’cfprit : nous nous glorifie- deCiuin
rons toufiours en la Croix du Fils de Dieu, c’eft à dire en fa Dei.c.16
Paffion; mais pour le bois nous dirons cc que difoit Minutius
aux Payens : Nous ne fouhaitons point la Croix ny ne l’ado­
rons : ôc ce que Iefus-Chrift difoit au diable : Tu adorerai le Sei- Luc 4.2.
gneur ton Dieu
à luyfeul tuferuiras.
Secondement, adioufté le Bachelier, il accufc l’Eglifc
d’cnfcigner que la vie eternelle n’eft pas vn don de Dieu : Mais
il fc trompe grandement, faute d’auoir eftudié cn Théologie.
Car nous difons auec Sainét Auguftin que la vie éternelle cft
don deDieu : parce que la grâce précédé toufiours nos bon­
nes œuures, ôc leur donne le poids & le mérité : ôc recompenfe, d’autant qu’elle nous eft communiquée à caufe de la bonne
vie, ÔC des oeuures pieufes que nous auons pratiquées dans le
V u u iij

Defenje de la
fieele, ainfi que le Seigneur enleigne en plufieurs endroits de
l’Euangile.
2^o.6»2j
I’auois d it dans rrft. refponfe que le don gratuit de Dieu c'eft Itt
vie eternelle.) félon Saind Paul; & que I’Eglife Romaine tefmoigne ne le croire pas ainfi, quâd elle affeure que la vie eter­
nelle eft vne recompenfe deué à nos mérités. Sur cela ievous
prie d’entendre Saind Auguftin à qui Monfieur leBachelier
remet la decifion de ce different : je le citeray plus fidèlement
que luy vous verrez par ces paroles qu’il décidé cctte Con­
trouerfe en noftre faueur. Voicy donc comment narle reS-

que de là nous connuifions que Dieu nous meine àla vie éter­
nelle j non par nos mérités, mais fclon fa mifericorde.
II eft vray qu’aillcurs il appelle la vie eternelle vn falaire &
vne recompenfe: mais il nous fait entendre que ce falaire cft
méritée, quand il dit que noftre recompenfe eft appellée vne
grâce, parce qu’elle cft donnée gratuitement,encore que nous
n’ayons rien fait de bien. Que fi Dieu nous rendoit ce qui nous
eft deu nous ferions punis; & qu’il ne nous rend pas la peine
qui nous eft deué ; mais nousdonnela grâce qu’il ne nous doit
Pas- Cartunereceuras'pointlavic eternelle, dit luy-mefme
trnZl. 3, pour ton mérité, mais feulement pour grâce ; & quand Dieu
in poh.
te donne le prix de l’immortalité, il couronne fes dons, & non
pas tes mérites. Iugez de là fi la grâce donne du poids à nos
mérites: puis qu’elle les exclud entièrement; & fila vie eter­
nelle nous eft communiquée à caufe de nos bonnes œuures-:
puis que c’eft vne recompenfe de grâce ? Mais pour accorder
ces deux noms de don & de recompenfe au fujet de la vie éter­
nelle nous difons qu’elle eft vncrecompenfe de la Iuftice de
Chrift r voila le mérité à qui elle eft deuë : mais qu’à noftre
égard elle eftvn don de la grâce à caufe de Iefus-Gbrift luymefme, qui nous l’a méritée.- Le don delà grâce de Dieu c'eft
l& vie et ernellepar Iefus-Chrtft nortre Seigneur. S iMônfieur le Ba­
chelier auoit cftudié cn cette Théologie de l’Apoftre &deS.
Auguftin , comme en la chicane des-Mifftonnaircs : il y a long.

huitième Refponfe,

r

527

temps qu’il pafleroit pour Dodeur.
En troifiéme lieu j dit-il, il nous accufc de dire la Mefle,
déporter le Viatique aux malades, & de faire des miracles.
Voila vne eftrangc accufation, fort femblable à celle des ido­
lâtres, qui accufoient autresfois les Chrcfticns d’adorer vnlefus-Chrift crucifie, & de manger la chair d’vn petit enfant.
Certes s’il vous en faut croire, Monfieur le Miniftre, tous les
Apoftres font des fameux criminels : Saind Pierre eft vn cri­
minel , puis qu’il a dit fouuent la Mefle fiir vn Autel qu’on voit
encore à Rome. SaindAndréacfté vn criminel, puis qu’il
offroit tous les iours àDieu l’Aigneau Immaculé, ainfi qu’il
refpondit au Prefident Egée. Saind Bafile, Saind Chryfo­
ftome font criminels : puis que non feulement ils ont dit la
Mefle; mais auffi qu’ils ont compilé vne Liturgie. Le Concile
de Nicée cft fort criminel : puisqu’il ordonne en fes Canons
de porter le Viatique aux malades ; & qu’il déclare que les Pre­
ftres ont le pouuoir d’offrir le Sacrifice. Tous les AnciensMartyrs font criminels:puis qu’ils ont fait des miracles parmy leurs
combats & leurs fouffrances. Enfin les Luthériens & les Auglois font criminels, puis qu’ils célèbrent la Mefle auffi bien
que nous. Il faut aualer tout cela, ô Afimont.
Maiftre Chiron eft las de faire le Théologien : voila pour­
quoy fefouuenant defon nom il veut faire le Médecin: mais
quelque opinion qu’jlayeconçeue de fesremedes, nous ne
Jbmmes pas fi faciles à les prédre ; & il dore trop mal la pi II u le,
pour nous la faire aualler. S’il me prefentoit des paroles de
Dieu, ic pourrois dire ce qu’vn Prophète difoit à Dieu, tes pa­ Ierem. T J
rolesfefont-elles rencontrées^. le les Ay mangées aufsi-toft. Mais pour 16.
des fornettes & des contes faits à plaifir,ie n’en fuis pas affamé,
.& ce font des viandes trop mal cuites pour mon cftomac. Ic
luy diray ce que Saind Auguftin difoit à vn Pelagien, les cho­ tsftHT.l. ?
fes que vous dites font merueilleufcs, nouuelles & faufles : le
fuis eftonné des merueilleufes j ie me donne garde des nouuel- Tcla°i»
lcs; & iç conuainçray de faux celles qui ne font pas vérita­
bles.
Premièrement quand i’entens dire au Bachelier que le;
Luthériens & les Anglois celebrent la Mcflc auffi bien que les
Preftres Romains: l’aduouë que ce font pour moy des chofes

> Défenje delà
fort nouuelles. Et fi cela eft ainfi, pourquoy le Pape tondantne-il comme Heretiques les Luthériens & les Angloisau fait
de 1 Euchariftie : puis qu’ils celcbrent la Meft’e aulfi bien que
luy ? Et pourquoy les Anglois & les Allemans d’vne & d’autre
Religion ne vont ils à la Melfe les vns des autres: puis que c’eft
vn Sacrement de Communion, qu’ils célèbrent tous égale­
ment? Certes ie croy que Maiftre Chiron fe veut ériger en
Maiftre G izettier;& vous iugez bien qu’il entendroit mieux
à faire vne Gazette, qu’vn Raifonnement en Théologie.
Attendant qu’au premier ordinaire il nous enuoye vné
copie de cette Melfe Angloifc & Luthérienne : Qui n’admire­
ra fon adreffe à prouuer que les Peres Grecs & les Apoftres ont
célébré la Melfe ? Si le Concile de Nicée donne aux Preftres
le pouuoir d’offrir Sacrifice : Sainél Pierre attribue à tous les
I. Pier.z fidèles le mefme pouuoir d’offrir des Sacrifices Ipirituels agrc5.
ables à Dieu par lefus-Chrift; &.neantmoins ils ne chantent
pas Meflc. Si Sainél Bafile & Sainél Chryfoftome ont célébré
la Melfe, parce qu’ils ont compilé vne Liturgie : nous la célé­
brons auffi, car nous auons vnfc Liturgie, ou reigle du feruice
public. Les Payens-mefmes auroient célébré la Melfe, s’il 1’»
Tsfyifor. faloit fonder lut ce mot ;&ie fuis de l’aduis d’vn devosHiftortrgtl. I. rjens 5 qui tlit que ce mot de Melfe s’origine des ceremonies
«ww'j des Payons, dont les Preftres auoient accouftumé de donner
million ou congé au peuple après auoir acheué lcursSacrificeSé
Si S. Pierre a dit fouuent la Melfe fur vn Autel qu’on voit en­
core à Rome :1e m’eftonne que Rome qui a efté fi foigneufe
de conferuer cét Autel fur lequel ila dit la Meffe, aye négligé
de conferuer la Melfe mefine quil a dite. Parce moyen elle
auroit foulagé pluficurs Papes de tant de peine qu’ils ont prilè
à fabriquer celle qui fc dit aujourd’huy parmy vous . & d’y ad­
joufter de temps en temps, l’vnvne piece, 1 autre vne autre,
jufqu’àcc qu’elle eft venue à fa perfeftion.- Et fans doute que
cette Melfe Apoftoliquc eftoit bien mieux dreffée que toutes
celles des Pontifes fuccelfcurs de Sainél Pierre : Mais il eft
croyable qu’il l’a dite en fi baffe notre, que iamais perfonne ne

l’entendit.
Que fi Sainél Pierre a dit la Melfe à Rome fur vn Autel, il
eft bien à croire que Sainél André & les autres Apoftres eftans
ammez

huictiéme Reftonfè,

5^9

animez d’vn mefmc efprit, oncfàit la mefme chofe dans tous
les endroits du monde où ils ont prefehé l’Euangile; & que par
tout où ils cftabliffoicnc de$ Eglifes,ils ne manquèrent pas dcriger des Autels. D’où vient donc que les Payés reprochoient Orioen.l.
aux Chreftiens de l Eglife primitiue qu’ils n’auoient point 8. confr.
d Autels? Ne pouuoicnt-ils pas conuaincre ce reproche de Celftna.
faufteté 8c de calomnie par les Autels fur lefquels on difoit
tous les iours la Mcffe ? Vous voyez donc par là que toutes ccs
nouuelles que vous donne le Bachelier, ne font que dcslcgendes fabulcufes, 8c des contes inuentez pour ainufer des ames
crédules.
Mais remarquez l’artifice dont il fcferr pour donnerle chan­
ge , 8c pour deftourner l’elprit des ledeurs de l’eftat de la queftian» Nous nel accufans pas comme il dit, de dire la Mefle,
ny de garder l’Hoftic dans le Ciboire, ny de la porter aux ma­
lades; moins encore, de faire des miracles. Mais, nousdi.fons .
que vos Preftres difent, le chrift eft icy quand ils difent la Mcffe ; le Chrift efi La-> quand ils portent l’Hoftic aux malades j il cft
és deferts j quand ils Va portentaux Eglifes champeftres ; il eft és>
cabinets, quand ils l’a gardent dans les Ciboires ; 8c que plu­
ficurs fe font vantez parrny eux de fairc des miracles, pour fai­
re à croire ccs choies que Iefus-Chrift ne veut pas que nous
croyons : puis qu’il nous dit par deux fois ne le croyez,point. Iu- A/at.iq.
gcz fi cc n’eft pas bien fê desfaire de cette objeétiô, de dire que 23. 26.
c’eft vne accufation femblable à celle des Idolâtres, qui accufoient autres fois les Chreftiens d adorer vn Iefus-Chrift cru->
cifîé, 8c de manger la chair d’vn petit cnfant?Et voyez fi nous
n’auons pas raifon de refufer creance à ceux qui nous difent
aujourd’huy le Chrift eft icy ou il eft là, quand mefmes ils fe­
roient des miracles pour nous le perfuader ? Certes comme
Dieu faifoit autresfois cctte deffenfe à fon peuple, quand ilfe le­
Veut. 13
uera au milieu de toy quelque Prophète qui vous mettra, en auant quel- la 5*
quefigne ou miracle j dr cefigne ou miracle aduiendra duquel il t'aura
parlé, difant allons après d'autres Dieux^ lefquels tu n as point connus
&feruons a iceux : tu nefeout eras point les paroles de ce Prophète : A u ffi Trithem.
reccuons-nous l’aduertiftemêt qu’vn de vos Abbez nous don­ q. 3. ai
ne. Là où la vérité n’eft point honorée, s’il fe fait quelques fmptrai.
miracles, ce n’eft pas Dieu , mais ie diable qui les operç. Or Adaxipi.
Xxx

5Sô

Défenfè delà,

ceux qui difcnt que le Chrift eft icy ou là, & qui prétendent le
prouucr par des miracles, n’honorent pas la vérité : puis qu’ils
nous veulent perfuader cc que Iefus - Chrift nous deffend de
croire. Nous ne deuons donc pas les écouter ; & nous deuons
pluftoft croire que tous les miracles dont ils fe ventent ne font
que des impoftures.
N’obftant cela pourtant Monfieur le Bachelier s’efforce
de nous faire aualer ce poifon. Car, dit-il, de fe vouloir cou­
urir de ce qui eft eferit en Saind Mathieu chap.24. c’eft folie :
Carie paflage que vous citez ne parle point du Sacrement de
l’Euchariftic, ny ne dit pas qu’il ne faut pas croire que le Corps
de Iefus-Chrift n’cft pas dans.l’Hoftic quand on la garde dans
laCuftodc, ou qu’on la porte aux malades : mais il prédit les
malheurs qui arriuerôt à la fin des fiecles j il aduertit ques der­
niers temps pluficurs faux Chrifts & faux Prophètes s’éleueront, & que pour auoir des Sedateurs & des Difciples, ils di­
ront le Chrift eft icy, le Chrift eft là; il aduertit qu’il ne faut
pas adjoufter foy à ces impofteurs quand ils diront, voicy le
Chrift cft au defert, il eft dans les cabinets. Par où l’on voit
clairement que vous âbufez des Efcritures, pour tromper le
vulgaire ignorant.
Se peut-il rien voir déplus foible ny de plus contraire aux
paroles du Fils de Dieu,que cette répliqué du Bachelier?IefusChrift nous prédit q u'és derniers temps on nous dira le Chrift
cft icy j le Chrift cft là ;& le Bachelier dit que cetéps ne fera
qu'à la fin des fiecles. Le Sauueur prédit que ces impofteurs
& faux Prophètes feront grands lignes & miracles pour per­
fiiader que le Chrift cft icy ou qu’il eft là, & Maiftre Chiron
qui demande fi fouuent des miracles ne dit pasvn feul mot de
ceux-cy. Iefus-Chrift nous prédit le tout auec fès circonftan­
ccs-, & le Bachclfcr ne veut pas que nous croyons à fes prédi­
rions. Enfin 1e Fils de Dieu no us deffend de croire aux pa­
roles de ces impofteurss & Maiftre Chiron veut que nous y adjouftions foy s & nous condamne de folie lors que nous nous
muniffonsdela vérité du Seigneur contre les impoftures de
ccs feduéleurs, qu’il nous a prédites. Iugez en vous mefmes,

^.522 s’il eft iufte de luy obeïr pluftoft qu’à Dieu : Certes;/
fiejl obetr à Dieu c/tfaux hommes.

buîctiéme Rjfporfc.

551

Mais pour vous faire voir que nous n'abufons pas de l’Efcriture
comme il nous accule ; & que c’eft luy-mefme qui vous en déguife le vray fens, pour vous en ofter l’intelligence : le vous
prie de confiderer que lefus-Chrift au chapitre fus-allégué de
Sainét Mathieu fait deux prédirions differétes touchant deux
diuerlès fortes de faux Prophètes :l’vne eft touchant ceux qui
deuoient précéder la deftruétion de Ierufalem , dcfquels il dit,
flujieurs viendront en mon~Nom ydifansjefuu le Chrift

en fedui- Mat. ïf.

Et c’eft de ceux là que parle Eufcbe dans fon Hi- 5- r
ftoircEcclefiaftique. L’autre eft touchant ceux qui deuoient 7.*^
s’éleucr après la defolation des Iuifs & la prédication del’E- >J ’ '
uangile par toute la terre, lefquels ne diront pas d’eux-mefmcs
qu’ils font le Chrift,mais feront grands fignes & miracles pour
perfiiader que le Chrift eft icy ou là. Ils ne fc cacheront pas
dans les delêrts ou dans les cabincts:mais ils feduiront les peu­
ples par leurs miracles, pour leur faire à croire touchant quel­
que chofe, qu’on portera ça & là, que le Chrift eft dans les
cabinets ou dans les deferts.
Or donc ie vous demande qui font ceux qui difent en ces
derniers temps que le Chrift eft icy & qu’il eft là, finon les Pre­
ftres de 1 Eglife Romaine, quand ils portent lHoftie d’vne
Eglife à l’autre $ Qui font ceux qui difent qu’il eft au defert ou
dans les Ciboires, fi ce n’eft eux mefines quand ils portent
l’Hoftie aux Eglifcs champeftres, & quand ils l’a confcruent
dans des referuoirs ou dans des garde-mangé ? Qui font ceux
enfin qui fe vantent de faire des miracles pour nous perfüadcr
ces chofes ? finon ceux qui fuppofent ces prodiges, qu’en vn
tel heu lHoftie s’eft conuertie en chair; qu’en vn autre l’Hoftic eftant percée d’vn coup de coufteau il en eft coulé du fang;
Qu'icy vnafnc ayant quitté l’auoine qu’on luy prefentoit, a
adoré l’Hoftie; Que là vn homme yure ayant aualé l’Hoftie,
il a vomi vn petit enfant. Après tout cela pafferons nous en­
core pour des fols, de ne vouloir pas croire ces impoftures,
puis que Iefus Chrift nousle deffend? Mais pluftoft celuy qui
oit fes paroles & qui les met en effet, fera comparé à l’homme 24.
fage.
Enfin, pourfuit Maiftre Chiron, le Miniftre nousaccufc
d’enfcigneria doctrine des démons : parce, dit-il, que nous
XxxiJ •

ront plufieurs.

5J i

Deffenfe de la

dcffendôhsleMariage, &qüe nous commandonsl’abftinencc des viandes , parce que nous fommes de ces gens aufqucls
pai le f Apoftre dans la première à Timothée, chap. 4. quand
il dit qu’es derniers temps plufieursfc reuoltcront de lafy, j ’adonnans
aux efprits abufeurs, & aux de tirines des diables, deffendans defe
marier , commandans de s’dbffenir des viandes, que Dieu a créées pour
l’vfage desfdeles. Mais où a-il trouuc que TEglife Romaine dé­
fende le Mariage? Elle qui enfeigne auec l’Apoftre que c’eft
vn grand Sacrement,& que le Seigneur Iefus-Chrift Ta hono­
ré par f à prefence-, & par le premier de tous fes miracles? C’eft
bon à Marcion, à Tatian & aux autres Hcretiques, qui vouloiet introduire la cômunauté des fémes,& non pas à nous qui
honorons IesNopccs incôparablement plus que nos aduerfâiresjles rangeas parmy les Sainds Myfteres de noftre Religion.
Puis que Monfieur le Bachelier eft ignorant de ce que TEglife Romaine deffend , il faut Tinftruire de fes intentions. S’il
veut fçauoir où elle deffend le Mariage, & à qui j Qu’il life fes
Canons & fes Decrets, & il trouuera que le Mariage des Pre­
ftres n’cft point deffendu par authorité legale ouEuangelique,
Cauftf. ou Apoftolique : mais qu’iLcft entièrement interdit par autho9.2.
ritéEcclefiaftique. Qu’illife les raifons du Pape Cirice:&il
D- troiiuera ql)C pour fouftenir cette deffêfe, dont il fut l’autheur,
il abufe des textes de lEfcriture, qui dit que ceux qui font en
1 * la chair fle peuuent plaire à Dieu , Arque rien n’eft pur à ceux
qui font foüillez. Qu’il life les decifions de fes Caluiftes, & il
Coller.in entendra, que fi les Preftres fc marient c’eft vn plus grand peEncbirid. ché que s’ils entretenoient plufieurs garces .dans leur maifon.
art.dt Cas
Qifiî nc
pas qUe TEglife Romaine enfeigne que le Mariage eft vn grand Sacrement:car en cela elle Télcue trop haur,
quand elle le met au nombre des Sacremens. Mais elle I’abaiffe auffi par trop, quand elle Tinterdit aux perfonnes facrées 5 &
en cela elle entre dans le fentiment des Hcretiques, qui ont
condamné le Mariage. LesTatianites le deffendoient à tous
ttsfug.ha ceux qUj vouloient entrer dans leurs ordres j & ne l’eftimoient
*/. 74* pas plus que la fornication ; & vos Dodeurs Tinterdifent à
ceux qui embraftent la Preftrife, & qui veulent entrer dans les
ordres de Religion : Mais plus diftolus que ces Heretiques, ils
difcnt que ce leur eft vn plus grand péché de fe marier que de

buicriéme Rejponje.
paillarder. Les Marcionites deffcndoientles nopces 5 pour in- 'BeHanT.
troduirc la communauté des femmes ; & c’eftoit la mefmc in-'?*
tention de l’Autheur des Epiftrcs décrétâtes inférées dans \Csn?e'e‘i°
Canons, & fauffement attribuées à Clement Martyr de IefusChrift : où il dit que l’vfage de toutes tes chofes du monde dej.
urdit eftre commun ; & pour preuue de fon dire il allégué la càn.dtlefétence d’vnSagc dcGrece,qui a dit qu’être amis toutes chofes tttjf.q.i.
doiuët eftre cômunesj & pour expliquer fon fëtiinët il a adjoufté,qu’entre toutes chofes fins doute font comprifes les fémes.
Iugez après cela qui honore plus 1e Mariage, ou nous qui
difôs auec l’Apoftre qu’il eft honorable entre tous; ou vos Do­
éleurs qui difent qu’il deshonore tes Miniftresdu S âéluaire ? ou
4
nous qui difons auec S .Paul à tous ceux qui n’ont point 1c don
de continence, qu’il yant m ieuxfe marier que brufler ■> ou vos Do- »•£<””. 7.
élcurs qui permettent aux Preftres & Religieux de brufler de9’
fàlcs conuoitifes, & de paillarder pluftoft que de fe marier ? ou
nous qui difons auec Iefus-Chrift,^** Dieu A conjoint que t hom6
arepoifK-,
ou
vos
Doéleurs
qui
fouftiennent
que
1e
Bcl.iA.de
menefe fep
-1
Mariage fe peut rompre légitimement par 1c vœu de chafteté,
Cf/^IU
ou à caufe d Herefie.
Monfieur 1c Bachelier pour exeufer ccs inhibitions de 1 Eglife Romaine, s’auife d’vne plaifante défaite. Que s’il ref, pond, dit-il, que l’Eglifc deffend 1e Mariage aux Preftres, &
aux Réguliers Profés : il faut luy impliquer qu’il a bien peu de
lumière; puis quil ne connoift pas que ce n’eft point l’Eglifc
qui leur deffend 1e Mariage, mais leur propre volonté, & le
vœu auquel ils s’engagent librement, & fans aucune contrain­
te. Difons donc que c’eft vne impofture d’afteurer que l’E-'
glife deffend abfolument 1e Mariage.
Si c’eft vne calomnie, voftre Bachelier en eft l’autheur. Ic
n’ay pas dit que l’Eglifc Romaine deffende abfolumcnt&vniuerfellcment 1e Mariage à tous hommes; mais ie dis aucc vos
Canons qu’elle 1e deffend abfolument aux Preftres. Et ce ne
font pas eux mefines qui fc le deffendent, par 1e vœu de con­
tinence, mais c’eft la deffenfe de I’Eglife qui 1e leur interdit
entièrement. Et afin que vous ne penfiez pas que c’eft mon
imagination que ie vous débité : c’eft 1e commun fentiment de
vos Doéleurs, que voftre Bachelier deuoit confulter auant que
Xxx ii;

Defenfc de la
de m’accufer de peu de lumière.

534

j

Ils s’en expliquent afTez clairement, lors qu’ils difent que
Scottu les ordres facrez empefchçnt de contraCicr Mariage, & rom­
pent celuy qui eft contradé, non pas à raifon du vœu qui leur
eft adnexé : mais à caufe du ftatut Ecclcfiaftique. Lors qu’ils
‘Durand. afleurent que le ftatut de l’Eglife rend les Clercs abfolumdnt
illégitimes à contrarier Mariage ; & que pour cette caufe il
leut faut indire la continence quand ils rcçoiuent les ordres fa­
crez : à laquelle foit qu’ils contentent ou non, quand on les or­
donne, dés lors ils font ineptes, & Amplement illégitimes à
Tttr. Pa contracter par le ftatut de l’Eglile. Quand ils fôuftiennenC
ludan, que celuy qui reçoit l’ordre facré encore qu’il n’aye pas inten­
tion defc contenir,ny de s'obliger à la cpntinencé,y eft néantmoins obligé: parce que l'Egide peut rendre inhabile auMaNtuarr. riagevn homme ignorant & forcé. Et enfin quand ilsconfeftnmanu- fcnt qlJe celUy qUj reçoit les ordres eft obligé au vœu de con­
tinence , encore que fon deftein ne foit pas de le garder, ny do
s’y aftreindre. Iugez de là fi Maiftre Chiron »’cit pas bien en­
tendu dans la creance de l’Eglile Romaine ? Et fi nous n’auons
pas droit de dire qu’elle eft infeCtée en ce point de l’erreur des
Manichéens,puis qu’elle enfeigne & pratique fi exactement
jeur doCtrinc? Car comme ces Heretiques permettoient 1&
^^•74’ Mariage à leurs Auditeurs, comme eftans moins parfaits 8c
populaires : mais l’interdifoicnt entièrement à ceux qu’ils ap­
pelaient leurs Efleus , comme eftans plus parfaits. Ainfi 1 Èglilè Romaine lôuffre les nopces aux perfonnes Laïques, c’eft
à dire qui font du peuple Chreftié : maisclle les improuue abfolument en la perfonne des Preftres & des Moines , qui fe di­
fent éleuez à l’eftat de perfection.
, Pour l’abftinencc des viandes, i’aduouë ,dit-il, que fil’E­
glife commandoit de s’abftcnir de toutes fortes de viandes eh
tout temps, 8e pour la creance qu’elles font de foy pollués, &
fouillées, & qu elles ont efté produites par le mauuais princi­
pe, fans doute qu’elle tomberoit dans l’erreur & dans l’Herefie
des Manichéens, qui fcpriuoient de toute efpccc de chair par
vne vainc fuperftition. Mais de s’abftcnir de quelques viandes
durant quelque temps à deftein de mortifier fa chair, 6e delà
tendre fouple & obeïftàntc à l’cfprit : c’eft Vne pratique très-

huitième Rejponfè,
louables & qui ne peut fans malice & fansvn aucuglement
prodigieux cftre condamnée comme doctrine des diables.
Sil’EglifeRomainenctombepas dans l’erreur des Mani­
chéens par l’abftinence des viandes qu’elle commande: elle ne
peut pas fe garentir de l’erreur des Euftathicns quelque railon
que le Bachelier allégué pour l’excufer ou pourladcffendrc.
Euftathius Euefque cn Arménie deffendoit fvfage de la chair,
non par quelque pensée qu’il euft qu'elle fuit immonde ,
comme le croyoicnt les Manichéens : mais il difoit qu’il s’en
faloit abftcnir par vn exercice religieux, & pour fuiure vne
plus exaéle difcipline. Voila iuftement ce que difent les Mi­
nimes & les Chartreux, qui s’interdifent l’vfage de la chair
pour toute leur vie; voila ce que dit le Bachelier, pour foufte­
nir le Carcfmc, qui fait tous les ans la mefme deffenfe aux Ca­
tholiques Romains, fous peine de péché mortel. Ce n’eft pas,
difènt-ils, que nous croyons la chair impure : mais nousiugeons qu’il s’en faut abftenir pour matter noftre chair. Cepen­
dant cét Euftathius tout Euefque qu’il eftoit ne fut point ap­
prouué dans le Concile de Gangre; & quoy qu’il proteftaft
qu’il n’auoit pas fait cét inftitut par arrogance nyparopinia’ 'c‘
ftreté, il ne laifla pas d’y eftre condamné comme Heretique
l’An du Seigneur 520.
Mais s’il eft vray, comme dit voftre Bachelier, qu’il faut
s’abflenir de quelques viandes à deffein de mortifier la chair &
de la rendre fouplc à l’elprit: pourquoy ne prend-on en la pla­
ce de celles-là d’autres viâdes qui foient propres à cette morti­
fication ? Quoy la chair de poiffon frais & falé auec desfauccs
de haut-gouft ; les œufs auec de bons apprefts, & des confitu­
res, font-ce des viandes plus capables de mortifier la chair de
l’homme, que n’eft la chair des animaux tcftres & volatiles?
Ncfont-cc pas pluftoft des allumettes d’intemperance, pour
exciter les conuoitifès de la chair, que des raffraifehiffans pour
la mortifier & la rendre fouple à l’elprit / C’eftoit la penfée &
le dire desMarcionitcs, que le poiffon eftoit vn manger plus Tertul;*.
fain<ft. Mais comme les Poètes ont dit fabuleufement que la cor-Mar
Deeffe des impuretez auoit tiré fa naiflance de l’efcumc de la cton'l" I*
mer : aufli les Naturaliftes ont dit véritablement que la chair ca?‘
des poiffons émeut la chair à la lafciucté.

Defenfe de la
Mais enfin de quelque pretexte que fe couure f Eglife Roinaine : fi elle ne tombe pas tout à fait dans l’Herefie des Mani­
chéens : il faut aduouër que fa pratique eft fort femblable à cel­
le de ces Heretiques. Ceux-la faifoient confifter leurs jeûnes,
non pas dansvnc totale abftinence: mais dans le choix de cer­
taines viandes :& l’Eglifc Romaine dit que c’eft jeufner, non
pas d’eftre fans mâger ny boire depuis le matin iufques au foir,
mais de s’abftenir de la chair, & prendre fa refedion d’autres
viandes. Les Manichéens s’abftcnoicnt bien de la chair : mais
ilsnelaiffoientpasdeviure dans les délices, commetefmoigne Saind Auguftin $ & félon fon rapport parrny ‘ccs gens-là,
Z/Z>. 2 de on ne croyoit pas qu’vn homme euft outrepafté les reigles de
** la fainteté, lequel auoit remply ion ventre de potirons, de.ris,
u3’ truJffeS}
t3rtes aUec du poiure, & des confitures de haut
gouft:mais l’on condamnoit à quelque fupplice vn homme
fobre & de petite vie,à qui l’on feruoit à fouper des herbes auec
vn peu de lard ou de pourceau falé. C’eft la mefme pratique
de l’Eglifc Romaine dans les mortifications du Carcfme'. car
Ib comme tefinoigne vnde vos Dodeurs, l’on ne peut pas nieç
7- tnftv qu’autresfois les jeufnes accouftuinez parrny les Chreftiens ne
21 • fefiiTcnt fans manger des viandes, & fans boire de vin: mais
maintenant la couftume cft eftablie , qu’auec le poiffon
nous nous feruons des herbes, des fruids, ôc du vin fcmblablement.
.
Enfin il eft vray que les Manichéens eftimoient la chair
impure par fa création, comme ayant efté faite par vn mauuais
principe : mais I’Eglife Romaine eft dans vne erreur fort peu
differente de celle-là : puis qu’elle croit la chair immonde à
Lu-ant). Cau^ de la maledidion: Car comme difent vos Cafuïftes,
hb'èca' Dieu a maudit la terre, non pas les eaux : voila pourquoy aux
de ati]s jè l°urs de jufne nous préférons le poiffon à la chair. Mais quand
junÿj. bien vous ne vous imagineriez aucune impureté dans les vian­
des, qui les petit rendre fouillées : N’eft-il pas vray quevou?
croyez quelles foüilleroient voftre confçicnce , fi vous en
mangiez en temps de Carefme? Et vn Moine Chartreux s’il
eftoit malade, n’aimeroit-il pas mieux le laiffer mourir, que de
conferuer fa vie cn mangeant de la chair ? Cependant Iefusij*

,, Chrift a dit, que ce nef pas ce qui entre en la bouche qui fouille
*
.

l'homme}

Jjftictiémè Reftonfî,

53 y

Ihomme-, Et l’Apoftre nous affeure que Dieu a créé les viandes
pour l’yfage des fideles, pour en vfier auec action de grâces. La Do- î»
drine donc qui deffend aux fideles l’vfàge des viandes, & qui
dit que l’homme qui en mange eft fouillé, eft vne dodrine des
diables: puis qu’elle eft fi contraire à celle de lefus-Chrift Si
de lés Apoftres.
Neantmoins le Bachelier veut prouuer que c’eft vne prati­
que louable >& qu’on ne peut condamner fans malice & fans
aueuglement. Autrement, dit-il, les Apoftres ayant deffendu par le decret du Concile affemblé en Ierufalem, à tous les
Chreftiens de manger des viandes immolées aux idoles, du
fang des belles mortes, & de la chair des animaux eftouffez,
auroient commandé vne dodrine des diables. Autrement
l’Ange qui ordonna à Samfon de s’abftenir du vin durant fa
viecnfeigneroitla dodrine des diables j Autrement la Difci­
pline Ecclcfiaftique des Religionnaires , qui enfeigne qu’il
fautjufner quelquefois, induiroit à fuiure la dodrine des dia­
bles.
le m’eftonne que Maiftre Chiron pour combattre noftre
creance, mettre en auant des raifons qui choquent la foy de
l’Eglife Romaine aulfi bien que la noftre. Car pour la premiè­
re qui eft prife de l’ordonnance des Apoftres mal entendue,
C’eft vneobjedion de ceux qui veulent encore Iudaïfér, c’eft
adiré méfier l’obféruation des Ceremonies delà Loy auec les
Préceptes de l’Euangile. C’eft pourquoy ie refpondray au Ba­
chelier ce que S. Auguftin rcfpondoit à ceux qui vouloient
eftre Iuifs &Chrefiienstoutenfèmble : à fçauoir qu'il faut difiinguer trois temps pour faire vn véritable iugemét touchant
ladiftindiondes viandes ,& autres ceremonies de laLoyludaïque. Le premier fut auant la Paffion de lefus-Chrift, au- tsfujujf.
quel temps les Ceremonies legales n’eftoient ny mortes ny ad Hiero.
mortifères: Voila pourquoy lefus-Chrift auant que de fouffrir,
en recommande l’obfcruation dans l’Euangile. Le féconda
efté depuis la Paffion du Sauueur iufques à la prédication de
1 Euangile : auquel temps ces Ceremonies eftoient mortes à
la vérité, parce que lefus-Chrift les auoit abolies par leur accompliffemcnt : de forte qu’elles n’auoient plus de force pour
obliger les confidences à les obfexuer. Mais neantmoins elles

53 $

Dcfenfè de l<t \

n’eftoient pas mortelles j & lesluifsconuertisà la Grâce du
Chriftianifmelespouuoientobferuerfans croire qu’elles fuf­
fent neceifaires à lalut. Et c eft par cette confideration que S.
Paul circoncit Timothée, & fuiuant le confeil des Apoftres
a£.h.«4 qui eftoient en Ierufalem, fe purifia fclpn la Loy deMoïlc,pour
ne point donner de fcandale aux Iuifs. Le troifiéme temps eft
celuy qui a fuiuy la prédication de l’Euangile, par lequel la
grâce deDieu falutaire à tous hommes eft clairement apparue,
auquel temps toutes ces obferuations legales font deuenuës
mortelles : parce que tous les Chreftiens ont appris que ce n’e­
ftoient que des ombres des biens à venir, & des figures delà
grâce qui nous a efté portée par Iefus-Chrift.
Cela eftant ainfi les Apoftres alfemblcz en Concile trouuerent bon que les fideles conuertis du Paganifine à la Foy de
Chrift s’abftinfent du fang & des chofes eftouffées, pour ne
pointfcandaliferlesluifsquieftoient parmy eux : parce que
esfuguft. dans ce temps mitoyen ils pe vouloient pas tout àcoupconibidem. damner la Synagogue, mais l’enfeuelir peu à peu auec hon­
neur. Mais depuis que par la prédication de 1 Euangile les
Chreftiens ont efté pleinement inftruits de la grâce de Dieu,
Sc de la vérité qui eft aduenuë par Iefus-Chrift : celuy qui vou­
droit encore obferuer cette diftindion de viandes ordonnée
parla Loy, renonceroit à la vérité de l’Euangile : parce qu’il
nieroit la manifeftation de Chrift en chair, & la connoiffance
de fa grâce, dont ccs ceremonies legales eftoient les figures.
De forte que l’abftinence de certaines viandes auant l’aduenement de Chrift a efté vne Dodrine commandée de Dieu,
pour préfigurer les choies futures : Depuis l’aduenement de
Chrift elle a efté vne dodrine tolérée par la prudéce des Apo­
ftres : Mais depuis la claire manifeftation de fa grâce, qui la
voudroit encore faire garder,comme le Bachelier,prefeheroie
vne dodrine des diables : parce qu’il voudroit remettra en
vfage ce que Iefus-Chrift a aboli, & rameiner les ombres,dont
le Corps eft en luy-mefme ; & fi quelqu’vn veut encore obferÇjaÏ. j. 2 uer cette dodrine, Chrift ne luy profite de rien, &ileftdef4.
cheu de la grâce comme dit Saind Paul. Or ie vous laiffe à
penfer fi ce qui nous rend Iefus-Chrift inutile, & qui nous fait
déçheoir de fa graeç, n’cft pas vne inuepçion des démons ?

huictiéme RefponJci

53^

Autant en faut-il dire de l’abftinence du vin prédite par
l’Ange à Manoah touchant Samfon : Car comme il dit qu’il
ne boira ny vin ny ceruoife félon le vœu du Nazareat: Auffi ^«1;.
deuoit-il deftre figure de Iefus-Chrift qui a efté appelle Nazarien. Mais ip ne fçay à quel propos le Bachelier allégué cét
exemple de l’abftinence du vin : Car I’Eglife Romaine ne l’a
commande pas; & il ne s’eft point encore veu des Moines fi
aufteres, qu’ils s'en foient deffendu l’vfage. Il eft vray qu’il
eft adjoufté au mefme lieu touchant Samfôn , il ne mangera junes jj.
aucune chofefouillée : cela s’entend de la Loy, qui declaroit certains animaux immondes, non qu’ils le fuffent de leur nature,
ny parla maledidion de Dieu : mais feulement par la deffenfe
qui leur en interdifoit l’vfage, comme de chofes fouillées d’v­
ne fouilleure non rcelle, mais typique & figuratiue, pourdiftinguerlepcupIcluif,d’auecIesautrcsNations. Mais cette
fouilleure a efté leuée par la grâce de Iefus Chrift qui nousa
deliurez du joug de la Loy j & qui de tous les peuples à fçauoir
des Iuifs & des Gentils cn a fait vn feul corps à Dieu. C’eft cc Epb.iaô
que Dieu fait entendre à Saint Pierre par la vifion d’vn linceul
où il y auoit de toutes fortes d animaux j & par la voix qui luy
dit, tué & mange par la refponfe qui luy fut rendue, ce que tsift.xi'.
Dieu apurifé ne le tien point pour poilu. Tellement que ccuxqui 11.1j.14.
veulent encore nous charger d’ordonnances, difans comme
dit I’Eglife Romaine, ne mange, ne goufte point: ne font que 2. Colotf.
nous attacher aux Rudimens du monde, encore bien que ce 20.21.23
foit fous apparence de deuotion, & d’humilité d’efprit, qui
n’cfpargne nullement le corps, comme dit l’Apoftre.
L’autrç raifon du Bachelier prife de noftre pratique, n’eft
pas plus forte que la précédante. Car fi noftre Difcipline in­
dit parfois des jufnes: ce n’eft point par cettepenfée que les
viandes dont on s’abfticnt foient impures par la maledidion,
ny par la deffenfe de Dicujny qu’elles foient capables de foüil1er les coniçiences par leur vfage: car-nous fçauons que toutes Eit.t.x^'.
chofesfont pures à ceux qui/ont purs. Sicniufnantnous nousab»
ftenons de toutes viandes : ce n’eft point par opinion de méri­
té: Car l’abftinence des viandes ne nous rend pas plus agréa­
bles à Dieu non plus que leur vfagej & commc/inous mangeons^ i.Cor. 8.
nous n auons rien dauantage deuant luy ; auffi ft nous ne mangeons 8.
Yyy ij

/

54°

*S
. _

Deffenje

4*

/e/z?/Enfin ce n’eft point par quelque
prétention d’imiter Je Fils de Dieu : comme vous prétendez
en mangeant &. beuuant durant quarante iours du Carefmc
imiter le jufne de lefus-Chrift,pendant lequel téps il ne voulut
ny manger ny boire: car nous fçauons que ce jufne eftant vn
miracle, il nous eft propofé non comme vn objet d’imitation
mais comme vn fujet d’admiration ; & comme remarque S’
Chryf. in Chryfoftome, lefus-Chrift ne nous a pas dit apprenez de moy
que i’ay iufné, mais bien apprenez de moy que ic fuis débon­
naire & humble de cœur. C’eft pourquoy nous iufnons, non
par vne orgueilleufe prétention d’imiter fes miracles, mais afin
de tefmoigner noftre humilité deuant Dieu, en nousconfeffant indignes de la vie par la priuation des alimens qui l'entre­
tiennent; & nous abbatons nos corps par le jufne,afin d’éleuer nos efprits à luy par l’oraifon. Dauantage quand nous
entreprenons des iufnes, ce n’eft pas comme vous par humili‘
té d efprit enuers les hommes qui les commandent fous peine
de péché mortel; ny par vn efprit de feruitudepour eftre en
crainte de damnation fi nous ne jufnionspas : mais par vn ef­
prit d’adoption & de liberté, qui nous faifànt humilier deuant
Dieu, nous fait aufti crier jibba Pere. Quand nous les prati­
quons nous n’en faifons pas vne partie du feruice Diuin, mais
vne marque extérieure de noftre repentance j nous ne les met­
tons pas au nombre des bonnes œuures, ny n’en tirons fujet
Luc. 18. de vanité , comme le Pharifien , qui fe vantoit de iufner
,2.
deux fois la femainc : Mais nous les confideronscommedcs
prennes des .mauuaifcs aéiions que nous auons faites durant
noftrc vie, & qui nous rendent dignes de la mort.. Tellement
que nos iufnes eftans faits non parvn exercice corporel qui eft
profitable à peu de chofe, mais par les motifs de la pieté , qui
eft vn grand guain; eftans éloignez de tout fentiment de fu­
perftition , & de prefomption de mérite, n’ont rien qui tienne
de la doélrinc des diables. Mais les voftres qui ne font pas
proprement des iufnes, mais feulement des choix de certaines
viandes, ne s’en peuuent pas garentir eftans entachez de tous
Ces deffauts que l’Efcriture condamne.

De tout ce que nous auons dit cy-deffus, il eft éuident que
l’Eglife Romaine eft tombée en ruine : puis qu’ellea receu des

huicriéme Refponfe,

541

do&rines fi contraries aux verriez de Ja foy. Pour acheuer cet­
te SeClion , il nous refte à refpondre à quelques obieétions que
le Bachelier a fcmées ça & là dans fes répliques, fans ordre &
aucc grande confufion, pour prouucr ce qui n’eft point cn
queftion, à fçauoir que l’Eglife doit eftre perpétuelle & fans
interruption.
La première eft prife de trois paflages du Vieux Teftament.
Car, dit • il, Efaye au chap. 5 9. dit en la Perfonne de Dieu parlant à fonEglifc ^mon Efprit qui efifur toy, & mes paroles que taypag?
rniJeS en ta bouche , ne bougeront plus de ta bouche ny de la bouche de ta
pojlerité a dit L'Eternel, dés maintenant & iufques à iamais.Lc mef­
me Prophète parle encore plus clairement au chap. 26". lerufalem j’ay ordonné des gardes fur tes murailles tout le Jour & toute la
nuicl continuellement ^ils nefe tairont pas. Notez ie vous prie,
adioufte-il, que le marge de ceverfet dit que par ce mot de
gardes on doit entendre lesPafteurs&lesDodeurs de l’Eglife, -e
lefquels font dans le régime extérieur. Et félon Daniel l’Egli- pâ.7.
fe cft vn Royaume qui nc fera iamais diflîpé.
Pour ce dernier paflage du Prophète Daniel, il ne fait rien
au fuiet qui cft en queftion : car nous fommes tous d’accord fc­
lon la déclaration de cc Prophète, que comme la domination
de Iefus-Chrift eft eternelle, elle ne paflèra point • Que fon rè­
gne ne fera point diflîpé auec le monde, comme les autres
Royaumes de la terre, mais qu’il durera mefme après l’embrafement de l’Vniuers j & qu’ainfi il aura toufiours vne Eglife de
predcftinczfurlefquelsilexercerafàdomination. Car le Rè­
gne fpirituel de la grâce, qu’il exerce fur les fideles de l’Eglife
Militante fubfiftera iuiqu’àce qu’il les ait éleuez au Royaume 1. Cor. 15
de la gloire ,z où Dieu fera toutes chofes en tous. Tellement
que cette citation cft hors de propos : puis qu’elle eft hors du
lûiet de la Controuerfe, qui eft feulement touchant la ruïne de
l’eftat extérieur de l’Eglife, laquelle eftant le Règne de Chrift,
qui n’cft pas de ce monde, n’y paroift pas aufli toufiours dans
vn éclat extérieur.
Pour les deux autres textes d’Efaye, il eft vray qu’ils ftmbîent eftre plus afFairans*à la matière dont il s’agit: maison
n’en peut pourtant rien conclurre contre nous. Car l’vn pré­
dit que lEfprit de vérité qui eft fur l’Eglife ne s’en feparcra

54*

Deffenfe de la

point; & nous n’auons iamais dit le contraire : car nousfcauons que l’Eglife eftant le Corps Myftique du Fils de Dieu,
elle eft toufiours conduite par ce Chef, & animée de fon Ef2^.8.^. pritj&que7?rt»^»’4 point f Efprit de Chrift, cetuy-ld n'eft
point aluy, c’eft à dire qu’il n’eft pas vray Chreftien. Mais nous
Qauons auffi que cét Efprit qui conduit les fideles en toute vé­
rité importante au falut,n’empefche point que plufieurs mem­
bres du corps vifible de l’Eglife ne tombent en erreur &ne
s’écartent de la vérité ; & l’cxperience a fait voir en diuers
temps que des Eglifes particulières ont erré en la foy.ee qui
n’a pas befoin de preuue. Ce mefme texte prédit que les paro­
les de Dieu ne bougeront point à iamais de la bouche des fide­
les , qui font les enfans de l’Eglife : Mais cela ne fc peut enten­
dre de la confeffion des fideles : autrement il faudroit dire que
Sainél Pierre auroit cefte d’eftre Chreftien quand il renia le­
fus-Chrift de bouche, quoy qu’il euft fa foy dans le cœur j il
W
faudroit dire que Liberius Euefque de Rome ccffà d’eftre eniA^fant de l’Eglife, quand il defeheut pour quelque temps delà
' conftâce en la foy; car alors les paroles de Dieu s’éloignèrent
de fa bouche: puis qu’il nia la Diuinité de Iefus-Chrilt, pour
fouferire à l’Arrianifme. Mais cela fe doit entendre del’accompliffement de cette Prophétie, qui promet le Rédempteur
’Jlfaldon. à l’Eglife Car comme l’expliquent vos interprétés, ces paroles
in Efay.c, ne s'éloigneront point de ta bouche ,nydela bouche de tapoftenté, c’eft
5£à dire ne feront point faufïes , mais feront accomplies en ta fa­
ueur & en faueur de tes defeendans i & ie te fauueray auec eux.
Pour l’autre palfage d’Efaye qui eft eferit au chapitre foixantc deuxieme de les Reuelations : c eft vne promeflcque
Dieu fait à l’Eglife Iudaïque, qu’il luy donnera des Pafteurs
fideles, qui veilleront lans celfe pour elle, & qui la conduiront
par des enfeignemens continuels. Mais c eft vn tefmoignage
qu’auparauant elle n’auoit pas de tels Doéicurs ; & b grâce
q u’il luy promet pour l’aduenir,eft vne preuue quelle en auoit
efté priuée par le pafte j & qu’ainfi fon eftat extérieur auoit
fouffert de l’interruption. En effet Dieu luy auoit defcouucrt
Efay.^6. fon malheur, difant au chapitre cinqftante-fixiéme, toutes fês
3 o.u. guettesfont aueugles j ils nefanent rien-, Usfont tous chiens muets qui
nepeuuent abbayer’, ce font des Pafteurs qui ne peuuent rien entendre.

huictiéme Rejfonjè,

$45

Maispourl’aduenirillcurpromet qu’il leur donnera des Do­
cteurs,qui les inftruiront incefiamment de leur deuoir ; & c’eft
ce qu’il a fait, quand outre les Pafteurs ordinaires, il leur a fufcité de temps en temps des Prophètes, & d’autres hommes ex­
traordinaires, qui les ont repris & exhortez de la part de Dieu
iufques à la venue du Chrift Rédempteur.
Mais quand cela feroit dit de I’Eglife Chreftienne,Monfieur
le Bachelier leroit bien cn peine de prouuer l’accomplilfement
de cette prediélion cn faueur de I’Eglife Romaine, pour la­
quelle il en a fait l’allégation. Croyez-vous bien que fes Doâeurs l’enfeignoient iour & nuiét, lors que tous eftoient afloupis de lommeil, comme dit vnde vos Cardinaux; & que pas- '%aron!,
vn ne crioit pour implorer la grâce du Seigneur dans la tetnpefte de I’Eglife ?
Croyez-vous que fes Pafteurs eftoient bien occupez à l’enfeignerlans cefte, lors que Honorius Euefque d’Auftun dilbit Honor,
de fon temps que les Euefques de Rome eftoienc attentifs
mal-faire en tout temps, toufiours occupez en des négoces
d’iniquité ?
Penfez-vous que fes Gardes veillaflent iour & nuiét pour
elle, lors que Sainét Bernard parlant des Prélats des Eglifes, Bernard.
de leurs Archidiacres, de leurs Euefques & Archeuefques, 4». 1130.
dilbit qu’ils eftoient Miniftres de Chrift, & qu’ils feruoient à
l’Antechrift; qu’ils marchoient tous les iours honorez des
biens duSeigneur; & qu’ils ne luy rendoient pas l’honneur qui
luy eft deu ; qu’il n’y en auoit pas vn qui tafehaft d’appaifer le
courroux de Dieu par fes prières, & qui annonçait l’An agréa­
ble du Seigneur ? Et lors qu’aprés auoir remontré tous ces defordres au Pape Eugene, il luy fait ce reproche/’ Cependant, ^rttard'9
toy Pafteur, tu marches enuironné de beaucoup de précieux
ad
ornemens : fi ie l’olbis dire, ce font des pafeages de démons,& gupen.
non pas de brebis : Eft-ce ainfi qu’en vfoit Sainét Pierre ? Eftce ainfi que feioiioit Sainét Paul?
Ses Pafteurs s’employoient-ils bien à l’endoétriner làns
cefte, lors que le Cardinal Hugues fuiuantl’elprit & les paroin
les de cét Abbé, faifoit cctte complainte au Seigneur ? Il fem-poftil.fup.
ble, ô bon Iefus, que toute la focieté des Chreftiens aye con- t.
fpiré contre toy ; & ceux-là (ont les premiers à te perfecutcr,

544

Defenfi de la
qui fèmblent tenir le premier rang, & la principauté dans l’E­
glife.
x
•R ubert
Gardes & fes Paftcurs l’enfcignoient-ils iour & nuiéè,
^«.1250*. ^ns fe taire, lors que Robert Euefque de Langres, dansvn
Sermon quil prononça deuant le Pape Innocent IV. parloit
ainfi des Cardinaux & des Clercs de 1 Eglife Romaine ? C^uoy
que le principal Ouurage de Chrift pour lequel il eft venu au
monde, foit de viuifier les ames; & que l’œuure propre du
diable foit de leur donner la mort, comme il cft meurtrier dés
le commencement : neantmoins les Pafteurs mefmes qui lont
reueftus de la Perfonne de Iefus Chrift n’annoncent point la
parole de Dieu; & quand ils n’adioufteroient point d’autres
mefchancetez à celle-là, ce font des Antechrifts.
Cornet.
Enfin fes Pafteurs s’acquittoient-ils de leurs deuoirs, lors
i» qUC l’Euefque de Bitonte, remontroit au Concile de Trente,.
?
Su au fteu de paiftre leurs troupeaux, ils s’amufoient à dormir?
Co««7 * Êt que les petits enfans demandans du pain, il n’y auoit per­
fonne qui leur en diftribuaft ?
Mais il nous fera fort aisé de prouuer que félon ccttc Pro­
phétie,la vraye Eglife qui a demeuré long temps dans le corps
extérieur de l’Eglife Romaine, a eu toufiours des vrais Do­
éleurs , qui ne fc font iamais teus, & qui l’ont toufiours enfei­
gnée ou en fecret & en particulier, ou publiquement lors que
l’occafion s’en eft prefentée. Et pour preuue de cette vérité
nous n alléguerons pas le dire de nos Doéleurs, mais le rap­
port de vos propres Hiftoriens , qui en ont rendu tefmoignage.

Guido.
Perpin. I. Ils ne fo taifoient pas ces fideles Doéleurs de la vérité, qu’on
deHaref. nomme les Vaudois, lors qu’ils commencèrent de prefeher en
Giul'tuu Angleterre, dés l’an 1174. St que plufieurs fuiuircnt leur Do­
bic. rer. élrine en beaucoup de Prouinces de France, d’EIpagne, d’I­
j4ngl. 1.2 talie, & d’Allemagne.
e. ij.
Ils eftoient bien occupez à prefeher : puis que folon le rap^
port de Rainier ils auoient des Auditeurs prefque danstoutes
F.Rainer les Villes de la Lombardie, & en d’autres Pais & Royaumes,
in fümâ. où ils enfeignoient le peuple, prefehans dans les champs, &
quelquefois Iur les toits des maifons.
Ils eftoient bien alfidus à prefeher fans fe taire : puis que
comme

huitième Rfjponftè.



54 j

comme tefinoigne luy-mefme, les hommes & les femmes, les
petits & les grands, neceffoient d’apprendre & d’enfeigner
nuid & iour,ayans le Vieux & le Nouueau Teftament traduits
en langue vulgaire.
Enfin ils eftoient bien propres à enfeigner, & ils cmployoientbien les talens que Dieu leur auoit donnez pour cela;
Lors que félon le tefmoignage de Iacques deRebiere, ceux r-, .
qui fe difoient Preftres, Euefquçs, & Miniftres de I’Eglife, en inCata^
eftoient tout à fait indignes eftans ignorans en toutes chofes. log.test.
C’eft pourquoy, dit-il', les Preftres admettoient fouuent les vtrit.
Vaudois à prefeher en public, non pas qu’ils approuuaffent
leurs fentimens-.maisparce qu’ils difeouroient mieux qu’eux
des matières de Religion, & qu’ils eftoient en eftime parrny
les peuples à caufe de leur Dodrine.
La fécondé obiedion du Bachelier eft tirée de deux paftages du Nouueau Teftament. Car il eft écrit, dit il, en Saind *
Mathieu chap. 16. le dis aufsi que tu es Pierre , & queftr cette pier­
rej’édifieray mon Eglife ; & les portes d’enfer ne preuaudront pas à 1‘en­
contre d’elle. Et en la première à Timothée chap. 3. Si je tarde,
c eft afin que tufâches comment ilfaut conuerfer en la Maifon de Dieu,
qui eft l'Eglife de Dieu viuant, la colomne & appuy de vérité. Voila,
adjoufte il, des textes de l’Efcriture, qui nous enfeignent fore
clairement la perpétuité de I’Eglife Chreftienne.
Voila des textes qui prouuent fort clairement vne vérité
que nous croyons & que nous enfeignons aufti bien que Mon­
ficur leBachelier: Car qui de nous a iamais nié la perpétuité
de I’Eglife Chreftienne? Nous fçauons que l Eglife eftant fon­
dée fur Iefus Chrift qui eft la Pierre, & celuy qui a vaincu l’en­
fer : toutes fes puiflancesne feront iamais en eftat de la vain­
cre. Nous fçauons que I’Eglife eftant la Maifon de Dieu, qui
cft fondée fur la roche, tous les vents & toutes lestempeftes
ne feront iamais capables de l’esbranler: parce qu’elle cft fon- Lue 6.efi
dée fur le rocher qui l’a fouftient ; & que Dieu eft toufiours au
milieu d elle pour l’a deffendre. Nous fçauons enfin, que l’Eglife eftant la Colomne de vérité, elle fera toufiours fbuftcnuë
par la vérité mefmc qu’elle deffend, & qui eft plus forte que
toutes chofes. Mais quoy que I’Eglife Chreftienne doiuc
perpétuellement fubfifter dans le monde: il ne s’enfuit pas de

DefenJe de la
là quelle y doîue toufiours paroiftre auec éclat. Quoy que IE glife Vniuerfelle ne puiflc point décheoir de la foy, il ne s’enfuit pas que des Eglifes particulières ne puiflent abandonner
la vérité qu’elles auoient connue. Quoy que l’Eglife ne puiffe
iamais périr en fa forme effenticlle &inuifible : ce n’eft pas à
dire que fon eftat extérieur ne puiffe eftre ruiné.
Si Maiftre Chiron euft veulu agir contre nos fentimens
en homme d’honneur, & comme doit faire vn Bachelier en
Théologie : il deuoit prouuer que l’Eglife n’eft plus,quand elle
eft cachée, & qu’elle cefte de fubfifter, quand elle celle de pa­
roiftre j ou que l’aduantage d’vne perpétuelle fubfiftance en la
pureté de la foy a efté promis particulièrement à l’Eglife Ro­
maine; & qu’ainfi n’ayant efté iamais corrompue en fa foy,
elle n’a pas eu befoin d’eftre reformée. Mais ce font des points
dontla preuue eft également impoflible; & pour le premier
nous auons fait voir que l’Eglife ne laifle pas de fubfifter lur la
terre, quoy qu’elle n’y paroifle pas en fes Sainéts. Pour lefecond nous auons montré que l’Eglife eft en ceux-là qui baftifk P*erre 5 comme dit Sainét Auguftin, c’eft à dire quf
Veapf 18 oyent les paroles de Chrift, & les mettent en effet} Et nous
tièb. î .6. feauons que notafommes la maifon de Dieu, fi nous retenonsf rme

H*

-

*

Paul. Ceux là donc ne font pas l’Eglife, qui ne mettent point
en effet les paroles de Chrift : parce qu’ils baftiffet fur le fable j
& ceux-là nç font pas la maifon de Dieu qui nepcrfeucrent pas
Cela eftant ainfi, lEglifed Ephcfc, dont Timothée eftoit
Euefque, a efté durant quelque temps la Maifon de Dieu, dans
laquelle Sainét Paul vouloir qu’il apprît à conuerfer pendant
fon abfcnce ; elle a efté cette Maifon du Dieu viuant tant qu’el\Apoc. 2. leaconfcruélaverité. Mais enfin elle a delaiffé fa première
j.
charité, & ne s’eftant point repentie, fon chandelier luy a efté
ofté, félon la menace de l’Elprit de Dieu dans l’Apocalypfe}
& elle eft décheuè de fa foy, & tombée dans l’Herefie des EuWicepb. Itichiens, félon la vérité del’Hiftoirc. Ainfi l’Eglife Romaine
47- a efté la Maifon de Dieu, tant qu’elle a deffendu les interefts
1.8. de la vérité ; & pendant quelque temps fa foy a efté renommée

22 par tout le mondç. Mais comme Sainét Paul la menace dere-

tranchcmcntjfi elle ne perfeuere en la bénignité de Dieu : aulfi
cft-clle décheuë de la pureté de fa foy, eftant deuenué lEfcoîe Peintre'.
des erreurs, & la mere des herefies, félon la confeftion de fes fy'ft' 20
propres enfans.
La troifiéme objeétion du Bachelier eft prife du tefmoi­
gnage de quelques Peres, qu’il entend aulfi peu, & qu’il appli­
que aulfi mal que les textes de l’Efcriture. Il n’y a point de page pzj
doute,dit-il,felonSainél Auguftin,que dedire que l’Eglife
eft quelque fois tombée en ruïne, c’eft proférer la voix d’vn
Heretique ; c’eft prefeher vn autre Euangile; & enfin c’eft par­
ler cn Donatifte, & en feduéteur. le pourrois enfin, conclud- ptJe 252
il, mettre à néant l’opinion d’Afimont, en luy oppofant vn S.
Hilaire, vn Sainél Auguftin, vn Sainél lean Chryfoftome, &
plufieurs autres Peres, qui enfeignent que la foy de S. Pierre
ne peut cftre vaincue par les portes d’enfer; que l’Eglife efl
inébranlable ; qu’elle eft perpétuelle, inuifible ; qu’elle cft vne
cité ferme, qui eft attaquée, mais qui n’eftpas fubjuguée.
Si l’on ne peut mettre à néant vne opinion fans produire
quelque chofe qui luy foit contraire : Maiftre Chiron ne fç au­
roit deftruire mon fentiment fans renuerfer la creance des Pe­
res inclines qu’il allégué. Car s’ils ont dit que la foy de Sainél
Pierre ne peut eftre vaincue : le dis aulfi qu’elle nc peut défail­
lir, non plus que celle de tous les autres vrais fideles. Car eomles Apoftres à cc qu’elle ne défailli!! point : Aulfi a-t-il prié
22'
pour tous ceux qui croiroient en luy par leur parole. Si ces
Peres parlans de 1 Eglife des Predeftinez ont afleuré qu’elle eft 2f.
inébranlable & inuincible: le dis auffi auec le Prophète, que
les fideles qui la
font comme la montaigne deSion^ la- rp^
quelle ne peut eftre ébranlée , mats fe maintient à touftours ; fitauec 1.
Salomon, (]\i elle eft redoutable comme les armees ; & auec Sainél Cat.6.s&
Paul, que tous fes Soldats font en toutes chofes plus que "vainqueurs.
S’ils ont tefmoigné que l’Eglilê eft comme vneCité ferme,qui
ne peut eftre fubjuguée par toutes les attaques du monde ny de’
l’Enfer: le fouftiens aulfi que l’Aftemblée des efleus eft vne
Ville inexpugnable à tous leurs efforts : parce que Jefus-Chrift
a vaincu pour eux, & l’enfer & le monde; & que luy-mefme

les reueft de toutes les armures de Dieu, afin qu’ils puiftent
Z. Z. Z if

r

- 9

54$

'^effenfi

refifter au mauuais iour, & ayant tout furmonté demcurerfcrmes.
Mais que fait tout cela pour prouuer que l’eftat extérieur
de I’Eglife ne peut pas tomber en defolation? ou pour mon­
trer que I’Eglife Romaine, ou quelque autre Eglife particuliè­
re & vifible ne peut pas déchoir de la foy? Direz-vous que cc
priuilege conuient à l Eglife Romaine ,parce que la foy de S.
Pierre ne peut défaillir? Mais la foy de tous les Euefques de

Rome n’eft pas la foy de Saind Pierre: puis que les Peres du
Synod. $ Concile de Bafle déclarent qu’ils ont fouuent leu & expéri­
menté que le Pape tombe dans l’erreur.
isïmbr.
pufs que vos propres Dodeurs confeffent que hors Saind
Caftiw». pjerre tous ies autres Papes peuuent errer & déchoir de la foy j
1e P3Pe Peuc errer en fe f°y » & deuenir Hcretique j & que
C«/2»w" plufieurs en effet ont efté Apoftatiques. Que fi les Papes font
CtuebrAr tombez dans l’erreur, I’Eglife Romaine n’en a pas efté exem­
pte : puis qu’elle a fuiuy leurs maximes, & obey à leurs côftituDtminic tions, comme nous auons montré. Mais comment la foy de
àSoto.in l’Eglifè Romaine ne fera-ellc iamais vaincue: puis que fes en4 fente»/. fans eQans <JeUenus fes Prophètes ont prédit qu’auant la fin du
monde, tout le monde fedeftachera de fon fiege j & que par
“*
cette reuolte la foy fera efteintc ?
Mais Saind Auguftin dit que c’eft tenir le langage d’vn
Heretique, & parler en Donatiftc, de dire que lEglilc eft tom­
bée cn ruine. Monficur le Bachelier allégué ces paroles qui
font de fon inuention, comme fi elles elles eftoient de Saind
Auguftin
cependant ie n’en trouue pas vne feule dans le
ytypP- lieu qu’il a produit de ce Pere. Car voicy comment parle ce
z™1' j)oftcur aux Donâtiftes, dans le chap. neufîémc de l’Vnitéde
“‘*e' I’Eglife, après leur auoirprouué par les paroles des Prophètes
que I’Eglife Catholique deuoit eftre refpanduë par tout le
monde. Que diront - ils à cela ? Ils confeflent que ces predidions font véritables, mais quelles n’ont pu auoir leur accom•pliffeinent ; & quand on leur demande pourquoy ces chofes ne
font pas accomplies, ils refpondent, parce que les hommes ne
le veulent pas. Car l’homme, difent-ils, a efté créé auec le
franc-arbitre : tellement qu’il croit en Chrift s’il veut, croire;
s’il ne veut pas, il ne croit pas ; s’il veut, il perfeuere en ce qu’il

buîctiéme Refponfe,
549
Croit 3 & s’il ne veut, il n’y perfeuere pas. C’eft pourquoyl’Eglife ayant commencé de croiftre par toute la terre, les hom­
mes n’ont pas voulu perfeuerer; & ainfi la Religion Chrefticnne a défailly en toutes les nations, finon dans le party de Do­
nat. Etaucllapfvnziémcdu mefme liure. Celuy qui dit que
l’Eglife eft perie du refte du monde, & qu’elle eft demeurée
dans la feule Afrique, & reftreinte au feul party de Donat, an­
nonce vn autre Euangile, que celuy qui a Euangelisé que I Eglife deuoit eftre par tout le monde.
Or il n y a rien dans le fentiment de ces Heretiques qui ne
foit entièrement contraire à noftre creance. Les Donatiftes
difoientquel’Eglife eftoit perie quant à fa forme eflénticllc
qui eft la Religion Chrefticnc : Et nous dilons quelle eft tom­
bée feulement en ruine quant à fon eftat extérieur, quoy qu’el­
le aye toufiours fubfifté dans fa forme inuifible. Les Donati­
ftes ne difoient pas que quelque Eglife particulière eftoit defcheuëdelafoy : mais que 1 Eglife Vniuerfelle eftoit abfolument défaillic entre toutes les Nations du monde : Et nous affeurôs que quoy que desEglifes particulières ayét abandôné la
foy .-neantmoins l’EglifeVniuerfelle a toufiours fubfifté dans le
monde ; & s’eft mefme conferuée dans la corruption de l’Egli­
fe Romaine. Enfin ces heretiques vouloient que la vraye Egli­
fe fuft renfermée dans les bornes de l’Afrique, & dans l’affemblée de ceux qui eftoient attachez au chef de leur party : mais
nous difons au contraire, que depuis la prédication de l’Euangile par toute la terre, l’Eglife a efté refpanduê en plufieurs 2)#77,«
Royaumes & Prouinces du monde j Et vos propres Hiftoriens guidt.
tefmoignent que ceux qu’ils appellent Heretiques eftoient difperfez dans toutes les parties du monde Chreftien, &multi- Cuih^e»
pliez plus que le fablon de la mer. C’eftpourquoy comme bienu.
nous condamnons le fentiment de ces Heretiques qui difoient
que l’Eglife Vniuerfelle eftoit perie en fa forme effentielle &
inuifible j auffi Sainéf Auguftin fauorife le noftre. Car com- isfugafi
me nous difons que l’Eglile eft quelquefois tombée en ruine de vnit,
quant à fon eftat exterieur.-auffi dit-il que l’Eglife fouffre quel- ^cc^f•
quefois les tempeftes du temps en fes froments, de forte qu’en 2O*
quelques lieux ils ne font pas connus j & neantmoins ils y font
cachez j & que fouuent en d’autres Nations, les membres de

Zzz iij

550

z

deffenfe de la

l’Eglife ont efté obfcurcis & opprimez par les feditionsdes
fchifmes & des herefies, qui preualoienr.
La quatrième objedion du Bachelier eft de mefme nature
que les precedentes j c’eft à dire qu’elle ne combat point no­
ftre fentiment, mais vnphantofmc qu’il s’eft*formé luy-mcfpagt 64. mcpours’cfcarmoucher. Or puis que toutes les allégations
d’Afimont, dit il, contredifent à fon Article de foy, qui afleu­
re que dans la Papauté il refte quelque trace d’Eglife; &quc
d’ailleurs vn des célébrés Difciples de Caluin nommé Vvittaquer luy donne le démenty,afteurant que lEglife de Chrift ne
périra iamais, & que c ’eft vne prophane Herefie d’affirmer que
1 Eglife Catholique ait quelque fois perv en terre.
Le Ledcur charitable fuppléera au deffaut de la Logique
du Bachelieri&deuinant ce qu’il veut dire, il conclurrade
fon difcours ce qu’il en vouloit inferer. Pour moy i’en tire la
confirmation de ce que i’ay dit par vne éuidente côfequencc.
Car puis que Vvittaquer fuiuant les fentimens de Caluin a die
clairement que l’Eglife de Chrift ne périra iamais; & que c’eft
vne Herefie de dire que l’Eglife Vniuerfelle foit quelque-fois
perie cn terre: Pourquoy le Bachelier me veut il accufer d’herefie: puis que ie tiens le mefme langage que Vvittaqüer ? Et
quel aduantage peut-il prendre de ce que nous difons que dans
le Papifme il refte quelque trace d’Eglife,- finon que l’Eglilê
Romaine n’a pas entièrement renoncé à tous les principes dtr
Chriftianifme ? On quel tort luy faifons-nous en difant qu’il
refte encore en elle des veritez de foy, comme des vieilles
Corni}' mafiires après la deftrudion d’vn édifice? Puis qu’vn de fes
Euefques,dit au Côcile de Trente,que tous s’eftoient deftour^Bern ‘ad nez
Religion à la fuperftition, de la foy à l’infidélité, &
Clcrii tn de Chrift à I’Antcchrift. Puis que Saind Bernard dit au ConConcilio. cile de Rheins, qu on eftoit paruenu à ces temps malheureux;
T^hemen. aufquels les hommes ne fupportoient plus la faine dodrine ; &
que la playe inteftine de l’Eglife eftoit incurable. Puis que 1er
Tita II. pape pic II. difoit que de fon temps la charité eftoit refroidie,
54 & que toute la foy eftoit perie entièrement.
Quoy que l’Eglife Romaine foit tombée en ruïne de fà foy,
& de la pure Religion, comme le confcflent fes propres Pa­
fteurs : Il ne s’enfuit pas pourtant de là, que l’Eglifc Catholi:

buîctiéme Refponfe',

jft

que & Vniuerfelle foit deffaillie : puis qu’au milieu delà plus
grade déprauatiôDieu s’eft toujours referué vn refîdu fclô l’é leétion de Grâce, des milliôs d’ames qui n’ont point fléchi les
genoux deuant 1 Idole; & qui comme les enfans d’Ifraël ont
joüy des lumières de la vérité durant les plus efpaifTcs tenebres
de 1 Egypte , & les plus fombres obfcuritez de l’erreur.
«
»

SECONDE

SECTION^-

fomment nos 1{eformateurs ont redrefte l’eftat de l’Eglife 9
& que Dieu les aJufcite^ extraordinaire­
ment pour cela.
OVS auons veu le Corps extérieur de l’Eglife défiguré
en fes membres vifibles, par la déformité des vices & des
erreurs; quoy que fes membres inuifibles ayent toujours
conferué la forme exprefle de la doétrine de vérité. Nous
auons veu cette Lune Myftique obfcurcie, & comme éclypfée
par l’interpofition des nuages de l’erreur & du vice ; quoy
quelle n’aye iamais quitté fon Ciel,ny perdu tout à fait la veuc
de fonSoleil.Nous auôs veu cetteMaifon deDicu ruinée en fa
ftruéture vifible, quoy que fes pierres viues ne fe foient iamais
deftachées du fondement ; & ce Royaume de Chrift réduit en
defolation par la faction de la plufpart de fes fujets, qui ont
fuiuy la rcuolte du fils de perdition : quoy que fes fideles foient
toufiours demeurez dans fon obeïffance. Maintenant nous
verrons ce corps reprendre les premiers traits de fa beauté vi­
fible , pour s’accroiftre vifiblcment en celuy qui eft le Chef, à
fçauoir Chrift. Nous verrons cét Aftre reuenir de fon Eclypfe, & paroiftre dans l’éclat de fa lumière apres fes obfcurciflcmens, comme dit Sainét Hierofme; cetteMaifon reédifiée
du débris de fes mafures, pour eftre vn Temple magnifique au
Seigneur; & cét eftat releué de fa ruine par la réunion de plu­
fieurs fujets, qui fe font remis dans l’obeiflàncc du Souuerain.
C eft ce que Dieu a voulu faire en ccs derniers temps, par la
Reformation de l’Eglife en plufieurs endroits du monde; &

N

C.eft ce qu’il a fait parle Miniftere de ceux que nous appelions

,n

-

Defenje de la
les Reformateurs de 1 Eglife pour cette raifon.
Ce n èft pas quel Eglife qu’ils ont Reformée ne fuft auant
la ReformatiÔ : mais nous difons qu’ils l’ont redreftee de nou­
ueau: parce qu’ils luy ont donné vne forme & vne face qui a
paru nouuelle j quoy qu’elle fuft la mefme qu’elle auoit dés le
cômencement. Nousappellons le nouueau monde celuy qui
aefténouuellement defcouuert, quoy qu’il fuft dés le com­
mencement de la création; & la Lune nouuelle, non pas qu’el­
le fuft morte auant fon renouuellement : c’eftoit vne erreur des
Payens, que Saind Ambroife reprend dans les peuples de Mi­
lan , qui s imaginoient que la Lune mouroit dans le déclin qui
caufe la défaillance de fa lumière ; & qu’ils la faifoient reuiure
parlefondestymbales&desbaflins. Ainfi quand nous difons
que nos Reformateurs ont redrefle I’Eglife de nouueau : ce
n’eft pas quelle ait efté morte & enfeuelie dans le tombeau
l’efpace de mille ans, comme dit Monfieur le Bachelier : Mais
c’eft quelle a repris vnnouuel éclat ;& comme dit ce mefmc
Pere, elle s’eft accreuè par fes deffauts; & fi elle a fouffert fes
déchets par les perfècutions, elle s’eft amplifiée, quand elle a
efté couronnée par le martyre de fes Confeffeurs.
Il eft vray que dans ces fieeles malheureux elle fut fembla­
ble à ces arbres qui ont perdu leurs fueilles dans la rigueur de
Phyuer : on diroit à les voir qu’ils n’ont point de vie: mais ils
ne laiflent pas de la conferuer dans leurs racines fous les nei­
ges & les glaces de cette faifon ; & ils l’a feront connoiftre par
leurs produdions à la venue du Printemps. Ainfi l’Eglifedans
ces temps de corruption a veu mourir ces confolations exté­
rieures: mais la iuftice viuoit toufiours dans le cœur des fide­
les ;& ils en firent paroiftre les fruids au printemps de la Re­
formation.
C’eft à quoy fc font employez les Reformateurs de f Egli­
fe, quand ils ont diflipé les nuages des vices qui eftoient app rouuez, par la parole de la Loy de Dieu qui les deffend; & les
tenebres des erreurs qui eftoient en vogue,par la parole de l’E­
uangile ,‘qui a mis en lumière la vérité. C’eft à quoy ils ont
lieureufcment trauaillc, en retirant du fein de l’Eglifc Romai­
ne plufieurs fideles par la profeftion publique de la vérité qui
les a fait connoiftre ; & attirant plufieurs autres de l’erfcur à la

huictiéme Re/pon/c,

9

53

foy ,& de la feruitude où ils eftoient détenus, à h liberté qui
nous eft acquife par Iefus-Chrift.
Neantmoins fans examiner ce qu’ils ont fait, on les accufe de témérité -.parce, dit-on, qu’ils ont entrepris de reformer
l’Eglife fans aucune vocation ; & quoy qu’il foit éuident qu’en
cela ils ont fait vne bonne œuure: on ne laifte pas de les con*
damner pour le bien qu’ils ont fait,fous ce prétexte qu’ils l’ont
fait fans ordre. Mais il nous fera facile de juftifîer leur proce­
dure, fi vous voulez confiderer fans préoccupation ce qu’ils
ont fait, & de quelle maniéré ils l’on entrepris. Car premiè­
rement, s’ils ont mal-fait, rendez tefmoignage du mal auant
que de les condamer ; & s’ils ont bien fait, pourquoy les con­
damnez-vous comme des mal-fai&eurs ? S’ils ontprefehé la
vérité j s’ils ont combatu la tyrannie du Pontife Romain; s’ils
fe font oppofez à l’idolâtrie : pourquoy les deferiez-vous com­
me des impofteurs; pourquoy les diffamez-vous comme des
vfurpateurs & des temeraires? N’eft-il-pas loifiblc debieiîfaire, n’eft il-pas permis de s’oppofer au mal? le veux qu’ils
ayent entrepris de prefeher fans commiftion : s’ils l’ont fait
ainfi, ils ne manqueront pas de fouffrir la peine que Dieu decerne contre ceux qui courent fans qu’il les ait enuoyez. Mais
s’ils ont prefehé la vérité :pourquoy la rejettez-vous ? Certes
la vérité, dit Sainél Auguftin, mérité d’eftre aimée pour elle**
mefme, fans confiderer qui l’annoncej quelque main qui nous A ùcJ.iz
la porte, nous la deuons receuoir ; & il faut l’cfcouter de quelque bouche qu’elle procédé.
Mais en fécond lieu, ie dis que comme la vérité que nos
Réformateurs ont portée, doit eftre receuê pour elle-mefme 5
on ne peut aufli les rejetter comme s’ils l’auoient portée fans
ordre : puis qu’ils l’ont prefehée par vn bon ordre de Dieu,
contre le mauuais ordre des hommes. Car les vcritez de 1»
foy eftoient fi fort altérées dans l’Eglife Romaine j & fes Pa­
fteurs qui deuoient mettre cette chandelle fur le chandelier,
prenoient tant d’attache à la mettre fous le boifleau : que quel­
ques vns de tes enfans ont efté obligez de fe plaindre auecle
Prophète, que les véritables auoient pris fin entre les fils d es cpfe hommes s & que la vérité n’eftoit plus connoiflàble dans leur
focieté. Dans cette corruption de la vérité, dans cette preu»AAa»

5^4

'Defenfe delà

rication des Pafteurs, qui l'a detenoient en injuftice nos Ré­
formateurs ont fait ce que font les fidèles Suiets du Roy dans
les mouuemens des guerres ciuiles; ce que font des hommes
adroits & courageux dans vn vaifteau agité des vents furla
mer; St ce que font des bons Citoyens dans vne Communauté
malgouucrnéc.
Blafmeriez-vous les Habitans d’vne Ville, qui fc findiqueroient contre des Confuls mauuais adminiftrateurs delà
chofe publique ? Accuferiez-vous de témérité, des hommes
prudens St courageux expofez aux périls de la mer, qui voyans
le Pilote & les Matelots noyez de vin, & enfeuelis dans le ldmmcil, & le vaifteau abandonné à la mercydes tempeftes, au­
roient l’adrefle de prendre l’vn vne Carte Hydrographique,
Pautre la Bouzole, l'autre le Gouuernail » & les autres de leuer
oubaifterles Voiles f Condamneriez-vous comme desvfurpateurs des bons & fideles Sujets du Roy, qui voyans quelque
Grand, ouquelqueMiniftred’Eftatfereuolter cotre Ion Sou­
uerain, leucroient des Troupes, afin de s’oppofer aux progrez
de Ion ambition? Au contraire, ne diriez vous-pas que les
premiers feroient bien de ne reconnoiftre pas les ordres de ces
mauuais Magiftrats,& de s’oppofer à leurs concuftîons ? Ne
loüeriez-vous-pas la conduite des autres,qui dans le péril émi­
nent làns attendre le commandemét de l'Amiral garentiroient
le vaifteau du naufrage? Et le Roy mefme n’approuueroit-ilpas le zélé & le courage des derniers, qui làns attendre les Pa­
tentes de fes Commiftions ordinaires, auroient mis prompte­
ment des gens fur pied, pour combattre les ennemis de l’Eftat,
& tous les factieux, qui conlpiroient à fa ruïne ?
Or c’eft tout ce qu’ont fait nos Reformateurs : Carcommc nous auons veu cy-deuant, lEglife qui eft la Cité deDieu
eftoit fi mal gouuernée par ceux qui fe dilbient en auoir la Magiftrâture; que les propres Citoyens en faifoient tous les iours
des plaintes, mais inutilement : puis qu’on les cfcontoient
comme des crimes dignes de punition; Et nos Réformateurs
le font oppofez à leurs vexations, & ont décrié leur mauuaife
conduite. L Eglife qui cft la Nafielle du Fils dè Dieu , eftoit
agitée de flots & de tempeftes, que fes Pilotesauoiét excitées;
& dans la violence defquelles ils dopnoient, au lieu de trauail j

fju’îctiéme Refponfè,

jyj

1er à fes àppaiTer : Et nos Réformateurs ont pris èn main Je
gouuernail de ce vaifleau,& auec ceux qui ont voulu fefauuer,
• 1
ils l’ont garenty des écueils & du péril du naufrage. L’Eglife
qui eft le Royaume de Chrift,fc voyoit troublée par l’ambitten V ’ '
du Pontife Romain, qui auec fes adherans s’eftoit fouleué contrel’authoritédeIefus-Chrift,quiencftle Cbcf& le Monar­
que: Et les Miniftres de noftre Reformation ont fecoüé le joug
de cette tyrannie j & auec tous les fideles qui ont lùiuvlcw

conduite, fefont oppofez au cours de cette injufte Domina­
tion.
- ''
Ne dites pas qu’ils ont mal-fait en cela : parce qiuls ont
entrepris ces chofes fans aucune miffion. Il eft vray qu’ils «c
l’ont pas reçeué du Pontife, ny des Euefques Romains: Car
c’eftoit contr’eux qu’ils auqient à parler : c’eftoit leurs abus
qu’ils deuoient reprendre ; & ceux qui en eftoient les autheurs
di’auoient garde de leur donner Miffion, pour agir contr’euxmcfincs. Mais s’ils ne l’ont pas reçeué par vne vocation exté­
rieure & par lcntrcmife des hommes : Ils l’ont reçeué par vne
intérieure & immédiate vocation de Dieu. Vous dites qu’il
eft permis à vne femme de Baptifer des enfans en cas de befoin»
• en I’abfence du Preftre : parce que vous croyez que ce Sacre­
ment eft abfôlument neceftaire au làlut des ames 5 & néantmoins vous ne croyez pas qu’elleaye pour cela de vocation or­
dinaire. Vous ne condamnez-pasd’vfurpationvn homme du
peuple, qui prend la liberté d’exhorter vn agonilànt à la mon,
en prefence mefme de fon Curé, qui n’a point de parole en
bouche > & quoy qu’il n’aye point de Miffion pour annoncer
l’Euangile : vous iugez qu’il fait mieux de parler de Dieu à ce
malade, que de fe taire, & de le laifler mourir fans confolation.
Pourquoy donc condamnerez-vous la procedure de nos Ré­
formateurs, qui fans vocation ordinaire ont prelché la parole
de Dieu : puis que dans la corruption de lEglife Romaine fes
Pafteurs n’eftoient ny en volonté ny en puiftànce de la pre£

cher.
Reco»nnoilfez pluftoft dans certe vrgente ncccffité la Mi£
lion immédiate & extraordinaire de ceux qui ont prefehé. La
parole de Dicun eft pas moins neceftaire à ceux qui font en
ûnté>q.u’à ceux qui le portent mal5 & les adultes nonc pas

AAaa ij

t Deffenfe de la
moins de befoin d’ouïr cette parole pour eftre lâùuezj qufe fes
rp/j.2.8. enfans de receuoir le Sacrement du Baptefme. Car s’il eft dit
que nous fommes fauuez par la foy : aufti eft-iî dit que la foy eft
10.Ï7 dç fouie de la parole de Dieu, & que cette parole eftant plan7^4.21 téeen nous eft capable de fauuer nos ames.
Pour faire voir cette Milfion Diuine & extraordinaire de
nos Reformateurs, i’ay prouué deux chofes : Premièrement
qu’ils ont efté fufeitez de Dieu, pour Reformer l’Eglife: Se" çondcmenc que cette fufeitation a efté extraordinaire. Pour
prouuer qu’ils ont efté fufeitez de Dieu, i’ay produit trois raf­
lons. La première eftant mife en forme fe réduit à cét Argu­
ment.
Nul ne peut s'opposer à l'erreur y & planter la vérité dansles
cœurs , s'ilnefifufeitépar lEfprit de Dieu 3 qui efi l’Efprit de
vérité.
Or nos Reformateursfefont oppofi%Ji l'erreur} & ont planté la
vérité dans les ames.
Ilfaut donc aduouér quils ont efiéfufeitezpour cela par l Efprit
de DieU} qui efi PEfprit de vérité.

La première propofition de cét Argument eft de I Efcrituï.C«r.|2 re. Car nul nepeut dire Iefus efire Seigneur} finon par le S. Efprit} •
3*.
comme dit Saint Paul j & quand Ielus-Chrift enuoye les Apo­
ftres pour deliurer le monde des tenebres de l'erreur, & des
pean 16. illufions de l’enfer, il leur promet l’efprit de vérité, pour les
1 î*
conduire dans l’execution de cette entreprife.
La fécondé propofition eft éuidente par la clarté de l’Hi­
ftoire. Car nos Reformateurs fe font oppofez à l’erreur,quand
ils ont heurté tous les appuys de la tyrannie Papale ; quand ils
ont ébranlé tous les fondemens qui 1 a fouftenoient; quand
ils fe font oppofez comme ils ont fait al homme de péché, &
qu’ils ont renuersé fi fubitement fes maximes. Ils le lont op­
pofez à l’erreur, & ont planté la vérité dans les ames, quand ils
ont retiré les peuples de l’idolâtrie, pour leur faire adorer le
Dieu viuant en elprit & en vérité. Il faut donc aduoüer la con­
clufion, à fçauoir qu’ils ont efté fufeitez par l’Efprit de Dieu

pour ce faire. •
L’autre raifon que i’ay alléguée pour prouucr cette vérité,
eft femblable à la précédante, & fe réduit à cette forme.

Iwiftieme Rejponjè.

yyy

JJulne peutfaire vne bone œuure, s’il n’y efi excité par la grâce
de Dieu , qui nous porte d vouloir le bien, d'alefaire.
Or nos Reformateurs ont fait Vne bonne œuure en reformant
l’Eglife.
Jlfaut donc qu'ils ayent efié excitez à cette Reformation parla
grâce de Dieu, qui leur a infpiré le defir , d* donné le moyen de
l’afaire.
La majeure de ce Raifonnement eft prife de l’Efcriture.
Car comme elle dit que dans la nature nous auons en Dieu la Xc7. 17Ï
vie ,1e mouuement & l’eftre : parce que c’eft luy qui nous a a8«
fufeitez à l’eftre & à la vie, & qui nous excite au mouuement :
Auffi nous dit-elle que fans la grâce nous ne fommes pasfuffi- a.C«r.ji
fans de nous-mefines de côçcuoir vne bonne penfée, nyde fai- S*
re vne bonne œuuue j &que toute noftre fuffifance vient de
,
Dieu, qui produit en nous le vouloir & le parfaire félon fon * ’ ’ 5
bon plaifir.
La mineure cft éuidente par la loy des contraires: Car fi
I’Eglife Romaine eftoit corrompue dans la foy, dans la Reli­
gion, dans les mœurs, & dans la difcipline, comme nous
auons fait voir j Si fon eftat auoit perdu fa couleur, & s’eftoit sfnttn.Je
rendu extrêmement difforme , comme confefTent fes prû- ’Rofell.in
près Diredeurs : Il s'enfuit neceffairement que nos Reforma- Mvnarch
teurs ont fait vne bonne œuure cn corrigeant tous ces abus par
la dodrine qu ils ont prefehée, & l’on ne peut douter que cette j^e«. *
corrcdion ne foit vne Reforme digne de loüatjge: puis qu’elle
a remis l’Eglifc dans la forme expreffe de la Dodrine xjueles
Apoftres auoient donnée au commencement. L’on nepeut
donc contefter la vérité de la conclufion, à fçauoir qu’ils ont
efté excitez à faire cette Reformationpar la grâce de Dieu.
La troifiéme raifon que i’ay mis en auant pour confirmer
cette vérité, fe peut mettre en cette forme.
Comme lesfaux Prophètesfontfufeitez dans I’Eglifepar le dia­
ble,pourfeduire les peuples , dr les mettre hors de la voye du
Seigneur , en mettant en auant quelquefigne, ou quelque mira­
cle : aufsi elt-ce Dieu quifufeite les vrais Prophètes ,pour enfei,
gnsyfA vérité, dr defabufer les hommes.
Or en ces derniers temps il s’efi trouué des impofieurs dansle
fein de I’Eglife Romaine , qui ontfeduit les peuples , dr les ont

À Aaa iij

Defenfè de lu
deftournez de la voye du Seigneur fous le Nom de Chrift, &
Jèus l apparence des miracles ÿEt nos Reformateurs combattant
leurs impoftures, ont defabusé les hommes , çf leur ont enfeigné
la vérité.
Jlfaut donc aduouér que ceux-là ont efté fufeitez du diable, qui
eft defprit defeduclion, (f le pere de menfonge -, & que ceux-cy
ent eftéfufeite^de Dieu, qui eft l'Efprit de Vérité.
La majeure de cét Argument eft de l’Efcriture. Car pour
le regard des faux Prophètes, Dieu parle ainfi au peuple Iuif.
r 3 £uflnd ilfe leuera au milieu de toy quelque Prophète, qui vous mettra
*.2.3.5; en auant quelque figneou miracle’, & ce ftgne eu miracle adutendra,
duquel il t’aura parlé difant, allons apres d’autres Dieux : tu néfcoû­
teras-point les paroles de ce Prophète. Mais on fera mourir ce Prophè­
te-là'.car il a parlé de reuolte contre iEternel voftre Dieu, pour vous
pouffer hors de la voye que CEternel vous a commandée. Et lEfcri­
ture mefme nous fait entêdre que c’eft le diable qui fulcite ces
faux Prophètes par la permiffion de Dieu : Car c’eft l’ennemy
'J/4M3. quifemc l’yuroye dans le champ du Seigneur : c’eftàdirefe2 5.
Ion l'explication de Sainét Auguftin, c’eft le diable qui fourre
les Heretiques parmy les fideles, parmy lefquels ils font femez
& méfiez corporellement, ayant refpandu des erreurs pernicieufes, & des fauffes opinions fous le Nom de Chrift. Pour
'lerm.zy les vrais Prophètes, les fideles reconnoiffcnt dans Ieremic,que

15.

c’eft Dieu qui les a fufeitez.

La mineure eft de la vérité de l’Hiftoire : Car qui font ceux
qüien-ces derniers temps ont deftourné les hommes de la véri­
té, Sc de la voye du Seigneur fous le Nom de Chrift, & fous
l’apparéce des miracles,finon les Doéteurs de 1 Eglife Romai-*
ne? Certes l’Hiftoire nous tefmoigne cette vérité auec trop
Quentin, d’éuidencc, pour en pouuoir douter, quand elle dit qu’au têps
/. 5.^»- de Grégoire VIL prefque tous les gens de bien ont creu que le
regne de l’Antechrift auoit commencé : parce qu’ils voyoient
l’accompliflementdes chofes que Iefus-Chrift auoit prédites
fi long temps auparauant. Quand elle tefmoigne qu’aprés la
mort de ce Pontife, fc leucrent des faux Prophètes, & des faux
Apoftres, qui demeurent le peuple par vne feinte Religion;qui
firent des fignes & des grands prodiges • & commencèrent de
s’atfcoir au Temple de Dieu a & de s’y élcuer au deftus de tout

louîcti'me Refponfe.
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ce qu’on honore, Félon la prediétion de Sainét Paul.Et le Pape Sehleiii,
Adrian Vl.dépofeenfaucurde cette mefme vérité dans l’inilruétion qu’il donna au Légat qu’il cnuoyoitàrAlTembléede
Norinberg : Quand il dit qu’il ne faut pas s’efto nncr fila mala­
die eft defcendué du Cheffur les membres, & des Souuerains
Pontifes fur les autres Prélats : parce que tous fc font égarez
chacun dans fes voyes. Voila la fèduétion par laquelle les hom»
mes fc font deftournez des voyes du Seigneur. Il faut donc
aduouër que nos Reformateurs qui ont rameiné les peuples de
leurs égaremens, & les ont remis au chemin de la vérité, ont
elle fufeitez & enuoyez de Dieu pour cela.
A ce dernier raifonnement Monfieur le Bachelier ne refpond rien. Pour les deux autres il fait deux refponfes.
Dans la première il déguife les chofes, & me fait raifon»
neràfamodc, afin de me faire paffer pour ridicule, & pour
impertinent. Il ne produit, dit il,parlant de moy, pour preu­
ve de cette Million, que des Argumens captieux & pleins de
fraude, dont voicy le premier. Nulncpeutdire Iefus eftrele
Seigneur,finonparleSain&Efprit, ny faire aucune bonne
œuure fans eftre préuenu de la grâce. Ainfi les Reformateurs
qui ont planté la vérité, & fe font oppofez au menfonge en
pratiquant quantité de bonnes œuures ont efté fufeitez extra­
ordinairement de Dieu. Voyez-vous Ledeur, adjoufte-il, en
cette confoquencc quelque fuite & quelque liaifon auecl’antccedant ? Pour moy ie n’ay iamais veu fi mal raifonner : Car
s’iloft permis d’argumenter de la forte, il faut inférer que tous
les Predicans de France & d’Allemagne font fufeitez de Dieu
extraordinairement : puis qu’il n’y en a aucun qui ne faffe fou­
uent retentir le Nom de lefus-Chrift, & qui n’aye les autres
conditions quele Miniftre Afimont requiert pour vne Million
extraordinaire. Que s’il eft vray que tous les petits Predicans
«le France & d’Allemagne font appeliez de Dieu extraordinai­
rement : Dequoy deuiendra la Million ordinaire ? Pourquoy
impofc-onlesmains aux nouucaux Miniftres? Pourquoy les
faire aller au Colloque, pour fe prefenter deuant fept Mini­
ftres? Pourquoy deffendre en leur Difcipline Ecclefiaftique,
que nul ne s’ingère au Miniftere ? Cela n’eft-il-pas inutile:puis
que tous prononcent le Nom de lefus-Chrift en leursChaires, '

-

Deffenfe de la
& qu’ils ont h Million extraordinaire ? Difons dauantage, que
s'il fuffit de prononcer le Nom de Iefus pour eftre fufeité ex­
traordinairement : Donc tous les Prcdeftincz font fufeitez de
Dieu extraordinairement; donc ils font tous des Reformateurs
de I’Eglife, des nouucaux Apoftres, des Doéleurs & des Pa­
fteurs : puis qu ils prononcent, & qu’ils inuoquent louucnt le
Nom de Iefus Chrift. Qu’y-a-il de plus extrauagant ?
I aduouë qu’il n’eft rien de fi extrauagant, que de raifon­
ner de laforte ; qu’il n’y a nulle liaifon de la confequence auec
l’antecedant ;& que iamais homme ne raifonna fi mal. Mais
puis quil n’y a rien de femblable dans mon raifonnement j
puisque c’eft Monfieur le Bachelier qui l’a fabriqué de cette
façon, c’eft luy feul qui doit pafler pour autheur de cctte extrauagance. Tellement que iepuis iuftement luy dire ce que
Saind Auguftin reprochoit à Iulien de la Seéte des Pelagiens:
Vous defplaifez autant ailix Lecteurs, que vous planez a vousmefmcS)Cncc qUe dans voftre ouurage vous voulez enfeigner
à faire des Argumens en Dialectique : Mais ce qui eft de plus
mauuais, c’eft que vous me faites dire ce que ie ne dis pas , 8c
conclurre ce que ie ne conclus pas. Vous vous feruez des ter­
mes de cét Art» dont l’opinion vous enfle, pour tenir les igno­
rans dans l’eftonnenient, & pour paroiftre ce que vous n’cllespas.
I’ay prouué dans mes deux premiers Argumens que nos*
Reformateurs ont efté fufeitez de Dieu» par ces principes de
l’Efcriture, que nul ne peut prefeher la vérité finon par le S.
Efprit, ny faire vne bonne œuure que par les mouuemens de
fa grâce» & j’ay fait voir que nos Reformareurs ont prefehé la
vérité »& fait vne bonne œuure, quand ils ont Reformé lE­
glife. Que donc Monfieur le Bachelier accorde qu’ils ont efté
fufeitez de Dieu par fon Efprit, & par les mouuemens delà
Grâce : C’eft tout ce que ic demande, & tout ce que ie con­
clus dans mon Raifonnement. Mais après cela il me fera fort
aisé de luy prouuer que cctte fufeitation a efté extraordinaire:
puis que Dieu les a pouffez à cefa immédiatement,& fans l’en­
trcmife des hommes.
Tout ce que ic trouue de receuablc dans la façon de raifonner que Maiftre Chiron m’impute: c’eft que lors qu’il me
-

fait

buîctiéme Refjwijè.
fait dire plus que ie ne veux, il m'accorde vne partielde ce que
ie demande. Car il confefTc que tous nos Prédicateurs de
France &c d’Allemagne ont toutes les codifions que ic rcquier
pour vne Miffion de Dieu. Or ces conditions, comme il les
pofe luy-mefme, font de planter la venté, défaire des bonnes
œuures, & de s’oppofer à l’idolâtrie : Il aduoue donc que tous
nos Prédicateurs font des bonnes œuures, qu’ils s’oppofent i
l’idolâtrie, & qu’ils plantent la vérité dans les cœurs.
Après auoir concédé cela, c’eft neantmoins cela mefme
qu’il nie en fuite parvn efprit de contradidion, qui le fait debatre contre foy mefme. Il nie la vérité deccttç Reformation,
& dit que ie fuppofe ce qui eft en queftion. Car c’eft vne que­
ftion , dit-il, c’eft vn à fçauoir, c’eft vnpeut-cftre entre nous,fi
ccs beau xPcrfonnagcs ont planté la vérité j s’ils ont fait des
bonnes œuures ; fi par leurs prédications ils fe font oppolêz à
l'idolâtrie. Nous dilons que non, vous dites que fi : ainfi l’on
ne peut fuppofer guain de caufe, le procez eftant encore fur le
bureau.
le fçay bien que les Millionnaires, qui fçauent mettre en
controuerfe ce qui n’y eft pas, ne manqueront pas de perfifter
fur ce fait dans leurs negatiues : Mais ce procez qye l’on tient
encore fur le bureau par la longueur de ceux qui ne le veulent
par examiner, eft décidé dépuis longtemps deuant le Tribu­
nal de Dieu par la vérité du fait mefme. Car on ne peut nier
la vérité de noftrc Reformation, fans reuoquer en doute la corru ption de l’Eglife Romaine; & I on ne peut douter de cette
corruption: puis que nous en auons fait la preuue manifefte par
la dépolîtion de les propres enfans, par la conteflion de fes Pa­
pes, & la déclaration de fes Conciles. Car comme nous auons
fait voir dans la Seétion precedente, fes enfans ont déposé
qu’elle eftoit corrompue en fa doéfcrine;fcs Papes ont confeffé,
& fes Conciles ont reconnu qu’elle auoit befoin d’eftre Refor­
mée en fa Foy & en fa Religion. Or qui font ceux qui ont trauaillé à cette Reformation ? Sont ce les Pafteurs mefmes de
l’Eglife Romaine ? Ouy, mais non pas ceux qui font demeurez
dans Ion lein : car ils l'ont entretenue dans tous les abus, dans
toutes fes fuperftitions &. idolâtries : mais bien ceux quis’en
font feparez pour ne point fuiure fes abus. Difons donc que
- •

BJBbb

Deféyifè Je la
l’Eglifc Romaine eft demeurée dans fa corruption,& que ceux
qui le font retirez de la Communion ont embrafle la véritable
Reforme.
Mais, dit le Bachelier, c’eft vn peut-eftre, fi ces Perfonna-ges ont planté la vérité s s’ils ont fait des bonnes oeuures ; & fi
par leurs prediçations ils fc font oppofez à l’idolâtrie. Mais
pour vous faire voir que ce peut-eftre, a efté réduit en e’ffet : le
vous prie de confiderer les erreurs qu’ils ont combatuës, donc
nous vous auons donné le Catalogue dans l’autre Seélion; ôc
vous aduoüerez qu’ils ont planté la vérité contraire. Remar­
quez les vices qui eftoient approuucz dans l’Eglife Romaine,
& Vous confefferez qu’ils ont fait des bonnes œuures, en les
condamnant non feulemet par parole, mais aufli par des exem­
ples,qui leur ont acquis cctts eftime de viure iuftement deuanc
les hommes, mefine dans l’efprit de leurs ennemis, comme
nous auons montré. Faites enfin reflexion fur ce qu’ils ont
cftably vn culte de Dieu cn efprit & en vérité, ôc vousrecon­
noiftrez qu’ils fe font oppofez à la fup erftition & à l’idolâtrie.
il
Mais parce que les préjugez dont vos efprits font préoc­
cupez ne vous permettent pas de faire ces reflexions devousmefines: le vous mettray deuant les yeux des exemples delà
vérité qu’ils ont plantée, des bonnes œuures qu’ils ont faites,
& des oppofitions qu’ils ont formées contre l’idolatric, par lefqucls vous pourrez voir que ce n’eftpas vn peut eftre, mais vn
fait véritable, Ôc qu’on ne peut contefter auec raifon.
C’eft vne erreur en la foy de croire qu’on peut aller à Dieu
par l’entremife d’autre que dç Iefus-Chrift. Car comme dit
luy- mefme, jefuis le chemin , la vérité & la vie, nul ne vient au Pe~
é^4ugufl. refaon par moy. C’eft adiré comme l’explique Sainél AuguW/.22. ftin; veux-tu marcher, ie fuis la voye?veux-tu n’eftre pas tr,om­
is fa. pé ? le fuis la vérité $ yeux-tu ne mourir pas è le fuis la vie ; ôc fi
nous voulions aller par vn autre chemin nous ferions toufiours
verb.Do - dans l'erreur. Confeflez donc que nos Reformateurs ont efta«WM.i# l» Uy |a vérité contraire à cette erreur, quand ils ont enfeigné
è<i». 5?»' qUcnoilsnc pouuons aller au Pere par aptre médiation ny interceflion que par celle du Fils j & que par luy feul nous auons
accès au Pere.

Quel defordre feroit-cç, difoient les Peres du Concile de

huictiéme Refponfe»
e

iC
Et
&

a

'it

fi
j-

i

-> Bafle ; & en quel eftat déplorable leroit réduite la Religion InSpift.
Chreftienne, fi vn feul Euefque auoit vne Souuerainc puifl’an- Syntd.
■ce fur tous les autres ? Ouurcz les yeux & voyez comment cela
confondrait la foy Catholique, qui eft le premier fondement
de l’Edifice Ecclcfiaftique. Cependant c’eft ce qui cft arriué
par l’vfurpation du Pontife Romain:car comme fe plaint iufte- ZabtrtU
ment vn de fes Cardinaux, le Papeà enuahi tous les droits des la inCan.
Eglifes ; de forte que les Prélats des ordres inferieurs font efti- lieet. exmez comme rien ; & fi Dieu n'y apporte de remede, l’eftat des tra.de el*
Eglifes eft en grand danger. Reconnoiflez donc que quand
nos Réformateurs ont combattu cette tyrannie, & décriél’injuftice de cctte vfiirpation, ils ont fait vne œuure aufli aduantageufe au bien de I’Eglife, qu’en fçauroient fairc pour le bien
de i’Eftat, ceux qui s’oppoferoient genereufement à la violen­
ce de quelque Officier, qui voudroit vfurper la qualité de Sotruerain ,& s'attribuer les droits de la Couronne.
C eft vne idolâtrie manifefte de rendre à la créature I’hon- '
neur 8e le culte de latrie, qui n’eft deu qu’au Créateur, félon le Tenu!, fi
fentiment des Peres & de vos Doéleurs, qui enfeignent tous 1,^e
conftainment que l’idolâtrie fraude Dieu de fon droit, luy re- ca?' *’
fufànt l’honneur qui luy cft deu, ou le déférant à d’autres.
Que l'idolâtrie vfurpe l’honneur de Dieu, & l’attribué à la '^mbr. ià
créature ;
£pbef. 5.
Que l’idolâtrie eftvn tranfport de l’adoration du Créateur
àla créature.
or. $9.
Que ceux-là font appeliez idolâtres, quirendent^ux images le lèruice qui appartient à Dieu ;
cap 6 *
Que l’idolâtrie eft vne fuperftition par laquelle le culteDi- 7^.22.^
uin eft exhibé à la créature ;
^.art.t.
• Que latrie eft vn honneur qui n’eft deu qu’à Dieu 5
ntbHole.

Que le feul Eftre Diuin & Souuerain doit eftre honoré de in
latrie;

gerf.trae
Que latrie eft le culte Souuerain qui eft deu à Dieu, & qui
cft propre à la Diuinitè. Cependant vous auez veu cy-deuant /,£. 2>

que félon le commun fentiment de tous vos Théologiens l’j- imtg.cap
mage doit eftre honorée du mefme culte dont on honore celuy 2$.
de qui elle cft l’image; & que les Images de la Saincte Trinité,
de Iefus-Chrift 8c de la Croix, doiuent eftre adorées du culte

B B b b ii)

5^4

Deffenfe de U

de latrie. Aduoücz-donc que nos Réformateurs fc font oppo­
fez a 1 idolâtrie, quand ils ont combatu cette dodrine, & con*
damné cette fuperftition, en difant ce que Dieu difoit à fon
Sxtf jo peuple j Tuneteferasjmagc taillée* ny reffemblance aucune-, Tune te
verj.^. profierneras-point deuant tcelles*(fi ne lesferuiras * & ccquelcfusAlatb.q. Chrift difoit au diable, Th adoreras le Seigneur ton Dieu * (fi à luy
î°*
feul tuferuiras. Ces trois exemples fuffiront pour vous faire voir
clairement qu’ils ont planté la vérité en la place de l’erreur;
qu’ilsontfaifdesbonncsœuuresenrcprcnaut les mauuaifes;
& qu’ils fe font oppofez à l’idolâtrie par leurs prédications.
Après auoir prouué que nos Réformateurs ont efté fufci-

tcz de Dieu : I’ay prouué en fuite que Dieu les a fufeitez extra­
ordinairement, par la confideration de l’œuure extraordinaire
qu’ils ont entreprife, & des heureux fuccez que Dieu leur en a
donnés pour fa gloire. Ce que ic réduis à cette forme de rai­
fonnement.
Comme nul ne peut entreprendre nyexecuter des bons deffeins
pour la gloire de Dieu , & pour la deffenfe defa 'vente *s\il ny efi
pouffe par les mouuemcns defon Efprit : Aufsi nul nefi capable
defaire pour ce fujet des productions extraordinaires, fi Dieu
nefi auec luy d’vnefaçon extraordinaire : c'efi à direfi Dieu ne
lefufeite extraordinairement.
Or il efi vray que nos Reformateurs trauaillons à la Reforma­
tion de l’Eglife , ont entrepris vn grand deffetn pour la gloire de
Dieu ; (fi ontfait pour cela desproductions qui nefont pas ordi-

ijfires.
ilfaut donc que Dieu ait efié auec eux d’vne façon extraordi­
naire • c'efi a dire qu’il lesayefufeitez, extraordinairement.

La première propofition de cét Argument, eft vne propo­
rtion de Théologie qui eft reçeué du commun fentimentde
vos Dodeurs & des noftres : Car nous fommes tous d’accord
que toutes les bohnes adions que nous faifons dans l’ordre de
la nature & de la grâce dépendent du concours de Dieu, com­
me de la caufe première & vniuerfelle : d’autant que c’eft luy
épfc ? io qui opéré auec efficace en nous ; & qui accomplit efficacement toutes chofyhfi.n fiesfélon le confetldefivolonté comme dit Saind Paul. De forte
que comme nous ne pouuons faite les operations de la nature
que par le concours naturel de fa Prouidécc qui nous fait mou-

hüicriéme Rejponfî,

^6^

uoir : Aufli nc pouuons-nous accomplir les operations de H
grâce que par le concours furnaturel de fon Elprit, qui nous
taitagir; Etcoinmc pour faire des adions naturelles,qui fbno
au-dela du commun, il cft befoin d’vn fccours: extraordinaire
de fa puiffance i Aufli pour faire des produdionsfurnaturclles,
qui ne foient pas ordinaires dans l’ordre de la grâce, ileftbe-»
foin d’vn concours extraordinaire de fon Efprit.
La mineure quant au droit efl: inconteftable : Car comme
des maux extrêmes nc peuuent eftre guéris que par des remè­
des extraordinaires : il faut aduoüer que la corruption de l’E­
glife eftant d^ps l’extrême, elle nc pouuoit eftre repurgée de
»
les abus que par vne Reformation extraordinaire; &ladéprauation eftoit fi grande & fi vniuerfelle, que félon la confeflion
de vos propres Dodcurs, il eftoit befoin de quelque forte me’
decine pour y apporter du remede. Quant au fait nous auons Barbir
prouué clairement que les Pcrfonnages dont Dieu s’eft feruy
pour la Reformation, y ont trauailié aucc vn fuccés exrraordinaire, & duquel tout le monde demeure eftonné. Il faut donc

aduouér.que Dieu a efté aucc eux d’vne façon extraordinaires
& qu’il les a fufeitez extraordinairement pour cela. ,
A ce raifonnement voicy ce que refpond Monfieur le Ba­
chelier. Quant au fécond Argument, il n’eft pas plus folide
quele premier : puis qu’il fe fonde fur les fuccés de fes Réfor­
mateurs , qui ont, dit-il,par des petits commenccmens vaincu
cn beaucoup d’endroits l’Eglife Romaine. Car fans doute céc
éuenement, auquel il donne le nom de miracle, n’a aucun ad­
uantage fur Arrius & fur Mahomet, lefquels par de fort petits
commenccmens ont renuersé, 8eprefque efteint dans tous les
quartiers de l'Orient la vraye Religion : eftant certain, comme
dit l’Apoftre,qu’vn peu de leuafn gafte toute la pafte.
Si MaiftreChiron auoit bien examiné mon raifonnementî
il auroit reconnu qu’il n’eft pas fondé fur le fimple fuccezde
nos Reformateurs, mais aulfi & principalement fur la bonté de
l’œuure qu’ils ont faite pour la gloire de Dieu , qui eft l’aboli­
tion de l’erreur, & l’eftablilfement de la vérité; & fur le moyen
dont ils fc font feruis, qui n’a efté que la pure prédication de la
parole de Dieu
tout cela luy auroit fait comprédre que leur
conduite ma rien de féblablc à celle d’Arrius & de Mahomet,

BBbbiijj

Defenfe de la

& qu’il n’eft rien de plus different, ny de plus contraire.
En effet Arrius & Mahomet ont nié tous deux la Diuinitè
de Icfus-Chriftj & c’eft fur cc blafphcme que l’vn a fondé fon
Herefie, &1 autre fa faufle Religion. Mais nos Réformateurs
ont deffendu la Diuinitè & la Seigneurie du Fils deDieu con­
tre l’vfurpation de celuy quife difant fon Lieutenant, vouloit
eftre le Seigneur vniuerfel de lEglife, &qui fe faifoit rendre
des honneurs diuins en prenant le tiltre de Dieu. Arrius com­
mença de refpandrc le venin de fon Herefie par le miniftere de
fept cens Religieux, qui l’auoient fuiuy, lors «qu’il fut banny
ntrej.6$ par Conftantin le Grand; Et depuis ayant gai$ué lefprit de
Gonftantius,& des plus grands de fa Cour, il eut à fadeuotion les Officiers & les Commandans de fon Année, dont il fe
feruit pour exercer fa fureur j pour remplir tout de fang & de
carnage, & pour attirer à fon party par la violence ceux qu’il
Hiftoire n’auoit pû feduite par l’artifice de les difcours. De mefme il
dela'Rj- eft vray que Mahomet fut aydé par deux Moines Heretiques
ligion des Arriens, & parvn Iuif Nccromantien, àcompofèr fonAIco7«rr/. ran} fc drefler cette Sefte pernicieufe, qui a infedé de fon
venin les plus belles contrées de la terre. Mais pour obtenir
dé fi grands & fi funeftes fuccés il employa les grands biens de
fon Maiftre, riche Marchand d’Arabie, dont il efpoufala feinme apres fa mort. Auec ces richeffes il fe. mit à la tefte d’vn
nombre infiny d’Efclaues & de Bandis, donnant aux vns la li­
berté, aux autres la licence de voler, & à tous de commettre
toute forte de crimes ; & c’eft ainfi qu’il trouua des Scdatcurs,
& qu’il eftablit fa Sedc parla violence des armes, par la fureur
des combats, & par la fuppofition des miracles.
Qu’on îife l’Hiftoire de nos Reformateurs, pour voir fi
c’eft par de fcmblables moyens qu’ils ont trauaillé àlaReformation de I’Eglife. Auoient-ils en main des richeffes ? Mais
comme ils n’auoient emporté des Cloiftres & du Clergé donc
ils eftoient fortis, que la Soutane & le Froc , ils n’auoient que
la pauureté pour partagc;& cependant ils ont attaqué vn Eftat,
dont les reuenus font immenfès, & les threforsinépuifablcs.
Auoient-ils des armées à leur folde? Pofledoient-ils la faueur
des Rois & des Empereurs? Mais c’eftoient des perfonnes fan»
armes, fan$ crédit, fàns authorité s1 objet de la haine des Pria-

i

Défende delà

ffrj

ccs du monde, & de la mocquerie de leurs fujcts. Et néantmoins ils ont combatu & vaincu en tant de lieux les mauuais
fentimens d’vne Religion qui pafloit pour Ancienne ; arraché
iî promptemét les idoles des Temples, & l’idolatri e des cœurs
par la feule parole de la vérité qu’ils ont prefchée-.Que des peu­
ples entiers ont embrafle auec ardeur la mefine vérité, quoy
qu’infeparable de la croix & des tribulations; que des hommes
detoutaage & de toute condition fe fontmoçquez de la fu­
reur des tyrans, & de la cruauté des bourreaux, & ont couru à
la profelfion de l’Euangilc parmy la rigueur desfupplices ; &
que ceux-là mefmes, qui perfecutoient auparauant cette Doéfcrinc, fefont déclarez pour elle, & portez pour fesdeffenfeurs. Qui pourroit croire toutes ces chofes, s’il ne les auoient
Jcués dans la vérité de l Hiftoire ? Mais qui les auroit p û faire,fi
Dieu ne l’eut fufeité extraordinairement pour cela.
le fçay bien que Dieu permet quelquefois que les abufeurs 2
js’auancent en empirant, feduifans & eftans feduitsi & que leur j 3.
parole ronge comme vne gangraine: Mais il ne faut que les a.7ï/».3
entendre parler Jeur langage les donne à connoiftre 5 Scfuffit 17.
pour faire voir qu’ilsjie font pas enuoyez de Dieu ; parce qu’ils
n’annoncent pas fes paroles. Il n’en eft pas ainfi dcnosRefbrmateuts : qu’on examine ce qu’ils ont dit & ce qu’ils ont
fait i & l’on iugera par leurs adions & par leurs paroles, qu’ils
ont agi & parlé pour la vérité de Dieuj & qu’ainfi ils n’ont
point agi ny parlé de par eux-mefimes, mais qu’ils ont efté en­
uoyez de Dieu pour dire ce qu’ils ont dit, & pour faire ce qu.’ils
ont fait dans la Reformation de l’Eglife ; & parce qu’ils ont en­
trepris ce grandOuurage contre les mauuais ordres eftablis de­
puis longtemps parmy les hommes : Il faut croire queDieu
les a pouflez extraordinairement; & qu'il leur a donné vnfecours extraordinaire, pour furmonter de fi puiflàns obftacles ,
& de fi grands empefehemens. Car Dieu n'exauce point les mefp.-x,
chans, maisfi quelquvnfait fa volonté^ il l'exauce ; Et comme nul
ne peut entreprendre de fi glorieux defleins, s’il n’ycftpoufle
par l’Efprit de Dieu : Aufti nul n’eft capable de faire de fi gran­
des productions, fi Dieu n’eft auec luy d’vne façon extraordi­
naire.

Monfieur le Bachelier ne troüuant rien à reprendre d^ns

558
buictiéme Refponfe,
la Doélrine de nos Réformateurs, s’attache à noircir la con.’
duitedclcurvie, & à faire paroiftre leurs mœurs exécrables,
pour vous dégoufter de la vérité qu’ils ont annoncée. Tontesfois, dit-dit, lices prétendus Reformateurs euffent fairprofeffiondc vertu, & qu ils euflent tcfmoigné dans leurs mœurs
quelque efpece de pieté: vous auriez quelque prétexte & quel­
que apparence qui diminueroit voftre crime & voftre attentat.
Mais refont des mefehans & des fcelcrats, dont les vns ont
efte fleurdelifez, pour des crimes qui meritoient le feu : d’au­
tres ont efté des Apoftats, des fales & des vilains, qui ont en­
feigné qu’on le peut aufli peu pafter de femme, que de cracher
&detouflir : d autres ont-efté des libertins, qui ontprefehé
que la porte du Paradis eftoit large, qu’il nc faut auoir que la
foy pour eftre éleué dans la Gloire. D autres enfin ont efté des
furieux, ayant fait foufleuer en pluficurs endroits les peuples
contre leur Prince Souuerain, & armé les mains d’vne popula­
ce turbulantc& mutine. Eft ce donc ainfi que les Apoftres
ont planté la Religion Chreftienne? Où trouucra-on qu’ils
ayent fondé des Eglifes par la force des batailles, comme les
Religionnairesquifevantent,ainfiquerapporteBcze cn 1Epître à la Reync Elizabeth , d’auoir cftably leur Eglife à la ba­
taille de Dreux,où eftoient les Rcytres,les Anglois & les Lantfcquencts ? Vous n’auez dôc aucune marque de gens qui ayent
efté fufeitez extraordinairement : parce que vous n’auez ny cfcriture ny miracles, ny aucune chofc extraordinaire : Au con­
traire vous n’auez que malice, qu’impofture & qu’obftination.
C’eft pourquoy nous auons droit de croire que vous cftcs'dc
ces faux Prophètes, qui s’éleueront és derniers temps, & qui
lous la peau de brebis cachent le cœur d vn loup enrage.
'HierJ. j.
A tout cela ie nc diray que ce que difoit Sainét Hierofme.
^polog. Qm cft-ce des Catholiques, qui a iamais objeélé cn difpute la
cot.v.u(jin tllI-p;tl,de des Seétes à celuy contre lequel il difputoit ? Et ce
que difoit Sainél Auguftin, ils fuiuent la couftumc des HeretiFpift.iyj qUCS de reprocher des crimes aux Doéleurs, quand ils ne péti­
llent reprendre leur doélrine.
Puis que Maiftre Chiron tient plus du Millionnaire que d u

Bachelier:le nc trouuc pas eftrange qu’ayant dit quatre ou
cinq mots en Bachelier, il en profère quatre ou cinq cents cn

Millionnaire.

biticliéme RejponJe.

5*^9

Miffionhaire. C’eft vne clofturc digne des leçons qu’il a rcçeuës de fon Maiftre Guillaume} & ie croy qu’il l’a fouuent débagouléefous les Halles, & parmy les Payfans des Landes,
encore la pourroit-on fuppofer fi elle eftoit véritable : Mais
cette conclufion eft tiffué de fi groffieres mefdifances, qu’il
faudroit fe taire pour y refpondre comme il faut. Toutesfois
afin qu’il ne prenne mon filence pour vneconui&ion : je iuftifieray nos Reformateurs ; &feray voir qu’ils font exempts de
tous les crimes, dont il charge leur innocence.
Premieremétildit que quelques-vns ont efté flcurdelifez pour
des crimes qui meritoiét le feu: mais c’eft vne accufation qui fe
deftruit d’clle-mefme. Cary a-il bien apparence qu’on leur aye
fait cette grâce de leur imprimer feulemët vn fer chaud fur vne
partie de leurs corps,lors qu’ils meritoient d’eftre entièrement
réduits en cendres par les flammes? Eft-il croyable que la ri­
gueur des luges, qui inuentoient tous les iours des nouucaux
fuppliccs, pour prolonger les peines de leurs Seélatcurs, cuit
efpargné les Chefs iufques à ce point, que de les marquer feu­
lement d’vne fleur de lis, s’ils euffent efté dignes d’vne more
pleine de tant de douleur & d’ignominie? Eft-il enfin vrayfemblable, que Ta Iuftice des Cours Souucraines , deuan t les­
quelles ils eftoient préuenus, ait efté fi aueuglc que de faire
mourir rigoureufement ceux qui auoient efté feduits par les
difeours de ces Heretiques, & de laifler viureccs Seduétcurs,
qui pouuoient refpandre plus loin le venin de leur Hcrcfie?
Certes félon les loix, le droit n’eft point fauorablc à ceux qui
fc feruent de tromperie : maisà ceux qui ont efté trompez. II
faut donc ou que Maiftre Chiron accufe les Officiers de lahbftice de la plus lafehe indulgence qui foit, d’auoir toléré des
Criminels, qui meritoient le fagot } ou qu’il confefTc qu’ils ne
trouuoicnt en eux aucun crime digne de mort : puis qu’ils les
ont laifTezenvie. Mais pourquoy eft-cc, direz-vous, qu’ils les
ont marquez? C’eft parce qu’ils annonçaient vne Doélrinc,
qui ne leur plaifoit pas, & qui pafloit pour Herefie. C’eftainft
que les Iuifs aprésauoirfoüetté les Apoftres, les laiflerent al- ^5.^6
1er: parce qu’ils ne trouuoient pas lemoycn de les faire mou­
rir. MaiscommelcsDifciplesduFilsde Dieu s’en allèrent de

:


distant le Confètl 9s éjouïjfans dauoir ejlé rendus dignes de fouffrir ojs~
*- - -■. çccc
* -*.

•»

A

.0



9

57©

^effenfi
probre pourfin N ont : Ainfi nos Reformateurs,qui ont efté fleurdelifez,pourauoirprefchélamefme vérité de Chrift que les
Apoftres, fe font eftimez glorieux de porter en leur corpS lcs
fleftrifleures du Seigneur Iefus.
r
Secondement le Miftionnaire dit, que d’autres ont efté
des Apoftats, des falcs, des vilains, des libertins, qui ont pref­
ehé la fouilleure & l’impiété : Mais il fuffit d’autant de néga­
tions pour renuerfer toutes ces affirmatiues. Car il ne les ap­
pelle Apoftats, finon parce qu’ils ont cefte de fuiure l’Apoftafie de l’homme de péché, & la reuolte du fils de perdition;Il les
appelle impurs, parce qu^ils ont prefehé la neceflité du Maria­
ge à ceux qui n’ont pas le don de continence j 11 les appelle li­
bertins parce qu’ils ont exalté la vertu de la foy. Mais ils n’ont
pas pour cela élargi la voye du Paradis; car ils ont dit auec S.
Paul, que lafoy eft ouurantc par charité s & auec Saind Iacques, qu’elle eft infeparable des bonnes œuures. Mais ceuxlà font large la porte le chemin du Royaume des Cieux, qui
iuftifient tous les crimes, com me font vos Dodeurs i qui font
la Religion aifee , qui difent qu’il eft facile a l’homme de
croire & de fe fauuer par les forces de fa liberté, & qui donnent
pourdel’argent l’expiation detous les pechéz, comme font
vos Pontifes par leurs Indulgences Plenieres. Us n’ont pas
prefehé l’impureté: mais ils ont prelenté aux pécheurs le re­
mede de l’incontinence dans le Mariage, qui eft inftituéde
Dieu ; & que vous confiderez comme vn grand Sacrement. Il
cft vray que Luther a çonfefTé qu’il ne poîiuoit nullement fe
pafler de femme, cn quoy il a aduoùc fa foiblefle : mais pour y
remedier , il aima mieux Ce marier fclon le droit de Dieu, que
Tolet.l $. d’entretenir vne Concubine, félon le droit de vos Canons, ôi
inftruà. la decifion de vos Cafuïftes. Mais ceux-là prefçhent l’imcap. 15. pureté} qui difent comme vos Dodeurs, que la molefle n’eft:
vabric.in point péché j qui enfeignent que la conuoitife n’eft point defhMtnomâ fenduç à la chair: parce qu’elle ne peut s’empefeher de con­
uoiter les chofes charnelles; & que fi Dieu luy auoit deffédu de
cpuoiter,ce feroit côme s’il auoit cômandé au Soleil de ne pas
éclairer, au feu de ne pas brufler, & à l’eau de ne point couler.
En troifiéme lieu il traite nos Réformateurs de furieux,
d'authéUrs dç reuolte & de fçdition, & dit qu’ils o’nt fondé des

îjt

Ijtticriéme Re/pon/è.

Eglifes par la force des armes. Mais cette calomnie eft fi mani­
fefte , qu’elle n’a pas befoin de Réfutation. N’cftoient-ils-pas
bien en eftat de fonder des Eglifes par la fureur des combats,
eux qui n’eftoient au plus qu’vne vingtaine de perfonnes?
N auoient-ils-pas bien des armées à leur commandement, ces
gens fleurdelifez, qui eftoient l’opprobre des hommes & la
ballieure du monde? N’auoient-ils pas bien les armes à la 2.C«r.wi
main, eux qui ont protefte auec Sainéi Paul, que les armes de 4*
leur guerre n’eftoient point charnelles ? & qui n’ont employé
dans leurs combats pour captiuer les hommes à la foy, quele
glaiue de l’Efprir, qui eft la parole de Dieu f N’eftoient-ils-pas
bien difpofcz à liurcr des batailles , eux qui eftoient ordinaire­
ment fugitifs d’vn lieu cn autre, pour éuiter la perfecution ?
Qu’on ne die pas qu’ils ont armé les mains d’vne populace
turbulente & mutine, pour la faire foufleuer contre leur Prin­
ce, Il eft vray qu ils ont fait rcuolter les peuples contre le Pon­
tife Romain, & qu’ils leur ont fait fecoùcr le joug de fa domi­
nation tyrannique, pour les fouf-mettre aux loix de IefusChriftfcul Chcf& ieul Seigneur de l’Eglifc : Mais pour les
puiftancesfupcrieures, ils ont prefehé auec Saind Paul que ^,««.15?
toute perfonne leur doit eftre fujette j & que nul ne peut leur 5refifter fans blefter fa Confçience, & fans faire refiftance aux
ordres de Dieu, dont elles tiennent leur eftabhftement; Et ils
ont pôle pour fondement de leur Reformation, ces deux commandemens dcSMntPiene,craigne%Dièu >honorez.k Roy. Que l,'rier,t
ft des diuifions ont fuiuy la prédication de l’Euangile qu’ils ont 17.
annoncé : Il eft vray qu’ils ont pû dire chacun d’eux ce que Icfus Chrift difoit defoy-inefme au regard des éuenemens. Je AJat.to.
ne fuis point venu mettre la paix en terre mais pluftoft l'efpée (fi la di- 34.
ttifion. Car déformais ilsferont cinq en vne maifon diuifez. trois centre Luc. 1».
deux > (fi deux contre trois lepere fera diuisé contre le fils, (file fis 5l,5Mî
con re le pere \ la mere contre lafille (fi lafille contre la mere la belle
mere contrefit bellefille (fi la bellefille contrefa belle mere , (fi lespropres domeftiques d: Thomme feront fes ennemis. Mais on ne doit
pas pourtant les accufer comme les autheurs de ces defordres; 36.
& il ne faut imputer la caufe de tous ces malheurs, qu’à la ma­
lice des hommes, qui ri ont pas voulufefbufînettre aux ordres

l’Euangile de paix»

.'
C C c c ij

I

.

< Î72

Deffenfe delà
Qifon ne parle point-de la. bataille de Dreux .': car outré

qu’elle ne fut point donnée pour deffendre des interefts de Re­
ligion, mais feulement pour fouftenir les iuftes prétentions
que le Grand Henry auoit à la fucceffion .de la Couronne de
France : l’on n’en peut dire du mal fans condamner la condui­
te de cét inuincible Monarque; Et ie ne fçay pourquoy Mon­
fieur leBachelier fait mention des Reiftresôc desLanfequenets : puis que dans ce rencontre ils faifoient gloire de foufte­
nir vn party approuué du Pape contre le Roy. le ne fçay pour­
quoy il parle de la Reync Elizabeth fur cette matière, finon
pour la mettre dâs le melprisiEt ncâtmoins le Pape luy-mefme
qui eftoit de ce temps-là en faifoit tant d’eftat, qu’on luy en­
tendit fouuent dire que de tous ceux qui regnoient dansla
Çhreftienté, il n’y auoit que le Prince Henry, & Elizabeth
Reyne d’Angleterre, à qui il voulut communiqueras grandes
.. chofes qu’il rouloit dans fon efprit, s’ils n’euffent pas efté HeMrdowt retiques .-tant il eft vray que la vertu fe fait reuerer mefme par
SuefqM f"es ennem^s > comme a dit fur ce fujet vn de vos Euefques. En*e ne ffaY pourquoy ny comment Beze peut auoir eferit à la
Reyne d’Angleterre, que ceux de la Religion auoient eftably
leur Eglife à la bataille de Dreux : puis qu’on n’y décida aucu­
ne affaire de Religion ; puis que le Roy qui faifoit profelfion de
la noftre n’y fut pas tellement victorieux, qu’il n’eut encore
des puiftkns ennemis à cobattre,& plus de la moitié du Royau­
me à côquerirspuis qù’enfin il n’oétroya que long-temps après
vnEdid pour le libre exercice de noftre Religion, lequel en­
core ne fut vérifié au Parlement de Tours que par prouifion


feulement.

Quefidanscetemps-Jà il y auoit quelqu’vn de nos Mini­
ftres auprès de Sa Majefté: ce n’eftoit pas pour l’animer à ex­
ercer des cruautez, car fon ame en eftoit entièrement incapa­
ble : mais pour l’aduertir que ce n’eftoit pas tant de la conduite
de fa prudence, ny de la valeur de fon courage, ny de la force
de fes armes qu’il deuoit attendre la vidoire contre fes ennemis, que du fecours du Dieu des Armées qui prefidc dans les
combats, & qu’il ne pouuoit efperer cette grâce de Dieu, que
premieremêt il ne fe mift en eftat de faire juftice aux hommes.

»'



Ç’eft ce qui luy fut remontré vn peu auant la bataille de

huictiéme Re/jionjè.
Courras, par vnê exhortation fi touchante, & que Monfieur 7)asiUi
l’Euelque de Rodez defcritaucc tant d’cloquence & de vérité; A,rf
queic me fens obligé de le tranferire icy en mefmes termes. Henry lei
Ce Prince auoit débauché vne fille d’vn Officier de la Rochel-^”
le, ce qui auoit deshonoré cette famille, & fort fcandalisé les^ • *
Rochelois. Vn Miniftre, comme les Efcadrons eftoient prefts
daller à la charge, & qu’il falloit faire la Priere, prit la liberté
de luy remontrer que Dieu ne pouuoit pas fauoriîcr fes armes,
fi auparauant il ne luy demandoit pardon de cette offenfe; &
s’il ne reparoit le fcandale par vne fatisfadion publique, & ne
rendoit l’honneur à vne famille à qui il l’auoit ofté. Lebon
Roy écouta humblement ces Remonftrances; il fe mit à ge­
noux, demanda pardon à Dieu de fa faute; pria tous ceux qui
eftoient prefens de vouloir feruir de tefmoins de fa repetance;
& d’afteurer le pere de la fille, que fi Dieu luy faifoitla grâce
de viure, il repareroit tout autant qu’il pourroit l’honneur qu’il
luy auoit ofté. Vne foûmiflïon fi Chreftienne tira les larmes
des yeux de toute l’affiftance; & il n’y en auoit pas vn qui n’euft
donné mille vies pour vn Prince qui fe portoit fi cordialement
à faire raifon à fes inferieurs. S’eftant ainfi vaincu luy-mcfrrie,
Dieu le rendit vainqueur de fes ennemis ; & que îçait-onfï
Dieu ne l’exalta pas pour s’eftre humilié fi Chrcftiennement é
C'eft ainfi que nos Miniftres cftoiét auprès des Rois, non pour
les flatter dans leurs deffauts : mais pour les leur remontrer
auec refped & hardiefte ; non pour tafcher de leur infpirer les
fentimens d vne cruauté quife plaift à refpandre le fang,
faire carnage des peuples: mais pour humilier ces teftes Courônées deuant 13 Majefté du Souuerain Roy des Rois ; & com­
me I’Eglife eft vn corps composé d’arnes fideles : c’eft fur l’hu­
miliation de la repentance qui gaigne des ames à Dieu, qu’ils
ontpretendufonder I’Eglife, & non pas fur le guain des ba­
tailles, qui ne font que tuer les corps, ou les captiuer fous la
puifïance des hommes.
Pour donc parler à propos, & félon la vérité de l’Hiftoire,
Monfieur le Bachelier ne deuoit pas alléguer cette bataille de
Dreux, qui ne fait rien à ce qu’il vouloit prouuer contre nos
Rcformateurs.-mais il deuoit dire, qu’vn de vos Papes à fçauoir
SixteV. excommunia le'Roy de Nauarrc, pour le priuer par là
C C c c iij

574
Défende dèlà
.
Bulle fulminante luy 8c fes defeendans de toutes terres 8c dîgnitez ; 8c le déclarer incapable de fucceder à quelque Princi­
pauté que ce fuft,fpecialcmét au Royaume de Frâcejqu’ildôn»
à fes fujets l’abfolution du ferment de fidelité, 8c leur deffendic
de luy obéir. Il deuoit dire que le mefme Pape excommunia
depuis Henry III. Roy de France ,-iufte 8c légitimé poffefleur
de la Couronnc;8c que par la foudre de fes excommunications
il alluma vn grand embrafement en peu de temps d’vn bout de
Royaume à l’autre : Tellement que toute laFrance prenant
party en cctte occafion, quafi toutes les VilJes 8c Prouinces du
Royaume fe rangèrent du cofté des ennemis du Roy. Il deuoit
dire que le Pape Grégoire XIV. embraffa fortement les inte­
refts de la Ligue ,8c qui plus eft, qu’il déploya prodigalement
le threfor que Sixte V. auoit amaffé, pour leuer vne armée de
douze mille hommes, qu’il enuoya au fecours de la Ligue fous
le commandement du Comte Hercules S fondrate Ion Néueu,
qu’il fit exprès Duc de Montmarcian, pour lauthorifèr dauantjge par ce nouucau tiltre. Qu’il accompagna cette Armée
d’vnMonitoirc ou Bulle d’excommunication contre les Pré­
lats, qui fuiuoient le Roy, 8c l’enuoya par fôn Nonce auec
quantité d’argent', pour diftribucr aux Chefs des cabales dans
les grandes Villes $ 8c que les Prédicateurs 8c les gens d’Eglifs
fcdcfchaifherenthorriblementcontrclcRoy. Il deuortenfin
conclurre auec Monfieur de Perfixe qu’on ne fpauroitaffez detefter de femblables reuoltes contre le Souuerain j 8c puis que
les Papes cn ont efté les autheurs, il deuoit rejetter véritable­
ment fur vos Pontifes l'accufation, qu'il a fauflement intenté®
contre nos Réformateurs.
En effet il n’appartient qu’à vos Papes de vouloir eftablit
la Religion par les armes : puis qu’ils difét qu’il faut employer
le fer 8c le feu contre les Heretiques,- 8c contraindre les hom­
mes à la foy. C’eft bon à vos Pontifes d’armer les mains des
peuples mutinez, 8c de faire reuoltcr les fujets contre leurs
Souueràins : puis qu’ils les difpenfent du fermét del’obeïflàncc 8c de la fidelité qu’ils leur doiuent. C’eft bon à vos Sainéts
Peres d’allumer le feu des fcdirioirs dans les Eftats,-8c de reniierfer les Empircs:puis qu’ils s’attribuent le pouuoir de dégra­
der les Rois, de leur ofter le manimeht du Sceptre $ 8c de met3

buîctiéme Refponje,

'

57$

tre leurs Royaumes en interdit. Et c’eft icy que ic me fens obli­
gé de vous donner vn Tableau des Chefs de voftre Eglife,mais
bien plus naïf & plus rapportant au naturel, que celuy que voûre Bachelier vous a donné de nos Reformateurs. Pour cela
je ne tremperay pas mon pinceau, comme il a fait le fien, dans
les couleurs de la médifance : je n’employeray que les mefmes
coloris xque vos Hiftoriés me fourniffent j & les mefmes traits
dont vos Peintres fe font Icruis.
L’Hiftoire rapporte que Raphaël d’Vrbin, vn des plus excellens Peintres de l’Italie, eftant vn iour repris par quelques
Cardinaux, de ce que contre la bien-fceance il auoit dépeint
Saind Pierre & Saind Paul extraordinairement rouges de vifàgc; illeurrefpondit de bonne grâce que cesApoftresrougiffoient de honte voyans les déreiglemens & les crimes abo­
minables de leurs fuccelfcurs. En effet fi ccs Sainds qui font
dans la Gloire du Ciel pouuoient voir ce qui fc fait fur la terre,
& s’ils pouuoient reftentir les émotions de la honte dans vn
eftat,qui eft entièrement quitte de péché : il ne faut point dou­
ter qu’ils n’euffent efté honteux de voir ceux qui fe glorifient
de leur fucceder fi éloignez de la pureté de leurspredeceffeursj
& ceux qui fe vantent d’occuper leur Chaire, fi contraires à U
fainteté de leurs adions.
Ces Sainds Apoftres qui ont enfeigné par parole & par
exemple, que toute ame doit eftre fujette aux puiffances fupe- '
heures, & que tous les Chreftiens doiuent s’affujettir atout
ordre humain pour l’amour de Dieu; & qui félon Saind Chryfoftomeontimpofécetteloyàquiquccefoit, foit-il Apôftre, in 7{om.
foit-il Euangelifte, ou Prophète ; parce que cette fujetion ne 13.
renuerfe pas la pieté : N’euffent-ils’pas rougy de honte, s’ils
euffent veu des Papes s’armer contre les Rois, pour les priuer
de leurs Eftats ? Côme firent Sixte V.& Grégoire XIV. con­
tre les Rois de France Henry III. & Henry IV. & frapper les
Empereurs d’anatheme, pour les defpoüiller de leur Empire 5 Ctem. de
& s’affujettir tous les Royaumes du monde Chrefticnc comme cre^'^
fit Grégoire VII. contre Henry IV. Pafcal II. cotre Henry V.tlt' n*
& le Pape Innocent III. contre Othon IV. & Henry VII.
Ces Difciples du Fils de Dieu, qui auoient appris de leur
Maiftreà eftre débonnaires, auffi bien qu’humbles de cœur, Si

57 6

Defenje.de Ia

Hm tS. qui ont fi fort recommandé aux Chreftiens h douceur

!£•

patience : dont l’vn ayant déguainé l’efpée pour deffendre lefus-Chrift, la remet dans le fourreau, aufli toft que ce Prince
de paix le luy commande; dont l’autre n’arme les fideles que
fyb.G.vj du glaiue de l’Efprit qui eft la parole de Dieu : Ne fcroient-ils
pas honteux devoir vos Pontifes armez. d’vn glaiue temporel,
toufiours preft à refpandre le fang ? Et nerougiroient-ilspas,
s’ils entendoient parler des fanglantes guerres qui ont efté dé­
menées par pluficurs de vos Papes, & qui ont caufé ia mortôc
le carnage de tant de milliers de Chreftiens? & des eftranges
^Senno. cruautez qui ont efté exercées par Grégoire VII. qui fit mouCardinal. rjr fe Pontifes l’vn après l’autre, par vn Gérard miniftre de fesr
fureurs, pour paruenir au Siégé Papal. Par lean XILquific
couper le nez à vn Cardinal, la main à vn autre; & quifut plûftoft vn monftre que non pas vn homme. Par Boniface VII.
qui fut vn homicide, vn tyran; & qui fit crcuer Jes yeux àvn
Verger. Cardinal qui luy faifoit refiftance. Par Paul III. lequel fit
mourir fa mere & fa fœur pour auoir leur héritage, & par ce
tsfonius moyen s’éleuer au Pontificat. Par Alexandre VI. qui fut va
Takar. empoifonneur. Et fur tout par vn Iule II. qui fit boire envn ®
feul iour plus de fang humain à la terre, qftil n’auoit beu de
vin pendant fon Pontificat ;& qui menant vne Armée contre
fes ennemis, ietta les clefs de S. Pierre dans le Tibre j & dit
hautement pour animer fes foldats au combat.

ie glaiue de Sainft Paul^puis quilfautfaire guerre,
Nousferuira bien mieux que les clefs de Sainft Pierre.
Ces deux Apoftres qui ont prefehé la fidelité dans les pro-

i. Pitr.-f. meffes, & la bonne foy dans les traitez j dont l’vn ordonne aux
Chreftiens, comme vn nidyen de fe rendre heureux,qu’ils gar­
dent leurs leures de prononcer fraude ; & l’autre condamne les
Payens, parce qu’ils eftoient des parjures, & qu’ils ne tenoient
point ce qu’ils auoient accordé : N’euffent-ils pas efté confus,
’Sen^n. I. s’ils euffent veu la mauuaife foy du Pape Eugene, qui perfuada
26 rerum Vladiflaüs Roy de Pologne & d’Hongrie, de rompre le traité
qu’il auoit fait auec le Turc, à caufe dequoy ce Roy fut défait
cn bataille auec grand nombre de Chreftiens? S’ils euffent veu
la perfidie de Pafcal II. enuers l’Empereur Henry V. Çc Pape
auoit promis auec ferment de conferuer à l’Empereur & à fes

Succcfleurs



huictiéme Refponfe.

577

Succeffeurs le droit de l’inucftiture des Preftres dans fon Em­
pire 5 & pour tefmoignage de la vérité, & pour vn plus fort cn- sigenMl'.
gageaient à garder la foy promifc, il rompit vne Hofticen lo.deredeux parts, dont il mangea l’vne,& donna l’autre à Henry auec gn. folia
ccs paroles : Comme cette partie du Corps viuifiant de IefusChrift eft feparée, ainfi foie feparé du Règne de Chrift noftre
5 eigneur, celuy qui tafehera de violer ce paéle. Mais l’Empe­
reur ne fut pas pluftoft forty de la Ville, que le PapePalcal
commença d’agir contre fon traité, & de contredire par fes
aélions au tefmoignage de fa propre parole : car ildefpoùilla
f Empereur du droit d’inueftiture qu’il venoit de luy côtirmcr,
6 le frappa d’anatheme.
Ces deux Sainéls Apoftres, dont les moeurs eftoient ft
fort efloignees de l’auarice, dont l’vn difoit, jt riay ny argent tsfcl.y&
nyor
qui ftc cctte imprécation à Simon le Magicien
ar- tâ.üao*
gent perijfe anse toyy de ce que tu as efltmé le don de Dieu s'acquérirpar
argent ; dont l’autre protefte qu’il n’a conuoité ny l'argent ny l’or Attes 20
de perfonne » & qui ont tous deux fi bien pratiqué cette leçon du
Seigneur,
rauezreceupourneant^donez-lepour néant : NeuflO-

lent ils pas efté couuerts de honte, s’ils euffent veu l’auarice ÔC *
la fimonie de plufteurs de vos Pontifes t S’ils euffent veu dans
leur Cour les pechez mis à prix y & les pardons des crimes les
plus énormes taxez à certaines fommes dans leur Chancelle­
rie ? N’auroient-ils pas rougi de voir l’auarice d’vn lean XXII. T>etrarch
l’cqucl laiffa dans le threfor après fa mort deux cents cinquante
millions d'or? I>’vn Grégoire IX. qui ne voulut point leuer
l’excommunicationqu ilauoitlancec contte Frédéric Empe- cîcbardi,
rcur, que premièrement il ne luy euft conté cent mille onces
d’or ?I>vn Clement VII. qui expofa publiquement en vente, Onuphrir
& mit à 1 Encan trois Chapp eaux de Cardinal > pour eftre de­
liurez auxplus offris & derniers encheriffcurs ? D’vn Alexan- Onupbti,
dre VI.ôt d'vn Leon X.lefquels ioignâs l’auarice auec la cruauté firent mourir par poifon quelques Preftres plus opulens, 5c
des plus riches Cardinaux deleurCour:afinqu ayansmislenrs’
. jjchcftcsdans le threfor facré, ils en peuffent faire des profu>
fions, félon les mouuemens de leurs conuoitifes ? Certes c’cff
• a bon droit que vos propres Autheurs ont appelle tels Papes Afat.Pa
pelch eursd'efcus > non pas d’hommes, Miniftres du Fief,non

DDdd

5*78

Defenfè de la

Lib.z. de de Chrift. C’eft à bon droit qu’AluarusPclagiHsfeplainr,qué

ceux de fon temps vendoient le Corps de Chrift pour deî’arc/ff. art. gent 5 comme Iudas ; qu’ils conlâcroient, qu’ils ordonnoienr,

'De w</(, &conferoiëntlesSacremenspourde l’argent; & qù’enfin ils
celebr.foc nc donnoient rien Pour neant* C’eft auec raifon que Durand
général. Euefque de Mende confefle que de fon temps lafimoniere7» dtaL gnoit dans l’Eglife Romaine, comme fi ce n’eftoit pas vn pcde T{om. ché. C’eft auec vérité que le Pétrarque déclaré ingénument,
e«r. eut- qUe Simon le Magicien eftoit reflufeité dans Rome auec fa
femme Simonie.

• Cesdeux Apoftres Saind Pierre & SaindPaul, quire­
commandent fi eftoitement la fainteté aux Chreftiens; dont
l.Tier.i l’vn nous exhorte d’eftre Saints en toute noftrc conuerfation,
i$.
comme celuy qui nous a appeliez eft Saind ; dont l’autre nous
i. TTeejf. déclaré que c’eft la volonté de Dieu , à fçauoir noftre fandifî3* 4»
cation; que nous nous abftenions de paillardifc, à ce qu’vn
chacun de nous fçaehepofleder fon vaifleau en fimdifîcation
& honneur: dont ccluy-cy a déclaré que les immondes n’heliteront point le Royaume des Cieux ; 8c celuy la nous propolè la fubuerfion des Villes de Sodomc & Gommorre:
N’auroient-ils pas rougi de honte & de confufion , s’ils
enflent veu les impuretez de tant de Papes qui ont pafte pour
leurs fiiccefleurs ? S’ils euft'ent veu les paillardifcs d’vn Lando,
qui pafla toute fa vie dans les falesplaifirs de la chairauec des
Vîterven femme*impudiques ? D’vn Grégoire VII. qui abufoitfamilierement de Mathilde ? D’vn Clément V. qui fut appellé purolatcr* bîic fornicatcur? D’vn Innocent VIII. qui par vn exemple
rantu. nouueau fc vantoitpubliqucnicut des Baftards quil auoit, &
les combloit de fes richeflcs contre la difcipline des anciennes
loix ? D’vn lean VIII. qui eftant vne femme déguilec en hom­
me ne puft couurir la honte de fa paillardifc, ayant enfanté en
pleine rué , félon le tefmoignage de deux autheurs Grecs, fé­
lon le rapport de/leux Iuifs, & fuiuant la confeftion de foixan7» ?pif- tc douze Autheurs Latins? D’vn Pie II. qui a publié luy mefme les impuretez de fa vie, pour foulager les Hiftoriens de la
f,2' h r peine qu’ris auroient eu d’en faire la defeription ? D’vn Pie IV.
"

n qui après Jafeparation du Concile de Trente, vefeut félon fon
humeur 9 & s’abandonna aux voluptez de la chair, aufquellesil.
eftoit enclin.

.

luiftiéme Rcjponfî.

57$

N’auroicnt-ils pas rougi de honte ccs Sainds Apoftres de
Iefus-Chrift, s’ils euffent veu les adultérés d’vnSergius III. Lutterai
qui engendra d’vne femme mariée lean XIII. qui fut aufli
Pontife Romain? D’vn Ican XIII. qui fut furpris & tué dans
cét infâme accouplement? N’auroient-ils pas rougi, s’ils euf­
fent veu les inceftes d’Alexandre VI. auec fa fille Lucrèce, & Sanatetr»
de lean XXIII. auec la femme de fon frere, dont il fut accufe
Sc conuaincu au Concile de Confiance?
N’eufTcnt-ils pas rougi de confufion ces deux Sainéls,s’ils
euffent feulement ouy parler des infamies de Leon X. de Iules
III. & de Sixte IV. dont le p&emier pour fatisfaire à fès fales P^’^.
defirs, choqua les loix les plus inuiolables de la nature? dont
le fécond non content de commettre ce crime abominable, SleiJ.l.zi
qui autresfois attira le feu du Ciel, donna encore fon approba­
tion à l’Apologie qu’vn fcelcrat auoit faite, pour en authorifer
Ja pratique? Et le troifiéme donnapermiflion à fes Cardinaux Cornel. A
de s’y abandonner pendant les trois mois de l’Efté, Sc eftablir
des lieux publics dellincz à ce defreiglement ?
Ces deux Apoftres, dont l’vn confondit la malice de Si-11
mon le Magicien, qui auoit enforcelé les Samaritains par fes
,
enchantemens i Sc l’autre frappa d’aueuglement vn Enchanteur fils du diable, Ôc ennemy de toute juftice, quirenuerfoit
’ î
les voyes du Seigneur :N’cufïent ils pas efté honteux de voir
ceux oui fc difoient lcsChefs de l’Eglife, faire profefliô de fortilcge Sc de Magie? De voir que tous les Papes depuis Sylue­
ftre II. iufques a Grégoire VII. inclufiuemcnt eftoient Magiciens,Se confierez au démon, fclon le tefmoignage de vos '
Hiftoriens? Et n’auroicnt-ils pas dit, raie c’eftoiét des f'ucccf- ‘p'uiina.
Leurs d’Elimas Sc de Simon le Magicien, non pas de Paul Sc de
Simon Pierre? Certes ils 1 auroient pu dire auec vérité : puis
que 1 Hiftoire tefmoigne de Sylueftre II. qu’eftât pouflé d’vne patina,
diabolique ambition, il obtint la dignité Papale, par le fecours
du diable, à condition qu’il luy feroit hommage pendant fa
vie, 8c qu’il feroit tout à luy après fa mort. Puis quelle rappor­
te de Benoift IX. que par lestharmes de la magie il engageoie
dans fon amour toutes les femmes, pour qui il auoit del’iuclination; Scque fon phantofme eftant apparu à quelqu’vn ex.
trememét monftrueux après là mort, Sc eftant interrogé com- ™‘in,n*z

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DDddij

5$o

Deffenfe de U

ment il eftoit fi affreux, veu qu’il auoit efté Pontife : il rcfpon­
dit, que comme il auoit vefeu fans loy & fans raifon, ainfi fon
fpedre auoic plus de la forme des beftes, que de celle des
hommes^
situntin.
Puis que l’Affembléc des Euefques de France, d Italie &
Jib.
d’Allemagne, déclaré que Grégoire VII. eftoit vnMagicien,
vn Deuin, vn Prognoftiqueur par les fonges.
Cocil.'Ba
Puis que le Concile de Bafle qualifie lean XXIII. la lie des
5* vices, le miroir de l’infamie, & vn diable incarné.
Enfin ces deux fideles Apoftres de Iefus-Chrift, dont l’vn
protefte qu’il ne nous a point donné à connoiftre la puifïance
& la venue de noftre Seigneur Iefus-Chrift cn fuiuant des faBles artificieufemcnt compofées, mais comme ayant veu de
i.Tiw.4. fès propres yeux la Majefté d’iceluy j Et l’autre recommande à
7*
fon Difciple de rejetter les fables, de s’exercer en pieté, dere2.77b».ii tenir le vray patron des faines paroles, & de garder le boa
14. dépoft de la foy; Auroient-ils pû entendre fans rougir, le lan­
gage d’vn de vos Papes, remply d’impieté , qui difoit par­
lant de l’Euangile, que la fable de Iefus-Chrift leur auoit
apporté grand profit ? Auroient-ils pû voir fans confufion vn
Zcpherin Montanifte, vn Marcellin idolâtre, vn Liberius, vn
Félix tous deux Arriens : c’eft à dire, niansla Diuinitè de Iefus-Chrift? Vn AnaftazcNeftorien? Vn Vigiiius Eutichien,
vn Honorius Monothelitc, vn Grégoire remply de mauuais
fentimens touchant la Religion Chrefticnne ? Vn lean impie
& Saducien, niant la refurredion des corps, & l’immortalité
Ç'ntlr. des ames,comme il enfut conuaincu dans le Concile de ConJ.4.Chrftancc ? D’autres Apoftatiques , félon le tefmoignage de Ge»0l. \ nebrard, & plufieurs viuans de telle forte, qu’il eftoit vray-femblable qu’ils ne croyoicnt ny la Refiirrcdion des morts, ny la
vie eternelle.
Ces deux Sainds Apoftres auroient-ils bien pû fe perfiia­
der que tels hommes fuffent leurs vrais fuccefleurs ? ou pour­
riez-vous bien le croire vous-mefmes.? Certes vos Dodeurs,
rStaplet.
vos Hiftoriens ne le croyent pas : puis qu’ils difent qu’il n’y
Naueltr. a point de vraye fucceflion fans la vérité de la Dodrine; puis
qu'ils confeffent que les Pontifes de ces tcmps-là fè font fort
éloignez des traces de Saind Pierre ; & qu’ils n’ont efté eferits

kuictiémeRefponJè.



58r

dansle Catalogue des Pontifes Romains, que pourmarquer Btrom
des temps fi funeftes. Cependant ils ont occupé le Siège Ro­
main,Sc en cette confideratiô i’on vous les donc pour Vicaires
de lefus-Chrift, pour fuccefletirs des Apoftres, pour les Chefs
de l’Eglife qui ne pouuoient errer.
le n’ay pas allégué tous ces exemples d’infamie pour vous
faire honte,Catholiques Romains : car ic fçay que voftre Egli­
fe fe tient affés déshonorée d’auoir eu tels monftres pour
Chefs: mais feulement pour faire connoiftre à voftre Bache­
lier, que c’eft pour telles gens qu’il falloit referuer ccs tiltres
de fales, de vilains, de fadieux, & d’impies, qu’il donne à nos
Reformateurs ; pour luy faire voir, qu’auant que de remarquer
des fcftus dans les yeux de ces Pcrfonnages, il deuoit ofter les
cheuronsqui eftoient dans les yeux de fes Pontifes; &pour
conclurre, que fi tous ces Papes ont pu gouucrner l’Eglife,
quoy qu’entachez de tant de vices, d’erreurs, d’herefies, &
d'impictez : Nos Réformateurs ont eu bien plus de droit de la
purger de toutes les abominations qu ils y auoient introdui- •
tes : puis qu’ils en eftoient exempts.
Qifon nc die pas que pour ce faire ils n’ont point eu d’Efcriture, ny de miracles, ny rien d’extraordinaire: car l’œuure
qu’ils ont faite contrôles dcfôrdres eftablis par les hommes,
fait aftez voir qu’ils auoient des dons extraordinaires de Dieu;
leur langage a fait afTez connoiftre que leur dodrine eftoit de
l’Efcriturc:puisque par elle ils n’ont fait que combattre les
traditions non eferites. Et fi Saind Auguftin & Saind Chryfoftome ont mis la foy du monde côuerty entre les plus grands & Ci»it,
miracles des Apoftres : Si félon le fentiment d’vn de vos Do- Det c'
deurs, ce que tant de Philofoplies, tant de Sages ont creu fans ^7» i
miracle à la parole des Apoftres, qui eftoient en fi petit nombre, fi ignorans, & qui annonçoient des chofes fi contraires à Mddon.
la raifon humaine, eft vne chofe plus incroyable que les mira- in Math»
clés mefines qu’ils ont faits : Nous pouuons dire que c’eft vn C*P> 7*.
grand miracle de voir que tant de peuples ayent quitté la Reli­
gion Romaine,pourembraflerla vérité de la Reformation à
l ouie de la feule parole de Dieu, laquelle ils ont prefehée fans
faire des miracles.

Reconnoiflez dorique Dieu les a fufcitczpourcelad’vDDddiij

Defenje de U
ne façon extraordinaire j& receliez fur ce fujet la confeffion
ingénue d yn de vos Dodeurs, fçauoir de Richard Archidia­
cre de Verdun, laquelle ie vous donne icy, pour finir cette défenfe de la huidicmc Refponfe. le tiens, dit-il, que cette Sede Luthérienne cft fort vtile & neceffaire : car j’efpcre que par
elle, Dieu veut reformer & corriger l’eftat de l’Eglife, & les
Ecclefiaftiques, tant les Primats & Souuerains Chefs, que les
membres inferieurs. I affeure pour certain aucc plufieurs
gens de bien, que la principale caufe de la Sede Luthérienne,
font les crimes horribles de ceux qui veulent cftre les premiers
dans l’Eglife, & qui ne reçoiuent aucune corredion ; & jc dis
de plus, que cette Sedc, quoy queic ne l’approuue pas, n’a
point efté introduite fans la Diuine Prouidence: puis quelle
eft entièrement neceffaire pour la corredion des mœurs, &
pour la Reformation de l’Eglife.

V il fc peut lire qu’ijf n’y a que deux Sacremcns, comme
ils dilcnt en 1 Article trente-cinquième ; &qu’il’nc faut
point vfer de l’Ondion d’huile, dont parle S. Iacqucs.

O

VOY que le mot de Sacrement ne foit pas de l’Efcritu­
re , mais des Peres Latins, qui appellent Sacrement ce
que les Grecs ont appcllé Myftere : neantmoins nous
fommes tous d’accord que la chofc fignifiéc par ce mot fc trou­
ve dans l'Efcriture. Nous fommes tons d’accord que la Cir­
concifion eftoit vn Sacrement, &c.

Q

.

Répliqué du Catholique Romain.
I nous venions de nouueau pour reformer l’Eglife: Sidépuis quelques iours nous auions efté fufeitez extraordinai­
rement de Dieu ; & fi nous n’auions autre tefmoignage ny
autre reigle de Reforme que la feule Efcriture: nous aduouons
qu’il feroit neceftaire de faire voir dans la Bible qu’il y a fept
Sacremcnsj&qu’vnchacuna vne telle matière, & vne telle
forme inftituée par le Seigneur. Mais eftans en’pofteftionde
noftrc creance depuis ieize fiecles ; mais ayans pour reigle de
noftrc Foy non feulement le texte de la parole eferite, mais
aufti la parole non eferite , l’authorité des Conciles, le confentement vnanime des Peres, fans doute que c’eft vne chofe fore
impertinente de nous demander que nous montrions le lieu de
I Efcriture, où eft la matière & la forme d’vn tel Sacrement.
Mais vous, Monfieur le Miniftre, qui prcfchez qu’il faut mefurer toutes chofes par l’Efcriture ; vous qui venez pour nous dépofleder de noftrc creance ; vous qui voulez baftir & drefler
vne nouucllc Religion,en quel lieu me ferez-vous lire qu’il n’y
a que deux Sacremens inftituez par lefus-Chrift ? Citez-moy
je vous prie vn feul paftage pour cela.

S

Deffenfe du Catholique Reformé.
L y a long temps que vos Papes ont reconnu que l’Eglife
auoit befoin d’eftre Reformécjil y a long-téps qu ils auoient
promis de trauailler à cette Reformation,fuiuant les remon­
ftrances qui en ont efté faites dans les Conciles; & puis que
Ceux qui eftoient les premiers dans l’Eglife Romaine, n’ont
pas voulu s’y employer, parce qu’ils auroict choqué leurs pro­
pres interefts : Enfin il a fallu que les derniers Payent entrepri-

I

584

Defenfi delà

le, pour les interefts de la gloire de Dieu. Ec c’eft 2 bon droit
i. Tim.} qu’ils n’ont pris d’autre reigle de Reforme, que la feule Efcri­
ture: puis que félon Sainét Paul elle cft propre à corriger les
16.
Jren. I.4. abus j auffi bien qu’à conuaincre les erreurs ; puis qu’elle cft la
cap. 69. reigle inflexible de la vérité félon Sainét Irenée; & la rcigle afCyril, l.q
feurée & parfaite de la foy félon Sainét Cyrille ; & puis que fé­
Dial.
Can. Rela lon la decifion de vos Canons,c’eft des Diuines Efcritures que
tôl. 37. chacun doit receuoir vne ferme & entière rcigle de la vérité.
C’eft auffi vne vérité de laquelle nous demeurons d’accord,
non pas auec ccs petits Millionnaires, qui n’ont qu’vn jargon
de perroquets pour reigle de leurs difputcs : mais auec vos Do­
Cociltrid éteurs j qui fçauct que c'eft de Theoiogie; qu’il n’appartient
fejfy.c.i. qu’a Iefus Chrift d’inftituer des Sacremens, & quant à la ma­
Htllarm. tière j & quant à la forme, & pour le figne & pour les paroles^
lib. 1. de
& que les chofes & les paroles doiuent cftre tellement déter­
Sacrant.
minées
de Dieu mefme dans les Sacremés de la nouuelle Loy,
cap.zi.
qu’il n’eft loifîble d’y rienadjoufter, d’en rien diminuer, ny d’y
changer aucune chofe. En effet la Loy de l’Etcrnel eft entiè­
re; Dieu pour tefmoigner qu elle eft parfaite, fait cette def­
Deut. 4. fenfe à fon peuple, vous n adjoafterez rien à la. parole que je voue
2.
commande & rien diminuerez, rien. Cependant contre ces dé­
clarations des hommes & cette deffenfe de Dieu,vos Doéteurs.
ont ofté vne partie du Sacrement de 1 Euchariftic, à fçauoir
l’vfage du Calice aupeuple Chrefticn, quoy que Iefus-Chrift
aye dir,beuue^en totu, quoy que le Nouucau Teftament ait efté
eftably parle Sang, dôt le Calice cft le Type, cômc dit S. Anv
lArubr.in broife;&que celuy-là foit indigne du Seigneur, qui celebrc
ï.Cor, it, ce Myftere autrement qu’il n’a efté donné par fon Autheur,
comme dit luy-mefme. Et par vn attentat auffi facrilcge,après
auoir retranché la moitié de cc Sacrement, ils en ont adjoufté
cinq outre les deux que le Seigneur a donnez à fon Eglife; &
ainfi ils fe font rendus également criminels par cette addition
& par cette diminution des Sacremcns de la grâce. Car en re­
tranchant la moitié dvn Sacrement au peuple, ils accufentle
Seigneur d’auoir inftitué vne chofe fuperflué, qûandila or­
dôné que ceux qui participent d’vn mefme Pain, boiuent auffi
d’vne mefme Coupe; & en adjouftant cinq Sacremens aux
deux que le Sauueur a inftituez, ils l’accufent d’auoir obmis

des

neuvième Rejpon/c,
des chofes necefTaircs dans les Myltcresdc la Foy.

5S5

Pour iuftifier leur procédé dans cette addition,quclqucsvns ont recours à l’Efcriture, & veulent prouuer par fes paro­
les, que les cinq Sacremés adiouftez auBaptefme Ôc à la Sain­
te Cene ont efté inftituez parie Seigneur : mais c’eft en vain
qu’ils fe trauaillent pour cela, comme nous verrons cy-aprés.
D autres comme le Bachelier,ne voulans pas fe tuer à tirer des
confequences de l’Efcriture, fe retranchent dans la tradition
non eferite, afin d’y trouuet la reigle de leur fpy pour le nom­
bre des Sacrcmcns ; & ie trouue que ceux-cy ont plus de rai­
fon que ceux-là : puis qu’on ne fçauroit trouuer que deux Sa­
cremens dans l’Efcriture, ny en termes exprès, ny par bonne
confequencc. Mais quelque party que fuiue Monfieur ie Ba­
chelier, c’eft trop ficrement & trop fauflement qu’il fe vante
d’auoir de fon cofté fur ce fuj et l’authorité des Conciles , & le
confcntcment vnanime des Peres, & d’eftre cnpofteftion de
fa creance depuis feizç fieeles. Car s’il fçauoit bien la tradi­
tion & la parole non eferite, laquelle il regarde comme vne
reigle de fa foy : il auroit appris de fes Docteurs, que chez les
Autheurs vn peu plus Anciens, il n’eft fait mention que de Ca^and.
deux Sacremens, ou de trois pour le plus; Qifauant Lom- inconfult
bard, qu’on appelle le Maiftre des Sentences, vous ne trou- art. 13.
ucrcz pas vn certain nôbre de Sacremens & que pour les fepr,
tous les Scholaftiques mefmes ne les appclloient pasSacre- Çreg’
mens dans vne propre lignification. Car les vns ont nié que '^lenr''’
le Mariage euft la nature de Sacrement, les autres ont nié
cela mefmc de la Confirmation, & les autres de l’Extrçmc- c
7".
Onélion.
C’eft aufli à tort qu il nous accufé de vouloir baftir & dref\
fer vne nouuelle Religion : Car il ne faut iamais oppofer l'an­
tiquité à la vérité ; ce qui eft plus véritable eft toufiours plus
ancien ; & l’antiquité fans la vérité n’eft qu’vne vicillcffc d er­
reur. D ailleurs par la Reformation nous n’auons fait que re­
trancher les abus que Icstraditions nouuelles & non eferites
auoient adjouftées dans la Religion contre ou par-deftus l’Ef­
criture: De forte que quand bien cctte addition de cinq Sa­
cremens auroit cfte introduite depuis plufieurs fieeles, nous
pouuons dire auec Iefus-Chrift, qu’il n’en eftoit pas ainfi du g,
........ "
‘ EEec

58£

_

_

Defenfè delà

comnjcôccmcntî &nos Réformateurs qui les ont remis au
nombre de deux, ont pu tenir le langage de Saind lean. Je
vous efcruvn nouueau commandement, à caufe de la couftume
qu i vous en a fait receuoir fept ;Stjenevouseftrü point vn com­
mandement nouueau , mais le commandement ancien, parce que
c’eft la parole que vous auez entendue dés le commencement.
Suiuant cela je croy que i’ay fatisfait le Millionnaire fur la
demande qu’il a faite de quelque texte de l’Efcriturej qui faftc
voir qu’il n’y a que deux Sacremerft : puis que c’eft ce que i’ay
prouué par ce raifonnemët general pris de l’Efcriture & con­
firmé par les Peres.
Les Sacremens que lefus-Chrift a inftituez parfon commande­
ment , qu’il a confacre^ par fa pratique j que l'Apôftre nous
donne pour marques de noftre Communion en lefus-Chrift \
que l’Eglife Primitine a obferués, & dont les Peres font men­
tion dans leurs eferit s : font les feuls Sacremens que nous de­
vons receuoir dans l’Eglife Chreftienne.
Or le Sacré Baptefme , (f la Sainole Cene font les feuls
Sacremens que lefus-Chrift a inftituez par fon commande­
ment , qu’il a confierez par fa pratique ; que l’Apoftre nous
donne four marques de noftre Comunion en Iefus-Chrift ; que
l’Eglife Primitiue a obferue'fc & dont les Anciens Peres font
mention dans leurs eferits.
•*
Doncques le Sacré Baptefme (f laSainte Cenefont lesfeuls Sa­
cremens que nous deuons receuoir dans l’Eglife Chrestsenne.
La première propofition de cét Argument eft incontefttfble,& vos Dodeurs nc la nient pas : puis que le Concile
<ie Trente aduouë qu’il n’appartient qu’à lefus-Chrift d’inftituer des Sacremens en l’Eglife.
La fécondé eft de l’Efcriture & des Peres. Le facréBaptefme & la Sainde Cene font les leuls Sacremens que lefusChrift a inftituez par fon Commandement : car il a dit à fes
Apoftres touchant le Baptefme. Allez endoctrinez toutes les Nat ions j les Baptifans au Nom du Pere, & du Tils, (f du Sainft Efprit.
Et touchât la Cene il leur dit,prenez mangez, cecy eft mon Corps,
faites cecy en commémoration de moy : Semblablement il prit la Coupe
difant, cette Coupe eft le Nouueau Teftament en mon Sang,faites cecy
toutesfois & quantes que 'vous en boirez en mémoire de moy.

neuftérne Refponfe.
5^
Ce font les feuls que Iefus-Chrift a confaCreî par fa prati- Mat', j:
que : car comme il a voulu eftre Baptisé par Sainél lean, aufli 1 j.
a-il voulu faire la Cene auec fes Difciples.
Adat.id\
Ce font les feuls que l’Apoftre Sainél Paul nous baille 29'
pour marques de noftre Communion en Iefus-Chrift: Car i ç
nous auons tous efté baptifez, en vn mefme Efprit,pour eftre vn mefme ’&> 4 ’’
Corps ; & nous quifommesplufieurs, fommes tous participans d’vn i.Cw.k*
noejme Pain.
1 y.
Ce font les feuls que I’Eglife Primitiue a obfcrucz: Car
Ceux qui receurent d'vnfranc courage la parole , furent baptifer &
perfeueroient tous en la Doctrine des Apoftrçs , & enla Communion ,
2*’
& en lafraction du Pam.
4J-4lï
Ce font enfin les feuls, dont les Anciens Pcres de l’E gli­
fe font mention dans leurs eferits. Sainél Ambroifc crtfixliures qu’il a compofé des Sacremens, ne parle que de ceux-là,
& comme il dit des le commencement, I’entrcprcns le dif­
cours des Sacrcmcns que vous auez reccus : Aulfi dit-il fur la
fin, c’eft ce que nous auons briefuement parcouru des Sacrejnens. Sainél Auguftin ne reconnoift que çes deux-là. Le
coftc de Chrift, dit-il, a efté.percé comme parle l’Euangile, esfuguft.
& incontinent en eft coulé Sang & eau, qui font les deux Sa- tra^' 9*
cremens de l’Eglilc. Il faut donc necelTairemcnt admettre la
conclufion de mon railonnement, qui contient noftre Article
ftc Foy, à fçauoir, qu’il n’y a.que ces deux Sacremens dans
I’Eglife Chreftienne.
A cc railonnement voicy cc que refpond le Bachelier
pour les tefmoignagcs de l’Efcriture. le fçay bien que vous
alléguez Saind Paul & Sainél Mathieu pour prouuer qu’il y a
. deux Sacremens : mais il faudroit montrer qu’il n'y a feulemct
que deux Sacremens : parce que noftre different n’eft pas de
fçauoir s’il y en a deux : mais s’il n’y en a que deux. L’Efcri­
ture Sainéle, dit-il, ne fait mention que de deux : c’eft vn im­
pudent menfonge comme nipus ferons voir en fon lieu 5. &
quand mefmc cela (croit, cét Argument n’a point de force:
d’autant que comme nous auons dit, les Saindes Lettres ne
contiennent pas clairement tout ce qui eft neceftairc à fa­
lut.

C’eft vne chicane toute vifiblc de Millionnaire, de vouloir
4 .
’ ’
~
'
EEccij

588

Deffenjè de lot

,

que cc mot de deux fc trouué dans l’Efcriture, pour définir le
nombre des Sacremens: Car fi en les contant on n’y en trou­
uc que deux, pourquoy ne dira-on pas en vérité qu'il y en a
deux feulement, & non pas dauantage ? Certes quand ie lis le
liure de l’Exode, où font recitées les playes que Dieu enuoya
furl Egypte, pour en faire fortir fôn peuple : le dis aucc ven­
ir. e. té que Dieu n’affligea lors ce Royaume que de dix playesrpar>.u> ce qu’encore bien que l’Efcriture n’exprime pas ce terme de
a» dix: neantmoins quand i’en fais l’enumeration, ic n’entrouuc pas dauantage dans l’Hiftoire Sainde. Quand ie lis dan's
1 Efcriture, que Iefus-Chrift eft appelle Homme, & qu’il eft
>• 5. dit aulfi eftre Dieu : le dis auec vérité qu’il n’y a en IefusChrift que deux Natures complétés, à fçauoir 1a Nature hu­
maine & la Nature Diurne; & cela félon l’Efcriture, quoy
qu’elle ne marque pas ces termes de deux Natures. Ainfï
quoy que l'Efcriture ne die pas en termes exprès qu’il n’y 3
que deux Sacremens : neantmoins nous pouuons dire auec
vérité qu’il n’y en a que deux : parce que nous n’entrouuons
pas dauantage, ny dans l’inftitution, ny dans la pratique du
Seigneur, ny dans la déclaration de Saind Paul,ny dans l’obfèruation de l’Eglife Primitiue.
C’eft pourtant ce que le Bachelier accufe d’impudence &
de menfonge, promettant de faire voir que l’Efcriture fait
mention de plus de deux Sacremçnsmeantmoins defefperant
d’y pouuoir bien reüffir, il fe retrade auffi-toft, & fe iette dans
le retranchement ordinaire, accufant l’Efcriture d'imperfedion & d’oblcurité dans les chofes neceifaires à falut, à l’imi­
tation des Heretiques, qui fuyans la lumière des Efcritures,
fcfàuuoientdanslcstraditions. Mais i’ay montré cy-deu3nt
par le tefmoignage de Dieu, de Iefus-Chrift, de fes Prophè­
tes , & de fes Apoftres, & par la déclaration des Anciens Do­
deurs de lEglife, que l’Efcriture contient parfaitement tou­
tes les choies neceftâires à falut, & qu’elles y font plus,
claires que les rayons du Soleil, comme dit Saind Auguftin.
C’cftpourquoy ierenuoycle Ledeur àjla deffenfe de la pre­
mière Refponfe,où il verra les preuues manifeftes de cette vé­
rité.

P ourles paffâges des Peres, Maiftre Chiron ne dit rien à

fieufiéme Refponje',

5^

celuy de Saint Auguftin j & parce qu’il marque expreffemenc- les deux Sacremens de l’Eglife, il l’a trouué trop formel pour
l’ofèr contredire. En effet il ne pouuoit rien dire contre ce
tefmoignage, fans donner le démenty à ce grand Doéleur,
lequel expliquant ailleurs fon intention, parle ainfi des Sacremensde la Grâce, oppofez à ceux del’Anciennc Loy. Le Ub. i.dc
Seigneur, dit-il, au lieu de plufieurs nous en a donné peu en Dotlrin.
nombre ,&faciles à obferuer, comme font le Sacrement du
Baptefme, & la Célébration du Corps & du Sang duSei- 9‘
gneur.
Pour le tefmoignage de Sainél Ambroife, voicy com­
ment il tafehe de s’en desfaire. Sainél Ambroife dans lesfix
liures qui traitent des Sacremens,ne parle que de deux Sacrcmens. le veux que cela foit ainfi : il efl vray pourtant quele
mefme Sainél Ambroife au liure de la Penitence, la qualifie
du nom de Sacrement. D’où vient qu’il faut dire félon le mef
me Sainél Ambroife qu’il y a plu*le deux Sacremens. Ainfi
voila le Miniftre defàrmé, le voila fans preuue folidc.
Si pçur vaincre vnaduerfàirc il fùftit de dire qu’on l’a de-i
fariné: Monfieur le Bachelier remportera bien des viéloircs
làns Coup ferir, & fans venir feulemët aux approches : Il croit
auoir prouué qu’ily a plus de deux Sacremens, en oppofant
Sainél Ambroife à Sainél Ambroife mefme : mais il paroift •'
ar la citation qu’il fait de ce Doéleur, qu il ne l’a iamais leu. ' ' '
1 allègue le liure de la Penitence, quoy que ce Doéleur eû
aye fait deux fur cette matière j & il dit que Sainél Ambroife
appelle la Penitence Sacrement. I’ay parcouru tous ces deux
liures: maisie n’y ay rien trouué approchant de cela. Il eft
vray que i’y ay remarqué vn paflage, que le Cardinal Bellarminciteàfaux,pourprouuerleSacrementde la Penitence./,/,. i.jé
Car il le fait ainfi parler aux Nouatiens, qui refufoient le par- panitent.
don à ceux qui auoient péché apres le Baptefme. Pourquoy cap. to.
Baptifcz-vous, filespcchez ne peuuent pas eftre remis’par
l’cntrcmife des hommes? Il eft certain qu’il y a dans le Baptefme vneremiffiondetouslespechez : mais qu’importe-il que
les Preftres s’attribuent ce droit qui leur a efté donne, ou par
la Penitence, ou par le lauement z1 la mefine chofe fe trouué
dans r.ynôé dans l’autre Myftere. Au lieu que Saint Ambroi-

Î

E E e e iij

«jpô
« Deffenfe delà
l>»« in v-:& dit, il y a vn mefme Miniftere dans l’vn & dans l’autre : pour
montrer, non pas que la Penitence eft vn Sacrement aufli
nifterium bien que le Baptefine, comme prétend le Cardinal: mais que
h remiftion des pechez eft donnée par le Miniftere des Pa& punit.?fteurs > non feulement dans le Baptefine, mais aufli dansia

7> * Repentance après le Baptefine.
Mais quand bien Sainét Ambroife auroit appellé la Peni­
tence du nom de Sacremcnt:cela ne feroit rien pour augmen­
ter le nombre de deux Sacremens proprement dits. Car ceux
qui n’ignorent pas le ftile des Pcres, fçauent bien qu’ils ont
accouftumé d appeller Sacremens dans vne fignification plus
eftenduë, tous fignes facrez,& toutes les chofes Myftericufes.
C’eft ainfi que Tertullien parle du Sacrement de la Foy, & du
Sacrement de la Refurreétion-, Sainét Hilaire du Sacrement
de l’Oraifon, Sainét Hierofme du Sacrement du Martyre j
Sainét Auguftin du Sacrement de la Croix ; Sainét Bernard
du Sacrement du lauemcntales pieds ; & Sainét Ambroife luy
mefine du Sacrement de l’Incarnation. Mais quand ils par­
lent des Sacremens proprement dits, ils ne font mention que
de deux, à fçauoir du Baptefine & de l’Euchariftie*..
C’eft ainfi que Sainét Iuftin Martyr defcriuàntaulong
les Ceremonies Sacrées que 1 Eglife obferuoit de fon temps,
foit dans la Paleftine, où il eftoit né,foit dans l’Italie où ilef7u/t. A' criuoitfes Apologies, ne parle que de ces deux Sacremens,'
j>el.2.pro, à fçauoir de l'eau, dans laquelle font renouuellez ceux qui
Çhrifttan fOJ^£ jaue2 au
de DieuCreateur de toutes chofes, de no­
ftre Sauueur Iefus-Chrift,& du Sainét Efprit » Et de l’aliment
qui eft appellé Euchariftie.
Tertul. I.
C’eft ainfi que Tcrtullien les réduit au nombre de deux,
q.nduerf qUand ii ne fait mention que duSacrement du Baptefine & de
Marcton p£ucbanftie, & qu’il en prend fujet de confondre l’Herefie
S1* des Marcionites, qui les auoient retenus.
Cy&rJ.i.
Sainét Cyprien n’en conte pas dauantage, quand if dit,
£pifi. i.' que ceux-là peuuent eftre enfans de Dieu, & pleinement fanadsteph. dificz, qui pren nent vne nouuelle nâiffance par l’vn & l’autre
. Sacrement.
Cyrit. in

Saint Cyrille de Ierufalem en fait la mefmc énumération,

lors que dans fes CatèchefesiMyftagogiques, il ne traite que

neufiéme Reftonfi.
des Myfteres du Baptefme, & de la Ccne du Seigneur.
Sainft Auguftin ne reconnoift auffi que ces deux-là, quand
inftruifant Ianuarius, il veut qu’il fçache, comme le principal
18
point de cette difpute, que le Seigneur nous a aflujcttisà vn ad.
joug qui eft doux & leger; & que c’eft pour cela qu’il a attaché
la focieté du peuple nouueau par des Sacremens, qui font très
peu en nombre, tres-faciles en leur obferuation, & très ex­
cellons en fignification.
C’eft ainfi que Sainft Ambroife dans les fix Iiures qu’il a ^mbr.
fait exprès touchant les Sacremcns de 1 Eglife, ne met en hb. 6. de
nombre que ces deux-là; & afin qu’on ne creut pas qu’il en
auoit obmis quelqu’vn, pour en parler en quelque autre ren- caP* 2»
contre : il fait cette conclufion. Vous auez donc receu ce
que i’auois à dire des Sacremens j & vous auez vne très par­
faite connoiflance de tous.
le conclus donc de toutes ces preuues folides,dont Mon­
fieur le Bachelier nc m’a pas encore defaxmé, que fclon l’infti­
tution & la pratique du Fils de Dieu, félon le fentiment de
l’Apoftre Sainft Paul, félon l’obferuation de l’Eglifc Primiti­
ve , & la creance de fes Dofteurs, il n’y a que deux Sacremens
dans l’Eglife Chreftienne.
C’eft à quoy quelques-vns de vos Dofteurs ont efté obli­
gez de donner les mains par la force delà vérité, quoy qu’ils
fuflent mieux armez que voftre Bachelier.
Pafchafius le reconnoift ainfi, quand il dit que les Sacre- *Pafth i»
mens de Chrift dans l’Eglife Catholique font le Baptcfme, &
Cce
le Corps & le Sang du Seigneur.
na X)ornin
Le Cardinal Bcflarion l’aduouë de la forte, lors qu’il dit, pe^ar^t
que ce font les deux feuls Sacremens, que nous lifons mani- sacral
fortement nous auoir efté baillez dans les Euangiles.
ZucUarift
Benoift René le confefl’e de mefme, lors que dans fes no- 7{pen m
tes furTertullié,ilditque leBaptcfme & l’Euchariftic eftoient Tcmdia.
les deux Sacremens de l’Eglife Primitiue.
Alexandre d’Alez & le Cordelier Férus embraflent cette a'Cian
mefme vérité j & ils confirment leur fentiment par le tefmoi­
gnage de Sainft lean, qui dit que Iefus Chrift eft venu par
eau & par fang j & que defon cofté percé fur la Croix il coula rean ig.
du fang & de l’eau. D’où ils infèrent fuiuant la penfée de S. 34*

59*

Defenfè de la

'Jilex. A Auguftin, qu’il n’y a que deux Sacrepens qui ayent efté infti-

W- M • tuez par lefus-Chrift, à fçauoir le Baptefme & lEuchariftie ;
art- & que ce lont les deux Sacremens tres-afleurez de noftre Foy
Fmin ?9 & dc rESlifc- APrés tüUt cela v°ycz fi Monfieur le Bachelier
ne veuc Pas bien vous en fâire à croire î quand il dit, que nous
voulons baftir vne nouuclle Religion fur cette matière ; & iu­
gez de là fi nous ne pouuons pas dire de nous-mefmcs auec
vérité ce qu'il vous attribué fans aucune preuue, à fçauoir que
nous fommes fur ce fujet en pofteffion d’vne creance , qui eft
celle de l’Eglife depuis plus de feize fiecles : puis quelle eft
non feulement depuis le temps des Anciens Doéicurs, mais
mefme depuis le temps de lefus-Chrift & de fes Apoftres.
Cela vous deuroit fuffire , pour vous perfuader que les
cinq Sacremens que voftre Eglife a receus outre ces deux in­
ftituez par le Seigneur, ont efté adjouftez par des traditions
nouuelles, & purement humaines, qui ne doiuent point preUaloir pardeflus les ordres dc reftabliflement Diuin. Mais
'
parce qu’on vous les a baillez pour des anciens Sacremens t
i’ay fait voir qu’ils n’ont ny la nature ny les conditions dc vrais
Sacremens, par la définition que vos propres Doéleurs en
ont donnée: Car nous conuenons auec eux des conditions
qui font neceflairementrequifes pour faire vn Sacrement de
l’Eglife Chreftienne proprement dit.
La première eft qu’il faut que ce foit vn élément corporel,
comme difent les Peres, c’eft a dire vne matière fenfible. L3
fécondé eft, que cét élément doit eftre vn ligne vifible de la
grâce de Dieu inuifible & falutairc. La troifiéme, qu’il faut
adjoufter à cét élément la parole, c’eft à dire vne promette de
la Grâce qu’il lignifie : Car comme dit Sainél: Auguftin, que
°* la parole foit adiouftée à l’élément, 8e il fe fera vn Sacrement*
° * La quatrième, qu’il y ait du rapport & de l’analogie entre le
ligne & la grâce lignifiée : car comme dit le mefme Pere, fi
Epif.2^. les Sacremens n’auoient pas quelque fimilitude des chofes,
ActBvnif. dont ils font Sacremens, ils nc feroient point Sacremens du
tout. La cinquième, que le ligne & la parole de grâce adiou­
ftée au ligne foient des chofes mftituées par le Seigneur : car
l’vn & l’autre ne peut faire vn Sacrement qu’en vertu de l’inftitution Diuinc. La fixiéme que le Sacrement /oit inftitué

neufiéme Refponfe.
pour l’vfage commun & perpétuel de l’Eglife : Car comme ils
lignifient la grâce de Dieu falutaire, tous les fideles quifont
les enfans de l’Eglifc, ont droit d’y participer.
Cela eftant ainfi ,de ces principes inconteftables i’ay tire
des côclufions, qui font voir que ny la Côfirmation, ny la Pe­
nitence, ny l’Ordre, ny le Mariage, ny l’Extreme-Ondion nc
font point des vrais Sacremens de l’Eglife : parce qucquclqu’vne, ou plufieurs de ces conditiôs requifes leur manquent.
Et premferement pour le regard de la Confirmation, voicy le
raifonnement que i’ay produit.
Le Sacrement ejl vnfigne vifible infiituépar le commadcment
du Seigneur auec vne promejfe de grâcefalutaire.
Or laConfirmation n efi potnt vn figne 'ï'ifile infiitué par 1er
commandement du Seigneur auec promejfe de grâcefalutaire.
Doncques la Confirmation n efi point vn Sacrement.
A ce raifonnement Mr. le Bachelier fait deux refponfes.
La première eft la chanlon ordinaire des Miffionnaires. Il
veut abolir la Confirmation, dit-il, par le moyen de la défini­
tion du Sacrement, qui eft félon Saind Auguftin, vn figne
vifible de la grâce de Dieu inuifible : mais il n’applique point
ccttc définition j il ne montre point par aucun tefinoignage
que la Confirmation n’cft pasvn figne vifible de la grâce in­
uifible, ainfi qu’il deuroit faire. C’cftpourquoy nous deuons
mettre néant à fon argument, puis que non feulement il n’y a
pas vne feule propofition de l’Efcriture : mais auffi que c’eft
vn corps informe, irrégulier ôc tout dans le defordre. Et il ne
faut pas que pour couurir Ion impuiflancc, & pour fe garentir
de la preuue il nous demande qu’on luy trouuc dans l’Efcritu re 1 Ondion d’Huile ôc de Beaume : car c’eft à luy qui s’enga­
ge de refpondre aux Miffionnaires, & de leur faire voir la vé­
rité de fa Religion, de produire des textes de l’Efcriture, &
non pas à nous,qui fommes en poffeffion de noftre creance
depuis tant de fiecles, nous qui fommes leurs Anciens, ôc de
qui ils aduouënt s’eftre feparez, nous qui auons pour princi­
pe de noftre foy, la Parole non eferite, la tradition Apoftoli­
que. Ainfi il n’en faudroit pas dauantage pour faire taire le
Miniftre, ôc pour montrer qu’il pipe les pauures Huguenots
par lesrufes > ôcpar fesfoupleflès capticufes.

$$ 4

,,

Bcfenfe de la

Si CclIX qu il appelle Huguenots eftoient aufti faciles a
tromper que les pauures Païftns des Landes, f aduoué qu’il
n’cn faudroit pas dire dauantage pour les abufer; & peut-eftre
que des refponfes fi fortes reduiroient leurs Miniftres aux ter­
mes du filence: Mais puis que vous eftes en pofleflion de vo­
ftre creance depuis tant de fieeles, je vous prie de confidcrer
Ce qu’elle vous enfeigne. Car puis qu’elle vous dit ,-que tout
vray Sacrement eft vn figne inftituépar le commandement
du S eigneur, & que la promefte. de grâce, qui yeftadnexce,
doit eftre exprimée par fes paroles : Nous auons droit de vous
demander d’où vous aucz tiré les paroles qui inftituent le
Chrefme,& les autres Ceremonies de voftre Confirmation.
.Vous dites que cette inftitution n’eft pas dans l’Efcriture i Sc
nous auons droit de dire auec Tcrtullien,qu’en matière de foy
l’Efcriture nie ce qu’elle ne marque pas. Vous dites qu’elle
cft dans la tradition Apoftolique, & dans la parole non eferi­
te , que vous regardez comme principe de voftre foy ; & nous
auons droit de répliquer auec Saint Irenée,qu’il ne faut point
rcceuojr toutes ces traditions qu’on débité fous le nom des
Apoftres : mais tant feulement celles qui font comprifes dans
les Efcritures,
' Aufli Monfieur le Bachelier voyant bien que ce retranche­
ment des traditions non eferites, n’eftoit pas foùtenablc, a
recours à vne fécondé refponfe, & tafehe de faire voir l’inftitution de la Confirmation Romaine dans l’Efcriture Sainéle:
mais il montre à mefme temps qu’il eft aufli mauuais Théolo­
gien qu’impertinent Philofophe. Toutesfois, adjoufte-il,
pour faire triompher d’autant plus la vérité Catholique, nous
ferons voir par la mefine définition qu’Afimont a choifie, que
la Confirmation eft vn Sacrement de l’Eglifc.
Cat l ( Sacrement efi vnfigne vifible de la grâce inuifible.

Or dans la Confirmation ily a vnfigne vifible, àfçauoir l’imfofition des mains vne grâce inuifible, d fçauoir le Saincl

Z/pr“-

.

n

Donc la Confirmation efi vn Sacrement.
La première propofition, dit le Bachelier, eft fans conteftc. La fécondé cft tirée des Aéies des Apoftres, chap. 8. où
nous lifons que quand les Apoftres qui eftoient en Ierufalem 3

neuvième Refponft,

p

5^5

curent entendu que Samarie auoit receu la parole de Dieu, ils
leur enuoyerct Pierre & lean, lefquels eftans defeendus priè­
rent Dieu pour eux, afin qu’ils reçeuffent le Saind Efprit : car
il n’eftoit point encore defeendu fur aucund’eux, mais fculemét ils eftoiét Baptifez auNom duSeigneur lefuszpuisilsleur
iinpoferent les mains , & ils receurent le Saind Efprit. Voila
donc, conclud-il, l’Impofition des mains & la priere,qui font
chofes fenfibles,& le Saind Efprit, qui eft vne grâce inuifi­
ble.
le n’eufTc iamais creu qu’vn homme qui s’attache fi fort à
demander des raifonnemens adjuftez aux formes dc l’Efcole,
eut efté capable de faire vnSyllogifme fi mal forme : Mais je
connoy maintenant la vérité de la proteftation qu’il a faite dés
le commencement, à fçauoir, qu’il n’a iamais didé de Cours
en Philofophie. Eft ce ainfi qu’on veut faire triompher la vé­
rité Catholique par des fallaces, &par desraifonnemensfophiftiques? Certes c’eft icy, où ie dois vous adreffer l’exhor­
tation de SainGtV apprenez, garde que nul ne vous butine far la Çolo{[2&
Philofophie & Vaine déception ,félon la tradition des hommes.
Sans m’arrefter à la figure de cét Argument, dont la dé­
formité eft aflés connue de tous ceux qui entendent les prin­
cipes de la Logique: le refpons à la matière, &dis, qu’à 1a
vérité toutSacrement eft vn figne vifiolc dc la grâce inuifible:
mais il ne s’enfuit pas que tout figne dc la grâce foit vn Sacre­
ment , parce qu’outre cela il faut que ce figne foit inftitué par
le commandement du Seigneur, auec promette de la grâce
lignifiée
il n’y a d'autre que luy qui puiftc eftre l’Autheur Amlr.l.
de cette infticudon. Car qui eft i Authcurdes Sacremens, fi- $.deSanonlc Seigneur Iefus -dit Saind Ambroife Z Certes il eft luy- cr*"c- 4»
mefme le Souuerain Sacrificateur ,&l’Autheur qui a inftitué C^r^erf
fes Sacremens, comme dit Saind Cyprien.
Mf 'a"
Les Apoftres -Sc leurs Succefleurs font les Vicaires de
'
Dieu pour le régime de l Eglife, qui a efté eftablie dc Dieu
pat la Foy, & par les Sacremens de la Foy. C’eft pourquoy ^ijemr v
comme il ne leur eft point permis d’enfeigner vne autre foy:
Auffi ne peuuent-ils point inftituer d’autres Sacremens,com- art. 2.
me dit voftre Doéleur Angélique.
L ûifttcuuoü des Sacremens, qui non feulement repre- ‘Sitl.l.f,

FFff ij

y) 6

.

Defenfè de ia

(ent. eiifl-. fentent, niais aufli fignifient auec certitude & efficace l’effet

Sacramentel, ne peut cftre faite que par Dieu feul : parce que
luy feul peut produire l'effet furnaturcl du Sacrement, comme
raifonné vn de vos»Dodcurs Scolaftiqucs.
C’eft en vain que de Bachelier allégué l’impofition des
mains faite par les Apoftres, pour prouuer que la Confirma­
tion eft dinftitution Diuine. Car ces deux adions font tout
à fait differentes, & quant au ligne vifible, car'les Apoftres
'BcRarm. n’employoicnt qpe l’impofition des mains: mais dans la Con­
l.l. de co
firmation on fe fert d’vn Chrefme compofé d’huile & de bau­
firm.c.%.
me, qui eft la matière delà confecration, & qu’on tient eftre
de l’eflence de ce Sacrement, comme l’eau cft ddl’eftence du
Baptefinc ;& quanta la grâce inuifible : car ceux fur qui les
Kft.19.6. Apoftres impofoient les mains reçeuoient le Saind Efprit
d’vne façon miraculeufe , tellement qu’ils partaient diuers
langages & prophetifoient : Car comment, difent les Peres,
ChryfoSl,
acumtn. ces Samaritains, qui auoient efté Baptifez, n’auoiét-ils point
receu le Saint Efprit ? Ils auoient receu l’efprit de la remiflîô,
mais ils n’auoient pas encore receu l’cfprit des miracles > mais
il nc fe fait rien de femblable dans voftre Confirmation.
slcf.part. Il faut donc que le Bachelier confelfe auec Alexandre d’A4‘ ?• 24* lez, qu’elle n’a point efté inftituée par Icfus.-Chrift, ny par fes
Apoftres ; il faut donc qu’il die auec le Doéteur Soto,qu’il n’y
art. i.
Soto. in 4 a point de commandement, qui oblige les Chreftiens delà
(entent. receuoir. Il faut donc qu’il aduouë auec Scot, que ce Sacre­
Scotm.àf ment nc fepeut point prouucr par les Efcriturcs; & par con­
(tnt.difi.
'J. <7. 1. fequent qu'il reconnoiffe aucc le Dodcur Holcot qu’à pro­
J-/'Ac.ap. prement parler ce n’eft pas vn Sacrement. Suiuant cela mon
ad.Cafid raifonnement demeure en fa force, par les principes de vo­
ftre propre creance.
z

Tout Sacrement de FEglife doit eftre institué (ar le comman­
dement du Seigneur ,filon le Concile de Trente.
Mats la Confrmationfion vos Dofteurs nef (oint instituée
(ar le Seigneur •>& U ri'y a (oint de commandement qui yotts
oblige de la receuoir.
T) onc la Confirmationfélon Vos (ro(res Docteurs, n efi(oint
vn Sacrement de l’Eglife.
Maiftre Chiron ne trouuant point des preuues de la Con-

neufîme Refcon/è,

597

formation dans l’Efcriture, a recours au' tefinoignage des Pc­
res. Adiouftons, dit-il, encore à cela que les Peres, qui vi­
uoient dans les premiers fieeles de I’Eglife, font vne tres-ample mention du Chrefme, de l’Huile, de l’On&ion, & appel­
lent la Confirmation vn Sacrement de I’Eglife. Saint Cyril- .
le de Ierufalem en fait vne Catechefe Myftagogique, qui eft
la troifiéme cn nombre, en laquelle il parle du Chrefme, du
Saind Onguent, de l’Ondion fur le front, & de la Sandifi;
cation de l ame par le Sainét Efprit. Sainét Cyprien a eferit
vn traité tout entier de l’Onétion du Chrefme î & de plus en
l’Epiftre dernierc du premier liure, il dit qu’il eft neceffaire
que celuy qui a efté Baptisé foit oind, afin qu’ayant receu le
Chrefme il puiffe eftre l’Oinét du Seigneur, & auoir en foy la
grâce de Iefus-Chrift. Saint Auguftin au liure contre les let­
tres de Petilien chap. 104. nomme la Confirmation Sacre­
ment, figne vifible comme le Baptefine. Tertullien, Sainét
Hierofme, & plufieurs autres Peres tefmoignent la mefme
chofe.
Si Monficur le Bachelier auoit Ieu tous ces Peres qu’il al­
légué , il auroit trouué dans leurspropres paroles la refponfe à
l’objedion qu’il en veut tirer. Car ces Dodeurs parlent les
vns du Sacrement du Chrefme, les autres du Sacrement de
1 Ondion, les vns du Sacrement de l’Impofition des mains ,
les autres du Sacrement de la Croix : Tellement que s’ilfaut
s’arrefter aux mots,dans vn feul Sacrement il en trouuera qua­
tre : puis que les Peres donnent ce nom de Sacrement à cha­
cune de ces chofes & de ces adions. Pourquoy donc, direzvous , eft-ce que ces Dodeurs font mention du Chrefme, de
l’Huile, & de l’O ndion ? Us n’en parlent pas comme d’vn Sa­
crement particulier, mais côme des ceremonies, qui eftoient
de ce temps-là conjoinétes au Sacrement du Baptefine. Car
comme l’a remarqué Saind lean Damafcene, on prenoit de Damafc.
l’huile dans le Baptefine, qui fignifie fondion, & qui nous
rend Chrifts, c’eft à dire Oinds, nous annonçant la mifericorde de Dieu par le Saind Elprit ; & comme l’ont reconnu caP' ‘°*
les plus fçauants de vos Doéteurs, les Apoftres fe font con­
tentez de Baptifer parie lauement de l’c3U : mais dans la fuite
dutenjps les Chreftiens ont adioufté au Baptefine plufieurs
,
FFffiij

jî«
, r j
**
autres choies au delà de cette fimplicité primitiue, les vns dii
laid & du miel, les autres de la faliue ; les autres de l’huile Ôc
du baume; les vns l’impofition des mains» les autres l’ondion,
& d’autres le figne de la Croix. Mais toutes ces ceremonies
joindes enfemble ne faifoient qu’vn mefme Sacrement dit
Baptefme » afin que ce Sacrement fut adminiftré aucc plus de
Cotechîf' faindeté Sc de Religion,comme dit le Catechifine duConT'rident. cjje de Trente. Iufqu’àce qu’enfin par fucceftion de temps
faBapuf.
Romaine en a fait va Sacrement de Confirmation,le­
quel conférant, à ce quelle dit, vne plus grande grâce que
le Baptefme, ne peut cftre aulfi adminiftré que par les plus
grands Miniftres, à fçauoir par les Prélats.
Enfin Maiftre Chiron pour eftablir parmy nous la Con­
firmation en tiltre de Sacrement, veut faire à croire que Cal­
uin eft fauorableàfapenfée. La force, dit-il, dcccsauthoritez a efté fi prenante ,que Caluin au liure de la maniéré de re­
former l’Eglife, aduouë que la Confirmation a efté vn Sacre­
ment dutemps des Apoftres, lequel ils ont fouuent misera
pratique. Par où ce Chef des Huguenots donne manifefte­
ment le démenty à Afimont j lequel neantmoins eft fi fort at­
taché à fon erreur, qu’il aime mieux fymbolifer auec les Ar­
riens, qui ont les premiers pefté contre la Confirmation, quenon pas auec les Sainds Dodeurs vrais interprétés des Efcri­
tures.
Monfieur le Bachelier n’eft pas moins hardy à dire ce qu’il
n’aiamaisleu, qu’àfaire dire à Caluin ce qu il na iamais ef­
erit. II n’a iamais leu" dans Caluin que la Confirmation ait
efté vn Sacrement pratiquépar les Apoftres : mais il pourroit
Calu.inn feicn auofr leu
dans vn ciiap. tout entier, il prouue quelle
M*'*1* n’a iamais paffé pour vn vray Sacrement parmy les Anciens;
Il eft vray qu il aduouë que l’impofition des mains a efte pra­
tiquée par les Apoftres : mais il tait voir que c’eftoit pour vne
autre fin que celle d’aujourd’huy, à fçauoir pour la commu­
nication des dons miraculeux du Saind Efprit, laquelle ayant
ceffé, cette impofition des mains qu’on pratique dans I Egli­
fe Romaine, pour communiquer ccs dons, n’cft plus neeek
faire, puis quelle n’a plus cét effet.

Comme il cft vray que ie n’ay rien dit qui foit contraire au

neiificme Refponfe,
fentiment de ce Doéleur : auffi n’eft-il pas vray que ie fymbo-

life auec les Arriens j & ie ne fçay où Maiftre Chiron a trouué
que ces Heretiques ayent parlé contre la Çonfirmation.Saint
Epiphane & Sainél Auguftin, qui ont marqué toutes leurs er­
reurs., n’ont rien dit de celle-cy; & ie ne fçache point qiPauti c
que ce Bachelier aye fait cette remarque. Il eft vray que les
Anciens tefmoignent que ceux qui fortoient de ia feétedes
Arriens, comme de tous autres Heretiques, eftoient receus
dans la Communion de l’Eglile Catholique par le moyen de
l'Onélion & de l’Impofition des mains : mais ce n’eftoit pas
pour leur communiquer vn Sacrement, mais feulement pour
corriger le deffaut de leur Baptefme : parce qu’ils n’auoient Tbeod.l$
pas accouftumé de conférer l’onélionBaptifmale à ceux qu’ils har. fab,
JBaptifoient, comme dit Theodoret. SaintAuguftin dit que
5*
c’eftoit pour tefmoigner l’vnion de la charité, dans laquelle de
ils r’entroient. Etvn de vos Doéicurs reconnoiftque cette
*"
©nélion qu’on donnoit aux Heretiques pour les receuoir dans J ’
le fein de l’Eglife, n’eftoit pas l’onéiion Sacramentelle delà Anrtliu4
confirmation, mais vne pure Ceremonie. Mais fi nous vou­
lons remonter iufques à la première lource:nous trouuerons
que cette Ceremonie, & toutes celles qu’on a adjouftées à la
Emplicité du Baptefme, pour rendre ce Sacrement plus véné­
rable, ont tiré leur origine dc la couftume des Iuifs. Car com­
me dit vn de vos célébrés Doéleurs, nous ne lifons point que Tijgaltl
cela ait efté commandé par le Seigneur, ny pratiqué par les »»
Apoftres : mais yn peu après leur decez les Chreftiens faciles QZTi
jetindrent beaucoup de chofes des obferuations Iudaïques,
qui n’eftoient pas encore entièrement abolies.
Si.Monfieur le Bachelier confirme fi mal le Sacrement de
la Confirmatiô, il n’eftablit pas mieux celuy de la Penitence.
Pour prouuer qu’elle n’eft pas vn Sacrement, i’ay allégué cet­
te raifon.
Tout Sacrement efi vnfigne vifible joint à la parole de grâce
far.rinftitution du Seigneur,

A cet Argument le Bachelier relpond deux choies. Pouf

Coo

fiejfenfe de la

la première ,■ Certes dit-il j ie pourrois refpondre en vn mot a
tout cet Argument 3 fçauoir que c’eft Afimont qui parle en
toutceSy!logifme& non pas Dieu, fur lequel ncantmoins
nous deuons appuyer noftre foy.
5^4.11.
Quand l’Efcriture dit qu’/fWlttw receut lefgne de la Circoncifionpourfçean de lajufiiee ds la foy , n’eft ce pas Dieu qui parle?
Quand les Peres interprètes de l Efçriture ont dit, que Stfcrementeftvnfignevifibledelagraceinuifiblc, eft-cc moy qui
ay parle ? Quand les mefmes Dodeurs ont dit , qu’il faut adjoufter la parole à l’élément, afin de faire vn Sacrement, eftce Afimont qui a parlé? Reconnoiftez donc que fi ie parle
dans ce raifonnement, c’eft lèion Dieu & les Dodeurs de for»
Eglife.
Pour la féconde chofe qu’il refpond. Toutes-fois, ad*
„r
joufte-il,ie dis de plus que la mineure de fon Argument cft
faufte
que cctte conclufion Miniftrale, & Cét Article de
Foy des Huguenots eft combatué par l’authorité des Sain­
des Efcritures, & par le fentiment & la pratique de toute
l’Antiquité. Premièrement par l’authorité des Efcritures t
car il cft eferit aux Ades des Apoftres chap. 19. que plufieurs
de ceux qui auoient creu venoient confeffans & declarans
leurs ades. Notez que la verfion Siriaque tourne aulicud’ades leurs offenfes > & en Saind Iacques chapitre 5. coufeftcz.
vos fautes l’vn à l’autre. Secondement il eft combatu parle

fentiment des Peres, qui rempliftent leurs eferits de la ncceftité de la Confeflion. Origene fur le Pfeaume 37. compare le
péché à vn phlegme groflier, qu’il faut ietter hors par la con­
feflion. Saind Bafile en fes reigles plus briefues enfeigne
qu’il faut neceffairement confeffer fes pechez à ceux aufquels
l’adminiftration des Sacremens a efté commife. Tertullietf
au liuré de la Penitêce chap. 8. exhorte les pécheurs à la con-;
feffion, afteurant que Dieu l’a inftituée. En vn mot, il n’y 3
pas vn des Sainds Peres, qui n’aye fait mention de la Confef­
fion, comme d’vne chofe fouuent pratiquée en l Eglife de
Dieu. fj’où nous colligeons clairement que la matière&le
fmne fenfible de la Penitêce,qui fait vne partie du Sacrement.,
/ctrouue dans l’Efcriture aufti bien que dans les Peres.

Monfieur le Bachelier s’eft perdu dans la verfion Siriaque,
dont

nettfémeReftonfî,

(Zdi.

dons il entcdle langage auffi bien que celuy dtsAmèrîqüainsî

ilnefefouuientplusny de l’Article de noftre Foy qui induit
que la penitence n’eft pas vn Sacrement, ny delà mineure de "
mon Argument, qui pofe que la Penitence n’eft pa» vn figne
vifible.Car que font pour prouuer le contraire, ce paftage des
Ailes, cette verfion Siriaquc, ce tefmoignage de S. Iacques,& toutes ces déclarations des Peres, qui ne parlent ny de Sa­
crement, ny de figne vifible ? Qui de nous a iamais nié qu’il
ne faille confefter fes péchez ? Certes nous fçauons, comme
dit Sainél lean , que//’ nous eonfeffptts nospechez, rDie»eftfidele & j’;

rf

jutte ^pour nous Isspurdonmr ; & cela n’eft point en queftion»
Tout ce qu’on peut colliger de toutes ces allégations, c’eft
que la Confeffion eft vne partie dc la Penitence : encore ne
peut-on pas inférer de là, quelle en foit vne partie cftcnticllcj
mais feulement vn indice trompeur : Car il y en a plufieurs
qui confeffent leurs peçhez, comme Iudas,& qui neantmoins
n’ont pas vne vraye penitence.
Mais, dit le Bachelier, la Confeffion eft vn figne fenfible
de la Penitence, elle eft donc vne partie du Sacrement : mais
il eft aisé de prouuer que ce n’eft pas vn figne Sacramentel.
Car premièrement toutlîgne Sacramentel doit eftre vifible,-.
c’eft à dire frapper les yeux : Or voftre Confeffion n’eft. pas figne vifible; elle nc frappe point les yeux, mais les oreilles^
auffi n’cft-elle point appcllée occulaire, mais auriculaire, par­
ce qu’elle fe fait à l’oreille du Preftre : elle n’eft donc pasvn
figne Sacramentel. D’ailleurs ce figne doit eftre vn élemenr,auquel il faut adioufter la parole, pour en faire vn Sacrement:
Mais adiouftez tant qu’il vous plaira la parole de l’abfolution iraft.
à la confeffion du Peuitent, vous n’3djoufterez. iamaislapa- i,i Ish,
rôle à l’element, mais feulement parole à parole rvous n’en
ferez donc iamais vn Sacrement. En outre, tout figne Sa*
cramentcleft vne choie corporelle, qui eft prefentée par le
Miniftre, & reçeué par celuy qui participe au Sacremét:Maisi
la Confeffion tout au contraire, n’eft point vne chofe que le
participant reçoit, mais qu’il prefente jee n’eft point v n e hofe que le Miniftre prefente, mais qu’il reçoit : on ncpctit donc
pas dire qu’elle foit vn figne Sacramentel.
Joutce que Maiîlxc Chiron adjoufte en fuite , ponraej- '

fenfe de U ,
cotftphï .& Saêrement de Penitence, eft fî hors dépcopbs j &
fî éloigne de la queftion qui cft entre nous, que cela nc méri­
te pointde refponfe: parce qu’il ne dit rien de contraire à nos
fentimens. Nous croyons mieux que luy, que le Seigneur a
Luc 16. communi<îl,é àfes Difciplcs le pouuoir de lier & de délier, de
/fX„ 20. remettre les pechez & de les retenir, c’eft à dire qu’il acomL*c 24» mande luy-mcfine, qu on prefebasi en fon Nom repentance & re47.
mifsion despecbe^par toutes Nations. Nous croyons aucc Sainét
Auguftin, qu’à bon droit la remilfion des pechez peut eftre
tnTfrlm donnée par l’Eglifc :mais nous difons auffi auec luy-mcfme,
,er‘
qu’il n’y a que la voix du Seigneur, qui puiffe reffufeiter celuy
qui eftoit mort en fes pechez. Nous croyons aueC les Luthé­
riens touchant la confcffiô priuée qu’il faut faire aux Pafteurs,
que la coufturne de l’abfolution ptiuée doit eftre retenue dans
l’Eglife j & nous la pratiquons tous les iours dans la vifitation
des malades: car nous leur annonçonsja remilfion des pechez
par le mérité de Iefus-Chrift, lorsque par leur confeffion ils
nous donnent des tefmoignages de leur repentance. Nous
croyons auec les Proteftans d’Angleterre, qu’il eft bon que le
malade fafle vne Confeffion particulière, s’il trouué fa con­
fçience chargée de quelque chofe d'iTnportance j & qu’apres
la Confelïïon le Miniftre luy doit donner l’affeurance de la
grâce de Dieu & de la remilfion de fes fautes. Enfin nous di­
rons que telle confeffion faite au Pafteur à part, eft falutaire :
Mais comme tout cela ne fait rien, pour prouuer que la Peni­
tence foit vn Sacrement: le ne voy pas comment le Bachelier
s’en peut feruir, pour combattre noftre Article de Foy.
le ne voy pas auffi comment il peut auec vérité nous accufer que nous voulôs aneâtir la Penitëce,à l’imitatiô des M,ontaniftes,& des Nouatiens,qui ont rejette ce remede falutaire,
^ue Iefus-Chrift alaiffé à fon Eglife. Car ces Heretiques fermoient la porte de la grâce aux pécheurs ; &difoiét que ceux
qui auoient péché après 1e Baptefme, ne pouuoient eftre re»
nouuellez par la repentance. Mais nous les inuitons tous les
iours à la pcnitence par la promefte du pardon • nousleurdir fonsauec Saind Paul, pourquoy mefpnfes-tu les richeffes de la

.

' * bénignité de Dteu&defa patience, ne connoiffant pas que la benignignité de Dte» te connu à repentance ï Nous leur difons auec Saint

nekfitmiïRtfpmfç»
Çicrrc'i Amendez-vous doncvous conairtiffez', afin qàevotpes ASfyty,

chezfoient efface^ Mais nous ne croyons point que la Peniten­
ce foit vn Sacrement : parce que nous ne voyons point aucun
figne inftitué du Seigneur pour cela. Ic conclus la preuue de
cette vérité par vne autre raifon, prife de S .Auguftin, qui nous
baille cette reigle generale touchant les Sacremens. Quand
il s’agit, dit-ifi de l’intégrité & de la faindeté du Sacrement,
eont*
quoy que çe foit que croye celuy qui le reçoit, & de quelque
foy qu’il foit imbu, cela n’importe cn rien : Ileftbienimpor- **•
tant pour la voye du falut, mais il ne l’eft pas pour le fiijet du
Sacrement : d’autant qu’il fe peut fairc qu’vn homme reçoiue
le Sacrement tout entier, & que neantmoins il aye vne mau­
uaife foy. D’oiîie forme ce raifonnement.
Le Sacrement efi entierfans lafoy.
Z/ztzf la Penitence nefipoint entièrefans lafoy»
Donc la penitence n'efipeint vn Sacrement.
La majeure de cét Argument eft de Saind Auguftin ètï
termes formels. La mineure eft de l’Efcriture & de la raifon,
car la Penitêce fans la foy n’eft qu’vne hypocrifie : voila pourquôy l’Efcriture l’a conjoint auec la foy, afin de la rendre vé­
ritable & accomplie, difant, amendez-^ous& croye\àFEuangi- ^arc f
le. Il faut donc receuoir la conclufion, que la Penitence n’eft ij. "
pas vn vray Sacrement.
Quant à l’ordination des Pafteurs, des Diacres, & SouCdiacres, & autres moindres Officiers de I’Eglife , l’on vous l’a
donne aulfi pour vn Sacrement : mais nous auons prouué
qu’elle ne l’eft pas par cette railôn generale, que ie réduis à,
cette forme.
Tout vray Sacremet de F Eglife doit auoir vnfigne ou élément
vifiblê infiituépar le Seigneur , auec vnepromeffe degrâce fa­
lut aire pour celuy qui le reçoitt
Mais l Ordre ou P Ordination de la Frefirife, & autres Offices
Ecclefiafiiques , n a point de figne fiftble infiitué par le Setgneur, nydepromeffie dt'grâcefalutaire.
Donc F Ordination n’ejTpoint t>n Sacrement de FEglifi r
La refponfe de Monfieur le Bachelier eft celle-cy. On luy
ttouueraen Saind Paul à la première à Timothée chap. 4.
J’iinpoûtion des mains par le Preftre > qui eftle figne fenfible-,
G G s s ii

.

iDejfenfe delà,

& pour le don de Dieu inuifible : On luy fera lire Ces paroles
<lc l’Apoftre, parlant à fon Difciplc, ne négligé point le don qui

efi en toy, lequel t'a efi c donne par l’impofition des mains de la Com­
pagnie des Frcfires,
Dans ce paflage Maiftre Chiron croit auoir trouué ce qui
eft neceftaire pour faire de l’Ordination vn Sacrement: mais
ilfe trompe dans l’application qu’il en fait.Car premièrement
tout figne fenfible n’eft pasvn ligne Sacramentel : il faut que
‘ eCe foit vn élément corporel, vne matière fenfible, fur laquelle
le Miniftre qui conféré le Sacrement déployé fon adiônmiais
l’impofition des mains n’eft pas vne matière, mais l’adion
mefme que le Miniftre exerce fur la tefte de celuy qui eft or­
donné. Dailleurs cette impofition des mains n’eftpas vn li­
gne inftitué par le Commandement du Seigneur, mais vne
Marc-MS Ceremonie dont les Apoftres fc feruoiét auec liberté, & pour
j8.
des differents vlàgesjlôit pour la guerifon des malades; foit
7 pour la communication des dons miraculeux du Saint Elpritj
i.ÎÏct. 4 lôit pour l’ordination de ceux qui deuoient prefeher l’Euan*4*
-giles foit pour l’enuoy de ceux qui eftoient défia ordonnez à
=• ’13'? -cét Office. .Tellement que fi de cette impofition on pouuoit
. jnferer que l’ordination eft vn Sacrement: il faudroit induire
la mefine chofe pour la gucrifon des malades,pour la commu­
nication des dons fpirituels, pour l’enuoy des Pafteurs appel­
iez & ordonnez au Miniftere de lEuangile, & faire de toutes
ccs adions autant de Sacremens : puis que la mefine impolilion des mains s’y trouué auec la lignification de quelque
grâce.
En troifiéme lieu quant à la grâce fignifiée par I’impofitip
des tpains, & conférée dans l’ordination, ce n’eftoit tout au
plus qu’vn don communiqué aux perfonnes ordonnées, pour
s’acquiter dc la charge du Miniftere qui leur eftoit commis:
Mais la grâce lignifiée & conferce par les Sacremens, eft vne
grâce falutairc à celuy qui le reçoit, c’eft à dire la grâce de la
re miffion des pcchez & de la fandification de l’ame, qui n’eft
ny lignifiée, ny conférée par l’ordination: Car Iudas fut or­
donne Apôftre, & neantmoins il n’eut pas la remiffiopdes
pechez, ny la grâce fandifiante j & vous voyez tous les' iour?
desPreftres parmy vous,qui ne font nullement en eftat de gra-

neufiéme Refponfe,

6oy

re, Sc quipour cela ne perdét pas le Caradcre de la Preftrife^
Cela eftant, nous difons que l’Ordination, quoy qu’inftituce
de Iefus-Chrift, quoy que pratiquée par les Apoftres, n’eft
pas pourtant vn Sacrement: parce que nous nc voyons nulle
inftitution de ftgne vifible, nulle grâce falutaire promife «
ceux qui reçoiuent l’Ordination.
Monfieur le Bachelier prétend neantmoins de prouuer
qu’elle cft vn Sacrement, par l’authorité de Saind Auguftin.
S’il eft curieux, dit-il, de fçauoir où eft-cc qu’on trouué que
l’Ordre eft vn Sacrement de l’Eglife, on luy fera lire en Saint
Auguftin, lequel au liurc fécond contre Parmcnian le répété
.

par fept fois differentes.

Mais Saind Auguftin luy-mefme appelle l’AIlegorie vn
Sacrement ; Il nomme tous les fignes Sacrez de l’Efcriture
des Sacremens j luy-mefme parle du Sacrement de la Croix,
du Sacrement de l’Incarnation du Fils de Dieu ; Luy - mefme
qualifie du nom de Sacremens les Exorcifincs, les Oraifons,
les Cantiques Spirituels, IcsSoufflemens, & les autres cho­
fes qu’on pratiquoit enuers les Catechumenes. Voudriezvous inferer de là que toutes ces chofes font des Sacremens
proprement dits? Certes ie ne le penfe pas : autrement vous
auriez plus de fept fois fept Sacremens, qui feroient vn joug
plus infuportablc que celuy de la Loy Mofaïque. Pour donc
entrer dans l’intention de Saind Auguftin, il faut receuoir la <tsfn£nft.
reigle qu’il nous donne fur cette matière, quand il dit, qu’il Epifi. 5«
feroit trop long de difputer de la variété des Signes, lefquels ati Mar*
font appeliez Sacremens, quand ils appartiennent aux chofes ce!’i,n*
Diuines. C’eft en ce fens qu’il appelle toutes les Ceremonies
de l’Ordination des Sacremens ,& qu’il fait comparaifon de
l’Ordre aucc le Baptefme .-parce, dit-il, que l’vn & l'autre eft
donné à l’homme par quelque confecration ; & comme le Ba­
ptefme n’eftpoint réitéré, ainfi quand les Hcretiques vien­
nent dans l’Eglife, on ne les ordonne point derechef, s’ils
auoient efté ordonnez à quelque charge: parce que les Sacremens de l’Ordination demeurent fur eux.
Tellement que s’il falloit prendre ce mot dans là propre
lignification: Selon Saind Auguftin l’Ordination ne feroit
pas yn Sacrement, mais plufieurs i Et certes ie ne fçay pas

6o$

'Defenfe de Îa

comment vos Doélcurs qui content fept Ordres diuers des
Preftres j des Diacres, des Souf-diàcres, des Acolythes, des
Exorciftes, des Lecteurs, des Portiers, aufquels les Canonilies adjouftent celuy de la première Tonfurc, & de l’Epifcopat, & aufquels ils pourroient bien adjoufter encore celuy des
Chantres,& des Sonneurs des Cloches : le ne fçay pas,dis je,
comment ces Doéleurs & ces Canoniftcsfc peuuent difpcnfer de faire de tous ces Ordres autant d’efpeces de Sacremens
differens, puis que tous confèrent des Offices, & quelquesvns des Caraéleres tous diuers en efpecc. Auffi vn de vos
Scolaftiques déclaré que le Sacrement de l’Ordre contient*
Jer.di/IÀ fous foy fept ou huict Sacremens diftinguez les vns des autres.
Par ce moyen fi vous vous arreftez aux mots, autant de fois
que vous verrez ce terme appliqué à des chofes diuerfes,il
vous faudra multiplier les Sacremens.
L’autre raifonnement dont ie me fuis feruy, fait voir que
quand bien l’Ordination des Pafteurs, qui fut faite du temps
des Apoftres, auroit efté vn Sacrement • celle qui fe pratique
dâs I’Eglife Romaine ne le feroit pas: parce que d’vn cofté on
n’y fait pas ce qui fe faifoit, & que d’autre part on y fait ce qui
ne fe faifoit pas du temps des Apoftres. le dis qu’ôn ne
fait pas ce qu’on faifoit alors :Car dans l’exemple allégué par
i.Tïw’4. le Bachelier il paroift que l’Ordinationde Timothée fut faite
*4»
par les Preftres, puis que Sainél Paul fuy dit, qu’il areceu
roBf.rn l’îmoofition des mains de la Compagnie des Preftres. Mais
de l’Eglifc j& prononce anatheme contre tous ceux qui di­

ront que les Preftres ont ce pouuoir commun auec les Euef­
ques. Monfieur le Bachelier allégué des Conciles pour au­
thorifer cette pratique : mais ie vous allégué 1 Efcriture, qui
eftantla parole de Dieu, eft plus ancienne, & pins véritable
que toutes les paroles des hommes. le dis auffi que dans l’Or­
dination Romaine on fait ce que les Apoftres, ny les hommes
C^t7.ï4. Apoftoliques ne faifoient pas : CarlesApoftres eftabliffoienc
?3. * * des Preftres dans chaque Eglife auec Ieufnes & Oraifons ; &
Il r*w 4 ces Preftres puis après eftabliffoient d’autres Preftres auec
l’impofitiondes mains, voila tout cc qu ils faifoient. Mais

neufiéme Rejponje,
«ujourd’huy dans TEglife Romaine, quand oh veut facrcr ou
ordonner vnPreftre, il faut premièrement luy raferleschetieuxen forme de couronne: Car il n’y a point de Clerc fans
tonfure ; il faut luy donner vn veftement blanc de toille de fin
lin, allumer des Cierges, faire des fignes de Croix, refpan­
dre TOndiond’Huile & de Baume, qui fc fait d’vnefaçon
myfteriéufe, fur fa teftcôcfur quelques doigts de fa main, ôc
puis luy prefenter la Pataine & le Calice.
Sur cela le Bachelier dit que ce chefne mérité aucune refpenfe : parce que ces Ondions ne font que des Ceremonies,
qui ne touchent pas à l’eflence des Ordres. Mais il fc trompe
ou vous veut tromper : Car pour la prefentation du Calice, Sota.di[i'.
vos Dodeurs tiennent qu’elle eft vne partie eflentielle de ce 24. q. 1.
Sacrement aufli bien que l’impofition des mains : Pour l’On- ’Sellarm.^
dion, ils difent bien que c’eft vne Ceremonie accidentelle, 1-dtSœra
jnais ils tiennent qu’elle eft ncceflaire au Sacrement; ôcle or^,n‘caP
Pape Innocent III. confidere cette Ondion vifible comme
■vn figne extérieur, & comme le moyen d’obtenir TOndion ^fjeCret
inuifible. Cependant nous ne voyons que rien de toutes ces
-chofes,qu’on prétend cftrç neceflaires au Sacrement de l'Or- Sacrum.
dinatiô, ayent efté inftituées dans l’Euangile, où nous deuons
trouuer l’inftitutiô de tous IcsSacremês de laGrace,& de tout
pouuôs-nous donc dire de toutes ces Ceremonies, fion qu’el­
les tirent leur origine de la Loy Cérémonielle des Iuifs ?
En effet, fi vous lifez le Vieux Teftament, vous trouue­
rez qu’il eft fait mention de l’Ondiô Sainte composée d’hui- £0/30;
le, ôc,de chofes aromatiques,par laquelle on deuoit confacrcr 25.30.
les Sacrificateursjvous trouucrez que de cette ondion oadç- exod^i
lioit faire afperfion fur eux & fur leurs veftemens,pour les fan- 21.
difier ; ôc qu’il faloit prédre du fang d’vne vidime, ôc cn met­
tre fur le mol de leur oreille droite, fur le pouce de leur main £xed.2ÿ*
droite, ôc furie gros artuè^du pied droit, Si vous lifez les Ri- 20.
tueil desl uifs, vous y trouuerez qu’ô relpâdoit de l’huile fur la
tefte du Sacrificateur j qu’on luy en frottoir le front au deflus
des yeux en la forme d’vn X. qui fait côme vn figne de Croix.
Toutes ces chofes ont trop de rapport auec la Confecration
de vos Preftres,poijr nous empefeher de dire que leur Ordin^-

DefenJe de la

tion tient beaucoup des Ceremonies du-Iucfaifme j Et certes
voftreMaiftre des Sentences confefle que cette ondion a efté
prife du Vieux Teftament i & le Pape Innocent III. aduouà
que les Grecs nc s’en feruoient pas, & que les Anciens Peres- •
ont accusé l’Eglife Latine de Iudaïfér,quand elle confacroit
fes Miniftres par cette Ceremonie.
Quant à nous, nous arreftans à la fimplicité des Apoftres^.
nous confacrons les Pafteurs & les Miniftres de l’Eglife par 1$
Prière & par l’impofition des mains, & par la Prédication,,
dans laquelle nous leur difons ce que Saind Paul difoit aux
r;Aît. to, Preftres de l’Eglife d'Ephefe, prenez garde à vous-mefmes à.
tout le troupeau rfur lequel le SawEl Efprit vous a efabiis Euefquef)
pourpaiflre E Eglife de Dieu, laquelle il a asquife parfon propre fang,
C’eft donc à tort que le Bachelier nous accufe d’vn im­
pudent menfonge, quand nous nous glorifions d’imiter la
pratique des Apoftres en eftabliflant comme eux des Preftres
dans les Eglifes^ c’eft à tort qu’il nous accufe d’auoir en hor• reur ce nom, & de l’auoir rayé de nos Bibles, pour abolir ce
Saind Miniftere. Si dans nos verfions nous auons mis le mot
d’Ancien au lieu de celuy de Preftre : ce n’eft pas par quelque
auerfion que nous ayons du nom, mais pour fuiure la proprié­
té du terme Grec, & pour rendre plus intelligible la chofiî
qu’il fignifie; & c’eft dequoy Monfieur le Bachelier & tous
fes Collègues dans la Prcftrife, nous deuroient rendre des rémercimens au lieu.de nous appliquer des cenfures. Car com­
me ils ne hfent le nouueau Teftament qu’en Latin, & qu’ils
n’ont iamais mis le nez dans le Grec: par noftre tradudion
nous leur auons donné vn moyen facile d entendre la fignifî' cation du nom de Preftre, duquel ils font honorez, pour leur
apprendre à fuïr les appétits de lajeuneflej & les obliger de
n’agir ny de parler comme ieunes hommes, puis qu’ils por­
tent le tiltre de Vieillards,
Le quatrième Sacrement quf vos Dodeurs. ont adjoufte
pardeflus l’inftitution du Seigneur, c’eft le Mariage, dont
•Çr»t.28 nous reconnoiflbns l’Autheur, qui eft Dieu j La dignité, car
b^.1^.4 il eft honorable entre tous • la faindeté, car la couche du Ma­
riage eftfans macule, félon Saind Paulj la neccflïté, car il
iOr.7.? vaut mieux fe marier que brufter comme dit luy-mefme î &
•là*'*

6o$

neuvième Rejponfè»

fermeté indiftoluble : car ce que Dieu a conjoint 5 que l’hom- Mat, ip
menefe fepare point, comme dit Iefus-Chrift. Enfin nous 6.
en croyons tout ce que l’Efcriture en dit : Mais parce qu’elle
n’a iamais dit qu’il fuft vn Sacrement raufll ne pouuons nous
pas croire qu’il le foit, & le premier raifonnement que i’ay
produit pour prouuer qu’il ne l’eft pas, fc peut réduire à cette
forme. «
Tout Sacrement doit auoir v» élément ou figne materiel &
vifble.
Or le Mariage n a nulfigne materiel dr vifble,


Donc le Mariage n'efi point vn Sacrement,
Monfiêur le Bachelier croit que ce raifonnement eft Je ft
peu d’importance, qu’il ne mérité point la peine d'y refpon­
dre. Afimont, dit-il, dans fa quatrième attaque en veut ab­
folument au Mariage, qu’il flétrit & qu’il déshonore, luyrcfufant fans raifon , lans authorité, & fans tefinoignage la qua­
lité de Sacrement ; & n’alleguant pour preuue de fon dire
qu’vn Argument ffiuole,& fi peu judicieux, qu’il ne mérité
aucune relponfe.
Vne telle refponfe eft encore plus indigne de toute répli­
qué : Mais iugez qui de nous deux fleftrit & déshonore le Ma­
riage , ou luy qui ne le permer qu'aux hommes du monde, qui
l’interdit aux gens d’Eglife, & qui croiroit eftre fleftri pour fa
vie,s’il auoit épousé vne femme légitimé? ou moy qui dis
aucc l’Efcriture, que le Mariage eft honorable entre tous? qui
dis qu'il eft faind, indiftoluble & neceftaire dans l’Eglilê, aul­
fi bien que dansle monde ? Iugez fi c’eft fans raifon, fans au­
thorité & fans tefmoignage que ie luy refufe la qualité de Sa­
crement : puis que ie fuis appuyé d’vne raifon prife de la natu­
re & de l’eftence des Sacremens, qui ne feroientpasSacrc­
mcns , s'ils n’eftoient des lignes vifibles ? puis que cctte railôn
eft confirmée par l’authorité de l’Efcriture, par le tefmoigna­
ge des Peres, & par la confeflion de vos propres Dodeurs,
comme nousauons montré? Certes le Cardinal Bcllarmin
n’a pas trouué ce raifonnement fi peu judicieux, qu’il n’aye
talché d*y refpondre.
Ilditdoncquele Mariage peut eftre confideré en dewe
égardsji’va eft quand file fait, l’autre eft quand il demeure

----------

HHfth.

<TiO

Deffenje delà

apres cftre fait. Au premier égard il dit que les paroles des fu­
turs conjointsfontla matière & la forme de ce Sacrement i &
que toute fon eflcnce confifte dans les fignes, qui expriment
leur confentement mutuel : mais qu’en l’autre égard les ma­
riez mefines Habitans enfemblc, ou leur externe focieté ôc
conjonction cft le Symbole extérieur de cc Sacrement.
Mais il eft éuident que ce Cardinal fe peine Bnvain,
pour trouuer le figne vifible du Mariage j&qu aucune de ccs
chofes nc peut eftre vn vray figne Sacramentel. Car pour ce­
luy qu’il allégué dans le premier égard, les paroles ne peuuent
eftre le figne vifible d’aucun Sacrement : Or les fignes qui ex­
priment le confentement mutuel des fiancez pourleMariagc,
ne font que des paroles, donc ils nc peuuent point eftre fignes
du Sacrement. Autrement il faudroit dire que le Notaire qui
les engage dans‘ce confentement par des paroles du futur,
leuradminiftreroitle Sacrement*du Mariage; & les mariez
participeroientau Sacrement, non pas cn receuant le figne,
mais en le donnant eux-mefm es. Pour le fécond égard lalocieté non plus, ou la conjondion des mariez habitans enfcm­
ble ne peut pas eftre le figne Sacramentel du Mariage, parce
quelle n’eft pas vifible. Car quoy que le Mariage foit hono­
rable: neantmoins l’honncftetc nc permet pas de le confommer en public j quoy que la couche y foit fans macule d’adultere, & de paillardife : elle eft pourtant accompagnée de hon­
te, parce qu’elle eft infeparable du péché originel. Dailleurs
ft cette cohabitation eftoit le Iymbole du Sacrement, ils’enfuiuroit que les mariez toutes les fois qu ils en viendroient à
la copulation conjugale,fc donneraient le Sacrement l’vn à
l’autre ;& que les mefmes perfonnes feroient les fuiets pour
receuoir,& les Miniftres pour donner le Sacrement du Maria’St'iarm Sc* -A-uHi vos Doéleurs confefTent que les Miniftres & les
jJsacrii difpenfateurs de ce Sacrement font les mariez, qui fe lient
rnatrta. ‘ eux-mefmes par leur confentement & par leur vnion.
cap.6.'
Lafeconde raifon que i’ay alléguée pour prouuer que cc
n’eft pas vn Sacrement, cft prife d’vne autre partie eflentielle
à toutSacrement proprement dit,& ie la réduis à cette forme.
2 out vray Sacrement doit conférer vne grâce falutaire à ceux
ctay participent.

neufiéme Refaonfe,

6i1

Or le Mariage ne confèrepoint degrâce falutaire aux mariez
quiy participent.
Doncques le Mariage nefi pas vn \ray Sacrement.
La Majeure de cét Argument eft inconteftable: Car tous
les Sacremens de l’Eglife lont les Sacremens de la grâce faltttaire qui nous eft aduenuë par lefus-Chrift, c’eft à dire de no­
ftre réconciliation auec Dieu, ou de la fandification dc nos
ames : Et le Cardinal Tolet le reconnoift ainfi, quand il défi- Téfcr. tonit le Sacrement Vn figne fenfible de la fandification fpiriruelle de l’ame.
.
La mineure nc fe peut nier : Car toute la grâce que le Ma­
riage conféré, c’eft de remédier à l’incontinence des mariez:
mais ce n’eft pas vne grâce falutaire : autremét tous les Chre­
ftiens, qui trouuent ce rcmede de leur incontinence dans le
Mariage, & les Payens mefmes qui s’en font feruis, auroient
efté participais du falut.
t
Le Cardinal Bellarmin dit que le Mariage a vne promeffe peiïarm'.
de grâce falutairc: parce qu’il eft le figne de la con jondion /. de ma.
de Chrift & de l’Eglife, non feulement par conformité de na - trim. Sa­
ture, mais aufti par charité fpirituclle : par laquelle vnion eram.c. 2
Chrift aime & gouuernefaindement fon Eglife; & l’Eglife
eft attachée à Chrift par la foy, par l’efperance & par la chari­
té , & luy eft aftuiettie par l’obeïfTance.
I’aduouë que l’vnion de 1 homme auec la femme dans le
Mariage eft vn type & vne figure qui nous reprefente l’vnion
Myftique dc lefus-Chrift auec l’Eglife fon Efpoufe. Mais cela
ne fùftit pas pour en faire vn Sacrement : Car les Sacremens
ne font pas fimplcment des fignes de la grâce, mais aufti des
fçcauxquicn confirment la promeflè, & des moyens dont
Dieu fe fert pour nous l’appliquer. Ainfi l’eau dont nous fom­
mes lauez dans le Baptefme, n’eft pas fimplcment vn figne du
lauement intérieur de nos ames, mais vn fçeau de cette grâce,
& vn moyen par lequel nous eft appliquée la remiftion des pe­
chez & la régénération fpirituclle, qui eft le lauement de nos
taches» c’eft pourquoy le Baptefme eft appellé le lauement de
3. 5
régénération. Ainfi le Pain & le Vin dc la Sainde Cene, ne
font pas fimplcment des fignes du Corps &c du Sang du Sei­
gneur: mais des fçeaux qui nous afleurent de la remiftion de
1
HHhhi;

6( l

/

Defenje de la

nos péchez, & des moyens que Dieu employé, pour nous at­
tirer à la Communion du Corps & du Sang du Seigneur:
. C’eft pourquoy le Pain eft appellé la Communion de fon
Corps, & le Vin la Communion de l’on Sang : parce qu’ils
cn font des moyens falutaires à tous ceux qui les prennent
dans vne diipofition conuenablc. Mais il n’y a rien de tel dans
le Mariage : Il figure bien & reprefente cette vnion Myftique
de Iefus Chrift auec fon Eglife, qui eft la focieté des fideles,
mais cc n’eft pas vn moyen qui leur applique cette vnion : au­
trement tous les mariez qui font faindement vnis enfemble
par ce facré lien, feroient vnis à Iefus-Chrift par la foy & par­
la charité ;& ou plus fouucnt ils reuiendroient à leur copula­
tion charnelle, plus intimemét ils feroient vnis à Iefus-Chrift
par vne conionétion fpiritu ell e. Ce qui eft fort éloigné des
KtUarm. maximes de voftre creance,& des fentimens de vos Doéleurs;
hi>. i.âe car ils voysenfeignent que Paéle coniugal rend l’hôme charder.c.tS. nei s & impropre aux chofes Diuines ; Et vos Canons vous
tarent que les Mariages légitimés font à la vérité fànspe™ • '/» chéimaisqu’autempsdcl’vnionconiugalclaprefence du S.
’ Efprit ne fera point donnée, quand mefme ce feroit vn Pro­
phète , qui vaqueroir au deuoir de la génération.
Le Bachelier fans vouloir refpondre à noftre raifonne­
ment, fe met feulement en peine de prouuer que le Mariage
eftvn Sacrement, &fe fert du mefme exemple de Bellarmin,
mais aucc moins de clarté & plus de foiblefle. Par vne exubé­
rance de droit & de bonne caufe, dit-il, ie vousproduiray vn
texte formel de lEfçriture pour montrer que le Mariage eft
vn Sacrement; parce qu’il cft écrit aux Ephefiens chap 5. fé­
lon noftre Vvlgate, & félonie Grand Sainél Auguftin. Ce
Sacrement efi grand,je dis en Chrift & en l’Eglifè. Voiia le texte
'formel de l’Efcriture. Si le Mariage, adioufte-il, n’eftoit
qu’vn Contraél ciuil, pourquoy Saint Paul comparcroit-il le
mary & la femme à Iefus-Chrift & à fon Eglife ?
Sur quoy ic vous prie de faire trois reflexions, qui vous

feront voir clairement, que le Bachelier s’arreftant aux mots
s’efloigne de l’intention de Sainél Paul & de Sainél Auguftin
fon Interprète.
la première eft fur la verfion Vvlgate, qui a tourné Sacre;

neufiéme Refponjè,

61$

ment, ce qu’il falloit traduire par le mot de fecret ou de My­
ftere: Car fi par tout où vous trouucrez ce terme de Sacre­
ment dans voftre verfion Latine, vous voulez vous imaginer
vn vray Sacrement de l’Eglife : De tous IesMyfteres vous en
ferez autant de Sacremens. Vous prendrez pour Sacremens /xj.2.27
le fecret du Songe de Nabucatnefar, le fecret de la vocation C0/.1.27
des Gentils à la grâce de l’Euangile, le fecret de pieté, à fç a- j.Tmw.j.
uoir Dieu manifefté en chair; Scie fecret desEftoilesMyfterieufes que Sainél lean a veuës dans l’Apocalypfe; & le nom A/’c’CI-2°
eferit fur le front de la grande Paillarde : Car en tous ces paffages laVvlgate employé le mot de Sacremér,au lieu de celuy 5*
de fecret ou de myftere. C’eft donc fans raifon que Maiftre
Chiron veut inferer que le Mariage eft vn Sacrement, de ce
que ce nom luy eft donné dans voftre Verfion : puis que le
mefme tiltre cft donné à vne infinité de chofes, qu’il ne vou­
droit pas faire pafter pour des S ac remens.
La féconde reflexion que vous deuez faire,eft fur la ccnfequence que le Bachelier tire des paroles de Sainél Paul. Les Ephef.^i
maris doiuent aimer leursfemmes, comme leurpropre corps : car per29 '
Jônne n'eut oneques en hainefa chair , ains la nourrit & t entretient, 3°*31
comme aufsifait le Seigneur l Eglife ; car nousfommes membres defon
Corps, eftans defa chair & defes os. Pour cela l'homme delaiftera pere
& mere, & s'adjoindra a fa femme ; & les deux feront vne mefme
chair. Cefecret ou ce myftere eft grand, orje dis en Chrift (f l'Eglife.
I’aduouè que dans ces paroles Sainét Paul compare l’homme
& la femme auec Iefus -Chrift ôcfon Eglife, & l’vnion char­
nelle des vns auec l’vnion myftique & fpirituelle des autres:
Mais s’enfuit-il de cette comparaifon que le Mariage foit vn
Sacrement ? N’y-a-il pas d’autres chofes dans la nature, donc
l’Efcriture fe fert, pour nous reprefenter cette vnion de Chrift
& de fon Eglife ? Certes l’Efcriture employé pour cela la
comparaifon des farmésvnisauec lefep , & des pierres d’vn
Temple vnies auec le fondement, le [tus le Sep, vous en eftes
lesdit Iefus-Chrift, qui demeure en moy
moy en luy,
,
forte beaucoup de fruicl : car hors de moy vous ne pouuez rienfaire. ’
Vous eftes édiftez, dit Sainél Paul,///r lefondement des Prophètes sphi. 20
(jrdes Apoftres , Iefus-Chrift luy mefme eftant la maiftreffe pierre du
coin , en qui tout l’édifice rapporté & adjufté enfemble , (e Iette pour
HHhhiij

6(4
'Défenje delà
eftre vn temple famci au Seigneur. De ces comparaifonspourtant vous ne voudriez pas inférer que les Vignes & les Téples
foient des Sacremens, quoy que l’Efcriture aye confacréces
chofes,pour eftre lcsSymboles de noftre vnion Myftique auec
Iefus Chrift.
La troiftéme reflexion que ie vous prie de faire, vous def­
couurira l’intention de l’Apoftre : Quel eft donc, direz-vous,
le fens de fes paroles ? Saint Paul a voulu montrer que l’vnion
Myftique de Iefus Chrift auec l’Eglife dans la grâce nous eft
reprefentée par l’vnion du mary auec la femme, qui eft aufli en
quelque façon myfterieufe dans la nature ; afin que les fecrets
de la nature nous donnent quelque emblème des myftcres de
la grâce ; & que les fideles mariez apprennent les deuoirs mu­
tuels aufquels Je Mariage les oblige, par l’amour de lefusChrift enuers lEglife, & par l’obeifTance de lEglife enuers
lefus-Chrift. Il y a donc du myftere enl’vne & en l’autre de
ces vnions : dans celle du mary auec la femme comme dans
vn figne : Car comme dit Sainél Chryfoftome, vrayemenc
c’eft vn myftere,qu’vn homme ayant quitté celuy quil’aen' * Sen^fé & nourri, & celle qui l’a enfanté, foit attaché à vne
? ‘
femme, qu’il n’auoit point veuë auparauant, & qu’il l’a préfé­
ré à toutes chofes. Mais le Myftere eft plus grand dans l’vnion
tsfuguft. de Chrift auec fon Eglife : Car comme dit Sainél Auguftin,
natt. 9 jjs feront deux en vne chair, ce Sacrement eft grand; & afin
qUe quclqu’vn nepensâtpoint que la grandeur de ceMyftere
fuft dans tous les hommes qui ont des femmes, il adioufte, or
ie dis en Chrift & en l’Eglife, c’eft là ce grand Sacrement, ils
feront deux en vne chair.
C’eft pour cell que quelques-vns de vos plus fçauants
Doéicurs ont aduoué, que de ce lieu on ne peut point tirer de
raifon folidc, pour faire du Mariage vn vray Sacrement.
Zrafm.in
le déclaré, dit Erafme, que de ces paroles de l’Apoftre
Commun on ne peut pas recueillir fort valablement que le Mariage foit
vn Sacrement : d’autant que cette particule aduerfàtiue, or je
dis indique affez clairement, que ce grand Myftere regarde
Chrift & l’Eglife, & non pas le mary & la femme.
Ca'^et. in
Le prudent Leéleur, dit le Cardinal Cajctan, n’apprend
Ep'ncj. 5 pas de ce lieu de Sainél Paul, que le Mariage foie vn Sacre^

ment,

tteufîéme Reftonjè,

£ï 5

Monfieur le Bachelier pourtant fè perfiiade de le prouuer
efficacement par l’authorité des Peres. Pour les Doéteurs &
Peres de I’Eglife, dit-il, Tertullien au liure de l’Ame, &en
plufieurs autres lieux nomme le Mariage Sacrement : comme
auffi Sainét Ambroife au liure premier du Patriarche Abra­
ham chap. 1.Etie mefme Sainét Auguftin au liure premier
des Nopces chap. 10. donnant la différence qu’il y a entre le
Mariage des Chreftiens, & celuy des Gentils, dit que le Sa­
crement des Nopces eft recommandé aux fideles..
Vous auez veu cy-deuant par pluficurs exemples queles
Pcres félon leur ftile ordinaire ont appellé du nom deSacremens toutes fortes de fignes facrez: c'eft félon ce ftile qu’ils
ont qualifié le Mariage de ce mefme nom : mais ce n’a pas efté
leur intention d’en faire vn Sacrement de I’Eglife dans vne
propre fignification j & c’eft ce qui paroift des teftooignages
-alléguez par le Bachelier. Car pour Tertullien, il ne dit rien
xle.ee que le Bachelier luy fait dire dans le lieu qu’il a cité: il eft ^er^’ ?"
vray qu’ailleurs il appelle la Monogamie du nom deSacre- '
ment : Mais s’il cuit eftimé que le Mariage euft efté vn Sacre- f ’ *
■ment proprement dit, qu’elle apparence y a-il quileuft con­
damné les fécondes Nopces comme vne cfpece d’adultere?
Quelle apparence y a-il, que pour porter les hommes à la faintete, il leur euft deffendu la réitération du Mariage, s’il l’euft
pris pour vn Sacrement capable de conférer la fanélification
de l ame ? Certes il auroit pluftoft reconnu dans la foibleffe &
dans la maladie des hommes la fainéfeté du remede inftitué de
Dieu ; & bien loin d’interdire aux fideles ce Sacrement com­
me vne impureté, il leur auroit confeillé d’en reïterer l’vfage,comme d’vn moyen propre à les fanélifier.
Pour Sainél Ambroife le Bachelier ne le cite pas plusfide- dmb.l t
lement: Car ce Pere ne parle point du Mariage dans le chap. àeh.brab.
1.11 eft vray qu’au chap. 4. ayant exhorté les mariez à fuir le Patr, ‘r*
vice d adultéré, il adioufté ces paroles, vous auez donc veu^'9’
dequoy vous vous deuez garder, de peur que quelqu vn ne fe
rende indigne des Sacremens. Oii vous voyez que fi ce Do­
éleur parle du Mariage, il n’entend pas qu’il foit vn Sacremct
dans la propre fignification : puis qu’il trouue plufieurs Sacre­
mens,c’eft à dire plufieurs myfteres dans le Mariage d vn fçul.

6i6

Defenje de Îa

Mais il cft plus croyable quu parle de la Communion, donc
les adultérés fe rendent indignes, Scque les Anciens à caufe
du double figne appelaient en termes du pluriel, les Sacre­
mcns du Corps & du Sang du Seigneur, & fimplement les
Sacremcns.
Pour le regard de Sainél Auguftin, il s’explique luy-mefi.2. cont. me aftez clairement, pour n’auoir pas befoin de glofe ny d’inaduerf.le terpretation fur cette matière. Car en vn lieu il appelle le
&Pro mafte & la femelle ioinéls cnvne mefme chair les Sacremens»
«r.c.p.
> comme j| pCXpliqUe luy-mcfme, les fignes (acres
d’vne chofe importante, à fçauoir de l’vnion de Chrift auec
^fuguft l’Eglife. C’eft ainfi que ce Pere appelle le combat de deux enhb. z àe fans qui sentrepouftoient dans le ventre de Rcbeca, vn grandi
Sy'/tb ad Sacrement, parce que comme il dit, ç’a efté la figure d’vn
CrfWfZi.f. grand Sacrement. C’eft ainfi que luy-mefme déclaré fon fen3*
riment dans le paffage tronqué par le Bachelier, auec vne évi­
dence, qui I’auroit confondu, s’il auoit pris la peine de le lire.
^fup,n. Ce n’eft pas, dit-il,feulement la çhafteté qui eftrecomman-*
hb. i. dé ftéc aux fideles mariez , mais aufti vn certain Sacrement des
Mdpt. & Nopces : C’eft pourquoy l’Apoftre dit, maris aimez vos femconcup.c. mes, comme Chrift a aimé fon Eglife, où ce Sainél Pereap-io.
pelle le Mariage mefme vn Sacrement, parce qu’il contient
la figure d’vn Sacrement, ou d’vne chofe fecrette. Car ad­
joufte il, la chofe de ce Sacrement eft fans doute,que le mafte
& la femelle vnis enfemble par le Mariage, y perfeuerent infe-J
parablement durant toute leur vie : car c’eft ce qui fe garde en
Chrift & 1 Eglife, que l’vn nc fe peut feparer de l’autre par au­
cun diuorce durant toute l’eternite. Et c eft par cette marque
qu'il diftingue le Mariage des Chreftiens d’auec celuy des in­
fidèles : parce que celuy-la eft indiftoluble entre les mariez,
8c que celuy-cy peut eftre rompu par le diuorce qui enfaitU
feparation.
Enfin Maiftre Chiron fe delpoiiillant pourvn moment
de la qualité de Millionnaire, defploye la force de fon raifon­
nement pour agir en Bachelier -, & pour prouuer que la quali­
té de S acrement conuient au Mariage, voicy comment il raifonne. Si le Mariage n’eftoit qu’vn Contraélciuil,pourquoy

dire que Iefus-Chrift l’a fanétifié par fa fainéteprelènce, &
1 ..... '

----• - - pa.

neufiéme Rfjpoûjè,
parle miracle qu’il fi taux Nopces de Cafta en Galilée, ainfi
qu’ils afleurent en la maniéré de célébrer le Mariage ? Pour­
quoy fe marier dans l’Eglife, & mettre cette aéiion parmy
leurs prières,& leur forme d’adminiftrer les Sacremcns?Pourquoy enfin Sainél Paul en la première aux Corinthiens chap.
7.rappelleroit-ildon de Dieu, quand il dit, qu'il voudroit
que tous les hommes fuflent comme luy, toutesfois qu’vn
chacun a fon don de Dieu $
Si toutes les chofes que lefus-Chrift a fanélifiées parfapref ence, & honorées par fes miracles, eftoient des Sacremens ,
vous en trouueriez bien plus de fept dans l’Efcriture ; fi toutes : „
les aéiions qui fc font dans l’Eglife deuoient porter ce nom dc
Sacremens,il faudroit donner ce tiltre aux pricres, aux chants
des Pfcaumes, aux confeflions, aux réparations, aux abjura­
tions publiques, qui fefont dans l’Eglife, auffi bien que les
benediélions du Mariage; s’il faloit mettre au nombre des Sa­
cremens toutes les chofes que nous mettons auec la Liturgie
des Prières & des Sacremens :1a manière de confoler les ma­
lades, le formulaire d’inftruire & catechifer les enfans, &la
confeffion dc foy feroient dans ce mefme nombre: puis que
nous auons mis toutes ces chofes dans nos Pfeautiers, auffi
bien que la maniéré de bénir le Mariage, après la Liturgie des
Sacremens. Enfin fi nous deuions attribuer la qualité de Sa­
cremens à toutes les chofes que Sainél Paul appelle donsde
Dieu : le don de Prophétie, le don des guerifons, le don des
miracles, le don de parler diuers langages, le don de les in­
terpréter ,& plufieurs autres dons du Sainél Efprit feroient tjCor.ü'.
des vrais Sacremens : car on nc peut pas douter que ce ne 9. 10.
foient des dons de Dieu, puis que c’eft le Sainél Efprit qui les i. Cor.ia
diftribué à chacun félon ce qu’il veut, comme tefmoigne l’A- 1 Tî
poftre. Vous voyez donc par là combien eft foible le raifon­
nement de voftre Bachelier, pour prouuer que le Mariage eft
vn Sacrement.
Mais fi vous voulez fçauoir pourquoy nous parlons de la
forte touchant le Mariage ; pourquoy nous le traitons ainfi, &
pourquoy nous croyons que Sainél Paul le qualifie don de
Dieu : C’eft pour vous faire connoiftre que bien loin de flétrir
& déshonorer le Mariage, comme voftre Bachelier nous ae-----

--------

Hu

Defenfe de la
eufe, üôiisl’eftiiuonshonorable, autant que Iefus-Chrift&
fes Apoftres l’ont voulu honorer. Nous difons que le Sau­
ueur le lanéhfîa par fa prefence & par le premier de tous fes
miracles,pourmontrerqu’iln’eftoit pas venu, pour renuer­
fer les inftitutions de Dieu, mais pour les confirmer par fes
adions & par fes paroles. En effet comme Dieu voulut inftiuier le Mariage auant le péché dans l’eftat de la nature, apres
cjjneje 2, auoir changé miraculeufcment vne coftc de l’homme en vne
21. 22. femme, pour ne laiffer pas l’homme feul, & luy donner vne
ayde femblable à luy : Ainfi le Fils deDieu l’a voulu authorifer
après le péché dans l’eftat de la grâce, par vn miraculeux châ/m. 2.9. gement d’eau en vin, pour confacrer l’innocente ioye des
Nopces j & la focieté des mariez. Nous beniffons le Mariage
publiquement & à la face de I’Eglife, & mettons le Formulai­
re de cette benedidion auec la Liturgie des Sacremens & des
Prières,pour vous faire voir que nous ne regardons pas le Ma­
riage fimplement comme vn Contrad ciuil, dont l’eftence
confifte dansle confentement mutuel des perfonnes, comme
font vos Dodeurs : mais comme vne adion facrée, inftituée
& benite de Dieu, comme vne fainde focieté, & comme vn
diuin engagement, par lequel les perfonnes ne fe marient pas
fimplement, mais fe marient au S eigneur, c’eft à dire dans la
profeffion de fa vérité. Enfin nous croyons que Saind Paul
l'appelle vn don de Dieu-.parce que comme en effet il eftvn
«Ion de fà prouidence & de fâ bonté dans Ja nature, dans la­
quelle il donne aux hommes la vertu d’entretenir leur efpece
Sc leur focieté par la produdion de leurs femblables: Auffi eftil vrayement vn don de fa grâce dans l’Eglifc,communiqué
aux fideles, pour entretenir cette communion des Sainds, &
pour accomplirle nombre des Predeftinez à la Gloire. Mais
(de tout cela, il ne s’enfuit point que ce foit vn Sacrement:
parce qu’il n’en a point la nature ny les conditions.
La troifiéme raifon que i’ay produite, pour prouuer cette
vérité, eft prife de l’accord & de l’vnion des Sacremens, & fe
réduit à cette forme.
Les Sacremens nefontpoint contraires entr’eux ; la partici­
pation de l’vn ne peut point rendre vn homme indigne de la
communication de Pautre.

V

neufiéme Refponfe,

Mais le Mariage efi contraire à ce qu'on appelle le Sacrement
de iOrdre.
Four donc lutter celte contrariété : Une faut point dire que le
Mariagefoit vn Sacrement, ou ilfaut dire que i Ordre ne iefi
pas,
La première propofition de ce raifonnement eft éuidente : car quoy que les Sacremês ayent des fignes diuers, néantmoins ils lignifient & appliquent tous vne mefme grâce falutaire : de forte que s’ils eftoient contraires, ils produiroienc
des contraires effets j & l’efficace de l’vn deftruiroit l’opera­
tion d’vn autre ; & ainfi Dieu qui eft l’Autheur des Sacremens
feroit diuisé contre foy-mefme, s’il les auoit inftituez dans
cette contrariété.
La féconde propofition eft inconteftable : Car vn hom­
me qui eft fous les loix du Mariage parmy vous, ne peut point
entrer dans la communion du Sacremét des Ordres j & com­
me les Preftres ne peuuent point eftre mariez, auffi ceux qui
font mariez ne peuuent point eftre Preftres. On ne peut donc
point rejetter la conclufion, qui nie que le Mariage foitvn
Sacrement.
Monfieur le Bachelier au lieu de refpondre à cét Argu­
ment s’amufe à citer des tefmoignages des Peres & des Con­
ciles , pour prouuer que le Mariage eft deffendu aux Preftres :
Mais tout ce qu’il en allégué, quoy que hors de propos & mal
entendu, ne fait que tortificr dauantage mon raifonnement.
Car ie veux que le Concile d’Eliberi, & celuy dc Nicée, que
Saind Bafile & Saind Hierofme deffendent aux Preftres de fc
marier : c’eft vn tefmoignage qu’ils n’ont pas creu que le Ma­
riage fuft vn Sacrement : car s’ils euffent eu cette pensée, ils
ncleur auroient pas fait cette deffenfe, puis qu’en cette qua^
lité il auroit pu les confacrer & fandifier leurs ames.
C eft pourquoy le Cardinal Bellarmin refpond autrement xeuArm.
& dit, que le Mariage eft interdit aux Preftres, non pas à eau- hb.de Sa
fe du Sacrement, qui eft dans le Mariage, mais à caufe des cram.ma
empefehemens ,&desfoucisdufiecleprcfcntqui lefuiuenr: trtm.c.y.
d’autant que comme dit l’Apoftre, celuy qui efi marié a foin des i ddorq,
chofes de ce mondc^ comment ilplaira à fafemme
Mais il eft aisé de conuaiacre ce Cardinal par fes propres
'
- - -IIxi ÿ

<£îo

Defenje de la

principcsrcariladuoue que la conjonction charnelle eft vne
partie neceflairement requife danslc Mariage, pour Tintegrité du Sacrement:parce quelle fignific l’vnion de Iefus-Chrift
auec fon Eglife ; iî confefte que cette vnion'charnelle eft in­
terdite aux Preftres, à caufe qu’il y a de la turpitude & de l’im­
pureté dans cét aéte. Il faut donc qu’il reconnoifle que le Ma­
riage leur eft interdit à caufe du Sacrement; & qu’ainfi il eft
contraire au Sacrement de l'Ordre: puis que l’vn chafle l’au­
tre , & que tous deux ne peuuent compatir enfemble dans vn
mefme fuiet.
. >
Pour les autres empefehemens qu’il allégué, l’Apoftre S.
Paul ne les a pas creu capables d’interdire le Mariage aux Pref.Cer.6. lires: Car s’il a dit que celuy qui n’eft point marié a foin de
ï5-19* plaire au Seigneur : aufli a-il dit des mariez, que leurs corps
font les membres de Iefus-Chrift, & les temples du S. Efprit ;
Et luy-mefme a bien fçeu accorder les foins de la famille auec
ï.7/7». 3 ceux de TEglife de Dieu: puis qu’il preferit aux femmes dçs
1 r*
. Diacres leurs deuoirs; qu’il enfeigne aux Euefques le moyen
1.7/7». 3. de bien conduire leur maifon ôc leur famille, comme de bien
4’J*
gouuerner TEglife de Dieu.
Quant aux allégations que le Bachelier fait des Peres ÔC
des Conciles, outre qu’elles font tout a fait hors du fujet de la
queftion: elles font d’ailleurs, ou faufles ou prifes à contrelensjou de peu d’importance. Il allègue Sainél Bafile: Ileft
vray que cc Doâeur tefmoigne qu’il feroit raifonnable que le
Preftre ne fuft point marié : mais il dit cela par formedefouBafil. »» hait, ôcnon point par neceffité de commandement; ôefuymefme defcriuantles deuoirs des Preftres, fclon les paroles de
Sainél Paul, admet à la Preftrife ceux qui auoient vne fem­
me.

’ Il allégué Sainél Hierofme : il eft vray que ccDoéleura
dit que les Apoftres ont efté efleus vierges, ou qu’ils ont efté
contincns, ÔC que les Eucfques ôc les Preftres deuroient eftre
Tgw/.E- de mefme: mais Sainél Ignace plus ancien que luy, Difciple
«4 desApoftres, ôcdont les Epîtres ont toufiours eftéieçeues
jjjiLidel.
ync tres.ferme creance dansl’Eglife,félon le tefmoignaw»
yos Doéleurs : Ce Pere, dis-je, tefmoigne que plufieurs

*Z’

oqt efté mariez,ôc qu’ils fe font f è cuis du Mariage dans TApo-

621

nettfeme Refponfe,

ftolar. Et Sainél Hierofme luy rnelme aduouë quel’Apofhe Hier.cot,
a permis le Mariage aux Miniftres facrez, comme il y en auoit ioHtn.Li,
plufieurs de fon temps parrny les Preftres & les Euefques.
eaP‘
Il allègue le grand Concile de Nicée : mais ie ne fçay auec
quel front il veut faire paffer la queftion qui y futproposée
pour la refolution du Concile j car par lecommunconfénte- Secrati
ment de tous les Euefques, fuiuant la remontrance de Paph- Hifi.kîi
riuce y. cette S ainéte Aflcmblée remit à la liberté d’vn chacun
defe marier ,ou de s’abftenir de femme.
Il allégué le Concile d’Eliberi, qui deffend aux Preftres,
Diacres & Euefques de fe marier eftans au Miniftere; Et nous
luy alléguons au contraire, le Concile d’Ancyre plus ancien, Codl.M
qui permet aux Diacres defe marier après leur ordination ; Et <7r*
le Concile de Gangres,qui depuis condamna les Euftathiens, *
parce qu’ils mefprifoienr & rejettoient les Preftres mariez.
Mais quand cela ne feroit pas ainfi, le Bachelier cite à faux le 5*
Canon dè ce Concile Eliberitain, qui commande feulement
aux Euefques, Preftres &Diacre.s de s’abftenir de leurs fem­
mes , & de n’engendrer point des enfans, aux iours qu’ils vaquoient à la célébration de l’Euchariftie, félon les deuoirs de
leur Miniftere.
Enfin nous fçauons tous que les Eglifes Grecques & La*
jines,ont de temps en temps laiffé la liberté du Mariage à tous
ceux qui auoient des charges dans l’Eglifè; & qu’ils en ont
vfé félon leur mouuement volontaire..
Denys Euefque de Corinthe, n’approuue point qu’on impofe la loy du Célibat aux Euefques & Preftres fes Confre-^‘r’2t
res.
*
Tcrtullien eftoit Preftre, & marié ; & quoy qu’il confeille tertul. K
à fa femme de ne fe remarier point, s’il vient à mourir pluftoft de culm
qu’elle : neantmoins il reconnoift que Chrift n’eft point venu fœm.c, j.
pour fcparer les Mariages, ny pour deftruire l’vnion des ma­
riez.
Sainél Athanafe déclaré que de fon temps il y auoit des .dtkAnaf.
Euefques mariez, Sc d’autres qui ne l’eftoient pas.
Epift. ad
Sainét Grégoire Euefque de Nazianze, engendra Gre- ^>racont‘
goire le Théologien, & Cefarius fon Irere, eftant dans le Mi- Gr<£,N‘’5’
Altère dcl’EpifCofat.

lin iij

fat

Defenfè delà
Sainét Grégoire de N ilfe, ficre de Bafile le Grand eftoit

it virgtn. marie, & Euelquetoutenfemble.
cap.
S .Hilairefut éleu Euefque dcPvoiétiers,bien qu’il fût marié,
Baron an

& fa femme ny fa fille ne l’empefeherent pas de s’employer
™35S- dignement aux deuoirs de fa Charge Epifcopale.
Saind Chryfoftome reconnoift qUe le Mariage eft vné
Cbryf. in
Episi. ad chofe fi prccieufe, qu auec elle vn homme peut monter fur la
Tit. c. i. fainéte Chaire de l’Epifcopat.
Saind Ambroife, qui d’ailleurs fauorifoit le Célibat des
ts4mbr.
Çpift.th, Clercs, reconnoift que comme l’Apoftre n’exclud pas delà
Charge d’Euefque celuy qui eft hors du Mariage: il y admet
aulfi celuy qui eft marié, pourueu qu’il garde la grâce de fon
Baptefme dans la chafteté conjugale.
Et Saind Hierofme luy-mclme qui exalte tant la virgini­
Bfiircon

par
delîus le Mariage:reconnoift pourtant que la continen­
tra Helce qui empefehe de fe marier, n’eft qu’vn conîéil, & non pas
uid.
vn commandement; & quoy que le Pape Cirice en euft fait
Hier. E- vne loy neceftaire pour les Preftres : neantmoins il quitta la
pijlol, ad Ville de Rome, afin que ce Nabuchodonofor n’euft point dû
esifillam domination fur luy, comme il parle luy-mefmc.
Cela eftant ainfi, puis que l’EglifeRomaine interdit le
Mariage aux Perfonnes lacrées : le dis qu’elle n’a pas raifon
d’en faire vn Sacrement de l’Eglife ; & qu’elle ne le peut, fans
mettre dc la contrariété entre les Sacremens, & lans deftruire
la vérité de leur nature. Enfin ie conclus que le Mariage n’eft
point vn Sacrement de l’Eglife Chreftienne, par cette raifon.
C’eft que tout Sacrement de l’Eglife Chreftienne doit eftre
inftitué fous la loy de grâce, & particulier à ceux qui font fous
la grâce dc l’Euangile, & non point commun à ceux qui ont
velcu fous l’eftat de la Loy Molàïquc & dc la nature. Mais le
Mariage n’a point efté inftitué fous la Loy de Grâce : car il fut
eftabli dans l’eftat de la nature j & dés le commencement l’vnion d’Adam &d’Euc fut vne figure de l’vnion Myftique de
Iefus-ChriftauecfonEglifc. Il n’eft point aulfi particulier à
ceux qui lont fous la grâce du Chriftianifinc : puis qu’il a efté
commun aux Sainéts du Vieux Teftament, & bénit dcDieu
parmy les fideles Iuifs, aulfi bien que parmy les Chreftiens
Il n’eft donc pas yn Sacrement de l’Eglife Chreftienne.

neufiéme Refponfe.

Gij

C’eftpourccîa queSaind Auguftin dit que IesNopccs Aufl.de
des Patriarches furent vn Sacremët de l’vnion de Iefus-Chrift b°nocon'
auec la multitude des Nations, qui deuoient Ce conuertir àla }u£‘ c- t*
Foy.
C’eft pour cela que le Pape Leon I. dit que la focieté des Let.Spi/l
Nopces a efté eftablic dés le commencement de telle forte,
qu’outre la conjondion des foxes, elle auoit encore en foy le ’
Sacrement de Chrift & de l’Eglife.
C’eft pour cela mefme que quelques vns de vos Doéteurs p. jfôti
ontafteuré, que le Mariage n’a pas commencé d’eftre Sacre- Lombard
ment fous le Nouueau Teftament, mais qu’il fut tel dés fon Hofiicrf.
inftitutionprimitiuej&qu’iln’cftpas vn propre Sacrement
delà Loy Nouuelle.
C’eft enfin pour cette raifon, & autres confiderations, Lombard
que plufieurs ont conclu que le Mariage n’a point la nature Lfurand.
ny les conditions d’vn Sacrement proprement dit.
Alexani
Venons maintenant à l’Extreme-Ondion, qui eft le cin­
quième Sacrement que vos Dodcurs ont adioufté aux vrais
Sacremens de l’Eglife Chreftienne. I’ay prouué que cette
Ondion n’eft pasvn vray Sacrement par deux raifons, dont
lapremierefe réduit à cct Argument.
*

Les paroles qui injlituent la forme ton Sacrement 3 doiuent
ejlre déterminées de Dieu.
Or les paroles qui injlituent laforme de i Onction extreme , ns
font point déterminées de Dieu.
Doncques t Onction extreme nefpoint vn Sacrement.
La première propofition de ce raifonnement eft de vos » —
Dodeurs, qui difent qu’il faut que la forme aufli bien que la de Sacïî’matiere des Sacremens foit inftituée par le Seigneur. La fo3 ,a’
condc paroift par la Iedure de l’Efcriture: car nous ne trou­
vons point dans les Euangiles, ny dans lcsEpiftres des Apo­
ftres, ny dans leurs Ades, que le Seigneur ait inftitué la for­
me de cette Ondion.
A ce raifonnement Monfieur le Bachelier refpond trois
chofes. Premièrement il dit que les Apoftres n’ont pas enfei­
gné par eferit tout ce qui appartient à l’vfage, & à la pratique
des Sacremens. Mais ie dis que le Seigneur qui eft l’Authcur

de tous ics Sacremens en a marqué l’inftitution par les paro^

£24

Deffenfe de la

lcs:m iis il n’a rien marque pour inftituer I’Extreme-Onch'ori.
§nar.tam C’eft pourquoy quelques-vns de vos Dodeurs ont confefle
4-4‘fp 39 quelefes Chrift n’a point inftitué ce Sacrement, comme le
feii. t. reconnoift le Iefuïte Suarez. Que s’il faut apprendre de la
tradition la forme de cette Ondion, & les paroles dont on fe
doit feruir en radminiftrant,vos Dodeurs vous enfeicneront,
ipOfrlr. qu’elles eftoient bien differentes de celles dont on fe fert au­
jourd’huy: Car on auoit accouftumé de n’employer que ces
paroles. Ic t’oins de l’huile fainde, au Nom du Pere, du Fils,
& du Sainét Efprit : afin que par cette iàindc Ondion & no­
ftre Priere tu rccouures la fanté par noftre Seigneur. Mais au­
Hjtual. jourd’huy le Preftre appliquant cette Ondion àchâqueor7{om. de gane des fens, fait plufieurs demandes pour celuy qui l’a re­
Sacrum. çoit,à ce que les péchés qu’il a cômis par chaque fens luy foiét
Extrem. pardonné* ; Et puis il recite les feptPfeaumesPenitentiaux,
E’nâi
&les Litanies des Sainds, pour rendre cette Ondion plus
efficace.
Il refpond en fecond lieu que quoy que l’Apoftre Saind
Iacques n’aye pas enfeigné clairement la forme de lExtrcmeOndion, neantmoins qu’il l’a affez bien indiquée, en ordon- .
nant que le Preftre prie pour le malade. Maisie dis que la pa­
role qui doit eftre adiouftée à l’element, pour faire vn Sacre­
ment, n’eft pas vne parole de priere, mais de déclaration:
Tous les Sacremens ont cela de commun, que celuy qui les
adminiftre prie Dieu, qu’ils ayent leur efficace en faueur de
ceux qui les reçoiuent : mais chaque Sacrement a des paroles
d’vne inftitution particulière, autrement il fuffiroit de prier
pour adminiftrer tous les Sacremens.
Il dit pour vne troifiéme refponfe, que Ci cette raifon auoit
lieu, la Cene que nous faifons au Prefehe, ne feroit pas vn Sa­
crement: parce que nous n’auons aucune forme déterminée
dans nos Iiures d’Eglife. Surquoy ievous prie de remarquer
la différence qu’il y a entre le Sacrement de l’Euchariftie, &
celuy du Baptcfme: Dans le Baptefine les paroles de l’admi­
niftration que nous en faifons, font les mefmes paroles de
l’inftitution que le Seigneur en a faite: parce qu’il abienin<$ea 4. 2. ftitué le Baptefine,mais il ne l'a pas adminiftré.Si Iefus-Chrift
7
* ’ euft Baptisé luy-mefme : il luy euft efté conuenable de dire,
v

ftettfïéme Rejponft,

faj

le tc Baptife au Nom du Pere, & de moy Fils, & du S. Efprit,
pour montrer qu’il eftoit la fécondé Perfonne de l’adorable
Trinité, ail Nom de laquelle il Baptifoit les pécheurs i & nous
n’euflions pas pu prononcer les mefines paroles. Mais parce
qu il s’eft contenté d’inftituer ce Sacremétfans l’adininiftrer,
commandant aux Apoftres de Baptifer les hommes auNom
4u Pere, du Fils, & du Sainél Etprit : nous nous feruonsen
adminiftrant le Baptefme des mefmes paroles, qu il a com­
mandé de dire en l’initituant. Il n’en eft pas de mefine du Sa­
crement de la Cene : Car d’autant que le Seigneur a admini-ftré ce Sacrement auec les mefmes paroles qu’il l’a inftitué,
-nous ne pouuons dans l’adminiftration nous feruir des mef-mes termes qu’il employa dans l’inftitution: Car le Preftre en
-donnant la Communion nc peut pas dire du Pain, cecy eft
mon Corps, quoy qu’il puift’e dire que le Seigneur l’a dir.
C eft pourquoy comme pour l’adminiftration de ce Sacreméc
le Seigneur s’eft contenté de nous dire, faites cecy en commémo­
ration de moy-> nous le faifons, quoy que nous n’employons pas
les mefines termes ; & foit que nous difions auec Sainél Paul,
le Pain que nous rompons eft la Communion dit Corps dsChrifii fait 1-Ger.x‘«i
-que nous difions, ce Pain eft le Sacremét du Corps de Chrift,
qui a efté rompu pour nous, ou que nous prononcions d’au­
tres paroles: nous gardons toufiours la forme de l’inftitution
Diuine : parce que nous recitons fidèlement & fans aucun
changement les paroles qu il prononça dans cette inftitutionj
& nous faifons dans l’adminiftration ce qu’il nous a comman­
dé de faire, car nous donnons le Pain à manger & le Vin à
boire en commémoration de fa mort. Mais Pour voftre Onélion Extreme, vous n’auez receu du Seigneur ny les paroles
«le (inftitution, ny le commandement de l’adminiftration ; &
de là nous concluons quelle n’eft pas vn Sacrement: parce
que commrreconnoiflent vosDoéleurs,l’Autheur des Sacre- Bella/m.
mens ne peut eftre ny l’homme ny l’Ange, mais Dieu feul.
La fécondé raifon que i’ay produite pour preuue de cettç
WÇfité, le réduit à cette forme.
figne du Sacrement doit eftre inftitué parle Seigneur.
Mais tbuile3 qu’en veut eftre lefigne Sacramentel dans
thon Extreme, n’apoint efié inftitué par le S eigneur,

KRkk •

£2 6

Deffenfe delà,
Doncques ? Onction Extreme nefi pas vn Sacrement.

La majeure de cét Argument eft de vos Dodeurs : Car
ils demeurent tous d’accord , comme nous auons veu, que h
matière auffi bien que la forme de$ Sacremens doit eftre dé­
terminée de Dieu.
*
La mineure eft éuidente à ceux qui lifent l’Efcriture: Car
nous trouuons bien que Iefus-Chrift enuoyant fes Difciples,
'dUathM leur enjoint de guérir les malades: maisilneleurcommgnde
S.
pas d’employer de l’huile pour leur guerifon : Ils s’en feruent
• neantmoins comme d’vn fymbole de guerifon miraculeufe,
mais c’eft auec liberté,& non point par neceflité de comman­
dement comme d'vn figne Sacramentel. En effet fi IefusChrift leur auoit commandé d’employer l’huile comme vn fi­
gne de Sacrement : ils n’auroient iamais manqué de s’en fer­
uir dans les guerifons des infirmes; & neantmoins ils en ont
a8. guéri pluficurs fàns ondion : Tantoft par l’impofition des
8.
mains, tantoft par les moufchoirs&couurechefs, qu’on ernportoient de deffus leur corps fur les malades j & quelquefo is
12*
mefme par le moyen de leur ombre, qui pafToit fur quelqu’vn
-5 eux.
- f/ • 25 « X 25 dj >cnrr
Ace raifonnement Monfieur le Bachelier n’a point de ré­
plique; & ie croy qu’il a voulu fuiure le fentiment du Cardinal
•Bellarm. Bellarmin , qui confiderant que les Sacremens ne font *
/. i.defi point inftituez pour la guerifon des corps,mais pour la fandicra, txtr. fication des aines, ne trouue point d’affeurance fur ce paffage
vntl.c.ï. de Saind Marc, non plus que d’autres Dodeurs, pour y fon­
der l’inftitution de l’Ondion Sacramentelle. Après cela
Monficur le Bachelier tafehe d’eftablir ce Sacrement par 1 Ef­
criture, par la raifon, & par les Peres.
Quant à l’Efcriturc, voicy comment il fe fert des paroles
de Saind Iacques. Que faifons-nous, dit-il, en l adminiftration de ce Sacrement, que l’Apoftre n’ait ordonné en fon
Epîtrc. L’Apoftre veut que les malades appellent les Pre­
ftres de I’Eglife j c’eft ce quils font, ou par eux-mefmes, où
parleurs amis; l’Apoftre veut que lesPreftres prient fur le
malade: c’eft ce qu’ils font j il veut qu’ils l’oignent d’huile,
c’eft ce qu’ils font: par où il eft manifefte qu’Afimont eft vn
menteur infigne, ou qu’iln’aiamais veu nous adminiftrer ce
Sacrement, _

IteufieMe Reftonft,

Il n’eft pas neceffaire que i’ayc veu adminiftrer cette Oudion, pour fçauoir ce qui s’y fait; puisque le Rituel Romain
m’en donne des inftrudions fdffifantes : & i’ay fait voir claire­
ment la différence & la côtrarieté qui fe trouué entre l’ondiô
qu’on pratique aujourd’huy dans l’Eglife Romaine, & celle
dont parle Saind Iacques, ôc quife pratiquoit de fon temps.
Car ce Saind Apoftre veut que ft quelqu’vn eft malade, il ap­
pelle : mais on ne donne l’Extreme-Ondion qu’à ceux qui ne
font plus en eftat d’appeller perfonne à leur ayde. Le Bache­
lier dit qu’ils appellent par Tentremife de leurs amis: mais S.
Iacquesveut que ce foit le malade qui appelle, pour tefmoi­
gner qu’il defire l’ondion; & parmy vous on attend quele
malade foit incapable de la defirer, voire mefme de la connoi­
ftre ,ôc l’on regarde comme vne chofe rare, celuy qui la re­
çoit patiamment & fans refiftance. Saint Iacques veut qu’on
appelle les Preftres de l’Eglife-, & l’Eglife Romaine n’en or­
donne qu’vn pour cela. Saind Iacques veut que les Preftres
prient pour ie malade : mais il n’ordonne d’adreffer leurs priè­
res qu’au Seigneur, au Nom duquel ils le doiuent oindre, ôc
qui le peut reieuer ; mais dans l’Eglife Romaine, le Preftre qui
donne l’Extreme- Ondion demande que la vertu du diable
rfoit efteintepar l’inuocation des Anges ôc de tous les Sainds. dt’sacrS,
Saind Iacques promeut au malade qui fera oind, quele Sei-^/r.wS
gneur le relouera : Mais ceux qui vous donnent TOndion ex*
treme, ne vous affeurent pas de voftre guerifon : au contraire
ils ne vous la portent, que quand voftre fanté eft defefperée;
& fi l’on croyoit que vous deulfiez reieuer de voftre maladie,
on ne vous l’a donneroit pas. C’cftpourquoy elle eft appel- Sacrantè
lée Sacrement de ceux qui fortent de ce monde ; Ôc le Preftre tnm tx~
apres l’auoir appliquée au malade, luy dit, mon fils vous auez tumti wn
receu les facrez huiles, que Dieu vous a donnez, pour vous
faire pafTer doucement ôc heureufement au dernier paffage de
cette vie. Quand bien donc l’ondion de laquelle parle Saint
Iacques feroit vn Sacrement : celle quife pratique dans l’E­
glife Romaine ne le feroit pas: puis qu’elle ne produit pas le
mefme effet, Ôc qu’on la donne d’vne façon toute contraire ;
& puis que l’effet de celle dont parle Saind Iacques, à fçauoir
la guerifon màaculeofe des corps a cefïè : il faut auffi quej’y-

Defenfè de Ia
\
fagc dc Cette Ondion cefte de mefme.
Contre cela voicy ce que réplique le Bachelier. Icy nous
conuainquons le Miniftre d’ignorance ou d’impofture : Parce
que fclort la Dodrine de Saind Iacques ce Sacrement caufe
deux effets, à fçauoir le foula gemcnt& la guerifon du mala­
de ,& auffi la remiftion des pechez. Voicy fes paroles, e?7e
Seigneur le Soulagera j (f s’il a commis des pechez , ils luy feront par-*
donnez. C’eft donc fauftement & fans raifon que vous dites
que l’vfàge de cette ondion a deu cefter en l’Eglife; c’eft donc
fans raifon que vous dites qu’il eft inutile, puis qu’il produit
tous les iours parmy les Cacholiques la guerifon des malades,
& la remiftion des pechez, qui font les deux effets défignez
par Saind Iacques.
Si Monfieur le Bachelier auoit cité fidèlement les paroles
du Saind Apôftre : il auroit trouué en ce qu’il a dit la folution
deeequ’ilobjede. Voicy donc comment parle S. Iacques,
j.14, T a-il quelquvn dentre vous malade, qu'il appelle les Anciens de l’Ef 5.

gfefeidr qn ils prient pour luy
qu’ils l’oignent d'hui le au Nom dit
Seigneur ; (f la priere defeyfauuera le malade ^(fle Seigneur le rele­
vera ; cz1 s’il a commis des pechez , ils luyferont pardonnez. Où il efl:

î

éuident que l’Apoftre Saind Iacques déclaré trois chofes.
Premièrement il recommande aux Preftres deux adions dif­
ferentes enuers le malade, à fçauoir l’Ondion & la Priere.
Secondement il promet deux grâces diuerfes au malade, à
fçauoir le rclcuement pour ce qui regarde la fanté du corps,&
la remiftion des pechez pour le falut de l’ame. En troifiéme
lieu il luy fait efperer ces deux faueurs differentes par rem­
ployée par l’vfàge de ces deux moyens, à fçauoir le releuement du corps par le moyen de l’Ondiom qu’ils l’oignent hui^
le au Nom du Seigneur, le Seigneur le releuera ; & le làlut de Pa­
ine par le moyen de la priere, qu’ils prient pour luy (fia priere
defoyfaussera le malade, s’il a commis des pechez ils luyferont par­
donne?. Cela eftant ainfi, comment eft-ce que voftre Bâche-'

lier oie dire, que l’Ondion Extreme produit tous les iours la
guerifon iniraculeufc des corps : puis que tous les iours vous
voyez le contraire? Certes s’il s’en releue quelqu’vn de ceux
qui ont receu l’Extreme-Ondion,ce n’eft point l’intention de
celuy qui l’admiciftrcj ny l’effet furnaturel de l’Ondion, mais

neuféme Refponfe,

619

va effe t de la nature, laquelle trompe quelquesfois le iuge­
ment des Médecins, aufli bien que la penfée des Preftres.Puis
donc que le don de guerifon miraculeufe acefîe, comme il
paroift par l’experience : c’eft auec raifon que nous difons que
Fondion qui la conferoit, n’eft plus en vfage ; Mais parce que
la rcmiflion des pechez dure toufiours en faueur des croyans,
c’eft à bon droit que nous retenons la Priere de Foy, parle
moyen de laquelle cctte remifïion nous eft donnée.
Pour toutes ces raifons plufieurs de vos Dodeurs ont efté
obligez de croire que Saind Iacques n’a point parlé del’Ondion Extreme, qui fe pratique dans I’Eglife Romaine.
Cette Ondion, dit Caflander, nefe differoit pas comme Cajfand.
celle d’aujour d’huy, iufqu’à l’extreme danger de la vie, & iuf- inConfult
qu’àce que la fanté fuft defefperée.
Quelques Catholiques, dit Maldonat, fans parler des Maldonl
Anciens, queic refped ne me permet pas de nommer, ont >'» Marc
enfeigné depuis peu la mefmc chofe que Luther & Caluin.
De ce lieu, dit le Cardinal Cajetan, l’on nerecüeille .
point l’Extreme-Ondion, ny paf les paroles ny par les effets:
’’
niais feulement l’Ondion miraculeufe,que Iefus-Chrift auoit ' ' 5*
inftituée au commencement de l’Euangile, pour la guerifon
des malades.
Monfieur le Bachelier dit que ce n’eft qu’vn Dodeur par­
ticulier: maisie dis que ce Cardinal aufli bien que ces autres
Dodeurs, entendoit mieux l’Efcriture, qu’vn Miflionnairo
des Landes.
En fuite de cela il employé la raifon pour prouuer que
l’Ondion Extreme eftvn Sacrement. Ne dites-vous pas, ad­
joufte-il, que le Sacrement eftvn figne vifible de la grâce de
Dieu inuifible: Or dans l’Extreme-Ondion nous y trouuons
fhuile& la priere, qui eft le figne vifible; nous y trouuons la
remifïion des pechez, qui cft la grâce de Dieu inuifible.Donc
voila le Sacrement de l’Extreme-Ondion eftably par vos
principes.
Cét Argument au regard de fa forme feroir fifflé dans I’Efpàtà
cole: puis qu’il eft tiflu cotre les reigles de la Logique: Quant
à la matière, il n’apas befoin d’autre refponfe que celle que
i’ay dônée à vn femblable raifônement. le diray neantmoins, ^tftrin z
.............
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630

Deffenfe delà

qu’outre que l’ondion d’huiic n’eft pas inftituée du Seigneur^
comme nous auons veu : Saint Iacques ne l’ordonne pas pour
la rcmiftion des pechez, mais pour la guerifon du corps j c’eft
la priere qui cft ordonnée pour le falut de l’ame, & pour la remiflion des pechez : mais elle n'eft pas vn figne Sacramentel,
qui frappe les yeux, mais vne adion du Miniftre, qui touche
les oreilles du malade : encore n’eft ce pas à celle-là feule­
ment que le falut du malade fc rapporte, mais aufti à celle
qu il fait luy mefme par foy.
Enfin Maiftre Chiron a recours à l’authorité des PeresJ
Si après tout cela, dit-il, nous adjouftons l’authorité des Sts.
Peres, & les tefmoignages des Dodcurs de la vérité,qu’auezvous à dire & à répliquer ? Si nous vous produifons vn Orige­
ne, qui dit en l’Homilie 2. fur leLeuitique, que la feptiéme
remiftion des pechez fe fait félon le dire de l’Apoftre, quiefcrit, fi quelqu’vn d’entre vous eft malade. Si nous vous allé­
guons vn Saind lean Chryfoftome, qui enfeigne au liure j.
duSacerdoce, que les Preftres n’ont pas feulement le pou­
uoir de remettre les pechez > quand ils nous regenerent, mais
aufli après,tefinoin Saind Iacques, quelqu’vn d’entre vous
eft - il malade, &c. Si nous vous citons vn Saind Auguftin au
traitede la droite conuerfation des Catholiques, où il exhor­
te le malade d’auoir recours à la Sainte Euchariftie, & à l’hui­
le benite pour oindre fon corps. Que direz-vous donc à cela?
Serez vous du fentiment de Caluin, qui affeure que pa efté
vn Sacrement temporel du temps des Apoftres ?
Calu.l.^.
le ne diray pas cela, non plus que Caluin ne l’a iamais dit:
eap, ip. æais ie feray bien de fon fentiment ,& diray aucc luy, quele
don miraculeux de la guerifon des malades a efté temporel, ÔC

qu’il a ceffé par l’ingratitude des hommes,
Pour le paflage d’Origene, il ne fautque le citer tout du
long, pour vous faire voir qu’il ne parle nullement de l’ExtreOrig.hï. me-Ondion. Carvoicy comment il parle. Ilyaencorevn
feptiéme, quoy que dure & laborieufe remiftion des pechez
tnt.
par la penitence:lors que le pecheur laue fa couche de larmes,
& que fes larmes luy font en lieu de pain iourôc nuid; &
qu’il n’a pas honte de découurir fon péché pour chercher la
médecine,àfinûcationde celuy qui dit, je confefleray 111a

neufiéme Refonfe,

6$ i

cranfgreflîori au Seigneur. En quoy eft accomply ce que die
l’Apoftre, fi quelqu’vn eft malade qu’il appelle les Preftres,
&c. Oùvous voyez que ce Doéleur parle du pccheur repen­
tant, qui obtient la remiftion des pechez par les larmes & les
exercices de la penitence. Mais ceux qui reçoiuent l’Extreme-Ondion ne font plus en eftat de faire penitence, comme 'Bdlarm.
confeflent vos Doéleurs; & dans ce Sacrement n’eft point re- l*àe s*'
quife la confeftion ny la fatisfaélion : il n’y a que la feule mife- tramex~
ricorde de Dieu qui opere tout. Origene donc ne parle point tr,vn^‘c‘.
de l’Extreme O nélion.
S. Chryfoftome en parle encore moins. Car comparant
les Preftres auec nos Peres, parce qu’ils font pour le falut de
l ame, ce que ceux-cy font pour la conferuation du corps : il
dit qu’ils ont le pouuoir de remettre les pechez non feulemët
au Baptefme, mais aufli après : mais pour montrer que ce n’eft
pas par l’Ondion qu’ils nous donnent cette remiftion, il dit, Chryfî^
que bien fouuent ils fauuent les ames non feulement par la de SAcerd
doélrine & les admonitions, mais aufli par le fecours des prie- ' ’ -1
res j & fur cela il allégué les paroles de Sainél Iacques, qu’ils
prient pour luy, & la priere de foy fauuera le malade.
Quant au tefmoignage de Sainél Auguftin, fi Monfieur
le Bachelier vouloit s’arrefter au dire des fçauans-.il nc croiroit
pas que ce liure qu’il a cité fuft de Saint Auguftin; & s’il auoit
leu Bellarmin, fur la foy duquel il a allégué ce paftage : il au­
roit reconnu que ce Cardinal luy-mefme le met au nombre
desOuurages,dontles Autheurs font incertains. Maiscn. core l’Autheur de ce liure, qui que ce foit, ne parle nullemëc
de l’ExtremeO néliô:Car il ne dit pas,quâd quelqu’vn eft ma­
lade à l’extremité, mais toutes les fois que quelque infirmité
furuient à quelqu’vn, qu’il ne cherche point les enchanteurs,
lesdeuins &forciers, mais qu’il demande fidèlement à l’Eglife l’huile benite. Il ne dit pas qu’il foit oind par les Pre­
ftres, mais qu’il oigne fon corps, & le Seigneur le releuera.
Ainfi l’Onélion dont parle cét Autheur n’eft pas celie de lE­
glife Romaine : puisqu’elle fe faifoit par le malade mefme,
non pour fe difpofer à partir de ce monde, mais pour obtenir
laguerifon de quelque maladie que ce fuft. En effet,cette
guerifon miraculeufe par l’onéliô a efté long-temps en vfage;

Defenfe delà

6^

& on l’appliquoit mefine aux petits enfans, quand ils eftoiéc
atteints de quelque maladie : Mais d’Ondion Sacramentelle,
il ne s’en eft parlé qués derniers temps. Autrement fi les Pe­
res des premiers fieeles l’eulfent tenue pour vn Sacrement:
pourquoy n’en euftent ils pas fait mention dans l’cnumeratio
qu’ils ont faite des Sacremens & des Ceremonies de I’Eglife ?
Pourquoy n’en euifent ils rien dit dans la defeription qu’ils
ont faite du trefpas de plufieurs fideles, & des circonftances
de leur mort ?
7ren lib i
Pourquoy Sainél Irenée marqueroit-il comme vne Herecont.ht*. fie la couftume des Valentiniens, qui oignoient ceux qui s’ea
fap. 18. alloient mourir parrny eux, refpandans de l’huile fur leurs te­
ftes auec prières & muocations, dans l’opinion qu’ils auoienç
de racheter leurs ames par cette onélion ?
Zsfu£u[t.
Pourquoy Sainél Auguftin remarqueroit-il la mefme er*
lib de h£ - reur dans les Heracleonites,qui auoient accouftumé d’oindre
ref. h<tr, leurs agonifans auec de l’huile & du baume,pour les racheter,
& auec des prières qu’ils prononçoient fur leurs teftes en lan­
gue Hébraïque ? Certes ils n’auroiét eu garde de les condam­
ner pour cette pratique : puis qu’en cela ils euffent encore re­
tenu vn Sacrement de I’Eglife. Il eft donc éuident que les
Anciens Peres n’ont point reconnu cette Onélion Extreme ,
qui s’obferue dans I’Eglife Romaine : puis qu’ils ont condam­
né ceux qui l’a mertoient en vfage, bien loin de croire qu’elle
fuft vn Sacrement. Et ainfi reconnoiftez que nous n’auons
point aboly aucun des vrais Sacremens inftituez par le Fils de
Dieu, comme voftre Bachelier nous accule : mais que vos
Doéleurs vous en ont donné de fuppoïèz au dc-la de l’inftitu^
tion Diuine.

r

' DIX1ESME DEMANDE
du ifWiJfionnaire,

o

V il fe peut lire que la Cene n’eft pas inftituée pour faire
vne Oblation du Corp? de Iefus-Chrift, Catechifine •

Dimanche cinquante^deuxiéme,
Keffdrfe

dixiéme Refpenfè,

,

.

I vous confiderez l’inftitution de l’Euchariftie, la nature
de ce Sacrement j & la perfection de laSacrifîcaturcde
Iefus-Chrift : vous trouuerez que laCene n’a pas efté infti­
tuée, pour faire vne Oolation du Corps de Iefus-Chrift à
Dieu, &c.

S

’ES T vne reigle donnée par les Miniftres de Geneue,
qu'en matière de Religion toute nouuèauté eft à detefter : parce qu’il faut demeurer immobile en la doélrine
qui a efté enfeignée de main en main par les AnciésDoéteurs*
Ne paffé point■> ditleremieauchap.6’. outre les anciennes limites,
lefyuelles tes Peres ont mifes. Or qu’y-a-il de plus ancien , que la
Mcflc, & déplus nouueau que fon abolition : De plus ancien,
puis qu’il cn eft fait mention aux Actes des Apoftres chap. i j.
Ÿ. 2. félon la verfion d’Erafine,& qu’on trouué dans la Biblio­
thèque des Peres , la Liturgie ou la Mcflc de S. Iacques, de S.
Mathieu, & autres Apoftres. De plus nouueau que fon aboli­
tion ? Puis qu’il n’y a pas vn fiecle que les Huguenots dé Fran­
ce , le vantent auec infolence, qu’ils ont efteint & aneanty ce
Sainct & ce venerable Myftere, &c.

C

CANS contredit l’Antiquité eft venerable dans la Religio,
-aufti bien que dans la focieté des hommes, & ceux qui veu-

.634

Pefenfe. de fa-

lent introduire des nouueautcz dans l’Eglife font bien plus
criminels, que ceux qui entreprennent d eftablir des nouvel­
les loix dans l’Eftat. Mais ce qui eft plus véritable doit eftre
toufiours eftimé plus ancien j l’Antiquité fans la vérité n’eft
qu’vne vieiltèffé d’erreur, comme dit Tertullien ; & en matiè­
re dc foy nous nc deuons pas fuiure les erreurs de nos Peres,
ny les couftumes dc nos Anceftrcs, mais la vérité de Chrift,8c
l’authorité des Efcritures, comme dit Saind Hierofme. Au­
trement les Iuifs n’euftent iamais quitté les Ceremonies de la
JLoy, pour embrafter les veritez de l’Euangile ; Iamais les
Payens n’euftent abandonné les fuperftitions de la Gentilité,
pour fuiure les maximes de la Religion Chreftienne, fi les vns
ï& les autres euft'ent voulu s’arrefter aux bornes, qui auoient
efté posées par leurs Predecefleurs. Il y a des choies ancien­
nes, qiîrparoiftent nouuelles aux efprits qui ne eonnoiffent
pas la venté, & d’autres leur femblét anciennes, quitiennent
beaucoup de la nouueauté. Entre autres chofes qu’on vous a
fait receuoir auec vn refped aueuglc fous le fauxvifage de
J’antiquité, eft fans doute le Sacrifice dc la Meflc, qu’on vous
baille pour fort ancien,quoy qu’il n’ait efté eftably que depuis
quelque centaine d’années.
Monfieur le Bachelier fuiuant le raifonnement du Cardi­
nal Bellarmin , s’imagine de bien prouuer l’antiquité de ce
.Sacrifice, par vn texte des Adcs des Apoftres, par la verfion
d’Erafinc, & par la Bibliotequc des Peres : mais il eft éuident
que ce ne font que des paroles mal entendues, qu’il veut faire
paffer pour des folides raifonnemens. Il eft vray qu il eft dit
dans l’Hiftoiredes Adcs, que certains Prophètes & Dodeurs
Aft.’î 2 auec Barnabas& Saul choientferuans au Seigneur en leur Minin
£erepublic. Mais fi de là il faut inferer, qu’ils faifoientle Sacri­
fice delà Meffe : il faudra dire aufti que les Colledes qu’on
faifoit pour la fubuention des panures, eftoient le Sacrifice
de laMefte : car elles font appellées vn feruice public; jl fau­
dra' dire que les Magiftrats font des Sacrificateurs de la Meffe:
car ils font appeliez Seruitcurs& Miniftres publics deDieui
il faudra dire que lesAnges celebrent aufti ce Sacrifice dans le
Ciel: parce qu’ils font qualifiez parvn mefme terme, Efprits
Zfrki.14 liturgiques ou Adminiflrateurs»

I!

dixiéme Reftonfè,
Mais dit le Bachelier, après le Cardinal, Erafme a traduit
ce palïàge ainfi, eux facrifians au Seigneur : Mais fi l’vn &
r
l’autre ont entendu la verfion d’Eralinc, ils deuoient s‘arrefter à fon explication. Eux Miniftrans, dit il, ce qui cft le
propre de ceux qui vaquent aux chofes facrées : Or il n’y a

point de Sacrificepfus agréable à Dieu, que de départir la
Dodrine de l’Euangile. C’eft en cela donc que confiftoit le
feruicedelcurMiniftere, non pas à facrifier le Corps de lefus-Chrift, mais à prefeher les veritez de fa grâce i aulfi ne
font-ils pas appeliez Sacrificateurs,mais Dodeurs & Prophe?
tes. C’eft ainfi que l’ont expliqué les Anciens Dodeurs.
• ' Saind Chryfoftome expofe ccs paroles,ciixferuans,pai? Chryfikîr,
Celle-cy, eüx prefehans.
~ 27.1/1 Ml
Qu eft-ce à dire, dit Oecumcnius, eux feruans ? c’eft à Oec»me,
dire eux prefehans. Tellement que ces Dodeurs nedifoient c°nif»ent'‘
pas la Mefle, mais faifoient le Prefche félon l’interpretation in
de ccs Peres. •
Vos propres Dodcurs entrent dans cette pensée.Le Car- Oj?.*. vt
dinal Cajetan le tefmoigne, quand il dit, qu’il n’eft point
marqué quelle forte deMinifterc ils cxerçoiétjtnais que ce qui
eft dit,que c’eftoiétde.sDodeurs & Prophetesjéàitalfez com*
prédre qu’ils feruoiét au Seigneur,enfeignât & Prophetifant.
Denys le Chartreux le déclare, quâd il dir qu’ils feruoient Dyonyf.
jpar des ades vertueux, dans l’obferuation des préceptes, Si Cart. itr
dans la conuerlion des autres.
Comment
Ec le Cardinal Bellarmin luy-mefine reuient à ce fent i- 'se/iarmt
ment, apres auoir confiderc e.xadement les paroles deTHû/^. T, &
ftoire. Les paroles,dit-il,de Saind Luc font generales, &
ne contiennent point expreflement quelque certain Miniftcte : car il n’a pasdit, euxofïrans au Seigneur le Sacrifice dn
Corps de Chrift : mais cn general, eux feruans au Scigneun.- ,
C’eft doncfans railon qu on veut tirer de ce terme general,vn
Sacrifice, qui n’y eft pas contenu.
Ceque le Bachelier adjoufte delà Biblioteque des Peres
n a pas plus de force, puis qu’il eft fondé fiir le mefme mot. 11
cft vray que les Anciens ont appellé la celebrationde l’Eu­
chariftie du nom de Liturgie : parce que ccft vne des princi­
pales parties du Struice Diuin, qui fe fait publiquement en-

LLUij

6$6

Defenje de ld

l’Eglifc : maïs cela ne.fignihe rien moins que le Sacrifice de la
Méfie .-puisqu’ilscelcbroientla Cenç comme les Apoftres,
auec la Prédication de l’Euangile, aueç prières & adions de
grâces, & auec l’oblation des aumofmes, ce que nous prati­
quons de mefmc façon parrny nous..
C’eft don c à tort, qu’on vous fait accroire que la Méfié
eft ancienne : La Tranfubftantiation qui eft le fondement de
Catfand. ce Sacrifice j cft nouucilc>&quant au mot & quant à l’effet,
mCtnfult comme confefi’ent.vos propres Dodeurs j & la célébration de
1 Euchariftie fins commumans a efté improuuée par les An­
ciens. Ne vous laifiez donc pas furprendre par lesfaufiesapparcnccs de l’Antiquité: pour reconnoiftre la vraye Antiqui­
té de la Dodrine Diuine & Apoftolique, il faut toufiours aller
iufqu’à celuy qui eft deuant tous, & efeouter ce qu’il dit,com­
me dit Saind Auguftin. Vos Dodeurs pour fe faire receuoir
de vous auec cc dogme qu’ils vous perfuadent, font comme
Af 3-3*4» les Habitans de Gabaon, qui firent femblant de venir de loin
fc
aucc des vieux haillons, pour eftre receus dans l’Alliance du
peuple de Dieu : Mais il faut voir s’il en eftoit dés le commen­
cement comme ils vous difent aujourd’huy. Certes vous ve­
nez de voir par cc premier paftage, fur lequel ils fondent la
Meffe, que cc qu’ils font eft bien different de ce que faifoie nt
les Apoftres ; & puis quecc Sacrifice n’a. point de fondement
dans l’Efcriture, c’eft à bon droit que nous l’auons aboli; &
c’eft à tort que le Bachelier nous accufé d’impieté, puis que
nous nous arreftons à l’inftitution Diuine. C'eft à tort qu’il
nous demâdc des miracles, & qu’il nous appelle des pécheurs
obftinez.
. • «
Il cft vray que nous n’auons pas fait des miracles pour tra­
uailler à cette abolitiô : il n’eftoit pas befoin de miracles nou­
veaux, pour authorifer vne Doctrine qui eftoit dés le com­
mencement: les miracles de Iefus Chrift & de fes Apoftres
l’ont fuffifamment confirmée. Il eft vray que nousnousreconnoiffons & confeffons pauures pécheurs, & tranfgreffans
incefiamment les Commandemens de Dieu; & c’eft à bon
droit que nous faifons cette Confeffion auec les Apoftres,:
puis que nous choppons tous cn plufieurs choies, comme dit
B./.7. 19 Sainét Iacques; puis que nous faifons le mal.que nous ne vou-

dixiéme Refiponfiè.
v
637
Ions pas, comme dit Saincl Paul i puis qu à tous momês nous
«îeuons demander à Dieu pardon de nos offenfes. Mais nous
ne fommes pas pourtant pécheurs obftinez : puis qu’aprés
auoir confefle nos pechez, nous tefmoignôs le defir que nous
auons de les delaifler; puis que nous proteftons que nous fommesrepentans du mal que nous auons fait, & que nous de­
mandons à Dieu la grâce de fon Efprit pour bien faire. Mais
que fait tout cela pour cftablir le Sacrifice de la Meflc? Cer­
tes pour faire voir que nous auons bien fait dc le combattre»
nous auons montre qu’il n’eft pas inftitué de Dieu.
La première raifon que i’ay produite, pour prouuer cette
vérité,eft prife dc l’inftitution du Seigneur,& fe réduit à cette
forme d’Argument.

Celuy qui a commandé deprendre ef de margerfon Corps, »’<
pas commandé de Ïoffrir à Dieu en Sacrifice reel ef propitia­
toire.
Or lefus-Chrift inftituant la Cene, a commandé àfies Difciples
de prendre ef de mangerfin Corps.
Doncques lefus-Chrift inftttuant la Cene, na pas commande
de l'offrir à Dieu en Sacrifice reel ef propitiatoire.
La majeure de cét Argument éft éuidente : Car manger
n’eft pas facrifier, & prédre & offrir font des chofes oppofées.
Celuy qui offre facrifice à Dieu, luy prefente quelque chofe :
mais celuy qui prend & qui mange, reçoit de Dieu ce qui luy
luy eft donné. La mineure eft eferite dans l’Euangile : Car il
eft eferit que Iefus ayant pris le Para, le rompit, <2- dit àfis Difici- Afat.ib
pies,prenez mangeT^cecy efi mon Corps. On ne peut donc nier la verf, 26,
conclufion, à fçauoir que lefus-Chrift n’a pas commandé
«Toffrir à Dieu fon Corps en Sacrifice.
A ce raifonnement Monfieur le Bachelier fait deux ref
ponfes, la première eft que tout ce que Iefus Chrift a fait &
dit, n’eft pas rédigé dans les Diuines Efcritures ; & qu’ainfi le
Sacrifice delà Meflc ne laifle pas d’auoir efté inftitué parle
Seigneur, quoy qu’il ne foit pas eferit dans l’inftitution de
l'Euchariftic.
Il eft vray que toutes les chofes que lefus-Chrift a faites
n’ont pas efté eferites : mais celles là ont efté rédigées parefcrit, qu’on a cftiinées fuffiiàntes pour le falut des croyans»
LLllii;

£38

#

Defenfe de la

comme dit Saind Auguftin.

Et quelle apparence y a il què

traa^9- les Euangeliftes récitas l’inftitutiô d‘vnSacriffce,n’ayêt point
parlé ny de facrifier, ny d’offrir ? Et que parlans du plus Saine
& du plus vénérable Myftere qui foit dans la Religion Chre­
ftienne , ils n’ayent pas dit vn feul mot de la Méfié, qui le con­
tient ? Certes c’eft rendre la vérité de l’Euangile plus obfcurc
quelcsombresdela Loy, laquelle commandant des Sacrifi­
ces, a marqué ponduellement toutes les circonftances qu’il
faloit obferuer; c’eft faire paffer les Difciples du Fils de Dieu
pour defobeïffans aux ordres de leur Maiftre, qui leur auoir
enjoint de nous enfeigner à garder toutes les choies qu’il leur
auoit commandées ; ou bien enfin c’eft dire qu’ils ont efté enuieux de la félicité des Chreftiens .-puis qu’ils leur ont cache
vn poinét fi necefîaire à falut, dans les chofes qu’ils ont eferi­
tes, afin que nous croyons que Iefus eft le Chrift, & qu’ea
croyant nous ayons vie par fon Nom.
La fécondé refponfe du Bachelier eft vne corrcdion de U
première, par laquelle il veut trouuer l’inftitutioh de ce Sacri­
fice, dans rmftitutiô de l’Euchariftie. D ailleurs,dit-il,ie vousfay voir que vous dites vn menfonge, lors que vous afleurez que Iefus-Chrift n’a pas commandé qu’on l’offrît à Dieu en
l’Euchariftie. N eft il pas vray que dans l’inftitution de cét
Augufte Sacrement, le Diuin Sauueur s’adreflant à fes Dif­
ciples , leur dit, faites cecy en mémoire demoy. Or faites eftvn;
verbe impératif qui commande, cecy eft vn terme relatif qui fc
rapporte à ce qu'il auoit défia fait -, & il auoit défia fait offran*
Zs<? 2». de de fon Corps, en ces paroles, cecy eft mon Corps qui eft donné
lÿ.
pourvoie. Et partant le Seigneur Iefus par ces paroles défia
citées, ordonna à fes Difciples & à leurs fuccefleurs défaire
l'offrande, & l’oblation de fon Corps.
Ic ne doute point que le Sauueur en donnant le Pain à fes
Difciples, pour le manger par la bouche du corps, n’ait à
mefme temps offert & prefenté fon Corps à la foy de leur
ame, dont il deuoit eftre 1 aliment ; I’aduouë auffi que dés lors
il leur donna dans la célébration de ce Sacrement vne image
de la mort qu’il deuoit bien toft endurer, & vne reprefentation du Sacrifice qu’il deuoit offrir fur la Croixipuis qu’il leur
«dit par aduancé que fon Corps eft donné pour eux, & que foq

î»

dixiéme Rejponje,

6$$

Sang efl; refpandu pour plufieurs. Mais ie dis que dans ces
paroles il ne s’eft point réellement offert à Dieu cn S acrifice:
autrement dés lors qu’il les prononça, il fc feroit donné réel­
lement à la mort : puis que ccft en fe donnant ainfi qu’il a fait
fon Sacrifice ; & s’il eftoit mort cn prononçant ces paroles, il
fe feroit tué luy-mefme : puis qu’alors perfonne ne le fit mou­
rir ; & par ce moyen il feroit mort plufieurs fois, vne fois par
fà propre main, vne autre fois par celle des bourreauxjil fc
feroit offert plufieurs fois foy-mefme, vne fois fur la Table,
vne autre fur la Croix : ce qui eft manifeftement contraire à
la vérité des déclarations de l’Apoftrc,qui dit qu’i/e/? mort'une

Corps, qui eji donné pour vous, fe fuft donné à la mort par vn reel
Sacrifice : il auroit au mefme inftant perdu l’vfage de la paro­
le: car les morts ne peuuent point parler j ainfi il n’auroit pu
acheuer l’inftitution de ce Sacrement, ny chanter le Canti­
que apres la célébration de ce Myftere : car les morts ne loueront Pf 11 5.’
point ÏEternel, comme dit fc Prophète.Les Iuifs mefmes n’au-17«
roient pu le faire mourir; car on ne peut point tuer vn homme
mort, ny ofter la vie à celuy qui ne l’a pas ; ou bien il luy euft
fallu reffufeiter auant que de tomber entre leurs mains : mais
encore n’auroient-ils pû luy donner le coup de la mort: car
Chrijl ejlant rejfufcité des morts ne meurt plus, la mort ria plus de domtnationfur luy.
Que fi on dit que Iefus Chrift par ces paroles nc fe donna
pas réellement à la mort, mais feulement par reprefentation
Sacramentelle: le conclus de là qu'il ne s’offrit donc pas en
Sacrifice reel, mais feulement par reprefentation de la mort
qu’il auoit à fouffrir: Car comme confelfe le Cardinal Bellar- EdU-ttn.
min, vn vray & réel Sacrifice demande yne vraye & reelle oc- hb. i. de
cifion de la victime, puis que c’eft en l’occifion que confifte
l’effence du Sacrifice. Iefus Chrift donc n'ayant point eftéc<,f-27‘
réellement occis dans l’Euchariftie, l’on nc peut pas dire qu’il
fe foit offert en Sacrifice reel dans l’inftitution de ce Sacre­
ment i & par confequent il n’a pas commandé à fes Difciples

6yo

Deffenfe de la

ny à leurs fucceffeurs, de l’ôtfnr réellement en Sacrificerptiîs
qu'il n’a commandé de faire que ce qu’il a fait, comme le Ba­
chelier le reconnoift luy mefme.
Neantmoins ne pouuant prouuer ce qu’il dit par aucune
bonne confequence de l Efcriture, il prétend dc le prouuer
par le tefmoignage & l’interprétation des Peres. C’eft ainfi,<*
dit-il,que l’entend Sainél Cyprien au liure 2. chap. 5. où glofant ces paroles ^faites cecy en mémoire de moy, il prononce ccs
beaux mots. Par là il eft commande au Preftre d’imiter ce
que Iefus Chrift a fait, Se d’offrir vn vray Sacrifice à Dieu,
C’eft ainfi que l’explique Sainél Chryfoftome en fes Com­
mentaires fur la première aux Corinthiens Homilie 20. où il
dit que Iefus Chrift a inftitué la Liturgie, c’eft à dire la MefTe, changeant le Sacrifice, & au lieu de l’immolation des be­
lles,' commandant qu’on l’offrit luy-mefme. Vous voyez
donc dans ces vrais & fideles Interprètes des Efcritures, que
Iefus Chrift a commandé aux Preftres d’offrir à Dieu le Sa­
crifice de fon Corps, & de l’immoler au lieu des belles dc
1 Ancienne Loy. Et fi après cela vous demandez encore d’au­
tres tefmoignages, nous vous dirons que les Apoftres qui ont
laifte des Liturgies, ou des Méfiés, y répètent affez fouuent
ces paroles. Seigneur des Sainéls, nous t’offrons le vénéra­
ble & non fanglant Sacrifice pour les Sainéles Eglifes.
Pour toutes ces Liturgies que le Bachelier attribue aux
Apoftres, il a pris cela des Legendes Apocryphes, qu’il debitoit aux Payfans de 1 Amérique, & qui ne paftent parmy les
fçauants, que pour des contes à dormir, ou pour des longes
dc ceux qui veillent.
Pour le regard des Peres, ie pourrois dire du Bachelier,
yr d)4».in Ceque Sainél Athanafe difoit touchant les Arriens, voyans
hb.atjet. q^s ne peuuent rien tirer de l’Efcriture pour leur opinion,
Dtonyf. jjs £e tolJrnc;nt ver s les Peres, comme les Iuifs eftans conuain*
eus par l’Efcriture, ont recours au Pere Abraham.
eXr guft.
le pourrois dire ce que Sainét Auguftin difoit à vn Donal.r. 'cont'. tifte,touchant les eferits de Sainél Cyprien. le ne fuispoint
Crtfi.cap attaché à lauthorité de cette Epître : parce que ie nc tiens pas
pour Canoniques les eferits de Sainél Cyprien, mais ie les
t'onfidere & les examine par les eferits Canoniques : de forte

que

dixième Refponfe,
que s’il y a quelque chofe qui s’accorde aucc l’authorité des
Diuines Efcritures, ie le reçoy aucc loüange de l’Authcur :
mais ce qui ne s’y accorde pas, fauffon relped ic le rejette.
Enfin ie pouçrois dire auec le CardinalBellarmin que les BeRarmf
eferits des Peres ne font pas des reigles >& qu’ils n’ontpas af-Lï.drOfèzd’authoritc pournousbbliger.
’*&£•- I2t
Mais parce ce ces Peres citez par le Bachelier n’ontpas
efté dans l’erreur qu’il leur impute': il me fera facile devons
faire voir qu’il n’cntéd point leur langage,non plus que celuy
de l’Efcriture. Pour Saint Cyprien, il nc glofe pas fculemenc
ces paroles de Iefus-Chrift >faites cecy en mémoire de moy, mais
aufti les paroles de l’Euangelifte, qui dit que le Seigneur bcn t le Pain,& qu’ayant rendu grâces il le bailla à fes Difciples.
Et en fuite i(adjoufte , qu’il a commandé d’imiter ce qu’il a
fait ,& d’offrir vn vray Sacrifice à Dieu : mais quel Sacrifice >
nonpas vn Sacrifice Propitiatoire, mais vn-Sacrificc Euchariftique, rendant grâces à Dieu, de ce qu’il a liuré pour nous
fon Fils à la mort. Car fi fclon le fentiment de Sainél Augu­
ftin, toute œuure quifc fait pour adhérer à Dieupar vnefain“te focieté eft vn vray Sacrifice : C’eft là le vray Sacrifice que
les-Preftres offrent à Dieu aucc tous les fideles que IefusChrift a fait cftre vn Royaume de Sacrificateurs, à fçauoir ce- Heb. XJfe
luy de loüange,en confèffant fon Nom, comme ditl’Apo- I>.
ftre. Ec c’eft pour cela que la Cene du Seigneur a efté appcllée par les Anciens du nom d’Euehariftie, c’eft à dire Action
de Grâces’.car comme dit Saincl Auguftin, nous n’offrons Jugerat
pas la chair par nos mainsimais de cœur ôc de bouche nous ffff*"
offrons laloüange.
Pour Sainél Chryfoftome,il ne dit pas comme le Bâchelier luy veut faire dire, que le Seigneur a commandé aux Pre­
ftres d’offrir à Dieu le Sacrifice du Corps de Iefus-Chrift, ny
de l’immoler au lieu des beftes de l’Ancienne Loy : mais feu- * ' ’ •
lement de l’offrir luy-mefme. Et c’eft ce que nous faifons
dans la celebrationde l’Euchariftie ; Car les Sacrificateurs de
1 Ancienne Loy n orfroient que des beftes, qui eftoient des fi­
gures de la mort de Iefus-Chrift à venir : mais fous la Grâce
les Chreftiens offrent à Dieu Iefiis-CItrift luy-mcfine, no»
J»ar vn réel Sacrifice , mais par U commémorât ion delà morr>

M M m ni

<54*

Deffenfe de

& par vne application de ioy, par laquelle les fideles prefentent à Dieu le Sacrifice de la mort,comme s’ils l’auoient fouffertc cn leurs propres perfonnes, pour obtenir rédemption
par lôn Sang, à fçauoir rciniffion de leurs offenfes.
Cl)ryf.hn.
C’eft ainfi que s’explique Sainft Chryfoftome Iuy-mef17. tn S- me, nous n’offrons point, dit il, d’autre Hoftie, mais la mefpifiol. ad aie que le Souuerain Sacrificateur a offerte j ou pluftoft nous
fhifons commémoration de l’Hoftic ou du Sacrifice.
r, .
Et c’eft de mefine que l’entend Eufebe, quand il dit, que
demonft1 fefos.-Chrift s’eftant offert à Dieu cn Sacrifice pour le falut de
£nang‘c. nous tous »en 1 inftitué la mémoire, pour l’offrir continuellejo.
ment en lieu de Sacrifice.
La fécondé raifon que i’ay alléguée contre le Sacrifice de
la Mcffe, cft prife de la mefme inftitution du Seigneur j &fc
réduit à cette forme.
Ce qui ejl institué fourfaire la commémoration du Sacrifice dè
leJtcs-Cbrifi ^nest pas tnfittué pour faire vn reel Sacrifice de
fon Corps.
Gr laCeneduSeigneur a efié infiituéepar luy^pourfaire la com­
mémoration deJon Sacrifice.
Doncques la Cene du Seigneur n’a pas efié instituée, pourfaire
,
vn reel Sacrifice defon Corps.
La première propofition de cet Argument eft claire à
ceux qui entendent la fignification de ces termes de Sacrifice
& de Commémoration : Car ce que l’on Sacrifie réellement
doit eftre prefent, mais la chofe dont on fait commémoration
doit eftre paflée ; Tellement que ce quieft eftably pour faire
commémoration du Sacrifice, ne peut eftre le Sacrifice meb
me, dont on fait commémoration.
La fcconde propofition cft de l’Efcriture : car il eft eferit
£uc îî. dans l’Euangile,que Iefus Chrift ayant ditdu Pain cecy efi mon
verf. 12.
s qui efi donné pour vous, il dit en fuite, faites cecy en mtmoiMat.iÔ redemoyiôi. qu’ayant dit du vin cecy eft men Sang, il dit aulfi,
28.
faites cecy toutesfois (fi quantes que votes eh boirez en commenterai u n
i.Car.vs. mOyt où il eft éuident qu’il recommande à les Difciples de
2 5’
faire laCene à Taducnir comme vjo Sacrement de commémo­
ration , pour fe fouuenir de.fa m.çrt & de foriSacrifice.
La conclufion eft donc inconteftable.;,;à fçauoir que li

dixiéme Reffrcnjè.

64.3

Cene n’eft pas inftituée pour faire le Sacrifice mefine de fon
Corps.
Monfieur le Bachelier prefiippofant qu’on a depuis long­
temps refpondu à cét Argument, fait voir qu’il n’en a pas en­
core bien compris la force. On a défia, dit-il, affez fouuent
refpondu à cette vieille chicane. Il s’imagine que i’ay raifonné delà forte pour combattre la prefence reellc du Corps de
Iefus Chrift dans 1 Euchariftie : mais ce n’eft pas mon but ; 84
posé mefme qu’il y foit réellement, mon raifonnement de­
meure dans toute fa force. Voyons donc ce qu’on a dit pour
y refpondre, & vous trouuerez qu’on n’y a nullement ref­
pondu.
On a dit, que la commémoration d’vne chofe n’eftoit pas
opposée à fa prefence, mais à fon oubli: mais on n’a iamais
dit que la commémoration d’vne chofe fuft la chofe mefme,
qu’on fe rememore, ny que la commémoration du Sacrifice
du Corps de Chrift fuft le Sacrifice mefme qu’il a fait de fon
Corps ; Et nous auonsdit auec Sainéf Auguftin, que per- ^ienaf
donne ne fe remet en mémoire,finon ce qui ne luy eft pas pre- -n
fent. On a dit qu’on peut faire mémoire dc Dieu, quoy qu’il
foit prefent par tout: mais nous auons dit que quoy que Dieu
comme vn Efprit infiny foit par tout : neantmoins il. n’eft pas
toufiours dans la mémoire des hommes, parce qu’il ncleur
eft pas prefent corporellement
qu’ainfi Iefus-Chrift n’eft
par corporellement facrifié dans la Cene : puis que nous y fai—
fons commémoration du Sacrifice de fon Corps. On adsc
qu’il y a des fignes, qui dénotent la chofe prefente, comme
la couleur qui marque la fanté prefente. Mais nous auons dit
auec Sainéf lean Damafcene ,que c’eft bien le propre des fi­
gnes demonftratifs dc marquer des chofes prefentes : mais
que les rememoratifs nous remettent en mémoire le fouuenir
des chofes paflées j & qu’ainfi le Sacrifice du Corps & du
Sang de Chrift ne fc fait pas réellement en la Cene : puis que
le Pain & le Vin font les fignes commémoratifs de fon Corps
liure pour nous ,& de fon Sang refpandu pour pluficurs.
; Monfieur le Bachelieur nous demande en fuite vne chofe,
à fçauoir fi lefus-Chrift n’eftoit pas prefent lors qu’il communia auec fes Dilcipies, & qu il leur commanda de faire me-

MMinm ij

Deffenfe de la
moire deluy: donc adjoufte-il, ils faifoient mémoire d’vne
chofe prefente.

Il cft vray que Iefus-Chrift eftoit prefent comme viuant
cn la célébration de l’Euchariftie : mais il n’y eftoit pas préfet
comme réellement mort : c’eft dequoy pourtât il veut que fes
Difciplcsfefouuiennentàraduenir,quand il leur dit, faites
cecy en mémoire de moy , faites cecy toutesfois & quantes que vous en
boirez en commémoration de moy,&e c’eft pour cela qu’il leur don­
ne vne image de fa mort future, comme fi elle eftoit défia ad«enuë, leur baillant le Pain pour figne de fon Corps donné à
à la mort, & le Vin pour figne de fon Sang refpandu.Et quoy
que fon Corps ne fuft pas encore effediuement liuré, ny fon
Sang effediuement refpandu : neantmoins parce que Dieu
esfthan. connoift ce qui fera, comme eftant défia: il leur difoit ce qui
dial, i.de deuoitaduenir en la Croix comme défia aduenu, ainfi que
7??.
tefinoigne Saind Athanafc. Tellement que leur comman­
dant de fairc cecy en mémoire de luy, il leur ordonne de faire
commémoration du Sacrifice de fa mort comme d’vne chofe
aduenué":parce qu’elle n’eftoit pas effediuement prefente.
Le Bachelier qui combat cctte vérité, cft corftraint d'y don­
ner les mains: car il dit que ce terme cecy cft relatif à ccque
Iefus; Chrift auoit défia fait ; & qu’il auoit défia fait offrande
de fon Corps-.quand donc il leur dit faites cecy en mémoire
demoy, il leur commande de faire commémoration d’vne
chofe paffée, puis qu’aux termes du prétérit plus que parfait,
elle auoit efte défia faite.
Mais enfin , dit-il, nous luy donnons encore, que dans
1 Euchariftie on fait mémoire de la mort de Iefus Chrift fur la
Croix, qui eft vne adion paftée depuis long temps, qu’eft-ce
que cela fait contre nous, & quelle conclufion en pourra il
tirer?
Le Bachelier nous donne, cc qu’il ne peut pas nous ofter
Fans contredire manifeftement aux paroles de Iefus-Chrift;
& il ne fçauroit nier cette vérité fans donner le démenty à
tous les Peres de I’Eglife, qui ont tefmoigné qu’en l’Eucharfftie nous faifons mémoire de la mort que Chrift a foufferte en
la Croix.
Z- r/üZ

Quand ils ont dit que Chrift a confacré le Vin en memoi;

Mw.c 7 re de fon Sang.
X

dixiéme Rsfponfe,
Que le Calice eft offert en commémoration du Seigneur Cypria».
& de fà Paffion.
Epift.6$.
Que nous receuons à Ja Table la mémoire de ce Sacrifice
par les Symboles de fon Corps & de fon Sang falutaires.
t‘™°n J
Que ces poroles de Chrift nous feruent, afin que man- lo.
geans&beuuans, nous ayons toufiours mémoire de celuy, 'Bafîl.l.ï,
qui eft mort pour nous.
de Bapt.
Que le Sacrifice de la Chair de Chrift fe célébré par vn ctp. 3Sacrement de mémoire.
.
A#*./.?»
Et qu’en cc Sacrifice de l’Euchariftie eft l’Aélioü de gra- C
^‘F^
ces, & la commémoration de la chair de Chrift, laquelle il a
offerte pour nous- & de fon Sang, lequel le mefme Dieu a fide ad Pe
clpandu pour nous.
n».c. ip.
Mais quelle confequence, dit le Bachelier, en pourrezvous tirer contre nous? la voicy : C’eft que puis que laCene
cft vne commémoration de la mort & du Sacrifice de IefusChrift; elle n’eft dôc pas le Sacrifice mefme que Iefus-Chrift
a offert en la Croix. Et afin qu’on ne die pas que nous tirons
cette confequence par les che ueux : le vous prie de confide­
rer que c’eft la mefme conclufion, que S. Auguftin a tirée du
inefmc principe que nous,àquoyle Bachelier n‘a rien refpon­
du: car voicy comment parle ce Sainél Doéteur. La Chair
& le Sang de ce Sacrifice fepromettoient auant l’adueneméf l-2o>cont
de Chrift, par les Viélimes de fimilitudç; en la Paffion de Fauft> f;
Chrift, l’vn& l’autre s’exhiboit par la vérité mefme ; depuis 2,ï
î’Afeention de Chrift on le célébré par vn Sacrement de mé­
moire. Où vous voyez manifeftement que ce Pere oppofelc
Sacrement de mémoire, par lequel nous célébrons le Sacrifi­
ce de Chrift à la vérité de ce Sacrifice, qui fut exhibé dans fa
Paffion: pour nous donnera comprendre que le Sacrificedc
fa Chair ôc de fon Sang ne s’eft fait réellement qu’en fa mort ;
& que le Sacrement de la Cene n’eft qu’vne commémoration
de cc Sacrifice reel. Cc qui cft direéiement contraire àla Ceft.Siï
creance de l’Eglife Romaine, qui tient que le Sacrifice de cbtrid. c,
1 Autel, eft au fôds vn mefme Sacrifice que celuy de la Croix; 9.
& au decret du Concile de Trente, qui pronohee anatherne Coactlïfî
contre celuy qui dira que le.Sacrifice de laMeffe eftfeulemét Trid.fîfî.
ynSacrifice de louange &d’aélron de grâces, ou yne fimple 22.C«»,j

MMmmiij

'Defenfè de la
commémoration du Sacrifice qui a efté fait en la Croix. Ce
foudre n’eft pas lancé contre nous feulement, mais aufli con­
tre Sainél Auguftin & tous les autres Peres de l’Eglife, qui
ont creu la mclme vérité comme nous.
La troifiéme raifon, que i’ay employée, pour combattre
ce Sacrifice, eft prife de la nature du Sacrement de l’Eucharrftie, & ie la réduits à cette forme.

Si vnfils nous appelle a vnfeftin dans la maifon de fin Perey
où il veut nous traiter : ce n'eftpas peur offrir au pere les 'vian­
des de fin fils, mais pour manger de celles qui nousy feront
prefentées.
Or le Fils de Dieu dans la célébration de l'Eucharifiie nous ap­
pelle à vn Fefitn dans ? Egltfe, qui eft la Maifon duDieu}>fi
uant, oui foeut nous traiter.
Il ne nousy appelle donc pas pour offrirfin Corps au Pere", mais
poury manger la viande, quil nous veut donner, afiauoirfa
chair, quil a donnée pour la vie du mande.
La première propofition de cét Argument eftéuidente
parlcxperience de tous les iours. La lecondeeftdcrEfcriture : Car lefus-Chrift nous inuite à la Cene comme à vn Feptd, 6.51 ft in S acre, Si quelqu'un mange de ce Pain, il viura éternellement., &

peay. $y 1* Patn que ie donneray^ c eft ma chair-. Si quelquvn afoifi, quil vien*
ne à moy ,& quil boute. Et c’eft pour cela que les Peres l’ap­
pellent communément la Cene du Seigneur, c’eft à dire le
Soupe du Seigneur, le Banquet des Nopces, le Feftin de l’A­
gneau: c’eft pour cela qu’ils qualifient le lieu,où il nous eft of­
fert du nom de Table Myftique, & ce qui nous y eft donné
pour la nourriture de nos ames, le Pain Celefte, le Pain des
Anges, & vne viande Diuine.
Qui ne void, dit le Bachelier, que tout cela eft puerile,
& indigne d’vn homme,& fiir tout de la grauité d’vn Philofophe. Car encore bien quela Cene foit vn Repas, celaempefche-ilquecefoitvn Sacrifice? Ne mangeoit-on-pas autresfois vne partie de la viande des Hofties pacifiques? Mais
combien eft-il plus ridicule, de dire que quand on eft traité
par le Fils, on ne fert point de la viande du Feftin au Pere de
famille? l’cxperience n’eft-elle pas contraire à cette belle re­

marque du Miniftre, ne l’aduouédl pas luy-mefme en la page

dixiéme Refît onje»
fuiuante ? Certes ce Syllogifme ne lent gueres fon Logicien,
il auroit beaucoup de peine à le réduire en bonne forme.
.

11 faut aduouér que cette répliqué de Maiftre Chiron ne
fent guere fon Théologien; puis que laiftat à part les textes de
l’Efcriture, & les tefmoignages des Peres, il s’attache fi pué­
rilement aux formalitez de la Logique. Le Lccteyr iugera ft
mon Argument eft bien formé j &s’il a veu mon premier li­
ure, il connoiftra bien que ie n’ay pas eu grand peine à le met­
tre en forme: puis que i’y retiens les mefines propofitions de
mon premier raifonnement.
Pour le regard de la matière, je fouftiens que la Cenç eftant
vn Repas Sacramentel, ne peut pas eftre vn Sacrifice propre­
ment dit. Car dans vn repas on prend ce qu’on vçut manger:
mais dans vn Sacrifice, on offre à Dieu, ce qu’il n’eft pas per­
mis de manger à l’homme 5 dansvn Sacrement on reçoit les
fignes de la grâce de Dieu : mais dans vn Sacrifice on immole
à Dieu quelque Vidime pour fa gloire.
le fçay bien que dans vn repas on peut offrir au pere de fa­
mille des viandes du fils:pàrcç qu’il les peut goufter aucc plaifir, & en tirer fa nourriture, comme i’ay dit dans ma refpon­
fe : mais la raifon nous deffend de croirç que Dieu aye befoin
d’aliment pour viure ; & quand il en auroit befoin, la Religio
ne nous permettroit pas de luy offrir le Corps de fon Fils pouç
cela.
le fçay bien auffi que fous l’Ancienne Loy, il y auoit des
Sacrifices deProfperités & d’A&ion de grâces,où les Preftres Lcuit.-ji
auec le peuple mangeoient de la chair des. Vf dunes offertes -: M* I<?*
mais ils. no l'offroient pas, ny ne l a facrifioient en la mangeâr,
au contraire, ils l'a mangeoient après l’immolation des Vidâ­
mes: Et aujourd huy l’on vous fait accroire que lesPreftres
immolent & fijcrifiçnt le Corps de Chrift, quand ils le mangent, & qu’ils digèrent le Sacrement: parce qu’alors ils font
fa deftrudion rcelle dç la Viffime. Tellement que leurs efto-jy,
machs font les autels facrez, où s’acheue la confommation
de ce Sacrifice. Dailieurs ces Sacrifices de l’Ancienne Loy
eftoient diuifez en .trois parties, comme remarquent vos
Dodeurs ,1a première eftoit confaefée à Dieu, la fécondé ac-

quile aux P.rtftres,

la troifiéme laifièe aux fideles. Mais le

£4$
Defenfc de la
Corps de Chrift n’cft pas vne Victime qui puifte cftre parta- r
gée: car Chrift ne peut eftre diuisé. Si donc il eft offert toüe
1 °r‘ ' cntieràDicuenSicnficc, il ne peut eftre mabgé parle Pre'

ftre • ou fl le Preftre Jc mange tout entier,il n’en refte plus rien
qui puiffe eftre immolé à l'honneur de Dieu, ny communique
aupeuple.
M i quatrième raifon eft tirée de la fin à laquelle on peut
rapporter cette Oo!ati'ôn & Sacrifice du Corps de Chrift en
l’Euchariftie : car fl cette Ooiation fc fait à Dieu, il faut que
ce foit ou pour le nourrir, ou pour l’honorer, ou pour l’appaifer. Or on nepeut pas dire queee foit pour le nourrir : car
eftant vn pur Efprit, il n’a pas befoin de nourriture comme leà
o r corps s & s’il difoit autres-fois aux Inifs fous la Loy, mungeroy$
jelachur desTaureaux i&boiray je lefangdes Boucs? Il pourroit
dire à plus forte raifon aux Chreftiens fous la Grâce, mangeroy je la Chair de mon propre Fils ? Et nous ne pourrions en­
treprendre de l’a luy offrir pour cela, fans prendre le Dieu des
Chreftiens pourvn Saturne des Payens, qui deuoroit fes en­
fans.
Ce n’eft pas aufli pour honorer Dieu qn’on peut dire que
Cette Oblation fe fait en l’Euchariftic : Car dans la focieté
nous né pourrions fins mocquerie offrir à quélqu’viV vn irtorCeau, quenous déclarerions vouloir manger f&t- ee feroit vh
mefpristoutvifible, fl cnlc luy prefentant nous le mettions
en noftre bouche. Cependant les Preftres diront qu’ils ho'
norent Dieu en luy offrant le Corps de fon Fils, lequel ifs
*'
mangent à mefme temps , & vne atàion .intolérable dans là
•bien lèàhee & dans la-ciuilité des hommes, palfera pour Vfc
refpeéf de Religion enuers Dieu.
Enfin dira on que cette Ooiation du Corps de Chrift fe
fait dans la Cene,pour appaifér la Iuftice? C’eft la creance
commune de l’Eglifc Romaine j & elle fc déclaré affez exTrià.^eff. prelfcment dans leConciledc Trente, quand elle dit que la
32, " ' Mefle eft vn Sacrifice Propitiatoire pour les pechez des viuâs
& des morts. Mais cela ne fepeut pour plufieurs raifons pri­
fes de l’excellenêe dé la Sacrificaturc dé Chrift, lefquelles
nous déduirons ejPaprcs.^ Nous conclftèns'donc que dans là
Ccnèie Corps de Ièlus-Chrift n’cft point réellement offert à

'

Dieu en Sacrifice. •

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dixiéme Rejponft',
A ce raifonnement Monfieur le Bachelier dit, que la fécondé
propofition eft faufle & trompeufe en lès deux chefs. Pour le
premier, qui ne void, dit-il, que ce font des bagatelles de fon­
der vn Article de foy, & de traiter dcsMyfteres,quifurpaffent la portée de nos lens, & tout ordre de nature, par des rat­
ions de ciuilité ? N’eft cepasfcmocquerdumonde? n’eft cc
pas renuerfer tonte la Religion Chreftiéne $ Car fi cela a lieu,
il faudroit dire que tous les Apoftres & tous les Chreftiens,
qui ne iont que des pauurcs féruiteurs, pechent contre la ciuilitéjtnangeansàkTablc de leur Roy & de leur Seigneur j
que Saind lean eftoit vn inciuil, quand il repofa fon Chef fur
lapoidrinedefon Maiftre 5 & que tous les Sainds agiflent
contre la ciuilité, quand ils prétendent conucrfer.’familierement auec Dieu, qui eft infiniment élctié au deflus dc toutes
créatures. Voyez donc s’il faut argumenter dans les Myftcres
Diuins par des raifons dc ciuilité.
Monfieur le Bachelier feplaift toufiours à déguifer la vé­
rité des chofes; & fon but eft maintenant dc me rendre ridicu­
le, en me faiiànt palier pour trop ciuil. Ic n’ay iamais préten­
du fonder vn Article dc Foy, ny des Myftcres de Religion fur
des raifons dc ciuilité humaine : comme ce n’eft pas ce que
i’ay dit, cc n’eft pas non plus ce que i’ay voulu dire. Mais
pour me faire entendre à Maiftre Chiron , aulfi bien qu’aux
Payfans des Landes : le dis premièrement,qu’il ne faut iamais
receuoir dans la Religion des choies qui choquent l’honnefteté&labien feance. LcPrepon des Grecs, 1e Décorum des
Latins, eft 1 honnefte & le Bien feant parmy les François ; 8c
c’eft ce que l’Apoftre recommande dans les Adions publi­
ques de 1 Eglife , quand il veut que toutes chofesJe fajfènt bonne- 1.Cor.
fiemsnt. C’eft pour cela qu’il veut que les femmes fetailcnt 40.
dans l’Eglife : parce qu’il n’eft pas honnefte qu’elles y parlent; > -^or. 14
c’eft pour cela qu’il dit qu’il eft deshonnefte à la femme d’e- 34* 3ï»
ftre rasée ; c’eft pour cela que luy mefme reprend iesCorithiens, de ce que s’alfemblans pour manger la Cene du Sci-,’ç<r r J
gneur, il s’auançoient en foule, fans s’attendre l’vn l’autre; 2O>
C eft pour cela mefme que Saint Athanafe condamne les Ar- t^tb^n.
riens, de ce qu’ils n’auoient pas honte d’eftalcr comme fur vn ;4pol. 2.
théâtre les Myftcres de l’Euchariftic deuant les Catcchume’
N N no

tfyo

r

Defenje de la
nés, & deuînt les Payens. Dirons-nous que eë grand Apo­
ftrc, & ce grand Dodeur ayent voulu fonder ce Myftere de
la Religion Chreftiéne fur des raifons de ciuilité ? nullement,
mais il paroift bien qu’ils n’ont pas voulu qu’on le pratiquait
d’vne façon deshonnefte & contraire à la bien-feance.
ptr <]ua
En effet comme a remarqué voftre Dodeur Angélique,’
eftamht- nous ne fommes pas feulement conduits par les lumières de U
no perfi- raifon naturelle, mais aufli par les lumières de la grâce, pour
citstr *d eftre difpofez à bien agir & félon la bien feance; & luy méfi­
ée cH? nie dit que cette honnefteté confifte non feulement dansia
ctnieJ. a~ re<3itl,de intérieure, mais aufli dans les adions du dehors,qui
^a^ont connoiftre. Suiuant cela les Chreftiens ne pechenc
a. ej. 76. Point contre la ciuilité, quand ils mangent à la Table de leur
Art. i.
Seigneur & de leur Roy, pourueu qu’fis y aillent aucc 1 humt22.7.14; liré,& auec les autres vertus, qui font la robbe des Nopces:
art. 1. parce que le Seigneur les y appelle, & leur commande d’y
manger. Saind lean n’eftoit pas inciuil, quand il s’enclinoic
fan 13. furreftomachdelefusiparcequ’eftantlon.Difciplc bien aiaj- 25. mé, il en auoit fans doute receu l'ordre, ou la permiflion de
fon Maiftre; & les Sainds n’agiftent point contre la bienfeance , quand ils conuerfent familièrement aucc Dieu, quoy
qu’infinimentcfleué fur toutes les créatures: parce que Dieu
luy mefine s’abbaifle iufques à rechercher leur amitié, à de­
mander leurs affedions, afin de leur infpirer des ardeurs pour
vn objet infiny, dont l’excellence furpafle celle des chofes
crées. Maisccux-la pechent bien contre l’honnefteté & la
bien feance, qui eftans des pcch’eurs immondes, entrepren­
nent de facrifier le Corps du Fils de Dieu ; & qui en le man­
geant , c’eft à dire le mettant dans leur bouche, & l’enfçrmâc
dans leurs cftomachs, veulent faire accroire, qu ils l’offrent à
Dieu en Sacrifice.
Mais ie dis bien plus, c’eft que fi dans la ciuilité humaine
nous deuons auoir du refped pour nos lèmblables -Jl faut bien
quedans la Religion nous ayons encore plus dereuerance
pour la Majefté de Dieu : c’eft pourquoy fi vne adion'dc mefpris& de mocquerie n’eft pas fupportable dans la focietedes
hommes, elle cft encore plus intolérable dans les ades de la
Religion. . Or fi vn homme eftant à la table de quelqu’vn, luy

dixiéme Refportjc,
651
prefentoit vh morceau à deffein de le manger luy-mefme, Se
quille mangeait en le luy offrant j ne fcroit-ce pas vne moc­
querie toute vifible? C’eft neantmoins ce que fait le Preftre
dans le Sacrifice de la Meffe : il dit à Dieu touchant le Corps Dam le
&lc Sang de lefus-Chrift, nous te prions humblement de Canon de
commander que ces dons (oient portoz vers ton fublime Autel par la main de ton Sainét Ange, en prefence nc ta Diuine
Majefté ; auflî-toft après il les auale. Et quoy qu’il adjoufte
dans fa priere, afin que tout autant que nous f erôs, qui aurons
pris dans cette participation de l’Autel, le Sacré Corps &
Sang de ton Fils, foyoïis remplis de toutes fortes de benedidions & grâces Celeftes : neantmoins il n’y a que luy feul qui
y participe. N’eft-ce pas vne manifefte mocquerie de Dieu
Sc des hommes ? Certes c’eft vne mocquerie dc Dieu, puis
qu’il luy demande qu il fafle porter le Corps defon Fils dans
le Ciel, où il eft défia, & qu’à mefme temps il tefmoigne qu’il
le veut enfermer dans Ion propre corps } c’eft aufli vne moc­
querie des hommes : puis qu’il fait femblant de leur vouloir
donner la Communion de cette Hoftic, & que neantmoins il
n’y a que luy feul qui la prenne & qui la mange. Cependant:
on faitpafler cela pour vn Augulte Myftere, & pourvnade
le plus vénérable de la Religion. '
On dit que cette Oblation fe fait pour honorer Dieu,’
quoy qu’on l*a prefente à 1a Sainde Trinité àlhonneurde
tous les Sainds, afin que cela reuienne à leur honneur. Iugez ‘‘Dani %
Vous-mefmes, fi c’eft honorer Dieu, que dc donner l'on
honneur à d’autres, & de rapporter à la gloire des Sainds
l’Oblationqu’on fait du Corps de lefus-Chrift à DiemCertcs
Saind Paul veut que fi nous mangeons, ou bcuuons, nous _ -faflions le tout à la gloire non des Sts. mais de Dieu; & combien plus quand nous mangeons le Corps de fon Fils, St beu-5 *
uons (bn Sang, le deuons-nous rapporter à fa gloire ?
Pour ce mefme chef, i ay fait voir auffi qu on ne peut ho­
norer le Pere en déshonorant le Fils : Or n eft -cc pas manifo
flemeut le deshonorer, que de le mettre encore entre les
mains des pécheurs, & dc l’enfermer dans l’tftomac des Sa­
crificateurs, qui font quelquefois des diables ? Certes c’eft le
y-uloir expofer à va plus grand opprobre, qu’il n’en foufhic

»

•Deffenjê de la
iamais fur la terre. Durant les iours de fa Chair il voulut bien
s’expofer aux tentatios du diable pourle vaincre,& à la cruaufc des bourreaux pour mourir : maisii n’a iamais fouffertd’eftre mangé de l’vn, ny aualé des autres.»
7
Sur cela ic demande, dit le Bachelier, fi on deshonore le
Fils en faifant cc qu'il a commandé à fes Difciplcs par ces pa­
roles ?fûtes cecy en mémoire de moy-, fi qn deshonore lç Fils en
faifant commémoration de fa Paflion., qu’il a eu plus à cœur
que toutes les aélions de fa vie? Il eft vray que fi cette immo­
lation fe faifoit dans le fens des Capharnaïtes, fioncoupoic
cetteChairfacréeauec les dents, fion enfanglantoitfabou­
che, fi onia cuifoit dans l’eftomac, vous auriez quelque for­
te de raifon : mais l’immolant d’vne façon Myftique , fans au­
cune occifionny efpanchcment de fang, quel dommage &
& quel deshonneur y-a-il ? Le rayon du Soleil fc foüille-il
quand il touche la bouc ? Le Corps de Iefus Chrift eft encore
plus pur que le rayon du Soleil, & beaucoup moinsfufeeptible des ordures de la terre. D’où il s’enfuit que le Seigneur
Iefus eftant offert comme Viâime en la Sainde Euchariftie,
tant s’en faut qu’il foit deshonoré par cette aétion, qu’il en re­
çoit vn merueilleux aduantage : veu que toute fa gloire confi­
fte enla foûmiflïon à fon Pere, qui n’eftiamais plus recom­
mandable que dans l’adion du Sacrifice.
Vous voyez bien quecc n’eft pas refpondre à monobjedion, mais fe former d’autres difficultez pour auoir là gloire
de les refoudre. Si l’on fe contentoit dansia Mefle défaire
commémoration de la mort de Chrift, iecroy quecc.ne fe­
roit pas le déshonorer, puis que ce feroit obeïr à.iès ordre,s,&
reconnoiftre par ce fouuenir, que Chrift par fa môrt.a efté fait
Autheur de falut à ceux qui luy obeïffent. Mais ie croy que
C’eft le deshonorer grandement, que.de vouloir,le Sacrifier
encore comme vne Vidime, après le Sacrifice qu’il a offert
• de foy mefme à Dieu fur la Chroix : Parcoquefi c’eft vtj mefjne Sacrifice, comme vous le croyez, c.’tft 1 expofer derechef
à opprobre, puis que c’eft le mettre tous les iours en^reles
mains de fes ennemis. Qu'on ne die pas que cette immojatio
fe fait fans couper fa chair, fans aucun cpan.chement de fang,
fans aucune occifion de la Vidime : Û eft vraÿ qu’en £eia

dixiéme Rejponfè,
Monfieur'le Bachelier veut corriger la déclaration du Pape
Nicolas II. qui dit que dans l’Euchariftie la chair de Chrift
5
cft mife en pièces par les dents des Fideles; ie voy bien qu’il
croittraitercetteChairSacréeauce plus de refpe&enl’aualant envn morceau, qu’en la mangeant à belles dents: Mais
ie feray voir cy-aprés que toutes ces diftindions font inutiles.
Cependant on vous perfuade que les Preftres qui mangent
l’Hofticconfacrée,aualentIe Corps de Chrift, pour fi mef­
ehans qu’ils loient: Pour moy ie ne le croy pa$;&SaindAuguftin »e le croyoit pas non plus,qând il difoit parlât des mef- a^Eonif.
chans, qui font dans l’Eglife, qu’ils ont bien au dehors le Sa- ^P’^5 °*
crement, mais qu’ils ne tiennent pas au dedansia chofe mef­
me dont il eft le Sacrement. Mais ie dis que c’eft bien ledçfhonorer ; puis que c’eft Vouloir joindre la lumière aucc les te­
nebres, la faindeté auec les foùilleures, la iuftice auec l’ini­
quité, & renfermer le Corps du Fils de Dieu dansletempledes idoles. Quoy parce que le Corps de Chrift eft plus pur
que le rayon du Soleil, eft-ce l’honorer que de le mettre dans
les ordures ? Parce que là Chair eft vne chofc Sainde, faut-il.
la donner aux chiens, pour luy faire honneur ; & la ietter de-’
liant les pourceaux, parce quelle eft plus precjeufé queles
îlafaitconfifter toutefagloireà fouffrir, & qu’il s’eft.rendu
obcïflantaux volontés du Pere iufques à la mort de laCroix: Pbil,2,$.
mais maintenant que le Pere l’a Sôuuerainement exalté par
deflus les Anges, c’eft le raualcr iufques au dernier point de
l’ignominie , que de le mettre tous les iours entre les mains
Çrifierôc de le manger.
Pour le fécond chef,'i’ay prouue que le Corps de Chrift
ine peut eftre offert à Dieu dâs l’Euchariftie en Sacrifice, pour
appaifçr la Iuftice de Dieu, & que par confequent laMeffe
n effpoiqt vn Sacrifice Propitiatoire, comme on prétend ; &
ée par plufieurs raifons, dont les vnes font prifes de la dignité
de Iefus-Chrift Sacrificateur, les autres de la faindeté & im­
mortalité delà Viélime offerte, &les autres de la valeur de
(on 1
«a*.'-' *}- • •

NNnn iij

I

654

Defetije de ÏA
elles font voir que Chrift ayant commencé cét Office fur la
terre, il ne le peut acheuer que dans le Ciel ; & la première fe
' réduit à cette forme.
Si leftts Chrift eftoit offrt tous les iours en Sacrifice fur la ter­
re , ilfaudroit qu’ilyfuft enfon humanité, qu’on dity eftre of.
ferte.
Or maintenant il n'eft point en fon humanité fur la terre,
mais dans le Ciel.
Doncques il riéftpoint reelliment offert tous les iours en facri­
ficefur la terre.
La première propofition de cét Argument eftéuidente
par les lumières dc la raifon naturelle : Car vne Viélime ne
peut point eftre réellement offerte la où elle n eft pas: Si donc
le Corps naturel de Iefus Chrift eft réellement offert en Sa^
crifice fur la terre, il faut qu’il y foit en fon Corps naturel.
La féconde propofition eft dc l’Efcriture en termes formels;
Qvrnoua auons y dit Sainéf Paul, vn tel Souuerain Sacrificateur*

qui eft afa à la dextre du Thrftnc de la Majefté de Dieu és Cieux : car
s'tleftottfur terre Une feroit pas mefme Sacrificateur. ■■
;
Monfieur le Bachelier fe débat comme vn furieux contre
ce raifonnement i d’abord il met néant à certe raifon, il dit
quelle nc prouue pas ce qui eft en difpurc, & qu’il faRfit met-'
rre dans la conclufion, que dans la Cene on n’offrepas à Dieit
vn Sacrifice Propitiatoire, &non pas bartre Tair par vn dif­
eours inutile & impertinent. Mais le Leéleur iudicieux verra
fi ic ne luy donne pas refte de droir, puis que ie prouue plus
qu il ne demandc:Car quand ie montre que lefus-Chrift n’eft
-point offert réellement en Sacrifice dans la Cene, c’eft bien
prouuer qu’il n’y eft pas offert enSacrifice Propitiatoire,d’au.-'
tant qu’vn Sacrifice doit eftre réel, pour appaifer réellement
la I uftice d e Dieu i& l’on ne peut nier la réalité d’vn- Sacrifi­
ce , fans en deftruire fa Propitiation : mais ë*eft encore prouuer quelque chofe dauantage,- puis que c’eft montrer qu’il n’y
eft point dü tout offert par vn reel Sacrifice.
Après cela Maiftre Chiron fe tourmente fort pourprou^
lier que Iefus Chrift ne biffe pas d’eftre fur la terre, quoy qu’il
foit dans le Ciel, c’eft à dire pour combattre l’Apoftre Sain#
Paul. Mais pour eftre dans le Ciel} die-il j! cela empefehe il

dixiéme Refronjè.
gtf
qu’il ne foit fur h terre ? Saind Paul vous refpondra que ouy :
Car il prouue que ce Sacrificateur n’eft pas fur la terre , parce
qu’il cft à la dextre de Dieu dans les Cieux.

I
«
u
TJ

lus


vi­
nt
in)U-

u’y

.3

Mais, adjoufte-il, n’aduouez-vous pas dansia page 9$.
de cette refponfe, que dans l’Euchariftie nous y receuons
l’Autheur de toute grâce? fi vous l’y receuez , donc il y cft.De
plus vous dites dans voftre Confeftion de Foy art. 36. quç
vous eftes nourris & viuifiez de la fubftance de fon Corps, &
vrayement repeus de laChair & de fon Sang:donc il eft vraye­
ment dansrl’Euchariftie, pour s’offrir à l'on Pere. Vous dites
aufti en l’article 57. que dans la Cene Dieu nous donne réel­
lement & par effet ce quil y figure, & que les fignes font con­
joints auec la vraye pofteflion& jouïflance de ce qui nous cft
reprefente, donc le Corps de Chrift reprefeatépar les fignes
y cft véritablement, & peut eftre offert.
Toutes ces confequences ne demandent qu’autant de né­
gations pour refponfe : parce qu elles font tirées de principes
malentendus. 11 cft vray que ïay dit que dans lEuchariftie
nous receuons l’Autheur de toute grace_: mais ie n’ay pas dit
que nous le receuons danslefignc: carChriftne fe commu­
nique pas aux fignes externes, mais à la foy de ceux qui y participent.digoement. U cft vray que nous difons dans noftre
Confeftion de Foy que nous fommes viuifiez de la fubftance
du Corps de Chrift, & vrayement repus de fâ Chair & de fon
Sang. Mais comme il n’eft pas la viande du corps mais de
l’ame : Aulfi n’eft il pas belbin qu’il s’enferme dans les fignes,
pour entrer dans noftre corps par vne manducation charnelle,
mais quilfc donne à nos ames pour habiter en nos cœurs par
lafoy comme dit l’Apoftre: car c’eft manger cctte viande& -yjuguft,
boire ce breuuage, que demeurer en Chrift, & auoir Chrift trathf.6.
demeurant en foy, comme dit Sainét Auguftin. Enfin nous 1/1
dilonsquelcs fignes de l’Euchariftie font conjoints auec la
poffeflion rcelle de cc qui nous eft reprefente : mais cette con­
jonction fe fait non par vnité de lieu, mais par vnité de temps:
c eft à dire qu’à mefme temps que nous receuons le Sacremet
par la bouche de l’homme extérieur, pour en nourrir noftr.e
corps, nous receuons aufli la chofe mefme que le Sacrement
fignifie, par la foy de l’hôme intérieur,pour en nourrir noftre

Deffenjè de la ’
t>4uvvfi ame. Car comme dit Sainét Auguftin cette Cene eft recom­
ftrm. 3} mandée ,&nous croyons cn Chrift quand nous la receuonsJ
de verb. auec foy: en la receuant nous fçauons ce que nouspcnfons;
Don.
nous en prenpns peu, & fommes engraiffez au cœur. Il ne
s enfuit donc pas que Iefus Chrift foit dans le fignedel’Euchariftie pour fe donner à nous : d’autant que ce n’eft point
parle pain du corps, mais par la foy de l’efprit qu’il demeure
en nous, & nous en luy.
Enfin Monfieur le Bachelier tafehe defe desfaire des pa­
roles du Sainét Apoftre. Mais, dit il, vous tronquez ce paf­
fage : la fuite découure éuidemment qu’il ne fait rien pour
vous, le voicy en fon entier. S’il efioit fur terre il ne ferott pas
mefme Sacrificateur ^pendant qu'ily auroit Sacrificateurs offrans dons
fclon la Loy. Surquoy Thcophilaéte dit, qu’il ne feroit pas Sa­
crificateur : parce qu’il y en auroit plufieurs qui auroient cette
dignité. Ou’bien encore il ne feroit pas Sacrificateur fur ter­
re: parce que les Sacrificateurs de laLoy n’auroient pasfiny
leur deuoir. Tellement que vous voyez que le fensdei’Apoftre eft, que fi ia Loy fubfiftoit encore, comme quelques Iuifs
le vouloient faire accroire, Iefus Chiiftne feroit pas Sacrifi­
cateur de la Synagogue : parce qu’il n’eftoit pas de la race
d’Aaron députée pour les Sacrifices de la Loy Mofaïque.
Quoy que ie n’aye pas cité tout du long les paroles dc*S.
Paul: neantmoins c’eft à tort que le Bachelier m’accufed’auoir tronque ce paflage, puis que ce que i’en ay obmis, ne fait
que confirmer mon raifonnement» bien loin de luy ofter quel­
que chofe de fa force. Et pour vous faire voir qu’il eftmauuais interprète de 1 Apoftre, & qu’il prend fes paroles àcontre-fens : le vous prie de confiderer, que fi fonbut eftoit de
montrer aux Iuifs que Iefus-Chrift ne feroit pas Sacrificateur
de la Synagogue,il ne raifonneroitpascontre leur fentiment:
car iamais les Iuifs ne fe font figurez que Iefus-Chrift fuft Sa­
crificateur de la Synagogue : puis que fes Apoftres prefchoiët
hautement, qu’il eftoit venu pour abolir la Loy deles Sacri­
fices j & que ce fuft pour cela mefme qu’on le fit mourir.Dail-îeurs fi ç’éftôit fonintention, quel raifonnement feroit ce, die
dire que Iclus-Chrift s’il eftoit fur terré ne feroit plus Sacrifi­
cateur de-la Synagogue, parce qu’il n’eftoit pas de ta race

d‘Aaron$

dixiéme Refponfe.

Gff

d’Aaron? Car quoy, fon Afcenfion dans le Ciel luy a-elle
acquis cet aduantage?a-ellc changé fxNaifTaacc i & f a-elle,
fait paffer dans la Maifon d’Aaron, poiir exercer la Sacrifica*;
tare félon l’Ordre du Sacerdoce Lcuitiquc ? Mais ic vctïx que
ce foit la pen fée de Saind Paul dc prouuer que fi lefus-Chrift
eftoit fur la terre, il ne feroit pas-Sacrificateur de la Synago­
gue , parce qu’il y en auroit d’autres dc la race d’Aaron lcgitiinement appeliez pour vacquer à cét Office : toufioursdeïneure-il véritable, qu’il n’eft pas fur la terre, & qu’il exerce
dans le Ciel la Charge de Sacrificateur : puis que l’Apoftre
oppofe Ion Eftre fur la terre, à fon Exaltation par defiuslcs
Cieux.
k
nn-j'b iftucïifcffi :
En effet, c’eft là le vray but duSaind Apoftrc dànsles pa*
rôles fus-alleguées, dans lefquclles il leur prouue trois cho­
fes, qui tendent à vne mefine fin. La première eft, que lefusChrift eftant dans le Gicl à la dextre dc la Majcftc dc Dieu, il
faut que Ce Sacrificateur foit éleué par-deffustous les Sacrifï- .
cateurs dc l’Anciennc Loy, autant que le Ciel eft éleué par,
defiiis la terres & que la dignité du Sanduairc eftant vne marJqucdeladignitéduSacrificateur, il faut que l’excellence de
lefus-Chrift foit infiniment au defius de celle des Sacrifica­
teurs Leuitiques : puisqu’il eft ehtré dans vn lieu fi fuhlime&
fi glorieux pour y exercer fà Charge. Car à des Sacrificateurs
terreftres refpondoit fort bien vn Sanduaire terreftre & mon*
dain fiché par des hommes mortels : mais pour ce Sacrifica­
teur Celefte-, il eftoit conuenable qu’il entraft danslc&an*
duairc du Ciel, & dans le vray Tabernacloquc. lcSeigncur a Hcb
plante, & non point l’hominc.
La féconde eft, que puis que lefus-Chrift eft entré dans
le Sanduaire Celefte, il ne faut pas croire quai, exerce fa Sacrificature furla terre : parce que quand mefine ifcy: feroit, il
nc feroit pas Sacrificateur t’ d’autant ijo’aprés auoir .fouffert
1 iunnolation, & fait l’Oblation de fon Corps furlaterrd, il
ne pourroit faire la confommation de fon Sacrifice hors du
Sanduairc. En effet,comme le Sanduaire pcriffable &.terr
tien eftoit la figure du Sanduàirfcioteünel & Ccleftei auffi le
Miniftere du Souüfera in Sacrificateur dédà Loy eftoit vhe fi­
gure du Sacerdoce dc Iefus-Chrift Souucrai» Sacrificateur
OOo o

Dejftnje de la
de h Grâce» Comme donc celuy-là n’euft pas efté Souuerain
Sacrificateur, s’il fuft toufiouts .démesuré hors du Sanduaire
ctfrricfi: d’autant que .l’entrée dàu's {©Sanduaire eftoit de là
neccflité
de la plénitude de fa Sacrificaturé <Aiofi IefusChrift ne fetbirpas SouuerainSacrificateurdcs biens à venir,
JHl^ftoit encore fur b;terre, parce qu’il ne.feroit pas entré
dans le Sanduaire du Ciél iéc il awoit renoncé à fa Sacrifieaturc,d’autant qu’ill’auroit laiflçe dans l’imperfedion.C’eft
pourquoy comme ce . Souuerain Prcftre de l’Ancienne Loy
cftoitobligévne fois l’An, non feulement d offrir en Sacrifi’ ce dans.le lia bernacle, les beftes que les Leuites auoient égor­
gées: mais aufli d’entrer dans le Saind des Sainds auec le
Sang des Vidiincs immolées, pour l’expiation des pechez,&
de comparoiftre deuant la face de Dicu,& prefenter requeftes
pour le peuple, & fandificr les fouilleurcs des enfans ci’Ifraèl.
I Ainfi IefuSrChcift a fait Je premier deuoir de (à Sacrifîcatutfrir. 9 re ^ur k terre j car il efi comparu yne fin pour l'abolition du péché
' par le Sacrifice de fip-mefine : imis il ri'a pu-accomplir tefécond
que dansle Ciel : C’eft pourquoy eftant venu pour eftre Souuejj j’
’ tain Sacrificateur des biens avenir, non point par (ang des Boucs ou

1 desVeaux mais.par fin. preprè Sangyil eft entré vne fin es lieux.
Samcls ^apant obtenu vne rédemption eternelle, c’eft à dire dans Ze
Ciel mefine yfaurmainteiumt cornpar,ciftre poumons deuant laface dé
Dieu.
r. ■
fl...
r
La troifiéme chofe que l’Apoftre veut prouuer aux Iuifs,
eft,que fi IcftisChr ift eftoit encore Iur 1$ ferre, iln’y feroit pas
if.2.AA' Sacûficaxeiui:parcequ’il.yaiiroit d’autrés.Sacrificateursotfrans dons fclon la Loy ; & que la Sacrificaturé legale auec fés
Ceremonies'fubfifteroit en fon entier, fi Içfus-Chrift nel’auoit entièrement accomplicpar fon entrée dans le Ciel : Cafl
IescSacrificaxcurs de- JanLoy .auroient droit d entrer. dansdo
Sanduaire terrien, fi lelùs Chrift n’eftoit pas entré dans 1©.
Celefte; & ils pourroient encore ferijir légitimement airô
figures des chofes à venir, parce qu’il n’en auroit pasencot
redonné l’entiere vérité parleur accompliflement. Mais d&
puis qu’il n’eft plus fiic la terre, & qu’il eft entré au Ciel,ayants
rnis-fini la Loy de la Sacrificaturé Lcuitique, iï a aufli fait ce$
fer tous fes Sacrificateurs, & tous ceux qui voudroient enco-

ooOO

dixième Refponfe.

60

rc prefenter des Sacrifices fenfibles dans des Temples faits de
main. Car qui eft-cc qui ayant vn Souuerain Sacrificateur
exalté par deifus tous les Cieux, voulut encore chercher des
Sacrificatcursretnpans fur 1a terre? Qui eft-ce quifpachanc
que ce Sacrificateur a le Ciel pour Sanctuaire 5 voulut encore
l’enfermer dans des Temples terreftres? Qui cft ce enfin qui
eftant perfuade qu’il couronne & confommé fon Sacrifice
dans la gloir&du Ciel par fa comparition deuant Dièu&par
l’interceffion de fes prières, voulut encore dire qu’il s’ofFrc ;
tous les i'oürs dans la poufliére dè la terre par l’immolation de
fon Corps ? C’ell ncantmoins ce que les Preftres vous difent
qu’ilsfont tous les iours dans la Mefle : ils dérogent donc ma­
nifeftement à la dignité de ce grand Sacrificateur,
.7
r Dans ce raifonnement Monfieur le-Bachelier trouuc deux I
chofes à redire : La première eft la différence qu’il y a entre
Iefus-Chrift & le Souuerain Sacrificateur de l’Anciéne Loy.
le lis bien, dit-il, que le Souuerain Sacrificateut des Iuifen­
troit vne foisl’An dans leSanétuaire auec le fang desViétimes
qu'il y refpandoit: mais ic n’ay iamais trouué que Iefus-Chrift.
ait épanché Ion Sang dans le Sanctuaire Celefte. Sur quoy
ic me contenteray de luy remontrer ce qu’il ne doit pas igno­
rer, à fçauoir qu’il n’eft pas ncceflaire que la vérité refponde
exactement à toutes les circonftanccs de la figure; & que c’eft
allez,qu’elle nous fafle voir 1 accompliflcment des intentions
de Dieu pour le falut des hommes. Il fuffit donc que comme
le Souuerain Sacrificateur de laLoy entroit vne fois l’An dans fjc^ _
le Sanétuaire terrien par le fang dcsViétimes immolées : ainfi X2.
'
Iefus Chriftfoir entre vne fois danslc Sanctuaire Celefte par
fon proprc$3ng. Ii fuffit que comme Ce.Souuerain Preftre
fe prefentoit deuant Dieu auec le fang des Victimes, afin de
faire requefte pour le peuple : Ainfi noftre Souuerain Sacrifi­
cateur comparoiffe dcuantl^. face deDieu , & qu’il intercède
pour nous parle mérité defeslbuffracces. Enfin il fuffit que
comme cciüy-là faifoit propitiation pour les enfans d’Ifraél
afin quils fuflent nettoyez de tousleurs pechez cn laprefen* 50.
ce de l’Etcrnel : De mefme celuy-cy ayant fait la purgation
de nos pechez par foy-mefme, fe foit aflis à la dextre de la Mar Hcb.i ,3.
jefté és fieux très-hauts; & que delàil nous enuoye 1 Elprirdp
O O o o ij

Defenfè delà
fandification, pour nous appliquer la vertu de fon Sacrifice
M I0«7 &nous nettoyer de nos impuretez: car il a cnleué fon Corps
dans le Ciel, afin de nous cnuoÿerfonElprit furla terre. «
L’autre chofe que le Bachelier , trouué à redire dans mon
raifonnement, eft ce que i’ay dit, que lefus-Chrift afaitla
première partie de fa Saerificature lur la terre, par l’Oblation
de fon humanité en Sacrifice ; mais qu’il l’acheue dans leCiel
parla prefentationdefoy mefine deuant Dieu, &par foninterceifidn pournous^ -Ç^iivénsadit,demande-il, que le Sa­
crifice de ia Cioix sfacheuedans le Ciel? où eft l’Efcriture
qui enfeigne cela ?Ic lis bien en l’Epître aux Hebr. chap. g.
qu’il eft comparu vne fois pour l’abolition du péché par le Sa­
crifice de foy.mefme: mais ie ne lis point qu’il a commencé
la preraierepartie de fon Sacrifice fur Ia-terre. Ielis au mefme
chap. qu’il eft entré aux lieux Saindsjiqu’ilytomparoift pour
nous, qu’ilfaitrequefte pour nous : mais ie ne trouué point
qu’il y ait accompli lafccohde partie de fon Sacrifice. Car fi
l’offrande que lefus-Chrift afaite de fon Corps fiir le Caluaire, n’eft qu’vne partie & vn commencement.de Sacrifice, &
que l’autre partie s’a-cheuc dans le Ciel: il faut dire par confcquent que le Sacrifice dc la Croix eft imparfait, puis que ce
n’eft qu’vue partie & qu’vne moitié de Sacrifice : Oferiezvonsloùtenir vnc chofe fi impie ?
:
ê . le dis que le Sacrifice que Iefus Chriftaoffert de foy-mefmc en la Croix, cftparfaiit quant à l’Oblation & l’immolation
i.7/'fr.a delaVidime: caxûy aporté nospechez, en fon Corps, & il a mû
34*
fan Ame en Oblation four le péché , & part Efprit Eternel il s eft offert
Efàye. jj ft>y. mefmeàDjeufans nulle tache. Mais i’oîe dire lans impiété,
1 °;
que ce Sacrifice<i/a pis efté parfait fur la Croix, quant à la
4 Con{ommation<jcia'Çiétime, qui eft taprincipale partie du
Sacrifice: d’autant que par elle laVidime eft réduite en Dieu,
& le Sacrifice monte iufques à luy 5 & ie dis que cette côfom-*
jnation delefiiSr.Ghcift fc fait dans la gloire duÇiel, où if
éft entrédas le fein de Dieu, & qu’ainfi fon Sacrifice s’acheuc
dans le Sanduaire Celefte, par la comparition de luÿunefinc
deuant Dieu, comme le Sacrifice de l’Anciennc Loy s'acheuoit par le Souuerain Sacrificateur dans les lieux fainds lors

. «r» •
t t
\ \ T1• *
•*
qu’il y comparoiffoit aueclefang delà Vidime.

JO

dixiérhe Rcfjjonft»

€61

Si c’eft foûtenir vne chofc impie que d’affeurer cela: S.
Ambroife a fouftenu cette impiété pluftoft que moy, quand »•

*

il a dit que Iefus-Chrift s’offre luy-mefme comme Sacrificateur, icy en image, & dans le Ciel en vérité.
Sainél Auguftin a proféré cette impiété deuant moy, 4t%.«rai
quand ila dit que le Sacerdoce de Chrift perfeuere eternelle- a^erf‘lM
ment dans le Ciel.

Si c’eft eftre impie de parler de la forte : vos propres Dô-

•*

éleurs font co ulpables de la mefme impiété: puis qu’ils tien­
nent le mefme langage. Lifez Guillebcrt Curé de Berville guilïeb.
dans fes Paraphrafes fur l’Epitre aux Hebreux ; & vous y trou- /«r le cbt
lierez, que nous auons-vn Pontife de telle excellence & dignité, qu’il tient fon Siège à la dextre du Thrôrie de lâMâje-1
fié Diuine dansles Cieux jqu’iffait fon Office de Souuerain
f-‘
Preftre, intercédant & prefentant en Sacrifice les playes & la

Paffion de fon Humanité facrée, comme Miniftre des lieux
Sainéls, & du Tabernacle immuable & perpétuel.
LifezSenautPreftrede l'Oratoire dans l’homme Chrc- Senaut.
ftien, & vous trouuerez qu il cft dans le mefme fentiment que Au s*‘£"
nous, quand il parle de la forte touchant Iefus Chrift. Sa.^c‘
mort a paru furie Caluaire, joù il s’eft immolé pour noftre falut : mais parce que ce n’eft pas la principale partie du Sacrifi • cottfi
ce, qui n’eft point accomply fi la Viélime n eft confomiftée,
il a fallu que la Refurreélion ait acheué ce que la mort aûoit*
commencé. En effet, c’eft dans ce Myftere qu’il eft réduit
cn Dieu, & receu dans le fein adorable de fôn Perej c’eft là
que Iefus eft acheué, que fon Ouurage eft accomply, & qu’il
cft heureufement confommé.
-c Vouspouueziuger par là combien voftre Bacheliercft
ignorant de laReligtonChreftienne : puis qu’il a befoin qu’vn
Miniftre luy en enfeigne les principes ; & combien d’auerfion
il a de tout ce. que nons difons : puis qu’il fe porte à nier lesmaximes de fa propre Creanc'c,-pour auoir droit de nousac-’
eufer d’impieté. Cene fommes donc pas nous, qui acCufons
d’imperfeélion le Sacrifice de la Croix : puis que nous difo ns
que Iefus-Chrift luy-mefme en fait le couronnement dans le
Ciel: Mais vos Preftrer le rendent imparfait & dufïe'élueux en
toutes fes parties., & dans l’oblation, & dans ^immolation, ôc -

O O o o iij

6&S

Deffenfe de la

dansia confommation delà Vidime : puis qu’ils difent qu’il



doit eftre tous les iours offert & immolé par leurs mains, &
• tous les iours confommé dans leurs cftomachs en lacelebraSetiaut. tion de la Mcftc. Iufques là qu’ils afteurent que le Sacrifice
de la Mcftc acheuc celuy de la C roix ; & qui fi vn Preftre venoit à mourir auant la confommation de cc Sacrifice, il en
i^hfTa. kudroit mettre vn autre cn fa place pour le confommcr. C’eft
eap 23. * ce^a <IUC nous pouuons appeller vne double impiété : puis que
d’vn cofté on luppofe du deffaut dans le Sacrifice de Iefus-Chrift en toutes fes conditions ; &quc de l’autre l’on donne
à la créature cét aduantage de parfaire le Sacrifice de fon
Créateur.
La fécondé raifon que i’ay prife de la dignité du Sacrifica­
teur, pour combattre 1e Sacrifice de la MefTe, cft tirée delà
yic qu’il poftede ; & fe réduit à cette forme d’Argument.
Celuy qui efi Sacrificateur éternellement, & qui a vne Sacrificatureperpétuelle, ria point defiuccejfeurs ny ie Minifires, qui .
Sacquent à l’oblation dtfion Sacrifice.
. .
Or lefus-chrifl eft Sacrificateur éternellement^ & a Vne Sacrificatureperpétuelle.
Doncques tl ria point defucceffeurs ny de Miniftres , qui vac- :
quent à l’oblation defon Sacrifice.
La majeure de cét Argument eft éuidence par les lumic-J
rçs de la droite raifon, & par l’oppofition que l’Apoftre fait :
de Iefus Chrift auec lesSouuerains Sacrificateurs de l'AnciêHebr. q. nc ^°y : Car il en a eftéfait plufieurs, d’autant que la mort les em23,
pefehoit de durer. DauantagcleSouuerainSacrificatcurauoic
pluficurs Sacrificateurs au deftous de luy, qui l’affiftoiencen»
la Sacrificaturé : parce qu’il ne pouuoit pas vaquer à l’immo­
lation de tant de Vidimes. Or ces confiderations ceftent en ’
C.eluy qui poftede vne vie non pcriftable, qui eft Sacrificateur
éternellement,& qui n’a qu’vneVidimc à offrir vne feule fois:
il faut donc auffi qu’il n’aye pas béfoin de fuccefleurs qui let
fuiuent, ny de Miniftres qui I’ay dent en l’exercice de fa Sacri-r
ficature.
La mineure eft de l’Efcriture Sainde én termes formels:
'Hebr. 7. Car I efus-Chrift riapoint eftéfait Sacrificateurfélon laLoy du com16.
mandement charnel, mais, félon la puiffance de la Vie nonperiffable :.

dixiéme Refponfe.

66f

C’c ft pourquoy parce qu il demeure éternellement, il a vne Sacrifi- Hebr. fi.

cat ure perpétuelle y non point quil s’offrefiuuente-fotsfoy-mefine : au- 22.
trement luy euft-il fallu fouucntfois fouffrir depuis la fondation du
monde. Mais comme il comparoift toufiours deuant Dieu pour
nous \2\1ft\peut-ilfauner àpleintous ceux qui s'approchent de Dieu y 2
par luy, efiant toufiours viuant afin d’intercéder pour eux. La con' '
clufion eft donc inconteftable, à fçauoir qu’il n’a pointde
Miniftres de fon Sacrifice, nonplus que de fucceffcurs en fit
Sacrificature.
A ce raifonnement, ie fuis d’accord, dit le Bachelier,
que Chrift n’a point de fucccffeur,& qu il eft Preftre eternel
*
toufiours viuât: Mais ic ne voy pas que pour cela il ne fe puifftf
feruir de Miniftres eftablis ptar Ion authorité. Car où eftlEfcriture qui dife que le Fils de Dieu n’a laifte aucun Officier ,
ny aucun Miniftre fur la terre? De qui eftes vous Miniftres,
vous qui vous attribuez ce nom honorable ? De qui eft ce que
l’Apoftre Sainél Paul le glorifie d.’cftrc Miniftre?
îefuisd’accordaueclcBachelier,queIefus-Chrifta bif­
fé des Officiers & des Miniftres fur la terre : Mais l’Efcriture
nous fait voir pourquoy il les a eftablis: Il \csadonezpour tœu- £
ure du Ministère, pour Ï affimblage des S a inets ypour. ïédifieatio n du '
.
Cor/tf MyftiqueC’A//#, & non pas pour l’immolation defon
Corps naturel. Aufti l’Apoftre, qui s’eft glorifié de ce tiltre,
a bien dit, que chacun nous tienne pour Miniftres de Chrifi, & dif- x ^.4.1
pefateursdefisMy(1eres,inais non pas pour Sacrificateurs de fon
Corps. En effet fi vous confiderez bien comme il faut, les
Charges que Iefiis-Çhrift a reccués, pour exercer l’Office de
Médiateur : vous trouuerez bien qu’il a eftably des Miniftres
de fa Prophétie, pour vacqucy à la Prédication de l’Euangile,
& à la difpcnfation de fes lècrets, aufquels il a dit,Prefchez
& Baptifez. Vous trouucrez aufti qu’il a laifte des Miniftres
de fa Royauté, à fçauoir dyn cofté les Rois, qui font les Mi­
niftres de fa puiffance & de fa iufticc, pour le gouuernemcnt Proverb.
politique des peuples : car par luy les Rois régnent, & les Z.vtfi 1$
puiftans exercent iuftice ; & de l’autre les Pafteurs & condu­
cteurs des ames-, pour régir l’Eglifc, non point comme ayans do. i.Titr.j
mtnationfur les héritages du Seigneur : mais comme eftans ferui • j.
teurs de tous, pour l’amour de Iefus. Mais vous ne trouuerez 2O4.J

Defenje de la

664

iamais, qu‘il aye eftably des Officiers & des Miniftres de fon
. Sacerdoce, pour offrir fon Corps en Sacrifice. La raifon eft
que comme Prophète il n’a fait que mettre en lumière la vie
Si l’immortalité par l’Euangile: voila pourquoy il a donné des
Miniftres, pour prefeher à toutes Nations l’Euangile du Ré­
gné. Comme Roy il veut rendre fes fidèles fujets participans
de cette vie : voila pourquoy il a eftably des Miniftres pour appeller les hommes au falut, en les rengeant à l’obeïffance de
la Foy par le feeptre dc fa parole. Mais comme Sacrificateur
il nous a mérité cette vie par le Sacrifice de û mort,
eftant
confacré a efté Autheur de falut et ernel atotti ceux qui luy obeïfftent :
C’eft pourquoy il n’a point laifte des Miniftres defon Sacer­
doce, pour le Sacrifier tous les iours : parce qu’il nous a méri­
té le falut immédiatement par foy-mefme. Les Pafteurs peu­
uent bien annoncer la vérité de Chrift Souuerain Doéleur,
comme Miniftres de fa Prophétie : parce que Iefus Chrift
veut enfeigner par eux : aufli font- ils appeliez Prophètes. Us
peuuent gouucrner l’Eglife de Chrift, qui en eft le Chef,
comme Miniftres dc fa Royauté : parce quelclus-Chriftl’a
Heb. Jveut régir & conduire par eux : aufli font-ils appeliez Condu«7*
deurs aufquels il faut obeïr. Mais ils nc peuuent pas l’offrir
comme Miniftres de fa Saerificature : parce qu’il n’a pas vou-»
lu mériter par eux; & fon Sacrifice eftant d’vn mérité infiny,
.
il n’a pas befoin de Miniftres pour mériter tous les iours le fa­
lut & la vie. C’eft ce que l’Efcriture nous enfeigne dans les
inftrudions qu’elle nous donne de la Saerificature de Chrift:
car comme elle ne fait (nention que d’vne Vi&imes-auffinè
parle-elle que d’vn feul Sacrificateur pour l’offrir, & dvnc
feule oblation qui en a efté faite.
Il ne faut pas, dit le Bachelier, que vous alléguiez qu’il eft
eferit aux Hebreux chap. p. que lefus-Chrift ne s’offre pas
fouuent foy-mefme: parce'qu’il n’eft fait mention en ce lien
del’Euchariftie, mais feulement du Sacrifice fanglant de la
Croix, qui ne s’eft offert qu’vne feule fois. Mais pour le Sa­
crifice delà Meffe, il n’eft point de doute, que les Prophètes
ont annoncé clairement qu’il feroit offert bien fouuent , voire
mefme tous les iours, comme le Prophète Daniel, lors qu’il
t .
l’appelle Sacrifice continuel) & le Prophète lercmie chap. 33,
-



£.14.

66$

dixiéme Refponfe,

jamais il ne defaudra à Dauid homme afsis fur leThréne*
ny des Leuites ne defaudra homme offrant Sacrifice tous les jours. Dç

ÿ.

là vient que Saint Auguftin fort mal cité par Afimont au pre­
mier fiieillet de cette refponfe, enfeigne au liure 10. de la Ci>
té de Dieu chap. 20. que Iefus-Chrift qui eft l'offrant & l’O­
blation a voulu que le Sacrement fuft le Sacrifice iournalicr
de 1 Eglife. Donc fuiuant ce grand Dodeur l’Euchariftie eft
Sacrement & Sacrifice, & encore Sacrifice continuel.
Maiftre Chiron en feroit bien accroire à qui fèfieroit en
luy: mais il entend aulfi peu les paroles de l’Apoftre queles
predidions des Prophètes, & le langage des Dodeurs. Pour
le regard de l’Apoftre Sainél Paul, comment a il pii dire auec
vérité que Iefus-Chrift ne s’offre point fouuent foy-mefme,
s’il eft vray, comme on vous dit, qu’il s offre tous les iours foymefme dans l’Euchariftie par la main de fes Miniftres? Et puis .
qu’il vouloit inftruire les Iuifs touchant la Sacrificaturé de
Iefus-Chrift : pourquoy ne leur parle-il du Sacrifice non fan­
glant de la Mcffe, comme il leur a parlé du Sacrifice fanglant
de la Croix ? Luy qui a defcouuert toutes les différences qui
diftinguoient fon Sacrifice de ceux de 1 Ancienne Loy: pour­
quoy nc leur a-il/ait remarquer celle-cy, à fçauoir que ceuxlà fe reïteroient tous les iours par l’immolation de diuerfes
Vidimes, auec effufion defang,mais que celuy-cy fereïteretousles iours par l’immolation non fanglante d’vne mefmc
Vidime / Quoy 1 ce Dodeur, qui euft voulu eftre fait anathe£
me de Chrift pour fes freres félon la Chair, leur auroit-il vou­
lu cacher vne vérité fifalutaire? Et luy qui ne vouloit pas les
arrefter aux premiers rudimens du Chriftianifme, mais les Htb&ü
faire tendre à la perfedion, ne leur auroit-il rien dit d’vn Myjftere, qu’il auroit eu intention de leur enfeigner? Certes fa
confçience&fachariténenouspermettent pas de foubçon­
ner rien de femblable. Il n’a donc point creu que Iefus- Chrift
s’offrift tous les iours en l Euchariftie : puis qu’il a dit qu’il ne
S’offroit point fouuentesfoisfoy mefmc.
Pour le regard des Prophètes, je m’eftonne que Monficuï
le Bachelier aye fi peu d’entendement, que de vouloir fonder
fur leurs Predidions le Sacrifice de la Mcffe. Il eft vray que
Dam el parie d’vn Sacrifice continuel : Mais l’Ange deDieu



-

PPpj»

G66

Defenjê de la

luy prédit qu’on oftera le Sacrifice continuel, qu’on mettra
2>x». 9. l’abomination dans le Sanduaire j&que peu de temps après
37. Je retranchemét de Chrift, le peuple du Condudeur deftruira la Ville & le Sanduairc, & fera ceffer le Sacrifice & l’obla­
tion par le moyen des Ailes abominables. Où il eft éuident
félon rintclligcncc de tous les fçauants, & de vos propres
Maldon. Dodeurs,qu’il patiedu Sacrifice Iournalier qui fe faifoit conin Dan. tinueJlcment dans lcTeinplc de Ierufalem fous la Loy des Ce-'
cap. it. remontes, lequel Sacrifice commença d’eftre ofté par la violenced’Antiochus,qui fit mettre fur l’Autel du Seigneur l’i-'
ccaheesi
abominable de Iupiter Olympien dans leTemple,pour
faire cclfer les Sacrifices ordonnez félon la Loy. Et depuis ce
Sacrifice fut entièrement aboly par les Ailés abominables,
çep-, 24. e’eft à'dire par l’Armée deTite Empereur,qui deftruifit la Vil­
le de Ierufalem, &brufla le Temple, hors duquel il n’eftoit
point permis de Sacrifier. Tellement que s’il faut fonder Je
Sacrifice de la Melfe fur cc Sacrifice continuel, dont parle le
Prophète, lefus-Chrift eft venu pour le deftruiré, &nonpas
pourl’inftituerj & il eft aboli depuis long-tempslelonPEferiture: puis que dans tous les lieux où il en eft parlé, elle en
prédit aufli la ceflation.
Lesparolcsdu Prophète lercmie ne font pas plus fauorahles à fon eftabliffement rCar voicy commcDieuparle à foit
- peuple par la bouche de fon Prophète. .AinfiadtitEternel-faV7.18. wats ne defaudra aDattid homme afsis fur le Lhronè 'de la Maifon
d'ifra'él, & jamais des Sacrifcateurs Leuites ne defattdra deuant moy
homme offrant Holocaufc^ drfaifant les Parfums du Gafleau, dr fait
ftnt Sacnfcetous lesjours.hlonücur leBachelier n’zpasosé ci»

ter ce palfage tout au long : parce qu’il a bien veu qu’on n’en
pouuoit tirer le Sacrifice de la Melfe, qu’auec des glofesqui
deftruifent la vérité du texte. Carqu’eft-ce qu’on y offre en
Holocaufte: puis que rien n’y eft confomméparlefeu? Où eft
le Gafteau dont on fait des parfums : puis que le pain n’y peut
eftre brûlé ? Où font les Sacrificateurs de l’Ordre Leuitique,
pour offrir ce Sacrifice tous les iours ? puis que les Preftres qui
le font, ne font pas feulement de la Nation Iudaïque $ Vous
voyez bien par là que fi vous vouliez vous arrefter à ces paro­
les, il vous faudroit reftablir f Ancien Teftament, qui a eft#

dixiéme Rejportft,
âboly, 5î remettre l’vfage des Sacrifices de la Loÿi qai com­
me des figures ont fait place à la vérité, & comme des ombres1
ont dilparuà la vernie du Soleil de Iuftice.Il eft donc éuident que cette Prediélion Ce doit entendre
touchant la Sacrificature perpétuelle parmy les Iuifs, comme
Ja précédante touchant la perpétuelle Royauté : comme donc
ce que Dieu dit, qu’il ne defaudra iamais à Dauid homme affis fur le Throfne de la Maifon d’Ifraél, s’entend tant que le MaMtit'.
Throfne dTfraéldurera, c’eftà dire comme l’explique vn le- inftrtnù
fiiïte par vne autre Efcriture,que le Sceptre nc defaudra point- caP' 33*
de Iuda,iufqu’àce que vienne celuy qui doit eftre enuoyé:
ainfi ce qu’il adjoufte, que des Sacrificateurs ne defaudra s
point homme offrant Holocaufte &c. Eft bien entendu une
que la Sacrificature Leuitique feroit en eftat, c’eft à dire iuf
ques au temps déterminé, pour conlommer le péché, pour 2. ’ -*
faire la propitiation pour l’iniquité, & pour oindre le Sainél ’ **
des Sainéls, après la mort duquel cc Sacrifice a ceifé fclon la
prediélion de Daniel.
Que s’il faut prendre ces paroles dans vn fens Myftique : nous
«n trouuerons l’accomplilfcment en la Perfonne de Icfus^
Chrift & de lès fidèles. En la Perfonne de Iefus-Chrift, cas
cét Homme ayant efté fait de la femence de Dauid félon la
chair, eft aufli lèant fur vnThrône de gloire permanent à ia­
mais , & il n’y aura iamais de fin à fon Regne. Cét Homun
aufli a obtenu vne Sacrificature perpétuelle ,. parce qu'il'
demeure éternellement 5 & il eft Sacrificateur éternellement- >'
parce qu’il aflîfte toufiours deuant Dieu auec leraerire de fon
Sacrifice. En la perfonne de fes fideles : car comme Chrift Apac. «t
les a fait Rois & Sacrificateurs à Dieu : Aufli Dieu1 les a fait 2O.
feoirés lieux Celeftes en Chrift ;&ils lont toufiours en exer- Eph,ï.6>
cice pour offrir Saçrifîces Spirituels agréables à Dieu parle» *•- W»Sr
fus-Chriftluy-melmci2’
Pour le regard des Peres, il allégué Sainél Augultirri
mais il cache la moitié de lès paroles, & traduit mal les autres^,
pour vous cacher la vérité de fes intentions : Car voicy coinr
mentparlc ce Doifteuraiwlieu défia cité. Ce vray Médiateur /. 10. de
à ff auoir Iefus Chrift Homme, a eftofait Médiateur de Dieu Ctusr.nee
& des hommes,en prenâtlaforrae de Scruiteur,.lequcl-eftant

;



pPpp v

66$

Defenje de la

cn forme de Dieu reçoit le Sacrifice auec le Pere, parce qu’il
cft vn mefme Dieu auecluy: mais toutesfois en forme de fer­

uit cur il a mieux aimé eftre le Sacrifice, que le reccuoir j &
par cela il eft le Sacrificateur & la Viélime, luy-mefme l’offrant, & luy mefinel’Oblation : dequoy il a voulu que le Sa­
crifice Iournalicr de l’Eglifc fuft le Sacremet, laquelle eftant
le Corps de ce Chef, apprend à s’offrir elle-mefme par luymefme. Où vous voyez en quoy confifte le Sacrifice journa­
lier de I’Eglife, non en ce qu’elle offre Iefus-Chrift à Dieu en
Sacrifice, mais en ce qu’elle s’offre elle-mefme par IefusChrift. Et pour vous faire voir que c’eft là le vray fentiment
de Sainél Auguftin, voicy comment il explique fon intention
3^5.124. parles paroles de Sainél Paul, le vous exhorte doncfreres} par
les compafsions de Dieu, que vousprefentiez vos corps en Sacrifice 'piuant ffainff ^plaifant à Dieu-, qui efi vofire raifonnableferuice.D’où.
yfugu/l. ft infere que toute la Cité rachetée, c’cftàdirelaCongregaCiuh'xsei tion & f°cicté des Sainéls eft le Sacrifice Vniuerfel, quieft
cap. 6. offert à Dieu parle Grand Sacrificateur, qui s’eft auffi offert
_î /by-mcfmeenlaPaffion pour nous, afin que nous fuffions le
corps d’vn fi grand Chef félon la forme de Seruiteur. Et cn
fuite il adjoufte, que nous fommes nous-mefmes tout le Sa­
crifice plaifant& parfait; que le Sacrifice des Chreftiens eft
que nous fommes vn feul corps en Chrift j & que c’eft auffi ce
que I’Eglife pratique dans le Sacrement de l’Autel, qui eft
connu aux fideles ; o ù il luy eft dcmonftré que dans l’oblation
qu’il offre, c’eft clle-mefme qui eft offerte. Il eft donc éui­
dent par les paroles de ce Doéleur que cc n’eft pas le Corps
naturel de Iefus-Chrift, qui eft offert par les Preftres dans le
Sacrifice Iournalier de 1 Eglife : mais que c’eft fonCorps My­
ftique, c’eft à dire I’Eglife elle-mefme qui eft offerte tous le#,
iours à Dieu par Chrift.
* '
La fcconde Claffe des raifons par lefquelles i’ay combat»
le Sacrifice de la Mefle, en contient deux, qui font prifes de
la fainéleté& de l’immortalité de la Viélime, & toutes deux
fe reduifent à cctte forme de raifonnement.
Celuy qui offre à. Dieu Sacrifice Propitiatoire, doit confacrer la
Victime 9 quil veut offrir ,
£immoler après fon oblt*

lu»*.

~

dixième Refponfèi

6$$

Mais le Preftre nepeut ny confacrer ny immoler le Corps de Jefus-Chriït dans la Meffe.
Doncques il nepeut point t’offrir 4 Dieu en Sacrifice propitia­
toire.
A la première propofition de ce raifonnement Monfieur
le Bachelier refpond deux chofes : il dit premièrement, qu'el­
le n’eft pas dc l’Efcriture. Où eft le paftage de l’Efcriture qui
dife, que la confecration, l’oblation, & l’immolation foient
neceflaires dans tous les Sacrifices qui appaifent la Iuftice de
Dieu ê Certes il n’en allégué aucun,aufli luy faudroit-il forger
pour cela vne nouuelle Bible. Secondement il dit que cette
mefine propofition eft faufle : le veux , dit-il, que dans tous
les Sacrifices il y ait confecration & oblation : mais ie veux
aufli qu’il me montre que dans tous les Sacrifices Propitiatoi­
res généralement parlant, foit dc l’Ancienne ou de la Nou­
uelle Loy j foit abfolus ou commémoratifs, il eft neceflairc
qu’il y aye immolation ou occifion de la Vidime. Et il ne faut
pas dire, que dans les Sacrifices Prop itiatoires de l’Anciennc
Loy, les Hofties y eftoient c gorgées par le Miniftere des Pre­
ftres & des Leuites: car la queftion n’eft pas de quelques Sa­
crifices Propitiatoires, mais de tous les Sacrifices Propitia­
toires. Parce que comme celuy qui diroit que tous les ani­
maux raifonnent, d’autant que l’homme qui n’eft qu’vne efi»
pece d’animal raifon né, fer endroit impertinent & ne prou- .
ueroitrien : tout de mefme c’eft eftre impertinent d’afteurer
que tous les Sacrifices Propitiatoires requièrent l’occifion dc
laVidime, parce que quelques-vns enferment cette adion..
Il n’eft pas befoin de forger vne nouuelle Bible, pour prou«*
wer cette ancienne vérité, que tout Sacrifice Propitiatoire,
tant de l’Ancienne que de la nouuelle Loy, requiert la confe­
cration, l’oblation & l’immolation de la Vidime. Pour ceux
de l’Anciénc Loy, qui n’eftoient propitiatoires qu’en figure,
le Bachelier ne le nie pas; & il ne faut que lire l’Efcriture dc
1 Ancien Teftament,pour y trouuer la preuue de ce que ie dis.
Pour le Sacrifice de la Nouuelle Loy, vous ne doutez pas que
celuy que lefus-Chrift a offert fur la Çroix ne foit le Sacrifice
Propitiatoire en vérité : mais vous y voyez auffi la confecra­
tion, car pour eux me fanfîifte-je moy-mefme 9 dit lefus-Chrift, lean

Deffenjè delt

L’oblation, Car il s'eft offertfty mefine à Dieupar TEjprif Eternel^
comme dit l’Apoftre j&l'immolation: car fa mort a paru fur
le Caluaire, où fe feruant de la cruauté des Iuifs, il s’eftimmolé pour noftre falut. Il eft donc manifefte que tout Sacrifi­
ce propitiatoire tant de la Nouuelle que de l’Ancienne Loy
requiert neceflairement l’immolation de la Viélime ; & iene
fçay pourquoy le Bachelier nie cette vérité, puis qu’elle n’eft;
pas conteftée par vos Doéleurs,
r~
-d_ii__ i»____ -____;/i
»•.
,
entièrement deftruit, & qu’il ceffé d'eftre ce qu’il eftoit aupaBelr. ,bi rauant ; & quand il prouue par cette raifon que la Mefle cft va
dfwr.12. ÿray Sacrifice, parce quele Corps de Chrift y eft immolé.
Sr« du.
Le Preftre Senaut l’approuue de mefme, quand il dit que
Sacrif.du l’Efcriture nous aporend, ou’vn Sacrifice pour eftre oarfair
fay. 2.

cette raifon qu’il prouue que Iefus-Chrift eftant l’accomplif^
fementdela Loy,il faut nccefîâiremét que fon Sacrifice comprennetoutes ces parties, Enfin tous les Doéleurs de l’EgliîeRomjine conuiennent en ce point j il n’y a que Maiftre
Chiron, qui venant du monde nouueau de l’Amerique, s’at­
tribue le droit d’eftablir des nouuelles maximes dans laThëologie,& qui veut vous faire receuoir la Mcflc pour vn Sacri­
fice reel & propitiatoire fins immolation tll faut donc qu’il
aduouë que ce Sacrifice eft d’vne antrecfpecc que celuy de la
Croix ;& que par confequent nous fommes rachetez par va
autre Sacrifice que celuy delà mort de Chrift.Sur la fécondé propofition il fait cét adueu touchant la
confecration du Corps de Iefus Chrift.il eft vray que les Pre­
ftres ne conlacrent ny ne bonifient pas ce Diuin Corps par
leur vertu, & par leur efficace : mais cefi, dit-il,le mefme
Chrift, ainfi que dit Sainél Auguftin au lieu défia cité, qui eft
l’offrant&l’oblation: parce que comme dit Sainél Chryfo­
ftome cn l’Homilie 2. fur la a. à Timothée, le Preftre ne fait
que la Ceremonie, mais c'eft Dieu qui fait tout, qui opère
tout : ce n’cft pas Ihomme qui fanélifie, mais c’eft Iefus luysmefine, qui a iânérifîé l’oblation qu’il a faite.

dixiéme Refponfe,

Monfieurle Bachelier difant que les* Preftres fiebeniffenc
hy ne confacrent pas le Corps de Chrift par leur vertu St par
leur efficace, veut faire entedre qu'ils ne font pas les autheurs
de cette confecration,mais feulement les Miniftres; & le Car­
dinal Bellarmin l’entend de la forte,-quand il dit qu’en vertu 'Befarml
de la confecration, le Corps & le Sang de Iefus-Chriftcom-/^.
mencçntd’eftreftirl’Autel,parl’entremife St par la main du
Preftre, & qu a caufe de cela il célébré vne vraye oblation par e?P* 2^'
les parolesde la confecration : maisie dis que cela ne le peut.
Premieremét, parce que les Preftres eftans hommes pécheurs
ne peuuent eftre les Miniftres d’vne confecration toute Diui- *
ne. Secondement parce que la Vidime eftant toute pure, & ,<
s’eftantfanâifiéeelle-mefme, n’a plus befoin d’autre confeçration', pour eftre fanâifiée par le Miniftere des hommes. Et
c’eft en ce fens que Saind Chryfoftome allégué par le Bâche*
lier, dit que dans la Commémoration du Sacrifice de Chrift,
qui fc fait dans l’Euchariftie, le Preftre ne fait que la Ceremotion qu’il en a faite. Troificmement parce que celuy qui .eft
le bénit du Pere, & en qui Dieu nous a bénits de toutes bene?
didionslpirituclles,nepcutpas eftre bénit par le Miniftere
deshommesîautrementilsluy feroient. fuperfeurs, d’autant
que comme dit l’Apoftre, celuy qui bénit cft plus grand queé/«&7*7
Celuy qui reçoit la benedidion. ,•
Cependant c’eft la fuperioritp à laquelle vos Preftres s’éleuent par deftus Iefus Chrift, quand ils difent.qu’ils confi­
er ent fHoftie qui doit eftre immolée.pour yoftréfalut: Car
dans cet.te adion ils s’attribuentle pouuoir d’amener leCorps
de Chrift fur les Autels, ou de l’y produire, & de luy donner
vn eftre Sacramentel fous les efpeces , pour l’offrir à Dieü.Cc
qui eft.fort contraire au fentiment ftç Saind.Auguftin : car au
lieu cité par le Bachelier, il ne parle point de PEuchariftie>
mais du Sacrifice de la Croix > §£-luy-mefine s’explique ail­
leurs en ces termes. Le mefmç Çhrift cft appellé Sacrificateur St Sacrifice, & Dieu ; il eft le Sacrificateur qui nous a re- de fide ai
conciliezjle Sacrifice par lequel,St le Dieu auquel nous auons
efté reconciliez : mais.neantmQins il cft feul Sacrificateur, Sc

Deffenfe de 14
Sacrifîce,&DieuenîormedeSeruiteur. D’où il faut inferer
que comme ce Seruiteur eft tellement en forme de Dieu,qu’il
n’a point de Miniftres qui le deïfient j comme il eft tellement
Sacrifice, qu’il n’y a point d’autre Vidime que celle qu’il a
offerte ; auffi n’y-a-il point d’autre Sacrificateur,’ par le Mini­
ftere duquel il foit offert & facrifié. C’eft en ce mefme fensj
qu’il dit en vn autre lieu, que l’Autel du Sacrifice de Chrift a
ferm.130 efté bien nouueau, parce que l’immolation fut nouuelle8c
ffe tcmp. admirableicar il eftoit luy-mefme l’Hoftie,& le Sacrificateur,
l Hoftie félon la Chair,& le Sacrificateur félon l’Efprit.Comme donc nul homme n’a cét Efprit eternel de la Diuinité, par
lequel il s’eft offert à Dieu comme Sacrificateur : auffi nulnà
peut auoir cét honneur d’offrir cette chair, en laquelle il a efté
mortifié comme Vidime ; & comme il n’y a point de Vidime
qui foit capable de fatisfaire la Iuftice de Dieu, autre que cel­
le là: parce qu’elle eft feule digne de Dieu : Auffi Dieu n’en
pouuoit receuoir lOblation que de la main d’vne Perfonne
Diuine.
Pour le regard de l’immolation, i’ay prouué que les Pre­
ftres ne pouuoient point immoler le Corps de Iefus-Chrift
^ans le Sacrifice de la Meffe, par ce raifonnement.
T)Ans tout Sacrifice reel efi propitiatoire } ilfaut que la Victime
qui efiimmolée , meure réellement, efi quelleperde la Vie,
MàudanflaMefielefiis-Çhrifiquotidity efire immoléytt^

La majeure de cét Argument eft de f Efcriture : Car nous
Voyons que dans les Sacrifices de Propitiation quife faifoient
fous la Loy, les Sacrificateurs égorgeoient les Vidimes , qui
eftoient offertes pour le-peché, afin de tefmoigner par l’occifiondeces belles innocentes, qu’elles tenoient la place des
hommes criminels, qui meritoient la mort. Sous la Grâce
Icfus-Cb'riftqUieftlafindelaLoy, voulant faire lapropiria-'
tion dé nos pechez, & accomplir la vérité de ces figures, s’eft
dôné foy-mefme à la mort ; il s’eft feruy de la malice des Iuifs,
& de la cruauté des bourreaux, pour accomplir les deffeins de
fon amour j & portant nos pechez en fon Çorps fur Je bois ÿ il

dixiéme Refponfe.
a voulu auffi endurer la mort qui en cft le gage.
La mineure eft de l’Efcriture : Car lejits-chriïi efttntref- 7^0m. g,
fufeité des morts ne meurt plus\l& mort n & plus de domination fur luy, xç. ’
& ce quil eft mortel eft mcrt'vnefois pour le.Cepédât on pre-

tédqu’il eft immolétous les iours dâslesTcpIesparlcSacrifice de la Mefle : il faut donc neceflairement qu’il y meure tous
les iours ; par quelles mains eft-il immolé ? par celles des Pre­
ftres, ce font donc les Preftres qui le font mourir tous les
iours ; cc font donc les Preftres qui crucificht dcrcchcfle Sei- ^d-6.6
g neur, entant qu’en eux eft.
En quoy ces Sacrificateurs fe montrent plus cruels, que
ne furent les Iuifs qui le firent mourir fur la Croix : Car ceux- Luc 23;
là le firent par ignorance, & s’ils l'cuflent connu, jamais ils 34.
n’euflcnt crucifié le Seigneur de Gloire j Ceux cyl’immoh x.Ccr.uS
lent auec connoiflance, & dans la creance qu’ils ont, que c’eft
le Fils de Dieu bénit éternellement. Ceux-là n’attenterent
fur fa vie, que durant les jours qu’il fut reueftu d’vne*Chaic
mortelle; & depuis fa Refurreélion,il ne feliftpoint que quel­
qu’vn aye tafehe de le faire mourir, Ceux cy s’en prénent à fa
vie dans l’eftat mefme de fon immortalité, & prétendent l’affujettirauxloixdelamortjdepuisqu’ilcn eft totalement af­
franchi, & que la refurreéliô luy a ofté tout ce qui luy reftoit,
deperiflablc. Enfin ceux-la ne l’ont fait mourir qu’vne fois
furie Caluaire; Mais ceux-cy s’attribuent la puiffance de le
produire cn vne infinité de Temples, pour le desfaire en vne
infinité de lieux, & de luy donner à tous momens des nouuel­
les vies, pour luy faire fouffrir à tous momens des nouuelles
morts.
A ce raifonnement Monfieur le Bachelier refpond deux
chofes. La'premiere cft vne diftinétion, qu’il a cy-deuant
alléguée, & qu’il répété maintenant en d’autres termes : car
comme ila dit cy deflus, qu’on immole le Corps de Chrift
ftre ne tué pas ny n’égorge cette Sainéte Viétimc: mais qu il
cft vray auffi que le Preftre l’immole myftiquement, en reprefentant par la confecration du Corps ôc du Sang fa mort Iur
le Caluaire.
'
~
.

Deffenfe de la

'• Surquoy ievousprie de remarquer premièrement la Con­
tradidion , dans laquelle Maiftre Chiron s’cnueloppe: Car
cy-deuant il a dit que dans la Mefle le Preftre ne confacrepas
le Corps de Chrift ;& maintenant il luy attribue la confecra­
tion de fon Corps & de fon Sang : ce qui cft contraire non
feulement à fon dire précédant, mais aufli à la parole de Dieu
Heka.xo mefine, qui tefinoigne que le Pere a confacre cc Prince de
17. noftre falut par afflidionsjque le Fils s’eft fandifié luy-mefme
*9pour fes efleus ; &'qu’il a efté oind par le Saind Efprit. Après
Z.UC4.1S cette triple confecration de l’humanité de Iefus-Chrift faite
parlestroisPerfonnes de l’adorable Trinité, qu’eft-il befoin
que ce Saind & Sacré Corps foit encore tous les iours con­
facré par les mains des Preftres qui font pécheurs, & qui fe difent auoir efté facrez par luy-mefme-? Eft-ce de leur deuoir,'
ou eft-il bien en leur pouuoir de luy rendre la pareille ? Certes
c’eft pluftoft vn fàcrilege, qu’vne confecration : puis qu’il n’y
a poinc d’hommes aflez Sainds, pour eftre les Miniftres de
cette adion qui confacre cette adorable Vidime.
En fecond lieu ievous prie de demander à voftre Bache­

lier , fi quand il immole le Corps de Chrift myftiquement par
la confecration qu’il cn fait, il prétend de reprefenter fa mort
réellement, ou feulement en figure : s’il l’a reprefente en figu­
re feulement, il ne fait donc pas vn Sacrifice reel, mais feule­
ment figuratif, quand il dit la Mefle; & par confequent il ne
s’y fait nulle reelle propitiation pour les pechez. S’il repre­
fente réellement la mort de Chrift, il le fait donc réellement
mourir» & par confequent il n’eft pas vn Sacrificateur, mais
yn fàcrilege.

Vous nc deuez pas trouuer eftrange que ie me ferue de ce
raifonnement contre vn Miftionnaire Preftre,qui croit immo­
ler le Corps de Chrift par la confecration : puisque le Cardi­
nal Bellarmin s’en eft feruy contre ceux d’entre vos Dodeurs,
quicroyentcomeluy qucl’eflencedu Sacrifice confifte dans
la confecration, d’autant que par elle Chrift cft vrayement
immolé, quoy que myftiquement & fans effufion de fang.
Bellarm. Voicy comment ce Cardinal raifonne.
1.1 .àe wf.

Ou ilfefait en la Mefle vne vraye & reelle immolation & oc*

fi. 1.17*

cifion de Chri/l ou non.

dixiéme Re/pônfè,

67 j

Si elle ne fefait pas , la Mfife nef pas vn \ray (fi reel Sacrifi­
ce : car vn vray & reel Sacrifice requiert vne itraye (fi reeile
occifion,puis que c’efi dans l’occifion qu'on met l’ejfenee duSacrifice.

Si ellefefait, ilfera donc vray de dire , que Chrift efi vérita­
blement efi réellement mis à mortpar les Prefires Chreftiens f
Or ilfemble que celafoit vnfacrilege-, (fi non pas "vn Sacrifice,
Iugez de là fi vos Doéleurs nc font pas bien en pefne , pouc
eftablir le Sacrifice de la Méfié, qui fait aujourd huy le principal fondement de voftre Religion: puis que pour trauailler à
cét ouurage, ils font obligez dc fc combattre par la contrarié­
té des raifons, & dc fe desfaire eux mefmes par leurs propres
armes. Mais de ces deux extremitez que ce Cardinal yous
propofé dans fon Dilemme, quelle voulez-vous choifir? Cer­
tes il vaut mieux croire que la Meflc n’eft pas vn vray Sacrifi­
ce , que d’en faire virfacrilege j il vaut mieux afleurer qu’elle,
n’eft pasvn Sacrifice reel, que de ranger vos Preftres dans le
catalogue des bourreaux de Iefus Chrift-, il vaut mieux que
vous renonciez à la creance de cc Sacrifice, que fi vous pre­
niezvoftre Bachelier pour vn facrilege & meurtrier du Sauucur du inonde.
11 eft vray qu’il croit Ce iuftifier de ce meurtre, en dilant
qu’il n’immole lefus-Chrift que myftiquemcnt, & fans aucu- .
necffufiondelàng. Mais ie vous prie de confiderer, que ie
fuis allé audeuant de cette diftinétion ,par deux raifons, dont
la première fe réduit à cette forme.
propitiatoire.
Or le Sacrifice de la Meffefefait) comme on vous dit, pour lit

,

remifsiondespechez.
Il nefefait doncpointfans efiufion defangfou il faut dire que
ce eftpasvn Sacrificepropitiatoire.
La première propofition de cét Argument eft de I’Efcriture : ca.i lelon le dire de l’Apoftre -fans efiufion de fan? il tie fe Heb, a,
fitpoint de remifsion.
J
JJ J
J*

La fécondé eft de vos Doéleurs r car ils vous difent que
dans la M c fie qnoft'rc tous les iours à Dieu leCorps Se le Sang

Defenje de IA

de Iefus-Chrift cn Sacrifice pour la remiflîon des pechez des
viuans & des morts. La conclufion eft donc inconteftable,
ou que ccft vn Sacrifice fànglant, ou qu’il n’eft pas propitia­
toire.
A cela ie refpons, dit le Bachelier, que les Huguenots de
ce temps ont falfifié le paflage de la Lettre aux Hebreux, y ad­
jouftant ce mot de pechez, qui nefc trouuc point dansleur
ancienne’Bible. le refpons qu’il y a des Sacrifices pour les
pechcz fans aucun épanchement de fang : Car nous lifons au
Zettï.té, Leuitique, que le Pontife Aaron confacroitvn Bouc, en luy
ai. 23. impofant les mains fur la tefte, & puis l’ayant chargé de tous
les pechez du peuple il l’enuoyoit libre au defert fans le tuer,
le refpons enfin que ce paflage de quelque façon qu’on le
prenne,ne fait mention que de quelques Sacrifices abfolus, &
ne parle en aucune forte des commémoratifs, & par confe­
quent il nç prouue pas que l’immolation reelle Sceffeéliue
foit requife à toute forte de Sacrifices. C’eft à tort que Maiftre Chiron-accufe ceux qu’il nomme
Huguenots, d’auoir falfifié le paflage que i’ay allégué de l’Epiftre auxHcbreux:car ils n’y ont point adioufté ce mot de pe­
chez , ny dans les premières ny dans les dernieres verfions de
h Bible. S’il y auoit quelque falfification, ce feroit à moy
quelle deuroit eftre imputée : car c’eft moy qui ay adjoufté ce
„ mot dans mon raifonnement, non pour adioufter quelque
chofe aux paroles de l’Apoftre, mais pour fuiure & pour ex­
pliquer fon intention. Il eft éuident que fon but eft de mon­
trer aux fideles Iuifs, que fous la Grâce non plus que fous la
Loy les pechez ne peuuent eftre expiez que par fangj Que
* fous la Loy les pechez typiques, qui eftoient des foùilleures
du corps, eftoient expiez par le fang des Viélimes: mais que
fous la Grâce les pechez moraux, qui font les foùilleures de
famé font expiefc par vn plus excellent Sacrifice,à fçauoir par
ïpLx.7. celuy de Chrift, en qui nous auons par fon Sang remilfion de
aeb.ÿ.} 3. nos offenfes. Carfi le Sang des Taureaux & des Boucs, dont onfait
afperfion ffanclifie lesfoüillez quant à la pureté de la chair : combien
plus le Sang de Chrifi, qui par TEfirit eternel s'eft offert à Dteàfoymefme spurifiera-ilvofirc confçience des œuures mortes? Tellement

que fi i’ay falfifié les paroles de l Apoftre en les interprétant de

dixiéme Pffponje,
la remiftion des pechez : vos Docteurs les ont falfifiées deuanc
moy j en les interprétant de mefme.

Le Iefuïte Eftius a efté coulpable de cette falfification Effuf' ia
pluftoft que moy, quand il a parlé de la forte. Si dans l’An-lwc Itcü.
cienne Loy il nefe faifoit point de remiftion legale làns l’effu­
fton du fang des animaux égorgez : donc il ne fe faitpoint
aufti de remiftion des pechez fous la Loy Nouuelle, fans l’ef­
fufion du Sang de Iefus-Chrift, qui a efté préfiguré par le
fang de ces Viétimes du Vieux Teftament.
LeCurédeBerville a auffi falfifié ces paroles, quand il guiUtbl
les a ainfi paraphées. Toutes chofes fous la Loy de Moïfe font /«r f
purifiées par le fang, & nulle ceremonie ordonnée pour la re- nuxHeb.
million des pechez, ne s’y fait fans effufion de fang.
c'
Pour ce que Maiftre Chiron adjoufte touchant le Bouc
qui n’eftoit point égorgé, & qui eftoit offert fans effufion de
fang : c’eft mal à propos qu’il oppofe les figures de la Loy aux
veritez de l’Euangile, comme fi c’eftoient des chofes contrai­
res 5 & c’eft employer les paroles du Prophete.Moïfe, pour
démentir celle de l’Apoftre Sainét Paul. Car vous remar­
querez que ce Sacrifice, dont il eft parlé dans IeLeuitique,
n’eftoit pas fimple, mais compofé de deux Viétimes * qui fe
tapportoientâvne mefmc propitiation folomnèlle pour tout
le peuple: Car voicy comment il.en eft parlée’ Aaron prendrai Eeuit.tà
de tdfjèmblée deuxjeunes boucs en offrande four le péché , drprendra
8.
les deux boucs dr les prefentera deuant L'Eternel à Fentrée duTabernacle d'afsignation. Puis Aaron jettera le fort fur les deux boucs, vn
fore pour F Eternel, &.vnfort pour Hazazelidp Aaron offrira le boue
far lequel, le fortfera efeheupour FEternel, dr lefacrifiera en offrande
pour le péché : mais le boucfar lequel lefortfera efeheu pour Ha'Fpfel,
fera prefent è vifieuant FEternelpourfaire propitiation par iceluy
L'enuoyer au defert. ll égorgera aufsi le Bouc dnpeuple, qui ejl Foffran*
de pour le péché, dr apporterafonfang au dedans du voile, drfira da
fang d’iceluy .afperfionvers le Propitiatoire, drfera propitiation pour
toute la Congrégation d'lfra'él. Et quand il aura acheué, alors il of­
frira le bouc vif ,<Jr Aaron pofant les deux 'mains fur la tefled iceluy
confifftrafur iceluy toutes les iniquitez des enfans d’lfra 'él, dr les met­
traJùr la teflc du bouc, dr Fenuoyera au defert,le bouc donc porterafar
fa)toutes leurs iniquitez cn terre inhabitable.. . .
,

£>7§



Deffenfe de la

D’où il appert que le bachelier a feparé ce que Dieu d
Con joint, & qu’il n’eft pas vray com me il dit, que dans ce Sa­
crifice il fe fit expiation des pechez fans effufion de fang : puis
qu’vne des Victimes qui le compofoit eftoit égorgée j & que
fôn fang eftoit porté dans le Sanduaire. Que s’il y en auoit
vne autre j qu’on laiffoit viure, & qu’on offroit fans la faire
mourit : c’eftoit pour fignifier la perfection du Sacrifice dc
lefus-Chrift, qui ne pouuoit eftre bien reprefentée par vne
feule Vidime. Car lefus-Chrift Homme eftant composé
d’vn Corps mortel j & d’vne Ame immortelle, comme ila
donné fon Corps à la mort auec effufion de Sang, auffi a if
mis fon Ame toute viuante en oblation pour le péché. C’eft
* ' pourquoy fon Sacrifice au regard de l’oblation de fon Corps
eft bien reprefenté par le bouc qui eftoit égorgé : Car comme
le Sacrificateur en portoit le fang dans le Sanduaire, pour
nettoyer les fouillcurcs des Enfans d’Ilraél: Ainfi le Sang de
lefus-Chrift par lequel il eft entré dans le Sanduaire du Ciel,
Le«it,i6 nous nettoye de tout péché. Et comme la chair du bouc,donc
28.
jc fông eftoit apporté pour le.peché par le Souuerain Sacrifi­
cateur dans le Sanduaire, eftoit bruflée hors du camp:PaUr^. 13.11 reillement aufsi Iefus afin qu'il fanclifiast le peuple parfon propre
fang, afouffertbors laporte. Mais fon Sacrifice au regard de l’oblation de fon Ame a efté figuré par le bouc, qui. eftoit offert
tout vif: Car comme celuy-cy eftoit enuoyé au defert loin de
la Congrégation & de la veué du peuple, chargé portant
de tous fes pechez, comme fi on l’eult enuoyé hors du mon*
des Ainfi Dieu afait venir fur lefus-Chrift l’iniquité de nous
z* ’ cous, quand il a mis fon Ame en oblation pour le péché; &
lefus-Chrift en mourant a enuoyé fon Efprit hors du monde ,
loindc la focietédes hommes.
Enfin ie ne fçay pourquoy le Bachelier oppofe les Sacrifie*

ces abfolus aux’commemoratifs, difant que ceuxda font bien
corrjoinds auec l’effufion du fang, mais que ceux-cy font non
lànglans, & qu’ils ne demandent point l’immolation reellc
de la Vidime. Cette d'iftindion eft fauffe , & fort mal appli­
quée au fujet dc noftre Controuerfe. le dis quelle eftfaufscr
Carie Sacrifice de la Pafque n’eftoit-il pas commémoratif?
Certes Moïfe i’affeurc expreflement, quand il parle ainfiaus

dixiéme Refponfe,

6-jgy

Iuifs. Ce jour vousfera en memorial, & le celehrere\ pourfejlefo- ëxod.cs'.
lemnclle à F Eternel envos aages -, & quand vos enfans Vous diront, ’4« 26,

que vousfignifie ceferuice icy ? lors vous refondrez,, cefi le Sacrifice *1*.
de la Pafque d F Eternel, lequelpaffa en Egypte, par defus les maifons
des enfans d’ifraël, quand ilfrappa l'Egypte, & preferua nos maifons.
Cependant ce Sacrifice eftoit fanglant, & conjoint auec litnmolation&occifionrcclledeIaViélimc:Car on eftoitobli- Deut.xG.
gé.de l’égorger fur le foir; & comme le fang de la première 6.
Pafque feruit pour arroufer le furfuëil & les deux pofteaux des
maifons des Ifraëlitcs : auffi celuy des autres eftoit refpandu îCron.tf
furies Autels. Il n’cft donc pas vray ce que dit Maiftre Chi- h.
ton, que les Sacrifices commémoratifs fe font fans épanche­
ment de fang, & fans immolation reelle de la Viélime : Mais ’Bdlarm:
il eft vray ceque difent.vos Doéleurs, qu’il eft requis pourvn
I,<^
vray Sacrifice, que ce qui eft offert à Dicii cn Sacrifice foit
entièrement deftruit, & qu’il celfe d’eftre ce qu’il eftoit aupa-21‘
rauant.
le dis auffi que cette diftinélion du Bachelier eft fort mal
appliquée au fuiet dont il eft queftiô : Car posé quelle foit vé­
ritable, & que les Sacrifices commémoratifs fe faffent fins
l’occifion reelle de la Viélime , il confeffc donc qucl’Euchariftie n’eft qu’vn Sacrifice commémoratif; & c’eft dequoy
nous fommes bien d’accord aucc luy : mais qu’il voye com­
ment il fe mettra à couucrt de la foudre du Concile deTrente, Co*e,l,!4
qui prononce anatherne contre celuy qui dira que le Sacrifice
de la Mcflc eft vne fimple commémoration de celuy de ia2î*
Croix.
z
L’autre raifon par laquejle i’auois préuenu cette diftin€lion de Sacrifice non fanglant, fe réduit à cét Argument.
Si dans la Meffe lefus-Chrifi estoit immolé parvn Sacrifice
nonfanglant, on ne pourroit pas dire de ce qui efi dans le Ca­
lice, que cefi réellement fon Sang qui efi refpandu pourplufleurs, ny que ce Sangfoit réellementfeparé defon Corps.
Or on vous dit que ce qui efi dans leCaliceefi réellement lefang
de chrifi, quiefl refpandu pour plufieurs-, çf que cefang efi
réellementfeparé defon Corps.
Doncques 1efus ■ Chrifi n efi point immolé dans laMeffepar vn
Sacrifice nonfanglant.

69ô

Defenfe delà

Pour expliquer facilement cét énigme, qui vous femble
fi difficile, il l'uffira » dit le Bachelier de vous dire, que le San"
contenu dans le Calice eft vrayement refpandu, à caufe qui­
ttant confacré feparement du Corps, il reprefente par fon in­
ftitution le mefme Sang versé fur le Caluairc. Et il n’y cft pas
feparé du Corps, parce que le Sang, quoy qu’il foit dansle
Calice fous les efpeces duVin: ncantmoins c'eft le Sang d’va
Corps viuant,qui doit eftre dans le Corps contenu des veines,
comme eftans leurs vaiffeaux propres Sc naturels.
Il n’y a point d’enigme dans mon raifonnement : puis qu’il
n’y a point d’ambiguité dans mes paroles: Mais Monfieur le
Bachelier fe voulant desfaire d’vne contradidion, s’embarraffe en plufieurs. Car il vous donne vn Sacrifice non fan­
glant,dans lequel pourtant le fang de la Vidime eft vrayemét
refpandu; vn fang vrayement refpandu, 8c qui ncantmoins
cft tout dans fes veines ; vn fang contenu dans fes veines, &
qui pourtant eft confacré feparement du corps; vn Sang qui
eft dans le Calice comme dans vn Vaiffeau artificiel, & qui à
mefme temps eft dans fes veines comme dans fes vaiffeaux na­
turels ; vn Corps viuant qui a tout fon fang dans fes veines, &
à mefmc temps réellement Sacrifié, puis que fon Sang eft
vrayement refpandu ; vn Sang qui eft tout fous les efpeces du
Vin feparé du Corps, &qui neantmoins eft tout enfemble
fous les efpeces du Pain dans leCorps. N’eft-ce pas jouer à
la carebaffe, côme ceux qui difent qu’il eft dehors,qu’il eft de­
dans , qu’il eft dedans, que non, que fy ? N cft-ce pas remplir
d’abfurditez les Myfteres de la Religion, & faire pafler des
contradidions pour des miracles ? Quant a moy , quand ic
confidere l’explication que le Bachelier donne de ces enigmes, ic n’ay pas moins de peine à comprendre des chofesfî
contradidoires, qu’à conçeuoir que le blanc eft noir , & que
le noir eft blanc, que la lumière eft tenebres, & que les tene­
bres font lumière ; & de quelque cofté que ie les regarde, i’y
defcouure des erreurs, qui ne peuuent s’accorder aucc la vé­
rité.
Car premièrement, fi ce qui cft dans le Calice hors dé
l’Hoftie,eftoit le mefme Sang de Chrift qui eft dâs fon Corps:
le Sauueur auroit ordôné vne adion fuperflué, quand il com-



.....

manda

dixiéme -Refionfi.

6%i

manda à fês Difciples de boire fon Sang dans h Coupc, puis
qii’iîs l’auoient défia pris en prenant fon Corps; & lesApoAres auroient pris deux fois le Sang dc Chrift dans vne feule
Communion, vne fois dans le Calice hors du Corps, 8c vne
autrefois dans le Corps hors du Calice.
Secondementcommentpeut-on dire auec vérité que le
Sang qui eft dans le Calice feparé du Corps eft le mefme fang
de Chrift qui eft dans fon Corps? Car l’vnité confiftedans
l’indiuifion ; 8c ce qui eft vn ne peut eftre feparé de foy-mef­
me: Puis donc que le Sang qui eft dans le vaifteau artificiel
du Calice, eft réellement feparé dc celuy qui eft dans les vaifféaux naturels des veines, il faut dire que ce n’eft pas réelle­
ment vn mefme Sang.
En troifiéme lieu, fi le Corps de Chrift eft viuant dans la
Méfié, 8c tout fon Sang contenu dans fon Corps : comment
peut-on dire que le Sacrifice non fanglant dc la Meffe repre­
fente le Sang de Chrift verfé fur le Caluaire ? puis que dans le
Sacrifice de la Croix le Corps de lefus-Chrift mourut, 8c que
tout fon Sang coula hors dc fes veines ?
Pour vn quatrième, fi vn corps meurt réellement, quand
fon fang en eft réellement feparé, comment peut-on dire que
le Corps de Chrift me meurt pas dans la Méfié, puis que fon
Sang y eft feparé de fon Corps ? Dire qu’il demeure toufiours
Viuant, parce qu’il a tout fon Sang dans fes veines, c’eft efta­
blir la contradiction. Car fi vous pouucz dire qu’il eft viuanr,
d’autant que fon Sang eft contenu dans fes veines : le puis di­
re à plus forte raifon qu’il eft mort, parce que fon Sang eft
tout dans le Calice feparé de fon Corps. Ainfi pour adjuftet
les chofes, il faudra dire qu’il eft mort 8c viuant à mefmè
temps, c’eft à dire qu’il eft mort 8c qu’il ne l’eft pas.
Enfin quoy que le Bachelier puiffe dire, mon raifonnement
9 plus de force qu’il n’auoit auparauant.
Car tout Sacrifice dans lequel le farig délit Viftime est vrayentsntrefpandu, fi-feparé defon corps , & fon corps noyé dans
finfing, efi vn Sacrificefanglant,
Cr dans le Sacrifice de la Méfié lefang de Cfsrifi efi vrayemtni
refpandu
feparé defin corps y & fin corps noyé dans fin

" * fA)t&quand le Prefire méfié l’Hoftie auec le vin.
—.... — RRrr

§82

Defenje de fa

&oticqüi le Sacrifice de Lee Mcffe ejl vn SAtrijîce (ançlant',
LeBachelier ne trouuât point d’afÿle dâs l’Efcriture,a recours
aux Peres ;& pour prouuer que la Mefle eftvn Sacrifice Pro­
pitiatoire fans effufiô de fâg, les Pcres, dit-il, appellét ce My­
ftere le Sacrifice non fanglant. Comme Saind Cyrille d’A­
lexandrie, qui dit au Concile d’Ephefe,nous opérons és Egli­
fes le Saind, viuifiant, & non fanglant Sacrifice ; & le Syno­
de d’Alexandrie, qui dit au rapport d’Aubertin, nous parfàifons la Latrie non fanglante.
Tout cela eft vray, mais ces Peres n’appellent pas l’Eu­
chariftie vn Sacrifice Propitiatoire. 11 eft vray qu’il l’appel­
lent Latrie non fanglante: parce qu’en la célébrant en com­
mémoration de la mort de Chrift, ils rendoient à Dieu le fer­
uice Religieux, & l’adoration qui luy eft deué enreconnoiffancc de cette grâce. Ils l’appellent Sacrifice non fanglant :
parce qu’elle n’eft que la reprefentation ou commémoration
Chryfoft, du Sacrifice de la Croixjelle eft vn Sacrifice ou pluftoft com­
te. 17. memorationduSacrifice,comme dit Saind: Chryfoftome;
x» Hebr. gc la chair & le fang de ce Sacrifice, qui ont efté exhibez en
vérité dans la Paflion, fe célèbrent depuis lAfcenfion parvn
Sacrement de mémoire, comme dit Saind Auguftin. Mais
J ’ que fait tout cela pour prouuer que l’Euchariftie eft vn Sacri­
fice reel & Propitiatoire,
Les Peres des cinq premiers fieeles l’enfeignent, dit le
Bachelier. Car Saind Cyrille de Ierufalem en la Catechefe
5. Myftagogique parle en cctte forte. Nous prions & offrons
le Sacrifice en commémoration de ceux qui font morts de­
vant nous ; & vnpeu après, nous offrons pour les morts IefusChrift immolé pour nos pechez, rendans propice. &; à eux&
à nous l’Amateur des hommes. Saind Bafile en fàLiturgic
page 850. Receuez-nous, qui approchons de vos Au tels,afin
que foyons dignes de vous offrir ce vénérable & nQn fang la ne
^Sacrifice, tant pour nos pechez, que pour ceux de tout le
monde. Et Saind Auguftin au liure neuficme de fes confeffions dit, qu’on offrit pour fà Mere le Sacrifice de noftre Ré­
demption , le corps eftant prés de la fofle, comme on a acccuftumé défaire cn telles occafions. Vous voyez donc,conclud-il, en ces tefmoignages queles Peres ont offert Je Sacri-

dixiéme refponfe.

'

fice de la Meffe pour rendre Dieu propice 3 & pour obtenir la
remiflîon des pechcz 3 & la relaxation des peines, tant pour
les viuans que pour les morts.
Monfieur 1e Bachelier s’eft vanté de prouuer le Sacrifice
de la Mefle parles Peres des cinq premiers fiecles-.Ccpendanc
il n’allegue que troisDoélcurs du quatrième & du cinquième}
mais encore ce qu’il cite de leurs eferits, eft fuppofé, ou mal uTaeJf,
entendu: il faut donc efprouuer toutes chofes, & retenir ce $*2X.
qui eft bon , félon l’exhortation de fApoftre.
Pour Sainél Cyrille de Ierufalem, ie veux faire ce qu’il me Cyril. Cm
commande luy mefme, quand il dit, net’arrefte point à mes tecb- 12inuentions : car tu pourrois cftre trompé j & fi de chaque chofè tu ne reçois des tefmoignages de l’Efcriture, ne croy point
à ce que ie dis. Où cftl’Efcriture qui tefmoigne qu’il faut of­
frir Iefus-Chrift pour les morts, & leur rendre Dieu propice ?

Certes il n’en produit aucune, je dois donc croire que ce n'eft
pas luy qui parle de la forte ; ou fi c’eft luy qui a ainfi parlé , ic
ne dois pas adjoufter foy-à fes paroles.
Et certes ileft aisé à iuger que ce ne font pas des paroles
de Sainél Cyrille, par d’autres, qu’on reconnoift cftre infail­
liblement de luy. le ne veux pas contefter qu’il ne foit l’Au­
thcur des cinq Catcchefes Myftagogiques, qui luy font attribuées: mais ic dis que les paroles citées par le Bachelier, ôc
autres femblables ont efté fourrées dans fes Ouurages par
quelque Autheur qui n’auoit pas la mefine creance que luy,
Cariànsinarreftcràfcs propos interrompus, qui marquent
éuidemment la fraude de i impofteur : Quelle apparence y-a­
il que celuy qui a dit,que Chrift n’eft plps maintenant prefent Cyril. Cm
cn chair, mais feulement en Efprit au milieu de nous, aye dit tecb. 14,
<ju’il offroit Iefus Chrift en Sacrifice ? Auec quelle vray-fem- jllwui.
blance peut-on s’imaginer, que celuy qui afleure quenous
auons feulement cn cette vie la prefeription de la remiflîon Catceb.
des pechez, aye dit qu’il offroit Iefus Chrift pour les morts, iS.d/a».
afin de leur rendre Dieu propice? Certes il faut croire que
c cft vne mauuaife femence, que l’ennemy a femée dcnuiél
dans le champ du Seigneur ,diftingucz la donc d’auec le bongrain.
, . .£.♦

à Sainél Bafile , ie me contenteray de vous dite
R R r r 1j

69 4

Defenfè de la

a

Wafitu après vos Dodeurs, que la Liturgie qui luy eft attribuée,! efté
'Ptffewi fffort corrompue dans la fuite du temps par ceux qui n’ont pû
fc contenir dans les faindcsCcrcmonics preferites par les Pè­
res, qu’on y a changé beaucoup de chofes, adioufte beau­
coup d’autres, & ce qui eft vn plus grand mal,qu’on y a intro­
duit plufieurs fuperftitions. le ne m’eftonne pas que leBa­
chelier , qui retient toufiours les mauuaifes chofes, en aye cx* trait des paroles, qui fentent cette corruption.
Pour le regard de Saind Auguftin, ce que le Bachelier
allègue eft bien dcccDodcur : mais il faut l’interpreterpar
luy-mefme. Remarquez-donc premièrement, que le Sacrifi­
ce de noftre Rédemption dont parle Saint Auguftin, n’eft au­
tre chofe que l’Adion de Grâces, & la Commémoration du
Sacrifice que lefus-Chrift a offert pour noftrc fàlut:Car comin mc dit luy-mefme, noftre Seigneur Iefus Chrift eft connu, il
a voulu que noftre falut fuft en fon Corps & en fo'nSang^ La
Chair & le Sang de ce Sacrifice fc celcbrent depuis fon Afyittg.orat fenfion parvn Sacremét de mémoire ; & nous n’offi os pas dc
cont.j»i. nos mains la chair : mais de cœur Si de bouche nous offrons la
cap. ÿ» louange.
Remarquez en fécond lieu que les Anciens Peres, outre la
commémoration de la mort dc Chrift, fource denoftre.vic,
faifoient aufti mention des Martyrs,& des Saints, qui eftoient
morts au Seigneur, & qu’on offroit pour eux ce Sacrifice Euchariftique auec d’autres oblations de charité, non pour leur
obtenir la remiftion des pechez, ny le foulagemcnt dcquelquespeines; caronfçauoit bien qu’ils eftoient en pofieflion
fenfepar- des couronnes ; mais pour rendre grâces à Dieu de leurs viticuliert doircs, pour célébrer la mémoire dc leurs vertus, & pour exdt la 6. citer les furuiuans à l’imitation de leurs exemples, comme
‘Rjfiopït nous auons cy-deuant remarque.
Confidercz en troifiéme lieu que Monique Mere de S.
Auguftin, voyant que félon cette couftume on faifoit dans la
célébration de l’Euchariftic mention honorable dc ceux qui
auoient terminé leur fainte vie par vne faintc mort : elle auoit
^- recommandé à fon fils auant que dc mourir-, non pas qu’il l’a
e.13. £jten{çUejjr3uec pompe, mais feulement qu’on fit mémoire
d’elle à l’Autel de Dieu. C’eft pourquoy Saind-Auguftin

dixiéme Re/ponfî,

98$

<Jit que fuiuant cette coufturne on l’enterra à l’heure des Prie-'
res, & qu’on offrit pour elle le Sacrifice, c’eft à dire qu’on cé­
lébra l’Euchariftie au temps de fes funérailles, non pour la ra­
cheter de quelque peine, ny pour luy obtenir la remiftion des
pechcz : Car Saind Auguftin eftoit bien perfiiadé que Dieu
luy auoit défia quitté toutes les offenfes, comme il le déclare
luy-mefine : mais feulement pour pratiquer enuers clic la couftume qu’on obfcruoit enuers tous ceux qui auoiét vefeu dans
l’approbation des fideles, & qui eftoient morts au Seigneur,
& dans la Communion de fon Eglife.
Si vous defirez fçauoir les raifons qui ont tionné lieu à la
nailTance & à l'cftabliffement de ccttç couftumc : Denys, qui
pafte parmy vous pour ce Philofophe Areopagite çôucrty par
Saint Paul, vous en dira quatre caufes,qui n’ont rien de côm- y;er^ty
mun auec le Sacrifice de laMeffe,& qui bien loin de l’eftablir, f
*
pourroient feruir à le deftruirç. Cela fo faifoit premièrement
afin que les viuans fuffent animez à limitation, & inftruits à.
bien viurc par l’exemple des bien heureux, pour mourir rcligieufoment au Seigneur. Secondement afin qu’on prefehaft
que ces Sainds n’eftoient pas morts, mais viuans, comme
ayans efté tranfportez de la mortà vne vie vrayement Diuinc
& Celefte. En troifiéme lieu pour montrer qu’ils eftoient
dans la fouuenance de Dieu, & de l’Eglife des fideles. En
quatrième lieu quand on mettoit furies Autels les venerable»
Symboles par lefquels on reçoit Iefus-Chrift, on faifoit in­
continent la deferiprion des S ainds, pour marquer leur vniy
indiuifible & tres-facrée auec Chrift.
Du temps de SaindAuguftin on en eftoit venu plus auant:
car en faueur des perfonnes dont la pieté auoit efté en finguliere édification à l’Eglife, l’on celebroit l’Euchariftie au iour
dç leur funérailles, pour faire vne prompte commémoration
de leurs vertus dans l’Aftemblée & Communion des fideles.
Quoy que dans cette pratique il y pouuoit auoir vn peu de va­
nité du cofté de ceux qui cn rccommandoient la Ceremonie,
Setrop decomplaifancedclapart de ceux qui I’obforuoicnt:
ncantmoins les Dodeurs ne l’ont pas côdamnéc, & ont trou­
uc plus à propos de la tolerer par indulgence,que de la retran­
cher par feuerité : parce qu’elle n’eftoit pas encore infedcc
' R R r r iij

6%6

Defenje èle la

d'aucune dangereufe fuperftition. Tellement qu’il en efl dé
cette pratique, comme de quelques antres, que Saind Airguftin confefle n’ofer pas improuuer auec liberté, pouréuiter les fcaldales de quelques perfonnes faindes, ou turbulen­
tes. Telle eftoit la couftume de quclques-vns, qui mettoient
leliurede l’Euangile fous leur tefte, quand elle leur faifoit
'i/faguft. mal: ce que Saind Auguftin loüoit de fon temps, non que
Trati. 7 l’Euangile fuft fait pour Cela : mais pour les empefeher d’auoir
m /ohan- recours aux ligatures. Telle fut îa recommandation d’vn
^22^* h°mrtie ’ 4U* ayant porte de la terre fainde de Ierufalem,pour
C/L/7 Det inettre dans fa maifon contre les efforts du malin efprit r apcap. 8. pella puis après des Euefques, & les pria de la faire enfouïr en
quelque lieu, & d’y dreffer vn Oratoire : ce quifut fait, parce
qu’ils n’y apportèrent point de refiftance.
Dans la fuite du temps on en vint iufqu’à vnzele fi aueugle pour ayder les ames des trefpaffez, que quelques-vns tafchoietde mettre lePain de l’Euchariftie dâs la bouche de ceux
Concil,6. qui cftoiét morts fans prendre la Cômunion, lefquels furent
can. 8?. condânez dans le fixiéme Cocile.D’autres après cette defféfc mettoient l’Euchariftie fur la poidrinedes trepaffez; & la
cpiufpart s’imaginerét que c’eftoit affez decômunier pour eux,
24
i.Cor. 15 comme dutemps de S. Paul il y cn auoit qui fe faifoient ba­
ptifer pour leurs amis deffunds, qui eftoient morts fans Ba2p.
ptefme. Mais enfin l’Eglifè Romaine a paffé iufqu’à cette fu­
perftition,de fairc de l’Euchariftie vnSacrifice ordinaire pour
les malades, afin de guérir leurs corps,pour les pécheurs afin
de faire l’expiation de leurs crimes en cette vie, & après leur
mort i il n eft pas mefmc iufques aux.beftes de feruice, en faweur defquelles on n’offre en facrifice non fanglant le Corps
de Chrift, qui n’a efté immolé que pour le falut des hom­
mes.
.
Sur cc que i’ay dit que fi cette immolation fè fait dans U
Mcffe fans la mort de la Vidime, ce n’eft qu’vn Sacrifice en
peinture j & que par confequent il n’eft pas réellement propi­
tiatoire rMonfieurle Bachelier refpondque cette eonfequencc eft fauffe,& que pour faire vn Sacrifice ’il n’eft pas toufiours
neceffaire que la mort delà Vidime s’enfuiue : pourueu que
la Vidime y foit prefente, comme elle eft dansle Sacrifice de

dixiéme Reftonfi

la fain&e Meffe, où Chrift eft prefent réellement & défait, &
non pas feulement en figure ,& qu’ainfi c’eft vn Sacrifice ef,
fedif,& non pas en peinture.
,
le n’ay pas dit que tout Sacrifice quel qu’il foit requicre la
mort de la Vidime : Carie fçay bien qu’il y a des Sacrifices
/pirituels & de reconnoiffancc, qui font agréables à Dieu fans
cette mort ; les Sacrifices de tEternel font Fefprit froijfî (fi le cœur
par vne rrifteffe félon Dieu, qui n’engendre point la 2.Cor. y.
mort , mais vne repentance à falut$ & nous deuons offrir nos t o.
corps en Sacrifice viuant à Dieu, qui ne veut point la mort
du pécheur, mais fa conuerfion & fa vie. Mais ie dis que tout
Sacrifice reel, externe & de propitiation, tel qu’on dit eftre
celuy de la Meffe, ne peut eftre ny reel, ny propitiatoirefans
la deftrudion reeile de la Vidime offerte ; & c’eft ce que nous
auons prouué par l’Efcriture, & par vos Dodeurs. Tellemêt
.que le Bachelier doit aduouër que le Corps de Chrift eft reelJement deftruit dans la Meffe ; ou dire que la Meffe n’eft pas
vn Sacrifice de reeile propitiation. Autrement s’il fuffifoif:
comme il dit, que la Vidi me y foit réellement prefente, fans
vne reeile deftrudion : on euft fait des Sacrifices réels fous la
Loy par la feule oblation, & par la prefentation des Vidimes
fans les immoler réellement j lefus-Chrift auroit efté réelle­
ment Sacrifié, quand Iofeph & Marie le portèrent cnlcrulà- tue aiaS
lem, pour le prefenter au Seigneur ; dés le moment defon in­
carnation il auroit fait fon Sacrifice dans le ventre de fa Mere:
Car comme Dieu dans cc Myftere luy a approprié vn Corps,
to?
pour le manifefter en Chair, aulfi lç Fils s’eft prefenté reeile- 57»
ment à Dieu pour faire fa volonté. Enfin il fe feroit Sacrifié
dans toutes les adions & pallions dc fa vie : puis qu’il prefen­
toit à Dieu tout ce qu’il a fait & fouffert pour fa gloire &pour
noftre falut. Neantmoins nous fçauons tous qu’il n’a efté fa­
crifié que quand il eft morf; qu’il ne s’eft dojyi£ foy-mcime
en Sacrifice à Dieu pour nous, que fur la Crq^t: parce que
c’eft là feulement que cette innocente Vidime a efté réelle­
ment immolée pour nos pcchez.
Quoy que ce foit des veritez inconteftables parmy les
Chreftiens : Je voy bien pourtant, que vous ferez difficulté de
, ics croire, parce qu’elles font débitées par vn Miniftre contre

£88

Deffenje de la

vn Miûïonnaire Preftre de voltre Eglife : Mais pour vous faire
voir, qu’il choque en cc qu’il die la creance de l’Eglife Ro­
maine, qui l’a honoré de ceCaraélere : le vousproduirayle
mefine raifônement que le CardinaFBellarmin a produit con­
tre ceux qui croyent, comme il fait, que le Corps de Chrift
eft immolé myftiquement & fans épanchement de fang cn la
Mefle par la confecration de Ion Corps & de fon Sang.
'BeP-wn.
Vn vray & reel Sacrifice demande la vraye mort & reelle
hb. i. de deftruétion de la chofe immoléennais la confecration ne caut-Miffd. fe point vne mort véritable & réelle, mais feulement myfticap. 27. qUe>
ceux-la ne fcmblent pas aflez bien refpondre, qui
difent que la confecration apporte d’elle-mefine vne vraye
mort : mais que la concomitance naturelle fait que la mort ne
s’enfuit pas véritablement : Car fila concomitance naturelle
. cmpefchela mort : par cela mefme elle empefehe le Sacrifice,
Comme fi au temps du Vieux Teftament le Sacrificateur qui
deuoit immoler vne brebis,eut frappé le coup : mais que quel­
que obftaclefiirucnant euft empefehé la brebis d’eftre tuée»
l’on ne pourroit pas dire que l’immolation euft efté accomplie
en effet, mais feulement en volonté. Iugez de là fi voftreBachelier ne deftruit pas le Sacrifice de la Mefle r puis qu’il nie
la vraye immolation du Corps de Chrift, & la ^deftruétion»
reelle de cette Viélime s & s’il eft vray-, comme il à dit cy-de­
uant, queTAntechrift tafehera d’anneantir la Mefle à la fit»
du monde : voyez fi vous n’auez pas droit de le regarder com­
me vnPrecurféur de l’Antechrift:puis qu’à l’immitation do
céc enfant perdu , il defploye tous les efforts de fa raifon,pour
abolir ce Myftere. ....l.
. Pour donc maintenir le Sacrifice de la Mefle, ilfautdirc
auec le Cardinal, que le Corps de Chrifty eft réellement de­
ftruit ; & c’eft ce que i’ay prouué par vne autre raifon prife des
principes de voftre creance , & que ie mets en cêtte forme.
TottjWtfoiwe qui ceffé d ejlre ce quil eji oit, meurt3 & ejl reelle*
ment deffrutt.

Or lejia-Chrift Homme dans le Sacrifice de la AdeJJè ceffé de*
JlreceqnileJloit.
Doncques ily meurt , &y ejl réellement détruit.

ta premièrepropofitionde ce raifonnementeft éuidente:
puis

dixiéme Refaonft,
£8$
puis que la mort eft la deftrudion des chofes virantes, & puis
que par la deftrudion reelle, les chofes qui font, ceftent d’e­
ftre ce qu’elfbs eftoient.
La fécondé eft de vos Dodeurs ,qui vous enfeignent que
comme parla confecration le Corps de Chrift prenant forme /,$. 7. de
d’aliment, eft ordonné pour vne deftrudion reelle: ainfi par 1a
manducation il cefte d’eftre ce qu’il eftoit. La conclufion cft cap. 27.
donc inconteftable félon les maximes de voftre creance.
Par où Von voir, dit le Bachelier, qu’Afimont n’eft pas
vn fi grand Philofophe, comme il s’en veut fairc accroirerparce que pour mourir il faut •efler d’eftre noq fculemét en deux
ou trois lieux, mais en quelque lieu que ce foit : autrement
nous mourrions toutes les fois que nous partirions d’vn lieu,
pour aller à vn autre. De là vient que le Diuin Sauueur poftedant toufiours fon Eftre dans la gloire du Paradis ne meurt ‘
point du tout, encore bien qu’il cefte d’eftre en plufieurs Hojfties confacrées.
le ne me fuis iamais pfequé d’eftre grand Philolophc :
mais ie n’ay iamais fi mal raifonne ,que Monfieur le Bachelier
yous veut perfiiader. le fpay bien qu’vn homme ne meurt pas
en changeant de lieu; la mort n’eft pas feulement la deftru­
dion de fa prefence, mais de fa fubftance s & quoy qu’il cefte
d eftre cn quelquelieu, il ne cefte pas pour cela d’eftre cc qu’il
eftoit. Mais ie dis qu’en quelque lieu qu’il cefte d’eftre ce
qu’il.cftoit, il faut neceftàirement qu’il y meure : puis qucla
mort n’eft que la deftrudion de ce qu’il eft. Puis donc que
dans le Sacrifice de la Mcffe Iefus-Chrift perd fon Eftre, il
faut neceftàirement qu’il y perde la vie j & puis qu’il conferue
/on Eftre dans le Ciel, il faut qu’il y foit viuant} 4c par confe­
quent il eft toufiours viuant dans le Ciel, & tous les iours il
.meurt fur la terre, comme confeftent plufieurs de vos Theologiens.. Mais eftrange Philofophie 1 qui accorde à mefme
,temps , eu vn mefme fujet, la vieôclamort,rEftrc8cIenon
Eftrei&comment eft-ce, dit Ladance, qu’vn Dieu peut eftre LaiïJ.i.
viuant en vn lieu, Sc mort en vn autre ?
h
Au refte, fiie fuis mauuais Philofophe tn raifonnantde
Ja forte, ie le fuis après le Cardinal Bellarmin, qui a raifonne
comme ie fay., pour prouuer la deftrudion rcelle du Corps de
SSss

699

Deffenfe de la

Zelhrm. Chrift dans le Sacrifice de la Meffe. Il eft requis,' dit-il*, pour
Ub. i. de vn vray Sacrifice, que ce qui eft Sacrifié à Dieu foitentiere. nicnt deftruit, & qu’il cefic d’eftre cc qu’il eftoit'auparauanr:
*7> 3* parce que le Sacrifice eft la plus grande proteftation que nous
z.
puiflîons faire dc noftrc fubjc&ion à Dieu. Or cette protefta­
tion requiert qu’on offre à Dieu non feulement l’vfàge de la
chofe, mais la fubftancc mefme ; & ainfi non feulement l’vfage, mais la fubftance doit eftre confirmée. Puis faifant appli*
^ellarm. cation dc cette maxime auSacrifice de la Meffe : La chair,ditUb. i.dc il, & le fang ne font propres à feruir d’aliment, fi premièrement l’animal ne meurt : Or la Chair & le Sang deChrift font
fap. i2.’ dans la Cene, comme viande & breuuage j lefus-Chrift donc
meurt par l’immolation. Accordez ces paroles du Cardinal
auec celles dc voftre Millionnaire, qui dit que lefus-Chrift nç

meurt pointdu tout.
Quelques-vns de vos Doélcujs plus fubtils, pour adoucir
ce terme de mort à laquelle on expofe lefus-Chrift dans la
Meffe, ont dit que le Sauueur n’y perd pas la vie naturelle ,
mais feulement celle des fens ; & qu’il n'y fouffr e pas la fepa’ration du Corps & dc l’Ame, mais feulement la priuation du
mouuemcnt, & des autres operations fenfibles.
Mais outre que ce n’eft pas vn vray Sacrifice, où la Vidi me ne fouffre qu’vne pafmoifô, &non pas vne mort véritable:
tout cela ne met pas les Sacrificateurs dans l’innocence, mais
les fait tomber du facrilege dans l’impieté. Car fi Iefus-Çhrift
fouffre la mort des fens dans la Meft’e, il y fouffre encore plus
que s’il enduroit la ihort naturelle :puis qu’il y eft dansl’impuiffance d’agir & de fe mouuoir, fié femblable à ccs Idoles
des Payens, dont la defeription nous eft faite dans l’Efcriture,
PC t «5. Car il y a vne bouche, mais il ne fçauroit prononcer vne
S, 6. 7. leule parole en faueur de ceux qui l’adorent j des yeux, mais il
ne peut voir les feruiccs qu’on luy rend; des oreilles, mais il
ne peut entendre les cri* de ceux qui l’inuoqtient j vn nez,
mais il nç feauroit flairer l’odeur des encenfemcns, dont on le
parfume ; des mains, mais il ne peut les remuer, ny pour ayder
fes fidèles, ny pour fc deffédre de fes ennemis • des pieds,mais
il ne peut courir au fecours dc ceux qui le reclament j & ne
fçauroit fe mouuoir d’vn lieu pour aller xifiter es Autels,fi on

nc leporcoitd’vneEglife à l’autre.

dixiéme Rcfponjè,
Jvlais il eft éuident, dit le Bachelier, que cette conlêquen-

ce n’cft pas plus légitimé que la prcccdente:d’autant que pour.
eftre priué de lâ fonction desfens ,;il faut qu’on n’en, aye l'vfa­
ge en quelquepart.qué ce (oit? Outre qu’on-nc fçait pas com­
ment ce Diuin Seigneur opéré en ce Sacrement: car tout ce
qu’on en dit, ne font que des fimples conjeélures.
Mais il cft manifefte que cette confequencc eft infaillible
pujs qu’elle eft tirée non des conje&urestrompeules, com­
me fii réplique du Bachelier, mais des principes connus par
les lumières de la railon & de l’Efcriture. En quelque lieu
que Iefus-Chrift foit, il n’y eft pas feulement en vie, mais aufli
en aélion : CarcommeleFere a vie en foy-mefme, aufsi a-il donne
au Fils £auoir vie enfoy-mefme. C’eft pourquoy coipmc le Pc-./^ 5.17.
re agit iulques à maintenant, encore qu’il fc foit reposé de.
l’œuure de la Création: aulfi le Fils agit auec luy, quoy qu'il
fe foit reposé de l’œuure de la Rédemption ; & fi en luy nous
auons la vie, le mouuement & l’cftrc, iln’eft pas polfible qu’il
ait en quelque lieu l’eftre& la vie fans mouuement. Si donc .. .
Iefus-Chrift eft dans l’Hoftie de la Mcflc fans lumière, fans
parole, fans aélion & fans mouuement, il faut de toute neceffné qu’il y foit priué de l’vfage des fens, & à la façon d’vne
idole muette & immobile.
>
-b Dire, comme dit le Bachelier, qu’on ne fçait pas cn quel­
le inanjerelç Diuin Seigneur opéré dans ce Sacrement, c’eft
confirmer mon dire : Car comment pourroit-il fçauoir de
■quelle façon il y agit,puis qu’il ne fçait pas mefme cornent ily
*1
xft ? puis que Je Corps de Chrift lelonja maniéré d’eftre qu’il T'uom.
4 en ee^Saçrçmçnt n’eft point perceptible à l’imagination j p. 7. 76.
comrne4it le Dpélcur Angélique è Et puis que l’imagination art. y.
nes enpcut former qu’vne idole, comme dit le Iefuïte Sua- ^uar. in
fez? Comment pourroit vn Millionnaire des Landes con jet*
etqrcr de quelle façon ilyopere : puis que vos plus fçauants *'
Dodeurs ûcnieurent d’accord qu’il eft incapable d’y faire au­
cune operation. Car ils déclarent que l’œrl de Chrift en ce Sw.r. m
Sacrcmct, comme il ne peut voir ies autres chofes,ne fc peut 3. Tom.
aufli voir foy-mefme, ny voir ion Corps; & quelemefmeeft
,de i attouchement, & de quelque autrefens que cc foit.
*1 J"icconnoiflenc îuc Çhpft félon qu’il exifte en FEuchari-

SSssij



Tem.iif} ftie n’ayart point d’cftcndue dans le lieu, quand mefme il n y
191.
^uroit point d’autre obftacle, cft incapable d’agir fur vne maticre externe, voire fur foy-mefme.
Us aduouënt que le Corps de Chrift, comme il eftence
/ <j.acrcmcntj nepeut naturellement eftre meu localement ny
par fa propre ame intérieurement, ny parla vertu motiuci'nintérieure, ny par foy, ny par accident.
Puis que tous vos Docicurs. reduifent le Fils de Dieu à
cette impuiftance, dans le plus vénérable Myftere de la Reli­
gion, qu’ils célèbrent tous les iours : Iugez fi les Payens ne
pourroient pas faire aujourd’huy auxChreftiens qui font dans
»
cette creance, le mefme reproche, que les Chreftiens faifoiet
autresfois aux idolâtres du Paganifine.
.
Puis qu’ils vous enfeignent que les fecrileges peuuent dé­
rober des Hofties confacrécs, que vous adorez comme Dieu}
Si que les forciers en peuuent abufer, pour exercer des choies
horribles:Nepourroicnt-iIs pas leur dire ce queLaban difoit à
3 r. lacob, Pourquoy as- tu defrobé mes Dieux ? Et les Payens ne pour30.
roicm^ils pas dire ccque Tcrtullien difoit des Dieux des Na­
tions dont les Romains auoient triomphé ? Pource qu’ils ne
Tentent rien, ils font impunément outragez, & eftans ainfi
outragez,fontadorez en vain.
.
Puis qucl’Eglife Romaine a fait ces Canons & ces Rei€»ncili% gleinens, pour ceux qui ont la garde de l’Hoftie, que Celuy
e. qUi n’a pas bien gardé le Sacrement, dont il eft aduenu qu’vn
rat, ou quelque autre animal l’a mangé, faffe penitence par
quarante iours j Et fi pat fa négligence le Sacrifice eft confir­
mé & réduit à néant par les rats, par les vers , ou par les araignes, qu’il faffe penitence pendant trois Carefmes au pain &
à l’eau : Les Infidèles n’auroient-ils pas fujet de dire ce que
Sarë n Earuc difoit de leurs faux Dieux
fi garentir de U
1 ’ fiiislleure ny de la •vermine ; quand les befies qui fortent de la terre
les mangent fils ne lefintentfas. Et ccque leur difoit Minitfius
M* > combien y a-il d’animaux muetis, qui iugent naturellétpadefta ment quec’eft que de vos Dieux : Les rats fçauent qu’ils n’ont
point de fentiment, fe pofent deffus ; & fi vous ne les chaffez,
font leurs nids en la bouche mefine de voftre Dieu. Et ce que
leur difoit Arnobe, Ne voyez-vous pasque fous les conCauiirb, 6. tez de ces fimulacres les rats & les fouris font "leurs nidé, & y

dixième Refpânjè.
habitent?'Ayez-donc enfin honte, & appfenez des beftes
brutes les voyez delà raifon.,
■ ’
q
Enfin, puis que le Pape Innocent III. ordonne*qu’en ‘Decret,
touteslesEglifèsPEucliariftic foit conferuée fous fidcle garde M.tit.w
auec des clefs, afin que nul n’y puiflc mettre la main temerai- c'*”renient, pour en exercer des chofes horribles & impies ; Puis,x,mw’
quo le Concile de Toutfsveut que tout Preftre ait vneboite, ccJZ.TJ»
ou vn vaifleau digued’vn fi gràndSacrement, où le Çorpsde r9n.
Chrift foit diligemment ferré; & que laditeQblationfoittou- /XX9«.
jours fur l’Autel enfermée à clef, à caulè des fouris &des
hommes maléfiques : Les Infidèles qui ne eonnoiffent pas le
Fils de Dieu, nc pourroient-ils pas vous dire, ce que 1$ fils de
Neria.difoit aux Iuifs touchant les dieux des Babyloniens $

Comme onferme les huystout autour de celuy qui a offensé vu Roj , çf Sar.S^y
qui doit efire mené à lu mort : aufsi les Sacrifcateurs munifflnt leurs
maifons de portes, deferrures & de verrottx, de peur que leurs dieux
ne foient. defpûiallezi des larrons -, Et ce qü’Ârnobc difôiü-aUïp
Payensklçibn temps ,.fi vous tenez pour chofe claire & mant-' 1AM
fefte >que les Dreux' Celeftes viueut & habitent dans lesrma^ ,81-V
ges, pourquoy les tenez-vous renfermez fous de très,-fortes
clefs , des grandes cloftures, des barres, desverroux, &éholèslèmblables, &Ies gardez aqec. mille gardes depeurque
H
quelque larrô ou voleur nodurne ne s’y gliflè.«Sï vous croyez
que û.dedans foit vos dieux, laiflczrleur prendre foitî-d^èuxA.
mefines ;& fi quelqu’vn par vne fraude temeraire- vient à les
defrober, qu’ils montrent la force, de leur diuinité», & qu’ils
puniflèuf les fitcrileges des peines conuenablcsau-moiiierit de 01 /bu.
leur larfecin.
efcl .01
Ce font vos Dodeurs, Catholiques Romains, qui fontles
autheurs de ces blafphemcs ; c’eft leur mauuaife Dodrine, qui
les met dans la bouche qui les pronôce; & nousliuï-poùuons. .A
dire.ee que Saint Paul difoit auxRomains dclpn-teinps à cau'»
fe de leurs mauuaifcs mœurs fe Nom de Dieu efl blafphemé a cati^-y^ j 2..
fe de vous .entre les GentilsSi donc: vos oreilles s’en lifcnncnt
offenfées, & fi yous cites marris des outrages, que fouffre le­
fus-Chrift entre les peuples,qui néfontqasdueorpjsdeaÇhreftiens : Rénoncezà la creance^ deux qui mettent lefFiis de
Pieu dans cette impuiflapçeyquicrpoifient derechef le SelSSss jii

<£94

ft

V.

Y,

'' Defenje de la

gneur, entant, qu’c n eux eft, & qui l’expofént toifs lesioiirsff
opprobre parvn Sacrifice, qui pour nnftre 'pas. fanglant ne.
laiffe pas d’eftre,injüricuxrà fa Gloitéi al n«p aine . nr ;ff
•• Lnfa dernierefaifon que i’ay employée^our comhaittrerc
Sacrifice, cft prife de la valeur infinie du Sacrifice qire-IefusClilift a offert fur la Croix.
.
..

fijuandla ji/ftlce deDieu efifatisfiiit(,ilneftplusbefoindeSa-

f.. c..

Cfifictpour Fappaifér , tfy. d’abl'AtionpQur obtenir. la. remifsion
. des pechez , lors que les pechez notesfont remis.
, .. Or lajuftice de Dieu a efté Jattsfaite par le mérité infiny de le
Iefus-Chrift t&il nous a obtenu la .remifsion des peche^ par'
fon vnique Sacrifice.
qan.J ùGubidpï
■' : f; 3 • Jl n’eft doncplus befoin de. Fafrira Dieu en Sacrifice prapitiat'- tofie, pour appaifierfitjuftice, ny pour nous obtenir la remifsion'.
P*'
despechcf
: :
:

La première propofition de cct Argument eft .de l’EfCriture ; Car Dieu ayant dittouchant l’Alliance de Grâce, le
Heb. io. naurayplusfouuenance deleurs pechez ny de-leurs
Apo*
17.18. ftre adjoufte Or la ou tly a remifsion de ces chofis , il ny a plifS-d'a*
blationpour lopeché.
Heb. 10, <• Lafeconde eft auffi de l’EfcritureCar la.Lcy.fiayant que
1.4. Iombre detsfiiens'àvsnir, (finon point la -.viue image fis. tbafic, ’ n’d
pûfiamuu par les mefines Sacrifices ,lefquels on offrait continuellement
fattflifier'céux-.qutsyadreffoienty (fi il eftoit tmpofsibie que ls fang dey
taureaux (fi des.boucs oftâtles pechez. Mais Chrift s’eftant offert
Spb. 1; foy-mefiné enSacrifice dé incritc infiny,c» luy nous auons redeff
Htb. io. fiarfpn SaftgfafçÀttoirremifsion de nosoffenfes.-, &cpadfâfifin^
10. 14. nous auons eftéfânttifez, àfçauoir par l oblation vne feulesfois faite
defon Corps :.car,par vitefeule 'oblation ila confacré pour, iamatfieux
quifontftnetifteff, com me dit l’Apoftre >& pàr fàmort ,;quieft
^«£.£4; Je îlçul vray; Sacrifice offert pour nous,, il a purgé, aboli, &
deTrin.c. cfteinttouc ce qffily auoitdéxoulpes y cornme dit S. Augui
.x

La.conclufioneftdoncvcritableyàfçatiôirquenonsn’a.«ons plus befoin d’aucune autre immolation de lélùs-Chrifb
CarpourquQyJ’Qffrirpourl’expiatidn des pechez,veu qu’il à
fuftfatamment,expié tous les pechez du monde?; Pourquoy
4’offïîr eu Sacrifice piopitiacorre:, pour appaifçr. Dieu , qui

dixiéme ‘refponfe.

695

n’eft pîuS- irrité ? Pour fàtisfaire pour des «crimes, qui"font
défia pardonnez
pour purifier des confçiences qu’il.a fantfrifiées ?



-n ' Si cctte façon de raifonner âuoit lieu, dit le Bachelier, il

•*

•- «

s’enfuiuroit d’eftrangesabfurditez: Car ie pourrois dire,com­
me nous auons défia dit, que fi Iefus-Chrift a fatisfait àla
-Croix pour tous nos pechez, donc il n’eft plus befoin de Sa-crémtriéj de Prédication de Foy, de-Prières, ny jnefmc
d’Efcrftïirc.
Et nous auons défia dit que cette confnquence eft fort
mal tirée d’vn principe qui eft fort bon: tout ce que vous en
pOuuez induire, c’eft que toutes ccs chofes ne font pas neccffa ires pour fàtisfaire à la Iuftice de Dieu, parce que Chrift l’a
•pleinement fatisfaité; ny pour nous acquérir la remiftion dej
pechez, parce que Chrift nous la procurée par fonmeritei
Mais il ne s’enfuit pas qu’elles ne foient neceffaires pour d’autresvfàges. En effet Dieu nous a donné l’Efcriture, pour
îiOHsreucler fes veritez. Cclcftes : car fa parole cft vérité ; il à Itiin l7*
cftabli la prédication de la parole, pour nous npcinerà ia-foy i ‘7*
Car la foy eft de l’ouié de la parole de Dieu; la priere, pour THjm. 10
luy demander la communication de toutes fes grâces: car cl- ’7«
les ne-nous couftent quç le demander ; les Sacrcmcns pour M4/.7.7
nous confirmer en la foy de fes promefles : car ccdont dcs ™ fçeaux dé la iuftice dç la foy. Mais il n’eft befoih de rien
*’*
de tout cela, pour meriter quelque chofe de Dieu: parce
que Chrift nous a mérité tontes chofes.
:
Auffi le Bachelier voyant bien que cétrc refponfe n’eftoit
paè fatisfaifànté;,aduoué ceque ie dis,. &a recours à vne di•ftindion, qifil trôuuefOrt commode,"puis qu’il l’applique à
doutes fortes de fujets. C’eft pourquoy il faut remarquer,ditil, que cette confequencé peut auoir deux fens bien differens,
dont Ivri-eft vray ,&l’autre eftfaux. IIeft vray qu’il n’eft plus •
befoin d’immoler fânglâm ment leCorps de lefus- Chrift pûuî
ifceriter noftre Rcdéprion :païcê que leSacrificc de la Croix . ’ ’*
a efté fi riche,-fi précieux, & fi excellent, qu’il a efté plus que
fuftftàntpour racheter tous les hommes. Mais il cft fâuxqu’il
ne foit pKis bcfojn d’immoler non fanglammont le Corps du
Sauueur,pouf- nous appliquer là valeur
mérités du Sacrri
fice-de la Croix.

Defenfe de Ia,
I’ay fait voir ey-dcuantfabfurdité de Certçdiftin&ion de
Sacrifice fanglant & nç>n fanglant ? en ce.qui regarde!,expia,//fL p. tion des pechez : d’autant que fans effufion defang il ne fi fait
J2.
feint diremifsion,commedit l’Apoftre. Maintenant iedevnande à Monfieur.le Bachelier, fi quand il célébré U Méfie, il ne
croit pas Sacrifier réellement le Sang de lefus-Chrift fous les
cfpeces & apparences du vin, auffi bien que fa Chair fous les
apparences du pain. S’il ne le Sacrifie pas.reejlcmçnt, il n’eft
pas à demy Sacrificateur de lefus-Chrift : puis qu’il ne Sacri­
fie que la troifiéme partie de fon humanité, à fçauoir fa ohair»
Luc. 22 &qu'ilne facrifié point fon fang,dans lequel pourtant le Sau20.
ueur a eftabli le Nouueau Teftament. S’il facrifié reel/ement
ce Sang, comment dit-il qu’il immole lefus-Chrift nonfanglamment ? Il ne peut pas dire qu’il facrifiç;le Sang fans le ref.
pandre: car quand il le boit , n’enfmglantc-il pas fa bouche,
& ne le refpand-il pas çffediuement du Calice dans fon eftowaeh ? Bien plus, il enfanglante le Corps mefine de lefusChrift : Car après l’auoir mis en trois pièces, il les rnefle & les
• aualeâuecfon propre Sang.

' ..
le veux que les apparences du vin couurent cette efFufion:
elle ne laifle pas pourtant dc fe faire : puis que ce n’eft pas la.

\
.

fubftance du YÎn, mais celle du Sang, qui eft réellement ef• n pànduë. :- j : ■
; • i: -,
... j ?■..
‘ ‘r‘ . Qu’il ne die donc plus qu’il n’eft pas Capernafte.-: puis

qu’il a des penfées plus groffieres que ccs Difciples char­
nels, qui quittèrent la Compagnie du Fils dc Dieu ,quand il
leur parla de leur donner fa Chair à manger & fon Sang à boi­
re. Qu’il ue die: plus qu’il immole le Çorpsde Chrift no»
fanglammcn’t : puis qu’il en croit empourprer tous les iours
fes leures, de forte qu’il n’-ofecoit les efluyer après l’auoir bç»,
dc peur qu’il en reftat tant foit peu dans le linge. Qu’il pe die
• pins que c’eft vnSaCrificenonfàngla.ut>;v'n-Myftere dçftelir
gion : ce nè font que des paroles dont on; fe fért pour couurir
^Ktorin vn myftere d’iniquité. L’on vous dit que dans ce Myftere leTnrntau fus-Chrift vous fert fa Chair & fon Sang à plats couuertsj
de ^»-q.fon ne mange pas fa chair à belle dents, ny fous & propre
çfpcce, mais qu’on l’auale fous îcfpece du pain\ & qu’on y
boit le fàng fous îeipéfc du. vin. Mais vn homme eft il moi as

.’•?

ttuql

'dixiéme Refponfe,

'697

cruel d’aualer delà chair humaine en pafte fans lamafcher,
que s’il l’a mafchoit auec les dents? Et de boire du fang hu­
main defguiféfous la couleur du vin, que s’il le beuuoit en fa
couleur naturelle ? Certes ce ne font que des voiles & des beU
les apparences, pour cacher l'horreur d’vn fair, qui ne tient
rien de l’humanité. Si donc c’eft par Religion qu’on facrifîe
Iefus-Chrift, c’eft vne pieté aufti inhumaine que celle d’Ar->
themife, qui auala les cendres dè fon mary deffunél, pour le
mettre proche de fon cœur; & aufti cruelle que celle dccc$
nations barbares, qui deuorent leurs parens quand ils font
vieux, pour leur donner des tombeaux viuans.
Enfin qu’on ne die point qu'il eft befoin d immoler touslcs
iours le Corps de Iefus-Chrift non fanglâment, pour nous ap­
pliquer la valeur & le mérité de fon Sacrifice. Car cette applicatiô fe fait par le mefme Sacrifice, ou parvn autre que celuy
de la Croix-.Si c’eft le mefine Sacrifice que celuy de la Croix,
ii fc reïterc donc tous les iours;il nc peut donc auoir d’cfficacc
que par fà réitération ; & s’il nc peut eftre appliqué fans eftre
réitéré,que deuiendront les fideles à la fin du monde,Iors que
cc Sacrifice continuel fera aboli par l’Antechrift ? fi ce n’eft
pas le mefme Sacrifice que celuy de la Croix : Vous obtenez
donc la remiftion des pechez parvn autre Sacrifice que celuy
qui a refpandu le Sang de Chrift 5 & Celuy que Iefus-Chrift a. •
prefenté immédiatement à Dieu* par PEf prit Eternel, s’eftant
offert foy mtffme fans nulle tache, receura fa vertu & fon effi­
cace de celuy qui eft offert par les mains des hommes fouillez
de péché.
. ., • ù
.
Enfin s’il faut tous les iours Sacrifier lç Corpsde Çhrift*
pour nous appliquer le mérité du Sacrifice de la Croix: il fau- $
dra donc aufli par mefine raifon le faire naiftre derechef, & le .
fairc entrer tous les iours dans le ventre.de fa Niere, pour nous,
appliquer la vertu de fa Naiflancê. Il faudra le faire inourm
chaque iour, pour auoir partait mérite de fà mort; il faudra,
tous les iours le faire reftufeiter afin de fentir l’efficace de fà
Rcfurre&ion : Car comme l’Efcriture dit, qu’il s’eft donne
foy-mefme pour nous en Sacrifice à Dieu : aufti dit-elle, qu’il
cft né pour nous, qu’il cft mort pour nos offenfes , & reffufçi- Efaye.
<épour noftre iuftification. Gomme donc vous comprenez,

TTtt

t

deffenfe de Ia

bien qu’il n’eft pas befoin 411c Iefus Chrift haifle, ny qu’il
meure, ny qu’il reflufeite tous les iours pour nous appliquer
le mérité de fa naiflancc, de fa mort & dc 1a refurredion: Vous
deuez iuger de mefme, qu’il n’eft pas befoin de leSacrifier
tous les iours, pour nous appliquer le mérité de fon Sacrifice;
aufli n’eft-ce pas le moyen que Dieu nous a preferit, pour faire
cette application.
Voulez vous fçauoir quels moyens Dieu a eftablis, pour
nous appliquer ce Sacrifice que Iefus Chrift luy a offert pour
nous, & pour nous faire participer à la Vidime offerte, c’eft
à dire manger fa Chair, qu’il a donnée pour la vie du monde,
& boire fon Sang, qui a efté refpandu pour plufieurs. Le pre­
mier c’eft fa parole: Car comme dit le Seigneur luy mefme,
7ea6.6^. les paroles que ie^ous dufont Efprit & vie : Ceftluyquieftcenauré, duquel nous beuuons le Sang, quand nous reccuonsles
Or/ç. ho. parolcs de fa Dodrine, comme dit Origene. Tellement que
ij.wïVw fes paroles mefmes & fes difeours lont la Chair & fon Sang,
l z au^luc^s quiconque participe, en eftant nourry comme du
de Theoï. Pa*n du Ciel, eft participant de la vie Celefte, comme dit EuEcilef. c. Ibbe de Ccfarée. Le fécond eft l’Euchariftic : car comme
12.
dans cc Myftere nous célébrons la Chair & le Sang de ce Sa­
crifice par vn Sacrement de mémoire lelon Saind Auguftin :
le Seigneur nous y commande de manger fa Chair & de
î?*/’/* boire fon Sang, par vne figure, qui nous enjoint decommuChr^f. niquer à fa Paflion, & dc mettre agréablement & vtilemcnt
I(5.
en noftre mémoire, que fa Chair a efté crucifiée & naurée
pour nous, comme dit cc mefme Pere. Le troifiéme c eft la
foy , qui procédé de l'a parole, &qui eft côfirmée par le Sçcau
7^em. 3. du Sacrement : Car comme Vieu Pa eftably pour propttiatotre par
™rf 34* la foy au Sangd'iceluy, ainfi que dit S.Paul,c’eft à dire par la foy
de fa Paflion , comme Fentendenr vos Dodeurs : aufli eft-il
vray qu’il habite en nos cœurs par la foy, comme dit 1e mclme
cno^yfi Apoftrc : car par la foy nous receuons Chrift, afin qu’il paroracô.tn uienne iulques dans noftre conclaue, c’eft à dire dans noftre
d»«f.
cœur, & par la foy aufli nous le retenons afin qu’il y demeure,
urLj. 14 comme dit Saind Grégoire de Niffe. Car nota auons efté fatts
.
participans d’Cbrifi, dit Saind Paul, voirefi nous retenons firme
U commencement de nofirefubjjisnc^iufques à la fin, Quel eft ce

dixiéme Refponfe,

6$9

Fondement de la fubfiftence, dit Saind Chryfoftome? c’eft la Cby/J»,
foy, par laquelle nous fubfiftons, & fommçs pour ainfi dire
confubftantiez. Mais le principe qui nous fournit tous ces
moyens falutaires, c’eft le Saind Eiprir. Il eft vray, comme
dit Saind Paul, que Dieu a enuoyé fon Fils en forme de chair Rm.g.j
de péché, & pour le péché, afin de condamner le péché enla
chair, & c’eft ce qu’il a fait dans l’oblation de fon Sacrifice:
mais c’eft la loy de l’Efprit de vie, qui eft en Iefus-Chrift, qui Bom.S.2
nous a affranchis de la loy du péché &fde la mort, comme dit
le mefme Apoftre. Et parce qu’il nous fait fentir la vertu &
l’efficace de fa mort dans l’Euchariftie, nous pouuons dire de
ce Sacrement ce qu’vn de vos célébrés Cardinaux a dit de ce­
luy du Baptefine. Lç Sang de Chrift, dit - il, dans le Baptefme nous laue par maniéré de caufe méritoire & morale : mais ron
c’eft le Saind Elprit qui nous laue par forme de caufe cfficien- lartfrtni
te, en nous appliquant les effets du mérité du Sang de Iefus- tion dit
Chrift, & opérant en nous la remiffion des pechez, & l’cffaçeure des tâches de nos ames, dont le droit nous a efté acquis
par le mérité de cc Sang. Ainfi difons-nous, que dâs le Sacremet de l’Euchariftie, la Chair & le Sang de Chrift, qu’il a of- * "
fert à Dieu fur la Croix , nous fauuent & nous viuificnt com­
me caufe méritoire : parce qu’il nous a mérité le falut & la vie
pas le Sacrifice de fa mort : mais le Saind: Elprit nous fauue
&c nous viuifie comme caufe efficiente, en nous appliquant la
vertu de ce Sacrifice pour la remiffion des pechez, & pour la
fandificatioû de nos amesj Et c’eft pour cela que S. Pierre
dit que nous lommes ejletuen fanctijication diEjprtt, par /’afper- j.Pierzî
/ion du Sangd; Iejus-Cbrifti Stiiuez donc l’impulfion de cette 2»
caufe , &i’employ des moyens qu’elle vous fournit, & vous
fentirez l’application falutaire du Sacrifice de Chrift, fans
qu’il foit bcloin de l’immoler tous les iours. Gardez fa parole
& vousdemeurerez en fon amour - faites commémoration de
fa mort dans le Sacrement; Sc fi vous vous louuenez de lôn
commandement, il le fouuiendradelà promefte pour vous
donner la vie. Embraflez-le en croyant, & vous ne viendrez
point en condamnation ; foyez vnis à luy par l’Elprit, & il
vousreueftira de tous fes mérités,

TTttii

Defenje de Ia

VNZIESME DEMANDE
du sJWÏJfionnaire.
Vil fepeut lire que le Corps du Fils de Dieu n’eftpas
enclos dans le Pain, ny fon Sang dans le Calice, Cate­
chifme Dimanche cinquante-troifiéme.

O

ELA fe lift en plufieurs endroits par tous ceux quifpauentjire les Efcritures, & qui ont 1 Efprit de Dieu pour
les entendre : car félon le tefmoignage d’vn de vos Da­
teurs, la Bible a fôn Efprit, duquel il faut eftre animé, pour
l’intelligence de l’Efcriture. C’eft cét Efprit que &C.

C

SCOVTONS le Miniftre parlant contre l’Euchariftie :
mais efeoutons aucc eftonnement, voyant qu’il a 1e front
& l’impudence d’impugner vne vérité enfeignée de no­
ftre Diuin Maiftre cn termes clairs & formels, prefehée par
les Apoftres, eferite foigneufement par Sainél Paul, manifeftée parles quatre premiers Conciles Oecuméniques, expli­
quée par les Sainéts Peres, & tenue enfin de toute l’Eglife.
Eicoutonsauec eftonnement voyant ion audace à fouftenir
vne erreur & vne herefie condamnée en Simon le Magicien,
en Bcrenger, dans les Vaudois, & autres femblables Peftcs
de la Religion Chreftienne; voyant qu’il eft oppofé à fon Au:

E

onzième Refeokfe.

701

theur Caluin, qui aduoué en fon Inftitution liure 4. chap. 17»
que nous ne prenons pas moins le ligne que la chofe lignifiée,
oppofe à fa propre Confeffion, qui dit en l’Article 36. que
lefus-Chrift nous nourrit vrayement de fa Chair & de ion
Sang ; oppofe à toute la bande des Luthériens, qui affeurent
que le Corps dc lefus-Chrift eft dans le Pain, & le Sang dans
le Calice; voyant enfin qu’il eft oppofe à luy-mefine, puis
qu’il aduouc en la page 95.que nous receuons dans l’Euchariftie celuy qui eft l’Autheur de toute Grâce. D’où vient donc
qu’aprés cela il dit,que le Corps du Fils de Dieu n’eft pas dans
le Pain, ny le Sang dans ie Calice ?

Deffenfe du Catholique Informé,
CIEVX, foyez eftonnez de cecy, & ayez, horreur. Mon Jtrtm. 2.
peuple s’eftfait des Dieux: car o Iuda tu as eu autant de Dieux tî.crn.
que de Villes
toy Ierufalem tu ns dreffë autant d’Autels que ’3«
tu as de rués : l’hommefefera-ilbien des Dieux, difoit autres-fois
aux Iuifs le vray Dieu par fon Prophète lercmie. C’eft le
mefme fujet d’eftonnemét que nous caufe aujourd’huy la pra­
tique de l’Eglife Romaine : Car dans l’Ordination qu elle fait
de fes Preftres, elle leur donne le pouuoir de faire le Corps dc
Chrift; les Preftres fe vantent de le produire tous les iours en
autant de lieux qu’il y a d’Autcls, où ils celebrent la Meft’e;
vos Dodeurs vous enfeignent que le Corps dc Chrift eft mul­
tiplié fubftantiellement, non feulement autant de fois qu’il y
w
ad’Hofties, mais mefme autant de fois qu'il y a de points en
toutes les Hofties confàcrées; & après cette produdion & 2‘ ° ^2‘
multiplication du Corps de Chrift, faite par la confecration
des Preftres, on vous commande de l’adorer.comme Dieu.
C’eft de cela vrayement, que le Ciel & la terre, les Hommes
& les Anges ont fujet de s’cftôner ; de voir que les Chreftiens
adorent vn Chrift qui vient d’eftre fait par vn Preftre; vn
Chrift,qui dans cét eftat & dans le lieu où l’on l’adore, ne peut
fe voir luy-mefme, ny ceux qui l’adorent, ny ceux qui Font Su(tf ;
produit jyn Chrift qui eftant en vne infinité d’Hofties furla 2 77^,,

O

TTttjii

T)efenfè delà *

'

terre, ne voit rien pourtant de tout ce qui s’y fair,
**
Mais en cela mefme nous auons fujet de déplorer l’erreur
de ceux à qui le Dieu de cc fieele , qui eft le Prince des tene­
bres, a aueuglc les yeux de l’entendement. QuandlcfusChrift eftoit lur laterre, le diable voyant que tout le monde
couroit après luy, tafeha de l’ofter du monde, afin qu’il n’y
fuft pas adoré j & maintenant il veut fairc croire au monde,
qu’il eft en Corps fur la terre, depuis qu’il a éleue fonCorps
dans le Ciel, afin qu’on le cherche là où il n’eft pas, & qu’on
adore quelque chofe en fa place. C’eft pourquoy Iefus-Chrift
i /m î S
vcnu 5 pour deftruire les oeuures du diable, ayant de** ftruit ce meurtrier par fa mort, afin de nous deliurer delà feruitude de la mort, a voulu deftruire ce menteur par la vérité,
afin de nous deliurer de l’erreur;Et préuoyant bien que fa pen­
fée de la prefence & inclufion reelle de fon Corps dans les li­
gnes du Sacremet de la Cene feroit à plufieurs vn fondement
d’idolâtrie: il nous a voulu defcouurir ce myftere d’iniquité,
& nous a donné des aduertiftemens fi clairs fur cette matière,
que nous ne pouuons les ignorer làns tomber dans l’erreur.
Si c’eft vne Herefie de croire que le Pain de l’Euchariftie
tt’eft point tranfubftantié au Corps de Iefus-Chrift, ny le vin
en fon Sang : le ne trouue pas que Simon le Magicien ait ia­
mais efté condamné pour auoir eu cette creance ; le Cardinal
TeHarm. Bellarmin impute làns raifon cette Herefie aux Simoniensr
M. i. de puis que nul des Anciens, qui ont écrit des Herefies, ne les
Sacrum, accufé de cette erreurs & comment les auroit on pu condamEuchar. ner pour ne croire pas la Tranfubftantiation, laquelle n’eftoit
nullement connue de leur temps, & dont on n’entendit par­
ler, que plus de mille ans après? Mais i’ay bien leu que les
Eoiphan Marcoficns ou Marcites le vantoient de conuertir en fang le
/. tbtr. v*n blanc qu’ils mettoient dans vne coupe, par les paroles de
’ leur inuocation ; & vos Preftres fe glorifient de changer par
’ vne femblable metamorphofe, le Vin du Calice au Sang de
Iefus-Chrift, en prononçant les paroles qu’ils appellent del*
confecration.
Il eft vray que le Pape Nicolas II. fît condamner Berenger dans vn Concile qu’il affembla contre luy : parce qu’il
auoit parlé contre h Trajûûibûantiation : Mais dans ce mefine

dixiéme Refjwtfi,
70/
Concile il fut déclaré que non feulement le Sacrement, mais d//7.2. ia
le Corps mefme du Seigneur eftoit fenfuellement & en vérité c°n[icr.c.
manié parles mains des Preftres; & le Bachelier dit au contraire que le Corps de Chrift eft impalpable dans l’Hoftie, &
qu’il ne peut eftre touché. Qu’il aduoué donc ou que le Pa­
pe a erré en la foy, ou qu’il eft luy-mefme dans Terreur, puis
qu’il eft dans des fentimens contraires aux decifions du Pape
&du Concile.
Il cft vray que les Vaudois ou Albigeois furent condam­
nez de TEglife Romaine fur ce fujet : mais ce fut parce qu’ils
reprenoient hautement les erreurs & les vices de 1 Eglife Ro­
maine; & le Bachelier a tort de les appeller des peftes de la
Religion Chreftienne : puis qu’ils croyoient bien tous les Ar­
ticles du Symbole, qu’ils auoient des bons fentimês de Dieu, 7^
& qu ils viuoient iuftement deuant les hommes, félon le tel- in fimwut
tnoignage de vos Hiftoriens.
Il eft vray que les Luthériens croyent la prefence reelle
du Corps de Iefus Chrift dans le Pain, & de fon Sang dans le
Vin de la Cene: Mais quoy qu’ils foient dans l’erreur furcc
point, il y a pourtant cette différence entre laTranfubftan­
tiation Romaine, & la Confubftantiation des Luthériens;
c’eft que ceux cy ne croyent pas que le Pain foit le Corps de
Chrift hors de l’vfage du Sacrement; & dans l’vfage mefme
ils n’adorent pas le Sacrement, parce qu’ils croyent quela
fubftance du Pain demeure, & ainfï ils ne font pas en danger
d adorer la créature au lieu du Créateur. Mais vos Doéteurs
qui vous enfeignent qu’il faut adorer le Sacrement, ne vous
garentiftent pas de 1 idolâtrie : car d’vn cofté ils vous com­
mandent d’adorer les efpeccs du Pain & duVin auec le Corps
& le Sang de Chrift, qui en fo nt couuerts ; & ainfi vous font
tomber dans cét égarement dont parle Theodorct, quand il Tbeeior'.
dit que c’eft vne extreme folie d adorer ce qu on mange. Et
,n
de l’autre faifans dépendre l’effet de laTranfubftantiation de ':eneJ'
inftitution du Miniftre, & ne pouuans vous faire connoiftre
aucc certitude, quand ce changement fe fait, ils vous laiffent
toufiours en danger de n’adorer que du Pain au lieu du Corps
du Fils de Dieu. C’eft le danger que ie vous ay reprefenté
cy-deuant, & dont vos propres Dodcurs vous aducrtift'cut,

n

Dcfenje de Ia
mais inutilement : puis que vous ne pouuez y apporter duremede. C’eft qu’en la confecration, difent-ils, il peut arriuer
^JnCa». erreur, qui empefehe l’effet delà confecration, tellement que
la conuerfion du Pain au Corps de Chrift nefe faft'e point,
comme fi le Confacrant n’eft point Preftre, ou s’il erre en la
forme, ou s’il n’a point intention de confacrer j & l’afliftant
ne peut eftre certain que la Tranfubftantiation ait efté faite,
non pas mefme le Célébrant : parce qu’il ne peut pas fçauoir
éuidemment qu’il foit Préftre , d’autant qu’il n’eft pas afteure
de l’intention defon Ordinateur. De forte que s’il adore vne
Hoftie non côfacrée, laquelle il croit eftre confacrée, il com­
met idolâtrie. Ainfi dans ces accidens qui vous arriuent aftez
fouuent, nous vous pouuons dire ce que Saind Auguftin dil.iô.cant foit aux Manichéens, qui adoroient le Soleil, croyans que
Fauft, c. lefus-Chrift y refidoit fubftantiellement. Voftre erreur eft
롔
femblable à celuy des Payens, puis qu’il eft vray que vous n’a­
dorez pas lefus-Chrift, maisie ne fçay quoy que vous vous
eftes figuré fous le Nom de Chrift, en mentant pour vous
tromper vous-mefmes.
Après cela c’eft à tort que le Bachèlier m’accufe de dire
des chofes contraires à Caluin, à noftre Confeifion de Foy,
CaÏM.l.^ & à moy-mefme. Il eft vray que Caluin a dit que lors que
i*fhc.vj. nous prenons le Symbole du Corps, nous deuons eftre aiïcuftft. jo, ré que nous ne prenons pas moins le Corps mefme: mais iî
fait aftez clairement entendre luy-mefme, que comme ce
font des alimens bien diuers, nous les prenons aufti d’vne fa­
çon bien differente ; & que comme nous receuons le figne du
Sacrement par la main d u corps, d’autant que c’eft la nourri­
ture du corps, ainfi nous prenons la chofe du Sacrement par
la main de lame, c’eft à dire par l’operation de la Foy, parce
que c’eft l’aliment de noftre ame. Et c’eft ainfi que S. lean
fwi.ia. dit, que ceux qui l’ont receu, font ceux qui croyent en fon
y4mbr. ^om. C’eft ainfi que Saincl Ambroife veut que le fidele
w/v*ennc dans le Temple, côme Simeon, qu’il prenne le Chrift
'
* du Seigneur en fes mains, & qu’il l’embraffe par les bras de fa

Foy.
Ctnfcflion

II eft vray que dans noftre Confeftion nous difons que le5^. fus-Çhrift nous nourrit vrayement de faÇhair&defon San g,

orifjéme Ryjponfè.

7°5

à ce que nous foyons vn auec luy, Sc que G vie nous foit com­
mune. Mais nous déclarons aulfi, pour expliquer ce Myftere, Conflfon
que le Corps & le Sang de Iefus-Chrift ne feruent pas moins art, jy.
de manger & boire à l’ame, que le pain & le vin font au corps;
& qu’il faut apporter à laTable de Chrift vne pure foy comme
vp vailfeau, pour y receuoir vrayement ce que les fignes y teftifîent. Et c’eft ainfi que Iefus-Chrift a dit, le fûts le Pain de peà6.^y.
vie , qui vient à moy ri aura point defaim, qui croit en moy riaura ja mats foif. C’eft ainfi que Sainél Auguftin l’entend, quand
il dit, que croire en luy, c’eft manger le Pain vif, que quitra$croit cn luy le mange, 8c eft engraiflé inuifiblcment.
,a l0,?*.
Enfin il eft vray que i’ay dit'que dans l’Euchariftie nous
receuons Iefus-Chrift qui eft l’Authcur de toute Grâce : mais
ce n’eft pas pour fenclorre dans les fignes du Sacrement par
vne prefence corporelle , mais pour le mettre dans noftre
cœur par la vertu & prefence de fon Efprit. Car comme die
Saincl Auguftin, l’Eglifc qui cft le Corps de Chrift, nepeut
viure que de l’Efprit de Chrift. Tout cela donc ne m empef- tbukm.
che point de dire que fon Corps n’eft point dans le Pain, ny
fon Sang dans le Vin : Car pour le reccuoir il ne faut point
l’enfermer dans ccs élemens terreftres, mais il faut qu’il habi­
te en nos cœurs par foy, comme dit Saind Paul.
La première raifon dont ic me fuis ferui, pour combattre
cette prefence reelle, qui encloft le Corps de Iefus-Chrift
dans le Pain, & Ion Sang dans le Calice, eft prife de la natu­
re Sc vérité de fon Corps, & ic I’ay réduite en cette forme.

Le vray Corps de Christ est vifible & palpable y & a chair &
os par tout oit il efi.
Mats ce Corps quon dit efire dans fHofiie, ria ny chair, ny os,
& ne peut efire veu ny touché.
Ce riefi donc pas le vray Corps de Chri(t, qui efi dans fHoftie.
La première propofition de ce raifonnement eft de l’Ef­
criture ; car Iefus Chrift eftant reftùfcité des morts, pour
prouuer à fes Difciples , qui le prenoient pour vn Efprit, que
c eftoit fon vray Corps, 8c le mefine qu’il auoit auant que de
mourir, leur dit, voyez, mes mains & mes pieds : car cefuis-je moy- Luc
rnefme >tqfie^-mcy & Voyez,car 1>n efprit riany chair ny os, commet.

VVuu

y0(jvortf voyi^ qu: ('ty*

Defenje de là a
Et Saincl lean rend tefmoignage à h

i. 7<4«.i ,ncfme vérité, quand il die, ce que nous auons oüy, ce quenous

ï'

auons veu de nos propresyeux, d» que nos propres mains ont touché de
taparote de vie, nous le votes annonçons.
La féconde cit de vos Doâeurs, & voftre Bachelier nc l’a
nie pas, quand il dit, que le Corps du Fils de Dieu cft dans
l’Hoftie d’vne façon fpirituelle, c’eftà dire inuifible, impal­
pable , & fans aucune extcnfion locale. Il nc peut donc point
nier la conclufion.
Ncantmoins à ce raifonnement il fait deux répliqués:
par la première, il veut reformer mon Argument à la mode,
pour y pouuoir adjufter vne diftindion, ou pluftoft vne chi­
cane, dont il fefert à tous propos. Voila, dit il, qui éblouît
en quelque forte les yeux des ignorans : mais ceux qui ont
quelque intelligence cn l’art de raifonner, logeront aifément
que c’eft vn Paralogifmc, & vn Argument captieux : parce
qu’à fin d’en tirer quelque confequeqce,il faut refaire l’Argu­
ment en cette forte. Le Corps de Iefus-Chrift eft en tout
temps, & en tous lieux vifible & palpable, & a toufiours chair
& os. Or le Corps qu’on dit eftre dans l’Euchariftic, n’eft ia­
mais vifible ny palpable, & n’a point de chair ny d’os. Ce
n’cft donc pas le Corps de Iefus Chrift, qui eft dans l’Eucha­
riftie. A fçauoir, adjoufte-il, fi ccs deux propofitions lont
vrayes? Eft-il vray que le Corps de Iefus Chrift eft toufiours
vifible & palpable ? Eft-il vray que lors qu’il pénétra les portes
du Cénacle, qu’il paffa à trauers les pierres dufepulchre, il
eftoit vifible & palpable ? Eft il vray que lorsqu'il difparut des
deux Difciples d Emmaus, il eftoit vifible & palpable ?
. Maiftre Chiron eft vn eftrange Réformateur d’argumens:
I’ay dit que le Corps de Chrift eft vifible & palpable par tou t
où il eft; & il veut que ic die qu’il eft vifible & palpable en tous
les lieux où il eft: N’eft ce pas dire vne mefme chofe en ter­
mes diuers ? Mais au lieu de dire quelque chofc contre moy, il
fc contredit manifeftement luy-mcfme : car puis qu’il veut
que le Corps dcChrift ne foit point vifible & palpable en tous
lieux il entend donc que le Corps de Chrift eft localement
dans l’Hoftie ;& neantmoins il dira bien toft qu’il n’y a point
d’extenfion locale, & qu’il n’y occupe point de lieu. D’ail*

onzième Rcfponfe»

*70-7

leursapresauoir reformé mon raifônnenaoflt, comme vous
.auez veu, il dit que cette propofition eft faufle. Or le Corps
.de Chrift dans l’Hoftie, n’eft iamais vifible ny palpable:cependantil dira incontinent après, qu’ily eft d’vne fapon fpipàtuelle, c’eft à dire inuifible, & impalpable. Vifible & inui­
fible , palpable & impalpable, ne font ce pas des termes conjtradiéloires ? neantmoins il les nie & les affirme à mefme
temps au tegard d’vn mefme fujet î en quoy il s’embarrafle
•èftrangementluy mefme, & tait voir, qu’il n’y a pas moins de
peine à nier comme faux ce qui eft vray, qu’à fouftenir com­
me vray ce qui ne l’eft pas.
Mais, dit il, eft il vray quele Corps du Fils de Dieu eftoit
vifible & palpable, lors qu’il pénétra les portes du Cénacle ,
qu’il pafla à trauers les pierres du fcpulchre, & lors qu’il difparut des deux Difciples d’Emittaus ?
Pour le dernier de ces exemples,il eft vray qu’il difparut de lhc
deuant fes Difciples en Emmaus, parce qu’il cefla d’eftre auec $ 1.
eux parvn fubit efloignement de fa prefence corporelle : mais
il ne laiflli pas d’eftre vifible & palpable en vn autre lieu où il
tranfporta fon Corps. Il fc retira foudaineipent, ditSainél dmbr.in
Ambroife i il s’abfenta de Corps, dit Sainét Auguftin; &vos
34
propres Doéleurs expliquent de mefme façon cette vérité
.Euangeliquc,
" ’
A H°»
Le Iefiiïte Suarez l’entend ainfi, quand il dit que cclafe SflJr {n _
peut expliquer par le don dc l’agilité : parce qu’il pouuoit fou- p'fiom
Vainement, ou fe rendre prefent, ou s’en aller en vn lieu fort 54.
éloigné.
u
Denys le Chartreux auant luy l’a entendu de mefme, vlon.Car
quand il a dit, qu’il difparut de leur veué foudainem ent par le thw. tn
don de l’agilité, par où il môtra qu'il auoit vn Corps glorifié : Lnc.e 24
mais il ne s’éuanouït point comme vn phantofine.
Pour les deux premiers exemples, il eft vray quC la confe­
quence que leBachelier en veut tirer-Jeroit-véritable, files
chofes eftoient arriuées, comme il les raconte: mais où a il
tiouué que le Corps de lefus-Chrift aye pénétré les portes dc
la Chambre,ou qu’il aye palfé à trauers la pierre du fepulchre?
le lis bien dans l’Euangile, que lesportes du lieu où les Disciples n„An
cj oient ajfe»/bles, ayans ejlé fermées Pour-la cr&inte des Iuifs, Icfîts Iÿ
*
VVuuij

70$

.

. Dtfenfe de U

vint j &fut là au milieu eteux : mais ie ne trotnie point qu’il ayè

pénétré les portes à la façon d’vn Efprit. Ati contraire Sainét
Iuftin. <j. Iuftin dans les queftions qui luy font attribuées, me fait en-

i*7-

tendre, que le Seigneur eft entré vers lès Difciplcs, non en
changeant fon Corps en Efprit : mais par vne vertu Diuine,
qui furmonté la nature des chofes, fon Corps gardant touftfrr.E* jours fa foliditc & fon épailftur j & Sainét Hierofme déclaré
aA que dans ce rencontre la créature fit place au Créateur.
le lis bien auffi dans l’Euangile, que t Ange du Seigneur df
eendit du Ciel^ & routa la pierre arriéré de l huys du Jcputchre : mais
3*
icnetrouucpas que le Seigneur cn refTufcitant aye pafle au
j. trauers de la pierre : Aucontraire, Sainél Cyrille d Aiexanff de
^cc^are 4Ueft impoffible qu’vn corps penetreles corps,
fans couper & eftre coupé, à Ja façon des chofes liquides, qui
Salmtrot font méfiées & tempérées enfemblc ; & vos Doéleurs confeftom. 2. fent que la pierre céda au Corps de Chrift en la Rcluireélion,
naSl,2’j. comine le Ciel luy deuoit ceder en l’Afcenfion.
La fécondé répliqué du Bachelier eft celle cy Apprenezdonc,ô Miniftre, qu’aprés la Refurreélion du FiisdeDicu,
fon Corps eftqit quelquefois vifible & palpable, afin qu’on ne
s'imaginait pas qu’il euft vn autre Cotps, que celuy auquel il
auoit enduré la mort de la Croix, ainfi que dit Sainét Cyrille
Alexandrin fur l’Euangile de Sainél lean, liure 12.chap. 1.
Mais auffi le plus fouucnt il eftoit inuifible & impalpable , lelon que porte la condition du Corps glorieux : nouajemons^àit
lApoftre,^» corps animal y&tlje leuera vn corps Jpn ttuel. C e4t
pourquoy nous difons que le Corps du Fils de Dieu , doué des
qualitez glorieufès ,& vni aucc l’Autheur des m.eiueilles, eft
dans 1 Euchariftie d’vne façon fpirituelle,c’eft à dire inuifible,
impalpable, & fans aucune extcnfion locale.
Ce principe & la conclufion que le Bachelier en tire, font
cgalemAn contraires à la vérité du Fils de Dieu, a l’intention
de Sainél Paul, & aux fentimens des Peres. le dis à la vérité
de Chrift : car fi fon Corps n’a pas toufiours eu chaii &os,
pour pouuoir eftre veu & touché après fa Refurreélion, où t ftcc qu’il laiffog fà chair & fès os, pour fe rendre inuifible & im­
palpable? Et fi vn corps reffufeité peut eftie inuifible & im­
palpable à la façon des efprits, pourquoy eft- ce qu’il prouue à

709

onzième Re/p'onfe,

fes Difciplcs que fon Corps n’elt pas vn Efprit, mais vn vray
corps, en leur faifant voir & toucher fa chair & fes os ? Caril
les deuoit aduertir au contraire, Que dtpuis (a Refurredion
fon Corps n’auoit pas toufiours chair & os; qu’il n’eftoit pas
toufiours palpable & vifible comme les autres corps, mais
qu’il eftoit fouuent impalpable & inuifible comme les efprits.
Ou s’il eft vray > comme il l’eft, qu’il aye voulu prouuer la vé­
rité de fonCorps par la veué & par l’attouchement, il faut
qu’il ayeccfté d eftre vn vray Corps, quand il a cefte d’eftre
palpable & vifible. D’ailleurs fi le Corps de Chrift eft dans
1 Hoftie auec les qualitez, & dans la condition d vn corps reffulcité, pourquoy luy oftez vous cét éclat de lumière, qui eft
vn appanage infeparable des corps glorieux? N’eft-cc pas le
delpouiller de la gloire, en pofieftion de laquelle il eft entré• 5
après l’ignominie de lès fouffrances? Direz vous qu’il 1 a cou­
ine fous les apparences & les accidcnsdvn morceau de pain?
le fçay bien que durant les iours de fa chair, il a voulu cacher
Ja gloire delà Diuinitè lous la forme de Seruitcur, & fouslc
voile d’vne humanité contcmtiblc : mais quand il a glorifié
fonCorps, il en a fait paroiftre la gloire, auec vn éclat qui
«blouïffoit les yeux des fpedateurs; Et les Apoftres tefinoi^nent qu’ils l’ont contemplée cn fa Transfiguration, comme
Ja gloire de l’Vmque iifu du Pere. Que fi lors qu’il fut An.t4.
transfiguré fur la Sainte Montaigne, fes veftemens ne purent
pas cacher la fplendeur de fonCorps glorifié,mais deuindrent
eux-mefmes blancs comme la lumière : Eft il bien croyable, 3.
que s’il eftoit dans l’Hoftie félon la condition d’vn Corps glo­
rieux, des foibles accidens fans fubftance fulfent capables
d en obfcurcir l’efclat, & de vous le rendre inuifible?
Enfin s’il faut auoir recours aux qualitez glorieufes d’vn
corps reftùfcité,pour faire que le Corps de Chrift foit inuifi?
ble & impalpable dans l’Euchariftie : vousne l’a celebrez plus
aujourd’huy, côme le Seigneur l’a célébra auec fes Apoftres,
niais d’vne façon toute contraire. Car on vous dit que quand
il prononça Ces paroles, cecy ejl mon Corps, fon Corps fut auflitoft prefent fubftantiellement fous les efpeces du Pain. Or il
n y pouuoit pas eftre auec les qualitez glorieufes d’vn Corps
reflufQtéa car il n eftoit pas encore mort j & la refurrcélion

VVuu iij

•flQ

Deffenfe de]&

n auoit pas encore confommé eü luy les infîrmitez de la chair
mortelle. Il y eftoit donc vifible, palpable , pâftible, & auee
cxtcnfionlocale : mais aujourd’huy, l’on vous dit qu’il y'eft
d’vne façon toute contraire ,puts qu il y eft inuifible, impal­
pable , impafîîble, & fans aucune occupation de lieu.
Cela n’eft pas moins contraire à l’intention de Saind
Paul, qu’à la vérité de Chrift. Il eft vray que ce Saind Apo­
ftrc faifant oppo firion de la génération de noftre corpsauec
t. Cor. 15 fi Refurredion, dit qu'/Z ejtjjidé corpsfinfuef & quil rejfufcitera
44.
fpirituel : mais pour nous faire entendre quels aduantages il
aura dans cét eftat fpirituel, voicy comment il s’explique. Le
ï* Cor. 15 corps ejlfemé en corruption, il rejfufcttera en incorruption ; il ejl (emê
42.45. en déshonneur, il rejfufcitera en gloire ,• il eftfemé en foiblejfe, il ref
^"^ft’fufsiteraen force. Il dit bien qu’il reftulcicera incorruptible,
glorieux, vigoureux, & exempt d’infirmité : mais il ne dit pas
caoii qu’il feflulcicera inuifible, impalpable, fans quantité, & fans
"
** aucune extention locale. C’eft donc fans raifon que le Ba­
chelier veut inferer de ces paroles, que le Corps, de IefusChrift après fa Refurredion a eu des qualitez,qni le rendoient
inuifible, & impalpable comme vn Efprit.
Cela mefme eft contraire à la creance des Peres Interpré­
tés de Iefus-Chrift, & de Saind Paul: Car comme ils ortt
creu que les corps glorieux des reftuftfitez feront vifibles, pal­
pables, & qu’ils occuperont quelque lieu: Aufti ont ilsdit
que le Corps de Chrift après fa Refurredion a conferuéia
palpabiliré, fa vifibilité, & fon extention locale, comme des
proprietez infeparables d’vn vray Corps.
Saind Cyrille d’Alexandrie n’a iamais dit Ce que le Ba­
chelier luy fait dire, à fçauoir que le Seigneur s’eft rédu quel­
quefois palpable Sc vifible j moins encore que le plus loiiuent
il a efté impalpable & inuifible après fa Refurredion. Mais il
a dit feulement qu’il fe fit voir & toucher à fes Difciples, pour
prouuer qu’en reffufeitant il auoit repris fon mefme Corps ; &
'éJugtift. Saind Auguftin dit a ce propos,qu’il nc faut pas écouter ceux
l.dcago- qui nient que le Corps de Iefus-Chrift reffufeita tel qu’il fut
ne Chnjl. mis jans Je fcpulchre : parce que s’il n’eût pas efté tel, il n*au23. roitpasdità fes Difciplcs après fa Refurredion , toucbe\yf
voyez3 'un efprtt n a ny cha.tr ny os^ comme vous voyez que ilay.

onzième Refp'énjè.
y 11
Si Saind Cyrille auoit creu que leCorpsde’Iefus-Chrift, CirihJtou de quelque autre homme reflufçité pouuoit eftre impalpa- ltx.de S.
ble & inuifîble:Pourquoy diroit-il qu’il eft impoftîble que que Trin.c- 3.
ce qui ne peut eftre veu ny touché, foit vn corps ? N’eft cc pas
dire qu’vn corps cefle d’eftre vray corps, dés lors qu’il n’eft
point palpable & vifible ?
Si les autres Peres & Dodeurs de l’Eglife auoient eu cette
creance, que la condition d vn corps glorieux porte,qu’il foit
impalpable,& inuifible: Pourquoy n’ont-ils fait nulle métion
de cette impalpabilitéôcinuifibilité, quand ils ont parlé des
aduâtages que la gloire dônera aux corps reflufeitez? Et pour­
quoy Saind Auguftin expliquant les paroles de l’Apoftre ci- tsfttJùft.
tées par le Bachelier, fecontente-il de dire, que comme l’Ef- de Ciuit.
pritquifertà la chair eft appellé conuenablcment charnel, Dei.hj.
ainfi la chair qui fert à l’cfprit cft bien appelléc fpirituelle,non CAP 20,
qu’elle doiue eftre changée en efprit, comme quelques-vns
s’imaginent, mais parce qu’elle fera foumife à l’elprit par vne t
admirable facilité de luy obeïr, iufques à accompljrle défit
de l’immortalité fans aucun fentiment de fafeherie, exempte;
de toute corruption & pefenteur ? Pourquoy nc dit-il pas, que
le corps fpirituel fera inuifible & impalpable,fi c’eftoit la con­
dition d’vn corps glorieux ?
Si les Peres euflent efté dans cc fentiment, que le Corps
de Chrift refl’ufcité, ou quelque autre corps glorieux pouuoit
eftre impalpable,& inuifible ; Pourquoy Tertullien diroit-il
que par le corps d’vn home, il n’entend autre chofe que cette «/• <4S«.
mafl’e de chair qui eftveuëôcmaniée,qui finalcmét eft tuéepav
les homes; ôc que fi quelqu vn veut introduire quelque corps
fecret, il faut qu’il montre & qu’il fafle voir que c’eft aufli cela
mefine qui a efté tué par l’hôme,& que l’on dira que c’eft vn
vray crops? Et puis que les Dodeurs de voftre Eglife vous en­
feignent quele Corps de Chrift cft fous les elpeccs du Pain à
la façon d’vn Efprit, qui eft caché là dedans: Pourquoy ne i^^de
leur ferons-nous pas la mefme demande ? Qu’ils prouuent ôc ktefcentv
qu’ils faftent voir que c’eft la Chair qui a efté veué & touchée Tbom tn
des Apoftres,ôc tuée par les Iuifs j ôc nous dirons que c’eft fon <• Cor.
Corps
Pourquoy Euftathius Euefque d’Antioche, diroit-il, quc Tn^.l.de

[«!,

•yH
DefenJc Jeta
Eagafir". sii^ftoit inuifible, i! eftoit aufli incorporel f
GU£.!M£
Pour quel fujet Saint Grégoire de Nazianze afïeurcroitorat, 2.de il, que fiDieu eftoit vnCorps,it nc feroit pas impalpable & in­
Theol.
uifible ; & que ces chofes ne conuiennent pas à la nature des
corps ?
Pour quelle raifon diroit Fulgence, que chaque chofe dc-i
Eitfrnr.l.
de fiie a J meure en l’eftat qu’elle a receu dc Dieu; & qu'il n’a point
fetr.c.j. donné aux corps d’eftre en la façon qu’ont rcccue les efprits,
s’il eft vray que le Corps de Chrift foit inuifiblemcnt &impalpablcment à la maniéré d’vn efprit dans 1 Hoftic ?
asfHgufl.
Enfin fi le Çorpsde Chrift eft dans l’Eucharifiie fans quan­
lib. So. tité ny extenfion locale : Pourquoy eft ce que Sainél Augu­
(jutsi. q.
ftin a dit que Iefus Chrift reffufeita en la mefme mefure de
5lCorps, qu il auoit quand il mourut ? Pourquoy eft-ce que luytsJitçufl.
mefine afTeure, que tout corps quel qu’il foit eft eftendupar
de Ctwt.
Det.l. 2 2 les efpaces des lieux ; & que fi vous oftez aux corps les efpaces
*V B- des lieux, ils ne feront en aucun lieu, '& que d autant qu’ils ne
feront en aucun lieu, ils nc feront point du tout? Cela eftant
ainfi, dire que le Corps de Chrift eft dans i’Hoftie fans occu­
per de lieu, n’eft-ce pas dire qu’il n’y eft point,«félon le fentiment de Sainél Auguftin ?
Certes ces veritez font fi clairement atteftées par lEfcri­
ture , & fi puifTaminent confirmées par les Peres,que pluficurs
de vos Doéleurs les plus célébrés en fçience & en fainélctc
ont efté obligez de les confefTcr.
Claude Mammert Euefque de Vienne a bien tefmoigne
QlaudtM
qu’il
ne cônoifToit point de corps fans extenfion locale,quand
Mam. I.
il
a
dit,
qu’il n’y a point de corps qui n’aye fa mefure ; & que
Z.de fiat,
ce qui n’eft point iocal, n’eft point auffi corporel.
etnim.
Le Pape Gelafe a bien reconnu que le Corps de Chrift ne
gelafi. Itb
pouuoit
eftre inuifiblement ny impalpablement dans l’Eua.. cont.
chariftie : puis qu’il a dit que fi la chair eft de mefine nature
que le Verbe, il faudra de neceffité quelle foit inuifible & im­
palpable ; qu’il eft impoffible que la chair aye ces conditions.
Que donc le Bachelier ne die pas que le Corps de Chrift a ccs
qualitez, parce qu’il eft joint à l’Autheur des merueilles : car
comme la parole n’a rieqperdu de fa Diuinité i quand elle a
efté faite chair : Ainfi la chair n’a point defpouillé la vérité de

fa

onzième Refjtonfe,

713-

la nature humaine, quand clic a elle vnic auec la parole; &
quoy qu’en Iefus-Chrift Dieu ait opcré des merucilles par
l’homme: neantmoins Ihomme n’a point quitté les proprietez de fon humanité.
Le Pape Grégoire furnommé le Grand a bien creu que la
condition d’vn corps glorieux ne le rendoit pas impalpable, xfijnorai
quand il a dit qu’a la vérité noftre corps cn cette gloire fera cap. 31.
lubtil par l’effet de là puiffance fpiritucilc, mais qu il fera pal­
pable par la vérité de fa propre naturej que noftre chair fera fbid.caf»
Ipirituclle, parce qu’elle lera incorruptible-, & qu’elle fera V*
palpable, parce qu’elle ne perdra pas l’effence de la vraye na­
ture. Suiuant donc la foy de lob, croyez auec ce Pontife,que
le Corps de noftre Rédempteur eft vrayement palpable après
fa refurreélion j & reconnoiftez par confequent que voftre
Bachelier deftruit la nature & la vérité du Corps de Chrift,
quand il le fait impalpable dans le Sacrement. '
La fécondé raifon que i’ay produite, pour combattre cette
prefence fubftantielle du Corps de Chrift dans l’Euchariftie,
eft prife de ce que l’Efcriture nous enfeigne touchant la limi­
tation & circonfcription de fon Corps, & ic l’a réduis à cét
Argument.
Tout vray corps humain dt* femblable aux nofires, ejl telle­
ment limité dans vn lieu, quil ne peut estre d mefme temps ata
Ciel (f en terre, ny en plufieurs lieux tout d lafou.
Or fi le Corps de Chrijl efi fubstanticllement enclos dans le
Pain de /’Eucharifiie, il ejt à mefme temps au Ciel dt* en terre^
dt* en plufieurs lieux tout d lafou. ■
Ilfaut donc dire, ou que ce n efi pas vn vray corps humain, ou
quil nefi pas enclos dans le Pain de l Eucharistie.
Monfieur le Bachelier aduoué que la mineure de cét Ar­
gument eft véritable : Mais comment prouuerez-vous, dit-il,
que le Corps de Iefus Chrift remply de la gloire de la Diuininc puifle pas cftre àmefmé temps en differens endroits ?
le le prouue, Maiftre Chiron, premièrement par vous»
mefme : cir vous auez dit cy deuant que le Corps de Chrift
eft déplus ia Rciurreélion fans aucune extcnfion locale, c’eft
a dire quil n occupe point de lieu-dans l’Hoftie : comment
donc dites-vous maintenant qu’il n’eft pas feulement envn

XXxx

714

Defenfe delà

lieu, mais en des endroits diuers à mefmc temps, & par tout
où il y a des Hofties confacrées? Croyez vous bien qu’vn
t/fuiuft. corps puifte eftre en quelque lieu fans l’occuper? Saind AuEpifi.ioi guftin ne l’a pas creu : car il a dit, qu’il n’y a point de corps
• tant petit foit il, qui félon fa capacité n’occupe vn elpace de
jjeu .& lUy-mefme aft'eure que ft les corps n’occupent poinc
tfl‘YJ de lieu, ils ne font en aucun lieu.
Dailieurs i’ay prouué ce que vous me demandez, parle
•/Mr. 2. tefmoignage de Saind Paul, qui dit que Chrift a participé à la
14.17. chair & aujàng comme les enfans j & qu’z/ a fallu quilfufifemblable
àfesfreresentouteschofesziladonc fallu que fon Corpsfuftlimité par la circonfcription des lieux comme les noftres, afin
de nous eftre femblable.
I’av prouué cela mefme par l’atteftation des Euangeliftes,
qui tefmoignent que Iefus-Chrift félon le Corps fe mouuoit
d’vn endroit pour aller ailleurs, & qu’il quittoit vn lieu pour
Mat. ii -fe trouuer en vn autre. Estantparly de là, dit Saind Mathieu,
z 3

il vint en leur Synagogue ; il partit de Galilée, & vint és quartiers de

1 *t. 19- jnfég. ji

la Iudée, dit Saind lean, & s'en alla derechefen Ga-

fcan^.fidilée. Et ia prefence corporelle lattachoit tellement à vn
lieu,que luy mefme prouue à fa Mcrc, qu’elle neledeuoit
-pas chercher parrny fes parens hors de Ierufalem, & quelle
s’eftoit trompée d’eftimer qu’il fuft en leur compagnie, parce
lue 2.49 qu’alors il eftoit au Temple : pourquoy^ dit-il, me cherchiez, vous^
ne fçauie\- Pous pus quil me faut ejlre occupé aux affaires démon

Pere ?
Enfin i’ay prouué cette vérité par la depofition des Anges:
'Mat.2%. car après la Refurredion du Seigneur, l’Ange prenant laparole
5*
dit auxfemmes , jefçay quePous cherchez Iefus, qui a efié crucifié : il
nefi point icy, caril efi reffufeité des morts, voicy il efi allé deuant
vous en Galilée. Cela eftant ainfi, il y a bien plus de diftance
de la terre au Ciel, que du chemin de Ierufalem au Temple,
& du fepulchre en Galilée : Si donc Iefus-Chrift a pû dire
auec vérité qu'il n’eftoit point au chemin de Ierufalem, parce
qu’il eftoit en Ierufalem ; fi les Anges ont dit véritablement
quil n’eftoit pas dans le fepulchre, parce qu’il en eftoit forti,
& qu’il eftoit allé en Galilée : aulfi dilons-nous auec vérité,
que fon Corps n’eft point dans l’Hoftie, voire quil n’eft pas

onzième Refponfe,

715

en chemin fur la terre, parce qu’il elt dans la Ierufalem d’en-

haut, & dans la Patrie du Ciel. Nc vouloir pas goutter cc
raifonnement,c’eft ne Vouloir pas entendre la raifon de lefusChrift, ny de fes Anges.
A ufti Monfieur le Bachelier eftant ébloiiy de la lumière de
de ces raifons,& accablé de leur force,demeure fans répliqué,
parce qu’il en eft conuaincu : mais pour fe dcfaire des paftages
d’vn Apôftre & de deux Euangeliftes, voicy ce qu’il refpond
à celuy de Sainét Paul. Le paftage des Hebreux dit bien qu’il
nous a efté fait femblable en toutes chofes horfmis le péché:
mais il ne le defpouillé pas de fes aduantages, & defespriuileges. Car encore qu’il foit tout à fait femblable quant à la
fubftance, il ne l’eft pourtant pas quant aux qualitez, & aux
dons gratuits, qui le releuent au deftiis des Anges. Qui de
nous a aftez de legereté, pour marcher fur les eaux, comme il
a marché fouuent fur la mer de Tiberiade ? Qui de nous peut
commander à la mer & aux vents comme lefus-Chrift? Qui
eft-ce quiiette vne fplcndeur & vne lumière éclattantc, com­
me il fit briller fur fa face & en fes habits fur le Mont deTabor?
Qui refpand comme luy vne verru medecinale, par laquelle il
guérit toutes fortes de maladies ? Il eft donc vray qu’il a beau­
coup d’aduantages au deflus de nous, cc qu’on ne peut mettre
en doute à moins que de renoncer au Chriftianifinc. Par où
il eft manifefte qu'encore que nos corps foient réellement li­
mitez, qu’ils doiuent neceffairement partir d’vn cndroit,pour
aller à vn autre, qu’il n’en eft pas de mefme du Corps du Fils
de Dieu, dans lequel habitoit la plénitude dc la Diuinité.
Nous n’auons iamais nié que Iefus Chrift ne poftede des
aduantages, qui le releuent infiniment au deftiis des hommes
& des Anges : Nous fçauons cpx’ilesi le premier né de toute créa- Co\otJ\ f J
ture, parce qu’il eft fimage de Dieu inuifible, commeditS. Paul, , 5/
& <\ucfe bonplaifir du Pere a efté que toute plénitude habit afi enlftji Cel. 1.18.
afin cptt il tienne lepremier lieu en toutes chofies. Mais comme il eft ■ $>.
Homme Dieu, nous difons qu’en luy l’vnité de la Perfonne nc
deftruit point la pluralité des natures, & que des natures dif­
ferentes fubfiftent en vne mefme Perfonne fans perdre leurs
proprietez. En effet fi la Diuinité a fes pcrfeéf ions en IefusÇhrift, la chair a fes foibleftes j s’ilagit comme Dieu, il foüf.

XXxxij

Defenje de la , "
ire comme vn homme ; s’il reçoit les hommages des An^es il
endure les injures des hommes j s’il commande auec le Pere
cn forme de Dieu ; il obéît au Pere en forme dé Seruitcur. Et
i/o. Serm pour me feruir des termes de Leon, vn de vos Pontifes, chafqUe forme agit cn luy félon cc qui luy eft propre :1a parole
opérant ce qui conuient à la parole, & la chair exécutant ce
qui eft conucnable à la chair j L’vne éclatte en miracles, l’au­
tre fuccombc aux infirmitez-, celle-Ja nc s’éloigne pointde
l’égalité de la gloire du Pere, celle-cy n’a iamais quitté la na­
ture du genre humain.
Cela eftant ain fi, il eft éuident que le Bachelier confond
en Iefus Chrift l’humanité auccla Diuinité, comme faifoient
lesEutichiens: car ileft maintenant queftion de fon Corps
humain, & non pas de fa Perfonne Diuine, de laquelle procedoient les miracles qu’il attribué à fon Corps. Si IefusChrift a cheminé fur les eaux, ce ne fut point par la legereté
Iuftin, q. defon Corps, mais par la vertu de fon Efprit Diuin: car il a
marché fur la mer, non en changeant fon Corps en Efprit,
mais en rendant la mer propre à cela par fa vertuDiuine,comdit l’Authcur des queftions attribuées à Sainét Iuftin ; & l’eau
Zacharie quitta cc qu’elle auoit d’inconftant, 8c imita la fermeté des
de Lifi- marbres, quand il luy prit enuie de marcher deifus, comme
eux dans dit vn de vos Doéteurs. S’il a commandé aux vents & à la
laMotrar merj ç’a
pal- ]a puiffance de Dieu : mais cn qualité d homVerbe U me^on corps eftoit affopi du fommeil, comme remarque S.
Incarné Grégoire de Nazianze. S’il fit reluire fa face comme la lu• ' miere dans fa Transfiguration, cefutvn effet de fa Perfonne
Diuine,felonlaquelleilcftlarefplendeurdcla gloire duPeffiyf.53 re, 8c non pas vne propriété de fon Corps, félon lequel il n’y
auoit en luy ny forme ny apparence, comme dit vn Prophète.
S’il refpandoit vne vertu capable de guérir des malades, elle
decouloit de fa Diuinité, fclon laquelle il a emporté nos dou­
leurs, 8c non pas de fa chair humaine, félon laquelle il a efté
homme de douleur, 8c fçachant que c’eft de langueur. Cora?
me donc la plénitude de la Diuinité, qui habitoit corporelle­
ment en fa nature humaine, n a pas empefehé que fon Corps
n’ait enduré la faim dans le defert, la laifitude après les fati­
gues du chemin, U foif après la laâîtude, le fommeil dans la

onzième Re/ponfi

717

xnfTelIc : parce qu’il a efié tenté de mefme que nous cn toutes Hebr.'ji
chofes horfmis péché, c’eft à dire en toutes les infirmitezcô- »5’.
munes àla nature-.Ainfi difons-nous que cette mefmc Diuinité qui habitoit pleinement en luy, n’a pas empefché que (on
Corps ne fuft limité par la circonfcription des lieux, parce
qu’il faloit qu'il fuft fcmblablc à fes freres en toutes chofes qui ’ 7«
appartiennent à la nature humaine. De forte que dire, com­
me dit Maiftre Chiron, qu’il n’en eft pas du Corps de IefusChrift , comme des noftres, qui doiuent necefTairement par­
tir d’vn endroit pour aller à vn autre : c’eft donner hardiment
le démenty à l’Euangile, qui tefinoigne que Iefus fc partit de
Galilée pour venir és quartiers de Iudée.
Pour fe desfaire de ce tefmoignage, il ne fert rien, adjou­
fte-il, de dire que lors qu’il voyageoit fur la terre, il quittoit
vn lieu pour aller avn autre : car il n’eftoit pas befoin qu’il fift
toufiours des miracles, ny qu’il redoublai! continuellement
fa prefence cn pluficurs lieux. Dailieurs la queftion n’eft pas
de fçauoir de quelle façon le Fils de Dieu fe comportoit dans
les adions com muqes & naturelles : mais la queftion eft d’v­
ne action Diuine & furnaturclle, à fçauoir s’il répugné àla
toute puiffance de Dieu,que le Corps de fon Fils Iefus-Chrift
foit en mefme temps en differens endroits. Vous n’auez au­
cun exemple, ny aucune authorité de l’Efcriture ny des Pcres,
qui prouue la negatiue.
A cela ie dis premièrement, que lors que Iefus-Chrift
eftoit fur la terre il eftoit befoin qu’il fift des miracles : parce
qu’alors il faloit gaigner le confentement des incrédules ,&
confirmer dans les efprits la vérité d’vne nouuelle Loy, ce qui
nefe pouuoit faire conuenablement fans des operations qui
fuffent au-dela des lois ordinaires de la nature. Mais depuis
qu’il a furmonté l’incrédulité des hommes, & eftably par les
miracles la vérité de la foy par toute la terre, il n’eft plus be­
foin de miracles, comme nous auons montré cy-deffus.
Que fi iamais il fut neceffaire qu’il multipliai! la preféce de
fon humanité en plufieurs endroits à mefme temps : fàns dou­
te c’eftoit durant les iours de fa chair : car par cc moyen il au­
roit accomply l’œuure que le Pere luy auoit donnée à faire, &
plus promptement pour le fecours des hommes, & plusad^





-

X X x x iij

718

Deffenfe de la

iiantageufement pour la manifeftation de fa gloire; Sans bou• ger du lieu où il inftruifôit les troupes, il auroit conuaincu en
vil autre la malice des Pharifiens & Dodeurs dc la Loy ; icy il
auroit chafl’é les démons, là il auroit à mclme temps guery
toutes fortes de maladies ; & les troupes apprenans qu’il operoittoutà la fois tant de merueilles en tant dc differens en­
droits, n’auroient pas manqué de luy rendre plus de gloire,
comme elles en euffent receu plus de faueurs. Cependant il
eft dit qu’il tournoyoit de lieu en lieu,& de bourgade en bour­
gade , pour annoncer l’Euangile aux ames, & pour guérir les
maladies des corps, &nous ne lifons point qu’il aye iamais
redoublé là prefence, feulement en deux lieux à mefme
temps.
En fécond lieu ie dis que cette multiplication de la pre­
fence du Corps de Chrift en plufieurs lieux à mefme temps
n’eft pas vn miracle, comme voftre Bachelier vous veutfaire
Jlkx. a- accroire. Carl’vtilité des miracles eft la confirmation delà
ienf./um. foy, comme dit vn de vos Doéleurs, afin que par lemiraéle
2'
que l’œil extérieur verroitfe faire par deflus la nature, l’œil
intérieur fuft excité à comprendre les chofes qui font par deffus la raifon. Mais dans cette multiplication de la prefence du
Corps de Chrift en plufieurs Hofties on ne vous fait rien voir;
& l’on ne pofe point ce miracle pour confirmer voftre foy,
maison demande voftre foy, pour croire comme vn miracle
ce que vous ne voyez pas. D’ailleurs i’appelle miracle dit S.
tytugufl. Auguftin, toute chofe difficile & non accouftumée, quipaZ. devtil. roift par deflus l'attente & la faculté de celuy qui s’enémercreden.c. ucille : mais il ne fe fait rien de tel flans l’Euchariftie. Car
I<5comme dit ce mefme Pere, il y a bien des fignes qui font con^umez incontinant après qu’ils nous ont fignifié cc qu’il faloit,
xriw.e.to comme le pain qui eft fait pour cela, efteonfumé en prenant
le Sacrement;& ces chofes pcuuent bien eftre honorées com­
me religieufes, mais non pas caufer de l’eftonnement comme
in miraculeufes. Et vos Doéleurs mefmes aduouént, que ce
3. Thom. qui fe fait dans l Euchariftie n’eft pas vn miracle : parce que fe
faifant par vne loy ordinaire, il ne caulè point d’admiration.
En troifiéme lieu, je dis que mal à propos leBachelier»
recours à la Toute-puiffànce dc Dieu, pour authorifer ce pre-

onzième Re/ponjè'.

719

tendu miracle. C’a elle le refuge des Heretiques: car pour
appuyer les faufles interprétations qu’ils donnoient de l’EG
criturc j la prenans à la lettre pour fauorifer leurs erreurs, ils
auoient accouftumé de dire que rien n’eftoit impoffible à
Dieu : notamment les Eutichiens, qui pour prouuer que la
Diuinitè de Iefus-Chrift s’eftoit changée en la nature de la
chair, difoient que toutes chofes eftoient poflibles à Dieu 5 & Thcodor.
que comme il auoit conuerty l’eau du Nil en fang, de mefme tn atrePt*.
il auoit pû changer faDeïté en chair. Ainfi difent vos Do­
éleurs , celuy qui a changé l’eau en vin, pourquoy ne pourra­
it pas changer le pain en fon Corps, & le vin en fon Sang?
la queftion eft s’il répugne à la Toute puiffance de Dieu, que
le Corps de fon Fils foit à mefme temps en differens endroits.
C’eft pourquoy nous ferons à vos Dodeurs la incline refpon­
fe que les Anciens Peres del Eglife ont faite aux Heretiques
de leur temps fur des femblables demandes. Nous leur dirons
aucc Tertullien, que fous ombre que Dieu peut faire toutes
c,
chofes, il ne faut pas croire pourtant qu’il aye fait cela mefme (O.
qu’il n’a pas fait, mais s’enquérir s’il l’a fait.
Nous refpondrons auec Saind Grégoire deNyfîe, que
r/.
la volonté de Dieu eft la mefure de fa puiffance.
in ^exa
Nous dirons aucc Saind Auguftin, que Dieu n’eft veri-En
tablement appellé Tout-puiffant, finon parce qu’il peut tout
c.
ce qu’il veut.
Ç5.
Nous déclarerons auec Clément d’Alexandrie, que le Clem
Tout-puiffant ne fera point chofes abfurdes.
lex.lib.4f.
Ec nous adioufterons auec Saind Ifiodorc, que toutes ^rom‘
chofes font poflibles à Dieu, ouy toutes celles qui luy font
conuenables.
"f*
Or à quoy trouuez-vous conuenable que Iefus-Chrift z’
multiplie la prefence de fon Corps en plufieurs endroits ? Eftce pour confbler les-fideles: mais quelle confolation peuuentils receuoir de la prefence d’vn corps, qu’ils ne peuuent ny
voir ny toucher, & qui demeure toufiours couuert fous les ap­
parences d’vn aliment terreftre? Direz-vous que c’eft pour
gouuerner fon Eglife, & que pour prendre garde aux affaires
de fon eftat, il fe veut trouuer corporellement dans tous les
lieux de fon Royaume ? Mais il nc peut fe mouuoir qu’à la dif-

qtQ

Defenje de la

cretion de ceux qui le portent d vn lieu en autre ; & en quel­
que lieu qu’il foit, il eft réduit à vne impuiflànce, qui ne luy
permet de rien dire, ny de rien faire fur loy, ny fur autruy,non
pas mefme de rien ouïr de ce qui lè dit, ny de rien voir de ce
quifepafle. Direz vous enfin que cette multiplication defa
prefence fe fait pour la manifeftation de fa gloire? Mais elle
l’expofe tous les iours à des nouueaux opprobres : puis qu’elle
le met entre les mains des facrileges, & le réduit en la puiflànce de fes ennemis. Faut-il que Dieu defployeleseffortsde
fon pouuoir,pour mettre le Corps de fon Fils dans l’infirm ité,
& celuy qui l’a fouueraiuement exalté en gloire, demontrerailfa puilfance, pour l’engager encore dans l’infamie, & le re­
mettre dans l'abbaiflement ? Certes cela n’eft nullement
conuenable , & il faut renoncer du tout au Chryftianifme
pour admettre de telles abfurditcz.
Mais ie dis bien plus, c’eft que fi le Créateur nc fait rien
l.iô.cont contre la nature, mais alfifte à la nature, afin qu’elle ne défailpoint aux miracles, comme dit Sainél Auguftin : celarel. de cura pugne à la puilfance de Dieu qu’elle falfe des miracles pour
?r° mort 4e{fruirela nature du Corps defon Fils: Car c’eft luy-mefme
Heb. io, qui luy a approprié ce Corps, c’eft luy-mcfme qui l’a formé
j.
parla vertu miraculeufe du Sainét Efprit. Cependant il ne
peut multiplier la prefence fubftantielle de fon Corps en dî­
ners lieux tout à la fois, fans deftruire fâ nature : parce que
cette prefence multipliée deftruit fon vnité &: fa vérité, qui
font 1 eftre & la nature des chofes. le dis qu’elle deftruit fôn
Thomas. vnité: car ce qui eft vn, ne peut eftre feparé de foy mefme,
Contmbr. comme difent vos Doéleurs : mais fi le Corps de Chrift eft au
Complut. Ciel & en terre & cn diuers lieux à mefme temps, il eft feparc
de foy-mefme, parce quil n’eft pas dans les efpaces d entredeux: ce n’eft donc point vn corps, mais plufieurs; & ileft
impoffible de multiplier fa prefence fubftantietfementendi...uers endroits, fans multiplier fa fubftance : parce que comme
i^nfelr^dit Sainét Anfelme,fi quelque chofe cft tout à la fois en diuers
monolog. lieux toute entière, il s’enfuit qu’autant qu’il y a des lieux ditap. 22. ftinéts, autant il y a de touts diftinguez. le dis auffi que cette
multiplication de prefence deftruit la vérité du Corps de
Çhrift: car toute yraye nature corporelle eft limitée dans l’en­
ceinte

onzième Rcfponfe,

721

Ceinte de quelque lieu aufli bien que dans les bornes d’vn cer­
tain temps. De forte que félon le raifonnement du mefme
Dodeur,comme vn corps nc peut eftre tout à la fois en diuers
temps : aufli ne peut-il eftre tout à la fois & à mefme temps en
diuers lieux.
Apres cela iugez fi Monfieur le Bachelier a raifon dc dire,
que nous n’auôs aucune authorité dc l’Efcriture ny des Peres,
qui prouue cette negatiue. Certes comme il n’a rien dit aux
paroles de Iefus Chrift & de fes Anges : Aufli a il laifle fans
répliqué les tefmoignages de deux Dodeurs de l’Eglife, que
i’ay alléguez dans ma refponfe. Car d’autant que quelquesvns dc vos Dodeurs ont accouftumé de dire que le Corps dc
lefus-Chrift eftant remply dc la Diuinité poftede des merueilleux aduantages par deftiis les noftres: I’ay cité Saind Auguftin qui dit, qu’il faut prendre garde de tellement maintenir la
Diuinité de l’homme, que nous nc deftruifions-pas la vérité a
a
du corps. Et parce que d’autres difent aufli que le Corps dc
Chrift par la gloire de fa Refurredion a obtenu le priuilege
d’eftre à mefme temps en diuers endroits : I’ay allégué Théo- Theodor,
doret, qui dit que le Corps du Seigneur eft bien reflufeité,
4*
quitte de corruption & de la mort, impaflible, immortel, 6c
éclattant d’vne gloire Diuine : mais que c’eft neantmoins vn
corps, & qu’il a la mefme circonfcription qu’il auoit aupara­
uant: à quoy Maiftre Chiron ne répliqué autre chofe, finon
que nous n’auons aucune authorité des Peres.
Si ces tefmoignages ne luy fuffifent pas, qu’il life Saind
Hilaire, & il trouuera, qu’vn homme, ou quelque autre cho- üilar.f.3
fe femblable, quand il fera en quelque endroit, alors il ne fera lrin"
point ailleurs.
Qu’il fueillctte Saind Auguftin, & il lira quelcfus-Chrift ^n^.cent
félon là prefence corporelle ne pouuoit eftre tout enfemblc &
l,
au Spleil,&enlaLune, 6cen la Croix, félon lapenfée des 2Ü,C* n’
Manichéens j qu’il n’y a que Dieu qui foit tout entier au Ciel, jjem
& tout entier en la terre, que nulle créature corporelle ne le c?'««.no
peut ; 6c qu’il faut que le Corps du Seigneur auquel il eft ref- /.«.f.ap
fufeité,foit en vn feul lieu.
Qu’il confulte Saind Cyrille d’Alexandrie, 6c il appren- Cjr.A/Zv
craquelé Seigneur ne pouuoit pas conuerfer en chairauec

l«Apoftres,clUntmontéauPere.
YYyy
M.c.ij,

7 44

Defenfe de la

Qu’il écoute Sainét Anfelme, & il entendra que ce qui eft
tout entier cn quelque lieu, ne peut eftre à mefmc tem ps tout
22. cntjer en vn autre.
Contre cette vérité atteftée par ces tefmoins,que Maiftre
Chiron appelle les féconds Oracles du Chriftianifme, il for­
me deux objedions. La première eft prife de deux paflages
de l’Efcriture mal entendus. Nous en auons, dit-il quantité,
qui montrent que cela s’eft fait autresfois : car aux Ades des
Apoftres chap.p. il eft dit que Saul vid Iefus Chrift fur le che­
min de Damas, & qu’il ouït fa voix • & au chap. 2 j. il eft rap­
porté que de nuid le Fils de Dieu feprelcnta à Paul eftant en
prifon, & luy dit, Paul aye bon courage. Et le mefme Apoftre
dans la première aux Corinthiens chap. 9. & 15. attefte qu’il
eft Apoftre & qu’il a veu le Seigneur. Or puis que l’Apoftre
Saint Paul a veu Iefus-Chrift fur le chemin de. Damas & enla
prifon : donc à mefme temps ce facré Corps a efté au Ciel &
îùr la terre.
Comme ce n’eft pas d’aujourd’huy que cette objedion î
efté faite,aufli y a il long temps qu’on y a fatisfait. Nos Théo­
logiens ont aduoiié ces principes de 1 Efcriture, parce qu’ils
font véritables : mais ils ont aufli nié la confequence qu’on en
veut inferer, parce quelle en eft mal tirée. En effet on dit
véritablement qu’vn homme voyageant a veu le Soleil en fon
chemin,& qu’vn prifônnicr l’a contemplé par les ouuertures
delà grille: Il ne s’enfuit pas pourtant de là que le Corps de
cét Aftre, qui demeure toufiours dans fon Ciel, foit venu fur
la terre, ny qu’il foit entré dans la prifon : mais on entend fans
difficulté que ce voyageur & cc prifônnicr font veu au Ciel,
par la faculté de leurs y eux, & à la faueur de fa lumière. Ainfi.
eft-il vray que le Seigneur apparut à Saint Paul eftant au che­
min de Damas, & dans la prifon : il nc s’enfuit pas pourtant
* que fon Corps ou fon Humanité ait efté dans le chemin qu’il
tenoit, ou dansia prifon où il eftoit detenu : mais feulement
que ce Soleil de Iuftice fc découurit à luy, & fe fit voir à la fajfmbr.cle ucur de fes rayons. Et certes pour le regard de la première apQ.s. 1.$. parition,Saint Ambroifc tefmoigne qu’il luy apparut au Ciel:
-4«g.»«t. mais qu’il ne le vid pas des yeux du corps.

e^nftlrn

Saind Auguftin dit que Chrift luy parla du Ciel, parce

onzième Refjrinfc,

723

que fes membres, c’eft à dire les tideles eftoient foulez en
terre.
Et le Pape Grégoire affeure que Chrift fê montra à luy des Grtg.lt*
lieux hauts.
Pour l’autre, elle fe fit cn vifion ou en extafe, comme l’ad- Muouént quelques vns de vos Dodeurs, qui pour cette caufe Dioaï£
ont dit,que ceux qui concluent de cette apparition qucChrift Car,'Lo*
rtnM,
eft au Ciel & au Sacrement de l’Euchariftie, n’argumentent
pas affez fortement.
La féconde objedion du Bachelier n’cft pas plus forte que
la precedente, pour prouuer ccttc prefence corporelle de
Chrift en tous les lieux où l’on célébré 1 Euchariftie : Elle eft
prife de noftre Confeffion entendue en vn fens tout contraire
à l’intention des Confeffeurs. Cc qui cft fi manifefte, dit-il,
que fi nos aduerfaires prennent garde à leurs principes, ils fe­
ront obligez de l’aduouër: parce qu’ils croyent en leurConfclfion de Foy art.
& 37. qu’ils font vrayement réellement
& par effet nourris du Corps de Iefus Chrift en la Cene; &
par confequent leCorps de Iefus-Chrift cft en autant de lieux
differens,qu’il fe trouué de fideles qui reçoiuent la Cene:
d’autant qu’il y doit auoir vnion locale entre la fubftâce nourriffante & le fuiet qui eft nourry.
Voicy la troifiéme.fois que cette objedion a efte produiduite : c’eft pourquoy afin de ne redire pas ce qui a efté dit, ie
m’arrefte à la raifon que le Bachelier adioufté, pour la confir­
mer. Et dis premièrement que fi l’vnion locale eft requife en­
tre la chair de Chrift nourriffante, & le communiant qui eft
nourry : vous ne pouuez eftre nourris du Corps de IefusChrift, ny au regard de voftre corps, ny au regard de voftre
aine félon les maximes de voftre creance. Non au regard de
voftre corps : autrement il faudroit que le Corps dcChrift
touchaft réellement & fubftantiellement le voftre, pour eftre
vny localement auec luy; mais c’eft ce qu’on vous deffend de
croire, car on vous dit que fon Corps eft dans le Sacrement
d vne telle façon qu’il ne peut eftre touché, ny toucher vn au­
tre corps. Non auffi au regard de voftre ame : car vn corps
qui exifte en la maniéré d’vn efprit, ne peut toucher noftre
çfpric localement, ny auoir auec luy aucune extenfion ny

YYyyij

724

Dcfenje dc la

vnion locale. Ou ficela eftoit il faudroit dire que le Corps de
Chrift s’infinucroit auec l'Ame dans tout le corpsdu commu.
niant, & tout en chacune de fes parties : ce qui eft contraire à
la raifon aufti bien qu’à voftre creance. Vous voyez donc bien
par là que l’vnion locale n’eft pas rcquife dans le Sacrement
entre la fubftance du Corps de Chrift nourriffant, & la fub­
ftance du communiant qui en eft nourrie.
C’eftpourquoy ie dis en fécond lieu que quand il s’agit
de nourrir le corps, il faut fans contredit que la fubftance de
l’aliment foit vnie localement auec la fubftance du corps, qui
en tire fa nourriture. Le corps ne fe nourrit pas du regard des
viandes éloignées, mais par l’application qu’il s’en fait en les
mangeant ; il mourroit de faim au milieu des feftins, s’il n’en
auoit que la vcué ;& il faut neceffairement que les fubftances
<3111 entretiennent fa vie foient incorporées auec luy. Mais il
n’en eft pas de mefme de la nourriture de l’ame, qui fc repaift
de la Chair dc Chrift,pour en tirer vne vie de grâce : car com­
me cette vie eft furnaturelle, elle s’entretient par des moyens
& par des operations, qui ne releuent point des loix du corps
& de la nature. Les viandes terreftres ne peuuent point nour­
rir le corps dans l’éloignement : parce que le gouft corporel
ne peut point porter fon aéiion fur des objets efloignez, ny les
viandes s’infinuèr dans les corps à caufe de la diftance qui les
fêpare. Mais l’ame qui eft vne fubftance fpirituclle, dont les
operations s’éleuent au deffus du temps & de la matière, peut
porter fes pensécs& fes defirs par tout fans fortir de fon corps:
c’eft pourquoy elle porte fon appétit & fon gouft fur la Chair
de Chrift, qui eft dans le Ciel, & s’vmt auec elle n’obftant la
diftance des lieux qui les efloigne autant que le Ciel eft efloigné de la terre.
Le Sainél Efprit de la part de Iefus Chrift, & la foy opé­
rante par charité du cofté des fideles opèrent cette merueille.
Comme la Chair de Chrift ne nous a mérité le falut, que par­
ce qu’il l’a donnée pour la vie du monde, & qu’il l’a offerte à
Dieu en Sacrifice par l’Efprit eternel : auffi n’entretient-dle
nos ames dans cette vie de grâce, qu’à caufe de la parole qui
li a efté faite chair, car en elle efioit lu vie ; & ne les nourrit
dans l’efperance de la vie de gloire que par la vertu de 1 Efprit

onzième Refloflè.
725
c efl TEfprit qui viuifle. Cét Efprit agiflant par fon

6.

efficace dans l’ame des fideles communians, ne manque pas
de les efleuer de la terre au Ciel, là où leur vie cft cachée aucc
Chrift cn Dieu j & les faifant eftre vn mefme efprit auec le
Seigneur j il les nourrit de fa Chair qu’il a donnée pour la vie
du monde, & les abbreuue de fon Sang qu’il a refpandu pour
eux. C’eft cét Efprit qui leur donnant la faim & la foifde iu­
fticc leur fait trouuer en luy vn Celefte raflàfiement parvn
auant-gouft de l’eternelle félicité ; c’eft par la foy qu’ils I’embraflent, c’eft par la charité qu’ils fcftreignent ; & par l'opera­
tion de ces deux vertus qui vniffent les chofes les plusefloignées,ilss’vniffent à Chrift, &fcdefpoùillentde leur propre
vie, pour entrer en poffeflion de la fienne.
C eft par cette foy que S. Paul renonce à fa propre vie,
pour entrer en celle de Chrift difant. le fuis crucifé auec Christ, Gai. 2.X0
(fl ne vy plus maintenant moy, mais c efl chrifl lequel-vit en moy, cé*
ce que ievi en la chair y jelevienlafoyduFils de Dieu-, qui m’a ai­
me , (fl qui s’eïl donné fy-mefme pour moy. C’eft par cette chari­
té que tous les fideles tiennent vn femblable langage, & proteûent quils font morts aucc Chrift, afin de tirer de luy vne
nouuelle vie '.car la charité de Chrifl nous estremt, difent-ils, te- 2. Cor. 5.
nans cela pour refolu, quefl vn efl mort tous aufsifont morts ; (fl quil 1 i •
efl mort pour tous, afn que ceux qui viuent, ne viuent point d1oreseh -auant à eux mejmes , mais a celuy qui efl mort, (fl qui efl reflufeite
pour eux. Il n’eft donc pas befoin que le Corps de Chrift nous
fbitvni par vnion locale, pour nourrir nos ames de fa Chair
& de fon Sang: puis que Iefus Chrift refide en nos ames par £pb.$. 17
foy, puis que ceux qui croyent en luy le pofledent, comme
dit Saind Paul, & que ceux qui croyent en luy, le mangent
comme dit Sainél Auguftin. Car quand nous auons la foy, c^uguft.
dit ce Pere, nous auons Iefus-Chrift en nous; & la foy que tu
as de Chrift, cft Chrift luy mefme dans ton cœur. Il ne faut
pas que Iefus-Chrift multiplie la prefence de fon Corps fur la
terre, pour fe donner à nous : c’eft aflez que fon amour l’y ait
fait vne fois defeendre pour le reueftir de noftre nature; fi
nous l’aimons noftre charité le peut aller chercher dans le
Ciel,& nous efleuant au deffus de toutes les chofes vaines qui
font fous le Soleil, nous faire embrafler celuy que noftre

YYyyiij

n6
'Deffenjè de la
ame defire. Iln’eftpasbePoinquelefus-Chriftvicnneencore tous les iours en ces bas lieux ; il fuffit que nous nous eflejfug.Ep. nions és lieux Celeftes
comme dit Sainél Auguftin, il ne
*dr.ascdb faut pas changer de lieu, mais feulement d’affeélion, pour le

joindre.
La troifiéme raifon que i’ay employée pour combattre
cette prefence locale du Corps de Iclus-Chrift dans l’Eucha­
riftie, eft prife de ce que l Efcriture nous enfeigne touchant
fon deflogement de ce monde, & fon abfence d auec nous ; &
ic I’ay propoféc dans cette forme.
Si le Corps de Iefus-Chrijl eftoit enclos dans l’Hoftie'. ilfau­
droit neceflairement que fon Corps fuftfur la terre, &ence
monde ,puis que l’Hoftie qui lencloft,y eft.
Mais l'Efcriture nous apprend que fon Corps n'eft plus fur la
terre, ny en cc monde.
Doncques le Corps de Chrift n'eft point enclos dans l Hoftie.
La première propofition de cét Argument eft éuidente,'
& la confequence n’a pas befoin de preuue pour ceux qui fça­
uent que le contenu & le contenant font enfemble dans vn
mefme lieu: il faut donc que le Corps de Chrift foit partout
où il y a des Hofties confacrécs, s’il eft vray qu’il eft contenu
dans ces Hofties là.
- La fécondé eft formellement de l’Efcriture: Car fi le Corps
de Chrift eftoit dans le Sacrement, il feroit au monde, mais
Jean 16. Iefus-Chrift nous dit au contraire qu’il n’y eft pas. ledelaiflele
28.
mondes <ÿ- ie men vay au Pere, dit il à fes Difciples ; & parlant
Jean. 17. de ce départ, il dit au Pere, maintenant iene fuis plus au monde.
1
Si ce que l’Eglifc Romaine enfeigne & croit, eftoit vray,nous
aurions Iefus-Chrift toufiours auec nous d’vne prefence corMat it' Porc^e •’ ma*s d leur dit, vous aureJjouftours les pauures auec 'vous,
1,
mais vous ne m durez,pas touftours. S’il eftoit vray cc que dit l’E­
glife Romaine : nous ferions obligez de croire que le Chrift:
cft icy, ou qu’il cft là, qu’il eft és deferts, & dans les cabinets,
quand elle nous le dit. Mais Iefus-Chrift nous a deffendu de
Mat.îyAe croire. Si l’on'vous dit, voicy le Chrift icy,ouileft la,ne le croyez,
23.16. point ; il eft au defert, nefortezpoint -, il cft és cabinets, ne le croyez
point. Enfin s’il eftoit vray ce qu’elle dit, nous ne ferions pas
abfens de Iefus-Chrift quant au Corps, puis qu’il nousferok

onfteme Refionfi»

727

tous les iours prefent fur les Autels. Mais l’Apoftre veut que
nousfçachions le contraire, à fçauoiropCeftans vojagers ence 2,cor.$
cerps->nousfommes abfens du Seigneur. Puis donc que nous fom- 6.
mes abfens de luy ; puis que nous ne I’auôs pas ; puis qu’il n’eft
point icy ou là; puis qu’il n’eft pas au monde, la conclufion
eft éuidentc & inconteftable, que fon Corps n’eft pas dans les
Hofties, ou dans le Pain du Sacrement.
Pourrepliquer à ce raifonnement, Monfieur le Bachclierfaitpremiercmentvneremarque generale, & puis après
des refponfes particulières à chacun des textes fus alléguez.
Pour l’obferuatiô generale, vous remarquerez s’il vous plaift,
dit-il, que nous deuons confiderer le Corps du Fils de Dieu
en trois cftats fort differens. Premièrement félon l’eftat qu’il
a vefeu lut la terre, eftant homme mortel, fuiet aux affligions
&auxincommoditezdela vie humaine. Or maintenant il
n'eft pas en cet eftat : parce qu'il a quitté dans le tombeau tout
ce qu’il auoit dc perifl'able & de mortel. Secondement dans
l’eftat de la gloire où il eft aflis à la dextre du Pere , & efleuc
au defiiis de toutes les puiffances Celeftes. Or de cette forte
il ne quitte point le Ciel, ny ne viendra icy bas qu’à la fin des
fiecles^pour iuger les viuans & les morts. Troifiémânent
nous le confiderons dans le Sacrement de l’Autel d’vne façon
fpirituclle & tout à fait admirable. Or de cette forte il n’eft
pas feulement en vn lieu, mais aufli par tout où il y a des Ho­
fties confàcrées. Cela eftant ainfi nous refpodons facilement
à la troifiéme raifon qu’allègue le Miniftre, par laquelle il pré­
tend quel Humanité dc lefus-Chrift n’eft pas maintenant fur
la terre: Nous refpondons/dis-je, facilement à toutes cesallégations, difant, qu’il eft vray quele Fils de Dieu delaific
le monde, qu’il n’eft plus auec nous félon fa prefence vifible
& glorieufc,qui fait dedans le Ciel vne partie de la félicité
des Sainéls: mais il eft vray aufli que félon cette prefence inui­
fible & fpirituclle il demeure & fait vn continuel fejourauec
nous dansle Sacrement de l’Autel.
I aduoué que le Corps de Iefus Chrift dans l’eftat defon
abbaiflement a cfte paflible, mortel, & qu ilapaffé fa vie dans
les infirmitez communes à la nature humaine, pour la termi­
ner par vne mort pleine de rigueur. le confefTc qu’aprés fi

Deffenfe de la
Refurredion il efl: dans vn eftat d’exaltation & de gloire, qui
le rend immortel, impaflible, & parfaitement glorieux, le
rcconnois ces deux eftats du Corps du Fils de Dieu, dont l’vn
a fuccedé à l’autre, parce que l’Efcriture les marque exprefleî.T’/fr.i ment: Car comme les Prophètes ont prédit les fouffrances
1}.
qui deuoient aduenir à Chrift, & les gloires qui s’en deuoient
Luc
cnfuiure; comme lefus-Chrift luy-mefmc a dit qu’il faloit que
26.
le Chrift fouftrît, & qu’ainfi il entrât en fa gloire : Aufli les
y/jd.2,7 Apoftres ont déclaré, que depuis qu’il s’eft aneanty foy-mefme ayant pris la forme de Seruiteur fait à la femblancedes
hommes, Dieu l’a fouuerainement exalté par defius les An­
ges. Mais pour ce troifiéme eftat fpirituel & admirable, par
lequel le Bachelier fuppofe que fon Corps eft par tout où il y
a des Hofties confàcrées: je dis que c’eft vn eftat imaginaire,
contraire aux déclarations de l’Efcriture, au fentiment des
Peres, & qui fait du Corps de lefus-Chrift vn Phantofine,fé­
lon l’erreur des Manichéens.
I ay prouué cy-deflus que cét eftat ne pouuoit conuenir
au Corps du Fils de Dieu ; & que comme les efprits ne peu­
uent eftre d’vne façon corporelle, palpables, vifibles & cïlendusdùnslelicucommelescorps : aufli les corps ne peuuent
eftre d’vne façon fpirituclle, impalpables, inuifibles, & fans
extenfion locale comme les efprits. le dis encore, que quand
le Corps de Iefus -Chrift feroit aulfi fpirituel que les Anges : il
ne pourroit pas pour cela fe trouucr à mefme temps par tout
où il v a des Hofties confàcrées : car comme reconnoifient les
, toute nature creée eftant limitée par les bornes de fbn
’Safîltw, «eflfcncc, ne peut point eftre, ny operer à mefme temps en
Dumafc. plufieurs lieux j & les Anges mefmes quand ils font au Ciel,
ne font pas en la terre, & quand ils font enuoyez de Dieu en
terre ils ne font pas au Ciel. C’eft vn aduantage qui ne conuient qu’à la Diuinité, & qui, comme nous auons veu, eft in­
communicable à toute créature : de forte qu’il n’eft pas befoin
d’en dire dauantage pour réfuter cette fuppofition de Maiftre
Chiron.

, .

728

Seulement ie vous prie de remarquer en pafiànt Iacontradi&ion dans laquelle tombe le Bachelier, quand il veut
foiitenir fa penfée: le l’appellerois admirable,fi ces cheutes nc
luy

luy eftoient pas ordinaires. Cy-deuant il a eu recours aux
qualitez d’vn Corps glorieux, pour perfuader que celuy dç
Chrift eft impalpable & inuifible dans lEiiçhariftie ; & main?
tenant pour faire qu’il y foit.d’v,ne façon fpirituelle,il ne veut
pas qu’il y foit dans l’eftat glorieux. Tantoft il luy attribue la
gloire, pour le rendre inuifible danslc Sacrement j tantoft il
l’a luy ofte, pour faire qu’on ne le voye pas fur la terre ; & à
mefme temps il l’a luy redonne, poux; le faire vifibledans lo
Ciel. Qu’il y a de la peine à parler contre la connoiflance
qu’on a de la vérité, fans fe contredire foy mefme ! Car com­
ment fe peut il faire qu’vn mefme corps foit tout à la fois dans
le chemin de la terre, &dans la Patrie du Ciel 5 Qu’il foit à
mefme temps vifible & inuifible? Dans vn eftat glorieux où
il eft veu, & où il voit ceux qui le contemplent 5 & dans vn
eftat non glorieux,où il ne peut rien voir, ny eftre veu de perfonne ?
Cependant Monfieur le Bachelier veut faire accroire qu’il
trouuc dans les paroles de l’Efcriture, dans les déclarations
des Peres, & dans la confeflion de Caluin, des fondemens
qui fouftiennent fa penfée. Pour l’Efcriture, fi cela n’eftoit
pas, dit il, pourquoy le Fils de Dieu auroit il dit en Sainét
Mathieu chap. 18. lepas auec vous jupettes à la confommation des
fiecles ? le fuis, c’eft à dire mon Corps, mon Ame & ma Diui­
nité eomprife fous ce mot ,jefuis* eft auec vous iufques à la fin
du monde.
Ic fuis allé audeuant de cette objeétion, dans ma refponfe^
& i’ay fait voir par l’interpretation de Sainét Auguftin, que
cette promelfe du Sauueur s’entend de l’afliftance de fon Efi.
prit, Sc de la prefence de fa Diuinité, & nonpas de celle de
ion Corps. En effet s’il faloit prendre les paroles du Sauueur
cn ce fens, fa promefle ne feroit pas véritable : car il a promis
qu’il feroit auec fes fideles non feulement tous les iours pen­
dant quelques heures, mais tous jours, c’eft à dire d’vne pre­
fence continuelle & non interrompue,. Mais le Corps de
Chrift n’eft pas touftours auec vous, ny n’y peut eftre : car ie
veux qu’on chante Mefle dans tous les lieux de voftrehabitation, combien de fois eftes-vous obligez de vous en abfenter?
Je veux que chaque iour vous affiliiez régulièrement à toutes

73^)

> Deffenfe'de la

ks Mcffcs qucvous pouuez entendre : combien de momehs
fepaffe-il dans l’Eglifc auant que le Corps de’Chrift foit fait
par la Tranfubftantiatiô? Combien d’heures s’efcoule-il hors
de PEgliftaprés que cc Corps eft confommé dans l’eftomach
des Preftres iufques au lendemain ? Quoy, parce que chaque
iour pendant vne heure vous pouuez auoir le Corps de Chrift
dans le Sacrement, s’enfuit-il de là qu’il foit toufiours auec
Vous ? Certes les Preftres qui difent tous les iours la Meffe, ne
peuuent pas fe glorifier de cét aduantage : puis que félon
leurs maximes le Corps de Chrift ne fait que paffer dans leurs
corps, fans s’y arrefter que durant quelques momens • & pour
vérifier la promeffe de Iefus-Chrift en voftre faueur félon ie
fens du Bachelier, il faudroit ou que vous fuffiez toufiours au
pied des Autels & prés des Hofties côfacrées dans les Eglifes,
ou que vous portaflîcz toufiours le Sacrement auec vous dans
vos maifons, dans vos lids, dans vos boutiques, dans les rues,
& par tout où vos affaires vous pourroient appeller.
D’ailleurs, Iefus-Chrift promet que fa prefence auec les
fidèles durera autant que le monde, & qu il fera auec eux iufqu’àla confommation des fieeles. Cependant on vous dit
que quelques iours auant la fin du monde,la Meffe fera abolie:
comment donc le Corps de Chrift fèra-il alors auec les fidè­
les, qui feront fur la terre, puisqu’il n’y aura plus de Méfié
qui multiplie la prefence de fon Corps en diuers lieux? Vous
voyez donc par là, que s’il faurprendre les paroles de IefusChrift cn ce fens, & fuiuant la glofe du Bachelier,mon Corps
eft auec vous iufques à la fin du monde: Sa promeffe eft entiè­
rement illufôire ;& que voftre foy par confequent eft vaine:

puis quelle croit des chofes, qui ne font point, ny ne feront
iamais.
Mais dit Maiftre Chiron, ce terme je fau ne comprend
pas feulement la Diuinitè de Chrift, mais auffi le Corps &
l'Ame de fon Humanité. Que cette Philofophie eft fubtile,
mais quelle s’efloigne auffi des veritez de la Théologie! Sc
particulièrement de cette maxime que lesDodeurs appellent
* la communication des Idiomes,par laquelle on attribué quelf. a.
que fois à la Perfône de Chrift ce qui ne luy conuient propre­
art, 4ment qu’au regard d’vne des natures qui fubfiftent en elle. Par

onzième Refronje,

ÿjï

exemple quand Iefus-Chr iftdit, après que ieferay reffufeitéy firay deuant votss en Galilée : vous n’entendez pas que ion Ame p.
& fa Diuinité deufTcnt reflùfciter , car vous fçauez bien qUe
l’vne ny l’autre n’eftoit capable dc refiirreélion : mais vous
comprenez qu’il deuoit reflùfciter au regard derfonCorps,qui
feul eftant tombé par la mort, deuoit aufti luy feul fercieuer
par la refurredion. Ainfi quand le Sauueur dit aux Iuifs, en /m3. 5?
verité.jevousdy, deuant qu Abraham fufi ?jefûts : vous entendez
bien qu’il n’a pas voulu dire que fon humanité fuft auant la
naiftance d’Abraham,car il ne le pouuoit pas dire auec vérité,
veu qu’en cét égard il n’eftoit au mode que depuis trente ans :
mais qu’il eftoit pluftoft qu Abraham au regard dc fa Diuini­
té, qui a deuancé la naiftance de toutes Tes créatures. Ds
mefme quâd il dit à fes Etifciples,& en leur perfône à tous les
fideles , jefuis auec vous toufiours jufques a la confommation des fiedes, il eft éuident qu’il ne parle pas dc fon Corps nydefon
Humanité, mais de fa Diuinité, qui doit aflifter fon Eglife dc
fa prefence & de fon fecours iufques à la fin du monde.
En effet ce terme,je fuis, indique cette vérité, en mar­
quant i’eternité immuable dc Chrift,qui est le mefme hier & au- Heb. ïj»
jourd’huy & éternellement. Comme donc dans l’exemple pre- 8.
cedant il ne dit pas auant qu’Abraham fuft né, ic fus, oùi’eftois, où i’ay efté, mais ie fuis, pour marquer fon Eternité Di­
uine , qui recueille au prelènt tout le temps pafte : Ainfi dans
l’exemple que nous traitons, il ne dit pas ie feray, mais voicy
jefuis auec vous toufiours, pour montrer qu’il parle de fa Diuini­
té éternelle, qui contient au prefent tous les temps qui doi­
uent s’écouler dans l’auenir. Selon cette Diuinité comme
il n’eft point éloigné d’vn chacun de nous dans l’ordre delà
nature, parce qu’en luy nous auons la vie, le mouuement&
z8«
l’eftre : Aufti eft-il auec chacun de nous dans l’ordre de la grâ­
ce , parce çyïilest en nous.l'efperance de gloire > comme dit Saint Colo/T. i»
P,
.

• 37.
C eft ainfi qijeS. Auguftin a entendu cette preféce de Chrift
auec tousles fideles de l’Eglife Militante, comme ielayfait
voir dans ma Refponfe. Car félon fa Majefté, dit-il, félon fa
Prouidence,félon fa Grâce inéfable & inuifible,a efté accomjçr»
fli Ce quia efté dit par luy, voicy iefuis toufiours auec yous, fri

Z Z z zij

Defenje de la.

Mais fclon la chair que le Verbe a prife, félon ce qu’il eft né
de la Vierge, félon ce qu’il a efté faifi parles Iuifs, cloué au
bois, depofé de la Croix, cnueloppé de langes, vous ne m’au­
rez pas touftours auec vous..
Cependant Monfieur le Bachelier veut & entend que
cette promefte foit accomplie par la prefence de fon Corps;
& c’eft ainfi, dit il qu’il faut entendre Saind Auguftin que le
Miniftre cite mal à propos, yeu que ce grand Dodeur au trai­
té 64. fur Saind lean expliquant ces paroles du Seigneur, le
‘vota ny dit ces chofes tandis que testais auec vous , reconnoift qu’il
parle quelquefois félon Ion eftre mortel.
Il n’y a rien de femblable dans le Traité 64. mais dans le
77. où il expofe ces paroles citées par le Bachelier, je lis bien
que le S eigneur après auoir promis .à ceux qui l’aiment, la
venue de toute la Trinité vers eux, & fa demeurâce en eux, il
0 * leur parle de la dcmeurance prefente de fon Corps, & dit que
félon celle-là il ne s’elloigne point de ceux qui l’aiment, mais
que félon celle-cy il deuoit s’en aller d’auec eux. Et dans le
Traité fuiuant il adjoufte ccs paroles, pour mieux expliquer
vfugnfl. fon intention. D icy donc leur cœur pouuoit receuoir du
/r^.78. trouble & de la crainte, parce qu’il s’en alloit d’auec eux, eniufoht corequ il d’euft venir à eux, qued’aduanturele loupn’enuahit le troupeau dans cét interualle del’abfence du Pafteur.
Mais, dit-il, fi l’homme s’ciioignoit d’eux, Dieu ne s’en éloignoitpoint, car Chrift luy-mefme eft homme Dieu : Il
s’en alloit donc félon ce qu’il eftoit homme, & demeuroit fé­
lon ce qu’il eftoit Dieu j il s’en alloit félon ce qu'il eftoit en vn
lieu, & demeuroit félon ce qu’il eftoit par tout. Iugez de là ft
MaiftreChiron ne fe plaift pas à choquer Saind Auguftin
aufli bien que l’Efcriture, quand il dit que l’Ame & leCorps
de Chrift font toufiours auec nous : car qu’eft-ce que l’hom­
me finon la chair & l’ame raifonnable $ dit ce mefme Do­
deur.

Si vous croyez que ie prens mal les paroles de Saind AuÇètafl.i guftin, efeoutez le Pape G elaze,& il vous dira que le Fils de
eont.ëu- Dieu eft auec nous, & n’cft point auec nous : parce que ceux
£1?^
qu’il a Iaiflez,& defquels il s’eft retiré à l’efgard de fon Huma­

nité , il ne les a point delaiffez ny abandonnez au regard de fa
Diuinité.

onzième ReJfonJè.

73$

Les Peres qu’il allégué ne luy lont pas plus fauorables que
SaindAuguftin. Pourquoy, dit-il, Saind leanChryfoftojne diroit-il au liure 5. du Sacerdoce, celuy qui eft là haut af­
fis auec fon Pere, à mefme heure & à meline inftant eft tou­
ché de nos mains, &fe donne luy-mefme à ceux qui le veu­
lent receuoir & embralfcr ? Mais pourquoy dites-vous, que le
Corps deChrift dans l’Euchariftie eft impalpable & qu’on ne
le peut le toucher ? Vous voyez donc qu’il ne parle pas de
Chrift, côme fi nous pouuions toucher & prendre fonCorps
auec les mains, & l’embrafler auee les bras de nos corps fur la
terre : mais dvne réception fpirituclle, qui nous le fait tou­
cher & embrafter par la foy dans le Ciel ou il eft aflis à ladex- -dmbr.l»
tre du Pere. Car ce font les mains de la foy qui le reçoiuent, *• in Lue
ce font les bras de la foy qui l’embraftent, comme dit Saind ca?'
Ambroife j & les Iuifs ne le prirent pas, parce qu’ils n’auoient A tra£i
pas les mains de la foy, comme dit Saind Auguftin, Enuoye
ta foy là où il eft feant, & tu i’as tenu, dit le mefme Pcïc.Nedy \0.10.6
point en ton cœur, (put montera, au Ciel? cejl rameiner Chrijl denhaut , die l’Apoftre : mais vous aimez mieux qu’on vous l’ameineicy bas, que de l’aller chercher là haut, fi vous efeoutez voftre Miftionnaire.
Pourquoy, adioufte-il, Saind Grégoire de Nyfte diroit il
au Sermon de la Pafque, tout ainfi que le Fils de Dieu rem­
plit le monde par fa vertu Diuine, & toutesfois il n’eft qu’va
Dieu : aufli eft il confacré en diuers lieux fans nombre, &
neantmoins ii n’eft qu’vn mefme Corps. Mais pourquoy fai­
tes-vous dire à ce Dodeur ce qu'il n’a iamais dit? I’ay leu tou­
tes les Oraifons qu’il a eferites de la Fefte de Pafqucs, mais ie
n’y ay rien trouue de ce que vous luy attribuez. 11 eft vray que
dans vne grande Oraifon Catechefique, i’ay l’eu qu’il propofe Grtç.Kyfl
cette queftion : Comment s’eft-il pu faire que le Corps de orat.Qa
Chrift qui eft vn, & qui eft tous les iours diftribuc à tant de tech.c^y
milliers de fideles dans tout le monde, foit tout en chacun
d eux,&qu’ildemeure'toutentierenfoy-mefme/ Maisii en
donne vne folution bien eftrange, car il dit que comme le
Pain que Iefus-Chrift mangea & le Vin qu’il beut cn la Cene,
fc changèrent en la nature de fon Corps, dont ils furent l’alijnent : ainfi par la difpenfation de fà grâce ils’infinuë en tous
Z Z z z iij

*734-

Defenje delà

les croyans par fa Chair , dont la confiftcnce eft de Pain & de
Vin 5 tellement qu’il eft meflé & temperé enfemblc auec leurs
corps : afin que comme la parole s’eft mcflée à la nature mor­
telle des hommes, pour deïfier l’humanité par la Communiô
de la Diuinité -, l’homme aufti fut participant de 1 immortalité
par lôn vnion auec ce qui eft immortel. Cela n’a pas befoin
de grand examen: car il paroift que le commencement & la
fin de ccttc refponfe contiennent vérité : mais il eft éuident
que le milieu s’en efloigne, s’il faut prendre ces paroles comrBellnrm. nie elles fon nent. C’eft ee que le Cardinal Bellarmin ne
hb.iô de deuoit pas cacher dans la citation qu’il a faitedecepaftage;
Sacrant. & ft auroit trouué luy-mefme la refponfe à l’objeétion qu’il en
Suchar. a voulu tirer contre nous. Car côme vous croyez que le Pain
& le Vin que le Seigneur mangea, fc conucrtiftoient en fon
Corps par la chaleur naturelle, aufti le croyons nous. Com­
me vous croyez que nous ne pouuons eftre participans de
l’immortalité, que parce que nous fommes vnis à Chrift im­
mortel , nous le croyons de' mefme. Mais comme vous ne
pouuez croire fans erreur que la Nature Diuine fe foit meflée
auec l humanité en Chrift : nous ne pouuons aufti nous per­
fuader , non plus que vous, que fa chair fc mefle fubftantielle--;
ment auec la noftre.
Enfin conclud le Bachelier, pourquoy eft-ce que Caluin
diroit fur la première aux Corinthiens chap. ii. que cela n’eft
pointinconuenient dedire que nous receuons Iefus Chrift
demeurant au Ciel. Certes toutes ces authoritez alléguées
font fauffes, dit-il, félon vous, où il eft manifefte que le Di­
uin Sauueur fc trouuc à mefine temps dans le Ciel Ôêfurlît
terre.
Caluin a eu raifon de dire que quoy que nous demeurions
fur la terre, nous pouuons prendre Iefus-Chrift demeurant au
Ciel : parce que comme dit luy-mefme, le Sainél Efprit peut
joindre & vnir des Perfonnes éloignées par la diftance des
lieux, parce que noftre foy attire Ielus-Chrift en nos ames,
Ï.Cw.13. &quc fi nous fommes en la foy, nous reconnoiftons nous5.
mefmes que Ielus-Chrift eft en nous,félon le langage de l’Apoftre. Et de là s’enfuit fort bien que le Sauueur eft à mefme

temps au Ciel & enterre* non comme l’entend le Bachelier

onzième Refponfe,
par la prefence fubftantielle de fon Corps, mais comme l’en tendent les Peres félon l’Efcriture. Quand ils difent qu’il a
porté fon Corps dans le Ciel, mais qu’il n’a point ofté fa Majefté au monde; qu’il eft par tout à l’égard de ce qu’il eft Dieu,

31*

& au Ciel à l’égard de ce qu’il eft home
qu’il ne faut point
douter qu il ne foit prefent par tout comme Dieu, &envn
certain lieu du Ciel à caufe de la matière d’vn vray Corps. Ftdgen.h
Quand ils declarentque le Fils de Dieu eft au Ciel, & habite 2.4^7/j»en nous en terre à fçauoir par cette prefece de fon immenfité, afim.cap»
par laquelle le Pere & le Saind Efprit habitent en nous.
Voyons maintenant les répliqués particulières que le Ba­
chelier fait aux textes fus alléguez dc l’Efcriture, par lefquels
i’ay prouué que Ieftis Chrift n’eft point fur la terre par la pre­
fence dc fon Corps. Il ne refpond rien aux paroles dc lefusChrift en Saind lean . ledelaifie lemonde, drm’cnvay auPere^fean r<?.
maintenant je ne fuu plus au monde. En effet, s’en aller au iS-C* ’7
Pere,& fe retirer d’auec nous, c’eftoit enleuerdc ce monde *’•
la nature qu’il auoit prife de nous, comme dit voftre Gelafe:
car quand elle eftoit en terre elle n eftoit pas certes au Ciels &
j’
maintenant parce qu’elle eft au Ciel, elle n’eft pas certes en î.aJ-rkr*
terre. Et félon fa fubftance humaine il eftoit abfent du Ciel jim.c.v],
lors qu’il eftoit en terre, & a delaiffé la terre lors qu’il monta
au Ciel, comme dit Fulgence.
Aux paroles du Sauueur en Saind Mathieu ,7? ton Vous dit A/at.if.
•voicy le Chrifi efi icy ,ouilefi là,ne le croyez-point, il redit la mef- ij. 26.
mc chofe qu’il a dite en vn autre lieu dans fa répliqué à la huidiéme refponfe, où ierenuoye le Ledeur; & il verra que le
langage de ces faux Prophètes eft le mefme que celuy desDodeursdel’EglifeRomaine,quimontrent au doigt leCorps
de Chrift fans le faire voir; qui veulent que nous croyons qu’il
eft icy, & là, encore que nous ne 1e voyôs pas ; & qui fuppofét
des miracles, pour nous perfiiader ce que Iefus-Chrift nous
deffend de croire.
.• . A ces parolcs du mefme Sauueur en Saind Mathieu, vous ^at.
aurez toufiours lespatiures auec votes ,matsvous nem’aurez pattoufi- Il0
jours, voicy ce qu’il répliqué. Si après tout cela vous repetez
encore ce paftage de Saind Mathieu, ce fera à voftre confu­

fion, premièrement, parce qu’en vos nouuelles Bibles vous

73 £

*

Deffenfe de la

aucz falfifié ce paffage, mettant au lieu du mot auez, quieft
au temps prefent, ce verbe aurez,., quieftaufutur. Seconde­
ment parce que la marge de voftre Bible adjoufte ces trois
mots, quant à la prefence corporelle, qui gaftent tout voftre
raifonnement. C’eft pourquoy nous revendrons toufiours
là, que Iefus-Chrift eft toufiours auec nous, que fonCorps
eft vrayement & réellement dans l’Euchariftie, non pas à la
vérité d’vne façon corporelle & fcnfible, comme lors qu’il vi­
uoit parrny les hommes : mais à la façon des Efprits, qui n’oc­
cupent point de place, & qui font tous en chaque point & en
chaque partie de lieu. C’eft ainfi, adjoufte-il, qu’on doit en­
tendre Sainél Auguftin,que le Miniftre cite mal à propos: veu
que ce grand Doéleur parle fi clairement fur les Pfeaumes,&
en quantité d’autres endroits de fes œuures, de la réalité du
Corps de Iefus-Chrift dans TAugufte Sacrement de l’Autel,
qu’il faut eftre priué de fens, pour ne pas s’en apperceuoir.
Pour la verfion de ce paffage, fi nous l’auons falfifié dans
isfttffttli. la traduélion de la Bible, Sainél Auguftin l’a falfifié deuant
*>^#.50. nous: car il le cite de mefme que nous, & dans l’expofition
*» joh. c. qu’il en donne, il répété ces paroles iufqu’à neuf fois dans
1les termes du futur, en vn feul endroit de fes œuures, vous ne
rn aureT^as toufiours. Les Doéleurs de Louuain l’ont falfifié de
mefme, puis qu’ils ont traduit au futur, 'vous ne m aurez pas tou-*
jours.
Quant au fens de fes paroles,S.Auguftin les éxpofe de mefine
que nous : car côme-la note marginalle de noftre Bible porte
ccs mots,quant à la prefence corporelle, auffi cc Pere dit qu’il
tsfuguft. parloit de la preféce de fon Corps,& que félon la prefécc de la
j'oidtm. chair,il a efté bié dit aux Difciplcs, vous nc m’aure\j>œs toujours.
Etc’cft ainfi que vôtrcGelafe dit que felô faDiuinité il eft auec
Celafil.ï, nous toufiours, mais que félon fon humanité il s’eft retiré d’acont. Eu- uec nous. De forte que noftre raifonnement demeure en fà
force, & nous en reuenons toufiours là auec les Peres fideles
Interprètes de l’Efcriture, que tout corps eft local, & que ce
qui n’eft point local n’eft point auffi corporel j que les corps
Eurent, «e peuuent point exifter à la façon des efprits, qu’il eft totaletsiuguft. ment impoffible qu’il y ait aucun corps, foit terreftre, foit Ce­

lefte , qui ait au lieu d’vne partie yne autre partie tout enfemr ........
"
ble

onzième Refponfe.
ble,8c que nuld’euxn cit tout en quelque partie que ce foie;
& que par confequent il faut que le Corps du Seigneur,
auquel il eft reffufeité foit en vn feul heu,8c que le Fils deDieu
félon fa fubftance humaine n’eft plus fur la terre, depuis qu’il
cft monté au Ciel.
Quant aux Paroles de Sainél Paul, qu eftans voyagers ence i.Ctr. Jï
corps, nousfommes abfens du Seigneur : c’eft auffi de la forte , ditil , que s’entend ce paiTage de Saind Paul, à ff auoir de fa pre­
fence vifible & manifefte.
Mais c’eft vne chicane trop manifefte pour n’eftre pas ap-'
perçeue de tous ceux qui ont tant foit peu de railon. Car fi
l Apoftre a voulu dire feulement que nous fommes abfens de
l’Humanité de Chrift, parce que nous ne l’a voyons pas: à
plus forte raifon pouuôns-nous dire que nous fommes abfens
de fa Diuinité, parce qu’elle nous eft inuifible; Et fi .vous
croyez vous abléter du Seigneur, lors mefine qu’il entre dans
ia maifon de voftre corps, d’autant que la fpiritualitcdefon
corps le defrobe à voftre veuë : Vous pouuez auffi vous per­
fiiader que voftre corps eft abfent de voftre ame , parce qu’e­
ftant vne fubftance fpirituelle, il ne vous eft pas permis de U
voir.
Pour donc comprendre l’intention du Saind Apoftre,'
vous remarquerez s’il vous plaift ce qu’il dit en fuite, que nous a; Car. 5»
délirons de luy eftre agréables & prefens & abfens. Il pofe
donc que nous luy fommes prefens, & que nous fommesabfens de luy : En effet nous fommesprefens à Chrift au regard
defon Efprit & de 1a Diuinité, car comme fa Deïté le rend
prefent par tout, auffi le Saind Efprit accomplit la preferv- Cyril.jfce de Chrift dans les Sainds, comme dit Saind Cyrille; & kxA.
nous en fommes abfens au regard de la chair & de l’humanité
à caufe de la diftance des lieux qui nous l'cpare: Car il eft dans
la Patrie Celefte, & nous encore dans le voyage pour y par­
uenir. C’cftpourquoy l’Apoftre adjoufte, que nom aimons »•£’*. jZ
mieux eftre eftrangers de ee corps -, & eftre auec le Seigneur ;Et luy
mefme tefmoigne ailleurs que fon defir tend à defloger pour
cftre auec Chrift. Or fi l’humanité de Iefus Chrift eftoit tous
les iours auec nous fur la terre , fi fon Corps nous eftoit prelent, quoy que d’vne prefence inuifible,il ne faudroit pas few-

AAaaa



738

’ Defenfe de la -

hâker de fortir de Ce corps pour eftre aucc le fien,puis qu’il fc;
’ . • - roit toufiours auec nous, •& que nous ferions toufiours en fâ
;

compagnie. Ce defir donc que nous auons de defloger pour
eftre auec Chrift, eftvn tefinoignage que nous en fommes
abfcns de corps ; & cette abfence marque non feulement que
nous fommes priuez de fa veuë, mais auffi feparez & éloigner
de la fubftance de fon humanité.
®
C’eft pourquoy les Anciens Dodeurs de l’E glife, qui ont
expliqué cette ablencc, ne difent pas feulement, qu’elle nous
rend Iefus-Chrift inuifible, mais qu’elle éloigne de nous fon
corps, fa chair, & fa nature humaine, & qu’il ne nous eft prefent qu’en fa Diuinitè.
u

Vifil. in

Quand ils déclarent que parla forme deDieu qui ne fe rcditfut. tire point de nous, il nous eft prefent cn terre : mais qu’il eft
abfent de nous par laforme de Seruiteur, qu’il a enleuée d’a­
uec nous au Ciel.
Cyrilnit QuaridilsafTeurétqu’il eft bien prcféticyau milieu de nous
rof. Ca- par i’Efpritzmais qu’il eft maintenant abfent quant à la Chair,
jffe/j. 14.
Quand ils tefmoignent qu’encore qu’il fuft abfent quant
ST/ 'âf à k chair, les fideles deuoient entendre qu’il feroit toufiours
'c, aucc eux par la puiftàncc ineffable de faDeïté.
’ *
La quatrième faifon dont iémè fuis ferui contre cette pre­
fence fubftanticlle du Corps de Chrift en l’Euchariftie, cft
prife de la fin pour laquelle ce Sacrement a efté inftitué' du
, Seigneur: car il l’a inftitué pour faire vne commémoration de
fcwr. 33. luy & de fa mon,faites cecy en commémoration de moy 5 & Sainét
49»
Paul explique ainfi les paroles du Sauueur, .toutes fois &quan4

11 les que vous mangerei{de ce Tain , &■ boirez de cette Coupe , vous an-

ttoncere^Ja mort du Seigneur jttfquàce quil vienne. De ccs paro­
les il eft cuident que cette commémoration & annonciation
de fa mort fe doit fairc iufqu’à fa venue ; & que quand il fera
venu, ce Sacrement de mémoire celfera. D’où ie tire ce rai­
sonnement en cette forme.

La où chnjl e?t venu, il n'efi plus befoin de faire commémo­
ration de lay, nydefa mort cn attendantfa venue.
Orfi le Corps de Chnjl efi réellement dans lEucharifite, ily efi
"Venu.
v
Qoncquesfi le Corps deChrifi efi réellement dans lEucharifiie^

739

onzième Refponfe.

ÏÏ n'eft piw bejotn d y faire ccmmentoration de Itty, ny de fa.
mort ^dans l'attente defavenue.
La première propofition dc ce raifonnement eft éuidente
par les textes de l Efcriture fuf-allcguez : Car fi Chrift eft vcnu il ne faut plus faire commémoration de fa mort, puisque
Sainét Paul veut-que nous l’annoncions iufqu’àce qu’il vien­
ne ; Et Sainét Hierofme explique ainfi le fentiment de Saind
Paul & l'intention de lefus-Chrift. Lors mefme qu.’il deuoit f/-tert
fouffrir, ilnouslaifTa vne dernier® commémoration ou mié~ x.Cor.caf
moire : comme fi quelqu’vn s’en allant dehors, biffe vn gage u.
àceluy qu’il aime, afin que toutes les fois qu’il le verra,il puif­
fe fe fouuenir de fes bien faits, & de fon amour. Il eft befoin
dc mémoire adjoufte-il, iufqu’à tant qu’il daigne venir luymefrne. Il n’eft donc plus befoin de mémoire,adjouftonsnous, s’il eft vray qu’il eft défia venu, & que Ion .Corps eft ré­
ellement dans l’Euchariftic.
* i
La féconde propofition démon raifonnement eft incon­
teftable, félonies maximes dc vosDoéteurs: car il faut félon
leurs principes que le Corps dc lefus-Chrift foit venu dans le
Sacrement,puisqu’ilcommcnced’y eftre, & qu’ily eft ren­
du prefent: foit qu’on l’y aye produit, comme veulent ceux
qui tiennent la Tranfubftâtiation produétiuej foit qu’on l’y aitftStSdrm.
amené d’ailleurs, comme l’entendent ceux qui fc contentent!
d’vne Tranfubftantiation adduétiue. On ne peutdonc point cram‘
nier la conclufion,
A ce raifonnement Monfieur le Bachelier répliqué deux
chofes. Pour les paroles de Sainéf Paul, que c’eft, dit-il, fort
mal entendre les Efcritures : car il eft manifefte que l’Apoftre
entend parler en cét endroit de l’aduenement glorieux & ap­
parent du Fils de Dieu, & non pas de fon aduenement inuifi­
ble & fpirituel, lequel doit continuer iufques à la fin des fie­
cles , félon la promeffe contenue en Sainéf Mathieu, comme
nous auons défia dit,& félon les Prophéties de Daniel, qui ap;
pelle 1 Euchariftie vn Sacrifice continuel.

Nous auons montré cy-deuant que ce perpétué! Sacrifice,’
Daniel a parle, fut aboli bien toft après l’aduenement du
Meflic, félon la déclaration de l’Ange. Nous auons fait voir
flue cettepromcfïe que Iefus-Çhrift nous fait d’eftre, non pas
AAaaa ij

I

74°

>

Deffenfe de la

aucc le Pain, mais auec nous toufiours, iufqu’à la fin du mon­
de, s’entend de la prefence, non de fa Chair, defon Corps,
de fon Humanité, mais de fon Efprit, de fa Diuinité, & defa
grâce. Nous auons veu auffi que le Seigneur promet à *.cux
qui l'aiment de venir à eux, &de demeurer chez eux, d’vne
venue & demeurance fpirituelle, qui fe fait dans les efprits in[ylT terieurement,félon l’explication de Saind Auguftin. Mais
,ri 1° * pour le regard de fon Humanité, nous ne voyons point que
l’Efcriture ny les Peres qui l’ont interprétée,difent qu’il doiue
venir par vn autre aduenement que celuy qui fe fera à la fin du
monde : Dans lequel comme Iefus Chrift dit, que le Fils de
2.Tlx][ i l’Homme viendra és nuées du Ciel : auffi l’Apoftre déclare
7?
que le Seigneur fera reuelé du Ciel.
Si entre-cy & là-, Iefus Chrift en fon humanité venoit
cous les iours à.nous,& que cette prefence fecrette nous deuil
accompagnertoufiours:$lneferoit pas befoin qu’à la fin du
monde ce Fils de l’Homme fuft manifefté du Ciel, il faudroit
feulement qu’il fe defuelopaft du voile des efpeces qui le couurent, pour fe manifefter fur la terre en vne infinité de lieux.
Vous voyez donc que cét aduenement inuifible de l humanité
de Chrift n’eft qu’vne fiction»: puis qu’il conuertit le Corps
de Chrift en vn phantofme ; puis qu’il fait eftre en nombre in­
finy de lieux ce Corps qui ne doit eftre qu’en vn lieu; & puis
qu’illctient caché dans l’opprobre & dans l’abbaiflement,
par vn procédé tout contraire au Myftere delà pieté, qui nous
ï.7ï«a 3. fait croire vn Dieu manifefté en chair , & enleué dans la
•j.6,
gloire.
Au tefmoignage de Sainét Hierofme le Bachelier ne ref­
pond pas mieux qu’à celuy de Saind Paul. Il ne faut pas, ditil , qu’il mette cn jeu le grand Saind Hierofme , lequel quoy
qu’il foit d’auis que le Fils de Dieu nous a dôné dans le Sacre­
ment vn gage de fon retour vifible & manifefte, ne nie pas
pourtant qu’il demeure inuifible dans l’Hoftie : puis que félon
le Miniftre Aubertincn fon Hiftoire Ecclefiaftique liure 14.
chap. 14. ce mefme Dodeur del’Eglife afleure qu’vn chacun
prend Chrift le Seigneur, & qu’il eft tout entier en chaque
partie, & n’eft pas diminué par chacune partie, ainfi il fe bail­
le tout cutter à vo chacun. Des paroles fi claires,nc deuroient

onzième Refponft,
- «îles pas decrediter tout à fait la dodrine du Miniftre ?

741

le rcfpede trop l’Antiquité des Peres, pour les mettre en
jeu, & i’ay trop en vénération les veritez làcrécs , dont nous
difputons, pour en faire vn diuertiflement prophané : Mais le
Bachelier fe joue des Myftcres de la Foy, & de l’Antiquité
des Peres. le n’ay point leu ny ouy dire qu’Aubertin aye fait
aucun liure, qui porte le tiltre d’Hiftoirc Ecclefiaftique : mais
i’ay bien leu celuy qu’il a intitulé l’Euchariftie de l’Anciennc
Eglife j ou traité auquel il eft montré, qu’elle a efté durant les
fix premiers fiecles, la creance de l’Eglife touchant ce Sacre­
ment. Et i’ay trouué dans ce traité, non pas au liure 14. car il
n'en contient que deux, mais au liure le cond j non pas au cha­
pitre-^, mais au cinquième le paftage cité par le Bachelier :
mais il eft faux qu’Aubertin l’attribué à Saind Hierofme, au
contraire il dit luy- mclme expreflement, qu’il n’y a autre cer­
titude quil en foit que le tefmoignage de Gratian, qu’il ap­
pelle Decretaliûe très impertinent : parce qu’il produit quel­
quefois fous le nom de Saind Auguftin & autres bons Au­
theurs destelmoignagesde Lanfrancus& autres femblables.
Des paroles fi claires doiuent bien decrediter dans voftre ef­
prit la bonne eftime que vous pourriez auoir pour ce Million­
naire des Landes : puis qu elles vous defcouurent la mauuaife
foy dans la citation qu’il fait de ce paflage, laquelle eft vifiblemét faufle en trois poinds. Premieremêt en ce qu’il l’allegue,
comme l’ayant pris de l’Hiftoire Ecclefiaftique d’Aubertin,
qui n’a iamais eferit d’Hiftoire Ecclcfiaftique. Secondement
ence qu’il cite le liure 14. pour le 2. & le chap. 14. pour le 4.
En troifiéme lieu, parce qu’iifuppofè que ce Miniftre attribué
ccs paroles à S. Hierofme, encore qu’il die en termes exprès
qu’elles ne font pas de Hierofme, mais de Gratian. Mais ne
vous eftonnez pas de la faufleté de cette allégation du Bache­
lier: car de cent citations qu’il fait, les quatre-vingt & dixneuffont aufli fideles que celle-la: Il en doit bien faire à croi­
re aux Païfans, puis qu’fl impofe fi hardiment aux Mini­
ères.
Maisrcucnonsau tefmoignage que i’ay allégué de Saind
Hi erofme, ou quoy que ce foit d vn Commentaire qui luy eft
attribué, & qux eft mis entre les ouurages, il n’y a mot qui ne

AAaaa iij

"tfi

Dcferifè delà

porte coup, pour deftruire cette prefence reelle & fubftantieî-.) •
le du Corps de Chrift dans l’Euchariftie. Car ilcompare no­
ftre Seigneur abandonnant la terre pour,aller au Ciel, & nous,
laiflant l’Euchariftie pour nous conloler pendant fon ablencc/,
à vn homme qui s’en allant en païs eftrange laifle à fes amis ,
quelque memorial de fa perfonne. Il dit donc que noftre Sei- »
gneur prit le Pain, ,& ayant rendu grâces le rompit & dit, pre -c
nez, mangez, c’eft à dire que le beniflant, eftant preft à fouf- ;
frir, il nous a laifle la derniere commémoration ou mémoire.
Or la commémoration d’vne chofe ne contient pas la chofe!
tsfuc.in mefme prefente : car comme-dit Sainél Auguftin, perfonne -,
ne fcreflouuient finon de ce qui n’eft pas mis en prefence.
:
Il dit en fuite que Iefus Chrift eft femblable à vn homme
qui s’en allant, s’efloigne &fe fepare de fon amy. Or-celuy :
qui s’en va en pays lointain ne demeure pas prefent inuifiblement auec fon amy duquel il fe fepare. Ainfi dôc Iefus-Chrift ;
quant à fon Corps, s’enallant de ce monde au Pere,ne nous a ;
pas laifle la prefence inuifible de fon Corps.
D'ailleurs ce Doéleur dit que Iefus-Chrift a fait comme :
Celuy qui s’en allant en pays lointain,laifle quelque gage à fon
Tiertram amy. Or qui ne fçait, dit le Preftrc Bertram, que gage fe rapAcCorptu porte à vne autre chofe? Car le gage eft gage de la chofe, en
©■ Sang, la place de laquelle il eft donne. Il appert donc, adjoufte-il, ;
'Dom.
qpc le Corps de Chrift & le gage du Corps de Chrift font fe­
parez entr’eux, d’vne aufli grande différence qu’il y a entre le
gage & la chofe pour laquelle il eft donné.
Enfin cet Autheur déclaré que cependant il cft befoin de
mémoire,iufqu’àce quil daigne luy-mcfine reuenir. Il eft
donc cuident que nous ne l’auons pas luy-mefme enfon hu­
manité, fclon laquelle il s’eft retiré d’auec nous, & que nous
ne l’aurons point iufqu’à fa derniere venue.
La cinquième raifon que i’ay produite, pour impugner
de faux cette prefence fubftantielle duCorps de Chrift dans
l’Euchariftie, cft prife de la difpofition auec laquelle nous de­
uons communier. Car fi nous fommes obligez de penfer à
Chrift, afin que là ou eft noftre threfor, là aufli foit noftre
cœur: c’eft particulièrement dans la Communion de l’Eu­

chariftie , puis que Iefus-Chrift nous l’a donnécjafin que nous

» onzième Refponfo

-yqq

àousfouuenioris de luy. D’où ie raifonné en cette forme.
Sans doute le Corps de Christ est là où nous le deuons chercher
en communiant.
Or quand nous communions, nous ne deuons pas chercher le
Corps de Chriftfur la terre, mau dans le Ciel.
Doncques le Corps de Chrift eft dans le Ciel, & non pas fur U
terre.
La première propofition de cét Argument eft éuidente :
car fi le Corps de Chrift n’eftoit pas là où nous le cherchons,
ou iî nous le cherchions là où il n’eft pas : noftre recherche fe­
roit vaine & trompeufe, comme celle des femmes qui le cherchoient dans le fcpulchre,dont il eftoit forti par la refurreéliô,
aufquelles les Anges dirent, pourquoy cherchez-vous entre les Luc 24.
morts celuy qui eft viuant',& à celle de fi Mere, qui le cherchoic 5«
entre fes parens & ceux de fa connoiflance à vne journée de
Ierufalem, lors qu’il eftoit au Temple, à laquelle pour cette
caufe Iefus-Chrift dit, pourquoy me cherchiez-vous.
Luc. 2.
La mineure cft de l’Efcriture formellement : car l’Apoftre
nous montre où nous deuons chercher Chrift, quand il dit, ft
donc vous eftes rejfuj"citez auec Christ, cherchez les chofes qui font en
haut, la où Chrift eft afsis à la dextre de Dieu , penfez aux chofes qui 2*
font en haut, non potnt a celles quifontfar la terre.
Les paroles mefmes quife prononcent en la Mcfte, vous
peuuent defcouur ir cette vérité, fl vous les entendez. Car le
Preftre qui la célébré, auant que de faire l’eleuation de l’Hoftie, éleuc fa voix, & vous dit, les cœurs en haut. Vous n’obeïflez donc point à fj voix, & vous dites vn menfonge, fi lors
que vous refpondez, nous les auons au Seigneur, vouscherchezleSeigneurenbasfurlaterre. Suiuez-le donc au Ciel, tsfugufli
dit Sainél Auguftin, fi ce que vous refpondez, n’eft pas faux, in Tf. 90
C’eftà cela mefme que vous exhorte Sainél Ambroife, pen- Jmbr.în
fez, dit-il, aux chofes qui font en haut, &non point à celles Lticc.t^
qui font fur la terre: Si dons nous te voulons trouuer nous ne
te deuons point chercher fur la terre, ny en la terre, ny félon
la chair. Marie le cherchoit en terre, & ne l’a pu toucher :
Eftienne l’a touché, parce qu’il l’a cherché au Ciel. Noftre
conclufiô cft donc véritable, à fçauoir que le Corps de Chrift:
eft en haut, & non point cn bas, qu’il eft au Ciel, & non pas
-.. fur la terre.

744

Deffenfe de U
A cc raifonnement tiré de l’Efcriture & des Peres, le Baè

chclier ne refpond qu’vne chofe. La refponfe, dit-il, eftfacile : d’autant que par ces termes de Ciel & d'en bant^s’entendent
les chofes fpirituelles, & par ces mots d'en bat, s’entendent les
chofes caduques & terreftres. C’eft en cette manière que
l’enfeigne Saind Cyprien en l’Oraifon Dominicale, où ex­
pliquant pourquoy le Preftre dit à la Meft’e ifitrfum corda,, ref
pond que c’eft afin que le peuple foit aduerty de ne penfer qu'à
Dieu, & de fermer le cœur à fon aduerfaire.
Tout ce que Maiftre Chiron dit là-deftiis eft véritable,
mais il nc dit que la moitié de la vérité, afin de vous cacher
l’autre. Car l’Apoftre nefe contente pas de nous exhortera
chercher les chofes fpirituelles, & celeftes : mais il nous mar­
que le lieu où elles font j & pour nous les faire chercher auec
plus d’ardeur, il nous dit qu’elles font là où eft lefus-Chrift, à
îçauoir dans leCielàla dextrede Dieu
pour montrer que
nous ne les pouuons trouuer en bas, mais en haut, il dit que
nous fommes reflufeitez auec Chrift : afin que comme lefusChrift eftant reftiifcité ne demeura pas long temps fur latcrrc,mais fut bien toft éleué dans le Ciel,nous aufti n’attachions
point nos penfées ny nos defirs à la terre, mais que nous les
éleuions au Ciel où il eft. C’eft ainfi que Saind Auguftin exisfugttfl. plique ces paroles de Saind Paul. Après lOraifon,vous eftes
ferm. 8t. aduertis d’auoir le cœur en haut : car fi vous eftes faits memde àiHcr/. bres de Chrift ,où eft voftre chef ? Si le chef n’euft précédé,
les membres ne fuiuroient pas. Oùeftallé voftre Chef ?Noftre Chef eft au Ciel: pourtant quand on vous dit, ayez vos
cœurs en haut, vous refpondez, nous les auons au Seigneur.
^Uguft.
C’eft ainfi que luy-mefme ayant indiqué aux Iuifs incrctraef. 50 dules que Iefus Chrift eft au Ciel, apres auoir dit qu’ils l’ef
tn /eh. coûtent, & qu’ils le tiénent, oyant cette demande, comment
tiendray-je celuy qui eft abfent? comment enuoyeray-je ma
main dans le Ciel, pour tenir celuy qui eft là ièant i fait cette

refponfe , enuoye-y ta foy, & tu l’as tenu.
C’eft en ce fens que Saind Ambroife nous exhorte de
T/ >3. monter au Ciel, auec alfeurancc que nous y verrons les cho­
fes , dont nous n’auons icy que l’ombre & l’image.
C’eft pour cela qus Saind Chryfoftome veut que nous
foyons
'JbtAr.in

onzième Pjfyonfe'

745

foyons faits comme des Aigles, pour voler iufques au Ciel CbryfhS
mefme, parce que le Seigneur a dit, que là où fera le Corps,24-»» 1
mort, là auffi s’aflemblcront les Aigles : pour montrer qu’il Car*
faut que celuyxjui s’approche de ce Corps fait fublimc, qu’il
n’aye rien de commurraucc la terre, qu’il rie foit point tiré ea
bas, mais qu’il vife en haut continuellement, & regarde vers
le Soleil de Iuftice.
1
.
Cela eftant ainfi, quel befoin cft-jl que j’éleue mon cœuri
en haut pour chercher Iefus-Chrift entre les Anges, s’il eft
encoreenbas parrny les hommes ê Pourquoy faut-il queie
prenne l’elfor iufques dans le Ciel, pour le contempler en eft
prit à la dextre du Pere, s’il eft vray qu’il cft encore tous les
iours dans cctte bafle région de l’air entre les mains des Pre-»
ftres fur les Autels ? Certes s’il nc faut pas aller chercher loin
ccque nous auons prés de nous, c’eft fans raifon que 1 Efcri­
ture vous exhorte à ccs hautes élcuations d’efprit, pour pren­
dre le Corps de Chrift, s’il eft vray comme on vous dit, que
fonCorps vient tous les iours à vous par l’éuocation des Pre­
ftres ; Vous n’auez que faire de l’aller chercher danslcSifn«ftuaire Celefte,pour le joindre : puis que vous le trouuez tous
les iours dans les Temples terreftres, pour vous approcher de luy.
*
. i
Mais, dit le Bachelier, il le faut chercher par toutou il
eft,& ça bas, & là haut,& fur la terre, & dâs le Ciel,.icy entre
les mains desprcftres,&là,à la dextre deDicu:mais ie dis moy,
que tandis qu’il eft prés, ilnelefaut pas chercher loin ; autre­
ment ce feroit mefprifer fes approches, que de le chercher
dans l’éloignement. Sivous eftiez certainement perfiiadez
que le Roy vous vient rendre vifite, qu’il cft mefmc à la porte
de voftre maifon pour entrer chez vous, quoy que fans train,
& dans vn humble vcfteméc,qui le fait mefcônoiftre « & qu’vn
de fes Officiers vous dit, c’eft bien le Roy en Perfonne, qui
vous vient voir : mais il faut que vous l’alliez trouuer à cent
lieues.dicy, dans le lieu de fa rcfidencc ordinaire, où il eft
feant fur Ion fhiône, veftu de fon Manteau Royal, auec le
Sceptre en main, & la Couronne furla tefte-, mais pourtant
cnuironne de Gardes, qui ne vous permettront pas l’entrée
<Jelon-Palais,nyraccez,nylaveuedeïà Majefte. Que diBBbbb

Defenje de U

riez-vous à celuy qui vous parleroit ainfi, ne luy ferie2-vou3
pas cette refponfe ? Quel befoin eft-il que i’aille trouuer mon
Roy à Paris, puis qu’il entre en Perfonne dans ma maifon?
Cem’efc affez d’honneur qu’iLvicnne fous mon toid, fans me
donner la peine de 1 aller vifiter dans fon Palais : aulfi bien ne
me feroit - il pas permis de fy voir.
C eft la mefme refponfe que vous auez droit de faire à vo.
ftre Bachelier , puis qû’il vous tient vn mefme langage.
Quand il vous communie , il vous dit , c’eft bien icy le
Corps dc^Chrift en fubftance 3 ie le tiens entre mes mains, ie
le vay mettre dans voftre bouche, & l’introduire dans voftre
corps
vous deuez croire qu’il cft fous ces efpeccs du pain
qui vous le defguifent: mais pourtant il faut que vous éleuiez
voftre cœur au Ciel, où il eft glorieux en fa propre efpece.
Qu’ay-jc affaire pouuez-vous dire, d’aller chercher là haut,
celuy que mon ame defire, puis queic le tiens icy bas? Quel
befoin eft-il que ic l’aille trouuer dans la iMailon de fa Gloire,
à niefme temps qu’il veut entrer dans mon corps, & fc loger
' .
proche de mô cœur? le nclefçaurois voir là non plus qu’icyr
car s’il fe couure icy bas fous les apparences terreftres des ali mens, qui le dérobent à ma veué, il habite là haut en vne lu­
mière inaccclfible à des yeux mortels. Cela eftant, comme
nous fommes plus attachez aux choies prefentes qu’à celles
qui font dans l’éloignemét : vous nc pouuez pas nier que vous
n’ayez plus d’attachcmét au Corps de Chrifi,que vous croyez
eftre fous les efpeces du pain, qu’a ce mefme Corps que vous
croyez eftre dans le Ciel en fa propre efpece. Ainfi cette creance.quc vous auez de la prefence reelle du Corps de Chrift
dans rEuchariftie ,.ne vous peut donner que des penlées groffieres, rempantes & attachées à la terre, qui vous font ramei«
ia‘ncrChrift.d’cnhâut;aulieuque4uy-melmeadit, <îue quand
f ’* " ilfe lèroit erileué de la terre, il attireroit tous hommes à loy.

:
pour nous Dieu mercy, nous n’en iommes pas dans ces
termes : car quand nous entendons ces paroles’de l’Apoftre,
Cok ? i.’ vn peu deuant la Sainde Communion, fi vota eftes rejfufcité^
a. 3 ? * auec Chrijf cherche^ les chofes quifont en haut, là où Chrifi efi afsis à
la dextre de Dieu enfez, aux chofes quifont en haut, & non point'*
âfües qui font fur la terre \ car vous efies.morts i&vcfire vie cfica*

tâftemc Refjwift,

747
chée auec Chrift en Dieu : Nous portons dans le Ciel fioftreFoy
opérante par charité j & comme Dieu par la grande charité de
laquelle il nous a aimez, nous a viuifiez, & fait feoir enfemblc Eph.i Jï
és lieux Celeftes en Iefus Chrift : aufti la charité de laquelle A
nous l’aimons, le fait feoir dans nos cœurs, qui font les Cieux
où il veut habiter, comme dit Saind Auguftin. Et comme
parla foy nous voyons au Ciel couronné d honneur celuy qui
auoit efté fait vn peu moindre que les Anges par la Paflion de ’ ' *
fe mort : aufli par la foy nous faifons. habiter dans nos cœurs»
celuy qui eft éleué par deflus les Anges, pour goufter lc«
fruids delà mort.
.
La fixiéme & derniere raifon par laquelle i’ay combat»
cette prefence corporelle de Chrift dans l’Euchariftie, eft pri­
fe de l’analogie de la foy, laquelle fe trouué renuerfée en plu­
fieurs articles par cette creance, comme ie I’ay prouué par vn
raifonnement, qui fe peut réduire à cette forme.
Toute doctrine qui renuerfe plufieurs Articles du Symbole des
Apefires, doit efire rejettée.
Or la doctrine de la prefence & inclufion reeile du Corps de
Qbrifi dans l’Eucharifiie , renuerfe plufieurs Articles du Sym­
bole des Apofires.
Doncques cette doctrine doit efire rejettée.
La majeure dc cét Argument eft de l’Efcriture : car com­
me dit Saind: Paul, il faut prophetifer félon l’analogie de la 7^0.12^6
foy : c’eft à dire que nulle dodrine ne peut paffer en article de
foy, ny eftre reçeué comme véritable, fi elle eft contraire à
quelque Article de la Foy Chreftienne : d’autant que comme
la foy eft vne, aufli ne peut elle appuyer des fentimens con­
traires, & tout ce qui diuilè fonvnité, eft contraire à fa vé­
rité.
Pourla mineure, i’enayfaitla preuue par f énumération
dc plufieurs articles j &ie l’a deflendray maintenant contre
les répliques du Bachelier.
Noùs croyonsen DieuTout-puiflant, Créateur du Ciel
Sé de la terre, félon le premier Article du Symbole des Apo­
ftres; nous le croyons tellement Créateur, que nousncpen-.
ions point qu aucune créature puiflc eftre éleuécàce haut de­
gré ; & Saind Auguftin dit que c’eft-violer le refpedjquc l’on
BBbbbij

74§

Deffenfe ie ta

isftigufi. doit à Dieu,*que de s'imaginer que les Anges puiffent deuëd» gen.td, nir créateurs : parce que Dieu feul eft le Créateur de toute naaâ lit.I.9 turc. Mais cctte prefence du Corps de Chrift danslHoftie,
14. deftruit cet Article de noftre Foy : car elle fuppofe dansles
Preftres le pouuoir de fairc le Corps de Chrift. En effet 1 ESteSACle glife Romaine déclare que lePreftre eft d’vne fi grande digniïrrorw». té, qu’il eft créateur de fon Créateur; elle dit que le Preftrc
auant que de chanter Mcffe n eft que fils deDieu', mais qu’af résl'auoir chantée il eft Pere de Dieu, & Créateur du Corps
TtielJecl. deDieu. Elle exalte mefme lesPreftres par deffus la Sainde
+inCay. Vierge, dans l’office qui leur a efté commis; & dit que fi la
Vierge Marie eft bien-heureufe ou digne, pource qu’elle a
vnç fois engendré Chrift, quelque Prcftre que ce foit eft en­
core plus heureux & plus digne, puis qu’il l’a fouuent créé, &
qu’il le peur créer quand il veut. Auffi Monfieur leBachelier
ne pouuant digerer ces blafphemes, les nie comme des impoftures de noftre inuention: mais nous auons fait voir que ce
font vos plus célébrés Doéteurs, qui ont écrit & enfeigné cet­
te doétrine fi blafphemàtoire.
Nous croyons que le vray Corps de Iefus-Chrift a efté
formé par l’operation du Sainét Efprit dans le ventre delà
Sainéte Vierge, & qu’il a efté fait de fa fubftance, comme
l’Apoftre dit, qu’il a efté fait de femme ; & qu’il eft né d’elle,
puis qu’elle l’a enfanté. Mais voftre creance deftruit cét arti­
cle de la Conception & de la Naiflancê de Iefus Chrift: carie
corps que vous dites.eftre dans l’Hoftie n’eft pas formé par la
vertu du Saint Efprit, mais par la vertu des paroles que le Preftre prononce ; il n’eft pas fait de la fubftance delà Vierge,
mais de celle du pain ; il n’eft pas faitdans le ventre de la Vier­
ge, mais fur l’Autel; il nc naift pas de la Vierge, puis qu’elle
nel enfante past autrement elle enfanteroit toutes les fois
qu’on diroit la Mefle. Ce n’eft donc pas le vray Corps de
^Chrift, qui eft dans l’Hoftie.
.

A cc dernier poinéi de la Nailfancc de Chrift, le Bache­
lier ne.dit rien, fcachant bien que Chrift eft né vne feule fois,
& qu’eftant vne fois forty du ventre de fa Mere, il n’v peut pas
rentrer pour naiftre derechef, moins encore pour naiftre’ tous
les iours dans vn nombre infiny de lieux. Pour les autres il

onzième Reftonfi

749

Jcs nie comme des impoftures. Ou trouuera-on, dit-il, que
nous difions que le Corps de lefus-Chrift eft formé & engen­
dré p aria vertu des paroles prononcées par le Preftre ? Nous
ne lommes pas fi mauuais Philofophes, que nous ne fçachions
qu’vne chofe q ui exifte, ne peut eftre ny engendrée ny créée,
parce que la génération fuppofe la priuation , comme fon
principe. Où trouuercz-vous aufti que nous difions que le
Corps de lefus-Chrift eft fait de pain, comme d’vne partie
qui entre dans fa compofition? Certes vous pouuez voir le
contraire dans tous nos Scolaftiques ;& toutes ces chofes ne
font que des impoftures, qui font voir la foiblefte du Miniftre,
lequel combat fes opinions chimériques, n’ayant dequoy
s’oppofer a la doélrine de l’Eglife Romaine.
I’âduouë que ce font des opinions aufti monftrueufes que
desChimcres: mais fi vous voulez prendre la peine de lire vos
Scolaftiques, & vos Doéleurs, vous trouuerez que ccs opi­
nions ne font pas miennes. Lifez l’Hiftoire du Concile de
Tréte,& vous trouuerez que les Iacobins y foûtindrent publi- V™'”™
quemét la Tranfubftâtiation produéliue ou côuerfion du pain g
au Corps de Chrift; & que le Concile ne condâna point cette
opinion. Lifez Thomas-leDodeur Angélique, & le Chef77?ew. g.
des Iacobins ; & vous trouuerez que cette conuerfion eft fem-p. j. 75.
blable aux conuerfions naturelles,par lefquelles quelque cho­
fe eft produite: d’autant que leCorps de Chrift acquiert vn
eftre qu’il n’auoit pas auparauant. Lifez le Preftre Senaut, & Stn.dant
vous trouuerez que le Sacrifice dc l’Autel fe répété tousles
iours, & que la Viélime eft inceflamment produite par le Pre- chreftlt*
ftre. Et fi Môfieur le Bachelier n’a pas oublié les Ceremonies
*
qui s’obferuent dans l’ordination des Preftres,il fe fouuicndra > 9*
que lors qu’il receut le Calice & la Pataine delà main de l’Euefque qui le confacra, il receut à mefme temps le pouuoir de Vi&ori»
faire le Çorps deChrift. Que ce corps fe fafle ou par création Tarneau
furnaturelle, ou par génération naturelle, ou par conuerfion
miraculeufe, ou pas confeélon artificiellec’eft toufiours l'achatiftie
creance & le dire de vos Doéleurs qu’il eft produit. Que ce
corps foit produit félon leur fentiment par la vertu desparolesqueles Preftres prononçent : le mefme Doéleur vous IcSen.iMe
déclaré expreflement, quand'il dit que l’Eglile agit par la verBBbbb iij

^5®

Deffenfe de U '‘û
tu qu’elle a récèuë de fon Efpoux, qu’elle répété fes paroles ,
pour répéter fes miracles, & qu elle produit fur les Autels ce­
luy qui l’a produite fur la Croix. Quand il alfeure q ue ce corps
Sen. trai- eft formé fur les Autels par la parole de Iefus-Chrift luy-mef- •
Sé 6.cbfc
me, que les Preftres luy feruent de Miniftres, & que repetans
ï.
ce qu’il a dit à la Cene,ils font dans les Eglifes ce qu’il fit dans
Ierufalem.
.
<
Qu’enfin ce corps foit fait de pain félon la creance de l’E­
glife Romaine : elle le déclaré alfez ouucrtement par la bou­
Thomjbi
che de les Doâeurs. Thomas d’Aquin le fait entendre alfez
den.
clairement, quand il dit que cette propofition eft propre Sc
véritable, du pain fe fait le Corps de Chrift, comme de l’air
fe fait le feu.
Dans vn
Le Cardinal Duperron le dit expreffement, quand il dé­
Traite. clare que de la fubftance du pain , le fait la fubftance du
corps.
Hellarm.
Et le Cardinal Bellarmin luy-mcfme, qui tient pour la
I3 de S4
Tranfubftantiation addudiue , donne pourtant les mains à
cram. Eu
char,cap. cette confedion, quand il dit que les Preftres font du pain ie
Corps de Chrift. Que dont? Monfieur le Bachelier recon2 4,
noilfe que cc nc fommes pas nous,mais vos propres Dodcurs,
qui ont forgé ces opinions chimériques & puis qu’il nie com­
me des Chimères, les principes & la creance de l’EglilèRomaine , iugez combien foiblement il deffend les interefts de
voftre Religion.
Il a beau dire qu’il n’eftpas fi mauuais Philofophe, qu’il
ne fçache qu’vne chofe qui exifte ne peut eftre ny engendrées
nycrece, parce que la génération fuppofe la priuation com­
me fon principe : c’eft à dire que ce qui cft produit n’eftoit
point auant que d’eftre produit, & qu’il commence d’eftre par
fa produdion.
I’aduouè qu’en cela il eft bon Philofophe:
mais il fait voir à mefme temps qu’il eft mauuais Théologien,
puis qu’il condamne comme chimérique vne opinion que le
Concile de Trente n’a pas voulu condamner
qu’il n’emV oyez
l’Hiftoi­ ployé fa Philofophie que pour combattre le fentiment de U
re duCô Tranfubftantiationprodudiue,quieftpluscnvogue que ce­
cile de luy de l’addudiue,& qui eft receu de la plufpart des Preftres
Trente. & Dodeurs de l’Eglife Romaine. Tellement que félon le

onzième Refponfe.
7fi
rc du Bachelier ce font des Dodeurs Chimériques, qui n’enfeignent que des Chimères, quand ils enfeignent cette pro­
dudion du Corps de Chrift dans l’Hoftic; ce font des Preftres
chimériques, qui ne confacrent le Corps de Iefus-Chrift que
chimeriquement, quand ils s’imaginent de le produire.
Mais pour fi fubtil que Maiftre Chiron foit en Philofophie,
il ne fçauroit fe garentir de cette imagination qu'il condam­
ne ;& quoy qu’il tienne feulement la Tranfubftantiation addudiuc, par laquelle il croit, non que le Corps de Chrift eft
produit dans l’Hoftie, mais feulement qu’il y eft ameinc,ou
rendu prefent : il faut qu’il tombe enfin luy-mefme dans cette
produdion chimérique, fuiuant les principes de fa propre
opinion. Car tous fes deffenfeurs tiennent que le Corps de 'Bcfant'»
Chrift eftant rendu prefent fous les efpeces du Pain, acquiert
54
vn nouuel eftre qu’il n’auoit pas auparauant, & tout autre que
Celuy qu’il a dans le Ciel: d’autant qu’il a là vn eftre corporel,
vifible, palpable, auec extenfion locale, mais icy il a Vn eftre
fpirituel, inuifible, impalpable, & fans occupation dé lieu.
Or ie demande où cét eftreSacramentcl eft reel & fubftantieî,
ou feulement chimérique & imaginaire : Si c’eft vn eftre feu­
lement imaginaire, le Corps de Chrift n’eft donc pas réelle­
ment prefent dans l’Hoftie, mais feulement par imagination
chimérique. S i c’eft vn eftre reel & fubftantieî, il y eft donc
réellement & fubftantiellement produit : puis qu’il acquiert
vn eftre reel & fubftantieî,qu’il n’auoit pas auparauant.Noftrc
conclufion donc demeure véritable, à fçauoir que cette pre­
fence reelle & fubftantielle du Corps de Chriftdans l’Hoftie,
renuerfe l’Article de la Conception & de la Naiffance delefus Chrift. Car il y eft conçeu non par les énombremens du
SaindEfprit dans les entrailles de la Sainde Vierge, mais fur
l’Autel par les paroles d’vn Preftrc; il n’y eft pas formé de la
femence de la femme, mais de la fubftance du pain; il n’y naift
pas d’vne Mere Vierge fans Pere, mais il y eft produit fans
• Mere parvn Pere, qui ne garde pas toufiours la chafteté qu’il
a voiiéc.
Cette mefme prefence renuerfe l’Article de fa Paffion:
Car nous croyons que Christ a fouffert vnef'ots^ luy jufte pour nous (
ytnjujlcs} afn qu il nom amemajl à Dieu, comme dit Saint Picrçe. 18.

Defenfè delà
Tellement que comme depuis cela il n’eft plus en prife de îa
mort, auffi eft-il éloigné de toutes les atteintes dc l’opprobre
& de la douleur : Mais fi fon Corps eft dans lHoftie , il peut
fouffrir mille fois le iour, puis qu’il peut tomber dans les ordu­
res, eftre aualé de fes ennemis, deuoré des beftes, vomi des
malades, offert aux démons, toutes indignitez qu’il n’a iamais
fouffertes durant les iours de fa chair.
Sur cela, fans mentir, dit le Bachelier, c’eft eftre fort gref­
fier que d alléguer de telles raifons; & c’eft imiter l’ignoran­
ce des Capharnaïtes, qui s’imaginoient fottement que le Di­
uin Sauueur ne nouspouuoit dôner fon Corps à mâger qu’en
le coupant en pièces, & le faifent bouillir en vn pot. Appre­
nez donc vne fois pour toutes, ô Miniftre, que le Corps qui
eft dans l’Euchariftie, eft impaflible & immortel ; & qù’enfin
il eft la nourriture de l’ame, & non pas du corps, & qu’il engraiffe l’efprit, & non pas le ventre.
Monfieur le Bachelier parle fouuent des Capernaitess
mais comme il ignore leur nom, auffi ne fçait-il pas bien leur
creance. C’eftoient des Iuifs de Capernaum, qui ayans oùy
^ea <5.51 de Iefus Chrift ces paroles, lefuis le pain viuifant, fiquelquv»
mange de cepain, il viura éternellement ; & le pain que ie donnera?
Jei6.$2
mA c^air ’ ^quelleje donneray pour la vie du monde :fe débatloiet
entreux, difans , commentpeut cettuy cy nous donnerfa chair à man ger ? Ils demandèrent comment, non pour s’informer de l’appreft de cette chair, pour fçauoir s’ils la deuoient manger
crue ou cuitte,bouillie au pot, ou roftie au feu : mais parce
qu ils nc croyoient point qu’il l’a peuft donner à manger fens
fè faire mourir pour les en faire viure, & fens la mettre dans
leur bouche & dans leur eftomach, pour la leur faire manger*
A ceux-là fe joignirent plufieurs de fes Difciples,qui n’cftoict
pas moins charnels, & qui ayans ouy ces autres paroles du
e
mpfmc Çnniipiir. fivaut ne maneez, la chair du Fils de FHomme.si*
yta 6 6o cette parole eHrude^quilapeut ouyr> Ils trouuerent cette parole
dure & intolérable, non parce qu’ils croyoient que cette chair
Tertul.dt deuft eftre coupée en pièces : mais parce qu’ils eftimoient
rtfur.car qu’on deuft vrayement manger fa chair, comme dit Tertui-

fV. 37« fien.

onzième Refponfe,
- Mais ie veux que la pensée des Capernaïtcs ait efté qu’il
faloit defehirer cette chair, & la faire bouillir dans vnpot,
comme s’imagine le Bachelier. Si cette chair de Chrift n’eft
pas 1a viande du corps, pourquoy la veut-il mettre dans le
corps? fi elle engraiffe l’efprit, & non pas le ventre : n’cft-cc
pas aftez que l’ame l’a prenne? & pourquoy l’approcher du
ventre, & l’a mettre dans l’eftomach? n’cft-cc pas traiter in­
dignement cette chair viuante de Chrift, que de h faire aua­
ler dansvn morceau de pain? n’eft ce pas luy faire indignité
que de la mettre dans le Corps de fes ennemis, voire mefine
des beftes / n’eft -ce pas luy faire outrage, que de la mettre cn
eftat d’eftre facrifîée aux démons, comme font quelquefois
des Preftres mal intentionnez ? Ic fçay bien que le Corps de
Chrift eft maintenant impaftible, aufti bien qu’immortel s le
fçay bien qu’il ne peut reccuoir ces outrages ny fouffrir ces in­
dignités effeéliuement en foy-mefme : mais ceux-là pourtant
ne lont pas cxcufables qui les luy font endurer entant qu’en
eux eft: autrement on pourroit exeufer par ce moyen tous les
crimes qu’on commet contre Dieu. Nousfçauons que les ou­
trages des blafphematcurs nc luy peuuent faire aucun mal, ny
tous les pechez des homes troubler en aucune façon le repos
de fa béatitude : car Dieu ne peut efire tenté de maux, comme dit
ij
Sainél Iacqucs -,&fitu péchés^ difoit vn amy de lob, qu auras tu fob.yr6
brajfe contre luy, & quand tesforfaitsfe multiplieront^ que luy atirastufait? Certes comme noftre bien ne vient pas iufques à luy,
pour luy porter quelque profit: aufli noftre mal ne le peut pas
atteindre pour le blefter, ou pour luy porter quelque domma­
ge-.ncantmoins Dieu ne tiendra point pour innocens ceux
qui traitent fon Nom aucc mefpris j & ceux qui commettent
des crimes ne laiflent pas de luy eftre abominables. Atnfi nous
fçauons bien que le Seigneur de gloire, qui a efté vne fois
crucifié, ne peut plus fouffrir les opprobles non plus que les
douleurs de laCroix : Nous n’exeufons-pas pourtant ceux
qui le crucifient derechef, & l’expofent à opprobre entaric
qu’en eux eft. De mefme, quoy que le Corps de Chrift foie
impaftible, vos Doéleurs ne laiflent pas d’eftre coulpables,
quand ils le mettent dans vn eftat, où il pourroit fouffrir tou- '

|cs ceç indignitez : parce qu il ne tient pas à eux qu’il ne les

7$4

, .

- Defenfe de là

endure en effet, & qu’il les fouffriroit efFe&iuemént, fi leur

çlpdrinc eftoit vciitab-Ie.
.
i.Gr. 15 r Cette mefme Doélrine deftruit l’article de fa Sépulture:.
4.
car.fi nous croyons fclon l’Efcriture qu’il a efté enfeuely, aufli
AJZ.3.27 {panons-nous par elle qu’il n’a point fenty de corruption.Mais.
ft fon Corps cft dans l Hoftie, il s’y peut corrompre,& s’y cor­
rompt en effet, quand des vers s’engendrent en elle : telle-*
ment quç s’il eftoit en eftat d’y pouuoir parler, il pourroit dire7^23.7. en vérité, ce qu’il a dit autrefois en figure, jefuis vn ver> & non
point y» homme.
Pour refpondre à cela, apprenez, dit le Bachelier, qu’en­
core qu’il foit réellement dans l’Hoftie, ily eft pourtant à la
façon des efprits, qui nefe peuuent altérer ny corrompre par
l'altération des corps, & deslieux, où ils refident. Que fi par
fois vous y voyez quelque pourriture, fçaehez que c’eft feu­
lement les efpeces & les accidens du pain qui fe corrompent ,
non pas la fubftance du Corps facré du Sauueur. Car com­
me lors que le corps humain fe pourrit, l’ame ne fouffre aucun
déchet, ny aucune pourriture : il en cft de mefme des efpeces
Euchariftiques, qui voilent le Corps de Iefus-Chrift.
Icy Maiftre Chiron fait voir qu’il eft fort mauuais Philo­
fophc, quand il dit, que des vers qu’on voit quelquefois dans
l’Hoftie, s’engendrent des accidens du pain. Car s’il auoit
bien appris les principes de la Phyfique, il fe fouuiendroit que
dans la nature des chofes, félon l’ordre que fon Autheur y a
cftably, chaque chofe engendre fon femblable, & produit fé­
lon fon efpecc. De forte que fi l’on voyoit vne timide Co­
lombe naiftre d’vne Aigle genereufe , on appelleroit cctte
production môftrueufc, parce qu elle feroit irreguliere, c’eft
à dire contraire aux reigles des parfaites générations. Mais
dans les générations imparfaites on ne s’eftonne pas, devoir
que des vers s’engendrent du corps humain, par la corruption
de quelque partie de fa matière: parce que félon les loix delà
nature, vne fubftance s’engendre d’vne autre fubftance, &
Thom.ex qUcdçlacorruption de l’vne fe fait la génération de l’autre.
Mais comme il eft impoffible que l’accident fe change enfaPmdieab çon du monde en la nature de la fubftance ; auffi nefe peut-il

r" ta faire qu’vne fubftance s’engendre des accidens : parce.que cç

onzième Refponfe,
font des natures trop éloignées, & dont les différences font fi
fort oppofées^ qu’elles ne peuuent paffer en l’effence l’vne dc
l’autre. Cela eftant ainfi, quand vous voyez des vers s’engen­
drer dans vne Hoftie confacrée, il faut neceffairement fuppofer qu’il y a quelque fubftance, de la corruption de laquelle ils
fc font engendrez. Or c’eft ou dc la fubftance du pain, ou de
la fubftance du Corps de Chrj£ qu’ils font produits : car vous
n’y en pouuez point mettre d’autre. Si c’eft de la fubftance
du pain, côme ie le croy', il n’a donc point changé de nature,
quoy qu’il ait changé d’vfage par la confecration j il demeure
donc fubftantiellement, & par confequent il n’eft point chan­
gé en la fubftance du Corps de Chrift. Si c’eft de la fubftan­
ce mefme du Corps de Chrift que ces vers s’engendrent, il eft:
donc corruptible dans l’Hoftie, & par confequent dans va
eftat plus vil & plus abjet qu’il ne fut dans le Scpulchre, au re­
gard duquel ila dit luy mefme, ta ne permettras point que ton <pfe,

Sainftfente corruption.
Si l’on vous dit que ce n’eft pas félon le cours de la nature
iqucles vers s’engendrent des accidens, mais par vn miracle
qui eft au deffus de fes lois: le refpôs auec vn de vos Doéicurs,
que ce feroit pluftoft vne chofe miraculeufe, s’il nes’engen- Tbont*
droit pas des vers des elpeces, & fi elles fe pouuoiét toufiours
conferuer fans fe pourrir. D’ailleurs quelle apparence y a il
que Dieu deiploye la toute puiffance pour changer en vers ces
elpeces facrées, qui feruent de voile & de veftement pour
couurir le Corps précieux de fon Fils? Nous lifôs bien qu’au8.'
très-fois il fit que la poufliere de la terre deuint pous furies
hommes & fur les beftes en Egypte, par vn miracle,où les Magieiensreconnurentledoigt&lavertudeDieu, parce qu’ils
nc l’auoient pu contrefaire par leurs cnchantemens: mais s’il
fit ce changement miraculeux, ce fut pour punir la cruauté
d’vn tyran, qui detenoitinjuftement fon peuple. Nous lifons
auffi dans le Nouueau Teftament qu’vn Ange frappa Herode,
dont il fut rongé de vermine , parce qu’il n’auoit point donné 25,
gloire à Dieu, & qu’il auoit receu ce tiltre des acclamations
d vn peuple rauy de l’eloquence dc fes difeours. En tout cela
nous auons fujet d'admirer le pouuoir de Dieu, qui.pcut dom£>tcrlafoçce&, rabattre l’orgueil des tyrans, par lesplusfoiC C c c c ij

Deffenfe de la
blcs de fes créatures. Mais que ie Tout-puiflant falTe des mi­
racles pour produire des vers dans le plus augufte Myftere de
la Religion, pour couurir de vermine & de pourriture le facré
Corps de fon Fils, qui eft vn mefme Dieu que luy, qui l’a glo­
rifié dans toutes les adions de ia vie, qui n’a pris la forme de
Seruitcur, que pour fc rendre obcïflant à fes ordres, &pour
nous appeller à la liberté de fc^pnfans : c’eft ce qui n’eft point
du tout croyable. Au contraire, s’il voulut autres-fois conferucr miraculeuiement les habits des Ifraëlites l’elpace de
(Deut.fÿ quarante ans qu’ils voyagèrent dans le defert, tellement qu’ils
2^. j, ne s’enuieillirent point fur eux : il feroit bien plus iufte qu’il
garentir de toute pourriture les facrez accidens du Pain dans
l’Euchariftie: puis que c’eft le voile fous lequel cette Hoftie
cft offerte à Dieu, & le veftement fous lequel elle fc commu­
nique aux hommes.
Que le Bachelier ne die pas que cette pourriture nc touche
pas la fubftance du Corps de Chrift, & qu’il fe conferue inCorruptible parmy cette corruption des accidens quile couurent, comme l’ame ne fe corrompe point dans le corps hu­
main qui fe pourrit. le veux que tout cela loit vray, mais qu’il
reconnoifle aufli que comme il ne s’engendreroit point de
Vermine dans le corps humain, s’il n’y auoit quelque fubftan­
ce corrompue : De mefme des vers ne le produiraient pas de
l’Hoftie, s’il n’y auoit quelque matière fujette à corruption,
le croy aufli que leCorps de Iefus-Chrift n’en eft aucunement
infe&é : mais n’eft ce pas le traiter indignement que de loger
fon Corps dans l’ordure : cc Corps, dis-je, qui a cftendu les
Cieux comme vn pauillon, qui donne la pureté aux Aftres,
& qui reluit par deifus tous les Cieux plus que le Soleil? Iofeph d’Arimàthée ayant defeendu le Corps de Iefus-Chrift de
k Croix après fa mort, Perinéloffinfvn linceul net, & le mit dam
$9.60. vnfefulcbre neuf. Mais vos Preftres moinsReligieux enuers le
Seigncurquecc Iuif, qui n’ofa iamais fe déclarer fon Difciplc, ayans fait defeendre fon Corps viuant fur les Autels, l’enueloppent d’vn voile de pain qui fe moifit, couchent ce Corps
incorruptible dans des accidens fujets à la corruption; &luy
fontvn fepulchrc qui paroift blanc au dehors, mais qui,e^,
quelquefois audedans plein de vers & de pourriture.

onzième Reftorf.

yft

Cctte creance n’eft pas moins contraire aux Articles de
fà Refurredion & de fon Afccnfion, qu’à celuy de fa Sépultu­
re. Car nous croyons qu’il eft reftùfcité, non pour demeurer
parrny les hommes, mais pour aller au Pere dans IcCielj &
que n’ayant plus à viure d’vne vie mortelle, il deuoit quitter
Ja terre où il auoit combatu & vaincu nos ennemis,pour mon­
ter au Ciel comme ati lieu de fon Triomphe, félon le dire de
l’Apoftre, celuy qui efi defeendu c'efi le mefine qui esi monté fut fyb4.1s»
tous les Cieux. C eft vne confeflion que la force de la vérité a
arrachée de la bouche d’vn Preftre, plus fçauant & plus ingé­
nu que voftre Bachelier,quand il parle en ces termes. La con- M°hn>er
ditionglorieufedefon Corps après fa Refurredion l’appelloit à quitter la terre, qui eft la demeure des mortels &des L2’
mourans, pour s’eftablir dans vn lieu conuenablc à l’eftat de
fa gloire, & de fon immortalité. Car que feroit déformais '
l’immortel en la région de la mort? l’incorruptible parrny la
Corruption, l’Eternel dans le fîuxdu temps, le Celefte furla
terre, & le Soleil dans le limon ? Partant, conclud-il, fa qua­
lité l’appclloit d’icy bas a vn lieu proportionne à la dignité do
fa condition.
Vous parlez fant preuue, fans tefmoignage, & fans raifon,
dit le Bachelier: parce que tous les iours nous proteftonsen
célébrant le Saind Myftere de la Mefle, que Iefus-Chrift efl:
reftùfcité, qu’il eft monté vifiblcment au Ciel, bien que d’vne
maniéré inuifible il demeure continuellement auec nous. Il
èft monté au Ciel, pour faire éclatter fa gloire j & il demeure
parrny nous, pour f ubuenir à nos miferes.
le n’ay point parlé fans preuue, puis que i’ay prouué cydeuant que Iefus-Chrift au regard de fon humanité a quitté le
monde pour aller au Pere: ce n’eft pas dire qu’il s’eft caché
feulement, mais qu’il l’a delaifté quant à la fubftance de fon
Corps, comme i’ay fait voir. le n’ay point parlé fans tefmoi­
gnage, puis que ce Preftre tefinoigne que le Celefte n’eft
plus lur laterre j 8c que Monfieur le Bachelier n’a rien dit à la
dépofition de ce tefmoin.
Ic n’ay pas parlé fans raifon, car ia raifon veut que l’hom •
me quand il eft venu en vn autre lieu, ne foit plus au lieu d’où
tracl
(lcft venu, comme dit SaindAuguftin. Mais la diftindion jûw/oj».

758
'Defenfe Je ta
du Bachelier eft contraire à ia raifon, au tefinoignage dc l’Eferiture, & des Peres , fi ce n’eft qu’il l’a veuille entendre comme ils l ont entendue, au regard des deux natures qui font en
ïefus Chrift: car il eft vray qu’en fon humanité il eft monté
? vifiblemcnt au Ciel, & qu’en fa Diuinité il demeure inuifibletra^o. ment auec nous fur la tcrre’ Pour nous fccourir ; Et c’eft en cc
mjôh. fens 4ue Saind Auguftin dit qu'il a porté fon Corps dansle
Ciel, mais qu’il îfa point ofté fa Majefté au monde.
Cette creance que le Corps de Chrift eft enclos dans
l’Euchariftie, renuerfe encore l’article de fa feance à la dextre
du Pere : car nous croyons qu’ily doit eftre aflis iufqu’àce que
Heb. i. Dieu aye mis fes ennemis fous fes pieds j& qu’il eft au Ciel de
i$.
telle façon qu’il y eft contenu : car ilfautquele Ciel le contienne
21 jufques an temps Au reftabliffement de toutes chofes. Si donc il y eft
contenu, il n’en eft pas dehors : il n’eft donc pas dans l’Hoftie:
l g car comme dit Saind Hilaire, vn homme ou quelque autre
aeTrin ^'no^c femblable à luy, quand il fera en quelque part, ne fera
point ailleurs, parce que ce qui eft là, eft contenu là où il
eft.
Pour répliquer à cela, vous parlez, dit le Bachelier, fans
raifon & fans iugement, quand vous dites que cét Article de­
ftruit la creance, que Iefus-Chrift eft aflis à la dextre defon
Pere: à caufe que nous auons montré dans les refponfes pre­
cedentes que ces deux propofitions, lefus-Chrift eft aflis à la
dextre de fon Pere, lefus-Chrift eft dans l’Euchariftie, nc
font point contradidoires, ny incompatibles. Et il ne faut
pas alléguer ce qui eft écrit aux Ades chap. 5. qu’il faut que le
Ciel le contienne iufques au temps du reftabliflement de tou­
tes chofes. Car outre que vous auez falfifié cc paflage, y met­
tant le mot de contienne au lieu de reçoiue^ ainfi que nous véri­
fions par vos anciennes Bibles : vous déniez à Dieu fa toute
puiffance, & vous contredifcz vifiblcment à voftre Confef­
fion de foy, qui dit que ce Myftere furpaffe la mefure de nos
fens, & tout o dre de nature j & que Dieu par fa vertu incomprehenfible peut joindre les chofes feparées.
Comme les rùfez fe plaifent à trouuer des gens Amples,’
»
pour furprendre leur fimpliciré par leurs tromperies : Aufli

Maiftre Chiron pour mieux exercer fa fourberie, fuppofe que,

onzième Rejpobje.

< 759

ie fuis tel, qu’il voudroit que ie fuite, & m’accufe de deffaut
de raifon & de iugement, pour diuertir les efprits de l’eftat de
la queftion. U ne s’agit pas de la Perfonne de Chrift laquelle
. eftant j ointe hypoftariquement auec la nature humaine, j’ad«
noue que ces deux propofitions s’accordent fort bien enfeinJole à deux diuers égards, Iefus-Chrift eft aflis à la dextre du
Pere, à fçauoir au regard de fon humanité, Iefus-Chrift eft
dans l’Euchariftie, à fçauoir au regard de fa Diuinité,qui
remplit tôutçs chofes. Car c’eft en ce fens que Saind Augu- Aw.tnüï
ftin accorde ces deux propofitions, quand il dit que félon la ^o.in/oh.
prefence de fon Corps il n’eft point icy, parce qu’il eft à la
dextre du Pere; Scque neantmoins il eft icy, parce qu’il ne
s’eft point retiré félon la prefence de fa Majefté. Mais il eft
queftion de fa nature humaine, au regard de laquelle ces deux
-propofitions font incompatibles, lecorps, la chair, l'huma­
nité de Chrift eft à la dextre du Perej l’humanité de Chrift cft
dans l’Euchariftie. Et c’eft ence fens que le Pape Gelafe trou- Q(jan
lie ccs propofitions fi contraires l’vne à l’autre, qu’il ne lesf5nï
peut accorder çn cét égard, quand il dit que la Chair de
Chrift,parce quelle eft maintenant au Ciel, n’eft plusfurla
terre: comme lors qu’elle eftoit en terre elle n’eftoit pas au

Ciel..
Le paffage des Ades, que nous auons allégué à ce propos,
Confirme éuidemment cette vérité ; & fi nous auons falfifié ce
texte, pour auoir mis le mot de contenir au lieu de reccuoir,
jl faut accufer de cette mefme falfification les Icfuïtes deLous«ain, qui ont traduit ce lieu de mefme que nous, lequel tl faut
quele Ciel contienne. Et certes ceux qui entendent la force du
.terme Grec âexaftaf & du Latin caj>cre-> fçauét bien que quand
.ces mots font énoncez du lieu, ils fignifient fa capacité, ou fa
-.contenance. C’eft ainfi que vos plus fçauants Interprétés
lont entendu. Le reçoiue, dit Emmanuel Sa, c’eft à dire
J ayant rcceu le contienne j le reçoiue, dit Marian3, c’eft à di­
re le contienne en foy iufques à ion dernier aduenement. Ec
leCardinal Bellarmin aduoué qu’en cét endroit n’cft pas jndi- 'Seüarm'.
quée 1 acception de la poffeflion de fon Regne, laquelle fe fait âe Jncar.
çn vn moment, mais fa demeure arreftée cn vn lieu, laquelle <3. c. zz
dure- long-temps. Cela eftant ainfi , le raifonnement que

• - Dtffenje de la >
nous tirons de cè paffage demeure en fa force.


’ •
Vn corps qui efi contenu dans vn lieu-, : rteft point hors du heu
qui le contientfélon Sainct Hilaire ; e? que ce qui eit tout en­
tier dans vn lieu, ne peut auoir rien de foy en vn autre, félon
Sainct Anfelme.
Or le Corps de Chrift eft contenu dans le Ciel, félon le dire de
■ Sainft Pierre ■ ily occupe heu &y eft tout entier félon lefenti­
ment de HEglife Romaine.
' : >
Doncques le Corps de Chrift n'efi point hors du Ciel qui lé con­
tient
ne peut auoir rien defoy autre part-, & par confequent
il nepeut auoir rien defoy dans l’Hoftie.

La Majeure eft des Peres. La mineure eft de 1 Efcriture,
Si de I’Eglife Romaine. La conclufion eft le fentiment de l'Eglife Reformée.
La deffus Monficur le Bachelier ne pouuant plus agir con­
tre la vérité, veut faire agir la T oute puiffance de Dieu,. pour
deffendre vne erreur infouftenable. Mais la Puiffance de Dieu
Hebr. 6. paroift en ce qu’elle ne choque point fa vérité, & c’eft vn efJ8.
fet de fon pouuoir, de ne pouuoir iamais mentir. Or Dieu a
dit que le Corps de Chrift doit eftre contenu dans le Ciel iuf­
ques à ce qu’il vienne du Ciel : afin donc que Dieu ne foit
point menteur, il ne faut point qu’il te trouue hors du Ciel qui
le contient, iufques à fa derniere venue.
Enfin Maiftre Chiron voyant bien que la puiffance de
Dieu prife en ce fens, ne pourroit pas fouftenir la foibleffe de
fa caufe, tafehe de nous faire tomber dans la contradidion
auec l’Article de noftre foy. Mais ie ne fçay comment il s’y
prend, & ie ne puis pas m’imaginer qu’il aye voulu fe feruir dt
la force de fon iugement, pour raifonner auec tant de foiblcffe. Noftre Confeflion de Foy dit que le Myftere qui nous eft
reprefenté dans l’Euchariftie furpaffe la mefure de nos fens, &
cela eft fort vray : car fi nous voulons nous arrefter aux éle­
mens terreftres que nous voyons à l’oeil, que nous touchons à
la main, & que nous fauourons du gouft, nos fens nc iugeront
autre chofe, finon que Dieu nous veut donner du pain à manger, &du vin à boire. Il n’y a que la reuelation de la parole
deDieu, &les lumières de la foy, qui nous faffent fçauoit
que cesalimeps corporels fontlesSacremens d’vne grâce fpi-

rftuellçç

onzième Refponfe.

761

rituelle ; que le pain & le vin font la Communion du Corps &
du Sang de lefus-Chrift. Mais puis que les fens font iilges
des choies fenlîbles, s’enfuit-il que nous ne deuions pas écou­
ter leur rapport, quand ils nous tefmoignent tous que c’eft du
pain & du vin en fubftance ?
Noftre Confeifion de Foy dit que ce Myftere furpafle tout
ordre dc nature, & cela eft très-véritable : car ce n’eft pas l’or­
dre de la nature, mais l’inftitution delà grâce, qui fait que le
pain& le vin font les lignes lierez du Corps & du Sang de
Chrift ;& ce n’eft point par vne vertu naturelle de ces fruicls
de la terre que nous fommes nourris dc laChair & du Sang de
Chrift, mais par vne grâce furnaturelle, qui nous en fait l’ap­
plication. Mais s’enfuit-il de là que Dieu qui furpafle les or­
dres de la nature, les doîue renuerfer en noftre faueur ? Certes
quand il voudroit faire des miracles pour réduire à néant la
fubftance du pain, il n’en feroit pas pourtant pour loger le
Corps de fon Fils en fa place, ny pour le remettre dans l’infir­
mité , moins encore pour deftruire fa nature.
Enfin noftre Confeifion dit que Dieu par la vertu iricomprehenfible peut joindre des chofes feparées :mais elle n’a ia­
mais dit qu’elle fcparevn corps d’auec foy-mefme, fans rom­
pre fon vnité. Dieu fait bien par fa vertu que nous qui fom­
mes fur la terre, foyons vnis eftroitement auec le Corps de le­
fus-Chrift, qui eft dans le Ciel: cc n’eft pas pourtant parles
licnsdelachair&dufang qu’il fait cette vnion, mais par le
lien d’vn mefme efprit : Car comme il l’a donné pour eftre
Chef à l’Eglife, nous luy fommes vnis comme les membres
du corps au Chef, par la vertu de fon Efprit qui nous anime,
Se qui nous tient attachez à luy n’oftant la diftance des lieux.
Voila pourquoy il n’eft pas neceflairc qu’il tranfportc fon
Corps fur la terre, ou qu’il l’y rende prefent, pour nous conjoindreàluy:puisquefon Efprit qui remplit toutes chofes,
peut vnir des chofes éloignées par fa vertu.
Enfin cette creance deftruit celle de fon dernier aduene­
ment: car nous croyons dans le Symbole, qu il viendra de là, *Pbil. j.’
à fçauoir du Ciel, d’où nous l’attendons. Or fi fon Corps eft 20*
dansl Hoftic, il faut qu’il y foit venu, comme nous auons
prouué; & d’où eft-il venu fi ce n’eft du Ciel? il nc faut donc
DDddd

ygi

Deffenjè de U

plus attendre qu’il vienne: car comme nous aurions perdu Iè
fens d’attendre que Iefus- Chrift inontaft au Ciel, puis qu'il y
eft défia monté : auffi eft-cc auoir l’entendement renuersé, de
croire qu’il doiue venir du Ciel, s’il eft vray qu’il en eft défia
venu.
Ce’ft vne grande impertinence, dit le Bachelier, de foû­
tenir que la creance de la réalité deftruit le Myftere de fon fé­
cond aduenement : parce qu’il eft manifefte, comme nous’
auons défia refpondu, que l’aduenement du Fils de Dieu que
nous attendons, fera vn aduenement vifible & apparent, félon
qu’il le déclaré par fes paroles, ils verront le Fils de l’Homme des­
cendant dans les nuées auec grande puiffance & Majefté.ku lieu que
l’aducnement dç Iefus-Chrift dans l’Euchariftie eft vn adue­
nement caché, myfterieux & infenfible. D’où il s’enfuit éui­
demment qu’encore qu’il demeure tous les iours inuifiblemêt
fur l’Autel,que cela n’empefche pas qu’il ne defeende vn iour
vifiblement fur la terre, &que nous n’attendions la manife­
ftation glorieufe de celuy que nous pofledons inuifiblement
dans l’Euchariftie*
le n’ay iamais efté aftez impertinent pour dire que la réa­
lité du Corps de Chrift deftruit le Myftere de fon fécond aducnement:au contraire, ie croy qu’il doit venir encore vne
fois, parce queic croy qu’il a vn vraÿCorpsreel&fubftantiel, qui eftant limité dans les bornes d’vn lieu doit quitter le
Ciel pour reuenir fur la terre, comme il a quitté la terre pour
monter au Ciel,félon le langage de l'Efcriture & desPercs<
Mais c’eft voftre Bachelier qui s’oppofe à l’aduenement cor­
porel du Fils de Dieu, parce qu’il deftruit la réalité defon
Corps. Car il vous baille vn Corps de Chrift impalpable, in­
uifible, qui exifte à la façon des efprits, tout entier dansvn
morceau de pain, & tout en chacune partie, qui n’occupe
pointde lieu, & ncantmoins eft à mefine temps en nombre
infiny de lieux : eft-ce là vn corps reel & véritable? Mais n’eftce pas vn corps chimérique, phantaftique, & imaginaire,qui
n’a ny chair ny os comme vn efprit ?
Certes c’eft cette prefence inuifible & neantmoins fubftantiellc du Corps de Chrift icy bas, que ie fouftiens auec

raifoneftrecontraireàlaveiité de fon fécond aduenement.

onzième Refpcnjè,

763

Dire que l’aduenement inuifible de Chrift dans l Euchariftie,
qui fè fait tous ies iours, n’empefche pas qu’il ne doiue vn iour
venir vifiblcment à la fin du monde : c’eft nc rien dire. Car
comme vn corps ne peut point s’en aller d’vn lieu où il n’eft
pas, parce qu’il faut de toute neccftité qu’il foit dansle terme
d’où il part auant que d'en pouuoir partir: aufli cft-il impoflible qu’il vienne dansvn lieu où il cft défia, parce qu’à mef­
me temps il feroit dans le mouuement, & dans le terme qui
finit le mouuement ; il feroit à mefmc temps dans le repos Sc
dans l’agitation qui tend âu repos, ce qui eft entièrement in­
compatible. A caufe dequoy le Pape Gelafe a dit fort perti- gelaÇ. I.
nemment, que la Chair de Ch’ift n’eft point en terre, parce
qu’elle eft au Ciel, & qu’il eft tellement vray qu’elle n’y eft
pas, que fclon icelle nous attendons que Chrift vienne du
Ciel, lequel fclon le Verbe nous croyons eftre auec nous fur
la terre. Où vous voyez qu’il diftingue en Iefus-Chrift la
Chair d’auec le Verbe : Selon le Verbe nous croyons qu’il eft
fur la terre, mais félon la Chair nous croyons qu’il n’y eft pas,
Sc prouue qu’il n’y eft pas, parce que nous attendons qu’il y
viennèdu Ciel. Se peut-il rien dire de plus formel contre
cctte prefence inuifible du Corps de Chrift ?
Dire que nous attendons l’aduenemcnt vifible de ce Corps •
que nous pofl’cdôs inuifiblemér, cc n’eft pas ofter la contradi­
dion: Car s’il cft vray, côme a dit le Bachelier, que cctte pre­
fence inuifible du Corps de Chrift nous doit accompagner
iufques à la fin des fieeles, qui ne fera qu’aprés fon dernier ad •
uenement : Quand il viendra du Ciel, il trouuera la prefence
de fon Corps multipliée fur laterre en vne infinité d endroits.
Or ic demande que deuiendront ces prefences fubftantiellcs
de fon Corps redoublées en tant de lieux: il faut dire ou qu’el­
les feront réduites à néant, ou qu’elles demeureront furla
terre, ou quelles s’enuolerôt dans le Ciel. Vous ne voudriez
pas dire qu’elles feront anéanties : car ces prefences fubftantiellcs du Corps de Chrift font en fubftance ce Corps mef­
mc de Chrift prefent en plufieurs endroits. Si donc Pilate
faifant conlpiéce de condamner Iefus Chrift à la mort, difoit
aux Iuifs, crucifieray je'uoftrc Roy ? Voudriez-vous confcntir à
de celuy qui vous afait fes créatures?

" ~

~



itDdddij

764

Deffenfe de U

Dircz-vousque ccsprclences demeureront fur la terre?
2.%r. j, mais la terre bruflera, & toutes les œuures qui font en elle:
io.
ainfi celuy qui doit deftruire le monde, ne feroit pas garenty
de fon embrafement. Il faut donc dire que ces prefences fubftantielles remonteront au Ciel j & c’eft ce que difent quel­
ques vns de vos Dodeurs touchant le Corps de Chrift,qui re­
'Durand.
double
maintenant fa prefence,à fçauoir qu’il eft rauy au Ciel
I. 4.^
tion. r.41 après la confomption des efpeccs. Suiuant cela il fera plus
vray dc dire quelcfus-Chrift à fon dernier aduenement mon­
tera au Ci cl, que non pas qu ’il viendra du Ciel : car il ne vien­
dra que d’vn feul lieu, mais il montera d’vne infinité de lieux.
Il fera vray de dire qu’il defeendra & môtera à mefme temps,
& qu’il viendra au deuât de foy-mefme: c’eft à dire qu’vn mef­
me corps tendra en haut & en bas, & fera à mefme temps em­
porté par des mouuemcns contraires, ce-qui eft abfôlument
impolfible. Pour donc éuirer toutes ces abfurditez, qui des­
honorent la Religion.Chreftienne, contentez-vous quela
Diuinité de Chrift foit auec vous par la prefence de fa Grâce,
& ne cherchez fon humanité que dans le Ciel, où elle eft fur
le Thrône de fa Gloire ; Sivous eftes l’Epoufe de Chrift, foûpirez après ce Diuin Efpous qui vous a efté ofté par fon Af.--t • „ cenfion,& qui ne vous fera rendu qu’à la derniere venue; &
n Je
l’exhortation de Sainél Auguftin, croyez en celuy qui
Symb.eèabfent, efperez en celuy qui doit venir, mais fcntez-Ig
$de.
prefent en vos cœurs par vne mifericorde fecrette.

’ENDROIT de l’Efcriture, où il fe peut lire , qu’il faut
excommunier les perfonnes auant que de leur donner la
Cene, & qu’aprés fans leuer l’excommunication le Miniftrsfcles Communjc.

L

"

douzième Refîonjè}

^.eJponJ^ *

■ytf’y

douzième demande.

VANT que de fatisfaire à cette demande , il faut que ic
vous marque d’où elle eft tirée, afin que vous remar­
quiez plus facilement qu’elle eft faite fans fondement,
puis que ce n’eft pas vn Article de Foy, mais feulement vn or­
dre de la Difcipline, conforme à la pratique de l’Ancienne
Eglife, & au fentiment des plus célébrés Doâeurs de la Ro­
maine. Vous fçaurez donc, Monfieur , qu’elle eft prife de
noftre Liturgie, ou maniéré de celebrer la Sainâe Cene, où
le Miniftre après auoir remonftré, félon Saint Paul, l’examen
que chacun doit faire de foy-mefme, pour s’approcher com­
me il faut de la Table du Seigneur j-aprés auoir dit auec l’A­
poftre, que ceux qui en approchent mal dilpofez prennent
leur condamnation : il déclaré que les eftrangers n’y doiuent
point eftre admis, c’eft à dire ceux qui ne font pas de la com­
pagnie des vrais fideles, & qui n’apportent pas à ce Sacremët
les dilpofitions requifes ; Et en fuite il adjoufte, parquoy en
l’authorité de noftre Seigneur Iefus-Chrift, fexcommunie
tous idolâtres,blafphemateurs, & autres coulpables de grands
crimes, leur dénonçant qu’ils ayent à s’abftenir de cette Sainâe Table , de peur de polluer & contaminer les viandes fa­
crées, que Iefus-Chrifc ne donne finon à fès Domeftiques &
Fideles.
S urquoy, Monfieur, vous ne doutez pas que l’excommu­
nication ne foitd’inftitution Diuine; Iefus-Chrift l’ordonne
exprelfement en l’Euangile , parlant de celuy qui ne veut
point fe reconcilier auec fon frere : S'il ne daigne efeouter FEgli- Mat. ch.
fe, qu il tefoit comme les Payens & les Peagers : c’eft à dire que tu
I7,‘
Je tiennes comme vn homme retranché du corps des fideles;
&1 Apoftre l’a preferit ainfi aux Corinthiens, pour toutes
fortes de pécheurs fcandaleux. C'eft quefi quelqu vn quife nom- t-Coy.c^
mefrere eft paillard-, ou auaricieux, ou idolâtre , vous ne mangiez pas 5* v. u.
mefme- auec vn tel, osiez donc d'entre vous-mefme le mefehant,
15 *

A

DDddd iij

Defenje de Ia
Mais parce que tous les pechez ne font pas égaux, aufli
ne faut-il pas infligera tous les pécheurs vne mefme peine:
c’eft pourquoy comme les Sacrificateurs de l’Ancienne Loy
Leuii.cb deuoient foigneufement faire diftindion entre lepre çfi lettre*
13.
pour les feparer diuerfement de la focieté ciuile : aufli les Pre­
ftres de la Nouuelle Loy doiucnt faire difeernement des pe­
chez, pour fcparer diuerfement les pécheurs de la focieté de
J Eglife: C’eft pour cela que nous reconnoiffons trois fortes
d’excommunications proprement dites.
Pour commencer par la dernierc, qui cft celle que l’Efcri­
ture appelle Anatheme, nous la lançons contre des pechenrs
fcandaleux, endurcis dans le vice, impenitens, & qui après
plufieurs remonftrances &cenfures, ne veulent point fe ran­
ger à leur deuoir ; & par celle-la nous les retranchons, non
feulement de la Communion de l’Euchariftie, mais aufli de la
communion des fideles ,& du corps de I’Eglife, comme des
membres pourris, à l’exemple de l’Apoftre Saind Paul, qui
t.Or.5.5 ^ura * titan l'incestueux de Corinthe.
L’autre n’eft pas fi rigoureufe, quoy qu’elle fe faffe publi­
quement : par celle-cy le pecheur qui a commis vnfcandale
public, eft aufli publiquement déclaré fufpendu de la Com­
munion de la Cene du Seigneur, & après cenfure publique
de fon vice, eft retranché de cette Sainde Communion, iufqu’àce qu’il aye donné des prcuues de fa repentance, par l’a­
mendement de fa vie, &leué le fcandale par vne réparation
i.7ïw.f publiques & celafelon l’exhortation de Saind Paul. Reprens
5. v. 20. publiquement ceux quipechet, afin que lei autres en ayent craintefilùil à Ion Difciple Timothée.
Mais auant celle-là il y en a vne autre moins feuere, com­
me le péché eft moins fcandaleux. Par celle-cy, fi quelqu’vn
cft coulpable de quelque grand péché, qui ne foit pas connu
de I’Eglife, mais feulement de ceux qui en ont la conduite,ou
de fort peu d’autres perfonnes, comme d’auoir vne haine im­
placable contre fon prochain , ou de luy faire tort cn quelque
autre façon : il eft fufpendu de la Sainte Communion, fi apres
les remonftrances qui luy font faites, il refufe les moyens de fc
reünir,& de reparer le tert qu’il a fait^à fon frere - & en cela
nous imitons la procedure de prudens Médecins, car comme

douzième Refponfe,
ils nc doiuét pas defcouurir les maladies fecrcttes, quoy qu’ils
ordonnent des remedes pour les guérir: ainfi nous couurons
par charité Vne multitude de pechez qui ne lont pas connus ,à i.7ier.jj
mefme temps que nous tâchons de les corriger par vne iufte
feuerité.
Mais parce qu’il y a des pécheurs qui font fujets à dc grâds
deffauts, mais qui nc font connus que d’eux-mefmes;d’autres
qui ont commis des crimes qui ne font dcfcouucrts qu’à leurs
complices : outre ccs excommunications appliquées, foit en
public, foit en particulier, nous auons vne quatrième excommunicatiô, qui n’eft qu'indefinie & côminatoire, par laquel­
le pour eftonner les pécheurs, nous leur dénonçons lelugement de Dieu, à fçauoir, que s’ils viennent à cette Table conferuât leurs vieilles habitudes, & les deffeins de leurs crimes,
ils n’y trouueront que leur condamnation j & ainfi lesrcn«oyant aux fentimens de leur propre confçience, nous leur
déclarons qu’ils ayent à s’en abftenir, s’ils ne fentent pas en
eux les difpofitiôs neceffaires, & à fo iuger eux-mefmes,pour
ne pas receuoir le Iugement du Seigneur, fuiuant ce que die
l’Apoftre. Si nous nousjugions nous-mefmcs3nous neferions pasju- i.Cor.cld
gez.
u.y. 31.
Cela eftant ainfi, il eft vray que comme tout excommunié
eft retranché de la communion, il faut neceffairement que
l’excommunication foit leuéeauant qu’il foit admis à la com­
munion : fi quelqu’vn le pratique autrement parmy nous,c’eft
vne faute de la perfonne, & non pas vne erreur de la dodrine:
çar fuiuant ces préceptes.
Nous Ieuons l’excommunication derniere, lors que le
pécheur qui eftoit endurcy, fait voir que Dieu a ramoly fon
cœur, & qu’il luy a donné repentance, pour fortir des piégés du i.Thn.iZ
diable-, alors l’Eglife le remet dans fà Communion, & le rc- a.v. 25.
çoit dans fon fein auec ioye, côme ellel’en auoit feparé auec
douleur, à l’exemple dc Saind Paul,qui ayant dans fa premiè­
re Epître excommunié auec les Corinthiens, celuy qui auoit 2 Ceri
commis incefte parmy eux, le remet en grâce dans la fecon- v\ ,5.7.5.
de, & les exhorte de faire le mefme.
Nous Ieuons en public la fufpenfion publique, lors que le
pccheur vient faire réparation perfonnelle& publique, pour

76$

Defenje delà

leuer le fcandale qu’il a commis par les preuues de fonrepen*
ty: nous leuons la particulière en particulier, lors que le pe­
cheur y vient donner des tefmoignages de fon amendement.
Enfin, nous leuons l’excommunication generale St inde­
finie , comme nous l’auions prononcée par des termes indéfi­
nis ;& comme c’eft aux pécheurs, qui fc connoiftent, de fe
l’appliquer eux mefmes, aufti eft-ce proprement à eux delà
leuer j c’eft pourquoy après leur auoir dénoncé qu’ils ayent à
s’abftenir de la Sainde Table, s’ils veulent perfeuerer dans
leurs crimes, nous adj ouftons pour les porter à leuer cette excômunication par des falutaires difpofitions. Pourtant qu’vn
chacun éprouue St examine là confçience, pour fçauoir s’il a
vraye repentance de fes fautes ; s’il s’y déplaift:, délirant de vi­
ure dorefnauant faindement 8t lelon Dieu. Si nous auons ce
tefmoignage en nos cœurs deuant Dieu, ne doutons point
qu’il ne nous falfe dignes d’auoir part à cetteTable Ipirituelle.
Ainfi nous ne voyons point d’excommunication pronon­
cée contre les pécheurs, qui ne foit leuée auant que de les ad­
mettre à la Cômunion : ainfi c'eft à tort que vous me demandezoù il fe peut lire qu’il faut communier les pécheurs ex­
communiez, fans leuer l’excommunication, puis que c’eft
vne chofe que nous n’enfeignons, n’y nc pratiquons point.
Noftre Dodrine eft puifée de l Efcriture , comme vous
■auez veu, aufli noftre pratique n’eft pas nouuelle, comme on
veut vous le perfuader, puis qu’elle eft conforme à celle de
1 Ancienne Eglife.
Pour la dernierc excômunicatiô, elle s’excrçoitfcôme temoigne vn de vos célébrés Dodcurs après S. Auguftin) par le reArnaud
JaFiequî tranchement de l’Eglife cotre des mébres pourris, contre des
te côiik brebis infedées, de peur que la contagion nefe répandit plus
2. p. c.j. auant dans le troupeau de Iefus-Chrift.
Pour les deux autres, elles s’exerçoient contre les pécheurs
penitens, comme prouue luy-mefme par Saind Cyprien,lors
de qUe pOur quelque crime plus graue, ils eftoient obligez de
ura.Dem s’abft.enjr Ju Pain Celefte, & feparez du Corps de Chrift,
mais c’eftoit pourtant auec difcernement : car comme rcmar-’
que le mefme Autheur, il faut félon le Concile de Tours, que
les Preftres ay ent vn extrême foin de prendre bicu garde de

. '

-" ”

- --

quelle

douQéme Rejponfc,
quelle forte ils preferiuent le temps du retrâchenaent de l’Euchariftie, à ceux qui confeftent leurs pechez, afin que ce re­
tranchement foit proportionné à la qualité de chaque péché.
Quant à l’excommunication generale & indefinie, Sainét
Auguftin en parle quand il dit, que celuy qui craint d’eftre fc- t^ugufl.
paré du Royaume des Cieux par le dernier Arreft du Souue- hom. 50.
rain luge, foit cependant feparé du Pain Celeftc par la Difciplinc ffeclefiaftique, afin que voyant les autres qui s’appro­
chent de 1 Autel de Dieu, qu’il n’ofe aborder, il confiderc
auec quelle frayeur on doit appréhender le tourment d’eftre
précipité dans la mort éternelle, lors que les autres entrent
dans la vie eternelle, félon ce que dit l’Apoftre. Si nous nom
jugions nous-mefmes, nous neferions pas jugez par le Seigneur. Ainft
exerçant contre luy mefme cette cfpece de damnation , il fc
garentit de celle dont Dieu le menace.
Voila l’excommunication de noftre Difciplinc, contre
les pécheurs qui ne font pas connus, leur dénonçant qu’ils
ayent à s’abftenir de cette Sainéte Table, par commination;
&neantmoins l’application en eft remife à leur propre iugement, félon lApollre & Sainét Auguftin. C’eft vne Diïcip li­
ne fi S ainéhe, que plufieurs Euefques de l’Eglifc Romaines’éforcentaujourd’huydelareftablir,&gemiirent de voir vnfi
grand relafchement de fes maximes.
Ce fontles deuoirs que nous recômandons aux pécheurs
par cette excommunication generale : Que fiquelqu’vnne
veut pas faire cette cfprcuue de foy-mefme, il mange & boit
fà condamnation, mais le Pafteur qui le communie n’en eft:
pas coulpable, puis qu’il l’a aduerty de fon deuoir, félon que
Dieu dit par fon Prophète Ezechiel. Situasaduertylemefchant Eztch.ch
defon train, afin quil s'en dettourne, & qu'il nefefoit point defîour- 4. v. 19.
né de fon train, il mourra en fon iniquité, mais tu auras deliuréton
ame.

Répliqué du Catholique Romain.

J

AMAIS leMiniftre Afimontn’aparufifoiblenyfi empefché comme dans la reïponfe à cette demande. Car il s’ea-

EEsxs

77®
Defenje de Ia
gage à Aire voir deux chofes, l’vne que ç’a efté la pratiqué
commune de?l’Ancienne Eglifc,d’cxcommunier les pécheurs
immcdiatcmcntdcuantquc leur donner le Sacrement delà
Cene : l’autre que leur Eglife leue & ofte l’excommunication
auant de les communier: quoy que le Miniftre qui donne ce
Sacrement n’en dife mot,& qu’ils n’en faftent aucune men­
tion, ny dans leur Difcipline Ecclefiaftique, ny dans la ma­
nière d’adminiftrer la Cene. Or encore que ces detnftrreurs
foient fi groflïeres, qu’il eft fort facile à vn homme tant foit
peu prudent d’éuiter ces écueils : neantmoins pour refpondre
au grand difcours qu’il fait inutilement fur cette matière. le
diray que nous tenons aufli bien que luy, que Iefus-Chrift en
difant ces paroles, Tout ce quevoui licreT^en terre fera ltédans le
Cielz & tout ce que <vow defliere\en terrerfera dejlié dans le Ciel-,
a donné pouuoir à fon Eglife, d’excommunier les mefehans
& de les retrancher de la focieté des fidèles. Nous fçauons
auffi que 1 Eglife a fouuent vsé de ce pouuoir, excommuniant
plufieurs grands pécheurs fcandaleux & incorrigibles. Mais
nous ne lifons point en aucun endroit de l’Efcriture, ny en
aucun Traité des Peres, qu’on ait fulminé des excommunica­
tions, lors qu’on adminiftroit la Communion aux fideles. le
fçay fort bien que Sainél Paul excommunie l’inceftueux Co­
rinthien , 6c qu’il deffend qu’on ne mange point auec le frere
qui eft paillard & auare. le fçay encore que dans l’Ancienne
Eglife on priuoit pour quelque temps de laCommunion ceux
qui auoient commis des pechez énormes, & qu’on ne lesadmettoit àla Table facrée, qu’aprés auoir donné des marques
d’vne vraye ôefincere penitence. Mais Afimont quoy qu’il
fuë, quoy qu’il trauaille, ne feauroit faire voir en aucun Au­
theur digne de foy, qu’immediatement auant la Communion
on ait lancé vne excommunication fi generale que la leur, la­
quelle embrafte toutes les perfonnes qui font entachées du
moindre vice.
Tout ce qu’il dit, Sc tout ce qu’il allégué, parlant des pe­
chez plus graues & moins graues, diftinguant les excommu­
nications en quatre efpeccs, nc fait rien au fujet. Toutes les
authoritez qu’il apporte, ne prouuent autre chofc, finon que
l Eglife a excommunié autrefois, comme elle excommunie

douzième l^eftonfî.
yyt
encore ceux qui font atteints des iorfaits& des crimes les plus
énormes; ce qui n’eft en aucune façon ny dans la demande »
du Miflîon naire, ny en controuerfe entre nous. Car le point
de la difficulté n’eft pas touchant l’excommunication en ge­
neral, ny touchant fes caufes & fes efpeccs : mais c’eft vu
point de pratique, c’eft de fçauoir s’il faut fulminer contre
toute forte de pécheurs des excommunications, des anathè­
mes, lors qu’on eft fur le point dc leur adminiftrer la Cene.
Sainél Auguftin cité par le Miniftre en l'Homilieço. ne die
pas que 1 Eglife excommunie & retranche de 1a focieté des fi­
deles tous les pécheurs qui s’approchent dc lEucharifte:mais
feulement il enfeigne,que celuy qui craint d’eflre feparé duRoyaume Celeflepour quelque crime, dont ilfefent chargé, doit l’alflenir de
luy -mefme , félon la Difcipline Eccleflafltque, du Pain Celefle de l’Euchariflie : parce que fle jugeant luy mefme, il ne fera point fttgé> à*
vfant contre luy-meflnc de cette efpcce de condamnation, il flguarentit de celle dont Dieu le menace. Colligeons de tout cela que
ce Sainél Doéleur ne fauorife aucunement la pratique de nos
aduerfaireSj&qu’aucunPere de 1 Egltfe n’a enfeigné en fes
écrits, qu il faut excommunier les perfonnes, c’eft à dire Jes
liureràSatan,IcsretrancherduCorps de l'Eglife, auant de
leur donner le Pain viuant des Anges. Mais nous apprenons"
tout le contraire du Seigneur Iefus, lequel donnant îa Cene à
les Difciples, n’excommunia perfonne, non p3S mefine le
traiftre Iudas, qui eftoit diable & larron. Pourquoy donc cet­
te excommunication qui n’a point d’exemple ? Ne dites-vous
pas en voftre Confeftion de Foy Article 24. que vous remettez
toutes inuentions humaines, qui impofét joug aux confçiences ;& en voftre Cathechifme Dimanche 55. que le Miniftre
ne peut exclurre les hypocrites comme indignes ? Pourquoy
donc fouftenez vous maintenant vne inuention humaine,vne
excommunicationfriuole, introduite depuis quelque temps
par des Miniftres fans authorité & fans tefmoignage? Pour­
quoy fulminez-vous anatheme contre les hypocrites &les
auarcs, puis que vous n’auez pas le pouuoir de les exclurre de
la Cene $ Mais pourquoy excommunier & communier les
melmes perfonnes prefque à mefme temps, nelont-ce pas
deux aéiions contraires. Enfin ie demande à quoy lèrt,

E E e e e ij

•jryT

Deffenfe de Îa

a quoy profnc cctte excommunication. Car ceux que vous
foudroyez d’anatheme, font ou predeftinez ,'ou reprouuez.
Si reprouuez c’eft en vain que vous les retranchez de la Com­
munion de l’Eglifc j puis que félon voftre Dimanche 15. ils ne
font iamais entrez dans I’Eglife, n’y n’en peuuent eftre les
membres. S’ils font predeftinez, c’eft encore plus inutile:
parce que ceux qui font predeftinez ont la foy, laquelle ils ne
peuuent perdre, laquelle feule iuftifié, laquelle porte Dieu à
ne leur imputer pas leurs fautes, ny à les en punir. I’encheris
encore dauantage, difant que quand mefme autrefois I’Eglife
auroit excommunié les pécheurs, qui fc prefentent à la Com­
munion, ce qui n’eft pas, que neantmoins voftre excommu­
nication cft vn phantofine, & qu’elle eft nulle. Car qui vous
a donné le pouuoir d’excom municr ? Eftes-vous Euefques ou
Prélats? Auez-vous la Vocation-, l’Ordination & laIurifdiélion. Nul ne s1attribué cét honneur, dit l’Apoftre 3finon celuy qui
efi appellé de Dieu. Où eft donc voftre vocation, eft-ellc ordi­
naire ou extraordinaire ? Nous auons môtré dans les difcours
precedens que vous n’auez ny l’vne ny l’autre, non pas l’ordi­
naire, puis que vous croyez dans voftre Confeffion de Foy,
que l’eftat de I’Eglife a efté interrompu, qu’elle eft tombée en
ruyne & defolation, & qu’il a fallu que Dieu ait fufeité des
gens d’vne façon extraordinaire pour l’a redrefter de nou­
ueau. Non pas l’extraordinaire, puis que vous n’auez pas les
miracles, qui font les lettres patentes neceffaires pour autho­
rifer cette million,ainfi que vous apprend Luther en l’Epître
qu’il eferit au Sénat de Malheule, contre le Chef desAnabaptiftes. Suiuant cela vous eftes des temeraires, tentans vne
chofe qui vous eft impoffible, vous eftes des imprudens, vous
trauaillant beaucoup pour ne rien faire; vous eftes enfin des
trompeurs, car vous faites à croire au fimple peuple Hugue­
not, que vous leuez l’excommunication auant de leur donner
laCene j & il ne s’en trouue rien ny dans voftre pratique, ny
dans voftre maniéré d’adminiftrer la Cene, ny dans aucun de
vos Reglemens Synodaux. le lis fort bien dans ia maniéré de
celebrer la Cene, la forme de l’excommunication, en ces pa­
roles : Au Nom & en l’authorité de nofire Seigneur Jefus-Chrisly

fexcommunie torts idolâtre^ Blafphemateurs3 Contempteurs de Dieu*
l

douzième Refît onfî,

773

Tarjurés, Séditieux, Mutins, Batteurs, &c. Mais ic nc Iis point
là, ny en aucune autre part, la forme de l’abfolution. Où eft
donc cette abfolution ? Quand eft-ce que le Miniftre la pro­
nonce ? Eft-ce quand il dit, qu'vnchacun s’efprouuc foy-mefine ?
Mais ces parolcs ne font que difpofer à la penitence, & ne li­
gnifient autre chofe, finon que le pecheur doit rentrer en foymefme , pour examiner fa confçience. Puis donc que le Mi­
niftre nc leue pas l’excommunication, Qui eft-ce qui l’oftera?
Sera-ce le pecheur qui fc deliurera de ce joug. Mais qui a ia­
mais ouy dire qu’vn homme rompe fon lien, dont il a efté lié
par l’Eglife? Car qui luy a donné ce pouuoir 8c cette vertu?
Noftre Diuin Sauueur a bien donné le pouuoir à l’Eglife de
lier 8c dc délier: mais il n’a iamais donné le pouuoir à vn pe­
cheur 8c à vn criminel, de fedeflier des cenfures Ecclefiaftiques. C’eft donc vne chofe bien cftrange que vous ayez le
pouuoir d’impofer de grands fardeaux fur le dos de vos DTciples 8c de vos pauures Sujets, liant leurs confçiences par les
cenfures & les excommunication?, & que vous n’ayez pas le
moyen de les defeharger des mefmes fardeaux, ny de leuer les
mefmes cenfures. Vous faites bien voir par là,que le pouuoir
que vous vous vantez auoir receu de lefus-Chrift, n’eft que
pour deftruire, 8c non pas pour édifier.

Deffenfe du Catholique Reformé,
V AND ie fuis foible, adonc ie fuis fort, dit I’Apoftrë
Saint Paul : il parle ainfi à l’occafîon des injures 8c des io.
'perfecutions qu’il enduroit pour Chrift, 8c confefle
que fa vertu auoit acquis des nouuelles forces dans fes foiblcffes ; 8c c’eft cela mefme que ie puis dire au fujet de cette que­
ftion. Sainél Paul ne parut iamais plus infirme, que lors que
les infidèles le tenoient arrefté dans vn cachot, pourempefcher la publication de l’Euangile, mais il ne fe montra iamais
plus puiflant : Car s’il y fut dctem.1 captif,neantmoins la paro­
le dc Dieu ne fut point liée j il n’en for tit pas feulemët par vne
EEeeeiij

Q

774

Defenfè delà

ouuerturc miraculeufe de la prifô : niais encore il lia fon CotK
Chryf.ho. cierge, comme dit Sainft Chryfoftome, &d’vn infidelequi
•j9.ad?op ne connoifloit point le joug de Iefus-Chrift, il en fit vn Comjfntitcb. pagnon de fes chaifnes, l’ayant captiue à l’obeïfîancedela
foy. Ainfi ie n’ay iamais paru fi foible ny fi empefehé au dire
du Bachelier, comme dans cette refponfe ; & neantmoins
quand ieparois le plus infirme à fon iugement, c'eft lors que
i’ay plus de puiffance: puis queic le prens par fes paroles, &
que ie le lie par fon propre adueu. le nie fuis engagé à faire
voir deux chofes, l’vne que ç a efté la pratique de l’Ancienne
Eglife,d’excommunier quelques pécheurs immédiatement
deuant que deleur donner le Sacrement de la Cene: l’autre
que noftre Eglife leue & ofte l’excommunication, auant que
de les communier ; & c’eft ce que i’ay montré, & que ie feray
voir encore plus clairement fuiuant 1 explicatif que i’ay don­
née de ces paroles.
Mais auant cela, je vous prie de remarquer la mauuaife
foy du Bachelier : il dit qu’il reconnoift la vérité de l’cxcommunication, & la diuerfité de fes efpeces, comme nous les
auons diftinguées j & neantmoins il les confond à mefme
temps, & nous accufe de retrancher les perfonnes du Corps
de l’Eglife, auant que de leur donner le Pain desAngesiau
lieu que nous leur deftendons feulement le mauuais vlage de
ce Pain ; & les fommons de s’en priuer, iufqu’àce qu’ils ayent
les fentimens d’vne vraye repentance. Nous ne lançons cette
excommunication conditionnelle, que contre les paillards
adultères, & autres pécheurs fcandaleuxj & cependant il nous
fait dire que nous fulminons des anathèmes contre toutes for­
tes de pécheurs, & contre toutes les perfonnes qui font enta-,
chées du moindre vice.
Pour le premier engagement, je ne me fuis point obligé
de prouuer que ç’ait efté la pratique de l’Eglife d'excommu­
nier toute forte de pécheurs, auant l’adminiftration del’Euchariftie : mais feulement ce’ux qui font coulpables de crimes,
qui ne font connus que de Dieu » & que cette excommunica­
tion n’eft pas déterminée & appliquée à quelques particu­
liers, puis qu’on ne les connoift pas, mais lancée iudetermi-

aementfur ceux qui fc trouuent dans ce malheureux eftatî &

Materne Reftonjè.
775
H ne faut que lire ma refponfe, & noftre Liturgie pour con-

.a

noiftre cette vérité. Or que c’ait efté la pratique de ï Ancien­
ne Eglife,cela paroift éuidemment à ceux qui lifent l’Efcriture& les Peres. L’Efcriture cn fait foy,car comme fous la Loy
au temps qu’on vouloit offrir les Sacrifices de Profperité, on
crioit, dehors les immondes parce qu’il n’eftoit point permis £««>.7!
aux fouillez de manger de la chair de ccs Sacrifices: Auffi fous 2o:
l’Euangile on fait entendre aux pécheurs inconnus, pour les .
banir à temps de la Maifon de Grâce, cette voix fulminante,
& cette parole d’excommunication que le Seigneur pronon­
cera vn iour aux impenitens, pour les exclurre à iamais de la
Maifon de fa Gloire, dehors les chiens, <ÿ- lesempoifonneurs, les -dçoc.ït
paillards, les meurtriers & les idolâtres, & quiconque aime& com- *$•
metfauffeté. S’il y a quelqu'un qui naime point le Seigneur Iefus,
qu'ilfoit anatheme, difoitSaindPaul. Voila vne excommuni- 2I?
cation lancée indéfiniment fur tous ceux qui n’ontpoint de
l’amour pour Chrift: & qui empefehera I’Eglife de la pronon­
cer vn peu auant l’adminiftration de l’Euchariftie? Certes
comme Dieu a laiffé à fa conduite la liberté de déterminer les
circonftances du Seruice Diuin, & les reiglemês particuliers
de la Difcipline : la raifon veut qu’elle faffe entedre cette fen­
tence de retranchement aux pécheurs qui ne font pas bien
préparez à la participation de ce Myftere. Car comme ceuxla ne peuuent viure de la vie de Iefus, en qui Iefus- Chrift Iuymcfme ne vit point par lafoy: aulfi ceux-la ne peuuent parti­
ciper au mérité de fa mort dans l’Euchariftie,qui ne font point
cftrcints de la charité de Chrift ; Et parce qu’il y a des pé­
cheurs que l’Eglifc ne connoift pas, qui fe flattent de penfées
contraires: il eft important qu’elle leur donne en general ces
falutaires aduis, auec des comminations de la vengeance Di­
uine , s’ils n’en veulent pas profiter.
*
C’eft ainfi qu’en a vsé l’Ancienne Eglife, s’il en faut croi­
re le tefmoignage de fes Doélcurs. Que vouloit dire Denys, ^',inypje
que vous tenez pour l’Areopagite, quand il difoit que le Sa- Çccltfiaft
crifice Diuin éloigne de foÿteux qui n’ont pas fait penitence; Hitr»c. 3
& qu’ils doiuent fe retirer du Temple de Dieu : parce qu’il ne
fouffre rien qui ne foit pur & fainél ? fi ce n’eft que l Eglife en
doit deffendre la Communion à tous ceux qui s’en approchét

Indignement?

776

Defenfe de la

i^fmbrol
Quel eftoit le fentiment de Sainét Ambroife, quand il die
Setm.Do que celuy qui ne change point de vie, ne peut point mander
4. ja vje? fiaon qu’il faut éloigner de la participation de l’Euc^achariftie tous ceux qui ne font pas dans vnferiemi amende­
ment ?
Cfoyfoft. • Quel eftoit la penféc de Saind Chryfoftome, quand il
h»m. j 7. parle de la forte, que ceux qui ont la.robbe de nopces s’aduan»'« l-Jebu, cent en céteftat, pour auoir l’honneur de boire en la Coupc
Royale. Mais fi quelqu’vn ne craint point de s’approcher de
la Table du Roy, eftant couuert de haillons, eftant fale & dé­
figuré, confidcrez combien feuerement il fera puni. Si par
ces paroles vous n’entédez pas quelle eft fon intention, écou\ tez comment il s’explique luy-melme, & vous comprendrez
quelle eftoit de fon temps la pratique de l’Eglile. Afin que
perfonne ,adjoufte-il, ne puilfe dire, ie ne fçauois pas le péril
qui accompagne cette Action, le Diacre fe tient debout en
vn lieu éminent, &haulfant fa main comme vn Héraut,&
faifantretentirfavoixdansce profond filence, il appelle les
vns & rejette les autres j il fait cette feparation, non auecfii
main, mais plus puilfamment auec fa langue. Car lors qu’il
prononce publiquement ces paroles, les chofesfainctesfont four
lesfainfts :C’eft autant que s’il difoit, fi quelqu’vn n’eftpas
lainéfc, qu’il ne s’approche pas de cette Table. Voila vne excommunicationlancéedansl’Eglife, immédiatement auant
la Communion, & fi generale, qu’elle embraffe tous ceux
qui ne font pas dans vne fainéieté conucnable.
Que donc Monfîeur le Bachelier après des tefmoignagcs
fi clairs, ne die plus qu’vne telle excommunication eft vne
inuention humaine : puis qu elle eft fondée fur vn reiglement
tout Diuin. Qu’il ne die plus quelle impofe vn joug aux conlèiences : puis qu’elle tend à les foulager du fardeau du péché.
Qu’il n’a fleure pas comme il fait, que nous l’a lançons contre
les Hypocrites: car cela n’eft pas vray; & quand cela feroit,
ce ne feroit pas vne chofe inutile, puis qu’elle tendroit à les
deftournerd’vn vice fi abominable. Qu’il ne demande point
où eft noftre vocation, qui nous donne cette jurifdi&ion Ecclefiaftique: nous en auonsfait cy-deuant la preuuej & tout
cequeMaiftrcChiron dit maintenant à rencontre, ne font

.

..

SUS

.

douzième Refyonfe.

que des rappetafferies de Maiftre Guillaume 3 indignes d vn
Bachelier. Qu.il ne die pas enfin, que cette excommunica­
tion eft inutile , parce quelle eft pronôcée ou contre les éleus
qui ne peuuent eftre retranchez du Corps de l’Eglife, ou con­
tre des reprouuez qui n’en font pas. Ce raifonnement eft le •
difcours d’vn impie, & puis qu’on le peut faire contre toutes
les excommunications qu’il a admifès, il cft obligé luy-mefme de refpondre à cét Argument, & de dire aucc nous pour
iuftifier les procédures de l’Eglife, que fes Pafteurs n’entrent
pas dans le fecret de la Predeftination, quand ils excommu­
nient les pécheurs; qu’ils regardent feulement aux mauuaifes
difpofitionsoùilsfont, pour leur refufer les Sacremens de la
Grâce ; & que dans cette excommunication leur but n’eft pas
de les bannir de l’Eglife de Dieu inuifible, qui eft l’AfTcmbléc
des efleus, mais feulement de les retrancher pour vn temps
de la Communion du Sacrement dans l’Eglife vifible, qui efl
la focieté des Chreftiens.
Que fi vous demandez auec voftre Bachelier à quoy cette
excommunication generale cft vtile : le vous diray aucc les
Peres quelle fert pour intimider les pécheurs par les menaces
du Iugement de Dieu: Car comme dit Sainél Chryfoftome,
qui ne tremblera oyant ce tonnerre de la voix de Dieu, qui
menace de la foudre de fa vengeance ? le vous diray quelle
eft vtile pour porter les hommes à vn plus grand refpeét en­
tiers les Diuins Myfteres : car comme les Peres ont dénoncé à
ceux qui ne font pas purs, qu’ils doiuent fe feparer de la Com­
munion, non feulement à caufe de leurs fautes, mais auffi à
-caufe de la reûerance qui cft deuë à ce Sacrement. Ainfi nous
dénonçons aux pécheurs qu’ils ayét à s’abftenir de cetf.c fain- t^ureiê
été Table, de peur de polluer fes viandes facrées. Enfin nous delaCevous dirons qu’elle eft vtile pour la conuerfion des pécheurs: ne.
car tel qui n’auoit pas fait d’alTez ferieufes réflexions fur foymcfme, pour fe préparer conuenablement à laCommunion,
entendant cette fentence d’excommunication contre les pé­
cheurs impenitens, prend des fortes & genereufes refolutiôs
de quitter le vice, & de fe mettre dans les pratiques de la
vertu.

Maisp’ourquoy, dit le Bachelier, donnez-'vous laCom...

_

pff

- ,

77»

Defenje Je ta

muniona. ces perfonnes excommuniées, fansleuerpremierëment leur excommunication? Maisie luy feray la mefme deRa BUn£k

Romain, qui dit, que quand aux pécheurs
occultes, qui demandent l’Euchariftie en cachette, fi le Curé
CHehitriJl ^cfizffcurcdcicut amandement, il l’a leur doit refufer : les
voila donc excommuniez, par le refus de la Communion j &
neantmoins il adjoufte, que s’ils fc prefentent en public & deliant tous, & qu’il ne puifle les pafler fans fcandale, il l’a leur
doit adminiftrer : Voila l’excommunicatibn leuée par l’admit
niftration delà Communion. S’il eft permis aux Curez d’a-'
gir de la forte enuers des pécheurs, dont ils connoiftent l’endurciflementj&rinfolence : Pourquoy ne nous fera il pas
permis de tenir le mefme procédé enuers des pécheurs qui ne
.font connus que de Dieu & d’eux-mefmes ? Certes comme il
n’y a que Dieu qui iuge des chofes occultes, nous auons droit
de les laifler au iugement de leur propre confçience, après les
auoir inftruits des intentions de Dieu, & de leur deuoir.C’eft
pourquoy afin de faire le noftre, comme nous prononçons la
îcntcncc d excommunicatiô contr’eux, fous condition d’impenitcnec, leur difant qu’ils ayent à s’abftenir de cette Sainte
Table, s’ils demeurent tels qu’ils font, & s’ils nefe. repentent
de leurs pechez : Auffi leuons-nous cette fentence condition­
nellement comme nous l’auons lancée, à fçauoir fous condi­
tion de repentance & d’amendement, quand nous adjouftons
ccs paroles. Si nous auons ce tefmoignage cn nos cœurs dé­
liant Dieu, d’auoir vraye repentance de nos fautes, de nous y
defplaircjdefirans de viure d’ores eh-auant faindement & fé­
lon Dieu: ne doutons nullement qu’il ne nous aduoué pour
fes enfans, & que le Seigneur Iefus ne nous adrefle fà parole 3
pour nous introduire à fa Table.
Chryfott.
C’eft ainfi que Saind Chryfoftome ayantlancé cette exl'om. 8?. communicationgenerale& conditionnelle, que lesl'afehes
in Math. & les parefleux n’approchent point de l’Euchariftie : la leue
aufli-toft, quand il adjoufte, mais approchez-en, fi vous eftes
embrafez d’ardeur & de zele. C’eft ainfi que tous les Peres
après auoir deffendu la Communion aux impenitens, en ouurent auffi toft la porte à tous ceux qui font dans les vrais fen-

2

rimens de la repentance.

<?

douzième Rcfponje,

7*9

Maïs, dit le Bachelier, fi cela eft ainfi, ce nc feront pas les

Pafteurs qui deliureront les pécheurs des cenfures Ecclcfiaftiques, mais ce feront les pécheurs, quife deliureront eux-mefmes, contre les ordres du Sauueur, qui n’a donné ce pouuoir
qu à l Eglife, Mais que c’eft mal entendre en quoy confifte la
puiffance de lier & de defiier ! Le pecheur fe lie foy-mefme,
quand il fc rend volontairement efclaue du péché & du diable
par les liens de l’iniquité. Dieu le lie, quand il le tient obligé
à des peines infinies, pour fatisfaire à fa Iuftice. Les Pafteufs
le lient, quand ils luy dénoncent fes iugemens en general, ou
qu'ils luy appliquent quelque peine de 1 ufpenfion Ec c le fiafti que. Ainfiîepecheurfedefliefoy mefme, lors qu’il fe défait,
du fardeau du péché, qui l’auoit enueloppé, & de fes liens
dont il eftoit attaché, pour fc conuertir à Dieu. Dieu le délie,
quand il luy donne repentance, pour fortir des piégés du dia­
ble , quand il rompt les liens de fon iniquité pour luy pardon­
nerToffenfe,&leuer l’obligation à la peine. Et les Pafteurs
le deflient, quand ils luy déclarent qu’il eft remis en la grâce
deDieu, & dans la paix de l’Eglife, moyennant fonrepenty.
Tout cela fe fait dans cette excommunication generale, Si
conditionnelle, & quand ils l’a prononcent contre les impenitens, & quand ils l’a Ieuent en faueur des repentans. C’eft
ce que ie pourrois confirmer par le tefmoignage, & par la pra­
tique des Anciens Doéleurs de l’Eglife : mais ce font des veri­
tez fi manifeftes d’elles mefmes, que ce feroit vouloir éclairer
le Soleil, de leur vouloir donner plus de lumière.*
Après cela, je mettrois bien en peine Monfieur le Bache­
lier, fi ie luy demandois raifon des excommunications de l’Eglife Romaine, par les interrogations fuiuantes. Pourquoy le
Concile de Trente frappe-il dc fes anathèmes, comme Here­
tiques, ceux quil n’a iamais conuaincus d’erreur, ny légiti­
mement tirez en caille, pour les entendre auant que de les
condamner ? De qui eft-ce que les Euefques ont appris à s’approprierlapuilfanced’excommunier? Ce n’eft pas de Iefus- ji/at, 18
Chrift, cariladitqu’illefautdireà l’Eglife j ce n’eft pas de 17.
Sainél Paul, car il n’a point voulu excommunier l’inceftueux
e Corinthe, qu’auec le çonfentement de l’Aifemblée Ecclefiaftique. Qui leur a enfeigné d’accorder des Chefs de Moni-

TFfffij

780

Deffenje de la

'

toirc à la rcquifi tion des particuliers, qui les obtiennent bien
ïbuuentparfurprife, & fousvnfaux-donné à entendre? De
quelle pratique ont ils appris à lancer fi legerement dés ex­
communications én faueur de ceux qui ont perdu quelque
chofc, pour l’a leur faire recouurer, & pour d’autres fujets qui
n’en vallent point la peine ?Qtiicft ce enfin, qui leur a mar­
qué les Ceremonies ridicules & fuperftitieufes, qu’ils obferuent dans ces excommunications ? Certes ce font toutes chol?s qui font éloignées des ordres de Icfus-Chrift, de la prati­
que de fes Apoftres, & dont nous ne voyons point d’exemple
dans l’Orthodoxe Antiquité; &Monfieur le Bachelier auroit
bien long-temps à confulter le Sueur, & à fuèr Iuy-mefmc,
pour faire vne preuue raifonnable de toutes ces nouueautez.

TRE/ZIESME DEMANDE
du AMiflionnaire.
VilïepeutlircquelaCenenenousferuiroitderien , fi
nous n’eftions imparfaits, comme ils difent au Diman­
che 54. de leur Catechifme : quoy que cela foit direélementoppoféàSaind Paul, qui dit, que celuy qui le revoie
indignement, mange & boit fon iugement.

O

Refionfe Àhtreiziémedemande,
Evouspriedelireexa&ementccquenousdifons dans noftre Catechifme ,& puis ie vous feray voir que noftreDoélrine en cepoind eft de l’Efcriture, & qu’elle n’a rien qui
çhoque les fentimens de Sainét Paul : Voicy donc comment
nous parlons.
D. Maiseft-ilrequisd’auoirvnefoy&charité parfaite?
R» Il faut bien que l’yne& l’autre foit entière, & non feinte;

I

treizième Rejponfè.

781

ffiais d’auoir vne telle perfedion à laquelle il n’y ait que redi­
re , cela ne fe trouuera pas entre les hommes j aufii la Cene fe­
roit inftituée envain, fi nul n’eftoit capable de la reccuoir»
finon qu’il fuft du tout parfait.
L’imperfedion donc ne nous empefehe point d’en ap­
procher ?
E.

Mais au contraire elle ne nous feruiroit de rien,fi nous mé­
fiions imparfaits : car c’eft vne ayde & foulagcment de noftre
infirmité.
Dans ces demandes & dans cés refponfes vous voyez ma­
nifeftement que noftre Catechifine pofe trois veritez, & vous
nelesconteftcrez pas, quand vous aurez veu qu’elles font
toutes de l’Efcrittirc, comme ie vay vous le faire voir.
La première eft que nous deuons eftre parfaits, car il ad­
uouë cette demande, que nous deuons auoir vne foy & chari­
té parfaite, puis qu’il veut que l’vne & l’autre foit entière : en
effet, ce n’eft pasvn confeil pour quelques-vns, comme pré­
tendent vos Moines, c’eft vn commandement de l’Euangile»
qui oblige tous les Chreftiens de tendre à la perfedion. IefusChrift veut que nousfoyons parfaits,& nous prefente vn modele auquel nous nous deuons conformer, quoy que nous ne v' *
puiffions pas l’imiter. Les Apoftres prefçhent la perfedion à
tous les Chreftiens : Saind Iacques veut qu’ilsfoientparfaits & /acq.c. t
entiers, deforte que rien ne leur défaille. S aind Paul leur recom - «r/. 4.
Ji.

nwnùc d’eftre parfaits & accomplis en toute la volonté de Dieu, & Colof. t.
regarde ce deuoir comme la fin de l’Euangile qui luy a efté
I2’
commis, lequel^ dit-il, nous annonçons 9 afn que nous rendions Coloff. r.
tout homme parfait en Iefus-Chrift.
.
t>erf. 28.
La fécondé vérité contenue dans noftre Catechifine, di­
ftingue deux fortes de perfedion, l’vne eft acheuée, exempte
de tout deffaut,à laquelle il n’y a rien à redire, l’autre eft com­
mencée , & meflée de quelque imperfedion : La première eft
vne perfedion de degrez, parce qu’elle eft paruenuë au plus
haut poind qu’elle puiffe prétendre : La fécondé eft vne per­
fedion de parties, parce qu’elle fait apx aucune grâce ne defaut à i,Cor. u
ceux qui lapoffedent : La première ne fe trouue point parrny les y.
hommes, & lob qui fut tant homme de bien, fait cette con feffion. Sije me dis parfait, Dieu me déclarera peruers. Elle n’eft
î»

7^2

Deffenje de la

que dans les Bien-heureux, qui font en Paradis, car là leur ef-

prit éclairé des lumières de la gloire, cft entièrement affran- chy de l’erreur & du menfonge, & leur volonté dégagée du
mal eft parfaitement vnie au Souuerain-bien. La fécondé eft
dans les fîdeles qui font fur la terre : car quoy qu’ils foient en7^7. 3. trezdanslavoyedc perfection ,&qu’ils/wr/»/0e»r inceffam2‘
ment cette parfaitefaincletffans laquelle nul ne verra Dieu : néants
moins ils choppent tous en plusieurs chofes.
‘Phiï. 3.
C’eftainfiqueSaindPauIaduouéqu’i/«’eJ7/'^eworerwJ
v.u.xj. duparfait-,&neantmoins incontinent il fc met au nombredes
parfaits. Il dit qu’il n’eft pas encore rendu parfait de cette per­
fection acheuée,parce qu’il n’a pas encore appréhendé, c’eft
à dire, parce qu’il n’eft pas comprehenfeur de la Patrie, eftant
encore en chemin pour y aller 5 & il dit qu’il cft parfait au re­
gard de cetteperfedion commencée, parce qu’eftant voyaPbil. 3.V. geur, il oublie les chofes quifont en arriéré, & s’aduance aux 'chofes
14;
quifont endeuant, tirant au but de la vocationfupernelle.
C’eft ainft que l’explique Saind Auguftin. L’Apoftre
afléure tout enfcmble qu'il eft imparfait, & qu’il eft parfait: à
t Içauoir imparfait, en confiderant combien il luydeffaut de
* * cette iuftice dont il a faim & foif, pour en auoir la plénitude :
mais parfait d’autant qu’il n’a point de honte de confelfer fon
imperfedion ,& qu’il s’aduance bien, pour paruenir à la per­
fection derniere.
La troifiéme vérité de noftre Catechifme, fait voir quelle
eft la perfedion que le fidele doit & peut apporter à la Com­
munion : ce n’eft pas cette perfediô derniere,de tous poinds
accomplie, & exempte de tout deffaut, car elle ne fepeuc
trouuer entre les hommes icy bas: mais celle qui nous rend
tellement parfaits,qu’elle n’empefche pas que nous ne foyons
imparfaits. S’il n’y auoit que les abfolument parfaits qui peuflent Communier, tous les homes feroient exclus de la Com­
munion , car il n’y en a pas vn qui foit fans péché, & par confequent fans deffaut, & tous font pécheurs, & par confcquenc
iï/fuou{l. imparfaits: car comme a dit Saind Auguftin, noftre iuftice
tcne en cette vie, qu’elle confifte pluftoft en la remiiïïoa
^5 pechez, qu’en la perfedion des vertus.

- 27

Ainft la Cene feroit inutilement inftituée, puis que pe£

treizième Re/ponfi

7S;

Tonne ne la pourroit prendre falutaireméti & fi nous n’eftions
imparfaits en cette maniéré j qui admet quelque perfedion,
la Cene ne nous feruiroit de rien ; la raifon eft'vifible, car ceux
guifont enfanté nont pas befoin de Medecinjcsy de medecine pour

j, -t

fe guérir : ceux qui font dans la vifion & dansla joüyfl’ance
ne fe feruent pas d’appuys, pour foûtenir leur foy & leur cfperance;& ceux qui font immédiatement vnis à Chrift, n’ont
pas befoin d'aucun moyens extérieurs pour s’vnir à luy. Or le
Sacrement de l’Euchariftie eft vne medecine pour les pauures
malades fpirifucls, puis qu'il eft vn inftrument de la grâce de Cyril.l.f,
Chrift, qui eft le Médecin 5 c’eft vn appuy de noftre Foy, par fth. e.
laquelle îious cheminons, & de noftre efperance, jpr laquel-17.
le nous attendons la félicité promife ; c’eft vn moyen de no­
ftre Communion auec le Seigneur Iefus Chrift.
C’eft pour cela que les Bien - heureux dans le Ciel n’en
ont pas befoin, parce qu’ils font guéris de toute ignorance, &
de toute corruption de péché, dans la vifion & joüyfl’ance du
Souuerain Bien, & qu’/Zr fontvn auec ebrijf commeil ejl vn Jean 17Ï
auec le Pere. Si donc nous eftions parfaits comme les Sainds 22.
qui font dans le Ciel, ce Sacrement ne nous feruiroit de rien,
non plus qu’à eux : & fi nous n’eftions pas imparfaits, comme
les Sainds qui font fur la terre, c’eft à dire, fi nous n’eftions
pas fuiets aux maladies de l’ame, engagez dans les infirmitez
de la foy & de l’efperance, & dans l’éloignement de Chrift,
nous n’aurions pas befoin de cc Sacrement, & ayant obtenu
la fin, ce moyen qui nous y meine nous feroit inutile.
C’ette Dodrine cft fi véritable, queic m’eftonne qu’vn
Catholique Romain la combatte : puis qu’elle-eft enfeignée
par les plus grands Dodeurs de l’Eglife Romaine: Ainfi l’a_, - ,
enfeigné Thomas d’Aquin,voftre Dodeur Angélique,quand
il a die que les Sacremens de la Nouuelle Loy font inftituez
>
pour deux chofes, à fçauoir pour feruir de remedes contre les
deffauts du péché, & pour perfedionner l’homme en-ce qui
regarde le culte de Dieu, félon la Religion Chreftienne. Si
donc il n’y auoit pas en nous de deffaut, ny d’imperfedion, le
S acrement de l’Euchariftie ne nous feruiroit de rien,félon fon
fentiment, caria où il n’y a point de maladie, le remede eft
inutile ; & ce feroit en vain qu’on voudroit perfedionner cc
qui eft abfolument parfait.



~

\ £p!fl.l. i
C’eft ainft que Penfeigne Monfieur de Sales, Euefque de
38 Geneue, quand inftruifant fa Philothée, il luy parle ainfi; Ma
chere fille, ie penfe que la Communion eft le grand moyen
d’atteindre à la perfedion : Comme donc on n’eft pas encore
paruenuàlafin,quand on y tend, auffi n’eft-on pas encore'
en la perfedion, quand on Communie; puis que c’eft vn
moyen de tendre à la perfedion, elle n’eft donc que pour les
imparfaits : ainfi fi nous n’eftions pas imparfaits elle ne nous
feruiroitderien.
' Après cela vous voyez bien, Monficur, qu? noftre Do­
drine n’a rien qui ne foit conforme aux fentimens de S. Paul,
bien loin de luy eftre diredement oppofée. L’Apoftre nc die
pas,quimangelaChairdeChrift,&quiboitfon SangindiMom.ve gnement : car comme a remarqué le Cardinal Cajetan, le
no in]oh. manger & le boire de la chair & du fang ne fe peut faire indi6. gnement : mais il dit ; que chacun s’efprouue foy-mefme, &
1. C0r.11 ajufi qu’il mange de ce Pain & boiue de cette Coupe, car quiv.rS.rp. conqUe en m^ge & boit indignement, il prend fa condam­
nation. Qu’éft-cc que manger du Pain, & boire du Calice du
Seigneur indignement? Vous l’apprendrez de Saind Amin î.Cor. broife 5 il donne cét aduis par aduancé, à ce que l’efprit de cen. luy qui s’approche de la Communion du Seigneur foit plein
de deuotion ; il enfeigne qu’il faut s’approcher de la Commu­
nion auec vne ame deuote, & auec vne crainte religieufe,afin
que l’efprit fçache qu’il doit de la reuerence à celuy duquel il
s’approche pour manger fon Corps.
Vous rapprendrez de Saind Auguftin , qui dir, que fteefyift.uS uoir l’Euchariftie indignement, c’eft la reccuoir au temps où'
l’on doit faire penitence : Vous l’apprendrez de voftre Cardi£«»*» dinai Bonauenture,lequel parlant du Sacrement; Tu le prens,
tr^aT' dit-il, indignement, fi tu ne t’en approches pas aucc aflez de
reuerence, de circonfpedion & d’attention.

CAp' 5‘

L’Apoftre donc ne requiert pas des Communians vne di­

gnité de mérité, ou de perfedion derniere, qui eft exempte
i Zm» i de tout péché : carfi nous difons que nous n auons point de peché3
•vtrr. 8.' nous nousfieduifions nous-mefines :&verité nefipoint en nous^commc nous affeure Saint lean : mais vne dignité de préparation
conuenable à cc Myftere, & à l’eftat des Communians j êom-

------.............

me il

trei^iéme'RefponJê,

78$

me il éft dit en l’Euangile. Faites aes aeuures dignesderepenlance’. Mat. f.
c’ttt. à dire conuenables à l’eftat des repentans.
vtrI> $•
C eft pourquoy s’il n’y auoit que ceux qui font totalement
parfaits, qui pcufTent approcher dignement dc la Commu­
nion , pas vn ne pourroit Communier dignement, puis qu:i|
n’y en a pas vn qui foit tel parmy Jes hommes; & fi tous les im­
parfaits, qui ont quelque péché,Communioicnt indignemér,
tous les Communians prendroient leur condamnation : car
comme le Centenier difoit à Iefus, en luy demandât grâce : A/*#. 8.
Seigneur, je nefûts pas digne’ que tu entresfous mon totcl: Ainfi cha- vcrfcun qui s’approche de la Communion, doit dire ; Seigneur, je

ne fuis pas digne que tu viennes che^moy, ny que tu fifes demeurant
en moy.
La vertu du iufte en cette vie, dit Sainél Auguftin, eft tsfugufl.
tellement appellée parfaite, que c’eft vne partie de fa perfe-l,b' 3 ad
élion dc reconnoiftre véritablement, & de confefter humblec*
ment qu’il eft imparfait : Et comme nous apprend Sainél Hierofme, c’eft la vraye fàgefte dc l’homme de fe reconnoiftre Mr.Pelag
imparfait, & pour ainfi dire, c’eft la perfeéiion imparfaite de/»£. t.
tous les iuftes qui font en la chair.
Tant s’en faut dôc que ces infîrmitez reconnues auec vérité ,
ccsimperfeélions confeftccsauec humilité, ccs deftautsdé­
plorez auec fincerité, nous empefehent d’auoir part à cette
Table fpirituelle; qu’au contraire, c’eft à caufe d'elles que ce
Sacrement eft inftitué, puis qu’il nous reprefente le Corps de Mat -ij;

lefus-Chrif rompu, &fon Sang refpandu en remifsion de nos pochez,: v‘ 2 8*
c’eft à caufe d’elles que nous en approchons, & que Iefus- Mat.11.
Chrift nous inuite auec tant de douceur, quand nous enfom-28’
mes trauaille\& chargez, afin qu’il nous donne le foulagemcnt 2,y’r I*
dc ce fardeau, quefa vertu /accomplife dans nosfiiblejfes, & que
<fâ©

fa grâce abonde paidefus nos pechez.



?

Répliqué du Catholique Romain.
^^OMME ceux qui font aualer du poifon, ledeftrempent
d ordinaire dans vn potage, ouïe meflent parmy les vian­
des les plus délicates j ainfi Afimont cache &mcfle le venin

pGggg

-

I

Defenje Je la
de fon Herefie parmy quelque vérité éclatante, pour la faire
paflcr jdusdcucemciît Hans l’cfprit de fes Auditeurs. C’eft
vûc vérité de l’Euangile que nous délions eftre douez de per­
fedion , ou du moins que nous deuons y tendre, félon ces pa­
roles du Seigneur
, comme voftre Pere Celejle ejl
faffût. C’eft vne vérité extraide de l’Efcriture & des Peres,
que les Sainds qui font dans la Gloire ont vne perfedion ac­
complie qui les exempte de tout deffaut Çc de toute mifere.
C’eft vne vérité de l’Efcriture, que prcfquc tous les fideles,
voire mefme la plus grande partie dés Sainds, qui combattët
cncertc vie, ont vne perfedion mcflée de quelque petit deffaut & imperfedion : Mais c’eft vne erreur groffiere & intolé­
rable, de dire que la Cene ne feruiroit de rien, fi nous n’eftiôs
imparfaits. C’eft pourquoy afin de reconnoiftre la malignité
de cette erreur, il faut remarquer qu’il eft de deux fortes d’im­
perfedion, il y en a qui font imputées à crime, & les autres
qui ne font pas imputées. Derechefcelles qui font imputées
à crime, font ou légères ou griefucs, les fauteslegeresqui
. font appellées pechez veniels, font compatibles, & peuuent
demeurerenfembleauee la iuftice-inherante, comme enfeigne le Sage, quand il dit, que le jujte tombefept fou le jour, les
imperfedions graues, qu’autrement on appelle pechez mor­
tels, ne peuuent côpâtir auec la juftice inhérente : c’eft pour­
quoy Saindlean en fa première Epître chap. 5.les/îomme
pechez à mort : c’eft à dire pechez qui ruinent la grâce, qui
cft la vie de l’Ame.
Quant aux imperfedions qui ne font pas imputées à pé­
ché, elles font ou dans la ligne de la nature, comme tous les
deffauts naturels, tant du corps que de l'ame, quifont fans
nombre, ou dans la ligne de la grâce, comme quand il ne
manque rien à l’homme que la joüyfl’ance de fa derniere fin,
ou que fes vertus ne font pas encore montées au dernier degrc
d’excellence,où elles peuuent arriuer. De cette forte, tous
les Sainds durant les ionrs de leur vie mortelle font impar­
faits, quelque vertu qu’ils pofledent. De cette forte on peut
dire que le Sacremët de la Cene eft profitable aux imparfaits.
Car fi Afimont en tout ce grand difcours ne pretendoit autre
chofc,finon de faire voir que la Cene n’eft pas vtile aux S ain»

treiziéme Rcjponfî,
7S7
quil ont accomplis cn toutes choies, par la poffcfïion du S otiuerain-bien , & qu’il faut eftre imparfait, c’eft à dire manqué
de quelque chofe qui acheue noftre Souuerain bon-heur,
Nous n’aurions pas de different, & nos difputes ccffcroicnc
fur Ce poind. Mais il prétend vne autre chofe,qui eft fi eftran­
ge & u déraifonnable, qo’il ne l’ofe déclarer qu’obfcuremenr.
Il veut que la Cene nc feruiroit de rien fi on n’eftoit fouillé de
de quelque imperfedion criminelle, afflige de quelque ma­
ladie de l’ame, & atteint de quelque efpece d’infidelité.Car fi
félon le fentiment de Caluin & de touslcs Religionnaires,
tout péché eft mortel, & que les moindres concupifceuces
ne foient pas exemptes de condamnation. Donc toutes le»
imperfedions font des pechez mortels, donc s'il faut eftre im­
parfait pour vtilement communier, il faut par confequent
eftre coulpable de péché mortel, & fi on n’eftoit chargé de
quelque crime, la Communion ne feruiroit de rien.
Voila vne Dodrinc qui eft fort eftrange & pernicieufe.
Carquiofèra nier que l’Euchariftie foit vn Pain viuant def­
eendu du Ciel, vn Pain des Anges fignifié par la Manne, vne
viande Celefte & diuine : Or le pain n’eft pas pour Jcs mala­
des qui ne le fçauroient bien digérer, mais pour ies fàins&
ceux qui fe portent bien. C’eft pourquoy bien loin quecc
Pain facré ne.ferue de rien qu’à ceux qui font imparfaits , &
dans l’eftat de péché mortel, que’c’eft proprement à ceux-là
qu’il eft inutile : voire mefme dommageable.D’aillcurs il faut
qu’Afimont aduouë que les mefchans qui font atteints de pé­
ché mortel font indignes de participer à cette Tablefacréc.
Or les indignes au lieu de receuoir quelque vtilité tre ce Sa­
crement , lé rendent au dire de 1 Apoftre Saind Paul, coulpa^
blés du Corps du Seigneur, & boiucnt & mangent leur con­
damnation, & enfin ils meurent,oudeuiennentmalades, &
font très miferables. Et il ne faut pas qu’il brouille, ny qu’il
répliqué à cela, que l’Apoftre ne dit pas -,qui mangera la chair
de chrisi indignement, ou que Saind Auguftin & Saind Bona­
uenture veulent que ceux-là feulement font indignes, qui
n ont pas acheué leur penitence, ou qui n’ont pas aftcz de rcneranceSc de circonfpedion. Car il cft certain que l’Apoftreparle en cét endroit de la Communion auCorps de lefus-

"

;

' *

GGgggij

7 88

Deffenfe de U
Chri ft; & il eft certain qu’il y a des indignes aufquels la Com­
munion non feulement n’eft pas vtile, mais au contraire tresdommageable. Il eft certain que les indignes font imparfaits;
& partant il eft tres-afleuré que la Cene non feulement ii’eft
pas profitable à ceux qui font imparfaits, mais auffi quelle
leur eft tres-dommageable. D’ailleurs fi félon les Sainds Pè­
res citez par le Miniftre ,n’auoir pas accomply fa penitence»
manquer d’vn peu dc deuotion, & autres petites menues fin*
perfedionsrendentlaCommunioninutile & defauantageufe. Qu’eft-ce que ne fera pas l’impudicité, l’yurognerie, latiarice, & les autres imperfedions graues & odieufes. Difons
donc que l’imperfedion expliquée à la façon des Caluiniftes,
non feulement n’eft pas vtile& neceftaire, mais auffi qu’elle
éft vn empefehemêt à receuoir les fruids & les vtilitez du Sa­
crement de l’Euchariftie. C’eft à quoy fouferirot tous les Pe­
res,■& notâment S .Chryfoftome en l’Homilie 85. fur S .Math,
qui dit, que_/7on riofepas toucher aucc des mains fales lesveftemens
du Roy : beaucoup moins eflantfale, doit-on toucher le Corps de IefusChrisf & que rien ne doit ceder d la pureté de celuy qui le touche,

Saind Ambroife que le mefme Afimont cite, qui enfeigne,
qu ilfaut que l’efprit de celuy qui s'approche de la Communion duSei­
gneur foit plein de deuotion, & d’vne crainte religieufe^ & quil doit
de la reuerance à celuy duquel tl s’approche pour manger le Corps. Si

donc çes Sainds Peres excluent de la Communion ceux qui
font fales par le péché,s’ils veulent qu’ils foient purs, pleins
dedeuotion, & d’vne crainte Religieufc : Donc ils iugent
que l’inwerfedion, le péché, & autres deffauts notables,font
des cmj^fchemens à la Sainde Communion; comment peu­
uent -ils eftre profitables à ceux qui Communient?&-s’ils font
profitables;commentpeuuent-ils eftre des empefehemens?
Si dis je il faut eftre imparfait,c’eft à dire grand pecheur pour
bien Communier, pourquoy auant communier lancez-vous
excommunication contre les mefehans ? Pourquoy fufpendez-vous de la Cene les pécheurs publics,les vicieux,les feandalcux, & toutes autres gens atteints des crimes énormes?
Certes vous deuriez au contraire les conuier à venir faire la
Cene : parce que ce Sacrement ne fert de rien, fi on n’eft mef­
ehant, & fi on ne tranfgreffe fans fin & fans cefte lesConi^

treiziéme Refponfe,

.

789

«lahdemensdcDieu. Et d’autant plus qn’on fera mefehant,
il profitera auffi dauantage : Parce quela medecine qui guérit
toute forte de maladies eft plus aduantageufe à celuy qui eft
griefuement malade, qu’à celuy qui n’eft atteint que d’vne lé­
gère maladie. Voyez Mefticurs de la Prétendue où vos ma­
ximes vous portent, ic à quoy aboutit la Dodrine de voftrcMiniftre Afimont.
Vous me direz peut-eftre qu’il faut refpondre à ccs raifons?
Certes ie m’en pourrois bien difpenfer, d’autant qu’il n’ap­
porte point l’Efcriture, qui feule eft reigle de vérité,félon vos
principes. Mais ie fuis bien content de vous faire voir Jafoiblefte de fes raifons ; commençons par la première, qui cft en
cette forte. Pour communier il n’eft pas neceftaire d’auoir
cette perfedion derniere de tous poinds accomplie,& exem­
pte de tout deffaut. Donc laCene feroit inutilemét inftituée,
& ne feruiroit de rien, fi nous n’eftions imparfaits. Remar­
quez s’il vous plaift la foiblefle de cette raifon : car elle con­
clud qu’vne chofe eft inutile, parce qu’elle n’eft pas neceftai­
re. Si cela doit auoir lieu il faut auffi inferer qu’il ne fort de
rien au Miniftre de fe chauffer en Hyuer, de manger delà
chair, ny de boire du vin, parce que tout cela n’eft point ne­
ceftaire. On peut bien conferuer fa vie à Bergerac fans fe
chauffer en Hyuer, fans manger de la chair, & fans boire du
vin. Il ne fort auffi de rien au Miniftre de môter à cheual pour
aller au Synode, ny cn aucun autre voyage, car ilpcutfort
bien aller à pied, & fe pafter de cheual.
Ces chofes font trop éuidentes, paffons au fécond Argu­
ment qu’il débité en cette forte : Ceux qui font en fanté n’ont
pas befoin de Médecin ny de medecine, ceux qui font dans la
vifion n’ont pas befoin d’appuy pour retenir leur foy, ceux qui
font immédiatement vnis auec Chrift, n’ont pas befoin d’au­
cuns moyens extérieurs pour s’vnir auec Iuy:Or le Sacrement
de l’Euchariftie eft vne Medecine pour les pauures maladesj
ceftvn appuy de noftre foy & de noftre efperance, c’eft vn
moyen de noftre Communion auec le Seigneur Iefus-Chrift.
Donc fi nous eftions parfaits comme les Sainds qui font dans
le Ciel, ce Sacrement ne nous feruiroit de rien, non plus qu’à
eux, & fi nous n’eftions pas imparfaits comme les Sainds qui

79®

JJejcnje delà
font fur la terre, fuiets aux maladies de l’ame, éhgagez aux
infirmitez de la foy, &c. nous n’aurions pas befoin de ce Sa­
crement. Voila tout le raifonnement du Miniftre,qui ne con­
clud pas proprement ce qui cft en queftion : d’autant qucla
queftion n’eft pas fi la Cene eft, ou n’eft pas vtile aux Sainds
qui font dans le Ciel. Mais la queftion eft,fi le Sacrement de
la Cene n’eft vtile qu’à ceux qui font engagez à des imperfe­
dions criminelles, & quife trouuent atteints du peche mor­
tel. C’eft là le poind de la difficulté, qu’il ne fçauroit conclur­
re par la force de fon Syllogifme : parce que les termes de la
conclufion ne font pas contenus dans les prcmiiïes.
Que fi on me répliqué que dans l’Argument, il cft dir,que
l’Euchariftie eft vne medecine, & que la medecine ne fert d e
rien qu’au malade. D’où l’on peut conclurre, que l’Euchariftie ne fert de rien qu’à ceux qui font affligez des maladies de
l’cfpritjàfçauoir du péché. - le rcfpondray deux chofes, la
première, que la queftion n’eft pas fimplement du péché,mais
du péché mortel. Sçauoir, fi la Communion n’eft vtile qu’à
ceux qui font engagez dans le péché mortel : puis que vous
n’en reconnoiftez point d’autre. La féconde, que l’Èuchariftie n’eft pas proprement vne medecine, mais c'eft comme
nous auons défia dit, vne viande Diuine, vn Pain viuant, deftiné, non pas à raedeciner les playes de noftre ame : mais à la
nourrir & à l’engraificr de Grâce & de Rofce Celefte.
Le troifiéme Argument eft pris de nos Dodeurs qu’il al­
lègue mal à propos. Car ie lis bien dans Saind Thomas,que
les Sacremens de la Nouuelle Loy font inftituez pour feruir
de remede contre les deffauts du péché, & pour perfedionner
l’homme en ce qui regarde le culte de Dieu. Mais ie ne lis
pas que tous les Sacremens font inftituez feulejnent pour fer­
uir de remede contre les pechez, ie ne lis point que le Sacre­
ment de la Cene ne feruiroitderien, fi on n’eftoit imparfait,
& en eftat de péché mortel: au contraire, ie trouue que ce
Saind Dodeur enfeigne en fa Somme troifiéme partie, que­
ftion 80, art. 4. & 5. & en plufieurs autres endroits, que c’eft
vn péché fort graue, de communier auec la confçience char­
gée d’vn péché mortel, alléguant à ce fujet la glofe de la Bi-

j?ie, & plufieurs raifons : le lis aufti dans les œuures de Monj

treizième Reftenfe,
fieur de Sales, que la Communion eft le grand moyen pour
atteindre à la perfedion : mais ie ne lis point dans les éçrits de
ce deuot Perfonnage, que l’imperfedion criminelle, que les
pechez graues rendent la Communion vtile & aduantageufe;
au contraire, ie trouuc dans l’Intrôdudion à la viedeuote,
chap. 20. & 21. qu’il faut confefler fes pechcz auant la Com­
munion,& qu’il faut rompre l’affedion au péché mortel &au
péché véniel. Après tout cela il ne luy fert de rien de nous objeder, que l’Apoftre ne requiert & n’exige pas desCommunians vne dignité de mérité ou de perfedion derniere, qui
foit exempte de tout péché. Car encore qu’il ne foit pas ne­
ceffaire à ceux qui s’approchent de la Communion, d’auoir la
purecé des Anges, ny la Saindcté éminente des Ames bienheureufes. Toutes-fois on ne peut inferer que l’imperfedion
criminelle, & que le péché mortel foit neceffaire aux Communians. Qui eft-ce qui voudroit admettre cette façon d’ar­
gumenter ? Pour eftre Miniftre il nieft pas-neceftdire auoir de venez

car ily A vn MiniPire à Paris qui eft aueugle ; donc pour eftre Miniftre
il eft neceftaire d'eftre aueugle. Ou bien celuy-cy. Pour eftre Predi­
cant en Religion Prétendue, il n’eft pas neceftaire d’ententre ny le Gref
ny le Latin : car Pierre le Clerc, Cardeur de laine, premier Mincftre de Meaux , rientendoit que fd langue maternelle : Donc ileft ne­
ceftaire que le Predicantfoit idiot (ffans Lettres. Iugez, Meilleurs,
fl ces Argumens font légitimés & concluans ? Certes il en eft
de mefme de l’Argument d’Afimont, qu’il dreffe de la mefme
forte difant: pour communier il n’eft pas neceffaire d’auoir la
perfedion derniere, ny la faindeté des Anges ; donc il eft ne­
ceffaire que leCommuniant foit imparfait & entaché de quel­
que péché mortel. De tout cela nous colligeons, que le Mi­
niftre n’ayant ny Efcriture, ny Concile, ny Pere de l’Eglife ;
ny mefme aucune folide raifon pour appuyer fon Article de
Foy, pour prouuer que la Communion ne fert de rien qu’aux
imparfaits, qu’il eft par confequent vn vray Sôphifte, &vn
trompeur >qui veut éblouir lesyeuxdes pauures Huguenots,
par la multitude de fes raifons, & cacher la vérité par fes dif­
cours fardez.

-jpi.

Deffenfe de là

Deffenfe du Catholique "Reforme,
’EST l’ordinaire de ceux qui ont mauuaife caufe, d’obfcurcir le droit de leur partie aducrfe, de déguifer fes
raifons, & de ne faire iamais vn véritable récit des faits,
de peur qu’on ne les condamne par la connoiffance mefme
qu’ils donneroient aux luges de la vérité. C’eft ce que fait
Maiftre Chiron dans cette queftion auffi bien que dans la pre­
cedente : car comme cy deffus il nous a impofe que nous ex­
communions toutes fortes de pécheurs qui font entachez du
moindre vice, pour nous faire paroiftre coulpables par vn ex­
cès de rigueur: ainfi maintenant afin de nous rendre condam­
nables parvn excès d'indulgence, il nous impute que nous
difons, que la Cene ne profite qu’aux mefehans, qu’elle n’eft
vtile qu’à ceux qui font atteints de crimes énormes, qu’il ap­
pelle des pechez mortels ; mais quand il veut me faire pafler
dans vos efprits pour vn empoifonneyr d’ames, il vous dore
luy - mefme des pillules erppoifonnées, pour vous les faire
aualer doucement, fous la couleur d’vn riche métal. C’eft
pourquoy pour deffendre ma refponfe contre fes répliqués,
je n’ayqu’à vous découurir deux chofes, Premièrement cc
qu’il fuppofe contre la vérité de l’Efcriture, & la Dodrine des
Peres, Secondement ce qu’il nous impofe contre la vérité dc
nos fentimens, & ce qu’il m’impute contre la vérité de ce que
i’ay dit; Et après cela vous verrez facilement dc vous-mefines
la nullité de fes répliqués, & la foibleffe de fes objeélions.
La première fuppofition qu’il fait contre l’Efcriture,.eft
que la perfeéiion des Sainéls, qui combattent en cette vie,
n’eft meflée que de quelque petit deffaut & imperfeélion,
Mais qu’il life la vie des plus grands Sainéls, & il trouuera
qu’ils n’ont pas efté exempts de grands deffauts. Noé & lob
fous la Loy de nature eftoient des grands Sainéls : l’vn a efté
f’en.tf.p. trouu£ homme iufte dans la corruption du premier mondes
/w.2. 3. j’autre(eionietefmoignage deDieu mefme, a efté homme
entier^

C

\

treiziéme Rejponje»
entier, &fè retirant du mal : neantmoins le premier ayant </r»>îr
efté deliuré des eaux du deluge, noya fâ raifon dans vn délu­
ge de vin; le fecond a maudit le jour de fa naiffance dans le
fentiment de fa douleur, & a parlé irreuercment contre Dieu
6
par vne vaine prefomption de fa iuftice, comme enfin luymefme le reconnoift, Dauid eftoit vn grand Sainél fous la
Loy de Moyfe, puis qu’il eft appelle l’Homme félon le cœur
de Dieu : neantmoins il fe rendit coulpable d’vn infâme adul- l4».
tere ,&d’vn lafehe homicide. Pierre eftoit vn grand Sainél
fous la grâce, puis qu’il fut le premier Confcffeurdc la Diuinité de Chrift, & félon voftre fentiment, le Chef de tous les
Apoftres : Cependant après toutes les proteftations de fide­
lité qu’il luy auoit faites, il ne laiffa pas de renier par trois fois
fon Maiftre par vne lafehe timidité. Dieu a permis que ces
grands Sainéts ayent commis de grands pechez, pownous
faire voir d’vn cofté que les imperfeétions de leur vicn’ont
pas efté petites, & qu’eftans abandonnez à leur proprefoiblcfTe, ils ne pouuoient tomber que dans des grands deffauts;
Et pour nous affeurer d’autre part, que comme ils ont obtenu
lepardonde leurs pechez delà graccde Dieu, quand ils ont
tefmoigné leur repentance : nous ne deuons pas auffi dcfcfperer de cette mefme grâce, pourueu que nous imitions leur repenty.
La fécondé fuppofition du Bachelier eft vne fuite de la
première,mais également contraire à la vérité dcDieu,quand
il vous fait entendre que les petits deffauts qui fe trouuét dans
les Sainéls en cette vie, font.des pechez, qui font véniels de
leur nature, qui nc méritent point la mort, & qui nepriuent
point l’ame de la grâce d.e Dieu. C’eft dis-je vne fuppofition
manifeftement contraire à l’Efcriture, qui tefmoigne queic rRj>n.(>.
gage du péché, quel qu’il foit, c’eft la mort; que l’ame qui fv.i8.4
aura péché, elle mefme mourra ; & que tout péché eftant vne 1
tranfgreffion de la Loy, il no us rend dignes de la malediétion ^cut' 27
que la Loy prononce contre fes tranfgreffeurs.
le fçay bien que les peres mettentJifference entre les cri­
mes & les pechez : mais ils difent que les Chreftiens qui peuuent eftre fans crime, ne peuuent pas eftre fans peche. Iefçay
bien quilsparlent des pechez petits, légers, journaliers,’en
HHhhh

7^4

Befctije de U

comparaifon des pins graues & plus atroces, où l'on ne tom­
be pas tôus les iours ; & qu’ils appellent ceux-la veniels, parce
qu’ils nc s’oppofent pas fi diredement à la volôté de Dieu, &
qu’ils obticnent plus facilemét le pardon de fa grâce; & ceuxcy mortels, parce que s’oppofant diredement à la faindeté,
ils apportent vn plus grand cmpcfchcment à la grâce. Maisr
au regard de la Iufticc de Dieu, ils les ont tous eftimez digues
2?4;7A in de mort; & Saind: Bafile dit que nul ne doit appeller vn péché
regul Brc leger, puis que tout péché quel qu’il foit, déshonore Dieu par
]a tranfgreflion de la Loy ; & que nous les deuons eftimer tous
grands, puis que Dieu prononce contre tous vne mefme fen­
tence.
Alléguer contre des tefmoignages fi clairs, le dire de l’A­
poftre Saint Ican, c’eft tordre l’Efcriture à là propre condam­
nai on: carvoicy comment parle ce Difciple/Bien-aimé du
't.lean 5 Seigneur. Si quelqu vn'voit/onfrere pecher du péché qui riejl point
16.
à mort, tl requerra Dieu, il luy donnera la vie-, voire a ceux qui ne
fechcnt point à mort : il y a Vn péché à mort ^je ne die point que tu pries
pottrcepeché-là. Or croyez vous bien qu’il ne faille prier quw
pour ceux qui tofnbent en des pechez, que vous appeliez vé­
niels ? & que Dieu nc donne point Ja vie à ceux qui commet­
tent des pechez que vous appeliez mortels ? Certes fi cela
eftoit, ceux qui fôt coulpables de quelque péché mortel, n’au­
roient plus de part aux Oraifons de l’Eglife, ny à la Grâce de
Dieu ; & fa mifericorde n’odroyeroit le pardô qu’aux pechez
qui font dignas d’eftre pardonnez de leur nature. Vous voyez
donc bien que ces paroles de Saint lean ne fauorifent en rien
«ctte diftinétion de pechcz veniels & mortels. En effet fon
but n’eft autre, que de nous enfeigner que tandis que nous
Iommes cn cette vie, nous auons I’aduantage de pouuoir prier
Dieu, non feulement pour nous-mefmes, mais auffi pour au­
truy que nous nous pouuons fecourir les vns les autres par
nos prières enuers Dieu, pour nous reieuer de noscheutes:
mais que ncantmoins il en eft de fi funeftes, que le fecours de
la pricre leur eft inutile, parce qu’elles font fans efperance de
relcuement. Il diftingue donc deux fortes de pechez, dont
l’vn n’eft point à mort : parce que ceux qui le commettent
peuuent obtenir la vie delà grâce de Dieu en fe repentant 5

treizième Refponfè,


v

7$]

C’eft pour celuy-la qu’il dit que nous deuons prier. L’autre eft
à mort, d’autant qu’il eft irremiffible, & que ceux qui le commettent n’en peuuent point obtenir le pardon,parce qu’ils ne
peuuent eftre renouuellez par repentance. Tel eft lepeché Mat.vi;
contre le Saind Efprit, qui ne fera iamais pardonné; Etc’eft 32.
pour celuy-là que Saind lean nc nous commande point de
prier : parce qu’en effet, quand nous le pourrions voir com­
mettre à quelqu’vn, il ne feroit pas conuenable que le Saind
Efprit, qui nous enfeigne à prier, nous fit gémir & foûpirer
pour ceux qui ont outragé cét Efprit de Grâce.
Pour donc parler plus raifonnablemcnt des pcchez, au
regard de l’éuenement ou du pardon qui leur eft odroyé, ou
de la peine qui leur eft deué : nous pouuôs les rapporter à trois
diuerfes perfections de Dieu, à fçauoir à fa Iuftice, ou à fa
mifericorde, ou bien à fa fageffe. Si nous les rapportons à fa
Iuftice,nous pouuons dire qu’ils font tous mortels : parce que
la iuftice né demande que vengeance, & cherche falatisfadiondans la mort du pecheur, félon le droit deDieu,qui
porte que ceux qui commettent telles chofes^font dignes de mort. S i Tfft 3 2
nous les rapportons à fa mifericorde,nous pouuons dire qu’ils
font tous vcnielsj & il n’en eft pas vn queDieu ne pardonnait,
s’il vouloit fuiure abfôlument les mouuemensdc cette vertu:
parce que la mifericorde fe grorifiant à l’encontre du iuge­
ment , ne demande qu’à faire grâce aux criminels^& à fecourirles miferables. Mais fi nous les rapportons aux Ordres de
fa Sagcfîe, qui tempere les rigueurs de la iuftice, & les dou­
ceurs dc la mifericorde : nous difons qu’il y a des pcchez mor­
tels , & des véniels. Les mortels font ceux, dont les pécheurs
ne fc repentent iamais, & dont ils n’obtiennent iamais le par­
don : parce qu’ils mefprifent les ordres de fa Sagefie, qui ne
veut refpandre les threfors de fa bénignité que fur les repen­
tans ,& que parvn coeur impénitent ils s’amafient vn threfor
d’ire, au iour de l’ire, & de la déclaration du Iugement de Rgw.î.j
Dieu. Les venielsfont ceux dont fc repentent ceux qui les
ont commis: parce que la Sapience de Dieu a ordonné la re­
pentance, pour faire grâce aux criminels: Car Dieu ne veut Ezecb tS
joint U mort dujecheur, mais qutlfeconuertijfe, & qu'il viue.
5 2.
Suiuant cela pour appliquer la Yerité de ccs maximes, au


.

HHhhhij

•jç6
Deffenfe de U
fujet que nous traitons, nous difons dans nofire Catechifine^
que û nous n’eftions imparfaits, la Cene ne nous feruiroit do
rien : c eft à dite que fi nbüs eftions exemptsdes pechez, dont
ilnousfautrepentir,laCommunionde laCene nous feroit
inutile, puis que nous la prenons, pour obtenir la remiftion
des pechez félon la promeife du Nouueau Teftament au Sang
de Iefus-Chrift. Car Chrift n’eft point venu pour appeller
les iuftes, mais les pécheurs à repentances & là oùiln’ya
point d’offenfe, il n’eftpas befoin de grâce ny de pardon.
Pour fedesfairede ce raifonnement le Bachelier nie har­
diment vne vérité que i’ay exprimée en d’autres termes, mais
qui eft authorifée par l’Efcriture, atteftée par les Peres, 8c aduouée formellement par vos propres Doreurs, quand il dit*
que lEuchariftie n’eft pas vne medecine, mais vne viande
Diuine, vn Pain viuant & Celefte, fignifié par la Manne, &
deftiné non pas à medccincr les playes du péché, mais à la
nourrir ; que le pain n’eft pas pour les malades, qui ne le fçau­
roient bien digerer, maispour les fains, & ceux qui fepor. tent bien.
En tout cela MaiftreChiron choque premièrement la do­
élrine de l’Efcriture : Car qu’eft cc que la Cene du Seigneur,
finon vne cômemoration de fa mort, vn Sacrement qui nous
applique la grâce qu’il nous a procurée par fon mérité ? Et qui
ncfçait que comme Iefus-Chrift eft le Soleil de Iuftice, qui
porte la fanté dans fes rayons, pour remedier atix défaillan­
ces de nos ames, & le Celefte Médecin qui eft venu en faueur
de ceux qui eftoient atteints de maladies incurables à touto
autre main qu’à la fienne : ainfi fà mort eft la medecine qui
guérit nos ames des blefTeures & maladies mortelles dupe• ché ? Pour côtredire cette vérité, il faudroit s’inferire en faux
contre la parole d’vn Prophète, & la déclaration d’vn Apozpyf 5Î ftre: dont l’vn a dit, qu’//4e/?é nauré pour nos forfaits, &froiffé
5•
pour vos iniquitez^ & que parfa meurtriffeure nous auons guerifon
l’autre tefmoigne, qu’/Z a porté nos pechez en fon Corps fur le bois,
& que nous auons eftéguer/s par fà batteure. Et pourquoy eft-ce
que Iefus-Chrift appelle fi doucemét à foy les pécheurs char­
gez & trauaillcz du fentiment de leurs pechez, finon, comme
dit luy-mefme, pour leur donner du foulagement, & du repos

treizième Refponfe.
-jçy
ileurs ames? Puis donc que l’Euchariftie eft vn Sacrement
qui nous applique la mort de Chriftzc’eft auec vérité que nous
l’appelions vne medecine pour les malades fpirituels, &vn
remede qui leur fait fentir le falut, qu’il leur a procuré par fon
mérité.
En fécond lieu Maiftre Chiron par fes paroles & par fes
raifons combat manifeftement la Doélrine des Peres : Car
tous attribuent à ce Sacrement le nom & l’effet d’vne mede­
cine.
Sainél Cyprien ne tefmoigne-ilpas que dans Iaprimiti- Cypr.p*f
ue Eglife, l’Euchariftie eftoit receuê comme vne medecine, jim.
non feulement pour le falut des ames, mais auffi pour des cu­
res admirables, & pour la guerifon des corps ?
Saint Auguftin nc dit-il pas, que celuy qui a quelque playe Aug. d:
recherche la medecine; que noftreplaye eft quenous fom- vtrb.Dô.
mes fous péché, mais que la medecine eft le Celefte & vcncrable Sacrement ?
Ét luy-mefme n’exhorte-il pas chacun des fideles de prendre la Coupe du Salut, de celuy qui guérit toutes nos infirmi-tn
tcz, auec affeurance que s’il veut, il obtiendra ce falut ?
1 °3"
Sainél Cyrille n’afTeure-il pas, que parce que Iefus-Chrift c y j _
demeure en nous, l’Euchariftie appaife l’injufte loy de nos;#/,i./
membres ? qu’elle fortifie la pieté, qu’elle efteint les troubles 17.
de l’efprit, qu’elle guérit les malades, & remet ceux qui font
brifez cn leur entier ?
Mais que* il befoin de faire vne grande énumération des Ckr.7{o.
Anciens Doéleurs de l’Eglife, pour prouuer vne vérité que
jo­
ies Doéleurs de la voftre n’ont iamais mife en queftion? Le4^ Q?*'*
ClergéRomain ne croyoit il pas que l’Euchariftie eft vne me­
decine pour guérir les playes de noftre ame, quand il appelloit les Communions retardées des remedes falutaires, & les
communions précipitées des poifons pernicieux ?
Thomas d’Aquin, Noftre Doéleur Angélique, n’auoit-il 77,0»». 5;
pas la mefme penfée, quand il difoit, que les Sacremens de la p. ej. 79.
Nouuelle Loy font inftituez pour deux chofes, à fçauoir pour *7- j. d*
feruir de remede contre les deffauts du péché, & pourperfe-4*
élionner l’homme félon la Religion Chreftienne / Et quand
il affeure que l’Euchariftie abolit les pechcz veniels & les
mortels?
H Hh h h iij

Sonxu.de
Voftre Sainél Bonauenture n’auoit-il pas le mefme fcntifroÇttu ment, quand il difoit, que comme on ne peut pas.prefcrire
n-elig.hb vn mefme remede à tous les malades, à caufe de la diuerfité
2* c> 77* des complexions : il en eft de mefmc.du remede & de la vian­
de fpirituelle, qui eft le Corps de lefus-Chrift $
Dasl’ho
Senaut Preftre de l’Oratoire n’eft-il pas dans la mefme
meChre 'Creance, quand il déclaré, félon le fentiment des Peres, que
ftié.trai- l’Euchariftie fait dâs nos ames le mefme miracle que la Man­
te d.difc. ne faifoit dans les corps ; qu’elle eft tout enfemble vn aliment
3’
& vn antidote, qu’elle nous donne la fanté, & qu’elle nous l’a
conferuc j quelle nous dehure du mal, & nous en deffend ; &
qu’elle entretient le temperamment de l’ame dans vne iufteffc reiglée ?

Enfin l’Eglife Romaine n’a-elle pas la mefme foy que fes
Doétcurs touchant ce Sacrement? Certes elle fait bienvoir
par fes enfeignemens & par fes pratiques quelle croit que
1 Euchariftie eft vne medecine pour guérir lesinfirmitéz, &
les maladies de l’ame, qui font les pechez mortels & veniels,
7git. Ro. quand elle ordonne aux Preftres, qui portent le Viatique aux
de Sacra, malades,de leur fouhaiter l’indulgence & l’abfolution de tous
Euchar. leurs pechez ; & quand elle enjoint au malade qui le reçoit de
dire auec le Preftre ces paroles. Seigneur, je ne fuis pas digne
que tu entresfous mon toift : mais dyfeulement la parole , mon ame
fera guérie.
Les Preftres qui portent l’Euchariftie aux malades font
bien entendre qu’elle eft vne medecine : puis que prians Dieu
en faueur de celuy qui l’a reçoit, ils luy demandent qu’elle luy
profite, tant pour fon corps que pour fon ame, & qu’elle luy
lerue dc remede eternel. Ils veulent bien que le malade aye
la mefme creance aucc eux, puisqu’ils luy tiennent ce langa­
ge. Si la fanté vous eft neceftaire, il eft la medecine du corps
aufli bien que de l’ame$ fi la continuation de la maladie, il eft
Je raffraifehiflement en l’ardeur, l’allftgement en Iadeftrcftc,
le fouftien en la débilité ; fi le départ de ce miferable monde,
il eft l’antidote contre la mort.
Après cela pourtant Maiftre Chiron plus fçauant Méde­
cin des ames que tous lesAnciens Peres & tous vos Doéicurs,
ofcrafoûtenirhardimentque l’Euchariftie n’eft pas vuerae-

,

treiziéme Re/ponfî,

799

décidé pour guérir les pechez; luy qui vous a promisl’antidote contre l’erreur, aura le front de nier que ce Sacrement
foit vn antidote contre les vices de l’ame; il employera mefmc
pour prouuer fon erreur, la comparaifon de la Manne dont les
Peres fe font feruis, pour prouuer la vérité contraire; & ou­
bliant ce que croit I’Eglife Romaine, & ce qu’il eft obligé de
dire Sc de pratiquer, il aimera mieux forger & fouftenir des
nouuelles Herefies, que de ne pas contredire la vérité. Iugez
de là fi vous deuez vous fier à vn tel Médecin, & fi ce Bache­
lier n’eft pas bien capable d’inftruire des Payfans, puisqu’il
veut deftourner de la foy des ames qui font éclairées.
Permettez- moy, Maiftre lean Chiron, de vous faire fou«enir encore vn coup des fondions de voftre Preftrife, afin
qu’il nc vous arriué plus de nier vne vérité fi manifefte. Si
l’Hoftic que vous prenez à la Meffe n’eft pas vne medecine
pour guérir les maladies de voftre ame : Pourquoy priez-vous
Iefus-Chriftauantquc de l’a prendre, qu’il vous deliure de
tous vos maux, & de toutes vos iniquitez par fon facré Corps?
Pourquoy luy demandez-vous, qu’il die feulement la parole,
auec affeurance que voftre ame fera guerie? Pourquoy enfin
dites-vous quelque fois la Meffe pour la guerifondes bœufs &
des cheuaux, fi vous ne la confiderez pas comme vne medeci­
ne falutaire aux hommes & aux beftes ?
Vous auez beau fairc, fi vous demeurez opiniaftrement

dans voftre négation, noftre raifonnement demeurera tout
entier en fa force.
,
Ce que la medecine ejl pour la guerifon des corps, cela mefine ejl
l'Eucharifiie pour lefalut des ames.
Orfivn corps n’eftoit iamais fujet à aucune maladie^ & s'il
pojfedoit toufiours une parfaitefiant la medecine ne luy ferui­
roit de rien pourfia guerifon.
De mefme donc l'Eucharistie ne nousferuiroit de rien, pour le
falut de /’ame, fi nous efiions parfaitement fains i&fi nous
n efiionsfujets aux maladies de l'ame, quifont lespechez.
Le Bachelier a creu ne pouuoir fe desfaire de ce raifonne­
ment , qu’en niant vne vérité enfeignée par l’Efcriture, con­
firmée parles Peres, conforme à la creance de l’Eglifè Ro­

maine

au tefmoignage de fes Dodeurs. Après quoy, ie ne

8co

Defenje delà

m’eftonne point, qu’il nous impofe des chofes contraires à. la
vérité, & aux fentimens de noftre propre creance : puis qu’il
eft emporté parvn efprit de contradidion, qui luy fait à tous
propos renier fa foy. Il eft vray que nous difons que la Cene
ne nous feruiroit de rien fi nous n’eftions entachez de quelque
imperfedion criminelle, & affligez de quelque maladie de
l’ame, c’eft à dire cfe quelque péché : car tous les pechez nous
rendent criminels & malades. Mais tant s’en faut que nous
difions que ce Sacrement nous feroit inutile, fi nous n’eftions
atteints de quelque efpece d’infidelité : qu’au contraire nous
afteurons que Iefus Chrift nc donne cette viande facrée finon
à fes domeftiques & fideles. Nous fpauons qu’il y a des im­
perfedions & des pechez, qui ne nous empefehent point d’a­
uoir part à la Table du Seigneur, pourueu que nous foyons
fideles & repentans : parce que Chrift promet le falut & ia vie
à ceux qui croyent cn luy j & que fes Apoftres afteurent du
pardon des pechez tous ceux qui s’en repentent. Mais nous
difons aufli qu’il y a des pechez qui nous priuent des fruids de
la Communion, comme font l’incrédulité & l’impenitence :
parce que l’Efcriture tefmoigne que qui ne croit point eft dé­
jà condamné j & que les impenitens ne font que s'amafler ire,
au iour de l’ire qui cft à venir. Nous difons que ces premières
imperfedionsfontneccftaires,non par neceftité de difpofi­
tion, pour bien communier, mais par neceffité de condition
criminelle, & de corruption naturelle, qui précédé la grâce,
comme le crime précédé le pardon, & comme la maladie pré­
cédé neceflairement la guerifon, & le remede qui l’a donne.
Mais tant s’en faut que nous difions que ces imperfedions
Sc ces maladies font vtiles & profitables aux Communians:
qu’au contraire, nous leur déclarons qu’ils n’en peuuent eftre
dcliurezjs’ilsnclesdéplorentauecdeslarmes d’vne ferieufe
repentance, & s’ils ne tafehent de s’en desfairc par vne falu­
taire conuerfion.
Après cela toutes les répliqués du Bachelier paroiffent fi
frauduieufes, qu’il n’eft pas befoin de défenfe, pour fouftenir
mes raifonnemens: car il me fait dire ce que ie n’ay iamais dir,
afin de dire ce qu’illuy plaift ; & il me fait raifonner en chica­
neur , afin de répliquer en Miffionnaire.


Toutes

treiziéme Refponfe,

Sci

Toutes fès objections de mclme font fi foibles, quelles
ne méritent point de refponfe. Celle qu’il tire des parolcs de
Sain# Paul q’a rien de contraire à noftre creance : car com me 1 Apoftrc dit que celuy qui mange le Pain , & boit la
Cçupe du Seigneur indignement, mange & boit fon iugemène : aufti difons-nous que ceux qui prophanent fes Sainds
Myfteres,& qui fouillent fes viandes facrées par des mains
impures, ne pcuuent Communier falutaircmcnt. Etcomme
Saind Paul nous aduertit que chacun doit s’cfprouucr foy'
mefine, & ainfi manger dc ce Pain & boire ce cctrc Coupc:
Aufti exhortons-nous les pécheurs, que chacun cfprouue&t
examine fa confçience, pour fçauoir s’il a vraye repentance
de fes fautes, âuant que de Communier.
Celle qu’il tire des peres n’a t ien aufti qui choque noftre.
fentiment. Car côme ils ont dit que pour toucher leCorps
Sacramentel du Seigneur il nc faut point eftre fale; & que
l’efprit de celuy qui s’approche de la Communion du Sei­
gneur doit eftre plein dc deuotion, & d’vne crainte rcligiçufé : aufti deffendons-nous aux pécheurs immondes d’appro­
cher de cette Sainde Table, de peur de polluer fes viandes
facrées ;& nous exhortons les Communians à fe purifier de
toute foiiilleure de chair & d’efprit,pour approcher du S aind
desSainds. Mais comme les Peres ont alfeuré les pécheurs
dans le fentiment de leurs crimes, contre les apprchcnfion's
de la Iuftice de Dieu, parlespromefTesde fa Grâce-, & leur
y ■
ont dit qu’ils ne deuoient point dcfefpercr de fa mifericorde,
•quoy que blcflez de playes mortelles, pourueu qu’ils fentent /./-yû,
leur mal, qu’ils reconnoifient la grandeur de leur faute, &
qu ils confidcrent leurs pechez auec repentir & aucc douleur:
Ainfi nous donnons cette afteurancc aux Communians, que
les vices dont ils font coulpables, & les imperfedions qui
font en eux, n’empefeheront point qu’ils n’ayent part à la Ta­
ble Spirituelle du Seigneur : pourueu qu’ils ayent ce tefmoi­
gnage en leurs cœurs, qu’ils font Vrayement repentans dê
leurs taures, qu’ils renoncent à leurs propres defirs, auec vne
fermerefolutionde viuréd’ores-cn-auant faindemént & fé­
lon Dieu.

À-a troifiéme objection qu’il tire des parolcs dc noftrc C alliii

Defenje de Ia
tcchifhae, ti’eft qiVvno mauuaife confequencc de chicaneur,
& de Miffionnaire. Car quoy ! parce que nous difons que la
Cene nc nous feruiroit de lien, fi nous n’eftions entachez
d’imperfedion &de vices ; s’enfuit-il de là, qu’il faut fe ren­
dre grands pécheurs pour Communier vtilcment, &s’abandonner à toutes fortes de crimes, pour tirer des plus grands
profits de la Communion? C’eft ainfi que raifonnoientles
mauuais Chreftiens contre la Dodrine de Saind Paul,quand
i. il prefehoit la grâce pour l'abolition des pechez, difans qu’il
faloit faire abonder les pechez, pour faire abonder la grâce.
Mais raifonner ainfi, c’eft comme qui diroit,qu’il faut fe pro­
curer des maladies par les excez,& s’y plaire par les déreiglemefis de la vie : parce qu’il y a vn Médecin, dont les remedes
gueriffent toutes fortes de maux.Comme donc vous ne manqueriez-pasdedireàceluyquiraifonneroit de laforte, que
ccMcdecin nc feauroit guérir ceux qui s’oppofent à leur guerifbn, & que fes remedes font inutiles à ceux qui redent leurs
maladies incurables: ainfi difons-nous à voftre Bachelier,que
quoy que l’Euchariftie foit vncMedecine propre à guérir tou­
tes les maladies des pechez en faueur de ceux qui veulent fc
foufmettreauxordonnancesdc celuy qui l’a donne : neant­
moins ce Celefte Médecin n’entreprend pas de guérir ceux
qui abufent de ce remede quifc plaifcnt dans leurs maux

Soi

aucc obftination.

Que donc le Bachelier nc die plus qu’il ne s’agit point du
péché veniel, mais du péché mortel ; que les pechez mortels
empefehent la Communion, & qu’on ne peut point commu- •
nier, fi on cft atteint de quelque imperfedio criminelle : Car
cela cft vray,fi ces pechez font conjoints auec impenitence,
mais non pas fi on s’en repent. Pourquoy Maiftre Chiron,
diftinguez-vous icy les pechez veniels d’auec les mortels,
comme Ci les vns pouuoient eftre guéris par la Communion
& non pas les autres / puis que vos Doddurs afteurent qu’elle
«ffacc les mortels auffi bien que les veniels, pourueu qu’on
s’en repente. Et fi les veniels ne font pas des imperfedions
vjt criminelles, pourquoy dites-vous qu’ils font imputez à cri­
me? Quoy! Dieu peut-il reputer pour crime ce qui ne l’eft

pas ? D’ailleursj fi l’Euchariftie ne guérit les ames que despe-

$03

treiziéme Refyôrtje'.

titcs maladies & des pechez véniels : vous luy attribuez donc
moins de vertu qu’à la Confeftion Sacramentelle, laquelle à
voftre dire efface les crimes les plus graues, & lespechea
mortels ;& vous ne faites pas plus d’eftat de cct Augufte Sa­
crement que d’vn figne de Croix, & d’vn peu d’eau benite, à
quoy vous donnez la vertu d’effacer les offenfes vénielles*.
Enfin, s’il n’y a que ceux qui n’ont que des.pcchez ve­
niels,qui puiflentCommunicr dignement : le vous feray vne
demande, ôiic vous prie de me refpondre en fincerité de
confçience. Auez-vous bien cette perfection que vous re:
querez dans les Communians ? Eftes-vous dans cét eftat qui
n’a faute que de la ioüyflance de la derniere fin; & ne vous
manquc-il rien que la pureté des Anges, & la faindeté émi­
nente des ames bi#n-heureufes? Si vous n’auez pas cctte par,
faite difpofition : pottrquoy exigez-vous de ceux qui ne com munient que deux fois l’année, vne perfedion que vous n’a­
uez pas vous-mefme, qui communiez tous les iours-? Si yous
la pofiedez, pourquoy dites vous en chantant la Mefle,auant
que de prendre l’Hoftie,non/um dignnsî Ne vous dore­
rez-vous pas le démenty vous-mcfmc, fi vous vous confeflez
indigne d’auoir Communion aueç le Fils de Dieu ; puis que
vous fuppofez que vous eftes dans vne flignité parfaite, pour
Communier ? Ceffez donc de choquer la vérité, & vous cefferezdevous contredire; contentez-vous de dire la Meffe,
fans entendre ce que vous dîtes, ny fçauojr cc que vous prati­
quez, 8i ne vous méfiez pas de parler des Myfteres que vous
n’entendez pas j allez fouyr toute voftre vie dans le fable des
Landes, Si ceflez de ietter du'fable aux yeux des ignorans,
ou bien retournez à l’Efcole de la Sorbonne, pour eftudier
les principes de la Théologie, auant que de vous ingérer de
les enfeigner.

^AT/QUïESME DEMANDE
du t/WiJfîonnaire.
P ENDROIT de l’Efcriture Saincte, où il cft dit, qu’il nc
faut point des Autels dans la Religion Chreftienne: quoy

ïljjj ü

que dans celle du Fils de Dieu & de Sain£PauliIy en aye.
Math. 5. V. 2 j. Hcb. ij.Ÿ. 10. &2. Corinth. 9.

Rfjpoftjê 4 la quatorzième demande*

n;

O VS ne difons-pas abfôlument qu’il ne faut aucune’
forte d’Autcls en la Religion Chreftienne : Car com­
me il n’y apoint de Religion fans Sacrifice : Auflî par
tout où il y a des Sacrificateurs offrans& des Sacrifices of­
ferts , il faut qu’il y aye des Autels pour les offrir. Or lefusChrift, qui eft le Souuerain Sacrificateur du Nouueau Teftab/p.ç.T o nient, nous a fait Sacrificateurs à Dieufon Pere : & comme il a efi
37 frt unfeul Sacrifice afin dc fatisfaire la Iuftice de Dieu pour
13. nous .
veut-il que notes tarions tous les iours des Sacrifices à
JJ
Dieu, afin de reconnoiftre là mifericorde : il fautdoneque
oous ayons des Autels, pour éleuer nos oblations.
Mais nous difons que ces Autels doiuent eftre proportjonnez à la Religion, & conuenables aux Sacrifices qu’elle
ordonne. - La Religion de la Loy Mofaïque eftant toute charnelle-, auoit aufti des Ceremonies charnelles, des Sacrifices
corporels, & des Autels materiels, de terre, de bois, de piera.Cfir. 3. rc> d’airain, & d’or unais /’Euangile eflant un Miniftere d’Efprit)
8.
la Religion Chreftienne qu’il enfeigne eft auffi fpirituelle, &
/0Ï4. 23 nous ordonne de feruir Dieu enefpnt,&enuerfté’. C’eft pourquoy routes chofes s’y traittentfpirituellem ent; les Sacrifices
jtfontfpiriivelsyCQmmc dit Sainét Pierre : car depuis quele
Nouueau Teftament a fuccedé à l’Ancien, la Loy de la Let­
Hieran.
tre 3 efté changée auec la Loy dc l’Elprit,afin que tous les Saiaferem.
orifices s’yaccompliflentfpirituellement, comme enfçigne
31- Sainét Hierofme.
Les Autels y font aufti fpirituels, nous en auons deux, vn
fur la Terre, & vn dans le Ciel; vn ennous, &vnenléfusChrift : le dis que nous auons vn Autel en nous mefmes, car
tsfagfil. comme il n’eft plus b-cfoin de fortir hors de nous, pourchercher les vidimes que nous deuons offrir à Dieu, félon le fen-

quatorzième Refponfe.

805-

tîmenrJu Prophète & de Saind Auguftin : auffi trouùons-:
nous en nous vn Autel. Chaque Saind a vn Autel du Sçi’
gneur en foy-mefme, qui eft la Foy, dit Saind Hierofme.
îa
Adonc on offrira des bouueauxfut ton Autel, dit Dauid. Quel eft
cét Autel ? c’eft la Foy, dit le mefme Dodeur,parce que tout
u
ceque tu offres, tu le dois offrir par la Foy: En effet, comme Mat. 2 3
c efi l'Autel quifanclifié le don corporel offert fclon la Loy, auffi 19.
eft-ce parfoy que Dieu purifie les cœurs.
Afl.15.9
Mais parce que la Foy tire toute l’efficace qu’elle a pour
purger nos coeurs du mérité de Iefus-Chrift qu’elle embrafte:
auffi difons nous que le feul vray Autel, qui confacre'toutes
nos oblations par fa faindeté, c’eft Iefus-Chrift, lequel ayant
efté le Preftre, la Vidime, & l’Autel, dans le Sacrifice qu’il
a offert à Dieu pour nous racheter, fort auffi d Autel à toutes
les vidimes & à tous les Sacrifices que nous offrons à Dieu
pourl’honorer ;Car c'efi par luy que nous offros des Sacrifices agréa- 1. Pier.2
blés à Dieu, comme dit Saind Pierre, & comme a tres-bien $.
remarqué voftre Dodeur Angélique. Chrift eftoit fignifie Them. r.
par le double Autel des Holocauftes & des Parfums, d’autantM*’c2^
que c’eft par luy que nous deuons offrir toutes lés adions des
*
vertus, foit celles par lcfquelles nous mortifions la chair, qur ’
luy font offertes comme fur l’Autel des Holocauftes, pour
les confommer, foit celles qui auec vne plus grande perfe. diond’çfprir,fontoftertespar defirs fpirituels à Dieu en Iefus Chrift, comme fur l’Autel des parfums, fclon le dire de
l’Apoftre, au dernier de l’Epître aux Hebreux.
Voiia les Autels que nous reconnoiffons dansia Religion
de Iefus-Chrift & de Saint Paul, folon l’inftitution de Chrift,
Sel’enfeignement de l’Apoftre : ainfi'c’eft à tort que vous
nous accufcz de dire qu’il ne faut point d Autels dans la Reli­
gion Chreftienne. Il eft vray que nous n’en auons poinc de
materiels,mais ce deffaut nous cft glorieux, puis qu’il nous
cft commun auec les Chreftiens de 1 Eglife primitiue,auf­
qucls les Payens faifoiét le mefme reproche,leur dilant qu’ils
n auoient point d’Autels : mais nous en auons de fpirituels &
’8
conformés à l’excellence de la Religion que nousprofeffons:
car comme la Religion Chreftienne eft differente de celle
des Iuifs,autant que l’elprit de la chairj comme leurs Sacrifi-

Iliii jii

$o<>

.

" Tïeffenfe de la

ces font aulïi differens que le Ciel de la terre, aulïi difons-nous qu’il n’y a pas moins de différence entre les Autels des
vns.& des autres, & que comme ceux-là eftoient charnels,
vcb.q.16 félon la Loy du commandement cha^iel : ceux-cy doiuent eftre
Ipirituels, félon la Loy de l’Elprit, qui eft 1 Euangile.
Voyons fî Iefus-Chrift cn a ordonne, & fi Sainft Paul en
a reconnu d’autres dans la Religion Chrcftienne : pour me le
perfiiader, vous m’alleguez trois palfages de l’Efcriture, lef­
quels ie vous prie d’examiner auec moy, & vous verrez com­
ment ceux qui les ont diftez leur donnent la gehenne, pour
les faire dépofer en leur faueur, & les tordent à leur propre
condamnation.
Le premier eft de Iefus-Chrift en l’Euangile, où le Sei'Màt. 5. gneur dit ; Si tu apportes ton offrande à P Autel là tl te fouutett23. 24. ne que tonfrere a quelque chofe à l’encontre de toy, laiffe là ton offran­
de deuant f Autel, appointe premièrement auec tonfrere, & lors viert
& offre ton offrande. Il s’agift là d’vn Autel materiel,il eft vray,
mais cét Autel n’appartient pas à la Religion Chreftienne,
^/er. m ma^$ j ja xudaïque, & il faut eftre charnel, comme dit Sainft
* e^‘ Hierofine, pour fuiure l’hiftoire feulement & la lettre, à la fa­
çon des Iuifs.
Pour entendre cette vérité appliquez icy le dire de Sainft
Auguftin, & diftinguez les temps pour accorder les Efcritu­
rcs. Iefus-Chrift parle icy à ceux qui eftoient Iuifs de nailfance, & qui fàiloient encore profeffion de la Religion des Iuifs;
c’eft ainfi qu’il leur parle ailleurs de la Cirçôcifion, & du Sa7.22 bathiFo»* circoncifez, l’homme au Sabath-, de la Pafque Iudaïque;
Alat. 26 Jeferay la Pafque chez, toy auec mes Difciples ; des dons qu dn of18.
froit fclon la Loy, pour la purification des Lepreux. Vat’en
4 & Je montre au Souuerain Sacrificateur ( dit-il au Lepreux qu’il
auoit nettoyé ) & offre le don que Moife a ordonné pour ta purifica­
tion.
En tous ccs lieux il parle félon la Loy ancienne, qui eftoit
encore en vfage ; car Iefus-Chrift n’a pas fculemét approuué,
mais mefme obfcrué les Ceremonies de la Loy durant fa vie,
afin de les abolir en fa mort: c’eft pourquoy auant qued’ex?
pirer fur la Croix , il prononça cette parole >Tout efl accomply>

goT

parce qu’alors il mit fin à toutes les Ceremonies de laLoy,

' quatorzième Re/jionfi

§07

qui eftoient ombres des chofesfutures, dont lecorps efi en Chrifi y & Colofi. 2.
qu’alors, comme dit Thomas d’Aquin, toutes chofes legales 17deuoient entièrement ceifer, leur vérité eftant confommée.7''0”’’ J*
Si donc il faut encore des Autels materiels en la Religion
Chreftienne, parce que Iefus-Çhrift dit aux Iuifs, laijfetonoffrandedeuant/’Autel-, à plus forte raifon ferions-nous encore
obligez d’obfcruer la Circoncifion, le Sabath, la Pafque des
Iuifs, puis que ce font des chofes que Iefus-Chrift leur a re­
commandées pour lctemps d’alors, parparole& par exem­
ple.
Mais puis que notes nefommes 'plus fous U Loy, mats fous la T{om. 6.
Grâce , il faut raifonner autrement ; c’cftpourquoy nous difôs J4auec voftre Sainél Thomas, que quoy que Chrift ait recom- 7'bom‘1 •
mandé & obferue les Ceremonies de l’Ancienne Loy, pour
113
le temps quelles deuoient eftre obferuées: neantmoins il les
a abolies en les accôpliftant, & exhibant la vérité de ce qu’el­
les figuroient : tellement que nous n’en pouuons obferuer
aucune fans péché, depuis qu’elles ont efté enfeuelies.
Or les Autels materiels eftoient vne partie de la Loy Cexcmonielle. Comme donc nous 11e deuons plus obferuer le
Sabath Iudaïque, félon la défenfe de lApoftre; £ue nul ne Colof. û
vous condane en dtfiinchodsjour deFéste,ou de Sabathsmy laCircô tO.
cifion, parce,dit luy-mefme,quefi vous efies circocts, la Croix de G*l'ï-3»
Chrifi efi aneatie^chrifi ne vous profite de rien', ny la Pafque,parce
que ï.Chrift nostre Pafque a efié immolé pour nous. Aufli ne de- t«C»r. 4.
lions-nous plus auoir des Autels materiels, parce que Iefus- 7*
Chrift par fa mort a aboly toutes les chofes ceremonielles de
’•
l’Ancienne Loy, & qu’ayant enuieilly leTefiamentprécédant, z'Z 2 ° 7
en aeftably Vnnouueau.
5
Le fécond paflage que vous produifez pour eftablir vos
Autels, eft c®Iuy de l’Apoftre, qui dit aux Hebreux; Nous Htb. ij.
auons Vn Autel, duquel nont point puijfance de manger ceux qui fer- 10î
nent au Tabernacle. Cette Efcriturc démolit tous les Autels de
l’Eglife Romaine, bien loin de les clcuer.
Car premièrement l’Apoftre ne dit pas, nous auons des
Autels en pluriel , mais au fingulier nous auons vn Autel : &
1 Eglife Romaine ne dit pas nous auons vn Autel au fingulier,
mais nous auons des Autels, voire vne infinité d’Autels en

§c8

» Deffenfe de la

vne infinité de lieux: ainfi lEglife Romaine tient ,vft langage
contraire à celuy de l’Apoftre, pour (è cqnf ormer à celuy des
Heretiques : car l’Apoftre, dit Saind Hierofme, enfeigne
in quMy a feu^ Aute^ en l’Eglife, comme vne feule Foy, & vn
Ofia.câ. feul Baptefme, ce que les Heretiques delaiffans, fefont fabri-. ,
quez plufieurs Autels.
Quel eft donc cét Autel,dont parle l’Apoftre? le Dodeur
Thom. in Angélique vous l’apprendra. Cét Autel, dit-il, c’eft ou la
kpift. ad Croix de Chrift, en laquelle il a efté immolé, ou Chrift luy/Jebr. c. mefmCj en qui & par qui nous offrons nos prières, & c’eft:
l’Autel d’or dont il eft parlé dans l’Apocalypfe. Or comme
nous n’auons qu’vn feul Chrift, aufli n’y a-il qu’vne Croix fur
laquelle il a efté immolé : Soit donc que cét Autel foit la
la Croix, ou Chrift luy-mefme, nous n’auons qu’vn Autel, &
non pas plufieurs.

D ailleurs l’Apoftre dit que c’eft vn Autel de telle nature,
que ceux qui feruent au Tabernacle n en peuuent point man­
ger : c’eft à dire par métonymie, ne peuuent point participer
à ce qui eft offert deffus; il eft donc tel qu’il corrcfpond à
Zetrt.i6 l’Autel d’or qui eftoit dans le Sanduaire, car les beftes que
2 7*
l’on facrifioit pour le delid & pour le péché, n’eftoient point
offertes fur cet Autel, mais eftoient entièrement confbmmées par le feu hors du Camp, & le Souuerain Sacrificateur
en apportoit le fang dans le lieu Tres-Saind,pour y faire pro­
pitiation : tellement que les Sacrificateurs qui feruoient aü
Tabernacle, & qui mangeoientla chair des Sacrifices offerts
fur l’Autel des Holocauftes, ne mangeoient point de celuycy.
,
Ainfi lefus-Chrift pour accomplir ces figures, s’efi offert
hors J» Caïnp, pourfanftifier le peuple parfon propre Sang, lors egu il
12«
a fouffert hors laportcde /e/T/p/e/»; Et quant au Sang qu’il a ré­
pandu pour faire l’expiation de nos pechez, il l’a porté dans
le Sanduaire, c’eft à dire dans le Ciel, de forte que ceux qui
s’arreftent encore au feruice du Tabernacle, ne peuuét point
manger de fon Sacrifice, ny participer au mérité de fa mort.
/Air i?
C’eft pourquoy l’Apoftre nous exhorte de fortir vers luy
i •». * hors du Camp-iportansfon opprobre, & dc le fuiure iufques dans
le Saind des Sainds, en recherchancla Cité qui eft avenir,

*

c’eft
► V.

s

SI

qffdfor^ieme Refponfe.
• a dire le Ciel où il cft encre, pour nous: y préparer Vn domici­
le de gloire : & c’eft ce que nous faifons, car nous cherchons
noftre Autel, non poinc fur la terre, mais dans le Ciel, ou
eft noftre Sacrificateur & noftre Vidime : car chrijl riest point
intré és lieux Samclsfaits de main, mais dans le Ciel mefmc.
'
: ' C’eft là où nousle cherchons dans la Commuuion, félon
l’exhortation de Saind Auguftin, fidele interprète de Saind
Paul. Pcnfefaux chofes quifont en haut, difoit SaindPaul, là oit Coloff.yx
lefus-ChrifieftàladextredeDieu. Suy-lc donc au Ciel, ditS.
Auguftin, en la Célébration des Myfteres : quitte laterre mPf$o.
. pouréleuer ta penfée, ton amour, & ton efperance dansle
Ciel : c’eft là que nous le cherchons hors de la Communion,
lors mefme que nous nous en leparons volontairement pour
vn temps, félon le fentiment de Cefarius, fçaehant comme Cef ^rc
il dit, que celuy qui pour fon péché fc retranche luy meline lat.Ho.
de la Communion, ne pourra eftre retranché de l’Autel qui ’î*
eft dans le Ciel. Ainfi nous nc feruons pojnt au Tabernacle,
pourauoirpart à cét Autel Celefte. .
,
Mais qui font ceux qui s’arreftent encore au feruice du
Tabernacle? Ce ne font pis lesluifs, car leTabernacle leur
a efté ofté, ils n’ont plus d’Autel nyde Temple : ce font les
Chreftiens Iudaïfans, qui s’arreftans â l’cxterieur, veulent
meller les ceremonies de la Loy aucc les veritez de l’Euangi­
le ; C’eft à dire les Catholiques Romains, car regardez bien
leur Seruice, & faites en comparaifon auec celuy des anciens
Iuîfs-, & vous n’y trouuerez aucune différence.
Leurs Temples font difpofez de la mefme façon, la Nef
refpond au Parvis du peuple, le Chœur des Preftres, au lieu
Saind des Sacrificateurs, le haut le l’Autel, où l’on pôle le
Sacrement, au lieu Très- Saind du Propitiatoire : car comme
celuy là eftoit feparé par vn voile,on couure d’vn voile celuycy : fous celuy-là eftoit l’Arche, auec la Manne delaverge
d’Aaron, fous celuy-cy eft la bocte des Reliques, & en quel­
que lieux s’y trouue vne verge ouuriere de miracles, en l’vn
vn Chandelier d’or, cn l’autre plufieurs Chandeliers ; en l’vn
& eu l’autre des lampes continuellement ardentes: hors de là
vous voyez vne Table auec des Pains bénits, au lieu des Pains
de Propofition ; vnBeniftier, au lieu d’vne Cuve d’airatn, vn
KKkkk

Sfo

Defenje de la

arrbufoir,deslaucmens, des afperfions, l’huile d'oil&ron,’
des chemifes & des habits bigarrez pour les Preftres, comme
pour les Sacrificateurs. Enfin le lieu où l’on met l’Hoftie en
parade aucc des pompeux ornemens, s’appelle leTaberna­
cle.
. ‘
Toute la différence que i’y remarque, c’eft que les Tables
de la Loy de Dieu n’y font pas comme dans leTempIe deïerufalem, & qu’au lieu que dans celuy-là les Sacrificateurs Sa-;
crifioicnt & mangeoient les Vidimes du peuple ; les.Preftre$
de ceux-cy deuorent les peuples, & les mangent comme fï
in c’eftoit du pain, ainfi que dit Saind Hierofme de ceux de fon
Mat.cap temps. Ceux donc qui s’arreftent encore à ces ombres, ne
trouueront point le Corps, qui eft Chrift, & ceux qui feruét
an Tabernacle, n’auront point de part à l’Autel dont parle
SaindPaul.
. Le troifiéme texte de l’Efcriturc, que vous mettez eft
auant pour les Autels de I’Eglife Romaine, eft du mefmc S.
i. Cor. f. Paul, qui dit aux Corinthiens j Nefcauez-vouspaaque ceux qui
> j.
vaquent aux cbofesfacrécs, mangent de cc qui cftfacré , dr que eeux
quiferuent à l'Autelparticipent à l'Autel ? Sans contredit l’Autel
dont l’Apoftre parle cft materiel : mais pour vous montrer
qu’il ne l’applique pas à la Religion Chreftienne, il faut lire
lapodozc qu’il adioufté enfuite, pour acheuer fà comparai­
fon : De mefme aufsi, dit-il, le Seigneur a ordonné que ceux qui an~
noncent l’Euangile^ 'riuent de l'Euangile.
Où vous voyez, que fi Saind Paul euft efté Miniftrerdd

l'Autel, comme les Preftres de I’Eglife Romaine, iln’auoic
que fairc de parler de l’Euangile, & n’auoit qu’à dire, ie fers
à l’Autel, partant i’en dois viure : mais comme il ne veut pas
viur» de l’Autel > auquel il n® fert pas, mais de l’Euangile le­
quel il annonces il oppofe manifeftement l’Euangile à l’Au­
tel, la Prédication de l’vn au feruice de Vautres & par vn droit
que les Corinthiensfçauoient auec certitude, illeur en veut
faire connoiftre vn autre dont ils pouuoient douter:afin qu’ils
fç euftent, que corne les Sacrificateurs des Iuifs & des Payens,
tiroient leur entretien du feruice de l’Autel, & des chofes facrées: que de mefme les Prédicateurs de I Euangile, parrny
les Chreftiens, deuoient tirer leur vie de lEuangile.

J'
quator^iétm rejpwfî.
Siï
Pour donner plus de Jour à cette vérité, il faut confiderer
plus exadement, Premièrement les perfonnes aufquelles
l’Apoftre parle, Secondement cc qu’il leur veut prouuer, En
troifiéme lieu, la comparaifon dont il fc fert pour en faire la
preuue.
Les perfonnes aufquelles l’Apoftre parle font les Corin­
thiens, nouucllement conuertis à la grâce de Iefus Chrift,
:foic d'entre les Iuifs, foit d’entre les Paycns : car il y en auoit
'de»vns&des autres, &Saind P^jil difputoit en la Synagogue
.par chaque Sabath^rf induifoit acroire tant les Iuifs que les Gréer ,
comme il eft recité dans l’Hiftoire des Ades.
Ce'qu’il veut prouuer aux vns 5e aux autres après leur
conuerfion, c’eft qu’il auoit droit de prendre falaire d’eux
pour l’entretien de fa vie, en feruant au Miniftere de l’Euangile.Car côme dés fon entrée en Corinthe, il leur auoit pref. ché gratuitement, 8e s’eftoit entretenu luy-mefme du trauall y/âf.i&.j
de fes mains, fans les engager à aucune defpenfe, afin de leur
4 rendre d’abord la Dodrme plus agréable,en la donnant quic- ï.Cor.n
te de toute charge : Là-defïus, ayant appris dans fon éloi- 7.
- gnement, à Philippcs, que des faux Apoftres qui s’eftoient
gliffez dans l’Eglife des Corinthiens, eftoient bien payez par s.Cor.y,
eux, quoy qu’ils n’annoncaffent pas la vérité : il leur écrit vne 1 ».
lettre, dans laquelle il leur reproche leur ingratitude en fon
endroit, & leur montre qu’il a le droit de prendre d’eux les
alimens pour l’entretien de fon corps, après leur auoir fourny
les chofes fpirituelles pour la nourriture de leur ame.
C’eft cc qu’il leur prouue par plufieurs raifons, mais la
dernierc & la plus conuainquante, eft vne comparaifon des
Sacrificateurs Payens & Iuifs, auec les Prédicateurs de l’Euangile. Nefauez-vottspaSy dit-il,gw ceux qui vaquent aux cho­
fesfacréeS) mangent de ce qui efifacré, & que ceux quiJcrucnt à F Au­
telparticipent à l'Autel ? C’eftà dire, vous qui eftiez Paycns,ne
fçauez-vouspasqueles Sacrificateursdes Idoles mangciy de
ce qui eft facrifié aux Idoles ? Etvous qui eftes Iuifs de naïffancc,nefçaüez-vouspasquelaLoydeDicu ordonne, que jyet(t ,gles Sacrificateurs n’ayant point dp part ny d’héritages en Ifracl,mangeront des Sacrifices & autres oblations qui font oficr tes furl Autelj Spachez aulfi que le Seigneur a ordonné

'

.

K K k k k ij

Deffenfe de U -•
parmy les Chreftiens, que ceux qui vaquent à la Prédication
de LEuangile, fuflent nourris & fubftentcz de l’Euangilc-,tous
ceux qui le rcçoiuent eftans tenus de leur fournir l’entretien
<& les alimens-, car luy-mefme a dit que tourner ejl digne defi»

813

falAire.

Nc penféz pas, Monfieur, que ce foit noftre expofition:
c eft l’interpretation des Peres, aufquels vous faites eftat de
Hier», tn donner creance j c’eft ainfi que l’explique Sain# Hierofine :
i. Cor. e. j j congrmc auflj c£t exemple enuers les Iuifs, en répétant les
mefmes chofes, félon la couftume de l’Ancien Teftament.
Saint Ambroife plus expreflement : par les chofes facrces
in t. Cor.-il fignifie la Loy des Gentils, & par l’Autel celle des Iuifs j
CM.?, car le Seigneur a ordonné par Moïfe que les Sacrificateurs
prinflent vne partie des chofes qui eftoient offertes ; & quant
aux Gentils, la raifon mefine naturelle porte que chacun viue
dc ce à quoy iltrauaille. Iugez donc, Monfieur, fi-ceux qui
veulent encore des Autels materiels dans l’Eglife, ne l*cnga«
gent pas aux Ceremonies des Iuifs, ou aux fuperftitions des
Payens.

NCORE que nos Autels ayent elte fondez auec la Re­
ligion Chreftienne ,• & qu’ils foient aufli anciens que l’Euangilc, encore que dix mille tefinoins dépofent auoir
veu des Autels en la primitiue Eglife : neantmoins IeMiniftre
Afimont feperftiade les pouuoir facilement abattre & les rui­
ner abfôlument auec vne raifon friuole, & quelques pointil­
lés defprit, qui n’ont rien de folide. La raifon dont il fc fert
eft que la Religion Chrcftienno n’eft pas charnelle, comme
la Loy Mofaïque, mais fpirituelle. C’eft pourquoy, dit-il,
toutes chofes s’y traittent fpirituellement, les Sacrifices, les
Vidimes, les Autels, & tout le refte. Certes c’eft vne raifon
bien foible,& vne confequence fort ridicule : car fi cela auoit
lieu, il faudroit aufli dire que les Sacremens, quoy quelîgnes
vifibles & materiels, font neantmoins purement fpirituels?

E

quatorzième Rcftonfe,

$3
que les Affemblées des fideles font Ipintuelles, que les Tempies & les Prefehes font fpirituels, & qu’enfin les Pafteurs &
& les Miniftres qui l’a gouuerficnt font inuifibles & fpi­
rituels. Qui ofera fouftcnirvne telle réuerie ? C’eft pourr
quoy cette propofition fi vafte eftant fauffe, ellefcdoitlimiteren cctte forte, difant que la Religion Chreftienne eften
partie fpirituelle ,& en partie materielle, elle eft fpirituelle
quant à fa principale & à fa meilleure partie : d'autant qu elle
cft conduite par la vertu du Saind Efprit,& qu’elle engendre
des effets fpirituels,& des produdions Diuines & furnaturelles, comme fent la Foy, l’E.fperance, & la Charité, & autres
vertus admirables, qui font dans l’ordre de la Grâce. C’eft
ainfi qu’il faut entendre l’Apoftre, lorsqu’il appelle l’Euan­
gile la Loy de l’Efprit, & qu’il oppofe à la Loy de Moyfe,
qu’il nomme la Loy de la chair : à caufe quelle ne produit ny
la iuftice inherente, ny la remiffion des pechez, qui font les
propres effets de l’Euangile, & les produdions du Nouucau
Teftament. Ce n’eft pas que par ce difcours nous voulions
rejetter la pratique, & nier l’vtiljté des Sacrifices fpirituels.
Nous fçauons trop.bien que lé Prophète nous exhorte, aufli
bien qu’aux Iuifs, à facrifier des Sacrifices de iuftice, & à im­
moler à l’honneur deDieu des Sacrifices de louange: mai?
nous difons qu'outre ces Sacrifices fpirituels communs à l’vne & à l’autre Loy ; il y ade plus en la Loy de Grâce, vn Sa­
crifice qui éft extérieur, & apparent, & par confequent qu’il
y a vn Autel qui luy eft conforme & conuenable.
Qoantau paffage de Saind Pierre i.Epift. chap. 2.allé<»
gué par le Miniftre, qui exhorte les fideles à offrir des Sacrifia
çes fpirituels, il ne préjudicié aucunement à cctte vérité:
parce que cét Apoftre n’affeure pas que tous les Sacrifices de
la Nouuelle Loy font purement fpirituels, mais il enfeigne
feulement que le Sacerdoce commun & eftendu à tous les
Chreftiens, eft eftably pour offrir à Dieu des Sacrifices & des
Vidii.nes fpirituelles, au moyen de la foy & de la charité, &
comme outre le Sacerdoce general, il y en aencorevnfpecial& particulier, qu’on obtient, non pas fimplement par le
Baptefine, mais par l’impofition des mains Epifcopales,com­
me enfeigne Saint Paul cnla première à Timothée : Tout de

KKkkKÜj

§14

Defenfè delà

mefme otftre cé Sacrifice general & extérieur, outre ces Autels fpirituels, il y en a vn autre correfpondant au Sacerdoce*
qui ne peut eftre autre que le Sacrifice de la Meffe, que nous
auons eftably par vne foule d’authoritez illuftres.Rcmarquez
donc que comme dans la Loy de Moyfe les Sacrifices fpiri­
tuels offerts par les fideles de ce temps, n’empefehoient pas
qu’on n’en offrift auTemple de fenfibles & de materiels : auffi
les Sacrifices fpirituels de la Loy Euangelique n’empefehent
qu’il ne s’y en offre vn autre extérieur inftitué par le Seigneur
Iefus. D’où vient qu’il y a des Autels fenfibles & materiels*
auffi bien qu’ily en a de fpirituels. I’aduouë donc que la foy
félon quelques-vns, ou la charité félon quelques autres, eft
vn Autel mobile, fur lequel nous faifons des offrandes tresagreablcsàDieu; mais auffi il faut que nos aduerfaircsaduouënt qu’il y a vn Autel extérieur, fur lequel nous offrons le
Corps de lefus-Chrift. Cela eftant ainfi, vous cohnoiffez
éuidemment que cette raifon tirée de l’Efpiritualité de la Re­
ligion eft faufle & captieufè.
Tout le refte de fon difeours eft encore pis que celaicaf
Afimont eft fi à fec, fi pauure, & fi dénué, qu’il ne fçauroit
produire le moindre tefmoignage, qui parle contre nos Au­
tels. Si vous en auez, Afimonr, mettez-les en auant, citez
l’endroit de l’Efcriture, où il eft dit qu’il ne faut point d’Autels en la Religion Chreftienne, nous vous écouterons vo­
lontiers ? Que fi vous manquez de l’authorité de l’Efcriture ;
apportez du moins le témoignage de quelque Saind Pere de
l’Eglife, Il ne fait rien de tout cela, & oubliant la promeftè
qu’il a fait de prouuer fes Articles de Foy par la Sainde Ef.
eriture, il s’amufe à pointiller fur nos raifons, imitantlesor?-'
ges& les tempeftes, qui ne font que pour deftruire, &non
pas pour édifier. Il fuppofe trois authoritez, fur lefquelles il
s’imagine que comme fur trois colomnes nous fondons toute
la dodrine de nos Autels. Vous vous trompez, Monfieur le
Miniftre, nous auons encore de meilleurs fondemens, & des
pairages plus exprès. Vous n’auiez pas leu Efàye fur cc fujet
chap. 1y. qui prédit clairement l’éleuation de nos Autels : En
cejoar-là,dit-il} ily aura vn Autel à l’Eternel au milieu du pays d’E­
gypte } vne enfeigne dreflèe à tEternelfur lafrontière, & l’EternelJe

quatorzième Refît onjèî
Si y
ftra connoiftre à PEgypte i&ence jour-là ïEgypte connoiftra l'Etprnef&leferuiray offrans Sacrifices & Gafteaux. Remarquez en
cepaflage que le Prophète prédit qu’il y aura vn Autel en
Egypte & que fur cét Autel on offrira des Sacrifices agréahles à Dieu. Ce qui ne fe peut en aucune façon expliquer de
l’Autel ny des Sacrifices des Iuifs. Premièrement, parce que
félon la Loy on nc deuoit offrir des Sacrifices que dans le
Temple de Ierufalem, & non ailleurs. Secondement, parce
que les Miniftres ont écrit au deflus du chap. ce tiltre icy:
Cette Prophétie eft du Iugement du Seigneurfur P Egypte, pour les il­
luminer , lors que par la vocation des Gentils , PEglife fera eftenduë
partout le monde. Par où ils aduouënt franchement qu’il n’eft
point fait mention en ce lieu de l’Autel des Iuifs, maisplutoft d’vn Autel Chrefticn. De plus on ne peut dire auec rat­
ion , & fans tordre le vray fens de l’Efcriture, que le Prophè­
te parle en cét endroit d’vn Sacrifice fpirituel. Parce qu’il
prédit auec emphafe vne chofe future, vn Sacrifice extraor­
dinaire , & parce qu’il déclaré qu’on mettra des Gafteaux fur
cét Autel. Or les Sacrifices fpirituels eftoient vne chofc fort
Commune, qui auoient efté offerts long temps auparauant,&
dans l’Egypto, & en beaucoup d’autres endroits de la terre.
Le» Sacrifices fpirituels ne font pas auffi des Gafteaux offerts
fur vn Autel. Donc puis que ces paroles ne fe peuuent adap­
ter ny aux Sacrifices des Iuifs 5 ny aux Sacrifices fpirituels,
puis que cette Prophétie fe deuoit accomplir du temps que
les Gentils feroient appeliez à la Foy ; Il faut dire que le Pro­
phète entend parler de l’Autel & du Sacrifice desChreftiens;
& qu’ainfi le Sacrifice de la Mefle fe troüue annoncé dans les
écrits des'Prophetes. Voila vn tefmoignage illuftre & au­
thentique, ôc qui eft plus que fuffifanti car le Sainél Efpric
peut-il mentir vne feule fois? Ce n’eft pas pourtant que ie
manque d’autres paflages, ie puis encore alléguer le mefme
Prophète chap. 5 6. où il parle d’}>ne Maifon Saincle, Maifon de
Priere à tous les peuples, & quefurfon Autef c’eft à dire fur l’A utel de cette Maifon, leurs Sacrificesferont acceptables. le puis al­
léguer ce qui eft écrit en la première auxCorinthiës chap.io.
où I'Apoftre oppofé la Table du Seigneur à la table des Dé­
mons,& comme la table des Démons eftoit materxelle,ilfaut

8(6’

• ' Dejfenfè Je U

pour que 1a chofe quadre, que la Table du Seigneurfoit auffi
materielle. le puis enfin alléguer beaucoup d’antres paffages
pofitifs: mais vn feul comme nous auons dit, ne doit-il pas
fuffire è Toutesfois ie diray dauantage, que quand l Efcriture
Sainétc n’en parleroit qu’obfcurement, quand tous les paca­
ges que nous alléguons feroient ambigus & difficiles, ne failôns-nous pas affez, en alléguant les Peres des premiers Siè­
cles, vrais interprètes de 1 Efcriture,dn produifant la pratique
Je la primitiue Eglife? la Face de laquelle Caluin efcriuant
au Cardinal Sadolet,fe vante de vouloir renouueller par fa
prétendue Reforme, & de l’authorité de laquelle voftre Mini­
ftre Afimont fe veut couurir en cette refponfe. Or fuiuant ce
principe nousfaifons voir éuidemment la vérité de nos Au­
tels , depuis la naiftance du Chriftianifine. Car où eft l’Efcriuain Sacré, qui n’en aye comme remply tous fes eferits?
Voyez ce que dit Sainél André Apôftre au Tyran Ægée, fé­
lon le rapport du Clergé d’Achaye. Je Sacrifie tous les joHrs À
C Autel, au Dieu Tout-puiffant l’Atgneau immaculé. Voyez ce que
dit Sainét Martial écriuant aux Bourdelais. Le Corps que les
Juif par enuie ont immolé, nous lepofons pour nofire falut à l'Autel
frnciifié. Voyez le Concile de Cartage, il dit que quand le Pré­
féré afsisle à i' Autel, toufiours l O raifonfoit adreffée à la Perfonne- du
Pere. Voyez le Concile de Laodicée, il dit quil faut que les
femmes s'approchent de l’Autel. Voyez Sainét Cyprien, il dit
que l’Euchariftie efifanclifiée à PAutel. Voyez Sainél Optât Mileuitain au liurfc 6. Contre Parmenien,&vous lirez comme il
inuePliue contre les Donatifies vos femblables, 8c qu’il leur repro­
che leurs facrüeges, pour auoir brife les Autels, & commis
plufieurs autres pechez abominables. Voyez Sainél Grégoi­
re de Nazianze contre Iulien, page 504. où il enfeigne, que
les Autels prenant leur nom du pur & non fanglant Sacrifice, par lequel nous communions à la Diuinité de Chrifi, çfàfes Pafions, ne
feront plus poilus dufang prophané. \ oyez Sainét Bafile en fa Li­
turgie, Sainél Ambroife, Tome y. page 336. Sainél Augu­
ftin , & enfin tous les Peres, & vous trouuerez qu’ils font fou-;
lient mention des Autels, des Sacrifices, des Calices, & au^
tresvtenfiles de l’Eglife.

Cela eftant manifefte , ne pouuons-nous pas nous difpen~~
fcr

quatorzième Refyonjè,

817

fer Hc refpondre aux allégations friuoles du Miniftre è Certes
s’ils nous produifoient quelques textes de l’Efcriturc qui difIcnt en quelque forte, qu’on nc doit point baftir d’Autels en
la Religion Chreftienne, ils auroient quelque iuftice d’exi­
ger de nous la refponfe : mais n’appuyant leur dire ny par rai­
fon, ny par authorité, ne faifant qu’impugner quelques paflages qu’on allégué , fuppofant fauffement que toute noftre
Dodrine eft fondée feulement fur trois paffages del’Efcrituturciu’cft-ce pas afTez que de conuaincre le Miniftre de menibnge, en alléguant d’autres textes de l’Efcriture, & produifant pour nos Autels la pratique & l’authorité vénérable de la
primitiue Eglife. Toutesfois pour vne plus ample connoif­
fance de la vérité nous rcfpondons à fa Refutation.-difànt que
dans le palfage de Saind Mathieu chap. 5. où ilcftparléde
mettre vne Offrande fur l’Autel, l’écorce de la Lettre femble
nous indiquer que cét Autel dont il eft fait motion là dedans,
eft l’Autel des Iuifs : mais comme la Sainde Efcriturc didee
de la bouche de Dieu, n’eft pas ainft que les eferits des hom­
mes,& quelle a plufteurs fens differens: auffi encore que dans
vn fens, ce paffage allégué fe peut entendre des Autels des
Iuifs : toutesfois il eft vray encore qu’il dénote nos Autels, &
que plufteurs grands Perfbnnages s’en font feruis à cét effet.
Car enfin le cômandement que noftre Seigneur Iefus Chrift
fait d’appointer auec nos freres, & de nous reconcilier aucc
nos ennemis,auant mettre nos dons fur l’Autel, eftvn pré­
cepte affirmatif, qui oblige non feulement les Iuifs,mais auffi
les Chreftiens. D’ailleurs, le difcours que le Seigneur fait
cn cc chapitre, ne tend qu’à reformer la Loy, & à eftablir des
nouuelles maximes, qui ne font pas enfeignées dans laLoy
de Moyfe. Par exemple il dit en cét endroit qu’il faut prier
Dieu pour ceux qui nous perfecutent, & qu’il ne faut conçe­
uoir le moindre mouuement de courroux contre fon frere.En
quel lieu des cinq Iiures de Moïfe, trouucra-on cette perfedion.On trouuera bien dans la Loy qu’il faut faire la Pafque,
qu il faut fe prefenter au Preftre, quahd on fera guery de la
Lepre, qu’il faut fe faire circoncire, & plufieurs autres Cere­
monies Jcgales. Mais on ne fçauroit trouuer dans la Loy,
qu il faille quitter fon offrande au pied de l’Autel, lors qu’on

«i8

Deffenfe de la

fc fouinent que noftre frere a quelque animofîté contre nousj
C eft pourquoy cc precepte, ou bien fi vous voulez cc con­
feil, appartient proprement aux Chreftiens; Aufti l’Autel
dont il eft parlé cn cc lieu, eft proprement l’Autel des Chre­
ftiens. De dire que la Loy eftant abolie, l’Autel eft aufli cft:
aboly,il eft vray que cela fe doit entendre de l’Autel des Iuifs,
qui n’eftoit qu’vne ombre & vne figure paftagere de IefusChrift. Mais que l’Autel des Chreftiés, qui eft fuiuant Optât
Mileuitain, le Siège du Corps & du Sang de Iefus-Chrift,
aye efté aboly,c’eft vne impiété manifcftc,& vn difcours d’Apoftat&prccurfeur d’Antechrift. Car comme on ne peut
inférer que tous lesTcplesfontabolisiparcequeleTempIc
de Ierufalem a efte deftruit après la mort du Seigneur: aufli
on ne peut côclurre que tous les Autels font abolis, parce que
l’Autel de l’Ancienne Loy, qui n’eftoit qu’vne ombre, & vne
figure, a efte aboly, voila pour le premier paflage.
Quant au fécond tiré de l’Epitre aux Hebreux chap. ij. .
où il eft dit que nous auons vn Autel, duquel nont point puijfance
de manger ceux quiferuent au Tabernacle. Il eft vray que Saind:
Thomas explique cét Autel de la Croix du Sauueur :mais
Theophilade Autheur Grec, & de tres-grande réputation
parmy nos aduerfaires, afleure que c’eft l’Autel de l’Hoftie
non langlantc, qui donne la vie au Corps; & ne fert de rien
d’alleguer contre nous l’authorité de Saind Hierofme, qui
pour eftablir l'Autel Myftique des Chrefticns, à fçauoir Iefus-Chrift, ne ruine pas les Autels materiels : veu que dans la
fécondé Epître écrite contre Vigilance, il afleure que TEuef
que de Rome offre Sacrifice au Seigneur , fur le Tombeau des Apoftres
Pierre (f-Paul, quil repute somme Autels de Iefus-Chrijl. Pour ce
qui cft du troifiéme paflage <Jc la première aux Corinthiens
chap. 9. qui dit, que ceux qui vacquent aux chofes facrées, man­
gent de se qui efl fatré, & que ceux quiferuent a 1‘ Autel, participent
à f Autel. Il eft certain que quand il ne s’expliqueroit pas de
l’Autel des Chreftiens, comme nos Frcres feparez le veulent
faire accroire, qu’aufli il ne fait rien pour eux : mais qu’eftant
adjoufté aux autres, que nous auons produit, il fait beaucoup
pour-nous. Tellement qu’il eft manifefte de tout cela, que
vous n’auez ny Efcriturc,ny tefinoignage, ny raifon qui vous

Quatorzième Refionfè,

819

appliyë,que tôutvoftre difcours n’eft qu’inuediue &qu’inuention humaine, pour piquotter fur nos prcuues, & qu’en­
fin vous ne pouuez refpondre à la demande du Miftionnaire,
en montrant l’endroit de l’Efcriture, où il cft dit qu’il ne faut
point d’Autels dans la Religion Chrefticnne.

Deffenfe du Catholique Reformé.
ES Iuifs ont eu des Autels auant l’eftabliffement de la
Religion Chrefticnne, & les Payens cn ont érigé vne in­
finité auant l’eftabliflement de la Loy Mofaïquc : Cepen­
dant nous ne fuiuons ny la Religion des Payens ny la Loy des
Iuifs, parce que l’antiquité des Autels n’eft pas vne preuue de
la bonté de la Religion. De forte que quand bien les Autels
auroient efté fondez auec la Religion Chreftienne, comme
dit leBachelier, nousnc ferions pas obligez de les retenir,
parce qu'ils n ont pas efté fondez par fes maximes. Mais c’eft
vncfuppoficiondu Bachelier, qu’il y ait eu des Autels dans
l’Eglifc, dés la naiflancê du Chriftianifme, & de dix mille
tefmoins qui dépofent, à cc qu’il dit, en auoir veu dans l’Eglife primitiue, il n’allegue pas le tefmoignage d’vn feul.
Pour moy, afin de parler plus conformement à la vérité
de l’Hiftoire, je dis premièrement que les Apoftres ne fe font
iamais feruis d’Autels, mais feulement de Tables mobiles,
pour celebrer l’Euchariftie : voila pourquoy la Sainde Cene
n’eft pas appellée par Saind Paul, l’Autel, mais laTable du i.Cor.io
Seigneur; & comme le Seigneur inftituaôc célébra ce Sacre- 21.
ment à Table: aufti les Sainéts faifanscc qu’il leurcommanda de fairc, l’ont pratiqué & obferué de mefme. Or quelle 1O*
apparence que Iefus-Chrift & fès Apoftres fe fuflent conten­
tez d vne Table,s’il euft falu auoir des Autels peur la célébra­
tion de ce Myftere ? Et fi les Autels auoient efté fondez auec
la Religion Chreftiéne, eft-il bien croyable que Iefus-Chrift
le Fondateur & le fondement de l’Eglifc, que les Apoftres
qui ont édifié fur ce fondement n’eufl’ent rien dit d’vne telle

L

LLlllij

iho

Deffenje de U
fondation, fi elle euft efté neceftaire : puis qu’ils ont parlé de
tant d’aiitres chofes qui ne le font pas ? Puis donc qu’ils n’ont
fait mention que d’vne Table, & qu’ils n’ont rien dit d’vn
Autel: c’eft à bon droit qu® nous difons qu’il ne faut point
d’Autel, & que nous nous contentons d’vne Table pour U
célébration de cc Sacrement.

Secondement, je dis que les Chreftiens des troispre^
miers fiecles n’ont employé que des Tables de bois mobiles,
& couuertes d’vn linge, pour adminiftrer l’Euchariftie, com­
me tefmoigne Optât Mileuitain contre Parmenian, & Saind
Athanafe à^eux qui viuoient dans la folitude. A caufe de­
quoy les Payens qui fe glorifioienc de leurs Autels, repro­
choient aux fidelesChreftiens qu’ils n’en auoient point,com­
me pour dire qu’ils eftoient fans Religion,n’en ayans pas cctClem.A- te marque extérieure, comme cela paroift dans Clement

lexJtb."]. Alexandrin, dans Minutius Fœlix en fon Odauius, dans Arnobe contre les Gentils, & dans Origene contre Celfus, auOw^.Z.8. ^uej ce £)O(q:cur refpond que c’eft mal à propos qu’il leur fait
cent.Cej< ce j^p,.^^ * ne VOyanf pas que chacun d’eux au lieu d’Autel
a fon efprit, d’où il éleue cn haut vrayement &fpirituellemét
des parfums fouéues, c’eft à dire des prières, qui partent d’v­
ne pure confçicnce. Si les Autels extérieurs & fenfibles euf­
fent efté en vfage dans l’Eglifc parmy les Chreftiens de ce
temps là, auec quel front les Payens euffent-ilspû leur faire
Vn reproche fi manifeftement contraire à la vérité? Et fi ces
Auwls euffent efté fondez auec la Religion Chreftienne,
pourquoy les Chrefticns euftent-ils eu recours à des Autels
inuifibles & fpirituels, pour fe deffendre des objedions de
leurs aduerfaires? Ne deuoient'ils pas pluftoft leur dire ? Iefus-Chrift nous a bien ordôné des Autels, mais voftre cruau­
té nous cn interdit l’vfage ; & fi nous ne nous en feruons pas,.
ce n’eft pas que la Religion Chreftienne les deffende : mais
c’eft parce que voftre tyrannie ne nous le permet pas. Au lieu
de cela ils difent qu’ils portent dansleur efprit des Autels,
auffi bien que des Sacrifices : pour montrer que la Religion
Chreftienne n’en a point d’autres, & quele Seigneur IefusChrift n’a inftitué que ceux là.

firom.

En troifiéme lieu , ic dis que ccs Tables facrées, qui

quatorzième Rcftcnfe.

3it

eftoient mobiles aü commencement, furent rendues fixes
dans la fuite du temps, qu’au lieu qu’elles eftoient de bois, on
les fit faire de pierre, & qu’on les appella du nom d’Autels:
parce que ceux qui deuoient communier y offroient des dons
de pain & de vin, foit pour l’adminiftration de l’Euchariftie,
loit pour l’entretien des pauures, foit pour la célébration des
Agapes, & des banquets de charité, comme tefmoignent les
Peres ; & parce aufti que les Miniftres qui diftribuoient le Sa­
crement , y propofoient les memoriaux de la Paflion falutairc
trt
duSeigneur,comme dit Saind Bafile, & qu’ils y cclebroient Liturg.
la Commémoration dc fon Sacrifice, comme dit S. Chry- Cbryfbfl.
foftome. En ce fens comme les Peres ont donné le nomfiprt»
d’Autel à laTable Myftique de l Euchariftie: de mefme fi l’on
eft fi attaché aux lettres de cc nom, nous ne ferons pas diffi­
culté d’appeller Autel la Table du Seigneur, où nousadmi-ftrons la Cene : puis que les Communians y offrent desaumofnes, pour fubuenir aux neceflitez des Sainds, & que les
Miniftres y donnent la reprefentation du Sacrifice que lefusChrift a offert à Dieu pour l’expiation de nos crimes. Et
comme les Anciens Peres ont introduit ce nom d'Autels
dans l’Eglife, pour attirer les Iuifs au falut de la Grâce, en
appliquant les termes de laLoy au Seruice de l’Euangile:
Aufli ne ferions-nous pas marris que l’Eglife Romaine euft
retenu cette mefme appellation d Autels, pourueu qu’elle nc<
s’en feruift que pour ce mefme vfage.
Après cela toutes les répliqués du Bachelier, & toutes les
ob/edions qu’il nous fait, tombent d’elles mefmes à terre,
quoy que vos Autels demeurent fur pied. Cc qu’il réplique
à la fpiritualité de la ReIigionChreftieune,éloignc mes paro­
les de la vérité dc mon fentiment pour les approcher delà
penfcc. le n’ay pas dit que la Religion Chreftienne eft toute
fpirituelle, comme fi elle n’employoit dans fon Seruice au­
cune matière fenfible, & qu’elle nc pratiquait aucune adion
du corps. Ce feroit n’auoir point d’efprit, que de conceuoir
des penfées fi fubtiles, & fi deftachées des fens & de la matiè­
re. Mais i’ay dit feulement, que comme les Sacrifices doi­
uent eftre conuenables à la Religion qui les ordonne : Aufli
les Autels doiuent auoir du rapport aux Sacrificesquifont
LUI! iij

Defenje delà.
offerts deflus. Qu‘ainfi les Sacrifices de la Religion Chre­
fticnne n'eftans point charnels, mais fpirituels, il n’eftpas
befoin de les offrir fur des Autels materiels, mais fur des Au tels qui foient fpirituels de mefme. le fçay bien que la Reli­
gion Chreftienne a des Sacrifices qui font fenfibles au re­
gard des chofes offertes: mais ils font tous fpirituels quant à
la maniéré de les offrir. Nous ne prefentons pas feulement
à Dieu les Sacrifices de la priere, & de louange, d’vn cœur
brifé, d’vn efprit froifle, d’vne ame penitente : nous luy ofHjm. 12 frons auffi nos corps en facrifice viuant. Mais c’eft vn feruice
raifonnable, & non pas fenfuël : d’autant que nous ne tuonspas les corps, mais nous faifons mourir les appétits des fens,
& les conuoitifes de la chair, qui guerroyent contre l’ame.
Nous luy prefentons encore les vidimes des aumofnes : mais
ce font des Sacrifices myftiques& fpirituels de noftre reconnoiflance. C’eft pourquoy nous n’auons pas befoin d’Autels
materiels pour offrir de tels Sacrifices : Dieu reçoit les vns
immédiatement de nous j vne main, vne bourfe,vnbaffin,
vn tronc, font capables de recueillir les autres, qui nevienPf. 16.2. nent pas iufques à Dieu, mais aux Sainds qui font en la terre,
3.
comme dit le Prophète.
,
7.12
En effet fi la Sacrificaturé efiant changée, il efi necejfiaire qutl y
ait aufsi changement de Loy, comme dit Saind Paul. Auffi pou­
uons nous dire, que là où il y a changement de Sacerdoce,
il faut qu’il y ait changement de Sacrificateur, de Sacrifice &
d’Autel vcar toutes ces chofes doiucnt eftre differentes fous
des diuerfes Lois. Or quelle immutation y auroit-il fous la
Loy nouuelle, fi celle-cy auoit des Autels, & des Sacrifices
materiels auffi bien que l’Ancienne Loy ? ou quel aduantage
auroit l’Euangile, qui eft vn Miniftere d’efprit par deffus 1a
Loy du commandement charnel, fi des Autels de bois Fout
fubfifter l’vn & l’autre ?
Si le Bachelier dit que cét aduantage confifte en ceque
le Sacrifice de la Nouuelle Loy eft plus excellent que ceux
de l’Ancienne, eftant le Sacrifice de Iefus-Chrift, dont tous
ceux-là n’ont efté que les figures : le donne les mains à cette
refponfe,mais c’eft par cela mefme que ie le prens. Car IefusChrift eft la fin de la Loy, en tout ce qu’elle auoit dç charnel,

r

quatorzième refyonft.

S25 *

& figuratif des chofes futures. Comme donc la Sâcrifîcatu- •*
re d’Aaron a efté abolie, pour faire place au Sacerdoce de Iefus-Chrift; comme les Sacrificateurs Lcuitiques ont ceifé
pour faire place à Iefus-Chrift ,qui eft Sacrificateur éternel­
lement ; comme leurs Sacrifices ont pris fin, pour ceder au
Sacrifice qu’il a offert de foy-mefme : aufti Faut-il dire que
tous leurs Autels materiels ont efté abbatuspar cette aboli­
tion de l’Ancienne Loy, pour ériger l’Autel de la Nouuelle,
qui n’eft autre que Iefus- C hrift. Que cét Autel de la Religion
Ch refticnne foit Iefus-Chrift luy-melme, l’Apoftre le décla­
ré , quand il dit, que noue auons vn Autelj duquel n’ont foint puif- Heb. 15»
fance de manger ceux quiferuent auTabernacle. Chrift cft l’Autel 13*
quant à fa Diuinité, comme ileft la Vidime quant à fon Hu­
manité : parce que comme l’Autel fandifie de don qui eftof- fert : ainfi la Diuinité a fandifie la Vidime de l’Humanité.
Et Saind Auguftin le confirme, quand il dit que l’Autel
*
du Sacrifice de Chrift eft nouucau, parce que l'immolation
cft nouuelle & admirable, eftant luy-mefme IHoftie & le Sa;
scnficateur.
Et Saind Cyrille auant luy a exprimé la mefme penfee Cyril.Hi ~
par des termes vn peu diuers. Quand il a dit que Chrift eft rr. orat,
Juy mefme le Don,& le Pontife, luy mefine l’Autel & le Pro- deStmetpitiatoire ; luy-mefme qui offre, & qui cft offert ; luy-mefme ne*
îc Feu, l’Holocaufte & le Bois.
Ic fçay bien que tous les fideles font appeliez vn Royaume
de Sacrificateurs ,'parce que Iclus-Chrift les a faits Sacrificateurs à Dieu fon Pere, comme dit l’Efcriture. Mais l’Autel * * * '
qu’ils portent en eux-mefmes, c’eft leur efprit, comme dit
Origene : c’eft leur foy, cômc dit Saind Hierofme ; Et l’Au­
tel qui fandifie leurs dons, n’eft autre que Iefus-Chrift: car
c’eft par luy que nous offrons à Dieu des Sacrifices fpirituels,, /picr.z
qui luy font agréables,comme dit Saind Pierre. Ic fçay bien 5.
que quoy que ce tiltre foit commun à tous les Chreftiens, il
conuient neantmoins d’vne façon particulière aux Miniftres
de 1 Euangile : mais ce n’eft pas qu’ils prefentent à Dieu vn
Sacrifice extérieur & fcnfible, mais parce qu’ils vaquent au
Sacrifice de l’Euangile de Dieu par leur Predication,à cc que

I oblation desNations foit agréable, eftant fandifiée parle RÎ45.16

S14

Defenfè de fo
S aind E'prit, Comme dit Saind Paul. Ce n’eft pas qu’ils oFfrent en Sacrifice réel le Corps de lefus-Chrift fur desAutels
materielsjCom me veut le Bachelier; car fon oblation ne peut
eftre reïterée, comme nous auons prouué cy-deffus: mais
parce qu’ils font la reprefentation & commémoration de fon
Sacrifice à la Table du Seigneur, comme nous auons dit.
Cela eftant, comme il eft,il nous fera facile de refpondre
à toutes les objedions de voftre Millionnaire. Il reconnoift
bien qu’il ne peut pas fonder ces Autels fur les pa/Tages citez
dans la demande de fon Confrère : puis qu’il les veutfaire
paffer pour des fuppofitions de ma refponfe,& quelque effort
qu'il faffe pour les fouftenir, il fait affez connoiftre par fes
propres répliques, qu’ils font alléguez à contre-fens. C’eft
pourquoy il a recours à d’autres paffages, qu’il croit eftre plus
exprès, mais qu’il aduouë bien toft après eftre obfcurs, ambi­
gus & difficiles. Ce qu’il objede des chapitres 1?. &
d’E­
faye, fait voir que fou intelligence s’attache grofficrcmcnt à
fcfcorce & à la lettre de la Loy, & qu’il ne pénétré pas dans
l’efprit & dans la vérité de l’Euangile. En effet ficesPredidionsfcdeuoicntentendred’vn Autel materiel, & des Sa­
crifices extérieurs & fenfibles, il faudroit que les Preftres qui
font le Sacrifice de la Meffe, offriffent des Holocauftes & des
Gafteaux j & par confequent il faudroit remettre en vfage les
Sacrifices de la Loy, qui ont efté abolis par la mort de Chrift.
I aduouc que ces Sacrifices dont parle le Prophète conuien­
nent à toutes les Nations;&que 1 Autel fur lequel ils doiuent
eftre offerts eft commun à tous les peuples de la terre, depuis
qu’ils ont cfté’appellez à la grâce du Chriftianifinc, & que
par confequent c’eft l’Autel, & que ce font les Sacrifices des
Chreftiens, comme dit le Bachelier. Mais qu’il life Sainét
Cyril, j- Cyrille, & il apprendra que ces Sacrifices font ceux que tous
&x.l. 10. Ics Chreftiens offrent; qu’ayant delaiffé ce groffier MinifterCj nous auons commandement d’en accomplir vn fpirituel,
pour offrir à Dieu en odeur de bonne fenteur, la Foy, l’Efperance, la Charité, les Louanges perpétuelles, & toutes for­
tes de vertus.
Hier. in
Qu’il life Saind Hierofme, & il entendra que ces Sacriëfaytm. fîccs font les Sacrifices de louange, & des vidimes fpirituellcs;

quatorzième Refponfî',

825

les & que cet Autel eft celuy que Saint lean tefmoigne auoir
veu dans le Ciel, & d’où l’Ange prit vn charbon vif, pour pu­
rifier les levres du Prophese.

iï'

f

Qu’il life Saind Auguftin, & il fçaura que finousfommes le Temple de Dieu, noftre ame cft cn fon Autel, & que,n
le Sacrifice que nous pofons deflus, c’eft la louange.
A ce qu’il objede de Saind André, refpondant au Ty­
ran Ægée,i’ay relpondu envn autre lieu, que c’eft vne Lé­
gende faite à plaifir, qu’on pourroit bien débiter à des Pay­
iàns qui fe repaiflent de contes, mais non pas à des elprits qui
examinent les chofes, afin de trouuer la vérité. le perfifte
bien dans ce fentiment, puis que le Cardinal Bellarmin luy- ’Bcllarm'.
< mefmc, quife fert de cette pièce pour la mefme fin que leBa- de Jcripchclicr, tefmoigne qu’vn grand Pcrfonnagc a mis cn doute ^r.Eccle
la vérité de cette Hiftoire j Et puis que le Cardinal Baro-^"^nius aduouë ingenuement que ce liure, & autres qu’onproduit fous le nom des Ades des Apoftrcs^ont efté condamnez
par les ccnfures des Papes Gelafe & Innocent. Mais neant­
moins pour vous fairc voir que c’eft vne machine trop foible
pour éleuer vnAutel materiel : je vous prie de remarquer que
le Bachelier a eftrangemcnt corrompu le fens de cette Hiftoi­
re , cn ayant retranché ce qui eftoit contraire à fon deflein, &
n’ayant retenu que cc qui luy fembloit fauorable. Car les
Preftres d’Achaïe tefmoignent qu’André eftant follicité par /» f. paff.
le Prefident Ægée de facrifier aux Idoles, il luy fit cctte refponfe. le prefente chaque iour en Sacrifice au Dieu Toutpuiflant, qui eft feul & véritable, non la fumée de I’enccns,
ny lachair des Taureaux, ny le fang des Boucs: maisie Sa­
crifie tous les iours l’Agneau immaculé fur I Autel.dc la
Croix. Ce Saint Apoftre vouloit-il dire par là qu’il âttachoic
tous les iours le Sauueur du monde à la Croix, où ilfouffrit
vne fois la mort pour le falut des hommes? Nullement, car.
comme il n’auoit pas cét Autel, pour l’y Sacrifier : Aufli n’auoit il pas la cruauté des Iuifs, pour ly faire mourir. Mais il a
v voulu fignificr feulement par ces paroles, que célébrant tous
^’s i°Urs la mémoire de fa Paflion dans la Table de l'Euchari­
stie, il le reprefentoit comme facrifié fur l’Autel de la Croix.

VequilàlleoUe£jcsçOÜCjiesg(r 4espercSj n’a pasplu6
MMmmm

"Deffenfi de là
de force, & j’y ay défia relpondu dans mon troifiéme dire'?
Les Peres qualifient le bois ou la pierre fur laquelle ilsadmintftroient l’Euchariftie, tantoft du nom de Table, tantoft dti
nomd'Autel indifféremment. Us l’appellent Table, parce
qu’ils y propofoient & adminiftroient aux Cômunians, com­
me dans vn Feftin facré le Pain & de Vin, comme les facrcz
Symboles du Corps & du Sang deChrift,quifontles alimens de nos âmes. Ils l’appellent Autel, parce que dans ladminiftration de ces Symboles joints à la parole de l’Euangile
ilsfaifoicntlareprefentationde lefus-Chrift Crucifié, &la
Commémoration du Sacrifice qu’il a offert en la Croix pour
le falut des hommes. Si vous ne vouliez employer vos Autels
qu’à de fi fainéls vfages, nous n’entreprendriÔs-pas dé les
hurter;&commeSainélPaul ne brifa pas les Autels, qu’il
vid en Athènes,mais tafeha feulement de deftourner la deuo^.'17. tion des Athéniens, de la fuperftition & de l’ignorance: auffi
23. . neferions-nouspasjparrisdevoirdes Autels dans vosTemples, fi l’on ne faifoit qu’y donner au peuple Chreftien les Sacremens du Corps & du Sang du Fils de Dieu, & les memo­
riaux de fon Sacrifice. Mais noftreefprits’enaigrit auffi bien
que celuy de Sainét Paul, lors que nous voyons que ces Au­
tels ne font éleuez, que pour vous faire adorer ce que vous ne
connoiffez point, & pour vous prefentçr des objets,qui félon
lefentimentdevos propres Do&eurs, ne vous garentilfent
pas toufiours du danger de l’idolâtrie.

NZIESME DEMANDA l
du eJMiJfîonnaire,
V il le peut lire que les petits enfansmourans fans eftrc>
Baptifez, ne biffent pas d’eftre fauuez.

O

quinziéme Refponfe,

It^eftonfè à la quinziéme demande»

827



ELA n’eft pas exprimé dans noftreConfcflion dc Foy,
ny dans nos Catechifmes: mais c’eft bien noftre croy­
ance, que les enfans pour n'eftre pas Baptifez, ne bif­
fent pas d’eftre fauuez. Nous ne difons pas que tous les enfans qui meurent fans Baptefme foient admis au falut, mais
feulement que cette priuation du Baptefme nelcspriuepas
du falut mous fçauons que comme il y adcs hommes Bapti­
fez qui ne font pas fauuez.-aufti y en a-il dc nonBaptifcz qui le
font : & fi Dieu a pu dire dans la famille d’Ifaac ; l'ay aimé lacob -fay bat Efaifauatit qu'ilsftffent nez,, & ratifier cét Oracle
depuis leur nailfance & leur circoncifion, pour receuoir l’vn
en grâce, & rejetter l’autre en fon ire ; il a la mefme liberté &
la mefine puiftancc dans les familles des Chrcftic ns, car nous
fommes tous enfans d’Adam, & par confequent de nature enfans dsl’
C’eftpourquoy fi Dieu peut faire defon
bien cc qu’il luy plaift, il peut donner à vn enfant le falut, &
le refufer à vn autre : car comme a dit Saind Auguftin, tout le genre humain a efté fait comme vne maflé de péché, redeiiaolcdvnfupplicee.ternelà la Iuftice Souueraine deDieu,
enquiiln’yapointd’injufticc, foit qu’il exige cette peine,
foit qu’il l a remette.
Nous ne difons pas aufti que le Baptefine n’eftpasneccf- Mat.îZ.
faire, nous fçauons qu il l’eft par neccflïté de précepte, puis verf. iÿ.
que Iefus Chrift l’a commandé : mais nous difons qu’il ne
l’eft pas par neccftité de moyen, comme fi fans cela nous ne
pouuions eftre fauuez.
Mais pour mieux entendre noftre creance : le vous prie,
Monfieur, de diftinguer le figne d’auec la chofe fignifiée,car
quoy qu’il n’y ajt qUvn feul Baptefme, neantmoins il faut di- fyb 4*5>
ltinguer en cc Sacrement, comme en tout autre, le figne ex­
térieur d auec la grâce intérieure, qui eft Ja chofe du Sacre-

C

J-cfiguç extérieur c’eft l’eau, la chofe fignifiée c’eft
M M m m m ij

gî8

Defenje de îa

la grâce de Dieu, qui remet les pechez, & qui fandifie les
ames: Au regard de la grâce inferieure nous difons que nul
ne peut eftre fauué fans le Baptefme, parce que fans la remit
fion des pechez, & fans la fandification, nul ne verra Dieu.
Mais au regard du figne extérieur, nous difons que les enfans
peuuent eftre fauuez fans le Baptcfme, pour ces raifons principales tirées de l’Efcriture.
La première eft prile des paroles de Saind Pierre, qui
faifant comparaifon du Baptcfme aucc l’Arche de Noé, die
i.Pwr.j. qu’en celle-cy peu deperfonnes furent fauuèes par eau : à quoy aufsi
20.21. maintenante dit-il, répond à Coppofitelafgure qui nous fauué à fça­
uoir le Baptefme j & pour nous faire entendre de quel Baptefme
il parle '.non points adjoufte-il, celuy par lequel les ordures de la.

chair font nettoyées,

l'attejlation de bonne confçience deuant

Dieu., par la Refurreftion de Iefus Chrijl.
D’où il appert que ce n’eft pas par le Baptefme extérieur
de l’eau que nous fommes fauuez, mais parle Baptefme inté­
rieur de la grâce, qui nous donne atteftation de bonne confç-ience deuant Dieu : Si ce n’eft pas le Baptefme extérieur
qui nous fauuc, doncques les enfans qui meurent fans le re­
ceuoir , peuuent eftre fauuez.
La fécondé raifon eft prife des paroles de Iefus-Chrift en
l’Euangile, où il dit ; fini aura creu & aura ejlé Baptisé ,fèra fauztrf* 1 • '.mais qui n aura point creufera codamnè Surquoy remarquez
que ce n’cft pas au Baptefme, mais à la Foy que Iefus-Chrift
attribué l’abfoluë nccclfité pour obtenir la vie eternelle : car
dans l’affirmatiue ayant parlé conjoindement de la Foy &• du
Baptefme, qui font neceifaires à falut; en lanegatiueilne
parle que du deffaut de la Foy, comme eftant la caufé de U
• condamnation, & n’en accufc pas le deffaut du Baptefme,car
il nc dit pas qui n’aura efté Baptifé, mais feulement, qui n’au­
ra crcu fera condamné.
C’eft la remarque que Saind Bernard veut que nous fafipiftyi. fions fur ces paroles. Regarde, dit-il, que pour celaleSei>adHugen gneur ayant dit, qui aura creu & aura efté Baptisé, fera fauué:
n*3 pas voulu répéter, peut-eftre à deffein, qui n’aura point
efté Baptifé , mais feulement, qui n’aura point creu fera con­
damné: montrât fans doute par là, que la feule foy fuffit quel-

quinziéme Rcfionfi

829

quefois à falut, & que rien ne fuffit fans elle.
La troifiéme raifon eft prife de la liberté de la grâce de
Dieu, lequel eft indépendant de fes créatures; qui diftribuç
aux hommes, non feulement Ce qu’il veut, mais de lafaçon i.Cer.li
quil veut, & qui par le vent de fon Efprit fouffle là où bon luy
femble, tellement que quoy qu’il aye ordonne l’eau du Ba- /***&?
ptefme, pour nous appliquer la grâce du Sainél Efprit dans
les voyes ordinaires, neantmoins dans des occafions extra­
ordinaires, il peut nous communiquer la grâce de l’Efprit
làns cette eau.

Car comme a dit le Maiftre des Sentences,Dieu n’a point

£

attaché fa puiffance aux Sacremens, & il y en a qui reçoiuent Sent, dift
la chofe, non le Sacrement, & y a pour eux vne fanélifica- 4.
tion inuifible, par laquelle ils font fauuez fans Sacrement vi- Aug.apud
lîble. Il appert, dit Sainél Auguftin, qu’vne fanélification Bern'£P-.
inuifible a profité à plufieurs, fans le vifible Sacrement.
??•
C’eft le fentiment de lean Gerfon Chancelier en l’Vni- qerr
uerfité de Paris: c’eft vne doélrine grandement confolatoire, yèrw.* de
& qui porte à la deuotion, de faire entendre aux peres & me- nat.MAt
res, qu’en priant Dieu pour leurs enfans, qui pourroiét mou- n*.
rir dans le ventre, ou à la fortie d’iceluy, fans le Baptefine,
Dieu pouruoira mifericordieufement à leur fanélification, &

que Iefus-Chrift Souuerain Preftre daignera les confacrer,
n’eftans encore nez. Enfin le Cardinal Bellarmin luy-mef- ‘BtRarml
me, qui combat fi fortement pour la neceflité abfoluc d u Ba- M. ?• de
ptefme, fait neantmoins cette confeffion ; il cft certain qu’il y
en a qui font fauuez fans eftre en effet Baptifez.
C’eft pour cela que tous vos Doéleurs après les Anciens
Peres de l’Eglifc ont eu recours à diuers moyens, pour fuppléer au deffaut du Baptefine,en faueur de ceux qui ne le mefprifentpas:lesvnsàla paffion du martyre, qu’ils appellent
vn Baptefine de fang, auec Tertullien : les autres à la foy & à 7^./
la conuerlion du cœur dansles adultes, comme Sainél Ber- bapt.mar
nard : d’autres au defir & à la foy, comme Sainél Auguftin & tyr.
Sainél Ambroife :& Sainél Bernard ne fe deftachant pas de Bern- Ep
ces deux Colomnes, protefte que le fidele conuerty à Dieu
C"
fruiél du Baptefine, non s’il n’a pû, mais s’il a ^St°’

inelprifé d eftte Baptifé, & puis il adjoufte ; le croy aufli que
MMmmm iij

j

Sjo

Defenfe de là,

l’homme eft faillie par la feule foy , auec le defir de receuoir Id

Sacrement.
Quant aux petits enfans qui n’ont point la Foy, il croit
quelafoydesparensleurfuffit, s’ils ne peuuent receuoir le
Baptefine, comme anciennement parmy les Iuifs , cette mef­
me foy fuffifoit aux enfans qui ne pouuoient receuoir laCirconcifion. Ils font aulfi fauuez par la foy3non par la leur, mais
ibiàem. parceHe d’autruy : car c’eft chofe digne de la bénignité de
Dieu, que ceux à qui l’aage ne permet pas d’auoir la foy en
propre, foient fecourus par la grâce des autres : la Iuftice du
Tout-puiffant n’eftime pas qu’il faille demander vne foy par­
ticulière à ceux qui n’ont qu’vne faute commune ; & ne faut
point douter que la tache qu’ils ont contraélée d’autruy, ne
puilfe & ne doîue eftre nettoyée par la foy d’autruy.
Theoph.
Vn Iefuite raifonne de la forte fur cette matière : Certes,
fi ou par le Baptefme réellement adminiftré , ou par les prie*» traU. res & vœux des parens, il ne pouuoit eftre pourueu au falut
rfr orift tn ctcrncj jes enfans empefehez dans le ventre de leurs meres ,
nat
on acci,ficr°ic Dieu d*impreuoyance3comme ayant efté court
’ ' ’ de remedes au beloin, & n’ayant bien pourueu au falut de
tels enfans. S’il arriuequ’vn enfant foitBaptifé à faux, pat

vn mefehant Preftre qui n’aye point eu l’intention requife,les
Doéleurs difent que Dieu fupplée au deffaut:& combien plus
faut-il croire que Dieu veut vfer du mefme fecours de fa grâ­
ce enuers vn petit enfant qui fe meurt au palfage j & ne peut
fortir en vie des cachots de la nature3pour atteindre au Sacre­
ment delà grâce ?
Après auoir fatisfait à voftre demande , permettez,Mon­
fieur, que ic vous en fafle vne autre, touchant ces enfans qui
meurent fans Baptefme, ou ils font fauuez, ou ils font dam­
nez, ou ils font dans vn eftat mitoyen , entre le falut & la
damnation? Si vous dites qu’ils font tous fauuez,i’ay plus que
vous ne voulez, vous me donnez plus que ie ne demande< Si
vous dites qu’ils font damnez, il faut donc que la grâce falu­
taire de Chrift ne fe puiftc appliquer fans le Baptcfme:or c’eft
ce que nient les Peres, & vos propres Doéleurs, félon l’Efieriture : il faut donc qu’ils foient dans vn eftat mitoyen.
Mais fi vous dites cela, vous tombez dans fHerefie des

quinziéme refponfî,

S31

Pelagiens, car elle a promis aux petits enfans qui meurent tsfagufl.
fàns Baptefinc, vn certain milieu entre la damnation & le
<• dt
Royaume des Cieux; elle nc craint pas la damnation pouroriï
eux, parce qu’elle ne croit pas qu’ils ayent vn péché capable caP'

de les damner ; elle n’efpere point pour eux le Royaume des
Cieux, s’ils ne paruiennent au Sacrement du Baptcfme.
Iefçay bien que c’eft aujourd’huy la creance communé­
ment receué dans lEglife Romaine, qui exempte ces petits 'BeHarniï
enfans de douleur, encore qu’ils foient cn Enfer, & qui les M-6. de
met dansvn Limbe ou bord plus éleué, où le feu ne peut pas ft™*Pec‘
atteindre, pour les exempter des peines des damnez : mais ie
demande comment peuuent-ils eftre exclus de la vifion de p^*e 5
Dieu, fans fouffrir les peines de la damnation: puis que cette P
priuation eftla première peine du dam? le demande auec S.
Auguftin, comment peuuent-ils eftre priuez de la vie, fans lib. 1. ai
fouffrir l’eternelle mort ? & en quoy confifte cette mort eter- Bomf.c.q
nelle, fi ce n’eft en la gehenne du feu, qui ne s’efteint iamais,
3S
duquel ncantmoins vous les voulez deliurcr?
‘^iî
Attendant que vos Dodeurs vous démeflent ces diflfieuîtez,& vous tirent de toutes ces abfurditez, où voftre crean­
ce vous engage: le in’enuay refpondre à vne autre demande
que vous me faites fur le mefine fujet du Baptefme.

Répliqué du Catholique Romain.
ARMY les Religionnaires il n’eft point d’erreur qui foie
plus pernicieufe, ny plus groffiere que celle qui enfeigne
que les petits enfans nez de parens fideles font fauuez par
la Foy de leurs mefmes parens, fans eftre ondoyez des eaux
facrces du Baptefine. le dis plus pernicieufe : parce qu elle
caufe la damnation d’vn monde de petites ames, aufquelles
ceux qui font preuenus de cctte erreur, négligent fouuent
d adminiftrer le Baptefme. le dis plus groffiere, parce que
£ Miniftre voyant bien qu’il n’a point de prcuues pour eftaj 1 1 ^U^'e °Pini°n» d biaife & confond le Baptcfme des
adultes auec Celuy des petits enfans, & la puiffance extraor-

P

§3 à

Defenfe delà

dinaire de Dieu âuec le cours ordinaire de faProuidencè2
C’eftpourquoyafîndedilfiperlestenebresdcfon erreur par
le iour de la diftinétion; il faut remarquer,primo3 Que la queftion n’eft pas touchant le Baptefme des adultes ,yêc«»^o,Qtie
laqueftionn’eftpasauffi , fi Dieu peut fauucr les enfansfans
les faire ondoyer du Baptefme : mais la queftion eft des petits
enfans mourans fans le Baptefme, fçauoir s'ils font fauuez par
la feule foy des parens j que fi cela eft, faites-nous le voir dans
les Saintes Lettres.
D’alleguer que dans la famille d’Ifaac, Dieu a aimé lacob ,& haï Efàü auant qu’ils fuftent nez, & que dans toutes
les familles des Chrefticns, il peut refufer le falut aux vns, &
le donner aux autres, & qu’il tire les vns de la maffe damnée
d’Adam, & qu’il y laifte les autres: Ce n’eft rien dire,ce n’eft
pas refpondre à la demande du Millionnaire, qui ne parle pas
de tout cela, mais qui veut fçauoir feulement,où eft-cc qu’on
lift, que la foy des parens fauuc leurs enfans, fans qu’ils ayent
befoin de Baptefme : c’eftainfi fe couper éuidemmenr. Car
fi le Patriarche Ifaac a eu la Foy, cornent eft-ce qu’elle n’au-’
roit pas fauué Efàü, auffi bien que Iacob? n’eftoient-ils pas
également les entans? que peut-on dire après cela? le fçay
bien qu’il allégué quelques raifons tirées de l’Efcriture : mais
cela ne conclud rien de ce qui eft en difputc, comme vous al­
lez voir par la réfutation de ces mefmes raifons. La premiè­
re raifon eft prife de Sainél Pierre, lequel comparant l’Arche
de Noé auec le Baptefme dit : En cellecy peu daferfonnes furent
/années par eau3 a quoy au/si maintenant re/pond à f oppo/te lafigure
qui nous /auue3 à/çauoir le Baptefme , non point celuy par lequel les
ordures de la chairfont nettoyées 3 ains l'attefiation de bonne confpiettfçience denant Dieu3 par la Refurrcclion de Jefns-Chrifi. D’où il
conclud que ce n’eft pas le Baptefme extérieur de l’eau qui
nousfauue; mais le Baptefme intérieur de la grâce. Nous
refpondonsàcela, que l’Apoftre ne parle point en céten­
droit du Baptefme des petits enfans : puis qu’ils n’ont point le
tefmoignage & l’attefiation de la bonne confçicnce, dont il
eft fait mention en ce lieu : Mais qu’il parle du Baptefme des
adultes, aufquels nous aduouons que l’ondoyemenc ne fert de
rien s’il n’eft accompagné de la Foy, félon cette fentence du
Seigneur,

quinziéme Refponfî.
Seigneur,croira &fera baptifé,ferafauué. Nous rcfpondons
qu’cncore que le Baptefme intérieur & l’infufion de la grâce
foit la caufe prochaine Sc formelle du falut. Toutesfois le Ba­
ptefme extérieur cft vn moyen & vn inftrument dont Dieu fç
fert pour faire pafler dans noftre ame fa grâce Sc Ion falut, fui»
uant ces paroles de l’Apoftre aux Ephefiens chap. 5. afin quil
fanclifiafl/on Eglife, après f auoir nettoyée par le lauement d’eau e»
la parole de vie»
La fécondé raifon que le Miniftre allégué, eft tirée de
ces paroles du Seigneur cn Saind Marc chap.ié'. qui aura
creu, & aura efié Baptisé,ferafauué, mais qui n’aura point creu fera
condamné. D’oùilinfere que Iefus-Chrift n’attribué' pas au
Baptcfme l’abfoluë neceffité pour obtenir le falut, mais feu­
lement àlafoy. Parce que,dit-il,SaintBernard veut qu’on
remarque ces dernieres paroles, qui n’aura point creu fera
condamné. D’où vient qu’il dit, quele Seigneur n'a pas voulu
peut-esire à deffein repeter, qui n'aura pas efié Baptisé i maisfeulemet
qui n’aura point creu fera condamné, montrantfans doute par là, que
iafeulefoyfuffit quelquefois àfalut, (f que rien nefuffitfans elle. A '
quoy on peut encore rcfpondrc, comme deflus, que ce n’eft
pas la queftion que nous difputons, a fçauoir fi la foy,8c la foy
opérante par charité fuffit aux adultes, lors qu’ils n’ont pas le
moyen d’eftre Baptifezjmais la queftion eft des petits enfans,
s ils font fanctifiez dés le ventre de leur mere,s’ils font fauuez
par la foy de leurs parens,s’ils obtiennent la vie eternelle fans
le Baptefme. Or ce paflâge allégué ne s’entend que de la foy
des adultes, comme l’explique le mefme Saint Bernard apres
les paroles citées, difant que l’homme cft fauué par la foy,
. auec le defir de receuoir le Sacrement,fuiuant cela deux cho- fes font neceflaires pour fuppléera l'ondoyement du Baptcf­
me, à fçauoir la foy Sc le defir du Baptefme. Or les petits en­
fans priuez de l’vfage de la raifon, Sc incapables de connoi­
ftre ny dcdcfiier les chofes fpirituelles, n’ont point cetre foy
□duellc , ny ce defir du Baptefme, 8c par confequent félon
mefme le fentiment de Saind Bernard, ils ne font pas fâuuez
lans Baptcfme.
le fçay bien que vous répliquerez qui le mefme Saind
Bernard enfeigne eu l’Epître 77. qu ’ilfufl : aux petits enfans
NNnnn

§54

-,

Deffenfe de la

Ja foy dc leurs parens, &qu-ils font fauuez, non pas parleur
foy, mais par la foy d’autruy. C’efticy où ie prie Meffieurs
delà Prétendue d’ouurirvn peu les yeux, & de voir la trom­
perie du Miniftre, qui tronque le p'aflage de ce Pere, &qui
en cache la vente: car voicy ces mefmes mots,
Zw enfans estans empefehez par leur bas aage, ne peuuent auoir lafoy,
c eft à dire la conuerfion de leur cœur à Dieu. Par confequent s'ils
meurentfans auoir receu le Baptefme, ils n'obtiennent pas lefalut,
non pas que lors qu'ils font Baptifez ilsfoient tout àfaitpriuez defoy.
Par où vous voyez que ce Pere ciré par Afimont dépofê
toutà fait contre (a Dodrine, carie Miniftre dit que les en­
fans font fauuez mourans fans Baptefme, & Saind Bernard
afteure que s’ils meurent fans auoir receu le Baptefme, qu’ils
n’obtiennent pas le falut. Mais vous me direz d’où vient qu’il
adjoufte par apres qu’ils font fauuez par la foy de leurs pares ?
Eft-ce que ce Pere s'embarrafte dans la côtradidion. Certes
ie ne (crois pas obligé à vous déueloper cette difficulté: c’eft
à vous qui produifez ce tefmoignage, & qui vous en voulez
feruir pour fouftenir voftre opinion : neantmoins pour vous
faire voir que vous ne comprenez gueres les lieux difficiles
des Peres, ie vous diray que ces deux lieux font fortaifez à
accorder par enfemble. Si nous remarquons que ce Saind
Dodéur requiert deux chofes neceflaires pour fauuer les pe­
tits enfans qui meurent en cét aage, à fçauoir la Foy & le Ba­
ptefme. Or comme par euxmefmes ils ne peuuent auoir la
foy aduelle, fon fentiment eft, qu’il fuffit qu’ils ayent la foy
de leurs parens, qui fupplée à la foy particulière, & que cette
foy non pas feule, mais jointe au Baptefme, leur faitobtenir la vie éternelle, Voila pour Saind Bernard. Quant à
Bellarmin, certes vous l’alleguez fort mal à propos: car en
ce lieu que vous citez il ne parle en aucune façon des petits
enfans. C’eft pourquoy paffons à la troifiéme raifon.
Cette raifon eft prife delà Toute-puiftance deDieu, qui
nc dépend dc fes créatures, qui diftribué fes dons aux hom­
mes comme il veut,& qui ne lie point fa puiflance aux Sacre­
mens. D’où vient qu’il y en a qui rcçoiuent la chofe, c’eft à
dire la Grâce fans le Sacrement, & la fandification inuifible,
fans le Sacrement vifible. Voiia beaucoup de paroles inuti-

quinziéme Refponfe,

83 f

les, nous demeurons d’accord de tout cela. Nous croyons
que Dieu peut non feulement fauuer les enfans fansBaptcfmc&fans Çirconcifion ; mais aufli qu’il en a fandifié quel­
ques-vns dés le ventre de leur mere} Toutesfois ce n’eft rien
prouuer de ccqui eft en difpute : car la queftion n’eftpas, ft
les enfans mourans fans Baptefme, peuuent eftre fauuez par
la puiffance abfoluë de Dieu : mais fi en effet depuis la publi­
cation de l Euangile ils font fauuez fans eftre ondoyez du Ba­
ptefine : C’eft donc ce qu’il doit conclurre dans fon raifonnement, & non pas battre l’air cn vain. Quant àcc qu’il al­
légué de Gerfon & d’autres femblables Autheurs, cela ne
peut eftre de grand poids : Car enfin quelle eftime que nous
faflîons de luy, ce n’eft qu’vn Dodeur particulier, qui n’eft
point la reigle de noftre foy, principalement quand il s’éloi­
gne, & qu’il contredit aux Anciens Peres de l’Eglifedefquels
lèion Caluin, font les vrais & les légitimés interprètes de
l’Efcriture Sainde. I’honore donc Gerfon, quand il parle
- aueç les Anciês Dodeurs ; mais s’il cft côtraire à ces grandes
LumieresdcrEglifc, à ces Oracles du Chriftianifme, il ne
m’importe beaucoup de ce qu’il dife. Or qu’il foir contraire
.à cela, à ces illuftres Perfbnnages : Vous le pouuezlire en S.
lean Chryfoftome, lequel en l’Homilic adreflee aux Neophites, dit, four cette raifon nous Bafttfons les enfans^afn qu'ils ne
foientfoüitlefdu feché, dr que lafaincteté^ lajufttce^ l'adoptienft hé­
ritage , la fraternité de iefus-Chrift leur foit adjouftée^ afn qu'ils
foient incorforez auec luy. Vous le pouuez lire cn Saind Hie­
rofme en 1 Epitre 2 8. où il dit : Onfefrejfet on court four baftiftr
les enfans, farce qu autrement ils ne feuuentfans doute eftre vtuifez,
cn iefus chrift. Dans S. Ambroife au liure fécond du Patriar­
che Abraham chap. 11. où écriuant fur ces paroles de noftre
Seigneur Iefus Chrift,ft quelqu'vnneft régénéré deau. Il dit
que Iefus Chrift n’excepte perfonne, ny mefme les enfans,
nyautrespréuenusde la neceflité. Dans SaindAuguftin au
liure troifiéme de l’origine de l’Ame,chap. 9.où il parle ainfi.
ft tucsCatholique, ne crois fas que les enfans quifont morts fans Ba~
ftcfmefoient fauue\y dr que le feché leur fott remis. Enfin vous
pouuez lire la mefme chofe dans Innocent premier, en l’Epitrc 2 7. dans le cinquième Concile de Chartagc, & en pluN N n n n ij

D'efenjè delà
fleurs autres endroits des Peres& des Conciles.
Le quatrième Argument eft vne demande que le Mini­
ftre nous fait cn ces termes. Les petits enfans qui meurent
fans Baptefme, ou ils font fauuez , ou ils font damnez, ou ils
font dans vn eftat mitoyen f S’ils font fauuez, dit-il, i ay plus
que ie nc demande, s’ils font dânez, la grâce de Iefus-Chrift
ne s’applique fans le Baptefme, & c’eft contre les Peres, s’ils
font dansvn eftat mitoyen, c’eft eftre Pelagien. Voila vn
beau début du Miniftre, pour prouuer fon Article de Foy?
Mais il faut fupporter fa foiblefle, Sc refpondre à fon interro gation. C’eft pourquoy nous difons que ces petits enfans
font damnez? Que s’il répliqué, donc la grâce falutaire de
Chrift ne fe peutappliquer aux enfans que par le Baptefme :
nous demeurons encore d’accord de cette confequence.
Que s’il infifte que c’eft contre lesPcres j le luy demande en
quel endroit il nous a fait lire cette faufle opinion?Où eft-ce,
Afimont, que vous citez vn feul Pere, qui parle pour vous?
Certestoutesvos allcgationsneparlent point des petits en­
fans, mais feulement des adultes. Enfin leuèz la main, & iurez en confçience? n’cft-il pas vray que vous n’auez rien pour
vous, & que tous les Peres font contre vous, qu’ils dépofenc
contre voftre Article de Foy : le dis bien dauantage , qu’vne
partie de vous-mefmes fe bande contre l’autre ? Car ne ditesvous pas en voftre Catechifme Dimanche i<>. que hors de
l’Eglilê il n’y a point de falut, mais qu’il n’y a que mort &
damnation, & que nul n’obtient le pardon de fon péché qu’il
ne foit incorporé au peuple de Dieu ? Ne dites vous pas aulfi
en voftre Confeffion de Foy & en voftre Catechifme, quele
Baptcfme nous donne l’entrée de l’Eglilê , qu’effediuemenc
l’enfant y eft receu par le moyen de ce grand Sacrement, &
que c’eft le Baptefme qui nous incorpore au peuple de Dieu?
Ne dites vous pas vous mefme en larefponlc fuiuante page
172 .que dans le Baptefme Dieu nous y ouure la porte duCicl,
nous y donne la qualité de fes enfans, l’heritage Celefte, &
enfin le lait de la grâce. Concluez donc de là, &vousvcrrez que les enfans qui ne font pas baptifez n’ont pas l’entrée
del’Eglife, nefonrpasincorporezaupeuple de Dieu, font
priuez de la qualité d’enfans de Dieu, de l’heritage Celefte,

quinziéme Refyonfc.

'gjy

du lait de Ia-grace, lônt forclos du Ciel, & p3r confequent
ne doiuent attendre que mort & damnation, & perte. Ainfi
vous voila condamné, par ce qu’ily a de plus fainél & Reli­
gieux en vous-mefmes.
Quant à ce que vous alléguez que I’Eglifc Romaine croid
que ces petits enfans font en vn eft^t mitoyen entre la gloire
& ,1a damnation, certes vous nous impoïèz:car le Concile
de Trente ny aucun autre Concile Oecuménique, n’a rien
enfeignédecela. Et il ne faut pas que vous difiez qucJEglifc Romaine veut que ces petits enfans ne fouffrent pas la pei­
ne du fcu,& par côfequent qu’elle les met en vn eftat mitoyé:
»uis qu’il eft certain qu’elle n’a iarnais décidé cette difficulté,
aquelle ne fetrouue agitée que dans les Doéleurs Scolaftiques, dont les refolutions ne font pas toufiours des Articles
de Foy. Outre qu’à vray dire ce n’eft pas le feu qui fait la plus
grande peine des damnez, comme I'enfeigne Saind Chryfoftome, mais la priuation de la vifion beatifique, de laquelJe font exclus les petits enfans decedez fans Baptefme. Et cé­
da doit fuffire pour faire voir à tout le monde l’inutilité de vos
raifonnemens, & la fauffeté de vos opinions.

Î

Dcffenfe du Catholique Reformé,
OMME la Predeftrnation eft vn myftere caché, & où
nous deuons adorer la profondeur des richeffes delà 7{om.u
Sapience de Dieu, dont les Iugemens font incompre- 33.
henfibles, & les voyes impoffibles à tr ouuer : auffi la grâce de
la vocation, qui eft le premier de les effets, n’eft pas moins
difficile à connoiftre 5 & comme les Théologiens difputent
e n quoy confifte le pouuoir de cette grâce enuers les adultes,
dont il fléchit le cœur fans forcer leur liberté : Auffi font-ils
en peinededéfinir comment elle fait fes operations furies
petits enfans, qui n’ont pas atteint l’vfage de la raifon. Tous
les Çhreftiens demeurent d’accord que tous les enfans d’A­
dam font pécheurs dés le ventre, & qu’il nailfent tousenta’ NNnnn iij

C

838

,

. .

Defenfè de la

chez du péché originel, qui les met tous dans la difgracede
Dieu , & qui les fait eftre de nature enfans de fon ire. Tous
difent auffi félon cette mefme Efcriture, que le Baptefme eft
vn moyen necefTaire aux hommes , pour leur appliquer cette
grâce, & pour obtenir dc Dieu la remiftion de leurs pechez,
&Ie lauement de leurs taches, parce que Dieu l’a inftitué
pour cela. Mais ils font en difpute touchant la vertu dc cetre
grâce, & la neceffité de ce moyen : Quelques-vns ont dit que
ce moyen eft abfôlument neceftaire pour l’application de la
grâce ,deforte que fans le Sacrement vifible les enfans ne
peuuent eftre regenerez j d’autres ont eftimé que la grâce
n’eft point liée au Sacrement, & qu’en certains rencontres
elle fe montre aftez puiftante pour fuppléer à fon deffaut, &
pourfedefployerfalutairement fur les ames fans fonentremife.
De là vient que les Anciens Dodeurs, auffi bien que les
Modernes,ont parlé diuerfement de l’eftat des petits enfans
tsfngufi. qui meurent auant que d’auoir receu le Baptefme. S. Augul. de fide ftin ne les a pas feulement exclus de la félicité du Paradis,
ad Tetr. niais jes a condamnez aux flammes éternelles de l’Enfer ; &
caP' 27- quoy qu’il les mette dans vne damnation la plus tolerablede
toutes, parce qu’ils n’ont point commis des pechez aétuels
comme les adultes: neantmoins il les condamne tous à des
fupplices fans fin. Vn des plus puiflàns motifs qui Payent
porté dans cette rigoureufe creance, c’eft qu’il auoit à com­
battre les Pclagiens, qui fouftenoient que tous les enfans
naifloient innocens, que pas vn n’eftoit entaché du péché
d’origine j & que par confequent le Baptefme eftoit inutile,
pour les lauer d’vne tache dont ils n’eftoient point falis. Ec
c’eft pour cela qu’ils les admettoient tous après la mort à la
pofteffion d’vne vie eternelle & bien heureufe, parce qu’ils
n’auoient point commis de péché j mais hors du Paradis & du
88 Royaume des Cieux,parce qu’ils n’auoient point fait de bon­
nes œuures.
Sainél Ambroife qui a efté fon Maiftre, ne fut pas dans
Ub. 2. vnfentimét fi rigoureux: car s’il n’a pas ofé leur donner auec
sibraha. certitude la gloire du Paradis, il leur a pourtant donné vne
Patr.c.u immunité pour les garentir des peines de l’autre vie.

quinziéme Rejptnjè,

83 £

Saind Grégoire de Nazianze auant luy fut dans vnfen- grtgtr.
tjment à peu prés femblable: Car il excluoit ces enfans de la
gloire du Ciel: mais aufli il ne les condamnoit à aucun fup- 4°*
plice.
Du temps de Saind Auguftin vn Vinccns alla plus auant
y
dans la douceur: car il promettoit le Paradis & le Royaume
des Cieux à tous les enfans non Baptifez, quoy qu’il reconnuft qu’ils eftoient tous conçeus& nez dans le peche origi­
nel. Dans I’Eglife Romaine vos Dodeurs font auffi partagez
fur cette matière : caries vns font dans cette opinion de ri- ‘BelLwn.
gucur extrême, qui condamne ces enfans aux tenebres de
a~
dehors, & au feu de la gehenne qui ne s’efteint point. D'au-”3'-''-ZrM
très les mettent bien hors du Paradis en enfer, maisils veulét
que dans cette damnation ils ne foient point punis de la pei-^*^
ne du fentiment, mais feulement de celle du dam, quieft la
priuation de la vifion bien-heureufe. D’autres enfin auec les
Pelagiens les mettent comme dans vn Paradis terreftre, où
ils viuront éternellement heureux d’vne félicité naturelle,
comme le rapporte ie Cardinal Bellarmin. En quoy s’ils ne Az.or.kt
font pas d’accord entr’eux : auffi ne s’accordent-ils pas auec
mtr'
tous les Peres, com me le reconnoift vn autre Iefuïte.
cap. 37.
Entre ces opinions differentes & contraires, noftre fen­
timent eft dans vne modération qui nc tient pas trop de la ri»
gueur, & qui ne penche pas auffi trop du cofté de l’indulgen­
ce. Nous ne difons pas que tous les enfans des fideles mou­
rans fans Baptefinc foient fauuez : parce que tous nefont pas
de l’eledionjnous ne difons pas que tous foient damnez:parce que quelques-vns appartiennent à l’eledion de grâce.
Nous ne difons pas non plus qu’ils foient dans, vn eftat mi­
toyen, comme difent plufieurs de vos Dodeurs : parce qu’il
n’y a point de milieu entre les félicitez du Paradis, & les fup­
plices de l enfer après cctte vie. Mais nous croyons que ceux
qui font cleus font neceffairement fauuez : parce qu’ils meu­
rent dans la grâce de Dieu, encore bien qu’ils foient priuez
du Sacrement de la grâce. Nous difons que ceux qui font reprouucz font infailliblement damnez : parce qu’ils meurent
hors de la grâce de Dieu, eftans hors de fon éledion ; & que
neantmoins la caufe de leur damnation ne vient pas de la pri-

S40

Defenfe de U

uacion du Sacrement,dont ils ne peuuent eftre coulpables:
mais feulement du péché originel, qui les rend criminels. Ec
d’autant que la pfedeftination eft vn fecret que Dieu tient ca­
ché eu foy mefme, & qu’il n’y a que luy qui connoiiTc ceux
qui lont fiens ; nous n’appliquons point noftre fentiment aux
perfonnesparticuliercs, pour dire que celuy-là eft fauué, ou
que celuy-cy cft damné : mais parvn jugement de charité
nous en formons vne propofition indefinie, & difons que les
enfans des fideles mourans fans Baptcfme, pour eftre priuez
du Sacrement,ne font pas pour cela priuez de la Gi^ceiparce
qu’ils font dans l’alliance de la grâce de Didi.
Que peut-on trouuer de groffier dans cette creance? ne
met-elle pas vne manifefte différence entre le Baptefme des
petits enfans, qui ne le peuuent defirer, ny mefprifer, & ce­
luy des adulces, qui le peuuent defirer par obeifïance de foy,
ou le rejetter par mefpris?Ne diftinguc-elle pas exprefle­
ment le pouuoir extraordinaire de la grâce de Dieu, qui agît
quelqucs-fois fans moyens dans la grâce aufli bien que dans
la nature, d’auec le cours ordinaire de fa prouidence, qui em­
ployé les moyens qu’elle a ordonnez ? C’eft donc mal à pro­
pos & fans raifon que voftre Bachelier nous accufe de con­
fondre ces chofes. Que peut-on remarquer de pernicieux
dans ce fentiment ? C’eft à tort que MaiftreChiron le charge
de ce reproche,qu’il porte les perfonnes qui en fontpreucnuèsdansla négligence de faire adminiftrer le Baptefme à
leurs enfans. Car comme Sainél: Auguftin parlant des adul­
tes , nc les a pas portez à la négligence de leur deuoir, quand
il a dit, qu’ils n’eftoient point exclus de la Grâce, quand ils
n’eftoient exclus du Sacrement que par vn cas de neceffité:
parce qu’il les a toufiours aduertis qu’ils feroient condam­
nez , s’ils tomboient dans cette priuation par mefpris. Aufli
ne rendons-nous pas les peres & meres coulpables de ce mef­
pris , parce que nous leur faifons fçauoir que l’innocence deleurs enfans nc les rend pas cxcufables deuant Dieu 5 & que fi
les enfans font fauuez, n’ayans pas mefprifé lcBaptefmc, les
peres qui les cn ont priuez par leur négligence ne feront pas
àcouuert de la condamnation de la Iufticc de Dieu, parce
qu’ils ont mefprifé les ordrefc de fa grâce.

-x Ainfi

qt{in~iémc refponfî.

S41

Ainfi nous pouuons dire, & vous pouuez connoiftre que
noftrc Dodrine fur ce point eft pleine de iuftice & de confo­
lation pour les peres & meres : Car en leur faifant entendre
cette Sentence des Anciens Dodeurs,que ce n’eft pas la priuation, mais le mefpris du Sacrement qui damne les perlonncs : nous nc leur donnons pas feulement des falutaires aduis
pour les porterai acquit de leur deuoir, & faire adminiftrer
le Sacrement de régénération aux enfans, aufquels ilsonp
donne la naiftance : mais encore quand ils ont fait tous les ef­
forts qui leur eftoient poftibles pour s’en acquiter, & que la
prouidence de Dieu a mis empefehement à l’execution de
leurs iuftes defirs, nous leur prefentons dc folidesconfolations dans cette difgracc, leur faifant voir que s’ils n’ont pas
pu admettre leurs enfans a la participation du Sacrement vi­
fible , la grâce inuifible de Dieu a fuppleé à fon deffaut ; que
Dieu n’a pas laifte de fanélificr leurs aines intérieurement par
fon Efprit, quoy qu’ils n’ayent pas pu faire lauer leur corps de
l’eau extérieure ; & que s’ils les ont conlacrcz à Dieu par des
vœux ardents, ils doiuent croire qu’il leur a accordé l’effet dc
leurs prières & dc leurs defirs.
Au contraire la creance de vos Dodeurs eft pleine d’inhu­
manité pour les enfans, & de defefpoir pour les peres & me­
res. Ic dis qu’elle eft inhumaine pour les enfans: car quoy
dc plus injufte que de punir des innocens pourvne faute,
dont ils ne lont, ny ne peuuét eftre coulpables? Quoy dc plus
cruel que de faire mourir des petits enfans dans la maladie du
péché originel, parce que leurs peres & meres auront négli­
gé de leur appliquer le remede? le fçay bien que les enfans
d’Adam font iuftement punis pour le péché de leur pere au­
quel ils n’ont point aduellement trempé: mais c’eft parce
que leurs peres en leur communiquant la nature, leur com­
muniquent la corruption du péché originel par vne conta­
gion ma'heureule. Mais pour le regard des pcchez aducls,
lame qui aura péché, elle-mefme mourra félon la fentençe £zech''8
de Dieu dansl Efcriture; Et s’il eft dit queDieu vifite fini- 4.
quité des peres fur les enfans, cela s’entend, quand les enfans Èxod.io
juiuent lç train de l’iniquité de leurs peres. le dis auffi que
certe opinion çft defeiperaute pour les peres 5c meres qui

O Ôoo o

Deffenfe de la
voyent mourir des enfans lans Baptefme: Car c’eft vn fujet de
dcfêfpoir pour eux, d’entendre que leurs enfans font priuez
de la grâce & delà gloire : parce qu’ils n’ont pû les faire Baptifer; c’eft vne douleur inconfolable pour eux, d’eftre obli­
gez de croire que leurs enfans font damnez éternellement,
parce qu’il leur a efte impoffible de les fecourir au befoin par
vn peu d’eau, quelque defir qu’ils ayent conçcu, & quelque
effort qu’ils ayent fait pour cela. Dans ccs funeftes accidens
que la prouidence des hommes nc feauroit préuoir, ôcdont
toutes leurs adreffes ne fefçauroient deffendre, que de mur­
mures contre la grâce de Dieu, comme fi elle manquoit aux
neceflitcz de fes enfans ! Que de grincemens de dents contre
la cruauté du deftin, qui fait périr des innocens par lapriuatjon d’vn fecours, qu’ils n’ont pas mefprifé, & que leurs peres
ont recherché auec vne paffion extreme! Que de rages, que
de tranfports furieux contre les hommes qui ont cftably de fi
dures loix dans l’Eglifc, & qui ont captiuéla creance des af­
fligez à des fentimens fi déraifonnables !
Ces confiderations generales pourroient fuffire, pour
deftourner vos efprits d’vne opinion, qui vous porte à vous
'contrifter, comme ceux qui n’ont point d’efperance, fur la
mort de vos enfans qui meurent auant que d’auoir receu le
Baptefme. Mais parce que Maiftre Chiron tafehe de vous
déguifer l’eftat delà queftion, pour vous cacher lesconfolationsôc les aduantages qui fe trouuent dans la vérité d’vne
creance contraire : il faut que ic l’a deffende contre fes répli­
qués & fes objedions'.
C’eft agir en chicaneur & en Miffionnaire, de vouloir
qu’vn homme prouue ce qu’il n’a iamais dit, & de ne luy per­
mettre point d’expliquer fa péfée. nous n’auôs iamais dit que
tous les enfans des fideles mourâs fans Baptefme font fauuez:
c’eft pourquoy nous ne fômes pas obligez d’en faire la preu­
ue. Mais nous auons dit qu’il y en a quifont fauuez quoy
qu’ils nc foient pas Baptifez, & que ceux qui ne le font pas,
ne font pas damnez à caufe de la priuation du Baptefme; Et
c’eft ce que nous auons expliqué par la comparaifon de la fa­
mille d’vn Patriarche auec celle des Chreftiens : car comme
dans la Maifon d’Ifaac l’vn de fes enfâs fut l’objet de l’amout

quinziéme Refponfe.

$45

de Dieu, & l’autre de la haine,mefme auant qu’ils fuffet nez :
de mefme dans les familles des Chreftiens, s’il y a des enfans
de réprobation, il y en a aulfi qui appartiennent à l’eledion,
mefme auant leur nailfancc : de forte que quand ils vien­
droient à mourir fans eftre baptifez, ils ne lailferoicntpas
pourtant d’eftre fauuez en vertu de leur éledion, parce que
le propos arrefté de Dieu lèion l’eledion demeure ferme.
Tfom. g.
Ce que le Bachelier infère fur cela touchant la foy d’Ilaac, 1 *•
eft bien contraire à la vérité, mais il ne luy ofte rien de fa for­
ce. Car quoy que ce Patriarche ait eu la foy, il ne s’enfuit pas
pourtant que tous fes entans ayent deu eftre fauuez, mais feu­
lement les efleus de Dieu : parce qu’il n’a pas creu que tous le
deuflent eftre,mais feulement ceux qui eftoient de l’eledion.
Ils eftoient tous deux égalemét fes enfans félon la chair, mais
non pas félon la promeife ; & comme il fut dit à Abraham, en T^om. y',
lfaac tefera appelléefemcnce, c efl à dire que ceux qui font enfans da S.12.13.
la chair, nefont point pour cela enfans de Dieu : aulfi fut-il dit des
enfans d'Ifaac, le plus grand lèruira au moindre, l'ay aimé la­
cob, fay haï Efaü. Voila pourquoy Dieu luy ayant reuelé par la
voix de fon Oracle l’eledion de lacob en fon amour, & la rejedion d'Efaii en fa haine, pour ratifier à l’vn l’Alliance de la
grâce, &cn exclurre l’autre: il tefmoigna bien cn beniflant
celuy cy qu’il ne croyoit pas qu’il deuft auoir part auxbencdidions de l’eternité, puis qu’il ne luy donna que les benedidions du temps & de la vie prclènte. Ainfi la feule explica­
tion de noftre fentiment porte auec elle la preuue de la vérité
contre les cauillations de voftre Millionnaire.
Ceux qui meurent dans l'amour & dans la grâce de Dieufont
fauuez, quoy qu ils meurentfans Baptefme.
Or les enfans desfideles qui font de l'élection, mourans fans
Baptefme) ne latffentpas diejlre dans Famour & dans la grâce
de Dieu.
Doncques les enfans desfideles qui font de lélection, nelaiffentpas cfeflrefauuez, quoy quils meurentfant Baptefme.
La majeure eft formellement de l’Efcriture; carnonlcuementla mort, msûstouteforte de mort des bien-aimezde Dieu ejl yç ,■
f^ect^ufe deuant fesyeux, CQmmç.d\t le Prophète. Ils meurent ij.
onc ans la grâce de Dieu, bien que leur more aye preuenu
OOo0o ij

844

'Defenfc de la

IcBaptefinc. La mineure eft aufli extraite dcPEfcrirure: car
7^9.8,28 die nous fait voir que l’amour & l’clcétion deDieu fontdes
chofes infcparablcs, qu’il ncchoifit que ceux qu’il aime, 8c
que ceux qu’il a aimez du commecement, il les aime iufques
à la fin. La conclufion eft donc inconteftable , à fçauoir que
les enfans élcus des fideles ne font pas priuez du falut, quoy
qu’ils foient priuez du Baptefme.
La première raifon que i’ay produite pour prouuer cette
vérité, demeure auffi en toute là force. Car qui a dit à voftre
Bachelier que les petits enfans n’ont pas l’atteftation d’vne
bonne confçience, dont parle Saint Pierre ? Il eft vray qu'ils
ne l’ont pas deuant les hommes, qui ne peuuent pas lire dans
leur intérieur ,& qui ne connoiftcnt pas ce qui le pafte dans
leurs ames : mais ils ne Liftent pas de l’auoir deuant Dieu,qui
Gal.^,6. fonde les cœurs. Car tous ceux qui font enfans de Dieu ont
receu l’Efprit de fon Fils. Or les enfans efleus des fideles,
font enfans de Dieu : ils ont donc receu fon Efprit ; & quoy
que cét Efprit d’adoption ne les faft'e pas crier Abba Pere : il ne
laifte pas pourtant de tefmoigner aucc leurs efprits, qu ils
font enfans de Dieu. Et c’eft cette atteftation dc bonne con­
fçience, ce Baptefme intérieur de l’Efprit qui les fauue,quoy
qu’ils n’ayent pas receu l’eau du Baptefme extérieur. '
Nous ne nions pas que le Baptefme extérieur & vifible ne
foit le moyen & l’inflrumét dont Dieu fe fert ordinairement,
pour nous communiquer fa grâce,& nous rendre participans
du falut, & nous fçauons que c’eft .pour cela que l’Apoftre
Z1/.3. 5. l’appelle le lauement dc régénération. Mais s’enfuit ri dc là.
que fans cc moyen il nc conféré iamais à perfonne Je falut ny
la grâce? Certes c’eft comme fi vous difiez, le pain eft le
moyen & l’inftrument ordinaire dont la Prouidence de Dieu
fe fert pour entretenir la vie de nos corps: il ne s’enfuit pas
pourtant qu’il ne l’a côferue quelquefois fans 1 vfage du pain,
M,»;, 4.4 voire mefme fans l’entremife des alimés terreftres : car P hom­
me ne viura pas de painfeulement, mais de toute parole qui procédé de
la bouche de Dieu. Il en eft dc mefme des Sacremens dans l’or­
dre de la grâce : ce font bien les moyens que Dieu employé
ordinairement pour nous donner la grâce & nous am einer ail
falut : mais il nc laifle pas pourtant de fauuer quelquefois les

quinQeme Refîonje.

847

homes fans ces fignes extérieurs, & de leur donner la grâce
l’ayde du Sacrement vifible.
La fécondé raifon que i’ay tirée des paroles de IefusChrift en Saind Marc, demeure auffi en fon entier, & Mai­
ftre Chiron n’en feauroit éluder la force auec toutes fes évafions. Car qui luy a dit qu’il s’agit de la foy des adultes, ÔC
d’vne foy conjoindc aucc le defir du Sacrement? Cerresl in­
terprétation de Saint Bernard eft toute contraire à cette glo­
fe du Bachelier : car il dit que la feule foy fuffit quelquefois à
falut. Qui luy a dit que les petits enfans n’ont pas la foy? Il c^'
eft vray qu ils n’en produifent pas les adesunais ils ne laiffent
pas d’en auoir l’habitude furnaturclle,parce qu’ils ont receu
l’Efpritdefoy. Nous ne pouuons pas dire qu’vn enfant raifonne, & neantmoins nous difons qu’il cft raifonnable, &
qu’il a la raifon : parce que cctre puiffance cft en luy, encore
qu’il ne foitpas cn eftat d’en exercer les operations. Ainfi
nous difons qu’vn enfant cft fidele, & qu’il a la foy, encore
qu’il n’en produife pas les effets.
Que fi vous exigez d’eux vne foy aduelle ,ou les ades de
la foy: je dis que c’eft vne demande pleine d’injuftice, puis
que c’eft requérir d’eux plus que l’Authcur de la grâce ne leur
a donné ; ôc que c’eft eftre auffi cruel, que fi l’on demandoit à
vn enfant qu’il raifonnaft dans vn aage, qui ne luy permet pas
l’exercice de la raifon. Mais Saind Bernard vous fatisfait
auec plus de douceur, quand il vous fait entendre, que la grâ­
ce du Rédempteur fupplée en leur faueur à cette infirmité de
la nature. Celuy, dit-il, qui eft né petit enfant,& qui a choifi Bernard.
la première pointe de l’enfance, n’exclud pas auffi aujour- ferm.i in
d’huy les petits enfans de la grâce : parce qu’il n’eft pas mal râ.palm.
conucnable à fa bonté, ny difficile à fa Majefté defuppléer
par le don de la grâce ce qui n’cft pas en eux bien polfible à la
nature. Que fi cela ne vous fuffit pas, luy-mefme vous dira
que la foy & le defir des peres & meres fupplée & au deffaut Epift.Tj
du Baptcfme, & à la foy aduellc des enfans.
C’eft icy que le Bachelier triomphe, mais fans raifon, &
auec vne vanité infuportable. Car premièrement quand bien
il faudroit lire le paffage de Saind Bernard comme il l’a leu,
je dis qu il ne dit rien cotre noftre creance : car tout ce qu’on

O O o o o iij

846

Defenfè delà

en peut tirer, eft que les entans qui meurent fans receuoir le
Baptefme, font exclus du falut : mais il ne dit pas que c’eft
parce qu’ils ne font pas Baptifez, mais parce qu’ils n’ont pas
cette conuerfion du cœur à Dieu ; & auparauant il a dit que
pour les petits enfans qui n’ont point encore l’vfàge de la rai­
fon, il faut croire que la feule contagion du péché leur eft
nuifible,maisnonpaslapreuarication du commandement.
Si donc les parens négligent de les faire Baptifer félon le pré­
cepte, cette violation du commâdemcnt ne leur nuit pas fé­
lon la penfée de cc Dodeur. Et c’eft cela mefme que nous
auons pofé dans noftre creance.
Maisie dis en fécond lieu que i’ay bien leu Saind Ber­
nard comme il le faut lire ; & que bien loin d’auoir corrompu
les paroles, ie les aymifes dans leur vray fens, en y mettant
vne negatiue. L’Autheur de la derniere édition de ion liure
m’a donné cette liberté : car comme il confefle qu il n’a pu
apporter tout ie remede qu’on pouuoit defirer en la corrediô
de fes œuures : aufli fouhaite-il que tous les deffauts en foient
oftez, ou par luy ou par quelque autre. Entre ccs deffauts eft
celuy que le Bachelier a laifle, & dont il croit tirer aduanta­
ge , mais mal à propos. Car ce Dodeur fait voir par le fujet
qu’il traite, & parla fuite de fon difeours qu’il cherche les
moyens de fuppléer au défaut du Baptefme,en faueur de ceux
qui s’en trouuent priuez, non par mefpris , mais par vne pure
impuiflàncc. C’eftpourquoy après auoir dit en faueur des
adultes, qu’ils ne font pas exclus, quoy qu’ils foient priuez
du Sacrement, pourueu qu’ils ne Payent pas mcfprifc, mais
qu’au.contraire ils Payent defiré auec foy. En fuite il dir pour
les petits enfans,que fuiuant cela s’ils meurent fans la pcrceptionduBaptefmejils ne peuuent auoir le falut, parce qu’ils
n’ont pas cette foy & conuerfion dc cœur à Dieu. Mais pour
faire voir qu’il y a aufli vn remede pour eux quand ils meurent
fans Baptefme, il adjoufte cetre reprife, cc n’eft pas que mef­
me lors qu’ils ne font pas Baptifez, ils foient entièrement de­
ftituez de foy, fans laquelle eux mefmes ne fçauroient plaire
à Dieu ; ils font aufli fauuez par la foy, non par la leur propre,
mais par celle d’autruy.
QtPil faille lire ainfi, mefme lorsqu'ils nefontpas baptife^

quinziéme Reftonfi

847

ce qui fuit vous le doit perfiiader : Car en fuite il dit pour rai­
fon , que la Iufticc du Tout-puiffant n’eftime point qu il faille
exiger vne foy particulière de ceux qui n’ont point de péché
particulier; mais que comme ils font fouillez par les ordures
d’autruy, Dieu purifie leurs coeurs par la foy de leurs parens.
Il cft donc éuident qu’il allègue cette foy de leurs pcres &
mères, non feulement pour fuppléer au deffaut de leurfoy
aduellc, que Dieu ne peut pas iuftement exiger d’eux en céc
aage: mais auffi à la priuation du Baptefine qu’ils n’ont pu
mefprifer.
Ccqui précédé vous doit confirmer dans ce fentiment:
Car autrement la condition des petits enfans qui n’ont que
le péché originel, feroit plus malheureufe que celle des adul*
tes : d’autât que ceux-cy ne font point priuez du fruid du Ba­
ptefme, quand ils ne peuuentpas, mais feulement quand ils
mefprifcnt d’eftre Baptifez ; &c ceux là fe trouucroicnt priuez
du falut,qui eft le fruid de ce Sacrement,parce qu’ils feroient
tombez dansia mefmc impuiftance, quoy qu’ils foient inca­
pables de ce mefpris. Ainfi eftans moins criminelsils feroiét
plus malheureux ; & dans vn aage où ils ne peuuçnt commet­
tre aucun péché, ils (croient punis plus rigoureufement que
ceux qui en ont commis de toutes fortes. Enfin fi cela eftoit
ainfi, l’eftat des fideles Chreftiens feroit moins aduantageux
fous la grâce, que la condition des Profelytes conuertis à U
foy fous la Loy de nature. Car nous croyons, dit le mefme
SaindBernard , pour tout autant qu’il s’eft trouué de fideles Paruulîs
parrny les Nations, que les adultes ont efté fandifiez parla aut'
foy Reparles facrifices ; Et pour les petits enfans que la feule
mPr0
foy des parens leur a efté profitable, voire mefme fuffifante.
'l™°
Et pour les petits enfans des Chreftiens, le defir & la foy de ^pare
leurs peres & nacres nc leur feruiroit de rien pour les garentir tum ftdede la damnation? Certes cela n’eft point croyable j & i’ay Bernard,
droit de conclurre cette raifon, en faifant à Maiftre Chiron tbnitm.
la mefmc demande, quecc Dodeur faifoit à celuy qui luy
auoit propofé cette queftion touchant la neccflité du Baptefme. Quand le Seigneur difoit à Nicodeme ces paroles, fur
lcfquelles vous fondez la neceflité abfoluë de ce Sacrement,
fitjueltpu vn n'efi ne d'eau & d'efprit, il nepeut entrer au Royaume ds



848
Defenje de la
Dieu : Combien penfez - vous qu’il foit mort de milliers
de perfonnes (ans eftre Baptifées depuis cc temps-là?
Dirons-nous qu’ils font tous damnez, parce qu’ils n’ont pas
efté Baptifez? ô que ces temps ont efté malheureux, puis
qu’ils fe font écoulez, fans auoir aucun remede falutaire.
Ccft ce temps malheureux que le Bachelier veut faire durer,
quàndil ferme la porte du falut à vne infinité de Chreftiens
innocens, parce qu'ils font cftouffez dans le lieu de leur for­
mation, ou qu’ils trouuent leur tombeau dans le moment de
leur nailTance, ou que la négligence de leurs parens, dont ils
ne font pas coulpables, les a priuez de l’eau du Baptefme. Il
ne tiendra donc qu’à l’inhumanité des peres cruels, & des
meres dénaturées de faire tarir fur leurs enfans les fources de
la grâce de Dieu, au moment qu'ils en ont plus de befoin ; de
leur fermer la porte du Ciel,& de les priuer du falur de l’ame,
à mefme temps qu’ils perdent la vie du corps. Ainfi la mife­
ricorde de Dieu fe rendra efclaue de la malice des hommes;
ceux que les hommes auront intention de perdre, la grâce
de Dieu n’aura pas la liberté de les fauuer. Voyez fi ce font
des fentimens dignes du Chriftianifme, qui violent les loix
de la nature,qui s’oppofent aux communications de la grâce,
& qui mettent des bornes à fon infinie vertu.
La troifiéme raifon que i’ay alléguée pour combattre
cette creance contraire à la grâce deDieu, & prejudiciable
àla confolation des hommes, n’eft pas prife de la puiffance
abfoluë de Dieu, comme dit le Bachelier, mais de la liberté
de cette grâce de Dieu, qui fefert bien du Baptefme comme
d’vn moyen ordinaire pour régénérer & fauuer les enfans:
mais qui neantmoins dans des cas de neceffité extraordinaire
nc laifte pas de defploycr fa vertu pour leur falut, fans l’entre­
mife de ce moyen, pour faire voir que fa grâce n’cft pas atta­
chée aux Sacremens, & qu’il n’eft pas dépendant de fes créa­
tures. En effet il en cft de Dieu dans l’Eglife, comme d’vn
Souuerain dans fon Eftat : le Roy oélroye ordinairement des
grâces par le moyen des Sçeaux qu’on adjoufte à fes Patétes :
mais il en donne quelquefois par foy mefine, & fans l’entre­
mife des lettres feellées. Ainfi Dieu conféré ordinairement
là grâce aux petits enfans par le Sacrement du Baptefme, qui

quinziéme Refponfe,

849

eft vnSçeau de 1a iuftice par la foy, auffi bien que laCirconcifion: mais il l’a leur communique auffi quelquefois imme- II*
diateinent 8c fans l’employ de cc fçeau. Nous ne mettons
donc point en queftion fi Dieu parla puiffance abfoluë peut
fauuer des enfans fans le Baptefme : mais nous prouuonspar
cette raifon,qu’il en fauue effediuement quelques-vns fans le
Baptefme, comme il fauue ordinairement les autres parle
moyen de ce Sacrement.
Si quelques enfans des fideles ri efioient point fauuez fans le
Baptefme , l'aciion de Dieu feroit toufiours attachée aux
moyens* &fa grâce liée aux Sacremens.
Mais l’aciion deDieu nefi pas toufiours attachée aux moyens*
flyfa grâce liée aux Sacremens.

Doncques quelques enfans des fideles font fauuezfans leBa~
ptefrne.
La majeure de cét Argument eft de la raifon naturelle.
La mineure eft de vos Dodeurs, la conclufion eft noftre
creance. Auffi le Bachelier fe trouué fort empefehe de ref­
pondre à ce raifonnement: Car n’ayant rien dit à la première
propofition, qui eft éuidente d’clle-mefme, tantoft il nie la
fécondé, tantoft il l’a concédé. Dansla page2oi. de fon li­
ure, il dit que la grâce falutaire de Chrift ne fe peut appliquer
aux enfans que par le Baptefme; 8c dans la page iyy. il ad­
uouë que Dieu peut non feulement fauuer les enfans fans Ba­
ptefme, mais auffi qu’il en a fandifié quelques-vns dés le
ventre de leur mere. Iugezdelà fi voftre Millionnaire fçaic
de quel cofté fe tourner : puis qu’il nie auffi toft ce qu’il vient
de concéder
s’il n’a pas l’efprit bien fouple en matière de
Théologie: puis qu’il fouftient le pour 8c le contre, & qu’il
fe laiffe demeiner ça 8c là, à toute dodrine , comme vne gi­
rouette à tous vents.
C’eft mal à propos qu’il mefprife Gerfon, comme vn
Dodeur particulier : car il a parlé comme Chancelier de l’Vniucrfite de Paris, 8c nous ne lifons point que la Sorbonne
1 aye condamné dans le fentiment qu’il a eu touchant Jes enT
fans qui meurent fans Baptefme. Il dit qu’il honore ce Do­
deur Scautres femblables, tant qu’ils ne parlent point contre
IfesPcresj 8c ie croy que ces Dodeurs ont honoré les Peres

PPppp

850

Deffenjè de ia

tant qu'ils nefc font point éloignez de la parole de Dieu; &
fl eft plus que probable que Thomas Dodeur Angélique, &
UmbarÀ Lombard le Maiftre des Sentences, & Gerfon Chancelier
Gerfon. <|c pVniuerfité, ont mieux entendu le fentiment des Peres
qu’vn petit Millionnaire des Landes, quand ils ont dit que la
gracedeDieun’eftpointliéeaux Sacremens, qucDieun’a
point attaché fa puilfance aux Sacremens ; & que la grâce de
Dieu pouruoit à la fandification des enfans, quand ils meu­
rent à la fortie du ventre, ou dans les cachots de leur forma­
tion fans receuoir le Baptefme.
Il ne refpond pas mieux à noftre quatrième railon, qu’il
a fait aux précédantes ; & ii ne faut que faire comparaifon de
fa réplique auec ma refpôfe, pour iuger qu’elle n’a nullement
befoin de deffenfe contrevn ennemy, qui La combat fi foi­
blement.
Ses objedions ne font pas plus fortes que fes répliqués.
Ce qu’il nous objede de noftre Catechifme, de noftre Confelfion de Foy, & de la confeffion que i’ay faite en la refponfe
fuiuante, eft de nulle confideration. Il eft vray que hors de
l’Eglifc inuifible il n’y a point de làlut: d’autant que c’eft lAffemblée des efleus: mais on peut eftre fauué hors de l’Eglife
Vifible, qui eUl’AlTemblée dcsextcricuremët appellez.il eft
Ileft vray que par le Baptefme les enfans font vifiblement in­
corporez au peuple de Dieu : mais auant cette incorporation
externe, ils ne laiflent pas d’eftre le peuple de Dieu par efledion, puis que Dieu fe déclaré leur Dieu. Il eft vray que
dans le Baptefme Dieu fait voir qu’il leur ouure la porte du
Ciel : mais auant cela elle leur eft ouuerte,puis que le Royau­
me des Cieux eft à eux. Il leur donne vifiblement la qualité
de fes enfans: mais ils ne laiflent pas de l’eftre auparauant:
puis qu’il fe dit eftre leur Pere. Enfin il donne la grâce à ceux
qui reçoiuent ce Sacrement: mais il ne s'enfuit pas qu’il l’a
refufe à ceux qui ne le peuuent pas receuoir.
Ce qu’il objede des Peres fait bien voir qu’ils ont creu
qu’il ftoit Baptifèr les petits enfans félon le procepte delefus- Chlift pour les meincr.au falut : mais nul n’a dit, excepté
SaindAuguftin, que ceux qui ne le peuuent pas receuoir
cftanspréuenus par la mort, ne foient point fauuez par la
grâce.

Thomat.

quinziéme refponfè,

8 51

Pour Saind Chryfoftome, il n'a rien dit qui choque no­
ftre creance, & que nous ne difions aulfi, quoy qu’en termes
diuers. S’il a dit que nous Baptifons les enfans, afin qu’ils nc
foientpointfoüillezdc péché mous difons que dans le Ba­
ptefme Dieu veut lauer & purifier leurs ames. S’il a dit que la
faindeté, la iuftice, l’adoption, & l’heritage leur eft com­
muniqué, afin qu’ils foient incorporez en Iefus Chrift:Nous
difons aulfi que toutes ces grâces leur font conférées, quand
il plaift à Dieu les incorporer en fon Eglife par le Baptcfme.
Mais il nc s’enfuit pas de là , que quand ils ne peuuent
receuoir ce Sacrement, qui eft le figne vifible de la grâce,
Dieu ne leur donne la grâce inuifible, puis qu’ils font dans
fon Alliance, & qu’ils appartiennent à fon efledion.
»
Pour S. Ambroife,il eft vray qu’expliquât ces paroles de Iefus-Chriftquelcj* vntïejlnéd’eau&dtcfprit, il nepeut entrer
au Royaume de Dieu., il dit que les enfans ny ceux qui font pré­
venus par la neceflité, ne font point exceptez : mais pourtant esimbrl
après cette Sentence il parle douteufement de l’eftat de leur
de,
ame après la mort; il aauoué qu’ils font exemptez de peines, ^brahà
& il n’ofe pas dire qu’ils n’auront pas la gloire du Régné, mais caP‘
il dit qu’il ne fçait s’ils y paruiendront. En effet, fi le Sauueur
n’cxceptoit perfonne dans cette déclaration, comment fc
pourroit accorder cette négation vniuerfelle aucc ceque ce
mefine Pere dit de l’Empereur Valentinien? Car il parle de ^ruhr'
luy comme d’vn efleu, qui eftoit forty des miferes de cctte deobitu‘
vie, pour aller jouïr des délices éternelles duParadis, quoytultar,
qu il fuft mort fans eftre laué dans les eaux du Baptefme.
Pour le regard de Sainét Hierofme, Monfieur le Bache­
lier m’exeufera, fiie luy dis qu il nc l’a iamais leu. Cc Pere a
bien dit qu’il faloit Baptifer les petits enfans : mais il n’a ia­
mais parlé de la neceflité abfoluë du Baptefme ; & ce n’eft pas
Sainét Hierofme, mais Sainét Auguftin efcriuant à S.Hie- isfuyuJK
rofine, qui parle ainfi de la neceflité de ce Sacrement. Mais
s il faut eftre du fentiment de Saint Auguftin, pour eftre Catholique : je dis que I’Eglife Romaine ne l’eft pas, puis qu’el­
le ne luit pas la creance de Sainét Auguftin fur cette matière.
Car ce Pere a creu non leulement que les enfans mourans
tàus Baptefme eftoienc damnez, mais aufli qu’ils deuoient
PPppp ij

,

Defenfe de la

eftre torturez par les fupplices des flammes éternelles: c’eft
neantmoins ce que l’Eglife Romaine ne croit pas ; & c’eft ce
que vous nc croyez pas vous-mefme, Monfieur le Bachelier :
vous n’eftes donc pas Catholique en ce pointft, puis que vous
auez vne creance particulière.
Luy- mefme a creu auec toute l’Eglife de fon temps, que
vfugufi. l’Euchariftie eftoit abfôlument neceffaire aux enfans pour
£j n°6 ’ lcur
’au® bien 4ue Ie Baptefme. C’eft pourtant le con* ont~ traire de ce que vous croyez aujourd’huy : car vous eftes dans
J •'
cette croyance auec nous, que les enfans mourans après le
Baptefme ne laiffent pas d'eftre fauuez, quoy qu’ils n’ayent
pas mangé la Chair ny beu 1e Sang de Chrift dans l’Euchari­
ftie. Que fi vous auez pu vous deftacher de Saind Auguftin
fans renoncer à la Foy Catholique, fur la neceffité abfoluè de
Thon. *. l’Euchariftie, & dire que les petits enfans participent à ce SaP- 7*
crement Par les vœux de l’Eglife. Pourquoy nc pourrons*rt. i.
nous pas rejetter fa creance touchant la neceffité du Baptef­
me fans paffer pour Heretiques, & dire que la foy des parens
& les vœux de l’Eglife fuppléent au deffaut de ce Sacrement
en faueur des enfans qui s’en trouuent priuez? Et s’il vous a
efté permis d’adoucir la rigueur de fon opinion, pour garen­
tir les petits enfans mourans fans Baptefme du feu eternel de
l’enfer, auquel il les condamne : Pourquoy ne nous fera-il pas
permis de l’adoucir encore vn peu dauantage,pour les mettre
dans la gloire du Paradis?Il femble bien qu’en cela vous vous
éloignez moins que nous de la penfée de ce Pere: mais an
fonds il eft vray que nous approchons de ion fentiment plus
que vous-mefmes. Car il afteure qu’il n’y a point d’eftat miftrm. 14. toyen entre les félicitez du Paradis, & les flammes de l’enfer,
de Kerb. & qUe g vous ne mettez pas ces petits enfans dans le feu eternel, il faut neceffairement les admettre aux ioyes du Royau­
me des Cieux.
Apprenez donc que l’opinion de deux oudetroisDodeursnefaitpasia creance de l’Eglife en tout temps 5 &fî
vous voulez remonter iufques dans les premiers fiecles, vous
trouuerez qu’il n’en eftoit pas ainfi au commencement. Si
l’Eglife primitiue euft creu que leBaptefme eftoit abfôlument
üeceffaire au falut des enfans : Pourquoy auroit - elle fi long-

quinzième Reftonfc,

temps approuué la coufturne de ceux qui differoîent de leur
donner le Baptefme iufqu’àce qu’ils euflent atteint l’aage de
difcretion, pour rendre raifon de leur foy ? Pourquoy auroitelle eftably certains iours de l’année, pour adminiftrer ce Sa­
crement j comme le iour de Pafques, & celuy de Pentecofte:
puis qu’il n’y auoit point de raifô fi importâte pour maintenir
cét eftabliflement, comme eftoit le falut des ames pour l’a­
bolir ?
Pourquoy Saind Cyprien, Saind Grégoire, S. Chry­
foftome, auroient-ils déclamé long temps après contre cette
coufturne, fi elle n’cuft pas efté long temps auparauant en
vfage? Et pourquoy n’ont-ils allégué la neceffité abfoluë du
Baptefme pour le lalut, afin d’abolir cette coufturne,mais
feulement la neceffité du precepte pour le faire obferuer ?
Pourquoy Tertullien diroit-il que le delay du Baptefme T*'**^*
eft vtile aux petits enfans à caufe de l’aage, afin qu’ils puiftent £aPf-c^P
connoiftre Chrift auant que d’eftre faits Chreftiens ?
l8,

Pourquoy Saind Grégoire de Nazianze confeilleroit-il ~
.
de dilayer l’adminiftration du Baptefme aux enfans, iufques
à l’aage de trois ans, afin de leur donner quelque teinture des ,rat. 44.
myfteres de la foy?
Pourquoy enfin Saind Ambroife auroit-il fouffért que
l’Empereur Theodoze euft fi long temps différé à receuoir le Socr.l.f,
Baptefme, s’il l’euft iugé abfolument neceffaire à falut? Luy Htf.Ec*
qui repouffa Theodoze auec tant de zcle, quand il fe prefenta cltf*
à la Table du Seigneur en mauuais eftat, pour l’empefcher de
prendre fa condamnation: Ne l’auroit-il pas pouffé auec ar­
deur au lauement du Baptefme, pour le garentir du péril de la
damnation? Certes tout cela nous fait voir clairement que
les Anciens Peres n’ont pas eftimé que le Baptefme fuft ne­
ceffaire au falut des enfans, non plus que des adultes, par neceffité abfoluë de moyen, mais feulement par neceffité de
precepte j & que s’ils en ont recommandé & prefle l’obferuation auec tant d’inftance, ce n’a efté que pour faire ceffer le
mefpris qu’on faifoit de ce Sacrement, & de l’Ordonnance
Diuine.

.. Après toutes ces confiderations, fi Monfieur le Bache­
lier n’eft pas encore fatisfait, j’ad jeufteray trois raifons à touPPpppiij

854

Defenfe de U

tes les précédantes, pour luy faire voir queie ne parle pas fans
preuue: Car auffi, comme dit Saint Auguftin, nous délions
ad Hz d’autant plus parler en faueur des petits enfans, qu’ils.ne font
pas en eftat de parler pour eux-mefmes.

La première eft prife de l’Efcriture, & ie l’a réduis à cette
forme.
Ceux au[quels appartient le Royaume des Cieux , & dont le
Pere Celefle ne veut qu’aucun perijfe, ne laiflent pas defire
flauue^ quoy qu’ils meurentflans Baptefme.
Or le Royaume des Cieux appartient aux enfans efleus desfidè­
les , efl le Pere Celefle ne veut point qu’aucun d’eux perijfe.
Doncques les enfans desfideles ne laijflent pas d’efireJaiiuez^
quoy quils meurentfans Bapteflme.
La majeure eft fi éuidente quelle n’a pas befoin de preu­
ue ;& Maiftre Chiron n’oferoit la contefter, fi ce n’eft qu’il
vouluft bannir du Royaume des Cieux ceux qui en font les
heritiers légitimés,& faire périr ceux que Dieu veutfauuer.
La mineure eft formellement contenue dans les déclarations
quelefus-Chriftfaitenl’Euangile. La conclufion cft noftre
Article de Foy.

La fécondé raifon eft prife des Peres, & ic l’a mets dans
Cctteforme d’Argument.
Ceux-là feulement font exclus du falut qui font priuez dit
Bapteflme par leur mefpris, çfl non par neceflsité.
Or les enfans mouransfans Bapteflme nefont pas priuez ds cc
Sacrement par leur mefpris, mats par neceflité.
Doncques les enfans desfdeles nefontpas exclus du falutpour
mourirflans Bapteflme.
La majeure de ce raifonnement eft expreffement des PeBermrd. res> Çar COmme ils ont dit que ce n’eft pas la priuation du Sacrement, qui damne les perfonnes, mais le mefpris qu’elles
en font: Auffi ont-ils affeuré que le Sacrement du Baptefine
hb. 4. de s’accomplitinuifiblementlors qu’on en eft exclus, non par
35^’ c. mefpris de la Religion, mais par vn cas de neceffité. La mi24.
ncure ne peut eftre niée que par ceux qui voudroient accufer
de péché aéluel les petits enfans, qui n’ont que le péché d’o-,
rigine. La conclufion eft donc inconteftable.

La troifiéme raifon que i’ay produite, ie la tire des eferits

quinziéme Rejponjc,

8$$

de Monfieur le Bachelier: Car luy-mefme qui combat la ve:
rite, me fournit des armes pour la deffendre.
Ceux defquels Dieu efi le Dieu nefontpas damnez.
Or Dieu efi le Dieu des enfans efleus des fideles encore qu'ils
meurentfans Baptefme.
Doncques les enfans efleus des fideles encore quils meurent
fans Baptefme , nefont pas damnez.
La majeure ne peut eftre conteftée par le Bachelier > fi ce
n’eft qu’il vueillc faire la rétractation de ce qu’il a dit luyme: Car dans la répliqué à la fixiéme refponfe, il explique
ainfi ces paroles delcfus-Cirift. Dieu riefi pas le Dieu des mortsz page 6l
c’eft à dire des damnez. La mineure eft formellement de
l’Efcriture : car Dieu fait cette promeffe à tous les fideles en
la perfonne d’Abraham le Pere des croyans. leferay ton Dieu^
& de ta postérité',&Y un nc peut pas douter que les enfans des
fideles ne foient la pofterité des fideles. On peut donc dire
fuiuant charité auec vérité, que Dieu eft leur Dieu, & que par
confequent ils ne font pas damnez. Ne vous priuez donc pas
vous mefmes de cette douce confolation que Dieu vous pre­
fente dans fa parole; car à 'vous & à "Vos enfans efifaite la promeffe^
entrez dans l'Alliance dc fa Grâce, & vous y attirerez vos en­
fans auec vous : puis que Dieu eftend fa mifericorde en mille
générations enuers ceux qui le craignent. Cependant ne
mefprifezpasle Sacrement de fa Grâce, & leSçeaudefon
Alliance ; faites ce qui eft de voftre deuoir pour obeïr à fon
Ordonnance; & fi après auoir fait tout ce qu’il vous a efté
poffible pour cela, vos enfans fe trouuent par quelque mal­
heur priuez du Sacrement du Baptefme, fçaehez qu’ils ne fe­
ront pas pour cela priuez de fon amour; que voftre impuiffance ne*mettrapas des bornes à fon pouuoir, que fa grâce
leur fuffira dans la neceffité, & qu’il accomplira fa vertu pour
leur falut en vos foibleftes.

SEIZIESME DEMANDE
du ^(iffionnaire.

V il fe peut lire qu’il n’y a que les Pafteurs feulement
qui peuuent Baptifer, & que le Baptefme adminiftré
par celuy qui n’a point de vocation eft du tout nul,
comme ils difent au chapitre onzième de leur Dxfcipline, ar­
ticle premier.

O

a la fèi^iéme demande,
E joins cette demande auec la precedente, parce qu’elle
en eft vne fuite: car comme l’opinion de la neceflité abfolue de ce Sacrement a porté quelques Cafuïftes de l’Eglile
Romaine à dire qu’il eft permis de baptifer auec autre matière
qu’auec de l’eau naturelle, en cas de neceflité ; d’autres à foûtenir qu’il vaudroit mieux iettervn enfant qui fe meurt dans
^Sellarm VU Pu“s Pour haptifer, que de le laifter mourir fans Baptek
deSacri me : aufli la mefme creance a porté tous fes Dodeurs à per£apt,i.i' mettre à toutes fortes de perfonnes de donner le Baptefme en
7* cas de neceflité, fbient-ils hommes ou femmes, Chreftiens,

I

Iuifs,ou Payens,

Et certes, pofé cefondement, que le Baptefme eft abfolument neceflaire à làhjt. : il femble que ce feroit vneinno­
te cruauté de hafter la mort des corps, pour ne laifter pas pé­
rir les âmes; vne licence bien excufable de fe feruirde toute
eau & de toute liqueur , pour les lauer d’vn crime qui les rend
abominablesdeuantDieu; enfin vne liberté qui poureftre
generale, ne laifferoit pas d’eftre vtile, fi toutes fortes de per­
fonnes pouuoientfuppléer au deffaut d’vn Preftre, pour ba­
ptifer en cas de beloin. Mais puis que le Baptefme, comme
nous auons veu, n’eft pas neceflaire iufqu’à ce poinét, & que

.................
ce

Jèt^téme Refponfe. ■_ fpriuation qui damne les perfonnes qui
cnfontpriuées, mais le mefpris quelles en font; il faut que
toutes ces raifons apparentes ceftent, pour faire place aux vé­
ritables.
ce n’eft pas fa fimple

Nous difons done qu’il n’y a que les Pafteurs, c’eft à dire
ceux qui font appelle? pour prefeher l’Euangile, qui puifTec
légitimement baptifer, & inférons de là que le Baptefme admimftrépar celuy qui n’a point de vocation, eft du tout nul.
Quant à la première propofition, elle eft fondée fur l’Efcriture Sainde. Car W, dit Saind Paul, ne s'attribue cét honneur
mais celuy qui eft appelle de Dieu comme Aaron.
Il eft vray que l’Apoftre en cét endroit parle du Souue­
rain Sacrificateur de l’Ancienne Loy, qui nc deuoit pas s’in­
gérer en cette Charge, mais attendre fa vocation, comme
.
Aaron attendit que Dieu l’euft appellé par Moïfe: mais il fait 9 2 •
application de cét appel à la vocation de Iefus-Chrift, lequel feyr ç.
pareillement, dit il, ne seft point glorifiéfoy-mefme, mais celuy ia
5,
glorifié.) qui luy a dit ; Tu es Sacrijicateur éternellement. D’où nous
tirons cette confequence, que fi Iefus-Chrift n’eft pas vou­
lu venir au monde pour eftre la lumière du monde, fans eftre
enuoyé du Pere, ny entrer en la fondion de la Charge pour
laquelle ileftoit venu, fans auoir fait connoiftre fa vocation
auxhommesparlavoixdu Pere, par l’apparition du Saind 17. * ‘
Efprit, par l’accompliftemcnt des Efcritures : à plus forte rai- lkc.^.25,
fon nul des hommes ne doit s’ingérer de luy-mefme à pref­
eher la parole, ou adminiftrer les Sacremens, fans eftre appellé.
Cette Sentence de l’Apoftre, dit vn de vos célébrés Do- Arnaud
deurs, eft aulfi inébranlable, & aulfi immobile que I’Eglife dcJaFrC:
mefme, comme en eftant le fondement, fans qu’aucune in- Suentc f
terpretation humaine puifte iamais l’alterer, ny la corrompre.
/ .
p. c. 31.
Suiuant cette maxime inébranlable-, ie dis que comme
ceux qui n’ont point la charge de Pafteurs en I’Eglife, n’y
peuuent legitimemet prétendre fans vocation : qu aulfi ceux
<jui n ont point de vocation, n’en peuuent faire les ades làns
témérité : Or cette Charge oblige à deux chofes, à prefeher
- a Wulçrer les Sacremens. Prefchez^r Baptifte^ dit Iefus- >w/2S.31

QQ^qq

85$

_

Deffenfe

U
Chrift, montrait par cette vnion de la Prédication & du Ba­
ptefme , qu’il n’appartient de Baptifer, qu’à ceux qui font en­
uoyez pour prefeher.
Comme donc l’Apoftre dénie la puiffance de Prefeher à
0m, o ceux qui n’ont pas dc Miffion, difant ; Comment prefehera-on ,
’ fil nj en x quifoient enuoyez, ? Ainfi refufons-pous la puiffance
dc Baptifer à ceux qui n’ont pas de vocation j & difons com­
me luy , comment Baptifera on, s’il n’y en a qui foient appel­

iez ?
Que fi Cette feule raifon eft fuffifànte pour ofter lepoffnoir de Baptifer aux hommes qui ne font pas Pafteurs : Elle
«ft encore plus puiftante, pour ne le donner pas aux femmes :
car ç’a efté autrefois vne Herefie de Marcion, lequel au rap­
port de Sainél Epiphane, donnoit aux femmes Ja permiflion
jpptpkan. je d5nerieBaptefn-,e< En effetc’eftoitvnemocquericcom//«»■«/42. me dit ce Saind: Car l’Apoftre pour deffendre aux femmes
toute fonélion de Charge Ecclefiaftique, ne leur permet pas
i.Car.T4 feulernent feparler en l’Eglife pour enfeigner’. & quelle apparente y a-il de croire, dit Tertullien, que celuy qui n’a pasmeftoufiours permis à la femme d’apprendre, luy donnait le
pouuoir d’enfeigner & de baptifer ?
De dire là deffus comme dit le Cardinal Bellarmin, que
Tertullien après S ainél Paul, deffend à la femme de baptifer
fans befoin, mais non pas en cas de neceffité, en public,mais
non pas en particulier : c’eft vne évafion inutile. Car que di­
riez-vous d’vne femme qui entreprendroit de bénir en parti­
culier le Mariage des fiancez, d’offrir l’Abfolution aux penitens dans le cabinet, de porter la Communion aux malades,
& l’Extrême-Onélion aux agonifans dans les maifons parti­
culières ? Ne la condamneriez-vous pas dinfolence & de té­
mérité ? Et pourquoy cela, finon parce que ce font des Sacre­
mens de l’Eglife, qui ne peuuent eftre adminiftrez quç par
les Preftres ordonnez à cét Office ? C’eft le mefme iugement;
que nous faifons de celles qui entreprennent de Baptifer.
Mais ces autres Sacremens, direz vous, ne font pasneceffaires à falut, comme celuy du Baptefme; ainfi il eft def­
fendu aux femmes d’adminiftrer ceux-là dont on fe peut paf­
fer , mais il leur doit eftre permis de conférer celuy-cy en cas

feiziéme Refponfe,

839

de befoin, parce que lans dire baptifc fon nc peut cftre fau­

ué. Mais ie dis moy que le Mariage eft neceftaire au falut de
ceux qui n’ont pas le don de continence : car il va* mieux fe i.Çtr.j.
marier que brufler ; que l’Euchariftie a pafte pour neceftaire MM»t.
mefine aux petits enfans tdans l’Eglife, pendant fix fiecles; >» '/oh.6,
&c que la Penitence l’eft encore plus aux adultes : câr pour eai37*
ter l’ire avenir , tl faut faire des œuures de penitence, dit S.Ieàn
Baptifte; l’on ne peut obtenir la remifsion des pechez fans fe c
*
repentir, & il n’y a point de péché qui foit irremifsible, que
celuy dont on nc fe repent iamais.
Mais quand cela ne feroit pas, quoy faut-il moins hono­
rer le Baptefme, parce qu’il eft plus neceftaire $ & faut-il per­
mettre qu’il loit adminiftré par des mains & des bouches
moins facrées, parce qu’il eft plus faind & plus diuin ? Certes
il ne faut point fe couurir du voile de la neceftité, pour autho­
rifer cette pratique,car la chofe la plus neceftaire c’eft d’obeix
à Dieu ;il n’y a point de neceftité qui nous doiue obliger de
de violer fes ordres, ny de prophaner les chofes Saindcs, &
fi en trauaillant à noftre lalut nous deuons tafeher de.mciner
les autres à la vie; il faut que ce foit toufiours en fuiuant le
chemin de la vérité.
Après cela,-Monfieur, fi vous admettez noftre propofi­
tion , qu'il n’y a que les Pafteurs qui puiftent légitimement
Baptifèr ; vous ne conteftcrez pas la confequence que nous
en auons tirée; à fçauoir que le Baptefme adminiftré par des
perfonnes qui n’ont point de vocation, eft nul, car ce qui eft
mal donné, nc peut eftre bien receu ; vn deffaut de formalité
dans la Iuftice, rend nulle toute vne procedure • vne acquifition eft mal faite, lors que la vente ou la donnation n’cft pas ,. .
légitime, & elle eft ccnfée telle, quand elle eft faite par des alonDoperfonnes qui n’ont point le pouuoir de donner ny de vendre; mino
&vnadefait par vn particulier n’a pas la mefme vertu que capj.:,t.
Celuy qui eft fait par vne main publique.
1 o.
Or dans Je Baptefme nous entrons en Alliance auec les
crfonnes de la Sainde Trinité, Dieu nous y ouure la porte
du Ciel,comme il fut ouuert à Iefus-Chrift en fon Baptefme; ’6il nous y donne la qualité de fes enfans, &le Ciel inefmc HtUyin
pour veritage, ôc nous y acheptons pour néant levin&le’M'w,C4<**

z ÇS/HH ij

ftefen/c deÏA^
laléf Je la grâce. Ce Contrad d’Alliance Je Grâce nefe
peut paffer par autre main que par celle Je fes Notaires ; cet­
te ouuerture, cette donnation, cét achapt, ne fe peut faire
que par l’entremife de fes Miniftresj& quand le Baptefme adminiftrépar vne femme, ou parvn homme qui n’a point de
vocation, feroit vray Baptefme, il ne laifferoit pas d’eftre nul,
parce qu’il n’eft pas fait félon les formes, & par des perfonnes
deftinées à cela.
Si la grâce de Dieu eftoit renfermée ou attachée à l’eau:
ou aux paroles du Baptcfme, quelque main qui verfaft cette
eau,quelque bouche qui pronôçaft ces paroles ,1e Sacrement
produiroitlemefmeeffetenfaueurde tous ceux qui lcreceuroiét; mais cette grâce ne fe déployé que félon la côuention
que Dieu a faite auec les homes. Or il ne promet d’accompa­
gner de fa grâce dans l’adminiftratiô du Baptefme, que ceux
aufquels il commande de l’adminiftrer; c’eft auec ceux-là
^AnÇenm qU’jj promet d’eftre en l’Office de Prefeher & deBaptifèr,aufquels il a fait ce commandement Prefchezdr Baptifé^'. Le Ba­
ptefme donc adminiftré par ceux à qui Iefus-Chrift n’a pas
commandé de Baptifer, n’eft pas accompagné de fa grâce, &
par confequent eft de nul effet.
Comme ils ne font pas authorifez du Prince, ils nedoi2 Cor uentPas e^re reÇeus de fes fujets:car nomJornmes Ambajfadeurs
ver^2Q pourChrift) dit l’Apoftre : Si des femmes ou des hommes par• * ticuliers entreprenoient vne Ambaffade pour le Roy, fans
auoir ordre exprès de fa Majefté pour porter vn traité de Paix •
aux ennemis, ou des Lettres de grâce à des fujets rebelles, ne
feroicnt-ilspasrejettezdesvns& des autres? Certes lapre-i
miere chofe que l’on demande à vn Ambaffadeur, c’eft qu’il
faffe voir les Patentes de fa Commiffion, afin que l’on puiffe
traiter auec luy en affeurance, & l’on veut voir le fàing & Ie
fçeau du Prince qui les enuoye, quelques agréables que foiét
les nouuelles qu’ils portent : &nous reccurons le Baptefme
de la main des hommes & des femmes, que nous fçauons n’e­
ftre pas appeliez ny enuoyez pour cela de Celuyqui cft IePrinierent.ri ce de l’EglifeïCcrtes fi autresfois Dieu pour marquer les faux
«yr/.ai» Prophètes, & les faire rejetter de fon peuple, fe contentoit

de dire qu’ils auoieqt couru fans qu’il les eût enuoyez, cettç

Jèi^iéme Re/ponfè,
8di
feule raifon nous doit luffire pour rejetter tous ceux qui pour
quelque confideration que ce foit, fe portent à conférer le
Baptefme, fans auoir receu vocation deDieu.

Répliqué du Catholique Romain.
E Seigneur Iefus nous dit dans l’Euangile, que les hom­
mes n’ôt pas accouftumé de ioindre la vieille eftoffe auec
la neufuc, à caufe que l’vne eftant mince & vfée, & l’au­
tre rude Scépaifie, la rupture feroit plus grande & plusdangereufe. Cependant le Miniftre veut joindre deux refponfes
non differentes & difl'emblablcs-.mais aufli tout à fait contrai­
res. Car dans la refponfe précédante il afteure que les petits
enfans n’ont pas befoin du Baptefme, parce qu’ils font fandifiez par la foy de leurs parens. Icy il veut que par le Baptefme nous obtenions la qualité d’enfans de Dieu, le laid & le
vin de la grâce, & enfin l’heritage Celefte. Donc fuiuant
Afimont le Baptefme fandifié, & ne fàndifie pas. Donc c’eft
vn moyen pour acquérir l’heritage Celefte, & ce n’eft pas vn
moyen pour obtenir le falut. Que direz-vous à cela,Monfieur
le Miniftre, où auez vous appris à joindre & àfouftenir deux
propofitions contradidoires ? Eft-ce dans la topique d’Ariftote? Sans doute auffi tous vos difeours n’ont point d’autre
fondement, comme nous auons veu iufques icy. Vous citez
au commencement de voftre difeours les Cafuiftes, l’opinion
particulieredefquelsn’eftpasdcfortgrand poids en matière
de foy. En forte que quoy que difent ceux qui s’efeartent du
fentiment commun des Dodeurs, nous nous en tenons im­
muablement à ce qui a efté définy par le Concile de Floren­
ce & de Trente, à fçauoir, que l’eau pure & naturelle eftla
matjere de ce Sacrement. C’eft là noftre dodrine, laquelle
fans doute vous n’oferiez attaquer, n’en parlons donc plus.
Mais voyons dc quelle forte le Miniftre répond àladeH'ïodc du Miflionnaire. Surquoy vous remarquerez s’il vous
plaift,qu'il s’engage à prouuer deux chofes. La première
qu tl n y a que les Pafteurs qui puiflent Baptifer, la fécondé,

L

&<\qqqiij

gé'î

Defenfe de la

que le Baptefme adminiftré par celuy qui n’a point de voca­
tion eft du tout nul. Or comment prouue-il ce premier point
de Dodrine? Eft-ce par lEfcriture, laquelle fuiuant Daillé
& tous les autres Miniftres, eft feule rcigle de vérité, nulle­
ment. Mais en tirant des confequences capticufes, pleines
de fraude & de tromperie, & répétant par deux fois vn mefme
Argument. Si Iefus Chrift, dit-il, n’eft pas venu au monde
fans eftre enuoyé du Pere, ny entré dans la fondion defa
Charge fans auoir fait connoiftre fa vocation aux hommes
parla voix du Pere, par l’apparition du Saind Efprit, & par
l’accompliffement des Efcritures : A plus forte railon, nul
des hommes ne doit s’ingérer en l’Office de Pafteur, ny auffi
en faire les Ades, comme de Prefeher,adminiftrer le Baptef­
me, & autres Sacremens, fans eftre appellé. Voila vnbon
Argument, lequel au lieu de nuire à la Religion Catholique,
renuerfe toute la Religion des Huguenots. Car s’il faut qu’vn
vrayPafteur & qu’vn home qui en exerce validemét lesAdes,
foit comme Iefus-Chrift, enuoyé & appellé de Dieu auec des
preuuestres-fortes,pour faire connoiftre fa vocation, foie
par les voix Celeftes, foit par l’apparition du Saind Efprit,
loit par l’accomplifTcment des Efcritures, ou par quelque au­
tre grand miracle : Cornent pourront-ils fouftenir que Pierre
le Clerc, Cardeur de laine, 8c lean Riuierc, ditlc Mafïon,ont
efté vrais Pafteurs, & qu’ils en ont validement exercé toutes
les fondions $ Où eft la vocation de ces deux grands hom­
mes? Quelles preuues ont-ils donné? Où font les apparitions,
les voix Celeftes 8c les miracles. ' Que fi ceux-là qui ont efté
les premiers Miniftres de France ne font pas vrais Pafteurs ,
ny n’en ont exercé validement aucune fondion: comment
les Miniftres de ce temps, qui font les fucceffeurs de ccs deux
impofteurs,pcuuét-ils s’attribuer la dignité de vrais Pafteurs,
ny en faire les Ades? Si les premiers fe font introduits par
eux-mefmes, fans cftre enuoyez, s’ils n’ont pû pratiqueraucune fondion Paftoralc : fans doute Afimont & tous les au­
tres Miniftres qui leur fuccedent, ne doiuent prétendre a
exercer aucun Miniftere dans l’Eglife deDieu, eftans auffi
bien des intrus comme leurs predeceffeurs. D ailleurs s’il
lâut auoir vocation pour prefeher la parole de Dieu, 8c pour

t

Refîorife,

Baptifèr les petits enfans: Pourquoy difènt-ils en leur Con­
feffion de foy article 18. que l’efficace du Baptefme ne dépéd
de celuy qui l’adminiftre ? Pourquoy enfeignét-ils que la fubftançc du Baptefme demeure dans la Papauté, où fouuent les
laïques, voire mefme les femmes Baptifent ? Pourquoy fontils prelcher leurs Propofàns trois dimanches auant que d’a­
uoir receu la Miffion par l’impofition des mains? Pourquoy
fouffrent-ils que les Laïques, en i’abfence des Miniftres, ex­
hortent par l Efcriture les malades qui meurent. Il faut donc
que fuiuant cela, ou que vous renonciez à voftre opinion,qui
dit qu’il n’y a que les Pafteurs qui puiftent Baptifèr, ou bien
que vous quittiez la Charge de Miniftre, & que vous don­
niez le démenty à vos Articles de Foy, Sc à la pratique de vos
Eglifes, puis que vous n’auez ny vocation ny miffion, ny au­
cune Jurifdidion fur le peuple de Dieu. Voyez à quelle ex­
trémité vos Argumens vous conduifent. C’eft pourquoy
fouffrez qu’on vous inftruife, & qu’on vous montre claire­
ment , & par lEfcriture, & parles Peres, que dans vne necef­
fité vrgente toute perfonne peut validement adminiftrer le
Baptefme.
>
>
Par lEfcriture, car nous lifons aux Ades des Apoftres,
chap. 9. qu’Ananias, qui n’eftoit ny Preftre, ny Diacre, rem­
plit Saul du Saind Efprit, par le moyen du Baptefme. Voila
vn exemple tout formel. De plus, nous liions en l’Exode
ehap.4.qucScphora femme] de Moyfe coupa leprepuce à
fon fils auec vn caillou aigu i& au fécond des Machabées, il
cft dit, que deux femmes luifues furent accufécs deuant les
Payens, d’auoir circoncis leurs enfans. Or la Circoncifion
eftoit en ce temps là figure du Baptefme. Ainfi il n’y a pas
plus d’inconuenient que le Baptefme, qui n’eft pas moins ne­
ceftaire aux enfans fous la Nouuelle Loy,que la Circoncifion
à ceux de f Ancienne, foit adminiftré par des Laïques, & par
des perfonnes qui n’ont pas la dignité de Pafteur. Après l’Ef­
criture montrons cette vérité par les Peres, le tefinoignage
defquels eft bien d’autre importance que toutes les raifons
Miniftralles. Tertullien fera le premier tefmoin, lequel au
liurc du Baptcfme chap. 17. dit, que le Diacre doit deferer au Pre-

j ^i&le Presire a rEuefque yficenefi en cas de necefsité , auquel le

Sd”4

Üefenje de U
Laïque a droit de Baptifer^ & s’il le refufe9 l’enfant venant à mourir*
il eft coupable de la perte d’Vn homme. Saind: Hierofme au Dia­
logue contre les Lucifcriens chap. 4. affeure la mefme chofe,
difant, quefans le commandement de l'Euefque, ny le Preflre * ny le
Diacre n ont droit d: Baptifer : ce que toutesfois nousfçauons eftrefou­
uent permis en cas de necefsité aux perfonnes Laïques. Voila des au­
thoritez manifeftes qui font fans répliqué, & aufquelles vous
ne pouuez rien oppofer fans vous deftruire. Car de faire des
objedions contre cette Dodrine, c’eft proprement rejetter
voftre Confeffion de Foy, voftre Difcipline, & voftre façon
d’agir, ainfi que nous auons montré, c’eft donner le démen­
tir à toute la pratique de l’Ancienne Eglife; c’eft enfin vous
ruiner par vous-mefmes. Cela eftant hors de doute, vous fai­
tes donc tres-mal de nous oppofer que Marcion l’Heretique a
efté condamné par Saind Epiphane : d’autant qu’il difoit
eftre permis aux femmes de donner le Baptefme. Certes vous
deuiez des premiers refpondre à cette difficulté, auffi n’eftelle pas fort mal-aifée à refoudre: puis que vous aduouëz vous
mefmes que Bellarmin appuyé du Concile de Carthage, 3
défia refpondu, difant : qu’il efioit de vray deffendu à la fem­
me de Baptifer en public, & mefme en particulier, fans ne­
ceffité ; mais qu’il ne luy eftoit pas deffendu de Baptifer dans
la neceffité vrgente, & au deffaut d’homme Ecclefiaftique.
Et il ne fert de rien de nous objeéter fur ce poinét, que
n’eftant pas permis à la femme de bénir les Nopces en parti­
culier, de donner l’Abfolution aux penitens, de porter la
Communion aux malades,d’adminiftrer rExtrcme-Onétion
aux agonizans, qu’il n’eft pas auffi permis à la femme de Ba­
ptifer en particulier. Car outre que ces façons d'argumenter
font fouuent fauffes dans la Théologie, ôeinfuffifantes pour
fonder vn Article de Foy ; il y a encore vne grande différen­
ce , parce que tous les Sacremens dénommez ne font pas abfolument neceffaires à falut, & fe peuuent fuppléer en plu­
fieurs maniérés: aulieuque le Baptefme eflabfolument ne­
ceffaire aux petits enfans, comme nous auons défia dit, &
ne peut eftre fuppleé par aucune aétion intérieure: puifque
ces petites Ames en font incapables. Après cette refponfe
pouuez-vous répliquer auec vérité, que le Mariage, la Peni­

tence, «

Jei^iéme Refponfe.

$65

tencc, la Communion, I’Extreme Ondion, font auffi neccffaires que le Baptefme, vous qui rejettez la plufpart de ces
adibnsMyfterieufes du nombre des Sacremens,vous qui n’a­
uez point d’Elcriture, & qui parlez toufiours par cœur? le
fpy bien qu’on lift dans l’Efcriture, qu*// vaut mieux fe marier
maisie fpy bien aufli que l’Efcriturc nc dit pas,
que le Mariage eft vn moyen neceffaire pour fe fauuer: puis
que l’Apoftre Saind Paul enfeigne en la mefme Epître, que
celuy qui m marie pasfa vierge fait mieux que celuy qut la marie le
fpy auffi que quelqucsGrecs ont adminiftré l’Euchariftie aux
petits enfans, fondez fur la fauffe intelligence d’vn paffage
de Saind Denis, qui dir, qu il faut donner la facrée Commu­
nion aux Baptifez, ce qui s’entend des Adultes, & non pas
des enfans : mais ie ne trouue point que cette pratique aye ia­
mais efté receué en I’Eglife Vniuerfelle. le lis encore dans
1 Euangile, que pour éuiter Pire de Dieu à venir, il faut faire
des œuures de penitence : mais ie ne trouue point que l'Abfolution Sacramentelle foit fi neceffaire qu’on ne l’a puiffe
fuppléer en aucune maniéré. Tant-y a que tous les Sacremés
dénommez nc font pas neceffaires de neceflité de moyen:
puis qu’on les peut fuppléer par des adions intérieures de Foy
& de charité: Mais comment peut on fuppléer au Baptefme
d’vn petit enfant, incapable de raifon & de connoiffance, in­
capable par confequent de faire vn ade de foy & de charité.
De dire que fi on permet que les Laïques Baptifcnt, c’eft prophaner vn Sacrement, & violer les ordres Diuins; certes ce
font des paroles fort vaines,& indignes d’vn homme qni tient
que la Sainde Efcriture eft reigle de toute vérité. C’eft pour­
quoy s’il veut traiter auec nous, qu’il parle auec I’Ef riture, &
qu’il nous paye en bon argent : car iufques icy il n’a rien fait
qui vaille. De là vient que nous concilions qu’il eft faux,qu’il
n y aye que les Pafteurs feulement qui peuuent Baptifer : puis
que nous auons fait voir par l’Efcriture, par les Peres, & mef­
me par la creance des Religionnaires, qu’ily en auoit beau­
coup d autres qui dans l’vrgente neceflité popuoient adminiter ce Sacrement: puis que nous auons montré la foibleffe

^.J^ncra<lidionqui fe trouuoit dans tous les difcours du
RRrrr

§65

Üefenfe de Ia
Or fi Cette première propofition n’eft pas vrayé, quede-

oicndra la fécondé, qui n’eft qu’vne confequence & vne fuite
de l’autre ? S’il cft faux, qu’il n’y ait que les Pafteurs qui puiffcnt Baptifèr, comment pourra-on fouftenir que le Baptcfme
adminiftré par celuy qui n’a point de vocatiô, eft du tout nul ?
On peut bien tirer le menfonge d’vne propofition véritable:
mais on ne fçauroit tirer la vérité d’vne propofition qui eft
faulfe. D’ailleurs fi cela auoit lieu, il faudroit dire que le Ba­
ptefme de leurs premiers Miniftres, & de tous les autres, qui
alors entrèrent en leur party eftoit nul: parce qu’ils furent Baptifez dans l’Eglife Romaine, & peut-eftre de la main de
quelque Laïque dans l’Eglife Romaine, qui n’eftoit pas
I'Eglilè de Dieu félon Caluin, qui n’auoit aucune jurifdiéliô
ny vocation, félon leur Difcipline Ecclefiaftique chap. 14. &
ailleurs. De plus cette doélrine eft oppofée au grand Sainét
Auguftin, au fentiment commun de l’Ancienne Eglife, & à
û pratique ordinaire. A Sainél Auguftin, car il enfeigne au
liure fécond contre Parmenian chap. 13. que quand le Laïque
adminiftré le Baptefme à quelqu'unfans neceftité) ily a du peché^mais
que le Baptefme eft 'valable )&ne doit eftré réitéré, eft fi c'eft ■ en cas
de neceftité) quil ny a aucun péché) ou s'il y en a) il nefi que veniel»
Elle eft oppofée au fentiment commun de l’Eglife Ancienne:
carie mefme Sainél Auguftin affeure en lEpitre à Fortuné,
quec’eftoitle fentiment commun de l’Eglilê de fôn temps,
qu’en ce danger extrême le Sacrement eftoit bon de quel
Layque qu’il fuft conféré, en I’abfence de ceux aufquels l’ad­
miniftration en appartient de droit ordinaire. De plus Sozomene & Ruffin, Pcrfonnages graues & dignes de foy, rap­
portent en l’Hiftoire Ecclefiaftique, que Sainél Alexandre
Euefque d’Alexandrie, iugea auec l’aduis de fon Clergé,que
le Baptefme adminiftré par Athanafe alors enfant, à d’autres
enfans fes compagnons fur le riuage de la mer,eftoit légitimé
& valable, ayant içeu qu’il auoit prononcé les paroles efféntielles à ce Sacrement, & verfé de l’eau fur eux auec l’inten­
tion de faire cc que l’Eglife fait en ces rencontres. Adjoutons
à cela l’authorité de Sainél Auguftin, que nous auons cité en
la feptiéme page de ce liure, & où il s’eft glifle quelque faute
çnl’imprcffion. Ce Doéteur enfeigne donc que lacpuftume.

$67

fehçiéme Refponfe,

dc nc Baptifer pas les Heretiques elt venue de la tradition des

Apoftres. Et partant le Baptefme des Heretiques, Baptifez
par d’autres Heretiques,le Baptefme de ceux qui n’ont ny vo.
cation, ny miffion, eft bon & valable j félon la tradition des
Apoftres. Après de fi illuftres tefinoins, & des raifons fi éuidentes, deuons-nous faire cas du babil du Miniftre , qui pré­
féré fon iugement, appuyé fur des métaphores & des comparaifons qui ne font qu’vn ornement de langage, au iugement
de l’Eglife Ancienne, au tefmoignage des Sainéts Doéleurs,
& à des raifons éuidentes & démonftratiues ? Aurons nous
egard à luy,quand il dit que le Baptefme eft vn aétc de iuftice,
vne procedure, vne vente, vn contraél, vne alliance, vne ambalfade,&autres chofes femblablcs^& que c®mmc vn aéto
de iuftice qui manque d’vne formalite, vne vente qui eft faite
par celuy qui n’a point le pouuoir de vëdre, eft nulle, & qu’vn
contraél & vne alliance publique eftant faite par vne perfon­
ne particulière eft nulle, qu’vne Ambaffade faite fans Lettres
Patentes eft nullle, qu’aufli le Baptefme fait fans vocation eft
nul, c’eft à dire inutile ? Aurons-nous donc égard à des comparaifons, à des exemples, pris de la Morale, & de la Politi­
que, à des figures de Rhétorique, qui font fans Efcriture &
fans demonllration ? Certes s’il eftoit permis de raifonner de
la forte, ictireroisdes confequences bien aduantageufes au
Miniftre : car ie me promets de faire voir par certe façon d’ar­
gumenter , qu’Afimont n’a iamais prefehé l’Euangilc : &
voicy comment. Vn Prédicateur de l’Euangile eft vne Trom­
pette de vérité, vn Ambalfadeur Celefte, vn Soleil Spirituel,
vn Flambeau lumineux, & vn bon Arbre. Or vne Trompet­
te de vérité nc publie iamais le menlonge, & Afimont eft fu­
jet a mentir bien fouuentjvn Ambalfadeur Celefte doit montr cr fes Patentes, qui font les Miracles, & Afimont ny aucun
Miniftre ne fait de miracles ; le Soleil éclaire tout le monde ,
& Afimont n’éclaire pas feulement Bergerac ; vn flambeau le
perd & s anéantit en illuminant les autres, & Afimonts’engraiflé enenlèignantla vanité de lès penfées j vn bon arbre
pr oduit de bon fruiél,& Afimont ne produit que des mauuaics œuuresjtranfgrefl'ant fans fin & fans celfe les Commandcwensde Dieu, efta*nt inutile à tout bien, & enclin à mal faire.
RRrxr ij

85 8

'Defenfe delà,

Donc Afimont n’eftant ny Trompette de vérité, nyAmbaFfadeur Celefte, ny Soleil fpirituel, ny Flambeau lumineux,
ny bon Arbre, il n’eft pas aufli Prédicateur de l’Euangile.
Voyez donc, Monfieur, fi cette conclufion vous agrée, la vo­
ftre cft fur cette mefme forme ? Que fi vous dites que la ma­
jeure & la mineure font faufles, ie diray le mefme de voftre
Syllogifme. Si vous alléguez Ieretnie reprochant aux faux
Prophètes, qu’ils ont couru fans qu’il les euft enuoyez, vous
parlez contre vous-mefme, & vous ne dites rien à propos, car
la queftion n’eft pas de quelque Prophétie: mais d’vn Sacre­
ment abfolument neceffaire aux petits enfans, qui font à l’extremité de leur vie, la queftion eft, fi le Baptefme adminiftré
par la main d’vn Laïqu^eft valable, ou non. Apportez-donc
l’Efcriture là-deflus, ou demeurez déformais dans vn eternel
filence.

Deffenfe du Catholique Reformé,
,

Iefus-Chrift a dit auec raifon, que nul nemet\>nepiecedc
f1 * $ ^}drap neuf* vn vieil veftement-.dlautant que ce qui efl mes pour
remplir emporte du veftement, & que la rompure en est pire î
Auffi Sainft Auguftin a dit auec vérité fur ce lieu, que l’homSa me charnel ne comprend point les chofes fpirituelles : parce
de ttmp. que la chair eft la vieilleffe,&que la grâce eft la nouueauté.
Monfieurle Bachelier eftant temerairement enflé du fens de
fa chair, & deftitué de l’Efprit de Grâce, tombe dans ce def­
faut d’intelligence fur le fujet du Baptefme, & touchant le
Miniftre de ce Sacrement. Il luy femble voir des combats
reels dans mes paroles, quand il y void des contradictions ap­
parentes, que fon foible efprit ne peut pas accorder : parce
qu’il n’cn defcouure pas les diuers égards. Si je luy auoisfaic
cette objeftion fur cette mefme matière, que nous traitons.
Le Preftre légitimement appellé eft ordonné de Dieu pour
adminiftrer le Baptefine ; & cependant vous permettez aux
Laïques, & mefme aux femmes de Baptifer : doncques le

»

rejponfc.

869

Preftre eft le Miniftre de ce Sacrement , & ne l’eft pas. Sans
doute il auroit bien fçeu refpondre, qu’il n’y a point en cela
de contradidion : d’autant quele Preftre eftle Miniftre ordi­
naire du Baptefme dans les lieux où ilfe trouué; & que les
femmes & les laïques font les Miniftres extraordinaires de ce
Sacrement dans les cas de neceffité, où le Preftre ne fe peut
pas trouuer. C’eft la mefme refponfe qu’il deuoit attendre de
moy fur vne femblable objedion. Le Baptefme n’eft pas nc­
ceflaire par neceffité abfoluë de moyen aux petits enfans, qui
ne le peuuent pas receuoir, mais il eft neceffaire à tous ceux
qui le peuuent receuoir par neceffité de precepte. Doncque?
le Baptefme fandifie & ne fandifie pas ; donc c’eft vn moyen
pour obtenir l’heritage Celeftc, & n’cft pas vn moyen pour
obtenir le falut : l’vne & l’autre de ces propofitions fe vérifié
fans côtradidion. Le Baptefme fandifie ceux qui le peuuent
receuoir, comme vn inftrument de la grâce de Dieu;& ne
fandifie pas ceux qui ne le peuuent pas receuoir par vne impuiffance inuincible: mais la grâce de Dieu les fandifie im­
médiatement : car il en a fandifiez quelques-vns fans Baptef­
me dés le ventre de leur mere, comme le Bachelier luy-mef­
me le reconnoift. Doncques c’eft vn moyen ordinaire pour
obtenir le falut; & ce n’eft pas vn moyen pour l’obtenir dans
les cas extraordinaires, où l’on ne le peut receuoir : d’autant
que la grâce deDieu fuppleant au deffaut de ce moyen confé­
ré le falut par elle-mefme.
Ces propofitions ne font donc point contradidoires;
que dans l’elprit de ceux qui s’arreftent aux apparences, &
qui prennent des fenoménes pour des realitez. Mais la con­
tradidion fe trouué dans les paroles auffi bien que dansl’ef
prit de Maiftre Chiron: Car il dit en vn lieu que Dieu peut
fauuer les enfa'ns fans Baptefme ; & auffi-toft après il fouftient page *99
le contraire, & démolit luy-mefine ce qu’il a bafti, difant que
la grâce falutaire de Chrift ne fe peut appliquer aux enfans page 201
que par le Baptefinc. Cy-deuant il m’a demandé le tefmoignage
Scolaftiqucs Romains, & a remis à leur dire la décifion d’vne queftion auffi importante, à fçauoir fi c’eft la page 16»
creance de l’Eglife Romaine, que le Corps de Chrift eft fait
oc pain dans le Sacrement de l’Euchariftie; & maintenant

RRrrr iij

870

Defenfè delà

quand ie luy allégué vos directeurs de confçience fur la ma­
tière & le Miniftre du Sacrement du Baptefme, il rejette leur
opinion j comme eftans des Dodeurs particuliers, qui par­
lent contre le fentiment du Concile de Trente. C’eftainft
que s’accordent en leur langage ceux qui font animez de l’cf7 prit d’erreur, c’eft ainfi qu’eftoient d intelligence ces grands
Architectes, qui entreprirent de baftir la Tour de Babel.
S’il fegarentit fi mal de la contradiction, quand il nous
y veut faire tomber : il ne fe défend pas mieux contre la raifon
que i’ay prife de la neceffité de la vocation, pour faire voit
qu’il n’y a que ceux qui font appeliez, qui puiflent légitime­
ment adminiftrer le Baptefme, & mon raifonnement demeu­
re en fon entier dans cette forme.
Ceux qui ont droit de faire l'action des Miniftres de Chrift,
comme eft celle d'adminiftrer le Sacrement du Baptefme, doi~
uent eftre appeliez au Ministère.

Or lesfemmes, ny les laïques nefont point appelle^ au Mini~
ftere.
Doncques lesfemmes ny les Laïques n ont point le droit dad­
miniftrer le Baptefme, qui eft yne action des Miniftres de
Chrift.
La majeure de cét Argument eft de l’Efcriture : czx-nulm
' sattribué cét honneur, finon celuy qui eft appellé de Dieu. La mi­
neure eftaduoiiée de voftre Bachelier & receuë’detousvos
DoCteurs. La conclufion eft l’article de noftre Difcipline.
Auffi Maiftre Chiron fe trouué bien empefehé pour y ref­
pondre, & fait des efforts inutiles, pour inualider la premiè­
re propofition. Ce qu’il dit contre la vocation de nos Réfor­
mateurs eft hors de propos : car nous auons prouué cy-deuant
qu’ils ont efté appeliez de Dieu, pour faire l’œuure de Dieu;
&qu’encore qu’ils n’ayent fait autre miracle que celuy de la
conuerfion des cœurs par la prédication, cela fuffit pour con­
clurre que leur vocation eftoit extraordinaire & Diuine.
Ce qu’il adjoufte de noftrc Confeffion de Foy & de no-’
ftre pratique, n’eft point contraire à l’article de noftre Difci­
pline , ny fauorable à voftre fentiment. Car quand nous di­
fons que l’efficace du Baptefme ne dépend point de celuy qui
l’adminiftre : il eft éuident que cela s’entend dc celuy qui

feïfémt Refponfe.

871
l’adminiftre auec vocation : puis que celuy qui n’a point de
vocation ne peut adminiftrer vn vray Baptefme, quoy qu’il
cn fafte la Ceremonie extérieure. Quand nous difons que la
fubftance du Baptefme eft demeurée dans la Papauté: ce n’eft
pas au regard du Baptefme conféré par vne femme ou parvn
particulier : car nous tenons que tel Baptefme eft du tout
nul , & que ceux qui l’ont receu doiuent eftre introduits dans
I’Eglife de Dieu par le vray Baptefme: mais c’eft au regard du
Baptefme adminiftré par lesPreftres,au regard defquels com - d ‘ Poi\
nie il y a quelque trace d’Eglife parrny vous, aufli y refte- il en &jcr$,
ce point quelque marque de vocation. Quand nous faifons JS6o,
prefeher les Propofans par trois Dimâches auant qu’ils ayent
receu l’Impofîtiô des mains : c’eft parce qu’ils ont efté reccus
Pafteurs par la main d’aflociation dans l’Âflemblée du Syno­
de , qui leur a donné million & pouuoir de prefeher lEuangile auant que d’auoir receu l’impofition des mains, & d’admi­
niftrer les Sacremens apres qu’ils l’auront receué. Si nous
permettons aux particuliers d’exhorter par l’Efcriture les ma­
lades qui meurent en l’abfence des Miniftres : c’eft parce que
la rnelme Efcriture donne cette vocation à tous fideles de
s’cntre-fècourir dans les combats de cette vie, & dans l’ago­
nie de la mort, leur difant par Saind Paul, par<puoy confiez.-1. Thttf.
vous tvn l'autre par ces paroles.
4. x8.
La fécondé raifon que i’ay tirée des Peres pour prouuer
que les femmes n’ont point le droit de Baptifer, demeure aufli
en fa force contre les refponfes du Bachelier. Il approuue
celle du Cardinal Bellarmin: mais il la foûtient fort mal,
quand il nie que leMariage foit neceffaire au falut de ceux qui
n’ont pas le don de continence : Car puis qu’il eft ordonné
pour remedier au péché de l’incontinence, il èft éuident que
ceux qui n’ont pas ce don, ne peuuent fe fauuer fans fe marier;
& que s’ils refufent le remede, qui leur eft offert dans leMa­
riage, ils meurent dans leur péché, & par confequent dans la
damnation.
Il la deffend encore tres-mal, quand il nie que le Sacre­
ment de l Euchariftie ait efté tenu pour neceffaire au falut des
petits enfans dans I’Eglife durât plufteurs fieeles. Nous auons
pour témoin de cette vérité Hiftorique vn de vos Dodeurs,

-fôi

foeffenfe de là

gai fin qui entendoit mieuîi l’Hiftoire Ecclefiaftique que voftre Batentiafix chelier, à fçauoir du Iefuite Maldonat, qui témoigne clairement que cette opinion, que lEuchariftie eftoit neceftaire
mefme aux enfans, a efté en vogue l’efpace de prés de fix
cens ans ^ans f Eglife , Et ceux qui ont leu les Peres n’ont ia£uchari mais reuoqué en doute la vérité de ce tefmoignage. Leur
nia etia opinion n’eftoit pas fondée fur la fauffe intelligence d’vn pafinfantil? fagc de Sainél Denis, comme s’imagine Maiftre Chiron:
necejja majs fur vne mauuaife interprétation d’vn paftage de l’Efcriture, à fçauoir de ces paroles de Iefus-Chrift en Sainél lean,
c ^6
ver^he votts
fivotti ne wfypz c^atr
de
^ea6.^ ntei&nebeuue\fon]ang-i'VoMn aurez point vie en vous-mefmes.
isfuguft. Surquoyefeoutez Sainél Auguftin, qui parle non comme
de pecat. Doéleur expliquant fon fentiment, mais comme tefmoin démeritùç^ clarant la creance de TEglife*. Y a-il quelqu’vn, dit il, qui
remijf. I. ôfe
qUe cettc fentence ne regarde pas les petits enfans,&
i. c. 20. qU’jjs peuuent auoir vie en eux fans la participation du Corps
& du Sang de Iefus-Chrift? C’eft donc fauftement que vo­
ftre Bachelier nie que ç’ait efté la pratique de l’Eglife de don­
ner la Communion aux petits enfans. Mais c’eft auec vérité
que i’en tire cette confequéce, que fi les Anciens Peres n’ont
pas creu que les femmes ny les particuliers euffent droit d’ad­
miniftrer le Sacrement de l’Euchariftic, aux enfans nyaux
adultes, encore bien qu’ils creuftent qu’il eftoit neceftaire au
falut des vns & des autres : vous ne deuez pas non plus per­
mettre aux femmes ny aux particuliers d’adminiftrer le Sa­
crement du Baptefme aux petits enfans, quoy que vous leftimicz neceftaire pour les fauuer.
Que fi Maiftre Chiron dit fur cela qu’il doit eftre permis
aux femmes & aux laïques de Baptifèr les enfans; parce qu’ils
ne peuuent pas fuppléer par quelque aéle intérieur au deffaut
du Baptefme ; le dis par la mefme raifon qu’il doit eftre per­
mis aux femmes & aux particuliers de leur adminiftrer la
Communion : parce qu’ils ne peuuent point fuppléer au def­
faut de l’Euchariftie par aucun aéle de foy, qui eft pourtant
neceftaire à la participation falutaire de ce Sacrement.
Si vous dites que vous n’auez pas retenu la creance de
l’Ancienne Eglife touchant la neceftité de l’Euchariftie pour

feïQéme Refiânjê.

Q-fi

le falut des enfaris^Ie vous diray auffi qu’il ne faut pas retenir
la creance de Saind Auguftin touchant la neceffité duBa->
ptefmes& comme vos Dodeurs affeurent que les petits en- Tfom.
fans ont part à la grâce auant que de prendre l’Euchariftie, p- <7.75.
parce qu ils la défirent par l’intention dc 1 Eglife, & qu’ils
3*
croyent par fafoy: ainfi pouuons-nous dire que les enfans qui
font priuez du Baptefme, ne laiffent pas d’auoir part à la grâ­
ce : parce que les vœux dc l’Eglife fuppléent pour eux au def­
faut de ce Sacrement.
La troifiéme raifon que i’ay produire, fait voir que le Ba­
ptefme adminiftré par des perfonnes qui n’ont point de vocationeftnul: parce que ce Sacrement eft vn Contrad d Alliance, d’acquifition, & de donnation, qui requiert necefïàirement vne main publique pour le paffer, & des perfonnes lé­
gitimement ordonnées à cét Office. Surquoy Monfieur le
Bachelier au lieu dc répliquer fc contente dc dire que toutes
ees comparaifons ne font qu’vn babil dc Miniftre» & vn orne­
ment de langage^ C’eft ainfi que les Philofophes d’Athencs
traitoient Sajnét Paul de babillard, quand il leur annonçoit
17
des Myfteres que leur raifon charnelle ne pouuoit compren- 18.
dre. Mais fi c’eft vn babil, il eft tiré de 1 Efcriture & des Pe­
res , qui nous font entendre ces veritez, que Maiftre Chiron
tourne en rifée dc fi mauuaile grâce , que pour luy répliquer il
fuffit de dire, que cc font des railleries de Miffionnairc. Refpondonsàfes objedions, dans lefquelles il femble vouloir
faire le Théologien.
La première objedion qu’il forme, pour prouuer que les
Laïques & les femmes ont droit d’adminiftrer le Baptefme,
eft prife dc l'exemple dc l’Efcriture: mais il fuffit dc confide­
rer exadement cc que dit 1 Efcriture, pour renuerfer les confequéecs que le Bachelier en veut tirer. Pour l’exemple dAnanias, il eft vray qu’il n’eft pas dit dans le Liure des Ades,
qu’il fuft Preftre ny Diacre : mais il n’eft pas dit auffi qu’il Baptifa Saind Paul, n’y qu’il le remplit du Saind Efprit parle ^.p.17
moyen du Baptefme : mais feulement qu’il luy impofa les 1 •
mainsique foudain comme des écailles cheurent de fês yeux;
qu al inftant ilrecouura la veué •,& que puis après ilfeleua
& fut Baptifé: Si ce futpar Ananias ou par quelqu’autre,l’EfS S sss

Deffenfe de Ia
critürc nc l’exprime pas. Mais quand tien il feroit vray ce
que dit le Bachelier, qu’Ananias le Baptifa : qui luy a dit qu’il
n’auoit nulle vocation pource faire? Certes quand il nefe9. roit pas appellé Difciple du Seigneur: il fait afTez entendre à
10.
Saul qu’il a commiffion de Dieu pour cela, quand il luy dit,
9- Saul frere, le Seigneur àfçauoir Iefus, ma enuoyé^ afin que tu recou17*
ures la veuè^ drfois remply du Saincl Efprit ; ef maintenant que tar22 des-tu ? leue-toy, (f fù Baptisé^ & laué de tes peche^ en inuoquant
22< le Nom du Seigneur. Deforte que comme vn AnaniasSouuera*n Sacrificateur l’auoit enuoyé en Damas aucc lettres, pour
perfecuter les Chreftiens : ainfi la Prouidence de Dieu vou­
lût enuoyer vn autre Ananias Difciple du Seigneur, pour Je
faire Chreftien,en luy donnant le Baptefme.
Quantàl’exempledeSephora : je pourrois dire ceque
le Bachelier a dit fur vn autre fujet, qu’vn exemple particulier
ne fait pat vne reigle generale -, & adjoufter auec raifon, qu’il
faut viure par loy, & non point par exemple, lors que l’exem­
ple n’eft pas conforme à la loy. Mais i’aime mieux m’arrefter
à la confideration de ce qui eft dit touchant cette femme,
pour vous faire voir qu’à bien raifonner on n’en peut pas infe­
rer tout ce que veut le Bachelier, & qu’on cn peut induire
plus qu’il ne veut, pour ruïner fit confequence. le dis pre­
mièrement qu’on nc peut pas inféré r tout ce qu’il veut de cét
«xemple : car voicy comment il raifonne. Sephora femme
de Moyfe, qui eftoit Prophète, & Seruiteur en la Maifon de
Dieu, adminiftra la Çirconcifion à fon fils dansia neceflité;
doncques toutes les femmes ont droit d’adminiftrer le Ba­
ptcfme aux enfans en cas de befoin. Cela ne s’enfuit pas, mais
feulement que donc les femmes des Preftres & des hommes
Ecclefiafiiques peuuent baptifer leurs enfans en cas de necef­
fité. Or vous ne permettez pas aux femmes de fe marier auec
les Preftres : dôcques vous leur oftez le droit de baptifer leurs
enfans. le dis auffi que parvn bon raifonnement on peut in­
duire de cét exemple plus que Maiftre Chiron ne veut. Car
Sephora circoncit fon fils en prefence de Moïfe, c’eft à dire
d’vn grand Prophète, & d’vn Saint homme de Dieu. Si donc
il la faut imiter, il s’enfuit qu’il eft permis aux femmes de ba­
ptifer en prefence des Preftres,& des Euefques les plus faints»

3 74

i

fîfisme Refponfe.
Si donc vous condamneriez d’mlblcnce vne femme, qui entreprendroit cette adion deuant vn Preftre; c’eft le mefme
iugement que vous deuez porter de Sephora fur vne telle en­
treprife. D’ailleurs, voyez en quel eftat eftoit l’efprit d e cet­
te femme j quand elle appliqua la Circoncifion à fon fils. Elle
fait auec dépit cette fanglante Ceremonie; clic s’irrite contre
fon mary ;& le voyant en danger de mort, elle luy dit des oucrages,&l’appelle efpoux de fang,parce qu'il luy a falu rachcpter fa vie par le fang defon fils. Iugez de là fi Monfieur le
Bacheliern’apas grande raifon de vouloir fonder la pratique
de l’Eglife Romaine fur l’exemple d’vne femme irritée, qui
vfurpe l’Office d’vn Seruiteur dc Dieu dans les mouuemens
de fa colere. Autant en faut-il dire dc ces femmes Iuifucs qui
circoncirent leurs enfans : car elles nc firent qu’vne folie, en
imitant l’adion d’vne femme tranfportéc de fureur.
La fécondé objection du Bachelier eft tirée dc deux An­
ciens Dodeurs, à fçauoir de Tertullien & de Saind Hierof­
me , qui ont dit qu’il eft permis aux perfonnes Laïques de Ba­
ptifer en cas de neceffité. Mais pour vous faire voir que leur
opinion n’eft pas reccuable, ic vous prie d’en confiderer le
fondemét. La raifon qu ils alléguée de leur creance,eft celle- ftr[j
cy, d’autant que ce que quelqu’vn reçoit, il le peut donner de Bapt.cap
mefme. Or fi cela eft vray, tousles mariez qui ont receu la 17.
benedidionduMariagcdela bouche des Preftres, la pour- Hitr.dia
ront donner aux autres; les Adultes qui ont receu le Sacrecont*
ment de l’Euchariftic, auront auffi le droit dc dôner la Com- Lucif‘
munion;& il n’y aura point de Sacrement parmy vous, que
les particuliers ne puiflent conférer, ny de fondion Ecclefia- _
ftique, que les Preftres auront faite fur eux, qu’ils ne puiflent
exercer de mefme fur les autres: ce qui eft tout à fait éloigne
de voftre crean cc, & de la raifon. Si donc vous n’approuuczpas ce principe de Tertullien & de S. Hierofme : pourquoy
ferons-nous obligez de receuoir la confequence qu’ils en ont
tirée? Et fi vous auez droit de rejetter ce mauuais fondement,
pourquoy ne nous fera-il pas permis de condamner cc qu’ils
ont bafti deflus ? Certes c’eft ce que nous deuôs faire, fi nous
auons pour eux le refped qu’ils demandent; & s’écarter de
leur fentiment eu cét endroit, c’eft fuiure le confeil infaillible
S S s s s ij

Syif

Defenje de let

7ert.I.dc qu’ils nous donnent ailleurs, quand ils ont dit, que nulnè

vtr<[. re- pCUt donner de prefeription contre la vérité des Efcritures
W.
qUe fi qiidques-fois ils parlent fuiuant leur propre fens, cha?/Kr
cun 3 ^liberté de les reprendre.
°>r‘n '
La troifiéme obiedion que le Bachelier forme, pour
prouuer que le Baptcfme adminiftré par des particuliers, qui
iront point de vocation, eft valable, eft prife du tefmoigna­
ge de Saind Auguftin, & de quelques autres Anciens Do­
deurs. Mais il fnflit d’examiner leurs paroles, pour connoi­
ftre que voftre Bachelier n’en peut tirer aucun aduantage.
pour Saind Auguftin, il parle fi douteufement dans le pre­
mier tefmoignage, qu’on ne fçauroit fonder vn article de
f°y fof fos incertitudes ; & d’ailleurs il dit que de quelque fakb.i.cof, Çon qu’vn Laïque adminiftre le Baptefme il y. a du péché : à
fyifls’ar fçauoir vn grand péché s’il le fait fans neceffité : parce qu’il
men.c.i^ vfurpe l’Office d’autruy, & vn péché véniel5 fi la neceflité
prefte ; Sc qu’il ne fçait fi quelqu vu peut dire auec pieté, qu’il
le faille réitérer. Il eft donc dans 1 incertitude fl vn tel Baptefmç cft valable : mais il eft aisé de conclurre de fes propres pa*4 rôles, qu’il eft nul. Car fi ce qui eft fans foy eft péché, com7*5 ii in€ d*1 Saind Paul, fi fans la foy il eft impoffible de plaire à
’ Dieu, comme dit luy-mefme: Y a-il bien apparence que ce
qu’on fait auec doubte s’il y a peçhé ou non,puifle eftre agréa­
ble à Dieu ? Eft-il bien croyable qu’on puifte lauer les pechez
d’autruy en fefaliflant foy-mefme ;&que ta grâce Diuine fe
communique par vn ade de péché ? Certes fi cela eft , le per­
ché pourra pafler pour vne adion légitimé j il fera permis de
fairc du mal afin que bien cn aduienne, ôc d’approuuer ce qui
eft condamné de Dieu.
;
Quant au fecond tefmoignage que le Bachelier allégué
de ce mefme Pere, nous y auons refpondu cy-deuant pour ce
qui regarde la tradition Apoftolique. Maintenant fi vous
voulez écouter cc Dodeur expliquant fa penlee, il nous fera
facile de vous faire voir qu’ila creu le Baptefme conféré par
les Heretiques tffre de nul effet pour le falut de ceux qui l’auoient receu : ce qui eft diredement contraire à la dodrine
Câcil.Lti du Concile de Latran. Car ce Concile dit que le Sacrement
arr. «ano du Baptefme eftant eonfàcré par l’inuocation de la Sainde

ferj'me rejponft,

§77

Trinité, & bien conféré par qui que çe foit, eft profitable au
falur, tant des petits enfans que des adultes. Mais Saind Auguftin dit au contraire, que le Sacrement duBaptefme donné Bontf.E*
hors de l’Eglife parmy les Heretiques, vaut bien pour la conjfècration : mais non pas pour la participation de la vie éter­
nelle. Et luy-mefme afteure q.ue le Baptcfme peut bien cftre y^uguft.
hors de l’Eglife, mais qu’il ne peut profiter que dans l’Eglife. '
Et c’eft pour cela qu'il dit qu’il ne faut pas réitérer le Baptcf- * *<r’
me conféré par les Heretiques : mais que ceux qui ont efté
baptifez par eux doiuent eftre fandifiez, eftans introduits /.
dans l’vnité de l’Eglife: afin que ce Sacrement ferue à leur 2. C<i«falut dans lEglife, qui hors d’elle ne pouuoit feruir qu’à leur dent. E'
condamnation. C’eft le mefme iugement que nous faifons P*#*,
de ceux qui ont efté baptifez par les Preftres de l’Eglifc Ro­
maine : il ne faut pas qu ils foient rebaptifez , puis qu’ils ont
rcceu le Baptefme au Nom du Pere, du Fils, & du Saind Ef­
prit: mais ils doiuent eftre fandifiez par l’abjuration de l’er­
reur où ils eftoient engagez, & parla profeffion de la vérité
Contraire.
Enfin pour ce qui regarde le dernier tefmoignage de Sozomene & de Rufin, qui rapportent qu’Athanafe petit enfant
Baptifa fes compagnons en ie ioùant, & que cc Baptefme fut
eftimé valable par Alexandre Euefque d’Alexandrie : fauf le
relped qu’on doit à ces Hiftoriens, dont l’vn fut Heretique
Nouatien, 8c l'autre calomniateur de Saind Hierofme ;i’oferay dire qu’ils en ont fait à croire,quand ils ont dit qu’Atha" nafe prononça les paroles eflentiellcs au Sacrement du Ba­
ptefme dans l'intention de faire ceque lEglife fait, & qu’Alexandreapprouua cette adion comme vn véritable Baptef­
me. Car premièrement Athanafe l’adminiftra à fes compa­
gnons dans vne rencôtre où la neceffité n’auoit point de lieu:
veu qu’ils l’auoient défia receu, ou du moins eftoient cn eftat
de le receuoir de la main des Preftresj & s’il faloit approuuer
cét exemple,les enfans pourroient baptifèr valablement d’au­
tres enfans cn fe diuertiîfant, & làns aucune neceffité. D ail­
leurs, comment pouuoit Athanafe penetrer les intentions de
l’Eglife dans vn aage, où il ne pouuoit fçauoir ce que c’eft
qu Eglife, ny entendre qu’elle eft l’intention del’Eglife en

S S s s s iij

87$

Deffenfe de îa
baptifant? Que fi Cette intention confufc & generale fuffit à
vn enfant pour adminiftrer valablement le Baptefme, encore
qu’il n entende pas ce qu’il fait : Pourquoy vn enfant ne pourra-il pas de mefme conférer valablement l’Ordination,en fai­
fant les Ceremonies, & prononçant les paroles eftentielles à
ce Sacrement dans la mefme intêtionè Et fi vn enfant le peur,
pourquoy nc le pourra pas vne femme, qui a l’vfàge de la raifon? Ou fi vne femme ne peut pas conférer les Ordres: que
deuiendront les Ordinations faites par vne femme, qui occu­
pa le Siégé en qualité de Pontife Romain? Car pendant fon
Pontificat, combien ordonna elle d’Euefques, & ces Euef­
ques combien de Preftres ont-ils confacré ? Et peut-eftre que
Maiftre Chiron fe trouueroit eftably dans l’Ordre dc la Preftrife par la fuite de ces Ordinations, s’il voulait examiner fà
Chronologie Ecclcfiaftique.
Pour condamner toutes ces abfurditez, aduouëz que I’adminiftration des Sacremens n’eft permife qu’à ceux à qui le
Seigneur a commis la prédication de l’Euangile. Il a joint
enfemble ces deux Commandemens,/>rey?^ez. & baptifez : ce
donc que Dieu a conjoint que l’homme ne fe fepare point;
ou donnez aux femmes & aux particuliers l’Office de la pré­
dication , ou nc leur permettez point l’adminiftration du Ba­
ptefme. Ce Sacrement eft le premier Sceau dc la grâce dc
Dieu : Si donc les Rois de la terre ne permettent point que
leurs Sceaux foient appliquez par d’autres perfonnes que cel­
les qui font ordonnées pour la Chancellerie : Poûrquoy fouffrirez-vous que les Sçeaux de la Grâce tombent entre des
mains prophanes, &. qui ne font pas confàcrées pour cela ?
Que fi ccs considérations prifes de l’Efcriture & dc la droi­
te raifon ne vous touchent pas, Ôique vous vouliez entendre
fur cc fujet le tefmoignage des Peres de l’Eglife :Efcoutez
de Tertullien, & il vous dira que les femmes ne peuuent fans inBapt.cvj foJencc vfurper le droit de baptifer.
_ 7 r; c
Oyez Sainél Bafile, & il vous aficurera, que ceux qui fc
adif/n- f°nt fcParcz de l’Eghfe, eftans deuenus Laïques, n’ont point
la puiffance dc baptifer.
.z
EpiphÀn.
Confultcz Sainél Epiphane , & il vous tefmoignera,que
hir. 42. <fa efté vne Herefie des Marcionites, dc donner aux femmes

dix/êpti'me Refponje,

879

la permiflion d’adminiftrer le Baptcfme : parce que l’Apoftrc
leur dcfFend toute fondion de Charge Ecclefiaftique.
Efcoutcz vos propres Conftitutions , que l’on appelle
Clémentines, pour vous les faire receuoir foüs le nom de L.Con/fi
Clement ; & elles vous feront entendre quelles n’accordent cap, 7.
point aux Laïques d’exercer le Baptefme; que les femmes ne
doiuent point baptifer, & que celles qui le font fc mettent en
grand danger.

VIXSEPTIESM E DEMANDE
du z^tijjîonnaire.
Vfepeut lire ce qui eft eferit dans le Dimanche cin­
quante-quatrième de leur Catechifme, Sçauoir qu’il
n’eft licite d’inuoquerny Anges, nySainds, qui font
dcccdez de ce monde.

O

'R^fpnnJ'e à la dixjepriéme demande,
V1 croit en Chrift nefera point confia, ditl’Apoftre : Car

Q

ily avn mefrne Seigneur, qui eft riche enuers tous ceux qui u.12.
Pinuoquent ; £?• quiconque inuoquera le Nom du Seigneur,
ferafauué. Comment donc, adioufte-il, inuoqueront-ils celuy au- T^om, | «
quel ils ri ont point creu ? Montrant par là que l’inuocation doit 13,14.
procéder delà foy; que l’vne & l’autre regardent vn mcfine
objet ; & qu’on ne peut inuoquer que celuy en qui l’on
croit,&c.

88c»

" Defenje fa là

' Répliqué du Catholique Romain.
OVS n’eftes-pas, Monfieur le Miniftre, le premier
qui a infulté contre les Sainéls trcfpaflez 5 vous ne faites
qu’imiter & que fuiure les traces de l’infame Vigilance3
& des autres Heretiques, qui ont cfté les premiers inftrumês,
ou les premiers Miniftres, dont Satan s’eft leruy pour publier
cette Herefîe. G’eft pourquoy ce feroit allez pour réfuter tous
vos raifonnemens, de faire voir que vous elles vn rejetton de
ces anciens Herefiarques, qui ont tempellé l’Eglife, il y a
plus de douze cens ans, &que voftre erreur a ellé condam­
née par Sainéh Hierofme, & par lEglifedefon temps en la
perfonnede Iouinien, de Vigilance, & d’autres Heretiques
feparez de la Communion de l’Eglife, &c.

V

Deffenfe du Catholique Reformé.
ONSIEVR le Bachelier, vous n’eftes pas le premier,’
dont l’ignorance & la malice fc foient attachées à noir­
cir la pureté de noftre creance fur ce point, afin de la
rendre odieufe à ceux qui ne la connoifl’ent pas. Vous faites
paroiftre voftre malice, quand vous dites que nous inlultons
contre les Sainéls trefpalfez. Eft-ce infultcr cotre les Sainds,
que de garder leurs inftruélions, d’imiter leursbonscxemples, de célébrer leurs vertus, &reuerer leur mémoire ? Eftce infulter contr’eux, que de n’en faire pas autant de Dieux,
pour les inuoquer religieufemcnt ? Certes glorifier Dieu en
eux, qui les a rendus victorieux dans les combats, & cfleuez
à la gloire du triomphe, c’eft mieux les honorer que de rauir
àDieurhonneur&fecultequiluy appartient, pourlecominuniquer à fes créatures. Vous defcouurez voftre ignoran­
ce, lors que vous dites que nous fuiuons les traces de Vigilan­

M

ce, &

Jixjeptieme Rejponfî.

88r

Ce, & de Iouinien. Si vous auiez leu les eferits dc Saint Hiequi a combatu les erreurs de tous les deux : Vous fçauriez que
Iouinien n’aiamaisparlé contre l’inuocation des Sainds; &
quand vous aurez prouué que nous les renfermons dans quel­
que lieu reculé de la claire vifion de Dieu : vous aurez mon­
tré que nous fommes Difciples de Vigilance. Mais quand
nous dirons feulement que vous leur baftifl’ez des Temples;
que vous leur confacrez des Autels; que vous leur faitesdes
oblations, & leur préférez le facrifice de la priere : nous prouutrons clairement par voftre pratique, que vous elles Difci- fyiphan.
pics des Collyridicns, qui rendoient des icmblabics hôneurs
79.
à la Sainde Vierge, & qui ont efté condamnez d’Herefic cont-folz
pour ce fujet.
La première raifon que i’ay produite contre cette inuocation des Sainds , pour proutfcr qu’il n’eft pas permis de
leur déférer cét honneur dc Religion, eft prife de l’Efcriture,
&fe réduit à cette forme.
5’// ejloit permit d inuoquer les Saincls } ou les Anges, ilJeroit
permisse croire en eux.
Or iln ejlpoint permis de croire en aucun des Saincls ny des
Anges.
Il n’eft donc point permis de les inuoquer.
La première propofition de ce raifonnement eft dcl’Efcriture, qui fait cette demande par Saind Paul, comment inuocqueronl ils celuy auquel ils nontpoint creu l pour dire qu’on nc 14.
peut bien inuoquer autre que celuy en qui l’on croit : car cet­
te interrogation félon le ftile de la parole dc Dieu emporte
autant & plus qu’vne fimple negatiue. Cette mefme propo­
fition eft aulfi confirmée par les Peres. Car comme dans la
• focieté des hommes on ne demande auec afteurancc, que ce Bernard.
que l’on croit, & que l’on efpcre de receuoir, félon le dire dc
Saind Bernard; comme on ne fe rendroit iamais fuppliant
dvnc perfonne, pour luy demander quelque faueur, fil’on ^niyr.;n
apprehendoit d’en eftre refufé: Ainfi dans l’inuocation, qui Epiïl.ad
eft la priere religicufe, il faut premièrement croire, dit Saint
e.
Ambroife, pour auoir la confiance de demander.
lo:
Lgfecondepropofition eft aulfi de l’Efcriture, qui pro­
nonce maledidion contre l'homme, qui fe confie cnl’hom- Zrr.r7.5J

\

«

K

»TTttt.

SSi

Defenje ele U

'

me, & du Symbole des Apoftres, quinous oblige décroît^
en vn feul Dieu,8c non point en aucun des Saints ny des An­
ges. Si donc vous ne croyez en aucun Saind, ny en aucun
Ange fuiuant l’Efcriture, 8c le Symbole de la Foy Apoftoli­
que : comment pourrez-vous inuoquer les Sainds ou ies An­
ges , fuiuant la demande de Saind Paul?
A cét Argument Monfieur le Ba chelier fait trois refpon­
fes. Voila, dit-il, vn argument captieux, & mefine qui eftant
bien rangé tourne au defauantage, & à la confufion du Mini­
ftre-: la première refponfe eft celle-cy. le dis premièrement,
qu’il cft captieux : parce que fi on admet cette façon de rai­
fonner, il faudra conclurre qu’on ne doit pas inuoquer les
Sainds viuans en ce monde; ce qui cft diredement oppofé
au mefme Apoftre, qui demande le fecours des prières des
, Coloftiens chap.q-.des Eprffcfiens chap. 6. des Hebreux chap.
15. Etlaraifoneft,quefitouteinuocationdoitproceder de
la foy 8c de la creance ,8c que d’ailleurs on ne croye pas plus
aux Sainds viuans qu’aux Sainds trefpaffez : il s’enfuit qu’on
ne doit non plus inuoquer les Saints viuans en c^monde, que
les Sainds Trefpaffez.
C’eft vouloir prouuer vne abfurdité par vne autre, & ce
qui eft en controuerfe par vne faufTe fuppofition: Car quia
dit à voftre Bachelier qu’il faille inuoquer les Sainds viuans ?
Certes l’inuocation, qui eft la priere religieufe, ne doit eftre
non plus adreffée aux Sainds, qui font dans le combat, qu’à
ceux qui font dans le triomphe; Et Saind Paul n’a iamais eu
la penfee d’inuoquer les Sainds viuans en Ephefe ou àColofles, non plus que Saind lean Baptifte, ou Saind Iacques,
qui eftoient bien-heureux dans la gloire. Il eft vray qu’il a
prié les fideles de fon temps d’inuoquer Dieu pour luy : mais •
fine les a iamais inuoquez; il a bien demandé le fecours de
leurs prières enuers Dieu par vnion de charité : mais il ne leur
a pas pourtant adreffe les fiennes par vn ade de religion ; Il ne
s’eft iamais appuyé fur leurs mérités,comme on vous dit qu’il
fc faut appuyer fur les mérités des Sainds ; il n’a iamais mis en
eux l’efperance de fon falut, comme vous mettez és Sainds
F^/3.6.18 l’efperance du voftre. lia bien dit aux fideles Ephefieps, que
jg

\owprefentnf priere & requefte pour tous les Saincts,

pour

dixfeptiéme Refponf,

883

dfin que parole me/oit donnée auec hardiefle, pour donner à esnnoiflre
le ficret de FEuangile, ila bienditaux CoiofoenSypriezenfimble Colofl. 4.
aufsipour nous, afln que Dieu nous ouure la porte de la parole, pour ?•
annoncer lefecret de Chrtfl -, il a bien dit aux Theftalonicicns,/reres pnefpottr nous, afin quela parole du Seigneur aitfon cours, çfi ’-W;
foit glorifiée ainfi qu’entre vous. Mais il ne leur a iamais tenu cc 1.
langage, que vous tenez aux Sainds trefpaftez, Nous recou­ Biel. in
Can mijf.
rons à vous auec confiance, afin que par vos mérités & par Icïl. 30.
Vos prières nous obtenions la gloire de l’immortalité.
La fécondé refponfe du Bachelier n’cft pas plus forte que
la première, quoy qu’elle foit plus hardie. Ic dis en fécond
lieu, adioufte-il, que cct Argument tourne au préjudice du
Miniftre, & qu’il prouue le contraire de ce qu’il prétend.Car
il veut par ce paftage qu’on puifte inuoquer celuy en qui l’on
croit. Or on peut croire & auoir foy aux Sainds : Donc on
peut inuoquer les Sainds. Maintenant qu’on puiffe auoir foy
aux Sainds,l’Apoftrc Saind Paul nous i’enfêigne en l’Epi­
tre à Philemon en ces termes, le rens grâces à mon Dieu, oyant Epitre à
la charité & la/oy que tu as enuers nofire Seigneur lefus-Dhrifl, & 'Philemo,
enuers tous les Saincis. De là nous inférons que tant s’en faut au verpet
^qu’011 doiue côclurre de ce paftage allégué par Afimont con­ CJ’Sr
tre l’inuocation des Sainds trefpaftez, qu’au contraire on l’a
doit eftablir : puis que félon la dodrine de Saint Paul on peut
auoir quelque foy & quelque creance en eux.
Il n’eft pas befoin de vous faire icy remarquer la différen­
ce qu’il y a entre ces façons de parler croire les Sainds, croi­
re aux Sainds, & croire és Sainds, ou en quelqu’vn des
Sainds. I’ay fait voir dans ma refponfe, que nous croyons
les Sainds: parce que nous croyons qu’il y a vne Eglife, qui
cftlaCommuniondesSaindSjfoitdeceux qui triomphent
dans le Ciel, foit de ceux qui combattent fur la terre. I’ay
montré que nous croyons aux Sainds: parce que nous rece­
uons la vérité de la Dodrine, qu’ils ont enfeignée de viue
voix, ou par eferit j & que neantmoins nous ne deuons pas
croire en aucun des Sainds : parce que nous ne deuonspoint
mettre la confiance de noftre falut en leur perfonne, nyen
leur mérité. Neantmoins Môfîeur le Bachelicrpretendproutter par les paroles de Saind Paul, que nous pouuons croire
TTttt ij

884

Defenfè de ht

en eux j ou colloquer en eux noftre foy, & noftre confîencë*
Mais quoy que ces paroles qu’il allégué de Saind Paul ne
/oient pas difficiles à entendre: nous pouuons dire qu’elles
2.7«r. 5 f°nc du nombre de celles dont parle Saind Pierre, quand il
dit, que les ignorans & mal-aduifez les tordent' à leur con­
damnation.
Car premièrement il eft queftion des Sainds, qui/ont
deccdez dc cc monde .-niais Saind Paul ne parle à Philemon.
que des Sainds qui eftoient encore viuans fur la terre, aux
neceffitez defquels il auoit fubuenu. Secondement la tranfpofîtion de ces mots, deCharité&de Foy, doit eftre entendue
de telle forte que l’objet de la charité foient les Saints, & que
celuy de la foy foit Iefus Chrift. Autrement quelle feroit fa
façon de raifonner, ft voulant prier Philemon de rectuoir
Onefime, il alleguoit pour raifô, parce qu’il croit aux Sainds
trcfpafl’ez ? Au contraire il conclud pertinement, que puis
qu’il s’acquite des deuoirs de charité enuers les Saints viuans
fur la terre, il doit exercer cette mefme charité enuers Oneftme, qui eft Saind & fidele en lefus-Chrift. Que ç’ait efté fon
hut, il paroift par l’explication qu’il donne luy-mefme de/a
Phiïtm. 1 penfée. Afin, dit-il, que la communication de tafoy montre, fon ef-*
7* ficace enfe faifant connoisirepar tout le bien qui efi en vota enuers leftaChrisi. Carfreres, adjoufte-il en fuite, nota auons grande joye
& confolation d; ta charité, en ce qtie les entrailles des Satncis ont efié,
recrééespar toy. Où vous voyez que la foy de Philemon fe rap­
porte expreflement à Iefus Chrift, & fa charité aux Sainds.
Cette mefme vérité fc découure par d’autres lieux paral­
lèles à celuy-cy, où l’Apoftre témoigne la mefme ioye pour
vn mefme fujet,& par vn femblable lâgage, aux fidelesEphcPph.l .15 fiens, ayant, dit-il, entendu la foy que vota auez. au Seigneur lefta*
& la charité que vous auez enuers tous les Saincts, & aux Colof.
Coletf. r. fiens payant ouy parler de vosire foy en Iefus-Chrifi, & de ^ofret
charité enuers tous les Sainéls.
C’eft ainfi que les Interprètes, tant Anciens que Moder­
nes ont conftamment expo/é ce lieu cité par le Bachelier^
Entre les Anciens, Saind Chryloftomc, Primafe, Seduliusÿ
entre les voftres ,Dënys le Chartreux, Cajetan
Benoifty
ïnftinien Iefuïte, ont fuiuy cette interprétation. Et ce dcr~

dixftpiéme Refton[e.
nier non content de reconnoiftre & de déclarer la vérité, ré­
fute l’erreur de Maiftre Chiron en ces termes. Ceux qui de B(nej Jft
ce lieu prénent fujet de parler du culte, & de la veneratiô des
E
Sainds, contre les Heretiques, extrauaguent tout à fait hors
ai
du fuiet. Car l’Apoftre parle icy de ces Sainds, dont il dit Thilem.
peu après que les entrailles ont efté recreées parPhilemon:
entendant par là la bencficcnce& libéralité dont il auoit vfé
enuers les fideles, qui fouuent font appeliez Saints par Saint
Paul, à caufe de la foy, & des Sacremens.
Monfieur le Bachelier ne trouuant point d’affeurance en
fa fceonde refponfe , d’autant qu’elle l’oblige d’auoir aux
Sainéls vne confiance religieufe, qui déroge à la puifïance ÔC
à la bonté de Dieu , il a recours à vne troifiéme éuafion, qui
cft vne diftindion du Cardinal Bellarmin. le refpons, dit-il,
qu’il eft vray que nous auons quelque confiance aux Sainds,
comme ayans le pouuoir 8é la volôté d’interceder pour nous.
Mais il efl faux que nous ayons confiance en eux comme à
des Dieux, & comme à des Autheurs & à des Maiftres delà
grâce que nous leur demandons : cc qui fans doute feroit vne
impiété, & vne confiance criminelle condamnée par lEfcriturc & parles Pcres. Car nous fçauons que c’eft Dieu feul
qui eft la fin qui termine toutes nos efperances, & qui nous
départ par fa bonté tous les moyens & toutes les grâces pour
nous fauuer. Ce n’eft pas donc ainfi que nous auons recours
aux Sainds: mais nous croyons qu’ils ont la bonté de prier
Dieu pour nos befoins, & que par confequent il eft bon & ad­
uantageux de les inuoquer.
• Nous auons fait voir cy-deuant que les Sainds bien heu­
reux n’ont point la volonté d’interceder pour nous enuers
Dieu: parce qu’ils ne font point appeliez de Dieu à cét Offi­
ce, & qu’ils n’ont point de mérité, pour nous impetrer fes
faueurs. Nousauons auffi montré qu’ils n’ont pas le pouuoir
de nous fecourir dans nos b'efoins : parce qu’ils n’ont point la
connoiffance de nos neceffitez particulières. De forte que ce
fondement que le Bachelier fuppofe, eftant ruïné : l’inuoca­
tion des Sainds, qu’il édifie deflus, tombe necefTairement
par terre.

Mais,dit-il, afinousinuoquonsles
Sainds,

rri »-■-< ce n’eft
• • • pas
Tl ttt nj

886

Deffenfe de la

que nous nous confions en eux côme en des Dieux, & com­
me en des Autheurs de la grâce. Mais c’eft vne excu fe friuole,& qui ne fçauroit couurir ny déguifer lefacrilege deuanc
Dieu. Car l’Efcriture nous tefmoigne qu’il faut neceffairement que celuy en qui nous mettons noftre efperance, noftre
foy, & noftre confience foit Dieu, & Autheur de la grâce:
Efaye 26 quand elle nous commande d efperer & de nous confier touJours en Dieu, parce que luy feul eft le Rocher des fiecles;
yertm.ï-j quand elle bénit celuy qui fe confie en Dieu, & qu’au con5* 7.
traire elle prononce malediélion contre celuy qui fc confie
1 cn l'hommejquand elle veut que noftre foy & noftre cfperan21.
ce foit en Dieu-que noftre foy foit en lapuifîance deDieu,
l.Cor. 2,
& non point en la fapiencedeshommes; quand elle prouue
5>
la Diuinité de Iefus Chrift par la foy que nous auons en luy,
JW 14.» luy mefme difant, vous croyez en Dieu, croyez aufsi en moy. De
tsfugttft. là Sainél Auguftin induit que Iefus-Chrift eftle vrayDieu,
hb. 1.
que les Iuifs adoroient : car s’il n’eftoit pas, dit-il, ce mefme
Zr/». cap vray eu,i 1 ne pourroit pas s’attribuer la foy,qui ne conuient
qu’à luy feul. Et-puis que la foy eft en Dieu, Chrift difant,
jfx hb.de croye\fn m°y j comment ne feroit-il pas manifeftement Dieu?
reiïàfiàe dit Sainél Cyrille d’Alexandrie.
Tous les Anciens Peres de l’Eglife nous confirment dans
la creance de cette vérité de l’Efcriture, à fçauoir que Dieu
feul eft le légitimé objet de noftre foy & de noftre conficncc
Orighom religieufe. Origene l’a creu ainfi, quand il a dit, que pour
4./»£w ceux qui ont leur confiance aux Sainéls, ont produit àpropos cét exemple, maudit cfil'homme, quifè confie en l homme.
1 ^2 'bJ~
Cyrille l’a creu de mefme, quand il a dit, que noftre foy
<V & noftre efperance doit eftre en Dieu.
Hier.laf
Sainél Hierofme a efté dans ce fentiment, quand iladeinEz.ecb, claré que s’il faut auoir fiance en quelqu’vn,nous deuons nous
-cap. 14. confier au feul Seigneur.
t^mbrof
Sainél Ambroife a eu la mefine creance, quand il a dit
inColoJf. quelaToute-puiiïanccdeChriftaeftéfibien déclarée, afin
que nous fçeuflions que c’eft à luy feul que nons nous deuons
fier.
èx

Ruffin cy -deuant allégué par le Bachelier a creu la mefme

pef.symb chofc, quand il a die que par cette prepofition, lecroy ea

'{iïx/cptiéme Refîonfî'.

887

Dieu, le Créateur eft diftingué des créatures.
Saind Auguftin a eu la mefme penfée, quand il a dit,que
nous qui fommes Chreftiens, ne croyons point en Pierre, Iib.l8.de
mais cn celuy cn qui Pierre a creu.Et pour fairc voir que nous Cinit. De»
cap. 54.
ne deuons pas croire en aucun Saind confideré mefme com­ n/fuguft.
me vn inftrument de la grâce : il affeure que nous croyons in "jobcm.
bien à vn Apoftre comme à vne lumière illuminée, mais que tracl. 54
nous ne croyôs qu’en la lumière qui illumine tous les Saints.
Si donc félon l’Efcriture & les Peres vous ne pouuez auoir
foy ny confiance en aucun des Sainds : il s’enfuit félon le raifbnncment de Saind Paul, que vousne pouuez point les in­
uoquer légitimement.
Enfin Monfieur le Bachelier ne trouuant point de fonde­
ment pour appuyer fa foy dans la parole de Dieu: porte fa
confiance furla parole des hommes; & s’imagine trouuer des
appuys de cette inuocation des Sainds dans le témoignage
des Anciens Dodeurs. C’eft pourquoy, conclud il, bien
loin que par cette pratique nous choquions le fentiment des
Peres : que nous imitons les plus grands Perfonnages,qui
ont fleury dans l’Ancienne Eglife. Nous imitons vn Orige­
ne, lequel efcriuant fur lob, ellcue fon efprit cn cette manié­
ré, ô Bien-heureux lob priez pour nous, afin que la terrible
mifericorde de Dieu nous protège en toutes nos tribulations.
Nous imitons Saind Athanafe, lequel adreffant fa voix à la
Mere de Dieu, luy dit, Efeoute fille de Dauid & d’Abraham,
prefte l’oreille à nos prières, n’oublie pas ton peuple. Nous
imitonsSaind Grégoire de Nyffe, lequel fupplie le Martyr
Théodore en cette forte. Comme Soldat bataille pour nous,
comme Martyr, vfc de ra liberté, & parle pour tes Confcruiteurs. Nous imitons Theodoret, lequel dans l’Hiftoire des
Peres, en la derniere vie parle ainfi. le fupplie tous les Saints,
dont i’ay eferit les geftes, qu’ils ne mefprifent pas celuy, qui
cft encore éloigné de leur Affemblée:mais qu’ils attirent vers
eux celuy qui eft gifant fur la terre. Nous imitons les Pcres
du Concile de Chalcedoine, qui inuoquerent le Martyr S.
Flauicn, difant. Flauien vid après fa mort, que cc Martyr
prie pour nous. Enfin nous imitons Saind Ambroifc, Saint
Chryfoftome, Saind Auguftin, & tous les autres Peres, qui

I

"*
888

s
**
Deffenfe de la

ont en plufieurs endroits inuoqué les Sainéls TrefpafTez. Ait
contraire nos admerfaires font fi aueuglcs, & fidépourueus
de fens en combattant l’inuocation des Sainéls, qu’ils imitée
ainfi que nous auons dit, vn Eunomius, vn Vigilance, vn Iouinian, vn Conftantin Copronyme,& autres Monftres d’Herefie, qui ont dépuis long temps efté condamnez & anatheinatifez, tant par l’Eglife, que par les Eferits des Peres.
Si Monfieur & Maiftre C hiron auoit tra u ai 11 é à la r ecoit-^
noiflancedes vrais Peres: il auroit appris de les propres Do­
éleurs, que les Eferits de ces grands Hommes onteftemalheureufement corrompus par les Heretiques, qui vouloient
mettre leurs erreurs en crédit fous le nom de ces illuftres Perfonnages. Il auroit appris que dans les monumens des Do­
éleurs Catholiques, ilfe trouué des ouurages fuppofez, qui
ne font nullement les produélions, de ceux dont ils portent
les inferiptions & les tiltres -, & ainfi il n’auroit pas perdu fon
temps à ramafTer toutes ces citations des faux Peres. Mais il
faut pardonner cette ignorance au Bachelier, qui n’a pasledon de difeerner les efprits ; & qui fc plaift tante n fon erreur,
, qu’il aime mieux vous produire les mafques des Peres, que
des Peres véritables : parce que ceux-cy nc fauorifent nulle­
ment fa creance, & qu’il trouué dans ceux-là des appuys de
fon fêntimér. Pour vous obliger de leur refufer voftre crean­
ce , il fuffira de vous faire connoiftre que les liures dont le Ba­
chelier a pris ces allégations, font des enfans fuppofez, à qui
l’on a donné fauftement le nom dc ceux qui ne furent iamais
leurs Peres.
Pour Origene, les traitez qu’on luy attribué fur le liure
de lob ne font nullement de luy, mais d’vn Autheur Latin, &
infeéié du venin dc Arriens: puis qu’il fe mocque du mot de
fix'. Sen. Trinité, & qu’il parle infolemment contre les Orthodoxes,
Tcficum. félon le témoignage de vos propres Doéleurs.
Pour le palfage qu’il allégué de Sainél Athanafe, il eft tir£ l’Homilie dc l’Annonciation, qui luy eft fauftement ats’il en faut croire le iugement
du Cardinal Baro--•
•an, 43. tribuée,
.
w
mus.
Pour les paroles qu’il cite de Sainél Grégoire de Nyfte,
elles font prifes de l’Oraifon touchant le Martyr Théodore,
laquelle

dixjeptiême Rejpon/e.

88<?

laquelle luy cft aufli mal à propos attribuée. Car quoy qu’el­
le ne foit pas remplie de fables & de refueries, com me la pré­
cédante touchant Grégoire Thaumaturge, ou faifeur de miracles : neantmoins les Sçauants ne croiront iamais que cctte
pièce foit de Grégoire de Nyfte .-parce que l’Authcur y parle
douteufement de l’eftat de l’ame de ce Martyr, ne fçaehant ft
elle habite dans la (ublime région de l’air;ou ft elle roule dans
quelque globe Celefte ; ou fi elleaflîfte deuant le Seigneur
parrny les Choeurs des Anges j ou fi elle s’acquitc du deuoir
de l’adoration aucc les puiiîances & les vertus. Et d’ailleurs
il veut éuoquer cette ame bien-heureufe par fes prières, &
l’obliger à quitter les occupations où elle cft attachée, pour
venir voir les rejouïftances de la Fefte, qu’on celebroit à fon
honneur : Toutes choies fort éloignées du fentiment du
Chriftianifme, & de l’efprit de Saind Grégoire. Si ce n’eft
que nous voulions prendre ce difcours pour vne Apoftrophe 4
j
de Rhétorique, leinblablc à celle que Sainct Ambroife adref- fo.wL»^
féà Saind Pierre, cn ces mots. D’où t’éuoqucray -je main- cap. 22,
tenant, ô Pierre, lera-ce des Cieux, ou du tombeau, afin que
tu m’apprenes, quelle eftoit ta penfée, quand tu pleuras amaircment ?
Pour ce qui regarde Theodoret, vos propres Dodeurs Baroniui
trouuent beaucoup à redire dans l’Hiftoire des Peres, qu’on H'™luy attribué, non feulement en cé qu’il erre fouuent en la
Chronologie & fupputation des temps : mais aufli parce qu’il
y mefle des faulfes narrations, & des contes fi impertinens,
que nous auons iufte fuiet de croire, que cctte pièce n’eft pas
vne produdion de cét Autheur.
Quant au Concile de Chalcedoine, les Ades de ce Con- 'Baro.an,
cileont efté ft fort corrompus, fclon l’adueu du Cardinal Ba- 45 rr
ronius , que ce que le Bachelier en cite ne peut point faire de
foy-.puis que cela nc le trouue que dans des Ades falfifiez.
Enfin pour le regard de Saind Ambroifc, de Saind Auguftin, de Saind Chryfoftome, & autres Peres que le Bache­
lier ne nomme pas : Il eft vray que dans leurs Homilies,8c
Sermons, ils adreftent fouuent leurs difcours aux Sainds
bitn-heureux, mais ce n’eft pas par vne inuocation de Reli­
gion, mais pas vne Apoftrophe de Rhétorique, comme le
W u u 11

gpo

Deffenfe de la

Relier. I. reconnoift le Cardinal Bellarmin, en Sainél Bafile, en Sainél

<jf Santt. Grégoire de Nazianze, & en d’autres Peres.
Acxi.f.ij,
Ainfi vous n’auez que des Doéleurs fuppofez & des faux
Peres pour Autheurs de l’inuocation des Sainéls. Mais dans
cette pratique vous eftes les vrais difciples de Pierre le FouNutph. jon Heretique, lequel au rapport de Nicephoreinuenta le
premier, que dans toutes les oraifons la Mere de Dieu feroit
nommée, & que fon nom Diuin feroit inuoqué. Vous eftes
imitateurs des anciens Payens. Car comme ils s’adrefloient
religieufement à ces grands Héros , qui par leurs mérités
w>7 e~Dti au°ient
éleuez au deflus des homes,afin qu’ils portaflent
cfp. 21. leurs prières à leurs Dieux, & qu’ils leur obtinfent les faueurs
neceflaires: ainfi vous adreflez vos prières aux Sainéls, afin
"Bellar. I. que par leurs mérités ils vous obtiennent les grâces, que vous
3.de cul- enefperez: parce que vous croyez qu’ils font Dieux par par** (àncl. ticipation.
9,
Quant à nous, bien loin de fuiure l’opinion d’vn Eunomius, d’vn Iouiniau, d’vn Vigilance, & d’autres Heretiques,
qui ont mefprife les Martyrs , deshonoré les Sainéls, & mal
parlé de leur béatitude : Nous imitons leur patience, nous
célébrons leurs vertus, nous les honorons comme des Sainéls
hommes que Dieu a mis en pofleffion de la gloire : mais nous
ne les mettons pas au rang des Dieux, pour leur rendredes
honneurs Diuins. En cela nous auons pour nous les vrais Pe­
res, dont on ne nous a produit que les faux vifagesj & côme
nous tenons le mefme langage qu’ils ont tenu, nous auons
aufli les mefmes fentimens, & retenons les mefmes prati­
ques.
JVoimttZ
Nous difons auec Tcrtullien, que fi Iefus-Chrift eftok
Apud Ter feulement Homme,en vain cét Hommé feroit inuoqué comtul hb.de ine Médiateur dans les oraifons : puis que l’inuocation d vn
f homme n’a point d’efficace pour operer le falut. Et chacun
Tertullia
nous fait cette proteftation auec luy mefme. le ne puis
tpohg. c. demander ces chofes en priant, qu’à celuy de qui ie fçay que
30.
ie les obtiendray : parce que luy feul cft celuy qui les donne >
& que ie le rcfpeéle luy feul.
Orùr. iu
Nous difons auec le vray Origene, que puis qu’inuoao quer le Nom du Seigneur, & adorer Dieu eft la mefme chd/

dixftpiéme Refponfe,

gpi

fe, nous prefentons nos oraifons au Fils, comme nous of­
frons nos requeftes au Pere.
Nous parlons comme le vray Saind Athanafe, qui dit zsfÙM.
que les Saints ne demandent point à quelque créature, qu’el- orat.. 2.
le leur loit en ayde, & que partant Iefus - Chrift dont ils implorent le fecours eft vray Dieu.
r,an*
Nous parlons comme le vray Saind Grégoire de Nyfte, Qreg.^y/p
qui dit que l’oraifon eft vne conuerfation & vn entretien fa-en»/,fa­
milier auec Dieu, auec vne foy certaine des chofes que l’on nedéliré.
Suiuantlelangagedu vray Theodoret, nous honorons TheoJori
comme de très bons Perfonnages les hommes exccllens en Therap»
vertu : mais nous ne fupplionsreligieufcmct qu’vn feul Dieu Mt' 2’
à fçauoir le Père, & fa parole éternelle.
Suiuant le raifônement de Saind Ambroife, nous dilons ^tmbr.in
que ceux qui par l’inuocatiô des Sainds veulent aller à Dieu,
1
fe feruent d’vne miferable exeufe, & défèrent à la créature
l’honneur qui n’eft deu qu’au Nom dc Dieu.
Suiuant le langage de Saind Hierofme, nous difons que HierJ. t:
nous ne deuôs inuoquer,c’eft à dire appcller à nous en priant, inTrouer
autre que Dieu.
cap. 7.
Suiuant le tefmoignage dc Saind Auguftin, nous fçauons isfuguft.
bien que les noms des Martyrs, qui auoient vaincu le monde lib.zi.Âe
eftoient recitez par le Preftre facrifiant : mais que pourtant
ils n’eftoient pas inuoquez ; Et fuiuant là Dodrine nousC4£’
croyons, que noi s ne deuons demander qu’au Seigneur Dieu £nc)fri({

tout ce que nous efperons de bien faire, ou d’obtenir pour
auoir bienfait.
Nous parlons comme Saind Chryfoftome, qui expofant Chryfofc
ces paroles de Saind Paul irozwwe»/ inuoqueront-ils celuy en que bom.
/A n ont point creu ? dit que l’inuocatiô requiert la foy,& que le ,n
falut confifte en ce que le Nom du Seigneur fait inuoqué.
Enfin fuiuant le fentiment & le langage dc Saind Cyril-^,7 j
le, nous louons les Martyrs, nous leur rendons tout cc qui fe le*Jib.6.
peut d’honneur : parce qu’ils ont combatu genereufement cont. /uli
pourla vérité; qu'ils ont gardé la fincerité de la Foy; qu’ils •»».
ont mefpriféleurvie-qu’ils le font mocquez des terreurs de
ia mor t,ôc ont préualu aucc tant de force fur tous Jcs dangers.
V V u u u ij

§9î

Defenje delà,

Mais pourtant nous nc difons pas qu’ils ayent efté faitsDieux
voila pourquoy pour les honorer, nous ne leur déférons pas
le culte religieux, ny l’adoration, ny l’inuocation.
La fécondé raifon, dont ie me fuis feruy, pour combattre
Cette inuocation des Sainds, fe réduit à cette forme.
L’honneur de l'encens & dufacrifce eft vn honneur religieux
qui rieft deu qu'à la Diuinitè, & quon ne peut defereraux
Sainfis ny aux Angesfans fàcrilege.
Or l’inuocation ou lapriere religteufe eft vn honneur d encens
& defacrifce.
Doncques la priere religieufe ou P inuocation neft deuë qu’à
Dieufeul, & ne peut estre deferée aux Anges ny aux Samcls
fansfàcrilege.
>
A ce raifonnement Monfieur le Bachelier fait trois répli­
qués. La première eft vne mocquerie de Miftionnaire. Voila
Mcflicurs, dit-il, vn raifonnement fort fubtil, & digne du
perfonnage, je veux dire d’Afîmont.
C’eft vne répliqué digne d’vn Miftionnaire des Landes:
mais mon raifonnement eft digne d’vn homme, qui appuyé
fa foy fur lEfçriture. Car la première propofition en eft ex­
traite en termes formels : Car pour l’encens, Dieu voulant
'ïirt.y.9. marquer l’idolâtrie des Iuifs, dit par fes Prophètes qu’ils ont
fait des encenfemens aux faufles Diuinitez -,&pour le facrifi­
ce, Dieu fe l’eft entièrement referué j & fa Loy puniffoitde
mort tous ceux qui prefentoient des Sacrifices à d autres qu’à
l»y fcul s fuiuant cét Arreft irreuocable, Celuy qui Sacrife^fors
3o.
qu'à P Eternelfeul-, fera deftruit à lafaçon de l'interdit. Elle eft aufli
exy«g. I. des Peres : Car Saint Auguftin a dit, que le Sacrifice eft bien
J5.éfecï- offert, quand il eft offert au vray Dieu, à qui tant feulement
Dei. fi faut facrifier.
C(iP- l7La fécondé propofition eft auffi formellement de l’Efcri­
ture , qui nous fait voir que l’inuocatiô, ou la priere religieu­
fe eftvn encens & vn Sacrifice fpirituel,fuiuant le tefmoigna141. ge du Prophète Dauid , qui parle ainfi à Dieu, ftfuf ma priere
2.
fait adreffée deuant toy , corne le parfum, & Péleuation de mes mains,
,
comme l'chlatton dufoir. Elle eft aufli des Peres. Car l’encens,
dit Sainél Hierofme, cft vn fymbole du parfum fpirituel, qui

iap. î? «ft

cu^te de Dieu: C’eft pourquoy l’Oraifon des Hcretique»

dixfeptiéme Refonf.

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n’eftant pas reiglée par la fimplicité de l’Euangile, leur tournccnpeché. Ettout œuure, dit Sainél Auguftin, quife fait
pouradhercr à Dieu par vne fainéle focieté eft vn vray Sacrifice. Si doncques Dieu s’eft autresfois courroucé contre les
Iuifsidolatrcs: parce qu’ils ont offert le parfum d'vnenccns
fpirituel à la Reyne & à la Gendarmerie des Cieux, c’eft à di­
re à la Lune & aux Eftoiles: Que dira-il à ceux qui prefentent
l’encens de la prière & de l’efprit à la Sainéle Vierge, qu’ils
appellent la Reyne des Cieux, aux Anges & aux Sainéls qui
fonc comme des Eftoiles dans le Royaume de leur Pere ? S’il
a fait mourirfans remiftion, ceux qui offroient à d’autres qu à
luy les Sacrifices des beftes mortes:quels tourmens fera il
fentir à ceux qui prefentent à d’autres qu’à luy le Sacrifice du
cœur,qui luy eft fi agréable, & dont il fait tant d’eftat, qu’il le
demande tout entier, fans nous permettre de le partager auec
aucune créature ? Mon raifonnement donc eft digne d’vn
homme qui nc veut éleuer fon cœur,ny tendre fes mains religieufement à d’autre qu’à Dieu.
Mais il cft encore digne d’vn grand Perfonnage, à fçauoir
de Saint Auguftin, de qui ie I ay appris, & qui a ainfi raifonné deuant moy. Comme en priant, dit-il, nous adreftons /. «o. de
nos paroles à celuy à qui nous offrons les chofes mefmes que Ciuitate
les mots fignifient : ainfi en facrifiant fâchons que leSacrifice ne doit eftre offert à d’autre qu’à celuy, dont nous deuons
eftre nous-mcfmes le Sacrifice inuifible dans nos cœurs. Où
vous voyez manifeftement que ce Saind Doéleur met l’Oraifon & le Sacrifice en mefme rang ; qu’il fait autant d’eftat de
Tvn que de l’autre ; & qu’il entend que l’oraifôn ne foit adref­
fée à d’autre qu’à Dieu, pour la mefme raifon, pour laquelle
il veut que le Sacrifice foit offert à luy feul. C’eft vn raifôncernent digne d’vn homme qui a reconnu qu’il n y a que les
démons qui recherchent le facrifice extérieur du corps, & la
v fupplication de l’efprit : parce que comme ils affeélent la Dilimité, auffi veulent ils qu’on leur defere ces honneurs, qu’ils
fçauent bien n’eftre deus qu’au vray Dieu.
La fécondé répliqué de Maiftre Chiron eft vue inftancc
de mauuais Philofophe : Carde là il s’enfuit, dit-il, quele
Patriarche Iacob ennemy des idoles de Laban, eft vn idola-

yVuuuiij

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I
I

j

1

I

$94 .

Deffenfe de la

tre : puis qu’il inuoqué les noms de fesPeres Abraham ,&
Ifaac lus fes enfans. Que Loth eft auffi idolâtre: puis qu’il
pria l’Ange qui le tira de Sôdome, de le fauuer dans vne peti­
te Ville voifine. Que Saind Paul mefme feroit idolâtre : puis
qu’il exhorte les Romains dc côbattre, & de prier Dieu pour
luy ;& qù’enfin la plufpart des Religionnaires feroient idolâ­
tres :puis qu’ils fe recommandent aux oraifons des Sainds
viuans fur laxerre. Voyez mon cher Ledeur en quel abyfme
d’erreur fe plonge le Miniftre Afimont, faifant palier pour
idolâtres les Sainds du Vieil & du Nouueau Teftament.
Voyez vous mefme, mon cher Maiftre Chiron, iufques
où vous meine voftre mauuaife Philofophie,c’eft voftre igno­
rance qui fait paffer les Sainds pour idolâtres,& non pas l’ar­
ticle de noftre Foy ;& c’eft vne confequence tirée de voftre
imagination abufée, & non pas des principes de mon raifon­
nement. Si Iacob, Lot, Saind Paul, & ceux que vous ap­
peliez Religionnaires auoient prefenté leurs oraifons reli­
gieufes a d’autres qu’à Dieu : fans contredit on ne fçauroit les
exempter du blafme d’idolâtrie : puis qu’ils auroient offert à
la créature vn Sacrifice qui n’eft deu qu’au Créateur. Mais
c’eft ce que les vns ny les autres n’ont iamais fait j & quand
vous entreprenez de prouuer le contraire: vous fortezhors
de l’eftat de la queftion, & vous renoncez aux principes de
voftre Théologie. Pour ce qui regarde la pratique de Saind
Paul & la noftre : Si nous nous recommandons aux Pricres
les vns des autres, à l’imitation de ce Saind Apôftre, qui ex­
horta les Romains de prier Dieu pour luy: ce n’eft point com­
me nous auons dit, par vn ade de religion, mais par vnion dc
charité, dont il n’eft pas queftion entre nous.
Pour le regard de Iacob, il ne peut point auoir inuoque
ReligieufementlesnomsdefesSainds Peres : car vous fçauez bien que l’inuocation des Sainds n’eftoit point en vfage
fousle VieuxTeftament. Si vousnelefeauez pas, vosDodeurs vous l’enfeigneront : Car ils difent que les Sainds
’B'Uarvt. fous jc Vieux Teftament n’ont pas efté inuoquez: parce qu’ils
Suarez. cfl.ojcnt encore dans les Limbes, c’eft à dire comme ils s’expjjquent eUx-jnefmes, qu’ils n’eftoient pas encore Bien heu­
reux ny glorifiez) comme ils foiuàptefent; Voila pourquoy

dixffti'me Reftonfe,
ils nc meritoient pas vn fi grand honneur ; & que d’aillçurs il
y auoit danger d’idolâtrie a les inuoquer. De plus fi lacob a
voulu que le nom de fes Peres fut inuoque fur fes enfans, il a
voulu aulfi que fon nom fuft inuoqué fur eux : Car il dit félon
voftre verfion, que mon nomfoit inuoquéfur eux, cr aufst les noms Gen- 4^*
de mes Peres , Abraham & lfaac. Il ne fçauoit donc pas quelferoit l’eftat de fon ame après fa mort ; il ne croyoit donc pas al­
ler dans vn Limbe fous-terrain : puis qu’il demandoit vn hon­
neur,qui n’eft deu qu’aux Sainéts qui font entrez dans la gloi­
re du Ciel. Et s’il a demandé cét honneur religieux pour luy
& pour fes Pcres: D’où vient que fes enfans ont fi fortmefprflé fes ordres, quils n’ont point obéi à la derniere déclara­
tion de fa volonté ? Sc que pas vn d’eux n’a iamais inuoque le
nom d’Abraham, ny d lfaac, ny de lacob cn fes prières ?
Si Monfieur le Bachelier euft leu les Commentaires de
fes Doéteurs furcc lieu, qu’il a mal allégué: il auroit appris
de Vatable
Profeftêur,
qu’il
y a faute dans
la verfion
vuleatc, AKnot. m
’n
r t •
i •
1
j

t
&qu il talon traduire, que mon nom, & le nom de mes Pe- CcnefaZ
tes foit réclamé, ou appellé fur eux : c’eft à dire côme il s’ex­
plique luy-mefine, qu’à l’aduenir ils foient appeliez mes en­
fans , & enfans de mes Anceftres. Ce qui fut vne marque de
l’adoption, par laquelle lacob prit deux fils de Iofcph, pour
eftre fes fils : comme le nom du mary eft dit eftre réclamé fur
fa femme, d’autant que la femme prend le nom du mary com­
me du chef, à qui elle eft fuiette.
Il auroit appris du Cardinal Hugon, que cette adoption Kfl/r„car
Scimpofition de nom s’eft faite, afin que ces deux fils de Io- ^tnai,
feph, à caufe de l’authorité des Pcres fuflent en honneur, & Genef.qS
fiflent des Tributs, comme les autres fils de lacob.
Il auroit appris de Nicolas de Lyra Doéteur Iuifde Na- Lyran.in
tion, mais de Religion Catholique Romain, que le nom de hune lotu
lacob fut réclamé lur les enfans de Iofcph : parce qu’ils furent
appeliez fils adoptifs de lacob, & qu’ils furent faits Chefs de
deux Tributs, comme les autres.
Il auroit appris de Fonfeca, que cette façon de parler eft Fonfecin
particulière aux Hebreux, que le nom de quelqu’vn eft appel- annot. Ca
lé ou réclamé furvn autre, pour dire qu’il eft appelle de fon )"•
nom.

896

Defenfi de ta

Enfin s’il auoit bien examiné le lieu d’où il a tiré les paro­
les fus-allcguées , il auroit pû connoiftre que cette explica­
tion eft conforme a l’intétion de Iacob. Car voicy comment
Çen. 48. il parle à Iofeph,auant que de faire cette adoption. Tes enfans
5•
qui tefont nez au pais d’Egypte^ Ephraim (fo Manaffe feront miens3
comme Ruben (fo Simeon. Mass la lignée que tu engendreras après
eux ifera à toy ,(foferont appeliezfélon le nom de leurs freres en leur

Iugez de là fi la penfée de ce Patriarche fuft d’obli­
ger fes petits fils d’inuoquerreligieufement fon nom,ou ce­

héritage.

luy de les Peres.

Pour ce qui regarde Loth, il y a encore moins d’appa­
rence qu’il aye déféré l’inuocatiô Religieufe àvn Ange crée,
Çen. 19 Car voicy comment il parle. Seigneurfo'oicy tonfcruiteur a trouv. 18.19. ué grâce deuant toy '.je te prie cette Ville là efl prochaine -,pour m'y en-2o*
fuir .foe te prie queje m yfauué. Il prie cét Ange humblement,
mais ciuilement comme vn Perfonnage enuoyé de Dieu : car
aufti ces deux Anges qui furent enuoyez en Sodome font apGen. 19. peliez des Pcrfonnages,parce qu’ils fe faifoient voir fous la
10.
forme humaine ; Scies Sainéts les prenoient pour des hom­
mes dans ces apparitions : à caufe dequoy l’Apoftre dit qu’/'Zs
ifoont logé des Anges nen fcachantrien. Que fi vous aimez mieux
2'
croire qu’il l’inuoqua par vn ade de Religion, que de dire
qu’il le pria par vne humble ciullité : le diray auec Sainét AuàMueuft guftin, que comme Abraham en vid trois, 8c cn adora vn:
/•3 cm. ainfi Loth en vid deux, 8c en reconnut vn Dieu, à caufe deJMaxim. quoy il luy rendit cette dcferance religieufe.
cap. 26. La troifiéme répliqué de M. Chiron eft vne mauuaife défai­
te pour vn Bachelier. Il n’en faudroit pas, dit-il, dauanta­
ge , pour renuerfer tout fon raifonnement : mais découurons
encore fa faufteté 8c fa fallace. Où a-t-il trouué qu’en matière
de foy on doiue argumenter par des définitions figurées, qui
ne font qu’vn ornement de langage, 8cdelquelles on déduit
tout cc qui nous plaift, 8c tout ce qui nous vient cn fantaifie ?
Comme par exemple, fi ie raifonnois en cette forte, IefusChrift fclon l’Elcriture eft vne pierre 8c vne vigne: Or vne
pierre Sc vne vigne font infenfibles, donc Iefus-Chrift eft in­
fenfible. Ou bien en cette forte, l’Eglife eft vne Montaigne,
félon les Prophètes: Or vne Montagne n’cft pas fondée furie

dixjeptiéme Refponfe,
fang» donc l’Eglife n’eft pas fondée lur le Sang dc Chrift.
Voyez, adjoufte-il 5 fi cette façon de raifonner doit eftre admifc & reçeué dans les Myftcresde la Religion Chreftienne ;
&fi cc n’eft pas femoc.quer de la fimplicité des peuples, que
de les entretenir de telles bagatelles.
Certainement vne telle façon de raifonner ne feroit pas
fupportabledans vn folide difeours touchant les chofes hu­
maines, bien loin d eftre receuablc dans les Myfteres delà
Religion; &ie trouué que Monfieur le Bachelier ayant pro­
duit des raifonnemens fabriquez de cette maniéré, a raifon
de les appellcr des bagatelles pour les fimples:puis que ce
font des extrauaganccs pour les fçauans. Mais ft ne fera ia­
mais voir que mon raifonnement eft conftruit fur cette for­
me, nycompofédc cette façon. Quand on porte les comparaftons audcla dc l’intentiô de celuy qui les propofé, ou cotre
lerapport&Iaconuenance qui fë trouué dans les qualitez
des chofes : alors on dit qu’elles clochent ; alors les raifonne­
mens qu’on en déduit, n’ont point de folidité; & parce qu’on
en tire tout ce que l’on veut, on n’en tire rien dc raifonnablc.
Tels font les raifonnemens que le Bachelier vient de produi­
re. Car fi Iefus Chrift eft comparé à vne pierre, & àvnfep
dans lEfcriture: ce n’eft pas au regard de leur nature, ou du
degré de l’eftre que ces chofes polfëdent : mais au regard de
quelqu’vnc dc leurs qualitez. C’eft pourquoy l’on ne peut pas
inferer de ces comparaifons que Iefus Chrift foit infenfible,
comme vnfcp,&cômc vne pierre : mais parce qu’il leur eft
accomparé à caufe de la fermeté de l’vne, & de la vertu frudifiantc de l’autre : on en peut bien induire ce raifonnemenr.La
pierre eft propre à fonder vn édifice à caufe de fa fermeté ; &
les farmens eftans feparez du fep ne peuuent porter du fini cl:
parce que c’eft de luy qu’ils tirent la vertu du germe. Or le­
fus-Chrift eft vnepierre, & vnfcp ,félon le ftile dc l’Efcritu­
re. II faut donc que nous foyons édifiez fiir luy,
Epkef
labernaclede Dieu en efprit ; & que nous demeurions en luy, 22.
pour porter des fruids de juftice: car comme dit luy-mefme,
qui demeure en moy porte beaucoup defnticl, car hors de moy vous ne pean. 15.
pouuez rienfaire. De mefme quand les fideles font comparez j.
à yue Montaigne, c’efi à caufe de fa fermeté inébranlable.
X X x xx

8p8

Defenje de lu

De forte qu’on peut bien raifonner ainfi de cette comparaiT/. 12\
3Uec Prophète. La Motaigne de Sion ne peut estre ébranlée^
’ maisfi maintient à toufiours. Oe ceux qui fi confient en l'Eternel
font comme la Montaigne de Sion ; dôcques ceux qui Ce confient
en l'Eternel, nc peuuent eftre ébranlez,mais fe maintiennent
à toufiours.
C’eft ainfi que i'ay conçeu mon raifonnement contre l’in­
uocation des Sainéls : Caries deux prémiftes font tirées de
l’Efcriture,& appliquées félon l’intention de l’Efprit deDieu:
comme il paroift éuidemment à ceux qui le confiderent. De
forte que de ce que l’inuocation ou la priere religieufe eft appelléc par le Prophète vn parfum, & vn facrifice qui doit
eftre adrefle à Dieu : I’ay eu droit d inferer fans m’éloigner de
fon intention, que comme l’honneur de l’encens & du Sacri­
fice n’appartient qu’à la Diuinitè, & ne peut eftre déféré légi­
timement à aucune créature: De mefmc l’inuocation ne peut
eftre adreflee aux Sainds, ny aux Anges, mais qu’elle doit
eftre prefentée à Dieu feul.
Que donc Monfieurle Bachelier ne qualifie plus du nom
de bagatelles ces façons de raifonner j qu’il ne die plus que ce
ne font que des figures & des ornemens de langage. Car fi
cela eft, il faudra dire que ce n’eftoit que des bagatelles que
Iefus-Chrift côtoit à fes Difciples, lors qu’il les exhortoit par
fimilitudes à veiller dans l’attente de fa venue, à l’imitation
des bons feruiteurs qui attendent leur Maiftre, & des fages
vierges qui attendent l’Efpoux, ne fçaehans à qu’elle heure il
doit venir. Nous dirons que ce n’eftoient que des ornemens
de langage que Saind Paul debitoit aux Galatcs, quand il
leur vouloit prouuer par vne allégorie tirée des enfans d‘AÇa\at.i\. gar& de Sara, que le monde perfecute les enfans deDieu,
29comme le fils delà feruante perfecutoit celuy de la franche.
Efh 6.11 ec aux Ephefiens quand il les vouloit obliger de prendre les
armures de Dieu, parce qu’ils auoient à combattre contre les
Démons. Nous dirons aucc raifon, que Saind Auguftin
nc propofoit que des figures de Rhétorique pour des bonnes
raifons aux Donâtiftes, quand il leur prouuoit quelEglife
vnit. Ec- deuoit eftre refpanduë par tout le monde, par la fimilitude du
oy.c.13. champ, où le Seigneur a femé de bon grain : parce qu’il eft'

dixfytïéme Refoonje.
dit, queic champ c’eft ie monde ; &l par le filé ietté en la mer, Matfj.fi
qui aflèmble toute forte de poiffons ;& par le vaiffeau que S. îs-47Pierre vid en vifion, comme vn grand linceul lié par les qua10
tre bouts, où il y auoit de toute forte d’animaux, qui fignific 11 ,ï3‘
Jes quatre parties du monde, remplies de toutes Nations,que
Dieu vouloit purifier par la foy. Enfin nous dirons auec vé­
rité que le Bachelier n’a débité que des bagatelles, quand il a
voulu prouuer cy-deuant qu’il ne faut poi nt donner i’Eucha- pagerj 4.
riftie aux pécheurs qui font trauaillez des infirmitez de l’ame:
parce que ccSacrementeftvn Pain, qui n’eft pas bon pour
les malades qui ont l’eftomach foible, & qui nc fçauroient le
digerer. Si cette façon de raifonner cft bonne : pourquoy
dit-il qu’elle ne doit pas cftre receuê, & pourquoy nous condanme-il, lors que nous nous en feruons? Si elle eft mauuai­
fe, & fi elle n’eft pas reccuable: pourquoy s’en fert-il luymcfme contre nous ? Certes ie ne le trouuc pas condamna­
ble , parce qu’il s’en eft voulu leruir : mais parce qu’il cn a fait
vn mauuais vfage jnc confiderant pas, que comme l’Eucha­
riftie cft vn aliment pour entretenir la force aux robuftes: elle
eft aufli vne medecine pour rédre la fanté aux infirmes,& aux
malades fpirituels. Il nc feroit pas tombé dans cét égarcmér,
s’il euft obferué la reigle que Saind Auguftin veut qu’on re- ^ug.in
tienne en toute allégorie,! fçauoir, qu’il faut confiderer ce Tfalr». 8
qui eft dit par fiinilitude,eu égard à la fentence & au lieu d’où
clic eft tirée.
Mais pour vous faire voir que Monfieur voftre Ba­
chelier n’entend pas fa Théologie, non plus que les reigles
de Sainct Auguftin : il faut que ic le rncine à l’Efcole de fes
Dodeurs. S il les veut écouter, il apprendra deux, qu’on g(Can .
peut raifonner etficaeiculcmcnt du fens fpirituel de l’Efcritu- '
re, pourueu qu u loit connu ; & quil eft connu aucc certitutude, lors qu’vn paflage de l'Efcriture eft exposé fpirituelle- art.-].
ment par vn autre; ou qu’il cft appuyé par l’expofition des Pe­
res. Or pas vne de ces conditions ne manque au raifônement
que i’ay ciré d’vne définition figurée. Car premièrement la
figure ou la fiinilitude eft tirée de l’Efcriture, qui appelle 1 oraifon vn parfum d’encens, & vn facrifice. Secondement A' g
lEfcriture elle mefme explique cette fimilitudç : Car com o[/f\ ,
X X x x x ij
2.

r"

900

Defenfè de tu

me clic dit que l’encens & le facrifice materiel ne doit eftre
offert qu’à Dieu : aufli dit-elle que l’oraifon doit eftre adreflee
P/44Ï.2 à Dieu comme le parfum de l’encens, & comme l'oblation
du facrifice. D’ailleurs i’ay le çonfentement des Peres, qui
confirment mon raifonnement, en expofant de mefme cette
fimiïitute. C’eft donc vn raifonnement non captieux, &
& plein de fallace, comme dit le Bachelier: mais efficacieua
& infaillible félon les rcigles de vos Dodeurs.
Si ces deux raifons que i’ay produites, ne fuffifent pas,
pour vous perfiiader qu’il n’eft point permis d’inuoquer les
Sainds ny les Anges : en voicy deux autres, qui vous confir­
meront cette venté clairement & fans aucune figure. La
première combat en commun l’inuocation des Sainds & des
Anges, & ie la réduis à cette forme d’Argument.
Uom deuons prier, comme Dieu mefme nous enfeigne ,
nous commande de prier, & toute priere quifefait autrement,
ef mal-faite.
Or Dieu ne nous enfeigne point de prier religieufement les
Saincls, ny les Anges 3 mais luyfeul.
Doncques nous ne douons point prier religieufement les Saints^
ny les Anges ^mais luyfeultoute priere qui fe fait autre­
ment efl malfaite.
La majeure de cét Argument eft fi claire, qu’elle n’a pas
befoin de prcuue:neâtmoins afin que vous nel’arejettiez pas
comme eftant de noftre inuention, confultez les Peres î & ils
Tertnl.de vous en confirmeront la vérité. Si vous oyez Tertullien, il
erat.c. 9. vous dira, que Dieu feul nous pouuoit enfeigner comment il
vouloit qu’on le priaft.
Cyprian.
Sivous écoutez Saind Cyprien, il vous fera entendre
ferrn.à.de ces belles paroles. Celuy qui nous fait viure nous a enfeignez
erat.Do'
de prier ; de forte que prier autrement qu’il n’a enfeigné,n’eft
mtn.
pas feulement vne ignorance, mais vne coulpe. Priez-donc,
Freres bien-aimez, comme Dieu voftre Maiftre vous a enfei­
gnez.
Si vous voulez entendre Saind Auguftin, il vous affeu£ç. 181. rera, que quiconque ne dit en fon oraifon ce qui eft contenu
?*?•,2> dans cette priere Euangeliquc, il prie charnellement, ou d’v­
ne façon illicite. Car comme dit luy-mefme, celuy qui in-

dixjèptiéme Refponfe.

por

uoquc doit prendre garde à deux chofes; à fçauoir qu’il ne tafuguft.
demande pas ce qu’il nc doit pas demander ; & qu’il ne le de4*«
mande point à celuy, à qui il ne doit pas prefenter fes deman- di,ter^
des.
Si vous confultez Sainét Chryfoftome, ilvous dira, que
celuy qui ne prie point comme Chrift a enfeigné, n’eft point

difciple de Chrift.
°mMath
La fécondé propofition de mon argument eft aufli de
l’Efcriturc. Car fi vous voulez que Dieu fàns diftinétion des
Perfonnes vous enleigne à prier .-ilvous dira, inuoque moy. Si Tfe. 50.
vous allez au Pere, il vous dira, baifez. le Fils ; & quiconque a 15*
oui du Pere, & a appris, vient à moy, dit Iefus-Chrift luy-mefme.
2j
Si vous dites au Fils, comme luy dit autresfois quelqu’vn de
fes Difciplcs : Seigneur, enfeigne-nous à prier : il vous dira, quand Luc 1 *•
yous prieref, dites noftre Pere qui es és Cieux. Si vous voulez fui- 1‘ 2"
ure les mouuemens du Sainét Efprit, qui fait requeftepour
les Saints félon Dieu ; Sc qui foulage de fa part nos foibleffes; 25’ 2 *
parce que nous ne fçauons point cornent nous deuons prier :
Cct Efprit d’adoption ne vous fera point crier Sainét Pierre
ny Sainét Paul : mais Abba, c’eft à dire Pere. Si donc vous vou- Tj>m, 8.
lez prier félon 1e commandement du Pere, félon lesinftru- 1 î*
étions du Fils, qui cft vn Doéteur véritable, 8c fuiuant la con­
duite du Sainét Efprit, qui eftvn Efprit de verité:vousn’inuoquerez iamais autre que Dieu; Sc vous reconnoiftrcz que
toutes les oraifons que vous adrefTez aux Sainéls ouaux An­
ges, ne peuuent eftre agréables à Dieu, ny falutaires pour
vous-mefmcs : parce qu’elles ne font poinc commandées par
le Pere, ny enfeignées par le Fils, ny diétées par le Sainél
Efprit. Car comme dit Sainét Cyprien, cette oraifon eft ai- Cypr.fer.
niable à Dieu, quand on le prie de ce qu’il nous fournit ; Et 6.de orat
comme fans l’Efprit de Foy, il n’y a perfonne qui puifle bien Domin.
croire : auffi fans l’Efprit d’oraifon, il n’y a perfonne qui puif­
fe prier falutairement, comme dit Saind Auguftin.
L’autre raifon que i’ay produite , combat particulierementl’inuocationdes Anges; 8c ie la réduis à cét argument.
. S'il efioit permis dlinuoquer les Anges, il ne nous feroit pas def­
fendu de lesferuir religieufement, dr auec deuotion.

il nous eft deffendu de feruir les Anges religieufement (f
par deuotion.
XXxxx iij

■ Or

50 i

Deffenfe de la

il riejl donc point permis de les inuoquer.
La confequence de la première propofition eft éuidente
à tous ceux qui en entendent les termes. Car puis que l’inuocation eft vn feruice religieux, félon la Théologie des Peres,
& de vos propres Dodeurs : Il eft impoffible d’inuoquer les
Anges fans les feruir religieufement.
La fécondé propofition eft de l’Efcriture : car Saint Paul
fait cette deffenfe. Qu? nul ne vous maistrife à. (onplaijtr par hu­
Colojf. 2.
milité riefprit
feruice des Anges, s’ingérant és chofes ■> qu’tl n'a
i8.
point veuës. Surquoy ne receuez pas noftre interprétation,
mais celle des Peres & des Conciles.
Efcoutez Saind Irenée, & il vous dira que l’Eglife ne
Jren L 2.
fait
rien
par les inuocations Angéliques : mais que purement
cont. h&r.
cap. 5 7. elle adreffe fes oraifons au Seigneur qui a fait toutes chofes,
& au Nom de Iefus Chrift.
5.
Efcoutez Origene, & il vous tcfmoignera que tousles
cont.Celf. vœux, & toutes les prières & fupplications doiuent eftre deftinées pour Dieu,par celuy qui eft plus grand que les Anges,
à fçauoir la parole qui eft Dieu; QÔ’muoqucr les Anges que
l’homme n’eft pas capable de connoiftre, ne femble pas con­
uenable à la raifon. Mais que quand mefme nous donnerions
quel homme peut atteindre la connoiffance de leur nature
merueilleufe 8é cachée, & des offices dont chacun d’eux s’ac­
quite: cela mefme doit empefeher que nul n’offre des prières,
finon au feul Seigneur, qui feul nous fuffit en toutes chofes.
rAmbr.in
Oyez Saind Ambroife , & il vous tcfmoignera que fi
Qolajf.c. quelqu’vn croit deuoir eftre deuot enuers quelqu vn des Anges, ou des puiffances, il doit fçauoir qu’il eft dans l’erreur.

Oyez Saind Auguftin, & il vous fera entendre voftre
. ffg!L deuoir & fon intention par cette demande qu’il fait à Dieu.
(rj. c.^2. Qi11 trouucray je, pour me réconcilier a toy ? Me faut il aller
aux Anges ? Par quelle priere ?
Concil.
Oyez le Concile de Laodicée, & il vous fera entendre
Laodicen cette deffenfe, qu’il ne faut point laiffer l’Eglife deDieu, ny
w». 3 5. appclJer les Anges ; & que fi quelqu’vn eft trouué feruaut i,
cetre fecrette idolâtrie, qu’il foit anatheme.
Theod. in
Confultez Theodoret fur les paroles de ce Concile, & i!
Çolojfo.z VQUS jjj-a qUe ce Synode tenu à Laodicée , a deffendu par vne
loy expreffe,de prier les Anges.

dixfepiéme Rejjtonfe,
C’eft pourtant cc qu’on vous commande de faire aujourd’huy ; & c’eft ce qu’on vous dit que vous pouuez faire pieufement& vtilcment. On vons rend donc Difciples de ces
Heretiques dont parle Saind Irenée, qui fc feruoient des in- Jrtn. I. ri
uocations des Anges ,& qui les inuoquoient en cette mefme cap. 2;.
façon que l’on vousprclcrit enuers voftre Ange Gardien, ô
Ange, ie te prie.
On vous rend Difciples des Simoniens, qui difoient que Ticlhrm.
Dieu ne peut eftre compris, & qu’il faut fc le rendre propice
par le moyen des Anges.
On vous rend imitateurs de ceux dont parle Thcodorery
qui défendansla Loy, induifoient à honorer auftî religieufe- Ctlof.c.z
ment les Anges, difans que la Loy auoit efté donnée par eux;
qui confeilloient cela par humilité, difans que le Dieu Créa­
teur nepeut eftre veu ny compris; qu’il faut aller à luy, & fe
concilier la faueur par l’entremife des Anges; & qui auoient
parmy eux vn Oratoire de Michel. Car n’eft ce pas par vne
femblable humilité d’elprit qu’on vous perfuade l’inuocation
des Anges, à fçauoir pour obtenir les faueurs de Dieupar
leurs fecours ? Et combien de Chappellcs de Saind Michel
auez-vous dans vos Eglifes ? Quant à nous , fçaehans qu©
Dieu nous enuoye ces Efprits Adminiftrateurs, non point;
pour eftre feruis religieufement, mais pour nous feruir chari­
tablement dans le pèlerinage de cette vie : Nous dirons auec
Saind Auguftin, que fi nous faifions vn Temple de bois & de
pierre au plus excellent de tous les Anges : nous ferions ana-11‘ c!>nt'
thematifez par la vérité de Chrift, & par l’Eglifc deDieu: viKXtmin-.
parce que nous rendrions à la créature cette feruitude, qui c^‘1
n’eft deuë qu’à Dieu tant feulement. Et nous conclurrons
auec luy-mefme, que c’eft la Religion Chreftienne, qu’vn
feul Dieu foit honoré religieufement.
Z™. '5"

$fe>4

Deffenfe de Îa

VlXHi'lCTUUlt. demande
du JMiffonnaire.
V’I L S nous difent où eftoient les ames des Patriar­
ches , & des Prophètes, qui eftoient morts auant la ve­
nue du Meffie : puis que fclon le Dimanche douzième
de leur Catechifine, la porte du Ciel a efté fermée, & n’a efté
ouuerte qu’à l’Afcenfion du Fils de Dieu; & que perfonne
n’y eftoit monté auant luy, commeilfe peut voir en S. lean
chap. 3. Ÿ. 13.

Q

Rffponfe à la dix~hui£tiéme demande.
I nous croyons aux fidions des Dodeurs Romains, nous

S

dirons que ces Ames eftoient dans le Limbe, c’eft à di­
re dans vn lieu qui eft fur le bord des enfers , attendant la
venue du Rédempteur, qui les tira de là au iour de fa Refurre­
dion, pour les ameincr aucc luy dans le Ciel. Mais parce
1. Jean 4 fiue nous ne croyons pas à tout efprit; & que nous examinons
j.
les efprits, s’ils font de Dieu: Suiuant l’examen que nous
auons fait de cette Dodrine, nous iugeons que c’eft vne fa­
ble, qui pour eftre ancienne, nclaifte pas d’eftre contraire à
la vérité ; Sc nous trouuons quelle eft puifée des refueries des
Manichéens & des Marcionites, lefquels au rapport de Saint
Epiphane, & de Tertullicn , ont enfeigné que perfonne n’a
efté fauué deuant l’An quinziéme du Régné de l 'Empereur
Tibere, qui eft le temps auquel Iefus-Chrift commença de fc ’
manifefter par la prédication & parles miracles; Et les Do­
deurs de lEglife Romaine veulent que nulle Ame n’ait efté
fauuée, que trois ans après, qui fut le iour de fon Afcenlion} Ôcc.
Répliqué

ïdixhuictiéme Rcjponjê',

Répliqué du Catholique Romain.
E n’eft pas aflez à la malice d’Afimont de tronquer les

C

paflages de l’Efcriture, d’en falfifier les textes, de pro­
duire des Argumens: il veut encore nous impofer des
faufles opinions, & taire accroire à fes Sectateurs, qucdans
la doCtrinc des Limbes nous adhérons aux imaginations &
aux refueries des Manichéens, condamnez par tous les Peres
de l’Eglife, & infiniment éloignez des veritez Catholiques.
Car félon Saind Epiphane, cité par le Miniftre, cnl’Homilie 6 6.ccs Rcfueurs Heretiques croyoient que les Patriarches
& les Prophètes auoient efté feduits par quelque Prince de
tenebres, & qu’ils auoient efté tirez dans la captiuité mal­
heureufe du mefehant principe ennemy du bon Dicu&pere
de toute malice. D’ou vient qu’ils eftoient entre les mains
de ce malin, fuiets à fa fureur & à fa cruauté, & enfin damnez
&defefpercz. Enfcignons nous cette dodrine, en parlant
des Limbes ? Lifez bien nos Conciles & nos Dodcurs, vous

ne treuucrez pas vn mot de toutes ces refueries, &c.

ES Philofophes difent auec raifon quela fiinilitude ne
fait pas 1 identité; &quc deux fiiiets pour eftre fcmbla­
blcs , nc font pas vne mefme chofe : mais qu’il faut neceffaircment qu’ils ayent de la diuerfité. Suiuant cela,quand i’ay
dit que la dodrine des Limbes eft puifée des refueries des
Manichéens & des Marcionites : I’ay voulu dire que ces er­
reurs pour eftre diuerfes ne laifloient pas d’eftre femblables.
En effet, fi vos Dodeurs font differens cje$ Manichéens en cc
qu’ils ne croyent pas vn mauuais principe, qui aye detenu cn
captiuité les fideles de l’Ancien Teftament : Ils font pourtant

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Defenfè de U
fyifh. I, conformes en deux points. Le premier efl, que comme ceuxa. o»r. là croyoient que dans les temps anciens, nul homme n’a efté
Iwe/.har fàuué, iufques à la manifeftation de Iefus Chrift : de mefme
6ô*
ccux-cy croyent qu’auant fon Afcenfion, nul n’a obtenu le fa­
lut & la gloire du Paradis. Le fécond eft, que comme les
Manichéens fc font imaginez que les Peres de l’Ancien Te­
ftament ont efté damnez & détenus en captiuité fous lapuiflànce du malin : De mefme vos Doéicurs croyent que ces
Anciens Peres ont efté détenus captifs dans vne prifon des
enfers, où ils ont fouffert la damnation, y eftans priuez de la
vifion bcatifique.
Mais ils ont plus de conformité auec les Marcionites.’
7rrf./,i. CaraurapportdcTertullicn, Marciondéterminoitque l’vn
cont.nar & l’autre falaire de raffraifehiffement & dc tourment eftoit
fiM.f.14 dans les enfers, pour ceux qui auoient obeï à laLoy &aux
Prophètes. C'ell cela mefme qu’enfeignent vos Doéleurs,
quand ils feignent que tous les Peres qui ont gardé la Loy, &
obey aux Prophètes,ont efté détenus dans vne partie dc l’Enfer qu’ils appellent Limbe, dont ils ont fait pour eux vnlieii
de douleur: puis qu’ils y fouffroient la perte de la vifion de
Dieu; & neantmoins de rafFraifchiffement : puisqu’ils n’y
eftoient pas torturez par les flammes. Enfin ils font encore
plus conformes à certains Heretiques, dont Sainél Auguftin
l.de kartf fait mention fans les nommer, qui afTeuroicnt que Chrift defcap.79. Cendant aux Enfers, en auoit deliuré tous ceux qui auoient
creu en luy.
. ,
Pour combattre.cettoerrcur, qui pofè que nulle Ame des
Anciens Fideles n’eft entrée dans le Ciel auant lAlcenfioa
du Fils de Dieu : I’ay allégué dés l’entrée les exemples d’vn

I
x

Patriarche & d’vn Prophète, par vn raifonnement que ic
réduis à cette forme.



Enochl'Afcenfion
ef E lie ont èflé enleuez dans le Ciel en corps ef en Ame
auant
du Fils de Dieu.

I

Or Elle ejloit Prophète ef Enoch Patriarche ef Prophète.

1

Donc quelque Patriarche ef quelque Prophète a ejlé enleui
dans le Ciel auant P Afcenfion du Fils de Dieu.
■■3
Lapremierepropofitiondece raifonnement eft del’Eferiture, qui témoigne cpx Enoch après- auoir cheminé auec Die**

i



1

*

$07

dixJntictiémc Refponfe.

9ieparut plufpMce que Dieu le prit-, & epèElie monta MX Cieux
par vn tourbillonfur vn chariot d:feu.
U.
La fécondé propofition eft auffi de l’Efcriture : Car félon
fon tefmoignage Elie eftoit Prophète j Enoch eftoit Patriar­
che ;& Sainét Iude tefinoigne que ce Jeptiéme Homme apres inEv.14.
Adam a Prophétisé. La conclufion eft donc certaine, à fçauoir
que quelque Patriarche & quelqueProphete a efté porté daus
le Ciel auant l’Afcenfion du Fils de Dieu.
A ce raifonnement Monficur le Bachelier fait deux répli­
ques. La première cft cctte interrogation : ccs deux exem­
ples font-ils voir que tous les Sainds de l’AncienTeftament
font montez au Ciel auant la venue de Iefus-Chrift ? Tire-on
des conclufions generales de deux exemples particuliers/ Cc
qu’il redit deux ou trois fois pour remplir la page.
Il n’eftoit pas befoin de tant de redites, pour nous défen­
dre de faire ce que nous n’auons pas fait : car aufli noftre con­
duira» n’eft pas generale, pour tous les Sainds, mais parti­
culière pour quelques vns : Voila donc,auons-nous dir, deux
ames, celle'd’vn Patriarche, & celle d’vn Prophète collo­
quées dans le Ciel auant l’incarnation du Fils de Dieu. Mais
pour fi particulicic que foit cette confequence : elle cftaflci
forte pour deftruire voftre creance vniuerfelle, qui dir géné­
ralement, que nul des Sainéts du Vieux Teftament n’eft en­
tré dans le Ciel auant la venue de Iefus Chrift. Le contraire
paroift manifeftement par ces deux exemples de 1 Efcriture.
Dans la féconde repliqucMaiftreChiron, dit que ccs deux
exemples nc font pas véritables & fans contefte. Le premier,
dit-il, n’affeure pas qu’Enoch fut éleué dans Je Ciel des bien­
heureux , ny qu’il foit monté dansle fejour de la gloire Celc­
ftc ; mais feulement que Dieu le prit, & qu’il ne parut plus,
cc qui n’eft point en queftion. Quant au fécond cxêplc, nous
rcfpondons, adioufté il, que ce nom de Ciel, dont il eft par­
lé en ee lieu,cft vn rcrme équiuoque,qui fe prend dans les Ef­
critures, tantoft pour l’air que nous refpirons, tantoft pour
ce grand corps où roulent les Aftres & les Planettes, tantoft
pour le fejour des Anges. Cela eftant ainfi qui vous a dit, dcmande-il, que le Ciel où Elie fut porté en fon carroffe de feu
eftoit le fejour des Auges,dans lequel Dieu manifefte fa gloiYYyyy ij



A
--'DeJ'enfe de la
rc ? Les Peres que vous citez nc difent rien de cela, fi vous les
lifez attentiucinenr ; au contraire Sainél Grégoire le Grand
en l’Honiilic 24. fur les Euangiles alfeure qu’Elie a efté enle­
ué dans le Ciel Aérien, pour eftre meiné fecrettement cn
quelque Région de la terre, afin d’y viure dans vn grand re­
pos de corps &d’efprit, iufques à ce qu’il vienne à la fin du
monde, pour payer le tribut à la mort.
Si Monfieur le Bachelier euft voulu prendre la peine de
confiderer l’Efcriture & les Peres qui l’ont interprétée : il au­
roit reconnu la vérité que ie pofe, à fçauoir, qu’Enoch &
Elie ont efté trâfportez dans le Ciel qui eft le fejour des bien­
heureux. Car pour le regard d Enoch, l’Efcriture dit que
Dieu le prit à lôy, ce que les Latins expriment par cc terme
affumpjît. Or bien heureux ejl celuy que Dieu a choijipour le faire
PM s. approcher defoy, dit le Prophète Dauid : nous ferons raffafie^dcs
biens de ta Maifon. Il faut donc croire qu’Enoch fut rendu
bien-heureux par cette tranflation par laquelle Dieu le prit à
foy. Et fi de l’Alfomption de la Sainéle Vierge, dont pour­
tant il n’eft fait nulle mention dans l’Efcriture : vous prenez
droitd’inferer, qu’elle a efté tranfportée en corps & en ame
dans le fejour de la Gloire .-Pourquoy ne voulez- vous pas que
nous inférions cette vérité cn faueur d’Enoch, dont l’Aftoip;
• ption eft indubitable félon le tefmoignage de l’Efcriture ? <
Pour le regard d’Elie, il cft dit fi exprefTement qu’il mon­
ta aux Cieux, que ic ne puis pas comprendre comment vn
- Efprit raifonnable fepeut figurer, que par les Cieux il faille
entendre la terre. Mais comme Monfieur le Bachelier a pris
le Char d’Elie pour vn Carrofle : le ne m’eftonne pas qu il
Paye fait conduire par les Airs dans vne Région terreftre, où
il a trouué fans doute vn lieu de remife commode pour le car'£c canut rofle, & du fourrage pour les cheuaux. Car comme a remar­
aliiftt.de qué lubtilemcnt vn Iefuïte, que feroit vn Chariot dans Jes
Pwaator Cieux, comment & de quelle pafture s’y pourroient nourrir
Caluin i des cheuaux? nc confiderant pas que tout ce Chariot de feu,
tap. I. & fa Cheualerie, n’eftoient que des Anges, qui paroifloient
fous ccs formes vifibles : comme il eft ditqueleSeruiteur
d'Elifée
vid vne Montagne pleine de Chariots & deCheuaux
Ï.T^pisô

17.

de feuautour de Ion Maiftre. Car comme dit l’Efcriture5Z)/^

(ïixbttictieme Refponfe.

909

fait le 'vent fès Anges, & laflamme defeufes Minifires.
Heb. i. 7
Monfieur le Bachelier pour mettre Elie auffi bien qu’E­
noch hors du Paradis Celefte, a fuiuy le fentiment de Gré­
goire Romain: mais il me fuffit d’oppofer les paroles de Saint
Ambroifc, de Saind Hierofme, & de Saind Auguftin, aux
conjedures de ce Pontife, pour vous deftourner de croire à
fes refueries. Saind Hierofme dit qu Enoch & Elie ayans Hien ja
furmontc la neceffité de la mort, furent tranfportez de la con - i.Car. 15
uerfation de la terre dans le Royaume des Cieux; & voftre ij.
Pape Grégoire dit qu’Elie a efté enleué dans l’air, & meine
dans vne Région de la terre, pour payer le tributàlamorr.
Y a-t-il rien de plus opposé que l’air que nous refpirons, & le
Royaume des Cieux ? Qu’eftre meiné fccrettement dans vne
Région de la terre, & eftre tranfporté hors de Ja vie qu’on
meine fur la terre? Qu’eftre obligé de payer le tribut à la
mort, & auoir furmonté la neceffité de mourir? Et s’il cft:
,vray qu’Elie a efté meiné fccrettement dans vne Région terjeftre: Pourquoy, dit S. Ambroifc, qu’il monta aux Cieux, Ambr/er
,comme le Sauueur , & fut porté aux plus hauts lieux? Pour- ™onquoy, dit Saind Auguftin, que par vn Chariot de feu, il 8 7*
monta de ce monde par-deftus les Cieux, s’il cft vray qu’il
fut meiné dans vne Région de la terre ? Certes fi cela eft ainfi,
il faut dire que la terre eft hors de ce monde, & qu’elle cft
cleuée par deftus les Cieux,
Après ces deux exemples, contre la vérité defquels on
ne peut oppofer que des imaginations & des fonges: j’ay pro­
duit quatre raifons, pour combattre cc Limbe, dans lequel
on a colloqué les Ames des Anciens Fideles, iufques à la ve­
nue du Sauueur. La première eft prife de l’abfurdité qu’ilya
de les placer ailleurs que dans le Paradis ; & je la réduis à céc
Argument.
Si les Ames des Anciens Fideles auant la venue dn Fils de
Dieu efloientfur le bord de l'Enfer, que vous appeliez le Lim­
be , ou ellesy efloient heureufes en lajoüyffance de la vifion de
Dieu ; ou elles y efloient malbeureufes eflans princes de cette
vifion.
Or quoy que vouspuifsiez dire
en quelque efiat que vous
les putfiez mettre, vous ne fçauriez éuiter de tomber dans
tabfurdité,
YYyyy iij

$10

Deffenfe de la
ilfaut donc les flacer hors de là , dans vn lieu de bon-heur &
de gloire.

La majeure de ce raifonnement eft de l’Efcriture, qui
nous fait voir qu’aprés cette vie il n’y a point d’eftat mitoyen
2. entre le bon -heur & le malheur eternel: car ily aura tribulation
<?. i o. & Mgoijfci flir toute ame d hommefaifant mal : mais gloire^ honneur
& paix, à vn chacun quifait bien. Et s’imaginer après cette vie
vne condition moyenne entre la vie du Paradis, & la mort de
l’Enfer, c eft vne erreur condamnée, comme nous auons veu,
par Sainél Auguftin, & par tous les Peres.
La mineure eft de la raifon éclairée. Car ft vous dites
qu’elles y eftoient heureufes & joùyftantes dc ia vifion de
Dieu, vous éleuez l’Enfer bien haut : puis que vous le mettez
tout ioignant le Paradis j ou vous eftabliftez le Paradis bien
bas: puis que vous le mettez fur le bord de l’Enfer
pour­
quoy fairedcfcendreces ames dans des lieux fous-terrains,
pour lesy adinettreà la vifion deDieu-.puis que c’eft dansle
Ciel que Dieu fe dccouure. Si vous pofez quelles y eftoient
malheurcufes, & princes de cette vifion : vous rendez ces
Sainéls, ccs Voyans dc l’Etcrnel, ccs Amis de Dieu, moins
heureux après leur mort, qu’ils n’auoient efté pendant leur
vie. Car après la mort vous les éloignez de la face de Dieu,
dont la veué eftla fôurcc du falut ,& vn raftàficment de ioye ;
& les mettez à l’entrée d vn cachot tenebreux, où ily a pleur
& grinceinenrdc dents, pour les y faire fouffrir la peine du
dam:aulieu quependant leur vie Dieu leur cnuoyoitquel'Nembtes clucs rayons de fa Gloire des vns le contemploient face à face,
2. v.é.y. comme Moïfe, les autres en fonge, ou eu vifion j Se tous
auoient plus d’entretiens auec Dieu, que non pas auec les
hommes.
A cette raifon voicy la Répliqué de voftre Bachelier. Voila, dit-il, voftre Dilemme, qui n’eft qu’vn pur fophifme : par­
ce que fuiuant cette mefme façon de raifonner, ie fayvoir
que vous n’eftes pas Miniftre dans Bragcrac. Et la raifon de
cela eft, que fi vous eftiez Miniftre àBragerac: vous feriez
ou bien heureux ou mal-heureuxi Bien heureux, cela nefe
peut:parce que cc feroit faire defeendre le Paradis dansle
le Temple & dans U Ville de Bragerac j Mal-heureux, cela

dixJiuîctîéme Rejponfe.

<511

n’eft point: parce qu’eftant doüé de foy & d’efperance, à ce
que vous dires, vous ne pouuez eftre du nombre des perdus-:
car il eft écrit que nous fommes fauuez par foy & efperance.
Puis donc que vous n’eftes ny bienbeureuxny mal heureux:
vous n’eftes donc pas Miniftre dâs l’Eglife de Bragerac ; ainfi
vous deuez rayer cette qualité^ que vous vfurpez injuftemenr.
Voyez de là où vos raifonnemens vous réduifent, ôc qu’elle
cftime il en faut faire.
Voila vne pointe digne de l'alaine d’vn Saueticr, je veux
dire de l’efprit d’vn Difciple de Maiftre Guillaume ; & ce feul
mot, Maiftre Chiron, me pourroit feruir de deffenfe contre
voftre répliqué. Mais puis que vous portez la qualité de Ba­
chelier cn Theoiogie .-vous agréerez que ie vous remontre,
ceque les Maiftres de cette Sçience vous deuroient auoir enfei gné : C’eft qu’il y a grande différence entre l’eftat des
ames cn cettc vie , & leur condition après la morr. En cette
vie comme les hommes fontfur la terre, qui eft entre le Ciel
8c l’Enfer : auffi leur condition tient quelque chofe de ccs
deux extremitez i & ils y font heureux & mifetables tout enlêmble : parce qu’ils n’y gouftent point de repos fans trauail,
ny de bien fans quelque mal ; leur plaifir cft mefle de douleur,
leur abondance de pauureté, & leurs douceurs deftrampées
dans quelque amertume. Et comme le mal-heur des vns
vient de ce qu’ils fôt impatians dans les maux,& ingrats pour
les biens queDieu leur fait:aulfi le bon heur des autres côfifte
àreccuoirlesbiensde Dieu auec reconnoiffance, à fouffrir
les maux qu’il leur enuoye, aucc patience ;& à iouïr du con­
tentement d’cfprit aucc pieté. C’eft cn céc eftat que ie me
trouué dans l’Eglife de Bergerac : Car par tout iefuis inflruit^ 'Phil. 4
tant à estre raffafié qu’à auoirfaim, tant à abonder qu à auoir difette', 11 • 12&j’aj appris d'eflre content des chofesfélon queje me trouué. Ec tant
s’en faut que cette condition meflée de biens & de maux
m’empefehe d’y eftre Miniftre : qu’au contraire, c’eft la plus
illuftre marque de mon Miniftere, qui me rend conforme à la
conduite de Saind Paul.
Il n’en eft pas de mefme des ames feparées des corps : il
faut neceflairement quelles foient heureules en la vifion de
Dieu, ou malheureufes hors de cette vifion -, il faut qu elles

piî

Defenfe deld

foient ou glorifiées auec les Anges, ou torturées auec les Dç-’
nions. C’eft pourquoy fi vous dites que les ames des Saints
auantla venue du Sauueur eftoient malheureufes : vous les
mettez au rang des Démons, 8c des Reprouuez en Enfer, qui
eft le lieu de tourmens. Sivous dites qu’elles eftoient bienheureufes, il faut de toute neceffité que vous les colloquiez
dans la focieté des Anges en Paradis, qui eft le fejour delà
félicité. Car comme nousauons prouué cy-deuant, il n’y
apoint d’eftat mitoyen pour qui que ce foit après cette vie.
La fécondé raifon par laquelle i’ay combatu ce Limbe,’
eft prife de la foy & de l’efperance des Anciens Fidèles, 8c fç
réduit à cét Argument.
Si les fideles de l Ancien Testament riesioient point entrez,
dans la Gloire du Ciel auant la venue du Fils de Dieu, leur
foy 'les auroit trompez, & leur efperance les auroit confondus.
Mais lafoy desfdeles ne les peut tromper, ny leur efperance les
confondre,
Doncques ilfaut dire quilsfont entrcT^ dans la gloire du Ciel
auant la.venu 'é du Fils de Dieu.
La première propofition de ce raifonnement eft éuiden­
te : Car ils ont efpcré en Chrift, 8c crcu en luy, comme en
celuy qui deuoit racheter fon peuple de fes pechez, & le ren­
dre éternellement bien heureux. Par l’efperance, ils ont at­
tendu patiemment le falut promis; Par la foy, ils ont creu
que celuy qui l’auoit promis eftoit fidele & puifl’ant pourac'FJelr. n complir fà promeffe ; 8c tous fo nt morts en cette foy, comme
j;.
tefmoigne I Apoftre. Par l’efperance ils ont dit comme ïaÇtn. 49. cob, Seigneur i’ay attendu ton falut ; par la foy ils ont regardé à l’eternelle rémunération comme Moyfe. Mais il faut que
jeur efperancc ies ayC COnfôdus, 8c que leur foy les aye trom-27*
pez, félon les fentimens de I’Eglife Romaine : puis qu’au lieu
du falut qu’ils auoient efpcré pendant leur vie, ils ont fouf­
fert après la mort vne peine de damnation; puis qu’au lieu du
repos qu’ils auoient creu receuoir après cette vie, ils font
tombez dans la langueur, que caufe aux malheureux vnefpoir différé l’efpace de plufieurs fieeles.
La fécondé propofition cft de l’Efcriture:Car fi nous fômes
fauuez par foy 8cpar efperance comme elie die : auffi fçauonsnous

elixbiùcriémc Refponfe,

$

nous par elle-mefme j que l’efperance ne confond point i &c que
j.j
pas vn de ceux qui croyét en Chrift, nefera confus. La conF»
clufion donc qui fait noftre Article de Foy, eft certaine, à ?3*
fçauoir que les fideles de l’Ancien Teftament font entres
dans la Gloire du Ciel, auant la venue du Fils de Dieu.
Ace raifonnement voicy ce que Monfieur leBachelier
répliqué. Le fécond argument que vous faites ( fi toutesfois
on doit appellcrvn tas de paroles fans ordre, vn raifonne­
ment) n’eft pas moins ridicule que 1e premier. le veux que
tout cela foit, mais que s’enfuit il de cet argument informe,
qui n’eft ny en mode ny en figure è Pouuez-vous conclurre de
là que les Patriarches font montez au Ciel auant la venue du
Fils de Dieu: puis que dans les prémiftes il n’y en a pas vn feuh
mot ? Vous direz peut-eftre, qu’au moins il s’enfuit de là, que
ces Sainds Perfonnages font fauuez : i’en demeure d’accord
auec vous : mais ce n’eft pas la queftion. Car il nc s’agit pas
icy de fçauoir fi les Sainds Patriarches ont efté fauuez apres
leur mort : mais il eft queftion de fçauoir fi leurs ames ont efté
portées dans la GloircCelefte auant la venue dc Iefus Chrift.
Or pour conclurre cela, il faudroit ranger voftre argument
en cette forte. Tous ceux qui ont creu & cfperé au Seigneur,
& qui font morts dans cette creance font allez au Ciel auant
la venue du DiuinSauueur. Or les Sainds Patriarches ont
creu & cfperé au Seigneur, & font morts dans cette creance.
Donc ils font allez au Ciel auant la venue du Sauueur. Céc
Argument eft bien en bonne forme : neantmoins il necouclud rien : parce que la première propofition fe deuroit ap­
puyer fur le tefmoignage des Diuines Efcritures, danslefqucllcs il faudroit faire lire que tous les Sainds de l’Ancien
Teftament qui font morts dans la Foy, Scdans l’Efperancc
Diuine,ontcftéenleuezdansleRegnedela Gloire Celefte .
auant la venue de Iefus-Chrift.
C’eft à faire à des petits Efcoliersde difputcr de la forme
d’vn Argument
c’eft vne chofe digne de larmes, de voir
qu’vnMaiftrc Bachelier me faffe raifôncr enCordonnier,pour
auoir fuiet de refpondre côme vn Efcolier de Me. Guillaume.

Si Ion ne pouuoit raifonner fans réduire fes paroles à trois
propofitions rangées en forme de Syllogifme : l’aduoué que
ZZzzz

^14

Defenje delà

celles que i’ay produites dans mon premier liure, ne feroient
pas vn raifonnement; Ec fi i’auois formé celuy que Maiftre
Chiron me fait faire : jc confefte que mon argument feroit
tout à fait ridicule. Car cette propofition, que tous ceux qui
ont creu, & efperé en Iefus-Chrift, font entrez dans la Gloi­
re du Ciel auant fà venue, n’eft pas feulement hors de l’Efcri­
ture : mais aulfi manifeftement contraire à fa vérité : d’autant
qu’il y en a plufieurs qui n’ont pû croire en luy qu’aprés fon
Incarnation ;ny par confequent cftre fauuez qu’aprés fa ve­
nue , comme font tous les fideles qui font morts fous le Nouueau Teftament, & fous la grâce de l’Euangile. le laifte aux
fçauants Leéleurs à iuger fi mon Argument n’eft point en
forme ny en figure : & s’il ne conclud pas diredement ce qui
cft en queftion. le veux auftî qu’ils iugent, fi de la conceftion
que le Bachelier m’a faite, ic n’en puis pas induire efficace-ment cette conclufion, qui fait l’article de noftre creance, à
fçauoir que les fideles de l’AncicnTcftamét font entrez dans
la gloire Celefte, auant la venue de Iefus Chrift. Car il de­
meure d'accord auec moy qu’ils ont efté fauuez auant la ve­
nue du Fils de Dieu. Or ceux qui font fauuez nefontpas
damnez : puis qu’il n’eft rien de plus incompatible que le fa­
lut & la damnation. Mais il veut pourtant queles Anciens
Fideles ayent efté damnez auant la venue du Fils de Dieu :
puis qu’il croit qu’ils ont fouffért la peine du dam, & la priua­
tion de la vifion de Dieu, qui eft, à fon dire, le plus grand fup plice de l’enfer. Si donc il aduouë qu’ils ont efté véritable­
ment fauuez, il faut qu’il die qu’ils ont efté admis à la gloire
de cette vifion, qui nefe trouué que dans le Ciel des bien­
heureux: puis que le falut eft la deliurance de la damnation,
& qu’il nc fe peut trouuer là où-eft cettc peine.
Tout ce que Maiftre Chiron pouuoit dire auec quelque,
apparence de raifon, c’eft que les Anciens fideles n’ont pas
efté confondus en leurs pretentionsiparce qu’ils ne s’eftoient
pas promis d’eftre bien-heureux incontinent après la mort,
mais feulement après l’aducnement du Melfie. Mais ie fuis al­
lé audeuant de cette difficulté dans ma refponfe ; & i’ay prou.ué le contraire de cela par l’Efcriture : Car Sainél Pierre par­
lant des Anciens Fideles,* dit vne chofc bien
«A» confidcrable»


dixhtiictiême Refponfe.
Nota croyons, d it-ifque notaferonsJauuez par la Grâce du Seigneur, «^/S.r
comme eux aufsi ;&nous afteure que nous rapportons pour fin n.
de noftre foy le falut eternel des ames. Or ie vous demande, t.T«r.u
croyez-vous que les Sainds qui font fous la grâce, ne rappor- 9«
teront ce falut eternel de leurs ames qu’au dernier aduene­
ment de lefus-Chrift? Et ne croyez-vous pas que ceux qui
meurent en eftat de grâce & de faindeté fous le Nouueau Te­
ftament, font receus dans leCiel incontinant apres la mort?
Difons-donc de mefme que les Sainds de lAncien Tefta­
ment ont rapporté le mefme falut pour fin de leur foy » & que
leurs ames au déloger du corps ont efté receues en Paradis:
puis que nous croyons d’eftre fauuez comme eux.
C’eft ainfi qu’ils l’ont creu eux-mcfmcs aufti bien que
nous. le mc fuis contenté d’en produire deux exemples l’vn
d’vn Patriarche, & l’autre d’vn Prophète. Iacob lors qu’il
eftoit fur le point de mourir, dit à Dieu, Eternel fay attendu gen.afi.
tonfalut. Que quclqu’vn die maintenant, dit Saint Ambroi- iSfe, que Iacob n’a pas efté bien-heureux dans le iour mefme
de fa mort ? Le Prophète Dauid auoit la mefme penfée tou&
chant fon fils : car durant le cours dc fa maladie, il ne tarit
point le cours de Ccs larmes ; & aufti-toft qu’il fur mort, il ter- caf f
mina fon ducil. Si vous demandez auec fes féruiteurs, que 2Sam.ri
veut dire cela que tufats ? Saind Ambroile vous rcfpondra félon ai.
l’intention du Prophète , qu’il pleuroit fon fils qui deuoit
mourir, & ne le plaignoit pas quand il fut mdrtjqu’il pleuroit
f'
de peur qu’il ne luy fuft ofté : mais qu’aprés qu’il luy fut ffff &
ofté il ceftadc pleurer : parce qu’il fçauoit qu’il eftoit aueC le‘tf vaChrift.
A tout cela Monfieur le Bachelier répliqué trois chofes.
Premièrement, dit il, à cela nous difons que cette façon de
raifonnereftpleinedefraude&dcfallace : parce que cc qui
eft femblable en quelque chofe , n’eft pas femblable en
tout : fourniftonsen quelques exemples. Dans la Loy de
Grâce nous n’auons pas befoin du coufteau dc la Circoncilîon,pour eftre enrôliez au nombre des enfans de Dieu.Donc
les Iuifs pouuoient fe pafter de Circoncifion, & n’auoient
pas à faire dc fouffrir tant de mallàns aucune neceffité. Dans
la Loy de Grâce ic peuple & le vulgaire a receu le Saind EfZZzzz ij

$16
Deffenfe de U
prit par l’impofition des mains des Apoftres & des Euefques.
Donc le vulgaire des Iuifs a receu le Sainél Efprit par l’impo­
fition des mains des Prophètes & des Pontifes. Dans la Loy
de Grâce Iefus-Chrift a efté reconnu pour Fils de Dieu de
toutes les nations du monde. Donc dans la Loy de Moïfe
Iefiis-Chrifta efté aduoiié pour Fils de Dieu de tous les peu­
ples de la terre. Voyez fi ces confequences font légitimés 5
& s’il faut appuyer fa foy fur le raifonnement trompeur duMi­
niftre j qui veut que la Loy de l’Euangile n’aye aucun priuile­
ge ny aucun aduantage fur la Loy de Moïfe j & qui peruertit
toutes chofes, afin de perfuader au vulgaire la faufteté de fes
imaginations.
C’eft vne fauffe imagination du Miftionnaire des Landes,
de croire que ie vueille que l’Euangile de Iefas-Chrift n’ait
aucun priuilege fur la Loy de Moïfe-, & dire cela, c’eft vouloir
debiterauxPayfanslavanité de fes fonges, & non pas la vé­
rité de mes fentimens. le fçay que l’Euangile & la Loy ont
des différences qui les diftinguent; & que l’Alliance de l’E­
uangile a des grands aduantages, qui l’a releuent par-deftus
celle de la Loy ; foit au regard des fignes de la grâce: Car
fous la Loy les Anciens Fideles auoient des Sacremens en
grand nombre, & difficiles à obferuer. Mais fous l’Euangile
nous en auons peu en nombre, & faciles en leur obferuation,
comme dit Sainél Auguftin. Soit au regard de la communi­
cation des dons du Sainél Efprit : car fous la Loy il n’eftoit
donné auec éclat par l’impofition des mains qu’aux Prophè­
tes, & aux hommes extraordinaires
le peuple des fideles
n’cn reccuoit qu’vne petite portion. Mais fous la Grâce Dieu
esfiï. 2. a refpandu abondamment de fon Efprit fur toute chair félon
17.
qu’il l’auoit prédit par Ioël. Soit au regard de la clarté & de
l’eftendué de la cônoiflance falutaire de Dieu : Car il n’eftoit
connu que dans la Iudée; il n’auoit donné fes Statuts qu’à
147. lacob, & n’auoit fait ainfi à toutes les Nations: à caufe de­
quoy elles nc connoiffoient point fes Ordonnances. Mais
fous l’Euangile Dieu a fait paroiftre fon falut iufques aux
Ephef.^. bouts de la terre; & a fait connoiftre à toutes les Nations le
5.$).
fecret de Chrift, qui leur auoit efté caché és autres âges. Et
voila en quoy les fideles du Nouueau & de l’AncienTefta^

ment font differens.

dixhuictiéme Refponfe.



pi y

Mais au regard de la grâce & du làlut ils nc laiflent pas
d’eftre femblables. Car comme nous fommes fauuez par la Coloff. t.
Circoncifion de Chrift, eftans circoncis d’vne Circoncifion 1i.
faite fans main, par le dépouillement du corps des pechez de
la chair, félon le dire de Sainél Paul : Aulfi les fideles Iuifs
n’euflent point efté fauuez, fi Dieu n’eut circoncis leur cœur, Deut. 30
pour les faire viurc, félon la prediélion de Moyle. Commet
les fideles fous la Grâce ne peuuent voir Dieu fans la fanélification de fon Efprit : aulfi les fideles fous la Loy ont veu la fa­
ce de Dieu par l’Efprit de fainéleté qui eftoit en eux.Comme
fous la Grâce nous auons la vie eternelle par la connoiflance
du vray Dieu, & de celuy qu’il a enuoyé Iefus-Chrift. Aulfi
les Anciens fous la Loy n’ont point efté fauuez que parla
connoiflance du Chrift à venir. Enfin comme lous la Grâce
nous fommes introduits dans la gloire du Ciel en deflogcant
de cc monde, & remportons pour fin Serecompenfc de no­
ftre foy le falut eternel de nos ames : Aulfi les fideles fous la
Loy ont efté fauuez de mefme; & leurs ames font entrées
dans la félicité du Ciel, auffi-toft qu’elles font forties de leurs
corps.
Secondement pourles exemples de Iacob & de Dauid,
Examinons, dit le Bachelier, auec iugement ces deux exem­
ples. I’aduouè bien que Sainél Ambroife dit que Iacob a
a efté bien-heureux dans les iours mefmes de là mort: mais
il n afleure point que Iacob fut enleué au Ciel incontinant
après fon décès, & auant l’Aflenfion de Iefus-Chrift. Il n’affeure point que ce Patriarche prefumoit d’eftre receu dans le
Domicile fupernel, ainfi que glofc fauflement le Miniftre,
Il faudroit pourtant que ce Sainél Doéleur parlait de la forte,
ou qu’il dit quelque chofe d’équiualét, pour fournir vn exem­
ple d’vn Sainél qui euft joui de Dieu au Regne Celefte auant
la venue de Iefus-Chrift. Car de faire fort fiir le mot de bien­
heureux , & afleurer qu’il fignifie la gloire Celefte, c’eft eftre
ignorant de l’Efcriture, qui nous donne mil exemples,&
mille paflages,dans lefquels ce mot de bien heureux nefe
peut entendre de la gloire Celefte. Le Seigneur Iefus diten
Sainél Mathieu. Bien-heureux les pauures defprit, bien heureux
ceux qui pleurent, bien-heureux ceux quifouffrent perfecution ; & le 3 • 4.1 °»
ZZzzz iij

818

Defenfê de U
Roy Prophète appelle aufli, bien-heureux ceux qui nefuiuent pas
fe confeil des mefchans ceux qui font fans macule en cepelerinage ,
ceux qut méditent les Commandemens de Dieu. Or il eft certain
que tous ces bien-heureux ne iouïfloient pas alors de la gloi­
re Celefte. Ce qui nous fait entendre 3 qu’encore que lacob
fut heureux en fa mort, qu’on ne peut inferer qu’il foit monté
. incontinent après dans le fejour des Anges. Quant au fecond
exemple j il ne fait rien au fujet : parce que du temps de Da­
uid le Chrift n’eftoit pas-éleuc à la dextre du Pere. C’eft
pourquoy dans le temps du Roy Prophète, eftre auecChrift
ne fignifie pas eftre éleué dans le Ciel : mais il fignifie feule­
ment eftre ou dans la grâce de Chrift, ou dans l’efperance de
jouïr vn iour de fa Diuine prefence.
Maiftre Chiron voulant paroiftre fçauant, fait voirqu’il
n’eftpas moins ignorant dansia ledurc des Peres, quedans
l’intelligence de l’Efcriture. Pour Saint Ambroife, il paroift
qu’il ne l’a iamais leu : puis qu’il prend pour vne faufle glofe
de Miniftre les paroles que i’en ay citées auec fidelité» Car
ce Dodeur dit expreflement,& cn termes formels ce que vo­
ftre Bachelier nie aucc autant de témérité que d ignorance,
que lacob pénétra iufques au plus haut du Paradis par la vi­
gueur de fon ame, s’éjouïflant en efprit, lors qu’il comNoenim mandoit les derniers deuoirs de fes funérailles. Car il ne prefi fumoitpoint,adjoufte-il,d’eftreenferinédansvn fepulchre
tnmulo terreftre, mais d’eftre receu dans le Domicile Supernel : c’eft
clauden pourquoy comme pendant fa vie fa conuerfation eftoit dans
^<m}fià ieCiel: Aufli lors qu’ilrccommandoit fa fepulture, il efti^.mortû mort vne immortalité. Et pour vous montrer qu’il
domicilio croyoit joüyr de cette immortalité bien-heureufe, non dans
prafume- les enfers, mais dansia Gloire du Ciel, il adioufté, que par
batylmb ce chant il adoucit les amertumes de ce monde; que par ce
vbtfupra Cantique il furmontala frayeur de la mort, & que par cette
douceur il foula aux pieds les enfers. Saind Ambroife n’a
donc point creu que ce Patriarche fut priué de la vifion de
Dieu dans les enfers, mais qu’il fut élcué à la ioüyflance de
Dieu dans la Gloire Celefte.
Iugez après cela fi quand il dit, qu’il fut bien heureux au

'Pfei.

iour de fa mort, il n’entend pas qu’il entra en pofleflion de

dixhuictienie Re/ponfè.

9r9

cette félicité du Ciel, le iour mefme de fon trefpas. le fçay
bien que ce terme de bienheureux, quand il ellénobcédes
viuans qui font encore au monde, lignifie feulement la féli­
cité , qu’on appelle de la voye, qui n’eft qu’vne afleurance, &
vn auant-gouft de celle du Paradis. Mais il faut aulfi que vous
fçachiez, que quand il eft attribué aux Sainds decedez dc cc
monde, il fignifie toufiours la gloire du Ciel, Si la félicité de
la Patrie ; & iamais aucun Bachelier, ny Dodeur en Théolo­
gie, n’a trouué cette lignification dans lEfcriture, qu’eftre
bien heureux au iour de la mort vucille dire eftre priué de la
vifion de Dieu, fouffrir la peine du dam, & le plus grand
fupplicc des enfers, comme voftre Bachelier veut faire ac­
croire. .

Il n’entend pas mieux l’Efcriture fur l’autre exemple que
i’ay produit du Fils de Dauid, quand il dit que du temps de ce
Prophète eftre auec Chrift ne fignifioit pas eftre éleué dans le
Ciel ; & la raifon qu’il en donne n’eft pas feulement indigne
dvn Bachelier, mais d’vn Chreftien : parce, dit-il, que du
temps de Dauid le Chrift n’eftoit pas éleué à la dextre du Pe­
re. Il eft vray qu’il n’y eftoit pas encore éleué en fon Huma­
nité, parce qu’il ne l’auoit pas encore reueftuë: mais il ne
lailfoit pas d’y eftre éleué en fa Diuinité. Car foit que cette
dextre fignifie fa béatitude, félon le fentiment de S. Augu­
ftin; foit que par cette dextre il faille entendre la gloire de fa
Diuinité, félon le dire de Saint lean Damafcene ; fait que ce
terme démontré l égalité auec le Pere, félon la pêfée de quel•ques-vns de vos Dodeurs -.lefus-Chrift du temps de Dauid
n’eftoit-il pas en forme de Dieu, égal à Dieu en félicité & en
gloire ? Certes Saind lean nous telmoignc qu’il eft cette pa­
role eternelle, qui eftoit au commencement aucc Dieu; & JeaM'.f.
lefus-Chrift luy-mefme afteure qu’il eft cette Sapience que Protterb.
l’Eternel a poftedée dés le commencement. Ainfi désJors 22.
eftreauec Chrift après la mort, fignifioit eftre çn pofteifion
de la félicité Celefte. Car comme a remarqué Saint Auguftin, eftre auec Chrift eft vn grand bien, & nc veut pas dire in Jehan.
feulement eftre là où il eft: d'autant que les mal-heureux quilra^'111
font en enfer font là où il eft: mais il n’y a que lesbien heu­
reux qui foient auec luy. Quand donc Saind Ambroife dit

A

?

x

910

Deffenfe delà

que Dauid a creu que fon Fils eftoit auec Chrift, c’eft à dire
qu’il eftoit iouyflant de la Gloire Celeftc, félon le fentiment
de ce Doéleur, &l’expreffion de l’Apoftre, qui pour monPbilip.i. trer le defir qu’il a de la béatitude eternelle, dit, qu’il defire
23.
de defloger,pour eftre auec Chrift. Auffi le Bachelier voyant
bien que toutes ces éuafions font inutiles, pour éluder la for­
ce de la vérité : regaigne fon fort, & le retranchement des
Miffionnaires. Enfin, dit-il, i’adjoufte ce que nous auons
défia dit, que deux ny trois exemples ne fçauroient eftablir
vne conclufion generale, & vniuerfelle : d’autant qu’il y a eu
quelques Sainds, qui ont receu des faueurs perfonnelles,qui
ne font pas communes au refte des fideles.
Mais c’eft en vain que Maiftre Chiron croit fe fauuer dans
ce fort. Car quand il feroit vray, comjne il dit, quel’aduantage d’eftre éleué incontinent après la mort dans la Gloire du
Ciel, eft vn priuilege particulier à la Perfonne d’vn Prophè­
te & d’vn Patriarche : ces deux exemples fuffiroient pour
combattre & renuerfer voftre Dodrine, qui vous enfeigne
que nul des Anciens Peres n’eft entré dans la Gloire Celefte
auant la venue de Iefus Chrift. Mais il me lera facile de vous
faire voir que cét aduantage a efté commun à tous les fideles
de l’Ancien Teftamét : fi vous voulez confiderer ce que nous
auons aduancé dans noftre fécond raifonnement. Car tous
ont creu & efperé la mefme vérité pour eux-mefmes, auffi
bien que pour les autres; & leur foy n’a point efté vaine, ny
leur efperance confufe. Autrement ç’euft efté en vain que les
Heb
Patriarches eftrangers fur la terre euflent attendu la Cité qui
10.16. a fondement >&ç’euft efté inutilement qu’ils euftent dtfiré
vn meilleur pays, à fçauoir la Patrie Celefte, s’ils n’y fuftent
pas entrez, en fortant de la terre où ils eftoient Pèlerins. Cc
n’euft point efté vne parole de vérité, mais de flaterie, que la
Sage Abigaiïl auroit fait entendre à Dauid, quand elle Juy

S4m. parloitainfi. L’Ame de Monfeigneurfera enueleppée aufaifjèau de
35.2^. viepardeuersTEternelfon Dieu. En vain Dauid luy-mefine au­
roit-il recommandé fon Ame àDieu dans vn danger de morr,

7/51.6. par ces paroles, le remets mon efprit en ta main, tu ni as racketéy
ôEternel^quiès le Dieu de vérité’.&[{ n’euft pas eftéperfiiadé
que félon la vérité de fa Rédemption, il le garentiroit de tou' ""

tes

dixhuictiémc Ryfîibnjè,

92 r

tes les peines de l’enfer ; & que fon ame en fortant du corps
feroit reçeué en la main de Dieu, où il y a des plaifirs pour ia­
mais. Le Prophète Afaphfe feroit daté d’vne vainccfperance, quand il tenoit ce langage à Dieu, le feray donc toufiours Pf.78.a5
auec toy ; tu mas fris far la matn droitei tu me conduiras far to» con- 24*
feily & fuis ms receuras en gloire. Enfin ç’euft efté vne déclara­
tion iilufoirc, que fait l’Autheur du liure dc la Sapiéce,quand
il dit que les ames desjufiesfont en la main de Dieuy (fi que nul tour,t r;
ment ne les touchera : Si ç’euft efté la creance des fideles Iuifs dc
fon temps , que les ames des Sainds après leur mort alloient
dans vn Limbe dc l’enfer, pour y eftre pr'iuées de la vifion de
Dieu, c’eft à dire pour y fouffrir la plus dure dc toutes les pei­
nes .
La troifiéme raifon que i’ay produite pour combatre cette
creance, eft prife de la vérité immuable des promettes de Ielùs-Chrift.
Car Chrift qui eft la vérité mefme, donne cesatteuran- yMw.2O.'
ccs pour tous les fideles. Btcn-heureux font ceux qui n'ont foint 29.
•veu (fi ont creu. En vérité je vous dis , que celuy qui croit en celuy Ieâ j.24
qui ma enuoyé, a t>ie eternelle ^(fine viendra foint en condamnation',
mais efi fajfie de la mort à la vie ; (fi cell icy la volonté de celuy qui Ica.ü.ap
m'a enuoyé, que quiconque contemfle le Fils> (fi croit en iceluy aye vie
eternelle. Et derechef, celuy qui mange ma Chair, (fi qui boit mon feu 6.54
a vie eternelle.
Or les Patriarches & les Prophètes, & tous les Anciens
fideles ont creu en lefus-Chrift, comme nous auons prouué;
quoy qu’ils ne Payent pas veu des yeux du corps : neantmoins
par la foy ils ont contemplé celuy qui eft inuifible; Et com- 77^. ,r<
me elle eft vne demonfti ation des chnfcs qu’on ne voit point. 27.
Par elle ils ont veu la Iournée du Seigneur , & s’en font leatà ^6
égayez. Enfin par cette foy ils ont tous mangé d’vne mefme 1 .Cor. 10
viande Jfirituel.le (fi ont tous beu d’vn mefme breuuage ffiutuel^ 3- 4 •
qui eftoit Chrift.
Si donc nous auons vn mefme efprit de foy auec eux, «.Or.4.
comme dit Saiut Paul; s’ils ont obtenu vne foy de pareil prix *3auec nous, comme dit Saind Pierre : il faut qu’ils ayent reccu vn melme effet de leur foy, que nous : c’eft a dire qu’ils nc ’
foient point venus en condânauon; que dc la mort ils foient

A A aaaa

yzt

Defenje delà,

paffez à la vîe ; & qu’en forçant du monde ils foient entrez
dans la vie éternelle qui cft la félicité du Ciel. Autrement les
promeffes du Sauueur, quoy qu’vniuerfelles, ne feroient pas
vniucrfellement véritables; Ec comme nous croyons que fi
nous mourons en bon eftar,nos ames cn fortant du corps font
portées en Paradis : Auffi deuons-nous croire que les leurs
ont efté receués dans le Ciel. Car comme a dit Saind Au­
guftin , la mefme foy qui nous guérit, a guéri les Anciens jultes j à fçauoir la foy du Médiateur dt Dieu & des hommes; la
Toy de Iefus-Chrift Homme, la Foy de fa Mort & de fa Re­
furredion.
A tout ce raifonnement Monfieur le Bachelier ne répli­
qué pas vn feul mot; & luy qui demande tant des textes de
l’Efcriture, n’a plus de parole en bouche, quand il entend la
parole de Dieu. En effet que pouuoit-il dire contre vn rai­
fonnement fi conuainquant? En euft-il osé nier les premiffes?
Maisellesfonttoutesdeux de l Efçriture en termes formels.
En voudroit-il nier la conclufion $ Mais outre que l’Argumét
eft dans vne forme, qui ne luy permet pas cette négation: il
don neroit ouuertement le dementy à Saind Auguftin, qui
157 dit que noftre foy eftla mefine que celle des Anciens: parce
4 °Ptat' qu ils ont crcu comme futur ce que nous croyons comme pafsé. Si donc, adioufte-il, ils ont creu eftre fauuez par la grâ­
ce du Seigneur Iefus: il eft éuident que cette grâce a fait vi­
vre auffi les Anciens par la foy.
La quatrième raifon que i’ay alléguée pour confirmer cet­
te vérité, eft prife de l’efficace de la mort de Chrift, &fe ré­
duit à cctte forme.

Si les Anciensfideles riauoient pas efié admis à la félicité Ce*
lefe auant la ‘venue de lefus-Chrifi : il s'enfuiurott quefa
mort riauroit pas eu la mefme efficacepour eux que pour notes.
Mais ilef vray que fa mort a eu la mefme efficacepour eux
que pour nous.
Doncques il eflfaux quils riayentpas efté admis a la félicité
Celefle auantfa venue.
La confequencc de la première propofition cft éuidente:
Car ceux qui cn entendent les termes comprennent facile­
ment, que fi le mérité de la mort de Chrift n’a fait entrer les

dixhuictiéme Refponfe.
Anciens fideles en pofleffion de ia Gloire, que plufieurs fie­
cles apres leur mort: elle n’a pas eu pour eux la mefme vertu
qu’elle a pour nous : puis qu’elle nous en donnela ioüyflance
incontinent après cette vie.
La fécondé propofition eft de l’Efcriture, qui nous tef­
moigne que la Paffion du Sauueur a produit vn fruiét eternel
de falut & de vie en faueur de tous les fideles, dans toutes les
différences du temps. C’eft pourquoy Saind Paul dit que
Chrift eit le mefme hier (fi aujourdïhuy ,(fiéternellement, non feu- Htb.13.
lement par fa nature Diuine, mais auffi par le mérité de fa S.
mort : Car comme nous afleure luy-mcfmc, Dieu l*a ordonné
3*
de tout temps pour propitiatoire par lafoy au Sang eficeluy, afin de de- 2 F 2 5 •
montrerfia juftice par la remtfston des pechez, précédant9fiuiuant la pa­
tience de Dteu: voire afin de démontrer fia juftice an temps prefient,
afin quilfoit trouué iulte, (fi tuflifiant celuy qui efi de la foy de Iefus.
C’eft pour cela mefme qu’il eft appellé dans l’Apocalypfe
l'Agneau qui a efié occu depuis la fondation du monde : Parce Apoc.i^.
qu’ayant efté manifefte dans la plénitude des têps, il répand F
également fa vertu fur les fiecles qui l’ont précédé, &fur
ceux qui le fuiuent: tellement que comme la mort de Chrift
nous profite maintenant quelle n’eft plus, de melme a-elle
profité aux anciens fideles auant qu’elle fuft.
Comme donc au temps prefent nous receuons la rcmiffion des pechcz par la vertu du Sang de cét Agneau qui ofte
les pechez du monde, & aucc cette remiffion la felicitéde
nos ames après ia mort : Ainfi les Anciens Prophètes & Pa­
triarches ont rcceu les meimes bénéfices du Sang de cc mef­
me Agneau.
C eft vne vérité que Saint Auguftin enfeigne claircmenr,
& qu vn de vos Docteurs confeflc ingenuèment en ces ter­
mes. Le Fils de Dieu agit indifféremment fur tous les hom- $ .
mes; fa puiffance n eft point bornée par les fiecles ; ie futur j., Qiief
dépend auffi bien de luy que le pafle ; & les Sainéts qui virent
chre
le Deluge de l’Vniuers, luy doiuent leur grâce aulïi bien que ftien ,
ceux qui en verront l’embrafemenr. C’eft la vérité que Saint trait.difc
lean nousenfeigne, quand ildit, que les Saincis ont vaincu par 2«
le Sang de C Agneau, qui fut égorgé àla naiffance du monde. Car
encore qu'il ne foit mort que fous le Regne dcTfbcre, fon
A Aaaaa ij

914.

r

r
Deffenfe de la
Sang n*a pas laifle dc produire des effets dans toutes les diffe­
rentes des temps ; & comme les Martirs du Vieux Teftament
n’eftoient pas moins fes membres que ceux du Nouueau ; ils
deuoient à fa vertu leurs combats , leurs vidoires & leurs
triomphes.

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A ce raifonnement Monfieur le Bachelier fait plufieurs
répliqués, mais qui fe deftruifent toutes d’elles-mefmes.Premierementilditque ce quatrième argument eft vne répéti­
tion ennuyeufe du mefme medium. Mais ie laifle à iuger à
ceux qui fçauent que c’eft des moyens de preuue dans le rai­
fonnement, fi ce medium qui eft pris de l'efficace dc la mort
deChrift, eft le mefme que celuy qui eft tiré de la vérité
defespromefl'esjoudelafoydes Anciens. Dire cela, c’eft
confondre la foy auec fon objet, & faire pafler la foy des
croyans, les promeffes de lefus-Chrift, & la vertu de fa mort
pour vne mefme chofe.
Il dit en fécond lieu que la confequence de la majeure
n’eft pas éuidentc, ny appuyée fur le tefmoignage de la Sain­
de Efcriture. Mais ic renuoye le Ledeur judicieux à la preuucqueic viens d’en faire ;& il verra que la confequence de
cette propofition conditionnelle s’appuye fur 1 Eferiture:puis
qu’elle en eft tirée comme de fon principe: à fçauoir que fi les
Anciens fideles n’auoient pas efté admis à la félicité fondain
après leur mort, il s’enftiiuroit que la mort de Chrift n’auroit
pas eu la mefme efficace pour lesAnciens Iuifs, qu’ellea eu
défia pour nous. Il en reconnoiftra auffi l’éuidence. Car puis
que le Bachelier luy-mefine aduoué que la mort delefusChrift n’a pas produit les mefmes effets pour le falut des An­
ciens, qu’elle a produit pour nous : il eft auffi éuident que la
lumieEe du Soleil, qu’elle, n’a pas eu la mefme efficacepour

les vns&les autres.
13.8
En troifiéme lieu il dit que d’alleguer que Chrifi efl k tnefi
iy>m. 3. ent hier & aujourd'hui & éternellement', q ue Dieu Ha efiabiy de tout
24.
temps pour propitiatton par lafoy au Sang dtceluy, & qu’iIcft/’J^pee.i^ gneau occis depuis lafondation du monde, ce n’eft rien dire tou­
8.
chant la propofition aduancée ; que ce n’eft pas montrer que
la mort dc Chrift a ouuert la porte du Paradis au temps des
A nciens Patriarches j & que c’eft enfin abufer malicieufe-

dixhuictiéme Refponfe.
ment de l’Efcriture. Mais fi vous vouiez confiderer com­
ment ie me fuis feruy de ces paffages : vous trouuerez que
bien loin d’abufer des Efcritures, i’ay puiffamment raifonne
par leur demonftration. Car fi Chrift cft le mefme en tout
temps, non feulement au regard de faDiuinité, mais au re­
gard de fon mérité : il faut neceffairement que fa mort aye
produit les mefmes effets pour la gloire des Anciens fidè­
les, que pour noftre félicité , & que par confequent elle
leur ait ouucrt la porte du Paradis auffi bien qu’à nous. Si tous
les Sainds ont vaincu parle Sang decétAgneau, qui a eu
autant de vertu pour eux , que s’il euft efté effediuement im­
molé dés le commencement du monde ul faut donc qu’ils
ayent receu les couronnes après leurs vidoires, comme vous
aduoùczqueles Martyrs font couronnez incontinent après
auoir vaincu.
D'ailleurs s’il eft vray comme tefmoigne Saint Paul qu’£tiochfut emporté pour ne pas voir la mort, d'autant que Dieu fauoit
pris à foy i S’il eft vray, qu’il ait efté enleué de la terre dans le Heb. u.
Paradis comme tefmoigne l’Autheur de 1 Ecclcfiaftique fe- 5.
Ion voftre verfion; s’il eft vray comme dit Saind Ambroife, Eccleftaf.
qu Elie a efté rauy dansle Ciel où Iefus Chrift eft monté par 44*
fa propre vertu : Par qui font-ils entrez dans ce fejour de gloi­
re, finon par celuy qui fe dit eftre la porte ? Qui eft ce qui leur /*« 10 9en a donné l’entrée, finon celuy quia la clefde Dauid> qui ouure^ ^Poc- 3
yÇrwe? ConfefTez donc que Iefus-Chrift par fon me- 7*
rite a ouucrt la porte du Paradis aux Anciens fideles qui ont
précédé fon aduenement, auffi bien qu’à nous qui l’auons
fuiuy.
Enfin Monfieur le Bachelier dit, que ie n’abufe pas moins
de l’authorité des Dodeurs Catholiques, que de 1 Efcriture ;
Que Saind Auguftin lequel i’ay cité ne parle point de certe
ouuerture du Ciel au temps de l’Ancienne Loy; & que Mon­
fieur Senaut ne dit rien en noftre faueur; qu’il déclaré feule­
ment que le Fils deDieu a refpandu fes grâces tant aux Saints
de l’Ancien que du Nouueau Teftament ; mais que fon Sang
n’a pas produit les mefmes effets plufieurs fieeles deuant fon
épanchement, qu’aprés qu’il a efté refpandu fur le Mont de
Caluaire.

AAaaaa iij

$16
Defenje de la
Mais que Saint Auguftin s explique luy-mefme, & il vous
concune
?. tn T[.
36.

*era entendre que ce n’eft pas fon intention. Ce ne fommes
pas nous feulement, dit-il, mais tous les iuftes qui ont efté de­
uant nous depuis le commencement du monde, qui font les
membres de Iefus-Chrift, & qui ont Chrift pour leur Chef.
Car ils ont creu en celuy qui deuoit venir, comme nous
croyons en celuy qui eft défia venu ; & ils ont efté guéris en la
Foy d’iceluy, comme nous aufti : afin que luy-mefme fuft le
Chef de toute la Cité de Ierufalem; & quelle foit vne feule
Cité fous vn feul Roy, heureufe dans vne paix & dansvn fa­
lut perpétuel. Où vous voyez clairement que ce Saind Do­
deur fait comparaifon de l’eftat des fideles qui ont efté depuis
le commencement auec la condition de ceux qui font, & qui
feront iufques à la fin du monde; & qu’il les fait tous égaux
au regard de leur Chef, de leur foy, & de leur béatitude. Or
comment les fideles de l’Ancien Teftament auront-ils efté
dans vne paix perpétuelle comme veut Saind Auguftin, s’il
eft vray comme on vous dit, qu’ils ayent efté fcparez de la vi­
fion de Dieu, & enduré dans les enfers ce rigoureuxfupplice?
Que Monfieur Senaut explique Saind Auguftin, & vous
verrez que ce n’a point efté fa penfée. Car ce Preftre de 10ratoire dit que Iefus-Chrift agit indifferamment fur les hom­
mes. Mais Monfieur voftre Bachelier veut qu’il agiffe auec
tant de différence, qu’il admette les vns à la félicité du Ciel
incontinent après leur mort;& qu’il n’y reçoiue les autres que
plufieurs centaines d’années après leur trefpas. Ce Dodeur
de Sorbonne dit que les Martyrs de l’Ancien Tcftam ent n’e­
ftoiét pas moins fes membres que ceux du Nouucau, & qu ils
deuoient à fa vertu leurs triomphes auffi bien que leurs vidoi­
res & leurs combats. Il fuppofe donc que ces Anciens Mar­
tyrs après auoir combatu & vaincu, ont efté éleuez dans ce
triomphe de la gloire par le mérité de Chrift. Mais voftre Ba­
chelier veut qu’aprés leurs vidoires, Iefus-Chrift leur ait ac­
quis cét aduantage, de gémir plufieurs fiecles dans les prifons
de l’enfer.

Pour vous perftiader cette erreur contraire à laverité des
Efcriturc s, & au tefmoignage des Peres : Maifttc Chiron re-

elixJjuictieme Rejponjel

çi-j

pete icy des objeétions d'vn Millionnaire, aufquelles i’ay ré­
pondu , &en cntafle plufieurs autres, qui n’eftans pas plus
fortes que celles-là j feront aulfi facilement deftruites.
La première eft prife de ce que nous difons, ou pluftoft
de ce qu’il nous fait dire dans la Seélion douzième de noftre
Catechifine. Car voicy comment il nous fait parler j Que la
porte du Ciel eftoit fermée, & qu’elle n’a efté ouuerte qu’à
lAfcenfion du Fils de Dieu : Mais voicy comment parle no­
ftre Catechifine dans la troifiéme Demande, & dans la Ref­
ponfe.
Demande. Que nous profite cette Afcenfion.
Catcch,
Refponfe. Le profit en eft double : Car d’autant que Iefus- DimanChrift eft entré au Ciel cn noftre nom, ainfi qu’il en eftoit chc l2,
defeendu pour nous j il nous y donne entrée, & nousalfeurc
que la porte nous eft maintenant ouuerte.laquclle nous eftoit
clofe pour nos pechez.
Surquoy Monfieur le Bachelier fait ces rcmarqucs.Pcfons
bien, dit-il, ccs mots: Car leur Catechifine ne dit pas qu’il
nous a donné autrefois l’entrée dans le Ciel, maisii dit qu’il
nous donne, qui cft parler du temps prefent, & non pas du
pafle. De plus, il afleure qüe la porte nous eft maintenant
ouuerte, laquelle eftoit clofe par nos pechez: où il faut re­
marquer le mot de maintenant,qui emporte quelque relation
au temps pafle: en forte que puis quelle eft maintenant ou­
uerte , c’eft vn figne qu elle ne l’eftoit pas auparauant. Car on
ne dit pas d’vne porte, qui eft toufiours ouuerte, qu’elle eft
-maintenant ouuerte. Qui a jamais ouï dire d’vne porte de
.Ville, qui eft ouuerte depuis dix ans, qu’elle eft maintenant
ouuerte ? Cette façon de parler ne fuppofc-elle pas qu’elle
eftoit fermée vn peu auparauant? Si donc la pottcduCiel
eftoit ouuerte quatre à cinq mille ans auant l’Afcenfion du
Seigneur : Pourquoy dites-vous dans le Catechifine, quelle
eft maintenant ouuerte ? Pourquoy afleurez - vous qu’elle
eftoit clofe pour nos pechez? N’eft-ce pas tordre les paroles
de’voftre Catechifine, & faire violence à vn fens intelligible?
O broüillcrie eftrange, & abus infuportable !
I’eftois allé audeuant de tout cét amas de paroles, & de

toutes ces exclamations de Rhétorique, par vne fimple ref-

pz8

Defenfe Je U

ponfe, que ie fdis obligé de répéter icy, puis que Monfieur
le Bachelier n’y a pas voulu prendre garde. C’eft que pour
nous introduire dans la Gloire Celefte deux chofes eftoient
neceftaires : l’vne que le Sauueur nous en ouurit la porte,l’au­
tre qu’il nous y donnât l’entrée après cette ouuerture. lefusChrift a fait ces deux chofes, pour nous éleuer dans le Domi­
cile qui eft du Ciel. Premièrement il nous en a ouuert la por­
te par fa mort, par laquelle il a expié nos pechez, & fatisfait à
la Iuftice de Dieu, qui nous en euft exclus pour iamais. Se­
condement parce qu’aprés cette ouuerture, nous n’aurions
pas la hardiefte de nous prefenter deuant Dieu, que nous
auions irrité : Chrift luy mefine nous donne l’entrée du Ciel
par fonAfcenfion: d’autant qu’eftant mort pour nos pechez,
il eft reftiifcité pour noftre iuftification, & eft monté au Ciel,
afin d y faire Requefte pour nous, par le mérité de fa Paflion.
C'cft pourquoy le Catechifte ne dit pas que Chrift nousa
ouuert la porte du Ciel par fon Afcenfion : mais qu’il nous y
donne l’entrée, & l’affeurance que cette porte nous eftouuerte : parce que nous ne pouuons point douter que nous n’y
^ean 14. foyons vn iour introduits, puis que noftre Chef y eft entré
pour nous y préparer place. Il ne s’enfuit donc pas de là, que
la porte du Ciel fuft fermée aux Prophètes & Patriarches dé­
liant fon Afcenfion: car il l’a leur auoit ouuerte par le mérite
delà mort : mais feulement que par fon Afcenfion nous fom;
mes maintenant afteurez de cette ouuerture.
Il eft vray que le Catechifme dit que Chrift nous y donne
l’entrée au temps prefent, par le mérité de fon Afcenfion pafféc: mais cela n’empefche pas qu’il n’en ait aufli donné l’en­
trée aux fideles du temps pafte parle mérité de fon Afcenfion
future. Il eft vray qu’on nc dit pas d vne porte de Ville qui eft
ouuerte depuis dixans, quelle eft maitênant ouuerte:mais
on peut bien dire que les Soldats font afteurez qu’elle leur eft
maintenant ouuerte, après que leur General y eft entré victo­
rieux & triomphant,quoy qu’elle fuft ouuerte à d’autres long­
temps auant qu’il y entraft. Ainfi quoy que la porte du Ciel
fuft ouuerte aux Anciens Fideles auant l’Afcenfion du Fils de
Dieu : nous difons auec vérité, que nous fommes afteurez;
qu’elle nous eft maintenant ouuerte, aufli bien qu’à euxaii
temps

Jixltficriemc Refponjc,
$2$
temps pafle, depuis que Iefus-Chrift noftre Chefa dit, ily a. 7f*a 14*
plufieurs demeurances en la Maifon de mon Pere j je VAy vota appre- *• J»
fer lieu, afn que là oit iefuis , 'vousfoyez aufsi,
La fécondé objedion par laquelle MaiftreChiron pré­
tend de prouuer que les Anciens fideles ont efté exclus de la
Gloire Celefte iulques à la venue du Fils de Dieu,eft tirée des
paroles de Caluin : qui doit mieux entendre, dit-il, les paro­
les de voftre Catechifme,que celuy qui l’a compofé,que Cal­
uin que vous eftimez vn fécond Apoftre. Efcoutcz dôc com­
me il parle à voftre confufion en fon Inftitution, hure 2 .chap.
rtf.fcd. p. le confeflc volôtiers, dit-il, en parlant des Saints
Trefpaflez, que Iefus-Chrift les a éclairez en la vertu de fon
Efprit, afin qu’ils connuflent que la Grâce qu’ils auoient feu­
lement gouftée en efpoir eftoit manifeftée au monde ; & n’eft
pas impertinent d’appliquer à ce propos la Sentence de Saint
Pierre, difant que Iclus-Chrift eft venu, & qu'il a prefehé aux
Efprits, non pas à mon aduis en vne prifon, mais comme faifantleguetenvncTour. Iufques là Caluin parle, fuiuant
lequel, adjoufte le Bachelier, il faut dire que puis qucles
Sainds Trefpaflez n’ont goufte les effets de la Grâce qu’en
efpoir; puis qu’ils ont efté enfermez cn vne Tour faifant le
guet: comment peuuent-ils auoir eu la pofleffion de la Gloi­
re, qui eft vne grâce confomméc? Comment fe pouuoientils promener librement dans lesCampaignes de l’Empirée
Celefte ?
Si Monfieur le Bachelier euft voulu prendre le foin de
lire les paroles qui precedent, & celles qui fuiuent les mots
qu’ila citez : il auroïc reconnu fans peine, que Caluin eft fort
cloigne de fa penfee, & tout à fait contraire à fon fentiment.
Il auroit trouué que c’eft vne chofe pucrile d’enfermer les
ames des Sainds Trefpaflez dans *ne prifon i& qu’il n’eftoit
nullement befoin que l’Ame de Chrift y defeendift pour les
«n deliurer. Il auroit trouué que les Fideles qui eftoient dece­
dez auant la mort de Chrift eftoient conforts d’vne mefme
grâce auec nous. Quand donc il fait mention d’vne grâce
qu ils n’auoicnt gouftée qu’en efperance , il parle de la mani­
feftation de Dieu en Chair, laquelle Iefus Chrift leur fit con­
noiftre, fors que fon Ame feparée du Corps entra dans le

BBbbbb

£$©
Deffenfe de la
Ciel, & honora ces Sainéfes Ames de fa vifite & de G pre­
fence , qu’elles auoient attendue auec foucy comme dans
v ne Tour, ou elles faifoient le guet dans l’attente de cette ve­
nue. Qu’il ne tire donc point aduantage de ces mots de guet
ny de tour : ce font des termes dont l’Efcriture (e fert au mef­
me fens que Caluin les employé. L’vn pour fignifier vn lieu
éleué au deffus des atteintes de la douleur : ainfi le Prophète
27:46.12 dit 4ue
e& comme vne Tour à ceux qui le craignent. L’au­
tre pour exprimer cette attention d’efprit patient auec lequel
les fidèles attendent les biens qu’ils cfpcrent de Dieu: ainft
î luy-mefme dit qu’il a cherché. Dieu au point du iour, & qu’il
y/57.9. a efté comme au guet dés le matin : Ainfi les ames des Anciês
fideles retirées dans la cachette du Tout-puiftant arriéré de
tout mal, jouïiïbient en repos de la prefence de faDiuinité:
mais elles ne laiffoient pas d’attendre patiemment fa manifeftation cn chair, & la vifite du Redéptcur, dont elles auoient
efperé la venue.
La troifiéme difficulté qu’on nous oppofe contre cette
ouuerture du Ciel, faite cn faueur des Anciens fideles auant
que Iefus Chrift y fuft monté , cft tirée du troifiéme chapitre
de lEuangile félon Sainéf lean, où Iefus-Chrift dit, que nul
riejl monte au Ciel, finon celuy qui eft defeendu du Ciel, d fçauoir le
Fils de rHomme qui eft au Ciel. D’où l’on inféré que les Pro­
phètes 8< Patriarches n’y eftoient pas encore montez quand
il difoit cela, & que nul des Sainéfs n’y eft entré qu’aprés fon
Afccnfion glorieufe.
iMais i’ay fait voir dans ma refponfe, que quand IefusChrift dir, qu’il eft monté au Ciel, & qu’il en eft defeendu, il
ne parle pas d’vne Afcenfion, ny d’vne defeente locale, &
proprement dite : puis qu’elle ne conuient point à fon Hu­
manité, au regard de laquelle Iefus n’eftoit point encore
monté dans le Ciel : mais feulement à la Diuinitè, au regard
delaquellc Chrift cft dit eftre monté au Ciel, parce qu’il y
eft éleué comme dans le Thrône de fa Gloire j & en eft redefcendu : parce que la Diuinitè s’eft vnie pcrfonnellement à
l’Humanité fur la terre i & eftre neantmoins dans le Ciel:
parce qu’elle n’en eft pas fortie, pour contraéler cette vnion.
I’ay confirmé cette expofition par le lentiment d’vn de vos

dixhuicr'témeKeJponJf,

931

Doâeurs, lequel a dit après Sainét Auguftin, que monter & ^anfen.in

defcendre,&eftredansleCielconuient à lefus-Chrift, au /«Lj.
regard de l’vnion de deux Natures, dont les proprietez font
attribuées à vne mefine Perfonne.
D’ailleurs pour vous faire voir que vos Millionnaires pren-tn ' * *
nent ces paroles à contre fens: i’ay montre que plufteurs Fi­
deles font entrez dans la gloire du Ciel depuis la venue dc
lefus-Chrift, mais auant Ion Afcenfion vifible 5 & ce par vn
raifonnement tiré dc trois exemples, que ie réduis à cette
forme.
Le panure Lazare^ fantre Lazare amy du Seigneur^ le Lar­
ron conuertyfont entrez en Parada & dans la Gloire du Ciel>
’ auant que Icfns-Cbrifiyfoit monté glorieujentent.
Or le pauure Lazare, & l'autre Lazare amy du Seigneur,
le Brigand conuerty ejloient Sainéts&fideles.
Donc quelques Sainéls & fideles font entrez en Paradis çr
dans la gloire du Ciel-, auant l'Afcenfion glorieufe du P ils de
Dieu.
La mineure de cét Argument ne peut eftre contefté: Car
outre Jes Aétcs de Foy & de fanétificarion que le Larron con­
uerty, & les deux Lazares ont produits en leur vie : Tousles
Peres les qualifient du tiltre de Sainéls.
La majeure eft de l’Efcriture. Car pour le pauure Laza- jrwç
re, elle dit que fon ame fut portée par les Anges dans le Sein 22.
d’Abraham ; Et afin que vous ne difiez pas que ce Scind Abraham eft le Limbe des Peres, luy-mefine vous fait voir que
ce ne l’eft pas. Car il eft dit en 1 Euangile que le Riche eftant Luc 16.
en Enfer vid de loin Abraham, & Lazare au Sein d’iceluyj& jj. 25.
qu’Abraham luy dit, qu'il y a vn grandabyfme entr’eux& 26.
luy ;& que le Lazare y poffedoit les biens, comme le Riche
auoit fes maux en enfer. Or fi le Lafcareeuft efté dans le Lim­
be, c’eft à dire fur le bord des enfers: le mauuais Riche ne
l’auroit pas veu de loin, mais de prés; il n’y auroit pas eu vn
grand abyfme entre-deux .‘puisque c’eftoient des lieuxvoifins l’vn de l’autre ; & le Lazare n’y auroit pas eftéconfolé,
mais affligé: puis qu’il y auroit efté priué de la vifion dc Dieu,
qui eft L confolation des iuftes. Ce fein d’Abraham donc
n’eft autre chofe que le Paradis dc Gloire, & la félicité du

BBbbbb ij

911

Defenfi Je U

Ciel, comme Iefus-Chrift nous le donne à comprendre, di-

Afath. 8. fane, que plufieurs 'viendront ^Orient & d'Occident , & firent à
11*
Table an Royaume des Cieux auec Abraham.
Pour l’autre Lazare amy de Iefus Chrift, le Seigneur
Itan XI. luy - mefme , difant, Lazare nofire amy dort , nous fait entendre
K.

que Ion ame eftoit dansvn lieu de repos & de félicité, com­
me celle de Sainél Eftienne, duquel il eft dit pareillement
payant rendu l'Efprit, il s'endormit. Et c’eft pour ce la que S.
Ifidore dit que Iefus-Chrift pleura fur fon tombeau,auant que
luf.ltb. 2.
de le reffufeiter: parce qu’il falloit tirer du port, pour le re­
W’»73
mettre dans l’orage, & du lieu du triomphe, pour le renga­
ger dans le combat.
Pour le Brigand qui feconuertit en la Croix, il eft éui­
dent que fon ame fut enleuée dans la Gloire du Ciel- auant
l’Afcenfion vifible du Fils de Dieu : puis que ce Seigneur de
Luc 23. Gloire luy promet que ce mefme iour il feroit auec luy cn Pa­
43?
radis , c’eft à dire dans le Royaume de fa Gloire, où il deuoit
entrer après auoir fouffért la morr. Voila donc des ames qui
font effeéliuement entrées dans le Ciel, auant que IefusChrift y foir monté vifiblement.
A ce raifonnement Monfieur le Bachelier fait des répli­
qués fi foibles, qu’elles ne méritent pas qu’on prenne lapeine de s’y arrefter. le ne feray que les parcourir briefuemenr,
pour vous cn faire remarquer la foiblefïé. Pour l’ame du pau­
ure Lazare, il dit que la confequence que ie tire des paroles
de l’Euangile, eft fi ridicule quelle ne mérité point de ref­
ponfe. Mais fi ie fuis ridicule dans mon raifonnement, ic le
fuis
après Sainél Auguftin , qui a raifonné de mefme que
t^fagnfl.
moy
fur ce paffage de 1 Efcriture. Car nous liions, dit il,tou­
Epttt- 57
chant
ce Riche, qu’il mourut & fut enfèuely, & qu’il eftoit cn
ad DarEnfer dans les tourmens : mais dans la mort& le repos du
dan.
pauure les enfers nefontpas nommez. D’ailleurs Abraham
dit au Riche, qui brufloit dans les flammes, il y avn grand
Chaos entre vous & nous, comme entre les enfers, & le fe­
jour des bien-heureux. Iugez de là fi mon raifonnement
n’cft pas celuy de Sainél Auguftin, & fi félon le fentiment de
ce Doéleur, le Sein d’Abraham n’eft pas le Paradis Celefte.

Il faut pourtant remarquer, adjoufte le Bachelier, que le

dixbuictiéme Refponfe.
Miniftre aduouc en ce lieu ce qu’il nioit en la page 43. Car '
il veut cn cét endroit parlant contre la priere des Sainds,que
les morts ne fçauent rien, & qu’ils foient auffi priuez de la
vcué de lame, que de celle des yeux corporels; & icy il veut
qu’vn miferable damné, caché dans le centre de la terre, &
plongé au fonds des enfers, aye des yeux fi clair-voyans, qu’il
voye iufques dans le fejour de la Gloire Abraham & le Laza­
re. C’eft ainfi que les Miniftres tournent à tous vents, pour
faire valoir leurs menfonges.
C’eft ainfi que les Miffionnaires difent hardiment, ce que
d’autres ne fçauroient prononcer qu’auec iinpudcnce.Ie n’ay
rien dit des yeux clair-voyans du mauuais Riche,qui eftoit en
enfer : mais i’ay feulement prouué auec Saind Auguftin, que
le grand éloignement, qui le feparoit du Lazare, ne permettoit pas à ce Pauure bien heureux d’eftre fur le bord des en­
fers , où ce Riche eftoit tourmenté. Soit que ce loit vne pa­
rabole , ou vne hiftoire : le fçay qu’il ne l’a faut pas prefler audela de l’intention de celuy qui l’a propofée, qui eft défaire
voir qu’aprés cette vie la condition des riches, qui ont mal
vsé de leurs biens, cft bien differente de celle des pauures,qui ont fouffert patiemment leurs maux. Car ft l’on vouloit
prendre toutes chofes à la lettre : il faudroit inferer auec Ter- 'fe rtul Jt
tullien que les ames font corporelles.Sc qu’elles onc des yeux, refurreft.
des langues, & des doits. Mais quand i’aurois dit que ce Ri-carn>CA7
che eftant en Enfer vid le Lazare bien-heureux en Paradis : je
n’aurois rien dit que ce que l’Efcriture tcfmoigne.Ic n’aurois
rien aduancc que ce que vos Dodeurs vous enfeignét, quand 7nom. in
ils difent que les damnez pour l’accroifTement de leurs pci-fipP!ern'
nés voyent la gloire des bien heureux. Mais il nc s’enfuit pas 7-5>8.<arr.
de là que lesbien-heureux voyent ce qui fe fait fur laterre:9*
d’autant que cette veuë ne feroit que troubler leur repos,bien
loin d’augmenter leur béatitude.
Enfin Monficur le Bachelier demande où c’eft que i’ay
trouué que le Sein d’Abraham fignifie le Ciel des bien-heureux; Sc adioufté que dans le paftage de Saind Mathieu il
n’eft point fait mention du Sein d’Abraham ; que la queftion
n’eft pas fi Abraham eft dans le Ciel, car nous n’en doutons
nullement : mais fi le Sein d’Abraham fignifioit auant la veB B b b b b iij

234

Defenfi delà

nue de Iefus-Chrift le fejour de la Gloire Celeftc?
I’ay appris la fignification de ce nom de l’Efcriture Sainfte, qui appelle le Sein d’Abraham vn lieu de repos & de con­
folation : mais le Bachelier veut que ce fuft vn lieu de tour­
ment : puis qu’il veut que les ames des fideles y ayent fouffért
la priuation de la veué de Dieu. L’Efcritureditque c’eft vn
lieu où le Lazare auoit fes biens; & le Bachelier veut que ce
foit vn lieu où les fideles ayent fouffért le mal d’vne fi grande
perte.L’Efcriture dit que c’eft vn lieu au Royaume dcsCieux,
où les iuftes feront à Table auec Abraham. Et ie Bachelier
ne veut pas que cc Sein fe trouué dans ce Royaume. Mais il
fait voir qu’il n’entend pas l’Efcriture: Car ceux qui fçauent
d’où cft prife cette fimilitude, entendent que comme le Dif/m» i? ciple bien-aimé du Seigneur s’enclinoit fur le Sein d’iceluy ’
2jt
' en prenant le repas à fa Table, félon la coufturne des Orien­
taux, quifc panchoient fur des petits lifts : de mefme Abra­
ham eftant le Pere de tous les Croyans, nous eft reprefenté
dans l’Efcriture comme embraflant tous les fideles dans le
fein de la béatitude.
^~&ad£u
I’ay aufli appris cette fignification de Sainft Auguftin,'
u qui tefmoigne que ce Sein d Abraham n’eft point vne partie
De gen
l’Enfer : mais que c’eft le Paradis, où il n’y a plus de tentaadlu. I. tion, mais vn grand repos; Scie repos des bien-heureux,def12. c.34. quels eft le Royaume des Cieux,aulquels iis font receus après
cette vie.
l-2.c. 38.
Pour le fécond, exemple de l’autre Lazare amy du Sei­
gneur ,1e Bachelier dit, que fon dormir ne fignifie pas qu’il
fût alors exalté au Royaume Celeftc; & fouftient queic ne
fçaurois iamais montrer, que le mot de dormir, fe préne dans
aucun endroitde l’Efcriture, pour pofleder le Royaume des
Cieux.
Si ce terme de dormir, quand il eft énoncé de la mort
des fideles, nc fignifie pas leur repos & félicité Celefte : Que
Efny.yj, veut dire Efaye, quand il dit, que le iufte cft mort, & que les
?•
bien -aimez font recueillis arriéré du mal;& qu’ils le repofent
cn leurs couches? S’il cft vray qu’ils meurent en paix, com­
me le Bachelier confefte : Eft-ce à dire que leur dormir les
priué de la veué de Dieu, ôc les iette dans les plus rigoureux

<

Jixljuiciteme Refponfe.

<523

dctous les fupplices ? Mais plûtoit n’eft-ce pas vn tefmoigna­
ge qu’ils vont fe repofer de tous leurs trauaux,comme en dor­
mant paifiblcment nous nous repofons de nos peines ? Et
pourquoy la mort des fideles eft-elle appellée vn fommeil,
finon parce qu’elle eft le repos des ames, comme le fommeil
eft le repos des corps ? Mais Saind Ifidore que nous auons
cité, ne tefmoignc-il pas clairement que l’ame du Lazare
eftoit dans la Gloire du Ciel : puis qu’il afteure que lefusChrift l’a rappella du lieu de Ion triomphe ?
Pour l’exemple du Brigand conuerty, Maiftre Chiron
dit premièrement que le Miniftre ne refpond pas directement
à la demande du Miflionnaire, qui eft de fçauoir où eftoient
les ames des Sainds de l’Ancien Teftament auant la venue
du Sauueur, & non pas de cc qui arriua apprés fa mort. Mais
ie refpons diredement à la raifon que le Miflionnaire a ren­
due de fa demande, par laquelle il prétend de prouuer que la
porte du Ciel n’a efté ouuerte qu’à l’Afcenfion du Fils de
Dieu : puis que ic fay voir par cét exemple qu’elle fut ouuerte
à ce Larron, le iour de fa mort, qui fut plus dc quarante iours
auant fon Afcenfion glorieufe.
Secondement il dit que le nom dc Paradis nc fignifie pas
en cét endroit le Ciel Empyrée, où Dieu fait éclater la Ma­
jefté de fa Gloire : mais les Limbes & les lieux Sous-terrains,
où eftoient dereftus les Peres de l’Ancienne Loy. Mais i’ay
fait voir cy deuant, & par la demande du Larron, & parla
refponfe de lefus-Chrift, & par le tefmoignage des Peres, &
par la confeifion de vos Dodeurs, que ce Paradis ne fignifie
autre chofe que le Royaume des Cieux, & le fejour delà
gloire; & i’ay montré que l’efperance de ce penitent euft efté
vaine, & la promeftè du Sauueur iilufoirc, fi au lieu de le
mettre le iour mefme dans fon Paradis , il Peuft relégué pour ^ans f*
trois iours dans les Enfers. C’eft pourquoy afin de n vfer pas
de vaines redites, nous renuoyons le Ledeur au lieu où nous Rtfp5fc’
auons amplement traité cette matière.
Seâiô 3*
En troifiéme lieu, il adioufte le tefmoignage de Saind
Auguftin, lequel, dit-il, expliquant ces parolcs, aujourd’huy
tu feras auec moy en Paradis , enfeighc qu’il ne faut pas s’imagi­
ner que le Paradis foit le Ciel. Car Iefus - Chrift entant
t S'
'

936

Defenfe delà.
qu’Homme ne deuoît pas eftre ce iour-là dans le Ciel : mai®
bien en Enfer, félon fonAme,&dansleSepulchre, félon
fon Corps.
Surquoy ie vous prie de confiderer que le Bachelier vous
débité les doutes de Sainél Auguftin, pour les refolutions de
fa creance. Ce Doéleur traitant cette queftion, où eft le
Paradis, en parle auec tant d’incertitude, qu’il fait aftéz voir
par fes paroles douteufes l’indétermination de fon Efprit.Car
tsftquft. il dit que s’il faut entendre félon l’Humanité cette parole de
57 Iefus-Chrift , aujourdlhuy tuferas auec moy en Paradu , il ne faut
ad Dar* pas eftimer que le Paradis foit dans le Ciel; & qu’il fauten-*■
tendre qu’il eft dans l’Enfer; que fi Iefus-Chrift a efté vers
ceux qui fe repofent dans le Sein d’Abraham, il faut enten­
dre ce mefme Paradis qu’il daigna promettre à l’ame du Lar­
ron. Mais il dit luy-mefme, que ce nom d’Enfer ne fe prend
iamais en bonne part dans l Efçriture, & que le Paradis ligni­
fie toufiours vn heu où l’on vît heureufement. Or les Ames
des Anciens fideles ne viuoient pas heureufement dans les
Limbes des Enfers : puis qu’elles y cftoiét malheureufement
priuées de la vifion de Dieu. Ce n’eft donc pas IeParadis
Ærw que Iefus Chrift promit au Larron conuerty fur la Croix. Et
122. de Sainél Auguftin luy-mefme affeure ailleurs, que ce Paradis
temp.
eft celuy qui a efté ouuert à tout le genre humain.
Mais Sainél Auguftin, adioufté le Bachelier, a dit que
l’Ame de Iefus-Chrift fut ce iour-là mefme en Enfer. 11 efi:
vray : Mais Sainél Grégoire de Nyfte a dit le contraire. Car
le Seigneur a dit aux Iuifs,Ze Fils de PHommefera trois iours dant
cœur de la terre ; au Larron, f»feras auec moy en Parades, & au Pe­
re ,je remets mon Efpret entre tes mains. Or nul, adioufté il, ne
dira que les Enfers foient dans le Paradis, ou le Paradis dans
les Enfers; ny que les Enfers fignifient les mains du Pere.
C’eft pourquoy il accorde ces chofes difant, que par fon
Nyf.orat Corps qui n’a point fenty corruption, il a deftruit celuy qui
’ auoit 1>emPirc de k mort* que par fon Ame il a ouuert l’entrée
turrett. para(j js au Larron; & que la Diuinitè a produit l’vn & l’au­
tre de ces biens par les deux parties de l’homme : afin que par
l’incorruption de fon Corps, il deftruififtla corruption mef-.
me que par la collocation de fon Ame en fon propre Sie-

Se»

dixhuictiémc Refponfe,
il ouurift l'entrée du Paradis aux hommes.
En effet, fi l’Ame de Iefus-Chrntfuft localement de£
ccnduë dans les Enfers : enuain l’auroit il recommandée
entre les mains du Pere auant que dc mourir. C’cftfauffement qu’il auroit dit aux Iuifs parlant de fà mort , pro­
chaine , qu’il delaiffoit le monde, & s’en alloit au Pere j c’eft
contre la vérité qu’il auroit dit aies Difciples, qu’il s’en alloit 7**® 14.'
leur préparer lieu dans la Maifon de fon Pere où il y a plu- *•
fieurs demeuranccs : Car croyez-vous bien qu’il leurailaft
marquer logis dans des lieux fous terrains fur le bord des En­
fers ? Enfin c’eft vainement que luy-mefmc auroit fait cette
demande au Pere. Glcrtfic-moy enuers toy-mefme de Ia gloire que
VJ»
ïauois pardeuers toyy auant que le mondefuftfait.
5•
Enfin le Bachelier forme vne derniere objection contre
cette vérité, d’vn tas de paffages des Peres, qu’il cite en di­
uers endroits. Il allégué contre nous Sainél Auguftin, qui tsfuguft.'
dit que les Sainéls de 1 Ancien Teftament eftoient à la vérité hb.to.de
en des lieux éloignez des damnez : mais que pourtant ils
eftoient dans l’Enfer, iufques à ce que lefus-Chrift les en euft • 1 S»
retirez. Voila, dit le Bachelier, des termes qui tranchent
tout le different j voila le luge qu’ils ont choifi, lequel pro­
nonce clairement contre toutes leurs allégations.
Mais que Sainél Auguftin tronqué par le Bachelier expli­
que luy-mefme fa penfée dans tous les termes dont il s’eft fer­
uy : & vous trouuerez qu’il en parle fi douteufement, qu’il
laiffe la queftion indecifc, bien loin de trancher court noftre
different : Car voicy comment il parle. S’il femblç qu’on
croye fans abfurdité que les Sainéls du temps Ancien ont efté tbidem.
dans des lieux très éloignez des tourmens des impies, mais
toutesfois dans l’Enfer, iufqu’à ce que le Sang de Chrift, &
fàdefcentelesenretiraft. Où vous voyez qu’il n’ofe afleurer
qu on croye cela fans abfurdité.
Oyez ce mefme Pere en vn autre endroit, & vous verrez
que s’ilprononce clairement fur cette controuerfe, c’eft en
noftre faueur. Peut-eftre, dit-il, que dans les Enfers il y a tsiuguft.
quelque partie inferieure où font enuoyez les impies: Car
nous ne pouuons pas bien définir fi Abraham eftoit défia en
quelques lieux dans l’Enfer : d’autant que le.Seigneur n’eftoit

Ç Ccccc

9$8
'Deffenfe de la
point encore venu poyr tirer de là les ames de tous les Saints}
& neantmoins Abraha eftoit défia dans le repos : c”cft pour­
quoy expliquant ccs paroles de Dauid tu as retiré mon ame du
profond de l’Enfir^iï conclud qu’il en a deliuré les ames des An­
ciens : parce qu’il les a deliurées des pechez qui les pouuoicnt
conduire aux tourmens de l’Enfer : comme on dit qu’vn Mé­
decin deliurevn homme de la maladie par fes ordonnances:
parce qu’il y feroit tombé fans fes preferuatifs»
Le Bachelier cite aufli contre nous Clement Alexandrin,
qui dit que les hommes qui auoient vefeu fàinélement, ont
efté détenus dans l’Enfer deuant la mort de Iefus-Chrift, &
que pour cela les Anciens ont fait des Images, & des Chan­
tons de Iefus-Chrift tirant les ames des Enfers. Mais lemefClem.Â- me Doéleur a dit que les iuftes qui ont vefeu félon lesprecelexiirom. ptes de la Philofophie, ont efté fauuez aüfîi bien que ceux qui
,
ont obfcrué les Commandemens de la Loy : ce qui eft fort
f
contra^l’e a k vérité du Chriftianifme, & qui a efté condam4' ne comme vn fentiment heretique. Luy-mefmeenfèigneencoreendiuerslieux, que Iefus-Chrift eft defeendu aux En­
fers , pour y conuertir les mefehans par la pred ication de l’E­
uangile : ce qui eft pourtant fort éloigné de voftre creance,
aufli bien que de la noftre. Comme donc vous ne deuez pas
croire Clement Alexandrin en ce point icy : aufli n’auonsnous pas fuiet de le croire en celuy-là; & i’eftime quenous
ferons mieux les vns & les autres de nous arrefter à ce qu’il dit
ailleurs, quand il parle de la forte : Nous n’attendons pas le
tefmoignage des hommes , mais nous voulons que la que­
ftion toit confirmée par la voix de Dieu.

Le Bachelier nous objeéle encore Sainél Cyrille de Ieru­
falem , lequel cn fa Catechaife quatrième du Sepulchre, nous
apprend que Iefus Chrift entant qu’Homme a efté mis dans
vn monument de pierre ; mais que les pierres fe font brifées 5
qu’il eft defeendu aux enfers, pour en tirer hors les iuftes, &
mettre cn liberté ceux qui depuis fi long-temps eftoient retenusauccAdam. Mais nous auons fait voir cy deuant queccs
Catechaifes attribuées à S. Cyrille, ne font pas exemptes
de corruption
nous ne fommes pas plus obligez d’adjouft;er foy aux paroles que Maiftre Chiron en allcgue,qu’à d atf-

dixhuictiémc Re[penfe.
très que luy-mefme rejetteroit. Sx ce n’eft que neus difions
félon l’explication de Saind Auguftin, que Iefus-Chrift a re­
tiré ces Ames de l’enfer : parce qu’il les a deliurées dcspe- «✓/»?»/.
chez, pour lefquels elles y euffent efté enuoyécs : comme vn
homme qui a vne mauuaile affaire, pour laquelle il euft efté
emprifonné, dit en rendant grâces à celuy qui l’en a garenty,
vous m aucz tiré de prifon : parce que fon Libérateur a cimpefché qu’il n’y fut mis.
Enfin le Bachelier nous combat par le tefmoignage de
Saind Chryfoftome, lequel en 1 Homilie 4. fur Saind Marc,
dit que deuant 1 aduenement du Sauueur, deuant la clarté de
l’Euangile, & deuant que Chrift ouurift la porte du Paradis
au Larron, toutes les ames des Sainds eftoient menées en
Enfer. Mais fi Maiftre Chiron euft confulté vos Dodeurs
auant que d’alleguer cc tefmoignage,il auroit appris de Sixte
de Sienne , que cctte expofition de l’Euangile de Saint Mare 1
attribuée à Saind Chryfoftome, cft vn ouurage fuppofé. Il San&*
auroit appris du Cardinal Bellarmin, que ce liure n’eft pas
vne produdion de Chryfoftome, mais de quelque fimple defript
Moine, qui expliquoit cét Euangile à fes Confrères. C’eft Eccltfe ‘
ainfi que les Miffionnaires vous jouent, en vous faifant en­
tendre la voix des petits Moineaux, pour la parole des vrais
Peres de l’Eglilê.
Contre ces illufions, ie vousproduirayencorc deux rai­
fonnemens. Le premier cft contre la détention des ames des
Anciens Peres cn Enfer, auant la venue de Iefus-Chrift, cn
cette forme.
Die» rieft fas le Dieu des damnez.
Or auant lauenuè de Iefus-Chrift , Dieu eftoit le DieucTAbrabam, d ljaac, & de lacob.
Doncques auant la venue de Iefus ■ Christ, Abraham , lfaac ,
Cz lacob ricftoient fas damnez. Et par confequent ils ri eftoient fas en Enfer priuez de la vifion de Dieu, qui cft vne
peine de damnation.
La majeure eft du Bachelier, lequel a dit cy-deuant que •
Dieu n’eft pas le Dieu des morts, c’eft à dire des damnez. La
mineure eft de l Efçriture en termes formels. La conclufion
deftruit le Limbe des Enfers, où l’on vous enfeigneque les

CCcccc ij

$4®

Defenfe de la,

Pcrcs ont foufFcrt la peine du dam.

Le fécond raifonnement eft contre la defeente locale de
Icfus Chrift aux Enfers, en cette forme.
Si lefiu Chrift efoit localement defeendu aux Enfers,pourett
retirer les âmes des Amiens Peres, fa defeente aux Enfers ne
ferettpas vite partie de fen abbaijfement
de fa foufranco.
Mais la defeente de lefts Chrifl aux Enfirs eft vne partie de
fort abbaiffement & defafeuffrance.
Donccrues Jefitt-Chrifi nef pas defeenda localement aux En­
fers ,pour en retirer les âmes des Anciens Peres.
La confcqucpcc de la majeure eft éuidente : Car fi IefusChrift defeendant aux Enfers a deliuré les Captifs qui y
cftoient détenus, il a efté exalte, & non pas abbaifle > il a efté
victorieux, & non pas fouffrant. La mineureeft deSozomene cité par leBachelier, & du Concile de Tolede, qui ap­
pellent la defeente de Iefus Chrift aux enfers fa dernicre af­
fliction, & le dernier poinét de fon afflidion. La conclufion
renuerfevoftre Limbe. Reconnoiflez donc, que quand il eft
dit que Iefus-Chrift eft defeendu aux Enfers , ce n’eft pas par
vnmouuement local, mais par la Souffrance des peines que
Hayneu. nous y deuions endurer ; parce qu’en mourant il a efté abandans fes donné de Dieu, comme il le dit luy-mefmeî parce que Dieu
Médit, fa traité quafi comme vnc Ame damnée, ainfi que dit le IeCauffin. fujte Hayneufue ; parce que des peines qu’il a fouffertes ont
dans u furpafl£ celles des démons, & des rcprouuez, comme ditle
c£““flc-IcfoitcCauffin.

RjfyonJe à Zrf dix-neufterne demande.
E n’auray pas delà peine à vous faire lire dans l’Efcriture
ce qui cft eferit dans noftre Catechifme: mais il vousfçroit
bien difficile de me faire voir dans noftre Catechifme, les
paroles que vous auez écrites dans voftre demande, à fçauoir
que les Commandemens de Dieu font impoftibles à accom­
plir, mefme auec le Sainél Efprit. Nousn’auons iamais die
cela, ny parlé cn ccs termes, &c.

I

Répliqué du Catholique Romain.
’EST icy que le Miniftre Afimont déployé toute la fubtilité de fon Arr, imitant en ces façons de faire l’Efcor- e
pion, qui porte toufiours fon plus grand venin à la
queue, donnant des défis impudens aux Millionnaires, pour
faire voir qu’il eft fi braue & fi réply d’artifice, qu’on nc fçau­
roit iamais découurir le menfonge qu’il plaftre, & qu’il colo­
re par quelque fleur de Rhétorique. Car il alfeure tout au
commencement de fa Refponfe, qu’on ne luy pourra point
montrer,qu’ils ayent iamais dit en quelque part que les Com­
mandemens de Dieu font impoftibles, mefmes à ceux qui
ont ie Sainél Efprit. Or pour montrer qu’on ne doit nulle­
ment croire à toutes ces afteurances, qui nc lont que paroles
de Charlatan, ie m’en vay luy indiquer les lieux, où il trou­
uera la fubftance de fon blafpheme. Lifez voftre Catechifme
Dimanche 33. & vous y trouuerez que la Loy requiert du Fi­
dèle plus qu’il n’eft poftible. Or il n’cft point de fidele qui
n’aye le Saind Efprit : parce que félon le Dimanche 18. la foy
cft vn don de Dieu, vn don qui iuftifié , c’eft à dire qui com­
munique le Saind Efprit. Lifez voftre Autheur Caluin en
ion Inftitution liure 2. chap. 7. & vous trouuerez ces mots.
ÇC c cc c iij

C

v

Defenfe Je la
Ce que nous allons dit de l’obferuation de la Loy eftre im-*
poflible, il nous le faut briefuement expliquer & confirmer.
Lifezleinefme Autheur en fon Cômentaire fur l’Epître aux
Galatcs, & vous y trouuerez ces termes. Voyons s’il y avn
feulquiaccompliftelaLoy:il cft certain qu’il n’y en eut ia­
mais vn feul, & n’en pourra-on iamais trouuer. Partant il
faut conclurre de deux chofes lvne, ou que Saind Paul a mal
& irapertinemment argumenté, ou il eft impoffible aux hom­
mes d’accomplir la Loy. Apres cela fiez-vous au Miniftre
Afimont, quand il prefehera dans vos Chaires, ou qu’il en­
feignera en fes eferits, qu’aucun des voftres n’a iamais dit que
les Commandemens de Dieu font impoffibles auec le Saind
Efprit, &c.
• .

’EST icy que voftre Miftionnaire tafehe d’exciter vn
tourbillon par le fouffle de fa bouche, & d’éleuer en l’air
tout le fable des Landes, pour le ietter aux yeux des
Païfans,afind’obfcurcir la vérité, & les empefeher de defcouurirnoftre creance. Nous difons que nous ne pouuons
pas accomplir les Commandemens de Dieu de nous mef­
mes , que c’eft Dieu qui les accomplit en nous ; & que quand
Dieu nous a donné fon Saind Efprit nous ne les pouuons pas
accomplir parfaitement : Et il nous accufé que nous difons
abfolument, que les Commandemens de Dieu font impoffiblcs, mefme auec le Saind Efprit. Tout ce qu’il allégué de
Caluin & du Catechifine ne iuftifié pas cette accufation: Car
tout cela s’entend du parfait accompliflement, ôe de la par­
faite obferuation des Commandemens Diuins que la Loy
exige de nous, & qui ne nous eft pas poflible durant le cours
de cette vie : parce que nous choppons tous en plufieurs chofes.
Contre cette explication, qui fait voir la vérité de nos
fentimens, & l’eftat de la controuerfe, Monficur le Bachelier
employé toutes les chicanes des Miffionnaires,afin de brouil-

C

elixneiifîéme Rejponfe.

943

1er la queftion, & d’en ecarterlelpric de fès Le&eufs. C’eft
principalement, dit-il, en ce lieu que le Miniftre veut vifer le
pauure Religionnaire, luy mettant deuant les yeux vne cou­
leur apparente, &fe feruant d’vn mot à double fens pour le
tromper, en difant que lors que Dieu nous a donné fon Saint
Efprit, nous ne pouuons pas accôpîir parfaitement les Com­
mandemens de Dieu. Car qu’entendez-vous, adjoufte-il,
par ce mot de parfaitement $ Certes, fi vous ne prétendez au­
tre chofe, finon que les Sainds viuans dans la chair mortelle
ont commis de legeres .fautes , lefquelles ne font pas incom­
patibles auec la charité,qui eft la fin de la Loy, nous ne dépu­
terons pas dauantage fur ce fujet. Mais comme chez vous il
n’y a point de péché qui de fa nature foit veniel : d’autant que
fclon Caluin dans le lecond liure de fon Inftitution chap. 8.
tout péché eft mortel, voire mefme iufques aux moindres
concupifcences, lefquelles ne font pas exemptes de condam­
nation de mort. Donc dire parmy vous qu’on ne peut parfai­
tement accomplir les Commandemens de Dieu auec le S.
Efprit: c’eft dire, que quoy que nous foyons fortifiez delà
vertu-&dclagracedeDieu, nous nc pouuons nous empef­
eher de tranfgreffer fans fin & fans celle les Lois Diuincs;
c’eft dire que vous cftes toufiours & en tout temps des préuaricateurs & des mefehans; c’eft dire, que quoy que vous foyez
enfans de Dieu, & heritiers de la gloire : vous méritez ncant­
moins la maledidion du Seigneur, & qu’il lance fur vous les
foudres de fa Iuftice : ce qui eft fi abfurde, fi éloigné de la rai­
fon , que vous le rejettez en la page 2 06".
Tout ce difcours ne tend qu à nous ietter dans la contra­
didion , pour confondre les matières j & à rejetter fur la grâ­
ce de Dieu les fautes dont les hommes fe rendent criminels,
■ pour nous rendre coulpables de blafpheme. Mais nous n’au­
rons point de peine à vous faire voir que nous fômes exempts
de l’vn & de l’autre, fi vous voulez diftinguer des fujets quç le
Bachelier confond, à fçauoir la charité parfaite, & la charité
mcflée de deffauts ; la fandification de la grâce, & la corrup­
tion de la nature. I’ay prouué cy-deuant que tout péché de
fa nature eft mortel, c’eft à dire qu’il mérite la mort: parce
que la mort eftle gage du péché, quel qu’il foit. Il n’eftpas

944

• deffenfe de la
befoin de raifonner pour prouuer que les plus grands Sainds

r.

tombent en beaucoup de pechez durant le cours de cette vie:
Maiftre Chiron ne contredit pas à cette vérité. le veux, com­
me il dit, que ce foient des fautes legeres, & des pechez vé­
niels. Mais fi ce font des pechez, ils fontneceftairemenc
contrôla Lo'y : car pechc n’eft autre chofe que la tranfgreifion
jgjjLQy. Si donc les plus grands Sainds ne peuuent eftre
fans ces pcchez en cette vie: Comment peuuent-ils accom­
plir parfaitement la Loy de Dieu, puis qu'ils ne peuuent vi­
ure fans l’a tranfgreftcr ? Puis qu’ils ne peuuent paffer cette
vie fans pecher, c’eft à dire fans faire quelque chofe contre la
Loy ? Mais, dit le Bachelier ces pechez veniels, ces fautes le­
geres ne font pas incompatibles auec la charité, quieftl’accompliftement de la Loy. Appliquez-y la première diftin­
dion , que ie vous ay cy-deuant indiquée. La charité parfai­
te eft vn parfait accompliffement dc laLoy : mais la charité
deffedueufe, n’en eft qu’vn accompliftemcnt imparfait. Ccs
fautes, que vous nommez légères, ces pcchez, que vous ap­
peliez vcnielsne font pas incompatibles aucc la charité im­
parfaite,telle qu’elle eft en cette vie : mais ces pechez ne peu­
uent nullement compatir auec la perfedion de la charité:puis
qu’ils font des deffauts, qui l’a rendent imparfaite. Et par
confequent fi les plus grands Sainds ne peuuent eftre fans
ces deffauts contraires à la perfedion de la charité, il faut aduouér qu’ils ne peuuent atteindre à vn parfait accompliffement de la Loy en cette vie mortelle.
Mais, adjoufte le Bachelier, fi cela eft ainfi, les plus grands
Sainds feront des mefehans, des preuaricateurs, quitranfgrefteront fans fin & fans cefte les Commandemens dc Dieu»
encore qu’ils foient animez de la grâce de fon Efprit j & ceux
qui font heritiers de la gloire mériteront les foudres de falu-»
ftice. Appliquez icy l’autre diftindion, que ie vous ay mar­
quée, & vous verrez combien inutilement les Millionnaires
redifent fi fouuent vne mefme châfon. Les plus grands Saints
en cette vie portent en eux mefmes deux principes contrai­
res de leurs adions, à fçauoir la chair & l’efprit, c’eft à dire
la corruption de la nature, & la fandification de la grâce,
dont ils luiuent les diuers mouuemcns dans toutes leurs opc-

....rations,

/

945

dixneufiéme Refionfi.

Lefruicïde C Efprit efi chanté, & chanté ejt l’dccomyliffement de U Gai. $.2-2
Loy. comme dit Saind Paul : mzistaffection de la chair cftini- Ro.ijio
rnitié contre Dieu : car elle nefe rendpointJujettt à la Loy de Dieu, &
8.7«
de vray elle ne le peut. Suiuant les impulsons de la grâce fandifiante nous accomplirons la Loy de Dieu:car c’eft elle,
qui nous fait cheminer dans fes ftatuts, & garder fes Ordon­
nances. Mais fuiuant les mouuemens de la nature corrom­
pue,nous ne pouuons l’accomplir parfaitement : parce qu’ci,
le nous fait chopper en plufieurs chofes contre cctte Loy. De
forte que lors mefme que nous accomplirons la Loy de Dieu
par la fandification de la grâce : nous nc laifl'ons pas de la
tranfgrcfter par la corruption de la nature, qui refte toufiours
en nous. Ainfi les plus grands Sainds ne laiflent pas d’eftre
toufiours mefchans :parcc qu’ils font toufiours tranfgreffeui sj
& lors mefmes qu’ils accompliftent la Loy de Dieu , ce n’eft
qu’imparfaitement : parce que ce n’eft pas aucc la perfedion
quelle mefme demande ; &que dans les plus pures &plus
parfaites operations de la grâce, ils méfient toufiours les tâ­
ches & les deffauts de la nature. C’eft pourquoy encore bien
que par la grâce de Dieu ils foienr heritiers de la vie eternelle,
ils ne laiftent pas defe reconnoiftre & confefler dignes de la
mort à caufe de leurs pechez ; Et comme ils ont déclaré que v4ug.de
la iufticc des Sainds en cette vie, confifte plus en la rcmiflion Ctmt.vei
des pechez qu’en la perfedion des vertus : aufli ont ils pro­
noncé mal heur à la plus fainde vie des hommes, fi Dieu 1 cxaminc à la rigueur de fa Iuftice, en éloignant d elle fa mife- c°yJe*
ricordc.
**
L’exemple de Saind Paul nous fuffira pour preuue de ccs
veritez. C’cftoit vn grand Saind, grand Vaifteau d’Eleâion, qui fut rauy dans le troifiéme Ciel, & éclairédesplus
grandes lumières de la reuelation .-neantmoins comme il dit
aux fidèles, que la chair conuoité en eux contre l’efprit, tel- Cal.^.vj
lement qu’ils ne font point les chofes quils voudroient: aufli
confefle il qu’il cft fujet aux mouuemês oppofez de ces deux
principes. 11 reconnoift en foy-mefme la loy de l’efprir, & la
loy des membres. Suiuant celle là il dit qu’il fert àla Loy 7{om. y.
de Dieu: mais fuiuant celle-cy, il confefle qu’il fert à la loy 23. 25.
de peche. Quand ii parle des mouuemens de la grâce, il

DDdddd

Defenje delà
dit que Dieu produit le vouloir & le parfaire félon ion bon
plaifir: mais quand il agit félon les mouuemens de la nature^
7. il aduoué que le vouloir eft bien attaché à luy, mais qu’il ne
18. tg. trouuc pas le moyen de parfaire le bien, de forte qu’il ne fait
pas-le bien qu’il veut, & fait au contraire le mal qu’il ne veut
V-7«»4 pas. Et c’eft pour cela qu’il fouhaite de voir la fin de fa vie,
pour voir la fin de fes combats.
le fçay bien que quelques-vns de vos Dodeurs, fuiuant
^olunt
*Pelagi4 le langage des Heretiques, difent que Saind Paul quand il a
ni ipfitm dit cela, ne parloit pas en fa propre Perfonne, ny en la per­
^''fpoiïo- fonne d’vn Chreftien deliuré par la grâce : mais en la perfon­
litra in- ne d’vn pecheur qui eft encore lous la Loy, & qui ne peut furtelligi,fed
tjvodtnfe monter les habitudes du pechc, parce qu’il n’a pas la volonté
*liu tràs de les vaincre. C’eftoit la mefme éuafion dont fe feruoient
figurane- les Pelagiens contre Saind Auguftin, pour éluder la force de
fit hami- l’es raifonnemens fur vne femblable matière. C eft pourquoy
fien tfiib fansm’arrefter à combattre cette faufle explication par les
l‘ge ad- paroles mefmes du Saind Apoftre : le me contenteray de di­
huc pofi
tum,non- re à ces mauuais Interprètes, ce que Saind Auguftin difoit
dum per aux Pelagiens, que Saind Paul parlant ainfi nous inftruit
grattante comme par l’introdudion de fa Perfonne : le nefay point ceque
hberatu, je veux ,d“jefay cequeie hay > c’eft à dire, je conuoite : car il
euft defire mefme de ne conuoiter pas, afin d’eftre entieread Bontf. mentparfait. Carc’eft, dit il, vn bien parfait que l’homme
cap. 8.
ne conuoite point: mais le bien eft imparfait quand il con­
hb. 1. de uoite , encore qu’il ne confcnte pas à la conuoitife, pour malnupt. à- fairc: parce que la Loy dit, Tu ne conuoiteras point. Et afin
concup.e. qu’on nc die pas que c’eft vn exemple particulier d’vn Saind,
dont on nepeut pas faire vne loy generale pour tous les au-;
*7*.
très : le mefme Saind Auguftin dit expreflement que l’Apo­
ftre ne parle pas feulement de foy : mais qu’il veut aufli com­
prendre tous ceux qui dans cette vie font obligez de combat­
tre par l’efprit contre les affedions de la chair, c’eft à dire
tous les Sainds qui ont rcceu les prçmiffes de 1 efprit, & qui
attendent la rédemption de leurs corps. Il eft donc éuident
fuiuant le fentiment de Saind Paul, & l’explication de Saint
Auguftin fon fidele Interprète, que les Sainds en cette vie
ne peuuent point accomplir parfaitement-la Loy de Dieu:

èlixneuféme Refponfe.

94.7

puis qu’ils nc peuuent eftre fans les defirs dc la conuoitife,qui
les empefehe de faire le bien commandé par la Loy.
I’ay confirmé cette vérité par vne raifon prife de l’exem­
ple des plus grands Sainéls qui ont efié au monde, & queie
xeduis à cette forme d’argument.
Si les Satncis pouuoient en cc monde accomplir parfaitement
la Loy de Dieu auec la grâce du Saincl Efprit, // s'enferoit
trouuéqui auroient ejlé fans péché en cette vie.
Or il ny a point eu de Sainéts qui ayent ejlé Jans péché dans
cette vie.
Doncques les Saincls ne peuuent point en ce monde accomplir
parfaitement la Loy de Dieu auec la grâce du Saincl Efprtt.
La confequence dc la majeure efi éuidente : Car accom­
plir parfaitement la Loy de Dieu, c’eft eftre fans péché. Si
donc les Saincts font pu accomplir parfaitement, il faut qu’il
s’en foit trouué quelqu’ vn, qui ait t fté fans pechc.
La mineure eft de l’Eicriture , dans laquelle tous les plus
grands Sainds, qui onr vefeu fous la nature, fous la loy, fous
la grâce, le font reconnus pécheurs; & par confequent ils ont
aduoué qu’ils n’eftoient pas fans péché.
Contre la force de ce railonnement Monfieur Le Bache­
lier allégué vne diftindion, laquelle ie vous prie de confidexer, pour ne vous laifler pas lurprendre. Autre chofe , dit il,
eft nc pouuoir parfaitement accomplir auec le Saind Efpric
les Commandemens dc Dieu -.autre chofe eft de dire que les
plus grands Sainds ne les ont pas parfaitement accomplis.
Parce qu’encore qu’il loit vray que tous ceux qui accompliffent parfaitement les Commandemens de Dieu, les peuuent
parfaitement accomplir : il n'eft pas vray pourtant, que tous
ceux que ne les accompliflent pas parfaitement, ne les ayenc
pû accomplir parfaitement auec la grâce du Saind Efprit
_Adam n’accomplit ny parfaitement ny en aucune façon le
Commandement que Dieu luy fit au Paradis terreftre, de
s’abftenir du fruid deffendu ; & neantmoins lelon le fentimét
des Peres, voire mefme félon l’adueu dc Caluin, il le pouuoic
.parfaitement accomplir: parce qu’il eftçit doué de la iuftice
originelle, & qu’il n’auoit aucupe corruption en fa nature.
D’où vient que Saind Hierofme, cité mefme par Afimont

DDdddd ij

94$

Deffenfe de Ia

en ce lieu icy, dit tres-bien lur ce fujet, que perfonne ne peut
douter que Dieu n’aye commandé des chofes poflibles : mais
que les hommes ne font pas les chofes poflibles. D’où nous
colligeons que c’eft vne mauuaifc confequence de dire, que
plufieurs des Saints les plus illuftres n’ont pas accomply par­
faitement les Commandemens d» Dieu : donc ils ne les ont
pû parfaitement accomplir i donc il n’y a perfonne qui auec
la grâce du Saind Efprit puifle parfaitement garderies Com­
mandemens de Dieu.
C'eft la mefme diftindion que faifoient autrefois les PcZ/w. lagiens : Car ils ne difoient pas que les hommes accomplif«/. contr. fent parfaitement la Loy, ny qu’ils fuflent fans péché 5 mais
Teltig, ^feuiemcnt qU’ils l’a pouuoicnt parfaitement accomplir, &
**
qu’ils pouuoicnt eftre fans péché, s’ils vouloient. Et lobjedion que nous faifons à voftre Bachelier eft aufli la mefme
Hier, aà que Saind Hierofme faifoit à vn de ces Heretiques. Tu dis
Pthe/ipho qu’on peut accomplir les Commandemens ; & cependant tu
n’en peux produire vnfeul, qui les aye tous accomplis. De
Felag. forte que comme nous combattons par les armes des Peres;
aufli vos Miffionnaires fe deffendent auec les armes des Pela­
giens. L’exemple d’Adam, ny le dire de Saind Hierofme ne
leur donnent point d’aduantage. Car Adam dans l’eftat d’in­
nocence pouuoit parfairement accomplir les Commande­
mens de Dieu: parce qu’il auoit vne nature entière, & vne
iuftice originelle exempte de toute corruption ; & c’eft en ce
•fens que ce Pere a dit que Dieu a commandé des chofes pof­
fibles, à fçauoir à la nature innocente. Mais ce qui eftoit poffible à Adam à caufe de fon intégrité naturelle, & de la iufti­
ce dâs laquelle il fut créé, eft deuenu impoffible à fes delcendans, à caufe de la corruption du péché qui eft furuenué àla
nature, & qui n’eft pas entièrement oftée par la grâce.
En effet, fi les Sainds les plus illuftres n’ont pas parfaite­
ment accomply la Loy de Dieu : ça efté ou manque de bon­
ne volonté, ou faute de pouuoir. Or ce n’a pas efté manque
de bonne volonté: Car l’Apoftre parlant en la perfonne de
tous les Sainds, tefmoigne que le vouloir eft bien en luy,
mais qu’il ne fait pas tout le bien i dont il a conçeu le defir. Il
faut donc que ç’ait efté par impuiftance : d’autant qu’ils n’ont

dixnettftéme Refponfe}
949
pu furmonter tous les mauuais defirs. Or cette impuiflànce
fc trouué dans tous les Sainds en cette vie : Car comme dit
'
Saind Auguftin, nous deuons defirer qu’il n’y ait pas mefme l,b‘ »• de
de mauuais defirs en nous, quoy que nous ne puiflions-pas ^uPr‘ &
obtenir cét aduantage dans le corps de cette mort.
concup.e.
Pour vne plus ample confirmation de cette vérité, i’ay*?*
produit dans ma refponfe vn argument general, qui com­
prend trois raifons, & fe réduit à cette forme.
Pour accomplir parfaitement les Commandemens de la Loy de
Dieu, ilfaut les accomplir de telle façon, quil n’y ait nen d
redire : c'eft à dtre qu'ilfaut les accomplir tous
les accom plir toufiours, dr les accomplir dans vn degré deperfeciion
exempte de tout defaut.
Or après que nous auons receu la grâce du Sainct Efprit-, nous
ne pouuons point accomplir les Commandemens de Dieu de
telleforte, quil ny aye du manquement en quelqu’un de ces
poinfts.
Doncques après auoir receu la grâce du Sainft Efprit, nous ne
pouuons point accomplir parfaitement les Commandemens de
la Loy de Di u.
< La maieurc de ce raifonnement eft manifefte: Car s’il
défaut quelque chofe, ou dans l’obferuation de tout ce qui eft
commandé, ou dans la durée de l’obferuation, ou dansles
degrez de l’exaditude, l’accompliflement ne peut eftre par­
fait. C eft pourquoy Dieu recommande aux hommes tou- T)tut. f]
tes les choies qui font écrites au liure de la Loy pour les faire; 36.
& Saind Iacques nous afleure que celuy qui manque en vn
2feulpoind,eftcoulpabledetous. C'eft pour cela que Dieu 1O:
veut aufli que nous foyons permanens en toutes les chofes de
la Loy, pour marquer la perfeuerance dans l’obferuation de
fés Commandemens; & luy mefme dit par la bouche d’vn
Prophète, que// le juftefe deftourne defa juftice, & quilfaffe ini- Ez.tch.i3
qutté : toutesfes justices quil aurafaites, ne (iront point mifes en me- 24*
moire à caufe defonforfait. Enfin c’eft pour cela que Dieu nous
deipandela perfedion des degrez, quand il nous ordonne
de l'aimer de tout noftre cœur & de toutes nos puifTances.
Hdat.li»

*
La mineure eft aufli éuidente par la confeflion des plus
grands Sainds, qui confeflans leui;s pechez, ont aduoué
D D d d d d iij

.Defenfc de U
qu’ils ont tranfgreffe la Loy ; par la Priere Dominicale, dans
laquelle le Seigneur nous oblige dedemâdertouslcs iours à,
Dieu pardon de nos offenfes, preuue certaine que nousl’offenfons tous les iours; Et par l’imperfedion de noftre chari­
té , laquelle fe mefurant à noftre cônoifl'ancê ne nous permet
d’aimer icy bas qu’en partie. La conclufion eft donc vérita­
ble, que nous ne pouuons point parfaitement accomplir la
Loy de Dieu, après que nous auons receu le Saind Efprit.
A la première propofition de cet Argument le Bachelier
fait deux répliqués. Premièrement, dit-il, cét argument pè­
che dans la forme: parce que les prémiftes ne contiennent
pas ce qui eft dans la conclufion : veu que la conclufion afteu­
re que perfonne ne peut parfaitement accomplir les Com­
mandemens dc Dieu ; & les prémiftes difent que perfonne ne
les a parfaitement accomplis. Certes il y a grande différen­
ce, comme nous auons défia remarqué, entieparfaitement
accomplir les Commandemens de Dieu, & entre les pouuoic
parfaitement accomplir auec la grâce du Saint Efprit: parce
que fouuent on ne fait pas les chofes qui fontpoflioles.
le laifte à iuger aux Logiciens, fi mon Argument eft bien
formé félon les reiglés. Pour la preuue que i’en ay donnée ,
i’ay fait voir cy deuantquela diftindion du Bachelier, eft fri­
uole i& maintenant il eft aisé de connoiftre qu'il l’a répété
inutilement, & que mon raifonnement demeure en toute fa
force. Car fi quclqu’vn peut accomplir parfaitement les
Commandemens de la Loy en cette vie : il faut aduouër que
ce font les plus grands Sainds, comme les Patriarches, les
Prophètes & les Apoftres, qui ont efté Diuinement infpirez,
& qui ont receu les plus grandes grâces dc Dieu. Cependant
auec toutes ces grâces, il n’eft pasvn de ces grands Sainds
qui aye parfaitement accomply la Loy, quoy que tous Payent
voulu accomplir en perfedion. Si donc ils ont eu la volonté
de ce faire, & ne l’ont pas fait, il faut croire qu’ils n’en ont pas
eu le pouuoir. Autrement cc feroit leur donner vne puiflan­
ce inutile, qui ne fc reduiroit iamais en ade, & qui feroit tou­
jours fans effet} vne grâce malheureufe, qui ne feruiroit qu’à
les rendre criminels: puis qu’elle leur auroit donné le pouuoir
d'accomplir parfaitement la Loy, & non pasl’accomplifle:

dixneu/éme Rcfponje.
mentcffedifdece qu’ils pouuoient faire. le fçay bien que
nous ne faifons pas toufiours les chofes poflibles : mais doù
vient que nous ne faifons iamais parfaitement les Comman­
demens de Dieu, finon de l’impuiftance de la nature, qui nc
peut pas fuiure parfaitement les mouuemens de la grâce, n’y
s’appliquer fi entièrement à la iuftice, qu’elle ne tombe dans
le péché ?
Secondement, dit le Bachelier, cct Argument du Mini­
ftre peche en la matière : parce que la première & la féconde
propofition font ambiguës : voire mefme elles font faufles
dans le fens qu’il les prend. Car pour la première qui dit, que
trois chofes font neceflaires pour eftre vn parfait obferuateur
des Commandemens de Dieu, à fçauoir de les obferuer tous,
& toufiours, & dans vn degré-exempt de tout deffaut : En vn
fens elle eft vraye, cn vn fens elle eft faufle. C’eft pourquoy
vous remarquerez qu’il y a deux fortes de perfeélion, la pre­
mière eft la perfedion des Voyageurs cn ce Pèlerinage, la fé­
condé eft la perfeélion des Comprehenfeurs en la gloire Ce­
lefte. Le Seigneur parle de cette première en Saind Ma­
thieu chap. 5. exhortant fes Difciples à eftre parfaits foyez, Math- ç
parfaits comme voflrc Pere Celefle efl parfait. Et l’Apoftre fait vcrf- $8
mention de la fécondé cn ces mots, lors que ce qui efl parfait ar­
riuera , ce qui eft en partiefera ofté. O r il eft vray que pour eftre
Vn parfait obferuateur des Cômandemens Diuins à la façon
que les bien-heureux les accompliftent dans le Ciel, ces trois
conditions rapportées par le Miniftre font abfolument neceffaires : parce qu’ils font perpétuellement attentifs aux volontez Diuines, qui leur font manifeftées par la claire vifion de
l’Eftence Diuine. Mais il eft faux que ces trois conditions,
quoy que poflibles , quoy que tresaduantageufes , foient
neantmoins abfolument neceflaires,pour accomplir parfaite­
ment les Commandemens de Dieu dans le pèlerinage de cet­
te vie. 1. Parce que les préceptes affirmatifs n’obligent pas
toufiours, & fans interruption: mais feulement dans les ren­
contres Sc dans les occafions. 2. Parce que les fautes légères,
aufquelles font fujets la plus grand part des Sainds, ne rom­
pent pas le lien de la charité, qui cft la fin & comme l ame des
préceptes Diuins. 3. Parce qu’en cette vie la volonté de

Deffenfe Je la
l’homme eftant muable& changeante, on peut en vn temps
agir parfaitement, & bien toft après tomber dans le defordre
& dans le péché.
Il n’eftoit pas befoin de tant de paroles, pour eftablir vne
diftindion, dont nous fommes d'accord. le diftingueauec
le Bachelier ces deux fortes de perfedion de la voye &dela
patrie, des Voyageurs, & des Comprchenfeurs. l’admets
aulfi cette principale différence, qui fc trouué entre ces deux
perfedions : C’eft que celle des Bien heureux dans le Ciel
leur fait accomplir toutes les volontez Diuines parfaitement
& fans interruption : mais celle des Sainds en cette vie eftant
meflée de deffauts, ne leur permet pas ce parfait accompliffe'
ment. Mais dire que ces trois conditions que nous auons pofées pour accomplir parfaitement les Commandemens de
Dieu, font poffibles en cette vie : c’eft parler manifeftement
contre la vérité. Car fi cela eftoir, la perfedion de la voye
pourroit eftre aulfi grande que celle de la patrie j la iuftice des
Saints fur la terre pourroit eftre aulfi pure que celle des Bien­
heureux dans le Ciehce qui eft contraire aux ordres dc Dieu,
qui veut que la grâce ne foit qu’vne gloire commencée, &
que la gloire foit vne grâce confommée; qui veut que ceux
qui font fous la Grâce pourfuiuent leur fandification & que
ceux qui font dans la gloire, foient parfaitement lan.difiezj
qui veut que ceux qui font Comprehcnfcurspoffedent vne
iuftice quitte dc tout péché ; & qui ne permet point que ceux
’Sern.fer. quj font Voyageurs ayent vne iuftice pure, ny qui puiflc eftre
fcparce de la coulpe, comme dit Saind Bernard.
Dire aulfi que ces trois conditions, quoy que polfibles,’
ne font pas neceffairement requifes pour accomplir parfaite­
ment la Loy de Dieu dans le pèlerinage de cette vie : c’eft al­
ler contre l’intention du Legiflateur, de qui nous deuons ap­
prendre le vray fens de la Loy. Car quand elle nous comman­
de de garder toutes les chofes écrites dans fon Liure : N’eftce pas aux Voyageurs qu’elle s’adreffe? Quand elle nous or­
donne , lotis peine de maledidion, d’eftre permanens & perfèuerans en l’obféruation des chofes commandées : Eft ce
aux Comprehenfeurs,& non pas aux Voyageurs qu’elle fait
cette menace ? quand elle nous enjoint d’aimer Dieu de tout
noftre



noftre cœur,Sc noftreprochain comme nous-mcfmes: Eftce feulement des Sainds Bien-heureux, & non pas auffi des
Sainds qui fontfur la terre, qu’elle exige cette perfedion?
Certes fi cela eftoit, la Loy feroit mife pour les iuftes parfaits
qui font hors du monde, & non pas pour les pécheurs, qui y
font viuans; Scfi ces conditions ne nous eftoient pasneccffaires pour accomplir parfaitement la Loy : nous pourrions
fouuent nous difpenfer des deuoirs qu’elle nous impofe, fans
cftre criminels: voire melme fans nous rendre coulpables de
deffaut.
Dire que les préceptes affirmatifs nc nous obligent pas
toufiours : Cela eft-il fouftenablc parmy lesChreftiens ? Cer­
tes fî cela eftoit vray, nous pourrions nous difpenfer d’aimer
Dieu, de le feruir, de l’adorer cn pluficurs cas; nous pour­
rions nous difpenfer de parler véritablement, de viurc chaftement, d’aimer le prochain, en certaines occafions: puis que
les préceptes pofitifs ne nous obligeroict à ces deuoirs qu’en
certaines rencontres. Ce qui cft contraire au fentiment de
vos propres Cafuïftcs, qui difent qu’il n’y a point de temps,
auquel l’homme ne foit obligé d’aimer & de reuercr Dieu, & ja xhcôde bien faire. Ic veux que ces fautes legeres, dont vous par- logîc af­
lez, ne rompent pas le lien de la charité : il cft certain néant- fed.parc
moins qu’elles le relafchent,Sc font qu’elle cft moindre qu’ci-1.2 melencdoit eftre. Or par tout où il y a moins, que cc quifc dit. 39.
vie muablc Sc changeante de l’homme, ne luy permet pas d’agir toufiours parfaitement, & le fait bicn-toft tomber dans
le péché, comme confelfe le Bachelier : Comment peut il
encore fouftenir que nous pouuons en cette vie accomplir
parfaitement la Loy de Dieu: puis que cettc mutabilité à la­
quelle tous les hommes font fujets,& qui les porte de la vertu
au péché,cft infeparable de leur nature , tât qu’ils font dans le
pèlerinage de ce corps mortel; Sc que la grâce mefine par fon
fecours ne les exempte pas de ces cheutes funeftes, Sc de ces
malheureux changemens ? Direz-vous qü’vn leruiteur ac­
complit parfaitement les volontez de fon Maiftre, quoy qu’il
ne faffe pas toufiours ce qu’il veut, Sc qu’il fe poire fouucnt à

E Ecece

^54

Deffenfe de

des dcrciglcmens qui choquent fes ordres ? Certes fi ccs
changemcns du bien au mal, fi ces cheutes dans les defordres
du péché, aufquelles les Sainds font fujets, ne lesempefchoiétpas d’accôplir parfaitemét la Loy de Dieu : il faudroit
mettre la perfedion dans le deffaut ; & faire confifter l’obfer­
uation de Ja Loy de Dieu dans fôn infradion j & le parfait accomplifïement de fes ordres dans les déreiglemens du péché :
c’eft à dire eftablir la lumière dans les tenebres, le bien dans
le mal, & la iuftice dans l’iniquité. Pour donc mieux parler,
tsfuguft. nous difons auec Saind Auguftin, que la vertu del homme
A 3* cont. iufte eft appellée parfaite en cette vie, cn telle forte que c’eft
Dw/Ep. vn poind de fa perfedion de reconnoiftre fon deffaut auec
vérité, de le confefler auec humilité ; & que la grâce de Dieu
7*
nous donne bien icy le defir de garder les Commandemens ;

mais qu’elle-mefme pardonne ce que nous manquons à obferuer de fes préceptes.
Quant à la mineure de mon Argument précédant, le Ba­
chelier y fait diuerfes répliqués, vne generale & d’autres par­
ticulières fur chacun des trois poinds, qu’elle contient. La
generale eft celle-cy. Quant à la fcconde propofition de
l’argument, ie demande premièrement en quel lieu de l’Ef­
criture on trouuera, qu’aprés que nous auons receu la grâce
nous ne pouuons accomplir les Commandemens, de telle
forte qu’il n’y ait du manquemét en quelqu’vn des trois points
défia énoncez. Lierez-vous les bras du Tout-puiffant, y a il
rien d impoffible à Dieu ? Certes c’eft auoir vn fentiment fort
lafehe de la grâce du Seigneur. Le Miniftre Dumoulin en
parle en des fentimens bien differens. Car au chap. 8. de fes
Euafions, il protefte que c’eft vn menfonge & vne impofture:
voicy fes mefmes termes. II eft faux que nous difions qu’il eft
impoffible de garder les Commandemens deDieu, mefmes
auec fon ayde ; quand il plaira à Dieu rendre vn homme par­
fait, & fans péché, nul ne le pourra empefeher. Voyez com­
me voftre Confrère eft pour nous, & qu’il vous donne le dé­
menty. Et il ne fert de rien, adioufté il, d’apporter la compa­
raifon d vn cheual boiteux, lequel quoy que drefle fous la
main d'vn Efcuycr adroit, nc laiffe pas de clocher : parce qu’il
cft boiteux. Vrayement cette comparaifon cloche bien fort j

cheual, il ne peut pourtant le guérir de fon infirmité. Au lieu
que le Diuin Seigneur, eftant non feulement le gouuerneur
des hommes, mais auffi le Médecin general de routes les ma­
ladies, peut au moyen de fa grâce, &. drelfcr les hommesau
bien, & les guérir de leurs fbiblefîcs, & de leurs infirmitez.
Que direz vous à cela.
Ic diray premièrement, Monfieur le Bachelier, que vous
changez tout à fait l’eftat de la Controuerfe. Car il ne s’agit
pas de Içauoir fi Dieu par fa puiflance abfoluè peut accomplir
parfaitement toutes lès volontez en nous : c'cft dequoy nous
redoutons nullement. Car nous fçauons & difons auec S.
Paul, que Dieu par la puiffance qui opere auec efficace en nota, peut Ephef j.
en ce fens que nous conieflons auec Dumoulin, que Dieu
pourroit faire vn homme parfait & fans pechc, s’il le vouloit
faire en cette vie : parce qu’il luy pourroit donner fa grâce
dans vne mefure?/dans vn degré de perfedion, qui cgaleroit celle qu’il nous donnera dansla gloire. Mais la queftion
eft de fçauoir, fi auec la grâce que Dieu nous donne dans le
cours de cette vie, nous pouuons parfaitement accomplir
tout ce que Dieu requiert de nous en fa Loy, fans manquer
iamatsenvn feul poind. Vous dites que nous lcpouuons:
parce que Dieu eft Tout-puiflant ; nous difons que nous ne le
pouuons pas : parce que nous fommes toufiours foibles , &
quelaToute-puiflanccquieftenDieu, n’exempte l’homme
detoute infirmité. Nous difons aucc Saind Hierofme, & Hier, ai,
re,& que toutesfois nous ne les pouuons accomplir : parce
que l’efprit eft prompt, & que la chair eft foible. Nousdifôs
auec luy mefme, que cc n’eft pas à nous qu’il faut attribuer pjiiron,
ce langage, mais à Saind Paul, quia bien fçeu quelle difte- ibidem.
rence fl y a entre Dieu & l’homme j & qu’autre chofe eft Fin firmité de la chair, autre la force de l’efprit. Car la chair conuoite contre lefpnt,& l’cfprit contre la chair j & ces chofes
font oppofées l’vne à l’autre i de forte que nous nc faifons pas
les choies que nous voulons.
le dnay en fécond lieu, que quand vous vous targuez dc
' EEecee ij

Deffenje Je la
la puiftàncc deDieu ,pour reieuer I homme de toutefoibleffe: vous tenez le langage des Hcretiques. Car c’eft ainfi que
Jes Pelagiens raifonnoient contre les Anciens Peres del’Egl’fc’ ddàns que Dieu pouuoit faire que l’homme fuft fans pe’;7’
che , & l’aider tellement par fa grâce, qu’il accomplit parfaitement la Loy; qu’autrement s’il nc le pouuoit pas, il eftoit
impuiffant; & que s’il ne le vouloit pas, il eftoit enuieux.
C’cftpourquoy nous vous rcfpondrons la mefme chofe que
Pfierl.n. les Peres relpondoient aux Pelagiens, à fçauoir qu’il cft pofcont.Te- fîblc à Dieu de donner à l’hôme qu’il ne peche point du tour :
/rfg.
mais que Dieu ne luy donnant pas cette grâce, il eft impofliblc à l’homme d’eftre fans péché en cette vie. Car tout cc
qui eft polfible, ou qui fepeutfaire fe réduit à trois temps,
commcditSaindHierofme,ouaupafle, ou au prelènt,ou
Hier.L^. au futur« Si ce que vous dites eft vray, que l’homme peut accont. Pc- complir tous les Commandemens en perfedion , & qu’il
Ug.
peut eftre làns péché : faites voir que cela s’eft fait au temps
pafte, ou qu’il fc fait prefentement ; & puis noqs verrons
pour l’aduenir. Que fi vous ne pouuez point montrer quel­
qu’vn qui foit, ou qui ait efté làns péché, ladilpurenelcra
que du futur, cependant vous cftes conuaincu pour ces deux
temps, & pour le pafle, & pour le prelent. Que fi dans le fu­
tur il fe trouué quelqu’vn plus grand que les Patriarches, que
les Prophètes & les Apoftres,vous le perfiiaderez fi vous pouucz, à ceux qui font à venir. Quand nous parlons ainfi auec
Saind Hierofme, nous ne lions pas les bras à la Toute puif­
fance de Dieu; nous fçauons qu’il peut faire 3u Ciel & en
Terre, tout cc qu’il veut : mais nous reconnoiftons quelle eft
l’infirrhitc del’homme. Nous n’auons pas des mauuais fen­
timens de la grâce du Seigneur; nous fçauons qu’elle accom­
plit fa vertu dans nos infirmitez : mais nous déplorons la cor­
ruption delà nature, qui ne fuit pas toufiours, ny comme il
faudroit, la faindeté de fes mouuemens.
Ic diray cn troifiéme lieu, que quand vous répliquez à la
comparaifon que i’ay propoféc, vous la faites clocher : parce
que vous la tirez hors de fon lieu, & que vous la portez audeIadc mon intention. le ne I’ay pas produite pour prouucr
quenous ne pouuons pas parfaitement accomplir les Com-

dixneufiéme Refponfe,
mandemens de Dieu auec la grâce du Saint Efprit : mais feu lement pour montrer que cette impuiftance ne vient pas de
Dieu, mais de l’homme, & que ce deffaut ne doit pas eftre
attribué àlavertu de fon Efprit, mais à l’infirmité de noftre
chair. Le Sainél Efprit opéré parfaitement en nous: mais
nous ne coopérons pas parfaitement auecluyî ilnousconduit, mais nous ne fuiuons pas entièrement les mouuemens
de fa conduite ;&dans les œuures les plus faindes & les plus
parfaites, nous y méfions toufiours quelque chofe des impuretcz&des imperfections de la chair. Nous foinmesenla
main de Dieu, qui nous régit par fon Efprit, comme vn che­
ual boiteux fous vnEfcuyer parfaitement adroit ; Il le dom­
pte, il le fait tourner comme il veut : mais auec toute fon
adreffe-, il ne fçauroit faire qu’il nc cloche, parce qu’il cft boi­
teux. Il n’y a que Dieu qui nous puiffe dompter; il n’y a que
la vertu de fon Efprit qui nous puiffe affujettir: Maispour fi
fouples que nous foyons à fà main, nous ne pouuons eftre
parfaitement iuftes dans nos mouueriiens: parce qu'il y a toû jours en nous quelque chofe qui cloche, & qui ne nous per­
met pas de fuiure parfaitement les infpirations de fa grâce,
comme donc le docilement du cheual n’eft pas vn manque­
ment de l’adrefle de l’Efcuyer qui le fait tourner, mais vn def­
faut du cheual : de mefme ce que nous clochons,ou que nous
choppons en plufieurs chofes, n’eft pas vn deffaut de la grâ­
ce, mais de la corruption de la nature.
Maisl’Efcuyer, dites-vous, qui peut dreffer le cheual au
manege, ne peut pas le guérir de fon infirmité : au lieu que
Dieu peuc au moyen delà grâce, & dreffer les hommes au
bien, & les guérir de leurs foibleffes, comme eftant non feu­
lement leur Gouuerneur, mais auffi le Médecin general de
toutes leurs maladies. C’eftla mefme objedion qu’vn Pela­
gien faifoit à Saind Hierofme. Tu confeffes, dit-il, que le Hier.l.%.
corps eft fain, & tu dénies la fanté à l’ame, qui eft plus forte cont. Pcqueie corps? A mefine obiedion, mefme refponfe.Comme
le corps eft dit eftre fain,s’il n’eft trauaillé d’aucune langueur:
Ainfi l’ame eft faine & fans deffaut, fi elle n’eft ébranlée par
aucune perturbation. Mais neantmoins comme il n’y a poinc

de corps fi fain, fi entier & fi robufte, qui ne fouffre quelque
EEecee iii

<>5^

Defenfè delà

infirmité : Ainfi l’ame la mieux conftituce fouffre les alfauts
des troubles & des penfées. Donnez-moy vn corps qui n’aye
iamais fouffert de langueur, ou qui après fa langueur ait efté
alfeuré dans la polfeflion d’vne fantc perpétuelle; & ievous
donneray vne ame qui n’aura iamais péché, & qui après fes
rL/. 103. vertus ne tombera plus dansle péché. Certes Dauid rend
gracesà Dieu, qui guérit fon ame de toutes fes infirmitez:
tsfueuft. mais Sainél Auguftin nous apprend, que tant que nous fominPfiioz mes en cette vie nous auons toufiours befoin des remedes de
la grâce : parce que nous fommes toufiours languilfans;
que nous habitons dans vn corps de mort, parce que nous
portons vn corps de péché; & que toutes nos langueurs ne
feront entièrement gueries, que lors que ce corruptible aura
veftu l incorruption. Alors donc feulement ferons-nous en
eftat dc faire tout le bien que la Loy demande de nous. Mais
tant que nous fommes en cette vie, nous fommes incapables
d’éuicer toutle mal qu’elle nous deffend, & de faire tout le
bien qu’elle nous commande : parce que nous nc fommes pas
encore guéris de toutes nos infirmitez.
Enfin puis que vous voulez fçauoir le lieu de l’Efcriture,
où l’on trouué, qu’aprés que nous auons receu la grâce du S.
Efprit, nous ne pouuons accomplir les Commandemens de
Dieu,de telle forte qu’il n’y ait du manquement en quelqu’v n
de fes points : le vous diray que ie l’ay trouué dans l Epître de
Sainél Iacques, aux lieux cy-deuant citez dans ma refponfe,
aufquels vous n’auez point voulu prendre garde; &dontie
tire ce raifonnement.
Ceux qui choppent en plufieurs chofes-, (fi qui manquans en vn
.

feul poincl,(ont coulpables de tous , ne peuuent pas accomplir
laLoy de Dieufins faillir en quelquvn defes poincls.
Or après que nous auons receu la grâce du Saincl Efprit ,ncus
Jacq.}. 3
& 2. to.

choppons tous en plufieurs chofes , filon le dire de S. Iacques,

(fi celuy qui vient à faillir en Pn feul poinft efi coulpablede
tous.
Doncques après que nous auons receu la grâce du Saint Efprit,
flous ne pouuons accomplir la Loy de Dieu, fins manquer en
quelquvn defis poincîs,

La majeure eft éuidente par les lumières de la droite rai»

dixneufeme Refponjè.
fon, & par le tefmoignage de Saind Auguftin, qui dit que Ja tsfuguft,
Loy ne peut eftre parfaitement accomplie, fi ce n’eft par ce-*•"’
luy qui fait tous les Commandement Diuins. La mineure eft tra&- e*P
formellement de l’Efcriture: fi ce n’eft que vous vouliez dire ’**
que Saind Iacques n’auoit pas receu le Saint Efprit. La conclufîon eft donc inconteftable.
Apres cette répliqué generale que leBachelier a faite à
la fécondé propofition de noftre Argument : parce que i’ay
fait la preuue particulière de trois poinds qu’elle contient, il
répliqué aulfi à chaque poind en particulier, qu’il nous faut
maintenant deffendre.
Pour le premier poind, i’ay prouue dans ma refponfe,
qu’auec la grâce du Saind Efprit nous nc pouuons point ac­
complir tousles Commandemens fans faillir contre vnfeul,
par ce raifonnement.
Si auec la grâce du Saincl Efprit notes pouuions accomplir tous
les Commandemens de Dieu fans faillir contre vn feuf fans
doute qu auec cette grâce les Patriarches fous la Nature , les
Prophètesfous la Loy, & les Apofresfous l’Euangile , les auroient tous accomplis.
Or ny les Patriarchesfous la Nature^ ny les Prophètes fous la
Loy, nyles Apofres fus t Euangile, n’ont point accomply
tous les Commandemens de Dieu 3quoy quils euffent la grâce
du Saincl Efprit.
llfaut donc dire qu’auec cettegrâce nous ne pouuonspas les ac­
complir tousfansfaillir contre vnfeul.
La confequence de la maieure eft éuidente d’elle-mefme :
Car fi quelque effet eft polfible aux hommes auec la grâce de
Dieu, il faut croire qu’il l’eft à ceux qui ont receu cette grâce
dans le plus haut degré, & dans la plus grande mefure. Que
fi Monfieur le Bachelier dit encore là deffus, qu’il y a grande
différence entre accôplir & pouuoir accomplir tous lesCommandemens de Dieu: le luy feray cette demande que Saind
Hierofme faifoit aux Pelagiens, qui alleguoient la mefme di- Hur ai
ftindion. Quel raifonnement eft cecy, de dire que nous Cte/ipho.
puilfions fairc ce qu’aucun Saind n’a iamais fait; & de don- eonlr»Pe*
liera îenelçayqui, ce que vous ne fçauriez prouuer auoir
*
efté dans les Patriarches, ny dans les Prophètes, ny dansles
Apoftres î

5^6

Dfenfe delà,

La mineure paroift exprelfement dans l’Efcriture par la
déclaration qu’elle fait des pechcz des plus grands Sainds,8c
par la confeftion qu’ils cn ont faite eux-mefmes. Entre les
Patriarches vous ne doutez pas qu’vn Noé, vn Abraham , vn
Gen.6.9. lob, n’ayent rcceu la grâce de Dieu. Noé fut homme iufte
& entier en fon temps, cheminant auec Dieu : neantmoins il
Gen9.11 tomba dans le péché de 1 intempérance, quand il s’enyura.
7^.î.23 Abraham eft appellé amy de Dieu, & le Pere de tous les
^””•4 croyans : Cependant il fut Polygame. lob félon le refmoij^,l28 gnage de Dieu mefme, fut homme entier & droit, & feretiZ^42.6 «nt du mal : neantmoins il confefte qu’il a parlé infolément
contre Dieu, & s’en repent fur la poudre. Entre les Prophè­
tes vous croyez bien que Moïfe, Dauid, & Daniel,auoient
Z/eA.;. $ receu l’Efprir de Dieu ? Moïfe a efié fidele cn toute Ia Maifon de
Tf.oo.8. Dieu • & toutesfois il parle ainfi à Dieu :tu as mis deuant toy nos
iniquitez, & deuant la clarté de ta face nos fautes cachées. Dauid
eftoit homme félon le cœur de Dieu : cependant il luy parle
5. en ccstermes. le connoy mes tranfgrejsions, Seigneurpurge moy
P/-'9-l3 desfautes cachées. Daniel eftoit home agréable a Dieu : neant­
moins il confefte fon péché & le péché de fon peuple en ces
Dan.9.$ mots, nous auons péché, nous auons fous commis iniquité ■,& tous

ceux d ifraél ont tranfgrefsé ta Loy. Entreles Sainds Apoftres,
vous croyez bien que Saind Iacques, Saind lean, & Saind
Paul auoient receu le Saind Efprit? Saind Paul eftoit vn
7. Vaiffeau d’eledion : neantmoins il confefte qu’il eft charnel,
14. i£. vendu fous péché 5 qu’il fait le mal qu’il ne veut pas ; 8c qu’il
ne fait pas le bien qu’il voudroit faire. Saind Iacques eftoit
vne des Colomnes de l’Eglife ; & il a fouffért le Martyre pour
le nom de Chrift: toutesfois ilfe met au rang des pécheurs,
Jacq.^.ï quand il dit, que nous choppons tous en plufieurs chofes. Saind
lean eftoit le Difciple bien-aimé du Seigneur;8c neantmoins
il s’aduoué pecheur, auec autant de vérité que d’humilité, en
ï7«
ces termes. Si nous dijons que nous n'auonspoint péché, nous nous
^tan. 1. j-eeiu^oni „eUS.mefines, & venté n’ejt point en nous. Cela eftanr,
i.lean.3 s’il eft vray que péché cft cc qui eft contre laLoy: fous ces
4.
grands Sainds confeflans leurs pechez, leurs iniquitez, leurs
tranfgreffions, aduouënt qu’ils n’ont pas obferué tous les
Commandemens de la Loy: puis qu’ils ont fait contre la Loy
mefme.

dixneuf'me Refponfe.
$éx
mefine. Noftrc conclufion eft donc véritable, *à fçauoir,.
qu’auec la grâce du Saint Efprit nous ne pouuons pas accom­
plir tousles Commandemens de Dieu fans faillir contre vn
feul : puis que ccs illuftres Sainds nc les ont pas tous accom­
plis auec de fi grandes grâces.
Contre cette raifon Monfieur le Bachelier fait deux ré­
pliqués. Dans la première il veut nous donner le démenty
par deux exemples de l’Efcriture. Ic fçay bien, dit-il, que
vous direz qu’il n’y a eu aucun qui aye gardé les Commande­
mens de Dieu fans faillir contre vn feuhmais ie fçay auffi, que
i’ay le moyen dc vous conuaincrc de menfonge : Puis qu’il eft
écrit dans Saind Luc, que les Parens de Saind lean Bapti­
fte eftoient tous deux juftes deuant Dieu^cheminans dans tons les com­
mandemens (/•juftifteations du Seigneur /ans reproche. Puisqu’il
eft écrit en Iosué chap. n. qu’il accomplit tout ce que Moï/e luy
auoit commandé de la part de Dieu, & qutl ne laij/a pa/fer vn mot de
tout ce que le Seigneur auoit commandé à Moyfe.. Voila donc, ad­
joufte-il, des perfonnes qui ont accomply tous les Comman­
demens de Dieu, fans en obmettre pas vn.
Maiftre Chiron nc fc feroit pas feruy de ces deux exem­
ples, pour m’accufer de menfonge : S’il auoit bien entendu
le fens de l’vn, & bien leu toutes les paroles dc l’autre. Pour
lepremier, puis que c’cft vndc ceux , que les Pclagiens objedoientà Saint Auguftin, & à Saind Hierofme, pour prou­
uer la perfedion de la iuftice de l’homme en cette vie : Il faut
que ces deux Peres dei Eglife refpondent pour moy à voftre
Bachelier, ce qu’ils ont autrefois refpondu pour eux mefmes
aux Pelagiens. Que Saind Hierofme refponde. Zacharie Hier.l 2
tout iufte qu’il eftoir, entend ces paroles de l’Ange : Voicytu'o"1'
feras muet, & de fait ne pourras parler^jufques au jour de la natiutté
de ton Fils : d'autant que tu rias point creu à mes paroles. Et néant- ‘
moins le S ucceffeur de Iouinien ofe dire,qu’vn homme après
auoir receu la grâce du Baptefme, peut ne pécher plus.
Que Saind Auguftin refponde à cette objedion dcZa- v'fuguft.
charie& d’Elizabeth. Cela eft dir, félon qu’il mc femble,
au regard d vnc conuerfation louable parmy les hommes,que £
r
nul ne pouuoit iuftement accufer ny charger dc reproche,
félon laquelle ils font dits auoir vefeu deuant Dieu : parce

FFffff

çGi

T^efenfe delà

qu’en cela ils hc trompoiencles hommes par aucune difïïmulation,& qu’ils eftoient connus aux yeux de Dieu, comme
ils paroiflbient aux hommes. Mais cela n’eft pas dit au regard
de cctte perfedion de iuftice, de laquelle nous deuons auoir
faim & foif, qui eft maintenant en foy • & laquelle nous
cfperons, afin que nous en foyons rafîafiez dansia vifion.
.
Que luy-mefme explique fa penfée auec plus de clarté.
lib “id Que dirons-nous de Zacharie & d’Elizabeht, qui nous font
peccat. fouuent obje&ez dans les difputes de cette queftion? finon
merit. & ce que l’Efcriture en témoigne auec éuidence, à fçauoir, que
remif. e. Zacharie a eu vne iuftice éminente entre les Souueràins Sacrificateurs, pour offrir les Sacrifices du Vieux Teftament.
Or nous lifons dans l’Epître aux Hebreux, que Iefus Chrift
eft le feul Souuerain Sacrificateur, qui n’a pas befoin d’offrir
tous les iours Sacrifices,premièrement pour foy, & puis pour
le peuple, comme ceux de l’Ancienne Loy. Car dans ce
nombre a efté Zacharie, Phineez, & Aaron luy-mefme, par
lequel cét Ordre a commencé - En ce nombre ont efté tous
ceux qui ont louablement & iuftement vefeu dans cc Sacer­
doce, qui neantmoins auoient befoin d’offrir Sacrifices, pre­
mièrement pour leurs pechez.
Et afin que vous ne penfiez-pas qu’il vueille exempter Eli­
zabeth de la neceflité de cetteOblation de S acrifices pour fes
pechez : tous deux, dit-il ,eftojent iuftes : mais ils auoient leu
danslesCôinandemésdela Loy cornent ils deuoient purifier
l.deperf. ]curs pCChez. Ce donc que le Bachelier allégué, qu’ils onc
cheminé dans tous les Commandemens & iuftifitations du
Seigneur, ne iuftifié pas qu’ils ayent obferué tous les Com­
mandemens Diuins fans faillir contre vnfeul. Au contraire
cela fait voir qu’ils ont failly contre plufieurs : puis qu’ils ont
efté obligez par la Loy d’offrir des Sacrifices pour l’expiation
des pechez commis contre la Loy.
Pour le fecond exemple, qui eft celuy de Iofüé, il faut ap­
pliquer icy la diftindion dont SaindAuguftin s’eft feruy cn
femblable matière. Lors que la perfedion eft attribuée à
quelqu’vn, il faut voir cn quel fujet elle luy eft attribuée.
Qu,andileftditquclofiién’obmitriendctoutce quel’Eternel auoit côinandé àMoïfe, celane s’entend pas des preccp*? 2 ' ” •
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-1 î : * •

Jixncufiéme Refponfe',
tes generaux delà Loy Morale : Car Moïfe luy-mcfme le re­
prit d’vn mauuais zele, dont ii fut emporté contre Eldadôc
Medad qui Prophetifoient au Camp j&l’accufa de jaloufic.
Es tujaloux pour moy ? Ala mienne volonté que tout lepeuple de FE- T^ombr,
ternelfust Prophète , & que FEternel miîtJon Efpritfur eux. Mais n • 29*
cela s’entend des ordres particuliers que Dieu luy auoit don­
nez pour exterminer les Nations Infidèles, & introduire le
peuple d Ifraél cn leur pays. Carvoicy comment l’Efcriture
parle. Les enfans d’ifraélpillèrent tout le butin de ces pilles la3 & 7^11.14
frappèrent un tranchant de l'efpée tous les hommes, jufqu àcc quils 15. 23.
les euffent exterminez : ils n’y latfferent de refie aucune perfonne vi­
uante 3 comme FEternel Fauoit commandé à Mo ife fon Seruitcur z
ainfi Moife le commanda à Iosiié -, de losiiélefit ainfi, tellement quil
nobmit rien de tout cc que F Eternel auoit commandé à Moife. Iosiié
donc prit tout le pays, félon tout ce que F Eternel auoi t dit à Mcifi3 (fie
le bailla en héritage a Ifraél,filon leurs portions, dz- leurs tributs.
Dans la fécondé Réplique Monfieur le Bachelier reuient
aux exemples que i’ay alléguez, & tafehe d’en éluder la force
par vne éuafion puerile, & par vne diftinélion du Cardinal
Bellarmin. D’où vient, me direz-vous, que les Sainds les
plus illuftres de l’vne & de l’autre Loy, comme vn Moyfe, vn
Dauid,vnSaindPaul,vn Saind lean, & quantité d’autres
confeftént cn leurs écrits, qu’ils font tombez dans le péché?
Celuy qui pcchc, ue tranfgrcftc-il pas quelqu’vn des Com­
mandemens de Dieu ? le ne fuis pas, dit il, obligé de refpon­
dre à toutes choies : fuffit que i’ayc fait voir par deux exem­
ples affirmatifs la faufteté de voftre propofition negatiuc, qui
dit, qu’il n’y en a pas vn (cul, qui ait accomply tous les Com­
mandemens de Dieu. Neantmoins,adjoufte-il, jc vous di­
ray encore, que pour refpondre à voftre allégation, il faut re­
marquer qu’il y a grande différence entre obferuer tous les
Commandemens de Dieu, & les obferuer toufiours, 8e fans
interruption. Tous les Sainds préallegucz ont fans doute ob ferue tousles Commandemens de Dieu, bien que par fois ils
ayent intermis cetre obferuance. le diray de plus,que les pe­
tites fautes & les pechez veniels que les Sainds ont commis
en cette vie, ne font pas proprement des infradions des Lois
Diuines, maisdespetitsrelafchcmens,qui blcftent tant foit

- FFffff ij

peu la chai itc, & qui nc la tuent pas. Qui dira qu’vne petite
parole oifcufe,qu’vn menfonge officieux, que la perte d’vn
demy quart d’heure de temps en des entretiés inutiles,foient
autant d’infradions des Commandemens de Dieu? Si bien
qu’encore qu’il foit vray que plufieurs des Prophètes, comme
auffi des Apoftres,(oient tombez dans des legeres fautes, lors
que mefme ils eftoient préuenus dc la grâce du Saind Efprit:
il ne s’enfuit pas neantmoins qu’ils ayent violé les préceptes
Diuins : mais au contraire, puis qu’ils ont gardé leur faindetc & leur iuftice enfemble auec ces petites fautes, c’eft vn
clairtefmoignagc,qu’cllcsnefont pas des crimes qui méri­
tent la maledidion >que Dieu a prononcée contre ceux qui
violent fes Commandemens.
S’il eft vray que nul n’eft obligé à l’impoffible : ié trouué
que Monfieur le Bachelier a raifon de dire, qu’il n’eft pas
obligé de refpondre à toutes chofes : puis que cela eft au def­
fus de fon pouuoir. Auffi quelque effort qu’il faffe de refpon­
dre audela de fon obligation : toutes fes remarques, & tous
fes dire ne font pas proprement des refponfes, mais des éuaftons. La première eft manifefte : Car ie demande, fi ne n tft
pasvn Commandement de Dieu, qu’il faut eftre permanent
en toutes les chofes qu'il a commandées en fa Loy? Si donc
ces grands Sainds, ont par fois & pour quelque temps inter­
rompu l’obferuancc des Commandemens deDieu : Com­
ment eft-ce qu’ils les ont tous obferuez, puis qu’ils ont enfraint celuy de la pcrfeuerancc à bien faire ? D ailleurs quand
Daniel 9 ccs Sainds confeffent qu’ils ont tranfgreftc la Loy, qu’ils ont
77?. 51. mefchammentfait,qu’ilsontpechécontre Dieu, qu’ils ont
Jatq. 3. choppé en pluficurs chofès:il eft éuident par leur propre con­
feffion, que non feulement ils ont obmis de faire ce que la
Loy commande : mais auffi qu’ils ont plufieurs fois commis
cc qu’elle deffend. Surquoy ie fay encore cette demande
auec Saind Auguftin. Quand ils ont fait ces déclarations,
l.ds Nat. Ol, bien ils ont parié en vérité, & félon le fentiment de leur
^ctnt^'Pe' confçience i ou bien ils ont menty, & parlé contre la con‘t 3<*. noiftancc dc la vérité. S’ils ont dit vray, ils ont donc tranf*
’ greffé la Loy de Dieu ; & par confequent ils n’ont pas obferuc tousles Commandemens. S’ils ont menty, encore en ce-

dixneufiéme Rejponje'.

$6q

h mefmc n’ont-ils pas obferue toute la Loy: puis qu‘ils onc
violé ce Commandement 3 qui nous deffend de rendre faux
tefmoignage.
Pour la diftindion des pechez veniels, i’ay fait voir cydeuant par la définition que Saind lean nous a donnée du
péché, qu’il n’y en a point, qui de fa nature nc foit vne tranfgreffion de la Loy : de forte que comme là où il n’y a point de ’Kjm. 4
Loy, il n’y a point de péché, félon Saint Paul : de mefme par 1 î»
tout où il y 3 péché, il y a neceffairement quelque infradion
de la Loy , félon Saind lean, puis qu’à fon dire péché n’eft
autre choie,que cc qui cft contre la Loy. Les exemples mefmes que Monfieur le Bachelier allégué, confirment manife­
ftement cette vérité, bien loin de la deftruire. Qui dira , dcmandc-il, qu’vne parole oifeufe, qu’vn menfonge officieux,
que la perte d’vn demy quart d’heure, cn des entretiens inu­
tiles, (oient autant d’infradions des Cômandemens de Dieu?
le fçay bien que vos Cafuïftes ne le diront pas: d’autant qu’ils
fontaccouftumez à relafchcr la rigueur de la Loy de Dieu
par la complaifance de leurs traditions, & par la douceur de
leurs glofes. Mais les Pcres le diront fuiuant l’intention de
l’Efcriture, & le fens du Souuerain Legiflatcur. Pour les pa­
roles oifeulcs, Saind Paul vous dira que nous ne deuons te- Ephe/'.q.
nir aucun propos, qui ne foit bon à l’vlâge d’édification. le- 29.
fus-Chrift vous dira que de touteparole oifeufe que les hommes au- Mat. n.
ront dite, ils en rendront conte au jour du Iugement. Et pour vous î
faire voir que cette forte de paroles nous rend condamnables
deuant Dieu, il adjoufte cette raifon : car partes paroles tuferas ' at,12‘
jttflifé', dr partes paroles tu feras condamné. Saind Hierofme
vous dira que la parole oifeufe, qui n’édifie point ceux qui Commet.
l’oyent, n’eft point fans danger de celuy qui parle. Et Saint in Math.
Auguftin vous tefmoignera qu’il 3pprehende cette Sentence *sfug«p.
du Seigneur ;& qu’il redoute celle du Sage, qui dit, qu’ez»
beaucoup de paroles^ il nefi pas qu'il rij aye duforfait.

pfïfà.

Pour le menfonge officieux, ie fçay bien que la plufpart Ip> ’
de vos Cafuïftes n’en font qu’vn péché veniel; & que mefme
quelques-vns l’approuuent comme louable, parce qu’il cft
vtile. Mais fi nous allons à la Loy & à fon tefmoignage, pour
iuger des pechez qui l’a tranfgreffent : nous trouuerons que

FFffff iij

$66

Defenfi de U

tout menfonge eft vne tranfgreflion de la Loy : puis que la
Loy deffend toutes fortes de menfonges. le fçay bien que
ceux que l’on dit pour feruir le prochain en quelque affaire,
ne font pas de beaucoup fi condamnables, que ceux que l’on
proféré, pour le tromper : mais toute parole dite contre la vé­
rité connue , eft vne offenfe commife contre la Loy de Dieu,
£phef^ qui veut que nous joignons la vérité auec la charité. Ileft
j
vray que nous deuons feruir le prochain, & l’aider par nos parj(om. f. rôles auffi bien que par nos adions : mais il ne faut iamais fai8.
re du mal,afin que bien en aduienne j il faut ayder le prochain
par des moyens légitimés j & quelque bonne intention que
nous ayons cn le feruant, elle ne fçauroit reétificr vne chofe
qui eft mauuaife d’elle-mefme.

Or que le menfonge foit tel, vous l’apprendrez de la Loy
de Dieu, qui nous deffend de dire faux tefmoignage. Vous
'vfugnft, l’apprendrez de Sainél Auguftin, qui dit, qu’il u’cft point
de meàac permis de mentir en aucune maniéré, ny pour aucune fin, ny
fap. 14. par aucune difpenfàtion humaine ou Diuine; Que celuy qui
s’imagine qu’il y a quelque forte de menfonge,qui nc foit pas
- pcchc, fê trompe vilainement foy mefme, quand il penfe
£pïîf2 troniPcr honneftement les autres j & que fi nous admettons
Md Hier. les menfonges officieux par les Efcritures, il ne leur reftera
plus aucune authorité.
Pour la perte du temps en des entretiens inutiles, ie croy
que Monfieur le Bachelier auoit bien du temps à perdre en
difcoursquineferucntàrien, quand il a eferit, que perdre
ainfi le temps n’cft point enfraindre la Loy de Dieu. Car fou­
ftenir cette maxime,n’cft-cepasauthorifcrl’oifiueté, la tié­
deur & la négligence au feruice de Dieu? N’eft ce pasprodiguer le temps précieux de la grâce, & le iour du falut, que
de dire qu’on peut fans offenferDieu employer quelque quart
d’heure en des vains entretiens & en paroles inutiles ? Certes
fi cela eftoit, le Seigneur ne pourroit pas dans ces momens
fe plaindre de nous auec raifon, de cc que nous ferions fans
rien faire; & luy-mefme auroit tort de nous condamner com4
me des feruiteurs inutiles dans ce temps quenous nc ferions
’ ’
rien.
ZerjMrd.

Oyez là-dcffus Sainél Bernard, & il vous dira qu’il n’eft

dixncufiémc Rejponfe,

$67

pas de I’aduisdc voftre Bachelier. ily en a qui difent, paffons de tripl
le temps à deuifer vne petite heurette ; cette heure que la mifericorde de Dieu vous donne pour faire penitence, & pour
obtenir le pardon de vos pechez.
Oyez Saind Chryfoftome parlant de celuy qui n’eft ny cjjry^
larron ny yvrogne, ny adonné à quelque autre vice, mais qui mil.iô.tK
demeure aflis les bras croifez: Quelqu’vn dira, maisilnefait Eph.
point de mal? Il fait aftez de mal, dit ce Dodeur, quand il
ne fait pas cc qu’il doit. En effet, ily a péché à celuy quifaitfaire
y
le hie»
ne lefait pat, comme dit Sainct Iacques.
Efcoutez Saind Hierofme, & il vous dira qu’il faut faire Hier.Ep.
toufiours quelque chofe, afin que le diable nous trouué toû- 4
jours occupez. En effet l’oifiueté a enfeigne beaucoup de £cc,efi*ft
malice, comme dit le fils dc Sirach. Dire donc que cespe2s>'
chez nc font que des fautes legeres, qui ne violent point les
Commandemens de Dieu : N’eft-ce pas mettre tousles pe­
chez d’obmiflîon au rang des pechez veniels? Et rendre la
Loy de Dieu deffedue ufe, afin d’éleuer les hommes à la per­
fedion ?
Maisie veux que cela foit ainfi comme voftre Bachelier
le fuppofe : Si ces pechez veniels, fi ccs fautes legeres font
des relafcheinens qui blaiftent la charité, nc font ils pas con­
traires à la Loy de D’cu ? Dieu ne demande-ilpasdenous
vne charité parfaitc?Et la charité quand elle eft blaiflce,peutclle paffer pour vn parfait accompliftemcnt de laLoy? Certesl Efcriture maudit celuy qui fait l’œuure duSeigneur laf- /erem.tf
chcment ; & le Seigneur condamne l’Euefque d’Ephefe, par-10.
ce qu’il a quitté la ferueur de fa charité. Mais quand cela ne ■dpK' 2,
feroit pas, comme il eft j qui vous a dit que ces grands Saints, 4».
dont nous auons parlé, n'ont commis que des pechez veniels
durant le cours de leur vie ?L’yurefte de Noé, la Polygamie
d’Abraham, la prefomption delob, ladeffiancedeMoïfe,
l’adultere dc Dauid, les tranfgrcflions confeflees par Daniel;
Jes pechez que Saind Paul faifoit contre la Loy, les choppcmens dont parle Saind Iacques, les pechez confeftez par S.
lean, ne font ce que des pechez veniels, & non pas des tranfÇreftîons de la Loy ? Il efi vray que tous ces Sainds ont conferué leur faindeté n’obftant tous cespechez:mais cette fain-

Drfenje delà,
«sfttgufi. deté eftoit imparfaite, félon laquelle l’homme peut eftre en
l. 2 depec ectce vie, g£ iufte & pecheur tout enfemble, comme dit Saine
. (ÿ- Auguftin. Mais ils ont bien reconnu que ces pechez meri«ZÆ/J. c. tojent Ja maledidion eternelle, que Dieu a prononcée contre
ceux qui violent les Commandemens : puis qu’ils ont appel­
le du Tribunal de fa Iuftice au Throne de fa Grâce, pour en
Cen. 18. obtenir le pardon. Abraham confcfte qu’il eft poudre & cen27.
dre, pour trouuer grâce deuant Dieu. lob demande grâce à
^9. iç fon luge, & reconnoift que de mille articles, il ne Içauroit
Sf„’;î;re(i>ondrei vnfeul. Daniel aduouë qu’à Dieu eftla Iuftice,
2 & à luy confufion de face. Dauid demande à Dieu qu’il n’enJ ’’’* tre point en iugement auec fon Seruiteur. Saind Paul fçaHfÊ.qatf chant que c’eft de la frayeur de Dieu induit les hommes àla
Foy, & les meine tous au Thrône de la Grâce de Dieu, pour
7^.3.13 y trouuer mifericorde. Saind Iacques nous affeure que mi' fericordefcglorifiecontrelacondamnation. Et Saind lean
ifea 19 veut que nous confeftiôs auec luy nos pechez, nous afteurant
que Dieu eft fidele, pour nous les pardonner.
Après toutes ces déclarations des Sainds, nous difons
hardiment, que nul des plus grands Saints n’a accomply tous
n? les Commandemens. Nous confeftons .auec Saind Augurntff c.ïp ft’n ftue tous les Commandemens de Dieu font reputez pour
Hier, ad faits, lors que tout ce qui ne fe fait pareil pardonné. Mais
Cte/iphon nous adiouftons aucc Saind Hierofme, que vous n’enfçautot Pelag riez alléguer vn feul qui les aye tous accomplis; Et aucc Saint
Auguftin luy-mefme, qui ofera penfer ou dire que quelqu’vn
ae pecat. fo* entièrement net de tout péché, tant qu’il cft engagé fous
m, rc,i6 le fardeau de cette vice
Quant au fecond poind de noftre Argument, qui regar­
de la perfeuerance dans l’obferuation des Commandemens:
I’ay prouué, que posé mefme que quelqu’vn les aye tous gar­
dez, iln’y en a pas vn pourtant qui puifte dire auec vérité,
qu’il les a gardez toute fa vie, fans en violer pasvn en quel­
que temps que ce foit. Et mon railonnement fe réduit en
forme à ces trois propofitions.
Si quelqu vn auoit gardé tous les Commandemens de Dieu
auecperfeuerancen&_fans interruption durât tout le cours defa
vie : vn telfe pourroit vanter de n’auoir pas eu befoin de de­
mander a Dieupardon defes ojfenfes.
Mais

JixneufiémeRcfponJè,
Mais il ny ajamais. eu d"hommefi Saintfiir la terre, qui voit
efié obligé de frefienter tons les jours a Dieu cette demande,
Doncques il n’y a potnt d’homme fi Saincl, qui ait accomply
tous les Commandemens deDieu auec perfieuerance, cr /ans
interruption durant tout le cours defia vie.
La confequencc de la première propofition cft éuidente
à tous ceux qui en entendent les termes. Car accomplir tous
les Commandemens de Dieu fans interruption durant tout le
cours de fà vie,c’eft eftre toufiours fans péché : c’eft cftre tou­
jours exempt d’offenfe. Or celuy qui n’a point pechc,qui n’a
iamais commis d’offenfe, n’a pas befoin de demander pardon
de fes offenfes, ny de les pechez.C'eft pourquoy S.Hierofme ryier.l.^
parlant de cette totale & perpétuelle obferuatiô des Côman- aditerfw.
dcinens Diuins, auoit raifon de dire àvn Pelagien, Ci tu cn Ttlafian
peux montrer vn qui les aye tous accomplis : alors tu pourras
montrer, qu’il y avn homme qui n’a pas befoin de la miferi­
corde de Dieu.
La féconde propofition eft manifeftement de l’Efcriture.
CarleSeigneurenfeignantlcs fideles à prier leur comman­
de de demander tous les iours à Dieu pardon de leurs offen- Math.6.
fis. C’eft pour cela que Sainét Hierofme preftoit les Pela- l2»
giens par la force de cettc raifon, lors qu’ils difoient queles
hommes pouuoient eftre fans péché cn cette vie. Peuuent- Hier.K^'.
ils cftre, dit-il, fans vice comme les Apoftres, qui nc faifoient cont- Cf>e'
que fortir du Baptcfme de Chrift, & d’eftre régénérez au Seigneur ? Et toutesfois il leur eft commandé de dire,pardonnenous nos offenfes, comme nous pardonnons à ceux qui nous
ont offenfèz.
C’eft le mefme raifonnement que Sainét Auguftin cmployoit contre les mefmes ennemis, refpondant aux mefmes
objedions qu on nous fait aujourd’huy. Il y a, dit il, cn terre
des iuftes, grands, forts, prudens,patiens,continens, deuo%fifi
tieux,mifeMCordteux:maisparcequ’ileft vray, que fi nous pec.merit
difoas que nous n’auons point de péché, nous nousfeduifôns &rcmt/fi
nous-mefmes, ils ne font pas fans péché j & nul d’eux n’cft fi
arrogammentinfensé,d’eftimerqu’il n’aye pas befoin delà
Priere Dominicale pour fes pechez. Cette Oraifon Domi«utile^ditluy-mefine, cftneceflàireà tous : puis queleSci- Eptfi.*?.
GGgggg

Defenfe de U
gneur l’a doaace à fes Apoities, qui eftoient les premiers de
fonTroupcau,afiti que chacun die à ï>\c\i3quitte nous nosdettes3
comme notes quittons à ceux qui nous doiuent. Car celuy à qui ces
parèles ne font pas neceffaires, doit eftre déclaré fans péché
en cette vie : Mais fi le Seigneur preuoyoit qu’il y en auroit
dc tels, & meilleurs fans douce que fes Apoftres n’ont efté : il
leur enfeigneroit vne autre priere j par laquelle ils ne demanderoient point la remiftion de leurs pechez. C’eftpourquoy
l. deptrf. il conclud de la forte : S’il eft ainfi quel’hômeà prefent puiffarhf. fe eftre fans péché : Toute ame fidele qui eften ce çorpsde
mort, n’a p as à prier & dire, pardonne-nous nos pechez : veu que
lesprecedans ont efté défia remis au Saind Baptefme. Or
quiconque tafehe de perfuader aux fideles membres delefusChrift qu’ils n’ont pas à demander cela, il ne fait autre chofe,
finon qu’il protefte de n’eftre pas Chreftien.
Pour refpondre à ce raifonnement Monfieur le Bachelier
fe trouué bien en peine .-mais pour s’en tirer, il fuppofequ’il
y a défia refpondu; & après auoir redit deux chofes, il en ad­
joufte vne troifiéme, qui n’eft pas vne refponfe, mais vne ob­
jedion.
Il redit premièrement que cette continuelle obferuance
fans interruption n’eft pas abfolumét neceftaire en cette vie,
pour accomplir parfaitement les préceptes Diuins. Mais fans
vfer de redites , je dis, qu’elle l’eft abfôlument : autrement
Dieu commandant fous peine de maledidion d’eftre perma­
nent en toutes les chofes que fa Loy nous ordonne, feroit injnftejs’ilvenoit à maudire les hommes, pour auoir manqué
à vne chofe qui n’eft pas ncccftaire;& pour fc garentir delinjuftice, il faudroit qu’il n’executaft iamais fa menace contre
les delinquans, & qu’il manquait à fa vérité. D’ailleurs fi l’on
fc peut pafter d’vne chofe qui n’eft pas abfôlument neceflairc »
nous ne bifferions pas d’eftre parfaits, quoy que nous ne fu fi­
lions pas permanens en toutes les chofes commandées; ainfi
nous pourrions par ce moyen manquer aux deuoirs de la perfeucrance,fanstomberdansledeffaut : c’eft à dire eftre par­
faitement accomplis fans cette vertu, qui eft la fin & ia perfe­
dion de toutes les autres.

Il redit en fécond lieu, que les pechez veniels nc rom*

dixncuftéme Refponfî.

$71

pent pas le cours de cctte obferuance parfaite. Mais il' ne fe
fouuientpasqu’iladitdansvnedespages precedentes, qud
les Sainéts qui ont obferué tous les Commandemens dcDieu t*&?
ont intermis parfois & pour quelque temps cette obferuance
par ies pechez veniels, qu’ils ont commis en cctte vie. S’il cft
Vray que les plus grands Sainéts ont interrompu quelque fois
cette obferuance de tous les Commandemens, pat des fautes
legeres : Comment eft-il vray que les pechez veniels n’cn
rompent pas le cours? Monfieur le Bachelier feroit mieux
d’aduouër, qu’il ne fçauroit rompre le cours de fes contradi­
ctions ; & qu’il aime mieux fe combattre foy-mefme, qu’eftre
d’accord auec la vérité.
Enfin ne fe fouuenant plus de mon raifonnement, il veut
faire accroire qu’il y a refpondu, quoy qu’il le laifte fans ref­
ponfe-, & pour le combattre par vne objeétion, i’adjoufte en­
core, dit-il, vne troifiéme chofe,qu’il y a eu quelques Sainéts,
qui non feulement ont accomply les Diuines ordonnances:
mais auffi qui les ont toufiours obferuées fans interruption, &
fans le meîlange d'aucune faute, ny d’aucune k gerc tache.
Et quoy qu’on nc le pcnt guercs contefter, ny de Icremie ny
de Sainét lean Baptifte, lefquels ont efté fanétifiez dés le
ventre de leur mere: le penfe pourtant que les Religionnai­
res, encore qu’ils ne foient point deuots à la Mere de Dieu,
ne luy oferontpas coqtcftcr cc priuilege , & cct aduantage,
principalement quand ih'fçauront que cette vérité cft confir­
mée par la plufpart des Sainéts Peres Grecs & Latins.
Si cela eft vray, comme dit Maiftre Chiron, il faudra
croire qu’il y a eu des Sainéts qui ont efté auffi parfaits fur la
terre, que les Bien heureux le font dans la gloire du Ciel:
Cependant ila diftingué luy-mefine ces deux eftats differens
des Sainéts, & attribué aux vns vne perfeétion qui ne fe trou­
ue point dans les autres. Il faudra dire, que ccs Sainéts qui
n’ont mefle iamais aucune faute ny aucune legere tache dans
l’obferuatiôndes Cômandemens de Dieu, ont efté exempts
de tout péché aéluel: c’eft à dire fouftenir vne chofe,à laquel­
le tous les Sainéts, s’ils eftoient en cctte vie ,donneroient le
démenty. Car comme dit Sainél Auguftin, fi nous pouuions
gr
afTcmbler tousles Sainéts, qui viuoient icy, Sc les interroger, ^rai.c.^à
GG gg g g if

x

Deffenfe de la,
s’ils eftoicnt'fans pechc: Que penfez-vous qu’ils nous rcfpondroient, ou cc que celuy-cy dit, ou ce que die l’Apoftre Saint
lean? Certes quelque excellente qu’aie efté leur faindeté
dans ce corps, fi on euft pû leur demander cela, ils le feroient
écriez tous d’vne voix fi nom dtfons que nous n’auons point péché-,
nousnousfeduifonsnous-mefmes3&vérité n’eft point en nous. Eft
Job. Ij. Effet j qui eft l’homme mortel, qui foit pur, & celuy qui eft
Hné de femme qui foit iufte, difoit El i plias de Teman? Qui eft
Prou.io. ce qui peut dire fay purgé mon.cœur-, &fuis net de mon pcché3àç~
mande le Sage Salomon ? Certes luy-mefme vous relpondra,
i'cclef. 7. qu’ il ny apoint de jufte qui ne peche, &que/e jufte tombe feptfois
20.
lejour. le veux que cela ne s’entende que des pechez veniels:
Prou.z^. on ne peut donc pas dire auec vérité qu’il y ait de iufte en cetî<5,
te vie exempt de toute faute, ôcefpuré detoute tache Iegere.
Si vous voulez entendre là-deffus les Peres,comme Interpré­
tés de l’Efcriture, ils vous tefmoigneront la vérité ,qu elle
Juttin in vous enfeigne. Si vous confultez Saint Iuftin Martyr: il vous
Ttialog. dira que tout le genre humain fe trouué luiet à maledidion
tumTvj- fclon la Loy : car maudit eft quiconquen’eft permauent en toutes les
if1chofes eferites au Liure de la Loy,pour les faire-, Et toutesfois per­
fonne n’a iamais fait toutes chofes exadement"
Cypr. in
Sivous interrogez Saind Cyprien, il vousrefpondra,
que
de
peur que quelqu’vn eftant innocent nc fe complaife en
expof.
ont. Do. foy-mefme, on luy fait fçauoir qu’il peche tous les iours,
min.
quand il eft inftruit à prier tous les iours pour fes pechez.
jMnear.
Si vous vous adreffez à Saind Macaire, il vous montrera
htm. 38. que ceux qui font illuminez, dirigez, 8c rendus bons par la
grâce Diuine, font ceux quife confeflent les plus grands pé­
cheurs.
Si vous vous informez d’Origene, fçauoir fi les Sainds
iml.ïo.in en cette vie font fans péché: Il vous dira que filesSainds
Num. eftoient fans péché, l’Efcriture ne diroit iamais, que le iufte
s’accufe foy-mefme dés le commencement de fon difeours.
Lall.1.6.
Si vous faites cette demande à Ladance, il vous refpon11. dra, que nul ne peut eftre fans faute, tant qu’il eft chargé du
vefternent dc cette chair, laquelle eft en trois façons fuiette à
la domination du péché , en adions, en paroles, & en pen­
fées.

dixncujïcmi Rejponjè,

9-3

Si vous demandez cela mefme à Saint Hierofme, il vous Hiet.l. ù
Confcffera que nul des Sainds, tant qu'il cft danscc corps, cont.Te^
ne peut auoir toutes les vertus j & que nous ne pouuons pas laS>
cftre,ce que les Apoftres n’ont pas efté,c’eft à dire fans péché ;
& que nous fommes iuftes, lors que nous nous confelfons
pécheurs.
Si vous le demandez à Saind Auguftin, il vous alfeure- tsfupt/t.
ra cn vne infinité de lieux, que tous hommes font vrayement
pécheurs ; que nul n’eft en cette vie exempt de péché ; qu’il y
a bien des iuftes qui ont efté fans crime : mais qu’il nc dira ia­
mais , qu'il y en ait quelqu’vn fans péché.
Si vous vouiez entendre Saind Chryfoftome, il vous chryf. ia
tefmoignera que la Loy commande de faire toutes les chofes Gal.c. a.
qui lont écrites en fon Liure, qu’elle punit celuy qui ne les
fait pas j qu’ainfi donc nous fommes tous morts: parce que
nul ne l’a accomplie,
Si vous voulez ouïr Saind Bernard, il vous dira queles Btva.ftr*
Saints ont befoin de prier pour leurs pechez , afin qu’ils foiét mon- 73 •
fauuez par grâce : d'autant que tous ont péché, & ont befoin
de la mifericorde de Dieu.
leconclurraydonc contre le Bachelier, ce queSaind Aug.Lit
Auguftin a couclu contre les Pelagiens j qu’il montre s’il Juy fyr. & H
eft polfible, quelqu’vn viuant fous le fardeau de cette corrup- ttr.c. 3$.
tion, à qui Dieu n’aye rien à pardonner.
Contre la vérité de ces déclarations de l’Efcriture &des
Peres, & contre ce défy de Saind Auguftin, Maiftre Chiron
a creu qu’il luy eftoit polfible d’en trouuer pluficurs qui onc
efté fans péché durant tout le cours de cette vie mortelle; &
met en auant trois exéples, qu’il prétend authorifer par l’Ef­
criture & par les Peres. Mais il nous fera facile de vous faire
voir, qu’il entend aulfi mal les Peres qu’il cite, que l’Efcritu­
re dont il abufe potrr prouuer fon fentiment.
Pour les deux premiers exemples de Ieremie & de lean
Baptifte, il dit qu’on ne peut gueres contefter qu’ils n’ayent
efté fans le meftange d’aucune faute, ny d’aucune tache lege­
re : parce qu’ils ont efté lànditicz dés le ventre. Il eft vray
queDieu dit à Ieremie, deuant que tu fortijfesde lamatrice^je fa. j.j
rayfanftifé ; & l’Ange prediiânt la nailTance de Ican Baptifte,
GGgggg iij

974

Defenfe de U

*

Luc i.jj dit cptilferaremply da Sainct Efprit dés le ventre defa Mere. Mais
ny la fandification de l’vn, ny la repletion de l’autre par le S.
Efprit, ne fignifie pas qu’ils ayent efté exemptez de toute ta­
che de péché. leremie eft dit auoir efté fandifié auant qu’il
fortiftdulieude fa formation : parce qu’auant mefme qu’il
fuft conçeu, Dieu le deftina, & dés lors qu’il fut formé, Dieu
le confacra pour exercer la Charge de Prophétie : comme
7‘r- I- S* Dieu luy-mefme s’en explique, deuant quels te formafie au ven­
tre , ie fay connu ; & deuant que tufortifies de la matrice, je fay fanfltfié t je fay ordonné pour Prophète des Nations. lean Baptifte cft
dit auoir efté remply du Saint Efprit dés le ventre : parce que
dés lors il receut des dons extraordinaires de l’Efprit deDieu,
non feulem;nt pour annoncer le Meflïe dont il deuoit eftre
Je Precurfeur, en naiflânt deuant luy : mais àuflï pour en don­
ner quelque demonftration mefme auant fa naiffance. Car
Luc.x .41 aufsi-toft qn Elizabeth eut oiiy lafalutation de Marie , le petit enfant
trefiaillit en fin ventre. Mais il eft adjoufté, qu’ Elizabeth fut
aufli remplie du Sainft Efprit : Et toutesfois vous ne voudriez
pas inferer de là qu’elle fuft dés lors exemptée de toute tache,
non plus que les Apoftres & les fideles qui eftoient auec eux,
51 defquels il eft dit, qu’/Afurent tous remplis du Saincl Efprit.
C’eft ainfi que Saind Auguftin & Saind Hierofme
ont entendu cette fandification de leremie, & de Saind
lean Baptifte ; Sc ont fait entendre qu’elle n’a pas pré­
cédé leur naiffance, pour les exempter de péché. Saind AuiEtn'r.Ep. guftin l’a bien crcu de la forte, quand il adit, queccttefanyfiadoar difîcation de leremie,auant qu’il fortift de la matrice, fc peut
dan,
entendre conuenablement au regard de la predeftination :
Jean il. comme l’Euangile appelle enfans de Dieu ceux qui nc font
pas encore fideles, ny regenerez.
j.
Saind Hierofme l’a bien entendu de mefme, quand ila
ment in
cctte ParQ^e ^t dite à leremie : parce que le Seigneur
preuoyoit cc qu’il deuoit eftre : car comme dit l’Apoftre, il
cap. r. appelle les chofes qni nefont points commefi elles efioient. Et quand
IRjm. 4. il adjoufte, Que ce qu’il a efté fandifié dans le ventre, nous
*7»
le deuons prendre fclon ce que Saind Paul dit de foy-mefme,
Çal.i,if. filuandç'a efié le bon plaifir de Dieu, qui niauoit mu à part dés le
. ventre de ma mere ■> & qui ma appellé par fa grâce , de reuelerfo»

clixneufieme Rejponfe,
Ttls e» moy, afn que je Peuangelifaffe entre les Gentils. I’ean Bapti­

fte eft auffi fandifié dans le ventre, & reçoit le Saind Elprit,
& parle par la bouche de fa Mere.
Que donc le Bachelier ne die plus, que nous ne pouuons
pas contefter de Ieremie & de Saind Ican Baptifte, qu’ils
n’ayent efté fans aucune tache. Certes nous le pouuons con- Ie~ J()
tefter de Ieremie auec l’Efcriture : puis qu’il maudit le iour de , . ’i «. ’
fa nailTance par l’impatience des maux qu’il fouffroit dans
l’exercice de fon Miniftere; & puis qu’il s’écrie cn ces termes,
qui marquent fon murmure, auffi bien que l’excez de fa dou­
leur. Pourquoy ne m'a-onfait mourir dés la matrice ? Pt ma mere,
que ria-t-elle efic mon fepulchre ? Pourquoy futs-je forti de lama- »7- 18.
trice, four ne voir que trauail & ennuy, & afn que mes iours fujfent
confumez auec honte ?
Nous le contefterons auec l’Efcriture : puis que le Pro­
phète luy melme recônoift qu’il a péché, quand il dit à Dieu,
guery-moy, Seigneur, &jeferay guery ; fauue-moy & jeferayfauué. feremaj

Car il connoilfoit fa playe, & la puiffance de celuy à qui rien Hne peut eftre caché, comme dit Saind Hierofme.
Nous le contefterons auec Saind Hierofme : puis que cc Hier.l 2.
Dodcurdifputant contre lesPclagiens, qui alleguoient ce aai<erlmefine exemple, pour prouuer qu’il y a eu des Sainds exépts PelaS,ian*
de toute faute en ccttc vie, reprend & cenfure ce Prophète,
decc qu’il redoute les menaces d’vn Roy impie; de ce qu’il
apprehende vne prifon, à laquelle le Paradis cft préparé.
Nous le contefterons auffi de Ican Baptifte: puis que luymefme s’eft mis au rang des pécheurs dans cette belle confeffiou qu’il fit au Seigneur, qui eftoit venu au Iordain, pour receuoir fon Baptcfme. Car quand il luy dit,

fre Baftisépartoy : n'aduouë-il pas qu’il eft fouillé de quelque
tache, puis qu’il reconnoift que la grâce du Baptefme inté­
rieur luy eft neceftaire, pour eftre nettoyé ? Certes le mefme
Saind Hierofme trouuc cette vérité dans la refponfe que le
Sauueur Juy fit, laiffefairefour maintenant. Il a dit cela fort à

propos, pour montrer que Chrift deuoit eftre Baptifé dans Mât* }.
l’eau par Sai nd Ican : mais que lean deuoit eftre Baptisé par
Chrift au Saint Efprit. Or ie vous prie à quoy eft neceftaire
le Baptefinc du Saind Efprit, finon pour effacer les taches dç

yfî
bejfcnje Je la
Math.}. nos aines ? Certes lean Baptifte luy-mefme die de Iefus11.

Chrift, qu’il Baptifera du Saind Efprit &dc feu,pour môtret
que luy feul ofte les impuretez de l’ame par le feu de fon Ef­
prit. Luy-mefine donc, qui iauoit extérieurement auec de
l’eau les corps des autres, confeftans leurs pcchez, aduouc
qu’il n’eft pas fans péché : puis qu’il côfefte qu’il a befoin d’e­
ftre purifié par le feu de l’Elprit de Chrift.
Quant au troifiéme exemple de Marie Mere de Dieu,que
le Bachelier allégué, fi Ja deuotion eft le principal ade delà
7hom. 3. Religion, par lequel nous faifons des vœux qui nous atrachét
2
au feruice de Dieu, félon la définition de vos Dodeurs : nous
art.i.&z confe{fons que nous ne fomtnespoint deuots enuers laSainz deVierge: parce que nous auons apris de l’Efcriture à vouer,
&reü(jrc nos vœux feulement à l’Eternel; parce que nous
^fmbrof auons appris des Peres , d’adrefter nos vœux à Dieu, &non
point aux créatures ; parce enfin que nous auons le tefmoiUnyfoft. gnage de vos propres Dodeurs, qui difent que le vœu eft
Thom. 2. proprement vn ade de latrie, qui appartient à Dieu. Nous
2. y. 88. i3jflons dOIK aux Marie-latres, la deuotion enuers la Sainde
Z Vierge. Quant à nous, nous reconnoiflbns aucc Saind Epii.cantr. P^ane , que le corps de Marie eft Saind, qu’elle eft Vierge,
htref.bar qu’elle eft honorée : mais nous difons aulfi auec luy, qu’elle
79.
ne nous a pas efté donnée pour eftre adorée.
Pour le regard de fa pureté, de fa Saindeté & Virginité
parfaite, nous receuons fans contcftation tout ce que les PeTes Grecs & Latins, citez par leBachelier en ont dit : mais
vous deuez aulfi receuoir l’explication qu’ils ont eux-mefmes
donnée de leurs paroles. Il eft vray que Saind Epiphane
nous apprend au Sermon de fes Louanges, que Marie eft
plus fuplime que les Anges, Supérieure aux Chérubins, &
Séraphins, & Mere fans macule. Qui dc nous a iamais con­
tefté la vérité de ces Eloges? Nous difons auec Saind Epi­
phane, que la Sainde Vierge eft éleuée en gloire par-deftus
tous les Ordres des Anges : mais comme ce Pere a dit qu’elle
-mefme a adoré le Seigneur, qui eft né d’elle félon la chair:
79* aulfi la mettôs- nous au-deftous de lefus-Chrift fon Fils,quant
Luci.tfS au Thrône : parce qu’elle-mefme fc nomme la feruantedu
Seigneur ; & que le Pere l’a Souueratnement exalté \&luy a don­


elixnenfémc Refponft'.

rr

ncvnnom-><piies{fur tout nom, afin qtt au Nom de lefus tout gcnoiiilTM. ’f?
fe.pIoye,mefme de ceux qui font és Cieux, qu tl tienne le premier 9- 1Orang. en toutes chofes. Nous croyons auec S .Epiphane queMaric CoI‘1 î18
cft Mere fans macule: parce qu elle n’a pas conçeu par la conuoidfcdelachair , qui fouille toutes les autres mères dansia
conception de Ieurs-enfans, mais par les enombremens du S.
Efprit, qui l’a fanâifiée. Mais nous difons aufti auec le mef­
me Saind Epiphane, que le corps de Marie n’eft pas du Ciel;
qu’elle a efté engendrée, côme tous, de la femence de l’hom­
me, & de la matrice de la femme; & nous adjouftons auec le­
fus Chrift, que tout ccqui eft né de la chair cft chair: c’eft à
dire, comme l’explique Saind Auguftin, que tous ceux qui
font engendrez de cette affedion & copulation charnelle de
de l’homme & de la femme, font fuiets au péché : parce qu’ils
naiffent d’vne chair de péché.
Il cft vray que Saind Chryfoftome appelle Marie, Vierge
immaculée; & nous le croyons aufti : parce que comme la
virginité de fon corps n’a iamais efté blcfféc parla connoif­
fance d’aucun homme : aufti la.chaftcté de fon ame n’a iamais etn/fcp.
efté foüillce par defales defirs. Mais le mefme Saind Chry- t2.,n
foftome fait bien voir qu’il nc l’a pas eftimée exempte de tou- Comët. in
te faute legere : puis qu’en pluficurs endroits il luy attribué
des mouuemens de doute, d’importunité, d’ambition, &de
vaine gloire.

C*P‘2*
Il eft vray que Saind Cyprien , ou quoy que cc foit, lAutheur du Sermon de la Natiuité, qui luy eft attribué , dit que
cc Vaiffeau, à fçauoir la Vierge, fort different des autres,
cômuniquoit parla nature,& non point-par Ja coulpe. Mais
le mefme Autheur tefmoigne qu’il entend cela, de la com­
munication qu’elle fit de fa fubftance, en la Conception Oc
Chrift, à qui elle communica la nature, fans luy communiquer le péché: parce que le Saind Efprit fandifia cette fubfiance. Car il dit vnpeu auparauant, que par l’enombremét
du Saind Efprit l’embrafemcnt originel fut efteint, quand
elle conçeut Iefus-Chrift. Et luy-mefme dans l’expofition
du Symbole que plufieurs luy attribuent, ditque le Saint Efprit y fut prefent,afin de fandificr la Conception & l'Enfan­
tement. Ce que Saind Auguftin explique auec plus declar• " . "
HHhhhh

I

.


x
'Deffenjè Je U

te, en ccs terwes. Nul des hommes ne naift qué par l’opérai
*/»#• 57 tion de la conuoitife charnelle, qu’ils ont tirée d’Adam : voija pOurqUoy ils nailTent tous pécheurs, naiflàns d’vne chair de
péché. Maisla Vierge Marie à laquelle il fut dit, la vertu du
SouuerAin t'enombrera, n’a point reftenty aucune ardeur de la
conuoitife fous vn tel enombrement. Voila pourquoy ce qui
.
eft né d’elle eft Sainét : parce qu’il n’a point efté conçeu en
péché ny échauffé dans l’iniquité : car ce qu’il a pris delà
mer.($-re chair, il l’a purifié en le prenant. Il paroift de là que cette
«w/.c.aç concupifcence, par laquelle Chrift n’a point voulu eftre conçeu, a fait dans le genre humain la propagation d’vn mal, que
jc corpS de Marie, encore qu’il iôit venu de là, n’a point
y«/. c. tranfmis dans ce corps de Chrift : parce que ce n’eft pas de là
qu’elle l’a conçeu.
t^fmbrof
u
vray qUC Sainél Ambroife deferit Marie comme
Vierge très pure, & exempte de tout péché, qui peut conta/«•w. mjner ja Virginité : mais il ne l’exempte pas pourtant de tou­
te tache, & de toute faute legere : Car il introduit l’ame fide­
le parlant ainfi à Dieu. Reçoy-moy cn la chair qui eft tombée
en Adamj Reçoy-moy non de Sara, mais de Marie:afin
qu’elle foit vne Vierge fans corruption, mais Vierge par grâ­
ce, quitte de toute tache de péché. Si vous penetrezdans
l’efprit de Sainél Ambroife, qui fe plaift aux allégories, vous
voyez que félon le fentiment de ce Pere, le fidele veut que
Dieu le conçoiue, non de Sara comme frere d’Ifaac, qui nafquit d’vne mere fterile, par la cohabitation d’vn mary char­
nel: mais de Marie comme frere de Iefus-Chrift, qui eft né
d’vne MercVierge, fans la concurrence d’aucun homme, par
l’operation du Sainél Efprit. Vous comprenez auffi que le
fidele pour ne pas fouiller la virginité de fa mere, veut que
Dieu l’cngédre d’vne chair à la vérité corrompue par la cheu­
te de la nature, mais fanéiifiée par la réparation de la grâce.
Et pour montrer que par tout cc difcours allégorique,il n’en­
tend pas exempter la Vierge de tout péché quel qu’il foit:
Voicy comment il parle dés le commencement du Sermon
cité par le Bachelier. Ce que tu confeftes la cheute, en cela
tu as vn commerce com mun aucc tous : parce que nul hom­
me n’eft fans péché 5 c’eft vn Sacrilege de nier cela : car il n’y

dixncufiéme Refianje,

pjt)

a que Dieu qui en foit exempt j & faire à Dieu cette confef­
fion c’eft le remede de impunité, ou le moyen dc n’eftre pas
puny.
Enfin il eft vray que Saind Auguftin femble vouloir ex­
empter la Sainde Vierge des pechez aduels : mais le Bache­
lier le fait parler autrement qu’il nc parle. Car il ne dit pas,
comme il luy fait dire, qu’on ne doit point en façon du mon­
de parler de 1a Mere de Dieu, quand il s’agit du péché. Mais
voicy comment il parle de la Sainde Vierge Marie, delà- l.deFSet'.
quelle, dit-il, ie ne veux point du tout auoir de queftion, & grat.
quand il s’agit des pechez, à caufe dc l’honneur qu’on doit au
Seigneur. Mais pour vous faire voir, qu’il ne prétend pas l’a
rendre exépte de tout pechéùl adjoufte enfuite.Car d’où fça­
uons nous que ceftequi a obtenu de côceuoir & d’enfâter ce­
luy qui fans doute n’a point dc péché,aye receu plus dc grâce,
pour vaincre entièrement le péché ? Certes quand mefme
nous le fçaurions, là où il n’y a point de péché, il n’eft pas be­
foin de grâce pour le vaincre: côme là où il n’y a point d’ennemy à combattre, il n’eft pas befoin d’armes, ny de fecours,
pour en triompher. Et pour vous montrer auec plusd’cuidence, quela efté le fentiment de Saind Auguftin fur cette •
matière :Ie ne feray que vous donner fidèlement quelquesvnes des déclarations qu’il a faites fur ce fuiet, afin qu’on ne
m’acculé pas de manquer dc deuotion enuers le f ils, nyde
relped enuers la Mere.
Il paroift bien qu’il n’a voulu exempter dc tout péché
qu’vn feul lefus-Chrift, quand il dit. Solus ergo illeetiam bemo i,b. a. de
fatfut, manens Deutpeccatum nullnm babuit vnquAm, nec JompJit ptc. mer.
carnem peccAti. Celuy là donc aulfi, qui a efté fait homme, cz remijf
demeurant Dieu, eft le feul qui n’a iamais eu aucun péché, &
2 5*
qui n*a point pris la chair de pechc.
Il paroift bien qu’il n’a reconnu qu’vn feul Iefus Chrift
exempt de toute faute,quand il a parlé de la forte. Omnes iu- /,b.20.de
que mortuifunt inpeccAtes^ nemineprerfus excepto,fiue criginahbtn^ Ciuit.nei
fiue etiam voluntAte additis. Ftpro imntbus mortuis, viuus mortuns («p. 6. J
ejl 'vnut j id ejl nullum habens omnino peccAtum : VA qui per rcmijsiontm peccAtorum Piuunt ^Atn nonfibi viuant ,fed ej quipro omnibus
tncriuus efi propterpeccAta nofira •> çjrefurrexit propter juïlificAtio-

HHhhhh ij



• '? -fe
$80

'

Deffenfe Je U

tient nofram. Partant tous, fins cn excepter pas vn,(ont morts
dans les pechcz, foie dans ceux d’origine, foit dans ceux qui
font adjouftez par la volonté; Et pour tous les morts eft mort
vn feul viuant, à fpauoir celuy qui n’a point du tout de péché;
afin que ceux qui viuent par la remilfion des pechez} ne vi­
uent plus maintenant à eux-mefmes , mais à celuy qui eft
mort pour tous à caufe de nos pechez, & rciTufeité pour no­
ftre iuftification.
Il cft bien éuident que ce Pere n’a point voulu excepter
autre que le feul Sauueur de cette Loy generale de pechc,
quand il a parlé cn ces termes. Quiconque donc penfe qu il
y a eu, ou qu’il y a quelque homme, ou quelques hommes en
cette vie,excepté vn fèul Médiateur de Dieu & des hommes,
aufqucls la remilfion des pechez n’aye pas efté neceftaire: il
eft contraire aux Diuines Efcritures, où l’Apoftre ditpar un
5 , J~etil homme peche ejl entré au monde, dr par le péché la mort ; d*
î2*
ainji la mort ejl Çaruenuëfur tous hommes, par celuy en qui tous ont
Pcc^' SélJfqu^
fulJfe i vol eJf in hac vita aliqucm homincm ,
l.de^erf. "pel diquos hominespyttat excepto vno Mediatore Dei & hominum*
ytfhtit. quibus neceffaria nonfuerit remifsiopeccatorum, contrarius ëjl Dtuina Scriptura, vbi Apojlolus ait : pervnum hominem peccatum intraitit in mundum, dr per peccatum mors ^dr tta in omnes hommes per
tranjijt, in quo omnes peccauerunt.
Il eft bien conftant, qu’il n’a excepté de cette Loy gene­
rale du péché, aucun des enfans d’Adam, qui naiftent parla
voye de la nature, quand ila parlé ainfi. Tenez fermement,
& ne doutez nullement, que tout homme qui eft conceupar
la cohabitation de l’homme & de la femme, naift auec lepeché originel, fuiet à l’impieté & àla mort; & qua caufe de
• cela il n’aift de nature enfant d’ire. Firmifsime tene^dr nullatel. de
p„s dubita , omnem homincm > quiper concubitum viri, drmulieris
ad Ttint concjpjtur ? cttmpeCçato originali nafci impietatifubditum , mortique
caP* 3 5 • Jhbjeftum ; & ob hoc naturâfiltttm ira nafci.
Il eft bien manifefte, qu’il n’a pas voulu mettre dans l’ex­
ception de cettc funefte loy, mefme ia Mere du Sauueur,mais
^./.io feulement le Fils, quand il a exprimé fa penfée en ces mots.
de Geo.ad ffiid incoinquinatius illo utero Virginis^cujus caro etiamfidepeccati
lfter.c. propagine venit : non tamen depeccati propagine conceptt. Proinde

dixneufiéme Refponfe.

<$i

Corpus Cfoifii, quamuu ex ame fcemtna ajfumptum efi , qtta de ilia

carnts peccatt propagine conceptajuerat : tamen quia nonfie in ed con­
cept um efi, quomodofuerat ilia concepta , ncc ipfa erat caro peccati,
fedjimtlitudo carnts peccati. Quoy, de plus incontaminé que cc
ventre de la Vierge , dont la chair, quoy qu’elle foit venue de
la propagation du péché: n’apas pourtant conçeu de cctte
propagation de péché. C’eft pourquoy encore bien que
le Corps de Chrift ait efté pris de la chair d’vne femme, qui
auoit efté conceué de cette propagation de la chair de péché:
n eantmoins parce qu’il n’a point efté conccu en elle, comme
elle auoit efté conçcuë, de là vient qu’il n’eftoit pas lachair
mefme de péché, mais la fimilitude de cette chair.
Mais oyez parler Marie, & elle-mefme vous fera enten­
dre dans Ion Cantique, fi elle a efté engagée dansia feruitude du péché. Adonc Marie dit ,mon ame magnifie le Seigneur,& i.w« 1.46
mon efprit s'efi éjoiiy enDieu mon Sauueur.Qut eft ceDicuSauuc ur 47.
de Marie, finon Iefus-Chrift Ion Fils, Dieu bénit éternelle­
ment ? Et pourquoy eft-il appelle Iefus, ou Sauueur, finon
parce quil fauue fon peuple de leurs pechez, comme difoit Math. 1.
l’Ange ? finon parce qu’il eft le Sauueur de fon Corps, qui eft 21.
I’Eglife, comme dit Sainél Paul, &qu’e» luy lespredefitnezà la
gloire ont rédemption par fon Sang, à fçauoir remiftion des ojfenfes, Eph.\,yfélon les richeffes de fa grâce, comme nous affeure luy mef­
me? Lorsque Marie parloit ainfi n’eftoit-elle pas du peuple
de Dieu? N’eftoit elle pas de I’Eglife de Chrift, qui eft lôn
. Corps Myftique ? N’eftoit elle pas du nombre des predefti­
nez à la gloire? Celle donc qui reconnoift Dieu pour fon
Sauueur, fuppofe qu’elle a efté fous le péché duquel Dieu l'a
fauuée, & que par fa grâce elle en a obtenu la remiftion. Car
comme dit Saind Auguftin, nul n’eft mis en liberté, que celuy, qui eft ferfde pe ché ;& l’on ne peut appeller racheté, fi- Spift.iyr
non celuy, qui auparauant a efté vrayement captifpar lepeché.
Iefçay bien que le Cardinal Bellarmin refpond à cette fff af™f

raifon, que Marie a receu la remiftion des pechez, non dans
lefquels elle eftoit tombée, mais dans lefquels elle pouuoit
çfatu
tomber : comme nous difons qu’vn homme eft deliuré d’vne pcc.c.\6.
HHhhhh iij

'

Defenfè de U
maladie, quand il en eft preferué. Surquoy ie pourrois tnë .
Jttpfàt contenter de dire, ce que Saind Auguftin difoit autresfois
& à vn Pelagien fur vn femblable fuiet. Voyez ie vous prie comgrat.c.t? ment c£t homme ignorant tafehe de renuerfer les paroles très
Math.?, falutaires des Oracles qui portent Medecine. Mais que Saine
j 7,
Auguftin luy-mefme répliqué pour nous. Ceux quifont enftn^ug.l.3. té ri ont pas befoin de Médecin, mats ceux qutfeportent mal : c’eftà
depec.me dire que Iefus n’eft point neceftaire à ceux qui n’ont point de
r/t cr- re- pCChé, mais à ceux qui doiuent eftre fauuez du pechc.
c’
Que luy mefme confirme fa penfée, pour confirmer cetr^u<r l de terephque en d’autres termes. Qu’eft-ce que l’on guérit,
nat&grat s’il n’y a rfen de blelfc, rien de navré, rien de débilité, rien de
c.1^20 corrompu? Mais s’il y a quelque chofe à guérir, d’où vient
qu’elle a efté corropuë? Tu entens celuy qui fait cette confef­
fion , guery moy ,cari ay péché contre toy. Ceux qui fontftins nont
'Math. ?. psts befoin de Médecin , mats ceux quifont malades, le ne fûts point
venu appcller les juftes, mais lespécheurs ; où certes, il appelle les
Math.i. iuftes fains, &les pécheurs malades. Tu appelleras fon Nom
Iefus-.car ilfauuerafon peuple de leurs pechez-, & comment fauue­
ra il, s’il n’y a point de maladie? Certes la medecine a efté
yfugufl. trouuée pour chafler le vice, & pour guérir la nature: le Sau* & ' ueur eft donc venu vers le genre humain , & n’a trouué per„ fonne qui fuft en fanté : voila pourquoy il eft venu comme vn
”"-7- grandMcdecin.

’ ’
Si vous voulez entendre les autres Peres de l’Eglife, &
Can.hb.y vos propres Dodeurs fur ce fujet : lifez Saind Ambroife, S.
locor.The Chryfoftome, Eufebe, Saind lean Damafcene, Leon,Saind
«l.cap.i. Anshelme, Saind Antoine, Saind Bernard, Bonauentüre,
Bedc, Cajetain; & vous trouuerez que tous ont alfeuré d’vne
commune voix, quela bien-heureufe Vierge a eftéconçeuc
dansle péché originel, bien loin dc parler d’vn priuilege,
qui l’en ait exemptée.
^eruard
Vous croyez bien que SaindBernard nemanquoitpas
fpzjî.174 de deuotion enuers la Sainde Vierge : neantmoins voicy
ad Can. comme il en parle. le dis que la glorieufe Vierge Marie a
Lngdun. conçeu du Saint Efprit : mais qu’elle n’en a pas efté conçeuc;
le dis qu’elle a enfanté Vierge, mais quelle n’a pas efté en­
fantée d’vne Vierge. C’eftpourquoy luy-mefme n’approuue

’ dixneufiéme Refponfe'.
point qu’on célébré la Fefte de fa Conception* & dit que de
fon temps elle n’eftoit obfcruéc qu’en quelques lieux par vne
fuperftition particulière.
Vous croyez bien que Sainél Anshclme n’a pas manque ^mhetm
de refped enuers Iefus-Chrift, ny enuers fa Mere: voicy ^‘2-tur
pourtant cc qu’il en dit. La Vierge mefme, d’où Iefus-Chrift 'De,aho'
a efté pris, a efté conçeué en iniquités, & fa Mere l’a conceué m°'c'1 ’
en péché ; & elle eft née dans le péché originel : parce qu’elle
mefme a péché cn Adam, en qui tous ont péché.
Vous croyez bien que Thomas d’Aquin, voftre Dodeur Th»"- î*
Angélique, n’eftoit pas indeuot enuers la Mere de Dieu : cea7*
pendant ilparlc cn ces termes. Quoy que cette fuppofition, art‘
que l’allumette de la conuoitife a efté entièrement oftée à la
Sainte Vierge par la grâce de la fandification, femble regar­
der la dignité de la Mere: neantmoins elle déroge cn quelque
choie à la dignité du Fils, fans la vertu duquel nul n’eft deli­
uré de la première damnation.
Vous croyez bien que Lombard le Maiftre des Senten- Lowy
ces, a relpedé la Sainde Vierge : neantmoins fans choquer sent.dtà
l’honneur qui luy eft deu, il a dit qu’on peut croire félonie 5.
tefmoignage des Sainds, que la chair de la Vierge a efté fu­
jette à péché: mais que cette chair qui deuoit s’vnir au Ver­
be, fut purifiée par l'operation du Saind Efprit, afin qu’elle
luy fuft vnie exempte de toute contagion.
Vous eftes bien perfiiadez que les decrets de vos Canons Glof in
ne contiennent rien qui foit contraire à la deuotion que vous Can. pro ■
auez pour Marie : Toutesfois voicy ce quife trouue dans leur nunttand.
glofe. La fefte de la Conception de Marie ne doit point eftre ?•de c°n~
célébrée : parce qu’elle a efté conçeuë en péché, comme aulfi 'icr' l‘
les autres Sainds, exceptée la feule Perfonne de Chrift.
Enfin vous ne doutez pas que le Concile de Trente n’ait ’SeUarm.
eu des fentimens de grande deuotion pour la Sainde Vierge. ïib. 4. de
Neantmoins ce Concile fuiuant l’authorité du Pape Sixte amiffgr*
IV. a lailfé à chacun la liberté des avis fur cette queftion de la t,e
Conception de la Vierge. Il vous eft donc libre de croire
c'
qu’elle a efté conçeuë dans le péché originel, & qu’elle n’a *'*
pas efté exempte de cctte tache, fans choquer la deuotion
que vous auez pour la Mere de Dieu; & Monfieur le Bâche-

1

Defenje de la
lier n’* pas droit de me condamner, fî ie‘m’arrefte à cette
creance: puis que ie la trouué conforme à la vérité des Sain­
dcs Efcritures, au tefmoignage des Peres, & à la confcflion
de vos Dodeurs les plus efclaireZ. Aprez lefquels ie puis di­
re hardiment que la Sainde Vierge n’a point eu de priuilege
qui l’ait exemptée de toute t3che de péché, & de toute faute
aâ legere. Et ie conclus auec Saind Hierofme, que c’eft vn
Cte/iphe. priuilege particulier à Iefus-Chrift, duquel il eft eferit, qu’il
centr.Te n’a point fait de péché, comine vne propriété qui luy eftparlagian. ticuliere. Or ficela eft commun à quelque autre auec Chrift,
qu’eft-ce qu’il a eu de propre ? Et auec Saind Auguftin, quiconque dit que quelqu’vn des hommes apres auoir receu la
remifl*on des pechez, a vefeu fi iuftement cn cettc chair, qu’il
n’a point eu du tout de péché, il contredit à l’Apoftre Saind
Ican, qui dit que nous nousfeduifôns nous mefmes, & que
vérité n’eft point en nous, fi nous diions que nousn’auons
point de péché. Iugez de là s’il y a rien de plus faux que la
conclufiô de Maiftre Chiron,à fçauoir qu’il y a eu des Saints,
qui ont gardé les Commandemens de Dieu durant toute leur
vie, fans commettre iamais aucune faute.
Pour le troifiéme point de l’obferuation parfaite de la
Loy, qui confifte dans la perfedion des degrez de la charité:
I’ay prouué que nous ne pouuons point l’accomplir en cette
vie dans cette pe rfedion, par ce raifonnement.
Si nouspc unions en cette Vie accomplir parfaitement les Commandement de la Loy de Dieu dans la perfeciion des degrez
qu'elle demande de nous : nous pourrions en cette vie aimer
Dieu de tout noftre cœur de toute nofire ame^ de tout nofire
entendement
de toutes nos puiffances , & nostreprochain
comme nous - mefmes,

€r Uny a perfonne quipuiffe en ce monde aimer Dieu de tout
fon cœur de toutefon ame,
Doncques il ny a perfonne qui puiffe en cette vie accomplir
parfaitement les Commandemens de la Loy, dans cette perfe­
ction de degrez, ) qu'elle demande de nous.
La confequence de la première propofition n’a pas beloinde preuue : parce qu’elle eft cuidente à tous ceux qui
entendent les termes de la perfedion de laLoy, Sc qui fçauenc

$8$

ckxncufîéme Re/ponje,

lient quelle fc réduit toute au précepte de la charité. Que fi
vousne l’entendez-pas, Saind Auguftin vous l’expliquera, isfugujh
difant qu’il nc refte rien en nous, qui puifte eftre adjoufté I. ae /ftr.
hier.
par deftus tout ; que s’il y refte quelque chofe, ce nc fera pas
cap. j 6.
tour ce que Dieu demande.
La fécondé propofition eft de l’Efcriture, qui ditque
maintenant nous ncconnoiffons qu’en partie Or noftre di­
ledion fc mefiire à noftre connoiffance; & nous aimons le i.Car. 13;
Souuerain bien autant que nous le connoiftons, fclon le dire
de Saind Auguftin : Comme donc noftre connoiffance ne
peut eftre parfaite en cette vie : auffi noftre charité n’y peut
eftre fàns deffaut. Elle eft auffi de la raifon : Car il n’y a per­
fonne qui puiffe en ce monde donner tout fon cœur àDicu,
fans iamais le partager à aucune créature; & pour fi fort ani­
mez que nous foyons du Saind Efprit, noftre charité ne peut
eftre parfaite : parce qu’elle eft toufiours meflée de concupifcence. Elle eft enfin des Pcres : Car comme Saind HicrofHieron'.
mé fait cette demande. Qui cft ce des hommes en cette vie, cont.'Pequi aime Dieu de tout fon cœur, & par-deftus toutes chofes, lagian.
comme il le faut aimer? Auffi Saind Auguftin rcfpond, que esfuguft.
tant qu’il y a encore quelque chofe de la conuoitife charnelle I. de perf.
• à réfréner, Dieu n’eft point aiméentièrement de toute no­ iu/litit.
ftre ame; quecc Commandement ne s’accomplira que dans
la Patrie ; & que lors qu’il n’y aura plus de loy dans les mem­
bres , nous aimerons Dieu de tout noftre cœur.
A ce raifonnement voicy ce que Monfieur leBachelier
réplique. Cela, dit-il, eft manifeftement contraire aux Sain­
tes Lettres, qui nous afteurent que le Roy Dauid a cherché
Dieu detoutfon cœur, comme il eft eferit au Pfeaume 118.
où le mefme Prophète dit, fay cherché Dieu de tout mon cœur. Ec
au troifiéme Liure des Rois, Dieu reproche par la bouche
d'vn Prophète ,au Roy Ieroboam , Tu nas fas efié comme mon
Seruiteur Dauid, qut a gardé mes Ccmmandemens, & qai ma fuiuy
de toutfion cœur. Mais combien y en a-il d’autres, adjoufte-il,

qui ont eu cette perfedion de l’amour Diuin? Il cft certain
que tous les Martyrs, qui font morts pour lelùs Chrift, ont
eu cette diledion éminente : puisque noftre Diuin Maiftre
enfeigne dans Saind lean chap. 15. que perfonne 11e peut ar-

lliiii

'Deffenfe de la
riuer à vn plus haut poinét d’amour, que de donner fônamê,’
c’eft à dire d’cpancher fa vie, pour le falut de fes amis.
A tout cela, ie n’ay rien adiré, finon que Maiftre Chi­
ron prend mal le fens dc la Loy, s’arreftant à la lettre qui tué,
& qu’il s’éloigne de l’intention de l’Efcriture, s’attachant aux
mots. Car pour le premier exemple qu’il allégué dc Dauid,
quand Dieu nous commande de l’aimer de tout noftre cœur:
il demande le cœur tel qu’il nous l’a donné, c’eft à dire pur &
net de tout mauuais defir ; tel qu’il le donna au premier hom­
me, lequel il créa entier & droit en iuftice & faindeté ; tel
qu’il nous le donne dans la création de nos ames : car nos ef­
prits , dont il eft le Pere, partét tous purs de la main deDieu,
quoy qu’ils fe fouillent par la génération de Ihomme. De
forte que quand il eft dit, que Dauid a cherché Dieu de tout
fon cœur: il ne s’enfuiupas qu’il aye fait ce que la Loy deman­
de: parce qu’il l’a cherché auec vn cœur foüillé desconuoitifes, qui ne font pas agréables à Dieu. C’eft pourquoy luypr ( mefme demande à Dieu qu’il crée en luy vn cœur net, afin
* qu’il le luy puifTe offrir comme vn Sacrifice acceptable; Et
quoy que Dieu purifie tous les iours nos cœurs par la foy, &
par la vertu de fô Efprit: neâtmoins parce qu’il fe falit tous les
iours par des appétits déreiglez, lors mefme que nous l’aimôs
dc tout noftrc cœur,nous ne faifons pas ce que laLoy cômande : parce que nous luy donnons vn cœur foüillé, & que nous
luy offrons ce facrifice auec le feu cftrange delà conuoitife :
car qui eft ce qui peut dire, i’ay le cœur net? C’eft pour­
quoy Saind Auguftin dit, que ce Commandement d’aimer
7. de ifiir. Dieu fur toutes chofes, fe peut bien faire deuant les hommes,
ç? ht cap mais non pas deuant Dieu,quicftinfpedeurdu cœur &des
fccrettes volontez de l’homme. Etluy mefirne faifant refle­
5*
xion furies paroles dc Saind Bafile, dit que la volonté fera
7.i. cont.
pure en toutes chofes, lors que dans lautre vie Dieu fera tou
Jttl.cap.î
tes chofes en tous.
D’ailleurs laLoy ne nous commande pas d’aimer Dieu
feulement de tout noftre cœur , mais auffi de toute noftre
ame, de tout noftre entendement & de toute noftre force;
C’eft à dire, comme l’expliquent tous les Théologiens, que
l’homme doit brufler d’vn fi grand amour, qu’il nc doit auoir

.

dixneujiéme

987

aucune faculté qui rejette fa diledion> ou qui la diminue, ou
qui la trâfporte à quelque autre objet,& qui ne l’a luy côfacrc
toute entière. Car comme dit Theophilade, nous deuons Theoçhit.
foufmettre toutes nos facultez à la diledion de Dieu,& la ve-in Lue c*
gctatiue,&la fenfitiuc, & la raifonnable, & nous donner Io*
tous entiers à Dieu ; & ce non lafehement, mais auec ardeur,
&dc toutes nos forces. Et comme dit Saind Anshelme, tu ^nfe!>
dois aimer Dieu d’vn entendement parfait, pour ne donner
aucun lieu a l’erreur dans la confeflion de la Diuinité; &dc 21*
toute ta volonté, pour ne rien vouloir, qui luy foit contraire;
& de toute ta mémoire,pour te fouuenir de luy en toutes cho­
fes. Et comme dit voftre Dodeur Angélique, lors qu il nous Tbom. 2t
eft commandé d’aimer Dieu de tout noftre cœur, de toute
41*
noftre ame, de tout noftre entendement, & de toute noftre art' 5*
force : les quatre principales puiflances de l'homme, font de-fïgnées. Par le cœur cft entendue la volonté; par l’cfprit,
l’iutelledou l’entendement; par lame la faculté fenfitiuc ;
par la force, la vertu motiue des membres du corps. C’eft
pourquoy Saind Auguftin, qui dit aufli que pour aimer Dieu
de tout noftre cœur & de toute noftre ame, il faut quenous
rapportions à fon amour toutes nos affedions, & toutes nos
penfées: veut que nous prenions garde en combien de cho- isfuçvfl.
fes nous choppons tous, lors que nous penfons que les chofes l-Aeffnr.
que nous faifons plaifent, ou nc déplaifcnt pas à Dieu, lequel
nous aimons. Cela eftant ainfi, quoy que l’Efcriture tcfmoi- “
gne de Dauid qu’il a cherché & fuiuy Dieu de tout fon cœur:
elle nc dit pas pourtant quil l’ait aimé de toute fon ame, de
tout fon entendement, & de toute fa force. Ainfi elle nous
fait voir qu’il n’a pas accomply ce precepte de la charité dans
la perfedion des degrez : parce qu’en donnant à Dieu tout le
defir de fà volonté, il ne luy a pas à mefme temps confacré
toutes les penfées de fon Efprit, ny toutes les affedions de la
partie fenfitiuc, ny tout le fouuenir de fa mémoire, ny toutes
les operations des autres puiflances aucc toute l’ardeur &tout l’attachement, que Dieu demande de nous.
Enfin quand 1a Loy nous commande d’aimer Dieu de
tout noftre cœur, ce precepte ne nous oblige pas feulement
de faimer ainfi pour quelques momens, ou pour quelques
Iliiii ji

983

Deffinft Je la

iours : mais pour tout le cours de noftre vie fans relâfehe, &
fans interruption. Car comme Dieu doit eftre toufiours no­
ftre Souuerain bien : auffi eft-il toufiours fouuerainement aitsfHguft. niable ;& comme dit Saind Auguftin, il faut chercher fans
in f/alm. cefte, celuy qui doit eftre aimé fans fin: de forte que fe diftraire, ou fe rclafcher vn feul moment de cette parfaite applica­
tion de cœur à Dieu, c’eft tomber dans le deffaut de la chari­
té : parce que ce n’eft pas perfeuerer dans cette diledion,
comme la Loy nous l’ordonne. C’eft ce que Dieu demande
Dtnt.u pofitiucment à fon peuple par la bouche de Moïfe, aime donc
C Eternel ton Dieu, & garde toufiours ce qu'il veut que tu gardes.
ApuAucl C’eftpourquoy vn Iuifconfiderant exadement la perfedion
tùc. tom. de ce précepte, auoit raifon de dire, que comme le cœur eft
3.
Ja première partie qui vit en la formation de l’homme , & la
derniere qui meurt en fa deftrudion : la Loy marque par ces
parolcs, de tout ton cœur, qu’il faut aimer Dieu continuelle­
ment , & iufqu’au dernier moment de la vie. C’eft pour cela
que Saind Auguftin expofant ce commandement, nous fait
entendre que la diledion de Dieu doit eftre perpétuelle,pour
iyfugufi. eftre parfaite. Tu aimeras Dieu de tout ton cœur de toute
tib. 1. de ton ame, & de tout ton entendement, tellement que turapDoElrin. portes tout ton intelled, toute ta vie, & toutes tes penfées à
celuy dc qui tu les tiens. Quant il dit de tout ton cœur, de
22’
toute ton ame, de tout ton entendement, il ne laifte aucune
partie de noftre vie, quidoiue cefter de cette diledion, ny
donner de lieu à vne autre. C’eft pourquoy voftre Maiftre
des Sentences après cc dire de Saind Auguftin, reconnoift
Sentdif. que cc precepte n’eft point entièrement accomply en cette
2 7*
vie mortelle, mais feulement en partie, & non point en tout:
d’autant que nous aimons en partie, comme nous connoiffonsenpartie.
S uiuant cela quand il feroit vray que Dauid auroit appli­
qué tout fon cœur & toutes fes puiffances à aimer Dieu : en­
core n’auroit il pas parfaitement accomply ce precepte de la
diledion de Dieu: parce qu’il s’eft fouuent deftaché defon
Créateur, pour s’attacher à l’amour defreiglé des créatures.
Sam A-il aimé Dieu de tout fon cœur, quand il s’élcua par fierté
24.10. à faire dénombrer le peuple d’Ifraël ? Aima- il Dieu de

- pgp

dixneufiéme 'Rsfponfè',

tout fon cœur, quand il cnleua la femme d'Vrie, & fit tuer
fbn mary, pour couuritvn infâme adultère parvn lafehe ho­
micide ? Certes rEfcrituré, qui rend tefmoignage, qucDa-r;
uid fit cc qui eftoit droit deuât l'Eternel, & que tout le temps ,j. f?"
de fa vie il nefe deftourna point de rien qu’il luy euft com­
mandé , cn excepte expreflement cctte affaire d'Vrie. Et S.
Hierofme difputant contre les Pclagiens, qui alleguoient
contre luy cc mefme exemple, que le Bachelier allègue con­
tre nous,pour prouuer la perfeélion de l’homme cn cette vie,
raifonne de la lbrte fur ces paroles de Dieu. I’ay trouué Da- ^:er-’-3uid fils de Ieffé, homme fclon mon cœur, qui fera toutes mes 77».^"
volontcz. Il nc faut point douter que Dauid ne fuft homme
Sainél
neantmoins celuy qui auoit efté choifi pour faire
toures les volontez de Dieu, eft repris de certaines chofes
qu’il a faites, mais pourtant Dieu n’en cft pas coulpable: Car
celuy qui luy a prédit qu’il feroit toutes les chofes qu il luy
auoit commandées, n’a pas dit qu’il les feroit à perpétuité.
Quand donc le Prophète Dauid tefmoigne de foy-mef- T/Mijh
me, qu’il a cherché Dieu de tout (on cœur, il ne parle pas ab- IO«
folument, comme s’il auoit parfaitement accomply le pré­
cepte de l’amour Diuin : mais par comparaifon auec les mef­
chans , qui fe font éloignez de luy, par le mefpris de fes Lois.
C’eft pourquoy il adjoufte dans le mefme Pfeaume , horreur Pfe.iig.
mdfatfi, À caufe des mefchans qui ont delatffi ta Loy : mon socle m a 5?»
miné, pource que mes aduerfaires ont oublié tes paroles. A i n fi fa i t 11 •
il voir ailleurs l’attachement qu’il a pour Dieu, par l’oppofition des mefchans, quife feparent de luy. Dieu efi le rocher de
mon cœur, & mon partage à toufiours '.Car voila ceux qui s*éloi- pft. 73.
gnent de toy périront : tu retrancheras tous ceux qui fe desbauchet de v.ïô.iq,
toy : mats quant à moy-, dlapprocher de Dieu c’efi mon bien.
28.
Ainfi quand Dieu témoigne du mefme Prophète Roy,
qu’il l’a fuiuy de tout fon cœur : ileft éuident qu’il dit cela,
non pour luy attribuer vne dileélion abfolument parfaite:
mais par comparaifon, pour faire cônoiftre à Ieroboam l’ex­
cès de fa reuolte, & de fa defloyauté, parla fidelité de Dauid
fon predecefiêur. Car voicy comment Ahija le Prophète
parle à la femme de ce Roy infidèle. .Ainfi a dit FEternef le t.Rtûrq;
Dieu d'Jfiraèlyje t’dy éleué etentre lepeuple, & t'dy eftably pour Con- q> 8. p,

Iliiii. jii

590

Defenfe delà

ducteur âe monpeuple ifraél : tellement que j’ay defchiré le Royaume
de la Maifon de Dauid, & te I’ay donné : mais tu nas point efté com­
me Dauid, monferuiteur, qui a gardé mes Commandemens, £?• qui a
cheminé après moy de toutfon cœur,faifantfedlement ce qui efl droit
deuant moy. Mais toyfaifant ce que tu asfait, tu as pisfait que tous
ceux qui ont efté deuant toy : de ce que tu t'en es allé, & t'esfait d'au­
tres Dieux , & images defonte, pour me defpiter, & mas jetté derriè­
re ton dos. D’où il paroift manifeftement que Dauid eft dit
auoir fuiuy Dieu de tout fon cœur, non au regard de tousles
déportemens de fa vie, dans laquelle il a fait fouuent ce qui
eft déplaifant à Dieu : mais au regard du culte de la Religion:
parce qu’il s’eft toufiours tenu attaché au feruice du vray
Dieu, au contraire de ce mefehant Roy Ieroboam, qui fc deftourna, & fit deftourner le peuple du culte de Dieu au feruice des idoles.
C’eft là l’cfprit de l’Efcriture, de louer la iuftice des Saints
cn cette vie, non pas abfolument & confiderée en elle mef­
me, comme entièrement parfaite: mais par comparaifon de
ceux qui ont moins de vertu, ou qui font entachez des vices
Cjen.69. contraires. Ainfi Noé cft appellé iufte en fa Generation:parce qu’il cheminoit deuant Dieu, dans vn temps, où toute
12.
Chryf.ho. chair auoit corrôpu fa voye, ôc auquel tout le refte des hom­
2$.inGen mes s’eftoient deftournez au mal, comme remarque Sainél
ÿob.2. 3. Chryfoftome. Ainfi lob eft appellé de Dieu homme entier
tMttgujl. & droit, & par ces paroles il cft loué en comparaifon de ceux
l.Z.depec
tncr.çtr re qui eftoient de fon temps fur la terre : parce qu’il cxcelloic
mijf-c.t.2 pardcftiis eux par le progrez qu’il auoit fut en la iuftice,& par
la probité de fes mœurs, comme remarque Sainél Auguftin.
Ainfi Dauid eft dit auoir fuiuy Dieu de tout fon cœur, en
comparaifon de Ieroboam, qui l’auoit ietté derrière fon dos,
& qui par fon Apoftafie auoit abandonné la pureté de fon fer­
uice , ôc la vérité de la Religion. Il ne faut donc pas que vo­
ftre Bachelier inféré de là queDauid ait atteint cette éminen­
te charité dans la perfeélion des degrez, que la Loy requiert
tMugtift. de nous. Car comme dit Sainél Auguftin , ccttc vertu de la
Fpift.29. charité eft plus grande dans les vns, moindre dans les autres,
«d Hier.
& n’eft point du tout en quelques-vns : mais la charité ac­
complie , ôc qui ne fe peut augmenter, ne fe trouué en aucun

dixneufieme Reftonjè'.

991

des hommes, tant qu’ils /ont en cette vie. Or tant qu’elle
peuc eftre augmentée, elle eft défedueufe,& ce qu’elle eft
moindre qu’elle ne doit eftre, procédé d’vn deffaut vicieux.

Pour l’autre exemple des Martyrs, que Maiftre Chiron 3
produit: il eft vray que félon le dire de lefus-Chrift, nul n'a /tAn
plus grand amour que celuy-cy ,àfçauoir quand quelqu'un met fa vie 13.
fourfes amis. Mais quoy que ce foit le plus grand effort, que
noftre amitié puiffe faire :il ne s’enfuit pas que nous ne l’a de­
uions porter audela j nous ne fommes pas feulement obligez
d’aimer nos amis, mais nos ennemis mefmes. Car fi vous ai- Math $.
mez ceux qui vous aiment > quel falaire en aurez-'vous , dit leSei- 4^.
gneur? les Pcayers mefme, nefont-ilspas le femblable ? Mau ie vous Math- 5.
dis moy, aimez vos ennemis, &faites du bien à ceux qui "Vous baïf-

Or il fepeut faire, dit Saind Auguftin, que quelqu’vn^.,.,,?
foit parfaitement connoiflant de la iuftice, & qu’il n’en foit i.i.deptc
pas encore parfait exécuteur j il peut eftre parfait pour aimer mtr.& rt
fes ennemis ; & il ne l’eft pas encore allez, pour les fupporter.
15
Et fi quelqu’vn eft parfait à cc poind que d’aimer tous les
hommes, & d’eftre paruenu à la diledion de les ennemis :1a
queftion eft ençorc, s'il eft parfait dans la diledion mefme,
c’eft à dire, s’il les aime autant, & de la mefme façon que cet­
te reigle immuable de la vérité a ordôné qu’il les faut aimer.
C’eft la mefme. queftion que ie puis faire touchant les
Martyrs. I’aduouë qu’ils ont aimé le Seigneur Iefus ; & qu’ils
ont donné vne preuue bien iII11 ftre de leur amour enuers luy,
eh ce qu’ils n’ont point aimé leurs vies, mais lesontcoura- sJpoc.iz
geufement expofées à la mort, pour le tefmoignage dc fa ve- 1 iî
rité, & pour les interefts de fa gloire. Mais s’enfuit il de là
qu’ils ayent atteint en ce monde cc haut degré de diledion
parfaite, & cette éminente charité , que la Loy requiert de
nous ? Certes fî vous confultez les Peres & vos Dodeurs qui
ont traité de la vie fpirituelle, & des perfedions dc la charité:
vous trouuerez que ces grand Saints, qui ont fouffert le Mar­
tyre pour l’amour du Fils de Dieu, n’ont pas eu dans ce mon­
de vne charité de tous poinds accomplie. Car ils demeurent
d’accord, que pour aimer Dieu parfaitement, il le faut aimer
purement, c’eft à dire d’vn amour desjntereffé ; & que cc pur Pic. Miamour nous oblige de perfeuerer dans le Diuin feruice j fans randul.

fent.

99î

Deffenfe de la

iamais ietter la veuë fur les recompcnfes de cette vie, ny fur
celles de l’eternité. En effet, il n’eftpas poflible, corne con■^"Î-Aio feffe Saind Auguftin, d’aimer Dieu, & d’aimer quelque auconî’ c 9. tre chofe auec luy, fans qu’il arriué quelque diminution de la
parfaite charité. Le pur amour, comme dit Saind Bernard,
de n’e^ P°int mercenaire; le vray amour eft content de foyDco dili mefme ; & fans fouffrir des reflexions fur fès propres aduantagtn.
ges, il ne recherche point d’autre prix, que ce qu’il nous fait
aimer,
C’eft pourtant auec cette foiblefle, que les Martyrs onc
aimé le Seigneur : car ils n’ont pas efté plus parfaits que MoïHel. n.fe
ejlima plus grandes richejfes les opprobres de Christ, que
26, '
ks threfors de l’Egypte : parce quil regardott à la rémunération.Leur
charité n’a pas efté plus ardente que celle des Apoftres, lef­
quels s’éjouïfloient de fouffrir opprobre pour le Nom de
rÂ/atb.j. Chrift fur la terre : parce qu’ils fçauoient bien, que leur falai12, re eftoit grand dans le Ciel. Il eft vray qu’ils ont fouffert pour
l’amour de Chrift: mais leur dilediô n eftoit pas entièrement
épurée de l’amour d’eux-mefmes. Car ils ont donné vne vie
laquelle fcfuft neceffairement terminée par vne autre morr,
pour en obtenir vne, qui ne deuoit iamais finir. Ils ont expofé
vne vie accompagnée de mifere & d’opprobre, pour en re­
ceuoir vne pleine de gloire & de bon-heur ; enfin ils ont per­
du volontairement leur ame dans le temps, pour l’a fauuer
glorieufement dans l’eternité. Ce n’eft pas que ie les vueille
condamner, pour auoir regardé à la recompenfe promife:
mais ic dis feulement que ce motif eft trop foible , pour feruir
de reigle-à la perfection de la charité ; & j’infere de là, que la
charité des Martyrs n’apas efté parfaite cn ce corps mortel,
puis qu’ils ont eu befoin de s’animer au combat par l’efperan­
ce des Couronnes; & que par confequent leur iuftice n’apas
efté entièrement accomplie en ce monde félon la rigueur de
laLoy.
C’eft donc en vain que l’on cherche dans la voye vne
perfeétion, qui ne fc trouue que dans la patrie. Alors, dit S.
de Auguftin la iuftice fera parfaite, quand la charité fera pleine:
perf.ytH. car l’accompliffement de la Loy cft charité. Or alors fera
pleine la charité, quand nous verrons Dieu comme il eft : car
â

Jixneiffiente Rejponfî.
il n’y aura rien qu'on puiife adioufter a la charité, quand la
foy fera paruenue à la vifion. Puis donc que nul des Sainds
n'a iamais accomply tous les Commandemens deDieu fans
faillirçontrevnfeul,nyauecperfeuerance & fans interrup­
tion, ny daus la perfedion des degrez de la charité, quela
Loy exige de nous: le conclus,qu aprés que nous auons rc­
ceu la grâce du Saind Efprit, nous nc lespouuonspas parfai­
tement accomplir en cette vie.
Après celas P°ur acheuer la deffenfe de cette dernierc
refponfe, nous p’auons qu’à refpondre à deux objedions,que
Je Bachelier a formées contre cét article de nofire Confef­
fion.
La première eft prife de trois paflages de lEfcriture, fur
lefquels il raifonné à la mode d vn Bachelier Miffionnaire.De
moy, dit il, qui ne m’engage pas à vous trouucr toutes les vc­
ritez de Religion dans les Saindcs Lettres : ncantmoins ic
vous feray voir en l’Epître aux Philippicns chap. 4. que nous
pouuons toutes chofes auec celuy., qui nous fortife. Ic vous feray
‘ voir en l’Epître Saind Iacques chip. 1. Qsflfaut quela patien­
ce aycœuure parfaite. le vous feray lire en lApocalypfc chap.
3. que l’Ange de Sardes, c’eft à dire l’Euefquc de ce lieu eft
blafiné, parce quil nauott pas l œuure parfaite. Or fi nous pou­
uons toutes chofes aucc. la vertu Diuine; fi aucc la patience
nous faifons des œuures parfaites; û nousfo.mnics blafmcz,
pour ne faire pas des œuures parfaites : comment pouuczvous dire qu’aucc le Saind Efprit on ne peut accomplir par­
faitement, ce que le Saind Elprit nous ordonne, & qu’auec
Ja vertu Diuine on ne peut obferuer tout ce quele Lcgiflateur Diuin nous commande ? Comment pouucz-vous dire,,
qu’auec Ja grâce de Dieu nous ne pouuons pas faire désœu­
vrés parfaites, l’Elcriture eftant fi expreflement pour nous ?
Ceux qui ne veulent pas employer le tefmoignage des
Efcritures, pour prouucr les veniez de la Foy, & qui veulent
fonder leur foy fur autre parole, que fur la parole deDieu ef­
erite , nc peuuent eftre véritables dans Leur creance : parce
que la foy eft de l’oùyé de la parole de Dieu, & que toutes
chofes ont efté eferites, afin que nous croyons. Mais ceux fean.2».
qui font leruir lEfcriture à prouuer leurs erreurs, font encoKKkkkk

924

Defenfe Je la :

re plus condamnables : parce qu’ils font Dieu menteur en­
tant qu’en eux eft, & qu’ils abufent de la parole de veritéj
pour authorifer le menfonge. Monfieur le Bachelier tombe
dans l’vn & dans l’autre de ces extremes : Car d’vn cofté il nc
s’engage point à trouuer toutes les veritez de Religion dans
les Sainétes Lettres; & ainfi il ne peut auoir tous les vrais fen­
timens delà Religion: puis que félon la Doétrine de tousles
Iren.
TtrtuK Peres, l’Efcriture eft la reigle fuffifànte & parfaite dc toutes
Cyprian. les veritez de la Foy, & de la Religion. Et de l’autre il veut
'Safil.
faire trouuer & lire dans l’Efcriture,ce qui ne fe peut trouuer,
mlueufl. ny dans fes paroles, ny dans fon vray fens. Pour le regard des
termes, fi ie voulois agir auec Maiftre Chiron fuiuant la mé­
thode des Millionnaires : ie le mettrois en belle peine, en luy
faifant cette demande. En quel lieu de l’Efcriture trouuezvous qu’aprés que nous auons receu le Sainét Efprit, nous
pouuons parfaitement accomplir les Commandemens de
Dieu? Certes il eft impoffible de le trouuer dans les paffages
que vous alléguez : car vous nc voulez point qu’vne chofe
foit dans l’Efcriture, fi elle ne s’y lift en mefmes mots.
Pour ce qui regarde le vray fens: puis que Maiftre Chi­
ron en parle maintenant comme Bachelier en Théologie,
raifonnant par l’Efcriture : il faut que ie luy faffe voir, que par
des mauuaifes confequences il en tire ce qui n’y eft pas ; &
que par fon raifonnemët il s’éloigne du fens légitimé de l'Ef­
criture.
Pour le premier palfage, qui eft de Sainét PaulauxPhiJippiens, quand il difoit, je puis toutes chofes en Chrift : croyezvous que le Seigneur luy euft donné fa Toute-puiffànce ?
tsfugufi. Certes vn homme peut eftre appellé puiffant, félon le poude Sym~ noir qui luy a efté donné : mais il n’y a que lefus-Chrift, qui
toi. ad
puiffe eftre appelle Tout-puiftant : parce qu’il n’y a que luy, a
Cclt. Ii2»
qui Toute-puiftance ait efté donnée au Ciel & en terre. Si
cap. J.
Sainét Paul pouuoit vniuerfellemét toutes chofes, pouuoit-il
créer le monde ? mais il n’y a que Dieu ,qui aye fait le monde
de rien i & il n’eft point de créature, qui p u ifte porter le tiltre
Heb. $. dc Créateur. Pouuoit - il s’exempter de la mort, luy qui a
prononcé cét Arreft de Dieu, qu’il eft ordonné à tous hom­
mes dc mourir vne fois ? mais luy-mefme defire la mort, pour

dixneufiéme Refponfe.
entrer en pofTeffion de h béatitude. Pouuoit il eftre entière­ Phil. r.
ment fans peché?mais pourquoy faifoit-il le mal qu’il ne .vou­
loit pas faire, s’il pouuoit ne le faire pas? Pouuoit-il conuer. tir tous les Iuifs à la grâce du Chriftianifme ? il auroit bien
.defité eftre fait anatheme de Chrift pour cela : mais neant­
moins auec toutes les grâces, qu’il auoit reccucsdeluy,il lf-9-3.
n’a pû voir l’accompliflement de fon defir. Pouuoit-il fede. liurcr de l’Ange de Satan,qui le buffetoit ? Il a bien prié Dieu 2,Cer.i2
plufieurs fois, afin qu’il fe départit de luy : mais tant s’en faut 8.
que la grâce de Chrift l’en aye deliuré, qu’au contraire, clic
luy a efté donnée, pour fuppléer au deffaut de cctte deliurance
Chrift la laiiré dans cette foiblefle, pour accomplir fa
2,Cor, 12
vertu dans Ion infirmité. Et afin que vous ne dificz pas, que 9*
c’eftoit vne infirmité miferable, & non pas criminelle : Oyez
ce qu’il confefle luy - mefme : il m'a elle mis'vne écharde en la i.Cor.M
chatr ^vne Ange de Satan pour me buficter^ à ce que je ne rnelcuaffe 7outre mefure. C’eft pwurquoy, dit Sainél Auguftin, auant que Aug.! r.
grat.
la parfaite charité, & la dernierc perfeélion fut en luy, com­ at
Chnft.c.
me il ne vouloit point fouffrir cette fafeherie, qui deuoit re­ 12.
tenir lôn éleuation : il luy eft fort bien dit, ma grâce te (uffit>
ma vertu s accomplit en infirmité. C’eft à dire non feulement
;dans l’infirmité de la chair, mais de la chair & de 1 Efprit :
Car l’efprit cn côparaifon de cette perfeélion dernierc clloit
infirme: puisqu'ils élcuoir.
Tout cela fait voir clairement, que quand Sainél Paul
dir, qu’il peut toutes chofes cn Cnriftqui le fortifie : il n en. tend pas que la grâce de Chrift luy aye rendu toutes chofes
poflibles, ou luy aye donné la force de fairc toutes choies:
mais feulement celles qui font conucnables à la créature, &
qui appartiennent à l’eftat de la grâce. C'cfhpourquoy il faut
limiter cc terme vniuerfel à vn certain genre de choies: au­
trement fi nous le prenions dans toute l’cltendué de fa lignifi­
cation , nous nous éloignerions de la vérité, n’entendans pas
le ftile des Efcritures. Quand ce Sainél Apoftre dit, que tou­ i Cer. 3.
tes chofes font à nous, il nc veut pas perfiiader que nous a) ôs 21.
lapofleflion reelle de toutes chofes : mais il veut feulement
nous faire entend e,que dans 1 honneur que nousauons d’e/Irc heritiers de Dieu & coheritiers de Chrift, i' nous donne
KKkkxx ij

V

9 $6

bèfftnfidèU

l’^fagéde toüf dè qui eft au inonde , autant qu'il éft éïpëdicfit
pour nous acheminer à lâ tin du falut. Aiüfi quând ii dit qu’il

i. Car.p, s’eft fait toutes cliofos à tOUS, il ne faut pas s’imaginer, qu’il
23*
aye joué toutes fortes de perfotmàgés, pour complaire à l’hürneUr de toüs les hommes : car delà ifeut efté ny honnefte, ny
polfible : Mais feulement qu’il a coibpatÿ aux infirmité* de
tous les fideles qui luy eftoient cotthus, qû’il s’eft accommo­
dé à leurs foiblelfes 5 autant que lé pouiloient permettre la rai­
fon , l’honneftetéj & la prudence Ghteftiettne, & l’intention
qu’il auoit d’en amener plufieurs aü falut. Ainfi quand luyj. C«r. 15 mefme dit,que Dieu aaflujctty toutes chofes fous lespieds
27*
de Iefus-Chrift, il appert qu’il s’eft referué celuy qui luy a affu/etty toutes chofes,quand bien mefme l’Apoftre ne feroit
«xy«ç«y?. pas cette relèruation. Car comme dit Saind Auguftin fut
cc jjeu} jes circonftances de l’Efcriture éclaircilfent Ordinai6ÿ' rement le fuiet dont il eft queftion. De mefme quand il af­
feure, qu’il peut toutes chofes en ChrM,qui le fortifie ,cfc
n’feft pas à dire que toutes chofes vniüerfellement &fansreférüe luy ayent efté poifibles aucc la grâce de Chrift : mais
feulement toutes celles que l’hôme peut faire auec le fecours
de la grâce, pour nous faire entendre, que comme hors de
/«» 155 Chrift nous ne pouuons tien faire : Ainfi tout ce que nous
pouuons de bien, nous ne le pouuons qu’en luy. Car comï.Cbr.15. me dit luy-mefme par la grâce de Dieu je futseequeie fins i non
1 o.
point qtis nousfoyonsfufftfans £epenfer quelque chofe de nous, tomme
i.Cor.^. fc noifs-mefmes rmais toute noftrefufftfance vient de Dieu.
**
Il faut donc reftrfeindre ce terme vniuerfel à l’vniuerfalitc du fuiet dont il auoit auparauant parlé en ces termes,/^
^Philip. 4 app™ d'eftre content'des chofesfelouque iefridrovue : carie fçay eftre
11.12. abbaifsè, ye fçay nufi eftre abondant i par tout dr en toutes chofes^ fe
fuis inftruit^ tarit à offre raffafié, qu à auoirfaim i tanta abonder
qui auoir difette. Après quoy, pôüt tte fàiïe pas vne plus lon­
gue énumération dès chofes qu’il pouuoit faire parla grâce
de Chrift eni’vn & en l’autre eftat deprofperité & d’àduerfité,iladiOufte> je puistouteschofe'scriChrift qui rne fortifei pour
Ybtthr. <firc,comme les Antien's Iriterpretes l’ont expliqué, qu’il
ITbeopb. poinJojt fouffrir tous les maux auec patience; faite vnbon
vfage de tous les biens aucc humilité & cémperance-, & dans

Jixnethéine Itypon]?,
toute forte d’eftafs, foit de difgrace, loit de profperité, confetuer la pieté auec contentement d’eiprit.

Maisie veux que l’Apoftre aye parlé vniuerfellement de
l’exercice de toutes les vertus-, & de l’accompliffement de
tous les préceptes: il eft vray quil dit, qu’il peut toutes cho­
fes : mais il ne dit pas qu’il les puiffe toufiours parfaitement &
fans interruption» En effet, il fçauoit bien luy-mefme par fit
propre expérience,que les fideles pcuuent bien defirer la per­
fedion , mais qu’ils ne l’a peuuent pas atteindre en cette vie j
qu’ils peuuent courir apres elle, mais qu’ils ne la pofl'ederont
qu’aprés la morr$ & qu’ils ne pourront faire parfaitement
toutes les bonnes chofes, que lors que Dieu qui eft tout par­
fait & tout bon, fer a toutes chofes en tous. C’eft pourquoy ’
celuy qui dit aux Philippiens* qu’il peut toutes choies eftant
fortifié par Chrift, aduouc âufii qu’il né les peut pas parfaite- Philip, j.
ment : puis qu’il reconnoift qu’il n’eft point encore rendu ac- «»• M»
comply, mais qu’il pourfuit vne choie j & qU’en oubliant les
chofes qui font en derrière, il s’auance vers celles qui font en
deuant, & tend vers le but, à fçauoir au prix de la vocation
Ibpcrnclle.
Pour le fécond palfage qui eft de Saind Iacques, il eft:
vray que cc Saind Apoftrc dit, qu’il faut que la patience ait
vne UfeUüre parfcite t mais il ne dit pas, qtt’elle Paye toufiours.
En effet, qûôy que nous deuions eftre patiéns en tribulation:
nous nè le fommes pas pourtant dansla perfedion requife j &
quoy que cc-foitvn deuoir de la charité d’edurer toutes cho- £
fes •nèantmoins celuy qui peut eftre affez parfait pouraimer
lès ennemis, ne l’eft pas encore alfee ,pour les fouffrir, cômmeremarque Saind Auguftin. Donnc-moy,dit SaindHieI5
tofme, vn hommôqui n’aye ny faim, ny foif, ny froid, & qui H„ri.
ne foit affligé d’aucune infirmité j & ie c’accorderay quil y cot.Pclag
petit âUfcrfrvU'hômme qui ne penfe qu’« la vertu.
- M’Éusie-voux qu’vn Chreftien puiflè auoir vue patience
parfaite ? S'enfuit-il de là qu’il puilfe auoir à mefme temps
t ou ve s les Ver tus dans le degré de perfedion ? Certes quoy
quotoutesles vertus foient polfibles à l’homme i neantmoins Hitr.l.ù
fions n>G*pe*uuônSpas auoir Chacun dendus toutes ces chofes cont.Pc •
polfiblfeSÿ àcaufe de la laffîtude de l’efprit, qui ne peut pas
KKkkkk iii -C

PqS

Defenfe delà
toufiours & à mefine temps poffeder toutes les vertus. Auoir
toutes chofes, & n’auoir faute de rien, n’appartient qu’à la
vertu de celuy, qui n’a point connu péché, comme dit Saine
Hierofme.
'

nyfpoc.}

1. 2,

Pour le troifiéme paffage, qui eft de l'Apocalypfe, il cft
vray que le Saint Efprit fait ce reproche au Pafteur de I’Eglife
de Sarde,p connoy tes œuures , cejl que tu as le bruit de }>iure f&tu
es mort : car ie.n'ay point trouué tes œuures parfaites deuant Dieu..

De là Monfieur le Bachelier infere, que nous pouuons faire
des œuures parfaites auec la grâce de l Efprit de Dieu :puis
que nous fommes repris, pour ne faire pas des œuures parfai­
tes. C’eftoit fa mefme objedion que les Pelagiens faifoient
tsfttguft. contre Saind Auguftin & Saind Hierofme. Car, difoientl.de perf ils, il eft commandé à l’homme d’eftre fans péché,& il le doit
yufl.Hter eftre : doncques il le peut. Autrement s’il ne le peut pas,
(ont. Te pourquoy fera-il condamné de n’auoir pas fait des chofes
lagian. qu’il nc pouuoit pas taire ? Ainfi, dit le Bachelier, fi nous ne
pouuons pas faire des œuures parfaites : pourquoy feronsnous repris de ne les auoir pas faites, puis que nous ne pou­
uions pas $ A cela, ie dis premièrement que Dieu reprend les
hommes de n’auoir pas fait beaucoup de chofes, qu’ils nc
pouuoient pas faire : parce qu’elles font de leur deuoir, enco­
re bien qu’elles fôicnt au delà dç leur puiffance. Par exem­
lean. Xi. ple, il eft dit en Saind lean que les Iuifs nc pouuoient croire
*9'
o cn Iefus-Chrift j cependant Iefus-Chrift prononceçettc fen­
kan.$.i% tence de condamnation contre les incrédules , qui ne crçit
point,efl défia condamné-, & luy mefme remontre jau.xjuif? leur
impuiftance à croire,à mefme temps qu’il leurreproche leur
incrédulité. Comment pouuei-vous croire-.'peu que voua cherchez
gloire l’vn de l’autre,& ne cherchez point la glaire qui vient. dc.Dieuï

S’ils ne pouuoicnt pas.çroire,pourquoy font ils repris de n’aüoir pas creu,- Peut-eftre que le Bachelier dira,!qu’ils ne pou­
uoient pas croire : pâïce qu’ils n’auoient pas re,ceu la grâce
du Saind Efprit. Mais ie diray fuiuant fes principes, pour*
quoy donciesxondamne-il de ce qu’ils n’ont paseula foy,la+
quelle il ne leur a pas donnée? Pourquoy leur reproeher-jl,
qu’ils n’ont pas produit vn effet qui n’eft pas des forces de la
fyfai. 8. nature, mais del’operation de la grâce ? Car lafoy eftvffdon
deDieu.
'
t»* 4* <4• A/M*»*
_______

' dixncujîeme Refponfe.

<999

Mais voicy vn exemple, auquel il n’y a point de répliqué.

,

Vous croyez bien que les Sainds Apoftres qui eftoient àla
fuite du Fils de Dieu, auoient receu la grâce du Saind Efprit
auant fa mort ? Si vous cn doutez, la foy qu’ils auoient en Iefus-Chrift vous le perfiiadera : car puis qu’ils auoient crcu &
connu qu’il eftoit le Fils du Dieu viuant, il faloit bien qu’ils
euftent rcceu l’Efprir de Dieu, pour croire & connoiftre vne
vérité, que la chair & le fang nc pouuoient pas rcueler. Vous
croyez bien que ccs Difciples du Sauueur eftoient obligez
de veiller & de prier aucc vn tel Maiftre, félon les deuoirs de
la Foy" puis que luy-mefme leur auoit fait ceCômandcmenr,
veillez & prie\. Cependantle Seigneur les ayant trouué dor-J/4/.26
mans à l’heure de fon agonie, leur fait reproche : votu n'auez^fû veiller vne heure aucc moy. Il nc ditpas, vous n’auez point
voulu, mais vous n’auez point pû, comme remarque Saind
Hierofme ; il leur reproche leur aftopiftement j & quoy qu’il
procédait de l’infirmité de la chair, qui eftoit accablée de tri•*
lteffe, il ne laifte pas de les cn reprendre. Ainfi difons-nous,
qu’apres auoir receu la grâce du Saind Efprit, nous fommes
obligez de faire des oeuures parfaites : puis que le Seigneur
nous commande d’eftre parfaits. Mais nous nc les faifons pas
dans cc degré de perfedion qui nous eft commandée, à cau­
fe de l’infirmité de la chair, qui ne nous permet pas de faire le
bien que nous voulons. C’eft pourquoy encore bien que
nous foyons foibles, nous nc laiflons pas d’eftre ccnfurablcs ;
Dieu a toufiours droit de*reprendre ccs adions imparfaites
que nous faifons : parce qu’elles ne font pas telles qu’il les de­
mande , & de blafmcr cette imperfedion, quoy qu’elle vien­
ne de noftre impuiflancc : parce qu’en y tombant, nous man­
quons à noftre deuoir.
Mais parce que Maiftre Chiron tire cçs paroles de l’A­
pocalypfe hors du but du Saind Efprit : le dis cn fécond lieu,
que quand le Seigneur reprend l’Euefque de Sarde, de ce
que fes œuures ne font point parfaites deuant Dieu, il nc
veut pas dire feulement, que fes adions eftoient entachées
de ces deffauts,qui font infeparablcs de la vie des fideles en cc
monde : mais quelles eftoient defedueufes dans le principal
poind, eftant deftituées de finccrité, ôc conjoindcs auec hy-


ïooo
Deffenfc Je la
pocrifîc i Car ta M, dit-il, le brun de viure, & tu çjttiort. C’eft
i.
à dire» qu’il auoit les apparences, & la profelfion extérieure
de la pieré, dans laquelle il viuoit félon l’eftime des hommes:
mais que la force & la vérité en eftoit morte dans fon inté­
rieur & deuant Dieu. Or il eft certain qu’auec la grâce du S.
Efprit nous pouuons auoir en cette vie cette perfeéiion, qui
confifte en lafiucerité d’vn cœur net d’hypocrifie, quoy qu’il
ne foit pas net de tout péché. Et c’eft eftre parfait deuant
Dieu que d’auoir vn bon intérieur , vn cœur fans fraude,
Gen. 17. comme Dieu difoit à Abraham, chemine deuant moy fois en* 7* tier. C’eft eftre parfait en cette vie, que de fçauoir qu’on ne
tsÏHgitp. le peut pas eftre, & de reconnoiftre fes deffauts, comme dit
inTfaZ. Sainél Auguftin. Cela eftant ainfi, c’eft à bon droit quele
Seigneur reprend cét Euefque, dc ce que ne connoiflant pas
fes deffauts,ilcroyoit eftre en poffeflion de la vie, quoy qu’il
fuft engagé dans la mort i de ce qu’il fe contentait de la fauffe
approbation des hommes,au lieu d’auoir l’atteftation de bon­
ne confçience deuant Dieu ; de ce qu’il n’auoit pas cette fin­
cerité qui nous fait viure deuant Dieu, laquelle pourtant il
deuoit & pouuoit auoir auec la grâce de fon Efprit, qui eft
vn Efprit de vérité, ennemy de toute diffimulationfrauduleufe,
L’autre objedion, que le Bachelier produit contre noftre
Article, eft tirée de la force de la raifon, dont il ne fe fert ia­
mais , que pour combattre les veritez dc la Foy. Les Tyrans,
dit il, cômandentquelquesfoisdtfs chofes impoffibles, mais
Dieu, qui eft infiniment bon & iufte, eft-il comme vn Tyran,
pour nous commander des choies, que nous ne pouuons en­
tièrement obferuer $ Eft il comme vn Tyran, pour nous pu­
nir par fa malediélion, & par des tourmens éternels, à caufe
que nous n’auons pas fait des chofes impoffibles? Cependant
vous auez le front d’afteurer ce blafphemé, quand vous dites
d’vne part, qu’auec le Sainél Efprit nous ne pouuons parfai­
tement accomplir les Cômandemeos dc Dieu; & que d’ail­
leurs vous dites dans voftre petit Catechifme,que Dieu mau­
dit & rejette ceux qui ne parfairont pasentiercmét fes Com­
mandemens. Donc fuiuant voftre belle Dodrine, Dieu chaftie de là malediélion ceux qui ne font pas de? choies impof-

fibles,

ï o oI

dixneufémc Refponfe, .
fiblcs, ti’cft-Ce pas me impiété horrible ?

C cft icy que Maiftre Chiron fait cc qu’il m’impute, c’eft
à dire, qu’il pique en derrière comme le Scorpion j c’eft icy
qu’il cache le venin fous les belles fleurs de fa Rhétorique î ÔC
qu’à 1 imitation des Médecins de Théâtre, il vous prefente le
jniel de fes douces paroles, pour vous donner Je poifon de
l’erreur, au lieu de l’antitote qu’il vous a promis dés l’entrée.
C’eft ccque vous verrez clairement, fi vous voulez prendre
la peine de confiderer trois chofes , dont ic vay vous faire 1»
preuue. La première vous montrera que le raifbnnemenr,
dont le Bachelier fe fert contre nous,cft le mefme que les An­
ciens Heretiques ont employé contre les Peres de l Eglife. La
féconde vous fera connoiftre, que la Dodrine que nousenCignons dans noftre Catechifine, eft la mefme que les Peres
del Eglife ont cnfcignce. Et la troifiéme vous fera voir, qub
ce que nous rcfpondons à l’objedion qu’on nous fait au jourd huy, eft cela mefmc que les Pcres ont autre fois refpondu
aux objedions des Heretiques.
Pour la première de ccs chofes, oyez le langage des Pcla­
giens dans Saind Hierofme, & dans Saind Auguftin; &
vous trouuerez qu’il n’eft en rien different de celuy de voftre
Bachelier. Vu Pelagien fait cette demande dans Saind Au- . {
guftin, fi l’homme peut eftre fans péché; ôccntire ce raifonnelnent, s'il ne le peut pas, cela ne luy eft point commande ; ranoct».
s’il luy eft commandé, il le peut : car pourquoy luy comman- 6.& 11
deroit on ce qui ne fe peut du tout faire. Certes on peut aufli
bien éuiter les chofes qui font deffendués, comme on peut
accomplir celles qui font commandées, autrement cc feroit
en vain qu’on nous deftendroit,, ou qu’on nous commandcroit des chofes, que nous ne pourrions ny éuiter nyaccomplir. Vu autre fait cette interrogation dans Saint Hierofme, Hier.l.i
Pourquoy fommes-nous exhortez à vne parfaite iuftice dans ctttt.Tt»
l’Efcritui e Sainde ? Car fi cela ne fe peur, c’eft en vain qu’ci- lagtan.
le a commandé de le faire. L’vn parle en ces termes dans S.
Auguftin, l’on nc peut point nier que Dieu nc foit iufte, puis
qu il impute à l’hôme tout ce qui cft péché : mais s’il eft tray
raqu il y a quelque péché que l’homme ne peut pas s’empefeher
i5

de commettre , comment peut-on dire, que Dieu eft iufte, fi
LL1111

1001

deffenfe

l’on croirqu’il Impute cc qu'on ne peut pas éuiter? L’autre
Hier sot. s’explique ainfi dans Saind Hierofine, donne-nioy vn tef­
Pciagitn moignage du Nouucau Teftamenr, où l’impoffibilité du pre­
cepte foit tenu pour vn crime, fi Dieu a donné des Commandemens impoftibles : en'ccla melme nous ne fômes pas eoulpables, fi nous ne faifons pas ce que nous ne pouuons accom­
plir. S’il eft impoffible de faire ce que Dieu a commandé, ce
n’cft pas la faute de ceux qui ne peuuent pas obeïr aux Com­
mandemens , qu’ils ont receus, mais de celuy qui a com­
mande des chofes impoftibles.
Ne diriez-vous pas que les Pelagiens font relfufcitez en
la perfonne du Bachelier, & de fes femblables, ou du moins
que Maiftre Chiron & lès Confrères font les Difciples des
Pelagiens ? Cerres fi ces Heretiques eftoient venus au temps
de vos Dodeurs & de vos Miflionnaites- : nous pourrions di­
re que les Pelagiens auroient appris d’eux-à parler comme ils
parlent. Mais puis qu’ils ont efté deuant eux, il faut dire que
voftre Bachelier, & fes femblables, font allez prendre leurs
armes dans l’arfenal de ces Hcretiques, pour combattre la vé­
rité j & que c’eft dans leur Efcole qu’ils ont appris le langage
qu’ils tiennent contre nous. Car les Pelagiens ont dit, que
i homme peut accomplir les Commandemens de Dieu : puis
que Dieu le luy commande. Et voftre Bachelier dit, que puis
que Dieu nous commande d’obferuer parfaitement tous fes
préceptes, nous le pouuons. Les Pelagiens ont inféré que
l’homme n’eft pas coulpable, s’il ne fait pas des chofes impoffibles;& Maiftre Chiron dit, que c’eft à tort que nous fommes blafmez, de ce que nous ne faifons pas des oeuures par­
faites , s’il eft vray que nous n’en pouuons pas faire. Enfin,
ccs Heretiques difoient que Dieu eftoit injufte de comman­
der à l’homme des chofes impoftibles, & de le punir, pour
n’auoir pas fait des chofes qu’il ne peut pas faire, ou pour en
auoir fait d’autres qu’il ne peut pas éuiter. Et voftre. Bache­
lier afteure que Dieu eft vn Tyran, s’il eft vray quil nous
commande des chofes que nous nc pouuons pas entièrement
obferuer j & qu’il nous punifte par fa malediélion, à caufe que
nous n’auons pas fait des chofes impoftibles.
Qifon ne die pas que les Pelagiens rejettoient la grâce

ïoo;

dixneufiéme Rejponfi

de Dieu, & fouftenoient que 1 homme pouuoit accomplir la
Loy par les forces du franc-arbitres & qu’au contraire vos
Docteursdilent que nous ne pouuons point accomplir par­
faitement les préceptes de Dieu fans la grâce de Dieu , qu’on
n’aye, dis Je, point recours à cette différence. Car les Pcla­
giens pour gaigner ce poind fur les Orthodoxes, que 1 hom­
me pouuoit accomplir tous les Commandemens, & eftre
fans pechc dans cette vie, difoient auffi qu’il ne lepouuoit //«r.ad
pas fans la grâce de Dieu : parce qu'ils poloient que Dieu Cttfipho»
auoit donné à l’homme la grâce du franc arbitre, pour pou-f6nt <7>f’
uoir eftre parfaitement iufte, & fans péché, s’il le vouloir.
Ainfi vos Dodeurs vous enfeignent, que Dieu dône à l’hom­
me vne grâce foûmife à fa volonté, & fuffifànte, pour pou­
uoir faire tout ce qu’il veut feirc de bien. Si donc on peut
connoiftre au langage d’vn Difciple,dc quel Maiftre il a apris
des leçons : difons que voftre Bachelier & fes femblables font
les Dilcipies des Pelagiens, pus qu’ils parlent vn mefme lan­
gage.
Cette feule conformité de parole qui fe trouué entre Mai­
ftre Chiron & ces Heretiques, fulfit pour vous découurir l'vniformité de leurs fentimens >& pour vous faire voir que ce­
luy-cy ne parle que pour combattre la vérité : puis qu’il prend
langue de 1 Herefie; & ainfi ie pourrois me difpenfcr d’en dire
dauantage,pour deffendre les iuftrudions de noftrc Catccfiifme contre fon raifonnement.
Maispourvousprouuerlafecondechofeqtie i’ay mife en
auant, il faut que ie vous fafle voir, que voftre Bachelier at­
taquant noftrc Catechifme, combat la vérité de 1 Efcriture,
& la Dodrine des Peres, qui en eft puiféc : d'autant qu’ils ont
parlé de mefme que nous fur cette matière; & que nous par­
lons dc mefme qu’eux dans tous les chefs dc noftrc Catechifmc. Il y en a trois principaux dans fes inftrudions familiè­
res, qui regardent le fuiet que nous traitons : mais tous trois
ne contiennent que les veritez, qui fe trouuent dans la paro­
le de Dieu, & dans les Eferits des Peres.
Le premier chef de noftre Catechifme porte, que nous
ne pouuons point de nous mefmes accomplir les Comman­
demens de Dieu : mais que c’cft le SaindEfpriequi lesac-

LLllil Ji

ioc>4

Deffenfe de let

complic cn nous par fa grâce. Eft-il rien de plus conforme
aux Saindes Efcritures ? Certes fi vous les lifez exadtmenr,
vous trouuerez qu’elles difent la mefme chofç en termes for­
mels : quand elles nous afteurent, qu,’// n’y a nul homme qui faf
5 J* 4« fe bien, nonjufqd’à vn j que t oufes les pensees du coeur de l’homme^ne
Cxn.6.y jontquemalen tout temps. Quand elles nous fonr par la bou­
che d’vn Prophète cette interrogation, qui emporte plus
Z/rrw.i;. qu’vne fimple negatiue : Comment pourriez vous faire quelque
23.
bien ,\>ous qui rieftes appris qua mal faire ? Et quand elles nous
i.Cor, 3. tefmoignent par la bouche d’vn Apoftre, que nous ne fommes
5*
pasfuffifans de penfer quelque chofe de nous, comme de nous-mefmes,
Philip. 2 wa/J qUe noftrefuffifance vient de Dieu i que ceft Dieu qui produit
1
efficacement en nous, le vouloir (fi le parfaire félon fon bon plaifir.
•j^om 8 Ô^^ffeftion de la chair nefepeut point rendre fujette à la Loy de
‘ Dieu : mais que la Loy de l’Efprit de vie, qui efténlefus8. Chrift nous a affranchis de la Loy du péché tafinque la juftice
2.3.4. de la Loy qui ne pouuoit eftre accomplie en la chair, fuft ac­
complie en nous> qui ne chemenonspointJelon la chair', maisfélon l’ef­
prit.
Eft-il rien de plus conforme à la Dodrine des Peres?
Certes il ne faut que les entendre parler, pour vérifier ccque
t^fmbrofi ie dis. Car quand ils ont dit, que nul ne pouuoit accomplir
Httron. la Loy j que la Loy a efté donnée après le deluge, que nul n’a
Caroltu. pû accomplir i que Dieu met fur l’homme le joug de la Loy,
qu’il ne peut porter ; que nul ne doit prefumer d’accomplir la
u^ugufi. £Oy paf £cs forceSj majs par ]a gracc Ju Libérateur 3 quand ils
ont dit, que la Loy a efté donnée, afin qu’on cherchaft la
grâce, & que la grâce eft donnée, afin que la Loy foit ac­
complie 5 que ce n’eft point par le deffaut de la Loy, quelle
n’eft point accomplie, mais par le vice de la prudence de la
chair; que ce vice deuoit eftre montré par la Loy, & guery
par la grâce ; que la volôté eft découuerte infirme par la Loy,
afin que la gracc gueriffe la volonté, & que la volonté guère
accompliftélaLoy ; que les Commandemens de Dieu font
ier6n’ impoffibles à la nature, mais poffiblcsà la grâce 5 & que l’acCompliftémentdelaLoycft par le Saind Efprit; Quand ils
ont tenu cc langage, qu’ont-rls voulu dire, finon ce que nous
difons en termes équiualens, que de nous • mefmes nous ne

dixneufîéme 'Refponfi,

ioa$

pouuons pas accomplir les Commandemens de Dieu, & que '
c’eft le Saind Efprit qui les accomplit en nous? En cela donc
nous parlons comm c l’Efcriture & les Peres ont parle. Mais
vos Dodcurs tiennent vn langage contraire,quand ils difent
que l’homme peut par le franc-arbitre,& de fa nature accom-Bie*»
plir lespreceptesDiuins,quant à la fubftance de l’adionj
que la volonté de l’homme voyageur peut par fes forces natti- Scottu.
relies aimer Dieu par-deftus toutes chofes, c’eft à direac- Occar,>complir la Loy ; queles Commandemens de Dieu ne font
point au deifus de l’homme, qui fe veut difpofcr ; & que ceux
J,
qui difcnt que l’homme pat les propres forces de la nature,ne ebu»'
peut pas faire les Commandemens, femblent trop déprimer
la nature humaine ,qui eft l’ouurage de Dieu.
. Le fécond chef de noftre petit Catechifme porte, que
quand Dieu nous a donné fon Saind Efprit, nous ne pou­
uons pas accomplir les Commandemens de Dieu parfaite­
ment , & fans deffaut. Se peut-il rien dire de plus rapportant
à la vérité de l’Efcriture , qui dit que le iufte tombe fept Proutrb.
fois le iour ; que les plus Saints choppent cn plufieurs chofesj Jacq. j.
que nul ne peut dire qu’il eft fans péché, fans fe rendre coul- >•7M" i •
pable de menfonge ; & que celuy qui manque en vn feul
’•
poind de la Loy, eft coulpable de tous ? Tomber fept fois le
iour, chopper en plufieurs chofes, ne pouuoir dire aucc véri­
té qu’on eft fans péché, manquer en quelque point de la Loy,
eft-ce accomplir parfaitement fes préceptes ?
Eft il rien de plus confonant aux déclarations des Peres
que ce langage, que nous tenons aucc l’Efcriture ? Que vouloit dire Saind Ambroife, quand il difoit, que les Comman- g„i,c. 5.
demensdela Loy (ont fi grands, qu’il eft impoffible de les
garder j & que c’eft vn joug, que nos Peres, ny nous, n’auons
pû porter ?
Qtf a voulu dire Saind Hierofme, quand il a dit, qu’il y//ta*. »*
aplufieurs Commandemens cn la Loy, que l’Apoftre mefme
enfeigne nc pouuoir eftre accomplis.
Et quand il parloit en ces termes, je fçay, pour parler de Hier. al
mon infirmité, que ie veux beaucoup de chofes, qu’il faut CjeppbS.
faire ; & que neantmoins ie nc puis pas les accomplir ?
cot.Pelag
Quel eftoit eftoit le dire de SaindAuguftin, quand il
LLlllliij

I00<£

Defenfe de U
temp.fir- difoit, que toute îa Loy eft recueillie dans ces deux Com­
49 mandemens, Tune conuoiteras point, & tu aimeras: mais
ug.de que nul viuant ue peut accomplir le premier,& que le fécond
Verf iufi. ne s’accomplira que dans l’autre vie ?
fatioc. 17
Qu’eft cc que luy mefme a voulu dire, quand il a dit,que
*^*£- 7.
fi
quelqu’vn
accomplit la Loy, il n’y a nul qui l’accompliffe
io j. in
en
toutes
fes
parties ?
ExoJ.
Et quand il difoit, qu’il ne s’agit pas s’il eft commandé à
l de ntrf l’hô ne d’eftre fans péché,mais que la queftion eft,fi cela mef­
W'f.
me qui luy eft commandé, fe peut accomplir dans le corps de
cette mort, où la chair conuoite contre l’efprit ?
n^fttg de
Et quand il parloit de la forte? Nous auons bien par la
corrept.
grâce, non feulement de pouuoir ce que nous voulons, mais
grat,
auifi de vouloir ce que nous pouuons. Mais neantmoins l’a­
CttP» II.
r 3 me ne fuitpas toufiours les mouuemens de cette grâce; &
de Citât. quoy qu’elle produife toufiours des fainéls defirs, elle ne fur.
*Dci.c. r » monte pas toufiours le plaifir illégitime, & le defir du péché.
Sedttl. in
Quel eftoit le fentiment de Sedulius,quand il parloit ainfi?
La Loy eft fpirituelle, & l’Elprit qui commande des chofes
fpirituelles, ordonne des chofes difficiles ; & voila pourquoy
on ne l’a peut pas accomplir.
Quelle eftoit la penfée de Sainél Bernard, quand ilparBernard.
Sert». 50 loit en ces termes ? La charité, qui eft cômandéc par la Loy ,
in Cantic n’a pû, ny ne peut s’accomplir par aucun des hommes en cet­
te vie : Car qui oferoit s’attribuer, ce que Sainél Paul luymefme confclfe n’auoir pas compris ? Quelle eftoit l’intentiô
dc tous ces Doéicurs, quand ils ont ainfi parlé, finon de dire
ce que nous difons en d’autres mots, que quand nous auons
receu l’Efprit dc Dieu, nous ne pouuons pas accomplir en
perfeéiion fes Commandemens ?
Mais ce langage n’eft pas conforme à celuy de vos Do­
BtHarm. éleurs, qui ne font pas difficulté d’affeurer, que l’homme iu1.5 âc BJ> ftifie par la grâce de Dieu, peut parle fecours de cette mefine
Pont, cap grâce accomplir la Loy, & par cét accompliffement mériter
la vie eternelle.
Qaifouftiennentque les Commandemens Diuins fontP. à Soto
in l/etb. fi doux, fi conformes & fi conuenables à la nature humaine,
Confejf'. qu’il eft plus difficile de lesenfraindre, que de les obferuer.

dixneufiérnc Refionfe»

1007

Et qui font venus iufqu’à cét excès de prefomption, que de
dire que l’homme peut non feulement accomplir la Loy en
cette vie: mais encore faire beaucoup de bonnes oeuures plus
grandes & plus làindes, que celles que la Loy nous preferit.
k
Comme fi la Loy deDieu n’eftoit pas entière, & comme fi
*
nouspouuions faire quelque plus grand bien,que d’aimer *
Dieu de tout noftre cœur, & noftre prochain comme nousmefmes.
Le troifiéme chefde noftre Catechifine porte, que tou­
tesfois Dieu maudit & rejette tous ceux qui ne parfairont en­
tièrement les préceptes de fa Loy. Que peut-on dire qui s’ac­
corde mieux aucc les déclarations de l’Efcriture ? Certes clic
dit formellement la*mefme Chofe, bien quelle employé des
termes diuers. Car elle nous afteure par la bouche de Moïfe,
que maudit est quiconque riejl permanent en toutes les cho(es delà Deüt.iJ
Loy,pour lesfaire. Elle nous dit par la bouche de Dauid , que fi 2<5>
Dieu prend garde aux iniquitez, nul viuant nc fubfiftera de15°*
uant luy. Elle nous tefmoigne par Saind Paul, que félonie
n
droit de Dieu, ceux qui commettent des chofes contre la Loy,
font dignes de mort. Elle nous afteure par luy-mcfme, que/cw y^om. 2.
ceux qui auront péché contre la Loy,ferontjugezpar la Loy > & que 12.
tous ceux qui (ont des auures de la Loy, fontfous malédiction,. •
Cal. 3 • 10
Eft-il rien de plps conforme aux déclarations des Peres ?
jn
Car quand Saind Iuftin a dit, que tout le genre humain fe via!, ci, m
trouuera fuict à maledidion fclon la Loy : parce que nul n’a Tryph.
fait exadement cc quelle commande.
Quand Saind Ambroife a dit, que d’autant que nul ne yimbr.in
pouuoit accomplir la Loy: tous eftoient criminels parla ma- ÿx/.c. 3.
ledidion de la Loy, afin qu’elle fe vengeait fur eux.
Quand Saind Cyrille a déclaré, que tous à caule du pé­ Cyril. 1.3.
in Johan.
ché font condamnez parla Loy.
Hitr. in
Quand Saind Hierofme a appellé la Loy rigide,lèuere,nc Ecclef.
c.
pardonnant à perfonne, & meurtrière des pécheurs.
1.
Quand S. Auguftin a témoigné, que la Loy eft vn Mi­ /lug.l.i.
niftere de mort, deffendant le mal qui fe fait, ôccomman- cot.adtier
legis cr
dant le bien qui ne fe fait pas.
Quand Saint Chryfoftome a parle en ces termes : Si donc ^rophet.
la Loy engendre ire : il eft éuident qu’elle rend tous les hom-c^‘

Ïoo8

Defenje de U
mes coulpables de tranfgreffion, & par confequent furets à fe
maledidion. De forte que ces criminels bien loin d’eftre di­
gnes de receuoir l’heritage, méritent pluftoft d’eftre rejettez,
& de fouffrir des peines. '
.
Quand luy-mefme a dit, que nous fommes tous morts
Chryf. tn par ja £.Oy , parce qUe nuj nc pa accomplie.
ThèoC
pb.‘
Quand Theophilade a afTeuré que la Loy à caufe delà
in g«ùt difficulté des œuures n’a iuftifié perfonne, mais quelle a rencjp. 3. du tous les hommes fuiets à maledidion. Qif eft-ce que tous
ces Dodeurs ont voulu dire par là, finon ce que nous difons
dans noftre Catechifine, à fçauoir que Dieu fuiuât la rigueur
de la Loy, maudit &reiette tous ceux qui ne parfairont en­
tièrement fes Commandemens / Cela eftant, fi c’eft accufer
Dieu de tyrannie, de dire qu’il commande aux hommes des
chofes qu’ils ne peuuent pas entièrement obferuer : dites que
les Peres ont appellé Dieu Tyran : puis qu’ils ont dit qu il a
donné des Commandemens aux hommes, que nul des hom­
mes ne peut parfaitement accomplir. Si c’eft vn blafphcme
de vne horrible impiété, de dire que Dieu condamne de ma­
ledidion ceux qui ne parfairont pas entièrement fes Com­
mandemens: dites que les Peres font des blafphcmateurs &
dos impies:puis qu’ils ont dit la mefme choie pluftoft que
nous; dites que Dieu-mefine eft autheur. de ce blafpheme &
de cette impiété: puis qu’il maudit en fa Loy tous ceux qui ne
feront permanens en toutes les chofes qu’il a commandées,
encore bien que ce foit vn fardeau que les Peres ny les enfans
n’ont pu porter.

Cela pourroit fuffirc pour vous faire voir la vérité de no­
ftre creance, & la foiblefle du raifonnement, par lequel vo­
ftre Bachelier l’a côbat. Mais parce que vous pourriez foub­
çonner,que lesPeres ont efté dans l’erreur aufli bien que nous
fur cette matière, ou que nous abufons de leurs paroles, pour
pallier l’erreur : il faut que je leue tous les fcrupules,qui pour­
roient encore refter dans vos efprits ; & que fuiuant la troifié­
me chofe que i’ay aduancée, ie vous faffe voir dans la refpon­
fe que nous ferons à l’objedion de voftre Miftionnaire, celle
que les Peres ont faite aux Heretiques de leur temps.
Nous difons donc que celuy-là doit pafïèr pour Tyran,
qui

JixneHf.éme Refponfe.

10 o

qui comrtiande à fes fuiets des choies, qui se furent iamais
poffibles : parce qu’il demande plus qu’ils n’ont iamais eu, &
qu’il veuc moiffonner, là où il n*a point femc. Mais Dieu ne
peut point eftre accusé de cette cruauté, quand il comman­
de à 1 homme l’execution parfaite de fes Loix, encore qu’il
ne les puiffe pas maintenant accomplir en perfedion : parce
qu’il ne demande rien qui n’ait efté poffible à la nature de
l'homme dans l’eftat d’innocence, ou il l’auoit créé. Car
Dieu fit l’homme entier & droit dés le commencement ; & Eccl. -j;
ayant receu vne parfaite liberté fans aucune feruitude,il pou- 2p.
uoit accomplir parfaitement tous les Commandemens dc
Dieu. Que fi par fon pechc il eft décheu dc cette iuftice ori­
ginelle, & s’eft ietté fôy-mefmc aucc fa pofterité dans vne
contraire impuiffancc dcfe deftourner du mal deffendu, &
defc porter au bien, qui luy eft commandé : Dieu n’eft pas
pourtant décheu de fon droit. 11 n’a pas perdu la puiffance
décommander, quoy que l’homme aye perdu la puiffance
d’obeïr i La créature ne ccffe pas d’eftre dans la dépendance
de fon Créateur, bien quelle fc foit rcuoltéc contre luy
l’homme ne laiffe pas d’eftre toufiours obligé au deuoir dç
rendre obeïffance, quoy qu’il n’en aye plus le pouuoir.
C'cft pourquoy Sainét Auguftin a dit, que Dieu nc laiffe tsfvgufh
pas de commander à l’homme, qui eft dans le péché, ce qu’il /. de perf.
préuoit bien qu’il nc fera pas. Et quand vn Pelagien luy fait j*#*™»*
cette demande, d’on vient que l’homme eft aucc le péché, c,n‘ 9*
encore qu’il luy foit commandé d’eftre fans péché? tft ce
d’vne neceffité de nature,ou bien delalibcrté de fon francarbitre? il luy fait cette refponfe: Il eft arriue que l’homme
eft tombé dans le péché par fa propre liberté : mais mainte­
nant la viciofité, qui s’en eft enfuiuic pour punition de fon
crime,a fait dc la liberté vne neceffité de pccher, fous laquel­
le nous ne pouuons entendre cc que nous voulons, ou fi nous
voulons cc que nous auons entendu, nous ne pouuons pas
l’accomplir. Et quand il luy demande encore, qui eft coul­
pablede ce que Ihomme nc peut eftre fans péché: il répond
que c’cft la faute de l’homme :parce que fa feule volonté l’a
rA
fait tomber dans cette neceffité, laquelle la feule volonté ne liKtn'
peut pas vaincre.

MMmm mm

1019

'Deffenfe de It

Cela eftant ainfi, I on nc peut pas accufer Dieu de tyran­
nie, quand il commande à l’homme de faire des chofes qu’il
ne peut pas exécuter : parce qu’il s'eft ietté luy-mefme dans
ccttc impuiflànce. Direz-vous qu’vn créancier agit en tyran,
quand il demande à fon debteur les fommes qu'il luy apreftées? Certes quoy qu’il fe foit rendu infoluable par fa mau­
uaife conduite, il ne laifte pas d’eftre obligé de payer par fon
contrat. C’eft pourquoy encore qu’il n’aye pas le moyen de
faire ce payement, le Créancier pourtant le peut demander
en iuftice ; s’il ne peut pas s’en prendre fur fes biens, parce
qu’il les a prodiguez, il a droit de s’en prendre à fa perfonne;
& nul ne l’accufera de cruauté, s’il le fait pourrir dans des
prifons perpétuelles: parce qu’il ne demande que ce qui luy
appartient. Et l’on fera pafler Dieu pour vn Tyran dans vos
efprits,parce qu’il commande à l’homme de faire fon deuoir,
fous prétexte qu’il s’eft rendu incapable de s’en acquiter ? Ec
l’on accufera leCreateur d’injuftice & de cruauté, parce qu’il
demande à la créature 1 hommage & la reconnoiflânce des
biens qu’il luy a donnez? Dieu auoit donné dés le commen­
cement à l’homme vn cœur net, vne ame pure, vn entende­
ment éclairé, & des forces entières; & maintenant Dieu ne
pourra pas luy demander fans tyrannie tout fon cœur, toute
Ion ame, tout fon entendement, & toutes fes forces: parce
qu’ayant foûleue' contre luy toutes fes puiflances, il les a captiucesfousla loy du péché? Certes parler de la forte, c’eft
vouloir iuftifier le crime de l’hôme, pour auoir droit de con­
damner les procedures de la iuftice de Dieu.
tsfnfim.
C’eft ainfi que Sainél Anfelme explique cette vérité par
/. r. eur. la comparaifon d’vn debiteur, que nous auons employée:
Tient ho- Car vn certain Bafon luy ayant proposé cette queftion, fi
wjtf.f.34. phomme ne peut pas rendre ce qu’il doit-.Comment eft il
injufte, cn nclc rendant pas ?Cc Dodeur luy rcfpond de la
forte. Peut cftre s’il n’y auoit en luy aucune caufe de cette
impuiflànce, il pourroit cftre excusé en quelque façon : mais
fi la faute de fon impuiflànce eft en luy mefme, comme cela
ne diminue point le pechc : aufli n’excufe-il pas l’homme qui
ne réd pas ce qu’ildoit.Cômç fi quelqu’vn cômandant quel­
que befogne à fon feruiteur, luy deffend de fe ietter dans vn

ion

dixneufiéme Refponfe,

précipice qu’il luy découure, & dont il luy fera impoffible de
fortir : s’il vient à s’y ietter, il nc laiflera pas d’eftre coulpable.
Et d’autant que ces fimilitudes laiflent encore quelque tsfnfrlm
difficulté dans les elprits touchant les enfans d’Adam, qui dr consep
femblentn’eftrepasrefponfablcsdupechédeleur Pcrc : Ce
mefme Dodeur leue cette difficulté par vne autre comparaifon, prife d’vn criminel de Lczée-Majefté. Dieu, dit-il, exi­
ge à bon droit de la nature, ce qu’il luy a donné, & qui luy eft
légitimement deu. Si vn mary &fa femmeeftans'cflcuezà
quelque grande dignité, ou à quelque riche pofleflion, fans
aucun (Mérite de leur part, & par la feule grâce du Prince leur
bien-laideur, viennent à commettre enfemble vn crime gra­
ue, & qui ne reçoit point d’exeufe, pour lequel ils font iufte­
ment priuez de leur dignité, exclus de leur pofleflion, & ré­
duits à la condition des cfclaucs: qui dira que les enfans qu’ils
ont engendrez après cctte condamnation, nc doiuent pas
eftre fuiets à la mefmc feruitude f
Mais parce que Dieu qui veut montrer fa iufticc par la pu­
nition des pécheurs, a voulu auffi donner lieu à fa gracc, qui
pardonne les coulpables, & qui fanclifié les fouillez : nous
difons aufli que Dieu dans fa Loy, commande à l 'homme des
chofes qui luy fonr impoffibles dans fa corruption, afin que
connoiflant l’excez de fon crime, & l extremité de fa mifere,
il foit obligé de recourir à fa mifericorde, pour obtenir le par­
don de les pechez; de chercher vn puifl’ant Libérateur, qui
* vueille relpondrc & fàtisfaire pour luy; & d’implorer le fe­
cours de fa gracc, dont la vertu s’accomplit dans les infirmi­
tez de la nature. C’eft ce que nous difons auec 1 Efcriture
Sainde , qui nous tefmoigne, que Dieu a tout enclosfous rebel- 7{cm. j i
lion , afin défaire mifericorde à tous ceux qui l’a réclament ; que 5’.
la Loy efi entreuenué , afin que 1‘cffcnfe abondafi : mais que la oit le ft20
peche a abondé^ grâcey a abondépar deffus', que la Loy exigeant
de nous ce que nous ne pouuions pas faire, a efté comme no- cal.^.i^
ftre pédagogue, pour nous ameincr à Chrift, quia accom­
ply toute milice pour nous.
C’eft ce que nous difons auec SaindAuguftin, quia
parle comme nous fur cctte matière, quand il a dit, que la dtaEKcu
Loy a elie donnée aux hommes fuperbes : afin que connoif-

MMniœmn

ICTI2

Defenje delà

lins qu'ils ne pouuoiét point accomplir la Loy qui leur auoîe
efté donnée, ils fe trouuaflcnt préuaricareurs j &qu’eftans
rendus criminels fous la Loy, ils imploraflent la mifericorde
de Dieu, quilesa créez.
C’eft ce que nous difons auec luy-mefme, qui a parlé
Ep. 200. comme nous, quand il a dit, quel’vtilité de la Loy eft, qu’clad 4filt Je conuainc l’homme de fon infirmité, pour l’obliger de re­
chercher la medecine de la grâce, qui eft en Iefus-Chrift.
Bernard.
C’eft ce que nous difons auec Sainél Bernard, qui a paryîzw. 50. Je de mefme que nous, quand il a dit, Que le Legiflateur a
tn Cautte kæn fçeu, que la pefanteur du Commandement excedoit
les forces de I homme : mais qu’il a iugé vtile de les aduertit
de leur infuffifance par cela mefme; Quainfi Dieu comman­
dant des chofes impoflîbles, n’a pas rendu les hommes pré­
varicateurs, mais humbles: afin que toute bouche foit fer­
mée , & que tout le monde foit fournis deuant Dieu. Car cn
receuant, dit-il,le Commandement, & fentant noftre def­
faut, nous crierons au Ciel, & Dieu aura pitié de nous.
Mais enfin, pafee qu’aprés auoir obtenu de la mifericor­
de deDieu, la remiftion des pechez, il n’eft pas poflibleque
nous n’y retombions j & qu’aprés auoir rcceu la grâce de fon
Efprit, nous ne pouuons atteindre en cette vie la perfeélion
que fa Loy demande de nous : d’autant que noftre infirmité
n’eft pas entièrement gueriej& qu’il refte toufiours en nous
quelque chofe de la foiblefle de la chair, qui s’oppofe aux
mouuemens de fon Efprit. Nous difons que Dieunôus com­
mande vn parfait accompliflemcnt de la Loy,auquel nous ne
pouuons paruenir en ce monde ; afin que reconnoiftans que
nous choppons tous en plufieurs chofes, nous fçaehions que
nous auons toufiours befoin de pardon; & que fentans les dé­
fauts aufquels nousfom mes fuiets, mefme fous la conduite
de fa grâce, nous foûpirions après laderniere perfeéliondc
h gloire.
. '
.
C’eftceqdenons difons auec Sainél Paul, qui fçachant
fbilip.'i. qu’il ne pouuoit eftre parfiiit en cette vie , a prétendu au but
de la vocation fiipcrnelle, pour atteindre la perfeélion. C’eft
!./««« 1
nous difons aucc t-ous les fideles, qui ont confeflc

qu’ils n’eftoient pôinrfans poché, ny fans-tache, afin d’enob-

ciïxneHfîeme Refionfe'.

161 $
renir le pardon & fenettoycmcnc de la grâce dé Dieu. C’cft
cc que nous difons auec tous les Saincts, qui ont bien defiré j. Cor» j»
d’eftre agréables au Seigneur, tant qu’ils eftoient dans le pè­
lerinage dccc corps mortel : mais qui voyans qu’ils ne pouuoient pas luy plaire parfaitement en toutes chofes, ont foù- 2.Cor. $.
pire, gemiflans & eftans chargez, & defirans tant & plus d’e­ 2.3.
ftre rcueftus d’vne parfaite fainéteté.
C’eft ce que nous difons auec les Peres de l’Eglife, qui
ont tenu le mefme langage que nous fur ce fuiet. Sainét Au­ esftiguft.
guftin a parlé comme nous, quand il a parlé en ces termes:
D’autant que nul de ceux qui accompliflent la Loy ne l'ac­ in Exod.
complit entièrement,le Propitiatoire eft au deftus : Car pouf
cela auons-nous befoin que Dieu nous foit propice ; & pour
cela le Propitiatoire eft au-deftùs de la Loy : parce que la mifericorde fc glorifie par-dcfïus le iugement.
Luy mefme a parlé comme nous, quand il a fait ces de­
mandes à Ceux qui s’eftonnoient queDieu cômandc à l’hom­
me vne parfaite diledion, qu’il ne peut pas auoir en ce mon­
de. Pourquoy, dit-il, cette perfeéiion ncferoit-cllepas com­ nsfugvft,
mandée à l’homme, encore bien que perfonne ne Paye en de pirf.
UU 0
cette vie ? Cènes on ne court pas bien, fi l’on ne fçait pas où
fin. 17..
il faut courir; & comment le fçauroit-on, fi quelque com­
mandement ne le faifoit connoiftre ?
Luy-mefme a tenu le mefme langage que nous, quand il
a exprimé fà pensée en ces termes. Ce precepte, qui ne de Jptr.çr
s’accomplira que dans l’autre vie, où nous verrons Dieu face' liter.c.$6
à face, nous a efté maintenant donné, afin que nous fuflions
aduçrrisjdecequenousdeuonsdcmander par la foy, &où
nous deuons porter noftre efpcrance.
<■ Sainét Bernard a parlé de mefme que nous,quand il a dit, Bernard
que pour cette caufe Dieu a recommandé que fes préceptes ferm.2.m
fufTentcxaétcment obferuez : afinque voyans que noftre im­ •oigtl. naperfeétion eft défaillante, & qu’elle ne peut accomplir ce titut.
qu’elle doit, nous ayons recours à la mifericorde, & difions
<jàe la gratuité dc Dieu eft meilleure que la vie.
Luy mefme a parlé côme nous^quâd il a dir, queDieu nous 'Bernard,
a voulu faire connoiftre noftre infufifance, pour nous tenir ferm.
dans l’humilité : afin que'nousfçeuffions à quelle fin deiufti- in Canr.
MMmmmra iij

IÔI4

Defenfe de h

ce nous deuons prétendre, & faire cous nos efforts pour y ar- \
riuer.

Mais puis que cette iuftice ne fera pleinement accomplie,
l del'erf. ftue l°rs <lue la charité fera parfaite,comme dit Saint Auguft’nj Puis que par la grâce Diuine nous n’efprouuons que
les commencemens & ies progrez de cette charité dans la vie
prefente; puis qucla confommation en eft referuée dansia
Bem-tri; félicité qui eft à venir /comme dit le mefine SaindBernard:
^'uiAeru, Après cela ne cherchons plus dans la voye ce qui ne fe peuc
trouuer que dans la patrie. C’eft là le lieu, où nous attein­
drons la parfaite fandification : mais icy eft le lieu, où nous
ne faifons que la pourfuiure. La terre où nous habitons, n’eft
pas la demeure de la perfedion: puis que ceux qu’on eftime
les plus parfaits, y pleurent tous les iours leurs deffauts ; elle
n’eft pas le fejour d’vne parfaite iuftice : puis que les plus iu­
ftes y tombent fi fouuent contre la Loy de Dieu ; il nous faut
2.P«r.j. attendre nouueaux Cieux & nouuelle terre, où cette pleine
JJ.
iuftice habite. Dans cctte attente, qu’on vous flate tant qu’on
voudra des fentimens de la vaine Philofophie des Stoïques;
qu’on vous fafte accroire que l’homme peut en cette vie cou­
per la racine de tous les vices, & fe mettre dans vne pratique
/7/rr. ti alfiduelle de toutes les vertus. Quant à nous, nous dirons
Ctefipho. auec Saind Hierofme, que c’eft feparcr l'homme del’homtontraPe me-mefme ; que c’eft fe figurer vn homme corporel parfaitcment deftache du corps $ qu’en vn mot c’eft faire des vœux ,
& fonner des beaux defirs, mais non pas donner des précep­
tes. Qifon vous perfüade félon l’imagination des Cathares
ou Puritains, qu’auec la grâce de Dieu vous pouuez en c^tto
vie parfaitement accomplir tous les préceptes de la Loy de
Dieu, & viure fans aucune tache de péché. Quant à nous,
'tsfHg.it nous dirons aucc Saind Auguftin, que celuy qui penfe poutempfer» uoir accomplir maintenant laLoy de Dieu, eft vnorgueil-

49. leux.
P,e ' Nous dirons auec Saind Ifidore, pour rabbaifter le four1^100 c’
I’orSueiJ > ftuc fe ^ire excmpt de péché, c’eft renoncer
.



à la focieté de la nature;

'

.

Nous dirons auec Saint Auguftin, que la grâce de Dieu,
Dh<uE{\ donne bien le defir de garder les Commandemens : mais
pel.

dixneufifae Rejpcnfe.

1015

qu’elle pardonne auffi, ce que nous n’en obferuons pas.
Nous dirons auec luy-mefine , que tous les Commandemens de Dieu font rcpuccz pour faits, quand il pardonne ce iTZjtrtft
qu’on ne fait pas; & que noftre iuftice eft bien véritable, à Aag./.ip
caufe de la fin du vray bien, où elle fc rapporte : mais que & Civit.
neantmoins elle eft telle en cette vie, qu’ellcconfifté plûtoft Det,s*vl
«n la remiffion des pcchez, qu’en la perfedion des vertus.
Nous dirons cc qu’à dit vn de vos Preftres, quand ilaffaic
cette belle confeffion. La grâce eft encore plus lente quela jC?aur’<nature : Car foit qu’elle trouué de la rcfiftance dans fes def- fanç"^
feins, foit qu’elle entreprenne des chofes plus difficiles : elle Chrêtié.
n’acheue que dans I’eternité, ce qu’elle commence dans le i.Traift,
temps ; il luy refte toufiours quelquechofc à reformer dans la difc.10.
créature ;& quelque effort qu'elle faffe dans les plus grands
Sainds, elle y trouué toufiours dcsdefordresàreigler,dcs
pechez à corriger, & des inclinations à vaincre.
Nous dirons 3uecvn de vos Chanoines, que fi l’homme Hujo dt
n’euft point péché, il auroit vne iuftice entière, qui confifte S.
en l’accompliffement parfait de tous les Commandemens de
Dieu, fans rien conuoiter de déraifonnable,& qu’il aimeroit,n
Dieu de tout fon cœur : mais qu’aprés le péché, & à caufe du ad
péché, l’homme ne peut auoir cette parfaite iuftice.
Enfin nous dirons par l’amour de la vérité, cc que fa for­
ce a fait confeffer à vn de vos Pontifes, quand il a parlé en ces G
termes. Les iuftes appréhendent tout cc qu’ils font, lors
qu’ils confidcrent prudemment deuant quel luge il leur faut
comparoiftre. Ils dénombrent les maux de leurs adions, &
au contraire ils exagèrent les biens de la grâce de Dieu. Ils
confidcrent combien rigoureufement il iuge des mauuaifes
œuures, combien exademet il pefe les bonnes; & preuoyent
bien fans doute qu’il leur faudroit périr, s’ils eftoient iugez
fans mifericorde : parce que cela mefme,qu’ils femblent faire
iuftement, n’eft pas exempt de coulpe, fi la mifericorde de
Dieu nel’exeufe, lorsque fa Iuftice iuge noftre vie deuant
fon Tribunal.
Croyez ce que dit cét Euefque de Rome, & vous ne vous
laifièrez plus abufer à vos Miffionnaires par les vaines préten­
tions d’vne parfaite iuftice en cette vïe : mais reconnoiftàns

devons mefmes vous ne pourrez point accomplir les Comnundemens de Dieu ; vous direz comme nous, que c’eft le
Sainft Efprit qui les accomplit en vous. Mais encore après
auoirrcceula grâce du Sainft Efprit, vous aduouërez que
vous ne pouuez pas les accomplir fi parfaitement, qu’il n’y
aye toufiours quelque deffaut.De forte que confiderant com­
me Dieu maudit en fa Loy tous ceux qui cn font tranfgreffeurs, vous appellerez de la rigueur de la Loy à la Grâce de
FEuangile > ôc renonçant aux préemptions de voftre propre
iuftice, qui eft défeftueufe, vous embrafferez la parfaite iufti­
ce du Médiateur, pour auoir toufiours part à la mifericorde
de Dieu par fon mérité.*

CONCLrSION^ Dr MISSIONNAIRE.
N vn mot, fi l’on me fait voir vn feul de tous les Articles,
qui font en Controuerfe entre lEglife Romaine, & la
Reformée, dans l’Efcriture Sainfte ; s’ils le font, je pro­
mets de me faire Huguenot, & de faire profeflion de leur
Religion.

E

NFIN, Monfieur, ie croy vous auoir montré, nonpas
vn, mais plufieurs articles qui font en Controuerfe, dé­
cidez en noftrefaueur dans l’Efcriture Sainfte. le vous
prouue nos fentimens, ôc combats les voftres par cette paro­
le de Dieu, dans toutes mes refponfes : & parce que vous
pourriez dire que ie Finterprete mal ; ie vous la baille inter­
prétée par les Peres : & parce encore que vous pourriez foupçonner queic n’entends pas bien les Peres, j'y adioufté ordi­

E

nairement

Conclufion.
j ©17
naïvement le confentement de quelqu’un de vos proprcsDodèurs.

En la bouche de deux ou trois tefmoins , toute parole fera ferme, 2. Cor.c.
dit l’Efcriture. le vous ay produit trois tefmoins, qui dépo- 13. «• 1.
fent cn faueur des veritez que nous enfeignons contre les er­
reurs qu’on vous a fait croire: à fçauoir vos propres Autheurs,
qui font dans l’Ordre des Moines, ou des Preftres, des Euef*
ques, voire mefme des Pontifes Romains ; Les Anciens Pc­
res de I’Eglife, qui font qualifiez de cc tiltre, parce qu’ils ont
engendré des enfans à Dieu par l’Euangile i & la parole de
Dieu mefme, qui cft le Pere de nous tous, & le Dieu de
vérité.
i
Le témoignage de vos Doéleurs ne vous doit pas eftre
fufped, puis qu ils lont dans le fein de l’Eglifc Romaine j
vous ne pouuez pas defapprouucr celuy des Pcres, puisque
vous faites eftat de leur donner creance , & que vous dites
qu’ils ont eu les mefmes fentimens que vous. Enfin, vouf
deuez adioufter foy à la parole de Dieu : puis que la foy cft de
l’ouié de cette parole î & puis que vous auez defiré queic
vous fifte la preuue desArticles de noftreCôteflion de Foy,de
nos Catechifmes, & de nos Liturgies, par cette mefmc paro­
le eferite.
Peut-eftre direz-vous que ie n’ay pas fait cc que vous dé­
lirez ; & que ic veux vous faire lire dans l’Efcriturc ce qui n’y
eft pas elcrit en mefmes termes: Mais fi après ce que ievous
ay dit dés le cômencement de mes refponfes, vous pcrüftcz
à-me faire vne demande fi déraifonnable : ic vous diray que
vous me traitez comme l’Heretique Arrius traitoit S. Atha- ^/than.
nafe, lequel ayant dit & confefle que le Fils eft coèfl'enticl au dift.conc.
Pere j l’autre le deffie de luy faire lire ce mot dans l Efçriture. •siert.
Feuillette, dit-il, tous les volumes duNouueau & de 1 An­
cien Teftament, pour voir fi tu pourras trouuer.cocflcnricl
en quelque page $ Ainfi , me dites-vous, parcourez toute
1 Efcriture, pour voir fi vous y lirez aucun des Articles de vo­
ftre Foy, qui font en Controuerfe ?
A
Et ie traiteray aufli auec vous, comme Saind Athanafc tsftkan.

traita aucc cét Hcretique. Car comme il luy difoit j ou tu es ibidem.
offense feulement parla nouueauté du mot,ou tu as aufli hor•
NNn nnn
e.

. ie>l§

Deffenje delà

rcur de îa chofc mefme : Aufli vous diray je, ou Ce font les
termes de noftre Confcflion qui vous choquent, ou bien aulfi
les chofes qui y font contenues. Si vous dites auec Arrius
que l’vn & l’autre vous offenfe : le vous refpôdray auec S aine
Athanafcjou concédez, que ie vous prouue par confequences ce que ie confefte, ou ft vous ne voulez pas me le concé­
der, il vous faudra nier tout ce que vous confeflez vous-mefme : parce que vous ne le fçauriez trouuer nuëment en aucun
endroit de l’Efcriture. le me contente de vous faire lire dans
l’Efcriture, fur le'fuiet de vos demandes, des propofitions
conformes à ce que nous croyons, & contraires à ce qu’on
vous enfeigne. Ainfi ayant fait ce queic deuois faire, & ac­
quité la parole que ie vol-s ay donnée : Que rcfte-il à faire, fî
ce n’eft que vous acquittez la promefte que vous auez faite?
Que vous vous fafliez Huguenot; c’eft à dire que vous ne pre­
niez point à honte cc nom qu’on nous a donné par opprobre,
Sc que vous fafliez profeflion de la Religion que nousprofeffons, pour eftre Chreftien Reformé.
Toutesfois, comme vous n’auez pas fait cette protefta­
tion auec legereté :ic ne defire pas aufli que vous l’accompliflîez auec précipitation.
Confultez les fçauans de voftre Religion, qui lifentvos
Doéleurs & les Peres, pour fçauoir d’eux, fi ie les ay citez à
faux, ou à contre-fens : Et afin que voftre foy ne foit pas fon­
dée fur la parole des hommes, mais fur celle de Dieu, conlultez vous-mefme les Oracles de l Efcriture ; & imitant le zele
17. Je ceux de Berce, qui receurent la parole 3 conférez les Efcricu1 .*•
rcs, pour fçauoir s’il eft ainfi que ie vous ay dit.
Si vous ne voulez pas receuoir cette exhortation de ma
bouche rrcceuez-la de Iefus-Chrift, & de fes Apoftres, des
Peres, & de vos Doéleurs: C’eft ce que Iefus-Chrift vous
7^539 commande. Enquerezvous diligemment des Efcritures ; car vous
estimez auoir vie eternelle par icelles cefont elles qui rendent tef­
moignage de moy : C’eft à quoy vous exhorte Sainél Pierre.
2.T»>r.ï Nous auons dit-il, la paroledes Prophètes à laquelle'vous faites
v. 19» bien d'entendre , comme a vne chandelle qui éclaire en lieu obfcur3
jufquace que lejour commence a luire- dr que rejloile du matinJe leue
en Pos cœurs.

X’

Conclufion,
loi#
C’eftà quoy vous exhorte Sainft Hierofine, par les pa- Z/fcr7 &
rôles de lefus-Chrift. Enfin qu’eft-ce que le Seigneur &Sau77.
Ueur a dir, recherchez foigneufement les Efcritures, & vous
trouuerez là, comment il eft eferit dc moy:& ailleurs il dit
aux Iuifç > Vota errez, neffachans pas les Efcritures , nj la vertu de
&
•Dieu. Voyez ce qu’il dit, vous errez, & pourquoy ? Ncfça-’ !
- chans pas les Efcritures : Et parce que vous ignorez les Eferiturcs, vous ignorez Chrift, qui eft la vertu dc Dieu, &la Sa­
pience de Dieu.
C’eft à quoy vous follicite Sainft Bernard, par Jes paro­
dies mefmes de lEfcriture. Si vous voulez , dit il, eftre toiîjours aucc Dieu, priez toufiours, & liiez toufiours. La Iefturc Diuine nous eft fort neceftaire : car par elle nous appre­
nons ce que nous deuons faire, dequoy nous nous deuons
garder, & où nous deuons tendre. C'cft pourquoy il eft dit j
Ta parole ejl'vne lampe âmes pteds, & vne lumière ames fentiers. Pfc.ny.
Bien-heureux ejl l’homme qui médite en la Lej de Dieu tour (f nuicl. Pft. i.
i ? Enfinc’eftàquoy vous doit obliger cette lericulc remonftrance d’vn Prédicateur Capucin : Bon Dieu! que nous fe- Zach: de
rions heureux, fi nous auions autant de fentiment pour les Lizieux,
Efcritures, que Dieu nous enuoye, afin-dc nous afleurer de ^*ns la
l’amour qu’il nous porte, qu’vn Amant paflîonné en a pour
.'leslctrresd vne Maiftrefle, qui luy donne des aflcuranccsde :

fon amitié! Nous baiferions fans ccfle ccs lettres Diuines,
qui viennent de là part.
C’tftàquoy vous doiuent porter ces beaux Eloges^ qu’vn Yues de
autre Prédicateur du mefme Ordre dône à l’Eicriture Sainte. 1>ar,s çn
Qu’vne ame, dit-il, nette des impuretez, qui la pcuuent ren-la 1 hco1
dre indigne des faueurs du Ciel, s’applique à lalefturedes 1
Sainftes Lettres, fans doute elle fc verra enuironnée d’vne ncrc$s dc
lumière toute Diuine, & des émotions extraordinaires exci- ja Rcljg.
teront fon courage aux pratiques de la vertu. Enfin l’on pour- Chiclt.
-roit dire que les Sainftes Lettres lont le remede & la nourri- chap. 4.
•turc dc l’ame, fi ce n’eftoit que les remedes & les alimens ré­
parent les infirmités du corps auec beaucoup d’imperfeftion:
parce qu’ils ne pcuuent reftablir l’humeur radicale, que la
chaleur naturelle & les maladies y cpnfomment. Mais la Bi­
ble, cét Elixir du Ciel, porte i inftitution des Sacremens,

NNnnnn ij

-1023

<•. • '
Defenfe Je la,

qui guerilïent toutes nos infiimitczfpiritncHcafaprés'ft éleue
l’ame au-deflus des choies fenfibles s il porte- 1rs affedions
dans le Ciel : & c’eft le moyen ordinaire que lcsgraces Diiiincs employent pour nous aduanccr à la condition des An­
ges. De forte que comme toutes chofes ont efté faitespar le
Verbe Diuin, qui eft la parole eflentielleduPere*Eternel :
comme toute la nature a efté reftablie en fes droits, & hono­
rée de grandes prerogatiues par le Verbe incarné : Aulfi’ce
verbe fenfible, l’Efcriture Sainde eftant vne viùc cxprelfion
du Verbe Eternel,eftvn moyen tres-puiifant, dont laSouueraine Sageffe fe fert, pour nous mettre dans vn eftatDiuin,
& nous départir de grandes lumières, fi nous luy faifons va
facrifice de noftre Foy.
j
Suiuez les aduis de ces deux Perfonnages, & vous forci­
rez des tenebres de l’erreur, pour venir à la lumière de la vé­
rité.

.

Que fi quelqu’vn animé d’vn efprit contraire, vous dit

ïsftban. que chacun fe doit contenter de fa foy, &quel’eftude des
<t^f. tos Saindes Lettres eft inutile & fuperflué, dites-luy ceque S.
Athanafe difoit à ceux qui de fon temps tenoient ce mefme
langage. Vous voulez que ic néglige les Efcritures, d’où
<jne»dt^n re viendra donc la connoiflance $ Vous voulez que ie quitte
ex
la connoiffance, d’où me viendra la foy? Car Saind Paul
décrie, que la foy cft del’ouyë de la parole de Dieu.
Sivous dites, ie recherche, i’eftudie, & i’entends les Ef­
critures, en oyant mes Prédicateurs qui mel’expofent: le
Chryf. ka vous diray auec Saind lean Chryfoftome, que vous ne foyez
mil. ?. de pas feulement attentif aux chofes qui font dites dans le TcmLaz»r. pie, mais qu’aufli eftant en la maifon vous vacquicz conti­
nuellement àla ledure des Saindes Efcritures.
, (
Si vous dites, ie fuis homme du monde , ce n’eftpas à
moy à lire les Efcritures, mais à ceux qui ont reietté le mou°nCoccupé k fomrnet des montagnes. 'le vous di1 * ray aucc luy»mefme ; c’eft pluftoft à faire à vous qu’à.ceux-là:
car ils n’ont pas tant befoin du fecours des Efcritures,comme
ceux qui font agitez au milieu de bcaucoupd’affaires. •
Enfin fi vous dites, je fuis ignorant,& rEfcrituré eftpleine de chofés obfcures , qucicnepuis pas entendre. Ievous

’ Ctodufion^

îeif

tefpondray aâee le Prophète Dauid. Lit fiof'jii Seigneur eji PJe.

19

entière, refiourant Patnes, le tefinoignage duSeigneiir eft aflcttrêfion*
nantJaptenc: anfimple ; le Commandement ebt Seigneur eftpar , fiat»
fiant que lesjeux voyent.
- • j le vous diray auec Saind Bafile, que les chofes ambi- rBaJil. in
guës, & qui femblent eftre dites obfcuremenrcn quelques Hjgnl.
Ücux «Je l’Êfçrixure.Saindc, font éclairées par celles qui font Brtuimr.
dites éuidemment en d’autres lieux.
Reg.267

le vous diray auec vn de vos Docteurs, que la première y t
vérité fc fait voir d’elle-mefme, comme la lumière dans les
Efcriturcs Saindes s-qu’clles onc'dc grands rapports aucc leur ja Relia,
principe par leurs effets : & que comme Dieu eft vne. lumière Chrefh
eflentielle, elles caufent des illuftratiôs cn la plus intime par- chap. 4.
tic de l’Efpricyqui diflipentlcs tenebres de l’ignorance.
Si donc vous eftes lbigneox de voftre fiilut, comme cha­
cun s’y doitcmplovcr aucc foin, relierez félon l'exhortation
de Saind Athanafe, & imitez cét Eunuque, amateur delà
parole yqui pour eftre commis fijr toutes les richcfles d’vne vbt fùpra
grande Reyne, ne negligèoit pas pourtant la Iedure, mefme ts/rt. #.
dans le chemin : aufli Dieu approuuanr fon deffein, luy don- 27. 3 J*
na aufli toftvn Dodeur, qui diflipa les teftebres de la Iedure
par la clarté de Pinterpretatioh, & le mena à la Connoiffan cp
du Sauucut1 par l’authorité de 1 Efcriture.
1 u
'
Prenez le Liurc en la main, fdon l’exhortation de Saind CM/®#.
Chryfoftome, & en retenant les chofes connuës, venez fou- vhfipr*
uent aux chofes couuertes &obfcurcs 7 St fi vous.nc pouuez
par vne Iedure continuelletrouuer ce qui frft difi allez à va
plus fpauant, alléz à vn Dodeur-,conférez aucc luy des chofesqui font dites imotiftrez vhe grande affedion, & fi Dieu
vous Voit employer cette promptitude de courage, il ne né­
gligera pas voftre vigilance, & voftre foucy : voire quand '
bien aucun homme ne vous enfeigneroit ce que vous cher­
chez , ifvous le reuelera entièrement.
Ieprie Dieu,je Pere des lumières, Autheur de toutebon•ne donnation, & de tout don parfait, qu’il vous fafle trouuer ,
vn tel Dodeur, ou fi vous ne le trouuez pas, qu’il fupplée par
fa grâce au deffaut des hommes; qu’il vous donne l’Ëipritdc
' Reuelation, pour vousenfeigner toute vérité î St les yeux de
NNnnnn iij

Dcfenje Je la
voftre entendement illuminez, pour connoiftre qu'elle eft
l’efperance de voftre vocation $ & qu’il vous ouure le cœur
pour croire aux chofes qui vous font dites. C’eft la priere que
tait à Dieu, celuy qui defire voftre falut ; & qui eft véritable­
ment, Voftre tres-huinble, & tres-affedionné feruiteur en
lefus-Chrift.
Ï02t

KSÉÜÎSÎ

Répliqué du Catholique Romain..
N ne s’eftonne pas que les Turcs & les Infîdelles man­
quent de parole, & qu’ils fe vantent impudemment
des impoftures & des menfonges ; Mais c'cft vne cho­
fe bien eftrange, qu’vn Miniftre, qu’vn Predicant, qu’vn Expoficcur de l’Euangile,qu’vn Dodeur de la Reforme, qu’vn
Maiftre préposé, pour enfeigner fes peuples, viole la promef­
fe qu’il a faite aux Miffionnaires, & fe vante auec effronterie
d’auoir fatisfait à leursdemandes, n’ayant fçeu, faire voir vn
feul Article çpntrçjuefsé, ny dans l’Efcriture ny danslesPercs, ainfi que nous auons montré dans Ies.Refutations prece­
dentes. Si l’Efcriture feule eft reigle de toute vérité, comme
vous enfeignez, fi c’eft vn Élixir du Ciel, vne Lumière Di­
uine, vne Lampe à nos pieds, fi elle eft facile,aisée, lumrneufe par elle-mefme.: Pourquoy y adiouftez-vous desglofes, des raifonnemens, des confequences, & toute lUn.ue.ntion dc la Logique, & de l’Art fophiftique & captieux. Vous
faites bien voir par là que vous voulez abufer fe peuple , & le
maintenir dans l’erreur, corrompant cette Diuine parole:
vous faites bien voir que vous elfes de ccs faux Prophètes,
defquels parle le Diuin Sauueur en Saincl Mathieu, quand il
dit-tgardez^oui bien desfaux Prophètes lefquels viennent à vous
couuerts de vcjlemens de brebis, & au-dedans ilsfontdes loups rau iffans. Car vous vous couurez du beau nom d’Efcriture ,6ç
vous n’auez chez vous que le menfonge & l’impofture con­
traire à l’Efcriture : vous vous couurez de l’authorité des
Sainds Peres, & cependant vous fpuftpqez fesser efics.cott:

O

Çoncluficn,

ioîj

damnées par les mefmes Sainds Peres; vous vous couurcz
des armes & des lumières de la raifon , i&'Vous n’auez qu’vn
faux mafque & que des couleurs empruntées* Combien en
auez abuse & retenu dans l’erreur par le fard de vos paroles
& par vofire Rhétorique affedée, faifant accroire 3ux igno­
rans que vos refponfes, & que vos prcuues efloient appuyées
fur lEfçriture & fur les Peres; bien que vous n’ayez d’autre
fondement que des confequences faufles ou doubteufes, qui
ne font pas fuffifantes d’appuyer la moindre vérité philolophique. On dit que la Panthère fous vne belle peau parfu­
mée dodeurs, & diuerfifiée par quantité de mouchetures,
cache vne telle hydeufc& terrible, afin de deuorcr les ani­
maux , qui font attirez par ccs apparences trompéufes. Tout
de mefmc vous imitez ce monftre horrible, cachant fous vn
extérieur, feint, & hypocrite, & fous vn pretexte de raifon,
l’horreur de vos blafphemes, afin de peruertir l’entendement
des fimples. Ne vous vantez donc plus d’auoir bien répon­
du aux Miffionnaires, ny d’auoir fatisfait à leurs demandes:
mais aduouéz franchement, que vous aucz voulu entretenir
l’erreur de vos Religionnaires, afin d’entretenir vos reuenus
&vospenfions,&que vous auez fait feruir voftre Philofophic à l’auarice & à l’oftentation, comme nous en fommes
bien informez : Aduouéz que vous aucz préféré le menfonge
à la vérité, l’Herefie à la Foy Catholique, & voftre imagina­
tion corrompuè à l’authorité de toute I’Eglife. Ic fçay bien
que voftre cœur endurcy par l’impugnation de la vérité connuérefufera de rendre cette gloire à Dieu, & de donnerait
public cette exemple de penitence. Mais qu’y ferons-nous ,
fi vous voulez vous perdre, on ne fçauroit vous empefeher.
Pour vous, Mcffieurs les Religionnaires,qui cherchez le che­
min de falut, vous qui par le mal-heur de voftre naiffance,
eftes cnueloppez dans les tenebres de l’Herefie, vous qui nc
pechez pas par malice :ouurcz vnpeu les yeux de l’efprit, &
rejettez ccs opinions, & ces raifonnemensfantaftiques, for­
gez par le caprice de vos Miniftres, & appuyez fur des argu­
mens chicaneux,& pleins de fallace ;nc vous biffez pas bu­
tiner par la vaine Philofophie ; & fouuenez-vous qu’Auguftin Manichéen defcouurant dans la fluidité, & dans fes bel-

q

rr.

les paroles de Faufte^çaucAop .d'ignorance & 'd’erreur, fe
conuertit à la Foy Catholique » & quitta cetteSede extraua.
gante Ôc impie, qu’il auoit témérairement embrafféc. Faites
tout de mefine, imitez<e grand Saind, renoncez à l’erreur,
quittez le phantofme de la Reforme, iettez - vous entreles
bras de voftre bonnoMcre î Eglife Romaine, que,vos Ayeuls
auoient temerairement delaiftce. Car vous voyez éuidenu
ment en tous fes Difcours, & en toutes nos Réfutations,
qu’Afimont, qui eft vh des plus grands Chefs de voftre Mflû
ce., vn pilier de voftre Religion, & qui s’eftime lç plus fuffi*
fanr de la Prouince, n’a rien de folide, rien de certain, rien
de ferme, ny rien de véritable., & que ny l’Efcriture , ny les
Peres ne parlent pas pour luy, que ces raifonnemens font lophiftiques ôc chicancux, que fon Difcours ne contient que
des paroles affedees, des embarras & des confufîons eftran­
ges, qui brouillent l’efprit du Ledeur, & y engendrent vn
defordre çpouucniable. Mais parce qu’il-cft befoin d vn fe­
cours extraordinaire pour éleuer noftre entendement iufques
aux veritez de la Foy, je le dcmanderay humblement à Dieu
pour vous, par toutes les adions de ma vie, afin que fa bonté
diffipantvos tenebres, par vn rayon de la lumière Diuine,
vous faffe connoiftre le mauuais eftat de voftre ame ,il fonde
la glace de voftre cœur j ôc enfin il vous communique l’efprit
de penitence & de conuerfion. Ain.fi foit-il.

EVX qui fçauent que les Miffionnaires tiennent pour
maxime, à iamais irreuocable, qu’il ne faut point tenir
la Foy aux Heretiques, ny aux infidèles ; & qu’il faut
fuiurc le confeil du Pape Eugene IV. qui perfuada Vladif­
laüs Roy de Pologne, de rompre le traité de paix qu’il auoic
fait auec le Turc : ne feront point furpris,de voir que ccs Meffieursdonnentdes femblables confiais à ceux qui écoutent
leurs enfeignemens, ôc leur pcrfuadenc de promettre toutes

C

chofes

' Conclufion,
iq^
chofes à ceux qu’ils appellent Huguenots, & de ne leur rien
tenir : parce qu’ils les metrent au nombre des Heretiques.
Mais ceux qui fçaue.nt auffi, que ces gens là fuiuent la prati­
que du Pape Pafcal ll.quivfurpa les droids de 1‘Empcreur
Henry V. contre le fermét qu’il luy auoit fait, de les luy conftauer inuiolablemcnt î nc feront point furpris de voir que
Maiftre lean Chiron, en qualité de Miffionnairc des Landes,
vous aye fait de ft belles promeftes, dés le commencement
defon liure, & qu’au lieu de les exécuter, il faffe tout le con­
traire de ce qu’il vous a promis. Il vous a promis dans fon
Auant propos, de vous fournir l’Antidote fouuerain, contre
le poifon mortel de l’Herefie ; & cependant, fi vous le voulez
croire, il vous infedera du venin de toutes les Herefics, qui
ont efté en vogue dans les fiecles paffez.
S.i vous vous arreftez à fon dire, vous ne receurcz point
les Saindes Efcritures pour reigle de voftre foy, mais vous
vous attacherez aux traditions dc vos Peres, comme faifoient
les Samaritains, félon le tefmoignage dc Saind Epiphane.
Vousaccuferez lEfcriture d’inluffilance & dimperfedion,
pour cc qui regarde les veritez du falut, comme fait voftre
Bachelier, & comme faifoientlcs Simoniens, lelon le rap­
port de Saind Irenée.
Si vous vous en rapportez au dire de Maiftre Chiron, vous
conçeurez de l’horreur d’vn Chrift, qui a fouffert la maledi­
dion de la Loy de Dieu, & l’execration des hommes, com­
me faifoient les Marcionites , au rapport dc Tertullien.
Si vous voulez fuiure les fentimens de voftre Millionnai­
re , il vous enfeignera auec les Difciples de Simon, la purifi­
cation des ames,après la deftrudion des corps j la latisfadion
quelles rendent pour chaque petit péché, auec les Montaniftes j l’ondiô extrême des Agonifans, auec les Valentiniens;
la détention des ames des Anciens Fideles dans les Enfers;
le choix & la diftindion des viandes auec les Manichéens, Sc
les Marcionites. La rejedion des perfonnes mariées, pour le
regard des Ordres Sacrez, aucc les Taticns; la vénération
des images auec les Carpocratiens, &-les Gnoftiques ; le
changement du vin en Sang dans la Cene du Seigneur, auec
les Mure i tes j la Communion fous vne elpece, & le refus de
OOoooo

iûi6

Defenje delà

la Coupc aucc les Manichéens 5 la médiation des Sainds
Trefpaffez, & les Prières qu’on leur adrefle, auec les Payens,
qui ont eu les mefmes fentimens de leurs Héros, qu’ils met- •
toientau rang des Efprits Diuins. Le culte des Anges auec
les Platoniciens, Ôc les Angéliques. La iuftification deuant
Dieu par nos bonnes œuures, auec les Pharifiens, & les Mahometans. La dignité de nos adions, pour meriter la vie
eternelle, auec les Hieracites. La perfedionde Ja iuftice des
Sainds en cette vie, auec les Nouatiens & les Cathariftcs.
Enfin, fi vous voulez examiner les Controuerfes que nouÿ
auons traitées: vous trouuerez que voftre Bachelier fymbolife fi fort auec quelqu’vn des Anciens Heretiques, qu’il ne
fait pas mefme difficulté d’employer leurs raifons, ôc leurs
fondemens pour appuyer fes erreurs. Eft-cc le moyen de
donner le contre-poifon, pour vous garentir des nouuelles
Herefies, que d’aller déterrer celles qui depuis long temps
auùient efté mifes' dans le tombeau ? Eft-ce agir de bonne
foy, que de rendre des effeds tous contraires aux promefles
que l’on vous a faites? Mais vous n’en deuez pas eftre furpris:
C’eft ainfi queles Médecins de Theatre ont accouftumé de
débiter leurs drogues fous ces beaux noms d’Antidotes, de
Bcaumes, d’Elixivs, & de Remedes falutaires.
Pour ce qui me regarde, vous auriez grand fuiet d’eftre
furpris,fi i’en vfoisde mefme j ôc vous pourriez auec iuftice
me condamner comme vn homme de mauuaife foy, fi faifant
profeffion comme ic fais, de dire vérité, ievous auois donné
vne faufle parole. Mais qu’il vous fouuienne de la promeffe
que i’ay faite dés le commencement, ôc vous trouuerez, que
ie I’ay fidèlement acquitée. I’ay promis de faire voir que
tous les Articles de noftre Foy, qu’on met en Controuerfe,
fc trouuent dans l’Efcriture. Or qu’il vous fouuienne aufli
qu’vne chofe fe peut trouuer dans l’Efcriture en trois façons,
à fçauoir, 1. quant aux mots, ôc cn mefmes termes, 2. quant
au fens, Ôc en termes équiualens, 7. quant au principe, ÔC
comme vne conclufion dans fes premiffes. De forte que ce
Sfean in qui eft tiré de l’Efcriture par ce dernier moyen, eft vnÀrtiTroëm. cle de foy , ôc peut eftre creu de foy Diuine, aufli bien que ce
ihid.y.8 qui y eft contenu en termes formels, fclon le fentiment des

Conclufion,

Peres, Se la confeffion de vos Dodeurs.
Cela eftant ainfi, comme nul ne le contefte : nous auons
fait voir nos Articles controuerfez, dans l’Efcriture, par l’vn
de ces moyens, quelquefois par deux, & quelquefois par tous
trois enfemble. Vous n’auez qu’à confiderer mes raifonne­
mens pour voir la vérité de ce que ie dis j & vous trouuerez
que i’ay prouué quelques-vns de nos Articles par les termes
exprès 8c formels de l’Efcriturej quelques vns par des termes
équiualens; 8c d’autres par des éuidentes confequences. Si
i 3y employé des glofes,ie les ay tirées de l’interpretation des
Perçs, 8c de vos propres Dodeurs, afin qu’on nc m’accufe
pas de prendre mal le fensde lEfcriture: puis que ie J’expli­
que de mefme queues Interprètes, qui nc vous peuuét point
eftre fufpeds. Si ic me fuis feruy dc raifonnemens, cc n’a
point efté par des captions artificicufes, mais félon les rci­
f-3gles dc la Dialedique, qui eft vne fçience dc vérité , comme cont.Acad
dit Saind Auguftin j 8c fuiuant l’exemple dc Iefus Chrift, 8c cap. ij.
de Saind Paul, qui ont efté Diâlcdicicns, comme tefmoigne ce mefine Pere: parce qu’ils onc employé l’vfàge decét Attg.l. r.
Arr, pour prouuer les veritez controucrfccs dc la Foy, fans cot.Crefc
t.14 <ÿ-i8
fe départir des principes dc l Efcriture.
Si ie mc fuis feruy dc ccs raifonnemens, il ne faut pas di­
re pour cela que ie donne des confequéces humaines 8c doû'teufes pour des Articles de Foy : Car les chofes qui font dé­
duites de l Efcriture, doiuent eftre receues comme fi elles
eftoient eferites, félon le fentiment de Saind Grégoire le tint..orat,
Théologien. Et les conclufions qui font tirées de l’Efcriture ^.àeTket
par bonne confequence, ont vne certitude de Foy, quand log.
mefme il n’y auroit qu’vne des premiflcs qui fut eferite: pour- 'Stcan.
vbi fîpr*
ucu que l’autre foit éuidentc par les lumières dc la raifon, fé­
lon le tefmoignage de vos Dodeurs.
Si i’ay employé des raifonnemens, il n’en faut pas pour­
tant tirer fuiet d’accufer l’Efcriture d’obfcurité, ny dédire
qu’elle n’eft pas lumineufe d’clle-mefme. La lumière delà
raifonnaturclle, qui fait les hommes, n’obfcurcit pas celle
dc la reuelation fur naturelle, qui fait les croyans : puis qu'el­
les procèdent toutes deux d’vn mefme principe, à fçauoir de
Dieu, qui nous fait eftre raifbnnabies 8c fideles. Et comme
N N n n n n ij

t

ï 028

Deffenfe de la

les rayons lumineux que nous auons dans les yeux, & qui
nous defcouurët les obicts vifibles, n’empefehent pas, que la
clarté du Soleil ne foit lumineufe d’elle-mefme, pour femanifeftcr à tous les yeux bien conditionnez : Ainfi les lumières
de la raifon & de la foy, n’empefehêt pas que l’Efcriture n’aic
en clle-mefme vne clarté, qui decouure aux hommes fideles
les Veritez du falut. Mais comme nul animal ne fçauroit ap perçcuoir les rayons du Soleil, s’il n’auoit pas vn rayon vifuei
dansfesyeuxzaulïïnulhomme ne pourroit defcouurir dans
l’Efcriturelcsveritezdelafoy, s’il n’auoit pas dans fon ame
la lumière de la raifon.
Si ie me fuis feruy de raifonnemens, & de confequences!
il ne faut pas inferer de là, que nous n’auons pointd’Efcriture,& que nous ne faifons lire dans l’Efcriture aucun de nos
Articles de Foy : Car outre que vous y en pouuez lire plur
fieursentermesformelszQuandmefmcvousn’entrouueriezpasvnfeulmotdansla lettre, c’eft alfez que voustrouvtMgufi. uiez la chofe dans fon Efprit. Carcommedit SainétAugul. 3. coi.t. ftin, quand la chofe que l’on cherche eft manifefte , ’il ne faut
^cadem. plus difputer des mots, dont on fe fert pour l’exprimer ;&
6aP'
celuy qui en difpute, doit eftre enfeigné, s’il le fait par igno­
rance , ou abandonné s’il le fait par malice. Que s’il ne peuc
pas eftre inftruit, il faut l’aduertir, qu’il s’employe à quelque
autre chofe, pluftoft que de perdre fon temps & fa peine en
des occupations inutiles ; & s’il n’obeït pas, il le faut mefprifèr. C’eft le confeil que ie fuis refolu de fuiure enuers voftre
Bachelier & fes femblableszCar quand ie leur feroisvoir tous
nos Articles de Foy dans l’Efcriture, aulfi clairement que les
rayons du Soleil paroilfent envn beau iour : ilsaccuferoienc
encored’obfcuritél’Efcriture Sainde; & le voile de l’incré­
dulité eftant fur leur cœur, quand ils la lifent, ils luyimputeroient toufiours les tenebres, qui font dans leurs yeux obfcurcisde malignité.
Enfin, fi i’ay fuiuy la voye du raifonnement, pour prou­
uer les veritez de la foy : i’ay fatisfait à la demande des Mif­
fionnaires, & au commandement de l’Apoftre Sainét Pierre,
qui veut que nous loyonsprefts de refpondre auec douceur &
refped, à tous ceux qui nous demanden c raifon de l’efperan;

1

<.Conctu]îon, I

T6l*>
CC qui eft en nous. Quelle voye plus donce, que celle delà
raifon ? Quelle procedure plus ciuile$.&plusrcfpe<ftueùfe,
que celle qui veut foûmcttre des hommes raifonnables à l’au­
thorité de l’Efcriture ? Si donc nous railonnonspar l’Eferiture, pour rendre raifon de noftre creance, que les Millionnai­
res ne nous accufent plus de ne faire pas ce qu’ils veulent:
maisqu’ilsfecondamncnteux-mefmes, de ce qu’ilsneveu­
lent pas que nous faifions ce qu’ils demandent de nous.
Après cela iugez vous-mefmes, fi nous n’auons ny l’Ef­
criture, ny les Peres pour nous : puis que tous nosrailonnemens font appuyez lur l’authorité de l’Efcriture, & fur le tefi*
moignage des Peres ,qui l’ont interprétée. Iugez vous‘mefmcs,qui de nous les allègue aucc plus de fidelité; Iugez vousmefmes, qui de nous mcritc de porter le nom de Loups, re­
ueftus de peaux de Brebis, ou ceux qui demandent que nou$
leur rendions raifon de noftre Foy, & nc la veulent point en­
tendre j ou ceux qui la rendent auec toute douceur. Iuger
vous-mefmes qui font ceux qui méritent le tiltre de Loups
déguifez, & de Panthères moufehetéesj ou ceux qui foumcttanslaraifonàla foy, difputent des veritez de celle-cy,
làns fe départir des principes de celle-là,& traitent humaine­
ment auec les hommes ; ou ceux qui renonçans aux lumières
de I3 raifon dans les difputes de la Foy, n’ont rien de l'huma­
nité que le feul vifage. Certes, fi vous voulez confiderer
meurement les chofes, & les examiner auec toute l’intégrité
de voftre iugement : vous reconnoiftrez, ie m’affeure, que
ceux qui vous veulent obliger de croire tout cc qu’ils vous
propofent fur leur fimple parole, & fans aucun examen, n’ont
point d’autre deffein que de vous meiner captifs par cettc
crédulité, & de vous retenir dans la captiuité de l’erreur, fau­
te d’{ntelligence. Tels fonc aujourd’huy vos Miffionnaires,
qui n’ayans, ny l’vfage de la raifon, ny la connoiffance de
l’Efcriture , ny l’intelligence des Peres : fe couurent pourtant
de tous ces beaux noms, & vous entretiennent dans les éga­
remens de l’erreur par des préjugez, dont il eftmalaiféde
vous desfaire: parce que vous ne voulez pas prendre la peine
d’cfprouucr les efprits, ny d’examiner la vérité.
Quand on les veut payer de raifon, ils difent qu’il ne fautO O 0000 iij

Iôj»

Deffenfe délit

point raifonner j lors mefmes qu’ils nous demandent raifon
de noftrc creance. Ils font femblant de demander des textes
de l’Efcriture ; & quand nous leur en produifons d’affez preffans, pour les conuaincre d’erreur : ils fe retranchent auftitoft dans les traditions non eferites, difans que l Efcriture ne
contient pas toutes les veritez de la Foy. Et pour authorifer
çes traditions, outre & contre l’Efcriture, ils les mettent en­
tre les mains de lEglife, laquelle, difent-ils, nc peut iamais
errer. Mais afin qu’on ne les puilfe point accufer d’auoir in­
troduit des nouueautez dans l’Eglife, à la faueur de ces tradi­
tions, qui nc font pas eferites : ils vous reprefentent l’Eglife
dans fa vieillefte toute blanche, & vous la dépeignent dans
vn aage, qui eft le fiege du Côleil & de la Sageffe, pour vous
la rendre venerable, par le tiltre de fon antiquité. Enfin par­
ce que la vieilleffe deuient ordinairement mefprilable, par fes
taahcs, par fes rides, & fes infirmitez: Afin que l’Eglife Ro­
maine n’encoure pas voftre mefpris à caulè de fes deftauts,
& de fes foibleftes : on les cache îous la vertu qu’on luy attri­
bué de faire des miracles; on les couure fous les ornemens
d’vne profperité temporelle, & d’vn éclat mondain, capable
de charmer les yeux, & de gaigner l'admiratiô des hommes :
Et comme le voile efpais formé de ces préjugez couure leur
elpritjàcequ’ils n’apperçoiuent la vérité:aufti tafchent-ils
de le retenir fur les yeux de voftre entendemet, afin que vous
ne connoifliez pas les chofes appartenantes à voftre paix. I’ay
tafehé dans toute ma deffenfe, de vous deftromper de toutes
ces faulfes préoccupations, par des raifonnemens tirez de
l’Efcriture, & confirmez par le tefmoignage des Peres. Mais
parce que vous en pourriez auoir perdu l’idée dans l’eftenduë
des prcuues, que i’ay adiouftées en fuite de chaque raifon : le
vous remettray deuant les yeux en racourcy les aduis que l’Ef­
criture, & les Peres vous donnent fur chaque préjugé: afin
que vous les fuiuiez plus facilement, quand ilsn’efchappcront pas de voftre mémoire.
Le premier preiugé, dont on préoccupé vos efprits, eft
celuy d’vne crédulité facile, & d’vne obeïffànce aueugle, par
laquelle on veut,que vous croyez legerement tout ce que l’Eglile Catholique dit, fans examiner ce qu’elle dir, & fans ff a-

Qondu/îon,

io^i

noir feulement quelle cit la vraye Eglife. Mais fouuenezvous que du temps de Saind Athanafe, il y auoit des faux ex/i/u».
Dodcurs , qui tafehoient de corrompre la foy des fideles, par aâtarfia
ce mefme preiugé, difans qu’il faloit mefurer l’authorité delà eot,<jni in
Dodrine par la multitude î qu’il ne faloit point rechercher la
vérité dans les Efcritures, mais s’arrefter à la foy de ceux qui ^ua‘^n
eftoient en plus grand nombre. Aulquels Maximus neref- >&C‘
pond autre chofe dans les eferits de ce Pere, finon que la véri­
té eft toufiours vidorieufe, quoy qu’elle fe trouué parmy peu
de perfonnes ;que celuy qui n’ayant point de demonftration,
n’a fon recours qu’à la protedion de la multitude, fe confeffe vaincu ;& que fi l’on nous deffend l’eftude & l’aperquifition des Efcriturcs, nous n’aurons point connoiffance de la
vente.
Souuenez-vous de ce que dit Saind Auguftin, que nous
deuons chercher lEglife dans les Liures des Saintes Efcritutures.
Et de ce que dit Saind Epiphane, que celuy qui ne sac- EpjpkA'
corde pas auec l’Elcriture, cft aliéné de l’EglifeCatholi^uc’
_ ,
Et de ce que dit Saind Cyprien, que celuy-là n’cft point Cyffr.1.2.
vnyj à l’Eglife, qui eft feparé de LEuangilc.
'
Et de ce que dit Saind Cyrille,qu’il ne faut pas s’arrefter
à cc que l’on dit, par vne fimple crédulité, fi l’on ne reçoit des ti,e'Ct
demonftrations de l Efcriture.
Et de ce que dit Saind Chryfoftome, qu’il faut exami- Chryfofl.
ner toutes chofes par l’Efcriture j & qu’il n’y a point d’autre !»»»• 49*
preuue pour connoiftre les veritez de la Foy. Saind Paultn
eftoit Apoftre Diuinemét infpiré ; & neantmoins il ne prend
pas à injure, que fes Auditeurs examinent par l’Efcriture les
chofes qu’iladuançoit : Au contraire, Saind Luc fon Com­
pagnon, ScHiftoriographe de là vie, loué les Habitans de
Beroé, de ce qu’ils auoient eu le courage de faire cette perquifition. Icfus Chrift luy-mefine, qui eftoit Ietefmoinvcritable,&la première vérité, foùmet fes paroles à cctreefprcuue ; & exhorte les Iuifs à s’enquérir des Efcriturcs, pour
■connoiftre par elles fi fa Dodrine cft de Dieu. En effet,quoy
que la Foy nou$ oblige de croire des chofes inuifibles, clic

iojî

Dffènjè defa

n’eft pas pourtant aueuglc, puis qu’elle eft vuedemohftration
de^ce que nous ne voyons pa$. Elle porte aueç ellç vne lumiere qui éclaire l’entendement j la connoiflance fait vne partie
de fa nature ; & comme là où il n’y a point de connoiflance,
j] n’y peut auoir de foy-, félon le dire de Sainél Athanafeiauflï
-V’’4»

par tout où eft lafoy, elle nous fait connoiftre les chofes que
-nous deuons croire, félon le dire de Sainft Bernard. Voyez
/r/-»».
donc quel iugement vous deuez faire de ceux qui définifl’ans
£f>iphan. lafoy par l’ignorance, vous difent qu’il faut croire aueuglc,ment tout ce que 1 Eglife dit, fans connoiftre 1 Eglife, & lans
fçauoir ce que I’Eglife croit. Qu’en pouuez vous dire, finon
-que ce font des gens qui vous veulent meiner captifs, faute
d’intelligence, & que ce font des Condufteurs mal-éclairez^
qui vous conduifent comme des aueugles dans le précipice
de l.crreur ?
Le fécond préjugé, dont on vous abufe , eft celuy de la
tradition:Caronvousditquel’Efcrituren’eft quvne reigle
partiale des veritez de lafoy j qu’elle nc contient pas toutes
les maximes de la Religion ;& que fans la tradition non efcrite, qu’on appelle des Apoftres, on ne peut pas fçauoir touc
ce qui eft neceftaire à falut. Mais fouucnez-vous, que c’eft
la mefine objeftion que les Pharifiens faifoiét à Iefus-Chrift
'Marcs]'* touchant fes Difciplcs, difans, Pourquoy tes Difciples ne chcmi5*
nent ilsfélon Utradition des Anciens? Et comment le Sauueur
les appelle de la tradition à l Efçriture. Souuenez-vous que
l’Efcriture Diuinemët infpirée, eft capable de rendre l’hom­
me de Dieu fage à falut, & parfaitement inftruit à toute bon­
ne œuure, comme dit Sainft Paul; que l’Efcriturc eftlareiglc parfaite de toutes les veritez qui regardent la foy, &les
mœurs,comme afteurent tous les Peres. Et que les traditions
non eferites ont efté le retranchemct de tous les Heretiques.
- h s- Remettez-vous en mémoire, ce que dit Sainft Irenée, que
les Heretiques cftans conuaincus par les Efcritures, inten­
tent accufation contre elles, & difent qucla vérité ne fe peut
trouuer par ceux qui ne fçauent point la tradition, qui a efté
HaÇtl.fer. donnée de viue voix. Et de cc que dit Sainft Bafile, quç
de ftdei. c’eft'vne marque d infidélité, & vn figne infaillible de fuperbe, fi quelqu’vn entreprend de rejetter quelque chofe de ce
qui

i^onciujwn.

1033

qui eft eferit, ou d’introduire ce qui ne F eft pas : d’autant que
le Seigneur dit, que fes brebis efcoutent fa voix, & qu’elles
n’eftoutent point celle de l’eftranger.
Le troifiéme preiugé, dont on fe fert, pour préoccuper
VQSçlprits,eft l'infaillibilité de l’Eglife : Caron vous dit que
l’Eglife Catholique Romaine, eftant l’Efpoufc du Fils de
Dieu, ne peut errer: parce qu’elle eft animée dc fon Eiprit; 'BeHurtn.
& qu’ainfi tout cç qu’elle n’approuue pas, eft faux?&que lib. de
tout ce qu’elle approuué eft ncceiTaircmcnt véritable. Mais £ec!.cap.
>4*
ie vous prie de vous fouuenir, que quoy que l’Eglife Vmucrfclle, inuifible, foit 1 Aifemblée des Elcus, qui nc peuuent
eftre feduits, pour décheoir de la Foy : neantmoins il n’y a
point d Eglife vifible & particulière, qui ne puiftc tomber
dans l’erreur. Rappeliez dans voftre mémoire, ce que dit S. /. 2. (ent.
Crefc.cap
Auguftin,que Chrift iuge toufiours véritablement : mais que 21.
les mges Ecclefiaftiqucs Ce trompent louucntesfois.
Que les Conciles Prouinciaux pcuuent eftre corrigez tsfttgujl.
par les Generaux ;& que ceux -cy mefmes font fouuent cor­ lib 4. de
rigez par les fuiuans, lors que l’expcricnce fait connoiftre ce vept. tôt.
De».c J.
qui eftoit inconnu.
Rappeliez dans voftre fouuenir, ce que dit voftre Sainél fn decret
Grégoire, que le Iugement deDieu eft toufiours appuyé fur Creg.l.^.
la vérité, qui ne peut tromper, ny eftre trompée: mais que tit.^ÿ. c.
le iugement de l’Eglife fuit quelquefois l’opinion, qui peut 28.
tromper les autres, & fe tromper elle-mefme.
Le quatrième preiugé, qu’on vous met en auant, pour
vous retenir dans l'erreur, c'ell l'antiquité : Car on vous dit
que voftre Religion eft ancienne, & que la noftre n’eft que
depuis trois iours. Mais confiderer que c’eft le mefme pré­
jugé quiretenoit les Iuifs dans l’obféruation des Ceremo­
nies dc la Loy, & les Payens dans le culte de leurs faulfes Diuinitez ; & qui empefehoient les vns & les autres d embraflér
la profelfion du Chriftianifine. Car, difoient les Iuifs, la Loy
de Moïfe eft plus ancienne que l’Euangile de Chrift ; le culte
de nos Dieux a précédé la nailfance du voftre, dilbicntlcs
Payens, & quand ils entendoient prefeher l’Euangilc,ils l’ap- Aff.x7.19
pelloient vne nouuclle Doélrinc.
C eft ainfi que les Payens difoient du temps dc Sainél y»y?.Ap.2

PPpppp

1054

Defenfi delà
Iuftin j qu’il eftoit bon de Iuiurc les anciennes couftumes.'
C’eft ainfi que l’Orateur Symachusraifonnoit contre S.
Si vn long aage cft capable de donner de l’authorite aux Religions : il faut garder vne foy eftablie depuis tant
de fiecles j nous fommes obligez de fuiure nos Peres, qui ont
fuiuy heureufement les leurs.

KpnàÂm <■

h-cj:epi/l Ambroife.

30.

Lacl 12

C’eft ainfi que les Gentils au rapport de Ladance, per-

infhiti' leuerent de garder, & de deffendre auec opiniaftreté les Re-

uin.c. 6. Iigions de leurs Anceftres, fans en confiderer la qualité: mais
ils s’affeurent qu’elles font véritables, & prouuées : parce
qu’ils les ont rcceuès des Anciens.
Et félon le tefmoignage de Saind Auguftin, les Payens
l.de qntfi prétendent eftre en poffeffion de la vérité, à caufe de l’Antiver.&n. qUité : parce, difent-ils, que ce qui eft plus ancien, ne peut
T. 7.114 eftre faux.
hb
fu*uant 1e raPPort <fe voftre Saind Xauier Iefuite, les
Indiens n’alleguoient point d’autre raifon, pour ne fe faire
P' * pas Chreftiens,finon qu’ils ne vouloiét pas quitter les Dieux
qu’ils adoroient, fuiuant la couftumc de leurs Anceftres.
tsfcoflt.
Et félon la relation de Cofta, delà mefme Société : Le
hb. 2. de plus grand empefehement à la Foy, qu’ils trotiuoient parmy
54/.Ces peuples, eftoit celuy qui procédé de la coufturne inucteca°C 18 r^c ’ laSuelfe
de tres-grande force parmy les Barbares.
*
Tellement que fi ce preiugé de l’Antiquité deuoit faire
quelque impreffion fur nos efprits au fait de la Religion: vous
voyez bien qu’il nous faudroit renoncer aux fentimens du
Chriftianifme, pour retourner dans la fuperftition des Iuifs,
ou dans l’idolatric des Payens. 11 nous faudroit rompre le
Contrad de la Nouuelle Alliance, pour nous affuiettir dere­
chef aux Ceremonies de l’Ancienne Loy; & parce que IefusChrift n’eft voulu venir au monde que dans la plénitude des
temps : il faudroit rappeller & remettre en vfage les Religiôs
du Paganifmc, qui ont précédé fa manifeftation, & qui onc
efté en vogue dés les temps anciens. Cette confequencc eft
infaillible, s’il eft vray félon l’antecedant, que la Religion fc
doiue eftimer par lantiquité. Mais pour en éuiter le malheur,
nous rcfpondrons à vos Dodeurs, ce que les Peres refpondoient aux Payens fur cette matière.

Conclufion»
Nous dirons aucc Saind Iuftin, que l’Euangile a cfte ja- /«j?. £/.
dis tenu pourvne nouueauté, dont les ames eftoient imbues adDitgn
depuis peu ;& que c’eft vne folie de mettre la vérité apres la
sipo.
couftume.
2Nous dirons auec Tertullien, que Tans les Diuines 1er» r { -n
très, l’Antiquité eft>de nulle importance : parce que la vérité
eft plus ancienne que toutes chofes.
Nous déclarerons auec Saind Cyprien, qu’vne ancien- Cypr.Ep.
ne couftume lans la vérité, n’eft qu’vne vieillefte d’erreur.
74Nous nous arrefterons au fentiment dc Saind Ambroifc, qui dit, qu’il ne faut pas condamner la moifton,quoy
qu’elle foit tardifue, ny les oliues, quoy que ce foient des der­
niers fruids.

Nousfuiurons la penfée d Arnobc, qui dit que l’Anti- ^rr.ob h
quité eft vne Mere toute pleine d’erreurs j que c’cft elle qui a '•
produit des chofes infâmes, lefquelles ont chargé Dieu des Gnt*
notes d’ignominie dans les fables ; & qu’il nc faut pas eftimer
lauthorité de la Religion par le temps, mais par la Diuinité
qu’on adore.
Nousrelpondronsceque Saind Ifidore rcfpondoit aux /yj-j
Payens, que ce n’eft pasvn crime d'innover quelque choie, tpifl.^6,
lors que 1 vtilité eft conjoinde aucc la nouueauté; que les
chofes vtiles ou dommageables ne fe confidcrent pas parla
durée du temps : mais qu’il faut regarder fi dans les chofes
plus anciennes il s’y trouué du vice ; &au contraire s’il ya dc
la vertu dans les nouuelles. En effet il faut feruir à Dieuei» T^cm. y.
nouueauté ttefprit
non point en vietllejfe de lettre, comme dit 6.
Saind Paul; & lelon fon fentiment nous deuons fuiure les
mouuemcns de l’homme nouueau, qui fe renouuclle par la ^-<6 4*
connoiffance dc celuy qui l’a créé, & non pas les conleils du 2*‘
vieil homme, qui lé corrompt par les conuoitifes, qui feduifent. Le Diable, pour eftre le ferpent ancien, ne laifle pas dc
feduire les hommes par fes rufes : au contraire entre lcsillufions,dont il s’eft feruy, pour attirer les hommes dansl’crreur, il a fait que la tromperie a efté rendue recommandable
par la propagation de l’antiquité, comme dit Saind Augu-ftin.
Nous dirons donc auec luy-mefine, que les larrons & les htig.ibil
PPpppp ij

De/ro/e de la
f*

, ;

adultérés peuttem alléguer pour eux l’antiquité : parce qu’il y
cn a cw de tout temps ; & que c’eft en vain que ceux qui font
eonua*BCUS Par k fa^on sfiOBS oppofent la couftume : parce
qUciacouftumc doit toufiours marcher après la raifon & U

vérité.

Enfin nous fuiurons la pratique du Seigneur, qui a pré­
féré l’authorité de l’Efcriture à celle des A ôciens. Car il cor­
rige par fon interprétation légitimé, les abus que la couftume
des Anciens auoit introduits contre fon intention.
au ez ouï quil a efié dit par fes Anciens : mats je vous dis moy» E C
quand on luy oppofe vne couftume ancienne, & authorifée
par la tolérance de Moïfe,il rappelle les chofos à leur premiè­
re inftitution, qui eft la véritable antiquité, ll n’en efiettpas
ainfi dés le commencement. Sivous voulez examiner toutes les
Dodrines de Controuerfe, que nous nions, & que l’Eglifè
Romaine enfeigne pofitiuement : vous trouuerez qu’il n’en
eft pas vne qui foit fondée fur l’Efcriturc : mais que toutes dé­
pendent de la tradition non eferite, comme confeftent vos
propres Dodeurs. Et ü vous rappeliez les chofes à leur prin­
cipe, qui eft l’inftitution de Iefus Chrift & de fes Apoftres:
vousreconnoiftrez que les chofes qu’on vous enfeigne au­
jourd’huy, eftoient inconnues dans la naiftânee de l’Eglifè
Chreftienne, & que l’on ignoroit tous ces fondemens de la
Foy, lors que les fondateurs de I’Eglife eftoient prefens. De
Tertul / f°rteclucl Antiquité qu’on nous obiede, n’eft qu’vn vieux
^‘contr ^anto^meî dont on fefert pour vous iouèr. Car félon le dire
Marcton de Tertullicn, ce qui eft premier, eft plus véritable : mais cecap.j. la eft premier, qui eft dés le commencement; & cela eft dés
le commencement, qui cft du temps des Apoftres.
Le quatrième préjugé, dont on vous a préoccupez, eft
celuy des miracles. ■ Car quoy que I’Eglife Romaine s’eftime
fondée fur la parole de Dieu ; quoy qu’elle faffe parade de fon
Antiquité : neantmoins elle fe vante encore de faire des pro­
diges , qui font audela du cours de la nature, pour confirma­
tion de fà Foy. Mais ie vous prie de vous fouuenir de ce que
St/xA 34 le Seigneur prédit en l’Euangile, quW/è louera desfaux Propbe24.
tesyfatfans grands fignes & miracles : 'votre pour feduire les efietts
mejmes s’il efioit pofsible. Et de ceque dit Saind Paul, que Jad-

^onciujton, -

1Ô37

licitement du mefehant ,eftfélon ^efficace de Sàtan ,entoute pmffan- 2. The/f.
ce ) & fign^ & miracles de menfonge. Tels font les miracles , *• ?• 2*

dont l’Eglife Romaine fe glorifie : car les vns ne fo trouuent . .
que dans des narrations fabuleufos, &dans deslegendesfai- ff'
tes à plaifir, pour exciter la deuotion, ou pour mieux dire afin
d’entretenir la fuperftition des fimples : comme reconnoiffent vos propres Dodcurs.
Les autres font manifeftement fuppofez, & leurs impo- Naucler.
ftures ayans efté dcfcouuertes ont efté condamnées parla fo- ePbilip.
uerité des Lois, & les Autheurs punis par les rigueurs de la Schle"**
Iuftice.
. Etles autres enfin ne font que des Prcftig es du Diable,& <7fr/c’*
des illufions de l’Enfer , fclon la confeflion de vos Hifto-

tiens.

Æcnno.

Mais ie veux que tous ces miracles ayent autant de vérité ,
qu’ils font remplis de menfonge : Souuenez-vous, que plu­
fieurs diront au Seigneur cn la dernierc iournée ,riauons-nous Math.7.

pas jefté hors les Diables , & rituons-nous pas fait plufieurs vertus
en ton Nom ? aufqucls il refpondra, non pas qu’ils ont menty ,
ou qu’ils n’ont pas fait ces chofes : mais qu’ils n*ont efté ia­
mais dans fa connoiflance, & qu’il ne veut pas les admettre
dans fa Société.
Souuenez-vous de cc que difent les Peres de l’Eglifc, &
Saind Auguftin pour tous,que les miracles ont efté neceftai- tsfugufl.
resau monde, pour conuertir le monde à la Foy de Chrift: W.«».dr
mais que depuis que le monde a creu, quiconque demande
encore des miracles pour croire, cft luy-mefme vn prodige CAP- S*
d’incrédulité.
Le fixiéme & le plus puiftant de tous les preiugez, par le­
quel on vous offufque les yeux de l’entendement, eft celuy
de la profperité temporelle, qui ne fe trouué point parmy
nous, & qui eft infeparable de l’Eglife Romaine. C’eft pour
cela qu’elle vous eftalle la magnificence de fes Temples , la
pompe de fes Ornemens, l’éclat de fes Ceremonies, & l’a­
bondance de fes threfors ; C’eft pour cela qu’elle conte entre
fes reuenus ordinaires de tous les ans, trois cens trente-fix
millions de liures dans le feul Royaume de France. Et c’eft
là le grand Aiman, qui attire tant de peuples à fa fuite, ôc le
PPpppp iij

ÎO$8

Deffenfe & t*

.

charmëpuiflant qui les retient dans fa deuotion: parce qu’el­
le eft toufiours en eftat de dire, dabo tibi : Cependant qu’elle
vous fait voir l’Eglife Reformée dans la derniere pauureté, &
dans l’extremité du mefpris & de labafleffe j& c’eft ce qui
donne à celle-cy les proprietez du Theamede, qui attire le
Plin. hb- fer d’vn cofté, & le repouffe de l’autre. Car elle chaffe par fon
36'
aduerfitéceux là mefmes, qui feroient contens delaiuiure
pour fon innocence;& qui tefmoignent bien qu’ils n’ont pas
horreur de fa conduite, mais crainte des miferes qui l’accom­
pagnent, quand ils difent qu’ils voudraient mourir Hugue­

nots, pour eftre bien - heureux dans 1 Eternité : mais qu’ils
veulent viure Catholiques Romains, pour n’eftre pas mal­
heureux dans le temps.
Après cela n’eft ce pas vn fuiet digne d’eftonnement,
d’entendre ce que dit voftre Bachelier, que i’ay fait feruir ma
Philofophie à l’auarice, & à l’oftentation ? Et que ie veux en­
tretenir l’erreur dc nos Religionnaires, pour entretenir mes
penfions & mes reuenus ? Certes fi i’auois affiché desPlaccards fur les portes des Temples, fi i’auois fait profnermon
nom fur les Chaires, comme il a fait dans Bourdeaux, pour
débiter fon ouurage: il aurait railon dc parler de moy com­
me il en parle. Mais fi i’ay receu quelque reconnoiffance de
bien corporel, de ceux dont i’ay éclaire les efprits par les lu­
mières de 1a Philofophie : Qu’y a-il en cela, qui mérité d’e­
ftre blafmé ? Ariftotc ne creut pas choquer les préceptes de la
Morale, qu’il auoit donnez à Alexandre, quand il nerefufa
pas les tefmoignages de fa gratitude. Et l’Apoftre Sainét
veut ffue ceux ffui f°nt ffiftruits, faflent part de leurs
biens, à ceux qui lesinftruifent.
Mais auec quel front pouuez-vous dire, Maiftre Chiron,’
que le deffein que i’ay d’entretenir mes reuenus &mespenfions, me fait entretenir ceux de ma Religion dans l’erreur?
Eft ce parmy nous qu’on diftribué des Prebendes, des Cures,
des Canonicats, des Prieurez, des Abbayes, des Eucfchcz ?
Eft-cc parmy nous que l’on donne des Chappes,dcs Croff’es,
des Mitres, des Clnppcaux, des triples Couronnes, & tou­
tes ccs chofes apres lefquelles on voit foûpirer les ames efclaues de l’auarice, & de l’ambitio ? Eft-ce parmy nous qu’on

Conclufion,.

1039

court la pofte, pour attraper ces Bénéfices, & qu’on fait des
partis, pour entrer en pofleflion de ces dignitez ? Vrayement
ilyalong-temps,quc nous enflions pû monter fur quelque
degré de cette Hierarchicjil y a long temps que nous aurions
eu part à ces reuenus, fi comme vous, nous euflions voulu
preferer les threfors d’Egypte aux opprobtes du Fils de Dieu.
Mais gardez ccs aduantages pour vous : cependant prenez
garde que vous ne foyez de ceux, qui félon le dire d’vn de
vos Religieux, prennent la robbe fans lettres & fans pieté, Zacharie
pour s’accommoder d’vn Bénéfice: à caufe que l Eglife eft en dc ,'Z1’
vénération, Sc que pluficurs font leur fortune par la Sotane,
& par le Breuiaire. Quant à nous, nous ne ferons iamais en- Chreft. '
uieux de voftre bon heur : Nos penfions & nos reuenus nous
fufliront, pour modiques qu’ils foient, pourucu que nous i.Timô.
ayons dequoy eftre nourris, & eftre veftus : pour peu de biens vcrf. 8.
que nous ayons, nous ferons contens, ne mangeans point le
pain d’oifiueté;& parce que nous fçauons en quoy confifte
la béatitude, nous cftablirons vne partie delà noftre fur ce
principe, denc rien cfperer du monde, que fa haine & fes
perfècutions. Nous aimons mieux eftre les Difciples de ce4uy qui n’a pas eu où repofer fon chef, & qui n’a rien pofledé
des biens dece monde, que les efclaues de celuy qui luydi-^^
foit, Je te donneray tout les Royaumes du monde, & leur gloire.
Nous aimons mieux fuiure la Doélrine de Sainét Pierre, qui
difoit dans fa pauureté, je riay ny argent ny or, que la creance
de fon prétendu Succeftcur,qui fe glorifie de fes richeflcs, qui
diftribué tant de reuenus â les adhcrans, & s’attribue le droit
de difpofer des Couronnes.
Et vous, Meilleurs les Catholiques Romains, qui voyez
lEglife Romaine dans cette éclattante profperité: pouuczvous bien reccuoir cét éclat, pour vne marque de la vraye
Eglife? Après que le Fils de Dieu a déclaré, que fon Règne
n’eftoit pas de cc monde ; Pouuez-vous croire que l’Eglilc,
qui eft fon Royaume, y doiue porter les marques vifibles de
, là Royauté dansvn éclat mondain? Depuis que le Seigneur
a obligé fes Difciplcs d’abandonner toutes chofes pour le fuiurej & qu’il ne leur a donné que la Croix à porter : Penlezvous que porter des Couronnes, & pofleder des grands biens

I ©4.6

Defenje de la

foit vne marque de faDifciphneé Depuis qu’ila fait ces prediL«f (J.2$ éliôs à fes Apoftres,malheur à vous, quâd teus les bornes diront du
bien de vous : vousJerez bien heureux 3 quand on dira toute mauuaiMat. 5 fi parole devous3àca,ufide moy en mentant : Croyez-vous bien
u.
que ce foit vnCaraélere de fes Difciplcs, que dereceuoir les
benediélions, & les applaudift'emens des peuples ? Enfin defian 16. puis que luy mefme a donné les pleurs à fes Difciples, &la
20..
joye aux modains pour leur partage : Pouuez-vous bien vous
imaginer, que les ioyes & les proipericez mondaines, foient
la liurée de l’Eglife ?
Quant à nous, nous prendrons pluftoft les gemiffemens
que la voix d’allegrefTe pour marque du Chriftianifme, & les
tribulations & les fouffrances, pluftoft que les ioyes &les
plaifirs. Vous vous glorifiez d’auoir les fignes, &lesimages
de la Croix : mais nous faifons gloire de la porter en effet,
ï.Cor. 4. pour la vérité du Fils de Dieu. On dit mal de nous , (frnousbe• l3‘ niffons ; nousfommes perfecutef, & nous l’endurons j nous fommes
blafimez^dr nous prions : nous fommesfaits comme les ballteurcs^ &
comme la racleure ds tous jufqu à maintenant. Et les membres de
la vraye Eglife, qui eft lé Corps de Chrift, fe doiuent glori­
fier dans cés tribulations j parce qu’elles les rendent confor//4f,io, mes à leur Chef: Car leDifiiple, com me dit luy-mefme, nefi
24. . point pardejfusfin Matflre3ny le Seruitcur par deffusfon Seigneur.
Oyez là deffus le fentiment & le langage des Payens ; &
fi vous les voulez écouter : vous reçonnoiftrez qucles profperitez de cette vie, & les félicitez du temps prefent ne font
pas les marques de l’Eglife Chreftienne : puis qu’elles con­
uiennent aux ennemis de la vérité. Autrement les Payens
auroient eu droit de deffendre leur idolâtrie par ces armes.
ex/pviJ
Symmachusdifputant contre Sainél Ambroife, auroit
e^futbrof eu raifon de fouftenir qu’il falloit demeurer dans l’ancienne
Religion des Romains : parce que leur République fut tresample, & tres-flonffànte, pendant qu’ils adoroient vn Apol­
lon &vnlupiter.
'
>
D’autres faifans-femblant d’ignorer les chofes paffées,
/#. 5. de euffent eu droit d’infulter contre la Religion Chreftienne du
Ciuit.oei temps de Sainél Auguftin, & de dire lors qu’ils voyoient ducap. 22. rer quelque guerre, que fi cette Religion n’eftoit pas, & qu’on
adoraft

Conclufion.

1041

adoraft les Diuinitez, fuiuant l’ancienne couftume, tous ccs
malheurs euffent elle bien toft terminez, par l’ayde dc Mars
& de Bellone, qui fauorifoient la vertu des Romains.
Enfin fî cette raifon a lieu, comment eft-ce, dit Saind /„fîin in
Iuftin, qu’on ne prouucra pas que le Pagauifme eft plus faind q.adOrtb
que la Religion Chreftienne : puis que tant qu’il a efté en vo- 7.126.
guc, on a ioüy dc profperité à la Ville & aux Champs, aucc
Fabondance de toutes chofes $ Et que depuis que laptofcffion Chreftienne a efté reçeué, les Villes ont cfte dcfêrtécs
de maifons, & de Citoyens, & les champs dépouillez de leur
fertilité ?
Mais écoutez les Peres de l’Eglife, & ils vous feront voir
qu’il ne faut pas s’arrefter à vn tel préjugé. Efcoutez Saind ' "
Iuftin luy-mefme, & il vous dira, qu’il nc faut pas iuger dc la
faindeté par la profperité des maifons, ny par l’abondance
des fruids de la terre i mais par les fruids des œuures, & par
la bonté des adions.
Oyez Saind Auguftin, & il vous tcfmoignera, que Dieu
par fa prouidence bien faifantc, accorde aux impies le bon- Eptft 120
heur de la terre: afin que les gens de bien ne le recherchent aaHon9'
pas comme vne chofe, dont ils doiuent faire grand cftat.
Luy-mefme vous dira que l’Eglile Catholique s’eft refpandué au long & au large par tout le monde, qu’ellea rc - i>de si
pouffé les efforts de fes ennemis, & qu’elle s’eft fortifiée dc neCbnjl.
plus en plus, non en refiftant, mais en fouffrant.
1 a»
Confultez Saind Hierofme, & il vous alfcurcra que I’Eglife en efpanchant fon fang,& fouffrant les injures dc Chrift
a efté fondée dés le commencement; qu’elle s’eft accrcuc par
les perlecutions, & qu’elle a efté couronnée par les Marty­
res.
Interrogez Saind Chryfoftome j & il vous déclarera, Chryf.ktque la Croix & les perfecutions font les Caradcrcs de IE- mtl.iyit,
uangile.
Enfin allez confuItervosCanons; & fî vous leur demandez
là-deffus, quelle Eglife fignifioit Sara, lors que le fils de la C-JîEcferuante perfecutoit celuy de la franche : Ils vous refpondront,que s’il y a vne vraye Eglife, c’cft celle-là mefme
"
qui fouffrela pcrfccution, & non pas celle qui la fait.

1042,

Defenfe delà

Apres tout cela ie ne vous demande,finon que vous faflïez
réflexion fur voftre eftat & fur le noftre •, & que vous confidcriez qui font ceux qui pleurent, & ceux qui s'éjouïffent j qui
font ceux qui fouffrent les perfècutions du monde, & ceux
qui en reçoiuent les applaudiffemens 5 qui font ceux qui por­
tent la Croix, & ceux qui la font porter; qui font ceux qui
endurent la pauureté,& ceux qui Ce glorifient cn leurs richeffesj & ie m’afleure que vous reconnoiftrez dans les coloris de
ces deux Tableaux, quel des deux reprefente mieux au na­
turel I’Eglife Chreftienne.
le croy bien qu’il en eft plufieurs parrny vous, qui ne
verront iamais ces différences, pour s’éclaircir de la vérité:
parce qu’ils fe plaifent dans l’erreur, & fe flattent dans leurs
Apoc. 3 tenebres, à limitation de cét Euefque de Laodicée , qui
croyoit eftre riche, & n’auoir faute de rien, nc connoiflant
’7t
pas qu’il eftoit pauure & miferable, & aueuglc & npd. Mais
iefçay bien aufli, qu’il y en a d’autres, qui ne font pas fi peu
éclairez dans les chofes Diuines, qu’ils ne découurent beau­
coup d’abus dans leur Religion, & qu’ils n’en iugent fainement dans des bons interuales : fcmblables en cc poinéi à ces
Payens, dont parle vn de vos Prédicateurs. Tous ceux,dit-il,
Yuesdâs qui viuoient dans le Paganifine, n’auoient pas l’efprit tellelaThcôl men£ pertju * qu’ils ne s’apperçeuffent bien des impofturcs de
naturel.
Tom. 4. cette Religion là, & qu’elle ne valoit rien, comme donnant
chap.iô. des creances injurieufes à la Diuinitè, & des Ceremonies
contraires à la vertu. Neantmoins le pretexte fpecieux de
l’antiquité, l’exemple des Princes, le concours des peuples,
la beauté des Temples, la pompe des Sacrifices, les viéloires
qu’on attribuoit aux Idoles, l’intereft des Preftres, mille au­
tres malices des démons les entretenoient dans vne demie
paralyfie,où ils auoient le fentiment fans forces, & fàns le
mouuement des affedions neceflaires, pour en fortir : com­
me des voyageurs, qui fe voyent perdus de leur chemin, fans
fçauoir les routes qu’il faut tenir pour s’y remettre. • Vous voyant dansvn femblable égarement, i’ay trauail­
lé dans cét Ouurage à defliller les yeux des aueugles, pour les
rameiner plus facilement, après leur auoir fait connoiftre
leur erreur j &pour mettre ceux qui le, connoiffent, dansle

Çondujîon,
1.043
chemin de Iâ vérité, fous la conduite de h Foy, & delaraifonéclairéedefeslumieres. Si iene I’ay pas fait auectoute
la bricfuctc poflible, ie croy l’auoir fait aucc toute la clarté
que vous fçauriez délirer. Si i’ay donné vn peu plus d’eftendué à mes raifonnemens, qu’ils n’en ont eu dans mon pre­
mier liure : vous voyez bien que la neccflité m’y a contraint.
Il m’a falu premièrement vous remettre deuant les yeuxvn
plan de mes premières refponfesj & quelquefois il m’a efté
necefl'aire de les redire tout du long, pour vous fairc voir la,
vérité de mes intentions, d’autant que MaiftreChiron les
auoit entiercmét déguifées. Après cela i’ay efté obligé d’honorer fa répliqué d’vne fécondé édition, afin qu’il n’aye pas
fuiet de dire, que i'ay altéré fes paroles, ou deguifefes rai­
fonnemens. En fuite i’ay deu félon mon engagement foufte­
nir mes refponlês contre l’effort de fes répliques, & les def­
fendre contre les attaques de fes nouuelles obiedions-, & cela
non feulement par l’authorité de l ’Efcriture, & par l’euidcnce des railônemens : mais aufli fclon Ion defir, par les tcfmoignagesdesPcreSj&quelqucfoisparle fuffrage de vos Do­
cteurs. Tout cela nefe pouuoit pas fairc cn peu de mots; &
il eftoit impoffible de racourcir tant de chofes cn peu de paro­
les, fans tomber dans la confufion. On ne peut pas nier que
ces Ouuragcs fi racourcis n’ayent quelque meflange confus
des parties ; & la vcué la plus lubtile fc lafle d’en contempler
touslcs traits : parce qu elle nc les peut diftingucr qu’auec
beaucoup de peine. Ainfi nos difcours, qui font les ouuragcs
de la raifon, deuiennent obfcurs & confus, quand ils lont
courts ;& quand nous affedons la bricfucté, nous tombons
ordinairement dans le chaos, & dans les tenebres.
C’eft pourquoy afin d’cuitcr ce defordre & cctte obfcurité, ie n’olcrois pas dire, que i’ay fait par neccflité ccque
Dieu fit au cômencement par Sageffe, ayant fait cn fix iours
la Création, &. la difpofition du monde, qu’il pouuoit fairc
envn moment : pour nous obliger de confiderer dansladiuerfité des temps la diftindion de fes parties. Maisie diray
que i’ay fuiuy le fentiment de Ntbridius, lequel au rapport
de Sair.d Auguftin fon bon amy, ne pouuoit fouffrir vne
courte relponfe, fur des queftions de grande importance j aa7>oi.if.

1044

Deffenfe de la

'fetrAr. b pensée du grand Pétrarque, lequel parfont i l’Empereur,
Zptft.l.is difoit qu à peine on peut bien expliquer des grandes choies,
quand on eft réduit à l’eftroir. Les queftions que nous auons
traitées touchant la fuffifance de l’Efcriture, les peines que
lefus-Chrift a fouffert en fon ame pour noftre falut, la fanétification des enfans des fideles dés le ventre de leur mere, les
reliques de corruption qui demeurent dans les régénérez
après le Baptefme, la iuftification par la feule foy, la confef­
fion auriculaire, l’intercelfion des Sainds, & le Purgatoire ;
Touchantla corruption 8c la reformation de l’Eglife, le nom­
bre des Sacremens, le Miniftre du Baptefme, & fa neccftité;
touchant la Tranfubftantiation, & le Sacrifice qu’on prétend
faire du Corps de Iefus Chrift en la Melfe ; Touchant l’inuocation des Saints & des Anges, l’eftat des ames fideles auant
la venue du Fils dc Dieu, 8c l’impoflibilité d’accomplir par­
faitement les Commandemens de la Loy en cette vie; Tout
cela font des matières aftez importantes, pour mériter vn li­
ure chacune en particulier ; & iecroy que les perfonnes raifonnablcs ne trouueront pas eftrange, quelles m’ayent don­
né fujet d’en faire deux Volumes.
Vn feul coup d’efpée eft capable dc faire dans le corps vne
playe mortelle : mais il eft befoin de beaucoup d’appareils &
d’cmplaftres, afin dc la guérir. Il nefaut qu’vne parole injurieufe,pourblelfcrlarcpurationd’vnhomme de bien:mais
il en faut plus dc dix pour reparer fon honneur, & pour effa­
cer l’injure faite à fon onnoccnce. Vh petit nuage fuffit pour
obfcurcir le Soleil, & pour nous dérober fèsclartezcn vn
moment : mais il faut que cét Aftre déployé pendant quelque
temps la force de là chaleur, 8c toute la lumière de fes rayons,
pour fe faire voir, 8c diifiper ce qui l’auoit obfcurcie. De mef­
me c’eft aft’cz d’vn mot d’erreur ou de menfonge, pour offenfèr la vérité, pour blailfer fon honneur, 8c pour obfcurcir cet­
te Diuine lumière: mais il en faut plus de dix, pour reparer
l’outrage fait à fon innocence,pour la venger de fes ennemis,
pour la tirer des tenebres, dont ils l’auoient enueloppée, &
la faire paroiftre en fon iour.
C’eft à cc deftein que i’ay employé le trauail d’vn an tout
entier ; 8c pour y reuflir, te mc fuis.premierement feruy de la

Conclufion,'
1045
Logique j qui cft l’Art de bien raifonner, la clefde toutes les
fçicnccs, & la fçiencc de la vérité, comme dit'Sainét Augu­
ftin. En fécond lieu, i’ay fondé tous mes raifonnemens fur
l’authorité de l’Efcriture Sainéle, qui cft la parole de Dieu,&
la parole de vérité, fclon le dire de Iefus-Chrift fon Autheuri
& la rcigle inflexible des vcritez, que nous deuons croire,
félon le tefinoignage des Peres. En troifiéme lieu, i’ay em­
ployé les déclarations de ccs mefmes Peres, que vous écou­
tez comme des fideles Interprètes de l’Efcriture, & comme
les féconds Oracles des veritez du Chriftianifme. Enfin, i’y
adioufté fouucnt les dépositions de vos propres Doéleurs, à
qui la force de la vérité a fait faire des confeffions, qui luy
font aduantageufes. Quoy que la vérité de Dieu n’aye pas
befoin du tefmoignage des hommes : ncantmoins ccttc der­
rière preuue nc doit pas eftre la moins forte dans vos efprits.
Car comme dit Sainél Ircncc, la vérité deuoit receuoir tcl-yrw./.4.
moignage de tous les hommes, pour eftre confirmée ; & des cap. 1$.
domeftiques, parce qu'ils lont fes amis; & des eftrangers,
parce qu’ils font fes ennemis: mais cette preuue cft véritable,
& fans aucune contradiélion, qui produit le tefmoignage
mefme de fes aduerfaires. Iamais l’Euâgile ne parut auec tant
d’éclat parmy les Iuifs, que quand ils virent que cette Do­
élrine eftoit annoncée par celuy-là mefme, qui auoit efté au­
parauant fon perfecuteur. Iamais la Iuftice du Fils de Dieu
nc fut mieux approuuée, que quand vn luge inique le décla­
ra innocent, auant que de le condamner. Et la vérité nefc
fait iamais mieux connoiftre, que quand elle reçoit l’appro­
bation publique de fes aduerfaires.
Mais parce que ny les approbations de fes ennemis, ny
le tefmoignage de fes Interprètes, ny l’authorité de l’Efcritu­
re, ny l’éuidence du raifonnement, ne font point capables de
luy ouurir la porte des cœurs, pour la faire receuoir comme
elle mérité ; & que la conuerfion des ames n’cft point du vou­
lant ny du couràt,mais de Dieu qui fait mifericorde: afin que
ma courfe ne vous foit pas inutile, & que mon trauail ne loit
pas vain au Seigneur : C’eft à luy que i’adreffe encore mes
prières, & les luy prefenteray tous les iours de ma vie, pour
le folliciter d’opercr luy-mefme cn vous pour fa gloire, ce
QQ^qqqüj

î®4^

Deffenfe Ae U

qu’il vous commande de faire pour voftre falut.
Seigneurlefus,qui neveuxpasque nous abandonnions
ta veriré fans defenfe, qui nous commandes de parler & d’efcrire,pour fouftenir fes interefts, mefme au péril de noftre
vie: Après que nous auons écrit & parlé pour elle, félon la
grâce que tu nous as donnée, ne l’a delaifte point toy-mefme,
afin que nos paroles & nos eferits ne foient point fans effet.
Mais qu’il te plaife les accompagner de ta parole intérieure,
qui entre dans les ames, & les grauer par les caraéleres de ton
Efpritdans le fond des cœurs. Tu nous as enuoyez,pour
ranger toutes les Nations à ta Difcipline,& les inftruire dans
l’Efcole de ta veriré : Mais nous ne fçaurions te faire vnfeul
Difciple par tous nos difcours, fi tu nc tiens toy-mefme Efco­
le au milieu des cœurs, pour leur faire comprendre par des
leçons fccrettes, toute la fçience du falut. Vien donc, faliitaire Doéleur des Ames, & puiflant Maiftre des Efprits, cap­
tiuer les entendemens à la Foy de tes veritez, afin qu’ily aie
obcilfance de Foy entre tous ies Peuples de laterre. Ne te
contente pas de porter la lumière dans les Efprits, pour les
éclairer en la connoiffance de ta vérité: mais porte à mefme
temps ia chaleur dans les volontez, pour les enflammer de ta
charité : afin qu’ils aiment la vérité après l’auoir connue î que
la croyant de cœur à iuftice, ils en faflentconfeffion&profeffion de bouche à falut. Enfin, puisque tu es le chemin &
la vérité, & la vie : appelle-les efficacement à toy, comme au
chemin, qui les peut rameiner de leurs égaremens ; comme à
la vérité, qui les affranchira de l’erreur ; comme à la vie, qui
lesfauueradelamort,pourles faire viure éternellement en
bon-heur & en gloire. Ainfi foit-il.
BISk................ de
0 ç é \ 7J tic

>-

DE fii-.i'JUEl.'X

*



^Additions'.

ÎÔ47

^ADDITIOT^S.
EVX qui traitent des matières de Controuetfc, imi­
tent la conduite de ceux qui fc voyent engagez dans vn
rude combat : lefquels negligeans les petits coups de
leur ennemy, qui ne fçauroient les atteindre, fe mettent feu­
lement en cftat de parer aux coups, & de repouffer les efforts
qui les peuuent blaifTer. Suiuant cela i’aduouê , que i’ay laitfé pafter par mefpris quelques obiedions du Bachelier, fans
y refpondre vn ftul mot, croyant qu’elles n’en valoient point
13 peine, & voyant bien qu’elles ne pouuoient point porter
de coup contre la vérité. Neantmoins ayant confédéré, qu’il
en voudroit tirer quelque aduantage, & faire pafTcrmon filence pourvnaducu de ce qu’il a dit : I’ay trouué à propos
après la reueuë de cét Ouurage, d'adioufter à la fin ces re­
marques, lefquelles ne feront pas entièrement inutiles,quand
bien elles ne produiroient point d’autre effet, que de vous
faire voir, que ie ne veux rien obmettre, ny rien laiffer fans
rcfponfe, deeeque les Millionnaires allèguent contre la vé­
rité de nos fentimens. C’eftpourquoy ie fupplic le Lcdcur
de renuoycr ces additions, aux lieux que ie luy marque.
Dans la page 112. après la cinquième ligne, & après ces
mots. Doncques fclonla creance des Pères 3 lefta-CbrtJi a ejié en
damnation3 adiouftez ce qui fuit,
Après cela le Bachelier refponddcuxchofes. Prcmiement, dit-il, outre que c’eft parler fans Efcriture, & fans authorité : c’eft encore parler fansraifon. Car s’il eft vray que
Iefus-Chrift a porté toutes les peines de nos pechez, & qu’vne des principales eft la damnation eternelle : il s’enfuit que
Iefus-Chrift fouffriroit la damnation eternelle : aduouërezvous vn tel blafpheme ?
I’eufTe attendu ce raifonnement d’vn Scdateur de Socin,
& non pas d vn Difciple de Iefus Chrift. Car c’eft ainfi que
les Sociniens raifonnent, pour combattre lafatisfadion du

C

I0^g

Additions.

S»dk. Fils de Dieu pour les hommes. Si Chrift euft fatisfait pour
in exam. nos pechez, &fupporté les peines qui leur eftoient deuës: il
erronwt. auroit deu périr éternellement : d’autant que la peine des pe­
chez, c’eft la mort eternelle. Mais Iefus Chrift n’a point
fouffért la mort eternelle: mais feulement vne mort de trois
iours. Cela eftant ainfi, puis que Maiftre Chiron parle con­
tre nous comme les Difciples de Socin : nous n’auons à ref­
pondre à voftre Bachelier, que ce que vous refpondriez vousmefines à ces Heretiques. C eft que la peine deuë aux pe­
chez des hommes, doit eftre infinie en valeur, ou endurée,
afin de fatisfaire pour des offenfes infinies, commifcs contre
vne infinie Majefté. C’eft pourquoy, d’autant que la créatu­
re ne pouuoit endurer vne peine infinie en valeur, a caufe que
fa nature, ny fes forces ne vont point dans l’infiny : Dieu i n fliiTe aux damnez des peines infinies en duree pour fc fatisfaiVe. Mais Iefus-Chrift eftant Homme Dieu, n’a pas efté obli­
gé d’endurer la damnation eternelle, afin de fatisfaire à Dieu
pour les pechez des hommes; & les peines qu’il a fouffertes
en fon Corps & en fon Ame a l’heure de fa mort, ont efté fuf■fîfantes, pour rendre cette fatisfadion : d’autant que la gran­
deur infinie de la Perfonne qui les enduroit, donnoit vnme•rite infiny à fes fouflrances.
Mais d'ailleurs, adioufté le Bachelier, c’eft vne grande
ignorance, & fort mal reconnoiftre la valeur infinie des mé­
rités, & des fatisfadions du Sauueur. Car fi vne goutte de
fang, fi vne priere, & vn feul foûpir eftoient fuffifans de fatis­
faire à la Iuftice de Dieu pour tous nos pechez : de quelle va­
leur fera l’effufion de tout fon Sang, qu’il a efpanché au mar­
tyre de fa Paffion, fans auoir befoin de recourir à vne damnation impie, qui déroge à la qualité de Rédempteur.
Ceux qui veulent joindre les fatisfadions des hommes
auec celles de Iefus-Chrift, comme font vos Dodeurs & vos
Miffionnaires : Ce font ceux-là qui connoiffent fort mal la
valeur infinie des mérités du Fils de Dieu ; cc font ceux-là qui
dérobent à la qualité de parfait Rédempteur, qui luy conuiéc
cn propre : puis qu’ils l’a vculét partager auec luy. Mais ceux
qui difcnt, comme nous difons, qu’en luy feul nous auons
rédemption par fon Sang j que luy feul a porté les peines de
nos

additions.

1049-

nos pechez ; & que luy feul a pu làtisfairé à la Iuftice deDieu
par le mérité de fes fouffrances, ne font pas ignorans de la fuf­
fifance de fes fatisfadions : puis qu’aucc Saind Pierre, ils

icconnoiffcntjC^üilny apointde falut en aucun autres nyd'autre Nomfous le Clef quifoit donné aux hommes , par lequel tl nous
faille eflrefauue^, que lefeul Nom de lefits.
Il eft vray qu’vne feule goutte de fon Sang eftoit d’vn
prix infiny, en genre de fang, d’autant que c’eftoit le Sang
d’vn Homme Dieu : mais-non pas en genre de fa fatisfadion,
dautant que pour fàtisfaire la Iuftice de Dieu, qui deman­
de la mort du pecheur, il faloit que le Rédempteur enduraft
la mort, qui eft le gage du péché; c’eft à dire qu’il fouffrift
non feulement les peines du Corps, mais auffi des douleurs
mortelles en fon Ame. Tant s’en faut donc que cctte dam nation, dans laquelle Chrift s’eft volontairement engage,
pour nous en retirer, déroge à la qualité de Rédempteur:
qu’au contraire fans cela fà Rédemption feroit imparfaite.
Car comme il ne feroit pas Rédempteur de nos corps, s’il n’a­
uoir porté nos pechez en fon Corps fur le bois, c’eft à dire s’il
n’auoit enduré la mort corporelle : Aufli nc feroit il pas Ré­
dempteur de nos ames, s’il n’auoit donné fon ame en rançon
pour nous i s’il ne l’auoit mife en oblation pour le péché j c’eft
à dire, pour me feruir de fes propres termes, fi elle n euft efté
làifie de triftefle de toutes parts, iufques à la morr.
38.
Après cela, fi le Bachelier me fait cctre interrogation,
pourquoy auoir recours à cette damnation de Chrift, puis
que l’effufion de tout fon Sang cftoitfuffifante pour racheter
le monde ? le luy feray vne fcmblablc demande, fi vne goutte
de fon Sang, fi vn de fes foûpirs eftoient fuffifans, pour fatisfaire à la Iuftice de Dieu : Quel befoin cft-il de recourir à l’ef­
fufion de tout fon Sang,& à tant de peinesqu’il a endurées?
Certes s’il dit que Iefus-Chrift a fouffert inutilement cctte
peine de damnation en fon Ame : le diray auec la mefme rai­
fon, que c’eft inutilement qu’il a fouffert toutes ces peines
de fentiment en fon Corps. S’il dit qu’il eftoit neceffaire,
qu’il épanchaft tout fon Sang, & qu’il fouffrift toutes ccs pei­
nes corporelles, pour rachepter nos corps : le diray de mef­
me, qu’il faloit neceffairement qu’il enduraft ces peines intcRRrrrr

10)0 „

•' Additions}

heures de l’Ame,pour racheter nos ames. Enfin S’il dit fêlons
le cômun fentimét de vosDoéteurs,que lefus-Chrift a endudes peines cxceftiues en fon Corps,pour rendre vne fatisfa­
dion fur-abondante: Pourquoy ne direz-vous pas auec ces
mefmes Dodeurs,qu’il a fouffert l’excez de tant de douleurs,
en fon Ame, afin de fatisfaire plus que pleinemët, & de nous
procurer vne abondante Rédemption ?
Dans la page 801. ligne ij. après ces mots, auant que
de Communier, adiouftez les paroles fuiuantes.
Il eft vray que Saind Paul veut difpofer les fideles à la
i.Ctt-.tx Communion du Corps de Chrift, quand il veut que chacun
28.
s’efprouue foy-mefme: mais il eft cuident qu’il parle precifei.Cer.n ment de la Communion des fignes quand il parle dc manger
a7«
du Pain, & de boire de la Coupe du Seigneur indignement.
Car nul ne peut prendre indignement le Corps du Seigneur:
d’autant qu’il nefe laiffe prendre qu’à ceux qu’il en rend di1.Cor.it gnes. Il eft vray auffi que l’Apoftre dit, que celuy qui mange
27. 2ÿ. indignement ce Pain, eft coulpable du Corps du Seigneur,
& qu’il mange fa condamnation, ne difeernant point fon
Corps:parce qu’il traite le Sacrement de fon Corps auec
mefpris. Mais ce n’eft pas à dire qu’il prenne effeéliuement
fon Corps, pour le mal-traiter: Car dépuis que lefus-Chrift
eft dans la gloire, fes ennemis n’ont plus de prife fur luy, non
plus que la mort. Enfin il eft vray que ceux qui participent à
cc Sacrement indignement, n’en tirent aucune vtilité, ains
fe rendent tres-miferables: parce qu’ils n'ont point départ à
«^T«£«y?. la chofe mefme. Mais il eft vray auffi, que tous ceux qui ont
tmft.25. part à la chofe du Sacrement, en tirent le falut & la vie, cominfohan. me dit Sainél Auguftin.
Dans la page 824. ligne 15. après ces mots, qu’ils font
alléguez à contre feras, adiouftez les paroles fuiuantes.
Par exemple, quand il dit,que la deffenfe que lefus-Chrift
nous fait dc nous courroucer contre nos freres fans caufe, &
le commandement de nous réconcilier auec nos ennemis, ne
font pas des préceptes dc la Loy, mais des côfeils & des nou­
uelles maximes de l’Euangilc : ne choque il pas manifefte­
ment le vray fens de la Loy, & l’intention du Legiflateur?
Certes celuy qui fait cette deffenfe aux Iuifs par Moïfe, Tu ne

Lddditions'.

1051

te vengeras point, & ne l’agarAéras point aux enfans de ton peuple,

ains tu aimeras tonprochain comme toy-mejme : deffend aflez ex­
preflement les mouuemens d’vne injufte colere, qui eft vn
appétit de vengeance. Celuy qui nous fait ce commande 2*
ment par Moiïe, de rameiner le Bœuf & l’Afne de noftre en- 4- i •
nemy deleurs égaremens, & de les reieuer de deflous leurs
fardeaux qui les accablent • & par le Sage Salomon, de donu
ner à manger à noftre ennemy, quand ii a faim : nous recom- 5*
mande aflez les moyens de nous reconcilier aucc luy. Enfin
fi vous entédez que nos ennemis mefmes lont nos prochains:
vous n’aurez pas de la peine à côccuoir que laLoy nous déféd
de nous venger d’eux, & nous enjoint de nous remettre bien
auec eux-mefmes : puis qu’elle nous ordonne de les aimer.
Et c’eft ainfi que S. Auguftin met la diledion des enne­
mis entre les Commandemens de la Loy. Quand donc IefusChrift nous deffend le courroux contre nos freres, & nous
commande la réconciliation auec nos ennemis : cc n’eftpas
pour eftablir des nouuelles maximes de perfedion par-deflus
celles de la Loy : mais feulement pour purger la Loy des fauf­
fes gloles de les Dodeurs, & la remettre dans la pureté de
fon fiens véritable, cômmc il tefmoigne luy-mefme, quand
vous auez. entendu quil a ejlé dit par les Anciens Dodeurs j/d/Zj.ç.
de la Loy, tu aimeras ton prochain, dr haïras ton ennemy : mats je 43.
vous dis moy, aimez vos ennemis.
Dans la page 871. ligne 54. après ces paroles, ils meu­
rent dans leur péché, & par confequent dans la damnation,
adiouftez ce qui fuit.
Il l’a foûtient plus mal, quand il dit, que l’abfolution du
Prcftrc, n’cft pas abfolument neceffaire au falut du penitent.
Car en cela il parle manifeftement contre la creance de vos
Dodeurs, & du Cardinal Bellarmin luy-mcfme, qui dit que
plufieurs qui croyent en Chrift, periffent éternellement :
parce qu’ils meurent auant qu’ils foient abfous par le Preftre. par.tt.c. 1
Et contre la dodrine du Concile de Trente, qui déclaré que Concihü
le Sacrement de penitécc eft auflî neceffaire au falut de ceux Tvia.ftjf,
qui font tombez après le Baptefme, que le Baptcfme mefme ‘4
l’eft à ceux qui ne font pas encore régénérez.

ERRATAOV FAVTES A CORRIGER DANS CET
O V V R A G £.
Ligne.

Tante!.

Corrigez.

20.
28.
2<?.
41.
45IOO*
110.
I73*
18 r.

16.
23.
I?.
33*
16.
22,
»511.

Carninal,
embrafte,
mon
trouuez

Cardinal
embrafler
fon
jrouuccs

ter mtr

termes

Exemples

exemple

je l’aduoué

je le veux

veux.
objeftoit

291.
32a.

6.

redouent

S22.
’5«
10.
23.
27.
10.
28.
17*
4*
33.
20.
2J.
418.
2Î*
7*
522.
34*
27.

de fon
pour
aboly
jls ont
tiennent
receuoient
Pic
nul
le
aufii grand
Achab
mettre
par
luppofcr
qu’ils y auoit
adjouftées
nc
qui
me
l’inftitution
Ifiodore

yeux
obje&eroit
redoutent
fon
P«,,
cftably
s’ils n’efeoutent
tiendroient
receuroient
Pic
vne
ce
grand aufii
Achaz
mette
pas
fupporter
qu’on y auoic
adjouftez
de
que
nc
l’intention
Ifidore

328.
3)3360.
361.
37<ÿ.
434*
438.
458.
479*
480.
5375zi.
569.
581.
583.
651.
66’.
68r.
7°3« •
719/

73 i»
74Ï»
745.
7<ji.
778.
791.
825.
835.
850.'
854.
$85.
893.
924.
9’7*
930.
944.
1032.

«

ERRATA

Ligne»

Fautes.

Corrigez:

30.
38.
37*

Cathechefique.
l'accès
fe feroit
n’o flanc
quand
d’ententre
eft en fon Autel
à cela
proccpte
fay produite
ont
fpirituel
fondain
porte
eft redefeendu
appliquez y
& de ce que

Catechetique
l’accès de fa perfonne
feroit
n’obftant
quant
d’entendre
eft fon Autel
en cela
precepte
fay à produire
on
materiel.
foudain
porte
eftre defeenda
appliquez icy
& ce que

29.

320.
$•
ar.

35*
38.
25.
5.

23.
30.
31*
14.
3<?.

'' ft'*. *•*- - C?‘

• >'•>

FAVTES DES MARGES.
Ligne.
8.
358.
594»
492.
532.
579»
683.
689.
742»
784.
89 t.
972*
99 2.

Fautes.

Corrige^.

1,4- c. 35.
1. de Synod.
hær. 74.
Schleid. c. 2 là
Catech. 12.
Cap. 1.
De Corpus.
Thom. de Rio
Cap. 11.
Cap. 1 r.
Cap. 9.

1-3 c. 2. 3.4, .
delé.
hær. 35.
& Baleus Centur. S»
Catcch 4. & 12.
Cap. 1 r.
de Corporei
Thom. de Vio»
Cap. 114.
Cap. 13.Cap, 29.

>s. .

6.

18.
32.
34*
«4*
10.
3421.
14.
25.
34*
3*.

L'IMPRIMEUR AU LECTEURS.

ESSIEVRS,
le vous donne advis, que file train de ma Prefle fût allé
auffi vifte que la plume de l’Auteur, vous eufliez veu paroiftre
l’Anti-Chiron en lumière, vnan apres que le livre de Mr.
Chiron parût au jour. Mais que pouuoit faire davantage vn
homme feul , pour l’impreflîon d’vn fi grand Ouvrage i
lequel a efté affligé d’vne vehemente maladie, pendant
l’efpacedefixmois, & encore outre ce grand travail, a fait
quelques labeurs deVille, pour le fervice du public, & des
particuliers ? le m’afleure , MESSIEVRS, que ces
confiderations pafleront dans vos efprits, pour des exeufes
légitimés du retardement de l’impreflîon de ce Livre : Et je
croy, que bien loin de m’accufer de négligence : Au con­
traire , vous aurez fujet de louer mon afliduïté & ma diligen­
ce. Quoy qu’il en foit, je vous prie de vousfouvenirde ce
dire, qui pafle en Proverbe parmy les Latins, qui difent qu’v­
ne chofe fè fait aflez toft, pourveu qu elle foit aflez bien faite»

IMPRIME*
A

B ERG ERAC C,

Par ANDRE" BOYSSET,

i
BIB'.ioTi
DE LA VILLE

DE FÉÎÜGÜtijX