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Médias

Fait partie de Projets de rues à ouvrir dans la ville de Périgueux. Séance de la Commission municipale du 3 février 1857. Rapport du Maire

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MAIRIE DE LA VILLE DE PÉRIGUEUX.

( y7 C3

PROJETS

RUES A OUVRIR
DANS LA VILLE DE PÉRIGUEUX.
SÉANCE DE LA COMMISSION MUNICIPALE
du 3 Février 1837.

RAPPORT OU MAIRE

Æ 188
Messieurs,
Je soumets aujourd’hui à vos délibérations un projet qui,
par son influence considérable sur l’avenir de notre ville
et par l’étendue des obligations qu’il imposerait à la com­
mune, doit appeler votre étude la plus sérieuse et la plus
approfondie.
Ce projet consiste à ouvrir, à travers l’ancienne ville, une
large voie de circulation entre le Pont-Vieux et le boule­
vard.
Lorsque vous avez sollicité l’administration supérieure de

fixer l’emplacement de la gare sur un point rapproché du
centre de la population, vous avez, avec raison, appuyé
votre demande sur des considérations tirées de la situation
particulière de la ville de Périgueux. L’étroitesse et l’irrégu­
larité de ses rues, qui interdisent d’une manière presque ab­
solue la circulation des voitures dans tous les quartiers in­
térieurs, rendaient plus nécessaire, pour elle que pour toute
autre, le rapprochement de la gare.
L’administration supérieure a reconnu, à ce point de vue,
l’importance et la justice de vos réclamations. Tout en
croyant devoir adopter l’emplacement de la gare choisi par
la compagnie, elle a voulu sauvegarder nos droits et nos
intérêts. Elle a compris que la décision prise par elle obli­
geait la ville à créer, dans sa partie intérieure, des voies de
circulation plus larges et plus faciles; et il lui a semblé juste
de faire participer la compagnie, en compensation des avan­
tages qui lui étaient faits, aux charges que cette situation
imposait à la ville.
C’est dans cet esprit de bienveillance et de haute équité
qu’a été rendue la décision ministérielle en date du 9 sep­
tembre 1856, qui oblige la compagnie à supporter, jusqu’à
concurrence de 100,000 fr., le tiers de la dépense que la
commune croirait devoir s’imposer pour faciliter les com­
munications entre la gare et l’intérieur de la ville.
Vous penserez, sans nul doute, comme nous, Messieurs,
que l’administration municipale doit faire tous ses efforts
pour ne pas laisser échapper l’occasion. qui lui est offerte de
doter notre ville d’une grande entreprise d’utilité publique,

— 3

en l’exonérant du tiers de la dépense que nécessitera cette
entreprise.
Il reste à examiner quel est le projet le plus avantageux
et le plus praticable que vous deviez adopter dans ce but.
C’est à cette étude que j’ai dû m’appliquer, et dont je viens
vous faire connaître les résultats.
Mais avant de vous les exposer, il est une question préa­
lable sur laquelle je dois d’abord appeler votre attention ;
de sa solution dépend le sort de tous les projets, quels qu’ils
soient, dont j’ai à vous entretenir.
Vous avez décidé la construction d’une halle aux grains, et
vous avez voté, pour cet objet, un emprunt de 280,000 fr.,
que vous avez été autorisés à contracter.
L’espoir de créer à Périgueux un marché aux grains
important, et de rendre ainsi plus faciles et moins coûteuses
les conditions dans lesquelles se fait l’approvisionnement de
notre ville; les résultats que devaient avoir pour l’assainisse­
ment et l’embellissement de tout un quartier la destruction
d’un grand nombre de vieilles maisons, la construction d’un
beau monument et le commencement d’une rue nouvelle :
telles sont les raisons puissantes qui ont motivé votre vote.
Mais je dois vous faire remarquer, Messieurs, qu’il vous
serait facile de conserver tous les avantages que vous vous
êtes promis, pour l’alimentation publique, de l’établissement
d’une halle, en l'élevant sur un terrain moins coûteux et
dans des conditions plus modestes d’étendue et d’élégance

?

monumentale. En second lieu, au point de vue de l’embel­
lissement de la ville, les conséquences que pourrait avoir,
pour un seul quartier, la construction de la halle, ne sau­
raient entrer en parallèle avec l’influence générale qu’exer­
cerait sur l’amélioration de toute l’ancienne ville une rue
nouvelle qui la traverserait en passant par son centre et
dans sa plus grande largeur.
La condition première et indispensable de l’exécution de
l’un des projets que nous avons à vous soumettre consiste­
rait donc, ou à ajourner la construction de la balle, ou à
décider qu’elle serait exécutée dans des conditions beaucoup
plus économiques. Les ressources de la ville ne comporte­
raient pas l’adoption simultanée d’entreprises aussi coûteuses.
Dans le cas où vous vous décideriez à appliquer, en tout ou
en partie, le crédit voté pour la halle à l’ouverture d’une
rue, il y aurait lieu de demander au pouvoir législatif l’auto
risation de changer la destination de l’emprunt que vous
devez contracter.
Il est encore, Messieurs, une autre condition qui nous
paraît devoir être commune à tous nos projets. Nous croyons,
en effet, qu’il ne suffirait pas de rendre plus facile la circu­
lation dans l’intérieur de la ville; il faudrait encore amélio­
rer, au même point de vue, les avenues immédiates de la
gare. Dans l’étal actuel des choses, il n’en existe qu’une
seule, qui nous paraît insuffisante : c’est la route de Bor­
deaux. L’avenue directe de la gare pour toute la partie nord
de la ville sera la rue Saint-Martin. Nous avons cru devoir
comprendre, dans chacun des projets que nous vous pré­
sentons, l’élargissement de cette rue, en suivant les aligne-

\

ments tracés sur le plan de la ville. Du reste, le même es­
prit d’équité que nous invoquons en faveur des projets qui
ont pour but l’amélioration de l’ancienne ville, vous impose
aussi le devoir de ne point laisser dans l’oubli les intérêts
des nouveaux quartiers.
L’évaluation de la dépense nécessaire pour la rectification
complète de la rue Saint-Martin, jusqu’au point où elle ren­
contre la rue Pont-Saint-Nicolas, s’élève à 60,000 fr. Des
travaux de déblai considérables seront encore nécessaires
pour abaisser convenablement le niveau de la rue nouvel­
lement ouverte, qui prolongera directement la rue SaintMartin jusqu’à la gare. Je fais étudier en ce moment ce
dernier travail.
L’emplacement choisi pour l’établissement de la gare nous
imposera, je crois, dans un avenir prochain, une obligation
de la même nature pour le quartier de la Cité. Une rue
devra être ouverte entre la place de la Cité, agrandie, et. le
carrefour dit des Quatre-Chemins, et ce projet pourra être
combiné avec l’amélioration, que vous avez déjà reconnue
indispensable, des accès de la caserne. Je ne puis encore
vous fournir d’éléments précis sur la dépense qu’il entraîne­
rait ; mais il y a lieu d’espérer que la plupart des proprié­
taires comprendraient assez bien leurs intérêts pour aban­
donner gratuitement le terrain nécessaire, et que la dépense
à la charge de la commune serait très peu élevée.
Après avoir ainsi déterminé les conséquences communes
que me paraissent devoir nécessiter tous les projets de rues
nouvelles à ouvrir dans l’intérieur de la ville, j’arrive à
l’examen de ces projets eux-mêmes.

— 6 —

Nous avions à nous demander d’abord quelles conditions
essentielles devraient remplir les voies nouvelles, pour que
les résultats fussent à la hauteur et de l’importance de l’en­
treprise et des dépenses quelle doit entraîner.
Les conditions dont je parle m’ont paru être celles-ci :
ouvrir une voie qui permette l’accès facile des places prin­
cipales de l’intérieur, lesquelles devraient servir de point de
départ pour la circulation entre la ville et la gare ; en second
lieu, établir une communication entre la gare et le quai
projeté sur la rive droite de l'Isle, au-dessous du Pont-Vieux,
et mettre ainsi en rapport direct les deux centres du mou­
vement commercial de Périgueux ; rattacher le faubourg des
Barris à la ville en améliorant leurs communications; enfin,
donner à l’ancienne ville, trop déshéritée jusqu’ici d’une
part équitable dans les améliorations qui ont été réalisées, la
facilité de circulation qui lui manque, et sauvegarder ainsi
les intérêts considérables dont elle est le siège.
Quatre'projets m’ont paru remplir, avec plus ou moins
d’avantages et de facilité dans leur réalisation, les conditions
principales que je viens d’indiquer. Je les ai étudiés, soit sur
le plan, soit sur les lieux, avec le concours de M. l’architecte
de la ville, et j’ai fait dresser, par ce fonctionnaire, une
évaluation des dépenses de toute nature que l’exécution de
chacun de ces projets devrait entraîner.
En voici l’exposé :
Nous avons donné à chacune des rues nouvelles une lar­
geur de onze mètres.

Premier projet. — Il consisterait à ouvrir une rue en
prolongement de la rue de la Clarté, et en ligne droite, jus­
qu’au boulevard. L’ouverture de celte rue devrait entraîner
la destruction des maisons situées entre la rue Salinière et
la place de la Mairie, y compris la mairie elle-même; elle
viendrait’ déboucher vers la partie moyenne de la place
Bugeaud. Le niveau de la partie inférieure de la place
Daumesnil, de la place du Greffe et de la rue du Pont-Vieux,
devrait être considérablement élevé pour atteindre celui du
quai.
L’exécution de ce projet aurait pour résultat la création
d’une voie de communication directe entre la place Bugeaud
et la place Daumesnil. Sa situation serait parfaitement cen­
trale; mais elle aurait l’inconvénient d’aboutir perpendicu­
lairement à la place Bugeaud, et de ne pas présenter, à son
ouverture, un développement suffisant.
La dépense est évaluée à............................

382,000 fr.

A cette somme, il faut ajouter :
1° Celle qui serait nécessaire pour la recons­
truction de la mairie, qui ne nous paraît pas
pouvoir être évaluée à moins de 200,000 lr.,
ci..................................................
2° 60,000 fr. pour l’élargissement de la rue
Saint-Martin, ci................................................
Total.....................
En déduisant de cette somme les 100,000 fr.
donnés par la compagnie, ci............................
Il resterait, à la charge de la commune, une
dépense de.........................................................

200,000
60,000
642,000 fr.
4 00,000
542,000 lr.

— 8 —

Deuxième projet. — Il consisterait à modifier le tracé
précédent dans sa seconde partie, entre la place de la Mai­
rie et le boulevard ; à suivre la direction de la rue Hiéras,
en détruisant les maisons placées sur le côté gauche, et à
déboucher en face du théâtre et dans l’axe de cet édifice.
Cette modification présenterait l’avantage de faire aboutir
la rue en un point où le boulevard présente une grande lar­
geur, et de lui donner pour perspective la façade du théâtre
ou celle de la préfecture, si l’emplacement de ce dernier
édifice devait être fixé dans l’enclos dépendant du couvent
de Sainte-Ursule, sur la rue Traversière-Sainl-Martin.
La dépense de ce projet, en y comprenant la réédification
de la mairie, est évaluée à.............................. 685,000 l'r.
Auxquels il faut ajouter 60,000 fr. pour la
rue Saint-Martin, ci.........................................

60,000

Ce qui donne un total de..............................

745,000 fr.

Lequel est réduit à 645,000 fr. par suite de l’indemnité
imposée à la compagnie.
Vous remarquerez, Messieurs, qu’en adoptant l’un des
deux tracés que je viens de vous indiquer, il faudrait, pour
atteindre le but principal que vous auriez en vue, exécuter
immédiatement toutes les portions comprises entre la place
Daumesnil et le boulevard, ainsi que l’achèvement de la rue

— 9 —

Saint-Martin. La seule partie dont on peut ajourner l’exé­
cution jusqu’à l’époque de la construction du quai, serait
celle qui concerne les abords du Pont-Vieux. Cette partie
étant évaluée à 72,000 fr., la commune devrait donc s’im­
poser immédiatement une dépense de 470,000 fr. pour le
premier projet et de 553,000 fr. pour le second.
La dette de la commune s’élève aujourd’hui à 346,000 fr.
Vous la porteriez immédiatement au chiffre de 816,000 fr.
par l’adoption du moins coûteux des deux tracés.
Ce chiffre nous paraît excéder celui auquel on peut rai­
sonnablement élever la dette communale, en tenant compte
des nécessités imprévues que peut imposer l’avenir, et qu’il
faut toujours réserver, dans une certaine mesure. Les dé­
tails dans lesquels nous entrerons plus loin sur ce sujet vous
le prouveront suffisamment.
Il y aurait lieu d’examiner, cependant, si les propriétaires
dont les maisons se trouvent sur le parcours de ces rues nou­
velles et sont respectées en tout ou en partie, ne seraient pas
disposés à venir en aide à la ville par des souscriptions vo­
lontaires, ainsi que l’ont fait les habitants de la rue Taillefer.
Il est possible que des propositions soient faites à cet égard,
quand les projets qui nous occupent auront reçu plus de
publicité dans la population. C’est donc un élément éventuel
qu’il faut réserver dans l’estimation. En outre, il faudrait
savoir, afin d’évaluer la dépense immédiate, pour ces pro­
jets comme pour les autres, si quelques-uns des propriétaires
expropriés consentiraient à accorder des délais pour le
paiement des indemnités qui leur seraient dues.
1

— 10 —

Troisième projet. — I1 consisterait à élargir et à rectifier
les deux rues Taillefer et d’Enfer, et à prolonger cette voie
jusqu’au Pont-Vieux, par le remblai de la partie inférieure
de la place Daumesnil, de la place du Greffe, et par celui de
la rue du Pont-Vieux.
La rue ainsi tracée traverserait l’ancienne ville dans sa
plus grande largeur; elle suivrait la direction naturellement
indiquée par la circulation actuelle entre l’extérieur et l’in­
térieur de la ville; sa partie principale aboutirait à la ca­
thédrale, et elle contribuerait au dégagement et à la restau­
ration de ce monument, qui fera, dans quelques années, la
gloire et l’ornement de notre cité ; en se prolongeant par la
route de Bordeaux à travers le faubourg de Sainte-Ursule,
elle serait la voie la plus directe et la plus courte pour met­
tre le centre de la ville en communication avec la gare. La
profondeur de la plupart des maisons qui se trouvent sur
son parcours permettrait de lui donner la largeur indiquée,
en laissant à ces maisons l’emplacement nécessaire pour
l’habitation et pour l’établissement de vastes magasins. Elles
seraient promptement réparées par leurs propriétaires, et la
rue nouvelle pourrait être complètement achevée dans un
très court délai.
Voilà quels seraient les avantages incontestables de ce
projet.
L’objection principale qu’on pourrait lui opposer serait de
ne faire qu’améliorer une rue, au lieu d’en créer une nou­
velle, ce qui est en général préférable dans une ville
agglomérée et d’une circulation difficile.

— 11

L’estimation des dépenses de ce projet s’élève dans son
ensemble à........................................................ 140,000 fr.
Ajoutant les 00,000 fr. pour la rue SaintMartin, ci..........................................................

60,000

La dépense totale est de.............................

500,000 fr.

La plupart des propriétaires de la rue Taillefer, compre­
nant combien l’élargissement de cette rue, dans les conditions
que nous avons indiquées, serait favorable à leurs intérêts,
nous ont fait l’offre de venir en aide à la ville et de l’exonérer
d’une partie de la dépense.
Ces propriétaires se divisent en deux catégories :
La première se compose de ceux dont les maisons se
trouvent atteintes et sujettes au recul. Ils offrent :
1° De délaisser gratuitement le terrain qui serait pris sur
leur propriété pour l’élargissement de la rue. La surface du
terrain abandonné serait de 584 mèt. carrés, qui, à raison de
15 fr. le mètre, représenterait une somme de
8,769 fr.
2° Ils s’engagent, en outre, à faire don à la
commune du quart de l’indemnité qui devrait
leur être allouée pour le dommage fait à leurs
maisons, soit par les travaux de déblai, soit
par la démolition des façades. Quelques pro­
priétaires ont môme fait le sacrifice de la
totalité de l’indemnité qui leur serait due. La
somme représentée par ces offres s’élève à...

39,300 fr.

A reporter..........

48,069 fr.

— 12 —

Report.............
Dans la seconde catégorie, il faut ranger les
propriétaires dont les maisons ne sont pas su­
jettes au recul. Ils s’engagent à faire, à leurs
frais, toutes les réparations nécessitées par le
déblai du terrain au-devant de leurs maisons
et à faire don d’une subvention à la ville, en
compensation de la plus-value qui serait as­
surée à, leurs propriétés. Le montant de leur
souscription est de............................................

48,069 fr.

18,500 fr.

Les offres faites à la commune s’élèvent
donc à une somme de......................................

66,569 fr.

Ajoutant à cette somme l’indemnité de
100,000 fr. due par la compagnie, ci.............

100,000

On arrive à un total de................................

166,569 fr.

L’évaluation du projet étant de..................

500,000

La dépense restant à la charge de la com­
mune serait de.................................................

333,431 fr.

Il faut remarquer, Messieurs, que la rectification de la
rue d’Enfer ne serait pas immédiatement nécessaire. L’État
a commencé à acquérir, pour dégager la partie nord de la
cathédrale, les maisons qui forment un des côtés de cette
rue. Dans un assez court délai, ces maisons auront disparu,
et leur destruction donnera à la rue d’Enfer une largeur
suffisante pour la facilité de la circulation. Il n’y aurait donc

— -13

aucun inconvénient à ajourner, en l’adoptant en principe,
la rectification du côté nord de la rue.
En second lieu, l’exécution de la partie du tracé comprise
entre la rue d’Enfer et le Pont-Vieux ne deviendra néces­
saire qu’à l’époque où sera construit le quai projeté sur la
rive droite de l’Isle.
Ces deux parties du projet ont été évaluées à 142,000 fr.
La dépense immédiatement réalisable pour l’élargissement
de la rue Taillefer, entre le boulevard et la place Marcillac,
serait donc seulement de 191,431 fr.
Quatrième projet. — Ce dernier tracé consisterait à ou­
vrir une rue en ligne droite qui commencerait en face du
théâtre, en prenant pour axe celui de cet édifice, suivrait la
direction du côté sud de la rue Hiéras, traverserait la place
de la Mairie, et aboutirait à la place Marcillac, en détruisant
les maisons situées entre ces deux places. Elle se prolonge­
rait jusqu’au Pont-Vieux en suivant la place Marcillac, la
rue d’Enfer rectifiée, les places Daumesnil et du Greffe.
Les avantages offerts par ce projet seraient d’ouvrir une
voie nouvelle, de mettre en communication directe la place
de la cathédrale et le boulevard, et d’améliorer des quar­
tiers qui n’ont pas aujourd’hui une grande importance.
A ces avantages directs et immédiats pourraient se joindre
encore des conséquences d’une grande valeur pour l’embel­
lissement et la prospérité future de notre ville. Ces consé­
quences ont été aperçues par l’éminent magistrat auquel est
confiée l’administration départementale, et dont l’active sol2

— 14 —

licitude s’occupe , avec un soin particulier, de tout ce qui
touche aux intérêts municipaux de Périgueux. Vous les
trouverez développées, bien mieux que je ne saurais le faire,
dans la lettre que m’a fait l’honneur de m’écrire à ce sujet
M. le Préfet de la Dordogne, et dont je vais vous donner
communication.
Voici cette lettre :
« Périgueux, le 30 décembre 1856.

» Monsieur le Maire,
» Le projet de construction d’un nouvel hôtel pour la préfecture a
été étudié sur le terrain de MM. de Monéys et de Fayolle, situé au nord
des allées de Tourny. On peut dire que l’approbation de ce projet
s’étend implicitement à l’emplacement, et qu’elle en implique, jusqu’à
un certain point, l’adoption.
» Cependant l’assiette d’un édifice public de cette importance touche
évidemment à tous les intérêts de la ville. C’est pourquoi, dans ma
juste préoccupation de ces intérêts, j’ai pensé que la question com­
portait une étude particulière et approfondie, et j’en ai confié le soin à
une commission spéciale, dans laquelle la ville a eu sa légitime repré­
sentation.
» Le rapport de cette commission, que vous trouverez ci-joint, tout
en reconnaissant la convenance du terrain de MM. de Monéys et de
Fayolle, a mis en lumière un emplacement bien plus riche en avan­
tages de toutes sortes pour la prospérité et l’embellissement de la ville,
et, par suite, a donné naissance à un projet qui peut paraître vaste
sans cesser d’être pratique, et sur lequel je dois, dès-lors, appeler
vos délibérations et celles de la ville, car, à mon avis, aucun autre ne
saurait intéresser au même degré son avenir.

15 —
» Ce projet consiste à placer la préfecture dans l’enclos dépendant
du couvent des Ursulines, en lui donnant pour avenue principale, en
deçà du boulevard, une rue dont la largeur comprendrait, avec l’em­
placement du théâtre, qui serait'démoli, les deux rues latérales, et,
au-delà du boulevard, une voie à ouvrir en ligne directe . jusqu’à la
.place de la cathédrale, puis, au moyen d’une ligne brisée, jusqu’au
Pont-Vieux, sur une largeur moindre, mais suffisante pour mettre en
communication avec la gare, et, par suite, vivifier toute l’ancienne ville.
» Les études préparatoires que vous avez fait faire vous ont con­
vaincu, comme je l’avais espéré, Monsieur le Maire, que ce projet est
parfaitement réalisable aussi bien sous le rapport de son exécution
matérielle que sous celui des ressources financières de la ville.
» Je n’entrerai donc pas ici dans des développements inutiles pour
vous à ce double point de vue. Je n’insisterai pas non plus sur l’oppor­
tunité de cette belle et grande entreprise. Il est visible pour tous que.
la percée du Pont-Vieux au boulevard est une question de salut pour
le vieux Périgueux. Sans cette transformation, les quartiers neufs
absorberont bientôt la vie qui lui reste, et il devra se résigner à mourir.
Cette extrémité ne peut être conjurée qu’en faisant pénétrer à travers
ses antiques et étroites rues, l’air, la lumière, la circulation, et, à leur
suite, la population, le commerce et la richesse. Le corps municipal
est trop éclairé pour méconnaître ce que cette situation a d’impérieux;
les circonstances ne seront jamais plus favorables : le chemin de fer et
sa subvention, la construction d’une nouvelle préfecture et son empla­
cement, donnent à cette inévitable question une actualité qui ne se
représentera peut-être plus aussi réelle et aussi puissante.
') Aussi, suis-je persuadé que le projet étudié ne rencontrera dans le
conseil municipal que des partisans. Mais, en vous invitant à le lui
soumettre, je crois devoir, Monsieur le Maire, en déterminer en peu
de mots les conditions essentielles. On comprend, en effet, que ce
projet embrassant dans son ensemble des travaux d’utilité communale
et départementale, il devient nécessaire de combiner les intérêts de la
commune et ceux du département d’une manière équitable et satis­
faisante pour tous.

— -16 —
» La construction de l’hôtel de la préfecture est une charge dépar­
tementale; mais il est naturel que le département se prête, dans la
mesure de ses intérêts propres, à ceux de la ville. En semblable ma­
tière, rien ne doit se confondre, mais tout se lie. Il suit de cette dis­
tinction que le département doit préférer l’emplacement qui convient
le mieux à la ville, pourvu qu’il satisfasse aux convenances de l’admi­
nistration départementale et ne l’entraîne pas dans des dépenses plus
considérables. Or, l’emplacement des Ursulines, comparé à celui de
MM. de Monéys et de Fayolle, ne remplit que la première de ces deux
conditions. Sa valeur est plus élevée. Le choix de cet emplacement
imposera donc à la ville un sacrifice. Ce sacrifice trouvera, à la vérité,
sinon une compensation complète, au moins une importante modéra­
tion dans les élargissements qu’obtiendront les rues Traversière et
Saint-Martin et dans l’ouverture de deux rues nouvelles, dont l’une
isolera la préfecture du côté des Ursulines, et l’autre mettra la rue
Saint-Martin en communication avec la route de Bordeaux. Il est juste
que ce qui profitera à la voie publique soit au compte de la ville.
Mais le règlement et la répartition des charges respectives pourraient
soulever entre la ville et le département des difficultés qu’il convient
de prévenir. Il importe que rien ne puisse troubler un. concours néces­
saire à une œuvre aussi importante. Or, il est un moyen simple
d’assurer ce résultat : c’est que la ville se charge exclusivement de
l’acquisition, par voie amiable ou par expropriation, de tous les ter­
rains, et qu’elle livre au département l’emplacement destiné à la pré­
fecture , moyennant une indemnité ou subvention qui sera fixée à une
somme équivalente à celle qu’auraient coûté au département les
terrains de MM. de Fayolle et de Monéys. Cette subvention ou indem­
nité serait payable partie à l’époque de la prise de possession de l’em­
placement, partie à l’époque de la démolition du théâtre.
» La contenance de l’emplacement sera déterminée comme ses
accessoires.
» La contenance embrassant, conformément au plan joint à la pré­
sente , l’espace A, B, C, D, comprendra, avec une partie de l’enclos
des Ursulines et l’établissement de la Cérès, les bâtiments et propriétés
de MM. Mie, Défougères, Mage, Berger et Véry, le tout délimité sur

— 17 —
deux côtés par la voie publique actuelle, et sur les deux autres par des
rues à ouvrir pour isoler la préfecture et ses dépendances, et pour
mettre en communication la rue St-Martin avec la route de Bordeaux,
» Les accessoires, c’est-à-dire les dispositions extérieures à l’em­
placement, sans lesquelles il ne pourrait pas être accepté par le
département, comprendront la démolition du théâtre et le prolonge­
ment de la rue, sur toute la largeur que cette démolition donnera, du
boulevard à la rencontre de la rue Traversière. Ces deux dispositions
sont essentielles-; elles seront complétées, dans l’intérêt de la ville,
par l’ouverture de la grande rue sur la cathédrale, dont il a été parlé
ci-dessus.
» Telles sont, Monsieur le Maire, les données principales et essen­
tielles du projet sur lequel je crois devoir vous inviter à appeler les
délibérations du corps municipal. Ces données et conditions sont toutes
équitables et admissibles ; elles ne sont ni au-dessous des intérêts de la
ville, ni au-dessus de ses ressources. Il s’agit d’un grand et beau
projet. Il serait difficile d’en préciser exactement les avantages, qui
sont incalculables ; il est facile, au contraire, de déterminer l’étendue
et la durée des charges qui en seront la conséquence. Ces charges
pourront être restreintes par le concours des intérêts privés, qui vont
y trouver un grand et prompt développement. Dans tous les cas, la
ville peut entreprendre hardiment une œuvre qui honorera le présent
en dotant l’avenir d’un puissant élément de prospérité.
» Agréez, Monsieur le Maire, l’assurance de ma considération la
plus distinguée.

» Le Préfet de la Dordogne,
\
» A. Ladreit de Lacharrière. »

Ainsi, d’après la lettre de M. le Préfet, l’administration
départementale serait disposée à fixer l’emplacement de la
préfecture dans l’enclos des Ursulines, sur la rue Travcr-

— 18

sière-Saint-Martin, si la ville consentait aux conditions sui­
vantes :
1° A ouvrir, entre la place Marcillac et le boulevard, une
rue servant d’avenue à la préfecture projetée ;
2° A détruire, dans un délai donné, la salle de spectacle,
ainsi que les maisons placées entre cet édifice et la rue Traversière-Saint-Martin, et à acheter les terrains contigus à
ces maisons ;
3° À faire tous les frais de l’achat du terrain nécessaire à
la construction de la préfecture dans l’enclos des Ursulines,
moyennant une subvention à peu près équivalente au prix
que coûterait l’emplacement primitivement choisi dans le
jardin Monéys, sur le cours Tourny, subvention qui peut
être évaluée à 80,000 fr.
A l’évaluation des dépenses du projet en lui-même, il
faut donc ajouter celles que nécessiteraient les conditions
ci-dessus.
Ces dépenses se décomposent ainsi qu’il suit :
L’acquisition des terrains et des maisons pour l’emplace­
ment de la préfecture dans l’enclos de Sainte-Ursule a été
estimée, par M. l’architecte du département.. 411,000 fr.
Celle des terrains et maisons situées der­
rière la salle de spectacle peut être évaluée à.
A reporter...........

30,000
141,000 fr.

19 —

Report....................
La construction d’une salle de spectacle, dont
l’emplacement devra nécessairement être fixé
sur la ligne du boulevard et sur un terrain déjà
occupé par des constructions, ne peut être por­
tée à moins de...................................................

14-1,000 fr.

200,000

Total.............................

34-1,000 fr.

La dépense nécessaire pour l’ouverture de
la rue entre le boulevard et le Pont-Vieux a
été évaluée, par M. l’architecte de la ville, à..

4-70,000 fr.

A ce chiffre, il faut ajouter celui auquel a
été estimé l’élargissement de la rue St-Martin,
et qui s’élève à 60,000 fr. Nous devons faire
remarquer, toutefois, qu’il y aurait lieu de dé­
duire de cette somme celle qui serait affectée
à l’indemnité due pour les maisons Berger et
Véry, déjà comprise dans la dépense de l’em­
placement de la préfecture portée ci-dessus,
soitenviron 15,000 fr. Le chiffre de 60,000 fr.
se trouverait donc réduit à...............................

4-5,000

Total général de la dépense....

856,000 fr.

Déduisant de cette somme l’indemnité de
100,000 fr. imposée à la compagnie .et la
subvention de 80,000 fr. qui serait donnée
par le département à la ville, ensemble......... 180,000 fr.
Il resterait à la charge de cette dernière
une dépense de................................................. 676,000 fr.

— 20 —

Il est évident que la ville ne pourrait immédiatement con­
tracter un emprunt de celte importance, qui, ajouté à la dette
actuelle, formerait un total de 1,032,000 fr., et engagerait
toutes ses ressources disponibles pour vingt années au
moins. Si le projet dont il s’agit n’était réalisable qu’à ces
conditions, nous ne pourrions que vous en proposer l’aban­
don, quels que fussent d’ailleurs ses avantages.
Mais nous pensons qu’il ne serait pas impossible d’arriver
à sa réalisation complète par des combinaisons raisonnables
et en rapport avec nos ressources.
Vous devez, en effet, remarquer, Messieurs, que, dans
l’ensemble du projet, toutes les parties n’exigent pas une
exécution immédiate.
Ainsi, la rectification de la rue d’Enfer et le remblai de
la partie inférieure de la place Daumesnil, de la place du
Greffe et de la rue du Pont-Vieux pourraient être ajournés
par les raisons que nous vous avons déjà fait connaître en
vous exposant le projet relatif à l’élargissement de la rue
Taillefer. L’exécution de cette partie a été évaluée à
142,000 fr.
D’un autre côté, nous ne doutons point qu’il ne fût facile
d’obtenir du département un délai de cinq ou six ans pour
la destruction de la salle de spectacle. Vous savez que nous
avons estimé sa reconstruction 200,000 fr.
On pourrait donc ajourner à six années une partie de la
dépense, s’élevant à 342,000 fr.

— 21 —

En retranchant cette somme de celle de 676,000 fr.,
estimation totale du projet, il ne vous resterait à pourvoir,
dans un délai prochain, qu’à une dépense de 334,000 fr.
Or, ce chiffre n’excède pas de beaucoup le montant de
l’emprunt que vous avez été autorisés à réaliser pour la
construction de la halle, et qui est, vous vous le rappelez,
de 280,000 fr.
Nous avions calculé que l’amortissement de cet emprunt
pourrait commencer en 1861, et qu’il serait effectué en six
années. Il suffirait donc d’ajouter à ce terme deux années
pour obtenir l’amortissement de la somme de 334,000 fr.,
portée plus haut, et cet amortissement pourrait être com­
plet à la fin de l’année 1868.
Remarquez, Messieurs, que votre dette actuelle, qui est
de 346,000 fr., devant être amortie en 1861 , vous vous
trouverez, à cette époque, dans une situation presque
identique à celle où vous êtes aujourd’hui, c’est-à-dire en
face d’une dette inférieure à 400,000 fr. C’est alors qu’il
faudra songer, ainsi que nous l’avons dit plus haut, à réaliser
la seconde partie du projet et à vous procurer les ressources
nécessaires pour son exécution. Or, il vous sera facile, dans
cinq ou six ans, comme aujourd’hui, de contracter, en res­
tant dans les mêmes conditions financières, un emprunt de
300,000 fr., qui vous permettra d’achever l’œuvre com­
mencée, et qui sera soldé en 1874.
Par suite de ces combinaisons, l’adoption du plan qui vous
est soumis n’engagerait les ressources de la ville que pour
douze années, à partir de l’extinction de la dette actuelle.

— 22 —

Elle ne pourrait, à aucun moment donné, vous faire une
position plus mauvaise que celle où vous êtes placés au­
jourd’hui, et qui a paru assez bonne pour être sanctionnée
par le conseil d’état et le pouvoir législatif.
Du reste, si des circonstances imprévues venaient, d’ici à
cette époque, vous imposer de ces dépenses de nécessité
absolue auxquelles il faut pourvoir d’urgence, vous pourriez
ajourner, pendant une ou deux années de plus, l’exécution
des dernières parties du projet.
Je regarde donc ce projet comme réalisable dans son
ensemble sans compromettre gravement la situation finan­
cière de la ville, et je crois l’influence qu’il pourrait exercer
sur son embellissement et sa prospérité à la hauteur des
sacrifices qu’il devrait lui imposer.
Avant de terminer, Messieurs, je dois faire une réserve.
Les évaluations de dépense des projets que je vous ai pré­
sentés ont été établies par M. l’architecte de la ville avçc le
zèle consciencieux qui lui est habituel. Il a contrôlé les ré­
sultats de son estimation par celle que l’administration des
ponts et chaussées avait fait exécuter sur les mêmes points,
à l’époque où il était question de rectifier la route impériale
n° 21, en lui faisant traverser la ville. Mais il est possible
qu’un travail aussi considérable, et qui a dû être fait assez
rapidement, renferme quelques erreurs d’estimation. S’il
peut être, du reste, assez facile d’apprécier la valeur réelle
des immeubles à exproprier, il est moins aisé de prévoir
(quel prix leur serait attribué par des experts appelés à les
estimer contradictoirement, ou par le jury d’expropriation.

— 23 —

Je ne puis donc vous présenter les évaluations ci-dessus
indiquées que sous le bénéfice de ces réserves et d’un
examen plus approfondi.
Le travail que je viens d’avoir l’honneur de vous soumettre
peut se résumer dans les conclusions suivantes :
1° L’établissement de la gare aux abords de Périgueux
impose à la ville la nécessité d’améliorer ses voies de circu­
lation intérieure;
2° A cette nécessité se joint l’occasion pour la ville de
bénéficier de l’indemnité imposée en sa faveur à la compa­
gnie du Grand-Central, et de réaliser, à l’aide de cette
indemnité, une grande entreprise d’utilité publique:
3° Quatre projets peuvent être proposés pour remplir ce
double but;
4° Les deux premiers, quels que pussent être, d’ailleurs,
leurs avantages, imposeraient à la ville une dépense immé­
diate qui excéderait ses ressources. Ils ne deviendraient
exécutables que si les propriétaires intéressés consentaient
à lui venir en aide, soit par des sacrifices pécuniaires ■
qui diminueraient la dépense, soit par l’acceptation de délais
qui permettraient d’en ajourner en partie l’acquittement;
5° Le troisième réaliserait une amélioration considérable
pour la partie ancienne de la ville, tant au point de vue des
intérêts matériels que de l’embellissement. Il se présente
avec des conditions de dépense moins élevée, d’exécution
plus facile, de réalisation complète plus prochaine;

— 24 —

6° Le dernier l’emporterait par la grandeur de ses résul­
tats, par l’influence plus étendue qu’il devrait exercer à la
fois sur l’amélioration des anciens quartiers de la ville, et
sur l’avenir de sa partie nouvelle.
Nous vous avons exposé, Messieurs, les avantages et les
inconvénients de chacune des entreprises sur lesquelles vous
êtes appelés à délibérer. Pour ne pas grossir outre mesure
ce travail déjà long, et détourner, par trop de détails, votre
esprit des points principaux sur lesquels il importe de le
fixer, il a fallu se borner à vous présenter les indications
générales qui pourraient servir de base à une instruction
complète. Dans cette étude, nous avons écarté toute idée
préconçue, toute préoccupation étrangère, pour ne nous
pénétrer que du grand intérêt public qui y est attaché et
des devoirs qu’il nous impose. C’est à vous qu’il appartient,
en vous inspirant des sentiments qui nous ont guidé nousmême, de choisir et de décider.
Vous ne devez pas perdre de vue qu’il y a ici une de ces
questions d’opportunité qui, selon qu’elles sont senties ou
méconnues, décident du sort de la plupart des affaires.
L’indemnité stipulée en faveur de la ville, la construction
projetée de la préfecture, sont les circonstances dont il faut
savoir profiter, sous peine de perdre l’occasion sans retour.
Jamais une mesure plus importante n’a été soumise à
vos délibérations. Il s’agit, en effet, de laisser la plus grande
partie de notre ville tomber peu à peu dans le délaissement
et la ruine, ou de lui rendre une vie nouvelle, et de sauver
de la destruction progressive à laquelle ils sont voués les
intérêts considérables qui y résident.

— 25 —

Dans votre équité, vous devez une égale sollicitude, une
impartiale protection aux intérêts de la population tout en­
tière et de toutes les parties de la ville dont l’administration
vous est confiée. Jusqu’à présent, il faut le dire, appelés par
les avantages naturels de la situation, les améliorations et
les embellissements qui ont été réalisés ont eu pour théâtre
exclusif la partie extérieure de la ville. La facilité d’y ouvrir
de larges rues, d’y établir des habitations vastes et élégan­
tes; la proximité des promenades et des boulevards : telles
sont les conditions naturelles qui assurent son développement
et sa prospérité future. Il suffira de diriger et de régulariser
ce développement.
Toute l’ancienne ville, au contraire (qui compte encore
dans son enceinte plus de la moitié de la population), a be­
soin, pour se conserver, que vous lui veniez en aide par des
mesures qui modifient profondément sa situation. Il en est
trois qui peuvent en changer presque complètement l’aspect
et lui rendre la vie qui l’abandonne. L’une est en voie
d’exécution : c’est la restauration de notre ancienne et
magnifique cathédrale. La seconde est la construction du
quai, que nous devons espérer dans un avenir aujourd’hui
prochain. Vous pouvez achever cet ensemble par l’ouverture
d’une large rue intérieure dont l’exécution devra activer et
compléter heureusement celle des deux autres projets.
Et ce n’est pas seulement l’amélioration de quelques
quartiers que vous devez considérer dans les projets dont
nous vous avons entretenus : c’est en se plaçant à un point
de vue plus large et plus élevé qu’il faut les aborder. Il faut
y voir et y chercher la régénération complète de notre vieille

26 —

cité. S’il était permis d’emprunter, pour nos modestes entre­
prises, un parallèle aussi ambitieux, je vous dirais que nous
devons commencer à faire pour Périgueux ce que son admi­
nistration municipale a déjà réalisé en partie pour la ville
de Paris, sous l’inspiration de la grande pensée qui nous
gouverne. Si les moyens et les résultats sont moins vastes,
le but doit être le môme.
Supposez la rue dont nous vous avons indiqué le tracé
ouverte entre la place du Théâtre et la place Marcillac; la
rue Taillefer, élargie et rectifiée, se prolongeant jusqu’au
quai; la rue Eguillerie remplacée aussi par une grande ar­
tère traversant toute la partie nord de la ville et continuée
par la rue Saint-Martin ; ouvrez une voie perpendiculaire à
celle-ci entre la cathédrale et le cours Tourny : vous aurez
sous les yeux une ville nouvelle. Cet ensemble, qui, au pre­
mier abord, paraît un tableau de fantaisie, la persévérance
et le temps pourraient le réaliser avant un demi siècle. C’est,
une autre ère pour notre ville qu’il s’agit d’ouvrir aujour­
d’hui, et dont vous pouvez léguer à la génération qui nous
suivra le germe et les commencements.
La ville de Périgueux, dans l’état actuel de ses ressour­
ces (que l’avenir augmentera, nous devons l’espérer), dis­
pose d’un fonds annuel d’amortissement de 40,000 fr. au
moins. Dût-elle se borner à en consacrer la moitié à des
emprunts destinés à l’exécution successive des projets dont
nous venons de vous indiquer le pian général, qu’elle pour­
rait effectuer, en moins de cinquante années, sa transfor­
mation complète. La seconde moitié du fonds d’amortisse­
ment annuel suffirait aux autres entreprises d’utilité publique

— 27 —

qu’on peut prévoir dans l’avenir, et dont la liste n’est pas
aujourd’hui très longue.
Il serait, du reste, permis d’espérer que l’exécution des
voies nouvelles pourrait être facilitée et activée par le con­
cours des habitants intéressés, quand un commencement
d’expérience leur en aurait démontré les avantages.
Ce qui est essentiel aujourd’hui, c’est de faire pénétrer
ces idées dans les esprits, c’est d’en faire apprécier l’impor­
tance et l’utilité, c’est enfin d’en commencer l’application.
Cette tâche vous revient, Messieurs; elle est digne de vos
lumières et de votre dévouement aux intérêts de la ville.
J’ai l’honneur de vous proposer de nommer une souscommission pour l’examen de la question qui vous est
soumise.
Le Maire de Périgueux,
Dr BARDY-DELISLE.

l
Périgueux, imprimerie DUPONT et G. — Fév. 57.