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Fait partie de Les troubadours périgourdins : Bertrand de Born
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FEUILLETON DE L'ECHO DE VÉSONE.
LES TROUBADOURS PÉRIGORDÏNS.
Le Périgord a vu naître à différentes époques des
hommes qui, par droit do génie, se sont attribué la
mission d’éclairer, de moraliser ou même d’amuser
leurs contemporains, en retraçant comme argument
de leur doctrine personnelle le tableau des tendances
bonnes ou mauvaises de la société du temps où ils
vécurent. Ces doctrines sont devenues l’enseigne
ment de la postérité. C’est ainsi que notre grand
Montaigne résume Ses tendances rationalistes et tou
tes les plus nobles aspirations du XVIe siècle, et que
Brantôme en exprime si bien les vices et les travers
particuliers.
L’homme dont nous allons étudier la vio appar
tient aussi au Périgord. Ce n’est plus un philosophe
ni un moraliste, encore moins uu courtisan; c’est un
chevalier du XIIe siècle, et un des types les plus com
plets de ce temps do passions violentes, mais aussi
de poésie. Bertrand de Born fut tout ce que pouvait
être alors un homme de génie; il fut guerrier, poète,
chef de faction ; il eut tous les vices et toutes les
qualités que le principe social comportait.
Pendant la première partie du moyen-âge , on
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donnait le nom d’Aquitaine à un vaste pays coupé
par do longues Chaînes de montagnes, limité d’un
côté par la barrière des Pyrénées, d’un autre côté
par l’Océan, et enfin par le grand fleuve de la Loire.
Dans les montagnes, vivaient des populations primi
tives qui jamais ne s’étaient mêlées aux conquérants
de la Gaule et avaient résisté à toutes leurs inva
sions; dans l’intérieur des terres, les Romains avaient
jadis porté leur plus brillante civilisation et bâti
des cités grandes et populeuses. Leurs plus riches
municipes s’y étaient fondés, et la lumière, venue de
Borne pour éclairer les Gaules, avait là son foyer.
Deux traditions se réunissaient pour faire de l’A
quitaine, au début du moyen-âge, un monde pour
ainsi dire à part : d’abord la tradition celtique, vi
vante encore dans les monts Arverniens et sur la
pente des Pyrénées, puis la tradition romaine, restée
toute puissante dans l’intérieur des terres. Aussi,
jamais ces contrées ne purent être complètement
modifiées par la conquête ;. la féodalité ne put ja
mais s’y.,implanter avec le caractère exclusif qui la
distinguait dans les pays d’outre-Loire. Les mœurs,
la langue, les idées romaines, concentrés dans l’A
quitaine, à la face du nouveau inonde germanique
qui dominait au Nord, forment les éléments de celte
grande civilisation méridionale qui éclaira le moyenâge. C’est de là que partit toujours la première pen
sée de résistance à la force, et aussi la première
respiration de liberté, c’est là que naquit la poésie
des troubadours.
A la fin du XIe siècle, lorsque la langue romane
fut complètement formée, lorsque les événements
contemporains vinrent détourner l'attention, jusquelà fixée sur des faits passés, la poésie quitta le do
maine de la légende et de la fiction traditionnelle
pour entrer dans celui de l’actualité- Elle jugea alors
les hommes et les choses , s’harmonisa avec les à des intérêts clairement avoués, à des événements
mœurs et les idées du moment ; elle se fit, enfin, accomplis ou déterminés d’avance , sans jamais dé
moyen de publicité. Envisagés sous ce dernier as passer la limite de l’actualité. C’était là toute la poli
pect, les troubadours ont été peu compris, et c’est, tique du temps. Tel était le cercle dans lequel pouvait
je crois, un des côtés les plus importants de leur alors se mouvoir l’esprit public, s’exprimant par
rôle, parce que c’est par là seulement que nous pou l’organe dos troubadours. L’imagination des hom
vons bien les connaître et avoir la raison d’être de mes du midi ne laissait jamais échapper un seul trait
leur influence. Depuis ce moment, la littérature du de cette poésie , qui, sous forme de satire poussée
midi nous apparaît sous des formes convenues, ap jusqu’à l’injure ou de louange poussée jusqu’à l’apo
propriées à tel ou tel ordre de passions, de tendan théose , s’attribuait le droit exclusif et incontesté de
ces ou d'événements, et chacune de ces manifesta juger les hommes, d’exploiter leurs vices, leurs pas
tions atteint toujours le but qu’elle veut atteindre.
sions ou leurs intérêts. Depuis les siècles des trou
D’après cela, la poésie romane peut être considé badours jusqu’à l’ère littéraire du XVIe siècle, depuis
rée sous deux aspects, qui souvent ne sont pas suf les chansons chevaleresques et les sirventes jus
fisamment distingués. On peut l’étudier au point de qu’aux terribles pamphlets du siècle de Luther et
vue de sa perfection littéraire, de son génie propre, de Rabelais, la pensée a toujours joué son rôle dans
et au point de vue des sentiments, des passions les drames du monde. C'est d’abord le furieux
ou des idées quelle exprime, des événements qu’elle dithyrambe de Bertrand de Born, la dernière malé
juge ou prépare ; en un mot, on peut la considérer diction et la dernière prière des Albigeois ; c'est l’in
au point de vue politique et comme organe de l’esprit fernal poème de Dante, puis les chansons et les satires
public et des opinions. L’élude de la vie politique de de l’Italie dégénérée ; enfin, c’est l’âge formidable de
Bertrand de Born nous initiera à quelques détails Luther et de l’époque rabelaisienne. Tout s’enchaîne
de la poésie romane, considérée à ce dernier point dans cet immense travail de l’intelligence active ; et
de vue.
le jour où des passions, des intérêts et des croyances
Il ne faut pas entendre par ce mot opinion un se sont trouvés en opposition au sein d’une civilisa
mouvement d’idées et de principes politiques, tel que tion si imparfaite qu’elle put être, il y a eu une
nous pouvons le concevoir sous l’empire de notre pensée formulée pour exprimer ces croyances , ces
civilisation moderne et du progrès intellectuel de nos passions , ces intérêts, et les exploiter, les activer ou
jours; ce serait commettre une grave erreur. L’es les modérer.
prit public procédait alors d’une idée encore indéfi
Les troubadours, qui exprimèrent la poésie dans
nie, instinctive et toute spontanée, dont l’expression son acception ordinaire, purent encore recueillir leur
n’avait rien de suivi et variait à chaque instant sous part d’influence et de gloire. Il y a dans la nature
l’influence de faits toujours imprévus. L’esprit s’agi humaine un certain ordre de passions invariables,
tait dans uu ordre de tendances incertaines, et ce quoique soumises, dans leurs manifestations, à des
qu’on appelle aujourd’hui l’opinion publique ne pou différences d'idées, de temps, de mœurs et d’usages
vait s’entendre que d’un ordre d’idées s’appliquant et à tous ces mille traits qui distinguent l’esprit d’un
ments ou pour les diriger dans tel ou tel sens favo
siècle de celui d’un autre siècle. Ainsi, l’amour,
l’héroïsme, l’honneur sont du ressort de toutes les ; rable à des intérêts généraux on individuels. D'au
trefois, les sirventes expriment le sentiment public,
civilisations; mais la civilisation méridionale du XIIe et leur ton est toujours réglé sur le plus ou moins
siècle était plus que toute autre soumise à ces senti
d’intensité des passions, dont le poète se constitue
ments si bien faits pour exalter les imaginations que l’organe. C’était comme des pamphlets périodiques,
l’esprit chevaleresque avait déjà préparées.
Le poète qui s’en tenait spécialement à harmoniser jugeant et analysant d’avance les questions, péné
trant toujours dans le vif des caractères, et s’identi
ces idées générales aux mœurs, aux travers de son
temps exerça sans doute une haute influence, mais fiant avec un remarquable it-propos aux tendances
du moment. Dans ces sortes de compositions, le poète
cette influence procédait uniquement d’un génie per
sonnel, et aucune circonstance extérieure ne venait vise à l’effet immédiat, et s’applique à frapper fort
doubler l'action et l’autorité de sa pensée. Le plus et juste sans paraître trop s’occuper de la forme.
.Cette manière expose le troubadour à de nombreuses
grand nombre des troubadours ressentait peut-être
l’insuffisance dé celle donnée poétique, et aspirait à contradictions, mais ces contradictions n'étaient re
une influence plus directe et plus immédiate; aussi, marquées de personne. En relisant ces pamphlets
la poésie provençale, indépendamment du genre dans rimés où la flatterie outrée devient sans transition
une invective sanglante , et en songeant que dans
lequel elle paraît se complaire, s’inspire bien souvent
des circonstances et des faits. Cette donnée, qui l’espérance de la flatterie l’invective était patiem
ment supportée, ou peut se faire une idée de la puis
-vient subsidiairement inspirer les troubadours, et sance de l’homme, qui pouvait ainsi, en toute sécu
qui parle fait est la raison de leur influence, se rité, manier de telles armes. Il fallait bien, quoi
trouve dans les grands événements du moyen-âge,
qu’on puisse dire, qu’il y eût alors une opinion pu
tels que les guerres des empereurs d’Allemagne en blique pour protéger cet homme et lui faire une in
Italie, les guerres des rois de France et d’Angleterre, violabilité; car, si une immense force morale ne l’-eût
dont le théâtre est l’Aquitaine, et surtout les croisa
sauvegardé, il est à croire que le troubadour satiri
des, jusqu’au moment ou la croisade albigeoise vient
que
fût devenu la première victime des passions
résumer en une seule expression toutes les passions
qu’il
se plaisait à surexciter.
et toutes les forces intellectuelles du midi.
La bourgeoisie, occupant sa place dans la société,
Cette dernière forme de la poésie romane , qui
formait, avec la noblesse éclairée, autant que pouvait
peut bien s’appeler la poésie politique, exerce une ■ le permettre l’époque, une masse parfaitement accesaction puissante et directe sur les hommes et les
j sible aux influences intellectuelles. Les choses et les
choses. Les sirventes ou pièces satiriques traitent
hommes étaient donc appréciés et pouvaient l’être
toujours ou du moins presque toujours d’un sujet avec parfaite connaissance de cause. On ne doit par
exclusivement politique. Ils s’adressent tantôt à une
classe de la société, comme le clergé ou la noblesse, conséquent pas s’étonner quo le respect et l’appro
tantôt à des individus, et interviennent toujours à bation des masses fissent un si grand prestige aux
troubadours, et que les puissances du temps se mon
propos pour activer l’accomplissement des événe
trassent toujours disposées à s’incliner devant ceux
qui pouvaient légitimer leurs actes. Là est le secret
de la puissance des troubadours et de leur influence
sur la politique de leur temps ; là est la raison d’être
de l’influence et de la célébrité de Bertrand de Born,
le poète périgourdin, dont nous allons essayer d’étu
dier la vie.
L’Aquitaine, depuis les temps historiques de son
existence , avait été successivement attachée aux
empereurs de ia race de Charlemagne et aux rois de
Franco1; elle avait subi ces différentes dominations,
flans la limite de ses traditions' et de ses idées, jus
qu'au moment où, perdant sa qualité de fief séparé,
elle resta soumise à toutes les chances de la rivalité
des rois de France et d’Angleterre. Lorsque les Aqui
tains se trouvèrent ainsi placés entre deux puissan
ces rivales, il se manifesta chez eux un sentiment
nouveau, tout-à-fait en dehors des habitudes féoda
les, et qui se séparait complètement des règles usi
tées en matière de transmission de fiefs. Outre la
guerre des deux rois, il y avait une lutte nouvelle
dans laquelle il no s’agissait plus des querelles de
parti, ou de controverse armée sur l’application de
la loi féodale en faveur de tel ou tel des deux rivaux
qui se disputaient la possession du pays. Le carac
tère aquitain repoussait toute subordination, même
la subordination féodale, et ce caractère s’éveilla au
bruit d’une lutte semblable. Il ne manquait plus à
cette manifestation de l’esprit méridional qu’un or
gane quelconque. Un homme parut alors pour expri
mer toutes ces passions qui étaient aussi les siennes
propres. Cet homme s’appelait Bertrand de Born.
On n’est pas bien fixé sur l’époque précise de la
naissance de ce prince des troubadours, mais on
peut approximativement la déterminer. Bertrand de
Born, ami et conseiller du prince Henri, fils de
Henri II, roi d’Angleterre, devait être, sinon plus âgé,
au moins du même âge que ce prince. Or, ITenry
au court mantel, comme on l’appelait, était né en
1155. On peut donc’placer la naissance de Bertrand
de Born entre les années 1150 et 1155. C’est le seul
indice certain. Toujours est-il qu’on voit le châtelain
d’Autefort paraître sur la scène politique en 1174,
et,-depuis ce moment, jouer un rôle actif dans les plus’
grands événements de l’époque. Il vécut à peu près
comme vivaient lès grands seigneurs troubadours ;
mais il y a tout un côté de son existence qui a été,
je crois, peu compris ou mal observé, et qui fait de
lui un type isolé dans l’histoire du midi au xu0 siècle.
A dater des premiers siècles du moyen-âge , il y a
toujours un ordre légal au bénéfice d’une société ; et
cette société, si exclusive qu’elle puisse être, possède
en tous temps une physionomie qui la distingue..A
certains moments, il se trouve des hommes apparte
nant à cette société, mais élevés au-dessus d’elle par
leur (aient et leur génie, et qui, dans lo but de la ré
former, ou simplement en vue d’un intérêt local ou
individuel, s’emparent d’une domination intellec
tuelle.
F. MêrilHOU.
[La suite à demain.}
Avis aux. Abonnés.
MM. les souscripteurs dont l'abontiennent expirera les 10, 15 et 20 juin
eoumnt saisi .priés île faire parve
nir sans retard à M. Dupont et Ce
leurs demandes de renouvellement
s'ils veulent éviter une interruption
dans t’envoi de leurs numéros.
LES TROUBADOURS PÉR1GORD1NS.
BERTRAND DE BORN.
11 ne faut pas croire que ces hommes établissent
leur puissance en allant heurlcr de prime abord les
mœurs et les préjuges même de leurs temps. Ils s'i
dentifient au contraire avec le milieu dans lequel ils
vivent, flattant les passions et les erreurs, pgur déter
miner plus sûrement le point de départ de leur in
fluence. Un homme, en possession d'une autorité
semblable, est avant toutes choses le type le plus
vrai, la personnification la plus exacte d’une société et
d’une époque ; à ce litre, il mérite qu’on Ici accorde
une fraternité de pensée avec tous les hommes de gé
nie auxquels a été dévolue une semblable mission,
quel que soit l’espace de siècles qui les sépare. Ainsi
nous apparaît Bertrand de Born. Son but, si toutefois
il’en eut, resla indéfini ; car , malgré de fortes appa
rences de système et de tendance vers ia réalisation
d’un rêve politique, on ne voit rien qui puisse révé
ler une pensée précise et logiquement poursuivie.(*)
(*) Voir l'Echo d’hier.
ments ou pour les diriger dae
rable à des intérêts généraux
trefois, les sirventes exprime;
et leur ton est toujours régi
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l’organe. C’était comme des p
jugeant et analysant d’avance
trant toujours dans le vif des
fiant avec un remarquable à
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vise à l’eflet immédiat, et s’a et juste sans paraître trop s
.Cette manière expose le troub
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une invective sanglante, et
l’espérance de la flatterie l’in
ment supportée, ou peut se fa
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rité, manier de telles armes
qu’on puisse dire, qu’il y eût i
blique pour protéger cet hom
violabilité; car, si une immens
sauvegardé, il est à croire qui
que fût devenu la première
qu’il se plaisait à surexciter.
La bourgeoisie, occupant sa
formait, avec la noblesse éclair
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sible aux influences intelleclut
hommes étaient donc apprécié
avec parfaite connaissance de
conséquent pas s’étonner que 1
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troubadours, et que lespuissai
---- -------- ,-----viuiuaqui
nous étonné ; car c’est seulement à partir du
Le roi de France avait donc embrassé la cause du
distinguaient la noblesse méridionale : seulement, il 1| uron
xvi° siècle que nous apparaissent des dominations
prince anglais, et ne négligeait aucune occasion de
exprima toutes ces passions avec génie.
Vivant parmi des guerriers indisciplinés, au lemps de ce genre. L’élude d’une individualité semblable, donner à son intervention, dans les guerres intestines
do là plus grande ferveur chevaleresque, il se met d’a si incompatible avec les éléments organiques de la des Plantagenet, toutes les couleurs de la justice et
société féodale, mérite donc au plus haut point de du désintéressement.
bord à l’unisson de tontes les passions et de lotis les
fixer l’attention, parce qu’elle est une des plus rares
Pendant que Geoffroy et Henri faisaient hommage
enthousiasmes. Il chante la guerre , met en épopées
à Louis VII, pendant que les troupes françaises guer
tous les travers chevaleresques, mais en même temps, ej des plus étranges anticipations des types politi
i! va, au nom des lois de la chevalerie, flagellant les ques modernes qu’il soit donné à l’histoire de ren royaient en Normandie, au nom de ces deux princes
dans un milieu si différent et si éloigné de ce et au bénéfice de la France, Richard, surnommé de
rois et les princes qui n’agissent pas selon ses idées contrer
lui dans lequel nous vivons.
puis Cœur-de-Lion, était en Poitou, et tenait de plus
personnelles. Il glorifie le principe et injurie les hom
f LIBLiC
1 AI.lT j
la Saintonge, ainsi que le Périgord. La noblesse et la
mes qui le représentent. Il exalte les croisades,
population bourgeoise de tous ces pays se déclarèrent
II
chante les hauts faits des soldats de la croix , blâme
pour lui; il est vrai que c’était plutôt en haine de la
leurs hésitations ou leur manque de zèle , mais il se
Bertrand de Born paraît pour la première fois dans domination exercée par Henri II que par sympathie
défend lui-même d’aller en Palestine, sous prétexte
la seconde partie de la lutte que le roi Henri H sou bien réelle pour ses fils. Les barons aquitains s’en
« qu’il a perdu patience en voyant les rois et les
Il ne faut pas croire que ces hommes établissent » ducs , les comtes et les barons tarder toujours à se tenait contre ses fils. C’est Seulement dans la guerre prenaient à celui qui les menaçait le plus directement.
leur puissance en allant heurter de prime abord les » mettre en route pour les saints lieux , et que d’ail- qui suivit l’entrevue de Gisors, où ces princes n’aHenri II commença par attaquer le roi de France,
vaient pu s’accorder , que le châtelain d’Autefort et le força à lever le siège de Rouen, après une guerre
mœurs et les préjuges même de leurs temps. Iis s’i
» leurs i! est une dame belle el blonde aupiés de la- entre sur la scène politique.
dentifient nu contraire avec le milieu dans lequel ils » quelle son courage s’est attiédi. » Suit une invocade courte durée, mais terrible et sanglante comme le
La guerre, qui d’abord avait eu pour théâtre la roi anglais les faisait avec ses troupes mercenaires,
vivent, flattant les passions et les erreurs, pour déter lion à Jésus pour Conrad, marquis de Moalferrat,
Normandie, fut bientôt concentrée en Aquitaine. Mal les Brabançons. Les Français évacuèrent la Norman
miner pins sûrement le point de départ de leur in
« qui se défend à Sur, contre Saladin et sa bande
fluence. Un homme, en possession d'une autorité » cruelle. » Tout ceci n’indique pas un enthousiasme gré les concessions du roi et quelques alternatives die. Les deux princes, au nom desquels se faisait
semblable, est avant toutes choses le type le plus bien vif, ni une communauté de foi avec les héros de de paix, la lutte avait fini par recommencer plus im celle guerre, privés momentanément, par la force des
vrai, la personnification la plusexacte d’une société et la croisade ; et cependant, Bertrand de Born vivait au placable que jamais. Henry-court-Manlel était, avec choses, du secours matériel de leur allié, le roi de
d’une époque ; à ce titre, il mérite qu’on lui accorde temps où les expéditions contre les oppresseurs de son frère Geoffroy, fixé pour un temps à la cour de France, furent forcés de se réconcilier avec leur père.
France. Louis VII, en soutenant la lutte des fils con Henri II conclut alors une trêve avec Louis VII et en
une fraternité de pensée avec tous les hommes de gé Jérusalem inspiraient la plus vive admiration.
tre leur père, cédait à différents mobiles de politi profita pour se porter en Poitou avec toutes scs forces,
nie auxquels a été dévolue une semblable mission ,
Durant le moyen-âge, on voit souvent des rois, des
quel que soit l’espace de siècles qui les sépare. Ainsi empereurs ou des pontifes dominer leur époque, di que et peut-être aussi d’amour-propre. Ancien époux et contraindre Richard à faire sa soumission. Ce der
nous apparaît Bertrand de Born. Son but, si toutefois riger les plus grands évènements, se constituer les ex d’Eléonore, beau-père d’Henry-le-Jeune, il avait nier ne pouvait pas songer à résister seul ; il se sou
intérêt d’abord à ressaisir, par l’hommage féodal mit el prêta serment de fidélité à son père. La paix
il'en eut, resta indéfini ; car , malgré de fortes appa
pressions d'un ordre d'idées el de progrès; ceci ré
rences de système et de tendance vers la réalisation sulte d’une intelligence personnelle , et est en raison qu’il exigeait de son gendre pour prix de l’appui qu’il no pouvait être de longue durée, car du côté des
d’un rêve politique, on ne voit rien qui puisse révé du caractère dévolu, en tel ou le! temps, à la souve lui donnait, un commencement de souveraineté sur princes anglais, elle ne tenait qu’à l’impossibilité de
ler une pensée précise et logiquement poursuivie.(*) raineté monarchique ou à la souveraineté pontificale. les provinces que son divorce avait fait perdre à la réunir immédiatement de nouvelles troupes et de se
France. À ces motifs d’intérêt monarchique, venait
Mais un homme isolé, qui, par la seule force mo se mêler un ressentiment personnel contre Henri II, . ménager de nouveaux appuis.
Cependant, afin de prouver leur sincérité et l’ab
(*) Voir l'Echo d’hier.
rale, domine une période féodale, voilà ce qui à bon qui avait épousé Eléonore.
sence de toute arrière-pensée de guerre , Geoffroy et
BERTRAND DE BORN.
Richard ne se firent aucun scrupule de se réunir à
leur père , pour l’aider à exercer des représailles sur
tous les pays qui avaient soutenu leur rébellion. Ri
chard surtout mit dans cette guerre un acharnement
extraordinaire ; il commença par envahir le Poitou
et attaquer les barons qui naguère l’avaient le plus
aidé. L’Aquitaine se leva alors contre celui qui tra
hissait si odieusement la loi jurée. Ce fut une guerre
d’extermination entre elle et les Plantagenet.
C’est à ce moment que paraît Bertrand de Born, et
que sa grande renommée commence, dans les hasards
d’une lutte qui allait offrir de si puissants aliments à
la belliqueuse activité et au génie du grand trouba
dour. Cette lutte se prolongea pendant deux années
(1176-1178). Les chroniqueurs qui en font men
tion ne parlent pas d'Henri-le-Jeune, et d’après
cela on pourrait croire qu’il n’y prit aucune part :
c’est peut-être là une des causes de sa popularité par
mi les Aquitains.
Cependant, le jeune prince, entraîné, subjugué
par Bertrand do Born , sembla un moment disposé à
faire cause commune avec les barons, et se déclara
contre son père et ses frères. Les principaux seigneurs
du pays, encouragés par cet appui, se liguèrent et jurè
rent de se soutenir mutuellement pour combattre l’en
nemi commun (1). Les bourgeois de l’Aquitaine en
trèrent aussi dans la ligue, et se préparèrent active
ment à prendre part à la lutte qui allait s’ouvrir. Le
a Si Taillebourg, et Pons, et Lusignan, et Mauléon, et Taunay étaient en pied, et qu’à Siorac il y
eût un vicomte prompt et avisé, je ne croirais jamais
que celui de Thouars ne nous secondât pas. Puisque
le comte (Richard) le menace, qu’il s’en vienne à
nous, et que ce ne soit point en vain, et demandons
lui jusqu’à ce qu’il nous fasse droit su sujet des
hommes qu’il nous a tirés des mains.
» Entre Poitou et l’Ille Bouchard, et Mirebel, et
Loudun, et Chinon , on a bâti, sans danger, à Clairvaux un beau castel au milieu d’une plaine, mais je
ne veux pas que le jeune, roi le sache ni le voie, car
ce ne lui serait pas agréable; mais j’ai bien peur,
puisque tant il blanchit au loin, qu’il l’appercevra
bien de Montfalcon.
» Nous verrons bien si le roi Philippe éprouve des
battements de cœur ou s’il veut suivre les usages de
Charlemagne. »
Il fallait que Bertrand de Born eût une connais
sance profonde du cœur humain d’abord et ensuite
du caractère chevaleresque, pour employer comme
moyen d’action ces insinuations individuelles ou col
lectives. Dans ses poésies , où il traite des questions
politiques de circonstance, il mesure et calcule la
portée de chaque expression avec un art remarqua
ble; il sait approprier la pensée au caractère et à la
(1)
Pus Ventedorn e Comborn e Segur
situation matérielle de ceux qu’il veut entraîner :
E Torena e Montfort e Guordon
aucun.détail ne lui échappe. La traduction est im
An fag acort..., etc.
puissante pour faire ressortir les traits saillants de
(Raynouakd , Poés. des Troub., t. iv,
cette poésie, et ne donne que l’exposition peu colo
p. 145.)
rée d’un plan de bataille , d’un système de propa(2) Le troubadour lait ici allusion au prince llenri, qui ' gande politique; mais la langue romane a le don de
réclamait un droit de péage sur les chariots traversant poétiser toutes choses. Ces vives apostrophes per
le pays, dont son frère Richard lui devait l’hommage,
conformément à la loi féodale. Richard percevait ce droit, sonnelles que le poète distribue comme en se jouant,
et ces exhortations qui nous paraissent presque
mais à son profit.
monotones, empruntent à cette langue un accent
(Rayn., t. v, p. 86.)
châtelain d'Autefort, dans un sirvenle composé à
cette occasion , nomme chacun des confédérés (1) et
excite leur zèle par son propre enthousiasme :
Puisque Ventadour, et Comborn, et Segur, et
Turenne, et Montfort, et Gourdon, ont fait accord
et serment avec Périgord, et que les bourgeois se
fortifient dans les alentours, il me parait désormais
bel et bon que je m’entremette de faire un sirvente,
pour les encourager.
» Ah! Puyguylhem, Clarens, Grignhol, St-Astier,
vous avez grand honneur 1 et. moi aussi, quand on
sait le connaître, et l’a encore bien plus grand
Angoulême, va que le seigneur charretier, qui aban
donne sa charrette , n’a pas le sol, et n’en prend pas
saps peur (2). Bien mieux vaut tenir avec honneur
petite terre que grand empire avec déshonneur.
» Si le riche vicomte qui est chef des Gascons et
possède aussi Béarn et Gavardan, si le seigneur
Vezian et lé seigueur Bernardon le veulent avec le
seigneur d’Aix et celui de Marsan, le comte (Richard)
aura grand travail et fort à faire de ce côté, et
pareillement ici ; puisqu’il est preux, qu’il vienne
deçà avec sa grande armée qu’il recrute et amasse,
et se rencontre avec nous.
extraordinaire d’énergie et d’entraînement. La forme,
quel que soit je fond, est toujours habilement accusée,
et se prête sans transition aux sentiments les plus
opposés. Tantôt c’est la louange, la flatterie; tantôt
c’est l’insulte, la satire amère et furieuse, et ces
divers moyens de persuasion manquent rarement
leur but, parce qu’ils tranchent toujours dans le vif
des passions.
A
La guerre était donc revenue; elle prenait cette
fois un caractère qui ne se démentit plus jusqu’au
jour où le poète chevalier, forcé par les événements
de clore sa vie active, alla 'S’ensevelir dans un
cloître.
F. Mérilhou.
ÏOILUTOS DE L'ECHO DI
Pou*,.
LES TROUBADOURS PÉRIGORDÏNS.
SYNDICAT DES COURTIERS DE COMMERCE DE BORDEAUX
Du 9 juin 1858.
EAU-DE-VIE A 32 DEGRÉS.
L’hectolitre.
80r »c y
»f fi
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» à
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(La suite à demain.)
Armagnac.........................
ESPRIT 3/6 A 86 DEGRÉS.
3/6 Languedoc, 86 degrés...
ESPRIT 3/6 A 90 DEGRÉS.
Esprit 3/6 fin , 1r° qualité.......
—
extra-fin.................
—
Anglais.,.................
—
Allemand............... .
fafia,......................................
plaïf
créf
» »
» à
»
» à »
90
» à 120
fi » à . fi
60 » à 75
»
»
»
»
La résistance des Aquitains, ainsi excitée, pa
raissait devoir être longue et énergique; les premiè
res hostilités avaient presque tourné au profit des
vassaux, lorsqu’on apprit qu’Henri-le-.)eune s’était
réconcilié avec son frère. Les barons furent conster
nés par celte défection, qui les mettait à la discré
tion do Richard sans leur laisser aucun moyen de
résister (1). La ligue se trouva rompue par le fait, et
chacun des seigneurs qui en faisaient partie ne son
gea plus qu’à faire sa paix séparée et aux meilleures
conditions possibles. Bertrand de Born, abandonné
de tous, se trouva seul aux prises nyec le vain
queur. Richard vint avec toutes ses forces mettre le
siège devant Autefort, et jura de ne point quitter la
(*) Voir l'Echo des 12 et 15 juin.
(1) ... En Bertrand de Boni e luit li autre baron que
l’avian mantengut contra Richart foron molt dolen. »
(R-.ynûuap.d, Poés. des troubad., t. v, p. 83.
la
à
conll
«ïTou
de dis i
a fini u I,
gnet am
maijl s
m’albnii
»|âcl
quafevr
gnél fit]
gou ’
gno
»hsel
b.ier s al
corn ici
le c/t r
tom
1 donc embrassé la cause du
^ligeait aucune occasion de
j.n, dans les guerres intestines
,jes couleurs de la justice et
'■et Henri faisaient hommage
b les troupes françaises guerZhu hum de ces deux princes
J ce, Richard, surnommé de1 en Poitou, et tenait de plus
t Périgord. La noblesse et la
(11 tous
1 2 ces pays se déclarèrent
Vêtait plutôt en haine de la
Henri II que par sympath*ie
j1 Les barons aquitains s’en
menaçait le plus directement.
Jlr attaquer le roi de France,
1 de Rouen, après une guerre
•Pible et sanglante comme le
c ses troupes mercenaires,
Pçais évacuèrent la NorroanïÇu nom desquels se faisait
^nlanément, par la force des
,>’iel de leur allié, le roi de
Je réconcilier avec leur père.
jî trêve avec Louis VII et en
'Poitou avec toutes ses forces,
Maire sa soumission. Ce deri>r à résister seul ; il se sourîdélité à son père. La paix
l’je durée, car du côté des
ffcnait qu’à l’impossibilité de
R nouvelles troupes et de se
rouis.
ziuverleur sincérité et l’abisée de guerre , Geoffroy et
d’Autefort, dans un sirve
asion , nomme chacun des co
ur zèle par son propre enthou
que Venladour, et Comborn
, etMontfort, et Gourdon, <
:nt avec Périgord, et quo li ♦
, dans les alentours, il me pe
>n que je m’entremette de fai
encourager.
1 Puyguylhem, Glarens, Grigi
ez grand honneur 1 et. moi ai
connaître, et l'a encore bit
me , vu que le seigneur charrt
a charrette , n’a pas le sol, et
ar (2). Bien mieux vaut tenii
erre que grand empire avec i
e riche vicomte qui est chef
aussi Béarn et Gavardan,
et le seigneur Bernardon le v
r d’Àix et celui de Marsan, le
and travail et fort à faire
ment ici ; puisqu’il est preuj
vec sa grande armée qu’il rec
ncontre avec nous.
Pus Ventedorn e Comborn e
E Torena e Montfort e Guord
An fag acort..., etc.
(Raynouard , Pois. des
p. 145.)
s troubadour fait ici allusion au
it un droit de péage sur les cl
, dont son frère Richard lui d
’ément à la loi féodale. Richard pi
;on profit.
(Rayn.,
C
’ '1 f---
DE
La résistance des Aquitains, ainsi excitée, pa
raissait devoir être longue et énergique; les premiè
res hostilités avaient presque tourné au profit des
vassaux, lorsqu’on apprit qu'Henri-le-Jeune s’était
réconcilié avec son frère. Les barons furent conster
nés par cette défection, qui les mettait à la discré
tion de Richard sans leur laisser aucun moyen de
résister (1). La ligue se trouva rompue par le fait, et
chacun des seigneurs qui en faisaient partie ne son
gea plus qu’à faire sa paix séparée et aux meilleures
conditions possibles. Bertrand de Born, abandonné
de tous, se trouva seul aux prises avec le vain
queur. Richard vint avec toutes ses forces mettre le
siège devant Autefort, et jura de ne point quitter la
(*) Voir I’Echo des 12 et 15 juin.
(1) «... En Bertrand de Born e tuit li autre baron que
l’avian mântengut contra Richart foron molt dolen. »
(REynouard, Pcés. des troubad., t. v, p. 85.
place avant que le châtelain ne se fût rendu à dis
---- ------------------ V..
~
V) V/.IVZ
UU1 IC OU •
crétion. La lutte était trop inégale pour être longue. ble. Il faut qu’un baron agisse de la sorte; qu’il par
Pour sauver ses hommes d’armes et se préserver donne, et, s’il enlève, qu’il donne ensuite.
lui-môroe des suites d’une résistance, qui d’ailleurs
» Un ami qui ne m’est pas utile, je le traite exac
n’était pas possible, le sire d’Autefort rendit son tement comme je ferais mon ennemi qui ne me fait
château, et vint seul faire sa soumission. Richard, point de mal. Dans une antique église de Saint-Mar
contre toute attente, se montra clément, et non-seule tial, maints puissants me firent serment sur le Missel.
ment pardonna à son ennemi, mais encore lui donna Tel me garantit sa foi de ne faire aucune paix sans
sincèrement son amitié (1).
moi, que jamais depuis il ne m’en a rien tenu , et ne
Sorti de ce mauvais pas, Bertrand de Born se venge s’est plus souvenu de moi et ne s’est plus occupé que
à sa manière ; il flétrit la trahison de ses anciens al de lui, lorsqu’il s’est rendu à merci, en quoi il n’a
liés par une insultante satire. Le sirvente suivant, pas bien agi du tout.
qu’il adresse à Richard, son nouveau suzerain, est à
» Je veux prier le comte, que de ma maison il me
la fois une pièce diplomatique , une adroite flatterie donne la garde, ou qu’il me la rende, vu qu’actuelleà l’adresse de son vainqueur, et une satire violente ment tous ses barons sont avares avec moi, et quo
contre les barons qui l’avaient abandonné :
je ne puis désormais rester sans contestation avec
« Si j’ai perdu, je no me décourage pas pour cela eux. Maintenant le comte peut me gagner à lui sans
de chanter et de me réjouir et de prendre courage difficulté, et moi revenir à lui et lui servir et l’honoafin de recouvrer Autefort, que j’ai rendu au sei rer ; ce que je n’avais pas voulu faire tant que je n’é
gneur de Niort, qui l’a' voulu. Après quoi, en lui de tais pas arrivé à me voir abandonné par le seigneur
mandant merci, je lui suis venu devant, et le comte Aimar(l). »
m’a pardonné et m’a reçu eu m’embrassant.
Le prince Henri n’est pas plus épargné que les
» Vers moi se sont parjurés trois palatins, et les antres, et le troubadour lui jette cette insulte sanquatre vicomtes du Limousin, et les deux bien pei glante :
gnés Périgourdins, et les trois lâches comtes de l’An-'
« Je ne dois pas différer plus long-temps de faire
goumois, et Sestol, et Gaston, et Raymond d’Avi un sirvente, tant j’ai le désir de le composer et de le
gnon.
répandre, par le motif que j’en ai raison fort nou
» Si le comte est pour mof avenant et généreux, velle et fort grande. Voici le jeune roi qui a fini sa
bienveillant, je lui serai pour scs affaires, et loyal demande à son frère Richard, par l’ordre de son père,
comme l’argent fin, soumis et dévoué pour lui. Que tant il est réduit à bout. Puisque le. seigneur Henri
le comte suive l’instinct que suit la mer : lorsqu’il n’a pas de terre et ne commande nulle part, qu’il
tombe, dans ses flots, un objet précieux, elle le garde, soit le roi des lâches.
(I) «.. Lo coms Richartz li perdonnet son bran talent, e
rendet 11 son caste! d’Autafort, e veut sos fis aurai coral. »
(Zè.)
(I)
Ges eu no m desconort
S’ieu ai perdut... etc.
(Rayn., Poés. des troub-, t. iv, p. 155.
« Car lâche il est, puisqu’il vit à la paye, à la ra
tion, à la solde et au gage; roi couronné qui prend
fourniture d’autrui, ressemble assez mal à Arnaud,
le marquis de Bellande, ni au preux Guillaume qui
conquit la tour de Mirande, tant il fut estimé. Puis
que le seigneur Poitevin ment et truande, il ne sera
jamais tant aimé (1). »
Pendant ce temps, le prince Henri était en Lom
bardie, menant joyeuse existence, et oubliant, dans
les tournois et les fêtes, ceux qui s’étaient dévoués
pour sa cause, et qu’il trahissait ainsi sons scru
pule (2). Il resta plus d’une année éloigné de l’Aqui
taine, paraissant avoir oublié tout souci d’ambition.
Enfin, soit qu’il se sentit atteint par les vifs et amers
reproches du poète , soit qu'il comprit combien était
humiliante et précaire la situation qui lui était faite,
à lui futur roi d’Angleterre, il songea de nouveau à
l’Aquitaine et à ses anciens partisans. Revenu près de
son père, le jeune prince reprit en main la cause de
sos vieux amis. Cédant à ses réclamations, Henri II
enjoignit à Richard de faire hommage à son frère,
comme à l’héritier présomptif du duché d’Aquitaine et
de toutes les dépendances de la couronne d'Angleterre.
Cet hommage eût été anticipé ; aussi Richard répon
dit par un refus formel, et la guerre fut déclarée ; le
comte de Poitou eut à se défendre à la fois contre
son père et son frère. Un peu plus lard, Henri-leJeune, avec sa versatilité habituelle, se sépara, sous
(1) D’un sirventes nom qual far longor ganda.
Tal talent ai qu’el digua... etc.
(Rayn., ibid., p. 148.)
(2) « ... El rcis joves si s’en anet en Lombardia, torneiar c solasar ; e laisset totz aquestz baros en la guerra
ab en Richartz... »
(Raynodard, t. v., p. 85.)
homme puisse avoir, dans ce siècle de tristesse, étaient tristesse (1). »
divers prétextes, de son père, et le vieux roi se lés, et de meurtres sans nombre commis par les deux réunis, ils sembleraient légers, comparés à la mort
partis. Tout-à-coup, au moment où les hostilités
La mort du prince Henri arrêta la guerre et pertrouva seul contre ses enfants.
du jeune roi anglais qui, rempli d’affliction, va - ’mit au roi Henri H de se rejeter sur les instigateurs
étaient
les
plus
vives
de
part
et
d’autre,
le
prince
Attaché par son serment de fidélité à la cause de
( leur et jeunesse, obscurcit le monde, et le rend som- de la révolte de ses enfants. Le vicomte de Limoges,
Richard, serment dont pour le moment il avait inté Henri mourut à Martel, en Quercy, d’une maladie | breelténébreux.
les comtes de Perche et de Bretagne ayant fait leur
que
les
historiens
ne
manquent
pas
d’attribuer
à
une
rêt à se prévaloir, Bertrand de Born fut le premier
)
» Tristes et dolents et pleins d’amertume sont soumission, il ne resta plus au roi qu’à sévir contre
à prendre le parti des fils contre leur père, et inter- : conséquence de la malédiction de Dieu.
A la nouvelle de cette mort, Bertrand de Born ( demeurés les braves soldats, les troubadours et les le principal organisateur de toutes ces luttes (2).
vint comme premier instigateur dans cette lutte de
retrouva
ses anciens sentiments pour le jeune homme 2 jongleurs avenants. Ils ont, dans la mort, un trop Bertrand de Born, toujours indomptable et puisant
famille. La guerre recommença donc, terrible et sans
qui
avait
été son ami et son frère d'armes. Dépouil > mortel adversaire, qui leur a enlevé le jeune roi une énergie désespérée dans tous .ces malheurs qui
merci, comme elle convenait à une famille que les
lant
un
moment
sa rudesse native, il déplore, sur un ! anglais, auprès duquel les plus. généreux étaient venaient fondre sur lui, s’était de nouveau enfermé
chroniques ont appelée la Race du Diable.
ton
mélancolique
et éloquent tout à la fois, la mort avares. Jamais pour tel malheur il n’y aura as dans sa forteresse : il se préparait, seul et abandonné
Les Plantagenet étaient bien, en effet, au dire des
prématurée
du
jeune
Plantagenèt. Cette poésie, qui sez de pleurs et de regrets dans ce malheureux de tous, à combattre ce terrible Henri Plantagenèt
vieux historiens, organes des croyances populaires,
l
passe
ainsi
sans
transition
des formes rudes et éner siècle.
auquel bien peu encore auraient résisté impunément :
dévolus à une destinée fatale. D’après les traditions,
» Cruelle mort, pleine d’amertume, tu peux te
les malheurs de cette famille n’étonnaient personne, giques du chant de guerre aux accents du regret, ; vanter d’avoir enlevé de ce monde le meilleur che- il fallut employer la trahison pour venir à bout de
réduire le château d’Auteforl.
car on n’y voyait que l’accomplissement inévitable sans rien perdre de son harmonieux caractère, prouve
I valier qui fut dans aucun pays, car il n’est rien de
de quelque sinistre prophétie. L’adultère, l’inceste, que la langue romane était plus que toute autre ca 1 ce qui constitue le mérite qui ne fût possédé par le
F. Mérilhou.
le parricide, le sacrilège étaient ses crimes ordinai pable de se prêter sans s’altérer à toutes les nuan ’ jeune roi anglais, et il serait mieux , si cela eût plu
(La suite à demain.)
ces
possibles
de
pensée
et
de
s’harmoniser
aux
pas
res, et l’imagination publique ne s’en effrayait pas,
) àDieu, qu’il vécût à la place de certains envieux
parce que de toute manière celte race était la race sions les plus diverses. Le poète qui savait ainsi i qui ne causeront jamais aux preux que mal et doucomprendre
et
exprimer
l’idiome
méridional,
devait
funeste par excellence, en expiation de crimes indé
s leur. »
finis, mais grossis par la tradition. Ces princes pre posséder un remarquable génie d’intuition, pour
-Si de ce siècle relâché, plein d’amertume, l’a
approprier
la
poésie
à
ses
colères,
à
ses
émotions
naient, du reste, leur parti de la fatalité qui s’atta
mour s’en va , je tiens ses plaisirs pour mensongers ,
chait à leur nom ; Richard Cœur-de-Lion avait cou de douleur ou de joie vive , et en faire l’écho voilé car il n’y a rien qui ne tourne à douleur ; vous
tume de dire : « Qu’il ne fallait pas s'étonner si, de ses plus secrètes espérances ! Tout à l’heure, verrez incessamment qu’aujourd’hui vaudra moins
» avec une telle origine, les membres de sa famille l’âme du troubadour est remplie de colère et de qu’hier. Que chacun se contemple dans le jeune roi
» se détestaient les uns les autres, car ils venaient haine, et ses vers expriment toute la violence d^ses anglais. Actuellement est parti son beau cœur ai
sensations; maintenant, la colère s’éieint devant la
» du diable et devaient retourner au diable (1). »
mort, la haine et l’emporte ment se changent en regrets: mant, d’où naît douleur,’découragement et' tris—
Les annales d’Aquitaine, qui ont consacré le sou
; tesse.
t
venir de celte nouvelle guerre, ne parlent que de la violente satire devient une douce et naïve élégie.
« ... A celui auquel il plut, pour notre affliction, de
villes et de châteaux incendiés, de monastères pii— La'pïêce que nous allons citer perd à la traduction ’ venir au monde aiin de nous tirer d’encombre.él qui
le charme et l’harmonie de son expression ; mais telle
qu’elle est,, elle montre combien était flexible le gé mourut pour notre salut, comme à seigneur doux
(1) ... Istud postmodum Ricardus... referreSolehat, asse- nie du poète pour se. transformer ainsi selon toutes et miséricordieux , crions merci pour qu’au jeune roi
tens non esse mirandum si de tali genere procedentes, rnu; anglais il pardonne, s’il lui plaît, sans aucune res
tui sesse infestent, tanquam de diabolo venientes et ad dia- ! les impressions du moment.
F
« Si tous les deuils-et les ‘pleurs , les maux et les triction , et le fasse habiter avec de nobles compa
holum transeuntes...
gnons, là où jamais il n’y eut ni n’aura douleur ni
(Brastom., ap. Hist. anglic. scrip., t. i.) ï douleurs, et les dommages et les misères qu'un
(
i
(Suite*.)
Le roi d’Aragon, qui était venu joindre Henri II,
avait eu des liaisons d'amitié avec le châtelain
d’Autefort ; et avant que le hasard les eût placés
chacun dans un camp séparé, ils avaient vécu dans
une sorte de confraternité d’armes et de poésie, car
le roi espagnol était aussi un troubadour renommé.
Bertrand, croyant pouvoirse fier à l’amitié de son
ancien compagnon, lui lit dire secrètement que la
partie du château où se portaient principalement les
efforts des assaillants était déjà presque ruinée, et
le pria d’user do son influence auprès de Henri,
pour que l’attaque fût dirigée d'un autre côté (t). Le
roi d’Aragon, loin de répondre à la confiance de son
ancien ami, s’empressa de livrer son secret. La prise
d’Autefort fut la conséquence de cette trahison.
Bertrand de Born fut pris sur la brèche et mené à
(*) Voir l'Eclio des .12, 13 et 14 juin.
(1) Raynouard, t. v, p. 88.
Jusqu'il vit à la paye, à la ra)ge ; roi couronné qui prend
ssemble assez mal à Arnaud,
ni au preux Guillaume qui
nde, tant il fut estimé. Puis-
nmenl et truande, il ne sera
! prince Henri était en Lom; existence, et oubliant, dans
i, ceux qui s’étaient dévoués
'l trahissait ainsi sans scrud’une année éloigné de l'Aquiî oublié tout souci d’ambition,
jtît atteint par les vifs et amers
ait qu'il comprit combien était
la situation qui lui était faite,
i erre, il songea de nouveau à
j icns partisans. Revenu près de
J ce reprit en main la cause de
à ses réclamations, Henri II
faire hommage à son frère,
amplifdu duché d’Aquitaine et
es de la couronne d’Angleterre,
inlicipé ; aussi Richard répon1, et la guerre fut déclarée ; le
'se défendre à la fois contre
!Un peu plus tard, Ilenri-le'ité habituelle, se sépara, sous
b m quai far longor ganda.
'digua... etc.
(Rayn., ibid., p. 148.)
s’en anet en Loinbaiùia tortotz aquestz ^aros en la Çierra
(Raynouard, t. v., p-
eurtres sans nombre commis
t-à-coup, au moment où
plus vives de part et d’autr
ut à Martel, en Quercy, d’
oriens ne manquent pasd’at
3 de la malédiction de Dieu,
/elle de cette mort, Bertr.
3 anciens sentiments pour leé son ami et son frère d’arc
nent sa rudesse native, il d,
ilique et éloquent tout à la
du jeune Plantagenôt. Cêtti
sans transition des formes r
liant de guerre aux accent
rdre de son harmonieux cars
je romane était plus que toi
prêter sans s’altérer à tou
s de pensée et de s’harmor
îs diverses. Le poète qui
et exprimer l'idiome raérit
a remarquable génie d’in'
la poésie à ses colères, à
>u de joie vive, et en fairi
i secrètes espérances ! To
oubadour est remplie de
s vers expriment toute la v
maintenant, la colère s’ét
ieetl'emportement se chang
•atire devient une douce e
ç nous allons citer perd ;
j, l’harmonie de son express
elle montre combien était
; pour se_ transformer ain
ons du moment,
les deuils-et les ‘pleurs , 1
t les dommages et les ,
ce vainqueur qui avait à venger de si cruelles in terre agit en ceci sous l’empire d’un calcul politique,
jures. Le barde aquitain ne perdit pas son assurance en essayant d’attacher à sa cause le troubadour
ordinaire;, et se tint prêt à soutenir ce nouveau mal aquitain. Ensuite , il n’est pas surprenant que le
heur qui semblait devoir l’accabler sans retour. Le vieux roi fût dominé dans cette circonstance par la
roi anglais l’apostropha ainsi :
douleur que lui causait la perte récente de son fils
i< Bertrand, vous disiez qu’en tous temps vous aîné, héritier présomptif de la couronne; car, selon
» n’aviez pas besoin de la moitié.de votre sens ; mais tous les témoignages contemporains, il aimait ce fils
» sachez qu’aujourd’hui il vous fera grand besoin plus que tous les autres.
» tout entier. — Seigneur, lui dit Bertrand, il est r
’
III.
» bien vrai que je le disais et qu’alors je disais bien
» vrai. — A quoi le roi riposta vivement : Je crois
Après la mort de Henri II et l’avènement de Ri
» bien qu’à présent vous l’aurez complètement perdu.
» — Seigneur, reprend le troubadour, en effet; chard Cœur-de-Lion, le rôle de Bertrand de Born
» mon esprit est bien déchu à .cette heure. — Et se continua, mais à la faveur d'autres événements
» comment? — Le jour où mourut lo vaillant jeune et avec le concours d’autres circonstances.
L’attention générale était alors absorbée par la
» roi, votre fils, je perdis le sens, la savoir et l’inLe roi d’Aragon, qui était venu joindre Henri II, | » telligence. » Lorsque le roi entendit ce que Ber troisième croisade qui se préparait. Il est à remaravait eu des liaisons d’amitié avec le châtelain trand lui disait de son fils en pleurant, une si grande I quer que peu de troubadours allèrent en Palestine;
d’Autefort ; et avant que le hasard les eût placés douleur lui vint au cœur de la peine qu’il ressentait la plupart d’entre eux, sans quitter l’Occident, célé
chacun dans un camp séparé, ils avaient vécu dans qu’il tomba sans connaissance. Lorsqu’il fut revenu braient les hauts faits des soldats de la croix, rele
une sorte de confraternité d’armes et de poésie, car à lui, il s’écria eu pleurant : « Ah! Bertrand, vous vaient leur enthousiasme quand il semblait faiblir ,
le roi espagnol était aussi un troubadour renommé. » aviez grande raison d’avoir perdu l’esprit .pour mais ne sé montraient nullement/ désireux do pren
Bertrand, croyant pouvoir se fier à l’amitié de son » mon fils, car il vous aimait plus qu’homme au dre part aux exploits accomplis pour la délivrance
ancien compagnon, lui lit dire secrètement que la » monde! Pour l’amour, de lui, je vous liens quitte des saints lieux. Bertrand de Born encourage les
partie du château où se portaient principalement les » de votre personne et do votre bien, de votre cbà- bonnes dispositions dés princes, blâme leur manque
efforts des assaillants était déjà presque ruinée, et « teau; vous rends mon affection et mes bonnes grâ- de zèle , et parfois, avec une légère teinte d’ironie
le pria d’user de son influence auprès de Henri, b ces, et, de plus, je vous donne cinq cents marcs sceptique, raille leur dévotion. En somme, il ne
pour que l’attaque fût dirigée d'un autre côté (1). Le b d’argent pour les dommages que vous avez re- paraît jamais concevoir l’idée sérieuse de s’enrôler
roi d’Aragon, loin de répondre à la confiance de son » eus (1). »
sons l’étendard sacré. Souvent môme il parle de son
ancien ami, s’empressa délivrer son secret. La prise
Cette clémence, attribuée par le chroniqueur pro peu de zèle snr un ton assez équivoque :
d’Autefort fut la conséquence de cette trahison. vençal à Henri Plantagenôt, paraît assez invraisem
k Je sais-maintenant celui qui a le plus de valeur
Bertrand de Born fut pris sur la brèche et mené à(*) blable, mais elle peut s’expliquer de deux maniè
parmi tous ceux qui se lèvent matin ; vraiment, c’est
res : d’abord, il peut bien se faire, que le roi d'Angle- le seigneur Conrad, celui qui se défend à Sur contre
Saladin cl sa perfide troupe. Que Dieu lui soit en
(*) Voir l’Echo des.12, 13 et 14 juin.
aide, car le secours des hommes est bien long à venir.
(1) Raynouard, t. v, p. 88.
Seul il aura l’honneur, puisque seul il a en la peine.
(I) Raynouard, Poés. des troubadours, t. v., p. 87.
b Seigneur Conrad, je vous recommande à Jésus;
je serais allé avec vous , je vous jure , mais je me
suis lassé quand j’ai vu que les comtes et les ducs,
les princes et les rois tardaient tant. Puis auprès
d’une dame belle et blonde, mon courage s’est at
tiédi; sans cela , je serais avec vous dept ls un an
passé.
» Seigneur Conrad, je sais deux rois qui tardent
trop à vous aider ; apprenez qui ils sont : l’un est le
roi Philippe , il craint. L’autre est le roi Richard, il
craint aussi. Fussent-ils tous deux dans les fers de
Saladin, puisqu’ils se moquent ainsi de Dieu! Ils
sont croisés, et de partir ils n’ont aucun souci.
» Seigneur Conrad, je chante pour l’amour de
vous ; et ne considère ami ni ennemi ; je chante
parce que je veux blâmer les croisés, qui mettent
en oubli leurs serments d’aller outre nier et ne parten’
pas. Ls ne soDgent pas que Dieu s’irrite de les voir
s’oublier dans les plaisirs de la table et autres dclassements. Vous souffrez la faim e t là’soif, et eux restent-là.
.
.g
# Seigneur Conrad , la roue s’en va tournant dans
ce monde, toujours tendant à mal , car j’en sais pen
qui n'aillent s’efforçant de tromper voisins et non
voisins; mais celui qui perd n’y prend pas plaisir;
aussi qu’ils sachent bien , ceux que je dis agir ainsi,
que Dieu écrit ce qu’ils ont dit et fait.
» Seigneur Conrad, le roi Richard vaut tellement,
quoique je dise grand mal de lui quand bon me sem
ble, qu’ii partira incessamment avec autant de forces
qu’il en pourra rassembler ; je l’ai entendu dire d’une
manière certaine. Le roi Philippe va aussi par mer,
avec d’autres rois. Ils arriveront avec de tels ren
forts qu’ils iront soumettant tout le pays jusqu'aude-là de l'arbre sec.
» Beau Papiol, dirige ton chemin vers la Savoie
(1)
Ara sai en de pretz qualz l’a plus gran
De totz aquetz que s leveiron mati ;
....... ...etc.
(Raynouard, t. îv, p. 94.)
et Richard reprit la couronne sans guerre et sans
secousses. Le lion déchaîné se retourna contre ses
ennemis. Le roi de France, successivement repoussé
de toutes les villes de Normandie, fut bientôt forcé
de conclure une trêve.
Sur ces entrefaites, une insurrection, préparée con
tre le roi d’Angleterre par Bertrand de Born , éclata
en Aquitaine, sous l’impulsion directe du comte de
Périgord et du vicomte de Limoges. A la première
sommation que leur fit Richard de rendre leurs châ
teaux, ils lui répondirent qu’il était « devenu trop
orgueilleux, et qu’ils voulaient le rendre malgré lui
plus modeste en guerroyant contre lui (1). » Pour
que les faits vinssent à l’appui de ce langage, il était
nécessaire que la trêve conclue entre les deux rois
fût rompue, car si Richard n’avait pas été occupé à
se défendre contre le roi de France, il serait aisément
venu à bout de la révolte des barons aquitains. Le
châtelain d’Autefort, quittant un moment son rôle de
combattant pour reprendre son rôle politique , s'em ploya de tous ses moyens pour rallumer la guerre.
A force d’intrigues secrètes, et avec le puissant se
cours de sa muse satirique, il réussit à mettre de
nouveau en présence les deux ennemis de l’Aqui
taine. Philippe-Auguste fut le premier à rompre la
trêve, et, celte fois, la Saintonge fut le théâtre de la
la lutte. Les deux rois se rencontrèrent près du
bourg de Niort, sur les bords d’une petite rivière
appelée la Gaure, et chacun s’établit sur une rive
de manière à n’ôtre séparé de son adversaire que
par la largeur de la rivière. Le roi de France avait
(1) «... Qu’el era vengutz trop braus, e trop orgoillos,
e que ill, mal son grat, lo farian franc e cortes e humil, e
queill lo castiarian guerreian. » (Raynouard, t. v, p, 96.)
une armée composée de Bourguignons, de Flamands,
de Champenois et de Berrichons , qüi formaient plu
sieurs corps séparés ; les troupes du roi d’Angleterre
se composaient de soldats normands, angevins, an
glais, et principalement de gens du pays de Saintonge.
Les deux partis restèrent ainsi en présence pen
dant quinze jours (1); chaque jour on s’armait et on
se préparait à combattre, mais l’action était toujours
retardée par l’intervention des gens d’Eglise, qui
s'entendaient pour pacifier les choses. Le roi de
France se montrait le plus difficile et le plus éloigné
de tout accommodement; il voulait combattre, à
moins que Richard ne lui fit hommage pour la Nor
mandie et l’Aquitaine. Cette prétention rendait tout
accommodement impossible, et un jour fut fixé pour
en venir aux mains.
Pendant les premiers pourparlers, le corps des
Champenois, soudoyé par les agents de Richard,
avait promis de jie prendre aucune part à l’action.
C’était cette promesse de trahison qui donnait une
si grande confiance au roi d'Angleterre ét le rendait
si prompt à engager une lutte décisive. Le roi Phi
lippe se préparait de son côté, mais lorsqu’il s’a
perçut de la défection de ses auxiliaires , « il fut fort
effrayé et épouvanté (2), » et changea subitement
ses dispositions. 11 manda les évêques qui s’étaient
déjà interposés, les chargeant de conclure la paix à
tout prix. Les gens d’Eglise allèrent à la rencontre
du roi anglais, « en portant des croix entre leurs
» bras, pleurant et le conjurant de sauver tant de
» braves gens destinés à mourir si la bataille avait
» lieu (3). » Ils s’engageaient à faire sanctionner par
(1) Raynouard, t. v, p. 95.
(2) Ibid.
(5) Ibid.
le roi de France l’ancien état de choses, et à obtenir
de lui qu’il rentrât sur son territoire. Leurs efforts
furent couronnés de succès et une trêve de dix ans
fut conclue.
Les barons d’Aquitaine, qui se trouvaient encore
exposés à toutes les suites de la vengeance de leur
puissant suzerain , « furent fort affligés et Bertrand
» de Bord plus qu’eux tous, car rien ne lui plaisait
» comme la guerre, et surtout la guerre des deux
» rois (1). » Sans se décourager, il reprit la lutte
par ses moyens ordinaires, c’est-à-dire par la poé
sie. Ses sirventes se succédaient et allaient piquer
au vif le plus violent et le plus irritable des deux
adversaires; poète et polémiste dans l’occasion,
Richard, plus que tout autre, ressentait la portée de
ces ardentes et amères satires, et de leur côté, les
barons aquitains n’épargnaient pas les excitations
de tout genre. Les vers de Bertrand, répandus dans
les châteaux et les cours du midi, expliqués et ad
mirés toujours dans le sens le moins favorable à celui
qu’ils désignaient, manquaient rarement leur but. Les
fragments suivants d’un sirvonte adresse à Richard
donneront une fois de plus l’idée de l’adresse et du
tact déployés en pareil cas par le troubadour politi
que :
« Puisque les barons sont tristes et courroucés de
cette paix qu’ont faite les deux rois, je ferai une
chanson telle quo lorsqu’elle sera apprise et répan
due, chacun sera impatient de guerroyer. 11 rie me
plaît point de voir un roi rester en paix quand il
perd son droit, jusqu’à ce qu’il ait mené à bonne fin
la demande par lui faite.
F. Mériluou.
(La suite à demain.)
(1) Raynouard, ibid, p. 93.
FEUILLETON CE L'ECHO CE VESONE.
LES TROUBADOURS PÉRIGORD1NS.
BERTRAND DE BORN.
Bl'B'J'j - '5 ! 1J2 *’•
■ DE 7 ' " ; B '
DE Jt.
•
—--------» Français et Bourguignons ont échangé honneur
pour lâcheté, selon ce que j’entends dire. C’est grande
lâcheté qu'un roi vienne négocier et plaider tout
armé sur un champ de bataille, et le roi Philippe
aurait bien mieux fait, par ma foi! de combattre que
de controverser tout armé sur la terre dure (1). b
Philippe-Auguste ne s’émut guère de ces repro
ches, mais Richard rompit la trêve , et débuta par
ravager et piller les frontières françaises. La lutte se
trouva reprise de fait, à la grande joie de Berirand
de Born et des barons aquitains. Le sirvonte dont
nous venons de citer un fragment était indirecte
ment adressé à Richard, et approprié en tout au ca
ractère et à la nature de ce prince, que le trouba-
AuRnilie
mais, jj
par ifen,
l’ramrent
ral?°! par
™0lninglai
lemllre
SS
sans perdre de temps, et passe la mer; je t’envoie
au seigneur Conrad, et quand tu y seras, dis-lui
que si je ne lui aide avec l’épée , bientôt je lui aide
rai, pourvu que les rois ne se jouent pas de moi.
Seulement, il est bien vrai de dire, que si le voyage
ne convient pas à telle dame, à laquelle je me re
commande , je ne crois pas y aller (1). »
Cette dernière phrase est un correctif passable
ment ironique des belliqueuses strophes qui précè
dent, qui, malgré tout, peuvent donner une idée de
la science de style et du tact politique déployés par
le poète lorsqu’il veut donner à ceux qui l’écoutent
un enthousiasme qu’il ne ressent pas lui-môme.
La croisade fut, comme on le sait, stérile, et n’a
boutit qu’aux brillants mais inutiles exploits du roi
Richard Cœur-de-Lion, qui resta seul en terre sainte
après le départ de Philippe-Auguste.
Pendant l’absence du monarque anglais, de nou
veaux éléments pour l’activité batailleuse et politique
de Bertrand de Born se préparaient en Aquitaine et
au dehors de ce pays. Philippe-Auguste, profitant
de la faiblesse du prince Jean , avait réclamé haute
ment l’hommage des duchés d’Aquitaine et de Nor
mandie, et, sur son refus, avait occupé provisoire
ment ces provinces et toutes les possessions anglai
ses qui relevaient de la couronne de France. Telle
était la situation, lorsque le roi Richard, échappé des
prisons de l’empereur d’Allemagne, reparut eu An
gleterre. Celte apparition inattendue, et le prestige
qui s’attachait au nom du Cœur-de-Lion , firent ren
trer dans le néant la honteuse royauté du roi Jean,
fiS’
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les t,e
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son 4né I
« Iflme|
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veau Ï0L
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leurs,lc[,
Je puit
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(*) Voir l’Ec/wdes 12,-15, 14 et 13 juin.
(1) Raynouard, ibib. t. i.v. p. 170.
G) 1
le sobi
dour connaissait de longue date. Maintenant, nous
citerons une nouvelle satire à l’adresse de PhilippeAuguste : celle-ci est conçue en termes plus graves,
mais non moins entraînants. Elle est dictée aussi
par une parfaite connaissance de l’esprit du roi de
LES TROUBADOURS PÉRlfîORblAS. France, brave au besoin, mais d’une bravoure plus
raisonnée, et par cela même rendant le roi de France
moins prompt que Richard Cœur-de-Lion à agir sous
l’empire d'une passion suggérée par une influence
étrangère. Ce merveilleux talent d’observation, cette
finesse dans l’analyse intime du caractère et de la
nature humaine sont, comme nous l’avons déjà dit,
les traits distinctifs du génie de Bertrand de Born,
n >r
et les signes de sa supériorité sur les hommes de
son temps :
« 11 faut sans retard que je fasse un chant nouveau
pour le répandre, puisque oui et non (1) a de nou
veau versé du sang el allumé du feu. C’est la grande
» Français et Bourguignons ont échangé honneur guerre qui rend généreux les seigneurs avares. Aussi
pour lâcheté, selon ce que j’entends dire. C’est grande j’aime à voir les rois étaler leur pompe quand elle
lâcheté qu'un roi vienue négocier et plaider tout est accompagnée de pieux, de cordes et de ponts, et
armé sur un champ de bataille, et le roi Philippe qu’on dresse des pavillons pour coucher dehors, et
aurait bien mieux fait, par ma foi! de combattre que qu’on se rencontre à milliers et à centaines, de ma
nière qu’après nous on chante nos exploits dans des
de controverser tout armé sur la terre dure (1). »
Philippe-Auguste ne s’émut guère de ces repro chansons de geste.
» .J’aurais déjà reçu des coups sur ma targe, et
ches, mais Richard rompit la trêve , el débuta par
teint
de vermeil mon gonfanon blanc! Mais je me
ravager et piller les frontières françaises. La lutte se
trouva reprise de fait, à la grande joie de Bertrand suis abstenu et privé de ce plaisir, parce que je m’a
de Born et des bâfrons aquitains. Le sirvente dont perçois que oui et non me plombe un dez d’autant
que ne sont à moi ni l’enseigne ni la tente ; d’ail
nous venons de citer un fragment était indirecte
leurs, je ne puis aller combattre au loin sans argent.
ment adressé à Richard, et approprié en tout au ca
ractère et à la nature de ce prince, que le trouba-(*) Je puis seulement, l’écu au col et le casque en tête,
aider à mes connaissances.
ÏEÙIMTOB BE L’ECHO DE VÉS0S8.
hisqt vous recommande à Jésus;
>ge je vous jure , mais je me
ssenque les comtes et les ducs ,
t ni ardaient tant. Puis auprès
ndede, mon courage s’est atnmiis avec vous depi is un an
i pr sais deux rois qui tardent
; esnez qui ils sont : l’un est le
, «/autre est le roi Richard, il
1 tr. tous deux dans les fers de
l’umoquent ainsi de Dieu 1 Ils
, oulir ils n’ont aucun souci,
tît e chante pour l’amour de
oit ami ni ennemi ; je chante
lia er les croisés, qui mettent
.errpller outre mer et ne parlen'
licüue Dieu s’irrite de les voir
[ce , de la table et autres délasà faim e l là'soif, et eux res-
,fati
,
,
cm, roue s en va tournant dans
’esjant à mal, car j’en sais peu
ànl^le tromper voisins et non
fi, i.erd n'y prend pas plaisir;
Rsa^ ceux que je dis agir ainsi,
:U,,nl dit et fait.
'iteeoi Richard vaut tellement,
P_i"l de lui quand bon me sem1 piment avec autant de forces
r ; je l’ai entendu dire d’une
Philippe va aussi par mer,
'-ûveront avec de tels ren^gjjttant tout le pays jusqu'aut '
tou chemin vers la Savoie
rd reprit la couronne sans gt
s. Le lion déchaîné se rctouri
. Le roi de France, successivei
ts les villes de Normandie, fut
ure une trêve.
as entrefaites, une insurrection,
)i d’Angleterre par Bertrand d
.laine, sous l’impulsion directe
I et du vicomte de Limoges, l
ion que leur fit Richard de ren
ils lui répondirent qu’il était
eux, et qu’ils voulaient le rené
odeste en guerroyant contre
faits vinssent à l’appui de ce 1.
lire que la trêve conclue entre
ipue, car si Richard n’avait pa
ndre contre le roi de France, il
bout de la révolte des baron:
lin d’Autefort, quittant un mom
ttant pour reprendre son rôle p
le tous ses moyens pour rallui
a d’intrigues secrètes, et avec
de sa muse satirique, il réussi
au en présence les deux enne:
Philippe-Auguste fut le premii
et, celte fois, la Saintonge fut
e. Les deux rois se renconti
de Niort, sur les bords d’uni
le la Gaure, et chacun s’établi
inière à n’ôtre séparé de son
i largeur de la rivière. Le roi d
BERTRAND DE BORN.
(*) Voir VEclio des 12,-15, 14 et 13 juin.
a... Qu’el era vengutz trop braus,
ill, mal son grat, lo farian franc e
I lo castiarian guerreian. t (Rayno
(1) Raynovar», ibib. t. i.v. p. 170.
(1) Le troubadour désignait ordinairement Richard sous
le sobriquet de oui el non.
» Si le roi Philippe avait au moins brûlé une bar
que devant Gisors ou crevé un étang, de sorte qu’à
Rouen il fût entré par force dans le parc; s’il eût
assiégé la ville par mont et par vallée, qu’on n’eût
pu en avoir de nouvelles qu’à l’aide de colombes,
alors j’aurais pu croire qu’il voulait démontrer que
le grand Charles fut le plus illustre de ses aïeux, lui
par qui furent conquises la Pouille el la Saxe (1)... »
Il y a apparence que malgré ces poétiques excita
tions, le sire d’Autefort n’aurait pas exercé sur Philippe-Auguste la même action que sur son rival, si
l’intérêt de sa propre défense ne l’avait forcé à re
prendre les armes. Le roi Richard, chevalier, poète
et guerrier avant tout, politique par nécessité, était
et devait être plus que personne accessible aux en
traînements de l’opinion, aux influences de l’idée
guerrière et chevaleresque. Mais Philippe-Auguste,
positif comme tous les génies organisateurs, ne fai
sant jamais intervenir la guerre qu’à l’appui d’un
droit, d’un système ou d’une idée, était médiocre
ment accessible à toute action qui était étrangère aux
intérêts de sa couronne el à ses idées personnelles.
Richard Cœur-Je-Lion est le héros poétique et
guerrier du moyen-âge, des légendes et des chants
populaires; c’est un type qui ne survit pas à son épo
que. Philippe-Auguste, au contraire, est l’expres
sion primitive d'une idée indépendante des siècles;
c’est l’idée d’avenir, l'idée progressiste de ce même
moyen-âge. Aussi, ce dernier ne peut être assujetti
que dans une cctaine mesure aux influences, procé(1) — « Non istarai mon chantai'non esparja,
l’us îi’oc et ion a mes foc trag sang,
....... etc.
(Raykouard, t. iv, p. 177.)
dant uniquement du milieu de mœurs, d’esprit et
d’intérêts dans lequel il se trouve placé.
Bertrand de Born semble connaître les traits les
plus saillants qui séparent ces deux caractères, car
il commence toujours par .exciter les passions les
plus violentes du roi anglais, pour lui faire prendre
l’initiative d’une rupture de trêve ou d’une reprise
d’hostilités, el parvient, par ce moyen, à mettre Phi
lippe sur la défensive.
Ce dernier se plaignit hautement de la violation
des traités; mais comme il n’était pas prêt à recom
mencer la guerre, il s’adressa aux évêques dont
l’intervention avait amené la paix une première fois.
Ceux-ci parviment à calmer un moment les partis,
en proposant une conférence qui se tint sur les fron
tières du Berry et de la Touraine. Les deux rois vin
rent au rendez-vous; mais des exigences réciproques
envenimèrent de nouveau la querelle, et ils en vin
rent aux injures comme auraient pu le faire deux
héros d’Homère. Richard s’emporta fort contre scu
rival, et, disent les chroniques, lui donna un dé
menti en l’appelant « vil lâche. » (1) La guerre fut la
conséquence de cette entrevue, <t ce dont Bertrand de
» Born fut fort joyeux, et fit un sirvente dans lequel
» il excite fort le roi d’Angleterre et lui reproche
» d’aimer la paix plus qu'une moine. » (2)
Philippe se mit en défense, quoique la guerre ne fût
nullement de-son gré ; mais après quelques hostilités,
la paix fut de nouveau conclue au grand déplaisir de
l’agitateur, et Richard put repasser en Aquitaine.
Le moment approchait cependant où, non-seule(1) .... « Si qu’en Richartz lo démenti e’1 clametvil recrezen. »
(Raykouard, t. v, p. 99.)
(2) Ibid.
ment la lutte allait être finie, mais où allait finir j développait plus vite, plus complètement, par l’ini
aussi la carrière active du grand poète. Lorsque sur- i tiative puissante des troubadours et sous le charme
____ , ... w uevoir essentiel entrait en
vint la mort si imprévue du roi Richard, le sire i de leur poésie. La chevalerie, dans son acception la première ligne
dans son serment de chevalerie. Être
d’Autefort sentit que son rôle était terminé. Il quitta j plus.pure , se trouvait là sur une terre classique, et réputé brave et généreux, pouvoir faire des récits
alors le monde qu’il avait rempli de son nom, et se j tout concourait à faire de celle bizarre institution, de prouesses et d’aventures de guerre, mêler son
_
Yiuiomes
passionsimpressions
politiques
ou guerrières, comme
des
plus douces
retira dans l’abbaye de Dalon, en Limousin. Les lé- débarrassée des formes primitives et des rudes élé
du
cœur.
nom
à
tous
ces
récits
que
les
dames
écoutaient
et
gendes et les chroniques le représentent finissant ' ments qui lui venaient de l’origine germanique, le applaudissaient figurer noblement et bravement
Au xne siècle, dans la limite des mœurs el des
dans l’austérité et la pénitence une vie si bien rem- i caractère le plus distinctif de la féodalité méridio dans les tournois, telle était la suprême ambition
idées féodales, il y avait, au sommet de la société,
nale.
plie par tant de gloire et de combats.
du chevalier à son début dans la carrière. Le trou
La femme , qui joue un si grand rôle dans l’épo badour qui joignait aux avantages dont nous par une sorte de civilisation intime, s’agitant dans un
On ne peut guère admettre que la dévotion et la i
cercle bien restreint et peu susceptible de variations,
ferveur religieuse fussent pour beaucoup dans celte î pée chevaleresque, est ici dépouillée de ce prestige lons, celui de pouvoir redire sous une forme poéti
fin, si on considère bien le caractère et les antécé- < sombre et mystérieusement terrible consacré parla que les exploits accomplis par lui ou par des héros mais qui n’excluait pas cependant un certain rafflnement intellectuel. Les sirventes des troubadours
dents de l’homme. Dans la situation nouvelle qui ! poésie et les chants primitifs du nord, qui jadis la entourés de tout le nrnai»v<r
>- « ••
occupaient les loisirs des châteaux, et étaient com
devait être une des principales conséquences de fa '< faisaient prophétesse pour exalter les passions san
pris, admirés et commentés ; les équivoques et les
__ ........ oui iui voûte i attenb
mort du roi Richard, le vaillant poète ne devait plus ■ glantes des guerriers germains ou prêtresse inspirée
Ces chants nnî
qui nn..*
nous —lités
paraissent encore si remplis allusions
Ges
de langage,
n’embarrassaient
ces
empreintes
quelquefois depersonne,
certaines car
subtides
mystères
celtiques.
Ce
n’est
plus
un
être
terrible
trouver aucun aliment à sa puissante activité ; d’ail- j
d’harmonieuse poésie, devaient avoir un bien autre
leurs , il n’est pas supposable qu’un semblable per- et redouté ; c’est ht dame de beauté, laite pour briller charme pour les contemporains, lorsqu’ils célébraient
poésies étaient avant tout conformes à l’esprit du
sonnage se fût résigné à la condition de simple châ au grand soleil méridional, pour prfsider les cours des exploits récents ou flétrissaient la félonie 1
temps et s’adressaient à des lecteurs assez intelli
telain, vivant sur ses terres de la simple vie féodale. d'amour, décerner aux héros des toirnois la récom Aussi, le poète qui pouvait ainsi donner aux cheva
Ajoutons à cela que le temps avait marché. ; le poète pense du courage, et inspirer lesclmts des trouba liers renom de bravoure, aux femmes renom de gents pour en discerner les défauts et les beautés.
Ceux zjui écoutaient et commentaient ces produc
dours.
avait alors environ soixante ans.
beauté, exerçait-il en tous lieux une iufluence que
L’existence de cette brillante socié s’écoulait dans nul n’aurait osé lui disputer. Après plus ou moins tions du.génie méridional, étaient donc bien loin, il
Bertrand de Bord mourut entre les années 1211
faut le croire, d’ètre aussi barbares qu’on les repré
et 1212; car lorsque la Guyenne, confisquée par les châteaux, où se formaient de pites cours civi d’années consacrées à cette vie d’aventures, de poé
sente ; ils avaient des mœurs el des habitudes polies,
Philippe-Auguste sur Jean Sans-Terre, revint à la lisées et polies n’ayant rien ou prque rien de com sie et d’amour, lorsque l’âge venait amortir sa verve,
une
civilisation à leur manière.
mun
avec
les
villes.
Les
rapports'établissaient
de
couronne de France, Bertrand de Born , Je fils, fit
le troubadour quittait le monde où il ne pouvait
hommage au roi de France de sa seigneurie d’Au château à château, et le seigneur ri savait le mieux plus briller, et allait mourir au cloître. Telle était
exercer l’hospitalité, qui déployaile plus de luxe, d’ordinaire la destinée des poètes méridionaux et
tefort.
F. Mérilhou.
faisait de son manoir un centre drogue et de mou
fin
a
demain.}
surtout
des
plus
célèbres;
telle
fut
la
destinée
de
IV.
vement. On cherchait à être admisses fêtes, comme Bertrand de Born.
de nos jours on cherche à être adis- dans un salon
Cette vie d’intrigues, de combats et d’activité dé
La rudesse de mœurs qui caractérisait la féodalité à la mode.
vorante que nous avons essayé de retracer, absor
La
poésie
avait
sa
place
marqu
dans
cette
civi
du nord, allait en s’adoucissant vers les pays du
bait l’homme de guerre et l’homme politique, mais
lisation, et les poètes qui l’exprinent marchaient le poêle et le chevalier se retrouvaient toujours. Le
midi, sous l’empire des traditions romaines, aux
quelles venait s’allier un léger reflet des mœurs ara de pair avec les seigneurs. La vd’un troubadour, châtelain d’Autefort luttait contre les événements,
bes. L’esprit méridional, plus passionné, acceptait ! et surtout d’un troubadour guerr, était avant tout maniant tour à tour la plume et l’épée, selon les cir
volontiers l’élément progressif de la féodalité, et le conforme à l’esprit chevaleresqi'Le premier devoir
constances. Nul mieux que lui ne savait jeter au
I
uumain, ['Echo de Vésone commencera la
publication d’un roman nouveau de M. Paul
FÉVAL, intitulé :
sait, i
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mêlée
» fort
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miUITOK hï L'ECHO JiE ïESOfiJ.
» et fi
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LES TROtjïADOlJRS PERIGORDÏNS. « le pa
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mettre
ces qt
(Sui/e*.)
étaient
Les tournois, lâchasse, les festins et la poésie,
sa dau
tels étaient les -éléments de la vie chevaleresque
o Qt
dans les châteaux du midi ; l’existence du sire d’Au des fat!
tefort était en tout conforme à ces principes chevale
resques. Sorti d'une période dé combats et d’intri
gues, Bertrand de Born vivait comme devait vivre t
(‘) Voir l’LJwdes 12, 13, li, 13 et L"
juin.
i de mœurs, d’esprit et
trouve placé.
3 connaître les traits les
ces deux caractères, car
exciter les passions les
s, pour lui faire prendre
3 trêve ou d’une reprise
r ce moyen, à mettre Phi utement de la violation
•n’était pas prêt à recomjressa aux évêques dont
a paix une première fois,
r un moment les partis,
ie qui se tint sur les fronraine. Les deux rois vinjes exigences réciproques
I querelle, et ils en vinaienl pu le faire deux
emporta fort contre sou
jues, lui donna un déùe. » (1 ) La guerre fut la
îe, a ce dont Bertrand de
îun sirvenle dans lequel
ttletcrre el lui reproche
*; moine. » (2)
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'iprès quelques hostilités,
Pue au grand déplaisir de
'•epasser en Aquitaine,
pendant où, non-seule;t
démenti e’1 clamet vil reIVHOUARD, t. V, p. 99.)
jpait plus vite , plus complètemc
puissante des troubadours et sc
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ire , se trouvait là sur une terre
incourait à faire de celle bizari
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ère le plus distinctif de la féod;
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publication d’un roman nouveau de M. Paul
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BERTRAND DE BORN.
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Les tournois, lâchasse, les festins et la poésie,
tels étaient les éléments de la vie chevaleresque
dans les châteaux du midi ; l’existence du sire d’Au
tefort était en tout conforme à ces principes chevale
resques. Sorti d'une période de combats et d’intri
gues, Bertrand de Born vivait comme devait vivre(*)
(*) Voir l’L'i/wdcs 12, 13, 14, 13 et 17 juin
tout haut baron du xii° siècle, c’est-à-dire qu'il chas
sait, donnait des festins et des fêtes, menait enfin,
dans son manoir, joyeuse et chevaleresque existence
mêlée de poésie et d'amour, a Le vicomte d’Aute» fort, dit son ancien biographe, aima avec grande
» passion une dame célèbre par sa grande beauté,
» et qui avait nom Maënz, de Montignac. Elle était
» femme de Talleyrand, frère du comte de Périgord,
s et fille du vicomte de Turenne » (1). Geoffroy et
Richard, fils de Henri 11, Alphonse, roi d’Aragon,
Raymond, comte de Toulouse, aspirèrent aussi à l’a
mour de la belle châtelaine, qui préféra toujours, à
ces puissants princes, le poète qui chantait pour elle
« le pauvre Vavasseur, » comme il se qualifiait luimôme.
« J’aime une dame qui est franche et fine, blonde
et blanche comme fleur d’aubépine; je suis celui
quelle aime, et j’ai grande joie à la louer. Elle pré
fère le pauvre Vavasseur aux comtes et aux ducs
trompeurs qui la mineraient à déshonneur. » (2)
Il paraît bien, cependant, que cet amour ne fut
pas toujours sans orages, et que le sire d’Autefort
dut plus d’une fois recourir à sa muse pour se re
mettre en faveur. G’est dans une de ces circonstan
ces qu’il dément ainsi certaines médisances qui
étaient de nature à lui aliéner les bonnes grâces de
sa dame :
« Qu’au premier vol je perde mon épervier, que
des faucons me l’enlèvent sur le poing et le plument
à mes yeux, si je n’aime mieux rêver de vous que
d’être aimé de toute autre et d’en obtenir des faveurs.
Quo je sois à cheval, Vécu pendant au col par un
orage affreux, que mes rênes trop courtes ne puis
sent s’allonger, si celui qui m’accuse auprès de vous
n’en a pas menti. » (1)
Le poète poursuit encore ses serments et ses dé
négations sur ce ton moitié plaisant, moitié sérieux,
et finit par implorer la pitié de sa dame.
Les pièces amoureuses de Bertrand de Born res
semblent, quant au fond, à celles de tous les autres
troubadours; mais elles se distinguent par un style
particulier qui n’appartient qu’à lui. D’ailleurs, le
texte inépuisable de l’amour qui inspire les poètes
devait, en passant dans le milieu chevaleresque et
en s’harmonisant avec l’inspiration personnelle de
Bertrand de Born, emprunter au caractère et ou gé
nie du poète une expression particulière.
Presque tous les historiens ont présenté le trou
badour Bertrand de Born comme un brouillon guer
royant toujours sans motif, el sans cesse occupé à
fomenter des haines, sans autre but que celui de 'sa
tisfaire un insatiable besoin d’activité et de trou
bler l’ordre établi. On l’a fait tantôt féroce comme
un Franc primitif, tantôt subtil et fourbe comme un
politique du siècle de Machiavel ; allumant la guerre
des fils contre leur père, puis excitant les frères les
uns contre les autres. En apparence, ceci semble
déceler un esprit désordonné et porté par instinct
vers la discorde et la haine, sans réflexion et sans
but. Toutes ces assertions, basées sur des faits mal
compris ou dénaturés, devraient grandement dimi
nuer do valeur devant un examen plus approfondi
et plus logique de ces mêmes faits.
(1) Raynouard, t. v., p. 78.
(2)
,i Doisna qu’es frésq’ e fina,
Cuenda c guaia e mesquina,
.... etc. »
Au temps de Berirand do Born, l’opinion publi
que ne pouvait se baser que sur les faits isolés, et.
l’art de synthétiser un ordre d’idées no pouvait pas
être connu. Les contemporains ne pouvaient donc
saisir que les traits les plus apparents de ce type de
leur temps; c'est tout ce qu’ils pouvaient faire, car
aucune lumière ne leur venait du passé pour éclairer
cette noble et grande figure qui se détache si vive
ment sur le fond presque uniforme du moyen-âge.
L’erreur contemporaine est devenue une tradition,
comme il arrive presque toujours lorsqu’une erreur
traverse un certain nombre de siècles sans être
arrêtée au passage par l’examen et la critique. Ber
trand de Born, comme tout homme du xir siècle,
suivait l’impulsion de son caractère, et sc laissait'
emporter au courant des idées ou des travers d»
son époque , sans se préoccuper du soin do raison
ner ses impressions. Donc, les contemporains no
pouvaient comprendre l’homme de génie ; ils com
prenaient mieux l’homme ordinaire, et à cc dernier
point de vue, le troubadour périgourdin ne leur ap
paraissait que sous des traits odieux. Dante luimême, le grand justicier du moyeu âge , comme l’ap
pelle un ingénieux esprit (1), Dante ne paraît pasr
avoir échappé au p'réjugé généralement admis, lors
qu’il place Bertrand de Born dans son enfer, et lui
prête le langage suivant :
a Vois mon tourment cruel, toi qui, respirant ,
» viens visiter les morts. Vois s’il est un plus grand,
» supplice que le mien; et pour que de moi lu portes;
» des nouvelles, saches que je fus Bertrand de Born,
» celui qui donna le mauvais conseil au jeune prince.
(1) M Villemain, Tableau do la littérature au moyen-
(1) Raynouard, nouv. chap., 1.i, p. 98.
(Raynouard, nouv. chap,, t. i, p 339.)
i.
âge.
» J’armais le fils contre lo père, comme jadis Arclii» tophel arma, par ses mauvaises excitations, Absalon
» contre David ; et pour avoir divisé ceux que la
» naturo avait unis, je porte, hélas! ma tête séparée
» de son principe, qui reste enfermé dans ce tronc.
» Ainsi s’accomplit en moi la loi du talion (1). »
A cette époque du moyen-âge, l’autorité tempo
relle et l'autorité spirituelle, posées l’une en face de
l’autre, se défiaient sans cesse, la première personni
fiée par les empereurs, les rois d’Angleterre et de
France, et la seconde par les papes. Cette grande
lutte demandait bien toute l’activité, l’intelligence et
l’attention des peuples, et laissait bien peu de place
au progrès des nations ou au développement d un
intérêt local et momentané. On peut donc s’étonner
de l’immense influence d’un simple baron qui inter
venait dans les querelles royales pour les exploiter.
La raison de tout cela n’est pas dans une puissance
matérielle, car Bertrand de Born n’était qu’un vavassour du pays d’Aquitaine , mais il faut la chercher
dans les écrits périodiques, dans les satires qui
venaient à certains jours juger les hommes et les
choses de l’époque. Avant de chanter l’amour et les
mérites de sa dame, avant de célébrer les prouesses
chevaleresques ou de s’enflammer au souvenir d’un
Beau tournois ou d’une passe d'armes, le.chevalier
périgourdin était homme de parti. Ses sirventes sont
presque toujours un chant de guerre pour exalter
l’enthousiasme de ses partisans, ou une satire coutre
(1) a Sappi ch’i son Bertram del Bornio quelli
Che diedi al re Giovani i ma’ confojti
F’feci ’i padre e’1 figlio in se rebelli ;
........................................... etc. »
(Dante, Infer., cant. xxyui.)
le parti contraire, ou enfin une adroite flatterie pour
se tirer d’un mauvais pas ; par exemple, pour se
préserver des suites d’une défaite et séduire son
vainqueur. Intervenant à propos dans un débat po
litique, Bertrand de Born jouissait, au xii' siècle, de
la même iuüuence que pourrait avoir de nos jours un
homme qui serait à la fois chef de parti, guerrier,
diplomate et publiciste de renom.
Comme nous l'avons déjà dit, le troubadour péri
gourdin se met à la portée de tous les' préjugés de son
temps, s’occupe avant tout de surexciter, dans tel ou
Ici sens, les passions qu’il veut exploiter. Il se garde
bien de discuter de prime abord l’idée qu’il veut im
poser; puis, après tous ces préliminaires indirects
qui feraient honneur à plus d’un casuiste politique de
nos temps modernes, il aborde nettement sa thèse.
Lorsqu’il fait un tableau de la guerre, son style se
colore, sa verve déborde, et l’inspiration semble ve
nir d’elle-mèmo, sans effort apparent; mais il ne
faut pas conclure de là quo le poète est un guerrier
exclusivement, se complaisant par instinct dans le
double et la discorde , entassant à plaisir les sombres
tableaux de guerre et do scènes sanglantes, sans au
cun but apparent. Une harmonie imitative, parfaite
ment appropriée au sujet, une science profonde du
rbythme , une recherche de style non affectée, tels
sont les caractères généraux de la poésie de Bertrand
de Born ; mais dans les sirventes où il est fait allu
sion à quelque grand événement accompli ou prés de
s’accomplir, et dans lesquels le poète veut faire
prévaloir l’opinion ou l’intérêt momentané qui lui
est personnel, on est frappé de l’habileté avec la
quelle il ménage les transitions, dispose ses arguments
et voile une pensée au succès de laquelle il nuirait en
la présentant sous un jour trop vif. Jusque dans ses
satires les plus furieuses, on trouve une incroyable
verve de colère , un choix d’expressions recherchées
sans lo paraître, et, si l’on peut ainsi parler, une déli
catesse d’injure qui semble appartenir à d’autres siè
cles et à d autres littératures.
On comprendrait aujourd’hui un homme politique,
se faisant publiciste et orateur, luttant pour une
idëo, dans la presse ou à la tribune d’une grande
assemblée délibérante, à la face du pays attentif;
ceci est dans nos mœurs et de notre époque. Mais
un homme, portant la lance, le haubert et le casque
des chevaliers, un homme vivant en pleine féoda
lité, et mettant en jeu, par la seule puissance de la
pensée et du génie, les passions et les volontés d’au
tres hommes habitués à faire intervenir la force
seule dans toutes les actions de leur vie, un homme
iâolé, sans aucun moyen personnel d’action maté
rielle , dominant pendant une époque semblable,
voilà, en y réfléchissant bien, ce qui doit nous éton
ner aujourd’hui. Une pareille domination individuelle
ne peut guère trouver sa raison d’être dans les prin
cipes de la féodalité., mais elle peut servir à prouver
que le moyen-âge valait mieux que certaines tradi
tions ne l’ont fait, et que bien des côtés de son his
toire restent encore à éclaircir.
La part une fois faite aux préjugés historiques, et
les faits envisagés sous leur véritable jour, la tradi
tion rectifiée sur beaucoup de points, et l’œuvre de
notre grand troubadour véritablement étudiée, il
reste un grand poète, et le premier par ordre de
dates de tous les hommes qui, à tous les âges de
l’histoire, ont apporté leur contingent de génie pour
la gloire de la vieille Aquitaine.
F. Mérilhou,;
Au théâtre de la Gaîté, pendant une représen
tation de Germaine, la dernière scène, parfaitement
jouée par Mme Doche et Gouget, tenait la salle hale
tante d’émotion. Au moment où ce dernier veut poi
gnarder Mme de Kermidy, il y avait une telle vé
rité, il y avait tant do férocité dans cç regard, que
Mme Doche, dont la frayeur paraissait des plus natu
relles, tomba à la renverse sur une table. La scène
était énergiquement rendue et jouée avec talent.
Une dame placée à l’orchestre jette ce cri :
—• Ah ! la canaille I...
Et, saisie de convulsions nerveuses, elle tombe
dans les bras de son mari, qui ne sachant comment
secourir sa femme, semblait perdre la tète.
Dans son délire, la femme s'écriait :
— Ah 1 le malheureux 1... Ah 1 l’assassin I
Un gamin du paradis crie au mari :
— Mais dites-lui donc que c’est une frime; que
Gouget est un bon zig 1
Et le mari enlève sa femme, l’emporte dans les
couloirs en criant comme un fou :
— Mais, Caroline, c’est une frime; Gouget est un
bon zig; ces messieurs l’assurent... reviens à toi.
Cet intermède fit tant d’honneur aux deux artistes
qui avaient joué la scène, que le public les rappela
avec acclamation et les couvrit d’applaudissements.
{Gazelle de Paris.}
,
MJtS. les sonscrijitleurs aont l’abottnement cættïrera les 30, 3S et .30 juin
courant sont taries île faire parve
nir sans retard a HH. nrpom et V1
leurs demandes fie renouvellement
s'ils renient éviter une interruption
flans l’envoi fie leurs numéros.
1
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