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Fait partie de Rapport sur l'épidémie qui a régné dans l'arrondissement de Nontron
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Adressé à M. le Préfet de la Dordogne par M. J. Chavignez , d’Excideuil, ancien élève de première classe de l’école pratique des
hôpitaux, membre correspondant de la société anatomique de Pa
ris, docteur-médecin à Lanouaille.
{Septembre 1S11.)
Monsieur le Préfet ,
Désigné parmi le9 médecins que-, dans votre sollicitude toute
paternelle, vous envoyâtes sur divers points du département
pour combattre une maladie qui jetait le désespoir dans les fa
milles et commençait à alarmer les populations, je me transpor
tai sur le théâtre de l’épidémie sans idées préconçues , sans sys
tème ; j’étais dirigé dans mes investigations par le plus pur
éclectisme. Frappé d’abord de la bénignité des symptômes et de
la faible mortalité eu égard au grand nombre de malades, j’étais
loin de comprendre la terreur qui s’était emparée des esprits et
qui réguait encore. Je me bornai à relever le moral et à n’em
ployer auprès de presque tous les malades qu’une médecine ex
pectante.
Quelques jours plus tard, la maladie s’étant mieux dessinée ,
des paroxysmes qui souvent appartenaient, soit à une fièvre ré
mittente , soit à une fièvre intermittente , mais qui souvent aussi
n’étaient que des exacerbations d’une fièvre continue ou des
accidens des désordres cérébraux , comme j’en ai eu la convic
tion plus tard , le succès apparent du sulfate de quinine dans la
pluralité des cas, où l’expectation aurait suffit, m’avaient fait
porter un diagnostic que j’eus l’honneur de vous communiquer
par écrit. Je vous disais : Nous avons affaire à une fièvre rémit
tente, (il y avait presque toujours rémittence, l’intermittence
était exceptionnelle), compliquée de deux congestions générales,
l’une se faisant du côté des organes internes, l’autre du côté de
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c.
2
la périphérie du corps ; si la première l’emporte sur la seconde ,
il y a danger pour le malade, et vice versci La fie vie périodique
est ici un régulateur ; le tout est de saisir le temps de la rémis
sion, et d’administrer alors le sulfate de quinine. On empêche
ainsi, disais-je, la congestion vers les centres, et ou régularise
l’éruption de la peau.
Telle était ma théorie , fondée sur la symptomatologie et la
thérapeutique, lorsque tout à coup , sans cause connue, comme
c'est le propre des épidémies , la maladie devint plus intense ;
alors elle se montra sous des formes si diverses, elle se tradui
sit par des symptômes si insolites, si bizarres, si changeans,
qu’on pouvait la rapporter, à l’instar des anciens, aux fièvres
muqueuse , adynamique et ataxique; il y avait , en un mot , un
cortège de symptômes appartenant a plusieurs ordres des fièvres
de Pinel.
Après plusieurs variantes que firent subir a mon diagnostic la
symptomatologie et la thérapeutique , moyens d’appréciation
souvent très infidèles et qui jettent parfois dans un doute inex
primable les hommes les plus haut placés dans la science , j’en
étais venu à admettre pour maladie première l’éruption de la
peau , que je divisais , comme MM. les docteurs Rayer et Boret,
eu simple et eu compliquée.
L’anatomie pathologique, vint faire diversion à mes idées
et désigner le siège du mal. Alors je compris combien la
symptomatologie et la thérapeutique étaient inhabiles a dévoiler
la nature d’une maladie qui, véritable Prolée , était susceptible
de revêtir toutes les formes
Doit-on s'étonner de l’embarras où l’on est, de la difficulté
qu’on trouve à individualiser cette maladie, quand on sait que
depuis Hippocrate jusque dans ces derniers temps elle a été nié-?
connue des observateurs les plus sévères ?
Le phrénitis d’Hippocrate, des médecins grecs et latins, le
typhus des écoles de Cnos et de Cnide;
La maladie que Cœlius-Aurelianus décrit sans en connaître la
nature ni le siège, et qui plus tard reçoit les dénominations de
lièvre pestilence, maligne, putride, bilieuse, etc ;
L’épidémie que Rœderer et Wagler ont décrite sous le litre
de Fièvre muqueuse ;
L’épidémie que J - C Reil a observée a Hall en 1787 , et qu'il
a désignée sous le nom de Febris nervosa epidemica ;
La fièvre lente de Huxham, le typhus lent de Borsieri, la
sinocha , le sinochus et le typhus de Cullen, sont-ils autre chose
qu’une fièvre typhoide ?
La suette anglaise qui , symplomatologiquement, a moins de
rapport avec la fièvre typhoïde que la maladie régnante, n’a-telle pas été classée, par Joseph Frank, dans l’ordre des typboïdes ?
Pinel n’a-t-il pas arbitrairement partagé la fièvre lyphoide en-
tre ces fièvres angéioténiques, rnéningo-gastriques, adéno-méningées , adynamiques et ataxiques?
Enfin, tout un groupe de maladies décrites par un auteur con
temporain , esprit éminemment juste et parfait observateur ,
R1. Ghomel, comme essentielles, ne sont-elles pas, même à
son avis, des variétés d’une même affection qui a reçu diverses
dénominations ?
Les nombreuses théories qu’enfante la maladie qui fait au
jourd’hui l’objet de nos études, la difficulté de l’individualiser ,
puisque les médecins du département qui l’ont observée, tous
médecins instruits et tous bons observateurs, la regardent,lesuns
comme une fièvre inflammatoire, les autres comme une fièvre
asthénique, ceux-ci comme une épidémie éruptive, ceux-là
comme une maladie nerveuse, d’autres comme une fièvre in
termittente pernicieuse, d’autres enfin comme un empoisonne
ment atmosphérique , etc. , rte porteraient-elles pas à penser,
lors même que l’anatomie pathologique se tairait, que la mala
die, sur la nature de laquelle règne une si grande divergence
d’opinions, est une fièvre typhoïde qui, chaque fois qu’elle s’est
montrée sous une forme épidémique ou quelle a coïncidé avec
une affection du système cérébro-rachidien, a jeté dans le plus
grand embarras les médecins les plus célèbres ; et ne voit-ou
pas encore aujourd'hui un fameux professeur de l’école de Pa
ris , M. Rostan , exprimer des doutes et les difficultés qu’il ren
contre s’il se présente dans son service un cas obscur de mé
ningite ou de fièvre typhoïde ?
Bien que les lésions anatomiques, que je trouvai identiques
dans trois sujets qui avaient présenté tous les symptômes de
la maladie régnante, ne laissassent aucun doute dans mon es
prit sur le siège de cette affection, j’étais désireux de soumettre
le sang, dont l’altération n’était pas douteuse pour moi, aux
analyses microscopique et chimique; je ne pouvais mieux m’a-’
dresser qu’à M. le docteur Alphonse Donné, qui déjà avait eu
des bontés pour moi à Paris; |e le priai de diriger ses recher
ches analytiques vers la fièvre typhoïde.
Il s’adjoignit M. le docteur Gavarret, versé plus que personne
dans les analyses du sang.
Ces excellens confrères, comparant leurs résultats analyti
ques aux symptômes, bien que négatifs, de la fièvre typhoïde ,
et aux lésions pathologiques que je leur signalai, furent d’accord
que j’avais raison de penser que l’épidémie qui désolait le dé
partement de la Dordogne était une fièvre typhoïde; avec l’as
sentiment de médecins aussi distingués, je n hésitai pas à livrer
mon opinion à la publicité.
N’est-il pas probable que l’épidémie de la Dordogne est la
même que celle qui a sévi à Coutances. à Sentis, au collège
royal de Bourges, à laquelle on a donné le nom de suette mi-
Jiaire, et que des médecins de Paris, qui se snnl trouvés par
hasard dans ces localités, ont reconnu être la fièvre typhoïde ,
d’après des lésions pathologiques identiques à celles que j’ai eu
1 honneur de signaler à
le docteur Donné , et de communi
quer au respectable et savant médecin des épidémies de l’arron
dissement de Périgueux, M. Vidal (V. n.° 25 sept. Echo de Ves.)
DESCRIPTION DE l’ÉPIDEMIE.
L’invasion a eu lieu, chez les uns, d’une manière brusque et
instantanée, au milieu des apparences d’une sauté florissante;
après un course légère ou lin peu de fatigue, spnt survenues tout
à coup des convulsions générales, avec soubiesajiis des tendons,
perle de connaissance, stupeur, rnouvemens automatiques : à
peine pouvait-on obtenir des malades, en les poussant et en leur
adressant des questions avec vivacité, et de manière à frapper
vivement leur attention , quelques réponses qui toujours étaient
très courtes. (Voir Obs. 1.re et 19 e)
Chez d’autres , elle s’est annoncée par des sueurs abondantes
qui se sont déclarées quelquefois le jour, mais très souvent, et
je pourrais dire presque toujours, dans la nuit ou le malin au
réveil. Les malades ava;ent, la veille, vaqué à leurs occupations
journalières, dîné comme d'habitude, et s’étaieut couchés sans
avoir senti le moindre prodrome. (Voir Obs. ?.e, 29 e, t3.e)
Chez d’autres, enfin, c’est dans la majorité des cas, la mala
die a débuté par une céphalalgie très intense , suivie fréquem
ment de vertiges , d’une diminution sensible des forces muscu
laires et d’une forte douleur a la région épigastrique
Une fois, elle a débuté par une attaque dhystéiie (Voir Obs.
8 e) Souvent ont existé des symptômes précurseurs, tels qu'une
légère céphalalgie (Obs 4 e)> des lassitudes partielles ou généra
les, seules ou accompagnées soit de vomissmens bilieux, soit
de douleurs dans les membres thoraciques et pelviens, dans la
tempe droite , aux gencives , dans l’une ou l’autre épaule (Obs.
3.e et 21 e), a l’oreille gauche (Obs. 25.e) Il est arrivé plusieurs fois
qu’avec ces simples prodromes, auxquels se joignaient des sueurs
et des traces d’éruption , des individus forts et robustes ont voulu
continuer leurs travaux habituels; mais au bout de quelques
jours, ne pouvant plus se tenir, se sont mis au lit et ont suc
combé dans la nuit ou le lendemain. Des cas semblables ont été
observés à Biras et à Saint-Julien.
Soit que le début arrivât instantanément ou qu’il fut précédé de
signes précurseurs , il y avait presque toujours une forte cépha
lalgie qui persistait quelquefois même pendant la convalescence;
des sueurs abondantes et fétides, de l’anorexie : la constipation était
constante. Il survenait assez souvent des épistaxis (voir Obs. 1 re,
i4 e, 29 e), des hématémèses; j’ai vu une fois une hématurie
(Obs. 28 e); une métrorrhagie (Obs. 7 e) ; quelquefois une ec-
chymose aux conjonctives. (Obs. 14 e)
La langue était large, humide , chargée d'un enduit blanc,
blanc grisâtre ou blanc jaunâtre, les papilles en étaient liés dé
veloppées. Chez certains sujets, l’enduit n’existait que sur les
côtés de la ligne médiane de cet organe , de la base à la pointe était
un espace rubané d'un rouge vif. Cet état de la langue coïnci
dait avec une soif vive, de même que lorsqu’elle était fendillée
et qu’elle laissait voir à travers l’enduit une couleur d’un ronge vif.
Les gencives étaient tapissées d’un enduit très blanc. A l’aide
de la loupe, et souvent à l’œil nu, on observait de petits bou
tons rouges ayant beaucoup d’analogie avec les papules de la
peau
La voûte palatine, à sa partie postérieure, était le siège d’une
injection prononcée et de boutons tantôt rouges, tantôt à som
met d’un blanc opaque; celte injection s’étendait quelquefois sur
le voile du palais jusqu’à la luette.
Bien que le ventre parût d’un volume normal au premier exa
men , en percutant, on s’assurait bientôt qu’il y avait des gaz
dans l’intestin, et par la pression alternative de deux mains, on
déterminait assez souvent du gargouillement dans la fosse iliaque
droite. (Obs. 13 e) J’ai vu une fois le ballonnement très prononcé.
(Obs. i4 e)
La main percevait, dans quelques circonstances, au-dessus de
l’ombilic, de forts battemens de l’aorte qui causaient beaucoup
de malaise aux malades, des tumeurs dures dans le colon ascen
dant , dues à la présence de matières fécales grosses et grisâtres
dans le gros intestin, comme on l’a constaté à l’autopsie.
Le coma vigil était fréquent ; les malades , tout en disant qu’ils
n’avaient pas goûté un instant de sommeil , déclaraient qu’ils
avaient été en proie à des rêves pénibles : ils accusaient un sen
timent de pesanteur aux régions épigastrique et abdominale; des
bouffées de chaleur montaient au visage plusieurs fois dans la
journée. (Obs. 3o.e.) Il n’était pas rare d’observer une prostration
des forces telle , que plusieurs malades ne pouvaient s’asseoir
sur leur lit sans être menacés de syncope.
La maladie s’est présentée à des degrés divers d’intensité. Il
est un degré auquel on pourrait refuser ce nom : il consistait en
un léger malaise général , des lassitudes, une céphalalgie peu
intense, une faible douleur dans les membres; la langue était
grisâtre; il y avait constipation, anorexie, inappétence, une
légère moiteur qui augmentait pendant le sommeil ou après le
moindre exercice : du reste, nulle trace d’éruption. Cet état
peut être considéré comme le premier degré de l’influence épi
démique.
Avec la plupart des symptômes généraux que nous avons dé
crits, chez quelques malades il existait une prostration liés mar
quée.; un seulement de froid aux pieds, bien qu’ils présentassent
t
nu loucher une température élevée ; une forte douleurse décla
rait aux jambes, à la région dorsale et aux lombes; le ventre
était tantôt indolore , tantôt très douloureux. Dans la journée,
mais bien plus souvent le soir, survenait un ou plusieurs paro
xysmes, pendant lesquels ou observait une céphalalgie liés in
tense, avec scotomie ; la face était très animée ; une Sensation
de chaleur brûlante se dirigeait des membres inférieurs vers l’ab
domen, gagnait la région épigastrique; avec des battemens inso
lites a la région précordiale, survenaient des constrictions épi
gastriques et précordiales, suivies de lipothymies. (Obs. iû e)
Chez quelques malades, une semblable sensation se dirigeait de
la région précordiale vers le cerveau en suivant le trajet des ca
rotides, et le délire apparaissait ou était remplacé par un coma
profond. La chaleur de la peau, qui avait été variable, devenait
âcre, mordicanie; le pouls, dont la force et le rythme n’offraient
dans les cas ordinaires rien de constant, devenait rebondissant
et d’une fréquence extrême, et se laissait facilement déprimer
sous la pression du doigt. Parfois, les malades éprouvaient à la
tête une douleur comme si on leur eût ouvert le crâne; les pa
roxysmes commençaient presque toujours par un accroissement
de chaleur : il n’y avait pas apirexie, mais rémission. Ces rémit
tences étaient l’effet d’une fièvre intermittente liée a une fièvie
continue, comme aussi elles n’étaient souvent que des exaspé
rations de cette dernière fièvre.
Dans des cas plus graves encore, le malade, après ayoir
éprouvé a la nuque une douleur qui s’irradiait sur le trajet de la
colonne vertébrale et se fixait très intense à la base du sacrum,
accusait une douleur a la tête telle qu’il lui était impossible de
la caractériser, et si insolite que jamais, disait-il, il ne lui était
arrivé d’en ressentir de semblable; en même temps des fourmillemens survenaient aux pieds et aux mains (Obs. 19 e); la face
était décomposée , les yeux sans expression; il y avait de l’agi
tation tantôt avec de la raideur, de la contracture, tantôt avec
de la flaccidité dans les membres. Les malades faisaient des efforts
pour se soulever et retombaient comme des masses inertes; la
langue s’agitait, mais était impropre à articuler; il existait un
délire tranquille, une rêvasserie calme annoncée par des mots
mal articulés, enlre-mêlés de marmottemens sourds. Quelque
fois, a une grande agitation se joignait le délire : les yeux étaient
saillans, le malade se livrait à une loquacité interminable; avec
ces divers symptômes coexistait souvent un pressentiment de la
mort dont il était impossible de le distraire. (Obs. 27.8, 7.e)
Le pouls, dont le rythme et la force étaient extrêmement
inconstans, donnait 95, 1oo, 110, 12o, 15o, jusqu’à 170 pul
sations par minute. La peau, dont la chaleur était mordicante,
était couverte d’une sueur excessivement abondante , d’une
odeur aigre et fétide.
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Passons maintenant au degré le plus intense, celui qui a em
porté le plus grand nombre de malades.
Tantôt au milieu des symptômes qui viennent d’être mention
nés, tantôt au moment où le malade paraissait mieux aller, sur
venaient tout a coup des envies de vomir, des vomisseméns de
matières bilieuses, l’anéantissement subit des forces, des mouvemens convulsifs dans les muscles de la face , des battemens
insolites à la région précordiale; les cornées devenaient ternes,
les pupilles se dilataient; on remarquait de la contraction dans
les membres thoraciques, une couleur livide aux lèvres; un
liquide verdâtre ou d’un rouge livide, mais spumeux, sortait de
la bouche ; la sensibilité était conservée ; il y avait calme et ago
nie sans râle.
La durée de la maladie a été très variable: le temps moyen a
été de sept ou huit jours. Les malades, dont la convalescence
s’est prolongée cinq ou six semaines, ont toujours été sous l’in
fluence d’un embarras gastro-intestinal. On a remarqué chez eux
un affaiblissement remarquable de la contractilité musculaire, une
pesanteur de tête, des vertiges au moindre mouvement, une
grande difficulté dans les voies digestives à supporter la plus lé
gère alimentation, des lipothymies, des bourdonnemens d’oreil
les, des palpitations, une lenteur très marquée dans les réponses,
de l’insomnie et des rêvasseries continuelles, un pouls très lent,
filiforme, la chaleur de la peau au-dessous de la température
normale, un sentiment de pesanteur à l'estomac, un état de
prostration et de stupeur qui semblait à chaque instant devoir
se terminer par la mort. (Obs. 15.e)
Bien que l’éruption de la peau ne soit (comme le pensent Dehaën , Cullen, Bosquillon, Bateman et Chôme!) qu’un épiphéno
mène dont on ne doit nullement s’occuper, voici les traits qui
la caractérisent :
Le plus ordinairement, vers le troisième ou quatrième jour,
a partir du début de la maladie, des picotemens, des déman
geaisons, quelquefois un sentiment de brûlure générale, sur
viennent; une éruption se déclare; elle consiste en petites vé
sicules arrondies remplies d’un liquide incolore et transparent ,
reposant ordinairement sur un fond rosé; quelquefois ce sont
de petites élevures de la peau (papules) qu’on aperçoit en re
gardant obliquement , ou qu’on sent en passant la main sur la
peau; on ne peut pas les écraser avec le doigt comme les vési
cules; elles n’ont pas non plus d’auréole rosée Tantôt ce sont des
sudamina, tantôt de petites vésicules remplies d’un liquide rouge.
On observe parfois de très petites vésicules résistantes qui fout,
quand on les écrase avec le doigt, un petit bruit sec. On a ob
servé également des vésicules, non plus arrondies, mais allon
gées, d’une couleur jaune, imitant assez bien les grains de mil
let. Ces diverses variétés d’éruption ont été remarquées succes-
8
sivement ou simultanément chez le même sujet.. 11 n’est pas
rare que le liquide des vésicules devienne opalin, quelquefois
tout-à-fait opaque, et qu’alors les vésicules ressemblent assez
bien à des pustules de varioloïde ou de varicelle.
11 arrive fréquemment d'observer des vésicules reposant sur
un exanthème ou plaques rosées, ayant la plus grande analogie
avec la rougeole. (Obs. 13 e, 8 e,. 24 e, etc. , etc.)
L’éruption est discrète ou confluente. Lorsqu’elle consiste en
vésicules volumineuses transparentes et confluentes , reposant
sur un fond d’un rouge vif ou rouge brunâtre, c’est un signe
que la maladie est grave ; elle coexiste presque toujours avec
uue vive inflammation du tube intestinal , et si la mort n’arrive
pas, la convalescence est ordinairement très longue. (Obs. Sy.®)
Avec ces variétés d’éruption, il n’est pas raie d’observer des
pétéchies, des taches typhoïdes lenticulaires, ainsi que des ta
ches pourprées. (Obs. 1.re, i8.e, 24 ®, 31.e , etc.)
L’éruption se fait quelquefois sous la forme de groupes de
12, 15 à 20 vésicules, et dans l’intervalle de ces groupes sont
éparses quelques rares vésicules : on dirait un herpès plilyclénoïde. Ce genre d’éruption échappe ordinairement à l’œil nu-,
on l’observe , à l’aide de la loupe , lorsque l’exfoliation de l’épi
derme a lieu ; à l’endroit où reposaient les groupes, le derme
est injecté , il est recouvert de plaques rousses formées par l’al
tération des couches albides, profondes et superficielles de la
peau, qu’on peut facilement séparer de l’épiderme par le ra
clage. Ces plaques donnent à la peau une physionomie toute
particulière : elles ressemblent aux rousseurs qu’on remarque
sur la figure des personnes blondes s cheveux rouges. (Obs. 15.e)
Elle entre en desquamation , par dessication ou par efflo
rescence , ordinairement vers le septième ou huitième jour;
dans les cas graves, elle semble suivie souvent la marche de la
maladie des organes internes; je l’ai vue entrer en desquama
tion vers le quinzième ou seizième jour après que les accidens
du côté du tube intestinal avaient disparu.
L’exfoliation s’opère avec une grande démangeaison suivie de
cuisson , et lorsque l’inflammation gastro-intestinale a été très
forte, que la convalescence a été tardive, l'épiderme s’enlève
eu lambeaux : elle a lieu ordinairement vers la quatrième ou
cinquième semaine.
Cette exfoliation, résultat de l’influence sympathique de l'af
fection des viscères intérieurs, qui a retenti sur l’action vitale de
la peau, qui a altéré celte dernière et a rompu les liens qui
Punissaient à l’épiderme, n’est-elle pas une preuve évidente que
l’éruption est sous la dépendance de l’inflammation intestinale?
N'est-ce pas par cette influence sympathique qui existe entre
le tube intestinal et les organes essentiels à la vie, que provien
nent ces congestions générales qui portent le trouble dans les.
'
,
9
fondions du système cérébro-rachidien , des voies respiratoires
du centre de la circulation, et cet ébranlement nerveux qu’on
voit tour à tour précéder , accompagner et suivre le travail qui
se fait vers la périphérie du corps, ébranlement qui ne peut se
prolonger long-temps sacs que la mort arrive?
Sans aborder dans ce rapport, qui doit être resserré dans un
cadie très étroit, la discussion .physiologique de chacun des
principaux symptômes qui viennent d’être signalés, qu'il me
soit permis d’entrer dans quelques considérations destituées à
mieux faire connaître la nature de quelques-uns d’entre eux que
l’état épidémique de la maladie , joint aux affections propres à
la saison et aux complications produites par influence sympa
thique , a rendus insolites, et pour rendre moins incomplète la
description qui précède. Je ne prétends pas avoir donné un ta
bleau exact des formes si variées, si changeantes de cette mala
die; le temps et mes forces ne me l’ont pas permis. Que de symp
tômes ne se sont pas présentés à monobservation, et combien n’en
est-il pas qui m’ont échappé ! N’ai-je pas même mis quelque con
fusion dans l’ordre des degrés que j’ai adoptés, et n’ai-je pas pla
cé dans une période des symptômesqui appartenaient à une autre?
J’ai dit qu’il y avait une grande influence sympathique entre
la muqueuse gastro-intestinale et les organes essentiels à la vie,
et que c’était ^rar ces connexions étroites qu’on pouvait se ren
dre compte de cette diversité de symptômes qui caractérisent
tout un groupe de maladies qui, naguère encore , étaient regar
dées comme essentielles.
N’est-ce pas, en effet, par cette influence sympathique , qui
existe entre le tube intestinal et le système cérébro-rachidien,
favorisée par l’insolation, la température très élevée de l’atmo
sphère , calme de tous vents, les émotions moral es, vives , telles
que la frayeur, la crainte de la mort, que proviennent si souvent
dans cette épidémie ces irritarions méningo-encépbaliques et cé
rébro-rachidiennes, dont l’effet symptomatique a été une fièvre
intermittente ataxique qu’on a confondue trop souvent avec une
fièvre périodique essentielle; irritations dont le retentissement se
fait sur le foie, organe qui a des rapports de relation si intimes
avec le centre cérébro-spinal, d’où résulte l’apparition des
symptômes des fièvres bilieuse et ataxique des auteurs?
Ces symptômes nerveux, qui constituent la fièvre nerveuse
des anciens, et qu’on remarque , comme je l’ai dit, dans quel
ques circonstances avant et pendant le cours de l’éruption , ne
sont-ils pas le résultat: 1.°du défaut d’excitation assez pro
noncée de la peau, excitation qui, quand elle est assez forte,
sert de révulsif an tube intestinal et empêche le retentissement
de l’affection intestinale sur le cerveau; 2° de la fièvre secon
daire, qui est l'effet de la réaction de l’irritation endémique,.
quand elle est trop prononcée sur la muqueuse gastro-intesti-
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nale, et de là sur le système cérébro-spinal?
Cette théorie se trouve confirmée, d’un côté par la sympto
matologie, de l’autre par l’anatomie pathologique.
Lorsque la peau n’est pas assez excitée ou lorsqu’elle l’est
trop, en d’autres termes, lorsque l’éruption ne peut pas se faire
ou lorsqu'elle est confluente et qu’elle repose sur une surface
d’un rouge vif ou d’un rouge brunâtre , ce qui indique que
l’excitation de la peau est portée très loin , il n’y a pas toujours
retentissement et réaction seulement sur le tube intestinal et le
système nerveux , mais encore quelquefois sur les organes pul
monaires , qui sont dans un si grand rapport inverse d’action
avec la peau. C’est alors qu’on voit survenir ces congestions,
ces apoplexies pulmonaires avec le cortège de symptômes
propres aux asphyxies, tels que l’agitation, les convulsions, le
délire, la parole brève et saccadée, les yeux brillans et injec
tés, le soulèvement rapide et violent des parois thoraciques,
la face vultueuse, le pouls très fréquent et relevé, symptômes
qui sont bientôt remplacés par l’anéantissement complet des
forces, le pouls filiforme, les mouvemens convulsifs des mus
cles de la face, le rejet par la bouche et les fosses nasales de
liquides sanguinolens ou verdâtres , et enfin la mort.
Cette terminaison a lieu plutôt par les phénomènes sympa
thiques, tels que les inflammations du système cérébro-spinal,
les congestions et apoplexies pulmonaires, et l’ébranlement du
système nerveux , que par une altération profonde du tube in
testinal. Quoi qu’il en soit, l'affection première, celle d’où déri
vent toutes les autres, qui ne sorti que secondaires, a son siège
sur la muqueuse gastro-intestinale et dans les follicules qui en
font partie intégrante.
Cette affection première, qui, jointe aux circonstances que
j’ai déjà mentionnées, telles que l’insolation, la température brû
lante de l’atmosphère , les émotions morales , etc., etc , sollicite
des complications vers les organes les plus essentiels à la vie,
explique ces morts promptes et indique qu’il faut, comme je le
dirai à l’article traitement, employer une thérapeutique mixte al
liée à l’hygiène; c’est-à-dire traiter l'altération du tube intestinal,
les complications qui surgissent , et mettre en même temps les
malades dans des conditions éloignées des circonstances qui amè
nent ces complications
Si le travail inflammatoire qui se passe dans le tube intestinal
ne produit pas d’aussi grands désordres que ceux qu’on observe
dans la fièvre tiphoïde en temps ordinaire, cela ne provient-il
pas du rapport de relation intime qui existe entre l’exhalation de
la peau et l’excrétion de l’intestin ? Ne voit-on pas que c’est à
cause de la grande quantité de sérosité qui est exhalée par la
peau, qui sert de révulsif, que l’excrétion du côté de l’intestin
est moins grande, que l’altération des follicules agminés est près-
11
que toujours évitée, et qu’il y a constipation ? Ne se passe-t-il
pas , du côté de la peau, le même phénomène qui se produit
par l’application des vésicatoires; et si ceux-ci sont révulsifs par
la quantité de sérosité qu’ils attirent à la surface externe du chorion , quelle puissance de révulsion ne doit pas produire cette
exhalation générale?
Pringle , en parlant du typhus, dit : Quand les pores de la
peau sont ouverts , il y a constipation; quand ils sont fermés,
dévoiement. Dans l’histoire du typhus , qu’il ohseiva en Allema
gne , en Flandre et en Ecosse, depuis 1742 jusqu’en 1760, il
signale la constipation comme un symptôme presque toujouis
constant; il n’y avait, dit-il, dévoiement que quand il existait
avant que la maladie se déclarât, ou quand les malades avaient
eu froid.
La plupart des autres symptômes qui paraissent insolites ne
trouveraient-ils pas leur explication dans les modifications ap
portées par les maladies intercurrentes et concomitantes; dans la
nature de la maladie qui est, comme celle qu’ont décrite Rœderer et Wagler , une fièvre typhoïde muqueuse , et dans l’état épi
démique qui donne aux maladies une tout autre physionomie
que celle qu’elles ont ordinairement ?
Quelle est l’autre maladie, hors la fièvre typhoïde, qui présente,
comme on l’observe dans celle-ci, une atteinte générale de pres
que toutes les parties constituantes de l’économie ?
Une fois qu’elle est confirmée, le sang ne s’écoule pas par les
piqûres des sangsues; souvent ces annélides tombent mortes un
moment après avoir pris,
Le sang tiré par la lancette est d’une couleur très foncée , con
sistant , plastique ; celui tiré par les ventouses m’a offert la résis
tance des fausses membranes.
L’auscultation , quand il n’y a pas de complication du côté des
organes pulmonaires, ne fait percevoir rien de particulier, si ce
n’est quelquefois un léger râle sibilant à la partie postérieure de
la poitrine.
L’épidémie s’est montrée plus intense dans l’état que dans le
commencement et dans le déclin. Elle a atteint indistinctement
les riches et les pauvres, mais plus de femmes que d’hommes;
les enfans, en général, ont été épargnés. On a remarqué, chez
les personnes qui ont été sous l’influence de l’épidémie , tous les
tempéramens, toutes les constitutions. Cependant, il est vrai de
dire quelle a sévi plus particulièrement sur les personnes forte
ment constituées.
Sur 3i3 malades, depuis le 5 juillet jusqu’au 1.er septembre
1841, dont j’ai eu l’honneur de vous présenter le tablau général,
M. le préfet, lors de mon retour de la commune de Paussac , où.
ces malades ont été observés.
Il y a eu 179 femmes et 134 hommes. Total, 313- — 21 dé-
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cès , 12 hommes et 9 femmes. Total ,21. — 183 de 20 à 40
ans, 86 de 40 à 60 ans, 37 de 10 à 20 ans , 1 de 70 ans , 1 de
66 ans, 1 de 64 ans, 1 de 5 ans, 3 dont l’âge n’a pas été don
né Total, 313
On pourrait dire , avec raison , que tous les cas de maladie se
sont trouvés entre 10 et 45 à 5o ans. Ceux au-dessous de 10 et
au-dessus de 45 a 5o ans sont des exceptions.
Si l’on défalque ceux qui ont eu des maladies étrangères a
l’épidémie et ceux qui n’ont eu que la peur,
Le nombre des malades sera réduit à peu. près au chiffre de
250. La proportion de la mortalité sera de un douzième.
A Périgueux, dans le quartier de l’école normale, qui m’a
été assigné, il y a eu plus d’hommes que de femmes atteints de
l’épidémie.
Sur 4i malades, on compte 33 hommes et 18 femmes.
Huit cas de mortalité, 6 hommes et 2 femmes; 33 de 17 à
45 ans, 6 de 45 a 60,2 de 70. — La proportion de la morta
lité serait ici de un cinquième.
Ce tableau a été fait d’après des renseignemens çris auprès
des habitaus du quartier; nous ne répondons pas qu’il soit très
exact.
Arrivé a la fin de l'épidémie, je n’ai trouvé , hors quelques
cas graves, qu’un embarras gastro-intestinal joint, chez quel
ques malades, a de faibles accès de fièvre intermittente. Je n’at
eu recours qu’à l’expectation ou à quelques purgatifsj.il n’y a
pas eu un cas de mortalité.
Le nitrate de potasse, employé presque homœopathiquement
par quelques médecins, c’est-à dire,, à la dose de 20 à 3o cen
tigrammes, a eu autant de succès que les purgatifs et les sai
gnées, ce qui arrive ordinairement au déclin d’une épidémie.
Pendant que l’épidémie régnait avec intensité, on a remarqué,
en divers endroits du département, une épizootie, principale
ment parmi les bœufs et les cochons; il n’y avait ni sueurs ni
éruption à la peau, mais bien inappétence, constipation, pos
tration des forces, stupeur; la tête était penchée vers la terre,
l’œil était morne ;. ils étaient enlevés par une mort rapide. A l’ouverture, on trouvait la muqueuse de l’intestin épaissie, injectée
et friable ; les poumons étaient le siège en avant d’un œdème
et en arrière d’une apoplexie pulmonaire ; je n’ai pas vu d'ou
verture de cochons. Dans quelques localités, on a remarqué sur
les poulets une mortalité considérable; après plusieurs mouvemens de rotation qu’ils faisaient sur eux-mêmes, ils tombaient
morts comme frappés par la foudre.
Que dire sur les causes de celle épidémie , comme sur celles
de toutes les épidémies qui ont régné de temps immémorial ? Ne
Soyons-nous pas les opinions varier suivant les temps, les siè
cles et la civilisation, et n’arriver à aucun résultat positif ?
i*
13
Dans les temps les plus reculés , et même à des époques moins
éloignées de nous, n’a-t-on pas attribué aux dieux la produc
tion des épidémies? Et de là l’institution de sacrifices que la rai
son repousse, et l’oubli des devoirs sociaux.
Lés médecins, s’ils furent moins superstitieux, ne trouvèrentils pas dans leur imagination les causes productrices ? Qui ne sait
que Cardan, Valeseo de Tarente, accusèrent l’influence de cer
tains astres; Vau-Helmont, Paracelse, la présence d’un sel,
d’un soufré, d'un alcali dans la constitution de l’atmosphère ; cer
tains physiciens, au nombre desquels apparaît Nab-Webster
quelques grands troubles de la nature , tels que des éruptions
volcaniques y des tremblemens de terre, l’apparition de météo
res ou de lueurs insolites; enfin, Schnurrer, à l’exemple de
Jouberl, Chenot, Jackson , l’influence de la lune?
Les sciences ayant fait des progrès-, on a cherché la cause des
épidémies dans les anomalies atmosphériques et dans l’altération
dé l’air; mais ces Circonstances éventuelles sont-elles les causes
primitives, efficientes? Ont-elles souvent d’autre rapport de re
lation que la coïncidence ?
Pringle et Hoffman ont régardé comme une des causes les
plus actives des épidémies la chaleur excessive dé l’atmosphère.
Il est vraî, il est d’observation que la canicule et fa fin d’un été
fort chaud augmentent ordinairement la gravité des maladies qui
régnent épidémiqueinent ;. mais en sont-elles la ceause positive;
et, si on suivait l'histoire des épidémies , n’en-verrait-on pas sé
vir pendant les froids rigoureux de l’hiver, et n’épargner ni les
riches ni les pauvres ?
Dirons-nous, parce que l’été de celte armée a été marqué par
des variations continuelles de température, par des alternatives
de chaud et de froid, de sécheresse e, d’humidité, que c’est là
la cause de l’épidémie que nous étudions? Eh 158o, il survint
à Paris, par un temps très serein, une épidémie qui enleva 4o
mille personnes; on chercha dans les astres la cause qu’on ne
pouvait trouver dans l’atmosphère. Pourquoi ? Parce qu’il n’y
avait pas coïncidence d’anomalie atmosphérique avec ce redou
table fléau. Si on voulait se payer de mots et trouver des causes
dans les coïncidences, ne pourrait-on pas les reconnaître, je ne
dirai pas dans une constitution épidémique appliquée à une réu
nion de causes répandues dans l’air, créant, pour ainsi dire ,
une atmosphère empoisonnée on particulière (car s’il est une al
tération de la terre ou de l’air, tout cela nous échappe, et si on
interroge d’un bout de l’Europe à l’autre les tables météorolo
giques et les savans qui les dressent, que disent-elles? qu'ontils vu? Rien que des accidens passagers, fugaces, n’ayant aucun
rapport avec l'épidémie régnante); mais, dans ces météores,
ces lueurs insolites que nous avons tous vus pendant le règne de
l’épidémie.
14
Les attribuerons-nous a l’électricilé de l’air , à la pesanteur de
l’atmosphère ? Les expériences de Voila et de Saussure n’onl con
duit a aucun résultat. A l’influence desvents, à la position topogra
phique des lieux ? que de controverses ne trouve-t-on pas sur ce
point chez les épidémiographes ? Et si nous invoquons ici nos ohset valions, ne voyons-nous pas, dans la localité où nous avons
étudié l’épidémie , les villages les mieux situés, les plus exposés
aux vents , Puidelevy, Les Choses , Puifroutage , e/c., qui sont
à i5o mètres au-dessus du niveau des terres, dans la plus belle
exposition, offrir le plus grand nombre de malades eu égard à
la population; tandis que Le Breuilh , qui est dans une gorge de
montagnes où l’air est encaissé; Meynedeuche et Saint-Pivien,
que traversent un ruisseau dont les eaux sont stagnantes une par
tie de l’année dans les prairies, et qui ne sont ouverts qu’aux
vents du sud, par une lisière étroite placée eutre deux monta
gnes; de l’ouest, par la plaine qui se trouve au pied du château
de Marottes, ont eu, proportionnellement à la population,
beaucoup moins de malades que les villages précités, et que Pei
gnefort, qui est assis sur un des points culminans de la com
mune; les Haut et Bas-Présats , villages dont l’un est sur le
versant d’un coteau et à l’abri du vent du sud et de ,’ouest, dont
l’autre est ouvert à tous les vents, ont eu beaucoup de malades
et beaucoup de décès ? Du reste , dans les villages, quelle que
soit leur position, sont dans un terrain montueux, sec, vigno
ble , privé de rivières et exempt de marais.
Devons-nous regarder comme cause de cette épidémie l'em
poisonnement de l’atmosphère , dû a la présence de miasmes ou
de gaz délétères? Pour cela, il faudrait qu’il y eût des foyers
d’infection ; mais où les trouver dans un pays comme celui dont
nous venons de désigner la nature? Si l’air était altéré par infec
tion, l’atmosphère empoisonnée agirait par l’absorption endermique et l’absorption pulmonaire; nous boirions, comme on l’a
dit , le poison par la bouche et par la peau. Avec cette hypo
thèse, comment comprendre que les enfans, dont l’absorption
pulmonaire et endermique est beaucoup plus active que celle des
adultes, soient à l’abri des atteintes de l’épidémie ? Avec une
cause d’infection, soit générale, soit locale, comment concevoir
la marche bizarre de cette épidémie, qui, se dirigeant de l’est
à l'ouest, va de Saint-Crépin à Monsec, Sainl-Sulpice, Mareuil,
se dirige du côté du sud, atteint Cherval, va jusqu’à Ribérac;
revient vers l’est, envahit Lisle , Bourdeilles, Valeuil ; laisse tout
ce qui est compris dans cette circonférence ; épargne Brantôme ,
cantillac , Boulouneix, placés entre Valeuil et Saint Crépin ; se
dirige de nouveau vers l’ouest et sévit sur Paussac, Saint-Julien,
Lalouiblanche, Cercles, etc ; fait plusieurs apparitions succes
sives à Bourdeilles, Paussac; et, enfin, prend la direction du
sud , se montre a Château l’Evêque et paraît enfin à Périgueux et
Hans les communes environnantes; suit des lisières et laisse les
lieux voisins pour les envahir plus tard ?
Si nous ne trouvons pas la cause de cette épidémie dans des
circonstances qui , peut-être, n’unt été que concomitantes, tel
les que les vicissitudes atmosphériques; si nous ue la trouvons
pas non plus dans l’électricité de l’air, la position topographi
que des lieux, l’infection de l’atmosphère, devons-nous la cher
cher dans l'hygiène de la population ? Non, sans doute; car si
elle tenait au défaut d’une bonne alimentation , a des demeures
malsaines ou à des vêtemens insuflisans, pourquoi l’épidémie
frapperait-elle tout aussi bien les riches que les pauvres? Nous
reconnaissons que l’incertitude atmosphérique, les temps ora
geux, les alternatives de chaud et de froid, ont une grande in
fluence sur l’épidémie ; qu’il y a certains jours où la mortalité est
plus grande , où les symptômes s’aggravent chez plusieurs sujets
à la fois; que l’invasion,a lieu le même jour sur un grand nom
bre d’individus ; mais devons- nous en conclure pour cela que ce
sont les causes positives? Non, sans doute ; et nous sommes ré
duit a décliner notre ignorance et invoquer le quid divinum
d’Hippocrate , ce quelque chose qui a échappé et qui échappera
encore aux investigations des hommes.
Quoi qu’il en soit, je dois dire cependant que les traits de la
constitution médicale, liés à l’épidémie régnante , sont à peu
près les suivans :
I ° Constitution atmosphérique froide et humide, avec aller-?
native de chaleur biûlante et avec souffle des vents du sud et de
l’ouest ;
2 ° Apparition ça et la de quelques épizooties;
5.° Emigration , a-t-on dit, des oiseaux;
4 0 Prédominance d’affections fébriles à type rémittent, très
rarement intermittent;
5 ° Apparition de météores et de lueurs insolites.
Sur trois autopsies que j’ai faites dans l’arrondissement de Non
tron , dans lesquelles j’ai toujours été assisté de M le docteur
Durieux , et dont l’une a été faite en présence de MM. les doc
teurs Des,vieux et Boissat, j’ai signalé : i 0 chez le premier su
jet (femme , 5o ans), 24 heures après la mort, une putréfaction
très avancée , une forte tension du ventre avec raideur des mus
cles abdominaux Les chairs musculaires étaient décolorées, flas
ques , et renfei niaient beaucoup de gaz Chez le deuxième sujet
(homme , 45 ans) ,17 heures après la mort, pas de putréfaction,
presque aucune odeur infecte, le tissu graisseux était d’une cou
leur jaune-safranée très remarquable. Chez le troisième sujet
(femme, 53 ans), 16 heures après la mort, pas de putréfaciion.
Chez tous , une légère coloration violacée a la peau du col, et
jaunâtre a la peau du reste du corps; écoulement d’un liquide
sanguinolent ou verdâtre, écumeux, par la bouche et les fosses,
16
nasales; lèvres livides, violacées, membres raides, col flexible.
Chez le premier sujet (femme , 5o ans), nous n’avons trouvé
aucune altéralion matérielle à la peau; l’éruption avait entière
ment disparu, et cependant elle existait avant l’agonie.
2. ° Gaz dans les veines qui accompagnent l’artère méningée
moyenne, à droite principalement; injection des méninges tiès
prononcée en certains points; vis-à-vis les endroits les plus in
jectés, la substance grise du cerveau est ramollie, l’injection et
le ramollissement s’observent, ça et là, sur les deux hémisphè
res, mais surtout à droite et à la partie moyenne. Une partie de
la substance grise suit les méninges quand on les enlève et frange
sous un filet d’eau. Cervelet mou, flasque, comme pulpeux chez
les deux femmes, et assez consistant chez l'homme. Liquide sangoinolent dans le canal rachidien.
3. ° Lobes antérieurs des poumons, de couleur normale, cré
pitons, en un mot, sains; lobes postérieurs, noirâlres-ardoisés,
crépitans , résistant à la pression du doigt; par la compression,
on en fait sortir un liquide très noir, spumeux.
Plèvres violacées , emphysémateuses; dans leur cavité, grande
quantité de liquide noir-violacé. Membrane interne de la Hachée
artèie très rouge et friable.
Cœur mou , flasque (livide et cédant facilement dans toute son
épaisseur à la pression du doigt); beaucoup de gaz dans toute
son épaisseur , vésicules aériennes à ses surfaces interne et ex
terne; cavités vides, ventricule gauche d’une couleur identique
à celle des plèvres; membrane interne de l’aorte d’un rouge vif,
persistant au lavage, friable (résistante chez femme, 5o ans).
Foie , volume normal, mou, sec ; l’incision présente une cou
leur d’un brun livide , où il est difficile de distinguer les deux
substances; par la compression, on fait suinter quelques gouttes
d’un sang épais et excessivement noir.
Vésicule distendue par une bile tics liquide et moins colorée
que d’habitude; râle, volume normal, diffluente chez (fttnmes,
5o et 33 ans); d’une consistance normale chez (homme , 43 ans).
Estomac météorisé ; à la surface externe, coloration rouge,
violacée, vis-à-vis les grand et petit cul-de-sacs; muqueuse in
jectée, friable, très emphysémateuse; en certains endroits, il y
a une quantité innombrable de petites vésicules qu’on reconnaît
être des vésicules aériennes à l’aide de la loupe, et qui imitent
très bien , à l’œil nu, des plaques de petites vésicules identiques
à celles de la peau.
Intestins mémorisés, mésentère injecté (glandes mésentéiiqnes
engorgées, de la grosseur d’avelines chez (femme, 33 ans) Jé
junum, siège d’arborisalions très remarquables, noires-violacées;
ici, comme dans tout le reste de l'intestin grêle, on dirait une
injection artificielle ti cs heureusement réussie pour étudier l’angéiologie. Ecchymoses, dans toute l’étendue de l'intestin, dues
aux suffusions hémorragiques , qui sont le résulta! de la rupture
des petits vaisseaux ou de la distension des troncs, la oti ils se
divisent en plusieurs ramifications ; muqueuse friable , dévelop
pement très prononcé des follicules de Brunner. Iléon, plaques
de Peyer très apparentes (avec de très légères ulcérations chez
le sujet homme, 45 ans); liquide muqueux , jaunâtre, avec
grande quantité de lombricoides. Chez ce dernier sujet, le gros
intestin offre de très belles arborisations, avec un développement
très prononcé des follicules isolés Reins; ils n’offrent rien de
particulier; ils sont rouges, violacés. Vessie; la muqueuse offre
des ai borisations très fines sans friabilité. Dans le sujet (femme,
33-ans), nous avons trouvé deux invaginations dans l’intestin
grêle ; ces invaginations ne remontaient' qu’à quelques lignes.
Trois autopsies oui été faites à Périgueux; je n’assistai pas à
la première. Dans les deux dernières, j’ai constaté, chez un des
sujets (homme , 32 ans/, injection des méninges, ramollissement
de la substance grise en divers points des deux hémisphères; li
quide sanguinolent dans les ventricules latéraux et dans le canal
rachidien; arborisations dans l’estomac , plaques de Peyer très
apparentes sans ramollissement évident de la muqueuse; même
état des autres organes que celui qui est signalé dans les autop
sies que j’ai faites dans l’arrondissement de Nontron.
Chez le deuxième sujet (femme 32 ans), dont l’autopsie n'a
pas été terminée, il y avait injection des méninges; sablé de la
substance corticale du cerveau; quelques plaques de Peyer dans
l’intestin grêle, et des ganglions mésentériques légèrement en
gorgés.
Dans ces recherches nécroscopiques, nous voyons l’inflam
mation des muqueuses gastrique et intestinale avec gonflement
des follicules isolés et agminés sans ulcération appréciable, l’en
gorgement des ganglions mésentériques avec injection de l’é
piploon et du mésentère , ce qui constitue , dans l’état actuel de
la science, l’eutéro-mésenlérite de MM. Petit et Serres, l’exan
thème intestinal de M Andral, la fièvre typhoïde de M. Louis,
la gastro-entérite de Broussais, l’entérite folliculeuse de plu
sieurs pathologistes, le typhus de Sauvages, de Pringle et de
Cullen.
Dans quelle autre maladie rencontre-t-on cette forte cépha
lalgie, jointe à ce brisement des forcesqui indique une grande sur
excitation vers un des orgaues viscéraux; cette continuelle mise
en feu des symptômes ataxiques et adynamiques; ces épistaxis ,
ces hématémèses, etc. ; ces taches de la peau, ces ecchymoses;
en un mot, ce molimen hémorragique qui semble faire irrup
tion vers toutes les muqueuses, et qui s’opère dans tous les or
ganes, comme nous le voyons à l’autopsie; cette propagation
des phénomènes moi bides sur presque tous les points; cette
odeur fétide des excrétions; ce ramollissement des organes, en
18
tre autres celui du cœur, auquel on a rattaché les faiblesses du
pouls; cette altération du sang, qui a été souvent signalée; cet
emphysème, soit partiel, soit général; cette tendance à la disso
lution putride , ce défaut de tonicité, cettegrande perméabilité de
tissus; et, enfin, cet exanthème intestinal, dont la fièvre typhoïde
tire toute son importance nosologique ? Cel exanthème intestinal,
sur l’existence duquel la plupart de ceux qui ont observé l’épidé
mie dont il s’agit ont gardé le silence , ne le trouvons-nous pas
mentionné dans la citation qu’a faite M. le docteur Lacomhe dans
le numéro du 29 septembre (Echo de Vésone)? il dit : M Bour
geois, médecin fort distingué, a fait trois autopsies; il a constaté
le défaut de coagukbilité du sang, l’engouement des poumons,
le ramollissement de la rate et une éruption intestinale. Quel
rappoi t n’y a - t-il pas entre le résultat nécroscopique obtenu par
Chirac, lors de l’épidémie de typhus qui désola Rochefort en
1694, et celui que je viens de décrire, hors l’engorgement des
follicules, ou éruption intestinale sur laquelle l’attention n’était
pas encore attiréee ?
Pringle , après avoir observé le typhus en Allemagne , en
Flandre et en Ecosse, depuis 1742 jusqu’à 1750, bien qu’il fût
attaché au dogme de la putridité, dit qua l’ouverture on trou
vait le cerveau et les intestins enflammés.
Or, qu’ai-je trouvé, sinon une inflammation du cerveau et
des intestins (et ce qui est encore plus concluant pour l’existence
du typhus), sinon l’éruption intestinale ?
On a considéré dans cette épidémie l’existence du typhus
comme une exception; en admettantcette hypothèse, on avouera
que l’exception s’est montrée bien souvent; car combien de mé
decins n’ont-ils pas parlé de la fièvre typhoïde?
Dans la conférence médicale qui a été tenue à Nontron chez
M. le docteur Monfanges, une partie des médecins a émis l’opi
nion que la maladie régnante était une fièvre typhoïde. (V. Echo
de Vésone, numéro du 25 août.)
M. le docteur Lavergne fait mention de l’éruption intestinale
et adopte un mode de traitement qui dénote qu’il croit avoir af
faire à une fièvre typhoïde. (Voir Echo du 25 mai .J M. le doc
teur Boissat fait mention de quelques cas qui se seraient pré
sentés à son observation.
Faut-il encore des autorités?Si j’ai la mémoire fidèle, vous me
dites, M. lepréfet, le 18 septembre, à la mairie de Périgueux, que
la plupart des médecins s’étaient rangés à mon opinion pendant
les lundi, mardi et mercredi, jours de funeste mémoire, et
qu’au déclin de la maladie ils avaient rétrogradé et adopté de
nouveau leur première manière de voir.
Celte fluctuation s’explique par la disparition du génie épidé
mique, qui n’apparaît au grand jour que quand la maladie fait les
plus grands ravages.
Quelques instans après, M. Bleynie , professeur de pathologie
interne à l’école secondaire de Limoges, me disait, en voire
présence, qu’il partagerait mon opinion , qu’il croirait a une fiè
vre typhoïde, si la durée en était moins courte, La réponse est
facile i si l’état épidémique modifie la physionomie, la marche
d’une maladie n’en modifie-t-il pas aussi la durée? Fracastor
donne la relation d’une épidémie de pneumonie qui fit le tour du
monde en 1348 : elle enlevait les malades en deux ou trois jours.
Or, la durée de la pneumonie est bien toujours , hors les cas
exceptionnels, au moins de sept à huit jours
Je tiens d’une personne digne de confiance que lorsque
M. le docteur Marchand, médecin en chef des épidémies de la
Gironde, se présenta sur le théâtre de l’épidémie, à 8 kilomè
tres a peu près de Périgueux, il s’écria : Voilà du typhus!
Dira-t-on qu’il n’y a pas fièvre typhoïde parce que les dé
sordres, du côté du tube intestinal, ne sont pas assez pronon
cés? Mais ne sait-on pas que si dans la fièvre typhoïde, non mo
difiée par les complications et l’état épidémique, il y a de plus
grands désordres, c’est qu’il n’y a pas, comme dans cette épi
démie, une révulsion aussi puissante vers la peau ni vers les au
tres organes , et qu’alors la maladie destructive se fixe sur la
muqueuse de l’intestin et la désorganise plus ou moins profon
dément ?
El quand on ne trouverait quelquefois rien dans l’intestin,
faudrait-il en conclure qu’il n’y a pas eu gastro-entérite, exan
thème intestinal? Le vaiiolœ sine variolis, si souvent répété,
ne trouverait-il pas ici une juste application? Et ne se passeraitil pas, du côté de la muqueuse intestinale , ce qui se passe
quelquefois du côté de la peau , où se fait la disparition de l’é
ruption qui existait au moment de l’agonie?
Chez la femme âgée de 3o ans, qui a fait le sujet de nos in
vestigations cadavériques, il nous a été impossible de découvrir
la moindre lésion matérielle à la peau, et cependant l’éruption
existait un moment avant l’agonie. Ce fait s’est présenté à M. le
docteur Rayer.
M. Chomel dit à la page 529 que la lésion des follicules n’est
pas toujours en proportion avec la gravité des symptômes, et
que quelquefois celte lésion a manqué.
Dans le mémoire de M. Marsh sur la fièvre typhoïde, dans un
cas dont le sujet était une infirmière qui avait offert les symp
tômes les plus graves de la fièvre typhoïde, et dont la mort était
arrivée le 19e jour, n’est-il pas dit positivement qu’on ne trouva
d’altération sur aucun point de la muqueuse intestinale ? L’au
teur fait remarquer que dans un certain nombre de cas on ne
trouve que le gonflement des follicules de Brunner. Il y a dans
l’ouvrage de M. Chomel plusieurs exemples qui viennent étayer
ce fait de pathologie clinique.
Dans la fièvre muqueuse de Roederer el Wagler, qui ressem
ble à la maladie régnante (à la différence près qùe les sueurs
sont moins abondantes et que l’éruption se fait plus laid), et que
les nosographes modernes rangent dans le cadre des fié vies ty
phoïdes, il n’a été constaté souvent à l’autopsie que l’engorge
ment des follicules de Brunner.
Le manque d’ulcération des follicules isolés et agminés ne
trouve-t-il pas, comme l’absence du dévoiement, son explica
tion dans cette grande exhalation de îa peau? M. Rayer luimême , dont j’aurais pu ajouter l’opinion à celle de Pringle, si'
j’en eusse possédé l’ouvrage plus tôt, dit, p. 164 : La constipation,
qui est le signe d’une irritation intestinale , persiste pendant toute
la durée de la maladie, parce qu’elle est une suite de la séche
resse de la surface interne de l’intestin, que l'abondance des
sueurs rend presque inévitable.
Puisque , dans cette maladie , il y a toujours constipation , M.
Rayer admet, à fortiori, qu’il y a toujours irritation intestinale.
Or, dans toutes les observations qu’il cite, nous voyons que l’é
ruption de la peau est toujours précédée d’une irritation gastri
que ; il dit même , à la pag. 177 : L’irritation gastrique préeède
toujours l’éruption de la peau. Donc il y a toujours, d’après RK
Rayer, gastro-entérite ; mais il ne la regarde pas comme la ma
ladie première, comme tenant sous sa dépendance l’éruption
miliaire; il ne la considère que comme complication ou comme
maladie concomitante.
M. le docteur Capelle, médecin de l’hôpital de Falaise, au
quel nous devons une très bonne description de l’épidémie, a
une opinion diamétralement opposée à celle de M. Rayer; il
pense que la miliaire est symptômatique des entérites et gastroentérites Cette opinion est identique à celle que je me suis for
mée d’après les données d’anatomie pathologique avant de con
naître l’ouvrage de M Rayer et les opinions des médecins qu’il
cite; à la différence près qu’ayant trouvé un exanthème intesti
nal , j’ai donné à l’affection viscérale la dénomination de gastroentérite folliculeuse , ce qui n’est autre chose que la fièvre ty-1
phoïde ou typhus.
Le mode de traitement adopté par la plupart des médecins
qui ont observé les nombreuses épidémies, dont la relation se
trouve à la fin de l’ouvrage de M. Rayer, tendrait à prouver
qu’ils considéraient l’éruption de la peau comme symptomati
que, puisque toute leur thérapeutique était dirigée contre l’af
fection intestinale.
De plus , à l’article lésions organiques démontrées par l’autopsie des cadavres (Suette miliaire, par Al. Rayer, p. 153), nous
voyons que le résultat des recherches nécroscopiques, commu
niquées par MM. les docteurs Dubout, Colsou, Tavernier et
Villemain , consiste dans l’existence d’une gastro entérite ou dans
une gastro- entéro-encéphalite.
Le génie de l'épidémie apparaît au moment où celle-ci sévit,
où elle fait le plus de ravages ; c’est parce que beaucoup ne
l’observent pas et que d'autres l’oublient, quand il est passé,
que naît cette divergence d’opinions qui ne devrait pas exister.
N'est-il pas arrivé, pour l'épidémie périgourdine dans le dépar
tement de la Dordogne, ce qui arriva en Prusse et en Pologne
pour le choléra? Ceux qui observaient, avant ou après l’appa
rition de ce fléau, ne trouvaient que les maladies attachées à la
constitution médicale du pays. En mars, un mois avant son in
vasion , M. Malez, médecin de Varsovie, fut envoyé dans le
camp pour s’assurer si les bruits répandus sur l’apparition du
choléra étaient fondés; il ne trouva que des affections gastro
intestinales et des fièvres d’accès.
M. Alibert observa la même constitution médicale avant l’ap
parition du choléra à Breslaw, qui n’était qu’à 6 ou 8 kilomètres
de Varsovie.
Même observation fut faite à Dresde quand le choléra était ’a
Berlin.
M Dalmas, après les ravages du choléra, ne rencontra plus
que des fièvres tierces, lorsque au mois d’août il parcourait les
environs de Domanice, Joganie, Sièdlec. A Sièdlec même, où
la population juive fut diminuée de plus d’un tiers , il n’y avait
pins de cholériques , quelques fièvres intermittentes seules se
montraient encore.
A Dantzick , les fièvres intermittentes se sont montrées avec
assez de force pour constituer une épidémie qui a marché d’une
manièi e indépendante de celle du choléra. (Rapp. sur le choléra )
Ne pourrait-il pas en avoir été de même dans certaines loca
lités du département de la Dordogne? Car comment comprendre
que les uns ne voient que des fièvres intermittentes là où d’au
tres n’en voient pas du tout? Si l’épidémie eût sévi à Périgueux
pendant huit ou quinze jours, comme elle l’a fait les lundi, mardi
et mercredi, pense-t-on qu’il y aurait eu une si grande diver
gence dans les opinions? Je ne le crois pas.
J’atteste sur l’honneur que si, dans l’arrondissement de Non
tron, ce génie épidémique ne se fût montré, je serais revenu
avec la conviction que l’épidémie n’était autre chose qu’une ma
ladie éruptive, avec complication d’une fièvre périodique qui de
venait souvent pernicieuse.
L’anatomie pathologique m’a fait adopter une opinion que je
vois avec plaisir être celle, à quelque modification près, de la plu
part des médecins que M Rayer a cités dans son ouvrage
Ainsi, d’après les recherches nécroscopiques que j’ai faites, je
crois que le génie de celte maladie réside dans une gastro-entérite, avec éruption intestinale (fièvre typhoïde ou typhus) modi-
fiée dans ses symptômes par une fièvre périodique qui s’y ajoute
quelquefois, par l'inflammation de divers organes de l’économie;
principalement du système cérébro-rachidien , de l’appareil bi
liaire et par une forte irritation du cœur; mais modifiée surtout
par son état épidémique.
Traitement prophylactique, — La symptomatologie et la thé»
rapeutique m’ont dirigé dans le choix des moyens que j’ai pro
posés comme préservatifs ou propres à atténuer les accidens.
Quand l’épidémie menace, ou quand ou sent quelques prodro
mes, j’ai conseillé de prendre soir et matin, pendant dix minutes , des pédiluves sinapisés pour éviter ou pour combattre , si
elles avaient une tendance à se faire , les congestions vers le cer
veau , vers les organes thoraciques ou viscéraux. J’ai engagé à
faire usage des purgatifs doux pour tenir le ventre libre; c’esta-dire pour éviter ou pour détruire la constipation, qui est si
propre à faciliter les congestions dont je viens de parler, et, de
plus, pour prévenir ou pour détruite ce travail inflammatoire
commençant, qui donne naissance a l’embarras gastrique d’un
côté, de l’autre à l’engorgement des follicules de l’intestin , soit
isolés , soit agminés; ces purgatifs agissent d’une part comme
dérivatifs, de l’autre comme modifiant l’action vitale de la mu
queuse gastro-intestinale et de ses parties intégrantes. J’ai dit de
les faiie suivre de l’emploi des tisanes amères , pour modifier la
nature du sang qui tend à s’altérer; anthelminliques, pour dé
truire les loinbi icoides qui se trouvent en si grand nombre dans
l’intestin gicle ; et, enfin, des boissons aromatiques pour donner
du ton aux organes dont l’action vitale a une grande tendance à
s’affaiblir. J’ai ajouté qu’on fît alterner l’usage de ces différentes
boissons avec celui d’uue décoction de quinquina destinée à corn»
battre la fièvre d’accès déjà existante ou prête a veuir compli
quer la maladie. (Echo de Tesone , 16 septembre )
Des personnes qui ont été sous linfluence générale de l’épi
démie, et qui ont eu plusieurs prodromes évidens , doivent à ces
moyens d’en avoirélé préservées, à moins que dans un scepticisme
peu raisonné on ne dise qu’il n’y a eu que coïncidence. Des con
valescences qui paraissaient interminable ont, après l’usage
des purgatifs doux, sous l'influence des boissons amères et aro
matiques, marché avec la plus grande rapidité 11 n’y a jamais
eu, que je sache, ni coliques, ni même de malaise.
Du reste, ce traitement prophylactique avait été recommandé,
sans que j eu eusse connaissance, dans l’épidémie de Castelnaiidary , par MM. les docteurs Gallet-Duplessis, Rigaud (• ères, Frizac , Vallée, Laroque, etc , etc , etc. (In-8.°, 20 mars 1782 )
Traitement curatif. — Nous avons dit que l’épidémie périgordine était un véritable Protée susceptible de prendre toutes
les formes; aussi réclame-t-elle différentes médications. Sont
indiqués : tantôt les évacuations sanguines, soit générales, soit
locales ; tantôt les purgatifs, et c’est le plus souvent ; d’autres fois
les toniques ou les anti-spasmodiques, ou les révulsifs, ou, en
fin , l’expectation.
Les évacuations sanguines générales (saignées au bras, au
pied) trouvent leur indication : les premières dès le début, lors
que le sujet est fort, robuste ; que le pouls est fréquent, plein et
résistant, on lorsqu’il y a menace de congestion vers un organe
parenchymateux. Les deuxièmes, lorsque le cerveau est forte
ment congestionné.
Elles sont nuisibles, lorsque le système nerveux est fortement
ébranlé ou lorsque les symptômes ataxiques ont été remplacés
par les symptômes adynamiques.
II faut alors les anti-spasmodiques ou les toniques.
Les évacuations sanguines locales (sangsues, ventouses), les
premières appliquées sur les jugulaires, aux jambes , aux parois
thoraciques, à la région épigastrique ou a l’anus, suivant qu’il y
a des symptômes d’irritation prononcés du côté du cerveau, des
organes thoraciques, principalement de la plèvre, de l’estomac,
ou que les symptômes bilieux prédominent. Les deuxièmes sur
la région précordiale, lorsqu’il y a de fortes constrictions avec
baltemens insolites; sur le trajet de la colonne vertébrale, quand
il se manifeste des symptômes d’irritation de la moelle épinière
ou de ses enveloppes.
Si on veut produire une révulsion avec irritation permanente,
ou s’il y a tendance à l’adynamie , on doit avoir recours à l'ap
plication, sur les cuisses ou sur les jambes, de vésicatoires faits
à l’aide de la poudre de cantharides; si le cas est urgent, on
les fait avec de l’ammoniaque liquide ou de l'eau bouillante,
qu’on applique sur les mollets.
On doit administrer la décoction de quinquina ou le sulfate de
quinine lorsque la maladie se complique d’accès de fièvre pério
dique ; si l’irritation des voies digestives ne permet pas de le faire
prendre par la bouche, ou si les lavemens ne sont pas gardés,
on saupoudre le derme dénudé avec le sulfate de quinine,
Lorsque, après l’emploi de ces differens moyens , il reste de
la fièvre avec des douleurs d’estomac ou des coliques, nous nous
sommes bien trouvé de l’emploi du nitrate de potasse à la dose
de quatre grammes en vingt-quatre heures, dans de la tisane
d’orge ou de chiendent.
Si l’éruption ne se fait pas franchement, et s’il y a réaction
vers un organe interne, on fait des frictions ammoniacales pour
la faciliter.
Les purgatifs trouvent presque toujours leur indication dans
cette épidémie, a cause de l’embarras gastro-intestinal qui est
constant ; ils conviennent non-seulement par. la purgation qu i s
déterminant , mais encore par la modification qu’ils produisent
dans la nature de l’irritation qui siège dans le tube intestinal.
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Nous sommes très circonspect sur l'administration des vomi
tifs, à cause des congestions cérébrales qu’ils peuvent ou aug
menter ou solliciter.
Nous nous résumons, et nous disons que toutes les médications
peuvent trouver leur application utile dans cette épidémie.; ce
pendant., nous ne pouvons taire que ce qui nous a réussi le plus
souvent., ce sont, pour les cas simples, la médecine expec
tante; pour les cas graves, les purgatifs associés aux révulsifs.
Ou publie tous les jours les succès du sulfate de quinine :
nous ne pouvons .pas, pour notre compte, disconvenir qu’il y en
a eu beaucoup ; mais lors même qu’il n’y aurait jamais d’accès
de fièvre, soit intermittente, soit rémittente, ne trouverait-il
pas ici une juste application ? Sou succès et son innocuité ne se
raient-ils pas une preuve que nous avons affaire à une fièvre
typhoïde, et ne corroboreraient-ils pas l’opinion, tout récemment
émise par MM Barthez et Billiet, internes à l’hôpital des Enfans
de Paris, que c’est une médication triomphante dans cette ma
ladie?
,
Quant aux moyens hygiéniques, nous nous bornions à exiger
que les malades fussent peu couverts et qu’ils changeassent de
linge lorsque les sueurs leur causaient du malaise, de l’insom
nie, on tendaient à les refroidir, ou lorsque, enfin, étant deve
nues moins abondantes, l’éruption ne paraissait pas vouloir se
faire. (Voi 10 novembre Echo de Vésone.}
Nous faisions, de plus, aérer la chambre du malade en ouvrant
souvent les croisées , et débarrasser le lit de ces barrières de bois
ou de toile épaisse qui en faisaient une véritable étuve.
En terminant, je ne puis m’empêcher de vous signaler, mon
sieur le préfet , la conduite de dévouement tenue dans ces pé
nibles circonstances par MVI. Valette, maire de Paussac; l’abbé
Godin, envoyé par Mgr l’évêque sur le théâtre de l’épidémie pour
porter à ces malheureux les secours de la religion; et Desmoulin , curé de la commune de Paussac.
J. CHAVIGNEZ, d. m. p.
Pour copie conforme :
Le conseiller de préfecture secrétaire-général, Mathet*
Note de l'éditeur. — L’auteur a fait retrancher les observations
qu’il file, plus un grand nombre d’autres pour éviter des frais trop
onéreux.
Périgueux. — Imprimerie DUPONT.
