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Fait partie de Les fouilles de Vésone. Découverte d'antiquités romaines à Périgueux en 1857

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ANTIQUITÉS ROMAINES.

LES FOUILLES DE VÉSONE.

DÉCOUVERTE

D’ANTIQUITÉS ROMAINES
A PÉRIGUEUX,
EN 1857.

SUBSTRUCTIONS ROMAINES. — PEINTURES MURALES. — L’AQUEDUC
DE MARULLIUS. — MOULIN A BRAS. — URNES CINÉRAIRES ET
AMPHORES. — TÈTE DE STATUE.— VERRERIE.— MÉDAILLES
ROMAINES. — MONNAIES DU MOYEN AGE (LodoiCVS

Egolissime). — sépultures antiques.
— CERCUEILS EN PIERRE.
— CERCUEIL EN PLOMB.

.

PZ1590

Par Eugène MASSOUBRE,
Rédacteur en chef de L'Écho de Vésone.

PÉRIGUEUX,
IMPRIMERIE DUPONT ET C°, RUE TAILLEFER.
Mai 1857.

___

Extrait des Annales de la Société d'agriculture, sciences et arts de la
Dordogne (année 1887, tome XVIII, première livraison).

TIRAGE : 100 EXEMPLAIRES.

AVERTISSEMENT.

Les découvertes d’antiquités romaines dont il va
être fait mention ont été déjà consignées, presque
jour par jour, dans L'Écho de Vésone.
Il m’a semblé que ces premiers résultats archéolo­
giques, obtenus dans l’espace de quelques semaines,
étaient dès à présent assez importants pour être réu­
nis en un travail d’ensemble et pour appeler l’attention
du monde savant sur les fouilles qui s’effectuent à
Périgueux.
Tel est le motif qui a dicté cette publication.
Je signale également aux numismates les consta-

_ 6 —•

tâtions relatives au denier Lodoicvs Egolissime, cons­
tatations qui tendent à modifier le système ayant pré­
valu jusqu’ici à l’égard des quatre et des cinq
annelets.

Mai 1857.

LES FOUILLES DE VÉSONE.

DÉCOUVERTE

D’ANTIQUITÉS ROMAINES
A PÉRIGUEUX.

La ville de Périgueux, — ou, pour parler plus exactement,
la cité de Vésone, — a-t-elle eu toute l’étendue que lui assi­
gnent quelques savants, séduits par les grandioses et innom­
brables débris de monuments disséminés sur son territoire?
Cette imposante tour de Vésone, témoignage vivant d’une grande
époque ; ces restes gigantesques de notre amphithéâtre, où
pouvaient se tenir quarante mille spectateurs ; ces riches sculptu­
res éparses dans les environs et qui, après dix-huit siècles,
commandent encore l’admiration, malgré les ravages des
hommes et du temps, tout cela est-il la révélation d’un passé
glorieux pour notre cité, tout cela justifie-t-il l’opinion ambitieuse
et patriotique d’après laquelle Vésone aurait été long-temps la
métropole de l’Aquitaine (1) ; — ou bien faut-il plus modestement
croire, comme le veulent d’autres érudits, à la munificence de la
famille Pompée, se plaisant à consacrer son immense fortune à

(1) Voyez, les Antiquités de Vésone, par M. le comte Wlgrin de Taillefer (Périgueux, 1821-26, 2 vol. in-4°), tome I, page 146.

— 8 —
l’embellissement de la ville qu’elle avait choisie pour refuge
après le désastre de Pharsale?
Nous n’osons point espérer que ces questions, dont la solution
serait si chère à tout cœur périgourdin, seront jamais résolues
d’une manière irréfutable. Mais nous pourrons savoir un jour
si Vésone avait le développement qu’on lui a attribué ; si, à une
époque où l’art des constructions n’était pas fort avancé dans
cette partie de la Gaule, la ville romaine comprenait toute la
plaine s’étendant de la préfecture actuelle au ruisseau du Tou­
lon et de la rivière de l’Isle aux coteaux du nord, c’est-à-dire
un emplacement mesurant près de dix kilomètres de circonfé­
rence ; et nous retrouverons certainement avant peu des sou­
venirs qui feront renaître une époque sur laquelle le temps
a jeté son voile épais.

II
L’établissement de la gare du chemin de fer dans le voisinage
du faubourg Ste-Ursule et la prolongation du canal de naviga­
tion de l’Isle jusqu’à Sainte-Claire ont pour conséquence l’ou­
verture de deux tranchées qui se dirigeront, parallèlement à la
rivière, de l’ouest à l’est de la ville, sur une étendue de plu­
sieurs kilomètres.
La première, celle du chemin de fer, aura son point de
départ à l’extrémité du faubourg Ste-Ursule, au sud et à l’est
du cimetière actuel; elle coupera la route de Bordeaux, la
route du Port ; passera au pied du château de Barrière, traver­
sera la cour de la caserne, longera le mur d’enceinte et se
continuera dans la direction de Sainte-Claire, après avoir mis
à nu le rocher sur lequel reposent les fondations de la tour
de Vésone.

— 9 —
La seconde tranchée, celle du canal, sera pratiquée dans la
plaine de Campniac; elle commencera au moulin du Rousseau,
traversera toute la partie de terrain sur laquelle était assise
la seconde cité gauloise, laissera à sa gauche la Fontaine-Chaude
et se dirigera également vers Sainte-Claire, après avoir fouillé
l’emplacement des thermes romains.

III
Un fait acquis à l’histoire du Périgord, c’est que la pre­
mière cité de Vésone, après avoir occupé, dans la très haute
antiquité et long-temps avant la civilisation de la Gaule, le
vallon étroit de Campniac et les deux coteaux escarpés qui le
forment, s’est portée de ce côté-ci de la rivière et s’est étendue
dans la vaste et riante plaine située en face de ce même vallon
dont elle a pris le nom. La preuve résulte des découvertes faites
en cet endroit et consistant en médailles gauloises, poteries,
fibules, objets de toutes sortes, mieux soignés que ceux trouvés
dans le vallon, et indiquant un degré de civilisation plus avancé.
C’est là que florissait la seconde Vésone, métropole d’une vaste
province, lorsque les légions de Jules César, poursuivant la con­
quête des Gaules, vinrent soumettre au joug de Rome le terri­
toire des Pétrocoriens. Détruite de fond en comble, à cause de
l’opiniâtreté de sa résistance, elle fut réédifiée par les conqué­
rants, qui lui conservèrent son nom et sâ religion, l’élevèrent
au rang de municipe romain, lui donnèrent des duumvirS, des
édiles, des questeurs, et la firent arriver progressivement à un
état de splendeur qu’attestent encore les majestueux débris
de monuments disséminés dans les environs de Périgueux.
Hélas! cette splendeur devait n’avoir qu’un temps! Un sort
pareil à celui de la seconde cité gauloise était réservé à la ville
2*

-10des Romains, qui devait disparaître à son tour, ensevelie sous
ses propres ruines ! L’histoire ne nous dit pas à quelle époque
eut lieu la catastrophe ; on ne saurait formuler à cet égard que
de vagues conjectures. La date de la construction d’une
cité peut être mentionnée sur un édifice ou se révéler par ses
débris ; la destruction, surtout une destruction foudroyante
comme le fut celle de Vésone, ne laisse après elle qu’un silence
de mort. Peut-être encore les fouilles soulèveront-elles un coin
du voile qui dérobe ce fait aux patriotiques recherches des
savants.
IV
Si rien ne dérange les prévisions actuelles, l’attente légitime
de nos concitoyens ne sera pas de longue durée. Deux vastes
chantiers sont déjà ouverts : l’un, dans le pré de la FontaineChaude , pour le canal de navigation ; l’autre, à droite de la
route" du Port, faubourg Sainte-Ursule, pour les terrassements
de la gare.
A peine commencées, les fouilles ont amené plusieurs décou­
vertes qu’il est utile de constater dès à présent.

1. — Substructions romaines.

Ce qui frappe au premier abord, dans la tranchée du canal de
Campniac, c’est le grand nombre de substructions qu’on y dé­
couvre à chaque instant. A n’en pas douter, c’est là et dans les
environs que devait commencer l’agglomération de la cité ro­
maine. On a le cœur serré en présence de ces restes de cons­
tructions qui semblaient faites pour résister au temps et que les
hommes ont eux-mêmes converties en ruines, de ces vestiges

— 11 —
d’une ville somptueuse dont la renommée dut s’étendre au loin
autrefois, et sur laquelle le laboureur a promené sa charrue
pendant douze ou quinze siècles, jusqu’à ce qu’il ait plu à la
Providence de la faire sortir du suaire comme pour nous dé­
montrer la fragilité des choses humaines.
Le parquet, ou pavimentum, existe encore ; moins solide que
le pavé des voies publiques, il l’est assez cependant pour résis­
ter à la pioche. Tantôt ce parquet est composé de mortier poli
recouvrant plusieurs couches de sable, de briques et de pierres;
tantôt il est disposé en mosaïques dessinées à l’aide de cailloux
ou de petits cubes de pierre ayant tout au plus la surface d’un
centimètre.
Dans les déblais de la gare, on trouve également des restes
de construction. A une cinquantaine de mètres du viaduc de la
route du Port, apparaissent quatre murs latéraux distants de
cinq mètres les uns des autres. Leur longueur n’a pu être dé­
terminée, les fouilles n’étant pas assez avancées; mais ce qui est
mis à découvert mesure déjà vingt-cinq mètres et forme un
vaste parallélogramme, dont le plan représente assez bien une
nef et ses bas-côtés. Les deux murs du dehors, exposés davan­
tage à la destruction, ont presque entièrement disparu ; sur
plusieurs points, les fondations ont été fouillées jusqu’au fond.
Les deux murs intérieurs sont mieux conservés ; leur solidité
est telle, qu’on ne parvient que difficilement à les démolir.
A droite et à gauche de ceux-ci, on remarque un assemblage
de matériaux en talus, et, parmi ces décombres, du charbon,
des tuiles parementées, des morceaux de marbre poli ayant un
centimètre d’épaisseur et paraissant avoir servi de revêtement,
des débris de corniche en marbre des Pyrénées, des pierres
cubiques ou coniques connues sous le nom de petit appareil
romain, des briques ayant la forme de ces petites pierres, des
blocs de ciment jetés là comme moellons, etc. Tout cela ferait

— 12 —
croire que nous avons sous les yeux les restes d’un édifice
romain, qui avait toutes les proportions d’une basilique, ou qui
fut au moins une habitation somptueuse, comme on en voyait
tant dans notre vieille métropole.
Vésone possédait deux basiliques. Le fait ne peut être révo­
qué en doute. Une inscription rapportée par le P. Dupuy (‘)
constate que Soter, affranchi de Néron, y éleva deux basiliques
avec leurs ornements. (SOTer LIBertus NERonis BASILICAS
DVAS EDIFICAVIT CVM ORNAMENTIS.)
La basilique était un édifice public tenant lieu à la fois de
palais de justice et de bourse. Le bâtiment était de forme
oblongue, construit avec magnificence, orné de colonnes et de
statues. Il était composé d’une longue salle ayant deux bascôtés séparés par deux rangs de colonnes. « Les murs des bascôtés, dit Furgault, étaient garnis de boutiques où l’on éta­
lait toute sorte de marchandises. La grande salle du milieu
servait de promenade. C’était là que s’assemblaient les gens
d’affaires et de commerce, à peu près comme aujourd’hui à la
bourse ; c’était là aussi que les centumvirs venaient rendre la
justice et que les avocats plaidaient devant eux. »
Nul n’a pu dire encore quel était l’emplacement des deux
basiliques élevées à Vésone par la munificence de Soter. Le
plan des fondations qui nous occupent a toute l’étendue d’un
édifice de cette nature ; la propriété sur laquelle elles se trou­
vent est désignée dans les vieux titres et de nos jours encore
sous le nom de Maison commune. Cependant nous ne hasar­
derons aucune conjecture; la circonspection convient surtout
en archéologie, et nous attendrons que les fouilles nous aient
apporté de nouveaux éclaircissements.

Ci L'Estât de l’Eglise du Périgord depuis le christianisme, par le
R. P. Dupuy (Périgueux, 1629, 2 vol. in-4»), tome 1, page 86.

— 13 —
C’est sur cet emplacement que, selon une croyance générale,
était autrefois l’église ou chapelle Saint-Gervais. Il ne serait
pas inadmissible qu’un temple religieux eût été élevé, quelques
siècles plus tard, sur les ruines de l’édifice romain, dont il au­
rait utilisé les décombres. On a déjà trouvé dans le voisinage
plusieurs cercueils en pierre et beaucoup d’ossements humains.
La construction de l’église pourrait remonter au VII siècle,
et sa destruction, qui serait alors le résultat de l’invasion des
Normands ou la conséquence de la guerre implacable faite par
Pépin-le-Bref à Waiffre, duc d’Aquitaine, daterait du IXe ou du
VIIIe siècle. Sa destinée ne fut donc pas plus longue que celle de
l’édifice romain auquel elle succédait. La tradition rapporte que
l’église a été réédifiée plusieurs fois, et le fait est mentionné
dans les Antiquités de Vésone. Cette tradition n’est qu’à demi
exacte. Après sa destruction, l’église Saint-Gervais n’a pas été
relevée de ses ruines; elle a été remplacée par une humble cha­
pelle bâtie non loin du premier emplacement. Il existe encore,
en effet, au nord-ouest des fondations, et à une distance de
trente mètres, une construction qui pendant long-temps a
servi d’étable ou de hangar, et qui depuis un an seulement est
devenue l’habitation d’un jardinier. C’est là l’église ou chapelle
Saint-Gervais, qui a succédé au monument détruit par les Nor­
mands; c’est dans cette même chapelle que Guillaume Le Boux,
évêque de Périgueux, consacra un autel sous l’invocation de
saint François de Salles, vers la fin du XVIIe siècle ; on voit
encore la croix de fer qui la surmonte. Cet édifice est plus que
modeste, et son étendue n’est évidemment pas en rapport avec
l’importance que devait avoir une église qui fut pendant un
certain temps paroissiale.
L’opinion que nous exprimons ici est aussi celle de M. l’abbé
Audierne, inspecteur des monuments historiques, le savant au­
teur du Périgord illustré. Après une première visite sur les

J

— 14—
chantiers, il n’a pas hésité à formuler son jugement, qui fait
loi. Disons en passant que cette excursion de M. l’abbé Au­
dierne a eu pour résultat de doter le musée de Périgueux d’un
nouveau monument : c’est l’inscription qui rappelait dans l’é­
glise Saint-Gervais la consécration d’un autel sous l’invocation
de saint François par l’évêque Le Boux. Elle est conçue en ces
termes :
DEO 0PT. MAX.
SVB NOMINE SANG
TI FRANGISCI
SALESII
SA C RVM
PER ILL. GVIL. EPISC.

Cette pierre historique a 59 centimètres de hauteur sur 53
centimètres de largeur. Elle était jetée dans un mur de clôture
appartenant à M. Boudy ; c’est là que M. Audierne l’a retrouvée
et qu’il l’a obtenue du propriétaire pour la déposer au musée.
2. — Verrerie.

La cité de Vésone possédait une manufacture de verre. On a
trouvé dans les déblais de Campniac, à côté de substructions
romaines, les restes d’un fourneau, consistant en plusieurs blocs
de briques cimentées, essentiellement réfractaires, et auxquelles
adhère une matière vitrifiée. En comparant cette matière aux
fragments d’urnes, de coupes ou de vases en verre provenant
des fouilles, on est. disposé à croire que ces objets, la plupart
fort riches et fort élégants, étaient fabriqués à Vésone.
L’industrie du verre n’était pas d’importation romaine chez
les Pétrocoriens. Pline nous apprend que les Gaulois la connais­
saient, et il leur- attribue même l’invention du verre blanc.

— 15 —
Les blocs dont nous parlons gisent encore dans la tranchée
du canal, parmi les déblais. Chaque jour les curieux en déta­
chent avec efforts plusieurs morceaux qu’ils emportent. Dans
quelques jours peut-être tout aura disparu avec les autres ma­
tériaux de remblais. Nous verrions avec plaisir l’administration
recueillir ce qu’il en reste et le faire déposer au musée, comme
offrant de l’intérêt au point de vue de l’histoire industrielle de
notre pays.

3. — L’aqueduc de Marullius.

Une voie romaine, bordée de deux aqueducs, occupe le centre
des constructions découvertes dans la tranchée de Campniac.
Cette voie semble venir en ligne droite de la caserne et se
diriger obliquement vers la rivière, au pied de l’habitation du
Roc ; le sol est formé d’un empierrement et de plusieurs cou­
ches de cailloux, dont la première est noyée dans du mortier.
La largeur de la voie est de 5 mètres 60 centimètres ; les deux
aqueducs qui la bordent à droite et à gauche ont 27 centimètres
d’ouverture à leur base ; l’un, celui de droite (en regardant la
rivière), est solidement construit en petites pierres détaillé
cubiques et coniques fortement cimentées; il est dallé avec des
briques à deux rebords, reposant sur un lit de ciment d’une
épaisseur de trois centimètres ; l’autre, moins soigné, paraissant
n’avoir pas eu la même destination , est simplement pavé de
petits cailloux.
On sait que les Romains avaient pris soin de faire arriver
des eaux en abondance dans Vésone, au moyen d’aqueducs
dont il reste encore des traces. Quelques-uns de ces aqueducs
furent construits aux frais du gouvernement; d’autres étaient
dus à la munificence de simples particuliers.

— 16 —
Il y a environ un siècle, on trouva sur l’emplacement de la
caserne actuelle une pierre, provenant d’une fontaine, et sur
laquelle se lisait l’inscription suivante :
L. MARVLLIVS. L. MARVLLI. ARABI.
FILIVS. QVIR. ÆTERNVS. IIVIR.
AQVAS. EARVMQVE. DVCTVM.
D.

S.

D.

Cette inscription indiquait qu’un nommé Lucius-MarulliusÆternus, de la tribu Quirina, duumvir (c’est-à-dire l'un des
deux magistrats du municipe romain de Vésone), fils de LuciusMarullus-Arabus, avait fait la dépense de ces eaux et de leur
aqueduc. L’abbé Lebeuf, qui avait vu un dessin exact de l’in­
scription, relevé par les soins de l’évêque de Périgueux, dit que
les lettres étaient du plus beau caractère romain et probable­
ment du temps des Antonins.
La pierre était percée de deux grands trous dans lesquels
avaient dû être scellés des robinets ; et dans le voisinage
du lieu où elle fut trouvée il existait une fontaine qui ne pou­
vait être alimentée que par un aqueduc (1).
En effet, il a été constaté qu'un aqueduc prenant les eaux de
la source de Jameau, au-dessus de Campniac., dans un vallon
très élevé par rapport à la Cité, paraissait avoir cette direction.

1 Celte pierre, si importante pour l'histoire de Périgueux, puis­
qu'elle établit l'ancienneté du municipe de Vésone, existe encore;
mais elle a été martelée pendant la première révolution, et les lettres
sont entièrement effacées- Elle est presque abandonnée sous l'un des
vomitoires de noire amphithéâtre, parmi des moellons, exposée aux
intempéries et aux atteintes des personnes ignorantes ou malintention­
nées, Sa place serait au musée, où elle devrait figurer comme un de
nos plus glorieux monuments.

— 17 —
Cependant, on ne suivait ses traces, à partir de sa naissance,
que jusqu’au-dessous de l’habitation du Roc, sur la rive gauche
de l’Isle, où l’on voit encore des coupures dans le rocher et de
larges blocs épars çà et là. Mais on n’avait aucune certitude à
l’égard de son parcours en deçà de la rivière, c’est-à-dire dans
l’intérieur de la plaine où fut la ville de Vésone.
Ces traces , si vainement cherchées, ne les aurions-nous pas
retrouvées dans les deux aqueducs qui bordent la voie romaine?
Ils sont précisément dans la direction de la source de Jameau,
et en ligne droite des coupures opérées dans le rocher sur la
rive gauche de l’Isle, dont les fouilles ne sont éloignées que de
cinquante mètres. Celui des deux aqueducs qui offre le plus
de solidité, et dont le sol est dallé, s’arrête à quarante-cinq
mètres de la rivière, ne continuant pas à longer la voie. Il est
probable qu’à partir de cet endroit, l’eau arrivait par des
arcades franchissant la rivière ; nous avons remarqué que la
dernière brique servant de dalle était dans un plan très incliné
vers la caserne, ce qui confirmerait notre supposition.
Du reste, il importe de constater ici que l’auteur des Anti­
quités de Vésone, M. Wlgrin de Taillefer, avait en quelque sorte
deviné les découvertes qui viennent d’avoir lieu. « Nous avons
reconnu , dit-il (t. II, p. 100), qu’en partant de la fontaine de
Jameau, l’aqueduc ne pouvait se diriger que vers l’extrémité
du petit coteau de Soucheyx, et que, après avoir traversé le
vallon de Vieille-Cité, il dut toujours être souterrain et suivre
le pied de la montagne, jusqu’à l’habitation des Rocs, où com­
mençaient des formes de peu d’étendue, mais de plus de 70
pieds de hauteur. C’est ainsi que ce canal traversait l’Isle et
aboutissait à Vésone. Nous croyons encore reconnaître, du côté
de la plaine, les restes d’une pile de ces formes ou arcades, à
quelques pieds sous les eaux. Tel était l’aqueduc de VieilleCité, dont la longueur totale dut être d’environ 900 toises, et
3*

— 18 —
c’est sans doute celui que Marullius lit construire à ses frais,
puisque la pierre où ii était question de ce personnage et de
son aqueduc a été trouvée dans la môme direction sur rempla­
cement de la nouvelle caserne. »
Nous inclinons volontiers à croire que les larges coupures
observées dans le rocher, de l’autre côté de la rivière, sont la
révélation d’un bassin ou réservoir dans lequel les eaux venaient
se jeter, pour franchir l’Isle, et se diriger ensuite, au moyen de
plusieurs canaux ou aqueducs disposés en éventail, dans les
divers quartiers de la cité qu'elles devaient alimenter. La
continuation des fouilles nous dira si celte supposition est

fondée.
Tout ce qui précède concourt à établir que nous avons retrouvé
l'oeuvre de Marullius, dont le nom, par un caprice du destin,
s'est conservé jusqu'à ces jours, afin de voir se perpétuer la
reconnaissance de nos générations pour ce bienfaiteur de Vèsone.

Le choix de la source de Jameau pour l'alimentation de
Vésone était parfaitement compris. Les romains excellaient en
toutes choses. Treize siècle plus tard, en 1534, François de
Bonneval, évêque de Périgueux, voulut faire la dépense des
eaux nécessaires à la ville, et c'est encore la source de Jameau
que l'on eu recours. L'eau, conduite par des tuyaux en bois,
en plomb ou en pierre, arriva jusqu'à la place de la Clautre,
point le plus élevé de Périgueux. Ces faits sont constatés dans
nos archives municipales (1). On trouverait encore des tuyaux

(1)<<®t«a.«l{ajnt*un8saïin8æ(ifiælte»œdiiit«EmimœŒti«anHrite<flElteB,.]pi®>i) wtt Milite tïmajitt mi®® a}t iirfiilitaHs,, iwwwonil jpBiœ «on Btau., D towst{pK

•*»

— 19
ou des traces de fondations dans la rivière de l’Isle, au passage
du bac de Campniac.

» de Périgueux, les manda quérir pour aller disner en sa companihe,
» en sa maison épiscopale, assise en la Cité; ce que lesdictz mere et
» consulz firent ; et apres disner led. revcrand leur dict et déclara la
» cause pour quoy les avoit envoyés quérir et disner en sa companihe,
» qu’estoit pour ce que en la présent ville de Périgueux n’avoit aulcune
» fontaine, et qu’il avoit intencion de en faire venir une en lad. ville,
» et au lieu appelé de la Claulre, où d’ancicneté et aultrefois estoit
» venue, et ce de certaine fontaine estant au lieu appelé de Gimeaulx,
» delà la reviere appellee de l’ïsle, paroisse de Colonhés,à ses despens,
» sans ce que la présent ville de Périgueux fust tenue fornir ou frayer
«aulcune chose; sauf seullement que quant se viendroict à faire
» avecques aulcuns particuliers, pour faire les passaiges de lad. fon» taine, de les randre taisans, faire avecques eulx, et luy tenir la
» main forte.
» A laquelle remonstrance, bon vouloir, oeuffre et déclaration par
» led. sieur reverand ausd. mere et consulz faicte, iceulx mere et
» consulz acceptarent et remerciarent lcd. S.r révérend , en luy disant
» que si son voloir, comme il avoit dict et déclaré, estoit accomplie, il
» ne sçaroit faire plus grand bien à lad. ville, et chousc publicque
» d’icelle, et que à jamais les habitans d’icelle ville seroyent tenus prier
» Dieu pour luy ; et avec ce s’en allarent lesd. consulz de la companihe
» dud. S.r reverend.
» Et certain temps apres, led. S.1 evesque commança à mettre son
» voloir à execution ; et pour ce faire, fist faire plusieurs préparations,
» comme cors de boys chaestainhiers, des cors de plumb pour mectre
» dans la reviere seullement; et tant fust procédé que moyanant l’ayde
» et secours que lesd. mere et consulz firent pour led. affaire, mesme» ment quant au fornissement des maneuvres et gens qui estoyent
» tenus à l’ouvre de la présent ville, que aussi de l’ouvrier d’icelle ville
» et aultres officiers de lad. ville, led. S.r evesque fist tant que, par
» certains jours et intervalles de temps, l’eaue de lad. fontaine vint
» jusques en la Clautre de lad. présent ville et près le lieu appellé la
» Fontaine-de-la-Claulre. » (Extrait du Livre Jaune, fol0 196, recto,
conservé dans les archives de l’hôtel-de-ville de Périgueux.)

— 20 —
4. — Moulin à bras.

Dans une des habitations attenant à la voie romaine, on a
trouvé un moulin à bras, l’un des mieux conservés assurément
qu’on ait en France. Il est formé de deux meules en pierre,
piquées à petits grains, et dont le diamètre est d’environ
Z(0 centimètres. La meule inférieure, qu’on appelait meta, est
légèrement concave ; elle était fixe et supportait la meule tour­
nante, nommée catïllus, qui est convexe, plus légère, et que
l’on faisait mouvoir à force de bras. Le grain était déposé et
moulu entre ces deux pierres : une gouttière pratiquée au
niveau de la surface de la meule fixe livrait passage à la farine.
Lorsque cet objet a été retiré des fouilles, les deux meules
étaient disposées comme si le moulin eût été prêt à fonctidnner. Chose digne de remarque, il était soigneusement caché
sous le sol. Pour l’y enfouir, le propriétaire avait dû briser le
pavimcntum, qu’il avait ensuite remplacé par une couche de
mortier. Cette circonstance semblerait indiquer qu’à l’époque
de la destruction de la cité romaine, les habitants, fuyant préci­
pitamment leurs demeures devant l’invasion des Barbares,
n’avaient pas perdu l’espoir d’y revenir, et que, dans cette
pensée, ils se hâtaient de mettre en lieu sûr les objets qu’ils
ne pouvaient emporter.
La découverte qui nous occupe est d’autant plus intéres­
sante, que les moulins à bras de l’époque romaine sont assez
rares.
Au musée de Périgueux, on voit plusieurs meules, en mau­
vais état il est vrai, mais pas un moulin complet. Celui qui
vient d’être retiré des fouilles de Vésone ne laisse rien à désirer
sous ce rapport.

21 —
5. — Urnes cinéraires et amphores.

Des urnes cinéraires en verre et des fragments d’urnes ciné­
raires en poterie sont aussi recueillis dans les décombres.
On sait que les Romains brûlaient les corps et que les cendres
en étaient conservées religieusement. Les urnes affectées à ce
pieux usage variaient dans leur forme et dans leurs proportions.
Celles en verre, — nous ne voulons parler que des urnes trou­
vées à Vésone, — sont généralement de petite dimension. On en
a déjà retiré plusieurs des déblais du boulevard perpendiculaire
à la façade de la gare. Nous avons assisté à l’exhumation de
l’une d’elles. Sa hauteur est de 15 centimètres ; son plus fort
diamètre est de 16 c. Elle se rétrécit à l’ouverture et à la base.
La contenance de cette urne est d’environ un décimètre cube.
Elle est remplie de cendres, d’ossements calcinés et de terre.
La forme du vase est élégante; le verre est pur, d’une légère
nuance verte, mais sans aucune ornementation. On n’a pas re­
trouvé le couvercle. — Une deuxième urne, également en
verre et sans couvercle, était non loin de celle-ci. Elle pré­
sentait à sa base la largeur d’une assiette ordinaire ; elle se
rétrécissait brusquement, et n’offrait que 9 centimètres de hau­
teur et 5 centimètres de diamètre à son ouverture. C’est à peu
près la forme d’un champignon renversé. Elle était pourvue
d’une anse striée, admirablement travaillée.

Malheureuse­

ment l’ouvrier n’a pas pris les précautions nécessaires ; l’urne
a été brisée en vingt morceaux, et les restes humains qu’elle
contenait ont été dispersés dans la poussière !
Les urnes cinéraires en poterie ont environ un mètre de hau­
teur, sur 25 ou 30 centimètres de diamètre à leur plus fort ren­
flement ; elles ont quelquefois deux anses et sont terminées par
le bas en pointe émoussée. C’est, sauf une légère variation dans
la forme, sauf aussi l’épaisseur de la poterie, le modèle des

— 22
amphores destinées à contenir le vin ; celles-ci servaient quel­
quefois d’urnes cinéraires. On voit des urnes et des amphores
au musée de Périgueux.
6. — Tète de statue.

A la gare, dans l’axe de la ligne, à vingt mètres de la route du
port, il a été trouvé une tête de statue de femme, dont on remar­
que d’abord la coiffure aussi originale qu’élégante. Les cheveux,
partagés sur le front, descendent en ondulations vers les tempes.
Une partie, tressée ou roulée en tore, se porte sur le sommet de
la tête, où elle forme diadème, puis revient se croiser sur la
nuque pour se joindre ensuite, derrière les oreilles, aux che­
veux ondés qui ombragent le front et les tempes. Cette coiffure
rappelle celle de Julie, femme de Septime-Sévère; d’Otacilia,
femme de Philippe ; d’Aquilia Severa, femme d’Eliogabale -,
d’Orbiana, femme de Trajan Dèce-, de Julie Marnée, mère
d’Alexandre Sévère, et celle des impératrices du ne siècle. On
peut s’en assurer par les médailles qui représentent ces illustres
dames romaines. La statue appartiendrait dès lors à la fin du nc
siècle ou au commencement du ni'.
Ce n’est point une œuvre d’art, dans toute l’acception du
mot; le seul mérite qu’elle ait pour nous est celui de la res­
semblance. Les détails du visage disent que le statuaire ne s’est
point abandonné à son imagination, et qu’il a bien réellement
reproduit les traits d’une femme de l’époque. Les rides du
front, la dépression des tempes, la saillie des pommettes, la
disposition particulière des lèvres, l'absence des proportions
que les artistes s’attachent à conserver dans leur sujet, tout
cela prouve que nous avons sous les yeux l'image d’une per­
sonne qui a vécu il y a seize ou dix-sept cents ans.
Quelle était cette personne? Peut-être la femme de quelque

23 —
citoyen opulent, qu’on avait jugée digne d’être honorée de cette
manière, ou qui elle-même, selon l’habitude d’alors, avait
voulu posséder son buste ou sa statue dans le foyer domes­
tique.
Dès le premier moment, on était disposé à croire que ce
débris avait pu faire? partie d’un mausolée. Une telle supposi­
tion a dû être repoussée. Dans les monuments romains de ce
genre, la représentation des personnages était le plus souvent
sculptée en bas-relief, et avec les yeux fermés.
La tête est brisée à la naissance du cou. On ne peut savoir
si le torse était drapé. Peut-être le retrouvera-t-on en con­
tinuant les fouilles.

7. — Peintures murales.

A quelques pas de l’endroit d’où a été retiré cet antique
débris, les ouvriers ont trouvé de nombreux fragments de
peintures murales. Le fond est rouge; c’est une couche de
minium déposée sur un enduit de mortier de l’épaisseur de six
centimètres. Les détails sont des fleurs, telles que roses, tuli­
pes , etc., disposées dans de larges bandes verticales séparées
par des lignes jaunes, le tout relevé d’un très fort encadrement
vert. C’est ce qu’on voit encore dans les ruines de Pompéi.
Telle est la solidité de la couleur, qu’elle a résisté à l’humidité
jusqu’à ce jour, et qu’après douze ou quinze siècles, les fleurs
ont tout leur éclat primitif.
On ne saurait douter que ces peintures, dont il reste assez
pour couvrir une surface de dix mètres carrés, n’aient appar­
tenu à une habitation somptueuse. C’est ce qu’attestent aussi
des fragments de corniche en marbre recueillis chaque jour
sur le même emplacement. Qu’est devenue cette construction,
qui fut peut-être la demeure de l’un de ces hommes illustres

— 24 —

que Vésone a possédés et qui l’ont comblée de bienfaits? Hélas!
le temps a tout emporté, ne laissant, en fait de débris, que ce
qu’il fallait pour commander notre admiration et rendre par
conséquent plus grande l'amertume de nos regrets!

V
Ges découvertes archéologiques ne sont pas les seuls résultats
que nous ayons à constater. Le sol fouillé de Vésone nous
restitue à profusion des médailles romaines du haut et du bas
empire, et des monnaies du moyen-âge. Les unes et les autres
doivent être ici l'objet d’une mention spéciale.

Médailles romaines.

Les médailles romaines se rencontrent généralement. dans la
tranchée du boulevard ouvert à l’extrémité du faubourg Saintetîïsnte, vers la direction du bâtiment des voyageurs, où l’on a
trouvé aussi des débris calcinés, des poteries, des scories de
fer, des tuiles à rebords, du ciment, deux fibules romaines en
cuivre, etc,
On su retire également, beaucoup des fouilles de Campniac,
CHtes recuefflfes jiMjtfà ce jjw sent à l’cfifeie d’Àugœste,
de Tibère, de Caligula (Gaïus-César), de Oamd®, de Baron,
de Oiwitifcm, de Trapu, d’Adrien, d’Amfanrài, de Stoc-Amèfc,
de Cwawdte, de «Garaæafa, d’Alexandre Sévère, de Oomffiœ
ïte, de ifènriioas, de IPtejttas, du grand Constantin, de Crispe,
de Constance II, de Gallus.
Jjamss irowïrx m'imiü <mo®e «offiard, mi «te, imtampadte- R«s

— 25
ne citons les suivantes qu’à raison de leur état de conservation
relative :
1° Un Tibère, moyen bronze. — Tête laurée. — TI. CAESAR.
AVGVST. IMP. (Tiberius Ccesar Augustus Imperator). — Re­
vers : Un quadrige; inscription illisible.
2° Deux Galigula, moyen bronze. — Tête laurée. — C.
CAESAR. AVG. GERMANICVS. 1MP. (Caïus Ccesar Augustus
Germanicus Imperator). — Un revers effacé. — L’autre revers :
Femme assise; inscript., secvritas pvblica.
3° Deux Claude, petit bronze et moyen bronze. — Tête
laurée. — TI. CLAVDIVS. CAESAR. AVG. IMP., et TI. CLAVDIVS.
C. AVG. IMP. P. P. (Tiberius Claudius Gcesar Augustus Imperator
pater patrice). — 1er rev. Trophée d’armes, mars vic. — 2e
rev. effacé.
If Un Néron, moyen bronze, à fleur de coin. — Tête nue. —
IMP. NERO. CAESAR. AVG. P. P. (Imperator Nero Gcesar Au­
gustus pater patrice). — Rev. Un sacrifice, pontif. max.
5° Trois Domitien, moyen bronze. — Tête nue. — IMP.
CAESAR. DOMIT. AVG. GERM. P. M. (Imperator Gcesar Domilianus Augustus Germanicus pontifex maximus. — 1er revers,
Pallas debout. — 2e, la Concorde assise, concordia. — 3e, un
autel, CONSECRATIO.
6° Deux Antonin, moyen bronze. — Tête laurée. — IMP.
CAES. ANTONINVS. AVG. PIVS. (Imperator Gcesar Antoninus
Augustus Pius). — 1er rev. Deux guerriers portant des ensei­
gnes. — 2e rev. Corne d’abondance, félicitas temporvm.
7° Un Marc-Aurèle, moyen bronze. — Tête nue. — M.
AVRELIVS. CAES. AVG. (Marcus Aurelius Ccesar Augustus). —
Rev. Femme assise tenant une roue, inscription effacée.
8° Quatre Commode, moyen bronze. — Tête couronnée. —
M. COMMODVS. ANTONINVS. AVG. (Marcus Commoclus Anto­
ninus Augustus). — Revers : 1° Figure assise tenant la haste; 2°

— 26 —
Junon debout, un paon à ses pieds,

ivno regina;

3° la Provi­

dence, providentia avg. ; 6° effacé.
9° Un Alexandre Sévère, moyen bronze. —Tête couronnée. —
IMP. CAES. M. SEV. ALEXANDER. AVG. (Imperator Ccesar
Marcus Severus Alexander Augustus). — Rev. La Fortune dans
un quadrige.
10° Un Gordien Pie, argent, petit module, à fleur de coin.
— Tête radiée. — IMP. GORDIANVS. PIVS. FEL. AVG. (Impe­
rator Gordianus Puis Félix Augustus). —Rev. Femme debout,
tenant de la main droite une couronne, de la main gauche une
ancre, Laetitia avg. n.
11° Cinq Tétricus, petit bronze. —Couronne radiée. — IMP.
G. TETRIGVS. AVG. (Imperator Ccesar Tétricus Augustus). —
Les cinq revers effacés.
12° Deux Constantin, moyen bronze. — Tête diadémée. —
IMP. CAES. FL. CONSTANTINVS. MAX. AVG. (Imperator
Ccesar Flavius Constantinus Maximus Augustus). — Rev. La
Victoire, tenant une couronne, constantinvs avg. — (Autre.)
IMP. CONSTANTINVS. P. F. AVG. — Rev. L’Empereur debout,
tenant de la main droite une palme, de la main gauche une
boule; inscript., sou invicto comiti ; exergue, pln.
13° Un Crispe, petit bronze. — Tête couronnée. — IVL.
CRISPVS. NOB. C. (Julius Crispus nobilis Ccesar). Rev. Une
couronne dans laquelle on lit vot. x; à l’entour,

caesarvm

nostrorvm ; à l’exergue, stno.

l/t°Un Gallus, petit bronze.—D. N. GAL. IVL. CONSTANTIVS.
C. (Dominus noster Gallus Julius Gonstantius Ccesar). — Re­
vers : Guerrier à cheval, terrassant un ennemi, Victoria
ROMANORVM.

15° Un Constance II, petit bronze. — Tête diadémée. — D.
N. FL. IVL. CONSTANTIVS. AVG. (Dominus noster Flavius

— 27 —
Julius Gonsianlius Augusius). — Rev. Deux guerriers gardant
un trophée, gloria exercitvs.
Le nom de Constance II éveille des souvenirs qui ne sont pas
étrangers à l’histoire de Vésone et qu’il peut être à propos de
rappeler ici.
Avant de mourir, Constantin avait partagé l’empire entre ses
trois fils; mais la mort tragique de l’aîné et du plus jeune
laissa bientôt Constance II seul en possession de la souveraineté.
Il en eût joui paisiblement sans l’ambition de Magnence, qui,
parti des derniers rangs, lui disputa la puissance et se fit pro­
clamer empereur à Autun. Ce fait est peut-être une des causes
premières de la destruction de Vésone. Vers celte époque, au
milieu du ivc siècle, les Barbares commencèrent en effet leurs
excursions dans les Gaules. Selon l’historien Zozime, c’est
l’empereur Constance II lui-même qui les avait attirés. Sacri­
fiant, dit-il, cette belle province à sa colère contre Magnence,
il les aurait engagés par de grandes sommes d’argent à franchir
le Rhin et leur aurait abandonné par des lettres expresses la
propriété des conquêtes qu’ils pourraient y faire.
En réalité, diverses bandes de Francs, de Saxons, d’Allemands
se répandirent dans la Gaule et y occasionnèrent de grands
ravages pendant toute la fin du iv° siècle. Leur audace s’accrut
de la faiblesse même des empereurs romains, si bien qu’au
commencement du v° siècle, nous voyons les Vandales, ayant
dévasté le nord de la Gaule, traverser l’Aquitaine et se rendre
en Espagne, après avoir détruit tous les obstacles s’opposant à
leur passage.
La cité de Vésone fut nécessairement un de ces obstacles, et
c’est sans doute vers cette époque qu’elle succomba. Le choc
dut être terrible, et la résistance de nos pères opiniâtre, car de
la glorieuse cité il ne reste rien, si ce n’est les débris de mo­
numents dont nous avons parlé, si ce n’est encore cette tour de

— 28 —
Vésone que les Barbares durent épargner dans la crainte d’être
écrasés par sa chute.
A partir du règne de Constance II, les médailles romaines
sont plus rares. Les numismates en ont quelques-unes de Gratien, d’Honorius même. Mais nous croyons que l’effigie de ce
faible prince est l’une des dernières qui aient circulé à Vésone.
Monnaies du moyen-âge.
Lodoicvs Egolissime. — Quaire et cinq annclets.

Les monnaies du moyen-âge proviennent toutes de la gare.
Elles sont exhumées dans l’axe même de la voie, à droite du
viaduc de la route du Port, que les wagons de terrassement
n’ont pas encore franchi pour gagner le château de Barrière.
Ces monnaies, jusqu’à présent au nombre d’une centaine, sont
des deniers d’argent offrant un même type et une même légende.
Obvers : + LODOICVS entre deux cercles en grainetis, le cer­
cle inférieur entourant une croix largement pâtée. Revers :
EGOLISSIME entre deux cercles également en grainetis, le
cercle inférieur entourant le type, qui est de quatre annelets
autour d’une croisette ou de tout autre signe cruciforme.
Une seule a varié : elle offre, à l’obvers, dans les bras de la
croix, les deux lettres S V, et, au revers, cinq annelets, au lieu
de quatre, le cinquième remplaçant la croisette. En voici le
dessin :

Celte variété est généralement admise, à tort ou à raison,

— 29 —
comme, appartenant exclusivement au Périgord. Les cinq an­
nelets représenteraient les cinq coupoles de l’église de St-Front ;
le type aux quatre annelets serait attribué au comté d’Angou­
lême.
Dans ce système, la légende LODOICVS EGOLISSIME serait
commune aux deux monnaieriez
Le fait de la présence de cinq annelets sur les monnaies du
Périgord est hors de toute discussion. 11 est constaté par le père
Dupuy, le premier auteur qui en parle. Au sujet de la querelle
de l’évêque de Périgueux Geraud de Gourdon avec le comte de
Périgord, il dit : « L’évesque voyant que le comte Elie durant
» son vivant avoit faict battre de la monnoye qui avoit eu mise,
» peut estre parce qu’il avoit usurpé le pouvoir de l’abbé de
» Saint-Front qui pouvoit faire battre monnoye comme j’ay veu
» en des pièces d’argent, où d’un costé il y a les armoiries du
» chapitre, qui sont cinq ronds, et de l’autre une croix portant
» autour Ludouicus. » (L’Estât de l’Eglise du Périgord,
t. 11, p. 9.)
La même preuve résulte de titres authentiques. A la suite de
discussions entre Archambaud et les consuls du Puy-St-Front,
au sujet du droit de battre monnaie, la forme des deniers Pé­
rigourdins fut ainsi fixée par le traité de 1266 : El quôd sint
denarii petragoricensis cum quinque oculis ex utraque parte
denarii in forma et lilteris consimilcs (*).
Quelques années plus tard (1276), un autre compromis, en
patois, stipule la même condition : E li peregozi deven esser

(') Voyez le Recueil cle litres et autres pièces justificatives employées
dans le Mémoire sur la constitution politique de la ville et cité de
Périgueux (Paris, 1775, 2 vol. in-i°), page 65.

— 30 —
faclis blanc ab v olhs (et les Périgourdins doivent être faits
blancs avec cinq yeux) (*).
Ainsi, il n’est point permis de douter qu’à une certaine épo­
que du moins, les monnaies du Périgord, les peregozi, ne fus­
sent à cinq annelets.
S’ensuit-il que la présence de ces cinq yeux ou annelets sur
les monnaies ayant pour légende : EGOLISSIME LODOICVS,
doive nécessairement nous faire revendiquer cette variété
comme étant la nôtre et comme ayant été frappée à Périgueux?
Telle est, avons-nous dit plus haut, l’opinion la plus commune
dans notre pays. On peut trouver singulière cette circonstance
d’un même coin pour Périgueux et Angoulême. Voici, en ré­
sumé, l’explication qu’en donne M. de Gourgues dans son re­
marquable travail sur les monnaies du Périgord : Wlgrin, ayant
été établi par Charles-le-Chauve comte d’Angoulême et de Pé­
rigueux, trouva cette première ville atelier monétaire, émettant
les deniers LODOICVS, probablement la monnaie qu’avait fait
originairement frapper Louis-le-Débonnaire. 11 transmit le droit
de fabrication à ses enfants ; Alduin, l’aîné, eut Angoulême, et
Guillaume, Périgueux. Leurs successeurs se firent la guerre.
Les deux comtés, réunis de nouveau, furent ensuite définitive­
ment séparés. Les comtes prétendirent au droit de fabriquer
la monnaie royale d’Angoulême ; cette prérogative fut sans doute
exercée par les deux contendants, et le même coin frappé éga­
lement à Angoulême et à Périgueux. « Alors, ce denier, ajoute
M. de Gourgues, provenant d’une même hérédité, se trouva
légitimement appartenir aux comtes d’Angoulême comme à
ceux de Périgueux, et se naturalisa dans chacune de ces deux
villes. »

(') Voyez le Jtecueil de titres, etc., page 75.

— 31 —
Ainsi s’expliqueraient jusqu’à un certain point les Egolissime
aux quatre annelets pour Angoulême, les Egolissime aux cinq
annelets pour Périgueux. Cette conséquence ne serait pourtant
point à l’abri de toute discussion, surtout devant l’autorité du
savant bibliothécaire d’Angoulême, M. Eusèbe Castaigne, qui
s’attribue l’un et l’autre type du denier : « Le type des mon» naies d’Angoulême, dit-il, consiste ou dans cinq annelets ou
» dans quatre annelets autour d’une croisette ou de toute
» autre figure remplaçant la croisette. »
Notre intention n’est pas de soulever une controverse sur
cette question si savamment traitée jusqu’ici ; nous la laissons
au point où elle se trouve, en attendant que de nouvelles dé­
couvertes viennent dissiper l’obscurité qui l’entoure. Mais un
fait important doit être constaté, c’est la grande quantité de
monnaies à quatre annelets trouvées dans la tranchée de la
gare, et la rareté de celles à cinq annelets.
C’est le contraire qui s’était produit jusqu’ici, et les auteurs
ayant traité de la matière argumentaient précisément du grand
nombre de monnaies à cinq annelets pour les attribuer à notre
province. Nous citons :
«Cette monnaie se rencontre partout et en grande abondance; en
» creusant le canal latéral à la Dordogne, on trouva 800 deniers, ren» fermés dans un os, tous, selon le traité de 1260, et furmâ et litteris
» consimiles. »
{Essai sur tes monnaies frappées en Périr/ord, par RL le vicomte de Gourgues.)

« La grande quantité que nous en trouvons en Périgord démontre
» qu'elles appartenaient à notre province. »
{Le Pe'iiyord illustré, par RL l’abbé Audierne, page 390.)

« Il est certain que les deniers découverts en Périgord ont cons» taririent les cinq ronds, tandis que ceux trouvés en Angoumois n’en
« ont communément que quatre. »
{L'Architecture byzantine en France, par RI. F. de Verueilb, page 22t.)

— 32
On conçoit que ces constatations aient servi à établir que le
denier aux cinq annelets appartenait exclusivement au Périgord,
puisqu’il se trouvait plus fréquemment sur le sol. Aujourd’hui,
sur cent monnaies provenant des fouilles de la gare, une seule
a les cinq annelets, toutes les autres sont au type de quatre.
Dernièrement, même résultat dans une commune de l’arrondis­
sement de Sarlat. Une sorte de tire-lire en minerai de fer a été
trouvée par un cultivateur et remise à M. Dessales, archiviste de
la Dordogne, qui l’a déposée au musée de Périgueux ; elle
contient une cinquantaine d’EGOLissiME au type de quatre
annelets, à l’exception de deux ou trois, qui en ont cinq. Plus
récemment, une tire-lire a été achetée par M. Charrière ; elle
renferme une trentaine de monnaies de la même époque, parmi
lesquelles on remarque des monnaies de Tours, des comtes de
la Marche, quelques Egolissime à quatre et à cinq annelets.
Enfin, les travaux de restauration de la cathédrale Saint-Front
de Périgueux ont, il y a trois ans (le 7 avril 1856), amené la
découverte d’un nombre considérable d’EGOLissiME, quinze
cents environ, contenus dans un vase de terre, lequel était
caché au sommet d’un des piliers de la coupole du sud. Ils
étaient presque tous semblables et offraient constamment les
quatre annelets, autour d’un signe cruciforme. Nous en possé­
dons deux, qui nous ont été obligeamment donnés par M. Léon
Lapeyre, bibliothécaire de la ville de Périgueux, avec les détails
de cette trouvaille importante. La seule différence observée
sur quelques-unes de ces monnaies consistait dans la disposition
des lettres de la légende, qui, au lieu de se diriger de gauche à
droite, était inscrite dans le sens opposé, c’est-à-dire qu’elle
allait de droite à gauche.
De ce qui précède résulte la conclusion suivante :
S’il est incontestable qu’à une certaine époque la monnaie du
Périgord avait les cinq yeux ou annelets , il n’est pas permis

— 33 _
d’affirmer, surtout depuis les découvertes de ces derniers temps,
que ce type fût exclusivement le sien. Ce qu’on peut dire aussi,
c’est qu’elle n’avait pas seule cours dans le pays. « In clioccesi
» Petrag. currunt Petrag., Lemovig. et Marchienses et Engol.,
» qui dcbent valere duo denarii. » Les divers types qui jon­
chent le sol du Périgord justifieraient au besoin ce passage de
Du Cange.
VI
Sépultures antiques.
1. — Cercueils en pierre.

Pendant que les fouilles se continuaient à la gare et au canal,
le hasard a fait découvrir, derrière la caserne, sur le bord du
chemin séparant cet édifice de l’ancien cimetière, plusieurs
cercueils en pierre. Ils étaient recouverts d’environ 20 centi­
mètres de terre ; l’un d’eux se trouvait même à fleur de sol.
Chacune de ces tombes consistait en deux pierres oblongues ;
l’une creusée en auge pour recevoir le cadavre, l'autre s’adap­
tant à celle-ci en forme de couvercle. La pierre creuse mesurait
à l’extérieur 2 mètres 15 centimètres de longueur, à l’intérieur
1 mètre 90 centimètres; elle n’avait pas d’enfoncement pour la
tête; mais l’extrémité supérieure était plus large que l’extré­
mité opposée. Le couvercle ne portait ni inscription ni orne­
ments. Chaque cercueil contenait un squelette, dont les osse­
ments étaient tellement friables qu’ils tombaient en poussière.
Leur orientation était la tête à l’ouest, les pieds à l’est, la face
vers le ciel.
Cette circonstance, jointe à l’extrême friabilité des ossements,
nous permet d’assigner à ces sépultures une époque très reculée.
On sait que la prédilection des premiers chrétiens pour l’Orient

— 34 —
s’annonça dans l’alignement de leurs tombeaux et dans l’aspect
de leurs temples; aussi a-t-on toujours cru reconnaître pour
des sépultures chrétiennes celles que l’on a trouvées en France
tournées vers l’Orient.
A l’appui de l’opinion sur l’ancienneté de ces cercueils , on
pourrait invoquer le témoignage de l’auteur des Antiquités de
Vésone, qui constate la découverte de fragments d’urnes ciné­
raires dans le voisinage. Les sépultures appartiendraient alors
à cette époque de transition où la coutume de la crémation des
morts allait être entièrement abandonnée, et où la pratique des
inhumations commençait à devenir générale.
L’usage des tombes en pierre a été maintenu jusqu’après le
xme siècle; mais, selon plusieurs auteurs, cette sépulture était
pour les conditions élevées; les gens du peuple n’avaient que
des cercueils en bois.
2. — Cercueil en plomb.

On employait également le plomb pour les sépultures des
riches. Un cercueil trouvé ces jours derniers dans les déblais
de la gare de Périgueux en est la preuve.
Sa forme est parallélogrammique. Longueur, 2 mètres ; lar­
geur, 0 40 centimètres; profondeur, 0 35 centimètres. Il ne
présente aucune soudure ; les bords sont rebattus et forment
un bourrelet; on remarque, au pied, trois trous disposés en
triangle. Le couvercle, également en plomb, est d’une seule
pièce. Le poids du cercueil dépasse deux cents kilogrammes.
Le plomb est excessivement oxydé et presque décomposé.
Il se détache par écailles et tombe pour ainsi dire de vétusté.
Dans l’intérieur était un squelette que l’on n’aperçut pas
d’abord, parce qu’il était recouvert d’une couche de plâtre,
ayant 20 centimètres d’épaisseur. Si ce bloc n’eût pas été brisé

— 35 —
par la pioche du travailleur, il nous aurait donné la forme et les
traits du personnage inhumé là avec tant de soin. Au contact de
l’air, les ossements s’affaissèrent et s’en allèrent en poussière.
Ce cercueil était près d’une habitation romaine, non loin de
laquelle on a trouvé des peintures murales qui en provenaient
sans aucun doute. Nous n’en tirerons point la conséquence qu’il
fût de la même époque. C’est un secret qui restera probable­
ment toujours celui de Dieu. Mais, d’après sa description, on ne
peut s’empêcher de reconnaître qu’il est très ancien.
Le fait d’une inhumation sous les Romains ne serait pas
inadmissible. L’historien Macrobe, qui vivait à la fin du ive
siècle, assure que la coutume de brûler les morts à Rome
n’existait plus de son temps. On croit qu’elle cessa sous l’em­
pire des Antonins. Un autre auteur, Ammien Marcellin, dit
que le corps de Constance, embaumé et enfermé dans un cer­
cueil, fut conduit en pompe par Jovien à Constantinople, pour
y être enterré avec ses proches, c’est-à-dire auprès de son père
Constantin, qui le premier des empereurs y avait choisi sa
sépulture.
L’emploi du plomb dès cette époque est confirmé par des
faits. Il y a six ans, en 1851, le génie militaire procédant à
des fouilles pour une briqueterie dans le village de Robertville,
province de Constantine, sur la rive droite de l’Oued-Amar,
près d’une ancienne colonie romaine, on découvrit plusieurs
antiquités, parmi lesquelles un tombeau de femme en larges
briques romaines façonnées. Il avait à son chevet, et en tra­
vers, un petit cercueil en plomb très oxydé, contenant les
restes d’un enfant. Non loin de là on trouva aussi deux petites
colonnes en marbre blanc, style de la décadence. Ces décou­
vertes eurent lieu en présence d’un homme éclairé, compétent
en pareille matière, M. le chef de bataillon du génie Le Bas, qui
commandait le corps d’occupation de Robertville, et qui est ac-

— 36 —
tuellement chef du génie à Périgueux. C’est de lui que nous
tenons ces détails.
Autre lait. Chacun connaît la fin tragique de l’empereur
Maximien, qui, ayant attenté aux jours de Constantin, à Mar­
seille, fut condamné à mort et s’étrangla de ses propres mains.
Selon une ancienne chronique, citée par Le Beau (Histoire du
Bas-Empire, t. I, p. 31), on crut, vers l’an 1054, avoir trouvé
son corps à Marseille, encore tout entier, dans un cercueil de
plomb enfermé dans un tombeau de marbre. Mais Raimbaud,
alors archevêque d’Arles, fit jeter daus la mer le corps de
Maximien, le cercueil et même le tombeau, afin qu’il ne res­
tât rien du prince qui avait été un des plus cruels persécuteurs
de l’Eglise.

VII
Si, dès leur début, les fouilles de Vésone ont donné ces
premiers résultats, que ne doit-on espérer du moment où
les travaux, recevant une impulsion générale, seront attaqués
sur tous les points en même temps? Qui sait si le passé du vieux
municipe romain ne va pas revivre à nos yeux, si sa splendeur
déchue ne va pas nous apparaître au milieu de ces ruines quinze
fois séculaires?
Sachons attendre, et félicitons-nous de l’heureuse fortune
qui se présente pour la science archéologique en général et
pour l’histoire de la ville de Périgueux en particulier.