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Fait partie de Notice sur les semis de la graine de muriers

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NOTICE '
SUR LES

SEMIS DE LA GRAINE DE MURIERS,
RÉDIGÉE

PAR M. ANDRÉOLY,
Chargé d’enseigner là culture du mûrier et l’éducation des
VERS A SOIE DANS LE DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE.

Uhoix, condition et préparation du terrain et de la graine; conduite dû
semis et des jeunes plantes; condition essentielle de la pousse, et consi­
dérations sur cette culture.

Pour semer la ograine de mûriers, on doit choisir
y
un terrain horizontal, bien exposé au jour,, où au­
cune ombre d’arbres ne domine, et le labourer un
peu profondément.
Il est nécessaire que la terre soit très riche en
humus, sans fumier, un peu sablonneuse, et qu’elle
contienne du calcaire à l’état terreux et une très
légère portion d’argile; il faut aussi quelle soit par­
faitement dégagée de petits cailloux, de pierres, et
même de corps végétaux provenant d’ancienne fu

— 2 —

mure imparfaitement décomposée. Les terrains des
jardins conviennent beaucoup, moyennant quelques
améliorations.
Dans mon deuxième article sur l’exploitation séricicole, inséré aux .Annales de la société d’agriculture
de la Dordogne, j’avais dit, en parlant des semis,
qu’il était indispensable de choisir des terrains un
peu gras, et j’entendais par le mot gras désigner une
terre riche en humus; mais j’ai eu occasion de voir
depuis, dans mes tournées, qu’en général dans ce
département on appelait grasses les terres où l’argi­
leux abonde.
Le terrain pour le semis doit être préparé quelque
temps d’avance, et il est bon de le remuer de nou­
veau à cinq ou six pouces de profondeur au moment
de semer, en ayant soin alors d’unir la terre à la
surface, de manière à ce qu’il ne reste pas de mottes.
La graine est difficile à obtenir bonne : il est rare
que les marchands grainiers connaissent bien les
qualités quelle doit avoir pour pouvoir donner des
pousses dans les conditions nécessaires ; ils sont pres­
que tous étrangers à la culture du mûrier, ou bien
ils n’en ont que quelques notions légères et routi­
nières ; d’ailleurs, comme marchands, ils n’agissent
que dans le sens mercantile : ils se procurent de la
graine sans s’assurer de la qualité et de l’âge des
mûriers sur lesquels on cueille les mûres; et si le
débit ne répond pas à la provision, il y en a qui

représentent la même graine à la vente les années
suivantes, seule on mêlée avec de la nouvelle, jusqu'a ce qu’elle soit écoulée; et pour lui donner une
apparence de fraîcheur, ils la mouillent légèrement
et la font ressuyer à l’ombre; souvent aussi ils sont
trompés eux-mêmes par ceux qui leur fournissent la
graine.

La vieillesse de la graine ne peut guère se distin­
guer que par la nuance plus foncée de sa couleur.
Dans la graine nouvelle, la couleur est à peu près
semblable à celle de la noisette fraîchement cueillie,
ou à celle de la belle graine de luzerne, à laquelle
elle ressemble aussi par sa forme et sa grosseur.
Je ne parlerai point des pépiniéristes ; les princi­
paux d’entre eux, ceux surtout qui s’occupent de
semis de mûriers depuis long-temps, savent très bien
quelle graine il leur faut pour avoir de bonnes pous­
ses ; mais ils sont intéressés à ce qu’on achète chez
eux les jeunes plants, et dès-lors peut-on compter
d’obtenir par leur intermédiaire une graine parfaite?
La bonne graine de mûriers est celle qui provient
des arbres greffés virils ou au moins adultes (dans
l’âge de quinze à trente ans), qui n’ont point été
effeuillés dans l’année pendant laquelle on prend les
mûres pour faire la graine.

On doit donner la préférence aux mûriers blancs
à large feuille, parce que les pourrettes provenant
de leur graine poussent avec plus de vigueur.

-4Il faut aussi, pour donner de la bonne graine, que
ces arbres soient vigoureux et qu’ils ne soient point
attaqués par la mousse, la lèpre, la rouille, le rachi­
tisme, la phtysie, la défoliation prématurée et la
gangrène, ni affectés de jaunisse ou de langueur;
non pas que ces maladies puissent se perpétuer par
la graine, puisqu’elles proviennent du sol, et quel­
quefois de la violence des effluves humides, mais
parce que la graine des arbres affectés de pareilles
maladies est faible et ordinairement mal constituée.

On récolte les mûres au moment de leur parfaite
maturité (en juin dans les pays de plaine, et au
commencement de juillet dans ceux de montagne).
On en sépare la graine en les écrasant entre les
mains dans de l’eau et en lavant ensuite la graine.

On fait sécher la graine dans un lieu sec, à l’om­
bre, et on la conserve pour la semer au printemps
suivant.
C’est à tort que quelques auteurs préconisent
l’ensemencement de la graine (avec ou sans les mûres)
aussitôt que ces dernières sont récoltées ; il est extrê­
mement rare qu’elle donne alors des pousses dans les
conditions voulues : encore faut-il que le terrain où
elle réussit soit des mieux préparés et en même
temps des plus favorisés par les localités. En général,
les pousses qui naissent de ces semis tardifs ne sont
que des jets nains qui ramillent beaucoup pour s’é­
lever s’ils sont espacés, ou ne donnent que des

—5—
filets étioles s’ils sont serrés , et il faut employer
bien des soins pour arriver à obtenir des gros plants
avec de pareilles pourrettes : car il faut les receper,
les bi-tailler, les tri—tailler, et il en résulte des clandiculations et des difformités à la base des plants
qui les empêchent ordinairement de devenir des
arbres parfaits.

Il n’en est pas de même des pourrettes provenant
d’ensemencement fait en printemps, lorsque toute­
fois la graine est bonne et que ie terrain est de bonne
qualité, bien préparé et situé dans une exposition
convenable.
La meilleure exposition pour les semis est celle
qui prend le soleil depuis l’est jusqu’au sud-ouest et
qui se trouve un peu à l’abri des vents de l’ouest et
du nord.

Pour le semis, il faut arranger le terrain en platesbandes de trois pieds de largeur chacune, ayant
entre elles des sentiers de douze pouces de large ,
pour pouvoir passer et faire au semis les travaux que
nécessite sa culture.
On sème ensuite ou en ligne ou à la petite volée.

Si l’on sème en ligne , il faut faire des raies à trois,
quatre ou six pouces de distance entre elles. On
pose dans les lignes trois à quatre graines presque
ensemble, à des distances de trois, quatre ou six
pouces, c’est-à-dire à une distance qui corresponde

2

— 6 —

par sa largeur à celle qui aura été donnée aux lignes.
Il faut un demi-pouce entre chaque graine posée.
Par le semis en ligne, on économise considéra­
blement la graine; mais cette manière de semer ne
convient que lorsqu’on est sûr que la graine est
bonne ; sans cela, on s’expose à avoir beaucoup de
clairières, auxquelles il est difficile de remédier,
même par le repicage.

Voici, d’après les différentes manières de semer et
la qualité de la graine, la quantité de graine à em­
ployer et le nombre de pourrettes à obtenir d’un
terrain composé de six plates-bandes de douze pieds
de longueur et de trois de largeur, ayant un sentier
d’un pied de large entre elles :
NOMBRE
très
-

NOMBRE D’ONCES
D E G R A I N E A EMPLOYER

dans le semis

APPROXIMA­
TIF

A LA PETITE VOLÉE

de jeunes
pourret­
tes
à obtenir.

quand
quand
la graine la graine
est
est
mauvaise bonne.

en
LIGNE,
quand la
graine
est
|
bonne
et
au maxi
mum.

1

A 6 pouces de distance..

700

4

112

"5

A 4 pouces de distance..

1,700

8

1

2
5

A 3 pouces de distance.. 3,1oo

12

4

4
5

Ceux qui calculeraient le nombre de pourrettes à

7

contenir dans un espace d’après les distances ne s’y
trouveraient pas, parce qu’il faut faire attention que
l’on est obligé de perdre une ligne sur la moitié des
bordures des plates-bandes.
La meilleure époque pour semer la graine de
mûriers est pendant la première quinzaine de mars
dans les années où il n’y a pas des secousses de tem­
pérature et de longs froids comme en 1837. Le vent
du nord contrarie la germination de la graine.

Dans un semis à la petite volée , lorsque la graine
est bonne et jeune, presque toute la graine pousse,
si les conditions du terrain et de l'ensemencement
sont bien soignées , bien remplies ; il arrive alors
qu’on est obligé d’arracher des milliers de jeunes
pousses pour laisser croître à la distance voulue celles
que l’on veut conserver. Dans un semis de quatre
onces, on arrache quelquefois de trente à cinquante
mille pousses. Il est des personnes qui, regrettant
de sacrifier ainsi tant de jolis jets, en laissent beau­
coup, et par ce moyen elles réduisent tout leur semis
à la nullité : car elles n’obtiennent plus que des
filamens inutiles.

L’ensemencement à la petite volée se fait un peu
plus serré quand on veut réduire ensuite, par l’arra­
chement, la distance des pousses à trois pouces.

Et quand on ne veut réduire les distances qu’à
quatre ou six pouces, on sème alors la graine en
proportion plus claire.

8 —

Au-dessous de trois pouces d’espace, les jets res­
tent extrêmement minces, petits et chétifs ; il est rare
d’y en rencontrer plus d’un vingtième de passables,
et même ceux-ci n’ont aucune élévation et ne sont
jamais de belle venue.
A six pouces de distance, les jets sont très gros-,
très vigoureux ; ils ne nécessitent point de tri-taille—
ment comme lorsqu’on les laisse pousser trop serrés.
Mais il faut être bien habitué et bien attentif à les
conduire pour pouvoir les faire marcher en belle
flèche, sans quoi ils ramifient considérablement,
restent raboteux au pied et gênent ou empêchent la
greffe au collet de la racine, lorsque, suivant la
manière dont un jeune plant se développe, il y a
convenance à greffer au pied.

A trois ou quatre pouces de distance, on aura
toujours de fort beaux résultats, pourvu que l’on
choisisse des bonnes expositions et d’excellens ter­
rains, et que l’on prépare bien ceux-ci.
L’essentiel est d’obtenir d’emblée, je veux dire
dans la première année d’une pousse, des jets vigou­
reux, très hauts et capables de fournir vite des beaux
plants, sans avoir besoin de tri-taillement ni même
de bi-taillement, condition sans laquelle il n’y a
guère d’utilité réelle à faire des semis.

Les belles pourrettes , outre qu’elles donnent
promptement des plants à mettre à demeure , se
conduisent très facilement avec ou sans recepage,

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suivant la convenance du développement des sujets,
sans nécessiter des bi-taillemens, et sont bien plus
commodes à greffer, soit au collet des racines,
soit en branche.

Il vaut la peine d’affecter un bon terrain bien
préparé , soit au semis , soit aux pourrettes en
pépinière, à cause des riches résultats qu’on en
obtient alors sur-le-champ. Il m’est arrivé de con­
duire des pourrettes au point d’être bonnes à mettre
à demeure, comme plants achevés, au bout de la
troisième année de leur semis, et quelquefois au
bout de la deuxième année.
J’aime à rappeler souvent les avantages de la bonne
culture des pourrettes, parce que je voudrais que
l’on attachât à cette culture toute l’importance ,
toute l’attention qu’elle mérite par les résultats
prompts et lucratifs qu’elle offre.
Avant de semer la graine, il est bon de la faire
tremper pendant une demi-journée dans de l’eau
chauffée au soleil, et de la ressuyer après avec une
serviette. Quand on veut semer à la petite volée, on
la mêle avec un peu de terre fine ou de sablon très
fin. On peut aussi, au lieu de la faire tremper, la
laisser deux ou trois semaines stratifiée dans du
sablon frais et très fin ; si la température est un peu
élevée et humide, il suffit de huit ou dix jours de
stratification, sinon il en faut de quinze à vingt-cinq.
La stratification est surtout nécessaire lorsque la
graine est un peu vieille.

— 10 —

La profondeur à donner à l'ensemencement varie
suivant la nature des terrains, les expositions, les
climats et la température de la saison pendant
laquelle on sème.
En général, la graine doit être couverte de neuf
à dix lignes de terre ; trois lignes de moins quand
on sème de bonne heure avec une température
basse , dans des climats un peu froids et dans un ter­
rain un peu compact; trois lignes de plus dans les
pays chauds ou quand on sème un peu tard ou que
la température est haute et le terrain de nature
poreuse. Si la terre est chaude, il faut avoir soin
de la raffraîchir au préalable par deux ou trois bons
arrosages, l’un à peu d’heures de distance de temps
de l’autre.

Une fois semé, il est nécessaire de rendre la
terre bien unie ; mais il faut savoir s’y prendre
adroitement, afin de ne pas entasser la graine.
Ordinairement, lorsque le semis est d’une petite
étendue, que l’on sème à la petite volée et que l’on
a les matériaux à portée, on se. borne à répandre
sur la graine semée une couche de terreau frais
très fin, surtout du bon terreau de bruyère.
Lorsqu’il survient des pluies légères après l’ense­
mencement , que la température est douce et la
graine fraîche et bonne, la germination paraît hors
de terre au bout de quinze ou vingt jours.
Lorsqu’il fait trop sec, trop chaud ou trop froid,

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la graine tarde beaucoup à germer et réussit mal.
On remédie à la sécheresse occasionnée par la cha­
leur en arrosant vers huit heures du matin avec de
l’eau de puits à sa température naturelle (dix degrés
Réaumur), c’est-à-dire récemment puisée ; on arrose
aussi vers trois heures du soir, mais pas plus tard
et très légèrement, avec de l’eau chauffée au soleil
pendant six heures.
Lorsque les nuits sont froides et les journées
comparativement très chaudes , comme il arrive
souvent en mars et en avril, il ne faut point arroser
le soir.
Il n’y a guère de moyens efficaces pour garantir
un semis contre la sécheresse occasionnée par les
vents du nord qui soufflent pendant cette saison,
attendu que l’humidité de l’arrosage est nuisible à
la germination pendant l’abaissement de la tempé­
rature de la nuit. Lorsque cet abaissement est sen­
sible, si le temps reste long-temps sec, le mieux
à faire est d’attendre que la température s’élève
suffisamment pour pouvoir arroser sans inconvé­
nient, ou de se borner à arroser très légèrement
le matin à neuf heures.

Lorsque la température descend à zéro et au-des­
sous et que le terrain a été trempé par les pluies,
il faut mettre sur le semis de la paille pour en pré­
server la germination de la gelée.

Trois à cinq semaines après la sortie de terre des

12
jeunes pourrelles, suivant que leur végétation est
plus ou moins aidée dans sa marche par la bonté du
terrain et la saison , il faut les éclaircir et ne laisser
en place que celles destinées à pousser à la distance
voulue.

Pour faire cette opération, il convient toujours
d’attendre que le terrain ait été ramolli par la pluie.
A défaut de pluie, on a recours à l’arrosage pour
obtenir par son moyen la tendreté nécessaire du ter­
rain, parce qu’il ne faut pas que l’arrachement des
jets à supprimer ébranle les racines de ceux qui
doivent rester en place, attendu que ceux-ci en
souffriraient. Il est toujours avantageux d’en agir de
même pour arracher l’herbe pendant le commence­
ment de la pousse des pourrettes.
'

Une fois que les gelées du printemps sont pas­
sées, que la température s’élève et que le soleil
devient fort, il faut avoir soin d’arroser souvent les
jeunes plants.

L’arrosage du soir, au moment du coucher du
soleil, est utile aux plantes, lorsque la température
de la nuit ne descend pas au-dessous de dix degrés
Réaumur de chaleur.
A la fin de juillet ou au commencement d’août,
il y a des pourrettes qui cherchent à ramifier ; il
faut alors être attentif à détruire les pousses latérales
avant quelles aient acquis de la force, sans quoi

15 —

les tiges deviennent raboteuses et présentent assez
souvent plusieurs autres inconvéniens.
J’ai vu pendant mes dernières tournées dans le
département de la Dordogne trois semis de graine
de mûriers que l’on a tentés l’année dernière ; mais
les pourrettes qui en ont été produites sont si petites,
si courtes et si minces, qu’elles n’arriveront pas de
long-temps à pouvoir donner des plants bons à être
mis à demeure ; il leur faudra au moins sept ou huit
ans. Les terrains de ces semis n’ont pas été assez
bien préparés; l’ensemencement a été fait trop épais,
et on n’a pas éclairci les pourrettes à temps. Il paraît
aussi que la graine employée à ces semis était faible
et provenait de toute espèce et âge de mûriers.
Il est toutefois à observer que la pousse trop serrée
est encore plus nuisible à la bonne venue des pour­
rettes que la constitution faible de la graine : car
l’expérience m’a constamment prouvé que lorsqu’un
semis est suffisamment éclairci, même quand il est
fait avec de la graine faible, pourvu qu’il soit dans
un bon terrain bien préparé, la pourrette vient mieux
et donne plus vite des bons plants que quand un
semis fait avec de la graine parfaite est laissé trop
serré dans sa pousse.

Il faut que l’on se pénètre bien que l’avenir de la
pourrette est principalement dans la première année
de la pousse.
D’après tout ce qui précède , on concevra facile­
ment ;

— 14 —

1° Qu’on ne doit nullement compter d’obtenir des
résultats satisfaisans d’un semis de graine de mûriers
si l’on n’a pas de bonne graine et si le terrain n’est
pas dans les conditions voulues ;

2° Qu’il est extrêmement difficile, pour ne pas dire
impossible, d’obtenir de la bonne graine chez les
marchands grainiers et les pépiniéristes ;
3° Enfin, qu’avec de la bonne graine, un terrain
bien préparé et une pousse convenablement éclaircie,
les résultats sont à la fois sûrs , prompts et tout-à-fait
avantageux : car il n’y a pas de produit plus lucratif
en horticulture lorsqu’on en trouve le débit.

Une livre de graine semée en ligne donne de
soixante à quatre-vingt mille pourrettes, suivant
qu’elle est posée par quatre ou par trois grains.
Les belles pourrettes d’un an de MM. Audibert
frères, deTonelle, près Tarascon (Bouches-du-Rhô­
ne), se vendent de trente à quarante francs le mille.
Celles de deux à trois ans se vendent de cinquante
à cent vingt francs le mille.

Toutes ces pourrettes ont de deux pieds et demi
à quatre pieds de hauteur, et donnent sur-le-champ
des mûriers à planter à demeure.

Celles que j’ai fait expédier cette année par
MM. Audibert aux propriétaires du département de
la Dordogne qui ont planté des mûriers, sont d’une

— 15 —
superbe qualité ; elles coûtent cinquante francs le
mille, et sont au moins six fois plus fortes que celles
qui ont été vendues à vingt francs Je mille par la
plupart des pépiniéristes, et dont les plus belles
n’ont guère qu’un pied de hauteur et sont fort
minces.
II est peu de pépiniéristes qui connaissent bien
la manière de faire marcher la pourrette dans les
semis, et cependant c’est une chose qui n’est point
difficile, et elle vaut la peine qu’on s’y adonne et
qu’on y apporte les soins nécessaires.

Le département de la Dordogne ne manque nulle
part de terrains propres à ces semis ; il en renferme
même beaucoup qui peuvent être classés parmi les
plus propices qui existent en France pour ce genre
de culture : car pour la culture du mûrier adulte
et viril, les terrains de la Dordogne sont des plus
convenables.
Les procédés du semis de la graine des mûriers
appartiennent à la fois à l’arboriculture générale et
à la culture des mûriers.
Non-seulement on ignore en général les conditions
de la marche de la pourrette relatives à sa destina­
tion, conditions qui doivent lui assurer une prompte
et belle réussite, mais souvent on ne se donne
même pas la peine de remplir celles enseignées par
les principes théoriques et pratiques de la bonne
arboriculture.

'/

— 16 —
Quant à la graine, il n’est pas du tout difficile
de s’en procurer de bonne et même de tout-à-fait
parfaite; mais il ne faut s’adresser pour cela ni aux
marchand grainiers ni aux pépiniéristes.

Voici les départemens où l’on peut faire faire de
la bonne et excellente graine :
Gard. — Bouches-du-Rhône. — Vaucluse. —
Drôme. — Isère. — Var. — Ardèche.

Ces départemens sont ceux où l’exploitation sétifère est depuis long-temps propagée sur la plus
grande échelle.

J’ai classé ces départemens par ordre de bonne
culture du mûrier, et sous ce rapport le Gard mérite
d’être mis au premier rang dans la moriculture fran­
çaise ; car sous le rapport de l’importance de la masse
des produits, eu égard à la proportion de l’étendue
et à la difficulté du sol , celui de l’Ardèche doit être
placé en première ligne, puisque ce département,
qui n’a que cinq cent cinquante mille hectares de
superficie (presque la moitié seulement de celui de
la Dordogne) et beaucoup de hautes montagnes,
produit annuellement pour une valeur de neuf à dix
millions de francs en soie. Là on cultive aussi bien
le mûrier sur la montagne que dans le fond des
vallons; mais en général on ne sait pas conduire l’ar­
bre dans la forme de son développement pour obte­
nir quantité de feuilles et facilité d’effeuillaison.

Outre les départemens ci-dessus, on peut encore
trouver à faire quelque quantité de bonne graine
dans ceux ci-après :

Indre-et-Loire. — Loire. — Lozère. — BassesAlpes. — Hautes-Alpes. — Haute-Garonne. — Ain.
— Hérault. —Rhône. —Allier.
Mais ces dix départemens, si l’on en excepte sous
quelques rapports les trois premiers, sont encore trop
arriérés dans la propagation et la culture du mûrier
pour que l’on puisse compter d’y trouver des res­
sources réelles en graine.

Je ne parlerai point de quelques autres dépar­
temens , où la propagation du mûrier est encore peu
avancée, ni de ceux où on ne sait conduire l’arbre
que par recepage en basse tige; là il n’y a point de
ressources en graine; d’ailleurs dans ces contrées là
il n’y aura guère d’extension sensible dans la culture
du mûrier, par les motifs que j’ai déjà eu occasion
de signaler et que je préciserai davantage un jour.
Pour obtenir de la bonne graine des contrées que
je viens d’indiquer, le meilleur et le plus sûr moyen
serait de s’adresser directement à des personnes avec
lesquelles on est en relation dans ces contrées, sur­
tout dans les sept premiers départemens indiqués,
où il y a beaucoup plus de ressources en quantité et
en qualité de graine, et, à défaut de ceux là, dans
les dix derniers départemens.

18 —

Mais il serait nécessaire que les demandes fussent
transmises vers la fin du mois de mai prochain.
On prierait les personnes que l’on chargerait de
la commission de faire cueillir les mûres aussitôt
qu’elles seraient parvenues à parfaite maturité, et
d’avoir soin de les faire choisir et. d’en faire extraire
la graine de la manière que j’ai indiquée dans le
commencement de cette notice.
Il est peu de membres des divers comices agricoles
du département de la Dordogne qui ne soient pas en
relation avec quelque personne domiciliée dans les
départemens que j’ai cités ci-dessus; il serait donc
facile aux comices agricoles de parvenir au but pro­
posé.

Que sur la totalité des comices on parvienne à se
procurer dix à douze livres de bonne graine, chose
extrêmement facile par la voie que j’indique, et on
aura le moyen d’obtenir de six à huit cent mille
pourrettes.

Que cette opération se renouvelle seulement qua­
tre ou cinq fois par les mêmes voies, à des époques
convenables, et la question sétifère du département
de la Dordogne sera résolue péremptoirement et avec
une célérité qui tiendra du prodige. Le département
bénira à jamais le nom de son préfet chéri; il se
souviendra aussi du député qui a contribué à donner
la vie à cette question dans le pays.

— 19 ~
Il ne resterait plus qu’à se procurer des arbres
greffés pour fournir la greffe à celles d’entre les
pourrettes qui en auraient besoin ; mais cet objet
ne présente aucune difficulté et n’exige aucune dé­
pense sensible.

Déjà j’ai fait introduire sur divers points dans le
département un très grand nombre de mûriers gref­
fés ; d’autres mûriers greffés seront introduits suc­
cessivement sur d’autres points, et j’en ferai préparer
dans le département, par la greffe, que les premiers
planteurs pourront vendre sur les lieux aux planteurs
qui surviendront.
Chaque année, je rédigerai d’avance une notice
pour la conduite des plants au fur et à mesure de
leur développement et des divers besoins de leur
culture successive.

Quant à la graine des vers à soie, on la fera dans
le département, et en quantité et qualité suffisante
pour remplir l’objet dans toutes ses conditions/^^