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Fait partie de Epître à la Société des amis de la liberté et de l'égalité

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É P I T R E
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LA SOCIÉTÉ

DES AMIS DE IA LIBERTÉ ET DE L’ÉGALITÉ,
Séante aux ci-devant Jacobins, à Paris ,

Par Gabriel Bouquier Député du département de la
Dordogne à la Convention nationale^
j

C’est à toi dont la vigilance *

Le zèle ardent & l’aétive confiance,
Ont défendu la liberté
Contre la rage & l’infolence
Du monftre de la royauté >
Intrépide Société,
Vrai foyer du patriotifme ,
Où le feu facré du civifme
Fit écîorrs l’égalité -,
C’efl à toi, fléau des defpotes ,
Qu’un franc républicain & de cœur & d’elprit
Mandataire des Sans-culottes ,
Adreffe ce rapide écrit.

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-A

[ 2 ]
Àffervi par la violence,
Et contraint d’étouffer les accens de ma voix ,
Depuis trente ans , dans le filence,
Je nourriffois ma haine pour les rois
Et mon horreur pour l’efclavage.
Sans celle en butte aux caprices divers
D’un tigre couronné , d’un monftre antropophage,
Je frémiffois fous le poids de mes fers,
Et je difois , dans ma détreffe :. ..
Liberté fainte , objet de ma tendreffe,
Quand verrai-je flotter tes drapeaux triomphans
Sur les débris épars des trônes des tyrans 1
Quand verrai-je tomber la foudre
Sur ces coloffes orgueilleux 1
Quand verrai-je réduire en poudre
Leurs fatellites odieux!
Tels étoient mes defirs ....&: tels étoient les vœux
Que formoit mon ame inquiète ,
Quand tout-à-coup , du fond de ma retraite,
J’entends ces cris perçans retentir dans les airs. . . «
Ils roulent comme le tonnerre. . . .
« Éveillez-vous, habitans de la terre ?
» Le peuple de Paris vient de brifer vos fers -,
» Du defpotifme altier il renverfe l’empire ,
» La liberté renaît. .... Enfin l’homme refpire !
Ces cris font répétés par mille échos divers..........
Oui, c’eft lui, citoyens,.. . c’eft ce peuple paifible,
Qui, las enfin d’être perfécuté,
'Cédant à fon courroux juftement excité ,
Se lève brufquement, arme fon bras terrible. . .
Ï1 fond comme un torrent fur ce repaire horrible
Où gémiffoit l’humanité,
Renverfe avec fracas ces fouterreins funèbres
Où, fous le voile des ténèbres,
Croyant de leurs forfaits enfevelir l’horreur,

9

[ 3 ]
Nos fatrapes buvoient dans la coupe des crimes
Le fang innocent des vidlimes
Qu’ils immoloient à leur fureur.
Oui, c’eft lui, citoyens, c’eft lui dont le courage
A délivré l’humanité
Du joug affreux de l’efclavage. ....
Vous lui devez la liberté.. . .
Oui, vous la lui devez j . . . lui feu! la fit éclore.
Et fon fang qu’il verfa pour cette déitéQue tout républicain adore ,
Nos yeux l’ont vu couler encore
Pour cimenrer l’égalité. ....
En vain la noire calomnie
Tenteroit de ternir fes civiques exploits,..
La France doit à fon génie,
A fa force, à fon énergie,
L’anéantiilement des rois.
Si fa haine pour l’efclavage
A quelquefois égaré fon courage ,
Son retour vers l’humanité,
Sa franchife , fa loyauté ,
Doivent d’une erreur paffagère
Faire oublier le mal peut-être néceffaireAu falut de la liberté.
Vas, Peuple généreux, ne crains rien pour ta gloire!
Nos triomphes brillans, nos rapides fuccès,
Sont les falutaires effets
De la mémorable viffoire
Que tes héros unis aux héros marfeillais,
Ont, par leur valeur intrépide,
Remporté , le dix août, fur le tyran perfide
Qui tant de fois verfa le fang français.
Mais quoi ! tandis qu’aux rives de la Meufe,
Du.Var , de l’Efcaut & du Rhin,
La Nation victorieufe
A a

[ 4 ]
Des fatrapes & du deftin ,
Déploie avec éclat l’étendard tricolore j
Tandis que nos braves guerriers,
L’olivier à la main, le front ceint de lauriers.
Aux peuples opprimés vont annoncer l’aurore
Du nouvel âge d’or qui pour nous vient d’éclore»
Faut-il que la diffention,
L’intérêt, la haine, l’envie ,
L’amour-propre , la jaloulie ,
Agitent la Convention !
Faut-il que la divifion ,
La difcorde , la zizanie,
Dérangent, troublent l’harmonie
De fes délibérations !
Que de petites paffions,
Vil partage de l’égoïfme,
Détournent, tarifent les rayons
De cpj flambeau qu’alluma le civiftne,
Pour éclairer les nations.
Mandataires d’un peuple libre ,
Non, ce n’efl: pas ainfl, qu’aux rivages du Tibre ,
Un fénat, la terreur des tyrans & des rois,
Concertoit fes projets, & dirigeoît fes lois!
Mandataires d’un peuple libre,
Des millions d’individus,
Comptent fur vos taïens , comptent fur vos vertus,
Sur votre fageïfe profonde.
Repréfentans, fouvenez-vous
Que vous devez des loix au monde ;
Qu’après avoir enfin . .. porté les derniers coups
Au monftre couronné qui déchira la France,
Sur le tombeau de ce tyran cruel
-Vous devez élever l’édifice éternel
De notre liberté, de notre indépendance.
Et toi, Mère-fopiété ,

[5 ]
Toi, dont le fein fera toujours Faille
Des droits de l’homme & de l’égalité ,
Ufe, dans ce temps difficile,
De ton efprit, de ta fagacité.
Déjà ton zèle & ton adivité
Repouflant de la force armée
Le projet incivique, antirépublicain ,
Ont redreiTé l’efprit humain,
Rafluré la France alarmée.
Déjà, par tes foins vigilans ,
Les fubterfuges politiques
Des fourbes Se des intrigans,
Les trames, les complots iniques
Des frippons & des charlatans,
Les lenteurs ariftocratiques
Des modérés & des feuillans,
Et l’aftucieufe tadique
Des pirates & des forbans
Sont connus de la République.
De-tes falutaires écrits
Dans peu la bénigne influence ,
En détruifant la méfiance,
Va rallier les bons efprits.
Elle a déjà pofé le cachet du mépris
Sur les farces anticiviques ( i )
Et fur les feuilles méphitiques ( z )
Qu’on voit pulluler dans Paris.
Elle a déconcerté la clique
Des parafites , des gourmets •,
Culbuté le confeil auîique
Des fabricateurs de projets ,
Et pourchalfé la meute famélique
(i) L’Ami des loix, la Chafte Sufanne, &c.
(t) Le Patriote français, le Mercure, &c. &c.

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De ces doguîns, de ces roquets,
Qui contre notre République
Jappent chaque jour des pamphlets.
O Société tutélaire
De îa raifon & de la vérité ;
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Modèle de fraternité,
De la vertu vrai fanétuaire,
Ah ! par quelle fatalité
Falloit-il qu’en ton fein un inonftre fanguinaire,
Par le royalifme exalté,
Choilît, frappât une viélime !
Ah! pour tranfmettre à la poftérité
Notre horreur pour la royauté
Falloit-il donc encore un crime !
Non ; mais un vil tyran qui de la cruauté
Fit conftamment fon idole chérie ,
Devoit par une atrocité
Sceller le terme de fa vie.
Pourfuis , digne Société ,
Soutiens dans fa lutte pénible
Cette^ Montagne inacçeftible
Aux appas féduéfeurs de la cupidité ;
Cette Montagne incorruptible ,
Qui combat pour le peuple & pour l’égalité j
Pourfuis, ranime ton courage,
Tes efforts réunis aux efforts concertés
Des Jacobins de nos cités,
Braveront le nouvel orage
Que Pitt & George ont fufcité;
Et fauveront encor des horreurs du naufrage
Le vaiffeau de la liberté.

DE L’IMPRIMERIE NATIONALE,
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