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Fait partie de Oraison funèbre de Monseigneur de Lostanges, Saint-Alvère illustrissime et Révérendissime évêque de Périgueux
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ORAISON FUNEBRE
•
DE MONSEIGNEUR
DE LOSTANGES, SAINTE-ALVÈRE
ILLUSTRISSIME ET RÉVÉRENDISSIME
EVÊQUE DE PERIGUEUX
I’AU
yVL.
^tUDIERNE
Chevalier de l’Eperon d’or, Chevalier de la Légion d’honneur, Inspecteur des Monu
ments historiques du département de la Dordogne, Correspondant de Son Exe.
M. le Ministre de l’Instruction publique, Correspondant des Comités historiques,
Membre des Sociétés des Arts et. Sciences de Carcassonne, des Sciences Indus
trielles, Arts et Belles-Lettres do Paris, do l’Institut Historique de France, de
l’Institut d’Afrique, do la Société Archéologique et Historique de la Charente, de
l’Académie d’enseignement, de la Société Archéologique de Saintes, de la Société
des Antiquaires do Normandie, Membre do la Société d‘Agriculture, Sciences et Arts
de la Dordogne, ancien Vicaire-Général du Diocèse de Périgueux, etc., etc.
----- —oqîxîpo-c^------
PARIS
IMPRIMERIE J. FLOREZ
24 RüB DES FOSSÉS-SAINT-JACQUES, 24
1872.
ORAISON FUNÈBRE
DE MONSEIGNEUR
DE LOSTANGES, SAINTE-ALVÈRE
ILLUSTRISSIME ET RÉVÉRENDISSIME
EVÊQUE
DE
PERIGUEUX
PAR
M. l'Abbé AUdierne
Chevalier de l'Eperon d'or, Chevalicr de la Légion d'honneur, Inspecteur des Monu
ments historiques du département de la Dordogne, Correspondant de Sou Exe.
M- le Ministre de l'Instruction publique, Correspondant dos Comités historiques,
Memlne des Sociétés des Arts et Sciences de Carcassonne, des Sciences Indus
trielles, Arts et Belles-Lettres de Paris, de l'Institut Historique de France, de
l'Institut d'Afrique, de la Société Archéologique et Historique de la Charente, de
l'Académie d'enseignement, de la Société Archéologique de Saintes, de la Société
des Antiquaires de Normandie, Membre de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts
de la Dordogne, ancien Vicaire-Général du Diocèse de Périgueux etc. etc.
PARIS
IMPRIMERIE J. FLOREZ
21, RUE DES FOSSES-SAINT-JACQUES, 24
1872.
K 57
AVANT-PROPOS
/
En prononçant, comme chanoine de la cathédrale de
Périgueux et vicaire général capitulaire, l’oraison funèbre de
monseigneur de Lostanges, le jour même où les honneurs
de la sépulture étaient rendus à sa dépouille mortelle, je
payai, en présence du clergé, des autorités civiles, militaires
et judiciaires de Périgueux et d’une nombreuse assemblée de
fidèles, la dette générale de reconnaissance due à la mémoire
de ce saint et illustre pontife.
Ce n’était pas, seulement, un hommage rendu à la haute
dignité de monseigneur de Lostanges, mais plus encore,
c’était un acte de justice, commandé par ses éminentes ver
tus. Un nom, en effet, peut être glorieux, un emploi être
regardé comme sublime, mais ce nom, cet emploi, res
tent sans mérite, si l’un est mal porté et l’autre mal
rempli.
En livrant, aujourd’hui, mon manuscrit à l’impression,
j’acquitte une dette de reconnaissance personnelle pour celui
qui pendant quinze années, à dater du jour où il me prit au
près de lui, jusqu’au dernier instant de sa vie, fut constam
ment pour moi un bienfaiteur, un père, un ami. Inaltérable
dans ses principes, invariable dans ses devoirs, constant dans
ses affections, il se montra toujours le même dans ses bien
faits, et chose extraordinaire, il ne me fournit jamais, dans
ce laps de temps, de l’occasion remarquer la moindre
ombre d’impatience, de mécontentement ou d’humeur dans
la sérénité de nos rapports, qui étaient cependant de tous les
instants.
Ce saint évêque mourut dans mes bras. Il venait de
célébrer la messe et de faire une touchante exhorta
tion aux élèves du petit séminaire de Bergerac. Il ne pa
raissait pas malade et sa parole était ferme comme à l’ordi
naire. En rentrant dans son appartement, on je l’attendais :
“ Je souffre bien, me dit-il, je ne peux pas respirer” et il se
met sur son prie-dieu, y reste une ou deux minutes, se Ica e,
tait quelques pas et s’affaisse sur son fauteuil. “C est fini me
dit-il, et laissant tomber sur moi un regard de douce amitié,
“adieu!” ajouta-t-il et élevant ses yeux vers le ciel, il se sou
lève comme pour s’y élancer. Je le remets sur son fauteuil :
il n’était déjà plus de ce monde. Ainsi finissent les élus de
Dieu, puisque pour eux la mort n’est qu une transition
spontanée du temps à l’éternité.
Cette oraison funèbre ne retrace que bien faiblement le
tableau des vertus de cet illustre évêque ; mais imprimée,
elle devient pour l’église un monument impérissable autour
duquel se grouperont les nombreux souvenirs d une exis
tence dont chaque moment fut marqué par une bonne
œuvre.
ORAISON FUNÈBRE
De Mgr Alexandre, Charles, Louis, Rose de LOSTANGES,
SAINTE-ALVÈRE, Illustrissime et Révérendissime évêque
de Périgueux, prononcée dans l’église cathédrale de Saint-Front,
le 27 août 1835, par M. l’abbé Audierne, son ancien vicaire géné
ral, chanoine de la cathédrale, vicaire général capitulaire.
Non rocedet memoria ejus et nomen ejus
requiretur à gcneratione in gcneratio
nem
Sa mémoire ne s’effacera point de notre
cœur et les générations futures répéte
ront sans cesse son nom. Ecci. chap. 39.
V. 13.
Messieurs,
Celui qui faisait l’ornement et la gloire de cette
Église n’est plus. Le pontife vénérable que Dieu
nous avait donné dans sa miséricorde nous a été en
levé. La mort l’a subitement frappé. O cruelle mort,
que tes coups sont terribles ! L’amitié la plus sin
cère, le rang le plus élevé, les liens les plus sacrés
ne peuvent te fléchir ! tu appesantis ton bras de fer
sur les têtes les plus chères, et le Ciel impose encore
à ceux qui survivent une douloureuse résignation.
Portez vos regards sur ce mausolée, Messieurs : il
renferme les restes inanimés de notre premier pas
teur. Nous avez contemplé les traits d’un père chéri;
honorez maintenant avec moi sa cendre et payons à
sa mémoire le tribut de vénération qui lui est dû.
Mais dans cette triste cérémonie qui nous ras
semble, quelles paroles vais-je faire entendre? Trou
verai-je des expressions qui répondent à notre dou
leur et à votre tendre piété? Comment louer d’une
manière digne de tout le bien qu’il a opéré, ce pon
tife plein de zèle et si riche en vertus ! Homme de
charité et de miséricorde, ses œuvres doivent sub
sister à jamais. Son corps sera enseveli en paix, mais
son nom cher à l’Eglise ne mourra point parmi nous,
et les générations futures le béniront. Non recedet
memoria ejus et nomen ejus requiretur a generatione in
generationem. Publions donc sa sagesse, et que cette
assemblée sainte répète avec moi ses louanges.
Puisse la vérité les faire vivre jusque dans la pos
térité la plus reculée !
Ici, Messieurs, n’attendez de moi rien de ce que
vous exigez d’un orateur. Devant ce lugubre appa
reil, les plus belles paroles, les phrases harmonieuses
seraient déplacées. Ces déplorables restes ne de
mandent que des gémissements et des larmes. Je
viens, en présence de ce cercueil, pleurer avec vous
et vous exposer avec simplicité, dans toute l’effusion
de ma douleur, à combien de titres Mgr de Los
tanges mérite d’éternels regrets. Il vous nommait
ses enfants: il m’appelait son fils. Il fut bon pour
tous, soyons reconnaissants. N’exigez point non plus
de l’ordre dans un sujet où il n’y a que des vertus à
bénir. Cependant, parmi les bonnes œuvres, les puis
sants exemples, les belles actions, les nombreuses
vertus, les heureuses qualités qui brillèrent dans
— 7 —
Mgr de Lostanges, admirons surtout, Messieurs, ce
zèle éclairé et cette perfection évangélique qui dis
tinguèrent si éminemment sa noble carrière. Ministre du Roi du Ciel et de la terre, dont il devait
défendre la cause, il fut plein d'ardeur pour la gloire
de son maître.
Appelé à ramener et fortifier ses diocésains dans
les voies du salut, aux préceptes, il joignit l'exemple,
et se montra saint dans toutes les actions de sa vie.
Voilà, Messieurs, ce qui doit nous rendre à jamais
regrettable la personne de Mgr. Alexandre-CharlesLouis-Rose de Lostanges, illustrissime et révérendissime évêque de Périgueux.
Prêtres de Jésus-Christ qui vous pressez autour
de la dépouille mortelle de notre vénérable père;
guerriers, magistrats, citoyens de tous rangs, soute
nez de votre attention et de votre indulgence le
faible interprète de notre commune affliction !
PREMIÈRE PARTIE
Alexandre de Lostanges, issu de l’ancienne mai
son de Sainte-Alvère, établie dans le Périgord depuis
plusieurs siècles, naquit dans le château de Ver
sailles en 1763. Il comptait parmi ses ancêtres des
hommes de premier mérite qui illustrèrent successi
vement le clergé, la magistrature,1 la marine et
l’armée. Sa famille, haute et puissante, eut de cons
tantes relations avec la cour. Elle y occupa tou1 Lu chancelier de l’Hôpital était Bon arrière grand oncle.
— 8 —
jours d’honorables emplois. Ce fut au sein de cette
famille si recommandable que Mgr de Lostanges re
çut cette première éducation dont les heureuses im
pressions ne s’effacent jamais.
Si je vous ai rappelé, Messieurs, sa noble extrac
tion, c’est moins pour sacrifier aux préjugés d’une
illustre naissance, que pour en relever les avantages
alors qu’ils s’unissent à de hautes vertus. Je laisse à
d’autres le soin de louer dans Mgr de Lostanges les
privilèges qu’il eut aux yeux du monde : ce n’est
point aux suffrages des hommes qu’il aspirait.
Longtemps admis dans son intimité, je sais que s’il
pouvait m’entendre il s’indignerait d’un discours
autre que le simple et véridique récit de sa vie et de
ses actions.
Privé de la plus douce jouissance que puisse goû
ter le cœur d’un fils, le jeune de Lostanges était en
core enfant quand il perdit son père1. Veuve à la
fleur de l’âge, sa pieuse mère, chargée de neuf en
fants et attachée à la cour de Louis XVI, ne cher
cha point dans les vains plaisirs du monde, un dé
dommagement à la perte qu’elle venait de faire
Comprenant la nouvelle mission que lui imposait la
mort de son mari, elle voulut en remplir les charges
avec toute la sollicitude et les soins qu’inspire la1 2
1 Armand-Louis-Marie-Stanislas marquis de Lostanges Sainte-Alvère,
maréchal de camp. Il avait fait la guerre de 7 ans en Allemagne, à la tète
d’un régiment de Cuirassiers dont il était mestre de camp. Il avait épousé
par contrat passé en présence, et de l’agrément de Louis XV, de la Heine,
de Mgr le Dauphin, de madame la Dauphins, et des princes et princesses
du sang, le 8 mai 1754, Marie Elisabeth Charlotte Pauline Gallucio de
l’Hôpital. Il était premier écuyer de madame Adélaide de France quand il
mourut.
2 Madame la marquise de Lostanges était dame d'honneur de la
princesse Elisabeth, tille de Louis XV et tante de Louis XVI.
— 9 —
tendresse maternelle et que commandent les devoirs
religieux. Elle confia l’éducation de ses enfants à un
précepteur aussi sage qu’éclairé. Alexandre de Los
tanges, docile aux enseignements de l’abbé du Tillet,
annonça dès le premier âge beaucoup d’aptitude à
l’étude des langues. A sept ans, il entra en septième
au collège du Plessis. Son oncle, l’archevêque de Pa
ris, Mgr de Beaumont, surveilla ses études. Le voyant
inférieur à ses condisciples et craignant que cette in
fériorité n’éteignît en lui l’émulation et ne le plaçât
aux derniers rangs parmi eux, ce vertueux prélat
lui lit doubler une classe. Grâce à cette sage pré
voyance, le jeune de Lostanges obtint dans ses cours
les premières places et sut s’y maintenir jusqu’à la tin
de ses études. C’est dans le palais et sous les yeux
de l’archevêque qu’il passait ses jours de congé. Le
jeune Alexandre, touché des pieux exemples qu’il
avait sous les yeux, se sentit naturellement porté à
la vertu dont il suivit constamment les salutaires
inspirations. Il sut choisir ses amis, et son amitié
franche et cordiale ne se démentit jamais. Il comptait
parmi ses condisciples les Montmorency, les La Trémouille, les Noailles, les Richelieu, les Montesquiou.
Il rivalisa avec eux d’application et de succès en ne
cessant de se concilier leur attachement et leur es
time. Sa haute naissance n’eut point pour lui les in
convénients qui arrivent quelquefois à la noblesse.
Elle n’étouffa dans Mgr de Lostanges ni l’amour du
travail ni l’émulation. Placé dans un collège pour y
faire ses études, il ne songea ni à ses titres, ni à ses
privilèges, et si plus tard, n’ayant que peu de che
min à faire pour monter aux plus hautes dignités, il
1.
— l0
ge vit arrêté, tandis que les autres s’élevaient, son
cœur ne connut point les secrets mouvements de
l’envie. Il se montra toujours bon, affable envers
ceux que je serais tenté d’appeler ses rivaux. Il n’at
tribua jamais leur élévation qu’à la supériorité de
leur mérite. Alors, il redoublait de zèle pour l’étude.
Elle fut la seule passion de sa vie. Ses maîtres,
hommes studieux et instruits, lui avaient déjà fait
sentir le prix du temps, en lui apprenant à utiliser
tous les instants de la journée. Ses récréations étaient
le plus souvent consacrées à la lecture et si la pro
menade eut des charmes pour lui, c’est qu’il y trou
vait l’occasion d’acquérir de nouvelles connaissances,
il aimait à contempler les beautés de la nature ;
mais ce n’était point chez lui une admiration stérile,
son esprit observateur étudiait les plantes, gravait
leur nom dans sa mémoire, et leurs fidèles finages se
retraçaient sous ses crayons. C’est ainsi que la bota
nique devint pour lui un de ces délassements que
son esprit sérieux ne borna pas à une simple distrac
tion.
Pendant les vacances, rendu à sa tendre mère, il se
livrait à tous les jeux de son âge. La gaité la plus
aimable, la cordialité la plus franche présidaient à
tous ses amusements. Comptant près de vingt mem
bres de sa famille, tous réunis dans une même de
meure, vivant à la même table, il sut conserver avec
eux l’union la plus parfaite et sa douce piété faisant
pressentir déjà ce qu’il serait un jour, lui mérita leur
estime et leur confiance.
Mais à ses yeux les vacances n’étaient point un
temps de dissipation absolue. Le repos ne venait
*
'
V
—
,r
11 —
qu’après l’étude. Son précepteur lui faisait repasser,
approfondir les auteurs qu’il avait expliqués pendant
l’année classique, et jamais il ne passait d’une classe
à l’autre, sans avoir déjà préparé les matières de ses
nouveaux cours.
C’était encore pendantles vacances que le jeune de
Lostanges s’occupait plus particulièrement de l’étude
de l’histoire naturelle, de la minéralogie et de l’hor
ticulture : “J’apprenais peu, me disait-il un jour, mais
je semais pour recueillir plus tard.” Nulle faculté
ne fut négligée en lui; sa pieuse mère lui fit cultiver
tous les talents d’agrément.
La première communion est une époque mar
quante dans la vie. Placée à l’entrée de la carrière
de l’homme, elle influe sur le cours de son existence
par les principes qu’elle lui inculque. Bien sentie,
cette action sainte et solennelle élève le cœur, dé
veloppe l’intelligence et agrandit l’âme. Alexandre
de Lostanges pénétré de la sublimité de l’auguste
sacrement de l’Eucharistie, se prépara à le recevoir
avec ferveur. Il eut pour directeur le savant Godescard, traducteur de la Vie des Saints. S’il est vrai
qu’un sage directeur éclaire et forme la conscience,
convenons, Messieurs, que le jeune de Lostanges
n’eût, sous ce rapport, rien à désirer, et qu’avec un
tel guide il dût marcher d’un pas assuré dans les
voies du salut.
Grand par sa famille, qui comptait alors dans son
sein plusieurs pontifes ; recherché à cause de son
nom, en grande faveur à la cour ; lié à Mgr de Beau
mont qui l’honorait d’une amitié particulière : d’ail
leurs naturellement pieux, Alexandre de Lostanges
— 12 —
renonçant à tout ce que le monde pouvait lui offrir
d’honneurs, de richesses, de plaisirs, se voua à l’état
ecclésiastique. Il entra au séminaire de Saint-Sulpice
pour y étudier la théologie. La tonsure qu’il avait
déjà reçue à l’âge de quatorze ans l’avait disposé à
ce sacrifice. Loin de sa pensée les vues ambitieuses :
sa vocation fut toute surnaturelle. Eclairé de l’esprit
de Dieu, il comprit toutes les obligations que lui im
posait sa généreuse détermination, et le saint asile
où il s’était retiré devint le témoin de son heureux
apprentissage dans l’exercice des vertus qui honorè
rent son sacerdoce. Fidèle observateur du règlement,
soumis à ses maîtres qu’il chérissait autant par incli
nation que par devoir, il fut le modèle de ses condis
ciples. Craignant qu’on pût le soupçonner de se
prévaloir des avantages qu’il possédait, son humilité
ne se démentit jamais et nul point de la règle ne lui
fut étranger. Il se rendait toujours le premier aux
exercices de la communauté, il veillait à ne pas mé
riter le plus léger reproche. Plein de discrétion, on
le vit préférer une modeste chambre sans cheminée
à celle qu’on lui offrait. On lui avait aussi donné un
domestique ; mais craignant que la présence de ce
serviteur auprès de lui ne blessât la simplicité qu’il
remarquait dans l’établissement, pour ne pas se dis
tinguer de ses condisciples, comme eux, il voulut se
servir lui-même. Un jour, Messieurs, et je me plais à
citer ce trait qui vous peindra la noblesse du caractère
de Mgr de Lostanges et son admirable simplicité, un
jour le maréchal de Mouchy, ce vieux guerrier qui
termina sa noble carrière sur l’échafaud où il fit en
tendre ces magnanimes paroles, adressées à son bour-
— 13 —
«
reau qui osait le blâmer de ne pas vouloir se sous
traire à la mort : “ Fais ton métier! je ferai mon
devoir. J’ai combattu pour mon roi, je saurai mourir
pour mon Dieu. ” Le maréchal de Mouchy va un
jour au séminaire de Saint-Sulpice, il fait appeler
M. de Lostanges. C’était l’heure du diner et le jeune
de Lostanges servait à table. M. Eymeri lui permet
d’interrompre son service, et veut le remplacer par
un autre séminariste. Non! non! dit-il, je vais me
présenter au maréchal tel que je suis, 1 et en me
voyant de service, il abrégera sa visite. Quelques mi
nutes, en effet, s’étaient à peine écoulées qu’il était
rentré dans la salle pour reprendre l’exercice de sa
modeste fonction. Conduite admirable, Messieurs,
et qui décèle à la fois l’élévation et l’humilité d’une
âme vraiment chrétienne ! Il n’était donné qu’à un
tel caractère de préférer l’honneur de servir ses frères,
à l’honneur d’une visite dont les grands de la terre
eux-mêmes auraient pu tirer vanité !
Dieu se plaît à envoyer quelquefois des épreuves
à ceux qu’il chérit davantage. Castigat quem diligit.
Les maux sont si multipliés dans la carrière de la vie
qu’il en existe pour toutes les conditions, pour tous
les âges. L’abbé de Lostanges eut ses contrariétés de
séminaire. Deux jours, il se vit éloigné de cet éta
blissement sans espoir d’y rentrer. On lui reprochait
d’avoir enfreint un point de règlement entraînant
l’exclusion. Sorti pour assister seulement à la solen
nité du mariage de son frère, il n’était rentré que le
1 Les séminaristes servant à table avaient devant eux. un tablier de
réfectoire.
— 14 —
I
1
1
lendemain 1 La faute sans être grave avait été néan
moins jugée irrémissible par les directeurs. Un évêque
avait pris sur lui de le retenir 2, mais cette circons
tance ne fut point acceptée comme excuse et l’arrêt
fut maintenu. Cependant un sujet si distingué ne
pouvait être ravi à l’Église. L’archevêque de Paris
sollicite son pardon et l’obtient. Le jeune de Los
tanges reparut au milieu de ses condisciples impa
tients et heureux de le revoir. “ Messieurs, dit le
supérieur en s’adressant aux élèves, M. de Lostanges
rentre dans le séminaire d’où l’avait fait sortir une
infraction au règlement : Mgr l’archevêque demande
sa grâce. La communauté n’a rien à refuser à son
vénérable prélat. Nous vous rendons votre condis
ciple. ” L’orgueil aurait pu se sentir froissé d’une
telle allocution ; mais le jeune de Lostanges témoigne
hautement, en ces termes, sa reconnaissance à son
supérieur. “Je vous remercie de la faveur que vous
venez de m’accorder : jointe aux bontés que j’ai déjà
reçues de vous, elle augmentera ma gratitude. J’avais
manqué au règlement, je devais être puni : vous
voulez bien me pardonner : mon repentir, je l’espère,
vous fera oublier ma faute.” Plusieurs d’entre vous,
Messieurs, peuvent rendre hommage à la véracité de
ce récit. Combien de fois n’avez-vous pas entendu ce
saint pontife faire l’éloge de M. Eymeri. Il était heu
reux de citer quelques traits de la vie de ce véné
rable ecclésiastique, et lorsqu’il eût lui-même, comme
1 M. le marquis de Lostanges marié à Mlle de Ventimille du Luc, fille
de M. de Ventimille du Luc, comte de Provence, nièce de Mgr de Ventimille du Luc, archevêque de Paris, et des princesses de Chimay et de
Bergue.
2 Mgr l’évêque de Viviers.
/
,*
5
J
1
— 15 —
évêque, la direction d’un séminaire, il eut cru tra
vailler en vain, s’il n’eut introduit dans cet établis
sement la méthode et les usages de Saint-Sulpice.
Le jeune de Lostanges, avancé déjà dans ses
études théologiques, voyait arriver, avec une sainte
frayeur, le moment solennel où des engagements
irrévocables devaient l’attacher au service de son
Dieu. Il redouble de piété, d’étude et de ferveur. I ne
retraite le prépare au sous-diaconat, et le 17 décem
bre 1785, M. de Juigné reçut son engagement défi
nitif.
Consacré dès lors au culte des autels, il ne se pro
posa plus que la gloire de son divin Maître et le salut
de ses frères. Tous ses travaux furent spécialement
dirigés vers ce noble but. Il étudie, il médite, il com
mente les Saintes-Écritures. Il se rend familiers les
Pères de l’Église, et, en parcourant sa bibliothèque
vous trouverez encore, Messieurs, plusieurs ouvrages
qui, échappés à la fureur des temps, portent plusieurs
notes marginales écrites de sa main.
Ne soyons point surpris si son ardeur pour l’étude
lui mérita plusieurs distinctions dont il ne se glorifia
jamais. La Faculté de théologie lui accorda le titre
de bachelier, et ses supérieurs le désignèrent pour
être l’un des catéchistes de Saint-Sulpice. Pieux di
recteurs qui lui confiâtes cette importante fonction,
que ne pouvez-vous nous dire ici comment il s’en
acquitta ! Vous nous parleriez de son zèle, de sa dou
ceur et de cette aménité qui lui gagnaient les cœurs.
Et vous ! qui à son école reçûtes les premiers ensei
gnements de la religion, et qui lui fûtes redevables
de la paix de votre conscience, et peut-être de la
— 16
félicité dont vous jouissez dans la céleste demeure,
vous nous diriez si malgré son Age presqu’en rap
port avec le vôtre, il n’eût pas pour vous toute la
tendresse d’un père ! Oui. Messieurs, du grand nom
bre d’enfants confiés alors aux soins de l’abbé de
Lostanges, il est sorti des hommes distingués qui ont
honorés le barreau, la carrière des armes et l’Église.
Je citerai votre nom, ô saint prêtre, dont la dépouille
mortelle repose dans l’église des Carmes, pieux abbé
Duval, vous fûtes l’élève de celui que nous pleu
rons! dire qu’il fût votre maitre, c’est faire son
éloge.
Parvenu au sacerdoce, M. de Lostanges ne se crut
pas affranchi de l’étude. Il soutint une thèse qui en
lui méritant les éloges des docteurs de la Sorbonne,
le fit nommer, en 1790, licencié en théologie. A cette
époque, il devint vicaire général de Dijon. Son évêque,
M. de Mérinville, eut occasion de louer plus d’une
fois son zèle, sa prudence, et ce prélat se reposait
presque toujours sur lui du soin de sa correspon
dance. Il eut des envieux dans ce poste élevé : mais
sa jeunesse même rehaussait son mérite. Forcé de
quitter la France à cause de nos discordes civiles,
l’envie le poursuivit un moment jusque dans les pays
étrangers. Une attestation de son évêque lui devint
nécessaire, pour prouver qu’il n’avait prêté aucun
serment qui pût compromettre sa fidélité à la croyance
ou à la discipline de l’Eglise. C’est alors qu’il apprit,
par expérience, ce qu’avait dit un célèbre orateur,
que les hommes jaloux de la réputation d’autrui,
regardent la gloire qui ne leur appartient pas comme
une tache qui les flétrit, les déshonore, et les grâces
— 17 —
’fi
qui tombent à côté d’eux, comme autant d’injustices
parce qu’elles se répandent sur les autres. Aussi
n’ignora-t-il jamais, qu’aux yeux de ces hommes ja
loux de la faveur, on était digne de haine, dès qu’on
l’était, de l’amitié et de la confiance du maître.
Le temps que Mgr de Lostanges passa hors de sa
patrie, ne fut point consacré à un repos qui ne con
venait ni à son amour pour le travail, ni à l’activité
de son caractère. Il fut nommé aumônier du régi
ment que commandait son frère, le marquis de Lostances. Il se montra l’ami des soldats. Il était constamment au milieu d’eux, et par sa loyauté et sa
franchise, que relevait sa douce piété, il sut gagner
leur affection et s’attirer leur estime.
Après la campagne de l’Argonne, il se retira chez
l’électeur de Mayence, à Aschaffenbourg, où il resta
dix-huit mois. Forcé de quitter ce séjour, il se réunit
à sa famille, à Arolsen, chez le prince de Waldeck.
Ses vertus jointes à son nom ne firent qu’en relever
l’éclat. Partout, on le vit digne du caractère dont il
était revêtu, et l’air de la cour ne changea rien à sa
modestie. Sa réputation de sainteté parvint aux
oreilles du roi de Prusse, qui lui envoya une nomi
nation à un canonicat de Wraclaveck sur la Vistule. Mais craignant de ne pouvoir remplir les obli
gations que lui imposait cette faveur royale, il préféra
suivre en Angleterre le régiment de Waldchteine,
commandé par son frère, le comte de Lostanges. Ce
choix ne fut point en lui un caprice. Il ne renonça à
un titre qui devait lui procurer les douceurs d’une
paisible existence, que pour rendre son ministère plus
actif et plus utile. En effet, bientôt après, la Provi2
— 38
dence sembla sanctionner sa détermination. La ré
volte; s'étant introduite dans le régiment dont il était
l’aumonier, ce fut lui qui devint l’ange conciliateur
entré les-officiers et les soldats. A sa voix tout rentra dans l'ordre. L’insubordination fut désarmée et
Llessang cessa de couler.
Après dix-huit mois de séjour en Angleterre,
l’àbbé. de Lostanges revint à Arolsen où il demeura
jusqu’en 1801. Pendant les six années passées à la
- cour du prince de Waldeck, il commença l’éducation
de ses neveux1: il étudia les langues allemande
et anglaise, les mœurs, les usages des pays qu’il avait
parcourus, leur histoire et leur littérature. Il parta
geait son temps entre l’étude et l’accomplissement
de ses devoirs religieux. La régularité de sa vie, sa
; modestie , sa douceur lui gagnèrent l’affection du
prince. Il ne s’en servit que pour soulager l’infordune, et lorsque d’autres princes allemands repous
saient les émigrés, les prêtres indigents, le prince de
Waldeck avait établi dans son palais une table com
mune où tous pouvaient venir s’asseoir. On assure
que se sentant mourir, ce prince qui était protestant
demanda les secours de la religion catholique, ré
compense, sans doute, de sa noble charité !
L’esprit orné de connaissances variées, enrichi de
toutes les observations qu’il avait recueillies dans ses
divers voyages, M. de Lostanges rentra en France
où l’attendaient de nouveaux travaux. Après la si
gnature du concordat, l’ancien évêque de Dijon,
nommé à l’évêché de Chambéry, voulut l’emmener
1 Le marquis et le comte de Lostanges étaient encore enfants, quand
leur père quitta la France avec toute sa famille.
— 19 —
avec lui en qualité de vicaire général. Mais des cir
constances particulières le retinrent auprès d’une
famille respectable, dont il devint le consolateur.
M. l’abbé de Lostanges se consacra à l’éducation
de deux jeunes gens. C’est à cette époque qu’il refusa
l’évêché de Bayonne que Napoléon lui fit offrir.
Les nobles sentiments de ses élèves, la haute posi
tion sociale qu’ils occupent, leur profond savoir, leur
piété franche et éclairée rappellent ce que fut leur
maître. Ils surent l’imiter en profitant de ses leçons.
Ne pensez pas, Messieurs, que cette occupation
seule absorbât tous ses instants. Chrétien pour lui, il
savait qu’il était prêtre pour les autres et son zèle ne
put rester inactif. La paroisse de Crisenoy qu’il ha
bitait était sans pasteur. Les temps malheureux avaient
frappé cette église et la désolation pesait encore sur
elle. M. de Lostanges fut son ange réparateur et lui
rendit bientôt son ancien éclat. Secondé par la pieuse
et riche famille au milieu de laquelle il vivait, il s’em
pressa de relever les ruines du sanctuaire et par ses
soins, la maison du Seigneur, fut promptement res
taurée. Il créa une école, il institua des catéchismes,
il visitait fréquemment les familles pour y maintenir
la paix et l’union. La décence du Saint-Lieu, la
dignité du culte, la piété du pasteur, ne restèrent point
sans récompense. Dieu se plut à bénir les travaux de
son ministère, et bientôt la dévotion la plus pure
anima tous les cœurs. Habitants de cette intéressante
paroisse, si les paroles que je viens de faire entendre
arrivaient jusqu’à vous, vous ne les démentiriez point.
Vous me reprocheriez plutôt la faiblesse de mes
expressions. Eh! n’ai-je pas été moi-même le témoin
— 20 —
de votre enthousiasme, de la manifestation de vos
sentiments d’amour, de reconnaissance pour ce tendre
père, lorsqu’après une longue absence, il reparut au
milieu de vous, pour vous revoir et vous bénir, hélas !
pour la dernière fois 1.
L’abbé de Lostanges avait achevé l’éducation
qu’il avait entreprise. Il était à Crisenoy édifiant
toujours cette paroisse par son zèle et ses vertus,
lorsque Louis XVIII rentra en France. Le nouveau
Gouvernement changea sa position. L’empire du
passé, d’anciennes relations, des affections de famille,
l’éloignement des affaires dans lequel il avait vécu,
son refus même des offres qui lui avaient été faites,
toutes ces circonstances jointes à son mérite person
nel, le firent rechercher. Le cardinal de Périgord,
grand aumônier de France, le porta sur la liste des
Evêques et dans la création des nouveaux sièges qui
eut lieu en 1817, il fut appelé à gouverner le diocèse
de Périgueux, rétabli en sa faveur. Ce fardeau, Mes
sieurs, lui parut trop lourd à porter. Pour l’éviter,
il fit valoir plusieurs considérations que je pourrais
énumérer. Elles honoraient son grand cœur autant
que sa modestie 2. Mais le cardinal connaissait son
abnégation, sa prudence, sa piété douce, insinuante
1 C’était en 1827, que Mgr de Lostanges appelé à Paris pour les
affaires de son diocèse, en profita pour aller visiter Crisenoy, dans le
département de Seine-et-Marne.
2 M. le marquis de Lostanges, son père, possédait en Périgord, pour
plusieurs millions d’immeubles fonciers, sans compter les rentes seigneu
riales. La révolution de 1793, lui avait tout enlevé. Mgr de Lostanges
alléguait cette circonstance, comme pouvant nuire à l’efficacité de son
ministère. Lorsqu’il se présente à Louis XVIII, pour lui en faire part, ce
monarque lui répondit : “ La raison que vous alléguez pour refuser l’évê
ché de Périgueux, est précisément celle qui m’a déterminé à vous y
nommer. ”
Ce qui arriva plus tard, prouva que le roi ne s’était pas trompé. Lors-
— 21 —
et sa foi ferme et pure. La volonté dn roi fut expres
se. M. de Lostanges dut obéir. “ Ce que j’ai pu faire
pour m’éviter un si pesant fardeau a été inutile,
écrivait-il à un curé qui le félicitait de sa promotion
à l’épiscopat, il ne me reste plus qu’à prier le Seigneur
de fortifier mon zèle pour le service de son Eglise
et la gloire de son Saint Nom.” Oui, Messieurs, tan
dis que tous ceux qui connaissaient Mgr de Lostanges
se réjouissaient du choix du monarque, lui seul était
dans l’affliction !
Des raisons d’État qu’il est hors de mon sujet
d’approfondir, retardèrent sa consécration. Quatre
ans s’écoulèrent avant qu’il put prendre possession
de son siège. Ses bulles étaient arrivées de Rome en
1817 : elles ne lui furent remises qu’en 1821. Mais
irrévocablement attaché au diocèse de Périgueux, la
position où se trouvait Mgr de Lostanges, pendant
ce long espace de temps, était des plus délicate, des
plus embarrassante. Le diocèse de Périgueux était
réuni à celui d’Angoulême. Le soin de l’adminis
tration appartenait donc encore à ce seul évêque
dont la juridiction était incontestable. Se mêler
ouvertement de l’administration, eut laissé croire à
que Mgr de Lostanges fit sa première visite pastorale à Sainte-Avère, ou
était la principale habitation de ses ancêtres, les autorités locales firent
dresser des tentures sur son passage pour dérober à ses yeux les ruines du
château de sa famille. Ce saint prélat, s’adressant au maire qui était venu
au devant de lui pour le haranguer, lui dit: “Vous me faites bien de l’hon
neur, monsieur le maire ; il faut réserver les tentures pour la Fête Dieu 1 ”
“ Monseigneur, lui répondit ce magistrat,nous comprenons tout ce que doit
avoir de pénible pour votre Grandeur cette visite, nous avons voulu lui en
adoucir 1 amertume, en dérobant à ses regards les ruines du château de
“ ses ancêtres. ” C’est un procédé bien délicat et je vous en remercie, lui
répond Mgr de Lostanges, mais les biens d’ici bas me touchent peu. Dieu
nous les avait donnés, Dieu nous les a enlevés, que sa sainte volonté soit
faite. Ils n'étaient qu’un peu de poussière que le vent a emportée. Allons â
l’église. Là sont les vrais biens, que personne ne peut nous ravir, ils sont
les seuls durables, parce qu’ils sont éternels. ”
— 22 —
l’ambition de commander, au risque d’affaiblir l’au
torité en la divisant ; se montrer indifférent, c’eut été
compromettre sa propre dignité, sa conscience et
peut-être son diocèse. Mgr de Lostanges dut à sa
prudence, à sa sagesse, les moyens de concilier tous
les intérêts, ne froissant jamais ni les égards, ni les
convenances, ni l’amour-propre. Il fut l’âme de son
diocèse, sans vouloir paraître nulle part. Cette défé
rence évangélique pour Mgr Lacombe, évêque d’An
goulême, lui mérita la confiance de ce prélat, qu’un
sentiment de vénération rendit inaltérable. Mais un
état de choses si précaire, si incertain, Messieurs, ne
pouvait durer plus longtemps. Les fidèles appelaient
de leurs vœux leur pasteur; les ecclésiastiques
offraient de partager avec leur père leur modeste
traitement; le Conseil général votait des fonds pour
lui procurer une demeure et la députation de la
Dordogne, parlant au nom du département ne cessait
de solliciter auprès du monarque l’exécution trop
tardive des conventions faites avec Rome. Les évêques
nommés, effrayés eux-mêmes de la responsabilité
qu’ils croyaient peser sur eux, formèrent une com
mission, dont Mgr de Lostanges fit partie, pour porter
leurs doléances aux pieds du souverain Pontife. Une
solution était nécessaire, inévitable... Le Pontife
suprême, devenu l’arbitre, le conciliateur, le média
teur entre eux et le pouvoir, l’obtint. De nouvelles
conventions furent faites et les bulles d’institution
canonique retenues jusqu’alors au Conseil d’Etat,
furent remises.
Mgr de Lostanges fut sacré le 21 octobre 1821 et
peu de jours après, il était au milieu de ses diocésains.
— 23 —
Vous le savez, Messieurs, la réunion de quelques
sièges épiscopaux avait multiplié les abus et favorisé
le relâchement. A son arrivé dans le diocèse, le mal
était grand, nous pouvons le dire : suscité de Dieu
pour défendre les intérêts de la religion dans nos
contrées, Mgr de Lostanges se montra digne de sa
mission divine. Il remplit et honora son ministère.
Restaurateur du clergé, réformateur des abus, ce
saint prélat fut supérieur aux plus pénibles travaux.
Une piété tendre, une rare prudence, des talents
réels, trop peu connus du vulgaire, tant sa pieuse
modestie prenait soin de les cacher aux yeux du
monde, un esprit de sage tolérance, de règle et
d’exactitude, une douceur toujours inaltérable, telles
sont, Messieurs, les vertus que notre illustre évêque
a fait briller pendant son épiscopat.
Les églises, veuves de leurs pasteurs, gémissaient
abandonnées et les fidèles attendaient avec impa
tience de nouveaux guides pour les consoler et les
diriger dans la voie -du salut. Ici redouble le zèle
infatigable de notre saint évêque. Sollicitations,
veilles, soins assidus, ferventes prières, Mgr de Los
tanges emploie tout, il sut intéresser le ciel et la
terre au succès de ses travaux apostoliques; en amé
liorant le présent, il pourvut aux besoins de l’avenir.
Grâce à son active et touchante sollicitude, on vit
s’élever en peu de temps deux séminaires destinés à
préparer au saint-ministère ceux que Dieu veut
former pour le service de ses autel ; asiles respec
tables, Messieurs, ou la vertu se forme, se soutient
et se perfectionne, ou les talents s’exercent et gran
dissent par l’effet d’une sainte émulation. Evangé-
— 24 —
liques demeures, vous préparez à la religion des
pasteurs capables de la soutenir par leur doctrine,
de la défendre par leurs travaux, de l’illustrer par
leurs vertus ! Maisons de paix et d’études, c’est dans
votre sein, que se développe et se fortifie, l'espoir du
sacerdoce et de la foi ! C’est vous qui préparez à la
religion des ministres dignes de maintenir ses saintes
vérités, de les faire triompher par la puissance de la
parole et de les faire aimer par de salutaires exem
ples ! Puisse l’esprit de notre vénérable pontife vivre
au milieu de vos élèves ! ! et vous, jeunes lévites qui
pleurez aujourd’hui la mort de votre bienfaiteur
puissiez-vous, dans l’intérêt de la religion et du
bonheur du diocèse, continuer d’imiter ses vertus.
C’est le moyen le plus sûr d’honorer sa mémoire.
Mgr de Lostanges en donnant ses soins aux sémi
naires, ne s’occupait pas avec moins de sollicitude de
tout son clergé. Actif et déjà sur la brèche, il était,
pour ainsi dire, l’âme et l’oracle de ce vénérable
corps, comme il en était le consolateur et le soutien.
Aucun abus ne se dérobait à sa paternelle censure.
Aucune sage réforme n’échappait à sa vigilance. Il
a laissé, Messieurs, dans les statuts de son diocèse,
une idée parfaite de la discipline ecclésiastique et
toutes ses actions en étaient le vrai modèle.
C’est aussi à ce vertueux prélat, à son infatigable
zèle, que nous devons d’avoir vu les maisons reli
gieuses se relever de leurs ruines et toutes les com
munautés donner à l’envi l’exemple de la régularité.
Tous ces établissements partagèrent la ferveur de l’en
voyé du ciel qui les avait rendus à la vie, et maintenant
ils pleurent en lui non-seulement un prélat qu’em-
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25
brasait le zèle du Seigneur, mais, trésor beaucoup
plus rare, un saint évêque dont on ne pouvait en
tendre la voix paternelle sans se sentir animé de
l’amour divin qui vivait en lui. Que de larmes sa
mort n’a-t-elle pas fait répandre dans ces pieuses
demeures, ou sa présence portait toujours la conso
lation et la paix !
Et vous aussi, pauvres de Jésus-Christ, vous qu’il
aimait à rassembler dans sa maison, vous ses amis
privilégiés, vous avez pleuré et vous pleurerez
longtemps encore ce tendre père qui vous portait
tous dans son cœur, qui s’informait de vos misères,
prévoyait vos besoins et y pourvoyait en oubliant
les siens propres. La fortune n’eut pour lui d’autre
jouissance que celle de pouvoir alléger dans vos
familles le poids du malheur. Sa prévoyante bonté
pour vous s’étendit au delà du tombeau et s’il vous
confia aux soins maternels des tendres sœurs de la
Miséricorde, c’est qu’il savait qu’un jour la provi
dence l’enlèverait au monde; il ne voulut pas le
quitter sans vous avoir assuré un solide appui et de
durables consolations.
Nous devons attribuer, Messieurs, au même esprit
de prévoyance et de charité l’établissement dans
Périgueux, des bons frères de la doctrine chrétienne.
La jeunesse abandonnée à elle-même grandissait
pour ainsi dire avec le vice. A cet âge ou tout est
tentation, piège, dangers, ou tout allume et fomente
en nous de fatales passions, il fallait de puissants
efforts pour fermer l’abîme ouvert sous les pas d’une
génération qui menaçait de courir sans frein. Mgr de
Lostanges tenta ces efforts, Messieurs, et il eut le
— 26 —
bonheur de les voir couronnés du succès. Heureux
parents, si les objets qu’on voit dans le inonde, si
les discours qu’on y entend, les liaisons qu’on y
forme, les maximes qu’on y répète, les exemples dont
on y est les témoins, ne vous ravissent plus vos
enfants, c’est encore au pontife dont vous entourez
le triste mausolée que vous en êtes redevables !
Parcourons, en esprit, Messieurs, le diocèse de
Périgueux; nous verrons en tout lieu la vertu suc
céder au relâchement, quelquefois même au désordre.
Un zèle actif, infatigable soutient Mgr de Lostanges.
Il vole partout sans s’effrayer de la rigueur des sai
sons, de la longueur des voyages, de la continuité
des fatigues inséparables de son saint ministère : il
surmonte tous les obstacles, et pour sauver une âme,
il eut bravé mille morts.
Que ne puis-je énumérer ici tous ses bienfaits; je
vous dirais, Messieurs, jetez les yeux autour de vous,
dans ce temple. Tout est son ouvrage. Parcourez
nos villes et nos campagnes, son passage y a laissé
des améliorations dont le souvenir ne s'effacera ja
mais. Point d’églises dans son diocèse qu’il n’ait vi
sitées plusieurs fois ! Eh ! quel bien n’opérait-il pas
dans ses tournées pastorales ! par elles il connaissait
les besoins de ses diocésains, et par elles, il trouvait
les moyens de les satisfaire. La maison du Seigneur
excitait surtout sa pieuse sollicitude. Fallait-il la re
construire, la réparer, l’embellir ou l’orner, par suite
des malheurs du temps qui en avaient effacé l’éclat,
Mgr de Lostanges ranimait le zèle des communes,
venait à leur secours de son propre argent, sollici
tait la charité des fidèles, et nul ne résistait à son ef-
— 27
fective, persuasive et entraînante conviction. Ne
l’avez-vous jamais vu, Messieurs, au milieu des po
pulations qu’il édifiait par ses discours, qu’il sancti
fiait par les sacrements, qu’il encourageait par ses
exemples ! Combien il était consolant de contempler
ce tendre père entouré de ses enfants qui, à l’envi,
se pressaient autour de lui, pour le voir, l’entendre
et recueillir de sa bouche sacrée des paroles de bien
veillance et d’amour. “ Je vous recommande la paix,
leur disait-il en les quittant, la paix du Seigneur,
cette douce paix, qui maintient l’union des familles,
le calme dans la conscience et la tranquillité dans
les empires. Aimez-vous les uns les autres. Vivez
en frères. ”
Vous parlerai-je, Messieurs, des missions diocé
saines que le pieux pontife avait établies ! Vous le
montrerai-je assistant à tous les exercices, priant
avec les fidèles, offrant au milieu d’eux le sacrifice
de la réconciliation, les exhortant à imiter le Sau
veur du monde et se faisant tout à tous. Aucun
obstacle ne put ralentir la ferveur de son zèle. Tan
tôt exposé aux ardeurs d’un soleil brûlant, tantôt
sous un ciel orageux, sur un sol humide, fangeux,
il présidait à la cérémonie auguste de l’inauguration
du signe sacré de la Croix. Il bénissait les objets re
ligieux qu’on lui présentait. Il ranimait, fortifiait la
piété, et partout et toujours brillaient en lui les pré
cieuses qualités du bon Pasteur. Habitants des cam
pagnes, vous étiez heureux de la présence de votre
vénérable pontife! Les jours qu’il vous consacrait
étaient pour vous des jours de fête, et le soir, en fa
mille, vous aimiez à répéter les touchantes paroles
— 28 —
qu’il vous avait fait entendre. Eh ! vous, pieux mi
nistres du Seigneur, qui portez le poids du jour,
dites-nous tout ce que votre cœur éprouvait de bon
heur et de joie en recevant dans votre humble de
meure celui qui fut à la fois votre appui, votre guide
et votre père ! Il vous laissait toujours la paix, et
son passage fut une heureuse époque, que vous n’ou
blierez jamais.
La douce charité de Mgr de Lostanges ne connut
point d’opposition. Elle seule confondait l’orgueil,
arrêtait les dissensions, rétablissait la concorde. Son
zèle, en embrassant tous les états, toutes les condi
tions, en s’étendant à toutes les personnes, fut uni
versel. Il vit tout, il remédia à tout, et notre véné
rable pontife put dire, avec l’esprit saint : Omnibus
omnia factus sum. Oui, Messieurs, pour gagner une
âme à Dieu, Mgr de Lostanges trouva le secret du
grand apôtre : il se faisait tout à tous.
Qu’il me soit donc permis, Messieurs, de vous le
demander : n’est-ce pas là l’idée que vous vous étiez
formée du pieux prélat que nous pleurons? A vos
yeux, est-il un pontife plus grand par l’immensité
de ses mérites, plus admirable, dans ses courses
apostoliques, et plus recommandable par l’éclat de
ses vertus? La propagation de l’Évangile fut l’objet
de ses nobles désirs, le règne de Jésus-Christ, la lin
de ses visites multipliées, et si, par sa douce charité,
par la prudence de son zèle, il lit triompher la religion
dans son diocèse, par la sainteté de sa vie, il l’y rendit
plus respectable.
I
!
i
2!) —
I
DEUXIÈME PARTIE.
i;
A quel attrait Mgr de Lostanges fut-il redevable
de ses merveilleux succès? par quelles indivisibles
chaînes attacha-t-il ses diocésains à la religion ? Ah !
Messieurs, ses victoires furent le fruit de ses vertus.
Il ne fit triompher l’Evangile, que parce qu’il rendit
par la sainteté de sa vie, l’Evangile vivant en lui.
On l’a vu d’une humilité constante au faîte de la
grandeur, d’un désintéressement noble et généreux,
d’une pénitence toujours nouvelle dans ses austé
rités, d’une justice rigoureuse, d’une douceur inalté
rable. Représentez-vous, Messieurs, un pontife d’ac
cès facile, affable, heureux du bonheur de ses
diocésains qu’il appelait ses enfants, un pontife tou
jours prêt à immoler son propre repos au repos des
autres, un pontife qui se proportionnait à toutes les
conditions, savait à propos s’élever jusqu’aux plus
grands par la noblesse de ses manières, et descendre
jusqu’aux plus petits par une douce affabilité, un
pontife indulgent, pacifique, toujours inaccessible aux
plus légères émotions de la colère. Représentez-vous,
dis-je, un tel pontife, et vous aurez la fidèle image
de notre saint prélat.
Ici, Messieurs, de quels nouveaux sentiments de
respect, d’admiration, d’amour ne seriez-vous point
pénétrés, s’il m’était donné de développer avec talent
les trésors de bonté que renfermait cette âme noble
et élevée ! On pourrait en un sens lui appliquer ce
qu’un prophète dit de Jésus-Christ lui-même : L’es-
— 30 —
prit du Seigneur avait reposé sur lui, cet esprit de
paix et de charité avait pénétré son cœur : il y régnait
avec empire. Requieseit super ilium spiritus domini,
spiritus pietatis.
Pénétrez avec moi, Messieurs, dans l’intérieur de
son palais : libre de toute représentation, rendu à luimême, c’est là que vous apprécieriez davantage les
qualités et les vertus de notre saint évêque. S’élevant
au-dessus de toute considération humaine, les re
gards des hommes n’influèrent jamais sur aucune de
ses actions. Tous ses instants furent utilement em
ployés. Les jours coulaient trop rapidement à son
gré, les années lui semblaient des moments. Il se
plaignait toujours que le temps lui échappait trop
tôt, et gémissait de ne pouvoir l’étendre pour tra
vailler davantage.
La méditation faisait son occupation du matin.
C’est dans ce pieux exercice, disait-il, souvent que
je trouve la force dont j’ai besoin pour gouverner
mon diocèse : aussi exhortait-il ses ecclésiastiques à
méditer, sachant qu’ils ne pourraient acquérir et conserver l’esprit de leur vocation qu’en se livrant à
l’étude d’eux-mêmes et de leurs obligations pasto
rales. Tous les jours, le matin et le soir, il se rendait
dans sa chapelle pour y faire la prière en commun.
Avec quels accents de piété il adressait à Dieu de
ferventes supplications ! Comme il priait avec recueil
lement ! on eût dit qu’il se croyait seul avec Dieu,
et qu’étranger à la terre il ne semblait plus l’aper
cevoir que des hauteurs du ciel. Nulle visite, nul
travail ne pouvait retarder ou interrompre cette
prière que le son de la cloche annonçait comme un
— 31 —
devoir inévitablement réglé. Après ce pieux exer
cice, Mgr de Lostanges lisait dans l’Année chré
tienne les considérations inspirées par la fête du jour.
C’était pour instruire ses serviteurs dont le salut in
téressait vivement sa sollicitude. Jamais il ne se li
vrait à aucune occupation extérieure qu’il n’eût au
paravant célébré le saint sacrifice de la messe, auquel
il se préparait par une méditation profonde et par la
récitation de son office. Heureux de saisir toutes les
occasions où il pouvait parler de Jésus-Christ, rare
ment il montait à l’autel sans adresser quelques pa
roles de salut à ceux qui l’entouraient. Il pensait
que le sacrifice grand et auguste par lui-même, deve
nait plus touchant encore, en rappelant aux fidèles
les souffrances d’un Dieu fait homme pour nous sau
ver. L’esprit d’ordre qui le caractérisait si éminem
ment, dirigeait toutes ses actions. Chaque jour était
consacré à une œuvre spéciale. Nul besoin n’échap
pait à sa pieuse sollicitude. Il commençait la semaine
en immolant pour son diocèse la victime pure et sans
tache. Le second jour, il priait pour tous les mem
bres de sa famille. Le jeudi, en mémoire de l’institu
tion de la Sainte-Eucharistie, il recommandait ses
prêtres à Jésus-Christ. Le vendredi, honorant la Pas
sion du Verbe fait chair, il demandait à Dieu que les
mérites du Sauveur se reposassent sur ses sémi
naires, et le jour de Marie, prenant notre Auguste
Mère pour médiatrice, il mettait en présence de son
Créateur les pieuses filles qui résident dans le séjour
de la vertu, en sollicitant pour elles des grâces pro
pres à sanctifier de plus en plus leur généreuse abné
gation. L’ordre, Messieurs, qui règne dans les com-
— 32 —
munautés, la paix qui en fait la gloire, l’harmonie
qu’on y remarque furent pour ainsi dire son ouvrage.
Anges du ciel, princes de la cour céleste qui portâtes
si souvent aux pieds du Très-Haut les ferventes
supplications de notre vénérable pontife, vous seuls
, pourriez nous dire les innombrables bénédictions
qu’il obtint du ciel pour son vaste diocèse !
Mgr de Lostanges s’était réservé deux jours libres
dans la semaine, pour en disposer en faveur des per
sonnes qui venaient implorer le secours de ses con
seils et de ses prières. Ames saintes que la crainte
d’un redoutable avenir effrayait, et vous que l’injus
tice opprimait, vous connûtes ce qu’avait de charmes,
la douceur évangélique de notre pieux pontife ! Cette
vertu, la plus aimable de toutes les vertus, vous ap
prit à supporter vos peines, à calmer vos inquié
tudes, et après un entretien avec votre premier pas
teur, vous rentriez au sein de vos familles le cœur
consolé et rempli d’espérance. La modestie, disons
mieux, une charmante simplicité, symbole de l’inno
cence , présidait à toutes les œuvres du prélat. Elle
fut l’ornement de sa vie entière, elle en fit le triomphe.
Humble dans ses discours, comme dans ses écrits, il
ne sacrifia rien au luxe ni à l’ostentation. L’amour
propre ne vint jamais ternir les sentiments de son
âme élevée. Aussi ses amis lui restèrent-ils dévoués
jusqu’à la fin de ses jours, et l’intimité de ses cor
respondances fera toujours l’éloge de son cœur.
“ Notre bonheur, écrivait-il à un évêque, serait de
voir cesser ces haines et ces divisions entre nos mal
heureux frères, dupes de tant de systèmes qui les agi
tent depuis si longtemps. Pour mon compte, je suis
— 33 -
'
assez tranquille dans mon diocèse. Nous avons en
core de la foi, et nos prêtres sont partout respectés.
Il semble qu’on voudrait revenir à Dieu. Hélas ! qu’il
me serait doux de pouvoir détourner le bras de la
justice divine pour nous retrouver tous au sein de la
miséricorde.” Touchantes paroles qui décèlent toute
la bonté de leur auteur ! Racontant dans une lettre à
un des membres de sa famille les ravages d’un fléau
destructeur, après avoir énuméré les malheureuses
campagnes frappées dans son diocèse par la grêle et
s’être attristé sur le sort des victimes : “ Mon petit
jardin, ajoutait-t-il, n’a pas été non plus épargné !
hélas ! que n’a-t-il été le seul frappé ! ! ! ”
Parcourez ses écrits, où se décèle son âme toute
entière! Vous n’y trouverez exagération d’aucune
sorte, même en fait de zèle, où l’âpreté peut quelque
fois se glisser sous ombre du bien. C’est toujours le
cœur, d’accord avec une foi vive, qui les lui inspire.
Ses lettres pastorales, ses mandements, où respire la
doctrine la plus pure, en attestant l’érudition théologique du pontife éclairé, laissent aussi apercevoir
cette bonté paternelle dont furent empreintes toutes
ses œuvres. Rappelez-vous, Messieurs, les paroles
qu’il répétait si souvent. Elles sont l’âme de son ca
ractère: “Si je dois souffrir dans l’autre monde, di
sait-il, j’aime mieux que ce soit pour trop de dou
ceur. que pour trop de sévérité. ” Ne vous semble-t-il
pas entendre le Sauveur du inonde déclarant qu’il
préfère la miséricorde au sacrifice, ou son apôtre dé
sirant être anathème pour le salut de ses frères.
Ce furent cette douceur, cette simplicité tant re
commandée par Jésus-Christ à ses chers disciples qui
3
— 31 —
portèrent Mgr de Lostanges à s’attacher surtout aux
soins de la jeunesse. C’est par elle, disait-il souvent,
que nous pourrons cicatriser les plaies encore sai
gnantes de la religion. Soignons nos écoles. L’instruc
tion religieuse attirera sur nous les bénédictions du
ciel. Aussi, avec quelle sollicitude il s’empressa d’or
ganiser les écoles de son diocèse, lorsque le monarque
lui en eut confié la direction. Certes, il ne fut point
l’ennemi de l’enseignement élémentaire, celui qui fit
tous ses efforts pour le propager, qui souhaitait que
chaque hameau eût son instituteur, et dont le pre
mier bienfait dans sa ville épiscopale fut l’établisse
ment des Frères de la Doctrine chrétienne. 0 vous,
précepteurs de l’enfance, que j’appellerai volontiers
de seconds pères, vos fonctions, que le monde n’ap
précie pas assez, furent sublimes à ses yeux. En ap
plaudissant à vos efforts, il sut reconnaître votre
mérite et vos travaux. Rendez à sa mémoire le juste
témoignage qu’il ne visitait jamais une paroisse sans
vous accueillir avec distinction, sans se rendre dans
vos écoles et sans donner au maître et aux élèves des
encouragements mérités. Jeunes enfants, vous qu’il
affectionnait d’un amour paternel, vous n’oublierez
pas, sans doute, les tendres avertissements qu’il vous
donnait, lorsque, se rendant au milieu de vous, il
voulait devenir le témoin de vos succès pour pouvoir
en être le rémunérateur.
Tous les ans, Messieurs, il réunissait dans sa cha
pelle les jeunes gens du collège pour les préparer à la
première communion. C’était lui qui présidait à tous
les exercices de la retraite, et qui, le matin et le soir,
pendant quatre jours, leur annonçait la parole sainte.
?
- 35 -
Cette occupation, Messieurs, ne vous paraîtra point
au-dessous de la dignité d’un pontife. Vous vous sou
viendrez que le Sauveur du monde, le type divin des
pasteurs, blâmait ses disciples lorsqu’ils éloignaient
de lui les enfants, qu’il leur ordonnait au contraire de
les laisser s’approcher, et qu’il nous offrait à tous
pour modèle la simplicité, la candeur et l’innocence
du premier âge. Vous connaissiez sa tendre piété,
vous, pasteurs dont le cœur était rempli de charité
pour les âmes confiées à vos soins, lorsque, sûrs du
succès, vous veniez prier notre vénérable père de se
conder votre zèle pour les premières communions !
Avec quel empressement il se rendait à votre invita
tion. Assurer le bonheur de l’enfance, en l’unissant à
son Dieu, en la faisant participer aux dons de l’Es
prit-Saint, c’était assurer le sien propre. Il était tou
jours heureux de la félicité des autres.
Mgr de Lostanges visitait, une fois par semaine, les
catéchismes, qu'il avait établis dès son entrée dans
son diocèse. Il se plaisait au milieu des enfants, pour
qui sa présence était un bienfait. Il leur apprenait à
chanter des cantiques, leur faisait réciter l’Evangile
du dimanche, et ne se retirait qu’après leur avoir dis
tribué quelques récompenses. Ses visites étaient un
puissant encouragement, elles ont produit d’heureux
fruits. Elles ont renouvelé la piété dans la jeunesse
et porté dans l’esprit des parents la conviction que
des enfants chrétiens leur seraient toujours dévoués
et soumis.
Oui, Messieurs, loin de Mgr de Lostanges cette
distinction empruntée, qui décèle toujours une ori
gine mal comprise ou une grande faiblesse d’esprit :
cet illustre évêque, si noble sans paraître le savoir,
ne cherchait la grandeur de l’épiscopat que dans le
respect filial de ses diocésains, et pour arriver à leur
cœur, il ne connaissait qu’une voie, celle de l'affabi
lité et de la miséricorde. En lui, ce n’était point cette
bonté superficielle qui se perd en démonstrations sté
riles : cette bonté d’appareil qui s’exhale en de vaines
formules; sa bonté fut héroïque. Elle fut celle à la
quelle l’Écriture promet l’empire des coeurs et la con
quête des cieux. Elle fut une vertu solide, constante
à l’épreuve de tout, et qui, d’après saint Jean Chrysostôme, coûte plus qu’on ne pense à celui qui
l’exerce. Elle régla tous ses devoirs : elle entra dans
toutes ses actions. Elle devint l’âme de son épiscopat,
et aidée de la grâce, elle fit le succès de toutes ses
entreprises.
Énumérez, Messieurs, si vous le pouvez, toutes les
conversions que ce saint pontife opéra dans son dio
cèse à l’aide de cette bonté toujours inaltérable ! Dix
abjurations recueillies par son zèle dans la seule ville
de Périgueux, ornent sa brillante couronne d’immor
talité.
O foi ! don de Dieu ! ô flambeau divin qui nous
éclairez ! ô règle infaillible descendue du ciel et
donnée en dépôt à l’Église de Jésus-Christ, toujours
la même dans tous les siècles, toujours indépendante
des lieux, des temps, des nations, des intérêts, vous,
si nécessaire pour servir de frein aux variations
éternelles de l’esprit humain! Colonne de feu qui
éclairez toujours le camp du Seigneur, c’est vous qui
inspiriez à Mgr de Lostanges l’ardente charité qui
37
porte l’homme jusqu’à embrasser son ennemi, et le
ministre du Seigneur jusqu’à souhaiter d’être ana
thème pour sauver ses frères. Je ne sais, Messieurs,
si quelqu’un pourra me taxer d’exagération, quand
j’ose dire qu’aux meilleurs âges de l’Eglise, peu de
pontifes ont possédé, en un plus haut degré, ce don
précieux de la foi. C’est à cette vertu surnaturelle
qu’il faut attribuer l’amour de ce saint prélat poul
ies austérités rigoureuses qui affaiblirent son exis
tence, altérèrent sa santé et abrégèrent le nombre de
ses jours. C’est par cette foi divine dont les préceptes
sont si sages, dont les conseils sont si glorieux à
l’homme, que Mgr de Lostanges sut réunir la gran
deur à l’humilité, et par l’humilité former la véritable
grandeur. Rien de plus grand, en effet, Messieurs,
que le chrétien qui règle sa conduite sur les principes
invariables de cette foi surhumaine. Il est maître de
lui-même, parce qu’il fait de Dieu son unique maître,
et que sous cet enseignement il met d’accord entre
elles, les vertus. Ses connaissances sont surnaturelles;
ses sentiments sont héroïques; sa constance est inal
térable; ses espérances sont immortelles; il est audessus des jugements des hommes, il ne craint que
Dieu et sa conscience; au-dessus de la terre, son tré
sor est dans le ciel ; au-dessus des plaisirs, il les fuit
comme des ennemis dangereux; au-dessus des di
gnités, il les accepte avec crainte et les quitte sans re
gret; au-dessus du monde, parce qu’il le connaît; audessus des richesses, il les méprise et ne s’en sert que
pour soulager les malheureux. Ministres de JésusChrist qui m’écoutez, courez avec une nouvelle ar
deur à la poursuite des brebis égarées ! Employez pour
les ramener au sein de l’Église toute l’activité du
zèle, toute la tendresse de la charité, toute la force de
la parole et d’une vie sainte. Tels étaient les senti
ments de notre vénéré pontife pour ranimer la foi, la
maintenir dans les coeurs et procurer la gloire de
Dieu.
Que de sacrifices la vivacité de sa foi ne lui imposat-elle pas ! sacrifices de louanges ! Mgr de Lostanges,
Messieurs, ne pouvait supporter les éloges : A Dieu
seul, disait-il, appartient toute gloire : célébrons ses
merveilles. Vertus, mérites, tout émane de sa miséri
corde ! Sacrifices d’attachement ! A l’exemple de ces
voyageurs empressés qui passent et ne s’arrêtent pas,
indifférents pour ce qu’ils rencontrent sur leur route,
uniquement occupés d’arriver sans détours à la pa
trie, il ne voyait que le ciel et le chemin qui y con
duit. Sacrifices de privations ! il ne s’interdisait pas
seulement ce que la foi défend, mais souvent même
ce qu’elle permet. Ce pieux évêque ne voyait dans
son superflu que le patrimoine des pauvres. Sacrifices
d’abnégation de soi-même! il plaçait sans ménage
ments et sans réserve sur l’autel du Seigneur, ses
goûts, sa volonté, le vieil homme, pour l’immoler
par le glaive de la foi et le consumer par le feu de la
charité.
Ne vous étonnez donc pas, Messieurs, si Mgr de
Lostanges avec cette foi ardente, opéra des prodiges.
L’oracle de la vérité l’a dit. L’homme avec une foi
vive peut transporter les montagnes. Je ne suis ici
que le narrateur de ce que j’ai vu et que tout le monde
peut vérifier. Un soir ce Saint évêque se rendait chez
39
•
>
les sœurs de la Miséricorde 1 il rencontre sur son pas:
sage des parents affligés, fondant en larmes à l’ap
proche du malheur qui va les frapper 2. Leur fils
abandonné des médecins est sur le point d’expirer :
“ Monseigneur, lui dirent-ils, venez voir notre fils, il
va mourir ! ! Donnez lui votre bénédiction. ” Le pieux
pontife s’approche du malade : “ Mon cher enfant, lui
dit-il, c’est votre évoque qui vient vous, voir ayez
confiance; le bon Jésus vous guérira: aimez bien la
sainte Vierge. Demain je dirai la messe pour vous.
Priez Dieu avec moi, vous obtiendrez votre guéri
son. ” Le lendemain, Messieurs, ce jeune enfant avait
échappé aux étreintes de la mort.
Au milieu d’une de ses nombreuses courses apos
toliques, cet illustre pontife apprend qu’un curé vive
ment frappé par une contrariété, avait abandonné
subitement sa paroisse et rompu entièrement ses
relations non-seulement avec le monde, mais encore
avec ses confrères et ses parents. Réfugié chez son
neveu, cet ecclésiastique s’était enfermé dans une
chambre ou nul étranger ni personne de sa famille ne
pouvait le voir. Il vivait depuis dix ans dans cet iso
lement absolu, lorsque Mgr de Lostanges se rend
dans la maison qu’il habite et demande à lui parler
La réponse de cet ecclésiastique fut d’abord un relus.
L’humble prélat insiste et arrive jusqu’à sa porte:
“ Ouvrez à votre évêque, lui dit-il; il vient au nom
du Seigneur, vous porter des consolations, 11e les
1 Tous les samedis, dans l’après-midi, Mgr de Lostanges se rendait
dans la chapelle des sœurs de la Miséricorde, pour confesser ces bonnes
sœurs.
2 La famille Meynadier de Périgueux.
— 40 —
refusez pas. ” Que se passa-t-il, Messieurs, dans l’ânie
ulcérée de ce prêtre ? Dieu le sait; mais un change
ment soudain s’opère en lui, il ouvre sa porte, se pré
cipite aux pieds de son vénérable évêque. D’abon
dantes larmes inondent son visage. Il est déjà rendu à
l’église. Il embrasse son ange libérateur, offre à Dieu
de ferventes actions de grâce et reparaît au milieu
de sa famille dont plusieurs des enfants lui étaient
inconnus. Pieux parents nous fûmes témoin de votre
joie et votre bonheur devint aussi le nôtre ".
Citerai-je encore, Messieurs, un autre fait non
moins extraorchnaire ? Mgr de Lostanges visitait l’ar
rondissement de Bergerac. Vous savez avec quelle
rapidité apparaissent les orages à l’époque la plus
brûlante de l’année. De sinistres nuages s’amoncellent
dans l’atmosphère, les éclairs se succèdent. Les éclats
de la foudre sont terribles. Dans un de ces moments
d’épouvante, notre pieux évêque se trouvait dans la
paroisse de Saint-Sauveur. Il était dans le cimetière
entouré de tous les habitants, priant pour les morts ;
lorsqu’un craquement saccadé et frémissant se fait
entendre dans les nues. Aussitôt d’énormes grêlons
tombent comme les avants-coureurs d’une grêle
meurtrière. Le pieux pontife prie, intercède pour le
peuple. Les fidèles éperdus joignent leurs prières aux
siennes, rentrent avec lui dans l’église-, se prosternent
à sa voix, aux pieds des autels et le fléau s’arrête ! !
Toutes les paroisses environnantes furent trappées
excepté Saint-Sauveur qu’il visitait et la paroisse
1 Cet ecclésiastique était JI. de Garbæut retiré à Saint-Jean d’EstisSac chez son neveu M. de Gardonne : il fut placé curé desservant à Valle
teuil où il est mort dans les sentiments de la plus grande piété.
i.
qu’il devait visiter ensuite 1. J’invoque ici votre
témoignage, habitants de ces deux paroisses ! Vous
confirmerez la vérité de mon récit !
Telle fut, Messieurs, la puissance que notre saint
évêque exerça sur le cœur de Dieu. L’ardeur de sa
charité, la vivacité desafoi, sa tendre dévotion envers
Marie, firent triompher la religion dans son diocèse,
et la sainteté de sa vie, la rendit inattaquable sous son
épiscopat.
Mais tant de vertus devaient recevoir leur récom
pense et comme notre pieux pontife consacrait tous les
instants de sa vie à grossir ses mérites, Dieu pour ne
pas lui en ravir un seul, voulut l’appeler à lui au
milieu de ses travaux apostoliques. Mgr de Lostanges
s’était rendu à Bergerac pour y administrer le sacre
ment de la confirmation2. Le soir en arrivant il entre
dans l’église, suivant son habitude, pour adorer le
Saint-Sacrement. Les enfants préparés pour la con
firmation s’y trouvaient encore. Il leur adresse quel
ques paroles d’édification et leur dit en finissant:
“ Allons, mes chers enfants, après-demain, je vous
confirmerai si le bon Dieu le permet. Demandez-lui
de me conserver jusque-là. ” Le lendemain il célèbre
la messe dans la chapelle du séminaire, fait une tou
chante exhortation aux jeunes séminaristes et après
son action de grâce, rentre dans ses appartements ou
l’accompagne son vicaire général3. Je souffre beau
coup lui dit-il; mais cela ne durera pas longtemps. Il
1 La paroisse de la Monzie montastruc, limitrophe de celle de SaintSauveur.
2 C’était le 10 août de l’année 1835.
3 Celui-là même qui prononça cette oraison funèbre, il était venu à
Périgueux en 1821 avec Mgr de Lostanges, fut son commensal, son aumô3.
42 —
se prosterne sur son prie-Dieu, au pied de la croix,
et quelques minutes s’étaient à peine écoulées dans
ce dernier et solennel recueillement que se levant
pour s’asseoir, le saint pontife expire en portant ses
regards vers le ciel.
Tout est consommé, Messieurs, que la volonté de
Dieu soit faite ! Pour nous, gardons nos regrets. Que
quinze années d’édification et de vertus consacrées à
notre salut, ne s’effacent jamais de notre souvenir.
Que notre reconnaissance reste toujours gravée dans
nos cœurs. Pour honorer dignement la mémoire de
ce pieux pontife, méditons à son exemple les deux
grands préceptes que le Sauveur du monde posa
comme fondements de la morale évangélique, l’amour
de Dieu et l’amour du prochain. Ils sont toute la loi
et les prophètes. Aussi de tous ces trésors de vérités que
Mgr de Lostanges allait communiquer aux fidèles
dans ses visites pastorales, ces deux préceptes étaientils les premiers qu’il se hâtait de préconiser. Comme
sa parole était persuasive quand il parlait de l’amour
de Dieu ! C’est alors qu’on voyait toute la bonté de
son coeur. Et, qui sait mieux que vous, âmes pieuses,
tout ce qu’avaient de touchant ses salutaires et saintes
instructions, vous qui veniez l’entendre avec tant
d’empressement et l’écoutiez d’une âme si recueillie !
Mais avec quelle force de raisonnement, avec quelle
conviction il vous parlait de l’amour du prochain,
surtout de l’amour de nos ennemis. Ne vous semblenier, son secrétaire intime, l’un de ses chanoines et son vicaire général, il
l’accompagnait dans tontes ses visites pastorales, dans ses courses apos
toliques, dans ses voyages même hors du diocèse. Il étaitavec lui à Bergerac,
lui administra les derniers sacrements, reçut son dernier soupir et fut son
exécuteur testamentaire.
/
— 43
t-il pas l’entendre encore vous dire ce qu’il répétait
souvent ? Ah ! s’il était un seul homme sur la terre que
vous ne regardiez pas comme votre frère en JésusChrist, plus de père pour vous dans le ciel. Si dans ses
besoins pressants, il ne trouve pas en vous un ami
secourable, votre Sauveur n’est plus un Sauveur pour
vous. Si vous renoncez à tous rapports avec lui, l’Es
prit-Saint renonce à toute liaison avec vous. Si vous
refusez de le voir, le Seigneur vous privera pour
toujours de sa divine présence. S’il n’a pas lieu de
prétendre à votre charité, ne prétendez plus vousmême à l’amitié de votre Dieu. Les chaires évangé
liques ne sont plus faites que pour vous condamner;
les tribunaux sacrés ne sont plus ouverts pour vous
absoudre. L’agneau sans tache ne s’immole plus pour
vous sautiller et vous ne pouvez plus réciter l’Oraison
Dominicale sans prononcer votre condamnation.
Toutes ses paroles, Messieurs, partaient du cœur.
Aussi quelles impressions ne produisaient-elles pas
sur des auditeurs déjà pénétrés du plus profond res
pect pour cet illustre pontife, en qui l’on voyait tou
jours l’exemple devancer le précepte.
Hélas! vous ne les entendrez plus ces salutaires
exhortations! elle s’est éteinte pour jamais la voix
de celui qui vous les adressait comme à ses enfants !
Mais elles resteront gravées dans vos cœurs : vous les
redirez à vos enfants et vos enfants vous béniront de
les leur avoir répétées.
Encore quelques instants, Messieurs, pour donner
à nos prières le temps d’invoquer la victime adorable
qui efface les péchés du monde et la terre recevra la
dépouille mortelle de V illustrissime et révérendissime
seigneur Alexandre-Charles-Louis-Rose de Lostanges,
évêque de Périgueux, tandis que son âme, nous en
avons la confiance, a déjà pris sa place dans la
splendeur des cieux, ou l’appelent ses vertus.
Ainsi-soit-il.
UiSLiOTHEQUE ;
! DE LA VILLE ‘
I DE PÉRIGUEUX j
' ——— ------7—'
’
Typ. Florez,
i-iie ies Fessée Stunt-’JacQueF. 24.
