FRB243226101D-12021.pdf

FRB243226101D-12021.pdf

Médias

Fait partie de Allocution pour le mariage de M. le marquis Joseph de Bragelongne et de Mlle Louise du Cheyron du Pavillon : prononcée le 20 décembre 1897 dans la chapelle du chateau de la Gaubertie

extracted text
ALLOCUTION
POUR LE MARIAGE

DE

M. le marquis Joseph de BRAGELONGNE
CAPITAINE AU

15me DRAGONS

ET DE

Mlle Louise du CHEVRON du PAVILLON
Prononcée le 20 décembre 1897

0 12021

DANS LA CHAPELLE DU CHATEAU DE LA GAUBERTIE

Pur l’abbé A. MATHET
CHANOINE HONORAIRE DE PERIGUEUX

Supérieur de l'Institution Saint-Joseph.

IMPRIMERIE

CASSARD

Rue Denfert-Rochereau, 3.
1 898

allocution
POUR LE MARIAGE

De M.

le Marquis Joseph de BRAGELONGNE
ET DE

M1Ic Louise du CHEYRON du PAVILLON.

Monsieur le Marquis,
Mademoiselle,

Dans un instant, vous allez échanger des ser­
ments éternels. Ce n’est pas sans une profonde
émotion que je recevrai ces serments, après y
avoir été si gracieusement convié comme prêtre
et comme ami. Avec une délicatesse charmante,
vous avez voulu, Mademoiselle, partager la joie
et l’honneur des bénédictions de votre mariage
entre le vénéré pasteur de votre paroisse et l’ami
déjà ancien de votre famille, un ami de vingt ans,
l’ami des bons et des mauvais jours. L’un aura
la meilleure part (je ne m’en plains pas, quand
je n’ai qu’à le remercier d’avoir cédé de son droit
en ma faveur) : il va monter à l’autel où il parlera
de vous à Dieu. L’autre ne parlera qu’à vous ;
mais il vous parlera de Dieu.

— 4 —

Sans vous connaître, Monsieur, autant que vous
connaissait le pieux et bon évêque (1) qui vous aimait
comme son enfant, et qui sans doute serait ici pour
vous bénir, si la mort ne venait de l’enlever à
votre affection, on ne saurait éprouver aucune
difficulté pour vous parler de Dieu au jour de
votre mariage. Pour vous parler de Dieu, il n’est
que de se rappeler l’auguste devise de vos pères, que
vous avez si pieusement héritée, que vous portez si
noblement. — Pro Deo, pro patria ! Pour Dieu,
pour la patrie ! — Quand je l’ai apprise, elle m’a
ravi. Je n’en sais pas de plus belle ; et je l’aime,
votre jolie devise. Je l’aime, parce qu’elle chante
les deux plus beaux amours qu’il y ait au monde :
l’amour de son Dieu et l’amour de son pays. Je
l’aime, parce que, dans sa brièveté éloquente, elle
me révèle la longue et glorieuse histoire de ceux
dont vous êtes le fils. Je l’aime, parce qu’elle n’est
pas sans ressembler un peu — me permettrezvous cette confidence ? — à la devise d’une jeune
maison dont j’ai la garde : Cœlum et terram !
Pro Deo, pour Dieu ! Tel sera donc le premier
mot de ce discours qui doit, Monsieur et Made­
moiselle, vous dire les grandeurs du mariage
chrétien. C’est Dieu qui a fait le mariage. C’est
Dieu qui fut le prêtre du premier mariage, béni
(1) Mgr Bécel, évêque de Vannes.

aux jours enchantés du Paradis parmi les sourires
du monde naissant. Mais, cette source, jaillissant
ainsi des mains de Dieu, ne demeura pas pure. Le
grand fleuve humain , avec des principes de
sainteté et de vie, porta bientôt sur tous les
rivages des germes de péché et de mort. C’est
alors que vint Jésus, en qui et par qui tout fut
restauré et sauvé. Bien déchu de sa première
origine, le mariage, contrat si grave et de telle
conséquence que Dieu avait voulu en être le
témoin, devint « un grand sacrement » (1). Il
devint la gracieuse et sensible image des saintes
épousailles du Christ avec son Eglise. Il devint,
comme dit S. François de Sales, « la pépinière du
christianisme, qui remplit la terre de fidèles pour
accomplir au ciel le nombre des élus. »
Voilà, Monsieur et Mademoiselle, à quels loin­
tains vous devez vous reporter et à quels sommets
il vous faut élever, pour avoir une juste idée de
l’acte solennel dont vous allez être les prêtres et
qui va lier vos deux vies pour toujours. Certes,
elle est grande, cette union qui a ému toute la
contrée, et pour laquelle on a formé des vœux
dans les châteaux et dans les chaumières. Elle est
grande, cette union que vous allez contracter à la
face d’une si brillante assemblée, toute en prières
(1) Ephes. V, S2.

6 —
pour votre bonheur. Elle est grande, cette union
Sur laquelle, en ce moment, prosternées aux pieds
des autels, versent de si ardentes supplications
celles qui, selon le mot de l’aimable docteur de la
Visitation, ont été appelées « aux chastes et
» virginales noces spirituelles » de l’Agneau. Elle
est grande, cette union vers laquelle aussi se
penchent, de là-haut, souriant et bénissant —
ô douce vision ! — ces êtres aimés dont votre
cœur regrette bien l’absence en ce lieu, et que
votre foi vous défend d’envier au ciel. Mais,
combien plus grande vous apparaît-elle, cette
union, quand vous l’envisagez de ces hauteurs, où
Dieu lui-même édicta ses lois et en écrivit l’in­
comparable histoire !

Oui, c’est devant Dieu, et avec Dieu pour
garant de vos engagements sacrés, que vous allez
vous tendre la main, et, dans ce geste simple et
sublime, vous dire l’un à l’autre une parole bien
fugitive, presque insaisissable, et qui retentira
dans le temps et dans l’éternité. C’est Dieu que
vous allez charger de veiller sur cet édifice que
vous bâtissez aujourd’hui. Hélas ! sans Dieu
combien de menaces de ruine ! Avec Dieu, rien à
craindre, parce que vous serez les fils et les
habitants de cette maison qui a Jésus-Christ pour
architecte et pour ciment. Ce que Dieu garde est
bien gardé !

Mieux encore, c’est pour Dieu que vous allez
vous donner l’un à l’autre, unissant vos deux vies,
afin d’en faire un même hymne à sa louange, un
même poème qui célébrera sa bonté.- Vous vous
appartiendrez l’un à l’autre ; et tous deux vous
appartiendrez à Dieu : vos autem Christi (i).
Dieu, en échange, sera le lien le plus assuré de
votre amour. N’est-ce pas lui qui vous a prédes­
tinés l’un à l’autre ? N’est-ce pas lui qui —
fortement, doucement — a tout conduit jusqu’à
cette heure si émouvante, où il veut, de vos deux
vies, faire une seule vie ? A cette rencontre
d’aujourd’hui, n’avait-il pas, du reste, comme
ménagé de touchants préliminaires ? Un Bragelongne, Monsieur le marquis, le savant de votre
maison, qui eut tous les genres d’illustration,
l’ami des Malebranche, des Polignac, des d’Agues­
seau, fut prieur de l’abbaye de Lusignan. C’est
près du berceau de vos aïeux maternels, Made­
moiselle, qu’il se livrait à ses méditations. Ainsi
Dieu nous donne l’exemple des lointaines prépa­
rations et de tout gouverner dans l’équilibre d’une
impeccable sagesse !
Pour Dieu donc toute votre vie. Cette vie, vous
l’allez mettre entre ses mains. Vous allez lui en
faire hommage, vous déclarant ses vassaux pour
(1)1. Cor. 111,23.

8 —
ce fief que vous tenez de lui, très haut et très
puissant suzerain et Seigneur des seigneurs.
Lui seul peut vous dire l’usage qu’il en faut
faire. Lui seul vous saura montrer votre beau
métier d’époux chrétiens. Suivant le langage de la
sainte liturgie, il vous apprendra, Monsieur, à
chérir votre épouse comme le Christ fait son
Eglise. A vous, Mademoiselle, il apprendra à être
aimable comme Rachel, forte comme Sara, sage
comme Rebecca. A tous deux il apprendra que la
vie n’est pas une partie de plaisir, qu’elle est un
champ de nobles labeurs et de nobles devoirs,
auxquels s’en vont, tous les jours, joyeux et pleins
d’ardeur, l’époux et l’épouse qui veulent renou­
veler les consolations et la gloire des chastes
alliances des patriarches.
Pour Dieu enfin, plus que pour vous encore, s’il
bénit votre union, les doux fruits de cette union.
Car, « c’est ainsi, disent nos Saints Livres dans
une de leurs pages les plus poétiques, c’est ainsi
que l’homme sera béni. Tout prospère entre ses
mains laborieuses. Son épouse se tient à ses
côtés comme la vigne fertile aux parois de sa
demeure, et ses enfants autour de sa table, comme
les jeunes pousses de l’olivier. Oui, c’est ainsi que
l’homme sera béni. Ecce sic benedicetur homo (1). »
(îyps. cxxvn.

Providence des petits oiseaux du ciel et des lis
de la prairie, Dieu se plaît à combler de ses
bénédictions les nombreuses familles. Lisez plutôt
l’un et l’autre l’histoire de ces illustres lignées
dont vous êtes issus. Si donc Dieu daigne suspen­
dre dans votre maison ces nids d’où l’on entend
tomber le doux gazouillis des fils de l’homme, ces
enfants que Dieu vous donnera, vous les élèverez
pour Dieu. Ils sont à lui avant que d’être à vous.
Vous les armerez, sans faiblesse, pour toutes
les luttes de la vie. Il n’est pas téméraire de
l’attendre de vous, Mademoiselle. Je sais dans
quelle vaillance votre âme fut trempée. Je sais
que coule dans vos veines le sang Vendéen...
Peut-être ne vous en souvient-il pas ; mais,
moi, je n’ai pas oublié avec quelle belle frater­
nité d’âme, jadis, vous entendiez parler de cette
héroïque femme (i), qui, sur la nouvelle que
le père de son enfant était tombé aux champs de
Castelfidardo, prenait cet enfant dans son berceau,
l’élevait vers le ciel et disait : « Tu seras soldat du
Pape. » Il ne me déplaît pas de faire revivre ici ce
souvenir. Car, ici, j’aperçois un soldat du Pape.
Un autre, qui vous aimait bien aussi, Mademoi­
selle, vous contemple, je m’en assure, à cette
heure, avec ravissement, d’un lieu où il reçoit la
(t) La comtesse de Pimodan.

—• 10
récompense de ses combats. Le premier est de la
famille d’un père que vous avez tant pleuré, qui
méritait tant de l’être, et qui vous manque tant
aujourd’hui. Le second est de la famille de votre
pieuse et vaillante mère. Oh ! les magnanimes
exemples, qu’il faut léguer à ceux qui viendront
après, et dont il sera si vrai de dire que bon sang
ne peut mentir !
Non, bon sang ne mentira pas. Selon l’antique
courant de sa source, il sera à la disposition de
Dieu. Il sera aussi à la disposition de la patrie. —
Pro patria ! — Je n’ai garde, Monsieur, d’oublier
cette seconde partie de votre devise. Pourrais-je
l’oublier, quand vous l’avez si bien inscrite dans
votre existence, en suivant la séculaire tradition
des vôtres sous les plis de l’étendard national ?
Pourrais-je l’oublier, quand elle est une si oppor­
tune protestation contre ceux qui osent prétendre
qu’un jour viendra où tous les peuples ne feront
qu’un seul peuple, et qu’ils mettront les drapeaux
en faisceaux pour les brûler avec respect comme
de faux dieux longtemps adorés ? C’est là un rêve ;
et ceux qui le propagent sont des prophètes men­
teurs. La patrie est immortelle. La patrie est
immortelle, parce qu’elle est l’écho du passé de
notre race, la mémoire attendrie de notre propre
existence éclose dans son sein, la terre bénie où
Dieu plaça notre berceau, où il a décidé que nous

aurons notre tombe. — Oui, nous avons raison
de t’aimer, ô patrie. Car, le Christ, quand sa
tendresse pleura sur Jérusalem, nous a donné
l’exemple de ce doux et saint amour ; et c’est
bien justement qu’un poète a dit : « L’amour de la
patrie est le premier amour après l’amour de
Dieu. »
Je veux, Monsieur, associer ce beau mot de
patrie au grand nom de Dieu, tandis que vous
engagez votre foi à celle dont aujourd’hui vous
faites votre épousée. A elle comme à vous on peut
sans crainte faire entendre de fortes paroles. Sans
doute, elle fera couler chez vous « le lait de la
bonté humaine (1). » Pour cela, elle n’aura qu a
se souvenir de sa mère qui a fait de cette délicieuse
Gaubertie un vrai petit royaume de paix et
d’amour. Elle n’aura qu’à se souvenir de votre
mère, iMonsieur, dont j’entends dire qu’elle est la
bonté même. Elle n’aura qu’à se souvenir de son
noble père, pour qui semblent écrites ces paroles
de notre Fénelon : « Il n’y a qu’un grand cœur
qui sache ce qu’il y a de gloire à être bon. »
Croyez-moi, elle n’aura qu’à se souvenir d’ellemême... Mais, les plus généreux sentiments ne
sont pas au-dessus d’elle : l’élévation de son âme
l’égale à tout. En vérité, elle était digne de devenir
(1) Shakespeare.

12
la femme d’un soldat. Et c’est tant mieux. Un
grand évêque le disait à deux jeunes époux le
30 janvier 1866 : « L’union conjugale n’est pleine­
ment assortie qu’autant qu’elle rassemble ce qui
se ressemble (1). » A tous les deux, après vous
avoir dit : « Pour Dieu ! » je vous dis : « Pour la
France ! »

Quand, tout à l'heure, vous vous approcherez
de l’autel de vos serments, réalisant toute votre
devise, donnez-vous à la France, comme vous
vous donnerez à Dieu. A elle, après lui, votre
cœur et votre âme, toute votre vie, le présent,
l’âvenir. D’ailleurs, venant d’où vous venez, vous
ne pouvez moins faire. Je savais l’histoire de votre
race, Mademoiselle. Votre race servit la France
comme elle servit son Dieu. Je n’en veux pour
preuve que cet intrépide chevalier du Pavillon,
qui eut toute la confiance du roi-martyr, dont il
reçut les plus flatteuses distinctions. L’histoire de
votre race, Monsieur, je viens de l’apprendre, A la
lire, il m’a semblé voir se lever devant moi toute
notre vieille France chevaleresque et chrétienne.
Pendant des siècles, j’ai vu vos ancêtres assis dans
les conseils de nos rois ou guerroyant à leurs
(1) Discours de Mgr Pie, évêque de Poitiers, au mariage de M. le

comte Paul du Cheyron du Pavillon et de Mme la comtesse née de
Lusignan.

— I3 —

côtés contre tous les ennemis de la patrie. Les
changements, les révolutions n’y feront rien ; et je
n’ai pas peur qu’une pareille succession tombe en
déshérence entre vos mains.
On a dit que nous sommes toujours une addition
de notre race. Que ne pouvons-nous donc pas
augurer de vous, Monsieur et Mademoiselle,
quand nous songeons que vous êtes les fils des
héros et les fils des saints ? quand nous songeons
que vos deux familles comptent plusieurs confes­
seurs de la foi et que l’une a l'honneur de
revendiquer parmi ses membres l’admirable apô­
tre du Velay, S. François Régis ? quand nous
songeons que les vieux comtes de Bourgogne
et de Nevers vont, en vous, faire alliance avec les
anciens rois de Chypre et de Jérusalem ? Des
héros, ne le seriez-vous pas, si Dieu vous le de­
mandait ? Dans les temps troublés où nous vivons,
il ne donne pas toujours, quand on est d’une race
comme les vôtres, dispense d’héroïsme. Avant tout,
soyez des saints, puisque vous êtes bien sûrs qu’il
vous le demandera. Je vousconnais assez,Mademoi­
selle, et je connais assez de quelle mère vous êtes la
fille, pour savoir que vous ne trouverez jamais que
Dieu vous en demande trop. Et quant à vous,
Monsieur, je vous dirai que j’ai eu la bonne fortune
d’entrer en relations avec quelqu’un qui parle de
vous à donner envie de vous connaître. C’est

— 14 —
plaisir de le voir aller sur votre sujet, de le voir
parler de vous avec l’abondance de son âme et de
l’entendre louer avec chaleur votre vie exemplaire
et votre esprit chrétien, qu’on a vu grandir encore
aux jours de l’épreuve, votre exquise délicatesse de
cœur et votre générosité sans peur et sans repro­
che. Avec cela, on peut compter sur vous deux.
A cœur vaillant rien d’impossible !
Rien d’impossible, Monsieur et Mademoiselle,
rien, j’espère, pas même le bonheur. Il paraît qu’il
ne faudrait parler du bonheur qu’à voix basse, de
peur d’éveiller l’Infélicité qui ne dort jamais que
d’un sommeil léger. Pourtant j’ai confiance.
Comme vous avez aujourd’hui nos souhaits et nos
prières, vous portez aussi avec vous les meilleurs
gages de ce bonheur : les bénédictions de Dieu
que vous avez bien fait d’inviter à vos noces, et
cette opulence qu’il daigna répandre sur votre
âme. « Le bonheur, a dit un philosophe périgourdin, est de sentir son âme bonne (1). » Vous avez
l’âme bonne. Entrez dans la vie avec une chrétienne
assurance, pour en explorer bravement les sen­
tiers, jouissant de la grâce des fleurs, et, à l’ombre
de Dieu, vous reposant de toutes les fatigues du
labeur humain. Ce soir, après avoir dit ensemble,
agenouillés aux pieds du crucifix, la belle prière des
(1) Joubert.

15 —

Bragelongne (i), vous quitterez cette antique de­
meure, tout enveloppée de bosquets, cette de­
meure qui vous a vue naître, Mademoiselle, et qui,
Monsieur, vous fît si bon accueil. Ne la quittez
qu’avec l’espérance que votre vie sera douce, que
(1) Voici cette prière qui est traditionnelle dans la maison de
Bragelongne depuis plus de deux siècles :
« Bonté éternelle, source inépuisable de toutes bénédictions, qui
avez bien voulu faire la grâce à nos ancêtres de leur donner un
zèle particulier pour dévouer leurs personnes et leurs biens à votre
saint nom, daignez nous continuer ce zèle comme un droit hérédi­
taire. Mais ce que nous vous demandons particulièrement est une
soumission parfaite à tous vos préceptes et un attachement inviola­
ble à votre Sainte Eglise. Inspirez-nous, divin Esprit, un ardent
amour pour la justice, une sévère régularité de mœurs, une gravité
sans fierté, sans faste, et convenable à nos états, une sagesse et
une douceur chrétienne, un généreux désintéressement dans nos
actions, une noble indifférence et un véritable détachement des
plaisirs, un mépris raisonnable des prospérités, des grandeurs et
des richesses, puisque vous en déchargez ordinairement vos élus et
que vous permettez le plus souvent que les plus jurés ennemis de
votre religion, les avares, les usuriers, les injustes et les plus grands
pécheurs en soient comblés. Comme toute puissance, Seigneur, vient
de vous, nous vous supplions très instamment de maintenir tou­
jours notre maison dans une fidélité sincère pour nos princes, dans
une application continuelle à procurer le bien des peuples et à tra­
vailler pour les intérêts de l’Etat ; donnez-nous pour cela une ferme
volonté de remplir très exactement tous les devoirs de nos minis­
tères et de nos emplois. Daignez enfin, Sauveur du monde, nous
regarder comme une portion de votre peuple choisi, pour vous
servir avec ferveur dans le monde jusqu’à sa dernière consomma­
tion, et pour vous adorer et vous bénir éternellement dans l’heureux
séjour de votre gloire. Ainsi soit-il. »

— 16 —
votre carrière sera radieuse. Et, quand vous tou­
cherez au terme, comme un soleil qui meurt dans
la lumière empourprée du couchant, ce sera la fin,
mais une fin baignée dans la clarté des espoirs
éternels. Ce ne sera plus seulement la terre, ce
sera le ciel : Cœlum non solum (1). Amen.

(1) Devise des du Pavillon.

PERIGUEUX. — IMPRIMERIE CASSARD,

RUE DENFERT-ROCHEREAU, 3.