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extracted text
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LA VÉRITÉ
OU PLUTOT SUR LA QUESTION SOCIALE
NOTAMMENT
SUR LE PROJET DE LOI DE RETRAITE
Dont la discussion va s’ouvrir incessamment,
ANCIEN ARCHITECTE.
d’Académie.
Président du, Syndicat des ouvriers Périgourdins
PERIGUEUX
IMPRIMERIE CASSARD
Eue Denîcr-Rochcreau, 3.
CSCed
LA VÉRITÉ
SUR
NOTAMMENT
SUR LE PROJET DE LOI DE RETRAITE
Dont la discussion va s’ouvrir incessamment.
A.
Bourdeil le tte,
ANCIEN ARCHITECTE,
Officier d’Académie,
Président du Syndicat des ouvriers Périgourdins.
rBlBLIOTHFQiJF
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[DE fÉRlGUEl ‘
PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE CASSARD FRERES
Rue Denfer-Rochereau, 3.
189 1
A MESSIEURS LES
MEMBRES
DE LA
CHAMBRE DES DÉPUTÉS
Messieurs les Députés,
J’avais résolu de m’adresser à notre sympa
thique Préfet et à MM. les membres du Conseil
général de mon département avant de m’adresser
à vous, afin d’être à même de vous faire part de
leur impression au sujet de l’humble mais sérieux
travail que je viens de terminer sur la question
ouvrière.
La discussion touchant la retraite en fa
veur des ouvriers méritants devant s’ouvrir au
premier jour, grâce à l’heureuse initiative de M,
Constans, je me décide à vous adresser directe
ment mon travail, convaincu que vous me saurez
gré de vous l’avoir communiqué avant cette so
lennelle discussion.
J’ose espérer, Messieurs, qu’après en avoir pris
connaissance, vous n’hésiterez pas à voter la loi.
Déjà deux honorables représentants de la Dordo
gne, MM. Gadaud et de La Batut, ont courageu
sement lutté en faveur de ce projet, et plusieurs
de MM. vos confrères les ont énergiquement se
condés.
Je suis républicain, mais ici il n’estpas question
— 4 —
de politique ; toutefois, en fût-il question, l’expé
rience a surabondamment démontré que la meil
leure des politiques, ou plutôt la seule bonne, la
seule qui puisse contribuer efficacement à la paix
et au bonheur ici-bas, c’est celle de la franchise ;
voilà pourquoi je dis franchement ma pensée.
Deux obstacles, disent quelques-uns, pourraient
vous empêcher de voter cette loi, pourtant l’une
des plus nécessaires et des plus riches en espé
rance de féconds résultats : Le premier obstacle
esi l’absence des milliards nécessaires pour la
mettre en application ; le second serait l’exigence
et l’ingratitude possible des ouvriers après ce
bienfait. Or, le premier argument est détruit par
les simples calculs qui figurent sur le tableau que
j’ai l’honneur de placer sous vos yeux dans mon
travail. Quant au second, pour s’assurer de ce
qu’il vaut, que chacun se rende simplement
compte par lui-même de la valeur morale du vrai
travailleur en l’approchant de plus près ; plus on
le verra de près, plus on constatera qu’il est bien
meilleur qu’on ne le suppose. Je me plais à le
répéter, le vrai travailleur est mal jugé parce
qu’il est mal compris et pas assez connu. Etudiezle ; vous le trouverez, en réalité, actif et bon ;
fier d’un travail bien fait et ne briguant nulle
ment la propriété d’autrui, respectant toutes les
convictions sincères sans en être l’esclave ni
l’ennemi ; reconnaissant, parce qu’il connaît la
souffrance ; juste appréciateur de la franchise, de
la justice et de la bonté. Ajoutons-le bien vite,
Messieurs : envers qui donc l’ouvrier méritant
est-il ingrat ? Serait-ce envers ceux qui, par des
mesures utiles en principe, mais dans l’applica
tion desquelles on a dépassé le but, notamment
- 5 —
par le mode des adjudications à rabais volontai
res, l’ont poussé à déserter les campagnes, l’ont
presque convié à des exigences excessives, au
vol même, et ont fait naître en lui les germes de
cette haine qu’on lui suppose contre la société ?
Ce serait de l’ironie de le penser.
Et, Messieurs, cette haine qu’on lui suppose
contre la société, si toutefois elle existe, ce ne
serait, en tout cas, que contre ses oppresseurs.
Qu’on soit donc juste envers les déshérités et
nous ne tarderons pas à voir notre belle patrie
monter d’un degré plus élevé encore dans la voie
de la vraie civilisation et du véritable progrès.
Quant à vous, Messieurs les Députés, qui aimez
les causes justes et qui avez promis de les sou
tenir toujours, on ne pourrait, sans vous faire
injure, penser que vous hésiterez à voter, au
moins en principe, la loi proposée pour le bonheur
d’une si nombreuse et vaillante phalange de la
société, et, par suite, pour la société tout
entière.
Veuillez agréer, Messieurs les Députés, mes
respectueux hommages.
— —— —
Messieurs les Députés,
La communication que je viens vous faire est
le développement d’une partie des idées qui
étaient contenues en germe dans mon programme
de 1881, relatif au travail des enfants et des
adultes et que le Conseil général de la Dordogne
me fit l’honneur d’accepter. Elle a trait égale
ment à la retraite des vieux ouvriers méritants,
au repos hebdomadaire, à la fixation des heures
de travail, etc., etc.
Mon travail a pour but : 1° d’empêcher la
désertion des campagnes, et cela dans l’intérêt
des travailleurs de la terre eux-mêmes plus
encore que dans l’intérêt général ; 2° d’éteindre
la haine justifiée des ouvriers, en supprimant
les adjudications à rabais volontaires et en
établissant des prix raisonnables entre patrons
et ouvriers, comme entre patrons et proprié
taires, etc., etc. En résumé, mon désir est qu’on
encourage l’émulation pour le bien de tous, et je
vous demande, Messieurs, pour atteindre ce but,
votre puissant concours. Autant ces réformes
paraissent, au premier abord, difficiles, autant.
— 8
en réalité, elles sont faciles. Ayez confiance, à ce
sujet, en l’expérience aussi sûre que loyale de
celui qui vous parle.
L’ensemble de nies projets fut transmis, en
1885, à l’Assemblée nationale, et reçut les félici
tations de la Commission dont M. de La Batut
ne doit pas regretter d’avoir été le rapporteur.
J’avais reçu déjà celles de M. le Ministre, auquel
j’avais, sur sa demande, fourni des renseigne
ments le 19 avril 1884.
Déjà, on a fait des emprunts à mon programme.
Il a reçu l’adhésion de nombreuses Sociétés
d’architecture de l’Amérique, aussi bien que de
celles de l’Europe. A New-York, tout cumul est
défendu ; nul ne peut exercer la profession
d’Architecte sans être patenté et sans avoir subi
un concours spécial, surtout au point de vue
pratique ; la loi est toute récente.
En ce qui touche les privilèges, M. Jules Roche
élabore actuellement une loi dont la première
partie vient d’être promulguée.
En décembre dernier, l’Empereur d’Allemagne
accordait, en un seul jour, cent vingt mille
retraites aux ouvriers ! ! ! Soit dit en passant, ce
nombre exorbitant de retraites, créées en un
seul jour, aurait pu faire supposer qu’il voulait
tripler la force de son peuple en prévision d’une
guerre avec la France, tant ce genre de retraites
est dangereux et improductif. Toutefois, cela
prouve, avec évidence, qu’il comprenait la valeur
et la haute portée d’une mesure analogue. En
France il existe à l’heure actuelle sur cette
matière un projet de loi du Ministre de l’Intérieur,
M. Constans, dont le talent ne fait de doute pour
9 —
personne, mais dont la religion, touchant ce
chapitre, n’a pas été suffisamment éclairée.
On cherche aussi à rétablir les Syndicats ;
mais ils seront de nul effet, tant qu’ils n’auront
pas été ramenés à leur véritable formation,
fermement protégés par l’État, sans quoi, le
gâchis ne cesserait de subsister, les honnêtes
gens d’être trompés et l’Agriculture délaissée.
On cherche également à créer des Ecoles
d’apprentissage, mais ces Écoles ne seront pour
l’État, les villes ou les départements, qu’une
source d’embarras et l’occasion d’un surcroît
de dépenses, sans présenter les avantages,
justifiés par l’expérience, de l’apprentissage dans
les ateliers et sur les chantiers.
En ce qui concerne le cumul des fonctions ou
des retraites et les diplômes à exiger des Archi
tectes ou Entrepreneurs, il doit être, d’ailleurs,
bien entendu que la loi ne devant jamais avoir
d’effet rétroactif, toutes les mesures qui seraient
édictées ne pourraient s’appliquer qu’à ceux qui
débuteraient dans la carrière, à partir de sa
promulgation.
Pardonnez-moi, Messieurs, ces explications.
Elles me paraissent indispensables pour vous
mettre en garde contre les critiques que la
malveillance ou l’ignorance pourrait formuler
à l’encontre de projets de réforme que je n’ai
présentés qu’après des études sérieuses et appro
fondies.
2
PROJET DE RETRAITE
EN FAVEUR DES
OUVRIERS MÉRITANTS(1)
Le premier article du programme que je
propose consiste à accorder une retraite aux
ouvriers méritants delà classe ouvrière dans des
conditions déterminées :
Cette retraite serait accordée :
1° Aux ouvriers et ouvrières de la ville et de
la campagne qui auraient toujours donné le bon
exemple ;
2° Aux ouvriers devenus infirmes et aux veuves
chargées d’une famille. (Pour ces deux dernières
catégories, la retraite pourrait être anticipée) ;
3° Aux servantes ou domestiques dont les
gages n’auraient pas atteint 144 francs, et qui
auraient toujours contenté leurs maîtres, —
qu’il s’agisse d’un service à la ville ou à la
(1) Dans une précédente brochure, M. Bourdeillette avait
déjà traité ces questions, de même que celles afférentes aux
syndicats, aux examens, aux moyens de prévenir ou d’aténuer
le chômage, aux retraits inutiles, à la fraude, aux concurrences
étrangères ou déloyales, etc., etc.
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[Ût PÉRIMA’ '
a
— 12 —
campagne, mais, cependant, de préférence aux
servantes et domestiques des agriculteurs, et
notamment des colons ou propriétaires cultivant
eux-mêmes leur bien.
Cette dernière retraite varierait de 96 à
144 francs. La première catégorie ne devrait
commencer qu’en janvier 1894. La deuxième en
janvier 1900.
Les raisons en sont données sur le tableau
ci-annexé. On prétend, à tort, que les retraites
de cette nature seraient une charge considérable
pour l’État; je réponds qu’au contraire elles
rapporteraient bien des fois ce qu’elles auraient
coûté.
On objecte également que l’ouvrier ne paie pas
d’impôts. Je soutiens, moi, que c’est lui qui en
paie le plus, et je le prouve :
1° Les maisons habitées par les ouvriers
rapportent trois fois plus que celles qu’habitent
les autres membres de la société.
2° Si l’ouvrier achète du vin, il le paie presque
le double de ce que le paie l’homme aisé, parce
qu’il l’achète au détail, et encore ne lui donne-t-on
que le rebut. Il en est de même de tous les autres
aliments.
Admettons qu’il ne paie que cent francs de
plus que s’il pouvait, au lieu d’acheter en détail
les objets nécessaires à sa consommation et à
son entretien, les acheter en gros.
La somme annuelle de cent francs qu’il
débourse par suite représente donc pour lui
une surélévation de dépenses par rapport à celles
— 13
que fait le capitaliste pour la même quantité
d’objets.
Cette somme annuelle, capitalisée, représen
terait un capital d’environ 10,000 francs.
L’ouvrier, s’il l’avait mise en réserve, aurait
donc eu, au moment où l’âge et la fatigue
l’obligent à prendre un peu de repos, un capital
accumulé de 10,000 francs, qui pourrait lui
procurer une rente, c’est-à-dire une retraite de
4 à 500 francs, et même davantage, s’il versait
ce capital à la Caisse des retraites pour la
vieillesse. Et ce capital qu'il n’a pas, a bénéficié
non-seulement à ses vendeurs, mais encore à
l’État, par suite de la perception des patentes
des petits commerçants. L’ouvrier est donc
victime, ici comme ailleurs : nous le dirons
plus loin.
La retraite que je propose n’est pas une
charité : c’est un dû, comme l’a dit lui-même
le Ministre de l’Intérieur, M. Constans. J’ajoute,
avec raison, que le paiement de ce dû profiterait
beaucoup plus aux débiteurs qu’aux créanciers.
La moyenne de cette retraite n’est que de
224 francs 50 par an; j’échelonne les annuités
de la manière suivante :
La lre année serait de 96 francs.
—
109
2e
—
122
3e
—
135
4e
—
148
5e
—
161
6e
—
174
7e
—
187
8e
.
—
200
9e
3
— '14 —
La 10e année serait de 213 francs
11e
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239 —
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15e
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302 —
17e
—
318 —
18e
—
334 —
19°
—
350 —
20e
—
366
—
On voit, par ces chiffres et par le tableau
ci-annexé, que l’ouvrier ne pourrait jouir de
cette moyenne qu’après la dixième année, temps
voulu pour que le Gouvernement ait pu s’éclairer
touchant cette réforme.
On m’objectera peut-être que le nombre
d’ouvriers à retraiter (soit 8,256) est insuffisant;
tel n’est pas mon avis, surtout relativement à
cette première période de vingt ans. Quoi qu’il
en soit, je tiens à dire sur quels chiffres je me
suis basé pour arriver à celui do 8,256; mais, au
préalable, je dois faire observer que je ne
comprends, dans ce nombre, que les ouvriers
à la journée, qui, en grande partie, sont exposés
à un chômage forcé, et qui n’ont pas en perspec
tive, comme ceux du Chemin de fer et de certaines
Administrations, une retraite quelconque, ou
ne participent pas aux bénéfices, comme ceux
encore de certaines industries et comme nos
colons.
Cependant, je me hâte d’ajouter que, pour
encourager l’émulation, il serait bon que ces
— 15 -
dernières catégories, ou quelques-unes du moins,
fussent admises à bénéficier, elles aussi, d’une
retraite, toutefois dans des proportions assez
inférieures : une moyenne de 112 francs 25
me paraîtrait suffisante, et encore à la condition
qu’elle ne serait accordée qu’aux plus méritants,
et à partir seulement de l’année 1900.
A mon humble avis, la première catégorie
devrait suffire pour faire l’essai de cette réforme,
que je compare à un travail dans un terrain
inconnu, qu’on doit défricher petit à petit, avec
prudence, avançant à mesure qu’on verra des
espérances fondées remplacer peu à peu toute
incertitude et toute crainte de déception.
Chiffres sur lesquels je me suis basé pour obtenir
le nombre de 8,256.
J’admets que, chaque année, 24,768 travailleurs
aient droit à cette retraite. Sur ce nombre, je
retranche d’abord 50 %, à cause de la mortalité ;
reste 12,384, Je diminue ce dernier chiffre d’un
tiers, afférent à ceux qui n’auraient pas mérité
la retraite. Il restera donc 8,256 ouvriers auxquels
elle devrait être servie pendant 20 ans.
Ces 24,768 ouvriers, en quarante années,
depuis l’âge de 20 ans jusqu’à 60, forment un
total de 990,720 ouvriers, auquel il convient
d’ajouter le total de 60 à 70 ans, soit 247,680, ce
- H —
La 10e année serait de 213 francs.
11e
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226 —
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20e
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On voit, par ces chiffres et par le tableau
ci-annexé, que l’ouvrier ne pourrait jouir de
cette moyenne qu’après la dixième année, temps
voulu pour que le Gouvernement ait pu s’éclairer
touchant cette réforme.
On m’objectera peut-être que le nombre
d’ouvriers à retraiter (soit 8,256) est insuffisant ;
tel n’est pas mon avis, surtout relativement à
cette première période de vingt ans. Quoi qu’il
en soit, je tiens à dire sur quels chiffres je me
suis basé pour arriver à celui de 8,256; mais, au
préalable, je dois faire observer que je no
comprends, dans ce nombre, que les ouvriers
à la journée, qui, en grande partie, sont exposés
à un chômage forcé, et qui n’ont pas en perspec
tive, comme ceux du Chemin de fer et de certaines
Administrations, une retraite quelconque, ou
ne participent pas aux bénéfices, comme ceux
encore de certaines industries et comme nos
colons.
Cependant, je me hâte d’ajouter que, pour
encourager l’émulation, il serait bon que ces
— 13 —
dernières catégories, ou quelques-unes du moins,
fussent admises à bénéficier, elles aussi, d’une
retraite, toutefois dans des proportions assez
inférieures : une moyenne de 112 francs 25
me paraîtrait suffisante, et encore à la condition
qu’elle ne serait accordée qu’aux plus méritants,
et à partir seulement de l’année 1900.
A mon humble avis, la première catégorie
devrait suffire pour faire l’essai de cette réforme,
que je compare à un travail dans un terrain
inconnu, qu’on doit défricher petit à petit, avec
prudence, avançant à mesure qu’on verra des
espérances fondées remplacer peu à peu toute
incertitude et toute crainte de déception.
Chiffres sur lesquels je me suis basé pour obtenir
le nombre de 8,256.
J’admets que, chaque année, 24,768 travailleurs
aient droit à cette retraite. Sur ce nombre, je
retranche d’abord 50 °/0, à cause de la mortalité ;
reste 12,384. Je diminue ce dernier chiffre d’un
tiers, afférent à ceux qui n’auraient pas mérité
la retraite. Il restera donc 8,256 ouvriers auxquels
elle devrait être servie pendant 20 ans.
Ces 24,768 ouvriers, en quarante années,
depuis l’âge de 20 ans jusqu’à 60, forment un
total de 990,720 ouvriers, auquel il convient
d’ajouter le total de 60 à 70 ans, soit 247,680, ce
qui donne un total général de 1,248,400 ouvriers.
En consultant le tableau, on voit qu’en 20 années,
les 8,256 ouvriers admis à la retraite sur
1,248,400 ouvriers occasionneraient à l’État
la dépense totale de 311,778,144 francs, et par
annuité la moyenne de 15,588,907 francs 20 cen
times.
Si au nombre de 1,248,400 on ajoute le double
de ce nombre, afférent aux autres catégories
d’ouvriers et divers dont il a été parlé, on
obtient un total de 3,745,200 travailleurs. Dans
ce dernier cas, la dépense, pour l’État, serait
de 623,556,288 francs, et, par annuité, une
moyenne de 31,177,814 francs 40. — En admettant
même qu’on doublât ce dernier chiffre, ce qui
donnerait l’immense total de 7,490,400 travail
leurs, la dépense serait double des deux chiffres
ci-dessus. Cette dernière dépense serait ellemême bien inférieure à celles supposées par les
journaux depuis la judicieuse initiative de M. le
Ministre de l’Intérieur. Voilà pourquoi il m’a
semblé indispensable de prémunir le public et le
Gouvernement contre l’opinion de ceux qui
ne savent pas ou qui ne veulent pas comprendre.
Il est entendu que, pour ceux qui travaillent
dans les charbonnages et autres industries, où
la vieillesse est prématurée, la retraite devrait
commencer à partir de la cinquantième année
environ.
Quant aux ouvriers auxquels aucune retraite
ne pourrait être allouée, à cause de leur conduite
dans le cours de leur carrière, on livrerait leur
sort à de meilleurs que nous, aux Petites-Soeurs
des Pauvres, puisque justice n’étant pas encore
faite à tous, il ne saurait être question de les
punir.
La mission de juger de la valeur des ouvriers
méritants serait confiée à leurs Syndicats res
pectifs.
Si un ouvrier se plaignait de son Syndicat, le
litige serait porté devant un Syndicat étranger
à la localité, celui du chef-lieu, par exemple,
s’il s’agissait d’un canton et réciproquement.
La retraite dont je parle dans ce travail est
absolument indépendante de la retraite Constans :
l’une pourra être modifiée par l’autre et vice
versa.
Aux sommes mentionnées, il convient d’en ajou
ter une en faveur des retraites de 80 à 90 ans, et
une autre au profit de ceux qui désireraient con
tinuer jusqu’à 100 ans.
Messieurs, j’appelle votre attention sur l’exagé
ration de la retraite allemande, exagération qui
ne me paraît pas plus naturelle que celle que je
dévoilai à l’Autorité supérieure en 1885, touchant
la vente en France des produits de cette nation,
vente faite, alors et aujourd’hui encore, au-des
sous du prise de revient ! ! !
Voici comment j’ai opéré pour obtenir le chif
fre d’ouvriers admis à la retraite :
lre Catégorie. — Le chiffre d’ouvriers est de
1,248,000, dont il faut extraire la moitié pour la
mortalité ; reste 624,000, dont nous devons encore
retrancher le tiers pour les ouvriers non méri
tants, reste 416,000. D’après l’ordre naturel, de
— 18
20 à 60 ans il y a 25 pour 1,000 d’ouvriers de 60
ans, ce qui donnerait, d’ouvriers admis à la re
traite, le chiffre de 10,400; mais d’après les cal
culs auxquels je me suis livré dans mon départe
ment, je n’ai pu atteindre que le chiffre de 16 par
1,000 que j’ai porté de 19 à 20, afin de réserver
une somme aux ouvriers ayant dépassé la soixan
taine au 1er janvier 1894. Le chiffre de 8,256 donne
par département une moyenne de 96 retraités la
lre année, le double la seconde, le triple la troi
sième, ainsi de suite. Il m’a paru sensé de réduire
ces 96 retraités à 80 par département et de
réserver les 16 autres pour les grands centres
comme supplément, c’est-à-dire 1,376 à répartir
dans les villes les plus populeuses.
2e Catégorie. — Si on opère sur la 2e catégorie,
le nombre de retraités par département, pour la
lre année, sera 240, pour la seconde année le dou
ble, et ainsi de suite; pour les grands centres,
comme supplément, le nombre de retraités à ré
partir serait 4,128 pour la lr9 année, le double
pour la seconde et ainsi de suite, et de même pour
la 3e catégorie et la 4e.
Ma seule ambition est qu’on fasse une loi, ne
fût-ce que pour cinq ans, temps nécessaire, je le
répète, pour édifier sur ce point le Gouvernement
et la société, la dépense est si minime (moins
d’un million pour la lre année, moins de deux
pour la 2°, moins de trois pour la 3e, moins de
quatre pour la 4e, cinq pour la 5e), qu’en admet
tant même que cette loi n’amenât aucun bon
résultat, la déception serait presque nulle.
Si on désire augmenter d’un tiers, par exem-
— 19 —
ple, les divers taux de la retraite, la dépense se
rait d’un tiers de plus que les chiffres exprimés
dans le tableau.
A mon humble avis, il serait préférable de ré
server ce tiers ou une partie en faveur des fem
mes et des mineurs de ceux qui n’auraient pas
mérité la retraite.
SUPPRESSION DES ADJUDICATIONS
A RABAIS VOLONTAIRES
Ainsi que je l’ai prouvé plusieurs fois, les adju
dications à rabais volontaires sont nuisibles,
non seulement aux ouvriers et au Gouvernement,
mais surtout à l’Agriculture, à toutes les indus
tries, à l’Imprimerie elle-même, par conséquent
à la Société tout entière. La loi, les décrets et les
ordonnances qui fixent un maximum de rabais
n’ont pas cessés d’être violés par le Gouverne
ment, les Administrations, les villes et la société
au détriment des Architectes, des Ingénieurs,
Agents-Voyers, Entrepreneurs et Ouvriers, et,
qu’on ne s’y méprenne pas, au détriment surtout
du Gouvernement, des Administrations, des villes
et de tous les particuliers qui construisent en
employant ce système. Le maximum fut évidem
ment institué dans un esprit d’impartialité et de
justice ; mais, malheureusement, l’application en
fut mal comprise. On décida, en effet, qu’il serait
fixé par le Ministre ou par son délégué, tandis
qu’il aurait du être déterminé par l’Architecte ou
l’Ingénieur directeur des travaux, et sanctionné
ensuite par une commission compétente. Lors
que les devis ont été dressés par des hommes
compétents, revus et corrigés au besoin par une
— 21
commission non moins compétente, et d’une ré
putation notoire de probité, à mon avis, et ce sera
celui de tout honnête homme, ces devis devraient
être scrupuleusement respectés. Persister à
maintenir les adjudications à rabais volontaires,
c’est dire à l’honnête homme : « Si tu veux vivre,
» si tu veux manger et donner à manger à tes
» enfants, tu voleras... » -En un mot, c’est vouloir
la guerre civile, et lorsqu’un homme vient pré
coniser ce système inique, on peut dire de lui, à
coup sûr : Cet homme est un financier de mau
vais aloi, un sceptique, un vil misérable ou un
fou. Aux partisans des entreprises données de gré
à gré, le spectacle scandaleux d’une gigantesque
et toute récente opération de ce genre devrait
donner lieu de réfléchir.
Mode d’Adjudication que je propose.
Ce mode tout de progrès et de justice, seul ca
pable d’enrayer l’explosion de la haine et de la
Révolution, le voici :
Une fois tous les adjudicataires réunis, on leur
donnerait connaissance des plans et des devis ;
puis, chacun d’eux ferait connaître oralement,
par dessin, par exécution ou par écrit, de quelle
façon il entend faire ce travail, ce qu’il comprend
par matériaux de premier choix, etc., et cela,
— 22 -
chacun en ce qui concerne sa partie. Puis, pour
éviter toute partialité, chaque entrepreneur, en
quelque genre que ce soit, devrait fournir des
éléments de son savoir-faire, également par écrit,
dessin ou exécution. Et, dans le cas où tous les
adjudicataires feraient preuve de connaissances
raisonnables; on tirerait au sort.
Mais, il faudrait, comme corrélatif de cette
garantie offerte aux Ingénieurs, Architectes,
Fournisseurs, Entrepreneurs et Ouvriers, que
toute fraude ou inexécution fût punie très sévè
rement, et sans qu’il fût besoin d’employer les
voies judiciaires ou tout système de répression
autre que la pure et simple constatation, qu’il y a
eu fraude ou inexécution des conventions.
Si, contrairement au bon sens et à l’équité, on
croit devoir laisser subsister le système inique
des adjudications à rabais volontaires, voici com
ment je le comprendrais :
L’Entrepreneur ne devrait en rien rendre res
ponsable de son méfait les fournisseurs, soustraitants ou ouvriers ; mais il devrait seul sup
porter le rabais qu’il aurait consenti, et, dans ce
cas, donner une hypothèque ou verser des fonds,
non seulement pour assurer le paiement de ses
fournisseurs, sous-traitants et ouvriers, mais
aussi pour garantir son travail pendant dix ans.
La lutte du mal contre le bien se poursuit sur
ce point comme sur tant d’autres, lutte incons
ciente pour beaucoup, mais réelle. Tant que des
financiers adroits, mais nuis au point de vue tech
nique, auront le droit de se dire architectes,
ingénieurs, entrepreneurs au autres construc-
- 23 —
teurs ; tant que des diplômes donnés ne seront
pas le résultat d’examens locaux, passés au point
de vue pratique, la justice et la stabilité n’existe
ront pas. Pourtant, comme l’écrivait à un de mes
amis, quelques jours avant sa mort, Léon Gam
betta : « Il faut que l’honnête homme ait son
tour. »
En somme, la question ouvrière, ou plutôt la
question sociale, bien comprise, sera féconde à
tous les points de vue ; mal comprise, elle ne
sera que le prélude d’un cataclysme (1) a courte
échéance.
On parle de violence, de haine de l’habitant des
campagnes contre les ouvriers des villes ; on se
repose sur l’armée, en cas de conflits. Les insen
sés seuls peuvent être partisans de la violence.
Elle a parfois assurément son utilité, mais uni
quement quand elle est employée pour faire
observer les devoirs et faire respecter les droits
de chacun. Pour tout le reste, employons la dou
ceur et l’aménité patiente. « Quand la violence
» et la bonté jouent une nation, a dit Shakes» peare, c’est la joueuse la plus douce qui
» gagne. » J’ajouterai : A condition, toutefois,
qu’après la victoire, une loi inexorable soit là
pour faire respecter le bon ordre.
Je fus nommé expert, il y a environ trente ans,
aux fins de régler un litige entre des entrepre
neurs et des sous-traitants. Les travaux du lot à
expertiser s’élevaient à plusieurs millions ; je
constatai que les devis étaient supérieurs de
50 0/0 aux travaux exécutés !...
(1) J’entends par cataclysme, désespoir, indignation.
i
— 24 —
Voilà où conduisent les adjudications à rabais
volontaires : A la complicité.
J’ai toujours constaté également que ce genre
d’adjudication ne procurait que des travaux mal
faits, entraînant à leur suite des réparations con
tinuelles et fort coûteuses et créant un danger
latent pour la société. Avec ce système, un père
de famille ne sait pas s’il lègue à son fils une
maison ou des décombres, tandis qu’une maison,
faite dans de bonnes conditions, ne nécessite,
pendant fort longtemps, que des réparations
minimes d’entretien.
Toutefois, je le répète, il faut qu’une loi sévère
soit là pour punir toute espèce de fraude dans les
travaux et toute fraude aussi dans l’alimentation,
qui est le principal outil de l’ouvrier.
On objecte que, dans les moments d’accalmie
des travaux ou de chômage, les prix devraient
subir une réduction, afin d’encourager les pro
priétaires des villes ou de la campagne à procu
rer du travail aux ouvriers.
Voici une exception qui mérite d’être prise en
considération. — Dans ce cas, les syndicats
devraient être les juges de l’opportunité de la
baisse, et, le cas échéant, soumettre leur déci
sion à l’autorité supérieure.
On objecte encore que certains entrepreneurs
sont plus ou moins bien outillés ; que quelquesuns, faisant eux-mêmes leurs travaux, peuvent
mieux se retrouver que d’autres.
Ces deux objections prouvent assez en faveur
des ouvriers méritants, qu’il ne faut pas punir
pour avoir voulu s’occuper sérieusement de leurs
travaux, Cela prouve, en outre, qu’ils sont corn-
— 25 —
pétents, que, par conséquent, ils ont le droit
d’être entrepreneurs.
Cependant, si les machines appartenaient à des
parasites incompétents, ce serait un chancre de
la société, qu’il faudrait extirper sans merci.
Cette sorte de fauteurs de désordres mérite l’exé
cration de tous ceux qui ont au cœur l’esprit de
justice et de fraternité.
Permettez-moi d’appeler, en passant, votre
attention sur une aberration qui a cours dans
notre pays. On ne cesse de s’indigner des exi
gences de l’ouvrier, des dépenses qu’il fait, de sa
conduite privée, et on appelle à grands cris la
répression. Messieurs, les hommes compétents
savent fort bien qu’il est facile de combattre ces
défauts de l’ouvrier, et l’un des plus excellents
moyens serait la suppression des adjudications à
rabais volontaires. Mais les pêcheurs en eau trou
ble, ceux qui flattent l’ouvrier quand ils sont
devant lui, et qui, par derrière, demandent le plus
fort la répression, ceux-là ont le plus grand,
mais le plus odieux intérêt à la prolongation du
chaos menaçant, qui constitue l’état actuel des
choses. Certes, la fermeté est indispensable ;
mais la répression n’aura sa raison d’être que
lorsque la justice sera la base de nos institutions ;
j’ose dire lorsque mon programme, ou tout autre,
établi sur des bases analogues, aura été résolument mis en vigueur.
REPOS HEBDOMADAIRE.
On ne cesse, bien à tort, de jouer sur ce mot :
Repos hebdomadaire. Qui ne sait pourtant que, de
tout temps et d’un commun accord, ce repos né
cessaire a été institué comme une évidente
démonstration pour tous, que les déshérités de la
fortune ne sont pas plus esclaves que ceux qui en
sont les privilégiés.
Plus que jamais respectons cet accord. Le
contraire serait ou un puéril enfantillage ou une
coupable tyrannie. L’autorité de M. Jules Simon
devrait faire cesser tout débat sur ce point.
HEURES DE TRAVAIL.
En ce qui touche les heures de travail, pour
quoi ne pas laisser à chacun la liberté, là où
l’industrie n’aurait pas à en souffrir ? Ceux qui
veulent travailler huit heures, laissez-les travail
ler huit heures ; ceux qui veulent travailler neuf
ou dix heures, laissez-les libres également. Toute
fois, comme le travail de la neuvième et de la
dixième heure est plus pénible, il serait juste de
payer la neuvième, par exemple, dix centimes de
plus que les huit précédentes, et la dixième quinze
à vingt centimes de plus que la neuvième. Cela, à
la condition expresse que chacun prendrait l’en
gagement de respecter cette convention, qui
serait réciproque et obligatoire, sauf le consente
ment des deux parties, pendant cinq ou dix ans.
Sur toutes ces questions, qui ne sont que des
branches de la grande question sociale, j’ai cru
de mon devoir de dire encore une fois toute ma
— 27 —
pensée. Je n’ai voulu froisser personne. Ma seule
ambition est d’éclairer la religion du Gouverne
ment, déjà si bien disposé, et celle des honnêtes
gens, qui sont trompés trop souvent, soit par
l’erreur involontaire des uns, soit par la mauvaise
foi des autres, qui agissent dans l’ombre. C’est
en pleine lumière qu’il faut parler pour convain
cre les esprits droits, croyez-le ; c’est le vieux
lutteur républicain qui vous le redit encore,
parce que la passion de la justice et de la vérité
l’y contraint.
On s’alarme, en ce moment, des grèves qui se
produisent de toutes parts ; on se plaint des exi
gences, en apparence excessives, des ouvriers
même méritants. Mais, cette alarme, si légitime
soit-elle, ne doit pas se traduire au détriment de
la justice qu’il faut rendre à l’honnête ouvrier.
La seule digue qu’il convienne d’opposer à ce
courant de confusion et de désordre, c’est, je le
répète, un programme complet de réformes né
cessaires. Et, comme tous les désordres qui se
produisent sont le fait de quelques misérables,
dont l’unique et basse ambition est de tirer profit
de la confusion qu’ils font naître, il faudrait
qu’une fois l’exécution du programme commencée,
le Gouvernement fut inexorable contre quiconque
troublerait l’ordre. Les coquins y perdront sans
doute, mais les honnêtes gens y gagneront et la
patrie avec eux ; car ceux-ci ne seront pas les
moins intrépides au moment du danger, qu’il se
produise au-dedans ou au-dehors.
Il convient donc de mettre la main à l’œuvre et
de commencer à exécuter ce programme, faute
de quoi, comme le dit Franklin « ceux qui vivent
d’espérance courraient risque de mourir de faim. »
— 28
Mais ce danger n’est pas à craindre avec nos
gouvernants, qui ne cessent d’agir et de hâter la
marche du progrès.
Je le répète une dernière fois, Messieurs :
l’espérance donnée aux Ouvriers, c’est l’espé
rance donnée à tous ; c’est la sauvegarde de la
nation. Hâtez-vous donc ! Ne vous refusez pas à
vous-mêmes le bonheur de faire naître cette
féconde et patriotique espérance, qui préviendra
les grèves et les révolutions, fera fructifier
l’Agriculture, triplera la valeur de l’armée, et
donnera un nouvel élan au Commerce et à l’In
dustrie. C’est ainsi que le comprirent et l’approu
vèrent hautement, dans la lettre de félicitation
qu’ils me firent l’honneur de m’adresser, M. le
Ministre de l’Agriculture, du Commerce et de
l’Industrie et M. le Ministre de la Guerre. C’est
ainsi que le comprendra M. le Ministre des Tra
vaux publics, dont le talent est justement appré
cié, mais dont la religion, touchant le chapitre
qui le concerne, a été également très dangereuse
ment trompée.
Messieurs, je ne suis partisan d’aucune exagé
ration .-j’aime la vérité, voilà tout.
En ma qualité d’homme indépendant, mon de
voir est de vous dire, à vous surtout, Messieurs,
qui avez le jugement bien fait et le cœur bien
placé : Aidez-moi, Dieu vous bénira, et le Gouver
nement aidant, la République sera universelle
ment aimée.
Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien trans
mettre ces sérieuses communications à Messieurs
les Ministres, déjà si bien disposés, je suis heu
reux de le répéter, et de croire à mon respectueux
dévouement et à ma vive reconnaissance.
’ Xfi3;TSHH ,j 3C j
3 33! A V3 33 !
: 3fiC3,J ' T! ‘ A ‘
TABLEAU
DESTINE A
CONCERNANT
LA
EDIFIER EN
PREMIÈRE
UN
CLIN-D'ŒIL
CATÉGORIE DE
TRAVAILLEURS,
Le taux de la retraite serait de,
à 61 ans.
96f
La dépense de.........
792.576f
-
109
.
1.692.480
63 —
122
.
2.699.712
64 —
135
......... .
3.814.272
65 —
148
.
5.036 560
66 —
161
.
6.365 376
67 —
174
.
7 801 920
68 —
187
.
9 345 792
Je retarde la deuxième catégorie jusqu’en 1900, afin que,
d’ici cette date, on ait eu le temps de se familiariser avec
cette nouvelle réforme et d’en apprécier les conséquences.
69 —
200
—
......... . 10.996.992
Les chiffres de ce tableau concernent le nombre de
4,248,400 travailleurs, dont 8,256 bénéficient de la retraite
d’une moyenne de 224 fr. 50.
70
—
213
—
......... . 12.755.520
71
—
226
—
......... . 14.621.376
72 —
239
—
......... • 16.594.160
73 —
254
—
......... . 18.691.584
74 —
270
et, par suite,
62
CONCERNANT LES AUTRES CATEGORIES.
La retraite pour la première catégorie devrait commencer
à partir du 4or janvier 1894 ; celle des autres catégories,
à partir de 1900.
Je mets la première annuité au 1er janvier 1894, estimant
que le fonctionnement des syndicats ne sera vraiment régu
lier qu’à cette époque.
Pour connaître la dépense de cette première catégorie et
de la deuxième réunies, dont le nombre d’ouvriers est de
3,745,200, mais dont la moyenne de la retraite de la deuxième
catégorie n’est que de 4 42 fr. 25, on n’a qu’à doubler le
chiffre de la dépense inscrite sur ce tableau.
—
. 20.920.704
Si on opère sur le double d’ouvriers de ces deux catégories
réunies, soit sur 7,490,400, on n’a qu’à doubler le chiffre de
la dépense de ces deux premières catégories.
75 —
286
—
......... . 23.281.920
76 —
302
—
......... . 25.775.232
Si, au lieu de doubler, on n’augmente que d’un tiers, le
nombre d’ouvriers sera de 4,993,60o, et la dépense augmen
77 —
318
78 —
334
—
......... - 31.158.144
79 —
350
—
......... . 34.047.744
80 —
366
—
. 37.065.440
tée d’un tiers seulement.
Si on opère sur 3,745,200 travailleurs, soit sur 24,768
retraités, la dépense sera de 623,556,288 francs.
Si on opère dans la môme proportion, sur 7,490,400 tra
vailleurs, la dépense sera de 1,247,112,576 francs.
Si on opère sur 4,993,600 travailleurs, la dépense sera
de 931,408,384 francs.
J’ai gradué la relraite pour deux motifs :
1° Afin que le Gouvernement pût, sans s’exposer à aucune
déception, en faire l’essai ;
2° Parce qu’à mesure que l’ouvrier avance en âge, il a
plus mérité, et, d’autre part, ses forces diminuant, il a plus
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Retraite moyenne.
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224 fr. 50. — Dépense annuelle moyenne.
Dépense par génération, c’est-à-dire en vingt ans..
15.588.907 fr.20
311 778.144 fr.
a :
rt • —
&n O
-CD &
de hesoins.
Mon intention ayant été d’éviter au Gouvernement toute
surprise et tout embarras, c’est dans ce but que j’avais
proposé de faire d’abord, dans notre département, l’essai
de mon programme, en confiant son exécution à un homme
parfaitement pratique.
I
. 28 400 640
Présentement, la retraite â taux gradués est préférable à celle â taux unique, sous tous les rapports,
notamment au point de vue de l’émulation, de la clairvoyance, de la justice et de la dépense. Si on en
désire la preuve, je suis prêt à la fournir.
« «
A. BOURDEILLETT
NOTA. — Le tableau renferme deux petites erreurs de calcul : La première, au chiffre des dépenses de la dernière année, il faut lire 37,069,440 au lieu de 37,065,440;
la deuxième dans la dépense totale en 20 années, il faut lire 311,862,144 ou lieu de 311,778,144.