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Fait partie de Collection de livres introuvables
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COLLECTION
DE
LIVRES INTROUVABLES
PROVENANT DU CABINET
DE FEU M. ANNE-ROBERT-JACQUES TURGOT,
BARON DE L’AULNE,
Ancien Intendant de la Généralité de Limoges & Contrôleur-Général
des Finances du Roi Louis XVI;
DONT LA VENTE SE FERA LE PREMIER AVRIL PROCHAIN.
BIBLiOTHEQUcT;
ANGOULÊME,
IMPRIMERIE DE J. LEFRAISE ET C*,
Rue du Marché, n° 6.
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CENT EXEMPLAIRES
UNE COLLECTION
DE LIVRES INTROUVABLES.
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Le singulier document bibliographique, auquel j’ai
cru pouvoir donner le titre de Collection de Livres in
trouvables , est tout simplement le relevé des étiquettes
inscrites sur les dos en basane de volumes simulés, que
le célèbre Turgot, alors intendant à Limoges (1761-74),
avait fait appliquer sur un panneau destiné à masquer
une porte secrète ouvrant dans son cabinet de travail. Ce
panneau figure actuellement dans la bibliothèque admi
nistrative de la Préfecture, où il a été transporté par
l’architecte du département; et la copie des étiquettes
en a été faite avec le plus grand soin par M. Maurice
Ardant. L’honorable et savant archiviste de la HauteVienne a bien voulu m’abandonner cette copie pour me
mettre en mesure de rédiger la présente Notice, qui a
déjà paru dans le Bulletin du Bibliophile, publié à
Paris par M. J. Techener (livraison de Juin 1855). L’in
térêt qui, dans notre province d’Angoumois, ancienne
dépendance de la généralité de Limoges, s’attachera
longtemps encore au souvenir de l’illustre intendant,
a motivé la reproduction de cet humble travail dans le
Bulletin de la Société archéologique et historique de la
Charente (Angoulême, 1856, tom. Ier de la 2e Série).
Il serait difficile aujourd’hui de saisir toutes les allu
sions satiriques que la malice un peu voltairienne de
4
Turgot a voulu glisser dans les titres de ces livres ima
ginaire*; j’ai essayé néanmoins, dans mes notes expli
catives , de retrouver la clef des principaux articles de
ce curieux catalogue (1).
Eusèbe CASTAIGNE,
Bibliothécaire de la ville d’Angoulême.
1. Joachim. Le Camus, S. R. E. Cardinalis Apoca
lypses monachorum, tom. 1 et 2 (2).
2. Traité de la Dévotion politique.
3. Traité de la Charité chrétienne, parle Dr Caveyrac (3).
4. Jugement d’Érasme sur; les Disputes de son
temps (4).
(4) La plupart des articles que je n’ai pas annotés n’ont pas be
soin d’explication; mais il y en a trois ou quatre, et particulière
ment les n°s -12 et22, sur lesquels je regrette de ne pouvoir donner
aucun éclaircissement.
(2)Je ne connais pas ce cardinal Joachim Le Camus, qui ne peu
être ni Jean-Pierre Camus, évêque de Bellei, connu par sa haine
contre les moines, ni le cardinal Étienne Le Camus, évêque de
Grenoble. Je croirais qu’il s’agit ici malicieusement du cardinal
François-Joachim de Bernis, qui dut en effet être un peu camus,
lorsqu’il vit réussir les poursuites qu’il faisait, au nom de sa cour
et contre scs opinions personnelles, pour la suppression des Jé
suites.
(.3) L’abbé de Caveyrac s’était fait connaître par ses doctrines
intolérantes , principalement dans son Apologie de Louis XIVet de
son Conseil, sur la Révocation de l’Édit de Nantes , -1738, in-8°.
(4) Turgot s’amuse à donner ici le litre d’un livre impossible.
Erasme ne se prononça jamais sur les disputes de son temps, et
garda toujours la neutralité entre le pape et les luthériens ; il di
sait souvent : Non airio veritatem seditiosam.
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5. S. N. H. Linguet in tit. Digest. de Verb. signific.
Notæ succisivœ, tom. 1 et 2.
6. Histoire complète des Néréides, ouvrage pos
thume de Poinsinet, tom. 1 et 2 (1).
7. Traité des Ornemens de la Poésie moderne, par
M. Eisen (2).
8. Grammaire de la Langue limousine.
9. Nouveau Système sur l’Origine des Cloches.
10. Dictionnaire de Caractères, à l’usage des Poètes
comiques.
11. Hobb. .Leviathan, novo Comment, illustratum à
S. N. H. Linguet, tom. 1 et 2 (3).
12. Histoire naturelle des Bœufs-Tigres, avec figures.
13. Le Libris faciendis et non factis, G. Leibnitii opus
posthumum.
14. H. Malatestæ j. c. de Regibus, eorum naturâ et
affectibus (4).
(4) Poinsinet (A.-A.-Henri), connu par les nombreuses mystifi
cations dont il fut la victime, se noya àCordoue, dans le Guadalquivir, en 4769. Ce titre semble faire allusion à son genre de
mort. On le nommait ordinairement le petit Poinsinet; à cette oc
casion, Palissot lit cette épigramme d’assez mauvais goût :
Apollon constipé s'efforçant un matin,
Le petit Poinsinet fut son premier crottin.
(2) Le graveur Eisen est l’auteur des vignettes et culs-de-lampe
qui ornent les Baisers de Dorat et autres poésies à la mode de la
seconde moitié du dix-huitième siècle.
(3) On sait que Hobbes a jeté les fondements de sa philosophie
politique dans son fameux Léviathan (Lond., 4681 , in-f°), nom
sous lequel il désigne le pouvoir populaire, dont il veut que le
prince écrase la tête. Cette manière de voir paraissait être celle du
publiciste Linguet.
(4) H. Malatestæ, nom en l’air, qu’il faut traduire par mauvaise
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15. Vérit. usage des Faits dans les matières de Raison
nement.
16. Hist. naturelle du Griffon et de l'Ixion, par M. Ri
ballier (1).
17. Traité du Droit de Conquête, ouvrage posthume de
Cartouche.
18. Délices du Gouvernement turc, dédiées au KislarAga, par S. N. H. Linguet, tom. 1 et 2 (2).
• (4) L’abbé Riballier (Ambroise) avait publié la Lettre d’un Doc
teur à ses amis, au sujet de Bélisaire, 1768, in-42, qui lui avait
valu les plaisanteries de Marmontel, Voltaire et autres. Turgot
lui-même est auteur de l’ouvrage intitulé : Les trente-sept Vérités
opposées aux trente-sept Impiétés de Bélisaire, censurées par la
Sorbonne, par un Bachelier ubiquiste, Paris, 4767, in-4° et in-8°.
Marmontel, pour venger son Bélisaire, ôtait parvenu à faire gra
ver ce quatrain sur le collier du chien de l’abbé Riballier :
Lisez, passant, sur ce collier.
Ma décadence et ma misère :
J’étais le chien de Bélisaire,
Je suis le chien de Riballier.
Il faudrait lire toutes les polémiques du temps, pour savoir ce
que c’est que le Griffon et l'ïxion.
(2) Le Kislar-Aga est le chef des eunuques noirs du sérail. Voici
une anecdote littéraire sur cet important personnage, qui nous
est racontée par M. Pierre Lebrun, dans l’une des notes de son
poème intitulé Le Voyage de Grèce (Paris, 4828, in-8°, p. 209) :
« J’ai entendu conter à Smyrne, par le consul-général de France,
M. David, que le pacha de Bosnie... se faisait lire un jour le Bajazet de Racine (car le pacha de Bosnie était un homme instruit
de nos langues d’Europe, ce qui est fort rare parmi les Turcs).
Entre autres choses qui l’étonnaient dans cette pièce, où il ne re
trouvait pas toujours les mœurs musulmanes telles qu’il les con
naissait, une surtout le frappait et le faisait rire avec irrévérence :
c’est que dans le sérail de Racine il n’y avait point de Kislar-Aga.
Accoutumé qu’il était, lorsque lui-même était grand-visir, à voir
tout tourner autour du Kislar-Aga, il disait et répétait à chaque
7
19. S. N. H. Linguet de Suppliciorum ingeniosâ diversitate Diatriba.
20. Traité complet des Bâillons, de P....... er (1).
21. Conduite des Espagnols dans les Indes, justifiée
par le Dr Caveyrac.
22. Hist. naturelle et morale des Araignées, avec la
Description de leurs Amours, par M. le duc de *.
23. Morale pratique du chancelier Bacon, traduction
nouvelle, tom. 1 et 2 (2).
24. Human. Opinionum sériés et genealogia, Bacon.
opus posthumum, tom. 1, 2 et 3.
25. Leges omnium Genlium inter se et cum Jure naturalicomparâtae, auct. Burlamaqui, tom. 1,2et 3.
26. Draconis Leges notis perpet. illustrâtae à S. N. H.
Linguet (3).* 2 3 * *
scène, en voyant Acomat et tous les personnages aller et venir
si librement : « Mais où est donc le Kislar-Aga? Si le Kislar-Aga
« était là, il leur ferait couper la tête. »
(4) Le mot est presque entièrement effacé. J’avais d’abord im
primé D...... ice, dans le Bulletin du Bibliophile; mais depuis,
M. Maurice Ardant m’a écrit qu’une lecture plus attentive lui a
fait reconnaître les lettres P.....er; et une tradition digne de foi lui
a donné la certitude que ces lettres indiquent le nom de Pasquier,
ce conseiller du Parlement qui, le 6 mai 1768, avait fait mettre
un bâillon à l’infortuné Lally-Tollendal, dans la crainte que cette
illustre victime ne protestât sur l’échafaud contre la sentence de
ses juges. Il paraîtrait aussi que l’un des derniers préfets de Limo
ges avait effacé ce nom de Pasquier, qui, dans la circonstance,
lui semblait peu glorieux pour la famille d’un personnage de nos
jours, dont il était le protégé.
(2) On connaît la manière un peu large dont le chancelier Bacon
pratiquait la morale qu’il enseignait si bien dans ses livres.
(3) Turgot joue ici sur le mot Draconis, qu’il faut traduire par
celui de dragon, plutôt que par le nom de Dracon, le célèbre lé
gislateur d’Athènes.
8
27. B. P. Grillani, ord. Prœdicat., Jurisprud. Inquisitionis (1).
28. Histoire des Pénitens, av. la Chronologie de leurs
Prieurs.
29. Amœnitates Lemovicenses.
30. Choix de Friponneries les plus ingénieuses, pu
bliées en faveur des Dupes, tom. 1 et 2.
31. Morale fondée sur la Force, par S. N. H. Linguet,
tom. 1 et 2.
32. Doutes modestes sur l’Excellence du Despotisme.
33. Code complet d’une Nation raisonnable.
34. Aul. Tigellin. hustricis de Legum abrogation# (2).
35. Utilité des Bonzes, appréciée par un Lettré chi
nois (3).
36. Dissertation sur la Propriété de la Soupe des Cor
deliers.
37. L’Art de faire les Glaces, par un buvetier de l’In
quisition.
38. Galilœi Retractatio.
39. Apologie de l’Esclavage des Nègres, contre les
Économistes.
40. Dangers du Pain, par S. N. H. Linguet (4).
41. Waspü tractatus de Scorpione cœlesti (5).
(1) R. P. Grillant, autre nom en l’air, signifiant le R. P. Grilleur.
(2) Hustricis est là pour hijstricis, porc-épic, qualification assez
bien appropriée à tous les Tigellins passés, présents et futurs.
(3) Il est certain que sur cette question Turgot partageait l’avis
des plus grands Lettrés de son siècle.
(4)Linguet avait publié un livre intitulé : du Pain et du Bled,
Londres, 4774, in-12.
(3) On sait que Voltaire avait donné à Fréron le nom de Wasp,
qui en anglais signifie guêpe ou frélon. Le poète Écouchard Lebrun,
9
42. Hornius de Cinclûs Gcibini latitudine (1).
43. Th. Rainaldi de formâ Cavearum pullorum sacrorum.
44. Farnabiusde Augurum veracitate.
45. Cours complet de Morale, extrait des Romans,
tom. 1 et 2.
46. Dict. portatif des Métaphores et des Comparaisons,
par S. N. H. Linguet, tom. 1, 2 et 3.
47. Dialogue entre les 3 gueules de Cerbère, jeu d’es
prit de S. N. H. Linguet.
48. Véritable utilité de la Guerre, ouvrage posthume
des fr. Pâris (2).
49. Catalogue des Confesseurs des Princes chrétiens,
jusqu’à l’an M. C. (3).
conjointement avec son frère Et. Lebrun de Granville, a aussi pu
blié La Wasprie, ou l’ami Wasp revu et corrigé (Berne, 1761, 2 part.
in-12). Ginguené a inséré une partie de ce pamphlet dans le
tome IV des Œuvres de Lebrun.
(1) Turgot se sert du nom d’un historien allemand du dix-seplième siècle, d’un savoir un peu indigeste, pour désigner cer
tains érudits qui font tourner d’énormes dissertations sur des
pointes d’aiguilles. La ceinture Gabienne, dont il s’agit ici de dé
terminer la largeur, était une espèce de nœud servant à relever
les pans de la robe pour la rétrécir et la raccourcir. Il en est parlé
au vers 612 du septième livre de l’Énéide; et le commentateur
Servius nous apprend que cette coutume de se retrousser ainsi
venait des Gabiens, peuple de la Campanie (selon d’autres, du La
tium) , qui, attaqués par l’ennemi au moment où ils assistaient au
sacrifice, nouèrent leur robe à la hâte, et coururent de l’autel au
combat.
(2) Il s’agit ici de Joseph Pâris-Duverney et de ses trois frères,
riches et honorables financiers, dont la fortune et le crédit avaient
pris naissance dans les fournitures de l’armée.
(3) Turgot donne encore ce titre comme celui d’un livre
impossible à composer. Dans son Histoire cccles. de la Cour de
10
50. Corps complet des Découvertes des 31 Sociétés
d’Agriculture.
51. M. Agrippæ de Digitorum nominibus et virtutibus (1).
52. Art de compliquer les Questions simples, par l’ab.
Gagliano (2).
53. Du Pouvoir de la Musique , par M. Sedaine (3).
54. De l’Emploi des Images en Poésie, par M. Dorât (4).
France (Paris, 4776-77, 2 volumes in-4°), l’abbé Oroux nomme ce
pendant deux confesseurs de Louis-le-Débonnaire, St Ansouin,
évêque de Camérino, et S‘ Aldric, évêque du Mans ; ce sont les
seuls qu’il indique avant l’an -1100.
(-1) Cet Agrippa n’est aucun des Agrippa connus ; c’est encore un
nom en l’air, qu’il faut traduire par agrippcur.
(2) Il est très probable que, sous le nom de Gagliano, il s’agit
ici de l’abbé Galiani, célèbre économiste italien du siècle dernier.
Voir la liste de ses ouvrages français, dans le tome III de la France
littéraire de M. Quôrard.
(3) Quelques contemporains de Sedaine, choqués de la négli
gence de son style et n’appréciant pas assez sa parfaite intelligence
de la scène et la peinture fidèle des mœurs de ses personnages,
s’imaginaient que cet écrivain ne devait la réussite de ses pièces
de théâtre qu’à la musique des Philidor, des Monsigny et des
Grétry.
(4) Il est inutile de faire observer que le mot image n’est point
ici au figuré , pas plus que dans le dernier vers de ce quatrain de
J.-F. Guichard :
La gravure soutient d’assez faibles ouvrages,
C’est leur seul mérite emprunté ;
Dans les vers autrefois on voyait des images,
Et de nos jours elles sont à côté.
On a souvent répété l’anecdote suivante : Un jour que Dorat
était chez son libraire, un monsieur entre ; et, feignant de ne pas
connaître l’auteur, demande les Œuvres de Dorat, en arrache les
estampes, et laisse là toutes les brochures, en disant au libraire
11
55. Esprit des Discours prononcés à l’Académie Fran
çoise , depuis son établissement.
56. Histoire littéraire du Limousin, tom'. 1 et 2.
57. Cacomonade expérimentale de S. N. H. Linguet,
tom. 1 et 2 (1).
qui s’en étonnait : « J’emporte ce qu’il y a dé meilleur. » On cite
aussi un mot de Sophie Arnould, ainsi rimé par Veldèle :
De ses fables lorsque Dorat
Nous présenta l’hommage,
Malgré la beauté du format,
Au port il fit naufrage;
Ses lauriers même l’ont privé
Du secours de leurs branches,
Et le pauvret ne s’est sauvé
Qu’à la fayeur des planches.
(1) Linguet avait composé La Cacomonade, hist. polit, et morale,
trad. de l’allemand du docteur Pangloss, par le docteur lui-même,
depuis son retour de Constantinople; (Paris), 1766, in-12 et autr. édit.
Voici le premier paragraphe de l'Avertissement placé en tête de
cette singulière publication : « Il existe dans le monde deux sœurs
« fameuses qui y régnent avec empire. On se propose ici de donner
« l’histoire de l’une des deux. Le lecteur n’aura pas de peine à de« viner qui est celle dont on parle, quand il saura que celle dont
« on ne parle pas se nomme ordinairement parmi nous petite
« vérole. »
L’auteur de la présente liste s’est acharné contre les paradoxes
de Linguet ; l’âme généreuse de Turgot ne prévoyait pas qu’un
jour le malheureux écrivain serait condamné à mort par le tribu
nal révolutionnaire, pour avoir encensé les despotes de Vienne et
de Londres.
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