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Médias

Fait partie de Rapport fait par l'Abbé Audierne

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FAIT

PAR L’ABBÉ AUDIERNE
A la Société d’agriculture, sciences cl arts du département de la Dordogne,
dans la séance du 2G avril 1843.

Bfgr icte-cce !
CE L.V\ I ~ .!

messieurs,

DE‘P£EiGLguX J

Depuis notre réunion qui eut lieu l’année dernière, à pa­
reille époque, l’industrie a fait dans le département d’uti­
les progrès qu’il est essentiel de signaler. Ces progrès dé­
mentent les idées de pénurie, de misère, de détresse, que
la malignité propage, et auxquelles parfois quelques sinis­
tres viennent donner une apparence de réalité. Jamais, à
aucune autre époque, l’industrie, le commerce, l’agricul­
ture , ne furent plus florissans dans le Périgord. On bâtit, on
restaure partout; des établissemens surgissent de tous côtés.
Jugez, messieurs, de la marche rapide des arts seulement
par l’aspect que nous offre aujourd’hui Périgueux. Il y a
dix ans à peine, cette ville était encore enfermée dans les li­
mites étroites que lui avait données le 12e siècle. Quoiqu’un
orage politique eût renversé ses murailles, elle n’en restait
pas moins circonscrite dans son ancienne enceinte, par res­
pect, sans doute, pour le moyen-âge, dont elle ne voulait
point s’éloigner; mais le premier pas fait, voyez avec quelle
rapidité elle a couru : elle a’ bâti un marché couvert, un

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abattoir, une salle de spectacle, un hospice ; elle a relevé
son collège, restauré ses places publiques, et doté ses habitans de nombreuses fontaines. A côté d’un superbe palais de justice, a été élevé un bel hôtel. Cette construc­
tion en a fait surgir d’autres. Un faubourg a été construit
presque en entier. D’agréables habitations bordent nos boulevarts. La salle de spectacle a commandé cette suite de belles
maisons qui l’avoisinent, et nos promenades sont toutes
ornées de statues en bronze ou de jets d’eau. Enfin, elle a
construit un port (1).
Des ponts sont jetés en grand nombre sur nos rivières,
sur presque tous nos ruisseaux; des routes bien entrete­
nues, de nombreux chemins, nouvellement pratiqués, faci­
litent les communications, alimentent nos foires, nos mar­
chés, et la Dordogne, l’ille, aujourd’hui navigables, semblent
rapprocher de nous les villes les plus commerçantes, pour
augmenter nos ressources. L’agriculture se perfectionne
aussi tous les jours; des terrains délaissés sont rendus à
la culture; les prairies artificielles se multiplient, et il
n’est pas une ferme qui n’offre l’exemple d’une amélio­
ration sensible. Enfin, messieurs, il existe une tendance
générale vers le perfectionnement, et, à mon avis, cette
tendance, qu’on ne peut nier, est la preuve d’un bien-être
réel. Le mieux, en effet, suppose le bien, et l’on ne peut
arriver à la richesse que par l’aisance. Ces progrès incon­
testables sont l’heureux résultat de la paix dont nous jouis­
sons, d’un besoin de travail généralement senti, et de la
direction éclairée que leur imprime, dans le département,
notre premier magistrat.
Je vais vous entretenir, messieurs, des établissemens in(1) C’est à M. de Marcillac, maire de la ville de Périgueux et député
de la Dordogne, que l'on doit ces nombreuses et utiles améliorations.

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dustriels créés ou perfectionnés, depuis moins d’une année,
à Périgueux ou dans ses environs.
Le premier, formé dans l’un des faubourgs de Périgueux,
est une fabrique de faïence et de poterie. M. Latour en
est le fondateur. Cet établissement est organisé sur une vaste
échelle. On y voit de grandes fosses avec renversoirs, pour
dessécher plus promptement les terres ; des hangars pour la
terre ; des hangars pour le bois ; deux fours, dont l’un est
carré et l’autre rond ; des ateliers avec de nombreux rayons
en bois et en plâtre ; des tours ; "un moulin à manège, à
trois meules tournantes, et d’autres ustensiles. Le personnel
de celte fabrique se compose de tourneurs, de mouleurs,
de peintres, d’enfourneurs, de journaliers et de marcheurs
de terre. Des femmes, des enfans, décorent les pots à fleurs
et toutes les pièces qui demandent des garnitures.
M. Latour, habile artiste, fabriquera aussi des statues
en terre cuite, destinées à l’ornement des jardins, et des
bustes en plâtre, moulés sur la nature vivante ou sur la
nature morte.
Les argiles employées par ce fabricant sont grises, jau­
nâtres, rougeâtres ou blanches, suivant les végétaux, les bi­
tumes et les oxides métalliques qui les colorent. C’est par­
la calcination qu’on distingue les substances colorantes. Les
substances végétales ou bitumineuses sont détruites par la
cuite, et les terres qui contiennent de l’oxide de fer devien­
nent rougeâtres. Les argiles sont prises au Toulon, sur les
coteaux de la Rampinsole, et dans les communes de Coursac et de Sarliac. Les argiles du Toulon, près de Périgueux,
sont grises, et passent au rouge, ainsi que celles de la Ram­
pinsole. Celles de Sarliac, grises avant la cuisson, devien­
nent blanches ; et celles de Coursac, blanches naturellement,
demeurent telles. Ces terres sont excellentes. La faïence et

la poterie qui en sont les produits, résistent à l’action du
feu le plus ardent.
M. Latour peint la faïence sur émail cuit et non cuit.
La peinture, à la vérité, et ses sujets, n’en sont pas très
brillans : ils consistent dans des filets, des barbots ou bluels,
dans quelques fleurs, quelques personnages ; mais point
de paysages, moins encore ces belles vues du coucher ou
du lever du soleil. Ces grands sujets n’appartiennent qu’à
la porcelaine, et ne sont parfaitement exécutés qu’à Sèvres.
La fabrique de M. Latour laisse encore quelque chose
à désirer sous le rapport de l’émail ; cependant, elle peut
rivaliser avec les établissemens de ce genre que le dépar­
tement possède, et, par conséquent, leur être bientôt su­
périeure. Pour rendre certains vases plus gracieux, M. La­
tour en a déjà changé la forme. Modeleur habile, il lui sera
toujours facile de donner à ses vases le galbe le plus agréa­
ble.
Son établissement offre de grands avantages pour le dépar­
tement. S’il est soutenu, nous ne serons plus tributaires de
nos voisins ; nous nous suffirons à nous-mêmes, et nous garde­
rons dans le département l’argent que nous portons ailleurs.
M. Latour a créé lui même sa fabrique ; il mérite nos encouragemens.
Le second établissement, non moins utile et d’une im­
portance plus grande encore, est une fabrique de tissus en
laine. MM. Courtey et Barret l’ont établie au Toulon.
L’emplacement 11e pouvait être mieux choisi. La force mo­
trice, produite par une chute d’eau de 2 mètres de hau­
teur, est distribuée sur deux roues à augets de 2 mètres
de rayon et d’un mètre 65 c. de largeur. Par ce système,
l’eau agit par pression , et se trouve ainsi économisée. L’une
de ces roues communique le mouvement à un" arbre ver-

:

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lical en fer, qui engrène lui-même un arbre horizontal placé
sous le plancher. Cet arbre, par le moyen de lanternes,
commande, au 1er étage, deux machines à carder et une
tondeuse, destinée à remplacer la tonte à la main. Une
courroie, traversant le l,r étage, fait marcher, au 2m', un
loup, ou machine qui donne la première façon à la laine.
Au rez-de-chaussée, cette même roue fait mouvoir aussi une
machine à garnir les étoffes. L’autre roue fait mouvoir qua­
tre maillets à fouler, placés dans un petit bâtiment contigu
à la fabrique, et où loge le foulonnier.
La bonne disposition et l’élégante exécution de ce méca­
nisme sont dues à M. Bouillon, de Limoges. De ses ateliers
sont sortis les machines et les moteurs. Les bâtimens de
l’usine, non moins remarquables, sont l’œuvre de M. Bouil­
lon , son parent et notre architecte. La famille de ces deux
artistes est originaire de notre département.
Le filage s’exécute, au 1er étage, avec trois métiers, di­
rigés chacun par un fileur et deux enfans. Au 2me étage,
sont les métiers à tisser, au nombre de neuf. La teinturerie
se trouve dans le bâtiment parallèle à celui du foulon. Les
écuries, la remise et le bûcher sont dans un bâtiment sé­
paré.
Cet établissement confectionne les cadis, les étamines, les
flanelles rayées et unies. Les matières premières sont ache­
tées dans le département, à l’exception des laines noires,
que MA'I. Courtey font venir de Marseille; mais ces laines
sont importées de Grèce et d’Egypte. La manufacture du
Toulon occupera par jour cinquante ouvriers, et ses pro­
duits s’élèveront à deux cent quarante mille francs par an.
Un plein succès semble lui être assuré. MM. Courtey, aux­
quels le commerce doit en grande partie son développement
à Périgueux, lui offrent les garanties d’une durée prospère.

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M. Barret réunit aussi toutes les connaissances pratiques
qu’exige la direction d’une fabrique.
Faisons ici une observation dans l’intérêt de cet établisse­
ment. Les laines du département de la Dordogne sont in­
férieures aux autres laines; leur infériorité provient, sans
doute, de la mauvaise nourriture des moutons, de la mal­
propreté des étables, et de l’habitude où l’on est de laisser
paître ces animaux dans les bois, et en toutes saisons.
Ainsi s’altèrent nécessairement leurs toisons.
II vous appartient, messieurs, de signaler ce mal aux co­
mices agricoles, et de leur en indiquer le remède. Ces
assemblées, en rapports habituels avec les propriétaires,
leur inspirent toute confiance. Leur influence de localité
sera salutaire; alors s’opérera un progrès réel dans cette
branche d’industrie, malheureusement trop négligée. Les bois
eux-mêmes s’en trouveront mieux.
Le troisième établissement est une tréfilerie de fil de fer.
Cette usine, assise sur le gouffre des Soucis, à St-Vincentd’Excideuil, prés de Savignac, possède une chute d’eau de
la force de 70 chevaux. Le moteur est une roue verticale
à auges courbes, dite à la Poncelet, d’une hauteur de cinq
mètres sur une longueur de deux mètres. Les machines sont
au nombre de trois. La première, la plus remarquable, est
un laminoir à canelures, servant à dégrossir les fers. Ainsi,
un fer carré de 3 centimètres 1|2 est réduit, en sortant des
canelures successives des cylindres, à moins de 8 milli­
mètres.
La deuxième machine est la tréfilerie proprement dite.
Elle prend le fer sortant du laminoir, et le réduit, en le
faisant passer par les diverses filières dont elle est composée,
aux plus petites dimensions. Cette machine fonctionne par
le moyen de quatre bobines, et ne laisse rien à désirer quant
aux produits.

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La troisième machine fabrique les pointes, depuis les plus
petits numéros jusqu’aux plus forts. Cette machine, com­
posée de quatre métiers, peut produire jusqu’à 1,000 ki­
logrammes de pointes par jour.
Cette usine seule pourrait alimenter le département, con­
sommer au moins le produit de deux à trois forges du pays,
et soutenir facilement la concurrence des trélileries qui se
sont élevées depuis quelques années à la Rivière (HauteVienne) et à Angoulême. C’est elle qui fournit à la fabrique
de pointes de Nontron le fil de fer qui lui est nécessaire.
La Franche-Comté, le Jura et la Normandie étaient, de
temps immémorial, en possession de fournir les pointes et
les fils de fer à toute la France. L’établissement des Soucis
nous affranchit à jamais du tribut que nous étions forcés
de payer à ces contrées : car les élémens de prospérité pour
les tréfileries sont nombreux dans le Périgord. Nos fers, en
effet, sont de première qualité et d’une ductilité extraordi­
naire. Un essai, opéré à Angoulême , a produit un fil d’une
longueur inconnue jusqu’alors. La tonne, ou 1,000 kilo­
grammes de fer, ne coûte, dans le département, que 460
à 4-70 fr., tandis qu’en Franche-Comté elle vaut 600 fr. Le
combustible est à meilleur marché dans la Dordogne que dans
le Doubs. Les chutes d’eau y ont aussi moins de valeur. Les
matériaux pour bâtir sont abondans et de bonne qualité. En­
fin , messieurs, notre département étant bien percé de routes
départementales et royales, ayant plusieurs rivières navi­
gables, peut assurément soutenir la plus active concurrence,
surtout si l’on considère que des produits très lourds sup­
portent difficilement le prix d’un transport trop éloigné.
L’usine des Soucis appartient à M. Lacombe, qui n’a
rien épargné pour la rendre florissante. Tout y est fait avec
goût, et l’on y admire le talent du propriétaire.

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Le quatrième établissement industriel, l’œuvre de M.
Bonnet, dont on ne peut que louer l’intelligence et la
persévérance, est une filature de coton établie à Cubjac, sur
l’Auvezère. Cette usine manquait au département ; après di­
vers obstacles, le fondateur est parvenu à la mettre sur la
voie, du développement que comporte sa nature. Son moteur
est une roue à la Poncelet.
La matière première y subit les préparations nécessaires
pour être convertie en fil de différens numéros usités dans
le commerce. Le bleu est la couleur la plus ordinaire que
le fil y reçoit.
Cette usine occupe journellement trente à quarante ou­
vriers, et livre annuellement au commerce 20,000 kilogram­
mes de coton travaillé.
Espérons que cette industrie, dont les produits s’écoulent
dans les départemens voisins , prendra, sous son direc­
teur, un tel développement, qu’elle deviendra de plus en
plus pour le pays une nouvelle source de travail et d’aisance.
Enfin, le cinquième établissement, agrandissant dans Péri­
gueux le domaine de l’industrie, est une fabrique de vinai­
gre , fondée par M. Laudinat, originaire de Limoges. Jus­
qu’à présent, la nature et le hasard avaient fait, dans lè
Périgord, tous les frais de la fabrication du vinaigre ; mais
l’industrie commençant à se ressentir, dans le département
de la Dordogne, de l’impulsion générale donnée aux arts,
le vinaigre y recevra aussi une préparation particulière.
M. Laudinat a fait construire plusieurs cuves contenant
environ 100 barriques de vin. Il procédera suivant la mé­
thode orléanaise. On a cru pendant long-temps que le vi­
naigre d’Orléans n’était supérieur que par la vertu d’un
secret local : c’était une erreur dont on est revenu ; les vi­
naigres d’Orléans n’ont acquis leur réputation que par le

— 9 —
choix des vins. Les bons vins font le bon vinaigre. 1,000 à
1,500 barriques de vinaigre blanc sortiront annuellement
de celte fabrique, et l’entrepôt contiendra au moins 3,000
barriques de vin de toute espèce. Cette grande consommation
donnera nécessairement aux vins un vaste débouché, et de­
viendra une nouvelle source de prospérité pour le départe­
ment , surtout pour les environs de Périgueux. Cette vinaigrerie est située sur nos boulevarts, près la tour de Mataguerre.
Tels sont les établissemens formés à Périgueux, ou dans
lies environs, depuis 1842.
S’il entrait dans mon plan de signaler tous les progrès de
l’industrie dans le département de la Dordogne, vous verriez,
messieurs, qu’il n’est pas un établissement, une manufac­
ture , une usine, qui n’aient été améliorés. Nos forges,
nos moulins, ne sont plus ce qu’ils étaient : les nouvelles
méthodes, les systèmes anglais, commencent à prévaloir,
Partout nous remarquons de nombreux perfectionnemens.
Je vais en citer quelques-uns.
Les dessins, les vignettes, les figures, qui ornent presque
tous les livres aujourd’hui, exigeaient trois opérations bien dis­
tinctes, dont deux ne pouvaient être exécutées que dans trois
ou quatre villes de France. La gravure, en effet, pour être
mise en relief, demande le concours du dessinateur, du gra­
veur et du clicheur. Affranchir la typographie du graveur
et du clicheur, artistes qu’on ne trouve qu’à Paris, Stras­
bourg, Toulouse, et réduire ainsi les trois opérations à une
seule, était un perfectionnement d’un avantage immense, nonseulement pour l’imprimerie , mais encore pour la science et
les arts. Le dessin, en effet, parle aux yeux, facilite l’intelli­
gence des monumens; mais trop souvent, faute d’artistes,
il fallait s’en tenir à une description toujours incomplète.

— 10 —
Eût-on, d’ailleurs, les artistes sous la main, leur travail
exigeait du temps, leur talent une récompense : de là aussi
moins de gravures dans les livres ; ou, avec des gravures,
plus d’élévation dans le prix; moins de débit, et par consé­
quent moins de diffusion de connaissances. Un procédé tout
à la fois simple, facile, économique, était donc un bienfait
inappréciable. M. Auguste Dupont a trouvé ce procédé, et
journellement il l’emploie avec succès. Il dessine ou fait des­
siner un objet quelconque sur le calcaire jurassique, dont
la lithographie lui doit l’exploitation en France, et, par une
opération chimique, il obtient, sur la pierre elle-même,
tous les clichés qu’il fait simultanément concourir avec les
caractères mobiles de l’impression ordinaire. Il a donné à
ces gravures le nom de clichés-pierres.
Voilà, sans doute, du perfectionnement dans l’imprimerie ;
mais ce n’est pas le seul dont les arts et la science soient
redevables à M. Dupont. Il a trouvé le moyen de reproduire
identiquement toutes les oeuvres du passé, manuscrites, im­
primées et gravées. Avec l’exemplaire unique d’un livre,
il en fait revivre l’édition. Il peut multiplier à l’infini une
gravure, un manuscrit, une charte, les vieux titres, et la
ressemblance est parfaite, puisque c’est l’ouvrage lui-même
reproduit.
On serait tenté, messieurs, de ne pas croire à cette dé­
couverte, qui est un prodige, si les plus heureux résultats
ne la confirmaient ; mais, tous les jours, M. Dupont l’utilise
au profit des arts. En ce moment même, un ouvrage in-4°,
dont le premier volume a déjà paru, est reproduit dans ses
ateliers (1). La société d’encouragement pour l’industrie natio(1) L’Estat de l’Eglise du Périgord, depuis le christianisme, par le R.
P. Dupuy, récolet, annoté par M. l'abbé Audierne, et reproduit par le

— 11 —
nale et le jury de l’exposition générale, frappés de l’impor­
tance de ces découvertes, dont la science attend d’immenses
services, ont décerné plusieurs médailles de bronze, d’ar­
gent et d’or, à M. Dupont. Regrettons, messieurs, de ne
pouvoir nous associer à ces récompenses que par des éloges.
Vous applaudites, messieurs, à l’établissement d’une école
d’horlogerie, fondée, il y a environ deux ans, par M. Numa
Conte. En ce moment, ce jeune artiste s’occupe de l’orga­
nisation d’un atelier pour la fabrication, en grand, des hor­
loges de clocher. Cette production, indispensable dans nos
villes, et plus essentielle encore dans nos campagnes, pour
calculer le temps, en apprécier l’importance et régler les
heures du travail, nous manquait. Ce perfectionnement nous
est acquis, et bientôt notre département se ressentira de ce
nouveau bienfait industriel.
Je vous parlerai aussi, messieurs, de la briqueterie de
Beauronne. Elle vient de s’enrichir de trois fours à chaux,
à feu continu, alimentés par le charbon de terre , que l'in­
dustrie de notre pays n’apprécie pas assez. Ce perfectionne­
ment était nécessaire. Trop souvent, faute de chaux, les
travaux les plus urgens sont suspendus. En ne cuisant la
chaux que dans des fours à briques ou dans les hauts four­
neaux, la fabrication en est rare. Malheureusement, cet usage
est général en Périgord, où la connaissance des fours à feu
continu n’est encore parvenue qu’à Beauronne.
La préparation du plâtre s’est aussi améliorée dans cette
briqueterie. Jusqu’à présent, on broyait cette substance sous
la meule, à la façon du blé; Il en résultait, par le frottement,
une élévation de température qui en altérait sensiblement la
procédé litho-typographique. — 2 vol. in-4°. Prix, 20 fr., à la librairie
Bayle, rue Taillefcr, et à l'imprimerie Dupont. — Les noms des souscrip­
teurs seront publiés à la fin de l'ouvrage.

,_ 12 __
qualité. Par le nouveau procédé, le plâtre, maintenu dans
une rainure circulaire, sera écrasé par le poids d’une roue
verticale en pierre, qui, se mouvant dans cette rainure,
n’agira que par une simple pression. Son action, interrompue,
évitera l’inconvénient que je viens de signaler. Le plâtre,
ainsi pulvérisé, se rapprochera de la qualité de celui de Pa­
ris , que l’on réduit en poudre avec une batte de bois.
Ces deux améliorations importantes, introduites dans l’un
des plus beaux établissemens et des mieux entendus de
France, n’étonneront personne ; elles sont l’œuvre de M. Mie,
ancien élève de l’école polytechnique, qui met tous ses soins
à faire tourner au profit de l’industrie les connaissances
qu’il a puisées dans cette célèbre école.
Je sais, messieurs, qu’en multipliant mes citations, je
ne ferais qu’intéresser d’avantage votre amour pour les arts
et la science ; mais il est de justes bornes qu’il ne faut
point franchir. J’ai assez dit pour démontrer que l’indus­
trie agrandit tous les jours son domaine dans notre dé­
partement, et que ses progrès y deviennent immenses. Tout
ce que j’ajouterais serait superflu : je crois avoir atteint
mon but.
Je ferai maintenant, messieurs, les réflexions que me
suggèrent nos attributions spéciales. L'agriculture est, à mon
avis, la mère nourrice de l’industrie : sans elle, il ne peut
exister ni art, ni commerce. C'est par l’agriculture que nous
obtenons la soie, la laine, le coton, et presque toutes les
matières premières ; par elle, souvent, on découvre la tourbe,
la houille, le manganèse, le minerai de fer et les argiles
nécessaires au mouleur, au sculpteur, au foulonnier. La
science elle même lui est redevable d’une infinité d’objets
que la terre enfouissait, et qui, rendus à la lumière, ai­
dent l’historien, et font les délices de l’archéologue.

— 13 —
L’industrie, à son tour, soutient l'agriculture. Elle per­
fectionne ses outils aratoires, lui apprend à modifier les
terres, et lui enseigne les meilleures méthodes pour dou­
bler ses revenus. Il y a donc entre l’agriculture et les arts
une mutuelle dépendance. C’est, sans doute, par respect
pour ces liens intimes, que l’industrie, naguères, faisait
hommage à notre société d’un échantillon de Ses pro­
duits les plus remarquables ; qu’elle nous communiquait
ses découvertes, et que, de tous les points du département,
elle nous adressait les objets qui semblaient offrir quelque
intérêt ou piquer la curiosité. Cet usage n’était que l’ex­
pression de la reconnaissance. II se porte aujourd’hui vers
les comices agricoles, parce que leurs réunions sont plus
fréquentes ; mais ces objets, adressés aux comices, après avoir
intéressé un moment, disparaissent, et sont perdus pour la
science. Transmis à la société d’agriculture, ils seraient soi­
gneusement conservés; nous les déposerions dans le musée
avec le nom du donateur, et là ils deviendraient utiles pour
tout le monde. Cet avantage dissiperait aussi ce préjugé vul­
gaire, que les musées ne sont destinés qu’à recueillir des
médailles, des haches gauloises, des meules romaines, des
tessons, des amphores, des vieilleries, enfin. Il est vrai
que ces antiquités s’y trouvent; elles ont même du prix,
parce qu’elles décèlent les anciens usages, et fournissent
aux arts un point de comparaison ; mais les musées of­
frent un intérêt plus réel, et c’est sous ce point de vue
que le savant et spirituel M. Romieu a mis tous ses soins
à former le nôtre. Ces statues que nous y remarquons, ces
chapiteaux , ces bas-reliefs, ces sculptures , ces inscriptions,
ne sont-ils pas des monumens historiques, des modèles que.
l’art le plus parfait peut consulter ? Un musée est le centre
de toutes les connaissances antiques et modernes. Là, on

— 14 —
peut apprécier les productions de tous les pays, suivre la
civilisation des peuples dans ses progrès ou dans sa déca­
dence. Tout ce qui est curieux prend sa place dans un
musée. Les sciences, les arts, l’agriculture, le commerce,
y déposent leur tribut, et il n’est personne qui ne puisse
en faire son profit par l’étude. Qu’un de nos jeunes gens
de collège entre dans le dépôt de ces archives du savoir,
qu’il le parcoure avec attention, il en sortira avec une foule
d’idées qu’il n’avait point. Un paysan , en nous voyant ra­
masser avec soin une coquille, sourit, parce qu’il ignore
que les fossiles nous font connaître la qualité des terrains.
Colliger des pierres, lui paraît aussi une chose étrange, parce
qu’il ne sait pas que la minéralogie se rattache directement
à l'agriculture, et que l’industrie lui emprunte souvent ses
matières premières. Les houillières , les tourbières , les car­
rières de marbre, les mines de sel, de soufre, de plomb,
de fer, de cuivre, ne font-elles pas, en effet, la richesse
du monde industriel? Si ces substances sont inconnues aux
propriétaires , comment les apprécieront-ils , comment pour­
ront-ils les livrer au commerce? On ne peut comparer qu’après avoir vu, juger qu’après avoir comparé, et ce n’est
que dans les musées qu’on a la grande facilité de voir.
Messieurs, payons donc l’industrie d’un généreux retour.
Faisons pour elle ce qu’elle fait pour l’agriculture. Les ser­
vices que nous lui rendrons ne seront point perdus ; elle
saura nous en tenir compte.
Propagez dans ses intérêts la culture des mûriers, et vous
augmenterez ainsi les produits de la soie ; encouragez les semis
de pins, d’accacias, vous aurez de la résine, des bois de char­
pente, des échalats et, au besoin , un bon combustible. Nous
avons encore en Périgord au moins 150,000 hectares de terrains
en friche , sans compter les bois et les châtaigneraies. Si les

— 15 —
bras manquent pour cultiver activement cette vaste super­
ficie , qu’on la couvre au moins de semis , et, à peu de frais,
on créera pour l’avenir de grandes ressources.
Travaillez, aussi, messieurs, à éclairer les propriétaires
sur la mesure qu’ils prennent d’exclure les moutons de leurs
fermes. Ces animaux sont essentiellement utiles pour les en­
grais , les laines et la consommation. Le mal qu’ils font dans
les bois n’est qu’un abus qu’il faut corriger. Que les mou­
tons soient bien gardés, qu’on les fasse parquer; ils seront
inoffensifs ; alors on ne connaîtra que leur utilité.
Veillez aussi, messieurs, sur toutes les découvertes dont
vous aurez connaissance ; empressez-vous de les signaler à
M. le préfet. Des terres, des argiles , . un minerai, vous
paraissent-ils offrir quelque particularité, recueillez-en des
échantillons pour les déposer au musée. Enfin, ne dédaignez
rien de ce qui vous semblera curieux.
Associez à vos efforts les comices agricoles. Vos con­
seils seront écoutés, prendront de l’extension, et leurs ré­
sultats positifs tourneront ainsi au profit de l’agriculture,
des arts et du commerce, sources fécondes de la prospé­
rité des peuples.

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